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1732, 11, 12, vol. 1-2
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Texte
MERCURE 426061
DE
FRANCE ,
DĚDIE AV
ROT
NOVEMBRE. 1732 .
OTHE
LYON
583*
CURICOLLIGITI
Papilion
SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
$
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais.
M. DCC . XXXII .
3
Avec Approbation & Privilege du Roy.
30
AVIS.
L
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
vondront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voys
pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
s Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
n d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
jours pratiqué , afin d'épargner , à nous
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
envoyent , celui , non-feulement de ne
s voir paroître leurs Ouvrages , mais
me de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
trangers , on les Particuliers qui fouhaite
mt avoir le Mercure de France de la preniere
main , & plus promptement , n'auront
u'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
ui aura foin de faire leurs Paquets fans
erte de temps , & de les faire porter fur
beure à la Pofte , on dux Meffageries qu'on
ni indiquera.
Paix XXX. SOLS
DE
LA
VILLA
MERCURE
DE FRANCE
LIO
THE
LYON
DÉDIÉ AV RO
NOVEMBRE . 1732 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE
PROGRES
DE L'ART
DES
JARDINS ,
Sous le Régne de Louis XIV.
Q +
Velque éclat que Lours ait acquis
par la Guerre ,
Il n'étoit pas toujours armé de sor
Tonnere :
Quand la paix importoit au bien de ses Etats ,
Son coeur à ses douceurs ne se refusoit pas.
A ij Ma
2312 MERCURE DE FRANCE
Mais prenant son devoir de plus en plus pous
guide ,
D'un loisir paresseux il abhorroit le vuide ,
Et sans cesse occupé de mille soins nouveaux
Il ne se délassoit qu'à changer de travaux.
Ainsi , lorsque la paix trop long -tems fugi
tive
Venoit à ses Lauriers marier son Olive ,
Egalant tour à tour les deux premiers Cé
sars ,
D'un regard favorable il honoroit les Arts.
Que dis- je même au fort des fureurs de Bel
lone
Il les faisoit fleurir à l'abri de son Trône ,
Et comblant les Sçavans et d'honneurs et dø
biens ,
Il se les attachoit par les plus doux liens.
Eh ! combien d'Arts aussi sous son heureux Ema
pire
A leur perfection n'a- t - on pas sçu conduire
Combien en a- t - on fait éclore d'inconnus ,
Et revenir au jour qui n'étoient déja plus ?
Les fruits presque étouffez au point de leur nais
sance
Marquoient de nos Jardins la sterile impuissance
,
Ou par un sort semblable à la sterilité ,
Ils ne parvenoient point à leur maturité ;
Ils ne contractoient point ce coloris aimable
Le
NOVEMBRE. 1732. 2319
Le charme des regards , l'ornement de la Tag
ble ,
Ni de ce goût exquis les savoureux appas
Dignes de contenter les palais délicats.
,
A peine , à peine même en la saison now
velle
>
Par des légumes vils la térre payoit-elle
Des tristes Jardiniers les inutiles soins ;
Et le Ciel dédaignoit la voix de nos besoins.'
LOUIS veut y pourvoir , Lours dont la pruž
dence
Egale la grandeur et la vaste puissance
Et dont l'esprit doüé d'un fin discernement
Sçait des talens divers profiter sagement.
Il voit la Quintynie , il le goûte , il l'ad
nime
Par les gages flateurs de la plus haute es
time >
Et de ses propres yeux éclairant ses essais ,
Bien-tôt sur ses Jardins il en vit le succês.
Oui , bien- tôt il y vit ces fertiles Parterres ,
Ces Vergers fructueux , ces odorantes Serres ,
Et de ces Espaliers les dons appétissans ,
Par qui la volupté s'offroit à tous les sens.
Mais non c'étoit trop peu que , de la Quin
tynie ,
Ces fortunez Enclos montrassent le génie ,
Louis , qu'un coeur sublime en ses desseins con
duit ,
A iij Veut
2314 MERCURE DE FRANCE.
Veut que toute la France en partage le fruit.
Aux ordres de son Roi ce grand homme est f
dele ;
D'un Jardinier parfait devenu le modele ,
Il en consigne l'Art dans un Livre fameux ,
Qui jusqu'aux derniers tems instruira nos Ne
veux.
C'est là que penetrant jusqu'aux causes pre
mieres ?
Au sein de la Nature il porte ses lumieres ,
Et de l'expérience empruntant le secours.
Des antiques erreurs désabuse nos jours.
C'est là qu'il nous prescrit la méthode pr
dente
De choisir un terrain propre pour chaque
plante ;
Le moyen d'en connoître et d'en guérir log .
maux ,
Soulager les besoins , corriger les défauts.
C'est là que l'on apprend quelle adroite cul
ture
Peut hâter les progrès de la lente Nature ,
Ou , des Arbres trompeurs prévenant les affronts
,
Contraindre leurs rameaux à devenir féconds ;
Rameaux ( qui l'auroit crû ) dont la séve as
servie
Va se distribuer au gré de notre envie ,.
Et présente les fruits tellement dispersez ,
Qu'à peine avec la main on les eut mieux pla
C'est
NOVEMBRE. 1732 2315
' est là qu'on va puiser la divine Science ,
Qui des Astres malins corrige l'influence ,
Par qui sur les Jardins l'hyyer n'a plus da
droits ,
Et dont la Terre enfin semble prendre des
loix.
Mais quelques dons qu'en soi le même esprig
rassemble ,
Il ne peut renfermer tous les talens ensemble.
Embrassant des Jardins la seule utilité ,
Ce Sçavant n'en avoit qu'ébauché la beauté.
Pour couronner l'ouvrage il en falloit u
autre
11
UA
D'un goût fin , délicat , tel enfin que le No
11201
Qui d'un Art enchanteur déployant les se
crets
A la Nature même , ajoutat des attraits.
Vous l'avez éprouvé , Fontainebleau , Versail
les :
De vos Palais dorez les pompeuses murail
Jes ,
Et la riche splendeur de vos appartemens
J
Ne font pas tout l'objet de nos ravissemens ;
Et sans vanter ici les insignes spectacles ,
Dont à mille autres Arts vous devez les min
cles ,
L'Art sur qui ce grand Maître a porté le flame
beau
tale en vos Jardins un spectacle aussi beau.
A iij C'est
316 MERCURE DE FRANCE
C'est à lui que l'on doit la galante parure
De ces Ifs qu'à son gré l'habile main
gure ,
Et de ces Boulingrains les tapis toujour
verds ,
Par qui nous oublions l'outrage des hivers :
C'est à lui que l'on doit ces tentures fleu
ries ,
Dont le riant aspect flatte nos rêveries •
Et ces voutes d'Ormeaux , dont le feuillage
épais
Au milieu des chaleurs nous fait goûter le
frais.
C'est à lui que l'on doit ces Cascades bril
lantes ,
Et ces superbes Eaux jusqu'au Ciel jaillissan
tes ;
Illustres Monumens où nos yeux éblouis
Reconnoissent le Régne et les soins de LOUIS
Priere pour le Roy.
Grand Dieu , qui dans le Roi que la France
pour Maître ,
As versé toutes les vertus
Qui le rendent dignes de l'être ;
Conserve-nous long- tems ce moderne Titus
Augmente d'année en année
Les fruits de son tendre hymenée ;
Et fais à nos derniers Neveux ,
( En
NOVEMBRE. 1732. 2317 .
( En transmettant son Trône à sa Lignée au
guste )
Goûter l'Empire doux et juste ,
Qui comble aujourd'hui tous nos voeux,
Arboribus morem imposuit Populisque.
Varier. Præd. Rust.
LETTRE de M.... sur le siècle où a
vêcu Pierre de Natalibus , sur la situation
de son Evêché , et sur la singularité
de son Ouvrage.
E suis bien aise , Monsieur , de ne
JEvous pas renvoyer le treiziéme Volume
du Journal des Sçavans d'Italie¸imprimé
à Venise , sans vous faire part dequelques-
unes de mes remarques. Ce volume
contient veritablement bien des
choses qui sont de mon goût. Tels sont
les Extraits de la Dissertation de M. l'Abbé
Vignoli , sur l'Epoque de la premiere
année de l'Empereur Severe , qui se voit
sur la Chaire de Marbre de S. Hyppolyte,
conservée dans la Bibliotheque Vaticane
; je mets encore de ce nombre ce qui
est rapporté d'après les Ouvrages de
A v M.
2318 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque d'Adria , touchant différens.
Sujets de l'Antiquité Litteraire , et la
Dissertation sur l'Urne sépulcrale d'une
Prafica , avec les Observations sur les Fu
nerailles des Anciens . La découverte des
Fragmens de S. Irenée , inconnus jusqu'ici
à tous les Editeurs , et même au Pere
Massuet , m'a paru très digne d'attention ,
et on lit avec plaisir les sçavantes Notes.
qui accompagnent ceux d'entre ces Frag--
mens qu'on a jugé à propos d'inserer dans
ce Journal. L'article X. de ce Volume
qui critique quelques endroits de Vos--
sius sur les Historiens Latins , m'a arrêté
davantage . Si dans chaque Nation on entreprenoit
de relever les fautes de ce Bi- .
bliothequaire , et de ceux qui sont venus
après lui , on pourroit avoir dans la sui- -
te une connoissance des Ecrivains plus .
éxacte qu'on ne l'a euë jusqu'à présent ,
et encherir de beaucoup sur la Bibliotheque
de M. Dupin . J'ai oui dire qu'un
sçavant Benedictin de la Congrégation de
S. Vanne a conçû le dessein de refondre..
cette Bibliotheque je souhaite que cette
nouvelle se trouve veritable.
Entre les trois Auteurs dont on parle
dans les Remarques sur Vossius , j'en ai
choisi un qui est assez obscur dans un
sens , et qui cependant est assez célébre
si
FONOVEMBRE. 1732
2319
si on l'envisage d'un certain côté. C'est
celui que les Ecrivains appellent Petrus de
-Natalibus, et que quelques François se sont
ravisés depuis peu d'appeller Pierre des
Noëls. L'Auteur des Remarques sur Vossius
qui ne se nomme pas , m'a paru très
-au fait touchant la Ville d'Equilium, dont
ace Pierre étoit Evêque. Il en décrit la situation
d'une maniere très éxacte , et il
-marque soigneusement comment ce nom
Equilium a été corrompu en plusieurs manieres
différentes. Il prouve ensuite que
cet Evêché n'a pas été si inconnu que l'a
dit Sandius : que dès le tems du Pape
Jean VIII. il y eut un Pierre d'Equilium,
et un Felix Evêque de la même Ville. Il
en nomme encore d'autres avant et depuis
l'Episcopat de Pierre de Natalibus ,
et il assûre que cet Evêché est sous le Patriarchat
de Grade. Il nous auroit fait
plaisir de citer quelques anciennes Descriptions
des Provinces Ecclesiastiques de
ces pays là. Ces monumens peuvent n'être
pas rares en Italie. A son défaut je
vous rapporterai ce que j'en trouve dans
un Manuscrit du treizième siècle , où sont
détaillez tous les Evêchez d'Italie . In
•·Histria supra mare , Patriarchatus Gradensis
bos habet suffraganeos ; Castellanum
Torcellanum Aquilensem , Esulanum , Ca-
2 Avj pru
2320 MERCURE DE FRANCE
prulensem , Closenum , Civitatis nova. Il
est hors de doute que par Esulanum il faut
entendre Equilum. Le Journaliste en convient.
On voit dans cette énumération
des sept Evêchez de quoi autoriser de
plus en plus l'Auteur à refuter Ferrari ,
qui a dit dans son Lexicon Geographique
qu'Equilum avoit été du Patriarchat
d'Aquilée , et de quoi combattre ceux qui
ont confondu cet Equilum avec Cittanova
, qui est située dans le même Pays.
Vossius est ensuite repris avec trèsgrande
justice , pour avoir dit que Pierre
Evêque de cette Ville publia vers l'an
1470. quelques Histoires sur les Saints.
C'est à l'époque du tems auquel il le fait
vivre , que l'Anonime Italien en veut
d'abord . Il blâme avec raison Aubert le
Mire , Warton et autres , d'avoir fait vivre
cet Evêque jusques vers la fin du XV .
siécle. M. Dupin fait voir , dit- il , beaud'inconstance
dans ce qu'il a écrit
sur cet Auteur , et après avoir bien rencontré
dans le X. Tome de sa Bibliotheque
, il s'explique dans le douzième d'u
ne maniere opposée à ce qu'il avoit avan
cé. C'est ordinairement dans les derniers
volumes que l'on corrige les fautes dans
lesquelles on est tombé : M. Dupin a fait
sout le contraire. Les Bollandistes n'ont
coup
pas
NOVEMBRE . 1732. 2321
pas fait de même car après avoir dit
dans la Préface de leur premier Tome de
Janvier que ce Pierre de Natalibus étoit
contemporain de S. Antonin de Florence ,
ils assurent dans le premier Tome de Février
que cet Evêque est beaucoup plus
ancien que S. Antonin ; ce qui les mit au
fait de l'âge de notre Auteur, fût une Note
tirée d'un Exemplaire considérable de
son Catalogus Sanctorum , écrit en 1403 .
par un Curé de Saint Raphaël , à la fin
duquel on lisoit ces mots : Petrus Episcopus
Venetus scribere inchoat anno M.CCC.
LXIX. die festo S. Bernarbe , adhuc plebanus
existens, Sanctorum Apostolorum Venetiarum
Diocesis Castellanensis . Opus vero
ad exitum
per
duxit anno M. CCC . LXXII.
die xxvI . Maii jam creatusEpiscopus Equilinus
Provincia Gradensis . Ce peu de lignes
démontre clairement que Pierre de
Natalibus a vêcu cent, ans plutôt qu'on
n'avoit crû. Le Journaliste ajoûte à cela
que dans la Venise de Sansovino il y a
une Inscription qui marque la bénédiction
d'une Chapelle de Saint Michel , faite
en 1376. où après l'Evêque de Venise
est nommé Messer Pietro Nadal Vescovo
di Jesolo. Mais je suis surpris que ce Venitien
qui paroît avoir tant à coeur de
redresser l'époque du tems auquel vivoit
Pierre
2322 MERCURE DE FRANCE
Pierre Evêque d'Equilum , ou d'Esulum,
ait oublié une preuve qui se tire naturel--
lement de l'Ouvrage même de cet Evêque.
Je ne lis guéres cet Ouvrage que:
pour y apprendre jusqu'à quel point on
a défiguré l'Histoire des Saints dans les
siécles où la critique étoit peu éclairée
Mais je ne puis m'empêcher d'avertir que
le Critique de Vossius auroit pû jetter la
vue sur le commencement de la vie de
Saint Yves , et il y auroit vû que Pierre
marque assez clairement le tems auquel il
vivoit. Il débute ainsi sur les actions de
ce saint Curé du Diocèse de Treguier .
Lib. 5. Cap. 21. Ivo Presbyter et novus Confessor
apud Trechorensem civitatem claruit ,
in diebus nostris canonizatus per Clementem
Papam sextum. Par là , l'Ecrivain déclare
sans aucune ambiguité qu'il a vêcu sous
le Pontificat de Clement VI. Or ce Pape
Limosin de naissance tint le Siége de
Saint Pierre depuis l'an 1342. jusqu'en
l'an 1352. Donc , Pierre Nadal vivoit au
milieu du XIV . siécle , et non pas du XV.-
et par conséquent il n'a pas été contem---
porain de S. Antonin . Quoique les Ecri
vains varient sur l'année dans laquelle
Clement VI. fit cette cérémonie , il est
toujours vrai de dire qu'elle se trouve
dans l'espace de ces dix années. Quel-
,
4
ques
NOVEMBRE . 1732. 2323
1
ques-uns pourroient faire remonter encore
plus haut Pierre Nadal , etassûrer
qu'il a vêcu en même tems que Saint
Yves , c'est - à - dire , à la fin du treiziéme
siécle prétendant que c'est ce qu'il a
voulu marquer , en plaçant la virgule none
avant in diebus nostris , mais après. Ce
raisonnement auroit quelque air de vrai
semblance s'il étoit bien certain que Pierre
Nadal eut regardé la Fête- Dieu comme
instituée tout récemment de son tems :
mais en éxaminant de près ce qu'il en dit ,
Lib. V. Cap. 45. on reconnoît que le nuper
ne doit pas être pris à la lettre , et qu'il
pouvoit s'entendre d'une chose déja éloignée
, puisqu'il ajoûte tout de suite tune
temporis , ce que l'on ne dit que quand il
y a déja bien du tems que les choses sont
passées . D'un autre côté , l'on ne peut pas
reculer la mort de S. Yves bien avant dans
le XIV . siécle. Ce seroit être ridicule que
de réformer l'époque à laquelle on fixe sa..
mort , par celle du tems auquel les Ins--
criptions ci-dessus rapportées disent que
vivoit Pierre Nadal.Sans recourir à laBulle
de sa Canonisation , qui est le fondement
de son Histoire , on peut prouver par un
Synode de Treguier , qu'il étoit décedé
avant le commencement du Pontificat de
Jean XXII. et par conséquent avant l'an
1316a
2324 MERCURE DE FRANCE
1316. Ce Synode tenu dans l'une des premieres
années de ce Pape , comme il pa
roît par son LXIX. Statut , ordonne dans
le soixante et dixième de la part de l'Evêque
Diocesain à tous les Curez du Diocèse
de Treguier , qu'ils engagent les peuples
à obtenir de Dieu par un jeûne extraordinaire
, et par une Messe Solemnelle
du Saint Esprit , qu'il lui plaise d'operer
de nouveaux miracles aux prieres
de Monsieur Yves Hælori. * Ce langage
déclare assez nettement que S. Yves étoit
mort alors , mais qu'il n'étoit pas canonisé
, et que les miracles étoient rallentis à
son Tombeau , ou qu'il ne s'y en faisoit .
plus , et que cependant on souhaittoit
qu'ils recommençassent , pour prouver
de plus en plus sa sainteté , à laquelle le
Diocèse de Treguier étoit interessé. Vous
avez dû remarquer cette expression , novus
Confessor. Elle désigne un Saint de
nouvelle date , c'est-à- dire , que lorsque
cela a été écrit , Messire Yves Hælori étoit
reconnu depuis peu pour Saint ; de la même
maniere que le titre de nova Solemnitas
, en parlant de la Fête- Dieu , marque
que les Livres où se trouve cet Epithete
sont écrits peu de tems après l'établisse-
Voyez ce Synode de Treguier au IV. Tome du
Trésor des Anecdotes du P. Martene , p. 1097.
ment
NOVEMBRE . 1732. 2320
ment de cette Fête.Mais je ne sçai si vous
( avez jamais fait attention que ce saint
Curé est le dernier Personnage d'entre
les Ecclésiastiques de France , et François
de naissance , qui ait été canonisé selon les
formes modernes peu de tems après sa
mort , et que depuis lui il n'y en a eu aucun
de même que depuis le siecle de
cette canonisation il n'y a point eu de
Pape François.

>
gens ,
Je me suis peut- être étendu plus que
je n'aurois dû , à faire sentir que la vie
de S. Yves peut servir à fixer le tems auquel
vivoit Pierre Nadal. Je ne sçai
après tout , si un Auteur qui a été si simple
que de canoniser toutes sortes de
en valoit la peine : je ne vous le donne
pour célébre Ecrivain que de ce côté- là.
L'envie d'enfanter un gros volume l'a
porté à y faire entrer sous le nom de Saint
tous ceux qui sont dans la Génealogie de
N. S. selon S. Luc , tous les Juges de
l'Ancien Testament , et à ne point refuser
ce titre au Roi Salomon . Il canonise
dans la nouvelle Loi tous les hommes illustres
du Catalogue de S. Jerôme , tous
les Ecrivains Ecclésiastiques de Gennade ,
et tous les Empereurs Romains qui passent
pour avoir été amis du Christianisme.
Il n'y a pas jusqu'àRolland etOlivier,
pré
2326 MERCURE DE FRANCE
·
9
prétendus guerriers du tems de Charle
magne qui ont aussi le titre de Saint. Après -
cet avertissement vous ne serez pas surpris
si en ouvrant jamais cet Ouvrage
Vous y appercevez à la fin du mois de
Janvier ces titres De Sancto Sale de
S. Heber , de S Phaleg , de S. Reй : au
premier jour d'Août de S. Salomone Rege
et Prophetâ : et dans l'onziéme Livre , de
Sancta Mamma Regina et Martyre , de
Sanctis Philippo et Philippo Imperatoribus
Martyribus , de Sancto Theodosio Magno ,
و
c. Ceci me meneroit naturellement à
vous parler de l'Ouvrage d'un certain
Carme appellé Zeger- Paul , ou plutôt du
Martyrologe de Tamayo de Salazar , Espagnol
, lequel a prétendu trouver dans
Martial un grand nombre de Saints d'Es- ·
pagne. Mais permettez - moi de remettre
cette remarque à une autre occasion , eɛ ^
de finir en vous assurant que je suis , &
Ce 31 Mai 1732.
L'OM
NOVEMBRE. 1732. 2327
L'OMBRE de Madame Deshoulieres
Mad de Malcrais de la Vigne
du Croisic , en Bretagne.
E vous étonnez point que du Royaum
sombre ..
NE
VOSOmbre .
On évoque aujourd'hui mon ombre ,
Puisque vous avez fait revivre a deux Héros ,
Pour louer un Auteur fertile en beaux propos
3 Qui sçut en Vers gravez au Temple de mé
moire.,
Celebrer un des plus grands Rois ,.
Dont la France ait suivi les Loix ,
Et du Lion du Nord vient d'écrire l'histoire g
Auteur digne en effet de sujets aussi grands ,
Que ces deux fameux Conquerants , -
Mais quittons son éloge et travaillons au vôtre
Plus long à faire qu'aucun autre.
C'est à vous seule que j'en veux ,
Jusques dans les Enfers le bruit court qu'au Par
nasse ,
Vous avez obtenu ma place ;
La Piece en Vers , adressée par Mule Malcrais , à
M. de Voltaire , Auteur du Poëme de Henry le
Grand , et de l'Histoire de Charles XII . Roy de
Suede. Cette Piece est inserée dans le Mercure du
mois de Juillet 17320-
#328
MERCURE DE
FRANCE
que si jamais on a formé des voeux
On dit
Pour voir réssusciter mon stile
Ce souhait devient inutile ,
Et qu'on retrouve dans vos Vers ,
Les
graces , les
beautez
et les
talents
divers
,
Dont
j'étois
autrefois
si
richement
pourvûë
,
Les
regrets
de ma
mort
,
désormais
superflus
,
Font
que
dans
le
monde
on
n'est
plus
Si fâché
de
m'avoir
perduë
.
Comme moi du vif
erjoüement ,
Vous avez la délicatesse ;
Du goût et du
discernement ,
Vous avez comme moi ,
l'admirable justesse.
Soit que la tendre a Euterpe , aux
amoureux
transports ,
Exerce votre
heureux génie ;
Sois que l'illustre & Polimnie ,
Vous inspire à son tour de plus nobles accords .
Et d'une façon
admirable ,
Vous fasse regretter la perte
irréparable
D'un Pere bien aimé , descendu chez les Mortse
Qu'il devoit être cher à toute sa famille ,
Si l'on en doit juger par son aimable fille !
Mlle Malcrais a fait une Idille fort jolie , in
vitulée: Les Hirondelles. Euterpe est la Muse Pas-
Boralle.
b Muse de l'Ode. Mlle Malcrais a fait unefore
belle Ode sur la mort de son Pøre,
Mais
NOVEMBRE. 17327 2324
Mais tirons le rideau sur de tristes objets ¿
Vos Vers dans un gai badinage ,
Imitant de Marot l'agréable langage ,
M'offrent de plus riants sujets ;
Tantôt d'un Astrologue ignare , e
Vous nous contez un plaisant trait ,
Tantôt d'un Capucin d d'une figure rare ,
Vous offrez à nos yeux le grotesque portrait.
Ah ! que j'aime à vous voir réprimere du Meri
cure ,
Les ridicules Ennemis ;
It certes il vous est plus qu'à d'autres permis ,
De détruire en deux mots leur injuste Censure.
Quoiqu'en vous on puisse avouer
Mille autres choses à louer ,
Je me tais , car mon interprete
Est las d'une si longue traitte.
Dans sa bouche mes Vers deviendroient af
deffaut :
Depuis que vous avez herité de mes graces ,
Il n'appartient qu'à vous de marcher sur mes
traces ,
at de m'imiter comme il faut,
Par M. PESSELIER , de la Ferté
Sous-Jouare,
• Pieces en Vers Marotiques . L'Almanach de
Nante , d le Frere Chichon.
´e Piece , intitulée : Les Censeurs du Mercure.
CON1330
MERCURE DE FRANCE
XX:XX*XXX XXX XXX***
CONJECTURES sur la formation de
Montmartre , et de la Butte de
Chaumont , près Paris.
Es Montagnes , d'une conformation
Csinguliere,ont plus de 12 toises d'élevation
dans leur plus grande coupe , qui
est vis - à-vis l'une de l'autre. Elles sont
toutes composées de lits ou de couches
posées les unes sur les autres , à peu près
comme le sont les Couches qui composent
le Crément de Riviere. La seule dif
férence sensible qu'il y a entre le Crément
de Riviere et cette matiere , c'est
que le Crément de Riviere n'a point de
Pierres , au lieu que dans ces Montagnes
il y a plusieurs lits ou bancs de Pierre.
Ces Montagnes sont divisées en deux,
par des bancs de pierre brûlée. La partie
inférieure est composée de plusieurs bancs
de pierre à plâtre. On a trouvé plusieurs
fois dans cette partie , des Ossemens , et
même un Squelette humain tout entier.
J'ai eu d'un Ouvrier , l'Os d'une côte
enchassée dans une pierre qui en avoit
été tirée.
La Partie supérieure des pierres brû
lées
NOVEMBRE. 1732 (23
$
fées , est composée comme la premiere ,
de plusieurs bancs de pierres à plâtre. On
trouve aussi des Ossemens dans cette par--
tie - cy , au dessus de laquelle il y a des
lits ou feuillets de terre , tout comme
ceux du Crément de Riviere.
Après ce petit détail , on croit pouvoir
proposer quelques conjectures , persuadé
que si on n'a pas pensé juste , on pourra
au moins donner occasion à quelque personne
plus habile de découvrir la véritable
cause Physique de ces Montagnes ,
qui ne sont certainement point un ouvrage
de la création.
L'idée la plus naturelle qui se présente
d'abord sur leur origine , c'est qu'elles
sont un crément ou un atterrissement
, de la Riviere de Seine ; mais l'élevation
de ces Montagnes , et les Pierres qu'on y
découvre , ne favorisent pas cette conjecture.
A l'égard des Pierres , la difficulté paroît
d'abord plus grande qu'elle n'est en
effet ; parce que pour peu qu'on fasse réfléxion
qu'il se trouve des Ossemens dans
le plus bas banc , on n'aura pas de peine
à se persuader que ces bancs n'y ont pas
toujours été , et qu'ils ne sont qu'une pétrification
qui a été faite , non seulement
après la formation du Crément , mais en-
Core
2332 MERCURE DE FRANCE
core dans un tems où ce terrain étoit fréquenté
par des hommes et par des animaux.
Il est bien plus difficile d'expliquer
comment un Crément a pû fe former dans
un endroit où il seroit absurde de supposer
que les eaux de la Seine se soient
jamais élevées . Cependant je crois que si
on veut se donner la peine d'examiner
ce que j'ai pensé là- dessus , on y trouve
vera quelque probabilité.
Je suppose d'abord que l'endroit où
sont à présent ces Montagnes , étoit dans
les premiers tems aussi enfoncé dans la
terre qu'il est à present élevée au dessus .
Au moïen de cette supposition assez naturelle
, on donnera une explication sensible
de tout ce qu'on a remarqué dans
ces Montagnes , qui ne faisoient autrefois
qu'un Corps ou une Colline , qui n'étoit
séparée ( autant qu'on croit pouvoir le
conjecturer ) que par une fente ou ouver
ture de la Colline , à l'endroit de Monfaucon.
Il ne sera pas bien difficile ensuite de
concevoir comment s'est formé un Crément
dans un endroit bas, auprès d'une
grande Riviere Quand je dis près, je suppose
que le Marais qui étoit entre ce fond
t la Seine , étoit dans ce tems - là bien
moins
NOVEMBRE. 1732 2335
moins élevé , qu'il n'est aujourd'hui . Et
que c'étoit plutôt un Etang ou même un
Lac aussi profond . Or la formation du
Crément de cette Colline, étant supposée
faite naturellement dans un Lac , la difficulté
ne consiste plus qu'à faire voir
comment cet endroit a pû s'élever jusqu'à
former des Montagnes , dont on ne voit
aujourd'hui qu'une partie. Il me paroît
que cette élevation a pû se faire par le
feu ; les Pierres brûlées le prouvent et font
présumer un Volcan au dessous . L'élevation
est tres-singuliere en ce que cette
Colline a été élevée toute d'une piece ,
et a même conservé son Niveau . Ce qui
a pû se faire par un torrent de feu trèsprofond
, lequel en soulevant cette masse,
se fit une ouvertute par laquelle il s'éleva
jusqu'aux bancs brûlez où il forma un
second torrent de feu ; et ce qui empêcha
cette Colline de s'élever davantage , c'est ,
si on peut hazarder cette conjecture , que
ce second torrent de feu se trouvant au
dessus des terres des environs ( comme il
est aisé de le voir ) perdit sa force par les
ouvertures qu'il trouvoit de toutes parts.
D'où l'on peut encore conjecturer que la
Partie Occidentale de cette Colline , n'étant
plus soutenue par ce second torrent
de feu , s'affaissa et se sépara ( apparem-
B ment
2334 MERCURE DE FRANCE
ment vers Monfaucon) de la Partie Orientale
, soûtenuë par le feu qui continuoit
à brûler. Cela paroît vrai -semblable , parce
qu'on voit à Chaumont huit bancs de
pierres brûlées , au lieu qu'on n'en voit
que deux , depuis Chaumont jusqu'à
Montmartre.
Il sembleroit que le nom de cette Butte
de Chaumont , a conservé la memoire de
cet Evenement. Le nom de Montfaucon
ne paroît pas marquer si expressément
cette fente de la Montagne ; cependant il
est vrai de dire que ce Roc étoit bien bas
pour avoir pris son nom des Oyseaux de
Proye qui n'habitent que les Montagnes
les plus élevées.
Au reste , si la Colline ne se remit point
dans la même place qu'elle occupoit avant
son élevation ; il y a apparence que c'est
parce que le Volcan ayant soulevé un bien
plus grand espace que celui qui fût élevé
, et qui sortit hors de la terre , les bancs
qui ne furent que soulevez , retomberent
dès qu'ils furent séparez des bancs élevez .
Cette supposition fait conjecturer pourquoi
la Colline , en s'affaissant , n'a pas repris
la place qu'elle occupoit auparavant,
et qui suivant les apparences , est restée
vuide .
L'effet de ce Volcan en long , a donné
OccaNOVEMBRE.
1732. 2335
occasion à une nouvelle conjecture . C'est
que ce Volcan pourroit bien avoir suivi
le cours de la Seine , et en élevant d'espace
en espace de nouvelles Taupinieres ,
avoir engagé cette Riviere à serpenter
comme elle fait . On a remarqué qu'audessus
de Séve , sur le chemin de Versailles
, le bouleversement de la Montagne ,
paroît sensible dans les endroits où l'on
tire des Pierres . On reconnoît dans le dérangement
de cette Montagne un effet
pareil à ceux que causent les Volcans , plutôt
qu'un ouvrage de la création . Si cette
nouvelle conjecture est aussi vraie qu'elle
paroît vrai-semblable , on peut dire que
cet accident a procuré deux grands avantages
à Paris. Le premier , pour la construction
de cette grande Ville par le Platre
qu'elle en tire à très grand marché ;
et le second , pour la facilité de la navigation
; car il est certain que si le cours de
la Seine étoit plus droit , il seroit plus rapide
et moins profond.
>
On ne sçauroit attribuer aux eaux du
Déluge la formation de cette Colline, parce
que le Déluge n'ayant duré qu'un an
il n'est pas vrai - semblabl d'admettre
dans un terme si court , la formation de
cette prodigieuse quantité de feüillers ,
qui n'ont pu se former que dans plusieurs
siecies.
Bij Au
2336 MERCURE DE FRANCE
Au reste , on ne doit point croire que
les Ossemens qu'on trouve icy , ayent pû
y avoir été jettez long- tems après la formation
et l'élevation de cette Colline ,
comme on pourroit le conjecturer de plusieurs
autres endroits des environs de Paris
où il y a des Fondrieres dans lesquelles
les Ossemens qu'on a jettez , se sont
pétrifiez ; car supposant le fait , tel qu'on
me l'a rapporté , je soutiens que la même
chose n'a pû arriver icy , parce que la
terre qui est au dessus de ces bancs , doit
être regardée comme une terre vierge et
à laquelle on n'a point touché depuis sa
formation , étant impossible qu'elle fut
feuilletée , comme elle est , si ón y avoit
touché . Si on n'est pas entré dans un plus
grand détail au sujet d'une Colline si extraordinaire
, c'est parce qu'on ne la connoît
que par le rapport des Ouvriers , ou
par ce qu'on en a pû voir soi - même en
passant.
Dans le grand nombre d'exemples que
je pourrois rapporter , pour confirmer
mes conjectures , j'ai choisi celui de Monte
Nuovo , qui fut formé dans le Lac Lucrin
au Royaume de Naples , il y a près de
200 ans. Je me flate que ceux qui voudront
comparer la formation de ces Montagnes,
ne penseront pas que la difference
qui
NOVEMBRE. 1732 2337
qui s'y trouve,soit suffisante pour faire rejetter
mes conjectures. Je ne sçais pas même
si les circonstances qu'on a remarquées ,
leur paroîtront laisser une entiere liberté
de s'en éloigner .
La nuit du 29 au 30 Septembre , l'an
1538. la terre accoucha d'un Montagne,
» qui depuis a toujours été nommée
» Monte Nuovo. Ceux qui l'ont mesurée
» disent qu'elle a 400 toises de hauteur
» perpendiculaire , et 3000 pas de tour ,
» ou un peu davantage. Les Naturalistes
» ont remarqué plusieurs manieres dont
quelques Montagnes se sont formées
» quelquefois par des tremblemens de ter-
>> re , quelquefois par des vents , quelque-
» fois par des dégorgemens sousterrains ,
» à peu près comme quand une Taupe
» pousse la terre , et fait élever ces peti-
» tes Buttes , qu'on appelle Taupinieres.
» C'est par cette derniere voie que s'est
» formé le Monte Nuovo , aussi bien que
» l'autre Montagne que je vous ai repré-
» sentée au milieu de l'ancienne Fondriere
» du Mont- Vésuve. Le Monte Nuovo a
» dit- on , un Gouffre de so pas de dia-
» metre au milieu de sa cime ; ce qui
» prouve assez sa naissance par irruption ;
» mais il n'a jetté ni feu ni flamme , ni fait
» aucun désordre depuis ceux que causa

В iij
un
2338 MERCURE DE FRANCE
un si prodigieux et un si douloureux enfantement
, la Terre en trembla , la Mer
s'en recula, le Lac Lucrin en fut presque
comblé, des Eglises , des Maisons furent
> embrasées et englouties , plusieurs hom-
» mes périrent et quantité de bêtes. Il se
» fit un bouleversement effroïable dans
tous les environs. Voiage d'Italie , de
Misson , tom. 2. pag, 73. 4º Edit.
Voyez le Cappachio Antichita di Pozzuolo
, cap. 20. pag. 164 , qui dit que co
Monte Nuovo couvrit Tripergole , et com
bla le Lac Lucrin presque tout entier ; il
ajoute queGerminio Bergio , qui addressa une
Relation en Vers de cet Evenement, dont
il avoit été témoin , au Pape Paul III .
donne de hauteur à cette Montagne 30
Stades, Ce mot Stadium, ne peut désigner
que le Staiolo ou Stadiolo , mesure usitée
en Italie pour l'Arpentage , qui est la dixième
partie de la Chaine , et d'environ
5 *
Palmes. La Palme de Naples est de
9 pouces 8 lig. , et le Staiolo de Naples
sera de 4 pieds , 10 pouces, 4 lignes et
les 30 Staioli font 146 pieds environ , ou
plus de 24 toises. On donne environ trois
mille de tour à cette Montagne.
J'ai appris de bonne part que le même
Mesure de la Terre , de M. Cassini , pag.251.
BouNOVEMBRE.
1732. 2339
Bouleversement se voit dans d'autres Montagnes,
qui sont le long de la Seine . De plus
on voit sensiblement un soulevement de
terre entre Montmartre et Séve Ce soulevement
est resté à peu près de la maniere
qu'il a été fait lors du Volcan. On ne
sera pas surpris qu'il ne se soit pas affaissé
après le Volcan , si on suppose qu'il ya
des bancs de pierres , comme par tous les
environs. Ce soulevement est aisé à reconnoître
par son élevation , par sa direction
entre ces deux endroits , et par
des Allées d'Arbres qu'on y a plantez .
****:***********
LE PROCEZ DU FARD,
Allégorie à Mad....
LA Mode et la Nature un jour ,
Vinrent au Tribunal d'Amour :
La mode y vint enluminée ,
En long étalage et grand train ,
D'amples fatras environnée ,
Le Masque et la Marotte en main ;
Nature simplement ornée ,
En Robe ondoyante , en Patin ,
Un Bouquet de fleurs sur son sein ,
Et de ses Cheveux couronnée ;
Amour , dit-elle , entends ma voix ,
B iiij
Et
340 MERCURE DE FRANCE
It qu'elle éveille ta justice .
Tu vois la fille du caprice ;
Je suis le jouet de ses loix .
Mon fils , prends part à mes outrages ,
A ton Empire , à mes attraits ,
Ils
portent de communs dommages ;
Corrompre , alterer mes ouvrages ,
N'est- ce pas émousser tes traits ?
Sans tant discourir , dit la Mode ,
Montrons aux yeux notre pouvoir ;
"Amour est un Dieu qui veut voir ,
Et qui gouta cette méthode.
Nature appuya ce dessein ,
Et choisit G... pour modelle.
L'Amour essuya de sa main ,
Cette couche artificielle ,
Enfant de l'art et du matin ,
Et G..... n'en fut que plus belle.
C'étoit l'Aurore au front serein
Lorsqu'elle ne fait que d'éclore ,
Et
que
Par les couleurs
dont
il l'a peint
Seiché
la fraîcheur
de son teint
.
La Mode
sur
d'autres
modeles
Fait
son
chef
-d'oeuvre
concerté
,
Dresse
ses Tables
solemnelles
Phoebus n'a pas encore
9
Et de cent Machines nouvelles ,
Cons
NOVEMBRE. 1732. 2341
Construit l'Autel de la Beauté.
Sont art , ses ruses furent telles ,
Si bien sa Magie opéra ,
Qu'enfin elle défigura
Une Héroïne d'Opéra .
On rit de cette oeuvre postiche :
Au petit Monstre enjolivé ,
L'Amour fait construire une Niche ;
A l'autre , un Temple est élevé ;
Toy , dit l'Amour à la Nature,
Viens rendre une couleur plus pure ,
Aux Beautez qui suivent mes pas ;
Mes traits ont formé leurs appas ,
Pour les yeux , non pour la
parure,
Tout s'embellira sous ta loi ;
Ta Rivale n'a pour te nuire ,
Que l'art passager de séduire ,
L'Art constant de plaire est à toi.-
Belle G ... c'est ton partage ;
Si tu vois couvrir d'un nuage ,
Tes beaux jours de sérénité ,
C'est l'art jaloux de la nature ,
Et contr'elle encor révolté ,
Qui sous le nom de faculté ,
Fait à tes attraits cette injure
Et te punit de ta beauté ;
Eloigne un secours redouté-
By D'un
2342 MERCURE DE FRANCE
D'un souris rappelle et rassure ,
Les Ris , enfans de la santé ;
Et dans le sein de la gayeté ,
Cherche une guérison plus sûre.
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime
, au sujet du Livre intitulé : Spectacle
de la Nature , &c.
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature ; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisque
je vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard . Mais , Monsieur
, permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde
, et son mérite si généralement reconnu
, qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien . Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
me de l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,
que l'obscurité du titre a peut-être ralentie
. Au reste , je vous dirai en passant
que si vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre . Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut -être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi
ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic , depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance
, et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur , que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre . En voici la raison . Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui -ci ;
que
et si on osoit y reprendre quelques deffauts
, ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj
enchaî2344
MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme
, qui ayant étudié à fond la Nature
, se plaît à lui en développer les secrets
les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux . L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre
, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du Pere-
Bouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele
; je réserve ce jugement à des personnes
plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement
qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues
; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE . 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence
, et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monum positum in hominum veterum authoritate
, et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur habere gravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius , qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit
étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui- même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible
et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros . Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi
des moeurs
, des passions , une espéce d'intrigue
, un noeud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere
seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue,
et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et
l'usage également nécessaire dans le Dialogue
comme dans la Tragédie .
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent , est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique ,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait
naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir ; car, comme
le dit fort bien Horace :
DiffiNOVEMBRE
. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,
que des noms supposez et sans réalitez.
Ces derniers n'ont rien qui interesse
le Lecteur . Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir . Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides , me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue . Ce n'est pas que les caracteres
ne soient bien conservez . Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine
, célébre , sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes
à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite ..
Je les consulte avec confiance , je les écoute
avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même
chose .
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier . Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même
impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt
qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit
moi - même. L'àrdeur avec laquelle
ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit.
Persuadé que la dispute seroit
réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE . 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes
. Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace
, un Dialogue animé me transporte .
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer
Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche
, ou quelqu'autres dont la réputation
célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir .
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide
des Jeux et des divertissemens , ait volontairement
sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application . Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse , a sans doute oublié la
vivacité de cet âge . Quelques particularitez
ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité
, l'Auteur y a - t -il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme .
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours
, et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois
si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours
de bon accord , c'est- à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. On s'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE . 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage
, en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans .Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le coeur qui parle . Le sujet est traité sérieusement
, quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent
de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Ce moïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir . Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre
dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens
sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles . Il
connoît à fond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter
, a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-
tems plein de pieté et de Religion


>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister
à celle des poissons. On le dit charitable
, désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals
à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose . II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes
de son âge et de sa condition à raconter
differens traits arrivez durant sa jeunesse
, durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui , ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre
parler plus souvent . Enfin je trouve
trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance . Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres
, le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes
est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement
ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , que je
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns,vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité
de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître
l'ouvrage , je choisirai deux morceaux
entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits
qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez . Le premier
endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles - mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit- il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement,
qu'une bouillie ou une sorte de pourriture
apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une
meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
peliiNOVEMBRE.
1732. 2355

pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion
vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe , et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement
differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le premier
étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux
; l'autre est paré des plus vives couleurs .
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture
grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature
, et il l'embellit lui - même . La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur . Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions
des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit .
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit2356
MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout
dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes
, capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai
pas votre jugement. Chacun s'étoit
engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à- fait singulieres .... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection . Vû d'une certaine façon .
cet animal me plaît , et j'espere montrer que
bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie
, il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes
, mais il les a solides ... Il n'a pas la voix
tout-à - fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de
suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître
le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est - il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses
Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en oeuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons
de quoi remplir à chaque instant quelqu'un
de nos besoins . Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens
de campagne , c'est - à - dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent . L'Asne
est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison
achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur
obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations
qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent
et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup
des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui
connoissent leur labourage , et rien de plus,vont
leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence
l'année derniere . Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- à-
C dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit
on pas mieux fait de le donner comme
une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison
, mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger . Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun
aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur a gardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE . 1732. 2359
faire innocemment . On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant
le dire à lui - même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui . Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre
dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on
leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732,
Cij EPITA
2360 MERCURE DE FRANCE
EPITAPHE
D'UN YVROGNE
Sur les Bouts- Rimez proposez dans le Mercure
de Mai dernier.
Cx gît Paul , qui sembloit ne vivre que pour
Habile à depenser , non à faire
boire
butin

Parlant fort mal François , encor moins bien
latin ,
Mais criant aussi haut qu'un Charlatan en foire
Meilleur gourmet qu'aucun qu'ait vu naître la
poire
Yvre , il marchoit de nuit , sans craindre le lutin
Vêtu d'un long pourpoint doublé de vieux satin .
Il aimoit cent fois mieux un Harang qu'une poire.
rabot;
que nabot ,
Ne sçachant manier ny bêche ny
Il vendit tout son fonds , plus courtois
Et le pauvre homme enfin dévint comme une
souche
Mais s'il prit quelquefois un Roe pour un batemwo,
Un
NOVEMBRE . 1732 2361
Un Clocher pour un Arbre, un lac pour unruisseau,
Jainais pour du Nectar il ne prît du vin
F. M. F.

louche
S'il est permis aux Sçavans de se délasser
quelquefois de leurs travaux litteraires
, sans sortir du Cabinet , en mettant
à la place des Etudes sérieuses , qui
les occupent ordinairement , des sujets
plus simples et propres à égayer utilement
et l'Auteur et les Lecteurs , c'est
particulierement dans la Saison où nous
sommes , Saison destinée aux innocens
plaisirs de la Campagne , et à donner un
relâche nécessaire aux plus importantes
Occupations de la Ville. C'est dans cet
esprit , sans doute , que M. C. occupé
toute l'année à remplir dignement un
Ministere qui n'a pour objet que le bien
public , et qui a déja orné ce Journal
de très -bonnes choses a composé la
Piéce qui suit. » Le sujet , dit-il lui - même
, en nous l'envoyant , est extrême-
» ment simple , mais j'ai tâché de l'égayer
»et même de l'orner par l'assemblage de
<» presque tout ce qui a été dit là - dessus
>
par les Grammairiens , les Historiens
» les Naturalistes , les Poëtes , &c. ainsi
» avant que de juger si j'ai eu raison , ou
C iij non ,
2362 MERCURE DE FRANCE
» non d'employer à cette production
» quelques momens de loisir.
,
Perlege quodcumque est , quid Epistola lecta nocebit
?
OVID.
XX :XXXXXXXX:XXXXX
LETTRE sur l'Ail , écrite par M. Coc-
QUARD , Avocat au Parlement de Dijon
à M. **. le 15 Septembre 1732.
Q
,
l'Ail , et avez
Uoi ! Monsieur Vous qui aimez
tant l'Ail , et qui avez occasion d'en
parler tous les jours , vous avez jusqu'ici
negligé de vous instruire si la pureté de
notre Langue veut qu'on dise des ails , ou
des aulx , ou simplement de l'ail ? En verité
, je ne vous reconnois pas , et j'ai trop
de soin de votre réputation , pour ne
vous pas donner sur le champ l'éclaircis
sement que vous désirez .
Quoique , suivant la régle génerale établie
par Vaugelas , 1 tous les noms dont
les pluriels se terminent en aulx , se terminent
en al , ou en ail , dit T. Corneille,
Remarq. sur la Langue Franç. verb . Pseaume
pénitentiel.
I tous
NOVEMBRE. 1732 2363
I tous les noms terminez en ail ou en al
n'ont pas aulx au pluriel ; car si bail fait
baux , émail émaux , travail travaux , &c.
attirail , camail , détail , éventail , &c.
font attirails , camails , détails , éventails :
de sorte que c'est à l'usage seul qu'il faut
recourir pour décider votre doute sur le
mot Ail.
Si l'on en croit un Grammairien ano
nyme , 2 on peut se servir de ce mot au
pluriel , et on doit dire des ails et non
des aulx. Richelet 3 avance que ce
mot ail faisoit il y a quelque - tems son
pluriel en aulx , mais qu'aujourd'hui il se
termine d'ordinaire en ails.
pas
Consultez au contraire Furetiere , 4 il
vous dira qu'ail fait aulx au pluriel . L'Académie
Françoise 5 tient le même langage
; et je ne doute pas non plus que si
l'on étoit absolument contraint de se setvir
du mot ail au pluriel , il ne fallût dire
des aulx et non pas des ails.
Mais , Monsieur , le plus sûr est de
n'employer ce mot qu'au singulier , et
Notes sur Vaugelas , verb. Pseaume péni
tentiel.
2 Réflex. sur l'usage présent de la Langue.
3. Dictionn. verbo ail.
4 Dictionn. verbo ail."
5 Dictionn. vérbo ail.
C iiij voici
2364 MERCURE DE FRANCE
voici mes garants . Le Grammairien anonyme
que je citois tout à l'heure , et qui
s'est déclaré pour ails plutôt que pour
aulx , avoue cependant qu'il aimeroit
mieux dire deux têtes d'ail que deux ails .
Menage I soûtient qu'encore que tous nos
Anciens ayent dit aulx , et même plusieurs
de nos Modernes , ce mot ail n'est plus
usité qu'au singulier. Richelet demeure
d'accord qu'il est plus en usage au singulier
qu'au pluriel . M. de la Touche 2 croit
qu'on ne dit ni ails ni aulx au pluriel :
disons donc , il mange de l'ail , il aime
fail , il a mangé deux têtes d'ail , & c.
Eh bien ! Monsieur , vous voilà satisfait
sur l'usage de ce mot; souffrez, s'il vous
plaît , que je me satisfasse à mon tour, en
déclamant ici contre la chose même ; d'autant
plus que c'est vous qui m'en avez
donné depuis peu un juste sujet.
Il vous souvient , Monsieur , que Samedi
dernier , soupant chez vous avec notre
ami ... vous nous vantâ es certains mets ,
qui me parurent effectivement si délicieux
, que je ne pûs m'empêcher
149
1 Observ. sur la Langue Franç. Tom . 1. ch.
2 Art de bien parler François , Tom. II . ver
bo ail.
De
NOVEMBRE. 1732.
2365
De faire en bien mangeant l'éloge des mor
ceaux I
Et de dire à la louange de votre Ćuisinier
:
Ma foi , vive Mignot et tout ce qu'il apre
te 2

Mais je ne vous eus pas plutôt quitté ,
que je m'aperçûs de sa trahison , et que
» Dans le monde entier ,
Jamais empoisonneur ne sçût mieux son métier.
3
Je me trouvai incommodé en rentrant
chez moi ; et après m'être plus d'une fois
écrié avec Horace : 4
Quid hoc veneni savit in pracordiis ?
Num viperinus his cruor
Incoctis herbis mefefellit ? an malas
Canidia tractavit dapes ?
Je reconnus enfin que mon incommodité
provenoit très - certainement de la
trop grande quantité d'ail que votre Cuisinier
avoit mis dans ses ragoûts . Et quoi-
Plines assûre l'ail est ami de Ve- que que
1 Boileau , Sat. III.
2 Boileau , Sat. III.
3 Ode 3. Liv . V.
4 Hist. Natur.L. XX. Ch, 6.
Cv nus,
2366 MERCURE DE FRANCE
nus , et fait dormir ; je m'allai non seut
lement coucher dans un appartement éloigné
de celui de ma femme , mais je ne pûs
fermer l'oeil de toute la nuit ; je la passai
en murmurant , tantôt contre votre Cuisinier
, et tantôt contre vous - même ; oui,
contre vous-même , mangeur d'ail que
Vous êtes ; et s'il vous arrive jamais de
demander de semblables ragoûts lorsqu'il
vous plaira de m'inviter , vous serez bien
heureux que je me contente de faire contre
vous l'imprécation dont Horace I menaça
autrefois Mécene , qui lui avoit fait
manger d'un plat d'herbes où l'on avoit
mêlé de l'ail :
A si quidunquam tale concupiveris,
Jocose Mecenas, precor
Manum puella suavio opponat tuo ,
Extrema et in spondâ cubet.
Dès que les Cocqs commencerent à
chanter , je me levai dans le dessein d'aller
respirer à la Campagne un air plus
pur que celui de ma chambre , qui étoit
empestée les exhalaisons de l'ail dont
par
j'avois été empoisonné la veille.
» Mais admire avec moi le sort dont la pour
suite
Ode 3. Liv. 5 . y.
Me
NOVEMBRE. 1732. 2367,
Me fait courir alors au piége que j'évite. 1
:
Comme c'étoit un Dimanche , je fus ;
avant que de partir , obligé d'entendre
la Messe à peine étois-je à genoux dans
le fond d'une Chapelle , que de miserables
Vignerons , qui se vinrent ranger
autour de moi , penserent me faire évanoüir
par l'odeur insupportable de l'ail qui
avoit déja infecté leur haleine : ce qui me
fit faire deux refléxions ; l'une , que si
j'avois eu le malheur de naître chez la
Nation Egyptienne du temps qu'on la
voyoit
Adorer les Serpens , les Poissons , les Oi
seaux
» Aux Chiens , aux Chats , aux Boucs , offrir
des Sacrifices ,
Conjurer l'ail , l'oignon d'être à ses voeux propice
,
» Et croire follement maîtres de ses destins ,
>> Ces Dieux nez du fumier porté dans ses Jardins
;
Je n'aurois jamais pû me résoudre à fléchir
les genoux devant l'ail , et j'aurois
bien plutôt offert mon hommage à des
Dieux encore plus ridicules que tous
ceux dont Boileau a parlé d'après Juve-
溪Racine , Andromaque , Act 1. Sc. 1.
Cvj
nal
2368 MERCURE DE FRANCE
nal et Pline 1 dans les Vers que vous ve
nez de lire.
Ma seconde refléxion fut que de même
qu'il étoit défendu à ceux qui avoient
mangé de l'ail , d'entrer dans le Temple
de la Mere des Dieux , 2 il seroit à souhaiter
qu'à l'avenir , on défendit aussi
très -expressément à toutes personnes de
quelque qualité et condition qu'elles fussent
, de mettre le pied dans nos Eglises
après en avoir mangé
En attendant ces défenses salutaires ;
j'eus beau inviter les Manans dont j'ai
parlé , à s'éloigner un peu de moi , par
rapport à l'incommodité que me causoit
l'odeur de l'ail dont ils s'étoient regalez.
Rustica progenies nescit habere modum. 5 ·
?
Ces Manans ne bougerent point : Palsandié
, me répondit l'un d'entre eux
si cette odeur vous incommode tant , je consentons
, pour vous faire plaisir , de ne jamais
manger d'ail , à condition néanmoins
que vous nous envoyerez tous les jours des
mêts plus friands . Cette repartie , de la
1 Boileau , Sat. 12. Juvenal Sat. 15. Pline
Hist . nat . Liv. 19 ch. 6.
2 Athenée , Liv . X. ch. s.
3 Ovide.
2 C
part
NOVEMBRE . 1732. 2369
part d'un Rustaud , m'en rappelle en ce
moment une toute semblable que fit ац-
trefois un Philosophe à la bonne Déesse :
Voici à quel propos. Stilpon de Mégare ,
Disciple d'Euclide , étant non-seulement
entré dans le Temple de Cybelle , après
avoir bien mangé de l'ail ; mais s'y étant
couché et endormi , il crut voir en songe
cette Déesse qui lui reprochoit ainsi son
audace : Quoi ! Stilpon , vous êtes Philosophe
, et vous violez ma loi qui défend
L'entrée de mon Temple à tous ceux qui ont
mangé de Pail Ah ! Déesse , répondit
Stilpon toujours en révant , donnez - moi
و
manger quelque chose de meilleur , et je
vous jure que je ne mangerai plus d'ail.
Vous remarquerez , Monsieur , en pas
sant , qu'Athenée 1 rapporte cette avanture
comme une marque de la tempérance
de Stilpon , et qu'au contraire , Mé
nage 2 et Bayle 3 l'alleguent comme une
preuve de l'irréligion de ce Philosophe.
Je n'examinerai point ici qui d'Ath née
ou de Ménage et Bayle a raison , de peur
que vous ne me disiez , d'après un Proverbe
Grec >
4 que vous m'avez parlé
I Liv. X. Ch. 5.
2 Sur Diogene Laërt. L. II . n. 117.
Dictionn. verbo. Stilpon , Remarq. E.
4 E'zw' própoda mi a iww , &c.
Fail
2370 MERCURE DE FRANCE
d'ail , et que je vous réponds d'oignon . Revenons
donc au petit voyage que j'avois
médité , et dont vous avez été la
cause.
Au sortir de la Messe , je partis , espérant
qu'après avoir bien pris l'air , je me
réjouirois à Chenove I chez un de mes
amis qui m'avoit très - souvent prié de
l'aller voir cette Automne. A moitié chemin
, je rencontrai une certaine Coquette
,
Qui souvent d'un repas sortant toute enfu
mée ,
Fait même à ses Amans trop foibles d'estomac
>
Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac. z
Aussi tôt qu'elle m'eut reconnu , elle
fit arrêter sa Chaise , moins pour me
souhaitter le bon jour , que pour avoir
occasion de se plaindre de ce que dernierement
je lui présentai mon oreille lorsqu'elle
voulut m'embrasser à son retour
de ***. En un autre tems , j'aurois d'abord
été un peu embarassé sur ma réponse
à ce reproche imprévû ; mais j'étois si
rempli de l'idée de l'ail , que cela me fit
1 Village à une lieuë de Dijon.
2 Boileau , Sat. X.
souve
NOVEMBRE. 1732. 2371
Souvenir sur le champ d'un Passage de
l'Amphitryon de Moliere , 1 où Sosie
s'excusant de n'avoir pas voulu baiser
Cléanthis , lui dit :
J'avois mangé de l'ail , et fis en homme sage
» De détourner un peu mon haleine de toi.
Ainsi je me tirai promptement d'affaire
avec ma Coquette , en lui débitant ces
deux Vers , que son amour propre lui fit
prendre pour une excuse sincere, et nous
continuâmes notre voïage ; elle du côté
de Dijon , et moi du côté de Chenove
Mais que cette Coquette fut bi n - tôt
vang'e et du refus que j'avois fait de recevoir
son baiser , et de l'excuse que je
venois de lui alléguer ! Car étant arrivé
chez mon ami , je vis de si jolies et de si
agréables Demoiselles de ma connoissance
, qu'une prompte tentation me vint de
les embrasser; j'étois sur le point d'y suctomber
, quand à quelques pas d'elles , ja
sentis ,
Namque sagacius unus odor , 2
Je sentis l'odeur de l'ail le plus fort
dont la liberté qui regne à la Campagne ,
les avoit engagées dès le matin à faire dé
1 Act. 2. Sect. 30
2 Horace , Ode 12. liv.ş..
bau
2372 MERCURE DE FRANCE
bauche ; de sorte que , comme , selon
Plutarque , l'Aimant frotté d'ail n'attire
plus le fer , ces Belles n'eurent plus le
pouvoir de m'attirer , si - tôt que j'eus reconnu
que l'Ail avoit porté préjudice à
leur haleine.
Pour comble d'infortune,lorsque l'heure
du dîné fut venue , on nous servit force
ragoûts , que j'aurois voulu que les.
Harpyes nous eussent enlevez de dessus
la Table , car ils étoient encore plus empoisonnez
d'Ail que les vôtres. Toute la
Compagnie ne laissa pourtant pas de s'en
régaler :
Pour moi , j'étois si transporté ,
Qui donnant de fureur tout le festin au Diable
,
" Je me suis vû vingt fois prêt à quitter la Table
,
» Et dût - on m'appeller et fantasque et bourru
J'allois sortir enfin quand le Rot a paru. 2
Après dîné , on proposa une partie de
Quadrille , dont je fus ravi ; car comme il
s'offrit des Joueurs plus empressez que
moi , je me retirai dans un petit Cabinet,
où mon Ami me donna pour m'amuser ,
less Bucoliques de Virgile ; Ouvrage tres-
1 Propos de table , liv . 4. q. 7.
a Boileau, Sat. 111-
pro
NOVEMBRE . 1732. 2373
propre à lire à la Campagne , mais mon
mauvais sort me fit , à l'ouverture du Liyre
, justement tomber sur ces Vers :
Thestylis et rapido fessis messoribus astu ,
Allia , serpyllumque herbas contundit olentes . I
Robustes Moissonneurs , à qui l'Ail ne
fait point de mal , m'écriai - je à l'instant,
que j'envie votre estomac de fer !
O dura messorum ilia ! 2
Le passage de Virgile me fit naître la
curiosité de m'éclaircir dans le Commentaire
, d'où vient que dès le tems du Prince
des Poëtes Latins , l'on donnoit de l'Ait
aux Moissonneurs , fatiguez de la chaleur
du jour ; j'appris , et vous ne serez pas fâché
d'apprendre , que c'est parce qu'on
s'imaginoit que l'Ail desseche les humeurs
, causées par la trop grande quantité
d'eau que les gens de cetre espece ont
coutume de boire , et sert de préservatif
contre le venin des Serpens qui pourroient
les piquer.
Quelles que soient ces raisons , et quoique
Briot 3 ait écrit que l'Ail est la Thériaque
des Païsans , il me semble que si
1 Eglog. 2.
2
Horace , Ode 3. liv. 5.
1 Hist. natur. d'Angleterre
.
}
j'avois
2374 MERCURE DE FRANCE
j'avois été en la place de ce Païsan donɛ
parle la Fontaine , 1 à qui son Seigneur
offensé dit :
I
De trois choses l'une , '
» Tu peux choisir ; ou de manger trente Aulx
J'entends sans boire , et sans prendre repos ,
B Ou de souffrir trente bons coups de Gaules ,
Bien appliquez sur tes larges épaules ,
Ou de payer sur le champ cent écus.
Il me semble , dis - je , que je n'aurois
pas été incertain du choix , et que je me
serois bien gardé de préferer , ainsi que le
Païsan , les trente Aulx sans boire , aux
trente coups de Gaules , et au payement
des cent écus ; j'aurois mieux aimé , au
contraire , recevoir les trente coups de
Gaules et payer encore les cent écus , que
les trente Aulx , même en bûde
manger
vant.
Enfin , Monsieur , mon aversion pour
l'Ail est si grande , qu'à mon retour , j'ai
renouvellé à ma Cuisiniere les deffenses
que je lui avois faites d'en acheter jamais
et d'en mêler dans aucune Sauce , ni dans
aucun Ragoûts et quoique Aristophane
2 ait voulu décrier un Avare , en disant
tom. I. I Conte 5.
2 Dans la Comédie des Guespes .
qu'il
NOVEMBRE. 1732 2375
qu'il ne donnoit
pas une tête d'Ail , je me
flate au contraire qu'on me loüera de ce
que je n'en donnerai point du tout , et
qu'on ne me regardera pas pour cela com →
me un avaricieux . Bien plus , je vais faire
mettre au dessus de la Cheminée de ma
Cuisine un Tableau , où seront imprimezen
gros caractere , ces mots : NE M'ANGE
NI AIL NI FEVES , qui sont la traduction
d'un Proverbe Grec.
Je prévois , Monsieur , que pour soutenir
les interêts des Mangeurs d'Ail ,
vous me répondrez que ce Proverbe Grec
ne doit pas être pris à la Lettre , et qu'il
signifie : Ne vas pas à la Guerre , et ne sois
pas fuge. Je conviens que Suïdas qui le
raporte , 2 prétend que c'en est là le véritable
sens , parce qu'autrefois les Soldats
portoient avec eux et mangeoient de
Ail , et que les Juges rongeoient des
Féves pour s'empêcher de dormir à l'Audience
mais aussi vous devez convenir
que pour faire entendre que le métier de
Soldat , et la condition de Juge n'étoient
pas à envier ; on ne s'est servi de ce Proverbe
: Ne mange ni Ail , ni Féves , que
parce qu'au fond c'est un fort mauvais
aliment.
;
Z Mélanges Historiques .
E
2376 MERCURE DE FRANCE
Et ne me repliquez pas que Pline le
Naturaliste i dit qu'on croit que l'Ail est
bon pour quelques Médicamens , sur tout
à la Campagne ; car je vous répondrai.1 .
que
les Poisons servent aussi dans la Médecine.
2 ° . Que le même Pline a remar
qué 2 plusieurs mauvaises qualitez de
F'Ail , entr'autres qu'il est venteux , qu'il
desseche l'estomac , qu'il cause la soif et
des inflammations , qu'il corrompt l'ha
leine , qu'il est nuisible à la vue. Qu'on
fasse cuire , ajoute - t - il , 3 de l'Ail qui
naît dans les Champs , et qu'on l'y séme
ensuite , les Oyseaux qui en mangeront
seront si étourdis,qu'ils se laisseront prendre
à la main.
A considerer même l'étymologie du
mot Ail , il vient sans contredit du mot
latin Allium. 4 Or Allium n'a été ainsi
appellé , selon Isidore , 5 qu'à cause de la
forte odeur qu'il répand , Allium dictum
quòd oleat.
4
Et cette odeur infecte tellement l'endroit
où croît l'Ail , que la même terre
ne peut en porter deux années de suite
7.1 Liv. 19. ch. 6.
2 Liv. 19. ch. 6. et Liv. 20. ch . 6.
3
Liv. 20. ch . 6.
4 Richelet , Dictionn , Verbo , Ail .
s Origin. ou Etymol. liv. 17. cap. 10. des cho
es rustiques.
eq
NOVEMBRE. 1732. 2377
et que cette plante craint de s'y succeder
à elle-même. Cette derniere observation
est d'Olivier de Serres , 1 dans son Théatre
d'Agriculture , qui , si l'on s'en rapporte
à Scaliger , 2 est si beau , qu'Henry
IV. à qui il est dédié , se le faisoit apporter
après dîner , durant trois ou quatre
mois ; et tout impatient qu'étoit ce Prince
, il y faisoit à chaque fois une lecture.
d'une demi heure. Continuons :
Eh ! comment pourroit - on se persuader
que l'Ail n'est pas pernicieux , puisqu'il
se nourrit du plus mauvais suc de la
terre ? C'est ce qui résulte de ce passage
de Plutarque : 3 Comme les bons Jardiniers
, dit - il , estiment que les Roses et
les Violettes deviennent meilleures lorsqu'il
y a de l'Ail semé auprès , parce que
Ail attire tout le mauvais suç de la terre
qui les nourrit , de même notre ennemi
attirant toute notre envie et notre malignité
, nous rend plus traitables et plus.
gracieux envers nos amis qui sont dans
La prosperité. Remarquez er core , s'il vous
plait , Monsieur , le parallele que fait Plu
tarque , de l'Ail et d'un Ennemi .
I Olivier de Serres , sieur du Pradel .
2 Scaligeriana.
3. Traité de l'utilité qu'on peut recevoir de ses
ennemis .
Oka
2378 MERCURE DE FRANCE
Oseroit- on , après cela , trouver étran→
ge qu'Horace ait dit , 1 que l'Ail est plus
nuisible que la Ciguë ?
Cicutis allium nocentius ?
Que pour faire mourir les Parricides ;
il ne faut point choisir d'autre poison
que l'Ail ?Que l'herbe dont Médée frotta
Jason , lorsqu'il alloit pour dompter les
fiers Taureaux qui gardoient la Toison
d'Or, étoit de véritable Ail ? Que la robbe
qu'elle envoya à la fille de Créon , sa
Rivale , étoit empoisonnée avec del Ail ?
Notre Ami *** qui vient d'entrer
dans mon Cabinet , et qui par ces dernie
res lignes , qu'il a lûes familierement pardessus
mon épaule , a deviné que cette
Lettre s'addressoit à vous , m'avertit que
vous ne manquerez pas de me faire icy
une objection que vous lui fîtes un jour ,
lorsqu'il vous cita cette Tirade d'Horace :
c'est - à - dire , que vous ne manquerez pas
de soûtenir qu'on doit rejetter le témoi
gnage de ce Poëte , parce qu'il ne paroît
pas tout-à-fait d'accord avec lui- même ,
puisqu'il attribue à l'Ail deux effets contraires
, en disant que l'Ail fut salutaire à
Jason , et funeste à la fille du Roy de
Corinthe. Jules Scaliger avoit fait cette
Ode 3. liv. 5.
marque
NOVEMBRE. 1732. 2379
remarque avant vous , Monsieur ; mais
quelque plausible qu'elle semble d'abord
M. Dacier 1 y a suffisamment répondu ,
en faisant voir qu'Horace prétend que
Médée avoit donné quelque Antidote à
Jason , et que cet Ail dont elle le frotta
n'agissoit point contre lui , mais contre
les Taureaux qu'il vouloit dompter.
,
C'est pour le coup ,Monsieur , que vous
direz avec fondement de mon éloquence
, ce que Varron et Balzac 2 ont dit
de celle de quelques Sçavans , qu'elle sentoit
l'Ail. Comme je craindrois que les
nouvelles Observations que je pourrois
ajoûter au sujet de l'Ail , ne vous engageassent
à faire à votre tour contre moi ,
cette imprécation de Plaute.
Te Jupiter Diique omnes perdant , oboluisti allium .
Je suis , M onsieur , & c.
M. Cocquard nous permettra , s'il lui
plaît , d'ajouter une Remarque à ses cu
rieuses Recherches. Nous l'empruntons
du Sçavant Bochart. Les Habitans d'As
talon , Ville Maritime de la Palestine , et
Patrie du Grand Herode , faisoient,dit- il,
un si grand cas de l'Ail et des Oignons ;
qu'une espece d'Oignons , qui approche
I Remarque sur l'Ode 3. liv. 5. d'Horace,
2 Dissertat. polit.
V3 Most. a. 1. 5. Ie
2380 MERCURE DE FRANCE
de l'Ail , a été appellée de leur nom As-
λovaîov et ce sont nos Echalotes , lesquelles
tirent visiblement leur nom de
ce mot Grec.
BOUTS- RIMEZ du Mercure de
May 1732. remplis sur ces Vers
d'Horace.
Qui fit , Mecenas , ut nemo quam sibi sortem ;
Seu ratio dederit , seu fors objecerit , illâ
Contentus vivat , ¿c,
PLus un Yvrogne boit , plus il demande à
Le Soldat n'est jamais content de son
boire
butin,
Pour changer son état , chacun met son latin
Par des tours quelquefois pis que ceux de la foire.
Le Jeune batelier veut voguer sur la
Sans sçavoir s'il le peut , comme un petit
loire :
lutin
La Coquette en Damas veut troquer son satin
Tout est plus inconstant que l'Arbre où pend
la poire.
Ce fut ainsi qu'Adam * méprisant son
rabot ,
* Maître Adam étoit Menuisier de Nevers, et un
Devint
NOVEMBR E. 1732. 2381
Devint un grand Auteur d'un Ouvrier nabot
Et par ce changement fit l'honneur de sa souche.
Souvent l'ambition est semblable au
Qui pour trop hazarder périt sur le
Tel croit bien voir son but qui ne le
Ornement du siecle où nous sommes ,
Vous n'aurez rien de moi , sinon
Que pour les Vers et pour le nom ,
Vous êtes le premier des hommes.
Bateau ,
Ruisseau
voit qu'en
louche.
GROUSTEL DUCHESNE'.
ETABLISSEMENT d'une Académie
Royale des Belles Lettres , à la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 20 Août 1732.
Iville Rochelle , une Société de
Ly a depuis plusieurs années dans la
Gens de Lettres , dont l'objet est de se
perfectionner dans les connoissances qui
concernent l'Eloquence et la Poësie . Cette
Société a enfin obtenu des Lettres Patendes
bons Poëtes du dernier siecle. Voici une Allusion
qui futfaite à son nom par M. le Comte de
Saint Aignan.
D tes
2382 MERCURE DE FRANCE
>
tes à l'instar des autres Corps Académiques
du Royaume, par lesquelles le Roy,
en approuvant un dessein qui tend à distinguer
cette Ville par la Litterature
comme elle l'est par l'étendue et par l'éclat
de son commerce , authorise les Assemblées
et les Reglemens necessaires
pour maintenir l'ordre et la splendeur de
la nouvelle Académie.
A la fin des Lettres Patentes en forme
d'Edit, donné à Versailles au mois d'Août
1732. est un Etat des Personnes que S. M.
a nommées pour composer l'Académie
Royale ; le Roy se réservant de nommer
encore pour une fois seulement, cinquante
Personnes , à mesure que les sujets se
présenteront pour faire le nombre de 30
Personnes conformement aux Lettres
Patentes.
Académiciens honoraires.
MESSIEURS.
L'Evêque de la Rochelle.
Le *** Commandant dans la Ville.
Bignon , Intendant de la Généralité.
Le Marquis de Bourzac..
Le Président du Présidial.
Le Lieutenant General.
Le Procureur du Roy
Le
NOVEMBRE , 1732. 2383
Le Maire de la Ville.
L'Abbé de Langery.
Académiciens Titulaires.
MESSIEURS le Marquis de la Cheva
Leraye. Boutiron Avocat. Cadoret Chanolne
et Conseiller au Présidial , Cadoret de
Beaupreau Conseiller au Présidial. De
Hillerin Doyen du Chapitre. De Hillerin
Trésorier du Chapitre. De Chassiron
Conseiller d'honneur. Darger Chanoine.
Fontaine Lieutenant particulier. L'Abbé
Girouard. Girard de Bellevue Assesseur.
Gastumaux Négociant . L'Abbé de Moncrif
Theologal. Robert de Beaurepaire
Conseiller au Présidial. Regnaud Avocat.
Valin Avocat.
+
Fait et arrêté , à Versailles le 24º jour
d'Avril 1732. Signé , LOUIS. Et plus
bas , PHELYPPE AUX.
Suivent aussi les Statuts que le Roy
veut et ordonne être observez par l'Académie.
Ils sont au nombre de xxxv . dont le
premier porte qu'elle sera composée de
Xxx Académiciens , nez dans le Païs d'Aunix
, ou de Pere de la même Province. On
les choisira , s'il se peut , résidents dans la
même Ville de la Rochelle. On pourra
Dij nean2384
MERCURE DE FRANCE
néanmoins élire des personnes de la Province
domiciliées ailleurs , ou des Etrangers
établis et demeurant dans cette Vilpar
la considération de leur merite.
le,
Les fonctions du Directeur , du Chancelier
, et de deux Secretaires , sont réglées
par les Articles III. IV. et V. Les
autres Articles concernent les fonctions
l'ordre , et la police de l'Académie. Fait
et arrêté à Versailles le même jour 24.
Avril 1732. Signé , Phelyppeaux.
Ces Lettres Patentes furent envoyées à
la Societé Litteraire par M. Bignon , Intendant
de la Rochelle , qui étoit alors
à Paris ,avec une de ses Lettres , dattée du
premier Juillet , par laquelle il paroît que
S. A. S. M. le Prince de Conti , Protecteur
de l'Académie , les lui avoit addressées
.
On en fit pour la premiere fois la lecture
dans une Assemblée tenuë le 14 Juillet.
L'Abbé de Moncrif , l'un des nouveaux
Académiciens nommez par le Roi,
en prit occasion de faire son remerciment
à M M. de la Societé Litteraire, qui
l'avoient admis depuis peu dans leur
Compagnie , et l'avoient chargé de porter
la parole à M. l'Intendant , à l'occasion
des services qu'il venoit de rendre
pendant son séjour à Paris , pour l'expédition
NOVEMBRE . 1732. 2385
dition des Lettres Patentes . Ce Discours
fut extrêmement goûté par sa délicatesse
et par sa précision , rien n'y fut cependant
oublié de tout ce qui devoit natu
rellement y entrer. On écouta surtout
avec une attention singuliere ce que dit
l'Académicien au sujet de la * Princesse à
qui l'Académie doit son Auguste Protecteur
, et en particulier l'article qui concerne
le Prince.
Prince charmant , dit- il , reste précieux et
unique d'Ayeux si dignes de l'amour des
François , en particulier des Provinces voisines
dont ils ont été les Peres , et les Mat
tres. Prince en qui l'on a vu des dispositions
toujours si fort au- dessus de son âge , un esprit
juste , penetrant , dont éclatent tous les
jours des traits d'un naturel si heureux , que
nous ne devons point douter de voir se réunir
en lui avec le sang des Condés , des Contys ,
toutes les perfections glorieuses qu'ont partagées
tant de Heros dont il est descendu. Aussi
le Ciel semble en avoir pris un soin si
singulier , qu'il a fait naître pour le former
un de ces Hommes rares , dont le génie vaste
, l'imagination féconde , la solidité du ju
gement , font un de ses plus parfaits Ouvrages.
C'est Mentor lui- même , dont les sages
* S. A. S. la Princesse de Conty.
* M. De la Chevaleraye.
*
Diij leçons
2386 MERCURE DE FRANCE
Leçons , et l'active vigilance ont donné aux
dispositions si admirables du jeune Prince
tout l'éclat dont elles étoient susceptibles.
M. Gastumaux , Directeur de la Societé
Litteraire , quoique non prévenu sur
le Discours dont on vient de parler , fit
sur le champ une Réponse qui contenta
tous les Auditeurs.

?
Le 18 du même mois l'Académie s'étant
' assemblée , M. Regnaud , Avocat , à la
tête de tous les Membres , prononça à
l'Hôtel de Ville un Discours qui mériteroit
d'être transcrit ici en son entier ; c'est
ce que les bornes d'un Extrait ne sçauroient
permettre , et ce qu'on tâchera de réparer
dans la suite. Če Discours reçût tous
les applaudissemens qu'il méritoit.
Le 25. l'Abbé de Moncrif , choisi par
l'Académie , comme on l'a déja dit , pour
marquer sa reconnoissance à M. Bignon ,"
s'acquitta de cette fonction par un autre
Discours , qui en son genre n'étoit pas inferieur
à celui du même Académicien
dont il est parlé ci - dessus.
Le 28. M. de Chassiron , Conseiller
d'Honneur au Présidial , complimenta
au nom et à la tête de l'Académie
M. de Chambon , Lieutenant pour le Roi
dans la Ville et Château de la Rochelle
Commandant en l'absence du Gouverneur
NOVEMBRE. 1732. 2387
neur , et Académicien honoraire . On ne
peut parler plus dignement ni en moins
de paroles sut ce sujet.
Comme M. l'Evêque de la Rochelle
n'étoit pas dans la Ville , l'Académie jugea
à propos de lui écrire pour lui faire
part de son érection , &c. La Lettre ne
contient rien que de beau et de mesuré.
Elle est dattée du même jour 18 Juillet ,
et signée de M M. l'Abbé de Moncrif
Darger , Fontaine , Cadoret , de Chassiron
, Gastumeau , Valin , Regnaud , et
Cadoret de Beaupreau.
EPITRE de M. de Voltaire à Mlle Gossin
, Actrice du Théatre François , sur
la Tragédie de Zaïre , dont elle jonë le
principal Rôle.
J'
Eune Gossin , reçois pour tendre ho
mage ,
Reçoi mes Vers au Théatre applaudis ,
Protege- les , Zaïre est ton Ouvrage ;
Il est à toi puisque tu l'embellis :
Ce sont tes yeux , ces yeux si pleins de charmes
,
Qui du Critique ont fait tomber les armes ;
Ton seul aspect adoucit les Censeurs ;
D iiij
L'Il2388
MERCURE DE FRANCE
L'Illusion , cette Reine des coeurs ,
Marche à ta suite, inspire les allarmes ,
Les sentimens , les regrets , les douleurs ,
Le doux plaisir de répandre des larmes ;
Le Dieu des Vers qu'on alloit dédaigner
Est par ta voix aujourd'hui sûr de plaire.
Le Dieu d'Amour à qui tu fus plus chere
Est par tes yeux bien plus sûr de régner.
Entre ces Dieux désormais tu vas vivre :
'Helas ! long-tems je les suivis tous deux ;
Il en est un que je ne puis plus suivre :
Heureux cent fois le Mortel amoureux ,
Qui tous les jours peut te voir et t'entendre,
Que tu reçois avec un souris tendre ;
Qui voit son sort écrit dans tes beaux yeux ,
Qui meurt d'amour , qui te plaît , qui t'a
dore ,
Qui pénetré de cent plaisirs divers ,
A tes genoux oubliant l'Univers ,
Parle d'amour et t'en reparle encore !
Mais malheureux qui n'en parle qu'en Vers.
CIN
NOVEMBRE . 1732 2389.
CINQUIE ME LETTRE de M. D.
L. R. écrite à M le Marquis de B.
dans laquelle , à l'occasion d'Oran , et
d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle
Edition des Oeuvres de Sigonius , & C.
J
2
E ne vous parle plus , Monsieur , d'Oran ni
de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment ins
truit de toutes les circonstances de la conquête
de ces deux Places, et des suites qu'elle a eues jus
qu'à présent. La saison où nous sommes défend
L'attendre d'autres progrès avant le retour du
Printemps. Vous sçavez , sans doute , Monsieur
, que dès le commencement du mois de
Septembre la Mer Mediterranée n'est presque
plus praticable du côté de la Barbarie , et qu'il
en coûta cher à l'Empereur Charles V. lorsqu'il
entreprit en personne, au mois d'Octobre 1541 .
La Conquête d'Alger , avec une puissante Flote
qui périt miserablement sur ces Côtes . Laissons
donc pour quelque- tems les Affaires d'Affrique.
Oran sçaura bien- en attendant , se soutenir
avec un si brave * Gouverneur, contre les foibles
efforts des Maures . C'est inutilement qu'ils ont
attaqué depuis quelques tems le Fort de S. André
, c'est avec aussi peu de succès qu'ils ont
cru faire une diversion importante en engageant
le Roi de Maroc à faire de nouveaux efforts contre
la Ville de Ceuta , efforts favorisez par la
* Le Marquis de Santa-Crux.
D v
déser1
2390 MERCURE DE FRANCE
*
désertion et par la trahison d'un Seigneur Espagnol
,, que sa conscience punit peut être déja , et
que le Ciel confondra un jour . Mettons plutôt
Monsieur , à la place d'Exploits guerriers , qui
ne sont pas de saison , quelque chose qui ne soie
guéres moins de votre ressort , et qui puisse vous
Occuper agréablement dans le séjour que vous
continuez de faire dans vos Terres.
>
Un sujet se présente ici naturellement , et qui
un raport indirect à celui que je suis obligé de
quitter ou de suspendre. J'ai eu l'honneur de
vous parler dans ma derniere Lettre du Sçavant
Jesuite , Charles Sigonius , Auteur de la vie d'André
Doria , et je vous ai dit , ce me semble
qu'il n'est pas aisé d'assembler tous ses Ouvra→
ges , qui sont cependant considérables , cet Auteur
n'ayant traité que de grands sujets et
Payant toujours fait habilement, ils manquent aut
jourdhui dans plusieurs bonnes Bibliotheques , et
les Provinces en sont presque entierement de
pourvûës. Comme je me plaignois de cette disette,
et que je faisois des voeux pour une nouvelle Edia
tion , j'ai été agréablement surpris par la récep
tion d'un Imprimé latin de 8. pages in- 4. pu
blié à Milan il y a quelques mois , qui contient
le plan d'une belle Edition de Sigonius , laquelle
se fait actuellement dans cette Ville . C'est, Monsieur
, de quoi j'aurai l'honneur de vous rendre
compte dans ma Lettre d'aujourd'hui.
L'Auteur de cette entreprise est M. Argelati ,
Homme du premier mérite , et des plus connus
dans la République des Lettres , singulierement
par la part qu'il à au vaste Recueil des Ecrivains
de l'Histoire d'Italie Il est Directeur de la Sa
*Le Duc de Riperda.
cieté
NOVEMBRE. 1732 2391
cieté Palatine , Académie des plus celébres de
l'Europe , fondée à Milan par le Comte Archin
to , Neveu du Cardinal- Archevêque de ce même
´nom.
M. Argelati commence dans son Ecrit adressé
à tous les Sçavans de l'Europe , par relever le
mérite litteraire de Sigonius , reconnu de tout
le monde sçavant , et le prix de ses Ouvrages ,
imprimez plus d'une fois , tant en Italie que
dans le reste de l'Europe , ce qui n'a pas empê
ché , dit-il , qu'ils ne soient devenus enfin d'une
grande rareté , au regret des habiles gens , et
surtout des amateurs de l'Antiquité. Il y a longtems
que notre Sçavant s'étoit proposé de remé
dier à cet inconvenient ,en donnant une nouvelle
Edition de Sigonius ; il s'y est enfin déterminé ,
et il a mis la main à l'oeuvre dans les conjonctures
, et par les considerations énoncées assez au
long dans son Programme que je me dispense de
répéter ici .
Je n'obmettrai pas cependant une circonstance
bien louable , qui marque un grand désinteressement
et un pareil amour pour les Lettres ,
c'est que pour accelerer cette Edition, et pour le
ver toute difficulté , M. Argelati s'est mis en
état de fournir de son propre fonds tout ce qui
peut être nécessaire à l'éxecution de son entreprise
, pour ne faire aucun tort aux Membres de
Ja Societé Palatine ni au Public , ne Palatinorum
Sociorum , dit- il , rationes diverterem in aliam causam
, vel postrema comuni cura priorem aliquantisper
publico cum incommodo turbarem.
Le premier soin du sçavant Editeur a été de
rechercher et d'assembler en un corps , non- seulement
tous les Ouvrages imprimez de Sigonius ,
dont quelques -uns sont devenus très-rares , mais
D vj encore
2392 MERCURE DE FRANCE
encore ceux qui n'ont jamais vu le jour : ce qu'il
n'a pû faire par lui-même a été éxecuté par des
Amis sçavans et éclairez. Visite de Bibliotheques
, d'Archives publiques et particulieres , rien
n'a été oublié ; ce qui a été suivi d'un succès
auquel M. Argelati avoue que la grande réputa
tion de Sigonius a eu beaucoup de part , particulierement
à l'égard des Ouvrages Manuscrits de
notre Auteur , dont cette nouvelle Edition sera
enrichie dans les derniers volumes.
L'ordre et la coutume demandoient de mettre
à la tête de l'Edition un abregé de la vie du celébre
Sigonius . Personne ne pouvoit mieux s'en
acquitter , dit M. Argelati , que M. L. A. Muratori
, qui outre son rate sçavoir et sa sagacité ,
se trouve être de la même Ville de Modene , Paarie
de Sigonius , et par conséquent plus à portée
qu'un autre de prendre des instructions domesiques
et sûres. Le succès de ce travail a été audelà
de tout ce qu'on pouvoit attendre de M. Muratori.
Ceux qui aiment à s'instruire de l'Histoire
Litteraire et personnelle de certains Sçavans ,
trouveront, sans doute, de quoi se contenter dans
le travail dont il s'est chargé au sujet de Sigonius.
Sur quoi M. Argelati lui marque une parfaite
reconnoissance .
Le premier volume de la nouvelle Edition commence
par les Fastes Consulaires de cet Auteur.
Tout le monde connoît l'importance et la necessité
des Fastes Consulaires , on sçait aussi en
combien d'embarras et de difficultez ils ont souvent
jetté les amateurs de l'Antiquité. On avoit
lieu de croire que cet Ouvrage , si pénible en soi,
avoit été rendu parfait par le travail de Sigonius:
mais comme depuis sa mort , on a déterré quan
tité de Monumens Antiques , et qu'on en désouyre
NOVEMBRE . 1732. 2393
couvre encore tous les jours , on s'en est servi
pour perfectionner encore davantage , pour corriger
même en plusieurs endroits l'Ouvrage du
docte Ecrivain, C'est un soin dont a bien voulu
se charger , à la priere de M. Argelati , le R. P.
Joseph- Marie Stampa de Côme , Clerc Régulier
de la Congrégation des Somasques , qui a fait
entrer dans cette Edition toutes les Observations
des plus célebres Critiques sur le sujet en question,
sçavoir celles du P. Petau , de Pighius , d'Almelowen
, qui ont plus servi à confirmer qu'à
corriger les Fastes de Sigonius , celles de Mezabarba
, du P. Pagi , de M. de Tillemont , du
P. Blanchini , et suivant l'ordre des tems , celles
du Cardinal Noris , de M. Reland , de Cuspinien
, et de Panvinius , sans oublier les propres
Observations du P. Stampa , qui n'a pas toujours
souscrit à toutes les Remarques de ces grands
Critiques , et qui a donné de son fonds une belle
Dissertation préliminaire , et d'autres Discours
remplis d'érudition sur cette matiere , à quoi il
faut ajoûter la continuation des mêmes Fastes ,
qu'il a conduits depuis la mort d'Auguste , Epoque
où Sigonius s'étoit arrêté , jusqu'à l'Empire
de Diocletien et de Max imien . Autre Epoque où
commence un second Ouvrage de notre Auteur,,
dont on va parler , et qui acheve de remplir le
premier Tome.
Cet Ouvrage , divisé en plusieurs Livres , est
tout historique , et regarde l'Empire d'Occident ,
de Occidentali Imperio . Il a été revû et illustré
par un sçavant Benedictin du Mont- Cassin, nommé
le P. Dom Janvier Salinas , Napolitain.
M. Arlegati fait ici un court éloge de la capacité
de ce Religieux , dont le travail immense doit
Stre
2394 MERCURE DE FRANCE
1
être d'un grand secours à ceux qui étudieront cet
autre Quvrage de Sigonius.
Le second Volume contiendra en XX . Livres
P'Histoire du Regne d'Italie , de REGNO ITALIE
C'est la revision de ce grand Ouvrage , qui occupe
actuellement M. Argelati , aidé des lumieres
et du travail infatigable de M. Joseph- Antoi
ne Saxi , Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne.
Ce travail sera sans doute d'une grande utilité
à cette partie de l'Edition de Sigonius , on
en peut juger par le témoignage qu'en rend l'Editeur
, il est magnifique et fort étendu dans le
Programme Latin.
,
M. Argelati déclare ensuite qu'il n'a fait encore
aucun arrangement à l'égard des autres
Ouvrages de Sigonius , mais que chacun de ces
Ouvrages paroîtra dans cette Edition avec les
Notes et les Observations qui lui conviennent
soit anciennes et déja publiées , soit nouvelles et
fournies par de sçavans Hommes . Par exemple ,
à l'égard des Traitez intitulez de Antiquo Jure
Civium Romanorum , Italia ac Provinciarum ,
de Judiciis. De Binis Comitiis et Lege curiata.
On aura dans la nouvelle Edition , non-seulement
les Annotations de Grævius , répandues
dans son Trésor des Antiquitez Romaines , mais
encore les Prolegomenes du sçavant Horatius
Blanci . Jurisconsulte Romain , et les Commentaires
suivis de Jean Maderni de Milan , autre
fameux Jurisconsulte.
,
et.
Pour ce qui regarde les Livres de Atheniensium,
eorumque ac Lacedamoniorum Temporibus , P'Illustre
Editeur nous apprend qu'ils ont occupé la
capacité d'un Homme de Lettres des plus versez
dans la connoissance des Langues Orientales , et
dans celle de l'Histoire , lequel s'est enfin renda
NOVEMBRE. 1732. 2395
du à ses instances réïterées , à condition qu'il ne
seroit point nommé ; rare exemple de modestie
, consentant avec peine qu'on nommât seulement
la Compagnie de Jesus , dont il est mem
bre. Surquoi M. Argelati prend occasion de
marquer en ces termes , sa reconnoissance generale
et particuliere : Hoc erit perpetua laudis argumentum;
nam sicut coetus iste Lucidissimas quot in
coelo stellas doctrinarum omnium faces enumerat .
ita cuique me devotum beneficiorum acceptorum memoria
perpetuo profiteor.
Sigonius ne s'est pas contenté de traiter l'Histoire
et l'Antiquité prophane. Il a aussi écrit sur
la Republique des Hebreux , et des Commentaires
sur l'Histoire de Sulpice Severe , qui ont été publiez
de son vivant ; sans compter huit Livres entiers
de l'Histoire de l'Eglise , qu'il avoit composez
, et qu'on ne desespere pas de retrouver .Le
tout ensemble pourra former un volume entier ,
séparé des autres , suivant le plan de l'habile Editeur
, qui a eu soin d'enrichir les deux premiers
Ouvrages des Notes et des Eclaircissemens dont
ils avoient besoin .
Il marque là- dessus sa parfaité reconnoissance
envers M. l'Abbé Laurent Maffei , si connu par
ses Ouvrages , et particulierement par ses Remarques
sur le 4° Tome d'Anastase le Bibliotequaire.
Ce Docte Abbé s'est en effet donné de
grands soins pour ce qui regarde les Livres de
la République des Hebreux , et les Commentalres
sur Sulpice Severe , lesquels servent beaucoup
pour l'intelligence du premier Ouvrage.
Nul n'étoit plus propre que lui pour ce travail
ni plus à portée de profiter de plusieurs secours ;
singulierement de celui de la Biblioteque du Comte
Charles Archinto , l'une des plus belles et des
mieux fournies dè l'Italic,
Majs
2396 MERCURE DE FRANCE
Mais ce que M. Argelati a le plus affectionné
entre les Ouvrages de Sigonius , c'est ce que cet
Auteur a écrit de la Ville de Boulogne , Patrie de
l'Editeur , qui a quelque rapport à l'Histoire
tant sacrée que prophane. Il s'est présenté plusieurs
Sçavans Boulonnois , que le même amour
de la Patrie a portés à concourir là - dessus , avec
M. Argelati. Deux de ces Sçavans , Auteurs de
plusieurs Ouvrages imprimez , ont principalement
mis la main à l'oeuvre : sçavoir , le R. P.
Louis Rabbi Servite , qui a revû tout ce qui concerne
l'Histoire Sainte ; et M. Alexandre Machiavelli
, fameux Jurisca soulte , qui s'est donné
le même soin pour l'Histoire prophane.
A l'égard de la Vie du Celebre André Doria
écrite par Sigonius , M Argelati ne s'est déchargé
sur personne du soin de la revoir et d'y faire
les augmentations convenables ; il s'est attaché
sur tout à y ajouter les Traitez, les Négociations
et les autres Actes publics des affaires importan
tes ausquelles ce grand Capitaine a eu part . Ces
Monumens ont été tirez des Archives de la République
de Gennes , et obligemment communiquez
par M. Mutius , à qui la Garde en est confiée
, et qui aime beaucoup les Lettres et les
Sçavans.
Je ne doute pas , Monsieur , que M. Argelati
ne voye aussi , avec plaisir , peut- être avec quelque
profit,certaines circonstances de la Vie d'André
Doria , qui sont dans les Lettres que je me
suis donné l'honneur de vous écrire au sujet de
la conquête d'Oran , et qui sont omises dans
Sigonius : La Médaille , par exemple , frappée
en son honneur , que j'ai fait graver , et la Statue
de Marbre qui lui a été érigée , qu'on peut
• Mercure de Septembre 1732 .
faire
NOVEMBRE. 1732. 2397
faire graver dans la nouvelle Edition ; à quoi je
dois ajoûter deux beaux Portraits du même An
dré Doria , qui ont été peints , l'un par Sébas
tien Vénitien Frate del Piombo , vers l'année
1540 et l'autre par Agnolo Bronzino , Peintre
de réputation , Eleve de Piantorme , vers 1550.
lesquels doivent être à Gennes , dans le Palais
Doria.
Sigonius ayant aussi écrit la Vie de Scipion , et
celle de P. Emile , sur les Monumens Histori-'
ques , Grecs et Latins , M. Argelati s'est pareillement
appliqué à les revoir et à les perfectionner.
Enfin le Sçavant Editeur s'est entierement prêté
à la revision , à la Critique et à l'illustration du
Traité , intitulé : Judicium de Romana Historia
Scriptoribus : Ouvrage que plusieurs Critiques ont
douté être veritablement de Sigonius. M. Argelati
y a épuisé sa patience et n'a rien oublié pour
le rendre utile ; nouvelles Cartes Géographiques ,
plus exactes que les premieres , Tables et Indices
tres amples , enfin tout ce qui peut concourir à
rendre un Ouvrage parfait , a été employé.
Voilà , Monsieur , l'Exposition la plus exacte
et la plus abrégée que je puis vous faire de l'entreprise
et du labeur de M. Argelati , sur les Euvres
de Sigonius , tirée de son Programme Latin.
Je ne doute pas que vous n'en soyicz édifié , ainsi
que de sa générosité et de son désinteressement. Ilfinit
, en marquant sa parfaite reconnoissance
envers Sa Majesté Imperiale , Auguste Protec
trice de la Société Palatine de Milan , sous les
Auspices de laquelle , lui et tous les Membres de
cette Académie , travaillent heureusement à l'avancement
des Lettres , et en particulier à la perfection
de l'Histoire , Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , ce 25 Octobre 1732.
Nous
2398 MERCURE DE FRANCE
Nous avons averti dans le précédent Mercure
que le premier Volume de l'Edition , dont il est
parlé dans cette Lettre , se trouve chez le Sr Debure,
fils, Libraire, Quai des Augustins , à l'Image
S. Germain , lequel délivrera des Billets de Souscription
, signez de M. Argelati , à ceux qui voudroient
souscrire pour les Volumes suivans. Nous
ajouterons icy que toute l'Edition ensemble sera
des vol. in fol. avec des Figures tres- bien gravées
, et qu'on trouvera chez le même Libraire
le Prospectus, dont il est parlé dans la Lettre; avec
l'Instruction concernant les Souscriptions, et tout
le détail necessaire aux Acquereurs de cet Ouvrage.
"
{ LA CHENILLE ET LA FEMME
FABLE.
Henille , effroyable animal ,
Dont le voisinage importune ,
Qu'à nos arbres tu fais de mal !
'Ah! Dieux , je crois en sentir une.
La Chenille ayant entendu
Ce qu'une Femme disoit d'elle ,
Sans se fâcher a répondu :
Ma laideur n'est point éternelle ,
Bien- tôt changée en Papillon ,
J'aurai des couleurs admirables ;
Du blanc , du bleu , du vermillon ,
BE
NOVEMBRE. 1732 2399.
DELA
VILLE
Et je serai des plus aimables.
BIBLIO
HEQUE
LYON
Plus d'une belle à ce qu'on dit ,
Est de moi l'image complette ;
Chenille en sortanr de son lit ,
Papillon après sa toilette .
*** *** ***
LETTRE de M. Morand à M. D. L. R.
en réponse à celle de M. F. J. Chirur
gien de Soissons , sur la Taille.
J'a
'Ai vû , sans étonnement , Monsieur
dans le Mercure du mois dernier . , la
Lettre de M. F. J. et je réponds sans
peine à ses refléxions : comme ellés paroissent
fondées sur ce que dans ma Lettre
imprimée dans le Mercure du mois.
d'Août , je ne me suis pas expliqué assez
clairement sur la Méthode de M. Foubert
pour la Taille laterale, je commencerai
par exposer ici ce que j'ai voulu
dire.
Après avoir appris au Public que dans
le Printems de la présente année 1732. il
y avoit eu quatre tailles à la Méthode de
M. Cheselden faites avec succès , je
croyois devoir l'informer de la suite des
Tailles latérales depuis le détail que vous
en
2040 MERCURE DE FRANCE

en avez donnéen Juillet 1731. et j'en annonçois
quatre autres dont deux ont été
faites par M. Foubert , avec des changemens
dont il a fait part à l'Académie de
Chirurgie. Je n'ai donc pas assez distingué
la Taille de M. Foubert , de celle de
M. Cheselden ; si c'est là ma faute , je
déclare que je n'ai englobée celle de
M. Foubert avec les autres , que comme
deux tailles de l'espéce qu'on nomme en
général latérale , relativement au grand
appareil , que je n'ai pas prétendu les confondre
pour la Méthode , et que si M.
Foubert trouve mauvais que j'aye fait
usage de ses opérations en faveur de la
Taille latérale , prise relativement au
grand appareil , je serai exact à l'avenir
a ne citer que celles qui seront faites par
la Méthode de M. Cheselden . Pour rectifier
dès-à- présent cet endroit , je dirai
que depuis le détail qu'on a lû dans le Mercure
de Juillet 1731. où je parle de dixhuit
opérations faites par cette Méthode
dont quatorze ont réussi , il y en a eu six
de faites , dont cinq ont réussi.
à
Aux risques de déplaire à M. F. J. que
ces listes de guérisons
importunent , il
faut cependant en ajoûter une nouvelle.
J'ai taillé le 14 Octobre dernier un homme
qui avoit eu plusieurs fluxions et abs
cès
NOVEMBRE . 1732. 2041
ressoit par bonté
cès dans les parties voisines de celles de
la taille. M. Sylva Medecin , et plusieurs
Chirurgiens y étoient présents ; j'ai tiré
une pierre de la grosseur d'un abricot , et
le malade a été guéri sans avoir eu le moindre
accident. C'est un homme pour qui
Madame la Princesse de Bouillon s'inte
et par charité.
Je dois encore apprendre au Public que
dans le voyage de M. Cheselden à Paris ,
il dit à un Ministre respectable qu'il étoit
en état de publier la premiere centaine
de ses opérations , que la seconde seroit
bientôt complette , et qu'il n'en avoit encore
perdu que neuf. Voilà bien des listes
, et bien des sujets d'impatience pour
M. F. J. mais il vaut autant les réunir
toutes sous un même point de vuë , puisqu'il
s'agit d'éxaminer à présent si le jugement
qu'il en a porté est équitable.
Voici les motifs qui me les ont fait publier.
Toutes les fois qu'il est question d'une
nouvelle Méthode à établir ou à justifier ,
on est necessairement obligé d'entrer dans
des détails qui deviennent inutiles lorsque
la méthode est établie ou justifiée , et
il faut nécessairement faire l'énumeration
des faits sur lesquels on veut l'appuyer. Il
n'est donc pas étonnant que j'aye publié
les
2042 MERCURE DE FRANCE
les opérations faites en France par la méthode
de M. Cheselden , puisqu'elle y est
nouvelle , et que c'est sur un grand nom
bre de faits qu'elle peut être établie. Ainsi
le compliment que M. F. J. fait aux illustres
Lithotomistes de Paris est déplacé
, parce que le Public , moins attentif
sur une Méthode ancienne , a toujours
les yeux plus ouverts sur une Méthode
nouvelle. L'énumeration de mes
tailles n'est donc pas hors de propos ; je
vais l'autoriser des exemples
.
par
>
On n'a point fait de procès au célebre
M. Rau , quand il a dit dans un Discours
publié à Leyde , qu'il avoit fait son opération
sur 1547. Malades. On n'a point
regardé comme un séducteur du Public
M. Douglas , quand il a donné les nom ,
surnom , et âge de ceux sur qui il avoit
pratiqué le haut appareil. On n'a point
dit à M. Cheselden qu'il présentoit les
choses sous une face dangereuse quand à
la suite de sa Méthode , publiée en 1730.
il a donné le catalogue de ceux qu'il
avoit taillés depuis 1727. Cette énumeration
de faits ne m'est donc point particuliere
, et si c'est une faute , je suis bien
excusable de l'avoir faite après de si grands
hommes.
D'ailleurs , il est évident que ce que
j'ai
NOVEMBRE . 1732. 2403
j'ai produit à cet égard étoit plus en faveur
de l'opération que de l'Opérateur
puisqu'à mes opérations j'ai ajoûté celles
de Mrs Perchet , Garengeot , le Cat. C'a
été enfin sans partialité , puisque j'ai
publié les mauvais succès comme les
bons.
,

Il faut présentement prouver que j'ay
dû publier ces faits , et que j'ai eu des
motifs très - pressans de le faire. En effet
il sied mal à M. F. J. de dire qu'il valoit
mieux laisser dans l'oubli les faits que je
rapporte que de les divulguer. De bonne foi ,
si sur le nombre de 24 Sujets taillés en
France par la méthode de M. Cheselden
dont 19. ont été guéris et 5. sont morts ;
il y en eut eu 19. de morts et 5. guéris
auroit on laissé ces faits dans l'oubli ? Répondre
affirmativement , ce seroit ne pas
connoître ce qu'on appelle communément
jalousie de métier. Je n'en veux d'autre
preuve que ce qui s'est passé après la
mort de M. de Janson on a d'abord
répandu dans la Gazette d'Hollande
du mois de Mai 1731. que l'Opération
latérale étoit deffendue en France ;
ensuite le Mercure de France a publié que
sur les inconveniens connus de cette opération
, on ne l'avoit point fait cette année
dans l'Hôpital de la Charité , afin
que
2404 MERCURE DE FRANCE
que les Pauvres servent d'instruction aux
Eleves sans être leurs victimes . Après de
telles atteintes données à cette Méthode
il est clair que je devois nécessairement
apprendre au Public , que cette opération
bien loin d'être deffendue , comme le
disoit la Gazette d'Hollande , venoit d'être
faite sur six Sujets. Il falloit nécessairement
lui apprendre que cette opération,
bien loin de faire de nos Malades nos victimes
, comme le disoit le Mercure , venoit
de rendre à la vie cinq des six malades
qui l'avoient essuyée ; le Public pru
dent et éclairé trouvera sans doute qu'il
y auroit bien de l'injustice , à ne vouloir
permettre aux Nouvelles publiques de se
charger que des époques qui peuvent être
fatales à une opération , et ne leur pas
permettre d'annoncer ce qui peut en rehausser
le prix.
Je conclurai donc que le jugement de
M. F. J. n'est pas équitable , mes listes
n'auroient été dangereuses que dans le cas
d'une conséquence tirée en faveur de la
Méthode , de l'argument seul des guérisons
nombreuses , et c'est ce que je n'ai
point fait ; car à bien approfondir le
sens de la Lettre de M. F. J. il semble
insinuer que je ne puis alléguer
que les faits en faveur de la Méthode de
M.
NOVEMBRE . 1732. 240
M. Cheselden . Il faut convenir que bien
d'honnêtes gens s'accommoderoient de
cette preuve ; mais je ne m'en suis point
tenu là , et j'ai pris la chose par plus d'un
endroit .
·
M. F. J. ignore , ou peut-être veut
ignorer, qu'après avoir montré à l'Acadé
mie Royale des Sciences les Sujets taillés
par la Méthode de M. Cheselden , j'en ai .
expliqué le manuel conformément aux
notions anatomiques , j'y ai démontré les
parties interessées dans cette opération
fraîches , dessechées , injectées ; j'ai fait le
parallele de cette taille avec les autres ;
j'ai fait voir plus de vingt Planches dessinées
pour expliquer la Taille latérale depuis
Frere Jacques jusqu'à M. Cheselden ;
j'ai donné un Mémoire fort circonstancié ,
et j'ai promis un Ouvrage en forme sur
cette matiere ; je ne puis donc être accusé
d'avoir entamé la chose superficiellement
; et quoiqu'on dise , je ne puis établir
les avantages de cette Taille que sur
les raisonnemens et sur les faits ; j'ai produit
mes raisonnemens à l'Académie
Royale des Sciences , et j'instruis , le Public
des faits à mesure qu'ils arri
vent.
Mais je vois à la fin de la Lettre de
M. F. J. Chirurgien de Soissons , ce qui .
E blesse
24.06 MERCURE
DE FRANCE
3
blesse sa délicatesse , et j'y trouve de vio
lens soupçons de croire que nous habitons
la même Ville . L'Académie de S. Côme ,
dit -on , ne devoit-elle pas être la dépositaire
de ces faits ? Je réponds uniment qu'avant
que l'Académie de S. Côme fut établie ,
celle des Sciences avoit reçû mes Observations
, et j'avoue qu'elle a sur l'autre
un droit d'aînesse bien établi . D'ailleurs
je ne puis marquer trop de reconnoissance
à cette Illustre Académie , et je ne
cesserai de publier les bontez qu'elle a eues
pour moi depuis dix ans que j'ai l'honneur
d'en être ; c'est elle qui m'a engagé
à comparer les différentes Méthodes de
la Taille , c'est elle qui vraiement libre
de préjugé et d'interêt a fait un examen équitable
de mes Opérations , elle a répandu
mes succès , elle m'a consolé dans
mes adversités : quelle eut été mon ingratitude
, si je n'eusse pas rapporté à une
Compagnie si digne de respect et d'amour
tout ce qui étoit relatif à une chose entreprise
sous ses auspices ? L'Académie des
Sciences devoit donc être dépositaire de
ces faits. Je ne crois pas pour cela avoir
manqué en rien à celle de S. Côme , je défie
qu'on puisse me rien reprocher à cet
égard , et mon zele pour seconder les intentions
des premiers Chirurgiens du
Roi
NOVEMBRE. 1732 2407
Roi dans ce nouvel et utile établissement,
est trop éclatant pour cela.
Voilà , M. ce que j'ai à répondre à la
Lettre de M. F. J. je ne crains point que
ses phrases sur le bien general , & c. en imposent
au Public qui est présentement au
faitde tout le mistere. Je suis , Mon
sieur , &c.
A Paris , ce 1o. Novembre 1732.
BOUQUET à Mitte ...
A
Mour , c'est trop long- tems rester dans le
silence ;
C'est trop long- tems cacher mes feux ;
Tes funestes conseils trompent mon esperance ,
Iris ignore encor le pouvoir de ses yeux.
Depuis plus de six mois , tu sçais que je sou;
pire :
» Garde-toi , m'as -tu dit , d'aller en indiscret
A l'objet de tes voeux , divulguer ton secret ;
Tu ne ferois qu'accroître ton martyre
Pour expliquer tes feux , il est de sûrs moyens ,
Elj » Sans
1468 MERCURE
DE FRANCE
» Sans emprunter le secours de ta bouche ,
Un aveu trop hardi quelquefois effarouche ,
Fixe donc seulement tes regards sur les sienst
30 Par-là , fais connoître à ta belle ,
Que la voir est pour toi le plus grand des
plaisirs ,
93 Que tu n'en trouves point sans elle ,
Et que pour elle seule échapent tes soupirs.
» C'est ainsi dans un coeur qu'un Amant s'insta
nuë ,
Que de la sympathie il forme les liens ,
Et c'est ainsi que de la vûë ,
» On passe aux plus doux entretiens.
J'ai suivi tes conseils , Amour ; mais ta premesse
,
N'est pas prête de s'accomplir ;
Tu ne m'as pour Iris , donné tant de tendresse ;
Que pour me faire mieux souffrir.
Chaque jour je la vois , et fidele à me taire ,
J'observe ses brillants attraits ,
Et la charmante Iris , sans dessein de le faire ;
Perce mon coeur de mille traits.
Dieux qu'elle est aimable , les Graces ,
Lea
NOVEMBRE. 1732. 2498
Les Ris l'accompagnent toûjours ;
On voit une foule d'Amours ,
Avec les Jeux folatrer sur ses traces.
Que j'aime à voir qu'un Zéphir amoureux ,
Autour de sa gorge , badine ,
Et découvre à mes yeux cette blancheur divine !
J'oublie en y songeant , que je suis malheureux.
Allons , découvrons - lui le feu qui me dévore ,
Et son triomphe et mes tourmens ;
Qu'elle sçache que je l'adore ,
Et que Phoebus pour elle anime mes accens
Peut-être à mes voeux , favorable ,
Que quelquefois Iris lirà mes Vers ;
Peut-être en y voïant la rigueur de mes fers
Elle deviendra plus traitable.
Partez , mes Vers , allez découvrir mon ardeur
A la charmantc Iris ; l'occasion est prête
Partez , allez , demain sera sa fête ,
Aujourd'hui pour Bouquet , presentez - lui mon
coeur.
V. J. A. L.
Noisette , Drapeau et Semaine , sont
les mots de l'Enigme , et des deux Lo
gogryfes d'Octobre ,
ENI1410
MERCURE DE FRANCE
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
ENIGM E.
Voulez - vous sçavoir ma structure
Je suis de plus d'uue couleur ;
J'emprunte plus d'une figure ;
Tantôt d'un More affreux j'imite la noirceur ,
Tantôt d'un Adonis , j'étale la blancheur.
Je sçai , comme il me plaît , copier la nature
Soit en beauté , soit en laideur.
Sans recourir aux secrets de Médéc
J'ai le grand art de rajeunir les vieux ,
Par mon secours mainte vieille ridée ,
A fait naître souvent des désirs amoureux .
Mais que mon regne est peu durable !
Malgré tous mes talens , si - tôt que le jour luit
Je parois si déraisonnable ,
Que chacun me quitte et me fuit.
XXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
Enfant de la crédulité ,
J'ai réglé les projets de plus d'un grand Em²
pire ,
Par moi le Curieux aspire
A pénetrer du tems la sombre obscurité.
A
NOVEMBRE . 1732 2411
Sept lettres font mon tout , les trois premieres
parts
Du Campagnard avide attirent les regards
Sans être le fruit de sa peine ,
Et sur elles souvent roulent d'heureux ház
zards
Entre Tircis et sa Climene.
Du mot qui suit , la Grèce a reconnu le prix ,
Certains de ses Heros en ont tiré leur gloire ;
1. 3. 2. 4. 7. je deviens un pays ,
Objet d'un Conquerant très- vanté dans l'Hisy
toire ;
2. 5. 6. 7. malheur à tout vivant
Qui ressent ma cruelle atteinte ,
L'homme qui s'en alarme implore un Ek
*ment ,
Er peut- être qu'il doit son salut à sa crainte ;
1. 3. 2. 7. sachez que j'ai donné le jour;
6.2. 5. 1. 8. 7. admirés la surprise ;
Pour l'appas de ma friandise
Une Nymphe se livre au rival de l'Amour }
4.3.2 . 1. 7. ornemens des Forêts;
Je fus toujours votre ennemie ; .
J'immole sans pitié le Mirte et le Ciprès į
Mais 5. 6. 2. je ( 1 ) suis la vie .
( 1) Du verbe suivre,
E iiij 11
412 MERCURE DE FRANCE
Il est de certains jours aux plaisirs destinés ,
Quand 6. 2. 5. et 4. en forment l'épithete ;
Du tabac et du sucre à souffrir condamnés
2. §. 1. 3. tout haut j'annonce la défaite
C'est assez chiffrer , cher Lecteur .
Exeree tes talens , et dans mon tout devine
Le célebre habitant de la double Colline ,
Que sans trop le connoître a chanté maint Auệ
teur ;
Mais malgré tous les traits rassemblés par ma
plume ,
L'anagrame m'abbaisse à n'être qu'un légume.
Par le Poëte de S. Cloud.
AUTRE LOGOGRYPHE.
E suis, mon cher Lecteur , fort facile à conă
noître ,
JE
Chez toi souvent tu me vois naître.
A mes premiers momens on donne mille soins ,
Bien plus heureux pourtant si l'on en donnoit
moins.
Pour toi seul par ces soins tu ménages ma
vie ,
Et ton avidité bien - tôt me sacrifie.
Si pour me deviner cela ne suffit pas ,
Servons- nous,s'il se peut,du griffique embarras.
Une lettre de moins je vous nomme ma Mere.
Prenés
NOVEMBRE . 1732. 2413
renés un , deux et trois , je nais dans la misere
,
Et ne suis qu'un insecte et très- vil animal.
Quatre , deux , trois , un , cinq , je fais le nom
d'un mal.
Quatre, deux , trois et un , craignés mon voisi
. nage ,
Je n'aime que le sang , la mort et le carnage.
Prenés un , deux , le fils d'une Divinité
Reçût chez moi le prix de sa témerité ,
A six ajoûtez deux , et puis trois avec quatre ,
Je suis une Cité toujours prête à combattre.
Quatre , trois avec six , je nomme un instru
ment.
Un, deux,quatre , et puis cinq , les bouts du Firmament.
Quatre,deux avec fix tu vois une riviere ;
Le bien que chaque enfant hérite de son pere
Et quelque chose encor que l'on doit au ha→
zard .
Mais je crains , cher Lecteur , d'être trop babillard
;
Dans mon nom cependant on peut encore
lire
Celui d'un certain bruit qu'on n'entend point
sans rire.
Finissons il est tems je suis déja trop long ,
Mon nom est pourtant court , car six lettres
le font.
Ev AV2414
MERCURE DE FRANCE
Q
AUTRE.
Uatre parts font mon tout mais sans en
rien rabattre
Ces quatre bien comptez valent cinquante- quatre
;
Quelquefois je suis double , ou seul , ou cinq ;
même un >
Je suis bon ou mauvais , je suis rare et com
mun >
Je suis de tout Païs , à tous je suis utile ,
Je suis imperceptible , et je suis une ville .
J'anime l'Univers , j'en suis l'ame et le corps ,
L'on ne peut rien sans moi ; par de secrets res
sorts
Je fais d'un sage un fou , d'un sçavant une
bête ;
Je suis souvent trompeur , et n'ai ni pieds ni
tête ;
Enfin en deux endroits très- connus dans Paris
Aujourd'hui je triomphe , ou j'excite les ris
Le C. D. B.
NOU:
NOVEMBRE. 1732. 2415
***** XX:X :XXXXXX *
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
TR
RAITE DU SUBLIME à M. Despréaux
, où l'on fait voir ce que c'est
que le Sublime et les différentes espéces
quel en doit être le stile , s'il y a un Art
du Sublime , et les raisons pourquoi il
est si rare. Par M. Silvain , Avocat en
Parlement , A Paris , chez P. Prault
Quai de Gêvres, 1732 . 2 vol . in- 12 . de 536.
pages, sans l'Avertissement et la Table.
Par un Avertissement du Libraire qui
est à la tête de cet Ouvrage , on fait entendre
au Lecteur que l'Auteur l'avoit
fini en l'année 1708. ainsi l'on ne doit
pas être surpris qu'on y represente comme
vivants des hommes illustres qui ne
sont plus .
Voici la définition que l'Auteur nous
'donne du Sublime , que son Ouvrage
a pour objet. Le Sublime est un discours
d'un tour extraordinaire , qui , par les plus
nobles images et par les plus grands `sentimens
dont ilfait sentir toute la noblesse par
se tour même d'expression , eleve l'ame au
dessus de ses idées ordinaires de grandeur ,
E vj
2416 MERCURE DE FRANCE
et qui la portant tout à coup avec admiration
à ce qu'il y a de plus élevé dans la Natula
ravit et lui donne une haute idée d'elre
,
le-même.
Comme ce n'est pas à nous à prononcer
sur cette définition , nous nous contenterons
de dire, comment quelques Lecteurs
en ont été affectés; comme rien n'est plus
difficile à faire qu'une bonne définition
P'Auteur de celle - ci n'a pas dû s'attendre
qu'elle satisfît tout le monde : on convient
qu'elle renferme tout ce qui
peut contribuer au Sublime dont il s'agit
; mais bien des gens la trouvent un
peu trop longue , et disent que c'est plutôt
une description qu'une définition.
Longin , à qui l'Auteur fait une espéce
de reproche de n'avoir pas défini le Sublime
avant que d'entrer en matiere ,avoit
sans doute senti combien il est difficile
d'en faire une bonne définition ; mais
l'Auteur du nouveau Traité l'attribuë à
toute autre cause : voici comment il s'explique
pag. 381. Je repeterai donc ici ce
que j'ai déja dit , qu'il me paroît que Longin
n'a pas bien traité sa matiere , et qu'il n'a
pas connu le Sublime ; on le montreroit plus
aisément , s'il en avoit donné une définition ,
et on ne peut connoître ce qu'il pense que par
ses raisonnemens et ses exemples. En quoi
NOVEMBRE. 1732. 2417
le critique de Longin semble se contredire
, au jugement de quelques Critiques ,
qui n'ont pû souffrir qu'il traitât si mal
un homme aussi respectable dans la Litterature
que ce Rheteur , que Despréaux
n'a pas dédaigné de traduire ; il l'accuse
disent-ils , de n'avoir point défini le sujet
qu'il avoit à traiter , et cependant il cite
lui- même des endroits ausquels il ne manque
presque rien pour servir de définition
au Sublime dont il s'agit ; voici comme
parle M. Sylvain pag. 390. Longin dit
dans le Chapitre cinquième : que le Sublime
remplit l'ame de joye , et de je ne sçais
quel noble orgueil , comme si c'étoit elle qui
ent produit les choses qu'elle vient simplement
d'entendre ; ajoûtez à cela ce que
Ic
même M. Sylvain a déja fait dire à Longin
, p. 372. Il faut sçavoir que par Sublime
, Lomgin n'entend pas ce que les Orateurs
appellent le stile sublime ; mais cet extraordinaire
et ce merveilleux , qui frappe.
dans le discours , et qui fait qu'un Ouvrage
enleve , ravit › transporte. En faut- il da
vantage pour faire une définition du Sublime?
Voilà ce que disent ces Critiques ,
moins pour censurer M. Sylvain , dont
le travail est loüable , que pout vanger
Longin. Ils ajoûtent même que le premier
auroit mieux fait de dire que cet extraor
2418 MERCURE DE FRANCE
traordinaire et ce merveilleux qui frappe
dans le discours , constitue le Sublime, que
d'avancer , que le Sublime est un discours
&c. attendu qu'il tombe par là dans le
deffaut qu'il condamne , qui est de confondre
le discours sublime , avec le Sublime
même.
Au reste , rien n'est plus beau que ce
qu'il nous dit sur les différentes espéces
du Sublime , sçavoir le Sublime des images
, le Sublime des sentimens , et le Sublime
des moeurs ; nous porterions cet
Extrait ttop loin , si nous entrions dans
le détail de toutes les subdivisions qui en
naissent. Nous remarquerons seulement
en passant avec quelques Partisans de
Longin , qu'il accuse où soupçonne d'avoir
donné un Traité de Rethorique , plutôt
qu'un Traité du Sublime , et qu'il ne
s'est servi du nom imposant de Sublime
pour donner un air de nouveauté à son
Ouvrage ; nous remarquerons , dis - je ,
avec ces vangeurs du mérite de Longin ,
que le Censeur s'attire la même accusation
et le même soupçon , qui est , dit- on,
de n'avoir donné son nouveau Traité du
Sublime , que pour mettre en étalage une
Tragédie dont il se déclare le Protecteur,
et dont les citations un peu trop fréquentes
marquent sa prédilection , pour ne
pas
NOVEMBRE . 1732. 2419
pas dire quelque chose de plus ; voilà ce
qu'on a remarqué sur ce nouveau Traité ,
qui d'ailleurs foisonne d'excellentes choses
; nous laissons les Lecteurs dans la liberté
d'étendre plus loin la Critique et
les éloges ; mais pour les mettre mieux en
état de juger de cet Ouvrage nous
croyons qu'il est à propos d'en citer quelque
endroit on verra par- là qu'il part
d'une bonne plume ; nous nous restreindrons
à une seule citation , pour ne pas
exceder nos bornes.
و
;
و
Nous venons de dire que M. Sylvain a
établi différentes espéces de Sublime , sçavoir
des images , des sentimens et des moeurs
voici ce qu'il dit de ces ingénieuses divisions
, page 213. 214. 215. Les Evangelistes
racontent que JESUS- CHRIST , à sa Pas
sion , fut outragé, et qu'il mourut d'une mort
cruelle, sans dire un seul mot. C'est là le Sublime
des moeurs. Rien n'est plus beau que le
filence d'un homme qui souffre avec une patience
si naturelle et si modeste tout ensemble ,
qu'il ne fait pas même remarquer par une
seule parole , qu'il souffre constamment. Encore
un coup , c'est là le Sublime des moeurs &
ce n'estpas le discours qui touche , c'est uniquement
la chose ; mais lorsqu'un Pere de
l'Eglise , pour montrer combien J. C. étoit
en cela au- dessus des Philosophes , s'écrie =
2426 MERCURE DE FRANCE
il s'est tû ; cela peint si vivement la magnanimité
du Sauveur , et la noblesse de ses
mouvemens , que rien n'est plus capable de
faire sentir comment les sentimens héroïques
passent du Sublime des moeurs dans celui des
images. C'est- à -peu près de la même maniere
qu'ils passent dans le Sublime des sentimens,
et il n'y a qu'à rappeller ici ce que nous
avons établi plus d'une fois , qu'il y a de la
difference entre parler par sentiment ,
sentiment , et parler
des sentimens . Celui qui dit , je crois
avoir perdu tout le tems que je passe šans
faire du bien , parle de ses sentimens , et ce
récit ne regarde visiblement que le Sublime
des moeurs ; mais s'il dit , en soupirant : mes
amis ,‚j'ai perdu un jour sil parle par sentiment
, et ce tour d'expression qui marque
dans l'ame un mouvement actuel et très- magnanime,
montre sensiblement que ce beau trait
appartient au Sublime dans le discours , et
à l'espéce particuliere du sublime des sentimens.
Nous ne croyons pas que nos Lecteurs
ayent besoin de nouvelles citations pour
être persuadés que cet Ouvrage mérite
d'être lû.
NOVEMBRE. 1732 2425
A Mile D. sur un scrupule de jalousie.
qu'elle avoit marqué.
' Il est une voisine à qui je cherche
S
plaire ,
C'est que tendre et sincere elle sçait bien ai
mer >
Vous qui ne sçavés que charmer
D'un coeur comme le mien vous n'êtes
faire ,
pas l'af
Et je vous abandonne à vos soupçons jaloux
Puisqu'une autre Philis sçait mieux aimer que
vous.
CARRELET.
LE PARNASSE FRANÇOIS , dédié au Roi ,
par M. Titon Du Tillet,Commissaire Provincial
des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10 .
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces.
A Paris , chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv . le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze
le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres
de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme
će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles.
Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique
et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur le PARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs
sçavans Critiques .
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral .
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement
sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere
, Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François
, la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite.
Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description
dans le Mercure du mois de Septembre
172 3. et depuis il a donné une description
de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre
des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement
c'est la description du Parnasse
François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise , où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire .
>
Comme M. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même
en quatre
classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours , qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables ; le premier dit 55
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis .
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit , en parlant de
peux qui veulent meriter une place sur le
Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet , tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caractere
élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autres goûts de Poësie , où celui qui y réussit
merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le
Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux
où l'onpeut être placé avec distinction
et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens
sur le Parnasse François. 1. La figure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien être jointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore
d'autres noms . 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé
dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU .
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation , M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place
dans les Avances ou dans les Campagnes
qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre
quelques - uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir
bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens
, et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France , sous le Regne
de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens
qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on
trouve
NOVEMBRE . 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes
et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES
pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLES pour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` ` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE
et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYS pour la MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels
que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY
, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même- temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige
et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nos grands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré
qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens
vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous
les fameux Musiciens dont la nature voudra
favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité
pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputation:
Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE,
Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bien persuadé que les Personnes d'esprit
et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux
Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens
qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames , qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE
, CLEMENT MAROT , MALHERJE
, VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN
, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE , MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE , ROUSSEAU , CAMPRA
, DESTOUCHES , MAD , DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre , pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
211. b
NOVEMBRE. 1732 2439
AM" de ... qui avoit reproché à M.C...
ses irrésolutions.
SII mon coeur est irrésolu ,
Ce n'est point signe d'inconstance ;
Vos yeux tant qu'ils voudront , trop surs de
leur puissance ,
Exerceront sur lui leur empire absolu.
L'Amour n'a pas besoin d'emploïer tous vos
charmes
Pour fixer à jamais l'hommage de mes voeux ,
Mais toujours la raison pour combattre mes
feux ,
Dans vos rigueurs trouve ses armes.
Vous aimez trop l'aimable Iris ,
Me dit-elle , écoutez ce que je dis sans cesse
Il faut quitter l'objet dont on est trop épris ,
Quand sa fierté dédaigne une vive tendresse ;
Un jeune coeur que l'amour a surpris ,
S'il ne vit d'esperance , expire de tristesse .
Hélas , après cette leçon ,
Elle fuit , quand on voit fuir ainsi la raison ,
On sent revenir sa foiblesse .
Depuis ce temps je crois que le trait qui me
blesse ,
Vient d'un dépit vengeur de l'enfant de Cypris
Mais peut-être qu'il s'est mépris ,
Peut-être aussi qu'en parcourant le monde ,
Fij Il
£432 MERCURE DE FRANCE
Il cherchoit un mortel qui fut digne de vous ,
Pour l'amener à vos genoux .
Mais lassé de voler sur la terre et sur l'Onde ,
Sans en trouver un seul digne de vous charmer ,
Il a blessé celui qui sçait le mieux aimer.
CARRELET.
HISTOIRE DE DANEMARCK , avant et
depuis l'établissement de la Monarchie.
Par M. J. B. Desroches , Ecuyer , Conseiller
et Avocat General du Roy T. Ch .
au Bureau des Finances & Chambre du
Domaine de la Généralité de la Rochelle.
Nouvelle Edition , revûë et corrigée
sur l'Edition d'Hollande , à laquelle on a
joint la suite de la même Histoire , jusqu'à
l'an 1732. in 12. 9 vol . Rue S. Jacques
, chez les Freres Barbou,
OBSERVATIONS DE MEDECINE , sur la
Maladie appellée Convulsion . Par un
Medecin de la Faculté de Paris. Ruë S.
Jacques , chez Lambert , 1732. Broch. de
24 pag.
L'ECOLE DES MERES , Comédie de M. de
Marivaux, representée par les Comédiens
Italiens , au mois de Juillet 1732. A Paris
, Quai de Gèvres , chez P. Prault. On
trouNOVEMBRE.
1732. 2433"
trouve l'Extrait de cette Piece dans le
Mercure de Septembre.
LES SERMENS INDISCRETS , Comédie
de M. de Marivaux , representée par les
Comédiens François , au mois de Juin
1732. Chez le même . L'Extrait de cette
Piece est dans le second volume de
Juin.
LA DUCHESSE DE CAPOUE , Nouvelle
Italienne . Chez le même . 1732. in 12. de
152 pag. prix 24 sous.
LES AVANTURES de M. Robert Chevalier
, dit de Beauchêne , Capitaine de
Flibustiers , dans la nouvelle France . Rédigées
par M. le Sage . Ruë S. Jacques ›
chez Etienne Ganneau , 1732 , 2.v. in 12.
" ,
LES SONGES DE CLIDAMIS contenant
le Voyage de Cythere , où l'on
trouve plusieurs choses utiles et amusantes
, par M. l'Affichard. A Paris , ruë
Git- le coeur et Quai des Augustins , chez
Antoine et Louis de Heuqueville , 1732 .
Broch . in 12. de 59 pag.sans compter une
Epître en Vers , et une Préface , terminée
par ces 4 Vers :
Fiij Pa
2434 MERCURE DE FRANCE
Paroissez , mon oeuvre premiere ;
Et si vous ennuyez Paris ,
Allez , volez chez la Beurriere ,
Avec mille autres froids Ecrits .
On trouve dans ce Recueil , mêlé de
Prose et de Vers , des Chansons , Cantatilles
, Epithalames , Rondeaux , Odes
Fables , Idiles , Lettres , & c. et même une
Cantate et une Ode en Prose.
CELENIE. Histoire allégorique , par Ma
dame L ***. A Paris , Quai de Gevres
chez P. Prault, 1732. in 12. de 161. pages.
C'est un petit Roman ingénieux , lége
rement et naturellement écrit .
ELEMENS PE GEOMETRRIE , avec un
abregé d'Arithmetique et d'Algebre , dédiez
à l'Université de Paris , par M. Rivard.
A Paris , rue S. Jacques , chez Clande
Jombert et Henry , vis-à -vis S. Yves ,
1732. 400 pag. in quarto.
Get Ouvrage renferme deux Parties ,
dont la premiere est un abregé d'Arith
métique et d'Algebre ; et la seconde, qui
est la principale , sont les Elemens de
Géométrie , ausquels on a ajouté un Trai
té de Trigonométrie rectiligne. L'Auteur
ayant souhaité le dédier à l'Université
de
NOVEMBRE 1731 243¶
de Paris , M. le Recteur l'a fait examiner
par quelques Professeurs de Philosophie
qui en ont rendu un témoignage fort
avantageux , comme on le peut voir par
par une conclusion du Tribunal de l'U
niversité , que l'on trouve imprimée après
le Privilege. M. Grandin , Professeur de
Philosophie , au College de Navarre,qui
est un de ceux qui avoient été priez
d'examiner l'Ouvrage , a envoié à l'Auteur
l'Approbation suivante.
Les connoissances qu'on veut donner
Lesprit ,doivent être précédées de tout ce qu'el
Les supposent , pour être comprises dans toute
leur étendue. L'ordre et la nettetési néces
saire en tout genre , le sont plus particuliere
ment , quand il s'agit de Géométrie. C'est
dans un fécond enchaînement de propósi
tions , clairement énoncées , que consiste tou
te la difficulté et tout le prix des Elemens de
Géométrie. L'Auteur de cet Ouvrage m'a pa
rú avoir disposé ces Elemens de maniere que
ce qu'il presente d'abord mene naturellement
Lesprit à Pintelligence de ce qui suit.
Il a écarté ce qui peut être suppléé , il æ
passé du simple au composé , et il s'est atta
ché à suivre cet ordre naturel , qu'on recher
che avec tant d'ardeur depuis plus d'un sié
cle.Les Mathematiques font aujourd'hui une
partie si commune et si necessaire de la Phy-
F iiij sique,
2436 MERCURE DE FRANCE
sique , qu'on ne sçauroit trop en recommander
l'étude à la jeunesse. On ne peut aussi
marquer trop de reconnoissance aux per
sonnes habiles , qui prennent la peine d'en
faciliter l'entrée. A Paris ce premier jour
d'Août 1732.
Signé M. GRANDIN.
: CALENDRLER PERPETUEL ou Almamach
de Cabinet. Outre les jours de la
Semaine et les Fêtes du mois qui sont
marqués avec plusieurs petites Notes
convenables , ce Calandrier marque encore
exactement , pendant dix années
les Lunaisons : Exemple, au mois de Janvier
de l'année 1735. la Lune sera nouvelle
le 24 , à 2 heures , 9 min . du matin ;
son premier quartier arrivera le 31, à 8 h.
54 m. du soir. Ainsi des autres.
Comme aussi la Lettre Dominicale ,
l'Epacte , les Fêtes Mobiles , Rogations ,
les 4 Temps et les Eclipses du Soleil et de
la Lune.
Ce Calendrier est tres- simple dans sa
construction ; on peut s'en servir sans ancun
mouvement , il sera à la portée de
toutes personnes qui sçauront seulement
lire , étant aussi intelligible que les Almanachs
journaliers.
Il se débitera le 28 Decembre de la presente
NOVEMBRE . 1732 2437
sente année 1732. chez la veuve Spé , ruë
S. Jacques , vis- à- vis les Mathurins.
1.
On débite pour l'année 1733. chez Armand
, Libraire , rue S. Jacques , à S. Benoît,
une nouvelle Edition de l'Almanack
Ecclesiastique et Historique , tres- exactement
corrigée , et considérablement augmentée
de matieres tres - curieuses et tresutiles.
Les Curieux sont avertis qu'il paroît
un nouveau Cadran , gravé et colé sur
Carton , tres- curieux et utile , par rapport
à ses opérations.
Outre les heures qu'il marque au So
leil , il a encore plusieurs autres proprié
tez , qui n'ont pas , jusques icy, été rendues
sensibles dans cette espece. Voici
ce qu'il donne à connoître , et cela pour
tel jour de l'année qu'on souhaitera
sans Soleil , sans changer de lieu , et pour
toute la terre habitable.
Premierement il marque les Crépuscules
du matin et du soir , à quelle heure
ces mêmes Crépuscules commencent
d'être bien sensibles ,ou finissent de l'être
le soir. A quelle heure il fait jour clair ,
comme à pouvoir lire , et à quelle heure
il cesse le soir.
Fv Le
2438 MERCURE DE FRANCE
Le lever et coucher du Soleil.
De combien de degrez le Soleil est éle
vé pardessus l'horison à telle heure qu'on
voudra .
Dans quel Signe et dans quel degré du
Signe se trouve le Soleil.
De combien de degrez le Soleil décline,
eu est éloigné de l'Equateur.
La maniere de trouver la latitude du
lieu où l'on est.
Dans quel climat chaque Pays se trouvè,
et de combien de degrez chaque climat
est composé , & c.
Il se vend à Paris chez le sieur Bion, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathematiques
, Quai de l'Horloge du Palais
au Soleil d'or. Et chez la veuve Spé , ruë
S. Jacques , vis à vis les Mathurins , à la
Visitation.
La veuve Guillaume , ruë Dauphine ;
près le Pont Neuf , vend l' Allure , Opéra
Comique , brochure in- 12 . prix, 12. sols.
L'Auteur de ce petit Ouvrage donnera
incessamment un vol. in- 12 . avec figures,
contenant ses autres Piéces representées
à la Foire S. Laurent ; sçavoir , le nouveau
Bail. Le Réveil de l'Opéra Comique.
La Lanterne veridique. Le Parterre merveil
NOVEMBRE. 1732. 2439
veilleux. Le Rival de lui - même , et la
Mere Jalouse.
LA VIE DE M. BAYLE , par M. des Maiseaux
, nouvelle Edition. A la Haye , 2.
vol. in-12.
"
*
Le 10 Octobre, l'Abbé de Rohan-Soubize
, Pensionnaire au College du Ples
sis , où il étudie en Philosophie , supplia
aux Mathurins en présence de la Faculté
des Arts , ce qui se passa de cette
maniere. Après avoir fait quelques révérences
au Recteur ( M. Piat pour la troisième
année ) , et à la Faculté , il s'assit
dans un fauteuil , se couvrit , puis demanda
à la Faculté une dispense d'écrire
les Cahiers qu'on dicte en Philosophie ; il
fit encore quelques révérences, et se retira.
M. Pourchot , Syndic de l'Université ,
prit la parole , et après avoit fait l'éloge
de la Maison de Rohan , en particulier
celui du Cardinal Evêque de Strasbourg ,
il requit que non - seulement on accordât
avec distinction , et sans aucune forme
de déliberation , la dispense demanl'Abbé
de Rohan , mais encore dée
par
: * Terme usité dans l'Université pour signifier
la demande publique d'une dispense , d'une fa
Deur, &c.
F vj
à
2440 MERCURE DE FRANCE
à son occasion , que les graces demandées
par six autres Supplians fussent
accordées de la même maniere.
J
LETTRE et Discours sur les
Paranymphes
E vous envoye , Monsieur , un Discours
, ou plutôt une petite Dissertation
au sujet des Paranymphes. Je l'ai obtenu
d'un Docteur de mes amis , qui l'a
prononcé il y a quelques jours dans les
Ecoles de Médecine à la suite d'un Dis- ,
cours oratoire sur la difficulté & les avantages
de son Art. Celui qui regarde les
Paranymphes me paroît d'autant plus
propre à être publié , qu'il pourroit donner
occasion à une plus grande recherche
, dont le Public profiteroit : la chose
est de quelque conséquence , car faute de
bien entendre ce que c'est que Paranymphe
, ceux qui se chargent de cette action
, soit dans la Faculté de Théologie
soit dans celle de Médecine , se donnent
souvent la licence , pour réjouir les Auditeurs
, de débiter des traits d'histoire
satyriques , et d'une médisance outrée
ce qui ne manque guéres de s'attirer réci
proquement des veritez choquantes qui
deviennent publiques , &c.
On
NOVEMBRE . 1732. 244
On dira peut être que cet Exercice n'est
peut-être
institué que pour faire rire : ce seroit là
une belle institution ! Le veritable esprit
des Paranymphes est au contraire de loüer
les Licentiez , mais de les louer d'une
maniere enjouée et agréable qui puisse exciter
de ces ris de satisfaction dignes des
gens sensez , et non de ces ris effrenez ,
que causent les sotises d'autrui , ou de ces
pensées boufonnes , qui ne devroient sortir
que de la bouche des Histrions et des
Farceurs.
Je vous envoye cette Piéce en Latin
comme elle a été prononcée , crainte de
la rendre mal et de la gâter. Je crois qu'au
mot Limen mariti scandere , on pourroit
trouver l'origine du Proverbe sauter le
pas. Je suis , & c.
A Paris , le 1. Septembre 1732 .
Cogitanti mihi, clarissimi Licentiandi , quâ potissimum
ratione susceptas Paranymphi partes
pro dignitate exequerer, non prudentius me actu
rum esse existimavi , quam si quæ fuerint ab
origine Paranymphi munia , curiosè perquirendo
, officii mei mentem perfectius intelligerem .
Apud Græcos acaruμpos ille vocabatur qui
magno rerum usu edoctus , addicebatur à Parentibus
desponsatæ comes puellæ ; usquedum mariti
limen scanderet. Fidus . et oculatus assidebat virgini
, stabili connubio jam jam jungendæ , ipsam
2442 MERCURE DE FRANCE
samque blandè crudiebat quanta, quamque varia
præstare deberet officia; singulare illius erat mu
nus sapientibus dictis ipsi præscribere quid viro,
deberet ut uxor amica , quid liberis ut benigna
mater , quid familiæ ut sedula domina . Nec prius
benignis hujusmodi officiis certabat quam fidei
prudentiæque suæ commissum pignus in sponsi
manus deponeret.
A Græcis ad Romanos , à Romanis ad Patres
nostros , victoriæ legibus , fluxit illa consuetudo
quam adoptare , et retinere non dedignata est
antiquissima Parens , Parisiensis Universitas.
Hinc suus est Theologis , suus est Medicis Paranyinphus
, adhoc institutus ut Licentiandos inter
et almam facultatem sponsalia quædam inducat.
Ut indissolubili fædere longis repetitisque comprobatos
examinibus , cum Facultate suâ conjungat
, ut deniquè ipsos nuptia i thalamo non indignos
commendet. Errat igitur qui sibi persuaserit
Paranymphi partes esse dicteriis unumquemque
lacessere , mordaci dente carpere , solutos
risus captare mimicis scurrilitatibus Auditores
recreare , uno deniquè verbo Histrianiam
agere , meminerint omnes me dignissimi
Ecclesiæ Parisiensis Cancellarii , qui ab Instituto
Paranymphicam actionem ipse peragebat , vices
adimplere.
T
Quamquam satyrâ plurimum delectentur ho
mines , quanquam dicacitatis famam plurimi
sectentur , gravitate et dignitate plenam me personam
gerere fas non est oblivisci . Laudator
non derisor Cathedram ascendi. Impium esset
eos collegas rubore suffundere quos summo prosequor
honore , quos si reprehendere vellem nullis
contaminatos vitiis reperirem , quos deniquè
lau
NOVEMBRE. 1732 2443
laudare et commendare dum meditor , suavissi
mis et integerrimis moribus imbutos , omni
doctrinæ et eruditionis genere instructos , omnibus
deniquè tum ingenii , tum animæ dotibus
longè lateque fulgentes facilè deprehendo.
Ergo nullus erit nigra loliginis succus , nulla
zrugo , hoc vitium procul ab fore verbis verè
promitto, &c.
,
L'université de Paris , et la Faculté des
Arts en particulier , ont fait une perte
considérable par la mort de M. Louis
Benet , ci devant Recteur et actuellement
Receveur General de l'Université
Professeur de Philosophie au College de
Beauvais , arrivée à Fontainebleau le 12 .
de ce mois , d'une attaque d'apoplexie.
Il étoit fort distingué par son sçavoir et
par d'autres belles qualitez qui l'avoient
tendu cher à toute l'Université . Il en
avoit soutenu la premiere charge pendant
près de trois années avec toute la dignité
et tout le succès possible. A la sortie
de son Rectorat , la Nation de Nor
mandie , dont il étoit Membre , l'élut en
1731. pour son Procureur par voye d'acclamation
, qui est la plus honorable ;
cette Charge n'empêcha pas qu'à la mort
de M. le Vasseur , Receveur General ;
l'Université ne lui conférat encore celle
de l'administration generale de ses deniers.
2444 MERCURE DE FRANCE
niers. M. Benet avoit un talent merveilleux
pour parler et pour écrire noblement
et élégamment en Latin. Dans le
Recueil imprimé chez Thiboust en 1730.
intitulé : SELECTA Rectorum Universitatis
Parisiensis mandata , & c. Il y a de lui
cinq Mandemens qui furent admirez dans
le tems , et qui passeront sans doute à la
Posterité. Les sujets sont 1 °. l'Arrivée de
la Reine à Paris. 2 °. Le Rétablissement
de la santé du Roi . 3º La Naissance du
Dauphin. 4°. L'Anniversaire de la Naissance
du Roi. 5. La Naissance du Duc
d'Anjou .
Nous donnons , contre l'usage ordinaire
, cette petite Fable Latine , qui nous
paroît mériter une invitation à nos Poëtes
de la mettre en Vers François .
P
COENA INSPERATA ,
Iscator liquidis coenam quarebat in undis ,
Mendaci involvens funera cæca dape ;
Frustra : nam ferri male conscia lusit inanes
Lubrica Prada , dolo callidiore , dolos .
Ergo domum repetens , ripaque iratus iniquæ
Ibat :: nec vacuo spes erat ulla cibi.
Ecce repentino sonuerunt &thera motu
Respicit , attonitum vox iterataferit.
>
Nam
NOVEMBR E. 1732
2445.
Namque Gruem rapti Piscis spolia ampla feren
tem
Cognate urgebant , soeva caterva , Grues .
Dum cupit hostilem saxis compescere rixam ;
Decidit in medios causa furoris agros.
Natura invidiam Fors vicit : quodque negâ
rant.
Immites undo, mitior Aura dedit.
Quo labor , et Cura ? sunt ipsa pericula tanti ?
Fortuna optatas sponte ministrat opes.
Renatus Gillot.
3
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Avi
gnon le 7 Juillet 1732. au sujet d'une
Pierre singuliere.
A disette de nouvelles Litteraires
L'obligede vous faire part d'unecus
riosité naturelle qui me paroît digne d'attention.
C'est une pierre ou calcul trouvé
depuis peu dans la vessie d'un cadavre
; elle m'a parû assez singuliere pour
m'engager à la faire graver avec toute
l'éxactitude , et toute la précision dont
peuvent être capables des ouvriers de
Province. Elle porte avec elle les caracteres
d'une vraye végetation , et il sembleroit
par-là que la Nature se seroit écartée
des loix génerales et connues pour la formation
2446 MERCURE DE FRANCE
mation et l'accroissement successif des
pierres ou calculs ordinaires. Je vous
prie de communiquer la figure que je
vous envoye aux habiles Physiciens de
votre connoissance , et de me faire part
de ce qu'ils en penseront. La pierre est
de couleur cendrée , et pese une demie
once quatre grains. En voici la représen
tation ..
Calculus è Vesica Cadaveris extractus
uniformibus et quasi vegetabilibus ramis
exurgens in utramque faciem ad veram
magnitudinem expressus coloris cineritii
pond. Semuncia et Gran. IV.
On apprend d'italie qu'on travaille à une tra
duction entiere en Italien des Piéces de Terence
dans laquelle on assûre que le Traducteur a rendu
toutes les graces de l'Original aussi fidelement
que le Texte, Outré la beauté de l'impress
sion
NOVEMBRE. 1732 .
2447
.
sion , qui se fait à Urbin , par les ordres et la
liberalité du magnifique Protecteur des Sciences ,
le Cardinal Annibal Albani , cette Edition sera,
distinguée de toutes les autres par une singulari-,
té remarquable on y verra en plus de 200-
Planches gravées sur des Originaux anciens tire
du Vatican , les Personages avec leurs habille
mens , et les ornemens ou accompagnemens des
Scenes.
On imprime à Rome dans l'Imprimerie secrete
du Palais un Extrait du procès du Cardinal
Coscia , afin de faire connoître au Public la justice
des procedures qu'on a faites contre lui , e
de détruire les impressions contraires qu'auroient
pu donner une infinité de Mémoires. anonimes
qu'on a répandus dans le Public pour sa justi
fication.
DISCOURS sur les différentes figures des Corps
Célestes , d'où l'on tire des conjectures sur les
Etoiles qui paroissent changer de grandeur, et sur
l'Aneau de Saturne , avec une Exposition abbré
gée des Systêmes de M. Descartes , et de M.Neu
ton , in 80. de 83 pages, A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1732. Par M. de Maupertuis , de l'Academie
Royale des Sciences , et de la Société
Royale de Londres.
Le Mercredi 12. de ce mois , l'Académie
Royale des Sciences se rassembla , et cette Assemblée
, selon la coûtume , fut publique. M. de
Fontenelle ouvrit d'abord la séance par l'éloge
de M. Ruisk , celébre Anatomiste Hollandois
et l'un des Associez Etrangers de cette Académie,
11
2448 MERCURE DE FRANCE
il fut suivi de l'éloge de M. Chirac , Premier
Médecin du Roi , et Associé libre de l'Académie
l'un et l'autre morts dans le courant de
cette année.
;
M. Pitot lût ensuite un Mémoire , dans lequel
il donne la description d'un Instrument qu'il a
inventé , pour mesurer dans tous les Fleuves et
Rivieres , la vitesse de l'eau , non - seulement à
leurs surfaces supérieures , mais à telle profon
deur qu'on voudra .

· M. de la Condamine lût un Extrait de diverses
Observations d'Astronomie sur diverses matieres
de Physique , sur la Navigation , faites
pendant le cours de son Voyage du Levant sur
les Vaisseaux du Roi en 1731. Il fit voir à la
Compagnie plusieurs Cartes Géographiques Turques
, nouvellement gravées à la nouvelle Imprimerie
de Constantinople , et donna une idée
de l'état des Sciences et des Arts d'Europe dans
cette Capitale de l'Empire Ottoman ; il attribua
le peu de progrès qu'y font les Turcs au manque
de societé qui est entr'eux , et à leur défaut
de curiosité qui est une suite de l'éloignement et
du mépris que leur éducation leur inspire pour
tous les Etrangers.
Le Vendredi 14 Novembre , l'Académie des
Belles-Lettres tint son Assemblée publique au
Louvre, et M. le Cardinal de Polignac y présida,
en l'absence de M. le Cardinal de Rohan.
M. l'Abbé Sevin fit l'ouverture de la Scéance
par un Discours plein de sçavantes recherches
sar la Vie et les Ouvrages de Thrasylle , grand
Phylosophe et célébre Astrologue , qui vivoit du
temps d'Auguste et de Tibére.
A cette lecture succeda celle d'un autre Discours
NOVEMBRE . 1732. 2449
cours de M. Blanchard , sur les Sybarites.
Ensuite, M. Hardion lût une premiere Disserration
sur l'origine et les progrès de la Rhétorique
, dans la Grece.
M. Freret termina la Scéance par la lecture
d'un Discours sur un Phænomene observé dans
le Ciel du tems d'Ogygere.
Le 24. du mois dernier , on fit à Londres
avec un Vaisseau de la Compagnie des Indes
Orientales , l'expérience d'une nouvelle Machine
ingénieusement inventée pour faire virer de
bord un gros Vaisseau lorsqu'il est surpris d'un
calme en pleine mer , et qu'il ne peut faire usage
de ses voiles. Les Directeurs ont dessein de
se servir de cette Machine pour leurs Vaisseaux
lorsqu'ils seront attaquez par quelques Forbans ,
-parce qu'elle les mettra en état de se deffendre
dans le calme , et de donner des bordées de leur
Artillerie à l'ennemi presqu'aussi vîte que s'il
faisoit du vent.
·Il Y a en vente chez la Veuve Chereau , rue
S. Jacques , aux deux Pilliers d'Or"; et chez Sû
rugues , Graveur du Roy , rue des Noyers , visà
- vis S. Yves , deux Estampes, nouvellement
gra.
vées d'après les Tableaux de feu Antoine Watteau
; l'une a pour titre : Les agrémens de l'Eté.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Glucq ,
Conseiller au Parlement. L'autre est l'Enseigne
que Watteau peignit en arrivant de Londresen
172 1. pour M. Gersain , son ami , Marchand
de Tableaux et d'Estampes , sur le Pont Notre-
Dame.
Ce morceau qui a 9 pieds 6 pouces de large ,
sur s pieds de haut , a toujours été regardé commc
2450 MERCURE DE FRANCE
me le Chef- d'oeuvre de cet excellent Peintre. Îl
représente le Magazin d'un Marchand , qui est
rempli de differens Tableaux des plus grands
Maîtres ; on y reconnoît le caractere et le goût
de chacun de ces Maîtres.
Cette fameuse Enseigne ne fut exposée que 15
jours ; elle fit l'admiration de tout Paris . Elle fut
vendue à M. Glucq . On la voit à present dans le
Cabinet de M. Jullienne , qui l'a fait graver
pour la suite dê l'oeuvre , qu'il fait toujours con
tinuer. On lit ces Vers au bas de l'Estampe.
Watteau dans cette Enseigne , à la fleur de
ses ans >
Des Maîtres de son art imite la maniere ;
Leurs caracteres differens ,
Leurs touches et leur goût composent la matiere
De ces Esquisses Elegans.
Que n'attendions- nous point de tant d'heureux
Talens !
Si le Ciel eut voulu prolonger sa carriere ,
Il auroit surpassé ces Modeles charmans.
Le Sr le Maire , vient de donner au public six
Cantatilles nouvelles , intitulées : Le Sacrifice
Amour , Endimion , la Constance , Ariane , le
et l'Ete ; lesquelles ont été Retour du Printemps
du Château dès
chantées avec succès au
Tuilleries , par les Diles le Maure , Errement
Petitpas et Julie. Le même Auteur en promet 4
autres nouvelles , qui sont , l'Automne , l'Hyver
Borée et Iris , Bouquet qu'il donnera dans le
courant de Decembre. Elles sont gravées in quar-
>
to
NOVEMBRE. 1732. 245
, et le prix est de 14 sous chacune On les
trouvera chez l'Auteur , rue de la Vieille- Bouclerie
, au bout du Pont S. Michel , à I'T grec ,
et chez les Srs Boivin et le Clerc , rue S. Honoré
, à la Regle d'Or , et du Roulle , à la Croix
d'or.
Voici un avis assez singulier , et qui peut flatfer
les hommes de notre âge d'une heureuse et
longue vieillesse.
Le Sr Dumirail , pere , âgé de 82 ans passez
Pensionnaire du Roy , qui a dansé dans les Balfets
de la Cour , dans la jeunesse de Louis XIV.
et long tems à l'Académie Royale de Musique,
qui a conservé sa taille déliée , et qui marche
comme s'il n'avoit que 30 ans , donne avis qu'il
tient à present sa Salle rue du Four , Fauxbourg
S. Germain . II y montre entr'autres Danses le
Rigaudon Anglois , qui est une Danse fort vive ,
coupée et légere.
Le Sieur Julien , Apoticaire ordinaire du Roy,
en son Artillerie de France , continue , avec suc
cès , de composer un Syrop souverain pour guérir
les maladies de Poitrine , la Toux séche , et
quand on est tourmenté de Fluxions , qui tombent
sur la Trachée- Artere et les Poûmons ; il en
adoucit l'Acrimonie , soulage, les inflammations
et maux de gorge ainsi que les Phtisiques er
Asmatiques . On s'appercevra de ses bons effets
par l'usage qu'on en fera. La doze est d'une cuile
lerée à bouche , trois fois par jour; le matin
jeun , deux heures après le dîner , et deux heu
res après le souper.Il est tres - agréable à prendre.
On en use seul ou bien dans du Thé, Capilai
a
"
1
ICS
1452 MERCURE DE FRANCE
res , Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau
de. On trouve aussi chez lui la bonne Pâte de
Guimauve et Suc de Réglisse blanc . Il demeure
à Paris , ruë de la Verrerie , près la rue des Billettes.
On trouve les mêmes choses à Versailles ,
chez Madame le Reux , Marchande Epiciere, Place
Dauphine.
On donne avis que le véritable Suc de Réglisse
et Guimauve blanc , si estimé pour toutes les
maladies du Poulmon , Inflammations , Enrouë
mens , Toux , Rhumes , Pituite , Asthme , Poulmonie
, &c. continue à se débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu et approbation de M.le Premier
Médecin du Roy , chez Madame Desmoulins
, qui est la seule qui en a le secret de feu
Madame Guy ; quoique depuis quelques années
des Particuliers ayent voulu le contrefaire , lesquels
se sont dits enfans de M. Guy. La différence
s'en connoîtra aisément , par la comparaison
qu'on en pourra faire. On peut s'en servir en tout
tems, le transporter par tout, et le garder si longtems
que l'on veut sans jamais se gâter , ni rien
perdre de sa qualité .
,
La Dame Desmoulins demeure ruë Guenegaud ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la ruë Mazazine
, chez M. Toulin , Aubergiste.
E
Papillon , Graveur en Bois , demeurant présen
tement au milieu du Pont S. Michel , à l'Enseigne
du Papillon , donne avis que son petit Almanach
de Paris , sera augmenté d'une grande Planthe
; &c. pour l'année prochaine 1733.
Le Sieur Briart ; qui demeure toujours Cour
Abbatiale de S. Germain des Prez , rue Cardi.
nale
NOVEMBRE. 1732. 2458
hale , vis- à - vis le- Bailliage , à Paris , fait depuis Peu une
DE
LYON
VILLE,
2452 MERCURE DE FRANCE
res Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau
Pâte de
NOVEMBRE. 1732. 2458.
pale , vis -à- vis le Bailliage , à Paris , fait depuis
peu une Essence d'Ogni-Fiori,ou de toutes Fleurs ,
d'une odeur agréable ; on en met quelques goutes
dans l'eau dont on se lave après avoir été
rasé , elle blanchit l'eau les Dames s'en servent
pour se décrasser ; elle rend la peau douce et
unie , ne nuit point au teint et se conserve longtemps
. Les plus petites Bouteilles sont d'environ
sonces ; on la vend 15 sous l'once .
Il continue à faire la veritable Essence de Sa--
von à la Bergamotte , et autres odeurs douces
dont on se sert pour la Barbe , au lieu de Savonnette
; les Dames s'en servent aussi pour se
laver le visage et les mains . Il en a de deux prix ,
à sous , et à 8 sous l'once . Il avertit que ses-
Bouteilles ont toujours été cachetées ; autour du
cachet on y lit son nom et sa demeure ; dans le
milieu du cachet il y a une Bouteille où est le
nom de la Liqueur , comme à l'Ogni-Fiori.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Rasoirs
, avec lesquels il ne faut point de Pierre à
éguiser. Il les vend depuis 40 sous , jusqu'à 8 liv .
Il donne la maniere de s'en servir.
******* httttt
LE TEMPS FUGITIF.
A
AIR.
Ussi prompt qu'un éclair dans les airs dispersé
,
Plus fugitif qu'un Flot , qu'un autre Flot remplace
;
O Toi ! dont chaque instant s'efface
G Par
2454 MERCURE DE FRANCE
Par un instant aussi- tôt effacé.
Rapide Temps ! en vain dans ta vitesse extrême
Tu sembles , sans retour , t'anéantir toi- même;
Je ne me plaindrois pas de toi
་ ་
Sans le Nectar et ce que j'aime ;
Tu coulerois encor trop lentement pour moi,
****:***********
T. SPECTACLE S.
LA FAUSSE INCONTANCE
Comédie en trois Actes. Extrait.
B
Ien des Juges sans prévention ont
cru que cette Piéce méritoit un meilleur
sort , et qu'elle auroit pû réüssir si
elle cut été donnée dans un temps.
plus favorable aux Spectacles. L'absence
de la Cour , des Officiers, des Bourgeois ,
et des meilleurs Comédiens nuiroit aux
meilleurs Ouvrages de Théatre; d'ailleurs
le peu qui reste d'amateurs de Spectacles,
s'attendent plutôt à des pieces ornées de
danses et de chants , qu'à un genre de
Comique , qui ne rit qu'à l'esprit et à la
raison ; celle dont il s'agit a peut être dégénéré
en froideur par trop d'exactitude.
Le Lecteur en va juger.
Un Pere défiant , et d'ailleurs peu favoriNOVEMBRE
. 1732. 2455
vorisé de la Fortune , est chargé d'une
Fille qu'il voudroit pourvoir.CePere s'appelle
Géronte , et Angelique est le nom de
sa Fille; un Frere beaucoup plus indigent
que lui , est allé faire ressource dans la
nouvelle France , et lui a laissé un Fils et
une Fille; le Fils se nomme Valere et la fille
s'appelle Mariane. Araminte , soeur de Géronte
, s'est chargée de Mariane, et Valere
est échu en partage à Géronte. Voilà l'état
de la famille dont Géronte et Araminte
sont les chefs ; ils logent tous dans la même
maison , mais en deux différens corps
de logis. Léandre , Fils de Lisimon , riche
Président , aime Mariane ; mais il feint
d'aimer Angelique , pour la conserver à
Valere qui en est éperdûment amoureux ,
jusqu'au retour de Chrysante son Pere ;
ce dernier est ce Frere de Géronte , qui est
allé dans la nouvelle France , et dont on
n'a point de nouvelles.
Géronte , dans le premier Acte , annonce
à sa soeur Araminte que Léandre , Fils
de Lisimon , doit épouser sa Fille Angé
lique. Cette soeur , dont l'humeur toujours
riante , contraste parfaitement avec
l'humeur triste de son Frere , et qui d'ailleurs
est au fait des véritables sentimens
des Amans qui doivent jouer les principaux
Rôles dans la Piéce , dit à son Frere
Gij qu'elle
2456 MERCURE DE FRANCE
qu'elle ne donnera point son consentement
à l'Hymen proposé, si l'amour n'en
forme les noeuds ; Lisimon qu'on attend
pour achever ce projet de mariage, annonce
à Géronte que l'Hymen est plus éloigné
qu'ils n'avoient pensé , et que son
Fils Léandre vient de lui déclarer qu'il
croit qu'Angélique ne l'aime point , et
qu'il est trop galant homme pour la contraindre.
Lisimon se retire voïant approcherAngélique.
Géronte prie brusquement
Araminte de rentrer dans son apparte.
ment. Elle ne se retire qu'après avoir dit
à Angelique en l'embrassant :
Tien bon , ma chere Enfant , si tu n'és pas
contente
Laisse gronder le Pere, et viens trouver la Tante.
Géronte dissimule sa colere aux yeux
de sa Fille Angelique ; il lui dit qu'il ne
tient qu'à elle d'être heureuse , et que
Léandre la demande en mariage . Angelique
toute interdite , ne sçait comment
parer le coup fatal qu'on veut lui porter.
Nérine , sa suivante , feint hardiment
qu'Angelique lui a avoué qu'elle aime
Léandre , et dit à Géronte qu'elle lui répond
du consentement de sa Fille , qui
n'est timide que par pudeur,Géronte court
annoncer cette heureuse nouvelle à Lisimon.
La
NOVEMBRE. 1732 2457
La Scene qui se passe entre Angelique
et Nérine est très- vive de la part de cette
derniere. Angélique lui dit qu'elle l'a perdue
, en disant à son Pere qu'elle aime
Léandre. O Ciel ! lui répond Nérine en
colere, vous m'auriez donc trompée ! Angelique
n'oublie rien pour l'appaiser
et s'excuse de la tromperie qu'elle lui a
faite , sur la défiance que lui donnoit son
attachement à son Pere . Nérine paroît in
fléxible , et lui dit avec beaucoup de vivacité.
Quel emploi près de vous est - ce donc que le
inien ?
Vous donnez votre coeur sans que j'en sçache
rien !
Que dis- je ? un faux Amant me fait prendre le
change !
Ah ! de l'un et de l'autre il faut que je me vange
;
Léandre à me tromper , conspiroit avec vous ;
Pour vous punir tous deux , il sera votre Epoux
Elle lui reproche sur tout de lui avoir
préféré Araminte pour confidente , et lur
dit que c'est à cette Tante si chere à la
tirer d'un si mauvais pas ; elle s'exprime
ainsi :
De quoi s'avise- t- elle ?
Paris est un Théatre , où l'on voit aujourd'hui ,
G iij Chaque
2458 MERCURE DE FRANCE
Chaque Acteur ne jouer que le Rôle d'autrui.
On n'y paroit jamais tel que l'on doit paroître ;
Le jeune Magistrat s'érige en petit Maître ;
Le petit Maître fronde et tranche du Docteur
Le Pié plat enrichi prend des airs de hauteur.
La Bourgeoise superbe , en Or , en Pierreries ,
Efface la Duchesse au Cours , aux Tuilleries.
Tout est si dérangé qu'on ne se connoît plus ,
Voyez à quel excès on a porté l'abus ;
Dans un projet d'amour, on confie à des Tantes
Des emplois jusqu'icy , remplis par des Sui
vantes .
2
Nérine s'appaise enfin et promet à Angélique
de la servir dans son Amour.
Valere vient , il garde d'abord le silence
; mais ayant appris d'Angelique que
Nérine a tout découvert , et qu'elle veut
s'interresser pour eux ; il lui promet des
effets de sa reconnoissance.
Ce premier Acte finit par l'arrivée de
Lepine , Valet de Chrysante. Valere lut
demande des nouvelles de son Pere ; Lepine
lui dit qu'il est riche autant qu'il
étoit
gueux.
Ne m'a- t-il point écrit ? lui dit Valere
charmé : Oui , lui répond Lepine , en faisant
semblant de chercher la lettre qu'il
n'a pas ; il le prie de lui permettre auparavant
de lui faire un récit de toutes ses
avanNOVEMBRE
. 1732. 2459
avantures , droit de Voyageur , dont il
ne veut point démordre. Valere consent
à tout. Ce récit est des plus comiques , et
n'aboutit qu'à lui faire entendre que des
Flibustiers qui ont pris le Vaisseau sur
lequel il étoit , lui ont tout volé , jusqu'à
son Portefeuille. Valere lui demandant
sa Lettre , il lui répond :
Pour la pouvoir donner , il la faudroit avoir.
Le sort du Porte-feuille a dû vous faire entendre
Qu'à moins qu'un Flibustier , exprès pour vousla
rendre ,
Ne traverse les Flots-au gré de vos souhaits ,
Votre Lettre en vos mains ne parviendra jamais.
Valére court annoncer à son oncle
l'heureuse nouvelle que Lepine vient de
Jui apporter breh ar an I
Valere et Léandre commencent le second
Acte. Valere apprend à son ami
Léandre que son oncle se défie de Lepine
et de lui , que cette Lettre prise par
des Flibustiers , lui est si suspecte , qu'il
va presser l'Hymen projetté. Araminte
Suivie d'Angelique , de Mariane et de
Nérine , vient les rassurer , et leur dit
en entrant :
Ca , ferme, mes Enfans ; laissons gronder l'o-
Frage ;
G iiij C'est
2460 MERCURE DE FRANCE
C'est dans les grands périls qu'éclatte un grand
courage ;
{
Mon Frere vainement croit traverser vos voeux
Je prétends malgré lui vous rendre tous heureux
&c.
>
Valere prie sa soeur Mariane de l'acquiter
envers son cher Léandre ; il lui
demande toute sa tendresse pour lui ;
Mariane lui répond que son coeur est
déja donné . Valere et Léandre sont également
étonnés d'une réponse à laquelle
ils ne s'étoient pas attendus ; mais Angelique
les tire d'erreur par ces Vers qu'elle
adresse à Léandre.
Quoique mon frere ait sur moi de puissance
,
Mon coeur n'est pas un don de la reconnois
› sance ;
Je devois à vos feux un plus juste retour ;
Vous ne l'avez reçû que des mains de l'Anour
A ces mots , Léandre se jette à ses
pieds Geronte arrive et le surprend en
cet état ; Nerine l'ayant apperçû a recours
à l'artifice , et dit à Araminte de la seconder
; voici comme elle parle.
Vous êtes fou , Léandre , Angelique vous aime ;
Près
NOVEMBRE. 1732 2461
:
Près d'elle , croyez- moi , n'employez que vous
même , &c.
à Geronte.
Ah ! Monsieur , vous voilà !
J'épuise vainement toute ma Rethorique ;
Léandre doute encor de l'amour d'Angelique ,.
Et ce timide Amant implore notre appui
Pour un heureux Hymen qu'il ne devra qu'à
Il
lui...
presse Mariane , Araminte , moi- même ,
De daigner le servir auprès de ce qu'il aime 3.
Il se jette à nos pieds , & c.
Geronte soupçonne Nerine d'artifices
Araminte se retire avec tous ces Amans
qu'elle a pris sous sa protection.
Nerine n'oublie rien pour se justifier dans
l'esprit de Geronte ; il ne veut s'y fier
que de la bonne sorte ; il lui dit d'aller
faire venir Valère , sans lui faire part dü
stratagême qu'il vient d'imaginer ; elle
obéit à regret ; voici l'artifice dont cet
Oncle défiant se sert pour tromper son
Neveu .
Il lui représente le mauvais état de sa
fortune ; il lui demande des preuves dè
sa reconnoissance pour les soins qu'il a
pris de son enfance , et le prie d'em
ployer le pouvoir qu'il a sur l'esprit d'Angelique
pour la porter à accepter Léan
Gv dre
2462 MERCURE DE FRANCE
dre pour époux. Valere est frappé d'une
commission si fatale à son amour ; il
promet pourtant à son Oncle de lui obéïr ;
mais ce qui acheve de l'accabler , c'est
que Geronte veut entendre , d'un endroit
où il sera caché ,la conversation qu'il aura
avec sa chere Angelique ; voici ce que
son Oncle lui dit.
Caché dans cet endroit , et sans qu'elle s'en
doute
Invisible et présent , il faut que je l'écoute :
C'est peu de l'écouter , j'observerai ses yeux ,
Ses gestes . , . &c... et , pour faire enco
mieux 2
J'observerai les tiens , ton amitié fidelle ,
Te porteroit toi- même à te trahir pour elle ..
Geronte va envoyer Angelique à Valere
, dont la situation est des plus tristes
il se flatte pourtant de désabuser Angelique
dès qu'il la revera. Cette Scene a
parû très-bien dialoguée . Angelique picquée
du conseil que Valere lui donne.
d'épouser Léandre , s'y résout par dépit
et dit à Gerante qui revient de l'endroit
où il étoit caché , qu'elle est prête à donner
la main à Léandre ; à peine s'est - elle
retirée , que Geronte remercie Valere du
bon office qu'il vient de lui rendre , et lui
die
NOVEMBRE. 1732. 2463
dit qu'il veut que cet Hymen s'acheve dès
le jour même l'embarras de Valere redoublant
sa défiance , il ajoute que puisque
, malgré lui , il a sçû se faire aimer
d'Angeliqué , il est à propos qu'il la dispose
par quelques jours d'absence à n'aimer
que Léandre ; et comme Valere se
plaint de la dureté d'un Oncle qui lui est
si cher , il lui répond ironiquement .
Oui , mon très- cher neveu , ni Lepine , ni
vous ,
Jusques après P'Hymen n'entrerez point chez
nous ,
Taurai soin de la porte.
que
Geronte s'applaudit du prochain succès
de sa supercherie ; il en agit de même
auprès de Mariane ; il lui fait entendre
Léandre dont elle se croit aimée , n'a
jamais aimé qu'Angelique qu'il va épouser
, et que c'est Valere qui a fait cet heureux
mariage ; il ajoûte qu'elle n'a qu'à
interroger Angelique , pour n'avoir plus
à douter de cette verité ! il sort pour aller
dresser le Contrat. Léandre vient
Mariane le croyant infidele le fuit après
lui avoir fait entendre qu'elle ne l'a jamais
aimé. Léandre la suit , pour être
mieux éclairci d'un aveu qui le déses
pere.
Gvj Léan
2464 MERCURE DE FRANCE
Léandre et Nerinc commencent le trofsiéme
Acte ; Nerine lui dit que Mariane
lui a donné ordre de lui fermer tout accès
auprès d'elle .
Angelique vient , et confirme à Léan
dre un Hymen qu'il a peine à comprendre
; elle le surprend encore plus en lui
apprenant que cet Hymen est l'ouvrage
de Valere , elle s'exprime ainsi : こ
Oui , tantôt dans ces lieux , seul à seul aves
moi ,
L'ingrat m'a conseillé de vous donner ma foi.[
Léandre n'ose encore soupçonner son
ami Valere de cette trahison quoique
tout semble l'en convaincre. Nerine attribue
le changement de Valere à la nouvelle
fortune de Chrysante , son pere's
elle veut tirer parti de cette infidelité en
mariant Angelique avec Léandre ; elle
leur conseille de s'épouser par dépit, si ce
n'est par amour ; ils semblent vouloir s'y
résoudre , ce qui fait une petite Scene assez
plaisante entr'eux , tandis que Nerine
court à la porte , où elle a entendu du
bruit ; elle revient avec une Lettre de Va-
Tere , par laquelle il se justifie , en apprenant
à Angelique , que lorsqu'il lui conseilloit
d'épouser Leandre , Geronte les
écou
NOVEMBRE. 1732 2455
écoutoit et observoit jusqu'au moindre
regard et au moindre geste ; . Valere est
rappellé par sa chere Angelique. Léandre
seul se croit malheureux ; il se plaint à
son ami de l'infidelité de sa soeur Mariane.
Nerine prend sa défense , et s'explique
ainsi.
En amour , que vous êtes novice !
Pour la sincerité vous prenez l'artifice !
Il est de certains cas ; où la feinte est vertu .
Devoit- on à vos yeux , d'un air triste , aba
batu ,
Lorsque d'un autre Hymen on sentoit les ap
proches ,
S'exhaler en regrets ? éclater en reproches ?
Vous appeller ingrat ? vous dire tendrement :
Je t'aimerai toujours malgré ton change
ment ;
Tu vois mes yeux en pleurs , er d'autres bali
vernes ,
Lieux communs d'Opéras, tant anciens, que mo
dernés ?
Vraiment , c'est bien ainsi qu'on doit traiter
l'Amour ;
Tu me quittes et bien je te quitte à mon
tour ;
Tu vas te marier et moi , je te déclare ,
Qu'une perte pareille aisément se répare ;
Que de peur d'en avoir un jour le démenti
2465 MERCURE DE FRANCE
De ne point aimer j'avois pris le parti.
C'est ainsi qu'à présent on bourre un infi
dele ;
Mariane l'a fait , et j'aurois fait pis qu'elle..
Les Amans raccommodez , il ne rester
à Nerine qu'à détourner , ou du moins
à différer le mariage de Léandre et d'An
gelique , voici l'artifice qu'elle imagine :
c'est un feint enlevement ; elle dit à Valere
, à Angelique et à Léandre de s'aller
enfermer chez Araminte à peine sontils
sortis , qu'elle fait de grands cris ;
Geronte arrive ; elle lui dit que Valere :
vient d'enlever Angelique ; Araminte accourt
aux cris de Geronte , et favorise le
stratagême avec sa gayeté ordinaire ;
Geronte sort pour aller faire courir après
le prétendu ravisseur. Lepine vient et de
mande à parler à Valere ; il fait entendre.
par un à parte qu'il vient lui apprendre
que Chrisante son pere est de retour.
Geronte revient ; il demande à Lépine ce
qu'il a fait d'Angelique ; Lépine lui répond
qu'il n'est pas chargé du soin de
toute la famille , et que tout ce qu'il peut
faire , c'est de lui rendre son frere. Ge
ronte est frappé de ce surcroît de mal---
heur , il demande à Lepine s'il lui a dit
yrai quand il lui a annoncé que son frere
NOVEMBRE . 1732. 2467
re étoit riche ; Lepine , pour le punir de
son avarice et de sa défiance lui avoue qu'il
a menti ; ce dernier mensonge produit
une Scene très- comique entre les deux
freres ; Géronte reçoit Chrysante avecune
froideur qui le surprend Chrysantelui
en demandant la raison , il lui dit que
Valere vient d'enlever Angelique ; à ces.
mots , Chrysante indigné contre son fils ,
jure de le desheriter et de donner à Mariane
cent mille écus , qu'il avoit apportez
pour marier Valere avec Angelique .
Araminte qui survient , rit de cet enlevement
prétendu , et dit à Chrysante que
son Neveu et sa Niéce n'ont bougé de
chez elle ; Nerine les va chercher par son
ordre ; Lisimon instruit de l'enlevement
d'Angelique vient retirer sa parole; Chrysante
propose le mariage de sa fille avec
Léandre ; ce dernier y consent , et demande
pardon à son pere , qui le lui accorde
, après en avoir appris le motif; il
finit le Piéce par ces deux Vers :
Ah ! que de son bon coeur une preuve m'es
chere !
Que ne fera-t'il pas quelque jour pour son
pere !
Les Comédiens François ont repris à leur retour
de Fontainebleau la Tragédie de Zaire de.
M.
2468 MERCURE DE FRANCE
M. de Voltaire , qui a toujours un très-grand
succès. Elle est parfaitement représentée par la
Die Gaussin qui y joue le principal Rôle , er
par les Srs Dufresne , Sarrazin , Granval , Legrand
, &c. qui remplissent les personnages
d'Orosmanes , de Lusignan , de Nerestan , de
Chatillon , &c . nous donnerons quelques Frag
mens de ce Poëme.
Le 4 Nov.l'Académie Royale de Musique donna
la derniere Représentation de l'Opéra de Scylla
dans lequel la Dile Monville , nouvelle Actrice ,
soeur de la Dlle Julie , doubla le Rôle de Capis
que chantoit la Dlle Antiers Elle a assez de ,
voix , de l'action et de l'intelligence.
.
Le 4. on donna la premiere Représentation de
Biblis , dont le Poëme est de M. Fleury , et la
Musique de M. de la Coste. Nous en parlerons
plus au long. On en donna la cinquiéme
Représentation le 13. et on remit au Théatre
Amadis de Gaule. Le 18. la Dile le Maure y
chanta son Rôle Doriane , avec des applaudisse
mens tres-bien mérités.
On va remettre incessamment l'Opéra d'Isis ;
que le Public attend avec impatience ,
Le 11. Fête de S. Martin , BAcadémie Roya¬
le de Musique donna le premier Bal public qu'on
donne tous les ans à pareil jour , et qu'on continue
pendant différens jours jusqu'à l'Avent. Qn
les reprend ordinairement à la Fête des Rois jus,
qu'au Carême.
Le 11. Novembre , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre , depuis leur
retour de Fontainebleau , par la Tragi- Comédie
de la Vie est un Songe , tirée de l'Espagnol de
Lopes
NOVEMBRE. 1732. 2459
Lopes de Vega, sous le titre la vida es sueno. Cette
Piéce Italienne en cinq Actes avoit été jouée sur
le Théatre Italien avec grand succès en 1717.
elle vient d'être mise en Vers François par
M. de Boissy ; les Représentations sont reçûës
très favorablement du Public ; nous en parlerons
plus au long ; on peut voir l'Extrait de la Piéce
originale dans le Mercure de Mars 1717 .
Le 10 Novembre , le sieur Theveneau , natif
de Paris , l'un des Comédiens du Roi de l'Hôtel
de Bourgogne , mourut à Fontainebleau , âgé de
37 ans , après avoir reçû tous ses Sacremens.
C'étoit un très- bon sujet qu'on regrete infiniment.
Outre les talens qu'il avoit pour la Musique
et le Chant , il avoit encore acquis ceux de
la déclamation et de l'action comique ; il fut reçû
dans la Troupe du Roi en Novembre 1730.
où il étoit déja en qualité de Chanteur depuis
plus de 14 ans.
Le 14. le sieur Paghetti , autre Comédien Italien
du même Théatre , originaire de Brescia
dans l'Etat de Venise , mourut à Paris après avoir
reçû tous ses Sacremens , âgé de 58 ans , il fut
inhumé le lendemain à S. Sauveur , sa Paroisse ,
dont le Curé a rendu des témoignages publics,
de la constance et de la parfaite résignation
avec laquelle il est mort. Cet Acteur , que le
Public regrete fort , étoit venu fort jeune en
France , il parloit également bien le François et,
l'Italien ; on n'a guére vû d'Acteurs rassembler
tant de talens pour le Théatre et pour toutes.
sortes de Rôles,de quelques caracteres qu'ils fussent
; et quoiqu'il ne fut pas d'une, figure ni d'une.
taille avantageuse
, il les jouoit avec une justesse
et une précision qui ne laissoit rien à désirer. Il
avait
2470 MERCURE DE FRANCE

avoit été reçû au Théatre Italien au commencement
de l'année 1720 .
Le 19. le fils du sieur Thomassin, de la Comé→ ·
die Italienne , âgé de 15 ans , débuta pour la
premiere fois , dans la Parodie du Joueur , composée
de Scenes Italiennes . jouées autrefois sur
le Théatre du Palais Royal par des Acteurs Italiens.
Il joua le Rôle de Baiocco , qui en est le
principal avec assez d'intelligence pour son âge ,
et fut applaudi du Public.
Le 27 du mois d'Août , les Barnabites de Mon
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaitement
conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde
, tant de la Ville que des environs , rendoit :
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution
des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur
du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président
au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime .
La magnificence et la varieté des habits , la décoration
du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE . 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement
rempli l'attente du Public .
XX:XXXXXXXX:XXX **X
NOUVELLES ETRANGERES
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Na appris que le General de l'Armée de
Scah Thamas , qui alloit au- devant du secours
que le Grand-Seigneur devoit envoyer à
Bagdad , pour l'attaquer , avoit rencontré à trois
journées de cette Ville Achmet Pacha , campé
avantageusement sur une hauteur avec un corps
de Troupes de IS à 16000. hommes ; qu'il n'avoit
pas osé le forcer dans ses retranchemens
ni avancer plus loin , parce que les défilez qu'il
étoit obligé de passer , étoient occupez par les
Turcs , et qu'il avoit pris le parti de retourner
sur ses pas , et de se retirer en Géorgie , d'où
l'on croit qu'il s'étoit déterminé depuis à aller
rejoindre le reste de l'Armée du Roi de Perse qui
fait le Siége d'Erivan.
On mande de Constantinople qu'il y est mort
de la peste près de 60000. Turcs , et plus de
4000. Esclaves Chrétiens qu'on a obligez de né
toyer les maisons infectées.
?
PRISE
2472 MERCURE DE FRANCE
PRISE de la Sultáne Neuve , Vaissean
de Guerre Turc , commandé par le Contre-
Amiral Ali - Bey. Extrait d'une Lettre
écrite de Malte le 5 Octobre 1732.
par M. le Commandeur DE CHAMBRAY
de l'Auberge de France , Lieutenant Général
de la Religion , et Commandant
des Vaisseaux.
M
R le Grand Maître m'ayant ordonné
d'aller croiser dans les Mers du Levant
avec deux Vaisseaux de la Religion . Le S. Antoi
ne et le S. George , je partis de Malte le 23 Juillet
faisant route vers l'Isle de Chypre , d'où nous
étions informez que deux Vaisseaux de Tunis
étoient depuis long- tems dans ces Mers
qu'ils avoient fait plusieurs prises sur les Sujets
de l'Empereur et de la République de Venise.
et
Je me trouvai le 3 Août à la hauteur de cette
Isle , assez près de terre. J'appris dans ce parage
que huit Sultanes , ou Vaisseaux de Guerre
étoient sortis depuis peu du Port de Constantinople.
La Capitane , selon les mêmes avis.
Suivie de cinq autres Vaisseaux , devoit servir
de convoi aux Bâtimens Marchands d'Alexandrie
, et croiser contre les Armateurs Maltois. La
Réale de 70 piéces de Canon avec un équipage
proportionné , et une autre Sultane , devoient assûrer
la navigation de ceux de Damiette , qui
n'attendoient que l'accroissement du Nil pour
partir.
Je fis route pour rencontrer la Réale , ayant
avec moi deux Tartanes Maltoises , armées en
courNOVEMBRE
. 1732. 2473
course , qui m'avoient joint à Chypre. Le 15
Août me trouvant près de Damiette , je donnai
ordre au S. George , mon second Vaisseau
commandé par le Chevalier Thomasi, d'attaquer
quand il en seroit tems , la Sultane , me réservant
de combattre la Réale , nominée aussi le
Contre-Amiral.
Le lendemain à la pointe du jour je ne vis qu'un
gros Vaisseau , qui à notre approche mit à la
voile. Peu de tems après il arbora ses Pavillons,
portant celui de Contre- Amiral , et tira un coup
de Canon. Je le suivis pendant cinq heures à une
portée et demie de Canon , lui donnant ainsi le
tems de prendre le large , pour éviter les bas
fonds qui sont sur cette Côte , et pour l'empêcher
de prendre le moüillage
à
Dans cet intervale , j'ordonnai, aux deux petits
Armateurs de donner sur les Bâtimens Marchands
, ce qui fut si bien éxecuté , que malgré
le Canon de la Forteresse de Damiette , ils en
pillerent et brûlerent une bonne partic.
Enfin , sur les onze heures du matin , quatre
lienës seulement de Damiette , me trouvant à
fis commencer le portée du Contre - Amiral , je
Combat , et dans deux heures de tems je le dé
mâtai de son grand Mât et du Perroquet de
fougue. On s'apperçut aussi que ceux de l'avant
et de l'artimon chanceloient beaucoup . Cependant
mon Vaisseau ayant beaucoup souffert d'un
si gros travail , je fis place au S. George pour
reprendre mes manoeuvres , et pour assûrer ma
Mâture , me trouvant dans le fonds du Levant
sans sçavoir où pouvoir me raccommoder en cas
d'accident .
Le S. George executa parfaitement bien mes
ordres , continuant un Combat des plus opiniâtres
2474 MERCURE DE FRANCE
tres. Je revins cependant à la charge , et j'abattis
la Mizaine du Contre - Amiral : on vint bien - tôt
à l'abordage , qui fut rude et sanglant , en sorte
qu'en peu de tems on vit plutot un massacre
qu'un combat. L'intrépidité ou plutôt le désespoir
du Contre-Amiral , a quelque chose de remarquable.
On ne voyoit plus qu'un homme
qui résistoit encore , après avoir abandonné les
Gaillards et le Pont , s'étant retranché à la
premiere baterie avec un opiniâtre et téméraire
entêtement. Je lui criai moi - même que j'allois
le couler bas s'il continuoit dans son obstination.
Il répondit qu'un Contre- Amiral du G. S. ne
se rendoit jamais qu'à la derniere extrémité.
Alors j'envoyai ordre aux Officiers qui commandoient
les Batteries de faire tirer à couler à fond.
De la derniere bordée que je lui donnai après le
Soleil couché , il eut son timon coupé en deux
.à quatre pieds de l'eau , et son Arcasse fracassée.
Je fis cesser le combat pour attendre le jour , ce
Vaisseau étant tout- à-fait hors d'état de nous
échaper.
En effet , le 17 au matin il mit Pavillon blanc ,
et tira un coup de Canon ; je l'envoyai aussi- tôt
amariner , et je le fis mouiller sur la pointe des
bas fonds. On me rapporta que ce Bâtiment
étoit absolument hors d'état de naviger , faisant
de l'eau de tous côtez : je me déterminai donc
à embarquer sur mon bord toute son Artillerie
de Bronze , la Poudre , et quelques manoeuvres
de rechange , abandonnant le reste à mon Equipage.
Le Combat a été si rude , et il y a péri tant de
monde , que nous n'avons fait que 117 Esclaves
en état de servir. 49 Chrétiens ont recouvré la
liberté.
Le
NOVEMBRE . 1732. 2473
Le Contre - Amiral Ali - Bey , Commandant de
>ce Vaisseau , est un homme d'environ soixante
ans , recommandable à la Porte par sa valeur
ayant rendu 16 différens Combats contre les Venitiens
le dernier est celui de Passaux , portant
le même Pavillon du Contre-Amiral . Il doit être
content, au reste, du bon traitement que nous lui
avons fait.
:
Dans cette action , le Chevalier du Lau de la
Coste , François , a été tué , ainsi que huit des
principaux bas Officiers , et je n'ai eu que
hommes de blessez .
douze
Le 19. au soir , je mis à la voile , après avoir
envoyé brûler le Vaisseau ennemi ; et je fis route
vers la Caramanie où je devois faire de l'eau .
En doublant le Cap S. André de l'Isle de Chypres
nous apperçûmes l'autre Sultane , conserve
du Contre-Amirai , laquelle venoit de Syrie pour
joindre le Convoy de Damiette. Je lui donnai
chasse pendant 16 heures , ce qui l'obligea de
gagner enfin le fonds duGolfe d'Antioche: mesPi
lotes , ne connoissant pas assez ceGolte, me conseillerent
de cesser notre poursuite. Je m'apperçus
en même -tems que nos Vaisseaux n'étoient plus
guéres en état de croiser , et qu'il étoit tems d'al
ler décharger à Malte notre Artillerie , et nous
radouber.
Le 27. nous fîmes de l'eau au Port Orland ,
avec les précautions nécessaires en Pays ennemi
et je mis à la voile le lendemain.
Le 4 Septembre me trouvant à 36 lieuës au
Sud des Sept-Cavy, je découvris trois gros Vaisseaux
, qui mirent en panne à trois lieuës au
vent à nous , portant Pavillon Turc : une heure
après ils manoeuvrerent pendant une demie heure
pour arriver sur nous. Je les attendis en bon
or2476
MERCURE DE FRANCE
ordre , ayant à mon arriere le S. George , mais
à notre contenance ils forcerenr de voile , et firent
route pour Alexandrie .
Je les chassai inutilement jusqu'au Soleil
couché que je les perdis de vue. Alors je fis
tenir la bordée au Sud- Ouest. Le Contre- Amiral
Ali - Bey m'assûra que c'étoit la Capitane de 80.
Canons , suivie de deux autres Sultanes plus
grosses que nos Vaisseaux , qui devoient , selon
mes avis , aller à Alexandrie,
Le lendemain je ne vis plus aucun Bâtiment
ce qui me détermina à profiter du premier tems
favorable pour nous retirer à Malte. Le 2 Octobre
je me trouvai au Parage du Cap Passaro
en Sicile , où j'écrivis le détail de notre course ;
et enfin le 4. nous mouillâmes heureusement à
Malte.
...Depuis cette Lettre écrite , on a appris que
le Grand- Seigneur avoit fait sortir de ses Ports
12 Vaisseaux de Guerre , avec ordre de chercher
dans les Mers du Levant , les deux Vaisseaux
Maltois qui ont pris devant Damiette la Sultanè
Neuve,
M. de Chambrai qui a écrit la Lettre , dont
ou vient de voir l'Extrait , est Commandeur de
Vircour , et se signale depuis long- temps , avec
autant de prudence que de valeur , pour les interêts
de son Ordre , qui sont ceux de la Religion
et du Bien public. C'esr le même qui en
l'année 1723. rendit un fameux combat , lequel
fat terminé par la prise de la Patrone ou Vaisseau
Amiral de la Regence de Tripoli , dont le
détail fut alors rendu public. 11 est Frere du
Marquis de Chambrai, et de Dame N.de Chambrai
,Abbesse d'Alménéches , Diocèse de Séez .
Sh. La Maison de Chambrai a toujours été distiaNOVEMBRE.
1732. 2477
tinguée parmi la haute Noblesse de la Province
de Normandie. Elle est du Diocèse d'Evreux , et
tire son origine d'Amaury , Seigneur de Chambrai
, qui en l'année 1099. accompagna le Duc
Robert à la Conquête de la Terre - Sainte . Cette
distinction est fondée sur les Alliances illustres
et sur les Postes éminens , dont plusieurs Seigneurs
de Chambrai ont été honorez , tant dans
P'Eglise, qu'auprès de la Personne de nos Rois er
dans leurs Armées. Il y a eu aussi plusieurs Gou- '
verneurs et Baillifs d'Evreux , des Abbez et Abbesses
de diverses Abbayes de la Province , &c.
RUSSIE.
E 18 Septembre , M. de Westphalen , Envoyé
Extraordinaire duRoy de Dannemarck,
eat Audience publique de la Czarine , dans laquelle
il lui déclara au nom du Roy son Maître ,
que S M. Dan. la reconnoissoit en qualité d'Imperatrice.
S. M. Cz. étoit assise sur son Trône ,
sous un Dais magnifique , ayant à ses côtez les
principaux Ministres de sa Cour , les Generaux
et autres Personnes de distinction des deux
sexes.
O
POLO N E.
N apprend de Warsovie que la Diette Génerale
se separa le 2 du mois dernier , sans
prendre aucune résolution , et dès le même jour
la plupart des Nonces partirent pour retourner
dans leurs Terres .
Le même jour , le Roy fit remettre aux Sénateurs
un Mémoire , au sujet de la nomination
aux Charges vacantes de Grand - General et dè
Grand -Chancelier de la Couronne , afin de sça-
H voir
2478 MERCURE DE FRANCE
voir s'il peut en disposer malgré les protestations
de quelques Nonces.
Le 3 , les Sénateurs donnerent leurs avis par
écrit , et S. M. ayant vû qu'ils étoient partagez ,
Elle a résolu d'assembler un Conseil de Sénateurs
avant son départ pour Dresde. On assure
que le Roy convoquera une nouvelle Diette extraordinaire
pour le mois de Février prochain.
L'Envoyé extraordinaire de la Czarine se prépare
à retourner à Petersbourg sans avoir pú
réussir dans ses Négociations ; parce que les
Commissaires du Roy et de la République de
Pologne ont demandé que S. M. Cz. n'insistat
plus sur le payement des sommes qu'elle prétend
lui être dûës par cette Couronne ; qu'elle
cessat de s'interesser aux affaires du Duché de
' Curlande , et qu'elle retirat les Troupes Mosce .
vites qu'elle entretient depuis plusieurs années
dans ce Duché.
On publia à Warsovie , après le départ du
Roy , une Déclaration de S. M. pour le rétablis
sement de la bonne intelligence entre la Pologne
et la Suede. Cette Déclaration à laquelle le Roy a
donné la même force que pourroient avoir des
Actes solemnels de Paix et d'Alliance, sera échangée
contre une pareille Déclaration du Roy de
Suede , et des Etats , et après l'échange , tout
commerce sera rétabli entre les deux Royaumes.
Le Roy de Pologne partit le 15 du mois dernier
de Warsovie et arriva à Dresde le du
même mois , et S. M. doit revenir en Pologne
à la fin du mois de Janvier.
LER
SUE DE.
E Roy a donné ses Ordres au Prince Guil
laume de Hesse- Cassel son Frere , pour augmenter
les Troupes du Landgraviat , confor
mement
NOVEMBRE . 1732. 2479
hement aux conditions particulieres du nouveau
Traité d'Alliance que le Roy de Suede ,
comme Landgrave de Hesse , a conclu avec le
Roy de Pologne , pour la deffense mutuelle de
leurs Etats d'Allemagne.
Li
DANNEMARCK.
E Comte de Seckendorff eut au commence.
ment du mois dernier une Audience particuliere
du Roy , dans laquelle il lui remit , de la
part de l'Empereur , la Ratification du Traité
conclu à Copenhague depuis quelques mois
entre les Ministres de S. M. Imp. ceux du Roy ,
et ceux de la Czarine.On assure que par ce Traité
, l'Empereur s'est engagé à la garantie du Du-.
ché de Sleswick , à condition d'un équivalent
qui sera donné par le Roy au Duc de Holstein ;
qu'il a été stipulé que tous les Sujets de l'Empefeur
jouiront d'une liberté entière de Commerce
dans toutes les Villes Maritimes de la domination
de S. M, Dan . et qu'on travaillera inces-`
samment à terminer les differends qui ont interrompu
le Commerce de la Ville d'Hambourg
avec le Dannemarck .
ALLEM A G N E.
le
17 Octobre N apprend de Vienne que
on y mit au Carcan , dans la grande Place
du Marché aux Poissons , 45 Mandians et autres
gens sans aveu , qui ont été bannis des Païs
héréditaires dê la Maison d'Autriche.
Le Comte de Reichenstein , l'un des Ministres
de l'Empereur auprés du Corps Helvétique ,
Hij ន
2480 MERCURE DE FRANCE
se prépare à retourner en Suisse , avec de nouelles
Instructions. On croit qu'il aura ordre de
se joindre au Comte de Wolckenstein , autre
Ministre de S. M. Imp. en Suisse , pour presser
le renouvellement du Capitulat de Milan ; convention
qui subsiste depuis près de 12 ans , entre
l'Empereur et les Grisons. Elle a pour objet , le
Commerce entre ces Ligues et les Peuples du Milanez
; le passage des Troupes de S. M. Imp.sans
payer de contributions ; la Traite des Bestiaux et
fe passage des Marchandises étrangeres . Ce le
Traité sera signé à Milan , où on a préparé des
appartemens , pour les Députez des Ligues Grises
D
posa
ITALIE.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
le 1 Octobre , le Cardinal Otthoboni pro-
Evêché de Lodeve pour l'Abbé de Souil
lac ; il préconisa ensuite l'Evêque de Lomber
pour l'Abbaye de S. Pierre de Lézat , Diocèse de
Rieux.
On ,assure qu'il a été résolu que les 4 Cardinaux
que le Pape a nommez pour être de la Cóngrégation
de Non nullis , assisteront aux nou
veaux Interrogatoires que le Cardinal Coscia
doit subir pour l'éclaircissement
de quelques faits
qu'il n'a pas niez ; qu'on lui donnera le terme de
2 mois pour travailler à ses deffenfes ; qu'il lui
sera permis de choisir un Jurisconsulte étranger
pour plaider sa cause devant la Congrégation ; mais que ce Jurisconsulte sera as- isté d'un Audireur-
Romain ; que M. Fiorelli , Secretaire de la
Congrégation , sera tenu de fournir au Card.
Coscia toutes les Pieces du Procès , dont il aura
besoin pour sa deffense , .en prenant les précau
tions
NOVEMBRE. 1732. 248 €
2
tions necessaires pour empêcher qu'elles ne soient
soustraites ; et qu'il ira de la part du Pape renouveller
à ce Cardinal la deffense de sortir de Rome
sous quelque prétexte et par quelque moyen que
ce puisse être , à peine d'être privé de son Titre
de Cardinal , de tous ses Benefices et Revenus
Ecclesiastiques et de confiscation de tous ses autres
biens , qui , en cas de fuite , seront dévolus
à la Chambre Apostolique . Cependant le 6 Oc
tobre , on leva la Garde du Cardinal de Coscia
et il eut la permission de recevoir des visites et
de reprendre un certain nombre de ses anciens
Domestiques. Il a depuis obtenu du Pape la permission
de sortir de temps en temps du Convent
où il fait sa résidence , et il alla le 28 Octobre
se promener du côté de sainte Croix en Jerusalem
.
-
On apprend -de Florence , que le 4 Octobre
l'Infant Don Carlos alla visiter le Grand Duc
et l'Electrice Palatine Douairiere ; il partit le 6 .
pour se rendre à Parme , accompagné du Comte
de Sant-Estevan. S. A. R. coucha le 7. à Bo
logne , d'où il partit le 8. pour continuer sa route.
Elle a choisi pour Gentilshommes de sa
Chambre le Comte de San- Severin , Milanois
et le Comte Bologini de Plaisance , et pour son
Majordome de Semaine ; le Comte Tarafoni de
Parme.
Ce Prince arriva à Parme le 9. Octobre vers
les 3. heures après midi. Il se rendit d'abord à
P'Eglise du Dôme où on chanta le Te Deum , en
actions de graces de son heureuse arrivée ; après
quoi S.A. R. fut conduite au Palais par un nombreux
Cortege de Noblesse et aux acclamations ,
réiterées du peuple, qui fit le soir des Feux de joye
et des Illuminations dans toutes les Rues de la
le.
Spe
Hviij D'aut
2482 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent, que la veille de son départ
de Florence il avoit été visité par le Grand
Duc ,qui lui avoit [envoyé le matin un tres-beau
Tableau,peint par Marc Tuscher de Nuremberg,
représentant la Cérémonie de l'hommage des
Etats du Grand Duché de Toscane , que S.A.R.
a reçu cette année au nom du Grand Duc , le
24 juin dernier , Fête de S. Jean- Baptiste .
L'Infant Don Carlos étant arrivé le 6 Octobre
à la Scarperie , y fut salué par une decharge
générale de l'Artillerie du Fort de S. Martin.
Le soir il arriva à Firenzuola , d'où il congédia
les Carabiniers et autres Troupes que le Grand
Duc avoit fait partir avec lui pour l'escorter
jusqu'à la Frontiere de ses Etats.
Le 7 , ce Prince dîna dans le Convent des
Cordeliers de Lojano , et le soir il alla coucher
dans celui des Religieux Olivetains de S. Michel
in Bosco , hors des Portes de la Ville de Bologne,
où il fut complimenté par le Comte Marc-Antoine
Ranuzzi , de la part du Grand Duc , et de
l'Electrice Doüairiere Palatine.
Le 8 , S. A. R. étant entrée dans le Duché de
Modéne,trouva sur la Frontiere le Marquis Rangoni
, qui la complimenta au nom du Duc de
Modéne , lequel lui avoit enyoyé trois Carosses
à six Chevaux , dont l'Infant Don Carlos le remercia.
Aussi- tôt qu'il fut à la vûë de Modéne il
fut salué de cent coups de Canon, tant de la Ville
que de la Forteresse. Le chemin qui conduit à
cette Ville , avoit été arrosé par ordre du Duc de
Modéne , afin d'abbatrre la poussiere.
Le Duc de Modéne vint audevant de ce Prince,
étant accompagné d'une nombreuse suite de Seigneurs
de sa Cour , pour l'engager à entrer dans
la Ville et à faire quelque séjour dans son Palais.
Ils
NOVEMBRE. 1732. 2493
Ils se donnerent réciproquement de grandes marques
de tendresse ; mais l'Infant Don Carlos:
n'ayant pas accepté l'offre du Duc de Modéne ,
ils se séparerent , et S. A. R. continua sa route
par les dehors de la Ville.
Etant arrivée à la Rubiera , elle envoya un des
Gentilhommes de sa Chambre complimenter le
Duc de Modéne de sa part.
L'Infant Don Carlos se rendit l'après midi à
Pantaro , Maison de plaisance de la Comtesse
Borri , où il trouva un tres -grand nombre de
Gentilhommes des Duchez de Parme et de Plaisance
, qui étoient venus pour lui rendre leurs
respects . La Duchesse Dorothée, Duchesse Douairiere
de Parme et Ayeule maternelle de S. A. R. y
arriva peu de temps après pour le complimenter..
L'Infant Don Carlos alla la recevoir à la portè de
sa Chambre et demeura avec elle pendant une
heure. Cette Princesse lui presenta les Dames de
sa suite , qui eurent l'honneur de baiser la main
de S. A. R.
Le , l'Infant alla dîner au Convent de
la Certosa , à un mille de Parme ; après le
diné , ayant pris un habit magnifique, il mon
ta à Cheval pour faire son Entrée publique dans
cette Ville, à la porte de laquelle on avoit dressé
un Autel , où il fut reçu par le Chapitre de l'Eglise
Cathédrale de S.Michel , le plus ancien Cha
noine lui ayant presenté l'Eau - benite et un Crucifix
à baiser. S. A R.se plaça ensuite dans un Fau
teuil , sous un Dais magnifique , du côté de l'E
vangile où le Gouverneur lui presenta les Clefs
de la Ville , que ce Prince lui rendit . Après les
Prières ordinaires , l'Infant Don Carlos remonta
à Cheval et entra dans la Ville au bruit des Salves
réiterées de l'Artillerie , du son de toutes les
2 Hiiij Clos
2484 MERCURE DE FRANCE
Cloches et des acclamations de joïe du Peuple.
La marche se fit dans l'ordre suivant :
Une Compagnie d'Infanterie Irlandoise , deux
Compagnies des Cuirassiers de Parme et de Plaisance
, et deux Compagnies de Carabiniers préacedoient
54 Gentilhommes des deux Duchez, habillez
magnifiquement , et montez sur des Chevaux
richement harnachez ; ils étoient suivis des
Majord'hommes de semaine de S. A. R. et des
Gentilhommes de sa Chambre aussi à Cheval ,
des Ordres Mandians , des grandes Confrairies ,
- du Clergé Séculier des Paroisses , et de celui de
'Eglise Cathédrale.
L'Infant Don Carlos marchoit ensuite , monté
sur un tres - beau Cheval d'Espagne et sous un
Dais d'Etoffe d'argent , dont les douze Cordons
étoient tenus par douze Députez , représentant
les Etats des deux Duchez.
S. A. R. étoit suivie du Comte de Sant Estevan,
Grand Maître de sa Maison, du Prince Corsi
ni , son Grand-Ecuyer , de Don Lélio Caraffe ,
Capitaine de ses Gardes du Corps , et de trois autres
des principaux Officiers de sa Garde , et la
marche étoit fermée par un détachement d'Infanterie
de 400 hommes , qui étoient habillez de
neuf, ainsi que toutes les autres Troupes qui s'étoient
mises en haye et sous les Armes , dans
toutes les rues de son passage.
S.A. R. fut reçue dans le Parvis de l'Eglise
Cathedrale par les principaux Magistrats , et à la
porte de l'Eglise par l'Abbé de Castromonte ,
Grand-Chapelain, qui lui présenta l'Eau -benite ,
et le conduisit dans le Choeur , où le Te Deum fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique. Après le
Te Deum , l'Infant monta en Carosse avec le
Comte de Sant- Estevan , et le Pr. Corsini. H
trouva
NOVEMBRE. 1732. 2485
trouva au Palais la Duchesse Doüairiere Dorothée
, qui le conduisit dans l'appartement qu'on
lui avoit préparé , et une heure après il donna
audience au Chevalier Antinori, qui vint le com
plimenter de la part du Grand Duc , et de l'Electrice
Douairiere Palatine,
On écrit de Génes que le grand Conseil n'a
voit encore rien déterminé touchant la liberté
des quatre Chefs des Mécontens de l'Isle de Corse;
que Don Louis Giafferi , l'un de ces Chefsétoit
dangereusement malade ; que le P. Certa
zini , Capucin , autrefois Prédicateur des Mécon
tens, et qui avoit été conduit à Génes il y a 3 ou
4 mois , avoit été remis entre les mains de ses Supérieurs
qui l'avoient condamné au pain et à l'eau
pour le reste de ses jours , et l'avoient renfermé
dans la Prison de leur Convent.
On apprend en dernier lieu que les 4 Chefs
avoient été transferez à Savonne ; qu'on les y
traitoit avec beaucoup de douceur et d'humanité;
qu'ils avoient été visitez par le Gouverneur de
cette Ville , qui leur avoit dit , de la part du
Grand- Conseil , qu'ils avoient la liberté de s'y
promener . et qu'on avoit renvoyé chez eux les
Otages des Mécontens retenus jusqu'à present à />
la Bastia.
On mande de Naples , que le 24 Septembre
plusieurs -Dames de distinction , commencerent
à faire une quête chez tous les habitans de cette
Ville , pour rassembler 3000 Ducats , qu'on doit
employer à faire en argent une Statuë de Ste Iréne
, Vierge , que le peuple a choisie pour être
la Patrone particuliere de cette Ville , contre les
offers du Tonnerre »
H ESPA
2486 MERCURE DE FRANCE
O
ESPAGNE .
Na appris d'Oran , que les deux Convois
qu'on y avoit envoyez de Cadix et d'Alicante
, y étoient arrivez ; que quelques Troupes
de Maures descendus des Montagnes , continuoient
d'inquieter la Garnison qui est occupée
à de nouvelles fortifications qu'on y construitt;
que le Marquis de Santa-Cruz avoit envoyé contre
eux quelques détachemens qui les avoient
obligez à prendre la fuite ; et qu'il ne paroissoit
pas qu'on eût rien à craindre de leur part ,
tant que les Algeriens seroient hors d'état de
mettre une Flotte en Mer ; que le Dey d'Alger
étoit mort le 3. de Septembre , âgé d'environ 88 .
ans , et que le Cnafnagi ou Trésorier de la Régence,
son beau-frere , avoit été élu en sa place.
Les dernieres Lettres d'Oran , portent que les
Maures avoient commencé le Siege de cette Place
avec deux Armées , l'une commandée par Bigotillo
, qui en étoit cy-devant Gouverneur , et
l'autre par le fils du feu Dey d'Alger ; que le
Marquis de Santa-Cruz ayant détaché roo.
hommes de sa Garnison pour escorter un Convoi
qu'il vouloit faire entrer dans le Fort de
fainte Croix , les Maures avoient attaqué l'es-
Corte ; que l'action avoit été très - vive d'abord ,
mais que les Espagnols ayant mis la bayonette
au bout du fusil , les Maures avoient pris la fuite
après avoir perdu près de 1200. hommes , et que
le Convoi étoit entré dans le Fort , dont on avoit
réparé la breche qui y avoit êté faite quelques
jours auparavant ; que depuis cette action ;
Maures s'étoient emparez d'un poste important
qui ôtoit la communication entre la Ville ee le
>
les
{Fort
NOVEMBRE. 1732. 2487
Fort , que ce poste n'étant pas éloigné de la Mer ,
quelques Vaisseaux de guerre Espagnols arrivez
d'Alicante , avoient cañonné les Ennemis et les
avoient obligez de l'abandonner ; que l'Artillerie
des Maures étoit mal servie , qu'ils manquoient
de munitions de guerre,et qu'on avoit appris par
un Deserteur qu'il s'étoit tenu à Alger un Divan,
dans lequel le nouveau Dey avoit demandé des
secours pour continuer le Siege d'Oran , mais que
Jes autres Chefs de la Régence avoient réprésenté
que c'étoit une entreprise témeraire , et qu'il étoit
impossible de reprendre cette Place tant que la
Régence n'auroit pas de Flotte pour empêcher
l'arrivée des secours. Ces Lettres ajoûtent que le
Marquis de Santa Cruz étoit résolu d'attaquer les
Maures dans leurs tranchées, et de les obliger à lever
le Siege , aussi - tôt qu'il auroit reçu le renfort
de Troupes qu'il attendoit de Barcelone et
d'Alicante.
$
On a reçû avis que le 17. Octobre , le Gouverneur
de Ceuta a fait une sortie composée de
12. Bataillons de 14. Compagnies de Grenadiers
et de toute la Cavalerie de la Garnison ; que ces
Troupes ayant attaqué les Maures dans leurs
tranchées , les avoient obligez de prendre la fuite
après un combat de six heures , qu'ils avoient
abandonné leurs munitions de leur Arguerre
,
tillerie et toutes leurs provisions ; qu'on avoit
encloüé leurs Canons, brulé leurs Baraques , comblé
leurs tranchées et abandonné leur Camp au
pillage des Soldats Espaglols.
Le Marquis de Santa Cruz ayant écrit en Cour
depuis , qu'il avoit paru dans le Canal d'Oran ,
neuf Vaisseaux de guerre Algeriens , un de 70.
pieces de Canon , quatre de so. et les autres de
30. à 40. le Roi a envoyé des Ordres aux Com-
H vj
mandans
2498 MERCURE DE FRANCE
mandans des Vaisseaux de guerre la Galice
l'Andalousie , le Conquerant et le Lion , de joindre
trois autres Vaisseaux de guerre Maltois qui
sont sortis depuis peu d'Alicante , et d'aller en
semble attaquer les Vaisseaux Algeriens.
ON
PORTUGA L ..
Na appris de Campo - Major , fur la Fron
tiere d'Espagne , que la nuit du 15. au 16,
Septembre, on y avoit essuyé un Orage terrible , et
que le tonnerre étant tombé sur la grande Tour
du Château de cette Ville , il avoit mis le feu au
Magazin des Poudres , dans lequel il y en avort
près de 120. milliers , outre une grande quantité
de Bombes et de Grenades toutes chargées ; que
Peffet de la poudre avoit été si violent , que tout
Te Château et les quatre Tours inferieures avoient
sauté en l'air , et que plus des trois quarts de la
Ville avoient été entierement détruits ; qu'il n'en
seroit pas resté une seule maison sur pied , si le
feu s'étoit communiqué à une autre Tour peu
éloignée , dans laquelle il y avoit encore so. barils
de poudre , qu'outre les maisons renversées ,
celles qui restent avoient été fort endommagées
par la chute des pierres du Château , qui en ont
brisé les couvertures et la charpente ; que l'Hôpital
des Freres de la Charité avoit été entierement
ruiné ; qu'un des Religieux avoit été écrasé,
que dans le Convent de l'Ordre de S. François ,
trois Religieux avoient été tuez , et tous les autres
blessez que le Portail de la principale Eglife
avoit été abbatu , l'Hôpital de la Misericorde totalement
détruit ; que le 19. on avoit retiré de
dessous les ruines 3 ou 400. blessez , et plus de
200, corps morts. Le Roi y a envoyé un grand
;
>
nombre
NOVEMBRE. 1732. 2489
nombre de Chirurgiens de Lisbonne , pour panser
les blessez , ausquels S. M. a envoyé tous les
autres secours necessaires dans leurs besoins et
S. M. a donné des ordres pour travailler au plu
tôt aux réparations des Fortifications de cette -
Place.
¿
Le Patron d'une Barque arrivée depuis peu
de Tripoli à Livourne , a rapporté que le G. S.
avoit fait present au Dey de cette Régence d'un
Vaisseau de so. Canons , chargé de munitions
de guerre ; que le Dey avoit envoyé du côté d'O,
ran un corps de Troupes commandé par son fils,
avec quelques pieces de Canon ; qu'on croyoit
que ces Troupes joindroient celles de la Régence
d'Alger , pour inquiéter la Garnison Espagnole
d'Oran.
GRANDE BRETAGNE..
E Comte de Montijo , Ambassadeur Extraot-
Idinaire du Roi d'Espagne ,arriva àLondres
Is
le d'Octobre avec la Comtesse son Epouse , er
le 16 il eut à Whitehall une longue conférence
avec le Duc de Newcastle , Secretaire d'Etat
qui l'accompagna jusqu'à Kensington , où il eur .
sa premiere Audience particuliere du Roi , étant
conduit par le Chevalier Clement Cotterel , Maî
tre des Cérémonies ; ensuite il eut Audience de
la Reine , et le lendemain du Prince de Galles
du Duc de Cumberland et des Princes .
"
La Duchesse Douairiere de Malborough a demeuré
quelque-tems à S. Albans , où elle a établi
une Maison de Retraite pour un nombre
d'Officiers qui ont servi pendant la derniere
Guerre sous le feu Duc son Epoux , et qui n'ont :
pas assez de revenu pour subsister sans son se
cours
2490 MERCURE DE FRANCE
cours : on dit qu'elle doit affecter à cette Maison
un revenu fixe de 4 à 500 liv. sterl.
Le Roi a accordé aux Commissaires de l'Amirauté
, des Lettres Patentes qui leur permettent
d'établir une Corporation en faveur des
pauvres veuves d'Officiers de Marine : elle sera
composée des Commissaires de l'Antirauté , des
Commissaires de la Marine, de ceux de l'Avitaillement
de la Flotte et d'un certain nombre d'an - `
ciens Capitaines et Lieutenans de Vaisseaux .
Pour la réussite d'un établissement si charitable
le Roi a accordé une somme de 10000. liv . ster.
sur les revenus de la Couronne , et les Commissaires
de l'Amirauté , de la Marine et de l'Avitaillement
ont souscrit pour des sommes considerables
. Par le Réglement dont ils sont convenus
et qui doit être rendu public , la veuve d'un Officier
qui aura commandé une Escadre , aura so 1.
sterl. par an ; celle d'un Capitaine de Vaisseau
40 liv. sterl . celle d'un Lieutenant , 30 liv. ster.
et celles des autres Officiers inferieurs , 20 liv.
sterl. chacune. Mais comme il faut des fonds
considerables pour payer un si grand nombre
de pensions , il a été résolu que , tous les Officiers
actuellement employez dans la Marine , remettront
à la Caisse de la Corporation 3. sols
par liv . ster. de leur paye , et que les veuves de
ceux qui auront refusé de faire cette remise ne
pourront jouir de la pension .
?
MORTS
NOVEMBRE., 1732 2493
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E Roi Victor Amedée II . Pere du Roi de
Sardaigne ,mourut le 31 Octobredernier
Montcalier. Ce Prince étoit né le 14 Mai 1666.
Il étoit fils de Charles - Emanuel , Duc de Savoye ,
mort le 12 Juin 1675. et de Marie - Jeanne - Baptiste
de Savoye , fille ainée du Duc de Nemours,
sa seconde femme , laquelle mourut le 15 Mars
1724. agée de 80 ans. Il avoit épousé le 10.
Avril 1684. Anne - Marie d'Orleans , fille puisnée
de Philippe , Fils de France , Frere unique du feu
Roi Louis XIV . laquelle mourut le 26 Août
1728. âgée de 59 ans presque accomplis ; il
avoit eu de ce Mariage un Prince né le 8 Novembre
1697. mort une heure après ; Victor-
Amedée -Joseph- Philippe , né le 6. Mai 1699.
.mort le 22 Mars 1715. Charles - Emanuel-Victor
, à présent Roi de Sardaigne , né le 27 Avril
1701. Emanuel Philibert , Duc de Chablais , né
le premier Décembre 1705. mort le 19 du même
mois , Marie- Adelaïde, née le 6 Décembre 1685 .
mariée le Décembre 1697. à Louis , Duc de
Bourgogne , puis Dauphin de Viennois , Pere
du Roi Très- Chrétien , laquelle mourut le 12.
Février 1712. et Marie - Louise - Gabrielle , née le
17 Septembre 1688. mariée le 11 Septembre 1701.
au Roi d'Espagne , et morte le 14. Février
1714
Le Roi Victor avoit été couronné Roi de Sicileà
Palerme le 24 Décembre 1713. en vertu de
la cession que le Roi d'Espagne Philippe V. lui
2492 MERCURE DE FRANCE
en avoit faite par le Traité d'Utrecht ; mais par
le Traité de la Quadruple Alliance qui fut signe
à Londres au mois d'Août 1718. il étoit convenu
d'échanger avec l'Empereur le Royaume de
Sicile contre celui de Sardaigne dont il prit alors
le Titre. Après un Regne de 55 ans , pendant lequel
il s'est acquis la réputation d'un des plus
grands Princes de son tems , il fit en plein Con
seil le 3 Septembre 1730. une abdication genera
le de tous ses Etats en faveur du Prince de Piémont
son Fils , qu'il fit reconnoître pour son
Successeur.
Charles-Emanuel - Victor , Roi de Sardaigne ;
depuis cette abdication , a épousé en premieres
Nôces le 13 Mars 1722. Anne- Christine- Louisey
fille de Theodore , Comte Palatin de Sultzbach
qui mourut le 12 Mars 1723. étant accouchée
cinq jours auparavant de Victor- Amedée- Theo
dore , Duc d'Aoste , mort le 11 Août 1725. Il a
épousé en secondes Nôces le 2 Juillet 1724. Poli
xene Christine Jeanne , fille d'Ernest- Léopold
Landgrave de Hesse- Rheinfels- Rottembourg , at
d'Eleonore- Marie - Anne de Louvenstein , dont
il a eu Victor- Amedée - Marie , né à Turin le 26
Juin 1726 à présent Duc de Savoye et Prince
de Piémont Joseph Charles - Emanuel , Duc
d'Aoste , né le 17 Mai 1731. et deux Princesses ,
l'une née le 28 Fevrier 1728. l'autre le 19 Mars
1730.
>
On apprend d'Allemagne que la petite verole
qui régne à Vienne depuis environ trois mois
a attaqué presque toutes les jeunes personnes de
la Ville , dont plusieurs sont mortes dans les
cinq ou six premiers jours de leur maladie : le
jeune Marquis de Rofrano , Prince de Capece ,
Napolitain , a été de ce nombre.
FRANCE
NOVEMBRE. 1732. 249 3
*******::********
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Lies Saints , le Roi et la Reine entendirent à
E premier de ce mois , jour de la Fête de tous
Fontainebleau la Grand' - Messe , celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Uzés , et chantée par la
Musique. L'après- midi , L. M. assisterent à la
prédication du Pere Julien , Religieux Recolet ,
et ensuite aux Vêpres qui furent chantées par la
Musique , ausquelles ce Prélat officia.
Le Marquis de Bissy , Maréchal de Camp , est
parti pour aller complimenter l'Infant Don
Carlos au nom du Roi , sur son arrivée à
Parme.
A la premiere nouvelle de la mort du Roi Vic
tor- Amedée , les Comédiens François et Italiens .
qui étoient à Fontainebleau , eurent ordre de revenir
à Paris. Les Concerts chez la Reine cesserent
, et l'on ramena à Versailles les Equipages
de, chasse et les Meutes du Roi.
Le 15 de ce mois , le Roi et la Reine partirent
de Fontainebleau pour aller coucher au Château
de Petit-Bourg , d'où L. M. arriverent de Versailles
le 18.
Le 19. le Marquis de Rosignan , Ambassadeur.
du Roi de Sardaigne , cut en grand Manteau de
deüil
1494 MERCURE DE FRANCE
deuil une Audience particuliere du Roi , dans la
quelle il lui donna part de la mort du Roi Victor-
Amedée. Il fut conduit à cette Audience par
le Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambassadeurs
qui le conduisit ensuite à l'Audience
de la Reine et à celles de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou , et de
Mesdames de France.
Le 20. le Roi prit le grand deüil pour la mort
du Roi Victor- Amedée , Ayeul maternel de
S. M.
Le même jour , jour de la Fête de Sainte Elisabeth
, dont la Reine d'Espagne porte le nom ,
le Marquis de Castellar , Ambassadeur de S. M.
C.donna un magnifique Repas , auquel furent invitez
les Grands d'Espagne , les Chevaliers de la
Toison d'Or , les Ministres Etrangers et plu
sieurs personnes distinguées de la Cour.
Le 27 Octobre , il y eut Concert à Fontaine
bleau chez la Reine , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Musique du Roi , fit chanter les deux
derniers Actes de sa Pastorale Héroïque d'Endimion
, dont les principaux Rôles furent chantez
avec applaudissement par les Diles Mathieu er
Petitpas , et par le sieur Tribou.
Le 29. on éxecuta le Caprice d'Erato , ou les
Caracteres de la Musique , Piéces du même Auteur
, lesquelles furent jouées avec beaucoup de
succès.
Les. Novembre on chanta chez la Reine le
Prologue et le premier Acte de Tancrede , Tragédie
mise en musique par M. Campra ; les prin-
Cipaux Rôles furent remplis par les Des Courva
sięg
NOVEMBRE. 1732. 2495
sier et Mathieu , et par les Srs Petillot , Ducros
et du Bourget.
Le premier Novembre , Fête de la Toussaint,
il y eut Concert fpirituel au Château des Tuilleries.
On y chanta le Credidi , Motet de M. de
la Lande , et un autre nouveau Motet mis en Musique
par M. Madin , Maître de Musique de l'Eglise
Cathedrale de Tours , qui fut parfaitement
bien executé et très-goúté du Puhlic. La Dile Petitpas
chanta ensuite un petit Motet à voix seule
du S le Maire, qui fut très applaudi. Le sieur
Leller joüa seul une Sonate avec toute la justesse
possible, de même que le sieur Bravet , dans l'execution
d'un Coneerto qu'il joua avec accompa
gnement. Le Concert fut terminé par le Deus
regnavit.
Le 3. il y eut Concert François ; on executa
la Chasse du Cerf, qui est un excellent Morceau
de Musique de M. Morin , dans lequel la Dll
Petitpas chanta le Rôle de Diane avec applaudissement
, de même que la Cantatille de la Constance
, du sieur le Maire. Le sieur Benoît chanta
ensuite une Cantate Françoise , mise en Musique
par M. Mouret , qui fit beaucoup de plaisir. Le
De Profundis de M. de la Lande termina le
Concert.
On nous écrit de Metz , que le Roi ayant ac
cordé un Drapeau à la Compagnie des Gentils
hommes Cadets , qui font en Garnison dans la
Citadelle de cette Ville , M, du Bouchet , Commandant
de la Compagnie , avoit prié M. l'Evêque
Titulaire de Joppé , qui s'étoit rendu à Metz
pour faire l'Ordination en l'absence de M. le
Duc de Coaslin , Evêque de ce Diocèse , de bepin
2496 MERCURE DE FRANCE
nir le Drapeau. La Cerémonie s'en fit le Dimanche
9. Novembre , dans l'Eglise des Benedictins
de l'Abbaye de S. Arnoul. A dix heures du matin
les Cadets au nombre de deux cent , en habit
uniforme, marchantpar rangs de quatre , les Offi
ciers à leur tête „ et le premier Brigadier au centre
portant le Drapeau dans un Etuy , se rendirent à
cette Eglise , où ils se rangerent sur deux lignes ,
les Tambours appellant.
M. l'Evêque celebra la Messe à l'Autel principal
, après laquelle M. du Bouchet , accompagné
du Premier Lieutenant , présenta le Drapeau dé
ployé à ce Prélat , qui le benit avec les ceremonies
ordinaires. Aprés la Benediction , l'Evêque
présenta le Drapeau au Commandant , er lui dit :
3
Le Roy ne pouvoit mieux vous marquer ,
Monsieur , leprix de vos services , qu'en vous confiant
l'éducation de ces jeunes Gentilshommes , dont
le courage et la fidelité sont réservez à vos soins ,
et à vos exemples ; mais n'oubliez pas de leur apprendre
que pour servir un Prince Chrétien , il faus
autant de pieté que de valeur
Le Commandant rendit ensuite le Drapeau au
Premier Brigadier , qu'il porta déployé , en retournant
avec la Compagnie à la Citadelle dans
le même ordre qu'ils en étoient sortis.
Le 25. Novembre , la Loterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoûtumée , à
l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixiémes d'Actions qui
doivent être remboursées, faisant en tout le nom
bre de 319. Actions.
BENEFICES
NOVEMBRE. 1732. 2497
BENEFICES DONNEZ
LA
'Abbaye de S. Vincent de Metz , Ordre de
S. Benoît , vacante par le décès de M. de Bourlemont
, en faveur de M. d'Eltz , Chanoine de
Spire.
L'Abbaye de S. Serge d'Angers , Ordre de
S. Benoît , vacante par le décès de M. de Court ,
en faveur de M. de Rochechouart.
Abbaye de Bouil ou Beuf, Ordre de Citeaux,
Diocèse de Limoges , vacante par le décès du
dernier Titulaire , en faveur de M. Jacques- François
Hocquart , Prêtre et Chanoine du Mans.
La Prévôté Conventuelle et Elective du Chapitre
de Beaumont, et le Prieuré de Verriere, son
Annexe , Ordre de S. Augustin , Diocèse de Va
bres , vacante par le décès de M. de Gua , en fayeur
de M. Narbonne Pelet.
Le Prieuré Régulier , Conventuel et Electif
de S. Antoine , Ordre de S. Augustin , Diocèse
de Rodez , vacant par le décès de M, du Puy ,
en faveur du Pere Arnaud , Prieur Claustral de
ce Prieuré.
MALADIE de Monseigneur le Due
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pour son heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le
TDucd'Orleans , Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale
de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere ,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il
le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe
des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints
, et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes
considérables .
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans , malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter
poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes , ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau
tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes
qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
HOTHEQUE
NOVEMBRE . 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours
auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela
maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures
de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques
endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter
que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps . Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si - tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement
, et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé
s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir
et d'admirer.
› Le Vendredi 14 Novembre M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint
rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conservent.
LYON
$
1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve
chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre , ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe . Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere
fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse
dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il
nomma la premiere des nouvelles Cloches . Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins
trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très- rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches
pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,
parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors . Visà-
vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la
Maison d'Orleans. Dans l'avant - Sanctuaire orné
de Tapis , et dans le Choeur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de dis-
Tinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent
également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes
, d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prinee
avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte
Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre . Pareilles illuminations
et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château
de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis-
"ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité
d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
I GRANDE
2502 MERCURE DE FRANCE ERCUR
GRANDE EGLISE tombée en Bourgogne.
Extrait d'une Lettre écrite d'Auxer
re le Octobre
27
I
"
1732 .
L est arrivé à trois lieuës de cette Ville un accident
qui doit rendre sages les Habitans des
lieux dont les Eglises ménacent ruine. On ne sçavoit
point pour quelle raison deux Piliers , situez
vers le milieu du côté gauche de l'Eglise Paroissiale
de S.Chritophle de Colanges les Vineuses , quoiqu'extérieurement
bâtis comme les autres de cette
Eglise , sembloient plier sous le poids de la
Voute et de la Charpente.
On a voulu y remedier sérieusement depuis
quelques jours ; et on a tâché de prévenir un plus
grand mal par des Etais qui pussent suppléer à
la foiblesse de ces Piliers. A peine les Ouvriers
étoient-ils à moitié de leur prétenduë fortification,
que ces deux Piliers, qui sont voisins l'un de
de l'autre , ayant manqué peu à peu , toute l'Eglise
est tombée , excepté le Pignon de devant et
celui de derriere , que la chute n'a pû entraîner
non plus que l'Aîle droite de la Tour , qui en est
'détachée.Če malheur est arrivé le Mardi 21 de ce
mois , vers les onze heures du matin . Le S. Sacri
fice de la Messe avoit encore été celebré le même
jour dans cette Eglise.
>
Heureusement personne n'a été écrasé ni
même blessé , parce qu'on fut averti du péril
prochain , en voyant sortir le Gravier le long des
jointures des deux Piliers. Les Habitans ont travaillé
, la larme à l'oeil , le reste de la semaine , a
relever les matériaux ; et ils ont remarqué par ce
qui est resté du bas de ces Piliers , que les Maçons
qui les avoient construits, n'avoient rempli l'interieur
NOVEMBRE . 1732. 2503
rieur,que de terre grasse et autres mauvais matériaux.
C'est ce que j'ai reconnu moi - même hier au
soir,ayant voulu voir l'état des choses. Cette Eglise
bâtie au xrv siecle , et par consequent à la Gothique
, étoit une des belles du Diocèse d'Auxerre !
sur tout par rapport à la Nef, qui étoit d'une Architecture
assez délicate , ornée de Galeries et de
Vitrages anciens , le tout par la liberalité des Seigneurs
du Lieu , qui ont toujours été des gens de
remarque et des aumônes des Bourgeois , dont
le vin a toujours été tres - recherché . Cette petite
Ville,bâtie au milieu d'un grand coteau aride , situé
obversement à l'Orient et rempli de plusieurs
sinuositez , avoit souffert differens Incendies par
le manque d'eau : mais elle a été exempte
malheur depuis l'an 1705. que le sieur Couplet ,
envoyé par M. le Procureur General , qui en
étoit Seigneur , y trouva une Source , laquelle
fournit abondamment le Païs depuis ce temps- là.
Un autre accident auquel elle a été sujette cette
presente année , est l'excursion des Loups , entre
lesquels il y en eût un qui , vers le commencement
de l'Eté entra jusqu'au dedant des Murs et
causa une terreur generale , après avoir dévoré
plusieurs enfans dans le voisinage pendant quatre
mois.
de ce
Ceux qui lisent les Propheties de Nostradamus
croyent qu'il a eu en vûë cette cruelle bête
dans sa premiere Centurie , Quatrain 8e. Quoiqu'il
en soit , il a été necessaire que la Louveteterie
du Roy vint à Colanges au mois de
-May dernier , et qu'elle y ait demeuré plus de
deux mois , pour faire cesser ce second fléau.
to
Quant au dernier de ces malheurs , qui est la
chute de l'Eglise , il ne peut être mis en oubli ,
que lorsqu'il aura plu à Dieu de susciter quelque
Zorobabel dans ce Païs , & c.
I ij RECEP2504
MERCURE
DE FRANCE
RECEPTION
de M. l'Archevêque
de Sens , en la Ville de Joigny. Lettre
écrite à M. D. L. R.
L
E même zele , Monsieur , pour la gloire de
ma Patrie , dont on a vu des marques , agm'engréées
du Public dans differens Mercures ,
gage aujourd'hui à vous faire part d'un Evenement
qui nous interesse plus que tous ceux qui
ont precedé . Personne n'a pris plus de part que
nous à l'Elevation de M. Languet de Gergy sur
le Siege Archiepiscopal de Sens , et nous soupirions
après son arrivée dans notre Ville ,
qu'enfin ce digne Prélat a bien voulu nous accorder
une faveur si consolante et si glorieuse pour
HOUS.
lors-
Le Mardi 21 Octobre , M. l'Archevêque de
Sens , fit sa premiere entrée à Joigny , Ville qu'il
a la bonté de regarder comme une portion con- sidérable de son Diocèse , et d'honorer d'une
bienveillance particuliere . Voici en peu de mots
P'ordre de cette Ceremonie. Nos Compagnies
Bourgeoises , qui sont nombreuses et fort lestes ,
se mirent sous les Armes , et allerent former une
double Haye sur le grand Chemin , en dehors de
la Porte S. Jacques , par où le Prélat devoit arriver.
Les Drapeaux , d'un gout magnifique ,
étoient portez par
des Enfans de Famille , l'Elite
de notre Jeunesse , tenant l'Epée nuë à la main.
Presque toute la Ville accourut dans les dehors,
pour aller au devant , comme on court audevant
d'un Pere , également cheri et respecté. Il arriva
à la Porte que j'ai dite , vers les 6 heures du soir.
accompagné de M. l'Abbé Hardouin , de M. le
Théologal , et d'autres Ecclesiastiques
distinguez,
NOVEMBRE. 1732. 2505
guez. Aussi-tôt on entendit le son de toutes les
Cloches de la Ville , et on fit une grande déchare
ge de Boëtes.
Les Compagnies Bourgeoises l'accompagnerent
jusqu'à l'Hôtel de M. le Président Hardouin,
qui eut l'honneur de lui donner la main à la descente
du Carosse , et à l'instant elles firent une
décharge de toute leur Mousqueterie.
A peine M. l'Archevêque fut- il entré dans cet
Hôtel , où il a logé , qu'il y reçut les présens de
la Ville , et ensuite le compliment du Corps de
Ville , M. le Maire à la tête. Il fut aussi compli
menté par les Officiers du Bailliage , par ceux de
l'Election , de la Prevôté , des Eaux et Forêts , et
par les autres Corps de la Ville. On avoit commandé
douze hommes de chaque Compagnie
pour monter la Garde à sa porte ; mais il ne vou
Îut jamais le permettre.
Le lendemain , notre Illustre Prélat ayant pris
ses Habits Episcopaux , fut conduit sous un Dais,
que porterent quatre Conseillers jusqu'à l'Eglise
de S. Thibault , les Compagnies Bourgeoises ,
avec tous leurs Officiers, & c . precedant la marche
M. l'Archevêque celebra la Messe en ceremonie
, puis monta en Chaire , et fit en presense
d'un Peuple infini , un Discours des plus patetiques
et des plus édifians. Il prêcha encore le lendemain
, et ce fut sur l'Amour de Dieu. Ce Sermon
enleva et attendrit tout l'Auditoire . On ne
peut pas traiter un si grand sujet plus dignement,
plus chrétiennement , et plus à la portée de tout le
monde.
Durant son séjour et le cours de sa visite il a
donné à manger aux Chefs des differents Corps
de la Ville , et a fait l'honneur à quelques principaux
Officiers et Bourgeois de les en prier.On ne
peut
2506 MERCURE DE FRANCE
peut rien ajouter aux politesses , à l'affabilité et
aux manieres toutes gracieuses de ce Prélat.
Je vous dirai , Monsieur , que dans l'un de ces
repas , je fus obligé de soutenir la réputation de
nos vins, ces vins fameux dont il est parlé dans
plusiers Mercures , contre les prétentions frivoles
de nos Emules ; surquoi M. l'Archevêque voulut
bien entendre une partie de mes raisons . Pour
comble de grace , il voulut aussi me faire l'honneur
de venir chez moi , ce que je n'oublierai jamais.
Je ne crois pas non plus que les Domestiques
de plusieurs Maisons , ainsi que les Pauvres,
puissent jamais oublier son heureuse arrivée , par
ses liberalitez et par ses aumônes.
Je ne sçaurois , sans injustice , omettre icy les
attentions de M. le Maire et des Echevins durant
ce séjour ; entre autres soins , le Gibier et les .
meilleurs Vins se sont toujours trouvez en abondance.
Enfin , Monsieur , si nous avons vû avec
regret , M. l'Archevêque de Sens partir de Joigny
, nous avons eu l'agréable consolation de
l'entendre marquer beaucoup de satisfaction de
la reception qui lui a été faite dans cette Ville ,
et des honneurs que nous avons tâché de lui rendre.
Je suis , Monsieur , & c .
Signé , LE BEU F , Capitaine de la Milics
Bourgeoise de Joigny.
A Joigny , le 28 Octobre 17321
MORTS.
NOVEMBRE. 1732. 2507.
****:***********
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
E Chevalier de Fenelon , Exempt des Gardes
Le de
le 21 du mois dernier âgé de 32 ans. Sa place
d'Exempt a été donnée à M. de la Tour , Briga
dier des Gardes du Corps .
M. Léon Roulier , Chanoine de l'Eglise de
Paris , Conseiller du Roi en la Cour de Parlement
et Grand - Chambre d'icelle , déceda le 30 .
Octobre à Auteuil , âgé de 70 ans environ.
M. Pierre-François Durand de Monthessu
Conseiller du Roi en la Cour de Parlement , fils
de Jean - Maurice Durand , Seigneur de Chalas
, Latour du Bost , Matougues , Pringy , & c.
et de Dame Louise Duvey , mourut le 6 Novembre
âgé de 23 ans.
Louis - Henri - Jacques - René Herault , fils
de M. René Herault, Chevalier, Seigneur de Fontaine
- Labbé , de Vaucresson , &c. Conseiller
d'Etat , Lieutenant General de Police , et de feuë
Dame Marie -Marguerite Durey , mourut le 6.
Novembre âgé de 8. ans , environ .
M, Claude Leullier , Docteur de la Faculté de
Theologie de Paris , Grand- Maître , Principal'
de la Maison et College du Cardinal le Moine ,
et Curé de la Paroisse de S. Jean l'Evangeliste, du
même College , mourut le 10 de ce mois âgé de 73 ans.
M. Simon Menassier , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine
I iiij
Hono2558
MERCURE DE FRANCE
Honoraire de S. Honoré , Sous - Penitencier et
Chapelain de PEglise de Paris , et Principal du
College de Sainte Barbe , mourut le 19. âgé de
77. ans .
M. Abraham Peirenc de Moras , Chevalier
Seigneur de S. Priest , de Clinchamp et autres
lieux , Maître des Requêtes , Chef du Conseil
de S. A. S. Madame la Duchesse , mourut à Paris
le 20 âgé de 49 ans.
Dame Marie-Elisabeth Chefdeville , veuve de
Claude Bernard Rousseau , Ecuyer , Conseiller
du Roi , Doyen des Auditeurs de la Cham.
bre des Comptes , Chevalier de S. Lazare , mourut
le 21 Novembre , âgée de 76. ans accomplis.
Sa grande pieté , son humilité profonde , sa
tendresse et sa charité pour les pauvres , ses soins
pour les prisonniers , et sa délicatesse pour la réputation
de son Prochain , ont pendant tout le
Cours de sa vie animé toutes ses actions.
Dame Therese Desbordes , veuve de M. Edme
Conrade Fugere , Conseiller de la Cour des Ay
des , mourut le 24. âgée de 32 ans .
Dame Charlotte - Elisabeth de Bassompierre ;
Epouse de N... Marquis de Choiseul- Beaupré
Enseigne de Gendarmerie , et Lieutenant General
des Provinces de Champagne et Brie , accoucha
les Octobre dans la Ville de Nancy d'un fils ,
qui fût nommé Jacques Renaud , par N... de
Barillon , Comte de Morangis , et par Madame
la Duchesse deCroüy.L'Enfant portera le nom de
Comte de Savigny .
D. Emilie de la Rochefoucault , Epouse de
Charles-Emanuel de Crussol - Saint - Sulpice , Duc
de
NOVEMBRE . 1732. 2509
de Crussol , accoucha le 16 Octobre d'une fille
qui fut nommée Emilie.
Dame Marie-Sophie Colbert de Seignelay , Epouse
de Charles - François de Montmorency- Luxembourg
, Duc de Luxembourg , de Montmo
rency et de Piney , Pair et premier Baron Chré
tien de France , Gouverneur de la Province de
Normandie , accoucha le 6. Novembre d'une
fille , qui fut nommée Marie Françoise - So
phie.
D. Elisabeth-Françoise de Gilliers , Epouse
de Pierre Charles , Comte de Nonant , Chevalier
de S. Louis , Capitaine au Régiment de Sa Majesté
, Infanterie , accoucha le 7 Novembre d'un
fils , qui fut nommé Louis par Louis Léon Bouthilier
, Comte de Beaujeu , Capitaine au même
Régiment , et par Dame Marie Marguerite de
Carvoisin , Dachy , Epouse de Pierre Brunet de
Chailly , Comte de Serigny , Maître des Requê
tes Honoraire , Président en la Chambre des
Comptes.
Le 17. Pierre. François de Mesgrigny , Che
valier , Seigneur de Villebertin , Chevillelles
épousa au Château de Villemereüil près de
Troyes , Demoiselle Louise Le Courtois , fille de
feu Louis Le Courtois , Chevalier , Seigneur
de Bignicourt , Bucey , et soeur de Pierre Le
Courtois , Chevalier , Baron de saint Cyr , et
Conseiller au Parlement.
Guillaume-Marie- Joseph -Joachim de Rosny-
Vinen , Marquis d'Epiré , fils de Jean- Baptiste
de Rosny et de D. Judith- Gabrielle Picquet ,
épousa le 20 Novembre D. Louise Emilie de
Visdelou de Bienassis , fille de René- François de
Visdelou , et de D. Marguerite Iris de Poys ,
Marquise de Montesson.
Iv AR
10 MERCURE DE FRANCE
PLAINTE de Calliope à Madame
Q
de Loste.
Voi ! serez -vous toujours indocile et re
belle
Aux transports que j'excite en vous ?-
Je ne m'attendois pas qu'un Poëte fémelle
Irritat ainsi mon courroux.
Envain ai -je tenté de monter votre Lyre ,
Elle est muette sous vos doigts.
J'inspirois à mon fils ce que je vous inspire ,.
Il se faisoit suivre des bois.
Sapho , Bernard , Deshoulieres , la Vigne.
N'ont répeté que mes chansons ;
Depuis quel tems , helas ! ne serois- je plus digne
Qu'on fut docile à mes leçons ?
On peut comme autrefois les écouter encore-
Laissez -vous vaincre à mes efforts ,
Et faites admirer du Couchant à l'Aurore
De vos Chants les nouveaux accords! {
Le Ciel vous accorda les talens nécessaires
Pour exceller dans l'art des Vers.
Vous pourriés méprisant les routes ordinaires
Suivre Pindare dans les airs.
Volés , si vous voulés , d'une aîle moins rapide
Prenés la Flute et le Hautbois ,
Chanter
NOVEMBRE. 1732. 2511
Chantez , les Prés , les Champs : cessez d'être ti
mide ›
Calliope elle - même échauffe votre voix.
Peut- être craignés vous de passer pour sayante
; 1
·
Combien de femmes l'ont été ?
Comme elles , si l'amour de la gloire vous
tente ,
Courés à l'immortalité .
Par M. Chaband.
ht
ARRETS NOTABLES..
RRETS DU CONSEIL , qui ordonne la
Asuppression d'un ouvrage , c.
LE ROY s'étant fait representer en son Conseil
, un Ouvrage , qui a pour titre : Traité de
l'Amour de Dieu , tiré des Livres Saints : Sa Majesté
auroit reconnu que ce Livre a été imprimé
par un abus manifeste, sur un Privilege qui n'avoit
été accordé en 1729. que pour un autre Livre,
ayant pour titre : Traité de la Charité envers
Dieu et que l'Auteur , dans ce dernier Ouvrage,
en s'écartant de la matiere que le titre présente ,
s'y répand dans des maximes étrangeres à son
objet , et dans des déclamations également injurieuses
et temeraires. Et comme de pareils excès
ne peuvent être soufferts : Oui le Rapport. Sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et or-
L.vj. donne
2512 MERCURE DE FRANCE
donne que ledit Ouvrage , ayant pour titre :Traité
de l'Amour de Dieu , tiré des Livres Saints,sera
et demeurera supprimé. Fait deffenses à tous Libraires
, Imprimeurs et Colporteurs , de l'imprimer
, vendre et colporter , ni autrement distribuer
, sous les peines portées par les Edits et De- clarations de Sa Majesté : Ordonne que les Exemplaires
en seront incessamment rapportez au
Greffe du sieur Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police , auquel Sa Majesté enjoint
de tenir la main à l'execution du present
Arrêt , qui sera imprimé , lû , publié et affiché
par tout où besoin sera . Fait au Conseil d'Etat
du Roy, Sa Majesté y étant , tenu à Marly , le
31 Août 1732. Signé , PHELYPEAUX .
AUTRE, du même jour , concernant les Droits
dûs par M. le Duc de Gesvres , pour la donation
d'immeubles faite à son profit par M.le Duc de
Tresmes. Et deffend aux Sous- Fermiers des Insinuations
Laïques de percevoir pour l'Insinuation
des Donations entre vifs , même de celles
qui contiennent des substitutions , d'autres droits
que ceux reglez par l'Art . III . de la Déclaration
du 20 Mars 1708 .
AUTRE , du même jour , portant interpréta
tions de l'Arrest du 29 Juin 1728. qui a ordonné
l'abonnement des Droits de Contrôle des Actes
, Petits- Sceaux et Insinuations Laïques , dans
la Province de Hainaut,
ARREST du Parlement d'Aix , contre un Libelle
intitulé : Mémoire touchant l'Origine et
Autorité du Parlement de France ,
Sur la réquisition verbalement faite à la Chamc.
bre
NOVEMBRE. 1732. 2513
bre ordonnée durant les Vacations par le Procureur
Général du Roi en la Cour , Me . de Guey
dan , Avocat Général , portant la parole , a dit :
MESSIEURS ,
Il vient /de tomber entre nos mains un Ecrit si
témeraire et si séditieux , que nous ne pouvons
trop tôt vous le déferer , et requerir la flétrissure
qu'il mérite.
L'Auteur semble d'abord ne s'y proposer que
de rehausser par des recherches historiques l'éclat
du Parlement de Paris. Tant de Titres concourent
à établir l'ancienneté de cette Illustre
Compagnie , que rien n'auroit été plus aisé que
de remplir ce dessein .
Mais ce n'étoit là qu'un prétexte : la fin principale
de cet Ouvrage n'est en effet que de ruiner
toute subordination dans le Corps Politique , et
-d'ébranler , s'il étoit possible , la Monarchie jusques
dans ses fondemens .
Nous ne relevons point la témerité avec laquelle
cet inconnu ne craint pas de déprimer les
autres Parlemens : un objet plus important anime
notre zele. L'Auteur a la hardiesse de supposer
en France une autorité aussi ancienne que la
Monarchie , et capable de borner la Puissance
Royale , sans laquelle le Roi ne peut ni faire des
Loix , ni déclarer la Guerre , ou conclure la Paix ,
et avec le concours de laquelle seulement , il a la
Souveraineté et tous les droits de l'Empire.
Il falloit bien s'attendre qu'un Auteur qui ménage
si peu la Majesté du Trône , n'épargneroit
pas les premieres Personnes de l'Etat , que le Roi
honore de sa confiance , et qui par la sagesse de
leurs conseils y répondent si dignement.
Mais
1
2514 MERCURE DE FRANCE
Mais sans nous arrêter davantage au détail
des excès dont cet Ecrit audacieux est rempli , et
que le Fanatisme seul peut inspirer , nous n'avons
qu'à le mettre sous vos yeux pour exciter
toute votre indignation . Dépositaires des droits
sacrez de l'Autorité Royale , vous userez sans
doute de celle qu'il a plû à Sa Majesté de vous
confier pour condamner tant de principes derestables
, et apprendre au Public que le Roi possede
seul et en propre la Souveraineté ; que les
Tribunaux , quelques anciens qu'ils soient , ne
tiennent leur pouvoir que de lui ; qu'ils lui en
sont comptables , et que le meilleur usage qu'ils
puissent en faire , est de maintenir les Peuples
dans la soumission et l'obéissance envers le Souverain
, et de mettre leur gloire à y demeurer
eux-mêmes . C'ést dans cette vuë que nous avons
pris les conclusions que nous laissons à ce
sujet.
Et les Cens du Roi s'étant retirez : vû ledit
Libelle et lesdites Conclusions ; oui le Raport
de Me. Jean- Hyacinthe de Villeneufve , Baron
d'Ansoüis , Seigneur de Bras , Estoublon et Beh
legarde , Conseiller du Roi : tout consideré.
La Chambre a ordonné et ordonne que le Libelle
intitulé : Mémoire touchant l'origine et l'Autorité
du Parlement de France , apellé Judicium
Francorum , sera laceré et brûlé par P'Exécuteur
de la Haute Justice , comme attentatoire à la
Souveraineté du Roi , et contraire aux Loix fondamentales
du Royaume ; a fait et fait inhibi
tions et défenses à tous Libraires , Imprimeurs
et autres de l'imprimer , vendre , débiter , ou autrement
distribuer , à peine d'être poursuivis extraordinairement
. Enjoint à tous ceux qui se
rouveront saisis des Exemplaires , de les remet-
Ire
NOVEMBRE. 1732. 2518
*
tre incessamment au Greffe de la Cour , pour y
être suprimez , et qu'à la requête et diligence du
Procureur Général du Roi , il sera informé par
Me. de Villeneufve , Conseiller du Roi , contra
ceux qui auroient composé , imprimé , vendu ,
débité ou autrement distribué ledit Libelle. A
ladite Chambre permis à cet effet audit Procureur
Général du Roi de se pourvoir par Monitoires et
Censures Ecclésiastiques , aux formes de droit ,
pour ce fait à lui communiqué et rapporté , être
ordonné ce qu'il appartiendra. Ordonne en outre
, qu'Extraits du présent Arrêt seront expédiez
audit Procureur Général du Roi , pour être envoyez
à ses Substituts dans les Siéges et Séné →
chaussées du Ressort de la Cour , dans lesquels
il sera lû , publié et registré. Enjoint ausdits
Substituts de certifier la Chambre de leurs diligences.
Publié à la Barre du Parlement de Provence
tenant la Chambre des Vacations , séant
à Aix , le deux Septembre 1732. & c.
20
Le troisiéme Septembre 1732. en éxecution du
susdit Arrêt , le Libelle y mentionné a été laceré et
jetté aufeu par l'Executeur de la Haute Justice , en
présence de nous Guillaume Roche , Greffier Audiencier
de la Cour , assisté de deux Huissiers d'icelle.
Signé , ROCHE .
ARREST du Parlement d'Aix , au sujet d'un
Mandement donné par M. l'Archevêque d'Arles.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez , et Me..
Gaspar de Gueydan , Avocat Général dudir
Seigneur Roi , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,,
Nous sommes obligez de vous porter nos plain2516
MERCURE DE FRANCE
tes sur un Mandement que M. l'Archevêque
d'Arles vient de donner au sujet da Jubilé accordé
par N. S. Pere le Pape , au commencement de
son Pontificat.
Vous verrez combien cet Ouvrage est contraire
à l'obéissance qui est dûë au Roi , et au respect
que les personnes distinguées qu'il honore
de sa confiance , ou qui annoncent ses ordres
ont droit d'éxiger. Il entreprend sur l'Autorité
de la Cour , au sujet du droit d'Annexe , dont le
Privilege si anciennement et si sagement établi ,
interesse également les droits de Sa Majesté , et
la Jurisdiction de son Parlement . Enfin , Messieurs
, cet Ecrit renferme plusieurs contraventions
aux Arrêts , tant anciens que modernes,,
rendus sur cette matiere,
Nous ne doutons pas qu'après qu'il aura été
lû la Chambre ne fasse droit , par un Arrêt solemnel
aux conclusions que nous laissons à
ce sujet , avec un Exemplaire du Mandement .
Eux retirez :
Lecture faite dudit Mandement , intitulé : Mandement
de M. l'Archevêque d'Arles , pour implorer
sur le Pontificat de N. S Pere le Pape Clement
XII. la continuation du secours de Dieu , afin de
bien gouverner la Sainte Eglise Catholique , du s .
Septembre 1732. Signé JACQUES , Archevêque
d'Arles , par Monseigneur AUBERT , Secretaire
; ensemble des Conclusions des Gens du
Roi l'affaire mise en déliberation .
La Chambre a reçû er reçoit le Procureur Général
du Roi , appellant comme d'abus dudit.
Mandement , ensemble de la publication et éxécution
d'icelui , si aucunes en ont été faites , lui
permet d'intimer sur ledit appel qui bon lui semblera
NOVEMBRE . 1732. 2517
blera , pour proceder sur icelui après la S. Re
my ; et cependant a ordonné et ordonne que
tous Exemplaires dudit Mandement demeureront
suprimez ; que celui qui a été remis sur le Bu
reau sera laceré sur le Peron du Palais par un
Huissier de la Cour , et les Affiches , si aucunes
en ont été faites dans le Diocèse , ôtées à la diligence
du Procureur Général du Roi . A fait et
fait inhibitions et défenses audit Archevêque
d'Arles et autres qu'il appartiendra , de publier ,
afficher et mettre à éxécution ledit Mandement ;
à peine de saisie de leur Temporel , et à toutes
personnes d'en garder , vendre , débiter , ou autrement
distribuer aucun Exemplaire : leur en
joint de porter incessamment riere le Greffe de
la Cour , ceux dont ils se trouveront saisis , sous
peine de punition exemplaire. Ordonne en ou
tre qu'à la diligence dudit Procureur Général da
Roi , il sera informé par Me. de Villeneufve ,
Conseiller du Roi , pour découvrir celui ou ceux
qui ont imprimé ledit Mandeinent , pour l'information
prise, communiquée et rapportée, être
ordonné ce que de raison. Ladite Chambre
fait iteratives inhibitions et défenses , tant audit
Archevêque qu'à toutes autres personnes , de
mettre à éxécution les Brefs , Bulles et Rescripts
Apostoliques , sans qu'ils ayent préalablement
été annexez par la Cour , sous les peines de droit,
avec pareilles inhibitions aux Greffiers des Insinuations
Ecclesiastiques , de les insinuer , sans
qu'il leur apparoisse de ladite Annexe , et à tous
Imprimeurs de les imprimer , sans faire mention.
d'icelle , à peine de mille livres d'amende . Or
donne qu'Extraits du présent Arrêt seront expédiez
au Procureur Général du Roi , pour être
envoyez à son Substitut au Siége d'Arles , et autres
2518 MERCURE DE FRANCE
tres Sénéchaussées du ressort de la Cour , pour
y être lû , publié et registré. Enjoint ausdits
Substituts de certifier la Chambre de leurs diligences.
Publié à la Barre du Parlement de Protenant
la Chambre des Vacations , séant
à Aix , le 18. Septembre 1732 , &c.
vence ,
Le même jour , et en exécution du susdit Arrêt ,
le Mandement y mentionné a été laceré sur le Perron
du Palais par un Huissier de la Cour , en presence
de nous Greffier Audiancier Civil en icelles
Signé , REGIBAUD.
ARREST du 14 Octobre , qui exempte des
droits dûs au Roy , ou à ses Fermiers , et des
droits de peages , les grains qui seront transportez
des Provinces du Royaume dans celle de
Dauphiné , pendant un an , à compter du 25 .
Octobre 1732-
un an ,
ARREST du 23 Septembre , qui proroge pour
à compter du 15 Octobre prochain au
15 Octobre 1733. l'exemption des Droits portée
par l'Arrêt du 11 Septembre 1731. sur les
Bleds , Fromens , et autres Grains , Farines et
Légumes , qui seront transportez des Provinces
des cinq grosses Fermes , dans les Provinces réputées
Etrangeres et des Provinces réputées
Etrangeres dans celles des cinq grosses Fermes ,
et deffend le transport desd. Grains à l'Etranger .
DECLARATION DU ROY , qni ordonne
que les Affirmations des Procès verbaux des Employez
de toutes les Férmes , pourront être par
eux valablement faites devant les Juges des lieux.
ou les plus prochains Juges , soit Royaux ou des
Seigneurs.
NOVEMBRE. 1732. 2519
Seigneurs. Donnée à Fontainebleau , le 23 Septembre
732. Registrée en la Cour des Aydes, le
10 Octobre..
DECLARATION DU ROY , concernant les
Caffez provenant des Plantations et Culture de
la Martinique et autres Isles Françoises de l'Amérique,
y dénommées. Donnée à Fontainebleau
le 27 Septembre 1732. Registrée en la Cour des
Aydes , le 21 Octobre.
ORDONNANCE DE SA MAJESTE ' , concernant
les Colporteurs , du 29. Octobre , pari
laquelle il est dit que le Roi étant informé des
fréquents et scandaleux abus qui se commettent
de la part des Colporteurs dans l'étenduë de la
Ville de Paris , au sujet de la Publication des
differens imprimez qui y paroissent ; et S. M.
youlant les réprimer , elle a ordonné ce qui suit :
ARTICLE PREMIER.
Sa Majesté fait très- expresses inhibitions et
deffenfes à tous Colporteurs de la Ville et Fauxbourgs
de Paris , de crier dans les rues , ni d'y
vendre et débiter aucuns Imprimez dont les Permissions
seront de plus ancienne datte que d'un
mois , à moins que ladite Permission n'en ait été
renouvellée , et ce , sous peine d'emprisonnement
de leurs personnes et de so. livres d'amende.
I I. Leur deffend , sous les mêmes peines , de
crier , vendre ni débiter aucuns Ouvrages de
quelque efpece et nature qu'ils soient , même aucunes
Sentences rendues par des Juges hors du
ressort de ladite Ville de Paris , ni aucuns Arrêts
du Conseil , que préalablement ils n'en ayent obtenu
la Permission du Lieutenant General de
Police , et ne pourront , sous les mêmes peines ,
1
publica
2520 MERCURE DE FRANCE
publier et crier lesdites Sentences et Arrêts plus
de quatre jours après ladite Permission .
III. Deffend pareillement S. M. aux Colporteurs
de crier , vendre ni autrement débiter
tous Imprimez sous quelque titre et dénomination
que ce soit , quand bien même ils seroient
revétus de Privileges ou Permissions , qui auront
été imprimez ailleurs que dans ladite Ville de
Paris , ou qui auront été composez pour les differentes
Provinces du Royaume , s'ils n'ont pareillement
obtenu du Lieutenant General de Police
la permission de vendre et distribuer lesdits
Imprimez.
IV. Leur fait S. M. très-expresses deffenses
d'annoncer au Public les differens Imprimez
qu'ils auront la permission de crier et débiter
dans ladite Ville , sous d'autres titres et dénominations
que ceux qui sont mis en tête desdits Imprimez
, et ce , sous les mêmes peines d'empri
sonnement de leurs personnes et de so. livres
d'amende, Enjoint S. M. au sieur Herault , Conseiller
d'Etat , Lieutenant General de Police ,
de
tenir la main à l'execution de la présente Or
donnance , &c.
On donnera deux Volumes du Mercure le mois
prochain , pour pouvoir employer les Pieces qui sont
restées en arriere pendant le cours de la présente an◄
née , et que les matieres du temps nous ont empêché
d'employer. Il y aura au second Volume une
Table generale.
TABLE
Plefardins ,Poème ,
Ieces Fugitives. Le Progrès de l'Art des
Lettre sur P. de Natalibus , & c .
2312
2317
L'Ombre de Mme Deshoulieres à Mlle de la Vigne
,
Conjectures sur la formation de Montmartre
près Paris ,
Le Procès du Fard , Allégorie ,
2327
2330
2339
Critique du Livre intitule , Spectacle de la Nature
,
Epitaphe , Sonnet , &c.
2342
2360
Lettre sur l'Ail , & c .
Bouts- Rimez remplis ,
2361
Etablissement d'une Académie de Belles Lettres à
2380
la Rochelle , 2380
Epitre de M. de Voltaire à Me Gossin , 2387
Cinquiéme Lettre sur Oran , André Doria , &c.
2389
La Chenille , Fable ,
2398
Lettre de M. Morand , sur la Taille , 2399 Bouquet à Mile
2407
En gme , Logogryphes , 2410
Nouvelles Litteraires , &c. Traité du Sublime , 2415
Vers à Mlle , 2421
Le Parnasse François , &c. Ibid.
Vers à Mile * * * 2431
Elemens de Géométrie , &c. 2434.
Calendrier perpetuel , &c. 2436
Nouveau Cadran gravé , &c. 2437
Discours sur les Paranymphes , &c. 2440
Fable . 2444
Lettre et Figure gravée sur une Pierre singuliere
,
2445
Rentrée des Académies , &c. 2447
Estampes nouvelles ,

Le Temps fugitif , Air noté ,
2449
2453
Spectacles , la fausse Inconstance, Comedie , 2454
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse, 1471
Prise d'un Vaisseau Turc ,
2472
De Russie , Pologne, Suede et Dannemarck, 2477
D'Allemagne,
D'Italie ,
D'Espagne ,
Portugal , Grande Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour ,
Benefices donnez ,
Maladie du Duc d'Orleans
>
2479
2480
2486
2488
2491
&c. 2493
2497
Ibid
2458 Grande Eglise tombée , &c,
Reception de l'Evêque de Sens à Joigny , 2460
Morts , Naissances , &c.
1
Plainte de Calliope ,
Arrêts Notables ,
Errata d'Octobre.
2463
2466
2467
PAge 2176. ligne 12. auront du progrès , liseż ,
auront fait du progrès .
P. 2122. l. 3. de la Note , second Evêque de
Bayeux , ôtez le mot second.
·Fautes à corriger dans ce Livre. ་
Age 2344. ligne premiere , emmene , lisez ► PAge
amenent.
P. 2393. l . 14. Blanchini , l . Bianchini .
P. 2397. l . 9. Piantorme , l. Puntorie.
P. 2425. I. 8. Poëte , l . Poëme .
P. 2426. l . 11. avances , 1. avenues.
P. 2466. l. 1. ne point , l. ne te, point.
P. 2476.1. 10. mes avis , ses avis.
L'Air noté doit regarder la page
2453
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY.
DECEMBRE. 1732 .
PREMIER VOLUME.
SICOLLIGIT
SPARGI
Papillon
A PARIS ,
IR
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
Chez LA VUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais,
M. DCC. XXXII.
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
LA
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de no
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on anx Meffageries qu'on
lui indiquera.
,
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
DECEMBRE . 1732 . .
PREMIER VOLUME.
**********************
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
T
LE TRAVAIL.
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij
Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyen fertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment .
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son coeur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
K Pour ceux que ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 MERCURE DE FRANCE
2324
Elle endort ses lâches victimes ,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens .
La gloire que vos coeurs souhaitent ,
Humains , est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos voeux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE . 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos coeurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter .
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout
A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits .
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux .
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vol LES
DECEMBRE. 1732 2527
į į į į į į į į į į ž
LES AMES RIVALES ,
HISTOIRE FABULEUSE.
Ans une des plus agréables Contrées
de l'Inde , est un Royaume nommé
Mallean , où les femmes ont une autorité
entiere sur les hommes ; dispensatrices
des Loix , l'administration du Gouvernement
les regarde seules , tandis que les
hommes enfermez dans le sein des maisons
, et livrez à des occupations frivoles ,
ont pour tout avantage la parure , le
plaisir de plaire et d'être prévenus , la tị-
midité , la paresse , et pour devoirs , la
solitude , la pudeur et la fidelité .
Ce genre de domination n'a pas tou
jours subsisté chez les Malleanes ; il est
l'ouvrage de l'Amour ; les femmes qui
d'abord ne pouvoient avoir qu'un époux,
acquirent avec adresse le droit d'en aug
menter le nombre , dont elles parvinrent
enfin à ne faire que des esclaves.
Cette superiorité ne les a peut- être pas
rendues plus heureuses , si l'on en croit
le souvenir qu'elles gardent encore du ré-
1. Vol.
Av gne
2528 MERCURE DE FRANCE
gne de Masulhim , qui fut le plus doux
qu'ayent éprouvé les peuples ; ce Régne
est rapporté dans un des principaux Livres
de la Religion des Indiens telles
étoient alors les moeurs.
Dès qu'une fille avoit atteint l'âge de
dix ans , ses parens lui présentoient douze
Amans convenables par leur âge et par
leur naissance , et ces Amans passoient une
année auprès d'elle , sans la perdre de vuë
un seul moment ; ce temps révolu , elle
pouvoit choisir un d'entre eux ; ce choix
lui donnoit le titre d'époux , et devenoit
une exclusion pour les onze autres ; elle
étoit libre aussi de ne point aimer , c'està
dire , de prendre douze nouveaux
Amans , et de n'avoir point d'époux ;
quelque soin qu'eussent les Amans de
dissimuler leur caractere lorsqu'ils avoient
interêt de le cacher ; une fille pendant le
cours de cette année où ils vivoient avec
elle , avoit tout le tems de le pénétrer ;
ainsi on s'unissoit autant par convenance
que par penchant , eh ! quelle felicité accompagnoit
cette union ! Deux époux ne
concevoient pas qu'on pût cesser de s'aimer
, et ils s'aimoient toujours. Peut-être
pour garder une fidelité inviolable , ne
faut il que la croire possible?
La Princesse Amassita , fille du Roi
1. Vol.
༤༽
de
DECEMBRE. 1732. 2529
'de Mallean , étant parvenue à l'âge d'être
mariée , les plus grands Princes de l'Inde .
se disputerent l'honneur d'être du nombre
des douze Amans ; elle étoit bien digne
de cet empressement ; elle joignoit à
une figure charmante , un certain agrément
dans l'esprit et dans le caractere
qui forçoit les femmes les plus vaines à
lui pardonner d'être plus aimable qu'elles
. Parmi les illustres concurrens qui furent
préferés , Masulhim , Prince de Carnate
, et Sikandar , Prince de Balassor , se
distinguerent bien- tôt ; l'un par les graces
avec lesquelles il cherchoit à plaire , et
l'autre par l'impetuosité de sa passion.
à
Cette tendresse très - vive de part et
d'autre ne mit point cependant d'égalité
entre eux aux yeux de la Princesse. Le
Prince de Carnate interessoit le mieux
son coeur , mais elle n'osa d'abord se l'a- .
vouer à elle- même , dans la crainte de ne
pas garder assez séverement l'exterieur
d'indifférence qu'elle devoit marquer
ses Amans jusqu'au jour où elle choisiroit
un époux . Elle regardoit comme un crime
les moindres mouvemens qui pouvoient
découvrir le fond de son ame :
dans le tableau qu'on se fait de ses devoirs,
peut-être faut- il grossir les objets pour
les appercevoir tels qu'ils sont.
I. Vol. A vj Le
2530 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Carnate étoit dans une ex- .
trême agitation ; la veritable tendresse est
timide ; il n'osoit se flater de l'emporter
sur le Prince de Balassor , toujours occupé
d'Amassita , il joüissoit du plaisir de
la voir sans cesse par le secours du Dieu
des ames , qui lui avoit accordé le pouvoir
de donner l'essor à la sienne ; son
amour lui avoit fait obtenir cette faveur
singuliere. Son ame alloit donc à son gré,
habiter le corps d'une autre personne , ou
se placer dans des plantes , dans des aniet
revenoit s'emparer de sa demeure
ordinaire . Ainsi dès que la nuit
étoit venuë , l'ame du Prince de Carnate
partoit et s'introduisoit dans l'appartement
de la Princesse , dont l'accès étoit
alors interdit à ses Amans ; ce secret lui
épargnoit des momens d'absence qui lui
auroient été insupportables , mais il ne
lui donnoit à cet égard aucun avantage
sur son Rival , qui possedoit comme lui
cette merveilleuse liberté d'ame.
maux ,
$
La Princesse ne pût si bien dissimuler
le penchant qu'elle avoit pour le Prince
de Carnate , qu'il ne parût à bien des
marques dont elle ne s'appercevoit point ;
c'est l'illusion ordinaire des Amans , ils
croyent que leur secret ne s'est point
échapé , tant qu'ils ne se sont point per
I. Vol. miş
DECEMBRE. 1732. 2537
mis la satisfaction de le trahir ; Masulhim
eut entr'autres cette préference , mais cette
idée flateuse s'évanouissoit bien - tôt ;
inquiet dans ce qu'il osoit se promettre ,
il falloit pour être tranquille , un mot de
la bouche de la Princesse ;; eh ! comment
l'obtenir ? Amassita ne voyoit jamais ses
Amans qu'ils ne fussent ensemble , et ne
leur parloit jamais qu'en public , ainsi on
ayoit toujours ses Rivaux pour confidens.
Un jour qu'ils étoient chez la Princesse,
Masulhim imagina un moyen pour avoir
un entretien secret avec elle ; la conversation
étoit generale , et rouloit selon la
coûtume ordinaire , sur les charmes d'Amassita
: Madame , dit le Prince de Car
nate , n'osant nous flater de vous avoir
plû , nous devons bien craindre de vous.
ennuyer ; vous n'entendez jamais que
des louanges , que des protestations éxagerées
peut-être ( ' quoique vous soyez.
charmante et que nous vous aimions de
bonne foi ( vous ne trouvez des prévenances
qui ne vous laissent pas un moment
le plaisir de désirer ; il est sûr que
si l'un de vos Amans est assez heureux
pour que vous lui sçachiez gré de ce continuel
empressement , les onze autres vous
en deviennent plus insupportables , oseque
1. Vola
rois
2532 MERCURE DE FRANCE
rois-je vous proposer un arrangement qui
vous sauveroit de ces hommages dont
vous êtes peut-être excedée . Souffrés qu'aujourd'hui
tous vos Amans vous entretien
nent avec quelque liberté un quart d'heure
seulement ; leur amour n'aura qu'à
s'empresser de se faire connoître , ce quart
d'heure expiré , les sermens , les reproches
, les louanges à découvert , enfin
toute cette déclamation ordinaire de la
tendresse ne leur sera plus permise ; il
faudra qu'ils paroissent hors d'interêt dans
tout ce qu'ils vous diront ; ainsi l'enjoüment
, l'agrément de l'esprit prendront
la place du sérieux de l'Amour qui en est
toujours l'ennuyeux dans les Amans qui
ne sont point aimés. Mon coeur ne m'a
fait vous proposer cette conduite que parce
que si je ne suis pas assez heureux pour
meriter votre foi , ne vous plus parler de
ma tendresse , en est , je croi , la scule
marque qui puisse vous plaire.
La Princesse parut surprise du discours
de Masulhim : votre idée , lui réponditelle
, est effectivement très- raisonnable ;
il est vrai que si mon coeur s'étoit déja
déterminé , l'Amant vers lequel il pancheroit
, se tairoit comme les autres , et
peut- être que son silence me seroit plus
à charge que l'ennui d'entendre ses Ri-
I.Vol.
vaux.
DECEMBRE. 9732 2533
vaux. J'accepte cependant le projet que
votre prudence vous fait imaginer ; je
ne veux pas être moins raisonnable que
vous la Princesse prit un air sérieux en
achevant cette réponse , sans s'appercevoir
que ce sérieux alors pouvoit ressembler
à un reproche . Amassita commença
dès le même jour cette espéce d'audience ,
à laquelle elle venoit de s'assujettir. Le
tems de la promenade et celui des Jeux
fûrent employés à écouter ses Amans . Les
concurrens du Prince de Carnate eurent
les premiers momens que la Princesse
abrégea souvent d'autorité . Il ne restoit
plus que le Prince de Balassor et lui . Si-
Kandar approcha d'elle avec assez de confiance
de n'être point haï . Dans les momens
ou par le secours des différentes
métamorphoses qu'il pouvoit prendre , il
entroit dans l'appartement d'Amassita
qui n'étoit alors qu'avec ses femmes ; il
avoit remarqué une réverie , une distraction
qui s'emparoit de la Princesse ; il
l'avoit expliquée favorablement pour lui ,
tandis que le Prince de Carnate , sans oser
s'en flater , en avoit tout l'honneur. La
Princesse l'écouta sans jamais lui répon
dre , et le quart d'heure à peine achevé :
Souvenez-vous , lui dit- elle , que c'est la
derniere fois que je dois vous entendre ;
1. Vol
elle *
2534 MERCURE DE FRANCE
,
elle fut jointe alors par le Prince de Carnate
et les autres Amans observerent
avec inquiétude cette espéce de tête à
tête , qui étoit le dernier qu'Amassita devoit
accorder.
Masulhim aborda la Princesse avec un
embarras qui ne lui laissa point appercevoir
qu'elle n'avoit pas une contenance
plus assûrée que la sienne : Madame
lui dit- il , à présent je suis au désespoir
de la loi que je vous ai engagée à prescrire
; voici peut-être la derniere fois que
je puis vous dire que je vous aime , que
deviendrai- je si votre choix regarde un
autre que le Prince de Carnate , le plus
tendre de vos Amans ? Alors fixant ses
yeux sur ceux de la Princesse , son trouble
en augmenta , et il cessa de parler.
Amassita qui sembloit ne s'occuper que
d'un tapis de fleurs sur lequel ils se promenoient
n'étoit rien moins que distraite
; elle ne sentoit plus l'impatience
qu'elle avoit euë de voir finir la conversation
avec ses autres Amans ; elle avoit
trouvé dans leurs discours trop d'empressement
de paroître amoureux , trop d'envie
de plaire . Celui de Masulhim ne lui
parut pas assez tendre ; elle tourna les
yeux sur les siens , sans trop démêler encore
ce qu'elle y cherchoit , et voyant
,
1. vol. qu'il
DECEMBRE. 1732 2535.
qu'il gardoit toujours le silence : vous
n'avés qu'un quart d'heure , dit elle ; à
ces mots son embarras augmenta , et elle
resta à son tour quelques momens sans
parler.
Belle Amassita , reprit Masulhim , ch'
pourquoi me faites - vous sentir davantage
le peu qu'il durera ce moment, ce seul
moment où je puis vous parler sans voir
mes odieux Rivaux pour témoins ! Ah !
si j'étois l'Amant que vous préfererés ,
qu'il vous seroit aisé de m'ôter mon incertitude
sans que personne au monde
connut mon bonheur ! J'ai obtenu du
Dieu des Ames le pouvoir de disposer de
la mienne , séparée du corps qui la contraint
, elle habite chaque nuit votre Palais
; j'étois cette nuit même avec toutes
ces images que vous n'avés regardées que
comme un songe ; j'animois ces génies
qui sous des formes charmantes répandoient
des fleurs sur votre tête ; je pas
sois dans ces timbres et dans ces chalu
meaux dont ils formoient des Concerts ,
et je tâchois d'en rendre les sons plus touchans.
Ce matin j'étois cet Oyseau à qui
vous n'avez appris que votre nom , et qui
vous a surpris par tout ce qu'il vous a dit
de tendre. Que ces momens me rendent
heureux ! ne pouvant me flater d'être ce
I. Vol. que
536 MERCURE DE FRANCE
>
que vous aimés , j'ai du moins le plaisir
de devenir tout ce qui vous amuse , et je
serai toujours tout ce qui vous environnera
, tout ce qui sera attaché à vous pour
toute la vie Quoi ! vous êtes toujours
où je suis , répondit la Princesse ! Oüi
belle Amassità , reprit Masulhim ; ce n'est
que depuis que je vous aime que j'ai ce
pouvoir sur mon ame et je ne veux jamais
l'employer que pour vous ; daignés
le partager ce pouvoir si désirable , il ne
dépend que de quelques mots prononcés
songés quel est l'avantage de donner à
son ame la liberté de parcourir l'Univers.
Non , interrompit la Princesse , si
j'apprenois ce secret ; je voudrois n'en
faire usage que par vos conseils : mon ame¹
voudroit toujours être suivie de la
vôtre.
A ces mots , Amassita s'apperçut que
son secret s'étoit échapé , mais il ne lui
restoit pas le tems de se le reprocher ; le
quart d'heure étoit déja fini , elle se hâta
d'apprendre les mots consacrés ; elle convint
que le soir même pour faire l'épreuve
de son nouveau secret , dès que ses
femmes la croiroient endormie , son ame
iroit joindre celle du Prince , et ils choisirent
l'Etoile du matin pour le lieu du
rendez-vous. Ils se séparerent ; la Prin-
I.Vel. cesse
DECEMBRE. 1732 . E. 1732. 2537
cesse rentra dans son appartement , et Masulhim
retourna à son Palais. Tous deux
ne respiroient que la fin du jour , et ce
jour ne finissoit point , la nuit vint cependant
, l'ame du Prince étoit déja partic
bien auparavant : enfin elle vit arriver
celle de la Princesse ; elles se joignirent
au plutôt , elles se confondirent
, elles
goûterent cette joye , cette satisfaction
profonde que les Amans qui ne sont pas
assez heureux pour être débarassés de leurs
corps , ne connoissent
point. Ces ames li
bres ne furent plus qu'amour pur , que
plaisirs inalterables , chacune appercevoit
toute la tendresse qu'elle faisoit naître , et
c'étoit le bonheur parfait qu'elle portoit
dans l'ame cherie , qui fafsoit tout l'excès
du sien ; elles ne voyoient nulles peines
à prévenir , nulles satisfactions
à désirer ,
enfin elles ne faisoient que sentir et qu'être
heureuses , et la nuit se passa précipitamment
pour elles ; il fallut s'en retourner.
La Princesse vouloit avant l'heure
ordinaire de son lever , rejoindre son
corps qu'elle avoit laissé dans son lit. Ces
Amans se demanderent
et se promirent
un même rendez -vous pour la nuit d'ensuite
, et ayant fait la route ensemble , ils
ne se séparerent qu'au moment de retourner
à leur habitation,
1. Vol.
On
2538 MERCURE DE FRANCE
On croiroit qu'une union où l'ame
seule agit , est exemte des révolutions qui
persécutent les passions vulgaires , mais
l'amour ne va jamais sans quelque trouble
quelle surprise pour l'ame de la
Princesse , lorsque rentrant dans son appartement
, elle apperçût son corps déja
éveillé et environné de ses femmes , qui
s'occupoient à le parer. Le Prince de Balassor
par le secours d'une Métamorphose
avoit entendu les Amans lorsqu'ils se
donnoient rendez -vous à l'Etoile du matin
, et dès l'instant qu'il avoit vû partir
l'ame de la Princesse , il avoit été s'emparer
de sa représentation .
Amassita resta embarassée , éperduë à
un point qu'on ne sçauroit exprimer. Elle
n'avoit plus Masulhim pour l'aider de ses
conseils ; elle n'étoit point accoûtumée à
disposer de son ame sans être conduite.
par celle de son Amant , elle resta incertaine
, errante , formant mille projets et
ne s'arrêtant à aucun .
Il paroît surprenant qu'une ame qui
agissoit librement , ne trouva point d'abord
de ressources pour se tirer de
peine ; mais quand les ames sont bien li
vrées à l'Amour , elles négligent si fort
toutes les autres opérations dont elles sont
1. Vel
сара-
DECEMBRE. 1732. 2535
Capables , qu'elles ne sçavent plus qu'ai◄
mer.
Masulhim qui ignoroit ses malheurs ;,
vint à l'heure ordinaire chez la Princesse;
il avoit cette joye si délicieuse , que les
Amans ont tant de peine à cacher quand
ils commencent d'être heureux . Quel
étonnement pour lui de ne point trouver
dans la Princesse ce caractere de douceur
et de dignité qui lui étoit si naturelle !
son langage et son maintien étoient de
venus méprisans à son égard , et marquoient
une coqueterie grossiere pour ses
Rivaux ; car le Prince de Balassor faisoit
malignement agir la fausse Princesse , de
façon à désesperer Masulhim.
Le Prince de Carnate ne pouvoit rien
comprendre à ce changement ,
il ne pouvoit
le croire. Sikandar lisoit dans ses
yeux toute sa douleur , et ressentoit autant
de joye dans le fond de cette ame
dont il animoit le corps de la Princesse ,
et pour porter à son Rival un coup irrémediable
, il fit assembler les Bramines ,
et leur déclara ( paroissant toujours la
Princesse que quoique l'année ne fut
point encore révolue , elle étoit prête
s'ils y consentoient , à déclarer son Epoux ;
on applaudit à cette proposition , et la
I.Vol. fausse
2540 MERCURE DE FRANCE
fausse Princesse nomma le Prince de Balass
or.
Après cette démarche , si funeste pour
Masulhim et pour Amassita , l'ame de
Sikandar partit , et celle de la Princesse
qui étudioit le moment de rentrer dans
sa propre personne , ne manqua pas de
s'en emparer dès que Sikandar l'eut abang
donnée.
Mais tous les maux que le Prince de
Balassor venoit de causer ne suffisoient
pas à sa fureur , ce n'étoit pas assez pour
lui d'avoir obtenu par une trahison le titre
d'Epoux,que son Rival n'auroit voulu
recevoir que des mains de l'Amour , il
voulut encore lui ravir le coeur de la Princesse
, en semant entr'eux des sujets horribles
de jalousie et de haine. Comme il
méditoit ce projet , il apperçût l'ame du
Prince de Carnate qui alloit rejoindre son
corps dont elle s'étoit séparée par inquié
tude. L'ame de Sikandar suivit celle
de Masulhim avec tant de précision ,
qu'elles y entrerent en même tems ; celle
du Prince de Carnate fut au désespoir de
trouver une compagnie si odieuse , mais
comment s'en séparer ? lui abandonner la
place , pouvoit être un parti dangereux.
Ces deux ames resterent ainsi renfermées,
sans avoir de commerce ensemble. Elles
1. Vol. réso
DECEMBRE. 1732. 2548
résolurent de se nuire en tout ce qu'elles
pourroient , par les démarches qu'elles
feroient faire à leur commune machine.
Il n'y avoit qu'une seule opération à laquelle
elles pouvoient se porter de concert
; c'étoit de songer à a Princesse , et
de conduire chez elle leur personne. Ces
deux Rivaux se rendirent donc ensemble
au Palais d'Amassita. A peine apperçûtelle
Masulhim , qu'elle s'empressa de se
justifier sur le choix qu'elle paroissoit
avoir fait devant ses Etats assemblez. Le
Prince de Carnate attendri par la douleur
de la Princesse , voulut se jetter à ses genoux
, mais cette autre ame qui agissoit
en lui de son côté , troubloit toujours les
mouvemens que le Prince de Carnate vouloit
exprimer : s'il juroit à la Princesse de
l'aimer toute sa vie,, l'autre ame lui faisoit
prendre un ton d'ironie qui sembloit
désavoüer tout ce qu'il pouvoit dire . Ces
dehors offensans qui étoient apperçûs de
la Princesse , la blessoient ; elle faisoit des
reproches à Masulhim. Il en étoit attendri
, désesperé , mais dans le moment
qu'il la rassuroit par les discours les plus
tendres , l'ame ennemie lui imprimoit un
air de distraction et de fausseté qui les
rebroüilloient avec plus de colere. Enfin ,
ces deux Amans éprouverent la situa-
I. Vol. tion
2542 MERCURE DE FRANCE
tion du monde la plus triste et la plus singuliere.
Ce cruel pouvoir de l'ame du Prince de
Balassor mit entre eux la désunion et le
désespoir . Les Malleans étoient extrêmement
surpris de voir ces contrastes dans
le Prince de Carnate . Ils ne sçavoient point
encore que dans un Amant l'inégalité et
l'inconstance ne sont que l'ouvrage d'une
ame étrangere qui le fait agir malgré soi ,
et que la veritable reste toujours fidelle.
- Masulhim et Amassita outrément aigris
l'un contre l'autre , Sikandar crut qu'il
n'avoit qu'à reparoître sous sa forme ordinaire.
Il se sépara de l'ame de son
Rival c'étoit le jour même où les Malléanes
avoient marqué la cerémonie de
son union avec la Princesse.
Les Bramines s'assemblerent , et la Fête
fut commencée . Quelle situation pour
Masulhim ! la Princesse toujours irritée
contre lui , toujours livrée à la cruelle erreur
que lui avoit causé l'ame de Sikandar
, jointe à celle de son Amant , ne son.
gea plus qu'à l'oublier . Elle se laissa parer
du voile de felicité ; c'est ainsi qu'on appelloit
les habits de cette cerémonie. On
la conduisit au Temple des deux Epoux
immortels. Le Prince de Balassor mar-
1. Vol. choit
DECEMBRE. 1737 2548
choit à côté de la Princesse , et Masulhim
qui voyoit son malheur assûré , suivoit ,
confondu dans la foule et noyé dans la
douleur et dans le désespoir . Le Prêtre et
la Prêtresse firent asseoir Amassita , et
placerent à côté d'elle l'indigne Amant
dont elle alloit faire un Epoux . Le trouble
de la Princesse s'augmenta ; un torrent de
larmes vint inonder ses yeux ; elle sentit
au moment de donner sa foi à un autre
qu'à Masulhim , qu'il y avoit encore un
supplice plus grand que de le croise infidele.
O Malleanes , dit- elle , soyés touchés
du sort de votre Princesse ; il s'agit
du bonheur de sa vie . Elle déclara alors
la trahison de Sikandar , lorsque faisant
parler sa représentation , il s'étoit nommé
lui- même pour l'Amant préferé de la
Princesse jugés , ajoûta -t'elle , de l'horreur
de ma situation ; si vous me forcés
à être unie avec le Prince de Balassor , je,
vous l'ai avoué : favorisée du Dieu des
ames , j'ai le pouvoir de disposer de la
mienne. Le serment par lequel vous m'attacherés
à un Amant que je déteste , ne
lui livrera que ma représentation ; ma
foi , mes desirs , mon ame enfin , en seront
séparés à tous les momens de ma vie,
Quelle union chez les Malleanes ! je vois
la seule idée vous en fait frémir . Les que
:
I. Vol. B Mal2544
MERCURE DE FRANCE
Malleanes firent un cri d'effroi , et d'une
voix unanime releverent la Princesse de
ses engagemens.
"
Enfin , me voilà libre , s'écria- t'elle
helas ! si le Prince de Carnate m'avoit
toujours aimée , que j'aurois été éloignée
de séparer mon coeur de ma main ! in cut
toujours trouvé en moi mon ame toute
entiere. A ces mots Masulhim se jetta aux
pieds de la Princesse , qui ne lui donna
pas le tems de parler. Elle sentit dans le
fond de son coeur toute l'innocence de son
Amant. Elle le déclara son Epoux , elle le
répeta plusieurs fois , de crainte de n'être
pas assez liée par les sermens ordinaires .
Masulhim fut prêt d'expirer de joye et
d'amour.
Le désespoir de Sikandar fut égal au
bonheur de ces deux Amans. Il alla cacher
sa honte et sa fureur dans le sein d'une
étoile funeste de laquelle son ame étoit
émanée. Sa fuite ne rassûra pas entierement
les deux Epoux ; et pour prévenir
les entreprises qu'il pouvoir faire contre
eux par le secours de ses Métamorphoses ,
ils convinrent que leurs ames ne quitte
roient jamais leurs corps. Ils aimerent
mieux perdre de leur bonheur et de leur:
amour qui étoit cent fois plus parfait lorsqu'il
n'étoit causé que par les purs mou-
I.Vok
vemens
DECEMBRE. 1732 2345
vemens de leurs ames ; et ce dernier exemple
a été le seul imité. On a perdu dans
le monde l'idée de leur premiere tendresse
, les Amans ne sont plus assez heureux
pour sentir que leur vrai bonheur consiste
dans la seule union des ames.
ODE.
SUR L'AMITIE .
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez - moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades ,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres noeuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels coeurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand coeur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
A de tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de coeur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
A nous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547, "
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.

Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable .
A mes accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Qui vous prête de vains secours ↓

Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,

Du jeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes ,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. ( d )
Lâche Thoas , ton coeur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux coeurs fermes et génereux. ( e )
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a ) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats . 200 .
(c) Egisthe.
( d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque.
Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque , au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée ,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas .
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
A la trame qui l'enveloppe ,
Le verrons- nous abandonné ?
Non , d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere , (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.
(a) Mentor annonce aux Poursuivans de Penelope
le prompt retour d'Ulisse.
1. Vol.
Biiij SE2550
MERCURE DE FRANCE
SECONDE LETTRE de
M. D L. R. à M. A. C. D. V. au
sujet du Marquis de Rosny , depuis Duc
de Sully , &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
A
Vant
que de répondre , Monsieur ,
aux autres demandes que vous me
faites au sujet du Marquis de Rosny.
j'ay encore quelque chose à vous dire
sur votre premiere question concernant
l'Abbaye de S. Taurin , que ce Seigneur
a possedée par la nomination du Roy
Henry III . Outre la double preuve que
je vous ai apportée de ce fait dans ma premiere
Lettre , en voici encore deux autres
qu'il est bon de ne pas omettre.
La premiere est dans le XLI. Chapitre
du I. Vol . des Memoires de
Sully. On voit sur la fin de ce Chapitre
que le Marquis de Rosny étant allé à sa
Terre de Bontin pour quelques affaires
domestiques , le Roy lui écrivit la Lettre
qui suit , pour le faire revenir à Fontainebleau.
Mon Ami , je ne vous avois donné congé
que pour dix jours , et neanmoins ily ena
1. Vol. déja
DECEMBRE. 1732. 2551
7
déja quinze que vous êtes partis ce n'estpas
votre coutume de manquer à ce que vous
promettez , ni d'être paresseux : partant revenez-
vous- en me trouver , c'est chose necessaire
pour mon service , tant pour voir
des Lettres que Madame de Simiers et un
nommé la Font (qui , à mon avis , est celui
de qui vous sçaviez des nouvelles durant
notre grand Siege ) qui vous écrivent de
Rouen , lesquelles sont en chiffres ; et par si
peu que nous en avons pu déchiffrer ( car
je les ai fait ouvrir ) nous jugeons qu'elles
importent à mon service. Il y en a encore.
une d'un nommé Desportes , qui demeure à
Verneuil , lequel vous prie de lui mander
s'il sera le bien venu pour vous parler d'une
chose dont vous conferâtes une fois ensemble.
à Evreux dans votre Abbaye de S. Taurin
, que le feu Roy vous donna . J'ay aussi
plusieurs choses à vous dire , et s'en présente
tous les jours une infinité sur lesquelles
je serai bien aise de prendre vos avis , comme
j'ai fait sur beaucoup d'autres , dont je
me suis bien trouvé. Partant , partez en diligence
et me venez trouver à Fontainebleau ,
Adieu. Ce 3. Septembre 1593 .
Vous voyez , Monsieur , dans cette Lettre
le fait en question constaté de la main
du Roy ; on y voit aussi que le Marquis
de Rosny se retiroit quelquefois à saint
VI. Vel
By Taurin
2552 MERCURE DE FRANCE
Taurin d'Evreux , pour gouter dans une
agréable solitude le repos qu'il ne trouvoit
pas ailleurs , et qui ne laissoit pas
d'être encore interrompu dans cette Âbbaye
par les affaires importantes qui le
sùivoient par tout .
L'autre preuve se trouve dans le même
premier Vol. des Memoires , Chap . XLVI .
où il est traité de la Négociation que
M. de Rosny fit à Rouen avec Amiral
de Villars , pour la réduction de toute
la Normandie. On voit là qu'entre autres
demandes que faisoit cet Amiral de
là Ligue , il voulut avoir les Abbayes de
Jumieges , de Tiron , de Bomport , de
Valasse et de S. Taurin : les Memoires
ne disent point si c'étoit pour lui-même
ou pour ses amis qu'il faisoit cette de-,
mande , mais les Auteurs qui ont écrit
ces Memoires , et qui , comme vous sçavez
, adressent toûjours la parole au Marquis
de Rosny , leur Maître , s'expriment
én ces termes sur cet article.
De tous lesquels points dans quatre jours
vons convintes ensemble et en demeurâtes
d'accord , voire de S. Taurin , quoique
l'Abbaye fût à vous .
Cela , au reste , ne fut pas un simple
projet , l'execution suivit et se trouve
confirmée par le discours que tint M. de ,
1. Vol
A. ,Rosny
DECEMBRE. 1732. 255 3
Rosny au sieur de Boisrosé , que vous
avez lû dans ma précédente Lettre ; ainsi
il est démontré non- seulement que ce
Seigneur a été Abbé de S. Taurin d'Evreux
; mais on sçait à peu près le temps.
et à quelle occasion il eut la generosité
de se dépouiller 2 de cette Abbaye.
On apprend dans le même endroit que
quelque ample pouvoir qu'eût le Marquis
de Rosny de traiter avec M. de Villars
,, pour
l'entiere réduction de la Normandie
, il y eut cependant trois Articles
sur lesquels il ne voulut rien prendre
sur lui.
Les deux premiers concernoient M. de
Montpensier et M. de Biron , et le troi,
siéme regardoit le sieur de Boisrozé , à
cause , disent les Memoires , de la baute
qualité des deux premiers , et de l'injustice
qu'il sembloit y avoir en l'autre. Sur quoi
M. de Rosny desira avoir un ordre particulier
de la propre main du Roy , &c.
Vous êtes , sans doute surpris , Monsieur
, de voir ici les petits interêts d'un
simple Gouverneur de Fécamp , mêlez
avec ceux d'un Prince du Sang , Gouverneur
de Normandie et avec ceux de M. de
Biron , que le Roy avoit fait depuis peu
Amiral de France , Charge que M. de
Villars vouloit garder pour lui-même , les
2.1. Vol. B vj interêts
2554 MERCURE DE FRANCE
intetêts , dis- je , du sieur de Boisrozé
dont l'avanture vous a réjoui dans me
premiere Lettre , faire un objet considerable
dans la Négociation d'un Traité si
important.
Cela a besoin d'un petit Commentaire.
Je vais vous le faire d'autant plus volontiers
, qu'après avoir un peu maltraité,
ce me semble , se pauvre Gentilhomme
( en vous parlant de l'avanture de Louviers
) je profiterai de l'occasion pour
le
réhabiliter dans votre esprit , en vous le
montrant par le plus bel endroit , et je
vous exposerai en même- temps un trait
de hardiesse et de valeur peu commune
qui mérite d'être distingué dans notre
Histoire , et que je trouve peu exactement
*
par Mezeray et par le P. Daniel.
Je trouve ce fait dans le XLIII . Chapitre
des Memoires, intitulé : Affaires Mi
litaires et d'Etat. J'en abregerai la narration
tant que je pourrai ,sans en rien omettre
d'essentiel.
narré
Fécamp est une petite Ville Maritime
de la Haute Normandie , située à 15 .
* Mezeray a défiguré jusqu'au nom de ce brave
homme , qu'il appelloit Bosc Rosé , il lui rend d'ailleurs
justice sur sa valeur. Il s'étoit auparavant
très - distingué dans Roïen assiegé par l'Armée da
Roy en 1992.
1. Fol. lieües
DECEMBRE. 1732. 2555
lieuës de Rouen vers le Couchant , à 8 .
du Havre de Grace , et à 12 de Dieppe.
Elle étoit munie alors d'une bonne For
teresse , qu'on appelle aujourd'hui le
Château , élevé sur un Rocher escarpé
qui regarde la Mer. Boisrozé étoit dans.
la Place, lorsque M. de Biron l'assiegea et
la prit sur ceux de la Ligue. Avant que
d'en sortir il forma le dessein de la reprendre
et il s'y prit de la maniere qui
suit. Après avoir bien instruit deux Soldats
de la valeur et de la fidelité desquels
il étoit assuré , il trouva le moyen de
les faire entrer et admettre parmi ceux
de la Garnison. De son côté il s'assura
de so. autres Soldats ou Matelots , des
plus déterminez et des plus experts au
métier de grimper aux Hunes par les
cordages , &c. son dessein étoit d'escalader
lui et les siens , le Rocher dont je
viens de parler , et d'entrer par là dans la
Place.
L'entreprise étoit des plus témeraires .
Le Roc en question de cent toises de
hauteur , est non - seulement escarpé et
coupé en précipice , mais son pied est
ordinairement battu de vagues de
la Mer , excepté quatre ou cinq fois de
l'année , au temps des plus basses Marées ;
alors durant quelques heures seulement
1. Vol
2556 MERCURE DE FRANCE
la Mer laisse un certain espace sec au
pied du Rocher , ce qui arrive quelquefois
la nuit et quelquefois le jour,
Boisrozé devoit executer son dessein
dans l'un de ces intervales , assez incer
tains , et pour cela il se munit d'un Cable
de longueur convenable pour le Roc qu'il
vouloit gravir, et à icelui d'espace en espace,
fut faire des noeuds pour se tenir des mains, et
des étriers de corde avec de petits bâtons
pour y apposer les pieds. Avec cet appareil
il s'embarqua lui et ses Gens dans
deux Chalouppes et vint par une nuit fort
noire , aborder le plus près du Roc que
la bassesse de l'eau put le lui permettre.
Sur le haut de ce Roc logeoit dans quel
que Hute l'un des deux Soldats gagnez ,
et il veilloit exactement à toutes les basses
marées , pour entendre le signal dont
on étoit convenu , Il ne fut donc pas difficile,
au moyen de ce signal , de jetter une
corde à l'extremité de laquelle fut attaché
le bout du gros cable , que le Soldat
tira incontinent à lui. Le bout du cable
étoit muni d'un crampon de fer qui fut
aussi-tôt attaché dans l'entre- deux, d'une
canoniere avec un gros levier.
Après avoir tiré et ébranlé plusieurs
fois le cable pour s'assurer de la solidité
d'une Echelle si périlleuse , Boisrosé fit
--- I. Vol. d'abord,
DECEMBRE. 1732. 2557
d'abord monter l'un des deux Sergens
du nombre des so. hommes , auquel il
se fioit le plus , et l'ayant fait suivre par
tous les autres , il monta lui - même tout
le dernier , afin que nul ne s'en pût dédire
et qu'il leur servit de chasse -avant .
Cette précaution étoit nécessaire , car,
dans le temps qu'il fallut employer pour
placer les so . hommes sur cette corde er
à monter les uns après les autres avec
leurs armes bien attachées autour du
corps , la marée avoit commencé de revenir
et elle étoit déja à six pieds de
hauteur contre le Rocher , que Boisrozé
et les Siens n'étoient encore qu'à moitié
chemin ; desorte qu'étant ainsi pendus et
comme enfilez à ce cable , il ne leur restoit
plus aucune esperance de salut que
par la prise de la Place. Boisrozé , armé
d'un courage intrépide et bien résolu de
mourir plutôt que de reculer , la tenoit
toûjours pour indubitable , lorsque le Sergent
qui montoit le premier , soit à cause
de l'extreme hauteur où il étoit parvenu
, soit à cause du bruit des vagues
qui venoient se briser contre le Roc
commença de s'effrayer , à dire que la
tête lui tournoit , et qu'il étoit impossi
ble de monter plus haut.
Cet incident étant rapporté de bouche
1- Vol....
...cn
2558 MERCURE DE FRANCE
en bouche à Boisrozé ; celui cy après
avoir tenté inutilement de faire rassurer
son homme , prit la résolution de l'aller
joindre lui- même , et passant par - dessus
les corps et les têtes de ses Compagnons
suspendus en l'air , il parvint jusqu'à lui
et le rassura aucunement ; puis le poignard
à la main , il le contraignit de continuer
à monter , tant qu'enfin le jour
étant prêt à paroître ils parvinrent tous
sur le haut du Rocher sans autre inconvenient.
Ils furent incontinent reçûs par
les deux Soldats , et connoissant tous ensemble
les êtres et les avenues du Fort , ils
surprirent facilement le Corps de Garde
et les Sentinelles qui étoient du côté de
la Ville , car on ne faisoit aucune gardedu
côté de la Mer estimé inaccessible, On
fit main bisse sur eux , et on tailla
en pieces tout ce qui vint successivement
au secours ; enfin Boisrozé se rendït le
maître du Fort , de quoi il avertit aussitôt
M. de Villars , tant pour lui de-
Le P. Daniel dit que Boisrozé mécontent de
Villars , surprit Fécamp et s'y retrancha si bien que
ce Gouverneur , qui vint l'y attaquer , ne put le
forcer , &c.
L'Auteur se trompe et confond ici les choses ,
étant bien certain que Boisrozé ne fit son Expedition
de Fécamp , qu'en faveur de la Ligue et de
M. de Villars , et que sa brouillerie avec ce Ge
meral n'arriva que dans la suite , &c. ·
DECEMBRE. 1732. 2559.
mander du monde , afin de se saisir de
la Ville et de pouvoir la garder , que
pour s'assurer du Gouvernement de la
Place , qu'il croyoit avoir bien mérité .
:
Vous jugés bien , M. que ce General ne
lui refusa rien mais j'apprends au même,
endroit que dans la suite Boisrosé s'étant
brouillé avec lui , et craignant toujours
de perdre son Gouvernement , il se donna
entierement au Roi , et ne voulut plus
reconnoître les ordres de M. Villars. Ce
General le fit investir et le resserra si fort
dans Fecamp , que le Roi , dont le nouveau
Gouverneur implorà le secours ,
vint en personne le dégager , en contraignant
les Troupes de la Ligue de se retirer
, et en donnant tous les ordres néces
saires pour la conservation du Fort de
Fécamp , dont ce grand Prince reconnois
soit l'importance.
Boisrozé en étoit donc paisible Gouver
neur , lorsque le Marquis de Rosny - traitoit
de la réduction de toute la Normandie
avec M. de Villars , et qu'il fut obligé
de passer au nom du Roi toutes les
conditions qu'on éxigeoit , à l'exception
des trois dont il est parlé ci - dessus. Vous
vous souvenez , Monsieur , que la considération
particuliere de Boisrozé formoit
la troisième , et vous voyez à présent que
I. Vol. CO
2560 MERCURE DE FRANCE
ce n'est pas sans raison , M. de Rosny
trouvant de l'injustice de déplacer un si
brave homme , et ne pouvant se résoudre
de le faire de son chef. Ii fallut cependant
y venir , le Roi , à qui les trois articles
furent renvoyés , n'hesita pas de
les passer pour parvenir à un si grand
bien. Je ne vous dis rien du bruit qu'en
fir Boisrozé , vous en sçavez assez par le
récit de l'avanture de Louviers . Le bon
homme , plein de son ressentiment, ignoroit
alors tout ce que M. de Rosny
avoit fait pour le maintenir dans son
poste.
Au reste , dès que le Traité eut été ar
rêté et signé , M. de Rosny en écrivit de
Rouen une Lettre au Roi , dont je ne
rapporterai ici que le commencement
pour abreger.
SIRE ,
-La bonté de Dieu , votre vertu et votre
fortune , ont tellement fortifié mon courage
et bien heuré mon entremise , que je vous puis
maintenant nommer Duc paisible de toute la
Normandie , &c.
dit
Le Roi ayant reçû cette Lettre , répon
par le même Courrier , et de sa propre
main , au Marquis de Rosny, de la maniere
qui suit.
İvel. MONDECEMBRE
. 1732. 2561
MONSIEUR ,
> J'ai vû
tant par votre derniere Lettre
que par vos précedentes , les signalez servi➡
ces que vous m'avez rendus pour la Rêduction
entiere de la Normandie en mon obeissance
, lesquels j'appellervis volontiers des
miracles , si je ne sçavois bien que l'on nè
donne point ce titre aux choses tant journa
lieres et ordinaires , que me sont les preuves
par effet de votre loyale affection , laquelle
aussi je n'oublierai jamais , & c. Adieu mon
Ami. De Senlis , le 14. Mars 1594
HENRY.
Je finis ici ma Lettre , Monsieur, pour
ne plus vous parler de l'Abbaye de
S.Taurin, ni du sieur de Boisrozé. Il falloit
vous faire ce détail pour répondre perti
nemment à votre premiere question , et
ne vous laisser rien ignorer sur une matiere
qui entre si naturellement dans l'éxecution
du projet d'Histoire que vous
avez formé.
J'ai mes Mémoires prêts pour répondre
à vos autres demandes au sujet du Marquis
de Rosny , et je n'oublierai pas ceque
vous me marqués en dernier lieu sur
les variations et sur les méprises de l'Auteur
du Poëme de la Ligue , ou la Hen-
I. Vol. riade
2562 MERCURE DE FRANCE
riade , par
rapport à ce Seigneur. Je suis
toujours , &c.
A Paris , le 20 Mars 1732 .
CHANSONS faites et chantées à Table
par Mlle de Malcrais de la Vigne du
Croisic , en differens Repas , donnés à
l'occasion du Mariage de sa Cousine
Mlle de Kdin Audet , avec M. Haringthon
, Chevalier de Notre- Dame du
Mont Carmel , et de S. Lazare.
J
Le Dimanche 16 Novembre , chez
M. de Pradel Audet , Conseiller du Roin
Menuet.
Lorsque deux coeurs ,
Qu'unit un charmant mariage ,
Lorsque deux coeurs ,
Eprouvent les mêmes ardeurs ,
Tout l'embarras du ménage
Ne fait encor qu'augmenter leur amour ;
Et l'on ne sçait dans ce tendre esclavage
Lequel vaut mieux de la nuit ou du jour.
Voi tu ses yeux ,
Son nez fin , sa bouche adorable
I. Vol. Voi
DECEMBRE . 1732. 256
Voi-tu ses yeux ?
C'est Venus qui brille en ces lieux.
Si cette Déesse aimable
Eut scû choisir un Epoux tel que toi ;
Mars eut envain d'un commerce durable
Youlu briser entre eux la douce lai.
Un tendré Hymen ,
Cher Oncle , à ma Tante te lie ;
Un tendre Hymen
Tient toujours l'Amour par la main,
Fils bien né , fille jolie ,
A chaque instant vous font cherir vos noeuds.
Qu'en cinquante ans nous puissions pleins de
vie ,
Boire avec vous à vos triples Neveux.
Le Lundi , chez M. de la Piqueliere
air de l'Allure,
Dites - nous , Haringthon , tout de bon ,
Si votre valeur dure ,
Tentez-vous sans affront , tout de bon ,
La galante avanture tout de bon ?
M. Goupil de la Piqueliere est un homme de dise
tinction du Croisic , qui a commandé les plus grands
Vaisseaux de la Riviere de Nantes , avec commission
en Guerre. Ily a deux ans qu'il est marié
unejeune et aimable Dame.
I. Vol, Voilà
,
2564 MERCURE DE FRANCE
Voilà , compagnon , l'Allure , compagnon .
Voilà , compagnon , l'Allure.
M
Déja de Janneton , * tout de bon ,
Le petit coeur murmure ,
De voir mon Apollon , tout de bon ,
Curieux sans mesure , tout de bon.
Voilà , &c.
Son noble vermillon , tout de bon ,
Confirme mon augure ; .
Et son oeil plus fripon , tout de bon ,
De vos exploits m'assûre , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Avoüez sans façon , tout de bon ,
Cousin › que la Nature ,
Vous fait en elle un don , tout de bon ,
D'une rare structure , tout de bon.
Voilà , &c.
Vous sçavez , Haringthon , tout de bon ,
Seconder sa figure ,
Appas , esprit , raison , tout de bon ,
* Jeanne est le nom de Baptème de Mme Ha
ringthon.
I. Vol
Sont
DECEMBRE. 1732 .
2565
font en vous , je le jure , tout de bon.
Voilà , &c.
M
En neuf mois un garçon , tout de bon;
Lui rendra sa ceinture ;
De vous deux ce poupon , tout de bon ;
Sera la portraiture , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Donnons sur ce jambon , tout de bon .
L'Hôte nous en conjure ,
Epargner son flacon , tout de bon ,
Seroit lui faire injure , tout de bon.
Voilà , &c.
Sa Dame a sur son front , tout de bon,
Les Graces en peinture ,
Au corps l'ame répond , tout de bon ,
C'est la franchise pure , tout de bon.
Voilà , &c.
I
Le Mardi chez M. de Morvan , sur l'air:
en Cana , Festin notable , & c . ou bien
Croyez- vous que l'Amour m'attrape
&c.
Nous volons de Fête en Fête ;
Par tout nouvelles douceurs ;
Bacchus nous bout dans la tête ,
L'Amour enflamme nos coeurs,
2566 MERCURE DE FRANCE
Quel sort charmant les assemble !
Quel aimable accord entr'eux !
Faisons- les bien vivre ensemble ;
Is nous feront vivre heureux.
Haringthon chante , et soupire ;
De sa belle Epouse épris.
L'Amour dans tout son Empire
N'a point d'Amans de leur prix.
L'Epoux dément l'axiome ,
Que prônent de sots Docteurs ,
Disant qu'à Table un grand homme ,
N'est point un grand homme ailleurs .
Le Maître qui nous régale ,
Fait les honneurs à charmer ,
La Maitresse qui l'égale ,
En tout lieux se fait aimer.
Au Cabinet , à la Table ,
Que Morvan brille à propos ;
Là, par sa plume admirable ,
A Table par ses bons mots,
C
• Ancien Maire , Major de notre Ville , et
Subdélégué de M. l'Íntendant ; il est homme de
Lettres , et proche Parent de M. l'Abbé de Bellegarde,
qui a écrit plusieurs beaux Ouvrages en Prose,
I. Vol. LET:
DECEMBRE . 1732. 2567
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends ,Messieurs , qu'on réimpri- me et fameux Romans de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition , je m'adresse
à vous , pour lui faire sçavoir dans votre
Journal , que presque toutes les descriptions
de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le coeur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit
, toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer.
Toutes ses descriptions ont un fondement
veritable , représentant quelqu'une
des jolies Maisons de campagne des environs
de Paris ; elle y joint ordinairement
le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol.
/C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés
, je le remarque à la honte de celuici.
Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre
infini de gens celébres qui ont illustré
le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans
, s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans
des grands hommes qu'elle a représentez
ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux
, des colomnes de marbre ou de jaspe
, verroient aussi avec joye leurs Maisons
immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà
, l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent
les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus
dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir
I. Vol. la
DECEMBRE . 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner ; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles - Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre
l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage
que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avec empressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres
de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion
de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en-

I. Vol.
richir
C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers
, soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent
de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732 .
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan
'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits .
Non
par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant , sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses voeux.
1. Vol.
Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De
grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous , au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit ,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. il
C iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier- à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre coeur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger , de Moutons , de Chien et de Houlette
>
Il cache un malin
Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui
détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les
arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons .
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques ,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord , ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE . 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel .
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle ,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
********* ***
A Piece qui suit est sur un sujet des
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs .
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS - CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij
L'in
2574
MERCURE DE
FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Y goûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Le jour depuis long- tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils
Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est- là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste
courroux ,
Vient de naître et
commence à
s'immoler pour

nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du
Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos
larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes .
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez - nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Choeur d'Anges
s'apprête
A celebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des coeurs, pour prix de sa victoire ,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol .Heu- CY
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des coeurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses douleurs
,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant , Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
·
'Ode qui suit,a été envoyée de Mon-
Ltargis , Ville de l'Apanage de M. le
Duc d'Orleans . Elle fit , pour ainsi - dire ,
la clôture des Réjouissances publiques ,
qui furent faites le 16. Novembre par
les R R. Peres Barnabites du College de
cette Ville , à l'occasion du Rétablissement
de la santé de leurs A. S.
O D E.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais
prendre la Ville de Montargis .
I. Vol
Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis ;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui .
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son coeur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE . 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos voeux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos coeurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye ,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
L
,
Es Vers qu'on va lire sont adressez
à la Duchesse du Maine , dont tout le
monde connoît le goût sûr les lumieres
et la protection éclairée qu'elle
accorde aux Gens de Lettres ; ils sont
de M. du Vaure , et faits à l'occasion
d'une Comédie nouvelle du même Auteur
, reçue par les Comédiens François ,
sous le titre de l'Ecole des Sçavans , en
5. Actes avec un Prologue , et lûë à
Sceaux , chez cette illustre Princesse . On
trouva a Piece bien écrite , le Sujet bien
traité , les Caracteres soutenus , & c.
Estre Auteur et sensé , fut toûjours difficile ;
Tel est le préjugé de la Cour , de la Ville :
Préjugé contre moi peut être de saison ;
Ai-je dans mon Ouvrage écouté la raison ?
Je l'ignore. Au Public ambitieux de plaire ,
( L'amour propre enfanta ce projet témeraire )
Des faux Sçavans du temps je trace les Portraits :
Mais qui déciderà si j'ai saisi leurs traits ?
I. Vol. ComéDECEMBRE
. 1732. 2581
Comédiens en Corps , duppes des apparences ,
Rarement le Public confirme vos Sentences .
Par envie , ou par air, Savans , vous blâmez tout
Grand Monde délicat qui possedez le goût ,
Vous êtes trop poli pour être bien sincere .
Quel parti puis -je prendre ? O Ciel ! que dois - je
faire ? ....
Quel Génie à l'instant se présente à mes yeux !
Vole à Sceaux , me dit- il , on rassemble en ces
Lieux
Esprit , talent , bonté , sincerité Romaine ,
Amour des Arts, sçavoir , goût épuré d'Athéne ;
A cette Cour choisie expose tes Ecrits ,
Une Muse y préside , on t'y dira leur prix.
SIXIE'ME Lettre écrite par M. D. L. R.
à M. le Marquis de B. au sujet de la
Conquête d'Oran , &c.
JT
E n'ai pas conjecturé juste , Monsieur , quand
je vous ai marqué par ma derniere Lettre que
je ne croyois pas d'avoir rien à vous écrire au
sujet d'Oran avant le Printemps prochain ; les
apparences étoient telles , mais l'Evenement a
détruit les apparences : Les Maures se sont mis
en campagne pour executer de grands projets ,
ils veulent batailler en plein hyver, d'un côté devant
Oran , de l'autre devant Ceuta ; il faut vous
rendre compte de leurs Operations ; elles sont
yenues depuis peu à ma connoissance par plu-
I. Vol. sieurs
2582 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites d'Espagne et d'Affrique,
Vous sçavez , Monsieur , qu'Oran et Marsalquibir
ont fait partie du Royaume d'Alger , et
quelle a été la consternation de la Ville d'Alger
et de tout le Païs , lors de la prise de ces deux
Places par l'armée du Roy d'Espagne . La retraite
de cette Armée , le départ de la Flote , la mort
du vieux Dey d'Alger , âgé de 88. ans auquel a
succedé le Khaznadar ou Trésorier de la Régence
, tout cela ensemble a fait cesser la consternation
; les Maures ont repris courage et paroissent
disposez à faire de grands efforts pour
reprendre les Places conquises et chasser entierement
les Espagnols des Côtes d'Affrique .
Dabord cette Régence a envoyé un secours
considerable au Dey Bigotillos , qu'on dit être
un Renegat Catalan , cy -devant Gouverneur d'Oran
, lequel pendant une partie du mois de Septembre
à fort inquieté la Garnison , occupée aux
nouvelles Fortifications de cette Place. Les escarmouches
ont été fréquents , toûjours avec grande
perte du côté des Maures , qui cependant ont
reçû d'autres renforts , et enfin ils se sont trouvez
en état de commencer le Siege d'Oran avec deux
Armées , dont l'une est commandée par Bigotillos
, et l'autre par le fils du dernier Dey d'Alger,
qui est Aga des Spahis , ou Commandant de
la Cavalerie.
Leurs premieres vûës ont été de surprendre
quelques-uns des principaux Châteaux qui envi
ronnent la Place et dont vous connoissez la si
tuation et l'importance par le Plan general d'O
ran et de Marsalquibir , que je vous ai envoyé.
Le Marquis de Santa-Cruz a pris là - dessus toutes
les précautions necessaires, et a fait les plus sages
dispositions pour la conservation de ces Forts.
1. Vol. Le
DECEMBRE.
1732. 2583
Le dernier jour du mois de Septembre , les
Maures , suivant le projet que je viens de dire ,
ayant formé un Corps considerable , tenterent de
couper la communication de la Place avec le Fort
de S. Philippe , ils y vinrent dabord avec une
grande intrépidité , mais ils furent repoussez par
un Détachement de Grenadiers , et enfin entierement
chassez par un Détachement de Cavalerie.
L'action fut des plus vives , les Maures y
perdirent près de deux mille hommes , sans les
blessez. Les Espagnols n'eurent que huit hommes
de tuez et quelques blessez.
Le 4. d'Octobre il se donna un combat plus
considerable , à l'occasion d'un convoy que le
Marquis de Santa- Cruz voulut faire entrer dans le
Fort de Sainte- Croix , et qui y entra effectivement.
Toutes les circonstances de cette Action sont remarquables
et interessantes ; je suis assuré , Monsieur,
que vous me sçaurez bon gré de vous en apprendre
le détail , au risque d'allonger un peu ma
Lettre. Le voici tel qu'il a été envoyé à la Cour ,
et conforme à toutes mes Lettres particulieres.
Le Chevalier Wogan , Colonel de jour , ( 4.
Octobre ) sortit vers les cinq heures du matin
, à la tête d'un Détachement composé de plusieurs
Compagnies de Grenadiers et de quelques
Compagnies de Cavalerie pour escorter un grand
Convoi de Vivres et de Munitions , que le Mar
quis de Santa-Cruz envoyoit au Château de Sainte-
Croix , qui domine la Ville d'Oran , tous les
Châteaux voisins et même l'entrée du Port. Il y
avoit près d'un mois que Bigotillos , cy -devant
Gouverneur d'Oran, assiegeoit ce Château, ayant
placé ses Batteries sur la Mezeta , Montagne fort
élevée et à une portée de fusil , mais séparée du
Château par une gorge très-profonde et très - es-
I. Vel. carpée.
2584 MERCURE DE FRANCE
carpée. Cette Batterie avec déja fait une breche
considerable à la muraille du Château ; mais la
breche étant inutile aux ennemis , à cause des Rochers
escarpez qui se trouvoient entre leur Camp
et le Château , Bigotillos prit le parti d'appliquer
le Mineur à l'autre côté du demi- Bastion qu'il
avoit battu en breche : les Mines ne firent aucun
effet , parce qu'elles ne penetroient pas le Roc ,
plusieurs assauts qu'il voulut donner par escalade,
firent périr près de 10000. Turcs ou Algeriens ,
fils de Turcs.
Cependant la Garnison Espagnole du Château
de Sainte- Croix , qui n'est que de 5oo . hommes,
étoit considerablement diminuée par toutes ces
attaques ; et manquant de tout , elle auroit été
obligée de se rendre. C'est ce qui détermina le
Marquis de Santa - Cruz à tout risquer pour la
secourir ; ainsi avant que de faire sortir le Détachement
commandé par le Chevalier de Wogan
, il fit faire une fausse attaque du Fort de
S. Philippe sur la batterie des Retranchemens du
fils du Dey d'Alger , qui étoit à la droite de la
tranchée des Ennemis , afin d'y attirer les Troupes
de Bigotillos et de dégarnir son poste de la
gauche. Pendant le feu continuel de cette fausse
attaque , le Chevalier de Wogan , Colonel Commandant
du Détachement , fit avancer quatre
Compagnies de Grenadiers sur la demi Côte entre
les Châteaux de S. Gregoire et de Sainte Croix ,
pour arrêter ceux qui tenteroient de couper le
Convoy par en haut. Il envoya deux autres Compagnies
au bas du Rocher qui est au pied du dernier
de ces deux Châteaux , et il marcha ensuite
en bataille avec le reste de son Détachement , occupant
toute la Plaine par son front jusqu'au
bord du Baranco , gorge profonde , où les Mau-
- Vol. *CS
DECEMBRE . 1732. 2585
res et les Turcs se tenoient ordinairement en
embuscade.
Vers les sept heures du matin , la tête du Convoy
s'étant avancée jusqu'à Sainte - Croix , quelques
Compagnies de la Garnison de ce Château ,
sortirent pour renforcer l'Escorte , et se posterent
sous le Canon du demi- Bastion , qui fit un
feu si continuel et si violent , que les Maures en
furent épouventez , et s'il eût été permis au Chevalier
de Wogan de contrevenir aux ordres du
Marquis de Santa- Cruz , et de passer les bords du
Baranco , on ne doute point qu'il ne les`eût chassez
de leur retranchement ,et qu'il n'eût pû jetter
leur batterie dans les précipices; mais le Marquis
de Santa Cruz n'avoit d'autre vûé que de secou
rir le Fort sans rien risquer ; cependant les Ennemis
voyant qu'on ne tentoit pas de passer le
Baranco , revinrent y planter leurs Etendarts par
maniere de défi , et il y eut pendant une heure un
feu continuel de Mousqueterie , qui leur tua plus
de 1000 ou 1200. hommes . Bigotillos ayant fait
revenir une partie de ses Troupes , que la fausse
attaque du Fort S. Philippe avoit attirée , se détermina
à traverser la gorge du Baranco. Alors
le Chevalier de Wogan fit marcher deux Compagnies
de Grenadiers pour occuper le passage de
cette gorge , par lequel les Maures auroient pu
couper le Convoy, ils commencerent à entrer dans
Sainte Croix , ce qui obligea Bigotillos à changer
de dessein , quoique ses Troupes qui étoient
alors dans la gorge , montassent à plus de 15000
hommes , et après avoir essuyé plusieurs déchar
ges de l'Artillerie du Fort , il alla se mettre à
couvert derriere les Rochers qui sont au - dessous
du Château , d'où les bombes qu'on y rouloit ,
obligerent les Maures de se retirer et de remonter
i. Vol.
wyers
2585 MERCURE DE FRANCE
vers leur batterie , dont un coup de Canon bles
sa un Officier Espagnol et couvrit de poussiere le
Chevalier de Wogan.
Vers les neuf heures du matin , toutes les voitures
du Convoi étant retournées à Oran , après
avoir déchargé leurs provisions dans le Fort de
Sainte Croix , la Cavalerie du Détachement se
mit en bataille du côté de la Marine , pour soutenir
l'Infanterie voisine dans sa retraite . Le
Chevalier deWogan reçut en cet endroit un coup
de fusil qui l'obligea de se retirer et de laisser le
commandement au Marquis de Turbilly , son
Lieutenant Colonel ; il étoit resté vers le Rocher
de Sainte- Croix six Compagnies de Grenadiers ,
dont trois devoient rentrer dans le Château, et les
trois autres retourner à Oran avec le reste du
Détachement.
La Cavalerie , par un ordre mal entendu , commençoit
déja à défiler , et ne pouvoit plus les secourir
, desorte que ces Compagnies furent obligées
de lâcher pied et de se retirer en confusion,
trois sous le Canon de Sainte Croix et le reste du
côté du Fortin de la Marine. Un Capitaine du
Régiment de Dragons de Belgia , nommé le Chevalier
de Wuilts , au desespoir de voir les Maures
courir la Plaine impunément , s'avança à la tête
de 30. de ses Dragons , les arrêta pour quelque
temps , et après en avoir tué un grand nombre, et
perdu la moitié de sa Troupe , il se retira en bon
ordre.
Les Maures , de leur côté , craignant une sortie
de la Garnison d'Oran , se retirerent par les Rochers
de Sainte- Croix , où ils essuyerent tout le
feu de l'Artillerie du Château , et on compte que
pendant le défilé du Convoy , ils ont perdu prés
de 3000. hommes , parmi lesquels il y a cu 19.
" I. Vol.
Agas
DECEMBRE. 1732. 2587
Agas ou Officiers de distinction et un des fils de
Bigotillos. Cette journée a été très - glorieuse pour
les Espagnols , malgré la déroute des Compagnies
de Grenadiers qui n'ont pû faire assez iôt leur
retraite.
Le Château de Sainte-Croix a présentement
en abondance toutes sortes de provisions et de
munitions de guerre ; l'entrée du Convoy a tellement
déconcerté les Turcs et les Maures , que
malgré le cordon ou la ligne que Bigotillos avoit
fait faire derriere son Camp , pour empêcher la
désertion , la plus grande partie de sa Cavalerie
l'a abandonné. Le Détachement de la Garnison
d'Oran n'étoit en tout que de 1300. hommes.
L'Armée des Maures , dont ce Détachement a
soutenu les differentes attaques , étoit au moins
17. à 18000. hommes. de
On a appris par des Lettres posterieures , qu'on
avoit construit un Ouvrage entre le Château de
Sainte-Croix et celui de S. Gregoire , pour conserver
la communication entre ces deux Forts ,
qu'on avoit introduit un nouveau secours dans le
premier , dont les Maures continuoient le Siege ,
mais avec moins de vigueur que cy- devant , qu'ils
avoient fait sauter une Mine qui n'avoit point
endommagé la muraille , mais qui avoit tué trois
Mineurs d'une Contremine et blessé trois Grenadiers
, qu'il n'y avoit que trois minutes que le
Marquis de Santa- Cruz et M. de la Croix , Commandant
de l'Artillerie , étoient sortis de cette
Contremine , qu'ils étoient allé visiter ; que les
trois derniers jours du mois d'Octobre , l'Artillerie
des Ennemis avoit fait peu de feu ; qu'on
avoit appris depuis que de trois grosses pieces de
Canons qu'ils avoient dans leur batterie de la
Mezetta , il y en avoit deux de crevées ; que les
I. Vel,
Maures
2588 MERCURE DE FRANCE
>
Maures qui font le Siege du Fort de S. Philippe ,
avoient cessé de tirer depuis cinq jours , ce qu'on
attribue au deffaut de Munitions et aux pluyes
continuelles qui sont tombées pendant ce tempslà
, et qui ont inondé toutes leurs tranchées ; enfin
que la Garnison avoit profité de ce temps pour
élever une nouvelle batterie , qui incommodoit
beaucoup les Ennemis , et que le fils du feu Dey
d'Alger, qui commande au Siege du Fort de
S. Philippe et qui s'en étoit absenté pendant
quelques jours , y étoit révenu
Cependant il est arrivé à Oran plusieurs secours
de Troupes et de Provisions , ensorte qu'il
y a tout lieu d'esperer que les Maures , après
avoir perdu bien du monde , n'auront fait qu'une
tentative inutile et témeraire. Les principaux Algeriens
sont convenus eux-mêmes en plein Divan
, que sans le secours d'une Flote , qu'ils ne
sont pas en état d'équiper , il leur est absolument
impossible de reprendre cette Place. Il est vrai
que suivant les dernieres Lettres il avoit paru au
commencement de Novembre aux environs d'Oran
, huit ou neuf Vaisseaux de guerre d'Alger ;
mais ces Lettres ajoûtent que sur les premiers
avis , le Roy d'Espagne avoit envoyé des ordres
précis aux Commandans de trois de ses
Vaisseaux de guerre , de joindre trois autres
Vaisseaux de guerre de Malthe qui sont dans ces
Mers et d'aller attaquer conjointement les Vaisseaux
Turcs ; ensorte , Monsieur , que nous sommes
actuellement dans l'attente de plusieurs nouvelles
importantes sur la suite des affaires d'Oran.
Je renvoye à une autre Lettre celles qui regardent
Ceuta , pour ne point donner ici dans
une excessive longueur. J'ai l'honneur d'être, &c.
A Paris , le 22. Novembre 1732.
I. Vol.
RE.
DECEMBRE . 1732. 2589
4433
REQUESTE presentée à M. le Prévôs
des Marchands. Par M. Richer.
Tous les François sujets à même Loy ,
Doivent par tête un tribut à leur Roy ;
Mais il te rend arbitre de la somme ,
Qu'à Paris doit payer chaque homme ,
Sage Turgot. Louis , dans tout l'Etat
N'eût pû choisir plus digne Magistrat.
Cette équité , ce zele qui t'anime ,
Donne à chacun la taxe légitime ,
Qui lui convient suivant ses facultez ;
Et s'il advient que par quelque artifice ,
Le noir mensonge ait surpris ta justice ,
Lors du Plaintif les cris sont écoutez ,
Les Supplians t'éprouvent secourable .
En cas pareil sois moi donc favorable ,
Grand Magistrat , car un exposé faux ,
D'un impôt juste a fait enfler le taux.
Quelqu'un t'a peint ma fortune meilleure ;
Et plût au Ciel qu'il eût dit verité ;
Mais par malheur trop bien prouve à cette
heure ,
Que ce rapport est sans sincerité ;
Car ce n'est point aux Rives du Permesse ,
Tu le sçais bien , qu'habite la richesse .
I. Vol. L'on
2590 MERCURE DE FRANCE
L'on ne vit onc dans le sacré Valon ,
Plutus l'aveugle , ennemi d'Apollon.
Le Dieu des Vers à ses enfans ne donne ,
Pour tout loyer qu'une belle Couronne ,
De Lauriers verds , ornement glorieux ,
Qui remplit peu la bourse des Poëtes.
Leurs meubles sont Hautbois , Lyres , Troms
pettes ,
Faisant ouir des sons mélodieux ,
Pour celebrer Héros et demi Dieux ,
Et Magistrats d'un mérite sublime.
Donc inspiré du Maître de la Rime ,
Qui sçait combien tu prises ses Chansons ,
Que protegeat toûjours ses Nourrissons,
J'ai par son ordre écrit cette Requête.
Daigne la lire en faveur de Phébus ;
Et qu'il te plaise , en faisant droit dessus ,
De moderer l'impôt mis sur ma tête ,
-devant ,
Et le réduire au taux que cy -c
Par toi réglé payoit le Suppliant.
Cette Requête a été réponduëfavorablement.
I. Vol.
LETTRE
DECEMBRE. 1732. 2590
****:***********
LETTRE du R. P. Dom Toussaints
du Plessis , écrite de Rouen le 14. Novembre
1732. sur quelques endroits de
son Histoire de l'Eglise de Meaux.
O
fautes
qui
N m'a fait remarquer une ou deux
qui me sont échappées dans
l'Histoire de l'Eglise de Meaux , et j'en
avois déja moi - même apperçu une autre.
Il est juste de me corriger ; cette Lettre
pourra servir d'Errata à mon Livre ; je
vous prie , Monsieur , de vouloir bien la
rendre publique.
1°. A la page 427. je dis que le second
Chapitre General de la Congrégation de Saint
Maur, se tint dans l'Abbaye de S. Faros
de Meaux en 1623. Il y eut , à la verité ,
un Chapitre General à S. Faron , le 14.
Septembre 1623. mais ce fut le cinquié
me , et non le second. Le premier fus
tenu à Paris aux Blancs-Manteaux , le 29.
Septembre 1618. Le second , au même
licu , le 7. Février 1720. Le troisième ,
dans l'Abbaye de Jumiege en Normandie
, le 8. Juillet 1621. Le
quatrième ,
dans celle de Corbie en Picardie , en 1622 .
et enfin le cinquième à S. Faron, en 1623 .
1. Vol 2 . D
2592 MERCURE DE FRANCE
,
2. A la page 594. dans le Catalogue
des Abbesses de Jouarre , j'ai dit que
Jeanne de Lorraine étoit Professe du
Monastere de Promille Ordre de Font-
Evraud. On ne connoît point , dit-on ,
de Maison de ce nom dans tout l'Ordre.
Ainsi , ou elle n'étoit pas Professe de l'Or
dre de Fond- Evraud , ou elle l'étoit d'un
autre Monastere .
que
3º . A la page 599. dans le Catalogue
des Abbesses de N. D. de Meaux , j'ai dit
Me de Mornay de Montchevreuil
étoit Niece d'une autre Dame de Montchevreuil
, Abbesse de S. Antoine des
Champs à Paris . Elle étoit sa soeur , me
marque- t'on , et non sa niece .
A la page 161. où je parle du Monastere
de Raroy , je dis que MM . de
Gesvres se sont approprié la Justice de
ce lieu ; et cette expression a fait de la
peine. C'est donner à entendre , me diton
, qu'ils l'ont usurpée . Cependant je
ne farde point trop mes expressions quand
je veux parler d'usurpation , je ne vais
point chercher d'autre mot que celui d'usurpation
même. Ici s'approprier ne peut
signifier autre chose qu'acquerir ou acheter
; je renvoye même mon Lecteur à un
Traité de l'an 1618. que j'ai inseré dans
le second Tome , et qui fait foi de cette
.
I. Vol.
acquisition
DECEMBRE . 1732. 2593
acquisition . C'en est assez , je crois , pour
me laver d'un pareil reproche.
A la page 638. de ce second Tome ,
dans le Pouillié , on trouve l'article de
Croйy. Là , dit- on , j'avance que le Curé
de cette Paroisse , en abandonnant Raroy
à celle de Trêmes ou de Gesvres - le- Duc ,
n'a pû transiger sur cela au nom de ses
Successeurs. Or c'est ce que je ne dis en
aucune maniere ; j'observe seulement que
le Curé de Croüy le dit ainsi . Il est vrai
qu'en cela je parois donner quelque poids
à la prétention du Curé de Crouy ; et on
m'objecte une Sentence de M. le Cardinal
de Bissy , qu'on ne date point , mais
qui attache , dit- on , pour toujours à la
Paroisse de Gesvres , les Domestiques du
dehors et les Fermiers de Raroy . Je ne
doute point que cette Sentence ne soit
dans toutes les formes , mais très- certai
nement elle ne m'a point été communiquée.
Il en sera de même apparemment
de plusieurs autres omissions que l'on
pourra me reprocher ; mais que l'on auroit
tort , par cette même raison , de re
jetter sur mon compte.
J'ai tâché de prouver dans une de mes
Notes ( Tome I. page 698. ) que sainte
Aubierge n'étoit point bâtarde , et que
le Filia naturalis du venerable Bede ne
I. Vol.
Dij peur
2594 MERCURE DE FRANCE
peut signifier autre chose que Fille légi
time d'Anne , Roy d'Estanglie , et d'Hereswite
, son Epouse . Comme mes preuves
n'ont pas satisfait également tous mes
Lecteurs , je renvoye ceux qui ont de la
peine à se rendre au troisiéme Tome du
Spicilege de Dom Luc d'Achery , page
258. ils y trouveront que Hardecanut ,
fils légitime de Canut , est appellé filius
naturalis , par opposition même à Harold,
qui étoit son bâtard . Je suis , &c.
ᎣᎣ 23
'A MADILE de Malcrais de la Vigne
du Croisic en Bretagne.
D'Un maritime Port l'ornement et la gloire ,
Aimable et sçavante Malcrais ,
Souffre qu'un Habitant des Rives de la Loire
Te témoigne la part qu'il prend à tes succès.
Nantes d'un oeil de complaisance
A lieu de regarder le fruit de tes travaux ;
Le séjour où tu pris naissance ,
Est soumis à ses Tribunaux .
Que dis- je , il t'en souvient , vingt fois notre
Rivage ,
Entendit I, Vol.
DECEMBRE . 1732. 2599
Entendit de tes Vers les sons harmonieux ,
Et tu fis dans nos Murs le noble apprentissage ,
De cet Art si cheri des hommes et des Dieux .
O que j'aime à te voir , en Bergere affligée ,
Du départ d'un Amant en bute aux flots amers
Confier la douleur où ton ame est plongée ,
Aux rapides Oiseaux qui traversent les Mers !
Que des constantes Tourterelles ,
Tu peins bien les tendres amours ,
Et que par ce portrait de leurs ardeurs fidelles ,
Tu dois faire rougir les Amans de nos jours !
Qui peut sans répandre des larmes ,
Qui peut sans frissonner d'horreur ,
Ecouter le récit des cruelles allarmes ,
Dont la mort de ton Pere avoit saisi ton coeur j
Corisque , Ménalis , quelle délicatesse ,
Respirent vos jaloux débats !
Oui , d'une paisible tendresse
Yos soupçons , vos dépits surpassent les appas,
Poursuis, Malcrais, poursuis; désabuse la Seine,
Qui dans son préjugé contre certains Cantons ,
S'imagine que l'Hipocrêne ,
I. Vol.
Diij Dé2596
MERCURE DE FRANCE
Dédaigne d'arroser ceux que nous habitons.
Force-la d'avouer que la terre Armorique.
Connoît Phébus et les neuf Soeurs ,
Et que la Verve Poëtique ,
fait sentir aussi ses divines fureurs.
Mais quoi ! sans être si tardive ,
Elle a déja rendu justice à tes accords ,
Et la Marne, comme elle , à tes sons attentive ,
En a fait éclater ses éloquents transports.
Houdart tout prêt d'entrer dans la fatale Barque
Charmé de tes talens divers ,
Voulut t'en donner une marque ,
En vantant à la fois et ta Prose et tes Versi
Voltaire , le fameux Voltaire ,
Enchanté comme lui de tes doctes Ecrits ,
Vient d'apprendre à toute la Terre,
Combien il en sent tout le prix.
C'est donc & honte extrême ! à ta seule Patrie ,
Qu'on peut à juste droit reprocher aujourdhui ,
De ne sçavoir pas rendre à ton rare génie ,
L'honneur qu'elle reçoit de lui,
1. Vol
DECEMBRE. 1732. 2597
Et moi , que ta belle ame honore ,
Du précieux dépôt de tous tes sentimens ,
Je suis bien plus coupable encore ,
D'avoir tant balancé pour t'offrir mon encens!
Pardonne , illustre Amie , Apollon m'est avare ,
Des faveurs que sans cesse il verse dans ton sein :
Heureux que ma verve bizarre ,
Ait du moins en ce jour secondé mon dessein.
Chevaye , Auditeur à la Chambre des
Comptes de Bretagne.
XX :XXXXXXXX :XXX **
A MADAME DE ***
Qui m'avoit demandé des Vers pour
desennuyer à la Campagne.
C'Est ' Est un foible secours que celui d'Apollon ,.
Pour charmer les ennuis d'un lieu trop solitaire,
Ils naissent comme ailleurs dans le sacré Vallon.
Telle est notre condition ,
Qu'il n'est rien ici bas où nous puissions nou
plaire.
Vous avez cependant tout ce qu'il faut avoir ,
Pour trouver du plaisir dans une solitude ;
Un esprit sans inquietude ,
Qui re connoît de loix que celles du devoir ,
I. Vol. Diiij Un
2598 MERCURE DE FRANCE
Un coeur religieux que rien ne peut distraire ,
Du soin de s'occuper de son unique affaire.
C'est ainsi
que sans peine et sans autre desir ,
Que de la voir renaître encore ,
On voit naître et mourir l'Aurore ,
C'est ainsi que l'on voit soupirer le Zéphir ,
Auprès de la Déesse Flore ,
Sans qu'il nous en coûte un 'soupir.
Seul au milieu de la Nature ,
Dans les moindres objets on voit le Créateur.
De vos Jardins l'émail , de vos Prez la verdure
A leur couleur et leur structure ,
D'une main qui peut tout , font connoître le
trait ,
La Nature a cet avantage ;
Que nous considerions son plus petit Ouvrage
Plus on regarde et plus on le trouve parfait.
Il n'en est pas ainsi des hommes ,
Leur mérite de loin a tout un autre prix ,
Mais qui les voit de près , loin d'en être surs
pris ,
Trouve qu'ils sont ce que nous sommes ,
Il n'est qu'un tendre coeur né simple et ver
tueux ,
Qui gagne à se faire connoître ,
Et sa vertu qui brille en venant à paroître ,
Prend sa lumiere dans nos yeux.
Je m'arrête , aussi- bien j'oublie ,
Que ce discours est un Portrait.
1Vol.
Mais
DECEMBRE. 1732. 2592
Mais n'en déplaise à votre modestie ,
Je suis charmé de l'avoir fait.
Carelet.
BIBLIO
THÈQUE
LYON
DELA
EXTRAIT du Memoire de M.Pitot ,
contenant la Description d'une Machine
pour mesurer la vitesse des Eaux courantes
, et le chemin ou le sillage des
Vaisseaux ; lû à la Rentrée publique de
l'Académie Royale des Sciences , le
lendemain de la S. Martin , 12. Novembre
1732.
Pitot commence son Memoire
Mpar quelques Reflexions sur les ravages
que causent la plupart des Fleuves
et des Rivieres , par leurs changemens
de lit et leurs débordemens . Que
pour construire utilement des Ouvrages
capables de prévenir ces désordres , comme
des Levées , des Digues , des Jettées ,
il est important de connoître le degré
de force ou de vitesse du courant de l'eau,
de voir l'endroit du Fleuve où le courant
est le plus rapide , et de déterminer la direction
du fil de l'eau . Il y a un grand
nombre d'autres occasions ( ajoûte M. Pitot
) où l'on a besoin de connoître la
1. Vala
DY vitesse
2600 MERCURE DE FRANCE
vitesse des eaux des Rivieres , des Aque
ducs , des Ruisseaux , des Fontaines , soit
par la mesure de la jauge des mêmes
eaux , ce qui arrive fort souvent pour des
Projets de Canaux de Navigation , soit
pour connoître la force des eaux sur les
roues de Moulin ou de toute autre Machine
muë par des courans d'eau , et connoître
leurs effets ou leur produit ; soit
enfin pour déterminer l'endroit le plus
avantageux d'une Riviere pour placer ces
mêmes Machines .
M. Pitor explique ensuite la Methode
dont on s'est servi jusqu'à present pour
mesurer la vitesse des eaux courantes , et
expose les inconveniens de cette Méthode
, dont les plus considerables sont de
ne pouvoir pas connoître la vitesse de
l'eau dans les endroits où il importe le
plus de la connoître , comme à l'entrée
ou à la sortie d'une Arche de Pont , &c.
La question de sçavoir si la vitesse des
caux vers le fond des Rivieres , est plus
grande ou plus petite qu'à leurs surfaces,
est curieuse et a souvent partagé les sentimens
des Sçavans ; car suivant les loix
des Hydroliques , la vitesse des eaux vers
le fond doit être plus grande qu'à la surface
; mais d'un autre côté les frottemens
des eaux contre le fond et les bords des
J. Vol Rivieres
DECEMBRE. 1732 2601
Rivieres , sont si considerables , que suivant
les Démonstrations de M. Pitot , sans
les frottemens , la vitesse des eaux des
Fleuves seroit vingt ou trente fois plus
grande qu'elle n'est réellement. Ainsi
sans les frottemens , presque toutes les
eaux courantes seroient des Torrens affreux
dont on ne tireroit aucun avan
tage .
au
Toutes ces questions également utiles
et curieuses , peuvent être éclaircies sur
le champ avec une grande facilité ,
moyen de l'Instrument proposé par M.Pitot
; l'opération en est aussi simple que
celle de plonger un bâton dans l'eau et de
le retirer. Par cette Machine , ajoûte l'Académicien
, on mesurera la juste quan
tité de la vitesse des eaux à telle profondeur
qu'on voudra , et cela aussi aisément
qu'à leur surface . On mesurera aussi
la vitesse de l'eau à l'entrée et à la sortie
des Arches de Pont , et il sera toûjours
aisé de trouver l'endroit du courant où
elle est la plus grande.
Cette Machine est très simple , M. Pitot
la construit de deux façons ; la premiere
consiste à un Tube de verre recourbé
par un bout en entonnoir , ce Tube
est log : dans une rénure faite à une
tringle de bois , taillée en prisme trian-
J₂ Vola
Dvj
gulaire
4602 MERCURE DE FRANCE
gulaire. Les vitesses sont marquées en
pieds par seconde de temps , sur une
regle de cuivre qu'on peut arrêter le long
de la tringle ; à la seconde Machine , il
y aa deux Tubes de verre , dont l'un n'est
pas recourbé et sért pour marquer le niveau
de l'eau. Mais pour donner une description
exacte et complette de ces Machines
, il faudroit joindre ici des figures
et entrer dans des détails que nous renvoyons
au Mémoire de l'Auteur.
Après la Description de la Machine et
'des moyens de s'en servir pour les eaux
coutantes , M. Pitot rapporte plusieurs
Experiences qu'il a faites sur les Ponts
de Paris , et dans plusieurs autres endroits
de la Seine , où il a pris la vitesse
des eaux , tant à leurs surfaces que dans
le fond. Un des principaux résultats de
ces Experiences est qu'en general la vi--
tesse des eaux va en diminuant vers le
fond , sur tout aux endroits où elle est
le plus rapide vers la surface , il se trouve
aussi dans quelques endroits des mouvemens
d'eau en tourbillon qui sont cachez¸
pour ainsi - dire , dans l'interieur des eaux ,
mais que la Machine fait découvrir aisé
ment.
M. Pitot ajoûte encore à l'usage de sa
Machine , qu'on pourra faire plusieurs
Le Vol. autres
་ DECEMBRE. 1732: 2603
·
autres Observations sur les eaux courant
res , utiles et curieuses , pour connoître
par exemple , la vitesse moyenne du total
des eaux d'une Riviere. Pour sçavoir si
les augmentations de vitesse sont proportionnelles
aux accroissemens des eaux
ou dans quel rapport , pour voir quelle
est la relation entre les volumes d'eau es
la quantité des frottemens , &c. De-là
M. Pitot passe à la démonstration de l'effet
de la Machine , il fait voir que cet
effet n'est qu'une application très-simple
du principe ou de la loi fondamentale
des Hydrauliques et du mouvement des
eaux ; application dont vrai-semblablement
personne ne s'étoit encore avisé
elle est même très heureuse pour avoir
de justes déterminations. Car les vitesses
des eaux sont mesurées à cette Machine
par les élevations ou ascensions de l'eau,
et par le principe , les élevations de l'eau
sont comme les quarres des vitesses , une
vitesse double donne une hauteur quadruple
; une vitesse triple donne une hauteur
neuf fois plus grande ; ainsi le moindre
changement de vitesse se fait connoître
sur la Machine , par des differences
très-sensibles. Après les Démonstrations
de l'effet de la Machine , M. Pitot
donne les regles pour avoir les vitesses
1. Vol
des
2604 MERCURE DE FRANCE
des eaux courantes en pieds et pouces par
seconde de temps relative aux élevations
de l'eau , et il a joint une Table de toutes
les vitesses en pieds et pouces , correspon
dantes aux élevations de l'eau de pouces
en pouces et même de ligne en ligne.
Mais l'application la plus importante
et la plus utile que M. Pitot prétend qu'on
peut tirer de cette découverte , c'est la
connoissance et la mesure du chemin ou
du sillage des Vaisseaux ; ' il espere que
les Officiers de Marine et les Pilotes ,--les
plus obstinez à ne pas recevoir des nouveautez
, seront forcez de convenir qu'on
n'a rien fait jusques à present , de plus
sûr et de plus commode pour mesurer
exactement la vitesse des Vaisseaux . Mais
il n'a point encore déterminé la meil
lure façon de placer sa Machine sur le
Vaisseau , elle ne consistera qu'en deux
petits tuyaux fixes , à l'un desquels on
verra le chemin du Vaisseau en toises par
minutes et par heures , comme l'on voit
les dégrez de chaleur à un Thermometre.
Enfin , M. Fitor finit son Memoire en
rapportant quelques Experiences qui ont
rapport au Sillage des Vaisseaux , ayant
remonté la Riviere sur un petit Bateau
à la voile par un ass z grand vent et
mesuré avec sa Machine le chemin du.
MI.Vol
Batcaus
DECEMBRE. 2605 1732 .
Bateau ; il assure que ces Experiences
lui ont réussi au- delà de son attente , les
mouvemens du Bateau causez par de grosses
vagues , ne causent aucuns obstacles
à l'effet de la Machine , et il est convaincu
qu'il n'y aura rien à craindre
non plus de la part des Roulis et du Tangage
des Vaisseaux , ce qui´est extréme
ment avantageux
.

EPITRE
A M. Aronet de Voltaire ,
par
MH de
Malcrais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , pour le remercier du présent
qu'il lui a fait de son Histoire de Ĉharles
XII. de sa Henriade et du Recueil de
quelques- unes de ses Tragédies.
TEs deux Héros , Voltaire, enfin sont arrivez;
Bon jour , leur ai- je dit , couple de Rois celebres,
Conquerans dont les noms , de l'horreur des te
nebres ,
Ont été par Voltaire à jamais préservez.
Vous êtes - vous bien conservez ,
Pendant la longueur du voyage ?
Auriez -vous essuyé d'un insolent orage ,
Les brusques incommoditez ?
1. Vel
2606 MERCURE DE FRANCE
Non , vos habits brillans (a) n'ont point été gatez.
Votre Redingote luisante ,
Faite d'une toile glissante , (b )
Des torrens pluvieux vous a très -bien gardez ;
Mais combien avez- vous ŝuspendu mon attente ♣
Combien mes plaisirs retardez ,
Ont-ils fait murmurer mon ame impatiente !
Trois fois dix jours , bon Dieu ! pour venir de
Paris
Au Pays des Bretons ! votre marche est trop lente:
Où si je l'ai bien compris ,
Il faut que vous ayez pris
La route des Pirenéés ;
Autrement sans m'étonner ,
Je ne puis m'imaginer ,
Qu'à si petites journées ,
Guerrier veuille cheminer.
Cependant Charles douzième , (c)
S'offre à mes regards contens ,
Mars autant que Mars lui- même ,
Terrible , armé jusqu'aux dents ,
Comme sil alloit se battre.
Quel air d'intrépidité ?
Il est encor tout botté.
(a) Ces Livres étoient couverts de papier marbré.
(b) Ils étoient enveloppez dans une toile cirée.
(c) Allusion à l'Estampe qui est en tête de l'Histoire
de Charles XII
1. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1732. 260%
Ni Charles ni , Henry quatre ,
N'étoient de minces Héros ,
Enervés dans le repos ,
Qui craignent la pleuresie .
Et n'épargnent leurs Chevaux ,
Que pour épargner leur vie.
Après avoir attendu pendant un grand
mois , j'ai reçû , Monsieur , le présent
dont vous m'avez honorée. Vous avez
ajoûté à Charles XII . et à la Henriade
que vous me promettiez dans le Mercure
de Septembre , Oedipe , Mariamne
et Brutus. Cette genereuse politesse m'a
surprise agréablement , je n'avois vû jusqu'à
ce jour votre Brutus que par Extrait
; et qu'est-ce qu'un Extrait quand
la Piece est toute belle ? cela ne sert
qu'à mettre le Lecteur en appétit , j'étois
comme celle à qui l'on fait sentir une
Orange , qu'on lui ôte aussi-tôt de dessous
le nez , afin qu'il ne lui en demeure
que l'odeur. La paresse du Messager m'a
fort impatientée , et le feu Pere du Cerceau
n'a jamais murmuré davantage contre
le Messager du Mans . Vous ne sçau-
- riez croire combien vos Vers et votre présent
m'ont rendue glorieuse.Vedendo
dono
cosi gentile , non resto nel mio cuore dramma,
cba
1. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
che non fosse od amista , è fiamma . Personne
ne me vient voir que je n'en fasse
parade à ses yeux 3 enfin je ne me troquerois
pas aujourd'hui pour une autre.
Que quelqu'un désormais me dise ,
Que mon Pegase va le trot ,
Que mon Phébus parle ostrogot ,
Et que mes Vers sont Marchandise ,
A vendre un sou marqué le lot ;
Je répondrai tout aussi-tôt ,
Esprit fait dans un méchant moule ,
Demandez à Voltaire , à ce fameux Auteur ;
Il sçait comment ma veine coule ,
Et si mes Vers sont sans valeur ;
Marchand d'oignon se connoît en ciboule.
Comme je prise infiniment tout ce qui
sort de votre plume , et que je serois fachée
de perdre de vos Ouvrages , jusqu'à
la moindre ligne ; je me suis chagrinée
quand j'ai vu qu'à la fin du volume de la
Henriade , il manquoit quelques feüillets
à la vie du Tasse, de cet homme divin
avec qui vous partagez tout mon coeur.
Mais à cheval donné regarde- t- on la bride ♪
Ce mot m'est échappé , Voltaire , ami , par
don ,
C'est le Proverbe qui me guide
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2609
A faire la comparaison
Qui convient mal au riche don ,
Dont en divers climats mon nom se glorifie
Exprimons-nous donc autrement ;
Supposons que d'un Diamant
Un humain libéral un autre gratifie ,
Se persuadera- t - on qu'il fut si délicat ,
Qu'à cause d'un petit éclat ,
Dont le défaut laissât la pierre moins finie
D'accepter le présent il fit cérémonie !
Je ne me suis nullement étonnée, quand
j'ai vû par la Piéce que vous m'adressez
que tout ce qu'il y a de beau étoit du ressort
de votre esprit. Vous vous êtes , pour
ainfi dire , signalé en tous genres , Historien
du premier ordre , Poëte excellent
Epique , Tragique , Comique , &c. est- il
quelqu'illustre de l'Antiquité , dont vous
dussiez envier la gloire ? que n'avez- vous
point essayé ? et en quoi n'avez - vous
point réussi ? j'avouerai pourtant qu'il est
une exception , mais une touchante exception
à faire à la plénitude de votre
contentement : quoi à trente- sept ans vous
Vous trouvez hors d'âge de pouvoir aimer
? vous avez donc été bien amoureux
à vingt , et comme un dépensier vous
avez mangé le fond et le revenu de bon
1. Vol. no
2610
MERCURE DE FRANCE
3
ne heure. Que la condition de certains
hommes est bizarre ! à dix neuf et vingt
ans vous faisiez des Vers à merveille , à
trente- sept vous vous en acquittez encore
mieux. Helas ! et trente sept ans en
amour ne représentent que l'ombre , et
le fantôme de votre premiere et douce
réalité !
Votre expérience confirme
La verité de ce qu'on lit ,
Qu'esprit est prompt , mais qne chair est ing
firme ,
D'ailleurs Ciceron nous a dit ,
Ce docte Ciceron , Professeur en sagesse ,
Que les plaisirs vifs et pressans
Où se laisse avec fougue emporter la jeug
nesse >
La livrent par avance aux désirs impuissans
De la foible et triste vieillesse.
Je me trompe , Monsieur , et je dois
penser tout autrement fur votre compte.
Si vous quittez l'Amour , c'est que vous
avez découvert tout le faux de ses charmes
, et penetré tout le vuide de ses
plaisirs. Votre sort bien loin d'être à
plaindre est digne d'envie , et vous n'en
êtes encore que plus estimable. Vous
avez fait les mêmes refléxions qu'Arioste
I. Vol. dans
'DECEMBRE: 1732: 2611
7
dans la premiere Stance du chant 24 de
Roland furieux.
Chi mette il piè sù l'amorosa pania ;
Cerchi ritrarlo , è non v'inveschi l'ale ;
Che non è in somma Amor , se non insania }
Al gindicio dè savii , universale.
C'est trop parler morale , chut , je vois
que toutes les oreilles ne s'y prêtent pas
de la même maniere. Je reviens à Charles
XII. et à la Henriade dont je ne sçaurois
me lasser de vous remercier , je vous
assure que quoique venus les derniers ils
feront au rang principal dans ma petite
Bibliotheque , et qu'avec vos Tragédies
Ce seront mes Livres favoris.
Mais comme je les ai reçus ,
D'un Tafetas changeant légerement vétus
J'ai craint que le froid et la brume
Venans avec l'Hiver , afreux porteur de rhume
Ne les eussent incommodez.
C'est pourquoi proprement on a pris leur me
sure ,
Puis on a mis sur eux des habits sans cou
ture ,
D'or magnifiquement bordez ,
A qui le taferas a servi de doublure.
J'accepte avec joye l'amitié que vous
I. Vol. me
2612 MERCURE DE FRANCE
me promettez à la fin de votre Lettre.
Nous nous en sommes donné des preuves
réciproques que je crois aussi since es de
votre part qu'elles le sont de la mienne.
Les amitiez que le hazard fait naître sont
souvent de plus longue durée
que les autres.
Il ne tiendra point à moi que la
nôtre ne finisse jamais. Je voudrois avoir
quelque chose qui fut digne de vous être
envoyé en revanche de votre présent ;
mais c'est là souhaitter l'impossible .
Quel ch'io vi debbo , posso di parole
Pagare in parte , è d'opera d'inchiostro
Ne che pocho vi dia da imputar sono ,
Che quanto io posso , dar , tutto vi dono.
·
Vous voudrez bien que les sentimens
de mon coeur suppléent au reste . Je suis
avec toute la reconnoissance , toute l'amitié
et tout le respect possible , Monsieur
, votre très humble , &c.
1.Vol. SONDECEMBRE
. 1732. 2613
XXXXX XX:X:XXXXXX *
SONNET en Bouts- Rimez , proposez dans
le Mercure de France du mois de Mai
1732. à M. F...
A
Mi le croirois- tu le Dieu qui nous fait
Boire
Du Dieu qui fait aimer m'a rendu le Butin,
Tu sçais qu'à fuir leurs traits on perdroit son
Latinz
Quand ils sont de complot comme larron en
Foire
Sur les bords de la Marne ainsi que sur la
Loire
Cupidon n'est au fond qu'un franc petit Lutin .
Il nous paroît d'abord aussi doux que Satin ,
Pour rendre notre coeur tendre comme
Mais envain d'Apollon je prendrois le
Pour en Vers bien polis critiquer ce
une
Poire
Rabot
Nabot ,
Sur ce sujet ma Muse est pire qu'une Souche ;
Oui Caron m'auroit vu dans son fatal
> Bateau ,
J'aurois de l'Acheron passé le noir
Ruisseau,
Avant que j'eusse pû voir l'amour d'un ceil
Louche
Pesselier de la Ferté sons Jouare.
I. Vol. On
1614 MERCURE DE FRANCE
On a dû expliquer les mots de l'Enig
me et des Logogryphes du mois dernier
par le Mafque , Présages , Poulet
Sens.
HHHHHHHHHXX
>
et
ENIGM E.
Q
Uand j'ai de l'eau , ma foi , je n'en boi
pas ,
Je bois fort bien du vin à mes repàs ;
Et ma mesure devient pleine
Dans l'accroissement de la Seine :
Mais helas ! je ne bois que de l'eau seulement ,
Quand elle manque absolument.
KXXXXXXXXXX :
LOGOGRYPHË.
Enfant infortuné du meilleur sang du monde ;
Je ne reçois le jour d'une mere féconde ,
Que pour périr bientôt par les mains d'ua
bourreau
Qui lui-même devient mon funeste tombeau.
Quand le dessein est pris , et qu'on veut me détruire
,
1. Vol. Le
DECEMBR E. 1732 2615
Le feu , le fer , et l'eau • tout conspire à me
nuire.
Plus on a soin de moi , plus je dois avoir
peur ;
Et ce trop heureux tems présage mon malheur.
Combinés mes cinq pieds : fraîche sombre et
riante ,
>
Au plus fort de l'été je suis fort attrayante ;
Discrete , solitaire agrément des Jardins ,
Je suis propre à cacher les amoureux lar⇒
cins .
-
On me trouve en Europe , on me trouve co
Asie ;
Je suis dans les déserts de l'ardente Libye :
Et dans ce dernier sens ma lugubre noir
ceur ,
,
A l'homme le plus ferme inspire la terreur.
Si vous changez encor mon entiere struc
ture ,
A certains animaux souvent je sers d'armure ;
A d'autres je dénote un signe de bonté.
Et si vous me donnez differente tournure,
En moi l'on trouve un vent de fort vilain aus
gure.
Un peuple belliqueux , par Tacite vanté.
Ce qui du pâle avare augmente la torture.
Un Tribunal à Rome , aux Prélats affecté.
Enfin , à la campagne , un grain qui vous precure
,
I.Vol. E Ainsi
2616 MERCURE DE FRANCE
Ainsi qu'aux animaux une ample nourri
ture .
T
AUTRE.
A M. l'Abbé R.....
Oi qui bois à longs traits de l'eau de l'Hypocrêne
,
Et qui prens tes plaisirs dans le sacré vallon ,
Tu penses que ma verve ait droit sur la Fon
taine ?
Non , cela n'appartient qu'aux amis d'A
pollon ,
Mais puisqu'un ami le désire ,
Tâchons d'aranger quelques Vers ;
De tout ceci je crains le pire ,
C'eft qu'ils ne soient tous de travers.
N'importe , me dis -tu , je veux des Logogri
phes ,
Je conte qui plus est d'abord les deviner :
J'y consens , en voici . Je n'ai que quatre pri
ses ,
Et j'habite un pays très-facile à trouver.
Oui , sans te donner la torture ,
Renverse - moi ; sans rien changer ,
Un mot latin fait ma structure
Et le sens qu'on y peut donner.
Dans mon premier état si - tôt qu'on me rés
place ,
Je fais plaisir aux uns , aux autres je déplais ;
1. Vol. Pourvu
DECEMBRE 1732. 2617
Pourvû
face ;
que de mon nom la derniere on ef-
Observés que ce mot n'est pas grec mais françois.
De plus le milieu de moi- même ,
Mis à ma fin , en combinant ,
T'apprend dans un péril extrême ,
A te sauver d'un élément.
2 र
Allons ,, courage , allons ; vîtes , mettés mon
quatre
D'abord après mon chef , j'habite dans les
cieux.
Otés la penultiéme , alors sans rien rabatre ,
Mon chant est ridicule et des moins gracieux.

Enfin j'ai tenu ma parole ;
Tu tiens le mot , j'en suis certain :
Cher ami , j'ai joué mon rôle ;
J'en promets un autre demain.
L'Abbé D. L. M. de Montargis.
AUTRE.
E ne crains ni chaleur , ni le vent , ni
glace , JE
Lecteur, en ton jardin peut -être j'ai ma place ; :
Mon nom est des plus courts , qu'à rebours je sais
pris.
Je suis un mot burlesque, un terme de mépris.
1. Vol.
Eij AV
2618 MERCURE DE FRANCE
D
AUTRE.
Ans mon envers je suis en certains lieux
festé ;
Dans mon endroit , je suis Fête féconde ;
A mon pied près
vanté
, je suis un Ancien fort
Dans cet état mon coeur ôté ,
Je suis nouveau né dans le monde.
NOUVELLES LITTERAIRES
M
DES BEAUX ARTS , &c.
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , &c. T. XVIl . de 408 .
pages , sans les Tables . A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science
M. DCC. XXXII.
Voici les noms des Sçavans dont il est
fait mention dans le xv11 . Volume des
Mémoires du R. P. Niceron , qui continuent
d'être bien reçûs du Public,
Henri Corneille Agrippa. Pierre Ayrault.
Guillaume Barclay. Jean Barclay.
Gaspard Bauhin. Jean Baukin . Jordanus
1. vol.
Bru
DECEMBRE . 1732 2619
Brunus. Jean Chapeauville . Hilarion de
Coste. André Dudith. Charles Riviere Dufreny.
Jacques Philippe Foresta. Jerôme Fracastor.
Conrad Gesner. DenisGodefroy l'His>`·
torien. Jacques Godefroy . Theodore Godefroy.
François Guichardin . Louis Guichardin.
Jean Henri Heidedger. J. Gentien
Hervet. Christophe de Longueil. Gilbert
de Longüeil. Charles Paschal. Claude Pocquet
Delivonniere. Modesta Pozzo. Eri→
cius Puteanus. Jean Savaron . Jacques Sirmond.
Luc Tozzi.
Nous insererons ici , selon notre coûtume
, l'un des articles de ces Mémoires ,
& nous croyons faire plaisir à nos Lectcurs
, de choisir par préférence celui qui:
regarde le sçavant Pere Sirmond.
Jacques Sirmond nâquit le 12 Octobre
1559. à Riom en Auvergne , de Jean
Sirmond , Magistrat de cette Ville , et
d'Amable Barrier. Lorsqu'il eut 10 ans ,
ses parens l'envoyerent à Billon , Ville de
la basse Auvergne , pour y étudier dans
le College des Jésuites , qui est le premier
qu'ils ayent eu en France.
Après qu'il eut fait ses Humanitez , il
entra dans leur Compagnie le 26 Juillet
1576. et en reçût l'Habit le 21 Août suivant
dans sa 17 année. Il commença son
Noviciat à Verdun , dont il acheva les
I. Vol. E iij deux
620 MERCURE DE FRANCE
deux années à Pont-à-mousson , où il fir
ses voeux .
Il étudia ensuite en Philosophie , après
quoi sesSuperieurs connoissant ses talens,
le firent venir à Paris , où il professa deux
ans les Humanitez , et trois ans la Rhetorique
. Il eut alors l'honneur d'avoir
pour Disciples Charles de Valois , Duc
d'Angoulême , Fils naturel de Charles IX.
et S. François de Sales .
Ce fut pendant ce peu de tems qu'il
acquit une parfaite connoissance des Langues
Latine et Grecque , et qu'il se forma
ce beau stile , qui joint à la solidité
de son jugement , et à la justesse de ses
pensées , a fait estimer tout ce qui est
sorti de sa plume. M. Cousin nous apprend
dans le Journal des Sçavans , qu'il
avoit pris Muret pour son modele , et
qu'il ne laissoit passer aucun jour sans en
lire quelques pages.
En 1586. il commença son Cours de
Theologie , qui dura quatre ans , pendant
lesquels il eut pour compagnon d'études
le célébre Fronton du Duc. Il ne
se contenta pas d'une Scholastique séche
et décharnée telle qu'on l'enseignoit
alors , il lût avec soin les Saints Peres et
les Auteurs Ecclesiastiques , et entreprit
même dès lors de traduire en Latin quel-
و
I.Vel ques
DECEMBRE. 1732 2621
ques Ouvrages des Peres Grecs , et de
composer des Remarques sur Sidonius.
A peine fut- il sorti de Theologie , que
le P. Claude Aquaviva , General de sa
Compagnie , l'appella en 1590. à Rome ,
pour être son Secretaire , et il s'acquitta
pendant plus de seize ans de cet emploi
avec un succès qui répondit parfaitement
aux espérances qu'on avoit conçues de
lui.
Ses heures de loisir étoient employées à
l'étude de l'Antiquité : il visitoit les Bibliotheques
, et en consultoit les Manuscrits
, il s'appliquoit aussi à l'étude des
Antiques , des Médailles et des Inscriptions
; et les Italiens , quoique jaloux de
la gloire de leur Nation , ne se faisoient
point une honte de le consulter fur ces
sortes de matieres , persuadez que ses connoissances
pouvoient suppléer aux lumie
res qui leur manquoient.
Le P. Sirmond pendant fon séjour en
Italie , lia un commerce d'amitié avec
les Sçavans les plus illustres , qui y vivoient
alors , & particulierement avec
Bellarmin et Tolet , qui étoient de sa Societé
et avec les Cardinaux Baronius ,d'Ossal
et du Perron , Le Cardinal Baronius
tira même de lui de grands fecours pour
ses Annales Ecclesiastiques , principale
I. Vol. E iiij ment
2622 MERCURE DE FRANCE
ment par rapport à l'Histoire Grecque ,
sur laquelle il lui fournit un grand nombre
de Piéces traduites de Grec en Latin .
Il revint à Paris en 1608. et depuis
ce temps -là il ne cessa point d'enrichir
le Public de nouveaux Ouvrages . Il demeura
d'abord environ quatre ans dans
la Maison Professe , d'où il passa sur la
fin de 1612. au College , où il devoit être
plus commodément pour travailler à la
collection des Conciles de France , qu'il
avoit entreprise , et cinq ans après il en
fut fait Recteur.
Le Pape Urbain VIII . qui connoissoit
depuis long-temps son mérite , voulut
l'attirer de nouveau à Rome , et fit écrire
pour cela en France par le P. Vitelleschi,
qui étoit alors General de la Compagnie ;
mais Louis XIII . ne voulut pas souffrir
qu'on lui ravit un Homme qui faisoit tant
d'honneur à son Royaume , et qui pouvoit
lui rendre de grands services.
Sur la fin du mois de Décembre de l'an
1637. il fut choisi pour être Confesseur
du Roi à la place du P. Caussin. Il eut de
la peine à accepter un poste si délicat ;
quelques-uns même de ses amis , qui ne
songeoient qu'au tems qu'il leur alloit
dérober , jugeoient qu'il lui convenoit
moins qu'à un autre ; mais enfin obligé
I.Vol. de
- DECEMBR E. 1732 : 2623
,
de se soumettre au choix qui avoit été
fait de lui , il se conduisit à la Cour avec
tant de précautions et de prudence , qu'il
n'y donna jamais à personne le moindre
sujet de plainte . Renfermé dans les bornes
de son Ministere , il ne s'y mêla d'aucune
affaire temporelle , et témoigna un
désinteressement si parfait , qu'il n'avança
aucun de ses parens , et ne demanda
qu'un petit Benefice pour M. de la Lande,
son Neveu , auquel même il fut contesté.
Après la mort de Louis XIII . arrivée le
14 Mai 1643. il quitta la Cour , et reprit
ses occupations ordinaires avec la même
tranquillité , que s'il ne fut jamais sorti
de sa Retraite .
10
,
En 1645. il voulut bien , malgré son
grand âge , aller encore à Rome en qualité
de Député des Jésuites de France
pour y assister à l'élection d'un General
à la place du P. Vitelleschi , comme il
avoit fait trente ans auparavant , après
la mort du Pere Aquaviva , son prédécesseur
.
De retour en France , il donna encore
quelques Ouvrages au Public , et il se préparoit
à en mettre d'autres sous la presse ,
lorsqu'au retour d'une Assemblée tenue
à la Maison Professe , où il s'étoit un peu
I.Vol. Ev échauffé
2624 MERCURE DE FRANCE
échauffé, en soûtenant son avis, il fut attaqué
d'une maladie , qui peu de jours
après se trouva accompagnée d'un débordement
de bîle par tout le corps. Il en
mourut le 7. Octobre 1651. âgé de 92 .
ans.
» Il avoit sçu joindre une grande dé-
» licatesse d'esprit et un discernement
très-juste , avec une profonde érudi-
» tion. Il sçavoit en perfection le Grec , le
» Latin , les Auteurs Profanes , l'Histoi-
» re et, tout ce qui s'appelle Belles - Let-
» tres. Il avoit une connoissance fort
étendue de l'Antiquité Ecclesiastique ,
» et avoit étudié avec soin les Auteurs du
» moyen âge . Son stile est pur , concis et
» serré. Il affecte néanmoins trop , de se
servir de certains mots des Poëtes
» Comiques. Il méditoit beaucoup sur ce
» qu'il écrivoit , et avoit un art tout par-
» ticulier de le réduire en une Note qui
»comprenoit bien des choses en peu de
mots , sans être chargée de rien d'inu-
» tile ou d'étranger. Il est éxact , judi-
» cieux , simple , et cependant . n'omet
» rien de ce qui est nécessaire. Ses Disser-
» tations ont passé pour un modele sur
» lequel il seroit à souhaitter qu'on se
» format. Quand il traitoit une matiere
» il ne disoit jamais d'abord tout ce qu'il
I. Vol. sçaDECEMBRE.
1732. 2625
» sçavoit , et se réservoit toujours de nous.
» veaux argumens pour la réplique , com-
» me des troupes auxiliaires , pour venir
» au secours du corps de bataille . Il étoit
» désinteressé , équitable , moderé , sin-
» cere , modeste , laborieux , et cepen-
» dant familier , conversant agréablement
» avec ses amis , et appliqué à ses devoirs.
Il s'étoit attiré par son érudition et par
>> ses manieres , l'estime non seulement
» des Sçavans , mais encore de tous les
» honnêtes gens. Il a laissé après lui une
>> réputation qui durera pendant plusieurs
" siécles. C'est le jugement que M. Dupin
porte de cet Auteur.
»
Suit le Catalogue raisonné des Ouvrages
du P. Sirmond , qu'on ne sçauroit lire
sans admiration et sans profit . D'un côté ,
le fonds des matieres , et de l'autre l'arrangement
et les Remarques de l'Editeur
ont de quoi satisfaire les Lecteurs intelli .
gens . Nous sommes fâchez de ne pouvoir
rapporter ce Catalogue à cause de sa prolixité
. Il contient 55 Articles bien rem
plis. Les Antiquaires doivent s'interesser
aux Art. 43. 44. et 45.
REPONSE de M. Dulys , Docteur en
Médecine à B...à la Lettre de M. Dubois
ancien Prévôt et Garde des Maîtres Chi-
I.Vol.
E-vj、arur.
2626 MERCURE DE FRANCE
rurgiens de Paris , l'occasion des Mala
dies Chroniques , où on prouve d'une
maniere incontestable la Cure des Maladies
Veneriennes les plus inveterées , sans
distraire les Malades de leurs affaires ; et
celle des Tumeurs froides , sans l'usage
du fer et du feu. A Paris , au Palais
chez Paulus du Mesnil , 1732. brochure
in-12.
LES CENT NOUVELLES NOUVELLES de
Madame de Gomez . A Paris , chez la
veuve Guillaume , au bout de la ruë Dauphine
, du côté du Pont- Neuf, 1732. in- 12
'de 178 pages.
la
Les Ouvrages que l'Auteur a déja donnez
dans ce genre , réimprimez plusieurs
fois , assûrent un pareil succès à celui- ci ,
qui contient trois Nouvelles : sçavoir , le
Voleur amoureux , l'Amour plus fort que
Nature , et la Fausse Prude. Le Libraire
avertit qu'il donnera un pareil Volume
tous les mois , qui contiendra aussi trois
Nouvelles , et ainsi de suite jusqu'à ce que
le nombre de cent soit rempli. Ces Nouvelles
au reste sont bien écrites , et roulent
sur des matieres divertissantes , tendres
, galantes , comiques , &c.
APPLICATION DE L'ALGEBRE à la Géomé
1.Vol
trie
DECEMBRE. 1732 2627.
trie , ou Méthode de démontrer par l'Algébre
les Theoremes de Géométrie , et
d'en résoudre et construire tous les Problêmes.
On y a joint une introduction
qui contient les régles du calcul algébrique.
Par feu M. Guinée , de l'Académie
Royale des Sciences , Professeur Royal
de Mathématique , et ancien Ingenieur
ordinaire du Roi. Seconde Edition , revuë
, corrigée et considerablement augmentée
par l'Auteur. Chez Quillau , ruë
Galande , 1733.
TRAITE'DE L'ESPERANCE CHRETIENNE ,
contre l'esprit de pusillanimité et de défiance
, et contre la crainte excessive. A
Paris , chez Lotin , rue S. Jacques , 1732.
in-12 de 439. pag.
L'ART d'élever les jeunes Princes dès
le berceau , selon les principes de la Physique
, de la Morale , de la Politique et
de la Religion. Par M. de Vallange. A
Paris , chez Gandoüin , ruë Git - le- coeur
Prault , Quai de Gêvres ; Lamesle , ruë
de la vieille Bouclerie , et Mesnier au
Palais , 1732. broch. in - 12 . de 96 pag.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire d'Allemagne , de Suisse et
I- Vol, des
2628 MERCURE DE FRANCE
des Pays du Nord , année 1730. Tome
19 et 20. A Amsterdam , chez P. Humbert
, 1730. in- 12 de plus de 550 pages
sans les Tables.
Le deuxième article de ce Volume regarde
les Mémoires de la Societé Royale des
Sciences de Berlin . Troisiéme vol . in-4.
1727. avec fig.
Page 38. Il n'y a point de Ville en Allemagne
, ni guére ailleurs , où l'on puis
se faire plus d'Observations Anatomiques
que dans le Théatre de l'Académie de
Berlin. Chaque année on y disséque jusqu'à
soixante cadavres humains , sous la
démonstration de M. Buddéus , Docteur
en Médecine , Professeur en Anatomie
et Directeur de la Classe de Physique et
de Médecine .
ans ,
Pag. 39. Une femme âgée d'environ 20
étant devenuë furieuse , fut enfermée
dans une prison , où elle mourut l'an
1726 ; étant ouverte , on remarqua dans
le cerveau quelques singularitez qu'on
ne jugea pas avoir causé la manie , non
plus que celles de la poitrine : mais l'ouverture
du bas- ventre étonna . Outre que
les intestins pliés et entortillés , n'étoient
point dans leur place naturelle , l'ovaire
droit étoit aussi gros qu'un oeuf de poule
pesoit un once , et au-dedans étoit
1. Vol.
plein
DECEMBRE. 1732. 2619
plein d'une touffe de poils , long de deux
pouces , crépus vers le milieu , et environnés
d'une matiere semblable à du suif
mais séparée en petits grains. Ces poils ,
brulés à la chandelle, rendoient une mauvaise
odeur comme les autres poils , ou
les ongles.
Page 40. M. Trisch , fait part au Public
d'un secret qu'il a appris de M. de Hune-
Ken , Seigneur de Carpzow , et dont il a
lui- même vû les épreuves. Lorsque le
tronc des arbres a quelque chose qui choque
les yeux , ou fait soupçonner quelque
maladie , lorsque l'écorce d'un pomier
ou d'un poirier est trop raboteuse ;
lorsque la résine coule d'un cerisier , ou
qu'il s'y forme de gros boutons , &c. pour
les rendre plus beaux , et en même tems
plus fertiles , il faut leur ôter entierement
toute l'écorce , depuis l'espece de couronne
que forment les premieres branches
jusqu'à terre : ensorte que le bois blanc
de l'arbre soit égal et bien uni. Le tems
le plus propre est le Solstice d'Eté , ou
quand le suc de l'arbre coule plus abondamment
, et il est aisé de le rendre égal
par tout , avec une plume d'oye . Mais
autant qu'on le peut , il faut le deffendre
contre la trop grande ardeur des rayons
du Soleil , ou contre le sable que le vent
I. Vol.
Y
2630 MERCURE DE FRANCE
y peut pousser : soit en étendant des linges
, ou en plantant des roseaux , ou de
quelqu'autre maniere.
Page 46. Mémoire de M. Scheuchzer
Docteur en Médecine , et Professeur en
Mathématique à Zurich , &c. L'hyver le
plus doux qu'on eut vû en Suisse depuis
long- tems , fut suivi d'une Eclipse totale
du Soleil , qui arriva le 22 Mai au soir
1724. et d'une inondation furieuse qui
survint deux jours après , avec des Tonneres
extraordinaires. Pendant le fort de
l'Eclipse , on vit autour du Soleil un anneau
, ou une couronne lumineuse , deux
fois plus large et plus claire que celle
qu'on remarqua durant l'Eclipse totale de
l'an 1706. et que les Astronomes attribuerent
à l'Atmosphere de la Lune. M.
Scheuchzer étoit alors à Kusnac , où le
Soleil se coucha entierement éclipsé : mais
quand il fut sous l'horizon la clarté
revint , et les ténébres furent dissipées.
>
à L'inondation fit de grands ravages
l'Eglise et aux environs . Durant la tempête
, le Tonnerre brûla le drap d'un Tailleur
qui travailloit dans son poele , déchira
l'habit qui lui couvroit la poitrine ;
lui arracha un soulier et le blessa en plusieurs
endroits : les fenêtres furent détrui-
I. Vol.
tes
DECEMBR E. 1732. 263r
tes , sans que le plomb fut endommagé ;
ailleurs le plomb fut fondu , le verre demeurant
entier en d'autres , les seules
verges de fer furent fsappées : il y eut un
Poele , dont toutes les fenêtres furent jettées
sur le pavé , & c.
:
Page 48. Au mois d'Octobre mourut
un homme , qui un an auparavant avoit
perdu tout d'un coup les cheveux et la
barbe. Au bout d'un tems les cheveux
étoient revenus blancs , déliés comme de
la soye , et crépus comme la laine de
brebis : mais trois semaines avant sa mort ,
ils reprirent leur couleur naturelle. En ce
tems là vivoit un autre homme à qui la
moitié de la barbe devint blanche après
avoir été touchée par une femme , qui à
cause de cela fut cruë sorciere : mais appliquée
à la question , elle ne confessa
rien.
On trouve à la page 18 3. à l'article des
nouvelles de Schwabach , l'extrait d'une
Lettre de M. Baratier , au sujet des progrès
de son fils, cet Enfant précoce , dont
il a été parlé dans le 17. de cette Bibliotheque
, et dont nous avons aussi déja
parlé plusieurs fois nous mêmes . Voici
I'Extrait de cette Lettre .
Par la Grace de Dieu , la santé de mon
fils s'est bien fortifiée depuis deux ans ,
I. Vol. ct
2632 MERCURE DE FRANCE

et il continue à faire des progrès dans ses
Etudes , proportionnés à ceux qu'il a fait
ci - devant. Je n'entreprendrai pas de vous
en faire le récit , le tems ne me le permettant
pas. Je dirai seulement en gros
que sa principale étude jusqu'à présent , a
été la Langue Hébraïque , dans laquelle
il a fait de tels progrès , qu'on peut dire
qu'il l'a presque épuisée ; je veux dire
qu'il se trouvera trèss--peu de mots ou de
passages , si rares ou si obscurs et énigmatiques
qu'ils soyent , dont il ne puisse
rendre raison , dans tout le Canon Hebreu
ou Chaldaïque de l'Ecriture Sainte.
Il sçait par coeur en Hebreu tous les Pseaumes
, les Proverbes et le Livre de Job ,
outre le Recueil des Passages des autres
Livres de l'Ecriture - Sainte , tant Chaldaïques
qu'Hebreux , dans les Biblia parva
Henr. Optii. Il a écrit pour la seconde
fois un Dictionnaire Hebreu , où il a recüeilli
tous les mots , ou rares , ou difficiles
ou équivoques , qui se trouvent
dans l'Original de la Bible , où il allégue
en même-tems les Passages où ils se trouvent
, sur lesquels il exerce sa petite critique.
Il a copié le Livre dont je viens de
faire mention , en Hebreu , avec une Version
de sa façon des Biblia parva. La
Critique et la Philologie Sacrée ont fait
,
I. Vol.
penDECEMBRE
. 1732. 2633
1
pendant quelque-tems ses délices. Outre
la Synopse de Polus qu'il consulte souvent
, il a parcouru divers bons Auteurs
en ce genre d'Etude , tels que Buxtorfii
Synagoga , Hottingeri Thesaurus Phylologicus
, Carpzovii critica Sacra , Leusden
Glassius , Bochart , Lightfoot , &c. qu'il
n'a pas lûs à la verité tout entiers , surtout
ces trois derniers , mais dont il aa parcouru
les Ouvrages à ses heures de ré-
· création , en s'arrêtant aux endroits qui
lui plaisoient. Présentement il se divertit
à l'Histoire et à la Géographie , tant ancienne
que moderne : la lecture de la Geographie
de Bochart lui a fait naître le
goût de cette Science , que je lui laisse
cultiver tout seul , comme il pourra , sans
m'en mêler. Il est d'une avidité extrême
et d'une curiosité insatiable pour toutes
sortes de Langues et de Sciences . Les idées
qu'il en puise dans les diverses lectures
qu'il fait , irritent de telle sorte sa curiosité
, qu'il voudroit tout d'un coup embrasser
l'Encyclopedie des Sciences . Mais
comme cela le distrait trop des Etudes
qui conviennent à son âge , et l'occuperoit
trop prématurement , je suis obligé
de reprimer cette avidité , et de lui défendre
sous peine des verges , de lire aucun
Livre sans ma permission . Châtiment
I. Vol. qu'il
2634 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'a pourtant encore jamais éprouvé ,
depuis cette fois , dont j'ai fait mention
dans mon Traité. Il possede de telle sorte
les Racines Hebraïques , ou Chaldaïques
, de l'Ecriture Sainte , qu'il peut dire
ce que telle Racine signifie , en Arabe ,
en Ethiopien , en Syriaque , ou faire l'application
de ces diverses significations
dans les passages où ces mots se rencontrent
, pour leur donner diverses interprétations
, ou pour juger des differentes
Versions ; en quoi il fait paroître un jugement
et une étudition qui le feroient
souffrir dans une Conference , ou dans
une conversation de Sçavans avec lesquels
aussi il prend beaucoup de plaisir
de converser.
Page 186. M. J. Seb . Stedler , Professeur
de Mathématique , &c. a observé
sur le grand hyver qu'il y a eu à la fin
de 1728. et au commencement de 1729 .
que près des maisons , et même dans des
endroits sabloneux , la terre a été gelée
jusqu'à quinze pouces de profondeur , et
que le froid a été de trois degrez plus
violent qu'en 1709.
ALMANACH ASTRONOMIQUE , Géographique,
Historique, Moral, General , Particulier;
et qui plus est ) veritable, pour l'an-
I. Vol.
née
DECEMBRE. 1732. 2635
1733. dans lequel on trouvera des prédictions
infaillibles pour chaque Saison
et pour chaque mois, Ouvrage curieux et
solide , malgré son titre , avec r2 Couplets
de Centuries chantantes de Me Michel
Nostradamus. Par M. Constantin
Pleurlurault.
Dic quibus in terriş et eris mihi magnus Apollo .
Tres pateat cali spatium non amplius ulnas.
A Paris , chez Antoine de Heuqueville ;
rue Gist-le - coeur , et Louis de Heuqueville ,
Quai des Augustins 1733 .
-
Le Calendrier Ceremonial , pour l'an
de Grace 1733. où l'on trouvera jour
par jour les singularitez qui arrivent annuellement
à Paris , ou aux environs , se
vend à Paris chez Antoine de Huqueville ,
pere , rue Gist- le-Coeur , à la Paix ; et chez
Louis- Antoine de Huqueville fils , Quai
des Augustins , au dessus de la ruë Pavée
, à la Bonne- Foi .
On vend avec succès chez Gissey , ruë
de la vieille Bouclerie , au bas du Pont
S. Michel , la nouvelle édition du Calendrier
Chronologique et Historique , & c. pour
l'année prochaine 1733. dédié comme
1. Vol.
les
2636 MERCURE DE FRANCE
les, huit années précedentes à M. le Duc
d'Orleans.
Ce petit Journal merite quelque prés
ference par l'exactitude de la Chronologie
, l'ordre et la méthode qu'il renferme,
Pimportance et l'étendue des sujets qu'il
traite , et l'agréable varieté qui y régne.
On y trouve sur l'Histoire une nouvel
le suite de chaque année , et un Journal
particulier pour 1732. Les Epoques les
plus nécessaires à sçavoir pour établir
dans la mémoire de la Jeunesse l'ordre
successif des Tems et des faits , et pour
remettre sur la voye ceux qui ont beaucoup
lû. D'ailleurs la disposition et l'arrangement
des Naissances , accompagnées
d'Epoques et de Remarques curieuses
concourent encore à la même utilité , et
le mêlange toujours nouveau des autres .
matieres sérieuses et badines , forme un
Recueil utile et convenable à toutes sortes
de personnes , indépendamment de
P'usage general du Calendrier qui est au
commencement.
Ceux qui jusqu'à présent ont bien voulu
concourir de leurs mémoires et instructions
annuelles pour l'ornement de
cet Ouvrage sont priés de les continuer à
l'adresse ordinaire de l'Imprimeur.
I. Vol. l'Ab
DECEMBRE. 1732. 2637
·
L'Abbé Pithon Ciort, qui travaille depuis
long tents à un Nobiliaire du Comté Venaissin,
de laVille d'Avignon et de la Principauté
d'Orange , avertit les Maisons et
Familles interessées , que l'Ouvrage est
fort avancé. Ceux qui voudront lui fournir
des preuves , sont pricz de les lui envoyer
en bonne forme et port franc à
l'adresse du sieur Bonvalet ; Marchand
Epicier , rue du Bacq , Faubourg S. Ger
main ,à Paris. L'Ouvrage sera des plus accomplis
en ce genre.
1
Ouverture du College Royal .
,
Es Professeurs du College Royal de France
fondé à Paris par le Roi FRANÇOIS 1. le
Pere et le Restaurateur des Lettres , reprirent
leurs Exercices et commencerent leur année Académique
le Lundi 17 Novembre . Voici les noms
des Sçavans qui remplissent actuellement les
Chaires de ce fameux College sous l'inspection
de M. Antoine Lancelot , de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles-Lettres , Censeur Royal
des Livres.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henri.
Pour la Langue Grecque
Mrs Capperonier , et N...
1. Vol
Pour
338 MERCURE DE FRANCE
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier et de Lisle.
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin et N....
Pour la Médecine , la Chirurgie , la Phar
macie , et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc , et Dubois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire , Interpréte ordi
aire du Roi , et Fourmont.
Pour le Droit Canon .
Mrs Capon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont.
I. Vo
PRIX
DECEMBRE. 1732. 2639
PRIX de la Societé des Arts .
On Altesse Serenissime Monseigneur LE COM
SonAl CLERMONT , Protecteur de la SocrEr
DES ARTS , ayant bien voulu accorder des fonds
à cette Compagnie pour qu'elle distribue deux
Prix tous les ans , chaque Prix sera une Médaille
d'or de 30c. liv . et toutes personnes , excepté les
Associez qui doivent être Juges , pourront aspirer
à ces Prix. Les deux prémiers se distribueront
à l'Assemblée publique d'après la S. Martin de
l'année 1733 .
Comme la Societé se fait une loi de ne choisir
pour les sujets des Prix que des questions qui
ayent rapport aux Arts , et que la solution des
problêmes de cette nature dépend souvent moins
de la simple théorie , que d'une longue suite d'experiences
, elle proposera chaque année un plus
grand nombre de questions qu'elle n'aura de Prix
donner l'année suivante ; par ce moyen plus
d'Auteurs seront excitez à travailler : ceux qui
s'attacheront aux matieres , sur lesquelles il n'appartient
qu'à l'experience de donner des décisions,
auront tout le temps nécessaire pour la consulter;
et la Societé recevra des éclaircissemens dont elle
seroit privée, si elle exigeoit qu'on les lui donnât
dans un terme prescrit. Elle propose donc cette
année cinq Sujets , et elle en proposera chacune
des années suivantes autant de nouveaux qu'elle
aura distribué de Prix dans l'année.
Sur la Charruë.
Il n'est pas douteux que les diverses qualitez
des terres , la differente disposition de leurs plans,
er les diverses especes d'animaux qu'on est obligé
I. Vol, F d'eme
2640 MERCURE
DE FRANCE
d'employer pour le labourage , n'exigent des dif
ferences dans la forme , les proportions , et le
nombre des pieces dont les Charrues sont composées.
Cependant les Ouvriers qui les construisent
, suivent plutôt une pratique aveugle qu'aucun
principe certain et les Laboureurs rencontrent
par là plusieurs difficultez , qui peut- être
seroient aisées à vaincre , si les uns et les autres
connoissoient mieux les raisons de suivre diffcrens
usages selon les lieux differens . On demande
quelle est la meilleure construction de Charrue
tant par rapport aux diverses qualitez des terres
que par rapport à la differente disposition de leurs
lans.
Sur le Moulin.
J
Plusieurs personnes habiles se sont appliquées
avec succès à perfectionner cette Machine. Le
Moulin à vent semble même être porté à sa plus
grande perfection . Il n'en est pas ainsi des Moulins
à eau , on peut les rendre plus parfaits qu'ils
ne sont , à plusieurs égards , sur - tout en déterminant
plus précisément de quelle maniere ils
doivent être construits ; une certaine quantité.
d'eau soutenue à telle hauteur qu'on voudia supposer
étant donnée , la Societé desireroit qu'on
ajoûtât à une Machine si utile quelque nouvelle
perfection , et elle exhorte les personnes qui travailleront
sur cette matiere à chercher principalement
les moyens de tirer des differens cours
d'eau le meilleur parti qu'il est possible.
Sur les Semences.
Les Livres d'Agriculture sont remplis de d
verses recettes de préparations destinées à féconder
les Semences , et souvent en rejettant trop
lé.
>
I. Vol.
germent
DECEMBRE. 1732. 2647
gerement tout ce qui porte l'air de secret , il peut
arriver qu'on se prive de quelque pratique utile .
L'un des Prix est réservé àl'Auteur du Mémoire,
dans lequel ces differentes préparations employées
pour féconder les Semences , seront discutées de
la maniere la plus satisfaisante.
Sur le Mercure.
Tous les Artisans qui employent du vif- argen
dans leurs ouvrages , éprouvent ordinairement des
coliques violentes , des tremblemens , des paraly- .
sies , et d'autres maladies, Les Doreurs en or
moulu , ou amalgamé avec le Mercure sont particulierement
exposez à ces accidens . On propose
un Prix à l'Auteur du Mémoire , qui contiendra
quelque nouveau moyen de les prévenir ou de les
diminuer , soit par la préparation du vif- argent,
soit par la maniere de l'employer , ou par quel, "
que préservatif.
Sur le Ressort du Balancier des Montres.
C'est un accident ordinaire aux Métaux que
de se dilater dans la chaleur , et de se contracter
dans le froid . Par cette raison le Ressort que l'on
met au Balancier des Montres , et qui doit concourir
à la justesse , y devient nuisible. La Societé
demande si l'on ne pourroit pas , soit par le
choix de la matiere , soit par la maniere de la
travailler , soit enfin par la forme donnée au
Ressort , ou par quelques autres moyens rendre
ces Ressorts moins susceptibles des impressions.
de l'air , ou du moins rendre les variations de cer
Ressort moins contraires à la régularité des
Montres.
Quoique la Societé destine principalement ses,
Prix aux Auteurs qui travailleront sur les Sujets
I. Vol. Fij qu'elle
2642 MERCURE DE FRANCE
qu'elle aura proposez , cependant lorsqu'on lui
présentera quelques ouvrages qui seront sur d'autres
matieres , mais qui contiendront quelques
découvertes d'une utilité considerable pour les
Arts , les Auteurs de ces Ouvrages pourront prétendre
aux Prix : elle ne donnera la préference
aux Memoires sur les questions proposées que
dans le cas où les autres ne leur seroient supe
rieurs à nul égard.
Lorsque le nombre des Ouvrages dignes des
Prix , excedera celui des Prix , les deux Médailles
de l'année , seront données aux deux Auteurs qui
auront le mieux réussi , ou si tous ont réussi
également , à ceux qui auront choisi les sujets
dont l'utilité sera le plus generalement reconnue.
Les autres concourront de nouveau l'année suivante.
Si quelque Auteur ayant choisi un Sujet est
prévenu par un autre , et qu'on adjuge le Prix
au second avant que le premier ait envoyé son
Memoire , celui- cy ne perdra point l'espoir d'obtenir
un Prix , pourvû qu'il propose des vûës
nouvelles et superieures à celles que l'autre aura
données.
Les personnes qui voudront concourir pour
le Prix la Societé doit donner dans son As- que
semblée publique d'après la S. Martin de l'année
1733. seront tenues d'envoyer leurs Ouvrages
dans le cours du mois de Juin , les Etrangers ,
même ceux qui sont Membres de la Compagnie,
ayant droit aux Prix : on avertit les Sçavans qui
voudront travailler , d'écrire ou de faire traduire
en François ou en Latin , les Memoires qu'ils
envoyeront.
Une des conditions pour que les Ouvrages con
c'est que les Auteurs ne se fassent pas
Courent ,
I. Vols
connoître
DECEMBRE. 1732: 2643
connoître avant que le Prix soit adjugé ; on recommande
à chacun d'eux de mettre à la fin de
son Memoire une maxime ou quelque passage
d'un Ecrivain. Ceux qui seront à Paris , ou qui
auront dans cette Ville quelqu'un de confiance ,
pourront envoyer leurs Ouvrages à la Societé,
tous les jours qu'elle s'assemble. Elle tient ses
Séances chez S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT
, au Palais du petit Luxembourg , le Di- ,
manche et le Jeudi de chaque Semaine , depuis
quatre heures du soir jusqu'à six . Le Secretaire
marquera sur les Registres de la Compagnie la
date de la reception de chaque Memoire , la maxime
jointe au Memoire et les mots par lesquels
il commencera ; et l'on délivrera au Porteur un
Extrait des Registres . Ceux qui ne seront pas
à portée de se servir de la voye que nous venons
d'indiquer , pourront prendre celle de la Poste .
M. LE COMTE DE CLERMONT permet qu'on
adresse en son Palais , à Paris , tous les Paquets
destinez à la Societé. Les Paquets envoyez de la
sorte doivent avoir pour suscription : A Messieurs
de la Société des Arts , au petit Luxembourg ,
à Paris.
Aussi - tôt qu'un Prix sera adjugé , la Societé
avertira le Public dans les differens Journaux de
France et dans les Gazettes , qu'un Memoire ,
commençant par tels mots , portant telle maxime,
et ayant telle matiere pour sujet, a remporté
l'un des Prix . L'Auteur alors fera ses diligences
pour se faire connoître , et dans l'Assemblée destinée
pour donner le Prix qu'il aura obtenu , il
recevra la Médaille , ou la fera recevoir par quelqu'un
chargé de sa Procuration ; dans la même
Assemblée on lira le Memoire , et la Societé le
fera imprimer dans ses Recueils ; elle compte
S. I. Vol. Fi même
2644 MERCURE DE FRANCE
même d'y faire imprimer les Ouvrages , qui n'é
tant pas jugez dignes des Prix , paroîtront cependant
meriter de voir le jour.
On apprend de Rome , que le Lord Raidelif,
Gentilhomme Anglois , Catholique , qui y étoit
depuis quelque temps , y étoit mort ; il a fait un
Testament , dont le Cardinal Gentile est Execu→
teur, par lequel il laisse au Chevalier de S.George
une belle collection de Médailles d'or.
On écrit de Londres, que le 13. Novembre , le
Docteur Clifton eut l'honneur de presenter au
Roy et à la Reine , son nouveau Traité de la
Medecine des Anciens et des Modernes.
On mande de Kings- Weston , dans le Comté
de Somerset , qui appartient à M. Southwel ,
Secretaire d'Etat pour l'Irlande , que des Ouvriers
travaillant à applanir une Montagne voisine .
y avoient trouvé plusieurs Corps humains embaumez
, avec des Inscriptions sur cuivre , par
lesquelles il paroît que ces Corps y étoient inhumez
depuis près de 2000. ans.
On a appris par des Lettres écrites à bord du
Vaisseau de guerre le Tigre , le 14. Octobre der
nier, que les Experiences faites par M. Woodyer,
avec les Instrumens qu'il a inventez pour la connoissance
exacte des Longitudes , avoient parfaitement
réussi , et que les Officiers de Marine
qu'on avoit embarquez avec lui , pour être té
moins de ses opérations , étoient prêts à lui don
mer des Certificats favorables.
Il paroît depuis peu deux Estampes nouvelle-
L. Vol. lement
DECEMBRE: 1732. 2645
lement gravées par le sieur Desplaces , d'après
Carle Maratte , du Cabinet du Prince de Monaco,
Duc de Valentinois , dont l'une répresente Diane
et Acteon et l'autre Diane au Bain ; eiles se
vendent chez Desplaces , ruë de la Jussienne.

a
M. Petit , ancien Chirurgien Major des Gardes
du Corps du Roy , Compagnie de Charost ,
trouvé , dit - il , le moyen de guérir toutes sor
tes de Maladies Veneriennes si inveterées
qu'elles puissent être , par un Remede qui opere
par la transpiration pendant deux ou trois heures
tous les matins , sans que le Malade se trouve
affoibli ; au contraire , les forces augmentent sansqu'on
soit obligé de garder la Chambre ni d'ob
server un régime exact . Il donne avis à ceux qui
se croiront attaquez de cette maladie, qu'ils n'ont
qu'à lui écrire et bien détailler leur état , si pour
lors il juge à propos qu'on prenne son Remede, il
l'envoyera dans une Lettre par la Poste , avec un
Memoire bien instructif de la façon de le prendre
, ce qui est très - aisé . Sa demeure est toujours
rue des Saints Peres , à l'Hotel de Brissac , à Paris.
Cantates Françoises à voix seule et symphonie,
dédiées au Duc de Luxembourg , Pair de France
et Gouverneur de Normandie ; composées par
M. Gervais , de Rouen , Livre second. Elles se
vendent chez le Clerc , rue du Roule , à la Croix
d'Or , et Chez Boivin , rue S. Honoré , à la Regle
d'Or. Le prix est de six livres .
On vend aux mêmes adresses , une Cantate séparée
, du même Auteur , intitulée , Ragotin , on
Ia Serenade Burlesque. Le prix est de deux livres .
Le sieur Baradelle , Ingénieur pour les Instru-
1. Vol.
Fij meas
2646 MERCURE DE FRANCE
mens de Mathématique , donne avis au Public ,
qu'il a construit un Calendrier sur les faces d'un
Porte-Crayon à Compas , long de 4. pouces , qui
marque cinquante années , ce Calendrier a huit
faces. Sur la premiere , l'on voit les années et les
mois pour les jours de la semaine, et la seconde ,
marque les jours du mois et de la semaine , indiquant
les jours de la semaine sur lesquels tombent
le premier et les autres jours du mois qui
répondent à ceux de la semaine.
La troisiéme , marque les années et les mois
pour la Lune.
La quatrième , donne les momens de la nouvelle
et de la pleine Lune , et du premier et du
dernier quartier , pour chaque mois ; on y trou
ve aussi l'âge de la Lune , à tel moment qu'on
voudra.
La cinquième face marque les années pour les
Fêtes mobiles et celle de la sixième , marque les
mois des Fêtes mobiles ; elle sert à trouver les
jours où arrivent les Fétes mobiles.
La septième , marque l'Epacte pour toutes les
années qui sont nottées . Enfin , dans la huitiéme ,
on trouve les pouces et les lignes ; on peut les
mettre sur les Equerres que Pon place ordinairement
dans les Etuys de Mathématiques , ou sur
des lames d'argent ou de cuivre.
Il fait de ces Calendriers sur des Porte- Crayons
d'or et sur des Porte Crayons d'argent ou de
métail , il vend aussi toutes sortes d'Instrumens
de Mathématique . Sa demeure est toujours sur le
Quay de l'Horloge du Palais , vis- à- vis les grands
degrez de la Riviere , à l'Enseigne de l'Observatoire.
1. Vol. AIR
DE
VILLE
BIBLIO
HEQUE
LYON
*
1883
Eloi
int
114
est to
s, vis-à-vis ondon.
Enseigne del'Obst
AIR
DECEMBRE . 1732.
2647
AIR BACHIQUE.
LE Champenois , le
Bourguignon ,
>
Font part de leur bon vin à maint autre Canton :
Si Bacchus en plantoit de parcil en Bretagne
On y connoîtroit mieux la valeur de ce don ;
Et loin d'en envoyer en Bourgogne , en Champagne
,
Tout couleroit par le gozier Breton ,
Même la lie et le bondon .
Les paroles sont de Me Malcrais de
la Vigne
.
BRUNETTE .
Pour l'adorable Celimene ,
Je brûle d'un feu si charmant ,
Que je ne puis un seul moment ,
M'en éloigner sans quelque peine :
Je l'aime tant , tant , tant , tant , tant
Que mon coeur n'est jamais content.
Elle étale aux yeux tant de charmes ,
Qu'Amour en seroit amoureux
Auprès d'elle l'on est heureux ,"
I. Vol. Fv Sans
2648 MERCURE DE FRANCE
Sans gémir ni verser de larmes :
Je l'aime tant , &c.

Quand dans le chemin de Cythere ,
Nous nous regardons tendrement
Elle me dit d'un ton charmant ,
Out , les Dieux t'ont fait pour me plaire ,
Je t'aime tant , & c.
Ne ralentis jamais ta flame ,
Brule toûjours des mêmes feux
Cher Amant , pour combler mes voeux ,
Répons aux transports de mon aine ;
Je t'aime tant , tant , tant , tant , tant ,
Que mon coeur n'est jamais content.
Par M. Affichard.
SPECTACLE S.
A derniere Comédie que les Comédiens
François joüerent à Fontainebleau
, fat celle des Abderites , dont l'execution
fut parfaite , ainsi que celle du
Balet , dans lequel les meilleurs Sujets
de l'Opera danserent. Vous avons parlé
3
1. Vol. de
DECEMBRE . 1732. 2649
de cette Piece en un Acte , dans le Mercure
de Juillet , page 1652. au sujet d'une
Représentation qui en fut donnée au
Palais de Bourbon.
Les mêmes Comédiens remirent au
Theatre sur la fin du mois dernier , la
Comédie de l'Important , de l'Abbé Bruys,
dont le sieur Quinault joue le principal
Rôle dans la grande perfection , et la
petite Dlle Dufresne , âgée de 5. à 6. ans ,
y joue un Rôle avec des graces , une
vivacité et une intelligence fort au- dessus
de son âge.
Nous parlerons dans le second Volume
du Mercure de ce mois , d'une nouvelle
Piece qu'on repete actuellement sur ce
Théatre , sous le titre du Complaisant.
La Tragédie de Cassius et Victorinus
n'ayant été représentée au Théatre françois
qu'une au deux fois tout au plus par
semaine , il ne nous a pas été possible de
retenir la disposition du Poëme , scene par
scene, c'est pourquoi nous n'en donnerons
pas un Extrait bien précis ; le nom de M
de la Grange doit suffire au Lecteur , pour
lui persuader que rien n'y a manqué du
côté de ce qu'on appelle Théatral ; nous
n'avons guere d'Auteurs qui s'y connoissent
mieux que M. de la Grange. Il a pris
I. Vol
son
F vj
2650 MERCURE DE FRANCE
son sujet , selon toutes les apparences, dans
Gregoire de Tours ; voici ce que cet Historien
en dit : C'est dans ce lieu , c'est -à - dire
à Clermont en Auvergne , que Cassius
et Victorinus , unis en Jesus - Christ par un
amour vraimentfraternel , ont gagné le Royaume
des Cieux auprix de leur sang car l'Antiquité
rapporte que Victorinus fut esclave
d'un Grand - Prêtre des faux Dieux , &
qu'ayant souvent exercé ses persécutions dans
un bourg qu'on appelloit communément le
bourg des Chrétiens , il en trouva un qui
s'appelloit Cassius , qui l'amena à la foi
de Jesus Christ par ses prédications et par ses
miracles ; il en fut si touché que renonçant
au culte des Idoles , et consacré par le baptême
il se donna tout entier à l'exercice de
toutes les vertus chrétiennes . Peu de tems après
ayant été tous deux associez à la palme du
Martyre , ils monterent ensemble au Royaume
des Cieux.
&
2
·
M. Baillet ne dit rien là- dessus qui ne
s'accorde parfaitement à ce que nous venons
de dire ; voici ses paroles : S. Cassi
et S. Victorin honorez à Clermont en Auvergne
le 15 de Mai , avec 6266. Martyrs tuez
par
des barbares idolâtres , venus d'au - delà
du Rhin . S. Prix , Evêque de Clermont au
VII. siécle aroit composé leurs. Actes , qui
sontperdus. Victorin servoit un Prêtre idoİ.
Vol. Tatre a
DECEMBRE . 1732. * 2651
latre ; mais par la fréquentation qu'il avoit
avec Cassi , il se convertit et fut martyrisé.
et celui de S. Cassi se gardoient
encore à Clermont au dixiéme siécie. Son
corps
Voilà tout ce que l'Histoire Ecclésiastique
a fourni à l'Auteur de la Tragédie en
question ; ce qu'on appelle la Fable étoit
en bonnes mains. M. de la Grange a ennobli
les personnages dont il avoit besoin ;
Victorinus , de simple serviteur ou esclave
d'un Grand Prêtre , cft devenu Grand - Prê
tre lui - même , et Cassius à qui Gregoire de
Tours ne donne aucune qualité, que celle de
Prédicateur de l'Evangile, est tiré de l'obscurité
ou peut être le Ciel l'avoit fait naî
tre , pour se voir Pere d'un Empereur
sans avoir été Empereur lui-même ; ce
Claudius que M. de la Grange lui donne
pour fils ne peut être que celui qu'on
appelle Claude le Gothique ; pour Victorinus
, il ne suffisoit pas pour accommoder
l'action théatrale aux moeurs du tems ,
d'en avoir fait un Grand - Prêtre , il falloit
lui donner une fille digne de la recherche
d'un Empereur ; cette fille s'appelle Justine
, et c'est elle qui donne lieu au peu
d'amour qui regne dans cette Tragédie ;
on auroit même fouhaité qu'il n'y en cut
point eu du tout.
Le premier Acte est employé presque
I. Vol. tout
2652 MERCURE DE FRANCE
>
tout entier à en exposer le sujet. Justine,
fille de Victorinus Grand- Prêtre des
faux Dieux , ouvre la scene avec sa confidente
, laquelle la félicite sur la nouvel→
le dignité de Claudius son Amant que
l'armée vient d'elever à l'Empire. La joie
de Justine est balancée par la crainte de
F'avenir , la clémence que Victorinus son
Pere exerce envers les Chrétiens la fait
trembler pour lui ; elle sçait que Claudius
est porté à les persecuter par un motif
qu'on apprend dans la suite de la Piece ;
son Pere , loin de calmer ses allarmes ,
les redouble ; cependant il lui commande
d'accepter la main qui la doit élever à
l'Empire ; quand même elle seroit teinte
du sang de celui qui lui a donné la vie .
Victorinus s'ouvre avec plus de liberté à
son confident : il lui dit qu'aussi -tôt qu'il
a appris la prochaine arrivée de l'Empereur
, il a mis Gelas en lieu de seureté ;
ce Gelas qui passe pour son esclave , est
un Chrétien qui par un effet miraculeux
a sauvé sa fille Justine d'un monstre auquel
elle étoit dévouée par les Oracles
des Dieux . Son confident tâche de le rassurer
en lui représentant que l'amour de
' Empereur pour sa fille , l'empêchera
bien de donner la mort à unChrétien qui
a sauvé sa Maîtresse.
I. Vol.
L'arrivée
DECEMBRE. 1732. 2653
3.
L'arrivée deClaudius redouble la frayeur
de Victorinus ; ce Prince lui apprend
qu'en approchant de ce lieu , que l'Auteur
n'a pas designé aux spectateurs , il est entré
dans des souterrains où des Chrétiens
célebroient leurs mysteres ; que ces victi
mes se sont jertées en foule au devant du
fer qui les attendoit ; qu'un seul de cette
troupe attendoit la mort sans la chercher,.
qu il n'a pû soutenir l'aspect de ce vénerable
vieillard , sans un saisissement qui
Pa rendu immobile; qu'il a ordonné qu'on
l'épargnar's il se flatte que ce Chrétien
touch de sa clémence , pourra lui apprendre
quels ont été les meurtriers de son
Pere , qui ayant disparu depuis quelques
années, sans qu'on en ait jamais oui parler,
avoit donné lieu de soupçonner que les
Chrétiens dont il étoit alors le plus ardent
persécuteur , l'avoient assassiné. Le
portrait que Claudius fait de ce vieillard,
le lieu , et toutes les autres circonstances
ne laissent point douter Victorinus que
ce ne soit Gelas ; il demande grace pour
lui à l'Empereur , et pour le mieux exciter
à la clémence , il lui dit que ce Chrétien
a sauvé Justine d'une mort certaine ;
Claudius attribue le respect et les sentimens
de tendresse qu'il a conçus à l'asde
ce Chrétien à une espece de prespect
>
I. Vola sentiment
2654 MERCURE DE FRANCE
sentiment qui lui a annoncé au fond du
coeur l'obligation qu'il lui avoit.
Le vieillard eft bientôt présenté à Claudius
qui ne peut le revoir sans trouble ;
on verra dans peu que c'est un nouveau
pressentiment que la nature ajoute à celui
de la reconnoissance , et que ce premier
partoit de la même source. Gelas résiste
avec fermeté à la priere que Claudius lui
fait de renoncer au Christianisme , ou du
moins de le feindre , pour se dérober à la
fureur du peuple , des Prêtres et même de
l'armée. Claudius ajoute à cette priere le
motif qui le porte lui - même plus particu
liérement à persécuter ceux qu'il croit
avoir été les meurtriers de son Pere Cassius
. Gelas après lui avoir dit que les Chrétiens
sont incapables de pareils forfaits ,
lui annonce que son pere est encore vivant
, qu'il est plus près de lui qu'il ne
pense , mais qu'il ne le connoîtra qu'après
qu'il lui aura fait donner la mort à luimême
, par qui il apprend qu'il est encore
en vie. Cette espece d'Oracle prononcé
par une bouche si respectée , met Claudius
dans une très - cruclle situation ; il ne
sçait à quoi se résoudre , et charge Victorinus
,qui arrive , d'arracher le malheureux
à la mort .
Cette Scene entre Gelas et Victorinus
I. Vol.
DECEMBRE.
1732. 2655
'est une des plus interessantes de la Tragédie
, et c'est pourtant celle qui a donné
plus de prise à la Critique ; nous allons
en exposer le fond pour mettre nos Lecteurs
en état d'en juger. Dans la Scene
précédente les Spectateurs viennent d'apprendre
que Cassius n'est pas mort , mais
ils ne s'attendent pas à le revoir revivre
en la personne de Gelas même ; ce
même Gelas , qui ne s'est pas découvert
à son propre fils , se fait connoître à Victorinus
pour ce même Cassius que Claudius
croit avoir été assassiné par les Chrétiens
, et qu'il vange par tout ce que sa
fureur lui peut inspirer de plus cruel
contre ces innocentes victimes. Ce Cassius
avoit été , comme nous l'avons déja dit
un des plus implacables persecuteurs des
Chrétiens ; il raconte à Victorinus comment
il a été converti à la Foy ; cette
description est très- belle , l'Auteur n'a
pas crû en pouvoir choisir un modele
plus frappant que dans les Actes des
Apôtres , et les Spectateurs lui ont sçû
bon gré de l'avoir puisée dans une sour
ce si capable d'inspirer une sainte terreur.
Mais comme ce qui nous saisit le plus
dans un Ouvrage , nous paroît le plus
digne de nos reflexions , on examine cette
Scene avec plus de séverité que toutes
I. Vol. les
2656 MERCURE DE FRANCE
les autres ; on ne souffre qu'avec beau,
coup de peine qu'un pere , dont le fils est
prêt à devenir le parricide , ne se fasse
pas connoître à lui ; on pese le silence
avec le mo if, et le motif n'est pas toutà-
fait satisfaisant. Le faux Gelas dit à
Victorinus qu'il a fait serment de ne se
faire connoître à P rsonne pour Cassius :
pourquoi , done,dit-on , découvre - t'il son
nom et sa condition à Victorinus ? Son
serment est -il moins violé et ne seroitil
pas plus raisonnable qu'il eût juré de
ne se faire jamais connoître à son fils , de
peur que la tendresse paternelle ne le
trahît jusqu'au point de retomber dans
ses erreurs par une foiblesse dont il craindroit
de ne pouvoir triompher ? ce motif
auroit quelque lueur de vrai - semblan- ·
ce , et contribueroit un peu à faire excuser
l'indiscretion du serment. Ce serment
, ajoûte- t'on , seroit toûjours trèscondamnable
, puisqu'il seroit fait contre
son propre fils , qui , par le silence de
son pere , perd la grace de la conversion
et par l'erreur dont ce même pere devient
complice , est visiblement exposé à
devenir parricide : un pere , dit- on , est
obligé parmi les Chrétiens , à élever son
fils dans la seule Religion où il peut se
sauver , et celui - cy laisse le sien dans le
1. Vol.
Paganisme
DECEMBRE . 1732. 2657
Paganisme qui doit le perdre à jamais .
Voilà les plus fortes Critiques qu'on a
faites sur cette Tragédie ; achevons d'instruire
le Lecteur de ce qui lui reste encore
à sçavoir. Victorinus après quelques
objections très-sensées qu'il a faites à Cassius
, lui promet le secret qu'il lui demande
, d'autant plus qu'il s'y est déja
engagé par serment avant que de rien
apprend e. L'Auteur a même pris soin
de le faire jurer , non- seulement par
les
Dieux des Payens , mais par le Dieu que
Cassius adore , et qu'il brule d'impatience
de connoître pour l'adorer à son tour.
Les Prêtres qui lui sont subordonnez sont
bien loin d'une si heureuse disposition
le fanatisme s'empare de leurs coeurs , jusqu'à
refuser l'entrée de leur Temple à
leur Empereur , s'il ne leur livre le faux
Gelas ; le Peuple et l'Armée suivent un
exemple si pernicieux ; la désobeïssance
et la félonie regnent par tout ; Victorinus
déja à demi Chrétien , pour réprimer
cette insolence , tire une épée que Gelas
ayoit mis entre ses mains , comme un
gage assuré de la victoire ; le saint enchantement
, s'il nous est permis de nous
expliquer ainsi , se trouve en deffaut
on lui arrache cette épée dont l'Auteur
a besoin pour un nouvel incident théa
I. Vol. tral
2658 MERCURE DE FRANCE
tral ; cette fatale épée est reconnuë pour
être la même dont Cassius étoit autrefois
armé. Claudius est confirmé par là dans
la croyance où il a ttooûûjjoouurrss ééttéé , que ce
sont les Chrétiens qui ont assassiné son
pere ; il accuse Victorinus d'avoir part à
ce meurtre, et ordonne qu'on l'aille chercher
pour le punir de sa perfidie ; le faux
Gelas dit à Claudius que Victorinus est
innocent de ce meurtre, et lui déclare que
c'est lui-même qui a donné cette épée à
son ami ; Claudius irrité lui demande de
qui il la tenoit lui-même ; le faux Gelas lui
dit
que c'est un secret qu'il ne sçauroit
Jui réveler. Claudius ne doutant plus.
que ce ne soit lui -même qui a tué son
pere , ordonne qu'on le mene à la mort ;
le faux Gelas reçoit cet Arrêt comme une
grace , et lui promet en reconnoissance
qu'il va bien-tôt reconnoître son pere ;
on emmene la victime ; Justine , dont
nous avons très- peu parlé , parce qu'elle'
est très - peu nécessaire à la Piece , vient
protester à Claudius qu'il n'y a plus d'amour
ni d'hymen pour eux , si Victorinus
son pere , et Gelas , son libérateur , périssent.
Claudius ne peut tenir contre cette
menace ; il ordonne qu'on aille révoquer
les ordres sanglans qu'il a donnez ; Justine
y va elle-même , mais c'en est déja
I. Vol. fait ;
DECEMBRE.
1732. 2659
fait. Victorinus ayant rencontré Cassius
qu'on menoit au supplice , a voulu être le
compagnon de son martyre , sur l'assurance
que Cassius lui a donnée que son
sang versé lui tiendroit lieu de Baptême .
Il s'est déclaré Chrétien , et a été soudain
accablé d'une grêle de fleches .
Cassius a eu le même sort ; mais le Ciela
permis qu'il lui reste encore assez de
vie pour venir se faire reconnoître à son
pere , et pour l'inviter à se faire Chrétien
; il lui prédit que bien - tôt un Empereur
doit établir la Foy de Jesus- Christ ,
et l'exhorte à mériter que ce choix le
regarde cependant Claudius n'est touché
que du parricide dont il vient de
se soüiller et son pere expiré , il ne
songe qu'à empêcher Justine de se donner
la mort , ou qu'à mourir avec elle .
ر
Cette Piece , au reste , est très - bien répresentée
par la Dile Baron , et par les
sieurs Grandval , Sarrazin et le Grand ,
qui remplissent les principaux Rôles de
Justine , de Claudius , de Cassius et de
Victorinus .
1. Vol.
La
2660 MERCURE DE FRANCE
• La Soeur Ridicule , Comédie de
M. Montfleury .
C
Ette Piéce eut autrefois un grand
succès sous le titre du Comédien
Poete ; elle fut faite en quatre Actes seulement
, parce que le Prologue étoit tellement
lié à la Piéce qu'il tenoit lieu de
premier Acte ; le Théatre ayant changé
de face depuis la naissance de cette Comédie
, et étant devenu plus épuré , les
Comédiens attentifs à se conformer au
goût du Public , avoient negligé de la remettre
au Théatre ; mais n'ayant point
de nouveauté à donner pendant l'absence
de leurs Camarades , lorsque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils en ont hazardé
quelques Représentations , dont le demi
succès a fait voir que le Théatre retomberoit
facilement dans la bassesse d'où
Moliere l'avoit tiré , si on continuoit à
faire rire le Public aux dépens des bienféances.
En effet , on a remarqué à la premiere
Représentation de la Soeur Ridicule
, que les Spectateurs avoient une espéce
de honte de s'y divertir , et que les
ris du Parterre n'étoient pas de bon
alloy ; la pudeur des Dames en fut si
allarmée , qu'à peine s'en trouva - t'il
I. Vol. deux
DECEMBRE . 1732. 2661
1
deux à la seconde Représentation ; mais
elles se sont enhardies dans la suite
et le nombre des curieuses croissant
tous les jours , on a eu lieu de présumer
que ce goût pourroit bien redevenir
à la mode , s'il se trouvoit encore
des Scarrons et des Montfleuris ; ce
n'est pas qu'on ne doive faire cas du fond
de la Soeur, Ridicule ; l'intrigue en est
très comique , et l'action théatrale y est
ménagée avec un art infini ; mais il seroit
à souhaiter qu'on y ménageât assez
les oreilles délicates , pour leur épargner
les grossiéretez.
Cette Piéce a été précedée d'un Proloque
nouveau qui a pour titre le Caprice et
la Ressource ; nous en allons donner un
Extrait succint.
Ce Prologue a remplacé celui dont nous
venons de parler , et qui tenoit lieu anciennement
du premier Acte à la Piéce .
Il a été reçû d'une maniere à faire connoître
qu'on ne regrettoit pas le premier ;
il a paru très- vif , mais assez peu correct.
L'Auteur en est anonyme , ' on ne peut
lui refuser la qualité d'homme d'esprit
c'est dommage qu'il se mette au - dessus
des régles dès son premier Ouvrage . L'i-
I. Vol. déo
1662 MERCURE DE FRANCE
dée de son Prologue n'est pas neuf ; la
voici en deux mots.
:: Les Comédiens François, en l'absence de
leurs Camarades qui jouent à la Cour, voudroient
amuser la Ville par quelque nouveauté
; ils vont au Parnasse pour en chercher
une. La Ressource et le Caprice , nou
velles Divinitez de la façon de l'Auteur
leur conseillent de remettre au Théatre la
Soeur Ridicule ; ils n'osent esperer de réussir
par un genre de Comédie proscrit depuis
long- tems ; mais la Ressource et le
Caprice les encouragent.
Le Théatre représente le Parnasse , trois
Comédiens ouvrent la Scene ; Crispin
qui est l'un des trois , fait une refléxion
qui ne fait guère d'honneur aux Auteurs
modernes : la voici.
Je fais une refléxion .
Je crois que c'est dans ces Retraites
Qu'habitent les anciens Poëtes
Et de ce côté les nouveaux.
>
Voici la raison qu'il en donne.
C'est que j'entends gazoüiller des oyseaux }
Que j'apperçois des fleurs , une verte prairie ;
Des Bosquets enchantés , des Lauriers , des ruis
seaux ;
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2663
Et je ne vois dans cette autre partie
Que des bourbiers et des crapaux.
,
Ce trait satyrique a paru peu délicat.
Nous citons ces Vers pour mettre sous les
yeux du Lecteur l'injustice d'un mépris
qui doit retomber sur celui qui le fait
éclater contre ses propres interêts ; car
enfin , pourquoi , dit - on s'avise-t'il
d'entrer dans une lice qui n'est qu'un
bourbier N'est- ce pas se mettre luimême
au rang des crapaux , que de se
mêler parmi ces Auteurs Modernes , dont
il se fait une si vilaine idée ; on dira peutêtre
pour l'excuser que ce n'est pas lui qui
parle ainsi , mais les Comédiens ; Il faut
donc qu'il leur en ait bien imposé par le
brillant de son coup d'essai , pour leur
faire dire du mal de ces mêmes Auteurs ,
qui leur donnent assez souvent des nouveautez
utiles pour eux , et agréables au
Public. Après ces deux refléxions , que
les Spectateurs ont faites avant nous , passons
à quelques Fragmens de l'Ouvrage
qui ont fait plaisir par la vivacité de la
Critique que l'Auteur répand abondamment
. Ici c'est la Ressource qui parle.
"Après avoir joüi des plaisirs de la vie ,
Une Coquette enfin subit les loix du tems >
1. Vol. G On
2654 MERCURE DE FRANCE
On redouble le rouge et les ajustemens ;
Mais quand la Nature est flétrie ,
Bien -tôt tout l'art n'y peut plus rien.
Et bien , alors par mon moyen
Elle a recours à la prudoterie.
Je suis mere de l'Industrie ;
La Nature vous forme avec mille défauts ?
J'ai pour les réparer les secrets les plus beaux ;
Je dérobe avec art une épaule qui chocque
Sous un tourbillon de cheveux ;
Et sous un panier monstrueux
Je cache une taille équivoque.
Par des ajustemens differemment placés ,
Je donne des mines riantes ,
Tendres , naïves , innocentes ;
Je fais sortir des yeux qui sont trop enfoncés
;
J'ai jusqu'à cent façons de gorges différen
tes , & c.
Une jeune veuve soupire ,
Et regrette l'Epoux qui régnoit sur son coeur ?
Elle succomberoit à son triste martyre ;
Je lui trouve an consolateur.
L'Amour se fait sentir au coeur des jeunes
filles ?
Il faut surprendre les Mamans ?
On a recours à moi ; j'endors les surveil
lans ;
1. Vol. Je
DECEMBRE. 1732 2665
Je fais taire les chiens , je fais tomber les grilles.
Au milieu des amusemens ,
Il faut songer à menager sa gloire?
J'arrange tout si bien que l'Hymen ne peut
croire
Que l'Amour ait pris les devans.
On peut aisément juger pales Vers
que l'on vient de lire , que l'Auteur n'est
pas si crapau ; le Public est trop équitable
le pour ne pas tirer du bourbier avec
bien de ses Confreres qu'il y plonge indistinctement.
Dans la troisiéme Scene le Caprice s'ex
prime ainsi en parlant de la Mode.
C'est moi , selon ma fantaisie,
Qui régle tous ses mouvemens .
Arbitre des évenemens ;
Je fais et les plaisirs es les maux de la vie ;
J'invente tous les jours de nouveaux changea
mens ;
Et j'ai , quand il m'en prend envie ,
Mille visages differens .
Dans cette inconstance éternelle ;
C'est envain qu'on croiroit rencontrer la Raison
:
C'est moi qui tiens sa place ; et , sans comparai
6on ,
I. Vol J'ai Gij
666 MERCURE DE FRANCE
A
J'ai beaucoup plus de sujets qu'elle.
La raison ne vient pas toujours quand on l'ap¬
pelle ;
Et le Caprice est toujours de saison.
La Ressource finit ainsi ce Prologue
en s'adressant au Parterre.
Protegez
dre.
es Acteurs , ils ont droit de l'atten
Quel autre effort pouvoient- ils entreprendre
Si la Piéce ne prend pas bien ?
Quand la Ressource ne peut rien ,
Il ne reste qu'à s'aller pendre.
Le Caprice pour eux doit auſſi travailler.
Four capter votre bienveillance , *
Ce n'est pas trop le lieu d'aller vous rappel
ler ,
Qu'il est un peu de votre connoissance ;
Il en sera tout ce que vous voudrez :
Vous même vous déciderez ;
Ne consultez que l'indulgence :
Vous allez régler nos destins ;
Que notre Piéce réussisse.
Applaudissez , battez des mains :
Allons , Messieurs , un bon Caprice.
Les deux principaux Roles de la Res
source et du Caprice , ont été parfaite-
1. Vel. ment
DECEMBRE . 1732.
2667
ment remplis par les Dlles Dangeville la
jeune , et la Motte.
Dans la Soeur Ridicule , les Rôles de
Pascal , de Gusman , d'Henrique , et du
Chevalier de Fondsec , sont joüez par les
Srs Poisson , Montmesnil , Grandval et
Dangeville neveu , et la Tante , Babet et
Jacinte par les Dlles Dangeville , Poisson,
et Dangeville la jeune..
La Comédie de la Soeur Ridicule se trouve
dans les Oeuvres de Montfleury au Tome second
, sous le titre general du Comédien Poëte
Piéce qui fut d'abord jouée en cinq Actes , et
dont le premier Acte contient un Sujet détaché
et complet , imprimée ailleurs sous le titre du
Garçon sans conduite , de même que les quatre
Actes suivans , qui forment précisément la Comédie
de la Soeur Ridicule , se trouvent imprimés
à Caën l'an 1750. sous le titre des Amans infortunez
et contens .
Les Comédiens Italiens donnerent le 4.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on ` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public
, qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë
, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier , qui a
parû très singuliere et tout- à- fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
Le Théatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime . Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy ; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade
a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra
venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet , attendu
que sa soeur Melpomene vient de devenir
folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie
du titre de la Piece et les extravagan-
I. Vol
ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes de Melpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance;
elle fait entendre qu'elle va rejoindre
Apollon qui doit déliberer en plein conseil
sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours
injurieux au Sophocle et à l'Euripide
de la France ; l'idée dont elle est remplie
lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent
devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade
d'Arlequin ne lui fait humblement
La réverence que sous le nom de Comédien
François ; pour Arlequin , ne pouvant
l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe
Muse , il prend le parti de suivre
Thalie
, comme Muse de sa connoissance.
Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer
leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou
pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse
se jette sur un lit de gazon pour y rêver
et elle s'y endort. Des songes chimeriques
se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre
que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien
François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution
: il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines
, et moi je ne demande que trois minutes
, et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit - elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent
à mes yeux. A peine a - t -elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des
autres .
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro- .
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage
; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui- même ;
A t-on jamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse
remplit le dernier hémistiche , par ces
paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau
, très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée .
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene
jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'oeuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap-
1. Vol.
Gy pre2672
MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons
, et ses cinq Actes à l'oubli . Melpomene
en est au désespoir , et ses cinq Actes
se reprochent les uns aux autres l'affront
qu'ils viennent de recevoir ; on auroit
souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque
Acte fit voir maniere de reproche
les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit
par ces Vers , parodiez
du Čid .
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata
ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq
Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner
qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très - utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très- peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot
, et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile
des Tragédies qu'elles prétendent tourner
en ridicule ; ce genre est sans contredit
le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux
incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque
chose de bruyant , tel que la fureur
que
de Roland , & c.
Le 9 Décembre les mêmes Comédiens
donnerent une Piéce nouvelle en un Acte
et en Vers , sous le titre des Enfans
Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour.
Cette Comédie , bien écrite et ingénieusement
composée est fort applaudie. Nous
en donnerons un Extrait plus détaillé
dans le second Volume du Mercure de
ce mois , actuellement sous presse.
Le premier Décembre , le sieur Hamoche ,
ancien Acteur de l'Opéra Comique , connu depuis
long -tems du Public sous le nom de Pierrot ,
ayant eu ordre de débuter sur le Théatre Italien ;
ily joua trois differens Rôles dans trois Comédies
qui furent représentées le même jour , sça-
1. Vol. voir GV)
2674 MERCURE DE FRANCE
voir dans les Paysans de qualité , le Tour de Carnaval
, et dans le Triomphe de l'Interêt , il a joué
encore d'autres Rôles dans deux Piéces de l'ancien
Théatre Italien , et il a été applaudi du Public.
Il fit un compliment aux Spectateurs pour
se les rendre favorables , lequel fut terminé par
ces quatre Vers parodiez du Tartuffe.
En vous est mon espoir , mon bien , ma quiétude
De vous dépend ma peine ou ma béatitude ,
Et je vais être enfin par votre seul Arrêt
Heureux , si vous voulés , malheureux , s'il vous
plaît.
Le s Décembre , le sieur Thomassin le fils ;
reparut encore sur le Théatre Italien , et joüa
dans la Comédie du Je ne sçai quoi , le Rôle du
Maître à Chanter , qui est une Parodie d'un des
Actes du Ballet des Fêtes Venitiennes. Ce jeune
homme joue avec intelligence , et paroît avoir
du talent pour le Théatre ; il peut le perfectionner
s'il s'applique à imiter ceux de son pere
qui est en possession de plaire au Public dès qu'il
paroît sur la Scene . Ce nouvel Acteur a été reçû
depuis peu dans la Troupe.
EXTRAIT de la Tragédie de Biblis
annoncée dans le dernier Mercure.
LE
E Théatre représente d'abord le Palais
de Neptune ; Amphitrite paroît
sur un Trône , entouré de Nymphes
de Nereides , de DieuxMarins, et de Fleu-
I. Vol.
ves.
DECEMBRE. 732 2678
ves. Amphitrite expose le sujet du Prolo
gue par ces Vers :
Vous qui formez la Cour du Souverain dest
Mers ,
Glorieux soutiens de son Trône
Célebrez avec moi l'heureux jour où Latone
Evita le courroux de la Reine des Airs :
Par les bienfaits du Dieu de l'Onde
Apollon et Diane embellissent le monde.
Les Sujets de Neptune et d'Amphitri
te célebrent cet heureux évenement
Neptune vient se joindre à cette Fête. Junon
la vient troubler , et fait connoître.
son indignation par ces Vers qui lient le
Prologue à la Tragédie.
Neptune est donc toujours contraire à mes de
sirs ! & c.
Ah ! si le Dieu du jour et sa coupable mere
N'ont point éprouvé mon courroux ,
Du moins faisons tomber mes coups
Sur ce sang criminel qui ne sçauroit me plaire
Hâtons- nous , suivons ma fureur ;
Que l'Amour seconde ma haine ;
Qu'il allume des feux dont la coupable ar
deur
Rende ma vangeance certaine , &c .
La Scene est à Milet . Au premier Acte
I. Val.
le
2676 MERCURE DE FRANCE
,
le Théatre représente le Temple d'Apollon.
Caunus , frere de Biblis , ouvre la
Scene avec Ismene , Souveraine de la Carie.
Après lui avoir parlé de son amour
il lui dit que le bonheur que lui fait esperer
la Victoire qu'il vient de remporter
sur les Rebelles de ses Etats , est troublé
par la langueur mortelle de sa Soeur. Ils
implorent tous deux le secours du Ciel.
Biblis vient ; Ismene la laisse avec son
frere.
Biblis ne dit rien à Caunus qui puisse
lui faire soupçonner le détestable amour
dont elle brûle pour lui ; elle lui fait seulement
entendre que les Dieux , et surtout
Apollon dont elle est Prêtresse, sont
irritez contre elle. Pour rendre le calme
à ses États et à son coeur , elle le prie
d'accepter la Couronne que sa qualité de
grande Prêtresse du Dieu qui leur a donné
la naissance a fait tomber sur sa tête ;
elle le presse de renvoyer Ismene dans ses
Etats ; ce dernier ordre le surprend ; il
persiste à refuser la Couronne , mais elle
lui apprend que tout est disposé à le reconnoître
pour Roi ; elle lui prescrit ce , -
qui lui reste à faire par ces Vers :
Le peuple vient ici se ranger sous vos loix ;
Recevez son premier hommage ;
1. Vol.
Il
DECEMBRE. 1732. 2677
Il faut
gage
A
que dans ce Temple un serment vous enrespecter
les Décrets de nos Rois.
Le couronnement de Caunus est le sujet
de la Fête de cet Acte ; le nouveau Roi
fait le serment que Biblis lui a imposé ;
le serment est interrompu par le bruit du
Tonnerre, et Apollon fait entendre l'Ora-›
cle que voici .
Tremble , malheureux , tremble , à l'aspect de ces
lieux ;
Laisse jouir Biblis de la Couronne ;
Le plus cruel malheur pour toi seul l'environne ,
Fui ; respecte mon sang , et le Trône et les
Dieux.
Caunus se résout à obéïr aux Dieux ; les
peuples sortent avec lui ; Biblis reste seule
et fait connoître que c'est elle que l'Oracle
regarde ; elle s'exprime ainsi :
Quelle fatale ardeur dans mon ame s'allume !
Ou suis-je ? qu'est - ce que je voi ?
Le feu mortel qui me consume
Dans un abîme affreux m'entraîne malgré moi ?
Le Théatre représente un Port de mer
au second Acte ; on y voit des Vaisseaux
préparés pour le départ d'Ismene.
I. Vol. Ipis
2678 MERCURE DE FRANCE
Iphis , Prince d'Ionie , et amoureux de
Biblis , témoigne sa frayeur sur le péril
de sa Princesse .
Biblis vient le prier d'empêcher le départ
de Caunus ; Iphis refuse de lui
obeïr , fondé sur la menace et l'ordre absolu
d'Apollon ; Biblis lui deffend de la
voir jamais , s'il n'éxécute ce qu'elle lui
ordonne ; il se détermine enfin à lui
obeïr , quoiqu'il lui en puisse coûter.
Ismene se plaint tendrement à Caunus
de ce qu'il la renvoye dans ses Etats sans
l'y suivre ; Caunus lui répond qu'il n'ose
l'associer à ses malheurs ; enfin touché
de ses larmes et excité par son amour , il
se réfout à partir avec elle.
Les Sujets d'Ismene et une Troupe de
Matelots, viennent célebrer la Victoire qui
a rétabli leur Souveraine sur le Trônequ'on
avoit usurpé sur elle. Cette Fête a
fait un très grand plaisir , tant par rapport
aux Danses parfaitement éxécutées
par les Dlles Camargo et Salé , que par les
Canevats chantés par la Dlle Petitpas.
La Fête est interrompue par Iphis , qui
vient annoncer à Caunus que Biblis se
soustrait pour jamais aux yeux de ses
Peuples ; tous les Ioniens le conjurent de
ne point partir et de régner sur eux ;
Caunus oppose à leurs prieres les mena- ,
I. Vol. ces
DECEMBRE. 1732 2679
ces d'Apollon ; il ne se détermine à rien ,
et fait entendre seulement qu'il va consulter
les Dieux une seconde fois.
Au troisiéme Acte , le Théatre représente
un Antre ; on y voit un Tombeau en
forme de Pyramide , où sont les Ancêtres
de Biblis . Elle se plaint de son sort par
ces Vers :
Séjour impénetrable à la clarté des Cieux ,
Antres affreux , objets funebres ,
Frémissez avec moi de mon sort rigoureux ;
Mais n'en rougissez pas , Manes de mes Ayeux ;
Je viens cacher mes feux dans l'horreur des te
nebres.
Je n'ai point fait l'aveu du crime de mon coeur ,
Ma mort va lui donner sa premiere innocence ;
excitez la vengeance,
Dont je vais punir mon ardeur.
Ranimez mon courage ,
Séjour impénetrable , &c.
Iphis arrive ; Biblis irritée , lui ordonne
de la laisser dans ce lieu d'horreur ; Iphis
lui dit que Caunus viendra bien- tôt se
joindre à lui pour la rendre à la lumiere ;
ce dernier coup accable Biblis ; elle de
mande à Iphis d'où vient que Caunus
n'est point parti ; Iphis étonné , lui répond
que ce n'est que par son ordre exprès
qu'il l'a retenu ; Biblis lui dit qu'il
I. Vol.
ne
2680 MERCURE DE FRANCE
ne devoit point lui obéïr ; elle lui deffend
d'apprendre à Caunus en quel lieu elle
s'est retirée et exige même un serment
de lui sur ce sujet, Iphis la quitte en
l'assurant qu'il amenera bientôt son frere.
Biblis accablée de douleur , s'endort ; le
Théatre change et représente les Champs
Elisées. Des Songes sous la forme d'Amans
heureux et d'Amans malheureux ,
se présentent à elle ; les premiers expos
sent leurs plaisirs par leurs danses et par
leurs chants , et les derniers expriment
leurs tourmens . Cette funeste image éveille
Biblis en sursaut ; elle continuë à gé
mir des maux où le Ciel la condamne.
Caunus vient , sa présence augmente
le supplice de Biblis ; elle lui fait même
sentir que plus elle le voit , et plus elle
est malheureuse ; Caunus ne peut rien
comprendre à ce mystere. Biblis prend
enfin une derniere et noble résolution
qu'elle fait connoître par ces Vers qui
finissent ce troisiéme Acte.
Venez , le Ciel m'éclaire ,
Je puis , sans l'offenser , voir encor la lumiere ;
Couronnons de tendres ardeurs ;
Que l'Hymen à jamais vous joigne avec Ismene ,
à
part.
Dieux , que ce Sacrifice appaise votre haine.
I. Vol.
Le
DECEMBRE . 1732. 1681
Le Théatre représente au quatriéme
'Acte , un lieu embelli pour celebrer l'Hymen
de Caunus et d'Ismene . Celle- cy se
livre au doux plaisir de l'esperance. Biblis
vient ; ismene lui témoigne sa reconnoissance
au sujet de son Hymen , auquel
elle a bien voulu consentir ; elle la
presse de renoncer au dessein qu'elle a
formé de quitter la Couronne et la vie ;
Biblis lui fait entendre qu'elle est toû
jours dans la résolution de cesser de vivre .
Caunus vient , suivi d'une troupe de
Peuples de divers endroits de la Grece ;
il invite sa soeur Biblis à couronner la
constance d'Iphis , comme Ismene va
couronner la sienne . La Fête commence ;
les Peuples témoignent par leurs chants
et par leurs jeux , le plaisir qu'ils ont de
voir finir leurs malheurs. Biblis invite
Caunus et Ismene à s'approcher de l'Autel
pour être unis à jamais , et leur parle
ainsi :
Approchez, il est temps que l'Hymen vous unisse
Joignez vous à mes voeux au pié de cet Autel ;
Il faut qu'un sacrifice auguste et solemnel ,
Rende à jamais le Ciel à votre Hymen propice.
On amene la victime , sous prétexte
de l'immoler : Biblis veut s'immoler ellemême
; Caunus lui retient le bras , elle
s'en plaint par ces Vers :
2682 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! faudra t'il toujours par un funeste sort ,
Me voir retenir à la vie ,
Par cette même main qui me donne la mort.
Au cinquiéme Acte , le Théatre représente
le Palais de Biblis . Caunus commence
à soupçonner l'amour incestueux
de sa soeur , du moins il le fait connoître
par ces Vers qui commencent le dernier
Acte .
Qu'ai-je entendu ? grands Dieux ! et quel Démon
barbare ,
A conduit la main de Biblis ?
Une soudaine horreur de mon ame s'empare ;
Où suis- je ? qu'ai -je vû ; je tremble ¦ je fréq
mis , &c .
Ismene vient s'affliger avec Caunus ,
du funeste présage qui vient de préceder
leur Hymen ; Iphis tout éperdu ,
annonce à Caunus que Biblis persiste
dans le dessein de mourir , et que son
nom est sorti cent fois de la bouche
de cette soeur infortunée . Caunus veut
partir sans la voir , pour obéïr aux Dieux .
Biblis vient , elle prie Iphis , et Ismene.
de se retirer ; l'affreuse verité lui échappe,
Caunus en est épouvanté ; elle saisit le
moment de sa mortelle frayeur pour se
frapper.
1. Vol.
On
DECEMBRE . 1732 : 2683
On a trouvé ce cinquiéme Acte super-
Au ; et tout le monde convient que la
Tragédie auroit beaucoup mieux fini par
' le sacrifice volontaire de Biblis , qui auroit
pû être suivi de l'aveu de son amour
incestueux , auqel cas il auroit fallu mettre
un Acte intermediaire. Au reste cette
Tragédie a été parfaitement executée.
Les Diles le Maure et Pélissier y ont
soutenu la réputation qu'elles se sont si
justement acquise par la beauté du chant
et par la justesse de l'action . Le sieur Dupré
se fait tous les jours plus admirer par
la noblesse , la legereté et la finesse de sa
danse,
Le Dimanche 14. de ce mois , l'Academie
Royale de Musique remit au Théatre
Isis , Tragédie , dont les paroles sont
de Quinault , et la Musique de Lully . C'est
le septième Opera de ces illustres Auteurs .
Ils avoient déja fait ensemble Psiché , les
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , Cadmus et
Hermione, Alceste , Thesée, et Atys . Isis n'avoit
point été repris depuis 1720. Feu Mile
Fournet y chantoit alors le principal Rôle
et le sieur Thévenard celui d'Hierax.
Dans la nouveauté de cet Opera , les deux
Rôles étoient joüez par la Dlle Aubry et
par le sieur Gayes et celui de Junon par
1. Vel.
la
2684 MERCURE DE FRANCE
la Diles. Christophle . Aujourd'hui ces Rôles
sont remplis par la Dlle le Maure , par
le sieur Chassé et par la Dle Antier. On
représenta Isis sur le Théatre du Château
de S. Germain en Laye , devant le Roy ,
en 1677. il servit de divertissement à la
Cour pendant une partie du Carnaval.
Il parut ensuite sur le Théatre de Paris ,
au mois d'Août de la même année.
L'admirable Trio des Parques. Le fil de
la vie , &c. que M. de Lully estimoit tant.
lui-même , passe pour le plus beau qu'il
ait jamais fait en ce genre.
Isis , selon M. de Freneuse , dans sa
comparaison de la Musique Françoise à la
Musique Italienne , est le plus sçavant
Opera de la composition de M. de Lully,
et qui cependant eut le moins de succès
dans sa nouveauté .
La plainte de Pan , à la sixiéme Scene
du troisiéme Acte : Hélas ! quel bruit
entend-je ? &c. est regardée comme un
chef- d'oeuvre , par la maniere dont il l'a
rendue après l'avoir copiée d'après nature ,
à ce qu'on prétend ; car on croit entendre
le même bruit et le même siflement
fait le vent en hyver à la campagne , que
dans une grande maison , lorsqu'il s'engouffre
dans les portes , dans les coridors
ou dans les cheminées ; ce bruit ap-
ر ذ
IVol.
proche
DECEMBRE. 1732. 2685
proche fort du sifflement plaintif que
font les Roseaux et d'autres Plantes de
cette espece agitées par le vent. C'est une
imitation naïve et parfaite de la Nature.
M. le Brun , dans son Théatre Lyrique,
a raison de dire qu'il faut éviter de mettre
sur le Théatre un Dieu favorisé d'une
Mortelle , comme dans cette Piece , parce
qu'on ne s'interesse guere pour un Amant
dont le bonheur égale le pouvoir , કે
moins que l'incertitude de la Divinité ne
fasse subsister l'interêt.
On reproche à l'Auteur sur ce Poëme
que la Furie Erinnis , qu'il a introduite
est trop tranquille , &c. Nous parlerons
plus amplement de cet Opera, en rendant
compte à nos Lecteurs de son exécution ,
de son succès et des observations du Public
en general , et des Critiques en particulier.
On apprend de Vienne , qu'on y avoit représenté
les . Novembre avec un très - grand succès
, le nouvel Opera d'Adrien , composé à l'oc
casion de l'Anniversaire de laNaissance de l'Empereur
, par le sieur Caldara , Sous- Maître de la
Chapelle de Musique de S. M. Imp.
On a représenté à Londres , sur le Théatre du
Marché au Foin , le nouvel Opera de Caton ,
dont le principal Rô'e est chanté par la Signora
Celestine Gismondi , nouvelle Chanteuse Italienne,
qui est fort applaudie.
I. Vol.
IMI1686
MERCURE DE FRANCE
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , & c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage ,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le coeur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.

Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès - lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire ,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile .
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. Αν H
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
NOUVELLES ETRANGERES
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Na appris de Perse que les Troupes du
Roi qui ont travaillé aux Fortifications
d'une petite Place sur la Mer Caspienne , à six
lieues de Backi,en étoient parties pour joindre la
grande Armée qui est à présent de 180000. hommes.
Elle occupe un Poste avantageux entre
Bagdat et l'Armée des Turcs , de sorte que cette .
Place ne pourra que difficilement être secouruë .
On assûre que les vivres qu'on y avoit fait entrer
en dernier lieu étoient consommez , et que les
Persans se flattoient de s'en rendre maîtres avant
la fin de l'année , ne croyant pas que le Seraskier
qui commande les Troupes du Grand- Seigneur
osat hazarder une Bataille , parce que la
plus grande partie de son Armée est composée
de Soldats levez par force.
On a appris depuis que le Serasquier qui commande
l'Armée du G. S. avoit reçû des pleins
Pouvoirs pour signer une suspension d'Armes
pour six mois , pour négocier et conclure un
nouveau Traité de Paix avec le Roi de Perse.
I, Vol
ALDECEMBRE
.
2689
1732. 1732 .
*
ALLEMAGNE.
N apprend de Vienne , que la maladie con
ragieuse fait beaucoup de progrès dans la
Croatie , malgré les précautions qu'on a prises
pour l'empêcher de s'étendre , et on a été obligé
d'interdire toute
communication avec cette
Province. "
Le Décret du Conseil Aulique , publié dans
le Duché de Mekelbourg , donne l'administration
provisionelle de ce Duché au Duc Chrétien
Louis , jusqu'à ce que le Duc Charles Léopold
se soit soumis aux précedens Décrets de ce Conseil.
Il accorde 25000. écus par an à ce Prince
Administrateur , sans compter les revenus de son
Appanage , et 40000. écus au Duc Charles Léopold
, outre les revenus des Bailliages et Douanes
de Domitz et Schwerin.
On vient d'apprendre que les Commissaires
subdeleguez de la Commission Imperiaie ont
fait supprimer les Exemplaires de la protestation
que le Duc Charles Léopold de Meckelbourg
avoit fait publier contre la nouvelle forme de
Régence réglée par le dernier Décret du Conseil
Aulique , et qu'ils ont envoyé en mêmetems
des Lettres circulaires à toute la Noblesse
pour lui communiquer la nouvelle Ordonnance
qu'on doit publier au commencement de l'année
prochaine par rapport à la levée des contributions
dans le pays , où on attend incessamment
un Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur pour
installer le Duc Chrétien - Louis en qualité d'Administrateur
du Duché. On croit que ce sera
le Comte de Seckendorf qui sera chargé de
- cette commission.
I. Vol.
Hij L'Im
2690 MERCURE DE FRANCE
L'Imperatrice a été incommodée pendant quel
ques jours d'une fluxion catharale , espece de
rhume , qui est devenu une maladie épidemique
ou à Vienne , à 708. lieues à la ronde , et presque
dans toute l'Allemagne.

Il est sorti encore depuis peu 800 Lutheriens
qui vont à Ratisbonne , et un pareil nombre ausquels
la République d'Hollande donne retraite:
600 habitans du Bailliage qu'on croyoit Catholiques
se sont déclarez Lutheriens , et demandent
la permission de quitter le pays.
Des Subsides que l'Empereur a demandé à ses
Etats héréditaires pour l'année prochaine , le
Royaume de Boheme en doit fournir trois millions
200. mille Florins , la Moravie un million
66065. flor. le Duché de Silesie deux millions
153333. flor. la Haute Autriche 450000. flor.
la Basse Autriche un million 100oco . flor. la
Stirie , 390000. le Tirol , 120000. la Hongrie ,
2 millions soooo . flor. la Transilvanie , 760000.
le Bannat de Temeswar 330000. l'Esclavonic
100000. la Servic , 127000. la Croatie , 24000.
et les Terres particulieres de l'Empereur en Ita
lie , 200, mille.
ITALIE.
'Abbé Federa a été nommé par le Pape pout
L'aller fonder dans la Calabre un College en
faveur des jeunes Grecs Catholiques : on y reeevra
aussi les jeunes Ecclésiastiques Schismatiques
qui voudront s'y faire instruire.
Le Prince Caraccioli , Napolitain , ancien Of
ficier General dans les Troupes du Roi d'Espa-.
gne , et qui est âgé de 114. ans , est venu à
Rome passer quelques jours chez le Cardinal
2
I. Vol, Cien
DE
CEMBRE. 1732. 2691
Cienfuegos , dont il a pris congé pour retourner
chez les Hermites de Spolette , où il s'est
retiré.
L'Infant D. Carlos est revenu de Plaisance à
Parme , et l'on assûre qu'il retournera à Florence
au Printems prochain.
On mande de cette derniere Ville que le
Comte Caimo , Envoyé extraordinaire de l'Empereur
, avoit reçu de Vienne un Décret de S.
M. I. que ce Ministre avoit fait remettre au Senat
de Florence par une personne inconnuë
mais que les Senateurs n'avoient pas voulu ouvrir
le paquet , et qu'ils l'avoient envoyé cacheté
aux Secretaires d'Etat du Grand Duc. On a appris
depuis que ce paquet avoit été ouvert par les
Ministres du Grand Duc, qui ont eu en cette occasion
quelques conferences avec le Ministre de S.
M. I.
On mande de Pontemole , petite Ville du Duché
de Toscane , sur les Confins du Duché de
Parme er de l'Etat de Genes , que le débordement
des Rivieres y avoit causé de très - grands
dommages ; qu'elles en avoient emporté le Pont
et les maisons voisines démoli l'Eglise de
S. Sebastien , l'Hôpital de S. Antoine et une
partie du Couvent qui est hors de cette Ville , et
fait périr plus de soo personnes.
>
>
A la recommandation du Roi d'Espagne , la
République de Genes a rendu la liberté à M. Camille
Doria , qui avoit été envoyé dans la
Forteresse de Savone , pour donner satisfaction
à S. M. C. d'une insulte faite au Consul Espa,
gnol de la Bastia.
On mande de Turin , qu'on croyoit que la
Comtesse de Spigno , veuve du feu Roi Victor-
Amedée se retireroit volontairement dans un
Couvent en Piedmont.
I. Vol
Es H iij
2692 MERCURE DE FRANCE
ESPAGNE.
E7. Novembre , on fit partir de Barcelone
un Convoy de 25 Bâtimens de transport ,
escortés par le Vaisseau de Guerre le S. François
, sur lesquels on avoit embarqué quatre Bataillons
et 800. Grenadiers des Régimens des
Gardes Espagnols et Walones.
Le 10. ce Convoy passa à la hauteur d'Alicante
, où il fut joint par les Vaisseaux de Guerre
de Malte , dont on a déja parlé , et par quatre
Vaisseaux de Guerre du Roi , qui n'ayant
pú doubler le Cap Palos , à cause des vents contraires
, étoient entrés dans le Port d'Alicante.
Ces quatre Vaisseaux ont à bord un Bataillon du
Régiment d'Arragon , et 9. Compagnies du Régiment
d'Ultonia , Infanterie ; on a appris depuis
que ce Convoy est arrivé à Oran , dont la
Garnison , au moyen de ce renfort , est compo
sée présentement de 20 Bataillons et de 2 Compagnies
de Grenadiers , dont celles des Régimens
des Gardes Espagnoles et Walonnes sont de cent
hommes chacune.
Des Lettres écrites depuis portent que le
Gouverneur du Château de Sainte Croix s'étant
apperçu que les Maures travailloient dans un
Valon au pied de ce Château , avoit fait la nuit
du 11 au 12 de Novembre une sortie de deux
Compagnies de Grenadiers et de quelques Tra
vailleurs qui les attaquerent et en tuerent un
grand nombre ; qu'on avoit reconnu alors
qu'ils avoient ouvert deux Mines au pied de ce
Fort , mais qu'il leur étoit impossible d'en tirer
aucun avantage , parce qu'il y avoit de ce côté- là
un Rocher d'une dureté impénétrable ; que les
1. Vol.
Maures
DECEMBRE . 1732. 2693
Maures qui avoient pris d'abord la fuite , étoient
revenus en plus grand nombre , et qu'ils avoient
attaqué les Grenadiers dans leur Retraite ; mais
que le feu du Fort les avoit obligez de se retirer
après avoir perdu plus de 400 hommes ; que les
Espagnols n'avoient eu que cinq Soldats de tuez
dans cette sortie.
Ces Lettres ajoûtent que quelques déserteurs
Maures avoient rapporté que le nommé Lazarin ,
homme riche et puissant dans le pays , dont les
Terres étoient situées aux environs de Mostagan
, à 14 lieues d'Oran , s'étoit retiré avec tous
ses effets et bestiaux , pour ne pas être exposé
aux cruautez de Bigotillo , l'un des Generaux
des Maures , et qu'en faveur des Chrétiens , il
avoit levé des Soldats Maures avec lesquels il
avoit enlevé une partie des Troupeaux de Bigotillo
, et les avoit emmené dans des Terres éloignées
, où il s'étoit retranché pour se deffendre
et conserver sa prise.
D'autres nouvelles reçues d'Oran portent , que
le 21 Novembre au matin , le Gouverneur de
Cette Ville avoit fait une sortie de 10000. hom
mes , qu'il avoit attaqué en même tems les
Turcs et les Maures dans leurs Tranchées ; qu'il
les avoit obligez de prendre la fuite après quelque
résistance ; qu'il les avoit poursuivis plus
d'une fieue , et que la Garnison étoit rentrée
dans la Place.
On a appris par des Lettres anterieures , qu'u
ne Compagnie de Grenadiers du Régiment de
Cantabria , qui étoit dans un poste avancé , l'avoit
abandonné sans qu'on sçut ce qui l'y avoit
obligé ; que quelques jours après , cette Compa
gnie se trouvant dans le même poste les ennemis
étoient venus l'insulter , que le Lieutenant
I. Vol. Hiiij s'é2894
MERCURE DE FRANCE
s'étoit avancé à la tête de 20 Grenadiers , la
bayonnette au bout du fusil , malgré les ordres
du Capitaine , qui le trai.oit de téméraire ; que
ce Lieutenant lui ayant répondu qu'il vouloit
faire voir que ce n'avoit point été par faute de
courage qu'on avoit fait la retraite des jours précédens
, le Capitaine avoit marché avec toute
la Compagnie que Don François d'Araona
Commandant du Château de Sainte Croix , et
du second Bataillon du même Régiment , avoit
joint cette Compagnie , qu'ils avoient attaqué
les Maures avec tant de valeur , qu'après leur
avoir tué plus de 200. hommes , ils les avoient
Contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Les dernieres Lettres reçûës portent , que dans
la sortie que le Marquis de Santa Cruz fit faire
le 21 de Novembre , il avoit fait attaquer tous les
Postes occupez par les Turcs et les Maures , et
que s'étant apperçu qu'un Détachement des
Troupes Espagnoles avoit été coupé par un
Corps de Cavalerie Maure , et qu'il étoit en
danger d'être taillé en piéces , il étoit sorti de la
Place à la tête d'un autre détachement pour le
secourir , qu'il avoit obligé ce Corps de Cavalerie
à prendre la fuite ; qu'en même - tems les autres
Troupes Espagnoles avoient chassé les
Maures de tous leurs quartiers ; que le Marquis
de Santa-Crux , Capitaine General´et Gouverneur
d'Oran , le Marquis de Valdecanas , Brigadier
des Armées du Roi , et le Colonel Don Joseph
Pinel , ayant eu le malheur d'être tuez dans
ces differentes attaques , et que d'ailleurs ces
Troupes étant extrêmement fatiguées , elles
étoient rentrées dans la Place vers les cinq heures
après midi : que le 23 , l'Officier qui commandoit
dans Oran , à la place du Marquis de
I. Vol Santa
DECEMBRE . 1722. 2695
1
Santa- Cruz , avoit fait une seconde sortie genezale
, et qu'ayant attaqué en même- tems tous
les quartiers des Maures , il les en avoit chassés;
qu'on comptoit qu'ils avoient perdu plus de
Ioooo . hommes dans ces deux actions ; que les
Maures ayant passé les Montagues , n'avoient
pas reparu depuis le23.et que les détachemens de
Cavalerie qu'on avoit envoyés à la découverte
n'en avoient pû apprendre aucunes nouvelles .
Ces derniers avis ajoûtent , que du côté des
Espagnols il y avoit environ 600. hommes de
tuez , et près de 1500 blessez ; que les Troupes
Espagnoles qui sont encore à Oran montoient à
13000. hommes , et qu'une partie étoit actuellément
campée hors de la Place dans le Camp
que les Turcs et les Maures occupoient , qu'elles
en avoient brûlé les barraques et détruit les
Fortins qu'ils avoient construits et élevez autour
de ce Camp , et que quelques recherches
qu'on eut faites , on n'avoit encore pû trouver
le corps du Marquis de Santa- Cruz.
On mande de Seville , que le Marquis de
Villadarias , Lieutenant General des Armées du
Roi , que S. M. vient de nommer pour commander
en Chef à Oran , à la place du Marquis
de Santa- Cruz , doit s'y rendre incessam
ment.
On écrit de Ceuta que le 14 du mois dernier
il étoit venu du côté de Tetuan un Corps
de Troupes de 4000. hommes d'Infanterie , et de
4000. de Cavalerie , que le même jour le Gouverneur
de Ceuta avoit fait une sortie qui avoit
mis toutes ces nouvelles Troupes en fuite ; les
mêmes Lettres portent que les Noirs de Miquenez
s'étoient soulevez , et qu'ils avoient proclamé
Roi un frere du Roi régnant , lequel s'étoi
mis à leur tête ,
I. Vole Hv D'au
2696 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent que l'Armée du Roi
de Maroc se tenoit encore à plus d'une lieuë de
Ceuta sans oser rien entreprendre ; que le Gouverneur
voulant connoître sûrement l'état de cette
Armée , avoit fait embarquer le 15 de Novembre
so hommes qui avoient mis pied à terre
le 20 dans une plage où ils s'étoient cachez
derriere un Rocher ; que le 21 au matin huit
Maures armez s'étant approchez de ce Rocher
les Espagnols en avoient tué trois et fait deux
autres prisonniers que le bruit de la Mousqueterie
avoit attiré les Maures de ce côté là , mais
que les Espagnols avoient eu le tems de se rembarquer
avec leurs prisonniers , desquels on avoit
appris qu'il n'y avoit dans le Camp des Maures
que 4000. hommes d'Infanterie et 1500. de
Cavalerie .
HOLLANDE , PAÏS-BAS.
dans
2
Na fait des prieres publiques dans les prin
cipales Villes de la Hollande , à l'occasion
de la nouvelle espece de Vers qui y ont été apportez
par des Vaisseaux revenus des Indes. Ces
Insectes s'étant prodigieusement multipliez , ont
attaqué les Digues du côté de la Zelande , de la
Frise et de la Nort- Hollande. Ils en rongent les
Pilotis , et les perçant d'une infinité de trous
ils les rendent inutiles , de sorte que
ces se verroient en danger d'être submergées sans
les réparations qu'on est obligé de faire tous les
jours à ces Digues. On n'a trouvé jusqu'à présent
aucun moyen de détruire ces Insectes , qui
vivent également dans la Mer et hors de
l'eau.
ces Provin-
1. Vol. Bou
DECEMBRE. 1732 2697
BOUQUET envoyé par M. P... C....
à un malade de ses Amis le jour de sa
Fête , avec un présent de Confiture séche
d'Angelique.
CLemond , qu'une amitié sincere
Place au premier rang dans mon coeur,
Qui de la raison qui t'éclaire ,
Pourrois faire encor ton bonheur ;
Pourquoi de tes destins alterer la douceur ?
Et nourrir dans ton sein un mal imaginaire ?
Cher ami , pour ta guérison
Vois ce que l'amitié m'inspire ;
C'est pour égayer ta raison ,
Que dans mon arriere Saison
Je risque de toucher la Lire.-
Mais que,q
Qui prétends célebrer ta Fête ,
dis je , ce n'est point moit
201
C'est Apollon , c'est lui , je l'entends , je le
voi ,
C'est lui qui s'interesse à toi ;
cher Clemond , ta guérison s'a
Et par lui , cher Clemond
prête ,
Il est le pere des beaux Vers ,
Il est Dieu de la Médecine ,
Lui-même il vient par ses doux Airs
Dissiper cette humeur chagrine
II. Vol.
Hvi
2698 MERCURE DE FRANCE
Qui tient ton esprit dans les fers,
Il vient prévenir la ruine
Qui menaçoit ton foible corps ;
Et par la puissance divine
D'une salutaire racine ,
Il va rétablir les ressorts
De ta languissante machine.
Sa main a préparé ¡ es fleurs
Qu'aujourd'hui la mienne te donne
Ce cristal qui les environne
Est le remede à tes langueurs.
C'est une ambroisie efficace
Pour rassurer un coeur par son mal agité
Et les habitans du Parnasse
Dans l'usage de cette glace ,
Trouvent leur immortalité .
Mais ce remede , que t'envoye
D'un Dieu si bienfaisant l'attentive bonté,
Cher ami reçois -le avec joye ;
Sois toi-même ton Médecin ,
Un innocent, plaisir , une douce allegresse
Rend l'esprit vif, et le corps sain ;
Et l'homme n'a point d'assassin
Plus terrible que la tristesse .
A vaincre ce mortel poison ,
Mon exemple aujourd'hui t'engage
Quoi ! pour monter sur l'Helicon ,
N'en coûte- il rien à mon âge ?
1. Vol. Si
THEQUE
DECEMBRE. 172, OTH
Ji ton amitié doit cherir
*
1893
Les efforts que pour toi fait un ami sincer
Ose imiter , pour te guérir ,
Ce qu'il entreprend pour te plaire.
P. C.
DELA
ETTIN
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Leivove,le Rol revétu du grand
E 30 Novembre , premier Dimanche
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit
dans la Chapelle du Château de Versailles
, où S. M. entendit la Messe , et
communia par les mains de l'Abbé de
Brissac Aumônier du Roi en quartier :
ensuite S. M. toucha un grand nombre
de malades L'après midi , L. M. entendirent
le Sermon du P. Julien , Religieux
Recolet , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le premier de ce mois , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs et
Dames de la Cour , en habits de grand
deüil , rendirent en céremonie leurs res
I. Vel реска
2700 MERCURE DE FRANCE
pects au Roi , à la Reine , et à Monseigneur
le Dauphin , à l'occasion de la mort
du Roi Victor Amedée.
Y
Le 2. le Nonce du Pape , les Ambassa
deurs et les Envoyés , tous en grand
Manteau de deuil , furent introduits par
le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambassadeurs , dans le Cabinet du
Roi , où ils eurent Audience de S. M. Ils
furent conduits ensuite par le même Introducteur
, à l'Audience de la Reine et
à celles de Monseigneur le Dauphin , de
Monseigneur le Duc d'Anjou , et de Mesdames
de France..
> >
Le Roi a donné au Cardinal de Fleu
ry , Grand - Aumônier de la Reine , la
Charge de Premier Aumônier du Roi
vacante par la mort du Duc de . Coislin
Evêque de Metz.
S. M. anommé pour son Ambassadeur
auprès de la République de Venise , le
Comte de Froulay , Brigadier des Armées
du Roi.
1.
Le
25
Novembre
1732.
les
Chanoines
Réguliers
de l'Ordre
de S. Antoine
ont
tenu
leur
Chapitre
General
en Dauphiné
,
4. Vol
OLLE
DECEMBRE . 1732. 2700
où ils ont élû le P. Gaspariny pour leur
Abbé General.
Le Roi a accordé à l'Archevêque de
Vienne la Charge de Premier- Aumônier
de S. M. vacante par la démission volon
taire du Cardinal de Fleury , Grand-Aumônier
de la Reine. Il prêta Serment entre
les mains du Roi pour cette Charge
le 28 de ce mois.
La direction des Haras du Royaume a
été réünie au département de M. le Comte
de Maurepas , Ministre et Secretaire:
d'Etat , comme elle l'étoit sous le Régne
du feu Roi , au même département.
Les Musiciens de Paris célebrerent le
Mercredi 10 de ce mois , dans l'Eglise de
S. Sulpice , le Service annuel et solemnel
pour leurs Confreres deffunts. L'affluence
fut ex raordinaire , et quantité de pere
sonnes de considération s'y trouverent.
:
Les deffunts , pour la mémoire des
quels se firent les Prieres sont les Sicurs
LE FEVRE , Prêtre , Beneficier de Notre-
Dame LESCHENAULT , Prêtre , ancien
Maître de Musique des Saints Innocens ::
GARDINIER Prêtre : MARCHAND , Organiste
du Roi : SALOMON , de la Musique
1. Vol. duz
2702 MERCURE DE FRANCE
du Roi : TOUVENELLE , du Concert Spirituel
: MANCEAU , de S. Honoré : Beau-
PUIS , BAUDY pere , et DUMONT , Graveur
en Musique
On dit des Messes basses à toutes les
Chapelles depuis huit heures jusqu'à midi ;
et avec la legere contribution que chaque
Musicien s'est imposée pour l'honoraire
de la Cerémonie , on eut bien au- delà de
la dépense ; les Musiciens ne sçauroient
trop - tôt donner des marques publiques
de leur reconnoissance à M. le Curé de
S. Sulpice des manieres prévenantes et
génereuses dont il a bien voulu les honorer
Non seulement il n'a voulu rien
recevoir pour la sonnerie , le luminaire
et la décoration de l'Autel , &c . mais il
daigna même veiller à toute la cerémonie
, au bon ordre et à l'arrangement ;
ensorte qu'au moyen des Suisses qu'il
avoit placez de tous côtez , il n'y cut
pas la moindre confusion .
La Musique fut éxecutée par M. DE LA
CROIX , Maître de Musique de la Sainte
Chapelle ; les voix et les instrumens se
signalerent avec une justesse et une précision
qui se soutinrent jusqu'à la fin . L'Officiant
fut M. Vasselin , Beneficier de l'Eglise
de Paris.
Orationibus Sancta Ecclesiæ , et Sacrifi-
1. Vol.
cia
DECEMBRE 1732. 2703
io salutari , et Elemosynis , que pro eorum
spiritibus erogantur , non est dubitandum
mortuos adjuvari , ut cum eis misericordiùs
agatur à Domino , quam eorum peccata me¬
ruerunt. August. de verbis Apostoli .
BOUQUET à Madlle Therese M....
de Sens , le jour de sa Fête.
Loin des bords que l'Yonne arrose ,
Pour former un Bouquet digné d'orner to
sein ,
L'Amante de Zephire envain ,
Me présente en ces lieux et le Lys et la Rose.
Therese , est- ce de fleurs dont je dois te con
vrir ?
Ton teint fait honte aux dons de Flore ;
Les trésors qu'elle fait éclore ,
Un jour les voit naître et mourir ;
Et de Sens à Châlons j'ai vû six fois l'A
rore
Baigner de pleurs la voye où je devois courir.
Que t'offrirai -je donc , pour tenir ma pro
messe ?
Des vers la Saone et le Permesse
Ne coulent pas également.
Mon coeur il te jura sa constance à Varci
les ;
*
* Petit Village à trois lieïes de Seng
1. Vob
Et
2701 MERCURE DE FRANCE
Et trois baisers cücillis sur tes levres vermeil
les
Furent le prix de ce serment.
Faut-il qu'une absence cruelle
Mette obstacle en ce jour à mes tendres de
sirs !
Ah ! M ………… quand je viens t'offrir le même
zele >
Que n'ai-je les mêmes plaisirs .
M. de Broglio , de
Martegues en Provence
,
Le 6.
Decembre , les Officiers de la
Chambre de M. le Duc
d'Orleans , voulant
donner des
marques
publiques de
leur
attachement et de leur zele au sujet
de
l'heureuse
convalescence de ce Prince
et du Duc de
Chartres , son fils unique ,
firent chanter
solemnellement dans l'Eglise
des Peres de l'Oratoire de la rue
S.
Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de
Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit
éxecuter par un excellent
Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie
Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deum fut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel
l'Archevêque deRouen
officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE . 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse
de Conty , et d'un très grand nombre
de personnes de distinction . M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme
de la Chambre de M. le Duc d'Orleans
, reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté
des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite . Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens
pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute !, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement
en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme
à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche
étoit surmonté d'une grande Couronne
en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas
cramoisi , galonnez d'or , surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands . Ces Rideaux festonnez
aussi au pourtour , tomboient négligemment
sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels
on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles . Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres
chacun . En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres
,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal
à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient
alternativement ; et vis - à - vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé
un Lustre de 12 lumieres .
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes
de Piramides , en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune
trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement
, ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée
d'une tres - belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard
et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche , placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion , posée sur la même ligne
, ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse
du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque
de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres
, garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,
de la jeune Princesse de Conty
, et de plusieurs Personnes de la premiere
distinction .
EPITHALAME ,
Sur le Mariage de Monsieur ... avec
Mademoiselle ...
Nul
Ans nos Cantons l'Hymen étoit en
larmes , DA
encens pour ce Dieu ne brûloit au Hameau
;
L'Amour lui refusant ses armes ,
Ii étoit prêt d'éteindre son Flambeau.
Il suspend enfin sa colere ,
* J'aime I.Vol
DECEMBRE . 1732 .
2709
J'aime encor mieux , dit - il , en mon malheur,
Porter mes plaintes à ma mere ,
Il part. Venus sensible à sa juste douleur ,
Ordonne à Cupidon son frere ,
De lui prêter son Arc , ses Traits et son Carquois..
Mars sur tout , certains Traits dont usant avec
choix ,
Il sçaura triompher des coeurs les plus rebelles,
A l'instant le jeune Daphnis ,
Et la charmante Amarillis ,
De vertus insignes modelles ,
Se sentent par ce Dieu percez d'un même Trait
Le Tendre Hymen glorieux , satisfait ,
S'applaudit en secret d'une telle victoire ,
Mais bientôt témoins de sa gloire ,
Les Nimphes , les Bergers , les Sylvains d'alentour
,
Dans les Jeux , les Festins , dans leurs Danses
legeres ,
Par les transports les plus sinceres
Font éclater leur joye en ce beau jour .
Idalie , Alidor , Iris , Cloé , Titire ,
Enfin tout le Hameau , sur de si nobles feux ,
N'a qu'une voix , forme les mêmes voeux ,
Mais des voeux que l'estime inspire ,
Une voix , que sans doute authorisent les Dieux
Fasse le Ciel , qu'à l'abri de l'envie ,
I- Vol.
te
2710 MERCURE DE FRANCE
Et dans les liens les plus doux ,
Soient unis pour jamais ces illustres Epoux,
Que durant vingt lustres de vie ,
Ils goutent la félicité ,
Le bonheur de jouir ensemble ,
D'une aimable posterité ,
Qui les imite et leur ressemble,
Par M. de Sommevesle , de Châlonss,
D
?
MORTS.
Ame Catherine de Romanet , veus
ve de Jean Racine , Trésorier de
France à Moulins , Secretaire du Roy , et
Gentilhomme Ordinaire de S. M. mourut
à Paris le 15 Novembre , dans la 79 €
année de son âge. Elle a été inhumée
dans l'Eglise de S. Etienne du Mont , sa
Paroisse auprès des Cendres de son
Epoux , laissant deux Fils , et trois Filles
de l'illustre Racine , tous heritiers de
l'esprit , qui l'a tant fait connoître dans
le monde , et encore plus de la pieté dans
laquelle il mourut en 1699. et qu'elle a
toujours cultivée depuis dans la Retrai
te et dans la Pratique des bonnes oeuvres.
Claude -Roch Titon , Chanoine Regu-
I. Vol. lien
DECEMBRE. 1732 2717
*
lier de Sainte Geneviève , Prieur et Curé
de S. Fulgence de Bourges , mourut en
son Prieuré le dernier Novembre , dans
la 73 ° année de son âge. Il s'est distingué
par ses talens pour la Prédication . Il a
laissé aussi plusieurs Poësies Chrétiennes,
manuscrites . Il étoit frere de M. Titon du
Tillet , Auteur du Parnasse François ,
exécuté en Bronze . & c .
-
Pierre Charles Herault , Abbé de
l'Abbaïe jde Joüy , Ordre de Citeaux ,
Diocèse de Sens, mourut le 1 de ce mois,
dans la 40 année de son âge.
Jacques AlaindeGontaultد de la
Branche de Cabreres , distincte de la
Branche de Gontaut de Biron depuis plus
de 200 ans , à present éteinte , Doyen du
Chapitre de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , Abbé des Abbayes de S. Pierre de
Lagny , et de S. Ambroise de Bourges
mourut à Paris le 15 de ce mois , âgé
d'environ 67 ans.
Dame Jeanne - Françoise Dauvet Desmaretz,
Epouse de François - Louis le Tellier
, Comte de Rebenac , Marquis de
Souvré et de Louvois ; Maître de la
Garde - Robbe du Roy , Lieutenant
General pour Sa Majesté au Gouvernement
de Navare et Païs de Bearn ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie de
I. Vol.
SOB I
2712 MERCURE DE FRANCE
son nom ; décédée le 17 Decembre, âgée
de 25 ans et demie.
***** **:* :*******
EPIGRAMME ,
Contre un Medecin qui avoit condamne
l'Auteur dans une maladie.
Dans le fort de ma maladie ,
Le Medecin Lucas publioit en tous lieux
Que c'en étoit fait de ma vie ,
Et que j'aurois bien- tôt le sort de mes ayeux.
Mais tout à coup mon mal s'arrête
La fiévre exhale son venin ,
Et le prognostic du Prophete ,
Fait qu'on se rit du Médecin.
Condamne-moi , Lucas , si le mal me ratrape
Car bien loin de me faire tort ,
Si tu juges que j'en échape ,
L'on peut compter que je suis mort,
M. de Mertessaignes de Pradelles .
ADDITION.
Ous avons omis , faute d'instruc-
Ntion , de parler de la mort de M.
N. Tartarin, Ecuyer, Bâtonnier des Avocats
du Parlement, Conseiller , Secretaire
I. Vol.
du
DECEMBRE. 1732. 2713
du Roy , et Avocat General de la Reine,
arrivée le onze Septembre dernier. L'omission
ne sçauroit être mieux reparée
qu'en inserant icy l'Eloge public dont
M. le Premier Président a honoré la mémoire
de ce celebre Avocat, le 9 Decembre
, à la rentrée du Parlement. On vient
de nous l'envoyer.
M. le Premier Président dans la suite
de son Discours , des plus éloquens , s'addressant
aux Avocats , dit : La perte de celui
de vos Conferes, qui après avoir passé par
toutes les épreuves , vient de consommer sa
vie dans les fonctions les plus honorables du
Barrean, excite également nos louanges et nos
regrets une vie laborieuse ; un travail opiniâtre
, une application infatigable , ` lui
avoient acquis cette force de raisonnement , ce
fond d'érudition qui éclatoit dans tout ce qui
sortoit de ses mains , et donnoit un si grand
prix à ses avis. Attaché par les liaisons les
plus intimes aux Magistrats du premier
Ordre , il jouissoit également de leur amitié,
de leur estime , de leur confiance. Appellé ,
par choix dans les Conseils des Princes , son
Suffrage y decidoit souvent des affaires les
plus importantes ; et parvenu aux honneurs
qui ne se déferent qu'au mérite et à l'ancienneté
des services; il goutoit dans la recherche
et l'approbation du public le plus doux fruit
I. Vol. de
Tij
2714 MERCURE DE FRANCE
de ses longs et recommandables travaux.
Tant de distinctions propres à le flater , n'avoient
pas été capables de l'éblouir, et l'on ne
vit peut-être jamais plus de sçavoir , avee
plus de deffiance de ses propres lumieres.
M. l'Avocat General Gilbert de Voisins
dit aussi de tres- belles choses , au sujet
de M. Tartarin , dans sa Harangue du
même jour.
Sur des Fleurs présentées à Mad*** d'Hon
fleur, le jour de sa Fête .
BElle Hismene , ces fleurs naissantes ,
Sur votre sein vont trouver leur tombeau
Vos attraits sont divins , vos vertus éclatantes ,
Pouvoient-elles jamais avoir un sort plus beau
Par M. H...
EXTRAIT d'une Lettre , écrite par
l'Auteur du Voyage de Normandie , à

·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation
sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous
que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie , imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol.
du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
de voir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque
de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve
que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile
de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à
personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat
de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. I iij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag . 2128. à l'occasion
de la ceremonie de la premiere-
Entrée publique des Evêques de Bayeuxdans
cette Ville , et de la prise de possession
de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé
en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
en a paru une Relation en forme de Letaddressée
par M. le Chevalier de
S. Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse
, imprimée à Caën. Cette Relation
, continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées
, qu'on peut dire qu'elle n'a contenté
personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement
de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory
, ne merite rien moins que cette qualification
. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi-
1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question . Deux mots vont vous
apprendre comment .
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession
de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit- il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée
sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Cavelier
, broch. in - 4 . de 16 pages , adressée
à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue
presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite . J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit
envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef , et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu .
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur
, que je ne sçaurois trop- tôt rectifier
, que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûré que M. le Chevalier de S. Jory
, que je n'ai pas l'honneur de connoître
, est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce que je reconnois
aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse
de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs
Bourgs de Normandie , fait actuellement
le sujet des recherches dont
vous avez besoin . J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels
, ou prévenus de leur prétenduë capacité.
Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc-
1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion
de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , & c.
A Paris , lex Decembre 1732.
MADRIGAL.
A Madlle de Catellan , Maîtresse des
Jeux Floraux de Toulouse
jour de sa Naissance .
L
• pour
le
Es Graces en ce jour et les Vertus naquirent
,
Les Dieux en vous les réunirent.
Rendre heureux un Mortel étoit l'objet des
Cieux :
Mais vous avés trompé , trop aimable Clarice
,
Par une cruelle injustice ,
Et les voeux des Mortels et l'attente des Dieux.
Ce Madrigal convient à une Demoiselle
qui a meprisé les engagemens du Mariage
pour s'attacher à cultiver les Belles-
Lettres.
1. Vola
IV LET
2720 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M... écrite à un de ses
J
amis au sujet des Curiositez qui se trouvent
dans le Cabinet de M. Paul Lucas,
à Paris.
"Ai été , Monsieur , rendre visite à
M. Paul Lucas , recommandable par.
tous les Voyages qu'il a faits dans le Levant.
Ce sont , comme vous sçavez , les .
plus belles Régions du Monde , où les
Faits historiques de la premiere Antiquité
se sont passez , et où les Sciences et les
Arts ont pris leur origine.
M. P. Lucas a trouvé dans ces agréables
Contrées de quoy satisfaire la curiosité
des Sçavans en beaucoup de genres
. Il m'a fait l'amitié de me montrer
son fameux Cabinet . On y voit un grand
nombre de toutes les raretez que l'on
peut rapporter de l'Orient.
$
Vous m'avez témoigné , Monsieur , que
je vous ferois plaisir de vous en faire le
détail. Une premiere visite ne m'a pas .
permis d'éxaminer à fond tout ce que .
j'ai pû y remarquer , mais je vais cependant
vous satisfaire , autant que je le
pourrai.
Je commence par vous dire que je ne
connois point à Paris de Cabinet qui mé-
1. Vol. rite
DECEMBRE. 1732 2721
quatite
plus d'attention . Ce que j'ai d'abord
regardé comme la picce la plus remarquable
est la figure de la Déesse Cerés , qu'il
a apportée d'Athenes , il y a plus de
rante ans. Elle a deux pieds quelques
pouces de hauteur. Elle est assise sur un
siege fort singulier, de beau Jaspe floride ·
Oriental. Toutes les extremitez de la Figure
sont de Bronze , comme la tête , les
mains , les pieds et les attributs qu'elle
tient ; sçavoir , un flambeau de paille
de la main droite , et une corne de Bouf
de la gauche. La base est de pierre de
Parangon , pierre de touche. Son habillement
est d'Albâtre blanc.
On voit de plus un grand nombre d'autres
curiositez qui sont uniques ; car ce
Cabinet est rempli d'une grande quan-'
tité de Bronzes d'Egypte et de tous les
autres Païs du Levant , de la Grece et
de la Macedoine. Il y a entre autres
deux Bronzes qui sont uniques en Europe.
Ce sont deux Gimnosophistes qu'il ·
a apportez de Perse.
4
On y voit une grande quantité de Lares
ou Dieux Penates des Payens . Le nombre
qu'il en a ne pourroit pas être acquis
en plusieurs années .
J'y ai aussi remarqué un Buste antique
de Scipion l'Africain , un autre de
I. Vels I vj Man2722
MERCURE DE FRANCE
Manlius , un d'Atis et un de Maximin.
Ces deux derniers sont revétus d'Albâ
tre Oriental.
Il a six Cabinets remplis de Médailles
antiques et modernes ; beaucoup de
Pierres gravées en creux et en relief de
differentes especes , comme Agates ,
Cornalines , Sardoines , Jaspes et autres.
Il m'a de plus fait voir son Herbier , composé
d'environ trois mille Plantes differentes,
toutes apportées d'Orient, dontil a écrit
les vertus et les proprietez. Son Droguier
est des plus curieux ; il est composé
de plusieurs sortes de Drogues inconnues
en Europe , comme la Corne du
pied de la Giraffe , la Gomme Caradeny
le Corail noir et une infinité d'autres Drogues
, dont les qualitez et les effets sont
surprenants.
د
Je ne vous parlerai point d'un assemblage
de Coquilles tout- à- fait extraordinaire
, mais je n'ai pû m'empêcher d'admirer
les beaux morceaux de Pierres
Orientales , dont il a plusieurs Blocs ,
comme Sardoines , Jaspes , Cornalines et
Jades. Il en a un entre autres qui pese
environ deux cent livres .
De tout ce que j'ai vû dans ce Cabinet,
rien ne me feroit plus de plaisir que d'ayoir
une de ces Pierres qui y sont en
1. Vol.
quang
DECEMBRE . 1732. 2723.
quantité et dont notre Voyageur n'a
point encore donné de connoissance
jusqu'à présent ; ces Pierres sont dures
comme l'Agathe. Elles sont marbrées de
rouge et de blanc , transparentes et d'un
beau poli ; on leur attribuë de grandes
vertus.
On prétend , par exemple , qu'une
personne qui porte une certaine de ces
Pierres sur soi , ne peut être attaquée de
pleurésie. On l'enchasse dans une Bague
à jour , ensorte que la Pierre touche la
chair , et il faut que toute la monture
soit d'argent. Elle soulage dans l'instant
une personne attaquée de cette dangereuse
maladie et la guérit , dit- on , en
peu de temps. Elle a encore une autre
proprieté , c'est d'empêcher que les mauvaises
humeurs ne se mêlent avec le
sang. Presque tous les Orientaux portent
sur eux de ces Pierres qui sont nommées
en Turc Doste Kandan , c'est - à - dire
l'Ami du sang. La connaissance de toutes
ces Pierres en general , peut fournir
aux Sçavans une belle matiere de philosopher.
>
J'aurois à vous parler encore de plusieurs
especes d'animaux qui ne sont
point connus en Europe , et de diff rentes
Armes des Pays Etrangers , dont ce
I. Vol
Cabinet
2724 MERCURE DE FRANCE
Cabinet est orné. J'espere vous ene
faire part dans ma premiere Lettre , en
vous envoyant un détail exact de ce que
j'observerai de plus curieux en visitant
de nouveau ce beau Cabinet , et je suis
persuadé que vous ne regretterez pas le
temps que vous employerez à lire mes
Lettres , dans lesquelles je m'attacherai
toûjours à contenter votre curiosité . Je
suis , Monsieur , &c.
A Paris le 8. Décembre 1732 .
LES SAISONS ,
CANT ATE
A mettre en Musique. ·
Quand l'Air , le Feu ; la Terre et l'Onde , -
Furent débrouillez du cahos ;
Vertumne regna seul dans l'Empire du Monde ,
Durant cet âge heureux du premier des Métaux.
Mais lorsque le Dieu du Tonnerre ,
Eat détrôné son pere , on lui ravit ses droits.
Cérés , Bacchus , l'Hyver , par une horrible =
guerre ,
Renverserent toutes ses Loix.
Et bien-tôt ses couleurs ne parerent la Terre ,
Qu'en ce temps où l'Amour vient vuider son
Carquois.
I. Vol
DECEMBRE. 1732. 2725
Air.
Ah ! sans ce malheur déplorable ,
Que les Mortels seroient heureux !
Le doux Printemps seroit durable ,
L'Amour n'éteindroit point ses feux ;
Du Dieu que chante Philoméle ,
Dans ses mélodieux Concerts ,
Tous les coeurs pourroient ainsi qu'elle ,
Jusqu'au tombeau porter les fers..
Ah ! & c. .
Récitatif.
Mais quoi ! Vertumine fuit,le tendre Amour s'enga
vole ;
Philoméle gémit en traversant les Airs ,
Et les brulans Sujets d'Eole ,
Embrasent déja l'Univers ,
L'abondante Cérés regne dans les Campagnes ;
De ses dons précieux l'or brille en nos Vallons ,
Et l'espoir d'en jouir , de l'Hôte des Montagnes s
Va faire celui des Sillons.
Air..
Imitons sa sage prudence ,
Après les plaisirs du Printemps,
Pensons à ceux de l'abondance ;
S'ils sont moins doux , ils sont constans.
Que tout encense la Déesse ,
1. Vol. Qui
2726 MERCURE DE FRANCE
Qui vient nous donner de beaux jours ,
Quand a disparu la jeunesse ,
Sur l'aîle des tendres Amours .
Imitons , &c.
Récitatif.
Dieux ! quel nouveau spectacle à mes yeux se
présente !
Je vois tous les Côteaux de la Pourpre couverts ;
Cérés fait place au Dieu dont la Liqueur char
mante ,
Fait les plaisirs de l'Univers.
Pomone vient mêler ses fruits à la vendange ;
Tout charme l'espoir des Buveurs ;
Le Thyrre est triomphant , et le vainqueur
Gange ,
Reçoit aussi l'encens des coeurs.
Aire
Livrons- nous à la douce yvresse,
De son agréable boisson ;
Elle éteint le mal qui nous presse ,
En submergeant notre raison.
Dans cette Liqueur immortelle ,
On trouve la felicité,
L'Amour est perfide , infidelle ;
Bacchus seul est la verité.
Livrons , &c.
1. Vol.
Rici
DECEMBRE. 1732. 2727.
Récitatif.
Mais hélas ! l'Hyver vient ravager la Nature ,
Sur un Trône éclatant de nege et de glaçons ,
It déja nos Forêts ont perdu leur parure ,
Par le souffle des Aquillons.
Tout tremble à son aspect terrible ;
Les seuls plaisirs n'en sont point allarmez ;
Plus sa rigueur devient sensible ,
Plus des Mortels ils sont aimez.
Air.
L'Hyver,quoiqu'un Dieu redoutable,
Brille à mes yeux de mille attraits ,
En ce qu'il est inséparable ,
Des Jeux , des Ris et de la Paix ;
Son regne est celui des délices ;
·
Chacun peut sans soins , sans travaux ;
Avoir part aux doux sacrifices ,
Qu'il exige de ses Rivaux.
L'Hyver , &c.
Le Memoire qui suit et que nous don
nons dans les mêmes termes que nous
l'avons reçû , instruira le Public de la
décision d'une grande Affaire Ecclesias
tique.
Le grand Procès touchant la Vicairie
Apostolique et l'Officialité érigée en la
I. Vol.
Ville
2728 MERCURE DE FRANCE
Ville d'Antibes dans des temps de trouble
et de schisme , par les Bulles des-
Papes Jean XXIII. Marin V. et Eugene
IV. a enfin été jugé définitivement par
Arrêt du Conseil d'Etat du. 11. Octobre
1732. rendu en faveur de M. d'Antelmi,
Evêque de Grasse ayant repris la suite
de cette affaire , qui dure depuis 150. ans.
L'Arrêt déclare qu'il y a abus dans lesdites
Bulles , et sans s'arrêter à tout ce
qui s'en est ensuivi concernant ladite
érection et le démembrement des fonctions
Episcopales des Evêques de Grasse ,
de leur Jurisdiction en ladite Ville, maintient
l'Evêque de Grasse et ses Successeurs
, dans le droit d'exercer toute Jurisdiction
Episcopale dans ladite Ville et
Territoire d'Antibes , comme auparavant.
lesdites Bulles . Il y a eu sur cette Affaire
des Memoires très-curieux,imprimées,
chez Pierre Prault et la Veuve Saugrain ,
sous le Quay de Gesures , à Paris .
L'Académie Françoise donnera le 25
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch . 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE . 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque
l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
On écrit de Bologne de la fin du mois
dernier , que la sçavante Dona Laura Ca--
therine Bussy , dont on a déja parlé plusieurs
fois continue à donner de tems
en tems des marques éclatantes de son
sçavoir et de sa profonde érudition . Outre
les differentes Theses qu'elle a soutenuës
en public avec un applaudissement
general , elle répondit dernierement avec
beaucoup de solidité à diverses questions
qui lui furent faites en présence de trois
Ĉardinaux , six Prélats et plusieurs autres
personnes de distinction , par huit
Professeurs en Theologie et en Philosophie
de cette Université. On dit que cette
Sçavante ira dans peu à Rome , à Florence
et à Venise pour s'entretenir avec
les Académiciens de ces Villes.
On mande d'Italie que le sieur Schiof-
I. Vol. fine .
2730 MERCURE DE FRANCE
fino , celébre Sculpteur de Genes , avoit
fini depuis peu le grand Crucifix de marbre
et plusieurs autres Statues qu'il faisoit
pour le Roi de Portugal.
>
Le sieur Martin l'aîné , qu'on peut dire
avoir considerablement, enrichi les
beaux Arts en Europe , en imitant et
surpassant même à beaucoup d'égards
les plus beaux Ouvrages en Vernis unis
et de relief , de la Chine et du Japon
donne avis au Public , que pour s'accommoder
au tems et aux personnes qui ne
veulent pas faire une grande dépense , il
entreprend des Lambris , Frises , Plafonds
, impressions , bronzures , peintures
ordinaires , generalement toutes sortes
de Vernis , et autres Ouvrages au prix
courant , pour décorer les Appartemens ,
d'un goût nouveau agréable , avec figures
de relief et de diverses couleurs .
Il entreprend aussi des Carosses en beau
vernis en avanturine , &c. les fait peindre
et dorer , et garantit la dorure des
injures du tems . Le tout à un prix raisonnable.
,
Sa demeure est toujours grande ruë da
Fauxbourg S. Denis , chez la veuve Rivet
, près la Grille
I. Vel ARDECEMBRE.
1732. 273
'ARRESTS NOTABLES.
RREST du 14. Octobre , qui décharge
des droits d'enregistrement et de contrôle ,
les adjudications des Bois des Communautez Ecclesiastiques
et Laïques , Beneficiers et Gens de
Main-morte , faites en vertu d'Arrêts du Conseil
et Lettres Patentes.
AUTRE du 28. Octobre , qui permet la
sortie des grains pour l'Etranger par differens
Ports de Bretagne , en payant dix sols par tonneau
de froment ou méteil , et huit sols par
tonneau de seigle , orge , baillarge et autres me,
nus grains.
AUTRE du 28. Octobre , qui déboute les
Habitans des Paroisses et Communautez de Comtes
, Cauron et S. Vast en Artois , à eux joints
les Etats de ladite Province , de leurs demandes
et ordonne l'execution de l'Arrêt du 21. Février
1690. et de la Déclaration du premier Août
1721. portant Reglement pour la Régie du Tabac
, la deffense des plantations et les visites des
Employez , dans les Paroisses de l'étendue des
trois lieues de ladite Province d'Artois , limitro
phes de celle de Picardie,
AUTRE du 11. Novembre , qui ordonne
que tous les Exploits de saisies , oppositions ou
empêchemens à la délivrance et payement des
sommes assignées et employées dans les Etats du
Roy, expedicz pour la distribution des deniers
des Fermes , remboursemens des avances des Fermiers
, et tous autres remboursemens , charges et
dépenses concernant la Regie desdites Fermes ,
I. Vol,
seront
2732 MERCURE DE FRANCE
seront visez et paraphez sans frais par le sieur
Gaultier , Receveur general desdites Fermes.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
Pierre Carlier et ses Cautions , cy- devant Fermiers
Generaux des Fermes- Unies , ne pourront
être assignez qu'en leur domicile à Paris ,
duits ailleurs qu'en la Cour des Aydes de Paris ,
pout raison des affaires des Fermes- Unies concer
nant ledit Bail .
ni tra-
AUTRE du 22. Novembre , qui ordonne
l'execution de celui du 15. Janvier 1732. en ce
qui concerne les Factures que les Fabriquans doivent
délivrer pour chaque balle ou ballot de
draps destinez pour les Echelles du Levant.
AUTRE du 9. Décembre , enregistré en la
Cour des Monnoyes le 17. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1733. le prix des anciennes
Especes & Matieres d'or et d'argent,
Le second Volume du Mercure de ce
mois est actuellement sous presse et paroîtra
incessamment.
TABLE
Ieces Fugitives , le Travail , Ode ,
Pi
2521
Les Ames Rivales , Histoire Fabuleuse, 2529
Ode sur l'Amitié ,
2545
Deuxième Lettre Historique sur le Marquis de
Rosny ,
Chansons de Mlle de Malcrais ,
2550
2562
Lettre sur la réimpression des Romans de Mile
de Scudery ,
Missive à l'Infante de Malcrais , &c.
Cantate sur la Naissance de J. C.
2567
2570
2575
Ode sur la Convalescence du Duc d'Orleans, &c.
2577
Sixième Lettre sur Oran ,
2581
Requête en Vers au Prévôt des Marchands, 2589
Lettre sur l'Histoire de l'Eglise de Meaux , 2591
A Mlle Malcrais de la Vigne ,
A Madame ***
2593
2597
Extrait d'un Mémoire sur la vîtesse des Eaux ,
& c.
2599
Epitre à M. de Voltaire par Mlle de la Vigne ,
Sonnet ,
Enigmes , Logogryphes , &c.
>
2605
2613
2614
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , & c. Mémoires
pour servir à l'Histoire des Hommes
illustres ,
Bibliotheque Germanique , &c.
Prix de la Societé des Arts ,
Nouvelles Estampes ,
Chansons notées ,
Spectacles
2618
2627
-2639
2641
2647
2648
Cassius et Victorinus , Tragédie , Extrait, 2649
La Soeur Ridicule , & c. 2660
Arlequin au Parnasse , ou la Folie de Melpomene
, & c .
2667
L'Opéra de Biblis , Extrait , 2674
Isis , Opera remis ,
2683
Ode imité d'Orace , 2686
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse, 2688
Allemagne et Italie , 2689
Espagne , d'Oran , &c. 2692
Hollande et Pays - Bas , 2696
2697 Bouquet et présent de Confitures
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c . 2699
Service solemnel pour les Musiciens de Paris, 2701
Bouquet à *** 2703
Convalescence du Duc d'Orleans , Actions de
Graces , & c.
Epitalame ,
2704
2708
Morts , & cp
2710
·Epigramme ; 871
Addition , mort de M. Tartarin ;
Extrait de Lettre de l'Auteur du Voyage
mandie ,
Ibid.
de Nor
2714
2719
Lettre sur le Cabinet de M. Paul Lucas , 2720
2724
2727
2728
Madrigal à Mlle de Castellan ,
Les Saisons , Cantate ,
Vicairies Apostoliques d'Antibes ,
Prix de l'Académie Françoise ,
Arrêts Notables ,
Erraia d'Octobre.
2738
ALa page 2140. ligne 14. après le Vers , į
chante la Palinodie , ajoûtez ,
Purgatifs , et Phlebotomie ,
Je m'étois toujours révolté ;
Mais d'une triple maladie.
Par leur secours ressuscité ;
Dans ce Vers d'Horace emprunté
Je chante la Palinodie , &c.
Et chez lui , &c,
PAR
Errata de Novembre.
Age 2493. 1. 23. de , lisez à . P. 2495. l. 137
Bravet , . Blavet. P. 2507. l. 16. Duvay ,
1. Durey,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 2584.1. 1. avec 22. 1720. ,l2i6s2ez1.alv.o2i7t.. dP'.Os2s5a9l2.
1. d'Ossat . P. 2648. l. d . vous , l. nous. P. 2659a
1. 11. pere , 1. fils. P. 2662. 1. 1. neuf , 1. neuve.
P. 2674. 1. 19. le , l. sc.
L'Air noté doit regarder lapage a642
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
DECEMBRE . 1732 .
SECOND VOLUME.
COLLIGIT
SPARGIT
Papiliot
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIEN
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont -Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXII .
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
1
L
'ADRESSE generale eft à
થી ઢે
Monfieur MOREAU , Commis
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran-
و
au
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mer- .
cure, à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė:
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter fur
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
DECEMBRE .
1732 .
SECOND
VOLUM E.
************************
PIECES
C
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
OD E.
A LA
POESIE .
'Est toi , divine Poësie ,
Qu'on entend seule dans les Cieur
De concert avec
l'Ambroisie ,
Tu donnes l'être à tous les Dieux {
Apollon te tient lieu de Pere ;
Il
commande qu'on te revere ,
Et qu'on t'éleve des Autels,
II. Vol. A ij Los
2734 MERCURE DE FRANCE
Les chastes filles de memoire ,
Ne cessent de chanter ta gloire ,
Et de l'inspirer aux Mortels,
Ils étoient avant te connoître ,
Errans dans le vaste Univers ;
Mais dès qu'ils te virent paroître ,
Charmez de tes accens divers ,
Ennemis de la solitude ,
Ils coururent en multitude ,
Jouir des fruits de ta beauté ;
Bien -tôt leurs rustiques aziles ,
Formerent de superbes Villes ,
Ou ton nom seul fut respecté.

Quelle fut alors ta puissance
Tu regnois seule dans les coeurs ;
Sans effort et sans violence ,
Tout fléchissoit sous tes douceurs,
Maîtresse de toute la Terre ,
Tu sçus sans le Dieu de la guerre ,
Sur le Trône placer des Rois ;
Et des fiers Lions de la Thrace ,
Adoucir la féroce audace ,
Par les seuls charmes de ta voix.
II, Vol.
On
DECEMBRE . 1732. 2735.
On ne vit plus cet air
sauvage ,
Regner parmi les Nations,
Chacun de ton divin langage .
Faisoit ses occupations.
Jusques à la Philosophie ,
Cette fille du Ciel chérie ,
Emprunta l'éclat de tes sons;
Afin d'être sûre de plaire ,
Et de paroître moins severe ,
En donnant ses sages leçons.
Dans peu sur la double Colline ,
On vit monter tes Favoris ,
Soutenus de l'ardeur divine ,
Dont tu remplissois leurs esprits .
Une Couronne toute prête ,
Les attendoit au haut du faîte ,
Pour prix de leurs rares efforts ;
Les Mortels qui s'en voyoient ceindre ,
N'avoient plus desormais à craindre ,
D'augmenter le nombre des Morts.
Par ton secours le tendre Orphée ,
Jadis dans l'infernal séjour ,
Se sçut élever un Trophée ,
Dont se glorifia l'Amour.
11. Vol.
Pluton
A iij
736 MERCURE DE FRANCE
Pluton , Némesis , les Furies ,
Suspendirent leurs barbaries ,
Et Cerbere ses hurlemens ;
Aux premiers accords de sa Lyre ,
Les plaisirs dans le sombre Empire ,
Prirent la place des tourmens.
Arion en Proye aux Corsaires ,
'Alloit voir terminer son sort :
Déja par leurs mains sanguinaires ,
Il voyoit préparer sa mort ,
Mais par la puissance infinie ,
De ton attrayante harmonie ,
Il désarma leur cruauté ;
Et força le Peuple de l'Onde ,
A quitter sa Grotte profonde ,
Pour lui rendre la liberté.

Thebes vit jadis ses murailles ,
Renaître à la voix d'Amphion.
Oui, c'est ainsi que tu travailles .
Fille pleine d'invention ;
Tu lui fis faire ce miracle ,
Sans qu'il trouvât aucun obstacle ,
Dans son projet audacieux .1
Quel n'est pas ton bonheur suprême ?
II. Vol. Le
DECEMBRE.
1732 2737
Le Dieu du Tonnerre lui-même ,
Tient de toi le Sceptre des Cieux !
Qu'un Héros gagne des batailles ,
Et renverse mille remparts ;
Que la mort et les funerailles ,
Suivent par tout ses Etendarts.
Quoiqu'en dise la Renommée ,
Cette gloire n'est que fumée ,
Le temps la met vite au tombeau ;
Son bras eût-il lancé la foudre ,
Réduit tout l'Univers en poudre ,
Cela n'est rien sans ton Pinceau ,
Le Dieu qui fit armer la Grece ,
Contre les malheureux Troyens ,
Le Dieu qui nous plaît , qui nous blesse ,
Le fait souvent par tes moyens .
De l'ame la plus indocile ,
Tu lui rends la route facile ,
Tu l'y fais regner en vainqueur.
Il en seroit bien moius à craindre ,
Si tu ne l'aidois à se plaindre ,
Quand on l'accable de rigueurs.
Je ne marche dans ta carriere ,
II. Vol. A iiij
En2738
MERCURE DE FRANCE
Encore que d'un pas tremblant ;
De peur
de heurter la barriere ,
Qui deffend d'aller en avant .
Heureux si dans cette peinture ,
Ebauche foible et sans parure ,
De ce que peuvent tes attraits ,
Je pouvois avoir l'avantage ,
.
Que l'on reconnut ton ouvrage ,
Ou du moins quelqu'un de tes traits.
M. de S. R.
ののののの
EXTRAIT des Plaidoyers prononcer
an College de Louis le Grand.
Ο
N continue à faire dans ce College
tous les ans avec un succès constant
des Plaidoyers François , qui pour l'ordinaire
se font sur des sujets propres à
former l'esprit et le coeur de la jeune
Noblesse qu'on y éleve .
Le Pere de la Sante , Jesuite , l'un des
Professeurs de Rhétorique , en fit réciter
un le 27. d'Août dernier , dont nous allons
donner l'Extrait , et dont voici le
sujet tel qu'il étoit dans le Programme
imprimé.
II. Vol. DEDECEMBRE.
1732. 2739
DELIBERATION concernant la
jeune Noblesse d'un Etat . Sujet traité
en forme de Plaidoyer François , par
les Rhétoriciens du College de Louis
LE GRAND.
Le jeune Casimir , Prince des plus verò
tueux qu'ait eûs la Pologne , indigné des désordres
qui commençoient à s'introduire parmi
la jeune Noblesse de sa Cour , pressa
fortement le Roy son pere de réprimer cette
licence par des Loix salutaires. Le Roy
Casimir III. surnommé le Grand , établit
pour cet effet une Commission , à la tête de
laquelle il mit le Prince son fils , avec plein.
pouvoir de regler tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable au bien public , après avoir
entendu les discours et pris les avis des Commissaires.
Casimir nomme pour la discussion de cette
importante affaire,quelques Seigneurs des plus
reglez et des mieux instruits de la conduite
des jeunes gens ; il leur ordonne de proposer
en sa présence ce qui leur semble le plus
répréhensible , et même d'indiquer les moyens
qui leur paroissent les plus capables d'ar
rêter le cours du mal ; il leur promet au
nom du Roy une place plus ou moins distinguée
dans le Conseil d'Etat , suivant
Putilité plus ou moins grande de la décou-
II. Vol
verte A v
2740 MERCURE DE FRANCE
verte qu'ils feront et de la Loy qu'ils suggereront
en cette Seance.
Le premier qui parle , porte sa plainte contre
le Luxe ou les folles dépenses.
contre le Duel on le faux
Le second
point d'honneur.
Le troisieme , contre l'oisiveté ou la fai
neantise.
Le quatrième , contre l'indépendance des
jeunes Seigneurs.
Chacun d'eux prétend que le desordre qu'il
releve , mérite le plus l'attention du Prince ,
et la séverité des Loix. Casimir dresse les
articles de la Loy , décide sur l'ordre qu'on
·garderà dans l'execution , et regle le rang que
les quatre Commissaires tiendront dans le
Conseil d'Etat. Tel est l'objet de cette déliberation
et du jugement qui la doit suivre.
Casimir , dans un Discours Préliminaire
, fait voir quelle doit être la vigilance
d'un Prince sur tous les Membres
d'un Etat et particulierement sur la
conduite de la jeune Noblesse , dont les
exemples sont d'une utile ou dangereuse
consequence, parce que donnant des Maîtres
au Peuple , elle doit aussi lui donner
des modelles . Il invite les Seigneurs
qui composent son Conseil à l'éclairer de
leurs lumieres dans la délibération qui
doit préceder le Reglement general.
II. Vol. ExDECEMBRE
. 1732. 2741
}
EXTRAIT DU I. DISCOURS.
Contre le Luxe.
Les Partisans du Luxe employent deux
prétextes pour colorer leurs folles dépenses
; 1. elles sont , disent- ils , nécessaires
pour soutenir leur rang. 2 ° . Elles
contribuent même à la gloire et à l'utilité
de la Nation . Le jeune Orateur employe
deux veritez pour réfuter ces deux
prétextes ; 1º . le Luxe , bien loin de
mettre la jeune Noblesse en état de soutenir
son rang , ruine les esperances des
plus grandes Maisons. 2 ° . Le Luxe , bien
loin d'être glorieux et utile à la Nation
épuise les plus sures ressources.
Premiere Partie.
Sur quoi est fondée l'esperance d'une
grande Maison sur opulence qu'elle
possede ou qu'elle attend . Le Luxe épuise
l'une et met hors d'état d'acquerir l'autre.
Sur le mérite de ceux qui la compo-.
sent ? Un homme livré au luxe n'a gueres
d'autre mérite que celui de bien arranger
un repas , et d'autre talent que
celui de se ruiner avec éclat sur les places
distinguées qu'elle peut occuper ? mais
ou ces places sont venales , et alors ces
II. Vol. A vj jeunes
2742 MERCURE DE FRANCE
jeunes dissipateurs trouveront-ils de quoi
les acheter ? ou c'est la liberalité du Prince
qui en fait la récompense de la capacité
et de l'application d'un sujet habile et
laborieux ; sont - ils de ce caractere sur
les alliances honorables qu'elle peut former
mais où les trouver ? parmi des
égaux ? qui d'entre eux voudra courir les
risques de voir des biens , le fruit de ses
sueurs , devenir la proye d'un prodigue
qui en a déja tant dissipé ... pour soutenir
une maison chancelante ; il faudra
donc la dégrader , et mêlant un sang
illustre avec celui de quelqu'une de ces
familles ennoblies par une rapide et suspecte
opulence , acheter des biens aux dépens
de l'honneur , et former des noeuds
peu sortables , qui font la honte des Nobles
et le ridicule des Riches ... Qu'estce
qui a forcé tant de familles illustres
tombées par l'indigence dans une espece
de roture , à s'ensevelir dans le sombre
réduit d'une Campagne ignoré ? quest - ce
qui a confondu avec les fils des Artisans
les descendans de tant de Héros , dont
les mains enchaînées par la pauvreté , ne
peuvent plus manier d'autre fer que celui
des vils instrumens de leur travail ! remontons
à la source : c'est un Pere ou un
Ayeul prodigue qui a donné dans tous les
II. Vol. travers
DECEMBRE. 1732. 2743
travers du faste. Posterité nombreuse que
vous êtes à plaindre ! faut- il qu'un Pere
dissipateur enfante tant de miseres et dé
sole tant de miserables ? .. Le luxe n'est .
pas moins préjudiciable à l'Etat dont il
épuise les ressources.
Seconde Partie.
Il est certaines occasions d'éclat qui authorisent
une magnificence extraordinaire
: elle est alors légitime pour le particu .
lier , et glorieuse pour la nation . Mais
que ces mêmes Seigneurs n'écoutant que
leur passion pour le luxe , dissipent en
dépenses frivoles et le bien qu'ils ont , et
celui qu'ils doivent , et celui qu'ils esperent
; c'est un abus criminel , c'est une injustice
criante contre les droits du Prince ,
de leurs créanciers , de leurs enfans et de
la nation entiere , dont elle ruine le commerce
, et dont par - là elle épuise les ressources.
"
Il est certains besoins qui obligent le
Prince à demander des secours pour la
conservation de tout le corps de l'Etat :
si les particuliers prodiguent leurs fonds ,
comment préteront ils leur ministere au
maintien de tout ce corps ? le commerce
ne sera-t-il pas détruit, quand le marchand,
faute d'être payé, sera hors d'état de
payer
II. Fol
lui
2744 MERCURE DE FRANCE
lui -même , et quand obligé de faire une
banqueroute imprévue , il fera succomber
ses correspondants sous ses ruines ,
comment pourvoira un dissipateur à l'éducation
de ses enfans , dont il risque sur
une carte la fortune et la subsistance ? les
domestiques d'un tel maître , renvoyez
sans gages après plusieurs années de services
, ne sont-ils pas réduits à la plus déplorable
mendicité...Quelle inhumanité,
que de se repaître les yeux des larmes ameresque
l'on fait verser à tant de misérables ?
Que ne trempe -t- il ses mains parricides
dans leur sang ? que ne leur arrache- t il la
vie , puisqu'il les prive de toutes ses douceurs.
Ce furent ces considérations qui firent
autrefois proscrire le luxe de toutes les Républiques
bien réglées , comme une des
principales sources du renversement des
Empires ... L'Orateur conclut à réprimer
par une severité sans adoucissement une
licence qui est sans bornes ; et à faire , s'il
le faut , un malheureux pour le mettre
hors d'état d'en faire des millions d'autres.
EXTRAIT DU II. DISCOURS.
Contre le Duel.
Le duel , disent ses partisans , est une
II. Vol. voie
DECEMBRE . 1732. 2745
-voie glorieuse pour réparer l'honneur outragé
et c'est , ajoutent- ils, un moyen des
plus éficaces pour former des braves à
l'Etat. Pour détruire ces deux idées chimériqués
, l'Orateur en établit deux réelles
, par lesquelles il prouve 1 ° . que le
duel à plus de quoi deshonorer un ´homme
que de quoi lui faire honneur . 2 ° .Que
l'Etat y perd beaucoup plus qu'il n'y gagne.
Premiere Partie.
La premiere proposition doit paroître
aux duelistes paradoxe , on en établit la
verité sur les causes et les suites du duel.
Les unes et les autres deshonorent la raison
, et doivent le faire regarder comme
une insigne folie et comme l'opprobre de
l'humanité.
De quelles sources partent d'ordinaire
ces combats singuliers ? consultons les acteurs
de ces scenes tragiques ; c'est selon
eux courage , intrépidité, grandeur d'ame.
Consultons l'expérience , c'est fureur ,
emportement , petitesse d'esprit qui ne .
peut digerer une raillerie , ce sont tous les
vices qui font les lâches. Tel voudroit passer
pour un Achille , qui n'est au fond
qu'un Thersite decidé. On brave le peril
quand il est éloigné; approche- t - il ? la pa-
11. Vol. leur
2746 MERCURE DE FRANCE
leur peinte sur le visage des champions
annonce le trouble de leur esprit. Les uns
cherchent un lieu écarté, pour n'avoir aucun
témoin qui les censure , les autres
cherchent un lieu frequenté pour avoir
des amis officieux qui les separent. Les
separe- t-on ! on blâme en public comme
un mal dont on doit se plaindre , ce qu'en
secret on regarde comme un bien dont on
se felicite . A- t - on eu du dessous dans le
combat ? les glaives étoient inégaux , un
hazard imprévu a decidé la querelle & c .
D'autres vont au combat avec moins
de lâcheté y vont- ils avec moins de folie
? Quel sujet les arme communément ?
un étranger paroît dans la ville ; il passe
pour brave , on veut être son ennemi. Il
faut du sang pour cimenter la connoissance,
et pour paroître brave devenir inhu
main. Cent autres sujets plus legers armcnt
cent autres combatans plus coupables
. Quelles horreurs ! deux rivaux se
font un divertissement de ces combats
sanguinaires on en a vu autrefois s'enfermer
dans des tonneaux où ils ne pouvoient
reculer et là renouveller les scenes effrayantes
des cruels Andabates , qui se portoient
des coups à l'aveugle , comme pour ne pas
voi la mort q'ils s'entredonnoient On en
a vu d'autres s'embrasser avant que de
II. Vol.
s'égorger
DECEMBRE. 1732: 27+7
27+7
s'égorger , et le symbole de l'amitié devenir
le signal d'un assassinat.
Je n'attaque jamais le premier, dira quelqu'un
: Je vous loue; mais pourquoi vous
attaque-t-on ? que n'êtes vous plus humain
, plus poli , plus complaisant ? On
m'attaque sans raison : pourquoi accepter
le cartel ? n'est- il point d'autre voye pour
vous faire justice ? mais si je refuse , je suis
deshonoré ; ouy , si vous n'êtes scrupuleux
que sur l'article du duel ... mais l'usa
ge le veut dites l'abus. Si vous vous trouviés
dans ces contrées barbares , où la loi de
l'honneur veut qu'on se jette dans la flamme
du bucher , sur lequel se consume le
corps mort d'un ami , croiriez - vous pouvoir
sans folie vous assujettir à une si étran
ge coutume ? ... mais je compte icy donner
la mort et non pas la recevoir . Combien
d'autres l'ont reçue en comptant la,
donner ? Du moins avoués , ou que vous la
craignez , et deslors vous êtes lâche , ou
que vous la cherchez de sang froid , et
deslors vous êtes insensé , et que vous y
exposant contre les loix de la conscience ,
vous êtes impie.
Quant aux effets du duel , il n'y a qu'à jetter
les yeux sur ses suites infamantes.L'indignation
du Prince , la perte de la liberté,
de la noblesse,des biens, de la vie ; l'indi-
II. Vol. gence
2748 MERCURE DE FRANCE
gence , l'inominie qu'il attire sur la posterité
du coupable , tout cela ne suffit il
pas pour faire voir combien le duël flétrit
l'honneur du Vivant et du Mort, du vainqueur
et du vaincu : mais quel tort ne faitil
pas à l'Etat ? c'est ce qui reste à examiner.
Seconde Partie.
Prétendre le duel forme des Braves
que
à l'Etat , c'est ne pas avoir une juste idée
de la veritable bravoure. Elle consiste dans
un courage intrépide animé par le devoir ,
soutenu par la justice , armé par le zele
pour la deffense de la Patrie . La valeur
des Duelistes a- t'elle ces caracteres ? Au
lieu de produire dans l'ame cette fermeté
tranquille qu'inspire la bonté du parti
pour lequel on combat , elle n'y enfante.
que le trouble et ces violens transports
qui suivent toujours les grands crimes . Au
lieu d'allumer dans le coeur et dans les
yeux ce beau feu qui fait reconnoître les
Heros , elle répand sur le visage une sombre
fureur qui caracterise les assassins .
Le Duel est une espece d'image de la
Guerre civile ; le nombre des combattans
en fait presque l'unique difference . Il est
moindre dans le Duel , mais le péril n'en
est que plus certain. Ignorent-ils donc
II. Vol. qu'ils
DECEMBR E. 1732. 2749
qu'ils doivent leur sang au service du
Prince ? Leur est- il permis d'en disposer
au gré de leur haine ? et tourner leurs armes
contre les Citoyens , n'est- ce pas les
tourner contre le sein de la Patrie , leur
Mere commune.
En vain veulent - ils s'authoriser par
l'exemple des anciens Heros. Leurs combats
singuliers n'étoient rien moins que
des Duels , puisqu'ils ne s'agissoit point
entr'eux de vanger des injures particulieres
, mais d'épargner pour l'interêt de
la Patrie le sang de la multitude. Tel fut
le combat des trois Horaces , et des trois
Curiaces. Les Romains qui lui ont donné
de si justes éloges , étoient les ennemis
les plus déclarez du Duel. On sçait combien
l'ancienne Rome cherissoit le sang
de ses Citoyens de là ces Couronnes civiques
pour quiconque avoit sauvé la vie
à un de ses Enfans : de là ces peines décernées
contre tout Citoyen convaincu d'en
avoir appellé un autre dans la lice sanglan
te ; on cessoit dès-lors d'être Citoyen , et
la profession de Dueliste conduisoit au
rang d'esclave gladiateur .
Les Maures dans un siecle plus barbare
avoient conçû une telle horreur pour ces
sortes de combats , qu'ils ne les permettoient
qu'aux valets chargés du bagage de
II. Vol.
l'Ar2750
MERCURE DE FRANCE
l'Armée quel modele pour nos Duelistes
?
:
C'est donc ce monstre qu'il faut exterminer
de la Pologne par une loy aussi severe
dans son exécution , qu'immuable
dans sa durée . Punir certains crimes , c'est
prévenir la tentation de les commettre.
Une punition sévere dispense d'une punition
fréquente. Après tout , le plus sûr
moyen d'abolir le duel dépend des particuliers.
Qu'ils écoutent la raison aidée de
l'honneur et de la foi ; qu'ils soient hommes
et Chrétiens , et ils cesseront d'être
Duelistes.
EXTRAIT DU III . DISCOURS,
Contre P'Oisiveté
L'Oisiveté fait trop d'heureux en idée
pour ne point avoir de Partisans . Que ne
doit pas craindre l'Etat d'un vice qui est
la source de tous les autres. Plus elle a
d'attraits qui la rendent dangereuse , plus
on doit empêcher qu'elle ne devienne
commune ; pour mieux connoîtte ce qu'on
doit en penser , il faut voir ce qu'on en
peut craindre. 10. Un homme oisif est un
citoyen inutile à la République . 20. il ne
peut lui être inutile sans devenir bien- tôt
pernicieux.
II. Vol. PreDECEMBRE.
1732. 2758
Premiere Partie.
Je ne suis , dit un oisif , coupable d'au
eun vice qui me deshonore : je le veux
pourroit- on lui répondre ; mais votre fai
néantise ne vous rend - elle pas capable de
tous les vices ? Vous n'entrés dans aucune
Societé mauvaise ; à la bonne heure : mais
quel rang tenez - vous dans la Societé.humaine
? Vous n'êtes point un méchant
homme , soit : mais êtes- vous un homme ?
Membres d'une même famille , Sujets d'un
même Roi , Parties d'une même Societé
nous avons des devoirs à remplir à leur
égard un oisif peut - il s'en acquitter
?
?
Comment veut-on qu'un jeune effeminé
, toujours occupé à ne rien faire , ou
à faire des riens , soutienne le crédit de sa
famille pourra- t'il acquerir de la réputa
tion dans un Etat ? elle est le prix du
travail ; rendre des services aux amis atta
chez à sa maison ? il n'interromproit pas
son repos pour ses interêts , le sacrifierat'il
aux interêts d'autrui ? Eterniser les
vertus de ses peres , et le souvenir de leurs
travaux il faudroit une noble émulation
, la mollesse en a éteint le feu dans
son coeur sa famille se flattoit qu'il se-
I. Vol. roit
#752 MERCURE DE FRANCE
roit son appui à peine sçait- il qu'il en est
membre.
:
Est- il plus utile à la Société civile ? la
Noblesse doit être comme l'ame de tout
ce corps de citoyens : le goût d'un Seigneur
qui gouverne une Province en donne
à tous ceux qui l'habitent : les Sciences
, les beaux Arts , tout s'anime à sa
vûë , tout prend une forme riante : à sa
place substituer un homme oisif ; quel
changement ! tout languit , tout s'endort
avec lui ; non- seulement il ne fait aucun
bien , mais il rend inutile le bien qu'on
avoit fait.
Que peuvent attendre le Prince et l'Etat
, d'un homme qui se regarde comme
l'unique centre où doivent aboutir tous
ses sentimens , et toutes ses pensées ? quel
poste important lui confiera - t'on ? Sçaurat'il
remettre ou entretenir dans une Province
le bon ordre , prévoir et réprimer
les maux que l'on craint ? quel embarras !
il ne craint d'autre mal que le sacrifice
de son repos. Chargera t'on ses foibles
mains de cette balance redoutable , qui
pese les interêts des hommes ? quel fardeau
! il faut s'en décharger dans une
main étrangere aux dépens de son honneur
et de nos fortunes. Lui confiera- t'on la
conduite des armées ? quel tumulte ! La
II. Vol. Guerre
DECEMBRE. 11773322.. 2753
Guerre s'accommoda t'elle jamais avec la
mollesse ? Ainsi l'oisif devient, tout à la
fois la honte de sa famille qu'il dégrade ,
de la Societé qu'il deshonore , de l'Etat
qu'il trahit : mais son portrait n'est encore
qu'ébauché , il ne peut être citoyen.
inutile sans devenir citoyen perni
cieux.
>
Seconde Partie.
Dès que le poison de l'oisiveté s'est glis
sé dans un jeune coeur , il en glace toute
l'ardeur , il dérange tous ses ressorts , il
arrête tous ses mouvemens vers le bien
il en fait le theatre de ses passions et le
jouer des passions d'autrui . C'est par là
que l'oisiveté devient funeste aux jeunes
Seigneurs , et ne les rend presque jamais
inutiles qu'elle ne les rende en même
tems pernicieux à l'Etat.
Se refuser au bien , c'est presque tou
jours se livrer au mal . Qu'une Maison , où
ces Heros de la mollesse trouvent accès
est à plaindre que de vices , un seul vice
n'y fera t'il pas entrer ! ces discours ne feront
ils point baisser les yeux à la sage
Retenue , à la timide Pudeur ? La Tem
pérance et la Sobrieté seront-elles respectées
dans ses repas ? mais surtout , que ne
II.Vol. doin
4754 MERCURE DE FRANCE
doit pas craindre la République
en général
?
Semblables à ces Insectes odieux , qui
ne subsistent qu'aux dépens de la république
laborieuse des Abeilles , et la troublent
sans cesse dans ses travaux utiles
ils vivent délicieusement dans le sein et
aux frais de la Patrie , et se servent souvent
de leur aiguillon contre elle. Ils boivent
les sucurs des citoyens laborieux , et
s'enyvrent quelquefois de leur sang.
Ce qui doit armer le plus les loix contre
l'Oisiveté , c'est qu'elle réunit ce que
les trois autres vices qui entrent en concurrence
avec elle ont de plus odieux . Un
jeune oisif qui confie le soin de sa maison
à un perfide Intendant dont il n'éxige
presque aucun compte , ne perd- il pas
souvent plus de biens par sa négligence ,
que le prodigue n'en dissipe par son luxe
? Ne le verra- t- on pas secouer bien-tôt
le joug de la contrainte qui gêne son humeur
, et voulant donner à tous la loy ,
ne la recevoir que de son caprice ? L'amour
des oisifs pour la vie douce est un
préservatif contre la tentation du duel ;
mais la seule idée que l'on a conçue de
leur peu de courage , n'engagera- t'elle pas
de jeunes Duelistes à les attaquer , ne fut-
II . Vol. ce
DECEMBRE. 1732 2755
ce que pour se faire une réputation aux
dépens de la leur.
L'Orateur conclut à bannir de toutes
charges ceux qui seront convaincus de ce
vice , et à les noter par quelque punition
qui caracterise leur défaut.
EXTRAIT DU IV. DISCOURS.
Contre l'Indépendance.
L'ame du bon gouvernement c'est le
bon ordre ; le bon ordre ne subsiste que
par la subordination . L'Indépendance en
sappe tous les fondemens ; quand elle se
trouve dans les jeunes Seigneurs , 1º elle
les accoûtume à braver l'autorité ; 20 elle
les porte à prétendre même au droit d'impunité.
Premiere Partie.
Pour connoître le danger de l'indépen
dance , il faut voir comment elle se forme
dans la jeune Noblesse , et jusqu'où elle
peut étendre ses progrès contre l'autorité
légitime. La naissance et l'éducation , voilà
ses sources. Comment éleve - t'on les jeunes
Seigneurs ? L'or sous lequel ils rampent
dans l'enfance éblouit leurs yeux ; le
faste qui les environne enfle leur esprit ;
les plaisirs qu'on leur procure corrom-
II. Vol.
B pent
2755 MERCURE DE FRANCE
pent leur coeur : mollesse d'éducation qui
fait les délices de l'enfance , et prépare
les révoltes de la jeunesse.
,
La raison est à peine éclose , qu'ils ferment
les yeux à sa lumiere , et les oreilles
à sa voix. Les Maîtres veulent- ils les rap.
peller aux devoirs? les flatteurs les en écartent
, et leur apprennent qu'ils sont plus
nés pour commander que pour obéïr ; à
force de donner la loy , on s'habituë à ne la
plus recevoir. Veut-on s'opposer au mal ,
et les confier à des Maîtres plus amis du
devoir que de la fortune ? ils ne plient
que pour se redresser bien- tôt avec plus
de force dès qu'ils en auront la li
berté.
Quel bonheur pour un jeune Indépen
dant , s'il a auprès de lui un Mentor qui
craignant beaucoup moins pour la vie
que pour l'innocence de son Telemaque ,
aime mieux se précipiter avec lui du haut
d'un affreux Rocher , que de le voir se
précipiter dans l'abîme du vice ! Mais
trouve-t'on beaucoup de Gouverneurs de
ce caractere ? Combien flattent leur Eleve
dans ses desirs , se mettent de moitié
avec lui pour ses plaisirs ; et devant être
ses maîtres , deviennent ses esclaves ! détestable
éducation qui d'un indépendant
fait quelquefois un scelerat.
II. Vol.
L'InDECEMBRE.
873202757
L'Indépendance conduit à la révolte ,
l'Eleve intraitable devient fils rebelle ;
combien en a-t'on vû braver l'autorité
paternelle , outrager la Nature , et d'indépendans
qu'ils étoient , n'avoir besoin
que de changer de nom pour devenir dénaturés
? Mauvais fils sera- t'il bon sujet ?
peut- on s'en flatter surtout dans un
Royaume électif , où l'on est quelquefois
tenté , de faire avec audace , ' ce qu'on croit
pouvoir faire avec avantage ?
,
La plus florissante République de la
terre , Rome la maîtresse du monde
pres-
-qu'entier , se vit sur le point d'être saccagée
et réduite en cendres. Qui alluma
l'incendie ? une cabale de jeunes factieux ,
conduits par Catilina , et possedés du
démon de
l'indépendance. Que de sang
ne fallut - il pas répandre pour éteindre ce
feu ? Autorité domestique et publique
loix divines et humaines , tout est sacrifié
à l'impérieux désir de se rendre indépendant.
La loi violée s'arme - t'elle du glaive
pour vanger ces attentats ? Après avoir
bravé ses réglemens , ils bravent ses menaces
, et s'arrogent le droit d'impunité .
Seconde Partie .
Si l'on en croit les jeunes Seigneurs indépendans
, leur jeunesse et leur condi-
11. Vol.
Bij tion
4758 MERCURE DE FRANCE
tion les mettent à couvert des loix et do
la punition qu'elles prescrivent.
La jeunesse est l'âge où le feu des passions
s'allume ; c'est donc aussi le tems.
où l'on doit s'appliquer à l'éteindre . Fautil
attendre que l'incendie ait pris des forces
et se soit communiqué ? trop
de severité
, il est vrai , révolte et fait hair le
devoir , mais trop d'indulgence enhardit ,
et fait violer la loi.
- La Noblesse est l'état où les exemples
sont plus contagieux ; mais c'est donc
aussi l'etat où les punitions sont plus
- nécessaires. Les sujets d'un moindre étage
regardent ces jeunes Seigneurs autant
comme leurs modéles que comme leurs
maîtres. Un coupable de la sorte impuni
fait un million de coupables dans l'espé
rance de l'impunité.
Aussi Rome et Sparte punissoient- elles
séverement l'indépendance et le mépris
des loix dans les jeunes gens de qualité.
Deux Chevaliers Romains furent autrefois
dégradés de leur ordre , et mis au
rang des Plebéïens , pour n'avoir pas assez
promptement obéï à un Proconsul .
peu de roture parut alors un excellent
remède contre le vertige de l'indépendance
. Comme l'élévation du rang produit
les fumées de l'orgueil , l'humilia
Un
tion les dissipe
DECEMBRE . 1732 2750
EXTRAIT DU V. DISCOURS.
Fait par le Prince après les Plaidoyers:
Casimir après avoir entendu les discours
des Parties , fait sentir le fort et le foible
des raisons alleguées , et en ajoute plu
sieurs nouvelles dont le détail seroit long.
Il établit pour principe que le premier
desordre contre lequel doive sévir le Législateur
, est celui qui porte un plus
grand préjudice au plus grand nombre des
sujets ; c'est à dire , celui qui est le plus
considérable en lui- même et le plus étendu
dans ses suites. Sur ce principe il éxamine
les quatres desordres proposez , et les balance
long- tems par une infinité de preu
ves que nous sommes fâchez d'omettre
mais que ne nous permet pas la brièveté
que nous nous sommes prescrite dans les
extraits. Il résulte de cet examen que les
jeunes Seigneurs independans sont les
plus coupables , sur tout parce qu'ils violent
la loi fondamentale de l'ordre politique
, c'est- à- dire l'obéïssance et la soumission
: et nous pouvons , dit le Juge , esperer
de mettre un frein à l'amour des folles
dépenses , à la manie du faux point-d'honneur
, à l'indolence et à l'oisiveté des faineans
par de bons et salutaires Edits : mais
II. Vol. Biij pour
260 MERCURE DE FRANCE
2
,
cepenpour
l'indépendant , si son caprice le porte
à être dissipateur , dueliste , et indolent
de profession , en vertu de son systeme
et de ses principes d'indépendance , il
se maintiendra en possession de ces trois
desordres , et ses maximes favorites nous
répondent par avance qu'il comptera pour
rien la loi que nous allons porter contre
lui et contre ses consorts . Portons - la
dant cette loi , & c.
Là - dessus le Prince prononce , 1 ° contre
l'Indépendance , 2 ° contre l'Oisiveté , 3 ° .
contre le Duel , 4° contre le Luxe , et il
rend raison de l'ordre qu'il observe en ce
Jugement. Ensuite il porte differentes loix
qu'il croit les plus propres à remedier à
chaque desordre , et telles à peu près qu'Athenes
en porta contre l'Indépendance ,
Lacedemone contre l'Oisiveté , Rome
contre le Luxe , et la France avec une partie
de l'Europe contre le Duel.
Enfin M. d'Aligre qui avoit été complimenté
par M. le Pelletier de Rosambo sur
la noblesse et la dignité avec laquelle il
avoit présidé à ce Jugement , le felicita à
son tour de la finesse et de la délicatesse
d'esprit qui avoit éclaté dans son discours ;
il fit aussi compliment à M. de Bussy sur
son éloquence et sur son talent à parler
en public; à M. Petit , sur son beau feu
II. Vol. d'imagina
DECEMBRE. 1732. 2761
d'imagination ; à M. de Verac sur l'élegance
de son Plaidoyer et les graces de sa prononciation
. L'illustre Assemblée souscrivit
sans peine à la justice de ces éloges.
XXXXX:XX :XXXXXXXX
EPITRE à M. de Voltaire , par M. Cle
ment , Conseiller du Roi , Receveur des
Tailles de Dreux.
DEE tes talens admirateur sincere ,
Je t'adresse , illustre Voltaire ,
Ce foible essai que j'ai construit ,
Loin des Curieux et du bruit
Si ma Muse ici pour te plaire
;
Fait par hazard des efforts superflus ,
Ton silence bien - tôt m'apprenant à me taire ,
De mes deffauts me corrigera plus
Que ne seroit le sifflet du Partere.
D'où vient donc ce transport nouveau ?
Les Provinciaux , vas tu dire ,
Connoissent- ils le charme de ma Lire !
Oui ; Voltaire , ici le vrai beau
Sur les coeurs maintient son empire ,
Et , comme à Paris , l'on sçait rire
Des vains efforts d'un débile cerveau .
Jadis , en ce lieu les Druides ,
: -II. Vol. Biiij Fai2762
MERCURE DE FRANCE
Faisoient sous leurs mains homicides ,
Gémir les crédules humains ;
Tu sçais qu'arbitres des destins ,
Aux Mortels simples , sans science ,
Ils faisoient respecter leur trompeuse igno
rance ;
Nous vivons sous un autre tems ,
De ces beaux lieux les doctes habitans ,
Desabusés du faux , du ridicule ,
Ont sçû bannir préjugés et scrupule ,
'Amour du vrai charme ici les esprits
De toi sans cesse en relit les écrits ,
Et ta Henriade immortelle >
Par des traits touchans , enchanteurs ;
De la ligue et de ses fureurs
Nous rend la peinture si belle ,
Que nous cherissons les malheurs
Qui de ta muse ont excité le zele.
Charles , Brutus , Edipe , enfans de ton loisir ;
Nous offrent tour à tour un différent plaisir.
De tes Vers la douce harmonie
Tient surtout mon ame ravie ;
Que ne puis-je avec dignité ,
Te peindre ici ma sensibilité !
Et t'exprimer avec ton énergie
A quel point tu m'as enchanté !
Vains efforts , je sens ma foiblesse ,
Et tout mon feu n'est qu'une yvresse ,
II. Vol. Dont
DECEMBRE. 1732. 2763
Dont tu ris peut- être à présent.
Reçois du moins ce badinage ,
D'un oeil moderé , complaisant ;
Si Malcrais sçût plus dignement
T'offrir de son pays le fastueux hommage ,
Qu'il te souvienne seulement ,
Qu'inferieurs à son ouvrage ,
Nous l'égalons en sentiment.
Réponse de M. de Voltaire .
Les Vers aimables que vous avez bien
voulu m'envoyer , Monsieur , sont la récompense
la plus flatteuse que j'aye jamais reçûe
de mes Ouvrages. Vous faites si bien mon
métier que je n'ose plus m'en mêler après
vous , et que je me réduis à vous remercier en
simple prose de l'honneur et du plaisir que
vous m'avez fait en Vers. Je n'ai reçû que
fort tard votre charmante Lettre , et une fievre
qui m'est survenue , et dont je ne suis
pas encore guéri , m'a privé jusqu'à présent
du plaisir de vous répondre. On avoit commencé
il y a quelque-tems , Monsieur , une
Edition de quelques-uns de mes Ouvrages ,
qui a été suspendue. J'ai l'honneur de vous
Penvoyer toute imparfaite qu'elle est , je vous
prie de la recevoir comme un témoignage de
ma reconnoissance et de l'envie que j'ai de
meriter votre suffrage . Il est beau à vous ,
II. Vol. Bv Mon2764
MERCURE DE FRANCE
1
sieur , de joindre aux calculs de Plutus
l'harmonie d'Apollon. Je vous exhorte à
réunir toujours ces deux Divinitez , elles ont
besoin l'une de l'autre.
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
J'ai l'honneur d'être avec beaucoup
'd'estime , & c .
XX :XXXXXXXXXXXXX
LES Changemens divers dans la Nature,
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Onde fugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE . 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux .
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois ?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois - je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une
B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre coeur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche ;'
Mondain , range - toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez , Monarques de la Terre ,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE . 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre ,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
REPONSE de Madame Meheult à la
Lettre insérée dans le Mercure du mois
d'Octobre dernier , page 2149. au sujet de
son Histoire d'Emilie , ou des Amours de
Mlle de ....
A Lettre que vous avez fait paroître ,
Monsieur, dans le Mercure , me comble
de tant de gloire , que je ne puis sans
ingratitude me dispenser de vous en marquer
publiquement ma reconnoissance
d'ailleurs la Critique qui succede aux Eloges
me demande une réponse , le silence
dans ces occasions peut être regardé comme
un aveu tacite de sa défaite , un pareil
soupçon me seroit trop injurieux. Une
Femme doit sçavoir se deffendre , la résistance
est pour elle une vertu essentielle.
Dès que l'on est informé , dites - vous ,
II. Vol
que
2768 MERCURE DE FRANCE
que l'amour d'Emilie pour M. de Saint
Hilaire n'est qu'une feinte , l'esprit n'a
plus rien qui l'occupe , et ce vuide est
rempli par de longues conversations qui
ennuyent extrêmement le Lecteur.
Ce sentiment n'est pas assûrement géne
ral , ces longs entretiens ont eu le suffrage
des Maîtres dans l'Art d'écrire , mais
chacun a sa façon de penser , et il me sieroit
mal d'en parler davantage.
Les amours de mon Héroïne et du Comte
viennent subitement , ils se plaignent
sans cesse , lors que rien ne semble les
traverser.
La personne qui fait cette objection n'a
jamais aimé véritablement , les allarmes
sont le partage des amans , mais l'experience
seule peut prouver ce que je dis .
On m'accuse aussi d'avoir fait mourir
mes Acteurs sans aucune utilité.
Ce raisonnement est si frivole qu'il ne
mérite pas la peine d'être relevé. Je n'ai
cherché dans mon Ouvrage qu'à rendre
les avantures vrai -semblables : former une
fiction et vouloir éviter le Romanesque ,
est une entreprise assez difficile . Il faut
puiser dans les sentimens , et chercher des
incidens ordinaires . Rien ne l'estplus que
la mort ; la douleur que cause un si triste
moment nous touche , nous émeut et nous
11. Vol. arrache
DECEMBRE . 1732 2769
arrache des larmes , d'autant plus volontiers
que nous sommes tous les jours exposez
à la même peine .
Enfin on me reproche que je ne devois
pas me servir des exemples odieux de Julie
, de Messaline et de Marguerite de Valois
que de semblables porttaits ne conviennent
pas dans la bouche d'une Mere.
:
Si l'on me condamne , il faut auparavant
proscrire les Livres qui sont entre
les mains de tout le monde . Pour moi ,
je n'avois pas 14. ans , que je sçavois l'Histoire
Romaine par coeur. Hé ! qu'auroit
pu
citer Mad . de Reville ? des Elus sanctifiez
dès le berceau ? Flore donnoit dans
des foiblesses , et l'application n'eut pas
été juste. Des conversions ? elles sont toujours
précedées du vice , ainsi j'aurois tombé
infailliblement dans le même deffaut.
Emilie après son escapade devroit être
plus humble , et refuser sa main à M. de
S. Hilaire pour l'unique motif qu'elle ne
se croit plus digne de lui. C'est penser
trop sagement ; j'eusse mal soutenu
le caractere de mon Héroïne . Une coquette
des plus étourdies ne devient pas
si- tôt raisonnable.
Je ne sçai , Monsieur , si vous trouverez
cette replique suffisante , je suis un
foible Athlete , et si j'ose entrer en lice
II.Vol
avec
2770 MERCURE DE FRANCE
avec vous , c'est moins pour remporter le.
prix , que pour vous assurer que je serai
toute ma vie , Monsieur , votre &c .
Brucelle Mebenst.
EPITRE ,
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide ,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur ,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son coeur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour ,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls , reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice .
Corneille ( dira- t'on ) La Fontaine , Rousseau ;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;

II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
REFLEXIONS
Sur l'Amour.
E desir d'être aimé est un des plus
Lrands effets de
l'aveuglement des
hommes. C'est la ruine des esprits , la
corruption des moeurs , la perte de la liberté
, l'obsession des hommes et le plus
grand de tous les maux ; cependant la
misere humaine nous persuade que c'est
le comble de la felicité.
Tout ce qui a rapport à l'objet aimé
est beau , parfait , admirable : Allucinatur
quisquis amat in eo quod amat. Plutarque.
Ceux qui sont aimez , adoptent les erreurs
et les prennent pour des témoigna
ges des veritez les plus constantes ; ils
II. Vol. croyent
DECEMBRE . 1732. 2773
croyent ne pouvoir errer . Cela n'est pas
surprenant , car ceux qui nous aiment ne
sçauroient nous faire ouvrir les yeux , et
c'est une grande pitié de ne pouvoir être
repris ni corrigez que par ceux qui ne
sçauroient ni nous reprendre ni nous corriger.
Hoc impedit quod nimis nobis pla
cemus. Seneque .
C'est le propre de l'Amour malheureux:
de s'abandonner à des soupçons et à des
craintes indignes qu'il condamne lui - même,
et qui , en le persecutant , ne laissent
pas de l'engager dans des démarches souvent
suivies d'un long repentir.
Les craintes de l'amour , disposent toujours
à une confiance flateuse , qui fait
croire avec plaisir ce qui justifie la
sonne qu'on aime.
per-
Quand on mérite d'être aimé , on se
flate toûjours de l'être , et presque toujours
plus qu'on ne l'est en effet.
Plus on aime tard et plus fortement
on aime.
Urit amorgravius , quò seriùs urimur intus. Ovide,
Sape venit magno foenore tardus amor .
On
II. Vol.
2774 MERCURE DE FRANCE
On ne doit jamais se picquer d'être
le martyr de la vanité ou du caprice
d'une Belle. On doit cesser d'aimer
aussi -tôt qu'on cesse d'être bien traité ;
car pourquoi vouloir malgré la Loi na
turelle , se faire un tourment de ce qu'elle
a donné à l'homme comme un plaisir ?
nous devons cependant plaindre ceux
que l'erreur commune engage dans d'autres
sentimens et qui sont les victimes
de leur propre aveuglement.
Amore si finge fanciullo per significar
che per placarsi pretende doni : si
finge però anco cieco , per lasciarsi rapire
quanto possiede.
Il n'est point de forme sous laquelle
l'Amour ne se déguise pour s'insinuer
dans un coeur , jusqu'à prendre celle de
la raison et de la vertu .
Un amour extrême est capable de faire
'dire tout ce qu'on ne pense pas , quand on
croit se pouvoir procurer ce qu'on desire .
L'amour est une contagion qui se communique
presque toûjours par la fréquentation
de ceux qui sont susceptibles de
cette passion.
II Vol. Ceux
DECEMBRE. 1732. 2775
Ceux qui n'aiment pas , ont rarement
de grandes joyes ; ceux qui aiment , ont
souvent de grandes tristesses .
Parmi les Amans la haine n'est bien
souvent qu'un amour déguisé ; mais
l'indifference est une veritable preuve
d'un amour éteint .
Amantes amoris nebulis obcacati falsa
pro veris accipiunt.
Plus l'amour est contraint , plus il est
ardent. Per vincula cresco .
On s'estimeroit heureux en amour , si
ce qui manque à notre félicité ne faisoit
celle de personne,
L'amour devient un plaisir bien froid,
s'il n'est attisé par la difficulté.
Quand un coeur tendre est assez irrité
pour devenir cruel , il passe d'un extrémité
à l'autre , et la mesure de sa tendresse
naturelle , devient celle de sa cruauté.
L'amour est plus dangereux et plus
outré aux vieillards qu'aux jeunes gens.
L'autunno del' età fassi ad un core ,
Tutt'amor . tutt'angoscia, è tutto ardore. Sperauza.
II. Vol. La
2776 MERCURE DE FRANCE
La vertu est une perfection de l'ame ;
l'amour est une imperfection , en ce qu'il
fait aimer en autrui ce qui nous manque
en nous-mêmes.
La crédulité, naturelle à l'amour , laisse
rarement la raison agir avec toutes ses
lumieres dans l'esprit d'un Amant ; elle
fait trouver possible les choses les plus
étranges , lorsqu'elles s'accordent avec ce
qu'on souhaite.
Laura dell'amore e un'esalatione pes
tifera , che ci offusca la ragione .
L'amour vous attaque inutilement , si
vous vous occupez par le travail et l'application
: Otia si tollas , perere cupidinis
arcus.
Il n'est pas sûr que l'amour fondé sur
la beauté , dure autant qu'elle ; mais il
est indubitable qu'il meurt avec elle .
Le bon homme Brantome , dit agréa
blement que qui veut être aimé sans aimer
, ressemble à celui qui veut allumer
son flambeau avec une torche éteinte.
Qui aime est plus heureux que qui
II. Vol.
est
DECEMBRE. 1732. 2777
est aimé. Cependant il est plus noble et
il devroit nous être plus agréable d'être
servis , que de servir.
Celui qui a de la haine est plus blamable
que celui qui est haï. Or celui qui
aime doit l'emporter sur celui qui est aimé;
car celui qui oblige, est plus genereux que
celui qui est obligé. L'amour de l'Amant
fait la reconnoissance de la personne
aimée , comme plus parfait et plus
digne. Les choses inanimées peuvent être
aimées , mais elles ne sçauroient jamais
aimer. Cognosci enim et amari etiam in carentibus
anima existit at cognoscere et
amore rebus animatis . Arist . Melius est
amare quam amari. id. Divinior est amator,
quam amatus , est enim numinis afflatu percitus.
Plat.
Les Italiens disent proverbialement :
Amore , subito nato morire , se non e nodrito
dalla speranza.
C'est une grande question de sçavoir
si on a plus de mérite auprès d'une Maîtresse
, en lui marquant beaucoup d'empressement
, qu'en ne lui en témoignant
que peu,
Chi e amato perde la liberta , perche
II. Vol.
2778 MERCURE DE FRANCE
e obligato a suo dispetto ad amare chi
l'ama.
Quand on a veritablement donné son
coeur , on n'a plus rien qui ne soit au
pouvoir de celle qui le possede,
En guerre et en amour , les yeux sont
les premiers vaincus. Gli occhi , disent
les Italiens , sone sempre principio e fine
d'amore.
Quand on est bien amoureux on est
très - retenu par la crainte de déplaire à
l'objet aimé. Les médiocres passions inspitent
toutes sortes de téméritez .
L'amour est le Roy des jeunes gens et
le Tyran des vieillards.
Le relâchement et le dégoût suivent
ordinairement les amours où il n'entre
que de la volupté.
Une infidelité qu'on prend soin de
cacher , promet plutôt un retour qu'un
engagement où l'on ne garde point de
mesures.
Comme les petits feux s'éteignent par
II. Vol les .
DECEMBRE. 1732. 2779
les grands orages , et les grands s'augmentent
; de même l'amour médiocre se refroidit
par les difficultez , mais le grand
s'accroît.
Le Char de l'Amour est tiré par des
Lions , pour montrer que ce Dieu sçait
soumettre les animaux les plus féroces.
On ne se croit jamais miserable quand
on aime bien ; mais on croit l'avoir été
quand on n'aime plus .
L'amour est de telle nature , qu'il ne
peut jamais causer de plaisirs tranquilles ;
et soit qu'il donne de la joye où de la
douleur , c'est presque toûjours en desordre
et avec tumulte et agitation..
Les premieres passions sont si bien les
plus fortes , qu'on pourroit dire que Souvent
plus on aime , moins on sçait aimer.
L'amour qui s'établit par vanité , n'est
que vanité , et ne peut subsister. L'amour
fondé sur la beauté , meurt avec elle ;
l'amour qui vient par des interêts de famille
, n'est qu'avarice ; l'amour que la
jeunesse inspire , n'est que legereté ; l'amour
qui naît du tempéramment , est
11. Vol. aveugle C
2780 MERCURE DE FRANCE
aveugle et grossier ; il n'y a que l'amour
que l'estime et la vertu font naître qui
soit solide et qu'on doive loüer.
Un homme bien amoureux , fait de
soi- même un spectacle très- agréable pour
la personne qu'il aime.
La perte des personnes dont nous som❤
mes aimez , est bien plus irréparable que
celle des personnes que nous aimons.
Une belle femme , d'un esprit médio .
cre , fait aisément beaucoup de conquêtes
, mais elle ne les garde pas longtemps
; une femme d'esprit sans beauté
en fait peu et difficilement , mais elles
sont infiniment plus durables.
L'amour et la haine marchent souvent
ensemble. Les Italiens disent , l'odio
non e contratrie d'Amore , ma sequaci d'amore.
Les larmes des femmes et les soupirs
des Amans , sont deux choses inépuisables
, l'une ne coûte guere plus que l'autre
, car la source en est intarissable ; c'est
comme un Bassin qui se remplit à me
sure qu'on y puise .
II. Vol. Selon
DECEMBRE . 1732 2781
Selon le Proverbe Espagnol : Mucho
sabe la zarra , pero sabe mas la Dona
enamorada.
On a beau dire , une femme est bien
à plaindre quand elle a tout ensemble
de l'amour et de la vertu.
La prudence et l'amour ne sont pas
faits l'un pour l'autre. Tandis que l'amour
croît , la prudence diminuë.
Vouloir qu'on soit amoureux avec mesure
, c'est vouloir qu'on soit fou avec
raison .
Dans les commencemens d'une tendre
passion , on est trop crédule ; on l'est
trop peu dans la suite . De- là les inquietudes
, les soupçons , les reproches , les -
ruptures .
lle
EPITRE ,
De Me de Malcrais de la Vigne , à M.
V. D. G. de Marseille , pour répondre à
ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre
1732. page 2188 .
{
Monsieur , dont l'ame perplexe ,
S'alambique en cent façons ,
II. Vol. Cij Votre
2782 MERCURE DE FRANCE
Votre idée est circonflexe ;
Sous le grand lambris convexe ,
Il est des gens de tous noms.
Mais sçavez- vous qu'au beau Sexe ,
Vos Vers sont injurieux ?
'Arrêtez , Messieurs les hommes :
Vous êtes si glorieux ,
Que vous croyez que nous sommes ,
Auprès de vous des Atomes ,
Ou des riens harmonieux .
Sçachez pourtant que les Dames ,
Quoiqu'en dise un fol Auteur ,
Ainsi que vous ,
ont des ames ,
Et que les celestes flâmes ,
Ont coulé dans notre coeur ;
Cependant n'allez pas croire ,
Ou je garde le tacet ,
Qu'ici je veuille avec gloire ,
Mettre du Docteur Docet ,
Sur ma coeffe le bonnet ;
J'en romprois mon Ecritoire ,
Et m'irois pendre tout net ,
M'étreignant de mon lacet,
Cés Pédans à l'humeur cruë ,
Dès qu'ils s'offrent à ma vue ,
Me plaisent moins qu'un Valet ,
Qui dans chaque coin de ruë ,
II, Vol. Fait
DECEMBRE. 1732. 2783
Fait entendre son siflet .
Si je voulois , par exemple ,
Trancher ici du Docteur ,
Je dirois , mon cher Seigneur ,
Vous , qui fréquentez le Temple
Du Dieu Versificateur ,
Connoîtriez - vous Corine
Leontion , Eccello ,
Sapho , Prasille , Occello ,
Théano , Cléobuline ?
>
Au monde est- il un canton
Qui ne vante des Poëtes ,
Qui , quoi qu'ayant des cornettes .
Ont fait sonner leurs Musettes ,
Sur plus d'un merveilleux ton ,
Aussi- bien que Coridon ?
L'Antique et Moderne Rome ,
Vit et voit briller les siens ,
Notre France en a tout comme
Ces doubles Italiens ,
Et par tout on les renomme ,
Plus que Donna Giustina ,
Et Signora Colonna.
Si point ici ne les nomme
C'est pour abreger chemin ,
Et je croi bien qu'en Provence ,
Le beau Sexe feminin ,
II. Vol.
Mieux
C iij
2784 MERCURE DE FRANCE
Mieux qu'en nul endroit de France ,
Fait voir qu'il a l'esprit fin ,
Assaisonné de Science :
Beau Païs des Troubadours !
> C'est chez vous que l'Italie
De l'Art de la Poësie ,
Apprit les excellens tours.
Mais alte - là , mon génie ,
Je vois que je passerois ,
Pour une grande Pédante ,
Moi , qui passer ne voudrois ;
Que pour petite Sçavante.
'Au surplus bien mieux que vous ,
Des Vers nous devrions faire ,
La raison en est très claire ,
Si , comme vous dites tous
Caprice domine en nous >
Avec cervelle legere.
Mais ce n'est point là le fait ,
Et votre ame impatiente ,
Me demande mon Portrait ;
Je vais être complaisante ,
Et vous serez satisfait ;
C'est trop , et j'en suis dolente ,
Avoir suspendu l'attente ,
D'un aimable Curieux.
Taille un peu courte , grands yeux ,
II. Vol. Bouche
DECEMBRE.
1732. 2785
Bouche riante et vermeille ,
Avec un air de douceur ,
Monsieur l'Auteur de Marseille ,
C'est- là Malcrais ou sa Soeur.
j j j s r s s į į
LETTRE de M.... écrite à M. de ...
Commandeur de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , au sujet d'un Livre nouveau
intitulé : La Vie de Messire François Pic
quet , &c.
E Livre dont vous me parlez , Mon
Li ,

fiant , il mérite que vous le lisiez avec
attention dès que vous serez de retour
de votre Campagne. Le peu que
vous en avez vû dans le petit Journal
de Verdun , n'est pas , comme vous
dites , suffisant pour vous instruire ; il l'a
été seulement pour exciter votre curiosité
et pour former quelques doutes , que
vous me chargez d'éclaircir , les Journaux
Litteraires n'en ayant point encore
parlé.
Le premier de ces doutes roule sur ces
paroles du Journaliste , page 175. du
mois de Septembre. En 1662. M. Pičquet
revint en Europe, sans renoncer au Consulat
d'Alep , qu'il fit exercerpar M. Baron.
II. Vol. Ces
C iiij
2786 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles font , sans doute , entendre
que M. Baron ne fut que le Substitut de
M. Picquet , et que celui- cy étant toûjours
le maître du Consulat d'Alep , il y
commit une personne à sa dévotion , & c .
Votre interprétation est juste , Monsieur,
mais le fondement en est peu solide . Les
termes que je viens de rapporter sont
entierement du Journaliste;l'Historien de
M. Picquet ne parle point ainsi , et vous
avez eû grande raison de douter que
M. Baron , dont vous avez connu la famille
, fort superieure à celle de M. Picquet
, dont vous avez , dis - je , vû les Neveux
se distinguer dans votre Ordre , ait
jamais été le Substitut d'un Consul d'Alep.
Mais comme je ne sçaurois bien remplir
tout ce que vous exigez de moi au
sujet de ce nouveau Livre , sans le lire
attentivement d'un bout à l'autre , je ne
vous dis rien de plus ici sur cet article.
L'occasion d'en parler reviendra à
la suite de mes Observations , que je soumets
d'avance toutes à vos lumieres , ne
les
ayant entreprises que pour vous obéïr,
et pour perfectionner un Ouvrage qui mérite
l'attention de tous les gens de bien.
En voici d'abord le Titre. LA VIE de
Messire François Picquet , Consul de Franse
et de Hollande à Alep ; ensuite Evêque
II. Vol. de
DECEMBRE 1732. 2787
de Cesarople,puis de Babylone , Vicaire Apos
tolique en Perse ; avec titre d'Ambassadeur
du Roy auprès du Roy de Perse , contenant
plusieurs évenemens curieux , arrivez dans
le temps de son Consulat et de son Episcopat
, dans les Etats de Turquie et de Perse ,
et dans les Eglises des deux Empires.Divisée
en trois Livres , 1. vol . in 8. de 543. pages
sans la Préface et la Table. A Paris ,
chez la Veuve Mergé , ruë S. Jacques ,
M. DCC . XXXII.
Une assez longue Préface contient d'abord
l'Eloge de M. Picquet,lequel ne présente
rien que de vrai , et de fort touchant.
Elle indique ensuite les sources où l'on a
puisé les Memoires qui ont servi à écrire
I'Histoire de sa vie . On distingue particulierement
ici François Malaval , ce sçavant
Aveugle de Marseille , qui avoit autrefois
projetté de composer lui - même
cette Histoire , et qui a fourni des lumieres
et des secours considerables pour l'exc
cution de celle dont il est question . Les
autres personnes qui ont concouru au
même dessein , sont aussi nommées avec
distinction dans la même Préface . X
LIVRE I. qui comprend les commencemens
de la vie de M. Picquet , l'Histoire de son
Consulat et divers evenemens concernant les
Eglises du Levant et de Turquie
II. Vol. Cv François
2738 MERCURE DE FRANCE
· François Piquet nâquit à Lyon le jour
de Pâques 12. Avfil 1626 ; il étoit fils de
Geofroy Picquet et d'Anne de Monery
l'un et l'autre d'une honnête et ancienne
Famille ,, que l'on mettoit au nombre des
Nobles de la ville de Lyon. L'Autheur
ajoute que Geofroy Picquet avoit été fort
riche , et qu'il passoit pour l'un des plus
considerables Banquiers de Lyon , qui
avoit le plus de crédit et de correspondances
dans toutes les Places de l'Europe .
Je passe , Monsieur , les prémices de la
piété et les premieres études de ce serviteur
de Dieu , qui avançoit à grands pas
dans la carriere de la vertu à mesure qu'il
croissoit en âge ; je passe aussi ses voyages
en divers endroits de l'Italie dont il vit les
principales Villes , et dont il ne revint à
Lyon que vers la fin de l'année 1650.
En 1652 le Consulat d'Alep , dont on
décrit ici l'importance et les avantages ,
étant venu à vacquer par la mort de M.
Bonin de Marseille , M. Picquet fut nommé
par la Chambre du Commerce pour
remplir cette Charge , et la Cour approuva
ce choix ,
Il s'embarqua à Marseille au mois de
Septembre de la même année , et après
avoir débarqué à Alexandrete il se rendit
à Alep au commencement de Decembre.
` II. Vol. On
DECEMBRE . 1732. 2789
On lui fit une Réception magnifique ;
tous les Consuls à la tête de leur Nation
vinrent le recevoir à l'entrée de la Ville ,
et le conduisirent jusqu'à son Palais &c.
Il faut passer ce terme , souvent employé
dans cette Histoire pour signifier la Mai
son du Consul .
Il donna dabord toute son application
au rétablissement des affaires du Commerce
, que la mauvaise foi des Marchands
et l'avarice insatiable des Gouverneurs
avoient fort dérangées. LePacha d'alors s'ap
pelloit Bichir , et non pas Bicier , comme
le nomme notre Autheur ; ses violences
et ses injustices l'avoient rendu fameux
dans l'Orient , et on parloit encore de lui
quand j'étois dans la Syrie. M. Picquet
vint cependant à bout de réprimer ses véxations
; il obtint des ordres précis de la
Porte , par lesquels il lui fut deffendu de
les continuer , et enjoint de donner une
entiere satisfaction au Consul de France ,
et de vivre desormais en bonne intelligence
avec lui .
Divers incidens troublerent depuis cette
intelligence ; mais ils ne servirent qu'à
faire paroître la fermeté et la sagesse de
notre Consul qui eut toujours l'avantage
sur le Pacha , et maintint hautement les
droits et la gloire de la Nation .
II. Vol. C vj Je
2750 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis m'empêcher , Monsieur , de
vous dire ici que le narré de l'un de ces
incidens est une espece d'énigme pour
moi , je ne sçai si vous en comprendrez
mieux le sens ? Voici de quoi il s'agit .
» Le courage de ce brave Consul parut
>> encore , dit notre Historien , lorsque son
>> Vice- Consul étant investi dans sa Maison
, qui étoit à l'extrêmité d'un fau-
» bourg, par 500 Mores , il alla lui - même
»à son secours à la tête de 200 François ,
» et les chargea si vigoureusement , qu'ils
furent obligez de prendre la fuite , et de
» lui laisser la gloire d'avoir purgé la cam-
» pagne de tous ces brigands , à la grande
» confusion du Pacha , qui negligeoit un
» devoir si essentiel à sa charge &c.
Tout le monde sçait que le Consul d'Alep
n'a point de Vice- Consul dans cette
même Ville ; il y seroit fort inutile. Il
n'est pas moins certain que la Syrie n'est
pas le pays des Mores : d'où seroient donc
venus ceux qui investirent la Maison en
question ? M. le Chevalier Monier , originaire
d'Alep , que vous avez fort connu
à Paris chez le Cardinal de Noailles , qui
a lu tous des premiers cette vie de M. Picquet
, m'a avoué qu'il n'avoit pas mieux
compris que moi l'endroit dont je viens
de parler.
II. Vol.
Cependant
DECEMBRE . 1732. 2791
Cependant les affaires du Commerce set
rétablissant de jour en jour , les Droits du
Consulat grossirent à proportion , et M.
Picquet se fit en peu de tems un gros revenu
. Rien n'est plus édifiant que de voir
dans le Livre même le saint usage qu'il
sçut en faire , et le détail de ses grandes
aumônes , particulierement envers les Ecclésiastiques
et les pauvres Eglises du pays.
Ce détail est suivi du recit de la révolte
du Pacha d'Alep , contre lequel le Grand
Vizir envoya Mortasa et non pas Mourthesar
, son Lieutenant , avec un corps de
troupes pour les opposer à ce Rebelle , et
pour commander en sa place dans Alep ,
ce qui ayant été heureusement executé , le
nouveau Pacha donna plusieurs témoignages
d'estime et de considération à M.
Picquet , jusqu'à faire pendre le Grand
Douannier devant la porte du Palais
de France , pour vanger les injures qu'il
avoit faites à la Nation dans l'exercice
de sa Charge , du tems du Pacha rebelle.
Les Gouverneurs Turcs ne visitent jamais
personne , et ils affectent surtout de
ne pas se mesurer avec les Consuls : c'est
beaucoup quand ils s'acquittent à leur
égard des bienseances reglées. Cependant
le nouveau Pacha prévenu d'estime et
II. Vol. d'une
2792 MERCURE DE FRANCE
d'une amitié particuliere pour M. Picquet
lui rendit une visite . Le Consul de son côté
répondit tout de son mieux à cet honneur
extraordinaire , il regala le Pacha , et quand
celui-cy montoit à cheval pour s'en retourner
, étant survenu une grosse pluye , M.
Picquet lui fit présenter un très - beau Manteau
d'écarlate de Venise , doublé de bro
card d'or.
Le Pacha revint encore quelques jours
aprés chez le Consul pour demander
ses conseils au sujet de l'Armée des Rebelles
, qui étoit encore assemblée , et
suivoit la fortune de Bichir Pacha.
La bienfeance et les suites de cette affaire
engagerent M. Picquet de visiter à son
tour le Pacha , qui lui rendit de grands
honneurs accompagnez de quelques présens
, sçavoir une veste de drap verd , couleur
cherie des Mahometans , et interdite
aux Chrétiens dans le Levant , une Pelisse
, ou Fourure de Chameau , et le plus
beau Cheval de son Ecurie richement harnaché.
La Pelisse de Chameau vous fera
sans doute rire , c'est apparemment une
méprise que je voudrois bien rejetter sur
'Imprimeur, s'il étoit possible , quoiqu'elle
ne soit pas marquée dans l'Errata. Vous
sçavez ce que c'est que le poil et le cuir
d'un Chrmeau dont on fait seulement des
II. Vol.
cribles
DECEMBRE. 1732. 2793
cribles et d'autres usages les plus grossiers
Cette visite fut suivie de quelqu'autres
où toute ceremónie étoit bannie ; elles se
passoient dans la nuit pour conferer des
moyens de reduire les Chefs des Rebelles
et de dissiper leur Armée . Le Pacha et le
Consul convinrent enfin d'un moyen qui
fut éxecuté de la maniere qui suit.
Un jour de vendredi , destiné chez les
Mahometans à l'Assemblée generale et
aux Prieres publiques dans la principale
Mosquée , dans le tems de la plus grande
application des Assistans , 12 Imans ou
Ministres de la Religion , pratiquez par
le Pacha , tomberent brusquement sur les
Chefs des Rebelles et leur couperent la
tête. Le Pacha sortit en même tems de la
Ville avec l'Etendart de la Loi , qui fut
incontinent suivi par les troupes rebelles ,
et la tranquillité se rétablit aussi - tôt . C'est
ainsi , dit notre Historien , que Mortasa
assisté des lumieres et du conseil de M.
Picquet , remporta sur Bichir et les compagnons
de sa revolte une victoire &c.
Il se trompe au reste dans ce narré, lorsqu'en
expliquant le terme d'Iman , il dit
que ce sont chez les Turcs une espece de
Prêtres qui exercent leurs fonctions hors
la ville . Les Imans sont employez dans les
grandes villes , comme dans les petites
II. Vol. - Mosquées
2794 MERCURE DE FRANCE
Mosquées , il y en a à sainte Sophie et
dans les autres Mosquées Royales de Cons
tantinople , et par tout où les Mahométans
ont des Temples.
Cette sanglante Tragedie , qui augmenta
la bonne intelligence entre le Pacha
d'Alep et le Consul François , fut suivie
peu de tems après d'un spectacle plus
agréable ; c'est la fameuse Comedie de Pastor
Fido , dont M. le Consul voulut régaler le
Pacha. On dressa un Théatre dans la Maison
Consulaire : la décoration en étoit
magnifique et bien entendue , et la Piece
fut executée avec tant de succès par de
jeunes Marchands François , que le Pacha
leur fit offrir un présent de deux mille
Piastres , lequel ne fut point accepté . Le
Gouverneur fut charmé de cette Piece
surtout de la belle Symphonie dont chaque
Scene étoit suivie . Il y a beaucoup
d'apparence que c'est tout ce que les Turcs
purent admirer.
>
Le Pacha voulut regaler à son tour le
Consul et la Nation Françoise d'uneComédie
Turque , laquelle fut representée dans
son Serrail par les meilleurs Acteurs du
Pays , et qui parut , dit notre Autheur ,
avoir son agrément dans l'esprit de nos
François. Ceux - ci ne manquerent pas ,
sans doute , de complaisance ; car vous
II. Vol.
n'ignorez
DECEMBR E. 1732 2795
n'ignorez pas , Monsieur , que les Turcs
n'ont ni regles , ni genie pour ces sortes de
spectacles ; témoin celui dont je crois de
vous avoir parlé , et où je me suis trouvé
un jour chez le Pacha de Damas , qui n'étoit
rempli que de boufonneries , quelquefois
assez grossieres , et dont la derniere
Scene fut un bizarre travestissement
des Acteurs, qui parurent habillez à la Françoise
avec des Perruques &c. ce qui augmenta
les éclats de rire et combla le plaisir
des Spectateurs.
C'est à cette occasion que le Pacha d'Alep
offrit au vertueux Consul deux des
plus belles filles et des principales Familles
Turques de la Ville , qui avoient assisté
à cette Comédie , offre qui fut bien
loin rejettée , et sur laquelle le Consul
s'excusa , en faisant confidence au Pacha
du Vou qu'il avoit fait de quitter le
monde pour embrasser l'Etat Ecclesiastique
, comme il l'éxecuta quelques années
après.
M. Picquet n'avoit alors que trente ans ,
ce qui acheva de lui gagner l'estime et
l'amitié du Gouverneur. C'est à peu près
dans ce même tems que la République
de Hollande le choisit pour son Consul à
Alep et dans ses dépendances : l'agrément
du Roi est ici sous -entendu .
II. Vol. J.
2796 MERCURE DE FRANCE
Je ne suivrai point notre Historien
dans tout ce qu'il ajoûte des differens
effets du zele de ce Consul , pour affermir
les Catholiques Orientaux dans la Foi , et
pour soumettre les Schismatiques à l'Eglise
Romaine. Il eut une tendresse particuliere
pour l'Eglise Maronite , toute
Catholique , du Mont Liban ; il faut voir
dans le Livre même tout ce qu'il a fait
pour cette Eglise , qui fut de son tems
extrêmement persecutée ; on ne peut rien
lire de plus édifiant ni de mieux touché.
L'article des Esclaves Chrétiens que le
pieux Consul soulageoit par ses aumônes
, et dont il rompoit les fers quand il
le pouvoit , est encore de ce même caractere
, on ne sçauroit le lire sans être
émû.
Je ne m'arrêterai point aussi à extraire
le détail de la disgrace qui survint au Pacha
d'Alep , disgrace que l'Auteur attri
bue à l'étroite union qu'il avoit avec le
Consul François , laquelle donna de l'ombrage
au G. S. et au G. Viz . M. Picquet
déplora le malheureux sort de son ami
qui fût conduit comme un criminel à
Constantinople ; » craignant que la gran-
» de liaison qu'il avoit eue avec ce Pacha
» ne lui fut¯nuisible ; parce que dans ce
» pays là on ne manque pas de se défaire
II. Vol.
D d'uDECEMBRE.
1732 2797
» d'une personne sans bruit ; it résolut de
» se retirer , mais le Seigneur , qui vou-
>> loit encore se servir de son ministere
» pour le bien des Pauvres et de la Reli-
» gion , lui fit differer de deux ans l'exe-
» cution de son dessein .
Je m'arrête ici , Monsieur , pour ne
point trop fatiguer votre attention , et
pour préparer dans une seconde Lettre
la suite de cet Extrait et de mes petites
Remarques. Je suis , & c .

LES DAMNEZ DE NEVERS ,
A M. Richard de Soultrai , Maître des
Comptes à Nevers , Auteur de l'Ode sur
la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de
Nivernois de Guy- Coquille.
Bocace , ton heureuse veine
Chanta les Damnez de Ravenne
A ton exemple dans ces Vers
Chantons les Damnez de Nevers ,
Nevers , mon séjour , mon azile ,
Païs charmant où j'ai reçû le jour ,
Nevers , où jadis tint sa Cour ,
Le Comte Hervé , Prince doux et facile ,
II. Vol.
Qui
2798 MERCURE DE FRANCE
Qui fit régner dans notre Ville
Les Jeux , les Plaisirs et l'Amour ;
Or il advint qu'emporté par la Chasse ,
Et de ses Chiens ayant perdu la voix ,
Lè bon Hervé s'égara dans un Bois ;
De son chemin il cherche envain la trace ;
Plus il s'avance et plus il s'embarasse ;
La nuit survient , autre calamité ,
Un feu paroît dans cette obscurité ,
Devers ce feu le Prince s'achemine.
Bref au travers de mainte épine
Il vient enfin au lieu tant souhaité ;
Ce lieu , c'étoit d'un Charbonnier la loge
Et le fourneau ; chez cet Hôte se loge
Le triste Hervé de crainte d'avoir pis ;
Le Manant fait les honneurs du logis
Avec un coeur vraiment digne d'éloge ;
Au Prince il sert des pommes , du pain bis ,
Eau surtout claire , en faisant mainte excuse.
En vrai Chasseur Hervé trouva tout bon ;
Car dame faim Cuisiniere dont use
Tout charbonnier , apprêta , ce dit- on ,
Le beau repas du faiseur de charbon ;
Après souper le Charbonnier honnête
Céde son lit , quel lit , bon Dieu !
Un peu de foin sert en ce lieu
De lit au Prince ; il éleve sa tête
III. Vol. SMF
DECEMBRE . 1732. 2799
DE
LA
Sur un caillou qui lui sert d'oreiller ;
Ce n'est pas tout , comme il croit sommeil.
ler ,
Il voit venir d'une vitesse extrême
Un homme noir montant cheval de même
Cet homme tient un poignard en sa main ,
Et méne en trousse une fille éplorée ,
Veut la meurtrir ; mais d'une ame assûrée
Hervé s'oppose à ce dessein ;
Prince ,, par un effort trop vain ,
Dit l'homme noir , tu terniras ta gloire ,
Respecte ici les ordres du destin ,
Retien ton bras , écoute mon histoire ,
J'avois quinze ans , si j'ai bonne mémoire ,
Quand je suivis les étendards
De ton Ayeul , le preux Comte Guillaume ;
Sous ce grand Chef j'ai bravé les hazards ,
J'ai parcouru vingt fois tout le Royaume
En combattant , mais pendant les hyvers
Je m'arrêtois avec lui dans Nevers ;
Là , je servis cette beauté cruelle ,
Ce coeur ingrat dont le tien prend pitié ,
Mais je ne pus gagner son amitié ;
Les petits soins , l'amour tendre et fidele ,
Les dons , les pleurs , ne pûrent la toucher;
Pour moi toujours elle fût un rocher ;
Dans ma douleur d'une main criminelle
Pour finir mes tristes amours ,
11. vol.
J'ai
2800 MERCURE DE FRANCE
1
J'ai tranché moi- même mes jours ,
Soudain dans la flamme éternelle
Je suis tombé , je le mérite bien ,
Mais la mort qui n'épargne rien ,
A fait périr à son tour l'inhumaine ;
Pour me venger de sa rigueur ,
Ici tous les mois je l'amene ,
Et de ce fer je lui perce le coeur.
Le Revenant ne parla davantage ,
Mais consomma son triste ouvrage ;
Car sur le champ il étendit la main
Par les cheveux il prit la patiente ,
Pour la punir de son dédain ,
Malgré ses cris , il lui perça le sein ,
Et puis encor toute vivante
Il la plongea dans la fournaise ardente ,
Et se brûla lui-même au même feu ;
D'effroi , d'horreur Hervé reste immobile,
Lorsque le jour parût un peu ,
Incontinent le Prince plus tranquille
Au Charbonnier fait son adieu ,
Monte à cheval et pique vers la Ville ,
Ne regrettant la chere ni le lieu ;
A ses Barons Hervé conta l'histoire ,
Tous se signoient , faisant semblant de croire ;
On manda soudain le Prélat
Qu'on vît bien-tôt arriver sur sa mule ;
II. Vol.
Le
DECEMBRE. 1732. 2801
Le bon Evêque plus crédule
Dit qu'il falloit assembler son Senat ;
Dans ce conseil n'étoient jeunes cervelles ,
Point n'écoutoit Abbés coquets
Moins assidus aux Temples qu'aux ruelles ,
Mais bien Vieillards venerables , discrets
Qui ne suivoient les doctrines
L'adroit Senat ayant déliberé ,
nouvelles.
Dît qu'il falloit pour expier l'offense
Fonder Convent , mais Convent ayant manse
Abbatiale , ou bien un Prieuré
De Grammont ou de Premontré ;
Ainsi fut fait , une belle Abbaye
Par Hervé fût et dotée et bâtie ;
Pour réparer forfait tant odieux
Moines au Chour disent toujours Matine ,
De chants dévots font retentir les cieux ,
Fors dans le tems qu'ils sont à la cuisine ;
Bref , soyés sûr qu'au Prince Fondateur
Ils en donnent sur ma parole
Pour son argent ; n'en rendront une obole ;
Ce n'est point tout
teur
maint grand Prédica
Dans ses Sermons récita notre histoire ,
Et fit pleurer son Auditoire ;
* Du tems du Comte Hervé l'heresie Albigeoise
voisfait quelques progrès dans Nevers,
II. Vol. Ainsi
2802 MERCURE DE FRANCE
Ainsi fut fait par maint beau Confesseur ,
Si que le cas Dames sçavoient par coeur ,
L'horrible cas Dames tant bien aprirent ,
Qu'à la parfin toutes se convertirent ,
Et de leur coeur déchasserent soudain
Triste fierté , rigueur , dédain ,
Se faisant même une douce habitude
De clémence et de gratitude ;
Depuis ce tems les superbes Guerriers
Ne trouvent plus dans ces lieux d'inhumai
nes ,
Amans heureux sont ici par milliers ,
Témoins * et Bretagne et Touraine ;
Tous ces Amans , grace à la vision ,
N'éprouvent point de tristes destinées ,
Dames croiroient être damnées ,
Si de leurs feux n'avoient compassion ,
Si quelqu'une à leur passion
Est quelquefois un peu severe ,
Soudain sa cousine ou sa mere
La menace de l'homme noir ,
Ele croit l'entendre ou le voir ,
Enfin ce bienheureux usage ,
Malgré les peres , les époux ,
S'est conservé jusques à nous,
Et durera bien davantage ;
* Bretagne et Touraine sont deux Régimens qui
ont été en garnison à Nevers,
II. Vel. Des
DECEMBRE. 1732. 2807
Des Guerriers ce sont là les droits ;
Mais quant à nous autres Bourgeois
Nous n'en usons , c'est grand-dommage ,
Les rigueurs sont notre partage ;
Soultrai , si j'avois vos talens ,
Je ne me plaindrois pas des refus de nos Belles ,
Ou , m'en plaignant enfin j'emploirois des ac
cens ,
si gracieux et si touchans
Que je pourrois bientôt les rendre moins cruelles
,
Et leur prouver qu'à tous égards
Apollon en amour vaut souvent mieux que
Mars ;
De ce récit quelle est donc la morale ?
Parmi la Fable il faut des veritez ,
Dira quelqu'un , car sans moralités
Tel conte n'est qu'un objet de scandale ;
Moraliser est pour moi terre australe
Or moralise qui voudra
;
Sans morale , ma foi , le Conte finira :
Mais, Soultrai , qui de la sagesse
Possede toute la richesse
De sa morale un trait nous restera ,
En attendant je mets un bel et catera.
Pierre de Frasnai , Trésorier de France
à Moulins.
You D IMI
11. Vol.
804 MERCURE DE FRANCE
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un coeur moderé .

Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE .
1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
En vain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.

Phraate est remis sur le Trône ;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aura jamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
II. Vol. DISDij
2806 MERCURE DE FRANCE
************** ****
DISCOURS sur ces paroles : Le Sage
profite de ses fautes ,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur
, en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable
il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement
à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort
au bord du précipice , où elles vont
bien- tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui , convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier
; celui-là est vraiment sage , il s'applique
à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées
; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference
qu'il se donne lui - même. Or , peuton
avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche
t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent
interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable
? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere ?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle
, soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite .
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris
? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches
qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro2808
MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez - vous vous en arracher
sans effort , et rentrer dans vousmême
pour y chercher vos défauts ; repasser
sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot , par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter
; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus
de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande
, il est vrai , mais elle n'est pas complette
, tenés-vous toujours sur vos gardes
l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes
; s'il ne vous résiste plus à force ouverte
, il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol.
espeDECEMBRE.
1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez
indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer
, vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances
; en un mot , sur tout ce qui ne
dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même
; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nous joue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent
de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. le
D iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant
à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son coeur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet
de toutes ses recherches , et la connoissance
de ses fautes ne fait que l'exciter
à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible
de découragement que de présomption
, son égalité ne se dément jamais.
Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé
à les réparer. Il n'est occupé
du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne
, en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles
sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil
toujours dans des circonstances si fa-
II. Vol. voraDECEMBRE
. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui - même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible
pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est - ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez
apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager
, ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable
interêt vous rouche ; il ne les réduit
pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers
accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole
Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique
à découvrir les causes de ces accidens
: sont- ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours
ferme , toujours actif , il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres
pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre
raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape.
Il trouve toujours dans ses fautes même
ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui ' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus
jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi-
II. Vol. lance,
DECEMBRE . 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité
d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle
ne le touchent qu'à proportion du rapport
qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé
à refléchir et à méditer , les refléxions
qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent
à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours
au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection .
C'est là l'objet de tous ses voeux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts . Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu , faites
que nous soyons ses imitateurs , et
donnez-nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter
par une penitence salutaire qui les
fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et
à notre sanctification .
Par M. D. S.
XXXX:XXXXXXXXXXX
A Mile de Malcrais de la Vigne ,
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Au Parnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais,de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctif est apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE . 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon coeur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes voeux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens perdus
,
Des champêtres plaisirs je trace des images ,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire ,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse
;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol
Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans rudesse
,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les coeurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur estime
,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les coeurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE . 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un coeur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement .
Mais pour vous voir , pour vous entendre ,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon coeur.
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
OBSERVATION sur l'impossibilité
du Mouvement perpetuel.
Our produire um Mouvement perpetuel
il faut une force infinie.
Po
Je prouverai cette proposition après
avoir marqué quelques suppositions que
je crois nécessaires à mon sujet .
Je suppose , 1. que pour construire un
II. Vol.
Mou .
2818 MERCURE DE FRANCE
>
Mouvement perpetuel , selon l'idée que
tout le monde en a on ne peut se servir
des Elemens que dans une action
qu'on leur donne , et non pas dans celle
qu'ils ont naturellement ; par exemple ,
qui mettroit une roüe sur un Fleuve , ou
une voile au vent , n'auroit pas trouvé
pour cela le Mouvement perpetuel ; il
faut que ce mouvement vienne de l'industrie
des hommes et non pas de la
nature des choses . On voit par là que
le feu n'est pas propre à ce sujet , parce
qu'il exige toûjours une nouvelle maticre
à consumer. La Terre n'y peut servir
tout au plus que pour soutenir les
Machines que l'on pourroit faire à cette
occasion ; il ne reste donc que les corps
solides inanimez , l'eau et l'air , dont il
faut encore exclure les eaux courantes
et les Vents .
2°. Que dans toutes les Machines qu'on
pourroit faire pour conserver le Mouvement
, il faut nécessairement qu'une partie
fasse mouvoir l'autre , comme le Tambour
fait mouvoir lePendule , et l'eau chasse
l'air d'un Scyphon , & c. car autrement
si aucune partie ne poussoit l'autre , ou
il n'y auroit aucun Mouvement , ou chacune
agiroit par sa propre force , et alors
ce Mouvement ne tireroit pas son prin
cipe de l'industrie des hommes.
DECEMBRE . 1732. 2819
39. Que tous les corps tendent naturellement
au centre de la terre , et que
pour qu'un corps en puisse éloigner un
autre , il faut que celui- là contienne une
plus grande force que celui- ci , parce qu'il
lui faut la force d'élever l'autre et de s'élever
lui- même , d'où je conclus qu'on ne
trouvera jamais le Mouvement perpetuel
par deux corps qui agissent réciproquement
l'un contre l'autre .
non que
4°. Que force perpetuelle et force infinie
, sont une même chose ; car quelle
idée avons- nous d'une force infinie , sic'est
une force qui souffrant sans
cesse une dissipation et un écoulement
d'une portion d'elle-même , ne peut ccpendant
jamais être epuisée ? mais cette
même idée ne convient - elle pas à la force
perpetuelle , puisque nous comprenons
que dans tous les siecles des siecles avenir
on ne sçauroit jamais l'épuiser ?
5°. Que qui dit Mouvement , dit action
, donc , qui dit Mouvement perpetuel
, dit action perp tuelle.
6°. Que qui dit action' , dit force , donc
qui dit action perpetuelle , dit force perpetuelle
ou infinie ; car ce n'est qu'une
même chose. Je vais prouver maintenant
que pour construire une Machine dont
quelque partie soit ou puisse être dans
II. Vol.
1820 MERCURE DE FRANCE
un Mouvement perpetuel , il faut qu'elle
renferme une force perpetuelle ou infinie.
Pour produire , dans quelque genre que
ce soit , un Mouvement d'une minute , il
faut un certain degré de force , et pour
en produire un de deux minutes , ou pour
conserver le premier dans la seconde minute
, il faut deux degrez de force , ou
une force d'un degré de force renouvellée.
Pour un Mouvement de quinze minutes
, il faut quinze degrez de force ;
donc pour conserver un Mouvement pen
dant une infinité de minutes , il faudra
une infinité de degrez de force , ou une
force infinie.
L'experience est parfaitement conforme
à ce que je viens d'avancer. Ayez une
Horloge à poids , laquelle étant posée à
une certaine hauteur et tirée par un juste
poids de 8. livres , puisse conserver son
Mouvement pendant 24. heures ; si vous
voulez gagner du temps et faire que de
la même hauteur le poids reste deux jours
à descendre , la chose n'est pas difficile ,
et on le peut en trois manieres ; sçavoir ,
en ajoutant une roue moyenne , ou en
allongeant la Verge de Pendule , ou enfin
en ajoûtant une ou plusieurs poulies;
mais de quelque biais que vous vous y
preniez , pourvû que vous conserviez
II. Vol.
toûjours
DECEMBR E. 1732. 2820
toujours la même Lentille qui est au bout
du Pendule , vous ne ferez jamais mar
cher votre Horloge deux jours , que vous
ne doubliez le poids , et si vous voulez
qu'elle aille 8. jours , il vous faudra de
toute necessité au moins 64. livres pesant;
d'où je conclus que la force doit toujours
être proportionnée à la durée du
Mouvement, et que si le Mouvement doit
durer toujours, la force doit agir toujours.
Elle ne le peut si elle n'est ou infinic ou
renouvellée , et ce dernier mot est opposé
à l'idée du Mouvement perpetuel.
l'on
Il est encore certain que si jamais le
Mouvement perpetuel pouvoit se trouver,
ce seroit toujours suivant les principes
des Méchaniques , c'est -à -dire , en employant
la force contre la force ; or le
principe universel des Méchaniques ,
prouve également l'impossibilité du Mouvement
perpetuel , le voici : ce que
gagne en temps et en espace ,
on le
perd en force et ce que l'on gagne en
force on le perd en temps et en espace :
expliquons ce principe dans le cas de
l'Horloge , et nous tirerons ensuite une
conséquence toute naturelle. Votre Horloge
n'alloit qu'un jour et elle en va 8.
vous avez gagné 7. jours de temps , mais
vous avez perdu en force 7. fois la pe-
11. Vol.
santeur
2822 MERCURE DE FRANCE
santeur du premier poids , puisqu'au liett
de 8 livres pesant , il en faut 64. De ce
principe je conclus que celui qui voudra
gagner infiniment en temps , perdra infiniment
en force , et que le Mouvement
perpetuel ne peut être l'effet que d'une
force infinie ; il est donc absolument impossible
, puisque tous les hommes ensemble
ne sont pas capables de former
une force infinie.
D'ailleurs les vaines recherches qu'en
ont faites jusques ici tant de personnes
sçavantes , forment une preuve morale
de son impossibilité ; les differens moyens
d'y parvenir qu'on a souvent proposez
et qui ont disparu d'abord après , autorisent
mon opinion , et j'ose ici prédire à
tous ceux qui travailleront à le cherher ,
qu'ils perdront immanquablement les uns
leur temps et les autres leur réputation ,
s'ils hazardent sur cette matiere de donner
un jour quelque chose au Public, Si
quelqu'un vouloit faire l'honneur de proposer
quelque difficulté à l'Auteur de
ces Refléxions il ose promettre d'y
répondre. Il fait son séjour à Villeneuvskez-
Avignon. Le 21 Août 1732 .

B. L. S.
II. Vel.
0 =
DECEMBRE . 1732. 2823-
FYEEYYHHHHHHHHHHHHHH
LOGOGRYPHE.
TR Trois
Rois mots de trois Lettres chacun ,
Tous trois de suite n'en font qu'un ,
Qu'en épithete on donne au plus habile ,
Dont le premier , du vrai , du sans façon , se dit ,
"
Et le second , d'un animal reptile ;
Pour le troisième , il flatte le goût et l'esprit,
Sept lettres
AUTRE.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus - tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
A me chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux , je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six, sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans
l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang
Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage ,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE . 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent
utile ,
A maint usage , et sur tout au repas :
Dans un très- grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net ,
Sept , deux , quatre , cinq , un , je suis votre valet.
Par P. D. C.

J'In
ENIGME.
' Inspire en même-temps la pitié , le respect ,
Le mépris et l'horreur , cependant mon aspect ,
Suivant certain dicton , doit donner de la joye ,
Et les rares faveurs qu'aux Mortels je déploye ,
Procurant des plaisirs qu'on ne peut exprimer ;
Ne me devroit- on pas moins craindre et plu
m'aimer ?
Mais ce siecle n'est qu'injustice ,
Que bizarerie ou caprice ;
Car tel me voit avec horreur ,
Qui de porter mon nom se feroit un honneur
O vous qui me cherchez avec un soin extrême ,
Si vous m'alliez trouver par hazard sur vous
même ,
Vous en auriez de la douleur.
ĮĮ. Vel. Co2826
MERCURE DE FRANCE
"
Cependant quand on veut faire une action noire,
Mon nom est très - connu ; mais finissons l'his
toire
Des rares qualitez que je reçûs des Dieux ,
De peur que produisant les effets merveilleux ,
Qui montrent à parler au sage ,
On ne me reprochât de n'en pas faire usage ;
Mais si je m'ouvre trop , Lecteur ,
Empruntant de Sancho l'ordinaire langage ,
J'en pourrois bien trouver l'excuse en votre coeur,
Par M. d'Har.
XXXXX XXX :XXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
Jo
DES BEAUX ARTS , &c.
TOURNAL LITTERAIRE , année
1731. Tome 18 premiere et seconde
Partie . A ta Haye , chez P. Gosse et F.
Neaulme , 1731. et 1732. in 12. de 524.
pages , sans les Tables. Voici quelques
Titres de Livres dont on trouve les Extraits
dans ce Volume .
TRAITE' de la Verité et de la Religion
Chrétienne , tiré du Latin de
M. Jean Alfonse Turrettin , Professeur
LI, Vol. en
DECEMBRE . 1732. 2827
en Théologie et en Histoire Ecclesiastique
, à Gennes. Sect. 3. de la verité de
sa Revelation Judaïque. A Gennes , chez
Bousquet , &c. 1731. in 8. de 150. pages.
POESIES de M. l'Abbé CHAULIEU ,
et de M. le Marquis de la FARE . Nouvelle
Edition , corrigée et considerablement
augmentée . A la Haye , chez Rogissat
, 1731. in 12 , de 257 , pages .
ODES sur les affaires du Temps , avec
une Description en abregé de la Hollande
, par l'Auteur des Titans , Tome I.
de 256. pages. Refléxions nouvelles sur
l'Iliade d'Homere , Tome II . de 236. pag.
Reflexions nouvelles sur l'Iliade d' Homere,
avec la Tragédie d'Electre , Tome III . de
256. pages. Le Siecle de Louis le Grand
avec Themire , ou l'Actrice nouvelle sur
le Théatre d'Athénes , Tome IV . de 237 .
pages. Les Rues de Madrid , l'histoire de
la Porcelaine et le Combat des Echasses .
avec plusieurs Satyres et autres Pieces
Tome V. de 259. pages, A Liege , chez
Everard Kints , 1731. in 8.
,
Après les Odes , viennent quatre petits
Poëmes , dont les Titres sont , la Bataille
de Nervinde , le Passage du Ter , Rose
conquise , et la Métamorphose de Clitie
11. Vol. cn E
2828 MERCURE DE FRANCE
en fleur. Le dernier Volume est terminé
par la Description de la Hollande , qui
est très- belle , on en pourra juger par
cet échantillon.
Va contempler ces Digues orgueilleuses
Invincibles Remparts , dont la solidité ,
vagues sourcilleuses Brave les
Du terrible Ocean par l'orage irrité,
Pour regagner son ancien heritage ,
De ses propres Troupeaux l'antique pâturage ,
น De son redoutable Trident ,
Le Dieu des Mers près du Rivage ,
Pousse les flots au gré du vent .
Du retranchement immobile , ·
Et tous les ans avec soin réparé ,
Neptune , sur ces Bords chaque Hyver attiré ,
Veut en vain penetrer l'impenetrable azile ,
Lassé d'un effort impuissant ,
Et de chercher en vain à s'y faire un passage ,
L'Onde en écume au lieu de dépit et de rage ;
Et se retire en mugissant.
S Le Siecle de Louis Grand , est un Poëme
partagé en huit Chants , dont le dernier
est destiné tout entier aux Poëtes ;
l'Auteur y dépeint en ces termes le caractere
Chansonnier des François , et les
Elegies de la Comtesse de la Suze,
11. Vol. Jamais
DECEMBRE.
1732.
2829
Jamais l'agréable Thalie ,
Ne badina plus vivement ,
Que dans la piquante saillie ,
Des Airs qu'on chante en les formant.
Pour animer la Chansonette ,
Chaque mot volontiers se prete ,
Enfant de la joye et du vin ;
Par pouvoir magique échauffée
La France des mains d'une Fée ,
Jadis reçut ce don divin,

Avec quelle douce énergie ,
La Suze , à l'ombre des Cyprès ,
Nous réprésente l'Elegie ,
Gémissante dans les Forêts !
Lorsque dans un torrent de larmes
Pour un coeur parjure à ses charmes ,
Le sien me paroît éperdu .
Ce n'est point une fausse image ,
C'est un coeur tendre qu'on outrage,
C'est un Amant qu'elle a perdu.
LE
PHILOSOPHIE ANGLOISE , ou Histoire
de M. Cleveland , fils naturel de
Cromwell , écrite par lui- même et traduite
de l'Anglois par l'Auteur des Mé
moires d'un homme de qualité; enrichie de
Figures en Taille- douce. A Utrecht , chez
11. Vol.
Eij Et.
2830 MERCURE DE FRANCE

Et. Neaulme , 1732. in 12. Tome I. de
266. pages , sans la Préface. Tome II . de
de 311. pages. Tome III . de 442. pages
Tome IV. de 309. pages.
DICTIONNAIRE de la Langue Françoise
ancienne et moderne , de P. Richelet , augmenté
de plusieurs Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique , de Jurisprudence
, et d'une Liste Alphabetique
des Auteurs et des Livres citez dans le Dictionnaire
. Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre d'Articles. A Amsterdam,
aux dépens de la Compagnie , 1732 , 2 .
vol. in 4º .
DICTIONNAIRE, Universel de Commerce,
contenant tout ce qui concerne le commerce
qui se fait dans les quatre Parties du
Monde, par terre , par mer , &c. par Fac
ques et Philemon Savary , Tomes 3 et 4.
Supplement des deux premiers. A Amsterdam,
chez les fansons et Waesberge 1732 ,
2. vol . in 4.
DISSERTATIONS nouvelles sur les maladies
de la poitrine , du coeur , des femmes,
veneriennes , et quelques autres particuláritez
: ou , selon les nouvelles découvertes
, on donne une idée claire et distincte
-II Fel, de
DECEMBRE. 1732 2831
de toutes ces Maladies , par opposition à
l'opinion des Anciens. Par M. Barbeyrac ,
Docteur en Medecine à Montpellier ; avec
deux Descriptions de Maladies qui n'ont
jamais été écrites : Far M. Boerhave. A
Amsterdam , chez les mêmes , 1731. in- 12 .
PROJET de Souscription pour l'Edi
tion de l'Histoire Metallique des XVII .
Provinces des Pays-Bas , depuis l'abdication
de Charles V. jusqu'à la Paix de Bade
en 1716. traduite du Holandois de M.
Gerard Van -Loon . A la Haye , chez P.
Gosse , F. Neaulme et P. de Hondt , 1732..
Cet ouvrage doit être regardé non seulement
comme une Histoire Métallique ,
mais encore comme une Histoire Civile ,
Militaire , Ecclésiastique et Genealogique.
des Pays- Bas. Elle est tirée des Historiens
-les plus estimez , tant géneraux que particuliers
, et confirmée par les Monumens
les plus certains et les plus authentiques ;
ensorte qu'on ne fait aucun doute qu'elle
ne soit préferée à toutes les Histoires des
XVII Provinces qui ont paru jusqu'à présent
, et à tout ce qu'on a encore vu de
plus curieux en ce genre.
L'Edition sera divisée en s vol . in- fol.
qui contiendront 675 feuilles, de très - beau)
papier, en caracteres neufs. Il y aura 2945
II. Vol. Médail E iij
2832 MERCURE DE FRANCE
Médailles avec leurs revers , gravées par
les meilleurs Maîtres , et expliquées par
PAutheur.
Ceux qui souscriront auront cet Ouvrage
pour 90 florins de Hollande pour le petit
papier , et pour 135 florins le grand pa
pier. Les principaux Libraires de ces Provinces
et des Pays Etrangers recevront les
souscriptions ; et en payant à differens termes
, suivant le Prospectus &c. ils auront
tout l'Ouvrage entier dans le courant de
P'année 1733. On pourra chez les mêmes
Libraires consulter le Prospectus pour une
plus ample instruction .
L'Article XI de la seconde Partie de ce
Journal , intitulé Expériences étonnantes
sur l'Electricité , merite une attention particuliere
de la part des Physiciens. Il contient
la description de plusieurs Expériences
faites en Angleterre par M. Etienne
Gray , et extraites d'une de ses Lettres.
Elles se trouvent aussi décrites dans les
Transactions Philosophiques de la Société
Royale de Londres , num . 356 et 417 .
Nous ne rapporterons icy qu'une de ces
Expériences à cause des bornes auxquelles
nous sommes nécessairement assujettis.
les Curieux pourront recourir au Journal
même , ou aux Transactions pour être instruits
sur toutes les autres .
11. Vol. . M.
DECEMBRE. 1732. 2833
M. Gray découvrit au mois de Fevrier
1729 pour la premiere fois une Attraction
Electrique dans plusieurs Corps qu'on n'avoit
pas soup onés jusques- là d'avoir cette
propriété. Il fit là - dessus divers Essais sur
les Métaux , pour voir si on ne pourroit
pas les rendre attractifs par le même moïen
qui donne cette qualité à d'autres corps ,
sçavoir en les échaufant , les frottant , les
battant à coups de marteau ; mais ce fut
sans succès.
Il résolut alors de se servir d'un grand
Tube de Cristal ; car comme le Tube com
munique de la lumiere aux corps quand
on les frotte dans l'obscurité , M. Gray
pensa qu'il pourroit peut - être bien leur
communiquer en même tems de l'Electri
cité, et il ne se trompa pas , suivant les
differentes expériences faites sur les métaux
, les végétaux &c. rapportées dans ce
Journal , que nous obmettons , ainsi que
la Description du Cube en question , pour
venir à l'experience singuliere à laquelle
pous sommes contraints de nous borner.
Ecoutons là - dessus M. Gray lui même
qui parle ainsi dans sa Lettre dattée du 8.
Fevrier 1731 .
» Le 8 Avril 1730 je fis l'expérience suivante
sur un petit garçon de 8 à 9 ans.
» Il pesoit , tout habillé , quarante et sept
II. Vol. Eiiij livres
2834 MERCURE DE FRANCE
»
» livres dix onces. Je le suspendis horisontalement
à deux cordes , telles qu'on
»les employe à sccher le linge. Elles
» étoient d'environ 13 pieds de longueur,
» et avoient des ganses à chaque bout.
» Dans la solive de ma chambre , qui avoit
» un pied d'épaisseur , on avoit fiché deux
>> crochets à l'opposite l'un de l'autre , et
» à deux pieds de ceux- là encore deux au-
>> tres de la même maniere , sur ces cro
» chets on suspendit les cordons par leurs
น ganses , en guise d'escarpolettes , le bas
» n'étant élevé au dessus du plancher que
» d'environ deux pieds. On mit l'enfant
» sur ces deux cordes , la face en bas , de
» façon qu'une des cordes lui passoit sous
» la poitrine et l'autre sous les cuisses. Les
» feuilles de cuivre furent posées sur un
"petit gueridon fait d'une planche ronde,
» d'un pied de diametre , couverte de pa-
» pier blanc et soutenue par un pied d'un
» pied de haut. Comme on eut frotté le
» Tube , et qu'on le tenoit près des pieds
» du petit garçon , mais sans le toucher ;
»son visage attira les feuilles de cuivre
avec beaucoup de force , jusqu'à les fai-
» re monter à la hauteur de 8 et quelqué
fois de 10 pouces. Je mis quantité de
» morceaux de feuilles sur le gueridon tout
» à la fois , et elles s'éleverent toujours
AI. Vol.
tout
DECEMBRE. 2835 1732 .
tout à la fois dans le même tems .
>> On mit alors le garçon sur le dos , et
» le derriere de sa tête qui étoit couverte
» de cheveux courts , attira , mais non pas
» tout à fait à la même hauteur que son
» visage avoit fait. Après cela on mit
» les feuilles sous ses pieds , sans qu'il eut
» quitté ni souliers ni bas , et le Tube
ayant été tenu près de sa tête , les pieds
" attirerent, mais pas tout à fait à la même
» hauteur que la tête. Après cela on remit
» encore les feuilles sous sa tête , mais il
» n'y eut aucune attraction , non plus que
» quand on tenoit le Tube au dessus des
» pieds , et les feuilles au dessous .
ر د
» Le 16 Avril je repetai l'expérience du
» petit garçon , mais l'attraction ne fut
» pas , à beaucoup près , si forte ce jour - là
» que la premiere fois . Les feuilles de cuivre
>> ne monterent qu'à environ 6 pouces. Je
» fis étendre au garçon ses mains horison-
» talement , et je plaçai un petit gueridon
» avec des feuilles de cuivre sous chaque
» main , et un autre plus grand sous son
» visage après quoi le Tube excité ayant
» été tenu près de ses pieds , son visage et
» ses mains attirerent tout à la fois. Je lui
donnai alors à tenir dans une main le
» bout superieur d'une ligne à Pêcheur
*L'Auteura dit auparavant que cette Ligne étoit
II. Vol.
E v
2836 MERCURE DE FRANCE
» à la petite pointe de laquelle étoit en-
» chassée une boule de liege , sous laquelle
» on mit les feuilles de cuivre , et le Tu-
» be ayant été frotté et tenu près des pieds ,
» la boule attira les feuilles à la hauteur de
» deux pouces , puis les repoussa , et les
" attira encore plusieurs fois de suite avec
beaucoup de force.
» Le 21 Avril je réïterai mes expérien
» ces sur le petit garçon , et je trouvai l'at-
» traction beaucoup plus forte que la pre-
» miere fois. Les feuilles de cuivre s'éle-
» verent vers son visage à la hauteur de
plus d'un pied . Je donnai alors au gar
>> çon
dans chacune de ses mains l'extrê
» mité d'une ligne de pêcheur , avec une
» boule de liége à la pointe , et je mis un
» petit gueridon avec des feuilles sous chaque
boule. Le Tube ayant été frotté et
» tenu près de ses pieds , les deux liéges
>> attirerent et repousserent fortement tout
» à la fois. La longueur de chaque morceau
» de liége étoit d'environ 7 pieds. On mit
» aprèc cela le petit garçon sur le côté gau
» che , et on lui donna à tenir de ses deux
» mains une ligne à pêcher de 12 pieds de
ןכ
long , surmontée au bout d'une petite
» boule de liége d'un pouce trois quarts
» de diamettre : après cela toutes choses
faite d'une longue Canne on Roseau
11, Vol.
étant
DECEMBRE. 1732. 2837
étant préparées , et le Tube près des
"pieds de l'enfant , la boule de liége atti-
" ra et repoussa avec force les feuilles de
cuivre jusqu'à la hauteur de deux pou
» ces au moins.
» Remarquez , continue M. Gray , que
quand je parle de tenir le Tube près des
pieds de l'enfant , j'entends que c'étoit
vis à vis de la plante de ses pieds ; et
» quand je dis que c'étoit près de sa tête
il faut entendre près du sommet ; car
» quand on tenoit le Tube au dessus de la
» tête ou des jambes , l'attraction ne se
»communiquoit pas si fortement aux au-
» tres parties de son corps.
3)
» Ces Expériences montrent , conclud
» l'Auteur , que les animaux reçoivent en
plus grande quantité les écoulemens
» électriques , et que ces écoulemens peu-
» vent passer d'eux ailleurs , jusqu'à des
» distances considérables par plusieurs
» chemins tout à la fois , pour peu qu'ils
» trouvent des passages propres , après
» quoi ils déployent leur puissance attrac-
» tive dans les endroits où ils sont - par-
>> venus.
On ne peut pas disconvenir qu'il n'y
aitdu neuf et du merveilleux dans ces Expériences
; M. Gray se propose de les por
ker encore plus loin , encouragé par une
II. Vola B vj nou2838
MERCURE DE FRANCE
nouvelle découverte qu'il a faite touchant
l'attraction des corps colorez , lesquels attirent
, dit-il , plus ou moins à raison de
la couleur dont ils sont , quoique de même
substance , de même volume , de même
poids ; ensorte que le rouge , l'orange
ou le jaune , attirent pour le moins 3 ou 4,
fois plus fortement que le verd , le bleu
ou le pourpre . Voilà encore une fois des
Nouveautez susceptibles de bien des Reflexions
; elles prouvent au moins qu'il
reste encore beaucoup de mysteres à découvrir
dans la Nature. Pline qui l'avoit
assez étudiée le pensoit ainsi , nous finirons
par son expression qui ne sçauroit
être plus noble , ni peut - être mieux appliquée
qu'ici : Multa latent in majestate
Natura.
POESIES diverses. Par M. Tanevot .
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jacq. Colombat
; et Quay de Conty , chez la Veuve
Pissot , 1732. prix 2. livres relié , in 12.
de 300. pages.
Nos Lecteurs connoissent déja plusieurs
Pieces que nous avons publiées de cet
Auteur , qu'il a retouchées depuis . Nous
ne doutons point du plaisir que fera ce
Recueil composé d'Odes , Epitres , Dia-
I. Vol. prices
DECEMBRE. 1732. 2839
logues , Fables , Allégories , Elegies , Caprices
, Epitaphes , Apologies , Madrigaux
, Cantates et autres Poëmes sur divers
sujets , sans compter les Stances
Odes , et quelques autres Poësies Chrétiennes.
Donnons quelques morceaux de
ces Poësies pour faire conroître le génie
et le caractere de M. Tanevot.
Les Dieux Luteurs. Fable.
Un homme expert aux combats de la Lute,
Se choisit un Eleve , et par mainte leçon ,
L'ins truit dans tous les tours que cet Art execute ;
Hormis un seul , que pour bonne raison ,
Il se réserve en personne discrete.
Voila dans peu notre nouvel Athlete ,
Robuste , souple , adroit , terrassant tout Luteur,
Qui vouloit contre lui signaler son ardeur.
Enflé de ses succès , par un orgueil extréme ,
Il ose défier jusqu'à son Maître même ;
Celui -cy du combat se défend par bonté ;
Mais forcé par l'Eleve à venir sur l'aréne ,
Il se résout , quoiqu'avec peine ,
A punir sa témerité.
L'adresse sur la force eut toûjours l'avantage ,
Le vieil Luteur mettant son secret en usage ,
Fait bien- tôt perdre terre à ce jeune éventé ,
Puis l'étend à ses pieds , tout écumant de rage.
2. II, Vol. J'ignorois
2840 MERCURE DE FRANCE
J'ignorois , dit l'Eleve , en i criant mercy ,
Le tour que tu me fais connoître ;
Je te le gardois , dit le Maître ,
Pour un jour comme celui - cy .
"
MADRIG AL.
Quelqu'un demandoit à Damis ,
Riche autant qu'il en est en France ,
Si dans cette rare opulence ,
Il se croyoit beaucoup d'amis ?
De ceux que la fortune attire ,
J'en ai , dit - il , à volonté :
Des autres je ne puis rien dire ;
Ay-je été dans l'adversité ?
L'ETINCELLE. Fable.
Une Etincelle petillante ,
Admirant son éclat et son agilité ,
Dans l'excès de sa vanité ,
Se croyoit une Etoile errante.
Mais au moment que son feu l'ébloüit j ›
La pauvrete s'évanoüit..
Ce récit a peu d'étenduë
;
-i
Mais s'il instruit assez , n'est-il pas assez long ??
Sur maintes gens il tombe à plomb :
Combien, par leurs projets, se perdent dans la nuë,
Et s'éclipsent au même instant ?
I.L. Vol. S'estimer
DECEMBRE. 1732. 2841
S'estimer trop , est une erreur commune .
La moindre lueur de fortune ,
Fait d'un fat un homme important.
L'humaine ambition est toûjours indiscrete :
L'homme luit quelquefois , mais comme une
bluette.
L'Epitre de l'Auteur à ses Livres , est
un morceau très- travaillé , dont nous
voudrions bien orner cet Extrait , mais
sa longueur nous en empêche , nous ne
pouvons cependant nous empêcher d'en
rapporter quelque chose. Voici le commencement.
Celebres monumens des plus sçavantes plumes ,
Chefs-d'oeuvres de l'esprit , agréables volumes ,
Lumiere qui luisez sur mes travaux divers ;
Mes Livres , c'est à vous que j'adresse ces Vers.
Que le Ciel soit serein , ou que l'orage gronde ,
Libre au milieu de vous des embarras du monde ,
Arbitre de mon sort , je me fais seul la loi ,
Et de mon doux- loisir ne rends compte qu'à moi .
Tranquille possesseur des seuls biens ou j'aspire ,
J'exerce alors sur vous un légitime empire ;
Je forme en Souverain les plus vastes projets ,
Et sur ma table épars je vois tous mes Sujets .
De leurs plus belles fleurs les Muses me couronnent
;
LI. Vol Rassemblez
284 MERCURE DE FRANCE
Rassemblez sur leurs pas , tous les Arts m'environnent
.
Dans un champ si fécond je n'ai qu'à moissonner ;
Mes voeux toujours remplis , ne sçauroient se
borner ;
Et je puis , sans sortir du lieu qui vous enserre ,
Parcourir , quand je veux et le Ciel et la
Terre , &c.
MEMOIRES pour servir à PHistoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , & c. Tome XVIII. de 411.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC. XXXII.
,
Les Memoires qui font la matiere de
ce XVIIIe Volume , contiennent la Vie
et le Catalogue des Ouvrages de trentecinq
Auteurs , entre lesquels nous avons
choisi l'article d'Antoine Godeau , pour
suivre notre coûtume , et pour ne point
exceder, les bornes prescrites dans notre
Journal.
Antoine Godeau nâquit à Dreux , Ville
du Diocèse de Chartres , où son pere
étoit Elû , et d'une des meilleures familles
du Lieu , vers l'an 1605.
Il s'adonna de bonne heure à la Poësie
Françoise , et se fit connoître avantageusement
de ce côté- là. Il étoit un peu pa-
11. Vol.
.rent
DECEMBRE. 1732: 2843
rent de M. Conrart , et logeoit chez lui
lorsqu'il venoit à Paris. Les Poësies qu'il
y apportoit de Dreux , donnerent lieu à
M. Conrart d'assembler dans sa Maison
quelques Gens de Lettres , pour en entendre
la lecture , et ces Assemblées furent
proprement l'origine de l'établissement
de l'Académie Françoise , dans laquelle
M. Godeau eut entrée des premiers.
Ses vûës tendirent d'abord vers le mariage
, et il rechercha la fille du Lieutenant
General de Dreux ; mais se voyant
rejetté , parce qu'il étoit petit et laid , il
quitta sa Patrie et vint s'établir à Paris .
M. Conrart l'ayant fait connoître à
M. Chapelain ; celui - cy le produisit à
l'Hôtel de Rambouillet , qui étoit alors
le Tribunal où il falloit faire preuve d'esprit
et de mérite pour être admis au
rang des Illustres ; il y fut goûté , et c'étoit
de lui que Mademoiselle de Ramboüillet
( Julie d'Angennes ) disoit dans
une de ses Lettres à Voiture : Il y a ici
y
un homme plus petit que vous d'une coudée.
et je vous jure , mille fois plus galint. Sa
taille et l'affection que cette Demoiselle
lui témoignoit , lui firent alors donner
le nom de Nain de Julie.
On voit par-là que si M.Godeau n'avoit
du côté du corps rien qui méritât de l'at-
II. Vol. tention
2814 MERCURE DE FRANCE
tention , les qualitez de son esprit et son
mérite suppléoient à ce deffaut. Quelque
temps après qu'il se fûr fixé à Paris , it
embrassa l'Etat Ecclesiastique ; et l'esprie
de pieté qui lui avoit inspiré ce dessein ,
lui inspira aussi celui de ne plus exercer
le talent et l'inclination qu'il avoit pour
la Poësie , que sur des sujets chrétiens .
Il fit en 1636. une Paraphrase du Cantique
: Benedicite omnia opera Domini Domin
, qui étant bien versifiée et écrite
d'un stile noble et riche , lui attira un
applaudissement general . Elle plut si fort
au Cardinal de Richelieu , à qui il l'avoit
présentée , qu'après l'avoir luë et reluë
en sa présence , il lui dit : Vous me donnez
le Benedicite , et moi je vous donne
Grasse . Jeu de mots , que l'occasion fit
naître ; car l'Evêché de Grasse vaquoit
alors , et le Cardinal qui connoissoit d'ail
leurs son mérite et sçavoit le bruit que
faisoient ses Prédications , fut par-là déterminé
à le placer sur le champ.
Il fut nommé à cet Evêché l'an 1536.
et fut sacré à S. Magloire au mois de Décembre
de la même année , par Eleonor
d'Estampes , Evêque de Chartres , et depuis
Archevêque de Reims , assisté d'Etienne
Pouget , Evêque de Dardanie et
*
* Ce nom est defiguré , il faut dire Etienne de
Puget.
DECEMBRE. 1732. 2845
depuis de Marseille , et de Bertrand Des
pruotz , Evêque de S. Papoul .
-Aussi- tôt après son Sacre , il se retira
dans son Diocèse , pour s'appliquer tout
entier aux fonctions de l'Episcopat. Il y
annonça avec zele la parole de Dieu , y
tint plusieurs Synodes , composa quantité
d'Instructions Pastorales pour son Clergé
et y rétablit la discipline Ecclesiastique .
Il réunit à l'Evêché de Grasse , par
droit de Patronage , l'Eglise d'Antibes ,
qui depuis que le Siege Episcopal en
avoit été transferé à Grasse , n'avoit été
d'aucun Diocèse , et par ce moyen il
fit revivre la discipline Ecclesiastique ,
dont il ne restoit presque plus aucun
vestige.
y
Il obtint du Pape Innocent X. des Bul.
les d'union de l'Evêché de Vence , avec
celui de Grasse , comme son Predecesseur
Guillaume le Blanc en avoit obtenu de
Clement VIII. Cette union n'étoit pas
contraire aux Canons , et paroissoit bien
fondée , parce que ces deux Evêchez ensemble
n'étoient que de dix mille livres
de revenu ; qu'ils n'avoient aussi ensemblee
que trente Paroisses , et que les Villes
de Vence et de Grasse n'étoient éloignées
l'une de l'autre que de trois licües.
Cependant voyant que le Peuple et le
II Vol. Clergé
2046 MERCURE DE FRANCE
Clergé de Vence , s'opposoient à cette
union , il aima mieux ceder son droit
que de n'être pas agréable à quelquesuns
de ces Diocesains , et d'avoir à poursuivre
un Procès , et se contenta de l'E
glise de Vence.
Il assista aux Assemblées generales du
Clergé , tenues en 1645. et 1656. Dans
la premiere il composa et récita , par ordre
du Clergé , l'Eloge de Petrus Aurelius,
qui avoit soutenu vivement les droits des
Evêques contre quelques Réguliers. Dans
la seconde , il fut un des Prélats qui témoignerent
le plus de zele et d'indignation
contre les Propositions de Morale
relâchée, qui avoient été dénoncez à cette
Assemblée , et ce fut par son avis qu'elle
fit imprimer les Instructions de S. Charles
Borromée , dont il avoit inseré une
partie dans ses Statuts Synodaux.
Il passa le reste de sa vie dans son Diocèse
, continuellement occupé , soit à faire
ses visites , soit à prêcher , soit à lire ou à
composer , soit à vacquer aux affaires Ecclesiastiques
ou temporelles de son Diocèse.
J'ai trouvé dans un Livre peu connu ,
intitulé : Le Confiteor de l'infidele Voyageur
, parfeu George Martin , Renegat ;
Extrait de ses Voyages. Lyon , 1680. in 8.
II. Vol. à
DECEMBRE . 1732 2847
à la page 244. qu'en passant à Vence ,
il vit M. Godeau , qui en étoit Evêque ,
et que Dieu l'avoit éprouvé par la perte
de la vûë , qu'il enduroit avec beaucoup
de tranquillité d'esprit ; particularité dont
je n'ai vû faire mention en aucun autre
endroit.
Il eut une attaque d'apoplexie le 17
Avril 1672. qui étoit le jour de Pâques
, et il en mourut à Vence le 21 du
même mois , âgé de 67 ans.
Les occupations de son Ministere ne
l'ont pas empêché de composer un grand
nombre d'Ouvrages considerables , tant
en Prose qu'en Vers. Aussi avoit- il une
facilité et une fécondité prodigieuse. Il
disoit ordinairement que le Paradis d'un
Auteur est de composer , que son Purgatoire
est de relire et de retoucher ses
compositions ; mais que son Enfer est
de corriger les Epreuves de l'Imprimeur.
M. Boileau Despreaux n'a pas jugé trop
favorablement de sa Poësie , voici com
me il en parle dans sa Lettre neuviéme à
M. de Maucrois . » Je suis persuadé
>> aussi- bien que vous , que M. Godeau est
>>un Poëte fort estimable. Il me semble
pourtant qu'on peut dire de lui ce que
» Longin dit d'Hyperide , qu'il est tou-
II. Vol.
»jours
2848 MERCURE DE FRANCE
»jours à jeun , et qu'il n'a rien qui remuë
>> ni qui échauffe ; en un mot , qu'il n'a
"point cette force du stile , et cette vivacité
d'expression , qu'on cherche dans
» les Ouvrages , et qui les font durer. Je
»ne sçai point s'il passera à la Posterité ;
» mais il faudra pour cela qu'il réssuscite;
puisqu'on peut dire qu'il est déja mort ,
» n'étant presque plus maintenant lû de
» personne.
>>
M. de Maucroix , dans sa Réponse à
cette Lettre de Despreaux , s'exprime ain
si sur son sujet. Je tombe d'accord que
>> M. Godeau écrivoit avec beaucoup de
» facilité , disons avec trop de facilité . Il
faisoit deux ou trois Vers , comme dit
» Horace , Stans pede in uno . Ce n'est pas
ainsi que se font les bons Vers. Je m'en
rapporte volontiers à votre propre ex-
» périence. Néanmoins parmi les Vers
négligez de M. Godeau , il y en a de
» beaux qui lui échappent. Dès notre
>> jeunesse nous nous sommes apperçus
» qu'il ne varie pas assez. La plupart de
» ses Ouvrages sont comme des Logogryphes
; car il commence toujours par
»'exprimer les circonstances d'une chose ,
» et puis il y joint le mor ; on ne voit
»point d'autre figure dans son Benedicité,
20
II. Vol » dans
DECEMBRE. 1732. 2849
dans son Laudate , et dans ses Canti-
» ques.
Le P. Vavasseur , Jesuite , a porté un
jugement encore plus désavantageux de
la Poësie de M. Godeau , dans l'Ouvrage
qu'il a publié contre lui , sous le nom de
Candidus Hesychius , et sous ce titre : An,
tonius Godellus Episcopus Grassensis , an
Elogii Aureliani scriptor idoneus , idemque
utrum Poëta ? Constantia ( ou plutôt )
Paris , 1650. in 8. Mais cet Auteur y outre
les choses , et fait voir par ce qu'il dit
contre la personne même de M. Godeau
que la passion avoit la principale part à
sa Critique.
Nous n'ajouterons point ici le Catalogue
des Ouvrages de M. Godeau fort bien
raisonné et composé de LIX. Articles ,
parce que ce détail nous meneroit trop
Join ..
Voici les noms des autres Sçavans dont
la Vie et les Ouvrages sont rapportez dans
ce XVIII . Tome des Mémoires,
Jean Jacques Boissard. Jean Alphonse.
Borelli, Jean Broekhuisen . Guillaume Burton
. Isaac Casaubon . Meric Casaubon.
Pierre de Caseneuve. Gautier Charlton.
Louis Cousin. Janus Dousa. Janus Dousa
le fils. George Dousa . Jean de la Fontaine,
Claude François Fraguier. Leonard Fuch-
II. Vol. sius.
2850 MERCURE DE FRANCE
sius. Jean-Baptiste Gelli. Edouart Herbert.
Maurice Hilaret. François- Michel Janicon.
Fean de Labadie . Christian Longomontan.
Jerôme Maggi. Henri Meibonius.
RobertMaurison. Augustin Niphus . Severin
Pineau. Bilibald Pirckheimer. Michel Poccianti,
Samuel de Pufendorf. Jean Racine.
Richard Staniburst. Louis Transillo . André
Valladier. Jacques Ware.
LA VIE EST UN SONGE , Comédie héroïque
de M. de Boissy , représentée par
les Comédiens Italiens , au mois de Novembre
1732. prix , 24 sols. A Paris
chez P. Prauli , Quai de Gêvres , 1732 .
in- 8. de 80 pages , prix 24 sols.
Cette Piéce en Vers libres , n'est pas
une simple Traduction de l'Italien ; on a
senti dans les Représentations , les changemens
avantageux que l'Auteur a faits
dans ce Poëme ; pour donner une idée de
la maniere dont il est écrit , et du caractere
des deux principaux Personnages , nous
Insererons ici un Fragment de la Scene
entre Bazile , Roi de Pologne , et Sigismond
, son fils , retenu dans une dure
captivité par son Pere depuis sa naissance.
II. Vol. Le
DECEMBRE.
1732. 2851
Le
Roy.
Ah ! ces retours affreux et l'horreur qu'ils t’ins«
pirent ,
Me font trop voir que les Astres sont vrais
Dans le malheur qu'ils me prédirent :
Il est écrit sur ton front irrité ;
Et j'y lis d'un Tyran toute la dureté.
Sigismond.
Pere cruel ! dont la bouche
m'outrage ,
Si je suis un Tiran , n'en accuse que toi ;
Par ton ordre , élevé comme un monstre sau→
vage ,
Je
ne fais que répondre aux soins qu'on cut de
, moi ,
J'imite ton exemple , et je suis ton ouvrage ,
D'autant plus excusable en mon
emportement
,
Que la raison l'approuve , et que ma tiran
nie
Par un juste retour et par un mouvement
Que la Nature justifie
N'aspire qu'à punir les Tirans de ma vie ;
Mais toi , Pere coupable et bourreau de ton
fils ,
Tu t'es montré cruel contre toute justice ,
Contre les droits humains et les loix du
Pays,
Pour m'enterrer vivant dans un noir précipice ,
11. Vol. F
Quel
2852 MERCURE DE FRANCE
Quel forfait en naissant avois -je donc commis
C'est peu de me cacher à ma Patrie entiere ,
Tu m'as tout refusé jusques à la lumiere :
Pour la premiere fois aujourd'hui j'en jóüis,
Dans les transports de sa colere ,
Contre moy , que pourroit imaginer de pis,
Le plus cruel de tous mes ennemis ?
Parens dénaturés , à vos ordres bizares ,
Quoi nos jours innocens seront - ils asser
vis ?
Serés- vous envers nous impunément barba
res ,
Et les ressentimens nous sont - ils interdits ?
2 Non , non c'est une erreur dont vous êtes sé
duits.
Par une sage prévoyance
Les équitables Dieux ont borné vos pouvoirs
Ainsi que nous , Vous avés vos devoirs ,
Et si nous vous devons avec l'obéissance
Des marques de respect et de reconnoissance ,
Vous nous devés des soins à votre tour ,
Conformes à notre naissance •
Et des preuves de votre amour .
RECUEIL des principales décisions sur
les Matiéres Beneficiales, extraites des Canons
des Conciles , et des plus celebres
Auteurs , conformes aux Edits et Déclaations
du Roi , et à la Jurisprudence des
II. Vol. ParleDECEMBR
E.
1732.
2853
Parlemens du
Royaume , et du Grand-
Gonseil.
Nouvelle
Edition , revûë , corrigée
et augmentée de plus de moitié. Par
M.
Drapier , Avocat au
Parlement. 2 .
vol. in - 12 . pag. 584. et 56. A Paris ,
chez
Nicolas- Pierre
Armand , ruë S. Jacques
1732.
EXPOSITION
Anatomique de la
structure
du corps
humain , par Jacques - Benigne
Winslovv ,
de
l'Académie
Royale des
Sciences ,
Docteur ,
Régent de la Faculté
de
Médecine en
l'Université de Paris & c.
vol. in-4. pag. 740. sans
l'Avertissement
et une Table des
principales
Matieres.
A Paris , chez
Guillaume
Desprez et Jean
Desessarts , 1732 .
LE REPOS DE CYRUS , ou
l'Histoire de
sa vie , depuis sa 16. jusqu'à sa 40. an-.
née. Chez
Briasson , rue S.
Jacques 1732.
in-12 . de 380. pages , les trois Tomes.
L'Auteur de ce Livre est M. l'Abbé
Pernetti. Le dessein de son
Ouvrage est de
faire voir en quoi
consiste la
veritable
grandeur d'un Roi , et les
differentes vertus
qui
doivent former son
caractere.
Comme la Fable étoit le
meilleur moyen
pour
développer les idées qu'on avoit sur
ce sujet , on s'en est servi , mais en tem-
II. Vol. Fij pé2854
MERCURE DE FRANCE
pérant ce qu'elle a d'outré. par la sagesse
du style et de l'invention , Cyrus est le
Heros qu'on fait agir et parler.
Dans le premier Livre on le met aux
prises avec les passions , et par la maniere
dont il se défait de leurs pieges , il peut
servir de modele aux jeunes coeurs pour
se deffendre contre les charmes de la volupté.
Dans le second , on le représente
occupé des Arts et des Sciences ; là , sẹ
trouve une Allegorie interessante des
progrès de la Litterature dans le dernier
siecle , et plusieurs Portraits achevez de
nos Illustres. Dans le troisiéme , on nous
le montre uniquement appliqué aux affaires
et à l'administration de l'Etat ; ce
ne sont que Maximes sages sur le Gouver
nement , que traits de grandeur et d'équi
té , et que moyens prudemment imagi
nés pour rendre les peuples heureux. Tout
cela est écrit d'un style fort naturel , et se
trouve entremêlé de plusieurs Episodes
qui sont autant de morceaux d'histoire
très-attachants .
Dans une Préface de 16 pages , l'Auteur
rend compte du choix et du dessein
de son Ouvrage. Les Maîtres et les Voyages
peuvent rendre un Prince plus sçavant,
dit il , ils ne peuvent en faire un Heros
, le vrai Heroïsme est l'ouvrage de la
11. Vol. Na
DECEMBRE. 1732 2855
Nature , Alexandre n'avoit appris de
personne à pleurer au récit des Conquê
tes de son Pere. Qui ne sçait que l'éducation
ordinaire sert plus à étouffer l'heroï'sme
qu'à le produire ; et qu'en voulant
réformer la Nature , que l'on croit corrompue
en tout , on la corrompt quelquefois
dans ce qu'elle a de plus parfait ?
il n'y a qu'une maniere de l'aider , c'est
de la connoître , de la suivre , et de ne la
corriger , en quelque sorte , que par elle-.
même , en opposant ce qu'elle à de bon
à ce qu'elle peut avoir de vicieux .
a
Au second Tome , page 12. Gyrus établit
dans sa Capitale des Tribunaux , où
se décidoit sans appel tout ce qui concernoit
les Arts et les Sciences , c'est-àdire
, qu'il créa six Académies. La premiere
avoit pour objet la Géometric , la
Philosophie , la Physique , la Chimie et
la Médecine ; la seconde étoit consacrée
à l'Eloquence et à la Poësie ; la troisiéme
travailloit sur l'Histoire , les Langues
Etrangeres et les Antiquitez ; les autres
se partageoient , la Musique ; la Peinture
et la Sculpture. Il n'étoit permis à personne
de mettre au jour aucun Ouvrage¸
qui n'eut été approuvé par l'Académie
dont il dépendoit : cette régle empêcha
qu'on ne multipliat les Livres . et ( ce
II. Vol. Fiij qui
2856 MERCURE DE FRANCE
qui en est une suite nécessaire ) qu'il n'en
parut beaucoup de mauvais.
Cyrus fait demander en mariage la fille
du Roi d'Armenie ; ses Ambassadeurs
P'obtiennent facilement de son Pere , lequel
donne les ordres necessaires pour le
prompt départ de la Princesse . Il ne pouvoit
ignorer son impatience ; elle n'avoit
pas employé auprès de lui ces ménagemens
équivoques , qui confondent si souvent
en ces sortes d'occasions le véritable amour
avec le faux ; elle avoit déclaré à son pere
toute sa tendresse pour Cyrus , elle la
trouvoit trop pure et trop raisonnable
pour en rougir ; on ne doit pas craindre
d'avouer qu'on aime quand on aime comme
on doit aimer. Malgré tout son empressement
, elle ne put se séparer de son
pere sans s'attendrir , elle lui avoüa qu'il
n'y avoit que Cyrus au monde qui put
adoucir le chagrin qu'elle avoit de le quitter
; ils se dirent adieu avec beaucoup de
larmes , l'amour vertueux fortifie les senti
mens de la nature au lieu de les détruire....
Tout l'Ouvrage , pour le dire en passant ,
est extrêmement.fourni de ces Reflexions
justes et sensées .
On se prépara à Hecatompyle à recevoir
Cassandane ; Cyrus n'oublia rien
pour
faire éclater sonamour ; il sçavoit
II. Vol. le
DECEMBRE . 1732 2857
le goût de la Princesse d'Armenie pour
les Arts et pour les Sciences ; il voulut que
toutes les Académies lui préparassent des
hommages à son arrivée , on n'en avoit jamais
rendu à une femme qui les méritât
mieux qu'elle , ni qui fut plus capable
d'en connoître le prix . De toutes les Académies
, celle qui pouvoit se distinguer
le plus en cette occasion , étoit celle de
Musique , elle avoit pour chef un de ces
hommes rares sur qui la nature semble
quelquefois vouloir essayer ce qu'elle
peut produire de plus parfait en un genre
. Il étoit Grec d'origine et avoit été conduit
par hazard à Hécatompyle dans sa
premiere jeunesse jamais homme ne sentit
mieux l'harmonie et tous les ressorts secrets
qui la produisent ;
il étoit simple
dans sa composition ; on retenoit ses airs
les entendre une fois ; il étoit varié , et
dans des Piéces sans nombre , il ne s'est jamais
repeté précis et caracterisé jusqu'à
ôter la liberté d'appliquer ses airs à quelqu'autre
sujet qu'à celui qu'il avoit eu en
vie; dans la fureur et dans la tendresse
allant aussi loin que ces passions....
Il composa un grand divertissement en
Musique dont on eut dit qu'il à composé
les vers tant ils convenoient, à la
Musique ; cependant il n'en étoit pas l'Au-
LI. Vol
Fiiij teur
2858 MERCURE DE FRANCE

teur : c'étoit un Poëte qu'il avoit pris soin
de former à cette espece de Poësie , et qui
se rendit presque aussi inimitable , tant
il est vrai que les Arts s'aident les uns les
autres, et qu'il ne faut quelquefois qu'un
grand homme pour en faire briller d'autres
qui seroient restez inconnus .... L'Amour
et la Musique ont plus de rapport
qu'on ne pense ; l'un et l'autre se prêtent
un secours mutuel ; les coeurs tendres sont
generalement plus touchez de la Musique
que les autres ; la Musique à son tour augmente
leur sensibilité , et elle devient un
vrai plaisir pour eux, quand ils aiment."
Indépendemment des dispositions où se
trouvoit Cassandane à cet égard , elle aimoit
la Musique par inclination ; de tous
les Arts que les hommes ont inventez
c'étoit à son gré celui qui faisoit le plus
d'honneur à l'esprit humain et qui l'étonnoit
davantage par la diversité et par
la multitude des combinaisons dont elle
est formée ; elle ne voyoit rien dans la
nature qui en eut pu faire naître l'idée :
la prétendue harmonie des Cieux , le choc
des Elémens , le chant, des Oiseaux , et
les autres sources d'où on suppose que
les hommes ont tiré la Musique , lui paroi
oient trop éloignées de la vrai- semblai.
ce , elle en auroit attribué la naissance
II. Vol
DECEMBRE . 1732. 2859.
à la mélancolie , parce qu'elle en est le remede
le plus efficace .
On établit un Théatre &c. Deux Poëtes
qui avoient en quelque sorte ouvert
la Scene , étoient rivaux sans être ennemis ,
et plaisoient tous deux , sans se ressemblers
le plus âgé avoit un génie noble ,
élevé , plein de force , fécond , énergique
, faisant des Héros de tous ses personnages
, il est vrai qu'il les avoit pris
dans l'Histoire du peuple le plus fertile
en Grands Hommes , flatant ses Auditeurs
en leur présentant des modeles au dessus
d'eux , et qu'ils se croyent capables d'imi
ter : le plus jeune , avec un génie moins
étendu , moins élevé , moins fort , moins
fertile même , mais plus soutenu plus
égal , plus doux , avoit trouvé le chemin
du coeur et le secret de l'interesser toujours
; toutes les passions qui en dépendent
avoient place dans ses Piéces ; on l'écoutoit
aussi volontiers que l'autre, quoique
par un motif bien opposé ; ses Auditeurs
⚫croyoient leurs passions pardonnables , en
les voyant authorisées dans les personna->
ges illustres qu'il mettoit sur la Scene ;
on sortoit des Piéces du premier , l'ame
remplie de grands sentimens et se croyant
capable de ce qu'il y a de plus héroïque :
les Piéces du second attendrissoient le
11. Vol. Fv
و
* coeur
2860 MERCURE DE FRANCE
,
coeur et arrachoient des larmes pleines de
douceur ; on devenoit plus honnête homme
de l'Ecole de l'un , et plus galant à
celle de l'autre , celui là avoit peint les
vertus des hommes , et celui cy leurs défauts
; le premier étoit répréhensible dans
son langage qu'il sacrifioit souvent à la
pensée ; il étoit même inégal , et après
s'être élevé jusqu'aux nuë ; il rampoit
jusqu'à la terre : le second étoit toujours
le même ; sa Poësie liée , son expression
pure ; il est plus difficile d'être egal dans
le grand que dans le tendre ; on disoit que
la perfection eut été de rassembler dans
un troisiéme Poëte ce qu'ils avoient de
meilleur l'un et l'autre ; je ne sçai si on
avoit droit de l'esperer , et si le même génie
est capable de réunir des qualités si
opposées ; ce qui en fait voir au moins la
difficulté , c'est que non seulement il n'y
a eu aucun Poëte en Perse qui en soit venu
à bout , mais il n'y en a pas eu qui ait
véritablement remplacé l'un des deux.
Cassan dane étoit enchantée de tout ce
' elle voyoit ; elle ne contribua pas peu
dans la suite au dessein de Cyrus ; capable
d'être Juge en toutes sortes de sciences
, elle ne se réserva que le droit communément
accordé aux Dames , de juger
du langage ; elle le perfectionna en effet
qu'
.
II. Vol.
si Ab
DECEMBRE. 1732. 2861
si bien , que les Académiciens avouerent
qu'ils lui devoient le stile naturel , simple
et noble qui prit la place du stile ampoulé,
précieux ou obscur même à force d'être
spirituel et trop du goût de la Nation dans
les commencemens de sa réformation ,
Cyrus aprit qu'un Poëte travailloit à
des Satyres , on en louoit la versification,
quoiqu'un peu dure , elle disoit beaucoup
en peu de paroles , on sentoit qu'elle avoit
coûté à son Auteur , qu'il n'y avoit que
le plaisir de médire qui eut pu lui faire dévorer
un si pénible travail. On en récital
quelques vers à Cyrus , leur beauté ne
surprit point son admiration , il les trouva
pleins de malignité , il ne confondit
pourtant point le Poëte avec son Ouvrage,
il distingua le genie de l'abus qu'il en faisoit
, il chercha à le rendre utile et non à
le détruire ; il étoit convaincu que ceux
qui ont des talens méritent des égards ; il
ne croyoit pas au dessous de lui d'en avoir
pour un Poëte , il le fit venir en sa préşence
, il le reçut avec bonté , il loua son
genie pour la Poësie , et il lui conseilla de
donner à ses vers un meilleur objet que
la Satyre. Ce n'est point en décriant les
hommes , lui dit - il , que vous les rendrez
meilleurs , c'est les irriter plutôt que les
réformer , la vertu n'a jamais employé les
1. 11. Vol.
armes F vj
2862 MERCURE DE FRANCE
armes de la satyre pour faire haïr le vice
et se faire aimer ; il est d'ailleurs de votre
interêt de ne pas vous rendre haïssable
on craint toujours pour soi ce qu'on aime
à entendre dire contre les autres , et
la haine contre le satyrique vange au
moins les gens vicieux d'avoir été censurez
.
Un Poëte comique pensa être découragé,
croyant que Cyrus pensoit de la Comédie
comme de la Satyre , mais on le dé- ·
trompa sur ce que ce Prince éclairé distinguoit
très bien la satyre , qui en attaquant
les vicieux ne corrigeoi: personne, de
la Comédie qui n'attaque que les vices.Ce
Pote travailloit avec une facilité d'autant
plus étonnante , qu'elle n'ôtoit rien à la
perfection de ses Ouvrages ; il étoit deve
nu la ressource des plaisirs et des fêtes
son génie étoit aussi inépuisable qu'il étoit
prompt ; il trouvoit dans les differens caracteres
un fond infini de morale ; on ne
pouvoit lui sçavoir mauvais gré d'avoir
voula corriger les hommes en les amusant :
son goût et son discernement dans le
choix et dans l'arrangement des sujets ,
qu'il avoit à traiter , étoient inimitables ,
il ne présentoit que ce qui devoit plaire s
la diversité et la multitude des spectateurs
qu'il avoit à contenter , n'ont ser-

II. Vol. vi
DECEMBRE. 1732. 2863
vi qu'à augmenter sa gloire ; il se reproduisoit
en quelque sorte lui- même , et on
retrouvoit en lui les qualitez de mille
Auteurs differens.... On lui attribue la
gloire d'avoir corrigé à la Cour beaucoup
de r dicules , celui des femmes qui font
les
sçavantes
, fut le plus marqué . Il n'est
pas étonnant que la science étant venue
à la mode en Perse , les femmes à qui la.
nouveauté plaît , ne voulussent se distinguer
aussi par la science ,
il peut leur
convenir d'être scavantes , mais il ne leur
sied jamais d'en affecter le titre ; il semble
que la science qui gêne , s'assortit
mal avec ses graces naturelles qui font
leur partage ; on exige d'elles de l'esprit ,
et la beauté même la plus parfaite ne les
en dispense pas longtems ; on leur passe
composer des Ouvrages qui ne dépendent
que de l'esprit... Les sentimens et
la délicatesse sont leur caractère principal
& c.
de
On vit s'élever un homme admirable ;
qui sous le voile des Fables déguisa sa morale
: le grand et le tendre , le serieux et
le badin , le naturel et le naïf même , tout
étoit de son ressort ; il n'est point d'état
ni de caractere qui n'y trouvat des leçons ,
il employoit à son gré la tendresse du
coeur , la sagacité de l'esprit , le badinage
II. Vol le
2864 MERCURE DE FRANCE
le plus aimable ; il apprenoit à penser aux
uns , il donnoit des sentimens aux autres,
il persuadoirà tous , et il est le premier
qui ait introduit dans la Poésie cette justesse
et cette précision même , qui paroît
lui être opposée , sans lui faire rien perdre
de ces images brillantes et de ces expressions
heureuses qui distinguent si fort la
Poësie du discours ordinaire . . .
Insensiblement cet Extrait devient long,
malgré notre attention à nous contenir
dans de justes bornes ; finissons- le par ce
Portrait. Parmi ce grand nombre d'hommes
qui se distinguerent , il n'y en eut
qu'un qui fut tout à la fois Poëte , Orateur
, Historien , Philosophe , Géometre ,
que ne fut il pas ? admirable dans tous
les genres où il voulut travailler , il épuisa
sa vie avant que d'avoir épuisé son génie ,
et les divers Ouvrages qu'il a laissés auroient
fait la gloire de plusieurs hommes.
Le VI. Tome du grand Recueil des Ecrivains
d'Italie , par M. Murator , imprimé à Milan ,
paroît ici depuis peu Il est dédié au Cardinal
Bortomée , Evêque de Novarre , er contient onze
Monumens historiques , composez par differens
Auteurs. Le plus considerable est sans doute celui
qui est intitulé : Annales de Gennes , par
Caffaro et ses Continuateurs depuis l'an 1100.
jusqu'en 1293. Ces Annales sont divisées en dix
Livies , dont le dernier est de la composition de
H. Vol Jacques
DECEMBRE. 1732. 2865
Jacques Doria , qui non content de reprendre le
fil de l'Histoire où les Auteurs précedens l'avoient
laissée , et de la conduire jusqu'à l'année
1294. est remonté jusqu'à l'origine de Genes , et
supplée ainsi à la Chronique de Caffaro , qui ne
commence l'Histoire de cette Ville qu'au temps
auquel il vivoit.
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE pour servir de
continuation à celle de M. l'Abbé FLEURY , Tome
XXVI. depuis l'an 1521. jusqu'en 1528. A Paris,
Quay des Augustins , chez Emery , Saugrain et
Martin ; et chez Mariette et Guérin , rue S. Jac
ques , in 4. 1729. pages $ 94.
Pour avoir une juste idée de ce nouveau Volu
me , il faut en lire l'Extrait dans le Journal des
Sçavans du mois de Decembre dernier ,
, page 757.
Le second Volume de la suite des Cent Nouvelles
Nouvelles de Madame Gomez , paroît chez la
Veuve Guillaume , ruë Dauphine , du côté du ›
Pont Neuf
On paroît fort content de la lecture de cet
Ouvrage.
Le 23. de ce mois , l'Académie Royale des
Inscriptions et Belles - Lettres , élut le Duc de
S. Aignan , Chevalier des Ordres du Roy , et
Ambassadeur à Rome , pour remplir la place
d'Académicien Honoraire , vacante par la mort
de l'Evêque de Metz .
M. de Julliennes , qui continuë de faire graver
les OEuvres de feu Antoine Watteau , vient de
faire paroître quatre Estampes d'après les Ta→
bleaux de ce charmant Peintre. Elles ont pour
II. Vel titre
2865 MERCURE DE FRANCE
titre la Promenade sur les Remparts ; Arlequin jaloux
; la Fileuse et la Marmotte. Ces Estampes
se débitent avec toutes celles gravées précédemment
, chez la Veuve Chereau , rue S. Jacques
aux deux Pilliers d'or , et chez Surugues, Graveur
du Roy , rue des Noyers , vis - à-vis S. Yves.
On apprend par des Lettres de Prague , que le
23. Novembre dernier , il étoit sorti de la Montagne
de Salpêtre qui est derriere la Maison de
Correction , une fumée à laquelle on ne fit pas
d'abord grande attention ; que le z ,. il s'en étoit
élevé de grandes flâmes , qui avoient causé beaucoup
d'effroy dans toute la Ville , qu'on y avoit
envoyé des Troupes pour les éteindre ; que le
4. et le r . de Décembre la Montagne s'étoit enflammé
de nouveau ; que malgré les tranchées
qu'on y avoit faites , le feu s'étoit communiqué
aux Terres voisines du Muldau , Rivierè qui tra
verse la Ville , et que la chaleur brulante de ces
Terres qui sont très sulphureuses , faisoit craindre
que le feu ne se communiquât aux maisons
et que la Ville ne fût embrasée.
Le 29.Novembre ; vers les six heures et demie du
matin, on ressentit à Naples une violente secousse
de Tremblement de Terre , qui ' endommagea
plusieurs Eglises , quelques Palais et un grand
nombre de Maisons , où il y eut quelques personnes
écrasés. La crainte d'un second Tremblement
de Terre , détermina la plus grande partie
de la Noblesse et des Bourgeois à se retirer à
la Campagne , et la nuit suivante toutes les grandes
Places de la Ville et des Fauxbourgs furent
remplies du reste des Habitans , quoiqu'il fit
cette nuit là un froid très- vif,
II. Vel. Le
DECEMBRE. 1732. 2867
Le 30. on reçut avis que ce Tremblement de
3 Terre s'étoit fait sentir, à la même heure dans la
Terre de Labour ; qu'il avoit entierement détruit
la petite Ville d'Ariano et celle de Mirabello
dont la plupart des Habitans avoient été écrasez
par la chute de leurs maisons ; qu'il avoit causé
beaucoup de dommage à Avellino , et qu'on l'avoit
aussi ressenti à Salerne .
On apprend de Londres , une mort aussi fuheste
que singuliere. Le sieur Whitake , mourut
de 8. dans son Appartement à la Tour , ayant été
mordu par un chien enragé , il alla à l'embouchure
de la Tamise se faire plonger dans la Mer ,
et il avoit joui d'une parfaite santé jusqu'au 7.
au soir qu'il assura plusieurs de ses amis qu'il
auroit le lendemain un accès de rage , les priant
d'avoir soin de lui. Il eut effectivement cet accès
qu'il avoit prévu , et il y mourut avec des convul
sions terribles . On a assuré que quelques heures
avant sa mort , il avoit aboyé dix ou douze fois
come un chien , symptome extraordinaire dont
il y a peu d'exemples dans les Malades attaquez
d'hydrophobic.
On écrit d'Hollande , qu'on a imprimé à Ams
terdam une Dissertation sur les Vers qui s'attachent
aux pilliers qui soutiennent les Digues et
qui mettent en grand danger toutes ces differen
tes Provinces. On a fait diverses Análises de ces
Insectes , dont la plus grosse espece est de la
longueur de dix pouces , et la plus petite n'a que
que quatre ou cinq pouces , ils ont l'un et l'autre
un dard à la tête qui est fort petit ; ils s'insinuent
dans le bois , y prennent accroissement
et le font périr. On ne dit pas qu'on ait trouvé
le secret de faire mourir ces Vers.
II. Vol SPEC
2868 MERCURE DE FRANCE
"
1
SPECTACLE S.
LE
E 9. Décembre , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
des Enfans Trouvez , ou le Sultan
poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique
, Romagnesy et Riccoboni , sont.
les Auteurs . Cette Piece fut reçue peu favorablement
du Public à la premiere Représentation
, et on prétend qu'une assemblée
tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation
, et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie . Nous allons tâcher
de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS ..
Themire ,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur Ro-
Alcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur Ric-
Orosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise
de voirThemire plus gaye et plus contente
qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande
la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les
climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fatale
,
Est prude avec renom
dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée
,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir
pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain . Themire répond que
cet Officier est Gascon , & c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce coeur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re
mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné
l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq
tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal .
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag
lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére .
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours , lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme
,
> Si je tiens un Serrail ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long- tems suivent les Mahomets
,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel
pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit- il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui , répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c .
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour
de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan ,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer
mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permission
,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action .
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue
:
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de
niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE . 1732 2873
Le Sultan .
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager
à re la rendre. Carabin est fort surpris
que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande ....
, Du moins , dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre . Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , & c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol.
que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de
l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si
considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon
heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannissaires
,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les
refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II. Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Charante.
Elle mourut bien- tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan
tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient
moi.
pas
à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa soeur plus petite
,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis .
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma soeur ,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends -je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por
trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes- vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois
clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire .
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II. Vol.
La
DECEMBRE. 1732
2877
La
reconnoissance se fait d'une maniere
très-comique , le pere embrasse ses enfans
, et
poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea
nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
O jour qui me la rens ,
comment me la renstu
?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue
ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser
.
Alcidor lui fait de
sanglans reproches
, et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage
à le suivre , après lui avoir représenté
son crime.
Themire y consent après
avoir
combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems
à sa soeur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire . Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle - même , si
II. Vol.
Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant
pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit - on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue
pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant
,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu
deur....
Themire.
Non , ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir
si-tôt ?
Dites -moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt .
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence
à soupçonner Themire d'inconstance
, et Carabin d'être son Rival , le Vizir
lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une
bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. Le
G iij
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain . ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore
des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque
j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond :
Eh ! qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude
? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit- il a
répond le Sultan .
Themire.
Permettés que je sorte;

Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms
sorte !..
Themire lui dit en sortant, que demain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez . Le Sultan
reste avec le Vizir ; un Esclave lui
apporte
une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle
, puis le retient , en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere ;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sauver.
I
, .II. Vol.
Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡
dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confondre
;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la
renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire,qui a promis de venir bien- tôt
au rendez- vous trouver Carabin.Themire
y arrive , conduite par Fatime ; on entend
quelque bruit ; elle dit est- ce vous Carabin
? lequel répond , êtes- vous là , ma
soeur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée
de Themire pour la poignarder, s'écrie
avec étonnement :
Ma soeur ah ! j'allois faire une belle sotise
!
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin .
Est- elle bien ta soeur ?
II. Vol.
Carabin
DECEMBRE . 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat
pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte :
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma
toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer , mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga
rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je me tuerai quand vous serés partis .
Le 14 Décembre l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre la Tragédie d'Isis.
La grande réputation de Mrs de Lully
et Quinault , Auteurs de cet Opéra , en
doivent toujours garantir le succès ; le
II. Vol.
Gv Public
2884 MERCURE DE FRANCE
Public l'a revûë avec beaucoup de satisfaction.
Le Théatre représente au Prologue le
Palais de la Renommée ; la suite de cette
Déesse à cent voix , chante cés Vers :
Publions en tous lieux ,
Du plus grand des Heros la valeur triom
phante ;
Que la Terre et les Cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée anime sa suite à chanter
le Heros de la France , et s'exprime
ainsi :
C'est lui dont les Dieux ont fait choix ,
Pour faire le bonheur de l'Empire François ;
En vain pourle troubler tout s'unit , tout cons
pire s
C'est en vain que l'envie a ligué tant de Rois ;
Heureux l'Empire
Qui suit ses loix !
Neptune ,
annoncé par les Tritons
vient au Palais de la Renommée , et dit
à la gloire du Heros qu'on celébre :
Mon Empire a servi de Théatre à la Guerre ;
Publiez des Exploits nouveaux;
II. Vol C'est
DECEMBRE. 1732. 2885
C'est le même Vainqueur si fameux sur là
terre ,
Qui triomphe encor sur les eaux .
La Renommée chante avec Neptune
ces quatre Vers :
Celebrez
Celebrons
son grand nom sur la Terre et sus
l'Onde
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes
Mers ,
Qu'il vole jusqu'au bout du monde ;
Qu'il dure autant que l'Univers.
Apollon , les Muses et les beaux Arts
viennent se joindre à cette Fête , et se
préparent à aller faire entendre leurs
chants dans une auguste Cour. La Renommée
finit le Prologue par ces Vers à
la gloire du Vainqueur :
Ennemis de la paix , tremblez :
Vous le verrez bien-tôt courir à la victoire :
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.
Ce Prologue a été très - applaudi ; la
Dile Antier qui le commence et qui le fi .
nit , n'y a pas peu contribué.
Au premier Acte le Théatre représente
de riantes Prairies , où le Fleuve Inachus
II. Vol.
ser-
G vj
2886 MERCURE DE FRANCE
serpente. Hierax , frere d'Argus et Amant
d'Io , fille d'Inachus , se plaint de l'inconstance
de sa Maitresse. Pirante , son
ami , paroît surpris de sa tristesse , dans
le temps qu'il va posseder l'objet de son
amour ; Hierax lui répond :
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême ,
De cet amour naissant qui répondoit au mien ;
Son changement paroît en dépit d'elle - même ;
Je ne le connoîs que trop bien ;
Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ;
Mais son coeur ni ses yeux ne m'en disent plus
rien.
Dans la suite de cette Scene , qui est
sans contredit la plus belle de la Piece ,
le même Hierax s'exprime ainsi :
Ce fut dans ces Vallons , où par mille détours ,
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur son charmant Rivage ,
Que sa fille volage ,
Me promit de m'aimer toûjours :
Le Zéphir fut témoin , l'Onde fut attentive ,
Quand la Nymphe jurâ de ne changer jamais ;
Mais le Zéphir leger et l'Onde fugitive ,
Ont enfin emporté les sermens qu'elle a faits.
Io se deffend le mieux qu'elle peut
de
ΙΙ. vol. l'inDECEMBRE.
1732 2887
l'inconstance qu'Hierax lui reproche , elle
le prie de differer son Hymen de quelques
jours , attendu un songe qu'elle a
fait ; elle ajoûte qu'il n'a point à se plaindre
de quelque préference , puisqu'aucun
de ses Rivaux ne l'emporte sur lui , il
lui répond tendrement :
Le mal de mes Rivaux , n'égale point ma peine ;
La douce illusion d'une esperance vaïne ,
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur.
Aucun d'eux , comme moi, n'a perdu votre coeur
Comme eux , à votre humeur sévere ,
Je ne suis point accoûtumé ,
Quel tourment de cesser de plaire ,
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé !
Hierax quitte Io , pour lui épargner
un fâcheux entretien ; lo dissimule moins
en parlant à Mycene , sa Confidente ; elle
lui avoue qu'Hierax se plaint avec justice;
puisque Jupiter est son Rival ; elle ajoûte
qu'elle se deffend autant qu'elle peut contre
l'amour du plus grand des Dieux .
Mycene quitte la place à Mercure , qui
descend et qui annonce aux Peuples queJupiter
vient les rendre heureux ; il parle un
autre langage à Io, à qui il fait tout l'honneur
de la prochaine arrivée de Jupiter ;
la Nymphe tâche encore de se deffendre
f
II. Fol
2888 MERCURE DE FRANCE
en faveur d'Hierax . Jupiter descend des
Cieux les Peuples s'assemblent pour lui
témoigner leur reconnoissance , &c . Cette
Fête finit le premier Acte.
Au second Acte , le Théatre est obscurci
par des nuages qui l'environnent
de tous côtez ; lo ne sçait à quoi attri♣
buer cet évenement ; Jupiter la vient
rassurer , et lui dit
et lui dit que c'est pour tromper
les yeux jaloux de Junon , qu'un nuage
l'environne ; il la presse de répondre
son amour , elle ne fait que peu de
résistance , et n'a plus d'autre recours que
la fuite.
Mercure vient avertir Jupiter du danger
qui menace ses nouvelles amours ; il
lui dit qu'il vient de voir Iris , et que
sans doute Junon n'est pas loin. Jupiter
allarmé , lui dit d'amuser Iris , et va pourvoir
à la seureté d'Io.
La Scene entre Mercure et Iris est
très -legerement écrite , c'est la derniere.
dans ce goût badin que Quinault ait osé
mettre dans ses Tragédies Lyriques ; il
a bien senti que cette sorte de Comique
y étoit déplacée . Rien n'est plus élegant
que la Scene qui suit le Dialogue de Mercure
et d'Iris , elle est entre Junon
et Iris ; en voici deux fragmens : c'est
Junon qui Parle de Jupiter.
II- Vol. Nos ;
DECEMBRE. 1732. 2889
Non, non ; je ne suis point une crédule Epouse,
Qu'on puisse tromper aisément ;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter Amant ,
Ou de Junon jalouse ,
Il est Maître des Cieux , la Terre suit sa loi
Sous sa toute-puissance, il faut que tout échisse
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice ,
Tout Jupiter qu'il est , il est moins fort que
inoi , &c. ...
L'Amour , cet amour infidelle ,
Qui du plus haut des Cieux l'appelle ,
Fait que tout lui rit- ici bas ;
Près d'une Maitresse nouvelle .
1
Dans le fond des Deserts , on trouve des appas
Et le Ciel même ne plaît pas ,
Avec une Epouse immortelle.
Quoique les Vers cités jusqu'ici , soient
les plus beaux de la Piece , nous en aurions
encore à inserer dans cet Extrait ,
qui satisferoient la curiosité du Lecteurs
mais pour éviter la prolixité sur un Opera
fort connu , hous nous contenterons de
suivre l'action théatrale.
Jupiter arrive ; il demande à Junon
quel dessin l'appelle en ces lieux , attendu
qu'elle devoit se rendre dans les
Jardins d'Hébé , pour embellir sa Cour
d'une nouvelle Nymphe ; Junon lui as-
11. Vol
sure
2890 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle ne le suivra pas plus loin ,
et qu'elle vient lui demander une nouvelle
marque.de
son amour. Jupiter lui
promet de lui tout accorder , elle lui
demande la fille d'Inachus ; Jupiter ne
peut se retracter ; il ordonne à Mercure
d'aller tout disposer au gré de la Reine
des Cieux ; ici le Théatre change et répresente
les Jardins d'Hébé ; les Nymphes
de cette Déesse qui préside à la Jeunesse,
font la Fête de cet Acte; Io est présentée
à Hébé , pour être un des plus beaux
ornemens de sa Cour.

Le Théatre représente au troisiéme
'Acte , un lieu solitaire , qui sert de demeure
à Argus , auprès d'un Lac. Argus
annonce à lo que Junon l'a commise à sa
garde. Io se plaint de l'oubli de Jupiter.
Hierax veut entrer dans le lieu où Argus
enferme lo ; Argus s'y oppose, et lui
apprend que Jupiter est son Rival.
Mercure , déguisé en Berger , vient à
la tête d'une Troupe qu'il a disposée à
servir l'amour du plus puissant des Dieux.
Il fait entendre à Argus que c'est par l'ordre
de Pan qu'on va celebrer une fête en
l'honneur de Syrinx , que ce Dieu des
Bois a tendrement aimée ; Argus lui répond
qu'il veut bien se prêter à leurs jeux
Innocens ; la Représentation de cette pe-
II. Vol. tite
DECEMBRE. 1732 2890
tite Tragedie l'endort. Mercure se sert
de cet heureux moment de sommeil pour
enlever Io ; mais Hierax qui est present
ne dort pas ; il éveille Argus ; ils implorent
tous deux l'assistance de Junon .
Mercure fait éprouver sa vengeance à Argus
et à Hierax ; d'un coup de Caducée ,
il donne la mort à Argus et transforme
Hierax en Oyseau de Proye. Junon descend
des Cieux. Mercure se retire et laisse
la malheureuse lo au pouvoir de sa jalouse
Rivale. La Furie Erynnis évoquée
par Junon sort des Enfers ; Junon lui ordonne
d'exercer ses plus cruelles barbaries
sur sa nouvelle victime ; elle rend la
vie à Argus , qui changé en Paon , vient
se placer sur le devant du Char de Junon
et se met aux pieds de cette jalouse
Déesse.
Les deux derniers Actes ne roulent que
sur les divers supplices que la Furie fait
éprouver à Io. Cette infortunée Rivale
de l'Epouse de Jupiter est traînée des
Climats glacez aux Climats brûlans ;
elle se précipite dans la Mer,pour y trouver
la fin de ses peines , et l'impitoyable
Erynnis l'en retire ; elle est enfin transportée
à l'Antre fatal , où les Parques font
leur séjour. Elle leur demande la mort.
Ces trois inexorables Déïtez lui annon-
II. Vol. cent
2892 MERCURE DE FRANCE
cent qu'elle ne peut voir finir ses malheurs
qu'en fléchissant la colere de Junon.
Io invoque Jupiter. Ce Maître des
Dieux vient la consoler , mais il lui décla
re que depuis qu'il l'a soumise au pouvoir
de la jalouse Reine des Cieux , il ne
peut la secourir qu'elle n'y consente ; il
ajoute que plus il l'aime , et plus il irrite
son implacable ennemie. Io le conjure
tendrement de l'aimer assez , pour contraindre
sa redoutable Rivale à lui donner
la mort. Junon vient enfin ; Jupiter
la presse de se contenter des maux qu'elle
a faits à lo; Junon ne consent à vaincre są
vengeance qu'après que Jupiter aura vaincu
son amour. Jupiter le lui promet ; il
en jure par le Styx . Après le serment
Junon appaisée ordonne à la Furie de
ne plus tourmenter lo, et de rentrer dans
les Enfers. Junon consent qu'Io soit mise
au rang des Divinitez que l'Univers adore
; les Dieux descendent des Cieux pour
recevoir cette nouvelle Déesse et pour
l'associer à leur gloire ; les Egyptiens
chez qui cette derniere action se passe
viennent celebrer son Apothéose et la reconnoissent
pour leur Divinité tutelaire ,
sous le nom d'Isis.
Voilà quelle est cette Tragedie sur laquelle
on a porté differens jugemens. On
II. Vol. conDECEMBRE.
1732 2893
convient que la Musique en est tresbelle
, et la versification tres - élegante ;
mais on n'y sent point cet interêt , qui
doit être l'ame de tous les Ouvrages de
Théatre ; on rend pourtant juftice à Quinault
; il y a mis tout ce qui a dépendu
de lui , et si l'on a quelque chose à lui reprocher
, c'est le choix du sujet qui ne
peut rien offrir que de triste et de desagréable.
Au reste cet Opera est tres -bien remis
et tres -bien executé ; le sieur Chassé
qui est chargé du Rôle d'Hierax , et de
celui de Pan , s'en acquitte tres-bien et
merite parfaitement les applaudissemens
du public , de même que la De Antier ,
dans le rôle de Junon ; la Dlle le Maure
a toujours ces sons charmans , et cette
action naturelle qui la rendent si chere
aux Spectateurs. Elle joue le principal
Rôle.
Les Décorations et les Habits répon
dent à la magnificence du Spectacle , et
le Ballet figuré par le S Blondi est tresbien
entendu et tres varié, La Dlle Ca
margo et le S Dupré , &c. y brillent à
leur ordinaire.
On répete l'Opera d'Omphale pour la
fin du mois prochain .
II. Vol.
en
2894 MERCURE DE FRANCE
EGLOGUE
SUR LA NAISSANCE
Q
DE JESUS-CHRIST.
Palemon.
Uel spectacle nouveau se présente à mes
yeux ?
Dans cette obscure nuit qui répand la lumiere
,
Quel éclat frappe ma paupiere ?
Ah ! Bergers , qui veillés dans ces paisibles
lieux ,
> Voyez-vous , comme moi ce Messager dos
Cieux ?
Il nous parle ; écoutons.
Un Ange.
Mortels , soyez sans crainte ,
Je viens vous annoncer une éternelle paix ,
De vos justes frayeurs n'ayez plus l'ame
atteinte :
Le Ciel sensible à vos souhaits
Répand sur vous le plus grand des bienfaits.
Choeur des Bergers.
Par des Chants de réjouissance
Témoignons à l'envi notre reconnoissance.
II. Vol.
Daph
DECEMBRE. 1732 2895.
Daphnis.
Joüissez d'un destin paisible ;
Ah ! Bergers , revenez de vos mortels cha
grins ;
Le Ciel à nos soupirs sensible ,
En faveur des ingrats humains
Désarme son courroux terrible ,
Et nous donne des jours tranquiles et sereinss
Le Choeur.
Un Dieu naissant te bannit de ces lieux ,
Et dissipe à jamais tes complots odieux
Affreux Auteur de nos alarmes ;
Que de notre bonheur tu vas être envieux !
Aussi-bon que puissant , cet Enfant glorieux ,
Tarit enfin nos larmes ,
Et nous ouvre les Cieux.
Licidas.
Admirons la bonté de ce divin Sauveur ,
Parmi nous il vient prendre une humaine
gure ,
Et du faîte de la grandeur
Non content de descendre , il veut souffrir l'ing
jure ,
D'un affreux hyver la rigueur.
II. Vol. Rou
2896 MERCURE DE FRANCE
Rougis , perfide créature ,
De voir en cet état réduit ton Créateur.
Alcandre , Daphnis , et le Choeur,
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre coeur.
Alcandre et Daphnis.
Méprisons sans cesse
La vaine grandeur ,
Et tout ce qui blesse
Une sainte ardeur.
Alcandre , Daphnis , et le Choeur.
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre coeur.
II. Vol. NOU
DECEMBRE. 1732. 2997
***
NOUVELLES ETRANGERES
DE TURQUIE ET DE PERSE.
ONa appris que l'Armée du Roi de Perse
et celle du Grand Seigneur , n'étoient éloignées
l'une de l'autre que d'une demie journée
de chemin, et qu'on ne doutoit plus qu'il n'y eut
bien-tôt un Combat general , si les propositions
faites par le Roi de Perse n'étoient pas acceptées
par le G. S. auquel le Seraskier qui commande
I'Armée Ottomanne , a dépêché un Courrier ; et
l'on assûre que l'Armée Persane est plus nombreuse
que celle des Turcs. On apprend aussi
qu'on a tenu au Serrail un Divan , dans lequel
il a été résolu de conclure un nouveau Traité de
Paix avec la Perse , afin d'être en état de donner
du secours aux Régences de Barbarie , en cas
qu'elles soyent attaquées par quelque Prince
Chrétien,
30
>
On mande en dernier lieu de Constantinople ,
que la maladie contagieuse dont il y est mort
à 40000. personnes depuis le commencement
de Juin dernier , est entierement cessée , et que de
tous les Ministres Etrangers , il n'y a eu que
P'Ambassadeur du Roi d'Angleterre qui ait cu
quelques domestiques attaquez de cette maladie
.
Les Députez de la Régence d'Alger qui étoient
venus demander du secours au G. S. à l'occasion
de la prise d'Oran par l'Armée Espagnole , sont
II Vol. partis
2898 MERCURE DE FRANCE
partis pour retourner chez eux avec esperance
d'être secourus aussi- tôt qu'un nouveau Traité
de Paix aura terminé la Guerre entre les Turcs
et les Persans.
Dgianum Coggia , dont on avoit publié faussement
la mort , est attendu à Constantinople
pour être rétabli dans les fonctions de Capitan-
Pacha.
- Il y a près de deux mois qu'on joüit dans cette
Ville d'une parfaite tranquillité , ce qui fait
croire que les Jannissaires n'ont plus intention
de se soûlever.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople
, an commencement du mois
dernier.
Près avoir été fort long- tems dans l'incertis
Arude surlesaffaires de Perse et sur les bruits
confus et incertains qui couroient ici d'une nouvelle
révolution arrivée dans ce Royaume , voici
enfin les dernieres nouvelles que l'on en a euës
par la voye de Bagdad , et qui ont été envoyées
à la Porte par Achmet- Pacha , Gouverneur de la
même Ville.
Lors du Traité de Paix qui fût fait entre le
Grand- Seigneur , et Chah- Thamas , ce dernier
Prince en donna connoissance à Thamas-Kouly-
Kan , son premier Ministre , qui dans ce tems- là
étoit à la tête de ses Armées contre les Aghuans,
On dit qu'alors Thamas- Kouly Kan , soit parce
qu'il étoit bien aise de se préparer un prétexte
pour parvenir au projet qu'il méditoit , feignit
d'approuver ce Traité ; mais dans la suite , s'étant
rapproché d'Ispaham à la tête de son Ar-
II. Vol.
méc ,
DECEMBRE . 1732. 2899
LYON
DE
1893
née , il blâma publiquement Chah- Thamas , en
l'accusant d'avoir fait une paix honteuse , et dit
ouvertement qu'il ne consentiroit jamais qu'E
rivan Tiflis , le reste de la Georgie , et les autres
Places qui avoient été cédées aux Turcs , demeurassent
entre leurs mains ; ces plaintes de la
part du premier Ministre , produisirent d'abord
entre le Souverain et lui quelque division , mais
les ménagemens que Schah Thamas étoit obligé
de garder avec un Sujet puissant et maître des
Troupes , le firent consentir à une réconciliation ,
sous prétexte de laquelle Thamas Kouly- Kan
fut appellé à la Cour. Il s'y rendit avec plusieurs
Officiers de son Armée ; mais la premiere
démarche qu'il fit en y arrivant , soutenu par les
Partisans qu'il avoit en grand nombre auprès de
Schah Thamas , fut de se saisir de la personne
de ce Prince. On ne sçait pas bien encore s'il l'a
fait mourir , ou s'il s'est contenté de le faire
enfermer dans une prison , mais on assûre qu'il
a fait reconnoître pour Roi un jeune Enfant , fils
de Schah Thamas , et qu'il s'est fait nommer
lui-même Regent du Royaume , et Generalissime
des Armées de Perse ; on ajoûte que c'est un
homme extrêmement belliqueux , d'un caractere
fort violent , qui paroît être dans le dessein d'enlever
aux Turcs géneralement toutes les Conquêtes
qu'ils ont faites sur les Persans , et qu'Achmet
Pacha a écrit à la Porte , que le G. S. n'avoit
point d'autre parti à prendre que de se préparer
à cette Guerre , et se mettre lui- même à la
tête de ses Troupes pour aller combattre en personne
un si puissant ennemi.
Ces nouvelles ont donné lieu à un Conseil ;
auquel ont assisté tous les Ministres et les princi
paux Officiers de la Porte , et dans lequel il a été
II. Vol.
H dé
290 MERCURE DE FRANCE
déliberé que le G. S. écriroit des Lettres à tous
les Gouverneurs des Provinces de Perse , pour les
exciter à prendre les armes pour vanger leur Souverain
légitime contre les entreprises de ce nouvel
usurpateur , avec promesse de la part de
S, H. de les soutenir de toutes les forces de son
Empire dans une Guerre si juste.
RUSSIE.
Malgré les représentations du Roi et de la
République de Pologne , la Czarine a envoyé
ordre aux Commandans de ses Troupes
dans le Territoire de Smolensko , d'en faire partir
incessamment pour le Duché de Curlande un
Régiment d'Infanterie et un de Cavalerie , qui y
resteront jusqu'à la mort du Duc Ferdinand de
Curlande.
POLOGNE.
Es Traitez entre l'Empereur et la République
Lde Pologne ayant de renouvel
départ du Roi , conformément aux Constitutions
de la Diette generale de 1726. S. M. a envoyé
des ordres au Major General de la Couronne
qui est actuellement à Constantinople ,
d'en donner part au Grand-Seigneur , et de représenter
à S. H. que le renouvellement de ces
Traitez ne devoit lui causer aucune inquiétude
parce que ce n'étoit plus une alliance offensive
et qu'on en avoit retranché l'article du Traité
de 1677. qui concernoit la levée des Troupes.
Il régne à Léopold et dans toute la Pologne
une fiévre épidémique , accompagnée des mêmes
symptômes que la fiévre qui préceda la derniere
II. Vol.
maDECEMBRE.
1732 1901
maladie contagieuse de cette Province , ce qui a
déterminé le Régimentaire de la Couronne à y
envoyer plusieurs Compagnies d'Infanterie et de
Cavalerie pour garder les passages , et empêcher
que personne ne sorte de la Province sans Certi
ficats de santé.
La
Vierge
ALLEMAGNE.
E 8. de ce mois , Fête de la Conception de
la Vierge , l'Empereur , accompagné du
Nonce du Pape et des Chevaliers de la Toison
d'Or , se rendit à l'Eglise Métropolitaine , et y
assista au Service Divin , celebré pontificalement
par le Cardinal - Archevêque de Vienne . Pendant
la Messe , le Recteur magnifique de l'Université
er les quatre Doyens des quatre Facultez , prêterent
Serment entre les mains de l'Evêque d'Antigonie
, Chancelier de cette Université , de défendre
et de soûtenir l'Immaculée Conception de
la Sainte Vierge.
Pour prévenir l'entrée des mandians et autres
gens sans aveu dans la Ville deVienne, on a publié
un nouveau Réglement qui défend aux Maîtres
des différens Métiers de recevoir chez eux aucuns
Compagnons qui ne soient munis de Cerrificats
de leur travail et de leur séjour chez des
Maîtres des autres Villes d'Allemagne.
Le nombre des Sujets de l'Evêque de Saltzbourg
qui se déclarent Protestans , augmente de jour en
jour , et il y en a déja plus de 1500. du District
de Berchtolzgaden qui demandent à sortir du
pays et à se retirer dans le Duché de Lawem-
Bourg , où ils seront nourris et entretenus pendant
18 mois aux dépens du Roi d'Angleterre.
II. Vel. Hij ITA2902
MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
On
N écrit de Rome que le 14 Decembre ,
publia au Palais du Quirinal , que le l'ape
avoit nommé le Cardinal de Motta , son Légat
à Latere , auprès du Roy de Portugal , afin de
terminer entierement les différends de S.M.Port.
avec le S. Siége,
Le 13.la Fête de sainte Luce fut célébrée avec
les cérémonies accoutumées , dans l'Eglise , de
$. Jean de Latran , en mémoire de la conversion
du Roy de France Henry IV. de glorieuse mémoire.
La Messe fut célébrée par M. Fouquet ,
Evêque d'Eleutheropolis ; le Cardinal Ottoboni,
le Cardinal Belluga , le Duc de S. Aignan , Ambassadeur
Extraordinaire du Roy T. Ch. la Duchesse
son Epouse et ses Fils y aassisterent , ainsi
qu'un grand nombre de Prélats. Après la Messe
Ambassadeur donna dans son Palais un Repas
magnifique de 8 couverts , auquel se trouverent
le Card. Ottoboni , les deux Princes Corsini , le
Pr. Vaini , le Duc Lanti, et plusieurs autres personnes
de distinction .
On a appris de Naples que le Tremblement de
terre du 29 de Nov. dern. a causé beaucoup plus
de dommage qu'on ne le croïoit d'abord ; lee
secousses ayant duré près de 15 minutes , sans
interruption , ce qui est sans exemple. Aux deux
premieres Minutes , plusieurs Murailles furent
renversées , entr'autres , celle de l'Hôpital Royal,
quoique épaisse de plusieurs pieds. Les Eglises ,
les Monasteres et la plupart des Edifices publics
sont très- endommagez , ainsi que les Maisons
particulieres qui sont à demi découvertes et dans
II. Vol. lesDECEMBRE.
1732. 2903
lesquelles on n'entre qu'avec crainte . L'Eglise
Cathédrale s'est ouverte en quatre endroits; celles
des Carmes , et des Religieux du Mont - Oliver
sont presque entierement ruinées ; le Pont de
Pierre , sur la Riviere de Carola est détruit jus➡.
qu'aux fondemens , ainsi que le Château du Marquis
de Carise, sous lequel ce Marquis ,son Epouse
, ses enfans et tous ses domestiques sont demcurez
ensevelis. Le Duc de Colli - Cervino qui y
étoit avec la Duchesse son épouse , en a été rétiré
presque mourant ; ses deux filles y ont péri.
Ave linc , Capouë , la Vallée de Benevent sont
encore plus endommagées.
On mande de Gallipoli , dans la Terre d'Otrante
, que le 1 de Dec. on s'y étoit apperçu
d'un tremblement de terre sous la Mer , dont
les Vagues étoient soulevées avec une violence
terrible , quoiqu'il n'y eut point de vent ; un
gros Vaisseau Anglois , nommé la Catherine ,
fit naufrage dans le Port ; ainsi qu'une Tartane
de Sorento.
ON
ESPAGNE.
Na appris d'Oran , depuis les dernieres
nouvelles que nous en avons publiées , que
les Maures , dans l'action du 21 de Novembre ,
étoient au nombre de 32000 hommes , y compris
leur Cavalerie , qui pouvoit monter à 7500
hommes. Les Troupes Espagnoles 'continuent de
travailler à combler les tranchées des Maures ,
principalement sur la Mazera ; élevation qui domine
le Château de Ste Croix , auquel les Maures
avoient fait quelques bréches , qu'on rétablit,
afin de mettre ce Fort à couvert de toute insulte.
On a appris par des Espions qui s'étoient intro-
1
II. Vol.
Hij duies
2904 MERCURE DE FRANCE
duits dans Oran , et qu'on y a arrêtez , que l'Armée
des Maures étoit campée derriere une Montagne
, â deux lieues de cette Ville . Que dans
l'attaque du 21. Bigotillo et deux de ses parens
avoient été blessez ; que le fils du feu Dey d'Alger
,
l'un des deux Generaux des Maures , se préparoit
à retourner à Alger avec ses Troupes , et
qu'il ne laisseroit à Bigotillo , que 45 Escoüades
de Turcs , qui font environ 8 a 900 hommes .
Les Lettres d'Oran , du 13 Decembre , portent
que les Maures s'étoient encore éloignez d'une
lieue du Camp qu'ils occupoient , depuis la levée
du Siége de cette Place , et que tous leurs mouvemens
faisoient croire qu'ils avoient dessein de
se retirer entierement ; que le 7 du même mois
on avoit transporté de la Maison de Don Philippe
Ramirez d'Arellans , Maréchal de Camp , l'Image
miraculeuse de N. D , de Penna de Francia ,
Patrone d'Oran , à l'Eglise Paroissialle de cette
Ville ; que cette Image avoit été portée pendant
la ceremonie par Don Jean-Ans. Perés d'Aréillano
, que le Roy et l'Archevêque de Tolede ont
nommé Vicaire General de la même Ville ; que
le Commandant de la Place , les Marêchaux de
Camp , les Colonels et les autres Officiers de la
Garnison , avoient assisté à la Procession , et le
lendemain à la Grande Messe , qui avoit été cé◄
lébrée dans la même Eglise. Cette Image avoit
été conservée dans la Maison de ce Vicaire Ge
neral , depuis la prise d'Oran , par les Maures ,
en 1707.
Le Marquis de Villadarias a été nommé par
le Roy , pour succeder au Marquis de Santa-
Cruz , en qualité de Gouverneur d'Oran ; et il
doit s'embarquer incessamment à Alicante , pour
se rendre à son Gouvernement . Ș. M. a aussi
II. Vol. nommé
DECEMBRE. 1732 2905
nommé Lieutenant General de ses Armées , le
Duc de Liria , cy-devant son Ambassadeur Extraordinaire
auprès de la Czarine , et qui est aetuellement
à Vienne.
Elle a accordé à la Marquise de Santa- Cruz qui
est revenuë d'Oran à Cadix avec toute sa famille
, une pension de mille Doublons ; une Com
manderie de 400 Doublons de revenu à son fils
aîné ; une Compagnie de Cavalerie à son second
fils , et une d'Infanterie à son troisiéme.
Par les Lettres d'Oran , du 16. de ce mois , on
apprend que la Garnison continuoit de travailler
aux Fortifications de cette Ville et des Châteaux ,
sans être inquiétée par les Maures , qui sont rou→
jours dans leur même Camp.
Celles de Ceuta du 19. portent que 6co. Cavaliers
de l'Armée du Roy de Maroc , étoient
revenus près du Serrail , qui est voisin du Camp
qu'occupoit cy-devant le Détachement de la Cavalerie
et de l'Infanterie de ce Prince ; qu'ils tiroient
depuis huit jours sans discontinuer contre
la nouvelle Palissade qu'on a plantée près de leur
Camp , et qui est déja fort avancée , mais qu'on
n'avoit pu découvrir encore quel pouvoit être
leur dessein .
du
On a appris par les dernieres Lettres de Ceuta
30. Novembre, que les Troupes du Roy de Maroc
s'étoient retirées aussi des environs de cette Place,
et que les differens partis de Dragons envoyez à
la découverte par le Gouverneur de la Ville ,
étoient rentrez sans en avoir appris aucune nouvelle
; mais que la Garnison se tenoit toujours
sur ses gardes , crainte de surprise.
II. Vola
Hiiij GRAN906
MERCURE DE FRANCE
LA
GRANDE BRETAGNE.
A Duchesse Doüairiere de Marlbourough , va
faire bâtir dans la Ville de S. Albans , une
Maison de Charité , où elle retirera 40. pauvres
Familles , qui y seront pourvues de tout ce qui
sera necessaire pour leur nourriture et pour leur
entretien ; les veuves et les enfans des pauvres
Officiers qui ont servi sous le feu Duc de Marlbourough
, seront préferéz à tous autres.
Le 18. de ce mois , on débarqua à la Tour de
Londres, 31 Cerfs , que le Roy à fait venir de ses
Bois d'Hanover , pour les mettre dans les Pares
de Richmond et de Windsor.
MORTS , NAISSANCE S
des Pays Etrangers.
11, stiebleque dansces derniers temps,Dies
ait bien voulu par sa toute - puissance , reculer
les bornes ordinaires de la vie des hommes. Les
articles qu'on va lire justifieront cette Réflexion .
On apprend de Portugal , que la nommée
Brieres Rodrigues , veuve de Dominique Dias ,
mourut au commencement de ce mois , dans la
Ville de Palmelas , àgée de 123. ans .
Le nommé François Cordeiro , du Bourg de
Montes , prés de la même Ville , y est mort âgé
de 104. ans . et la nommée Antoinette Correa ,
âgée de 115 ,
Don Philippe Rocabert , Lieutenant dans le
II. Val. Ré
DECEMBRE. - 1732. 2907
Régiment des Cuirassiers de Cordoue , moutut
le 8. Décembre , âgé de 114. ans.
On a reçu avis de Dublin , que M. Leland ,
Gentilhomme Anglois , étoit mort depuis peu
Lignasken , âge de 140. ans , sans avoir jamais
ressenti la plus legere indisposition .
On écrit d'Anvers , que la femme d'un Fermier
près de cette Ville , étoit accouchée depuis
peu de son quinziéme fils , sans avoir eu de filles.
On assure que l'Empereur fera tenir sur les
Fonts le nouveau né , en son nom , àcause de ce
cas singulier.
Suivant les Extraits tirez des Registres Bap
tistaires et Mortuaires , depuis le 25. Décembre
1731. jusqu'au 25. Décembre 1732. dont le
rapport en a été fait par les Clercs des diverses
Paroisses de Londres et de Westminster , on a
baptisé 9144 garçons et 8644 filles . faisant ensemble
17788. et il est mort 11655. hommes ou
garçons , et 11703. femmes ou filles , faisant ensemble
23358. par conséquent 1904. personnes
moins que l'année précedente ; on remarque que
parmi ceux qui sont morts , il y en a 950 audessous
de deux ans ; 1517. entre deux et cinq
ans ; 716. entre f . et 10 ; 611. entre 10. et 20 ;
1627. entre 20. et 30 , 2175. entre 30. et 40 ;
2121. entre 40. et 50 ; 1741. entre fo . et 60 ;
1581. entre 60 et 70 ; 974. entre 70 et 80
660 entre 80. et 90 ; 121. entre 90. et 100 ; cr
9. entre 100. et 10s.
C
11. Vol HHvV FRAN2908
MERCURE DE FRANCE
E
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c
L
A veille de la Fête de la Nativité de
Notre Seigneur , le Roi revêtu du
grand Collier de l'Ordre du S. Esprit
se rendit à la Chapelle du Château de
Versailles , où S. M. communia par les
mains de l'Archevêque de Vienne , son
premier Aumônier : ensuite le Roi toucha
un grand nombre de malades.
Le 25. jour de la Fête , le Roi et la
Reine , qui après avoir assisté aux Matines
, avoient entendu trois Messes à minuit
, assisterent à la Grande Messe célebrée
pontificalement par l'Evêque d'Autun
, et chantée par la Musique.
L'après midi, L. M. entendirent la Prédication
du P. Julien , Religieux Recolet
, et ensuite les Vêpres chantées par la
Musique , ausquelles le même Evêque
officia.
Le 24 Décembre , le Roi accorda à
M. Mithon , Intendant de la Marine à
II. Vol.
TouDECEMBRE.
1732. 2909
Toulon , un Brevet de Conseiller d'Etat.
Il y a long-tems que M. Mithon sert sa
Majesté dans differens postes, avec autant
de zele que de succès : Intendant à Saint
Domingue il a mis le bon ordre dans la
Justice , la Police , les Finances et le Commerce.
Il a donné une application parti
culiere à la Religion et au Culte divin ,
faisant bâtir plusieurs Eglises dans une
Ville dont il a jetté les fondemens , et
que le tems perfectionnera. Rappellé en
France et Intendant de Toulon , depuis
plus de 13 ans , il s'est distingué par son
équité , par son désinteressement et par
un esprit de charité qui lui a acquis une
estime generale.
و
Le 8 Décembre , Fête de la Conception
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Tuilleries , où l'on chanta
l'Exaltabo te Dens Motet de M. de la
Lande , qui fut suivi d'une Antienne à la
Vierge à grand Choeur , et après plu
sieurs Piéces de Simphonies très- bien éxecutées
, le Concert finit par un autre Moret
du même Auteur.
Le 24 t le 25. jour de la veille et Fête
de Noël , on chanta le Motet Exaltabo
dont l'execution fit beaucoup de plaisir
la Dlle Courvasier , de la Musique de la
II. Vol. H vj Rei1910
MERCURE DE FRANCE
Reine , y chanta pour la premiere fois
le récit Audivit , qui fut très- applaudi .
On joua une suite d'Airs des plus beaux
· Noëls du sieur Correte , accompagnez de
la Musette et de la Vielle des sieurs Charpentiers
et Danguy , dont l'exécution fut
parfaite. La Dile Courvasier et l'Abbé
Benoît chanterent ensuite un Motet à
deux voix,de M. Mouret , avec autant de
goût que de précision ; ce Concert fut
terminé par le Cantate , dans lequel la
Dlle Lenner chanta le beau récit Viderunt
avec beaucoup de justesse.
Le 27. il y eut Concert François , on y
chanta l'Apotheose d'Hercule , Divertissement
de M. Campra , qui fut suivi d'une
Cantatille de M. Mouret , que la Dlle
Courvasier chanta avec applaudissement ;
la Dlle Bourbonnois en chanta une autre
du même Auteur qui ne fut pas moins
applaudie. On y éxecuta aussi le Prologuc
du Ballet des Fêtes deThalie du même
Auteur, le Concert fut terminé par le Te
Deum de M. de la Lande.
Il y aura à l'avenir Concert tous les Samedis
de l'année 1733. à commencer par
celui du 3 de Janvier.
3
Le 13 Décembre , les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Vie est
11. Vol.
DECEMBRE. 1732 .
2911
un Songe , Piéce Italienne , traduite en
Vers par M. de Boissy , et la petite Comédie
d'Arlequin poli par l'Amour.
Le 20. les Amans réunis , et Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene ,
Parodie de Zaire.
Le Mardi 16 Décembre les Comédiens
François représenterent à Versailles
Jodelet Maître et Valet , et Georges- Dandin.
Le 18. Zaire et l'Avocat Patelin.
Le 23. L'Audrienne et le Deüil.
Le 24 Décembre la Lotterie de la
Compagnie des Indes , établie pour le
remboursement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée à l'Hôtel de la
Compagnie. La Liste des Numeros gagnans
des Actions et dixièmes d'Actions
qui doivent être remboursées , a été renduë
publique , faisant en tout le nombre
de 319 Actions.
11. Foh
CE
2912 MERCURE DE FRANCE
CEREMONIE de la Benediction des
quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye
Sainte Geneviève.
Idactée de deux Cloches bénites à
L a été parlé dans le Mercure du mois
Sainte Geneviève au mois de Septembre
dernier par l'Abbé de cette Abbaye : voici
ce qui s'est passé pour la bénédiction de
celles qui restoient.
Le Corps de Ville de Paris s'étant volontiers
engagé de les nommer , on avoit
fait inscrire sur ces Cloches les noms et
les Armoiries de chacun de ces Mrs comme
Parrains , on avoit pris la même précaution
au sujet des Titres , Qualitez et
Blazon de Madame la Comtesse deTrémes
qui devoit être la Maraine .
Pour fixer le jour de la Cerémonie , les
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
ffrent une députation à la Ville de huit
Religieux ; ils furent reçûs le 21 Novembre
à la premiere Porte de l'Hôtel de Vilpar
les Huissiers en Robe , lesquels les
ayant conduits jusqu'au haut de l'escalier,
deux Echevins , qui étoient venus au devant
, les introduisirent , et les firent placer
vis-à- vis M. le Prévôt des Marchands
le
II. Vol. après
DECEMBRE. 1732. 2913
après quelques révérences à Mrs de Ville
qui étoient debout.
J
La Compagnie ayant pris séance , le
Prieur de Sainte Geneviève , Chef de la
députation , complimenta ces Mrs sur le
zele , qu'à l'exemple de leurs Ancêtres
ils témoignoient pour la gloire de la Patrone
de Paris , et les remercia de la nouvelle
preuve qu'ils en donnoient dans la
conjoncture présente . Le Discours fini ,
le Procureur du Roi prit la parole , et rappellant
les bienfaits obtenus par l'inter-,
cession de Sainte Geneviève , loua le zele
desReligieux à prier continuellement pour
les besoins publics. Le Prévôt des Marchands
résuma ensuite ce qu'on venoit de
dire , et répondit que Mrs de Ville , et
lui en particulier , s'estimoient heureux
de donner cette marque de leur veneration
pour la Patrone de Paris , et de concourir
ainsi à la splendeur de l'Office Divin
dans une Eglise où les Citoyens ont toujours
éprouvé les faveurs du Ciel ; il ajoûta
quelques mots obligeans pour les Chanoines
Réguliers , et fixa le jour de la Cérémonie
au 27 Novembre , à dix heures
du matin . La Compagnie s'étant levée ,
les Religieux furent reconduits par les
deux Echevins qui les avoient reçûs.
Le jour de la Cerémonie ainsi arrêté
11. Vol.
Mrs
2914 MERCURE DE FRANCE
Mrs de Ville prirent des mesures pour ob
tenir du Roi la permission d'assister à
cette Benediction en grand habit de cerémonie
( comme cela se pratique en pareille
occasion ) le Roi eut la bonté de l'accorder.
>
Le 27 Novembre , le Prévôt des Marchands
, les Echevins et le Procureur du
Roi , se rendirent à l'Hôtel de Ville revêtus
de Robbes de Velours , usitées seulement
dans les plus grandes solemnitez ;
ils en partirent en Carosse , précedez de
quelques Archers de Ville , les autres Archers
ayant le Commandant à leur tête
marchoient aux côtez des Carosses , lesquels
étoient suivis de plusieurs autres
Čarosses où étoient les principaux Offciers
, et le Colonel des 300. Archers de
Ville.
9
Mrs de Ville arriverent à 10 heures à
P'Abbaye , et furent d'abord conduits dans
une grande Sale où ils se reposerent pendant
quelque tems. Ils se mirent ensuite
en marche , précedez de leurs Huissiers
en Robe mi- partie de rouge et de bleu ,
accompagnez de l'Etat- Major et des Gardes
en habits d'Ordonnance neufs , ce qui
formoit un grand et pompeux Cortege
au bruit des Tambours et des Hautbois ,
et au son des deux premieres Cloches nou
vellement bénites.
DECEMBRE. 1732. 2915
Ces Mrs continuerent leur marche vers
l'Eglise parmi une foule innombrable de
peuple , et une grande quantité de pauvres
à qui on fit distribuer des aumônes
considérables . Ils furent reçûs à l'Eglise
et complimentez suivant la coûtume des
grandes cerémonies ; puis ayant passé au
milieu de la Communauté qui étoit en
haye dans la Nef , ils furent placez sur la
gauche d'un Autel qu'on avoit dressé exprès
, et qui étoit adossé à la porte du
Choeur. Un excellent Concert d'instrument
se fit entendre en même tems , et
ne discontinua point pendant la cerémonie.
La Comtesse de Trêmes arriva peu de
tems après dans un grand Carosse drapé ,
qu'environnoient 30 Valets de pied , cette
Dame étoit en Robe de Cour , préce
dée de ses Pages , de quelques Ecuyers , et
accompagnée de plusieurs Dames de distinction
. Les Chanoines la feçûrent en cerémonie
, elle se plaça ( après avoir été
saluée du Corps de Ville ) auprès du Prévôt
des Marchands et des Echevins ; les
anciens Echevins ( qui étoient en exercice
quand le Corps de la Ville délibera de
nommer les quatre Cloches ) furent placez
sur la même ligne , de même que les
Conseillers de l'Hôtel de Ville, On avoit
II. Vel. ta2916
MERCURE DE FRANCE
tapissé toute la façade de l'Eglise , pour
annoncer une solemnité extraordinaire
et on avoit couvert de grands tapis de
pied tout le pavé depuis la premiere porte
de l'Eglise jusqu'à celle du Choeur ,
où étoit l'Autel dont on a parlé.
La Nef , destinée pour la cerémonie
avoit été ornée par le sieur Guillemont
Tapissier du Clergé et de la Ville , d'une
maniere fort ingenieuse , de même que
l'Autel qui étoit orné de 36 grands
Chandeliers d'argent garnis de
gros cierges
aux Armes de la Ville. Vis - à- vis l'Autel
étoit un magnifique Lustre de cristal
à 18 branches qui donnoit une lumiere
des plus brillantes . Au - dessus de l'Autel
s'élevoit un magnifique Dais de Velours
brodé d'or , avec un assortiment relatif
orné de Cartouches historiques et symbo
liques , aussi brodez d'or , qui venoient
aboutir au Retable de l'Autel.
Cet Aurel étant placé au fond du milieu
de la Nef, il restoit aux deux côtez
un intervale considerable : le tout formoit
une face entiere ornée de tapisseries
semées de Fleur- de - lys d'or , ce qui fai
soit une superbe décoration et un beau
point de vue. On avoit pratiqué une
Tribune sur le Jubé qui est entre le
Choeur et la Nef , pour la Reine Doüai-
II. Vol. riere
DECEMBRE . 1732 2917
riere d'Espagne ; tout le dedans étoit orné
de Damas cramoisi , lé devant fermé
avec des rideaux de la même étoffe , et
l'appui du dehors paré d'un tapis brodé
d'or : la suite de S. M. C. occupoit le reste
du Jubé , qui étoit aussi orné à proportion
.
Un Amphithéatre de six Gradins occu
poit les deux aîles de la Nef , ils étoient
couverts de Tapis de Perse et de verdure ,
les Pilliers étoient aussi ornez d'étoffes
depuis les Chapitaux jusqu'au pavé. Cet
Amphithéatre , parallele à la longueur de
la Nef , venoit de chaque côté se terminer
circulairement à la Porte de l'Eglise.
On avoit pratiqué une autre Tribune à
côté du Jubé des Orgues , qui est audessus
de cette Porte , presqu'au niveau
du Jubé , pour y placer une partie des
Musiciens et des Simfonistes , et le retour
de cette Tribune joignoit les premiers
pilliers de la Nef, Le sieur Dornel , Or- .
ganiste de l'Abbaye , fit éxécuter diffé-
Tens motets de sa composition , convena
bles à la solemnité de la Cerémonie , par
un excellent Choeur de musique composé
de plus de 80 personnes.
Ôn avoit construit au milieu de la
Nef, un quarré de charpente de 20 pieds
de long sur 14 de large , élevé dans une
II. Vol.
juste
2918 MERCURE DE FRANCE
juste proportion , et soutenu par 12 Colomnes
couvertes de Satin blanc , sur le
quel étoient contournez de distance en
distance des cordons à glands d'or.Le Plafond
de cette Charpente étoit couvert de
Damas cramoisi , et le dessus orné de riches
Tapisseries de verdure. Les pentes .
collaterales étoient bordées de franges d'or
en Feston , avec des Aigretes touffues et
panachées aux quatre coins de l'Edifice ,
qui représentoit un somptueux et magni
fique Dais.
C'est dans cette Charpente qu'on avoit
suspendu les quatre Cloches , disposées
sans se toucher , et sans pouvoir presque
connoître à quoi elles tenoient , les differentes
étoffes dont elles étoient ornées
avoient caché les cordages , les poulies , et
les autres machines , &c. Une Toile de
Batiste des plus fines , ornée d'une dentelle
de deux pieds de hauteur et d'un
.goût exquis , couyroit les Cloches d'une
manière également simple et noble.
Une étoffe rouge placée entre les Cloches
et la Toille , relevoit encore la beauté de
la dentelle .
Ce n'est pas le seul ornement dont Mrs
de Ville auroient voulu décorer les nouvelles
Cloches , si le tems limité avoit pû
le leur permettre. Pour suppléer à cette
II. Vol.
misDECEMBRE.
1732. 2919
( mission , ils font faire actuellement à
Lyon un Drap d'or des plus précieux pour
de magnifiques Ornemens , qui ne serviront
à l'Eglise de Sainte Genevieve
qu'aux jours des Fêtes les plus solemnelles.
-
L'Abbé de Sainte Geneviève commença
la Cerémonie par une Messe basse
pendant laquelle le Choeur de Musique
chanta un très beau Motet. Après la
Messe l'Abbé alla prendre ses Habits Pontificaux
, il revint accompagné de treize
Officiers magnifiquement revêtus , quatre
en Tuniques et neufen Chapes. Les
Officiers de Justice de l'Abbaye en Robe
parurent en même tems. L'Abbé , selon
ce qui est marqué dans les Rituels , alla
aussi-tôt demander sous l'invocation de
quels Saints les Cloches seroient bénites ;
et cette Rubrique accomplie il tinta cha
que Cloche trois fois , la Comtesse de
Trêmes et le Prévôt des Marchands firent
la même chose , les autres Magistrats tinterent
chacun séparément ; pour faciliter
cet essai de sonnerie , on avoit attaché
plusieurs cordons tissus d'argent , relevés
par des houpes très riches , aux battans
des Cloches .
Differents Pseaumes furent chantés pendant
cetteCerémonie, soit en Plein- Chant,
I. Vol. avec
1920 MERCURE DE FRANCE
4
avec l'Orgue , ou en Musique. Les fanfá
res des Trompettes et des Hautbois accompagnoient
et animoient ce chant. Les
Antiennes préliminaires aux Pseaumes
étoient toujours entonnées à l'Officiant
par le Grand- Chantre qui présidoit au
Choeur avec le Bâton de son Office. L'Abbé
termina la Cerémonie par la Benediction
qu'il donna pontificalement. Il alla
ensuite remercier la Comtesse de Trêmes
et Mrs de Ville , qui répondirent de la
maniere la plus gracieuse.
La Comtesse de Trêmes fut reconduite
par les Chanoines jusqu'à son Carosse , et
Mrs de Ville furent conduits dans un
Appartement de l'Abbaye , où ils accepterent
le dîner qu'on leur avoit fait préparer.
Une multitude prodigieuse de
Feu
ple , qui n'avoit pu être témoin de cette
Cerémonie , s'empressa d'entrer dans l'Eglise
, qui fût ouverte jusqu'au soir pour
satisfaire à la curiosité publique .
11. Vet. MORTS .
DECEMBRE . 1732. 2921
#
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
R J. B. Deloubere , Receveur Ge-
Mineral des Finances de la Generalité
d'Orleans , mourut âgé de 72 ans , le 25.
Decembre.
François Camille de Neufville Villeroy,
Duc d'Alincourt , Baron de S. Marc et
Marais , Mestre de Camp du Regiment
de Villeroy , Cavalerie , et Lieutenant de
Roi au Gouvernement de Lyonnois et
Beaujolois , mourut à Paris le 26 Decembre
dans la 33 année de son âge , cxtrêmement
regretté ; il ne laisse qu'un fils
âgé de 17 mois de son Mariage avec N. de
Bouflers ; il étoit fils du Duc de Villeroy,
et frere cadet du Duc de Retz .
Joseph de Lesqueu de Villemeneust ,
Brigadier des Armées du Roi , et Commandeur
de l'Ordre Royal et Militaire
de S. Louis , mourut à Paris le 28 agé de
$9 ans.
Dame Françoise Herbert de Poiws de
Montgomery, My Lord Kenneth Makenzie
, Marquis de Scaforth , Pair d'Ecosse
Chevalier de l'ancien Ordre de S. André,
II.Vol. dit
2922 MERCURE DE FRANCE
dit du Chardon , Conseiller Privé du feu
Roi Jacques II. mourut à Paris le 26 de
ce mois , agée d'environ 80 ans. Elle étoit
fille du Lord Guil . Herbert de Montgomery
,Duc de Powis , Pair d'Angleterre ,
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere
Grand-Chambellan du Roi Jacques I I. et
de Dame Elizabeth de Somerset , fille cadette
du Marquis de Worcester , ayeul pa
ternel du Duc de Beaufort. Elle a eu de
son mariage avec le Marquis de Scaforth,
le Lord Guill. Mackenzie Marq . de Scaforth
, et My Lady Marie Mackenzie ,
veuve du Lord Jean Caryll.
Le 27 , mourut René Delatour , Marquis
de Soyens , de Montauban , dans la 53.année
de son âge.
2
Henry-Charles du Cambout de Coislin ,
Evêque de Metz , Duc de Coislin , Pair
de France , Prince du S. Empire , Baron
des anciennes Baronies de la Roche Bernard
et de Pontchateau , Pair et Président
des Etats de Bretagne , Premier Baron de
Champagne , Premier Aumonier du Roi,
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit ,
Abbé de l'Abbaye de Bocherville , l'un
des Quarante de l'Académie Françoise et
Honoraire de celle des Inscriptions et
Belles-Lettres , mourut à Paris le 28 Decembre
dans la 69 année de son age. Il fut
II. Vol.
porté
DECEMBRE. 1732. 2922
Porté en grand convey dans l'Eglise Paroissialle
de S. Sulpice , d'où après les Céremonies
ordinaires , il fut transporté en
celle des Religieux Pénitens , dits de Nazareth
, pour y être inhumé dans la Sépulture
de sa Maison .
La nouvelle de sa mort étant arrivée à
Metz , Les Vicaires Géneraux du Diocèse
ordonnerent aussi- tôt des Prieres pour le
repos de son ame , par un Mandement datté
du 2 de ce mois , dans lequel ils s'expriment
en ces termes :
» Le Clergé a perdu en sa personne un
Chefvigilant et attentifau maintien de
la Discipline ; les Pauvres , un Pere ten-
» dre et compatissant à leurs miseres , qui
» tenoit sans cesse les mains pleines et ouvertes
à tous leurs besoins ; le Public, un
» grand Seigneur qui a laissé après lui des
» Monumens d'une magnificence égale-
» ment utile au bien spirituel et tempo-
» rel des Habitans de cette grande Ville et
>> de toutes nos Provinces : nos larmes sont
» donc justes, et la Religion les authorise
» & c . A CES CAUSES & C..
M. le Duc de Coislin a laissé sa Biblio
theque de Livres manuscrits , dont le
fonds venoit du Chancelier Seguier son
Bisayeul maternel , à l'Abbaye de S. Germain
des Prez , où elle étoit en dépôt de-
11. Vol.
I puis
2924 MERCURE DE FRANCE
puis plusieurs années. Il y a environ 400
Manuscrits Grecs dont le P. de Montfaucon
a donné le Catalogue en 1715. sous le
titre de Bibliotheca Coisliana. 400 autres
Manuscrits Orientaux , Hebreux , Arabes,
Cophtes , Ethiopiens , Arméniens & c, et
plusieurs autres Manuscrits dans les Langues
de l'Europe sur differentes matieres :
ce qui fait en tout environ trois mille Ma
nuscrits.
Le 20 de ce même mois les Religieux
de l'Abbaye Royale de S. Germain des
Prez célébrerent dans leur Eglise un Service
des plus solemnels pour le repos de
l'ame de ce Prélat , qui les avoit toujours
honorez de son amitié et de son estime.
Plusieurs Seigneurs et Dames de la premiere
distinction assisterent à se Service.
A leur tête étoient le Prince Charles de.
Lorraine , Grand-Ecuyer de France , le
Prince de Lambesc , le Prince de Pons , le
Comte de Roussi qui faisoit les honneurs,
le Duc de Danville , le Comte de Donges
&c. Ces Princes et Seigneurs, qui avoient
aussi assisté au Convoy funébre , dînerent
dan's le Monastere après le Service.
Dame Laure de Fitjames , Epouse de
Joachim -Louis de Montagu , Lieutenant
Général pour le Roi de la Province d'Au-
II. Vol
vergne
DECEMBRE . 1732. 2925
Vergne et Pays de Cambrailles , Gouverneur
de Brouage , accoucha le 2 Décembre
d'un fils , qui fut nommé Joachim-
François - Xavier par Joachim - Louis de
Montagu de Beaune , Marquis de Bouzols
&c. Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général des Armées, de S. M , et
par D. Anne de Bulkelcy , Epouse du
Maréchal Duc de Berwik .
Dame Françoise de Gontaut de Biron,
Epouse de Jean - Louis d'Usson , Marquis
de Bonnac , Conseiller d'Etat d'Epée ,
Ambassadeur du Roi en Suisse , accoucha
le 18 au matin d'un garçon qui
fut baptisé le même jour dans l'Eglise
Collégialle de S. Ours et S. Victor de la
ville de Soleure, et nommé Victor Timo
léon.
-
Le 7 de ce mois , Le Roi signa le Con
tract de Mariage du Duc d'Hostun , fils
du Duc de Tallard , Chevalier des Ordres
du Roi , et de Marie Louise de Rohan
Soubise, avec Mademoiselle de Prie , fille
unique du Marquis de Prie , Chevalier
des Ordres du Roi. La Céremonie des
fiançailles se fit dans l'Apartement du
Cardinal de Rohan , Grand- Aumonier de
France. Le 21 de ce mois et la nuit de ce
jour- là , l'Archevêque de Rouen donna
11. Vol Tij
la
2925 MERCURE DE FRANCE
la Bénédiction nuptiale aux nouveaux
Epoux dans la Chapelle duVieux Louvre,
en présence du Cardinal de Rohan et d'u
ne très-illustre Assemblée de Parens ; les
nouveaux Epoux furent présentez au Roi
et à la Reine , et la jeune Duchesse d'Hostun
prit possession du Tabouret.
La nuit du 29 au 30 de ce mois , M.
Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police &c . épousa en secondes
nôces Mademoiselle Moreau de Sechelles,
fille de l'Intendant de Flandres.
ADDITION.
Nblic ,que Charles Osmont , Libraire ,
Ous sommes priez d'avertir le Puruë
S, Jacques , à l'Olivier , donnera au
mois de Février 1733. les quatre premiers
volumes de la nouvelle Edition du Glossaire
Latin , de M. du Cange, par les RR .
PP. Benedictins.
RECHERCHES INTERES SAN TES Sur
l'origine, la formation, le dévelopement,
la propagation , la structure , &c. des diverses
especes de Vers à tuyau , qui infestent
les Vaisseaux , les Digues , &c. de
quelques unes des Provinces- Unics , Par
II. Vol. M,
DECEMBRE. 1732: 29277
M. P. Massuet , Docteur en Médecine .
Ce qui n'est ni moins important , ni
moins curieux , c'est qu'on a joint à cet
ouvrage les Procès verbaux qui ont été
dressez par les Inspecteurs des Digues ,
au sujet des dommages causez par les
Vers,avec leurs differentes figures enTaille
douce , gravées d'après nature. In 8º ,
A Amsterdam , chez F. Changuion.
Le St Curé, chez qui les Curieux trou
veront les 24 Médaillons du Parnasse
François , indiquez dans le Mercure de
Novembre dern.demeure; au bas du Quay
Pelletier , au Chapeau rouge , à Paris.
DESCRIPTION de la Voute de la Cha
pelle de la Vierge de S. Sulpice , peinte
à Fresque , par M. François le Moyne ,
Peintre ordinaire du Roy . On sçait assez
en France et dans les Pais Etrangers le
rang distingué que cet habile Maître tient
dans l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture.
Lie,elle porte dans son grand dia-
A Coupolle de la Chapele est ovalle
;
de
mettre 47 à 48 pieds , sur 35 de large :
la Corniche au sommet de la Voute
19 pieds de renfoncement ; ce qui pro-
II. Vol I iij duin
#928 MERCURE DE FRANCE
duit 70 pieds de développement sur la
longueur du grand diamettre , et 54 sur
la largeur ; du Rez - de - chaussée à la
seconde Corniche , 56 pieds de haut , et
19 de cette Corniche au sommet ce qui
fait en tout 75 pieds de hauteur.

Les Figures qui paroissent sur une Terrasse
, près de la Corniche , ont 12 pieds.
de proportion , et les autres Figures diminuent
selon leur Plan et selon les Regles
de l'Optique.
Le sujet represente la Sainte Vierge ,
assise sur un nuage , implorant le Šeigneur
, sous la figure d'une grande lumiere
, avec S. Pierre d'un côté, et S.Sulpice
, Patron de la Paroisse , de l'autre
qui intercede auprès de la Sainte Vierge ,
en faveur du Peuple placé au dessous
joignant ses prieres à celles du S. Patron
pour le salut des Paroissiens , et pour le
soulagement des Oppressez, des Malades,
des Orphelins , &c.
La Vierge est environnée d'Anges en
adoration , la regardant comme leur Reine
; quelques- uns portent les différens attributs
qui leur appartiennent; et d'autres.
Groupes d'Anges forment un Concert de
Voix et d'Instrumens en son honneur ,
ce qui se trouve dans la partie opposée
au principal sujet. Ce Concert , pour le
II. Vol. dire
DECEMBRE . 1732. 2929
dire en passant , forme un Groupe admirable
par son contraste et la suavité dont
Il est peint ; et ce n'est peut -être pas dans
ce grand et magnifique Ouvrage , ce qui
attire le moins les yeux des Connoisseurs
intelligens.
Dans les deux côtez , en regardant le
principal sujet, on voit à gauche les Vierges
qui se sont mises sous la protection de
la Sainte Vierge , lesquelles reçoivent des
Palmes de la main d'un Ange. A la droite
, dans la partie opposée , sont les Peres
de l'Eglise et les Chefs d'Ordre qui ont
écrit des Grandeurs de la Mere de Dieu.
Tout cet Ouvrage a été fini au mois de
Septembre dernier , et il a été rendu public
le premier Dimanche de l'Avent .
Il a attiré un tres-grand concours , et
quoique la plus severe Critique ait pu fai
re , et que la modestie de l'Auteur même
lui ait fait avouer qu'il y avoit bien des
choses à désirer dans son Ouvrage, le plus
grand nombre des gens équitables et
eclairez sont convenus , malgré les discours
et les raisonnemens vagues et peutêtre
partiaux , qu'on ne peut guéres voir
un plus beau morceau de Peinture en
France.
DESCRIPTION ABREGE' de la Carte geerale
de la Monarchie Françoise , contenant
II. Vol. I iiij.. His
2930 MERCURE DE FRANCE
P'Histoire du Militaire ancien et moderne , de
puis son origine jusqu'au 15. Février 1730. di
visée en vingt Tables ou Feuilles , enrichies de
Tailles- douces , dessinées , gravées et imprimées
par les plus habiles Maîtres. Inventée et présentée
au Roy le 17. Février 1730. par le sieur
LEMAU DE LA JAISSE , de l'Ordre de
S. Lazare , et ancien Officier de S. A. R. feuë
MADAM E. Sçavoir.
Douze Feüilles pour le dedans de la Carte, sept
pour la Bordure, et une du Titre et Avertissement.
1. Feuille du dedans , grand Dessein Allegorique
du Frontispice , la Dédicace au Roy , et le
Titre de tout l'Ouvrage , orné de Minerve dans
sa gloire , d'Arcs de Triomphes , et des Fortraits
du Roy , de la Reine , d'Henry IV . Chef de la
Maison Royale de Bourbon , regnante , et de
Louis XIV . Bis- Ayeul de SA MAJESTE.
2. Nouvelle Histoire abregée de la vie des 65.
Rois de France , avec leurs Portraits , depuis la
fondation de la Monarchie dans les Gaules , jusqu'à
la fin du Regne de Louis le Grand.
3. Chronologie des Grands et Premiers Offi→
ciers Militaires de la Couronne , et des Grands et-
Premiers Officiers du Militaire de France , depuis
l'an 978. avec les Chevaliers Commandeurs
des Ordres du Roy , depuis leurs Institutions et
Promotions , jusqu'au 15. Février 1730.
4. Vûë et Description de Paris , Chronologie
des Rois de France ; Tige et Généalogie de la
Maison Royale de Bourbon , avec l'origine et la
création des quatre Compagnies des Gardes du
Corps du Roy , de celles des Gendarmes , des
Chevaux- Legers et des Mousquetaires de la Garde
; ensemble celle des Grenadiers à Cheval , détaillées
depuis leur Institution , avec les noms et
dattes des Brévets des Officiers en tête,
II. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2931

3. Vue et Description du Château Royal de
Versailles , séjour ordinaire du Roy. Les Généalogies
et Alliances des cinqBranches de la Maison
Royale de Bourbon , depuis Henry IV . jusqu'à
présent , avec l'origine et la création des seize
Compagnies des Gendarmes , et des Chevaux - Legers
de la Gendarmerie , détaillée depuis leur
Institution , avec les noms et dattes des Brévets
des Officiers ,
6. et 7. Le détail et les rangs des cent - vingt
Régimens d'Infanterie Françoise et Etrangere , à
la tête desquels sont les Gardes Françoises et
Suisses de la Maison du Roy ,ensuite Picardie premier
Régiment , & c. depuis leur création et institution
, avec l'origine de la premiere Infanterie
et les noms et dattes des Brévets de leurs Officiers
Generaux et Principaux.
8. et 9 L'origine , le détail et les rangs des cinquante
neufRégimens de la Cavalerie legere Françoise
et Etrangere ; des quinze Régimens de Dragons
et les noms et dattes des Brévets de leurs
Officiers Generaux et Principaux , avec les Troupes
formées en 823. Compagnies Françoises et
Etrangeres , composées de Batail ons , d'Escadrons
et de Brigades . Sçavoir , les cent Suisses ordinaires
du Corps du Roy , les Gardes de la Porte
du Louvre , et les Gardes de la Prévôté de l'HỘ-
tel du Roy , ou Hocquetons de Sa Majesté , qui
sont de la Maison du Roy , les Cadets Gentils→
hommes , l'Hôtel Royal des Officiers et Soldats
Invalides , les Milices du Royaume , les Compagnies
franches et de Partisans , tant à pied qu'à
cheval , la Compagnie de la Connétablie de France
, celle de la Prévôté generale des Monnoyes
de France , et les Compagnies des Maréchaussées
du Royaume , depuis leur création et institution ,
avec les noms et dattes des Brévets de leurs Officiers

10
29321
MERCURE DE FRANCE
10. Les Maréchaux de France ; les Lieutenans
Géneraux et Maréchaux de Camps des Armées
du Roy les Brigadiers d'Infanterie , de Cavalerie
et de Dragons ; les Gouverneurs et Lieutenans
Généraux des Provinces ; avec les Armoiries en
Blazon de chaque Province ; et les Maréchaux :
Generaux des Logis , des Camps et Armées du
Roy , nommez jusqu'au 15. Février 1730. ensemble
le nombre general des Officiers des Etats
Majors des Villes fortes et Places de Guerre , avec
leurs créations et dattes des Promotions.
: 11. Commencement de l'Histoire abregée du
Regne de Louis XV. jusqu'au 15. Février 1730
le détail et les Institutions des Ordres Royaux ,
Militaires et Hospitaliers de Notre- Dame du
Mont Carmel et de S. Lazare de Jerusalem. Le
Corps de l'Artillerie de France , détaillé depuis
son origine ; celui des Officiers Ingénieurs ordinaires
du Roy; la création et la nomination de las
Dignité de Ministre et Sec. d'Etat de la Guerre,
les Intendans et Commissaires départis du Roy ;
les grands Baillifs et Sénéchaux d'Epée , avec leurs
Lieutenans ; les Commissaires ordinaires Provinciaux
des Guerres , et géneralement tous les Officiers
principaux en charge brévetez, et par Com→
mission du Roy , attachez au Militaire de France,
depuis leur Création et Institution ..
12. Dénombrement géneral des Officiers , tant
en pied que réformez , et des Troupes de France.
sur pied , le 15 Février 1730. avec le nombre des
Officiers de chaque Corps de Troupes en particulier
et en general ; l'abregé des Statuts et Institutions
des Ordres du Roy , le trophée des Gra
des , honneurs et récompenses Militaires des
Officiers ; la Vûë et Description de l'Hôtel Royal
des Invalides, depuis sa fondation jusqu'à presents,
P'Institution et le détail de l'Ordre Royal et Mi-
II. Vak
litaire
DECEMBRE. 1732. 2933
litaire des Chevaliers de S. Louis , par Louis XIV.
pour honorer la valeur de ses Officiers , les origines
et changemens arrivez jusqu'à présent dans
les Corps de Troupes qui subsistent ; et les observations
pour la Regle et la discipline des Troupes
, extraites des Ordonnances du Roy et des
Archives respectables de la Chambre des Comptes
de Paris , avec les noms des Auteurs Militai
res , anciens et modernes , dont les Ouvrages ont
servi à la compilation et composition de cette
Carte.
On trouvera au bas des trois dernieres feuilles
les Batailles mémorables , gagnées par les François
, depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à présent ; avec le vrai caractere d'un parfait
Homme de Guerre.
La grande Bordure de cette Carte contient sept :
feuilles , ou Tables en Tailles- douces , de pareille
grandeur , qui comprennent cent - dix Plans des
principales Places de Guerre et Villes maritimes
Frontieres du Royaume , distinguées par Dépar
temens et Gouvernemens Géneraux des Provin--
ces , avec la Description , l'Etat Major , et les Armoiries
en Blazon de chaque Place , et leur dis--
tance de Paris , ainsi que de l'une à l'autre , la
Description génerale desRoyaumes de France et
de Navarre , d'un côté , et de l'autre celle du s
Royaume de Pologne , d'où est sortie notre Auguste
Reine ; l'Etat géneral des Garnisons ordi
naires de Gardes à Cheval , Hallebardiers et homa
mes de Guerre à pied , attachez aux Gouverneurs .
et Lieutenans Géneraux des Provinces du Royau--
me , détaillé depuis leur ancienne Institution jusqu'à
présent , les quatre coins de la grande Bor
Jure de cette Carte , sont terminez par les Figu
res allégoriques des quatre principaux Vents dus
Levant,du Couchant; du Midy et du Septentrion ,
.
II Vol .
2934 MERCURE DE FRANCE
en forme de Renommée ,aux Trompettes et Ban
derolles de France et de Navarre , en Taille-douce;
on trouvera aussi au haut de la premiere Feuille
de cette Bordure , le modele de l'effet ou de la réduction
de la grande Carte rassemblée dans toute
son étendue , avec deux Tableaux aux côtez
pour l'instruction nécessaire à son usage , gravez
en taille- douce .
On a eu soin de graver au -dessus de la Maison
Militaire du Roy , de la Gendarmerie , de
l'Infanterie, de la Cavalerie Françoise et Etrange
re , et des Dragons , ainsi que des Troupes for
mées en Compagnie , les differentes figures armées
, tant à pied qu'à cheval , avec leurs Trophées
d'armes anciennes et modernes ;et au milieu
de chaque Corps de Troupes , la forme et couleur
de leurs Etendarts , Guidons etDrapeaux Colonels
et d'Ordonnance , représentez en Blazon , ainsi
que
les Uniformes et Armures de toutes les Troupes
du Roy qui subsistent,avec les Additions pour
la difference de chaque habillement et Equipage.
Cette Carte mise au jour en Janvier 1733. se
vend à Paris , chez l'Auteur , rue et près la Fontaine
de Richelieu , avec les Supplémens annuels
pour expliquer les mutations ou changemens
Militaires , arrivez depuis le 15. Février 1730 .
jusqu'au 15. Février 1732. et successivement
d'année en année le même jour , relatifs à cet Ouvrage
, qui contient vingt grandes feuilles enri
chies de tailles- douces , réduites en un Livre broché
et portatif , lesquelles feuilles se joignent en
une seule Carte de sept pieds en quarré , montée
sur Gorge et Rouleau.
L'Auteur annonce qu'attendu la dépense pour
la monture de sa Carte sur Gorge et Rouleau en
entier ou en trois parties , que chacun voudroit
faire plus ou moins riche , ainsi que pour les dif-
II. Vol
ferentes
DECEMBRE. 1732 2935
ferentes façons de reliures des vingt feuilles , en
Maroquin ou en Veau , à l'usage des Bibliotheques
, des Cabinets et du transport dans les Provinces
, il s'est déterminé à ne le vendre qu'en
Livre en brochure , grand in folio , couvert de
Papier bleu d'Hollande , doublé de fort papier
blanc , dont le prix est fixé à vingt - quatre livres.
Et la feuille de Supplément aux mutations Militaires
; qui paroîtra chaque année , aussi gravée
en taille- douce , sera de 24 sols seulement.
Le sieur Le Mau de la Jaisse , se chargera volontiers
de faire ensuite accommoder sa Carte
proprement par ses Ouvriers , en telle forme qu'il
plaira , et à juste prix .
TABLE
Ieces Fugitives , Ode à la Poësie , 2733
PPlaidoyers prononcez au College des Jésuites
, & c.
2768
Epitre à M. de Voltaire , et Réponse ,
2761
Cantique pour la Fête des Rois , 2764
Réponse au sujet de l'histoire d'Emilie , &c.
2767
Epitre à M. l'Abbé Plomet 2770
Refléxions sur l'Amour , 2772
Lettre sur la Vie de M. F. Picquet , 2785
Les Damnez de Nevers , Poëme , 2797
Imitation d'une Ode d'Horace , 2804
Le Sage profite de ses fautes , Discours , 2806
Stances à Mlle de Malcrais ,
2814
Impossibilité du mouvement perpetuel ,
Logogryphes , Enigme , & c.
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , &c. Jour
nal Litteraire , &c
Poësies diverses de M. Tanevot ,
2826
2838
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes
2817
2823
Illustres ,
2842
La Vie est un Songe , Comédie , 285
Le Repos de Cyrus , ou l'Histoire , &c. 2853
Estampes nouvelles ,
2865
2866 Tremblement de Terre à Naples ,
Spectacles , les Enfans Trouvez , Parodie , 2868
Isis , Tragédie , Extrait ,.
Eglogue sur la Naissance de N. S.
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse, 2897
Extrait d'une Lettre de Constantinople ,
D'Italie , d'Espagne et Angleterre ,
De Russie , Pologne , Allemagne ,
2883
2894
2898
29009
2902
Morts singulieres , et naissances des Pays Etran--
gers , 2906
France, Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 2908 .
Benedictions de quatre Cloches à Ste Genevieve
Morts , Naissances , Mariages ,
Addition ,
2912
2921
2926
Description des Peintures de la nouvelelle Chapelle
de S. Sulpice ,
1
2927
Histoire ou Carte generale du Militaire de
France ,
29299
Errata du premier Volume de Décembre.
Age 2690. 1. 4. 708. lisez 7 ou 8.
PAP. 2706. 1. 3 du bas , Torches, 1. Torcheres.
Pi 2709. 1. 7. Mars , I. Mais.
Po 2726. 1. 14. Thyrre , Thyrse.
Fautes à corriger dans ce Livre..
Age 2756. 1. 25. flattent , flätant.
P. 2778.1 . 8. sone , l . sons .
P. 2827. l. 2. Gennes , 4. Geneve...
Ibid , 1. 3. idem.
P. 2864. l. 13. Mürator , 1 .. Muratori. -
P -2921 1. 3. du bas , Mongomeri , ajokex z.
..Epouse de :
TABLE GENERALE
De l'Année 732.
A.
Bderites ( les ) Comédie ,
AAbdon S. qui merre du Tonnerre et de
la grêle ,
Académie Françoise ,
Des Sciences ,
Des Belles - Lettres ,
De Montpellier
De Marseille ,
904 .
716 774. 1379 2728 .
827. 1388.2447 °
826. 2448. 2865
1579 *
2206
De Bordeaux ,
De la Rochelle ,
2217
2381
-De Peinture et Sculpture ,
Imperiale , de Peinture et Sculpture ,
2216
772
De Chirurgie , 133. 548. 1592:
Académies d'Italie ,
120
Adorer , pour respecter, honorer , 253
Ail ,
2362
Akousmate - d'Ansacq , 4166
Allure ( 1 ) Opera Comique , 2231
Ames Rivales ( les ) Conte , 25277
Ampoule ( Barons de la sainte ) 1513%
Amusemens à la mode ( les ) Comédie , 782 : 982
Antimoine ( Mine d' ) 774
Antiquitez , 631. 1188. 1612. 1809. 2105. 2188-
Appleine ( S. Nicolas ) 1471 *
Arbres. Oter leur écorce les rend plus fertiles ,
26299
II. Vola Argenis
TABLE
'Argenis de Barclai , 328
Arlequin au Parnasse , Comédie , 2667
Arrêts Notables , 458. 1254 2300. 23 ( 1
Astres ( Méthode pour observer la hauteur des )
Astrologie judiciaire ,
B.
274. 693
1554
Assi ( Dona Laura Catherine ) 1389. 2729
Bayeux , Ville , BB
Benet ( Mort de Louis )
2117
2443
Bibliotheque Italique , 116. 966. Raisonnée, 330
1371. 1781. 1975. De Colomiés , 950. de
sainte Geneviève , 1398. Germanique , 2627.
Des Enfans ,
Biblis , Opera ,
Boisrozé
1183
2674
2554
Borromée ( la Comtesse Dona Clefie Grillo ) 120
Boulle ( Mort d'André- Charles ) 552
Bouquet , 354. 1242. 1244. 1445. 2407. 2697.
2703. 2714
Bouts Rimez, 493.692.825.856.1735.2165.2360.
2380. 2613
Bureau Typographique , $ 44 . 707• 726. 857.
C.
Alendrier ( Projet d'un nouveau )
Callirhoé , Opera , Calend
1092. 1294.
881
137
Cantate , 59. Pluton amoureux , 212. Ariane ,
684 Hipermnestre , 899. Proserpine et le
Fleuve d'Oubli , 1126. La Fausse Inconstance ,
1291. La Disgrace d'Hébé , 1526. La jeunesse,
1760. La Naissance de J. C. 2573. Les Saisons
,
Cantique ,
2724
2764
II. Vel. Ca
DES MATIERES.
Capricieuse ( Eloge de l'humeur ) 1028. 1757
Carosse ( Nouveau Train de ) 260
Carte Militaire de la Monarchie Françoise, 2929
Cassius et Victorinus , Tragédie ,
2649
Cecile ( sainte ) mal - à- propos Patrone des Musiciens
, 2.1. 1081
1654
1248
Céremonie anniversaire à Vernon ,
Chanoine en Surplis et en Epée ,
Charlatans ( Canon du Concile de Tréves contre
les )
Charles XII. ( Histoire de )
Cheveu ( le ) Opera Comique ,
Chicoineau ( Eloge de François )
905
337
2225
808
803
Chirac ( Eloge de Pierre )
Coislin ( Mort et éloge de Henri- Charles du
Chypre . ( Histoire des Rois de )
Cambout de )
Corégraphie ,
Cloches de sainte Geneviève ,
College Royal ,
Comédies à Nîmes ,
2922
2000
318
2282.2912
2637
347
Conférences entre les Turcs et les Persans , 1736.
Conte ,
Critique ( la ) Comédie
Cyrus , le repos de )
D.
1891
822 2797
372.528
2853
554
Dictionnaire de la Langue Castillane , 2214
Anaüs , Tragi- Comédie ,
Divertissement en Musique ,
Doria ( André )
Duel ,
1482
1954
1782
Au commune , utile dans la Chirurgie , 1585
Eau de
Barege
Ecole des Meres ( l' ) Comédie ,
430
1619. 2017
II. Vol. Eglise
TABLE
Eglise tombée en Bourgogne ,
Eglogue ,
Electricité ,
Emilie , Roman ,
2502
1032. 2894
2832
2149.2767
2631
Enfant né avec deux Langues , 1395. Extraordi
naire dans ses Etudes ,
Enfans Trouvez ( les ) Comédie , 2673. 2868 ·
Enigme , 99. 314. 505. 737. 932. 1155. 1367-
1568. 1768. 1970. 2193. 2410 , 2614. 2825'
1756 , 271
453 , 1705 , 2708
434.
Epigramme ,
Epitalame ,
Epitaphe ,
Epicre à Uranie , 60s . à l'Auteur de l'Epitre à
Uranie , 624 de Voltaire , 1887% 2387. de
Mlle de Malcrais, 2605. 2781. à Lefort , 2077.
à Mile de Malcrais , 2570. 2814 à Voltaire
2761. Réponse , 2763. à l'Abbé Plomet
Epitres héroïques d'Ovide ,
2770
1180
Epreuve des Fées ( 1 ) Opera Comique ,
Eriphile , Tragédie ,
1820
562
Estampes , 135. 342. $49+ 769. 10. 1189
1396. 16.09 . 1811. 2214. 2449 . 2644--
2865
Ethiopie Occidentale
A
1589
Etudes ( difficulté sur le Traité des ) 1037
Expositiojuris Canonici . 1572
F.
Able ,
Fausse inconstance ( la ) Comédie ,
FA
485. 1138. 2144-2398. 2444
Eaute , le Sage profite de ses fautes ,
Femme furieuse ,
2454
2806
2628
Ferrand ( éloge de Jacques Philippe ) SSO
Finances des Romains 517
Eranc- Aleu ( défense du ) 1776.
II. Fol.
Front
DES MATIERES.
Front ( S. )
Allia Christiana ,
G
GGéométrie (Elemens de ) .
Glorieux ( le ) Comédie ,
Godeau Antoine ) (
Guespin , origine de ce mot ,
Guinguette ( la ) Opera Comique
H
H Elimand (Chronique d³ )
460
1993
2434
148. 355
2842
912. 2142
2026
298
Histoire des Sciences et des Artsen Italie, 117
Moderne de tous les Peuples , 332. Militaire
du P. Eugene critiquée , 920. Métallique des
Pays-Bas ,
935
2831
Histoire de France aussi difficile à écrire qu'elle
est agréable à lire ,
Horloge de Sens , 1390. Nouvelle maniere de
construire de grosses horloges , 1312.
Ja
Aloux ( le Prince ) nouvelle 1529. 1678
Idille 426.818 . 1941
Jephté , Opéra ,
371
Jettons , 13
Inscription d'Orleans , 1141
Interêts de Village ( les ) Opéra Comique
1817
Journal Litteraire , $40. 1577. 2826
Journaux d'Italie , -1274
Isis , Opéra ,
2683. 2883.
Juridica minora( Jacobi Gothofredi ) 1574
II.Vol.
L.
TABLE
L.
L
2209
Angue Orientale ( Traductions d'Ouvrages
en)
Lanterne veridique ( la ) Opéra Comique , 2027
Lettre à Mile de Malcrais , 75. Réponse , 1264
à un Nouvelliste , 1446. sur l'Ordonnance de
Bacchus
Lexicon medicum ,
Lit de Justice ,
1912
1802
2080
Logogrifes , 100. 315. 5o5 . 739. 933. IISS .
1368. 1568. 1769. 1973. 2193. 2410. 2614.
2823. expliquez en Vers ,
Longitudes ,
Lucas ( Cabinet de Paul )
M.
504 1660
1814. 2644
2720
Machines, Explication du principe des 661. Pour mesurer la vitesse des eaux
courantes et le sillage des Vaisseaux , 2599
Madrigaux , 725. 2719. traduits du Guarini
Mahometans ( Litterature des )
Mahometisme Histoire du )
Meaux ( Histoire de l'Eglise de )
Médailles antiques , 8. 437. 1344.
Diane de Poitiers , 2139. du Roi ,
9
2154
1933
S10
687.2595
1762. de
976
·
Mémoires de Barneveldt , 106. pour servir à
l'Histoire des Hommes Illustres dans la République
des Lettres ,
Mere Jalouse ( la ) Opéra Comique , 2221
1158. 2618. 2842
IISF Metrometre
Montmartre ( Conjectures sur la formation de 》
2330
Monumens de la Monarchie Françoise , 977
11. Vol.
Motte
DES MATIERES.
Motte ( Mort et Eloge d'Antoine Houdart de
la )
Mouvement perpetuel ,
e *
Musique ( Méthode pour apprendre la )
Mythologie ,
! N.
Atalibus ( Pierre de )
N Nerlin( S. )
Neuilli S. Front , Ville ,
Notre-Dame de Paris ,
62. 320. 1288
2817
841
753
2317
298
467
1400
Nourice. Les Meres doivent être les nourices de
leurs enfans ,
O
. O SI
Dé au Duc de S. Agnan. 1. S. André 17. à
M. Deslandes , 265. Therese , 672. La Jeu-
887. Le Retour du nesse , 837. L'Amour ,
Printems , 909. à Mlle de Malcrais , 917 .
P'Académie de Marseille , 1024. L'Ambition ,
1049. A la Princesse de Conti , 1077. La Fuite
du monde , 1088. L'Indiscretion , 1259 Songe
, 1306. La Vie champêtre , 1326. L'Ingratitude
, 1463. Le Mariage du Prince de Conti ,
1496. La Tragédie Françoise , 1907. 2112 .
Jugement dernier , 1929. A l'Evêque de Mets ,
2099. Le Travail , 2521. L'Amitié , 2549 .
Sur la Convalescence du Duc d'Orleans, 2577.
La Poësie , 2733
Ode imitée d'Horace , 46. 875. 1109. 2686.
2804. Du Cantique de Moïse , 81. Du Pseaume
II. 199. de l'Exitu , 1337. Du Beatus
vir ,
1552
Orage ,
549. 2271. 2274. 2488
Oran ( prise d' ) 1637. 1866 195 3. 2174 258 x
Ovinius , s'il a été associé à l'Empire , 675.1709
C
Paghetti
( mort de )
Palais Royal ,
Palinodie
P.
2469
395
2140
11. Vel. PamTABLE
Pamfili ( la Princesse Therese Grillo )
Paranimphe , ce que c'est ,
Paraphrase de Jéremie,
Parnasse reformé ( le ) Comédie ,
Parnasse de Titon ,
112F
2440
7136
707
2421
Parterre merveilleux ( le ) Opéra Comique , 2030
Peinture ( discours sur la ) 1787.Essai sur la Peinture
et la Poësie
Pendule ,
Phenomene,
Philosophie hermetique ,
Picquet ( vie de François ) ,
1977
1806
2214
495
2785
Pierre , maniere de les colorer , 972. Premiere
Pierre posée , 1877. Taille laterale, 2804,2166.
2399. Extraordinaire dans la Vessie ,> 2445
Plaidoyers , 2738
Poëme , progrès de l'art des Jardins , 656.23.11.
l'invention de la Poudre ,
-Politesse ,
Pompe contre les Incendies
>
947
823
215
374
1210. 1417
1189
Pot pouri , Pantomine (le ) Opera comique ,
• p ཋi ཀ m i
Procès des sens ( le ) Comédie ,
Puget( Pierre )
Q&
Qu
Uestions , 143
R,
Acine ( mort de la Veuve de )
Rage ,
2710
2867
Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature , 508
Réfléxion sur la Physique , 112. 325. 535.1518.
Sur l'Amour , 2772
Rosny a possedé l'Abbaïe de S. Taurin , 1501.
2550
II. Vol. S.
DES MATIERES. --
Ciences ( le cours des ) 107
Scuderi ( Mlle de ) 2567
Scylla. Opera , 2240
Segrais Jean Renaud de ) 1161
Sennacherib , Tragedie , 2009
Sens ( Ballet des ) 1196. 1615. 1843
Sensitives ( plantes ) 181
Sermens indiscrets . ( les ) Comédie , 1210. 1408
Sigonius , ( Charles )
Sirmond ( le P. Jacques )
Société des Arts ,
Soeur ridicule. ( la ) Comédie ,
2389
2619
2639
2660
250.809
1396
Sonnet ,
Sophie , ( Sainte ) de Constantinople ,
Spectacle de la nature ( le ) 1983. 2342. Si les
Spectacles sont deffendus ,
Stances ,
Sublime , ( Traité du )
Sulpice ( S. )
Tranevot , ( Poésies de )
232
413. 1436. 1675
2415
2927
T..
770.819, 820. 1610
2838
Tartarin , ( éloge de )
Tartre soluble ,
2712
1331
Teigne des feuilles , 1128
Temple antique
Theatro critico universal ,
44%
743
These Françoise de Mathématique ,
Theveneau , ( mort de )
1651
2469
Tontine , ( la ) Comédie , 371
Tremblement de terre , 345. 2056. 2866. 2902
Triomphe de l'Amour , ( le ) Comédie , 778
Turquie ,
Tutilina , Déesse
2037.2898
443
II. Vol.
У
TABLE DES MATIERES.
V.
Aisseau ( retarder le sillage d'un ) 2166
Verité fabuliste , ( la ) Comédie , 1174
yers sur une Ode en Prose , 75. sur Camargo et
Salé , 146. à Me , 229. sur Newton , 259. les
Fines éguilles , 294. au Concierge du Palais
Royal , 402. Remerciment , 463. à Chichon ,
620. à Fourmont, 706. sur le portrait de Salé,
819. Portraits 1040. les Critiques du Mercure,
1148. au Chevalier de la T. 1247. sur le mois
d'Avril , 1251. à Voltaire , 1511. au Chevalier
de Komieu , 1515. à Dangeville , 1614. à
Pelissier, 1618. au Cardinal de Polignac, 1645.
à Destouche , 2172. à Malcrais , 2188. 2192 .
2194. la fête de Dampierre , 2285. l'Ombre de
Deshoulieres , 2327. Procès du fard , 2339 à
une Jalouse , 2421. sur des irrésolutions, 243 1.
Plainte de Calliope , 2510. sur l'Ecole des Sçavans,
2 580.Requête au Prevôt des Marchands,
2589. à Me de ... 2597.
Vers de Hollande , 2867
Vie est un songe , ( la ) Comedie , 2468. 2850
Vieillesse extraordinaire, 169.389.495.2278.2690
Vieux , Village ,
2906
631
Vin rouge fait avec des Raisins blancs , 1489
Vins d'Agoust , ( éloge de Jean de )
Volcan ,
Voutes , ( poussée des ).
Voyage de Normandie ,
Usages , ( bizarerie des )
Wampir ,
Z.
Zaïre , Aire Tragedie ,
611
2866
1580
631. 2117. 2714
88.203. 1114
89
1828
Fin de la Table des entieres,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le