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1729, 12, vol. 1
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE 1729 .
PREMIER VOLUME.
QUE
ECOLLIGIT
STARGIT
"
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , më
S. Jacques , au Lys d'Or.
1
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont- Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme .
M. DCC. xxix.
9
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VI'S.
LA
Leur
ADRESSE generale pour toutes
chefes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui sonbaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PAIX XXX . SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
DECEMBRE . 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX 默默默
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
0 DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Elle fe peut chanter fur l'Air : Deus
le Pont de Nante.
Modernes Orphées ,
Dont l'efprit eft divin ,
Et vous fçavantes Fées ,
Chantez ce beau DA UPRIN.
I. Vol. A ij Décllos
2756 MERCURE DE FRANCE .
Déeffes immortelles ,
Pour ce Bourbon nouveau ,
Cueillez des fleurs nouvelles
Sur le double coupeau .
Sur ce fujet infigne ,
Formez vos plus beaux aiss,
En eft- il de plus digne
De vos charmants Concerts ?
Cet Enfant tout aimable ,
Aux Mortels précieux ,
Célebre , refpectable ,
Defcend des demi- Dieux.
Tout brillant de lumiere
Ce glorieux Enfant ,
Commence fa carriere
En Heros triomphant.
La difcorde allarmée
Fuit loin de fon berceau,
Et de rage enflammée
Porte ailleurs fon flambeau¿
Dans la Perfe tremblante ,
Exhalant fes fureurs
J. Vol.
Elle
DECEMBRE . 1729 .
2757
Elle
y va menaçante ,
Répandre fes horreurs.
Nous , loin du bruit des armes ,
Sous le plus grand des Rois ,
Nous goûtons fans allarmes
La douceur de fes Loix.
Louis , dans fon Empire ,
Fait fleurir les beaux Arts ,
Et digne qu'on l'admire ,
Il en éloigne Mars.
Qu'à ce Prince adorable ,
Luifent les plus beaux jours ,
Que fon Régne équitable ,
Puiffe avoir un long cours.
De cet Augufte Pere ,
Vive l'Augufte Fils ,
Qu'une tête fi chere
Soutienne un jour les Lys. ,
Vive l'Augufte Reine ,
Mere de ce Dauphin ,
Euterpe & Melpomene ,
Célebrez- la fans fin .
M
I. Vol. A iij
Ses
2758 MERCURE DE FRANCE .
Ses vertus éclatantes ,
Sa foy , qui plaît aux Dieux ,
Ses prieres ferventes
Ont fçu fléchir les Cieux.
Chantons donc à fa gloire
Sur le fublime ton ;
Au Temple de Mémoire
Allons graver fon nom .
Bouchet , Chanoine de Sens .
LETTRE écritè à M. D. L. R. contenant
la Réponse à la Question proposée
dans le Mercure de Juin , Volume 2.
P. 1359.
>
E fçavois parfaitement bien , Monfieur
, que les Questions ingénieufes
qui font traitées dans le Mercure , pourroient
quelquefois embarraffer les efprits
les plus fubtils & les plus juftes ; mais je
n'aurois jamais crû qu'elles pûffent faire
de la peine à qui que ce foit , fi je ne l'avois
éprouvé: c'eft à l'occafion de la derniere
qui a été propofée dans le 2. Vol .
de Juin. J'ai été non-feulement très- em-
1. Vol.
baraffé ,
DE CEMBRE. 1729. 2759
baraffé , mais même très- mortifié d'être
contraint d'y répondre , tant par rapport
à la difficulté que j'y trouvois , qu'à cauſe
des perfonnes devant qui il le falloit faire.
Madame la Marquife de M *** . chez
qui plufieurs perfonnes d'efprit,de l'un &
de l'autre fexe, s'affemblent une fois la femaine
, & qui me fait l'honneur de m'y
admettre , me la propofa hier en pleine
Affemblée. Malheureufement elle fçavoit ,
& tous les autres auffi , que le peu de talent
que j'ai pour la Poëfie , je l'ai employé
à peindre les paffions amoureufes ,
& furtout celles du fexe. Nous avons tous
vû & applaudi les * Ouvrages par lesquels
vous êtes donné pour Docteur en
cette matiere ; vous déciderez , me ditelle
, ou bien nous vous renvoyerons à· l’Zcole.
Je n'aurois pas eu grande peine à
dire mon fentiment , fi on eut voulu m'exempter
de le foutenir ; mais on éxigeoit
de moi l'un & l'autre , & j'étois dans une
Compagnie où il ne falloit rien avancer
qu'on ne prouvât bien . Voilà ce que nous
vaut quelquefois le peu de réputation que
nous acquérons ; elle nous met dans des
occafions où nous laperdons entierement,
fi nous ne fçavons la foutenir.
Vous
Enfin , pour terminer un début qui ne
* L'Auteur doit inceffamment faire imprimer
les Ouvrages dont il eft ici parlé.
1. Vol.
A iiij fait
2740 MERCURE DE FRANCE.
fait rien à la chofe , & qui peut ennuyer
le Public , quelque antipathie que j'aye pour
le ton décifif , il fallut le prendre . On
me demanda donc : Quelle étoit lafemme
la plus malheureuse , ou celle qui a un
mari qu'elle hait , & dont elle eft aimée ,
on celle qui a un mari qu'elle aime , &
dont elle eft baie ? Après y avoir réfléchi
quelque tems , je me déclarai pour l'affirative
de la premiere partie de cette
Queftion. Voici à peu près les raifons
dont je me fervis pour prouver mon fentiinent.
Premierement , je foûtiens que nos propres
paffions font plus d'impreffion fur
nous que celles des autres ; qu'il y a plus
de plaifir à aimer qu'à être aimé , qu'on
fouffre plus à hair qu'à être haï , & par
conféquent l'amour qu'a pour une femine
le mari qu'elle haït , ne peut pas la dédom
mager de ce que cette haine lui fait fouffrir
; au lieu que les peines que reffent
une femme de la haine d'un mari qu'elle
aime , n'égalent pas le plaifir qu'elle goûte
encore à l'aimer. La raifon de cela vient
de ce que ce n'eft pas tant les autres que
nous aimons , que nous mêmes que
nous aimons en eux . L'amour propre a
plus d'étendue qu'on ne penfe , l'amitié
& l'amour même lui font fubordonnez
& ce que nous croyons faire pour l'un
1. Vol.
០៥
DECEMBRE. 1729. 276
ou pour l'autre , nous ne le faifons que
pour nous - mêmes : nous croyons qu'une
perfonne nous plaît , parce qu'elle eft aimable
; c'est tout le contraire , elle eft
aimable , parce qu'elle nous plaît . Ainſi ,
quelque haine qu'ait pour nous une perfonne
que nous aimons comme c'eft
notre paffion même que nous aimons , &
qu'elle eft la fource de notre plaifir , nous
>
goûtons toujours davantage que celle
qui hait & qui eft aimée. L'amour qu'on a
pour elle , lui devient une paffion abſolument
étrangere , & dont elle ne retire
par conféquent aucune fatisfaction .
Comme cela pourroit paroître trop métaphyfique
, je vais tâcher de le rendre
plus clair. Une femme qui eft aimée &
qui hait , ne reffent en aucune maniere le
plaifir d'être aimée , & éprouve tout ce
qu'il y a de cruel à haïr. Pour trouver du
plaifir à être aimé d'un objet , il faut l'aimer
foi- même , ce qui prouve que le
bonheur ne confifte pas à être aimé , mais
à aimer une perfonne qui nous aime . Dans
le fecond exemple , il y a plusde compenfation
: la femme , il eft vrai , ſouffre infiniment
de la haine de fon mari , mais la
paffion qu'elle a pour lui diminue beaucoup
fes peines fans qu'elle s'en apperçoive.
Sa paffion l'occupe , & dans fa
trifteffe même elle goûte une forté de
plaifir I. Vol. A v
2762 MERCURE DE FRANCE.
plaifir . Enfin , elle aime , & l'amour
trouve toujours quelque foulagement ,
quelque malheureux qu'il foit , ne fur-ce
que dans une vaine efperance ? On ſe
flatte de pouvoir attendrir ceux qui font
indifferens pour nous , ceux - mêmes qui
nous haïffent. Que de plaifirs ne peut pas
procurer cette feule efperance à une femne
malheureufe ! Combien de fois ne lui
reviendra- t - elle pas ? Combien de fois ne
cherchera-t- elle pas à s'en entretenir ?
Par là , elle goûte fouvent en idée un
bonheur qui n'exiftera jamais , mais qui
dans l'inftant qu'elle en jouit , eft toujours
an bonheur pour elle. Après tout , fi
l'on y veut faite attention , on trouvera
qu'en fait de plaifirs , ce qu'on appelle
réalité , ne confifte que dans notre idée.
Ce qui en eft un pour vous , n'en est pas
un pour moi ; & par conféquent les plaifirs
que l'imagination nous procure ne
font pas moins des plaifirs que ceux dont
nous joüiffons réellement , je ne fçại même
fi je devrois me fervir de ce terme
puifqu'il n'y a pas plus de réalité dans les
uns que dans les autres. La femme qui
hait quoiqu'aimée , n'a pas la même reffource
: l'amour qu'on a pour elle ne la
touche en aucune manière . Il faudroit
pour que toutes chofes fuffent égales
que celle- ci pût efperer de voir un jour
J. Vol.
finic
DECEMBRE . 1729. 2763
finir la haine , & de devenir fenfible à
l'amour de fon mari. C'eſt à quoi elle ne
penfera jamais. Cet amour , quel qu'il
foit , elle le traitera d'une manie dont il
fe fert pour la perfecuter , & toute l'impreffion
qu'il pourra faire fur elle , ce fera
d'irriter davantage fa haine & fon averfion
.
› peut-
>
Secondement , la durée du malheur
de l'une & de l'autre y met encore beaucoup
de difference. Telle eft la nature du
coeur de l'homme , que s'il eft heureux
il ne s'occupe que de l'inftant de joye
dont il jouit , fans s'embaraffer fi elle
doit durer , peut - être de peur d'en entretenir
la fin qui l'affligeroit auffi tôt ,
être auffi parce qu'au cas qu'il fut sûr de
le voir durer long - tems , il feroit incapable
de cette augmentation de joye que
lui devroit procurer naturellement l'attention
qu'il y feroit . Dans le malheur ,
au contraire , il femble que plutôt fait
pour fouffrir , que pour être heureux
plus capable de trifteffe , que de joye , il
ne fe contente pas du malheur préfent
qui l'afflige , il cherche à l'augmenter ,
en fe livrant par avance à tout celui qui
le doit fuivre , fouvent même en y ajoû
tant celui qu'il peut éviter. J'avoue que
la femme qui aime , paffera quelquefois
de l'efperance de gagner fon mari à Pécse
I. Vol. Avj dos
2764 MERCURE DE FRANCE .
dont je parle , je veux dire , que dans
les tranfports de fon amour , elle croira
que fa vie feule y pourra mettre fin. Que
toutefois elle défefperera de pouvoir attendrir
fon mari : peut- être alors fouffrira-
t- elle plus que la femme qui haït, qui ,
quoiqu'elle ne faffe pas fi fouvent attention
au tems que durera fa haine , haïra
toujours plus long- tems que l'autre n'aimera.
On a beau dire , l'amour le plus
violent ne fçauroit toujours durer , foit
qu'on y réponde , ou qu'on n'y réponde
pas. En y répondant , on y met fin , en
n'y répondant pas , il finit de lui - même ;
après avoir beaucoup aimé, avoir foupiré
long- tems , l'amour fe refroidit petit à
petit , & enfin le perd tout-à-fait . Il dure
plus ou moins , mais on n'en voit pas
qui dure toujours. La haine au contraire ,
au lieu de diminuer augmente avec le
temps : elle prend tous les jours de nouvelles
forces , & dès qu'elle eft inveterée
plus de remede ; la mort feule y peut mettre
fin , mais le tems fuffit pour terminer l'amour,
quelque grand qu'on le puiffe avoir.
Enfin , une femme qui aime fon mari ,
quoi qu'elle en foit haïe , trouve encore
un veritable plaifir à le voir , s'ils vivent
enfemble : dès que nous fuppofons qu'elle
l'aime , il eft impoffible que cela foit
autrement. L'autre au contraire , ne le
I. Pol
peut
DECEMBRE . 1729. 2765
peut jamais voir fans que fa haine s'augmente
, & par conféquent fes douleurs.
Plus il l'aime , plus il eft affidu auprès
d'elle , & plus il la fait fouffrir. Elle a
beau faire , elle n'eft pas la maîtreffe de
s'en féparer , & un homme qui l'aime n'y
confentira jamais. La voila réduite à vivre
toujours avec un objet qui lui eſt infuportable
, à en être toujours affiegée . Y
a -t-il dans le monde une fituation plus
trifte ? Je ne puis mieux donner l'idée
d'un état fi terrible , que dans ce fuplice
affreux , inventé par des Tyrans , qui fai
foient lier des corps vivans à des corps
morts , & qui , face contre face , les laiffoient
eux-mêmes mourir fur ces cadavres.
Ainsi , je conclus de tout celà , que la
femme qui bait son mari , quoiqu'elle en
foit aimée , est beaucoup plus malheureufe ,
& l'eft plus long- tems que celle qui aime
le fien , dont elle est haie.
Vous vous doutez bien que dans une
Affemblée de perfonnes d'efprit , je ne
manquai pas de trouver de grands contradicteurs
fur une chofe fi problémati-
.que. Les Objections les plus fortes qui
me furent faites , furent celles de Madame
la Marquife M. * ** dont voici les
principales , avec les réponſes que j'y fis.
Les combats des differentes paffions font
1. Vol.
2766 MERCURE DE FRANCE.
ce qui nous afflige le plus . Or , felon vous ,
cela eft affez vrai- femblable , la femme
qui haït un mari dont elle eſt aimée , n'y
cft pas fujette , puifqu'elle ne fait aucune
attention à l'amour de fon mari , & qu'elle
ne fonge qu'à fa haine , tandis que
l'autre fait fans ceffe le trifte parallele de
l'amour qui la dévore , & de la haine de
fon mari qui la défefpere . L'état de la
premiere ne paroit - il pas plus à dé-
Girer ?
1
Cette Objection me parut plus ingénieuſe
que folide. En effet , pour que deux
paffions differentes fe combattent mutuellement,
il faut les reffentir toutes les deux,
& ce n'en est pas ici le cas . Quoiqu'après
tout , les paffions & celle de l'amour , furtout
, ont plus fouvent à combattre contre
la vertu & le devoir , qu'à combattre
P'une contre l'autre. Il n'y a jamais deux
paffions dominantes dans un coeur , &
par conféquent point de combats , ou du
mains ils font très - legers , l'une étant
toujours trop foible , pour réfifter longtems
à l'autre.
Je conviens ( car je ne veux pas éluder
la difficulté ) que la femme dont nous
parlons ne peut pas s'empêcher de comparer
fouvent fon amour avec la haine de
fon mari , mais il en résulte toujours
moins de douleur pour elle, que l'autre
L. Vol.
n'en
DECEMBRE. 1729. 2767
n'en reffent de fa haine feule . La premiere
peze les outrages de fon mari , mais
l'Amour qui tient la balance , en diminue
beaucoup le poids . La feconde , au contraire
, regarde prefque comme des outrages
les attentions que fon mari a pour
elle. Rien ne nous plaît d'une perfonne
que nous haïffons , quoiqu'elle nous aime
; nous excufons beaucoup de ce que
fait une perfonne que nous aimons , &
qui nous haït . Enfin , la premiere ne reffent
pas tous les outrages , & l'autre ne
reffent aucun des bienfaits .
Je dis plus , je prétens que l'Objection
de Madame la Marquife fait plus contre
elle que contre moi . Dans la Queſtion
dont il s'agit , on fuppofe que ces deux
femmes font vertueules : fans cela , on
auroit tort de la propofer. La choſe ne
feroit pas douteufe, puifque celle qui aimeroit
fon mari feroitveritablement malheureuſe
, au lieu que celle qui le haïroit
pourroit aifément en aimer un autre , ce
qui changeroit bien les chofes . Elle feroit
criminelle , mais elle pourroit fe trouver
heureuſe dans fon crime. Revenons donc
à notre fuppofition . La femme qui aime
fon mari fait fon devoir , & c'est une fatisfaction
pour elle de pouvoir fe rendre
cette juftice , tandis que celle qui haït le
fien , doit fans ceffe, avec un peu de vertu,
1. Vol. Le
2768 MERCURE DE FRANCE :
fe reprocher de hair celui qu'elle doit
aimer comme elle -même. Son devoir ne
peut éteindre fa haine , mais il doit fans
ceffe la combattre , il doit être fon bourreau.
Sa vertu lui dit qu'elle doit aimer
fon mari , & fon coeur le lui repréfente
comme le plus odieux de tous les hommes.
Voilà les vrais combats qui nous
font fouffrir , dont je parlois plus haut .
Voilà ces oppofitions de paffions & de devoirs
qui réduifent l'ame dans le plus terrible
de tous les états.
Toute la Compagnie convint que j'avois
raifon , & que l'Objection de Madame
la Marquife étoit abfolument renverfée.
Elle eut elle -même la politeffe de s'avouer
vaincuë. Ainfi , dit elle , ne regardez
plus mes Objections que comme les
doutes d'une perfonne qui veut achever
de fe convaincre , & éclairciffez- moi fur
celui ci.
Ce qui me feroit croire volontiers que
le malheur de la femme qui hait fon mari
à tort , eft beaucoup moindre que celui
de la femme qui aime le fien en vain
c'eft qu'il ne tient qu'à la premiere de le
terminer , & de fe rendre heureuſe en
l'aimant , puifqu'elle eft la maîtreffe de fa
volonté au lieu que la feconde n'en peut
pas faire autant la fin de fes malheurs
dépend de fon mari , & nullement d'ellemême.
Un
DECEMBRE. 1729. 2769
la
Unpareil doute m'auroit peut- être embaraffé
dans un autre tems ; mais comme
j'étois plein de la matiere , échauffé par
difpute , je le fus encore moins qu'à la
premiere Objection , parce que celle - ci
pofe fur des principes faux . Il ne dépend
pas toujours de nous d'aimer ou de haïr
comme nous le voudrions ; & quoique
notre volonté puiffe & doive dominer nos
paffions , il arrive prefque toujours au
contraite › qu'elle en devient l'esclave.
Bien plus , il eft cent fois plus ailé de
paffer de l'amour à la haine , que de la
haine à l'amour . L'indifference cft entre
l'amour & la haine , elle conduit à l'un
ou à l'autre. C'eft un chemin que l'amour
prend affez fouvent pour paffer à la haine
; mais on n'a guére vû la haine s'en
fervir pour remonter à l'amour. Pour unet
perfonne qui aura aimé après avoir haï ,
on en trouvera cent qui auront haï après
avoir aimé.
La maniere dont on recevoit mes raifons
, bonnes ou mauvaiſes , m'excitoit à
répondre à chaque Objection . Celle- ci
fut la troifiéme.
L'amour malheureux fait plus fouffrir
qu'une haine injufte , & par conféquent
la femme qui haït eft moins malheu
reufe. Il m'est bien aifé de le prouver :
une perfonne qui haït trouve toujours de
I. Vol.
quoi
2770 MERCURE DE FRANCE.
t
quoi juftifier la haine , & par là elle fe
plaît à l'entretenir ; & l'autre , comme
vous l'avez dit , trouve du plaifir à aimer ,
quoi qu'inutilement , celle- ci en trouve
encore davantage à haïr , quoique fans
fujet.
Voilà ce que je niai avec tout le refpect
que je devois à mon ingénieuſe Antagonifte.
Car il faut fe fouvenir que
nous les avons fuppofé toutes les deux
vertueufes . Ainfi la femme qui haït un
mari dont elle eft aimée tendrement , ne
peut rien trouver qui juſtifie la haine . Si
elle la croit légitime , elle n'eft plus vertueufe
, puifqu'il n'eft jamais permis de
haïr fon mari , & je n'ai rien à répondre
en ce cas. Mais je veux bien qu'elle croye
avoir raifon de hair fon mari : en eft- elle
plus heureufe ? Tant s'en faut , fa haine
augmente à mesure qu'elle la croit bien
fondée , & fa haine ne fçauroit s'augmenter
, fans
fans que fes chagrins en deviennent
plus cuifans . On dit qu'alors elle fe repaît
dans la haine , qu'elle s'y plaît vertueuſe ,
elle ne le peut faire . Mais laiffons encore
la vertu à part pour un moment , les plaifirs
qu'elle y goûte font des plaifirs plus
cruels que toutes les peines de l'autre
l'ame ne les procure que dans cette yvreffe
accablante , où fouvent elle médite les
plus grands crimes , dès que la vertu ne la
I. Vol.
retient
DECEMBRE . 1729. 2771.
retient pas. J'avoue qu'on perd quelquefois
l'objet qu'on aime , mais on perd
bien plus fouvent celui qu'on haït. J'en
avois une preuve toute recente dans une
hiftoire arrivée en Bourgogne. Je ne me
fis aucun fcrupule de la rapporter, quoique
devant des femmes , parce que ce n'étoit
point des femmes ordinaires .
Une Dame qui à l'infidelité avoit ajoûté
une haine irréconciliable pour fon mari
, féduifit un de fes gens , & l'engagea à
le tuer d'un coup de fuzil. Cet homme
réellement l'attendit au coin d'un Bois &
le tira , mais il manqua
fon coup. Le
mari n'en fut pas quitte
pour cela , quelque-
tems après les complices
de l'adultere
de fa femme
, l'affaffinerent
à la follicitation
de cette furie. Elle a été décapitée
à
Dijon
il y a deux ou trois mois. Elle avoüa
auparavant
à la Queftion
qu'on
lui fit
fubir -pour
déclarer
fes
complices , que
depuis
fix ans elle avoit donné
à fon mari
differentes
fortes de poifon . Que plufieurs
fois étant à table avec ceux qui l'entretenoient
dans le crime , & fon mari étant
furvenu
, elle avoit mis fur la Table
du
poifon
, un poignard
& un piftolet
, lui
difant de choifir
& lui affurant
qu'il
périroit
tôt ou tard , ou par l'un ou par
l'autre.
1.Vela
2
Voilà
2772 MERCURE DE FRANCE.
Voilà jufqu'où peut conduire la haine
dans une femme qui a quitté la vertu
pour s'abandonner au crime. Quelque
chofe qui arrive , une femme qui aime
fon mari n'a pas à craindre de pareilles
horreurs. Je fçai que l'amour outragé
elt capable des plus grands excès dans
fes emportemens ; mais à moins qu'il
ne s'y livre fur le champ , il les déteſte
après , & c'eft un mouvement impétueux
qui du moins n'eft pas fi criminel , puiſ.
qu'il eft prefque involontaire. Après tout,
cela eft très - rare en amour ; au lieu que
la haine pendant fix ans , pendant toute
la vie , fait commettre les plus grands
crimes , & les couvre , pour ainsi dire ,
dans le fond de l'ame jufqu'à ce qu'ils
foient confommés . Cette difgreffion n'apartient
nullement à notre caufe ; mais
la derniere Objection qui ne peut rien
faire pour une femme qui a de la vertu ,
m'y a entraîné imperceptiblement ; je ne
fçai fi je dois m'en repentir ; car la haine
ne peut gueres fubfifter qu'avec le vice ,
& du moins , tôt ou tard , elle y conduit
, fi on ne fçait la reprimer ; & du
vice au crime , le paffage n'eft que trop
facile & que trop fréquent.
1
Je ne vous rapporterai pas les autres
objections , parce que cela nous conduiroit
trop loin , d'autant plus que la plû-
1. V.
part
DECEMBRE. 1729. 2773.
part font réfoluës par les principes que
j'ai pofés , & qu'aucun ne me contefte..
Outre que je ne veux pas que cette Lettre
fente la differtation d'un Sçavant , ou
l'occupation d'un bel efprit ; dans une
affaire de fentiment , il ne faut confulter
que le coeur , c'eft le guide le plus fûrs
& le deffaut dominant de tous les gens
d'efprit , c'eft d'en trop employer dans
les Ouvrages où il ne faut fouvent que
dų fentiment ; il y a long tems que je
m'en fuis apperçû , & je pourrai quelque
jour communiquer au Public mes
Refléxions fur ce fujet. Je me garderai
bien auffi de m'appuyer de nouveau fur des
autorités ; les citations font de trop dans
les converfations , & ridicules dans celles
qu'on a avec les Dames. Je ne fais
que vous rapporter ce qui fit le fujet de
la nôtre ; vous devez le reconnoître au
peu d'ordre , aux répetitions & à la longueur
de cette Lettre.
Enfin on fe rendit à mon fentiment , &
la difpute fut terminée par la promeffe
qu'on me fit faire de vous communiquer
tout ce qui avoit été dit pour & contre .
Je tiens dès aujourd'hui ma parole , &
c'eft à vous à juger fi cette Lettre vaut la
peine d'être publiée . Je fuis &c.
De Paris ce 20. Octobre 1729.
I. V. Une
2774 MERCURE DE FRANCE.
XXX:XXXXXX:XXXXXX
U
d'efprit
Ne Dame Italienne de beaucoup
d'efprit , qui eft en France de puis
quelque tems , & qui a toujours cultivé
dans la langue naturelle les talens qu'elle
a pour la Poësie , eft l'Auteur de l'Ode
qu'on va lire.
GENITLIACO.
Uel alma che a virtu fue forze intende
Sdegnando il fral de le caduche cofe,
Erge fu Pindo il valo ,
E dal verginio ftuolo
Efce un raggio che a lei ratto s'appr ende
Per cui ſpazia le vie del Cielo aſcoſe ,
Fin che a pié del deftin ve ftan le forti
E dé vinti e dé forti ,
Fiffa la voglia intenta a far teforo
Delimmenfo voler del Padre loro,
TRAADDUUCCTION.
Celui qui dédaignant la fragilité des
objets periffables , n'occupe la penſée que
de l'amour du vrai mérite , éleve fon vol
fur le haut du Parnaffe ; bien- tôt le feu
divin dont les Mufes enflamment fon
eoeur , le porte à s'élancer vers les Cieux;
il en parcourt les plus fecretes routes ,
1. V.
&
DECEMBRE. 1729. 2775
& parvenant au pied du Trône où le deftin
regle le fort des Heros victorieux &
des Peuples foûmis , fon ame attachée à
connoître les volontés du Dieu , devient
la dépofitaire des tréfors qu'il lui décou
、vre
.
Differra a gl' Inni poi le fagre porte ,
E quanto il tempo nel fuo corfo adduce ,
Quant ebber gis l'etadi , *
Quanto l'ampie cittadi
Suelle in onta al oblio dal fen di morte
Fatta di fomma gloria eccelfa luce ,
Onde al foglio dé i Rè drizzando i Carmi
L'afpro furor de l'armi ,
De fecoli di ferro empie fatiche
Addita in grembo a le ruine antiche.
Alors elle donne une libre carriere £
fes chants ; tout ce que le tems a vû dans
fon cours ; tout ce que les differens âges
& les plus fuperbes Villes ont éprouvé de
changemens , elle fçait l'arracher du fein
de la mort , en dépit de l'oubli dont fon
immortelle lumiere diffipe les tenebres ;
& peignant la fureur des armes , elle fait
voir les maux qu'elle a produits dans l'â
ge malheureux qui lui a donné la naif,
fance,
1. V.
Di
1776 MERCURE DE FRANCE.
Di nuovi lampi ecco sfavilla a pieno
Se la bella del' oro étà ramenta ,
Quando il vomere ignoto
E le nubi di noto ,
A la gran madre non turbaro il feno.
Santa Pace , tu fol fefti contenta
Nel' opre fue infinite alma naturá
Che noftro ben procura ;
Tu il mondo avolgi in primavera eterna ,
Tu la coppia immortal fpargi fuperna .
Mais de quel nouvel éclat ne brillet'elle
pas quand elle fe rappelle l'heureux
Age d'Or ! ces tems où le foc encore
inconnu & les noirs orages n'avoient pas
commencé de troubler le fein de la terre.
C'eft toi , tranquille Paix , qui rendois
heureufe la nature dont les ouvrages
précieux faifoient notre bonheur ; toi
feule peux donner au monde un Printems
éternel , toi ſeule peux du haut des
Cieux répandre fur lui l'abondance.
Te veggo fcefa dal Empireo Ciclo
Con fanto nodo Aftrea tenerti al petto ,
Di beni il fen feconda
Recarli a noi gioconda
Teco traendo con paterno zelo
Febo il grand' anno a rinovar perfetto ,
J
1. Vol. Veggo
DECEMBRE. 1729. 2777.
Veggo i Saturnei Regni , e in faccia al Sole
Splender l'eletta Prole
Del Franco Rege a cui dié in dono il Fato
Regnar ful Trono a le virtudi a lato.
Je te vois defcendre de l'Olimpe , unie,
par des noeuds facrés à la divine Aftrée ;
fon fein fecond eft pour nous la fource
de tous les biens ; je te vois ramener
Phoebus favorable , tel qu'il parut au
tems où regnoit Saturne ; les premiers
rayons éclairent la Naiffance du Fils de
ce grand Roi que les Deftins ont placé
fur un Trône qu'entourent les Vertus .
O ben degna d'Alloro Augufta fronte ,
Che fa in mezo al fulgor del Patrio Regne
Ove Marte ribolle
E le fue forze eftolle ;
Altra mole inalzar di glorie conte.
Virtu non fempre é de le ftragi il fegno :
Quel feroce valor che il tutto atterra
In fanguinofa guerra
Cinto di Palme in bel trionfo accolto ;
Vela per doglia a la Pietade il volto.
Prince , que ton front eft bien digne
de Lauriers , puifque dans un Royaume
où Mars anime tous les coeurs , & fait
redouter ta puiffance , tu fçais t'élever
des Trophées que la Paix feule rend glo-
B rieux 1. Vol.
2778 MERCURE DE FRANCE .
rieux. Le courage n'exige point que l'on
aime à fe couvrir de fang. Ce Heros devant
qui tour tremble dans les horreurs
de la guerre , revient triomphant couvert
de gloire ; il eft reçû avec mille cris d'allegreffe
; mais la Pieté à fes côtés le voile
le vifage dans la douleur qui l'accable .
Incontro al rio poter degl' invid' anni
S'erge l'Arco di Tito al aura altero ,
Ond'è che ammira Roma
Gerofolima doma ;
E quella terra ne materni affani
Noma crudele il Vincitor guerriero.
Chiude d'Augufto la benigna mano
Le porte in faccia a Giano ,
Ne v'è pianto mortal che ofcura offefa
Porti a la fama del Eroica imprefa.
Malgré la durée des tems , l'Arc de
Titus s'éleve dans les airs , & fait admirer
à Rome la deftruction de Jerufalem ; ,
mais la Terre foumife au milieu des pleurs
traite de cruel le Guerrier qui l'a vaincuë .
Augufte , au contraire d'une main bienfaifante
, ferme les portes de Janus , &
cette action glorieufe n'eft obfcurcie par
les larmes d'aucun malheureux.
Vola fui venti ad ambo i Poli intorno
La Gran Miniftra alata , e fa che s'oda
I. Vol. Di
DECEMBRE. 1729 2779
Di te fignor dé Galli
Da concavi mettalli
L'alta pieta ch' or fá fereno il giorno ,
Apron le genti il cor a la tua loda ,
Fugata mira Europa ogni procella ,
Sorta la bianca Stella
Al apparir de l'inclito tuo Figlio
Anoi difcefo per Divin configlio.
Aujourd'hui la Renommée fur les ailes
des Vents fait éclater , Grand Roi , la
bonté par laquelle tu nous rends le Ciel
ferein & tranquille ; tous les Peuples te
comblent de louanges. L'Europe voit difparoître
les tempêtes à la Naiffance de
ton Fils , qui eft pour nous un préfent des
Cieux , & je vois déja le Signe fortuné
des Gemeaux briller de nouveaux rayons .
Seconde girin' le celefti ruote
Gli Aftri benigni al Reggio Infante amici,
Vegga la Regal Donna
Nel Figlio la Colonna
Vé il Padre appoggi fue virtù gia note,
E quale un arbor vien da fue radici ,
Tale aflembri il Germoglio al Ceppo Auguſto
D'alta Clemenza onu ſto
Godendo al ombra di tranquillo ulivo
Udir le genti alzar canto feſtivo .
1. Vol. Bij Que
1780 MERCURE DE FRANCE.
Que tout les Corps celeftes foient fa¬
vorables dans leurs cours à ton Fils !
Puiffe fa Royale Mere voir en lui la colomne
qui fervira d'apui aux vertus de
fon Pere Puiffe-t'il , digne rejetton de
la branche dont il fort , reffembler à celui
qui lui a donné le jour , & rempli de
la même clemence , entendre les chants
joyeux des Peuples à l'ombre du pacifique
Olivier.
XXXXXXXX XXXXXX :X
LETTRE de M. Morand , Chirurgien
de Paris , à M. Senac , Medecin du
Roi à S. Germain , au fujet de la Taille,
que quelques- uns appellent à l'Angloife.
Ous êtes curieux de fçavoir , Mon-
Vous êtes etveux de apafieur,
s'il eft vrai qu'on ait fait à Paris
l'Operation de la Taille à l'Angloife ,
comme l'ont annoncé les Nouvelles , &
fi je pourrois vous en apprendre le détail .
Par l'Opération de la Taille à l'Angloife,
je fuppofe que vous entendez celle qui
eft pratiquée avec fuccès par M.Chefelden,
Chirurgien Anglois , & en ce cas , on
pourra bien vous affurer qu'on a fait le
mois paffé fur un enfant d'environ huit
ans l'Opération laterale de la Taille , c'eſt-
I. Vol. 3
DECEMBRE . 1729 2781
à-dire , fuivant une Méthode par laquelle
on fait l'incifion plus loin du Périné , &
plus près de la tuberofité de l'lfchion ,
qu'au grand appareil ; mais de vous dire
fi M. Percher , Chirurgien gagnant Maî
trife de la Charité , qui a fait cette Opétation
, l'a faite à la façon de M. Chelelden
, nous ne le fçavons ni l'un ni l'autre
, parce que je fuis certain que M. Perchet
ne fçavoit pas alors l'Opération de
M. Chefelden , & j'en ai des preuves bien
pofitives : de mon côté , quoique je fuffe
préfent à l'Opération , je ne puis dire s'il a
taillé fuivant la méthode du Frere Jacques,
ou felon celle de Rau , décrite par M. Albinus,
ou par celle de M.Chefelden, parce
que la difference de ces Méthodes ne
peut être déterminée juftement que par
l'endroit interieur où on incife la Veffie ;
ainfi , Monfieur , je ne puis vous appren
dre que la nouvelle d'une Opération Laterale
de la Taille , fans pouvoir pour le
préfent déterminer de quelle efpece elle
eft précisément. A l'égard de la préfej'incline
beaucoup pour la Méthode
de M.Chefelden ; mais avant que de
rien entreprendre ou publier fur ce fujet,
j'ai d'abord parcouru les Auteurs François
& Latins qui ont traité de l'operation
laterale , j'ai traduit les Auteurs Anglois
, j'ai fait un affez bon nombre d'Ex-
1. Vol. B iij periences
rence ,
2782 MERCURE DE FRANCE.
periences fur les Cadavres , & j'en fuis
actuellement à l'Analife des parties intereffées
dans cette Opération , avec ce
travail , qui peut m'être commun avec
mes Confreres ; j'ai eu de plus des Conferences
particulieres avec M. Chefel
den ; je l'ai vu operer ; j'ai vu les ma
lades ; j'ai fa Méthode écrite par luimême
, & je crois qu'il n'en faut pas
moins pour faire des experiences fideles
& heureuſes ; car tel aura crû deviner
cette Operation qui en fera une autre ,
& éprouvera des accidens qui font redouter
le grand Appareil . Tel autre aura
vu faire quelques Experiences fur les
Cadavres , qui ne fçachant point ce qu'il
faut éviter , expofera fon malade à la
mort. Ce n'eft point là , Mr, comme doit
fe faire une Operation nouvelle ou renouvellée
; il faut un long examen &
des diffections ; & après avoir tiré de la
Théorie toutes les lumieres qu'elle peut
fournir , fi le rapport des Chirurgiens
connoiffeurs & integres fait foi qu'il y
a du fruit à en retirer , il faut que les
Magiftrats permettent qu'on la faffe fur
un grand nombre de fujets à la fois
pour que le public puiffe fainement juger
des effets de l'Operation . Voilà , M ,
quelles font mes difpofitions à cet égards
mais pour ne pas employer cette Lettre
>
I. Vol
en
DECEMBRE- 1729 2783
en Reflexions , j'ajouterai ici une partie
de l'Hiftoire de l'Operation Angloiſe ,
faite avec fuccès par M. Chefelden .
Séduit par les rapports avantageux
qu'on m'en avoit faits , & prévenu contre
la Méthode de Rau , telle qu'elle eſt décrite
par M. Albinus , j'ai été curieux de
voir tailler M. Chefelden ; je lui ai vû
faire au mois de Mai dernier , dans l'Hôpital
de S. Thomas à Londres , quatre
Operations de la taille ; je lui dis que
cette Operation ne me paroiffoit point la
même que celle de Rau , décrite par M.
Albinus ; M. Chefelden en convint , & je
fus confirmé dans mon opinion , ayant vû
quelques jours après le Docteur Bamber
tailler par cette Méthode . Au refte , je fus
furpris de l'adreffe & de la celerité avec
laquelle M. Chefelden fit ces 4. Opera
tions ; la plus longue dura une minute &
demie , & une ne dura que 5. fecondes.
Indépendament des converfations que
nous eumes enfemble fur ce fujet, j'ai voulu
avoir par écrit tous les éclairciffemens neceffaires
fur fa Méthode , & par les dif
ferentès Lettres que j'en ai requës , il paroit
qu'il a fait fur les vivans toutes les
Litotomies differentes jufqu'en 1720. il
avoit taillé au grand Appareil , c'eſt - àdire
, à la Méthode ordinaire . Depuis
1720. il a taillé au haut Appareil , par la
I. Vol.
B iiij Mé
2784 MERCURE DE FRANCE.
Méthode de Rau , décrite par M. Albinus
, à cette même Méthode , en rempliffant
d'eau la Veffie ; comme vous la
trouverez dans l'Hiftoire que le Docteur
Douglas en a donnée ; enfin à celle - ci
qu'il a beaucoup perfectionnée. Je ne
parle point de celle de Frere Jacques
qui fuivant les obfervations de M, Meri
ne fait pas une Méthode conftante , &
n'a , felon moi , que le mérite d'avoir
donné lieu aux Operations laterales inventées
ou faites depuis.
M. Chefelden avoue avec fincerité
dans fes Lettres , les fautes où il eft
tombé dans chaque Méthode ; il a trouvé
dans celle - ci moins d'inconvenient que
dans les autres ; il paroit l'adopter pour
toujours , ajoûtant que fi elle ne lui eut
pas réuffi , il feroit plutôt revenu au
haut Appareil qu'au grand.
Par fon Operation laterale , il n'a perdu
qu'un douzième des malades qu'il a
taillés ; il ne lui eft jamais arrivé d'Hemorragie
fâcheufe , & il vient aisément
à bout de deux arteres qu'il ouvre affez
fouvent , une dans la membrane adipeufe
, ce font fes termes , & une autre
qui entre dans l'Urette.
Il y a une Obfervation bien avantageufe
à fa Méthode dans une taille au
grand Appareil , où le Litotomiſte ne pût
1.Vol. point
DECEMBRE. 1729 2785
point tirer la pierre ; M. Chefelden fut
invité comme Affiſtant à effayer l'extrac
tion , mais au lieu de profiter de l'incifion
faite , il fit fon Operation au bout
de la premiere , & tira ailément la Pierre
qui peloit onze onces & demie . Le ma
lade a été gueri parfaitement .
Les Experiences que j'avois faites l'Hy
ver paffé fur la Méthode de Rau , telle'
qu'elle eft décrite par M. Albinus , me
faifoient croire qu'elle ne pouvoit pas
être fi heureufe qu'on la difoit. J'ai fait
voir à M M. Winflow & Verdier , celé →
bres Anatomiftes , que fi on la fuit à la
Lettre , il eft difficile , pour ne pas dire
impoffible , de ne pas entamer le Rectum
; de cet inconvenient & de quelques
autres , encore trop longs à détailler ici,
j'ai conclu que Rau n'ayant pas donné
lui-même fa Méthode , il fe pouvoit
faire que M. Albinus l'eut mal donnée ;
je fçai pofitivement que M. Boerhave
qui a vu tailler Rau , penfe de même.
Il faut donc préfentement , répudier la
Méthode du Frere Jacques , comme incertaine
, & celle de Rau , décrite par
M. Albinus , comme peu conforme à
celle qu'il faifoit en Hollande avec tant
de fuccès , qu'il en écrivoit un jour à
M. Winflow en ces termes : fi omnia re-"
cenferem commoda que ex hac Methodo
I. Vol. By Li
2786 MERCURE DE FRANCE:
Litotomiam inftituendi proveniunt , plus
quam mille exemplis comprobata , Epiftola
nimium excrefceret : & comme l'Ope
ration laterale de M. Chefelden réuffit
également bien , il faut voir fi ce n'eſt
pas la meilleure qu'on puiffe fuivre ,
auquel cas il auroit le mérite de l'invention
, ou au moins celui d'avoir fait revivre
ce que Rau avoit comme enterré.
Voila , M. ce qui m'occupe actuellement ;
& je pourrois ajoûter , avec agrément ;
car l'Académie Royale des Sciences m'a
encouragé , M M. les Adminiftrateurs de
l'Hôtel -Dieu m'ont donné des commodités
pour les Expériences que j'ai à faire
fur les Cadavres , & que je ferai avec
grand plaifir cet Hyver , de concert avec
M. Boudou , Chirurgien en Chefde PHôtel
- Dieu ; après quoi je pourrai bien
donner l'hiftoire de l'Opération laterale
de la Taille , & m'expofer encore une
fois à la cenfure de M. Rameau le fils ,
qui vient de critiquer ma Differtation
fur le haut Appareil.
J'efpere de vous envoyer mes Obfervations
fur cet Ouvrage ; fi en attendant vous
le lifés , vous ferez peut- être furpris du
ftile ; mais avec un peu d'attention
vous le ferez encore plus des chicanes &
des contradictions manifeftes qui s'y
trouvent le tout m'a paru affaifonné
1. Vol.
d'une
DECEMBRE. 1729 2787
d'une ironie affez infipide ; & après avoir
lû tout l'Ouvrage , je n'ai pû dire fi l'Auteur
blâme ou s'il approuve le haut Appareil
. Il eſt aifé de deviner les motifs de
cette cenfure , & qui font les Chirurgiens
de ſes amis , dont M. Rameau eft le cómplaifant.
J'ai l'honneur d'être avecun attachement
inviolable , Monfieur, votre &c .
AParis , ce 20. Octobre 1729. Morand
P.S. Depuis ma Lettre écrite je me fais
informé dufuccès de l'Operation de M.Perchet
, & j'ai fçû que l'enfant étoit entierement
guéri. Il y avoit toute apparence
qu'il refteróit fiftuleux , & il a été longemps
menacé de cet accident.
XX:XXXXXXXXX :XXX
EGLOGUE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
D
Artemidor & Damocle.
Bergers de Verfailles & de Marli.
DAMOCLES.
E fleurs , Artémidor , couronnons notre -
têté ;
C'estaujourd'hui pour nous une celebreFêtes
B vj Au :
-2788 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui par l'effet d'un pouvoir plus
qu'humain ,
Un Dauphin de Louis vient confacrer l'Hymen
;
Dieu qui forma les noeuds d'un fi faint Ma
riage ,
Favorise les voeux d'une Reine fi fage:
De Reines & de Rois , de Monarques divers a
L'auguſte LETZENKI va pleuper l'Univers ,
Et reparer bientôt dans fa Couche feconde
Les pertes qu'avoit fait le plus beau fang du
monde.
Artemider.
Damocles , c'eft le fruit de fon attachement,
Pour un Roi qui l'honore & l'aime tendrement
Beaux Lis ! qui diftinguez l'Ecuffon de la France
;
Puifque vous renaiffez en fi grande abondans
ce ,
C'eſt à tort maintenant qu'on vous réduit à
trois ;
Inébranlable Apui de l'Empire François ,
Croiffez , multipliez , vous pouvez vous éten
dre
Au nombre qu'autrefois vous avez crû prétendre.
Damocles.
Dieu ne laiffe jamais d'ouvrages imparfaits,
Protecteur de Louis , pour comble de bienfaits
I. Vol Dans
DECEMBRE. 1729 2789
Dans la Race des Saints fa Bonté fouveraine
A voulu lui choifir pour Compagne une Reine
Une Sara fidelle , une prudente Efther ,
Qui bannit de nos maux le fouvenir amer.
De fon accouchement Terpficore charmée ,
Aux échos d'alentour chante fa renommée ;
Et dans tous nos Hameaux par de charmans
Concerts
,
Nos Bergers, à l'envi, font retentir les airs.
Artemidor.
Mille profpetités l'une à l'autre enchaînées,
Puiffent favorifer fes hautes deftinées ;
Et puiffe fon DAUPHIN auffi brave qu'Hector ,
Surpaffer les vertus & les ans de Neftor.
Digne Fils de Louis , dont le noble courage
Des Heros fes Ayeux nous rappelle l'image
Il herite d'un Sang qui ne fe dément point ,
Tout ce que la Valeur à la Fortune joint.
Damocles .
Depuis plus de dix ans que je fuis au Vil
lage ,
Le loup fur mes brebis n'eut aucun avantages
Quoique je fois toujours un Paſteur vigilant,
Il eft pour nous deffendre un Prince plus vaillant
;
Il eft un puiffant Roi plus courageux qu'Alcide
,
Qui pour notre bonheur nâquit d'Adelaide.
C'eff
1790 MERCURE DE FRANCE:
C'eſt fon bras redouté , qui de mille dangers
Met fans ceffe à couvert nos fideles Bergers ;
Lui-même en ce Vallon d'un courage intrépide
Pourfuit avec les chiens notre ennemi perfide,
Pour un fi grandbienfait , je veux de mes troupeaux
Lui porter tous les ans les deux meilleurs
Agneaux.
Artemidor.
Tout ce qu'on fait pour lui paroît toujours
facile 3
Mais ce Heros n'eft pas le fujet d'une Idile ;
Il faut au jeune Augufte un Virgile nouveau
Qui fur fon heureux Regne enfante un chant
plus beau.
En vain pour le louer affis fur cette butte ,
Je fais un grand effort fur ma petite Flute 3
Je m'apperçois bientôt que ma timide voix
Eft mal- propre à chanter les louanges des Rois.
Voyant qu'il faut percer un éclat de lumiere ,
Un peu trop élevé pour mon humble chaumiere
;
Je reffens en moi- même un repentir honteux,
D'avoir fur le Soleil ofé fixer mes yeux.
Damocles.
Quand mes jeunes cheveux ombrageoient
mon vifage ,
Que ne penfois - je point dans mes projets .
moins fage,
AdDECEMBRE.
1729. 2791
Admire un peu l'effet de ma fimplicité ,
Je croyois vainement , de moi- même entêté
Que du matin au foir verfant rime fur rime ,
Du Parnafle François j'enleverois l'eftime ,
Et qu'Apollon devoit couronner mes travaux,
A caufe que mon nom rime avec Defpréaux-
Artemidor.
Des Apprentifs Rimeurs la pétulante veine ,
Dans des écarts affreux les joue & les prome
ne ;
Mais , Damocles , l'amour que j'eus pour les
beaux Vers
Ne me fit point donner dans de pareils travers.
Ovide me plaifoit ; j'aimois beaucoup Catule ;
Et l'efprit délicat de fon ami Tibule :
J'appris dans les accords de ces Chantres fameux'
,
A parler pour Louis le langage des Dieux.
J'avois prédit fon Regne en chantant fa Naiffance
,
1
Et Vantadour me fit avoir pour récompenfe ,
L'honneur de lui baifer la main dans le Berceau,
Mieux gravé dans mon coeur que jamais Cofeveau
*
Ne l'eut repréfenté fur l'indocile marbre.
Comme on a du plaifir de voir croître un bel
Arbre ,
Je vais de tems en tems à Verfailles exprès ,
Admirer en fecret fa force & fes progrès.
*Fameux Sculpteur du Regne précedent.
I, Vol. DA
2792 MERCURE DE FRANCE:
Damocles.
La fouche des Bourbons en Monarques fe
conde ,
N'a jamais mis un Roi plus parfait dans le
monde.
Des Rois , le Roi de France eft le Roi le mieux
fait .
Sans le fecours de l'Art , pour faire fon Portrait
,
Mille & mille beaux traits la Nature raffembles
LOUIS reffemble à Mars , ou bien Mars lui ref
femble.
DISTIQUE LATIN.
Pour être gravé au bas du Portrait duRoi.
Impavidi Heroïs , fi Mars afpexerit orm ,
Velfua crediderit , vel velit eße fuað
PLACET DE L'AUTEU R
JE
AU ROY.
E ne fuis pas fort à mon aiſe ,
Et je vis comme Saint Amand ;
Un lit une table , une chaiſe
Compofent mon Appartement s
Atteint d'une Paralifie ,
La Parque menace ma vie
Caron m'attend inceffamment;
1. Vol.
mais
DECEMBRE. 1729. 2793
Ma n'ayant pas dequoi lui payer mon paſſage,
SIRE , je languirai long- tems fur le rivage ,
Si vous ne me donnez pour mon embarque
ment.
L'Abbé Defournaux .
XXXXXX: XXX :XXXX **
REFLEXIONS fur la Lettre inferée
dans le Mercure du mois de Mai
dernier , fur l'excellence ou la preférence
de la vûë & de l'oüie.
D
Eux Auteurs ont écrit fur cette Queftion
; fçavoir , dans quel état & dans
quelles circonftances il vaudroit mieux
être aveugle que fourd. Comme on n'a
point vu la Lettre du premier , on ſe con
tentera de raifonner fur celle du fecond,
d'autant mieux qu'elle comprend à peu
près tout ce que l'autre avoit pû dire
cette derniere eft pourtant affez obſcure;
car celui qui l'a écrite , non-feulement
ne prend pas bien l'état de la Queſtion ,
comme il l'avoue lui - même , mais il confond
tellement le pour & le contre ,
qu'il eft mal aifé de concilier fes contradictions
apparentes.
Il a traité la Queſtion en Philofophe,
aufli employe- t'il des raifonnemens abf-
I. Vol. traits
2794 MERCURE DE FRANCÈ.
traits & tirés de loin ; il a partagé les
aveugles & les fourds en plufieurs claffes,
riches , pauvres , fçavans , ignorans , &
après cela , il fe détermine en faveur des
aveugles qu'il préfère aux fourds en toute
maniere ; en quoi il n'a pas craint d'aller
contre le fentiment de tous les hommes,
qui ne balanceroient pas un moment à
préferer la furdité à l'aveuglement , fuppofé
que l'une & l'autre de ces privations
fuffent à leur choix.
I
Pour répondre ici par ordre à fes raifonnemens
, on foutient 1 ° . que c'eft
faire une fuppofition fauffe
que d'avancer
qu'un homme riche feroit plus heu .
reux d'être aveugle que d'être fourd ; on
foutient que quand il auroit des biens
immenfes , il ne pourroit en jouir qu'imparfaitement
; en effet , privé de la vûë,
il feroit inceffamment dans la dépendance
d'autrui , femblable à un enfant qui ne
peut fe paffer d'avoir quelqu'un qui le
foutienne , qui le conduife , qui lui prefcrive
ce qu'il doit faire , dépendance la
plus penible & la plus humiliante que
l'on puiffe imaginer ; mais un homme
fourd , quel qu'il foit , va où il veut , il
jouit de fa liberté toute entiere , il a plus
de reffources pour le conduire dans le
maniement de les affaires , & dans la
difpofition de fes biens & de fes richeffes,
1. Vol. qu'un
DECEMBRE. 1729. 2795.
qu'un aveugle qui ne peut rien voir , ni
rien connoître que parles yeux d'autrui.
Mais , dit l'Auteur de la Lettre , l'aveugle
, s'il eft homme d'efprit , peut être
bon Roi , bon Magiftrat , bon Orateur ,
bon Prédicateur , bon Confeffeur , bon
Directeur , bon Poëte , bon Mari , bon
Pere , bon Voifin ... voilà de grandes
exagérations ; on répond à cela que fi cet
aveugle eft tel de naiffance , il ne peut
que mal aifément être bon Roi , bon Magiftrat
, étant impoffible qu'il ait acquis
les lumieres & les capacités neceffaires
pour le Gouvernement , pour la Magif
trature & pour les autres fonctions qu'on
veut lui attribuer ; & s'il y a quelques
exemples du contraire , ce font des exem
ples finguliers , qui ne concluent rien
pour ceux qui n'ont pas reçû de la nature
les mêmes talens .
Po
Que fi cet aveugle eft devenu tel par
accident , il peut , à la verité , fe foutenir
dans cet état , mais avec plus de difficulté
& moins d'agrément qu'auparavant;
d'ailleurs , s'il réuffit dans fes deffeins ,
fon aveuglement n'y contribue en rien ;
il met à profit les lumieres qu'il avoit
acquifes autrefois , il agit par reminiſcence
, quoiqu'il paroiffe plus admirable
dans les chofes qu'il fait , étant aveugle,
que dans ce qu'il faifoit lorfqu'il ne l'étoit
1. Vol.
pas.
2796 MERCURE DE FRANCE.
pas. C'eft ainfi que le fameux Zifca ;
General des Huffites , continua de commander
les Armées aprés qu'il fut devenu
aveugle , & que par fes exploits ſurprenans
, il fut regardé comme un homme
merveilleux ; mais encore un coup , fon
aveuglement ne contribuoit en rien à fes
fuccès ; il n'en étoit redevable qu'à fon
experience dans l'Art Militaire ; & l'on
ne peut inferer de cet exemple particulier
qu'il vaudroit mieux être aveugle que
fourd ; il eft certain , au contraire , qu'un
aveugle habile & heureux dans fes projets
, le feroit encore plus avec le libre
ufage de les yeux ; cet avantage lui ferviroit
beaucoup plus , & lui feroit plus
agréable que l'autre .
L'Auteur de la Lettre convient que l'aveugle
, à la rigueur , dépend des autres,
& qu'il eft à leur difcretion ; mais il
ajoute pour le flatter , qu'on a de plus
» grands égards pour lui , qu'il eft gay ,
» content , pendant que le fourd , trifte ,
foupçonneux , très - incommode »
fe
>> martirife lui même , fe fait haïr , & fe
»trouve obligé de fuir la focieté , ne pou-
» vant jouir des douceurs de la conver-
>> fation ; qu'il fe retire à la campagne ,
>> cultive la terre , devient chaffeur , &
enfin folitaire & fauvage.
On répond que ce Portrait que l'Au-
I. Val. teur
DECEMBRE . 1729. 2797
teur a fait de l'aveugle & du fourd eft
affecté & peu conforme à la verité. Peuton
être gai & content dans la plus facheufe
fervitude où l'on puiffe tomber ,
& s'il y a quelquefois de la gayeté & de
la tranquillité dans un aveugle , n'eſt- ce
pas cette tranquillité qui fe trouve dans
Îes maux extrêmes , où ne pouvant être
plus mal qu'on l'eft , on fe livre à une
efpece d'infenfibilité , qui fait qu'on ne
fent plus les maux & les privations les
plus penibles , parce qu'on y eft accoutumé.
C'eft ainfi qu'on paroît être gay &
content , lors même qu'on a plus de fujet
de fe croire malheureux .
Mais qui a dit à l'Auteur de la Lettre
que le fourd eft trifte , très- incommode ,
qu'il fe martirife , qu'il fe fait haïr ,
qu'il eft obligé de fuir la focieté , qu'il
eft plus à charge aux autres qu'un aveu
gle ? rien n'eft plus faux que cette idée :
en voici la preuve.
Il ne s'agit pas ici d'un fourd de naiffance
; s'il étoit tel , il feroit muet en même
- tems , & on convient qu'en cet état,
il ne fçauroit jouir des douceurs de la
focieté ; mais eft - ce que tous les fourds
en font logés là ? rien moins ; il en eft
beaucoup qui ayant contracté dès leur enfance
des difpofitions à la furdité , ont
cependant la parole libre ; ils peuvent
apprendre
1. Vol.
2793 MERCURE DE FRANCE.
on
apprendre à lire , à écrire , à exercer les
Arts , & s'il arrive que leur furdité augmente
avec les années , jufqu'à n'entendre
plus rien , ils ne font pas pour cela exclus
de la focieté ; il leur refte affez de
moyens pour fuppléer à ce qui leur manque
; au deffaut des fignes , qui font quel.
quefois équivoques & infuffifans
peut leur parler par écrit , ce qui n'eſt
point auffi impraticable qu'on fe l'imagine.
On a l'exemple de l'un d'eux , à
qui quelques paroles tracées fur la main ,
fuffifent pour faire entendre tout ce qu'on
veut ; il comprend , il penetre en un moment
les choles qu'on lui marque , & il
le fait avec tant d'étendue , qu'il peut
s'entretenir avec fes amis des heures entieres
, fans qu'il foit befoin d'aucune
machine , ni d'aucuns fignes pour lui faire
entrer dans l'efprit ce qu'on veut lui dire.
Il est vrai que de cette maniere il y a
plus de peine pour lui que pour ceux
qui l'entretiennent ; car pour quelques
mots qu'on lui trace fur la main avec le
doigt , il eft obligé de foutenir la converfation
, il en fait , pour ainfi dite , tous
les frais , mais à cela près , il n'eft pas
plus incommode qu'un autre ; & celui mê
me qui écrit ceci eft le fourd dont on
vient de parler ; on peut bien s'en rapporter
à fon témoignage. Il eft faux par
1. Vol. conDECEMBRE
1729. 2799
conféquent que le Sourd foit toujours
trifte , incommode , & qu'il fe martirife
lui - même , comme il a plu à l'Auteur de
la Lettre de le fuppofer : on peut même
affurer qu'il n'y a point de Sourd , qui
fachant lire & écrire , ne foit en état de
converfer, quand il le veut, de la maniere
qu'on vient de l'expliquer.
Mais quand il fe trouveroit qu'il ne
fçauroit ni lire ni écrire , ne peut -on pas
avec quelques fignes , fi l'on veut s'en
donner la peine , qui ne feroit point trop
fatiguante,lui donner moyen de parler,de
raifonner & de goûter le plaifir de la converfation
? plaifir qui ne confifte pas tou
jours à entendre ce que les autres difent,
mais à parler foi- même , autant qu'on le
veut , fur les fujets qui fe preſentent.
Cela eft encore plus aifé à un homme
fourd qui a de l'étude & de l'érudition ,
comme il s'en trouve beaucoup qui en
ont ; & il feroit injufte & déraisonnable
d'en douter.
En effet , on ne comprend point ce qu'a
dit l'Auteur de la Lettre , qu'il eft plus
difficile à un Sourd d'acquerir les con
noiffances neceßaires qu'à un aveugle. L'a
vantage de pouvoir lire ne donne-t - il pas
de plus grandes facilitez pour fe rendre
habile ? Eft-il de condition plus heureuſe
pour les Lettres , pour les Sciences & les
Arts
2800 MERCURE DE FRANCE.
Arts , que celle d'un homme , qui , fans
fe diftraire par des entretiens fouvent inutiles
, voit dans les Livres ce qu'on peut
penfer fur tout ce qui eft du reffort de
F'efprit humain ? Nul homme n'ofera difconvenir
qu'on peut fe paffer plutôt de
Pouïe que de la vûë , quand il s'agit d'ac-,
querir les belles connoiffances , & de les
perfectionner.
On ne comprend pas non- plus ce qu'a
'dit l'Auteur de la Lettre , » que l'Aveugle
>> eft bien mieux en état de connoître fon
» Créateur & de le fervir , que n'eft le
>> Sourd , ainfi que l'experience le fait
» voir tous les jours , & dans toutes les
>> Eglifes .
Quelle eft cette experience , & qui en
a jamais entendu parler ? Pourquoi le Sourd
feroit- il moins capable de connoître Dieu
& de le fervir que l'Aveugle ? Est - ce que
la furdité eft un obſtacle à la méditation
à l'amour des chofes celeftes ? N'eft ce
pas tout le contraire ? Comme le Sourd
ne peut entendre les Sermons & les Inftructions
publiques , c'est une neceffité
pour lui de s'inftruire dans les Livres de
pieté ; il a par confequent plus de moyen
de connoître Dieu & de le fervir , & s'il
ne le fait pas , ce n'eft nullement à fa
furdité qu'il s'en faut prendre : pour l'Aveugle
, on ne convient pas de ce que dit
1. Vol.
l'AuDECEMBRE
1729. 2801
l'Auteur à fon avantage ; on eft perfuade
au contraire , qu'il eft plus expolé que
d'autres aux paflions fecretes ; c'eſt - àdire
à la moleffe , à la
corruption attachée
à
l'infirmité
humaine : paffions incompatibles
avec l'amour de Dieu , avec
la veritable pieté au deffaut des biens
vifibles & apparens , il en cherche d'autres
proportionnez à ſon état , & ce font
par malheur les plus groffiers , comme if
eft aifé de le
préfumers on ne doit pas en
être furpris ; c'eft la feule reffource qui
Jui refte pour le
dédommager de ce qui
lui manque ; il eft livré à fon imagination
& à fes defirs : quelle
apparence y
a- t- il qu'il foit toûjours en état d'y réfifter
?
+
Il ſemble , au refte , à entendre parler
PAuteur de la Lettre , que les
Aveugles
foient plus capables que d'autres de gouverner
les Etats , & d'exercer les Charges
publiques , & que les Sourds en font géneralement
exclus . On a vû
cependant
en
Languedoc un
Intendant fameux par
fon
habileté & fon
experience , qui étoit
fourd , lequel dans cet état n'a pas laiffé
de
gouverner pendant plus de trente ans
cette
Povince , avec plus de
réputation
&
d'autorité que d'autres
Intendans du
Royaume ; & tout fourd qu'il étoit , il
préfidoit au
jugement des
Religionaires
1.Vol.
C Fas
2802 MERCURE DE FRANCE .
$
Fanatiques , avec les Juges qu'il choififfoit
dans les Tribunaux ordinaires , &
les condamnoit aux peines qu'ils méritoient
on comprend affez que c'eft de
M. de Bafville , dont on vient de parler ;
il a rempli tout feul les fonctions de la
plus longue & de la plus difficile Intendance
qui fût jamais .
Par tout ce que l'on vient de dire , il
eft évident qu'on ne fçauroit avancer que
la perte de la vûë foit préferable à celle
de l'ouïe , & que la question qu'on a faite
là - deffus n'eft pas une chofe que l'on puiffe
propofer férieufement ; on ne peut y
répondre que par des plaifanteries : en
voici deux qui le préfentent, & que l'Au
teur nous permettra de rapporter.
On convient donc qu'il feroit avantageux
d'être aveugle ; mais à qui ? à un mari
qui auroit une femme galante & coquette ;
en ce cas- là il feroit content & tranquilles
i ne verroit point , il ne fçauroit point ce
qui fe pafferoit dans fa mailon.
D'un autre côté , il feroit bien avantageux
d'être fourd '; mais à qui ? à un
mari qui auroit une femme querelleufe
& criarde. Ses oreilles n'auroient point
à fouffrir , il vivroit en paix avec luimême
& avec les autres.
De ces deux plaifanteries il réfulre en-
Core que comme il vaudroit mieux avoir
- 4 I. Vol. une
DECEMBRE. 1729 .
2803
une femme querelleufe que galante ; la
furdité vaut par conféquent mieux en
toute maniere que l'aveuglement.
Dans une petite Lettre jointe à ces
Refléxions , on affure que l'homme de
Lettres qui les a faites , eft lourd , & que
par là elles ont quelque chofe de curieux
& de fingulier , qui fera peut - être plaifir
au -public.
TRIOLETS ,
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Vous
Ous êtes un prefent des Cieux ,
Digne objet des voeux de la France ;
Charmant Dauphin , don precieux ,
Vous êtes un prefent des Cieux :
Les plaifirs volent en tous lieux ,
Au moment de votre Naiffance ;
Vous êtes un preſent des Cieux ,
Digne objet des voeux de la France,
La Seine triomphe en ce jour s'
Tout rit fur fes Rives paifibles ;
Chacun fe fignale à fon tour ,
I. Vol. Cij La
2804 MERCURE DE FRANCE
La Seine triomphe en ce jour :
Aux Jeux , aux Plaifirs , à l'Amour ,
Les Vieillards mêmes font fenfibles ;
La Seine triomphe en ce jour ;
Tout rit fur fes Rives paifibles.
Tout vous aime dès le berceau s
Quel plaifir eft égal au vôtre !
La Cour , la Ville , le Hameau ,
Tout vous aime dès le berceau
Mais plus votre deftin eft beau ,
Plus nous fommes charmez du nôtre
Tout vous aime dès le berceau ,
Quel plaifir eft égal au vôtre !
Croiffez au gré de tous les voeux ,
Puiffiez-vous vivre au moins vingt luftres,
Pour être clément , genereux ,
Croiffez au gré de tous les voeux :
Que de grands Rois font vos Ayeux !
Marchez fur leurs traces illuftres ;
Croiffez au gré de tous les voeux ,
Puiffiez vous vivre au moins vingt luftres
Par vos vertus , par vos bienfaits ,
Imitez votre augufte Pere ; 1
Soyez l'amour de fes Sujets ,
Par vos vertus , par vos bienfaits :
1. Vol.
Ayez
DECEMBRE. 1729: 280g
Ayez . pour combler nos fouhaits ,
La pieté de votre Mere ;
Par vos vertus , par vos bienfaits ,
Imitez votre Augufte Pere .
Je perce l'obfcur avenir ,
Je vous voi tout couvert de gloire
Mon coeur ne peut fe contenir ;
Je perce l'obfcur avenir :
Dauphin , que vous allez fournir
De traits brillans pour votre hiftoire !
Je perce l'obfcur avenir ;
Je vous voi tout couvert de gloire.
Par M. l'Affichard , Chevalier de
P'Ordre Social.
XXX:XXXXXXX :XXXXX
REMARQUES fur une Médaille de
Trajan , & fur quelques autres Mé
dailles de cet Empereur , & c . Extrait
d'une Lettre écrite à M. D. L. R. le
12. Août 1728.
J
" Ai été furptis , Monfieur , de trouver
dans une Differtation fur une Médaille
de l'Empereur Trajan , inferée dans la continuation
des Mémoires de Litterature &
d'Hiftoire , Tom. IV. Part . 2. p. 419.
1.Kol. Ciij im2806
MERCURE DE FRANCE.
imprimé à Paris chez Simart 17 27. deux
Explications de Lettres initiales qui s'éloignent
des idées ordinaires ; l'une regarde
la Legende du côté de la Tête
& l'autre celle du Revers. On lit du côté
de la Tête :
IMP. TRAJANO . AUG . GER . DAC .
P. M. TR. P.
L'obſervation ne tombe que fur ces
dernieres Lettres TR. P. L'Auteur de la
Differtation les explique par Tribuno plebis
, au lieu que les Antiquaires s'accordent
tous à les expliquer par Tribunitia
Poteftate ; & ce qui favorise le fentiment
commun , c'eft que l'on trouve fur plufieurs
Médailles TRIB. ou TRIBUN .
Por. qui , comme l'on voit , ne fçauroit
s'expliquer par Tribun du Peuple. Les
Sçavans même un peu exacts , ne con--
fondent point la qualité de fimple Tribun
du Peuple , avec la puiffance Tribunitiéne
, qui étoit accordée éminemment aux
Empereurs Romains , pour marquer qu'ils
réuniffoient dans leurs perfonnes tous les
differens genres d'autorité , qui étoient
en ufage du tems de la République. On
lit fur le Revers de la Médaille :
Cos . V. P. P. S. P. Q. R. OPTIMO
PRINC.
L'Aurer explique ainfi cette Legende :
1. Vol.
ConDECEMBRE.
1729. 2807
Confuli quininn Patri Patrie Senatus , Populique
Romani, & c. comme fi Trajan eut
été en même-tems & le Pere de la Patrie ,
& le Pere du Senat & du Peuple Romain.
Le Commun des Antiquaires y donne un
autre fens tout different . 11 diftingue ces
mots .Le Senat & le Peuple Romain commencent
une autre fuite d'Oraiſon , &
font au Nominatif : Senatus Populusque
Romanus. Pour juftifier cette conftruction
, on peut alléguer une infinité de Médailles
du même Empereur , où ces mots
font marquez tout au long , ainfi qu'on
les explique ordinairement. Les Livres
de Médailles en font remplis , & il ne
faut que parcourir le Recueil de Mezzabarba
pour en être convaincu .
Cependant , comme l'Auteur de cette
Explication , qui paroît d'ailleurs homme
intelligent , peut avoir des raifons parti
culieres pour s'éloigner des routes ordi
naires. On le prie de vouloir bien faire
part au Public de les raifons , & fur quoi il
fonde fes nouvelles explications.
En attendant , je prends delà occafion
de propofer aux Sçavans une difficulté
qui peut meriter leur attention . A quoi
doit-on rapporter ces mots qu'on trouve
f fouvent fur les Médailles de Trajan ?
1. Vol. C iiij
C
SLE
2868 MERCURE DE FRANCE :
SENATUS POSULUSQUE ROMANUS
OPTIMO PRINCIPI ,
Eft ce à la Médaille même ? comme
pour marquer que c'étoit le Senat & le
Peuple Romain , qui avoient fait frapper
à l'honneur de l'Empereur cette Médaille ,
eu plutôt cette Monnoye ; car on ne peut
gueres douter raifonnablement que le plus
grand nombre des Médailles anciennes
que nous avons n'ayent été des Monnoyes
. Mais ce qui empêche de s'arrêter
à cette explication , c'eft qu'on ne de
vroit, trouver ces mots que fur les Médailles
de Bronze , parce que , comme
vous fçavez , Monfieur , le Senar & le
Peuple Romain n'avoient droit d'en faire
frapper que de cette efpece. Cependant
on les trouve auffi fouvent employez
pour Legende dans les Médailles d'or &
d'argent de Trajan , que le feul Empe
reur avoit droit de faire frapper.
i
Le fens de ces mots doit- il donc être
expliqué par rapport au Type reprefenté
fur la Médaille ? Cela feroit bon , fi c'étoit
toujours une Statue , une Colomne ,
un Bouclier , ou quelqu'autre Monument
public , érigé à l'honneur. de cet Empereur
mais comment accorder cette explication
avec des figures de Déïté , que
l'on trouve fi fouvent avec cette Legende
? 1. Vol. SontDECEMBRE.
1729. 2809
Sont ce enfin des voeux & des fouhaits
que le Senat & le Peuple Romain faifoient
en faveur de ce Prince très -bon &
digne par tant d'endroits de ce furnom ?
ou des acclamations dont on vouloit perpetuer
le fouvenir par ces Monumens durables
& d'un ufage fi univerfel & fi
répandu.
On prie Meffieurs les Antiquaires de
vouloir là- deffus fixer nos idées , en ôter
la confufion , & nous déterminer fur le
choix de l'explication à laquelle on doit
s'attacher. Le Mercure eft un Bureau ouvert
pour l'inftruction publique & pour
celle des Particuliers ; c'eft un Champ ou
chacun peut aller rompre une Lance . Telle
perfonne n'eft pas en état , ou ne fe
foucie pas de s'endoffer la qualité d'Auteur
, & de compofer un Livre ou une
Differtation dans les formes , qui n'eft
-pas fâchée d'expofer fes idées en peu de
mots , pour inviter les Sçavans d'approfondir
davantage le fujet en queftion .
2A propos des Mémoires de Litterature ,
on a lù , Monfieur , avec plaifir dans le
Tome fuivant , c'eft - à- dire , le V. P. I.
p . 129. l'explication de l'Infcription
qu'on voit à Rennes , à la Porte Mordelaife
, qui eft pleine d'une érudition judicieuſe.
I. Vol.
J
Cy
IMPA
2810 MERCURE DE FRANCE
C
IMP. CAES. M. ANTONIO GORBI ,
ANO PIO. FEL . AUG. P. M. Tr.
P. Cos . O. R.
L'Auteur explique O. R. par Omnes
Romani, ou Offerunt Romani , qui ne me pa-
'roît pas cependant être dans le génie des
Infcriptions . Je ne crois pas qu'on en puiffe
citer des exemples ; on ne trouve guéres
les Romains défignez en general de
sette maniere . Je donnerois plutôt la préference
à l'explication indiquée dans les
Notes , & qu'on femble rejetter . Offerunt
Redones , ou Optimates Redonum ; car
pour Oppidum Redonenfe , je penſe aſſez,
comme l'Auteur , & je penfe fort à le rejetter.
Cependant , qu'il me foit permis de
propofer une nouvelle explication , & de
rendre ces Lettres par Ordo Redonenfis.
Dans le fçavant Commentaire de Sertorius
Urfatus De Notis Romanor. O. eft
rendu quelquefois par Ordo , fur la foy
& l'autorité de Manuce , Torelly , Sarainas
, & de Probus , que j'aurois dû
nommer le premier , comme le plus ancien
; & on trouve dans le même Ouvrage
, audi - bien que dans les Tables de
Gruter , ce mór joint dans les Inferiptions
avec beaucoup de noms de Villes &
de Peuples. ORDO BAR . de ceux de Bar-
1. Vol .
selene ,
DECEMBRE. 1729. 2811
celene , ORD . DERTOS . Dertofanorum
de ceux de Tortofe , & ainfi de ceux de
Naples , de Nole , de Salernes , &c .
Mais comme des exemples generaux
pourroient ne pas paroître affez concluants
, en voici de particuliers pour la
France , qui font voir que cetre formule
étoit ufitée parmi nous , & qu'ainfi elle a
pû être employée par la Ville de Rennes
dans une Infcription trouvée dans cette
Ville .
L'Hiftoire de Provence , par Bouche
nous fournit dans deux Infcriptions la
preuve de ces exemples particuliers. La
premiere fe trouve au Liv . III . de fa
Chorographie , Ch . 2. p . 121 .
P. ÆLIO .
SEVERINO
V. E. PRÆSID .
OPTIMO
ORDO CEME NEL .
PATRONO ..
9
Ordo Cemenelenfis , de ceux de Cimiés,
ou Cimelé , ancienne Ville prés de Nice
autrefois Evêché , qui n'eſt preſque rien
à preſent.
Le même Hiftorien rapporte plus bas
dans le corps de fon Hiftoire , page 516.
une autre Deſcription à l'honneur de
Salonine , femme de Gallien , où l'on voi
1. Fol Cvj aulki
2812 MERCURE DE FRANCE:
auffi ORDO CEMENEL.
Le fecond exemple eft dans une Infcription
de ceux de Briançon , dreſſée à
l'honneur de l'Empereur Aurelien , fuivant
le même Hiſtorien , L. S. ch. 3.page
281.
IMP. CAES .
L. DOMITIO
AURELIANO
P. F. INVIC.
AUG . P. M.
ORD . BR. F. C.
Et dans le Recueil , ou Dictionnaire
d'Urfatus , cité ci - deſſus , on voit OR DO
LACT. qu'il explique par Ordo Lactoratenfium
, qui doit être fuivant toutes
les apparences de ceux de Lectoure.
Bouche prétend que par ce mot Ordo,
on doit entendre les trois Ordres du Sémat
, de la Milice & du Peuple , & que
ce mot ne s'attribuoit ordinairement qu'à
de grandes Villes qui en étoient compofées.
Mais en cela il n'eft pas exact ; car
Ordo ne fignifioit proprement que l'affemblée
ou le corps du ceux qui dans
les Colonies ou Villes des Provinces
avoient l'adminiftration publique corps
qui repréfentoit dans ces Villes ce qu'ésoit
à Rome le Sénat , fuivant l'obferva-
I, Vol. tion
DECEMBRE , 1729 1813
tion de Fleetvood , fçavant Anglois. On
appelloit les membres de ce corps Decurions
, comme à Rome on les nommoit
Senateurs .
En effet , on trouve dans quelques Infcriptions
rapportées par Gruter , Ordo
Plebs , Ordo Populus , deux Corps
diftincts & féparés . C'est ce quant à Rome
, le Sénat & le Peuple ; S. P. Q. R.
&c. Je fuis , Monfieur & c.
* Infcriptionum antiquar. Syllog. in Indic.
ffs fefe of offefefefefe of site ofe oft of feofosfo fe of ofs of offe
SUR LA NAISSANCE
DU DAUPHIN.
TRiomphez , Lyres , triomphez ;
Vous ne refterez plus triftement fufpenduës ,
Et vos cordes bientôt avec art retenduës ,
Produiront des accords dignes d'être admirész
Triomphez , Lyres , triomphez.
Celebrez ce jour falutaire ;
Le Fils de Jupiter vient éclairer la terres
Apollon defcend en ces lieux ,
Entouré de fes Sceurs , les trois charmantes
Graces ;
Il vous promet les faveurs & les graces
Du Souverain des Dieux.
I. Vols
2814 MERCURE DE FRANCE.
Et vous , Lyres des champs , joüez , douces
Mufettes ;
Vous ne vous tairez point au dur ſon des trompettes
,
Qui ne fçavent chanter que l'horreur des combats.
Bientôt l'Aftre naiffant va produire à la terre
La Paix que fon aimable Pere
Vente regner ici -bas.
Agrémens de nos bois, joüez, douces Mufettes ;
Non , vous ne fuirez plus les guerrieres trompettes.
Qu'aujourd'hui de concert avec les chalumeaux
,
Les délices de nos Hameaux ,
Vous faffiez raifonner nos bois & nos montagnes;
Et par de tendres fons , par des accords notveaux
,
Allez réjouir nos Campagnes ;
Joüez, aimables chalumeaux ,
Cheres délices des Hameaux .
Qu'il fait beau voir & les Cieux & la Terre
Celebrer à l'envi , chacun à fa maniere ,
La Naiffance de ce Dauphin.
Déja , préfage heureux , favorable defin ,
Son Aftre au Ciel nous avoit fait connoître
J. Vol. “
Que
DECEMBRE . 1729 281-5
Que bientôt nous le verrions naître ,
Qu'à notre longue attente il viendroit mettre
Que doit-on maintenant attendre
Du Rejetton d'un fi grand Roi ?
France , qu'il ne fera qu'étendre
Les bienfaits que fon Pere a répandus fur toi 34
Qu'ilne fe fervira de ſa haute puiſſance
Que pour montrer un coeur égal à ſa naiflance
;
Et que le Dieu des Bataillons ,
Loin d'offrir à nos yeux d'affreufes funérailles,
Des Camps , des Siéges , des Batailles-
N'employera fon fer qu'à tracer des Sillons.
Que j'aime par avance & contempler le Pere
Sur fon Trône élevé , s'appuyant fur fon Fils ;
Conferver noblement cette équité des Lys ,
Qui les rend tous les jours Arbitres de la terre
Je les admire affis à l'ombre des lauriers
Qu'a ci-devant cueillis la France ,
Faire goûter la Paix & l'Abondance ;
Et préferei à ces Arbres guerriers ,
Dont la gloire & le prix naît de la violence
Une Couronne d'Oliviers.
I. Vol. Puiffent
2816 MERCURE DE FRANCE .
Puiffent les jours d'un Prince & fi grand &
fi jufte ,
Egaler la durée où s'étendent nos voeux ;
Puiffe auffi fon Dauphin auguſte
Voir avec notre Roi fes Arrieres - Neveux.
Et vous , en attendant qu'un jour votre feüillage
L'invite à chercher votre ombrage ,
Tendre Olivier , pacifique Arbriffeau ,
Couronnez , ou plutôt compofez fon Bercean.
L'Abbé Pétis de la Croix.
XXXX :XXX XX XXXXXX
REJOUISSANCES à Lille en
Flandres.
Toutes les Cloches de ValMale
cerent le 19. Septembre , la Mefle Solemnelle
, qui fut chantée dans l'Eglife Collegiale
de S. Pierre , fuivie de l'Exaudiat &
de la Proceffion generale , où tous les Corps
de Juftice affifterent , toute la Garnifon bordant
les rues en doubles hayes , & la Cavalerie
en bataille fur les Places.
On chanta le Te Deum après diner dans la
même Eglife , & le foir on tira le Feu d'artifice
, pendant lequel on fit trois Salves generales
de toute l'Artillerie & de la Moufqueterie
de la Ville & de la Citadelle la
Garnifon bordant le Rempart.
>
SL Pol
Les
DECEMBRE 1729. 2817

Les 4. Compagnies Bourgeoifes fe rendi
rent de leur Jardin fur la grande Place , faifant
grand feu , paffant par les quatre plus
grandes rues ; les Arbaletriers par la rue Ef
quermoife; les Archers par celle de la grande
Chauffée les Canoniers par les rues des
Malades & des Manneliers , & les Tireurs
d'Armes par la rue Neuve. Les Conneftables
arriverent tous enfemble à la grande
Place fans difcontinuer le Feu , & fe rangerent
en cercle , aux ordres de M. Berrart ,
à la maniere accouftumée. Ils ne firent aucune
décharge pendant le Feu d'artifice , &
ils les recommencerent enfuite.
On fit deux Feux de joye fur la petite
Place , ornés des armes du Roy & du Dauphin
L'Hôtel de Ville fut magnifiquement illuminé,
avec une grande piramide de Lanternes
devant la porte. La grande & la petite Place ,
les rues des fept Agaches , des Manneliers
& du Marché aux Fleurs , étoient illuminées .
ainfi que le Clocher de S. Etienne , les deux
Tours de la Bourfe , & le deffus du Corpsde
- Garde de la Place. Ce foir- là , il y eut
un grand Repas à l'Hôtel de Ville , pendant
lequel des Fontaines de vin coulerent pour
le Peuple.
Le Vendredi 30. Septembre , les Bateliers
firent la joûte au rivage de la Baffe - Deûle ,
tirerent l'Oye , l'Anguille , & c. & la Ville
donna enfuite un Bal en Mafque au Theatre.
Le premier Octobre , la Compagnie des
Arbaletriers tira trois Oifeaux fur l'Esplanade
de la Citadelle , & le foir , le Duc de Bouflers
, Gouverneur de Flandres , donna la
Comedie gratis au Peuple.
Le 2. la Compagnie des Arbaletriers tira
I. Vol.
l'Oileau
2818 MERCURE DE FRANCE.
1
POifeau fur l'Esplanade. Il y eut enfuite
Concert au Gouvernement & un grand
Repas donné par le Duc de Bouflers , dont
l'Hôtel étoit entierement illuminé , & un trèsbeau
Bal en Mafque.
·
Le 3. les Tireurs d'Armes donnerent le
Divertiffement au Peuple , qui fur ſuivi d'autres
Réjouiffances.
Le Feu d'artifice repréfentoit le Portique
du Temple de la Pieté , foûtenu de 8. grandes
Colonnes feintes de Lapis , la grande Corniche
terminée par une Baluftrade chargée
de Vafes ardens. Sur l'entablement un Piedeftal
étoit furmonté de 4. grands Dauphins
, foûtenant un Globe couronné aux
Armes du Dauphin. Tout l'Edifice avoit 30.
piés de large , 18. fur les côtez & .60 . de
hauteur. A l'entrée du Portique on voyoit la
Pieté qui donnoit à la France un Dauphin ,
tenant une branche d'Olivier. Ce Groupe étoit
feint de Marbre. Les deux façades du Portique
étoient ornées des Médaillons & des
Légendes fuivantes .
Au- deffus du Medaillon du Roy , Regi pasifico.
A celui de Louis le Grand , Regum
Maximo. A celui de feu Monfeigneur le Dauphin
, Optimo Principi. A celui de feu Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Principi fa
pientiffime. Au pied du Groupe , on avoit pla
cé cette Infcription capitale , Sereniffimo Delphino
Ludovici decimi quinti , Francia &
Navarra Regis Chriftianiffimi & Maria primogenito
, cumulata Gallorum expectationi , Religionis
incremento , Affertori , Stirpis Augufta
perennitati felices annos , avitas virtutes
& Palmas votis publicis apprecatur. S,
P. Q. I.
I. Vol.
De
DECEMBRE 1729. 2819
De l'autre côté on avoit peint ce Symbole :
Delphino Parentum pietati conceffo . Et pour
Symbole , la Baguette d'Aaron mife auprès
de l'Arche d'Alliance , & chargée de Fruits.
Devife : Hic pietatis honos . Virg. L. 1. de
l'Eneide. C'est ainsi que le Ciel reconnoît la
vertu
Les quatre Infcriptions fuivantes étoient
placées dans la partie Superieure entre les
grands Dauphins."
Premiere Infcription : Delphino diuturna
Pacis Pranuntio. Pour Symbole : l'Arc- en-
Ciel , au-deffus de l'Arche de Noé. Longa dat
Symbola Pacis. Il nous annonce une durable
Paix .
2e. Delphino Matris vota cumulanti. Pour
Symbole : La Grappe de raifin de la Terre
promife. Devife : Facunda gloria Matris ,
Lucain Liv. Un don fi précieux fait honneurà
la Mere .
ze. Delphino Populi expectantis latitia . Pour
Symbole , le Soleil Levant aux peuples qui
habitent fous le Pole , où la nuit eft de fix
mois , & lejour de fix mois. Devile : Gratior
optanti. Il eft d'autant plus cher , qu'il s'eft
fait plus attendre.
4. Delphino ad Populorum felicitatem nato.
Pour Symbole , un grand Jet d'eau fortane
d'un Dauphin , & rempliffant le Baffin d'une
Fontaine. Devife : In publica commoda. Hor.
Liv. 2. Ep. 1. Tous auront part à ſes bienfaits.
Dans les Piedeftaux des Colonnes des deux
grandes façades , on lifoit cette cinquième
Infcription : Delphino inpace nato . Symbole ,
un petit Alcion dans fon nid , fur une mer
calme. Decorat pax aurea' cunas. Tout eft
en paix à fa Naiffance.
J. Vol.
1
2820 MERCURE DE FRANCE .
e 6. Delphino in paterna decora crefcenti. Un
jeune Grenadier. Crefcit ad Coronas . Il croît
pour porter des Couronnes .
7e. Ludovico XV. In Delphino refulgenti
Le Soleil repréſentant fon Image fur une
elaire Fontaine. Se pingit in illo. Il y peint
fon Image.
8. Maria Regina Delphini ortu feliciffima.
Une Aigle regardant fon Aiglon. Qua gaudia
Matri ! Que de joye pour la Mere !
4.
Ce Feu fut allumé par degré , au fignal
de 29. groffes Boettes , commençant par
Infcription , Vive le Roy, la Reine & Monfeigneur
le Dauphin. Les Lances à feu des
Obelifques , aux 4. Pots à feu , à 4. Caifles
de fufées , & 4. Napes de feu coulant des
gueules des 4. grands Dauphins . Douze
Girandoles parurent enfuite avec le Globe ,
& c. Et alternativement 132. Caifles de fufées ,
petards , ferpentaux &c. qui firent un effet
admirable.
O
Réjouiffances faites à Sens .
N apprit le fix Septembre , que la Reine
avoit comblé les Voeux de toute la Fran
ce , par la naiffance de Monfeigneur le Dauphin
Auffi- tôt , les Maire & Echevins
firent annoncer cette grande nouvelle , par le
fon de toutes les Clothes , & par plufieurs
falves de Canons.
Le Peuple tranfporté de joye, fit retentir l'air
de vives acclamations , & de cris d'allegreffe
continuels ; & fans attendre aucun ordre il
alluma dès le foir même & les jours fuivans
des Feux partout .
Le Jeudi fuivant , les ordres de la Cour
1. Vol. étant
DECEMBRE . 1729 2821
étant arrivés , M. l'Archevêque indiqua une
Proceffion generale à S. Hilaire , qui eft la
premiere Paroifle du Diocèfe ; elle fe fit le
Dimanche x . Septembre après Vêpres , avec
toute la Solennité imaginable , tous les Corps
Ecclefiaftiques & Laïques y affifterent , trois
Compagnies Bourgeoiles précedoient , &
trois autres ferinoient la marche. Au retour ,
le Te Deum fut chanté en Mufique , dans la
Nef de la Cathedrale , au bruit des Canons ,
& d'une décharge continuelle de Boettes
& de Moufqueterie.
Le Feu d'artifice confiftoit en un grand
Edifice quarré , foûtenu par quatre Arcades ,
accompagnées de Pilaftres , chargé d'Infcrip
tions & de Devifes , & furmonté d'un autre
Corps plus petit , fur lequel s'élèvoit une
Piramide triangulaire , femée de Dauphins
& de Fleurs de Lys , terminée par une Renommée.
On avoit placé fur la Frife de
tout l'Edifice , quatre Vers , qui étant lûs
tout de fuite , marquoient le fujet de la Re- "
jouidance publique , & qui neanmoins convenoient
chacun dans le détail , à la Face
qui les contenoit. Les voici,
Sunt tua numinibus vota exaudita benignis å
Jam tibi progenies Coelo demittitur alto ,
Pacatum regat ut patriis virtutibus orbem ,
Tutaque tranquillo latentur ut omnia facle.
On voyoit à la premiere Face les Armes
du Roy ; & au- deffous :
Sunt tua numinibus Vota exaudita benignis
Ludovico Augufte
4. Vela
Optatiflimam
2822 MERCURE DE FRANCE .
Optatiffimam fibi & fuis
Coelefti dono ,
Prolem obtinenti.
Et aux côtés , les Devifes fuivantes. Une
Rofée abondante , qui tombe au commencement
du Crepufcule fur des Lys , avec ces
mots : Jubet Florefcere femper. Un Parelie ,
Splendorem patrium geminat .
A la feconde Face , les Armes de la Reine.
Jam tibi progenies Calo demittitur alto. Maria
Augufta Delphinum , gentis decus gaudiumque
fummum , foeliciter Enixa. Et deux Devifes
aux côtés Sçavoir , une belle Nacre de
Perle , de laquelle fort une très -belle Perle.
Ditat pretiofo munere Terras. Une grappe
de Raifin , tenant à un Sep de Vigne attaché
à un Ormeau > Pignus amorum delicia
Mundi.
A la troifiéme Face , les Armes du Dauphin.
Pacatum regat ut patriis virtutibus
orbem. Sereniffimo Delphino Regum genus antiquiffimum
feriemque gloriofam , in fecula
propagaturo. Et pour Devifes . Une Pomme
de Grenade recemment fortie de Fleur , &
tenant encore à l'Arbre. Secum creviffe caronam
fentiet. Une Aurore Boreale , ou Lumiere
Septentrionale , avec ces mots : Exoritur
gaudente Polo .
A la quatriéme Face , les Armes de la
Ville de Sens. Tutaque tranquillo latentur
at omnia faclo , ob ftabilitam Gallia felicitatem
& concordiam Europa gentium fecuritatem
. V. A S. O. G.
Ces cinq Lettres fignifient : Urbs antiqua
Benonenfis ovans gratulatur. Ces deux De-
1. Vol.
viles
DECEMBRE . 1729 . 28. སྡ
vifes accompagnoient cette derniere Embleme.
Un Arc- en Ciel , Solvit formidine gentes
. Un Dauphin fortant des eaux de la Mer
à la vue d'une Flote compofée des differents
Pavillons des Puiffances de l'Europe , avec
ces mots : Cuncti fpes certa Sereni .
Le Dimanche 25. Septembre à huit heures
du matin , toute la Milice Bourgeoife fe
mit fous les Armes , au fignal d'une décharge
de Canons , qui fut renouvellée fur
le midi , & le foir.
Entre fix & fept , M. l'Archevêque , accompagné
de l'Evêque de Waterford , du
Doyen du Chapitre , & des Maire & Echevins
, alluma le Feu de joye dreffé dans la
Place publique , au bruit des Tambours , des
Trompettes , & des falves continuelles de
Canons , de Boettes , & de Moufqueterie.
On tira enfuite un grand nombre de Fufées
, & enfin le Feu d'artifice , qui fut des
plus beaux & très - bien executé.
A ce Spectacle fuccederent les Feux , &
les Illuminations qui furent très belles ; celles
de l'Archevêché , de l'Hôtel de Ville , &
des Maifons des Maire & Echevins , furent
les plus remarquables , par leur durée , leur
magnifique difpofition , & par le grand nombre
de Terrinnes , Luftres , & Lampions dont
elles étoient compofées.
2.
Meffieurs de Ville donnerent fur les dix heures
du foir un grand Souper à la Nobleffe ,
aux Officiers de Judicature , & aux perfonnes
les plus diftinguées. Tout s'y paffa avec
beaucoup d'ordre , & le Repas fuc fervi
avec autant de fomptuofité & d'abondance
que de délicateffe ; de même que celui qui
avoit été donné par la Ville quelques jours'
1. Val auparavant ,
2814 MERCURE DE FRANCE .
auparavant , à Meffieurs les Officiers du Regiment
de Beringhen.
Ces Réjouiffances ne fe font poist terminées
là ; les Démonftrations de joye on
continué avec autant & même plus d'ardeur
qu'auparavant, & depuis ce tems , jufqu'à
l'ouverture des Vendanges , qui n'arriva
que près de trois Semaines aprés , & qui
feul a pu en arrêter le Cours , chaque jour
a été celebré par de nouvelles Fêtes ; les
Officiers de Ville , & les principaux Habitans
, ont renouvellé leurs largeffes au Peuple
, par des diftributions abondantes d'argent
, de Pain , de Vin , & de Viande ; ils
ont fait des Feux & des Repas en public ,
& ont illuminé de nouveau leurs Maifons
d'une maniere toute differente , & des plus
diftinguées.

Mais parmi toutes les Illuminations , rien
n'a plus contribué à l'ornement & à la décoration
de la Ville , que les Palliflades , &
les Chariots de Verdure , qui élevés avee
autant d'art que d'induftrie , des deux côtés
des Rues , formoient au milieu du Jour un
couvert des plus gracieux , & qui le foir ,
ornés de Girandales , de Luftres , de Devifes ,
& d'un nombre infini de Lampions , & remplis
d'une multitude de Peuples , rangés autour
de grandes Tables , abondamment fervies
, offroient aux yeux le plus bel objet ,
& le plus charmant Spectacle , que l'on puiffe
imaginer.
Les Communautez Religieufes ont auf
donné des marques de la part qu'elles prenoient
au bonheur public , par des Te Deum;
& des Feux de joye ; mais les Dames de S.
Antoine , & Mellieurs de S. Jean , fe fons
14J.e Vol. entre-autres
DECEMBRE . 1729. 2825
entre- autres fignalés , par la beauté & l'ordre
de leurs illuminations , & par quantité de
Fufées & de Feux d'artifice.
Réjouiffances à Montpellier.
Cde Montpellier, d'avoir concouru aux
E n'étoit pas affez pour les Pénitens Blancs
Actions de graces univerfelles qui ont été
rendues à Dieu , à l'occafion de la Naiffance
du Prince , que fa Providence vient de nous
donner. Ils ont voulu encore fignaler par des
démonftrations particulieres , la joye dont cet
heureux évenement a rempli leur coeur.
Ce fut dans cette vuë que M. le Confeiller
de Ratte , actuellement Prieur de cette
Confrairie , demanda à M. l'Evêque de Montpellier
la permiffion de faire chanter un Te
Deumdans la Chapelle , d'y expofer le Saint-
*Sacrement & de faire enfuite une Proceffion
; ce qui lui fut accordé de bonne
grace.
>
L'ouverture de cette augufte Cérémonie ſe
fit le Samedi 15. Octobre , par un Diſcours
que M. de Ratte prononça dans le Choeur ,
qui roula fur l'immenfité du préfent que le
Ciel venoit de faire à cette Monarchie , &
fur les avantages qu'on devoit en efperer.
On peut dire icy à la louange de l'Oratour
, que la grandeur de fon fujet ne fit
que donner plus de luftre à fon éloquence.
Ce Difcours fut fuivi des Vêpres , qui furent
chantées avec beaucoup de folemnité.
Le lendemain Dimanche 15. Octobre , le
Saint - Sacrement ayant été expofé , & les
Offices du matin ayant été chantez avec
dignité , on celebra une Meffe haute ; l'après-
1. Vol D midi
2826 MERCURE DE FRANCE.
midi Vêpres , Complies , & enfuite le Te
Deum , furent auffi chantez avec la même
folemnité que le jour precedent , pendant ces
differens Offices , une quantité prodigieufe
de Bombes qu'on avoit préparées , firent tout
l'effet qu'on en attendoit ; après quoi , la
Compagnie extrêmement nombreuſe , fortit
proceffionellement , precedée par les Bannieres
ou Etandarts de la Ville & fuivie par les
Confuls en Robes rouges ; Elle chanta pendant
fa marche plufieurs Cantiques de louanges
; au retour on donna la Benediction du
Saint- Sacrement , & pour lors les Bombes
recommencerent de nouveau .
Cela fait , le Peuple qui étoit accouru à
cette Ceremonie pour joindre fes prieres à
celles de cette pieufe Societé , fe rendit fur
Ja Place de l'Efplanade , à l'endroit où la
Chapelle répond : c'étoit là qu'on avoit fait
élever un Arc de Triomphe , qui formoit
plufieurs Portiques d'Ordre Ionique : les Colomnes
étoient azurées , ornées de Feftons
de fleurs : les Chapiteaux & les Bafes étoient
rehauffés d'or ; dans la Frife on lifoit en
caracteres de feu , DELPHINO,
En face fur l'Entablement , on avoit placé
en grand , la France portant fon Ecuffen &
les autres Attributs qui la caracteriſent , avec
ces mots Voti compos facta . Et dans les
differens Portiques étoient les Emblêmes fuivantes.
Un Soleil , fortant de fon horifon , &
jettant fes premiers rayons fur une foule de
coeurs , Urit dum furgit.
Un Jet d'Olivier pouffé du tronc , Pacis
fignum ateras.
*
Une Foy tenant un Lys , Tenaci vimine
jungor.
I. Vol.
Un
DECEMBRE. 1729. 2827
Un jeune Chêne , Crefcet karebitque diù .
Le Couronnement étoit furmonté d'une
Piramide azurée , chargée de Fleurs de Lys
& de Dauphins fans nombre , furmontée d'un
Saint Efprit , à l'honneur duquel la Chapelle
des Pénitens à été fondée , avec une Gloire
formée par quantité de rayons en or.
A l'entrée de la nuit l'Illumination commenças
Elle étoit compofée de Pots - à- Feu ,
de Luftres , & d'une infinité de Lampions .
methodiquement rangés : Enfin un Feu d'artifice
qu'on avoit préparé , réuffit fi bien
que quoiqu'on en eût vû depuis peu de
jours de plus confiderables , le Public en
fut extrêmement fatisfait.
On trouva dans la grande Salle de la Direction
, après le Feu , un magnifique Soupé ,
que M. de Ratte donna , & où affifta M. de
Candillargues , Lieutenant de Roy , & plufieurs
autres Confreres diftinguez par leur
pieté & par leur rang : la fanté du Roy ,
celle de la Reine , & celle de Monfeigneur
le Dauphin furent portées avec les acclamations
de la plus parfaite joye.
C'eft ainfi que s'eft paffé cette Fête , qui
a été conduite fous les yeux de M. Bon ,
Premier Prefident , Syndie honoraire &
perpetuel des Pénitens , & à laquelle des
voeux finceres , qui font les veritables émanations
du coeur , ont eû beaucoup plus de
part , que toute la Pompe exterieure dont elle
a été accompagnée.
1. Vol. Dij LETTRE
2828 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite de Briançon , le 24 .
Octobre , contenant une Defcription des
Fortifications de cette Place , & une
Relation des Réjouiffances qui s'y font
faites.
Qus n'ignorez pas , Monfieur , le peu de
V reffource que nous avons icy , pour donner
aux démonftrations exterieures de notre
joye les embelliffemens que nous aurions fouhaité:
C'eft là , fans doute , ce qui pique votre
curiofité , & vous voulez fçavoir comment
nous avons pû fuppléer à la difette où nous
fommes de bien des chofes. Je vais travailler
à vous fatisfaire : & comme vous me
marquez que vous ferez voir ma Lettre à
nos amies , trouvez bon qu'en leur faveur
je commence par leur donner quelque idée
d'une Ville , qui leur eft fi peu connue.
Nos Montagnes ne font pas fi affreufes que
ces Dames fe l'imaginent , & le Soleil qui
femble avoir tant de peine à fondre nos
neiges , nous y donne plus fouvent qu'à Paris
de beaux jours. La ferenité prefque continuelle
du Ciel , ne peut manquer de purifier
l'air qu'on refpire icy , & de le rendre
extrêmement fain. Ces agréments de la vie
fi vantez , qu'on s'applaudit fi fort de trouver
à Paris , & dont on fe fait mal- à - propos
une espece de neceffité , fe réduiroient
à bien peu de chofe , fi le luxe & une trop
grande délicateffe ne les multiplioient.
L'échange qui fut faite lors de la Paix
d'Utreck, de quelques Valées dépendantes du
Briançonnois , avec celle de Barcelonnette ,
1, Voli a rendu
DECEMBRE. 1729. 2829
a rendu Briançon extrêmement Frontiere ,
cette Ville n'étant plus éloignée que d'une
lieüe des Etats du Roy de Sardaigne. Com
me elle devenoit ainfi une des Clefs du
Royaume , on y a fait , & on y fait encore ,
pour en deffendre les approches , des travaux
immenfes , & dignes de la grandeur
du Monarque qui en eft le maître.
Les Fortifications de la Ville , quoique
convenables & proportionnées au Terrain
qu'elle occupe , ne font pas fort confiderables
, elles font dominées par un Château plus
refpectable par fa fituation efcarpée , que
par les ouvrages qui le deffendent : La Tradition
du Pays veut qu'Annibal en ait jetté
les premiers fondemens , & que ce grand
Capitaine , lors de fon paffage en Italie ,
crut ne pouvoir fe ménager un lieu plus fur
de retraite. Sans entrer dans la difcuffion de
ce point d'Hiftoire , qu'il feroit difficile de
bien éclaircir , on y découvre fuffisamment
que notre Ville peut faire remonter bien haut
fon origine. Elle fûr toujours cherie des anciens
Dauphins , qui lui ont accordé plufieurs
privileges particuliers & confidérables ,
dont elle jouit encore , & qui font autant
de preuves que les Briançonnois fe font en
tout tems diftinguez par leur attachement
pour leurs Princes. Ils n'ont pas degeneré
de cet attachement depuis qu'ils font à la
France , & ils en ont donné des preuves
dans toutes les occafions . On les a vûs pendant
la Guerre fe porter à tout , ouvrir à
nos Troupes par un travail infatigable , le
paffage de leurs Montagnes , que les neiges
avoient rendues inacceffibles ; porter fur leur
dos à nos armées des vivres qu'elles ne
Diij pouvoient
1. Vol.
2830 MERCURE DE FRANCE :
pouvoient tirer par le fecours des Chariots ,
ni des Bêtes de charge › par des chemins
que la nature fembloit avoir pris foin de
rendre impratiquables. Ce font pour la plûpart
des fentiers étroits , & pratiquez fur
des Rochers couverts de neige & de glace ,
& bordez de précipices.
> a
C'eft de cette fituation même , que nous
tirons notre force . On a fçeu , pour ainfi
dire , mettre à profit nos Rochers : on a conftruit
des Redoutes fur prefque toutes les
Montagnes qui nous environnent. On en a
fortifié deux des plus efcarpées qui ferment
les Vallées qui vont en Piemont. Leur fommet
trop piramidal été razé pour donner
plus d'espace aux ouvrages qu'on y de
ftinoit envain un Roc des plus vifs s'oppofoit
à ce travail , on a furmonté fa dureré ,
on y a creufé des foffez profonds , percé
des chemins ; on l'a efcarpé à la hauteur ,
dans de certains endroits , de plus de qua
rante piés , pour le faire fervir d'apui aux
differentes Fortifications qu'on y a faites ; on
a marié ce Roc à la maçonnerie , avec une
propreté peu ordinaire dans ces fortes de
travaux; enforte que l'Art & la Nature , réu
nis & confondus enfemble , ferment l'enceinte
des ouvrages d'un mur inexpugnable.
Ne vous attendez pas que je vous en faſſe
la defcription , il faudroit pour l'entrepren
dre , être au fait des termes de l'Art , &
initié dans une Science qui paffe ma portée s
Spectateur ignorant des beautez qui s'offrent
à ma vue , j'admire fans fçavoir pourquoi ,
mais je fens que j'y fuis forcé par le pouvoir
que le grand & le beau ont fur notre
efprit . Je fçai feulement , que des deux prin
1. Vol.
cipaux
DECEMBRE . 1729 . 2831
cipaux Forts conftruits fur nos Montagnes ,
le plus élevé s'appelle , le Randouillet , &
l'autre , Les trois Têtes ; que dans l'un & dans
l'autre , on voit plufieurs vaftes & fuperbes
Corps de Cazernes , capables de loger à l'abri
de la Bombe , plufieurs Bataillons ; de
beaux Souterrains creufez dans le Roc , promettent
aux Troupes qui y foûtiendroient un
Siege , un azile affuré contre l'Artillerie la
plus meurtriere . Sous ces Corps de Cazernes
on a pratiqué plufieurs Citernes qui fe rempliffent
d'eau de Sources , qu'on a miſes à
l'abri de toute infulte ; mais quand elles viendroient
à être coupées , ces Citernes une fois
remplies , fuffiroient pour fournir de l'eau.
pendant plus de fix mois à une nombreuſe
Garnifon. Je ne dis rien des logements des
Officiers Majors ; on a fçeu leur donner tous
les agréments qui peuvent être admis dans
une Place regulierement fortifiée : Joignez
à cela d'autres Bâtiments , tels que ceux
d'une vafte Chapelle & de magnifiques Magazins
, conftruits avec toute la folidité neceffaire
, fans négliger les beautez de l'Ar
chitecture la mieux entenduë. On travaille
actuellement à une communication entre les
Têtes & le Randoüillet , qui eft déja fort
avancée. On va conftruire un Pont , pour
ouvrir un nouveau chemin qui joindra la
Ville aux Têtes . Ce précipice affreux qui
fembloit devoir interdire pour jamais toute
communication entre l'une & l'autre , va
devenir acceffible ; l'habileté des Ingenieurs
en va triompher , en mettant à execution un
projet très -hardi. Ce Roc effrayant & perpendiculairement
efcarpé , à la hauteur de
3o. toifes de la Durance , eft déja rendu
1. Vol. Diiij pratiquable ;
18 :2 MERCURE DE FRANCE.
>
pratiquable ; on y a formé , par le ſecours
du Feu & de la Mine un chemin propre
à y paffer le Canon , qui doit conduire au
Pont. Une feule Arcade fe for mera longue
de près de 20. toifes , dont l'intrados ou interieur
de la voute , fera tout de Pierre de
taille , qu'on ne trouve qu'à peine fur le fommet
des Montagnes , & qui font icy auffi
rares que les Rochers y font communs. On
a fait des deux côtez du précipice . de profondes
entailles dans les Rochers qui les bordent
, pour y appuyer les naiffances des piés
du Pont qui feront encore à 160. piés d'élevation
de la Riviere ; la feule charpente
neceffaire pour les ceintres ou pour l'échafaudage
coutera plus de 20000. livres : il faut
avoir veu la fituation des lieux , pour juger
de la hardieffe de cette entreprife. Les travaux
fi vantez des Romains , n'ont rien qui
en approche : Je fuis comme vous , Monfieur ,
partifan des Anciens , mais la force de la verité
m'arrache l'aveu que je viens de faire.
L'admiration, fe trouveroit partagée entre
la grandeur du projet & l'utilité de fon execution.
Ce précipice de 20. toifes de largeur
qui féparoit la Ville , des Têtes , obligeoit
pour aller de l'une à l'autre , de faire un circuit
de près d'une demie lieüe , & impratiquable
en cas de Siege . Le Pont qu'on va
conftruire racourcira de plus des trois quarts
le chemin , qui de plus fe trouvera couvert
par les Montagnes qui forment un coude en
cet endroit. Par ce moyen la Ville , les Têtes
& le Randouillet , deviendront contigus ,
ces deux Forts étant joints par l'ouvrage de
communication dont j'ai parlé , & qui oc-
I. Vol. cupe
DECEMBRE. 1729. 2833
cupe le Valon qui les fépare. On travaille dans
tous ces differens endroits tout à la fois , &
très -diligemment. Cette feule campagne on
a bâti de fond en comble une Chapelle ,
qu'on peut bien qualifier du nom d'Eglife ,
- un Magazin de vivres & un Corps de Cazernes
de quarante chambres , le tout vouté
à l'épreuve de la Bombe. Il eft tems de venir
au fujet qui m'a fait mettre la main à
la plume.
Dès qu'on fût informé icy que l'heureux
accouchement de la Reine nous avoit donné
un Dauphin , la joye de nos Habitans éclata
en differens tranfports on les vit dans les
ruës affemblez par pelotons fe communiquer
les uns aux autres cette bonne nouvelle , &
s'en feliciter reciproquement : chacun croyoit
devoir à fon voifin des complimens für cer
heureux évenement , tant on étoit perfuadé
de l'interêt que chaque famille y prenoits
le mouvement de toute la Ville anonçoit la
naiffance du Dauphin à ceux qui n'en étoient
pas encore informez. La nuit qui fuivit , fe
paffa en réjouiffances d'autant plus finceres ,
qu'elles furent produites par un premier mouvement
qui ne part jamais que du fond da
coeur.
Animez de cette efprit , avec quelle impatience
nos Habitans n'attendirent - ils pas
le jour deftiné aux Réjouiffances publiques .
Il fut indiqué au Dimanche 9. Octobre ; mais
anten commença la folemnité dès le Samedi
au foir , par des Illuminations à toutes les
fenêtres , & par plufieurs Fêtes particulieres
diverfifiées felon le goût & l'inclination d'un
chacun . Dès que le jour parut , plufieurs Tambours
raffemblerent tout ce qu'il y avoit de
1. Vol. Dv jeunes
2834 MERCURE DE FRANCE .
jeunes gens dans la Ville , qui prirent les
armes & fe féparerent en deux troupes , l'une
d'Infanterie fe rangea fous le Drapeau de
la Ville , l'autre monta à cheval pour former
une Compagnie de Dragons . L'inégalité
du Terrain de Briançon demandant que
cette jeunefle fut dans un équipage propre à
mettre pied à terre au beſoin , il n'y eut d'émulation
entre ces deux troupes que celle
qui pouvoit tourner à l'avantage de la Féte ;
chacun de ceux qui la compofoient , ne fe piquant
de furpaffer fon compagnon que parla
propreté de fon ajuftement.
On avoit paré l'Hôtel de Ville de differens
Ecuffons entourez de Feftons & de Guirlandes
, avec les Armes du Roy , de la Reine
, de Monfeigneur le Dauphin , de la
Province de Dauphiné , & de la Ville. Au
bas on lifoit des Infcriptions Latines &
Françoifes. Voici celle qu'on lifoit fous les
Armes du Dauphiné , & qui étoit une Glofe
des mots Latins inferits au - deffus . On fait
parler cette Province :
C'eft de moi que tu prends ton nom, AUGUSTE
ENFANT
,
Je fuis fenfible à cette gloire.
Les preuves s'en verront quelque jour dans
l'Hiftoire ;
Mais elle ne pourra peindre que foiblement
Ce que pour toi m'inspire un tendre attachement.
A la Placé de l'Hôtel de Ville on avoit
dreffé une Fontaine de vin , ornée de differens
1
I. Vol. Symboles
DECEMBRE. 1729. 2835
Symboles de la Paix , avec les Armes de la
Ville , & ce Chronographe.
Le Prince qu'enfin l'EMpyrée ,
ACCorDe à nos tendres foVhalts ,
Vlent noVs anoncer Vne palx ,
Dont Il affVre la dVrée.
C'eft à cette fource que le peuple de la
Ville & de la Campagne venoit en foule
puifer une augmentation de joye qui fe manifeftoit
en cent façons raives & réjouiffantes
par leur varieté. On ne laiffa couler cette Fontaine
qu'après qu'on fe fut acquitté envers le
Tout-puillant des actions de graces qu'on lui
devoit ; c'eft ce qui fut fait le matin par une
Proceffion genérale , à laquelle affifterent les
Officiers de Juftice en Robes & les Confuls en
chaperons. M. de Verot , Lieutenant de Roi &
Commandant , y marcha entre le Chef de la
Juftice & le premier Conful , & y fut fuivi
des Officiers de la Garnifon , & d'un peuple
infini . On chanta une Meffe folemnelle , où
les Haut-bois & le Baffon du Régiment du
Maine fuppléerent à ce qui nous manquoit.
Après les Vêpres , les Confuls , précedes
des Haut bois & des Tambours , fe rendirent
chez M. de Verot , qui fe joignit à eux pour
venir à l'Eglife Paroifialle . La Compagnie
d'Infanterie Bourgeoife étoit en haye , & la
Compagnie de Dragons , en demi cercle fur
la Place
M. de Chaillol , Vice- Bailly du Briançonnois
, Chef de la Juftice , s'étoit déja rendu à
l'Eglife , à la tête du Corps du Bailliage &
des Avocats. On chanta le Te Deum avec
I. Vol. D vj
toute
2836 MERCURE DE FRANCE .
toute la folemnité poffible . Après le Te Deum ,
en alla en Proceffion au lieu préparé pour le
Feu ; je dis en Proceffion , l'ufage étant ici
dans ces fortes de Cerémonies , que le Curé
en chappe , précedé de la Croix & des Prêtres
, & fuivi du Lieutenant de Roi & c. fe
rende au lieu deftiné aux Feux de joye aufquels
il met le feu , conjointement avec le
Commandant de la Place , le Vice- Bailly &
les Confuls.
Le Bucher qu'on avoit élevé étoit renfermé
entre quatre Arbres , choifis parmi les plus
beaux & les plus élevés de nos fapins , pour
fervir de colomnes à un Château quarré , furmonté
d'une Tour donjonnée de trois autres ;
fur la principale de ces Tours , qui repréſentoit
les Armes de la Ville , on lifoit ces Vers:
Monument paffager de l'immortelle joye
Qu'inspire dans nos coeurs notre DAUPHIN naif-
Lant
De la flamme bientôt vous deviendrez la proye;
Mais notre amour pour lui n'en fera que plus
grand ,
It de vos cendres même il naîtra plus ardent.
Tout ce Bâtiment étoit rempli de Fufées &
d'autres Feux d'artifice . Quand ces Tours furent
embraſées , il en fortit comme une nuée
d'un feu étincelant , partagé par mille éclairs.
Après cela , on tira un grand nombre deFufées
, qui firent un très -bel effet ; mais le
plus furprenant fut celui de l'Artillerie. On
avoit rangé en Batterie , tant dans la Ville que
dans les Forts , plus de 80. pieces de Canon ,
dent on fit trois décharges . A chaque falve ,
I. Vol.
l'air
DECEMBRE. 1729. 2837
fair renfermé dans nos montagnes rendoit pas
fes differentes repercuffions , multipliées par
mille échos , un bruit qui auroit paru épou
ventable , fi la caufe en avoit été moins connuë
; ce bruit finiffoit par un mugiffement &
un bourdonnement qui étoient fans ceffe renouvellés
. On avoit profité de la difpofition
du terrain en Amphitheatre , pour y ranger
cinq Bataillons que nous avons ici ; ils firent
trois décharges ménagées avec art , enforte
qu'elles fe fuccederent prefque fans interruption.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que fi vous
aviez été témoin de ce fpectacle , vous con
viendriez qu'il ne cede en rien à tout ce que
les Artificiers de Paris peuvent inventer de
plus ingenieux .
On fe rendit enfuite à l'Hôtel de Ville , où
deux Tables de 30. Couverts chacune furent
fervies avec propreté & avec magnificence.
Les Conviés furent le Lieutenant de Roi ,
l'Etat Major, le Vice- Bailly & M M. de la Juftice
, les Confals & les principaux Bourgeois.
Plufieurs Particuliers avoient fait dreffer des
Tables bien garnies , pour y retenir ceux que
la curiofité attireroit dans les Ruës.
Madame de Maffia , Epoufe du Major de la
Place , avoit raffemblé les Dames chez elle ;
& après un Repas délicatement fervi , elles
allerent joindre les Meffieurs à l'Hôtel de Ville,
où il y eut un Bal qui dura jufqu'au jour ; les
Rafraîchiffemens de toute efpece y furent
prodigués. Le Peuple participa à cette Fête ga
lante , & paffa la nuit à danfer fur la Place de
l'Hôtel de Ville , au fon des Hautbois & des
Violons & c.
Les Réjoüiffances faites à Arles en Provence
I. Vol.
2838 MERCURE DE FRANGE .
ont été des plus magnifiques . Cette Ville n'a rien
oublié pour donner des preuves éclatantes de
l'amour refpectueux qu'elle a toujours eu pour
fon Roi. Feux d'artifice , Illuminations , Fontaines
de vin , Compagnies Bourgeoifes fous
les Armes , décharges & falves d'artillerie ,
Concerts , Bals , Feltins &c . tout a été employé.
Le Chevalier de R ... avoit pris foin
forner le Feu d'artifice , la Maifon de Ville ,
les Fontaines de vin , d'Infcriptions , d'Emblêmes
& Deviſes .
La nouvelle de l'heureufe Naiffance du Dauphin
arriva à Arles deux heures avant la premiere
affemblée de l'Academie de Mufique , qui
vient d'y être rétablie. M. de M.... y pronon .
ça un beau Difcours le même jour 8. Septembre
fur les avantages de la Mufique , fur fes agrémens
& fon utilité , remarquant que la Ville
d'Arles elt la premiere qui ait donné l'exemple
d'un pareil établiffement ; & venant enfuite
à l'évenement , l'Orateur s'exprime ainfi .
Sous quels plus heureux aufpices , Meffieurs
, pourions - nous entreprendre le rétabliffement
de notre Académie de Mufique ? La
France eft au comble de fes voeux ; le Ciel
verfe fur elle fes plus douces faveurs. Nous
n'ouvrirons la bouche que pour lui rendre des
actions de graces ; nos premiers foins feront
employés à chanter notre bonheur ; nos premier
Concerts ne retentiront que du nom de
ce cher Dauphin , de cet illuftre appui , de
ce digne rejetton du plus beau fang du monde
, dont les Peuples attendent leur felicité ,
& la France fa gloire & fon repos & c.
Cette Académie delibera qu'elle feroit fon
Ouverture par un Te Deum folemnel , & par
ane Fêre fixée au 9. Octobre. Le Corps de
I. Vol.
Ville
DFCEMBRE. 1729. 2839
Ville , prié d'y affifter , fe mit en marche vers
les 9. heures du matin , précedé des Trompettes
, des Tambours , des Violons & des
Hautbois , & d'une Compagnie Bourgeoife
fous les armes , & accompagné de tous les
Académiciens . En arrivant à l'Eglife des Cordeliers
, les Confuls furent faluez par une décharge
de 30. Boettes & par la Moufqueterie
de la Milice .
La Grand-Meffe , chantée par Ja Mufique,
commença auffi tôts à l'Elevation on fit une
feconde décharge , & en commençant le Te
Deum , une troifiéme de 60. Boëtes . Au lieu
de l'Amen du Te Deum , on chanta un Vivat
Rex, Regina & Delphinus à grand choeur,
qui dura plus d'un quart d'heure , & on fit
une quatrième décharge. Toute cette Mufique
, qui fut très applaudie , étoit de la compofition
de M. Clavis , Maître de Mufique de
' Académie. Les Confuls s'en retournerent
dans le même ordre qu'ils étoient venus , &
furent falués par une cinquiéme décharge.
La décoration de l'Eglife releva beaucoup
l'éclat de cette Fête. C'eft une grande Nef
nouvellement bâtie d'une pierre très -blanches
la Voute en arette eft foutenue par huit Pilliers
, ravalés en dedans , avec une espece de
confole en haut , dont la diftance de l'une à
l'autre , forme cinq Chapelles de chaque
côté ; l'Entablement qui regne tout autour
eft architravé l'Autel eft à la Romaine , avec
un Baldaquin ; le Choeur , qui eft derriere ,
étant un peu moins large que la Nef, forme
de chaque côté un petit avancement qui en
coupe l'Ordre compofite. Sur la Porte , eft
une Tribune qui occupe toute la largeur de
l'Eglife , où tous les Muficiens étoient placés.
1. Vol. A
1840 MERCURE DE FRANCE .
A la façade on avoit placé fur des toilettes
de velours les Armes du Dauphin , avec cette
Devife Semper florent , numquam marcefunt
. A côté droit étoient les Armes de la
Ville d'Arles , qui porte , d'Argent , au Lyon
d'Or accroupi , avec cette Devife : Ab irâ leonis.
A gauche , celles de l'Académie , qui
font d'argent à la Lyre d'azur , cordée de
gueule , accoftée entourée de trois Clefs de
la Mufique de Sable , mifes en pal ; Gre fol ,
au haut de la Lire ; C fol ut , & Fut fa , à
chaque côté pour Cimier deux Timbales , &
pour fupports des Trompettes , Flutes , Violons ,
Baffes , mifes en Trophées avec cette Devife.
Ut Relevet Miferum Fatum , Solitique Labores
Sileant , dont chaque mot commence par une
Note de la Mufique.
Au deffous des Armoiries du Dauphin étoit
cette Emblême : un Vaiffeau où paroiffoient
plufieurs Matelots étonnez , & un Dauphin
nâgeant au milieu de la Mer , portant ſur ſon
dos Arion , joüant du Luth , & pour ame ,
Delphinus erit falus.
Réjouiffez- vous , Doctes Fées ;
Dans ces heureux climats vous regnerez toùjours
:
Vos Amphions & vos Orphées ,
Sans ceffe y trouveront de glorieux fecours .
Comme on vit autrefois un Dauphin fecon
rable ,
Garantir Arion de cruels ennemis ;
Tel , le nouveau Dauphin à fes Ayeux femblable
,
Protegera vos Favoris.
I. Vol.
Autour
DECEMBRE . 1729. 2841
Autour du Portail , on lifoit cette Infcrip
tion , appliquée fur des fleurs & des Lauriers :
Ortu Delphini , latetur Gallia , ortu primo geniti
exultet Ecclefia.
On voyoit dans l'Eglife une triple Tenture
de Tapifleries, qui de la Corniche tomboit prefque
juiques fur les bafes des Pillaftres , & laiffoient
libre l'ouverture des Chapelles , dans
chacune defquelles étoient deux Luftres dorez
à 12. branches un vers le Ceintre & l'autre
plus bas , & fur l'Autel 30. Cierges de cire
blanche
Au milieu de l'Eglife étoient cinq Luftres
de criftal à douze branches. Le grand Autel
étoit décoré par une Piramide formée par des
Lampions & des bougies , laquelle étoit prefque
jufqu'à la voute , terminée par une Fleur
de Lys qui porteit une Croix . Aux deux côtez
de l'Autel étoient deux autres Piramides ,
auffi de Lampions & de bougies , qui s'éle
voient un peu moins haut que celles de l'Autel
, au haut defquelles étoit un Ange à ge
noux , tenant d'une main un Lys , & de l'autre
le bout d'un Rouleau qui paffoit au fommet
de la Croix , avec cette Infcription en
Lettres lumineufes. Super lilia eft fundata.
Au fond de l'Eglife , vis- à- vis l'Autel , étoit
un grand Dauphin , auffi formé par des Lampions
, entouré de cette Infcription : Fuit votum
, latitia eft , erit felicitas.
On voyoit au côté droit deux Dauphins ,
les Armes de France , & à gauche , celles de la
Reine , auffi formées par des Lampions. Au
bas de la Baluftrade de la Tribune on lifoit
cette Infcription auffi en Lampions , tirée du
Pleaume 150. Laudemus eum in Tympano &
Choro , laudemus eum in Chordis & Organo.
1. Vol. Suc
2842 MERCURE DE FRANCE .
Sur la Corniche à l'aplomb de chaque Pilier
étoit auffi un Dauphin en Lampions , autour
defquels on lifoit une Infcription differente .
Au premier à main droite.
1. Benignitate inter Aftra locatus.
2. Nofter virtutibus inter Deos erit.
3 Aftrum Gallia .
4. Dulces mittet in Fluxus .
5. Siderum , aquarum , terra , ornamentum.
6. Hominum amicus , gallorum amor ,
7. Propria virtute micat.
Au vis- à - vis ,
8. Semper ad alta.
Tout l'Entablement étoit rempli d'une
quantiré de flambeaux de cire blanche , qui
fembloient fortir des fleurs dont ils étoient cou➡
verts. Sur le Ceintre de chaque Chapelle ,
étoit une grande Fleur de Lys en Lampions ;
& fur chaque Pilier , à 1o. pieds de hauteurs
fçavoir au premier à main droite , le Portrait
du Roi & ces Vers.
Un Roi qui n'agira que pour sa propre gloire ,
Peut chercher dans la guerre une vaine grang
deur:
Moi, qui de mes Sujets veux faire le bonheur ,'
Méprifant des Lauriers acquis par la victoire ,
Je borne tous mes foins & mes plus chers foubaits
,
A les faire joüir d'une éternelle paix.
Vis-à-vis , celui de la Reine avec ces Vers.
Le fort m'a d'un Heros fait recevoir le jour ;
I. Vol. D'un
DECEMBRE. 1729. 2843
D'un autre mes vertus m'ont fait être l'Epeuſes
Mais d'un beau titre encor jalouse ,
Par mes foins & par mon amour ,
Le rendant égal à fon Pere ,
D'un troifiéme bientôt je deviendrai la Mere.
Au fecond Pilier , cette Emblême . La Paix
& l'Abondance fuivies d'un Dauphin Dulcia
omina.
France , tu ne pouvois douter de ton bonheur;
La Paix dans l'Europe aſſurée ,
Une abondance inesperée ,
Des Cieux t'affuroit la faveur ,
Et d'un Dauphin étoit les doux préfages :
Mais tu dois encor moins douter des
Avantages,
Qu'un jour il répandra ſur toi ,
L'abondance & la Paix annoncent un grand
Roi
Vis- à- vis , la Gloire femant des Lauriers,
Deficiunt Lauri.
J'ai couronné tant de Héros ,
Dont le Sang de Bourbon a parfemé la terre ,
Et dont les illuftres travaux ,
Se font fait admirer dans la Paix , dans la
Guerre ,
Qu'il ne me reste plus aujourd'hui de Laurier
Pour ce Dauphin donné par le Ciel à la France,
Qui , digne des Héros dont il a pris naiſſance ,
Un jour de leurs vertus doit être l'Heritier ,
1. Vol.
2844 MERCURE DE FRANCE .
Il forcera ma main de couronnerſa tête ,
Comme j'ai déja fait celle de fes Ayeuxé
Ainfi ma prévoyance apprête ,
Le prix qu'exigeront fes Exploits glorieux.
Au troifiéme , la Reine prefentant le Dauphin
au Roi. Noftrum eft edocere .
Nous devons partager le foin de fa grandeur :
Cher Prince , faites en un grand Roifur la terre
Aprenez - lui comment , fans vaincre dans la
guerre
Un Roi peut s'afſurer un immortel honneurs
Moi , j'oferai tenter une fainte entrepriſe ,
Je formerai fon coeur à la divine Loi ,
Je lui ferai voir qu'un grand Roi ,
Peut être en même temps fils aîné de l'Eglife.
Au vis - à- vis , le Cardinal de Fleury tenant
le Dauphin dans fes bras , & le prefentant à
Ia France . Votorum omnium fum compos. Et
pour explication ces Vers en Dialogue.
Le Cardinal de Fleury.
Dieu puiffant , de mès voeux tu fatisfais l'adeur.
L'Europe , par mes foins goute une Paix profonde
;
Un Roi , que j'ai , felon ton coeur ,
Formé pour le bonheur du Monde ,
Aux François de fes Loix fait chérir la douceuri
Tu lui donnes enfin un digne Succeffeur,
I. Vol. Et
DECEMBRE. 1729. 2845
Et par là tu remplis ma plus chere esperance ,
Puifqu'il ne manque rien au bonheur de la
France.
La France,
Je te reconnois aifement ,
Grand Miniftre , à ce doux langage :
Mais pour voir mon bonheur conftant ,
De toi j'espere un nouvel avantage.
Toi qui formas le Pere , éleve encorle Flss
C'est par là que mes voeux peuvent étre remplis,
Au quatrième , Monfeigneur le Dauphin ,
tenant l'Hiftoire de France dans ces mains,
Exemplaria quaro.
France , pour affurer ton bonheur &ta gloire ,
Je cherche dans ton Hiftoire ,
·Des modeles dignes de moi.
J'efpererois déja d'être ton plus grand Roi ,
Si les hautes vertus d'un Ayeul & d'un Pere a
Ne me montroient qu'envainj'efpere ;
Que de quelque beaufeu dont on puiſſe bruler ,
Vouloir les furpaſſer , c'est être témeraire ;
Et que c'est bien affez que de les égaler,
Vis- à- vis , la Renommée volant dans les
Airs . Implebit orbem gloria ejus .
Prince , pour annoncer ton heureuse Naissance ,
J'ai parcouru tout l'Univers ;
Mais un jour pour apprendre à cent Peuples
divers Les
1
2846 MERCURE DE FRANCE.
Les biens que tes vertus répandront fur la
France ,
Pour publier par tout ces exploits inoüis ,
Par qui tu foutiendras le grand nom de Louis ,
Et dont le nombre étonnera le monde ,
Tu me feras bien plus courir la Terre & l'Onde .
Tous ces Tableaux avoient des Bordures
formées par des Lampions.
A trois heures après midi on donna un
Concert au Peuple dans le Veftibule de l'Hôtel
de Ville , qui eft un des blus beaux morceaux
d'Architecture moderne qu'il y ait ; on
l'avoit fort bien orné , & tout vafte qu'il eft
il fe trouvoit encore trop petit pour contenir
tous les Curieux . On chanta les Prologues
de Phaeton & d'Amadis , une fuite d'Airs
& de Symphonies , tirées des meilleurs Opera,
qui pouvoient avoir rapport au fujet , & plufieurs
Chanfons & Vaudevilles , faits à cette
occafion . On finit par le Vivat qu'on avoit
chanté le matin.
Vers les fix heures , les Commiffaires de
Académie , accompagnez d'un grand nombre
l'Académiciens , & précedez des Trompettes,
Tambours , Hautbois , &c. & de la Compagnie
de Milice Bourgeoife , après avoir fait
le tour de la Ville en jettant des Dragées &
des Confitures aux Dames , & de l'argent au
Peuple, allerent allumer le Feu d'Artifice élevé
fur le Rhône. C'étoit un Rocher de
de hauteur , conftruit fur deux grands Bateaux
très-bas de bord & joints enfemble . Il étoit
illuminé par un grand nombre de Falots. Sur
ce Rocher s'élevoit une Piramide à neuf façes ,
moins large de deux pieds que le Roc , ce qui
I, Vol. · donnoit
12. pieds
DECEMBRE . 1729
2847
donnoit une idée du Mont Parnaffe, & l'eau qui
couloit autour défignoit le Permeffe . On voyoit
mille petits Génies qui tâchoient d'efcalader
le Mont . Ce Rocher prefentoit du côté de la
Ville , cette Infcription.
Cher Prince , ce n'eft point une flamme étrangere
,
Dont ce Bucher eft enflammé ;
C'eft de nos coeurs l'amour fincere ,
Par laquelle bien tôt il fera confumé ;
Et de la même ardeur dont tu vois qu'il s'enflamme
,
Pour ton augufte Sang toûjours brula notre ame.
Par cet amour nos coeurs feront toujours unis ;
Elle feule àjamais te les rendra ſoumis .
Au haut de la Piramide étoit Apollon , tenant
d'une main la Lyre , & de l'autre ces Vers.
Mes foeurs,préparons - nous à celebrer la gloire ,
Da Dauphin qui remplit les voeux de l'Univers
:
Et vous dont les travaux les talens divers ,
Ont fait graver vos noms au Temple de Mémoire
,
Uniffez en ce jour vos voix à nos Concerts,
Au milieu de chaque face de la Piramide ,
ily avoit des Groupes de Génies qui foutenoient
une Mufe defignée par fon attribut ,
qu'elle tenoit d'une main , & de l'autre une
Infcription à la louange du Dauphin , qui fembloit
répondre aux Vers d'Apollon. Chaque
I. Vol. face
2848 MERCURE DE FRANCE.
face étoit ornée de Guirlandes de fleurs , & on
y voyoit affis les plus grands hommes qui
ont excellé dans les Beaux Arts , couronnez
de Laurier , & défignez ou par le titre d'un
de leurs Ouvrages , on par quelque Inftrument
propre : Homere , par l'Iliade ; Corneille
par le Cid , &c. Les Angles de chaque face
étoient marquez par des Feftons de fleurs &
de Lauriers ; & au bas fur la faillie , on voyoit
les Armes du Roi , de la Reine , du Dauphin
, de France & Navarre , de Provence ,
d'Arles , de l'Academie , du Maréchal Duc de
Villars , Gouverneur de Provence , de M. Lebret
, Premier Prefident , Intendant de Provence
& Protecteur de l'Academie.
1
La premiere face prefentoit Euterpe , Mufe
de la Mufique , tenant d'une main la Flute &
de l'autre cette Infcription . Sa douceur égalera
celle de mes fons . Elle avoit à fa fuite
Amphion , Orphée , Lully , & c .
A la feconde face étoit Calliope , Mufe de la
Poëfie Heroïque , tenant d'une main la Trompette,
& de l'autre cette Infcription. C'est à
fon Regne qu'eft réservé de produire des Homeres.
Elle avoit à fa fuite Homere , Pindare,
Virgile , le Taffe , Malherbe , Boileau , &c.
A la troifieme paroiffoit Melpomene , Mufe
de la Tragedie , avec le Cothurne , & c. Son
Regne , auffi heureux que celui de fon Pere ,
ne me donnera rien de finiftre à chanter. Elle
étoit fuivie de Sophocle , Euripide , Corneille ,
Racine , & c.
A la quatrieme , Thalie , Mufe de la Comedie
, avec le Brodequin , & c . Son exemple
mieux que mes railleries , corrigera le vice . A
fa fuite A iftophane , Plaute , Terence , Moliere
, Renard , & c.
1. Vol A
DECEMBRE . 1729 284)
A la se. Erato , Mufe de la Poëfie Amoureufe
& Lyrique , tenant le Chalumeau , &c.
Quelles douces Poëfies vont benir fon Nom !
Suivie d'Anacreon , d'Ovide , de Catule, d'Ho
race, de Quinault , de Sapho , des Dames Deshoulieres
& de la Suze , de La Fontaine , & c.
A la 6. , Clio , Mufe de l'Hiftoire , tenant
un Livre : France , il fera un des plus beaux
ornemens de ton Hiftoire. Suivie d'Herodote ,
de Thucidide , de Tite-Live , de Mezeray , des
PP. Petau & Daniel & c. 7
A la 7. , Polymnie Mufe de l'Eloquence,
tenant le Caducée : Mon Art fera inutile pour
lui perfuader les vertus ; en naiffant il a toutes
celles de fon Pere & de fa Mere . Elle étoit
fuivie de Demofthene , de Ciceron , de Le
Maître , de Patrû , & c.
A la 8. Uranie , Mufe de l'Aftronomie ,
tenant une Lunette , &c. Par fes vertus ib
s'élevera jufqu'aux Cieux. Suivie de Zoroa
fire , d'Ariftote , de Defcartes , de Ptolomée ,
de Copernic , de Caffini , & c.
A la 9e. , Terpficore Mufe de la Danfe .
tenant des Caftagnettes : La felicité qu'il répandra
fur les Peuples , leur apprendra naturellement
mon Art . A fa fuite , des Faunes
des Nymphes , des Bergers , & c.
Les Commiffaires mirent le feu à un Dauphin
, qui d'abord entra dans l'eau , & qui
en reffortit rapidement , & alla au plus haut
de la Piramide enflamer Apollon , qui parut
tout en feu , & on lût en Caracteres de feu
l'Infcription qu'il tenoit : en même tems , les
Muficiens placés dans un Bateau, chanterent ,
à grand Choeur , les Vers d'Apollon. A peine
avoient- ils fini , que le feu prit par tout le
Mont parut embrafé , & toutes les Infcrip
1. Vel E tions
2850 MERCURE DE FRANCE.
tions parurent en Lettres de feu : On vit
ên même tems un nombre infini de Fufées
dont les unes s'élevant bien haut , faifoient
lire , en éclatant , cette Infcription : Sie micat
in Calis. D'autres , s'étendant horifontalement
, faifoient lire celle- ci : Sic micat in Terris.
D'autres enfin tomboient dans l'eau , en
reffortoient auffi - tôt , & donnoient à lire : Sic
micat in aquis. La plupart des petits Génies ,
prêts d'efcalader le Mont , tomboient dans
Feau , & éclatant en Fufées , donnoient à
lire : C'est le fort des téméraires.
Les Bateaux étoient amarrez de façon
qu'ils pouvoient tourner , afin qu'on pûr voir
toute la difpofition du feu , Pegaze porté par
des Tritons & des Dauphins , parut conduire
& faire tourner le Parnaffe. Pendant tout ce
tems , il partoit un nombre infini de Fufées
du Feu principal , dont les unes marquoient
diftinctement : Vive le Roi , d'autres , Vive
la Reine , d'autres : Vive le Dauphin , d'autres
enfin l'Academie de Mufique d'Arles.
:
Pour nouveau Spectacle , & auquel on ne
s'attendoit pas , on vit tout- à- coup paroître
Neptune , fur un Char tiré par des Tritons ,
il tenoit d'une main çes Vers :
Qui vient de mon Empire ainfi troubler
la Paix ?
De l'autre fon Trident , dont il porta un
coup fur le Mont , qui éclatant auffi - tôt en un
nombre infini de Fufées & de Bombes , difparut
entierement. Mais à peine Neptune
fut- il feul , qu'il parut un gros Dauphin ,
entouré de mille petits , tenant dans fes dents
Ce Vers.
1. Vol.
Moi
DECEMBRE. 1729. 2851
Moi feul je dois regner , fur la Terre &
fur l'Onde.
En même tems Neptune fe diffipa en Fu
fées & en Bombes. Le Dauphin refté feul ,
brula encore quelque moment , mais à fon
tour il éclata en Fufées & en Bombes , qui
retomberent en pluie d'or, au milieu de laquel
le on lifoit : Talia erunt dona. Une décharge
de Boètes & de Moufqueterie fe fit alors
entendre , ce qui termina ce beau Spectacle.
.
Les Academiciens fe retirerent dans leur
Salle , où fix Tables , de trente couverts chacune
, étoient preparées elles furent également
fervies : Il y en eût une feptieme , dans
une autre Salle pour les Muficiens & Symphonistes
de l'Academie. On bût les fantés
du Roi , de la Reine & du Dauphin ', qui
furent marquées par une décharge de 60.
Boëtes. Enfin un Bal qui dura jufqu'au jour ,
& où furent diſtribuées des Liqueurs, des Eaux
glacées & des Confitures en abondance , finit
cette Fête , qui affûrément eft une des plus
belles qui fe foyent données en Province
L'heureufe nouvelle de la naiffance du Dau
phin fut aportée à Tours par un Courier extraordinaire
, que S. A. S. M. le Comte de
Charolais, Gouverneur de cette Province , dépêcha
aux Maire & Echevins, Elle arriva le
5. Septembre à quatre heures après midi ;
& prefque auffi- tot on entendit le fon des
Cloches , l'Artillerie , & mille cris d'allegreffe
, qui firent retentir l'Air de toutes parts.
Le lendemain le bruit du Canon commença
la journée , qui fe paffa en de grandes Ré-
I. V
Eij jouiffahces ;
2852 MERCURE DE FRANCE .
joüiffances ; le foir on tira tous les Canons ,
& toutes les fenêtres furent illuminées . Pendant
la plus grande partie de la nuit le vin
Coula en abondance aux portes des perfonnes
de confideration ; l'Archevêque fe diftingua
d'une maniere particuliere , foit par l'illumination
brillante & bien entendue de fon Palais
& qui attira la curiofité de toute la
Ville , foit par l'abondance de vin qu'il eut
foin de faire diftribuer au Peuple.
>
1
Le 7. Septembre dès le grand marin , le
Canon annonça encore la Fête , les boutiques
furent fermées , & à fept heures du foir l'Artillerie
ayant recommencé à fe faire entendre ,
fervit de fignal pour les Feux & les Illuminations
qui avoient été ordonnés : Dès ce
moment la Ville parut toute en feu , chacun
s'empreffa à fe diftinguer , les gens en place
& de confideration par les Repas qu'ils donnerent,
par les Feux qu'ils firent allumer à leurs
portes , par les Illuminations brillantes dont
ils ornerent leurs maifons , & par la quan
tité de vin qu'ils firent diftribuer au Peuple ;
& le Peuple de fon côté , par des danſes &
par des jeux accompagnez de chants d'allegreffe
, & de cris réiterez de Vive le Roi.
Cette Fête n'étoit que le prélude de celles
que l'Hôtel de Ville méditoit , lorfque par
ordre du Roi le Te Deum feroit chanté : Ces
ordres arrivez , M. l'Archevêque indiqua là
cérémonie pour le Dimanche 18. Septembre.
Les Officiers de Ville avoient déja donné
tous les ordres neceffaires pour rendre la
Fête folemnelle & brillante : Elle commença
dès la veille à quatre heures après midi ,
par une Proceffion generale , à laquelle M.
Archevêque affifta . Cette Proceſſion étoit
I. Vel.
nombreuſe
DECEMBRE. 1729 2853
}
nombreuſe par un Clergé confiderable , par
les
Communautez Religieufes , & par les
Compagnies qui y affifterent. Les boutiques
furent fermées , & les rues tendues de Tapifferies
; une lefte Bourgeoifie fe mit fous
les Armes , & après la Proceffion on chan
ta un fort- beau Motet à la Cathedrale , &
il y eut une décharge de toute l'Artillerie.
La nuit fut troublée par une tempête mêlée
de vents impétueux , d'éclairs & de foudre.
& par une abondante pluie , dont on craignoit
la continuation : Mais Tours eut en
cette occafion le même bonheur que Rome ,
lors que Virgile fit ce fameux Distique.
Nocte pluit; tota redeunt fpectacula manè
Divifum imperium cum Jove Cafar habet.
Le jour ne parut que pour faire voir tous
les nuages diffipés , & un Ciel des plus fereins.
Cette belle journée commença par une des
charge de toute l'Artillerie , fuivie du bruit
des Tambours. Après que le Te Deum eût
été chanté en mufique , avec un Motet , douze
Compagnies
Bourgeoifes choifies entre les
plus leftes , & diftinguées entre elles par un
uniforme different , défilerent fur les cinq
heures du foir de la Place où elles avoient
été mifes en bataille ; & paffant devant la
porte de l'Eglife Cathedrale , les Officiers
de Ville , à la tête defquels étoit le Maire
marcherent avec elles jufques fur le Quay qui
borde la Riviere de Loire , où étoit dreffé le
Feu. Là , les Troupes fe pofterent au nombre
de 800. hommes , & formerent un grand cerde
, au milieu duquel étoit placé le Bucher :
1. Vol.
"
E iij. M ,
2834 MERCURE DE FRANCE.
M. I'Intendant qui avoit été invité à la céré
monie , alluma le Feu avec M. le Maire , au
bruit de toute l'Artillerie placée fur le Quay,
auquel il fut répondu pár plufieurs falves
de toutes les Troupes. Le Maire & les Offi
ciers de Ville furent enfuite reconduits à
l'Hôtel de Ville par les mêmes Troupes. Les
Illuminations recommencerent alors par toute
la Ville : Celle de l'Hôtel de Ville fur la plus
brillante & la plus applaudie. Un Feftin donne
dans cet Hôtel , auquel furent conviées les
perfonnes les plus diftinguées , remplit l'intervale
qui devoit être entre le Feu de joye
& le Feu d'artifice. Le Repas fini , pendant
lequel on fit couler pour le Peuple plufieurs
Fontaines de vin , on tira le Feu d'artifice.
Il étoit placé fur le Quay , peu éloigné de
l'endroit où avoit été allumé le Feu de joyes
on avoit choisi ce lieu comme le plus propre
par fa fituation , à former avec les avantages
des lieux circonvoifins , le fpectacle qui
avoit été concerté pour embellir la Fête. Le
fuccès pafla l'attente , jamais fpectacle plus
animé ne frappa les yeux ; comme il feroit difficile
de l'imaginer , il eft encore plus difficile
de le décrire. Ainfi finit cette journée ;
elle fut embellie par tant d'autres Scenes
differentes , qu'une relation qui doit avoir
fes bornes , ne fçauroit y fuffire : C'eft affez
de dire en general , qu'indépendamment de
la Fête publique , les Repas fur la Riviere
& dans les maifons , les Réjoüiffances & les
Illuminations particulieres , auroient été feu
les capables , par leur magnificence , de doner
à cette belle journée l'éclat d'une des
plus brillantes Fêtes. Plufieurs Particuliers
ont depuis marqué chaque jour par quelque
1. Vol. action
DECEMBRE. 1729. 2855
action éclatante ; les Communautez Religieu
fes en ont fait autant ; les Capucins , les Re
ligieux de Marmoutier & ceux de Grandmont
&c. Le Chapitre de faint Martin auroit bien
voulu donner de pareilles marques extérieures
de fa joye , mais l'Eglife & les Clochers
font fi peu propres à de femblables fpectacles
, qu'il a cru mieux faire en donnant
aux pauvres , comme il a fait , une aumône
plus confidérable que n'auroient été les frais
d'une Fête publique.
La grande nouvelle de la naiffance du
Dauphin , fur annoncée à la Ville de Montpellier
par plufieurs falves de Canon de la
Citadelle , qui furent à l'inftant fuivies des
acclamations de tout le Peuple. La Proceffion
generale en Action de grace , fe fit avec
grande pompe le Dimanche 25. Septembre au
matin. Le foir après les Vêpres ont chanta
le Te Deum avec grande mufique & fymphonie
dans l'Eglife Cathedrale , où M. TEvêque
Officia , au bruit de l'Artillerie , de.
la Moufqueterie des Troupes Suiffes , en ba
taille dans la Place , & de la Milice Bourgeoife
, bordant les Avenuës. Meffieurs d'Yvernis
Commandant , & de Bernage Inten
dant , accompagnez de la Nobleffe & des
Officiers de la Cour des Aydes , en Robes
rouges , les Treforiers de France , le Prefidial
& les Confuls y affifterent.
Le même jour le Feu d'artifice fut tiré
dans la Place du Peirou , où l'on avoit élevé
aux côtés de la Statue Equeftre de Louis
XIV. mais plus avancez , deux Temples
Exagones du Deftin & de la Félicité , de 4.
toifes de face fur s. d'élevation , d'ordre Io-
I. Vol.
E iiij nique ,
2856 MERCURE DE FRANCE.
nique , qui fe joignoient par une Courtine
de 9. toifes & demie de long , avec des
Colonnes , des Pilaftres , & des Paneaux
feints de Marbres , la Statue paroiffant au
milieu. Au Temple de la droite , il y avoit
pour Infcription : Delphino fuperis nato . Et
à l'autre , Felici Connubio. Ils étoient magnifiquement
ornés , élevés fur un focle ; les >
Pilaftres chargez de Trophées & des attri
buts convenables , entre des Colonnes ifolées.
Junon paroiffoit au Temple du Deftin , tenant
le Dauphin entre fes bras , & à côté
Diane fuivie de l'Aurore , l'Arc- en- Ciel audeffus
, & les douze Signes du Zodiaque fur
l'entablement , avec les heures , fe tenant par
des Feltons de Fleurs.
Le Temple de l'Hymen étoit couronné en
amortiffement , des Trophées caracteriſez , ›
avec des Amours , fe tenant auffi par des Feftons
, dont trois auprès de l'Hymen , marquoient
les trois jeunes Princeffes. &c.
Voici les douze Emblêmes qui regnoient
autour de ces deux Temples , dont le haug:
étoit terminé par une Renommée.
Un Soleil naiflant avec ces mots : Orbi furgit.
Une Aigle avec un Aiglón dáns fon Nid :
Sublimem fequar.
Un Grenadier avec une Fleur : Quot fructus
flos ille feret.
Une Aigle fixant le Soleil : Hæret in uno :
Deux Soleils & un Naiffant : Utrique nito
rem debeo .
Un Rofier & une Tige de Lys : Magis inde
nitent.
*
Un Arc- en- Ciel & un Soleil par- deffus : Sper
jubet effe ratas.
I. Vol .
Un:
DECEMBRE: 1729. 2857-
&
Un Vaiffeau guidé par l'Etoile Polaire : Hac
duce tutius ibit.
Une Tige de quatre Fleurs de Lys : Quam
multi crefcent alii..
Un Arbre avec un Rejetton & des Perfonnes
deffous : Otia certa facit.
Un Arbre & plufieurs Fruits : Oritur per
vincula fructus.
Un Arbre entrelaffé d'un fep de Vigne
Dives hoc foedere truncus .
A quelques pas de ces Temples & du Feu
d'artifice , paroiffoit un grand Bucher , ou
M. d'Yverny avec les Confuls vint mettre le
feu à 7. heures du foir , avec le même Concours
, & au bruit des Trompettes & des
Tambours. On tira d'abord les Fufées d'honneur
, & enfuite un nombre infini de differente
efpece , mêlées de Serpentaux & de
Bombes ; à cela fuccederent les Rouës , les
Soleils & Gerbes de feu pendant trois -quarts
d'heure que dura ce Spectacle , aux acclamations
de Vive le Roi , la Reine , & Monseigneur
le Dauphin , avec des Illuminations dans.
ces Temples & au dehors , pratiquées avec
art.
Cette Fête fut fuivie le même foir d'une aurte
fuperbe & éclatante , que donna Mr. de Ber- "
mage Intendant . Elle commença à dix heures ,
par un grand nombre de Fufées volantes , de
Boëtes & de Pots- à- Feu ; fon Hôtel & fon Jardin
étoient illuminez par de grands Flambeaux
de poing , fort près l'un de l'autre , regnant
tout autour. De la cour de fon Hôtel on
en avoit formé une Sale à manger de toifesi
de longueur , fur cinq toifes trois piés de
large , de forme octogone , embellie de plu
fieurs Luftres magnifiques ; dans les quatre :
Is Vol. Ev panss
2858 MERCURE DE FRANCE .
pans étoient quatre Bufets en niches , avec
Pilaftres en Mofaique , formez par des Lampions
, & quatre Vertus au- deffus . L'Architrave
étoit auffi formé par des lumieres ; de
forte que la Frife divifée fuivant la Décoration
, étoit ornée de Trophées de Mufique ,
& de Juftice ; l'entre-deux des Niches de
la premiere Face formoit un Portique , où
étoit placé le Portrait du Roi , orné de Plaques
argentées portant des Bougies ; l'autre côté
étoit de même avec le Portrait de la Reine ;
dans le milieu des Niches , fur le haut , paroiffoient
des Plaques dorées , & des Bougies
, avec les Armes du Roi , & de ces Plaques
partoient des Feftons de Fleurs tout - autour
faifant l'effet du monde le plus gracieux ;
au - deffus de la Corniche s'élevoit une Anfe
à Panier fort haute , qui formoit un Salon
à l'Italienne , au milieu duquel on avoit placé
une grande Table en Fer à Cheval de
foixante couverts ; cette Table fut fervie délicieufement
: On compte qu'il s'y bût dixfept
cent bouteilles d'excellent vin. Ce Feftin.
magnifique , quoi qu'interrompu & fort derangé
par la pluie , fut fuivi d'un Bal ; on
y danfa toutes fortes de nouvelles Danfes ,
les Mafcarades furent nombreuſes , & les
Colations de toutes fortes de Fruits , & de
Confitures , avec des Liqueurs , ne cefferent
point.
Le 4 Octobre la Cour des Aydes donna
une magnifique Fête , qui commença par le
Te Deum chanté en Mufique , fur les trois heures
, dans la Salle de l'Audience du Palais ,
qui eft une des plus belles du Royaume ,
dans laquelle on avoit élevé un Autel ; à côté
il y avoit une Eftrade fous un Dais pour
I. Vola
M.
DECEMBRE. 1729. 2859
M. l'Evêque . Cette augufte & nombreufe
Compagnie partit en Corps de l'Hôtel de
M. le premier Prefident Bon , pour ſe rendre
à la Grand Salle où le Te Deum fut chanté ;
M. l'Evêque fut reçu par deux Confeillers ;
il officia pontificalement au bruit des Timbales
, des Trompettes , & d'une grande
Symphonie . La pluye qui dérangea le Feu
d'artifice & les Décorations , fit remettre
l'exécution au lendemain ; mais tous les
Officiers de cette Cour ne manquerent pas
de fe trouver au magnifique Feftin que M.
le premier Prefident leur denna.
La Décoration de la Cour du Palais étoit
illuminée fplendidement , c'étoient quatre Piramides
polées dans l'angle d'un quarré long ;
le milieu de la porte du grand escalier étoit
orné d'un ordre Ionique avec fon Entablement
, un Attique deffus , fur lequel étoit
la Déeffe Junon tenant lé DAUPHIN entre
fes bras ; à droite étoit Flore qui lui préfentoit
une Couronne de Fleurs , & la France.
à la gauche qui lui préfentoit l'Ordre du
Saint Efprit , fur deux Corps avancez formant
deux ailes , où étoient pofées les 4.
Vertus par deux Groupes de deux Figures
chacune , pofées fur trois Colonnes , avec Entablement
de même ordre d'Architecture ;
cette Décoration des mieux imaginées , fut
illuminée par de grands Flambeaux de poing ,
& par un nombre infini de Lumieres : Après
le Repas , il y eut grand Bal dans la Salle
de l'Hôtel de M. Bon , illuminée richement.
*
Le Feu d'artifice fut tiré le se. fur les murailles
de la Ville , derriere le Palais , donnant
prefque fur la Place Royale du Peirou , fa
I. Vol. Evj fituation
2860 MERCURE DE FRANCE.
face par
Situation avantageufe y attira beaucoup de
monde , quoiqu'il ne fit pas beau ; on y avoit :
élevé le Palais d'Apollon de vingt toiles de
Colonnes ifolées , & entre les Colonnes
il y avoit des Statues qui repréfentoient
differentes Divinitez ; cet Edifice formoit
un grand Corps avec une Galerie
terminée par deux Corps d'Architecture Ionique
fur differens Plans , difpofez en Opsique
quantité de Bombes & de Boëtes
ouvrirenr ce Feu d'artifice , les Fufées volantes
y fuccedérent , & les Girandoles &
les Pompes- à-Feu firent un effet merveilleux..
La Ville de Nantes n'a pas été des dernieres
à donner des marques éclatantes de fon zele &
de fon amour refpectueux , pour le Roi , &
pour l'Etat , par des Illuminations & des Feux
d'artifices , des Feftins , des Fontaines de vin
ir le Peuple , des Bals , & autres Fêtes , où
ро
F'on a vu éclater les tranfports de la plus parfaite
alleg, effe, au Château de Nantes , à l'Hôzel
de Ville , à celui de la Monoye , à celui de
la Marine , à celui de la Compagnie des Indes,
ainfi que chez quantité de Particuliers . Dans
l'impoffibilité de pouvoir entrer dans un désail
fans trop s'étendre , on fe bornera à dire
feulement quelque chofe de l'Hôtel de la
Bourfe , de fon Illumination & du Feu d'artifice,
executé par les foins des Juges & Con---
fuls des Marchands de la Ville de Nantes.
Cet Hôtel à un feul étage , eft à l'Italienne ,
ifolé, & fitué près de la Riviere; il a 180. pieds
de longueur , für 66. de largeur ; deux façades
étoient illuminées. A celle qui regarde l'embouchure
de la Riviere , percée à chaque étage
de 8. grandes Croifées , on avoit formé &
fuivi , par le moyen des Lampions à l'étage >

1.Vol .
d'enDECEMBRE.
1729. 2861
d'en haut , l'ordre compofite. Les Croifées
étoient décorées de leurs bandeaux,& alternativement
on voyoit deux Pilaftres, couplés avec
leurs bafes & chapiteaux, ornés de Mofaïques ,
& couronnés de l'entablement du même ordre,
lequel étoit furmonté d'un Attique , terminé
par des Pots à feu , pofés de diftance en diftance.
Au milien de l'Attique étoit un Soleil de
12. pieds de Diamettre , auffi formé par des
Lampions , & accompagné de deux Dauphins
de 10. pieds de proportion ; la Frife étoit ornée
de Mofaiques ; au deffous regnoient les Archivoltes
des Croifées cintrées , qui tombant
fur leurs Impoftes , formoient autant de Portiques
qui fembloient fervir de foutien à tour
l'édifice. Sur les Clefs des Croifées , de même
que fur celles d'en haut, on avoit appliqué alternativement
des fleurs de Lis & des Hermines
; dans les intervales , à l'aplomb des Pilaftres
d'en haut , pendoient des ornemens
d'Architecture , d'un gout affez rare , & des ,
Feftons de verdure , qui tomboient de l'ouverture
de toutes les Croifées cintrées .
Les deux grandes Croifées de la façade du
côté du Nord , étoient accompagnées de fix
Pilaftres couplés , conformes à l'autre façade.
Toutes les Croifées de l'étage d'en haut de
ces deux façades , étoient remplies par des Tableaux
tranfparens de 12. pieds de hauteur
repréſentant des Figures fimboliques , à la
gloire du Roi , de la Reine , du Dauphin , auffi
bien que leurs Armes ; les Ceintres des Croifées
du deffous , étoient remplis de même, &
enrichis de Cartouches & de Guirlandes de
fleurs , qui renfermoient chacun fa Devife.
laquelle avoit rapport au Tableau .
Cette Illumination & ces Tableaux qui
1.Vole foneL
2862 MERCURE DE FRANCE.
font de l'invention du St Portail , firent un effet
admirable , & une furpriſe me veilleuſe de
voir en moins d'un demi quart d'heure , au
moyen des meches courantes , qu'on avoit attachées
à celles des Lampions , naître un
Palais enchanté , tel que l'imagination feule
peut le dépeindre.
Si les Fontaines de Vin qui coulerent de ce
Palais , y attirerent un prodigieux concours de
Peuple , la beauté du fpectacle y attira auffitout
ce qui fe trouva de perfonnes les plus notables.
Tous les balcons & les fenêtres des
environs qui étoient auffi illuminez , en furent
remplis. La Place de la Bourfe & les
Quais furent entierement couverts de monde.
Beaucoup de gens étoient dans des Bateaux
au milieu de la Riviere,dans laquelle ils eurent
l'agrément de voir , par la reflection de la lumiere
, le mêine objet multiplié plufieurs fois.
L'artillerie qu'on tira par intervalles pendant
tour le jour , fut le fignal qui fit partir
de la Plate-forme du Bâtiment , l'artifice qu'on
y avoit préparé. On vit en ce moment des
Gerbes , des Berceaux , des Jets d'eau , & des
Tourbillons enflammés , que les Fufées volantes
, les Serpenteaux , les Roues & autres Artifices
ne ceffoient de tracer en l'air , le tout
au bruit des Trompettes & des Hautbois , qui
étoient de tems en tems relevés par les Fifres
& les Tambours .
La premiere Croifée de la grande façade repreféntoit
la Valeur,fous la figure d'un Hercule
terraffant un Lion , avec ces paroles tirées d'un
Pleaume : Dominare in medio inimicorum tuerum.
Au Tableau de deffous un Soleil entouré
d'épais nuages qu'il commence à diffiper ; &
pourame , ces paroles : Obftantia folver. A la fe-
I Vol.
conde
DECEMBRE . 1729. 2863
conde Croifée , la Juftice , fous la figure d'une
femme majestueufement,vêtue tenant de la main
gauche une balance dans ton équilibre , & de
'autre une épée nuë , avec ces paroles tirées
auffi d'un Pleaume : Judicabit populos in aqui
Fauche
tate .
Le Tableau au deffous , avoit pour Corps ,
un Zodiaque , cu fe voyoient les Signes de la
Vierge , de la Balance , & la Conftellation du
Dauphin , & pour ames ces paroles : Audies
Aftream docilis .Le jour heureux de la Naiffance
du Dauphin , qui fe trouve fous les Signes
de la Vierge & de la Balance , doit faire préfumer
qu'il écoutera toujours la voix & les leçons
de Themis , comme les écouta autrefois
ce Prince Egyptien nommé Delphin , qui pour
cela merita d'être placé au Ciel auprès d'elle.
A la Croifée , l'Ecu des Armes du Roi &
de la Reine , avec ce cri de joye : Vivat Lodaix,
vivatque Maria. A la Croifée du deffous ,
deux Rivieres qui fe joignent , & ces paroles .
Junctio noftra beat. A la 4e Croifée, la fecondité,
repréſentée par une jeune femme couronnée
de Chenneviere , tenant près de fon fein un
nid de Chardonnerets , & ayant d'un côté à
fes pieds des Lapins , & de l'autre des Pouffins,
& ces paroles d'un Pleaume , Potens in terra
erit femen ejus. Le Tableau du deffous avoit
pour Corps , un tendre Grenadier , où l'on
voyoit quatre jeunes Grenades fans couronne,
& accompagnées de fleurs , & pour ame :
Promittitque altera dona. A la je Croifée
l'Efperance , vêtuë de verd , couronnée de
fleurs , alaitant un petit Amour , avec un Ancre
à fes pieds , & ces paroles : Similifque patrific
crefcet alumnus . Audeffous , une jeune
Ente , in tempore fructus. A la de Croifée ,
L..Vol.
·
les
2864 MERCURE DE FRANCE.
les Armes du Dauphin , avec ce cri de joye :
Vivat Borbonio de fanguine Delphin. Et au deffous
, une jeune branche de Laurier fur lefommet
d'un tronc , : Triumphali è ftipite furgit.
A la 7e Croifée étoit l'Abondance , qui tenoit
embraffée d'une main une Corne d'A--
bondance , & qui de ,l'autre répandoit des
fleurs & des fruits : Aurea facula condet.
Au deffous , deux Fufées qui fe croifoient en
partant , Aureus fuccedet imber. La 8e & derniere
Croifée repréfentoit les beaux Arts &
le commerce fous la figure de Mercure , avec
fes attributs . On y lifoit : Reftituet Commercia
Artes : Et au deffous , Arion fauvé par le
Dauphin , Haud Mufa immemores.
Le 1er Tableau de la petite façade repréfentoit
les Armes de la Province de Bretagne
avec ces paroles : Tanto fub Rege beata . La Devife
au- deffous , une Hermine , avec ces paroles
: Potius mori quàm fadari . Pour exprimer
que lesBretons préfereroientla mortà la moin-"
dre foüillure d'infidelité. Au ze Tableau , les
Armes de la Ville ; un Navire au chef d'Hermines
, avec ces paroles In bello vincit , in
pace ditat. Le même Navire voguant à pleines
Voiles , un Soleil lumineux paroiffant au Ciel ,
avec ces paroles : Faveas & tutior ibo .
A peine la nouvelle de l'heureufe Naiffance.
de Monfeigneur le Dauphin fut répandue dans
le Royaume , que le premier Magiftrat de la
Ville d'Andufe en Languedoc , à la tête des
plus notables Habitans , fit éclater fon zele , &
la joye la plus vive . Il fe forma auffi - tôt quatre
Compagnies , deux de Cavalerie , & deux
d'Infanterie très nombreuſes , de ce qu'il y
eur de plus diftingués Habitans , tous en habits
1 Vol. uni.
DECEMBRE. 1729. 2865
uniformes , fort propres , & fur tout ceux des
Officiers par leur magnificence. Ces Troupes
avec Tambours , Hautbois , Trompettes ,
Timbales , Drapeaux & Etendarts , richement
décorés , étoient des plus leftes .
Le 9. Octobre , le Te Deum , precedé d'une
Proceffion generale , fur chanté dans l'Eglife
Paroiffiale , par un grand nombre d'Ecclefiaf
tiques , accompagné d'une très belle Simphonie
, aubruit de plufieurs décharges de Mouf
queterie, des quatres Compagnies , & de toutes
celles de la Garnifon , en bataille fur la
Place de l'Eglife , le refte du jour on fit couler
au Peuple plufieurs Fontaines de l'excellent
vin de cette même Ville , & cela , par les mêmes
Tuyaux qui donnoient & donnent actuellement
de l'eau jaliflante . Le foir , on tira um
très beau Feu d'artifice , orné de plufieurs devifes
& Emblêmes , au faîte duquel il y avoit un
grand Soleil à deux faces , illuminé avec autant
d'art que de gout , qui fut fuivi d'une infinité
de décharges des mêmes Troupes , &
des acclamations contiuuelles de Vive le Roi,
Vive la Reine , & Monfeigneur le Dauphin;
& enfuite , d'un Repas des plus fplendides, de
90. Couverts, que Mrs de Ville donnerent où il
n'y avoit rien à defirer pour la profufion& pour
la délicateffe. Le Marquis d'Andufe les Of
ficiers de la Garnifon , & plufieurs étrangers
de diftinction furent priez à ce fouper. Les
Capitaines des quatre Compagnies , donnerent
auffi un beau repas à leur Troupe , & à plufieurs
Etrangers. Après le fouper il y eut un
grand Bal chez le Marquis d'Andufe , où les
Dames avoient foupé. On ne dit rien des
Illuminations , qui furent generales , des plus
belles , & en plufieurs maiſons des mieux en
tenduës.
I. Vol
La
2866 MERCURE DE FRANCE.
LA CHAMBRE DES ELUS GENERAUX de
Bourgogne , à Dijon , qui ne tient fes Scéances
qu'en certains temps de l'année , pour les
Impofitions & autres affaires de la Province ,
n'étant pas affemblée lorfque l'on appris la
nouvelle de la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin , celebra le 3e Novembre un fi heureux
événement , avec la décence convenable
aux Etats de Bourgogne , repréfentez par les
Elûs Generaux.
Sur la principale porte du Palais des Etats ,
cette Infcription annonçoit le fujet & le jour
de la Fête.
Nato Delphino ,
Qmnium Ordinum Burgundia
Adminiftri
Gaudium & obfequium offerebant
Plaudentibus populis.
Die III. Novembris MDCC. XXIX
A cinq heures du matin , un Boeuf d'une
groffeur prodigieufe , orné de Guirlandes de
fleurs , ayant les cornes dorées , fut conduit à
la Place Royale , au bruit des Trompettes &
des Tambours , tué fur le champ & mis en
broche , deſtiné à nourrir un grand nombre de
Pauvres pendant ce jour ; il étoit rempli de
moutons & de dindes , ſa cuiſine étoit une enceinte
de charpente de quarante pieds en quarré
, fortifié par des murs des deux côtés , afin
de foutenir cet animal dans l'équilibre , & qu'il
pût non feulement rôtir avec précaution , mais
encore être vû de tout le Peuple , qui fut extrêmement
amufé & fatisfait de la nouveauté
de ce fpectacle.
Sur les deux heures après midi ,les Directeurs
de l'Aumôme generale , conduifirent en bonerdre
les Pauvres de la Ville , qui font hors
1. Vel.
d'état
DECEMBRE . 1729 1867
d'état de gagner leur vie , au nombre de cing
cens , à la principale porte du Palais des Etats,
ils reçurent en cet endroit une diftribution de
viande , un pain , & une pinte de vin chacun.
On fit enfuite une femblable aumôme aux Prifoniers
de la Conciergerie & de la Ville.
Il feroit difficile d'exprimer le fuccès de
ce spectacle , encore plus édifiant qu'agréa- ,
ble. L'air retentiffoit des benedictions que
ces pauvres gens donnoient aux Perfonnes
du Roi , de la Reine , de Monfeigneurle
Dauphin , & à M. le Duc , Gouverneur de la
Province.
Sur les cinq heures du foir les Elûs Generaux
s'aflemblerent au Palais des Etats , dans
la Chambre où le tiennent leurs Sceances ordinaires
, afin de fe rendre au Te Deum , qui
devoit être chanté en la Sainte Chapelle , &
peu après partirent en cette ordre pour s'y
rendre ; ils étoient précedez de la Compagnie
franche, faifant partie de la Garniſon du Châ
teau de Dijon , au nombre de cent hommes
leurs Officiers à leur tête ; cette Compagnie fit
une double haie , depuis la porte du Palais des
Etats , jufqu'a celle de la Sainte Chapelle.
Enfuite le Grand Prevôt & toute la Ma
réchauffée. }
Les Gardes du Gouvernement , ayant un
Officier à leur tête.
Les Huiffiers des Etats portant leurs Ba➡
guettes.
L'Elû du Clergé , & Celui de la Nobleffe
Deux Députez de la Chambre des Comptes
ayant entrée en celle des Elûs .
L'El du Roi & le Maire de la Ville de
Dijon. L'Elû du Tiers- Etat étoit abfent.
Les deux Secretaires des Etats. Le Tréforier
I. Vol. Les
2868 MERCURE DE FRANCE:
Les Confeillers . Les Syndics . Les Greffiers .
L'Eglife de la Sainte Chapelle étoit éclairée
de Girandoles à chaque Pillier, faites en forme
de couronnes , portant une grande quantité de
bougies, toutes pofées fur le même niveau , qui
formoientune décoration fimple , mais noble
& d'un gout nouveau. Vis - à- vis les arcades
qui font entre chaque pillier , il y avoit un
Luftre de criftal , & cet ordre regnoit également
dans la Nef & dans le Choeur.
?
Le Te Deum , fut executé par l'Académie
de Mufique ; il dura une heure & demie &
après les Prieres d'ufage en pareil cas ; la Com÷
pagnie retourna dans le même ordre au Palais
des Etats , & fe fépara.
La pluye qui furvint , ne permit pas qu'on'
tirât le Feu d'artifice. Il fut remis au lende-'
main , & le jour finit par un fouper chez M.
l'Abbé de Perigny , Elû du Clergé , où la Compagnie
fe rendit , & auquel les Chefs des Cours
Superieures , & les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville furent invitées.
Le lendemain, à fix heures du foir , les Elûs
Generaux affemblez dans la Chambre de leurs
Scéances , monterent au Palais des Etats , &
tout le trouvant difpofé pour tirer le Feu d'ar
tifice : la Place Royale étoit décorée de la ma
miere ſuivante.
Le deffein de l'Illumination fuivoit princi
palement l'ordre d'Architecture de cette Place;
chaque Portique revêtu de fon Archivolte, por
toit un double rang de Lampions ; chaque clef
des Portiques étoit figurée par une piramide
deLampions; ces Archivoltes étoient peintes en
marbre de differentes couleurs , & fe réunilfoient
fur les focles des Portiques , avec leur
ontinuité d'un double rang de Lampions.
i
lyVol. Tout
DECEMBRE 1729. 1729. 2869
Tout le cordon étoit garni de Lampions
efpacez de pied en pied.
Sur la Baluftrade , qui fait le couronnement
de l'Architecture de laPlace ,étoient élevées des
piramides de lumiere , de quatre pieds de large
& de fix de hauteurs dans les Trumeaux
des arcades , entre chacune des Archivoltes
étoient placez des quadres octogones de quatre
pieds de diamettre , figurez par des Lampions
, chacune des colomnes du Palais des
Etats étoit garnie de cinq montans de Lampions
efpacez de pied en pied. LesChapiteaux,
PArchitrave , & leurs ornemens figurez de la
même maniere. Les Pentes du Frontispice
étoient pareillement ornées de Lampions , pofez
de pied en pied , de même que les Trophées
qui font fur le frontifpice , avec une
fymétrie réguliere .
Du côté du Palais des Etats , les deux murs
paralleles de la porte de fer , furent ornez de
à une diftance proportionnée
, & tout cet emplacement illuminé depuis
le focle jufqu'aux corniches , de quatre
lignes de Lampions. La porte de la Maiſon
du Roi , d'une même Architecture que celle
des Etats , étoit illuminée de la même maniere.
La Tour de la Maifon du Roi , qui forme une
grande terraffe , élevée de 230 pieds , portoit
fur l'appui de fa baluftrade un grand nombre
de pots de gaudrons, faifant une flame très -élevée
, & toute la baluftrade étoit figurée par
des Lampions. Les quatre pilliers du Portail
de la Sainte Chapelle étoient garnis de litteaux
à double rang , & tous les angles fail-
Jans & rentrans , de 30 pieds de haut , garnis
de Lampions , pofez de pied en pied . Il y avoit
une Archivolte fur la porte de l'Eglife, faifang
Te Voli
Pilaftres & dequad de
Un
1
2870 MERCURE DE FRANCE.
un même ceintre , garni d'un double rang de
Pots à feu , pofez à une même diftance .
En quatre endroits également eſpacez du
Piedestal de la Figure Equeftre de Louis
le Grand, il y avoit quatre Fontaines de vin
pofées fur quatre chevalets élevez de 12.
pieds.
L'Illumination étant dans fa perfection , le
Feu d'artifice fut tiré : il étoit placé dans toute
la circonference de la Place Royale fur la
baluftrade ; entre chaque piramide il y avoit
un caiffon de fufées à baguettes & de grenades,
lefquelles partant vis- à- vis l'une de l'autre ,
formoient des Arcs de feu , qui furent fouvent
répetés , & qui n'étoient interrompus que par
des artifices de toute efpece , & par des Fufées
extraordinaires , d'où fortoit un grand
nombre d'étoiles , de lances de feu & de Dauphins.
Ce Feu dura près d'une heure ;
cette Fête finit fans aucun defordre ni accident
, & excita l'admiration & l'applaudiffement
de tous les Spectateurs.
Le 25. Septembre , le Te Deum fut folemnellement
chanté à deux choeurs dans l'Eglife
de l'Abbaye de Cluni par les Religieux &
par le Clergé Seculier & Regulier qui s'étoit
rendu dans le Choeur de la même Eglife , où
affifterent les Maire & Echevins en Robbe , &
douze Confeillers de la Ville & autres perfonnes
notables. Une Compagnie de Milice Bourgeoife
qui étoit fous les armes dans la premiere
Cour de l'Abbaye , entra dans l'Eglife,
& forma trois colomnes , chacune de 4. de
hauteur. La tête de celle du milieu refta à la
Porte du Choeur ; les deux autres parvinrent
aux deux côtez du Maître - Autel , & après
J. Vol.
avoir
DECEMBRE . 1729. 2871
.
avoir fait une décharge à la fin de l'Exaudiat,
toute cette Troupe défila fur 3 , colomnes
Tambour battant ; & étant fortis de l'Eglife
ils entrerent dans l'Abbaye , firent le tour du
Cloître , & vinrent fe mettre en bataille dans
la Cour des Hôtelleries , où ils firent une feconde
décharge , & poferent leurs armes pour
une alte , des Tables étant difpofées pour les
Rafraîchiffemens qu'on leur donna. On fervit
aux Officiers , de même qu'au Corps de Ville,
une grande colation dans la Salle des Hôtelle
ries. Après quoi , on reprit les armes , & on fe
mit en marche , Dom Prieur & le Corps de
Ville à la tête , qui , arrivés au lieu où étoit
le bucher y mirent le feu avec les Cerémonies
ordinaires , au bruit des Boëtes & de la
Moufqueterie. Dom Prieur fut enfuite reconduit
dans le même ordre à l'Abbaye , où l'on
fit une quatrième décharge. Et le 29. du même
mois , on tira un très - beau Feu d'artifice,
vis- à- vis le Palais Abbatial , où on lifoit Vive
le Dauphin en Lettres de feu, Il dura
plus d'une demie heure , jettant continuelle
ment une pluye très-éclatante , fans parler
des Pots- à - feu, des Serpenteaux , des Dragons
volans , des Soleils , & plus de 400. des plus
belles Fufées, Sur une belle Nappe - d'eau , dans
le Jardin des Religieux , on avoit dreffé une
efpece de Piramide de lumieres , du haut de
laquelle fortoient des bouillons & des cafcades
de feu en étoiles & en dauphins qui entroient
dans l'eau , & qui en reffortoient d'une
maniere auffi furprenante qu'agréable.

Le Corps des Marchands de la Ville de Toulouze
s'eft fignalé par des Réjoüiffances trèséclatantes
, quoique le mauvais tems ait plu-
I. Vol.
Geurs
2872 MERCURE DE FRANCE .
9
feurs fois interrompu & dérangé la Fête , qui
fut annoncée dès le matin , le 13. du mois
dernier par plufieurs décharges de la Moufqueterie
& des Coulevrines de l'Hôtel de Ville.
On s'étoit affemblé dans la Maiſon commune,
dite la Bourfe , d'où le Corps des Marchands
partit vers les 10. heures , les Prieurs & Confuls
à la tête , précédé de la Compagnie des
Soldats de la Ville , des Hautbois , Tambours
Timbales & Trompettes. Ils affifterent à une
grande Meffe chantée en Mufique dans l'Eglife
des Jacobins , très -bien illuminée & ornée.
Le Te Deum fut chanté l'après midi fur les
4. heures avec la même folemnité & le
même ordre , & le foir il y eut un grand
repas à la Bourfe , où les principaux Négocians
furent invités . Une Fontaine de vin coula
pour le Peuple à la Porte de cet Hôtel , magnifiquement
illuminé ; on y voyoit fept Piramides
de lumieres aux Armes du Roi , de
la Reine & du Dauphin , des Tableaux tranfparens
& c. Le 29. Novembre , l'Illumination
du Pont & le Feu d'artifice qu'on y avoit
élevé , furent executés avec un très - grand
fuccès . On avoit formé aux Tours du Pont
deux grandes Piramides de lumieres , furmontées
d'un Globe. Deux fuites de pareils Globes
lumineux regnoient fur toute la longueur
du Pont , & faifoient avec le refte de l'Illumination
un effet admirable , qu'on voyait
de plus de 4. lieuës.
1. Vol.
LETRRE
DECEMBRE . 1729. 2873
LETTRE de M. Defvalmeux de Vernonnet
, écrite le 13. Septembre 17 29 .
à Mille Dorvilliers , fur les Logagryphes,
Qus voulez donc abfolument , Ma
V deuolelle , que je vous écrive mon
fentiment fur les Logogryphes ; il faut
vous fatisfaire . Depuis qu'on a commencé
à faire paroître ces efpeces d'Enigmes
dans les Journaux , l'on s'eft bientrompé
fur la veritable façon de les compofer.
Le Logogryphe doit être fait fur
un mot Subftantif , duquel on peut tirer
d'autres mots , foit en le divifant fans
tranfpofitions , foit en retranchant une
ou plufieurs Lettres ; car autrement , ce
n'eft qu'un cas d'Anagrammes , comme
je vois louvent ; enforte qu'il eft prefque
impoffible de rencontrer jufte , quand
même on y travailleroit avec beaucoup:
d'application ; par exemple, quelles tranf
pofitions de Lettres ne voit on pas dans
Archet & dans Poulet ; l'Auteur enigma-'
tife hardiment dans le premier Thrace ,
Tache , Carte & c. dans l'autre on y voit
Toul , Lot , Loup , Loupe & quantité d'autres
Anagrammes ; ne fe préfente- t'il past
une autre difficulté , quand on nous pro
J.Vol F робо
2874 MERCURE DE FRANCE.
pole de trouver une herbe dans Charme?
je m'imagine que c'eft Ache , mais point
du tout , l'Auteur prétend y mettre Maches
enforte que mon explication n'eſt
point trouvée bonne . Il me femble done
que pour faire un bon Logogryphe ,. il
ne faut aucune tranfpofition de Lettres
ni des mots à double fignification , टे
moins que l'on ne s'en explique dans le
corps de l'Enigme.
Je ne vois rien de mieux , par exem→
ple ,, que Cornette ; vous trouvez tout de
Luite Cor , Corne & Cornet; l'on enigmatile
Cornette de femme & Cornette de Cas
valenie , Cor de chaffe & Cor aux pieds
Cornet à bouquin & Cornet d'écritoire & c.
Croix qui vient de paroître dans le Mercure
d'Août , eft encore bien , puiſqu'en
êtant deux bouts refte Roi. Il y a tant
d'autres mots qui peuvent convenir ainfi :
Je ne puis approuver ceux qui d'un é
voyelle font un é confonne , ce que j'ai
remarqué dans plufieurs occafions.
Voilà , Mademoifelle , ce que je penfe,
fur ces petits Ouvrages ; mais il feroit à
fouhaiter que M " les faifeurs de Logogryphes
entraffent dans ce gout , nous aurions
plus de plaifir à lire & à expliques
ces fortes d'Enigmes . Si vous jugez à
propos d'envoyer ma: Lettre à Mercure ,!
comme elle ne tend qu'à la perfection.de
1. Vol NOTAPArt
DECEMBRE. 1729 2875
PArt Logogryphique , je fuis perfuadé
qu'il voudra bien la rendre publique , &
je fouhaite de tout mon coeur que l'on
profite d'un avis qui ne peut être que
très agréable aux Lecteurs. J'ai Phonneur
& c .
XXXXXXX. ***
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Verdun
, le 13. Août 1729. pår M. L. G.
à D. L. O. S. an fujet d'un larein litteraire.
C
E n'eſt point feulement à la Cour,
que l'on s'approprie les Ouvrages
d'autrui , c'eft aufli dans les Villes
où l'on a découvert ces larcins litteraires
faits fur P'Abbé Cotin , que le trou - i
vent des perfonnes dans le cas d'être reprifes
pour le même fait . Oui , Meffieurs,
c'est à Vernon même où je rencontre une
Plagiaire de l'Enigme des Bas , que je
donnai au Public au mois d'Octobre 1717.
dans le Journal de Verdun , & je n'ai pas
été peu furpris de la voir paroître fous le
nom de Mlle de Bellefont , dans le
premier Volume du Mercure de Juin dernier
. L'avis que l'on y donne fur pareil
fujet dans le 2. Volume , m'a déterminé
à envoyer le Sonnet fuivant fur le
mêmes rimes de cette Enigane ; j'efpere
1. Vol
Fij qu'on
2896 MERCURE DE FRANCE
voudra bien en faire ufage , afin de rendre
à Cefar ce qui appartient à Cefar. Je parle
à la Demoiselle .
Votre veine n'a pas fait naître
L'Enigme des Bas , Jeune Iris ;
Vos doigts habiles & polis
A d'autres ont pâ donner l'Etres
Mais pour ceux- ci , je fuis leur Maitre;
A vous le fard , le coloris ,
Si vous avez des Favoris ,
C'est le vrai moyen de paroître.
Les Voleurs ont dans les Priſons
Leur domicile , & nous tenons
Qu'ils devroient y paffer leur vie .
Je ne vous y condamne pas ,.
Quoique vous ayez pris les baş
Que Tirfis a faits pour Sylvie.
ENIG ME.
IL eftdans l'Univers une beauté cachée ,
Que l'on a peine à découvrir ;
de Vol. Ella
DECEMBRE 1719. 2877
Elle brille en fecret , & ne veut point s'ouvrir
Qu'à celui qui l'a recherchée..
Quel eft donc cet objet ? je ne fçaurois mentir,
C'est un Singe dans la nature ;
C'eft un corps tout efprit , une noble figure ,
Qui plaît & qui ſe fait ſentir.
Un habile Enchanteur qui calme les tem
pêtes,
Appaiſe le couroux des Dieux ,
Et qui par les effets d'un Art ingénieux ,
Fait parler fagement les bêtes, 3
- Il rappelle les morts à la clarté du jour ,
Détache du Ciel une Etoile ;
Au plus brillant Soleil oppofe un fombre voiles
Et précipite fon retour.
Le pouvoir de fon Pere eft plus grand fur la
Terre ;
Tantôt il le change en ruiffeau ,
Tantôt en Moucheron , en Abeille , en Chameau
,
Et puis le rend clair comme un verre.i
Il a comme un Serpent des replis tortueux;
Par lui les Rochers , les Fontaines
1. Vol. Fiij
M
Son
1878 MERCURE DE FRANCE:
Sont confidens fecrets des plaifirs & des peines
Que fon deftin eft glorieux ! -
Toi qui te picque en vain de fçavoir tour
comprendre ,
A travers cette obfcurité ,
Sous de fauffes couleurs vois- tu la verité ?
Le mafque eft fait pour te furprendre.
LOGOGRYPHE.
Compofé de cinq caracteres ,
Mon nom pris de plufieurs manieres
Eft faint , augufte & précieux ;
Je regne fur la terre, ainfi que dans les Cieux
Et dans un autre fens de plus près je t'appro
che ,
Car quelquefois , Lecteur , je me trouve en ta
poche ;
Si tu retranches maintenant
Les deux parts d'après ma premiere
Tu trouveras incontinent
Une fleur , ma marque ordinaire ;
Me coupant tête & queue , alors on trouvera
A l'Hymen chofe neceffaire.
Ma feconde de moins , ainsi que ma derniere
Je fuis Pronom , nec plus ultra.
Mad. Marguillier.
I. Vol.
Bâton
DECEMBRE. 1729. 2879
Bâton & Belier font les mots de l'Enig
me, & du Logogryphe du Mercure de
Novembre .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , ¹& c.
ISSERTATION SUR LE GUY
D Remede (pecifique pour la cure des
maladies convulfives , iife au jour pour
le bien public , par M. Colbaich , Mem
bre du College de Medecine de Londres,
traduite de l'Anglois par M. H. D. S
A Paris , rue S. Jacques , chez Laifnel,
1729. brochure in- 12 .
b
ENTRETIENS PHYSIQUES d'Arifti
& d'Eudoxe , ou Phyfique nouvelle en
Dialogues , qui renferme précisément ce
qui s'eft découvert de plas curieux & de
plus utile dans la nature , enrichis do
beaucoup de figures. Par le Pere Regnault,
de la Compagnie de Jelus. A Paris ,
Place de Cambrai , chez Thibout, 1729 .
3. vol. in- 12 .
L'ITALIA LIBERATA DA GOTI
Fiijj di I. Vol.
2880 MERCURE DE FRANCE:
di Giangiorgio Triffino , riveduta e cor
retta per l'Abbate Antonini. A Paris , rue
S. Jacques &c. chez Cavelier , Henry ,
Cailleau , Brunet 1729. 2. vol. in- 8 .
LA CONVERSION DE L'ANGLETERRE
AU
CHRISTIANISME , comparée avec
fa prétendue réformation . Ouvrage traduir
de l'Anglois par le R. P. Niceron ,
Barnabite , rue S. Jacques , chez Briaf
fon 1719. in- 8 . de 444. pages & une
Préface.
NOUVELLE METHODE très courte
& très-facile pour apprendre aux enfans
les premiers principes de la Langue Latine
& de la Poëfie. A Paris , chez Robert
Marc d'Expilly , rue S. Jacques , à
la vieille Pofte, 1730. Vol. in 8. petit papier
, de 161. pg. prix deux Livres reliés.
) 27
a
La Méthode Latine de Port- Royal &
toutes les meilleures en ce genre ont fervi
à compofer celle qu'on publie aujour
d'hui On en a tiré furtout ce qui a paru
le plus propre à accourcir le chemin de
la Latinité , & on fe flatte d'y avoir réuffi .
ORDONNANCES DES Rois D3
FRANCE , de la troifiéme Race , recueil-
Lies par ordre Chronologique , avec des
1. Vol ren-E
DECEMBRE. 1729 288 :
renvois des unes aux autres , des Sommaires
& des Obfervations fur le Texte.
SECOND VOLUME , contenant les Or→
donnances du Roi Philippe de Valois &
celles du Roi Jean jufqu'au commencement
de l'année 1355. par feu M. de Lauriere
, ancien Avocat au Parlement ; &
deux Suppléments , des Tables , & l'Eloge
de M.de Lauriere , par M. Denis - Francois
Secouffe , Avocat en Parlement , de l'A
cadémie Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres. A Paris , de l'Imprimerie Royale
1729.
Le premier Volume de cette nouvelle
compilation des Ordonnances à été auffi
imprimé au Louvre , & publié en 1723 .
par feu M. de Lauriere. Il comprend les.
Ordonnances des Rois de France , depuis
Hugues Capet jufqu'à la mort de Charles
le Bel , arrivée en 1327.
M. de Lauriere avoit pouffé le 2. vol .:
jufqu'à la fin de la quatrième année du
Regne du Roi Jean , en 1354. lorſqu'il
mourut le 9. Janvier 1728. âgé de 68.,
ans 5. mois & so . jours , étant né à Paris
le 31. Juillet 1659.
M. Secouffe ayant été nommé par le
Roi pour continuer ce Recueil , a mis ce
2. Volume en état de paroître ; en y adjoûtant
deux Supplements , des Tables &
une Préface qui eft fuivie d'un Eloge de
I. Vol. Fy M.
2882 MERCURE DE FRANCE.
M. de Lauriere , où l'on trouve un de
tail affez étendu & un Jugement fur les
Ouvrages de ce fçavant Avocat , qui
avoit fait une étude profonde du Droit
François , en remontant jufqu'aux fources.
Le 3. Volume eft préfentement fous
preffe , & il y a lieu d'efperer qu'il pa
Foitra dans le cours de l'année 1731.
LE PARADIS PERDU de Milton ,
Poëme Heroïque , traduit de l'Anglois ,
avec les Remarques de M. Addiffon . Se
conde Edition , revûë & corrigée . A Paris
, Quai des Auguftins , au Palais
rue S. Jacques , chez Cailleau , Brunet
fils , Bordelet & Henry . 1729. 3. vol .
in- 12.
Quoique Milton n'ait compofé ce Poë--
me que dans un âge fort avancé , il ne
laiffe pas d'avoir tout le feu de la plus.
brillante jeuneffe ; & l'on n'y reconnoît
la vieilleffe de l'Auteur qu'à la vafte érudition
dont il eft plein ; érudition qui nepeut
être que le fruit d'une longue lecture.
Il eft furprenant que malgré les élo
ges que M. Addiffon a pris foin de prodiguer
en faveur de la plume dont il eftparti
, il n'ait été traduit en François que
foixante ans après la premiere Edition
ch Anglois. Nous ne pouvons donner
I. Vol. une
DECEMBRE. 1719 2883
une plus forte idée des éloges , que par
ce Vers que le Panegirifte met à la tête
de fes fçavantes Remarques :
Cedite Romani Scriptores , cedite Graii.
M. Addiffon femble dégrader le gout
de fa Nation , puifque Milton eut de la
peine à trouver quinze livres fterlings dé
fon Manufcrit ; il y a quelque apparence
que le Libraire qui l'acheta l'avoit fait
examiner par des Connoiffeurs , avant
que d'en offrir une fomme fi modiques
Les deux Editions: qu'on en a faites en
France, ont fait beaucoup de bruit,mais lo
Public , dont il a excité la curiofité , fo
trouve fi partagé dans le jugement qu'il
en porte , qu'on ne peut bonnement affu
zer s'il doit être mis au nombre des bons
ou des mauvais Ouvrages ; tout ce qui
réfulte des diverfes opinions des Lecteurs ,
c'eft que ce Poëme fi recommandable par
lefeu de l'imagination , devient prefque pitoyable
, felon quelques-uns , par le peu de
raifon qu'on y trouve . Quoiqu'il en foit ,
voici un court argument des matieres qui
font traitées , divifées en douze Livres.
Y
Livre I
Après la formule ordinaire , d'expofi
tion & d'invocation , Milton commence
fa narration par une terrible, image de
F vj Satan ~ 1. Vol.
2884 MERCURE DE FRANCE:
Satan & de tous les Adherants , précipitez
dans les Enfers , Satan harangue les Légions
foudroyées , fur leur fituation prefente
; le Confeil Infernal s'affemble.
Livre II.
Aprês plufieurs differentes propofitions,
le réſultat de ce Confeil eft qu'on ne
hazardera pas une feconde bataille contre
le Vainqueur ; mais qu'on tâchera de
découvrir un nouveau Monde qui doit
avoir été créé , pour s'en mettre en poffeffion
& pour contrifter Dieu , en lui
enlevant les nouveaux Sujets qu'il a choifis
pour remplacer ceux qu'il vient de
bannir du Ciel. Satan fe charge d'aller
faire cette, découverte. Le Poëte décrit
poëtique nent les périls qu'il furmonte
pour arriver à ce nouveau Monde..
Livre III.
L'incurfion de Satan n'échappë pas
aux yeux de l'Eternel. Il affemble fons
Confeil Celefte il prédit qu'Adam fuccombera
à la tentation de Satan ; il déclare
qu'il lui fera grace , pourvû qu'il fe
trouve un Réparateur digne d'expier le
crime de fa defobéïffance ; le Verbe Eternel
s'offre pour cette expiation ; fon Pere
l'accepte. Les Anges , les Archanges &
toutes les Puiffances du Ciel chantent des
I. Vol. Hymnes
DECEMBRE. . 1729. 2885
Hymnes à la gloire du Pere & du Fils.
Satan transformé en Efprit lumineux
trompe les yeux de l'Ange Uriel ;
& après avoir appris de lui la demeure
de l'homme que Dieu a créé , il s'y tranfporte.
Livre IV.
Satan eft faifi d'envie & de rage à la
vûe du Jardin d'Eden ; il fe transforme
en divers genres d'animaux pour entendre
les difcours d'Adam & d'Eve ; il apprend
qu'il leur eft deffendu , fur peine
de la vie , de manger du fruit de l'arbre
de Science de bien & de mal , & c'eſt
fur cette découverte qu'il fonde leur ruines
Uriel l'ayant reconnu à fes tranfports de
rage , en avertit Gabriel : ce Chef de la.
Garde Angelique en fait faire d'exactes.
perquisitions. On le trouve fous la forme
d'un Crapaud , couché fous l'oreille
d'Eve . On le conduit auprès
Gabriel ; un Signe qu'il voit dans le Ciel
L'oblige à difparoître.
Livre V. & VI.
de
Eve raconte à Adam un fonge terriblet
qu'elle a fait. Dieu députe Raphaëi vers
Adam pour l'avertir de fe tenir fur fes.
gardes contre fon ennemi. Pour lui faire
comprendre combien cet ennemi eft re-
I. Vol. doutable
3886 MERCURE DE FRANCE
doutable ; il lui conte tout ce qui s'eft
paffé depuis la révolte jufqu'à fon châtiinent
, dans lequel tous fes complices ont
été enveloppez ; il l'excite à l'obéiffance
qu'il doit à fon Créateur..
Livre V11.
Raphaël raconte à Adam la Créationdu
Monde , dont le foin , dit l'Auteur ,
fut commis au Meffie. Les Efprits Celeftes
celebrent ce grand ouvrage de fix
jours , & le Verbe Créateur remonte au
Ciel , fuivi de fon brillant cortege .
Livre VIII.
Adam après plufieurs queftions qu'il
fait à Raphaël fur les mouvemens celeftes
, inftruit à fon tour cet Archange,
comment après fa création il fut tranfporté
par Dieu même dans le Jardin d'Eden.
Il lui apprend fon entretien avec le
Créateur , la demande qu'il lui fit d'une
compagne , & fes tranfports quand il l'eut
obtenue. Raphaël en prend occafion de
l'exhorter à la reconnoiffance , & le retire.
Livre IX.
Satan après avoir parcouru toute la
terre , revient dans le Paradis Terreftre ;
il s'infinue dans le corps d'un Serpent ,
& fous cette nouvelle forme il tente Eve .
1. Vol. Il
DECEMBRE. 1729. 2887
la féduit par l'ambition de fe rendre
égale à Dieu , en mangeant du fruit deffendu
, elle fuccombé à la tentation , &
après avoir mangé de ce fruit fatal , elle
invite Adam à l'imiter. Adam la fatisfait
par complaifance ; ils fe livrent d'abord à
la joye ; mais après un fommeil peu tranquile
, ils én viennent aux reproches , &
s'appercevant de leur nudité , ils vont fe
cacher dans le fond des bois.
Livre X.
Le Meffie eft envoyé fur la terre , pour
prononcer l'Arreft de mort contre Adam
& Eve. Il les habille avec des peaux & remonte
au Ciel . Le péché & la mort préfentent
la victoire de Satan , ils conftruifent
un pont de communication entre les Enfers
& la Terre pour aller prendre poffef
fion de leur nouvel empire. Satan redef
cend dans les Enfers ; il eft changé en ferpent
auffi- bien que tous ceux qui l'ont fuivi
dans fa revolte . Adam pleure amerement
fon crime ; il repouffe Eve qui veur
le confoler . Elle fe livre au defefpoir &
propofe à Adam des moyens violens qu'il
n'accepte pas. Il s'appaile enfin , & tous.
deux ils implorent la Mifericorde divine .
Livre XI. & XII.
Le Meffie intercede pour Adam & Eve
I. Vol. il
2888 MERCURE DE FRANCE:
préfente leurs prieres à fon Pere , qui les
cxauce ; mais en attendant que les tems
de leur rédemption foient arrivez , il ordonne
à Michel de les aller chaffer du Paradis
terreftre. L'Archange exécute les ordres
du Pere Eternel ; il en adoucit l'amertume
autant qu'il lui eft poffible : il revele
à Adam tout ce qui doit le paffer dans
le monde , jufqu'au fecond avenement du
Melfie. Adam & Eve en reçoivent quelque
confolation ; Michel les met hors du
Paradis terreftre , à leur grand regret.
Voilà à peu près toute l'oeconomie du
Poëme du Paradis perdu de Milton . Nous
avons omis dans cet Extrait tout ce qui
nous a paru étranger au fujet & furtout l'abus
éternel que l'Auteur y fait de la Fable,
ce qui emporte les deux tiers de l'Ouvra
ge.
On vend depuis peu , chez la veuve De-
Laulne, rue S. Jacques , Le Gras , au Palais ,
& la veuve Pifft , Quai de Conty , une
Differtation critique fur le Paradis perdu
de Milton , vol. in - 12 . de 226. pages fans
l'Epitre Cet Ouvrage , dont M. Conftantin
de Magny , Docteur aggregé en Droir,
& Avocat , eft l'Auteur ; eft du goût des
Connoiffeurs : On n'en peut donner une
plus jufte idée qu'en raportant ici les dernieres
pages par où il finit.
La
DECEMBRE. 1729. 2889
La liberté de la Poëfie afourni des Heros
à Milton ; car il en eft de tous les genres. H
en a encore tiré des caractères neufs fon
Satan , fon Meloc , fon Belial , fon Mammone,
& fon Belzebuth , font des perſonnages
à remplir dignement un Poëme épique.
Il les afait parler d'une maniere parfaitement
convenable à leurs differentes paffions ;
mais il ne les a pas fait agir de même. Le
feul Saran a foutenu le caractére, fous lequel
il nous l'a peint pour les autres , il les a
Laiffez dans une oifiveré puerile ; il les a occupez
à des jeux tout à fait éloignez du
vraisemblable , & ces montagnes du Confeil
infernal n'ont enfanté que des Souris
Le Meffie , qui devrait être le principal
Héros de ce Poëme n'a ce caractere de
grandeur que dans ce qui eft étranger , ou
du moins anterieur à l'action que le Poëte
s'eft propofée pour objet. C'est lui qui précipite
les Anges rebelles dans les abîmes du
Cabos ; mais quand il s'agit de l'homme , il
nefait d'autre office que celui d'Interceffeur,
de Médiateur& de Redempteur , caracté
res pacifiques qui ne prétent pas infiniment
àla Poëfic.
'
Pour les Anges qui font chargez de veil-"
ler àlafureté d'Adam , Milton les fait acquiter
de cetemploi d'une maniere fi pitoiable,
qu'ils fe trouvent enfin les dupes de Sa
LAN
Le's
1890 MERCURE DE FRANCE .
Les caractères les plus intereffans de ce
Poëme , font fans contredit ceux d'Adam &
d'Eve dans l'état d'innocence. Comme Milton
les a pris hors de la Sphère de la natu
rè corrompue , il ne lui a pas été difficile de
les rendre neufs à nos yeux , & il peut ſe
vanter d'en avoir été le Créateur.

Rien de plus ingénieux dans fon Poëme ;
que la feduction du ferpent , rien de plus
vraisemblable que l'effet qu'elle produit fur
l'efprit d'une femme , qui croit que la défen-
Se qu'on lui a faite n'a tendu qu'à l'empê
cher de devenir plus parfaite.
Les fonctions que Milton fait remplir à
Raphaël & à Michel n'ont rien de frap..
pant. Le premier donne des confeils qui ne
fontpasfuivis ; le dernier execute un Arrêt,
qui n'a pas befoin de ce grand appareil qui
l'accompagne ; tout le tems qu'il demeure
dans le Jardin d'Eden , fepaffe en narraz
tions.
نم
Quant à ce qui concerne les Perfonnages
epifodiques , tels que le Péché , la Mort,
le Cabos , il faut qu'ils foient bien défectueux
, puifque M. Addiſfon lui- même eft
forcé de les condamner.
1
Par tout ce que je viens de remarquer ,
on voit bien que le Poëme du Paradis perdu
ne mérite ni tout le bien , ni tout le mal qu'on
en a dit. En effet, on ne peut refuser à Milton
ce beau feu poëtique qui entraîne le Lecteur
DECEMBRE. 17295 2898
teur, malgré qu'il en ait ; mais auffi on ne
peut lui accorder cette raison qui doit regler
Auteur , s'il vent , que la réflexion confir
me dans l'efprit de fon Lecteur le fuffrage
que la premiere apprehenfion a furpris. It
auroit été àfouhaiter pour la perfection de
ce poëme , que Milton n'eût pas étéfi rem
pli de ceux d'Homere & de Virgile ; il n'au
roit pasfait un fi grand abus de la Fable
& ne fe feroit pas dégradé dans l'efprit defes
Juges par cet infoutenable mélange , qu'il
fait prefque à chaque page, duprofane avec
le facré.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres , avec un Catalogue raifonné de
Leurs Ouvrages , Tome VII. de 408. pa➡
ges fans les Tables . A Paris , chez Briaf
fon , rue S. Jacques , à la Science. 17 29.
Les Sçavans , dont les Vies compofene
ce 7.volume des Memoires du P. Niceron
,font
CHARLES ANCILLON, GEORGE Buchanan .
DAVID ANCILLON .
GASPAR BARTHIUS .
GODEFROY BIDLOO
ANTO NE BY NEUS .
THOMAS CAMPANEL
CLAUDE BOURDELIN JEAN DOMINIQUE
CLAUDE BOURDELIN ,
fils.
LA.
CASSINI .
ANDRE DUCHESNE,
FRANÇOIS BOURDELIN, PAUL COLOMIE'S .
JACQUES BRATELLI. BERNARDIN CORIO
I. Vol NI2892
MERCURE DE FRANCE:
NICOLAS LE FEVRE.
FREDERIC TREZZI
PHILIPPE GUADAGNO
LI.
ADRIEN JUNIUS.
BERNARD JUSTINIANi
.
CHKE TIEN LUPUS.
JEAN MABILLON.
FRANÇOIS DE MAL
HERBE.
DE MOTTEVILLE
JEAN FRANÇOIs Ni
CERON .
GODEFROY OLEARIUS.
FRANÇOIS PAGI .
GEORGE PASQUIUS.
AUGUSTIN PATRIZI.
CAIUS PLINIUS SE
CUNDUS.
J. POMPONIUS LATUS,
PIERRA REGIS.
JACQUES MARSOLIER . CHARLES DE S EVREGEORGE
MERULA, MOND.
FRANÇOISE BERTAULT GEORGE WOLCANG.
Nous nous contenterons de rapporter
ici ce qui regarde la Vie & les Ouvrages
de Paul Colomiés.
Paul Colomies , nâquit à la Rochelle
de Jean Colomiés , Médecin de cette Ville.
On ne fçait point au jufte le temps de fa
Naiffance , perfonne n'a pris foin de nous
en inftruire.
Il employa fort bien fa jeuneffe , & alla
à Saumur étudier la Langue Hébraïque
fous le Sçavant Louis Cappel.
"
Le defir de connoître les Sçavans , lui
fit parcourir la France ; il vint à Paris en
1664. & y vit tout ce qu'il y avoit alors
de plus fameux dans la République des
Lettres.
Il fit en Hollande connoiffance avec
Ifaac Voffius , qui fut dans la fuite fon
1. Vol. Patron
DECEMBRE . 1729
2893
Patron , & dont il loue fouvent la géné
rofité & la bienveillance à fon égard. Il fe
retira après en Angleterre. Bayle croit que
ce fut pour fuivre Voffius , qui avoit été
fait Chanoine de Windfor.
Lorfqu'on établit à Londres une Eglife
Françoife reformée , dont M. Allix fur
Miniftre, Colomiés y eut une place de Lecteur
, qu'il quitta quelque tems après pour
être Bibliothequaire de Guillaume San
croft Archevêque de Cantorbery .
Il perdit cet Employ en 1691. lorfque
cet Archevêque ayant refufé de prêter ferment
de fidelité au Roy Guillaume & à la
Reine Marie , fut dépouillé de fa dignité ;
On lui en propofa alors un autre femblable
chés le Duc de Holftein - Gottorp , & il ,
l'accepta; mais avant qu'il allât en prendre
poffeffion , il fut attaqué d'une maladie
dont il mourut à Londres le 13. Janvier
1692 .
Colomiés n'étoit pas de ces Sçavans ,
qui, par la pénétration de leur génie , font
de nouvelles découvertes : fon talent étoit
de profiter de fes lectures , & de mettre à
part plufieurs choſes fingulieres , aufquelles
la plupart des Lecteurs ne prennent
pas garde , & qu'ils font ravis de trouver.
quand quelqu'un les a ramaffées . Il fçavoit
difcerner parfaitement les bons livres d'avec
les mauvais , & découvrir ce qu'il y a
L. Vol do
2894 MERCURE DE FRANCE.
de plus curieux dans la Litterature . Ses
Livres font remplis de mille bonnes chofes
, mais l'ordre y manque .
CATALOGUE DE SES OUVRAGES.
1. Gallia Orientalis , five Gallorum ;
qui Linguam Hebraicam , vel alias Orien
tales- excoluerunt vita , variis hinc inde
præfidiis adornate , Hage Comit. 1665,
in- 4º. pp. 272. Item , dans l'Edition de
toutes fes Oeuvres, Hambourg 1709 , in -4 °.
Il avoit commencé cet Ouvrage à la Rochelle
, &l'avoit continu pendant fes voya
ges. Ille finit en Hollande , où il fe trouva
en 1665. Quoiqu'il y foit parlé d'un
grand nombre de Sçavans , on pourroit
cépendant l'augmenter de beaucoup ; &
Colomiés avoit deffein de le faire , mais la
mort l'en a empêché. On ne fçait pourquoi
il n'a fait aucune mention d'Ifaac
Cafaubon , qu'il fçavoit bien être très - habile
dans les Langues Hébraïque & Arabe,
Cette omiffion lui a été bien reprochée .Les
Vies font fort courtes , auffi paroît- il que
l'Auteur s'eft plutôt propofé de ramaffer
les Eloges qui ont été faits en differens Livres
des François, qui ont fçû les Langues
Orientales , que de rapporter les particularités
de leur vie . Au refte on peut dire
que ce font d'excellens matériaux , qui
pourroient être d'un grand ufage à ceux
I. Vol.
qui
DECEMBRE . 1729 2895
qui entreprendroient une Bibliothéque
univerfelle des Ecrivains de France.
2. Opufcula. Parif. 1668 , in- 12 . Item ,
Ultrajecti 1669. in - 12 . Item , Amftelodami
1700. in- 1 2. Item , dans le Recueil
de Hambourg. Les Piéces contenues dans
ces Opufcules , font 1 ° . KEIMHAIA
Litteraria. 2. Recueil de particularités.
Fabricius & Morhof , prétendent qu'on y
trouve bien des fauffetés. 3 ° . Clavis Epiftolarum
Scaligeri , Cafauboni , Salmafii,
& aliorum. 4°. Note ad Quintilianum..
- 3. Epigrammes & Madrigaux. La Rochelle
1668. in- 12 . Ce petit Recueil ne
Le trouve point dans celui de Hambourg.
4. Remarques fur les feconds Scaligera .
na. Groningue 1669. in - 12 . Item , avec
celles de M. le Févre à Cologne , ou plutôr
Amsterdam 1695. in- 8 °.
s. La vie du P. Jacques Sirmond , la
Rochelle 167 1. in- 12 . Il avoit deffein de
la donner fort augmentée ; mais il ne l'a
pas inferée dans le Recueil de Hambourg,
6. Exhortation de Tertullien aux Martyrs,
traduite en François . La Rochelle 1673 ..
Elle n'aft point dans le Recueil de Ham
bourg.
}
7. Rome Proteftante , ou Témoignages
de plufieurs Catholiques Romains , enfaweur
de la créance & de la pratique des
Proteffans. Landres puplutôt Rouen 1 675.
I, Vol. in- se.
2896 MERCURE DE FRANCE,
in- 8°. Item , dans le Recueil.
8. Mélanges hiftoriques . Orange 1675,
in-12. Item , Utrecht 1692. in- 12 . Item
fous le titre de Colomefiana , dans le mê,
lange curieux des meilleures Piéces attri
buées à M. de S. Evremond , avec quelques
Notes de M. des Maizeaux . Item ,
dans le Recueil. C'eft un Recueil de pluhieurs
petits traits fçavans , agréables &
particuliers , qui regardent l'Hiftoire , &
furtout les Lettres & les Sçavans .
9. Obfervationes Sacra Amftelodami
1679. in- 1 2. Item , fecunda Editio auctior
& emendatior , Londini 1689. in- 12 ,
avecles Paralipomena de Scriptoribus Ecclefiafticis
. Item , dans le Recueil . Ce font
des Remarques fur quelques Paffages de
PEcriture , & fur la maniere de les traduire.
Fabricius prétend qu'il y donne.
trop à la Critique , qu'il y favorife trop
la Verfion des Septante , & qu'il y eſt
peu orthodoxe fur le Dogme du Baptême
des enfans.
10. Theologorum Prefbyterianorum Icon ,
ex Proteftantium fcriptis ad vivum expref-
(a 1682. in- 12. Item , dans le Recueil.
Colomiés montre dans ce petit Ouvrage
que felon les Proteftans mêmes , il y a
bien des chofes à reprendre dans la prétendue
Réforme.
11. Parallele de la pratique de l'Eglife
1. Vol₂
AB
DECEMBRE . 1729. 2897
$
ancienne , & de celle des Proteftans de
France dans l'exercice de leur Religion ,
1682. in- 12 . Item , dans le Recueil. Ce
Parallele eft une oppofition parfaite en
24. Points confiderables entre l'ancienne
Eglife & les Proteftans. L'Auteur le fit
beaucoup d'ennemis par ces deux Ouvrages
, & fe vit en butte aux invectives des
Réformez , aufquelles il ne voulut jamais
répondre , pour ne s'en point attirer de
nouvelles.
12. Bibliotheque choifie. La Rochelle
1682. in- 12 . Item , Amfterdam , 1699 .
in- 12 . avec des augmentations . Item
dans le Recueil , l'Auteur y parle d'une
centaine de Livres.
13. Ad Gulielmi Cave Chartophylacem
Ecclefiafticum Paralipomena. Accedit de
fcriptis Photii Differtatio , & Paffio S. Vice
toris Maffilienfis , Londini 1686. in- 8 .
Item , Lipfie 1687. in 8. avec le Char
tophylax . Item , Editio IV. prioribus longè.
auctior & emendatior. Londini 1689. ine
12. avec les Obfervationes Sacra. Item¿
dans le Recueil de Hambourg.
14. Lettre à M. Juftel , touchant l' Hif
toire Critique du Vieux Teftament du
P. Simon , jointe à l'Appendix du Rom
ponius Mela d'Ifaac Voffius . Londres
1686. in-4. Item , dans le Recueil. Quoique
le P. Simon dans la Préface de fon
I. Vol G Hil
2898 MERCURE DE FRANCE.
Hiftoire Critique , eut traité Colomies
de faifeur de petits Livrets, où il n'est par
lé prefque d'autre chofe que du grand
Voffius , Colomniés affure qu'il a écrit
cette Lettre , moins pour refuter le P. Simon
, que pour illuftrer fon Ouvrage.
15. S. Clementis Epiftola dua ad Corinthios
Interpretibus Patricio Junio Gottifredo
Vendelino , & Joh. Bap . Cotelerio .
recenfuit & Notarum Spicilegium adjecit
P. Colomefius. Accedit Th. Brunonis, Canonici
windeforienfis Differtatio de Therapeatis
Philonis. His fubnexa funt Epiftola
aliquot fingulares , vel nunc primum Edite
, velnon ita facilè obvia. Londini 1681 .
in 3.
16. Lettres de la Reine de Suede 1687 .
in- 12. Elles ne font pas dans le Recüeil.
17. Gerardi Joannis Voffii & clarorum
Virorum ad eum Epiftola. Collectore Paula
Colomefio. Londini 1690. in-fol . Item
Augufte Vindelicorum. On voit à la tête
la vie de Voffius , par Colomiés.
18. Catalogus MSS. Codicum Ifaaci
Voffii concinnatus à P. Colomefio , inferé
dans le Catalogue de tous les Mff. d'Angleterre.
Item , dans le Recueil. Ce Cata
logue contient les titres de 762. Manufcrits
Grecs ou Latins. L'Univerfité de
Leyde a acheté ces Manufcrits , & les pof-
1. Vol. Jede
DECEMBRE. 1729 2899
fede encore. Quoique plufieurs préten
dent que ce Tréfor n'eft pas paffé tout entier
en Hollande , l'Angleterre cependant
regrette de fe l'être laiflé enlever."
19. Animadverfiones in Gyraldum de
Poetis. Dans la belle Edition des Oeuvres
de Gyraldi , faite à Leyde en 1696. par
les foins de Jean Janfius , in-fol.
Jean Albert Fabricius a fait réimprimer
la plupart de ces Ouvrages en un Volume
fous ce titre : Colomefii opera Theologi
Critici & Hiftorici Argumenti , junctim
edita. Hamburgi 1709. in- 4. p . 896.
Voyez les Vies , des Sçavans en Alle
mand , par Clarmund ou Rudiger , onzić
me partie , p. 199 .
QUESTIO MEDICA , &c. Theſe ou
Queſtion agitée dans les Ecoles de Medecine
de Paris , le premier Avril 1729 .
fous la Préfidence de M. François Picote
de Beleftre , D. Regent de cette Faculté ,
propofée par L. Pierre le Hoc. Bachelier
en Medecine : fçavoir fil'Eau de vie n'eft
pas plutôt une Eau de mort qu'une Eau
de vie. A Paris , chez la veuve Quillan
729. in 4. de 4. pages.
REFUTATION d'un Syftême imaginé
par un Philofophe Carthefien , qui a présendu
démontrer géometriquement la
J. Vol.
Gij poli
2900 MERCURE DE FRANCE .
poffibilité de la préſence réelle . Par M. D.të
vid , Ecclefiaftique du Diocèfe de Bayeux ,
Bachelier de la Faculté de Théologie de
Paris , de la Maiſon & Societé de Harcourt
. Rue S. Jacques, chez Bordelet, 1729.
in-12.
L'impreffion du Gloffaire Latin de M. du
Cange , corrigé & augmenté de trois Vo
fumes , Entreprite importante , dont nous
avons parlé fort au long dans nos Jourhaux
du mois de Septembre 1721. & de
Decembre 1723. continue de fe faire
avec beaucoup de foin & de diligence chez
Charles Ofmont. Les R R. P P. d'Antine
& Carpentier , Benedictins de S. Germain
des Prez , nouveaux Editeurs , travaillent
infatigablement pour remplir l'attente des
Sçavans , & les engagemens pris avec le
Public.
Montalant & Rollin viennent de pu
blier le Profpectus d'un Ouvrage impor
tant qu'ils doivent bientôt imprimer , &
dont voici le titre ; NUMIS MATA Impe
ratorum Romanorum Cafarum & Auguf
tarum , à Julio Cafare ad Trajanum Degium.
Opera & ftudio EUGENII PETRI
DE SURBECK. Prima Helvetiorum Pratorianorum
Cohortis Tribuni. in -fol. 2,
volumes.
Ꮧ. Vol .
Dans
DECEMBRE. 1729. 2901
Dans ce Profpectus , qui eft Latin &
François , l'Auteur en parle en ces termes.
Lorfque le R. P. Banduri , Benedictin , don'
na au Public fon Recueil de Médailles , depuis
Trajan Dece , jufqu'à la fin de l'Empire d'O
rient , je regretai de n'avoir dans cet Ouvrage
que la derniere partie de l'Hiftoire Métallique
des Empereurs. Feu M. Mezzabarba nous en
avoit donné la fuite entiere ; mais je fçavois
qu'on la pouvoit beaucoup augmenter par les
Médailles du Cabinet du Roy, & par celles
des cabinets que je connoiffois dans Paris :
d'ailleurs il n'avoit point dans le Bronze ;
marqué les grandeurs des Médailles ; chofe que
tous les Curieux defirent connoître. Enfin ,
l'ordre alphabétique des revers , que le R. P.`
Banduri à fuivi , me paroiffant plus commode
pour trouver promptement une Médaille dont
on abefoin , j'entrepris de faire un Catalogue
fur le plan du fien , pour mon utilité particu
liere.
Je pris pour fonds de mon Ouvrage celui de
M. Mezzabarba , en le remettant de l'ordre
Chronologique dans l'ordre Alphabétique : &z
pour les Médailles Imperiales des Villes Grecques
qui ne font point dans fon Recueil , je
me fervis de la feconde Edition de celui que
M. Vaillant nous en a donné. Depuis , j'ai augménté
& corrigé ce Catalogue fur le Cabinet
du Roi , qu'il m'a été permis de voir à loifir.
S. A. S. Monfieur le Duc du Maine , feu M.
Foucault , Confeiller d'Etat , qui poffedoit encore
alors le Bronze , que depuís Monfieur le
Duc de Parme a acquis ; le R. P. Chamillart ,
Jefuite , feu M. l'Abbé de Camps , de qui M. le
Marechal d'Etrées a acquis les Médaillons , &
I. Vol.
Giij dont
2962 MERCURE DE FRANCE
dont le grand Bronze a paffé dans mon Cabi
net ; M. le Prefident de Maiſons , M. l'Abbé de
Rothelin , les R R. Peres Jefuites du College
de Louis le Grand , M. de Cléves , & c. ont eû
la bonté de me confier leurs Cabinets : de fa
çon que j'ai eû le tems de décrire les Médailles
qui n'étoient point dans les Ouvrages de Mrs
Mezzabarba & Vaillant , d'en corriger les Infcriptions
& Deſcriptions avec toute l'exactitude
qui m'a été poffible. J'ai joint à cela toutes
les Médailles que j'ai trouvées dans les Livres
que j'ai pu recouvrer , & dans ceux que n'auroient
pû voir Mrs Mezzabarba & Vaillant , &
qui n'ont paru que depuis les Editions de leurs
Ouvrages . Telles font les dernieres Oeuvres
du R. P. Hardouin , Jefuite , qui m'ont fourni
beaucoup de Médailles , les dix Volumes du
Cabinet Farneze , le Cabinet de Brandebourg ,
les deux Volumes du Teforo Britannico , le Ca
binet de Wild : de plus , des Catalogues , tant
imprimez que manufcrits , & entre autres un
fort curieux , que feu M. l'Abbé de Camps
m'a donné , où il avoit recueilli toutes les Medailles
de Bronze , que M, Vaillant n'avoit
point mifes dans fes Colonies , ni dans les Vil
les Grecques , & qui n'avoient été connues
que depuis l'impreffion de ces deux Ouvrages.
Tous les Curieux à qui j'ai montré mon Catalogue
, m'ont preffé de le perfectionner pour
en faire part au Public. J'ai commencé par le
.confronter fur mon Cabinet compofé de près
de douze mille Medailles de Bronze , de toutes
grandeurs. J'ai fait enfuite la même confrontation
fur tous ceux qu'il m'a été poffible de voir.
J'ai donc retabli dans les Ouvrages qui ont
précedé le mien prefque toutes les Infcrip-
I. Vol.
tions
DECEMBRE. 1729 2903
tions de Têtes , tant Latines que Grecques qui
✰ manquoient ; fur tout ces dernieres , que
M. Vaillant avoit negligées: j'y ai ajouté confi
derablement de Medailles ; je ne fçai point encore
le nombre des Latines , on en peut juger
par celles des Villes Grecques de Vaillant , où
j'en ai ajouté plus de douze cens ; & ce qui
n'avoit point encore été donné au Public, j'y
ai mis toutes les Medailles Egyptiennes que
J'ai pu avoir , qui monteront à plus de mille.
J'ai marqué les differentes grandeurs : dans
For & l'argent , les Medaillons & les Quinaires
; dans le bronze , les Medaillons ; grand
moyen & petit bronze. J'ai mis feparement
For , l'argent , le bronze Latin , le bronze des
Colonies , le bronze des Villes Grecques , &
enfin celui qui a été frappé en Egypte.
J'ai marqué au commencement de chaques
métaux & de chaque efpece leur rareté generale
, & à chaque Medaille rare , fa rareté parti
culiere pour les communes , en n'y mettant
point de marque , je fais affez connoître qu'el
les fe trouvent par tout.
Un Afterique fait diftinguer celles que j'ai
vâës , tant rares que communes , quelque part
où je les aye trouvées ; & pour celles que j'ai
augmentées , & qui ne font point dans les Lis
vres de Mrs Mezzabarba & Vaillant , j'y ai
joint tous les noms des Cabinets ou des Livres
d'où je les ai priſes.
J'ai joint des Notes fort courtes fur toutes
les Medailles rares , & je les ai tirées la plûpart
des Auteurs qui ont écrit fur les Medailles
, & qui en éclairciffent le point d'Hiftoire
& la rareté: & dans ces Notes j'ai cité les Auteurs
, afin qu'on pût lire plus au long , fi l'on
vouloit , ce que j'ai mis fort en abregé. Dans
1. Vol. G inj ces
2504 MERCURE DE FRANCE .
ces mêmes Notes , fi la Medaille n'eft point
une augmentation , lorfqu'elle eft d'une certaine
rareté , je marque le Cabinet où elle fe
trouve.
Je ne ferai graver qu'une Medaille , à la tête
de chaque Empeteur , ou deux tout au plus
pour éviter la cherté de cet Ouvrage , & le
retardement de l'impreffion .
Depuis deux ans que je travaille à cette revifion
, elle eft avancée au point que le premier
des deux Tomes in folio que contiendra
ce Recueil , fera en état d'être imprimé incef
famment : mais pour le perfectionner davantage
, je le retarderai jufqu'à la fin de l'année .
Je fupplie donc les Sçavans qui poffedent quelques
Medailles rares qui ne fe trouvent dans
aucun des Livres qui en traitent , de m'en faire,
part fi elles font d'argent , de marquer fi
elles font fourées ; fi elles font de bronze , d'en
marquer la grandeur ; d'en copier exactement
l'inscription , & d'en faire les defcriptions avec
la même exactitude ; de vouloir bien y ajoûter
leur fentiment fur la rareté , & fur le point
d'Hiftoire. J'aurai foin de leur en faire honneur
: le Public , pour qui je travaille , leur enaura
obligation ; & j'aurai une reconnoiffance,
très- particuliere des lumieres qu'on aura la
complaifance de me donner.
Je prie ceux qui voudront bien me faire part
de leurs découvertes , d'adreßer leurs Lettres
à Mrs MONTALANT & ROLLIN , fils , Libraires
à Paris, Quai des Auguftins , & d'en affran
chir le port.
Le Samedis 12. Novembre , l'Acadé
4. Vol
mie
DECEMBRE 1729. 2905
mie Royale des Sciences recommença fes
Séances , après les Vacances , par une
Affemblée publique , à laquelle M. le
Chancelier préfida .
19. M. de Caffini donna l'Obfervation
fur la Comete qui commença à paroître
à la fin de Juillet 1729 .
28. M. Boulduc lût l'Effai d'Analyſe des
Eaux de Bourbon- l'Archambault .
3. M. de Réaumur lût la fuite des
principes pour venir à la compofition des
Porcelaines de differens genres .
4. M. Duhamel lût un Mémoire fur
des Recherches Phyfiques de la caufe da
prompt accroiffement des Plantes dans les
tems de pluye , & plufieurs Obfervations à
ce fujet.
Nous efperons donner des Extraits de
tous ces Mémoires .
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres a repris fes exercices que
les Vacances avoient interrompus , & dans
la Séance publique qu'elle tint le Mardy
15. Novembre , à laquelle M. l'Abbé
Bignon préfida , M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie , lût les éloges
de M. de la Loubere , Penfionnaite
veteran , & de M. l'Abbé de Boiffy , Af
focié veteran. Il fit fentir tout le merite
de ces illuftres morts ; & par des traits
Is Vols Gy égale
1906 MERCURE DE FRANCE .
également heureux & eloquens , il conti
nua de faire connoître le fien .
M. Lancelot qui avoit il y a cinq ans ,
commencé l'explication d'une efpece de
Monument qui contient l'Hiftoire de Guillaume
le Conquerant , en donna la ſuite.
Un deffein trouvé dans le Cabinet de feu
M. Foucault , Confeiller d'Etat , fans
qu'on fçût ni d'où il avoit été tiré , ni s'il
faifoit partie d'un bas relief , d'une frize
& c. avoit donné lieu à M. Lancelot à des
recherches qui expliquoient les differentes
parties de ces morceaux. On a enfin
découvert qu'il étoit tiré d'une Tapifferie
de 132. pieds de long , fur environ deux
aulnes de hauteur , confervée dans la Cathédrale
de Bayeux , & qui paroît être du
tems même du Prince dont elle contient
' Hiftoire. Le R. P. de Monfaucon l'ayant
fait deffiner , M. Lancelot en fit expofer
le Deffein dans l'Académie , & en expliqua
toute la fuite . Mais comme il lui reftoit
encore plus des trois quarts de cette
Tapifferie à parcourir , il fut obligé d'éloigner
de fa Differtation des difcuffion's
qu'il a refervées pour des Affemblées particulieres.
M. l'Abbé Paris lût enfuite une Differtation
, dans laquelle il examina fi les Anciens
ont connu & fait le tour de l'Afrique ;
& quoique ce fujet cut déja été traité par
1. Vol. quelDECEMBRE
. 1729 : 2907
quelques Sçavans , & en particulier par
M. Huet , dans fon Hiftoire du Commerce
des Anciens , la nouvelle Differtation
offrit des détails , des paffages , & des difcuffions
Géographiques , qui avoient été
entierement negligées , ou peu éclaircies.
M. l'Abbé Souché termina la Séance par
un Difcours fur quelques Poëtes Elégiaques.
Il avoit dans un premier Difcours
cherché quelle étoit la nature & le caractere
de l'Elegie ; dans celui - ci il fait un Pa
rallele de Properce , de Tibulle & d'Ovide
; & après avoir fait connoître le caractere
& le merite, particulier à ces Auteurs ,
tous trois excellens dans ce genre de Poëfie
, il donna la préference à Tibulle , comme
plus naturel & plus fimple que les
deux autres , également éloigné de l'affectation
d'Ovide , & de l'érudition trop recherchée
de Properce. Si nous pouvons
affembler quelques Mémoires & inftructions
fur ces Differtations , nous en donnerons
des Extraits plus détaillez .
L
Ouverture du College Royal.
Es Profeffeurs du College Royal de
France , fondé à Paris par le Roi François
I. ont repris leurs exercices , & commencé
leur année Académique le Lundy
28. Novembre . Voici les noms des Pro-
I. Vol.
Gvj fel2908
MERCURE DE FRANCE
feffeurs qui rempliffent actuellement les
Chaires de ce fameux College.
Pour la Langue Hebraïque.
Mr Sallier , & Henry .
Pour la Langue Grecque.
M. Capperonnier.
Pour les Mathématiques.
Mr Chevalier , & Pothenot .
Pour la Philofophie.
M"Terraffon , & Privat de Molieres .
Pour l'Eloquence Latine .
M. Rollin.
Pour la Medecine , la Chirurgie , la Phar
macie & la Botanique.
Mrs Preaux , Andry , Geoffroy & Burette.
Pour la Langue Arabe.
Mas de Fiennes & Fourmont .
Pour le Droit Canon.
Mr Capon & le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont,
I. Vol.
Comme
DECEMBRE . 1729 2909:
: Comme ce Profeffeur eft actuellement
abſent , M. fon frere , Profeffeur en Arabe
, s'eft chargé dans le Programme de fatisfaire
le Public en fa place.
L'OUVERTURE de la Conference
publique qui fe tient à la Bibliotheque
des Avocats au Parlement de Paris ,
fe fit le 26. Novembre dernier . M.
Maillart , Ancien Avocat , y prononça
le Difcours fuivant.

LA Revolution fucceſſive des Saifons
nous a conduits à ce jour Periodique ,
jour qui renouvelle nos Exercices de Teorie
& de Pratique : Exercices fi affectueufement
recommandez par l'Illuftre M. De
Riparfonds , notre refpectable Confrere ,
& notre loüable Bienfaiteur.
"
La memoire de ce fage Avocat , Mef
fieurs , nous fera toujours auffi préſente
que précieufe. Pendant fa vie cet excellent
Jurifconfulte a fervi utilement la Patrie ,
par les Avis falutaires qu'il a diftribuez.
à ceux qui ont eû recours à fes fages lumieres.
Et depuis fa mort , ce grand Perfonnage
profite beaucoup à la République ,
par la Bibliotheque choisie & nombreuse
qu'il a leguée à notre Ordre. Cette Bibliotheque
, Meffieurs , eft un vaste Champ.
où l'Avocat laborieux peut moiffonner
1. Volo
abondammen
2
2910 MERCURE DE FRANCE .
abondamment les faines Maximes de la
Jurifprudence universelle.
C'eft , Meffieurs , à l'aide de la Theorieque
le veritable Avocat acquiert la connoiffance
folide des Principes de la Justice
Arithmetique & Geometrique ,
sil eft permis
de m'exprimer ainfi ; Principes , qui
font les Pivots du Commerce de la vie civile,
& de la Societé humaine.
A la verité , Meffieurs , nos Regles font
puifées dans le Droit divin & humain.
Mais nos Preceptes ont encore pour Bafe
fondamentale les prudentes difpofitions
des Ordonnances de nos Rois . C'est , Meffieurs
, cele de 1667. qui a fait le fujet
de nos Conferences , depuis l'Année 1722 .
jufqu'à préfent. C'eft de la même Ordinnance
de 1667. dont nous efperons faire
une Recapitulation pendant cette Année
Parlementaire.
La Pratique , Meffieurs , feconde l'A
vocat experimenté , dans la fûre application
de Pautorité des chofes jugées aux
affaires épineufes , dont la difcuffion fcrupulenfe
eft confiée aux études de l'Avocat
attentif. Applications qu'il a befoin
non -feulement des operations ordinaires de
Pentendement humain , mais encore de l'exate
probité de l'Avocat , qui ne fe
propole pour but que l'harmonie publique ;
probité , fur les caracteres de laquelle M.
I.Vol. Gaullier,
DECEMBRE . 1729 2911
Gaullier , notre Confrere qui va parler ,
voudra bien nous communiquer fes judicienfes
reflexions , après la Lecture accoutumée
du Teftament de M. De Ripar
fonds , notre parfait Modele. Ce Teftament
fervira toujours d'inftruction parfaite
à l'Avocat qui voudra remplir fes
devoirs avec dignité.
EXTRAIT d'une Lettre de M. Capperon
, Ancien Doyen de faint Maxent ,
écrite de la Ville d'En , le 17. Novembre
1719. au fujet de la Lumiere
Boreale , qui a paru le 16. du même
Mois.
E Phenomene eft à peu près le même
Cque celuiqui parut il y a trois ans , &
qui devient depuis quelques années beau
coup plus commun qu'il n'étoit autrefois .
On l'appelle , comme vous fçavez , Lumiere
Boreale ; Voici comment il a été
vû dans ces Quartiers.
Il faut d'abord vous dire , que le Mardi
IS.
de ce Mois , veille de cette apparition
, il s'éleva fur les fix heures du foir
une furieufe tempête , laquelle dura avec
la même violence jufqu'à onze heures
avant minuit . Comme la Mer étoit alors
dans une terrible agitation , il y a lieu
de croire qu'il en eſt arrivé plufieurs
1, Vol .
naufrages ,
2912 MERGURE DE FRANCE .
C
naufrages , à en juger par ce qui eft ar
rivé à un Bâtiment du Bourg du Treport
qui eft fort - près d'ici , lequel a
été brifé fur notre Côte , & dont tout
l'équipage a péri dans les flots.
Le lendemain 16, à la même heure ,
fçavoir fix heures du foir , la Lumiere
Boreale parût : Elle s'étendoit du Nord
à l'Eft , paroiffant très - brillante ; tantôt
claire & lumineufe , & tantôt d'un rouge
couleur de feu , de laquelle s'elançoient
frequemment de grands rayons ou colonnes
de femblable couleur ; plufieurs
de ces rayons étoient accompagnés d'un
mouvement d'ondulation très- violent &
frequent , qui les diffipoit , & un inſtant
après , les faifoit reparoître. Tout cela
marquoit qu'il y avoit dans l'Air une
grande agitation ; il n'y en avoit pas une
moindre dans la Mer , puifqu'on entendoit
d'ici un bruit terrible formé dans
fon fein , & qui s'étendoit fur toute la
Côte ; ce qui a duré , tant pour la Lu
miere que pour ce bruit de la Mer ,
nuit entiere du 16. au 17 , c'eft - à - dire ,
jufqu'à la pointe du jour auquel je vous
écris. Comme j'ai donné l'explication
d'un femblable Phenomene , qui parut
en 1726. laquelle fut publiée dans le
Mercure de Novembre de la même année
, je ne m'étendrai pas davantage làla
I. Vole
deffus :
DECEMBRE . 1729 : 2913
deffus : Il me fuffit d'avoir rapporté exactement
ce que nous venons d'obſerver.
avec la nouvelle circonftance de la Mer
agitée qui a accompagné ce dernier Phenomene
. J'abandonne tout cela à vos
recherches , & je fuis , &c.
On avertit les Curieux , qu'il paroît
depuis peu , deux Eftampes nouvellement
gravées d'après deux Tableaux Origi
naux , peints par Watteau , lefquelles
peuvent fatisfaire le gout des meilleurs
connoiffeurs en Eftampes. L'une repréſen
te les Plaifirs Paftorals , gravée par le fieur
Tardieu , Graveur du Roi ; l'autre , une
Perfpedive , qui repréfente plufieurs perfonnes
à la promenade , gravée par le
Geur Crepi le Fils .
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez
la Veuve Chereau , ruë S. Jacques , aux
deux Pilliers d'Or , & chez Surugue
Graveur , rue des Noyers , vis - à - vis S
Yves . On trouve auffi chez les mêmes
toutes les Eftampes gravées precedemment
d'après les Tableaux de Watteau , & les
deux Volumes de fes études , d'après nature
, contenant 350. Planches , avec
l'abregé de la Vie de l'Auteur .
Le fieur Durbec a dedié à S. E. Mon.
feigneur le Cardinal de Fleury , & mis
A Vol au
2014 MERCURE DE FRANCE .
au jour une Nouvelle Methode , pour
réduire toutes fortes de Mefures d'étenduë.
Il a difpofé cet Ouvrage dans une feule
feuille , & feparé , pour plus grande facilité
, les Melures de chaque Royaume.
Jufqués à prefent on n'avoit point penfé
que par la fimple operation de l'ouverture
d'un Compas , on pût trouver le
Rapport avec les Fractions de toutes
les Aunes , Verges , Cannes , Braffes ,
Barres , &c. de toute l'Europe : C'eſt
le fujet de ce petit Ouvrage , qui n'a
de mérite que l'invention , la fimplicité
, la prompte expedition & la juſteſſe .
Il y a peu de connoiffeurs à qui cette
Methode ne foit neceffaire , foit qu'il
ait correfpondance avec les Pays Etrangers
, ou qu'il commerce dans un feul
Royaume.
Il fe vend à Paris , chez Prault , Quay
de Gevres , & chez Baillieul, Pere & Fils,
ruë S. Severin , & ruë S. Jacques.
SUITE des Médailles du Roya
A
Fin que cette fuite foit parfaite ;
nous donnons ici les revers de deux
Médailles , dont nous n'avons pas pû
orner plutôt ce Journal. La premiere a
été frappée en l'année 1728. au fujer
du rétabliffement de la fanté du Roy ,

I. Vol.
dont
7
VOTA
SUSCEPTA
ET SOLUTA
PRO SALUTE
OPTIMI PRINCIPIS
FONTI BELLAQUM
M DCC XXVIII
AS
PETUA
MDCCXXIX

DECEMBRE. 1729. 2919
dont l'alteration avoit allarmé toute la
France ; ce qui eft noblement exprimé
par cette Infcription , qui occupe tout le
revers de la Médaille : VOTA SUSCEPTA
ET SOLUTA PRO SALUTE OPTIMI
PRINCIPIS FONTI BELLAQUEI M.
DCC. XXVIII.
L'autre Médaille , eft celle qui a été
préſentée au Roy felon la coutume , let
24. Août dernier , veille de S. Louis . Le
Revers repréfente la Paix affife fur une
Colomne , tenant d'une main le Caducée
, & de l'autre une Corne d'Abondance
, avec cette Infcription : FELICI
TAS PERPETUA . Et dans l'Exergue ,
M. DCC . XXIX.
Nous avons donné dans le fecond vol.
du Mercure de Septembre , une très- belle
Médaille du Roy fur la naiffance du Dauphin
, où le trouve la Tête de S. M.
parfaitement bien gravée , & fur le Modele
le plus récent ; ce qui nous oblige
de ne donner ici que les Revers de ces
deux Médailles.
On écrit de Conftantinople , que le
G. Vifir a fait préfent aux Miniftres
Etrangers d'un Exemplaire des Livres
qui ont été Imprimez dans la nouvelle
Imprimerie du Serail , & l'on a choifi
dans la Bibliotheque du Grand Seigneur
I. Vola les
1916 MERCURE DE FRANCE.
les plus anciens Manufcrits , qu'on y corfferve
depuis plufieurs fiécles , pour en
donner une Edition complette au Public .
Le Mufti ne s'oppofe plus à cette Entreprife
dont il reconnoît l'utilité pour fa
Nation .
Le Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur
de France à Conftantinople , a envoyé
au Roy un Dictionnaire en Langue
Turque & Arabe : On affure que c'eft le
premier Livre qui foit forti de la nouvelle
Imprimerie dont on vient de parler.
On mande de Turin
que le Roy de
Sardaigne y va établir une Univerfité ,
compofée de quatre Facultez. On a déja
deftiné des Fonds très confiderables
pour
l'entretien des Profeffeurs .
Une perfonne de grande confideration
a fait venir d'Allemagne un Trictrac
d'une nouvelle invention , fur lequel on
joue fort commodément fans faire de
bruit , fans Cornet & fans toucher aux
Dez , lefquels fortent d'un trou chaque
coup que l'on jože , par le moyen d'un
Reffort auquel un petit Ruban eft attaché
, & rentrent dans le même trou
après avoir parû affez long-tems pour
remarquer les points...
I. Vol. PAR
DECEMBRE. 1729. 2917
PAR BREVET ET PRIVILEGE DU ROY,
Manufacture.
Ujourd'hui 18. O&tobre 1729. le Roy.
Aétant àVersailles : DE RENTY natifde
Lifle en Flandres , a très- humblement reprefenté
à SA MAJESTE' , qu'il a trouvé un
Secret de compofer un Métai !, qui imite l'Or
& qui en conferve toujours la couleur, il eft
très -coulant à la fonte , fans . être venteux
très maniable & forgeable ; il fouffre toutes
fortes de Soudures & très- doux fous les Outils
enforte qu'on en peut faire tous les
Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de très beaux Flambeaux , Girandoles ,
Luftres , Sur- tous de Tables , Feux , & c.
dont le prix ne fe trouvera confiderable
qu'autant que ces Ouvrages feront recherchez
par la Gravure & la Sizelure ; on en
tirera encore un grand avantage par la di
minution de la confemmation des Dorures ,
que les Ouvrages des autres Métaux emportent,
& qui ne font jamais auffi beaux que
celui- ci l'eft naturellement : l'Academie des
Sciences , qui a examiné ce Métail , l'a fort
approuvé: Mais comme il lui feroit inutile
d'avoir travaillé pendant une longue fuite
d'années à perfectionner cette Compofition ,
s'il n'avoit la Permiffion de fondre , travailler
, vendre & debiter ledit Métail il fupplioit
très-humblement SA MAJESTE' de la
lui accorder ; à quoi ayant égard : SA MA
JESTE' a permis & permet audit DE RENTY
de fondre , faire travailler , vendre & debiter
toutes fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa
Compofition , qui imite l'Or , dans toutes
Lo Zob leg
2918 MERCURE DE FRANCE.
des Villes du Royaume , pendant le tems de
quatre années confecutives ; pendant lequel
tems , fait SA MAJESTE' deffenſe à toutes
perfonnes de l'y troubler , ni donner aucun
empêchement , & pour affurance de fa volonté
Elle m'a commandé d'expedier le prefent
Brevet , qu'elle a figné de fa main , &
fait contre figner par moy Confeiller Secre
taire d'Etat , & de fes Commandemens & Fi
nances. Signé LOUIS. Et plus bas PHELIPEAUX.
Ladite Manufacture eft vis- à-vis la Comedia
Françoise.
I
Maniere d'entretenir le nouveau Métail,
L faut premierement faire fondre la cire
ou le fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau
chaude ou devant le feu , après tremper un
torchon dans le Vinaigre & bien frotter la
Piece tant qu'elle foit bien nettoyée.
2. La frotter avec un torchon bien net
avec du Tripoly ou petit B anc , au fec.
3º. La bien favoner avec de l'eau de Sa
von , après la bien efluyer & frotter avec
un linge fec & bien net : Si la Piece n'eft
pas aflez dorée , il faut la mettre dans l'eau
de Riviere boüillante , la laider bouillir pendant
fix ou fept minutes , & vous en verrez
l'effet en la retirant ; il faut bien l'effuyer
& la frotter avec un linge net , plus on la
frottera , plus elle deviendra belle.
Si la Piece eft cizelée en relief , il faut la
frotter dans les fonds avec une Broffe de
même que cy-deffuss
1. Volp AIR.

Gracieusem:Air de Vol.
Vn Objet lieux
Charme de c . Ve....
DECEMBRE. 1729. 2919
XXXXXXX XX : XXXXXX
A IR..
N objet plein d'appas qui paroît en ces
lieux , UN
+
Charme de toutes parts , & les coeurs & les
yeux ,
Venus ne fut jamais fibelle.
L'Amour , à les beaux yeux allume fon flam
beau ,
Chacun court admirer cette beauté nouvelle ,
Et moi , je cours au vin nouveau ,
Il eft auffi charmant , & moins à craindre
qu'elle.
XXX: XXXXXXX: XXXXX
L
SPECTACLES.
E 28. du mois dernier , les Comé
diens François reprefenterent devant
le Roi & la Reine,à Verfailles , la Comédie
du Dépit amoureux de Moliere , & la
petite Piéce de l'Avocat Patelin .
Le premier de ce mois , la Tragédie
d'Andronic , dans laquelle le fieur Duval
joua le principal Rôle , & fit tant de plaifir
qu'il a été reçu dans la Troupe du Roy
fur le pied d'une demi parte
J.Vol.
[]]]#:[]]ED.
920 MERCURE DE FRANCE
Le 6. ils reprefenterent la Mere coquette
, & le Cocherfuppofe.
Le Samedy 26. Novembre , on donna
au Théatre François la Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes des Philofophes
amoureux , de M. Deftouches , dont
nous ne fçaurions donner d'Extrait , l'Auteur
ayant retiré fa Piéce après cette repreſentation.
..
Le Mardi 13. de ce mois , M. Piron
Auteur de la Comédie des Fils Ingrats
lût à l'Affemblée des Comédiens une
Fragédie de fa compofition , qui a pour
titre Gallyfthene ; elle fut reçûë & generalement
applaudie.
Le 23. Novembre les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie de
Timon le Milantrope , dans laquelle le
fieur Thomaffin ( après une abſence de
fix femaines , caufée par une maladie )
joiia le Rôle d'Arlequin . Le Public lui fit
un accueil très -gracieux. Le fieur Dominique
a rempli en fon abfence le Rôlé
' Arlequin dans toutes les Piéces où le
fieur Thomaffin joie.
Le 3. Decembre , les mémes Comédiens
reprefenterent à la Cour , la double
Inconftance , & la petite Comédie d'Arlequin-
Hulla. Ces deux Piéces furent trèsbien
reprefentées , & firent beaucoup de
plaifir. La
DECEMBRE. 1729. 292
L
Le 5. Octobre , vers les fept heures du
foir , on executa fur un Théatre dreffé
dans la Cour de Marbre , ou Château de
Verfailles , un grand Concert & un Ballet
, qui avoient été préparez à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
,fous les ordres du Duc deMortemart,
Premier Gentilhomme de la Chambre. La
Décoration reprefentoit le Parnaffe. Le
grand nombre de Luftres & de Girandoles
qui éclairoient le Théatre , rendoit ce
Spectacle très- magnifique. Le Roy vit
cette Fête du Balcon de fa Chambre ; &
les Croifées qui donnent fur la Cour de
Marbre , furent remplies par les Princes &
Princeffes , par les Miniftres Etrangers ,
& par les Seigneurs & Dames de la
Cour.
Ce Ballet , intitulé le Parnaffe , eft divifé
en cinq Entrées ; fçavoir : le Parnaffe
La Mufe Lyrique . La Mufe Paftorale,
La Mufe Heroique . Le Génie de la France.
Il eft compofé de divers fragmens , tane
des Anciens que des Modernes ; on a pris
foin de choisir ceux qui avoient plus de
rapport à cette grande Fête ,
I. Le Parnaffe.
Apollon excite les Mufes à célebrer ce
grand our par ces Vers du Prologue de
Belleroph on,
H Mules ,
2922 MERCURE DE FRANCE:
Mufes , préparez vos Concerts.
Le plus grand Roy de l'Univers ,
Fait aujourd'hui le bonheur de la Terre ;
De ces heureux Vallons il remplit les fouhaits,
Sans craindre déformais les fureurs de la
Guerre ,
Chantons les douceurs de la Paix.
Le Choeur répete ces deux derniers Vers. *
Saturne fecondant Apollon , invite tous
les Mortels à fe réjouir.
Que les Mortels fe réjouiffent ;
Que les plaintes finiffent.
O l'heureux temps .
Qù tous les coeurs feront contens !
Le Choeur répete ces quatre Vers , &
l'on danfe .
II. La Mufe Lyrique.
+
Vranie exhorte les Peuples à célebrer
la préfence d'Aftrée, que le Regne de Louis
XV. & la Naiffance du Dauphin rappellent
fur la terre ; la Mufe Lyrique fe joint.
à Uranie , & s'exprime par ces Vers :
La noble ardeur qui m'enflamme
Prend fa fource dans les Cieux
Et je fais gouter à l'âme ,
La
DECEMBRE . 1729. 292
La felicité des Dieux.
Je veux avec Uranie ,
Célebrer dans mes tranſports ;
Cet Empire où l'harmonie ,
Regne comme en mes accords,
Ces Vers font extraits d'une Fête inti
tulée le Retour des Dieux , que M. de Blamont
compofa , & fit executer à Fontainebleau
, lors du Mariage de Leurs Majeftez
; M. Taneveau en avoit fait le
Poëme.
Cette derniere Entrée finit par le morceau
Italien de M. Campra . Si Canti , fi
Goda , &c.
III. La Mufe Paftorale.
Cette troifiéme Entrée commence par
cette invitation , que fait un Chef de
Bergers .
Habitans fortunés des Rives de la Seine ,
Accourez à ma voix , venez , aſſemblez-vous :
Pour notre Augufte Roy , pour notre aimable
Reine ,
Formez les Concerts les plus doux.
Ces Vers font réperez par le Choeur,
Deux Bergeres chantent ceux- ci .
Tout rit dans nos Champs ;
-I, Vol.
Hij
5914 MERCURE DE FRANCE .
O l'aimable parure !
Pour nous la Nature
N'a qu'un Printemps.
Soleil , dont le cours
Remplit notre efperance .
Répands fur la France
Les plus beaux jours .
Volez,Zephirs.en ces beaux lieux;
Nouvelle Flore ,
Charmez nos yeux ,
Volez, Zephirs, en ces beaux lieux
Naiffez encore ,
Prefens des Dieux,
La Fête d'où ces paroles font extraites
fut miſe en Mufique par M. de Blamont
à l'occafion de la Naiffance de Mesdames
de France. M. l'Abbé Pellegrin , avoit
compofé le Poëme.
IV. La Mufe Héroïque.
Apollon & la Mufe Héroïque commencent
cette Entrée par un morceau du̟
Prologue d'Amadis de Gaule ; il eft parodié
le voici ,
Le Ciel aux humains eft propice ;
Qu'une nouvelle ardeur anime nos Concerts i
De nos chants que tout retentiffe ;
Ce grand jour va régler le fort de l'Univers.
I. Vol.
Que
DECEMBRE . 1729: 2925
Que le Ciel annonce à la Terre
Un fort fi doux & fi charmant ;
Brillants éclairs , bruyant Tonnere ,
Marquez avec éclat ce bienheureux moment.
Cette Entrée finit par une invitation que
la Mufe Héroïque fait à la Renommée ;
les Vers & la Mufique font encore de
M. l'Abbé Pellegrin, & de M. de Blamont .
O vous , qui d'une aîle legere ,
Parcourez cent Climats divers ;
Partez , Nymphe à cent voix , volez , fendez.
les airs ;
Le bel aftre qui nous éclaire ,
Doit briller par tout l'Univers.
Allez du Couchant à l'Aurore ,
Publier les plaifirs qui nous font deftinez ,
Annoncez que les Dieux vont ajouter encore
Aux biens qu'ils ont déja donnez .
O vous , qui d'une aîle legere , &c.
V. Le Génie de la France.
Cette Entrée eft compofée d'Européens ,
que le Génie de la France a affemblés à
Verfailles. L'Europe commence par ces
Vers , parodiez du Prologue de Phaeton .
Dans cette paifible retraite ,
Tout rit , tout répond à mes voeux :
Quelle felicité fut jamais plus parfaite !
1. Vol.
Hiij Un
2916 MERCURE DE FRANCE.
Un Mortel a rendu tous les Mortels heureux.
Une Européenne chante ces Vets de
l'Idile de Sceaux.
O Ciel , ôfaintes deftinées ,
Qui prenez foinde fes jours floriffans ,
Retranchez de nos ans ,
Pour ajouter à fes années .
Qu'il régne ce Heros ; qu'il triomphe tourjours
; .
Qu'avec lui foit toujours la Paix & la Vietoire
,
Que le cours de fes ans dure autant que le
cours ,
De la Seine & de la Loire ;
Qu'il vive autant que fa gloire.
Le Choeur répere ces cinq derniersVers.
Après quelques Danfes , on chante encore
ce Choeur , tiré du Prologue des Elémens.
Trompettes , éclatez ; frappez , frappez les
airs ;
Annoncez annoncez un Maître à l'Uni
vers.
,
Tous les coeurs volent fur fes traces ;
C'eft de lui que dépend notre felicité ;
Sur fon Augufte front brille la Majeſté ;
Dans les yeux régnent les Graces.
I. Vol. Trom
DECEMBRE. 1729. 2927
Trompettes éclateż , & c.
Une Bergere chante alternativement
avec le Choeur , ces paroles extraites des
Préfens des Dieux.
De nos Bois le naiffant feuillage ,
Les gazons , les fruits, les fleurs ;
Pour l'objet du plus tendre hommage",
Tout s'accorde avec nos coeurs.
Choeur.
De nos Bois , & c
La Bergere
Jeune Zephire ,
Flore foupire ;
Mais fois jaloux
D'un foupir fi doux
Sa tendreffe
Ne l'adreffe
Qu'à l'aimable Roy ,
Dont nous fuivons la Loy:
Choeur.
De nos Bois , & c.
La Bergere?
Sort aimable ,
Sois durable ;
Que de fes beaux jours
1. Vol Hiiij Rien
2928 MERCURE DE FRANCE :
Rien ne trouble jamais le cours ;
Ris & Graces ,
Sur fes traces ,
Avec les Amours ,
Volez toujours , & c.
On ne pouvoit mieux finir cette grande
Fête , que par ce Choeur , dont la Mufique
eft de M. Deftouches , Sur intendant
de la Mufique du Roi , & Directeur de
l'Académie Royale de Mufique , & les
Vers de M. Roy.
Que la Trompette éclate , & que l'Echo ré
ponde 3
Ce jour eft la Fête du monde.
Par nos charmans Concerts animons les plai
firs ;
Le Ciel a rempli nos defirs.
Que la Trompette éclate , & que l'Echo ré
ponde ,
Ce jour est la Fête du monde.
Les fieurs Thevenard , Chaffé & Dun ;
fe font diftinguez dans le chant , auffibien
que les Diles Antier & le Maure , les
fieurs Blondy , Dumoulin , Laval & Malterre
n'ont pas moins brillé dans la Danfe
dignement fecondez par les Diles Prévost ,
Sallé , & Mariette. La De Peliffier alors
indifpofée , n'a chanté qu'à Paris , où ce
Ballet a été reprefenté avec fuccès ; elle
1. Vol.
Y
DECEMBRE. 1729. 2929
y a partagé les applaudiffemens avec les
autres Acteurs & Actrices .
M. de Blamont , Sur- Intendant de la
Mufique du Roy , qui avoit choisi les
grands morceaux de Mufique , dont ce
Ballet eft compofé , les fit executer à Verfailles
, par les Muficiens de la Mufique du
Roi, joints avec ceux de l'Académie Royale
de Mufique. Le fieur Blondi avoit fait
les Pas du Ballet.
Le 5.
Novembre , on reprefenta pour
la premiere fois fur le Théatre de S. Jean
Chryfoftome, à Veniſe , un nouvel Opera
intitulé : Les trois Deffenfeurs de la Patric ,
qui fut
univerſellement applaudi . Les Directeurs
des Théatres ont fait venir dans
cette Capitale de toutes les autres Villes
d'Italie , les meilleurs Muficiens qu'ils
ont pû y trouver , pour chanter pendant
le Carnaval , dans l'efperance qu'il y aura
un grand concours d'Etrangers.
le 8. Novembre on reprefenta à Naples
fur le Théatre de S.
Barthelemi , le nouvel
Opera de Tigrane , qui eut une grande
réufite.
On apprend de Vienne qu'on y avoit
reprefenté fur la fin du mois dernier , avec
un grand fuccès , un nouvel Ope ralta-
1. Vol. Hv lien
2930 MERCURE DE FRANCE.
fien fous le titre de Fabricius , dont la
Mufique eft de la compofition du fieur
-Antoine Caldara , Vice - Maître de Mufique
de la Chapelle de l'Empereur.
On mande de Rome que le 1 3. du mois
dernier au foir , le Cardinal Ottoboni
fit faire fur le Théatre de la Chancelerie
une Répetition generale de l'Opera qu'il
a fait préparer pour célebrer la Naiſſance
du DAUPHIN. S. E. afait inviter tous les
Cardinaux & toutes les autres perfonnes
de confideration qui font à Rome , à la
premiere reprefentation de cet Opera .
Le 14. Novembre , on donna à Bru
xelles un nouvel Opera Italien , intitulé :
Alexandre Sévere.
Le 22. du même mois , on reprefenta
à Londres fur le Théatre de Lincoln- Infields
, la Comédie de l'Empereur de la
Lune , & l'Opera de Flore.
Le 23. on donna fur le Théatre de Druy
Lane , la Comédie de l'Empereur des Indes
, ou la Conquête du Mexique par les
Espagnols, qui fut honorée de la préſence
du Roi , de la Reine , & de la Famille
Royale .
Le z . de ce mois la nouvelle Troupe
de Muficiens qu'on à fait venir d'Italie
1. Vol.
comDECEMBRE
. 1729 1931
commença à reprefenter fur le Théatre
du Marché au Foin un nouvel Opera
de la Compofition du fameux Handell
intitulé Adelaide .
Cla
NOUVELLES DU TEMS.
AFFRIQUE.
N aprend des Côtes d'Efpagne , que les
Guerres civiles défolent plus que jamais
les Etats de Maroc , que la haine des Blancs
contre les Noirs va en augmentant , & que
les premiers paroiffene bien réfolus d'exterminer
les autres.
Que les Habitans de Fez continuent à fe
deffendre avec une opiniâtreté invincible t
que fur les offres , quoique très - avantageufes
, qui leur avoient été faites par le Roy
Muley Abdalak, pour les engager à fe rendre
, ils avoient répondu à ce Prince , qu'ils
he pouvoient avoir aucune confiance en lui ,
tant qu'il feroit obfedé par les Noirs , dont
ils connoiffoient la cruauté & la mauvaiſe
foy ; que les Habitans du Royame de Sus
avoient pris les Armes pour fe joindre aux
autres Blancs du côté du Nort , qui avoient
été renforcés d'un grand nombre d'Arabes :
& que toutes ces Troupes devoient marcher
conjointement pour aller attaquer l'Armée
des Noirs , afin de les obliger à lever le
Siege de Fez.
1. Vol.
Hvj RUSSIE.
2932 MERCURE DE FRANCE .
RUSSIE.
N affure que le Czar a enfin pris la
refolution de faire fon féjour dans la
Ville Capitale de Mofcou , tant parce qu'elley
fera plus à portée de donner fes ordres
pour la confervation de fes conquêtes en
Perfe , que parce qu'il lui fera plus aifé de
gouverner fes Peuples , cette Ville étant
placée dans le centre de fes Etats. On
ne négligera pas pour cela les établiffemens
faits à Petersbourg par le feu Czar
puifqu'on y a formé une Regence qui
fera chargée des affaires de la Marine , &
du Gouvernement des Provinces , cedées par
Ja Couronne de Suede , dans lesquelles on
Continuera d'entretenir près de quarante mille
hommes de Troupes reglées . Toutes les autres
Amirautez des Etats de S. M. Cz. dé--
pendront de celle de Petersbourg.
Le Brigadier General Romanzoff, Envoyé
Extraordinaire du Czar à Conftantinople , a
écrit en Cour que le Grand Seigneur avoit
approuvé le Traité conclu entre S. M. Cz.
& le Sultan Acheraf , & que Sa Hauteffe
avoit promis de renouveller l'Alliance qu'elle
a faite il y a quelques années avec le Czar.
1. Vol.
POLOGNE
DECEMBRE . 1729. 29.33
POLOGNE.
FESTE donnée à Warfovie le Diman
che 30. Octobre dernier , par le Marquis
Monti , Brigadier des Armées du
Roi T. Chr. Ambaffadeur Extraordi
naire de France , près du Roy & de
la République de Pologne , à l'occafion
de la naissance de Monfeigneur le
Dauphin.
LAFête fut annoncée dès le 29 , à la Ville
& aux environs par une décharge de feize
piéces de Canon , & par un grand nombre
de Trompettes & de Timballes qui étoient
fur le Clocher de fainte Croix , qui fut illuminé
le foir . Cette Eglife eft une fondation
Françoiſe , deffervie par les Miffionaires
de S. Lazare , au nombre de près de cent.
Le 30. au matin , foixante Grenadiers des
Gardes prirent poffeffion de la grande Egli
fe , qui fut illuminée par douze - cent Cierges.
Le Nonce du Pape s'y rendit en grand Corrége
à dix heures & demie. M. l'Ambaffadeur
, fuivi de toute la Nation Françoiſe
alla au devant de lui à la defcente de fon
Caroffe , & le Clergé le reçut à la Porte de
J'Eglife.
Le Chapitre de la Collegiale , les Minifires
de la Couronne , les Miniftres Etrangers
, toute la Nobleffe , & le Magiftrat ,
qui avoient été invitez , s'y étoient rendus.
M. le Nonce officia pontificalement , affifté
de deux Chanoines. Six panvres Orphelines
choifies dans d'honnêtes Familles , vêtues
1. Vol. d'Habits
2934 MERCURE DE FRANCE .
d'Habits blancs neufs , & conduites par deux
Femmes âgées , étoient hors de la grille du
Choeur , trois d'un côté & trois de l'autre ,
avec chacune un Cierge à la main. Six Prifonniers
pour dettes , délivrez par M. l'Ambaffadeur
, qu'il avoit fait habiller à la
Polonoife d'un Drap bleu , qui eft la couleur
de la Livrée du Roi , étoient au bas de
Eglife avec chacun un Cierge à la main.
La Grande Melle étant finie , les fix Orphelines
allerent à l'Autel pour recevoir du
Prélat Célébrant chacune une Bourfe , dans
laquelle il y avoit trente Ducats d'or pour
leur Dot après quoi M. le Nonce entonna
le Te Deum au bruit de quantité d'Inftrumens
, & de feize piéces de Canon qui firent
plufieurs falves , dont la premiere fervit de
ignal aux 36. Eglifes de cette Capitale , qui
font compofées d'une Collegiale , de plufieurs
Paroifles , Communautez Religieufes & Ho
pitaux , ou dans le même tems toutes les
Cloches fonnerent , & on chanta le Te Deum ,
le S. Sacrement étant expofé dans les prin
cipales Eglifes.
M. l'Ambaffadeur a fait donner la rétri
bution pour toutes les Meffes qu'on pût célé
brer ce jour - là dans Warfovie , dans l'intention
de prier le Seigneur pour la conferva
tion du Roy , de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin & de la Famille Royale , & y a
joint une fomme d'argent pour de pauvres
Familles. Il a fait encore diftribuer abondamment
à toutes les Communautez , de la vian
de , de la Biere , du Vin de Hongrie , &
des Aumônes à proportion.
: La cérémonie de l'Eglife étant terminée ,
tous ceux qui étoient invitez fe rendirent dans
I. Vol.
le
DECEMBRE . 1729. 2931
le Palais de Madame la Palatine de Polock ,
que cette Dame avoit fait meubler magnifiquement
, & qui s'y trouva la premiere, pour
en faire les honneurs .
>
A une heure & demie , on fervit une Table
de foixante Converts dans un Salon trèsrichement
orné; elle fut remplie par vingtquatre
Dames , par les principaux Seigneurs ,
les Miniftres de la Couronné , les Miniftres
Etrangers une partie du Chapitre & des
principaux Officiers de l'Armée. Dans les
ApAppartemens à côté , on fervit deux Tables
de vingt quatre Couverts chacune , où fe
placerent le Magiftrat , des Nobles Polonois ,
& les principaux François établis à Waifovie.
Pour couvrir la premiere Table , il fallut
cent quarante plats à chaque fervice. Outre
la Garde de foixante Grenadiers , cent quarante
foldats des Gardes furent employez pour
porter les plats .
II y eut au commencement du dîner une
grande fymphonie. M. le Nonce commença par
porter la Santé du Roi & de la Reine qui fut
bue au bruit d'une falve de feize piéces de Canon
, enfuite celle de Monfeigneur le Dauphin,
& après , celles de Mefdames de France. M.
l'Ambaffadéur porta la fanté du Roi de Pologne
, celle de la République , & plufieurs autres
qui furent toutes bues au bruit du Canon
On avoit élevé dans la place , vis - à- vis le
Palais , un grand théatre , fur le haut duquel
étoit placé un boeuf rôti, couvert de fa peau , &
orné de guirlandes. Tous les gradins étoient
ornez de même , & garnis de groffes viandes .
Les quatre côtez de ce théatre portoient des
tonneaux de vin , de biere , d'eau de vie , &
d'hydromel , & quatre grandes pyramides dé-
Ι. υοία tachées
2936 MERCURE DE FRANCE .
tachées portoient encore des tonneaux.
Sur les quatre heures , le dîner étant fini ,
une grande partie de la Compagnie , alla fe placer
fur des échafauts dreflez tout le long du
Palais pour voir l'affaut que le peuple donneroit
à ces viandes. Après cefpectacle qui fut trèsdivertiffant
, on rentra dans le Palais , qui eft
ifolé , & dont les cent feneftres qui font dans
les quatre faces étoient illuminées par deux
rangs de gros Lampions , de même que la Cour
qui eft très -grande . Les chiffres du Roi & de
la Reine ornoient les quatre frontons , & le
clocher de Ste Croix fut auffi illuminé de même
que la veille.
La compagnie s'amufa au jeu jufqu'à neuf
heures du foir dans les appartemens qui étoient
très - éclairez, Les Mafques en grand nombre
commencerent le bal dans le grand Salon où
l'on avoit mangé ; il étoit difpofé pour cela &
éclairé par quantité de Luftres qui contenoient
plus de deux cent bougie s.
Deux falves de feize piéces de Canon chacune
, annoncerent le feu d'artifice qu'on tira dans
le jardin. Le chiffre du Roi & de la Reine formez
d'un feu bleu , refta illuminé tout le tems
de l'execution . A dix heures , dans une autre fale
garnie de plufieurs Luftres , on fervit une
table en fer à cheval , de quarante couverts ;
au milieu, en dedans , il y avoit une fontaine ,
dans laquelle plufieurs Dauphins étoient toûjours
en mouvement ; & fur le milieu de la table
,il y avoit un Arc de triomphe couronné
de quare Dauphins , fous lequel on voïoit une
Pyranide avec des Infcriptions fur la naiffance
du Dauphin . D'autres tables furent fervies dans
les chambres à côté. Le fouper fini , tout le
monde monta dans le grand ſalon , où l'on dan-
Ι. νοί .
foit.
DECEMBRE. 1729. 2937
foit . Les Mafques eurent toutes fortes de rafraîchiffemens
, & ne s'en allerent qu'à cinq heures
du matin. Les Remercimens que M. l'Ambaffadeur
fit à toute la compagnie , furent accompa
gnez d'une falve de feize piéces de Canon.
On donna auffi à diner & à fouper aux Mif
fionnaires , & dans leur maifon, on fervit unę
table de douze couverts pour les Chanoines qui
ne purent pas être à la premiere table.
Dans une autre maifon les fix Orphelines dinerent
avec leurs parens , ils étoient vingt quatre.
Les fix prifonniers furent renvoyez avec
chacun un Ducat après avoir bien diné :
ALLEMAGNE .
Ë Comte Alexandre Papini , Miniftre du
Duc de Guaft alla , qui reçût le 24. Octobre
dernier des mains de l'Empereur l'Invefti
ture de la Principauté de Bozolo , du Marqui
fat d'Hoftiano , du Comté de Pomponesco &
des Fiefs de Commeffagio , Rivacolo , Saint
Martin & Ifola reçut le 14. au nom de Prince
l'Inveftiture des Duchés de Guaftalla & de
Sabionetta.
L
ÍTALÍE .
E Pape a fait dire au Cardinal de Polignac
qu'il y aura Chapelle Pontificale dans l'Eglife
Nationale des François le jour que ce
Cardinal fera chanter le Te Deum pour commencer
la Fête qu'il doit donner à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin .
Le Pape a difpofé depuis peu de deux Benefices
, de fix cens écus de revenu chacun , qui
vaquoient en Espagne , en faveur de M. Ac
I. Vol.
quaviva
2938 MERCURE DE FRANCE.
quaviva , fon Majordome , malgré les proteftations
du Cardinal Bentivoglio , chargé des
affaires de S. M. Catholique.
Le Cardinal Alberoni eft revenu à Rome de
fa terre de Caftel - Romano , où il a fait cette
année des dépenfes confiderables , tant pour
abbatre une coline qui offufquoit fon Château
, que pour bâtir les Maifons d'un Bourg,
dans lequel il a deffein d'attirer des Ouvriers
de toute efpece , en leur accordant des franchifes
& des privileges dont ils ne joüiffent dans
aucun autre endroit.
Le iz . du mois dernier , les Religieufes du
Monaftere de S. Dominique & de S. Sixte fortirent
le matin en vertu d'un Bref que le Pape
leur a accordé pour aller vifiter les Eglifes
de S. Sixte le Vieux & celle de S. Pierre ,
& en chemin elles virent les préparatifs de
la Fête du Cardinal de Polignac.
Le Roi de Sardaigne a fait prefent à S. S.
d'un Calice d'or d'un très - beau travail , d'une
Châpe en broderie d'or , & de quelques autres
ornemens d'Eglife dont S. S. a paru trèsfatisfaite.
On écrit de Florence que la Princeffe Eleo
nore eft dans la réfolution d'aller à Vienne
fi fon Agent à la Cour de l'Empereur n'obtient
pas de S. M. I. la révocation d'un Decret du
Confeil Aulique , datté dú f1 . Septembre dernier
, par lequel l'Empereur a établi pour Regens
du Duché de Guastalla les Miniftres &
Confeillers du Duc , frere de cette Princeffe ,
en cas qu'il vienne à mourir fans enfans mâles
; elle prétend que c'eft une injuftice qu'on
lui a faite , parcequ'elle eft la feule qui ait
droit de fucceder à fes États .
Le Dimanche 6. Novembre , jour auquel
I. Vols
on
DECEMBRE. 1729. 2939
on avoit remis la Fête de S. Charles , dong
l'Empereur porte le nom , le Comte d'Arrach,
Viceroi de Naples , après avoir reçû les complimens
ordinaires de la Ville de Naples , en
corps , des Miniftres , des Generaux & de la
Nobleffe , fe rendit en cortege à la Chapelle
Royale , où il affifta à la Meffe & au Te Deum
folemnel qu'on y chanta au bruit de plufieurs
falves de l'artillerie des Forts & des Galeres ,
& d'une triple décharge de la Moufqueterie
de l'Infanterie Allemande qui étoit en Bataille
fur la Place du Palais . On avoit dreffé
dans la même Place diverfes décorations, qui
repréfentoient les Jardins du Palais d'Armide,
& il y avoit au milieu un Amphithéatre
chargé de toutes fortes de viandes , qui furent
abandonnées l'après - midi au Peuple.
La vendange des petits vins a été fi ‘abondante
dans le Royaume de Naples cette ans
née , que le baril ne fe vend à préfent que
fur le pied de fix carlins. Les Gentilshommes
des deux Calabres n'ayant pas affez de
place dans leurs celliers pour mettre le vin
qu'ils ont recueilli , ont permis à leurs païfans
de vendanger le refte du raifin qu'ils
ont laiffé fur la Vigne.
M. Louis Mocenigo , qui a été élu Ambaffadeur
de Venife à la Cour de France , à la
place de M. Zacarie Canale , doit partir dans
peu pour Paris.
Le Commerce du Levant eft fur un très-bon
pied depuis s ou 6. mois à Venife , & les Négocians
de cette Ville fe flattent de faire tomber
celui qu'on commence à établir à Trieſte
1. Vol.
RE
2940 MERCURE DE FRANCE .
RELATION de la Fête que M.
Blondel , chargé des affaires de France
auprès du Roi de Sardaigne a don
née à Turin le 13. Novembre, à l'occa
fion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin
I A Maifon qu'il occupe eft une desplus
grandes de Turin , & très- propre pour
donner une Fête ; c'eft le Palais de M. le
Comte de Broglio ; il fait le coin de quatre
grandes & larges rues qui traverfent toute la
Ville ; l'Entrée , la Cour , le Jardin & les
Appartemens fost fort fpacieux3 il n'y a que
deux étages , il y a 38. Croifées fur la rue ,
non compris celles du rez - de- chauffée , 40 .
dans la Cour , & 20. fur le Jardin.
Toutes les Fenêtres, foit du premier ou du
fecond étage , furent illuminées à la maniere
du Pays fçavoir , chacune de deux gros
Flambeaux de cire blanche dans des efpeces
de bras de bois argenté 3 le Cordon qui regne
d'une Fenêtre à l'autre étoit illuminé de
gros Lampions , & le contour de chaque Fenêtre
de petits Lampions. L'Architecture de
la grande Porte étoit toute garnie de Lam
pions ; au- deffus il y avoit les Armes du Roi,
toutes en Lampions ; d'un côté on lifoit vi
ve le Roi , & dé l'autre Vive la Reine de France
, le tout en lumiere. Des deux côtés de
la grande Porte , à une diftance égale , il y
avoit deux Grottes de verdure de la même
hauteur que la Porte dont l'Illumination
formoit l'Architecture. Au- deffus de ces grottes
il y avoit des Refervoirs de vin , cachés

I. Vol.
par
DECEMBRE. 1729. 294 *
par les Armes de France en lumiere , au - def
fous defquelles il étoit écrit Vive Monfeigneur
le Dauphin ; dans le fond de chaque
Grotte, il y avoit un Ange argenté , qui foû
tenoit fur la tête un Dauphin doré , des na❤
rines duquel fortoient deux Fontaines de vin
qui coulerent abondamment pendant cinq
heures ; la Cour fut illuminée de même
tout le contour des Arcades étoit en Lam
pions , & du centre de chaque arcade pendoit
un Luftre de 12. branches .
Dans le Carrefour qui fait le coin de la
Maifon il y avoit des Artifices, L'Illumination
commença à fix heures , & dura juf,
qu'au lendemain matin. Jamais on n'a vu un
fi grand concours de Peuple.
+
Il y eut un grand diné , où il n'y eut de
Dames que la Marquife de Gontery & la
Comteffe de Beüil , l'une fille & l'autre belle
fille de M. le Comte Maffey , qui devoient
faire les honneurs de la Fête , & qui amenerent
avec elles dix des principaux Seigneurs
de la Cour.
A fix heures du foir , heure del Invito ,
M. l'Archevêque de Turin , les Miniftres
Etrangers , les Chevaliers de l'Ordre de l'Annonciade
, & generalement toute la Nobleffe
des deux fexes arriverent . La Fêté commença
par un Concert des meilleurs Muficiens
de la Ville pendant lequel on fervoit toute
forte de Rafraîchiffemens . On vit enfuite tirer
l'Artifice , après lequel on paffa dans le
Salon du Bal où il y avoit cinq rangs de
Gradins les deux premiers furent remplis
par la plus belle Bourgeoifie qui entra par
billets ; la Nobleffe occupa les trois autres ;
& quoique ce Salon & quatre autres aufquels
1. Vol.
2942 MERCURE DE FRANCE.
il avoit communication fuffent extraordinai .
rement vaftes , l'affluence étoit telle qu'à
peine pouvoit on fe tourner, Ce fut un Chevalier
de l'Ordre qui commença le Bal avec
Mad. la Comtefle de Beüil ; on ne ceffa pendant
tout ce tems de fervir abondamment des
Rafraîchiffemens à toute l'Affemblée. Les
Appartemens étoient éclairés de 28. Luftres
de criftal à 18. branches & de 80..bras dorés
à double branche , qui ayant un miroir der
riere refléchiffoient beaucoup de lumiere. La
Nobleffe des deux fexes parut à cette Fête
d'une magnificence extraordinaire , ſoit en
pierreries , foit en habits.
Vers les onze heures du foir , on ouvric
un vafte Salon qui communique à une trèslongue
Galerie , dans laquelle il y avoit une
Table de toute la longueur qui fut fervie convenablement
à une fi noble Affemblée.
De 250. Dames qui avoient été invitées il
en refta au fouper 80 , elles tinrent toutes à
cette Table ; jamais il n'y a eu un fi beau coup
d'oeil que de voir une fi magnifique Affemblée
de so. Dames parées , & generalement toute
la Nobleffe , en hommes , occupés à les fervir
& à fouper eux-mêmes ; l'extrême gayeté y
regna pendant tout le repas ; on y but avec
de grandes acclamations la fanté du Roi ,
de la Reine , du Roi de Sardaigne , de Mon
feigneur le Dauphin , de M. le Prince & de
Mad. la Princeffe de Piedmont , & à chaque
fanté on fit une décharge de 35. Boëtes
placées dans le Jardin.
Dans toutes les Sales des Appartemens il
y avoit de petites Tables autant qu'il étoit
neceffaire pour toute la Nobleffe qui ne
pouvoit entrer dans la Galerie, Après le fou
I. Vol.
рег
DECEMBRE. 1729
2943
per le Bar commença , & dura jufqu'à huit
heures du matin , on ne cella d'apporter des
Rafraîchiffemens de toute efpece.

Quand la Nobleffe fut fortie de la Galerie,
la Bourgeoisie y entra & foupa en prefque
auffi grand nombre que la Nobleffe ; aprés
quoi on détacha des Violons dans toutes les
Sales , afin que tout le monde danſât , parceque
la Bourgeoifie n'auroit pas pû danfer
dans la Sale du Bal de la Nobleffe.
PORTUGAL .
E 16. Octobre, le Roy , accompagné des
Infants Don François & Don Antoine , alla
déjeûner au Palais de l'Inquifition : Elle affifta
enfuite à un Auto da fé , qui fe fit dans l'Eglife
des Dominiquains , & auquel le Cardinal Nano
Dacunha , grand Inquifiteur de Portugal , préfida
: cinq hommes & cinq femmes convaincus
du Judaifme , & refufant de l'abjurer , furent
livrez au bras féculier , pour être brûlez avec
l'Effigie d'un autre Juif mort dans les Prifons :
Quarante hommes & autant de femmes ayant
renoncé au Judaïfme & à d'autres erreurs , fortirent
de l'Inquifition , après avoir été condam
nez à diverfes peines par forme de Penitence.
GRANDE - BRETAGNE .
Ur la fin du mois dernier il arriva auBureau
des Vivres près la Tour de Londres , 600.
boeufs & 2400 porcs ; à Porftmouth , cent boeuf
& mille porcs, & à Plymouth 300.boeufs &1500.
porcs , pour les Vaiffeaux de guerre du Roy.
Les fiévres , les rhumes , fuxions & autres
maladies regnent extraordinairement à Lon
1. Fol.
dres
2944 MERCURE DE FRANCE :
dres , & peu de gens en rechapent ; il y eft mort
jufqu'à 908. perfonnes dans une femaine fur la
fin du mois dernier ; mais on a appris en der
nier lieu , que le nombre des morts diminue
beaucoupa
Le Roy a donné des ordres pour reformer les
trois Compagnies d'augmentation des huit Regimens
de Dragons , & neuf Dragons avec un
Caporal dans chacune des autres Compagnies
de ces Régimens. On reformera auffi les deux
Compagnies d'augmentation des douze Regimens
d'Infanterie , dix hommes dans chacune
des autres Compagnies , & pareil nombre dans
chaque Compagnie des Regimens des Gardeş
d'Infanterie. On compte que cette reforme avec
celle des autres Troupes ,montera à 6000. hommes
ou environ , de forte qu'il ne rettera plus
fur pied que les 17:00 hommes qui y étoient
avant la derniere augmentation ,
Le Roy a créé Pair de la Grande- Bretagne ,
le Colonel Stanhope , fon Miniftre Plenipotentiaire
auprès du Roy d'Efpagne , qui prendra
dorefnavant le nom de Baron d'Harrington ,
Terre fituée dans le Comté de Northampton,
į į į į į į į į į į jį į į į į ė į į ❀ ❀
MORTS , NAISSANCES,
des Pays Etrangers.
L&
A nommée Jeanne Skelton , de la Paroiffe
de Lawbercas , dans le Comté de Northumberland
en Angleterre , y mourut au
commencement du mois dernier , âgée de
ans. Elle étoit ayeule de 53 enfans , qui pref
que tous ont affifté à fon enterrement .
102
DECEMBRE. 1729. 2945
Le 16. Octobre , l'Epoufe du Conneftable
Colonne , accoucha à Rome de fon quatrième
Ns , qui fut baptifé l'après midi dans l'Eglife.
Paroiffiale de SS. Apôtres , & tenu fur les
fonts par le Prince Pamphile..
Le 17. Novembre , à 11. heures cinq minutes
du matin , la Reine d'Efpagne accoucha trèsheureufement
à Seville d'une Princeffe qui fut
baptifée le même jour par le Cardinal Borgia ,
& nommée Marie - Antoinette - Ferdinande.
Après la cérémonie du Baptême , le Roy , & le
Prince des Afturies & les Infans Don Carlos &
Don Philippe , affifterent au Te Deum qui fut
chanté dans la Chapelle du Palais de l'Alcaçar.
Enfuite Sa Majefté fe rendit à l'Eglife Métropo
litaine , où l'on chanta un fecond Te Deum , au
quel le Cardinal Borgia officia comme au premier.
Les Miniftres des Confeils & les Chefs.
des Maiſons Royales , ont reçu ordre de faire
illuminer leurs Hôtels pendant trois nuits confécutives
.
ののぶの
FRANCE
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
,
E 27 du mois dernier , premier Dimanche
Ldel'Avent ,le Roy & 1 entendient
dans la Chapelle du Château de Versailles , la
Meffe chantée par la Mufique , & l'après midi
L. M. affifterent à la prédication duPere Segaud,
de la Compagnie de Jefus.
Le 15. Novembre dernier , il s'eft fait une
élection d'un Abbé à l'Abbaye de Morimont ,
I. Vol. Ι
2946 MERCURE DE FRANCE.
à laquelle M. l'Abbé General de Cifteaux a préfidé
, les fuffrages ont été en faveur de Dom
Languer de Rochefort , Abbé Régulier de S.
Sulpice & Procureur General de l'Ordre de
Cifteaux en Cour de Rome. Il eft frere de M.
le Comte de Gergy , Ambaffadeur du Roy à
Venife , de M. l'Evêque de Soiffons , de M. le
Curé de S. Sulpice & de M. Languer de Montigny
, Gouverneur de Montbelliard pour M. le
Duc de Wirtemberg
On travaille dans les Bois de Compiegne à
faire 60. routes , pour que le Roy puiffe chaffer
commodement dans le plus épais de la Foreft.
Le 6. de ce mois , le Marquis de Guadagne ,
Deputé de la Ville d'Avignon , eut fa premiere
Audience publique du Roy , fur la Naiffance de.
Monfeigneur le Dauphin : enfuite il eutAudience
de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
& de Mefdames de France .
: M. de Blancmefnil , Préfident à Mortier , a
prefenté au Roy le fils du feu Président de la
Moignon fon neveu , à qui Sa M. a accordé l'agrement
de la Charge de fon pere. M. de Blancinefnil
l'exercera jufqu'à ce qu'il foit en âge ,
n'ayant que 17. ans.
tet ,
L'Abbé Monnier , Maître de Mufique de la
Cathédrale de Tournay, fit chanter un beau Mole
28 , 29 & 3,0 . du mois dernier à la Meffe
du Roy , dont S M. & toute la Cour ont été
extrémement fatisfaits . C'eft un jeune homme
qui a beaucoup de talent.
Le 9. de ce mois , le Roy & la Reine partirent
du Château de Verfailles pour aller à Marly ou
leurs Majeftez ont paffé jufqu'au 21. qu'elles
font revenues à Versailles .
Nous voilà prefque à lafin deDecembre ,fans
qu'on ait fenti aucune gelée ; le vent de Midi
I.Vola
&
DECEMBRE. 1729. 2947
& la pluye ont toûjours regné ; ce qui a caufé
des fluxions & des rhumes fi univerfels que dans
prefque toutes les Maifons , à la Cour & à la
Ville , dans les Communautez , & c . les Maîtres
& les Domeftiques en étoient également attaquez.
On a beaucoup faigné & on a remarqué
que le fang des malades avoit la même qualité,
blanchâtre & coüeneux .
Le 3. Decembre , il y eut Concert pendant
le foupé du Roy & de la Reine. M de Biamont,
Sur-Intendantde la Mufique du Roy, fit chanter
un nouveau Divertiffement de fa compofition :
intitulé , Le Caprice de la Mufique , ou les Antoufiafmes
d'Erato , à l'occafion de la Naiffance
de Monfigneur LE DAUPHIN. La Diele
Maure , chanta le Rôle d'Erato , Mufe de la
Mufique , la De Defjardins , celui de Junon
le St Dangerville , celui d'Apollon , & la Dile
Lenner y chanta un air détaché. Ce Divertiffement
fut très bien executé , & la Reine en fut fi
contente que S. M. le fit chanter encore le s . du
inême mois aux Appartemens , qui commencerent
une heureplutôt qu'à Pordinaire à caufe du
feu d'artifice qui fut tiré le même jour. Ce Concert
fut encore très gouté cette feconde fois
quoiqu'on fut obligé de placer la Mufique dans
les tribunes de la Salle , à caufe de la nombreufe
Cour de la Reine . La Dile Antier chanta le
role de Junon à la place de la D'le Defjardins.
Le & Fête de la Conception , il y eut Concert
fpirituel au Château des Tuilleries qui commença
par un Moter â grands choeurs de M. de la
Lande. La Dile le Maure chanta feule un petit
Motet ; les Cors de chaffe du Comte de Charolois
, executerent une fuite de fymphonie & de
fanfares de la compofition de M.Mourer quifut
ès - aplaudie. On finit par le Motet , Dominus
regnavit. ~ Lij
2948 MERCURE DE FRANCE .
Le 14. & le 21. il y eut Concert François ; la
Dile le Maure chanta pour la premiere fois l'O
de de Sapho , mife en Mufique par M. Burette';
on finit par le Te Deum de M. Gomay.

Le 24 & le 25. jour de la veille & Fête de
Noel , ily eut Concert fpirituel , on y joua une
fuite des plus beaux airs de Noels avec Violons
Flutes , Hautbois , & Mufetes ; la D le Maus
re chanta feule Hodiè Christus natus eft , Motet
nouveau de la compofition de M. du Bouflet
qui fut très - aplaudi ; le Concert fut terminé :
pendant les deux jours par un Motet de M. de
la Lande. "
Le . La Lotterie pour le Remboursement des
Leģ.
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en préfence
du Prevoft des Marchands & des Echevins
en la maniere accoûtumée ; le fonds de ce mois
s'eft trouvé monter à la fomme de 1162773. liv.
17. f. 6. d. laquelle jointe aux autres qui ont
été remboursées dans le courant des douze mois.
de l'année 1729. la totalité des rembourfemens .
fe monte jufqu'à prefent à la fomme de
11804224 liv. 3. f. 9. d .
Par un Avis publié le 4. au fujet de ladite
Lotterie , il eft dit que l'Adjudicataire des Fer- .
mes unies portera auTrefor Royal pour le fonds
du mois de Janvier 1730. la fomme de 600000 l .
au lieu de sooooo . liv. qu'il avoit fait porter
pendant chaque mois de l'année 1729.
I. Vol. FESTE
DECEMBRE 17297 2949
FESTE des Miffions celebrée dans
P'Eglife de la Maison Profeffe
des Jefuites.
en l'année 1703. que fut établie dans
Cl'Eglife de la Maifon Profeffe des Jefuites,
par les foins du R. P. Fleuriau , Procureur
General des Miffions du Levant , une Fête folemnelle
, pour demander à Dieu l'Exaltation
de la Sainte Eglife , l'union entre les Princes
Chrétiens , la converfion des Gentils & Infideles
, la réduction des Hérétiques & Schifmatiques
, & fes Bénedictions fur les Miffions
& les Miffionnaires , ce qui fit appeller cette
Fête la Fête des Miffions . Le P. Fleuriau ob .
tint pour cela du Pape une Indulgence Pléniere
, dont le temps étant expiré, le R. P. Le
Camus , Succeffeur du P. Fleuriau dans l'Emploi
de Procureur General des mêmes Miffions
, l'a fait renouveller & publier avec la
permiffion de M. l'Archevêque de Paris. Cette
Fête qui eft fixée au Dimanche qui précede
mmédiatement le premier Dimanche de l'Ayent
, s'eft célébrée cette année le Dimanche
20. de Novembre , avec Expofition du S. Sacrement
, & Grande- Meffe , où M. l'Evêque
de Xaintes officia pontificalement. Il y eut
auffi Vêpres , & Sermon par le P. de Couvrigny,
Jefuite , Prédicateur de la Dominicale ,
qui parla éloquemment fur le fujet de la Fête ,
Taquelle fut terminée par le Salut , où le même
Prélat officia. Le P. le Camus foutint la céremonie
par une illuftre Affemblée, qui étoit compofée
de 13. Prélats , Archevêques ou Evêques
, des deux Agens Generaux du Clergé
I. Vol.
I iij
de
1
2950 MERCURE DE FRANCE:
de M. le Nonce du Pape , & d'un nombre confiderable
de perfonnes de diftinction , entr'autres,
de Meffieurs leComte de Maurepas, Secretaire
d'Etat , le Marquis de Breteuil , Chancelier
de la Reine , de Coetlogon , Vice- Amiral , du
Duc de Sully , & du Comte de Morville. Cette
illuftre Compagnie affifta à la Grande Meffe
& voulut bien faire l'honneur aux Jefuites de
diner en Communauté.
Le 19. Decembre M. l'Archevêque de Paris
prêta le Serment accoutumé , & prit féance.
au Parlement en qualité de Duc de S. Cloud
Pair de France. Dans la céremonie M. le Premier
Préfident lui parla en ces termes :
MONSIBI ONSIEUR ,
f
Après vous avoir differé , par le concours de
nos fuffrages , les honneurs de la Pairie , que la
pieté la liberalité du feu Roy ont attachez
au titre d'Archevêque de Paris ; la Compagnie
me charge de vous témoigner toute la part qu'el
le prend à votre élevation dans les plus hautes
Dignitez de l'Eglife de l'Eat . La nobleffe
de votre naiffance les preuves de votre follicitude
Paftorale , dans la conduite de deux
grands Diocèfes ; ce caractere de douceur , de
Jageffe , & de moderation , fi propre à concilier
le zele qui vous anime pour l'interêt de la Religion
, avec la prudence que les conjectures des
temps exigent , pour la tranquillité de l'Etat ,
ont déterminé le Roy , à vous choifir pour une
place fi eminente.
Pasteur fidele légitime du Troupeau qui
1. Vol. vous
DECEMBRE 1719. 2951
vous eft confié , vous attirerez ſur nous , par
la ferveur de vos prieres , ces benedictions dont
nous avons befoin , pour remplir dignement les
fonctions continuelles & importantes du Minif
tere redoutable dont nous sommes chargez. Nous
employerons de notre part l'autorité que nous
exerçons au nom du Roi , pour maintenir les
prerogatives qui appartiennent aux Digniter
du premier ordre , dont vous êtes revêtu ,.
perfuader de votre attachement aux Régles &
aux Maximes du Royaume , ce premier Tribu
nal de la Justice Souveraine , fe portera toujours
avec joye à vous donner des marques de
Ja grande confideration pour votre Caractere .
& de fa haute eftime pour votre perſonne.
M. l'Archevêque répondit :
MESSIEURS ESSIEURS ,
ن م
Entre les prérogatives que la pieté de nos
Rois a attribuées à mon Siége , celle qui me
flatte le plus , eft la dignité de Pairde France ,
dont vous venez de me mettre en poffeffion . En
m'uniffant à votre Augufte Tribunal vous me
donnez le droit de profiter de vos lumieres ,
d'avoir part à la gloire qui fuit toujours la fageffe
de vos jugemens . La qualité de votre Confrere
, que j'acquiers par ce nouveau titre , me
donne lieu de compter fur vos bontez , & ſur
vos bons offices , lorfque comme votre Archevêque
, j'aurai recours à votre juftice , pour ren
dre le Gouvernement de ce Diocèſe plus utile
plus tranquille.
Je m'efforcerai , Meffieurs , de meriter l'un
& l'autre, par mavive reconnoiffance , & par
I. Vol. I iij ma
2952 MERCURE DE FRANCE .
ma parfaite vénération pour un Corps auffi refpectable.
Le même jour , M. l'Archevêque traitta
fplendidement à dîner M M. du Parlement &
les Pairs qui avoient pris féance . Sa réception.
ainfi qu'un grand nombre de Prélats , & d'au
tres perfonnes diftinguées qui avoient affifté
ou pris part à cette ceremonie.
BENEFICES DONNEZ
par le Roy.
Lare de s . Benoit , Diocèle de Meaux , va-
E Roy a donné l'Abbaye de Jouarre , Orcante
par la démiffion de Me Charlotte- Armande-
Gafton de Rohan , à Me Anne-There
fe de Rohan , Abbeffe de Preaux .
L'Abbaye de Bolbone , Ordre de Citeaux ,
Diocèle de Mirepoix , à l'Abbé de Salignac-
Fenelon , Chanoine & Archidiacre de Cambray.
M. de la Tour , Intendant de Bretagne , qui
s'eft toujours diftingué dans les occafions de
témoigner fon zele pour le Roi , fit le Mandy
13. Septembre , aux premieres nouvelles de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , chanter
le Te Deum dans l'Abbaye des Religieux
Benedictins de S. Melaine à Rennes , après
quoi , il y eut Concert par l'Académie de Mufique
, dans fon Hôtel , qui fut le foir illuminé
par une infinité de Lampions qu'on avoit
placez le long des Corniches ; les Chapiteaux ,
le F.onton , le Portail , & les murs de cloture
en étoient auffi garnis avec art , ainfi que
toutes les fenêtres. Il y avoit au milieu du
1. Vol.
FronDECEMBRE
1729. 2953
D
Frontispice un grand Cartouche peint aux Armes
du Roy, de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin , allégoriquement traité , reprefentant
trois Coeurs entrelaffez par un Cordon
bleu tenu par un Amour , le tout orné de
Trophées. Ce Tableau étoit éclairé par derriere
, ce qui le rendoit très- brillant. On fit couler
plufieurs Fontaines de vin ; on tira quantité
de Canons & de Fufées , & après le Concert
il y eut un Repas fervi avec délicateffe
où le trouverent toutes les perfonnes de la
premiere diftinction , qui y avoient été invirées
, au nombre de près de cent. Le Bal qui
fucceda au Souper , ne finit qu'au jour , & termina
cette Fête qui attira toute la Ville , &
dans laquelle Madame l'Intendante , dont les
attentions font infinies , redoubla la politeffe
qui lui eft naturelle ; il y avoit des rafraîchiffemens,
& generalement toutes fortes de viandes
froides , de Confitures , & des fruits , avec
des Liqueurs de toutes les efpeces qui étoient
préfentées de la meilleur grace du monde ;
fans oublier la moindre perfonne ; les Mafques
qui étoient auffi nombreux , que diverfifiez
par les habillemens ingenieux & magnifiques
qu'ils avoient inventez , en furent char
mez : & ne virent qu'avec regret paroître le
jour , qui les obligea à quitter une auffi aimable
Fête. La Maifon des Benedictins qui forme
un côté de la Cour de l'Intendance , fut
auffi très-bien illuminée , ce qui produifit un
affortiffement des plus agréables , par la mul
titude des fenêtres dont cette Maiſon eft
percée.
On célebra le 30. Octobre une grande Fêté
à S. Aignan , en Berry , par ordre de M. le
I. Fol Iev Duc
1954 MERCURE DE FRANCE:
Duc de S. Aignan , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin . Dès la veille ,
l'Artillerie du Château , les Cloches , & les
Tambours de la Ville annoncerent cette Fête ,
le foir ; & le lendemain matin , le bruit des
Cloches & du Canon fe fit encore entendre de
même. On commença par une Proceffion generale
, à laquelle affifterent avec le Chapitre
de la Collegiale , & les Capucins , la Juſtice ,
de la Duche- Pairie & l'Hôtel de Ville , tous
les habitans étant fous les armes , le Te Deum
fut enfuite chanté en Mufique dans la Collegiale
, précedé de differens Motets . Après quoi
le Bailly , & le Procureur Ducal , allerent en
céremonie allumer le Feu de joye , accompagnez
de la Bourgeoifie. Le Clocher de la Collegiale
étoit illuminé , ainfi que le Château
& toutes les rues éclairées de Terrines , de
Lampions , &c.
Au retour du Feu , la Bourgeoisie traverſa
les Cours du Château , & y fit plufieurs décharges
, aufquelles répondit l'Artillerie ; il y
eut plufieurs piéces de Vin qui cou lerent
pour le peuple , & fur les huit heures
on fervit un grand Repas dans la principale
Sale du Château , auquel toute la Nobleffe du
Lieu & des environs avoit été invitée , ainfi
que les Officiers de Juftice , de la Maifonde
Ville & tous les Officiers de la Milice Bourgeoife.
Après le Souper il y eut Bal , où toutes
les Dames de la Ville fe trouverent , on y danfa
prefque toute la nuit , & tant qu'il dura , on
y diftribua toutes fortes de Rafraichiffemens.
1. Vol. LETTRE
DECEMBRE . 1729. 2955
LETTRE de M. l'Abbé de R. du 20 .
Octobre , à un de fes Anis , à Paris .
Pardon , Monfieur, j'ai été tantbien
fans vous écrire , j'avois pourtant bien des
chofes à vous mander fur la joye que les peuples
ont fait éclater à l'occafion de l'heureufe
Naillance de notre Dauphin , & dont j'ai été
témoin , tant en Flandres qu'en Picardie. J'ai
affifté à plufieurs de ces Réjouiffances , mais je
n'en ai point vû qui m'ait tant plû que celle
qui a été faite à l'Abbaye de Corbie & au
Château de Berni , appartenant à M. Mandat ,
Maître des Requêtes. A l'égard de celle de
Corbie , elle étoit finguliere en ce que les jeunes
M de Polignac , qui font actuellement
au College de Louis le Grand , fe mirent à
la tête de deux Compagnies de Bourgeois ,
leur firent faire tous les exercices que des Soldats
les mieux aguerris auroient pu faire, les firent
marcher dans la Place de Corbie , les pofterent
autour du Feu d'artifice , ordonnant
des décharges de Moufqueteries qui continuerent
tant que le Souper de l'Hôtel de Ville dura
, les Religieux de cette Abbaye fe font diftinguez
dans cette occafion , par les profufions
de vin & de viande qu'ils ont donnés au
Peuple.
Pour la Fête de M. Mandat , elle s'eft donnée
le 2. d'Octobre dans fon Château de Berni , &
ce qu'il y ade furprenant , c'eft qu'étant éloigné
des grandes Villes , elle ait été auffi magnifique.
Il y invita toute la Nobleffe , à fix
lieues à la ronde , & même les Principaux de
la Ville de Peronne. On commença par faire
1. Vol. I vj chanter
2956 MERCURE DE FRANCE
chanter dans l'Eglife de la Paroiffe un Te Deum
en Mufique cette Eglife étoit illuminée en
dedans de Flambeaux & de Lampions. De-là
on fe rendit dans l'Avenue du Château , ou
après avoir mis le feu à un grand édifice de
bois fait exprès , on tira pluſieurs Boetes &
quantité de Fufées volantes ; fpectacle trèsnouveau
dans un Pais où les Maiſons font
couvertes de chaume , mais on avoit eu l'attention
de prendre le vent , de crainte d'accident.
Vous pouvez juger du concours des habitans.
circonvoifins. M. Mendat jugea à propos de
fatisfaire pleinement leur curiofité , en faifant
couler pour eux plufieurs Fontaines de Vin &
de Biere , on leur faifoit diftribuer des
viandes en quantité , y joignant toutes les
bandes de Violons des environs.
Ces premieres céremonies finies , il parut
un fpectacle nouveau & des plus brillans que
j'aye jamais vu. Le Château de Berni qui eft
nouvellement bâti , parut tout en feu , il ſe
trouva entierement illuminé par un nombre
prodigieux de Lampions , que l'adreffe des
Ouvriers alluma prefque tous en même tems 5:
enforte qu'on pouvoit croire à dix lieuës à la
ronde , que c'étoit un nouveau Phénomene qui
paroiffoit. On eut le foin de renouveller dans
la nuit de Lampions deux ou trois fois , de
façon que cette illumination dura non-feulement
pendant le Souper , mais pendant le Bal
qui ne finit qu'à fept heures du matin .
Cette Illumination étoit accompagnée de
Devifes pour le Roi , la Reine & le Dauphin.
Le fouper fut des plus magnifiques , il y avoit
trois Tables de 35. Couverts chacune , fervies :
avec toute la profufioň & la délicateſſe qu'on›
La Koli
DECEMBRE. 1729. 2937
eut pû attendre dans les plus grandes Villes
tous les Appartemens étoient éclairez de
Luftres de Girandolles , & d'un nombre
Infini de Bougies . Pendant le Bal , toute fortes
de Rafraîchiffemens furent continuellement
préfentez à toute la Compagnie.
Il fembloit qu'après tant de Réjouiflances
on eut dû fonger au repos , mais il fe trouva
dans un nouvel Appartement des Tables fervies
de differens Potages & de toutes fortes
de viandes , qui attirerent de nouveau la
Compagnie , croyant retrouver dans ces nouveaux
mets l'équivalant du fommeil.
EXTRAIT d'une Lettre de Malte
du 7. Novembre 1729 .
VFrance,pour la naiffance de Monfeigneur
le Dauphin : Voici comme les nôtres
ont commencé. M. le Grand Prieur de l'Eglife
F. Melchior Alpheran , Oncle de M.
P'Evêque de Malte , auffi- tôt qu'il apprit la
naiflance de Monfeigneur le Dauphin , nepûr
contenir fa joye , ni differer à en donner des
marques : c'étoit le 4. Novembre , il étoit
à Sarrie fa Maifon de plaifance ; il fit allumer
le foir des Lampions & des Terrines'
à Feu fur toutes les Terraffes ; le lendemain *
dans fon Eglife du Dome de Sarrie , il fir
celebrer une Meffe Solemnelle , chanter le
Te Deum avec Symphonie , & tirer plufieurs
fois 24. groffes Boëtes qu'on entendoit de
la Ville de Malte , comme fi on eut tiré du
Canon. Il fit enfuite diftribuer des aumôness
à deux mille Pauvres qu'on avoit rangés
dans le Mail pour éviter la confufion , &
I. Volo
Ous avez fait M. vos Réjouiffances en
on
2958 MERCURE DE FRANCE .

on donna à chacun un Pain & un Car
lin. Le même foir il envoya des aumônes
aux Carmes Dechaux aux Cordeliers ,
aux Capucins , aux Prifonniers , & à une
Communauté de 48. pauvres Filles , qui
fervent Dieu fous fa protection . La Lettre
dit : Questa alegrezza inaspettata è non
Japuta , Turprit agréablement & édifia tour
le monde. Les autres Réjoüiffances fe feront
ici les 13. 14. & 15. de Novembre : Le
premier jour , on celebrera en Mufique une
Grande Meffe pontificale de M. le Grand
Prieur de l'Eglife , avec le Te Deum , pendant
lequel on fera une décharge de 129. pieces
de Canon , & de toute l'Artillerie des Vaiffeaux
& des Galeres ; enfuite il y aura Proceffion
de l'Ordre , qui ira jufqu'à Notre-
Dame de la Victoire S. A. E. Monfeigneur
le Grand Maître de Malte , donnera ce jourlà
un grand Repas , où tous les Grands
Croix feront conviez ; le foir on tirera devant
le Palais , un grand Feu d'artifice , 60. groffes
Boetes & 60. pieces de Canon des Cavalliers.
Le lendemain les trois Langues de
France s'uniront , & feront celebrer en Mufique
une Grande Meffe pontificale , & un
Te Deum , dans l'Eglife de l'Ordre , après
quoi chaque Langue en particulier donnera
un Repas magnifique. Le Bailli de la Salle ,
a donné des marques de fon zele & de fa
generofité ordinaire , en faveur de la Langue
de France à qui il a envoyé mille Ecus
pour aider à la dépenfe. Le Bailli de Bocage ,
comme l'Homme du Roy , fera prié d'affifter
& de prefider à toutes les Réjouiflances.
·
1. Vol. EXTRAIT
DECEMBRE. 1729 2959
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Provins.
Es le 23. Fevrier , les Prêtres de l'Oratoire
du College de Provins avoient fait
déclamer une Paftorale , où trois Bergers
s'excitoient mutuellement à demander au Čiel
un DAUPHIN , & faifoient des voeux pour
l'obtenir. Cette Piece avoit été fuivie d'un
Drâme François . Clovis étoit le Heros de la
Piece. A la fin du dernier Acte , ce Prince
réfolu de fe faire baptifer , s'adre ffoit à Dieu ,
& entr'autres graces dont il le fupplioit , de
combler fes Succeffeurs , il le conjuroit d'exaucer
leurs prieres , lorſqu'ils lui demande
roient des Fils.
Le 9. de Septembre les mêmes Bergers ,
pour s'acquitter de leurs voeux , s'unirent à
deux autres Bergers , & déclamerent en action
de graces , un Poëme Latin , qui fut
précedé d'un Difcours , où le P. *** félicita
la Maiſon Royale & la France , de la naiffance
du DAUPHIN. C'eft le premier qui
ait parlé en public,fur un fi noble Sujet.
Enfin le is . de ce mois , le même Orateur
fit un fecond Difcours pour célébrer le
bonheur du DAUPHIN , même en l'enviſageant
d'abord comme Fils , & enfuite comme
Prince , il fit voir qu'il tiroit de fa Famille
tous les avantages défirables , & qu'il naiffoit
à la tête d'un Peuple qui contribuoie
aufi à fa félicité. Tous ces Ouvrages ont été
applaudis.
I. Vol
DECORATION
12960 MERCURE DE FRANCE .
DECORATION ETFEU D'ARTIFICE,
tiré dans l'Avant - Cour du Chateau de Verfailles
le s . Decembre , à l'occafion de la
naiffance du DAUPHIN , fous les ordres
du Duc de Mortemar , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , en Exercice ;
fous la conduite de M. le Febvre , Inten,
dant des Menus Plaiſirs de S. M.
E principal objet de cette magnifique &
vafte Ordonnance , repréfentoit le Temple
de Jupiter. Toute la Décoration , la plus
belle qu'on ait vûe dans de pareilles Fêtes ,
étoit elevée dans le milieu de la premiere
Cour , faifant face au Chateau , fur 40. toifes
de large , 20. de profondeur , & 18. de hauteur
, dont la gradation étoit marquée par
17 Travées fur divers Plans , qui portoient
les Chiffis chantournez , fur lefquels la Décoration
étoit peinte en détrempe à la Cole.
Les Figures , au nombre de plus de cent ,
étoient de differentes grandeurs. Celles des
Divinitez dans le lointain avoient 7. piés de
proportion , & celles des premieres Travées ,
fur le devant, étoient trois fois plus grandes.
Les Figures groupées & placées. fur les autres
Travées , étoient degradées felon leur Plan ,
plus ou moins avancé , coloriées & peintes
felon les regles de la Perſpective Aerienne ,
dont l'intelligence a produit un tel effet , que
les yeux ont été également frappez d'étonnement
& d'admiration .
La Figure de Jupiter , environné de toutes
les Divinitéz Celeftes , dominoit fur toutes
les autres . On voyoit fur le derriere ”, Iris
fur l'Arc -en Ciel , & fur le devant , Minerve ,
qui par ordre du Maître des Dieux , & accom-
La Volo
pagnée
DECEMBRE. 1729. 2961
F
pagnée des Mufes & de la Paix , venoit annoncer
à la France la naiffance du DAUPHIN .
La France , fur les premieres Marches du
Temple , recevoit avec un tendre refpect cet
Augufte Préfent des Dieux , fi cher , & fi
defiré. On voyoit à fa fuite , la Ville de Paris
fous la Figure d'une Femme , & près d'elle
plufieurs Genies , reprefentant les differentes
Provinces du Royaume , qui par diverfes
attitudes expriment leur zele & les tranſports
de leur reconnoiffance. Toutes ces Figures
placées fur les premiers degrez , en deçà du
grand Parvis du Temple , avoient au moins
20. piés de proportion. Sur les mémes degrez
, l'Abondance , la Felicité & le Commerce
, répandoient à l'envi , chacun de font
côté , leurs richeffes , leurs biens , & c.
A la droite du Temple , on voyoit fortir
de l'Ocean & s'empreffer pour prendre part
à ce grand évenement , Neptune , Thetis
Amphitrite , les Tritons , les Nereides fur
des Dauphins , & toutes les Divinitez de la
Mer , & c. Sur la gauche paroiffoit un grand
concours de Peuple de differentes Nations
qui venoient applaudir au bonheur de la
France. Enfin le Morceau le plus frappant
de cette fuperbe Décoration , étoit un Soleil
levant , Symbole du Roy , qui fembloit ce
jour-là fortir plus riant & plus radieux du
fond des Eaux , & par fa préfence donner
aux Peuples un nouveau fujet d'allegreffe &
d'admiration.
La Décoration , dont le Deffein , l'Invention
& la compofition , font du Sieur Meyfonnier
, Deffinateur du Cabinet du Roy , fur
eclairée à l'entrée de la nuit , par une Illu
mination en Terrines , fans qu'on vit une feule
I. Vol. lumiere
2962 MERCURE DE FRANCE:
Lumiere , diftribuées avec Arti pour donner
les degrez de Lumiere convenables aux objets
reprefentez ; enforte que de la Chambre du
Ray , d'od leurs Majeftez , accompagnées de
toute la Cour , virent tirer le Feu , toutes les
parties de la Décoration paroiffant réunies
dans un même Tableau , formoient un Spectacle
d'une très grande beauté , où la gran
deur , la pompe & la magnificence éclatoient
de toutes parts , & digne enfin des Auguftes
Perfonnes qui en étoient l'objet.
Toute cette grande Machine Theatrale ,
d'une Invention finguliere , élevée ſur 17
Travées , étoit conftruite d'une Charpente
très-folide , quoique très -legere à la vûë , &
qui a refifté à plufieurs ouragans . On n'entrera
pas dans un plus grand détail , puifqu'il en
doit paroître une Ellampe gravée avec foin ,
avec les differens Plans ' , les côtez & les coupes
des Chaffis de toute la Compofition .
Vers les huit heures du foir , le Feu commonça
par une décharge d'un très - grand nom
bre de Boëtes , & on tira enfuite l'artifice ,
Composé de 150. Caifles de Fufées , & autres
artifices. La vivacité avec laquelle le Feu fut
fervi , & la prodigieufe quantité de Fufées
qui partirent en même tems , ne laifferent
rien à défirer dans cette Fête , que les Ambaffadeurs
& Miniftres Etrangers virent de la
petite Gallerie de l'Appartement du Roy.
Tout l'artifice , compofé par le Sieur Têtard
, Artificier du Roy , confiftoit en cent
Fulées dites Royales , qui furent tirées fur
16. Chevalets , immédiatement après la décharge
des 200. Boëtes. En 250. Caiffes ,
dans lesquelles étoient diftribuées environ
mille douzaines de Fufées volantes de trois
1. Vol. efpeces
DECEMBRE 1729. 2963
efpeces ; & en 200. Caiflons , placez entre
les Caiffes , à la diftance de 6. piés ; ces
Caiffons étoient remplis de vingt mille Pots
Feu , partie en Sauciffons volans , & partie
en Fufées Royales & Fufées Foncades , & c."
MORTS , NAISSANCES
& Mariages .
Icolas de l'Epine , Architecte des Bâti
mens du Roi , l'un des Adminiſtrateure
de l'Hôpital General & de l'Hôpital Royal
des Quinze vingt , mourut à Paris le 1 Decembre
, âgé de 87, ans.
Dame Catherine David de la Pailleterie .
ci- devant Chanoineffe de Remiremont , &
Epoufe de M. Marie Jofeph de . Prougen ,
Intendant des Maifons & affaires de leurs
Alteffes Sereniffines feuë Madame la Princeffe
, & à préfent de Madame la Ducheffe de
Brunswick , mourut le 2. Decembre , âgée
d'environ 81. ans.
Le 3. Dame Marie Madelaine Dutel , veuve
de Claude Lombard , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roi &c. mourut âgée de 88. ans.
Philippe Alexis Durand , Chevalier , Seigneur
de S. Eugene Trouhart , Le Grilloire
&c. Confeiller d'Etat , Préfident à la Chambre
des Comptes de Bourgogne , & ci - devant
Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , mourut le
du même mois , âgée de 53. ans ou environ.
Charles Augufte de Matignon , Comte de
Gacé , Baron de Briquebec , Seigneur d'Orglandes
& c. Maréchal de France , Gouver
neur & Lieutenant General du Pays d'Aunis
, de la Ville & Gouvernement de La Ro-
1. Vol. chelle
2964 MERCURE DE FRANCE .
chelle , Ile de Rhé & d'Oleron , Brouage ,
Pays , Côtes & Fortereffes adjacentes , mou
rut le 6. âgé d'environ 83 ans. Il étoit le 6e
Fils de François de Matignon , Comte de
Thotigni , &c. & d'Anne Malon , de Berci
Son corps fut porté le lendemain en grand
Convoi à l'Eglife de S. Sulpice , fa Paroiffe;
& enfuite tranfporté à l'Eglife des Carmelites
de la Rue S. Jacques , lieu de fa fepulture.
Charles François Marie , Marquis d'Estaing,
Lieutenant General du Verdunois . , Gouverneur
de la Ville de Châlons , Meftre de
Camp du Regiment de Foreft , Infanterie &
Gouverneur de la Ville de Douay , en furvi -b
vance du Comte d'Eftaing fon Pere , Lieutenant
General des Armées du Roi , & Chevalier
des Ordres de S. M. mourut en cette
Ville le 16. dans la 37. année de fon âge. Son
Regiment a été donné à M. d'Egrigni , Brigadier
des Armées du Roi , le plus ancien
des Mettres de Camp réformés d'Infanterie,
Dame Henriette du Raynier de Boiffeleau,
Epoufe du Marquis de Fiennes , Meltte de
Camp du Regiment d'Orleans , Cavalerie ,
mourut le même jour en fon Château de la
Fontenelle , âgée de 32 ans..
Germaine Françoife de la Vieuville , Epou
fe d'Antoine Cefar de la Luzerne , Comte de
Beuffeville , Seigneur du Moulin chapelle
Houllebec , Nandi & c. Meftre de Camp du
Regiment des Cuiraffiers du Roi , mourut d
Paris le 19. de ce mois , âgée de 22. ans . Elle
étoit accouchée trois jours auparavant d'un
fils qui a été nommé au Baptême Cezar François,
La Maifon de la Luzerne de Beuffeville
et une des plus anciennes & des plus diftinguées
de la Province de Normandie ; elle
I. vol.
s'eft
DECEMBRE. 1729 .
1729. 2965
s'eft alliée avec les Maifons de Maillé , de
Montenay , de Le Veneur , de Baffompierre
, de Briqueville , de Carbonel , de
Marquetel , de Fontaines Martel , de Roncherolles
du Pont S. Pierre , & dès l'année 1434
avec la Maifon des Comtes de Meullen , Sire
de Beaumont le Roger , qui defcendoient par
femmes de la feconde Race de Vermandois
iffuë de Hugues de France , dit le Grand
fils de Henri I. Roi de France.
Dame Louife Françoife de Languedouë
Dame de Puffay , Rivofdes , Beauzy & des
Ponts de Beauzy , Veuve de M. Antoine de
Vandeuil , Ecuyer ordinaire de la grande
Fe du Roi mourut le même jour , âgée
62 ans environ.
>
Le 20. M. Pierre Nicolas Bertin, Ecuyer, Treforier
General des Revenus Cafuels & deniers.
extraordinaires du Roi , mourut âgé de 37. ans .
Dame Perette de la Villeleon , veuve du
Comte du Parc , & en premieres nôces dur
Marquis de Coetlogon , Lieutenant General
des Armées du Roi , Lieutenant General
de la Province de Bretagne , & Gouverneur
de la Ville de Rennes ; mourut en cette Ville .
le 22. de ce mois , dans la 82. année de fon âge.
D. Emilie de Mailly , Epoufe de Jean François
de Creil , Brigadier des Armées du Roi,
Colonel du Regiment de Baffigny , étant accouchée
d'un fils le 4. Novembre , qui fur
ondoyé le même jours les Cerémonies du
Baptême furent fupplées le 3. Decembre , &-
if fut nommé François par Mathieu François
Molé de Champlatreux , Confeiller au Par--
lement ; & par Marie- Anne des Chiens
Epoufe de Jean Pierre , Comte de S. George,
gadier des Armées du Roi, ma,
2966 MERCURE DE FRANCE .
AVIS.
Le fecond Volume de ce mois , qui eft actuellement
fous preffe , qui doit fuivre celuici
de près fervira de Supplément aux matieres
qui n'ont pu trouver place dans le cours de la
préfente année , & contiendra une Table generale
, par le moyen de laquelle on trouvera
aifément toutes les differentes matieres.
On fera peut être bien- aife d'aprendre que
Ch. Houillié , Petit - Fils du Sieur Tavernier
de S. Germain en Laye , qui fourniffoit chez
le Roy , vend d'excellent Boudin noir &
blanc , des Endouilles fines , & de puiters
Langues de Monton d'un goût exquis. Il de
meure à l'Apport- Paris , dans l'ancienne
Boutique de la Veuve Paquet , vis- à - vis la
Boucherie , attenant la Pantoufle.
TABLE.
Du premier Volume de Decembre.
27550
PRépone la Queftion , Quelle eft la fen
me la plus malheureufe & c. 2758.
Ode Italienne avec la Traduction & c. 2774.
Lettre de M. Morand , fur la Taille à l'Angloife
27800
Eglogue
2787.
Diftique & Placet au Roi 2792 .
Refléxions fur l'excellence ou la préference
de la vûe & de l'ouie 2793.
2803. Triolet's
Remarques fur une Médaille de Trajan 280s.
Vers fur la Naiffance du Dauphin 2813.
Réjouillances faites à Lille en Flandres 2816 .
Réjouiffances à Sens 2820-
A Montpellier , les Penitens blancs
A Briançon & c.
28250
2828.
A Arles , à l'Académie de Mufique 28376
A Tours , 2851. A Montpellier , 2855.
A Nantes, 2860.A Andufe en Languedoc, 28646
A Dijon , Chambre des Elus 2866.
A Cluni 2875.
A Toulouse , le Corps des Marchands 2871 .
Lettre fur les Logogryphes
2873.
Larcin litteraire & c. 2875.
Enigme & Logogryphe
2876.
Nouvelles Litteraires 2879.
Ordonnances des Rois de France &c. 2881.
Le Paradis perdu de Milton 2882 .
2888. Differtation critique fur ce Poëme
Memoires pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres . 2891.
Numifmata Imperatorum Romanorum &c.
2900.
Rentrée des Académies Royales des Sciences
& des Belles Lettres
Ouverture du College Royal
2904.
2907.
2909.
Ouverture des Conferences à la Bibliotheque
des Avocats
Lettre au fujer de la lumiere Boreale 2911,
ampes 2913. Nouvelles Eft a
Nouvelle Methode pour reduire les Mefures
Suite des Médailles du Roi
ibid.
2914.
Nouvelle manufacture d'un metal qui imite
l'or
Chanfon notée
Spectacles
2917.
2919.
ibid.
Le Parnaffe , Concert & Balet , danfé à Verfailles
, Extrait. 2921.
Nouveaux Opera repréfentés dans les Pays
Etrangers
29229
Nouvelles du tems , d'Affrique , Ruffie , Po-
-logne , Fête donnée à Varfovie par le Marquis
Monti 2933.
Allemagne , Italie "
2927.
Fête donnée à Turin par M. Blondel 2940.
Portugal , Angleterre 2943 .
Morts , Naiffances 2944..
2949.
France, Nouvelles de la Cour, de Paris,2945 .
Fête des Miffions & c.
Difcours du Premier Prefident & la Réponſe
de l'Archevêque de Paris , reçû Duc 2910.
Benefices donnez
Quelques Fêtes fur la Naiffance & c.
2952.
2952;
-Décoration & Feu d'artifice du Roi à Verſailles
Mariages , Naiffances & Morts
Errata de Novembre.
Pr. 1717.1. 18. le Barge 1. le Barigel.
Age 2716. ligne 30. tira lifex tua.
Ibid. 1. 27 ici l. Civitavechia.
P. 2723. l. 13. compartes 1. comparfes .
29.60.
2963.
P. 2724. 1. 18. qui ont l. qui l'ont donnée. ôtez
le refte.
P. 2732. l. 7. le Sieur 1. M.
P. 2742. 1. 11. deffus 1. rangés.
P. 2748. 1. 2. du . d'un.
P. 2751. 1. 12. & ôtez ce mot.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2759. ligne derniere début lifez debate
P. 2832. l. 4. fe l. le.
P. 2864 1. 23.au . ou
P. 2910. 1. 26. applications qu'il a befoin ,:
1. application qui a befoin.
P.2914. l. 15, connoiffeurs. l. Commerçans .
La Médaille gravée doit regarder la page 2914
L'Air noté doit regarder la page, 2919.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le