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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
NOVEMBRE 1722 .
QUE
COLLIGI
STARGIT
Chez
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , nis
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au cora
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Ray
A VIS.
L'AD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Gette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , on les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Paix XXX . SOLS.
B
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
NOVEMBRE . 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O DE
AU ROY ET A LA REINE,
SUR L'HEUREUSE NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE
M
DAUPHIN.
Uſes, du profane Parnaffe ,
Je n'invoque point vos Concerts;
Le fublime objet que j'embraffe ,
Exige de plus nobles Airs :
A ij Il
2544 MERCURE DE FRANCE .
Il ne convient qu'au Roi Prophete *
D'exprimer l'Image parfaite ,
De nos plus tendres fentimens ;
Le Prince que le Ciel nous donne ,
Ferme appui de cette Couronne ,
Comble nos voeux les plus ardens,
Ce jeune Lys qui vient d'éclore ,
Répand fa naiffante fplendeur ;
Déja , d'un Peuple qui l'honore
Il femble affurer le bonheur ;
Près de lui l'Europe attentive ,
Voit fleurir & croître l'Olive ,
Qui rend fon repos plus certain ;
La Difcorde en prend feule ombrage,
Et va porter ailleurs fa rage ,
Avec le plus cruel deftin.
GRAND ROY , quel Prefent magnifique ,
Le TRES-HAUT te fait en ce jour !
Comment à l'attente publique ,
Peut- il mieux répondre à ſon tour ?
Et vous , REINE , qu'il rend féconde
Pour peupler de Héros le Monde ,
Inftrument de ce grand deffein ;
Voyez quel Prix la France entiere ,
★ Laudate Dominum in Sandis ejus,&c . Pf, 170
Reçoit
"
NOVEMBRE . 1729. 2545
Reçoit de votre humble Priere ,
Dans l'heureux Fruit de votre Sein .
粥
De votre commune allegreffe ,
Qui pourroit , AUGUSTES EPOUX ,
Peindre ici toute la tendreffe ,
Et les mouvemens les plus doux ?
Vos coeurs feuls , la feule Nature ,
Sources d'une joye auffi pure ,
Ont droit d'en reffentir l'excès ;
Et ces délices ineffables ,
Par des charmes inconcevables ,
Réjailliffent fur vos Sujets.
Le Ciel touché de nos miferes ,
Se difpofe à les réparer ;
Après tant de douleurs ameres ,
Il nous laiffe enfin refpirer.
Que d'Ayeux , objets de nos larmes ,
En renouvellant nos alarmes ,
Te furent enlevez , GRAND Ror !
J'en frémis encor quand j'y pense ;
Tu fus notre unique efperance ,
Et tu nous fis trembler
pour
toi.
維
Mais de ces mortelles atteintes ,
Sufpendons l'affreux fouvenir ;
A iij
Et
2546 MERCURE DE FRANCE .
Etvoyons diffiper nos craintes ,
Par le plus flateur avenir :
Le TOUT- PUISSANT te le préfage ,
Quand il t'accorde un fi cher gage ,
D'une illuftre Pofterité ;
A tant de fenfibles épreuves ,
Vont fucceder autant de preuves ,
De fa paternelle bonté.
M
Que tous nos Temples retentiffent,
De leurs Cantiques les plus beaux ;
Qu'à nos cris de joye applaudiffent ,
Les Citez , les Bourgs , les Hameaux :
Qu'en des Fêtes les plus celebres ,
Les flambeaux perçant les ténebres ,
Rappellent la clarté du jour :
Que le feu s'élance de l'Onde ,
Et que chaque Element réponde ,
Aux vifs tranſports de notre amour.
Viens , ô Religion facrée ,
Elever ce Prince au Berceau s
For fincere , divine Aftrée ,
Imprimez fur lui votre Sceau :
Pieux ZELE , fage PRUDENCE ,
Tracez en lui , dès fon Enfance ,
Les routes du folide Honneur :
FORCE
སྨ
NOVEMBRE. 1729 2547.
FORCE , infpire-lui le courage ,
De vaincre le plus grand orage ,
.Et de triompher de fon coeur.
M
Rare Tréfor qu'on abandonne ,
Au fort des vulgaires Humains ;
HUMILITE ' , qui fur le Trône ,
Flates fi peu les Souverains ;
Pour toi fais naître fon eftime,
Et tempere fon rang fublime ,
Par une affable Majefté ;
Fais qu'il rapporte tout hommage ;
Au TRES - HAUT dont il eſt l'Ouvrage .
Et dont il tient fa Dignité.
讚
Bannis loin de fa confidence ,
Ces dangereux Adulateurs ,
Dont la coupable complaiſance ,
Eft l'écueil des plus pures moeurs :
Peins-lui l'Orgueil que tu déteftes ,
Avec des traits toûjours funeftes ,
Aux plus éminentes vertus ;
Plus il te prendra pour modele ,
Et plus à fa gloire immortelle ,
Il verra rendre de Tributs,
Sous des Guides fi favorables ,
A iiij
Ce
2348 MERCURE DE FRANCE;
Ce Prince imitant fes Ayeux ,
Suivra leurs traces honorables ,
Qui par tout frapperont fes yeux ,
Devant lui tomberont les vices ,
Et leurs plus fecrets artifices.
Il en deviendra la terreur ;
Et foumis à la Loi fuprême ,
Tout ce qui la bleſſe elle- même ,
Ne lui fera jamais qu'horreur.
SEIGNEUR , dont la main liberale ,
De tes Dons enrichit les Rois ,
Et dont l'Equité fans égale ,
Leur dicte les plus juftes Loix ;
Sur LOUIS verfe avec largeffe ,
Ta haute & parfaite Sageffe ;
Ornes en fon augufte FILS ;
Fais , par d'autres fruits de ta Grace ,
Croître & multiplier leur Race ,
Leur gloire , leurs jours & nos Lys.
9
Deus Judicium tuum Regi da, & Juftitiam
tuam Filio Regis . Pf. 71. V. I,
M. Delagranche , Avocat au Parlement , &
Secretaire du Roi , de l'Académie de Nifmes ,
Auteur de cette Ode , a eu l'honneur de la
prefenter au Roi , à la Reine , aux Princes &
Seigneurs de la Cour.
CONJECNOVEMBRE
. 1729. 2549
CONJECTURES verifiées par l'experienice
, fur un nouveau moyen de rendre
Peau de la Mer potable , en lui faisant
perdre fa falure & fon amertume.
D
Ans tous les moyens par lesquels
on a tenté jufqu'ici de rendre potable
l'eau de la Mer , on a toûjours trouvé
que
les frais & la difficulté de l'execution
étoient beaucoup au- deffus des avantages
qu'on en efperoit.
Le P. Percheron , Régent de Phyfique ,
au College des Jefuites de Paris , propofa
l'an paffé fur cela , dans des Experiences
publiques , faites au College de la Fleche,
un moyen des plus fimples pour executer
par voye de filtration , ce que la plu
part ont effayé de faire par voye de diftillation
ou d'évaporation .
Ce nouveau moyen n'étoit qu'une con .
clufion pratique ,fondée fur une experience
dont on avoit demandé quelque temps au-.
paravant l'explication à ce Pere : la voici
cette experience. On avoit attaché vers
l'extremité d'une longue corde , chargée de
la Sonde d'un Vaiffeau , une bouteille de
verre toute vuide, & exactement bouchée .
avec du liege.Le poids de la fonde tint cette,
bouteille A v
2550 MERCURE DE FRANCE:
bouteille enfoncée dans la Mer . Vingtquatre
heures après on la retira , & on
trouva dedans de l'eau douce .
Ce fait qui parut extraordinaire au
Profeffeur , ne lui parut pourtant pas hors
de toute vrai-femblance. Et en effet , de
celebres Aureurs nous affurent qu'on a
fait tranfpirer l'eau au travers de deux
Globes creux , dont l'un étoit d'or &
l'autre d'argent , en les comprimant l'un.
& l'autre par le moyen d'une preſſe. Mais
Le R. P. confiderant que l'eau devoit avoir
en moins de difficulté à fe filter au travers
des pores du bouchon de liege, quand
même on l'eût fuppofé cacheté , comprit
aifément que c'étoit un grand hazard fi
elle avoit choifi fon chemin au travers des
pores d'un corps auffi denfe qu'eft le verre,
attendu que cela eût été grandement con.
traire aux loix du mouvement , qui veulent
que les corps fe meuvent toûjours
par l'endroit où ils trouvent moins de
Féfiftance. Il jugea que le bouchon devoit
être le filtre par où l'eau avoit penetré
au- dedans de la bouteille . Et fon
jugement fe trouve , dit-on , confirmé par
une nouvelle experience où l'on s'eft fervi
d'une bouteille fcellée hermetiquement,
& dans laquelle , au fortir de la Mer , il
ne s'eft pas trouvé une feule goute
d'eau.
QuoiNOVEMBRE
. 1729. 2558
Quoiqu'il en foit , après que le Pere P.
eût entendu parler de la premiere experience
, il lui vint dans l'efprit , que fi elle
étoit bien vraye , le fecret qu'on cherchoit
depuis fi long-temps , de rendre potable
l'eau de la Mer , étoit dès- là tout trouvé,
& que pour en rendre l'ufage encore plus
aifé & plus commode , il ne reftoit plus
que trois chofes à faire , qui étoient
1. d'augmenter le Vaiffeau qui devoit
fervir de Récipient . 2. De multiplier les
filtres. 3. De donner à l'eau de la Mer
encore plus de facilité pour s'infinuer dans
le Récipient , épurée des parties de fel &
de bitume qui l'empêchoient d'être
potable .
Sur cela le Pere imagina un Récipient
de figure fpherique , ou du moins ovale ,
percé de plufieurs trous , & garni d'un robinet
à deux O. Ces trous devoient être
exactement bouchez chacun d'un bouchon
de liege , qu'on auroit fait auparavant
tremper dans de l'eau douce. Et après ,
par le moyen d'un robinet , on devoit tirer
l'air du Récipient , en le fuçant avec une
Seringue ou petite Pompe. Cela fait , on
devoit , au lieu de la bouteille de l'experience
précedente , enfoncer ce Vaiffeau
dans la Mer
Le Pere P. affuroit que fi l'experience
qu'on rapportoit de la bouteille étoit
A vj vraye
2552 MERCURE DE FRANCE:
vraye , on ne pouvoit manquer de trou
ver une bonne quantité d'eau douce dans
ce Récipient , quand on l'auroit retiré de
la Mer. Tout , difoit - il , favoriſe la filtration
des parties pures de l'eau . Les bou
chons ont été imbibez d'une liqueur homogene
à celle qu'ils doivent filter . Dailleurs
il n'y aura rien au-dedans du Vaiffeau
qui refifte à l'entrée de l'eau . Au contraire
, il y aura au - dehors une très grande
preffion ; puifque le Récipient ne peut
être enfoncé dans la Mer à trente- deux
pieds de profondeur, que chacun des bouchons
ne foit comprimé d'une force encore
plus grande que celle d'une colomne
de Mercure , haute de cinquante - fix
pouces , & d'un diametre égal à chacun
de ces bouchons , le Vaiffeau ou Récipient
devra donc s'emplir prefque entierement
d'une eau pure , qui y fera pouffée
par la même Méchanique que celle
qui fe trouve répanduë fur les bords du
cuir appliqué fur la Platine de la Machine
du vuide , eft pouffée dans l'interieur
du Récipient au travers des pores
de ce cuir.
Ces conjectures n'étoient pas mal fondées
, il ne manquoit plus que d'en venir
à l'experience. Mais la Fleche n'eft pas
nn pays Maritime , où elle pût fe faire.
Par bonheur le jeune Marquis de Durcęt,
qui
NOVEMBRE. 1729 2553
qui n'avoit pas moins de gout pour la
Phyfique experimentale , que de genie
pour les Speculations les plus fublimes ,
achevoit fon cours de Philofophie au
College de la Fleche , & il devoit bientôt
revoir les Côtes de Normandie . Ce
fut lui qui voulut bien fe charger de l'execution
de cette experience. Elle a été
faire près de Dive , de la maniere qu'on
l'avoit fouhaité , à cela près qu'on s'eft
fervi d'un baril de médiocre grandeur qui
n'a pas même été enfoncé bien avant dans
la Mer. Cependant à la fin de l'experience
on trouva dans ce Baril une cau trèsclaire
& très -potable.
*****:**********
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
CANT A T E.
DE quel Divin Prefent s'en orgueillit la
SEINE ?
Quelle faveur rare & foudaine ,
Lui fuggere ces doux tranſports !
Mille Nimphes harmonieuſes ,
Font au loin retentir les bords !
Et
2554 MERCURE DE FRANCE .
Et celles de l'ORNE envieuſes ,
Nous en répetent les accords !
La bonté du Ciel atendrie ,
Auroit- elle accordé ce Fruit fi précieux ,
Qu'au bel Hymen de l'augufte MARIE
Souhaitoient nos plus tendres voeux ?
N'en doutons point. Je vois une Immortelle ,
Pour porter en cent lieux cette heureufe now
velle ,
Traverfer la Plaine des airs :
Ecoutez, en quels mots parle cette Déeffe ,
Pour faire naître l'allegreffe ,
Dans tous les coeurs de l'Univers .
Loin de vous l'indifference ;
Brûlez d'une vive ardeur :
Que du bonheur de la FRANCE ,
Chacun faffe fon bonheur.
Qu'aujourd'hui cent cris de joye ,
Expriment nos doux plaifirs :
Le Ciel s'ouvre , & nous envoye »
L'objet de tous les defirs.
Loin de vous l'indifference ;
Brûlez d'une vive ardeur :
Que du bonheur de la FRANCE ,
Chacun faffe fon bonheur.
Echos ,
NOVEMBRE. 1719 2555
Echos , racontez aux rivages,
Ce que vient d'annoncer fa voix.
Citoïens des Airs & des Bois ,
Faites-en vos plus beaux ramages.
Vous , Silvains , vous , Dieux des Bocages ,
Parlez-en à l'envi fur vos tendres Hautbois.
Célebtons , célebrons cette Fête charmante ;
Nos ardens defirs font remplis.
Célebrons , célebṛons la Naiffance éclatante
De l'illuftre Heritier des Lys.
Sommeil délectable
Verfe tes pavots
Sur fon oeil aimable;
Qu'au jeune HEROS
Tout foit favorable
Pendant fon repos. ,
Zephirs , dans vos Plaines.
Pouffez doucement
Vos molles haleines.
Coulez lentement ,
Plaintives Fontaines ,
Pendant ce moment.
Que dis- je ? tout à coup , quel valte bruiz
réfonne ,
Autour même de ſon Berceau ℗
Où .
1556 MERCURE DE FRANCE.
P
Où fuis-je ? O Dieux ! quel Miracle nou .
veau
De toutes parts me frape & m'environne ?
Que de Phénomenes divers
Portent l'étonnement dans mon ame pâmée !
Quels agréables feux ferpententdans les airs !
Mille étoiles des Cieux ouverts ,
Tombent ainfi qu'une pluye enflamée ,
Et laiffent en tombant un long fillon d'és
clairs !
Mille animaux font une aimable guerre !
Révé- je ? Ou puis- je en croire à mes fens
éblouis ?
On diroit que les Cieux fe joignent à la
Terre ,
Pour rendre homage au beau Sang de LOUIS.
Divin Auteur de la lumiere ,
Soleil , en pourfuivant ton cours ,
De ce Roïal Enfant avance la carriere ,
Sans abreger la trame de ſes jours .
Croiffez , Fruit digne de vivre ,
De LOUIS comblez les voeux :
Croiffez , croiffez pour le fuivre ,
Croiffez pour nous rendre heureux.
Puiffiez-vous , jeune Monarque ,
Avec
NOVEMBRE. 1729. 25.57
Avec lui regner long-tems ,
Qu'à vos jours plutôt la Parque
Ajoûte encor de nos ans.
Croiffez , Fruit digne de vivre ,
De LOUIS comblez les voeux.
Croiffez , croiffez pour le fuivre ,
Croiffez pour nous rendre heureux.
FAGUET.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Alep
le 12. May 1729. Jur les Sauterelles.
Ans le mois de May de l'année
Dpaffée , il tomba une fi prodigieufe
quantité de Sauterelles à vingt ou trente
lieuës à la ronde d'Alep , qu'elles ravagerent
en peu de jours toute la campagne
, & cauferent une grande difette de
grains. Le vent d'Oueft qui fouffla pendant
tout ce tems-là avec violence , les
empêcha de paffer outre , & de s'aller
jetter dans la Mer , comme elles font ordinairement
; de forte qu'ayant enterré
ici leurs oeufs , après la ponte defquelles
elles meurent , toute la Campagne fe
trouva de nouveau couvertes de ces Infectes
,
4558 MERCURE DE FRANCE .
4
lectes , au commencement du mois paffé.
Sur l'avis qu'en a eu le Gouverneur d'Alep
, il a envoyé dans toute l'étendue de
fon Gouvernement , ordre aux Payfans
de faire main - baffe fur les Sauterelles qui
ne font point encore en état de voler. Il
y a plus de quinze mille hommes qui y
font employez depuis quarante jours , &
la quantité de ces Infectes qu'ils ont tuez
paffe l'imagination ; cela va jufqu'aujourd'hui
à plus de mille Makouks ;
le Makouk et la meſure du bled qui
peze environ ſeize quintaux de France,
& fait la charge de trois Chameaux
de forte qu'en préfupofant les Sauterelles ,
auffi pelantes que le Bled , on en auroit
tué la charge de 3000. Chameaux , ce
qui paroîtra une hyperbole. J'ofe cependant
affurer que cela n'eft pas hors de
vrai-femblance , fur ce que j'ai vû moimême
aux environs de cette Ville. Dans
un endroit qui n'a pas vingt pas en quarré
, j'y ai vû , il y a dix jours , plus de
Sauterelles qu'il n'en pouvoit tenir dans
quatre muids . Elles étoient les unes fur
les autres , & encore m'affuroit- on , qu'il
n'y en avoit pas beaucoup à proportion
des autres endroits . Voici comment on
s'y prend pour les tuer on a deux grands
tapis , dont on étend l'un fur terre , &
de l'autre on fait comme une muraille , en
affu -
NOVEMBRE . 1729. 2559
affujettiffant deux des bouts aux bords de
celui qui eft étendu , & en levant bien
haut les deux autres bouts ; enfuite les
Payfans chaffent à grand bruit les Sauterelles
vers ces tapis , fur lefquels elles fe
ramaffent , en fe mettant les unes fur les
autres, de la hauteur quelquefois de quatre
doigts. Quand ils voyent qu'il y a une
certaine quantité , ils abbatent fur le tapis
qui eft étendu à terre , celui qui fert
de muraille , & qui eft auffi tout couvert
de Sauterelles , & ils fe jettent deffus
pour les écrafer ; après quoi ils les enterrent.
Toute la vigilance du Muffellem ,
c'est - à - dire , du Lieutenant du Pacha
d'Alep , n'a pas empêché que les Sauterelles
, qui peuvent déja fe fervir de leurs
aîles , n'ayent dévoré plufieurs Champs
de Bled & d'Orge , & il y a à craindre
que le pain ne foit encore plus cher cette
année- ci que l'année paffée , & que nous
ne mourions de faim .
à
Il y a auprès d'Angora, ou Ancyre dans
la Natolie , une Caverne dans laquelle il
y a une fource d'eau , qui, felon les Turcs ,
a la vertu d'attirer une efpece d'Oyſeaux
gros peu près comme des Etournaux
qu'ils appellent Samarmar. Ces Oyſeaux
vivent de Sauterelles , & on prétend même
que leurs cris tuent ces infectes . Le
Pacha informé , l'année paffée, que du côté
d'Ourfa
2560 MERCURE DE FRANCE.
'Ourfa , il y avoit des Sauterelles qui
fans doute viendroient à Alep , réfolut
de faire venir de cette eau aux dépens du
Pays , & d'attirer parconféquent les Samarmars
. Pour cela , il dépêcha un Chetk ,
ou homme de Loy , nommé Sidi - Abdulcader
, Beylouny Zadé , qui eft parmi les
Turcs en odeur de fainteté , pour aller
à Angora prendre de cette eau merveilleufe
, & l'apporter ici . Il y fut accompagné
d'une vingtaine de perfonnes , &
voici les céremonies qu'il obferva pour
avoir de cette eau , & ne lui point faire
perdre fa vertu.
›
Il campa à environ cent pas de la Caverne
, jeuna & pria continuellement
pendant quelques jours au bout defquels
il fit attacher une jatte ou cruche
au col d'un Cheval qui avoit été deux
jours fans boire , & le fit mener à l'entrée
de la Caverne . Le Cheval preffé par
la foif , y entra pour boire , & en bûvant
la cruche qu'il avoit penduë au
col fe remplit. Quand il fut forti de la
Caverne , le Cheik prit la Cruche , la
pendit à fon propre col , & toujours à
reculons , alla jufqu'au près d'une Mofquée
ruinée , qui eft à un quart de lieuë
de là , faire fa priere , après laquelle il fe
mit en route pour revenir à Alep , avec
la Jarre , ou Cruche débouchée , & tou
,
jours
NOVEMBRE. 1729 , 2561
jours pendue à fon col . Il faut obferver
que pour conferver à l'eau la prétenduë
vertu , il ne faut pas , difent ils , qu'elle
paffe fous aucun toit , mais que le Ciel
donne toujours à plomp deffus , de maniere
que celui qui la portoit campoit
hors des Villages , & lorfqu'il vouloit fe
décharger de fon fardeau pour manger
ou dormir fous fon Pavillon , il pendoit
la Jarre à une fourche expofée à l'air .
Quand il fut arrivé aux Portes d'Alep ,
un autre Cheik qui s'étoit purifié par des
jeûnes & des prieres , monta fur les murailles
de la Ville , & par des cordes
qu'on avoit préparées , tira la Jarre fans
la faire paffer fous la Porte , & ainfi de
Terraffe en Terraffe , toujours exposée
à l'air ; on la porta au Château qui eft
au milieu de la Ville , & on la pendit au
Minaret , ou Clocher de la Mofquée , où
agitée par le vent , elle devoit attirer les
Samarmars à deux journées à la ronde ;
mais malheureufement , difent les Turcs ,
cette eau arriva trop tard. Les Samarmars
couvoient alors , & elle ne put les
appeller . Les Sauterelles cependant ravagerent
la campagne , & les Oyfeaux ne
parurent qu'après qu'elles furent prefque
toutes mortes ou parties.
J'ai tué de ces Oyfeaux qui viennent
tous les ans dans le tems des Mûres blanchics
.
2562 MERCURE DE FRANCE .
ches. Le mâle a le dos , les aîles & la
queüe noirs , le ventre d'un blanc fale
& la gorge & le deffus de la tête rouge ;
les femelles ont le même plumage que
les Alloüetes. Il est vrai qu'ils détruiſent
les Sauterelles , & que quelques - uns que
j'ai ouverts en avoient jufqu'à 15. dans
l'estomach , toutes entieres ; on prétend
qu'ils les rendent fans les digerer , & qu'à
mefure qu'ils en jettent , ils en mangent
de nouvelles. Toute la fuperftition des
Turcs ne confifte qu'en la vertu qu'ils
attribuent à l'eau d'Angora , d'attirer ces
Oyfeaux avant le tems auquel ils viennent
ordinairement Le Pacha fe fit payer
pour cette forfanterie plus de cinq mille
écus .
*****X *XXXX :XXXXXL'Hymen
juftifié fur fes délais , à donner
un DAUPHIN à la France.
Hymen veut fe parer des plus brillans
atours ,
Pour célebrer , dit- il , le plus beau de fes
jours ;
Je vois d'Enfans aîlez une troupe charmante ,
Lui prêter les fecours d'une main diligente.
Satisfait de leurs foins , brillant de mille appas
,
Aux
NOVEMBRE. 1729. 2563
Aux rives de la Seine , il adreffe fes pas.
Il s'annonce. A fa voix les Ris , les Jeux dociles
;
Volent de toutes parts dans le fein de nos
Villes ;
Ce Dieu s'avance enfin , fur l'île des Zéphirs
,
Vers une augufte Cour , fource de nos plai,
firs.
Il parle de la forte , heureux que d'un fou
rire ,
Louis daigne payer le zele qui l'inſpire.
De voir naître un DAUPHIN l'impatiente ardeur
Enfanta mille voeux , accufa ma lenteur ;
Aux pieds de mes Autels la France profternée
.
» Courba pour me hâter fa Tête couronnée ;
» L'Amour qui dans fes feux alluma fon flam
beau ,
Venoit m'en demander le gage le plus beau ,
» Et même , de ces yeux où brillent tant de
charmes ,
Mes délais quelquefois faifoient couler des
larmes ;
Il faut donc qu'aujourd'hui , dévoilant mes
fecrets ,
» Dans mes retardemens je montre mes bienfaits.
» Le Fils du plus grand Roi devant par fa
naiffance >
* La Reine.
» Réu.
2564 MERCURE DE FRANCE .
*
Réunir tous les dons que foukaittoit la
France ,
Jupiter m'appella dans les céleftes lieux ;
Pour emprunter l'éclat dont fe parent les
Dieux.
Que ce Heros , dit - il , foit ma fidelle
image
Qu'il ait de mille dons le plus riche affemblage
:
Et comme les grands biens fe doivent me
riter ,
Par des voeux affidus fais les folliciter .
» Enrichis le Préfent qu'à Louis tu vas faire
Songe qu'à l'Univers il devient neceffaire.
Les volontez du Dieu charment les Habitans
Que renferment du Ciel les lambris écla
tans.
L'un vante le bonheur de courir à la gloire
Sur les pas des vertus que célebre l'Hiftoire ;
L'autre étale à mes yeux la nobleſſe d'un
coeur
Où ne fe gliffe pas le poiſon du flatteur ;
Chacun d'eux à l'envi brigue enfin mon fuffrage
Pour avoir quelque part à ce parfait Ou
vrage.
Hé quoi ? Pus-je d'abord former dans un
Dauphin.
De toutes les vertus l'aflemblage divin ?
1
L
1
Les
NOVEMBRE. 1729. 2565
Les Dieux avec lenteur en fentent les miracles
;
Mais pour de longs ennuis quels charmes !
quels fpectacles !
Trois Graces dont Venus embelliroit fa Cour ,
Grand Roi dans un Dauphin t'annoncerent
l'Amour.
Hâte-toi ,cher enfant ! ton heureuſe paupiere
Doit pour combler les yoeux , s'ouvrir à la lu
miere ;
Je le vois , & mes foins du fuccès couronnez
Doivent tout aux vertus de * deux coeurs
fortunez.
Mes mains prirent de l'une la vertu la plus
púre ,
Que d'aimables couleurs égaya la nature.
Emprunterent de l'autre une noble vigueur
Qui brava des plaifirs le charme empoisonneur.
Qu'eus-je befoin des dons que la troupe immortelle
Pour feconder mes foins étaloient à mon zele !
Des Graces & des Ris pare dès le berceau ,
Ton Fils a tout puifé dans le fang le plus
beau
Quel tréfor précieux quel brillant affenblage
!
Il va croître en vertus en avançant dans l'âge ;
Le Rei la Reine
B La
2566 MERCURE DE FRANCE .
La Parque à filets d'or m'a juré que les
ans ,
Sous un éclat nouveau produiroient mes préfens
;
Déja même à travers les voiles de l'enfance.
Je lis dans ton bonheur le bonheur de la
France.
- Hé! quel plus sûr garand du plus heureux
deftin ?
Tout Louis eft tranfmis dans le nouveau
Dauphin,
Bien plus , & par mes foins * dans l'image
du Pere ,
Tes Sujets trouveront le Portrait de la Mere .
A peine avois-je ouvert la barriere du jour
A cet Augufte Enfant fi cher à votre amour
Que je vis Jupiter contempler mon Ou
vrage :
Un fouris careffant égayoit ſon viſage ;
Mille regards flateurs s'échapoient de fes
yeux :
Il trouvoit dans mes foins fes ordres glo
rieux .
Surpris de vous former le tréfor le plus rare ,
Sans emprunter l'éclat dont chaque Dieu fe
pare.
Ainfi , donc , heureux Roi , ne te plains point
des Dieux ;
* Celle des trois foeurs qui fait vivre .
* Le Dauphin.
Leurs
NOVEMBRE. 1729. 2567
Leurs dons les plus tardifs font les plus précieux
;
De cet Enfant fi cher les hautes deftinées
Te payeront en un jour les voeux de cinq an
nees.
De Valence en Dauphiné , le 12. Septembre
1729. d'Apremont , Avocat en
Parlement.
YAYAYAYAYAYAYAYAYAYAYAT
ELOGE du Docteur Samuel Clarke ;
Recteur de l'Eglife de S. Jacques à
westminster , Maître de l'Hôpital de
wigmore à Leicester , avec un Catalogue
complet , & le caractere de fes
Ecrits , tant de ceux qu'il a publiez luimême
, que de ceux qu'il a laiffés tout
prêts à mettrefous la preſſe ,& à paroître
après fa mort. Traduit de l'Anglois.
E Docteur Samuel - Clarke nâquit
La Norwich au mois d'Octobre 1675.
Après avoir étudié la Grammaire dans
cette Ville , on l'envoya en 1691. au
College de Caius à Cambridge , où il
pourfuivit fes Etudes . Ce Docteur exceloit
dans la Philofophie naturelle , dans
les Mathématiques , dans la Théologie &
dans la Critique ; de forte qu'on auroit
Bij dit
2568 MERCURE DE FRANCE.
dit qu'une de ces Sciences auroit fair
feule toute fon Etude . En effet , quand il
s'appliquoit à quelque Science , ou qu'il
entreprenoit de parvenir à quelque connoiffance
, il en devenoit un fi grand
Maître , que fi un autre eut excellé dans
quelque partie de la Litterature , autant
qu'il excelloit lui -même dans toutes , un
tel homme auroit paffé , à cet égard - là
pour un homme d'un grand merite.
›
Nous n'entreprendrons point d'entrer
dans le détail des fçavans Ecrits qu'il a
compofés fur des Matieres de Philofophie
& de Théologie ; il fuffira de dire qu'il
les a traitées avec beaucoup de netteté
& de précision , ou pour mieux dire
en homme veritablement éclairé , & qui
avoit des connoiffances dans ces fortes de
Matieres , toutes particulieres , & comme
furnaturelles : le Docteur Clarke n'étoit
pas moins habile ni moins verfé dans la
Critique , que dans toutes les autres
Sciences & Arts : il poffedoit parfaitement
toute la délicateffe des Langues
Grecque & Latine , ſon Céfar & fon Homere
en font des preuves fuffifantes . Son
Traité de Céfar a été pendant un trèslong
tems entre les mains de tout le
monde , & les fçavantes Notes qu'il a
faites fur cet Ouvrage ont été generalement
1
J
NOVEMBRE 1729. 2569
ment approuvées . Ses Notes fur Homere
ont auffi eu l'Approbation non- feulement
des Maîtres des plus célebres Ecoles d'Angleterre
, telles que font celles d'Eaton ,
de Weſtminſter , de S. Paul , & c. mais
auffi de celui qui eft le feul qui ait jamais
pû découvrir & recouvrer plufieurs Piéces
en matiere de Critique , dont les Romains
avoient entierement perdu la connoiffance,
dans le tems même que les Sciences
fleuriffoient le plus à Rome , je veux dire
le Docteur Bentley , le plus célebre Critique
qui ait jamais été . Il a déclaré que
cet Ouvrage étoit Supra omnem Invidiam,
& que fon Auteur meritoit à juste titre
d'être regardé comme longè omnium Prin
ceps.
Dans le tems que le Docteur Clarke
mettoit la derniere main à ce qui lui reftoit
encore à faire fur Homere ( car il
n'avoit donné jufqu'alors que la moitié
de fon Iliade ) dans le tems , dis - je , qu'il
avoit prefque quatre Livres complets
il fut attaqué d'une pleurefie le Dimanche
matin 11. de May , dans le tems qu'il
alloit prêcher à Serjeants Inn , ou College
des Avocats . Il ne fut faigné que le
lendemain à deux heures du matin . Ses
douleurs fe trouverent fi fort diminuées
le Mercredy , que ni lui- même , ni ceux
qui étoient auprès de lui , n'eurent pas
B iij
la
25 70 MERCURE DE FRANCE.
la moindre appréhension qu'il fut en danger.
Le Samedy matin 17. de May 1729 .
il eut la tête attaquée , il perdit la parole ,
& demeura dans cet état jufques vers
les fept heures & demie du foir qu'il
mourur.
,
Voilà quelle fut la fin du fameux Docteur
Clarke , qui fe faifoit non - feulement
aimer & admirer , mais auffi rechercher
avec empreffement de tout le
monde à caufe de fa fageffe , de fes
grandes lumieres , & de l'avantage qu'on
retiroit de fes converfations , car il étoit
toujours prêt à donner des inftructions
fur tel fujet de la Litterature qu'on avoit
à lui propofer. Il étoit outre cela trèsaffable
; au refte , quand il s'agiffoit d'autres
matieres , il étoit fort fecret , & même
impénétrable. Il a été Recteur de
S. Jacques de Weftminſter plus de 20 .
& il étoit fi eftimé , & en fi grande
réputation dans fa Paroiffe , que tout ce
qu'il difoit , ou propofoit aux principaux
Paroiffiens , bien loin de rencontrer la
moindre oppofition , ou un confentement
forcé , trouvoit au contraire dans
le moment une approbation unanime &
volontaire. Il a laiffé en mourant une
Explication du Catéchisme de l'Eglife ,
& les Sermons , qui font prêts à être
imprimés , & qu'il avoit toujours eu
ans ,
deffein
1
1
NOVEMBRE. 1729. 257 1
deffein de donner au Public.
Pendant les premieres années de fa vie,
le Docteur Clarke ne fit aucune difficulté
d'entretenir un commerce de Lettres
avec tous ceux qui ſouhaitoient de s'inſtruire
de la verité , & cela fur toutes fortes
de Matieres : c'eſt avec fa franchife
ordinaire , & avec une liberté innocente
qu'il écrivit plufieurs Lettres à M. Mayo ;
mais dès qu'il vit qu'on avoit abuſé de
fa franchiſe , & qu'on avoit rendu publiques
les Lettres qu'il avoit écrites en confidence
& comme à un intime ami , il réfolut
de ne plus s'engager à l'avenir dans
ces fortes de Conferences Epiftolaires fur
de telles Matieres de Théologie , pour
éviter de tomber dans de pareils inconveniens.
Il avoit la confiance & l'eftime des perfonnes
les plus diftinguées du Royaume ;
il joignoit à une grande pénétration un
jugement folide & égal , une mémoire
admirable , avec une vivacité furprenante
& une promptitude extraordinaire à expedier
tout ce qu'il avoit entrepris . Il
écrivoit tout ce qu'il faifoit , au milieu
même d'une infinité d'interruptions , car
il ne fe faifoit jamais celer à perfonne ,
Au refte , s'il n'avoit pas fait en une heure
, ce que les autres ne peuvent faire
qu'en plufieurs jours , il n'auroit jamais
B iiij pû
2572 MERCURE DE FRANCE:
pû venir à bout d'écrire tout ce qu'il a
écrit ; car outre les affaires particulieres ,
il avoit encore une Paroiffe très- confi
derable à gouverner , il étoit au milieu
de toutes les connoiffances , & ne pouvoit
fe difpenfer de donner beaucoup de
fon tems aux affaires publiques .
Avant que de donner le Catalogue des
Ouvrages du Docteur Clarke , je crois
qu'il ne fera pas hors de propos d'avertir
le Lecteur , que toutes les fois qu'on
faifoit une nouvelle Edition de quelqu'un
de fes Livres , il Y faifoit toujours plufieurs
Additions , & donnoit une Explication
des endroits qui lui paroiffoient
en demander .
Catalogue de fes Ouvrages.
DISCOURS concernant l'Etre & les
Attributs de Dieu , les obligations de la
Religion naturelle , & la verité & la certitude
de la Revelation Chrétienne
pour fervir de Réponse à Hobbes ,
Spinofa , l'Auteur des Oracles de la
raifon , & autres qui nient la Religion
naturelle & revelée . Contenu en feize
Sermons , prêchés dans l'Eglife Cathédrale
de S. Paul en 1704. & 1705. à la
Lecture fondée par Robert Boyle , Ecuyer.
On a inferé dans la 7. Edition de ces
Sermons , un Difcours concernant la
conNOVEMBRE
. 1729. 2573
connexité des Prophetics de l'Ancien
Teftament , & de leur application à
J. C. comme auffi une Réponse à une.
feptiéme Lettre , concernant l'Argument
à priori.
PARAPHRASE fur les quatre Evangiles
, ou pour l'intelligence de l'Hiftoire
Sacrée ; on a imprimé le Texte entier ,
avec la Paraphrafe , en colomnes féparées
, vis - à- vis l'une de l'autre , avec des
Notes critiques fur les Paffages les plus
obfcurs , fort utiles aux Familles. En 2.
vol. 8 .
TROIS ESSAIS PRATIQUES fur le
Baptême , la Confirmation & la Penitence
, contenant des Inftructions pour memer
une fainte vie , avec des Exhortations
preffantes , addreffées particulierement
à la Jeuneffe , & tirées de la confideration
de la feverité de la Difcipli
ne , obfervée dans l'Eglife primitive.
ཉ་
LETTRE à M. Dodwell , où l'on répond
particulierement à tous les Argumens
contenus dans fon Difcours Epiflo
laire contre l'immortalité de l'ame , & où
l'on repréfente clairement le fentiment
des Peres fur cette matiere ; avec quatre
autres Lettres pour fervir de Réponse à
' Auteur des Remarques fur la Lettre écrite
à M. Dodwel. Il y a ajouté des Reflé-.
xions fur la partie d'un Livre , intimle
By Amik
2574 MERCURE DE FRANCE.
Anyntor , ou Deffenfe de la vie de Mile
ton , laquelle a rapport aux Ecrits des
Peres de l'Eglife primitive & au Canon
du Nouveau Teftament.
RECUEIL d'Ecrits entre le feu Me
Leibnitz & le Docteur Clarke , en 1715.
& 1716. qui ont rapport aux principes
de la Philofophie naturelle & de la Religion
, avec un Appendix . On y a ajoûté
des Lettres écrites au Docteur Clarke ,
concernant la liberté & la neceffué , par
un Gentilhomme de l'Univerfité de Cambridge
, avec les Réponfes du Docteur à
ces Lettres ; auffi des Remarques fur un
Livre , intitulé Recherche Philofophique,
concernant la liberté de l'homme.
DIX - SEPT SERMONS fur divers futjets
. Particulierement fur la grande obligation
de la charité univerfelle . Sur le
Gouvernement des paffions. Plufieurs Difcours
aufujerde la contagion . Sur $ . Pierre ,
qui eft la pierre fur laquelleJ.C.a bâti fon
Eglife. Sur la foi d'Abraham. Sur J. C.
qui eft le pain de vie. Sur l'origine du
peché & de la mifere de l'homme. Sur
l'Etection & la Réprobation , étant une
Paraphrafe far le 9. Ch. aux Rom. La
vie préfente éft un état d'épreuve , pour
nous conduire à une vie future. Que les
avis que J. C. a donnés à fes Apôtres ,
regardent generalement tous les Chrétiens.
LA
1
NOVEMBRE. 1729. 2575
LA DOCTRINE DE L'ECRITURE
fur la Trinité , en trois Parties , où l'on
a recueilli , comparé & expliqué tous les
Textes du Nouveau Teftament qui ont
rapport à cette Doctrine , & les principaux
Paffages , contenus dans la Liturgie
de l'Eglife Anglicane .
LETTRE écrite au Docteur Wells ,
Recteur de Cotefbach , dans la Province
de Leicestershire , pour Réponse à fes
Remarques.
›
REPLIQUE aux Objections faites par
Rob. Nelton , Ecuyer , & par un Auteur
anonime au Livre du Docteur Clarke,
de la Doctine de l'Ecriture fur la Trinité,
TROIS LETTRES écrites à un Ecclefiaftique
de la Province .
SERMON preché le 18. Avril 1725 .
dans l'Eglife paroiffiale de S. Jacques
de Weftminſter , au fujet d'une fondation
faite d'une Ecole de charité , pour
l'inftruction des Servantes.
Jacobi Robaulti Phyfica. Latinè vertit ,
recenfuit & uberioribus jam Annotationibus
ex Illuftriffimi Ifaaci Newtoni Philofophia
maximam partem hauftis , amplificavit
& ornavit S. Clarke , S. T. P.
Accedunt etiam in quarta Editione novæ
aliquot Tabulæ , æri incifæ , & Annotationes
multum funt auctæ.
Ifaaci Newtoni Optica. Latinè reddidit
S. Clarke S. T. P. B vj
C.
2576 MERCURE DE FRANCE
C. Julii Cafaris quæ extant , accura
tiffimè cum Libris editis & M S S. op
timis collará , & c. Accefferunt Annota
tiones S. Clarke S. T. P.
Homeri Ilias , Græcè & Latinè. And
notationes in ufum Ser. Principis Gu
lielmi Augufti , Ducis de Cumberland
& c . Regio juffu fcripfit atque edidit S.
Clarke S. T. P.
LETTRE écrite à M. Benj . Hoadly ,
F. R. S. à l'occafion de la préfente conteftation
furvenue entre les Mathématiciens
, au fujet de la proportion de la
viteffe & de la force dans le mouvement
des corpse
Le Docteur Clarke a publié les quatre
Traités fuivans fans y mettre fon nom .
Obfervations fur la feconde deffenfe du
Doct . Waterland , qu'il a faite de fes
Queſtions.
Le Plaidoyer Modeste continué
une courte & diftincte Réponse aux Queftions
du Docteur Waterland , qui ont
rapport à la Doctrine de la Trinité.
Lettre écrite à M. R. M. concernant
fon Argument fur l'Ecriture & c .
Autre écrite à l'Auteur d'un Livre ;
intitulé La veritable Doctrine de l'Ecria.
eure fur la très-fainte & indivifible Tri .
mit!, continuée & juftifiée.
Les Ouvrages pofthumes que ce DocNOVEMBRE.
1729 2577
teur avoit deftinés pour le Public , font-
Son Explication du Catéchisme de l'Eglife
, qui eft actuellement fous preſſe.
Ses Sermons .
Il a laiffé en mourant une fi grande
quantité de materiaux fur les reftes de
fon Iliade & fur l'Odiffée , qu'il y a toutlieu
d'efperer que fon Edition d'Homere
fera quelque jour achevée .
XXX :XXXXXXXXX : XXX
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
E Ciel de fa main bienfaifante
Lvient de nousdonner à la
Vient de nous donner à la fin ,
Au gré de notre douce attente
Un Heros naiffant , un Dauphin. -
Que de biens apporte à la France
Ce jour pour nous fi fortuné !
La Paix , la Joye & l'Abondance
Suivent le Prince nouveau né.
Inftruit par une fage Mere
Des regles de la fainte Loi ,
2578 MERCURE DE FRANCE : -
I apprendra d'un fage Pere
Celles qui forment un Grand Roi.
PA
Rendons grace au Ciel qui nous donne ,
Dans ce Noble & Royal Enfant ,
Un Succeffeur à la Couronne ,
Qu'en tout il protege & deffend.
Princeffes , que nos Loix Saliques
Eloignent du Trône des Lys ,
Sur les coeurs vos droits autentiques
N'en font pas moins bien établis.
52
Sur les Rois même , on le peut dire ,
Vous avez dequoi vous venger , į
Et les plus fiers fous votre Empire.
Quelque jour viendront fe ranger.
XXX:XXXXXXXXXXXX
FESTEdonnée parM.deVaftan, Intendant
deBaffe-Normandie. Extrait d'une Lettre
écrite le 5. Octobre par M.D. à M. M.
J
E ne fuis de retour de mon voyage que
du 26. du mois dernier. Depuis ce temslà
nous n'avons été ici ocupez que de Fêtes
& de Réjouiffances au fujer de la Naiffance
de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. NOUS
forNOVEMBRE.
1729. 2579
forrons de celle de M. l'Intendant , qui a
paffé d'un commun accord pour la plus entenduë
, la plus galante & la mieux executée qui
ait jamais été donnée , je ne dis pas dans
cette Province , mais dans toutes celles du
Royaume , fans parler de la propreté & de
la magnificence des habillemens de plus de
deux cent Gentilshommes priez de cette Fête
, & raffemblés par M. de Vaſtan , de toutes
les parties de cette Province. Je doute
qu'on puiffe avoir vû à Paris , fi on excepte
la Cour , rien de plus riche & de mieux
paré que les Dames au nombre de plus de
cent vingt , qui s'y étoient rendues de tous
côtés ,fur des Lettres de Madame de Vaftan,
Le Bal , qui fuivit un fouper , où l'abondance
des fervices & la délicateffe des mets
répondoit au gout & au brillant du refte de
la Fête , a été d'une execution parfaite dans
toutes les parties. La Salle dans laquelle il a
été donné , avoit été conftruite exprès fur une
Terrafle extrémement longue , ornée en dedans
de verdure en Portiques , à la hauteur
de vingt pieds , & au - deffus , de huit pieces
de Tapiflerie parfaitement belles , repréfentant
les Avantures d'Armide , illuminées de plus
de quatre cent bougies , & fur le devant , de
deux mille cinq cens lampions , qui jettoient
un jour dans la Salle prefque auffi parfait que
celui du Soleil . Il s'eft trouvé à ce Bal plus
de huit cent perfonnes , & dans ce nombre ,
plus de deux cents Mafques caracterifés d'un
gout exquis comme on n'y entroit que par
billets que M. l'Inténdant avoit fait diftribuer
trois on quatre jours auparavant dans la Ville,
plus de cinquante Cavaliers gardant d'ailleurs
l'Entrée & les principaux Endroits de la Salle ,
on
580 MERCURE DE FRANCE :
on peut dire que l'ordre , qui fait l'ame da
ces fortes d'affemblées , n'a jamais été plus
grand ; on danfoit dans fix endroits differents,
comme au Bal de l'Opera , ce qui a duré depuis
minuit jufqu'à 7. heures du matin , avec
une égale vivacité , par le moyen des rafraîchillemens
de toute efpece , qui ont été
diftribués avec une abondance qui eſt allée juſ
qu'à la profufion .
J'oubliois de vous dire qu'avant le fouper
nous fûmes témoins du plus beau fpectacledu
monde. A la faveur de l'Illumination qui
avoit été faite fur la principale Entrée de
l'Hôtel de l'Intendance , compofée de plus
de 6000. lampions , difpofés avec beaucoup
de gout , on fit au Peuple la diftribution de
1200. livres de Viande rôtie , fur des Tables
qui avoient été placées dans la Ruë , & de-
2000. pains d'une livre chacun on ouvrit en
même tems le Robinet de plufieurs Pieces
de vin ; ce qui fit dire , avec raifon , que
dans cette feule nuit M. l'Intendant avoit
régalé plus de 3000. perfonnes . Enfin la fatiffaction
des uns & des autres eft inexprimable,
& leur feule peine , auffi bien que la nôtre
, a été de voir la fin d'une Féte aufi
brillante qu'elle étoit legitime.
Pour moi , je vous affure qu'elle m'a frap
pé ; j'avois vû des divertiffeinens & des Fêtes
à L. & à V. & j'étois prévenu que rienne
les furpafferoit ; mais je penfe aujourd'hui
differemment ; elles étoient de plus longue
durée , & d'une plus grande dépenſe ; mais
celle ci l'emporte par le nombre des Dames
& des Cavaliers qui yont pris part, par l'ordre
& la magnificence qui y ont régné depuis le
commencement juſqu'à la fin , & par la
politeffe
NOVEMBRE . 1729. 2581
politeffe & les attentions de M. & de Mad.
de Vaftan , à l'égard de tout le monde.
Les Poëtes de Caën , qui n'ont point de
generé des Malherbes , des Segrais &c. ont
déja celebré la Naifance du DAUPHIN ; mais
aucun ne l'a fait avec plus d'applaudiffement
que celui dont je joins ici les vers , lefquels
furent diftribués par des Mafques dans le Bal
dont je viens de vous parler .
L'OMBRE de Noftradamus au Bal ;
donné à Caen , par M. de Vaftan ,
le 2. Octobre 1729. au sujet de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
L'OMBRE.
Ombre Habitant des Plaines fortunées .
Noftradamus dans ces aimables lieux
Vient annoncer les grandes deftinées
Du beau DAUPHIN , digne préſent des Cieux,
L'Enfant croftra pour le bien de l'Empire ;
Déja fon front brille de mille attraits.
Aimable & grand , auffi - tôt qu'il reſpire ,
D'un vrai Monarque il offre tous les traits.
Tu couleras , 6 trop heureufe FRANCE !
Tes plus beaux jours fous ce naiffant HEROS
Les
2582 MERCURE DE FRANCE .
Les doux plaifirs , la Paix & l'Abondance
Seront les fruits de fes premiers travaux.
Cher à fon Peuple , aux Ennemis terrible,
Il deviendra Maître de l'Univers ;
Tes Boulevarts & ton Trône paifible
Sont deformais à l'abri des revers.
Je vois partir de nombreufes Galeres ,
Qui vont mouiller aux plus fauvages bords
Et repaffant les Campagnes ameres ,
Dans ces Climats rapporter des Tréfors.
粥
Je vois les Arts chéris dans la Province ,
Reprendre enfin leur premiere fplendeur.
Peuple François , c'eſt à ce jeune PRINCE
Que tu devras ce comble de faveur.
Chaque Pays de fa jufte allegreffe
Donne à fon Roy des preuves tour à tours
Mais cette Ville , où le Deftin m'adreffe
Au-deffus d'eux fignale fon amour.
Que de beautés & de magnificence
S'offrent à moi dans ces lieux rayiffans !
ร
Ces
NOVEMBRE. 1729 2583.
Ces Feux , du jour font oublier l'abfence ;
Pour un Soleil , j'en vois briller deux cents.
Dans cette Troupe augufte & reſpectable,
Que j'apperçois de grace & d'enjouëment !
Mais DE VASTAN & fa Compagne aimable ,
En font tous deux le plus bel ornement.
us
Goûteż en paix d'éternelles délices ;
Tout ici bas confpire à vos plaifirs.
Puiffent les Cieux au nouveau né propices ,
Le conferver au gré de vos defirs,
L'OMBRE en partant.
Pourvoirl'éclat d'une Fête fi belle,
DIEUX , que ne puis -je ici fixer mes pas !
Mais au Tenare un ordre me rappelle ;
J'entre à regret dans la nuit du trépas.
RE’JOUISSANCES faites à Toulouse :
A Ville de Toulouſe , toujours empreffée
La donner des marques de fon zele & de
fa fidelité dans tous les évenemens qui intereffent
la gloire du Roi & le bonheur de
l'Etat , a vú combler fes voeux par l'heureufe
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin. Elle
en
2584 MERCURE DE FRANCF :
en apprit la nouvelle le 9. Septembre à fept
heures du foir. Les Capitouls la firent d'abord
annoncer par de fréquentes décharges de
Moufqueterie , qui furent auffi - tôt accompagnées
du fon des Cloches de la Ville. Le
lendemain le Corps de Ville s'affembla. Il
délibera de donner en cette occafion des marques
de joye encore plus grandes , s'il étoit
poffible , que celles dont les Regiftres de
I'Hôtel de Ville pouvoient fournir des exemples.
A l'iffue du Confeil , les Capitouls firent
éclairer d'une infinité de lumieres le Donjon
de l'Hôtel de Ville & toutes les Fenêtres de
cet Hôtel , le plus grand & le plus magnifique
qui foit dans la Province . Par leurs ordres
, les Citoyens à l'envi firent des Illuminations
aux Fenêtres , & fe hâterent d'allumer
des Feux de joye devant leurs portes. Les
Corps des Arts & Métiers furent mandés
& on leur ordonna de faire des Compagnies,
pour compofer un Corps d'Infanterie , fous
le commandement de M. Pemeja , ancien
Capitoul.
Les Capitouls & les Commiffaires Adjoints,
chargerent le S. Rivals , celebre Peintre , &
le S. Arcis , Sculpteur fameux , du foin de
dreffer un Feu d'artifice , pour être tiré fur la
Garonne.
Le 16. les Capitouls reçurent la Lettre du
Roi , pour la Proceffion générale , le Te Deum
& c.
Le Mardi 20. les Corps de Métiers , au nombre
de cinquante Compagnies , formerent deux
Bataillons de trois mille hommes chacun . Les
Officiers en habits uniformes , & les Soldats
leftement vêtus , avec des chapeaux bordés
NOVEMBRE . 1729. 2585
dés & des Cocardes des couleurs de leurs
Drapeaux . Ces deux Bataillons allerent
de la Place S. George à celle de S Etienne ,
& formerent une haye depuis la Rue des Nobles
jufqu'à l'Hôtel de Ville.
A onze heures du matin , le Parlement en
Robes rouges affifta au Te Deum , avec les autres
Compagnies qui ont coûtume de s'y
trouver.
A cinq heures du foir , les deux Bataillons ,
précédant les Capitouls , furent rangés en bataille
dans la Place de S. Etienne , où au bruit
des Trompettes , des Tambours & des cris de
Vive le Roi , la Reine & Monfeigneur le Dauphin
, le Feu de joye fut allumé par M. Lacaze-
Rochebrun , Capitoul de la Partie. La
Moufqueterie de la Bourgeoifie , jointe à celle
de l'Hôtel de Ville , fit là plufieurs décharges
, aufquelles l'Artillerie placée fur les
Remparts , répondit. Les Capirouls , accompagnés
de huit Commiffaires , s'en retournerent
à l'Hôtel de Ville , dont les Portiques
étoient decorés d'Arcs de Triomphes &c.
Toute la Ville étoit comme enflammée par
les Feux dejoye & les Illuminations.
Le Jeudi fuivant , les Bataillons défilerent
de la Place de S. George , vers celle de S.
Sernin , bordant la haye jufqu'à l'Eglife de
S. Etienne , où le Parlement en Robes rouges ,
& toutes les autres Compagnies , allerent
faire leurs prieres . Enfuite la Proceffion qui
étoit partie de l'Eglife de S. Sernin , avec
les Châffes des Corps faints , continua fa
marche , & fit les mêmes Stations qu'a coûtume
de faire celle du 17. de Mai , jour au
quel on accomplit tous les ans à Toulouſe le
Voeu fait à l'occafion de la délivrance de la
Ville . La
.2586 MERCURE DE FRANCE .
La nuir du 29. on tira le Feu´d'artifice au
milieu d'un grand & vafte Baffin que forme
la Garonne borné au midi par une Campagne
agréable , au Levant par une Ifle bien
peuplée , au Septentrion par un des plus beaux
Ponts qui foit en Europe , & au Couchant ,
par un Cours d'une très grande étenduë, On
voyoit s'élever un Rocher de quarante- huit
pieds de baſe , & d'environ trente de hauteur
, autour duquel plufieurs Dauphins fe
promenoienr fur l'eau , fe jouant avec des
Tritons , qui fembloient avec leurs Conques
appeller les autres Divinités Marines. Au
fommet du Rocher , il y avoit une Plate- forme
quarrée , & à chacun de fes angles un grand
vafe antique bronzé , foutenu fur un "Socle
de même matiere. La grande clarté qui fortoit
de chacun de ces vafes , donnoit au Peuple la
fatisfaction de revoir la beauté des Peintures
de la décoration , qu'il n'avoit quittée qu'à
regret au coucher du Soleil . Entre les vafes
fur la même ligne , on voyoit les Armes du
Roi , de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin
, & celles de la Ville de Touloufe , chacune
des faces foutenues par les Genies qui
leur font propres , reprefentées par de grandes
gures .Le fecondCorps quarré d'Architecture,
étoit d'un très beau marbre , foutenu for un
Socle de même matiere , avec une Corniche,
préfentant à chacune de fes faces un grand
bas relief d'un bronze verd , rehausé d'or , où
étoient reprefentés la Cerémonie du Congrés,
la Religion foutenue par S. M. les Députés
de la République de Tripoli humiliés devant
le Roi , S. M. accordant fa protection aux
beaux Arts. Au- deffus de ce corps d'Archi- .
tecture , s'élevoient quatre grandes figures ,
aufquelles
NOVEMBRE. 1729. 2587
aufquelles répondoient en forme de confole
tenverfée , les têtes de quatre grands Dauphins
de bronze verd , qui , allant joindre
l'angle de ce troifiéme corps d'Architecture,
qui étoit de marbre blanc , en foutenoient
de leurs queues la corniche qui le termi
noit , & laifloit voir au milieu de chaque
face les Infcriptions fuivantes,
A celle où étoit le Congrés : LudovicoXV
Pacis Arbitro.
A celle où étoit le Roi , défenfeur de la
Religion : Religionis Vindici.
A celle où S. M. foumettoit & pardonnoit
à la République de Tripoli : Subjectis parcenti.
A celle qui démontroit le Roi Protecteur
des Arts : Artium Patrono .
Toutes ces criptions en Lettres d'or ,
pouvoient aiféme lire , par la grandeur du
caractere , au bas Socle des quatre figures
coloffales de ronde boffe en bronze , qui
étoient à chaque angle , repréſentant les Vertus,
dont le Peuple fouhaite voir orné Monfei
gneur leDauphin , fçavoir laReligion , laValeur,
Ta Juftice & la Liberalité , toutes diftinguées
& caracterifées par leurs Attributs,
Enfin fur tout le corps de la décoration , il
y avoit un quatriéme quarré , qui n'étoit
proprement que le Plinte d'un grand & magnifique
Groupe , qui repréfentoit le veritable
fujet de la Fête , où fe lifoient les Infcrips
tions fuivantes.
A la premiere des faces : Sereniffimo Gallia
rum Delphino ad Populorum felicitatem nato,
A la deuxième : Piiffima Galliarum Regina
vota puplica cumulanti.
A la troifiéme : Galliarum Fortune.
A
2588 MERCURE DE FRANCE.
A la quatrième : Gefienti Tolofatum fidei.
Ce Groupe étoit fur des Nues très - adroitement
feintes ; on y voyoit Monfeigneur le
Dauphin , dans un grand Manteau Royal ,
que plufieurs Génies conduifoient pour le
remettre entre les bras de la France , repréfentée
fous la figure d'une belle femme , richement
vêtue , qui par fon attitude montroit
le défir qu'elle avoit de recevoir ce
préfent du Ciel . Tout l'Edifice , depuis la fuperficie
de l'eau jufqu'au plus haut du principal
Groupe , avoit quatre- vingt pieds de
hauteur.
Les Capitouls fe rendirent à ce fpectacle
à l'entrée de la nuit , revêtus de leurs manteaux
de Cerémonie , accompagnés de la Bourgeoifie
, & devancés des Bataillons. Leur
marche ſe fit entendre par plufieurs falves de
la Moufqueterie de leur Main- forte. Les deux
Fontaines de vin qui avoient coulé devant
l'Hôtel de Ville , le jour qu'on chanta le Te
Deum , furent ouvertes de nouveau , & en
même-tems , au bout du Pont , deux autres
Fontaines de vin coulerent du bas des Tours ,
où fe placerent les Capitouls avec le Corps
de Ville. Il n'eft pas poffible de décrire quelle
fut alors la beauté de cette pompeufe Fête.
Toute la Ville , par la multitude des Illuminations
, parut comme dans l'éclat du plus
beau jour. Les Tours du Pont répondoient
à tout le refte : un nombre infini de lumieres
artiftement rangées , n'offroient ces deux
Tours que comme deux Piramides de Flammes
; les Arcs de Triomphe d'efpace en efpace
, chargés d'Infcriptions , de Deviles , d'Emblêmes
, ne laiffoient rien à defirer.
Le gravier élevé par les inondations fournit
NOVEMBRE. 1729. 2589
to
nit aux Milices poftées fur ce terrain ſpacieux
dequoi diffiper les ombres de la campagne ,
par autant de flambeaux qu'il y avoit de
Soldats , & par ce moyen , la clarté ne cedoit
en rien à celle qu'offroient les illuminations
de la Ville , le long des bords de la
Riviere , ni à celle dont les allées du Cours
étoient de tous côtés environnées.
Les Coulevrines en batterie , à l'extrémité du
gravier , donnerent le fignal ; l'Infanterie y
répondit par plufieurs décharges , tandis que
fur l'aile du Pont , qui dominoit le Feu d'artifice
, la Moufqueterie de l'Hôtel de Ville
faifoit un effet furprenant.
Le Feu d'artifice fut allumé à neuf heures ; il
réuffit très - bien , & fe foutint d'une égale force
pendant plus de trois quarts d'heuresaprès quoi
les Capitouls & le Corps de Ville s'en retournerent
au bruit redoublé des acclamations.
Le 2. Octobre , jour fixé pour la clôture
des Réjouiffances , la Nobleffe de Toulouze
& les Seigneurs Etrangers qui s'y trouverent,
furent , de la part des Capitouls , ainfi que
les anciens Capitouls , invités au fouper que
la Ville donna dans la Galerie des Hommes
Illuftres de Toulouze.Cinq Tables , chacune de
30. Couverts , furent fomptueufement fervies ;
cent cinquante perfonnes de diftinction y furent
en même-tems traitées fplendidement . On but
les fantés du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , au fon des Trompettes
& des Hautbois , pendant que la Moufqueterie
redoubloit les falves dans la Cour de
l'Hôtel de Ville , au dedans & au dehors , illuminé
de même qu'il l'avoit été les jours pré-
Gedens .
Le Souper n'étoit pas encore fini , que les
C Mafques
2590 MERCURE DE FRANCE.
Mafques , venant en foule , firent avancer le
Bal. Il fut en même tems commencé dans la
Galerie des Peintures & dans celle des Por
traits. On avoit placé les Violons à chaque
bout ; ainfi on danfoit en 4. endroits , & le
Balduna 8. heures, Les rafraîchiffemens de tou
te forte y furent abondament diftribués , tandis
qu'un fuperbe Ambigu , refervé dans une
quatriéme piéce de plein pied , fournit au
gout
& au défir de tout le monde.
REJOUISSANCES
faites à Metz.
E jour marqué pour celebrer la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , fut annoncé
dès le lever du Soleil par une falve de toute
l'Artillerie de la Ville & de la Citadelle ; à
quatre heures après midi on chanta, avec pompe
, dans l'Eglife Cathédrale , un Te Deum ;
M. l'Evêque & le Chapitre , Mrs de Verceil,
de Perriffant , avec les Officiers de la Garnifon
, le Parlement , les Echevins , & les Offi
ciers de divers Tribunaux de cette Ville y
affifterent en Corps ; le Marquis de Lifle , General
des Troupes campées , s'y rendit , accompagné
d'un nombre confiderable d'Officiers
des Régimens Royal de Lyonnois , d'Anjou
, de la Sere & de Bourbon , qui compofent
le Camp ; cette pieufe Céremonie fut
fuivie du bruit de trois cens pieces de Canon,
& de la Moufqueterie de la Ville & du Camp ,
dont on fit trois falves reglées , ce qui dura
jufqu'à l'entrée de la nuit , que l'on mít le feu
à un Artifice préparé fur l'Eſplanade ; tous
les Habitans allumerent au- devant de leurs
Maifons quantité de flambeaux & de lampes ,
les
NOVEMBRE. 1729. 2591
les Echevins firent couler dans les rues des
Fontaines de vin. La Maiſon du Marquis de
Lifle , peu diftante de la gauche du Camp , fe
fit voir en la forme d'un long Amphithéatre
de feu , du milieu duquel s'élevoit une Tour
dont la face étoit parfaitement fymétrifée , &
du haut de laquelle on vit partir une grande
quantité de Fufées qui tracerent dans l'air
fes Chiffres du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin , ce qui fe fit beaucoup
admirer ; mais tous les yeux fe tournerent du
côté du spectacle que prefenta l'Illumination
du Camp. Ce Camp eft partagé en deux lignes
, dont la prémiere s'étend à deux cent
pas de diftance , le long de la Riviere qui
coule entre la Ville & le Camp; la feconde
ligne regardant la premiere , les Officiers , ainfi
que les Soldats , font logez dans des Baraques
de planches d'une grandeur convenable..
en même nombre que l'on a vû des Tentes ,
placées & alignées de même , ce qui forme
de très - belles rues 3 on avoit rangé uniformé
ment fur les toits élevez de ces Baraques , une
infinité de Lampions, dont la fymétrie , formée
par la jonction de cette quantité de toits , ne
peut être conçue aifément : d'ailleurs , elle
changeoit avec la fituation des yeux ; la face
le profil , l'étendue , la diftance , tout faifoit
remarquer des figures de feu differentes , &
charmoit les regards au point, que l'on a comparé
ce Spectacle à ce que l'on nous raconte
des enchantemens des Fées. La Riviere , d'un
bout à l'autre du Camp , étoit bordée de Pots
feu , qui jettant une vive flamme , & fe multipliant
dans le criftal des eaux , fembloient
Créer un nouveau jour. Le front de chacune
des deux lignes, outre les Lampions , étoit gar
cij
ni
2592 MERCURE DE FRANCE:
&
ni de Pots à feu & de Lanternes , de diftance
en diſtance , fur lesquelles étoient peintes
les Armoiries de la Famille Royale . Tous les
Spectateurs frappez de ce coup d'oeil , donnoient
des marques de leur étonnement ,
leur récit a bien contribué à confoler Mrs les
Officiers , de ce que par le manque d'habiles
Artificiers , par le peu de temps qu'ils ont
eu pour le préparer à cette Fête , ils n'ont pú
avoir de Feu d'artifice entre les deux lignes ,
comme ils l'avoient defiré. Le General , qui
fouhaitoit que le zele des Troupes répondît
au fien , en vit les effets avec une fatisfaction
entiere ; il confidera long-temps ce Spectacle .
en avoüant qu'il tenoit du merveilleux ; le foin
de recevoir des Dames qu'il avoit invitées ,
l'appellant à fa maiſon , il s'y rendit , fuivi de
tous les principaux Officiers , & d'un grand
nombre d'autres , qui tous fouperent chez lui;
il y fut fervi fur plufieurs tables quantité de
mets des plus fins & des plus rares , & le Bal
fucceda au fouper. Dans tout le Camp , ce
ne furent que plaifirs , plufieurs Officiers y
régalerent des Dames , & chacun y donna des
marques éclatantes de la joye.
L'Illumination dura depuis fept heures jufques
après minuit , & pendant ce temps le
Soldat s'occupa à épuifer plufieurs Fontaines
de vin qui couloient dans le Camp par la liberalité
du General. Les Portes de la Ville
refterent ouvertes , pour donner aux Habitans
la liberté de venir obferver de près ce qu'ils
avoient admiré du haut de leurs Tours ; le
Concours en fur grand ; ils vinrent mêler leur
joye à l'allegreffe extréme dont les Troupes
étoient remplies depuis le jour heureux de l'accouchement
de la Reine , conformes en cela
NOVEMBRE . 1729. 2593
à tous les François, puiſqu'on apprend de tous
les endroits du Royaume qu'on s'y livre par
tout à la joye .
Réjouiffances à Fécamp en Normandie.
Lan
,
E Samedi matin 24. Septembre , la Fête fut
annoncée par le fon de toutes nos Cloches
& par un Drapeau qu'on arbora au haut de
la grande Tour. Le lendemain Dimanche à
5. heures du matin on fonna de nouveau
toutes les cloches jufqu'à fix heures , & enfuite
on fit une décharge de l'Artillerie , qui
confiftoit en huit petites pieces de campagne
& en 30. Boëtes . A trois heures & demie après
midi , les 10. Curez de la Ville avec leur Clergé
, les PP. Capucins , le Sénéchal avec les
Officiers de la Juftice , les Maire & Echevins &
tous les autres Officiers de M. l'Abbé & de la
Maiſon , ſe rendirent dans le Choeur de l'Eglife
Abbatiale , où le Te Deum fut chanté par
la Mufique de l'Abbaye.
On fit auparavant une décharge , dont le
bruit fut mêlé avec celui des Cloches. Enfuite
le Sénéchal , à la priere du R. P. Prieur , * alla
allumer le Feu , en l'abſence du Lieutenant de
Roi qui eft malade. Il y avoit fur la Place une
Compagnie de cent hommes des mieux faits ,
proprement habillez & bien armez. Ils firent
cinq décharges autour du Feu, & on en fit trois
des Boëtes & des Canons. On vit pour lors
couler deux Fontaines de vin , qui ne cefferent
que bien´avant dans la nuit. Pendant que
la Populace s'y empreffoit , les Principaux de
la Ville de tous les Etats , fe rendirent dans la
Salle d'entrée , où l'on avoit fervi un Ambigu .
* D. Pierre Thibault , cy devant General de
la Congregation de S. Maur,
C iij La
2594 MERCURE DE FRANCE:
La table étoit de 30. Couverts ; ceux qui ne
purent pas y trouver place, voltigeoient au
tour. Les fantés du Roi, de laReine & deMonfeigneur
le Dauphin y furent bûës , pendant
qu'une quantité d'autres perfonnes qui étoient
dans le Réfectoire , répondoient à ces fantez.
On ne fortit de table qu'au commencement
de la nuit , pour aller fur la Place voir les Illuminations
il y avoit fur les 4 coins de la Tour,
de l'Abbaye 4 gros Pots - à- feu qui jettoient une
fort grande lumiere , mais on s'étoit furtout
attaché à illuminer le Portail de l'Eglife . Il y
avoit à chacune des 3. grandes Portes , trois
cercles de lumieres qui prenoient depuis le
bas jufqu'au haut des ceintres . Dans l'enfoncement
de la Porte du milieu , on avoit placé
une Etoile , haute de 8. pieds , garnie de Lampions
, & aux deux autres deux fleurs de Lys
de la même grandeur. Les deux Galeries de
ce Portail étoient garnies de Pots- à - feu aux
bouts , & le milieu étoit éclairé par 4
douzaines de gros flambeaux de cire. On avoit
mis au haut du pignon 3. gros Pots- à - feu ,
& dans la Rofe , un Soleil de 9. pieds de diametre.
Dans l'enfoncement de la grande Porte
du Monaftere , on avoit ménagé un Appartement
orné de fort belles Tapifleries , de Gla
ces , des Portraits de Louis XIV . du Roi &
de la Reine. Dans le fond étoit repréſenté le
Dauphin , fous un riche Dais , dans un Berceau
doré,d'un très - bel ouvrage deMofaïque,
tout couvert de Pierreries , qui jettoient un
grand éclat, à la faveur d'un nombre infini de
bougies. Deux Anges fufpendus en l'air , ſoutenoient
une Couronne fur la tête du Dauphin
, qui étoit gardé par huit petits Gentils
hommes très- proprement habillez , l'épée nuë
NOVEMBRE . 1729. 2595
à la main , qui ne le quitterent que pour aller
affifter au Te Deum & accompagner le
Célebrant à l'Autel.
Le jour fuivant , cette grande Porte fut
encore environnée de trois cercles de lumieres
, & ornée d'une belle Infcription , autour
de laquelle étoient des Dauphins , des Emblêmes
& c. & au- deffus les Armes du Roi & du
Dauphin. Outre toutes ces Illuminations , on
avoit mis des lumieres par tout où l'on avoit
pû en placer fans confufion .
Lorfque tout fut illuminé , on commença
à tirer un très beau Feu d'artifice qui étoit
placé au deffus de la Porte du Monaftere. Le
Parapet de la Terraffe du Logis Abbatial étoit
bordé de 200 Lances à feu qui accompagnoient
cet Artifice. Il n'y manquoit que des Fulées vo
lantes,que l'on n'ofa y mettre crainted'accident;
mais on les tira enfuite dans les Jardins. Pendant
tout ce tems- là on fit plufieurs décharges
de Boëtes. La Fête dura toute la nuit.
On ne fçauroit croire la grande quantité de
monde qui s'y trouva , toute la Nobleffe des
environs s'y étoit rendues enforte que l'Affemblée
étoit auffi brillante que nombreuſe.
La Ceremonie du Lundi fut plus férieufe .
La Proceffion fortit de l'Eglife fur les 8. heures
, & alla à S. Etienne , où la Mufique chanta
un Motet. Tous ceux qui s'étoient trouvez
au Te Deum , affifterent à cette Proceffion. Les
Gardes de l'Abbaye & ceux de M. l'Abbé, gardoient
les portes des deux Eglifes. Au retour
le P. Prieur dit la grande Mefle , qui fut célebrée
avec les grandes Céremoinies , & chantée
par la Mufique. On fit ce jour- là trois
décharges de l'Artillerie.
Ciiij INS2596
MERCURE DE FRANCE .
INSCRIPTION PRINCIPALE.
Qui
DEO
PROVIDENTISSIMO .
Ui in nato Delphino
Sibi , Religiofum cultorem ,
Ecclefia , defenforem acerrimum ,
Regi , Paternarum virtutum & folii haredem ,
Regina , peroptatum amoris fructum ,
Francis , futura felicitatis fpem ,
Europa , Pacis modo componenda pignus
Munificè conceffit .
Solemnes agentes gratias
Pofuere
Benedictini Fifcannenfes
Plaudentibus omnium Ordinum Civibus.
Réjouiffances à Ponteau , en Brie.
Beauvillier , Gentilhomme Servant ,
Mingénieur ordinaire du Roi , Chevalier
de S. Louis , de l'Académie Royale des Sciences
, après avoir pris part aux Fêtes de Paris
fur la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
fe rendit le 8. de Septembre à fa belle Maiſon
de Campagne , fituée au Village de Ponteau
fur la Riviere de Morbras en Brie , à 4.
lieues de Paris , avec une grande & honorable
Compagnie , & trois de fes fils qu'il éleve
dans le génie.
On avoit déja difpofé par fes ordres , dans
le Jardin près d'un Canal formé des eaux , de
cette Riviere , un Feu d'artifice , dont le plan
étoit
NOVEMBRE. 1729. 2597
étoit un Octogone de 18. pieds de diametre ,
terminé par 8. Colomnes de 12. pieds de hau
teur , avec leurs Pieds- deftaux leurs Corniches
, & c. de l'Ordre Toican , le tout bâti &
plaphonné d'un ouvrage d'ozier & de perches
Couvertes de papiers à la Serpente, huillé, pour
que les Illuminations interieures fiffent appercevoir
le travail de cette Architecture, fur l'Architrave
de laquelle étoit un Plaphond de trillage
Octogone , de 12. pieds de diametre , qui
fervoit de baſe à une Piramide tronquée , de 12
pieds de hauteur , pareillement formée d'ozier
& ornée fur les pans de noms en Chiffres de
la Famille Royale ; fur fon fommet étoit un
Piedestal de Filigramme , qui portoit une
Renommée lumineufe , comme toute l'Architecture
, tenant un Drapeau où étoient les Armes
da Dauphin , avec ces mots : VIVAT
DELPHINUS. Du centre du premier Plan general
fortoit un Cilindre de fer blanc , pofé
verticalement, & qui alloit fe terminer au centre
concave du Pied- deftal de la Renommée ,
ce qui fervoit à diriger une Fufée d'un gros
volume , laquelle fit fauter la Renommée à
plus de 300. toifes de haut , après qu'on eut
tiré plus de so Boëtes pofées le long des allées
qui répondoient au Plan géometral du Feu ,
& après qu'on eut fait jouer un Soleil de trois
pieds de diametre ,fucceffivement 8. groffes Fufées
, exterieurement poſées à côté de chaque
Colomne , où il y avoit autant de Dauphins
qui fervoient de termes à la Piramide , &
qui lançoient , en forme de Fleuves , des Gerbes
de Feu. Après quoi , en prefence de toute la
Nobleffe des environs qui avoit été invitée à
cette Fête , une Dame de diftinction , jeune
& belle, porta avec toutes les graces poffibles,
Cy un
2598 MERCURE DE FRANCE:
un flambeau allumé aux fafcines qui étoient
dreffées au centre du Plan géométral ; au milieu
d'un Cartouche étoit écrit en gros caractere,
VIVE LE ROY , LA REINE , MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ET LA FAMILLE ROYALE, pofé
fur la face de l'édifice parallele à la maiſon, aux
plus hautes fenêtres de laquelle étoient des
Trompettes Marines , des Tambours , des Hauts
bois , des Violons , des Guittares , des Vielles
& d'autres Inftrumens qui fervirent à un Bal
ruftique des Païfans des Paroiffes voifines .
oùle vin & les rafraîchiffemens ne manquoient
pas ; enfuite il fut auffi donné un grand fouper
à toute la Noblefle , pendant que ces plaifirs
champêtres regnoient autour du Feu . Ces
divertiffemens continuerent jufqu'au lendemain
& le tout fe termina par un grand Feu d'Artillerie
, de deux pieces de Canon , de deux
Mortiers & d'un 3e Mortier & 12. Grenades
ou Perdreaux , pofez le long du Canal , &
d'autres pieces d'Artillerie.
Réjouiffances faites à Cette .
LESS's de Bernage, Lieutenant de Galeres, de
Commandant de deux Pinques armées pour
la garde des Côtes , ayant appris à leur arrivée
à Cette , la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin , & voulant particulierement marquer
leur joye , réfolurent de donner une Fête
publique. Ils fe re dirent le 29. Septembre à
cinq heures du foir , avec MS l'Evêque d'Alais
, de Bernage de S. Maurice , Intendant de
Languedoc , & les Commi Taires nommez par
la Province pour la Sonde de ce Port , dans
Eglife des Pénitens , où ils firent chanter le
Te Deum , pendant lequel les deux Pinques
du
2.
NOVEMBRE. 1729. 2599
du Roi , qu'ils commandoient , firent trois dé
charges de Moufqueterie & de toute leur Artillerie
, aufquelles les autres Bâtimens parti
culiers répondirent.
A l'entrée de la nuit , les deux Pinques ,
moüillées au milieu du Canal , furent illuminées
avec autant d'art & de gout, qu'on diſtinguoit
ailément les Manoeuvres & les Corps de
čes deux Bâtimens ; tous les autres Vaiffeaux
éclairez de la même maniere , étoient rangez
fur deux lignes & offroient un coup d'oeil des
plus agréables.
La Maifon des S's de Bernage , étoit égale
ment illuminée. On avoit dreffé devant la por
te un grand Bucher , aufquels Mrs l'Evêque
d'Alais , de Bernage de S. Maurice & les
autres principaux Officiers de la Province &
des Galeres , mirent le feu , les Tambours bat
tirent au champ , les Pinques firent encore
trois décharges de leur Artillerie , & lancerent
une grande quantité de Fufées.
Mrs de Bernage donnerent enfuite un foupé
magnifique ; fix tables y furent fervies avec
autant d'abondance que de délicateffe , & deux
Fontaines de vin coulerent pendant la nuit
pour le Peuple qui faifoit retentir l'air de fes
cris de Vive le Roi , vive la Reine & Monfeigneur
le Dauphin.
REJOUISSANCES à Clermont
en Auvergne.
Es ordres ayant été donnez pour chanter
Lene Des dans l'Eglife Cathedrale de
Clermont , pour l'heureufe Nailfance du Dauphin
, la Bourgeoifie fe mit fous les armes
depuis le Jeudy 15-fous les Etendarts des trois
Capitaines de quartier , &c.
C vj Le
2600 MERCURE DE FRANCE :
>
Le Dimanche 18.Septembre, le Clergé Secu
lier & Régulier de la Ville & Faubourgs de
Clermont s'étant rendu en l'Eglife Cathedrale
fur les dix heures du matin ; après que
toutes les Cloches de la Ville & des Faubourgs
eurent fonné pendant une heure , on fit une
Proceflion generale , les quatre Chapitres étant
en Chappes , & M. l'Evêque officiant en Habits
Pontificaux , la Bourgeoifie étoit fous les
armes , en haye , dans les rues où paffa la Proceffion.
Les Compagnies de Juftice y affifterent dans
cet ordre la Cour des Aydes en Robbes
rouges , précedée de fes Huiffiers , M. le Vicomte
de Beaune , Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de la Baffe Auvergne
, en habit de Céremonie , étoit placé entre
Te Premier Prefident & le Doyen . le Préfidial
marchoit enfuite , & après le Préfidial , la
Maifon de Ville , à la tête de laquelle étoit
M. de la Grandville , Intendant de la Province
, enfuite l'Election , & enfin les Juges &
Confuls des Marchands .
Le même jour fur les quatre heures du foir
on chanta le Te Deum dans l'Eglife Cathedrale.
Les mêmes Compagnies y affifterent dans
l'ordre accoûtumé. Le foir, il y eut des Illuminations
& des Feux dans toutes les rues.
Le Premier Prefident donna un grand Repas
à toute la Cour des Aydes , & aux autres perfonnes
de confideration de la Ville. Il y eut
chez lui des Illuminations , des Feux de joye ,
des Fufées volantes , & des Fontaines de vin
aux côtez de la porte de fa Maiſon.
Il y eut auffi une grande & belle Illumination
à l'Hôtel de M. l'Intendant , qui donna un
grand Feltin aux Dames & aux perfonnes diftinNOVEMBRE
1729. 2601
tinguées de la Ville. Il fut donné pareillement
un grand Souper , avec Illuminations , Symphonie
, & c. par les Echevins , à l'Hôtel de
Ville , & leur Fête finit par un Bal.
La Place appellée de la Poterne , fut auffi
illuminée il y avoit dans cette Place 8. longues
Tables pour le peuple , fervies aux dépens
des trois Capitaines de quartier. Beaucoup
de Maifons particulieres , & de Maiſons
Religieufes , furent illuminées de la maniere
qui convenoit à la fituation & à la difpofition
de chaque Maiſon .
Le lendemain , la Cour des Aydes fit chanter
dans la Chapelle du Palais , une Meffe &
un Te Deum en Mufique , où elle affifta en
Corps , & en Robbes rouges. Les Officiers de
la Milice Bourgeoife y affifterent auffi avec
quantité de perfonnes de confideration .
Le foir , le Palais de la Cour des Aydes fut
illuminés il y eut un grand Feu de joye allumé
dans la Cour , & on tira quantité de Fufées
volantes. On fervit enfuite des Tables
pour le peuple dans la Galerie qui régne le
long de la Cour du Palais , & on envoya aux
Prifonniers du pain , du vin & de la viande.
On fervit dans la Salle d'Audience de la
Cour des Aydes un grand Souper fur trois
Tables de 18. Couverts chacune , également
& délicatement fervies : la Salle étoit éclairée
par un grand nombre de Bougies dans des Luftres
& des Bras. Elle étoit entourée de Gra
dins , où étoient places trois ou quatre cent
perfonnes , qui après avoir été Spéctateurs ,
curent tous part aux débris des Tables qu'on
leur abandonna , ce qui forma une confufion
agréable . Il y eut après le Souper & dans la
même Salle un grand Bal , où danferent toutes
2602 MERCURE DE FRANCE
tes les Dames de la Ville , aufquelles on fervit
des rafraîchiffemens , jufqu'à quatre heures
du matin que dura le Bal.
Le Mercredy 21. du même mois , les perfonnes
qui compofent le Concert , établi
depuis peu, à Clermont , chanterent un Te
Deum en Mufique dans l'Eglife des Carmes ,
& le lendemain il y eut un grand Souper dans
la Salle de l'Hôtel de Ville , deftinée pour le
Concert on chanta le 29. Septembre une
Paftorale fur la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin.
RE’JOUISSANCES faites à Joinville .
Le cesRéjouimanebryanté fixé
au Dimanche 25 Septembre , toutes les
Cloches fonnerent dès la veille à trois tems
differens pour l'annoncer , & les Canons du
Château firent plufieurs décharges. Le lendemain
après le Te Deum folemnellement
chanté , les quatre Compagnies de Dragons
qui font en quartier , la Compagnie de l'Arquebufe
en habics uniformes , plufieurs Compagnies
de Bourgeois , & les Officiers à leur
tête , firent plufieurs fois le tour de la Ville
marcherent avec beaucoup d'ordre & de difcipline
, & firent plufieurs décharges pendant
qu'on alluma le Feu , qui étoit auffi beau que
Le lieu , & la crainte d'un Incen lie pouvoit le
permettre ; on tira cependant quelques Boëtes :
& quelques Fufées , & toute la nuit , & les
jours fuvaus fe pafferent en Réjouiſſances
publiques , & pendant ce tems on entendit
toujours ou le fon des Cloches , ou celui
des Tambours , ainfi que celui des Violons
& de divers Inftrumens..
E jour de ces Réjoüiffances ayant été fixé
Vers
NOVEMBRE. 1729. 2603
Vers les huit heures du foir chaque Particulier
alluma des Feux devant fa porte , &
toutes les fenêtres des Maifons furent illuminées.
Ce qui a paru de plus beau en ce gen
re eft l'Illumination du Château. Toute la
face qui regarde la Ville & qui est très étendue
, fut illuminée par plus de quinze cens
Lampions qui faifoient un très - beau coup
d'oeil ; le Clergé , les Communautez , & plufieurs
Particuliers qui ont leur charité reglée ,
doublerent ce jour-là l'aumône aux pauvres ;
il y eut plufieurs Fontaines de vin & plufieurs
Tables couvertes de viande , de pain & de
vin en plufieurs endroits de la Ville ; les Convens
, tant de Religieux que de Religieufes
fe diftinguerent auffi par un très-grand nombre
de cierges qui étoient diftribuez d'efpace
en espace dans l'enceinte interieure de leur
Eglife , & par un grand nombre de Lampionsdans
les efpaces vuides & dans le Choeur
qui pofez derriere des Devifes convenables
au fujet , faifoient lire à tout le monde , en
cris d'allegreffes , Vive le Roy , vive la Reine ,
vive le Dauphin. La céremonie finit par le fon
des Timballes & de fept Trompettes du Régiment
de Villeroy , Cavalerie , qui avoit ce
jour- là féjour à Joinville , & qui fonnerent
pendant que l'on tiroit un très grand nombre
de Fufées , ce qui dura une partie de la
nuit.
D
Ces Réjoüiffances ont été accompagnées de
deux Difcours de M. Clement , Docteur de
Sorbonne , Doyen & Curé de Joinville , connu
par plufieurs Piéces d'Eloquence qu'il a
faites en differentes occafions , & qui ont été
annoncées dans plufieurs Journaux. L'un de
ees Difcours fut prononcé le Dimanche 250.
Sep264
MERCURE DE FRANCE .
Septembre , après les Vêpres de la Paroiffe ,
& immédiatement avant le Te Deum & les
Feux de joye , & l'autre le lendemain 26. au
milieu de la Meffe Solemnelle , chantée en
Actions de Graces de la Naiffance d'un Dauphin,
Ils convenoient l'un & l'autré parfaitement
à ce fujet , & tous les Corps de la Ville
Seculiers & Reguliers s'y trouverent .
LETTRE écrite du Port Beau - Voifin
le 9. Octobre par M. Faure , fur la
Naiffance du Dauphin.
Ous me demandez , Monfieur , une Re-
Vlation de ce qui s'eft paffé dans notre petite
Ville , à l'occafion de la Naiffance du
DAUPHIN ; Vous ne vous attendez pas , fans
doute , à un détail de magnificences , elles
paffent notre portée ; mais auffi il ett difficile
qu'on ait pû nous furpaffer ailleurs en zele ,
en empreffemens , & en bonne volonté , nous
avons pour témoins les Savoyards , nos plus
proches Voifins , qui ne font pas coûtumiers
de venter nos oeuvres , & qui n'ont pû refufer
, dans cette circonftance , de juftes éloges
à nos ardeurs & à notre amour pour notre
Souverain , & pour fa Pofterité.
Le 7. Septembre à deux heures après minuit
, M. de Villeneuve , Commandant dans
cette Ville , apprit cette grande nouvelle par
le Courrier qui la portoit au Roi de Sardaigne
; il ne voulut pas attendre le jour pour en
faire part aux habitans ; il alla lui- même dans
le moment , de maiſon en maiſon , annoncer
ce Defiré des Nations ; il eut la fatisfaction de
voir feconder fa joye par les grands & les
petits,
NOVEMBRE. 1729. 2607
petits , qui dans moins d'une demie- heure de
tems remplirent les rues de la Ville , firent
retentir leurs cris de joye , & leurs acclamations
redoublées ; enforte qu'on entendoit
par tout Vive le Roi , la Reine , & Monfeigneur
le Dauphin. Je vous affure que l'on
n'attendit pas des ordres & des jours marquez
pour les Réjoüiffances , chacun donna libre
carriere à fes empreffemens ; les Feux , les
Feftins , & les Danfes ont fait la principale
Occupation des peuples pendant un mois entier.
Le Dimanche 25. Septembre , enfuite du
Mandement de l'Evêque de Belley , les Offciers
de la Ville , firent chanter une Grande-
Meffe en Mufique , & le Te Deum ; le foir on
fit une Proceffion generale , & on donna la
Benediction du S. Sacrement. Le même jour
M. le Commandant donna un grand Repas &
un Bal , où l'on diftribua quantité de rafraî
chiffemens , avec illumination , ce qui dura
jufqu'au lendemain.
Le Dimanche fuivant 2. Octobre , fut le
jour le plus marqué pour la joye publique ;
les Troupes & la Bourgeoifie , fe mirent fous
les armes dès les fix heures du matin ; cin
quante jeunes gens formerent une Compagnie
de Cavalerie très-brillante , commandée par
un ancien Capitaine qui s'eft retiré du Service
, & précedez par une bande de violons
& autres inftrumens ; ils s'occuperent pendant
toute la journée à faire des falves aux
Portes de tous les Principaux habitans de la
Ville.
Le Commandant avoit fait dreffer trois buchers
fur une hauteur , où une partie de la Savoye
pouvoit lesdécouvrir;on n'y avoit épargné
ni
2606 MERCURE DE FRANCE.
ni les ornemens , ni les devifes , & à l'entrée
de la nuit , qui fut des plus belles & des plus
favorables , le Commandant précedé par les
Troupes & la Bourgeoifie , & accompagné
de toute la Nobleffe du Pays , alla en cerémonie
mettre le feu aux trois Buchers ; on fit
trois décharges de Boëtes & de Moufqueterie ,
& on ne cella pendant toute la nuit d'en faire
d'autres , mêlées de Fufées & d'artifices.
, Après le Feu le Commandant revint avec
le même ordre dans la Ville qui étoit éclairée
fuperbement par des Lampions & des Lanternes
fans nombre ; chacun avoit fait devant
fa maifon une décoration particuliere , avec
quantité d'Infcriptions & de Deviles ; on
peut même dire que les Maifons de M. le
Commandant , de M. de la Corniere , de M. dụ
Frêne , Controlleur des Fermes , de M. Durozier
, Maire , & de M. l'Abbé Dilliard
étoient illuminées , & ornées avec gout , avec
nobleffe , & même avec magnificence : ce dernier
avoit fait placer devant la façade de fa
Maifon le Portrait du Roi , celui de la Reine
& un autre de Monfeigneur le Dauphin.
Au - deffus du Portrait du Roi on lifoit ce
Texte de l'Ecriture : Videte quem vobis élegit
Dominus quod non fit fimilis ei.
Et au deffous du même Portrait : Potens in
terra erit femen ejus.
Au- deffus du Portrait de la Reine : Refpexit
Deus ancillam fuam.
Et au deffous du même : Beatam illam dicent
omnes generationes.
Au -deffus de celui de Monfeigneur le Dauphin:
Generatio rectorum benedicetur.
Et au- deffous : Ifte puer magnus coram Domine
nam & manus ejus cum ipfo eft.
J'ouNOVEMBRE
. 1729. 2607
;
J'oubliois de vous dire que le vin fut plus
commun que l'eau dans la Ville pendant toute
la journée il y en eut plufieurs Fontaines
qui ne cefferent de couler jufqu'au lendemain ,
on eut le plaifir de voir à celle qui étoit à la
Porte du Commandant , que deux Manants ,
pour en entonner à difcretion , avoient percé
le Tonneau en- deffous , & à deux genoux , ils
s'en donnerent à la regalade jufqu'au dernier
point d'yvreffe.
Il y eut ce foir même un fouper de foixante
perfonnes des plus qualifiées , parmi lesquelles
étoient plufieurs Officiers de diftinction des
Troupes du Roi de Sardaigne , & un Bal enfuite
, que le Commandant & le Contrôleur
des Fermes donnerent au Public , où les Dames
& les Demoiselles du pays & du voisinage
étoient d'une parure très recherchée ; les rafraîchiflemens
y ' furent diftribuez en abondance
, & le Bal fut terminé par une femme âgée
de quatre - vingt- quinze années , qui danfa
deux Gavotes à fix heures du matin , avec un
jeune Gentilhomme de la Ville. Je vous cite
ce trait pour vous exprimer que chacun dans
tous les âges & dans tous les Etats , a voulu
fignaler fon zele , fon empreffement & fa
joye.
REJOUISSANCES faites par M. l'Abbé
, Prince de Murbac & de Lure en
Alface.
Den
E toutes les Provinces du Royaume , il
en eft peu qui fe foient fi diftinguées par
les marques éclatantes de joye qu'elles one
données à la Naiffance de Monfeigneur le
Dau2608
MERCURE DE FRANCE .
Dauphin , que l'Alface. Les foins & les at
tentions de M. le Maréchal du Bourg , & de
M. l'Intendant , n'y ont pas peu contribué, en
fecondant les intentions des peuples.
L'Abbé , Prince de Murbac & de Lure , n'avoit
pas attendu la Naiffance d'un Dauphin
pour marquer fon zele pour la Couronne. Ce
pieux Abbé avoit ordonné , une année auparavant,
aux Capitulaires de les deux Chapitres de
Murbac & de Lure , de reciter chaque jour ,
après les Complies , un Rofaire , pour implorer
le fecours de la Sainte Vierge , afin d'obtenir
un Dauphins tous les foirs on expofoit le
S.Sacrement, & on donnoit la Benediction , & c.
Dès qu'il eut appris que le Ciel avoit
rempli les voeux de toute la France , il n'épargna
ni dépenfe , ni attention pour témoigner
fa reconnoiffance envers Dieu , & fa
joye de la Naiffance d'un Dauphin.
Le Dimanche 18: Septembre il ordonna à
tous les Bourgeois de la Ville de Guebuiller ,
en haute Alface , au nombre de 20. d'être fous
les armes ; il leur fit diftribuer de la poudre
pour douze décharges ; ils refterent dès le
matin dans la cour du Château , où l'on
avoit dreffé un Autel attenant la Chapelle , le
Prince s'y rendit , revêtu de fes habits Pontificaux
, & accompagné de tous les Officiers
de fa Maiſon , de ceux de fa Principauté , &
de plufieurs Gentilshommes voifins. Après
avoir récité à genoux le Rofaire avec tout
le peuple , il entonna le Te Deum , qui fut
chanté par la Mufique , il donna enfuite la Benediction
du S. Sacrement , pendant laquelle
les deux cent Fufeliers firent la premiere décharge;
plufieurs Cors de Chaffe étoient dif
tribuez fur les Montagnes voifines , qui fonnovent
NOVEMBRE. 1729. 2609
nerent des Fanfares , & le Canon & les Boëtes
qu'il avoit fait tranfporter fur une Montagne
voifine très-élevée , annoncerent à une partie
de l'Alface , à tout le Brifcau , au - delà du
Rhin , & aux Suiffes voifins , la joye de tous
les Sujets du Roi. Les Fufeliers partirent enfuite
pour aller fur la Montagne , accompa
gnez du premier Officier du Prince , qui
mit le feu à un grand B cher qui brûla toute
la nuit ; le Canon & les rufeliers firent encore
plufieurs décharges ; fur les neuf heures on
tira plufieurs Fufées au deffus de la Montagne.
& un Feu d'artifice. Toute la cour du Châ
teau & l'exterieur furent ornez de 300. Lanternes
, avec des Bougies : on lifoit par tour
Vive le Roi.
Dans la grande Salle du Château il y avoit
une Table de quatre- vingt Couverts , qui fut
abondamment & fplendidement fervie , pour
les Capitulaires , la Nobleffe voifine qui y
avoit été invitée , & pour tous les Officiers
du Prince. Dans la chambre à côté , on avoit
dreffé trois autres Tables de 12. Couverts pour
les Ecclefiaftiques & les Principaux Bourgeois
de la Principauté. Le Lundy & le Mardy
fuivant , les mêmes Tables furent fervies ,
& les mêmes perfonnes invitées . Dans la
cour il y avoit une Table de deux cent Couverts
pour les Bourgeois pendant les trois
jours , & à la porte du Château on diſtribuoit
du pain & du vin au peuple ; il y eut un Bal
au Château, Ms fes Neveux , de l'illuftre Famille
de Beroldinguen , en firent les honneurs ,
& firent diftribuer des rafraîchiffemens avec
beaucoup de profufion. Le Prince fit auffi diftribuer
plufieurs Vafes de Vermeil & quelques
Cou
2610 MERCURE DE FRANCE.
Couverts d'argent aux Tireurs & à la Jeuneffe
Bourgeoife.
Le Dimanche 25. il alla fur les trois heures
à la Paroiffe , où il officia à Vêpres , affifta
au Te Deum & à la Proceffion , accompagné
de fes Officiers ; il fit enfuite porter un grand
Souper à l'Hôtel de Ville , où il affifta avec
fes Officiers. Le Grand- Prieur du Chapitre
de Lure , de l'illuftre Maifon de Reynac ,fuivit
quelques jours après l'exemple du Prince.
Les Fêtes qu'il donna à la Ville de Lure , dans
le Comté de Bourgogne , furent des plus belles
& des mieux ordonnées.
FESTE donnée parM. l'Abbé le Maiſtre ,
Doyen de l'Eglife Cathédrale , Official ,
Vicaire General , & Syndic du Clergé
du Diocèfe de Chaalons.
R. l'Abbé le Maiftre , qui en 1721. fit
Meclater fon zele & fon profond refpect
pour la Perfonne du Roy , lors de la Convalefcence
de Sa Majefté , par une Fête brillante
& magnifique qu'il donna à Chaalons , dont
la Relation fut inferée dans le Mercure d'Août
de la même année , vient de donner des marques
éclatantes de la part qu'il a pris à la joye
univerfelle qu'à caufé l'heureufe Naiflance de
Monfeigneur le Dauphin.
En fa qualité d'Abbé de Touffaints , il eft
Seigneur d'une partie de la Ville , appellée
le Bande-l'Ifle ; M. l'Evêque , étant alors auprès
de la Reine , comme premier Aumônier
de S. Majefte , l'Abbé le Maiftre fe trouva le
Chef & le Préfident du Confeil de la Ville
aing
NOVEMBRE. 1729. 2611
ainfi qu'en qualité de Doyen , il eft le Chef
& le Préfident du Chapitre.
Le 27. Septembre , fur les cinq heures du
foir , le Corps de Ville fe mit en marche pour
fe rendre en l'Eglife Abbatiale , precedé de la
Compagnie des Chevaliers de l'Arquebuſe
fous les armes , en un uniforme très- propre ,
des Archers de la Ville revêtus de leurs Cafaques
, la Hallebarde fur l'épaule , de tous les
Tambours & Violons de la Ville , les Bourgeois
du Ban-de- l'lfle étoient fous les armes ,
& bordoient les rues jufqu'à l'Eglife.
Le Corps de Ville étant placé dans l'Eglife
ainfi que les Officiers de la Juftice de l'Abbé ,
les Chevaliers de l'Arquebufe ayant pris les
places , M. l'Abbé en Rochet , & en Chape ,
accompagné des Religieux de l'Abbaye , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par la Mufique
de la Cathédrale , pendant lequel les
Bourgeois firent une décharge generale de
leur Moufqueterie , fuivi d'une falve de plufeurs
Boetes & petits Canons, Les prieres finies
, l'Abbé vint fe mettre à la tête du Corps
de Ville , qui fe mit en marche & alla au Jard ,
pour y voir tirer , avant le foupé , un Feu
d'artifice , préparé au milieu de cette fameufe
Promenade ; mais une pluye étant ſurvenuë ,
M. l'Abbé remit à le faire tirer au premier beau
jour , ce qui a été executé depuis avec fuccès
du Jard on revint chez l'Abbé dans le
même ordres on trouva la grande Porte de fa
Maifon ornée d'un Arc de Triomphe , avec
des Figures de relief , qui avoient rapport à
la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , aux
deux côtez de l'Arc de Triomphe...paroiffoient
deux grands Dauphins , d'où couloient deux
Fontaines de Vin ; on voyoit dans differens
Cartouches
;
2612 MERCURE DE FRANCE.
Cartouches les Armes du Roy , celles de la
Reine , des Dauphins , & des Fleurs de Lys
fans nombre ; fur le mur de clôture , à côté
du grand Portique , on avoit placé deux Piramides
de 15. pieds de haut , garnies d'ornemens
de plomb doré , aufquels étoient attachez
un nombre infini de Lampions. Le Portique
étoit terminé par un grand Soleil ; toute la
Maifon étoit illuminée , les toits , les murs
de clôturés , la Cour & les Jardins étoient
garnis d'un nombre prodigieux de Pots à feu ,
de Terrines & de Lampions placez avec
beaucoup d'art. Les deux Fléches des Tours
de la Cathédrale qui font de pierre , & à
jour , étoient illuminées , ce qui fut un fpectacle
nouveau & très agréable.
>
M. l'Escalopier , Intendant de la Province ,
honora la Fête de fa préfence. En attendant le
Souper , on donna un Concert , où il fut
chanté une belle Cantate fur la Naiffance du
Dauphin.
Il y eut trois Tables , deux de vingt- fix Couverts
chacune , & la troifiéme de dix - huit ;
elles furent fervies en même-tems avec une
profufion , une délicateffe , & une propreté
égale.
Pendant le Souper , qui fut toujours accompagné
d'une très - belle Symphonie , M. l'Abbé
porta à M. P'Intendant & à toute l'Affemblée
la Santé du Rois elle fut celebrée par les Tam-.
bours & les Violons ; on fit en même- tems
une falve de tout le Canon ; on bût fucceffivement
dans le même ordre & le même refpect
, la Santé de la Reine , celle de Monfeigneur
le Dauphin , & celle de toute la Famille
Royale.
M. l'Abbé envoya le même jour des provie
fions
NOVEMBRE 1729. 2613
fons de pain , de vin & de viandes , pour tous
les Malades , Soeurs & Servantes de l'Hôtel-
Dieu , à tous les Pauvres de l'Hôpital General
, aux Mandians renfermez , & aux Priſonniers
, aufquels il fit diftribuer de l'argent.
Il envoya du Gibier à la plupart des Convens
d'Hommes & de Filles , du Vin & du
Poiffon aux Communautez qui font maigre ;
enforte qu'on peut dire que cette Fête , a la
quelle toute la Ville prit part , fut univerfelle
ment applaudie.
RE’JOUISSANCES faites à Toulon :
Rien ne égavelle de la Waiffance de
Ien ne peut égaler la joye qu'a caufé à
Monfeigneur le Dauphin ; elle y fut annoncée
par le bruit de tous les Canons de la Ville
Tours & Forts , & par le fon des Cloches.
Chacun a cherché dans cette occafion à fe
diftinguer , grands & petits , tous y ont pris
part ; mais dans le nombre des Fêtes qui fe
font données , rien n'égale celle que fit
M. Mithon , Intendant , qui fe retira pour cet
effet au Jardin du Roi , éloigné de la Ville
d'une portée de Moufquet , lieu très- commode
pour l'éxécution de ce qu'il s'étoit propofe
le 22. Septembre.
La Porte du Jardin étoit ornée de Peintures
qui formoient une magnifique Architecture ,
avec des Deviſes & Emblêmes convenables
au Sujet. Il y avoit fur le Fronton un Dauphin
de chaque côté , avec les Armes du Roy
& du Dauphin , furmontées d'une Couronne,
Tout cela fut illuminé par une infinité de lam .
pions , & les murs de clôture du Jardin l'étoient
auffi , les Arbres de l'Allée qui conduit
D
ང་
2614 MERCURE DE FRANCE.
à la Maifon , & qui eft fort longue , étoient
garnis de trois rangs de Lampions ; cette Allée
aboutiffoit à une grande Salle artificielle
qu'on avoit élevée devant la Maiſon qui y
étoit jointe , capable de contenir plus de
300. perfonnes ; elle étoit ornée de Luftres
& d'une infinité de lumieres dans un très - bel
ordre , & tout le Balcon l'étoit auffi avec
beaucoup d'art ; on y avoit placé 24. gros
Flambeaux de Cire blanche , qui accompa
gnoient deux Dauphins. Cette Allée ainfi
éclairée , qui monte en Amphitheatre , terminée
par l'illumination de la Salle , du Balcon
& de toute la façade de la Maiſon , faifoit
un effet admirable on y voyoit plus clair
qu'en plein jour , & il fembloit qu'on entroit
dans le Temple de la Lumiere. La nuit étoit
tranquille il n'y avoit pas un fouffle de
vent , & s'il y avoit quelques Zephirs , ce
n'étoit que pour marquer leur admiration
& rendre la Fête plus brillante. On avoit invité
à cette Fète quantité de Dames ; & les
Principaux Officiers.
>
Le Souper fut fervi fur trois Tables de 18.
14. & 12. Couverts avec une plus petite.
Le Repas fut fomptueux & d'une magnificence
au- delà de ce qu'on peut dire. Les
Vins de toutes fortes n'y furent point épargnez
, non plus que les Liqueurs ; la Santé
du Roy , de la Reine & du Dauphin , furent
portées & bues folemnellement à pleins
verres , à quelques diftances l'une de l'autre
au bruit des Trompettes , & de so. Boëtes à
chaque fanté.
Avant le fouper , on tira devant le Jardin
un Feu d'artifice, peu confiderable, à la verité ,
n'ayant pas eu de tems pour fe préparer , mais
dont
NOVEMBRE . 1729. 2615
dont l'execution fut à merveille. Il y avoit
400. Fufées volantes très- belles , & quelques
Bombes artificielles , dont l'effet fut admirable.
Il y avoit des Sentinelles à la porte du
Jardin , mais feulement pour empêcher le defordre
car M. l'Intendant avoit donné ordre
de laiffer entrer le peuple , qui fut charmé
de ce fpectacle , & qui admiroit la Métamorphofe
du Jardin , qui en fi peu de tems
parut un lieu enchanté. Deux Fontaines de
très bon vin coulerent à la porte toute la
nuit , & il n'y en eut pas une goutte de
perdue.
·
Après le Souper qui dura depuis 8. heures du
foir jufqu'à une heure après minuit , on commença
le Bal , où l'on danfa jufqu'à 6. heures
du matin, que chacun fe retira très fatisfait de
la politeffe , de la profufion & de l'ordre
dans lequel tout fe paffa.
;
Si cette Fête , auffi galante que magnifique .
a fait honneur à M. Mithon , il n'en a pas
moins eu de l'action genereufe & pleine de
charité , qu'il fit le jour que cette heureufe
nouvelle arriva. L'on étoit affemblé en Confeil
de Guerre pour juger deux Matelots deferteurs
, l'un du Royaume , & l'autre des
Claffes le Jugement dreffé , & la plume à la
main pour le figner , on entendit tout à coup ,
le bruit du Canon , des Cloches , & les cris
réiterez de Vive le Roi , Monseigneur le
Dauphin , ce qui faifit tellement de joye toute
l'Affemblée , qu'on fur quelque - tèms fans
fe parler ( & , à la verité , on ne s'entendoit
plus ) M. l'Intendant fe leva , demanda la
fufpenfion du Confeil , & fe chargea d'inter
ceder pour les Criminels , ne pouvant , dit il ,
fe refoudre dans un tems de joye & d'alle
Dij greffe,
2616 MERCURE DE FRANCE:
greffe, & à la nouvelle d'un évènement qui an
nonce le bonheur de la France , de donner
fa voix pour faire des malheureux . Il en
écrivit en Cour , & fa Lettre eut tout le fuccès
qu'il pouvoit defirer ; le Roi ayant accordé
la grace de ces deux Deferteurs , fur la demande
de l'Intendant , dont le zele pour le
fervice de S. M. fa juftice & fa charité , font
Padmiration generale.
Réjouiffances à Bayonne.
pour
E Dimanche 25. de ce mois , ayant été
Lindiqué pour chanter le Te Deum,l'Etat
Major , les Officiers de la Marine , les Chefs
de la Juftice , le Corps de Ville , toute la
Bourgeoisie & un très grand nombre de Gentilshommes
venus de la Campagne , fe rendirent
à la Cathédrale ; on y chanta Vêpres
avec grande folemnité , M. l'Evêque y offi
cia ; dès qu'elles furent finies , le Clergé
toutes les Communautez Religieufes , fuivies
de tous ceux qui y avoient affifté , firent le
tour de la Ville en Proceffion ; les Troupes
bordoient les rues qui étoient tapiffées , & toutes
les fenêtres illuminées. On fit plufieurs
falves de Canon des Châteaux & des Vaif
feaux qui font à la Rade . La Proceffion de
retour à la Cathédrale , M. l'Evêque entonna
le Te Deum , pendant lequel un nombre infini
de peuple qui étoient dans l'Eglife marquoit
par un profond filence leur zele à rendre
graces au Seigneur de la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin. Après le Te Deum ,
M. Daloncour , accompagné du Corps de
Ville , fe rendit à la Place publique , où il fur
allumé un grand feu , aux acclamations du
Peuple
.
NOVEMBRE. 1729. 2617
,
Peuple ; toute l'Arrillerie fe fit entendre par
trois differentes fois. Les Remparts de la Ville,
Châteaux & Citadelle , étoient entourez de
Troupes qui firent trois décharges. La Réjouiffance
fut continuée juſqu'à deux heures après
minuit , par une des plus grandes Fêtes qu'il
y ait eu dans cette Province , elle fut donnée
par M. l'Evêque. Le Chapitre , les principaux
Officiers de la Reine , premiere Doüairiere
d'Espagne , l'Etat- Major , les Officiers de la
Marine, les Corps du Génie & de l'Artille
rie tous les Officiers de la Marche & de
S. Simon , les Chefs de la Juftice , le Corps
de Ville , plufieurs Gentilshommes des environs
de la Ville & les principaux Bourgeois
y étoient invitez; toute la façade de l'Evêché
qui eft d'ue grande étendue , étoit illuminée
dans un très - grand nombre de Lampions ; il y
en avoit dans le Parterre qui donnoient un
point de vue des plus agréables , à caufe des
differens deffeins & des formes ingenieufes .
Le Portail étoit tout garni de Lampions , qui
formoient une Couronne , foutenue par deux
Dauphins , & on lifoit au-deffus Vive le Roi ,
la Reine & Monfeigneur le Dauphin . Tous les
Habitans couroient , à l'envi , pour voir cette
magnifique illumination . Jufqu'à 2. heures
après minuit , on ne cefla un inftant d'entendre
des cris de Vive le Roi , la Reine & Monfeigneur
le Dauphin . Le dedans de l'Evêché étoit
illuminé d'un nombre infini de bougies. Le
fouper fut fervi à neuf heures ; il y avoit fept
Tables occupées par cent trente perfonnes.
Elles furent toutes fervies avec beaucoup de
fomptuofité & de magnificence ; il y regnoit
un ordre merveilleux , il y eut pendant le fouper
unConcert de toute la Mufique de la Reine
Diij Douai,
2618 MERCURE DE FRANCE .
Douairiere d'Efpagne ; on tira par trois dif
rentes fois 36. Boetes & une très- grande
quantité de Fufées. On diftribua à la Popula
ce qui s'étoit emparée de la cour, quantité de
vin & de quoi manger . Il y avoit dans toutes
les rues un nombre infini deFeux de joyestoutes
les maifons de la Ville étoient illuminées , & c.
Le 4. Octobre il y eut à l'Hôtel de Ville
un magnifique Repas & Bal , précedez d'une
Pamparruque des plus brillantes , compofée
d'environ 160. perfonnes de diftinction , en
hommes & en femmes , chacun avec fes plus
beaux ajuftemens , nipes & bijoux ; & ce qu'il
y a de particulier , c'eft que malgré la pluye
continuelle & au mépris des plus belles Etoffes
& des plus belles Hardes , la Pamparruque fut
danfée dans les rues , au Palais Epifcopal , au
Gouvernement , & c.
On n'a jamais vu le Peuple fi tranfporté de
joye , & on n'entendoit que Symphonie &
Danfes nuit & jour. C'eft ainfi que les Bayonnois
, depuis le plus grand jufqu'au plus petit
, ont fignalé leur zele & leur fidelité , ne
On appelle Pamparruque , une certaine
Danfe ou Marche , dans laquelle les hommes
les femmes fe tenant les uns les autres par
des Servietes , forment une longue file , & vont
ordinairement au fon d'un Tambour à deux baguettes
, qui bat d'une maniere affectée à la
Pamparruque ; on fait divers fauts & divers
tems , & cette Chaîne prend differentes formes.
On danfe en rond quand on paffe devant quelque
perfonne de confideration ou devant quelque
maison qu'on veut honorer , & le Tambour
bat differemment . Les petites gens qui danfent
la Pamparruque , fe prennent par la main.
perdant
NOVEMBRE. 1729. 2619
perdant jamais de vûë cette Devile de leur
Ville : Numquam polluta. Il y a eu auffi à
Bayonne un très beau Feu d'artifice fur la Riviere
& d'autres marques éclatantes de la
plus grande démonftration de joye.
Réjouiffances faites à S. Jean de Luz .
E Dimanche 2. Octobre , ayant été indiqué
Lour
pour commencer la Fête , on chanta après
les Vêpres le Te Deum & l'Exaudiat en Mufique
, après une Proceffion generale. Le foir
on alluma un grand Feu de joye au milieu de
la Place principale , en face de l'Hôtel de
Ville.
Pendant la Proceffion on fit une falve du
Canons de la Ville , une feconde pendant le
Feu de joye , & une troifiéme à huit heures,
du foir. M. de Lafferre , Commandant du Fort
du Soura , fit auffi trois falves de tout le Canon
du Fort ; tous les Vaiffeaux du Port &
de la Riviere , en firent autant.
On peut dire que cette Ville s'eft furpaffée
dans cette occafion ; l'on ofe affurer qu'il n'y
a point de petite Ville dans le Royaume qui
ait fait de fi grands efforts pour fignaler fon
zele & fon affection pour le Roi & la Famille.
Royale. On en jugera par ce détail.
Le Dimanche 9. la Fête fut annoncée dès
le matin par le bruit du Canon de la Ville &
du Fort; les Magiftrats ayant invité M. le Commandant
, toute la Nobleffe & tous les Bourgeois
notables de la Ville , auffi bien que les
plus diftinguez d'entre les Etrangers qui fe
trouverent pour lors à S. Jean de Luz , on
fe rendit à midy à l'Hôtel de Ville , où l'on
avoit dreffé trois tables , chacune de trente
D iiij Cou
2620 MERCURE DE FRANCE.
Couverts , dans la principale Salle qui eft très
fpacieuſe On y fervit un Repas des plus fplendides.
Les mets les plus exquis & les vins les
plus délicieux y furent étalez avec profufion ;
la joye animoit tous les vifages , & fur tout
ceux des Vieillards , qui ne pouvoient à
leur gré faire affez éclater les tranfports que
leur Caufoit la Naiffance d'un Prince , dont le
Trifayeul avoit celebré fon Mariage à leurs
yeux en 1660. Ils fe rappelloient fans ceffe
le jour de ce grand Mariage , & comparoient
leur joye prefente à leur ancienne allegreffe .
M. le Bayle ( c'eft le nom qu'on donne au
premier Magiftrat ) porta fucceffivement les
fantez du Roi, de la Reine &de Monfeigneur le
Dauphin ; on y but avec de grands cris d'allegreffe
, & au bruit de trois décharges de tout le
Canon de la Ville & du Fort. Après ces fantez
on porta celles de toute la Famille Royale ,
à l'occafion de laquelle on fit une quatriéme
décharge generale. Les Navires du Port
du Soura & de la Riviere , qui étoient au nombre
de 45. ou so. fans compter les Barques ,
firent auffi un feu continuel. Pendant tout le
Repas , une belle & nombreufe Symphonie ne
ceffa pas de joüer.
Après le Repas , qui dura quatre heures ,
tous les Convives fortirent de l'Hôtel deVille en
Pamparruque , & danferent par toutes les ruës
durant deux heures , le foir à la clarté de cent
flambeaux de cire blanche. La Danfe étoit menée
par M. le Bayle , & fe fit au fon de 12 .
Tambourins & d'autant de Tambours , à la
mode du Pays .
On tira enfuite un très- beau Feu d'artifice ,
travaillé par des Eſpagnols qui font fort verfez
dans ces fortes d'Ouvrages , & qu'on avoit fait
venir
NOVEMBRE . 1729. 2621
}
venir exprès. On fit des Feux de joye à toutes
les portes , & toutes les Maifons furent iliuminées
; mais les Illuminations de l'Hôtel de
Ville & du Clocher de l'Eglife principale ,
qui eft fort beau & orné d'une Galerie d'un
grand circuit , mériteroient une attention particuliere.
Elles étoient faites avec beaucoup
d'art & de gout : on n'en donne pas la defcription
, pour ne pas trop s'étendre.
Tous les Vaiffeaux du Port & de la Riviere,
qui étoient ornez de leurs Parois , Flames &
Pavillons , furent auffi illuminez de Lampions
le long des Vergues avec des Fallots au bout ,
ce qui faifoit un fpectacle très- agréable.On tira
aufli un nombre infini de Fufées durant toute
la nuit , pendant laquelle le peuple qu'on avoit
eu foin de régaler , en fervant des tables &
faifant couler des Fontaines de vin dans les
onze Quartiers qui compofent la Ville , ne
ceffa pas de danfer en autant de bandes qu'il
ya de Quartiers .
Une heure avant que de tirer le Feu d'artifice ,
on mena à la Danfe toutes les Dames diftinguées
de la Ville , qu'on ramena enfuite à
FHôtel de Ville , où on leur fervit un ambigu
des plus magnifiques , après lequel on
ouvrit un Bul qui dura jufqu'à quatre heures
du matin.
Le lendemain toutes les Boutiques furent
fermées , auffi bien que le jour fuivant, & on
continua les Réjouiffances ; on vir plus de
30. Danfes à la mode du Pays , depuis midy
jufqu'à neuf heures du foir ; ces Danfes ou
Branle en file , fe rencontroient quelquefois
dans une rue au nombre de cinq ou fix , faifant
differentes routes , ce qui formoit une
confufion des plus plaifantes'; mais quand la
Dv Danfe
2612 MERCURE DE FRANCE.
Danfe principale , qui étoit fortie de l'Hôtel
de Ville paroiffoit , les autres qui fe rencontroient
fur fon chemin , s'arrêtoient pour
la laiffer paffer. Une fingularité qu'on ne doit
pointomettre , c'eft que le deuxième jour de
la Fête , so. hommes au-deffus de foixante
ans , s'aboucherent avec autant de femmes
de leur âge , & firent en Pamparruque le tour
de la Ville , après quoi ils danferent un faut
bafque dans la grande Place avec toute l'agilité
naturelle à la Nation. On a remarqué
qu'il n'y a point de Contrée dans le Royaume
où l'on voye tant de Vieillards , ni fi difpos
que dans ce Pays.
Le Saut- Bafque , eft une Danfe extrémement
haute & legere , & d'une telle vivacité , que
les yeux ont de la peine à fuivre les mouvemens
du corps , des bras & des pieds des
Danfeurs , qui s'élevent très - haut avec une
agilité & une jufteffe admirable. On la danfe
fur un air particulier d'un mouvement trèsrapide
, affecté à cette Danſe , & joué par une
Flute à Trois & un Tambourin , compofé
dune efpece de Boete fonore , ornée de 4.
cordes à boyau tenduës , fur lesquelles celui
qui joue de la Flute bat de la main droite avec
une baguette , pour marquer la mefure de l'air,
& c'en eft , pour ainfi- dire , la Baffe- continue.
Il y eut auffi les deux nuits fuivantes Bal
à l'Hôtel de Ville , où les liqueurs chaudes &
froides ne furent pas épargnées . Les Danfes
n'ont pas difcontinué durant les trois jours,
& l'on peut dire qu'il falloit avoir des jambes
de Bafques pour ne pas être accablé de
fatigue après un exercice fi violent & fi continuel
.
La fituation de la Ville ne fervit pas peu à
relever
NOVEMBRE. 1719. 2613 :
relever l'éclat & la beauté des Illuminations.
Comme S. Jean de Luz eft entouré prefque
de tous côtés par la Mer & la Riviere ,
on auroit dit à le voir d'un certain éloignement
, que c'étoit une Ile enchantée ,
Couverte d'Etoiles & de feu ; on n'avoit pas
oublié d'illuminer le Pont dans toute fa longueur
qui eft confiderable. Si l'on joint à cela
l'effet que devoient faire les Illuminations
des Maifons qui font des deux côtés fur les
bords de la Riviere , & qui forment deux
lignes qui s'avancent jufqu'à la Mer , & celles
des Vaiffeaux de la Riviere & du Port , on
comprendra aisément que le ſpectacle devoit
être des plus charmans .
Le Mercredi 12. Octobre , les Jeunes Gens.
les plus diftingués de la Ville commencerent
une Fête compofée d'un grand Feftin , d'un
Bal , & de Danfes en Pamparruque. Le 2. jour
ils menerent en Danfes par toutes les Ruës
les jeunes filles des meilleures Familles , &
danferent enfuite avec elles les danfes Baf !
ques , dans la Place principale. Les Capitaines
Baleniers & les autres marins ont auffi
fait des Réjouiffances en particulier , auffi
bien que les Corps de métiers ; de forte que
les Réjoüiffances ont duré huit jours.
Un grand nombre d'Eſpagnols de la Frontiere
s'étoient rendus d'avance à S. Jean de
Luz , pour voir la Fête , & le bruit du Canon
en attira plufieurs autres ; on en comptoir
plus de deux mille.
www
D vj FESTE
2624. MERCURE DE FRANCE.
FESTE donnée à Marseille , extraite
d'une Lettre.
LA Fête que le Chevalier de Piles ; Capitaine
de Galere , exerçant les fonctions de
;
Capitaine Gouverneur Viguier de la Ville de
Marſeille pour fon Neveu , donna à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin , fut des
plus belles & des plus magnifiques. Il fit éle
ver au bout de la rue S , Fereol , en face de la
nouvelle Eglife , un Arc de Triomphe qui
avoit trente - fix pieds de largeur, fur une hauteur
proportionnée ; il étoit d'Ordre compofite
le faire des colomnes , & la frife de la
corniche étoient feints de lapis. La Corniche
& les Arriere- corps étoient de grifaille , &
les Piedeftaux des colomnes étoient feints de
jafpe. Il regnoit fur la corniche une magnifique
Balustrade en marbre campan , entrelaffée
de quatre Piédeftaux de jafpe . Sur ces Piédeftaux
, il y avoit des trophées d'armes dorés
en plein. Les Armes du Roi étoient placées au
milieu des Piédeftaux dans un Cartouche doré
, & celles du Dauphin , dorées de même,
étoient fur la Corniche.
A chaque face de l'Edifice , il y avoit un
Enfant , peint au naturel , affis fur un Dauphin
, dans une Conque , d'où une Fontaine
de vin couloit. Il y avoit une Emblême à droite
, repréfentant un Dauphin couronné , qui
s'élançoit hors de l'eau , & divers autres petits
poiffons qui faifoient des efforts pour
Le fuivre , avec ces paroles : Quis enim aquabitur
illi.
A gauche , il y avoit une autre Deviſe dont
le
NOVEMBRE . 1729. 2625
le corps étoit de differentes Nations qui regardoient
un Soleil levant , avec ces paroles
pour ame : Nen uni , fed pluribus.
Au milieu du Frontifpice , on voyoit une
autre Emblême qui repréfentoit auffi un Soleil
levant & une Galere ,. fur l'Eperon de laquelle
on voyoit le Capitaine qui excitoit fon
Equipage au travail ; l'ame de cette Deviſe
éroit ce vers :
Sufcitat ille novos oriendo triremibus aufusi
Ce Frontifpice étoit foutenu par des Dauphins
en guife de confoles , & terminé par
une Renommée colorée .
Le 30. Septembre , un Détachement de la
Compagnie de l'Arquebufe alla à la Major ,
Cathédrale de Marfeille , faire benir un Drapeau
de taffetas blanc , aux Armes du Roi &
de la Ville , avec des Dauphins en broderie
aux quatre coins. Cette Compagnie , qui eft
fous les ordres du Gouverneur Viguier , a été
établie il y a plufieurs fiécles , pour élever
la jeuneffe à tirer jufte un coup de fufil à
balle.
Le 1. d'Octobre , fur les trois heures après
midi , la Compagnie de l'Arquebufe fe rendit
près de l'Arc de Triomphe , chacun avec
fes armes , & avec des habillemens neufs
uniformes & très - propres, les Officiers avoient
des plumets , & les Soldats des Cocardes de
ruban rouge & noir , marchant au fon des
Tambours & des Trompettes. Quand ils furent
près de l'Arc de Triomphe , les Fontaines
de vin commencerent à couler , & les
Tambours avec les Fifres , à la maniere du
Pays , inviterent le Peuple à la Danfe , ce
qui durajufqu'à la nuit ; alors l'Arc de Triom
phe
2626 MERCURE DE FRANCE.
phe fut illuminé , & cette journée finit pár
un falut de cent Boëtes.
Cette Fête fut repétée de la même maniere
les jours fuivans jufqu'au quatre , que le Chevalier
de Piles donna un magnifique repas
à un grand nombre de perfonnes de condition
de l'un & de l'autre fexe , pendant
lequel on tiroit les Boetes , lorfqu'on buvoit
à la fanté du Roi , de la Reine &
du Dauphin . Après le Repas , la Compagnie
de l'Arquebufe parut comme les jours
précedens ; les Fontaines de vin commencerent
à couler , & le Peuple à danſer en differens
cercles , au fon des Tambours & des
Fifres. La nuit etant venuë , on entendit
un grand nombre de Timballes & de Trompettes
, la décharge de cent Boëtes fut repetée
, & on tira un très-beau Feu d'artifice
qui dura pendant une heure , & qui fuc
merveilleufement bien executé.
9
Vous connoiffez , Monfieur , la Maifon
des Fortias de Piles , leur zele pour nos
Rois , & leur amour pour notre Patrie
& vous fçavez que cette Maifon nous donne
depuis long tems des Gouverneurs qui
fe font toujours attiré l'eftime & l'amour
des Peuples.
SUR
NOVEMBRE . 1729. 2627
*****
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ,
ARRIVE'E AVEC L'AURORE
L
RONDE AV.
Aimable Aurore enfin montre à nos yeux
Ce riche Don, ce Tréfor précieux ,
Cher & doux Fruit de notre impatience ;
Le Ciel propice aux foupirs de la France ,
Vient de remplir notre efpoir & nos voeux.
Oui , cet Enfant eft un préfent des Cieux,
Né pour regner , né pour nous rendre heureux
;
Comme au Soleil préfide à fa naiffance.
L'aimable Aurore.
France , qu'après tes fentimens pieux ,
Les Jeux , les Ris , les Plaifirs & les Feux
Soient les témoins de ta reconnoiffance ;
Que la nuit foit de ta réjoüiſſance ;
Et que tes cris préviennent en tous lieux
L'aimable Aurore.
Allufion
1618 MERCURE DE FRANCE.
Allufion.
Augufte Reine , en celébrant l'Aurore
Qui fait lever cet Aftre glorieux ,
C'est vous qu'ici l'on chante & l'on honore ;
Puifque c'est vous qui nous faites éclore
Ce Lys charmant , ce Lys chéri des Cieux ;
Vous commencez & finiffez nos jeux ,
Sous ce beau nom que je répete encore ,
L'aimable Aurore.
L'Abbé Pétis de la Croix.
Autres Réjouiffances.
Ajoye que la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin a donnée à toute la France , parut
avec éclat dans la Ville de Valognes. Le
16, -du mois , cette heureuſe Naiffance fut annoncée
la veille par le fon des Cloches de l'Eglife
principale , par les Tambours de la Ville,
& par quantité de Boetes qu'on tira. Le len
demain , M. de Courci , Gouverneur , ordonna
à la Milice Bourgeoise de fe mettre fous les
armes , & à la Compagnie de Cavalerie , qui
y eft en quartier , de monter à Cheval. Immédiatement
après les Vepres , le Clergé fit
une Proceffion pour rendre graces à Dieu du
don précieux qu'il avoit fait à la France , &
au retour on chanta le Te Deum en Mufique,
& enfuite le Pleaume Exaudiat. Pendant toute
cette Cerémonie, le Choeur de l'Eglife étoit illuminé
d'un grand nombre de Cierges & de
lamNOVEMBRE.
1729 2620
lampions. L'Eglife ne pouvoit contenir le nom
bre des perfonnes qui affifterent à cette Cerémonie.
Après cette pieufe Cerémonie , M.
de Courci , accompagné des Maire & Echevins
, alla fur la Place du Château mettre le
feu au Bucher qui y étoit préparé. Lorsqu'il
fut allumé , les Bourgeois firent trois décharges
, aux acclamations du Peuple , qui cria
Vive le Roi , vive la Reine , vive Monfei
gneur le Dauphin.
A fept heures on tira un Feu d'artifice , fur
la même place , après lequel toutes les Fenêtres
des Maifons de la Ville furent illuminées
, & chacun fit un Feu devant fa porte.
M. de Courci le diftingua par une Fête des
plus brillantes & des plus magnifiques. Som
zele & fon amour pour le Roi a toujours paru
dans les occafions où il s'eft agi des interêts
de l'Etat , ou de la perfonne du Roi ,
comme à la Paix genérale , au mariage de
S. M. & à fa convalefcence. Il fit donc allumer
un grand feu devant fa porte , & fur le
Balcon de fa Maifon il avoit fait placer les
Armes du Dauphin , à côté defquelles il y
avoit à la droite un Soleil levant , & à la
gauche , un Enfant au maillot fous un Pavillon
avec un Cordon bleu ; tout le
Balcon étoit illuminé de Lampions & de Pots
à feu , ainfi que le Fronton. Deux Fontaines
de vin coulerent jufqu'au jour. Sa Cour étoit
éclairée d'une infinité de Lampions , avec des
Pots à feu de diftance en diftance , qui faifoient
un fpectacle très-agréable , par la maniere
dont cette Cour eft conftruite , étant
environnée de Baluftrades & de Terraffes. Sur
le Fronton de fa Maiſon étoit un Soleil en
er , pour fervir d'allufion au Roi , à qui cet
Aftre
?
>
2630 MERCURE DE FRANCE.
Aftre fert dEmblême , & au- deffous on avoit
écrit en Lettres d'or en gros caractere , ces
deux Vers :
Il rend la nature feconde ,
Pour le bonheur de tout le monde.
M. le Gouverneur qui avoit invité la Nobleffe
de la Ville & de la Campagne , de l'un &
de l'autre fexe , au grand fouper qu'il avoit
préparé , fit fervir deux Tables , chacune de
24 Couverts , où l'abondance & la délicateffe
des mets étoient jointes enſemble . Le Portrait
de S. M. étoit placé fous un Dais dans
une des Sales du Feftin . Pendant le Repas
on but à la fanté du Roi , de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , au bruit des Moufquets
& des Boëtes. Enfin cette Fête finit
par un Bal qui dura jufqu'à fept heures du
matin. M. de Courci attentif à fatisfaire tous
ceux & celles qui lui firent l'honneur de venir
à fon Bal , fit fervir une Collation magnifique
; on y trouva toutes fortes de rafraî
chiflemens. Il n'y eut pendant toute la Scene.
ni trouble , ni confufion ; & par le bon ordre
qu'on y avoit apporté,tout le monde fortit content
& charmé de la magnificence & de la politeffe
de M. & de Mad. de Courci.
Entrevaux eft une petite Ville de Provence,
& une Place de guerre , fituée fur la Frontiere
de Piémont. On y chanta le Dimanche 16.
d'Octobre le Te Deum dans l'Eglife principale ,
au bruit de trois décharges de tous les Canons
de la Place , des Forts & du Château ›
fuivies de toute la Moufqueterie de la garnifon.
M, de Voyre , Commandant pour le
Rei
NOVEMBRE. 1729. 2631
•
Roi , donna des marques bien fenfibles de fa
joye & de fon zele. Des Fontaines de vin couferent
toute la journée devant fà porte ; on y
diftribua abondamment du pain & de la
viande à tous ceux qui fe préfenterent. Le
foir fa Maiſon fut très - bien illuminée , & il
y eut dans la Sale d'une Tour baftionnée qui
communique à cette Maifon , quatre Tables de
44. Couverts chacune , qui furent fervies magnifiquement.
Tous les Officiers de la garnifon
, M M. du Chapitre , les Confuls & les
Notables de cette petite Ville , furent de ce
fouper . On fit une falve de coups de Canons
toutes les fois que l'on crioit en buvant vi
ve le Roi , la Reine & Monfeigneur le Dau
phin. De la Sale où on foupoit , on décou
vroit l'Illumination du Château , fitué fur le
haut d'un Rocher , prefqu'inacceffible , & on
peut dire que cette illumination que le Commandant
avoit ordonnée , étoit une des plus
belles qu'on ait vues pour la fituation du lieua
Le fouper fini , il y eut Bal , & les mêmes
réjouiffances continuerent chez le Commandant
, le Lundi & le Mardi ; on peut affurer à
fa loüange , que depuis un tems immemorial ,
་ les Habitans d'Entrevaux & ceux du voifinage
n'avoient rien vû d'égal . M. de Palavicini,
Capitaine d'une Compagnie Suiffe , qui fe
trouve en garnifon en cette Place , s'y
fignala le Dimanche fuivant. Rien n'étoit
fi ingenieux que l'illumination de fa Maifon.
Le fouper y fut magnifique , & la Compagnie
nombreufe ; il y eut un Bal après le
fouper , & on y fervit une très belle Collation
. Une Fontaine de vin coula deux jours
de fuite , à la porte de fa Maiſon,
Les
2632 MERCURE DE FRANCÉ . !
-
Les Majeur & Echevins d'Abbeville vou
lant fignaler leur zele pour la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin , ordonnerent des
Réjouiffances publiques , & firent cependant
préparer un Feu d'artifice. Le Dimanche
25. Septembre , on fit une Proceffion gené
rale , qui fut annoncée la veille par le fon des
Cloches , & le jour même par une décharge
de tous les Canons des Remparts qui recommença
plufieurs fois. Les jours fuivans , on
chanta des Te Deum particuliers dans toutes
les Eglifes de la Ville . Le Corps de Ville qui
avoit differé le fien , pour faire préparer les
Illuminations & le Feu d'artifice , le fit chanter
le 4. Octobre dans l'Eglife Royale & Collegiale
de S. Vulfran ; cela fut annoncé la
veille & le matin par une décharge de 2 .
pieces de Canon , & le fon de toutes les Cloches.
Les Muficiens du Chapitre avec beaucoup
d'autres executerent parfaitement bien le
Te Deum. L'Eglife étoit bien ornée , & entr'antres
illuminations , il y avoit derriere le Grand
Autel du Choeur une haute Piramide chargée
de Soo. Cierges . La Place où étoit le Feu d'artifice
étoit illuminée de tous côtés , & la Face
de l'ancien Hôtel de Ville qui donne fur cette
Place avoit une illumination des plus brillantes
; il y avoit plus de 8000. lampions qui
fuivoient l'Architecture de l'Autel ; 4. Arbriffeaux
artificiels , tout brillants de lumieres
bordoient les côtés ; le tout étoit furmonté
d'un grand Globe azuré , portant les Armes
de France , & chargé d'une Couronne . Le Feu
d'artifice avoit 30. pieds de haut fur 20. de
Large , revêtu de Décorations convenables . Il
confiftoit en Gerbes , Pots- à- feu , Girandoles,
Soleils , Dauphins , & un grand nombre
de Fufées.
NOVEMBRE, 1729 2633
Les Régimens de Clermont , Prince , & de
Nugent, Cavalerie , étoient à pied fur la Place,
rangés en haye; il y avoit aufi plufieurs Compagnies
de Milice Bourgeoife , & la Maréchauffée
, qui firent des décharges genérales ,
aufquelles répondit l'Artillerie des Remparts,
Deux Fontaines de vin , placées aux deux cô
tés de l'ancien Hôtel de Ville , ne cefferent
de couler pendant toute la Cerémonie.
Après le Feu d'Artifice , le Corps de Ville
alia à fon nouvel Hôtel , dont la façade &
la Cour étoit illuminées de 6000. lampions ,
repréſentant des Soleils , des Dauphins ; &
il y avoit un grand fouper préparé dans la
grande Sale , où la principale Nobleffe étoit
priée ; chacun le plaça aux 3. Tables , done
2. étoient de 28. Couverts , & l'autre de 20.
Au fond de la Sale étoient les Portraits du
Roi & de la Reine , fous un Dais magnifique;
deux Cavaliers étoient en faction aux deux
côtés.
Plufieurs Compagnies , comme le Chapitre
de S. Vulfran , les Juge & Confuls des Marchands
, ont fait des réjouiffances particulie
res. Mrs de Vanrobais , qui ont le privilege
de la Manufacture des Draps , ont donné une
Fête fuperbe dans le grand Jardin de la Manufacture
, dont l'Illumination étoit des plus
riantes.
Le S. Lucas de Genville , Echevin , dont la
Maiſon eft fituée fur un Quai , a fait une belle
Ilumination , & fa Galliote étoit chargée
d'un Artifice qui fut un peu dérangé par un
accident qui n'a pas eu de mauvaiſe fuite.
Après que l'Artificier eut fait partir quelques
Fufées , le feu prit à un Panier rempli
de Petards , fur lequel le S. de Genville étoit
aflis
2634 MERCURE DE FRANCE .
affis , ce qui le fit fauter d'un bout de la
Galliote à l'autre ; & le feu s'étant communiqué
aux Fufées , elles ne purent prendre
leur effor en l'air , à caufe de la couverture
de la Galliote , ce qui les fit tourner jufqu'à
ce qu'elles trouverent leur iffuë par les Fenêtres.
Trois Matelots qui étoient dans la
Galliote fe jetterent dans la Riviere ; le S.
Genville vouloit prendre ce parti ; mais raffuré
par l'Artificier , il tint bon , & en fut'
quitte pour la peur , qui ne fut pas me
diocre.
Le Chapitre de Graffe , qui a toujours fait
gloire d'être fidele à l'Eglife & à l'Etat , à
tâché de fe fignaler dans cette occafion, Après
avoir fatisfait au Mandement de M. l'Evêque ,
qui avoit fixé la Proceffion generale & le Te
Deum au 2. d'octobre , & participé aux Réjoüiffances
que fit la Ville ce même jour
commença le Samedy fuivant la Fête particuliere
par le fon de toutes les Cloches. Le lendemain
Dimanche , il fit conftruire l'Edifice
d'un grand Feu au milieu de la Place , devant
la principale Porte de l'Eglife , decoré des Armoiries
du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin d'un côté , & de l'autre , de
celles du Chapitre. Le foir , on fit fonner encore
toutes les Cloches jufqu'à bien avant
dans la nuit , & -pendant que le Maître de
Chapelle faifoit chanter à grand choeur de Mufique
, fur le Perron de l'Eglife , le Motet Domine
, faluum fac Regem , on alluma le Feu
qui fut accompagné de quantité de Fufées , &
d'autres Artifices. Ce fpectacle qui divertiffoit
un nombre Infini de toutes fortes de gens , fut
interrompu par trois décharges de Boetes. La
façade
>
NOVEMBRE. 1729. 2635
Façade de l'Eglife , qui eft bâtie fur une éminence
, étoit illuminée avec fymétrie par
grand nombre de Falots , peints des Armoiries
du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin : au haut du Clocher , qui étoit illuminé
de même , étoient encore des Torches
à vent , qui faifoient un effet merveilleux.
Cette, Fête fut terminée par un Repas magnifique
donné dans la Salle de M. le Sacriftain
Dignité du Chapitre , où se trouva tout le
Clergé la Salle étoit ornée de belles Tapifle
ries , éclairée de quantité de flambeaux , &
toute la Maifon illuminée en dehors : on bûc
la fanté du Roi , de la Reine , & de Monſeigneur
le Dauphin , & le Repas finit par le
Pleaume Laudate Dominum , & c. qui fut
chanté par un Fauxbourdon. On n'oublia pas
les Pauvres dans cette occafion ; on fit des
liberalitez aux Hôpitaux , & on envoya des
mers convenables & proportionnez aux Convale
cens , & à ceux de l'Hôpital de la Charité
, qui furent fervis ce jour - là par les
Chanoines & Beneficiers de la Cathédrale.
1.
Les Habitans de Charleville ont donné de
très grandes marques de leur zele , par des Actions
de graces d'abord , & enfuite par des
Fontaines de vin , des Feux d'artifice & des
Illuminations magnifiques. On n'a jamais vu
éclater tant de joye fans trouble & fans accident.
Ce qu'il y a eu de remarquable , c'eſt
que le deuxième jour des Réjouiffances , que
les P P. Capucins firent leur Feu fur la Place ,
ily parut , fans qu'on s'y attendit , une cinquantaine
, des plus a mables femmes en
Amazones , très bien mifes & de bon air ,
l'épée nuë à la main. Elles entrerent dans le
Cou
2636 MERCURE DE FRANCE.
Convent , & ufques dans le Réfectoire ,
les Capucins traitoient les Magiftrats de la
Ville. On leur offrit des rafraîchiffemens ; elles
bûrent avec acclamation à la ſanté du Roi
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin
cafferent leurs verres , & s'en retournerent en
danfant au fon d'une bande de Violons
qu'elles menoient avec elles. Cette galante
Troupe paffa une partie de la nuit dans les
ruës, & s'attira tant de loüanges , que le lendemain
le nombre des Amazones groffit juſqu'au
nombre de plus de 200. Elles marchoient
, Tambour battant , & Enfeignes deployées
, & efcortées par une Compagnie
très-lefte de Jeunes gens , le Moufquet fur
l'épaule. Elles furent reçûes & très - bien trai--
tées dans toutes les bonnes Maifons de la Ville.
& furent dans le même équipage à Mezieres ,
pour y inviter les filles & les femmes à les
imiter. Enfin , les Magiftrats de Charleville
pour récompenfer leur zele , leur ont donné
un Prix à tirer. Il fut tiré effectivement par
elles quelques jours après dans la Plaine du
petit Bois , où tout ce qu'il y a de gens de
diftinction à Charleville & à Mezieres le trouverent.
On affure qu'elles tirerent à balle
feule , avec beaucoup de graces & d'adreffe .
Celle qui gagna le Prix donna dans le milieu
du noir. Comme ce Prix étoit en argent
comptant , elle n'en voulut point profiter
il fervit aux frais d'un très- beau Bal , dont
elle fut la Reine,
Réjouiſſances faites à Clairac , en Agenois;
Henry le Grand, de glorieufe mémoire ,
unit l'Abbaye de Clairac au Chapitre de
s. Jean de Latran de Rome , Chapitre de Notrs
NOVEMBRE. 1729. 2637
tre S. Pere le Pape , le premier Chapitre de
PEglife Catholique. Ily a un Italien qui reprelente
ce Chapitre dans cette Abbaye en
qualité d'Abbé , c'eft un homme de qualité .
d'un merite fingulier , qui a beaucoup d'eſprit,
fçavant' , & c.
Il fit travailler à Bordeaux à un beau Feue
d'artifice , & le fit porter à Clairac , avec
8. piéces des plus gros Canons. Il partit luimême
promptement de cette Capitale, pour répondre
à l'impatience que les habitans de
Clairac marquoient avoir pour celébrer un
Evenement qui affure le bonheur de la France;
on peut dire, en effet , que jamais peuple
m'a été fi fenfible au bonheur de fon Roi .
Ils ne fçurent pas plutôt le départ de leur
Abbé & de leur Seigneur , qu'ils fe mirent
fous les armes , & allerent audevant de lui.,
M. l'Abbé fit à ſon arrivée la nomination des
nouveaux Confuls , qui avoit été retardée , &
il mit à la tête de la Jurade de Clairac , le
fieur Lacourege , Ancien Capitaine , & hommé
de merite , & de concert avec la Jurade ,
il nomma les Officiers de quatre Compagnies
Bourgeoifes , qui devoient affifter au Feu de
joye. Ces quatre Compagnies , compofées
d'environ 600 hommes , tous bien habillez .
avec Chapeaux bordez , & Cocardes uniformes
, fe rendirent à l'Abbaye , & défilerent
par quatre devant PAbbé , qui étoit accompagné
de beaucoup de gens de diftin&tion , &
firent une décharge.
La nuit , ils fe mirent fur la Riviere du Lot ,
qui paffe devant la Ville de Clairac , dans des
Bateaux , & arrêterent vis - à - vis l'Abbaye.
Ils fe firent fervir un grand fouper , pendant
Lequel, & long- tems après , ils firent retentir
E l'air
2618 MERCURE DE FRANCE.
L'air de cris de joye ; M. l'Abbé leur envoya
du vin de Frontignan , & c. Cette Fête
fut comme le Prélude de celle qui devoit fe
faire le Dimanche fuivant , 9. d'Octobre
jour indiqué pour chanter le Te Deum .
La veille , les Officiers firent faire l'Exercice
à leurs Troupes , fur la Terraffe de l'Ab
baye , qui réuffit fi bien , que les Officiers
confommez dans le Service , en furent furpris.
Le lendemain , M. l'Abbé fit chanter une
Meffe Solemnelle , & traita le Corps de
Juftice , la Nobleffe , la Jurade , & plufieurs
perfonnes de confideration. Il y eut trois
grandes Tables très - bien fervies,
Outre les Compagnies d'hommes , il y en
eut une de filles , au nombre de 80 , toutes en
Bergeres , avec des habits blancs uniformes
&c. Elles avoient une houlete à la main , garnie
de rubans , & chacune une Cocarde & un
Ruban bleu en écharpe. A la tête de cette
Compagnie étoit Mile de Melignan Dupouy ,
Maifon illuftre du Bearn , établie depuis longtems
à Clairac. Ces Demoifelles fe rendirent
à l'Abbaye , & danferent autour des Tables ,
au fon des Violons qui marchoient avec elles .
M. l'Abbé leur fit diftribuer le Deffert qui
avoit été preparé pour fes Tables .
L'après- midi à 4. heures , M. l'Abbé fe rendit
à l'Eglife Abbatiale , avec un grand nombre
de Prêtres ; l'Eglife étoit magnifiquement
ornée ; il y avoit fous un Dais , du côté de
l'Evangile , le Portrait du Roi & celui de la
Reine .
Après les Vêpres qui furent chantées trèsfolemnellement
, il y eut une Proceffion genérale
, à laquelle affifterent les Officiers de
Juftice , en Robes , & beaucoup de gens de
diftincNOVEMBRE.
1729. 2639
diftinction. La Compagnie des Demoiselles ,
y affifta , marchant deux à deux , avec une modeftie
édifiante ; les Compagnies de la milico
étoient en haye dans les rues où la Proceffion
paffa.
Au retour on chanta le Te Deum , à la fin
duquel M. l'Abbé qui officioit dit l'Oraiſon
Pro Rege ; & fe tournant enfuite vers le Peuple
, il cria Vive le Roy. D'abord l'Eglife retentit
des cris du Peuple qui répeta plufieurs
fois Vive le Roi , vive la Reine , vive Monfei
gneur le Dauphin. On entendit en même tems
une falve des Canons & de toute la Mouf
queterie.
M. l'Abbé partit enfuite de l'Eglife & à la
tête de la Jurade & c. il alla allumer le feu que
le Corps de Ville avoit fait préparer fur la Place
d'Armes. Les Compagnies rangées autour du
Feu firent 3. décharges ; on en fit autant des 8,
Canons , & l'air retentit de cris de joye.
M. l'Abbé fut reconduit chez lui ', ' où il
trouva plufieurs Danfes dans toutes les Pieces
de fon Appartement. Il donna un fouper
magnifique aux plus diftingués de la ville
& des Etrangers , dont le nombre étoit fort
grand.
Après le fouper on tira le Feu d'artifice ; il
reprefenroit la Sphere du monde. Dans le Cerele
du Zodiaque il y avoit en grand carac
tere de feu Vive le Roi , & au milieu , un Soleil
qui d'un côté montroit les Armes du Roi
en feu , avec ce mot en Lettres de feu , splen-
& de l'autre les Armoiries de la Reine.
avec ce mot également en Lettres de feu , Fæcunditas.
Lor >
Le Feu qui montroit ce mot & ces Armoi
E ij ries
2640 MERCURE DE FRANCE .
zies étant éteint , le Soleil commença à tour
ner avec rapidité , & de fon feu & de ſa ſplendeur
il couvrit toute la Sphere du monde ; il
fortoit de tous côtés des Fufées , des Batteries
, des Fontaines de feu & des Serpentaux
qui firent un fpectacle magnifique. Il y eut
jufques bien avant dans la nuit un grand
nombre de falves des Canons & de la Moufqueterie.
Les fenêtres & les galeries de l'Abbaye
étoient garnies de Lanternes peintes, avec plufieurs
Infcriptions qu'on avoit prifes de l'Hiftoire
de Louis XIV. par les Medailles. Il y
avoit également des Lanternes à toutes les
Fenêtres des Particuliers , & au milieu de
la Place il y en avoit quatre magnifiques de
diverfes couleurs , & d'une grandeur furprenante.
M. l'Abbé diftribua plufieurs confitures aux
Demoiselles qui étoient habillées en Bergeres ,
& il fit fervir des Rafraîchiffemens aux Compagnies
de la Milice .
Cette Fête fut terminée par une Cantate
magnifique , chantée par la Demoiſelle Fauguier
, fille d'un habile Avocat de Bordeaux,
natif de Clairac, & tout fe paffa avec beau
coup d'ordre , & M. l'Abbé fit des aumônes
très - confiderables à tous les Pauvres de la
Ville.
9.
Le Bureau des Finances de Montpellier ,
ayant voulu donner des marques publiques
de fa joye , fit chanter folemnellement le Te
Deum le Octobre , dans fa nouvelle Chapelle
, dont la conftruction , qui vient d'étre
achevée , fembloit être deftinée pour rendre à
Dieu des graces folemnelles du don précieux
qu'il vient de faire à la France, L'Evê
NOVEMBRE . 1729. 2641
L'Evêque de Montpellier prié par Mrs dur
Bureau des Finances de vouloir bien officier,
fe rendit à la Maiſon où le Bureau tient fest
feances; il y fut reçû par les deux Officiers
qui l'en avoient prié , & fut conduit dans.
l'Appartement qui lui avoit été préparé .
Toute la Compagnie en Robes de cerémo
nie s'étoit déja rendue à la Chapelle , & placée
des deux côtés fur des Banquetes cou
vertes de tapis fleurdelifés. M. l'Evêque s'y
rendit en même tems , fuivi de fon Clergé
& alla fe placer fur une Eftrade couverte d'un
riche Dais , placée à un des côtés de l'Autel,
où après avoir été revêtu de fes habits Pontificaux,
il entonna le Te Deum , qui fut chanté
par un excellent Choeur de Mufique , & au
bruit d'une décharge d'un grand nombre de
Boëtes.
M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de
la Province, qui avoit déja donné des marques
de fa joye avec beaucoup de magnificence
, voulut bien prendre part à celle du
Bureau des Finances , en affiftant au Te Deum.
Toute la Maifon du Bureau fut illuminée
le foir en dedans & en dehors d'un grand nombre
de flambeaux de cire blanche ; l'Illumi
nation qu'on diftinguoit le plus , étoit celle de
la Terraffe & du magnifique Efcalier qui
fait un des principaux ornemens de cette
Maifon. Cet Escalier eft couvert d'un grand
Dôme , dont la haute élevation furpaffe de
beaucoup celle des Maiſons de la Ville , & eft
apperçuë de toutes parts. Les quatre angles
du Dôme étoient illuminés par des Lampions
au bas defquels étoient des Pots à feu. Le
tour du Dôme étoit orné de plufieurs couronnes
de lumieres , qui montant d'étages en
E iij étal
2642 MERCURE DE FRANCE .
étages , aboutiffoient à une Fleur-de- Lys de
Cuivre doré illuminée , qui terminoit ce bel
Edifice.
Sur une des façes de cette Maifon , regne
une longue Terraffe , dont la Balustrade étoit
éclairée d'un grand nombre de flambeaux de
cire blanche , & le fond de la même Terrafle
étoit rempli d'une grande quantité de Plaques
dorées , garnies de mêmes flambeaux.
Le Bâtiment qui joint la Terraffe , & qui
forme un corps de logis avec deux aîles
étoit éclairé par un cordon de lumieres ,
formé par des lampions mêlés de Pots à feu ;
cette Illumination faifoit un effet furprenant.
Ces Réjouiffances ont été fuivies d'un grand
Repas où il a été fervi tout ce qu'on a pû
trouver de plus exquis , & toutes fortes de
vins en abondance. Le Repas fut fervi dans
la grande Sale du Bureau , tenduë de riches
Tapifferies , & éclairée par des Girandoles
garnies de Bougies & de Luftres dorés. Les
Portraits du Roi & de la Reine faifoient
l'ornement des deux côtés de la Sale , autour
de laquelle étoient ceux des autres Rois depuis
le commencement de la Monarchie . M.
P'Evêque , M. l'Intendant , & grand nombre
d'antres perfonnes de confideration d'Epée, &
de Robe , fe trouverent à ce Repas ; on y but
la fanté du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , au bruit d'une grande
quantité de Boëtes.
Il y a lieu de croire que le Lecteur fera
étonné des Fêtes éxecutées à Agde. On fçait
affez avec quelle rapidité la Naiffance d'un
Dauphin a porté la joye dans toute la France,
fur les Frontieres les plus reculées & dans
tous
NOVEMBRE 1729. 2643
tous les Pays Etrangers. La Ville d'Agde , vivement
touchée de cet heureux évenement ,
a fait fes derniers efforts pour fe fignaler dans
cette occafion.
Le Dimanche 25. Septembre dès la pointe
du jour , le bruit du Canon & des Cloches
de toute la Ville , anima d'abord le zele des
Habitans , & on vit toutes les Troupes fous
les armes ; elles étoient compofées de plufieurs
Compagnies de Bourgeois & d'une nombreufe
troupe de Marchands à Cheval , avec des habits
uniformes très-propres . Toute cette Milice
fut aflemblée , au fon des Hautbois , Timbales
, Trompettes , Fifres & Tambours devant
l'Hôtel de Ville , où les Confuls firent
diftribuer des Cocardes à toute la Milice , qui
à neuf heures marcha pour aller border la
haye depuis l'Eglife Cathédrale jufqu'à la premiere
porte du Palais Epifcopal . Les Chanoines
fe rendirent avec les Confuls à l'Evêché .
pour conduire M. l'Evêque à l'Eglife , au bruis
des Fanfares . Il y celebra pontificalement une
grande Meffe en action de graces. On tira
quantité de Boetes , & l'on fit une falve generale
de tous les Canons du Port . M. PEvêque
fut reconduit dans fon Palais avec le
mêne ordre.
A trois heures après midi , les Troupes reprirent
leurs poftes , M. l'Evêque fut encore
conduit à la même Eglife avec les mêmes ceremonies
, & on fit une Proceffion generale
par toute la Ville ; tous les Corps des Com.
munautez Religieufes y affifterent ; il y officia
avec pompe. On chanta folemnellement le Te
Deum, pour lequel on avoit raffemblé les meil
leurs Muficiens de la Province . les Boëtes &
les Canons ne cefferent de tirer ; les Troupes
E j s'y
2644 MERCURE DE FRANCE.
s'y joignirent & firent toutes leurs décharges
A fept heures du foir , les Troupes borderent
la haye depuis le Pont de Bateaux jufqu'à
Fendroit où l'on avoit dreffé un grand & magnifique
Bucher très- élevé. Il étoit placé dans
un Arc de Triomphe , foutenu par quatre grandes
Colomnes avec un Couronnement.Tout cet
appareil étoit garni de la plus riante verdure ,
orné de Dauphins de differentes couleurs , &
illuminé de toutes parts.
La Cavalerie partit delà pour aller prendre
M. l'Evêque dans fon Palais ; il monta en
Caroffe, accompagné de M. le Vicaire General
& de fes Aumôniers ; la Cavalerie , l'épée
haute , marcha devant & derriere . A la
fortie du Pont de Bateaux , orné de plufieurs
Arcs de Triomphe & artiftement illuminé
M. l'Evêque mit pied à terre ; les Confuls allerent
au- devant de lui en Robes de ceremonie.
Il marcha à leur tête & mit le feu au Bucher
avec les Confuls. On fit alors trois décharges
de tous les Canons & de toutes les Boëtes.
Les Illuminations dans la Ville & dehors ,
furent generales , chaque Habitant fit fon Feu
en particulier , l'Hôtel de Ville fut illuminé
magnifiquement en- dedans & en- dehors ; fa
Tour , fon Pavillon & l'Arc de Triomphe
qu'on avoit dreffé , & qu'on avoit orné des
Armes de Monfeigneur le Dauphin & d'Emblêmes
fur fon fujet ; mais rien n'approchoit
des Illuminations du Pont de Bateaux . Il faifoit
l'admiration de tout le monde . Les deux Portes
du Pont- Levis étoient ornées d'un bel Arc
de triomphe ; toutes les Paliffades étoient
ajustées en petits Berceaux de verdure , de l'un
à l'autre bout, toutes garnies de trois ou quatre:
NOVEMBRE . 1729 2649
1
tre mille Dauphins illuminés ; les fléches
des Ponts- Levis , & les Bateaux étoient également
garnis de Dauphins de differentes couleurs,
de forte que la lumiere défignoit un Port
des plus parfaits.
La façade de l'Evêché ne contribuoit pas
peu à la beauté de ce fpectacle. Depuis le rezde-
chauffée jufqu'aux Tours , tout étoit parfe
mé de Dauphins illuminez , placez fi à propos
que tout le Palais paroiffoit être en feu.
Les Confuls fe rendirent à l'Hôtel de Ville
où ils donnerent un Repas des plus fuperbes à
tous les Principaux Habitans , & à toute la
Troupe des Marchands ; le petit peuple ne fut
pas oublié , on lui avoit dreffé aux trois Pla-
1 ces principales , des Fontaines de vin , garnies
de verdures , qui coulerent nuit & jour. A la
fin du Repas il y eut Symphonie & un Bal
pendant lequel on diftribua en abondance tous
te fortes de rafraîchiffemens.
-
Le lendemain , à une heure après midi , on
commença les Joutes vis - à - vis l'Evêché. On
ne fçauroit exprimer le beau coup - d'oeil de ce
fpectacle. Outre que la fituation de la Riviere
eft en cet endroit très - convenable , bordée
d'un Quai des deux côtez , & traversée d'un
beau Pont de Bateaux , fans compter le bel
arrangement de differens petits Bâtimens ,
remplis de fix à fept mille ames , qui faifoient
l'enceinte d'un magnifique Baffin.
Quatre Bateaux préparez pour les Joutes
étoient peints de differentes couleurs , chacun
avoit fon Pavillon , orné des armes de Monfeigneur
le Dauphin , avec fes Inftrumens
pour animer les Combattans & les Spectateurs.
Les Officiers de la Marine en occupoient
Ey deux
2646 MERCURE DE FRANCE.
deux , & les Confuls les deux autres , pous
juger des Jouteurs.
La Ville avoit fait graver une belle Médaille,
où il y avoit d'un côté les Armes du Dauphin
, & de l'autre celles de l'Evêque d'Agde
& de la Ville , avec des Legendes convenables
au fujet ; elle y joignit encore un trèsbeau
Chapeau bordé , ce Prix les anima tous .
Ce magnifique fpectacle dura jufqu'à la nuit
& le Vainqueur alla recevoir le Prix des
mains de Monfeigneur d'Agde , avec toutes
les Fanfares , & c .
"
1
aux
>
Après les Joutes , M. l'Evêque pria les
Confuls d'affifter à fon Feu . On y obferva
les mêmes ceremonies que la veille ; toutes
les Troupes reprirent les armes . Après le
Feu , M. l'Evêque donna à fouper à tous les
Officiers de Robbe aux Confuls ,
principaux habitans , & à plufieurs Etrangers
de confideration qui étoient venus pour voir
les Joutes & les Réjoüiffances. On fervit un-
Repas des plus fomptueux , où l'ordre , la
propreté & la magnificence régnoient par
tout. La Symphonie ne ceffa point pendant
tout le Souper. M. d'Agde commença à
boire la fanté du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin ; le Canon & les
Boetes ne cefferent de tirer jufqu'à la
pointe du jour ; les Illuminations du dehors
& du dedans de fon Palais furent plus bril
lantes que le jour précedent , la Porte d'entrée
dont les trois faces étoient garnies de verdure-
& de fleurs , couronnée des Armes de Monfeigneur
le Dauphin , fut encore plus ornée de
Bougies & de Flambeaux , enfin tout y marquoit
la grandeur & la joye..
Co
NOVEMBRE . 1729. 2647
Ce même foir , le Capitaine des Marchands.
donna un Repas des plus fuperbes à toute fa
Troupe , à l'iffuë duquel ils fortirent tous en
ordre , chacun un flambeau à la main , pour
aller chez M. d'Agde, qu'ils trouverent encore
à Table & après en avoir fait trois fois le
tour , en criant vive le Roi , ils allerent commencer
le Bal dans la Sale de l'Hôtel de Ville,
qui dura jufqu'au jour.
;
Le troifiéme , la Cavalerie alla à une lieuë
de la Ville , au Bois de M. d'Agde pour faire
chacun une Faſcine pour leur Feu.
Après midi le mauvais tems dérangea le beau
fpectacle des Joutes , où les plus forts Jouteurs
devoient luter contre ceux de la Ville , à qui
remporteroit le Prix que M. l'Evêque avoit
deftiné au Vainqueur ; c'étoit une magnifique
Echarpe à frange d'argent , & un très - beau
Chapeau bordé..
A fept heures du foir , M. d'Agde & les
Confuls mirent le feu au Bucher des Marchands
avec la même céremonie & le méme
ordre que le jour précedent. Après quoi M.
Agde alla à l'Hôtel de Ville , où les Con
fuls firent fervir une Collation magnifique ; ils
le fervirent à Table ; il but à la fanté du Roi ,
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin ,
avec les principaux habitans. Le Canon net
ceffa de tirer , & c.
Les deux Officiers de la Cavalerie Bourgeoife
donnerent le foir un Repas auffi fuperbe
que le premier , & un Bal à l'Hôtel de Ville
qui dura jufqu'au jour.
2
Le quatrième jour , les Réjoüiffances continuerent.
A trois heures après midi , M. l'Evêque
fit tirer deux Chapeaux bordez , que l'on
avoit mis au bout d'une Vergue , enduite de
Evj
beau
2648 MERCURE DE FRANCE :
beaucoup de fuif , & placée à la prouë d'uz
gros Bâtiment , vis - à - vis les fenêtres de l'E
vêché. Ce fpectacle ne fut pas moins divertiſfant
que celui des Joutes , chacun y faifant
voir fon adreffe pour gagner le Prix. Ce Jeu
dura jufqu'à l'entrée de la nuit , & on vit tom--
ber plus de 200. hommes dansl'eau , avant qu'on
remportât ce Prix .
Les Réjouiffances continuerent jufqu'au Dimanche
, jour deftiné pour les Joutes. L'affaug
fe donna au même endroit , & ce fpectacle en
fut encore plus brillant & plus rempli. Jamais
on n'a vû jouter avec plus de force & plus de
grace. Les Jouteurs de la Ville remporterent
Le Prix, & le Vainqueur le reçût avec un grand
fanfare des mains de M. l'Evêque.
***XXXXXXXXXX XXXXXXXXX
ENIG ME.
E fuis dur ; cependant je plie quelquefois
Je puis fervir les Sujets & les Rois ;
Pour m'obtenir on rifque tout en France ;.
De la valeur j'y fuis la récompenſe ;
Je fais fouvent un fi mortel affront ,
Qu'on n'oferoit après lever le front.
Dieu ne fçauroit par fa Toute- puiffance ,
Changer en moi ce qui fait mon effence.
Je fuis l'apui des plus foibles humains ;
Je leur mets l'or & l'argent dans les mains
Par mon canal fe fait fervir un Maître.
A tous ces traits on peut me reconnoître.
LOGO
NOVEMBRE. 1729. 2645
LOGOGRYPHE.
MAmoitié fur la Terre & l'onde
A fait trembler les Nations ,
Et fut jadis l'objet des adorations
Des premiers Monarques du monde.
Mon tout fut utile à la gloire
De plus d'un Conquerant celebre dans l'Hif
toire ;
Et le Gaulois fans moi , ferme fur fes Reme
parts ,
Eut bravé la valeur du premier des Cefars .
De moi vous vous fervez encore
En diverfes façons , Oedipes curieux ;
Mais par un fort capricieux ,
Le dernier Villageois me traite de pecore ,
Tandis que le Sçavant m'éleve juſqu'aux Cieux :
Quelle bizarrerie ! Ils ont raiſon tous deux .
Voici pourtant bien autre chofe ;
Plus vite que Protée on me métamorphofe :
Mes deux bouts renverfês dans le même mo
ment
Se trouvent en Eſpagne , en Thrace ;
Enfin fous differente face
Je parois fucceffivement
Deité refpectée , Animal méprifable ,
Lumiere bienfaifante & Guerrier redoutabl
Fick
2650 MERCURE DE FRANCE.
Fier Efpagnol , & Thrace fugitifs
Mes extrêmes coupez , je deviens un faint Juif
J. F. L. Du Château du Loir , dans le
Maine.
On a du expliquer le Logogryphe du
Mois d'Octobre par Paris , & les deux
Enigmes , par Fuseau & Cremaillere.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
TRAITE'DE LA COUPE DES BOIS,
pour le Revêtement des Voutes ,
Arrière-vouffures , Trompes , Rampes &
Tours rondes , utiles aux Arts de Charpente,
Menuiferie & Marbrerie . Par Edme
Blanchard , Maître Menuifier. A Paris
ruë S. Jacques , chez Joffe , & Jombert ,
1729. in 4. avec figures .
LA VIE de la venerable Mere Mar
guerite- Marie , Religieufe de la Vifitation,
du Monaftere de Paray - le- Monfal , en
Charolois , morte en odeur de fainteté
en 1690. Par M. Jean- Jofeph Languet ,
Evêque de Soiffons , de l'Académie Fransoifa
NOVEMBRE. 1729. 2650
çoife. Rue S. Jacques , chez la venve
Mazieres & J. B. Garnier , in- 4. de
470. pages.
LETTRES HISTORIQUES de M. Peliffon
. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez Didot, & chez Nion &Barrois . 1729%
3. vol. in- 12 . d'environ 1300. pages.
DE L'UNIVERS & de la difpofition
de fes Parties. Par G. L. Lefage. A Geneve
, chez Fr. Bardin , 1729. in- 12. de
36. pages .
DISSERTATION fur l'Arc de Triomphe
de la Ville d'Orange. Par Jean - Frederic
Guib , Docteur ès Droits . Troifiéme Edie
tion . A Lyon , chez Pierre Malfray ,
in- 1 2. de 48. pages.
Cette derniere Edition eft adreffée à
M. Thomaffin de Mazaugues , Prefident
aux Enquêtes du Parlement de Provence.
L'Auteur ne pouvoit adreffer fon Ouvrage
à une perfonne plus intelligente fur
ces matieres.
PANEGYRIQUE DE S. LOUIS , Roi
de France , prononcé dans la Chapelle du
Louvre , en prefence de l'Académie Françoife
le 25. Août 1729. par M. l'Abbé
Seguy. De l'Imprimerie de Jean- Baptifte
Coignard
L
2652 MERCURE DE FRANCE .
Coignard fils , Imprimeur du Roi & de
P'Académie Françoife.
Ce Difcours qui a fait tant de bruit
dans le monde , foutient dans l'impreffion
la grande idée qu'en ont donnée les
fuffrages unanimes de l'Académie Francoife
, & la démarche fans exemple
faite auprès de la Cour en faveur de
l'Auteur.
Voici le Texte & l'Exorde entier avec
le Compliment à l'Académie Françoile.
Dextera tua fufcepit me .. 7. & pracinxifti
me virtute ad bellum . Vous m'avez pris ,
mon Dieu ! comme par la main , pour me
conduire durant le cours de mon Regne : &
Vous n'avez revêtu de force pour faire la
guerre. Pfalm. 17.
Quand les Rois ont Dieu lui-même pour
Maître dans l'Art de regner , que leur puiffance
eft affurée ! qu'il eft doux d'être foumis à
leur Empire ! La juftice & la verité font la
regle de leur conduite , & le ferme appui der
leur Trône. Avec eux regnent toutes les vertus,
& tous les biens en font la fuite. Ils veillent
aux interêts du Ciel & au repos de la Terre.
Ils rendent heureux leurs Peuples ; ils font"
plus , ils les rendent dignes de l'être . Ils font
enfin à tous égards , les Images vivantes du
Très- Haut , & leur Regne eft une Image du
fien .
Quand les Rois ont Dieu lui- même pour
Maître dans la Science de la guerre , que leur
bras eft redoutable , & que leur Heroifme eft
accompli ! D'autant plus terribles qu'ils font
plus
NOVEMBRE . 1729. 2653
1
plus legitimement armez , ils volent avec cons
fiance à des Combats que leurs droits juftifient
, ou que confacre la Religion. La terreur
marche devant eux , & elle porte les premiers
coups ; & fi par une de ces profondeurs qu'il
n'eft pas permis à l'homme de fonder , le Dieu
qu'ils fervent n'affranchit pas leur valeur de
la viciffitude des armes , il prend foin de leur
conftance ; la force touté- puiffante , au deffaut
des victoires qu'elle ne leur fait pas remporter
, leur fait foutenir des difgraces plus glorieufes
que les victoires . Après les avoir mis
au deffus de leur fortune , elle les met audeffus
de leurs malheurs , & pendant que
l'ennemi vainqueur croit triompher de leur
défaite , ils en triomphent eux , plus veritablement
que lui -même .
Je n'ai pas encore nommé S. Louis , Meffieurs
mais n'aurois - je pas déja commencé
fon Eloge fans m'en appercevoir? Eft ce l'exe
plication de mon Texte que je viens de donner,
ou font- ce quelques traits du Portrait
de ce grand Roi , qui me font échappez par
avance ?
Né pour commander , il fuivit fes Ayeux
fur le Trône , il les y furpaffa tous , il regna ,
il honora la Royauté , il fit le bonheur & en
partie la vertu de nos Ancêtres : & afin qu'aucune
forte de gloire ne lui manquât , revêtu
de la force du Dieu des Armées , il livra des
Batailles , il remporta des victoires , il remplic
tout l'Univers du bruit de fon courage dans
P'une & l'autre fortune : modele des Rois pacifiques
& des Rois guerriers , & cela par
la Religion de qui il tenoit ce qui fait le Heros,
comme ce qui fait le Monarque. Car à Dieu
ne plaife , Meffieurs , que loüant un faint Roi
d'une
2654 MERCURE DE FRANCE.
d'une maniere profane , je paruffe trouver en
lui d'autre grandeur que celle qui vient de
Dieu. Quand je vous décrirai & les merveilles
de for Regne , & les exploits de fon bras ,
& les triomphes de fa conftance , n'en perdez
pas un moment de vue le principe : Vous fentez
trop à qui l'honneur en eft dû ; à la fainteté,
& c'eft proprement votre gloire que je viens
celebrer , Religion fainte , plutôt que la fienne
puifque la fienne venoit toute de vous.
Vous concevez déja affez , Chrétiens Auditeurs
, la maniere dont m'a frappé mon ſujer ,
& vous preffentez celle dont je veux vous le
faire envifager. Vous allez voir dans S Louis
un Roi qu'a formé la Religion , un Heros
qu'elle a animé. Le plan eft fimple , mais l'objet
et grand. Dextera tua fufcepit me ....
pracinxifti me virtute ad bellum .
Si j'avois appris de vous , Meffieurs , l'art
de loüer , j'oferois en augurer favorablement
pour cet Eloge , & je cederois au penchant
d'y joindre le vôtre. Mais je n'ai que des
fentimens muets , tour vifs qu'ils font , fur
votre gloire. Je n'ai que le foible avantage
d'avoir fçû vous regarder dès mes plus tendres
années comme une Compagnie formée pour
l'honneur du mérite & pour celui de la Nation.
Eh ! qui n'y voit réunis tous les talens ,
tous les titres ? Qui n'y reconnoît une Affemblée
d'hommes fuperieurs , deftinez les
uns à confacrer leurs foins à l'Etat , les autres
à le deffendre ceux- cy à conduire les
ames , ceux - là à éclairer les efprits , à maî
trifer les coeurs , & tous habiles à manier la
raifon dans leurs fonctions differentes avec
autant de force que de grace ? Quel charme
de les entendre ! Quelle entreprife de leus
parles
NOVEMBRE . 1729. 2655
OR
parler ! Mais votre parole , ô mon Dieu , eft
refpectée de ces Maîtres de la parole des hommes.
Dans le Difcours que j'entreprends , je
n'ai pas moins à leur prefenter que le Portrait
d'un grand Roi , d'un Héros accompli de votre
Religion divine ; fujet vrayement digne de
l'attention de tels hommes : heureux fi pour
le traiter, j'obtiens les lumieres de l'Esprit Saint
par l'interceffion de Marie. Ave.
L'Orateur établit pour principe dans fa
premiere Partie , que les Rois ne font les
images de Dieu , que pour répreſenter
fes attributs aux yeux des hommes , que
la Royauté eft dans les vûës de la fageffe
éternelle , un Miniftere d'autorité , de
bonté & de fainteté ; d'autorité pour tenir
les Sujets dans la dépendance , de
bonté , pour les rendre heureux , de fainteté,
pour les rendre meilleurs.
Auffi , Meffieurs , tels furent toujours les
principes de notre Saint Roi , & fa maniere
de regner fur nos Ancêtres . Il en fçut être
par la Religion le Maître , le Père & l'exemple.
Saififfez de grace ces trois idées que je
vais vous juſtifier.
M. l'Abbé Seguy , fait voir dans le premier
membre de fa fubdivifion , avec
quelle vigueur S. Louis ramena à fon
obéïffance ceux qui refufoient de s'y foumettre
, & il ajoûte :
Et ne nous figurons point un Prince jaloux
de
1
2656 MERCURE DE FRANCE .
de fa puiffance , par la foif orgueilleufe de
commander ; car qui l'auroit empêché , s'il
eût été tel , d'accepter l'Empire que Rome
irritée contre Frederic , lui propofoit de faire
paffer dans fa Maifon ? Qui l'auroit forcé de
rendre à fes voifins des Provinces qu'ils ne lui
demandoient même pas , & qu'il eût pû garder
comme un bien qu'avoient acquis fes Ancêtres
par le droit de la guerre , s'il en eût
reconnu d'autre que celui de la juſtice ? ....
Dans cette Ville , autrefois la Maîtreffe de
l'Univers, idolâtre , aujourd'hui la Capitale dur
Monde Chrétien , eft une Cour Religieufe
mais politique ; pacifique , mais puiffante ;
tranquille , mais occupée , & où fur le front
venerable du Maître qui y commande , eft imprimé
le double caractere de Chef de l'Eglife
& de Souverain . Mais fi les Decrets de celui
là font , avec raiſon , infiniment refpectez des
Rois & des Peuples , les interêts de celui - cy
leur paroiffent quelquefois fufpects , & la ve
rité qui eft elle -même garant des décifions re
çûës de l'un , ne l'eft pas des prétentions de
F'autre. Grégoire IX. rempliffoit alors la Chaire.
Apoftolique. Il favorifoit la caufe de Prélats
entreprenans & paffionnez , qui avoient paffé
les bornes de l'autorité Epifcopale , au mépris
de celle du Prince ; il vouloit faire valoir des
prétentions imaginaires , qui mettoient en pattage
la puiffance inaliénable de nos Rois , &
ces droits prétendus , aufquels il donnoit le
nom de droits de l'Eglife , il avoit foin de les
appuyer de raifons fpecieufes d'obéiffance &
de refpect pour le Vicaire de Jefus - Chrift .
Avec un Prince d'une pieté de temperament
& de foibleffe , la Cour Romaine eût tout
gagné fans doute ; mais Louis , plein d'une
pieté
NOVEMBRE . 1729. 267
pieté mâle , judicieufe autant que fincere
doué de ce grand fens qui fépare des chofes
en effet très- differentes , quoique très- étroitement
unies ; Louis s'oppofe avec force à fes
entrepriſes. Dans ce qui eft de Religion , il
lui obéit en fils : dans ce qui eft d'Etat , il
lui réfifte en Roy ; & le Souverain Pontife ,
après bien des efforts & des menaces , comprend
enfin qu'il peut tout auprès de lui fur
le Chrétien , & rien fur le Monarque,
L'Orateur , après avoir manié en maître
& épuisé tout ce que l'Hiftoire de
S. Louis lui fournit à ce fujet , paffe avec
art à la tendreffe du S. Roi pour les Peuples
; fecond chef de fa fubdivifion .
Saint Louis , à la fermeté du commandement
, joignit une bonté plus grande encore ,
s'il fe peut ; mais une bonté éclairée , une
bonté qu'il faut rendre utile à fes Peuples.
Souvent les Princes les plus compatiffants &
les plus fenfibles n'en font pas plus le bonheur
de leurs Sujets , parce que négligeant de
s'inftruire , ils ne fçavent ni le bien qu'ils peuvent
faire , ni le mal auquel ils doivent remedier.
S. Louis perfuadé par Religion , de
l'obligation indifpenfable où font les Rois de
tout examiner & de tout connoître , chercha
avec ardeur la verité . La verité , helas ! a- t -elle
fouvent le privilege d'approcher du Trône
des Rois L'aimer fur le Trône, eſt une vertus
la démêler , eft prefque une merveille.
Notre faint Monarque n'oublia rien pour
acquerir cet efprit de fageffe & d'intelligence
qui fait qu'on la difcerne, Il avoit toûjours
les yeux levez , à l'exemple du Roi Prophete ,
vers
2658 MERCURE DE FRANCE .
r.
vers les faintes Montagnes , d'où lui devoiť
venir une grace fi précieufe. Levavi oculos
meos in montes unde veniet auxilium . Ses
voeux furent exaucez , fes précautions eurent
leur effet . Le Courtifan étudie le caractere du
Prince , c'eft- là fa Science , fon unique application
. On vit une chole nouvelle , on vit le
Prince étudier le caractere du Courtiſan , le
faifir ; on vit la verité tournée en moyen de
faire fa cour au Prince ; on vit le plus adroit
Courtifan être toujours le plus fincere ...
Ici fe prefente à mes yeux le faint Monarque
fur un Trône de gazon , tel que ce Roi des
premiers ages du Monde , aux pieds de ces
Chênes antiques que le temps a reſpectez ,
terminant avec bonté les differends de fon
Peuple , comme un pere tendre qui rétablit
la Paix parmi fes enfans , iugeant la caufe
du Pupille & de la Veuve , vergeant la foible
innocence de fes cruels oppreffeurs . Liberabit
pauperem à potente , & pauperem cui non erat
adjutor. Là je le vois allant lui- même exercer
la Magiftrature dans differens Tribunaux
de fa Capitale , pour foutenir les Juges contre
le dégout de leurs pénibles fonctions , en y
donnant par fon exemple un nouveau luftre .
C'est peu de rendre juftice au pauvre comme
au riche il la lui rend affi- tôt qu'au riche ,
pour apprendre aux Magiftrats à ne faire aucune
exception de perfonne ; il entre dans les
moindres détails pour leur montrer qu'il n'en
eft point au deffous d'eux . Je le vois tantôt
occupé à détruire le duel , Monftre affreux
qu'avoient produit le faux honneur & la vengeance
, & qui au mépris des Loix , s'abreuvoit
depuis long temps du plus pur fang de
Petat tantôt à bannir du Royaume cette
Nation
NOVEMBRE. 1729. 2659
4
Nation réprouvée , marquée vifiblement au
fceau de la colere celefte qui la pourſuit
Nation fameufe par fon commerce ufuraire
& dont la cupidité s'irritant même à la vûë
des familles indigentes , trouvoit jufques dans
les fecours qu'elle leur offroit , le cruel moyen
de s'engraiffer du refte de leur fubftance : Ex
ufuris redi net animas eorum . Je le vois attentif
à faire tenir la balance droite aux dépofitaires
de fon autorité ; à remplacer les Magiftrats
iniques qu'il dépofoit , par des fujets
irreprochables , que lui défigne la voix publiques
à arrêter les vexations des Seigneurs qui
s'érigeoient en Tirans de leurs Vaffaux ; à parcourir
les Provinces de fon Royaume , pour
voir tout par fes propres yeux ; à écouter fans
prévention les plaintes qu'on lui portoits à
difcuter feverement la conduite des Gouver
neurs & de leurs Officiers ; à punir les malverfations
des barbares exacteurs des Impôts , & c.
:
Les Souverains , malgré la foumiffion qui
leur eft dûë , quels qu'ils puiffent être , n'exercent
veritablement une entiere puiffance
fur nous , qu'autant qu'ils fe font aimer. Sans
cela , ce qu'il y a de meilleur en nous , fe
fouftrait à leur domination , nos coeurs. Ils
peuvent tout fur nos biens , fur nos vies que
peuvent- ils fur cette portion , la plus précieufe
de nous mêmes C'eft- là , que fans fuite
& fans Cour , les feuls bons Rois , placez
comme fur un Trône , exercent un empire d'autant
plus parfait & plus légitime , qu'il eft libre.
Louis regna dans les coeurs de tous les
Sujets , parce qu'il portoit tous fes Sujets dans
fon coeur.
Rien n'eft plus délicat que la tranfition
2660 MERCURE DE FRANCE
tion par laquelle M. l'Abbé Seguy paffe
à la pieté de Saint Louis ; troilieme
chef de cette premiere Partie. Voici comment
il entre en matiere fur cet article.
La fainteté, quoiqu'elle foit de tous les états.
auroit peut- être paru incompatible avec la
Royauté , fi la grace n'avoit ménagé de temps
en temps des exemples du contraire . Dieux
de la terre , vous regnez . Ah ! dans la foule
des Peuples tremblans à vos pieds , combien
d'objets féduifans qui femblent s'être chargez
du criminel emploi de vous affujettir à leur
tour ? Sur ce Trône , fur cette efpece d'Autel
où vous recevez nos hommages , affiegez ,
affaillis fans cefle de folles paffions , vous n'en
êtes fouvent , malgré toute votre grandeur ,
que les plus grands efclaves .
Que fût donc devenu Louis , Chrétiens Auditeurs
Il étoit jeune , il étoit Roi , que fûtil
devenu fans la Religion ? Mais par elle
il devoit donner de nouveaux Spectacles d'admiration
à l'Univers , & voici le premier.
Un Prince , dans l'âge des paffions , qui réfifte
aux charmes du plaifir toûjours renaiffant au
pied du Trône, qui n'eft point infecté de l'air
contagieux qu'il refpire; qui marche dans l'innocence
de fon coeurs qui a fait un pacte avec
fes yeux , comme le faint homme Job , pour
ne voir que celle qui eft unie à fa deftinée :
pieufe Princeffe qu'il a reçûe des mains de la
vertu , digne de fa tendrefle , femblable à lui,
Icy , Mefleurs , fe réveillent fans doute dans .
vos efprits des idées étrangeres à mon fujet,
Graces en foient rendues au Dieu des Mifericordes.
Je parle de deux auguftes Epoux qui
regnerent fur nos Peres , & il femble deje
Parls
NOVEMBRE. 1729. 266 r
parle de ceux que nous voyons regner à leur
place.
Le détail des actions de pieté de faint
Louis eft grand & varié , la morale qui
fuit eft convenable & pathétique ; on y
propofe S. Louis pour modele , on y fait
voir que les mêmes vertus qu'il pratiqua
fur le Trône , chacun peut les pratiquer
à fa maniere dans une condition privée ;
& après avoir reprefenté par tout le monde
les . Monarque,comme un Roy qu'avoit
formé la Religion , on ajoute qu'il fut
encore un Heros qu'elle anima , & ceft
le fujet de la feconde Partie.
Seconde Partie.
L'article de l'élevation des fentimens
du S. Roi eft traité avec la même force ;
on le paffe ici tout entier fous filence.
Le troifiéme article qui regarde la conftance
de S. Louis , fournit affez de traits
& plus qu'il n'en faut pour la longueur
ordinaire d'un Extrait.
Le Ciel qui en avoit fait un Héros , & qui
vouloit le confommer , ce Heros , lui ména
geoit une nouvelle vertu qui net le comble
à la gloire des Saints & à celle des grands
hommes , la conftance. Aux Serviteurs de
Dieu , aux Heros mêmes que le Siecle adore ,
manque toujours un dernier luftre , s'il leur
manque l'épreuve de l'adverfité . Louis devoit
F être
2662 MERCURE DE FRANCE .
être trop grand , pour n'être pas malheureux.
Il falloit que fa grande ame parût dans tout
fon jour , qu'il fervit d'exemple à l'Univers ,
de ce que peut dans les difgraces un coeur
veritablement Chrétien ...... Pendant qu'il
combat comme un Lion , un Monde d'ennemis
l'enveloppe . Il eft pris , il gémit dans
la captivité. Je rétracte cette expreffion ,
Meffieurs , il eft Captif; mais il ne gémit point
de l'être. Mêine courage en lui , même intré
pidité , même force. Superbes Sarrafins , vous
ne l'avez pas vaincu , vous n'avez vaincu que
fon armée, & c.
L'habile Orateur trouve une nouvelle
preuve de la conftance de fon Héros dans
fa feconde Croifade , qu'il n'auroit pas
entreprife , dit - il , fi la mauvaife fortune
l'avoit abbatu ; & comme cette Croifade
he fut pas plus heureufe que la premiere ;
il ajoûte , que fi S. Louis étoit digne , en
qualité de Roi Chrétien , de porter le
glaive du Seigneur , il ne l'étoit pas moins
en qualité d'Elû , d'être affligé , qu'il
devoit finir fa courfe dans ces lieux barbares
, & l'y finir par un trait de conformité
avec J. C. par la tribulation , plutôt
que par un trait de reffemblance avec
les conquerans & les heureux de la Terre.
L'Infidele , continue cet Orateur , ne l'at
tendoit pas peut - être , mais un ennemi bien
plus redoutable , & qui n'eft point en prife à
fa valeur , le fleau de fon Dieu l'attendoit ,
L'Ange
NOVEMBRE. 1729 2683
L'Ange du Seigneur qui tient en fa main le
1. Vafe funefte , en verfe une goute contagieufe
dans les airs , le Camp du faint Monarque en
eft empefté , il voit tomber autour de lui fous
le fleau terrible , fes plus braves Soldats Sou
verain Seigneur des hommes , il n'y a que
vous qui foyez un aflez grand Maître pour
n'en pas moins meriter d'être fervi de ceux
dont vous ne fecondez pas les entrepriſes. Vous
êtes celui qui l'afflige , & vous êtes celui qui
de confole; une fi grande épreuve n'eft pas trop
pour un fi grand coeur : la Victime la plus
digne de vous s'apprête. Frappez , donnez à
l'Univers l'exemple édifiant d'un. Roi affez penetré
de votre infinie grandeur , pour adorer
votre main qui l'immole , lorfque la fienne
eft armée pour vous.
L'Image de S. Louis expirant à la vâë
de fon armée eft des plus touchantes ; la
morale qui accompagne cette Image ne
l'eſt
pas moins . On y remarque l'Ait infioi
avec lequel l'Orateur fçait joindre les
louanges les plus fines avec les véritez les
plus fortes.
On veut être grand , dit- il , à quelque prix
que ce foit , on veut occuper de foi les aufres
hommes , & au deffaut de la grandeur de
Ja Royauté & de l'Héroïfme , on met la fienne
dans la fuperiorité des lumieres , dans les talens
, dans une façon de penfer humainement
louable. Mais eft - ce là la grandeur du Chrétien
, la feule néceffaire , après tout , comme
elle eft la feule folide? Remplira -t- on avec le
fimple mérite d'un efprit orné & d'une ame
Fig bien
2664 MERCURE DE FRANCE .
bien née , la haute vocation à la gloire ? & c
Non , non , il est un titre plus intereffant ,
qu'il faut qu'on y apporte celui de Diſciple
de J. C.... Si S. Louis n'eut eu que des qualitez
morales , des vertus purement éclatantes
& héroïques , il n'en eût eu qu'une gloire
mortelle pour récompenfe , & j'aurois laiffé
aujourd'hui , Meffieurs , au monde qui les admire
, le foin de les louer. Il fut un Roi , le
modele des autres Rois , & dont le nom fera
l'éternel ornement de nos faftes . Il fut un
Héros jufques dans fes chaînes , l'admiration
de ceux dont il avoit été la terreur , mais il
le fut d'une maniere vrayement chrétienne. Il
le fut pour fe rendre Saint , pour entrer en
Partage du bonheur éternel des Saints , &c.
Les Satires & autres Oeuvres de Regnier,
avec des Remarques. A Londres , chez
Lyon & Woodman. 1729. volume in 4.
grand papier fin , avec figures.
Il y a long- temps qu'il n'eft forti des
mains des Imprimeurs un Livre auffi bien
conditionné , ou plutôt , auffi inagnifique
que celui- cy. Le papier , les caracteres ,
les gravûres , tout eft également beau.
On a encore enrichi ce Livre par des Notes
curieuſes , qui étoient néceffaires pour
l'intelligence des Poëfies de Regnier.Enfin
nous pouvons affurer que cette belle Edition
va donner une nouvelle vie à notre
ancien Poëte Satyrique François.
CAS
NOVEMBRE. 1729. 2665
CATALOGUE de Livres fur toutes for
tes de matieres , Théologie , Hiftoire Ec
clefiaftique , Peres de l'Eglife , Auteurs
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tiques , Journaux Litteraires , Auteurs
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, Ordonnances , Coûtumes , Commentateurs
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Chirurgie , Anatomie Anatomie , Obfervations
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en Langues Etrangeres , &c. Imprimez
tant en France , que ramaffez de différens
endroits de l'Europe , qui fe trouvent
, à juſte prix. A Paris , chez G. Cas
welier , rue S. Jacques , 1729 .
Le même Cavelier , vient de recevoit
des Pays Etrangers les Livres fuivans.
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Lettres Philofophiques fur la Formation
des Sels & des Criftaux , & fur la
Generation & le Méchaniſme Organique
des Plantes & des Animaux , à l'occafion
de la Pierre Belemnite & de la Pierre Lenticulaire
, avec un Memoire fur la Théo
rie de la Terre , par Bourguet , in 12 .
fig. Amft. 1729.
Bibliotheque Italique , on Hiftoire Lit
Fiij teraire
2666 MERCURE DE FRANCE.
teraire de l'Italie , année 1728. complette,
3. vol . in 8. Geneve , 1728. ,
- De la Digeſtion & des Maladies de l'Ef
tomac , fuivant le Syftême de la Trituration
& du Broyement , &c . Tome I. qui contient
le Difcours Préliminaire de la Trituration
, une Réponse à M. Silva , &
cinq Lettres fur la Révulfion , la Saignée
le Kermés Mineral & les Maladies des
yeux , in- 12 . de 6 16. pages , Paris , chez
Cavelier , ruë S. Jacques , 1729.
-N. B. avec un Avis au Lecteur qui pro
met que le Tome focond fuivra de près
ee Tome premier . Il contiendra le Traité
entier de la Digeftion , augmenté par l'Aus
reur , d'un Chapitre entier , d'une Table
des Matieres pour les deux Volumes , & c .
Ce Tome 11. fera entierement achevé pour
Le mois prochain.
Conferences des Ordonnances de
Louis XIV . avec les anciennes Ordon
nances du Royaume , le Droit Ecrit &
les Arrêts , par Bornier. Nouvelle Edition
augmentée , 2. vol . in 4. Paris , 17.29.
chez Cavelier & Compagnie.
La Ville de Sens a prévenu & furpaffé
dans ce grand jour , plufieurs fameufes
Villes
NOVEMBRE 1729. 2667.
1
Villes du Royaume ; car les trois Etats ,
c'eft - à- dire , le Clergé , la Nobleffe & la
Bourgeoifie , fe font diftinguez à l'envi ,
pendant huit jours entiers. Et pour conferver
la mémoire d'un Evenement fi confiderable
, le fieur le Queux de Sens , l'a
décrit en Profe rimée , & d'une maniere
fi finguliere , qu'on eft en doute fi les
Rimes tranfmettront à nos Neveux ces
grandes Réjouiffances , ou fi les Réjouiffances
mêmes ne feront pas faire attention
à la Defcription qui en a été faite.
Quoiqu'il en foit , on a crû en devoir faire
mention pour la fingularité de cette
Piece. Elle a été imprimée à Sens avec
la permiffion du Lieutenant General de
Police de la même Ville ; fous le titre de
Feu d'artifice , tiré à Sens par George
Artificier de Paris , le 25. Septembre
1729. & Festin de Ville , en réjouiffance
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
.
•
Ontrouve à la fin quelques Poëfies détachées
fur le même fujet ; celle qui regarde
Madame la Nourrice mérite une
attention particuliere.
On vend chez de Lormel , Imprimeur ,
rue du Foin , une Chanjon fur les Réjouiffances
qui ont été faites à l'occafion
du DAUPHIN , Brochure de 12. pages
Fiiij 18-12
2668 MERCURE DE FRANCE.
in- 12 . Il y a 46. Couplets , qui peuvent
fervir comme de Relation de ce qui s'eft
paffé à Paris , quand le Roi eft venu à
Notre- Dame , & des principales Réjoüiffances
qui y ont été faites . On jugera des
autres Couplets par ceux- cy .
Otre Prévôt des Marchands .
Notre
N'a pas épargné l'argent ,
Pour varier les lumieres
Pendant quatre nuits entieres.
Lampons , & c.
En parlant de M. le Procureur du Roy
de l'Hôtel de Ville.
Le brave Monfieur Moriau ,
Donnoit le vin comme l'iau ; !
Chez lui ce n'étoit que danfe ,
Que Feftin & que bonbance .
Lampons , & c.
M
Les Jacobins , les Feuillans , &c.
M
Les Meffieurs de S. Victor ,
Firent , dit-on , mieux encor , &c₂
器
Mais un fatal accident ,
Surprit fort ces bonnes gens ,
Car
NOVEMBRE . 1729 2669
Car les feux étant trop proches ,
Penferent fondre les cloches.
Lampons , & c,
Il paroît un petit Livre intitulé , l'Ef
prit du Commerce , volume in - 24 . dans
lequel on trouve les Fêtes des mois , le
rapport des Livres & celui des Septiers ,
ce que vaut chaque partie du Marc d'or
& d'argent ; les parties de l'Aulne , &
celles de la Toife ; les noms des Efpeces
fervant aux Ecritures dans l'Europe ; les
Paritez concernant les Changes étrangers ;
les Titres de fin , des Efpeces étrangeres ,
Fargent de France réduit en celui d'Hollande
& de Londres , & celui d'Hollande
& Londres , réduit en celui de -France ,
avec les differens prix desChanges comme
ils arrivent dans le Commerce. Plufieurs
Regles conjointes avec la maniere de les
faire , un abregé pour calculer les Fractions
. Par M. Roflin , Expert Ecrivain &
Arithméticien Juré à Patis , rue S. Martin
, près celle de Venife. Il fe vend chez
Quillan , rue Galande , 1729.
FV SEAN.
2670 MERCURE DE FRANCE :
SEANCE publique de l'Académie de
Bordeaux.
L
Cours.
E 25. Août l'Académie de Bordeaux
s'affembla dans la Chapelle du College
de Guyenne, où le R.Pere Chavaille,
Feuillant , prononça le Panegyrique de
S. Louis , fur un Plan tout different de
celui qu'il avoit fait cinq ans auparavant ,
dans la même occafion. Il prit pour Texte
ces paroles du Pleaume so . Cor mundum
crea in me Déus , & Spiritum rectum innova
; & il y trouva le caractere du
Saint Roy & la Divifion de fon Difcoeur
pur devant Dieu & devant
les hommes ; un efprit qui aime lai
verité & la juftice . Ces deux fujets fu
rent traitez avec des images très -vives ,
des expreffions animées , des pensées trèsvraies
, mais très - refpectueules. Ce Dif
cours d'une Eloquence auffi forte , tint
l'Auditeur toujours attentif & curieux.
Enfuire le R.P. Fau, Religieux de N. Dame
de la Merci , un des Membres de
l'Académie , venu depuis peu de Maroc
de Miquenez , & d'Alger , avec 46. Efclaves
qu'il a rachetez , célebra la Meffe
pendant laquelle la Mufique de l'Académie
chanta un Motet nouveau , & le Verfet
pour le Roy , à grand Choeur.
-V
L'a
NOVEMBRE. 1729 2671
L'après-midi , la Compagnie s'étant
'affemblée dans la Salle , M. Daugeard ,
Préfident à Mortier au Parlement de Bordeaux
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un Difcours fçavant ,
dans lequel il fit le rapport de toutes les
• Differtations qu'on avoit reçûës fur le
fujet du Prix qui avoit été propofé l'année
derniere , c'eft - à - dire , fur la Nature
l'action & la propagation du feu . Il
réduifit toutes les differentes opinions à
trois Systêmes , qu'il détailla le plus clairement
& fuccinctement qu'il le peut.Enfuite
, il adjugea le Prix à l'Ouvrage de
M. Crouzas , Gouverneur du Prince de
Heffe Caffel . C'eſt le même qui a remporté
un autre Prix à Bordeaux fur la
nature & la caufe du Reffort . Sa Differtation
fut lûë dans l'Affemblée . On n'en.
fçauroit en rapporter ici toutes les beautez
.
>
Enfuite , M. l'Abbé Bellet , Chanoine
de Cadillac , qui avoit donné dans d'autres
Difcours , les Loix , les Moeurs , les
Coûtumes & les Modes anciennes de
la Ville de Bordeaux , lût un Mémoire
fur l'origine de la Langue Galcone ,
qu'il fit voir être l'ancienne Romaine
qu'on a parlé dans les Gaules après les
Conquêtes des Romains. Cette Langue
F vj
fus
2672 MERCURE DE FRANCE .
fut mêlée de la Celtique & de la Latine,
Enfuite , les Francs , venus d'au- delà du
Rhin , y mêlerent beaucoup de termes
de la Langue Teutonique , en changeant
peu de chofes aux Loix Romaines , &
aux Moeurs des Gaulois Romains. L'Auteur
tire fes preuves de l'Hiftoire de Caftel
, & des Capitulaires de Pepin , Roi
d'Italie. La Langue Romaine demeura
parmi le peuple ; la Latine refta aux Eccléfiaftiques
& aux Tribunaux de Juftice
elle fut la Langue du Parlement de Bordeaux
jufqu'en l'année 1549. fous le Roi
Henry II . La Chambre Souveraine que
le Roi y établit , ordonna que le Parlement
ne parleroit plus que François.
Pour la Langue des Princes ou de la
Cour , que l'Auteur dit avoir été la Langue
Romaine , mêlée avec la Teutonique
, on commença à l'étudier & à la
polir par des Obfervations fur la Grammaire
& fur les Ufages . Mais ces Obfervations
, ajouta M. l'Abbé Bellet , ne feront-
elles pas dans la fuite , ce qui eft
déja arrivé plus d'une fois ? La Langue
Françoife a eu déja befoin d'interpretes
& de Verfions nouvelles pour nous faire
entendre les Livres compofez au com
mencement de la troifiéme Race de nos
Rois. Elle commença à fe former vers
Pan
NOVEMBRE. 1729. 267
l'an neuf cens . Elle fe perfectionne tous
les jours , tandis que la Langue Romaine
refte dans fes Loix & fes libertez .
Quoiqu'elle change un peu dans la bou
che du peuple , elle demeure dans les
anciens Titres , & fert de fondement à
nos Loix & à nos Coûtumes. Enfin , on
en trouve prefque tous les termes dans
le Dictionnaire de la baffe Latinité de,
M. Ducange.
des
Delà , M. l'Abbé Bellet paffa au génie
de la Langue , qui eft de terminer en
acus ou ac la plupart des noms
Lieux ou des Nations , au lieu qu'ils font
terminez en ife chez les Lombards , les
Esclavons , les Dalmates , les Anglo - Saxons
, & en icus chez les Latins. Les
uns difent Romanifc pour Romanus , lesautres
Germanicus ; les Gaulois Aureliacus
pour Aurelii Urbe. Ici , on refufe les
fentimens d'Oichenard dans fa Notice du
Bearn & de Galcogne , du Marin de Sicile
, de Garibaic , de Paul - Merula , de
Chories , de la Roque dans fon origine
des noms ; & on finit par plufieurs noms
de lieu terminés en ac , qui deviennent
curieux par les origines qu'ils apprenpent.
M. le Préfident Daugeard répondit à
ee Difcours avec beaucoup de politeffe,
2674 MERCURE DE FRANCE .
il dit entr'autres chofes que cette Langue
Romaine ou Gafconne étoit devenue venerable
& précieufe à ceux qui avoient
befoin des Titres originaux pour découvrir
la verité des faits , & établir des
droits anciens . It dit en finiffant , nous
attendons de vous , Monfieur , un corps
de toutes vos recherches , qui nous apprenne
tout à la fois , & nos origines &
a difference de ce que nous avons été ,
& de ce que nous fommes aujourd'hui.
f M. Sarrau , Secretaire de l'Académie ,
lût une Lettre écrite de Nantes le 19.
Août , par M. Lafon , Ingénieur du Roi ,
'Académicien- Affocié , fur une Tortue
finguliere , prife le 4. du même mois à
l'embouchure de la Loire , à l'endroit
nommé la Piene percée , près de la Croizic.
Elle a fept pieds un pouce de fongueur
, depuis le mufle jufqu'au bout de
la queue , qui a 16. pouces . Elle a trois
pieds 7 pouces de largeuf , au défaut
des grandes nageoires ; deux pieds dans
fa plus grande épaiffeur , les pieds de devant
font dépliez comme des aîles . L'écaille
a peu de confiftance & n'eft propre
à rien. Le ventre , de couleur de
chair , eft moucheté d'un brun foncé ;
quand cet Animal fe fentit pris il fit des
cris horribles , & jetta par la gueule des
fumées puantes qui incommoderent beaucoup
NOVEMBRE. 1729. 1675
couples Pêcheurs . On n'a pas pû en faire
la diffection à caufe de fa mauvaiſe
odeur. M. Lafon n'a point trouvé cette
Tortue dans Rondelet. Il ne croit
pas
qu'elle habite auffi fur les Côtes de l'Europe
, ni de l'Amérique . Il foupçonne
qu'elle a fuivi depuis les Indes Orientales
quelques Vaiffeaux qui ne font que d'ar
river . Mais M. Daugeard faifant des ré
fléxions fur cette Tortuë , dit qu'on en
trouve fur les Côtes du Brefil de femblables
, & qu'on les appelle Lajura ; &
que celle -ci pourroit bien venir de ces
Mers , aufli bien que des Indes Orien
tales .
Le fieur Lagache d'Amiens , a trouvé
la maniere d'appliquer une rouë d'aîle
de moulin à eau en l'air , d'une nouvelle
invention , à l'arbre de la poulie
qui fait monter l'eau par le chapelet des
fabots , qu'on a annoncée au Mercure de
May 1727. page 969. Čes aîles recevront
l'eau au-deffus de la poulie , fortant
des fabots , & feront tourner continuellement
la poulie , au lieu de la ma
nivelle , en y donnant le premier mouve
ment.
Suppofé que chaque fabot contienne
in quarteau , c'eft 150. livres pefant
d'eau , la poulie fera ſortir l'eau de cinq
faborg
1676 MERCURE DE FRANCE.
faire fabots dans fon tour , & elle poura
15. à 20. tours chaque minute.
Chaque tour de poulie donnera 1 muid
20. tours en une minute. • • 25. muids.
Par heure
de 60. minutes
, c'est 1500. Par jour de 24 heures
,c'eft 36000
muids. Suppofez
dix tours
feulement
chaque
minute
ils donneront
18000.
muids
d'eau
; cela dépendra
de la profondeur de l'endroit
où les fabots
puiferont
l'eau , moins
il y aura de profondeur
, plus les
aîles
du Moulin
tourneront
vite.
On a mis dans plufieurs Journaux que
fon pouvoit trouver la Quadrature du
Cercle , on trouveroit aifément les Longitudes
fur Mer , ce qui a occupé bien
des Sçavans. Le fieur Lagache a fait cette
Découverte , dit - il , par régle de Géometrie
; elle fut annoncée au Mercure de
France le mois de Mars dernier , p . 547
Il ne conçoit pas comment on peut fe
fervir de la Quadrature , à la découverte
des Longitudes . I prie très humblement
les Sçavans de le lui faire connoitre .
Il a fait depuis un Inftrument de Mathématique
, marqué des mefures neceffaires
, avec lequel il trouve dans l'inftant
la Quadrature de tous Cercles , & - par
fractions. Il a reconnu qu'avec cet Inftrument
, on fait le Jeaugeage de tou : es
fortes de Tonneaux , & de toutes fortes
de
NOVEMBRE . 1729. 2677
de Cubes dans la derniere perfection.
Le feur Giraudein ,
Apotiquaire ordinaire
du Roi , établi à Paris, ruë S. Louis,
au Marais , compofe & débite avec un
grand fuccès une liqueur qu'il appelle
Efprit Aromatique , Balzamique & “Anti-
Scorbutique. On n'entrera point ici dans
la longue
énumeration de fes vertus , on
dira feulement d'après le mémoire de
l'Auteur , que ce Remede eft bon pour
l'apoplexie , les maux d'eſtomach & indigeftions
; pour toutes fortes de playes ,
bleffures, coups de feu, & pour la brulure;
pour les hémoroides , & les fiftules. Il
purifie le fang , provoque les menftruës ,
& eft excellent pour le fcorbut , les paf
fions
hyfteriques , les vapeurs , & c .
Dans un Certificat qu'on nous a com
muniqué , M. de Pas , Medecin du Roi
à S. Domingue , donne de grands éloges
à cette Liqueur. J'ai reconnu,dit- il , qu'elle
fortifie & rétablit à merveille , les fibres
de l'eftomach , lorfqu'elles fe trouvent relâchées.
Ce que j'ai reconnu fur plufieurs
perfonnes attaquées de lienterie , à quij'en
ai fait prendre une cuillerée dans deux
cuillerées de vin de Tinto . Il reconnoît de
plus que cette Liqueur eft bonne pour
les
vomiffemens , les pertes de fang , pour
les ulceres , après les avoir bien détergez ,
pour
2678 MERCURE DE FRANCE.
pour les hémoroïdes , & enfin pour le
Scorbut.
- Voici l'Extrait d'une Lettre du même
M. de Pas , écrite à un de ſes Amis , le
15. Avril 1728.
Je viens de faire une grande Cure avec
felprit Aromatique , Balfamique & Anti-fcorbutique
du fieur Giraudein que vous m'avez
envoyé. J'ai guéri une Négreffe qui eft accouchée
à terme par le fondement , qui a été dechiré
à la fortie de l'enfant , & le Vagina tout
à la fois cela ne faifoit qu'une ouverture. Avec
Je fecours de l'efprit Aromatique & Balfamique
, mêlé dans une coction dererfive , en
Ja bafinant & y mettant des compreffes trois
ou quatre fois par jour , je l'ai guérie , elle
vit & fe porte bien , à cela près , qu'elle rend
fes excrémens & fes urines par le même conduit
cette guérifon s'eft faite en moins de
eux mois.
Le fieur de Caudole , Auteur d'un Remede
appellé l'Arcane de vie incorruptible , qui a
de grandes vertus , étant mort au mois d'Août
dernier, quelques perfonnes ont prétendu avoir
fon fecret , & ont fait annoncer la diftribution
de ce Remede chez eux . Cependant le fieur
de Caudole a fait une déclaration de fon fecret
en préfence d'un Medecin de la Faculté de Pàris
, & d'autres perfonnes dignes de foy , qui
T'ont fignée avec lui , par laquelle il reconnoît
, qu'attendu fes infirmitez , il a eu recours
au fieur Garnier & à la Dame Guichard pour
la manipulation de fon Arcane , & que c'eft
cux feuls qu'il en a donné la compofition
*
écrite
NOVEMBRE. 1729. 2679
éerite de fa main , pour s'en fervir après fa
mort , & c. Cette déclaration a été déposée
chez M. Jourdain , Notaire , le 11. Octobre
1729. ainfi qu'il paroît par l'Acte du même
jour.
Le veritable fuc de Reglife & de Guimauve
blanc , fi eftimé pour toutes les maladies du
poulmon , inflammations , enroüemens , toux ,
thumes , pituite , afthme , poulmonie , conti
nue à fe débiter depuis plus de 30. ans , de
Faveu & approbation de M. le Premier Medecin
du Roi , chez la Demoiſelle des Moulins
par un nouveau Brevet obtenu des Commiffai
res affemblez le 22 Octobre 1729. On peut
s'en fervir en tout tems , le tranſporter par
& le garder fi long- tems que l'on veur ,
fans jamais le gâter ni rien perdre de fa quas
lité. La Demoiselle des Moulins demeure ruš
Guenegaud , Faubourg S. Germain , du côté
de la rue Mazarine , chez le Boulanger, 428
premier Appartement.
tout ,
On mande de Montpellier que la veuve de
Catalany compoſe un Opiat très propre pour
conferver les dents , & les empêcher de fe
gâter elle débite auffi de petites éponges préparées
pour le même ufage , avec une eau de
fa compofition , qui fortifie les gencives , dong
plufieurs perfonnes ſe ſont déja fervies avee
fuccès.
Le fieur Cotrance , Maître Chirurgien de la
Ville de Tournan en Brie , ci - devant employe
fur les Etats de la Cour pour le fervice des
Hôpitaux des Armées fur le Rhône , après
40. ans de recherche , a trouvé le fecret de
com;
2686 MERCURE DE FRANCE.
compofer une Eau , nullement corrofive , la
quelle fixe & arrête toute gangrêne , bubons ,
& charbons peftilentiels , fans rien faire prendre
interieurement. Cette Eau guérit auffi en peu
de tems les ulceres inveterez & prétendus
incurables ; il offre d'arrêter la gangrene aux
pauvres , gratis.
On aura de fes nouvelles chez fon Epouse ,
Maitreffe Sage- Femme , rue Comteffe d'Artois ,
près S. Euftache , au grand Vainqueur , à Paris.
Le Public eft averti qu'on vendra & qu'on
commencera à recevoir les encheres au commencement
du mois prochain , d'un Tableau
Original de Porbus , de 13. pieds de large fur
11. de haut , fans la bordure , reprefentant la
Scêne de Notre Seigneur. Les Curieux pourront
l'aller voir dans l'Eglife de S. Leu &
S. Gilles , rue S. Denys,
COUPLETS A DANSER.
UN Dauphin , morgué , viant de naître ;
Rions , danfons par tout dans ces Hamiaux ;
Faifons des Feux , chantons des Airs nos
viaux ,
Défonceons nos Togniaux ,
Bûvons à notre Maître.
Hault le Pannier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot.
Il eft biau , dit- on , comme un Ange
C'eft
Chanson . 1729
Vn Dan's par tout.
dans des airs nou..
Maîtras
NOVEMBRE. 1729. 268
C'est tout fon Pere , allons tretous le voir ,
Chemin faifant , danfons jufques au foir,
Laifle ton Devidoir ;
Prends mon bras en échange ;
Hault le Panier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot,
Nos Côteaux pardent leur vardure :
Mais à danfer je boutrons nos plaifirs.
Pendant ft'Hivar , contentons nos defirs
Accoute mes foupirs :
Morgué , le tems me dure ;
Hault le Panier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot.
Qu'à nos voeux le Ciel foit propice ,
Qu'il nous confarve un don fi précieux §
Parques , filez pour lui des jours heureuxa
Et Faites jufqu'aux Cieux
Qne fon nom retentiffe ;
Danfons tretous fans fin ;
2
Danfons , allons Margot , allons Catin;
Et chantons notre Dauphin.
Ces Paroles , auffi-bien què la Musique
font de M. Morel,
RON
2632 MERCURE DE FRANCE .
RONDEAU fur un Départ,
Uoi vous partez , cher objet que j'a
dore !
Ah ! differez encore.
Helas que vais - je devenir !
Une cruelle abſence
Va , de votre aimable préfence
Ne me laiffer que le feul fouvenirs
'Quoi ? &c.
L'efpoir de revoir vos beaux yeux
Eft tout ce qui reste à mon ame ,
Sans cet efpoir , ma tendre flamme
Me rendroit en ces lieux 1
Des Mortels le plus malheureux .. Quoi
!!! vous partez , cher objet que j'adore !
"Ah ! differez encore.
XXXX
SPECTACLES.
E3 . de ce mois , les Comédiens François
LemirentauThéatre une méritecomadic
feu M. Renard , en Profe , intitulée le Retour
imprévu , qui n'avoit pas été joüée depuis près
de 30. ans, & que le Public revoit avec plaifir
Le lendemain , on reprefenta le Jaloux dé-
Sabusé
NOVEMBRE. 1729. 2682
"
fabufé , Comédie de feu M. de Capiftron , on
la Dle Baron des Broffes joüa le Rôle de
Celie , avec la décence , les graces & l'intelligence
qui l'ont fait applaudir toutes les fois
qu'elle a paru. Le Public la vit & l'entendit
encore avec plaifir dans la petite Comédie du
Sicilien, où elle chanta.
Le Mardi 8. les mêmes Comédiens reprefenterent
à la Cour la Tragédie de Pyrrhus.
4 Le 10 ils y reprefenterent la Comédie de
Tartuffe , dans laquelle la De Baron joüa le
Rôle d'Elmire avec autant de fuccès qu'elle
F'avoit joué à Paris Elle remplit auffi trèsbien
dans la petite Piéce du Galand Jardinier
le Rôle de la Joüeufe de Gobelets , dans le
quel elle chanta très-biens enforte que fa
voix , fon jeu & fa figure , ont fi generalement
plû à la Cour, qu'elle fut reçue le même jour
par ordre de la Reine , pour la premiere demie
part vacante,
Le 14. ils y reprefentetent la Comédie de
Importantde Cour , de l'Abbé Brueys , qu'ils
ont remife au Théatre,
Le 17. la Tragédie de Cinna , dans laquelle
le fieur Sarrazin , qui depuis qu'il eft reçû
n'avoit pas paru à la Cour , joua le Rôle d'Au
gufte , & le fieur Banniere celui de Cinna.
Le 22. le Médifant , Comédie en Vers , & en
cinq Actes.
Le 24. la Tragédie de Rhadamiste & Zenobie,
de M. Crebillon.
Le Samedi 19. les mêmes Comédiens remi
rent au Théatre la Tragédie d'Andronic , dans
laquelle le fieur Duval , Neveu de la Dlle Dangeville
, âgé de 18. ans , qui n'avoit jamais
paru fur ce Theatre , joua le principal Rôle
avec beaucoup d'intelligence , & fut extrêmement
#684 MERCURE DE FRANCE
ment applaudi. Il eft fort bien fait , & il a la
voix belle. Dans une feconde Reprefentation
du même Rôle , il a encore été plus applaudi
par une très-nombreuſe Affemblée ,
Il reprefenta le 27. le Rôle d'Oreste , dans
la Tragédie d'Electre , & il y fut très - applau
di. Le fieur Sarrazin joüa dans la même Piéce
le Rôle de Palamede avec beaucoup de fuccès.
Nous avons déja obfervé avec quelle perfection
la De Lecouvreur joue le principal
Rôle dans cette Piéce.
On doit donner au premier jour une
Comédie nouvelle , en Vers & en cinq Actes ,
fous le titre des Philofophes Amoureux. Elle
eft de l'Auteur du Philofophe Marié , qui
à eu un fi grand fuccès . Nous en parlerons
plus amplement,
Le 11. de ce mois , Fête de S. Martin , il y
eut à l'Opera le Bal public qu'on donne tous
les ans à pareil jour , & qu'on continue pendant
differens jours jufqu'aux Avents ; on les
reprend ordinairement à la Fête des Rois.
Le Mardi 15. de ce mois , la Reine vint
Paris , & honora de fa préfence l'Opera de
Roland. S. M. étoit placée dans la premiere
Loge à droite , accompagnée de Mademoifelle
de Clermont & de Mademoiſelle de la
Rochefurion. Toutes les Loges du même
Côté étoient occupées par les Dames de la
Cour de la Reine , & par les principaux Officiers
de fa Maifon. Cet Opera fut repreſenté
dans fa plus grande perfection. La Reine en
parut très-fatisfaite.
On répete l'Opera de Thefée , qui fera doné
inceffamment,
EXNOVEMBRE.
1729 2689
:
EXTRAIT de la Parodie d'Hefione , reprefentée
par les Comédiens Italiens le
22. Oftobre, & reçûë très - favorablement
du Public . Par les Srs Dominique
& Romagnesi.
ACTEURS.
Telamon ,
le fieur Romagnesi.
Cléon , Arlequin , ou le fieur Dominique.
Anchife , le fieurTheneveau.
Laomedon le fieur Paghetti.
Venus ,
# la Dlle Sylvia.
L'Amour ,
Hefione ,
Neptune ,
L'Oracle ,
le Fils du fieur Thomaffin.
la Dile Thomaffin
Arlequin.
le fieur Romagneft.
属
Danfeurs , Danfeufes ; les Ombres , les
Graces, les Vents , & c.
Le Théatre reprefente un Temple.
Telamon , fuivi de Cléon , fon Confident ,
qui ordonne de fe difpofer à partir avec lui
pour n'être pas le témoin de l'Hymen de la
Princeffe avec Anchife , fon Rival . Telamon
dans toute la Piéce , foutient le caractere dum
innocent ; Cléon s'étonne fort qu'après les fervicesque
Telamon a rendus au Roi de Troye ,
il en agiffe fi mal avec lui , & lai confeille de
reprendre le chemin de la Gloire. Après cette
expofition , la fymphonie joue l'Air de Magdelon
Friquet , qui annonce l'arrivée de Vemus.
Telamon chante le Couplet fuivant fur
G l'Air :
2686 MERCURE DE FRANCE.
PAir : Nous fervons pour vous fatisfaire
Telamon .
A quoi ben cette Ritournelle ?
Cléon .
Il ne faut pas la mépriſer ;
Elle annonce quelque Immortelle
Qui vient ici s'humaniſer.
Venus vient offrir fon fecours à Telamon ,
pour vaincre l'inhumaine qui le meprife , &
lui promet de s'en faire aimer : Tu vas voir
continue Venus , & chante fur l'Air : Quand
le péril.
Les Dieux me feront neceffaires ,
Zephirs , allez les appeller.
Telamon .
Les Dieux voudront - ils fe mêler
De femblables affaires ?
Telamon refte avec Cléon , qui foupçonne
que Venus eft amoureufe d'Anchife. Cet animal-
là a bien du bonheur , ajoûte Telamon
tout le monde l'aime ; & voyant arriver Hefione
avec le Roi , il veut le cacher. Cléon
chante ce Couplet fur l'Air : Tu croyois en
aimant , Colette.
Quoi ! de peur de troubler la Fête ,
Ceder la place au Favorij
On
NOVEMBRE. 1729. 2987
On ne peut rien de plus honnête ,
Vous faites déja le Mari.
Le Roy Hefione , & Anchife entrent dans
le Temple au fon de la Symphonie, le Roy
chante fur l'Air : Ton himeur eft , Catherene,
Nous pouvons fauter & rire .
Et chanter comme des fous ,
•Le Dieu de l'humide Empire
N'eft plus faché contre nous ;
J'avois manqué de parole
A cet habile Ouvrier ;
Mais avec quelque piſtole , 】
On lui fait tout oublier.
Anchife témoigne à la princeffe fa joye fur
l'Hymen qui va les unir. A quoi Hefione répond:
Le peuple s'avance dans ces lieux : C'est
répondre on ne peut pas mieux , répond Anchife.
Auffi-tôt le Peuple & les Sacrificateurs
entrent au fon de la Symphonie. Après la Fête
, le Théatre s'obfcurcit , le Tonnere gronde
, & c. ce qui les oblige tous à chanter le
Couplet fuivant,fur l'Air : Sij'avois un Amant
qui m'aimát confiamment.
Ah ! quel bruit , quel fracas !
Quelfracas, ah ! ha ! ah !
Quels tremblemens affreux !
Quel déluge defeux !
Les Dieux apparemment n'aiment pas la Mufique
, ajoûte Laomedon ; il ordonne de prê
Gij
ter
4688 MERGURE DE FRANCE,
cer filence à l'Oracle qui va parler.
L'Oracle.
Le Seigneur Anchiſe
Ira , s'il lui plaît ,
Seul au Mont Ida fans remife ,
Du Ciel entendre l'Arreft.
A quoi bon faire ce voyage , dit Anchiſe ,
Oracle n'a qu'à s'expliquer ici , & chante fur
Air : Le Marquis de la Lande.
Anchife .
Irai-jefans efcorte ,
Ecouter ces Chanſons !
Le Roy.
Pour agir de la forté ,
L'Oracle a fes raiſons,
Anchife .
Quel eft doncfon intention ?
Le Roy.
De changer en cette occafion
De décoration.
Ils fe retirent tous , le Théatre change , &
reprefente un Défert affreux .
Anchife dit qu'un feul coup de fifflet l'a faic
arriver dans ce Défert : Hé bien ! que me veuton
, ajoûte - t- il ... Mais que vois je... le vi-
Jain coup d'oeil , il chante fur Air: Paffant
fur le Pont-Neuf,
ForNOVEMBRE.
1729.2685
Torrens impetueux ,
Rochers Précipices ,
7
Pour un Amant peureux s
Trop funeftes aufpices.
Loin de ma Belle ,
Ma crainte ici fe renouvelle ;
Ne mepréparez point la mort la plus cruelle ,
Le Théatre change auffi- tôt , & reprefente
un féjour agréable. Venus y paroît avec fa
fuite. Elle chante fur l'Air : Je fuis la fimple
Violette.
D'une paffacaille ennuyante ,
Je veux bien t'épargner les fons &
Carje fuis trop impatiente ,
Pour t'amuserpar des chansons.
Venus n'afpire dans ce jour ,
Qu'au bonheur de te plaire ;
Jefuis la mere de l'Amour ,
Je dois fçavoir le faire.
Anchife lui répond refpectueufement far
F'Air : Bon , bon , Monfieur , pourquoi non.
Mon fort feroit trop glorieux ,
Madame , il n'eft permis qu'aux Dieux ,
Defoupirer pour vos beaux yeux
Et le refpect m'engage.
Venus.
En veldifcours m'eft ſuſpect ,
G iij Voyezs
"
4690 MERCURE DE FRANCE :
Voyez qu'il eft circonſpect ,
Eft- ce à mon afpect .
Qu'il faut du reſpect ?
Ah! le plaifant vifage !
Anchife continue de la refufer poliment
Venus chante encore ce Couplet.
Hé quoi ! ton ame à mes appas ,
Peut-elle être infenfible ?
Ah ! mon mignon , tu m'aimeras.
Anchife.
Non , il m'eft impoffible.
Veaus.
Allons , cher coeur ,
Point de rigueur ;
Il faut bien qu'er fe rende.
Anchife.
Fy donc Venus ; "
N'y pensez plus :
Eft- ce que ça fe demande.
Enfin Anchife la quitte ; Venus refte feule ,
& ordonne à l'Amour d'aller trouver le Deftin
de fa part , pour fçavoir quel espoir lui
eft promis : Il me fuit , continue- t - elle , mes
sharmes ne peuvent l'arrêter , & chante fur
l'Air : On n'entend plus le bruit des Armes.
J'ai fçû ſoumettre à ma puiſſance
La
NOVEMBRE . 1719. 2691
Le Ciel , la Terre , & cætera ,
Les Dieux ont été fans deffenfe,
Et ce Mortel m'échapera !
Mais il me traite , quand j'y pense ,
En Déeffe de l'Opera.
Non , dit-elle , que ce foit fur ma Rivale
que tombe toute ma fureur ; rendons fon coeur
jaloux, & faifons - lui croire qu'Anchife eft
amoureux de moi , qu'il la mépriſe.
Hefione , qui a déja reffenti le poifon de la
jaloufie , témoigne le defefpoir que lui caufe
l'infidelité d'Anchife qui la quitte pour Venus..
Telamon furvient , il apprend à Hefione que
Venus a rendu ſon Amant ſenſible , & lui fait
quelques reproches ; mais Hefione ne l'écoute
pas , & parodie fur l'Air : Il eft certains petits
momens. L' Air de l'Opera : Ah ! que mon coeur,
va payer cherement.
Que je vais payer chèrement ,
Les douceurs , les tendres hommages !
Queje vais payer cherement ,
Les tranfports d'un infidele Amant !
Dans ces Bocages ,
2
Sous ces ombrages
Sous ces feuillages ,
Sur ce gazon ,
Le petit fripon ,
Me juroit une paffion ,
Dont ils rendront de bons témoignages.
Queje vais , Úc.
G iiij Telamon
2692 MERCURE CURE DE FRANCE .
Telamon répond à Hefione , fur l'Air : Ee
foli Jeu d'Amour.
Malgré tous vos mépris ,
Venez dans mon Pays >
Daignez y recevoir un azile ;
Ty connois vos feux ,
Pour un Rival trop heureux ,
Mais je ne fuis pas difficile.
Malgré , &c .
Hefione ne fait point d'attention à tout ce
e dit Telamon , & elle le quitte brufquement
; Telamon refte , & dit que malgré les
Zéphirs & les Dieux ,il n'en eft pas plus avancé
dans fes affaires. Venus qui furvient , dit
enfin à Telamon qu'elle lui eft toujours favorable
, & que par le fecours de Proferpine ,
elle va le rendre aimable & charmant ; elle
appelle les Ombres heureuses , qui forment
ane danfe ; enfuite Venus implore le fecours
de Proferpine. Une Toilette fort de deffous
le Theatre , Venus & fa fuite , au fon de la
Symphonie , mettent du rouge , de la poudre
& des mouches à Telamon pour l'embellir ;
après qu'on a danfé l'Air , Aimable Vainqueurs
Venus adreffe les paroles fuivantes à l'Amour ,
fur le même Air :
Aimable Enchanteur ,
Ennemi flateur ,
Amour, dont les flammes ,
Brulent nos ames
D'un feu féducteur;
A mes malices a
1
Joins
NOVEMBRE. 1719. 2693
"
Joins tes artifices ,
Hâte men bonheur.
Tu peux par tes coups ,
Rendre un coeur volage ,
Faire un fou d'unfage
Un fot d'un Epoux.
Le Maltotier ,
Le Clerc, le Greffier ,
Ou dans l'opulence ,
On dans l'indigence ,
Gens de tout métier ,
De toute humeur ,
Tout fuit ta puiſſance ,
Jufqu'au Procureur.
2
de
va , lui dit Venus , tu ne peux manquer
plaire à ta Maitreffe ; mais fi tu veux que le
charme produife un heureux effet , fuis promp
tement , évite la rencontre de ton Rival ; car
s'il fe montre , l'enchantement fera inutile .
Telamon fe retire . Le Théatre change & réprefente
un Port de Mer. Anchife arrive &
dit qu'il vient de voir fon Rival aux genoux
d'Hefione ; il témoigne fa jaloufie & fon
reffentiment ; il traite fa Maîtreffe d'infidelle ,
& c. Hefione paroît ; Anchife lui demande ce
qu'elle cherche à quoi Hefione répond fur
Air : du Roi de Cocagne.
1 J'y venois chercher un coeur fidele ,
Mais , belas où le trouver !
Gv Anchife
2694
MERCURE
DE FRANCE
.
Anchife
.
Ce ne fera pas chez vous , la belle ,
Vous venez de le prouver ;
Mais , entre nous™, la perte n'eft pas grande,
Et lon lan la ,
De vos appas ,
Dois- je faire cas ,
Lorfque
Venus me marchande
?
Ah ! tu fais l'homme
à bonnes fortunes , rs- pond Hefione , porte tes voeux à Venus , j'y confens.... Ah ! que dites- vous , ajoûte An- chife , Venus eût- elle encore plus de charmes , je ne vous quitterois
pas pour elle ; mais je fuis bien fou de me juftifier , après que j'ai vû Te- lamon fi près de vous je vous ai vû lui tendre la même main que je viens de vous baifer. Hefione répond fur l'Air : Qui veut ourChan-
Jennette .
Helas !fi j'ay fait la chofe ,
Je ne fçai comment ',
Mais Venus en eft la cauſe ,
Par enchantement
;
Si ma main à fait l'offense ,
Ce fut fans nul defir ,
Car mon coeur en récompenſe
,
N'y prit point plaifir.
Après un tendre Due , Venus arrive , qui outrée de jaloufie , fait éclater fon reffentiment;
Hefione
& Telamon
fuyent : elle refte
feule. Appellons
Neptune
, dit- elle , c'est moi
qui
NOVEMBRE. 1729. 2695
qui fuis cause qu'il s'eft appaisé en faveur
des Troyens ; qu'il reprenne fa fureur , il
aura pas de peine , car il eft toûjours prêt
à mal faire.
n'a
Neptune fort de la Mer , & pour feconder
la fureur de Venus , appelle les Vents,
aufquels elle ordonne de renverser les fondemens
de la Ville. Il fait fortir un Monftre
de la Mer , en difant à Venus que Telamon
en fera le vainqueur , & que pour prix de fa
victoire il époufera Hefione ; Neptune rentre
dans la Mer , & Venus fe retire.
Anchife arrive à la 19e Scene , avec un
tronçon d'épée à la main , & dir que le Monftre
eft des plus coriaces ; qu'il lui a caffé la
meilleure lame du monde fur le corps , & qu'il
ne lui a pas fait l'honneur de lui donner un
coup de griffe ; & s'adreffant à Venus qui paroît
: Ah ! cruelle , lui dit- il , vous deviez bien
le prier de me tuer ; au contraire , lui répondit
Venus , je l'ai empêché de te faire aucun mal;
zon Rival fervira mieux ma colere , que le
Monftre , puifqu'il doit le vaincre & enfuite
époufer la Princeffe.
Le Roi arrive & apprend à Anchife que
Telamon eft enfin l'Epoux d'Hefione. Ilfalloit
bien , dit Venus , que quelque chofe me réiffit .
Anchiſe entre en fureur & chante les paroles
fuivantes , fur l'Air : Laiſſons - là les façons.
Que veis -je , quel pouvoir dans les Enfers ,
M'entraîne , & quelle main vient me charger
de
fers
Laomedon.
Lab ! qu'il eft bon!
€ vj Anchife.
2696 MERCURE DE FRANCE .
Anchiſe.
Quel Monftre !
Laomedon.
Où donc ?
Anchife.
Le jour s'enfuit ,
Et dans la nuit ,
Je vais entrevoir ce qui fuit.
Tremble cruel , tremble pour tes Remparts ;
Je vois de toutes parts ,
Voltiger tes Etendarts .
Que d'ennemis furieux !
Je vois avec eux des Dieux ,
Qui ne valent guere mieux ;
Quel vilain cheval de bois ,
Va reduire ta Ville aux abois ;
Tous fes Palais brulent d'un feu gregeois i
Tous tes Bourgeois ,
Sont égorgezi
Les Dieux & moi , nous sommes tous vengeż:
Il fe jette fur un lit de gazon ; Laomedon
eft effrayé de ce qu'il vient d'entendre . Venus
lui dit de la laiffer feule avec Anchife , pour
pouvoir lui donner du fecours ; le Roi fe retire
& Mercure vient annoncer à Venus que
l'Amour a flechi le Deftin , & qu'Anchife va
l'aimer.Venus réveille Anchife & finit la Piece
par ce dernier Couplèt , fur l'Air : Margot
fur la brune. Venus
NOVEMBRE. 1729. 2697)
Venus.
Enfin , bel Anchiſe ,
Votre foi m'eft promife s
Le fort autorife ,
Ce beau commerce-là
Anchiſe .
Le fort , Madame ,
Veut que mon ame ,
Pour vous s'enflamme :
D'où vient cela ?
Venus.
C'est un dénonment d'Opera
Le 12. Novembre , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Réprefentation d'une
Comedie Heroique , en Vers , en trois Actes,
intitulée , les feux Olympiques , ou le Prince
Malade. Elle fur très -favorablement reçûë du
Public ; on la croit ce M. de la Grange , connu
par beaucoup d'autres Ouvrages de Theatre.
Peu de gens ignorent l'Hiftoire qui a fourni
le fujet à cette Piece. L'Auteur la mife fous
d'autres noms , pour y pouvoir introduire les
Jeux Olympiques qui font le principal divertiffement
de la Piece. En voici un Extrait
fuccinct .
Argenie , Princeffe d'Argos , ouvre la Scene
avec fa Suivante Dorine ; elle témoigne que
la foule dont elle eft environnée , tant de ceug
qui viennent difputer le Prix des Jeux Olym
piques , que des Courtifans que fa prochaine
grandem
2698 MERCURE DE FRANCE .
grandeur attache à fa fuite , l'importune également.
Dorine croit pénetrer la caufe fecrette
de fa mélancolie , & lui fait entendre qu'elle
aimeroit bien mieux être deftinée à Chorebe ,
Prince d'Elide , qu'au Roi fon Pere. Philoclée ,
Reine de Crete , vient faire une feconde expofition
; elle eft accordée à Chorebe , mais
elle eft dans une parfaite indifference fur le
choix d'un Epoux ; elle ne cherche qu'un vengeur
qui la remette fur le Trône de fon Pere .
dont fes propres Sujets l'ont précipitée. Almire
, importante , ou plutôt Folle de Cour ,
acheve de remplir ce premier Acte , par un
caractere tout- à- fait fingulier , qui lui fait
ériger des riens en découvertes de conféquence.
Elle croit que la maladie de Chorebe , dont
toute la Cour eft allarmée , n'eft autre choſe
qu'un violent amour que ce Prince a pour
elle. Arlequin vient annoncer que cette maladie
augmente à chaque inftant , Almire fou
tient toujours fon opinion ; elle parle d'une
Chanfon qu'elle vient d'entendre , & qu'elle
attribue au Prince. Une voix derriere le Théatre
, qu'on reconnoît pour être celle du Prinee
, chante ces paroles :
Ma langueur s'accroit chaque jour ,
Et pour cacher mon mal je me fais violence i
Mais , fi je ne rompts le filence ,
Vous ne sçauriez connoître mon amour &
Chacun ignore le mystere ,
Des feux dont je me fens brûler ;
L'Amour veut me faire parler :
Mais le respect plus fort , me contraint à me
SAITE.
Arlequin
NOVEMBRE . 1729 2699
Arlequin rit du projet d'Iphite , c'eſt le nom
du Roi d'Elide , à qui Argenie eft promife ;
il fait entendre que ce Prince , craignant de
perdre un fils tendrement aimé,appelle enElide
un fameux Magicien , qui fe vente de poffeder
la Medecine univerfelle. Iphite , penetré
de la maladie de fon fils , promet à Arlequin
qui eft toûjours auprès de ce jeune Prince ,
de lui faire une fortune brillante , s'il peut
pénetrer la caufe de la maladie de Chorebe.
Arlequin n'exige de lui que la poffeffion de
Dorine , Suivante d'Argenie. Le Roi la lui
promet avec ferment. Dorine & lui s'uniffent
pour découvrir ce myftere , qu'ils attribuent
à l'Amour.
Artemidore , Magicien , dont on vient de
parler , donne un plat de fon métier , qui ne
fert que d'Intermede. Le Théatre change &
reprefente le Cabinet de Chorebe.
Chorebe , commence le fecond A&e par une
deffenfe qu'il fait , de laiffer entrer perfonne
pendant fon fommeil . Arlequin qui s'y eft
gliffé furtivement ou à titre de Domeftique
privilegié , entend les plaintes du Prince Chorebe
, qui furpris de l'y voir , fe met en colere
contre lui ; Arlequin fe jette à fes pieds &
lui protefte qu'il ignoroit fes ordres , & que
d'ailleurs une malheureufe paffion dont il eft
tourmenté , ne lui permet pas de fçavoir ce
qu'il fait. Le Prince lui demande quelle eft
Cette Paffion ; c'eft un amour fans efperance
lui répond Arlequin ; il lui confeffe qu'il aime
Argenie. Chorebe au nom de fa Princeffe
s'emporte contre un aveu fi témeraire . Arle
quin tremblant veut fe retirer. Le Prince le
rappelle & lui ordonne de lui raconter la naif
fance & les progrès d'une paffion fi violentes
Arlequin
2700 MERCURE DE FRANCE .
Arlequin lui dit qu'il a pris ce malheureux
amour dans le voyage qu'il fit avec lui , quand
il alla demander cette Princeffe pour fon Pere.
Ce récit qui eft très- vif, excite de tendres
mouvemens dans le coeur de Chorebe ; Arles
quin ne manque pas d'en profiter ; il change fa
fimple préfomption en conviction . Almire vient
fans être annoncée . Elle fait entendre à Chorebe
qu'elle fçait la caufe de fa maladie &
lui en propofe le remede par ces Vers qu'elle
chante :
Des maux qui vous coûtent le jour ,
Je partage la violence s
Vous n'avez pas besoin de rompre le filence ,
Pour m'informer de votre amour ;
Mais qui peut perfifter dans un fi long myftere s
D'unfeu bien violent ne fe fent pas bruler :
Par tout où l'Amour veut parler ,
C'est à la raison de fe taire.
Elle s'explique plus clairement au Prince ,
& lui propofe de fuir avec elle. Chorebe l'écoute
en folle ; elle fe retire. Arlequin continuant
fon ftratagême , vient dire au Prince ,
que tout le monde s'empreffe à le voir, & qu'il
n'y a pas jufqu'à Dorine , à qui on vient de
refufer la porte de fon appartement , qui ne
veuille fignaler fon zele. Au nom de Dorine ,
Confidente d'Argenie , Choiebe tout tranfporté
, ordonne qu'on la rappelle. Dorine vient ;
le Prince lui témoigne des démonftrations d'amitié
fi paffionnées , qu'Arlequ'in en conçoit
de la jaloufie , & craint d'avoir pris le change.
La Reine d'Argos furvient & lui déclare que
c'est par rapport à fon Hymen avec elle
qu'il
NOVEMBRE 1729. 2707
qu'il eft réduit dans un fi trifte état , elle vient
le dégager de fa foi , & qu'elle ne lui demande
que le fecours de fon bras pour la faire remonter
fur le Trône de fes Peres ; Chorebe
lui promet de la venger des mutins , dès qu'il
fera en état de la fecourir. Enfin Argenie vients
le Prince à fon afpect ne peut plus le contenir
l'aveu de fon amour lui échappe , Argenie lus
en fait un crime. Cette Scene eft très- intereffante
, l'amour fe déclare de part & d'autre ,
mais fubordonné au devoir.
Le Théatre reprefente au troifiéme Acte ,
le Cirque deftiné aux Jeux Olympiques . On
ouvre la Scene par une Entrée d'Athletes qui
fe fignalent dans le Jeu de la Lutte. Iphicle
continue à montrer fa douleur mortelle pour
la maladie de fon fils. Il demande à Arlequin.
s'il n'a rien découvert. Arlequin lui répond
qu'il n'en fait que trop pour fon malheur ,
& que le mal de fon fils eft abfolument fans
remede. Le Roi frappé de douleur lui demande
quel eft ce mal incurable ; c'ett l'Amour , lui
répond Arlequin. Il ajoûte que cet amour eft
indigne du Prince fon fils , & qu'il aime en
lieu fi bas qu'il n'ofe le lui dire. Iphicle lui
dit qu'il confentira à tout pourvû que fon
cher Chorebe vive. Arlequin lui déclare que
fon fils eft amoureux de Dorine : He bien , lui
dit le Roi , je confens qu'il l'époufe . Mais je
m'y oppofé , répond Arlequin ; j'aime Dorine
; elle eft à moi , & j'en ai pour garant
le ferment que vous m'en avez fait . Je puis
dégager ma parole , pourfuit le Roi , en te
faifant plus de bien que je ne t'en ai promis .
Arlequin lui répond que Dorine eft pour lui le
plus grand des biens, & qu'il la préfere à une
Couronnemettez- vous en ma place ajoûte- t'ils
་
YOUS
2702 MERCURE DE FRANCE .
vous aimez la Princeffe ; fi c'étoit d'elle que
votre fils fût amoureux , voudriez - vous la lui
ceder ; je ne balancerois pas , répond le Roi.
Arlequin le prend par là , & lui déclare que
fon fils aime Argenie, & que c'eft le defefpoir
qui le fait mourir. On vient annoncer au Roi
Elide le vainqueur des Jeux Olympiques. Il
ordonne qu'on le faffe entrer ; c'eft fon fils
même qui fe prefente à fes yeux après avoir
remporté le Prix . Iphicle lui cede la Princeffe
. La Comédie finit par un Divertiſſement
qui a du rapport au fujet. La Mufique qui eſt
de M. Mouret , eft très- bien caracteriſée &
très- variée. Voici quelques Couplets du Vau
deville par où la Piece finit.
Arlequin.
Lorfqu'une fievre mutine ,
S'allumera dans mon fein ;
Je ne veux pour Medecin ,
Que les yeux de ma Dorine;
Efculappe & fa Doctrine
Ne trouveroient pas fi- tôt ,
Le remede qu'il me faut.
Une Fille .
>
Quand un Amant nous échappe ,
Pour fuivre d'autres àmours ,
Si nous cherchons du fecours ,
Contre le coup qui nous frappe ,
N'allons point chez Efculappe :
Le dépit donne plutôt ,
Le remede qu'il vous faut.
AN
NOVEMBRE . 1729. 2703:
Au Parterre .
Notre Malade fouhaite
De vous voir ici fouvent.
S'ilobtient votre agrément
Sa fanté fera parfaite ,
Il n'eft drogue , ni Recette ,
Qui pút lui donner fi- tôt ,
Le remede qu'il lui faut.
Les Décorations de cette Piece , qui ont
fait beaucoup de plaifir au Public , meritent
une attention particuliere.
La premiere reprefente un lieu préparé pour
la Courfe des Chars.
Au premier_Acte , le Théatre change &
reprefente un Palais , & enfuite le Veftibule
de l'Appartement du Prince.
Au fecond Acte , on voit le Cabinet du
Prince. Cette Décoration eft nouvelle & agréa
blement ornée de Tableaux & Vafes de bronfe,
de Figures , &c. Elle eft neuve & du fieur le
Maire.
La Décoration du troifiéme Acte , qui eft
celle qui fait le plus de plaifir , avoit été faite
en Février 1727. à l'occafion de la Comédie
du Berger d'Amphrife , par le fieur Clarici ,
Peintre Italien , employé à l'Académie de Mufique
à Londres. Cette Décoration réprefen
toit alors le Temple d'Apollon , d'ordre Corinthien
, dans le brillant & le lumineux que
les Poëtes lui attribuent , par le moyen des
tranfparents qui faifoient alors tout l'effet
qu'on pouvoit defirer. On a prefentement
fupprimé tous les tranſparens , & on ne s'eft
Lervi
2704 MERCURE DE FRANCE.
fervi que du propre fond de la Décoration ,
dans lequel on découvre bien mieux la verité
& le relief qu'on trouve dans la fimple couleur
de la Peinture , qui par le fecours de la
Perspective & du clair obfcur , trompe bien
mieux les yeux par la grandeur & l'éloignement
qu'elle fait paroître. Cette Décoration
réprefente aujourd'hui le Palais du Roi d'Elide;
elle a été difpofée en l'état qu'elle eſt , par le
fieur le Maire , Peintre , fort entendu pour
ces fortes d'Ouvrages de concert avec le
feur Clarici.
NOUVELLES DU TEMS.
ON
TURQUIE
N mande de Conftantinople , qu'on avoit
difcontinué les préparatifs de guerre qu'on
ý avoit commencez , que le Grand Seigneur
avoit fait dire à plufieurs Miniftres étrangers
qu'il n'avoit jamais eu le deßlein d'entrer en
guerre avec aucun Prince Chrétien . Le Grand
Vizir & les autres Ministres du Divan , travaillent
à faire ceffer les troubles d'Egypte ,
& à réprimer l'audace des Mécontens rebelles
des Côtes de Barbarie , qui depuis deux ou
trois ans refufent de recevoir les Officiers
que le Grand - Seigneur leur envoye . D'autres
Lettres de Conftantinople , portent qu'on y
attend dans peu un Ambaffadeur du Prince
Thamas , & que les ordres ont été envoyez
fur la Frontiere pour l'y faire recevoir avec
les mêmes traitemens qu'on a fait à l'Amhaffadeur
du Sultan Acheraf
D'alle
NOVEMBRE. 1729. 2705
D'autres Lettres portent que l'accommodes
dement du Grand Seigneur avec le Czar , étoit
prêt d'être conclu , mais que Sa Hauteffe refufoit
de figner un nouveau Traité d'Alliance
que le Sultan Acheraf lui a fait propofer ,
parce qu'elle vouloit attendre le fuccès des
entreprifes du Prince Thamas , qui eft en marche
à la tête d'une armée de so à 60000.
hommes pour aller former le Siege d'If-
-paham.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Conftantinople ce 22 ° Septembre 1729.
LES
Es dernieres nouvelles de Perfe , portent
que le frere de Miri- Mahmout étoit forti
de la Province de Candahars avec un Corps
d'armée confiderable pour venir attaquer fon
Coufin Acheraf-Kan , qui de fon côté ſe prẻ-
paroit à le recevoir à la tête d'une armée;
fe fuccès de la bataille décidera à qui des deux
la Capitale de la Perfe doit refter. D'un autre
Côté Tamas -Schah , fils de Schah- Huffein , dernier
Roi de la Dynaftie , dite des Sophis , qui
fe trouvoit dans le Pays de Mazandran tenoit
la Campagne avec un autre Corps d'armée ,
dans le deifein de s'avancer vers Ifpaham. Les
troubles de ce malheureux Royaume , bien
loin d'être prets de finir , font plus grands
que jamais , tout y eft dans la derniere confufion
; la famine eft generale par tout , & principalement
dans Ifpaham , où la livre de pain
fe vendoit un écu , & le refte des vivres à
proportion,
Les Turcs prennent de grands ombrages contre
les Mofcovites, de ce que ceux de cette Nation
, fous prétexte de faire conftruire des
Forts aux environs de la Mer Cafpienne dans
les
2206 MERCURE DE FRANCE:
les endroits qui leur appartiennenty faifoient
paffer un grand nombre de Troupes , ce qui
a donné lieu à plufieurs Conferences qui fe
font tenues ici entre les Miniftres du G. S.
& celui de Mofcovie , qui a répondu , qu'étant
permis à fon Maître par le dernier Traité
conclu avec la Porte , de faire bâtir des Forts
pour la fureté de fes poffeffions aux bords de
la Mer Cafpienne , fon Maître avoit envoyé
les Troupes qu'il avoit crû neceffaires pour
les conferver , & non pour aucun autre deffein
, les Miniftres de la Porte ne paroiffant
point être fatisfaits des Déclarations du Réident
de Mofcovie , ont envoyé un Officier
à Mofcou , pour fçavoir plus pofitivement les
intentions de Sa Majesté Czarienne.
Les Lefguis, Peuples habitant le Daghiſtan,
qui font fous la protection de la Porte , ont
fait des courfes jufqu'à la Mer Cafpienne &
y ont enlevé quantité de beftiaux appartenans
des Peuples qui font fous la domination des
Mofcovites ; ces Peuples de leur côté ont ufé
de réprefailles , & enlevé les Troupeaux des
Lefguis , de forte que les animofitez & les méfiances
étoient très- grandes de part & d'autre.
On écrit d'Egypte , que le fameux Cherkech
Mehemet-Bey , qui a balancé fi long - temps
par fa grande puiffance l'autorité du G. S. en
Egypte , d'où il avoit été à la fin chaffé par
Zulfikar-Bey , y eft de retour , & l'aide avec
plufieurs Beys de fes amis qui fe font joints
à lui , a formé une armée avec laquelle il s'eft
trouvé en état de faire tête à Zulfukar- Bey ,
qui fur la nouvelle de fon retour , s'étoit mis
à la tête des Troupes du Caire, & , du confentement
du Pacha , avoit été livrer bataille à
Cherkech auprès du Said ou Haute Egypte ,
où
• NOVEMBRE. 1729. 2707
où il s'étoit d'abord réfugié chez Suleiman
Bey, qui y commandoit , l'armée de Cherkech
Mehemet Bey , ayant battu celle du Caire.
commandée par Zulfukar , ce dernier s'enfuit
au Caire , où étant de retour , il propofa au
Pacha d'augmenter la paye des Miffirlis , afin
de les encourager par- là à fe remettre en cam-
-pagne à & aller combattre une feconde fois
contre Cherkech Mehemet- Bey mais le Pacha
le refufa , fous prétexte qu'il ne le pouvoit
pas faire fans l'ordre de la Porte , Sur ce
refus Zulfukar-Bey ufant de fon autorité , fit
déposer le Pacha , à la place duquel on nomma
un Kaimakam ou Lieutenant de Gouverneur
, pour avoir foin des affaires par interim
La nouvelle de ces troubles & celle de la
dépofition du Pacha , ont intrigué beaucoup les
Miniftres de la Porte , qui après avoir tenu
plufieurs Conferences fur les affaires preſentes
de l'Egypte , ont crû ne pouvoir mieux
faire que de donner ce grand Gouvernement
à Abdoulla , Pacha de la Maifon des Kupruli
dans l'efperance que fa grande experience dans
les affaires , la réputation qu'il s'eft acquife
en dernier lieu en Perfe , où il étoit Seraskier,
& le refpect & la veneration qu'on a pour
fa Famille dans tout l'Empire , le rendront
plus propre que perfonne à pacifier les troubles
de l'Egypte , & à rétablir l'autorité du
G. Seigneur dans ce Pays - là. L'ancien Gouverneur
du Caire dépofé , paffe à Gidda , &
celui d'Alep , Arifi-Mehemet- Pacha , en Candie,
à la place d'Abdullah- Kupruli.
On mande de Tartarie que les fils de Delykiray
, Sultan , qui d'abord paroiffoient ne
vouloir pas venger la mort tragique de leug
Gidda eft le Port de la Mecque.
Pere
# 708 MERCURE DE FRANCE .
Pere avoient tout à coup levé le mafque , &
s'étoient mis à la tête d'une groffe Armée de
Tartares , ce qui avoit obligé Mengheli Kiray
kan de refter à Budgiak , n'ayant pas ofé
pénetrer jufques dans la Capitale de fes Etats ,
de crainte que ne fe trouvant pas le plus fort ',
il ne fut pris par les Rebelles , & factifié àleur
vengeance , d'autant plus que le Kan eft foupçonné
d'être l'auteur de la mort de Dely,Sultan,
M. Delfini , Ambaffadeur de la République
de Venise à la Porte , eft mort aujourd'hui
d'un accident d'apopléxic , dont il avoit eu une
premiere attaque depuis dix jours dans le Pa-
Jais de l'Ambaffadeur de France , n'ayant eu
dans l'intervale que des incommoditez legeres
en apparence ; il étoit âgé de 75. ans.
Les Lettres de Salé du 7. Septembre portent
que le Royaume de Maroc étoit encore
dans la même confufion , que prefque tous
Jes Peuples y font fous les armes . Les uns
fuivent leparti du Roy Muley - Abdalah , & les
autres refufent de le reconnoîtré , non pas tant
par averfion pour ce Prince , que par haine
pour les Négres qu'il foûtient , & dont les
infolences réduifent ces peuples au défefpoir.
Le Roy continue le Siége de Fez avec autant
de vigueur , que les habitans témoignent d'opiniâtreté
à fe deffendre. Les habitans des
Montagnes , qui font les plus animez contre
Les Négres , incommodent extraordinairement
les Affiegeans par leurs courfes continuelles.
Le Roy de Maroc détacha il y a quelquessems
Hared , Udacha de Tanger , avec 7000 .
Blancs & 2000. Negres , pour tâcher de les
Exterminer : ces Montagnards , qui n'avoient
aucune connoiffance de cette marche , defcomNOVEMBRE.
17297 2709
I
3
cendirent comme à l'ordinaire pour aller en
courfe ; mais ayant eu le malheur de tomber
dans l'embufcade que le Pacha leur avoir dreffée,
il y en eut plus de 700. de tuez fur la place,
& ua très- grand nombre de Prifonniers ,
parmi lefquels il y avoit 300. femmes qui furent
abandonnées aux Négres en préſence des
prifonniers . Les Négres s'étant mis en dévoir
d'executer cet ordre infame , trouverent tant
de réfiftance de la part de ces femmes , que
de rage ils les maffa crerent toutes .
ils
Les Montagnards ayant appris la nouvelle
d'une action fi barbare , soo . des plus déterminez
d'entr'eux , animez du defir de fe venger
, attaquerent leurs ennemis avec plus de
furie que d'ordre ; mais ayant été coupez ,
furent tous paffez au fil de l'épée , pendant que
leurs femmes de leur côté jetterent du haut
des Montagnes des groffes pierres , dont
quelques Négres furent tuez.
21
Les habitans de Tetuan qui ne font pas moins
ennemis des Négres que ceux des Montagnes ,
voyant la trifte fituation de ceux - ci , leur envoyerent
diverfes fortes de munitions de Guerres
; ce qui les encouragea fifort , qu'étant de
nouveau defcendus en plus grand nombre , &
avec plus de précaution , ils attaquerent l'Armée
du Pacha avec tant de bravoure & de.
fuccès , qu'ils tuerent 2000. Blanes & 1000
Négres , & mirent le refte en fuite. Le frere
du Pacha fe trouva parmi ces morts ; fon
fils & deux des principaux Officiers ayant
été faits prifonniers , furent fur le champ
étranglez par les Montagnards , qui profitant
-de leur victoire , pourfuivirent les Fuyards
jufqu'à la Riviere de Fez , où ils furent arrêtez
par la Cavalerie que le Roi avoit envoyée
H an
2710 MERCURE DE FRANCE.
au fecours du Pacha . Les habitans de Fez ayant
été informez de l'avantage que les Montaguards
avoient remportez fur leurs ennemis
& fçachant que toute la Cavalerie du Roy
étoit hors du Camp , firent la même nuit
une fortie generale , furprirent le Camp , tuerent
sooo . hommes , & prirent même le Roi ;
mais ce Prince , dans la confufion de la nuit ,
trouva moyen de fe fauver , & de retourner
au Camp . Ces Lettres ajoûtent , que le General
des Négres ayant fait fommer les habitans
de fe rendre à des conditions raisonnables
ils avoient répondu , qu'ils aimoient mieux
mourir que de fe foumettre aux Négres .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tripoly
de Syrie.
E 13. Février 1719. M. Gabriel , Evêque
Maronite du Mont Liban , vint adminif◄
trer le Sacrement de Confirmation dans l'Eglife
Paroiffiale de cette Nation , à plus de 150.
garçons ou filles , parmi lefquels il y avoit
deux enfans François ; ce Prélat invita M, le
Maire , Conful de France , d'affifter à lá Céremonie
, ce qu'il fit , accompagné des Marchands
François elle fe fit avec beaucoup
d'édification . Les R R. P P, Jefuites & de
S. François , s'y trouverent. Le Conful fervit
de Parrain , auffi bien que les Religieux , à plus
de vingt jeunes enfans. A la fin de la céremonie
, où prefque toute la Nation Maronite affifta
, M. l'Evêque fit l'Eloge du Roy en Langue
Arabe , & complimenta le Conful. Ce
Prélat recommanda enfuite à tous les Maronites
NOVEMBRE . 1729. 2718
tes de prier Dieu pour la fanté & la profperité
de Sa Majefté , à quoi ils répondirent par de
grandes acclamations. Au fortir de l'Eglife , le
Conful diftribua quelques aumônes . M. I'Evêque
l'accompagna en céremonie , à la tête
de tous les Prêtres , Diacres & Archidiacres
Maronites , jufqu'à un Sallon à côté de l'Eglife
, où un magnifique dejeuner étoit prépaé.
On bût folemnellement les fantez du Pape
& du Roy , & celle de tous les Princes
Chrétiens. Le Conful fut enſuite reconduit
par les principaux Maronites , jufques dans
fa Maifon , & quelques jours après , il donna
à dîner à M. l'Evêque & à tous les Prêtres &
Ecclefiaftiques de fa fuite.
MEMOIRE de ce qui s'eft paffè au
Grand Caire , dans le Gouvernement
depuis le 12. Juillet , jufqu'an 5. Août.
1729 .
Epuis l'éxecution d'Aly , Bey , Tefter
>
dar ou Tréforier du Gouvernement du
Caire , dont Zulficar & Katamich , Beys , fe
firent donner la tête , les armes à la main , le
31. Janvier 1728. il n'y a eu de parti declaré
que celui de Zulficar , & ce Bey y a toujours
eu une autorité abfolue , particulierement depuis
que la Porte a rapellé du Gouvernement
Mehemed Pacha , & lui a donné pour Succeffeur
Bekir , Pacha , qui n'a ni la politique ,
ni l'experience de fon Prédeceffeur.
La domination de Zulficar a toujours été
affez douce & affez paifible ; mais comme le
Pacha n'en avoit abfolument que le nom , &
que rien ne fe faifoit que par les ordres de Zul-
Hij ficar
712 MERCURE DE FRANCE.
ficar , il n'étoit pas poffible que le Pacha ne
cherchât tôt ou tard à abbattre l'autorité
de ce Bey par toute forte de moyens .
L'arrivée de Cherkés Bey dans la haute
Egypte , où il eft paffé de Tripoly , de Barbarie
, étoit une conjoncture d'autant plus favorable
aux vûës que le Pacha pouvoit avoir
pour cela , que ce Bey s'y étoit joint à Solyman-
Bey , qui depuis plus de trois ans qu'il
s'étoit retiré dans le Said pour éviter de tomber
entre les mains de Zulficar , s'y étoit formé
un corps confiderable de Troupes.
Auffi le Pacha avoit- il travaillé à réveiller
dans le dedans du Caire les reftes du parti de
Cherkés , & appeilé du dehors Cherkés &
Soliman , Beys.
Les pratiques du Pacha avoient été fecretes
pendant un tems; mais la nouvelle étant
venue le 12. Juillet à Zulficar , que ces deux
Beys s'avançoient vers le Caire , cette marche
jointe à d'autres indices , lui firent foupçonner
le Pacha d'être d'intelligence avec
eux , & il n'en douta plus , lors qu'ayant demandé
au Pacha de faire fournir fur le Tréfor
du Grand- Seigneur l'argent neceffaire pour
envoyer des Troupes contre les Beys , le Pacha
le lui refufa abfolument .
Le 19. Juillet , deux jours après ce refus
Zulficar , qui fentoit de quelle conféquence
étoit pour lui de mettre le Pacha hors d'état
de foutenir l'entrepriſe des Beys qui s'approchoient
, ayant trouvé moyen d'attirer le Pacha
hors du Château , dans une grande Place
qui en eft voifine , y parût un quart- d'heure
après le Pacha , à la tête de s . à 6000. hommes
, au lieu que le Pacha n'en avoit pris que
6oo. pour la garde ; il commença par faire
OCCE
NOVEMBRE. 1729. 2713
1%
occuper les avenues du Château , après quor
ayant demandé de nouveau au Pacha l'argent
neceffaire pour les Troupes deftinées contre
les Beys , & le Pacha le lui ayant encore refu
fé , il dit net au Pacha que toutes les Puiffances
du Divan qui étoient là préfentes , le dépofoient,
& qu'il eutà fe retirer dans une espece
de prifon , qu'il lui marqua ; mais le Pacha ,
pour fe fouftraire à cette violence , fe déclara
du Corps des Janniflaires ; & comme tel , fut
remis à leur garde . Le reste du mois de Juillet
s'étant paffé à mettre les Troupes en état , it
forit du Caire le r. d'Août 6. à 70c0 . mille
hommes avec toutes les Puiffances de la Ville ,
à l'exception de Zulficar , & du Kaymacan ,
c'est- à- dire , de celui qu'on établit pendant
la vacance du Gouvernement , pour faire les
fonctions exterieures du Pacha .
Ces Troupes trouverent les deux Beys à ro
lieues du Caire, & les defirent après un choc de
trois heures , fort vif ( dit - on ) de part &
d'autres mais qui n'a pas néanmoins coûté
beaucoup defang ni aux uns ni aux autres .
Cherkés Bey elt retourné dans la haute Egyp
te , où on le pourfuit encore . Solyman a été
tué , felon quelques- uns, dans le Combat ; felon
d'autres , il a pris la même route que Cherkés
; quoiqu'il en foit , fi Cherxés échape ,
Zulficar n'aura gagné à l'avoir battu , que du
tems , & il y aura toujours beaucoup à craindre
pour lui du voifinage d'un femblable ennemi.
POLOGNE .
ON mande de Mofcou , qu'il y étoit arrivé
un Courrier de Derbent pour donner avis
au Czar que le Sultan Acheraf lui envoyoit des
H iij
Am
2714 MERCURE DE FRANCE.
Ambaffadeurs avec une fuite de 60. perfonness
& S, M. Cz, a donné des ordres pour les faire
recevoir avec beaucoup d'honneur fur la
Frontiere , & pour les faire défrayer, pendant
la route.
Le Marquis de Monti , Ambaffadeur de
France , donna le 30. Octobre à Varfovie une
Fête magnifique , à l'occaſion de la Naiſſance
du Dauphin.
Il fit illuminer le Clocher de l'Eglife de fainte
Croix , où le Nonce du Pape célebra pontificalement
la Meſſe , & entonna le Te Deum , Il
diftribua des dots à fix pauvres orphelines , délivra
& fit habiller fix Prifonniers pour dettes
& fit plufieurs aumônes aux Hôpitaux & Com
munautez Religieufes de la Ville. Son Repas
fut donné dans le Palais de la Palatine de
Polock , qui en faifoit les honneurs. On aban
donna au peuple un Boeuf rôti & toutes forzes
d'autres viandes avec plufieurs Tonneaux
de Bierre , de Vin & d'Eau de vie. Après
le Souper , on tira un très - beau Feu d'artifice ,
qui fut fuivi d'un Bal magnifique , auquel tou
te la Nobleffe vint en mafque.
On apprend auffi deWarfovie, que depuis l'ar
rivée d'un Courrier , qui a été envoyé de Ber
lin au Duc Charles Léopold de Meckelbourg ,
ce Prince a congedié une partie de fes Do
meftiques , & il fe retire tous les jours dans
un Appartement fecret , où il cherche avec
deux Etrangers des Découvertes nouvelles en
Chymie .
ALLEMAGNE .
Opublic
public l'Etat des Troupes que le Roi a
prefentement en Saxe. Il eft de 18900K
home
NOVEMBRE. 1729 2715
hommes , tant Infanterie que Cavalerie , par
où il paroît qu'on a enrôlé depuis un an dans
cet Electorat 8400. hommes des differens Bailliages.
Les Lettres de Meckelbourg portent que la
Noblefe de ce Duché s'étoit affemblée depuis
peu à Malchaw , pour deliberer fur les propofitions
faites par l'Empereur , concernant
la nouvelle adminiftration établie en faveur
du Duc Chrétien Louis , & que les Gentilshommes
Deputez étoient convenus de faire
figner à toute la Nobleffe un Memoire conte
nant les conditions fuivantes , que l'adminif
tration prochaine ne portera aucun préjudice
aux droits & prérogatives du Duc Charles
Leopolds qu'on ne pourra rien faire ni établir
de contraire à l'ancienne forme du Gouvernement
; & qu'on levera un nombre de
Troupes fuffifant dont on formera des Regi
mens pour la sûreté du Duc Chrétien Louis ,
en cas que les Troupes du Duc Charles Léo
pold , qui font à Domitz & Schwerin , refu
fent de prêter ferment au nouvel Adminiftra
teur; qu'on ne levera plus les contributions
du pays par la voye d'éxecution ; qu'on n'exercera
de contrainte que contre les intendants
& les Baillifs, & qu'on n'admettra dans le Duché
aucunes Troupes Etrangeres , fous quel
que prétexte qu'on voulut les Y faire entrer
Ces réfolutions ayant été rendues publiques ,
le Duc Charles Leopold a envoyé ordre au
Commandant de Domitz de protefter en fon
nom contre tout ce qui pourroit être fait en
confequence de cette déliberation .
On apprend de Dannemarck , que la Ville
de Wordingbourg , vient d'être totalement
détruite par un troifiéme incendie , & on n'en a
Hiiij
2716 MERCURE DE FRANCE.
pú conferver qu'une grande Maifon , neufpetites
, l'Eglife & le Château . On apprend en
même tems , qu'on avoit amené depuis peu à
Warfovie trois particuliers , arrêtez à Viadzewow
, foupçonnez d'être auteurs des incendies
fréquents de quelques petites Villes de
la haute Pologne , & que deux de ces trois
prifonniers fe font avouez coupables ; mais
qu'on n'avoit encore pû leur faire déclarer
leurs complices.
On apprend auffi que les Magiftrats de
Dantzick , ont fait retirer de leur Diftrict les
Troupes Polonoifes , qui s'en étoient approchées
, en les menaçant de faire tirer fur elles ,
les Canons des Forts qu'ils ont fait conftruire
depuis quelques années pour la sûreté de leur
Ville , & c.
Le Roi d'Angleterre a fait remettre une
fomme confiderable à Hambourg , pour indemnifer
les Officiers des Troupes que Sa Majefté
Danoiſe a fait marcher à fon fecours , des
frais extraordinaires qu'elles ont faits , & il a
écrit au Roi de Dannemarck pour le remercier
de la part qu'il a prife au differend dent
on traite l'accommodement depuis fix femaimes
à Brunswick.
La Cour de Berlin eft toujours à Wufterhaufen
, où le Roi prend fouvent le Divertiffement
de la Chaffe. Le 2. de ce mois , S. M.
tira en cinq heures de tems , 235. Perdrix ,
11. Faifans , & 18. Liévres.
On mande de Vienne que le Duc de Lorraine
en étoit parti le 9. de ce mois pour fe
rendre dans fes Etats , & qu'il avoit fait
pour 7000c . mille Florins de préfens aux Seineurs
& Danes de cette Cour.
ITALIE
NOVEMBRE. 1729. 2717,
ITALIE.
N écrit de Naples que le 21. Septembre,
on effuya à Cofcenza , dans la Calabre ,
une tempête & une pluye fi abondante, que la
Riviere qui paffe à Naples ayant débordé ,
emporta l'ancien Pont de Ste Marie & 38.
maifons , 128. perfonnes avoient été enſevelies
fous les Sables , entraînés des montagnes par
les to rens ; la plupart des maitairies voifines
de Naples ont été entierement détruites.
On a reçû avis de la même Ville que le
Viceroi avoit envoyé ordre dans tous les
Ports du Royaume d'y arrêter tous les Bâ--
timens qui porteroient le Pavillon du Pape,
& de conduire les Equipages en prifon , &-
l'on ajoûte qu'il a fait deffendre auffi toutcommerce
avec l'Etat Ecclefiaftique . La raifon
de cet ordre eft , à ce qu'on croit, la faute qu'a
faite le Barge de Civita Vecchia d'avoir fair
enlever à bord d'une Tartane d'Itrie , por- ,
tant Pavillon Imperial , un Matelot qui s'yétoit
refugié , après avoir tué un Efclave des
Galeres du Pape. D'autres croyent que cet
ordre a été donné à caufe du refus qu'on a
fait de donner fatisfaction à S. M. I au fujet,
d'un paquet de Lettres du Viceroi de Sicile,
qui a été ouvert ici par les Officiers de la
Douanne ,inais on vient d'apprendre que le
Commerce avec le Royaume de Naples eft
rétabli , & que l'affaire qui fait le ſujet de
cet Article eft accommodér.
Le 25. Octobre , le Pape fit écrire à la République
de Luques , pour l'engager à recevoir
l'Archevêque que S. a nommé , &
pour lui faire entendre qu'elle a le pouvoir ,
de l'y obliger.
Hy On
1718 MERCURE DE FRANCE .
On a reçû avis de Livourne qu'un Corfaire
Algerien s'étant emparé de deux Barques de
P'Ile de Corfe qui étoient chargées de vins ,
il avoit pris les meilleurs Effets de l'une , &
les avoit fait charger fur l'autre pour l'envoyer
à Alger avec douze Matelots de fon Equipage
, mais que le vent ayant été contraire ,
Ce petit Bâtiment avoit été pouffé dans le
Port de Livourne où le Gouverneur l'avoit
fait arrêter , comme étant de bonne prife.
Par une Ordonnance de l'Empereur , publiéeà
Naples depuis peu , il eft deffendu , fous
peine de mort de frapper au vifage avec des
Couteaux quelque perfonne que ce puifle êtres
foit en combat fingulier , comme cela fe pratiquoit
à Naples depuis environ deux ans
foit pour fervir la vengeance d'un tiers , qui
par promeffe de récompenfe voudroit engager
à un pareil crime .
Il eft arrivé à Naples le mois dernier une
Tartane venant des côtes de Barbarie , avec
dix-fept Chevaux barbes , qui ont été achetés
par ordre de l'Empereur , & d'autres
animaux, foit rares, foit de forme monstrueufe
, dans le nombre defquels il y a un Chien,
qui n'ayant que deux pates , fe tient toujours
debout.
On écrit de Florence que le Grand Duc
avoit fait prefent à l'Auditeur Conti d'un
grand Baffin de vermeil , du poids de vingt
marcs , & rempli de piftoles & de Ducats
pour le récompenfer de fon travail dans l'af
faire que ce Prince avoit avec la République
de Lucques , au fufet de la Riviere de Serchio;
tous leurs differehds ayant été terminés par
ne tranfaction dont cet habile Jurifconfulte
sâ l'auteur. 5
ESPA-
*
NOVEMBRE. 1729. 2719
ES PACNE .
Na reçû avis que quelques Galeres de
Parese avis qiz qient pris une Galliotte
d'Alger , de deux cents hommes d'équipage
, dans laquelle il y avoit quatre- vingt
Elclaves Chrétiens qui ont recouvré kur
liberté.
HOLLANDE ET PAYS - BAS
Lies Terres & les biens du feu Prince de
E Comte d'Albert ayant acquis toutes
Berghes , fon Beau - Frere , a reçû un Diplôme
de l'Empereur , par lequel S M. I. confirmant
fur fa tête le titre & la qualité de
Prince , l'applique fur le Pays de Grimberghen
dont il eft poffeffeur , lui attribuant en
même-tems les Honneurs , Qualités , Droits
& Prérogatives attachés au Titre de Prince ,
enſemble à fes Defcendants , mâles & femelles
, nés & à . naître ; & c'est en vertu de
cette Electe qu'il a fait enregistrer par tout
où il appartient , qu'il a pris le titre & le
nom de Prince de Grimberghen , & qu'il
vient de prendre auffi poffeffion dudit Pays
& Principauté dans la forme fuivante .
Le 29. de Septembre , le Prince & la Prin
ceffe de Grimberghen partirent de Bruxelles
pour faire leur Entrée folemnelle au Château
de Grimberghen , & prendre poffeffion du
dit Pays & Principauté. Ils fe rendirent au
rivage dans leurs Caroffes à fix Chevaux
fuivis de grand nombre d'autres de la prins
cipale Nobleffe & de leurs amis qui monte
sent avec eux fur une Basque de la Vilig ,
H vj ornce
2720 MERCURE DE FRANCE
ornée de Tapis , de Banderoles & Pavillons
aux Armes de Brabant , qui font le premier
quartier des Armes de la Princeffe , & au
fon des trompettes , des timballes , haut- bois
& cors de Chaffe. Ils aborderemt aux trois
Fontaines en même- tems que leurs Equipages
& Cortege , accompagnés d'une foule
incroyable de Bourgeois & de Peuple qui y
arriverent par la chauffée .
Ils y furent reçûs par M. Vander- Weynire ,
Chevalier du S. Empire , & Droffard du Pays
& Principauté de Grimberghen , à la tête
des Officiers de Juftice & de Police ; ils étoient
fuivis de trois Pucelles à Cheval , richement
habillées , celle de la droite portant l'Ecuffon
de la Maifon d'Albert , celle de la gauche
, celui de la Maifon de Berghes , &
celle du milieu ayant les Armes du Pays de
Grimberghen & la Verge de Juftice à la main.
Une Compagnie de so . jeunes garcons marchoit
enfuite , habillés en Huffards , des livrées
du Prince , portant fes Armes à leurs
Houffes & Bandouilleres , & montés fur des
fort petits Chevaux ; ils étoient commandés
par le fils du Droffatd .
Une autre Compagnie de jeunes gens fuivoit
; elle étoit habillée richement à l'antique
, avec des Robbes de velours cramoifi
brodées d'argent , & doublées de Fourures ,
autrefois ufitées dans le Pays. Venoit après
une grande troupe d'hommes à Cheval , repréfentant
des Sauvages ; puis une autre
d'hommes , déguifés en Lions ; ces deux Troupes
faifant allegorie aux Supports & Tenans
des Armes de la Maifon d'Albert & de celle
de Grimberghen. Huit Compagnies de Serments
avec leurs Rois , & leurs Officiers à
leur
NOVEMBRE. 1729. 272 A
1
leur tête , marchoient enfuite , armés de Fu
fils & Fourchettes , & ornés de leurs grand
Coliers à Plaques,de vermeil doré & d'argent,,
ayant chacun leurs Hautbois & Tambours.
Parurent enfuite avec des Bonnets où étoient
les Ecuffons du Prince , plufieurs Compagnies
de Grenadiers , qui, chacune, avoient fes Offi
ciers , Tambours , Hautbois & Fifres .
Toutes ces Troupes fe mirent en marche
pour préceder les Caroffes du Prince & de la
Princeffe qui étoient entourés de 30. de fes
Gardes , armés & habillés de fes livrées &
de fes Bandouilleres , le Droffard & les principaux
Officiers de la Principauté marchant
aux Portieres du Caroffe de leurs Exellences
& les Caroffes à fix Chevaux des Seigneurs
& Dames qui étoient venus dans la Barque ,
fermoient la marche , avec une grande foule
de Peuple.
Al'entrée du Territoire de Grimberghen on
s'arrêta ; les trois Pucelles vinrent à la Portiere
du Caroffe ; le Droffard étant defcendu
de Cheval , ainfi que le Greffier & les Gens
de Loi , prit la Verge d'or , repréſentant la
Verge de Juftice , que la Pucelle du milieu
portoit , & la remit entre les mains du Prin
ce, qui avoit mis pied à terre , pour mar
quer la poffeffion qu'il prenoit de la Principauté.
La Harrangue du Droffard finie , S..
E. lui rendit la Verge d'or , afin que doréna
vant il adminiftrat en fon nom la Juſtice
dans toute l'étendue du Pays.
La marche continua au bruit des groffes
Cloches & du carillon de la Tour , du Canon
& des acelammations d'un nombre infini
de Peuple ; il arriva à la Porte de la magnifique
& ancienne Abbaye de Grimber
ghen ,
2712 MERCURE DE FRANCE .
ghen , fondée par les Seigneurs de la Maifon
de Berghes .
L'Abbé en habit Pontifical , avec fa Croffe
& fa Mitre & fes Accolites , & fuivi de toute
la Communauté , vint recevoir L. E. à la
Porte de l'Eglife ; & après leur avoir préfenté
l'Eau- Benite, les conduifit dans le Choeur,
où ils trouverent un Prie- Dieu , couvert d'un
tapis de velours cramoifi , deux Carreaux
un grand tapis de pied & deux Fauteuils auffi
de velours , le tout garni de franges & de
galons d'or. Il n'y eut que les Seigneurs &
Dames & les Officiers neceffaires qui furent
admis dans le Choeur , les Gardes du Prince
rangés en haye en gardoient les Entrées.
L'Abbé dit la grand' Meffe qui fut chantée
en Mufique , pendant laquelle le Diacre
apporta à L. E. FEvangile & la Paix à baifer.
Après la Meffe , l'Abbé , Diacres , Soudiacres
& Acolités defcendirent au Prie- Dieu du
Prince ; alors le Droffard , le Greffier &
les Gens de Loi s'approcherent pour être,
témoins du ferment que le Prince prêta , la
main droite fur l'Evangile , jurant, devant,
Dieu de maintenir dans fon Pays & Principauté
de Grimberghen la Religion Catholique
, Apoftolique & Romaine , d'y faire rendre
juftice felon les Lois & Coûtumes du
Pays , d'en conferver tous les anciens Privileges
, & d'accorder à fes Sujets toute la
protection qui dépendroit de lui. Après quoi
' Abbé fit une courte Harangue ; & étant
remonté à l'Autel , il entonna le Te Deum ,
qui fut chanté par la Mufique , accompagnée
da bruit des Cloches , de plufieurs décharges
de Canon , de Boëtes & de Moufquetexes
; eufuite. l'Abbé reconduiſit L. E. jufqu'au
NOVEMBRE. 1729. 2723
qu'au Garoffe ; la Communauté étant restée à
la Porte de l'Eglife.
Tout le Cortege continua la marche dans
le même ordre , au travers de la Ville , décorée
de Tapifleries , d'Emblêmes & d'Infcriptions
en plufieurs Langues , & reconduifie
L. E. jufqu'au Château , où ils trouvereng
tout ce qu'il y avoit de Miniftres , de Seigneurs
& de Dames des Pays - bas & de
Bruxelles , qui n'étoient pas venus avec elles
par la Barque..
Pendant que toutes les Troupes & Serments
faifoient leurs compartes dans les Cours du
Château , on fervit en même- tems & magnifiquement
deux Tables , l'une de 45. Couverts
& l'autre de 20. où les fantez de l'Empereur
& de l'Archi- Ducheffe , furent bûes & céle
brées au bruit du Canon & de la Moufqueterie
de toutes les differentes Compagnies de
Serments , & de Grenadiers qui étoient rangées
dans les Jardins du Château
Le Dîner dura 3. heures ; il fut fuivi d'un
grand Concert d'Inftrumens , & le reste de
l'après-midi fe paffa à jouer dans les Apparte
mens...
A une heure de nuit , on ouvrit les fenêtres
pour voir l'Illumination autour de la grande
piéce d'Eau , le Feu d'artifice étoit placé au
milieu.
Alors , le Droffard préfenta au Prince , la
Lance à feu pour allumer le Feu d'artifice , &
fon Excellence la donna à la Princeffe , fon
Epoufe , qui mettant le feu à la Fufée d'une
figure qui reprefentoit un Oileau, la Fufée l'enleva
à l'inftant , & traverfant la pièce d'Eau
alla allumer le Château d'artifice .
Ce fpectacle dura trois quarts - d'heures , &
2714 MERCURE DE FRANCE
le Bal commença dans les Appartemens d'en
bas. Il fut interrompu par un grand Souper ,
& recommença enfuite , auffi bien que le Jeu
qui dura toute la nuit. Pendant ce tems tout
le Château étoit illuminé felon l'ordre d'Architecture
, auffi bien que les. Cours , avant-
Cours & Jardins.
Malgré le concours infini du peuple qui
s'étoit raffemblé pour cette Fête , tout ce qui
y eft venu a été nourri magnifiquement aux
dépens du Prince , la confommation y a été
incroyable , le Vin & la Bierre y ayant coulez .
toute la journée.
Enfin , la joye & la fatisfaction ont été generales
& égales à la Naiſſance , à la Dignité
& à la magnificence des perfonnes qui ont
honoré la Fête de leur préſence , & de celles
qui ont donné une particularité qui ne doit
pas être obmife.
GRANDE- BRETAGNE .
Na eu avis de Kenfale , en Irlande ; que
le 12 Octobre , un Bâtiment François
commandé par le Capitaine la Fléche , venant
des Côtes de Bretagne , avoit été brûlé dans
le Port de cette Ville , & que tout l'équipage
avoit péri par cet accident.
Le 2. de ce mois le Prince de Galles , accompagné
des Princeffes , fes foeurs , alla au Théatre
de Lincoln , voir la Comédie des Cherekeurs
de bonne fortune.
FRANCE ,
NOVEMBRE. 1729 2725
1
YAYAYAYAYAYAYAA
FRANCE
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E 26. de l'autre mois , le Cardinal de
Rohan , Grand- Aumônier de France , Chef
de la Commiffion , nommée par le Roi , pour
délivrer les Prifonniers pour dettes , à l'occa
fion de la Naiffance du Dauphin , fe rendit à
la Conciergerie , où il donna la liberté à environ
70. Prifonniers, Cette Commiffion eft
auffi chargée d'examiner les Placets des Cri4
minels qui font dans le cas de ceux à quiS . M.
veut faire
grace.
Le 30. du mois dernier , la Reine entendié
la Meffe dans la Chapelle du Château de Ver
failles , & S. M. communia par les mains de
l'Abbé de Saint Aulaire , fon Aumônier en
Quartier.
Le 31 veille de la Fête de tous les Saints
le Koi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle dut
Château où S. M. entendit la Meffe , & communia
par les mains du Cardinal de Rohan
Grand-Aumônier de France , enfuite le Roi
toucha un grand nombre de malades .
L'après midy , Leurs Majeftez entendirent
dans la Chapelle du Château les premieres Vê
pres , chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque de Bayeux officia pontificalement.
Le 1. de ce mois , jour de la Fête , le Roi &
La Reine entendirent la Grande Meffe , céle
brèg
2726 MERCURE DE FRANCE .
brée pontificalement par l'Evêque de Bayeux ,
& chantée par la Mufique. L'après - midi, L. M.
entendirent le Sermon du Pere Segaud , de la
Compagnie de Jefus , enfuite les fecondes Vêpres
, qui furent chantées par la Mufique , &
auquel le même Prélat officia. Leurs Majeftez
affifterent auffi aux Vêpres des Morts.
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine
entendirent la Mefle de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique.
Le 1. de ce mois , Fête de la Touffaint , il y
eut Concert fpirituel au Château des Thuilleries
. On y chanta un Motet à grands Choeurs ,
& unautre à deux voix , chanté par la De Ere
mens & l'Abbé du Cros . La Dile le Maure -
chanta feule un autre petit Motet , & on finit
par le Te Deum de M. de la Lande , précédée
d'une Symphonie de Trompettes , Timbales ,
Hautbois & Violons.
Le 2. il y eut Concert François , on executa
le Divertiffement de la Chaffe du Cerf , avec
des Cors de Chaffe. La Dile le Maure chanta
la Cantate d'Orphée , & la De Eremens , la
Cantatille d'Endimion. Le. De profundis de
M. de la Lande termina le Concert , à cauſe
de la Fête des Morts.
Le 7. & le 9. on chanta le Divertiffement de
la Beauté Couronnée , mis en Mufique par
M. Mouret , qui eft toujours très- goûté. La
Dile le Maure chanta la Cantatille d'Eglé , du
même Auteur ; la Dle Baftholet , une Ariete
Italienne , & on finit par un Motet à grand
Choeur.
Le 14. on chanta les Eleves d'Apollon , Divertiffement
mis en Mufique par M. Dornel.
La Cantate de la Naiſſance du Bal fut chantée
par
NOVEMBRE. 1729. 2727
par la De le Maure, & le Motet Exultabe
te , termina le Concert.
Le ficur Courbois , Maître de Mufique à Pa- .
ris , fit chanter le mois paffé pendant trois differentes
fois à la Meffe du Roi & de la Reine 2
un Motet de fa compofition , qui fut très ap
plaudi de la Cour , & de tous ceux qui l'entendirent.
Le Roi a donné l'Abbaye de Genlis , Ordre
de Prémontré , Diocèle de Noyon , vacante par
le décès de l'Abbé Crofat, à l'Abbé Segui , Au
teur du Panegyrique de S. Louis prêché à la
Chapelle du Louvre , au mois d'Août dernier .
dont on a donné l'Extrait plus haur, & le Prieu
ré de Lieru . Ordre de S. Auguftin , Diocèle d'Es
vreux, vacant par la mort de M. de Devifé , Evêque
de Fez, à l'Abbé Chatelain , Chapelain de
S. M.
Le Marquis de Malan de Franche Comté
Ancien Brigadier de Cavalerie , a obtenu la
Brigade des Gardes du Corps , vacante dans
la Compagnie de Noailles , par la mort de
M. le Comte de Druy . C'eft un Officier trèseftimé
, & qui ne pouvoit trop l'être , pour
remplacer quelqu'un d'auffi diftingué , par la
bravoure & par les talents de l'efprit , que l'étoit
feu M. de Druy. Le Marquis de Druy ,
pere du deffunt , eft mort Ancien Lieutenant
des Gardes du Corps , Celui - ci ne laiffe poing
de pofterité , n'ayant jamais voulu prendre
d'alliance. Il n'avoit qu'une foeur mariée au
Marquis de Guerchi , Lieutenant General des
Armées du Roi.
Depuis cette perte , M. de la Grange , Enfeigne
2728 MERCURE DE FRANCE.
feigne dans la même Compagnie , & frere de
feu M. de Segonzac , eft mort dans fa Terre ,
auprès de Fontainebleau . Sa Brigade a été donnée
à M. de la Rocqué , l'Ancien Exempt
M. de Seignieres eft monté au Bâton d'Exempt ,
& le Chevalier de Gaillon , à la place de
Brigadier.
Le Roi a remis en Penfion , en faveur du
Marquis de Calviere , fon Ecuyer ordinaire à
la petite Ecurie , une gratification annuelle de
deux mille livres , dont la plupart de fes Prédeceffeurs
avoient joui , comme faifant partie
des appointemens de leur Charge.
Le premier foin de la Reine depuis qu'elle
eft entierement rétablie de fes Couches , ayant
été de rendre à Dieu fes actions de graces
particulieres de fon heureux Accouchement
& de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
Sa Majesté vint le 7. de ce mois à l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville. La Reine qui étoit
accompagnée de Mademoiſelle de Clermont ,
Sur-Intendante de fa Maifon , & des Dames de
fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand-
Aumônier , & de fes principaux Officiers , arriva
à midi à l'Eglife Métropolitaine , ou les
Gardes Françoifes & Suiffes étoient en haye
& fous les armes. L'Archevêque de Paris
revêtu de fes Habits Pontificaux , & à la tête
des Chanoines , reçut la Reine à la Porte de
l'Eglife , avec les céremonies accoutumées ; &
après avoir complimenté Sa Majefté , il la
conduifit dans le Choeur. On chanta le Te
Deum , après lequel la Reine alla à l'Autel
de la Vierge entendre la Meffe , qui fut dite
par un de fes Chapelains . La Reine fut reconduite
à la Porte de l'Eglife avec les mêmes cévins
NOVEMBRE. 1729. 2729
remonies qui avoient été obfervées à fon arri
vées Sa Majefte étant remontée en Caroffe ,
vint au Louvre , où elle dîna. Dix- huit perfonnes
, Princeffes ou Daines du Palais eurent
l'honneur de dîner avec la Reine.
la Vers les 4 heures , SM , fe rendit par
Place des Victoires , au Convent des Capucines
; & après y avoir affifté au Salut , & demeuré
quelque-tems avec les Religieufes
S. M. partit vers les fix heures pour retourner
à Verfailles. La Reine a paru fenfible aux acclamations
, réiterées , par lefquelles le peuple
s'eft empreffé de donner des marques de fon
refpect & de fon amour pour S, M.
vre ,
Pendant le Dîner de la Reine au Vieux Lou-
M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Mufique duRoi, fit executer par les vingt - quatre
Violons du Roi , plufieurs Piéces de Symphonie
choifies , de M. de Lully. Après le
Diner , la Reine étant rentrée dans fon Appar
tement , la D'le Antier , Premiere Actrice de
l'Opera , chanta une Cantate nouvelle , intitulée
: La Nymphe de la Seine , dont les Paroles
font de M. Danchet , de l'Académie Françoife
, & la Mufique de M. de Blamont ; elle
fut chantée avec une grande précifion , & accompagnée
d'unemagnifique Symphonie , executée
par les Srs Beffon , Rebel , le Roux
Françoeur , le Noble , Braun , Marchand , Alarius
, & Brunel .
>
Le 9. la Dle Antier chanta à Verſailles devant
la Reine , dans le Salon de la Paix , la
même Cantate , avec grande Symphonie
Trompettes , Timballes , & c. après quoi M. de
Blamont fit executer par toute la Mufique
du Roi , les trois premieres Entrées du Baler
qui a déja été chanté devant le Roi , intitulé :
susiy
2740 MERCURE DE FRANCE.
Le Parnaffe. Les principaux Acteurs étoienr 5
les Ss Thevenard , d'Angerville , & Chaffé ,
& les Diles Antier , le Maure , Denis , Lenner ,
& Minier , &c. l'execution fut trouvée parfaite.
Le 16. on executa les deux dernieres Entrées
du même Balet , avec les mêmes Acteurs
& avec autant de fuccès . La Reine fut fi fatisfaite
de ces deux Concerts , qu'elle les a demandés
pour les premiers Appartemens qui fe
tiendront après les voyages de Rambouillet.
Les St Boivin , rue S. Honoré , à la Régle
d'or , & le Clerc , rue du Roule , vendent actuellement
un ſecond , & un troifiéme Livre
des Cantates de M. de Blamont , nouvellement
gravées , dont l'un eft dédié au Roi , & l'autre
a la Reine , ces Cantates font également propres
pour les Concerts particuliers , & pour
ceux qui font à grande Simphonie , étant
compofées pour la plupart des differens Inftrumens
dont on fe fert ordinairement dans les
grandes Mufiques. On vend le fecond Livre
neuf liv. & le dernier trois liv . feulement , ne
contenant pas tout- à - fait la moitié des Planches
de l'autre.On trouve auffi chez les mêmes .
le premier Livre , où font gravées les Cantatés
de Didon , de la To letto de Venus , & autres. ›
Si les deux derniers Livres qui paroiffent aujourd'hui
. font auffi agréables au Public que .
le premier , l'Auteur fe promet d'en donner
un quatriéme à la fin du mois de Janvier- prochain
, lequel avec le troifiéme qu'il donne
aujourd'hui , poutra faire un volume de la
groffeur des deux premiers Livres enſemble.
+
-Le fieur de Boullongne ayant appris le Dimanche
au matin ,. Novembre, que la Reine
vient
NOVEMBRE 1729 2731
1
viendroit à Paris le lendemain, pour continuer
de fignaler fon zele , il mit tout en ufage
pour trouver 4. Bateaux chargez , trois à remonter
en préfence de S. M. l'un en ſoupente ,
l'autre au double ; le troifiéme au triple du
chemin , que fa Machine auroit fait elle- même
, & le quatrième , à envoyer en mêmetems
loin , au- deffus d'elle, à fa même vîteffe
comme il fit le 18. Août dernier ; mais il n'a pû
faire autre chofe ce jourlà que de faire defcendre
fa Machine , conftruite fur un Bateau toujours
lefté de 200. milliers de pierres , devant
l'Appartement de S. M. & les Paffeurs publics
l'empêchant abfolument de defcendre plus
bas , il y attendit l'arrivée de la Reine , & fur
de midi il falua S. M. de la décharge de 30-
Boëtes , tirées une à une , en remontant au
Pont-Neuf , à la vuë de S, M. Après quoi , defrendu
de nouveau devant l'Appartement de
la Reine , S. M. paroiffant à l'entrée de fon
Jardin vers les quatre heures , le fieur de
Boullongne fit de nouveau en 9. minutes
en préſence de S, M. remonter fa Machine au
Pont Neuf , diftant de 220. toiſes , en tirang
un pareil nombre de Boetes , & c,
Le 8 la Lotterie pour le Remboursement
des Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en
préfence du Prévôt des Marchands & des
Echevins , en la maniere accoûtumée. Le
fonds de ce mois s'eſt trouvé monter à la fomme
de 1120075. liv . 15. f. 3. d. laquelle a été
diftribuée aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échûs , conformement à la Lifte generale
qui a été rendue publique. Le Lot le plus con-
Giderable de ce mois , qui eft de 6000, liv. eft
éch
2732 MERCURE DE FRANCE :
échû au Numero 153167. fous la Devife s.
Michel.
Le 12 de ce mois , l'ouverture du Parlement
fe fit avec les céremonies accoutumées ,
par une Meffe Solemnelle , célebrée pontificalement
dans la Grande Salle du Palais , par
Archevêque de Paris , & à laquelle le fieur
Portail , Premier Prefident , & les Chambres
affifterent.
On travaille avec une extrême diligence à
la magnifique Fête que les Ambaffadeurs d'E
pagne doivent donner par ordre du Roi Catholique.
Elle confiftera en un fuperbe Feu
d'artifice fur la Riviere de Seine , vis - à- vis le
Louvre , dont les S's Servandoni & Beaufire
ont la direction , en une grande illumination à
l'Hôtel de Bouillon , en un Feftin dans le
Jardin du même Hôtel , où l'on conftruit actuellement
une Salle de Charpente , de grandeur
convenable pour y plaeer trois Tables
de plus de cent Couverts chacune , &pour y
donner le Bal enfuite. Nous en parlerons plus
amplement.
On nous a écrit de Berry , que le 18. Octobre
dernier , M. le Comte d'Eftampes , Brigadier
des Armées du Roi , Capitaine des Gar
des du Corps de feu S. A, R. Monfeigneur le
Duc d'Orleans , pour marquer fon zele à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin , fit illumi
ner fon Château de la Ferté- Imbaut , qui eft
grand , vafte & élevé fur des Terraffes de plus
de quatre mille Lampions & Terrines. On y
-tira un fort beau Feu d'artifice , & les Fontaines
de Vin coulerent abondamment dans
le Village.
,
NOVEMBRE. 1729 2733
Voici le Difcours que M. Walpool , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre , fit au
Roi , en complimentant S. M. dans
une Audience particuliere.
SIRE,
Le Roi mon Maître , uni avec vous par les
mauds de l'amitié la plus fincere la plus
parfaite , conçoit la plus vive joye du bonheur
de V.M.il n'y eft pas moins fenfible que s'il lui
droit arrivé à lui - même la plus grande de toutes
les profperitez, Heureux les Princes dont les
voeuxfont accomplis par unEvenement qui fait
en même tems la felicité des Sujets , la joye
des Alliex , & l'interêt commun de l'Europe :
la felicité des Sujets , en procurant leur sûreté
pour le préfent pour l'avenir , fans qu'il
beur coûte ou de leur fang , on de leurs biens i
la joye des Alliez , fans autrejalousie ou ému-
Jation , que celle de cultiver à l'envi l'amizié
de V. M. Pinterêt commun de l'Europe ,
par l'efperance d'une tranquillité conftante &
durable fans être achetée par des victoiresfunef- i
#es. S'il m'étoit permis, SIRE , d'ajouter en
Bette occafion quelque choſe en mon nom parviculier
, je dirois que ce grand Miniftre qui a
an le bonheur d'être auprès de la perfonne facrée
de V. M. dès fa plus tendre jeuneſſe , & qui
par fes lumieres envisage mieux que tout autre
toutes les heureufes fuites de la Naiffance d'un
Dauphin , qui fera un jour l'Imitateur de vos
Verius. Ce Minifire même , fi j'oſe le dire , ne
I reffent
2734 MERCURE DE FRANCE .
*
33
reffent rien dans fon coeur que le mien n'ait ref-
Senti à la premiere nouvelle d'un évenement qui
doit être la fource de tant de biens.
DISCOURS prononcé par M. l'Evêque
de Boulogne , le Samedy 17. Septembre
avant la Benediction des Drapeaux des
Compagnies des Nobles & fideles Bourgeois
de la Ville de Calais.
Benedictus Dominus Deus meus , qui
docet manus meas ad prælium.
Eni foit le Seigneur mon Dieu , qui diris
ge & fortifie mon bras dans les Combats.
Ainfi parloit David , en rendant à Dieu des
Actions de graces pour la Victoire qu'il avois
remportée fur Goliath . Pour vous , Meffieurs ,
vous ne venez pas aujourd'hui dans ce Saint
Temple le remercier d'une victoire remportéefur
les Ennemis ; mais , inftruits qu'il n'eft pas
moins le Dieu de Paix que le Dieu des Combats
unefage & genereuse prévoyance , que la fidelité
pour le Roi , & l'amour pour la Patrie
infpire à votre coeur veritablement François
vous conduit au pied de ces Autels pour lui
demander qu'en beniffant vos Drapeaux par
mon Miniftere , il conduife & fortifie vos bras
pour , à l'exemple de vos illuftres Ancêtres , être
toujours prêts à les employer au ſervice du
Roi , notre Maître , & à la deffenfe de votre
Patrie.
Qu'on ne s'étonne done pas , fi au milieu de
la Paix , dans un tems où le Roi uniquement
attentif au bonheur de fes Sujets , n'eft occupé
qu'à
NOVEMBRE. 1729 2735
qu'à concilier les interêts de toutes les Puiffances
voisines ; & tandis que vous faites éclater
avec magnificence votre joye pour la Naiffance
d'un Prince , que nous regardons comme
l'heureux préfage de la tranquillité de l'Europe
entiere , vous venez ici dans un équipage
de Guerre , reconnoître que c'est de Dieu feul
qu'on tient les fentimens d'une veritable brayoure
, comme c'est lui feul qui donne les Victoires.
Vous le fçavez , Meffieurs , ces inftrumens
& ces appareils de Guerre , ne font pas telle
ment destinés à attaquer les ennemis , ou à se défendre
centre eux,c.qu'ils ne fervent encore à contenir
l'inquiétude de ceux qui par des vues
d'interet ou d'ambition , pourroient troubler
notre repos ; ainfi non contens de vous rendre
utiles à la France par un commerce avanta❤
geux , & que vous foutenez avec tant d'honneur
, vous voulez encore faire respecter la
paix dont nous jouiffons , & être toujours en
état de reprimer les efprits turbulens qui vous
droient s'opposer aux fages deffeins & aux pacifiques
confeils de notre glorieux Monarque.
Pénetrez des mêmes fentimens d'amour &
de fidelité , touchez d'ailleurs de l'attaches
ment inviolable que vous avez confervé dans
les tems les plus nébuleux pour la Religion de
vos Peres , nous allons joindre nos voeux aux
vôtres , pour demander à Dieu que les Dra
peaux fanctifiez par fa benediction , foient dans
toutes les occafions où vous ferez obligé de
vous en fervir , terribles aux ennemis de l'Etat
, & qu'à leur afpect heritiers de la valeur
de vos yeux , vous soyez toujours animez
de cette noble ardeur dont ils ont donné tant ,
de fois des preuves fi éclatantes , que l'envie-
I ij &
2736 MERCURE DE FRANCE ..
la longueur des temps n'a på les obfcureir
dont la mémoire confervée dans nos Annales,
paffera à la gloire du nom Calefien , jufqu'à in
pofterité la plus reculée.
BOUTS - RIME'S donnez dans
Le Mercure de .....
Tout Voilà ,
Out beau , Meffieurs , tout beau , les Rimes
que
Vous fervent à choquer bien plus d'une fabelle,
A vos Réflexions , s'il vous plaît , alte là:
Et refpectez la fage auffi bien que la Belle.
Près d'elle quelques uns font mal venus déjas
De courroux contre vous la moins prude éti •~
celles
Croyez- moi , s'il en fût que l'argent terraſſa ,
Il en eft qui de lui détournent la prunelle
offre
Quoique faffe un Amant , quoiqu'il tente , ou
qu'il
Quand même de Plutus il ouvriroit le coffre ,
Qu'il voudroit le donner en partie , ou tout
L'artifice eft groffier pour la fage
La folide vertu qui le connoît
Méprife fes trefors & jamais ne
pleins
Pacelle
Soudain ,
chancelle
PaNOVEMBRE,
1729. 2737
!
Papillon , Graveur en Bois , demeurant à
avertit Paris , rue S. Louis , près le Palais ,
Les Curieux , que fon petit Almanach de Paris
pour l'année 1730. fera en vente le 15. du
mois de Decembre , & qu'il este augmenté de
de trois grandes Planches , dont une est allé
gorique à la Naiſſance du DAUPHIN , qu'on a
prefentée au Roy.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Marguerite
-Therefe Rouillé , veuve du Duc de Richelieu, Pair de France , &
cy-devant Lieutenant General des, Galeres
Chevalier des Ordres du Roi , & Chevalier
d'honneur de feuë Madame la Dauphine ,
Ayeule du Roi , mort le ro. May 1715. mougut
en cette Ville le 17. du mois dernier , dans
la 69e année de fon âge. Elle étoit veuve en
premieres Noces de Jean - Baptifte-François de
Noailles , Marquis de Monclar , Lieutenant
General au Gouvernement de la Haute Auvergne
, & Maréchal des Camps & Armées
du Roi , qui mourut le 23. Juin 1696.
Le 18. Octobre , M. Nicolas- Jean - Baptifte
Ravot , Chevalier , Seigneur d'Ombreval , Lagueriniere
, Blemar , & c. cy devant Lieutenant
General de Police , Intendant de Touraine ,
Maître des Requétes , Confeiller d'honneur de
la Cour des Aydes , mourut à fa Terre de Lagueriniere
, âgé de 14 ans .
Chrétien de Lamoignon Marquis de Baf
ville , Commandeur & cy- devant Secretaire
des Ordres du Roi , & Prefident à Mortier du
Parlement , mourut en cette Ville le 28. du
I iij même
2738 MERCURE DE FRANCE.
même mois, dans la 54e année de fon âge, après
avoir exercé la Charge de Préfident à Mortier
pendant 22 ans. Il étoit petit- fils de M. Guillaume
de Lamoignon , mort Premier Prefident
du Parlement de Paris , le 10. Décembre 1677.
Le Roi a donné fa Charge à fon fils.
Dame Françoife - Angelique Chuppin , veuve
de M. Louis François Moufle de Champigni ,
Tréforier general de la Marine & du Marc
d'Or , & auparavant de M. Bernard Ourfel ,
Correcteur des Comptes , morte à Paris le 10 .
de ce mois , âgée de 64. ans .
I
M. Louis Blouin , Gouverneur du Château
de Verfailles & de fes dépendances , Gouverneur
de la Ville de Coutances , mourut à Verfailles
le 11. dans la 72c année de fon âge.
Dame Antoinette de Beauvilliers , veuve
de Me Louis Sanguin , Marquis de Livry,
Premier Maître d'Hôtel du Roi , mourut en cette
Ville le 13. âgée de 76 ans.
Le 15. Dame Marie- Therefe de Brudelor ,
veuve de M. Germain- Michel Camus de Beaulicu
, Chevalier , Confeiller d'Etat & Controlleur
general de l'Artillerie de France , mourut
âgée de 70. ans.
M Gabriel d'Heffy , Lieutenant General des
Armées du Roi, Colonel d'un Régiment Suiffe,
de fon nom , Capitaine General du Canton
de Glaris & du Confeil Souverain de ce Canton
, mourut en cette Ville le, 21. âgé d'environ
80. ans.
Les. Octobre , Dame Jeanne-Louife Thevenin
de Courfan , Epoufe de M. Jean- Zacharie
de la Faurie , Préfident en la Cour des Aydes
, accoucha d'un fils , qui fut baptifé le
6. Novembre & nommé Jear -Zacharie , par
Jean
NOVEMBRE. 1729. 2739
Jean de la Faurie , ancien Capitaine des Gre
nadiers , Baron de Mafperée , & par D. Marie
de la Geard , Epoufe de M. de la Faurie ,
Seigneur de Montant , Confeiller de la Grand-
Ghambre au Parlement de Bordeaux .
Le 6. Novembre fut baptifée à S. Euftache ,
Sophie , fille de Philippe- Charles , Comte
d'Eftampes , Marquis de la Ferté- Imbault ,
Salbris , &c. Brigadier des Armées du Roi ,
Meftre de Camp d'un Régiment d'Infanterie ,
Capitaine des Gardes de feu S. A. R. M. le
Duc d'Orleans , & de D. Jeanne- Marie Dupleffis-
Chatillon , fon Epoufe .
'
Le 8. Août 1729. M. Paul- Etienne - Charles
Maynaud , Confeiller au Parlement de Paris
, fils de M. Etienne Maynaud de la Tour .
Ecuyer , Grand Bailly de Chancellerie , & de
D. Marie Anne l'Argentier , époufa De Marie-
Nicole Roflin , fille de M. Edme- Jofeph
Roflin , Confeiller du Roi , Fermier General
des Fermes de S. M. & de D. Jeanne Marie de
Beaufort
Charles- Louis - Augufte Fouquet , Comte de
Bellifle , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Meftre de Camp general des Dragons
de France , Gouverneur d'Huningue , & Commandant
pour S. M.. dans le Pays des trois
Evêchez , veuf de Henriette de Durfort , époufa
le 15. Octobre Dame Louife-Marie - Therefe-
Emanuelle- Geneviève de Bethune , veuve
de François Rouxel , Marquis de Grancey
Lieutenant General des Armées du Roi , Gouverneur
de Dunkerque , fille de Louis - Marie-
Victoire, Comte de Bethune , Brigadier des Armées
du Roi , & de Henriette de Harcourt Beu-
Vron.LeMariage fut celebré par le Curé de faint-
I iiij Euftache
,
2740. MERCURE DE FRANCE:
Euftache dans l'Eglife des Religieufes Corde
lieres de la rue de Grenelle, Paroiffe S.Sulpice.
Le Comte de Coigny, fils du Marquis de Coi .
gny , Colonel General des Dragons , a épousé
en Bretagne , Me de Névèt , Fille de qualité,
& riche heritiere de cette Province.
Jean Rétou , Peintre du Roi , de l'Acadé
mie de Peinture & Sculpture , époufa le 14.
Novembre Marie- Anne Hallé , fille du fieur
Hallé , auffi Peintre du Roi & Premier Profeffeur
en la même Académie. Le fieur Rétou
, qui eft neveu & Eleve du celebre Jean
Jouvenet , eft déja connu par plufieurs Ou
vrages qui font efperer qu'il parviendra à la
réputation de fon Maître.
L
Réjouiffances.
E Havre de Grace eft une des Villes du
Royaume ou la joye de l'heureux accou
chement de la Reine & de la Naiffance d'un
Dauphin a le plus éclatté. Après des Fêtes
magnifiques que donnerent l'un après l'autre
le Commandant & l'Intendant de la Marine
le Corps de Ville eut fon tour le Mercredy
28. de Septembre.
Les Maire & Echevins avoient rendu une
Ordonnance pour en annoncer le jour à laVille;
toutes les Boutiques demeurerent fermées,
chacun des habitans ne s'étant occupé que du
foin de prendre part aux démonſtrations d'une
joye commune , en préparant des Illuminations
à toutes les fenêtres de leurs maiſons,
Les Maire & Echevins avoient fait prépa
rer un Feu d'artifice & 8000 Lampions pour
celles de l'Hôtel de Ville , mais un vent
furieux rendit ces préparatifs inutiles. Ils
avoient
NOVEMBRE. 1729 2741
avoient fait dès 7. heures du matin l'ouverture
de la Fête par une diftribution de près
de sooo. livres de pain , & d'une centaine de
piftoles de menues efpeces aux pauvres. On
fit couler deux Fontaines de vin l'après
midi. Sur les 6. heures du foir , le Corps de
Ville s'affembla au grand Hôtel , & fe rendit,
M. le Commandant à la tête , à l'Eglife de
Notre Dame, précedé des Gardes de M. le
Gouverneur , de tous les Violons de la Ville
& des Tambours ; deux Compagnies de Grenadiers
rangées en haye , tenant le paffage li
bre. On y chanta le Te Deum , où les Officiers
du Baillage , de la Vicomté , de l'Amirauté
& du Grenier à Sel , affifterent .
Le Corps de Ville revenu dans le même ordre
à la Place d'Armes , M. le Commandang
mit le feu au Bucher préparé devant la Statue
de Louis XIV. & les acclamations redoublées
fe mêlerent à l'inftant au bruit de l'Artillerie.
Delà M. le Commandant retourna à l'Hô
tel de Ville, & y donna la main à Me de
Rancey , Niece de M, le Gouverneur , choifie
pour la Reine de la Fête , & il la conduifit
au Cours Major , lieu deftiné pour le Repas
& pour le Bal. Cet endroit planté de trois
rangées de jeunes arbres parallele à la mu
raille de la Ville , & dont les branches entremêlées
forment un Berceau de verdure , étoit
couvert de planches & de voiles au -deffus ,
depuis la Tour qui flanque les deux murailles
jufqu'à la Porte du Perré
Dans l'Allée du milieu, on avoit difpofé une
Table longue de 150 pieds & large de 7. fur
laquelle il y avoit 208. Couverts ; 1oo. à chacun
des côtez , & 4. à chaque bout , qui fuffrent
à peine pour Mrs le. Commandant , l'In-
Iv tendang
2742 MERCURE DE FRANCE:
•
tendant & les Dames , qui s'y trouverent err
fi grand nombre , qu'on ne croit pas qu'il s'en
foit jamais trouvé autant , & de fi parées à
une même table.Il y en avoit 153.& de chaque
côté plus de 60. de fuite , fans mêlange de
fexe , ce qui , avec leur parure , & à Péclat
d'une ligne de Lampions contre la muraille ,
attachez à tous les arbres , de 15. Luftres
à 6. branches uniformes au deffus de la Table,
d'un nombre infini de flambeaux & de chandeliers
à 2. branches , deffus avec fymétrie ,
faifoit le plus beau coup d'oeil du monde.
Outre cette Table , il y en avoit dans une autre
Allée trois de 22. Couverts chacune , qui
furent également & magnifiquement fervies
avec beaucoup d'ordre & fans confufion , par
la précaution que l'on avoit euë de n'en point
permettre l'entrée aux Valets ; les Dames pouvant
fe fervir commodément elles - mêmes par
des Caraffes de vin & d'eau , rangées proprement
de chaque côté de la Table , & ne manquant
pas d'ailleurs de Cavaliers atrentifs à
les fervir & qui refterent en grand nombre
derriere elles , & pour lefquels , après qu'elles
furent levées , on forma de fecondes Tables .
Tous les Conviez , animez du même efprit ,
fe livrerent aux tranfports d'une exceffive
joye & aux fantez du Roi , de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , comme au premier
coup de chaque falve des Canons de la Citadelle
& de la Tour. Ces 153. Dames crierent
à l'uniffon d'autant de voix gracieuſes , où fe
mêloient celles des hommes , Vive le Roi ,
vive la Reine , vive Monfeigneur le Dauphin:
Au Souper fucceda le Bal , qui commença
d'abord dans l'Hôtel de Ville , & qui fe conainua
jufqu'au jour. La Fête fut terminée par
un
NOVEMBRE. 1729. 2743
un Réveillon qui fut fervi dans l'Appartement
de la Reine , & tous les débris de grand &
magnifique Repas , furent donnez aux Pauvres
& aux Prifonniers.
La Ville de Châtillon - les- Dombes, en Breffe,
dépendante du Gouvernement de Bourgogne ,
n'a pas été des dernieres à donner des marques
de la joye qu'elle a euë de la Naiflance
de l'Héritier préfomptif de la Couronne. Les
Réjouiflances fe firent le 23. d'Octobre & fu
rent précedées par la réception de M. le Marquis
de Chenelette , Brigadier des Armées du
Roi , Lieutenant Colonel du Régiment d'Epernon
, nonimé par le Roi Gouverneur de
cetteVille & du Château.Les Magiftrats l'attendirent
entre les deux Portes , pour lui préfenter
les Clefs de la Ville & le haranguer. Le
Capitaine Châtelain de la Ville , à la tête de
plus de 400. hommes de Milice Bourgeoife ,
bordoit les rues . Une autre Troupe de Bourgeois
à cheval, avec Trompettes & Timbaliers,
avoient été au- devant du nouveau Gouverneur
, qui à fon arrivée reçût les complimens
de tout le Corps de la Ville , & c.
Après les Céremonies faites à l'Hôtel de
Ville , le Te Deum fut chanté en Mufique dans
l'Eglife Collegiale. Le foir toutes les maifons
furent illuminées avec des Lanternes aux Ar
mes du Dauphin. Il y eut un Feu d'artifice ,
qui fut très-bien executé , avec quantité d'Emblêmes
. Les Magiftrats avoient fait préparer
pour le fouper quantité de Tables où il y avoit
plus de 200 perfonnes , qu'on fervit avec tou
te la profufion & la délicateffe poffible. Pendant
que plufieurs Fontaines de vin couloient
pour le Peuple , &c,
I vj L'Ab2744
MERCURE DE FRANCE.
L'Abbaye Royale de S. Germain d'Auxerre ,
eft une des plus ancienes du Royaume , & des
plus celebres. Parmi le grand nombre de Princes
qu'elle a eus pour Abbez , elle compte un
Fils de France , en la perfonne de Lotaire , fils
de l'Empereur Charles le Chauve.
Le 22. Septembre , jour de S. Maurice , premier
Titulaire de cette Eglife , refpectable par
la multitude de Saints qui y repofent , fut
choifi pour rendre à Dieu des actions de graces
pour le don inestimable d'un Dauphin. La
céremonie fut annoncée à midi par les Cloches
& par une décharge de Coulevrines &
de Boetes , placées fur la Terraffe du Jardin .
A fix heures du foir , les Religieux , après les
Complies , fe revêtirent de Chappes , & l'Orgue
joua en attendant tous ceux qui devoient
affiter à la Céremonie fuffent arrivez .
Cette heure fut choifie , afin que la décoration
du Choeur & du Sactuaire parût davantage.
Tout le Choeur étoit éclairé d'un
double rang de Cierges qui regnoit tout autour
du Sanctuaire , dont l'Autel étoit illuminé
extraordinairement.
Dès que tout fut prêt , les Officiers fe rendirent
au Choeur. L'Officiant & fes Affiftans
en Chappes , monterent d'abord à l'Autel
pour encenfer la Châffe de S. Germain , que
Fon avoit expofée , quoiqu'on ne le faffe que
trois fois l'an ; aptès quoi deux Religieux.
entonnerent les Litanies de la Vierge , qui furent
fuivies du Te Deum , lequel fut chanté
alternativement par le Choeur & par l'Orgue..
L'Artillerie , qui avoit fait une décharge au
commencement de la Ceremonie , continua
pendant tout le Te Deum , ainfi que le carillou
des Cloches. Enfuite on chanta folemnelment
NOVEMBRE. 1729. 274
1
2
lement l'Exaudiar , après lequel on alla en
céremonie allumer le Feu préparé.Il étoit dreffé
fur la même Terraffe , où étoient placées les
Coulevrines. Les Religieux y étant arivez ,fe
rangerent fur deux lignes , & l'Officiant y
mit le feu , au bruit d'une nouvelle décharge
qui fut plufieurs fois réiterée. Au retour onchanta
le Cantique Benedictus. Les Religieux
donnerent enfuite un Souper à plufieurs perfonnes
diftinguées qui avoient afifté à la Céremonie,
Sur les 8. heures la Fleche du principal Clocher
parut illuminée par un double rang de
Lampions , qui regnoit tout autour , auffi -bienque
le haut des deux grandes Croifées de
FEglife , fur lefquelles on lifoit , Vive le Roi ,
vive Monfeigneur le Dauphin. Pareilles Illuminations
étoient auffi aux fenêtres qui regar
dent fur le Rivage , & furent encore continuées
le lendemain.
Les Réjouiffances qui ont été faites à Saint
Quentin, méritent bien de n'être pas omifes ,
tant parce qu'elles ont été des premieres après
celles de Paris , que parce que la Ville n'a rien
oublié pour les rendre complettes. Le Te
Deum , fut chanté dans l'Eglife Royale dis
le rr. du mois de Septembre , avec toute la
pompe poffible & une grande Mufique. Le
Chapitre marqua fur tout fon zele par des
liberalitez faites dans toutes les Maifons de
Charité & à plufieurs Communautez: Religieufes.
Le même jour le Peuple , en préve
nant les ordres des Magiftrats , commença les-
Réjouiffances , qui ont duré & jours confécutifs
; pendant tout ce temps l'Hôtel de Ville
& toutes les Maiſons furent illuminées ; enfin
tous
2746 MERCURE DE FRANCE .
tous les Corps de la Ville ont chacun caracterifé
leur joye par quelque trait fingulier.
M. l'Abbé Hauftome , Chanoine de Saint
Quentin , devoüé de tout temps aux Beaux-
Arts , & connu par les Fêtes qu'il a données
à l'occafion du Sacre & de la Majorité du Roy,
s'eft fort diftingué en celle - cy , par une Illumination
des mieux entendues , & qui mérite
d'être rapportée. Quatre Colomnes de l'Ordre
François , diftribuées avec intelligence , partageoient
trois efpaces , ornez avec un gout
fingulier , & fupportoient un grand Couronnement
ceintré élevé au- deffus de l'Avant-
Corps. L'Edifice étoit pofé fur de grands Socles
, & étoit furmonté d'une Couronne Royale
des plus brillantes en amortiffement. Un
grand Tableau ovale , bordé de quantité de
Iumieres avec cette Infcription , NATALES
DELPHINI , Occupoit le centre de la face
principale de cette Décoration , & étoit accompagné
à chaque côté de trois Médaillons
attachez perpendiculairement l'un fur l'autre,
dans l'entre- collonement des Arrieres - Corps.
Les Infcriptions dont ils étoient chargez , défignoient
les heureux effets de l'Evenement qui
intereffe toute l'Europe . Enfin toute cette Architecture
lumineufe , conduite avec Art , autant
réguliere qu'éclatante, favorisée d'ailleurs
d'un calme parfait dans une nuit favorable ,
ne fit pas moins d'honneur à fon Auteur , que
tout ce qu'il avoit imaginé & executé jufqu'alors
dans ce genre- là.
M. Bruni de S. Cannat , fameux Négociant
de Marfeille , donna le Dimanche 23. Öctobre
une grande Fête à fa Terre de la Tour d'Aigues
, à neuf lieues de Marfeille. Il avoit invité
NOVEMBRE. 1729 2647
vité quantité de Nobleffe & de perfonnes de
diftinction , de la Campagne & des Villes
voifines.
La premiere Cerémonie & celle à laquelle
le Peuple s'intereffa le plus , fut de tranfporter
un Boeuf tout entier embroché , caparaçonné
& orné de Bouquets & de Guirlandes
de Fleurs , du Château à l'endroit où il de
voit être rôti ; il y arriva fans accident , après
qu'on l'eut promené dans le Bourg , efcorté
par une Compagnie de cent hommes bien
armez , & au fon de fix tambours , fix tam
bourins & une bande de violons.
Après cette expedition , M. & Me de S.
Cannat , avec une partie de la Compagnie
qu'ils attendoient,affifterent à la grande Meffe,
& revinrent enfuite au Château , ou un fplendide
diner fut fervi , après lequel toute l'af
femblée qui groffiffoit à tout moment , fortit
pour aller aux Aires , qui font des Places fort
fpacieufes , & on y forma des Danſes au fon
des tambourins du Pays , tandis que le Peuple
danfoit au fon des tambours. Ces Danfes
fe multiplierent fi fort , car on aime à
danfer en Provence , & le concours y fut fi
grand , qu'on ne fçauroit exprimer les tranf
ports de tout ce monde danfant , moins encore
l'étonnement des Spectateurs , de voir
tant de gens en mouvement , qui à quelque
diftance paroiffoient tous danfer & fauter.
On croira fans peine que dans un pareil
exercice on gagne de l'apetit. M. de S. Cannat
eft trop bon Citoyen , & aime trop fes
Vaffaux pour ne l'avoir pas prévu . Vers les
trois heures , les Danfes furent tout à coup
interrompuës , fans que la fimphonie champêtre
& guerriere ceffat ; mais tout le menu ટં
peuple ,
2748 MERCURE DE FRANCE.
peuple , quoiqu'extrêmement animé à la Dan---
fe , fut animé du foin ' encore plus preffans
à l'afpect du Boeuf tant defire , bien &
duement rôci , qu'on apporta au fon des fantares
& des acclammatious vives & mille
fois redoublées , tant de gofiers alterés voulant
fans doute fe dedommager du filence
qu'ils alloient garder.
Le Boeuf cheri , & déja dévoré des yeux,
quoiqu'infiniment refpecté , arriva à travers
la foule dans un lieu préparé & entouré d'une
folide barriere , où des Ecuyers tranchans.
également adroits & expeditifs le depecerent
& le diftribuerent au Peuple fans perte de
tems , avec une quantité de pain convenable.
Le vin n'étoit pas loin , une Fontaine
du meilleur du Pays coula à l'inftant , &
en fournit abondamment à tout le monde ,.
un calme admirable fucceda aux plus grandes
agitations , & ce ne fut qu'après avoir
largement repu que les chanfons commen
cerent à fe faire entendre , & ainfi par gradation
, chacun bien fatisfait de foi , plein
de contentement & de joye fe livra à d'au
tres transports d'allegreffe.
M. de S. Cannat avec toutes les perfonnes
invitées affifta aux Vêpres , à la fin defquelles
le Te Deum fut chanté dans l'Eglife Paroiliale
au bruit de 60. Boëtes & d'une décharge
de Moufqueterie de la Compagnie de
Milice Bourgeoife dont on a parlé. La Proceffion
fe fit enfuite , accompagnée de toute cette
brillante Troupe ; au retour il y eut Salus
& Benediction , accompagnée d'une feconde
falve ; après quoi on alluma le feu de la Communauté
, avec les Ceremonies accoutumées,
& toute la Compagnie invitée s'en retourna
an
NOVEMBRE. 1729. 2749
1
1
au Château , precedée de tous les Inftrumens.
Les Danfes qui ( ſelon le Proverbe ) avoient
recommencé aux Aires , durerent jufqu'à la
muit , qui fut fort belle & fort calme. Quand
elle eut déployé tous les voiles on tira un Feu
d'artifice , dont l'execution reuffit parfaitement
, & dura une heure , à la très grande
fatisfaction de tous les Spectateurs , la plus
grande partie venus des lieux circonvoifins.
La Compagnie invitée s'amufa à divers Jeux
dans la Galerie du Château , & à l'heure du
fouper on paffa dans un magnifique falon ,
fuperbement éclairé , où l'on trouva une table
en fer à Cheval de 60. Couverts , fervie
avec autant de profufion que de delicateffe
de choix & d'ordre . Soixante Dames invitées
par le Seigneur & la Dame du Château , très
bien parées , y prirent place. Les hommes
au nombre de plus de 15o. voltigeoient autour
pour les faire fervir ; & les Dames fenfibles
à cette politeffe ne les laiffoient manquer
de rien.
Après le fouper qui fut un peu long , on
ouvrir un Bal magnifique qui dura jufqu'au
jour , pendant lequel on fervit toutes fortes
de rafraîchiffemens , par l'attention de M. &
de M. de S. Cannat , qui avec des manieres
nobles & gracieules prévenoient tont le
monde ; ils avoient donné de fi bons ordres
que tout le paffa fans le moindre trou-,
ble , & que tout le monde fut content , même
les gens du meilleur gout qui ont applaudi
à cette Fête , & en ont été charmez .
Au refte , le Château de la Tour d'Aigues ,
qui eft un des plus beaux Edifices du Royaume
, bâti à peu près fur le modele de celui
de Meudon , étoit magnifiquement illuminé.
M
1750 MERCURE DE FRANCE .
M. Granier , Directeur de l'Opera à Bor
deaux , a auffi marqué fon zele avec beaucoup
d'ardeur & d'éclat ; il donna , à fes frais , au
Public une Repréſentation de Pirame & Thif
bé. L'affemblée étoit également nombreuſe &
choifie.
Le lendemain ; . O&tobre , tout l'Opera fe
rendit chez lui , où l'on executa un Concert
à grands Choeurs , qui fut trés applaudi par
une belle affemblée , & qui dura jufqu'à la
nuit , à quoi fucceda le fpectacle d'un Feu
d'artifice qui reuffit très - bien. Vis -à -vis de fa
maifon qui donne fur une Place , s'élevoient
quatre Portiques en Pilaftres , d'Ordre Dorique
, de plus de 36. pieds de hauteur , avec
un dôme au-deffus , foutenu par quatre Co
lomnes Corinthienes . Les Terrines & les Lampions
y confondoient leurs lumieres , & n'y
laifoient que des intervalles pour des Devifes
& Emblêmes allegoriques au fujet de la
Fête. Une Renommée tenant les Armes du
Dauphin & c. terminoit tout l'Edifice. Un
Dauphin porta le feu à toute la Machine qui
parut à l'inftant enflammée , & qui éclata en
Pufées , Serpentaux , Lances , Gerbes , Soleils
& c. ce qui fut terminé par une falve
de 20. pieces de Canon . Après quoi le Concert
recommença , & on fervit enfuite un
grand fouper à un grand nombre de gens de
diftinction , après lequel on ouvrit le Bal qui
dura jufqu'au jour.
FESTE
NOVEMBRE . 1729 2751
FESTE donnée par le Maréchal Due
d'Etrées , en fa Maifon d'Iffy , le 22.
Septembre.
A Porte d'Entrée & la Cour étoient illu-
Lminées par de gros fallots ; la façade de
la maifon à l'entrée l'étoit par trois cordons
de Lampions & un cordon de Fallots ; fur la
Corniche & le paffage du Veftibule , d'un
tour de Mofaique ovale & quatre Luftres .
La face de la Maiſon , du côté du Jardim ,
étoit illuminée par un cordon de lampions ,
& de cire en Mofaique ; il y avoit autour de
chaque Croifée trois cordons de Lampions ;
un cordon de Fallots fur la Corniche , un audeffus
des Manfardes , & les Cheminées garnies
en Ifs , ou Piramides de lumieres .
Dans chaque Croifée , au rez- de- Chauffée
étoit un Luftre de Criftal , & entre les Croifées
une Girandole . Au fecond étage , il y
avoit aux Croifées des Girandoles , & entre
les Croifées des Grifes ; le tout en cire. Les
deux aîles étoient illuminées dans le même
gout.
Toute la Terraffe & le Partere brilloient de
Lampions , Terrines , Pots à feu , Ifs , Girandoles
& Fallots , ce qui faifoit un très - bel
effet , avec les Pots à fleurs , Orangers & les
compartimenss du Partere & des Allées , lefquels
étoient terminées par deux grands Ifs
de Lampions.
Les deux petits Baffins du Partere étoient
illuminés tout autour , & l'on voyoit fur
l'eau plufieurs Cignes , Oyes & Canards illuminés
en transparant.
Le grand Baffin du milieu en miroir étoit
illu2952
MERCURE DE FRANCE .
illuminé par huit grands Ifs octogones en Fallots.
Dans ce miroir étoit placé fur un rocher
un Dragon de 25 pieds de haut , tenant en
fes griffes un Dauphin qui jettoit une Nappe
d'eau ; à ſes côtés étoient deux autres Dauphins
jettant auffi de l'eau . Sur les 4 côtés
étaient 4. gueules de Dragons. Derriere ce
Baffin étoit placé le Feu d'artifice , qui commença
fur les fept heures , au bruit du Ca
non , des Boëces & d'un Jeu d'Orgue de Fu
fées. On tira une grande quantité de Fufées
fur deux Potaux on alluma fix Ifs , forinés
par des Lances à feu , avec des Sauciffons.
Enfuite les 4. gueules de Dragons jetterent
quantité de feux contre le Dragon du milieu
, qui fe deffendoit par d'autres feux fortant
de la gueule & de fes yeux ; il fortic de
fon corps une Caiffe de Fufées tout à la fois
qui fic un grand effet . On alluma enfuite deux
Soleils tournans ; les Caiffes & les Pots à
feu firent merveille . Après quoi on mit le
feu à un grand Soleil fixe , dans le centre du
quel il y en avoit un tournant ; & à la fin pa
fut une grande Girande. Pendant tout l'arti-
Ace , dont l'éclat fut admirable , les Trompettes
, Timbales , Hautbois & Baffons fe faifoient
entendre à diverfes reprîfes.
Après le Feu d'artifice , le S. Defnoyers ,
Valet de Chambre de la Maréchale d'Etrées ,
fit entrer des Provençaux qui danferent aufon
du Tambourin des Danfes Provençales .
Un fouper magnifique & de la plus grande
delicateffe fut fervi fur plufieurs Tables .. La
premiere où la Maréchale d'Etrées faifoit les
honneurs étoit de 60. Couverts . A côté étoit
celle des Miniftres , de 30. Couverts ; celle
du Cardinal de Rohan , de so. & celle des
AmNOVEMBRE
. 1729. 2753
Ambaffadeurs de 30. où le Maréchal d'Eftrées
faifoit les honneurs . On y vit paroître fes belles
& rares Porcelaines. Tout y étoit d'un
grand gout & d'un grand ordre. On but toutes
les fantez , au bruit du Canon. Il y eur
pendant le fouper une très belle Mufique , &
on fut encore fort amufé par les Srs Dengui
& Charpentier avec fa Mulette & c.
Après le Repas , le Bal fut commencé par
les principaux Danfeurs & Danfeufes de
l'Opera ; on y vit la plus brillante jeuneffe
de de la Cour & de la Ville ; le Prince de
Bouillon & le Duc de la Tremouille s'y
diftinguerent beaucoup.
4 Il y avoit pour les Seigneurs & Dames qui
ne danfoient pas une Table de jeu . Le Maréchal
& la Maréchale d'Etrées firent les honneurs
de la maniere du monde la plus noble
& la plus galante jufqu'à trois heures du ma
tin. L'affluence du Peuple y fut fi grande que
40. Suiffes ne purent y refifter ; enforte qu'à
la fin le Maréchal d'Etrées ne fut, pour ainfi
dire pas le Maître chez lui.
Cette Fête procura un autre fpectacle , qui
étoit toute la Plaine de Grenelle prefque couverte
de Caroffes & de Flambeaux qui faifoient
un très- bel effet,
On donnera deux Volumes le mois prochain ,
pour pouvoir employer les Pieces qui n'ont pus
prouver place pendant le cours de la prefente
année , & qui nous paroiffent dignes de la cumofiré
du Public.
Nous demandons excufe pour les fautes d'impreffion
, aufquelles des Pieces , & fur tout des
Relations trés - mal écrites ont donné lieu . Elles
font la plupart rétablies dans l'Errata.
TABLE
TABLE .
Ieces Fugit. Ode fur la Naiffance , & C.2543
Pleces
Moyen de rendre l'eau de la Mer potable
.
>
2549-
La Naiffance du Dauphin , Cantate , 2553
Lettre d'Alep , fur les Sauterelles
L'Hymen juftifié , & c fur la Naiffance ,
Eloge du Docteur Samuel Clark ,
Catalogue de fes Ouvrages ,
Vers fur la Naiffance du Dauphin ,
Fête donnée à Caën , par M. de Vaftan ,
L'Ombre de Noftradamus au Bal , & c.
Réjouiffances à Toulouse ,
A Metz ,
A Fécamp ,
A Ponteau en Brie ,
A Cette en Languedoc ,
A Clermont en Auvergne,
2557
2562
2567
2572
2577
2578
2581
2583
2590
2593
2596
2598
2599
A Joinville ,
2602
A Pont Beauvoifin ,
2604
AMurbac , en Alface , 2607
A Châlons , par l'Abbé le Maître ,
2610
A Toulon , 2613
A Bayonne ,
2616
A S. Jean de Luz ,
2618
A Marſeille , 2624
Rondeau fur la Naiffance , 2627
Autres Réjoüiffances à Valognes ,
2628
A Entrevaux en Provence , 2630
A Abbeville ,
2632
A Graffe ,
2634
A Charleville ,
2635
A Clairac en Agenois , 2636
A Montpellier , Bureau des Finances , 2640
A Agde ,
2642
Enigme & Logogryphe.
2648 .
Nouvelles Litteraires , & c. 2650
Panegyrique de S. Louis , Extrait , 2654
Les Satyres & autres Ouvrages de Regnier ,
2664
Séance publique de l'Académie de Bordeaux ,
Nouvelle Invention du fieur Lagache ,
Elprit Aromatique , & c.
Accouchement extraordinaire ,
Chanfons Notées ,
Spectacles ,
Parodie d'Hefione , Extrait ,
Extrait ,
2671
2676
2678
2679
2689
2682
2685
Les Jeux Olympiques , ou le Prince Malade ,
Nouvelles du Temps , de Turquie ,
2697
2704
Extrait d'une Lettre de Conftantinople , 2705
Nouvelles d'Afrique ,
Lettre de Tripoly , de Syrie ,
Du Grand Caire ,
2708
2710
2711
De Pologne , d'Allemagne , d'Italie & d'Ef
pagne ,
2713
Le Comte d'Albert , reçû Prince de Berghes ,
& c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Voyage de la Reine à Paris ,
Difcours de M. Walpol , au Roi
2719
2725
2738
2733
Difcoursde l'Evêque de Bologne àCalais, 2734
Bouts Rimez remplis ,
Morts , Naiffances , Mariages ,
Rejoüiffances au Havre ,
A Châtillon-les-Dombes ,
2736
2737
2740
2743
A l'Abbaye de S. Germain d'Auxerre , 2744
A S. Quentin.2745 A la Tour d'Aiguez, 2746
A Bordeaux , à l'Opera ,
Fête du Marechal d'Eftrées ,
2750
2751
Errata de Septembre , premiere Partie .
PA.19441.7. Livres imprimez , ötex Liyses
Age 1942. lig.13.Malinerot , lifez Malincrot
P, 1945. l. 3. 459. I, 1469,
#947 . 1. 13. en fecond , ajoutez lieu, lieų.
Item 1. 24. Coloniens , l. Coloniens .
Ibid. 27. quadragentefimi, 1. quadringentefimi
Errata d'Octobre.
Page 2492. ligne 48. Comediennes
, lifeż Comediens.
P. 2622 1. 28. 1000. livres 7. 10000. livres.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 2557. ligne 4. du bas , defquelles, lifez
Pefquels
,
P. 2565 1. 14. l'une , 1. l'un.
P. 1604 l. 9. du Port , / . de Pont.
P. 2608. 1. 22. 20. l. 100
P. 2616. l . 11. de ce mois , I. de Septembre .
P. 2617.
1. dans ,
1. 19. par.
P. 2621. l. 11. Parois , I. Pavois.
P. 2622.5 23. à trois & un,l.à trois trous & un
Ibid. 1. 24. ornée . 1. montée.
P. 2624.. 13. faîte , 1. fuft."
P. 2625. 1. I. de, ôtez ce mot.
P 2628 1. 15. le 16 du mois , 1. le 16. Octobra
P. 2630. 1. 22. Scene , 1. Fête.
P. 2632. 1. 1. les Majeurs , 1, les Mayeurs.
P.2633.1.1.Prince & de Nugent,. & de Nogent
P 2634 24 decoré , 1. décorée.
P. 2635
17. par un , 1 en.
P. 2643 1 4. Port , 1. Pont.
Ibid. 13. du bas , fes , . des.
P 2648 1. s en grand , ajoutez , bruit de,
P. 2658. 1. 30. exception , I acception.
P. 2673. 1. 20. refufe , refute.
P. 2679. 1. 2 , du bas , Rhône , 1. Rhein.
P. 2680. l. 16. Scene , 1. Cêne .
L'Air noté doit regarder la page
2680
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
NOVEMBRE 1722 .
QUE
COLLIGI
STARGIT
Chez
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , nis
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au cora
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Ray
A VIS.
L'AD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Gette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , on les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Paix XXX . SOLS.
B
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
NOVEMBRE . 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O DE
AU ROY ET A LA REINE,
SUR L'HEUREUSE NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE
M
DAUPHIN.
Uſes, du profane Parnaffe ,
Je n'invoque point vos Concerts;
Le fublime objet que j'embraffe ,
Exige de plus nobles Airs :
A ij Il
2544 MERCURE DE FRANCE .
Il ne convient qu'au Roi Prophete *
D'exprimer l'Image parfaite ,
De nos plus tendres fentimens ;
Le Prince que le Ciel nous donne ,
Ferme appui de cette Couronne ,
Comble nos voeux les plus ardens,
Ce jeune Lys qui vient d'éclore ,
Répand fa naiffante fplendeur ;
Déja , d'un Peuple qui l'honore
Il femble affurer le bonheur ;
Près de lui l'Europe attentive ,
Voit fleurir & croître l'Olive ,
Qui rend fon repos plus certain ;
La Difcorde en prend feule ombrage,
Et va porter ailleurs fa rage ,
Avec le plus cruel deftin.
GRAND ROY , quel Prefent magnifique ,
Le TRES-HAUT te fait en ce jour !
Comment à l'attente publique ,
Peut- il mieux répondre à ſon tour ?
Et vous , REINE , qu'il rend féconde
Pour peupler de Héros le Monde ,
Inftrument de ce grand deffein ;
Voyez quel Prix la France entiere ,
★ Laudate Dominum in Sandis ejus,&c . Pf, 170
Reçoit
"
NOVEMBRE . 1729. 2545
Reçoit de votre humble Priere ,
Dans l'heureux Fruit de votre Sein .
粥
De votre commune allegreffe ,
Qui pourroit , AUGUSTES EPOUX ,
Peindre ici toute la tendreffe ,
Et les mouvemens les plus doux ?
Vos coeurs feuls , la feule Nature ,
Sources d'une joye auffi pure ,
Ont droit d'en reffentir l'excès ;
Et ces délices ineffables ,
Par des charmes inconcevables ,
Réjailliffent fur vos Sujets.
Le Ciel touché de nos miferes ,
Se difpofe à les réparer ;
Après tant de douleurs ameres ,
Il nous laiffe enfin refpirer.
Que d'Ayeux , objets de nos larmes ,
En renouvellant nos alarmes ,
Te furent enlevez , GRAND Ror !
J'en frémis encor quand j'y pense ;
Tu fus notre unique efperance ,
Et tu nous fis trembler
pour
toi.
維
Mais de ces mortelles atteintes ,
Sufpendons l'affreux fouvenir ;
A iij
Et
2546 MERCURE DE FRANCE .
Etvoyons diffiper nos craintes ,
Par le plus flateur avenir :
Le TOUT- PUISSANT te le préfage ,
Quand il t'accorde un fi cher gage ,
D'une illuftre Pofterité ;
A tant de fenfibles épreuves ,
Vont fucceder autant de preuves ,
De fa paternelle bonté.
M
Que tous nos Temples retentiffent,
De leurs Cantiques les plus beaux ;
Qu'à nos cris de joye applaudiffent ,
Les Citez , les Bourgs , les Hameaux :
Qu'en des Fêtes les plus celebres ,
Les flambeaux perçant les ténebres ,
Rappellent la clarté du jour :
Que le feu s'élance de l'Onde ,
Et que chaque Element réponde ,
Aux vifs tranſports de notre amour.
Viens , ô Religion facrée ,
Elever ce Prince au Berceau s
For fincere , divine Aftrée ,
Imprimez fur lui votre Sceau :
Pieux ZELE , fage PRUDENCE ,
Tracez en lui , dès fon Enfance ,
Les routes du folide Honneur :
FORCE
སྨ
NOVEMBRE. 1729 2547.
FORCE , infpire-lui le courage ,
De vaincre le plus grand orage ,
.Et de triompher de fon coeur.
M
Rare Tréfor qu'on abandonne ,
Au fort des vulgaires Humains ;
HUMILITE ' , qui fur le Trône ,
Flates fi peu les Souverains ;
Pour toi fais naître fon eftime,
Et tempere fon rang fublime ,
Par une affable Majefté ;
Fais qu'il rapporte tout hommage ;
Au TRES - HAUT dont il eſt l'Ouvrage .
Et dont il tient fa Dignité.
讚
Bannis loin de fa confidence ,
Ces dangereux Adulateurs ,
Dont la coupable complaiſance ,
Eft l'écueil des plus pures moeurs :
Peins-lui l'Orgueil que tu déteftes ,
Avec des traits toûjours funeftes ,
Aux plus éminentes vertus ;
Plus il te prendra pour modele ,
Et plus à fa gloire immortelle ,
Il verra rendre de Tributs,
Sous des Guides fi favorables ,
A iiij
Ce
2348 MERCURE DE FRANCE;
Ce Prince imitant fes Ayeux ,
Suivra leurs traces honorables ,
Qui par tout frapperont fes yeux ,
Devant lui tomberont les vices ,
Et leurs plus fecrets artifices.
Il en deviendra la terreur ;
Et foumis à la Loi fuprême ,
Tout ce qui la bleſſe elle- même ,
Ne lui fera jamais qu'horreur.
SEIGNEUR , dont la main liberale ,
De tes Dons enrichit les Rois ,
Et dont l'Equité fans égale ,
Leur dicte les plus juftes Loix ;
Sur LOUIS verfe avec largeffe ,
Ta haute & parfaite Sageffe ;
Ornes en fon augufte FILS ;
Fais , par d'autres fruits de ta Grace ,
Croître & multiplier leur Race ,
Leur gloire , leurs jours & nos Lys.
9
Deus Judicium tuum Regi da, & Juftitiam
tuam Filio Regis . Pf. 71. V. I,
M. Delagranche , Avocat au Parlement , &
Secretaire du Roi , de l'Académie de Nifmes ,
Auteur de cette Ode , a eu l'honneur de la
prefenter au Roi , à la Reine , aux Princes &
Seigneurs de la Cour.
CONJECNOVEMBRE
. 1729. 2549
CONJECTURES verifiées par l'experienice
, fur un nouveau moyen de rendre
Peau de la Mer potable , en lui faisant
perdre fa falure & fon amertume.
D
Ans tous les moyens par lesquels
on a tenté jufqu'ici de rendre potable
l'eau de la Mer , on a toûjours trouvé
que
les frais & la difficulté de l'execution
étoient beaucoup au- deffus des avantages
qu'on en efperoit.
Le P. Percheron , Régent de Phyfique ,
au College des Jefuites de Paris , propofa
l'an paffé fur cela , dans des Experiences
publiques , faites au College de la Fleche,
un moyen des plus fimples pour executer
par voye de filtration , ce que la plu
part ont effayé de faire par voye de diftillation
ou d'évaporation .
Ce nouveau moyen n'étoit qu'une con .
clufion pratique ,fondée fur une experience
dont on avoit demandé quelque temps au-.
paravant l'explication à ce Pere : la voici
cette experience. On avoit attaché vers
l'extremité d'une longue corde , chargée de
la Sonde d'un Vaiffeau , une bouteille de
verre toute vuide, & exactement bouchée .
avec du liege.Le poids de la fonde tint cette,
bouteille A v
2550 MERCURE DE FRANCE:
bouteille enfoncée dans la Mer . Vingtquatre
heures après on la retira , & on
trouva dedans de l'eau douce .
Ce fait qui parut extraordinaire au
Profeffeur , ne lui parut pourtant pas hors
de toute vrai-femblance. Et en effet , de
celebres Aureurs nous affurent qu'on a
fait tranfpirer l'eau au travers de deux
Globes creux , dont l'un étoit d'or &
l'autre d'argent , en les comprimant l'un.
& l'autre par le moyen d'une preſſe. Mais
Le R. P. confiderant que l'eau devoit avoir
en moins de difficulté à fe filter au travers
des pores du bouchon de liege, quand
même on l'eût fuppofé cacheté , comprit
aifément que c'étoit un grand hazard fi
elle avoit choifi fon chemin au travers des
pores d'un corps auffi denfe qu'eft le verre,
attendu que cela eût été grandement con.
traire aux loix du mouvement , qui veulent
que les corps fe meuvent toûjours
par l'endroit où ils trouvent moins de
Féfiftance. Il jugea que le bouchon devoit
être le filtre par où l'eau avoit penetré
au- dedans de la bouteille . Et fon
jugement fe trouve , dit-on , confirmé par
une nouvelle experience où l'on s'eft fervi
d'une bouteille fcellée hermetiquement,
& dans laquelle , au fortir de la Mer , il
ne s'eft pas trouvé une feule goute
d'eau.
QuoiNOVEMBRE
. 1729. 2558
Quoiqu'il en foit , après que le Pere P.
eût entendu parler de la premiere experience
, il lui vint dans l'efprit , que fi elle
étoit bien vraye , le fecret qu'on cherchoit
depuis fi long-temps , de rendre potable
l'eau de la Mer , étoit dès- là tout trouvé,
& que pour en rendre l'ufage encore plus
aifé & plus commode , il ne reftoit plus
que trois chofes à faire , qui étoient
1. d'augmenter le Vaiffeau qui devoit
fervir de Récipient . 2. De multiplier les
filtres. 3. De donner à l'eau de la Mer
encore plus de facilité pour s'infinuer dans
le Récipient , épurée des parties de fel &
de bitume qui l'empêchoient d'être
potable .
Sur cela le Pere imagina un Récipient
de figure fpherique , ou du moins ovale ,
percé de plufieurs trous , & garni d'un robinet
à deux O. Ces trous devoient être
exactement bouchez chacun d'un bouchon
de liege , qu'on auroit fait auparavant
tremper dans de l'eau douce. Et après ,
par le moyen d'un robinet , on devoit tirer
l'air du Récipient , en le fuçant avec une
Seringue ou petite Pompe. Cela fait , on
devoit , au lieu de la bouteille de l'experience
précedente , enfoncer ce Vaiffeau
dans la Mer
Le Pere P. affuroit que fi l'experience
qu'on rapportoit de la bouteille étoit
A vj vraye
2552 MERCURE DE FRANCE:
vraye , on ne pouvoit manquer de trou
ver une bonne quantité d'eau douce dans
ce Récipient , quand on l'auroit retiré de
la Mer. Tout , difoit - il , favoriſe la filtration
des parties pures de l'eau . Les bou
chons ont été imbibez d'une liqueur homogene
à celle qu'ils doivent filter . Dailleurs
il n'y aura rien au-dedans du Vaiffeau
qui refifte à l'entrée de l'eau . Au contraire
, il y aura au - dehors une très grande
preffion ; puifque le Récipient ne peut
être enfoncé dans la Mer à trente- deux
pieds de profondeur, que chacun des bouchons
ne foit comprimé d'une force encore
plus grande que celle d'une colomne
de Mercure , haute de cinquante - fix
pouces , & d'un diametre égal à chacun
de ces bouchons , le Vaiffeau ou Récipient
devra donc s'emplir prefque entierement
d'une eau pure , qui y fera pouffée
par la même Méchanique que celle
qui fe trouve répanduë fur les bords du
cuir appliqué fur la Platine de la Machine
du vuide , eft pouffée dans l'interieur
du Récipient au travers des pores
de ce cuir.
Ces conjectures n'étoient pas mal fondées
, il ne manquoit plus que d'en venir
à l'experience. Mais la Fleche n'eft pas
nn pays Maritime , où elle pût fe faire.
Par bonheur le jeune Marquis de Durcęt,
qui
NOVEMBRE. 1729 2553
qui n'avoit pas moins de gout pour la
Phyfique experimentale , que de genie
pour les Speculations les plus fublimes ,
achevoit fon cours de Philofophie au
College de la Fleche , & il devoit bientôt
revoir les Côtes de Normandie . Ce
fut lui qui voulut bien fe charger de l'execution
de cette experience. Elle a été
faire près de Dive , de la maniere qu'on
l'avoit fouhaité , à cela près qu'on s'eft
fervi d'un baril de médiocre grandeur qui
n'a pas même été enfoncé bien avant dans
la Mer. Cependant à la fin de l'experience
on trouva dans ce Baril une cau trèsclaire
& très -potable.
*****:**********
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
CANT A T E.
DE quel Divin Prefent s'en orgueillit la
SEINE ?
Quelle faveur rare & foudaine ,
Lui fuggere ces doux tranſports !
Mille Nimphes harmonieuſes ,
Font au loin retentir les bords !
Et
2554 MERCURE DE FRANCE .
Et celles de l'ORNE envieuſes ,
Nous en répetent les accords !
La bonté du Ciel atendrie ,
Auroit- elle accordé ce Fruit fi précieux ,
Qu'au bel Hymen de l'augufte MARIE
Souhaitoient nos plus tendres voeux ?
N'en doutons point. Je vois une Immortelle ,
Pour porter en cent lieux cette heureufe now
velle ,
Traverfer la Plaine des airs :
Ecoutez, en quels mots parle cette Déeffe ,
Pour faire naître l'allegreffe ,
Dans tous les coeurs de l'Univers .
Loin de vous l'indifference ;
Brûlez d'une vive ardeur :
Que du bonheur de la FRANCE ,
Chacun faffe fon bonheur.
Qu'aujourd'hui cent cris de joye ,
Expriment nos doux plaifirs :
Le Ciel s'ouvre , & nous envoye »
L'objet de tous les defirs.
Loin de vous l'indifference ;
Brûlez d'une vive ardeur :
Que du bonheur de la FRANCE ,
Chacun faffe fon bonheur.
Echos ,
NOVEMBRE. 1719 2555
Echos , racontez aux rivages,
Ce que vient d'annoncer fa voix.
Citoïens des Airs & des Bois ,
Faites-en vos plus beaux ramages.
Vous , Silvains , vous , Dieux des Bocages ,
Parlez-en à l'envi fur vos tendres Hautbois.
Célebtons , célebrons cette Fête charmante ;
Nos ardens defirs font remplis.
Célebrons , célebṛons la Naiffance éclatante
De l'illuftre Heritier des Lys.
Sommeil délectable
Verfe tes pavots
Sur fon oeil aimable;
Qu'au jeune HEROS
Tout foit favorable
Pendant fon repos. ,
Zephirs , dans vos Plaines.
Pouffez doucement
Vos molles haleines.
Coulez lentement ,
Plaintives Fontaines ,
Pendant ce moment.
Que dis- je ? tout à coup , quel valte bruiz
réfonne ,
Autour même de ſon Berceau ℗
Où .
1556 MERCURE DE FRANCE.
P
Où fuis-je ? O Dieux ! quel Miracle nou .
veau
De toutes parts me frape & m'environne ?
Que de Phénomenes divers
Portent l'étonnement dans mon ame pâmée !
Quels agréables feux ferpententdans les airs !
Mille étoiles des Cieux ouverts ,
Tombent ainfi qu'une pluye enflamée ,
Et laiffent en tombant un long fillon d'és
clairs !
Mille animaux font une aimable guerre !
Révé- je ? Ou puis- je en croire à mes fens
éblouis ?
On diroit que les Cieux fe joignent à la
Terre ,
Pour rendre homage au beau Sang de LOUIS.
Divin Auteur de la lumiere ,
Soleil , en pourfuivant ton cours ,
De ce Roïal Enfant avance la carriere ,
Sans abreger la trame de ſes jours .
Croiffez , Fruit digne de vivre ,
De LOUIS comblez les voeux :
Croiffez , croiffez pour le fuivre ,
Croiffez pour nous rendre heureux.
Puiffiez-vous , jeune Monarque ,
Avec
NOVEMBRE. 1729. 25.57
Avec lui regner long-tems ,
Qu'à vos jours plutôt la Parque
Ajoûte encor de nos ans.
Croiffez , Fruit digne de vivre ,
De LOUIS comblez les voeux.
Croiffez , croiffez pour le fuivre ,
Croiffez pour nous rendre heureux.
FAGUET.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Alep
le 12. May 1729. Jur les Sauterelles.
Ans le mois de May de l'année
Dpaffée , il tomba une fi prodigieufe
quantité de Sauterelles à vingt ou trente
lieuës à la ronde d'Alep , qu'elles ravagerent
en peu de jours toute la campagne
, & cauferent une grande difette de
grains. Le vent d'Oueft qui fouffla pendant
tout ce tems-là avec violence , les
empêcha de paffer outre , & de s'aller
jetter dans la Mer , comme elles font ordinairement
; de forte qu'ayant enterré
ici leurs oeufs , après la ponte defquelles
elles meurent , toute la Campagne fe
trouva de nouveau couvertes de ces Infectes
,
4558 MERCURE DE FRANCE .
4
lectes , au commencement du mois paffé.
Sur l'avis qu'en a eu le Gouverneur d'Alep
, il a envoyé dans toute l'étendue de
fon Gouvernement , ordre aux Payfans
de faire main - baffe fur les Sauterelles qui
ne font point encore en état de voler. Il
y a plus de quinze mille hommes qui y
font employez depuis quarante jours , &
la quantité de ces Infectes qu'ils ont tuez
paffe l'imagination ; cela va jufqu'aujourd'hui
à plus de mille Makouks ;
le Makouk et la meſure du bled qui
peze environ ſeize quintaux de France,
& fait la charge de trois Chameaux
de forte qu'en préfupofant les Sauterelles ,
auffi pelantes que le Bled , on en auroit
tué la charge de 3000. Chameaux , ce
qui paroîtra une hyperbole. J'ofe cependant
affurer que cela n'eft pas hors de
vrai-femblance , fur ce que j'ai vû moimême
aux environs de cette Ville. Dans
un endroit qui n'a pas vingt pas en quarré
, j'y ai vû , il y a dix jours , plus de
Sauterelles qu'il n'en pouvoit tenir dans
quatre muids . Elles étoient les unes fur
les autres , & encore m'affuroit- on , qu'il
n'y en avoit pas beaucoup à proportion
des autres endroits . Voici comment on
s'y prend pour les tuer on a deux grands
tapis , dont on étend l'un fur terre , &
de l'autre on fait comme une muraille , en
affu -
NOVEMBRE . 1729. 2559
affujettiffant deux des bouts aux bords de
celui qui eft étendu , & en levant bien
haut les deux autres bouts ; enfuite les
Payfans chaffent à grand bruit les Sauterelles
vers ces tapis , fur lefquels elles fe
ramaffent , en fe mettant les unes fur les
autres, de la hauteur quelquefois de quatre
doigts. Quand ils voyent qu'il y a une
certaine quantité , ils abbatent fur le tapis
qui eft étendu à terre , celui qui fert
de muraille , & qui eft auffi tout couvert
de Sauterelles , & ils fe jettent deffus
pour les écrafer ; après quoi ils les enterrent.
Toute la vigilance du Muffellem ,
c'est - à - dire , du Lieutenant du Pacha
d'Alep , n'a pas empêché que les Sauterelles
, qui peuvent déja fe fervir de leurs
aîles , n'ayent dévoré plufieurs Champs
de Bled & d'Orge , & il y a à craindre
que le pain ne foit encore plus cher cette
année- ci que l'année paffée , & que nous
ne mourions de faim .
à
Il y a auprès d'Angora, ou Ancyre dans
la Natolie , une Caverne dans laquelle il
y a une fource d'eau , qui, felon les Turcs ,
a la vertu d'attirer une efpece d'Oyſeaux
gros peu près comme des Etournaux
qu'ils appellent Samarmar. Ces Oyſeaux
vivent de Sauterelles , & on prétend même
que leurs cris tuent ces infectes . Le
Pacha informé , l'année paffée, que du côté
d'Ourfa
2560 MERCURE DE FRANCE.
'Ourfa , il y avoit des Sauterelles qui
fans doute viendroient à Alep , réfolut
de faire venir de cette eau aux dépens du
Pays , & d'attirer parconféquent les Samarmars
. Pour cela , il dépêcha un Chetk ,
ou homme de Loy , nommé Sidi - Abdulcader
, Beylouny Zadé , qui eft parmi les
Turcs en odeur de fainteté , pour aller
à Angora prendre de cette eau merveilleufe
, & l'apporter ici . Il y fut accompagné
d'une vingtaine de perfonnes , &
voici les céremonies qu'il obferva pour
avoir de cette eau , & ne lui point faire
perdre fa vertu.
›
Il campa à environ cent pas de la Caverne
, jeuna & pria continuellement
pendant quelques jours au bout defquels
il fit attacher une jatte ou cruche
au col d'un Cheval qui avoit été deux
jours fans boire , & le fit mener à l'entrée
de la Caverne . Le Cheval preffé par
la foif , y entra pour boire , & en bûvant
la cruche qu'il avoit penduë au
col fe remplit. Quand il fut forti de la
Caverne , le Cheik prit la Cruche , la
pendit à fon propre col , & toujours à
reculons , alla jufqu'au près d'une Mofquée
ruinée , qui eft à un quart de lieuë
de là , faire fa priere , après laquelle il fe
mit en route pour revenir à Alep , avec
la Jarre , ou Cruche débouchée , & tou
,
jours
NOVEMBRE. 1729 , 2561
jours pendue à fon col . Il faut obferver
que pour conferver à l'eau la prétenduë
vertu , il ne faut pas , difent ils , qu'elle
paffe fous aucun toit , mais que le Ciel
donne toujours à plomp deffus , de maniere
que celui qui la portoit campoit
hors des Villages , & lorfqu'il vouloit fe
décharger de fon fardeau pour manger
ou dormir fous fon Pavillon , il pendoit
la Jarre à une fourche expofée à l'air .
Quand il fut arrivé aux Portes d'Alep ,
un autre Cheik qui s'étoit purifié par des
jeûnes & des prieres , monta fur les murailles
de la Ville , & par des cordes
qu'on avoit préparées , tira la Jarre fans
la faire paffer fous la Porte , & ainfi de
Terraffe en Terraffe , toujours exposée
à l'air ; on la porta au Château qui eft
au milieu de la Ville , & on la pendit au
Minaret , ou Clocher de la Mofquée , où
agitée par le vent , elle devoit attirer les
Samarmars à deux journées à la ronde ;
mais malheureufement , difent les Turcs ,
cette eau arriva trop tard. Les Samarmars
couvoient alors , & elle ne put les
appeller . Les Sauterelles cependant ravagerent
la campagne , & les Oyfeaux ne
parurent qu'après qu'elles furent prefque
toutes mortes ou parties.
J'ai tué de ces Oyfeaux qui viennent
tous les ans dans le tems des Mûres blanchics
.
2562 MERCURE DE FRANCE .
ches. Le mâle a le dos , les aîles & la
queüe noirs , le ventre d'un blanc fale
& la gorge & le deffus de la tête rouge ;
les femelles ont le même plumage que
les Alloüetes. Il est vrai qu'ils détruiſent
les Sauterelles , & que quelques - uns que
j'ai ouverts en avoient jufqu'à 15. dans
l'estomach , toutes entieres ; on prétend
qu'ils les rendent fans les digerer , & qu'à
mefure qu'ils en jettent , ils en mangent
de nouvelles. Toute la fuperftition des
Turcs ne confifte qu'en la vertu qu'ils
attribuent à l'eau d'Angora , d'attirer ces
Oyfeaux avant le tems auquel ils viennent
ordinairement Le Pacha fe fit payer
pour cette forfanterie plus de cinq mille
écus .
*****X *XXXX :XXXXXL'Hymen
juftifié fur fes délais , à donner
un DAUPHIN à la France.
Hymen veut fe parer des plus brillans
atours ,
Pour célebrer , dit- il , le plus beau de fes
jours ;
Je vois d'Enfans aîlez une troupe charmante ,
Lui prêter les fecours d'une main diligente.
Satisfait de leurs foins , brillant de mille appas
,
Aux
NOVEMBRE. 1729. 2563
Aux rives de la Seine , il adreffe fes pas.
Il s'annonce. A fa voix les Ris , les Jeux dociles
;
Volent de toutes parts dans le fein de nos
Villes ;
Ce Dieu s'avance enfin , fur l'île des Zéphirs
,
Vers une augufte Cour , fource de nos plai,
firs.
Il parle de la forte , heureux que d'un fou
rire ,
Louis daigne payer le zele qui l'inſpire.
De voir naître un DAUPHIN l'impatiente ardeur
Enfanta mille voeux , accufa ma lenteur ;
Aux pieds de mes Autels la France profternée
.
» Courba pour me hâter fa Tête couronnée ;
» L'Amour qui dans fes feux alluma fon flam
beau ,
Venoit m'en demander le gage le plus beau ,
» Et même , de ces yeux où brillent tant de
charmes ,
Mes délais quelquefois faifoient couler des
larmes ;
Il faut donc qu'aujourd'hui , dévoilant mes
fecrets ,
» Dans mes retardemens je montre mes bienfaits.
» Le Fils du plus grand Roi devant par fa
naiffance >
* La Reine.
» Réu.
2564 MERCURE DE FRANCE .
*
Réunir tous les dons que foukaittoit la
France ,
Jupiter m'appella dans les céleftes lieux ;
Pour emprunter l'éclat dont fe parent les
Dieux.
Que ce Heros , dit - il , foit ma fidelle
image
Qu'il ait de mille dons le plus riche affemblage
:
Et comme les grands biens fe doivent me
riter ,
Par des voeux affidus fais les folliciter .
» Enrichis le Préfent qu'à Louis tu vas faire
Songe qu'à l'Univers il devient neceffaire.
Les volontez du Dieu charment les Habitans
Que renferment du Ciel les lambris écla
tans.
L'un vante le bonheur de courir à la gloire
Sur les pas des vertus que célebre l'Hiftoire ;
L'autre étale à mes yeux la nobleſſe d'un
coeur
Où ne fe gliffe pas le poiſon du flatteur ;
Chacun d'eux à l'envi brigue enfin mon fuffrage
Pour avoir quelque part à ce parfait Ou
vrage.
Hé quoi ? Pus-je d'abord former dans un
Dauphin.
De toutes les vertus l'aflemblage divin ?
1
L
1
Les
NOVEMBRE. 1729. 2565
Les Dieux avec lenteur en fentent les miracles
;
Mais pour de longs ennuis quels charmes !
quels fpectacles !
Trois Graces dont Venus embelliroit fa Cour ,
Grand Roi dans un Dauphin t'annoncerent
l'Amour.
Hâte-toi ,cher enfant ! ton heureuſe paupiere
Doit pour combler les yoeux , s'ouvrir à la lu
miere ;
Je le vois , & mes foins du fuccès couronnez
Doivent tout aux vertus de * deux coeurs
fortunez.
Mes mains prirent de l'une la vertu la plus
púre ,
Que d'aimables couleurs égaya la nature.
Emprunterent de l'autre une noble vigueur
Qui brava des plaifirs le charme empoisonneur.
Qu'eus-je befoin des dons que la troupe immortelle
Pour feconder mes foins étaloient à mon zele !
Des Graces & des Ris pare dès le berceau ,
Ton Fils a tout puifé dans le fang le plus
beau
Quel tréfor précieux quel brillant affenblage
!
Il va croître en vertus en avançant dans l'âge ;
Le Rei la Reine
B La
2566 MERCURE DE FRANCE .
La Parque à filets d'or m'a juré que les
ans ,
Sous un éclat nouveau produiroient mes préfens
;
Déja même à travers les voiles de l'enfance.
Je lis dans ton bonheur le bonheur de la
France.
- Hé! quel plus sûr garand du plus heureux
deftin ?
Tout Louis eft tranfmis dans le nouveau
Dauphin,
Bien plus , & par mes foins * dans l'image
du Pere ,
Tes Sujets trouveront le Portrait de la Mere .
A peine avois-je ouvert la barriere du jour
A cet Augufte Enfant fi cher à votre amour
Que je vis Jupiter contempler mon Ou
vrage :
Un fouris careffant égayoit ſon viſage ;
Mille regards flateurs s'échapoient de fes
yeux :
Il trouvoit dans mes foins fes ordres glo
rieux .
Surpris de vous former le tréfor le plus rare ,
Sans emprunter l'éclat dont chaque Dieu fe
pare.
Ainfi , donc , heureux Roi , ne te plains point
des Dieux ;
* Celle des trois foeurs qui fait vivre .
* Le Dauphin.
Leurs
NOVEMBRE. 1729. 2567
Leurs dons les plus tardifs font les plus précieux
;
De cet Enfant fi cher les hautes deftinées
Te payeront en un jour les voeux de cinq an
nees.
De Valence en Dauphiné , le 12. Septembre
1729. d'Apremont , Avocat en
Parlement.
YAYAYAYAYAYAYAYAYAYAYAT
ELOGE du Docteur Samuel Clarke ;
Recteur de l'Eglife de S. Jacques à
westminster , Maître de l'Hôpital de
wigmore à Leicester , avec un Catalogue
complet , & le caractere de fes
Ecrits , tant de ceux qu'il a publiez luimême
, que de ceux qu'il a laiffés tout
prêts à mettrefous la preſſe ,& à paroître
après fa mort. Traduit de l'Anglois.
E Docteur Samuel - Clarke nâquit
La Norwich au mois d'Octobre 1675.
Après avoir étudié la Grammaire dans
cette Ville , on l'envoya en 1691. au
College de Caius à Cambridge , où il
pourfuivit fes Etudes . Ce Docteur exceloit
dans la Philofophie naturelle , dans
les Mathématiques , dans la Théologie &
dans la Critique ; de forte qu'on auroit
Bij dit
2568 MERCURE DE FRANCE.
dit qu'une de ces Sciences auroit fair
feule toute fon Etude . En effet , quand il
s'appliquoit à quelque Science , ou qu'il
entreprenoit de parvenir à quelque connoiffance
, il en devenoit un fi grand
Maître , que fi un autre eut excellé dans
quelque partie de la Litterature , autant
qu'il excelloit lui -même dans toutes , un
tel homme auroit paffé , à cet égard - là
pour un homme d'un grand merite.
›
Nous n'entreprendrons point d'entrer
dans le détail des fçavans Ecrits qu'il a
compofés fur des Matieres de Philofophie
& de Théologie ; il fuffira de dire qu'il
les a traitées avec beaucoup de netteté
& de précision , ou pour mieux dire
en homme veritablement éclairé , & qui
avoit des connoiffances dans ces fortes de
Matieres , toutes particulieres , & comme
furnaturelles : le Docteur Clarke n'étoit
pas moins habile ni moins verfé dans la
Critique , que dans toutes les autres
Sciences & Arts : il poffedoit parfaitement
toute la délicateffe des Langues
Grecque & Latine , ſon Céfar & fon Homere
en font des preuves fuffifantes . Son
Traité de Céfar a été pendant un trèslong
tems entre les mains de tout le
monde , & les fçavantes Notes qu'il a
faites fur cet Ouvrage ont été generalement
1
J
NOVEMBRE 1729. 2569
ment approuvées . Ses Notes fur Homere
ont auffi eu l'Approbation non- feulement
des Maîtres des plus célebres Ecoles d'Angleterre
, telles que font celles d'Eaton ,
de Weſtminſter , de S. Paul , & c. mais
auffi de celui qui eft le feul qui ait jamais
pû découvrir & recouvrer plufieurs Piéces
en matiere de Critique , dont les Romains
avoient entierement perdu la connoiffance,
dans le tems même que les Sciences
fleuriffoient le plus à Rome , je veux dire
le Docteur Bentley , le plus célebre Critique
qui ait jamais été . Il a déclaré que
cet Ouvrage étoit Supra omnem Invidiam,
& que fon Auteur meritoit à juste titre
d'être regardé comme longè omnium Prin
ceps.
Dans le tems que le Docteur Clarke
mettoit la derniere main à ce qui lui reftoit
encore à faire fur Homere ( car il
n'avoit donné jufqu'alors que la moitié
de fon Iliade ) dans le tems , dis - je , qu'il
avoit prefque quatre Livres complets
il fut attaqué d'une pleurefie le Dimanche
matin 11. de May , dans le tems qu'il
alloit prêcher à Serjeants Inn , ou College
des Avocats . Il ne fut faigné que le
lendemain à deux heures du matin . Ses
douleurs fe trouverent fi fort diminuées
le Mercredy , que ni lui- même , ni ceux
qui étoient auprès de lui , n'eurent pas
B iij
la
25 70 MERCURE DE FRANCE.
la moindre appréhension qu'il fut en danger.
Le Samedy matin 17. de May 1729 .
il eut la tête attaquée , il perdit la parole ,
& demeura dans cet état jufques vers
les fept heures & demie du foir qu'il
mourur.
,
Voilà quelle fut la fin du fameux Docteur
Clarke , qui fe faifoit non - feulement
aimer & admirer , mais auffi rechercher
avec empreffement de tout le
monde à caufe de fa fageffe , de fes
grandes lumieres , & de l'avantage qu'on
retiroit de fes converfations , car il étoit
toujours prêt à donner des inftructions
fur tel fujet de la Litterature qu'on avoit
à lui propofer. Il étoit outre cela trèsaffable
; au refte , quand il s'agiffoit d'autres
matieres , il étoit fort fecret , & même
impénétrable. Il a été Recteur de
S. Jacques de Weftminſter plus de 20 .
& il étoit fi eftimé , & en fi grande
réputation dans fa Paroiffe , que tout ce
qu'il difoit , ou propofoit aux principaux
Paroiffiens , bien loin de rencontrer la
moindre oppofition , ou un confentement
forcé , trouvoit au contraire dans
le moment une approbation unanime &
volontaire. Il a laiffé en mourant une
Explication du Catéchisme de l'Eglife ,
& les Sermons , qui font prêts à être
imprimés , & qu'il avoit toujours eu
ans ,
deffein
1
1
NOVEMBRE. 1729. 257 1
deffein de donner au Public.
Pendant les premieres années de fa vie,
le Docteur Clarke ne fit aucune difficulté
d'entretenir un commerce de Lettres
avec tous ceux qui ſouhaitoient de s'inſtruire
de la verité , & cela fur toutes fortes
de Matieres : c'eſt avec fa franchife
ordinaire , & avec une liberté innocente
qu'il écrivit plufieurs Lettres à M. Mayo ;
mais dès qu'il vit qu'on avoit abuſé de
fa franchiſe , & qu'on avoit rendu publiques
les Lettres qu'il avoit écrites en confidence
& comme à un intime ami , il réfolut
de ne plus s'engager à l'avenir dans
ces fortes de Conferences Epiftolaires fur
de telles Matieres de Théologie , pour
éviter de tomber dans de pareils inconveniens.
Il avoit la confiance & l'eftime des perfonnes
les plus diftinguées du Royaume ;
il joignoit à une grande pénétration un
jugement folide & égal , une mémoire
admirable , avec une vivacité furprenante
& une promptitude extraordinaire à expedier
tout ce qu'il avoit entrepris . Il
écrivoit tout ce qu'il faifoit , au milieu
même d'une infinité d'interruptions , car
il ne fe faifoit jamais celer à perfonne ,
Au refte , s'il n'avoit pas fait en une heure
, ce que les autres ne peuvent faire
qu'en plufieurs jours , il n'auroit jamais
B iiij pû
2572 MERCURE DE FRANCE:
pû venir à bout d'écrire tout ce qu'il a
écrit ; car outre les affaires particulieres ,
il avoit encore une Paroiffe très- confi
derable à gouverner , il étoit au milieu
de toutes les connoiffances , & ne pouvoit
fe difpenfer de donner beaucoup de
fon tems aux affaires publiques .
Avant que de donner le Catalogue des
Ouvrages du Docteur Clarke , je crois
qu'il ne fera pas hors de propos d'avertir
le Lecteur , que toutes les fois qu'on
faifoit une nouvelle Edition de quelqu'un
de fes Livres , il Y faifoit toujours plufieurs
Additions , & donnoit une Explication
des endroits qui lui paroiffoient
en demander .
Catalogue de fes Ouvrages.
DISCOURS concernant l'Etre & les
Attributs de Dieu , les obligations de la
Religion naturelle , & la verité & la certitude
de la Revelation Chrétienne
pour fervir de Réponse à Hobbes ,
Spinofa , l'Auteur des Oracles de la
raifon , & autres qui nient la Religion
naturelle & revelée . Contenu en feize
Sermons , prêchés dans l'Eglife Cathédrale
de S. Paul en 1704. & 1705. à la
Lecture fondée par Robert Boyle , Ecuyer.
On a inferé dans la 7. Edition de ces
Sermons , un Difcours concernant la
conNOVEMBRE
. 1729. 2573
connexité des Prophetics de l'Ancien
Teftament , & de leur application à
J. C. comme auffi une Réponse à une.
feptiéme Lettre , concernant l'Argument
à priori.
PARAPHRASE fur les quatre Evangiles
, ou pour l'intelligence de l'Hiftoire
Sacrée ; on a imprimé le Texte entier ,
avec la Paraphrafe , en colomnes féparées
, vis - à- vis l'une de l'autre , avec des
Notes critiques fur les Paffages les plus
obfcurs , fort utiles aux Familles. En 2.
vol. 8 .
TROIS ESSAIS PRATIQUES fur le
Baptême , la Confirmation & la Penitence
, contenant des Inftructions pour memer
une fainte vie , avec des Exhortations
preffantes , addreffées particulierement
à la Jeuneffe , & tirées de la confideration
de la feverité de la Difcipli
ne , obfervée dans l'Eglife primitive.
ཉ་
LETTRE à M. Dodwell , où l'on répond
particulierement à tous les Argumens
contenus dans fon Difcours Epiflo
laire contre l'immortalité de l'ame , & où
l'on repréfente clairement le fentiment
des Peres fur cette matiere ; avec quatre
autres Lettres pour fervir de Réponse à
' Auteur des Remarques fur la Lettre écrite
à M. Dodwel. Il y a ajouté des Reflé-.
xions fur la partie d'un Livre , intimle
By Amik
2574 MERCURE DE FRANCE.
Anyntor , ou Deffenfe de la vie de Mile
ton , laquelle a rapport aux Ecrits des
Peres de l'Eglife primitive & au Canon
du Nouveau Teftament.
RECUEIL d'Ecrits entre le feu Me
Leibnitz & le Docteur Clarke , en 1715.
& 1716. qui ont rapport aux principes
de la Philofophie naturelle & de la Religion
, avec un Appendix . On y a ajoûté
des Lettres écrites au Docteur Clarke ,
concernant la liberté & la neceffué , par
un Gentilhomme de l'Univerfité de Cambridge
, avec les Réponfes du Docteur à
ces Lettres ; auffi des Remarques fur un
Livre , intitulé Recherche Philofophique,
concernant la liberté de l'homme.
DIX - SEPT SERMONS fur divers futjets
. Particulierement fur la grande obligation
de la charité univerfelle . Sur le
Gouvernement des paffions. Plufieurs Difcours
aufujerde la contagion . Sur $ . Pierre ,
qui eft la pierre fur laquelleJ.C.a bâti fon
Eglife. Sur la foi d'Abraham. Sur J. C.
qui eft le pain de vie. Sur l'origine du
peché & de la mifere de l'homme. Sur
l'Etection & la Réprobation , étant une
Paraphrafe far le 9. Ch. aux Rom. La
vie préfente éft un état d'épreuve , pour
nous conduire à une vie future. Que les
avis que J. C. a donnés à fes Apôtres ,
regardent generalement tous les Chrétiens.
LA
1
NOVEMBRE. 1729. 2575
LA DOCTRINE DE L'ECRITURE
fur la Trinité , en trois Parties , où l'on
a recueilli , comparé & expliqué tous les
Textes du Nouveau Teftament qui ont
rapport à cette Doctrine , & les principaux
Paffages , contenus dans la Liturgie
de l'Eglife Anglicane .
LETTRE écrite au Docteur Wells ,
Recteur de Cotefbach , dans la Province
de Leicestershire , pour Réponse à fes
Remarques.
›
REPLIQUE aux Objections faites par
Rob. Nelton , Ecuyer , & par un Auteur
anonime au Livre du Docteur Clarke,
de la Doctine de l'Ecriture fur la Trinité,
TROIS LETTRES écrites à un Ecclefiaftique
de la Province .
SERMON preché le 18. Avril 1725 .
dans l'Eglife paroiffiale de S. Jacques
de Weftminſter , au fujet d'une fondation
faite d'une Ecole de charité , pour
l'inftruction des Servantes.
Jacobi Robaulti Phyfica. Latinè vertit ,
recenfuit & uberioribus jam Annotationibus
ex Illuftriffimi Ifaaci Newtoni Philofophia
maximam partem hauftis , amplificavit
& ornavit S. Clarke , S. T. P.
Accedunt etiam in quarta Editione novæ
aliquot Tabulæ , æri incifæ , & Annotationes
multum funt auctæ.
Ifaaci Newtoni Optica. Latinè reddidit
S. Clarke S. T. P. B vj
C.
2576 MERCURE DE FRANCE
C. Julii Cafaris quæ extant , accura
tiffimè cum Libris editis & M S S. op
timis collará , & c. Accefferunt Annota
tiones S. Clarke S. T. P.
Homeri Ilias , Græcè & Latinè. And
notationes in ufum Ser. Principis Gu
lielmi Augufti , Ducis de Cumberland
& c . Regio juffu fcripfit atque edidit S.
Clarke S. T. P.
LETTRE écrite à M. Benj . Hoadly ,
F. R. S. à l'occafion de la préfente conteftation
furvenue entre les Mathématiciens
, au fujet de la proportion de la
viteffe & de la force dans le mouvement
des corpse
Le Docteur Clarke a publié les quatre
Traités fuivans fans y mettre fon nom .
Obfervations fur la feconde deffenfe du
Doct . Waterland , qu'il a faite de fes
Queſtions.
Le Plaidoyer Modeste continué
une courte & diftincte Réponse aux Queftions
du Docteur Waterland , qui ont
rapport à la Doctrine de la Trinité.
Lettre écrite à M. R. M. concernant
fon Argument fur l'Ecriture & c .
Autre écrite à l'Auteur d'un Livre ;
intitulé La veritable Doctrine de l'Ecria.
eure fur la très-fainte & indivifible Tri .
mit!, continuée & juftifiée.
Les Ouvrages pofthumes que ce DocNOVEMBRE.
1729 2577
teur avoit deftinés pour le Public , font-
Son Explication du Catéchisme de l'Eglife
, qui eft actuellement fous preſſe.
Ses Sermons .
Il a laiffé en mourant une fi grande
quantité de materiaux fur les reftes de
fon Iliade & fur l'Odiffée , qu'il y a toutlieu
d'efperer que fon Edition d'Homere
fera quelque jour achevée .
XXX :XXXXXXXXX : XXX
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
E Ciel de fa main bienfaifante
Lvient de nousdonner à la
Vient de nous donner à la fin ,
Au gré de notre douce attente
Un Heros naiffant , un Dauphin. -
Que de biens apporte à la France
Ce jour pour nous fi fortuné !
La Paix , la Joye & l'Abondance
Suivent le Prince nouveau né.
Inftruit par une fage Mere
Des regles de la fainte Loi ,
2578 MERCURE DE FRANCE : -
I apprendra d'un fage Pere
Celles qui forment un Grand Roi.
PA
Rendons grace au Ciel qui nous donne ,
Dans ce Noble & Royal Enfant ,
Un Succeffeur à la Couronne ,
Qu'en tout il protege & deffend.
Princeffes , que nos Loix Saliques
Eloignent du Trône des Lys ,
Sur les coeurs vos droits autentiques
N'en font pas moins bien établis.
52
Sur les Rois même , on le peut dire ,
Vous avez dequoi vous venger , į
Et les plus fiers fous votre Empire.
Quelque jour viendront fe ranger.
XXX:XXXXXXXXXXXX
FESTEdonnée parM.deVaftan, Intendant
deBaffe-Normandie. Extrait d'une Lettre
écrite le 5. Octobre par M.D. à M. M.
J
E ne fuis de retour de mon voyage que
du 26. du mois dernier. Depuis ce temslà
nous n'avons été ici ocupez que de Fêtes
& de Réjouiffances au fujer de la Naiffance
de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. NOUS
forNOVEMBRE.
1729. 2579
forrons de celle de M. l'Intendant , qui a
paffé d'un commun accord pour la plus entenduë
, la plus galante & la mieux executée qui
ait jamais été donnée , je ne dis pas dans
cette Province , mais dans toutes celles du
Royaume , fans parler de la propreté & de
la magnificence des habillemens de plus de
deux cent Gentilshommes priez de cette Fête
, & raffemblés par M. de Vaſtan , de toutes
les parties de cette Province. Je doute
qu'on puiffe avoir vû à Paris , fi on excepte
la Cour , rien de plus riche & de mieux
paré que les Dames au nombre de plus de
cent vingt , qui s'y étoient rendues de tous
côtés ,fur des Lettres de Madame de Vaftan,
Le Bal , qui fuivit un fouper , où l'abondance
des fervices & la délicateffe des mets
répondoit au gout & au brillant du refte de
la Fête , a été d'une execution parfaite dans
toutes les parties. La Salle dans laquelle il a
été donné , avoit été conftruite exprès fur une
Terrafle extrémement longue , ornée en dedans
de verdure en Portiques , à la hauteur
de vingt pieds , & au - deffus , de huit pieces
de Tapiflerie parfaitement belles , repréfentant
les Avantures d'Armide , illuminées de plus
de quatre cent bougies , & fur le devant , de
deux mille cinq cens lampions , qui jettoient
un jour dans la Salle prefque auffi parfait que
celui du Soleil . Il s'eft trouvé à ce Bal plus
de huit cent perfonnes , & dans ce nombre ,
plus de deux cents Mafques caracterifés d'un
gout exquis comme on n'y entroit que par
billets que M. l'Inténdant avoit fait diftribuer
trois on quatre jours auparavant dans la Ville,
plus de cinquante Cavaliers gardant d'ailleurs
l'Entrée & les principaux Endroits de la Salle ,
on
580 MERCURE DE FRANCE :
on peut dire que l'ordre , qui fait l'ame da
ces fortes d'affemblées , n'a jamais été plus
grand ; on danfoit dans fix endroits differents,
comme au Bal de l'Opera , ce qui a duré depuis
minuit jufqu'à 7. heures du matin , avec
une égale vivacité , par le moyen des rafraîchillemens
de toute efpece , qui ont été
diftribués avec une abondance qui eſt allée juſ
qu'à la profufion .
J'oubliois de vous dire qu'avant le fouper
nous fûmes témoins du plus beau fpectacledu
monde. A la faveur de l'Illumination qui
avoit été faite fur la principale Entrée de
l'Hôtel de l'Intendance , compofée de plus
de 6000. lampions , difpofés avec beaucoup
de gout , on fit au Peuple la diftribution de
1200. livres de Viande rôtie , fur des Tables
qui avoient été placées dans la Ruë , & de-
2000. pains d'une livre chacun on ouvrit en
même tems le Robinet de plufieurs Pieces
de vin ; ce qui fit dire , avec raifon , que
dans cette feule nuit M. l'Intendant avoit
régalé plus de 3000. perfonnes . Enfin la fatiffaction
des uns & des autres eft inexprimable,
& leur feule peine , auffi bien que la nôtre
, a été de voir la fin d'une Féte aufi
brillante qu'elle étoit legitime.
Pour moi , je vous affure qu'elle m'a frap
pé ; j'avois vû des divertiffeinens & des Fêtes
à L. & à V. & j'étois prévenu que rienne
les furpafferoit ; mais je penfe aujourd'hui
differemment ; elles étoient de plus longue
durée , & d'une plus grande dépenſe ; mais
celle ci l'emporte par le nombre des Dames
& des Cavaliers qui yont pris part, par l'ordre
& la magnificence qui y ont régné depuis le
commencement juſqu'à la fin , & par la
politeffe
NOVEMBRE . 1729. 2581
politeffe & les attentions de M. & de Mad.
de Vaftan , à l'égard de tout le monde.
Les Poëtes de Caën , qui n'ont point de
generé des Malherbes , des Segrais &c. ont
déja celebré la Naifance du DAUPHIN ; mais
aucun ne l'a fait avec plus d'applaudiffement
que celui dont je joins ici les vers , lefquels
furent diftribués par des Mafques dans le Bal
dont je viens de vous parler .
L'OMBRE de Noftradamus au Bal ;
donné à Caen , par M. de Vaftan ,
le 2. Octobre 1729. au sujet de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
L'OMBRE.
Ombre Habitant des Plaines fortunées .
Noftradamus dans ces aimables lieux
Vient annoncer les grandes deftinées
Du beau DAUPHIN , digne préſent des Cieux,
L'Enfant croftra pour le bien de l'Empire ;
Déja fon front brille de mille attraits.
Aimable & grand , auffi - tôt qu'il reſpire ,
D'un vrai Monarque il offre tous les traits.
Tu couleras , 6 trop heureufe FRANCE !
Tes plus beaux jours fous ce naiffant HEROS
Les
2582 MERCURE DE FRANCE .
Les doux plaifirs , la Paix & l'Abondance
Seront les fruits de fes premiers travaux.
Cher à fon Peuple , aux Ennemis terrible,
Il deviendra Maître de l'Univers ;
Tes Boulevarts & ton Trône paifible
Sont deformais à l'abri des revers.
Je vois partir de nombreufes Galeres ,
Qui vont mouiller aux plus fauvages bords
Et repaffant les Campagnes ameres ,
Dans ces Climats rapporter des Tréfors.
粥
Je vois les Arts chéris dans la Province ,
Reprendre enfin leur premiere fplendeur.
Peuple François , c'eſt à ce jeune PRINCE
Que tu devras ce comble de faveur.
Chaque Pays de fa jufte allegreffe
Donne à fon Roy des preuves tour à tours
Mais cette Ville , où le Deftin m'adreffe
Au-deffus d'eux fignale fon amour.
Que de beautés & de magnificence
S'offrent à moi dans ces lieux rayiffans !
ร
Ces
NOVEMBRE. 1729 2583.
Ces Feux , du jour font oublier l'abfence ;
Pour un Soleil , j'en vois briller deux cents.
Dans cette Troupe augufte & reſpectable,
Que j'apperçois de grace & d'enjouëment !
Mais DE VASTAN & fa Compagne aimable ,
En font tous deux le plus bel ornement.
us
Goûteż en paix d'éternelles délices ;
Tout ici bas confpire à vos plaifirs.
Puiffent les Cieux au nouveau né propices ,
Le conferver au gré de vos defirs,
L'OMBRE en partant.
Pourvoirl'éclat d'une Fête fi belle,
DIEUX , que ne puis -je ici fixer mes pas !
Mais au Tenare un ordre me rappelle ;
J'entre à regret dans la nuit du trépas.
RE’JOUISSANCES faites à Toulouse :
A Ville de Toulouſe , toujours empreffée
La donner des marques de fon zele & de
fa fidelité dans tous les évenemens qui intereffent
la gloire du Roi & le bonheur de
l'Etat , a vú combler fes voeux par l'heureufe
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin. Elle
en
2584 MERCURE DE FRANCF :
en apprit la nouvelle le 9. Septembre à fept
heures du foir. Les Capitouls la firent d'abord
annoncer par de fréquentes décharges de
Moufqueterie , qui furent auffi - tôt accompagnées
du fon des Cloches de la Ville. Le
lendemain le Corps de Ville s'affembla. Il
délibera de donner en cette occafion des marques
de joye encore plus grandes , s'il étoit
poffible , que celles dont les Regiftres de
I'Hôtel de Ville pouvoient fournir des exemples.
A l'iffue du Confeil , les Capitouls firent
éclairer d'une infinité de lumieres le Donjon
de l'Hôtel de Ville & toutes les Fenêtres de
cet Hôtel , le plus grand & le plus magnifique
qui foit dans la Province . Par leurs ordres
, les Citoyens à l'envi firent des Illuminations
aux Fenêtres , & fe hâterent d'allumer
des Feux de joye devant leurs portes. Les
Corps des Arts & Métiers furent mandés
& on leur ordonna de faire des Compagnies,
pour compofer un Corps d'Infanterie , fous
le commandement de M. Pemeja , ancien
Capitoul.
Les Capitouls & les Commiffaires Adjoints,
chargerent le S. Rivals , celebre Peintre , &
le S. Arcis , Sculpteur fameux , du foin de
dreffer un Feu d'artifice , pour être tiré fur la
Garonne.
Le 16. les Capitouls reçurent la Lettre du
Roi , pour la Proceffion générale , le Te Deum
& c.
Le Mardi 20. les Corps de Métiers , au nombre
de cinquante Compagnies , formerent deux
Bataillons de trois mille hommes chacun . Les
Officiers en habits uniformes , & les Soldats
leftement vêtus , avec des chapeaux bordés
NOVEMBRE . 1729. 2585
dés & des Cocardes des couleurs de leurs
Drapeaux . Ces deux Bataillons allerent
de la Place S. George à celle de S Etienne ,
& formerent une haye depuis la Rue des Nobles
jufqu'à l'Hôtel de Ville.
A onze heures du matin , le Parlement en
Robes rouges affifta au Te Deum , avec les autres
Compagnies qui ont coûtume de s'y
trouver.
A cinq heures du foir , les deux Bataillons ,
précédant les Capitouls , furent rangés en bataille
dans la Place de S. Etienne , où au bruit
des Trompettes , des Tambours & des cris de
Vive le Roi , la Reine & Monfeigneur le Dauphin
, le Feu de joye fut allumé par M. Lacaze-
Rochebrun , Capitoul de la Partie. La
Moufqueterie de la Bourgeoifie , jointe à celle
de l'Hôtel de Ville , fit là plufieurs décharges
, aufquelles l'Artillerie placée fur les
Remparts , répondit. Les Capirouls , accompagnés
de huit Commiffaires , s'en retournerent
à l'Hôtel de Ville , dont les Portiques
étoient decorés d'Arcs de Triomphes &c.
Toute la Ville étoit comme enflammée par
les Feux dejoye & les Illuminations.
Le Jeudi fuivant , les Bataillons défilerent
de la Place de S. George , vers celle de S.
Sernin , bordant la haye jufqu'à l'Eglife de
S. Etienne , où le Parlement en Robes rouges ,
& toutes les autres Compagnies , allerent
faire leurs prieres . Enfuite la Proceffion qui
étoit partie de l'Eglife de S. Sernin , avec
les Châffes des Corps faints , continua fa
marche , & fit les mêmes Stations qu'a coûtume
de faire celle du 17. de Mai , jour au
quel on accomplit tous les ans à Toulouſe le
Voeu fait à l'occafion de la délivrance de la
Ville . La
.2586 MERCURE DE FRANCE .
La nuir du 29. on tira le Feu´d'artifice au
milieu d'un grand & vafte Baffin que forme
la Garonne borné au midi par une Campagne
agréable , au Levant par une Ifle bien
peuplée , au Septentrion par un des plus beaux
Ponts qui foit en Europe , & au Couchant ,
par un Cours d'une très grande étenduë, On
voyoit s'élever un Rocher de quarante- huit
pieds de baſe , & d'environ trente de hauteur
, autour duquel plufieurs Dauphins fe
promenoienr fur l'eau , fe jouant avec des
Tritons , qui fembloient avec leurs Conques
appeller les autres Divinités Marines. Au
fommet du Rocher , il y avoit une Plate- forme
quarrée , & à chacun de fes angles un grand
vafe antique bronzé , foutenu fur un "Socle
de même matiere. La grande clarté qui fortoit
de chacun de ces vafes , donnoit au Peuple la
fatisfaction de revoir la beauté des Peintures
de la décoration , qu'il n'avoit quittée qu'à
regret au coucher du Soleil . Entre les vafes
fur la même ligne , on voyoit les Armes du
Roi , de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin
, & celles de la Ville de Touloufe , chacune
des faces foutenues par les Genies qui
leur font propres , reprefentées par de grandes
gures .Le fecondCorps quarré d'Architecture,
étoit d'un très beau marbre , foutenu for un
Socle de même matiere , avec une Corniche,
préfentant à chacune de fes faces un grand
bas relief d'un bronze verd , rehausé d'or , où
étoient reprefentés la Cerémonie du Congrés,
la Religion foutenue par S. M. les Députés
de la République de Tripoli humiliés devant
le Roi , S. M. accordant fa protection aux
beaux Arts. Au- deffus de ce corps d'Archi- .
tecture , s'élevoient quatre grandes figures ,
aufquelles
NOVEMBRE. 1729. 2587
aufquelles répondoient en forme de confole
tenverfée , les têtes de quatre grands Dauphins
de bronze verd , qui , allant joindre
l'angle de ce troifiéme corps d'Architecture,
qui étoit de marbre blanc , en foutenoient
de leurs queues la corniche qui le termi
noit , & laifloit voir au milieu de chaque
face les Infcriptions fuivantes,
A celle où étoit le Congrés : LudovicoXV
Pacis Arbitro.
A celle où étoit le Roi , défenfeur de la
Religion : Religionis Vindici.
A celle où S. M. foumettoit & pardonnoit
à la République de Tripoli : Subjectis parcenti.
A celle qui démontroit le Roi Protecteur
des Arts : Artium Patrono .
Toutes ces criptions en Lettres d'or ,
pouvoient aiféme lire , par la grandeur du
caractere , au bas Socle des quatre figures
coloffales de ronde boffe en bronze , qui
étoient à chaque angle , repréſentant les Vertus,
dont le Peuple fouhaite voir orné Monfei
gneur leDauphin , fçavoir laReligion , laValeur,
Ta Juftice & la Liberalité , toutes diftinguées
& caracterifées par leurs Attributs,
Enfin fur tout le corps de la décoration , il
y avoit un quatriéme quarré , qui n'étoit
proprement que le Plinte d'un grand & magnifique
Groupe , qui repréfentoit le veritable
fujet de la Fête , où fe lifoient les Infcrips
tions fuivantes.
A la premiere des faces : Sereniffimo Gallia
rum Delphino ad Populorum felicitatem nato,
A la deuxième : Piiffima Galliarum Regina
vota puplica cumulanti.
A la troifiéme : Galliarum Fortune.
A
2588 MERCURE DE FRANCE.
A la quatrième : Gefienti Tolofatum fidei.
Ce Groupe étoit fur des Nues très - adroitement
feintes ; on y voyoit Monfeigneur le
Dauphin , dans un grand Manteau Royal ,
que plufieurs Génies conduifoient pour le
remettre entre les bras de la France , repréfentée
fous la figure d'une belle femme , richement
vêtue , qui par fon attitude montroit
le défir qu'elle avoit de recevoir ce
préfent du Ciel . Tout l'Edifice , depuis la fuperficie
de l'eau jufqu'au plus haut du principal
Groupe , avoit quatre- vingt pieds de
hauteur.
Les Capitouls fe rendirent à ce fpectacle
à l'entrée de la nuit , revêtus de leurs manteaux
de Cerémonie , accompagnés de la Bourgeoifie
, & devancés des Bataillons. Leur
marche ſe fit entendre par plufieurs falves de
la Moufqueterie de leur Main- forte. Les deux
Fontaines de vin qui avoient coulé devant
l'Hôtel de Ville , le jour qu'on chanta le Te
Deum , furent ouvertes de nouveau , & en
même-tems , au bout du Pont , deux autres
Fontaines de vin coulerent du bas des Tours ,
où fe placerent les Capitouls avec le Corps
de Ville. Il n'eft pas poffible de décrire quelle
fut alors la beauté de cette pompeufe Fête.
Toute la Ville , par la multitude des Illuminations
, parut comme dans l'éclat du plus
beau jour. Les Tours du Pont répondoient
à tout le refte : un nombre infini de lumieres
artiftement rangées , n'offroient ces deux
Tours que comme deux Piramides de Flammes
; les Arcs de Triomphe d'efpace en efpace
, chargés d'Infcriptions , de Deviles , d'Emblêmes
, ne laiffoient rien à defirer.
Le gravier élevé par les inondations fournit
NOVEMBRE. 1729. 2589
to
nit aux Milices poftées fur ce terrain ſpacieux
dequoi diffiper les ombres de la campagne ,
par autant de flambeaux qu'il y avoit de
Soldats , & par ce moyen , la clarté ne cedoit
en rien à celle qu'offroient les illuminations
de la Ville , le long des bords de la
Riviere , ni à celle dont les allées du Cours
étoient de tous côtés environnées.
Les Coulevrines en batterie , à l'extrémité du
gravier , donnerent le fignal ; l'Infanterie y
répondit par plufieurs décharges , tandis que
fur l'aile du Pont , qui dominoit le Feu d'artifice
, la Moufqueterie de l'Hôtel de Ville
faifoit un effet furprenant.
Le Feu d'artifice fut allumé à neuf heures ; il
réuffit très - bien , & fe foutint d'une égale force
pendant plus de trois quarts d'heuresaprès quoi
les Capitouls & le Corps de Ville s'en retournerent
au bruit redoublé des acclamations.
Le 2. Octobre , jour fixé pour la clôture
des Réjouiffances , la Nobleffe de Toulouze
& les Seigneurs Etrangers qui s'y trouverent,
furent , de la part des Capitouls , ainfi que
les anciens Capitouls , invités au fouper que
la Ville donna dans la Galerie des Hommes
Illuftres de Toulouze.Cinq Tables , chacune de
30. Couverts , furent fomptueufement fervies ;
cent cinquante perfonnes de diftinction y furent
en même-tems traitées fplendidement . On but
les fantés du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , au fon des Trompettes
& des Hautbois , pendant que la Moufqueterie
redoubloit les falves dans la Cour de
l'Hôtel de Ville , au dedans & au dehors , illuminé
de même qu'il l'avoit été les jours pré-
Gedens .
Le Souper n'étoit pas encore fini , que les
C Mafques
2590 MERCURE DE FRANCE.
Mafques , venant en foule , firent avancer le
Bal. Il fut en même tems commencé dans la
Galerie des Peintures & dans celle des Por
traits. On avoit placé les Violons à chaque
bout ; ainfi on danfoit en 4. endroits , & le
Balduna 8. heures, Les rafraîchiffemens de tou
te forte y furent abondament diftribués , tandis
qu'un fuperbe Ambigu , refervé dans une
quatriéme piéce de plein pied , fournit au
gout
& au défir de tout le monde.
REJOUISSANCES
faites à Metz.
E jour marqué pour celebrer la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , fut annoncé
dès le lever du Soleil par une falve de toute
l'Artillerie de la Ville & de la Citadelle ; à
quatre heures après midi on chanta, avec pompe
, dans l'Eglife Cathédrale , un Te Deum ;
M. l'Evêque & le Chapitre , Mrs de Verceil,
de Perriffant , avec les Officiers de la Garnifon
, le Parlement , les Echevins , & les Offi
ciers de divers Tribunaux de cette Ville y
affifterent en Corps ; le Marquis de Lifle , General
des Troupes campées , s'y rendit , accompagné
d'un nombre confiderable d'Officiers
des Régimens Royal de Lyonnois , d'Anjou
, de la Sere & de Bourbon , qui compofent
le Camp ; cette pieufe Céremonie fut
fuivie du bruit de trois cens pieces de Canon,
& de la Moufqueterie de la Ville & du Camp ,
dont on fit trois falves reglées , ce qui dura
jufqu'à l'entrée de la nuit , que l'on mít le feu
à un Artifice préparé fur l'Eſplanade ; tous
les Habitans allumerent au- devant de leurs
Maifons quantité de flambeaux & de lampes ,
les
NOVEMBRE. 1729. 2591
les Echevins firent couler dans les rues des
Fontaines de vin. La Maiſon du Marquis de
Lifle , peu diftante de la gauche du Camp , fe
fit voir en la forme d'un long Amphithéatre
de feu , du milieu duquel s'élevoit une Tour
dont la face étoit parfaitement fymétrifée , &
du haut de laquelle on vit partir une grande
quantité de Fufées qui tracerent dans l'air
fes Chiffres du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin , ce qui fe fit beaucoup
admirer ; mais tous les yeux fe tournerent du
côté du spectacle que prefenta l'Illumination
du Camp. Ce Camp eft partagé en deux lignes
, dont la prémiere s'étend à deux cent
pas de diftance , le long de la Riviere qui
coule entre la Ville & le Camp; la feconde
ligne regardant la premiere , les Officiers , ainfi
que les Soldats , font logez dans des Baraques
de planches d'une grandeur convenable..
en même nombre que l'on a vû des Tentes ,
placées & alignées de même , ce qui forme
de très - belles rues 3 on avoit rangé uniformé
ment fur les toits élevez de ces Baraques , une
infinité de Lampions, dont la fymétrie , formée
par la jonction de cette quantité de toits , ne
peut être conçue aifément : d'ailleurs , elle
changeoit avec la fituation des yeux ; la face
le profil , l'étendue , la diftance , tout faifoit
remarquer des figures de feu differentes , &
charmoit les regards au point, que l'on a comparé
ce Spectacle à ce que l'on nous raconte
des enchantemens des Fées. La Riviere , d'un
bout à l'autre du Camp , étoit bordée de Pots
feu , qui jettant une vive flamme , & fe multipliant
dans le criftal des eaux , fembloient
Créer un nouveau jour. Le front de chacune
des deux lignes, outre les Lampions , étoit gar
cij
ni
2592 MERCURE DE FRANCE:
&
ni de Pots à feu & de Lanternes , de diftance
en diſtance , fur lesquelles étoient peintes
les Armoiries de la Famille Royale . Tous les
Spectateurs frappez de ce coup d'oeil , donnoient
des marques de leur étonnement ,
leur récit a bien contribué à confoler Mrs les
Officiers , de ce que par le manque d'habiles
Artificiers , par le peu de temps qu'ils ont
eu pour le préparer à cette Fête , ils n'ont pú
avoir de Feu d'artifice entre les deux lignes ,
comme ils l'avoient defiré. Le General , qui
fouhaitoit que le zele des Troupes répondît
au fien , en vit les effets avec une fatisfaction
entiere ; il confidera long-temps ce Spectacle .
en avoüant qu'il tenoit du merveilleux ; le foin
de recevoir des Dames qu'il avoit invitées ,
l'appellant à fa maiſon , il s'y rendit , fuivi de
tous les principaux Officiers , & d'un grand
nombre d'autres , qui tous fouperent chez lui;
il y fut fervi fur plufieurs tables quantité de
mets des plus fins & des plus rares , & le Bal
fucceda au fouper. Dans tout le Camp , ce
ne furent que plaifirs , plufieurs Officiers y
régalerent des Dames , & chacun y donna des
marques éclatantes de la joye.
L'Illumination dura depuis fept heures jufques
après minuit , & pendant ce temps le
Soldat s'occupa à épuifer plufieurs Fontaines
de vin qui couloient dans le Camp par la liberalité
du General. Les Portes de la Ville
refterent ouvertes , pour donner aux Habitans
la liberté de venir obferver de près ce qu'ils
avoient admiré du haut de leurs Tours ; le
Concours en fur grand ; ils vinrent mêler leur
joye à l'allegreffe extréme dont les Troupes
étoient remplies depuis le jour heureux de l'accouchement
de la Reine , conformes en cela
NOVEMBRE . 1729. 2593
à tous les François, puiſqu'on apprend de tous
les endroits du Royaume qu'on s'y livre par
tout à la joye .
Réjouiffances à Fécamp en Normandie.
Lan
,
E Samedi matin 24. Septembre , la Fête fut
annoncée par le fon de toutes nos Cloches
& par un Drapeau qu'on arbora au haut de
la grande Tour. Le lendemain Dimanche à
5. heures du matin on fonna de nouveau
toutes les cloches jufqu'à fix heures , & enfuite
on fit une décharge de l'Artillerie , qui
confiftoit en huit petites pieces de campagne
& en 30. Boëtes . A trois heures & demie après
midi , les 10. Curez de la Ville avec leur Clergé
, les PP. Capucins , le Sénéchal avec les
Officiers de la Juftice , les Maire & Echevins &
tous les autres Officiers de M. l'Abbé & de la
Maiſon , ſe rendirent dans le Choeur de l'Eglife
Abbatiale , où le Te Deum fut chanté par
la Mufique de l'Abbaye.
On fit auparavant une décharge , dont le
bruit fut mêlé avec celui des Cloches. Enfuite
le Sénéchal , à la priere du R. P. Prieur , * alla
allumer le Feu , en l'abſence du Lieutenant de
Roi qui eft malade. Il y avoit fur la Place une
Compagnie de cent hommes des mieux faits ,
proprement habillez & bien armez. Ils firent
cinq décharges autour du Feu, & on en fit trois
des Boëtes & des Canons. On vit pour lors
couler deux Fontaines de vin , qui ne cefferent
que bien´avant dans la nuit. Pendant que
la Populace s'y empreffoit , les Principaux de
la Ville de tous les Etats , fe rendirent dans la
Salle d'entrée , où l'on avoit fervi un Ambigu .
* D. Pierre Thibault , cy devant General de
la Congregation de S. Maur,
C iij La
2594 MERCURE DE FRANCE:
La table étoit de 30. Couverts ; ceux qui ne
purent pas y trouver place, voltigeoient au
tour. Les fantés du Roi, de laReine & deMonfeigneur
le Dauphin y furent bûës , pendant
qu'une quantité d'autres perfonnes qui étoient
dans le Réfectoire , répondoient à ces fantez.
On ne fortit de table qu'au commencement
de la nuit , pour aller fur la Place voir les Illuminations
il y avoit fur les 4 coins de la Tour,
de l'Abbaye 4 gros Pots - à- feu qui jettoient une
fort grande lumiere , mais on s'étoit furtout
attaché à illuminer le Portail de l'Eglife . Il y
avoit à chacune des 3. grandes Portes , trois
cercles de lumieres qui prenoient depuis le
bas jufqu'au haut des ceintres . Dans l'enfoncement
de la Porte du milieu , on avoit placé
une Etoile , haute de 8. pieds , garnie de Lampions
, & aux deux autres deux fleurs de Lys
de la même grandeur. Les deux Galeries de
ce Portail étoient garnies de Pots- à - feu aux
bouts , & le milieu étoit éclairé par 4
douzaines de gros flambeaux de cire. On avoit
mis au haut du pignon 3. gros Pots- à - feu ,
& dans la Rofe , un Soleil de 9. pieds de diametre.
Dans l'enfoncement de la grande Porte
du Monaftere , on avoit ménagé un Appartement
orné de fort belles Tapifleries , de Gla
ces , des Portraits de Louis XIV . du Roi &
de la Reine. Dans le fond étoit repréſenté le
Dauphin , fous un riche Dais , dans un Berceau
doré,d'un très - bel ouvrage deMofaïque,
tout couvert de Pierreries , qui jettoient un
grand éclat, à la faveur d'un nombre infini de
bougies. Deux Anges fufpendus en l'air , ſoutenoient
une Couronne fur la tête du Dauphin
, qui étoit gardé par huit petits Gentils
hommes très- proprement habillez , l'épée nuë
NOVEMBRE . 1729. 2595
à la main , qui ne le quitterent que pour aller
affifter au Te Deum & accompagner le
Célebrant à l'Autel.
Le jour fuivant , cette grande Porte fut
encore environnée de trois cercles de lumieres
, & ornée d'une belle Infcription , autour
de laquelle étoient des Dauphins , des Emblêmes
& c. & au- deffus les Armes du Roi & du
Dauphin. Outre toutes ces Illuminations , on
avoit mis des lumieres par tout où l'on avoit
pû en placer fans confufion .
Lorfque tout fut illuminé , on commença
à tirer un très beau Feu d'artifice qui étoit
placé au deffus de la Porte du Monaftere. Le
Parapet de la Terraffe du Logis Abbatial étoit
bordé de 200 Lances à feu qui accompagnoient
cet Artifice. Il n'y manquoit que des Fulées vo
lantes,que l'on n'ofa y mettre crainted'accident;
mais on les tira enfuite dans les Jardins. Pendant
tout ce tems- là on fit plufieurs décharges
de Boëtes. La Fête dura toute la nuit.
On ne fçauroit croire la grande quantité de
monde qui s'y trouva , toute la Nobleffe des
environs s'y étoit rendues enforte que l'Affemblée
étoit auffi brillante que nombreuſe.
La Ceremonie du Lundi fut plus férieufe .
La Proceffion fortit de l'Eglife fur les 8. heures
, & alla à S. Etienne , où la Mufique chanta
un Motet. Tous ceux qui s'étoient trouvez
au Te Deum , affifterent à cette Proceffion. Les
Gardes de l'Abbaye & ceux de M. l'Abbé, gardoient
les portes des deux Eglifes. Au retour
le P. Prieur dit la grande Mefle , qui fut célebrée
avec les grandes Céremoinies , & chantée
par la Mufique. On fit ce jour- là trois
décharges de l'Artillerie.
Ciiij INS2596
MERCURE DE FRANCE .
INSCRIPTION PRINCIPALE.
Qui
DEO
PROVIDENTISSIMO .
Ui in nato Delphino
Sibi , Religiofum cultorem ,
Ecclefia , defenforem acerrimum ,
Regi , Paternarum virtutum & folii haredem ,
Regina , peroptatum amoris fructum ,
Francis , futura felicitatis fpem ,
Europa , Pacis modo componenda pignus
Munificè conceffit .
Solemnes agentes gratias
Pofuere
Benedictini Fifcannenfes
Plaudentibus omnium Ordinum Civibus.
Réjouiffances à Ponteau , en Brie.
Beauvillier , Gentilhomme Servant ,
Mingénieur ordinaire du Roi , Chevalier
de S. Louis , de l'Académie Royale des Sciences
, après avoir pris part aux Fêtes de Paris
fur la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
fe rendit le 8. de Septembre à fa belle Maiſon
de Campagne , fituée au Village de Ponteau
fur la Riviere de Morbras en Brie , à 4.
lieues de Paris , avec une grande & honorable
Compagnie , & trois de fes fils qu'il éleve
dans le génie.
On avoit déja difpofé par fes ordres , dans
le Jardin près d'un Canal formé des eaux , de
cette Riviere , un Feu d'artifice , dont le plan
étoit
NOVEMBRE. 1729. 2597
étoit un Octogone de 18. pieds de diametre ,
terminé par 8. Colomnes de 12. pieds de hau
teur , avec leurs Pieds- deftaux leurs Corniches
, & c. de l'Ordre Toican , le tout bâti &
plaphonné d'un ouvrage d'ozier & de perches
Couvertes de papiers à la Serpente, huillé, pour
que les Illuminations interieures fiffent appercevoir
le travail de cette Architecture, fur l'Architrave
de laquelle étoit un Plaphond de trillage
Octogone , de 12. pieds de diametre , qui
fervoit de baſe à une Piramide tronquée , de 12
pieds de hauteur , pareillement formée d'ozier
& ornée fur les pans de noms en Chiffres de
la Famille Royale ; fur fon fommet étoit un
Piedestal de Filigramme , qui portoit une
Renommée lumineufe , comme toute l'Architecture
, tenant un Drapeau où étoient les Armes
da Dauphin , avec ces mots : VIVAT
DELPHINUS. Du centre du premier Plan general
fortoit un Cilindre de fer blanc , pofé
verticalement, & qui alloit fe terminer au centre
concave du Pied- deftal de la Renommée ,
ce qui fervoit à diriger une Fufée d'un gros
volume , laquelle fit fauter la Renommée à
plus de 300. toifes de haut , après qu'on eut
tiré plus de so Boëtes pofées le long des allées
qui répondoient au Plan géometral du Feu ,
& après qu'on eut fait jouer un Soleil de trois
pieds de diametre ,fucceffivement 8. groffes Fufées
, exterieurement poſées à côté de chaque
Colomne , où il y avoit autant de Dauphins
qui fervoient de termes à la Piramide , &
qui lançoient , en forme de Fleuves , des Gerbes
de Feu. Après quoi , en prefence de toute la
Nobleffe des environs qui avoit été invitée à
cette Fête , une Dame de diftinction , jeune
& belle, porta avec toutes les graces poffibles,
Cy un
2598 MERCURE DE FRANCE:
un flambeau allumé aux fafcines qui étoient
dreffées au centre du Plan géométral ; au milieu
d'un Cartouche étoit écrit en gros caractere,
VIVE LE ROY , LA REINE , MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ET LA FAMILLE ROYALE, pofé
fur la face de l'édifice parallele à la maiſon, aux
plus hautes fenêtres de laquelle étoient des
Trompettes Marines , des Tambours , des Hauts
bois , des Violons , des Guittares , des Vielles
& d'autres Inftrumens qui fervirent à un Bal
ruftique des Païfans des Paroiffes voifines .
oùle vin & les rafraîchiffemens ne manquoient
pas ; enfuite il fut auffi donné un grand fouper
à toute la Noblefle , pendant que ces plaifirs
champêtres regnoient autour du Feu . Ces
divertiffemens continuerent jufqu'au lendemain
& le tout fe termina par un grand Feu d'Artillerie
, de deux pieces de Canon , de deux
Mortiers & d'un 3e Mortier & 12. Grenades
ou Perdreaux , pofez le long du Canal , &
d'autres pieces d'Artillerie.
Réjouiffances faites à Cette .
LESS's de Bernage, Lieutenant de Galeres, de
Commandant de deux Pinques armées pour
la garde des Côtes , ayant appris à leur arrivée
à Cette , la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin , & voulant particulierement marquer
leur joye , réfolurent de donner une Fête
publique. Ils fe re dirent le 29. Septembre à
cinq heures du foir , avec MS l'Evêque d'Alais
, de Bernage de S. Maurice , Intendant de
Languedoc , & les Commi Taires nommez par
la Province pour la Sonde de ce Port , dans
Eglife des Pénitens , où ils firent chanter le
Te Deum , pendant lequel les deux Pinques
du
2.
NOVEMBRE. 1729. 2599
du Roi , qu'ils commandoient , firent trois dé
charges de Moufqueterie & de toute leur Artillerie
, aufquelles les autres Bâtimens parti
culiers répondirent.
A l'entrée de la nuit , les deux Pinques ,
moüillées au milieu du Canal , furent illuminées
avec autant d'art & de gout, qu'on diſtinguoit
ailément les Manoeuvres & les Corps de
čes deux Bâtimens ; tous les autres Vaiffeaux
éclairez de la même maniere , étoient rangez
fur deux lignes & offroient un coup d'oeil des
plus agréables.
La Maifon des S's de Bernage , étoit égale
ment illuminée. On avoit dreffé devant la por
te un grand Bucher , aufquels Mrs l'Evêque
d'Alais , de Bernage de S. Maurice & les
autres principaux Officiers de la Province &
des Galeres , mirent le feu , les Tambours bat
tirent au champ , les Pinques firent encore
trois décharges de leur Artillerie , & lancerent
une grande quantité de Fufées.
Mrs de Bernage donnerent enfuite un foupé
magnifique ; fix tables y furent fervies avec
autant d'abondance que de délicateffe , & deux
Fontaines de vin coulerent pendant la nuit
pour le Peuple qui faifoit retentir l'air de fes
cris de Vive le Roi , vive la Reine & Monfeigneur
le Dauphin.
REJOUISSANCES à Clermont
en Auvergne.
Es ordres ayant été donnez pour chanter
Lene Des dans l'Eglife Cathedrale de
Clermont , pour l'heureufe Nailfance du Dauphin
, la Bourgeoifie fe mit fous les armes
depuis le Jeudy 15-fous les Etendarts des trois
Capitaines de quartier , &c.
C vj Le
2600 MERCURE DE FRANCE :
>
Le Dimanche 18.Septembre, le Clergé Secu
lier & Régulier de la Ville & Faubourgs de
Clermont s'étant rendu en l'Eglife Cathedrale
fur les dix heures du matin ; après que
toutes les Cloches de la Ville & des Faubourgs
eurent fonné pendant une heure , on fit une
Proceflion generale , les quatre Chapitres étant
en Chappes , & M. l'Evêque officiant en Habits
Pontificaux , la Bourgeoifie étoit fous les
armes , en haye , dans les rues où paffa la Proceffion.
Les Compagnies de Juftice y affifterent dans
cet ordre la Cour des Aydes en Robbes
rouges , précedée de fes Huiffiers , M. le Vicomte
de Beaune , Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de la Baffe Auvergne
, en habit de Céremonie , étoit placé entre
Te Premier Prefident & le Doyen . le Préfidial
marchoit enfuite , & après le Préfidial , la
Maifon de Ville , à la tête de laquelle étoit
M. de la Grandville , Intendant de la Province
, enfuite l'Election , & enfin les Juges &
Confuls des Marchands .
Le même jour fur les quatre heures du foir
on chanta le Te Deum dans l'Eglife Cathedrale.
Les mêmes Compagnies y affifterent dans
l'ordre accoûtumé. Le foir, il y eut des Illuminations
& des Feux dans toutes les rues.
Le Premier Prefident donna un grand Repas
à toute la Cour des Aydes , & aux autres perfonnes
de confideration de la Ville. Il y eut
chez lui des Illuminations , des Feux de joye ,
des Fufées volantes , & des Fontaines de vin
aux côtez de la porte de fa Maiſon.
Il y eut auffi une grande & belle Illumination
à l'Hôtel de M. l'Intendant , qui donna un
grand Feltin aux Dames & aux perfonnes diftinNOVEMBRE
1729. 2601
tinguées de la Ville. Il fut donné pareillement
un grand Souper , avec Illuminations , Symphonie
, & c. par les Echevins , à l'Hôtel de
Ville , & leur Fête finit par un Bal.
La Place appellée de la Poterne , fut auffi
illuminée il y avoit dans cette Place 8. longues
Tables pour le peuple , fervies aux dépens
des trois Capitaines de quartier. Beaucoup
de Maifons particulieres , & de Maiſons
Religieufes , furent illuminées de la maniere
qui convenoit à la fituation & à la difpofition
de chaque Maiſon .
Le lendemain , la Cour des Aydes fit chanter
dans la Chapelle du Palais , une Meffe &
un Te Deum en Mufique , où elle affifta en
Corps , & en Robbes rouges. Les Officiers de
la Milice Bourgeoife y affifterent auffi avec
quantité de perfonnes de confideration .
Le foir , le Palais de la Cour des Aydes fut
illuminés il y eut un grand Feu de joye allumé
dans la Cour , & on tira quantité de Fufées
volantes. On fervit enfuite des Tables
pour le peuple dans la Galerie qui régne le
long de la Cour du Palais , & on envoya aux
Prifonniers du pain , du vin & de la viande.
On fervit dans la Salle d'Audience de la
Cour des Aydes un grand Souper fur trois
Tables de 18. Couverts chacune , également
& délicatement fervies : la Salle étoit éclairée
par un grand nombre de Bougies dans des Luftres
& des Bras. Elle étoit entourée de Gra
dins , où étoient places trois ou quatre cent
perfonnes , qui après avoir été Spéctateurs ,
curent tous part aux débris des Tables qu'on
leur abandonna , ce qui forma une confufion
agréable . Il y eut après le Souper & dans la
même Salle un grand Bal , où danferent toutes
2602 MERCURE DE FRANCE
tes les Dames de la Ville , aufquelles on fervit
des rafraîchiffemens , jufqu'à quatre heures
du matin que dura le Bal.
Le Mercredy 21. du même mois , les perfonnes
qui compofent le Concert , établi
depuis peu, à Clermont , chanterent un Te
Deum en Mufique dans l'Eglife des Carmes ,
& le lendemain il y eut un grand Souper dans
la Salle de l'Hôtel de Ville , deftinée pour le
Concert on chanta le 29. Septembre une
Paftorale fur la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin.
RE’JOUISSANCES faites à Joinville .
Le cesRéjouimanebryanté fixé
au Dimanche 25 Septembre , toutes les
Cloches fonnerent dès la veille à trois tems
differens pour l'annoncer , & les Canons du
Château firent plufieurs décharges. Le lendemain
après le Te Deum folemnellement
chanté , les quatre Compagnies de Dragons
qui font en quartier , la Compagnie de l'Arquebufe
en habics uniformes , plufieurs Compagnies
de Bourgeois , & les Officiers à leur
tête , firent plufieurs fois le tour de la Ville
marcherent avec beaucoup d'ordre & de difcipline
, & firent plufieurs décharges pendant
qu'on alluma le Feu , qui étoit auffi beau que
Le lieu , & la crainte d'un Incen lie pouvoit le
permettre ; on tira cependant quelques Boëtes :
& quelques Fufées , & toute la nuit , & les
jours fuvaus fe pafferent en Réjouiſſances
publiques , & pendant ce tems on entendit
toujours ou le fon des Cloches , ou celui
des Tambours , ainfi que celui des Violons
& de divers Inftrumens..
E jour de ces Réjoüiffances ayant été fixé
Vers
NOVEMBRE. 1729. 2603
Vers les huit heures du foir chaque Particulier
alluma des Feux devant fa porte , &
toutes les fenêtres des Maifons furent illuminées.
Ce qui a paru de plus beau en ce gen
re eft l'Illumination du Château. Toute la
face qui regarde la Ville & qui est très étendue
, fut illuminée par plus de quinze cens
Lampions qui faifoient un très - beau coup
d'oeil ; le Clergé , les Communautez , & plufieurs
Particuliers qui ont leur charité reglée ,
doublerent ce jour-là l'aumône aux pauvres ;
il y eut plufieurs Fontaines de vin & plufieurs
Tables couvertes de viande , de pain & de
vin en plufieurs endroits de la Ville ; les Convens
, tant de Religieux que de Religieufes
fe diftinguerent auffi par un très-grand nombre
de cierges qui étoient diftribuez d'efpace
en espace dans l'enceinte interieure de leur
Eglife , & par un grand nombre de Lampionsdans
les efpaces vuides & dans le Choeur
qui pofez derriere des Devifes convenables
au fujet , faifoient lire à tout le monde , en
cris d'allegreffes , Vive le Roy , vive la Reine ,
vive le Dauphin. La céremonie finit par le fon
des Timballes & de fept Trompettes du Régiment
de Villeroy , Cavalerie , qui avoit ce
jour- là féjour à Joinville , & qui fonnerent
pendant que l'on tiroit un très grand nombre
de Fufées , ce qui dura une partie de la
nuit.
D
Ces Réjoüiffances ont été accompagnées de
deux Difcours de M. Clement , Docteur de
Sorbonne , Doyen & Curé de Joinville , connu
par plufieurs Piéces d'Eloquence qu'il a
faites en differentes occafions , & qui ont été
annoncées dans plufieurs Journaux. L'un de
ees Difcours fut prononcé le Dimanche 250.
Sep264
MERCURE DE FRANCE .
Septembre , après les Vêpres de la Paroiffe ,
& immédiatement avant le Te Deum & les
Feux de joye , & l'autre le lendemain 26. au
milieu de la Meffe Solemnelle , chantée en
Actions de Graces de la Naiffance d'un Dauphin,
Ils convenoient l'un & l'autré parfaitement
à ce fujet , & tous les Corps de la Ville
Seculiers & Reguliers s'y trouverent .
LETTRE écrite du Port Beau - Voifin
le 9. Octobre par M. Faure , fur la
Naiffance du Dauphin.
Ous me demandez , Monfieur , une Re-
Vlation de ce qui s'eft paffé dans notre petite
Ville , à l'occafion de la Naiffance du
DAUPHIN ; Vous ne vous attendez pas , fans
doute , à un détail de magnificences , elles
paffent notre portée ; mais auffi il ett difficile
qu'on ait pû nous furpaffer ailleurs en zele ,
en empreffemens , & en bonne volonté , nous
avons pour témoins les Savoyards , nos plus
proches Voifins , qui ne font pas coûtumiers
de venter nos oeuvres , & qui n'ont pû refufer
, dans cette circonftance , de juftes éloges
à nos ardeurs & à notre amour pour notre
Souverain , & pour fa Pofterité.
Le 7. Septembre à deux heures après minuit
, M. de Villeneuve , Commandant dans
cette Ville , apprit cette grande nouvelle par
le Courrier qui la portoit au Roi de Sardaigne
; il ne voulut pas attendre le jour pour en
faire part aux habitans ; il alla lui- même dans
le moment , de maiſon en maiſon , annoncer
ce Defiré des Nations ; il eut la fatisfaction de
voir feconder fa joye par les grands & les
petits,
NOVEMBRE. 1729. 2607
petits , qui dans moins d'une demie- heure de
tems remplirent les rues de la Ville , firent
retentir leurs cris de joye , & leurs acclamations
redoublées ; enforte qu'on entendoit
par tout Vive le Roi , la Reine , & Monfeigneur
le Dauphin. Je vous affure que l'on
n'attendit pas des ordres & des jours marquez
pour les Réjoüiffances , chacun donna libre
carriere à fes empreffemens ; les Feux , les
Feftins , & les Danfes ont fait la principale
Occupation des peuples pendant un mois entier.
Le Dimanche 25. Septembre , enfuite du
Mandement de l'Evêque de Belley , les Offciers
de la Ville , firent chanter une Grande-
Meffe en Mufique , & le Te Deum ; le foir on
fit une Proceffion generale , & on donna la
Benediction du S. Sacrement. Le même jour
M. le Commandant donna un grand Repas &
un Bal , où l'on diftribua quantité de rafraî
chiffemens , avec illumination , ce qui dura
jufqu'au lendemain.
Le Dimanche fuivant 2. Octobre , fut le
jour le plus marqué pour la joye publique ;
les Troupes & la Bourgeoifie , fe mirent fous
les armes dès les fix heures du matin ; cin
quante jeunes gens formerent une Compagnie
de Cavalerie très-brillante , commandée par
un ancien Capitaine qui s'eft retiré du Service
, & précedez par une bande de violons
& autres inftrumens ; ils s'occuperent pendant
toute la journée à faire des falves aux
Portes de tous les Principaux habitans de la
Ville.
Le Commandant avoit fait dreffer trois buchers
fur une hauteur , où une partie de la Savoye
pouvoit lesdécouvrir;on n'y avoit épargné
ni
2606 MERCURE DE FRANCE.
ni les ornemens , ni les devifes , & à l'entrée
de la nuit , qui fut des plus belles & des plus
favorables , le Commandant précedé par les
Troupes & la Bourgeoifie , & accompagné
de toute la Nobleffe du Pays , alla en cerémonie
mettre le feu aux trois Buchers ; on fit
trois décharges de Boëtes & de Moufqueterie ,
& on ne cella pendant toute la nuit d'en faire
d'autres , mêlées de Fufées & d'artifices.
, Après le Feu le Commandant revint avec
le même ordre dans la Ville qui étoit éclairée
fuperbement par des Lampions & des Lanternes
fans nombre ; chacun avoit fait devant
fa maifon une décoration particuliere , avec
quantité d'Infcriptions & de Deviles ; on
peut même dire que les Maifons de M. le
Commandant , de M. de la Corniere , de M. dụ
Frêne , Controlleur des Fermes , de M. Durozier
, Maire , & de M. l'Abbé Dilliard
étoient illuminées , & ornées avec gout , avec
nobleffe , & même avec magnificence : ce dernier
avoit fait placer devant la façade de fa
Maifon le Portrait du Roi , celui de la Reine
& un autre de Monfeigneur le Dauphin.
Au - deffus du Portrait du Roi on lifoit ce
Texte de l'Ecriture : Videte quem vobis élegit
Dominus quod non fit fimilis ei.
Et au deffous du même Portrait : Potens in
terra erit femen ejus.
Au- deffus du Portrait de la Reine : Refpexit
Deus ancillam fuam.
Et au deffous du même : Beatam illam dicent
omnes generationes.
Au -deffus de celui de Monfeigneur le Dauphin:
Generatio rectorum benedicetur.
Et au- deffous : Ifte puer magnus coram Domine
nam & manus ejus cum ipfo eft.
J'ouNOVEMBRE
. 1729. 2607
;
J'oubliois de vous dire que le vin fut plus
commun que l'eau dans la Ville pendant toute
la journée il y en eut plufieurs Fontaines
qui ne cefferent de couler jufqu'au lendemain ,
on eut le plaifir de voir à celle qui étoit à la
Porte du Commandant , que deux Manants ,
pour en entonner à difcretion , avoient percé
le Tonneau en- deffous , & à deux genoux , ils
s'en donnerent à la regalade jufqu'au dernier
point d'yvreffe.
Il y eut ce foir même un fouper de foixante
perfonnes des plus qualifiées , parmi lesquelles
étoient plufieurs Officiers de diftinction des
Troupes du Roi de Sardaigne , & un Bal enfuite
, que le Commandant & le Contrôleur
des Fermes donnerent au Public , où les Dames
& les Demoiselles du pays & du voisinage
étoient d'une parure très recherchée ; les rafraîchiflemens
y ' furent diftribuez en abondance
, & le Bal fut terminé par une femme âgée
de quatre - vingt- quinze années , qui danfa
deux Gavotes à fix heures du matin , avec un
jeune Gentilhomme de la Ville. Je vous cite
ce trait pour vous exprimer que chacun dans
tous les âges & dans tous les Etats , a voulu
fignaler fon zele , fon empreffement & fa
joye.
REJOUISSANCES faites par M. l'Abbé
, Prince de Murbac & de Lure en
Alface.
Den
E toutes les Provinces du Royaume , il
en eft peu qui fe foient fi diftinguées par
les marques éclatantes de joye qu'elles one
données à la Naiffance de Monfeigneur le
Dau2608
MERCURE DE FRANCE .
Dauphin , que l'Alface. Les foins & les at
tentions de M. le Maréchal du Bourg , & de
M. l'Intendant , n'y ont pas peu contribué, en
fecondant les intentions des peuples.
L'Abbé , Prince de Murbac & de Lure , n'avoit
pas attendu la Naiffance d'un Dauphin
pour marquer fon zele pour la Couronne. Ce
pieux Abbé avoit ordonné , une année auparavant,
aux Capitulaires de les deux Chapitres de
Murbac & de Lure , de reciter chaque jour ,
après les Complies , un Rofaire , pour implorer
le fecours de la Sainte Vierge , afin d'obtenir
un Dauphins tous les foirs on expofoit le
S.Sacrement, & on donnoit la Benediction , & c.
Dès qu'il eut appris que le Ciel avoit
rempli les voeux de toute la France , il n'épargna
ni dépenfe , ni attention pour témoigner
fa reconnoiffance envers Dieu , & fa
joye de la Naiffance d'un Dauphin.
Le Dimanche 18: Septembre il ordonna à
tous les Bourgeois de la Ville de Guebuiller ,
en haute Alface , au nombre de 20. d'être fous
les armes ; il leur fit diftribuer de la poudre
pour douze décharges ; ils refterent dès le
matin dans la cour du Château , où l'on
avoit dreffé un Autel attenant la Chapelle , le
Prince s'y rendit , revêtu de fes habits Pontificaux
, & accompagné de tous les Officiers
de fa Maiſon , de ceux de fa Principauté , &
de plufieurs Gentilshommes voifins. Après
avoir récité à genoux le Rofaire avec tout
le peuple , il entonna le Te Deum , qui fut
chanté par la Mufique , il donna enfuite la Benediction
du S. Sacrement , pendant laquelle
les deux cent Fufeliers firent la premiere décharge;
plufieurs Cors de Chaffe étoient dif
tribuez fur les Montagnes voifines , qui fonnovent
NOVEMBRE. 1729. 2609
nerent des Fanfares , & le Canon & les Boëtes
qu'il avoit fait tranfporter fur une Montagne
voifine très-élevée , annoncerent à une partie
de l'Alface , à tout le Brifcau , au - delà du
Rhin , & aux Suiffes voifins , la joye de tous
les Sujets du Roi. Les Fufeliers partirent enfuite
pour aller fur la Montagne , accompa
gnez du premier Officier du Prince , qui
mit le feu à un grand B cher qui brûla toute
la nuit ; le Canon & les rufeliers firent encore
plufieurs décharges ; fur les neuf heures on
tira plufieurs Fufées au deffus de la Montagne.
& un Feu d'artifice. Toute la cour du Châ
teau & l'exterieur furent ornez de 300. Lanternes
, avec des Bougies : on lifoit par tour
Vive le Roi.
Dans la grande Salle du Château il y avoit
une Table de quatre- vingt Couverts , qui fut
abondamment & fplendidement fervie , pour
les Capitulaires , la Nobleffe voifine qui y
avoit été invitée , & pour tous les Officiers
du Prince. Dans la chambre à côté , on avoit
dreffé trois autres Tables de 12. Couverts pour
les Ecclefiaftiques & les Principaux Bourgeois
de la Principauté. Le Lundy & le Mardy
fuivant , les mêmes Tables furent fervies ,
& les mêmes perfonnes invitées . Dans la
cour il y avoit une Table de deux cent Couverts
pour les Bourgeois pendant les trois
jours , & à la porte du Château on diſtribuoit
du pain & du vin au peuple ; il y eut un Bal
au Château, Ms fes Neveux , de l'illuftre Famille
de Beroldinguen , en firent les honneurs ,
& firent diftribuer des rafraîchiffemens avec
beaucoup de profufion. Le Prince fit auffi diftribuer
plufieurs Vafes de Vermeil & quelques
Cou
2610 MERCURE DE FRANCE.
Couverts d'argent aux Tireurs & à la Jeuneffe
Bourgeoife.
Le Dimanche 25. il alla fur les trois heures
à la Paroiffe , où il officia à Vêpres , affifta
au Te Deum & à la Proceffion , accompagné
de fes Officiers ; il fit enfuite porter un grand
Souper à l'Hôtel de Ville , où il affifta avec
fes Officiers. Le Grand- Prieur du Chapitre
de Lure , de l'illuftre Maifon de Reynac ,fuivit
quelques jours après l'exemple du Prince.
Les Fêtes qu'il donna à la Ville de Lure , dans
le Comté de Bourgogne , furent des plus belles
& des mieux ordonnées.
FESTE donnée parM. l'Abbé le Maiſtre ,
Doyen de l'Eglife Cathédrale , Official ,
Vicaire General , & Syndic du Clergé
du Diocèfe de Chaalons.
R. l'Abbé le Maiftre , qui en 1721. fit
Meclater fon zele & fon profond refpect
pour la Perfonne du Roy , lors de la Convalefcence
de Sa Majefté , par une Fête brillante
& magnifique qu'il donna à Chaalons , dont
la Relation fut inferée dans le Mercure d'Août
de la même année , vient de donner des marques
éclatantes de la part qu'il a pris à la joye
univerfelle qu'à caufé l'heureufe Naiflance de
Monfeigneur le Dauphin.
En fa qualité d'Abbé de Touffaints , il eft
Seigneur d'une partie de la Ville , appellée
le Bande-l'Ifle ; M. l'Evêque , étant alors auprès
de la Reine , comme premier Aumônier
de S. Majefte , l'Abbé le Maiftre fe trouva le
Chef & le Préfident du Confeil de la Ville
aing
NOVEMBRE. 1729. 2611
ainfi qu'en qualité de Doyen , il eft le Chef
& le Préfident du Chapitre.
Le 27. Septembre , fur les cinq heures du
foir , le Corps de Ville fe mit en marche pour
fe rendre en l'Eglife Abbatiale , precedé de la
Compagnie des Chevaliers de l'Arquebuſe
fous les armes , en un uniforme très- propre ,
des Archers de la Ville revêtus de leurs Cafaques
, la Hallebarde fur l'épaule , de tous les
Tambours & Violons de la Ville , les Bourgeois
du Ban-de- l'lfle étoient fous les armes ,
& bordoient les rues jufqu'à l'Eglife.
Le Corps de Ville étant placé dans l'Eglife
ainfi que les Officiers de la Juftice de l'Abbé ,
les Chevaliers de l'Arquebufe ayant pris les
places , M. l'Abbé en Rochet , & en Chape ,
accompagné des Religieux de l'Abbaye , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par la Mufique
de la Cathédrale , pendant lequel les
Bourgeois firent une décharge generale de
leur Moufqueterie , fuivi d'une falve de plufeurs
Boetes & petits Canons, Les prieres finies
, l'Abbé vint fe mettre à la tête du Corps
de Ville , qui fe mit en marche & alla au Jard ,
pour y voir tirer , avant le foupé , un Feu
d'artifice , préparé au milieu de cette fameufe
Promenade ; mais une pluye étant ſurvenuë ,
M. l'Abbé remit à le faire tirer au premier beau
jour , ce qui a été executé depuis avec fuccès
du Jard on revint chez l'Abbé dans le
même ordres on trouva la grande Porte de fa
Maifon ornée d'un Arc de Triomphe , avec
des Figures de relief , qui avoient rapport à
la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , aux
deux côtez de l'Arc de Triomphe...paroiffoient
deux grands Dauphins , d'où couloient deux
Fontaines de Vin ; on voyoit dans differens
Cartouches
;
2612 MERCURE DE FRANCE.
Cartouches les Armes du Roy , celles de la
Reine , des Dauphins , & des Fleurs de Lys
fans nombre ; fur le mur de clôture , à côté
du grand Portique , on avoit placé deux Piramides
de 15. pieds de haut , garnies d'ornemens
de plomb doré , aufquels étoient attachez
un nombre infini de Lampions. Le Portique
étoit terminé par un grand Soleil ; toute la
Maifon étoit illuminée , les toits , les murs
de clôturés , la Cour & les Jardins étoient
garnis d'un nombre prodigieux de Pots à feu ,
de Terrines & de Lampions placez avec
beaucoup d'art. Les deux Fléches des Tours
de la Cathédrale qui font de pierre , & à
jour , étoient illuminées , ce qui fut un fpectacle
nouveau & très agréable.
>
M. l'Escalopier , Intendant de la Province ,
honora la Fête de fa préfence. En attendant le
Souper , on donna un Concert , où il fut
chanté une belle Cantate fur la Naiffance du
Dauphin.
Il y eut trois Tables , deux de vingt- fix Couverts
chacune , & la troifiéme de dix - huit ;
elles furent fervies en même-tems avec une
profufion , une délicateffe , & une propreté
égale.
Pendant le Souper , qui fut toujours accompagné
d'une très - belle Symphonie , M. l'Abbé
porta à M. P'Intendant & à toute l'Affemblée
la Santé du Rois elle fut celebrée par les Tam-.
bours & les Violons ; on fit en même- tems
une falve de tout le Canon ; on bût fucceffivement
dans le même ordre & le même refpect
, la Santé de la Reine , celle de Monfeigneur
le Dauphin , & celle de toute la Famille
Royale.
M. l'Abbé envoya le même jour des provie
fions
NOVEMBRE 1729. 2613
fons de pain , de vin & de viandes , pour tous
les Malades , Soeurs & Servantes de l'Hôtel-
Dieu , à tous les Pauvres de l'Hôpital General
, aux Mandians renfermez , & aux Priſonniers
, aufquels il fit diftribuer de l'argent.
Il envoya du Gibier à la plupart des Convens
d'Hommes & de Filles , du Vin & du
Poiffon aux Communautez qui font maigre ;
enforte qu'on peut dire que cette Fête , a la
quelle toute la Ville prit part , fut univerfelle
ment applaudie.
RE’JOUISSANCES faites à Toulon :
Rien ne égavelle de la Waiffance de
Ien ne peut égaler la joye qu'a caufé à
Monfeigneur le Dauphin ; elle y fut annoncée
par le bruit de tous les Canons de la Ville
Tours & Forts , & par le fon des Cloches.
Chacun a cherché dans cette occafion à fe
diftinguer , grands & petits , tous y ont pris
part ; mais dans le nombre des Fêtes qui fe
font données , rien n'égale celle que fit
M. Mithon , Intendant , qui fe retira pour cet
effet au Jardin du Roi , éloigné de la Ville
d'une portée de Moufquet , lieu très- commode
pour l'éxécution de ce qu'il s'étoit propofe
le 22. Septembre.
La Porte du Jardin étoit ornée de Peintures
qui formoient une magnifique Architecture ,
avec des Deviſes & Emblêmes convenables
au Sujet. Il y avoit fur le Fronton un Dauphin
de chaque côté , avec les Armes du Roy
& du Dauphin , furmontées d'une Couronne,
Tout cela fut illuminé par une infinité de lam .
pions , & les murs de clôture du Jardin l'étoient
auffi , les Arbres de l'Allée qui conduit
D
ང་
2614 MERCURE DE FRANCE.
à la Maifon , & qui eft fort longue , étoient
garnis de trois rangs de Lampions ; cette Allée
aboutiffoit à une grande Salle artificielle
qu'on avoit élevée devant la Maiſon qui y
étoit jointe , capable de contenir plus de
300. perfonnes ; elle étoit ornée de Luftres
& d'une infinité de lumieres dans un très - bel
ordre , & tout le Balcon l'étoit auffi avec
beaucoup d'art ; on y avoit placé 24. gros
Flambeaux de Cire blanche , qui accompa
gnoient deux Dauphins. Cette Allée ainfi
éclairée , qui monte en Amphitheatre , terminée
par l'illumination de la Salle , du Balcon
& de toute la façade de la Maiſon , faifoit
un effet admirable on y voyoit plus clair
qu'en plein jour , & il fembloit qu'on entroit
dans le Temple de la Lumiere. La nuit étoit
tranquille il n'y avoit pas un fouffle de
vent , & s'il y avoit quelques Zephirs , ce
n'étoit que pour marquer leur admiration
& rendre la Fête plus brillante. On avoit invité
à cette Fète quantité de Dames ; & les
Principaux Officiers.
>
Le Souper fut fervi fur trois Tables de 18.
14. & 12. Couverts avec une plus petite.
Le Repas fut fomptueux & d'une magnificence
au- delà de ce qu'on peut dire. Les
Vins de toutes fortes n'y furent point épargnez
, non plus que les Liqueurs ; la Santé
du Roy , de la Reine & du Dauphin , furent
portées & bues folemnellement à pleins
verres , à quelques diftances l'une de l'autre
au bruit des Trompettes , & de so. Boëtes à
chaque fanté.
Avant le fouper , on tira devant le Jardin
un Feu d'artifice, peu confiderable, à la verité ,
n'ayant pas eu de tems pour fe préparer , mais
dont
NOVEMBRE . 1729. 2615
dont l'execution fut à merveille. Il y avoit
400. Fufées volantes très- belles , & quelques
Bombes artificielles , dont l'effet fut admirable.
Il y avoit des Sentinelles à la porte du
Jardin , mais feulement pour empêcher le defordre
car M. l'Intendant avoit donné ordre
de laiffer entrer le peuple , qui fut charmé
de ce fpectacle , & qui admiroit la Métamorphofe
du Jardin , qui en fi peu de tems
parut un lieu enchanté. Deux Fontaines de
très bon vin coulerent à la porte toute la
nuit , & il n'y en eut pas une goutte de
perdue.
·
Après le Souper qui dura depuis 8. heures du
foir jufqu'à une heure après minuit , on commença
le Bal , où l'on danfa jufqu'à 6. heures
du matin, que chacun fe retira très fatisfait de
la politeffe , de la profufion & de l'ordre
dans lequel tout fe paffa.
;
Si cette Fête , auffi galante que magnifique .
a fait honneur à M. Mithon , il n'en a pas
moins eu de l'action genereufe & pleine de
charité , qu'il fit le jour que cette heureufe
nouvelle arriva. L'on étoit affemblé en Confeil
de Guerre pour juger deux Matelots deferteurs
, l'un du Royaume , & l'autre des
Claffes le Jugement dreffé , & la plume à la
main pour le figner , on entendit tout à coup ,
le bruit du Canon , des Cloches , & les cris
réiterez de Vive le Roi , Monseigneur le
Dauphin , ce qui faifit tellement de joye toute
l'Affemblée , qu'on fur quelque - tèms fans
fe parler ( & , à la verité , on ne s'entendoit
plus ) M. l'Intendant fe leva , demanda la
fufpenfion du Confeil , & fe chargea d'inter
ceder pour les Criminels , ne pouvant , dit il ,
fe refoudre dans un tems de joye & d'alle
Dij greffe,
2616 MERCURE DE FRANCE:
greffe, & à la nouvelle d'un évènement qui an
nonce le bonheur de la France , de donner
fa voix pour faire des malheureux . Il en
écrivit en Cour , & fa Lettre eut tout le fuccès
qu'il pouvoit defirer ; le Roi ayant accordé
la grace de ces deux Deferteurs , fur la demande
de l'Intendant , dont le zele pour le
fervice de S. M. fa juftice & fa charité , font
Padmiration generale.
Réjouiffances à Bayonne.
pour
E Dimanche 25. de ce mois , ayant été
Lindiqué pour chanter le Te Deum,l'Etat
Major , les Officiers de la Marine , les Chefs
de la Juftice , le Corps de Ville , toute la
Bourgeoisie & un très grand nombre de Gentilshommes
venus de la Campagne , fe rendirent
à la Cathédrale ; on y chanta Vêpres
avec grande folemnité , M. l'Evêque y offi
cia ; dès qu'elles furent finies , le Clergé
toutes les Communautez Religieufes , fuivies
de tous ceux qui y avoient affifté , firent le
tour de la Ville en Proceffion ; les Troupes
bordoient les rues qui étoient tapiffées , & toutes
les fenêtres illuminées. On fit plufieurs
falves de Canon des Châteaux & des Vaif
feaux qui font à la Rade . La Proceffion de
retour à la Cathédrale , M. l'Evêque entonna
le Te Deum , pendant lequel un nombre infini
de peuple qui étoient dans l'Eglife marquoit
par un profond filence leur zele à rendre
graces au Seigneur de la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin. Après le Te Deum ,
M. Daloncour , accompagné du Corps de
Ville , fe rendit à la Place publique , où il fur
allumé un grand feu , aux acclamations du
Peuple
.
NOVEMBRE. 1729. 2617
,
Peuple ; toute l'Arrillerie fe fit entendre par
trois differentes fois. Les Remparts de la Ville,
Châteaux & Citadelle , étoient entourez de
Troupes qui firent trois décharges. La Réjouiffance
fut continuée juſqu'à deux heures après
minuit , par une des plus grandes Fêtes qu'il
y ait eu dans cette Province , elle fut donnée
par M. l'Evêque. Le Chapitre , les principaux
Officiers de la Reine , premiere Doüairiere
d'Espagne , l'Etat- Major , les Officiers de la
Marine, les Corps du Génie & de l'Artille
rie tous les Officiers de la Marche & de
S. Simon , les Chefs de la Juftice , le Corps
de Ville , plufieurs Gentilshommes des environs
de la Ville & les principaux Bourgeois
y étoient invitez; toute la façade de l'Evêché
qui eft d'ue grande étendue , étoit illuminée
dans un très - grand nombre de Lampions ; il y
en avoit dans le Parterre qui donnoient un
point de vue des plus agréables , à caufe des
differens deffeins & des formes ingenieufes .
Le Portail étoit tout garni de Lampions , qui
formoient une Couronne , foutenue par deux
Dauphins , & on lifoit au-deffus Vive le Roi ,
la Reine & Monfeigneur le Dauphin . Tous les
Habitans couroient , à l'envi , pour voir cette
magnifique illumination . Jufqu'à 2. heures
après minuit , on ne cefla un inftant d'entendre
des cris de Vive le Roi , la Reine & Monfeigneur
le Dauphin . Le dedans de l'Evêché étoit
illuminé d'un nombre infini de bougies. Le
fouper fut fervi à neuf heures ; il y avoit fept
Tables occupées par cent trente perfonnes.
Elles furent toutes fervies avec beaucoup de
fomptuofité & de magnificence ; il y regnoit
un ordre merveilleux , il y eut pendant le fouper
unConcert de toute la Mufique de la Reine
Diij Douai,
2618 MERCURE DE FRANCE .
Douairiere d'Efpagne ; on tira par trois dif
rentes fois 36. Boetes & une très- grande
quantité de Fufées. On diftribua à la Popula
ce qui s'étoit emparée de la cour, quantité de
vin & de quoi manger . Il y avoit dans toutes
les rues un nombre infini deFeux de joyestoutes
les maifons de la Ville étoient illuminées , & c.
Le 4. Octobre il y eut à l'Hôtel de Ville
un magnifique Repas & Bal , précedez d'une
Pamparruque des plus brillantes , compofée
d'environ 160. perfonnes de diftinction , en
hommes & en femmes , chacun avec fes plus
beaux ajuftemens , nipes & bijoux ; & ce qu'il
y a de particulier , c'eft que malgré la pluye
continuelle & au mépris des plus belles Etoffes
& des plus belles Hardes , la Pamparruque fut
danfée dans les rues , au Palais Epifcopal , au
Gouvernement , & c.
On n'a jamais vu le Peuple fi tranfporté de
joye , & on n'entendoit que Symphonie &
Danfes nuit & jour. C'eft ainfi que les Bayonnois
, depuis le plus grand jufqu'au plus petit
, ont fignalé leur zele & leur fidelité , ne
On appelle Pamparruque , une certaine
Danfe ou Marche , dans laquelle les hommes
les femmes fe tenant les uns les autres par
des Servietes , forment une longue file , & vont
ordinairement au fon d'un Tambour à deux baguettes
, qui bat d'une maniere affectée à la
Pamparruque ; on fait divers fauts & divers
tems , & cette Chaîne prend differentes formes.
On danfe en rond quand on paffe devant quelque
perfonne de confideration ou devant quelque
maison qu'on veut honorer , & le Tambour
bat differemment . Les petites gens qui danfent
la Pamparruque , fe prennent par la main.
perdant
NOVEMBRE. 1729. 2619
perdant jamais de vûë cette Devile de leur
Ville : Numquam polluta. Il y a eu auffi à
Bayonne un très beau Feu d'artifice fur la Riviere
& d'autres marques éclatantes de la
plus grande démonftration de joye.
Réjouiffances faites à S. Jean de Luz .
E Dimanche 2. Octobre , ayant été indiqué
Lour
pour commencer la Fête , on chanta après
les Vêpres le Te Deum & l'Exaudiat en Mufique
, après une Proceffion generale. Le foir
on alluma un grand Feu de joye au milieu de
la Place principale , en face de l'Hôtel de
Ville.
Pendant la Proceffion on fit une falve du
Canons de la Ville , une feconde pendant le
Feu de joye , & une troifiéme à huit heures,
du foir. M. de Lafferre , Commandant du Fort
du Soura , fit auffi trois falves de tout le Canon
du Fort ; tous les Vaiffeaux du Port &
de la Riviere , en firent autant.
On peut dire que cette Ville s'eft furpaffée
dans cette occafion ; l'on ofe affurer qu'il n'y
a point de petite Ville dans le Royaume qui
ait fait de fi grands efforts pour fignaler fon
zele & fon affection pour le Roi & la Famille.
Royale. On en jugera par ce détail.
Le Dimanche 9. la Fête fut annoncée dès
le matin par le bruit du Canon de la Ville &
du Fort; les Magiftrats ayant invité M. le Commandant
, toute la Nobleffe & tous les Bourgeois
notables de la Ville , auffi bien que les
plus diftinguez d'entre les Etrangers qui fe
trouverent pour lors à S. Jean de Luz , on
fe rendit à midy à l'Hôtel de Ville , où l'on
avoit dreffé trois tables , chacune de trente
D iiij Cou
2620 MERCURE DE FRANCE.
Couverts , dans la principale Salle qui eft très
fpacieuſe On y fervit un Repas des plus fplendides.
Les mets les plus exquis & les vins les
plus délicieux y furent étalez avec profufion ;
la joye animoit tous les vifages , & fur tout
ceux des Vieillards , qui ne pouvoient à
leur gré faire affez éclater les tranfports que
leur Caufoit la Naiffance d'un Prince , dont le
Trifayeul avoit celebré fon Mariage à leurs
yeux en 1660. Ils fe rappelloient fans ceffe
le jour de ce grand Mariage , & comparoient
leur joye prefente à leur ancienne allegreffe .
M. le Bayle ( c'eft le nom qu'on donne au
premier Magiftrat ) porta fucceffivement les
fantez du Roi, de la Reine &de Monfeigneur le
Dauphin ; on y but avec de grands cris d'allegreffe
, & au bruit de trois décharges de tout le
Canon de la Ville & du Fort. Après ces fantez
on porta celles de toute la Famille Royale ,
à l'occafion de laquelle on fit une quatriéme
décharge generale. Les Navires du Port
du Soura & de la Riviere , qui étoient au nombre
de 45. ou so. fans compter les Barques ,
firent auffi un feu continuel. Pendant tout le
Repas , une belle & nombreufe Symphonie ne
ceffa pas de joüer.
Après le Repas , qui dura quatre heures ,
tous les Convives fortirent de l'Hôtel deVille en
Pamparruque , & danferent par toutes les ruës
durant deux heures , le foir à la clarté de cent
flambeaux de cire blanche. La Danfe étoit menée
par M. le Bayle , & fe fit au fon de 12 .
Tambourins & d'autant de Tambours , à la
mode du Pays .
On tira enfuite un très- beau Feu d'artifice ,
travaillé par des Eſpagnols qui font fort verfez
dans ces fortes d'Ouvrages , & qu'on avoit fait
venir
NOVEMBRE . 1729. 2621
}
venir exprès. On fit des Feux de joye à toutes
les portes , & toutes les Maifons furent iliuminées
; mais les Illuminations de l'Hôtel de
Ville & du Clocher de l'Eglife principale ,
qui eft fort beau & orné d'une Galerie d'un
grand circuit , mériteroient une attention particuliere.
Elles étoient faites avec beaucoup
d'art & de gout : on n'en donne pas la defcription
, pour ne pas trop s'étendre.
Tous les Vaiffeaux du Port & de la Riviere,
qui étoient ornez de leurs Parois , Flames &
Pavillons , furent auffi illuminez de Lampions
le long des Vergues avec des Fallots au bout ,
ce qui faifoit un fpectacle très- agréable.On tira
aufli un nombre infini de Fufées durant toute
la nuit , pendant laquelle le peuple qu'on avoit
eu foin de régaler , en fervant des tables &
faifant couler des Fontaines de vin dans les
onze Quartiers qui compofent la Ville , ne
ceffa pas de danfer en autant de bandes qu'il
ya de Quartiers .
Une heure avant que de tirer le Feu d'artifice ,
on mena à la Danfe toutes les Dames diftinguées
de la Ville , qu'on ramena enfuite à
FHôtel de Ville , où on leur fervit un ambigu
des plus magnifiques , après lequel on
ouvrit un Bul qui dura jufqu'à quatre heures
du matin.
Le lendemain toutes les Boutiques furent
fermées , auffi bien que le jour fuivant, & on
continua les Réjouiffances ; on vir plus de
30. Danfes à la mode du Pays , depuis midy
jufqu'à neuf heures du foir ; ces Danfes ou
Branle en file , fe rencontroient quelquefois
dans une rue au nombre de cinq ou fix , faifant
differentes routes , ce qui formoit une
confufion des plus plaifantes'; mais quand la
Dv Danfe
2612 MERCURE DE FRANCE.
Danfe principale , qui étoit fortie de l'Hôtel
de Ville paroiffoit , les autres qui fe rencontroient
fur fon chemin , s'arrêtoient pour
la laiffer paffer. Une fingularité qu'on ne doit
pointomettre , c'eft que le deuxième jour de
la Fête , so. hommes au-deffus de foixante
ans , s'aboucherent avec autant de femmes
de leur âge , & firent en Pamparruque le tour
de la Ville , après quoi ils danferent un faut
bafque dans la grande Place avec toute l'agilité
naturelle à la Nation. On a remarqué
qu'il n'y a point de Contrée dans le Royaume
où l'on voye tant de Vieillards , ni fi difpos
que dans ce Pays.
Le Saut- Bafque , eft une Danfe extrémement
haute & legere , & d'une telle vivacité , que
les yeux ont de la peine à fuivre les mouvemens
du corps , des bras & des pieds des
Danfeurs , qui s'élevent très - haut avec une
agilité & une jufteffe admirable. On la danfe
fur un air particulier d'un mouvement trèsrapide
, affecté à cette Danſe , & joué par une
Flute à Trois & un Tambourin , compofé
dune efpece de Boete fonore , ornée de 4.
cordes à boyau tenduës , fur lesquelles celui
qui joue de la Flute bat de la main droite avec
une baguette , pour marquer la mefure de l'air,
& c'en eft , pour ainfi- dire , la Baffe- continue.
Il y eut auffi les deux nuits fuivantes Bal
à l'Hôtel de Ville , où les liqueurs chaudes &
froides ne furent pas épargnées . Les Danfes
n'ont pas difcontinué durant les trois jours,
& l'on peut dire qu'il falloit avoir des jambes
de Bafques pour ne pas être accablé de
fatigue après un exercice fi violent & fi continuel
.
La fituation de la Ville ne fervit pas peu à
relever
NOVEMBRE. 1719. 2613 :
relever l'éclat & la beauté des Illuminations.
Comme S. Jean de Luz eft entouré prefque
de tous côtés par la Mer & la Riviere ,
on auroit dit à le voir d'un certain éloignement
, que c'étoit une Ile enchantée ,
Couverte d'Etoiles & de feu ; on n'avoit pas
oublié d'illuminer le Pont dans toute fa longueur
qui eft confiderable. Si l'on joint à cela
l'effet que devoient faire les Illuminations
des Maifons qui font des deux côtés fur les
bords de la Riviere , & qui forment deux
lignes qui s'avancent jufqu'à la Mer , & celles
des Vaiffeaux de la Riviere & du Port , on
comprendra aisément que le ſpectacle devoit
être des plus charmans .
Le Mercredi 12. Octobre , les Jeunes Gens.
les plus diftingués de la Ville commencerent
une Fête compofée d'un grand Feftin , d'un
Bal , & de Danfes en Pamparruque. Le 2. jour
ils menerent en Danfes par toutes les Ruës
les jeunes filles des meilleures Familles , &
danferent enfuite avec elles les danfes Baf !
ques , dans la Place principale. Les Capitaines
Baleniers & les autres marins ont auffi
fait des Réjouiffances en particulier , auffi
bien que les Corps de métiers ; de forte que
les Réjoüiffances ont duré huit jours.
Un grand nombre d'Eſpagnols de la Frontiere
s'étoient rendus d'avance à S. Jean de
Luz , pour voir la Fête , & le bruit du Canon
en attira plufieurs autres ; on en comptoir
plus de deux mille.
www
D vj FESTE
2624. MERCURE DE FRANCE.
FESTE donnée à Marseille , extraite
d'une Lettre.
LA Fête que le Chevalier de Piles ; Capitaine
de Galere , exerçant les fonctions de
;
Capitaine Gouverneur Viguier de la Ville de
Marſeille pour fon Neveu , donna à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin , fut des
plus belles & des plus magnifiques. Il fit éle
ver au bout de la rue S , Fereol , en face de la
nouvelle Eglife , un Arc de Triomphe qui
avoit trente - fix pieds de largeur, fur une hauteur
proportionnée ; il étoit d'Ordre compofite
le faire des colomnes , & la frife de la
corniche étoient feints de lapis. La Corniche
& les Arriere- corps étoient de grifaille , &
les Piedeftaux des colomnes étoient feints de
jafpe. Il regnoit fur la corniche une magnifique
Balustrade en marbre campan , entrelaffée
de quatre Piédeftaux de jafpe . Sur ces Piédeftaux
, il y avoit des trophées d'armes dorés
en plein. Les Armes du Roi étoient placées au
milieu des Piédeftaux dans un Cartouche doré
, & celles du Dauphin , dorées de même,
étoient fur la Corniche.
A chaque face de l'Edifice , il y avoit un
Enfant , peint au naturel , affis fur un Dauphin
, dans une Conque , d'où une Fontaine
de vin couloit. Il y avoit une Emblême à droite
, repréfentant un Dauphin couronné , qui
s'élançoit hors de l'eau , & divers autres petits
poiffons qui faifoient des efforts pour
Le fuivre , avec ces paroles : Quis enim aquabitur
illi.
A gauche , il y avoit une autre Deviſe dont
le
NOVEMBRE . 1729. 2625
le corps étoit de differentes Nations qui regardoient
un Soleil levant , avec ces paroles
pour ame : Nen uni , fed pluribus.
Au milieu du Frontifpice , on voyoit une
autre Emblême qui repréfentoit auffi un Soleil
levant & une Galere ,. fur l'Eperon de laquelle
on voyoit le Capitaine qui excitoit fon
Equipage au travail ; l'ame de cette Deviſe
éroit ce vers :
Sufcitat ille novos oriendo triremibus aufusi
Ce Frontifpice étoit foutenu par des Dauphins
en guife de confoles , & terminé par
une Renommée colorée .
Le 30. Septembre , un Détachement de la
Compagnie de l'Arquebufe alla à la Major ,
Cathédrale de Marfeille , faire benir un Drapeau
de taffetas blanc , aux Armes du Roi &
de la Ville , avec des Dauphins en broderie
aux quatre coins. Cette Compagnie , qui eft
fous les ordres du Gouverneur Viguier , a été
établie il y a plufieurs fiécles , pour élever
la jeuneffe à tirer jufte un coup de fufil à
balle.
Le 1. d'Octobre , fur les trois heures après
midi , la Compagnie de l'Arquebufe fe rendit
près de l'Arc de Triomphe , chacun avec
fes armes , & avec des habillemens neufs
uniformes & très - propres, les Officiers avoient
des plumets , & les Soldats des Cocardes de
ruban rouge & noir , marchant au fon des
Tambours & des Trompettes. Quand ils furent
près de l'Arc de Triomphe , les Fontaines
de vin commencerent à couler , & les
Tambours avec les Fifres , à la maniere du
Pays , inviterent le Peuple à la Danfe , ce
qui durajufqu'à la nuit ; alors l'Arc de Triom
phe
2626 MERCURE DE FRANCE.
phe fut illuminé , & cette journée finit pár
un falut de cent Boëtes.
Cette Fête fut repétée de la même maniere
les jours fuivans jufqu'au quatre , que le Chevalier
de Piles donna un magnifique repas
à un grand nombre de perfonnes de condition
de l'un & de l'autre fexe , pendant
lequel on tiroit les Boetes , lorfqu'on buvoit
à la fanté du Roi , de la Reine &
du Dauphin . Après le Repas , la Compagnie
de l'Arquebufe parut comme les jours
précedens ; les Fontaines de vin commencerent
à couler , & le Peuple à danſer en differens
cercles , au fon des Tambours & des
Fifres. La nuit etant venuë , on entendit
un grand nombre de Timballes & de Trompettes
, la décharge de cent Boëtes fut repetée
, & on tira un très-beau Feu d'artifice
qui dura pendant une heure , & qui fuc
merveilleufement bien executé.
9
Vous connoiffez , Monfieur , la Maifon
des Fortias de Piles , leur zele pour nos
Rois , & leur amour pour notre Patrie
& vous fçavez que cette Maifon nous donne
depuis long tems des Gouverneurs qui
fe font toujours attiré l'eftime & l'amour
des Peuples.
SUR
NOVEMBRE . 1729. 2627
*****
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ,
ARRIVE'E AVEC L'AURORE
L
RONDE AV.
Aimable Aurore enfin montre à nos yeux
Ce riche Don, ce Tréfor précieux ,
Cher & doux Fruit de notre impatience ;
Le Ciel propice aux foupirs de la France ,
Vient de remplir notre efpoir & nos voeux.
Oui , cet Enfant eft un préfent des Cieux,
Né pour regner , né pour nous rendre heureux
;
Comme au Soleil préfide à fa naiffance.
L'aimable Aurore.
France , qu'après tes fentimens pieux ,
Les Jeux , les Ris , les Plaifirs & les Feux
Soient les témoins de ta reconnoiffance ;
Que la nuit foit de ta réjoüiſſance ;
Et que tes cris préviennent en tous lieux
L'aimable Aurore.
Allufion
1618 MERCURE DE FRANCE.
Allufion.
Augufte Reine , en celébrant l'Aurore
Qui fait lever cet Aftre glorieux ,
C'est vous qu'ici l'on chante & l'on honore ;
Puifque c'est vous qui nous faites éclore
Ce Lys charmant , ce Lys chéri des Cieux ;
Vous commencez & finiffez nos jeux ,
Sous ce beau nom que je répete encore ,
L'aimable Aurore.
L'Abbé Pétis de la Croix.
Autres Réjouiffances.
Ajoye que la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin a donnée à toute la France , parut
avec éclat dans la Ville de Valognes. Le
16, -du mois , cette heureuſe Naiffance fut annoncée
la veille par le fon des Cloches de l'Eglife
principale , par les Tambours de la Ville,
& par quantité de Boetes qu'on tira. Le len
demain , M. de Courci , Gouverneur , ordonna
à la Milice Bourgeoise de fe mettre fous les
armes , & à la Compagnie de Cavalerie , qui
y eft en quartier , de monter à Cheval. Immédiatement
après les Vepres , le Clergé fit
une Proceffion pour rendre graces à Dieu du
don précieux qu'il avoit fait à la France , &
au retour on chanta le Te Deum en Mufique,
& enfuite le Pleaume Exaudiat. Pendant toute
cette Cerémonie, le Choeur de l'Eglife étoit illuminé
d'un grand nombre de Cierges & de
lamNOVEMBRE.
1729 2620
lampions. L'Eglife ne pouvoit contenir le nom
bre des perfonnes qui affifterent à cette Cerémonie.
Après cette pieufe Cerémonie , M.
de Courci , accompagné des Maire & Echevins
, alla fur la Place du Château mettre le
feu au Bucher qui y étoit préparé. Lorsqu'il
fut allumé , les Bourgeois firent trois décharges
, aux acclamations du Peuple , qui cria
Vive le Roi , vive la Reine , vive Monfei
gneur le Dauphin.
A fept heures on tira un Feu d'artifice , fur
la même place , après lequel toutes les Fenêtres
des Maifons de la Ville furent illuminées
, & chacun fit un Feu devant fa porte.
M. de Courci le diftingua par une Fête des
plus brillantes & des plus magnifiques. Som
zele & fon amour pour le Roi a toujours paru
dans les occafions où il s'eft agi des interêts
de l'Etat , ou de la perfonne du Roi ,
comme à la Paix genérale , au mariage de
S. M. & à fa convalefcence. Il fit donc allumer
un grand feu devant fa porte , & fur le
Balcon de fa Maifon il avoit fait placer les
Armes du Dauphin , à côté defquelles il y
avoit à la droite un Soleil levant , & à la
gauche , un Enfant au maillot fous un Pavillon
avec un Cordon bleu ; tout le
Balcon étoit illuminé de Lampions & de Pots
à feu , ainfi que le Fronton. Deux Fontaines
de vin coulerent jufqu'au jour. Sa Cour étoit
éclairée d'une infinité de Lampions , avec des
Pots à feu de diftance en diftance , qui faifoient
un fpectacle très-agréable , par la maniere
dont cette Cour eft conftruite , étant
environnée de Baluftrades & de Terraffes. Sur
le Fronton de fa Maiſon étoit un Soleil en
er , pour fervir d'allufion au Roi , à qui cet
Aftre
?
>
2630 MERCURE DE FRANCE.
Aftre fert dEmblême , & au- deffous on avoit
écrit en Lettres d'or en gros caractere , ces
deux Vers :
Il rend la nature feconde ,
Pour le bonheur de tout le monde.
M. le Gouverneur qui avoit invité la Nobleffe
de la Ville & de la Campagne , de l'un &
de l'autre fexe , au grand fouper qu'il avoit
préparé , fit fervir deux Tables , chacune de
24 Couverts , où l'abondance & la délicateffe
des mets étoient jointes enſemble . Le Portrait
de S. M. étoit placé fous un Dais dans
une des Sales du Feftin . Pendant le Repas
on but à la fanté du Roi , de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , au bruit des Moufquets
& des Boëtes. Enfin cette Fête finit
par un Bal qui dura jufqu'à fept heures du
matin. M. de Courci attentif à fatisfaire tous
ceux & celles qui lui firent l'honneur de venir
à fon Bal , fit fervir une Collation magnifique
; on y trouva toutes fortes de rafraî
chiflemens. Il n'y eut pendant toute la Scene.
ni trouble , ni confufion ; & par le bon ordre
qu'on y avoit apporté,tout le monde fortit content
& charmé de la magnificence & de la politeffe
de M. & de Mad. de Courci.
Entrevaux eft une petite Ville de Provence,
& une Place de guerre , fituée fur la Frontiere
de Piémont. On y chanta le Dimanche 16.
d'Octobre le Te Deum dans l'Eglife principale ,
au bruit de trois décharges de tous les Canons
de la Place , des Forts & du Château ›
fuivies de toute la Moufqueterie de la garnifon.
M, de Voyre , Commandant pour le
Rei
NOVEMBRE. 1729. 2631
•
Roi , donna des marques bien fenfibles de fa
joye & de fon zele. Des Fontaines de vin couferent
toute la journée devant fà porte ; on y
diftribua abondamment du pain & de la
viande à tous ceux qui fe préfenterent. Le
foir fa Maiſon fut très - bien illuminée , & il
y eut dans la Sale d'une Tour baftionnée qui
communique à cette Maifon , quatre Tables de
44. Couverts chacune , qui furent fervies magnifiquement.
Tous les Officiers de la garnifon
, M M. du Chapitre , les Confuls & les
Notables de cette petite Ville , furent de ce
fouper . On fit une falve de coups de Canons
toutes les fois que l'on crioit en buvant vi
ve le Roi , la Reine & Monfeigneur le Dau
phin. De la Sale où on foupoit , on décou
vroit l'Illumination du Château , fitué fur le
haut d'un Rocher , prefqu'inacceffible , & on
peut dire que cette illumination que le Commandant
avoit ordonnée , étoit une des plus
belles qu'on ait vues pour la fituation du lieua
Le fouper fini , il y eut Bal , & les mêmes
réjouiffances continuerent chez le Commandant
, le Lundi & le Mardi ; on peut affurer à
fa loüange , que depuis un tems immemorial ,
་ les Habitans d'Entrevaux & ceux du voifinage
n'avoient rien vû d'égal . M. de Palavicini,
Capitaine d'une Compagnie Suiffe , qui fe
trouve en garnifon en cette Place , s'y
fignala le Dimanche fuivant. Rien n'étoit
fi ingenieux que l'illumination de fa Maifon.
Le fouper y fut magnifique , & la Compagnie
nombreufe ; il y eut un Bal après le
fouper , & on y fervit une très belle Collation
. Une Fontaine de vin coula deux jours
de fuite , à la porte de fa Maiſon,
Les
2632 MERCURE DE FRANCÉ . !
-
Les Majeur & Echevins d'Abbeville vou
lant fignaler leur zele pour la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin , ordonnerent des
Réjouiffances publiques , & firent cependant
préparer un Feu d'artifice. Le Dimanche
25. Septembre , on fit une Proceffion gené
rale , qui fut annoncée la veille par le fon des
Cloches , & le jour même par une décharge
de tous les Canons des Remparts qui recommença
plufieurs fois. Les jours fuivans , on
chanta des Te Deum particuliers dans toutes
les Eglifes de la Ville . Le Corps de Ville qui
avoit differé le fien , pour faire préparer les
Illuminations & le Feu d'artifice , le fit chanter
le 4. Octobre dans l'Eglife Royale & Collegiale
de S. Vulfran ; cela fut annoncé la
veille & le matin par une décharge de 2 .
pieces de Canon , & le fon de toutes les Cloches.
Les Muficiens du Chapitre avec beaucoup
d'autres executerent parfaitement bien le
Te Deum. L'Eglife étoit bien ornée , & entr'antres
illuminations , il y avoit derriere le Grand
Autel du Choeur une haute Piramide chargée
de Soo. Cierges . La Place où étoit le Feu d'artifice
étoit illuminée de tous côtés , & la Face
de l'ancien Hôtel de Ville qui donne fur cette
Place avoit une illumination des plus brillantes
; il y avoit plus de 8000. lampions qui
fuivoient l'Architecture de l'Autel ; 4. Arbriffeaux
artificiels , tout brillants de lumieres
bordoient les côtés ; le tout étoit furmonté
d'un grand Globe azuré , portant les Armes
de France , & chargé d'une Couronne . Le Feu
d'artifice avoit 30. pieds de haut fur 20. de
Large , revêtu de Décorations convenables . Il
confiftoit en Gerbes , Pots- à- feu , Girandoles,
Soleils , Dauphins , & un grand nombre
de Fufées.
NOVEMBRE, 1729 2633
Les Régimens de Clermont , Prince , & de
Nugent, Cavalerie , étoient à pied fur la Place,
rangés en haye; il y avoit aufi plufieurs Compagnies
de Milice Bourgeoife , & la Maréchauffée
, qui firent des décharges genérales ,
aufquelles répondit l'Artillerie des Remparts,
Deux Fontaines de vin , placées aux deux cô
tés de l'ancien Hôtel de Ville , ne cefferent
de couler pendant toute la Cerémonie.
Après le Feu d'Artifice , le Corps de Ville
alia à fon nouvel Hôtel , dont la façade &
la Cour étoit illuminées de 6000. lampions ,
repréſentant des Soleils , des Dauphins ; &
il y avoit un grand fouper préparé dans la
grande Sale , où la principale Nobleffe étoit
priée ; chacun le plaça aux 3. Tables , done
2. étoient de 28. Couverts , & l'autre de 20.
Au fond de la Sale étoient les Portraits du
Roi & de la Reine , fous un Dais magnifique;
deux Cavaliers étoient en faction aux deux
côtés.
Plufieurs Compagnies , comme le Chapitre
de S. Vulfran , les Juge & Confuls des Marchands
, ont fait des réjouiffances particulie
res. Mrs de Vanrobais , qui ont le privilege
de la Manufacture des Draps , ont donné une
Fête fuperbe dans le grand Jardin de la Manufacture
, dont l'Illumination étoit des plus
riantes.
Le S. Lucas de Genville , Echevin , dont la
Maiſon eft fituée fur un Quai , a fait une belle
Ilumination , & fa Galliote étoit chargée
d'un Artifice qui fut un peu dérangé par un
accident qui n'a pas eu de mauvaiſe fuite.
Après que l'Artificier eut fait partir quelques
Fufées , le feu prit à un Panier rempli
de Petards , fur lequel le S. de Genville étoit
aflis
2634 MERCURE DE FRANCE .
affis , ce qui le fit fauter d'un bout de la
Galliote à l'autre ; & le feu s'étant communiqué
aux Fufées , elles ne purent prendre
leur effor en l'air , à caufe de la couverture
de la Galliote , ce qui les fit tourner jufqu'à
ce qu'elles trouverent leur iffuë par les Fenêtres.
Trois Matelots qui étoient dans la
Galliote fe jetterent dans la Riviere ; le S.
Genville vouloit prendre ce parti ; mais raffuré
par l'Artificier , il tint bon , & en fut'
quitte pour la peur , qui ne fut pas me
diocre.
Le Chapitre de Graffe , qui a toujours fait
gloire d'être fidele à l'Eglife & à l'Etat , à
tâché de fe fignaler dans cette occafion, Après
avoir fatisfait au Mandement de M. l'Evêque ,
qui avoit fixé la Proceffion generale & le Te
Deum au 2. d'octobre , & participé aux Réjoüiffances
que fit la Ville ce même jour
commença le Samedy fuivant la Fête particuliere
par le fon de toutes les Cloches. Le lendemain
Dimanche , il fit conftruire l'Edifice
d'un grand Feu au milieu de la Place , devant
la principale Porte de l'Eglife , decoré des Armoiries
du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin d'un côté , & de l'autre , de
celles du Chapitre. Le foir , on fit fonner encore
toutes les Cloches jufqu'à bien avant
dans la nuit , & -pendant que le Maître de
Chapelle faifoit chanter à grand choeur de Mufique
, fur le Perron de l'Eglife , le Motet Domine
, faluum fac Regem , on alluma le Feu
qui fut accompagné de quantité de Fufées , &
d'autres Artifices. Ce fpectacle qui divertiffoit
un nombre Infini de toutes fortes de gens , fut
interrompu par trois décharges de Boetes. La
façade
>
NOVEMBRE. 1729. 2635
Façade de l'Eglife , qui eft bâtie fur une éminence
, étoit illuminée avec fymétrie par
grand nombre de Falots , peints des Armoiries
du Roi , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin : au haut du Clocher , qui étoit illuminé
de même , étoient encore des Torches
à vent , qui faifoient un effet merveilleux.
Cette, Fête fut terminée par un Repas magnifique
donné dans la Salle de M. le Sacriftain
Dignité du Chapitre , où se trouva tout le
Clergé la Salle étoit ornée de belles Tapifle
ries , éclairée de quantité de flambeaux , &
toute la Maifon illuminée en dehors : on bûc
la fanté du Roi , de la Reine , & de Monſeigneur
le Dauphin , & le Repas finit par le
Pleaume Laudate Dominum , & c. qui fut
chanté par un Fauxbourdon. On n'oublia pas
les Pauvres dans cette occafion ; on fit des
liberalitez aux Hôpitaux , & on envoya des
mers convenables & proportionnez aux Convale
cens , & à ceux de l'Hôpital de la Charité
, qui furent fervis ce jour - là par les
Chanoines & Beneficiers de la Cathédrale.
1.
Les Habitans de Charleville ont donné de
très grandes marques de leur zele , par des Actions
de graces d'abord , & enfuite par des
Fontaines de vin , des Feux d'artifice & des
Illuminations magnifiques. On n'a jamais vu
éclater tant de joye fans trouble & fans accident.
Ce qu'il y a eu de remarquable , c'eſt
que le deuxième jour des Réjouiffances , que
les P P. Capucins firent leur Feu fur la Place ,
ily parut , fans qu'on s'y attendit , une cinquantaine
, des plus a mables femmes en
Amazones , très bien mifes & de bon air ,
l'épée nuë à la main. Elles entrerent dans le
Cou
2636 MERCURE DE FRANCE.
Convent , & ufques dans le Réfectoire ,
les Capucins traitoient les Magiftrats de la
Ville. On leur offrit des rafraîchiffemens ; elles
bûrent avec acclamation à la ſanté du Roi
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin
cafferent leurs verres , & s'en retournerent en
danfant au fon d'une bande de Violons
qu'elles menoient avec elles. Cette galante
Troupe paffa une partie de la nuit dans les
ruës, & s'attira tant de loüanges , que le lendemain
le nombre des Amazones groffit juſqu'au
nombre de plus de 200. Elles marchoient
, Tambour battant , & Enfeignes deployées
, & efcortées par une Compagnie
très-lefte de Jeunes gens , le Moufquet fur
l'épaule. Elles furent reçûes & très - bien trai--
tées dans toutes les bonnes Maifons de la Ville.
& furent dans le même équipage à Mezieres ,
pour y inviter les filles & les femmes à les
imiter. Enfin , les Magiftrats de Charleville
pour récompenfer leur zele , leur ont donné
un Prix à tirer. Il fut tiré effectivement par
elles quelques jours après dans la Plaine du
petit Bois , où tout ce qu'il y a de gens de
diftinction à Charleville & à Mezieres le trouverent.
On affure qu'elles tirerent à balle
feule , avec beaucoup de graces & d'adreffe .
Celle qui gagna le Prix donna dans le milieu
du noir. Comme ce Prix étoit en argent
comptant , elle n'en voulut point profiter
il fervit aux frais d'un très- beau Bal , dont
elle fut la Reine,
Réjouiſſances faites à Clairac , en Agenois;
Henry le Grand, de glorieufe mémoire ,
unit l'Abbaye de Clairac au Chapitre de
s. Jean de Latran de Rome , Chapitre de Notrs
NOVEMBRE. 1729. 2637
tre S. Pere le Pape , le premier Chapitre de
PEglife Catholique. Ily a un Italien qui reprelente
ce Chapitre dans cette Abbaye en
qualité d'Abbé , c'eft un homme de qualité .
d'un merite fingulier , qui a beaucoup d'eſprit,
fçavant' , & c.
Il fit travailler à Bordeaux à un beau Feue
d'artifice , & le fit porter à Clairac , avec
8. piéces des plus gros Canons. Il partit luimême
promptement de cette Capitale, pour répondre
à l'impatience que les habitans de
Clairac marquoient avoir pour celébrer un
Evenement qui affure le bonheur de la France;
on peut dire, en effet , que jamais peuple
m'a été fi fenfible au bonheur de fon Roi .
Ils ne fçurent pas plutôt le départ de leur
Abbé & de leur Seigneur , qu'ils fe mirent
fous les armes , & allerent audevant de lui.,
M. l'Abbé fit à ſon arrivée la nomination des
nouveaux Confuls , qui avoit été retardée , &
il mit à la tête de la Jurade de Clairac , le
fieur Lacourege , Ancien Capitaine , & hommé
de merite , & de concert avec la Jurade ,
il nomma les Officiers de quatre Compagnies
Bourgeoifes , qui devoient affifter au Feu de
joye. Ces quatre Compagnies , compofées
d'environ 600 hommes , tous bien habillez .
avec Chapeaux bordez , & Cocardes uniformes
, fe rendirent à l'Abbaye , & défilerent
par quatre devant PAbbé , qui étoit accompagné
de beaucoup de gens de diftin&tion , &
firent une décharge.
La nuit , ils fe mirent fur la Riviere du Lot ,
qui paffe devant la Ville de Clairac , dans des
Bateaux , & arrêterent vis - à - vis l'Abbaye.
Ils fe firent fervir un grand fouper , pendant
Lequel, & long- tems après , ils firent retentir
E l'air
2618 MERCURE DE FRANCE.
L'air de cris de joye ; M. l'Abbé leur envoya
du vin de Frontignan , & c. Cette Fête
fut comme le Prélude de celle qui devoit fe
faire le Dimanche fuivant , 9. d'Octobre
jour indiqué pour chanter le Te Deum .
La veille , les Officiers firent faire l'Exercice
à leurs Troupes , fur la Terraffe de l'Ab
baye , qui réuffit fi bien , que les Officiers
confommez dans le Service , en furent furpris.
Le lendemain , M. l'Abbé fit chanter une
Meffe Solemnelle , & traita le Corps de
Juftice , la Nobleffe , la Jurade , & plufieurs
perfonnes de confideration. Il y eut trois
grandes Tables très - bien fervies,
Outre les Compagnies d'hommes , il y en
eut une de filles , au nombre de 80 , toutes en
Bergeres , avec des habits blancs uniformes
&c. Elles avoient une houlete à la main , garnie
de rubans , & chacune une Cocarde & un
Ruban bleu en écharpe. A la tête de cette
Compagnie étoit Mile de Melignan Dupouy ,
Maifon illuftre du Bearn , établie depuis longtems
à Clairac. Ces Demoifelles fe rendirent
à l'Abbaye , & danferent autour des Tables ,
au fon des Violons qui marchoient avec elles .
M. l'Abbé leur fit diftribuer le Deffert qui
avoit été preparé pour fes Tables .
L'après- midi à 4. heures , M. l'Abbé fe rendit
à l'Eglife Abbatiale , avec un grand nombre
de Prêtres ; l'Eglife étoit magnifiquement
ornée ; il y avoit fous un Dais , du côté de
l'Evangile , le Portrait du Roi & celui de la
Reine .
Après les Vêpres qui furent chantées trèsfolemnellement
, il y eut une Proceffion genérale
, à laquelle affifterent les Officiers de
Juftice , en Robes , & beaucoup de gens de
diftincNOVEMBRE.
1729. 2639
diftinction. La Compagnie des Demoiselles ,
y affifta , marchant deux à deux , avec une modeftie
édifiante ; les Compagnies de la milico
étoient en haye dans les rues où la Proceffion
paffa.
Au retour on chanta le Te Deum , à la fin
duquel M. l'Abbé qui officioit dit l'Oraiſon
Pro Rege ; & fe tournant enfuite vers le Peuple
, il cria Vive le Roy. D'abord l'Eglife retentit
des cris du Peuple qui répeta plufieurs
fois Vive le Roi , vive la Reine , vive Monfei
gneur le Dauphin. On entendit en même tems
une falve des Canons & de toute la Mouf
queterie.
M. l'Abbé partit enfuite de l'Eglife & à la
tête de la Jurade & c. il alla allumer le feu que
le Corps de Ville avoit fait préparer fur la Place
d'Armes. Les Compagnies rangées autour du
Feu firent 3. décharges ; on en fit autant des 8,
Canons , & l'air retentit de cris de joye.
M. l'Abbé fut reconduit chez lui ', ' où il
trouva plufieurs Danfes dans toutes les Pieces
de fon Appartement. Il donna un fouper
magnifique aux plus diftingués de la ville
& des Etrangers , dont le nombre étoit fort
grand.
Après le fouper on tira le Feu d'artifice ; il
reprefenroit la Sphere du monde. Dans le Cerele
du Zodiaque il y avoit en grand carac
tere de feu Vive le Roi , & au milieu , un Soleil
qui d'un côté montroit les Armes du Roi
en feu , avec ce mot en Lettres de feu , splen-
& de l'autre les Armoiries de la Reine.
avec ce mot également en Lettres de feu , Fæcunditas.
Lor >
Le Feu qui montroit ce mot & ces Armoi
E ij ries
2640 MERCURE DE FRANCE .
zies étant éteint , le Soleil commença à tour
ner avec rapidité , & de fon feu & de ſa ſplendeur
il couvrit toute la Sphere du monde ; il
fortoit de tous côtés des Fufées , des Batteries
, des Fontaines de feu & des Serpentaux
qui firent un fpectacle magnifique. Il y eut
jufques bien avant dans la nuit un grand
nombre de falves des Canons & de la Moufqueterie.
Les fenêtres & les galeries de l'Abbaye
étoient garnies de Lanternes peintes, avec plufieurs
Infcriptions qu'on avoit prifes de l'Hiftoire
de Louis XIV. par les Medailles. Il y
avoit également des Lanternes à toutes les
Fenêtres des Particuliers , & au milieu de
la Place il y en avoit quatre magnifiques de
diverfes couleurs , & d'une grandeur furprenante.
M. l'Abbé diftribua plufieurs confitures aux
Demoiselles qui étoient habillées en Bergeres ,
& il fit fervir des Rafraîchiffemens aux Compagnies
de la Milice .
Cette Fête fut terminée par une Cantate
magnifique , chantée par la Demoiſelle Fauguier
, fille d'un habile Avocat de Bordeaux,
natif de Clairac, & tout fe paffa avec beau
coup d'ordre , & M. l'Abbé fit des aumônes
très - confiderables à tous les Pauvres de la
Ville.
9.
Le Bureau des Finances de Montpellier ,
ayant voulu donner des marques publiques
de fa joye , fit chanter folemnellement le Te
Deum le Octobre , dans fa nouvelle Chapelle
, dont la conftruction , qui vient d'étre
achevée , fembloit être deftinée pour rendre à
Dieu des graces folemnelles du don précieux
qu'il vient de faire à la France, L'Evê
NOVEMBRE . 1729. 2641
L'Evêque de Montpellier prié par Mrs dur
Bureau des Finances de vouloir bien officier,
fe rendit à la Maiſon où le Bureau tient fest
feances; il y fut reçû par les deux Officiers
qui l'en avoient prié , & fut conduit dans.
l'Appartement qui lui avoit été préparé .
Toute la Compagnie en Robes de cerémo
nie s'étoit déja rendue à la Chapelle , & placée
des deux côtés fur des Banquetes cou
vertes de tapis fleurdelifés. M. l'Evêque s'y
rendit en même tems , fuivi de fon Clergé
& alla fe placer fur une Eftrade couverte d'un
riche Dais , placée à un des côtés de l'Autel,
où après avoir été revêtu de fes habits Pontificaux,
il entonna le Te Deum , qui fut chanté
par un excellent Choeur de Mufique , & au
bruit d'une décharge d'un grand nombre de
Boëtes.
M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de
la Province, qui avoit déja donné des marques
de fa joye avec beaucoup de magnificence
, voulut bien prendre part à celle du
Bureau des Finances , en affiftant au Te Deum.
Toute la Maifon du Bureau fut illuminée
le foir en dedans & en dehors d'un grand nombre
de flambeaux de cire blanche ; l'Illumi
nation qu'on diftinguoit le plus , étoit celle de
la Terraffe & du magnifique Efcalier qui
fait un des principaux ornemens de cette
Maifon. Cet Escalier eft couvert d'un grand
Dôme , dont la haute élevation furpaffe de
beaucoup celle des Maiſons de la Ville , & eft
apperçuë de toutes parts. Les quatre angles
du Dôme étoient illuminés par des Lampions
au bas defquels étoient des Pots à feu. Le
tour du Dôme étoit orné de plufieurs couronnes
de lumieres , qui montant d'étages en
E iij étal
2642 MERCURE DE FRANCE .
étages , aboutiffoient à une Fleur-de- Lys de
Cuivre doré illuminée , qui terminoit ce bel
Edifice.
Sur une des façes de cette Maifon , regne
une longue Terraffe , dont la Balustrade étoit
éclairée d'un grand nombre de flambeaux de
cire blanche , & le fond de la même Terrafle
étoit rempli d'une grande quantité de Plaques
dorées , garnies de mêmes flambeaux.
Le Bâtiment qui joint la Terraffe , & qui
forme un corps de logis avec deux aîles
étoit éclairé par un cordon de lumieres ,
formé par des lampions mêlés de Pots à feu ;
cette Illumination faifoit un effet furprenant.
Ces Réjouiffances ont été fuivies d'un grand
Repas où il a été fervi tout ce qu'on a pû
trouver de plus exquis , & toutes fortes de
vins en abondance. Le Repas fut fervi dans
la grande Sale du Bureau , tenduë de riches
Tapifferies , & éclairée par des Girandoles
garnies de Bougies & de Luftres dorés. Les
Portraits du Roi & de la Reine faifoient
l'ornement des deux côtés de la Sale , autour
de laquelle étoient ceux des autres Rois depuis
le commencement de la Monarchie . M.
P'Evêque , M. l'Intendant , & grand nombre
d'antres perfonnes de confideration d'Epée, &
de Robe , fe trouverent à ce Repas ; on y but
la fanté du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , au bruit d'une grande
quantité de Boëtes.
Il y a lieu de croire que le Lecteur fera
étonné des Fêtes éxecutées à Agde. On fçait
affez avec quelle rapidité la Naiffance d'un
Dauphin a porté la joye dans toute la France,
fur les Frontieres les plus reculées & dans
tous
NOVEMBRE 1729. 2643
tous les Pays Etrangers. La Ville d'Agde , vivement
touchée de cet heureux évenement ,
a fait fes derniers efforts pour fe fignaler dans
cette occafion.
Le Dimanche 25. Septembre dès la pointe
du jour , le bruit du Canon & des Cloches
de toute la Ville , anima d'abord le zele des
Habitans , & on vit toutes les Troupes fous
les armes ; elles étoient compofées de plufieurs
Compagnies de Bourgeois & d'une nombreufe
troupe de Marchands à Cheval , avec des habits
uniformes très-propres . Toute cette Milice
fut aflemblée , au fon des Hautbois , Timbales
, Trompettes , Fifres & Tambours devant
l'Hôtel de Ville , où les Confuls firent
diftribuer des Cocardes à toute la Milice , qui
à neuf heures marcha pour aller border la
haye depuis l'Eglife Cathédrale jufqu'à la premiere
porte du Palais Epifcopal . Les Chanoines
fe rendirent avec les Confuls à l'Evêché .
pour conduire M. l'Evêque à l'Eglife , au bruis
des Fanfares . Il y celebra pontificalement une
grande Meffe en action de graces. On tira
quantité de Boetes , & l'on fit une falve generale
de tous les Canons du Port . M. PEvêque
fut reconduit dans fon Palais avec le
mêne ordre.
A trois heures après midi , les Troupes reprirent
leurs poftes , M. l'Evêque fut encore
conduit à la même Eglife avec les mêmes ceremonies
, & on fit une Proceffion generale
par toute la Ville ; tous les Corps des Com.
munautez Religieufes y affifterent ; il y officia
avec pompe. On chanta folemnellement le Te
Deum, pour lequel on avoit raffemblé les meil
leurs Muficiens de la Province . les Boëtes &
les Canons ne cefferent de tirer ; les Troupes
E j s'y
2644 MERCURE DE FRANCE.
s'y joignirent & firent toutes leurs décharges
A fept heures du foir , les Troupes borderent
la haye depuis le Pont de Bateaux jufqu'à
Fendroit où l'on avoit dreffé un grand & magnifique
Bucher très- élevé. Il étoit placé dans
un Arc de Triomphe , foutenu par quatre grandes
Colomnes avec un Couronnement.Tout cet
appareil étoit garni de la plus riante verdure ,
orné de Dauphins de differentes couleurs , &
illuminé de toutes parts.
La Cavalerie partit delà pour aller prendre
M. l'Evêque dans fon Palais ; il monta en
Caroffe, accompagné de M. le Vicaire General
& de fes Aumôniers ; la Cavalerie , l'épée
haute , marcha devant & derriere . A la
fortie du Pont de Bateaux , orné de plufieurs
Arcs de Triomphe & artiftement illuminé
M. l'Evêque mit pied à terre ; les Confuls allerent
au- devant de lui en Robes de ceremonie.
Il marcha à leur tête & mit le feu au Bucher
avec les Confuls. On fit alors trois décharges
de tous les Canons & de toutes les Boëtes.
Les Illuminations dans la Ville & dehors ,
furent generales , chaque Habitant fit fon Feu
en particulier , l'Hôtel de Ville fut illuminé
magnifiquement en- dedans & en- dehors ; fa
Tour , fon Pavillon & l'Arc de Triomphe
qu'on avoit dreffé , & qu'on avoit orné des
Armes de Monfeigneur le Dauphin & d'Emblêmes
fur fon fujet ; mais rien n'approchoit
des Illuminations du Pont de Bateaux . Il faifoit
l'admiration de tout le monde . Les deux Portes
du Pont- Levis étoient ornées d'un bel Arc
de triomphe ; toutes les Paliffades étoient
ajustées en petits Berceaux de verdure , de l'un
à l'autre bout, toutes garnies de trois ou quatre:
NOVEMBRE . 1729 2649
1
tre mille Dauphins illuminés ; les fléches
des Ponts- Levis , & les Bateaux étoient également
garnis de Dauphins de differentes couleurs,
de forte que la lumiere défignoit un Port
des plus parfaits.
La façade de l'Evêché ne contribuoit pas
peu à la beauté de ce fpectacle. Depuis le rezde-
chauffée jufqu'aux Tours , tout étoit parfe
mé de Dauphins illuminez , placez fi à propos
que tout le Palais paroiffoit être en feu.
Les Confuls fe rendirent à l'Hôtel de Ville
où ils donnerent un Repas des plus fuperbes à
tous les Principaux Habitans , & à toute la
Troupe des Marchands ; le petit peuple ne fut
pas oublié , on lui avoit dreffé aux trois Pla-
1 ces principales , des Fontaines de vin , garnies
de verdures , qui coulerent nuit & jour. A la
fin du Repas il y eut Symphonie & un Bal
pendant lequel on diftribua en abondance tous
te fortes de rafraîchiffemens.
-
Le lendemain , à une heure après midi , on
commença les Joutes vis - à - vis l'Evêché. On
ne fçauroit exprimer le beau coup - d'oeil de ce
fpectacle. Outre que la fituation de la Riviere
eft en cet endroit très - convenable , bordée
d'un Quai des deux côtez , & traversée d'un
beau Pont de Bateaux , fans compter le bel
arrangement de differens petits Bâtimens ,
remplis de fix à fept mille ames , qui faifoient
l'enceinte d'un magnifique Baffin.
Quatre Bateaux préparez pour les Joutes
étoient peints de differentes couleurs , chacun
avoit fon Pavillon , orné des armes de Monfeigneur
le Dauphin , avec fes Inftrumens
pour animer les Combattans & les Spectateurs.
Les Officiers de la Marine en occupoient
Ey deux
2646 MERCURE DE FRANCE.
deux , & les Confuls les deux autres , pous
juger des Jouteurs.
La Ville avoit fait graver une belle Médaille,
où il y avoit d'un côté les Armes du Dauphin
, & de l'autre celles de l'Evêque d'Agde
& de la Ville , avec des Legendes convenables
au fujet ; elle y joignit encore un trèsbeau
Chapeau bordé , ce Prix les anima tous .
Ce magnifique fpectacle dura jufqu'à la nuit
& le Vainqueur alla recevoir le Prix des
mains de Monfeigneur d'Agde , avec toutes
les Fanfares , & c .
"
1
aux
>
Après les Joutes , M. l'Evêque pria les
Confuls d'affifter à fon Feu . On y obferva
les mêmes ceremonies que la veille ; toutes
les Troupes reprirent les armes . Après le
Feu , M. l'Evêque donna à fouper à tous les
Officiers de Robbe aux Confuls ,
principaux habitans , & à plufieurs Etrangers
de confideration qui étoient venus pour voir
les Joutes & les Réjoüiffances. On fervit un-
Repas des plus fomptueux , où l'ordre , la
propreté & la magnificence régnoient par
tout. La Symphonie ne ceffa point pendant
tout le Souper. M. d'Agde commença à
boire la fanté du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin ; le Canon & les
Boetes ne cefferent de tirer jufqu'à la
pointe du jour ; les Illuminations du dehors
& du dedans de fon Palais furent plus bril
lantes que le jour précedent , la Porte d'entrée
dont les trois faces étoient garnies de verdure-
& de fleurs , couronnée des Armes de Monfeigneur
le Dauphin , fut encore plus ornée de
Bougies & de Flambeaux , enfin tout y marquoit
la grandeur & la joye..
Co
NOVEMBRE . 1729. 2647
Ce même foir , le Capitaine des Marchands.
donna un Repas des plus fuperbes à toute fa
Troupe , à l'iffuë duquel ils fortirent tous en
ordre , chacun un flambeau à la main , pour
aller chez M. d'Agde, qu'ils trouverent encore
à Table & après en avoir fait trois fois le
tour , en criant vive le Roi , ils allerent commencer
le Bal dans la Sale de l'Hôtel de Ville,
qui dura jufqu'au jour.
;
Le troifiéme , la Cavalerie alla à une lieuë
de la Ville , au Bois de M. d'Agde pour faire
chacun une Faſcine pour leur Feu.
Après midi le mauvais tems dérangea le beau
fpectacle des Joutes , où les plus forts Jouteurs
devoient luter contre ceux de la Ville , à qui
remporteroit le Prix que M. l'Evêque avoit
deftiné au Vainqueur ; c'étoit une magnifique
Echarpe à frange d'argent , & un très - beau
Chapeau bordé..
A fept heures du foir , M. d'Agde & les
Confuls mirent le feu au Bucher des Marchands
avec la même céremonie & le méme
ordre que le jour précedent. Après quoi M.
Agde alla à l'Hôtel de Ville , où les Con
fuls firent fervir une Collation magnifique ; ils
le fervirent à Table ; il but à la fanté du Roi ,
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphin ,
avec les principaux habitans. Le Canon net
ceffa de tirer , & c.
Les deux Officiers de la Cavalerie Bourgeoife
donnerent le foir un Repas auffi fuperbe
que le premier , & un Bal à l'Hôtel de Ville
qui dura jufqu'au jour.
2
Le quatrième jour , les Réjoüiffances continuerent.
A trois heures après midi , M. l'Evêque
fit tirer deux Chapeaux bordez , que l'on
avoit mis au bout d'une Vergue , enduite de
Evj
beau
2648 MERCURE DE FRANCE :
beaucoup de fuif , & placée à la prouë d'uz
gros Bâtiment , vis - à - vis les fenêtres de l'E
vêché. Ce fpectacle ne fut pas moins divertiſfant
que celui des Joutes , chacun y faifant
voir fon adreffe pour gagner le Prix. Ce Jeu
dura jufqu'à l'entrée de la nuit , & on vit tom--
ber plus de 200. hommes dansl'eau , avant qu'on
remportât ce Prix .
Les Réjouiffances continuerent jufqu'au Dimanche
, jour deftiné pour les Joutes. L'affaug
fe donna au même endroit , & ce fpectacle en
fut encore plus brillant & plus rempli. Jamais
on n'a vû jouter avec plus de force & plus de
grace. Les Jouteurs de la Ville remporterent
Le Prix, & le Vainqueur le reçût avec un grand
fanfare des mains de M. l'Evêque.
***XXXXXXXXXX XXXXXXXXX
ENIG ME.
E fuis dur ; cependant je plie quelquefois
Je puis fervir les Sujets & les Rois ;
Pour m'obtenir on rifque tout en France ;.
De la valeur j'y fuis la récompenſe ;
Je fais fouvent un fi mortel affront ,
Qu'on n'oferoit après lever le front.
Dieu ne fçauroit par fa Toute- puiffance ,
Changer en moi ce qui fait mon effence.
Je fuis l'apui des plus foibles humains ;
Je leur mets l'or & l'argent dans les mains
Par mon canal fe fait fervir un Maître.
A tous ces traits on peut me reconnoître.
LOGO
NOVEMBRE. 1729. 2645
LOGOGRYPHE.
MAmoitié fur la Terre & l'onde
A fait trembler les Nations ,
Et fut jadis l'objet des adorations
Des premiers Monarques du monde.
Mon tout fut utile à la gloire
De plus d'un Conquerant celebre dans l'Hif
toire ;
Et le Gaulois fans moi , ferme fur fes Reme
parts ,
Eut bravé la valeur du premier des Cefars .
De moi vous vous fervez encore
En diverfes façons , Oedipes curieux ;
Mais par un fort capricieux ,
Le dernier Villageois me traite de pecore ,
Tandis que le Sçavant m'éleve juſqu'aux Cieux :
Quelle bizarrerie ! Ils ont raiſon tous deux .
Voici pourtant bien autre chofe ;
Plus vite que Protée on me métamorphofe :
Mes deux bouts renverfês dans le même mo
ment
Se trouvent en Eſpagne , en Thrace ;
Enfin fous differente face
Je parois fucceffivement
Deité refpectée , Animal méprifable ,
Lumiere bienfaifante & Guerrier redoutabl
Fick
2650 MERCURE DE FRANCE.
Fier Efpagnol , & Thrace fugitifs
Mes extrêmes coupez , je deviens un faint Juif
J. F. L. Du Château du Loir , dans le
Maine.
On a du expliquer le Logogryphe du
Mois d'Octobre par Paris , & les deux
Enigmes , par Fuseau & Cremaillere.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
TRAITE'DE LA COUPE DES BOIS,
pour le Revêtement des Voutes ,
Arrière-vouffures , Trompes , Rampes &
Tours rondes , utiles aux Arts de Charpente,
Menuiferie & Marbrerie . Par Edme
Blanchard , Maître Menuifier. A Paris
ruë S. Jacques , chez Joffe , & Jombert ,
1729. in 4. avec figures .
LA VIE de la venerable Mere Mar
guerite- Marie , Religieufe de la Vifitation,
du Monaftere de Paray - le- Monfal , en
Charolois , morte en odeur de fainteté
en 1690. Par M. Jean- Jofeph Languet ,
Evêque de Soiffons , de l'Académie Fransoifa
NOVEMBRE. 1729. 2650
çoife. Rue S. Jacques , chez la venve
Mazieres & J. B. Garnier , in- 4. de
470. pages.
LETTRES HISTORIQUES de M. Peliffon
. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez Didot, & chez Nion &Barrois . 1729%
3. vol. in- 12 . d'environ 1300. pages.
DE L'UNIVERS & de la difpofition
de fes Parties. Par G. L. Lefage. A Geneve
, chez Fr. Bardin , 1729. in- 12. de
36. pages .
DISSERTATION fur l'Arc de Triomphe
de la Ville d'Orange. Par Jean - Frederic
Guib , Docteur ès Droits . Troifiéme Edie
tion . A Lyon , chez Pierre Malfray ,
in- 1 2. de 48. pages.
Cette derniere Edition eft adreffée à
M. Thomaffin de Mazaugues , Prefident
aux Enquêtes du Parlement de Provence.
L'Auteur ne pouvoit adreffer fon Ouvrage
à une perfonne plus intelligente fur
ces matieres.
PANEGYRIQUE DE S. LOUIS , Roi
de France , prononcé dans la Chapelle du
Louvre , en prefence de l'Académie Françoife
le 25. Août 1729. par M. l'Abbé
Seguy. De l'Imprimerie de Jean- Baptifte
Coignard
L
2652 MERCURE DE FRANCE .
Coignard fils , Imprimeur du Roi & de
P'Académie Françoife.
Ce Difcours qui a fait tant de bruit
dans le monde , foutient dans l'impreffion
la grande idée qu'en ont donnée les
fuffrages unanimes de l'Académie Francoife
, & la démarche fans exemple
faite auprès de la Cour en faveur de
l'Auteur.
Voici le Texte & l'Exorde entier avec
le Compliment à l'Académie Françoile.
Dextera tua fufcepit me .. 7. & pracinxifti
me virtute ad bellum . Vous m'avez pris ,
mon Dieu ! comme par la main , pour me
conduire durant le cours de mon Regne : &
Vous n'avez revêtu de force pour faire la
guerre. Pfalm. 17.
Quand les Rois ont Dieu lui-même pour
Maître dans l'Art de regner , que leur puiffance
eft affurée ! qu'il eft doux d'être foumis à
leur Empire ! La juftice & la verité font la
regle de leur conduite , & le ferme appui der
leur Trône. Avec eux regnent toutes les vertus,
& tous les biens en font la fuite. Ils veillent
aux interêts du Ciel & au repos de la Terre.
Ils rendent heureux leurs Peuples ; ils font"
plus , ils les rendent dignes de l'être . Ils font
enfin à tous égards , les Images vivantes du
Très- Haut , & leur Regne eft une Image du
fien .
Quand les Rois ont Dieu lui- même pour
Maître dans la Science de la guerre , que leur
bras eft redoutable , & que leur Heroifme eft
accompli ! D'autant plus terribles qu'ils font
plus
NOVEMBRE . 1729. 2653
1
plus legitimement armez , ils volent avec cons
fiance à des Combats que leurs droits juftifient
, ou que confacre la Religion. La terreur
marche devant eux , & elle porte les premiers
coups ; & fi par une de ces profondeurs qu'il
n'eft pas permis à l'homme de fonder , le Dieu
qu'ils fervent n'affranchit pas leur valeur de
la viciffitude des armes , il prend foin de leur
conftance ; la force touté- puiffante , au deffaut
des victoires qu'elle ne leur fait pas remporter
, leur fait foutenir des difgraces plus glorieufes
que les victoires . Après les avoir mis
au deffus de leur fortune , elle les met audeffus
de leurs malheurs , & pendant que
l'ennemi vainqueur croit triompher de leur
défaite , ils en triomphent eux , plus veritablement
que lui -même .
Je n'ai pas encore nommé S. Louis , Meffieurs
mais n'aurois - je pas déja commencé
fon Eloge fans m'en appercevoir? Eft ce l'exe
plication de mon Texte que je viens de donner,
ou font- ce quelques traits du Portrait
de ce grand Roi , qui me font échappez par
avance ?
Né pour commander , il fuivit fes Ayeux
fur le Trône , il les y furpaffa tous , il regna ,
il honora la Royauté , il fit le bonheur & en
partie la vertu de nos Ancêtres : & afin qu'aucune
forte de gloire ne lui manquât , revêtu
de la force du Dieu des Armées , il livra des
Batailles , il remporta des victoires , il remplic
tout l'Univers du bruit de fon courage dans
P'une & l'autre fortune : modele des Rois pacifiques
& des Rois guerriers , & cela par
la Religion de qui il tenoit ce qui fait le Heros,
comme ce qui fait le Monarque. Car à Dieu
ne plaife , Meffieurs , que loüant un faint Roi
d'une
2654 MERCURE DE FRANCE.
d'une maniere profane , je paruffe trouver en
lui d'autre grandeur que celle qui vient de
Dieu. Quand je vous décrirai & les merveilles
de for Regne , & les exploits de fon bras ,
& les triomphes de fa conftance , n'en perdez
pas un moment de vue le principe : Vous fentez
trop à qui l'honneur en eft dû ; à la fainteté,
& c'eft proprement votre gloire que je viens
celebrer , Religion fainte , plutôt que la fienne
puifque la fienne venoit toute de vous.
Vous concevez déja affez , Chrétiens Auditeurs
, la maniere dont m'a frappé mon ſujer ,
& vous preffentez celle dont je veux vous le
faire envifager. Vous allez voir dans S Louis
un Roi qu'a formé la Religion , un Heros
qu'elle a animé. Le plan eft fimple , mais l'objet
et grand. Dextera tua fufcepit me ....
pracinxifti me virtute ad bellum .
Si j'avois appris de vous , Meffieurs , l'art
de loüer , j'oferois en augurer favorablement
pour cet Eloge , & je cederois au penchant
d'y joindre le vôtre. Mais je n'ai que des
fentimens muets , tour vifs qu'ils font , fur
votre gloire. Je n'ai que le foible avantage
d'avoir fçû vous regarder dès mes plus tendres
années comme une Compagnie formée pour
l'honneur du mérite & pour celui de la Nation.
Eh ! qui n'y voit réunis tous les talens ,
tous les titres ? Qui n'y reconnoît une Affemblée
d'hommes fuperieurs , deftinez les
uns à confacrer leurs foins à l'Etat , les autres
à le deffendre ceux- cy à conduire les
ames , ceux - là à éclairer les efprits , à maî
trifer les coeurs , & tous habiles à manier la
raifon dans leurs fonctions differentes avec
autant de force que de grace ? Quel charme
de les entendre ! Quelle entreprife de leus
parles
NOVEMBRE . 1729. 2655
OR
parler ! Mais votre parole , ô mon Dieu , eft
refpectée de ces Maîtres de la parole des hommes.
Dans le Difcours que j'entreprends , je
n'ai pas moins à leur prefenter que le Portrait
d'un grand Roi , d'un Héros accompli de votre
Religion divine ; fujet vrayement digne de
l'attention de tels hommes : heureux fi pour
le traiter, j'obtiens les lumieres de l'Esprit Saint
par l'interceffion de Marie. Ave.
L'Orateur établit pour principe dans fa
premiere Partie , que les Rois ne font les
images de Dieu , que pour répreſenter
fes attributs aux yeux des hommes , que
la Royauté eft dans les vûës de la fageffe
éternelle , un Miniftere d'autorité , de
bonté & de fainteté ; d'autorité pour tenir
les Sujets dans la dépendance , de
bonté , pour les rendre heureux , de fainteté,
pour les rendre meilleurs.
Auffi , Meffieurs , tels furent toujours les
principes de notre Saint Roi , & fa maniere
de regner fur nos Ancêtres . Il en fçut être
par la Religion le Maître , le Père & l'exemple.
Saififfez de grace ces trois idées que je
vais vous juſtifier.
M. l'Abbé Seguy , fait voir dans le premier
membre de fa fubdivifion , avec
quelle vigueur S. Louis ramena à fon
obéïffance ceux qui refufoient de s'y foumettre
, & il ajoûte :
Et ne nous figurons point un Prince jaloux
de
1
2656 MERCURE DE FRANCE .
de fa puiffance , par la foif orgueilleufe de
commander ; car qui l'auroit empêché , s'il
eût été tel , d'accepter l'Empire que Rome
irritée contre Frederic , lui propofoit de faire
paffer dans fa Maifon ? Qui l'auroit forcé de
rendre à fes voifins des Provinces qu'ils ne lui
demandoient même pas , & qu'il eût pû garder
comme un bien qu'avoient acquis fes Ancêtres
par le droit de la guerre , s'il en eût
reconnu d'autre que celui de la juſtice ? ....
Dans cette Ville , autrefois la Maîtreffe de
l'Univers, idolâtre , aujourd'hui la Capitale dur
Monde Chrétien , eft une Cour Religieufe
mais politique ; pacifique , mais puiffante ;
tranquille , mais occupée , & où fur le front
venerable du Maître qui y commande , eft imprimé
le double caractere de Chef de l'Eglife
& de Souverain . Mais fi les Decrets de celui
là font , avec raiſon , infiniment refpectez des
Rois & des Peuples , les interêts de celui - cy
leur paroiffent quelquefois fufpects , & la ve
rité qui eft elle -même garant des décifions re
çûës de l'un , ne l'eft pas des prétentions de
F'autre. Grégoire IX. rempliffoit alors la Chaire.
Apoftolique. Il favorifoit la caufe de Prélats
entreprenans & paffionnez , qui avoient paffé
les bornes de l'autorité Epifcopale , au mépris
de celle du Prince ; il vouloit faire valoir des
prétentions imaginaires , qui mettoient en pattage
la puiffance inaliénable de nos Rois , &
ces droits prétendus , aufquels il donnoit le
nom de droits de l'Eglife , il avoit foin de les
appuyer de raifons fpecieufes d'obéiffance &
de refpect pour le Vicaire de Jefus - Chrift .
Avec un Prince d'une pieté de temperament
& de foibleffe , la Cour Romaine eût tout
gagné fans doute ; mais Louis , plein d'une
pieté
NOVEMBRE . 1729. 267
pieté mâle , judicieufe autant que fincere
doué de ce grand fens qui fépare des chofes
en effet très- differentes , quoique très- étroitement
unies ; Louis s'oppofe avec force à fes
entrepriſes. Dans ce qui eft de Religion , il
lui obéit en fils : dans ce qui eft d'Etat , il
lui réfifte en Roy ; & le Souverain Pontife ,
après bien des efforts & des menaces , comprend
enfin qu'il peut tout auprès de lui fur
le Chrétien , & rien fur le Monarque,
L'Orateur , après avoir manié en maître
& épuisé tout ce que l'Hiftoire de
S. Louis lui fournit à ce fujet , paffe avec
art à la tendreffe du S. Roi pour les Peuples
; fecond chef de fa fubdivifion .
Saint Louis , à la fermeté du commandement
, joignit une bonté plus grande encore ,
s'il fe peut ; mais une bonté éclairée , une
bonté qu'il faut rendre utile à fes Peuples.
Souvent les Princes les plus compatiffants &
les plus fenfibles n'en font pas plus le bonheur
de leurs Sujets , parce que négligeant de
s'inftruire , ils ne fçavent ni le bien qu'ils peuvent
faire , ni le mal auquel ils doivent remedier.
S. Louis perfuadé par Religion , de
l'obligation indifpenfable où font les Rois de
tout examiner & de tout connoître , chercha
avec ardeur la verité . La verité , helas ! a- t -elle
fouvent le privilege d'approcher du Trône
des Rois L'aimer fur le Trône, eſt une vertus
la démêler , eft prefque une merveille.
Notre faint Monarque n'oublia rien pour
acquerir cet efprit de fageffe & d'intelligence
qui fait qu'on la difcerne, Il avoit toûjours
les yeux levez , à l'exemple du Roi Prophete ,
vers
2658 MERCURE DE FRANCE .
r.
vers les faintes Montagnes , d'où lui devoiť
venir une grace fi précieufe. Levavi oculos
meos in montes unde veniet auxilium . Ses
voeux furent exaucez , fes précautions eurent
leur effet . Le Courtifan étudie le caractere du
Prince , c'eft- là fa Science , fon unique application
. On vit une chole nouvelle , on vit le
Prince étudier le caractere du Courtiſan , le
faifir ; on vit la verité tournée en moyen de
faire fa cour au Prince ; on vit le plus adroit
Courtifan être toujours le plus fincere ...
Ici fe prefente à mes yeux le faint Monarque
fur un Trône de gazon , tel que ce Roi des
premiers ages du Monde , aux pieds de ces
Chênes antiques que le temps a reſpectez ,
terminant avec bonté les differends de fon
Peuple , comme un pere tendre qui rétablit
la Paix parmi fes enfans , iugeant la caufe
du Pupille & de la Veuve , vergeant la foible
innocence de fes cruels oppreffeurs . Liberabit
pauperem à potente , & pauperem cui non erat
adjutor. Là je le vois allant lui- même exercer
la Magiftrature dans differens Tribunaux
de fa Capitale , pour foutenir les Juges contre
le dégout de leurs pénibles fonctions , en y
donnant par fon exemple un nouveau luftre .
C'est peu de rendre juftice au pauvre comme
au riche il la lui rend affi- tôt qu'au riche ,
pour apprendre aux Magiftrats à ne faire aucune
exception de perfonne ; il entre dans les
moindres détails pour leur montrer qu'il n'en
eft point au deffous d'eux . Je le vois tantôt
occupé à détruire le duel , Monftre affreux
qu'avoient produit le faux honneur & la vengeance
, & qui au mépris des Loix , s'abreuvoit
depuis long temps du plus pur fang de
Petat tantôt à bannir du Royaume cette
Nation
NOVEMBRE. 1729. 2659
4
Nation réprouvée , marquée vifiblement au
fceau de la colere celefte qui la pourſuit
Nation fameufe par fon commerce ufuraire
& dont la cupidité s'irritant même à la vûë
des familles indigentes , trouvoit jufques dans
les fecours qu'elle leur offroit , le cruel moyen
de s'engraiffer du refte de leur fubftance : Ex
ufuris redi net animas eorum . Je le vois attentif
à faire tenir la balance droite aux dépofitaires
de fon autorité ; à remplacer les Magiftrats
iniques qu'il dépofoit , par des fujets
irreprochables , que lui défigne la voix publiques
à arrêter les vexations des Seigneurs qui
s'érigeoient en Tirans de leurs Vaffaux ; à parcourir
les Provinces de fon Royaume , pour
voir tout par fes propres yeux ; à écouter fans
prévention les plaintes qu'on lui portoits à
difcuter feverement la conduite des Gouver
neurs & de leurs Officiers ; à punir les malverfations
des barbares exacteurs des Impôts , & c.
:
Les Souverains , malgré la foumiffion qui
leur eft dûë , quels qu'ils puiffent être , n'exercent
veritablement une entiere puiffance
fur nous , qu'autant qu'ils fe font aimer. Sans
cela , ce qu'il y a de meilleur en nous , fe
fouftrait à leur domination , nos coeurs. Ils
peuvent tout fur nos biens , fur nos vies que
peuvent- ils fur cette portion , la plus précieufe
de nous mêmes C'eft- là , que fans fuite
& fans Cour , les feuls bons Rois , placez
comme fur un Trône , exercent un empire d'autant
plus parfait & plus légitime , qu'il eft libre.
Louis regna dans les coeurs de tous les
Sujets , parce qu'il portoit tous fes Sujets dans
fon coeur.
Rien n'eft plus délicat que la tranfition
2660 MERCURE DE FRANCE
tion par laquelle M. l'Abbé Seguy paffe
à la pieté de Saint Louis ; troilieme
chef de cette premiere Partie. Voici comment
il entre en matiere fur cet article.
La fainteté, quoiqu'elle foit de tous les états.
auroit peut- être paru incompatible avec la
Royauté , fi la grace n'avoit ménagé de temps
en temps des exemples du contraire . Dieux
de la terre , vous regnez . Ah ! dans la foule
des Peuples tremblans à vos pieds , combien
d'objets féduifans qui femblent s'être chargez
du criminel emploi de vous affujettir à leur
tour ? Sur ce Trône , fur cette efpece d'Autel
où vous recevez nos hommages , affiegez ,
affaillis fans cefle de folles paffions , vous n'en
êtes fouvent , malgré toute votre grandeur ,
que les plus grands efclaves .
Que fût donc devenu Louis , Chrétiens Auditeurs
Il étoit jeune , il étoit Roi , que fûtil
devenu fans la Religion ? Mais par elle
il devoit donner de nouveaux Spectacles d'admiration
à l'Univers , & voici le premier.
Un Prince , dans l'âge des paffions , qui réfifte
aux charmes du plaifir toûjours renaiffant au
pied du Trône, qui n'eft point infecté de l'air
contagieux qu'il refpire; qui marche dans l'innocence
de fon coeurs qui a fait un pacte avec
fes yeux , comme le faint homme Job , pour
ne voir que celle qui eft unie à fa deftinée :
pieufe Princeffe qu'il a reçûe des mains de la
vertu , digne de fa tendrefle , femblable à lui,
Icy , Mefleurs , fe réveillent fans doute dans .
vos efprits des idées étrangeres à mon fujet,
Graces en foient rendues au Dieu des Mifericordes.
Je parle de deux auguftes Epoux qui
regnerent fur nos Peres , & il femble deje
Parls
NOVEMBRE. 1729. 266 r
parle de ceux que nous voyons regner à leur
place.
Le détail des actions de pieté de faint
Louis eft grand & varié , la morale qui
fuit eft convenable & pathétique ; on y
propofe S. Louis pour modele , on y fait
voir que les mêmes vertus qu'il pratiqua
fur le Trône , chacun peut les pratiquer
à fa maniere dans une condition privée ;
& après avoir reprefenté par tout le monde
les . Monarque,comme un Roy qu'avoit
formé la Religion , on ajoute qu'il fut
encore un Heros qu'elle anima , & ceft
le fujet de la feconde Partie.
Seconde Partie.
L'article de l'élevation des fentimens
du S. Roi eft traité avec la même force ;
on le paffe ici tout entier fous filence.
Le troifiéme article qui regarde la conftance
de S. Louis , fournit affez de traits
& plus qu'il n'en faut pour la longueur
ordinaire d'un Extrait.
Le Ciel qui en avoit fait un Héros , & qui
vouloit le confommer , ce Heros , lui ména
geoit une nouvelle vertu qui net le comble
à la gloire des Saints & à celle des grands
hommes , la conftance. Aux Serviteurs de
Dieu , aux Heros mêmes que le Siecle adore ,
manque toujours un dernier luftre , s'il leur
manque l'épreuve de l'adverfité . Louis devoit
F être
2662 MERCURE DE FRANCE .
être trop grand , pour n'être pas malheureux.
Il falloit que fa grande ame parût dans tout
fon jour , qu'il fervit d'exemple à l'Univers ,
de ce que peut dans les difgraces un coeur
veritablement Chrétien ...... Pendant qu'il
combat comme un Lion , un Monde d'ennemis
l'enveloppe . Il eft pris , il gémit dans
la captivité. Je rétracte cette expreffion ,
Meffieurs , il eft Captif; mais il ne gémit point
de l'être. Mêine courage en lui , même intré
pidité , même force. Superbes Sarrafins , vous
ne l'avez pas vaincu , vous n'avez vaincu que
fon armée, & c.
L'habile Orateur trouve une nouvelle
preuve de la conftance de fon Héros dans
fa feconde Croifade , qu'il n'auroit pas
entreprife , dit - il , fi la mauvaife fortune
l'avoit abbatu ; & comme cette Croifade
he fut pas plus heureufe que la premiere ;
il ajoûte , que fi S. Louis étoit digne , en
qualité de Roi Chrétien , de porter le
glaive du Seigneur , il ne l'étoit pas moins
en qualité d'Elû , d'être affligé , qu'il
devoit finir fa courfe dans ces lieux barbares
, & l'y finir par un trait de conformité
avec J. C. par la tribulation , plutôt
que par un trait de reffemblance avec
les conquerans & les heureux de la Terre.
L'Infidele , continue cet Orateur , ne l'at
tendoit pas peut - être , mais un ennemi bien
plus redoutable , & qui n'eft point en prife à
fa valeur , le fleau de fon Dieu l'attendoit ,
L'Ange
NOVEMBRE. 1729 2683
L'Ange du Seigneur qui tient en fa main le
1. Vafe funefte , en verfe une goute contagieufe
dans les airs , le Camp du faint Monarque en
eft empefté , il voit tomber autour de lui fous
le fleau terrible , fes plus braves Soldats Sou
verain Seigneur des hommes , il n'y a que
vous qui foyez un aflez grand Maître pour
n'en pas moins meriter d'être fervi de ceux
dont vous ne fecondez pas les entrepriſes. Vous
êtes celui qui l'afflige , & vous êtes celui qui
de confole; une fi grande épreuve n'eft pas trop
pour un fi grand coeur : la Victime la plus
digne de vous s'apprête. Frappez , donnez à
l'Univers l'exemple édifiant d'un. Roi affez penetré
de votre infinie grandeur , pour adorer
votre main qui l'immole , lorfque la fienne
eft armée pour vous.
L'Image de S. Louis expirant à la vâë
de fon armée eft des plus touchantes ; la
morale qui accompagne cette Image ne
l'eſt
pas moins . On y remarque l'Ait infioi
avec lequel l'Orateur fçait joindre les
louanges les plus fines avec les véritez les
plus fortes.
On veut être grand , dit- il , à quelque prix
que ce foit , on veut occuper de foi les aufres
hommes , & au deffaut de la grandeur de
Ja Royauté & de l'Héroïfme , on met la fienne
dans la fuperiorité des lumieres , dans les talens
, dans une façon de penfer humainement
louable. Mais eft - ce là la grandeur du Chrétien
, la feule néceffaire , après tout , comme
elle eft la feule folide? Remplira -t- on avec le
fimple mérite d'un efprit orné & d'une ame
Fig bien
2664 MERCURE DE FRANCE .
bien née , la haute vocation à la gloire ? & c
Non , non , il est un titre plus intereffant ,
qu'il faut qu'on y apporte celui de Diſciple
de J. C.... Si S. Louis n'eut eu que des qualitez
morales , des vertus purement éclatantes
& héroïques , il n'en eût eu qu'une gloire
mortelle pour récompenfe , & j'aurois laiffé
aujourd'hui , Meffieurs , au monde qui les admire
, le foin de les louer. Il fut un Roi , le
modele des autres Rois , & dont le nom fera
l'éternel ornement de nos faftes . Il fut un
Héros jufques dans fes chaînes , l'admiration
de ceux dont il avoit été la terreur , mais il
le fut d'une maniere vrayement chrétienne. Il
le fut pour fe rendre Saint , pour entrer en
Partage du bonheur éternel des Saints , &c.
Les Satires & autres Oeuvres de Regnier,
avec des Remarques. A Londres , chez
Lyon & Woodman. 1729. volume in 4.
grand papier fin , avec figures.
Il y a long- temps qu'il n'eft forti des
mains des Imprimeurs un Livre auffi bien
conditionné , ou plutôt , auffi inagnifique
que celui- cy. Le papier , les caracteres ,
les gravûres , tout eft également beau.
On a encore enrichi ce Livre par des Notes
curieuſes , qui étoient néceffaires pour
l'intelligence des Poëfies de Regnier.Enfin
nous pouvons affurer que cette belle Edition
va donner une nouvelle vie à notre
ancien Poëte Satyrique François.
CAS
NOVEMBRE. 1729. 2665
CATALOGUE de Livres fur toutes for
tes de matieres , Théologie , Hiftoire Ec
clefiaftique , Peres de l'Eglife , Auteurs
Sacrez & Profanes . Belles - Lettres , Philologie
, Hiftoires , Négociations politi
tiques , Journaux Litteraires , Auteurs
Claffiques , Mathématiques , Aftronomie,
&c. Jurifprudence Ecclefiaftique & Civile
, Ordonnances , Coûtumes , Commentateurs
, Arretiftes , &c. Medecine ,
Chirurgie , Anatomie Anatomie , Obfervations
Hiftoire Naturelle , Phyfique , & c . Livres
en Langues Etrangeres , &c. Imprimez
tant en France , que ramaffez de différens
endroits de l'Europe , qui fe trouvent
, à juſte prix. A Paris , chez G. Cas
welier , rue S. Jacques , 1729 .
Le même Cavelier , vient de recevoit
des Pays Etrangers les Livres fuivans.
། ་ ་
Lettres Philofophiques fur la Formation
des Sels & des Criftaux , & fur la
Generation & le Méchaniſme Organique
des Plantes & des Animaux , à l'occafion
de la Pierre Belemnite & de la Pierre Lenticulaire
, avec un Memoire fur la Théo
rie de la Terre , par Bourguet , in 12 .
fig. Amft. 1729.
Bibliotheque Italique , on Hiftoire Lit
Fiij teraire
2666 MERCURE DE FRANCE.
teraire de l'Italie , année 1728. complette,
3. vol . in 8. Geneve , 1728. ,
- De la Digeſtion & des Maladies de l'Ef
tomac , fuivant le Syftême de la Trituration
& du Broyement , &c . Tome I. qui contient
le Difcours Préliminaire de la Trituration
, une Réponse à M. Silva , &
cinq Lettres fur la Révulfion , la Saignée
le Kermés Mineral & les Maladies des
yeux , in- 12 . de 6 16. pages , Paris , chez
Cavelier , ruë S. Jacques , 1729.
-N. B. avec un Avis au Lecteur qui pro
met que le Tome focond fuivra de près
ee Tome premier . Il contiendra le Traité
entier de la Digeftion , augmenté par l'Aus
reur , d'un Chapitre entier , d'une Table
des Matieres pour les deux Volumes , & c .
Ce Tome 11. fera entierement achevé pour
Le mois prochain.
Conferences des Ordonnances de
Louis XIV . avec les anciennes Ordon
nances du Royaume , le Droit Ecrit &
les Arrêts , par Bornier. Nouvelle Edition
augmentée , 2. vol . in 4. Paris , 17.29.
chez Cavelier & Compagnie.
La Ville de Sens a prévenu & furpaffé
dans ce grand jour , plufieurs fameufes
Villes
NOVEMBRE 1729. 2667.
1
Villes du Royaume ; car les trois Etats ,
c'eft - à- dire , le Clergé , la Nobleffe & la
Bourgeoifie , fe font diftinguez à l'envi ,
pendant huit jours entiers. Et pour conferver
la mémoire d'un Evenement fi confiderable
, le fieur le Queux de Sens , l'a
décrit en Profe rimée , & d'une maniere
fi finguliere , qu'on eft en doute fi les
Rimes tranfmettront à nos Neveux ces
grandes Réjouiffances , ou fi les Réjouiffances
mêmes ne feront pas faire attention
à la Defcription qui en a été faite.
Quoiqu'il en foit , on a crû en devoir faire
mention pour la fingularité de cette
Piece. Elle a été imprimée à Sens avec
la permiffion du Lieutenant General de
Police de la même Ville ; fous le titre de
Feu d'artifice , tiré à Sens par George
Artificier de Paris , le 25. Septembre
1729. & Festin de Ville , en réjouiffance
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
.
•
Ontrouve à la fin quelques Poëfies détachées
fur le même fujet ; celle qui regarde
Madame la Nourrice mérite une
attention particuliere.
On vend chez de Lormel , Imprimeur ,
rue du Foin , une Chanjon fur les Réjouiffances
qui ont été faites à l'occafion
du DAUPHIN , Brochure de 12. pages
Fiiij 18-12
2668 MERCURE DE FRANCE.
in- 12 . Il y a 46. Couplets , qui peuvent
fervir comme de Relation de ce qui s'eft
paffé à Paris , quand le Roi eft venu à
Notre- Dame , & des principales Réjoüiffances
qui y ont été faites . On jugera des
autres Couplets par ceux- cy .
Otre Prévôt des Marchands .
Notre
N'a pas épargné l'argent ,
Pour varier les lumieres
Pendant quatre nuits entieres.
Lampons , & c.
En parlant de M. le Procureur du Roy
de l'Hôtel de Ville.
Le brave Monfieur Moriau ,
Donnoit le vin comme l'iau ; !
Chez lui ce n'étoit que danfe ,
Que Feftin & que bonbance .
Lampons , & c.
M
Les Jacobins , les Feuillans , &c.
M
Les Meffieurs de S. Victor ,
Firent , dit-on , mieux encor , &c₂
器
Mais un fatal accident ,
Surprit fort ces bonnes gens ,
Car
NOVEMBRE . 1729 2669
Car les feux étant trop proches ,
Penferent fondre les cloches.
Lampons , & c,
Il paroît un petit Livre intitulé , l'Ef
prit du Commerce , volume in - 24 . dans
lequel on trouve les Fêtes des mois , le
rapport des Livres & celui des Septiers ,
ce que vaut chaque partie du Marc d'or
& d'argent ; les parties de l'Aulne , &
celles de la Toife ; les noms des Efpeces
fervant aux Ecritures dans l'Europe ; les
Paritez concernant les Changes étrangers ;
les Titres de fin , des Efpeces étrangeres ,
Fargent de France réduit en celui d'Hollande
& de Londres , & celui d'Hollande
& Londres , réduit en celui de -France ,
avec les differens prix desChanges comme
ils arrivent dans le Commerce. Plufieurs
Regles conjointes avec la maniere de les
faire , un abregé pour calculer les Fractions
. Par M. Roflin , Expert Ecrivain &
Arithméticien Juré à Patis , rue S. Martin
, près celle de Venife. Il fe vend chez
Quillan , rue Galande , 1729.
FV SEAN.
2670 MERCURE DE FRANCE :
SEANCE publique de l'Académie de
Bordeaux.
L
Cours.
E 25. Août l'Académie de Bordeaux
s'affembla dans la Chapelle du College
de Guyenne, où le R.Pere Chavaille,
Feuillant , prononça le Panegyrique de
S. Louis , fur un Plan tout different de
celui qu'il avoit fait cinq ans auparavant ,
dans la même occafion. Il prit pour Texte
ces paroles du Pleaume so . Cor mundum
crea in me Déus , & Spiritum rectum innova
; & il y trouva le caractere du
Saint Roy & la Divifion de fon Difcoeur
pur devant Dieu & devant
les hommes ; un efprit qui aime lai
verité & la juftice . Ces deux fujets fu
rent traitez avec des images très -vives ,
des expreffions animées , des pensées trèsvraies
, mais très - refpectueules. Ce Dif
cours d'une Eloquence auffi forte , tint
l'Auditeur toujours attentif & curieux.
Enfuire le R.P. Fau, Religieux de N. Dame
de la Merci , un des Membres de
l'Académie , venu depuis peu de Maroc
de Miquenez , & d'Alger , avec 46. Efclaves
qu'il a rachetez , célebra la Meffe
pendant laquelle la Mufique de l'Académie
chanta un Motet nouveau , & le Verfet
pour le Roy , à grand Choeur.
-V
L'a
NOVEMBRE. 1729 2671
L'après-midi , la Compagnie s'étant
'affemblée dans la Salle , M. Daugeard ,
Préfident à Mortier au Parlement de Bordeaux
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un Difcours fçavant ,
dans lequel il fit le rapport de toutes les
• Differtations qu'on avoit reçûës fur le
fujet du Prix qui avoit été propofé l'année
derniere , c'eft - à - dire , fur la Nature
l'action & la propagation du feu . Il
réduifit toutes les differentes opinions à
trois Systêmes , qu'il détailla le plus clairement
& fuccinctement qu'il le peut.Enfuite
, il adjugea le Prix à l'Ouvrage de
M. Crouzas , Gouverneur du Prince de
Heffe Caffel . C'eſt le même qui a remporté
un autre Prix à Bordeaux fur la
nature & la caufe du Reffort . Sa Differtation
fut lûë dans l'Affemblée . On n'en.
fçauroit en rapporter ici toutes les beautez
.
>
Enfuite , M. l'Abbé Bellet , Chanoine
de Cadillac , qui avoit donné dans d'autres
Difcours , les Loix , les Moeurs , les
Coûtumes & les Modes anciennes de
la Ville de Bordeaux , lût un Mémoire
fur l'origine de la Langue Galcone ,
qu'il fit voir être l'ancienne Romaine
qu'on a parlé dans les Gaules après les
Conquêtes des Romains. Cette Langue
F vj
fus
2672 MERCURE DE FRANCE .
fut mêlée de la Celtique & de la Latine,
Enfuite , les Francs , venus d'au- delà du
Rhin , y mêlerent beaucoup de termes
de la Langue Teutonique , en changeant
peu de chofes aux Loix Romaines , &
aux Moeurs des Gaulois Romains. L'Auteur
tire fes preuves de l'Hiftoire de Caftel
, & des Capitulaires de Pepin , Roi
d'Italie. La Langue Romaine demeura
parmi le peuple ; la Latine refta aux Eccléfiaftiques
& aux Tribunaux de Juftice
elle fut la Langue du Parlement de Bordeaux
jufqu'en l'année 1549. fous le Roi
Henry II . La Chambre Souveraine que
le Roi y établit , ordonna que le Parlement
ne parleroit plus que François.
Pour la Langue des Princes ou de la
Cour , que l'Auteur dit avoir été la Langue
Romaine , mêlée avec la Teutonique
, on commença à l'étudier & à la
polir par des Obfervations fur la Grammaire
& fur les Ufages . Mais ces Obfervations
, ajouta M. l'Abbé Bellet , ne feront-
elles pas dans la fuite , ce qui eft
déja arrivé plus d'une fois ? La Langue
Françoife a eu déja befoin d'interpretes
& de Verfions nouvelles pour nous faire
entendre les Livres compofez au com
mencement de la troifiéme Race de nos
Rois. Elle commença à fe former vers
Pan
NOVEMBRE. 1729. 267
l'an neuf cens . Elle fe perfectionne tous
les jours , tandis que la Langue Romaine
refte dans fes Loix & fes libertez .
Quoiqu'elle change un peu dans la bou
che du peuple , elle demeure dans les
anciens Titres , & fert de fondement à
nos Loix & à nos Coûtumes. Enfin , on
en trouve prefque tous les termes dans
le Dictionnaire de la baffe Latinité de,
M. Ducange.
des
Delà , M. l'Abbé Bellet paffa au génie
de la Langue , qui eft de terminer en
acus ou ac la plupart des noms
Lieux ou des Nations , au lieu qu'ils font
terminez en ife chez les Lombards , les
Esclavons , les Dalmates , les Anglo - Saxons
, & en icus chez les Latins. Les
uns difent Romanifc pour Romanus , lesautres
Germanicus ; les Gaulois Aureliacus
pour Aurelii Urbe. Ici , on refufe les
fentimens d'Oichenard dans fa Notice du
Bearn & de Galcogne , du Marin de Sicile
, de Garibaic , de Paul - Merula , de
Chories , de la Roque dans fon origine
des noms ; & on finit par plufieurs noms
de lieu terminés en ac , qui deviennent
curieux par les origines qu'ils apprenpent.
M. le Préfident Daugeard répondit à
ee Difcours avec beaucoup de politeffe,
2674 MERCURE DE FRANCE .
il dit entr'autres chofes que cette Langue
Romaine ou Gafconne étoit devenue venerable
& précieufe à ceux qui avoient
befoin des Titres originaux pour découvrir
la verité des faits , & établir des
droits anciens . It dit en finiffant , nous
attendons de vous , Monfieur , un corps
de toutes vos recherches , qui nous apprenne
tout à la fois , & nos origines &
a difference de ce que nous avons été ,
& de ce que nous fommes aujourd'hui.
f M. Sarrau , Secretaire de l'Académie ,
lût une Lettre écrite de Nantes le 19.
Août , par M. Lafon , Ingénieur du Roi ,
'Académicien- Affocié , fur une Tortue
finguliere , prife le 4. du même mois à
l'embouchure de la Loire , à l'endroit
nommé la Piene percée , près de la Croizic.
Elle a fept pieds un pouce de fongueur
, depuis le mufle jufqu'au bout de
la queue , qui a 16. pouces . Elle a trois
pieds 7 pouces de largeuf , au défaut
des grandes nageoires ; deux pieds dans
fa plus grande épaiffeur , les pieds de devant
font dépliez comme des aîles . L'écaille
a peu de confiftance & n'eft propre
à rien. Le ventre , de couleur de
chair , eft moucheté d'un brun foncé ;
quand cet Animal fe fentit pris il fit des
cris horribles , & jetta par la gueule des
fumées puantes qui incommoderent beaucoup
NOVEMBRE. 1729. 1675
couples Pêcheurs . On n'a pas pû en faire
la diffection à caufe de fa mauvaiſe
odeur. M. Lafon n'a point trouvé cette
Tortue dans Rondelet. Il ne croit
pas
qu'elle habite auffi fur les Côtes de l'Europe
, ni de l'Amérique . Il foupçonne
qu'elle a fuivi depuis les Indes Orientales
quelques Vaiffeaux qui ne font que d'ar
river . Mais M. Daugeard faifant des ré
fléxions fur cette Tortuë , dit qu'on en
trouve fur les Côtes du Brefil de femblables
, & qu'on les appelle Lajura ; &
que celle -ci pourroit bien venir de ces
Mers , aufli bien que des Indes Orien
tales .
Le fieur Lagache d'Amiens , a trouvé
la maniere d'appliquer une rouë d'aîle
de moulin à eau en l'air , d'une nouvelle
invention , à l'arbre de la poulie
qui fait monter l'eau par le chapelet des
fabots , qu'on a annoncée au Mercure de
May 1727. page 969. Čes aîles recevront
l'eau au-deffus de la poulie , fortant
des fabots , & feront tourner continuellement
la poulie , au lieu de la ma
nivelle , en y donnant le premier mouve
ment.
Suppofé que chaque fabot contienne
in quarteau , c'eft 150. livres pefant
d'eau , la poulie fera ſortir l'eau de cinq
faborg
1676 MERCURE DE FRANCE.
faire fabots dans fon tour , & elle poura
15. à 20. tours chaque minute.
Chaque tour de poulie donnera 1 muid
20. tours en une minute. • • 25. muids.
Par heure
de 60. minutes
, c'est 1500. Par jour de 24 heures
,c'eft 36000
muids. Suppofez
dix tours
feulement
chaque
minute
ils donneront
18000.
muids
d'eau
; cela dépendra
de la profondeur de l'endroit
où les fabots
puiferont
l'eau , moins
il y aura de profondeur
, plus les
aîles
du Moulin
tourneront
vite.
On a mis dans plufieurs Journaux que
fon pouvoit trouver la Quadrature du
Cercle , on trouveroit aifément les Longitudes
fur Mer , ce qui a occupé bien
des Sçavans. Le fieur Lagache a fait cette
Découverte , dit - il , par régle de Géometrie
; elle fut annoncée au Mercure de
France le mois de Mars dernier , p . 547
Il ne conçoit pas comment on peut fe
fervir de la Quadrature , à la découverte
des Longitudes . I prie très humblement
les Sçavans de le lui faire connoitre .
Il a fait depuis un Inftrument de Mathématique
, marqué des mefures neceffaires
, avec lequel il trouve dans l'inftant
la Quadrature de tous Cercles , & - par
fractions. Il a reconnu qu'avec cet Inftrument
, on fait le Jeaugeage de tou : es
fortes de Tonneaux , & de toutes fortes
de
NOVEMBRE . 1729. 2677
de Cubes dans la derniere perfection.
Le feur Giraudein ,
Apotiquaire ordinaire
du Roi , établi à Paris, ruë S. Louis,
au Marais , compofe & débite avec un
grand fuccès une liqueur qu'il appelle
Efprit Aromatique , Balzamique & “Anti-
Scorbutique. On n'entrera point ici dans
la longue
énumeration de fes vertus , on
dira feulement d'après le mémoire de
l'Auteur , que ce Remede eft bon pour
l'apoplexie , les maux d'eſtomach & indigeftions
; pour toutes fortes de playes ,
bleffures, coups de feu, & pour la brulure;
pour les hémoroides , & les fiftules. Il
purifie le fang , provoque les menftruës ,
& eft excellent pour le fcorbut , les paf
fions
hyfteriques , les vapeurs , & c .
Dans un Certificat qu'on nous a com
muniqué , M. de Pas , Medecin du Roi
à S. Domingue , donne de grands éloges
à cette Liqueur. J'ai reconnu,dit- il , qu'elle
fortifie & rétablit à merveille , les fibres
de l'eftomach , lorfqu'elles fe trouvent relâchées.
Ce que j'ai reconnu fur plufieurs
perfonnes attaquées de lienterie , à quij'en
ai fait prendre une cuillerée dans deux
cuillerées de vin de Tinto . Il reconnoît de
plus que cette Liqueur eft bonne pour
les
vomiffemens , les pertes de fang , pour
les ulceres , après les avoir bien détergez ,
pour
2678 MERCURE DE FRANCE.
pour les hémoroïdes , & enfin pour le
Scorbut.
- Voici l'Extrait d'une Lettre du même
M. de Pas , écrite à un de ſes Amis , le
15. Avril 1728.
Je viens de faire une grande Cure avec
felprit Aromatique , Balfamique & Anti-fcorbutique
du fieur Giraudein que vous m'avez
envoyé. J'ai guéri une Négreffe qui eft accouchée
à terme par le fondement , qui a été dechiré
à la fortie de l'enfant , & le Vagina tout
à la fois cela ne faifoit qu'une ouverture. Avec
Je fecours de l'efprit Aromatique & Balfamique
, mêlé dans une coction dererfive , en
Ja bafinant & y mettant des compreffes trois
ou quatre fois par jour , je l'ai guérie , elle
vit & fe porte bien , à cela près , qu'elle rend
fes excrémens & fes urines par le même conduit
cette guérifon s'eft faite en moins de
eux mois.
Le fieur de Caudole , Auteur d'un Remede
appellé l'Arcane de vie incorruptible , qui a
de grandes vertus , étant mort au mois d'Août
dernier, quelques perfonnes ont prétendu avoir
fon fecret , & ont fait annoncer la diftribution
de ce Remede chez eux . Cependant le fieur
de Caudole a fait une déclaration de fon fecret
en préfence d'un Medecin de la Faculté de Pàris
, & d'autres perfonnes dignes de foy , qui
T'ont fignée avec lui , par laquelle il reconnoît
, qu'attendu fes infirmitez , il a eu recours
au fieur Garnier & à la Dame Guichard pour
la manipulation de fon Arcane , & que c'eft
cux feuls qu'il en a donné la compofition
*
écrite
NOVEMBRE. 1729. 2679
éerite de fa main , pour s'en fervir après fa
mort , & c. Cette déclaration a été déposée
chez M. Jourdain , Notaire , le 11. Octobre
1729. ainfi qu'il paroît par l'Acte du même
jour.
Le veritable fuc de Reglife & de Guimauve
blanc , fi eftimé pour toutes les maladies du
poulmon , inflammations , enroüemens , toux ,
thumes , pituite , afthme , poulmonie , conti
nue à fe débiter depuis plus de 30. ans , de
Faveu & approbation de M. le Premier Medecin
du Roi , chez la Demoiſelle des Moulins
par un nouveau Brevet obtenu des Commiffai
res affemblez le 22 Octobre 1729. On peut
s'en fervir en tout tems , le tranſporter par
& le garder fi long- tems que l'on veur ,
fans jamais le gâter ni rien perdre de fa quas
lité. La Demoiselle des Moulins demeure ruš
Guenegaud , Faubourg S. Germain , du côté
de la rue Mazarine , chez le Boulanger, 428
premier Appartement.
tout ,
On mande de Montpellier que la veuve de
Catalany compoſe un Opiat très propre pour
conferver les dents , & les empêcher de fe
gâter elle débite auffi de petites éponges préparées
pour le même ufage , avec une eau de
fa compofition , qui fortifie les gencives , dong
plufieurs perfonnes ſe ſont déja fervies avee
fuccès.
Le fieur Cotrance , Maître Chirurgien de la
Ville de Tournan en Brie , ci - devant employe
fur les Etats de la Cour pour le fervice des
Hôpitaux des Armées fur le Rhône , après
40. ans de recherche , a trouvé le fecret de
com;
2686 MERCURE DE FRANCE.
compofer une Eau , nullement corrofive , la
quelle fixe & arrête toute gangrêne , bubons ,
& charbons peftilentiels , fans rien faire prendre
interieurement. Cette Eau guérit auffi en peu
de tems les ulceres inveterez & prétendus
incurables ; il offre d'arrêter la gangrene aux
pauvres , gratis.
On aura de fes nouvelles chez fon Epouse ,
Maitreffe Sage- Femme , rue Comteffe d'Artois ,
près S. Euftache , au grand Vainqueur , à Paris.
Le Public eft averti qu'on vendra & qu'on
commencera à recevoir les encheres au commencement
du mois prochain , d'un Tableau
Original de Porbus , de 13. pieds de large fur
11. de haut , fans la bordure , reprefentant la
Scêne de Notre Seigneur. Les Curieux pourront
l'aller voir dans l'Eglife de S. Leu &
S. Gilles , rue S. Denys,
COUPLETS A DANSER.
UN Dauphin , morgué , viant de naître ;
Rions , danfons par tout dans ces Hamiaux ;
Faifons des Feux , chantons des Airs nos
viaux ,
Défonceons nos Togniaux ,
Bûvons à notre Maître.
Hault le Pannier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot.
Il eft biau , dit- on , comme un Ange
C'eft
Chanson . 1729
Vn Dan's par tout.
dans des airs nou..
Maîtras
NOVEMBRE. 1729. 268
C'est tout fon Pere , allons tretous le voir ,
Chemin faifant , danfons jufques au foir,
Laifle ton Devidoir ;
Prends mon bras en échange ;
Hault le Panier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot,
Nos Côteaux pardent leur vardure :
Mais à danfer je boutrons nos plaifirs.
Pendant ft'Hivar , contentons nos defirs
Accoute mes foupirs :
Morgué , le tems me dure ;
Hault le Panier , Margot ,
Pour danfer avec Piarot.
Qu'à nos voeux le Ciel foit propice ,
Qu'il nous confarve un don fi précieux §
Parques , filez pour lui des jours heureuxa
Et Faites jufqu'aux Cieux
Qne fon nom retentiffe ;
Danfons tretous fans fin ;
2
Danfons , allons Margot , allons Catin;
Et chantons notre Dauphin.
Ces Paroles , auffi-bien què la Musique
font de M. Morel,
RON
2632 MERCURE DE FRANCE .
RONDEAU fur un Départ,
Uoi vous partez , cher objet que j'a
dore !
Ah ! differez encore.
Helas que vais - je devenir !
Une cruelle abſence
Va , de votre aimable préfence
Ne me laiffer que le feul fouvenirs
'Quoi ? &c.
L'efpoir de revoir vos beaux yeux
Eft tout ce qui reste à mon ame ,
Sans cet efpoir , ma tendre flamme
Me rendroit en ces lieux 1
Des Mortels le plus malheureux .. Quoi
!!! vous partez , cher objet que j'adore !
"Ah ! differez encore.
XXXX
SPECTACLES.
E3 . de ce mois , les Comédiens François
LemirentauThéatre une méritecomadic
feu M. Renard , en Profe , intitulée le Retour
imprévu , qui n'avoit pas été joüée depuis près
de 30. ans, & que le Public revoit avec plaifir
Le lendemain , on reprefenta le Jaloux dé-
Sabusé
NOVEMBRE. 1729. 2682
"
fabufé , Comédie de feu M. de Capiftron , on
la Dle Baron des Broffes joüa le Rôle de
Celie , avec la décence , les graces & l'intelligence
qui l'ont fait applaudir toutes les fois
qu'elle a paru. Le Public la vit & l'entendit
encore avec plaifir dans la petite Comédie du
Sicilien, où elle chanta.
Le Mardi 8. les mêmes Comédiens reprefenterent
à la Cour la Tragédie de Pyrrhus.
4 Le 10 ils y reprefenterent la Comédie de
Tartuffe , dans laquelle la De Baron joüa le
Rôle d'Elmire avec autant de fuccès qu'elle
F'avoit joué à Paris Elle remplit auffi trèsbien
dans la petite Piéce du Galand Jardinier
le Rôle de la Joüeufe de Gobelets , dans le
quel elle chanta très-biens enforte que fa
voix , fon jeu & fa figure , ont fi generalement
plû à la Cour, qu'elle fut reçue le même jour
par ordre de la Reine , pour la premiere demie
part vacante,
Le 14. ils y reprefentetent la Comédie de
Importantde Cour , de l'Abbé Brueys , qu'ils
ont remife au Théatre,
Le 17. la Tragédie de Cinna , dans laquelle
le fieur Sarrazin , qui depuis qu'il eft reçû
n'avoit pas paru à la Cour , joua le Rôle d'Au
gufte , & le fieur Banniere celui de Cinna.
Le 22. le Médifant , Comédie en Vers , & en
cinq Actes.
Le 24. la Tragédie de Rhadamiste & Zenobie,
de M. Crebillon.
Le Samedi 19. les mêmes Comédiens remi
rent au Théatre la Tragédie d'Andronic , dans
laquelle le fieur Duval , Neveu de la Dlle Dangeville
, âgé de 18. ans , qui n'avoit jamais
paru fur ce Theatre , joua le principal Rôle
avec beaucoup d'intelligence , & fut extrêmement
#684 MERCURE DE FRANCE
ment applaudi. Il eft fort bien fait , & il a la
voix belle. Dans une feconde Reprefentation
du même Rôle , il a encore été plus applaudi
par une très-nombreuſe Affemblée ,
Il reprefenta le 27. le Rôle d'Oreste , dans
la Tragédie d'Electre , & il y fut très - applau
di. Le fieur Sarrazin joüa dans la même Piéce
le Rôle de Palamede avec beaucoup de fuccès.
Nous avons déja obfervé avec quelle perfection
la De Lecouvreur joue le principal
Rôle dans cette Piéce.
On doit donner au premier jour une
Comédie nouvelle , en Vers & en cinq Actes ,
fous le titre des Philofophes Amoureux. Elle
eft de l'Auteur du Philofophe Marié , qui
à eu un fi grand fuccès . Nous en parlerons
plus amplement,
Le 11. de ce mois , Fête de S. Martin , il y
eut à l'Opera le Bal public qu'on donne tous
les ans à pareil jour , & qu'on continue pendant
differens jours jufqu'aux Avents ; on les
reprend ordinairement à la Fête des Rois.
Le Mardi 15. de ce mois , la Reine vint
Paris , & honora de fa préfence l'Opera de
Roland. S. M. étoit placée dans la premiere
Loge à droite , accompagnée de Mademoifelle
de Clermont & de Mademoiſelle de la
Rochefurion. Toutes les Loges du même
Côté étoient occupées par les Dames de la
Cour de la Reine , & par les principaux Officiers
de fa Maifon. Cet Opera fut repreſenté
dans fa plus grande perfection. La Reine en
parut très-fatisfaite.
On répete l'Opera de Thefée , qui fera doné
inceffamment,
EXNOVEMBRE.
1729 2689
:
EXTRAIT de la Parodie d'Hefione , reprefentée
par les Comédiens Italiens le
22. Oftobre, & reçûë très - favorablement
du Public . Par les Srs Dominique
& Romagnesi.
ACTEURS.
Telamon ,
le fieur Romagnesi.
Cléon , Arlequin , ou le fieur Dominique.
Anchife , le fieurTheneveau.
Laomedon le fieur Paghetti.
Venus ,
# la Dlle Sylvia.
L'Amour ,
Hefione ,
Neptune ,
L'Oracle ,
le Fils du fieur Thomaffin.
la Dile Thomaffin
Arlequin.
le fieur Romagneft.
属
Danfeurs , Danfeufes ; les Ombres , les
Graces, les Vents , & c.
Le Théatre reprefente un Temple.
Telamon , fuivi de Cléon , fon Confident ,
qui ordonne de fe difpofer à partir avec lui
pour n'être pas le témoin de l'Hymen de la
Princeffe avec Anchife , fon Rival . Telamon
dans toute la Piéce , foutient le caractere dum
innocent ; Cléon s'étonne fort qu'après les fervicesque
Telamon a rendus au Roi de Troye ,
il en agiffe fi mal avec lui , & lai confeille de
reprendre le chemin de la Gloire. Après cette
expofition , la fymphonie joue l'Air de Magdelon
Friquet , qui annonce l'arrivée de Vemus.
Telamon chante le Couplet fuivant fur
G l'Air :
2686 MERCURE DE FRANCE.
PAir : Nous fervons pour vous fatisfaire
Telamon .
A quoi ben cette Ritournelle ?
Cléon .
Il ne faut pas la mépriſer ;
Elle annonce quelque Immortelle
Qui vient ici s'humaniſer.
Venus vient offrir fon fecours à Telamon ,
pour vaincre l'inhumaine qui le meprife , &
lui promet de s'en faire aimer : Tu vas voir
continue Venus , & chante fur l'Air : Quand
le péril.
Les Dieux me feront neceffaires ,
Zephirs , allez les appeller.
Telamon .
Les Dieux voudront - ils fe mêler
De femblables affaires ?
Telamon refte avec Cléon , qui foupçonne
que Venus eft amoureufe d'Anchife. Cet animal-
là a bien du bonheur , ajoûte Telamon
tout le monde l'aime ; & voyant arriver Hefione
avec le Roi , il veut le cacher. Cléon
chante ce Couplet fur l'Air : Tu croyois en
aimant , Colette.
Quoi ! de peur de troubler la Fête ,
Ceder la place au Favorij
On
NOVEMBRE. 1729. 2987
On ne peut rien de plus honnête ,
Vous faites déja le Mari.
Le Roy Hefione , & Anchife entrent dans
le Temple au fon de la Symphonie, le Roy
chante fur l'Air : Ton himeur eft , Catherene,
Nous pouvons fauter & rire .
Et chanter comme des fous ,
•Le Dieu de l'humide Empire
N'eft plus faché contre nous ;
J'avois manqué de parole
A cet habile Ouvrier ;
Mais avec quelque piſtole , 】
On lui fait tout oublier.
Anchife témoigne à la princeffe fa joye fur
l'Hymen qui va les unir. A quoi Hefione répond:
Le peuple s'avance dans ces lieux : C'est
répondre on ne peut pas mieux , répond Anchife.
Auffi-tôt le Peuple & les Sacrificateurs
entrent au fon de la Symphonie. Après la Fête
, le Théatre s'obfcurcit , le Tonnere gronde
, & c. ce qui les oblige tous à chanter le
Couplet fuivant,fur l'Air : Sij'avois un Amant
qui m'aimát confiamment.
Ah ! quel bruit , quel fracas !
Quelfracas, ah ! ha ! ah !
Quels tremblemens affreux !
Quel déluge defeux !
Les Dieux apparemment n'aiment pas la Mufique
, ajoûte Laomedon ; il ordonne de prê
Gij
ter
4688 MERGURE DE FRANCE,
cer filence à l'Oracle qui va parler.
L'Oracle.
Le Seigneur Anchiſe
Ira , s'il lui plaît ,
Seul au Mont Ida fans remife ,
Du Ciel entendre l'Arreft.
A quoi bon faire ce voyage , dit Anchiſe ,
Oracle n'a qu'à s'expliquer ici , & chante fur
Air : Le Marquis de la Lande.
Anchife .
Irai-jefans efcorte ,
Ecouter ces Chanſons !
Le Roy.
Pour agir de la forté ,
L'Oracle a fes raiſons,
Anchife .
Quel eft doncfon intention ?
Le Roy.
De changer en cette occafion
De décoration.
Ils fe retirent tous , le Théatre change , &
reprefente un Défert affreux .
Anchife dit qu'un feul coup de fifflet l'a faic
arriver dans ce Défert : Hé bien ! que me veuton
, ajoûte - t- il ... Mais que vois je... le vi-
Jain coup d'oeil , il chante fur Air: Paffant
fur le Pont-Neuf,
ForNOVEMBRE.
1729.2685
Torrens impetueux ,
Rochers Précipices ,
7
Pour un Amant peureux s
Trop funeftes aufpices.
Loin de ma Belle ,
Ma crainte ici fe renouvelle ;
Ne mepréparez point la mort la plus cruelle ,
Le Théatre change auffi- tôt , & reprefente
un féjour agréable. Venus y paroît avec fa
fuite. Elle chante fur l'Air : Je fuis la fimple
Violette.
D'une paffacaille ennuyante ,
Je veux bien t'épargner les fons &
Carje fuis trop impatiente ,
Pour t'amuserpar des chansons.
Venus n'afpire dans ce jour ,
Qu'au bonheur de te plaire ;
Jefuis la mere de l'Amour ,
Je dois fçavoir le faire.
Anchife lui répond refpectueufement far
F'Air : Bon , bon , Monfieur , pourquoi non.
Mon fort feroit trop glorieux ,
Madame , il n'eft permis qu'aux Dieux ,
Defoupirer pour vos beaux yeux
Et le refpect m'engage.
Venus.
En veldifcours m'eft ſuſpect ,
G iij Voyezs
"
4690 MERCURE DE FRANCE :
Voyez qu'il eft circonſpect ,
Eft- ce à mon afpect .
Qu'il faut du reſpect ?
Ah! le plaifant vifage !
Anchife continue de la refufer poliment
Venus chante encore ce Couplet.
Hé quoi ! ton ame à mes appas ,
Peut-elle être infenfible ?
Ah ! mon mignon , tu m'aimeras.
Anchife.
Non , il m'eft impoffible.
Veaus.
Allons , cher coeur ,
Point de rigueur ;
Il faut bien qu'er fe rende.
Anchife.
Fy donc Venus ; "
N'y pensez plus :
Eft- ce que ça fe demande.
Enfin Anchife la quitte ; Venus refte feule ,
& ordonne à l'Amour d'aller trouver le Deftin
de fa part , pour fçavoir quel espoir lui
eft promis : Il me fuit , continue- t - elle , mes
sharmes ne peuvent l'arrêter , & chante fur
l'Air : On n'entend plus le bruit des Armes.
J'ai fçû ſoumettre à ma puiſſance
La
NOVEMBRE . 1719. 2691
Le Ciel , la Terre , & cætera ,
Les Dieux ont été fans deffenfe,
Et ce Mortel m'échapera !
Mais il me traite , quand j'y pense ,
En Déeffe de l'Opera.
Non , dit-elle , que ce foit fur ma Rivale
que tombe toute ma fureur ; rendons fon coeur
jaloux, & faifons - lui croire qu'Anchife eft
amoureux de moi , qu'il la mépriſe.
Hefione , qui a déja reffenti le poifon de la
jaloufie , témoigne le defefpoir que lui caufe
l'infidelité d'Anchife qui la quitte pour Venus..
Telamon furvient , il apprend à Hefione que
Venus a rendu ſon Amant ſenſible , & lui fait
quelques reproches ; mais Hefione ne l'écoute
pas , & parodie fur l'Air : Il eft certains petits
momens. L' Air de l'Opera : Ah ! que mon coeur,
va payer cherement.
Que je vais payer chèrement ,
Les douceurs , les tendres hommages !
Queje vais payer cherement ,
Les tranfports d'un infidele Amant !
Dans ces Bocages ,
2
Sous ces ombrages
Sous ces feuillages ,
Sur ce gazon ,
Le petit fripon ,
Me juroit une paffion ,
Dont ils rendront de bons témoignages.
Queje vais , Úc.
G iiij Telamon
2692 MERCURE CURE DE FRANCE .
Telamon répond à Hefione , fur l'Air : Ee
foli Jeu d'Amour.
Malgré tous vos mépris ,
Venez dans mon Pays >
Daignez y recevoir un azile ;
Ty connois vos feux ,
Pour un Rival trop heureux ,
Mais je ne fuis pas difficile.
Malgré , &c .
Hefione ne fait point d'attention à tout ce
e dit Telamon , & elle le quitte brufquement
; Telamon refte , & dit que malgré les
Zéphirs & les Dieux ,il n'en eft pas plus avancé
dans fes affaires. Venus qui furvient , dit
enfin à Telamon qu'elle lui eft toujours favorable
, & que par le fecours de Proferpine ,
elle va le rendre aimable & charmant ; elle
appelle les Ombres heureuses , qui forment
ane danfe ; enfuite Venus implore le fecours
de Proferpine. Une Toilette fort de deffous
le Theatre , Venus & fa fuite , au fon de la
Symphonie , mettent du rouge , de la poudre
& des mouches à Telamon pour l'embellir ;
après qu'on a danfé l'Air , Aimable Vainqueurs
Venus adreffe les paroles fuivantes à l'Amour ,
fur le même Air :
Aimable Enchanteur ,
Ennemi flateur ,
Amour, dont les flammes ,
Brulent nos ames
D'un feu féducteur;
A mes malices a
1
Joins
NOVEMBRE. 1719. 2693
"
Joins tes artifices ,
Hâte men bonheur.
Tu peux par tes coups ,
Rendre un coeur volage ,
Faire un fou d'unfage
Un fot d'un Epoux.
Le Maltotier ,
Le Clerc, le Greffier ,
Ou dans l'opulence ,
On dans l'indigence ,
Gens de tout métier ,
De toute humeur ,
Tout fuit ta puiſſance ,
Jufqu'au Procureur.
2
de
va , lui dit Venus , tu ne peux manquer
plaire à ta Maitreffe ; mais fi tu veux que le
charme produife un heureux effet , fuis promp
tement , évite la rencontre de ton Rival ; car
s'il fe montre , l'enchantement fera inutile .
Telamon fe retire . Le Théatre change & réprefente
un Port de Mer. Anchife arrive &
dit qu'il vient de voir fon Rival aux genoux
d'Hefione ; il témoigne fa jaloufie & fon
reffentiment ; il traite fa Maîtreffe d'infidelle ,
& c. Hefione paroît ; Anchife lui demande ce
qu'elle cherche à quoi Hefione répond fur
Air : du Roi de Cocagne.
1 J'y venois chercher un coeur fidele ,
Mais , belas où le trouver !
Gv Anchife
2694
MERCURE
DE FRANCE
.
Anchife
.
Ce ne fera pas chez vous , la belle ,
Vous venez de le prouver ;
Mais , entre nous™, la perte n'eft pas grande,
Et lon lan la ,
De vos appas ,
Dois- je faire cas ,
Lorfque
Venus me marchande
?
Ah ! tu fais l'homme
à bonnes fortunes , rs- pond Hefione , porte tes voeux à Venus , j'y confens.... Ah ! que dites- vous , ajoûte An- chife , Venus eût- elle encore plus de charmes , je ne vous quitterois
pas pour elle ; mais je fuis bien fou de me juftifier , après que j'ai vû Te- lamon fi près de vous je vous ai vû lui tendre la même main que je viens de vous baifer. Hefione répond fur l'Air : Qui veut ourChan-
Jennette .
Helas !fi j'ay fait la chofe ,
Je ne fçai comment ',
Mais Venus en eft la cauſe ,
Par enchantement
;
Si ma main à fait l'offense ,
Ce fut fans nul defir ,
Car mon coeur en récompenſe
,
N'y prit point plaifir.
Après un tendre Due , Venus arrive , qui outrée de jaloufie , fait éclater fon reffentiment;
Hefione
& Telamon
fuyent : elle refte
feule. Appellons
Neptune
, dit- elle , c'est moi
qui
NOVEMBRE. 1729. 2695
qui fuis cause qu'il s'eft appaisé en faveur
des Troyens ; qu'il reprenne fa fureur , il
aura pas de peine , car il eft toûjours prêt
à mal faire.
n'a
Neptune fort de la Mer , & pour feconder
la fureur de Venus , appelle les Vents,
aufquels elle ordonne de renverser les fondemens
de la Ville. Il fait fortir un Monftre
de la Mer , en difant à Venus que Telamon
en fera le vainqueur , & que pour prix de fa
victoire il époufera Hefione ; Neptune rentre
dans la Mer , & Venus fe retire.
Anchife arrive à la 19e Scene , avec un
tronçon d'épée à la main , & dir que le Monftre
eft des plus coriaces ; qu'il lui a caffé la
meilleure lame du monde fur le corps , & qu'il
ne lui a pas fait l'honneur de lui donner un
coup de griffe ; & s'adreffant à Venus qui paroît
: Ah ! cruelle , lui dit- il , vous deviez bien
le prier de me tuer ; au contraire , lui répondit
Venus , je l'ai empêché de te faire aucun mal;
zon Rival fervira mieux ma colere , que le
Monftre , puifqu'il doit le vaincre & enfuite
époufer la Princeffe.
Le Roi arrive & apprend à Anchife que
Telamon eft enfin l'Epoux d'Hefione. Ilfalloit
bien , dit Venus , que quelque chofe me réiffit .
Anchiſe entre en fureur & chante les paroles
fuivantes , fur l'Air : Laiſſons - là les façons.
Que veis -je , quel pouvoir dans les Enfers ,
M'entraîne , & quelle main vient me charger
de
fers
Laomedon.
Lab ! qu'il eft bon!
€ vj Anchife.
2696 MERCURE DE FRANCE .
Anchiſe.
Quel Monftre !
Laomedon.
Où donc ?
Anchife.
Le jour s'enfuit ,
Et dans la nuit ,
Je vais entrevoir ce qui fuit.
Tremble cruel , tremble pour tes Remparts ;
Je vois de toutes parts ,
Voltiger tes Etendarts .
Que d'ennemis furieux !
Je vois avec eux des Dieux ,
Qui ne valent guere mieux ;
Quel vilain cheval de bois ,
Va reduire ta Ville aux abois ;
Tous fes Palais brulent d'un feu gregeois i
Tous tes Bourgeois ,
Sont égorgezi
Les Dieux & moi , nous sommes tous vengeż:
Il fe jette fur un lit de gazon ; Laomedon
eft effrayé de ce qu'il vient d'entendre . Venus
lui dit de la laiffer feule avec Anchife , pour
pouvoir lui donner du fecours ; le Roi fe retire
& Mercure vient annoncer à Venus que
l'Amour a flechi le Deftin , & qu'Anchife va
l'aimer.Venus réveille Anchife & finit la Piece
par ce dernier Couplèt , fur l'Air : Margot
fur la brune. Venus
NOVEMBRE. 1729. 2697)
Venus.
Enfin , bel Anchiſe ,
Votre foi m'eft promife s
Le fort autorife ,
Ce beau commerce-là
Anchiſe .
Le fort , Madame ,
Veut que mon ame ,
Pour vous s'enflamme :
D'où vient cela ?
Venus.
C'est un dénonment d'Opera
Le 12. Novembre , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Réprefentation d'une
Comedie Heroique , en Vers , en trois Actes,
intitulée , les feux Olympiques , ou le Prince
Malade. Elle fur très -favorablement reçûë du
Public ; on la croit ce M. de la Grange , connu
par beaucoup d'autres Ouvrages de Theatre.
Peu de gens ignorent l'Hiftoire qui a fourni
le fujet à cette Piece. L'Auteur la mife fous
d'autres noms , pour y pouvoir introduire les
Jeux Olympiques qui font le principal divertiffement
de la Piece. En voici un Extrait
fuccinct .
Argenie , Princeffe d'Argos , ouvre la Scene
avec fa Suivante Dorine ; elle témoigne que
la foule dont elle eft environnée , tant de ceug
qui viennent difputer le Prix des Jeux Olym
piques , que des Courtifans que fa prochaine
grandem
2698 MERCURE DE FRANCE .
grandeur attache à fa fuite , l'importune également.
Dorine croit pénetrer la caufe fecrette
de fa mélancolie , & lui fait entendre qu'elle
aimeroit bien mieux être deftinée à Chorebe ,
Prince d'Elide , qu'au Roi fon Pere. Philoclée ,
Reine de Crete , vient faire une feconde expofition
; elle eft accordée à Chorebe , mais
elle eft dans une parfaite indifference fur le
choix d'un Epoux ; elle ne cherche qu'un vengeur
qui la remette fur le Trône de fon Pere .
dont fes propres Sujets l'ont précipitée. Almire
, importante , ou plutôt Folle de Cour ,
acheve de remplir ce premier Acte , par un
caractere tout- à- fait fingulier , qui lui fait
ériger des riens en découvertes de conféquence.
Elle croit que la maladie de Chorebe , dont
toute la Cour eft allarmée , n'eft autre choſe
qu'un violent amour que ce Prince a pour
elle. Arlequin vient annoncer que cette maladie
augmente à chaque inftant , Almire fou
tient toujours fon opinion ; elle parle d'une
Chanfon qu'elle vient d'entendre , & qu'elle
attribue au Prince. Une voix derriere le Théatre
, qu'on reconnoît pour être celle du Prinee
, chante ces paroles :
Ma langueur s'accroit chaque jour ,
Et pour cacher mon mal je me fais violence i
Mais , fi je ne rompts le filence ,
Vous ne sçauriez connoître mon amour &
Chacun ignore le mystere ,
Des feux dont je me fens brûler ;
L'Amour veut me faire parler :
Mais le respect plus fort , me contraint à me
SAITE.
Arlequin
NOVEMBRE . 1729 2699
Arlequin rit du projet d'Iphite , c'eſt le nom
du Roi d'Elide , à qui Argenie eft promife ;
il fait entendre que ce Prince , craignant de
perdre un fils tendrement aimé,appelle enElide
un fameux Magicien , qui fe vente de poffeder
la Medecine univerfelle. Iphite , penetré
de la maladie de fon fils , promet à Arlequin
qui eft toûjours auprès de ce jeune Prince ,
de lui faire une fortune brillante , s'il peut
pénetrer la caufe de la maladie de Chorebe.
Arlequin n'exige de lui que la poffeffion de
Dorine , Suivante d'Argenie. Le Roi la lui
promet avec ferment. Dorine & lui s'uniffent
pour découvrir ce myftere , qu'ils attribuent
à l'Amour.
Artemidore , Magicien , dont on vient de
parler , donne un plat de fon métier , qui ne
fert que d'Intermede. Le Théatre change &
reprefente le Cabinet de Chorebe.
Chorebe , commence le fecond A&e par une
deffenfe qu'il fait , de laiffer entrer perfonne
pendant fon fommeil . Arlequin qui s'y eft
gliffé furtivement ou à titre de Domeftique
privilegié , entend les plaintes du Prince Chorebe
, qui furpris de l'y voir , fe met en colere
contre lui ; Arlequin fe jette à fes pieds &
lui protefte qu'il ignoroit fes ordres , & que
d'ailleurs une malheureufe paffion dont il eft
tourmenté , ne lui permet pas de fçavoir ce
qu'il fait. Le Prince lui demande quelle eft
Cette Paffion ; c'eft un amour fans efperance
lui répond Arlequin ; il lui confeffe qu'il aime
Argenie. Chorebe au nom de fa Princeffe
s'emporte contre un aveu fi témeraire . Arle
quin tremblant veut fe retirer. Le Prince le
rappelle & lui ordonne de lui raconter la naif
fance & les progrès d'une paffion fi violentes
Arlequin
2700 MERCURE DE FRANCE .
Arlequin lui dit qu'il a pris ce malheureux
amour dans le voyage qu'il fit avec lui , quand
il alla demander cette Princeffe pour fon Pere.
Ce récit qui eft très- vif, excite de tendres
mouvemens dans le coeur de Chorebe ; Arles
quin ne manque pas d'en profiter ; il change fa
fimple préfomption en conviction . Almire vient
fans être annoncée . Elle fait entendre à Chorebe
qu'elle fçait la caufe de fa maladie &
lui en propofe le remede par ces Vers qu'elle
chante :
Des maux qui vous coûtent le jour ,
Je partage la violence s
Vous n'avez pas besoin de rompre le filence ,
Pour m'informer de votre amour ;
Mais qui peut perfifter dans un fi long myftere s
D'unfeu bien violent ne fe fent pas bruler :
Par tout où l'Amour veut parler ,
C'est à la raison de fe taire.
Elle s'explique plus clairement au Prince ,
& lui propofe de fuir avec elle. Chorebe l'écoute
en folle ; elle fe retire. Arlequin continuant
fon ftratagême , vient dire au Prince ,
que tout le monde s'empreffe à le voir, & qu'il
n'y a pas jufqu'à Dorine , à qui on vient de
refufer la porte de fon appartement , qui ne
veuille fignaler fon zele. Au nom de Dorine ,
Confidente d'Argenie , Choiebe tout tranfporté
, ordonne qu'on la rappelle. Dorine vient ;
le Prince lui témoigne des démonftrations d'amitié
fi paffionnées , qu'Arlequ'in en conçoit
de la jaloufie , & craint d'avoir pris le change.
La Reine d'Argos furvient & lui déclare que
c'est par rapport à fon Hymen avec elle
qu'il
NOVEMBRE 1729. 2707
qu'il eft réduit dans un fi trifte état , elle vient
le dégager de fa foi , & qu'elle ne lui demande
que le fecours de fon bras pour la faire remonter
fur le Trône de fes Peres ; Chorebe
lui promet de la venger des mutins , dès qu'il
fera en état de la fecourir. Enfin Argenie vients
le Prince à fon afpect ne peut plus le contenir
l'aveu de fon amour lui échappe , Argenie lus
en fait un crime. Cette Scene eft très- intereffante
, l'amour fe déclare de part & d'autre ,
mais fubordonné au devoir.
Le Théatre reprefente au troifiéme Acte ,
le Cirque deftiné aux Jeux Olympiques . On
ouvre la Scene par une Entrée d'Athletes qui
fe fignalent dans le Jeu de la Lutte. Iphicle
continue à montrer fa douleur mortelle pour
la maladie de fon fils. Il demande à Arlequin.
s'il n'a rien découvert. Arlequin lui répond
qu'il n'en fait que trop pour fon malheur ,
& que le mal de fon fils eft abfolument fans
remede. Le Roi frappé de douleur lui demande
quel eft ce mal incurable ; c'ett l'Amour , lui
répond Arlequin. Il ajoûte que cet amour eft
indigne du Prince fon fils , & qu'il aime en
lieu fi bas qu'il n'ofe le lui dire. Iphicle lui
dit qu'il confentira à tout pourvû que fon
cher Chorebe vive. Arlequin lui déclare que
fon fils eft amoureux de Dorine : He bien , lui
dit le Roi , je confens qu'il l'époufe . Mais je
m'y oppofé , répond Arlequin ; j'aime Dorine
; elle eft à moi , & j'en ai pour garant
le ferment que vous m'en avez fait . Je puis
dégager ma parole , pourfuit le Roi , en te
faifant plus de bien que je ne t'en ai promis .
Arlequin lui répond que Dorine eft pour lui le
plus grand des biens, & qu'il la préfere à une
Couronnemettez- vous en ma place ajoûte- t'ils
་
YOUS
2702 MERCURE DE FRANCE .
vous aimez la Princeffe ; fi c'étoit d'elle que
votre fils fût amoureux , voudriez - vous la lui
ceder ; je ne balancerois pas , répond le Roi.
Arlequin le prend par là , & lui déclare que
fon fils aime Argenie, & que c'eft le defefpoir
qui le fait mourir. On vient annoncer au Roi
Elide le vainqueur des Jeux Olympiques. Il
ordonne qu'on le faffe entrer ; c'eft fon fils
même qui fe prefente à fes yeux après avoir
remporté le Prix . Iphicle lui cede la Princeffe
. La Comédie finit par un Divertiſſement
qui a du rapport au fujet. La Mufique qui eſt
de M. Mouret , eft très- bien caracteriſée &
très- variée. Voici quelques Couplets du Vau
deville par où la Piece finit.
Arlequin.
Lorfqu'une fievre mutine ,
S'allumera dans mon fein ;
Je ne veux pour Medecin ,
Que les yeux de ma Dorine;
Efculappe & fa Doctrine
Ne trouveroient pas fi- tôt ,
Le remede qu'il me faut.
Une Fille .
>
Quand un Amant nous échappe ,
Pour fuivre d'autres àmours ,
Si nous cherchons du fecours ,
Contre le coup qui nous frappe ,
N'allons point chez Efculappe :
Le dépit donne plutôt ,
Le remede qu'il vous faut.
AN
NOVEMBRE . 1729. 2703:
Au Parterre .
Notre Malade fouhaite
De vous voir ici fouvent.
S'ilobtient votre agrément
Sa fanté fera parfaite ,
Il n'eft drogue , ni Recette ,
Qui pút lui donner fi- tôt ,
Le remede qu'il lui faut.
Les Décorations de cette Piece , qui ont
fait beaucoup de plaifir au Public , meritent
une attention particuliere.
La premiere reprefente un lieu préparé pour
la Courfe des Chars.
Au premier_Acte , le Théatre change &
reprefente un Palais , & enfuite le Veftibule
de l'Appartement du Prince.
Au fecond Acte , on voit le Cabinet du
Prince. Cette Décoration eft nouvelle & agréa
blement ornée de Tableaux & Vafes de bronfe,
de Figures , &c. Elle eft neuve & du fieur le
Maire.
La Décoration du troifiéme Acte , qui eft
celle qui fait le plus de plaifir , avoit été faite
en Février 1727. à l'occafion de la Comédie
du Berger d'Amphrife , par le fieur Clarici ,
Peintre Italien , employé à l'Académie de Mufique
à Londres. Cette Décoration réprefen
toit alors le Temple d'Apollon , d'ordre Corinthien
, dans le brillant & le lumineux que
les Poëtes lui attribuent , par le moyen des
tranfparents qui faifoient alors tout l'effet
qu'on pouvoit defirer. On a prefentement
fupprimé tous les tranſparens , & on ne s'eft
Lervi
2704 MERCURE DE FRANCE.
fervi que du propre fond de la Décoration ,
dans lequel on découvre bien mieux la verité
& le relief qu'on trouve dans la fimple couleur
de la Peinture , qui par le fecours de la
Perspective & du clair obfcur , trompe bien
mieux les yeux par la grandeur & l'éloignement
qu'elle fait paroître. Cette Décoration
réprefente aujourd'hui le Palais du Roi d'Elide;
elle a été difpofée en l'état qu'elle eſt , par le
fieur le Maire , Peintre , fort entendu pour
ces fortes d'Ouvrages de concert avec le
feur Clarici.
NOUVELLES DU TEMS.
ON
TURQUIE
N mande de Conftantinople , qu'on avoit
difcontinué les préparatifs de guerre qu'on
ý avoit commencez , que le Grand Seigneur
avoit fait dire à plufieurs Miniftres étrangers
qu'il n'avoit jamais eu le deßlein d'entrer en
guerre avec aucun Prince Chrétien . Le Grand
Vizir & les autres Ministres du Divan , travaillent
à faire ceffer les troubles d'Egypte ,
& à réprimer l'audace des Mécontens rebelles
des Côtes de Barbarie , qui depuis deux ou
trois ans refufent de recevoir les Officiers
que le Grand - Seigneur leur envoye . D'autres
Lettres de Conftantinople , portent qu'on y
attend dans peu un Ambaffadeur du Prince
Thamas , & que les ordres ont été envoyez
fur la Frontiere pour l'y faire recevoir avec
les mêmes traitemens qu'on a fait à l'Amhaffadeur
du Sultan Acheraf
D'alle
NOVEMBRE. 1729. 2705
D'autres Lettres portent que l'accommodes
dement du Grand Seigneur avec le Czar , étoit
prêt d'être conclu , mais que Sa Hauteffe refufoit
de figner un nouveau Traité d'Alliance
que le Sultan Acheraf lui a fait propofer ,
parce qu'elle vouloit attendre le fuccès des
entreprifes du Prince Thamas , qui eft en marche
à la tête d'une armée de so à 60000.
hommes pour aller former le Siege d'If-
-paham.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Conftantinople ce 22 ° Septembre 1729.
LES
Es dernieres nouvelles de Perfe , portent
que le frere de Miri- Mahmout étoit forti
de la Province de Candahars avec un Corps
d'armée confiderable pour venir attaquer fon
Coufin Acheraf-Kan , qui de fon côté ſe prẻ-
paroit à le recevoir à la tête d'une armée;
fe fuccès de la bataille décidera à qui des deux
la Capitale de la Perfe doit refter. D'un autre
Côté Tamas -Schah , fils de Schah- Huffein , dernier
Roi de la Dynaftie , dite des Sophis , qui
fe trouvoit dans le Pays de Mazandran tenoit
la Campagne avec un autre Corps d'armée ,
dans le deifein de s'avancer vers Ifpaham. Les
troubles de ce malheureux Royaume , bien
loin d'être prets de finir , font plus grands
que jamais , tout y eft dans la derniere confufion
; la famine eft generale par tout , & principalement
dans Ifpaham , où la livre de pain
fe vendoit un écu , & le refte des vivres à
proportion,
Les Turcs prennent de grands ombrages contre
les Mofcovites, de ce que ceux de cette Nation
, fous prétexte de faire conftruire des
Forts aux environs de la Mer Cafpienne dans
les
2206 MERCURE DE FRANCE:
les endroits qui leur appartiennenty faifoient
paffer un grand nombre de Troupes , ce qui
a donné lieu à plufieurs Conferences qui fe
font tenues ici entre les Miniftres du G. S.
& celui de Mofcovie , qui a répondu , qu'étant
permis à fon Maître par le dernier Traité
conclu avec la Porte , de faire bâtir des Forts
pour la fureté de fes poffeffions aux bords de
la Mer Cafpienne , fon Maître avoit envoyé
les Troupes qu'il avoit crû neceffaires pour
les conferver , & non pour aucun autre deffein
, les Miniftres de la Porte ne paroiffant
point être fatisfaits des Déclarations du Réident
de Mofcovie , ont envoyé un Officier
à Mofcou , pour fçavoir plus pofitivement les
intentions de Sa Majesté Czarienne.
Les Lefguis, Peuples habitant le Daghiſtan,
qui font fous la protection de la Porte , ont
fait des courfes jufqu'à la Mer Cafpienne &
y ont enlevé quantité de beftiaux appartenans
des Peuples qui font fous la domination des
Mofcovites ; ces Peuples de leur côté ont ufé
de réprefailles , & enlevé les Troupeaux des
Lefguis , de forte que les animofitez & les méfiances
étoient très- grandes de part & d'autre.
On écrit d'Egypte , que le fameux Cherkech
Mehemet-Bey , qui a balancé fi long - temps
par fa grande puiffance l'autorité du G. S. en
Egypte , d'où il avoit été à la fin chaffé par
Zulfikar-Bey , y eft de retour , & l'aide avec
plufieurs Beys de fes amis qui fe font joints
à lui , a formé une armée avec laquelle il s'eft
trouvé en état de faire tête à Zulfukar- Bey ,
qui fur la nouvelle de fon retour , s'étoit mis
à la tête des Troupes du Caire, & , du confentement
du Pacha , avoit été livrer bataille à
Cherkech auprès du Said ou Haute Egypte ,
où
• NOVEMBRE. 1729. 2707
où il s'étoit d'abord réfugié chez Suleiman
Bey, qui y commandoit , l'armée de Cherkech
Mehemet Bey , ayant battu celle du Caire.
commandée par Zulfukar , ce dernier s'enfuit
au Caire , où étant de retour , il propofa au
Pacha d'augmenter la paye des Miffirlis , afin
de les encourager par- là à fe remettre en cam-
-pagne à & aller combattre une feconde fois
contre Cherkech Mehemet- Bey mais le Pacha
le refufa , fous prétexte qu'il ne le pouvoit
pas faire fans l'ordre de la Porte , Sur ce
refus Zulfukar-Bey ufant de fon autorité , fit
déposer le Pacha , à la place duquel on nomma
un Kaimakam ou Lieutenant de Gouverneur
, pour avoir foin des affaires par interim
La nouvelle de ces troubles & celle de la
dépofition du Pacha , ont intrigué beaucoup les
Miniftres de la Porte , qui après avoir tenu
plufieurs Conferences fur les affaires preſentes
de l'Egypte , ont crû ne pouvoir mieux
faire que de donner ce grand Gouvernement
à Abdoulla , Pacha de la Maifon des Kupruli
dans l'efperance que fa grande experience dans
les affaires , la réputation qu'il s'eft acquife
en dernier lieu en Perfe , où il étoit Seraskier,
& le refpect & la veneration qu'on a pour
fa Famille dans tout l'Empire , le rendront
plus propre que perfonne à pacifier les troubles
de l'Egypte , & à rétablir l'autorité du
G. Seigneur dans ce Pays - là. L'ancien Gouverneur
du Caire dépofé , paffe à Gidda , &
celui d'Alep , Arifi-Mehemet- Pacha , en Candie,
à la place d'Abdullah- Kupruli.
On mande de Tartarie que les fils de Delykiray
, Sultan , qui d'abord paroiffoient ne
vouloir pas venger la mort tragique de leug
Gidda eft le Port de la Mecque.
Pere
# 708 MERCURE DE FRANCE .
Pere avoient tout à coup levé le mafque , &
s'étoient mis à la tête d'une groffe Armée de
Tartares , ce qui avoit obligé Mengheli Kiray
kan de refter à Budgiak , n'ayant pas ofé
pénetrer jufques dans la Capitale de fes Etats ,
de crainte que ne fe trouvant pas le plus fort ',
il ne fut pris par les Rebelles , & factifié àleur
vengeance , d'autant plus que le Kan eft foupçonné
d'être l'auteur de la mort de Dely,Sultan,
M. Delfini , Ambaffadeur de la République
de Venise à la Porte , eft mort aujourd'hui
d'un accident d'apopléxic , dont il avoit eu une
premiere attaque depuis dix jours dans le Pa-
Jais de l'Ambaffadeur de France , n'ayant eu
dans l'intervale que des incommoditez legeres
en apparence ; il étoit âgé de 75. ans.
Les Lettres de Salé du 7. Septembre portent
que le Royaume de Maroc étoit encore
dans la même confufion , que prefque tous
Jes Peuples y font fous les armes . Les uns
fuivent leparti du Roy Muley - Abdalah , & les
autres refufent de le reconnoîtré , non pas tant
par averfion pour ce Prince , que par haine
pour les Négres qu'il foûtient , & dont les
infolences réduifent ces peuples au défefpoir.
Le Roy continue le Siége de Fez avec autant
de vigueur , que les habitans témoignent d'opiniâtreté
à fe deffendre. Les habitans des
Montagnes , qui font les plus animez contre
Les Négres , incommodent extraordinairement
les Affiegeans par leurs courfes continuelles.
Le Roy de Maroc détacha il y a quelquessems
Hared , Udacha de Tanger , avec 7000 .
Blancs & 2000. Negres , pour tâcher de les
Exterminer : ces Montagnards , qui n'avoient
aucune connoiffance de cette marche , defcomNOVEMBRE.
17297 2709
I
3
cendirent comme à l'ordinaire pour aller en
courfe ; mais ayant eu le malheur de tomber
dans l'embufcade que le Pacha leur avoir dreffée,
il y en eut plus de 700. de tuez fur la place,
& ua très- grand nombre de Prifonniers ,
parmi lefquels il y avoit 300. femmes qui furent
abandonnées aux Négres en préſence des
prifonniers . Les Négres s'étant mis en dévoir
d'executer cet ordre infame , trouverent tant
de réfiftance de la part de ces femmes , que
de rage ils les maffa crerent toutes .
ils
Les Montagnards ayant appris la nouvelle
d'une action fi barbare , soo . des plus déterminez
d'entr'eux , animez du defir de fe venger
, attaquerent leurs ennemis avec plus de
furie que d'ordre ; mais ayant été coupez ,
furent tous paffez au fil de l'épée , pendant que
leurs femmes de leur côté jetterent du haut
des Montagnes des groffes pierres , dont
quelques Négres furent tuez.
21
Les habitans de Tetuan qui ne font pas moins
ennemis des Négres que ceux des Montagnes ,
voyant la trifte fituation de ceux - ci , leur envoyerent
diverfes fortes de munitions de Guerres
; ce qui les encouragea fifort , qu'étant de
nouveau defcendus en plus grand nombre , &
avec plus de précaution , ils attaquerent l'Armée
du Pacha avec tant de bravoure & de.
fuccès , qu'ils tuerent 2000. Blanes & 1000
Négres , & mirent le refte en fuite. Le frere
du Pacha fe trouva parmi ces morts ; fon
fils & deux des principaux Officiers ayant
été faits prifonniers , furent fur le champ
étranglez par les Montagnards , qui profitant
-de leur victoire , pourfuivirent les Fuyards
jufqu'à la Riviere de Fez , où ils furent arrêtez
par la Cavalerie que le Roi avoit envoyée
H an
2710 MERCURE DE FRANCE.
au fecours du Pacha . Les habitans de Fez ayant
été informez de l'avantage que les Montaguards
avoient remportez fur leurs ennemis
& fçachant que toute la Cavalerie du Roy
étoit hors du Camp , firent la même nuit
une fortie generale , furprirent le Camp , tuerent
sooo . hommes , & prirent même le Roi ;
mais ce Prince , dans la confufion de la nuit ,
trouva moyen de fe fauver , & de retourner
au Camp . Ces Lettres ajoûtent , que le General
des Négres ayant fait fommer les habitans
de fe rendre à des conditions raisonnables
ils avoient répondu , qu'ils aimoient mieux
mourir que de fe foumettre aux Négres .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tripoly
de Syrie.
E 13. Février 1719. M. Gabriel , Evêque
Maronite du Mont Liban , vint adminif◄
trer le Sacrement de Confirmation dans l'Eglife
Paroiffiale de cette Nation , à plus de 150.
garçons ou filles , parmi lefquels il y avoit
deux enfans François ; ce Prélat invita M, le
Maire , Conful de France , d'affifter à lá Céremonie
, ce qu'il fit , accompagné des Marchands
François elle fe fit avec beaucoup
d'édification . Les R R. P P, Jefuites & de
S. François , s'y trouverent. Le Conful fervit
de Parrain , auffi bien que les Religieux , à plus
de vingt jeunes enfans. A la fin de la céremonie
, où prefque toute la Nation Maronite affifta
, M. l'Evêque fit l'Eloge du Roy en Langue
Arabe , & complimenta le Conful. Ce
Prélat recommanda enfuite à tous les Maronites
NOVEMBRE . 1729. 2718
tes de prier Dieu pour la fanté & la profperité
de Sa Majefté , à quoi ils répondirent par de
grandes acclamations. Au fortir de l'Eglife , le
Conful diftribua quelques aumônes . M. I'Evêque
l'accompagna en céremonie , à la tête
de tous les Prêtres , Diacres & Archidiacres
Maronites , jufqu'à un Sallon à côté de l'Eglife
, où un magnifique dejeuner étoit prépaé.
On bût folemnellement les fantez du Pape
& du Roy , & celle de tous les Princes
Chrétiens. Le Conful fut enſuite reconduit
par les principaux Maronites , jufques dans
fa Maifon , & quelques jours après , il donna
à dîner à M. l'Evêque & à tous les Prêtres &
Ecclefiaftiques de fa fuite.
MEMOIRE de ce qui s'eft paffè au
Grand Caire , dans le Gouvernement
depuis le 12. Juillet , jufqu'an 5. Août.
1729 .
Epuis l'éxecution d'Aly , Bey , Tefter
>
dar ou Tréforier du Gouvernement du
Caire , dont Zulficar & Katamich , Beys , fe
firent donner la tête , les armes à la main , le
31. Janvier 1728. il n'y a eu de parti declaré
que celui de Zulficar , & ce Bey y a toujours
eu une autorité abfolue , particulierement depuis
que la Porte a rapellé du Gouvernement
Mehemed Pacha , & lui a donné pour Succeffeur
Bekir , Pacha , qui n'a ni la politique ,
ni l'experience de fon Prédeceffeur.
La domination de Zulficar a toujours été
affez douce & affez paifible ; mais comme le
Pacha n'en avoit abfolument que le nom , &
que rien ne fe faifoit que par les ordres de Zul-
Hij ficar
712 MERCURE DE FRANCE.
ficar , il n'étoit pas poffible que le Pacha ne
cherchât tôt ou tard à abbattre l'autorité
de ce Bey par toute forte de moyens .
L'arrivée de Cherkés Bey dans la haute
Egypte , où il eft paffé de Tripoly , de Barbarie
, étoit une conjoncture d'autant plus favorable
aux vûës que le Pacha pouvoit avoir
pour cela , que ce Bey s'y étoit joint à Solyman-
Bey , qui depuis plus de trois ans qu'il
s'étoit retiré dans le Said pour éviter de tomber
entre les mains de Zulficar , s'y étoit formé
un corps confiderable de Troupes.
Auffi le Pacha avoit- il travaillé à réveiller
dans le dedans du Caire les reftes du parti de
Cherkés , & appeilé du dehors Cherkés &
Soliman , Beys.
Les pratiques du Pacha avoient été fecretes
pendant un tems; mais la nouvelle étant
venue le 12. Juillet à Zulficar , que ces deux
Beys s'avançoient vers le Caire , cette marche
jointe à d'autres indices , lui firent foupçonner
le Pacha d'être d'intelligence avec
eux , & il n'en douta plus , lors qu'ayant demandé
au Pacha de faire fournir fur le Tréfor
du Grand- Seigneur l'argent neceffaire pour
envoyer des Troupes contre les Beys , le Pacha
le lui refufa abfolument .
Le 19. Juillet , deux jours après ce refus
Zulficar , qui fentoit de quelle conféquence
étoit pour lui de mettre le Pacha hors d'état
de foutenir l'entrepriſe des Beys qui s'approchoient
, ayant trouvé moyen d'attirer le Pacha
hors du Château , dans une grande Place
qui en eft voifine , y parût un quart- d'heure
après le Pacha , à la tête de s . à 6000. hommes
, au lieu que le Pacha n'en avoit pris que
6oo. pour la garde ; il commença par faire
OCCE
NOVEMBRE. 1729. 2713
1%
occuper les avenues du Château , après quor
ayant demandé de nouveau au Pacha l'argent
neceffaire pour les Troupes deftinées contre
les Beys , & le Pacha le lui ayant encore refu
fé , il dit net au Pacha que toutes les Puiffances
du Divan qui étoient là préfentes , le dépofoient,
& qu'il eutà fe retirer dans une espece
de prifon , qu'il lui marqua ; mais le Pacha ,
pour fe fouftraire à cette violence , fe déclara
du Corps des Janniflaires ; & comme tel , fut
remis à leur garde . Le reste du mois de Juillet
s'étant paffé à mettre les Troupes en état , it
forit du Caire le r. d'Août 6. à 70c0 . mille
hommes avec toutes les Puiffances de la Ville ,
à l'exception de Zulficar , & du Kaymacan ,
c'est- à- dire , de celui qu'on établit pendant
la vacance du Gouvernement , pour faire les
fonctions exterieures du Pacha .
Ces Troupes trouverent les deux Beys à ro
lieues du Caire, & les defirent après un choc de
trois heures , fort vif ( dit - on ) de part &
d'autres mais qui n'a pas néanmoins coûté
beaucoup defang ni aux uns ni aux autres .
Cherkés Bey elt retourné dans la haute Egyp
te , où on le pourfuit encore . Solyman a été
tué , felon quelques- uns, dans le Combat ; felon
d'autres , il a pris la même route que Cherkés
; quoiqu'il en foit , fi Cherxés échape ,
Zulficar n'aura gagné à l'avoir battu , que du
tems , & il y aura toujours beaucoup à craindre
pour lui du voifinage d'un femblable ennemi.
POLOGNE .
ON mande de Mofcou , qu'il y étoit arrivé
un Courrier de Derbent pour donner avis
au Czar que le Sultan Acheraf lui envoyoit des
H iij
Am
2714 MERCURE DE FRANCE.
Ambaffadeurs avec une fuite de 60. perfonness
& S, M. Cz, a donné des ordres pour les faire
recevoir avec beaucoup d'honneur fur la
Frontiere , & pour les faire défrayer, pendant
la route.
Le Marquis de Monti , Ambaffadeur de
France , donna le 30. Octobre à Varfovie une
Fête magnifique , à l'occaſion de la Naiſſance
du Dauphin.
Il fit illuminer le Clocher de l'Eglife de fainte
Croix , où le Nonce du Pape célebra pontificalement
la Meſſe , & entonna le Te Deum , Il
diftribua des dots à fix pauvres orphelines , délivra
& fit habiller fix Prifonniers pour dettes
& fit plufieurs aumônes aux Hôpitaux & Com
munautez Religieufes de la Ville. Son Repas
fut donné dans le Palais de la Palatine de
Polock , qui en faifoit les honneurs. On aban
donna au peuple un Boeuf rôti & toutes forzes
d'autres viandes avec plufieurs Tonneaux
de Bierre , de Vin & d'Eau de vie. Après
le Souper , on tira un très - beau Feu d'artifice ,
qui fut fuivi d'un Bal magnifique , auquel tou
te la Nobleffe vint en mafque.
On apprend auffi deWarfovie, que depuis l'ar
rivée d'un Courrier , qui a été envoyé de Ber
lin au Duc Charles Léopold de Meckelbourg ,
ce Prince a congedié une partie de fes Do
meftiques , & il fe retire tous les jours dans
un Appartement fecret , où il cherche avec
deux Etrangers des Découvertes nouvelles en
Chymie .
ALLEMAGNE .
Opublic
public l'Etat des Troupes que le Roi a
prefentement en Saxe. Il eft de 18900K
home
NOVEMBRE. 1729 2715
hommes , tant Infanterie que Cavalerie , par
où il paroît qu'on a enrôlé depuis un an dans
cet Electorat 8400. hommes des differens Bailliages.
Les Lettres de Meckelbourg portent que la
Noblefe de ce Duché s'étoit affemblée depuis
peu à Malchaw , pour deliberer fur les propofitions
faites par l'Empereur , concernant
la nouvelle adminiftration établie en faveur
du Duc Chrétien Louis , & que les Gentilshommes
Deputez étoient convenus de faire
figner à toute la Nobleffe un Memoire conte
nant les conditions fuivantes , que l'adminif
tration prochaine ne portera aucun préjudice
aux droits & prérogatives du Duc Charles
Leopolds qu'on ne pourra rien faire ni établir
de contraire à l'ancienne forme du Gouvernement
; & qu'on levera un nombre de
Troupes fuffifant dont on formera des Regi
mens pour la sûreté du Duc Chrétien Louis ,
en cas que les Troupes du Duc Charles Léo
pold , qui font à Domitz & Schwerin , refu
fent de prêter ferment au nouvel Adminiftra
teur; qu'on ne levera plus les contributions
du pays par la voye d'éxecution ; qu'on n'exercera
de contrainte que contre les intendants
& les Baillifs, & qu'on n'admettra dans le Duché
aucunes Troupes Etrangeres , fous quel
que prétexte qu'on voulut les Y faire entrer
Ces réfolutions ayant été rendues publiques ,
le Duc Charles Leopold a envoyé ordre au
Commandant de Domitz de protefter en fon
nom contre tout ce qui pourroit être fait en
confequence de cette déliberation .
On apprend de Dannemarck , que la Ville
de Wordingbourg , vient d'être totalement
détruite par un troifiéme incendie , & on n'en a
Hiiij
2716 MERCURE DE FRANCE.
pú conferver qu'une grande Maifon , neufpetites
, l'Eglife & le Château . On apprend en
même tems , qu'on avoit amené depuis peu à
Warfovie trois particuliers , arrêtez à Viadzewow
, foupçonnez d'être auteurs des incendies
fréquents de quelques petites Villes de
la haute Pologne , & que deux de ces trois
prifonniers fe font avouez coupables ; mais
qu'on n'avoit encore pû leur faire déclarer
leurs complices.
On apprend auffi que les Magiftrats de
Dantzick , ont fait retirer de leur Diftrict les
Troupes Polonoifes , qui s'en étoient approchées
, en les menaçant de faire tirer fur elles ,
les Canons des Forts qu'ils ont fait conftruire
depuis quelques années pour la sûreté de leur
Ville , & c.
Le Roi d'Angleterre a fait remettre une
fomme confiderable à Hambourg , pour indemnifer
les Officiers des Troupes que Sa Majefté
Danoiſe a fait marcher à fon fecours , des
frais extraordinaires qu'elles ont faits , & il a
écrit au Roi de Dannemarck pour le remercier
de la part qu'il a prife au differend dent
on traite l'accommodement depuis fix femaimes
à Brunswick.
La Cour de Berlin eft toujours à Wufterhaufen
, où le Roi prend fouvent le Divertiffement
de la Chaffe. Le 2. de ce mois , S. M.
tira en cinq heures de tems , 235. Perdrix ,
11. Faifans , & 18. Liévres.
On mande de Vienne que le Duc de Lorraine
en étoit parti le 9. de ce mois pour fe
rendre dans fes Etats , & qu'il avoit fait
pour 7000c . mille Florins de préfens aux Seineurs
& Danes de cette Cour.
ITALIE
NOVEMBRE. 1729. 2717,
ITALIE.
N écrit de Naples que le 21. Septembre,
on effuya à Cofcenza , dans la Calabre ,
une tempête & une pluye fi abondante, que la
Riviere qui paffe à Naples ayant débordé ,
emporta l'ancien Pont de Ste Marie & 38.
maifons , 128. perfonnes avoient été enſevelies
fous les Sables , entraînés des montagnes par
les to rens ; la plupart des maitairies voifines
de Naples ont été entierement détruites.
On a reçû avis de la même Ville que le
Viceroi avoit envoyé ordre dans tous les
Ports du Royaume d'y arrêter tous les Bâ--
timens qui porteroient le Pavillon du Pape,
& de conduire les Equipages en prifon , &-
l'on ajoûte qu'il a fait deffendre auffi toutcommerce
avec l'Etat Ecclefiaftique . La raifon
de cet ordre eft , à ce qu'on croit, la faute qu'a
faite le Barge de Civita Vecchia d'avoir fair
enlever à bord d'une Tartane d'Itrie , por- ,
tant Pavillon Imperial , un Matelot qui s'yétoit
refugié , après avoir tué un Efclave des
Galeres du Pape. D'autres croyent que cet
ordre a été donné à caufe du refus qu'on a
fait de donner fatisfaction à S. M. I au fujet,
d'un paquet de Lettres du Viceroi de Sicile,
qui a été ouvert ici par les Officiers de la
Douanne ,inais on vient d'apprendre que le
Commerce avec le Royaume de Naples eft
rétabli , & que l'affaire qui fait le ſujet de
cet Article eft accommodér.
Le 25. Octobre , le Pape fit écrire à la République
de Luques , pour l'engager à recevoir
l'Archevêque que S. a nommé , &
pour lui faire entendre qu'elle a le pouvoir ,
de l'y obliger.
Hy On
1718 MERCURE DE FRANCE .
On a reçû avis de Livourne qu'un Corfaire
Algerien s'étant emparé de deux Barques de
P'Ile de Corfe qui étoient chargées de vins ,
il avoit pris les meilleurs Effets de l'une , &
les avoit fait charger fur l'autre pour l'envoyer
à Alger avec douze Matelots de fon Equipage
, mais que le vent ayant été contraire ,
Ce petit Bâtiment avoit été pouffé dans le
Port de Livourne où le Gouverneur l'avoit
fait arrêter , comme étant de bonne prife.
Par une Ordonnance de l'Empereur , publiéeà
Naples depuis peu , il eft deffendu , fous
peine de mort de frapper au vifage avec des
Couteaux quelque perfonne que ce puifle êtres
foit en combat fingulier , comme cela fe pratiquoit
à Naples depuis environ deux ans
foit pour fervir la vengeance d'un tiers , qui
par promeffe de récompenfe voudroit engager
à un pareil crime .
Il eft arrivé à Naples le mois dernier une
Tartane venant des côtes de Barbarie , avec
dix-fept Chevaux barbes , qui ont été achetés
par ordre de l'Empereur , & d'autres
animaux, foit rares, foit de forme monstrueufe
, dans le nombre defquels il y a un Chien,
qui n'ayant que deux pates , fe tient toujours
debout.
On écrit de Florence que le Grand Duc
avoit fait prefent à l'Auditeur Conti d'un
grand Baffin de vermeil , du poids de vingt
marcs , & rempli de piftoles & de Ducats
pour le récompenfer de fon travail dans l'af
faire que ce Prince avoit avec la République
de Lucques , au fufet de la Riviere de Serchio;
tous leurs differehds ayant été terminés par
ne tranfaction dont cet habile Jurifconfulte
sâ l'auteur. 5
ESPA-
*
NOVEMBRE. 1729. 2719
ES PACNE .
Na reçû avis que quelques Galeres de
Parese avis qiz qient pris une Galliotte
d'Alger , de deux cents hommes d'équipage
, dans laquelle il y avoit quatre- vingt
Elclaves Chrétiens qui ont recouvré kur
liberté.
HOLLANDE ET PAYS - BAS
Lies Terres & les biens du feu Prince de
E Comte d'Albert ayant acquis toutes
Berghes , fon Beau - Frere , a reçû un Diplôme
de l'Empereur , par lequel S M. I. confirmant
fur fa tête le titre & la qualité de
Prince , l'applique fur le Pays de Grimberghen
dont il eft poffeffeur , lui attribuant en
même-tems les Honneurs , Qualités , Droits
& Prérogatives attachés au Titre de Prince ,
enſemble à fes Defcendants , mâles & femelles
, nés & à . naître ; & c'est en vertu de
cette Electe qu'il a fait enregistrer par tout
où il appartient , qu'il a pris le titre & le
nom de Prince de Grimberghen , & qu'il
vient de prendre auffi poffeffion dudit Pays
& Principauté dans la forme fuivante .
Le 29. de Septembre , le Prince & la Prin
ceffe de Grimberghen partirent de Bruxelles
pour faire leur Entrée folemnelle au Château
de Grimberghen , & prendre poffeffion du
dit Pays & Principauté. Ils fe rendirent au
rivage dans leurs Caroffes à fix Chevaux
fuivis de grand nombre d'autres de la prins
cipale Nobleffe & de leurs amis qui monte
sent avec eux fur une Basque de la Vilig ,
H vj ornce
2720 MERCURE DE FRANCE
ornée de Tapis , de Banderoles & Pavillons
aux Armes de Brabant , qui font le premier
quartier des Armes de la Princeffe , & au
fon des trompettes , des timballes , haut- bois
& cors de Chaffe. Ils aborderemt aux trois
Fontaines en même- tems que leurs Equipages
& Cortege , accompagnés d'une foule
incroyable de Bourgeois & de Peuple qui y
arriverent par la chauffée .
Ils y furent reçûs par M. Vander- Weynire ,
Chevalier du S. Empire , & Droffard du Pays
& Principauté de Grimberghen , à la tête
des Officiers de Juftice & de Police ; ils étoient
fuivis de trois Pucelles à Cheval , richement
habillées , celle de la droite portant l'Ecuffon
de la Maifon d'Albert , celle de la gauche
, celui de la Maifon de Berghes , &
celle du milieu ayant les Armes du Pays de
Grimberghen & la Verge de Juftice à la main.
Une Compagnie de so . jeunes garcons marchoit
enfuite , habillés en Huffards , des livrées
du Prince , portant fes Armes à leurs
Houffes & Bandouilleres , & montés fur des
fort petits Chevaux ; ils étoient commandés
par le fils du Droffatd .
Une autre Compagnie de jeunes gens fuivoit
; elle étoit habillée richement à l'antique
, avec des Robbes de velours cramoifi
brodées d'argent , & doublées de Fourures ,
autrefois ufitées dans le Pays. Venoit après
une grande troupe d'hommes à Cheval , repréfentant
des Sauvages ; puis une autre
d'hommes , déguifés en Lions ; ces deux Troupes
faifant allegorie aux Supports & Tenans
des Armes de la Maifon d'Albert & de celle
de Grimberghen. Huit Compagnies de Serments
avec leurs Rois , & leurs Officiers à
leur
NOVEMBRE. 1729. 272 A
1
leur tête , marchoient enfuite , armés de Fu
fils & Fourchettes , & ornés de leurs grand
Coliers à Plaques,de vermeil doré & d'argent,,
ayant chacun leurs Hautbois & Tambours.
Parurent enfuite avec des Bonnets où étoient
les Ecuffons du Prince , plufieurs Compagnies
de Grenadiers , qui, chacune, avoient fes Offi
ciers , Tambours , Hautbois & Fifres .
Toutes ces Troupes fe mirent en marche
pour préceder les Caroffes du Prince & de la
Princeffe qui étoient entourés de 30. de fes
Gardes , armés & habillés de fes livrées &
de fes Bandouilleres , le Droffard & les principaux
Officiers de la Principauté marchant
aux Portieres du Caroffe de leurs Exellences
& les Caroffes à fix Chevaux des Seigneurs
& Dames qui étoient venus dans la Barque ,
fermoient la marche , avec une grande foule
de Peuple.
Al'entrée du Territoire de Grimberghen on
s'arrêta ; les trois Pucelles vinrent à la Portiere
du Caroffe ; le Droffard étant defcendu
de Cheval , ainfi que le Greffier & les Gens
de Loi , prit la Verge d'or , repréſentant la
Verge de Juftice , que la Pucelle du milieu
portoit , & la remit entre les mains du Prin
ce, qui avoit mis pied à terre , pour mar
quer la poffeffion qu'il prenoit de la Principauté.
La Harrangue du Droffard finie , S..
E. lui rendit la Verge d'or , afin que doréna
vant il adminiftrat en fon nom la Juſtice
dans toute l'étendue du Pays.
La marche continua au bruit des groffes
Cloches & du carillon de la Tour , du Canon
& des acelammations d'un nombre infini
de Peuple ; il arriva à la Porte de la magnifique
& ancienne Abbaye de Grimber
ghen ,
2712 MERCURE DE FRANCE .
ghen , fondée par les Seigneurs de la Maifon
de Berghes .
L'Abbé en habit Pontifical , avec fa Croffe
& fa Mitre & fes Accolites , & fuivi de toute
la Communauté , vint recevoir L. E. à la
Porte de l'Eglife ; & après leur avoir préfenté
l'Eau- Benite, les conduifit dans le Choeur,
où ils trouverent un Prie- Dieu , couvert d'un
tapis de velours cramoifi , deux Carreaux
un grand tapis de pied & deux Fauteuils auffi
de velours , le tout garni de franges & de
galons d'or. Il n'y eut que les Seigneurs &
Dames & les Officiers neceffaires qui furent
admis dans le Choeur , les Gardes du Prince
rangés en haye en gardoient les Entrées.
L'Abbé dit la grand' Meffe qui fut chantée
en Mufique , pendant laquelle le Diacre
apporta à L. E. FEvangile & la Paix à baifer.
Après la Meffe , l'Abbé , Diacres , Soudiacres
& Acolités defcendirent au Prie- Dieu du
Prince ; alors le Droffard , le Greffier &
les Gens de Loi s'approcherent pour être,
témoins du ferment que le Prince prêta , la
main droite fur l'Evangile , jurant, devant,
Dieu de maintenir dans fon Pays & Principauté
de Grimberghen la Religion Catholique
, Apoftolique & Romaine , d'y faire rendre
juftice felon les Lois & Coûtumes du
Pays , d'en conferver tous les anciens Privileges
, & d'accorder à fes Sujets toute la
protection qui dépendroit de lui. Après quoi
' Abbé fit une courte Harangue ; & étant
remonté à l'Autel , il entonna le Te Deum ,
qui fut chanté par la Mufique , accompagnée
da bruit des Cloches , de plufieurs décharges
de Canon , de Boëtes & de Moufquetexes
; eufuite. l'Abbé reconduiſit L. E. jufqu'au
NOVEMBRE. 1729. 2723
qu'au Garoffe ; la Communauté étant restée à
la Porte de l'Eglife.
Tout le Cortege continua la marche dans
le même ordre , au travers de la Ville , décorée
de Tapifleries , d'Emblêmes & d'Infcriptions
en plufieurs Langues , & reconduifie
L. E. jufqu'au Château , où ils trouvereng
tout ce qu'il y avoit de Miniftres , de Seigneurs
& de Dames des Pays - bas & de
Bruxelles , qui n'étoient pas venus avec elles
par la Barque..
Pendant que toutes les Troupes & Serments
faifoient leurs compartes dans les Cours du
Château , on fervit en même- tems & magnifiquement
deux Tables , l'une de 45. Couverts
& l'autre de 20. où les fantez de l'Empereur
& de l'Archi- Ducheffe , furent bûes & céle
brées au bruit du Canon & de la Moufqueterie
de toutes les differentes Compagnies de
Serments , & de Grenadiers qui étoient rangées
dans les Jardins du Château
Le Dîner dura 3. heures ; il fut fuivi d'un
grand Concert d'Inftrumens , & le reste de
l'après-midi fe paffa à jouer dans les Apparte
mens...
A une heure de nuit , on ouvrit les fenêtres
pour voir l'Illumination autour de la grande
piéce d'Eau , le Feu d'artifice étoit placé au
milieu.
Alors , le Droffard préfenta au Prince , la
Lance à feu pour allumer le Feu d'artifice , &
fon Excellence la donna à la Princeffe , fon
Epoufe , qui mettant le feu à la Fufée d'une
figure qui reprefentoit un Oileau, la Fufée l'enleva
à l'inftant , & traverfant la pièce d'Eau
alla allumer le Château d'artifice .
Ce fpectacle dura trois quarts - d'heures , &
2714 MERCURE DE FRANCE
le Bal commença dans les Appartemens d'en
bas. Il fut interrompu par un grand Souper ,
& recommença enfuite , auffi bien que le Jeu
qui dura toute la nuit. Pendant ce tems tout
le Château étoit illuminé felon l'ordre d'Architecture
, auffi bien que les. Cours , avant-
Cours & Jardins.
Malgré le concours infini du peuple qui
s'étoit raffemblé pour cette Fête , tout ce qui
y eft venu a été nourri magnifiquement aux
dépens du Prince , la confommation y a été
incroyable , le Vin & la Bierre y ayant coulez .
toute la journée.
Enfin , la joye & la fatisfaction ont été generales
& égales à la Naiſſance , à la Dignité
& à la magnificence des perfonnes qui ont
honoré la Fête de leur préſence , & de celles
qui ont donné une particularité qui ne doit
pas être obmife.
GRANDE- BRETAGNE .
Na eu avis de Kenfale , en Irlande ; que
le 12 Octobre , un Bâtiment François
commandé par le Capitaine la Fléche , venant
des Côtes de Bretagne , avoit été brûlé dans
le Port de cette Ville , & que tout l'équipage
avoit péri par cet accident.
Le 2. de ce mois le Prince de Galles , accompagné
des Princeffes , fes foeurs , alla au Théatre
de Lincoln , voir la Comédie des Cherekeurs
de bonne fortune.
FRANCE ,
NOVEMBRE. 1729 2725
1
YAYAYAYAYAYAYAA
FRANCE
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E 26. de l'autre mois , le Cardinal de
Rohan , Grand- Aumônier de France , Chef
de la Commiffion , nommée par le Roi , pour
délivrer les Prifonniers pour dettes , à l'occa
fion de la Naiffance du Dauphin , fe rendit à
la Conciergerie , où il donna la liberté à environ
70. Prifonniers, Cette Commiffion eft
auffi chargée d'examiner les Placets des Cri4
minels qui font dans le cas de ceux à quiS . M.
veut faire
grace.
Le 30. du mois dernier , la Reine entendié
la Meffe dans la Chapelle du Château de Ver
failles , & S. M. communia par les mains de
l'Abbé de Saint Aulaire , fon Aumônier en
Quartier.
Le 31 veille de la Fête de tous les Saints
le Koi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle dut
Château où S. M. entendit la Meffe , & communia
par les mains du Cardinal de Rohan
Grand-Aumônier de France , enfuite le Roi
toucha un grand nombre de malades .
L'après midy , Leurs Majeftez entendirent
dans la Chapelle du Château les premieres Vê
pres , chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque de Bayeux officia pontificalement.
Le 1. de ce mois , jour de la Fête , le Roi &
La Reine entendirent la Grande Meffe , céle
brèg
2726 MERCURE DE FRANCE .
brée pontificalement par l'Evêque de Bayeux ,
& chantée par la Mufique. L'après - midi, L. M.
entendirent le Sermon du Pere Segaud , de la
Compagnie de Jefus , enfuite les fecondes Vêpres
, qui furent chantées par la Mufique , &
auquel le même Prélat officia. Leurs Majeftez
affifterent auffi aux Vêpres des Morts.
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine
entendirent la Mefle de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique.
Le 1. de ce mois , Fête de la Touffaint , il y
eut Concert fpirituel au Château des Thuilleries
. On y chanta un Motet à grands Choeurs ,
& unautre à deux voix , chanté par la De Ere
mens & l'Abbé du Cros . La Dile le Maure -
chanta feule un autre petit Motet , & on finit
par le Te Deum de M. de la Lande , précédée
d'une Symphonie de Trompettes , Timbales ,
Hautbois & Violons.
Le 2. il y eut Concert François , on executa
le Divertiffement de la Chaffe du Cerf , avec
des Cors de Chaffe. La Dile le Maure chanta
la Cantate d'Orphée , & la De Eremens , la
Cantatille d'Endimion. Le. De profundis de
M. de la Lande termina le Concert , à cauſe
de la Fête des Morts.
Le 7. & le 9. on chanta le Divertiffement de
la Beauté Couronnée , mis en Mufique par
M. Mouret , qui eft toujours très- goûté. La
Dile le Maure chanta la Cantatille d'Eglé , du
même Auteur ; la Dle Baftholet , une Ariete
Italienne , & on finit par un Motet à grand
Choeur.
Le 14. on chanta les Eleves d'Apollon , Divertiffement
mis en Mufique par M. Dornel.
La Cantate de la Naiſſance du Bal fut chantée
par
NOVEMBRE. 1729. 2727
par la De le Maure, & le Motet Exultabe
te , termina le Concert.
Le ficur Courbois , Maître de Mufique à Pa- .
ris , fit chanter le mois paffé pendant trois differentes
fois à la Meffe du Roi & de la Reine 2
un Motet de fa compofition , qui fut très ap
plaudi de la Cour , & de tous ceux qui l'entendirent.
Le Roi a donné l'Abbaye de Genlis , Ordre
de Prémontré , Diocèle de Noyon , vacante par
le décès de l'Abbé Crofat, à l'Abbé Segui , Au
teur du Panegyrique de S. Louis prêché à la
Chapelle du Louvre , au mois d'Août dernier .
dont on a donné l'Extrait plus haur, & le Prieu
ré de Lieru . Ordre de S. Auguftin , Diocèle d'Es
vreux, vacant par la mort de M. de Devifé , Evêque
de Fez, à l'Abbé Chatelain , Chapelain de
S. M.
Le Marquis de Malan de Franche Comté
Ancien Brigadier de Cavalerie , a obtenu la
Brigade des Gardes du Corps , vacante dans
la Compagnie de Noailles , par la mort de
M. le Comte de Druy . C'eft un Officier trèseftimé
, & qui ne pouvoit trop l'être , pour
remplacer quelqu'un d'auffi diftingué , par la
bravoure & par les talents de l'efprit , que l'étoit
feu M. de Druy. Le Marquis de Druy ,
pere du deffunt , eft mort Ancien Lieutenant
des Gardes du Corps , Celui - ci ne laiffe poing
de pofterité , n'ayant jamais voulu prendre
d'alliance. Il n'avoit qu'une foeur mariée au
Marquis de Guerchi , Lieutenant General des
Armées du Roi.
Depuis cette perte , M. de la Grange , Enfeigne
2728 MERCURE DE FRANCE.
feigne dans la même Compagnie , & frere de
feu M. de Segonzac , eft mort dans fa Terre ,
auprès de Fontainebleau . Sa Brigade a été donnée
à M. de la Rocqué , l'Ancien Exempt
M. de Seignieres eft monté au Bâton d'Exempt ,
& le Chevalier de Gaillon , à la place de
Brigadier.
Le Roi a remis en Penfion , en faveur du
Marquis de Calviere , fon Ecuyer ordinaire à
la petite Ecurie , une gratification annuelle de
deux mille livres , dont la plupart de fes Prédeceffeurs
avoient joui , comme faifant partie
des appointemens de leur Charge.
Le premier foin de la Reine depuis qu'elle
eft entierement rétablie de fes Couches , ayant
été de rendre à Dieu fes actions de graces
particulieres de fon heureux Accouchement
& de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
Sa Majesté vint le 7. de ce mois à l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville. La Reine qui étoit
accompagnée de Mademoiſelle de Clermont ,
Sur-Intendante de fa Maifon , & des Dames de
fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand-
Aumônier , & de fes principaux Officiers , arriva
à midi à l'Eglife Métropolitaine , ou les
Gardes Françoifes & Suiffes étoient en haye
& fous les armes. L'Archevêque de Paris
revêtu de fes Habits Pontificaux , & à la tête
des Chanoines , reçut la Reine à la Porte de
l'Eglife , avec les céremonies accoutumées ; &
après avoir complimenté Sa Majefté , il la
conduifit dans le Choeur. On chanta le Te
Deum , après lequel la Reine alla à l'Autel
de la Vierge entendre la Meffe , qui fut dite
par un de fes Chapelains . La Reine fut reconduite
à la Porte de l'Eglife avec les mêmes cévins
NOVEMBRE. 1729. 2729
remonies qui avoient été obfervées à fon arri
vées Sa Majefte étant remontée en Caroffe ,
vint au Louvre , où elle dîna. Dix- huit perfonnes
, Princeffes ou Daines du Palais eurent
l'honneur de dîner avec la Reine.
la Vers les 4 heures , SM , fe rendit par
Place des Victoires , au Convent des Capucines
; & après y avoir affifté au Salut , & demeuré
quelque-tems avec les Religieufes
S. M. partit vers les fix heures pour retourner
à Verfailles. La Reine a paru fenfible aux acclamations
, réiterées , par lefquelles le peuple
s'eft empreffé de donner des marques de fon
refpect & de fon amour pour S, M.
vre ,
Pendant le Dîner de la Reine au Vieux Lou-
M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Mufique duRoi, fit executer par les vingt - quatre
Violons du Roi , plufieurs Piéces de Symphonie
choifies , de M. de Lully. Après le
Diner , la Reine étant rentrée dans fon Appar
tement , la D'le Antier , Premiere Actrice de
l'Opera , chanta une Cantate nouvelle , intitulée
: La Nymphe de la Seine , dont les Paroles
font de M. Danchet , de l'Académie Françoife
, & la Mufique de M. de Blamont ; elle
fut chantée avec une grande précifion , & accompagnée
d'unemagnifique Symphonie , executée
par les Srs Beffon , Rebel , le Roux
Françoeur , le Noble , Braun , Marchand , Alarius
, & Brunel .
>
Le 9. la Dle Antier chanta à Verſailles devant
la Reine , dans le Salon de la Paix , la
même Cantate , avec grande Symphonie
Trompettes , Timballes , & c. après quoi M. de
Blamont fit executer par toute la Mufique
du Roi , les trois premieres Entrées du Baler
qui a déja été chanté devant le Roi , intitulé :
susiy
2740 MERCURE DE FRANCE.
Le Parnaffe. Les principaux Acteurs étoienr 5
les Ss Thevenard , d'Angerville , & Chaffé ,
& les Diles Antier , le Maure , Denis , Lenner ,
& Minier , &c. l'execution fut trouvée parfaite.
Le 16. on executa les deux dernieres Entrées
du même Balet , avec les mêmes Acteurs
& avec autant de fuccès . La Reine fut fi fatisfaite
de ces deux Concerts , qu'elle les a demandés
pour les premiers Appartemens qui fe
tiendront après les voyages de Rambouillet.
Les St Boivin , rue S. Honoré , à la Régle
d'or , & le Clerc , rue du Roule , vendent actuellement
un ſecond , & un troifiéme Livre
des Cantates de M. de Blamont , nouvellement
gravées , dont l'un eft dédié au Roi , & l'autre
a la Reine , ces Cantates font également propres
pour les Concerts particuliers , & pour
ceux qui font à grande Simphonie , étant
compofées pour la plupart des differens Inftrumens
dont on fe fert ordinairement dans les
grandes Mufiques. On vend le fecond Livre
neuf liv. & le dernier trois liv . feulement , ne
contenant pas tout- à - fait la moitié des Planches
de l'autre.On trouve auffi chez les mêmes .
le premier Livre , où font gravées les Cantatés
de Didon , de la To letto de Venus , & autres. ›
Si les deux derniers Livres qui paroiffent aujourd'hui
. font auffi agréables au Public que .
le premier , l'Auteur fe promet d'en donner
un quatriéme à la fin du mois de Janvier- prochain
, lequel avec le troifiéme qu'il donne
aujourd'hui , poutra faire un volume de la
groffeur des deux premiers Livres enſemble.
+
-Le fieur de Boullongne ayant appris le Dimanche
au matin ,. Novembre, que la Reine
vient
NOVEMBRE 1729 2731
1
viendroit à Paris le lendemain, pour continuer
de fignaler fon zele , il mit tout en ufage
pour trouver 4. Bateaux chargez , trois à remonter
en préfence de S. M. l'un en ſoupente ,
l'autre au double ; le troifiéme au triple du
chemin , que fa Machine auroit fait elle- même
, & le quatrième , à envoyer en mêmetems
loin , au- deffus d'elle, à fa même vîteffe
comme il fit le 18. Août dernier ; mais il n'a pû
faire autre chofe ce jourlà que de faire defcendre
fa Machine , conftruite fur un Bateau toujours
lefté de 200. milliers de pierres , devant
l'Appartement de S. M. & les Paffeurs publics
l'empêchant abfolument de defcendre plus
bas , il y attendit l'arrivée de la Reine , & fur
de midi il falua S. M. de la décharge de 30-
Boëtes , tirées une à une , en remontant au
Pont-Neuf , à la vuë de S, M. Après quoi , defrendu
de nouveau devant l'Appartement de
la Reine , S. M. paroiffant à l'entrée de fon
Jardin vers les quatre heures , le fieur de
Boullongne fit de nouveau en 9. minutes
en préſence de S, M. remonter fa Machine au
Pont Neuf , diftant de 220. toiſes , en tirang
un pareil nombre de Boetes , & c,
Le 8 la Lotterie pour le Remboursement
des Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en
préfence du Prévôt des Marchands & des
Echevins , en la maniere accoûtumée. Le
fonds de ce mois s'eſt trouvé monter à la fomme
de 1120075. liv . 15. f. 3. d. laquelle a été
diftribuée aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échûs , conformement à la Lifte generale
qui a été rendue publique. Le Lot le plus con-
Giderable de ce mois , qui eft de 6000, liv. eft
éch
2732 MERCURE DE FRANCE :
échû au Numero 153167. fous la Devife s.
Michel.
Le 12 de ce mois , l'ouverture du Parlement
fe fit avec les céremonies accoutumées ,
par une Meffe Solemnelle , célebrée pontificalement
dans la Grande Salle du Palais , par
Archevêque de Paris , & à laquelle le fieur
Portail , Premier Prefident , & les Chambres
affifterent.
On travaille avec une extrême diligence à
la magnifique Fête que les Ambaffadeurs d'E
pagne doivent donner par ordre du Roi Catholique.
Elle confiftera en un fuperbe Feu
d'artifice fur la Riviere de Seine , vis - à- vis le
Louvre , dont les S's Servandoni & Beaufire
ont la direction , en une grande illumination à
l'Hôtel de Bouillon , en un Feftin dans le
Jardin du même Hôtel , où l'on conftruit actuellement
une Salle de Charpente , de grandeur
convenable pour y plaeer trois Tables
de plus de cent Couverts chacune , &pour y
donner le Bal enfuite. Nous en parlerons plus
amplement.
On nous a écrit de Berry , que le 18. Octobre
dernier , M. le Comte d'Eftampes , Brigadier
des Armées du Roi , Capitaine des Gar
des du Corps de feu S. A, R. Monfeigneur le
Duc d'Orleans , pour marquer fon zele à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin , fit illumi
ner fon Château de la Ferté- Imbaut , qui eft
grand , vafte & élevé fur des Terraffes de plus
de quatre mille Lampions & Terrines. On y
-tira un fort beau Feu d'artifice , & les Fontaines
de Vin coulerent abondamment dans
le Village.
,
NOVEMBRE. 1729 2733
Voici le Difcours que M. Walpool , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre , fit au
Roi , en complimentant S. M. dans
une Audience particuliere.
SIRE,
Le Roi mon Maître , uni avec vous par les
mauds de l'amitié la plus fincere la plus
parfaite , conçoit la plus vive joye du bonheur
de V.M.il n'y eft pas moins fenfible que s'il lui
droit arrivé à lui - même la plus grande de toutes
les profperitez, Heureux les Princes dont les
voeuxfont accomplis par unEvenement qui fait
en même tems la felicité des Sujets , la joye
des Alliex , & l'interêt commun de l'Europe :
la felicité des Sujets , en procurant leur sûreté
pour le préfent pour l'avenir , fans qu'il
beur coûte ou de leur fang , on de leurs biens i
la joye des Alliez , fans autrejalousie ou ému-
Jation , que celle de cultiver à l'envi l'amizié
de V. M. Pinterêt commun de l'Europe ,
par l'efperance d'une tranquillité conftante &
durable fans être achetée par des victoiresfunef- i
#es. S'il m'étoit permis, SIRE , d'ajouter en
Bette occafion quelque choſe en mon nom parviculier
, je dirois que ce grand Miniftre qui a
an le bonheur d'être auprès de la perfonne facrée
de V. M. dès fa plus tendre jeuneſſe , & qui
par fes lumieres envisage mieux que tout autre
toutes les heureufes fuites de la Naiffance d'un
Dauphin , qui fera un jour l'Imitateur de vos
Verius. Ce Minifire même , fi j'oſe le dire , ne
I reffent
2734 MERCURE DE FRANCE .
*
33
reffent rien dans fon coeur que le mien n'ait ref-
Senti à la premiere nouvelle d'un évenement qui
doit être la fource de tant de biens.
DISCOURS prononcé par M. l'Evêque
de Boulogne , le Samedy 17. Septembre
avant la Benediction des Drapeaux des
Compagnies des Nobles & fideles Bourgeois
de la Ville de Calais.
Benedictus Dominus Deus meus , qui
docet manus meas ad prælium.
Eni foit le Seigneur mon Dieu , qui diris
ge & fortifie mon bras dans les Combats.
Ainfi parloit David , en rendant à Dieu des
Actions de graces pour la Victoire qu'il avois
remportée fur Goliath . Pour vous , Meffieurs ,
vous ne venez pas aujourd'hui dans ce Saint
Temple le remercier d'une victoire remportéefur
les Ennemis ; mais , inftruits qu'il n'eft pas
moins le Dieu de Paix que le Dieu des Combats
unefage & genereuse prévoyance , que la fidelité
pour le Roi , & l'amour pour la Patrie
infpire à votre coeur veritablement François
vous conduit au pied de ces Autels pour lui
demander qu'en beniffant vos Drapeaux par
mon Miniftere , il conduife & fortifie vos bras
pour , à l'exemple de vos illuftres Ancêtres , être
toujours prêts à les employer au ſervice du
Roi , notre Maître , & à la deffenfe de votre
Patrie.
Qu'on ne s'étonne done pas , fi au milieu de
la Paix , dans un tems où le Roi uniquement
attentif au bonheur de fes Sujets , n'eft occupé
qu'à
NOVEMBRE. 1729 2735
qu'à concilier les interêts de toutes les Puiffances
voisines ; & tandis que vous faites éclater
avec magnificence votre joye pour la Naiffance
d'un Prince , que nous regardons comme
l'heureux préfage de la tranquillité de l'Europe
entiere , vous venez ici dans un équipage
de Guerre , reconnoître que c'est de Dieu feul
qu'on tient les fentimens d'une veritable brayoure
, comme c'est lui feul qui donne les Victoires.
Vous le fçavez , Meffieurs , ces inftrumens
& ces appareils de Guerre , ne font pas telle
ment destinés à attaquer les ennemis , ou à se défendre
centre eux,c.qu'ils ne fervent encore à contenir
l'inquiétude de ceux qui par des vues
d'interet ou d'ambition , pourroient troubler
notre repos ; ainfi non contens de vous rendre
utiles à la France par un commerce avanta❤
geux , & que vous foutenez avec tant d'honneur
, vous voulez encore faire respecter la
paix dont nous jouiffons , & être toujours en
état de reprimer les efprits turbulens qui vous
droient s'opposer aux fages deffeins & aux pacifiques
confeils de notre glorieux Monarque.
Pénetrez des mêmes fentimens d'amour &
de fidelité , touchez d'ailleurs de l'attaches
ment inviolable que vous avez confervé dans
les tems les plus nébuleux pour la Religion de
vos Peres , nous allons joindre nos voeux aux
vôtres , pour demander à Dieu que les Dra
peaux fanctifiez par fa benediction , foient dans
toutes les occafions où vous ferez obligé de
vous en fervir , terribles aux ennemis de l'Etat
, & qu'à leur afpect heritiers de la valeur
de vos yeux , vous soyez toujours animez
de cette noble ardeur dont ils ont donné tant ,
de fois des preuves fi éclatantes , que l'envie-
I ij &
2736 MERCURE DE FRANCE ..
la longueur des temps n'a på les obfcureir
dont la mémoire confervée dans nos Annales,
paffera à la gloire du nom Calefien , jufqu'à in
pofterité la plus reculée.
BOUTS - RIME'S donnez dans
Le Mercure de .....
Tout Voilà ,
Out beau , Meffieurs , tout beau , les Rimes
que
Vous fervent à choquer bien plus d'une fabelle,
A vos Réflexions , s'il vous plaît , alte là:
Et refpectez la fage auffi bien que la Belle.
Près d'elle quelques uns font mal venus déjas
De courroux contre vous la moins prude éti •~
celles
Croyez- moi , s'il en fût que l'argent terraſſa ,
Il en eft qui de lui détournent la prunelle
offre
Quoique faffe un Amant , quoiqu'il tente , ou
qu'il
Quand même de Plutus il ouvriroit le coffre ,
Qu'il voudroit le donner en partie , ou tout
L'artifice eft groffier pour la fage
La folide vertu qui le connoît
Méprife fes trefors & jamais ne
pleins
Pacelle
Soudain ,
chancelle
PaNOVEMBRE,
1729. 2737
!
Papillon , Graveur en Bois , demeurant à
avertit Paris , rue S. Louis , près le Palais ,
Les Curieux , que fon petit Almanach de Paris
pour l'année 1730. fera en vente le 15. du
mois de Decembre , & qu'il este augmenté de
de trois grandes Planches , dont une est allé
gorique à la Naiſſance du DAUPHIN , qu'on a
prefentée au Roy.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Marguerite
-Therefe Rouillé , veuve du Duc de Richelieu, Pair de France , &
cy-devant Lieutenant General des, Galeres
Chevalier des Ordres du Roi , & Chevalier
d'honneur de feuë Madame la Dauphine ,
Ayeule du Roi , mort le ro. May 1715. mougut
en cette Ville le 17. du mois dernier , dans
la 69e année de fon âge. Elle étoit veuve en
premieres Noces de Jean - Baptifte-François de
Noailles , Marquis de Monclar , Lieutenant
General au Gouvernement de la Haute Auvergne
, & Maréchal des Camps & Armées
du Roi , qui mourut le 23. Juin 1696.
Le 18. Octobre , M. Nicolas- Jean - Baptifte
Ravot , Chevalier , Seigneur d'Ombreval , Lagueriniere
, Blemar , & c. cy devant Lieutenant
General de Police , Intendant de Touraine ,
Maître des Requétes , Confeiller d'honneur de
la Cour des Aydes , mourut à fa Terre de Lagueriniere
, âgé de 14 ans .
Chrétien de Lamoignon Marquis de Baf
ville , Commandeur & cy- devant Secretaire
des Ordres du Roi , & Prefident à Mortier du
Parlement , mourut en cette Ville le 28. du
I iij même
2738 MERCURE DE FRANCE.
même mois, dans la 54e année de fon âge, après
avoir exercé la Charge de Préfident à Mortier
pendant 22 ans. Il étoit petit- fils de M. Guillaume
de Lamoignon , mort Premier Prefident
du Parlement de Paris , le 10. Décembre 1677.
Le Roi a donné fa Charge à fon fils.
Dame Françoife - Angelique Chuppin , veuve
de M. Louis François Moufle de Champigni ,
Tréforier general de la Marine & du Marc
d'Or , & auparavant de M. Bernard Ourfel ,
Correcteur des Comptes , morte à Paris le 10 .
de ce mois , âgée de 64. ans .
I
M. Louis Blouin , Gouverneur du Château
de Verfailles & de fes dépendances , Gouverneur
de la Ville de Coutances , mourut à Verfailles
le 11. dans la 72c année de fon âge.
Dame Antoinette de Beauvilliers , veuve
de Me Louis Sanguin , Marquis de Livry,
Premier Maître d'Hôtel du Roi , mourut en cette
Ville le 13. âgée de 76 ans.
Le 15. Dame Marie- Therefe de Brudelor ,
veuve de M. Germain- Michel Camus de Beaulicu
, Chevalier , Confeiller d'Etat & Controlleur
general de l'Artillerie de France , mourut
âgée de 70. ans.
M Gabriel d'Heffy , Lieutenant General des
Armées du Roi, Colonel d'un Régiment Suiffe,
de fon nom , Capitaine General du Canton
de Glaris & du Confeil Souverain de ce Canton
, mourut en cette Ville le, 21. âgé d'environ
80. ans.
Les. Octobre , Dame Jeanne-Louife Thevenin
de Courfan , Epoufe de M. Jean- Zacharie
de la Faurie , Préfident en la Cour des Aydes
, accoucha d'un fils , qui fut baptifé le
6. Novembre & nommé Jear -Zacharie , par
Jean
NOVEMBRE. 1729. 2739
Jean de la Faurie , ancien Capitaine des Gre
nadiers , Baron de Mafperée , & par D. Marie
de la Geard , Epoufe de M. de la Faurie ,
Seigneur de Montant , Confeiller de la Grand-
Ghambre au Parlement de Bordeaux .
Le 6. Novembre fut baptifée à S. Euftache ,
Sophie , fille de Philippe- Charles , Comte
d'Eftampes , Marquis de la Ferté- Imbault ,
Salbris , &c. Brigadier des Armées du Roi ,
Meftre de Camp d'un Régiment d'Infanterie ,
Capitaine des Gardes de feu S. A. R. M. le
Duc d'Orleans , & de D. Jeanne- Marie Dupleffis-
Chatillon , fon Epoufe .
'
Le 8. Août 1729. M. Paul- Etienne - Charles
Maynaud , Confeiller au Parlement de Paris
, fils de M. Etienne Maynaud de la Tour .
Ecuyer , Grand Bailly de Chancellerie , & de
D. Marie Anne l'Argentier , époufa De Marie-
Nicole Roflin , fille de M. Edme- Jofeph
Roflin , Confeiller du Roi , Fermier General
des Fermes de S. M. & de D. Jeanne Marie de
Beaufort
Charles- Louis - Augufte Fouquet , Comte de
Bellifle , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Meftre de Camp general des Dragons
de France , Gouverneur d'Huningue , & Commandant
pour S. M.. dans le Pays des trois
Evêchez , veuf de Henriette de Durfort , époufa
le 15. Octobre Dame Louife-Marie - Therefe-
Emanuelle- Geneviève de Bethune , veuve
de François Rouxel , Marquis de Grancey
Lieutenant General des Armées du Roi , Gouverneur
de Dunkerque , fille de Louis - Marie-
Victoire, Comte de Bethune , Brigadier des Armées
du Roi , & de Henriette de Harcourt Beu-
Vron.LeMariage fut celebré par le Curé de faint-
I iiij Euftache
,
2740. MERCURE DE FRANCE:
Euftache dans l'Eglife des Religieufes Corde
lieres de la rue de Grenelle, Paroiffe S.Sulpice.
Le Comte de Coigny, fils du Marquis de Coi .
gny , Colonel General des Dragons , a épousé
en Bretagne , Me de Névèt , Fille de qualité,
& riche heritiere de cette Province.
Jean Rétou , Peintre du Roi , de l'Acadé
mie de Peinture & Sculpture , époufa le 14.
Novembre Marie- Anne Hallé , fille du fieur
Hallé , auffi Peintre du Roi & Premier Profeffeur
en la même Académie. Le fieur Rétou
, qui eft neveu & Eleve du celebre Jean
Jouvenet , eft déja connu par plufieurs Ou
vrages qui font efperer qu'il parviendra à la
réputation de fon Maître.
L
Réjouiffances.
E Havre de Grace eft une des Villes du
Royaume ou la joye de l'heureux accou
chement de la Reine & de la Naiffance d'un
Dauphin a le plus éclatté. Après des Fêtes
magnifiques que donnerent l'un après l'autre
le Commandant & l'Intendant de la Marine
le Corps de Ville eut fon tour le Mercredy
28. de Septembre.
Les Maire & Echevins avoient rendu une
Ordonnance pour en annoncer le jour à laVille;
toutes les Boutiques demeurerent fermées,
chacun des habitans ne s'étant occupé que du
foin de prendre part aux démonſtrations d'une
joye commune , en préparant des Illuminations
à toutes les fenêtres de leurs maiſons,
Les Maire & Echevins avoient fait prépa
rer un Feu d'artifice & 8000 Lampions pour
celles de l'Hôtel de Ville , mais un vent
furieux rendit ces préparatifs inutiles. Ils
avoient
NOVEMBRE. 1729 2741
avoient fait dès 7. heures du matin l'ouverture
de la Fête par une diftribution de près
de sooo. livres de pain , & d'une centaine de
piftoles de menues efpeces aux pauvres. On
fit couler deux Fontaines de vin l'après
midi. Sur les 6. heures du foir , le Corps de
Ville s'affembla au grand Hôtel , & fe rendit,
M. le Commandant à la tête , à l'Eglife de
Notre Dame, précedé des Gardes de M. le
Gouverneur , de tous les Violons de la Ville
& des Tambours ; deux Compagnies de Grenadiers
rangées en haye , tenant le paffage li
bre. On y chanta le Te Deum , où les Officiers
du Baillage , de la Vicomté , de l'Amirauté
& du Grenier à Sel , affifterent .
Le Corps de Ville revenu dans le même ordre
à la Place d'Armes , M. le Commandang
mit le feu au Bucher préparé devant la Statue
de Louis XIV. & les acclamations redoublées
fe mêlerent à l'inftant au bruit de l'Artillerie.
Delà M. le Commandant retourna à l'Hô
tel de Ville, & y donna la main à Me de
Rancey , Niece de M, le Gouverneur , choifie
pour la Reine de la Fête , & il la conduifit
au Cours Major , lieu deftiné pour le Repas
& pour le Bal. Cet endroit planté de trois
rangées de jeunes arbres parallele à la mu
raille de la Ville , & dont les branches entremêlées
forment un Berceau de verdure , étoit
couvert de planches & de voiles au -deffus ,
depuis la Tour qui flanque les deux murailles
jufqu'à la Porte du Perré
Dans l'Allée du milieu, on avoit difpofé une
Table longue de 150 pieds & large de 7. fur
laquelle il y avoit 208. Couverts ; 1oo. à chacun
des côtez , & 4. à chaque bout , qui fuffrent
à peine pour Mrs le. Commandant , l'In-
Iv tendang
2742 MERCURE DE FRANCE:
•
tendant & les Dames , qui s'y trouverent err
fi grand nombre , qu'on ne croit pas qu'il s'en
foit jamais trouvé autant , & de fi parées à
une même table.Il y en avoit 153.& de chaque
côté plus de 60. de fuite , fans mêlange de
fexe , ce qui , avec leur parure , & à Péclat
d'une ligne de Lampions contre la muraille ,
attachez à tous les arbres , de 15. Luftres
à 6. branches uniformes au deffus de la Table,
d'un nombre infini de flambeaux & de chandeliers
à 2. branches , deffus avec fymétrie ,
faifoit le plus beau coup d'oeil du monde.
Outre cette Table , il y en avoit dans une autre
Allée trois de 22. Couverts chacune , qui
furent également & magnifiquement fervies
avec beaucoup d'ordre & fans confufion , par
la précaution que l'on avoit euë de n'en point
permettre l'entrée aux Valets ; les Dames pouvant
fe fervir commodément elles - mêmes par
des Caraffes de vin & d'eau , rangées proprement
de chaque côté de la Table , & ne manquant
pas d'ailleurs de Cavaliers atrentifs à
les fervir & qui refterent en grand nombre
derriere elles , & pour lefquels , après qu'elles
furent levées , on forma de fecondes Tables .
Tous les Conviez , animez du même efprit ,
fe livrerent aux tranfports d'une exceffive
joye & aux fantez du Roi , de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , comme au premier
coup de chaque falve des Canons de la Citadelle
& de la Tour. Ces 153. Dames crierent
à l'uniffon d'autant de voix gracieuſes , où fe
mêloient celles des hommes , Vive le Roi ,
vive la Reine , vive Monfeigneur le Dauphin:
Au Souper fucceda le Bal , qui commença
d'abord dans l'Hôtel de Ville , & qui fe conainua
jufqu'au jour. La Fête fut terminée par
un
NOVEMBRE. 1729. 2743
un Réveillon qui fut fervi dans l'Appartement
de la Reine , & tous les débris de grand &
magnifique Repas , furent donnez aux Pauvres
& aux Prifonniers.
La Ville de Châtillon - les- Dombes, en Breffe,
dépendante du Gouvernement de Bourgogne ,
n'a pas été des dernieres à donner des marques
de la joye qu'elle a euë de la Naiflance
de l'Héritier préfomptif de la Couronne. Les
Réjouiflances fe firent le 23. d'Octobre & fu
rent précedées par la réception de M. le Marquis
de Chenelette , Brigadier des Armées du
Roi , Lieutenant Colonel du Régiment d'Epernon
, nonimé par le Roi Gouverneur de
cetteVille & du Château.Les Magiftrats l'attendirent
entre les deux Portes , pour lui préfenter
les Clefs de la Ville & le haranguer. Le
Capitaine Châtelain de la Ville , à la tête de
plus de 400. hommes de Milice Bourgeoife ,
bordoit les rues . Une autre Troupe de Bourgeois
à cheval, avec Trompettes & Timbaliers,
avoient été au- devant du nouveau Gouverneur
, qui à fon arrivée reçût les complimens
de tout le Corps de la Ville , & c.
Après les Céremonies faites à l'Hôtel de
Ville , le Te Deum fut chanté en Mufique dans
l'Eglife Collegiale. Le foir toutes les maifons
furent illuminées avec des Lanternes aux Ar
mes du Dauphin. Il y eut un Feu d'artifice ,
qui fut très-bien executé , avec quantité d'Emblêmes
. Les Magiftrats avoient fait préparer
pour le fouper quantité de Tables où il y avoit
plus de 200 perfonnes , qu'on fervit avec tou
te la profufion & la délicateffe poffible. Pendant
que plufieurs Fontaines de vin couloient
pour le Peuple , &c,
I vj L'Ab2744
MERCURE DE FRANCE.
L'Abbaye Royale de S. Germain d'Auxerre ,
eft une des plus ancienes du Royaume , & des
plus celebres. Parmi le grand nombre de Princes
qu'elle a eus pour Abbez , elle compte un
Fils de France , en la perfonne de Lotaire , fils
de l'Empereur Charles le Chauve.
Le 22. Septembre , jour de S. Maurice , premier
Titulaire de cette Eglife , refpectable par
la multitude de Saints qui y repofent , fut
choifi pour rendre à Dieu des actions de graces
pour le don inestimable d'un Dauphin. La
céremonie fut annoncée à midi par les Cloches
& par une décharge de Coulevrines &
de Boetes , placées fur la Terraffe du Jardin .
A fix heures du foir , les Religieux , après les
Complies , fe revêtirent de Chappes , & l'Orgue
joua en attendant tous ceux qui devoient
affiter à la Céremonie fuffent arrivez .
Cette heure fut choifie , afin que la décoration
du Choeur & du Sactuaire parût davantage.
Tout le Choeur étoit éclairé d'un
double rang de Cierges qui regnoit tout autour
du Sanctuaire , dont l'Autel étoit illuminé
extraordinairement.
Dès que tout fut prêt , les Officiers fe rendirent
au Choeur. L'Officiant & fes Affiftans
en Chappes , monterent d'abord à l'Autel
pour encenfer la Châffe de S. Germain , que
Fon avoit expofée , quoiqu'on ne le faffe que
trois fois l'an ; aptès quoi deux Religieux.
entonnerent les Litanies de la Vierge , qui furent
fuivies du Te Deum , lequel fut chanté
alternativement par le Choeur & par l'Orgue..
L'Artillerie , qui avoit fait une décharge au
commencement de la Ceremonie , continua
pendant tout le Te Deum , ainfi que le carillou
des Cloches. Enfuite on chanta folemnelment
NOVEMBRE. 1729. 274
1
2
lement l'Exaudiar , après lequel on alla en
céremonie allumer le Feu préparé.Il étoit dreffé
fur la même Terraffe , où étoient placées les
Coulevrines. Les Religieux y étant arivez ,fe
rangerent fur deux lignes , & l'Officiant y
mit le feu , au bruit d'une nouvelle décharge
qui fut plufieurs fois réiterée. Au retour onchanta
le Cantique Benedictus. Les Religieux
donnerent enfuite un Souper à plufieurs perfonnes
diftinguées qui avoient afifté à la Céremonie,
Sur les 8. heures la Fleche du principal Clocher
parut illuminée par un double rang de
Lampions , qui regnoit tout autour , auffi -bienque
le haut des deux grandes Croifées de
FEglife , fur lefquelles on lifoit , Vive le Roi ,
vive Monfeigneur le Dauphin. Pareilles Illuminations
étoient auffi aux fenêtres qui regar
dent fur le Rivage , & furent encore continuées
le lendemain.
Les Réjouiffances qui ont été faites à Saint
Quentin, méritent bien de n'être pas omifes ,
tant parce qu'elles ont été des premieres après
celles de Paris , que parce que la Ville n'a rien
oublié pour les rendre complettes. Le Te
Deum , fut chanté dans l'Eglife Royale dis
le rr. du mois de Septembre , avec toute la
pompe poffible & une grande Mufique. Le
Chapitre marqua fur tout fon zele par des
liberalitez faites dans toutes les Maifons de
Charité & à plufieurs Communautez: Religieufes.
Le même jour le Peuple , en préve
nant les ordres des Magiftrats , commença les-
Réjouiffances , qui ont duré & jours confécutifs
; pendant tout ce temps l'Hôtel de Ville
& toutes les Maiſons furent illuminées ; enfin
tous
2746 MERCURE DE FRANCE .
tous les Corps de la Ville ont chacun caracterifé
leur joye par quelque trait fingulier.
M. l'Abbé Hauftome , Chanoine de Saint
Quentin , devoüé de tout temps aux Beaux-
Arts , & connu par les Fêtes qu'il a données
à l'occafion du Sacre & de la Majorité du Roy,
s'eft fort diftingué en celle - cy , par une Illumination
des mieux entendues , & qui mérite
d'être rapportée. Quatre Colomnes de l'Ordre
François , diftribuées avec intelligence , partageoient
trois efpaces , ornez avec un gout
fingulier , & fupportoient un grand Couronnement
ceintré élevé au- deffus de l'Avant-
Corps. L'Edifice étoit pofé fur de grands Socles
, & étoit furmonté d'une Couronne Royale
des plus brillantes en amortiffement. Un
grand Tableau ovale , bordé de quantité de
Iumieres avec cette Infcription , NATALES
DELPHINI , Occupoit le centre de la face
principale de cette Décoration , & étoit accompagné
à chaque côté de trois Médaillons
attachez perpendiculairement l'un fur l'autre,
dans l'entre- collonement des Arrieres - Corps.
Les Infcriptions dont ils étoient chargez , défignoient
les heureux effets de l'Evenement qui
intereffe toute l'Europe . Enfin toute cette Architecture
lumineufe , conduite avec Art , autant
réguliere qu'éclatante, favorisée d'ailleurs
d'un calme parfait dans une nuit favorable ,
ne fit pas moins d'honneur à fon Auteur , que
tout ce qu'il avoit imaginé & executé jufqu'alors
dans ce genre- là.
M. Bruni de S. Cannat , fameux Négociant
de Marfeille , donna le Dimanche 23. Öctobre
une grande Fête à fa Terre de la Tour d'Aigues
, à neuf lieues de Marfeille. Il avoit invité
NOVEMBRE. 1729 2647
vité quantité de Nobleffe & de perfonnes de
diftinction , de la Campagne & des Villes
voifines.
La premiere Cerémonie & celle à laquelle
le Peuple s'intereffa le plus , fut de tranfporter
un Boeuf tout entier embroché , caparaçonné
& orné de Bouquets & de Guirlandes
de Fleurs , du Château à l'endroit où il de
voit être rôti ; il y arriva fans accident , après
qu'on l'eut promené dans le Bourg , efcorté
par une Compagnie de cent hommes bien
armez , & au fon de fix tambours , fix tam
bourins & une bande de violons.
Après cette expedition , M. & Me de S.
Cannat , avec une partie de la Compagnie
qu'ils attendoient,affifterent à la grande Meffe,
& revinrent enfuite au Château , ou un fplendide
diner fut fervi , après lequel toute l'af
femblée qui groffiffoit à tout moment , fortit
pour aller aux Aires , qui font des Places fort
fpacieufes , & on y forma des Danſes au fon
des tambourins du Pays , tandis que le Peuple
danfoit au fon des tambours. Ces Danfes
fe multiplierent fi fort , car on aime à
danfer en Provence , & le concours y fut fi
grand , qu'on ne fçauroit exprimer les tranf
ports de tout ce monde danfant , moins encore
l'étonnement des Spectateurs , de voir
tant de gens en mouvement , qui à quelque
diftance paroiffoient tous danfer & fauter.
On croira fans peine que dans un pareil
exercice on gagne de l'apetit. M. de S. Cannat
eft trop bon Citoyen , & aime trop fes
Vaffaux pour ne l'avoir pas prévu . Vers les
trois heures , les Danfes furent tout à coup
interrompuës , fans que la fimphonie champêtre
& guerriere ceffat ; mais tout le menu ટં
peuple ,
2748 MERCURE DE FRANCE.
peuple , quoiqu'extrêmement animé à la Dan---
fe , fut animé du foin ' encore plus preffans
à l'afpect du Boeuf tant defire , bien &
duement rôci , qu'on apporta au fon des fantares
& des acclammatious vives & mille
fois redoublées , tant de gofiers alterés voulant
fans doute fe dedommager du filence
qu'ils alloient garder.
Le Boeuf cheri , & déja dévoré des yeux,
quoiqu'infiniment refpecté , arriva à travers
la foule dans un lieu préparé & entouré d'une
folide barriere , où des Ecuyers tranchans.
également adroits & expeditifs le depecerent
& le diftribuerent au Peuple fans perte de
tems , avec une quantité de pain convenable.
Le vin n'étoit pas loin , une Fontaine
du meilleur du Pays coula à l'inftant , &
en fournit abondamment à tout le monde ,.
un calme admirable fucceda aux plus grandes
agitations , & ce ne fut qu'après avoir
largement repu que les chanfons commen
cerent à fe faire entendre , & ainfi par gradation
, chacun bien fatisfait de foi , plein
de contentement & de joye fe livra à d'au
tres transports d'allegreffe.
M. de S. Cannat avec toutes les perfonnes
invitées affifta aux Vêpres , à la fin defquelles
le Te Deum fut chanté dans l'Eglife Paroiliale
au bruit de 60. Boëtes & d'une décharge
de Moufqueterie de la Compagnie de
Milice Bourgeoife dont on a parlé. La Proceffion
fe fit enfuite , accompagnée de toute cette
brillante Troupe ; au retour il y eut Salus
& Benediction , accompagnée d'une feconde
falve ; après quoi on alluma le feu de la Communauté
, avec les Ceremonies accoutumées,
& toute la Compagnie invitée s'en retourna
an
NOVEMBRE. 1729. 2749
1
1
au Château , precedée de tous les Inftrumens.
Les Danfes qui ( ſelon le Proverbe ) avoient
recommencé aux Aires , durerent jufqu'à la
muit , qui fut fort belle & fort calme. Quand
elle eut déployé tous les voiles on tira un Feu
d'artifice , dont l'execution reuffit parfaitement
, & dura une heure , à la très grande
fatisfaction de tous les Spectateurs , la plus
grande partie venus des lieux circonvoifins.
La Compagnie invitée s'amufa à divers Jeux
dans la Galerie du Château , & à l'heure du
fouper on paffa dans un magnifique falon ,
fuperbement éclairé , où l'on trouva une table
en fer à Cheval de 60. Couverts , fervie
avec autant de profufion que de delicateffe
de choix & d'ordre . Soixante Dames invitées
par le Seigneur & la Dame du Château , très
bien parées , y prirent place. Les hommes
au nombre de plus de 15o. voltigeoient autour
pour les faire fervir ; & les Dames fenfibles
à cette politeffe ne les laiffoient manquer
de rien.
Après le fouper qui fut un peu long , on
ouvrir un Bal magnifique qui dura jufqu'au
jour , pendant lequel on fervit toutes fortes
de rafraîchiffemens , par l'attention de M. &
de M. de S. Cannat , qui avec des manieres
nobles & gracieules prévenoient tont le
monde ; ils avoient donné de fi bons ordres
que tout le paffa fans le moindre trou-,
ble , & que tout le monde fut content , même
les gens du meilleur gout qui ont applaudi
à cette Fête , & en ont été charmez .
Au refte , le Château de la Tour d'Aigues ,
qui eft un des plus beaux Edifices du Royaume
, bâti à peu près fur le modele de celui
de Meudon , étoit magnifiquement illuminé.
M
1750 MERCURE DE FRANCE .
M. Granier , Directeur de l'Opera à Bor
deaux , a auffi marqué fon zele avec beaucoup
d'ardeur & d'éclat ; il donna , à fes frais , au
Public une Repréſentation de Pirame & Thif
bé. L'affemblée étoit également nombreuſe &
choifie.
Le lendemain ; . O&tobre , tout l'Opera fe
rendit chez lui , où l'on executa un Concert
à grands Choeurs , qui fut trés applaudi par
une belle affemblée , & qui dura jufqu'à la
nuit , à quoi fucceda le fpectacle d'un Feu
d'artifice qui reuffit très - bien. Vis -à -vis de fa
maifon qui donne fur une Place , s'élevoient
quatre Portiques en Pilaftres , d'Ordre Dorique
, de plus de 36. pieds de hauteur , avec
un dôme au-deffus , foutenu par quatre Co
lomnes Corinthienes . Les Terrines & les Lampions
y confondoient leurs lumieres , & n'y
laifoient que des intervalles pour des Devifes
& Emblêmes allegoriques au fujet de la
Fête. Une Renommée tenant les Armes du
Dauphin & c. terminoit tout l'Edifice. Un
Dauphin porta le feu à toute la Machine qui
parut à l'inftant enflammée , & qui éclata en
Pufées , Serpentaux , Lances , Gerbes , Soleils
& c. ce qui fut terminé par une falve
de 20. pieces de Canon . Après quoi le Concert
recommença , & on fervit enfuite un
grand fouper à un grand nombre de gens de
diftinction , après lequel on ouvrit le Bal qui
dura jufqu'au jour.
FESTE
NOVEMBRE . 1729 2751
FESTE donnée par le Maréchal Due
d'Etrées , en fa Maifon d'Iffy , le 22.
Septembre.
A Porte d'Entrée & la Cour étoient illu-
Lminées par de gros fallots ; la façade de
la maifon à l'entrée l'étoit par trois cordons
de Lampions & un cordon de Fallots ; fur la
Corniche & le paffage du Veftibule , d'un
tour de Mofaique ovale & quatre Luftres .
La face de la Maiſon , du côté du Jardim ,
étoit illuminée par un cordon de lampions ,
& de cire en Mofaique ; il y avoit autour de
chaque Croifée trois cordons de Lampions ;
un cordon de Fallots fur la Corniche , un audeffus
des Manfardes , & les Cheminées garnies
en Ifs , ou Piramides de lumieres .
Dans chaque Croifée , au rez- de- Chauffée
étoit un Luftre de Criftal , & entre les Croifées
une Girandole . Au fecond étage , il y
avoit aux Croifées des Girandoles , & entre
les Croifées des Grifes ; le tout en cire. Les
deux aîles étoient illuminées dans le même
gout.
Toute la Terraffe & le Partere brilloient de
Lampions , Terrines , Pots à feu , Ifs , Girandoles
& Fallots , ce qui faifoit un très - bel
effet , avec les Pots à fleurs , Orangers & les
compartimenss du Partere & des Allées , lefquels
étoient terminées par deux grands Ifs
de Lampions.
Les deux petits Baffins du Partere étoient
illuminés tout autour , & l'on voyoit fur
l'eau plufieurs Cignes , Oyes & Canards illuminés
en transparant.
Le grand Baffin du milieu en miroir étoit
illu2952
MERCURE DE FRANCE .
illuminé par huit grands Ifs octogones en Fallots.
Dans ce miroir étoit placé fur un rocher
un Dragon de 25 pieds de haut , tenant en
fes griffes un Dauphin qui jettoit une Nappe
d'eau ; à ſes côtés étoient deux autres Dauphins
jettant auffi de l'eau . Sur les 4 côtés
étaient 4. gueules de Dragons. Derriere ce
Baffin étoit placé le Feu d'artifice , qui commença
fur les fept heures , au bruit du Ca
non , des Boëces & d'un Jeu d'Orgue de Fu
fées. On tira une grande quantité de Fufées
fur deux Potaux on alluma fix Ifs , forinés
par des Lances à feu , avec des Sauciffons.
Enfuite les 4. gueules de Dragons jetterent
quantité de feux contre le Dragon du milieu
, qui fe deffendoit par d'autres feux fortant
de la gueule & de fes yeux ; il fortic de
fon corps une Caiffe de Fufées tout à la fois
qui fic un grand effet . On alluma enfuite deux
Soleils tournans ; les Caiffes & les Pots à
feu firent merveille . Après quoi on mit le
feu à un grand Soleil fixe , dans le centre du
quel il y en avoit un tournant ; & à la fin pa
fut une grande Girande. Pendant tout l'arti-
Ace , dont l'éclat fut admirable , les Trompettes
, Timbales , Hautbois & Baffons fe faifoient
entendre à diverfes reprîfes.
Après le Feu d'artifice , le S. Defnoyers ,
Valet de Chambre de la Maréchale d'Etrées ,
fit entrer des Provençaux qui danferent aufon
du Tambourin des Danfes Provençales .
Un fouper magnifique & de la plus grande
delicateffe fut fervi fur plufieurs Tables .. La
premiere où la Maréchale d'Etrées faifoit les
honneurs étoit de 60. Couverts . A côté étoit
celle des Miniftres , de 30. Couverts ; celle
du Cardinal de Rohan , de so. & celle des
AmNOVEMBRE
. 1729. 2753
Ambaffadeurs de 30. où le Maréchal d'Eftrées
faifoit les honneurs . On y vit paroître fes belles
& rares Porcelaines. Tout y étoit d'un
grand gout & d'un grand ordre. On but toutes
les fantez , au bruit du Canon. Il y eur
pendant le fouper une très belle Mufique , &
on fut encore fort amufé par les Srs Dengui
& Charpentier avec fa Mulette & c.
Après le Repas , le Bal fut commencé par
les principaux Danfeurs & Danfeufes de
l'Opera ; on y vit la plus brillante jeuneffe
de de la Cour & de la Ville ; le Prince de
Bouillon & le Duc de la Tremouille s'y
diftinguerent beaucoup.
4 Il y avoit pour les Seigneurs & Dames qui
ne danfoient pas une Table de jeu . Le Maréchal
& la Maréchale d'Etrées firent les honneurs
de la maniere du monde la plus noble
& la plus galante jufqu'à trois heures du ma
tin. L'affluence du Peuple y fut fi grande que
40. Suiffes ne purent y refifter ; enforte qu'à
la fin le Maréchal d'Etrées ne fut, pour ainfi
dire pas le Maître chez lui.
Cette Fête procura un autre fpectacle , qui
étoit toute la Plaine de Grenelle prefque couverte
de Caroffes & de Flambeaux qui faifoient
un très- bel effet,
On donnera deux Volumes le mois prochain ,
pour pouvoir employer les Pieces qui n'ont pus
prouver place pendant le cours de la prefente
année , & qui nous paroiffent dignes de la cumofiré
du Public.
Nous demandons excufe pour les fautes d'impreffion
, aufquelles des Pieces , & fur tout des
Relations trés - mal écrites ont donné lieu . Elles
font la plupart rétablies dans l'Errata.
TABLE
TABLE .
Ieces Fugit. Ode fur la Naiffance , & C.2543
Pleces
Moyen de rendre l'eau de la Mer potable
.
>
2549-
La Naiffance du Dauphin , Cantate , 2553
Lettre d'Alep , fur les Sauterelles
L'Hymen juftifié , & c fur la Naiffance ,
Eloge du Docteur Samuel Clark ,
Catalogue de fes Ouvrages ,
Vers fur la Naiffance du Dauphin ,
Fête donnée à Caën , par M. de Vaftan ,
L'Ombre de Noftradamus au Bal , & c.
Réjouiffances à Toulouse ,
A Metz ,
A Fécamp ,
A Ponteau en Brie ,
A Cette en Languedoc ,
A Clermont en Auvergne,
2557
2562
2567
2572
2577
2578
2581
2583
2590
2593
2596
2598
2599
A Joinville ,
2602
A Pont Beauvoifin ,
2604
AMurbac , en Alface , 2607
A Châlons , par l'Abbé le Maître ,
2610
A Toulon , 2613
A Bayonne ,
2616
A S. Jean de Luz ,
2618
A Marſeille , 2624
Rondeau fur la Naiffance , 2627
Autres Réjoüiffances à Valognes ,
2628
A Entrevaux en Provence , 2630
A Abbeville ,
2632
A Graffe ,
2634
A Charleville ,
2635
A Clairac en Agenois , 2636
A Montpellier , Bureau des Finances , 2640
A Agde ,
2642
Enigme & Logogryphe.
2648 .
Nouvelles Litteraires , & c. 2650
Panegyrique de S. Louis , Extrait , 2654
Les Satyres & autres Ouvrages de Regnier ,
2664
Séance publique de l'Académie de Bordeaux ,
Nouvelle Invention du fieur Lagache ,
Elprit Aromatique , & c.
Accouchement extraordinaire ,
Chanfons Notées ,
Spectacles ,
Parodie d'Hefione , Extrait ,
Extrait ,
2671
2676
2678
2679
2689
2682
2685
Les Jeux Olympiques , ou le Prince Malade ,
Nouvelles du Temps , de Turquie ,
2697
2704
Extrait d'une Lettre de Conftantinople , 2705
Nouvelles d'Afrique ,
Lettre de Tripoly , de Syrie ,
Du Grand Caire ,
2708
2710
2711
De Pologne , d'Allemagne , d'Italie & d'Ef
pagne ,
2713
Le Comte d'Albert , reçû Prince de Berghes ,
& c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Voyage de la Reine à Paris ,
Difcours de M. Walpol , au Roi
2719
2725
2738
2733
Difcoursde l'Evêque de Bologne àCalais, 2734
Bouts Rimez remplis ,
Morts , Naiffances , Mariages ,
Rejoüiffances au Havre ,
A Châtillon-les-Dombes ,
2736
2737
2740
2743
A l'Abbaye de S. Germain d'Auxerre , 2744
A S. Quentin.2745 A la Tour d'Aiguez, 2746
A Bordeaux , à l'Opera ,
Fête du Marechal d'Eftrées ,
2750
2751
Errata de Septembre , premiere Partie .
PA.19441.7. Livres imprimez , ötex Liyses
Age 1942. lig.13.Malinerot , lifez Malincrot
P, 1945. l. 3. 459. I, 1469,
#947 . 1. 13. en fecond , ajoutez lieu, lieų.
Item 1. 24. Coloniens , l. Coloniens .
Ibid. 27. quadragentefimi, 1. quadringentefimi
Errata d'Octobre.
Page 2492. ligne 48. Comediennes
, lifeż Comediens.
P. 2622 1. 28. 1000. livres 7. 10000. livres.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 2557. ligne 4. du bas , defquelles, lifez
Pefquels
,
P. 2565 1. 14. l'une , 1. l'un.
P. 1604 l. 9. du Port , / . de Pont.
P. 2608. 1. 22. 20. l. 100
P. 2616. l . 11. de ce mois , I. de Septembre .
P. 2617.
1. dans ,
1. 19. par.
P. 2621. l. 11. Parois , I. Pavois.
P. 2622.5 23. à trois & un,l.à trois trous & un
Ibid. 1. 24. ornée . 1. montée.
P. 2624.. 13. faîte , 1. fuft."
P. 2625. 1. I. de, ôtez ce mot.
P 2628 1. 15. le 16 du mois , 1. le 16. Octobra
P. 2630. 1. 22. Scene , 1. Fête.
P. 2632. 1. 1. les Majeurs , 1, les Mayeurs.
P.2633.1.1.Prince & de Nugent,. & de Nogent
P 2634 24 decoré , 1. décorée.
P. 2635
17. par un , 1 en.
P. 2643 1 4. Port , 1. Pont.
Ibid. 13. du bas , fes , . des.
P 2648 1. s en grand , ajoutez , bruit de,
P. 2658. 1. 30. exception , I acception.
P. 2673. 1. 20. refufe , refute.
P. 2679. 1. 2 , du bas , Rhône , 1. Rhein.
P. 2680. l. 16. Scene , 1. Cêne .
L'Air noté doit regarder la page
2680
Qualité de la reconnaissance optique de caractères