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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
OCTOBRE 1729 .
m
QUE
COLLIG
TARGITE
Pacz
A PARIS ,
IR
( GUILLAUME CAVELIER , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy .
L
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceure qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
Les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROY.
OCTOBRE.. 1729 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX *
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Es voeux, enfin , Peuple fidele ,
T Sont comblez dans cet heureux jour,
Le Ciel récompenſe ton zele ;
Tu vois l'excès de fon amour,
Tu ne fçaurois le méconnoître ;
A ij En
2332 MERCURE DE FRANCE ,
Et le Prince qui vient de naître ,
En eft un gage glorieux :
S'il te l'a fait long- temps attendre ,
Ce n'étoit que pour te le rendre ,
Et plus cher & plus précieux.
A tes defirs , augufte Reine ,
Le Ciel a voulu l'accorder ,
Tes Sujets partageant ta peine ,
Avoient ofé le demander ;
Nous beniffons un Dieu propice ,
Daigne te joindre au Sacrifice ,
Qu'offrent nos coeurs reconnoiffans
Ta pieté tendre & conftante ,
Ta vertu , ta foi triomphante ,
Feront agréer notre encens ,
柒
De tout l'éclat qui t'environne
Ton coeur ne paroît point jaloux ;
Tu dédaignerois la Couronne ,
Si Louis n'étoit ton Epoux ,
Toûjours maîtreffe de toi-même ,
Ton front orné dụ Diadême ,
Eſt humble au milieu des grandeurs ;
Dieu chérit celui qui s'oublie ;
Et quand un Mortel s'humilie ,
Il l'éleve aux plus grands honneurs.
Ton
OCTOBRE . 1729. 2333
Ton heureux exemple fait naître ,
La ſageſfe & la pieté :
Le vice affreux va difparoître ,
Des coeurs qu'il avoit infecté ;
Déja la fraude & l'injuſtice ,
La flaterie & l'artifice ,
En font exilez fans retour :
Toi feule as produit ces miracles;
La vertu règne fans obftacles ,
Et fur ton Trône & dans ta Cours
M
Louis , même , je l'ofe dire ,
LOUIS s'empreffe à t'imiter:
Charmé des vertus qu'il admire ,
Il cherche à les faire éclater ;
Chéri d'une Epouſe qu'il aime ,
Ce Prince d'une joye extrême ,
Reffent les tranfports en ce jour :
Il voit ta tendreffe féconde ,
Combler pour le bonheur du monde ,
Et fon efpoir & fon amour.
La Chaffe , image de la guerre ,
De fes plaifirs eft le plus doux ;
Son Courfier fait gémir la terre ,
Sous un poids dont il eft jaloux ;
LOUIS , fur les aîles rapides ,
A iij
Va
2334 MERCURE DE FRANCE.
Va braver des Monftres perfides ;
Leur fureur ne peut l'arrêter :
Et fon impatient courage ,
Se plaint de n'avoir à fon âge ,
Que ces ennemis à dompter.
M
Sur d'être aimé de la Victoire ,
Ce Prince par mille combats ,
Dans la carriere de la gloire ,
Brûle de fignaler fon bras ;
Mais il écoute la Prudence ,
Et ton repos , heureufe FRANCE ,
Eft un bien trop cher à fes yeux :
Louis , en épargnant nos têtes ,
Ne veut que nos coeurs pour conquêtes ,
Quel triomphe eft plus glorieux ?
Mais que de Fêtes éclatantes !
Les vins coulent de nos Côteaux ,
Les nuits par leurs clartez brillantes ,
Effacent les jours les plus beaux ;
Simbole heureux de notre joye ,
Le feu dans les airs fe déploye ,
Jufqu'au Ciel il porte nos voeux :
Viens , FRANCE , reconnois ton Maître ,
Le Ciel en ce jour l'a fait naître ,
Pour le bonheur de nos neveux.
Dieux !
OCTOBRE 1729 2335
Dieux , que de pompeuſes images !
D'un Thrône , l'augufte fplendeur ,
Des Lauriers , mille heureux préfages
Me font garants de fa grandeur ;
Que de gloire ! que de Conquêtes !
Que de Triomphes ! que de Fêtes !
Mes foibles yeux font éblouis :
Dans l'avenir ceffons de lire ;
Il eft né , c'en eft affez dire , >
De l'illuftre Sang de LOUIS.
Par M. Richard de Ruffey , de Dijoni
XXXXXXXX XXXXXX :X
SUITE des Refléxions de M. *** , Medecin
de Montpellier , au fujet de la Réponfe
de M. Hecquet à M. Sylva
Auteur du Traité des differentesfortes de
Saignées.
L
E reffentiment de M. Hecquet contre
fon Adverfaire , l'a engagé peutêtre
, fans s'en appercevoir , à lui prêter
des torts ,dans les occafions mêmes où celui-
ci lui en fournit le moins de prétexte.
Sa paffion ne feroit pas fatisfaite , s'il ne
relevoit que ce qui paroît inadvertance ,
méprife , ou erreur ; le champ ne feroit
pas affez vafte ; elle n'en demeure pas là's
A iiij .
elle
2336 MERCURE DE FRANCE .
elle va jufqu'à colorer les objets , de ma
niere qu'il voit dans le Livre qu'il combat,
tout ce qui peut authorifer des reproches
dans les termes les moins mefurez.
Il fait dire , par exemple , à M. Sylva
qu'on ne doit jamais faigner que du bras ,
du pied & du col , & qu'on doit profcrire
toutes les autres faignées . Il infinuë même
que cet Auteur voudroit qu'on ne
pratiquat jamais que celle du pied , &
que s'il dit qu'il faut conferver à la Medecine
celle du bras , c'eſt par complai
fance , & que s'il ne bannit pas celle de
la gorge , c'eft de peur de s'attirer des
Critiques de la part de deux grands Medecins
, l'un de Londres , & l'autre de Tu
rin. Qu'enfin cette conduite priveroit ,
fi elle étoit fuivie , des avantages de la
faignée de la Salvatelle , dont il fait des
éloges d'un ftile qui fent un peu la déclamation
.
Si le Lecteur , en examinant la Criti
que de l'Ouvrage de M. Sylva , avoit
fous les yeux en même - tems fon Traité
on n'auroit pas besoin de répondre à cette
accufation ; car on y liroit , à la verité
qu'il dit hiftoriquement , comme il eft
vrai , qu'on ne fait plus préfentement
que trois fortes de faignées ; mais on ne
verroit dans aucun endroit qu'il condamme
les autres qu'on faifoit autrefois . On y
trou
OCTOBRE. 1729. 2337
trouveroit même formellement , qué lorf
que les veines qui font au pli du bras ne
font pas bonnes , on doit ouvrir les principaux
rameaux qui rampent fur le deffus
de la main : or , la Salvatelle eft préciſément
dans ce cas . Il faut que M. H. ne
s'en foit douté. Il eft néanmoins expas
ceffivement pénétrant. Il lit dans les intentions
. Il ne fçait pas , à la verité , ni la
fituation , ni les fonctions du coeur , ainfi
que nous l'avons fait voir dans nos premieres
Refléxions ; mais il eft merveilleux
pour en développer les replis . Il fonde
bien avant dans l'interieur . Il découvre
ce dont perfonne n'auroit jamais pû s'ap- ,
percevoir. On n'auroit jamais crû , en effet ,
s'il n'avoit publié faRevelation, que celui ,
qui conféquemment à fes principes , def- ,
fend expreffément la faigne du pied dans
les inflammations de tous les endroits où
fe diftribuent de chaque côté huit ou dix
des intercoftales , de l'Eftomach , des Inteſtins
, du Mezentere , du Foye , de la
Ratte , du Pancreas , des Reins , de la-
Veffic , de la Matrice en un mot , de toutes
les parties qui reçoivent leur fang des
rameaux de l'Aorte inferieure , voulût que
cette feule faignée eût toujours la préférence
; & que celui qui prouve que la:
faignée du pied eft dangereule dans les
embarras douloureux du bas - ventre , ne
A v Con
1
2338 MERCURE DE FRANCE:
confervât la faignée du bras que par complaifance
, lui qui l'ordonne dans beaucoup
plus de cas que celle du pied , puifqu'il
la confeille dans tous les engagemens
qui arrivent au fang qui eft porté
par les branches de l'Aorte defcendante.
Or , on fçait qu'elles font en bien plus
grand nombre , que les ramifications de
l'afcendante , & qu'elles fe diftribuent
à beaucoup plus de parties . M. H. a donc
beau s'occuper à former de fauffes accufations
contre la faignée du pied , il n'engagera
pas M. Sylva à lui donner de
fauffes louanges . Il peut auffi dire , tant
qu'il voudra , comme il l'avance dans une
de fes Lettres fur la Révulfion , qu'il n'y
auroit pas grand mal de bannir la faignée
du pied de la Medecine ; il ne déterminera
pas fon Adverfaire à vouloir profcrire
par récrimination celle du bras . Il
fçait qu'on ne doit point prendre de ces
goûts paffionnez pour certains remedes
qui les font préférer à tous les autres , ni
de ces averfions violentes qui en font
paroître les effets toujours fufpects . Ces
efpeces d'impreffions vives , féduifent ,
font tomber dans l'illufion , de maniere
que l'efprit devient la dupe du coeur , &
le jugement celle de l'imagination . Le
Medecin doit donc fe deffendre avec foin
de ces préventions , ou les facrifier à la
9
raifon
OCTOBRE. 1729 2339
raifon qui doit être fon guide , & au defir
de guérir , qui doit être fa paffion dominante.
Sans quoi , eut - on foixante ans de
pratique , au lieu de quarante- cinq , on
ne fait que fe copier dans fes fautes , on
fçait mauvais gré à ceux qui nous les
font appercevoir , même avec ménagement
; on leur répond avec hauteur
croyant répondre avec dignité ; on les
fait penfer de la maniere qu'il faut pour
leur donner des ridicules ; on leur accor
de des qualitez frivoles , pour leur refus
fer les effentielles ; on dément le jugement
du Public , foutenu par les fuccès :
on paroît prendre fes interêts , tandis
qu'on ne fert que ceux de fon amour propre
, &c. C'est en fe paffionnant pour
certains remedes , qu'on ajuſte avec art
les circonstances qui peuvent déterminer
à leur ufage , & qu'on fait taire toutes
les connoiffances qui pourroient empêcher
de leur donner la préférence fur des
fecours mieux indiquez . M. H. me permettra
de lui dire qu'il eft tombé plus
d'une fois dans cet écueil. Il s'eft pris de
goût par la faignée de la Salvatelle , dans fon
nouvel Ouvrage , que ne fait il pas pour
la rendre recommandable dans les maladies
de la Ratte ? Il n'y a rien qui lui coûte
pour donner à cette idée quelque apparence
fpecieufe. Il établit que la Ratte re-
A vj çoit
2340 MERCURE DE FRANCE :
çoit quatre fois plus de fang arteriel qu'el
le n'en a de venal . Il fuppofe comme une
verité que le fang de la Salvatelle eft en
quelque façon arteriel , ce qu'il prouve
parce que celui qu'on tire de cette veine,
eft plus rouge que celui des veines du pli
du bras ; d'où il conclud qu'une faignée
qui vuide un fang de cette nature , doit
convenir mieux que toute autre , pour fou
Jager une partie où le fang arteriel abonde.
Combien de chofes oublie - t- il dans
ce moment , pour donner à cette erreur
quelque couleur qui la rende fupportable
? Le Lecteur nous fçaura gré , s'il lui
plaît , de ne pas relever en détail toutes
les méprifes que cette opinion fuppofe
& celles où elle entraîne , & de nous contenter
d'en indiquer feulement quelquesunes.
La Salvatelle eft un petit vaiffeau fans
battement , qui rampe fur le deffus de la
main , entre le doigt annulaire , & l'auriculaire
, & qui ne fournit raifonnablement
de fang quand on le picque , qu'à
la faveur de l'eau chaude où l'on trempe
la main. I le reçoit de quelques veines
capillaires , & le jette dans la veine cubitale.
Il eft vrai que le fang que ce rameau
fournit par la faignée, eft plus rouge
que celui qui fort des groffes veines
mais de- là a - t- on droit de conclure qu'il
•
foit
OCTOBRE. 1729. 2348
1
foit arteriel ? On en pourroit dire autant
par la même raifon , & avec auffi peu de
fondement , de celui de tous les petits
vaiffeaux du corps . Cette couleur , quand
elle n'est pas accompagnée d'autres circonftances
, peut - elle en impofer à un
Medecin qui a tant fait répandre de fang?
N'a-til pas obfervé avec tout le monde ,
que plus la colomne de fang , qui coule
d'un vaiffeau , eft mince , plus le fang eft
vermeil. Que plus le fang coule avec lenteur
, plus fa couleur eft vive . Que celui
qui vient goutte à goutte , eft ordinairement
très- rouge. Que celui qui fort par
une petite ouverture eft purpurin . Que
celui qui tombe dans un vaiffeau creux
eft noirâtre , & qu'une portion de ce même
fang , qui fe répand fur l'affiette , eft
d'un rouge éclatant. Seroit - il , poffible
qu'il ignorat tout feul , que ces effets dépendent
de l'impreffion plus ou moins
grande que l'air fait fur le fang , à proportion
que celui- ci préfente plus ou
moins de furface ? Ainfi la rougeur du
fang de la Salvatelle prouve feulement que
cette veine eft petite , que l'ouverture
qu'on y fait n'eft pas large , peut - être
auffi que la chaleur de l'eau où l'on a plongé
le poignet a rarefié le fang ; mais elle -
ne fçauroit prouver autre chofe , & par
conféquent la faignée qu'on y pratiquera
ne.
2342 MERCURE DE FRANCE .
9
ne fçauroit avoir d'autres effets que ceux
de la cubitale , qu'elle forme en fe réuniffant
à d'autres petits rameaux , & qui res
çoit comme elle fon fang du même vaiffeau
arteriel , c'eft- à dire , de l'artere cubitale.
Mais quand on accorderoit à M.H.
contre l'évidence Anatomique , que cette
veine , d'où il veut préfentement que l'on
faigne dans les embarras de la Ratte
contient un fang arteriel , qu'en pourroitil
conclure en faveur de fon ufage ; fpécialement
pour cette efpece de maladie ?
Il s'enfuivroit feulement que le fang ar
teriel étant porté plus abondamment vers
la main , il s'en porteroit moins dans le
tronc de l'Aorte inferieure , donc tous les
rameaux qui en partent en recevroient
moins , proportionellement à leur calibre ,
donc les mezenteriques , les émulgentes ,
& c. s'en reffentiroient comme la fplenique
, donc cette faignée conviendroit autant
dans les maladies des parties où ces
arteres fe diftribuent , que dans les maux
qui arrivent à celle où la fplénique va fe
perdre. La preuve de cette verité eft facile
à trouver & à comprendre . La détermination
d'une plus grande quantité de
fang qui fe fait vers la Salvatelle ( fut elle
arrere ) le faifant neceffairement aux dépens
de l'Aorte inferieure , il faut que toutes
fes branches participent à la diminution
OCTOBRE. 1729 2343
tion de la quantité du fang dont elles font
privées à cette occafion , & par conféquent
cette faignée ne fçauroit convenir
aux maladies de la Ratte plus qu'à celles
des Reins , des Inteftins , & c. A la verité
, elle n'y convient pas moins auffi
car tous les rameaux fe reffentent de ce
qui eft dérobé au tronc d'où ils partent ,
& d'où ils puifent leur fang. 11 fuit évidemment
de ce qui vient d'être prouvé ,
que de quelque vaiffeau de la main ou du
bras que l'on tire une égale quantité de
fang , tous les rameaux de l'Aorte inferieure
en feront privez , pendant que dure
la faignée , d'une maniere proportionelle.
ment uniforme. Donc , toutes les parties
où ils portent leur fang , en feront également
foulagées à proportion . Donc , l'artere
fplenique recevra moins de fang précifément
comine fi l'on avoit ouvert la
Salvatelle . Donc , dans les maladies de la
Ratte , qui demandent la faignée , l'ouverture
de quelques vaiffeaux du bras ,
quel qu'il foit , eft également utile , fi la
quantité de fang que l'on en tire eft précifément
la même. Ce n'eft pas tout encore
; plus le fang coulera vivement &
abondamment par un vaiffeau ouvert à la
main , ou au pli du bras , plus il fe perdra
de fang en tems égal , & plus il fera déterminé
de fang vers l'artère qui répond
au
2344 MERCURE DE FRANCE.
au vaiffeau picqué. Donc , en tems égal ,
l'Aorte inferieure & fes rameaux , s'en
reffentiront davantage . Donc , en tems
égal, il fera moins porté de fang à la Ratte
par l'artere fplénique . Donc , le foulagement
qu'elle doit reffentir fera plus prompt
& plus fenfible. Or , comme une large.
ouverture , faite à une plus groffe veine ,
expoſée au jeu des mufcles qu'on fait agir
pendant les faignées qu'on pratique au pli
du bras , eft caufe qu'il s'écoule plus de
fang en tems égal , qu'il ne peut s'en échapper
par une petite ouverture , faite à une
petite veine , & dont le fang eft obligé de
couler dans l'eau , qui eft un córps plus
denfe que l'air , & par conféquent plus.
capable que lui d'en ralentir le jet ; il eft.
évident qu'il n'y a pas de faignée du bras
dont le fuccès doive être moins fenfible &
moins promptement manifefte que de celle
de la Salvatelle . M. H. peut le rendre
avec toute sûreté à la jufteffe de cette conféquence
car je l'avertis que cette propofition
a été avancée par un Ancien , &
qui plus eft, par un ancien Maître de l'Ecole
de Paris , qui même l'emprunte de.
Galien , & qui enfin le mocque fur ce
point de la fuperftition des Arabes . Voilà
hien des titres pour qu'il l'adopte fans
fcrupule. Il la trouvera dans la page 3 1.2 .
du Corps de Medecine de Perdulcis . Mais
G
OCTOBRE. 1729. 2345
fi malgré l'habitude dont il fait gloire , il
réfifte à l'authorité , il fera ébranlé par la
remarque fuivante . M. H. dans fes Obfervations
fur la Saignée du Pied , en vou
loir faire craindre l'ufage , en ce qu'il s'étoit
perfuadé qu'elle dérangeoit plus &
plus promptement la circulation du fang
que celle du bras , par la raifon qu'elle
vuidoit un fang plein de force & d'impétuofité
, ce qu'il déduifoit de ce que la
Saphene qu'on ouvre dans cette faignée ,
étoit plus proche des origines des veines
capillaires , & de l'extrémité des arteres
qui lui fourniffent le fang , & qu'elle fouffroit
moins de détours que la veine qu'on
picque au pli du bras. Aujourd'hui il fe
déclare en faveur de la faignée de la Salvatelle
, prefque exclufivement à celle des
autres vaiffeaux des extrémitez collaterales
; & cette raifon de préference eft fon
dée fur l'idée qu'il a que cette veine contient
un fang arteriel & impétueux , &
qu'elle touche prefque aux fources d'où
elle le reçoit , c'est-à- dire , que les mêmes,
circonftances , qui étoient le prétexte de
fes craintes il y a quelque tems , font à
préfent le motif de fa confiance. Mais l'une
& l'autre font également mal fondées . Il
faut avouer qu'il n'eft pas heureux à faifir
le point de la verité. Le démerite de la
faignée du pied , fur le fondement qu'il
établis
2346 MERCURE DE FRANCE.
établit , n'a aucune réalité. M. S. lui a
prouvé dans le Chapitre X. de la fecone
de partie du Traité des faignées , que loin
que le fang tiré de la Saphene, forte avec
plus d'impetuofité que celui qu'on tire de
ła Mediane , il fort au contraire plus .
lentement. Pour mettre cette verité dans
tout fon jour , il a emprunté de l'hydrof
tatique huit principes , par le moyen defquels
il démontre que le fang doit fe mou
voir très lentement dans les origines capillaires
de la veine- cave , que cette vî
teffe doit augmenter à mesure que ces
veines fe réuniffent , & qu'elles fe rédui
fent à un moindre nombre de plus gros
rameaux , & par conféquent , puifque la
Saphene , qu'on ouvre dans la faignée du
pied, eft une veine plus petite , que la Médiane
qu'on picque dans la faignée du
bras , & qu'elle eft moins éloignée des
origines capillaires des veines qui lui donnent
naiffance , le fang y doit rouler avec
moins de vîteffe que dans la Médiane
d'où il conclud qu'il doit fortir plus lentement
de la veine qui eft à la cheville ,
que de celle qui eft au pli du bras , parce
que le mouvement lateral , qui pouffe le
fang par l'ouverture faite à la veine , doit
être proportionné au mouvement direct
que le fang a dans cette même veine. Les
démonstrations de M. S. qui meritent
d'être
OCTOBRE. 1729. 2347
d'être luës avec attention dans le Chapitre
que nous avons cité , ne fervent pas
feulement à juftifier la faignée du pied du
reproche que lui faifoit alors M. H. mais
elles font voir combien eft injufte la préference
qu'il donne aujourd'hui à celle
de la Salvatelle , fur l'opinion , que par
fon moyen on fait rejallir au loin un fang
plein de force & d'impétuofité ; car cette
veine étant plus petite , & plus proche des
capillaires , que ne le font les veines du
bras qu'on a coutume d'ouvrir , le fang
loin d'en fortir plus impétueufement que
des autres , doit au contraire en couler
avec foibleffe & lenteur. Auffi l'expérience
eft- elle fur ce point pleinement d'ac
cord avec le raifonnement , puifque cette
faignée eft trois fois plus de tems à être
executée , que celle des grofles veines
J'en appellerois volontiers aux Chirurgiens
, fi je ne craignois de m'attirer de
la part de M. H. des reproches auffi vifs
que ceux qu'il fait à fon Confrere , de ce
qu'il a ofé citer dans fon Livre , Mrs Mauriceau
& la Mothe , en parlant des acci
dens qui arrivent aux femmes dans les
couches .
Tout ce que nous avons dit fur la faignée
de la Salvatelle juſtifie de refte M.
S. de n'en avoir pas fait un Chapitre exprès
, & de ne lui avoir point donné des
éloges
2348 MERCURE DE FRANCE.
éloges que la raifon n'auroit point avoüés,
& que l'experience auroit démentis. M. H.
n'a été determiné à lui prodiguer les fiens
que fur une Analogie , qui même quand
elle feroit réelle , feroit à peine affez ſpecieuſe
pour féduire un homme qui ne
voudroit pas fe rendre legerement à de
fimples lueurs . On ne fe feroit pas douté
que celui qui ne croit pas que les notions
géométriques alliées aux connoiffances
les plus inconteftables de l'Anatomie
foient capables d'aider un Medecin , fe
prêtât avec tant de facilité à des Analo
gies fuppofées , & décidât du mérite d'un
remede , fur un fondement auffi peu folide
; car enfin , quand il feroit auffi vrai,
qu'il eft démontré qu'il eft faux , que la
Salvatelle fournit un fang vif , impetueux
plein de force & d'action ; en un mot,un
fang arteriel , pourroit on conclure avec
raifon , que la faignée de cette veine dût
foulager fpecialement une partie avec la
quelle elle n'a aucune communication
particuliere , quand même celle- ci contiendroit
beaucoup plus de fang arteriel
que de venal , n'eft- il pas évident que toute
autre faignée du bras qui détourneroit
autant de fang de l'Aorte inferieure , en
déroberoit autant , & de la même mapiere
, à tous les rameaux qui en naiſſent ;
ainsi que ces rameaux arteriels foient
plus
OCTOBRE . 1729. 2349
plus gros , ou en plus grand nombre que
les veines qui y répondent , ou non , ils
ne recevront du fang qu'à proportion que
leur tronc peut leur en fournir , & celui-
ci ne leur en donnera qu'à proportion
qu'il en aura lui - même ; par confé,
quent tout ce qui en privera également le
tronc , produira le même effet à l'égard
des branches , fans que le choix de la
veine ( pourvû qu'on l'ouvre dans la mê
me extrémité ) puiffe donner occafion à
la moindre difference ; mais ce qui met
le comble à tant d'erreurs , c'eſt qu'il n'y
a ni raiſon ni pretexte pour fe perfuader
ce qui fait la baze du raifonnement de notre
Auteur. Qu'eft- ce qui a pû faire croire
que la Ratte de l'homme ait quatre fois
plus de fang arteriel que de venal ? encore
fi la veine fplenique étoit en effet
plus étroite que l'artere du même nom ,
on auroit eu quelque lieu de foupçonner
une chofe auffi contraire aux loix de la circulation
, & à ce qu'obſerve conftamment
la nature , dans prefque toutes les operations
qui entretiennent l'oeconomic animale.
Mais cette apparence qui auroit pû
jetter dans l'illufion , ne fe rencontre pas
même dans ce cas , pour fournir la matiere
d'une Apologie bonne ou mauvaiſe .
Un homme qui ne fe feroit pas accoûtumé
à précipiter les jugemens , qui examinc$
350 MERCURE DE FRANCE .
mineroit par lui même , au lieu de croire
legerement fur la foi d'autrui , auroit commencé
par fe bien affurer fi cette ftructure
eft réelle ; & s'il l'avoit trouvée telle ,
il auroit cherché à fe rendre compte de
cette fingularité. Il fe feroit dit , que
peut-être le fang paffoit plus vite dans la
veine que dans l'artere , en confequence
du changement qui auroit pû lui arriver
dans la rate , & que l'augmentation de
fa viteffe , auroit pû compenfer la difference
du calibre des vaiffeaux . Ou bien
il auroit foupçonné que peut être le
fang étant plus denſe , moins rarefié , dans
la veine que dans l'artere fplenique , à
F'occafion de quelque alteration qu'il au➡
roit reçu dans la Ratte , il pourroit occuper
moins de volume , & devenir par là
en proportion avec la cavité de la veine
qui fe trouveroit moins ample que celle de
Partère. Enfin s'il n'avoit pas été content
de fes conjectures , ce qui arrive à mefure
qu'on est plus éclairé , il feroit convenu
qu'il pouvoit ne pas fçavoir la raifon de
cette difference . Mais cela ne lui auroit
point fait penfer que s'il étoit porté , en
effet, à une partie dans l'état naturel, quatre
fois plus de fang qu'il n'en revient , elle ne
tombât pas bientôt dans un engorgement
funefte , quand il n'y auroit que quatre
goutes de fang qui y fuffent retenues à
chaque
OCTOBRE. 1729. 2351
chaque pulfation du coeur. Car en ne
comptant que le nombre de battements
qui arrivent dans un jour , il auroit compris
que la quantité de fang qui s'accu
muleroit dans la Ratte en 24 heures , feroit
fort fuperieure à fon volume , dechireroit
bien-tôt fon tiffu cellulaire , & c.
Comment donc M. H. qui doit fçavoir
(car quel eft le Medecin qui l'ignore }
que la veine fplenique eft fenfiblement
plus large que l'artere du même nom , &
cela dans la proportion qu'on obferve
fur les autres parties , ( fi on en excepte
le Poulmon , ) & qui par confequent
n'a pas eu même de prétexte pour tom
ber dans l'illufion ; comment , dis - je
s'y eft-il livré fi pleinement , qu'il ait bâti
fur cet amas d'erreurs un fiftême qu'il
débite avec la confiance la plus capable
d'en impofer à ceux qui avec raifon font
prévenus en faveur de fon mérite : il eft
étonnant qu'il ait oublié toutes les refléxions
judicieufes qu'il a femées dans prefque
tous fes Ouvrages , contre les liftêmes
en Médecine , & qu'il ne l'enrichiffe
pas aujourd'hui d'obſervations . Une lon.
gue pratique en fournit plus qu'il n'en
faut , & fait quelquefois perdre l'habitude
de raifonner , fur - tout quand on a
contracté celle de laiffer fubjuguer fa
raiſon , & de vouloir fubjuguer celle des
5
autres
2352 MERCURE DE FRANCE .
autres par le poids humiliant & tirannique
des autoritez . Dailleurs la politeffe qui
deffend de nier des faits , n'empêche pas
de combattre des raifons , ou , pour mieux
dire , des raifonnemens Il auroit donc eu
meilleur marché de fes Lecteurs , s'il avoit
pris ce premier parti , & je penfe affez
bien de la maniere d'obferver, pour croire
que nous n'y aurions pas perdu . Il n'eft
cependant pas difficile fur les obfervations
, pourvû neanmoins qu'elles foient
communiquées par des Auteurs qui ne
refpirent pas le même air que lui . Il n'exige
pas qu'elles foient munies de circonftances
, qui font la feule chofe cependant
qui peut les rendre utiles , il les
adopte fans trop d'examen , & en fait des
regles de pratique. On trouve dans ía
derniere Edition des Oeuvres de M. Bianchi
, que dans les tranfports au cerveau
des hommes , il fait, faigner de la Salvatelle
avec autant de fuccès , qu'on en a
de la faignée du pied, dans les femmes en
pareil cas. Il décide que cette derniere
faignée ne doit être employée dans ces
occafions , que dans les perfonnes du fexe ,
& que pour les hommes , on doit fans
hefiter mettre en ufage celle de la main
par préference. En voilà affez pour engager
M. H. à la regarder comme le
meilleur de tous les moyens pour débar
raffer
"
OCTOBRE. 1729 2353
raffer la tête. Il auroit cependant affez
de peine à concilier les louanges exceffives
qu'il lui donne dans les maladies de
la ratte , avec l'efficacité fpecifique qu'il
lui attribue pour dégager le cerveau ; car
il est bien difficile de concevoir que , fi
cette faignée détourne fpécialement le
fang des rameaux de l'Aorte inférieure ,
elle puiffe l'écarter & l'éloigner des ramifications
de la fuperieure. Elle ne peut
produire le premier de ces effets , qu'en
déterminant , qu'en appellant , qu'en attirant
, pour ainfi dire , la colomne de
fang vers les vaiffeaux où elle fe pratique
, c'est- à- dire , vers les arteres fupérieures
; fi cela eft , comment pourrat'elle
faire couler le fang plus vivement &
plus abondamment vers un tronc , fans
qu'il fe porte en même- tems en plus grande
quantité , & plus vite dans les branches
qui en partent , ou faire que le fang
fe meuve plus vite dans quelqu'une des
branches , qu'en même- tems il ne marche
plus promtement dans le tronc d'où
elles naiffent ? Ainfi la quantité & la viteffe
du fang ne peuvent augmenter dans
les rameaux arteriels qui le fourniffent à
la Salvatelle , qu'elles n'augmentent en
même-tems auffi dans la brachiale d'où
ils le reçoivent , & par une fuite neceffaire
dans la fouclaviere qui le fournit à à
B ` la
1
2354 MERCURE DE FRANCE .
la brachiale. Cette liqueur ne peut cou
ler avec plus de promtitude dans la fou
claviere , qu'elle ne fe préfente plus fouvent
entems égal aux embouchures des
arteres qui en fortent , telles que font la
carotide & la vertebrale. Donc dans le
même efpace de tems , il entrera plus de
fang dans ces arteres , que lorfque fon
mouvement étoit moins rapide dans leur
tronc commun , & fa quantité moins confiderable
; donc en tems égal le fang s'élancera
plus vivement & plus abondamment
au cerveau , qu'il ne le faifoit quand
fon cours étoit plus lent , & que fon volume
étoit moindre dans la fouclaviere ;
donc la faignée de la Salvatelle donnera
occafion à cette liqueur de fe porter au
cerveau en plus grande quantité , & plus
impétueufement ; donc fi cette faignée
convient dans les maladies de la Ratte ,
parcequ'elle empêche qu'il n'y foit pouffé
autant de fang qu'à l'accoutumée , elle ne
fçauroit réüffir dans celle du cerveau , où
elle en détermine un nouveau volume .
Il faut que M. H. opte neceffairement ,
& qu'il dife que cette faignée ne réuffit
que dans les maladies de l'une de ces
parties , & qu'elle doit par cette même
raifon nuire dans les maladies de l'autre,
Il faut auffi qu'il avoue qu'il n'y a aucune
faignée du bras , de quelque veine qu'on
la
OCTOBRE. 1729. 2355
la faffe , qui ne détermine du fang à la
tête , au lieu de l'en détourner. Il auroit
dû fe convaincre de cette verité dans le
Traité de l'Ufage des faignées , s'il l'avoit
lû dans un autre efprit que celui qui pa
roît l'avoir animé ; car quoiqu'il foit vrai
que par l'ouverture des veines du bras on
diminuë le volume du fang des arteres qui
le leur fourniffent , il n'eft pas moins vrai
qu'on l'y appelle en même temsplus abondamment
, & qu'on y hâte fon mouvement.
En effet , les liqueurs fe portant
toujours en plus grande quantité vers le
lieu où elles trouvent moins de réfiftance
il faut que fi la réſiſtance diminuë dans
les arteres d'où le fang eft fourni aux
veines picquées , il faut , dis-je , qu'il y
aborde plus abondamment . Or la réfiltance
que doit furmonter le fang qui
vient du coeur , eft d'autant moindre que
celui qui eft devant lui fe meut plus vîte
, & fuit plus promtement ; cela arrive
quand il peut fe jetter plus vite dans les
veines celles -ci le reçoivent plus aifé
ment , lorfque le fang qu'elles contiennent
a un mouvement plus aifé & plus
prompts of le mouvement du fang eft plus
rapide dans la veine ouverte , qu'il ne l'étoit
auparavant ; en effet , celui qui s'échape
par l'ouverture n'a befoin que de
fendre l'air qui réfifte bien peu , au lieu
Bij qu'il
2356 MERCURE DE FRANCE :
qu'il auroit cu à pouffer & à foutenir la
colomne fuperieure du fang ; il auroit eu
à fouffrir contre les parois des vaiffeaux
plufieurs frottemens qui rabattent à tous
momens quelques dégrés de fa viteffe ; à
foulever & à écarter les parties où les
veines font plongées ; qu'enfin il auroit
eu bien du chemin à faire avant que d'ar- ,
giver au coeur & c. Il eft donc évident que.
le fang marche plus vite dans la veine
picquée qu'il ne faifoit auparavant ; donc
i roule plus précipitamment dans l'artere
qui lui répond ; donc fon cours eft
hâté dans le tronc qui le fournit à cette
artere ; & comme le fil du fang eft continu
, fon mouvement doit être acceleré
de proche en proche tout le long du canal
arteriel jufqu'au coeur ; & par une
conféquence neceffaire , il doit être plus:
prompt qu'il ne l'étoit dans le tronc d'où
fortent les arteres qui portent le fang au
cerveau pendant la faignée du bras. Au
refte , je fuis furpris que M. H. qui ai
me les Analogies ( qui, à la verité, fervent
fouvent à guider les Medecins ) n'ait pas
été frappé de celle- ci . Vous craignez
Monfieur , avec raifon d'augmenter l'inflammation
des hæmorroïdes , en faigrant
du pied. Vous vous garderiez bien
de commencer par cette faignée dans une
inflammation du bas-ventre , & vous.
êtes
OCTOBRE. 1729. 2357
êtes trop bon Medecin , pour n'en pas
redouter les effets dans cette occaſion ;
cependant la faignée du pied devroit dérober
aux vaiffeaux de ces parties enflammées
le fang qui s'écoule par l'ouverture
qu'on fait à la veine. Vous devez donc
dans ces mêmes principes craindre la faignée
du bras dans une maladie du cer
veau , quoique vous dérobiez par cette
faignée une certaine quantité de fang qui,
dites -vous , fe feroit portée fans cela
dans les parties fupérieures . Si avec juftice
vous craignez l'une de ces faignées ,
ce n'eft que parceque vous appellez par
fon moyen dans l'Aorte inférieure & dans
fes rameaux plus de fang qu'il ne s'en
écoule par l'ouverture de la veine ; vous.
devez donc être dans la même inquiétude
' de déterminer par la faignée du bras plus
de fang dans l'artere fouclaviere , qu'il
ne s'en échape par la veine qu'on a picquée
; car ce que l'Aorte inferieure eft à
l'égard des vaiffaux du bas - ventre , l'artere
fouclaviere l'eft par rapport aux vaiffeaux
du cerveau . L'une & l'autre font le tronc
commun d'où partent des rameaux qui
doivent recevoir du fang proportionellement
à ce qu'il en reçoit lui même , &
s'il y a quelque difference , elle doit redoubler
vos craintes , parceque le fang
attiré dans l'Aorte inférieure doit , fe re
B iij partir
2358 MERCURE DE FRANCE .
partir dans beaucoup plus de rameaux,
que celui qu'on appelle dans la foucla
viere , & que la fomme des capacités des
rameaux d'une des fouclavieres , eft beaucoup
moindre que celle des capacités de
toutes les ramifications de l'Aorte inférieure.
Cela n'eft - il pas démontré M. &
ne répond- il pas fans replique à toutes les
objections que vous avez femées dans votre
Ouvrage ?
Mais quoi qu'on vous ôte tout moyen
de réplique , peut- être n'en ferez- vous
point plus convaincu qu'on ait raison , &
que vous demeurerez fidele à vos fenti .
mens ( car vous paroiffez les aimer ) brifons
donc le lien qui vous a attaché à
P'erreur ; je crois l'avoir trouvé . C'eft
un raifonnement que vous avez avancé
avec confiance dans la page 72. de vos
Obfervations fur la faignée du pied ; il
vous a féduit au point de le qualifier d'Ordonnance
de la circulation , & il vous a plû
de maniere que vous le faites reparoître
fur les rangs jufqu'à 27. fois , tant dans
votre Réponse à M. S. que dans vos lon
gues Lettres fur la Revulfion . Mais cette
idée fi chérie qui trouve fi fouvent place
dans vos Ecrits , a tout l'air d'un Enfant
du fommeil Homere ne veilloit pas tou
jours la voici cette preuve fur laquelle
vous comptez tant , & à laquelle vous
croyez
OCTOBRE. 1729. 2359
croyez fans doute qu'on ne refifte que
par un ridicule entêtement . Pour démon
trer que la faignée du bras détourne mieux
que toute autre le fang qui doit le porter
au cerveau . Voici comment vous raifonnez,
ou , pour mieux dire, comment vous
vous exprimez. Les arteres fanguines qui
portent le fang au cerveau foni principalement
les Carotides . La fureté de la faignée
, & fon fuccès , dépendent donc d'ou
vrir la veine qui eft plus à portée , &
mieux en fituation pour dégager les Caro
tides , ou empêcher qu'elles ne s'engouent.
La veine du bras fe trouve dans cette fi,
tuation , parcequ'elle , mieux que toute
autre , peut diminuer la colomne du fang
qui monte par les Carotides , puifque les
Carotides ne reçoivent du fang qu'à proportion
de celui que leur en fournit l'Aorte
afcendante ; or cette Aorte ne renvoye du
fang au cerveau qu'à proportion du volu
me qu'elle en reçoit par les veines Soućlavieres
Axilaires qui rapportent au coeur
le fang du bras & des mains .
1.C'eſt une erreur d'établir que l' Aor.
té afcendante ne fournit du fang aux Carotides,
qu'à proportion du volume qu'elle
en reçoit par les veines Soufclavieres &
Axillaires ; le fang de l'Arte lui vient
du Ventricule gauche du coeur ; celui - cy
ne le reçoit pas des Soufclavieres ; mais
B iiij de
2360 MERCURE DE FRANCE.
de la veine Pulmonaire. C'eſt un fait ,
mais quand on ne prendroit pas vos expreffions
à la rigueur , & que pour vous
juftifier on diroit que l'Aorte ne renvoye
du fang au cerveau , qu'à proporrion
qu'elle en reçoit médiatement & non
immédiatement des bras & des mains.
Cette propofition ainfi modifiée , feroit
encore infoutenable ; car dans ce cas - là
même , l'Aorte renvoyeroit également le
fang qui lui vient des jambes & des pieds ,
comme celui qui lui vient des bras & des
mains , puifque les deux Caves fe dégorgent
en même temps dans la même Oreillette
du coeur : c'eft encore un fait ; ainfi
le fang qui eft porté au cerveau , eſt autant
celui qui à paffé par les pieds , que
celui qui a été rapporté des mains ; & en
diminuant le fang que la Cave inferieure
doit rapporter au coeur , on empêche que
le cerveau n'en reçoive la quantité ordinaire
, comme en diminuant celui des
Soufelavieres , Cęla eſt démontré .
a
2 °. Quand il feroit vrai que l'Aorte
efcen lanie ne poufferoit du fang dans les
Caroti les , qu'à proportion qu'elle en re-
Cevroit des Soufclavieres & des Axillai
res il ne s'enfuivroit pas que la veine du
bras pût mieux que toute autre dim`nuer la
colomne du fang qui monte par les Carotides.
La veine jugulaire le pourroit préci
fément
OCTOBRE. 1729 , 2365
fément auffi bien qu'elle , puifqu'elle fe
jette dans la Soufclaviere , comme la veine
du bras fe jette dans l'Axiltaire : c'eſt
encore un fait.
2
Voilà bien des faits qui anéantiffent votre
argument. Ils font fi peu ignorez
que nous aurions peut- être dû nous épatguer
le foin de les rapporter , & nous contenter
de vous demander , fi dans le Syftême
que l'Aorte afcendante ne renvoye
du fang au cerveau , qu'à proportion
qu'elle en reçoit des bras , & des mains ,
la tête d'un homme vivant qui a perdu
les deux bras , reçoit du fang ou nòn.
Après toutes les fautes , où je viens de
prouver que M. H. eft tombé fur le même
fujet , il s'attend peut - être que je vais
m'en applaudir , mais je n'ai pas fait en
cela une chofe affez difficile , pour qu'elle
m'ait acquis le droit de faillir comme lui .
S'il eft malheureux de ne pouvoir imiter
les grands Hommes , dans les chofes où
ils font grands , il eft quelquefois, fage ,
de ne les pas imiter en tout. Je ris donc ,
quand je vois M. H. prendre des airs de
riomphe , parce qu'il croit avoir furpris
fon adverfaire en faute , fur la traduction
d'un mot. M. S. a expliqué les mots Lains
, membrum fideratum , par partie gangrenée
. M. H. lui reproche qu'il manque
d'érudition , que c'est une méprife,bien
By humi
2362 MERCURE DE FRANCE.
humiliante , puifque fideratio ne fignifie
que paralyfie , & que c'eft une erreur
épouventable , d'imaginer qu'on puiffe
jamais le rendre par gangrene . Voici pour
tant de quoi diminuer cette joye vive &
impétueuſe , qui fuppofe qu'il n'eſt pas
trop accoûtumé à avoir railon : fideratio ,
dans les Dictionnaires de Medecine les
plus eftimez , ( tel que le Lexicon Caftelo.
Brunianum eft traduit par gangrene ; &
c'eft dans ce fens qu'il eft pris pour l'ordi
naire par tous les Auteurs . Il eſt vrai qu'il
fignifie quelquefois apoplexie , & même
paralyfie. Donc , ce n'eft pas un défaut
d'érudition , d'appeller membrum fideratum
, partie gangrenée , puifqu'il le fignifie
en effet ; mais c'eft un défaut d'érudition ,
de foutenir qu'il ne peut être traduit que
par partie paralytique , puifqu'il fignific
auffi , & même le plus fouvent autre cho
fe. Exclure toure autre fignification que
celle de paralyfie , fuppofe qu'on croit
qu'il ne fignifie jamais que cela ; mais
dire qu'il fignifie gangrene , quand il le
fignifie en effet , ne prouve pas qu'on
ignorât qu'il pouvoit être pris quelquefois
pour une autre maladie . Ce feroit
donc une bien plus petite méprife à M. S.
d'avoir traduit ces mots Latins par ceux
de gangrene , quand ils n'auroient pas
-été employez dans ce fens - là par l'Auteur
OCTOBRE . 1729. 2363.
teur , que ce n'en eft une à M. H. de lui
reprocher que ces mots n'ont jamais été
pris pour gangrene , & qu'ils ne peuvent
Fêtre que pour paralyfie . Or ces mots ,
pouvant être pris pour ces deux maladies ,
il n'y a que les circonstances où l'on les
met en oeuvre , qui puiffent déterminer
à les prendre en un fens plutôt qu'en un
autre. Ces circonstances fe font juftement
trouvées réunies pour déterminer à
penfer que l'on vouloir parler d'une gangrene
je vais les rapporter , & le Lecteur.
jugera de quelle façon M. S. a dû en être
affecté. M. Bianchi veut prouver dans une
Differtation , que les faignées dérivatives
débarraffent efficacement le fang engorgé
dans les parties defquelles ou proche defquelleson
les fait pour le faire voir, il rap
porte plufieurs exemples , comme celuid'une
mamelle attaquée d'éréfipele qu'on
a guérie en faignant du bras , du côté du
mal , d'une goutte fciatique , qu'on a fou
lagée en ouvrant la veine du pied du même
côté ; enfin , l'Obfervation de M. Lancifi
, qui a fait faigner avec fuccès d'um
pied qui étoit attaqué de la maladie qu'on
nomme en Latin fideratio. Or , fifideratio
veut dire dans cet endroit Paralyfie ,
M. Bianchi , loin de prouver fon fenti-.
ment , confirme celui de M. S. qui y eft .
directement oppofé : en voici la preuve.
B vj
L2
2364 MERCURE DE FRANCE .
La Paralyfie ne vient pas de ce que le
fang eft engorgé , embarraffé , arrêté
dans la partie privée de fentiment & de
mouvement ; mais elle dépend de la compreffion
, de l'obftruction , ou du relâchement
, que les nerfs qui s'y diftribuent ,
fouffrent dans leur principe , c'est - à- dire
dans leur cerveau ; ainfi le fuccès de la
faignée du pied dans cette occafion , démontre
feulement qu'elle eft très- propre
à débarraffer la tête , qui eft la fource du
mouvement & du fentiment , & prouve
uniquement l'utilité de la faignée révulfive
( ce qui eft contraire à ce que M. Bianchi
le propofe de montrer dans cet Ouvrage
) mais il ne fait pas voir qu'elle ait
guéri , en rétabliffant dans la jambe malade
, le cours arrêté des liqueurs , puifque
ce n'étoit pas leur engorgement qui
faifoit la Paralyfie ; ainfi on n'en pourroit
rien conclure en faveur de la faignée.
dérivative , qui eft celle pourtant dont il
sagiffoit de prouver les avantages. L'Obfervation
que rapporte M. Bianchi , ne.
pouvant donc lui être favorable , qu'autant
que la maladie dépendoit de l'engorgement
des liqueurs , que la faignée faite
à la partie même auroit diffipé , M. S.
ne pouvoit & ne devoit pas penfer que
dans ce cas , fideratum voulut dire Paralyrique
, car il devoit avoir affez bonne
opiOCTOBRE.
1729. 2364
y
opinion de M. Bianchi , pour croire qu'il
fignifioit un mal , où l'arreft du fang dans
la partie même y produifoit tout le défordre
; ajoûtez à cela que M. Bianchi
ne difant pas que le malade dont il s'agit
, fut tombé auparavant en apoplexie ,
ce qui auroit peut- être donné l'idée des
fuites de cette maladie ( je veux dire de
la Paralylie ) celle de gangrene a dû naturellement
fe préfenter à l'efprit . Je ne
fçai pourtant pas fi dans le lieu où cela
eft placé , & dans le deffein pour lequel
il est mis en ufage , la circonftance de
l'Apoplexie qui auroit précedé , n'auroit
pas dû faire penfer que la gangrene étoit
furvenue à la Paralyfie : Car il n'eft pas
rare qu'une partie paralytique fe gangrene.
Si dans les quarante- cinq ans que
M. H. a fait la Medecine , il n'a pás vû
ce fait , il le trouvera dans tous les Auteurs
; & comme il eftime plus les Etrangers,
que fes Concitoyens , je le renvoye
rai à la page 9 5. du Confpectus Chirurgie,
de Junckerus , qui met la Paralyfie au
nombre des caufes de la gangrene .
RE2366
MERCURE DE FRANCE .
******: *********
REMERCIMENT à Lucine , par un
Cadet de Caux , en Normandie , pour
le gain de fon pary , inferé dans le Mercure
d'Août 1729 .
Sceau Ceau des Amours , chafte Lucine ,
Déeffe à la face argentine ,
Dont les favorables regards ,
M'ont enfin accordé par leur douce influence ,
Ce qui faifoit toujours ma plus chere efpérance
,
Je ne veux m'enroller que fous tes Etendarts.
Ma Mufe , malgré fa mifere ,
Contente d'être fublunaire ,
Ne te demandera plus rien ;
Ofera - t- on traiter & de folle & de vaine ,
Celle dont depuis peu la ſcience certaine ,
A l'Etat attentif prédit un fi grand bien
La Déeffe capricieuſe ,
La Fortune cette trompeufe',
Par trois fois ne me déçût pas ;
Car quand elle fit naître une aimable Princeffe
,
Je
OCTOBRE. 1729. 2367
Je fçavois bien alors que notre politeffe ,
Veut que le fexe en France ait les honneurs du
+
pas.
Cette folâtre qui fe joue ,
A fe balancer fur fa roüe ,
Semble nous rire , & puis s'enfuit ;
Mais la volage enfin , en ma faveur décide ,
Et me fait fouvenir que pour former Alcide ,
Jupiter employa jadis plus d'une nuit.
C'eft fouvent par fon inconftance ,
Qu'elle releve l'efperance ,
Du Mortel le plus maltraité ;
Et lorfque , par bonheur , je gageai cent Pif
toles ,
Sans m'allarmer de foins , ni de craintes fri
volles ,
Je m'afurai d'abord fur fa legereté.
Enfin , ce DAUPHIN vient de naître ,
Ce Fils , qu'un fort , toujours le Maître
Donne à nos coeurs prefque abbatus.; .
Ce bonheur de nos jours , célebre dans l'Hif
toire ,
Fera revivre la mémoire ,
Du meilleur Empereur , & de fon fils Titus
Auffi , j'emporte la gageure ,
San
2368 MERCURE DE FRANCE.
Sans que le perdant en murmure ,
Tout le peuple s'en réjouit :
Mais lorsque je le vois , par troupes affemblées
,
S'efforcer d'exhaler fon amour en fufées ,
De même mon plaifir paffe & s'évanouit.
De mon gain je perds l'avantage ,
Sans que je puiffe du naufrage ,
Sauver la moindre portion ;
Car bientôt malgré moi deux griffes publi
caines ,
Se jettant fans pitié ,tout à coup fur les miennes
,
Le prendront pour payer ma Capitation .
Mais helas ! malheureux , que dis -je ,
Et quel vil interêt m'afflige ,
Lorfque tout le monde eft content ?
Noh ,
i
, pour un Chef facré, né pour le Diadême
,
Moi , Cadet des plus gueux , aux dépends du
mien même ,
Auffi- tôt qu'un aîné , je payerai contant.
Daigne donc fecourable Hecate ,
De l'efperance qui me flatte ,
Nous donner des effets nouveaux ;
Et
OCTOBRE . 1729. 2369
Et qu'après avoir fait encor neuf fois la
ronde ,
Notre Reine , toujours de plus en plus féconde
,
Avec toi fe rencontre au figne des Gémeaux.
LE CLOUTIER.
88888888
EXAMEN de la Conférence fur la
Mufique , inferée dans le deuxième Volume
du Mercure de Juin 1729 .
page 1281.
E titre de Conférence fur la Mufique annonce
affez l'Ouvrage d'un Muficien ; mais
où eft celui qui ofera l'avouer , ou qui pourra
foutenir les Paradoxes qu'il y avance ? A- t- om
eu deffein d'en impoſer , ou bien nous dit on
de bonne foy. ce qu'on penfe ; eft - ce pour.
donner plus de poids à la Critique du denxiéme
Muficien , qu'on fait faire au premier un défaveu
, où il n'y a nulle vrai-femblance , ou
bien a t- on intention de décrier un Livre dont
le deuxième Muficien , même , tire le principe
, fur lequel il préterd appuyer fes fauffes
conclufions ? Car la Baſe fondamentale dont
il fe pare , & qu'on adopte de plus en plus
en Europe , ne doit fa naiffance qu'à ce Livre ,
c'est là qu'il en eft parlé pour la premiere fois ,
& que ce principe de l'Harmonie inconnu
jufqu'alors, eft développé ; c'eft là où se trouve
en partie la Méthode d'accompagnement attaquée
par le deuxième Muficien , & même tout
ce
2350 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'a de bon celle qu'il veut faire prévalor
en un mot , c'eft là que réfide le principe de
toutes les Méthodes en Mufique , & c'eft-la
l'écueil où viennent échouer les erreurs , les
contradictions , les preuves infuffifantes , les
Critiques aveugles , & le comble d'ignorance
d'un Muficien , lorfqu'il récufe une Méthode
d'accompagnement , fur ce qu'elle exige la
connoiffance du Mode.
Comme l'Auteur de la Conférence , qu'on
peut fuppofer ici être le deuxième Muficien ,
ne fait qu'y toucher legerement les queftions
les plus importantes , en difant que ce n'étoit
pas- là le fujet pour lequel on s'étoit affemblé ;
on fe contentera de montrer les groffes erreurs
, en attendant un détail féparé fur cette
matiere .
Le deuxième Muficien adopte la baſe fondamentale
pour principe de l'Harmonie ; mais
craignant apparemment l'éclat de la lumiere
il ne l'admet que pour expliquer la Théorie
de cet Art , comme fi la Pratique n'en dépens
doit pas également.
Il nie que l'accord parfait , & par conféquent
la bafe fondamentale , doivent fe tirer
de la réfonnance du corps fonore , en difang
que ce corps ne fait entendre les trois fons
differens de l'accord parfait que par accident ,
comme, par exemple , quand il a été trop
forcé ; puis il avance de lui- même que ce fut
envain qu'on chercha à vérifier fi le corps fonore
faifoit entendre l'accord parfait ; pour
prendre de là occafion de foutenir que le fon
peut toujours être feul ; en quoi confifte l'explication
curieufe qu'il fait de la nature du
fon : mais dès qu'on entend une fois les trois
fons differens de l'accord parfait , dans le corps
fonore 7
OCTOBRE 1729. 2371
fonore , eft ce la faute du corps , fuppofe
d'ailleurs qu'il foit parfait dans fon efpece
ou celle de nos organes , ou celle de l'opération
, fi on ne les y attend pas toujours ? Cette
remarque doit fuffite à préfent ; & l'on promet
de prouver ce fait d'experience , de maniere
à n'en pouvoir abfolument douter , dans
le détail féparé qu'on vient d'annoncer .
Pour furprendre le Lecteur , ce deuxiéme
Muficien abufe de l'habitude où l'on eft , dans
la Pratique , de donner à un même accord des
noms differens , foit par rapport aux differens
Modes où il peut avoir lieu , foit en conféquence
de quelques fons qu'on en peut retrancher ,
foit par le privilege de la Note fenfible qui
peut s'y rencontrer : mais fi l'on ramene toutes
ces diftinctions frivoles à leur principe ,
bien- tôt on verra ce même Muficien convenir
des faits qu'il prétend nier.
Ce qui conftitue un accord diffonant , c'eft
la Diffonance qui y régne ; par exemple , cet
accord , re fa la ut , ett appellé accord de 7 ° . à
caufe de la te ré ut qui s'y trouve ; de forte
que fuppofé que le fa y foit diexé pour former
la Note fenfible , ou fuppofé qu'on en retranche
les fons moyens fa & la ; ce n'en eft
pas moins un accord de 7e. aux yeux & aux
oreilles de tous les Muficiens : par conféquent
fi l'on appelle l'affemblage de ces trois fons ,
fol ré ut , accord de 4° . à caufe de la 4º . fol ut
qui y régne , ce n'eft pas moins le même accord
que ceux de 7e . fuperfluë , ou de 9. & 4e
ainfi nommez quand ils font complets avec
ces cinq fons differens , fol ré fa la ut , où fa
peut être diezé pour former la Note fenfible ,
puifque la même 4. fol ut , régne également
par tout , puifqu'elle y fait la même impreffion
,
2372 MERCURE DE FRANCE.
fion , & puifqu'elle fait fouhaitter de tous côtez
la 3e. de leur Baffe actuelle fol , foit qu'on
y dieze le fa , foit qu'on en retranche les fons
moyens fa & la; de forte que ce qui eft fon
damental d'un côté , l'eft neceffairement de
l'autre , de même que dans l'accord de 7° . qui
vient de nous fervir d'exemples , où re eft toujours
fondamental , de quelque façon qu'on
tourne ledit accord.
Ce n'eft cependant pas ainfi que le 2. Muficien
juge de la Baffe fondamentale , c'eſt feulement
par les differens noms de l'accord.
Quand il donne à l'accord le nom de 4º. il
veut que la Balfe actuelle en foit la fondamentale
; quand il lui donne celui de 9. & 4 ,
toutes les deux ensemble , ( ce qu'il faut bien
remarquer c'est encore le même fondement
& quand il lui donne le nom de 7. fuperfluë ,
où pour lors l'accord eft auffi complet que celui
de 9. & 4. il avouë que la dominante ;
c'est- à - dire , la pre de la Baffe actuelle , en eft
la fondamentale , & que cette Bafie actuelle
n'y eft plus qu'une note fuppofée , comme
cela eft effectivement par tout.
Des contradictions fi groffiéres doivent faire
mal augurer des preuves qui les accompa
gnent; auffi celles que donne le 2 Muficien
ce fujet , n'ont- elles rien que de commun
avec les autres Diffonances ; encore n'eft-il
pas vrai que la 4te , quelle qu'elle foit , n'ait
jamais lieu que dans le i Tems de la Meſure ,
comme il le prétend
P
•
Ce Muficien n'eft pas moins dans l'erreur
lorfqu'il fuppofe que les accords de 9º & de
te , fimples ou non , fe renverfent comme on
le vérifiera en tems & lieu.
Il rejette la raifon du 1. Muficien , qui condamne
OCTOBRE. 1729 2373
damne le paffage de l'accord parfait de ré
je Mineure , à celui defol ; puis il l'approuve
á la faveur d'une Bafle arbitraire que fon feul
goût y détermine ; comme fi le même fond
Harmonie ne fubfifloit pas également de
part & d'autre , & comme fi la loy impofée à
une confonance , auffi bien qu'à une diffonan
ce, ne devoit pas toujours être obfervée, quelque
progrès qu'on donne à la Baffe. Il ne peur
cependant s'empêcher de convenir enfuite que
la ze de ré ne doive être jointe pour lors à l'accord
de fol ; mais parce qu'elle eft dure , à ce
qu'il dit , il veut que l'Accompagnateur la retranche
, comme s'il n'étoit pas du devoir de
celui-ci de rendre fon Harmonie complette .
relativement à la modulation , dont les accords
& leur fuite doivent entretenir l'impreffion ;
& comme fi la 6te qu'on ajoûte , pour cette
raifon , à l'accord parfait de fol dans le Mode
de ré , dont il s'agit ici , felon lui , étoit autre
chofe que la 2e de ré , qu'il eft forcé d'y admettre.
Il termine enfin tant d'heureufes fubtilitez
par une fauffe comparaifon , & par une
citation mal entendue , pour fe donner apparemment
le plaifir de dire que le r ' Muficien
a défavoué fon propre Ouvrage à cette occa
fion: mais du moins , pour colorer une telle
calomnie , falloit- il le trouver en deffaut : car
fi l'on voit fol porter l'accord parfait en fuccedant
à fa , dans le Mode d'ut ( ce qu'il devoit
ajoûter ) c'eft que fol eft fufceptible de repos ,
comme toutes les Dominantes dans la régle de
l'ge , & comme cela fe pratique à tous momens
de forte qu'en vertu de ce repos , la
Dominante n'étant plus fujette à la régle qui
deffend de faire monter la 3º Mineure fur l'ge .
ira
peut
2374 MERCURE DE FRANCE.
peut porter l'accord parfait ; finon elle doit .
toujours porter l'accord de 7 , ou celui de g :
mais comme ce n'eft pas toujours le jugement
qui fait obferver les régles de la Mufique , il
n'eft pas étonnant qu'après avoir embrouillé
l'accord de 4te , ce ze Muficien ait encore confondu
celui - ci .
Le 2 Muficien peut n'avoir parû juſqu'ici
que mal habiles mais il devient paffionné &
jaloux , quand il attaque perfonnellement le
fur fa Méthode d'accompagnement con--
noît - il cette Méthode , expofe - t - il la fienne
propre , & comment prouve- t-il que celle-ci
eft la plus parfaite ! Cela eft bien- tôt dit , &
la maniere dont il veut perfuader qu'il a rai
fon , eft tout-à- fait nouvelle.
1. Votre accompagnement , dit- il , au r
ne s'accorde pas toujours avec de la Mufique
bien composée où a- t- il vû cela , ou en eft la
preuve.
2°. Il est presque toujours mêlé de Diffonnances:
fi cela eft , c'eft un heureux deffaut , fuppofé
que les Diffonances y foyent employées à
propos : mais ce n'eft pas là ce que ce Muficien
attaque ; ce qu'il veut dire , eft qu'on doit
fe foumettre à l'intention de l'Auteur ; com-
'me s'il étoit au pouvoir de celui - ci de priver
PHarmonie , qu'il a une fois employée , de ce
qui lui eft propre ? Quelquefois , ajoûte t- il ,
les Diffonances n'y sont pas sauvées ; s'il connoifoit
la Méthode , il verroit que cela eft impoffible
, & que c'eft en ce cas , comme en bien
d'autres , qu'elle a plus de perfection que celle
qu'il y oppofe .
30, La même Diffonnance y dure quelquefois
trop long- tems. C'eft apparemment autant que
Péxigent Harmonie , & la durée des accords ;
un
OCTOBRE 1729.
2378
un Muficien peut- il s'exprimer de la forte ?
4. I autorife deux 8s dans le deffus . C'eſt
ce qu'il faut démontrer , avant que de le critiquer
, qui plus eft , pour foutenir que c'eft une
faute , il en faut dire la raiſon , l'autorité n'a
point de droit dans les fciences .
5. Les petites mains ne peuvent l'executer.
Qui eft- ce qui lui a dit cela , où l'a -t- il vû , où
en eft la preuve , quelle chicane
6. Voici où l'oeuvre fe couronne ; il condamne
cette Méthode , parce que tour У eft
fondé fur la connoiffance du Mode n'étant
pas poffible , dit- il , même aux plus fçavans de
le connoitre continuellement . Jamais pareille
Critique n'a pu fortir de la bouche d'un Muficien
, car qui ne connoît pas le Mode en accompagnant
eft un Voyageur qui ne fçait of
il eft , ni où il va. Peut- on faire une plus grande
injure aux Sçavans ; eft ce ainfi qu'on def
fend la caufe commune ? Il fied bien après cela
de reprocher à une Méthode d'accompagnement
qu'elle ne s'accorde pas toujours avec
l'intention de l'Auteur ; comme s'il étoit poffible
de s'y conformer , & d'ignorer en même-
tems les differens Modes que cet Auteur a
parcourus dans fa compofition,
Si l'on connoifloit bien la Méthode dont il
s'agit , on verroit que c'eft la feule par le
moyen de laquelle on puiffe juger fainement
de la bonté , ou du deffaut des chiffres : auffi
l'Ecoliere dont le 2e Muficien veut parler , ne
manquât - t- elle pas apparemment de lui en
donner des preuves , en lui reprochant le défaut
de fes chiffres : mais au lieu de lui en faire
un mérite , il fait retomber fur elle le trait .
d'ignorance qui vient de fa' part , & dont il
convient même en avouant enfuite que la
2e
1376 MERCURE DE FRANCE :
4
e de ré doit être jointe à l'accord de fol , défigné
fur ce même ré par le chiffre : & quand
la raifon qu'il apporte , pour Prouver que
cette e peut être retranchée pour lors , fefoit
recevable, elle ne regarde tout au plus que
le goût , qui certainement met obftacle en cet
endroit , à la connoiffance du fond ; car le
fond de l'Harmonie nous apprend que l'accord
parfait de fol annonce le Mode de fol, done
il n'eft nullement queftion ici , & fi l'on avoit
préfentés les Notes pofées par ce 2 Muficien ,
peut être qu'on y verroit encore qu'il n'eſt
point queftion du Mode de ré , à l'endroit du
chiffre de forte que ce ne feroit plus la 2 de
mais un autre intervale qu'il y faudroit joindre
pour lors.
4
e
Mais j'ai chiffré felon l'Auteur , dira cè
2e Muficien ; donc , vous devez fuivre fon intention
? Si c'eft fur le chiffre qu'il fonde l'intention
de l'Auteur comme il n'en faut pas
douter , c'eft une autre affaire ; ainfi quand le
chiffre fera faux , foit par la négligence de
l'Auteur , foit par celle du Copifte , ou de
l'Imprimeur , il faudra donc faire un mauvais
accord. Voilà les erreurs, où nous jette infailliblement
le deffaut de connoiffance : vous verrez
auffi que le Ir Muficien voulant foutenir ,
en cette occafion , la raifon de fon Ecoliere ,
n'aura défaprouvé que les chiffres : mais pour
le mettre abfolument dans fon tort , il falloit
lui faire condamner la compofition , & fuppo
fer que cette compofition étoit des plus habiles
Muficiens du fiècle.
Il y auroit bien d'autres petits articles à relever
dans cette Conférence , où l'on n'a pas
eu plus d'égard à l'équité , & à la bonne foy ,
qu'à la vrai femblance : mais il fuffit à préſent
d'avoir
OCTOBRE. 1729.
2377.
d'avoir fait connoître l'aveuglement de fon
Auteur dans ce qui concerne le fond.
On donnera dans peu un Parallele des deux
Méthodes d'accompagnement dont il s'agit..
*****:*** X * XX :XXX
CHANSON , chantée à Table an
Croifil , en Bretagne , au fujet des Réjou
fances faites pour la Naiffance du
DAUPHIN.
Par Me de Malcrais de la Vigne,
Toutes les villes de France
Pour le DAUPHIN
Marquent leur réjouillance ;
C
Chantons fans fin ,
Et , comme elles , faiſons auffi ,
Charivari.
N
Notre Ville s'illumine ,
Mais vertubleu
C'eft furtout à la Cuiſine ,
Qu'on fait grand feu ;
X
Je vois qu'on veut faire aujourdhui
Charivari.
juevitado
Amis , qu'à boire on s'apprenasl
I
N'épargnons rien ,
2 *
CAD Quand
2378 MERCURE de France .
Quand Bacchus eft de la Fête ,
Que tout va bien !
Les plaifirs viennent avec lui,
Charivari.
Doublant trois fois la meſure
* Les Capucins , *
Chantent la bonne avanture ,
Leurs hanaps pleins ,
Difant au Dauphin grammerci ,
Charivari .
Le falpetrefait merveille
Dans le Convent
Saint François prêtant l'oreille
Du Firmament ,"
A crié , Freres , qu'eft ceci è
Charivari .
M
?
Un DAUPHIN , réplique un Frere ,
Nous eft venu ;
Des Cieux alors le bon Pere
A répondu ,
Recommencez
, s'il eft ainfi
Charivari
Dans le tems de la Vendange ,
Les Capucins lumerent des Feux , & ti-
"Vereno du Canon dans leur Enclos,
Ce
OCTOBRE . 1729. 2379
Ce Prince eft né :
Saifon digne de loüange ,
Temps fortuné ,
Tu nous fais braver le fouci
Charivari ,
Vive la Reine de France ;
Vive Louis :
Vive l'Illuftre Alliance
Des Leſzenskis !
Vive le Roi , vive fon Fils
Charivari.
Autre Chanfon du même Auteur , fur l'air:
Cherchons la paix dans cet Azile.
DE ce Repas , Critique auftere ,
Ne vien point altérer la paix ;
De ton poiſon la doſe amere ,
Dans ces Cantons' ne fe goûta jamais ;
Que l'efprit gai , doux & fincere ,
Déploye ici feulement fes attraits .
Amis , mettons- nous en haleine :
A quoi nos goziers font- ils bons ?
Mieux que l'Amour , Bacchus enchaîne ,
Des coeurs unis au milieu des flaccons !
Buvons , buvons à taffe pleine ,
Autant de coups , font autant de chaînons.
Cij
RE2380
MERCURE DE FRANCE:
REJOUISSANCES de la Ville
de Grenoble.
'Honneur que nos Rois ont bien vou-
Llu conferver au Dauphiné, dejregarder
le nom de cette Province comme le Titre
fingulier de leurs Fils aînez , eft un honneur
trop diftingué pour elle , pour pouvoir
exprimer l'excès de fa joye. Si la
Naiffance du Dauphin , par lequel nos
voeux viennent d'être comblez , eft regardée
avec juftice comme un prefent du
Ciel , fait non-feulement à la France, mais
à l'Europe entiere , quels ont dû être les
tranfports d'une Province , qui dans une
felicité fi generale , trouve encore les motifs
d'une allegreffe particuliere ! le récit
des marques qu'il lui a été poffible de
donner de la joye , ne peut peindre les
fentimens , quoiqu'unanimes , de tous les`
coeurs.
La Ville de Grenoble , comme la Capitale
& le Siege des Commandáns &
du Parlement de Dauphiné , a cherché de
fignaler fon zele , auffi - tôt que les ordres
du Roi y ont été envoyez par S. A. S.
Monfeigneur le Duc d'Orleans , Gouverneur
, M. l'Evêque , M. le Prefident de
Grammont
OCTOBRE. 1729. 2381
Grammont , Commandant , & Mrs du
Parlement , concertèrent enſemble les
Réjouiffances de trois jours , la necef
fité des préparatifs a forcé de les remettre
au Dimanche 25. Septembre . Elles commencerent
ce jour - là par une grande
Meffe celebrée dans la Cathédrale , à
laquelle la Nobleffe la plus diftinguée fut
invitée , & le Parlement y affifta en robes
rouges , ainfi que la Chambre des Comp
res , en habits de ceremonie ; cette Meffe
fut fuivie d'une Proceffion , à laquelle
M. PEvêque porta le S. Sacrement , qui
fut accompagné par la Nobleffe , le Par
lement , la Chambre des Comptes , &c .
Les rues étoient tendues & ornées de
Meubles les plus magnifiques. Après cette
édifiante Ceremonie , qui ne finit qu'à
trois heures après midi , tout ce qu'il y
avoit de plus diftingué dans la Ville , fe
rendit au Palais Epifcopal , où M. l'Evêque
donna un repas magnifique. La table
étoit de 40. Couverts , fervie avec la
derniere profufion & la plus grande dés
licateffe.
Le foir l'illumination fut generale ; des
Fontaines de vin & une grande quantité
de Fufées , diftinguerent encore le Palais
de M. l'Evêque , auquel ce premier jour
étoit échû.
Le Lundy 26 , le Marquis de Marcieu ,
Cij Gou2382
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Grenoble , raffembla en
core par un Dîner (omptueux , tout ce
qu'il y avoit de confiderable dans la Ville,
dans tous les Ordres deux Tables, de
20. couverts chacune, furent fervies avec
abondance & délicateffe , les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le
Dauphin , furent buës au bruit de toute
l'Artillerie de la Citadelle . Sur les cinq
heures du foir , M. le Gouverneur marcha
vers la Citadelle , fuivi de toute la
Nobleffe & du Militaire , pour affifter au
Te Deum , le Parleurent & la Chambre
des Compes s'y rendirent en habits de
ceremonie. M. l'Evêque officia . Après
cette feconde action de graces , le Préfident
de Grammónt , Commandant , fe
rendit dans la Place publique , où il mit
le feu au bucher qui y avoit été préparé.
le Bataillon de Royal Artillerie & la Milice
Bourgeoife , étoient en bataille autour
du Feu ; trois falves de Moufqueterie &
de 65. pieces de Canon , répondirent aux
acclamations du Peuple ; les Illuminations
& les Feux particuliers augmenterent
la joye publique , & la journée finit par
un Souper magnifique chez le Préſident
de Grammont , où toutes les perſonnes
d'un état diftingué avoient été invitées.
Pendant ce Souper on fit couler des Fontaines
de vin pour le Peuple , & il fut tiré
un
OCTOBRE . 1729. 2383
un grand nombre de Fufées & d'autres
Artifices .
Le Mardy 27. le Parlement & la Chanbre
des Comptes , voulant donner des
marques particulieres de la joye dont ils
font penetrez , fe rendirent fur les cinq
heures dans l'Eglife Collegiale de S. André
, ancienne Chapelle du Dauphin , ou
ils firent chanter le Te Deum , de la compofition
du fieur Bernier ; après quoi toute
la Ville fe rendit chez M. de Fontanicu,
Intendant , auquel ce troifiéme jour étoit
deftiné , conjointement avec la Ville. Le
grand Appartement de l'Hôtel de Lefdiguieres
, le magnifique Jardin & les Terraffes
de cet Hôtel , fe trouverent fomptueufement
illuminez par des Lampions
& des Pots - à- feu qui reprefentoient les
ornemens de l'Architecture , des Baluftrades
& du Parterre . Tous les arbres du Bois
& de la grande allée , portoient chacun
une Lanterne. La Porte de l'Hôtel étoit
décorée d'Illuminations , au-devant defquelles
s'élevoit une Fontaine publique
ornée d'Infcriptions , & formée par quatre
Dauphins , qui par leurs Mules , verfoient
le vin au Peuple avec abondance ;
quatre bandes de Violons , répandues dans
le Bois , excitoient le Peuple à former des
Danfes. L'Illumination & les Feux étoient
generaux dans toute la Ville , & des FonĊ
iiij taines
2384 MERCURE DE FRANCF .
taines de vin , ornées de Peintures & d'Inf
criptions , à chaque place.
Sur les 8. heures , tous les Conviez ,
au nombre de plus de 150. fortirent de
l'Appartement de l'Intendance pour fe
rendre fur la Terraffe qui donne fur l'Ifere;
au milieu de cette Riviere étoit un Bâtiment
magnifique , réprefentant un Temple
orné des Statues de la Juftice , de la
Paix , de l'Abondance , de l'Efperance ,
& c. avec differens Emblêmes & Deviles ;
Ce Bâtiment étoit furmonté d'un Obélifque
à 12. faces , fur chacune defquelles
étoit réprefenté un Signe du Zodiaque ,
avec une Vertu particuliere. Cet Obélifque
étoit couronné par des Dauphins entrelaffez
, qui foutenoient une Fleur de Lys .
L'idée de toute cette Architecture étoit
de réprefen: er l'Horoſcope heureuſe du
nouveau Dauphin. Un Dragon , auquel
Madame de Fontanieu mit le feu , fit partir
un Artifice confiderable , parfaitement
executé , & qui pendant une demie heure
entiere , enflamma toute la décoration.
Après le Feu tous les Conviez retournerent
à l'Intendance , où quatre Tables
de 25. Couverts chacune , fe trouverent
magnifiquement & fomptueufement fervies
, fans compter un grand nombre de
petites qui fe formerent dans differens en .
droits de l'Appartement. Le Soupé fut
fervi
OCTOBRE . 1729. 2285
fervi fans aucune confufion , & dura deux
heurès.
Dans le même temps Mrs les Confuls
donnoient dans un autre Appartement ,
leur Feftin particulier de so . Couverts.
Ces deux Repas finis , tous les Convives
fe raffemblerent à l'Intendance , & pafferent
dans une Salle très bien illuminée ,
& déja remplie d'une partie de la Bourgeoifie
la plus confiderable , placée fur
des Gradins. M. de Fontanieu fit executer
fur un Théatre qu'il avoit fait dreffer
exprès , une Repréfentation de deux Co.
médies Italiennes ; fçavoir , la Surpriſe de
l'Amour & le Carillon , elles furent répréfentées
par la Troupe du fieur Francifque,
avecungrand fuccès . Dix Valets de Chambre
apporterent toutes fortes de Glaces &
de Rafraîchiffemens dans l'intervale d'une
Piece à l'autre. Enfin le Spectacle fini ,
les jeunes Dames & les jeunes Cavaliers
formerent un Bal qui dura jufqu'au jour
pendant lequel on leur fervit encore de
nouveaux Rafraîchiffemens . Le lendemain
la Troupe de Francifque , établie à
Grenoble , donna au Peuple la Comédie
gratis.
M. P'Evêque termina toutes ces Fêtes
par un Acte recommandable de fa pieté.
Après avoir officié, il diftribua lui- même à
la porte de fon Palais , à dîner à 7. ou 800
Cv Pauvres
2386 MERCURE DE FRANCE:
Pauvres , & leur fir un Difcours fort
pa
thétique fur ce qu'ils devoient faire dans
leur état . Ils eurent chacun deux livres
de pain , deux livres de viande , & une
portion de vin , qu'ils alloient prendre à
une Fontaine publique . Ce Prélat étoit
affifté dans une oeuvre fi digne de ſon caractere
, par tous les Curez de la Ville
aufquels il donna enfuite à dîner , ainfi
qu'à tout ce qu'il y a d'Ecclefiaftiques
dans Grenoble de plus confiderables .
PIECES de Poëfie , employées aux
Décorations faites à Grenoble , par
M*** fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
G Allis furgebat Laurus , crefcebat Oliva ,
Hoc unum Superi Lilia nulla dabant ,
Catera quid profunt Gallis fi Lilia defint ,
Quid Laurus Gallos , heu ! quid Oliva juvat?
Plaudite , Diis genita , atque Deos genitura
MARIA ,
Gallorum votis Lilia nata.dedit.
Mars pour couronner nos Guerriers
Dans nos champs feme des Lauriers ,
Pallas d'une main attentive ,
A fon tour cultive l'Olive ,
A
OCTOBRE . 1729. 2387
Il ne nous manquoit que des Lys ,
Sans eux tout eft pour nous fans prix ,
Sans eux notre Olive eft fans grace ,
Sans eux notre Laurier s'efface :
Ah ! triomphez , François heureux ,
Puifqu'un Lys manquoit à nos voeux ,
Tout confpire enfin à nous plaires
De Rois Epoufe , Fille & Mere ,
MARIE a pris foin d'appuyer
Notre Olive & notre Laurier.
Gallia da plaufum , partu tibi ſurgit eodem,
Regis , Regina , gentis , & orbis amor.
France en Héros toûjours féconde ,
L'Augufte Mere d'un DAUPHIN ,
Vient de réunir dans ton fein ,
Tout ce qu'a de plus cher le Monde.
PLaudit Laudite io Galli Regina : hoc Numine tutas
Lilia, Religio, Laurus , Oliva vigent.
Riomphons ! L'Augufte MARIE ,
De la France nouveau Genie ,
Par la Naiffance d'un DAUPHIN , "
Cvj Des
2388 MERCURE DE FRANCE;
Des Bourbons conſervant la gloire ,
Fixe à jamais dans notre Sein ,
La Foi, la Paix & la Victoire.
Foeta Diis charites peperi : Regina Sorores ,
Idalium fratrem nunc parit ipfa Deum
DE la main des Dieux couronnée ,
MARIE embellit tour à tour ,
Des fruits d'un heureux Hymenée ,›
Son Augufte Epoux & fa Cour ;
Son Sein à trois nouvelles Graces ,
Commença par donner le jour ,
Elle vient encor fur leurs traces ,
De l'embellir d'un jeune Amour..
Noftris Oftris Dii vićti votis , viétique dolore ››
Tandem noftra, novo Cafare vota beant
Longam , eredo , moram , fuperi fecére petitis ,
Ut crefcente mora , crefceret & pretium ,
Si Patrem , Matrem , proavos virtutibus aquer,
Etfi multum emptus non fat emendus erat.
SEnfible Enfibles à nos juftes craintes ,
Touchez de l'ardeur de nos plaintes ,
Les Dieux nous accordent enfin a
Un
OCTOBRE. 1729.
2389
Un jeune Cefar , un DAUPHIN ,
Long temps ils le firent attendre ;
Mais ce ne fut que pour le rendre
Digne de nous & digne d'eux :
S'il imite un jour fes Ayeux ,
S'il a les vertus de fon Pere,
S'il a les vertus de fa Mere ,
Quelques voeux qu'il ait pû coûter ,
Nous n'avons pû trop l'acheter.
Y
Gallis mille parit flores Regina perennes »
Queis fefe decorat , Gallicus omnis agerð,
Quos peperit plaudunt fibi Flores , Lilium at unum
Mox nafcens, Florum vincit honore decus
L'Augufte Epouse de Louis ,
De Fleurs fçait embellir la France ;
Mais fur ces Fleurs , un jeune Lys ,
A qui fon fein donne naiſſance ,
Merite d'emporter le prix.
>
Mne fremat monftrum , crimen pallefent
& error ,
04
DELPHINUS nafcens Herculis inftar erit,
Nafcitur ex divo virtutum fanguine . Sanguis.
Virtutum certo funere , monftra necat.
2.
Que
2396 MERCURE DE FRANCE.
Ue l'erreur , le libertinage ,
QPâliffent de honte & de rage ,
D'un DAUPHIN naiffant , le Berceau
Se change pour eux en tombeau ;
Hydres trop fouvent renaiffantes ,
Fuffiez- vous encor plus puiffantes
Monftres , vous ne renaîtrez plus ,
Et ferez forcez de connoître ,
Que le Prince qui vient de naître ,
Naît du Sein même des Vertus.
******* XX :XXXXXX
REJOUISSANCES faites à Soiffons .
'Heureufe nouvelle de la Naiflance de
Monfeigneur le Dauphin arriva à Soiffons
le matin du f . Septembre; elle fe répandit en
un inftant par toute la Ville , & la joye publique
éclata auffi-tôt de toutes parts. Tous
les Gentilshommes & Officiers Militaires qui
fe trouverent dans la Ville & tous les Magif- `
trats fe rendirent fur le champ chez M. d'Aube,
Intendant de la Generalité de Soiffons , M. l'Intendant
les pria tous de fe rendre chez lui dès
quatre heures après midi , & il envoya en
même temps prier les Dames & les autres
perfonnes de confideration des Campagnes
voifines , de s'y trouver.
La Compagnie s'affembla à l'heure indiquée
chez M. l'Intendant. Les plaifirs qu'il procura
commencerent par la Comedie que tout le
monde vit, gratis . Au fortir de la Comedie , le
Corps de Ville vint prier M. l'Intendant d'allumer
OCTOBRE 1729. 2391
Jumer un Feu que la Ville avoit fait préparer ,
ce qui fut fait avec la ceremonie ordinaire , la
Compagnie des Fufeliers du Roi , établie en
garnifon à Soiffons depuis le Congrès , faifant
un Cercle autour du Feu. On fit trois décharges
de huit Pieces de Canon , de celles que le
Roi a trouvé bon depuis long - temps que la
Ville eût en poffeffion ; & la Compagnie des
Fufeliers fit auffi trois décharges .
L'Hôtel de Ville & les Maifons de la Place
étoient illuminées ; on fit des Feux devant toutes
les portes des maifons de la Ville , & des
Illuminations aux fenêtres .
M. l'Intendant trouva un grand feu allumé
devant fa porte la face de toute fa Maiſon
étoit illuminée de Pots à feu qui formoient
differentes figures ; la Cour , & tous les Bâtimens
qui l'environnent , étoient pareillement
illuminez. Toutes les portes de la Maifon
étoient ouvertes à tout le monde.
De la principale porte on découvroit une
autre Illumination dans le Jardin . Tout le Parterre
, un Boulingrain & tous les murs , tant
de l'enceinte que de la Maifon , étoient garnis
de Pots à feu. Dans une grande Allée de
Maronniers , on avoit dreffé les Tables & les
Buffets pour un grand fouper. Une Table de
40. Couverts , & deux autres de 20. Couverts
chacune , furént fervies magnifiquement &
fous des Tentes ; mais cela ne fuffifant pas
pour la Compagnie , qui groffifloit à tous
momens , on y fuppléa fur le champ par deux
autres Tables qui furent dreffées & fervies
en un inftant.
La fanté du Roi fut buë folemnellement ; on
fe leva alors en même temps à toutes les Tables,
& tout le monde but de bout pendant les accla
mations
2292 MERCURE DE FRANCE .
mations du Peuple qu'on avoit laiffé entrer dans
le Jardin & qui crioit fans ceffe vive le Roi au
bruit du Canon de la Ville , placé dans la Cour
de la Maiton. Il fut tiré auffi quantité de Fufées.
On but enfuite la fanté de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , toujours avec la
même ceremonie , pareilles acclamations &
décharges de Canon &pareil nombre de Fuſées .
Après le fouper , le Bal commença & dura
jufques fort avant dans la nuit , chacun trouvant
des rafraîchiffemens en abondance.
Les deux jours fuivans fe pafferent de même
avec cette difference feulement que les IIluminations
furent toûjours variées & plus
belles de jour en jour , que les Tables furent
fervies plus magnifiquement , & qu'on réprefenta
differentes Comédies , toutes du nouveau
Théatre Italien . Il ſe trouvá à table le ſecond
jour 90. perfonnes , & 116. le troifième.
Les ordres du Roi étant arrivés pour faire
chanter le Te Deum , le jour en fut indiqué au
Dimanche 18. Septembre. Dès la veille on fonna
toutes les cloches , ce qui fut repeté le
jour du Te Deum. Dès la pointe du jour on fit
trois décharges de toute l'Artillerie des Remparts
, & M.l'Intendant , qui crut convenable
qu'en un tel jour tout le monde , fans exception
, eût de quoi vivre mieux qu'à l'ordinaire ,
fit demander à tous les Curez de la Ville le
nombre des Pauvres de leurs Paroiffes , & fe
fit informer de la quantité qu'il y en avoit à
PHôpital & dans les Prifons ; envoya aux
Curez , à ' Hôpital & aux Prifons plus de 900 .
Rations de vivres . Chaque Ration étoit compofée
d'une livre de la meilleure viande , d'une
livre & demie de pain & d'une pinte de
win.
A
OCTOBRE . 1729 2395
1
A trois heures , le Préfidial fe rendit à la
Cathédrale ; enfuite le Corps de Ville , à la
tête duquel marchoit la Compagnie de l'Arquebufe
, tous en habits uniformes gris d'é
pine , galonnez d'argent. M. l'Intendant fuivoit
avec 30. Gentils hommes & Officiers de
diftinction des Troupes du Roi , la Bourgeoi
fie étant fous les armes & en haye depuis la
maifon de M. l'Intendant jufqu'à la Cathédrale
; la Compagnie des Fufeliers du Roi étoit
auffi en haye dans la Nef de l'Eglife.
La Ceremonie commença par une Proceffion
generale que M. l'Evêque de Soiffons , qui y
affifta, avoit ordonnée, conformément aux ordres
du Roi , à la fuite de laquelle marchoit
M. l'Intendant , précedé de fes Hoquetons , &
accompagné de tous les Gentilshommes &
Officiers , & enfuite fur deux files la Compagnie
du Préfidial à droite , précedée par les
Huiffiers ; le Corps de Ville à gauche , précedé
par fes Hallebardiers, & par la Compagnie des
Arquebufiers.
Après la Proceffion , M. l'Evêque entonna
le Te Deum , qui fut chanté par la Mufique
de la Cathédrale , au bruit de toute l'Artil
rie & de la Moufqueterie de la Bourgeoisie.
On avoit placé à l'entrée de l'Hôtel de Ville
deux Fontaines de vin qui coulerent jufqu'au
foir. Le Maire de la Ville & les quatre Echevins
en avoient auffi à leurs portes , qui coulerent
toute la journée .
Après la Comédie , on vit le Feu de
joye , accompagné de nouvelles décharges
de toute l'Artillerie & de la Moufqueterie ;
enfuite la Ville fit tirer le Feu d'artifice , dont
on va voir la defcription . L'Hôtel de Ville ,
ainfi que toutes les autres maifons de la Villes
devant
2394 MERCURE DE FRANCE.
devant lefquelles on alluma des Feux , furent
illuminez .
On fervit cinq Tables fous des Tentes dans
la même, Allée où s'étoient faits les foupers
préce lens . Il y avoit 130 Couverts , mais
comme il le trouva iso . Conviez , on dreffa
encore deux autres Tables qui furent toutes
fervies avec la même magnificence. Le fou-
-per fut fuivi d'un Bal qui dura juſqu'à 6. heus
res du matin , pendant lequel on fervit tou
tes fortes de rafraîchiffemens .
Feu d'artifice.
L'Edifice étoit quarré , d'Ordre Ionique ,
peint en marbre de differentes couleurs ; les
Bafes & les Chapiteaux des Pilaftres bronzés .
Les quatre faces ornées , chacune d'une Arcade
, les Angles faillans , ornés de leurs Pi
laftres fur chaque face ; le tout couronné
d'une Baluftrade de deux pieds d'appui , peinte
en marbre. L'Edifice avoit 20. pieds en quarré,
élevé fur quatre Pilliers de douze pieds de hau
teur. Il y avoit quatre autres Pilliers de meme
hauteur aux quatre angles qui formoient une
faillie de 4. pieds & demi de diftance , & por
toient des galeries à niveau de la Plate -forme
de l'Edifice. Les quatre angles faillans , terminés
par 4. Dauphins couronnés d'artifice .
Au milieu , fur le haut , étoit pofé un Piédeltal
de 8. pieds de hauteur , fur fept pieds
en quarré , orné de moulures & de bas- reliefs
fur chacune de fes faces ; & au - deffus ,
Plinte de 14. pouces , fur un pied de retraite.
dont les angles étoient terminés par 4. Dauphins
couchés , & fur la Plinte étoit pofée une
figure en pied , de fept pieds de hauteur , reprefentant
l'Aurore , qui annonce le lever du
une
So.
OCTOBRE . 1729. 2395
Soleil , couronnée de rofes , la tête entourée
d'artifice en forme de rayons , avec une lumiere
brillante au- deffus. Les 8. Dauphins
jettoient continuellement du feu .
Dans le bas reliefde la premiere face du Piédeftal
, l'Aurore étoit peinte avec une lumiere
fortant de l'horizon , avec ce mot Oritur. Dans
la feconde face , étoit un Soleil levant , avec
ce mot Crefcet , qui exprimoit les fentimens
du Peuple , fes defirs , fes efperances . Dans
la troifiéme , étoit un Soleil en plein , & un
Cedre , avec ce mot Multiplicabit , qui annonçoit
fes progrès dans la pofterité ; & dans
la quatrième étoit un Soleil , avec une Corne
d'Abondance , & ce mot Ditabit , qui étaloit
les avantages que la France en devoit attendre.
Au premier Portique , étoient placées les
Armes du Roi , avec cette Devife Quarto femine
felix. Au fecond Portique , étoient les
Armes de la Reine , avec cette Devife , Fructum
dedit fæcunda votis , au troifiéme , les
Armes de Monfeigneur le Dauphin , avec
cette Devife Expectata Regni felicitas. Au
quatriéme Portique , étoient les Armes de la
Ville , avec cette Devife , Animo pacis congregat
omnes , pour faire allufion à l'affemblée
des Miniftres de toutes les Puiffances en
la Ville de Soiffons.
A l'une des quatre faces des Angles faillans
êtoient les Armes du Comte d'Evreux , Gouverneur
de la Province , & en particulier de
la Ville de Soiffons , avec cette Deviſe Haud
degener Martis fanguine ortus .
A une autre face , étoient les Armes de M.
l'Evêque de Soiffons avec cette Devile
Verbo , Scripto & exemplo Praful.
>
2396 MERCURE DE FRANCE.
A une autre face , étoient les Armes de M.
l'Intendant , avec cette Devile Gratiosè ge
firmiter intendit Juftitia .
Enfin à une derniere face , étoient les Armes
des Maire , Gouverneurs & Echevins , avec
cette Devife , Unanimes Urbi pacificè prafunt.
Le Feu d'artifice fut allumé par un Dragon,
qui partit d'une des fenêtres de l'Hôtel de
Ville. Tout le Théatre étoit rempli de toutes
fortes de Pieces d'artifice , qui réuffirent bien.
Pendant le feu , les Officiers firent fervir
toutes fortes de rafraichiffemens aux Dames
& aux autres perfonnes de diftinction qui s'étoient
affemblées à l'Hôtel de Ville .
La Fête que l'Evêque donna le lendemain ,
commença par l'aumône , & par dix muids de
vin que ce Prélat fit diftribuer à l'Hôpital , à
l'Hôtel - Dieu , aux Prifonniers & aux Pauvres
de la Ville. Celle qu'il donna le foir fut des
mieux entendues. Tout le Palais Epifcopal fe
trouva illuminé dans toute fa vafte enceinte.
La grande Porte étoit ornée de Feftons & de
Guirlandes de Fleurs , avec les Ecuffons du
Roi , de la Reine & du Dauphin , & un grand
nombre de Pots-à- feu . Il y en avoit qui bordoient
en dehors tous les murs de la Cour &
d'un grand Jardin attenant. La Cour en de
dans étoit illuminée par des lampions qu'on
avoit mis le long du Corps de logis , & visà
- vis fur les Balustrades , en face , une lon
gue Terraffe à double Parapet , étoit pareillement
illuminée.
Dans le Jardin on voyoit au lieu de Fleurs,
dans tout le Partere , des Pots à feu qu'on
avoit diftribués fur les Ifs , dans les Caiffes
fur les Pots de Fleurs , d'une maniere ingé
nicufe & c. Sur
OCTOBRE. 1729 2397
Sur les fept heures la Compagnie s'affembla
; elle étoit compofée de M. l'Intendant ,
d'un grand nombre d'Officiers & de Nobleffe ,
des Chefs , & des plus anciens membres de
tous les Corps Ecclefiaftiques & Seculiers de
la Ville, Quoiqu'il ne parut aucun préparatif
qui put faire préfumer qu'il y auroit un
Feu d'artifice , toute la Compagnie fut cependant
agréablement furpriſe de l'entendre annoncer
du fond du Jardin par le bruit de fo.
Boetes , & par une Décharge des Canons de
la Ville que les Magiftrats avoient fait tranfporter
dans le Jardin de l'Evêque.
Les Habitans de la partie de la Ville , qui
dépend de la Juftice de l'Evêché . voulant
montrer leur affection pour leur Seigneur ,
vinrent en armes dans le jardin avec leurs Officiers
& leurs tambours , & s'étant placés en
haye vis- à-vis le grand Appartement , ils répondirent
au bruit du Canon par une décharge
génerale.
On vit enfuite partir du haut d'une Terraffe
, en face des Appartemens , une grande
quantité de Fufées qui furent terminées par
une Girande , qui fit un très agréable fpectacle
; vers les dix heures , toute la Compagnie
qui étoit d'environ 5o . perfonnes , fe mit à
table. M. l'Intendant fe mit à l'une des deux
tables , & M. l'Evêque de Soiffons à l'autre.
Le fouper fut fplendide & délicat , on but
debout les fantés du Roi , de la Reine & du
Dauphin. A ces illuftres fantés , on entendit
tout d'un coup une agréable fimphonie de Flures
, de Hautbois & de Violons ; ce Concert fe
réitera à chacune des trois fantés , qui furent
auffi fuivies chacune d'une décharge du Canon
de la Ville .
La
2298 MERCURE DE FRANCE .
Le lendemain 20. Septembre , les Religieux
de l'Abbaye de S. Medard , Ordre de S. Benoît
, firent auffi chanter le Te Deum dans leur
Eglife par la Mufique de la Cathedrale. Dans
la Nef, étoit en Armes fur deux rangs , la
Compagnie du Jardin de l'Arc , & au dehors,
deux Compagnies du Faubourg de la Ville
dont ces Religieux font Seigneurs , qui toutes
enfemble firent trois décharges.
>
Au fortir de l'Eglife , on trouva tous les lieux
de la Maifon illuminés , & particulierement la
Façade d'un large pignon du Dortoir , & qui
depuis le bas de la grande Croifée juſqu'au
haut , fait un espace de 25. pieds de largeur
fur 40 de hauteur , ce qui formoit une illumination
brillante & bien entenduë .
Le Jeudi fuivant , la Compagnie de l'Arquébufe
fe diftingua auffi par une Fête particuliere.
Le Corps de Ville entrant dans le même
deffein , donna à cette Compagnie trois prix
confiderables d'argenterie. Ces Officiers allerent
enfuite en Robes de Cerémonie à l'Eglife
des Cordeliers , où la même Compagnie fit
chanter un Te Deum , auquel l'Evêque de
Soiffons & plufieurs de fes Chanoines affifterent.
On fit pendant le Te Deum trois décharges
du Canon & de la Moufqueterie des Chevaliers
de l'Arquebufe , après quoi la Compagnie
retourna au Jardin de l'Arquebufe , où
elle trouva tout le Jardin , les Arbres & les
Teraffes illuminées d'une maniere galante &
recherchée. On alluma enfuite un Feu au bruit
du Canon , de la Moufqueterie , & aux acclamations
de tout le Peuple . On fervit un fouper
à 40. perfonnes , avec délicateffe & profufion
. Après quoi on tira fur la Terraffe une
grande quantité de Fufées & d'autres piéces
d'ar
OCTOBRE . 1729. 2299
d'artifice ; ce qui fut fuivi d'un Bal qui dura
jufqu'à fept heures du matin , pendant lequel
on fervit une Collation & toute forte de rafraîchiffemens,
XXX :XXX ****** : * XX
L
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Air de Joconde.
Es trois Graces ont précedé
Du Dauphin la naiſſance ;
Ce Prince à nos voeux accordé ,
Charme toute la France ;
La Nuit brille autant que le Jour
On rit , on chante , on danſe ;
On verra bientôt de retour
La Paix & l'Abondance .
Au Ciel pour un fi grand bienfait
Adreffons notre hommage ,
C'eft de l'Hymen le plus parfait
Le plus aimable gage ;
Faifons retentir dans les airs
L'objet de tant de Fêtes ;
Il eft plus doux à l'Univers
Que l'éclat des Conquêtes ,
RE
2400 MERCURE DE FRANCE.
のおのの
REJOUIS S ANCES faites dans la Ma
rine. Extrait de diverfes Lettres.
E 11. Septembre le Comte de Volvire ,
LCapitaine de Vaiffeau de Commandant la
>
Marine au Port Louis , ayant donné les ordres
neceffaires , le Te Deum fut chanté le même
jour par tous les Prêtres & Religieux de
la Ville , dans l'Eglife Paroiffiale de Notre-
Dame ; on fit trois falves de 7. coups de
Canon chacune à bord du Vaiffeau portant
Pavillon d'Amiral , avec 3 : décharges de
Moufqueterie dans les intervalles de la canonade
; on fit fur ce Vaiffeau toutes les Illuminations
qu'il fut poffible , & autant que le
tems le put permetre. Il y eut 3. falves de
15. coups de Canon chacune , dans la Batterie
de l'Armor , & autant dans la Batterie
du Gavre. Dans ces Batteries , après les falves
dont on vient de parler , on fit de grands
Feux de joye.
Il y eut de grandes illuminations à la Maifon
de M de Volvire , & des Fontaines de vin
coulerent à fa porte ; il donna un fouper magnifique
à toute la Marine , où se trouverent
auffi M. de Ricquebourg , Commandant de la
Place , & les Officiers de la garnifon ; les Dames
& les autres perfonnes de confideration
de la Ville. La Fête fut terminée par un B.I.
Les Maiſons de M M. de Vincelles & le Mayer
& celles des autres Officiers de la Marine
ainfi que de tout le refte du Corps , ont été
illuminées . Il y a eu partout de grandes dé
monstrations de zele & d'une joye parfaite.
OCTOBRE . 1720. 2401
. M. de Norey , Capitaine de Vaiffeau , commandant
la Marine , à Calais , à qui les ordres
du Roi étoient adreffez , choifit le Dimanche
11. Septembre pour les executer , & fit chanter
le Te Deum , dans l'Eglife de Notre- Dame,
où tous les Officiers de Terre & de Mer , les
Magiftrats & les Dames affifterent ; cette Ceremonie
étant finie , la Compagnie qui étoit
nombreuſe , alla fur le Port , où l'on fit trois
décharges de Moufqueterie , & autant de tous
les Canons de la Marine , qui furent entendus
de la Côte d'Angleterre , les mêmes perfonnes
fe rendirent enfuite chez M. de Norey,,
dont la maifon & le Jardin étoient extraordinairement
illuminez , & il y eut un trèsbeau
Feu d'artifice devant la porte. Il fit fervir
plufieurs Tables , où l'on but les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin
, au bruit d'un grand nombre de Boëres
& de 200. Fufées volantes . Le Repas qui dura
jufqu'à 2.heures après minuit,ne finit que pour
commencer un Bal qui continua jufqu'au jour,
Autres Réjouiffances à Calais
& à Boulogne.
Le ça
E Lundy Septembre , un Courier arriva
à Boulogne , & y annonça la Naiffance du
DAUPHIN. M. l'Evêque étoit en campagne
pour benir l'Abbé de Blangis. M. de la Pierre,
qui commande à Boulogne , donna les ordres
neceflaires pour celebrer ce grand évenement,
& dépêcha un Courrier à M. l'Evêque qui ſe
trouva en route ; il entra dans la premiere
Eglife , & y chanta le Te Deum . Il donna ordre
d'avertir les Curez , de Paroiffe en Paroille ,
pour faire aſſembler les Peuples , & remercier
Dieu D
2402 MERCURE DE FRANCE .
Dieu de l'heureux accouchement de la Reine,
A peine fut- il arrivé à Boulogne , qu'il commença
par remplir fes devoirs dans la Cathé
drale , & indiqua par fon Mandement trois
jours d'actions de graces fçavoir, le Te Deum ,
Proceffion generale & Meffe folemnelle.
Le jour du Te Deum , la veille & le lendemain
, M. l'Evêque fit illuminer fon Palais ,
les Lampions arrangez de façon qu'on y lifoit
ces mots :
Lilia florent.
Donum Dei,
Regis , Regni commune Votum.
Le même jour , M. de la Pierre donna à dîner
aux Chefs des Corps ; le foir , il fit faire un
Feu de joye avec des Illuminations ; il donna
à fouper aux Officiers de Garde ; le tout au
bruit du Canon.
M. l'Evêque donna à fouper à 45. perfonnes
choifies, & à manger à tout ce qui fe prefenta.
Deux pieces de Canon , que ce Prélat
avoit empruntées ,tirerent pendant tout le tems
des Réjoüiffances , de quart d'heure en quart
d'heure ; il alla voir le Feu de l'Hôtel de Ville,
il rentra chez lui aux acclamations du Peuple,
auquel il diftribua de l'argent.
Le 6. Septembre, la nouvelle de la Naifance
du DAUPHIN étant confirmée à Calais , fur
le champ M. le Chevalier Molé , Brigadier
des Armées du Roi , Commandant , ordonna
qu'on mit des Drapeaux aux fenêtres qu'on
tirât l'artifice , qu'on fonnât les cloches , & c.
•
M. Chauvelin , Confeiller d'Etat & Intendant
de Picardie , donna fes ordres aux Magiftrats
pour faire celebrer cette heureufe
Naiffance.
M.
•
OCTOBRE . 1729. 2403
M. l'Evêque de Boulogne arriva le 16. à Calais
,il y eut Proceflion generale le 17. leTe Deum
le 18. Meffe en action de graces le 19 Pendant
ces trois jours ont tira l'Artillerie de
la Place foir & matin.
M. le Chevalier Molé , qui eft incommodé
de la jambe qu'il eut emportée à la Bataille
de S. Denis , fe fit porter à toutes les Céremonies
; il invita M. l'Evêque à recevoir
un flambeau pour allumer le Feu qui étoit
conftruit par étages autour d'un Mats de 60.
pieds, garni d'artifices ; au haut étoit une cage
de fer , où l'on avoit mis trois Chats vivans ;
quand la flamme monta jufqu'à eux , ils fe
déchirerent & moururent enragez & grillezi
c'eſt un ancien uſage à Calais , de bruler des
Chats aux Feux de joye.
Le jour du Te Deum , M. Molé donna
à fouper à M. l'Evêque , à M. l'Abbé de
Fortia , aux Chefs des Corps de Terre & de
Mer ; au Major de la Place , au Curé , au Commiffaire
des Guerres ; on en fortit à II heures
, on y but les fantez du Roi , de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin , & on chanta
les paroles fuivantes , parodiées fur la Fanfare
de M. Dampierre , appellée la Convalescence.
Vous donnez un Prince à nos voeux ;
Grand Dieu , que vous nous rendez heureux !
Sondez nos coeurs , vous ſçaurez d'eux
Combien ce don nous eft précieux.
En fortant , M. l'Evêque , accompagné de
ceux qui avoient eu l'honneur de fouper avec
lui , alla à l'Hôtel de Ville , où il étoit impatiemment
attendu ; il y porta les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dau
Dij phin
J
2404 MERCURE DE FRANCE.
phin , les Réjouiffances y furent étonnantes ,
& ce Prélat fortit charmé d'avoir vû les tendres
fentimens des ordrès de cette Ville pour
leur Augufte Monarque.
Pendant le Te Deum , la Garnifon borda le
Rempart , & fit 3. décharges , la Citadelle autant
, & enfuite le Fort Nieulloi .
La Bourgeoifie compofoit un Corps de
1000. hommes , divifé par 6. Compagnies ;
M. l'Evêque benit leurs Drapeaux , & y
fit le Difcours fuivant . Il y parla beaucoup
de la valeur & de la fidelité des Calefiens ( le
fameux Bourgeois Euftache de S. Pierre donna
des preuves de l'une & de l'autre à la
prife de Calais , fous Edouard , Roi d'Angleterre.
) En 1347•^
Ces 6. Compagnies , après avoir fait leurs
décharges fur le Rempart , vinrent faire le
tour du Feu , & recommencerent leurs décharges
fur la Place.
On ne peut guere boire plus de vin , bruler
plus de poudre & faire plus de réjouiffances.
Il n'eft pas arrivé un feul accident par le
bon ordre , & par les foins de M. le Chevalier
Molé.
M. de Benneville , Chef d'Eſcadre , Commandant
la Marine , au Havre de Grace , &
M. Begon , Intendant , avec les Officiers du
Corps , fe rendirent le 18. Septembre , à fix
heures du foir , dans la Chapelle de l'Arfenal,
les Troupes de la Marine étant fous les Armes
, le Te Deum & les autres actions de graces
furent chantés au bruit des falves de
la Moufqueterie , des Boëtes rangées audu
Baffin , & d'une Batterie de 21. Ca
nons , dreffée hors de la Ville , proche la
tour
jettée
OCTOBRE. 1729. 2405
jettée du Nord- Oueft. Elles furent répétées
chacune 3. fois , durant la Cérémonie,
A 7. heures on fe rendit fur le bord du Quai
devant la Ville , vis - à - vis de laquelle étoit
dreffé un Feu d'artifice , en forme de Château ,
lequel étoit élevé d'environ 40 pieds ,fur la jettée
du Sud-Eft , de l'autre côté du Port, à la diftance
de 300. toifes . M. de Benneville mit lé
feu à un Dragon qui le porta très rapidement
au Château , fur les trois faces duquel étoit
écrit en gros caracteres Vive le Roi , là
Reine & Monfeigneur le Dauphin. L'artifice ,
les Pots à feu fur l'eau , & les Fufées volantes
durerent plus de 2. heures.
On alla enfuite au Beauregard , où le fou
per fe trouva fervi. Le Beauregard eft une
Efplanade de 90. pieds de long , fur 22. de
large , à l'entrée de l'Arfenal , du côté de faint
François , qui touche au Pont tournant. Elle
eft bordée de deux rangs d'arbres , & entre
les arbres il y a des bancs ; ce lieu fert de
promenade publique. On avoit couvert de
Tentes toute la longueur de l'Esplanade que
bordent les arbres des deux côtez , pour être
à l'abri , en cas de pluye , & une) Tapifferie
de Pavois , formoit une longue Gallerie d'une
agréable décoration . Dans tout le pourtour du
dedans on avoit placé plus de 1oo Fanaux ,
qui joints à 4 grands Luftres garnis de bougies
& fufpendus au- deffüs de la Table du
Repas , de 60. flambeaux qui en rempliffoient
les vuides , rendoient une clarté pareille à celles
des plus beaux jours.
Sur le Frontifpice de l'entrée du Beauregard
éroit placé un grand Tableau à bordure de
lumieres , réprelentant Neptune qui met un
Dauphin entre les mains de la France , avec
cette Infcription :
De iij
SPES
2406 MERCURE DE FRANCE .
SPES ET GLORIA GALLI.
A l'autre extremité du Beauregard , eft une
grande Loge qui fert à fe mettre à couvert
lorfqu'il pleut le deffus de la Loge forme un
Amphithéatre fur le devant duquel on avoit
placé les Portraits du Roi & de la Reine trèsbien
illuminez .
A 9 heures on fe mit à table on fervit
tout ce qui peut fe trouver de plus délicat
en viande , en fruits de la faifon & en travail
d'Office ; la Table étoit longue de 62. pieds
fur 7. de large. Il n'y avoit que des Dames
ou filles affifes, au nombre de 90 toutes femmes
d'Officiers de Guerre , de Juftice , de Magiftrature,
ou perfonnes de confideration de la Campagne
, dont les Epoux étoient autfi priez. Le
nombre des hommes étoit d'environ 300. qui
fervoient ou faifoient fervir les Dames.
Sous la Loge étoit une Table de 30 Couverts
, fervie comme la premiere , à laquelle
les hommes alloient manger quand il leur
plaifoit. Le repas dura 2. 0 3. heures ; on
l'avoit commencé par faluer la fanté du Roi ,
fuivie de celles de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , avec une trible décharge
de Boëtes.
Les Tables levées , on commença le Bal ,
qui ne finit qu'à 6 heures du lendemain . Les
Glaces , les Liqueurs , les Rafraîchiffemens ,
les Oranges , les Fruits , les Confitures feches
, furent prodigués & portés continuelment
par toute la Salle du Bal .
En fe mettant à table on commença de faire
couler pour le Peuple deux Fontaines de vin
aux deux Grilles de l'Arfenal , dont l'écoulement
portoit en dehors , elles durerent jufqu'au
jour.
Il ne faut pas obmettre une chofe qui fit un
OCTOBRE. 1729. 2407
effer furprenant . La partie du baffin qui fait
étoit illuminée dans
face au Pont tournant ,
toute fa largeur , par trois Cours de Lam
pions élevez l'un fur l'autre au milieu étoit
un Edifice de Charpente , duquel s'élevoit un grand Obelifque qui formoit trois Piramides
fur un même pied-deftal ; le tout peint & chargé d'ornemens . Les Piramides furtout
étoient ornées de Hyerogliphes
de Fleurs de
Lys & de Dauphins, & couvertes de Lampions
dans toute leur hauteur de plus de dix to iſes .
Dès que Mrs de Ville du Havre de Grace
eurent appris par une Lettre de M. le Duc de S. Aignan , leur Gouverneur
, l'hu teufe nouvelle de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN
, ils crurent que fans attendre
d'autres ordres pour des Réjouiffances
publi
ques , ils devoient donner des marques de leur zele & de leur joye , ce qu'ils firent à l'heure
même par trois décharges des Canons de la Tour , que le Commandant
permit que l'on tirât , par le fon des Cloches , & par une illu- mination generale , précedée d'une diftribution
d'argent aux pauvres. Lorfque les ordres du Roi furent arrivés
pour le Te Deum , Mrs de Ville , pour ne rien déranger aux Fêtes du Commandant
de la Ma- rine , & de l'Intendant
, qui ont été des plus magnifiques
& des plus brillantes , & pour avoir le tems de faire leurs préparatifs
, fixerent
la leur au Mercredy 28. Septembre
. Ils fendirent une Ordonnance
, par laquelle il fut enjoint à tous les Habitans & Artifans de tenir
ce jour là leurs Boutiques
fermées , & d'illu- miner à l'entrée de la nuit toutes leurs fenê- tres ; ils avoient fait illuminer l'Hôtel de Ville
D iiij
de
2408 MERCURE DE FRANCE.
de 8000. Lampions , & préparer un Feu d'ar
tifice . Deux Fontaines de vin coulerent tout le
jour , & ils firent diftribuer 240c . livres de
pain , & 800. liv. d'argent aux pauvres , qui
pendant toute la Fête ne cefferent de mêler
leurs acclamations à celles du peuple , pour
la confervation du Roi , de la Reine , & de
M. le DAUPHIN.
Sur les fix heures du foir , le Corps deVille
s'affembla , & le Commandant , à la tête , fe
rendit dans l'Eglife de Notre - Dame , précedé
des Gardes de M. le Gouverneur , des Tambours
& des Violons de la Ville , & accompagnez
d'une Compagnie de Grenadiers en deux
files . Le Te Deum fut fuivi des acclamations de
tout le peuple , enfuite le Corps de Ville revint
dans le même ordre , à la Place où le Feu
étoit préparé , que le Commandant alluma en
la maniere ordinaire , au bruit de l'Artillerie ,
& avec les mêmes acclamations . De-là , le
Commandant retourna à l'Hôtel de Ville , d'où
il fe rendit au Cours Major , lieu deſtiné pour
le Repas & le Bal.
On avoit fait couvrir cet endroit depuis la
Tour jufqu'à la Porte du Perré , avec des
Planches & des Voiles de Navires , & dans
L'Allée du milieu étoit placée une Table de
208 Couverts , où Mrs le Commandant , l'Intendant
, & près de 209. Dames furent magnifiquement
fervis . On avoit attaché des Plaques
avec des lumieres à tous les Arbres du
Cours ; un grand nombre de Lampions rangez
le long de la muraille , formoient un coup
d'oeil merveilleux , & tel que l'on n'en avoit
point encore vû de pareil en cette Ville. Il
y eut diverfes autres Tables pour tous les Offi
ciers de Terre & de Mer , & pour les princi
paux
OCTOBRE 1729. 2409
paux habitans , au nombre de plus de 5oo. Les
fantez de Leurs Majeftez & de M. le DAUPHIN
furent bûës au bruit du Canon , & le Souper
fini , le Commandant avec une des Dames
ouvrit le Bal , où l'on danfa jufqu'au jour ; &
après le Bal , il y eut pour finir la Fête un
grand réveillon fervi dans l'Appartement de
la Dame qui avoit été la Reine du Bal. Tous
les rettes de ces deux Repas furent diftribuez
aux pauvres & aux prifonniers .
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite
du Havre
A Fête donnée par M. Begon , Intendang
›
fut sumon
cée à la pointe du jour par une falve de 214
coups de Boëtes. Les Officiers de Terre & de
Mer , les Magiftrats & les principaux de la
Ville , la Nobleffe des environs , & les Etrangers
de confideration qui y avoient tous été
invitez avec leurs Epoules , fe rendirent à 4.
heures après midy à l'Intendance. On y fit des
parties de jeu jufqu'à 6 heures que cette Affemblée
fe rendit dans l'Arcenal ; à la Chapelle
du Roi , qui étoit parée & illuminée extraordinairement.
Le Te Deum & l'Exaudiaty
furent chantez au bruit de trois falves de
Boetes dé z 1. coups chacun.-
On fe rendit fur le Rempart , derriere le
Baffin , où il fut tiré 200. Fufées volantes, après
quoi on retourna à l'Intendance , dont les façades
fur la rue & fur la cour , étoient toutes
illuminées. Lorfque la Compagnie fut rentrée
il fut tiré un Feu d'artifice , placé devant la
Principale Perte , après quoi on fe mit à Ta-
Ble. Il y en eut 12. également bien fervies ; el
D.y less
2410 MERCURE DE FRANCE.
1
les contenoient enfemble 260 Couverts , & il
y eut 130. Dames . On y bût la fanté du Roi
celle de la Reine , & celle de Monfeigneur le
DAUPHIN ; & à chaque fois , il fut tiré 21
coups de Boetes. Pendant le fouper , il fut diftribué
une aumône en argent à chacun des
Pauvres de la Ville , pere , mere , enfans qui
fe préfenterent. I couloit en même tems de
deux DAUPHINS , deux Fontaines de vin , placées
à côté de la Porte de l'Intendance , & le
Peuple danfa dans la rue au fon des Vielles
pendant toute la nuit.
Après le fouper , on tira un autre Feu d'ar
tifice , qui étoit auffi placé devant la Porte. Il
confiftoit , comme le premier , en Petards
Moulinets , & Soleils , avec chacun une Inf
cription en lumieres de VIVE LE ROY.
?
Le Bal commença enfuite dans trois grandes
Salles , & dura jufqu'à 6 heures du matin
pendant lequel , ceux qui ne danfoient point
faifoient des parties de Jeu dans l'Appartement
haut. La fenerité du tems a beaucoup
contribué au fuccès des Illuminations & des
Artifices.
Illumination faite à l'Intendance .
Devant la grande Porte étoit un Arc de
Triomphe de 32 pieds de face , de 16. de hauteur
, & de 6. de largeur : fur la Corniche
étoient écrits ces Vers.
Cogitat omnipotens ; felix tibi Gallia Princeps
Nafcitur incolumis , totius orbis amor ,
Exult at Lodoix , artu Regina triumphat ,
Imperium crefcit , fpefque falufque fimul.
Sur
OCTOBRE 1729. 24tt
-Sur l'Entablement , étoient trois Pilaftres .
Celui du milieu portoit les Armes du Roi &
de la Reine , & fervoit de bafe à une Piramide
de 35. pieds de hauteur. Les deux autres Pilaftres
, où étoient des Dauphins en fautoir ,
fuportoient deux autres Piramides de la même
fabrique , & de 25. pieds de hauteur. Entre
ees trois Piramides il y avoit , à la hauteur de
15. pieds , deux Emblêmes , dont l'une étoit
an Lys à cinq fleurs , dont la tige reprefentoit
le Roy , la Fleur de la droite , Monfeigneur
le DAUPHIN , & les trois de la gauche , Meſdames
de France , avec ces mots :
CRESCITET ORNAT.
L'autre Emblême étoit un Soleil Levant ,
avec ces mots :
NASCENDO LETIFICAT.
Au milieu de l'Arc de Triomphe , au- deffus
de la Porte étoient les Armes de Monfeigneur
le DAUPHIN. Ces décorations étoient ornées
de diveries peintures , & garnies de Lampions
jufqu'au Pied deftal de l'Arc de Triomphe.
La rue étoit bordée de plufieurs rangs de
Lampions qui formoient un quarré au milieu
de la Porte d'environ 100. pieds d'étendue.
Dans la Cour de l'Intendant , qui étoit auffi
illuminée , on avoit placé à la droite les Armes
de Monfeigneur le DAUPHIN , & à la
gauche , un Neptune couronné fortant de
l'Onde préfentant un Dauphin à la France ,
avec ces mots :
SPES ET GLORIA GALLI.
Le Comte de Rochalar , Chef d'Efcadre ,
commandant la Marine , à Rochefort , fit
D vj
chan2412
MERCURE DE FRANCE.
chanter le Te Deum le 18. Septembre. Tou
tes les Troupes de la Marine , & la Compagnie
Colonelle du Régiment Suiffe de Karrer ,
leurs Officiers à la tête , étant fous les armes ,
M. de la Rochalaf , & M. de Beauharnois
Intendant , fe rendirent à 6 heures du foir à
bord du Vaiffeau , portant Pavillon d'Amirak
avec une nombreuſe fuite ; le Te Deum y fut.
folemnellement chanté , & fut terminé par
des acclamations de Vive le Roi , la Reine &
le Dauphin. Des perfonnes qui étoient fur
PAdmiral , fur la Terraffe de l'Intendance , &
fur le Terrain qui s'étend depuis l'arriere - gar
de jufqu'au Cheval du Pare , où il y avoit
beaucoup de perfonnes de confideration , qui
étoient venues de la Campagne , & des Villesvoifines.
Les Troupes affemblées devant l'Admiral ;
firent un feu continuel , qui fut fuivi de 300.
coups de Canon. Au milieu de ces décharges ,
le Feu d'Artifice commença,
M. de Belugard , Capitaine d'Artillerie
avoit fait élever fur plufieurs Piliers un Edifice
de Charpente quarré., & d'Ordre Dorique
dans la Prairie ; nommée de Rhosne , à 15.
pieds près du bord de la Riviere de Charente ,
vis - à- vis la Maifon du Roi , occupée par
M. de Beauharnois , Intendant de la Marine ..
L'appui d'une Galerie garnie à double rangde
Lances , de Pots , & de Gerbes de feu
faifoit un fpectacle charmant. Quatre petits
Châteaux , conftruits à 20. pieds de chaque
angle de l'Edifice reprefentoient 4. Baltions .
Un cinquiéme Château de 21. pieds de hau
teur , étoie élevé au- deffus de la Plate - forme ;
& fur le fommet du Château , étoit un Soleil
de trois pieds de diametre , jettant des rayons.
>
dė
OCTOBRE . 1729. 2413
de feu continuel . On voyoit encore fur le cin
quiéme Château , des lances & pluyes de feu ,
&c. A côtédes quatre Châteaux , étoient quatre
Piramides de feu , avec 4 efparres , garnies
pour jetter 24 Fufées d'honneur ; les quatre
façades de l'Edifice étoient ornez d'Emblêmes
& de Devifes. Du derriere de l'Edifice , partirent
quantité de Fufées volantes , mêlez de
Serpentaux , de Petards , Etoiles , & de pluyes
de feu.
La Prairie dont on vient de parler , ayant un
quart de lieue en quarré , M. de Pelugard y fit
faire un Parc de 100. toifes de long , fur 70 de
large , tout environné de flambeaux . Il fit élever
fur le milieu un Cavalier , ou une éminence
à 60. toifes de l'autre Edifice , laquelle devoit
paroître toute en feu , & qui étoit fi foli
de , qu'on y éleva un Mât de Navire à cinq
étages , chargez de Fagots , de Fufées , de Bal
lets , Souffres , de Globes , de Rippes , de Sapin
, de Tarteaux , de Petards , de Jambons
panachez , Cravattes , Chemifes à feu , & au
tres matieres les plus combustibles . Sur la même
ligne, à 60 autres toifes hors de l'Encein
te du Parc , s'élevoit encore un fecond Cavalier
ou Montagne de feu , femblable à celuidont
on vient de parler.
Deux Mortiers de Fonte , l'un à droite &
Pautre à gauche du pavé , entre les Cavaliers ,
Jettoient alternativement des Bombes artificielles
, garnies de Petards , de Sauciffons , de
Serpenteaux en étoiles de feu , qui fe joignant .
à celles qui partoient du bas du grand Arifi
ce , couvroient l'étendue dû Parc , & faifoient
comme un Ciel étoillé . Des Grenades s'élevoient
auffi continuellement en l'air, tirées par
trois petits. Mortiers de fer hors de l'enceinte
düz
1414 MERCURE DE FRANCE.
du parc , ce qui faifoit un grand effet.
Toutes ces réjouiffances furont précedées
par des Repas donnez alternativement chez
M de la Rochalar , & chez M. de Beauharnois;
le premier donna à dîner à un grand nombre
de perfonnes le Dimanche 18 , fous une Tente
, dans le Jardin de la Maifon du Roi qu'il
Occupe aux Fonderies ; il y avoit trois Tables
qui furent également bien fervies . M. l'Intendant
donna un grand fouper auffi magnifiquement
fervi , & où il n'y avoit pas moins de
monde. La façade de fa maiſon , du côté de
la Riviere , étoit très - bien illuminée , ce qui
figuroit à merveille avec le Feu de la Praiil
y avoit deux Fontaines de vin à la
grande Porte de l'Intendance.
rie ;
M. de Barrail , Capitaine de Port , avoit fait
pavoifer l'Admiral ; & orner la Machine à
mâter , & les autres Vaiffeaux , de Pavillons
& de flammes ; les Fanaux fuccederent aux
Pavillons.
M. de Fondelin , Major , ayant ramené fort
tard les Troupes aux Cazernes , il donna à
fouper à tous les Officiers , & fit donner à
manger aux Soldats . M. Gignoux , commandant
la Compagnie Colonelle du Régiment
Suifle de Harrer , fit auffi donner à fouper aux
Sergens , Caporaux , Tambour , Fifre , & Sol,
dats de cette Compagnie. Enfin , M. Gaudion ,
Tréforier de la Marine , donna un grand fouper
, fit tirer quantité de Fufées , & finit la Fête
par un Bal.
M. l'Intendant a celebré cette Fête avec
toute la magnificence poffible , par des illuminations
, des Fontaines de vin , & par la
nombreuſe Compagnie qu'il raffembla dans fa
Maifon, un grand nombre de perfonnes de dif
tinction
OCTOBRE. 1729. 2415
tinction des Provinces voifines , fe font rendus
à Rochefort pour prendre part à la Fête,& prefque
toute la Ville de la Rochelle y eft accourue.
Le 22. M. de la Haye d'Anglemont , Commiffaire
des Claffes , Ordonnateur en l'abfence
de M. de Ricouart , Intendant de Dunkerque
, donna auffi à cette occafion , dans le
Parc de la Marine , une Fête magnifique . Elle
commença par une Meffe Solemnelle , qui -fug
celebrée dans la Chapelle de l'Arcenal . A une
heure après midy , on fervit une Table , où
toutes les perfonnes de confideration étoient
invitez . Les fantez d'honneur y furent buës au
bruit du Canon à 6. heures du foir ; on chanta
dans la même Chapelle , le Te Deum en Mufique.
Le Feu de joye fut enfuite allumé au bruit
du Canon , & deux Fontaines de Vin coulereng
pour le peuple dans le Parc . Il étoit illuminé
avec toutes les Maifons qui y ont veuë , ainfi
que la grande Tour de la Vile , celle de l'Intendance
, & fon Parterre , de plus de dix
mille Lampions.
1
Un grand Tableau tranfparant de 16. pieds
de hauteur , fur 14. de largeur , & illuminé ,
reprefentoit Monfeigneur le DAUPHIN , avec
les Attributs convenables . Il étoit placé en
face au fond de la Cour de l'Intendance , accompagné
de Pilaftres & de Piramides de feu.
A huit heures on tira le Feu d'Artifice , enfuite
duquel commença un Bal , qui fut fuivi
d'un fplendide fouper. La Table étoit de 40.
Couverts , elle fut fervie & renouvellée plufieurs
fois jufqu'au jour.
La Ville de Dunkerque s'eft fort diftinguée
dans les marques particulieres qu'elle a
donnée de fa jeye au fujet de la Naiffance du
DAU
2416 MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN. La nouvelle en fut annoncée au peuple
le 7. Septembre à la pointe du jour , par
toutes les Cloches de la Ville , On arborà le
Pavillon de Franchife , & on vit immédiatement
après , toutes les rues remplies d'habitans
, qui par des cris de joye , donnerent des
marques publiques de la fatisfaction que leur
donnoit cette grande nouvelle .
Le 15. du même mois , il y eut un fuperbe
Repas à l'Hôtel de Ville : le Marquis d'Alem
bon , Commandant pour le Roi , y affifta , de
même que tous les Chefs des Corps. On y bât
les fantez de L. Majefté & du DAUPHIN , all
bruit de plufieurs piécès de Canon : la Table
étoit de 80 , Couverts.
Le 18. il y eut une Proceffion folemnelle du
Clergé avec le S. Sacrement , en Actions de
graces de l'heureux accouchement de la Reine
: tous les Corps de Métier & les Contreries
, marcherent auffi proceffionellement par
la Ville : ils étoient fuivis de plufieurs Machines
, reprefentant des Géans & d'autres Figures
extraordinaires . Le Marquis d'Alembor
donna enfuite un magnifique Dîner à plufieurs
perfonnes de diftinction : le foir , à fix heures ,
on chanta le Te Deum , après lequel on mit
le feu à une Machine qui avoit été dreffée fur la
grande Place ; au bruit d'une triple décharge
de l'Artillerie ' , aux Salves réïterées de la
Moufqueterie , & au fon de divers Inftrumens.
Il y eut de très -belles illuminations par toute
la Ville on fit couler plufieurs Fontaines de
vin au peuple , & cette Fête fut terminée par
une Collation , fuivie d'un Bil que le Marquis
Alembon donna aux Dames.
Plufieurs Corps de Métiers fe font auffi fignalez
par divers Spectacles qu'ils ont donnê
241.
OCTOBRE. 1729. 2417
au Public : les Poiffonnieres entr'autres , s'étant
renduës le 27. en Corps fur la grande.
Place , toutes vêtues de blanc , y abbatirent
l'Oye à coups de bâton . Enfin , il ne s'eft
prefque point paffé de jour qu'il n'y ait eu
quelque réjouiffance publique , chacun s'étant
empreffé de donner des marques de fon
zele & de fa joye.
Le Comte de la Luzerne , Lieutenant General
des Armées Navalles , Commandeur de
P'Ordre de S. Louis , & commandant la Marine
à Breſt , choifit le Dimanche 25. Septembre
, pour célebrer la Fête , dont voici
le détail.
Sa Maiſon fut difpofée & ornée d'une maniere
fort ingenieufe. On fit faire le long du Jardin
une Allée en Berceau , toute couverte de Lau- ·
riers ; cette Allée aboutifſoit d'un côté à un
grand Salon , qui communique aux differens
Appartemens de la Maifon , & de l'autre à
une Voute , fous laquelle eft une belle Perfpective.
De cette Allée on entroit par trois
Portiques dans le refte du Jardin , qui étoit
couvert d'une grande Tente , & qui formoit
une Salle magnifique , ornée d'Emblêmes , de
Devifes , de divers Attributs de la Marine ,
& c. C'eft dans cet endroit qu'on prépara deux
grandes Tables de so. Couverts chacune , en
Taiffant des efpaces pour en mettre d'autres .
2
Au milieu de la Salle pendoit un Luftre
à 36 branches , d'un gout nouveau , & qui
paroifloit être de Porcelaine. Quatre autres.
Luftres accompagnoient celui- ci , & on avoit
menagé d'ailleurs des lumieres entre les feuillages
de Laurier qui couvroient le Berceau ,
& dans le vuide des Portiques , ce qui faifois
un mêlange trés agréable.
2418 MERCURE DE FRANCE .
Les dehors de la Maifon étoient deftinez
une illumination generale . On avoit difpofé un
double rang de Tringles le long des fenêtres ,
on en avoit mis pareillement autour de deux
grandes Portes , dont on avoit imité tous les
ornemens d'Architecture : elles étoient des
plus ornées de verdure & de Feftons. On y
avoit auffi menagé plufieurs intervalles pour y
mettre les Armes de la Maifon Royale , & le
tout étoit furmonté par des Fleurs de Lys
de lumieres.
Au fond de la Cour , où eft la principale
Porte,fur un Peron , on avoit élevé des Portiques
garnies d'une infinité de Lampions , ce
qui produifit un effet merveilleux.
Cependant M. de la Reinterie , Commandant
de la Ville & du Château de Breft , reçûe
des ordres de faire des Réjoüiffances ; le Corps
del Ville en reçût de pareils de l'Intendant de
la Province , ainfi la Fête fut generale.
Le 25. dès la pointe du jour , on ornà tous
les Vaiffeaux du Port , de Pavois , flammes
& Pavillons ; on battit en même -tems la Generalle
dans toute la Ville , pour affembler
les Troupes de la Marine , & les Milices Bourgeoifes
, & fept Compagnies de celles qui
font deftinées à la sûreté des Côtes , vinreng
auffi en armes fur les Glacis ; la Ville fut pleis
ne d'une infinité d'Etrangers.
Sur les 4. heures du foir on fit une Proceffion
generale , à laquelle officia l'Abbé de
Launay , Grand- Vicaire de M. l'Evêque de
Leon , qu'une maladie a empêché de s'y trou-
& à l'iffuë de cette Proceffion on chanta
le Te Deum dans la grande Eglife . M. de la
Reinterie , les Officiers de la Garnifon , les
Juges Royaux , & le Corps de Ville y affiftever
,
rent
OCTOBRE . 1729. 2419
rent quelque tems après les Troupes de la
Marine ayant défilé le long de la grande ruë ,
& pris leur Pofte dans le Parc , vis-à vis le
Magazin General , M. de la Luzerne defcendit
à la Chapelle du Roy , accompagné de
tous les Officiers du département ; le Te Deum,
ayant été chanté par les R R. P P. Jefuites ,
& par les Religieux de la Charité , les Troupes
de la Marine firent trois décharges de
Moufqueterie, on tira enfuite les Canons qui
étoient rangez le long des Magazins particu
liers , & des Magazins de vivres ; ceux de la
Batterie Royale fuivirent , & enfuite ceux
des differentes Batteries qui font autour
de la rade de Breft. Le Château répondit
& tout ce bruit d'Artillerie dura plus de deux
heures .
Sur les fept heures , commencerent les Illuminations.
La premiere parut fur la Frégate
du Roy , La Parfaite , qu'on avoit garnie de
fes mâts , & agrez , & qu'on avoit ornée de
flammes & Pavillons ; elle étoit prefque au
milieu du Port , dans le lieu le plus apparent ;
tout le corps de cette Frégate , fes Hunes , fes
Manoeuvres , fes Sabords étoient parfaitement
bien diftinguez par l'ingenieufe difpofition des
-lumieres , fa Poupe , fur tout , faifoit le plus
bel effet du monde.
A mesure qu'on travailloit aux differentes
maifons de la Ville , celle du Comte de la
Luzerne fut entierement illuminée ; toutes les
Dames s'y rendirent , fuivies de tous les Officiers
des Gardes du Pavillon Amiral , & de
la Marine , qui étoient priez à fouper avec tous
les Etrangers de diftinction qui fe trouverent
en Ville. A neuf heures du foir on vint aver
tir que les Tables étoient fervies ; les Dames
ie
2420 MERCURE DE FRANCÉ .
#
fe placerent, les jeunes Officiers les fervirent.
M. de la Luzerne , attentif au fuccès
de la Fête , & au bon ordre , ne voulut point
s'affeoir , il fe réferva le foin de prévenir tout
le monde , d'exciter à la joye & au plaifir ,
& d'empêcher que rien ne manquât. Madame
de la Luzerne faifant les honneurs d'une Table
, & Madile fa fille les honneurs de l'autre,
eurent la même attention.
Quand le repas fut un peu avancé , M. de
la Luzerne porta la fanté du Roi à toute la
Compagnie ; elle fut bue avec de grandes démonftrations
de refpe&t & de joye , au bruit
de 27. coups de Cañon ; les fantez ds la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin , furent buës
enfuite avec les mêmes acclamations & les
eris redoublez de VIVE LE ROY , & c.
A Tout le monde fortit de Table à minuit &
le Bal commença on danfoit dans deux
grandes Chambres ; les Mafqués y furent reçûs
, & le Bal ne ceffa pas un feul moment d'ê
tre très nombreux & très brillant. On y fervit
tnutes fortes de Glaces & de rafraîchiffemens
; il dura fans interruption jufqu'à feps
heures du matin . On fervit alors un magnifique
déjeuné , ce qui raffembla encore la Com
pagnie pour une bonne heure ; chacun ſe retira
enfin , charmé d'une Fête fi intereffante ,
fi bien entenduë , & fi bien executée.
Une double Fontaine de vin qui coula toute
la nuit à la porte de M. de la Luzerne , attira
une foule infinie ; tout le monde eut le temps
de profiter d'une fi longue abondance. Les autres
Maifons de la Ville avoient auffi quelque
chofe de particuliers on diftinguoit fur tout
FIntendance , l'Hôtel de Ville & la Maifon
de M. de la Mothe , Commiflaire General de
la
OCTOBRE . 1729 4 2421
la Marine ; ce dernier avoit aufli fait couler
une Fontaine de vin pour le Peuple.
Les PP. Capucins , dont le Jardin forme une
efpece d'Amphithéatre qui domine fur toute
la Ville , y avoient difpoié avec goût plus de
20. mille lumieres ; on y voyoit les noms du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dau
phin , tracez en lettres de feu. L'Hôpital de la
Marine formoit auffi un très beau ípectacle ;
un grand Soleil rayonnant , qui paroifloit détaché
de tout le reste de l'Illumination , fe
failoit principalement diftinguer.
Les PP. Jefuites , donnerent ce jour- là un
très-bon dîner à 1oo. Pauvres , so hommes
& so. femmes , qu'ils fervirent eux -mêmes
avec les Amôniers. Après le Repas on leur
diftribua à chacun une aumône.
Le lendemain 26. plufieurs Bourgeois , joints
enfemble , donnerent un repas à tous les Pauvres
de la Ville dans la Cour de la Maifon
des Jefuites . Il s'y en trouva mille foixante
& quinze , aufquels il fut diftribué douze
cent livres pefant de pain & de la viande rôtie
à proportion , avec une chopine de vin à chaque
homme & la moitié à chaque femme.
Enfin le 28. M. Robert , Confeiller d'Etat
Intendant de la Marine à Breft , donna un
grand Soupé dans la Maifon du Roi , qu'il
occupe , à tous les Officiers de la Marine , aux
Officiers de Terre & à toutes les perfonnes
de confideration de la Ville , hommes & Dames.
Il y avoit des Tables dans toutes les
Pieces du premier étage , & il y a eu un grand
concours, Le Repas fut fuivi d'un grand Bal
qui dura jufqu'au jour. On ne dit rien , pour
abreger , des Illuminations du dehors & du
dedans , des Feux , des Fontaines de vin , des
falves
2422 MERCURE DE FRANCE .
falves & des autres accompagnemens de cette
Fète.
M. de Nogent , Commandant les Gardes de
la Marine & du Pavillon a régalé cette Compagnie
pendant plufieurs jours..
VOEU rendu par le Préfidial de Vannes
& par le Corps de Ville , pour la confervation
du Dauphin , & Réjoüiſſances.
- faites fur ce sujet.
Es Officiers du Préfidial de Vannes , tout
occupez de la joye qu'ils venoient de reffentir
en apprenant le 9. Septembre, l'heureufe
Naiflance d'un DAUPHIN , s'affemblerent au
Palais pour déliberer fur les Réjouillances par
ticulieres que cette Compagnie avoit inten
tion de faire , avant que la Ville eût reçû des
ordres pour en faire de generales . Ils convinrent
de faire chanter un Te Deum dans
l'Eglife des Peres Carmes de fainte Anne ,
dévotion célebre dans le Pays , à trois
lieuës de Vannes , où la Reine avoit elle- même
ordonné des Prieres avant fa groffeffe , pour
demander à Dieu , par l'intercellion de la fainte
Patrone de ce lieu , l'augufte Prince qui
fait aujourd'hui la joye univerſelle du Royaume.
Ils refolurent en même-temps de porter
un væeu à cette puiflante Protectrice , pour
obtenir par fa médiation , la confervation du
don précieux qui vient d'être accordé à la
France. Il fut conclu que ce voeu feroit un
Enfant d'argent , du poids d'environ 12. marcs ,
& on ordonna fur le champ cet Ouvrage
auquel on travailla jour & nuit.
Les principaux Officiers du Corps de Ville
ayant
OCTOBRE. 1720. 2423
yant appris ces difpofitions , fouhaitereng
avec emprellement de s'unir au Préfidial , & de
participer àla Ceremonie. L'union fut approuvée
& reçue par le Préfidial , qui y admit une
vingtaine des plus Notables Bourgeois , tels
que le Syndic ( qui reprefente le Maire , dont
la charge eft éteinte , d'autres anciens Syndics ,
Echevins , Juges- Confuls , & Officiers de la
Milice Bourgeoife & du Corps de Ville.
On députa un des Confeillers du Préfidial ,
avec le Syndic pour difpofer les Peres Carmes
de Sainte Anne à cette Céremonie , & pour
convenir du jour , qui fut fixé au Mercredy
fuivant 14. du même mois de Septembre. On
retint des maisons dans le Bourg de Sainte Anne
pour y affembler ces deux Corps , & pour
les perfonnes neceffaires. On y envoya des
Pourvoyeurs & des Cuifiniers , afin que chacun
trouvât à manger dans le lieu qui lui fe
roit deftiné , fuivant fon état. Le Refectoire
du Convent fut refervé pour les Officiers du
Préfidial & du Corps de Ville, & pour la
Communauté des Peres Carmes qui fut invirée
à dîner avec ces deux Compagnies , 8
l'on convint de part & d'autre de n'y admettre
aucun Etranger , afin d'obvier à tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité & la
dignité de la Fête. On s'afura auffi des meil
leurs Symphonistes de la Ville , & des Muficiens
de la Cathédrale , que le Chapitre ac
corda très - obligeamment.
Le 14 Septembre , jour marqué pour la Céremonie
qu'on avoit annoncée dès la veille au
fon de la Cloche de l'Hôtel de Ville , & au
bruit d'une triple décharge de 15 coups de
Canon , les Officiers du Préfidial & du Corps
de Ville , partirent dans les differens Equipages
24 +
•
4 MERCURE DE FRANCE :
ges , environ für les fix heures du matin. A
Teur arrivée au Bourg de Sainte Anne le
Pere Prieur des Carmes les vint faluer dans
la maifon où ils étoient defcendus , & on
acheva de régler le Céremonial.
Sur les dix heures du matin les deux Compagnies
fe mirent en marche ; elle commença
par le Préfidial , dont le Prefident qui eft auffi
Sénechal , portoit la Robe Rouge , précedé
des Huiffiers Audienciers , & Greffiers en
Chef , tous en Robes & en Bonnets , devant
lefquels on portoit le Voeu dans un grand Baf
fin de Vermeil. A quelques pas de diftance .
fuivoit le Corps de Ville , marchant fur deux
files , comme le Préfidial , en Manteaux &
en Habits de Céremonie , précedé des Heraults
& des Archers en Pourpoints , & der
riere étoient les bas Officiers & les Valets de
Ville en Cafques . Quelques Archers de la
Maréchauffée , placez fur les aîles , empêchoient
la foule , l'affluence du peuple étang
extraordinaire.
Les deux Compagnies arriverent en cet ordre
dans les Avenues du Convent , plantées
de très- beaux Arbres jufqu'au grand Portail
de la Cour qui conduit à l'Eglife , où elles
furent reçues par le Prieur en Chappe & en
Habit d'Eglife , qui les y attendoit à la tête
de fa Communauté . Les deux Chefs des Com
pagnies , qui formerent un demi cercle , le
Préfidial à la droite , & le Corps de Ville à
la gauche , s'approcherent du Prieur , a quel
ie Prefident & Sénechal du Prefidial , portant
la parole , préfenta le Voeu , qui étoit
foutenu par le Syndic de la Ville , & lui fit
un Compliment , l'invitant avec fa Communauté
à joindre fes voeux aux leurs , pour demander
OCTOBRE. 1729 2425
mander au Ciel la confervation de fon Ouvrage.
Le Prieur répondit dignement , & ces
deux Difcours , applaudis de l'Affemblée , exprimerent
parfaitement la joye & le zele qui
animoient cette Fête. Le Prieur , aidé de fes
Affiftans , porta enfuite le Voeu jufques dans
l'Eglife , fuperbement décorée & illuminée;
avec arti, d'un nombre infini de Cierges & de ,
Bougies.
Les deux Compagnies y entrerent au bruit ,
des Cloches & des Orgues , & prirent les
places qui leur étoient préparées, Le P. Prieur
dépofa en leur préfence fur l'Autel de la Chapelle
confacrée à Sainte Anne , & remplie
d'une infinité d'autres Voeux , celui qu'il ve-.
noit de recevoir , & referma la Grille qui régne
autour de cette Chapelle , dont l'entrée
eft interdite aux Seculiers.
Il commença enfuite la Grande Meffe , qui
fut chantée avec beaucoup d'applaudiffement
par les Muficiens de la Cathedrale de Vannes ;
la Mufique étoit de la Compofition du fieur
le Sueur , Archiprêtre , & Maître de Mufique
de cette Cathedrale , l'un des plus habiles du,
Royaume. Après la Meffe , le Prieur entonna
le Te Deum , que la même Mufique chanta
au bruit d'une triple décharge de Boetes , &
des Tambours des Milices , Gardes - Côtes de
ce Canton . Lorſqu'il fut fini , les deux Compagnies
fortirent de l'Eglife , & pafferent par
la Cour exterieure , pour fe rendre dans une
grande Salle du Monaftere , où elles quitterent
Teurs Habits de Céremonie , & de-là elles allerent
dîner au Refectoire , où l'on avoit placé
-les Portraits du Roi , de la Reine , & les Armes
de Monfeigneur le DAUPHIN , fur des Tais
de Velours , enrichis de Franges & de Crépines
E
2426 MERCURE DE FRANCE.
pines d'or. Elles y trouverent trois Tables
de 20. Couverts chacune , parfaitement bien
fervies , où chacun prit place indifferemment ,
de même que les Religieux de la Maifon ; le
Maître de Mufique fut le feul Etranger qu'on
y admit. les autres Muficiens , Symphoniſtes ,
ainfi que les Huiffiers & autres perfonnes neceffaires
à la Fête, fe retirerent dans les differentes
Maifons qu'on avoit deftinées à chaque
Corps , où ils trouverent auffi des Tables fervies.
Dans le Refectoire , les fantez du Roi , de
la Reine,& deMonteigneur le DAUPHIN , furent
bues féparement par l'Affemblée , debout &
tête découverte, au bruit d'une triple décharge
de Boëtes : comme le zele & la pieté faifoient
le principal objet d'une Ceremonie fi édifiante ,
la délicateffe des Mets , la bonté des Vins , &
la vivacité de la joye ne firent point perdre de
vue la moderation qui doit accompagner de
pareilles actions , & qui doit être inféparable
des Magiftrats.
Après le diner , les deux Compagnies retournerent
à la Salle pour reprendre leurs habits
de Céremonies les Huiffiers & les Heraults
de Ville les vinrent joindre dans l'Anti- Chambre
, & on retourna fur les quatre heures après
midy à l'Eglife dans le même ordre que le matin
. Ony chanta l'Exaudiat en Mufique , à la
fin duquel on fe rendit proceffionellement avec
les Religieux en Chappes au Bucher préparé
fur une grande Efplanade , vis- à - vis la Cour
exterieure du Monaftere , & au bout des belles
Avenues dont on a parlé . Ce Bucher étoit orné
de Banderoles aux Armes du Roi , de la
Reine , & du DAUPHIN , de Devifes & d'Emblêmes
convenables à la Fêtes on l'avoit dé
coré
OCTOBRE. 17: 9. 24 ? F
•
coré de tout ce qu'on avoit pû imaginer de
brillant pour fuppléer au Feu d'artifice qu'on
n'avoit pu faire executer en auffi peu de tems ,
faute d'Artificiers affez entendus dans la Ville
On préfenta au Prieur , au Prefident du Preftdial
, & au Syndic du Corps de Ville des fiambeaux
de cire blanche , chacun mic le feu de
fon côté , & y jetta fon flambeau . On fit
alors quantité de décharges de Buëtes , aufquelles
répondoient des exclamations de joye
Continuelles , & des cris de Vive le Roy , vive
la Reine , vive le Dauphin , qui furent entendues
de plus d'une lieue , tant le nombre
des Spectateurs étoit prodigieux . On retourna
enfuite à l'Eglife , où cette ceremonie fut terminée
par un Domine , Salvum fac Regem s
chanté en Mufique , fuivi des Oraifons ac
¿Coutumées .
Les Compagnies allerent enfuite dans la me
me Salle pour remercier le Prieur & fes Religieux
, & fur ce qu'on s'apperçut qu'ils trouvoient
mauvais qu'on voulut leur faire un préfent
, on leur laiffa adroitement une liberalité
pour leur Eglife. Il fut dreffé un Procès
Verbal du dépôt du Vou , dont la Minute fignée
par tous les Magiftrats , & par les Religieux
, refta dans les Archives du Convent
les Religieux en délivrerent des Copies au Préfidial
& au Corps de Ville , pour l'inferre fur
leurs Regiftres.
L'Infcription gravée au pied de la Figure
d'argent , eft conçue en ces termes .
CURIA PRESIDIALIS ET SELECTI CIVES
Urbis Venerenfis , pro nato DELPHINO & ad
ejus confervationem hoc votum dono dederunt
Die XIV. Septembris auno Domini M , DCC XXIX
E ij Après
>
2428 MERCURE DE FRANCE.
Après que ces Meffieurs eurent pris conge
des Religieux , ils partirent pour Vannes , où
ils arriverent fur les 9. heures du foir , éclairez
d'une infinité de flambeaux de cire blanche
, ce qui faifoit, d'une nuit fort obfcure , un
jour très - brillánt.
le
On paffe fous filence la fuite de cette Fête
les illuminations des Maifons de chacun de
ces Meffieurs à leur entrée dans la Ville ,
fouper qu'on leur donna , & les autres rejouillances
qui l'accompagnerent pendant une
partie de la nuit . On n'a eu ici deffein que de
parler de l'action principale , qui eft le Voeu ,
dont l'execution plût tellement , qu'elle édifia
tous les Spectateurs , en redoublant la dévotion
des Pelerins , qui fe trouvent en grand.
nombre à Sainte Anne , dans quelque jour de
l'année que ce foit . Ils infpirerent tout à la
fois des fentimens de joye , de pieté & de Religion
, à ceux que la feule curiofité avoit
rendus témoins de cette pieufeCeremonie.
COPIE de la Relation des Réjouiffances
faites à Bordeaux , envoyée au Comte
d'Eu , Gouverneur de la Province de
Guyenne.
LROF
A France jouiffoit d'une profonde paix , le
Roy , le plus accompli de tous les Rois ,
affuroit fon bonheur prefent ; la brillante Jeuneffe
de Sa Majefté , les Voeux de tous les
François pour la durée , & la profperité de fon
Regne , la confiance de tous les Princes de
l'Europe , nous promettoient un Siecle d'or ';
il manquoit pourtant quelque chofe à notre
felicité , un DAUPHIN pouvoit feul la rendre
pare
OCTOBRE . 1729. 2429
parfaite , fa Naiffance nous raffure fur l'ave
nir , & nous prefente dans l'éloignement pour
nos petits fils , le même bonheur dont nous
jouiffons. La joyé éclate de toutes parts à cet
heureux Evenement ; chacun tâche de fe diftinguer
par une effufion de coeur , qu'il croft
qu'aucun autre ne peut imiter ; les Villes &
les Provinces donnent à l'envi des preuves
de leur zele & de leur fidelité.
La Ville de Bordeaux , dont l'amour pour
'la perfonne facrée de Sa Majefté ne peut être
égalé , vient de fe fignaler pår des démonftrations
de joye des plus éclatantes , & par une
Fêre fuperbe.
Tout le monde attendoit avec une impa
tience extraordinaire , d'apprendre l'heureux
accouchement de la Reine , & la Naillan
ce d'un DAUPHIN , lorfque le 7. Sep
tembre un Courrier Extraordinaire , envoyé
à la Cour d'Efpagne , en porta la nouvelle
M. Boucher , Intendant de la Province ; elle
fut prefqu'auffi -tôt annoncée au peuple par
une decharge generale du Canon du Château
Trompette , & des Forts Louis & du Ha.
Le Parlement , à qui elle avoit été communiquée
en la perfonne de M. le Premier Prefident
, donna dès ce moment les ordres pour
chanter le Te Deum dans la Chapelle du Palais
. Il fut chanté le 9. en Mufique , avec un
concours de toute la Nobleffe & des Dames
les plus qualifiées qui s'y rendirent.
Le lendemain la Cour des Aydes le fit chanter
auffi dans faChapelle, & les Jurats le firent chanter
le 11. dans l'Eglife de S. Eloy, leur Paroise,
où ils fe rendirent en Robes de cerémonie, avec
leurs Trompettes & leur Cortege ordinaire ;
E iij
Cette
2420 MERCURE DE FRANCE .
sette Eglife étoit tendue depuis le grand Au
tel jufqu'à la porte , c'eft à dire , toute entiere
, des plus riches Tapifferies ; la Mufique
étoit compolée des plus belles voix , & de la
Symphonie la plus complete ; le concours y
fut extraordinaire , M. l'Intendant leur fit
Phonneur d'y affitter , ainfi qu'au dîner qu'ils
donnerent à plufieurs perfonnes de qualité ,
pendant lequel les fantez du Roy , de la Rei
ne , & de Monfeigneur le DAUPHIN , furent
bûës au bruit de plufieurs décharges de Canon
qu'ils avoient fait porter fur les foflez
vis-à vis de la Sale où l'on mangeoit la groffe
Cloche de l'Hôtel de Ville ne difcontinua pas
de fonner pendant toute la journée.
Le 17. l'ordre du Roy , adreffé au Parle
ment, & aux Jurats pour les Réjouiffances ,
étant arrivé , le Parlement ne pût s'affembler
que le 19. pour fixer conjointement avec les
Vicaires Generaux , le jour du Te Deum Solemnel
, qui fut indiqué au 22. Ce même jour
17. les Jurats donnerent une Ordonnance ,
par laquelle ils enjoignirent de tenir les Boutiques
fermées , & deffendirent toute forte de
travail le jour du Te Deum , & les deux jours
fuivans.
Cependant les Jurats , dont le zele ne peut
être exprimé , firent travailler nuit & jour
à un Feu d'artifice , auquel tout ce qui fe
trouva de gens habiles furent employez plus
de deux cens Ouvriers travaillerent également
à décorer & à arranger l'Hôtel de Ville ; tous
les Appartemens furent fuperbement meublez ;
chaque Sale où l'on devoit manger , & chacune
de celles où fe devoit donner le Bal , étoit
garnie de fix Luftres magnifiques , de Plaques ,
de diftance en diftance , & ornée des plus belles
OCTOBRE 1729. 2431
Jes Glaces , & des plus beaux Tableaux ; au
milieu étoient les Portraits du Roi & de la
Reine , fous des Dais .
Dans les dehors , fur les Foffez , furent rangées
30. pieces de Canon , avec un Théatre
pour le Feu d'artifice , peint , orné de plufieurs
Emblèmes à l'honneur du Roy & de Monfei
gneur le DAUPHIN , & furmonté d'une Renommée
publiant la Gloire & les Vertus de
Sa Majefté,
Tout étant prêt le 22. les Compagnies Bourgeoifes
, formant fix Régimens de 2000. hommes
chacun , fe mirent fous les armes dès les
fept heures du matin , & fe rangerent en haye
depuis l'Hôtel de Ville jufqu'à l'Eglife Métropolitaine
de S. André , devant laquelle il avoit
été formé un Bataillon ; tous les Officiers
-étoient vêtus magnifiquement , avec une Cocarde
blanche , & les huit Aydes Majors en
Plumets. Le Comte de Segur , Sous - Maire
& les Jurats , précedez de la Compagnie du
Guet en Chapeaux bordez da Heraut d'Armes
, avec fa Cafaque de Velours Cramoifi .
femées de Fleurs de Lys en broderie d'or , du
Maffier avec fa Maffe d'argent , du Fourrier de
la Ville , & de tous leurs Officiers , partirent,
Trompettes fonantes au fon de la groffe Clo
che , qui ne difcontinua pas de fonner pendant
les trois jours , & fe rendirent dans l'Eglife
de S. André , où fe trouverent le Parle
ment , la Cour des Aydes , & toutes les Compagnies.
Le Te Deum fut chanté après la
Grande Meffe . Elle fut fuivie d'une Proceffion
generale , qui paffa par la rue des trois Conils
la Place S. Proiet , la rue de là Mercy , la
la rue
du Pas S. George , le grand Marché , la rue
des Aydes , le Poiffon Sallé , la rue du Loup ,
E iiij
&
2432 MERCURE DE FRANCE .
& rentra en traverfant la Place S. André dan's
l'Eglife du même nom , d'où elle étoit partie ;
toutes ces rues étoient tapiflées & bordées des
deux côtez de Troupes Bourgeoifes.
A une heure après midy , ceux qui fe trouverent
à la tête du Clergé , le Premier Preffdent
, tous les Prefidens à Mortier , & tous
les Confeillers du Parlement , l'Intendant , le
Premier Prefident de la Cour des Aydes , plufieurs
Prefidens & Confeillers de la même
Cour , les Tréforiers de France , les Secretaires
du Roy , toute la Nobleffe , les Comman
dans des trois Forts , avec tous les Officiers de
la Garnifon , les Avocats , & les Notables
Bourgeois qui avoient paffé par les Charges
, & qui tous avoient été invitez , fe rendi
rent à l'Hôtel de Ville , où Madame la Premiere
Prefidente , Madame l'intendante , &
toutes les Dames de diſtinction étoient déja arrivées
, les Jurats firent fervir fix Tables de
25. Couverts chacune , & dix autres Fables
de 12.
de 8. & de 6. Couverts , toutes également
remplies des mets les plus exquis &
les mieux ordonnez , rangez avec une ſymetrie
qui fut admirée , chacune des grandes Tables
ayant fa couleur affectée , & deux Maîtres
d'Hôtel diftinguez par un Ruban de la même
couleur.
Toutes ces Tables furent fervies à quatre
Services , & toujours pour le double des perfonnes
, parceque n'y ayant que des Dames
aufquelles on avoit , avec raiſon , donné la
préference , chacune avoit à côté , & debout
, un ou plufieurs Cavaliers qui les
faifoient fervir ou les fervoient eux mêmes
, & les Dames leur faifoient part de tous
les mets ; de forte qu'à chaque sepas il
,
·
y
avoit
OCTOBRE. 1729 2433
avoit plus de 400. conviés ; mais ce qui parut
le plus furprenant , c'eft qu'arrivant inceflamment
du monde , on voyoit , pour ainfi dire ,
naître de nouvelles Tables , avec tant d'ordre
, de propreté & de magnificence , qu'elles
fembloient être fervies par enchantement. Les
vins de Grave , de Champagne & de Canarie
, y furent diftribués abondamment. Les
fantés du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
Je Dauphin furent bues au bruit de tout le Canon
, qui fouvent réiteré , donnoit à cette
Fête un air de grandeur & de magnificence
qu'on peut plutôt imaginer qu'exprimer ; ce
Repas egayé par une Mufique d'Inftrumens
nombreufe & délicate , ne finit qu'après cinq
heures . Pendant qu'il dura , quatre Fontaines
de vin coulerent continuellement dans chaque
Place de la Ville ; il en fut diftribué douze
tonneaux ou 48. barriques.
Une heure après , les Sous- Maire & Jurats,
avec leurs Robes mipartie de Damas cramoifi
& blanc , & leur cortege ordinaire , toutes
les Troupes bourgeoifes rangées autour du
bucher , allerent allumer le feu de joye , au
bruit de tout le Canon & de la Moufqueterie.
Toute la façade de l'Hôtel de Ville , & la
Tour où eft la Cloche furent illuminées de
6000. lanternes , fur lefquelles étoient peintes
les Armes de France , où la figure d'un Dauphin
, avec des Infcriptions , & une fi grande
quantité de lampions , reprefentant auffi par
Farrangement qu'on en avoit fait , des Dauphins
, ou des Fleurs de Lys , qu'on peut dier
re , fans exageration , que c'étoit un ſpectacle
des plus fuperbes , & qui paroiffoit toujours
nouveau. Au dedans de l'Hôtel de Ville,
E v
Tes
2434 MERCURE DE FRANCE .
les Luftres , les Plaques , les Bras étoient gara
nis d'un fi grand nombre de bougies , qu'ils
fembloient difputer de clarté avecle plus beau
jour
L'Illumination n'étoit pas moins belle fur
les Vaiffeaux , qui dans le plus beau Port du
Monde paroiflofent autant de Piramides de feu
au milieu de la Nuit , d'où fortoit un bruit
effioyable de tout leur Canon . Ce qu'on voyoit
en grand dans l'Hôtel de Ville fe voyoit en
perit dans toutes les Rues ; il n'y avoit point
de Fenêtres qui ne fut illuminée , ni de porte
devant laquelle il n'y eut un Feu de joye ;
le plus pauvre Artifan vouloit marquer fon
zele pour S. M: & pour l'augufte Prince dont
on celebroit la Naiffance ; on n'entendoit de
toutes parts que des cris de Vive le Roi.
A neuf heures , comme on vouloit tirer le
Feu d'artifice , il tomba une fi grande pluye ,
qu'il en fut abfolument dérangé . Il fallut le
remettre au troifiéme jour. A dix heures on
Tervit un Ambigu avec le même ordre , la
même propreté & la même magnificence que
le diner ; après quoi le Bal commença dans
trois Salles , & dura jufqu'au jour. Pendant
tout ce tems - là , on diſtribua à tous venans
de toutes fortes de liqueurs glacées , & aux
Dames des confitures & des fruits avec abondance.
Cette Fête étant toute publique , & tous les
Ordres y devant prendre part , les Jurats donnerent
le lendemain un fouper aux Gentils
hommes , aux Avocats & aux notables Bourgeois
qui lejour precédent n'avoient pas pû
y affifter. Ils furent traités en maigre , avee
la même magnificence & la même délicateffe
les Illuminations & le Bal continuerent cette
feconde
OCTOBRE. 1729. 2435
A
C
་
i
feconde nuit , ainfi que la nuit fuivante. Il
fut tité un très - grand nombre de Fufees , &
fait plus de vingt décharges de tout le Canon.
Le troifiéme jour , les Jurats donnerent un
grand fouper à tous les Officiers des Troupes
Bourgeoifes , au nombre de cent quarante
; les Tables furent fervies avec la même
regularité & la même abondance. Comme
le Feu d'artifice devoit être tiré ce jourlà
, le Premier Préfident , l'Intendant , Madame
la Premiere Préfidente , Madame l'Ins
tendante y furent invités ; toutes les perfonnes
de diftinction de l'un & de l'autre fexe, du
Parlement & de la Nobleffe , s'y trouverent
auffi ; & comme il étoit tard quand tout fut
preparé pour le feu , à caufe du defordre qu'y
avoit caufé la pluye le premier jour , il leur
fut prefenté un fouper en gras & en maigre ,
dont la délicateffe , la propreté & le bon goût
pafferent , s'il fe peut , tout ce qui s'étoit fait
jufqu'alors. Le Feu d'artifice répondit à ce
qu'on en avoit attendu , il fut tiré un prodigieux
nombre de très- belles Fufées , le Canon
fit plufieurs falves réiterées ; enfin tout le
monde convient qu'on ne pouvoit rien ajoûter
à l'ordre & à la magnificence de cette Fête
, aux foins que les Jurats fe font donnés ,
qu'une fatigue continuelle pendant huit jours
n'a pu ralentir , & aux acclammations du
Peuple , dont le zele & l'amour pour S. M. &
pour la Famille Royale font fans bornes.
Cette Fête ayant fini le Bal , le Dimanche
25. Septembre à fix heures du matin
M.le Premier Préfident en fit une ce même jour
des plus magnifiques , perfonne ne l'entend
mieux ; le Parlement , la Nobleffe , les Jurats
& les Dames y furent invités ; tout y étoit
Evj grand
par
2436 MERCURE DE FRANCE :
grand. On fervit plufieurs Tables , faifant environ
150. Couverts , où l'on trouvoit également
l'abondance , la délicateffe & la propreté
; fon Hôtel & fa Cour étoient illuminés
de lanternes & de lampions qui faifoient un
très bel effet .
Le lendemain , M. Boucher , Intendant de
la Province , donna une Fête fuperbe , fon
parterre, d'une grande étenduë en quarré, étant
-entourré d'allées de très - beaux Arbres ; on
-avoit pratiqué d'un Arbre à l'autre des Arcs
de verdure en forme de Portique , tous garnis
de lampions , ce qui faifoit un ſpectacle
charmant. Les murailles étoient couvertes de
lanternes, les compartimens du Parterre étoient
également garnis de lampions , on en avoit
rangé dans toute la façade de l'Hôtel , tant
du côté du Jardin que du côté de la Ville ;
au milieu du Partere étoit un Théatre pour
un Feu d'artifice qui réuffit parfaitement.
Cette Fête commença par un Concert de
Voix & d'Inftrumens , après lequel on fervit
un fouper à r30. perfonnes des plus qualifiées
, de l'un & de l'autre fexe , à la tête defquelles
étoient M. le Premier Préfident & Madame
la Premiere Préfidente. Il y eut Bal toute
Ja Nuit.
Le Mardi , les Négocians firent auffi une Fête
magnifique à la Bourfe , avec un Feu d'artifice
. Cette Maiſon étoit toute brillante de
lumieres au dedans & au dehors , les Appartemens
en étoient fuperbement meublés ;
le foupé à plufieurs Tables en fut magnifique
& d'un gout qui ne cedoit à aucun autre ;
quinze piéces de Canon tirerent prefque continuellement
, le Bal fucceda au fouper , &
tout s'y paffa avec une politeffe qu'on ne
peut affez louer, Le
OCTOBRE . 1729. 2437
+
Le Mercredi il y eut fur l'eau le fpectacle
d'un Combat naval , & un Feu d'artifice .
Chaque jour du reste de la femaine a évé
marqué par un Te Deum , que chaque Compagnie
a fait chanter , ou par quelque Fête
nouvelle que les Corps de métier ont voulu
faire , & le Dimanche les jeunes négotians en
firent une qui mérite une Defcription parti
culiere. Cent Jeunes- hommes des mieux faits.
magnifiquement vêtus , Chapeaux bordés , en
plumet & cocarde , montés fur de très beaux
Chevaux , richement harnachés , s'affemblerent
au Manége , vis à- vis l'Hôtel du Gou
verneur , où étoit le Rendez - vous ; ils avoient
au centre un Char de Triomphe traîné par
huit fuperbes Chevaux , dans lequel la France
étoit reprefentée fous la figure de Minervearmée
, fon Egide & fa Lance à fes pieds ,
& le Cafque en tête , tenant en fes mains
Monfeigneur le Dauphin ; le Char étoit orné ,
de plufieurs Emblêmes & de plufieurs Devi
fes , & tout garni de Lauriers . Les Trompettes
ayant fonné la Marche , ils la commencerent
au bruit des Timballes , l'Epée
haute , par la rue Ste Catherine , & firent une
Cavalcade par toute la Ville , diftribuant des
confitures aux Dames qu'ils rencontroient , &
en jettant à celles qui étoient aux Fenêtres ,
renouvellant inceffamment des cris de Vive
le Roy & Monfeign: ur le Dauphin. Cette Cavalcade
fut fuivie d'un très beau Feu d'arti
fice , tiré à la Place du Palais ; la Fête finit
par un grand foupèr & un Bal qui dura toure
la nuit.
4
Enfin il ne fut jamais de joye pareille à
celle que les Grands & le Peuple ont fait
éclaters mais on peut dire fans les flatter
que
2438 MERCURE DE FRANCE .
que les Jurats ont furpaffé tout ce qu'on avoit
jamais vu & tout ce qu'on pouvoit attendre
des Sujets les plus dévoués à leur Prince.
REJOUISSANCES
faires à Rouen.
E. de Septembre , la nouvelle de l'heureufe
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
fe répandit dans la Ville , par l'arrivée
d'un Courier envoié au Duc d'Harcourt . Après
midi Mrs de Ville l'annoncerent au Peuple par
le fon de la Cloche deftinée à fonner lors des
réjoüiffances publiques . Auffi- tôt chacun ſe
difpofa à donner des marques de fa joye.
Le premier qui la fit éclater , fut M. de
Gafville , Intendant , qui dès le furlendemain
fit chanter dans l'Eglife des Jefuites , un Te
Deum en Mulique au bruit du Canon . Toute
' Eglife étoit très bien illuminée . Les Corniches
étoient remplies de Lampions . Dans le
tour du Sanctuaire , on lifoit ces paroles du
Pleaume , Deus judicium tuum Regi da , &
au -deffous , fur la Corniche fuperieure de
l'Autel , ces paroles du même Pleaume , &
juftitiam Filio Regis . L'Autel principal & les
Collateraux étoient ornez d'un nombre infini
de Cierges rangez avec Symetrie.
Le 10. La Cour des Comptes , " la Cour des
Aides & des Finances , firent chanter dans leur
Chapelle , un Te Deum au bruit du Canon ,
firent couler des Fontaines de Vin , & delivrerent
quelques Prifonniers .
Le Dimanche 11. Le Parlement fit la même
chofe , & M. de Colmoulins , Prefident de la
Chambre des Vacations , donna un fouper où
fe trouverent en grand nombre des perfonnes
diftinguées ;
OCTOBRE . 1719. 1719 2439
Aiftinguées ; pendant le repas , le Canon tira
de demie heure en demie heure , au Cours , au
Vieux Palais , & fur le Boulevard de Cauchoiſe.
Le même jour , l'Hôtel de Ville fit chanter
le Te Deum dans l'Eglife de Nôtre Dame de la
Ronde , & alluma un Feu au bruit du Canon.
Dans le cours de la femaine , plufieurs Particuliers
fe diftinguerent , entr'autres les Peres
Jefuites , le Jeudi 15. ils illuminerent toute
la face de leur Maifon de Campagne du Mont
Fortin , à un quart de lieuë de la Ville , d'où
ils tirerent un grand nombre de Fufées & firent
retentir la Ville & les environs du bruit
de leur Canor .
Le même jour , un Particulier donna dans
fon Jardin , proche les Peres de Grammontlez
- Rouen , une Fête des plus galantes. Après
avoir fait chanter le Te Deum dans l'Eglife de
S. Sever , qui eft la Paroiffe du Fauxbourg , il
donna un grand Repas , à la lueur des Lampions
& des Terrines qui étoient repandus
dans les Jardins & fur les Arbres ; le foupé
fut precedé d'un Concert & d'un Feu d'artifice ,
& fuivi d'un Bal qui dura la plus grande partie
de la nuit ; pendant tout ce tems on entendoit
le bruit des Boëtes & des Canons .
Le Dimanche 18. fut indiqué pour les rejoüiffances
publiques , elles furent annoncées
dès le matin par le bruit du Canon , du Cours
& du Vieux Palais , & par la Cloche de la Ville,
& à midi par le fon des Cloches de la Cathedrale
& de toutes les Eglifes .
Après Vêpres , le Te Deum fut chanté folemnellement
dans l'Eglife Cathedrale par la
Mufique , au fon des Cloches & au bruit du
Canon. M. l'Archevêque y officia pontificalement
; M. le Comte d'Harcourt , Marquis de
Beuvion ,
2440 MERCURE DE FRANCE .
Beuvron , Lieutenant General pour le Roi dans
la Province de Normandie, & Gouverneur du
Vieux Palais , M. le Duc d'Harcourt , M. le
Marquis du Pont- Saint- Pierre , accompagnez
d'un grand nombre de Nobleffe , y affifterent ,
auffi bien que le Parlement , la Cour des
Comptes , Aides & Finances , & le Corps
de Ville , eſcortez des Compagnies de la Ville ,
à pied & à cheval , & des Gardes de Monfieur
de Beuvron , tous en Habits d'Ordonnance.
Le Feu qui avoit été dreffé dans le Parvis de
P'Eglife fut allumé avec les cérémonies ordinaires
par M. de Beuvron , le Maire & le premier
Echevin de Ville en Charge , au bruit des
acclamations du Peuple & du Canon. M. de
Beuvron , en retournant chez lui , fit jetter
fur la route de l'Argent au Peuple ; il étoit
fuivi d'un nombre infini de Caroffes remplis de
Nobleffe , & précedé des Compagnies d'Ordonnance
& de fes Gardes .
Le foir toutes les Cloches de la Ville fonnerent
encore , & auffi -tôt toute la Ville fut illuminée
, chacun travaillant à fe furpaffer l'un
l'autre par le nombre & la grandeur des Feux ,
les Illuminations des Maifons , & les repas qui
fe donnoient de tous côtez .
Il y eût un Concert à l'Hôtel de Ville , fuivi
d'un fuperbe repas , où étoient invitéz M. l'Archevêque
, Mes de Beuvron , d'Harcourt , &
la plus illuftre Nobleffe de la Province. Il y
avoit fix Tables de trente Couverts chacune :
La premiere étoit occupée par les Dames qui
avoient à leur tête M. l'Archevêque & M. de
Beuvron ; la 2de étoit remplie par la Nobleffe ,
les Maire & Echevins en Charge , précedez
de M. le Duc d'Harcourt , de M. l'Intendant ,
& de quelques Ecclefiaftiques de diftinction :
Ces
OCTOBRE . 1729. 244t
Ces deux Tables étoient dans la grande Sale de
l'Hôtel de Ville , richement décorée de Glaces,
de Luftres & des Portraits du Roi & de la
Reine , fous des Dais . Les autres Tables dref
fées dans d'autres Appartemens de l'Hôtel de
Ville étoient occupées par la jeune Nobleffe
, par les anciens Echevins , & par leurs
Epouſes. La Cour étoit ornée de Tapifferies ,
& illuminées de deux rangs de Terrines , avec
des Luftres & des Piramides de féu. Le repas
fut fuivi d'un Feu d'artifice tiré fur la Tour de
l'Horloge , enfuite il y eût un Bal qui dura juſ
qu'au lendemain.
La Décoration & l'Illumination de l'Hôtel
de Ville , confiftoient en un Corps d'Architec
ture de vingt pieds de large fur près de qua
rante pieds de haut , pofé tur un Plancher audeffus
de l'Arcade de l'Horloge. C'étoit une
efpece d'Arc de Triomphe , compofé de huit
Pilaftres de Marbre fin , chargez d'Emblêmes
avec leurs Bazes & Chapiteaux rehauffez d'or,
pofez les uns derriere les autres en perspectives
is étoient fur un grand Socle de trois pieds
& demi de haut , chargé des Armes du Dauphin
, & de differens Emblêmes .
Les deux premiers Pilaftres portoient une
grande Corniche ceintrée , rehauffée d'or.avec
fes retours; fur le milieu de laquelle s'élevoient
deux grandes Renommées , l'une de France , l'au
tre de Pologne , & deffous un Globe illuminé :
aux deux côtez fur les retours de la Corniche ,
étoient deux Obelifques , furmontez chacun
d'un Soleil avec un Dauphin ; du milieu de la
Corniche pendoit un Ecriteau en fefton , ou
étoit écrit en Lettres d'or fur un fond bleu ,
DELPHINO RECENS NATO
CIVITAS ROTHOMAGENSIS.
M. D. C. G. XXIX.
( C'eft
2442 MERCURE DE FRANCE :
( C'eft-à - dire ) la ville de Rouen a élevé ce
Monument en l'honneur du Dauphin nouveau
é. Aux deux côtez de ces Pilaftres étoient
deux Figures de Neptune & de Thetis , pofées
fur leurs piedeftaux , chargez d'Emblêmes .
Les Pilaftres de derriere portoient chacun
leur voute en compartimens de Marbre ; ils
étoient éloignez les uns des autres d'environ
quinze pouces , ils fe refferroient & leurs
Voutes diminuoient de hauteur felon les proportions
de la Perfpective , ils étoient tous
illuminez par derriere , auffi bien que leurs
Voutes , en forte que ceux de devant éclairoient
ceux de derriere ce qui formoit une lumiere
d'autant plus agréable, que l'on ne voyoit point
les Lampions qui la produifoient entre les-
Voutes pendoient plufieurs Feftons de verdures
& de Fleurs naturelles.
De rere les derniers Pilaftres étoit un grand
Tableau tranſparent avec un grand Soleil, &
au devant il y avoit deux groupes de Figures ;
au haut les Portraits du Roi & de la Reine
dans un double Cartouche rehauffé d'or , avec
des Lauriers & des Palmes , furmontez d'une
Couronne Royale auffi rehauffée d'or aus
deffous la figure de Monfeigneur le Dauphin
nud avec fon Cordon bleu , affis fur un Dauphin
dans une grande Coquille de Mer , foû
tenue par plufieurs Amours , en differentes
attitudes ; il y en avoit d'autres au - deffus du
Dauphin , qui d'une inain foûtenoient ſa Couronne
rehauffée d'or , & de l'autre le Manteau
femé de Fleurs de Lys d'or , doublé d'Hermine .
L'autre groupe fur le plancher , reprefentoit
d'un côté la France, fous la figure d'une femme,
un genoüil en terre , levant les mains & les
yeux comme pour recevoir le Dauphin elle
étoit
OCTOBRE. 1729. 2443
étoit accompagnée d'un enfant qui portoit let
bas de fon Manteau , & du génie de la France
qui en portoit l'Ecuffon. De l'autre côté étoit
la Pologne , elle étoit défignée par l'Ecuflon
de la Reine. Entre les deux figures paroifloit
ane Corne d'abondance renversée , d'où for
toient des piéces d'or & plufieurs médailles . Ce
groupe étoit terminé par une Mer dans le lointain
avec un Soleil levant.
Tout le Plancher étoit rempli de Lampionsqui
produifoient une lumiere extraordinaire.
Les Emblêmes étoient renfermez chacun dans
un Cartouche rehauffé d'or , & peints en Camahieux
de differentes couleurs.
Sous la figure de Neptune.
Un grand Vaiffeau fur une Mer agitée , &
un Soleil.qui paroiffoit à travers les nuées.
SPES REDIT L'efperance renaît.
Sous la figure de Thetis.
Un Dauphin au milieu de la Mer autour
duquel fe rangent des Poiffons de toutes efpeces.
OMNES SUEDITI . Tous lui font foûmis,
Sous le premier Pilaftre du côté droit .
Un Léopard profterné devant un petit Coq.
AGNOSCIT NEUSTRIA. La Normandie le reconnoît.
La Normanide a pour Armes deux
Léopards.
募
Sous le premier Pilaftre du côté gauche.
Un Mouton bondi ffant devant un petit Lys.
EXULTAT ROTHOMAGUS. Roüen fe réjouit.
La Ville de Rouen a pour Armes un Mouton.
Du côté droit des Armes du Dauphin.
Ure Femme habillée à la Françoife affife.fur
un Dauphin au milieu de la Mer. GALLIA
TUTA DELPHINO. La France affurée fur fon
Dauphin.
Di
2444 MERCURE DE FRANCE .
Du côté gauche des Armes du Dauphin:
Un petit Coq au milieu de plufieurs Animaux
étrangers. NULLUM TIME BIT.
n'en craindra aucun.
Sur le premier Pilastre du côté droit.
I
Un Autel fur lequel eft une Victime immolée
, & le feu du Ciel qui defcend pour la cónfumer.
VOTUM AUDITUM. Le Vieu exaucé.
Allafion au Vau de la Reine.
Un Soleil brillant qui fe reproduit fur une
nuée qui lui eft opofée. PATRI SIMILIS . II
reffemble à fon Pere. 7.
L'Etoile qui conduit les trois Mages . REGI
BUS ORTA REGENDIS . Elle fe léve pour conduire
les Rois.
Surle premier Pitaftre du côté gauche. ~`-
Plufieurs Aigles volans en l'air , & un Aiglon
qui s'éleve de terre . MAJORES ATTINGET . I
atteindra les plus grands. Allufion aux Armes
de la Reine quifont deux Aigles.
Un Cavalier armé en guerre qui tient un Lys
à fa main. FORTIOR PER LILIUM. Le Lys le
rend plus fort. Autre allusion aux Armes de la
Reine qui font deux Cavaliers armez.
Un Chiffre compoſé d'un M & d'un L d'où
fort un Lys . FRUCTUS AMORIS . Le fruit de leur
amour. Le Roi s'apelle Louis, & la Reine Marie.
Sur le deuxième Pilaftre du côté droit.
Une Poule qui chanté après avoir pondu un
beuf que l'on voit dans fon nid . GAUDIUM
MATRIS. Ileft la joye de fa Mere.
Un Grenadier , du pied duquel fort une petite
Grenade . CORONATUR ET FILIUS. Le
Fils porte auffi fa Couronne.
Un Lys encore fermé , proche un grand Lys
épanoui. ET IPSE FULGEBIT. Il éclatera auf .
Sur
OCTOBRE 2415 1729
Sur le deuxième Pilaftre du côté gauche.
Un petit Coq au- deffus de trois Poulettes un
peu plus grandes. JUNIORI SUBDITA . Elles
font foûmiles au plus jeune.
Un Soleil naifant qui fait éclipfer trois Etoiles
. REGNO NON APTA . Elles ne font pas pro
pres à regner.
Un Lys au milieu de trois Rofes , fortant de
la même racine & s'élevant au-deffus d'elles .
DOMINATUR ILLIS. Il domine fur elles .
Sur le troifi me Pilaftre du côté droit,
Un Laurier naiffant au pied d'un Lys. A D
CORONAS. Il eft deftiné pour les Couronnes .
Un petit Lierre qui commence à fe lier autour
de deux Arbres . FOEDERA NECTI T.
Il ferre les noeuds de l'alliance,
Un Soleil naiffant qui éclaire un Arc- en - Ciel .
SIGNUM FOEDER I S. Il eſt la marqué de
l'alliance.
Sur le troifiéme Pilaftre du côté gauche .
Un Coq qui chante au point du jour. Disst-
PAT UMBRAS . Il diffipe les ombres.
Un Soleil qui fort de Phorifon. SPLENDOR
CRESCIT EUNDO. Sa fplendeur augmente à mefure
qu'il avance.
Un Lys dont l'oignon eft hors de terre ,
ayant plufieurs cahieux qui en fortent. Muz
TIPLICABITUR. Il fe multipliera,
M. de Colmoulins , Prefident de la Chambre
des Vacations , avoir une Ilumination de Lampions
& de Flambeaux de cire blanche , avec
Architectures & Emblêmes.
M. de Variquerville , premier Preſident de
la Cour des Comptes , avoit illuminé fa maifon
d'un nombre infini de Lampions qui reprefentoient
des Soleils , des Dauphins & des
Infcriptions en l'honneur du Roy , de la Reine
& du Dauphin,
Lo
2446 MERCURE DE FRANCE.
La Porte du Palais Archiepifcopal étoit
éclairée de Terrines & de Lampions , qui formoient
des Etoiles & des Piramides.
Les Benedictins de l'Abbaie Royale de Saint
Ouen , fe dittinguerent auffi par l'Illumination
du Portail , des Galleries , & de la Tour de
leur magnifique Eglife , & par un Feu d'arti
fice qui fut tiré , au bruit du Canon , des Boëtes
& des Cloches .
M. Coutart , Commiffaire General des Pour
dres & Salpetres , après avoir fait chanter un
Te Deum , dans l'Eglife des grands Carmes ,
fic illuminer fa Mailon d'un nombre extraordi
naire de Lampions , qui reprefentoient des
Etoiles , des Piramides , des Fleurs de Lys &
des Infcriptions ; il fit tirer quantité de Fufées
volantes & termina la Fête par un grand
repas.
Les Clochers & les Tours de la plupart des
Eglifes étoient remplis de lumieres , & fans
entrer dans un plus grand détail , toute la Ville
n'étoit que feu , tant le long des Maifons , que
dans le milieu des Ruës.
Le lendemain Lundi , les Boutiques furent
fermées par ordre du Parlement , & il y eut
une Proceffion Generale , où affifterent M.PArchevêque
les Cours de Parlement & des
Comptes & le Corps de Ville , auſſi bien qu'à
la Melle d'actions de graces , qui fut celebrée
après la Proceffion dans l'Eglife Cathedrale.
>
Le foir toutes les Cloches de la Ville fonne
rent encore & les Feux & Illuminations recommencerent
comme le jour précedent.
,
M. de Beuvron donna un grand repas de
plufieurs Tables , dans les Apartemens & dans
les Cours , fous des Tentes ; la plus grande
partie de ceux qui avoient mangé à l'Hotel de
Ville
OCTOBRE. 1729. 2447.-
Ville y étaient -invitez ; le Château étoit illuminé
de Terrines , fur toutes les Tours & les
Muiailles. Le Repas fut fuivi d'un Bal , qui
devint public par un détachement qu'on fig
pour le divertiffement du Peuple qui étoit en
tré dans les Cours du Vieux Palais.
3
Le Mercredi 23 un Particulier nouvellement
delivré d'Efclavage en Barbarie , actuellement
Echevin en charge de la Ville , demeurant de
l'autre côté de la Riviere , marqua fon zele &
fa joye par l'Illumination de toute la Maiſon
avec Emblêmes & Tableaux tranfparens , qui
fut accompagnée d'un Feu d'artifice fur l'eau &
d'un grand nombre de Fufées volantes, au bruit
des Boetes & du Canon. Le principal fujet de
la Décoration étoit un grand Tableau tranfpa
rent , reprefentant plufieurs Poiffons dans un
filet au milieu de la Mer , & un Dauphin qui
d'un coup de fa queue rompoit le filet , &
donnoit la liberté aux Poiffons : fur une langue
de terre qui avançoit dans la Mer étoient plufieurs
Efclaves dont les chaînes tomboient à la
vuë du Dauphin . Et pour devife : NATO DEL
PHINO LIBERTAS OMNIMODA , La Naiffance du
Dauphin donne toute forte de liberté .
Le Jeudi 25. Les Officiers du Grenier à Sel
firent illuminer la façade des magnifiques Ma
gafins de Sels , que le Roi a fait conftruire de
puis peu , vis à - vis de la Ville , de l'autre
côté de la Riviere ; cette Illumination a été
regardée comme une des plus brillantes & des
mieux entendues qui ayent paru .
Le Dimanche 25. les Benedictins du Prieuré
de Bonne- Nouvelle lez - Rouen , fe firent remarquer
par une Illumination très étenduë &
très éclatante qu'ils firent au dehors de leur
Maifon , elle formoit une efpece d'Arc de
Triomphe
2448 MERCURE DE FRANCE .
Triomphe à trois Arcades , avec des Terrines
le long de leurs Murs & dans les Arbres ; ils
tirerent une grande quantité de Fufées , Petards,
Pots à feu & autres Artifices , au bruit des décharges
fouvent réitérées de douze pieces de
Canon . Ils avoient auparavant chanté un Te
Deum folemnel , &c.
Le Bailliage , la Vicomté , l'Amirauté , le
Bureau des Finances , la Chambre du Commerce
, & tous les Corps , tant de Juſtice que
de Métiers , fe font diftinguez par leurs Illuminations
, & leurs Aumônes , la délivrance
des Prifonniers , & c. Après avoir fait chanter
des Meffes d'actions de graces & des Te Deum.
REJOUISSANCES faites à Marseille,
fur les Galeres , dans la Maiſon du Roy
& dans Arfenal,
L
E 25. Septembre , jour deftiné pour commencer
les Réjouiflances , les Galeres dès
le matin arborefent leurs Etendarts , & furent
ornées de leurs Pavefades , Flames & Tendelets
fur les quatre heures du foir le Comte
de Roanez , Lieutenant General & Commandant
dans le Port de Marfeille , M. Ranche ,
Commiffaire General des Galeres , les Officiers
d'Epée & de Plume , fe rendirent fur la Reale ,
cu M. l'Evêque chanta le Te Deum , affifté de
tous les Aumôniers des Galeres ; il fut falué
de quatre coups de Canon en entrant & en
fortant.
A 7. heures , on commença l'illumination
des Galeres , celle de la Maifon du Roi , de
l'Arcenal & de l'Arc de Triomphe que M.Ranché
avoit fait élever entre la Porte du grand
Pavillon de l'Arcenál & celle de la Maifon
du
OCTOBRE . 1729 2449
du Roi ; cette Illumination fut très-belle , &
ne trompa point l'idée qu'on en avoit conçû .
Les Galeres furent illuminées tout à la fois
d'une maniere fort agréable, & felon les differens
fignaux que le Comte de Roanez avoir
ordonné de faire par intervales ; elles firent
trois falves de leur Moufqueterie & de leurs
Canons , à la derniere defquelles le Courfier
ou principal Canon de chaque Galere tira ;
elles jetterent enfuite plufieurs Gerbes de Fufées
qui partirent toutes enfemble , & qui en
couvrant le Ciel d'un nombre infini de lumie
res , rendirent la nuit la plus brillante du
monde.
L'Illumination de l'Arcenal ne fut pas moins
belle , dans un goût different ; toute la façade
du côté du Port étoit illuminée d'une maniere
à conferver l'ordre de fon Architecture ;
au-deffus du Piedeftal de la Porte ceintrée , on
avoit placé un Obelifque de 25. pieds de haut ,
terminé par une Couronne Royale , qui , garnie
de lumieres avec celles de l'Obelifque ,
offroit un point de vue charmant's fur le bas
de la Corniche il y avoit deux petites Piramides
, une de chaque côté.
On avoit élevé fur chaque Terraffe une au
tre grande Piramide terminée par une Fleur
de Lys , & garnie de Falots avec les Armes du
Roi & de Monfeigneur le Dauphin ; fur ces
mêmes Terraffes il y avoit des Caifles de Fufées
qui jetterent trois fois , en même temps
que les Galeres , des Girandes de Fuftes , &
qui firent en fe mêlant les unes avec les autres
, un effet des plus charmans.
Tout Binterieur de l'Arcenal étoit illuminé
avec la façade de la grande Porte du Pavillon :
on avoit mis des Boetes dans l'Arcenal qui
F tirerent
1450 MERCURE DE FRANCE .
tirerent trois fois après les Canons des Galeres:
Dans la troifiéme Terraffe , on avoit dreffé
une Tente fous laquelle on avoit placé des
fieges pour les Dames , les Officiers & les autres
perfonnes de diftinction , invités par le
Comte de Roanez à la premiere Fête , & par
M. Ranché à la feconde. Après les trois décharges
de l'Arcenal & des Galeres , toute
l'Affemblée vint voir l'Illumination de l'Arc de
Triomphe , & de- là fe rendit à la Maiſon du
Roi qui étoit fort bien illuminée ; elle monta
enfuite fur la Terraffe du Jardin qui étoit cou
verte par une Tente , & éclairée: par des Luftres
de criftal, On y avoit fervi fur une Ta
ble de 80. Couverts un magnifique Ambigu ;
pendant le Repas il n'y eut que les Dames
affifes , les Cavaliers, au nombre de 200. étoient
derriere pour les fervir , & les Dames leur
rendoient également à leur tour les mêmes
foins. L'Affemblée , quoique très - nombreuſe,
étoit des plus choifies , les Villes voifines y
avoient contribué de ce qu'elles ont de plus
diftingué dans l'un & dans l'autre fexe . Le
Repas fut fervi proprement & avec magni,
ficence , tout y fut délicat , tout y fut exquis ,
& les vins étrangers y coulerent avec profufion
; le Comte de Roanez debout avec les
Dames , y but la Santé du Roi , celle de la
Reine & de Monfeigneur le Dauphin ; on tira
pour lors à chaque fois des Boetes dans le
Jardin de l'Intendance.
Après le Repas l'Affemblée alla fe promener
dans le Jardin qui étoit éclairé par des Potsa
- feu & par une efpece de Temple de lumiere
qu'on y avoit élevé dans le fond ; ce point
de vue étoit d'autant plus agréable , que les
Gobelets & les Lampions qu'on y avoit ran
gez
OCTOBRE 1729 245 !
gez avec art , en formoient eux feuls toute
Architecture , & traçoient cette Inſcription
au haut de la façade .
Numen adeft , crebris fplendefcunt ignibus ades,
Delà on paffa dans les Appartemens qui
donnent fur le Jardin ; M. Ranché les avoit
proprement fait meubler & éclairer par des
Luftres de cristal , de même que par un nom
bre infini de Girandoless on y commença le
Bal qui dura jufqu'au jour , & on danfa encore
dans le Jardin fous un grand Berceau au
fon des Tambourins & des Flajolets , à la mode
de Provence cette diverfité d'Inftrumens qui
procura de nouveaux plaifirs , fut goûtée de
toute Affemblée.
On vit le lendemain même ardeur , même
zele , même amour dans tous les coeursy
toutes les illuminations en general furent
faites avec autant de pompe. Le Repas que
donna M. Ranché aux mêmes Dames que
le jour d'auparavant , à pareil nombre de
Cavaliers & à plufieurs autres Perfonnes de
diftinction , ne ceda en rien au premier , foit
par l'ordre qui y regna , foit par la diverfité
des mets & l'abondance des vins , & par les
rafraîchiffemens qui y furent diftribuez auffi
à tout le monde ; on y but également , au
bruit des Boëtes qu'on tira dans le Jardin
de l'Intendance ; la Santé du Roi , celle de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin. Le
Bal après le fouper ne fut pas moins brillant
ni moins nombreux que le premier , & dura de
même jufqu'au jour , car on danfa encore
dans les differens Appartemens où étoient les
Violons , & dans le Jardin au fon des Tambourins
& des Flajolets
Fij
Les
2432 MERCURE DE FRANCE .
Les Echevins de Marfeille , ayant fixé leurs
Réjouiffances au 28. le Comte de Roancz &
M.Ranché remirent, à leur confidération , l'il
lumination du Mardi au lendemain Mercredi ;
cette derniere eut un plus grand éclat que les
deux autres , à caufe de l'illumination de la
Ville , & que ce jour là les Galeres , l'Arce
nal , les Citadelles & les Vaiffeaux Marchands
firent tirer leur Canon avec des Boëtes , &
plufieurs gerbes de Fufées .
Mais cette Relation feroit défectueufe fi on
oublioit de donner au Public le, deffein de
l'Arc de Triomphe que M. Ranché avoit fait
élever devant la Porte de la Maifon du Roi,
Cet Arc de Triomphe avoit quatre faces d'une.
Architecture Dorique on avoit mis fur l'Atti
que, de la façade du côté de la Ville , ces deux
Vers Latins.
་
1
Plaudite & aquorei proceres plaufuq. refultent
Littora, Delphinus cælo demittitur alto.
ཎྜ! ?
Les deuxfuivans étoient écrits fur l'Attique
de la façade , du côté de la Maifon du Roi.
2
Principe fub tanto , furget gens aurea mundo.
Pace fruens populis dabit omnia galliça tellus.
# L'Artique étoit terminée par un Soleil naif-!
fant à deux faces , qui étant illuminé avec le.
refte de l'Arc de Triomphe , formoit un objet
très -agréable: Au bas de l'Attiquè regnoit unel
belle Corniche portant fur les quatre coins :
un grand pot de feu ; fur la clef de l'Arc
du côté de la Ville , on voyoit les Armes du
Roi , & aux côtez immédiatement fur la Cor="
niche , on avoit placé ces deux Emblemes.
OCTOBRE 1729. 2463.
A la droite , on voyoit le Defin qui montroit
à un Dauphin, dans la Mer , les Conftel
lations celeftes avec ces mots evul amenol
Et tu annumeraberis illis,
Prince votre guerriere audace ,
<(X1
UTA
kajsi
Vous rendra grand & glorieux, ini
Déja le fort a marqué votre place ,
Parmi les Héros & les Dieux.
: 299
A la gauche , Minerve qui fait voir au Dauhin
un Trophée d'Armes , accompagné des
Symboles des Arts & des Vertus,avec ces motse
-How see on He tibi grunt Artes.
03
Prince , notre unique efperance
Mu du fang des Immortels , 1 591 )
dès ton enfance Par tes vertus,
Tu meriteras des Autels .
Le fang de tes Ayeux qui coule dans tes veines.
ako: Eclate dans ces regards Tsh yosh siôn
On te verrà comme eux favorifer les Artsy (1
Et dans les guerrieres Plaines ,
Suivi de la Victoire , effacer les Céfars.
masky
acco
Sous l'Impofte de l'Arc, on avoit placé à
droite les Armes du Roi & de la Reine
lées enfemble , & à gauche celles du Roi & de
Monfeigneur le Dauphin , écartelées ; au deffous
on avoit mnis ces deux Devifes , une de
chaque côtê , à la droite , un Soleil naiffant
avec ces mots :
CC
4.
Fitj
Non
2454 MERCURE DE FRANCE .
Non uni exoritur Genti.
Je ne me leve point pour un feul peuple heureux
,
A l'Univers entier je porte la lumiere.
Et je ferai par tout dans ma longue carriere ,
Reffentir le fruit de mes feux.
A la gauche , un Croiffant qui s'éleve , avec
ces mots :
maquantov implebitur orbis.
Je fixe les regards de cent Peuples divers ,
Et je ne fais que de naître ,
Dans mon cours mes faveurs feront affez connoître,
somatofle supina
Que je nais pour veiller au bien de l'Univers,
Sur la clef de l'Arc qui regardoit la Maifon
du Roi , on avoit placé les Armes de Monfeigneur
le Dauphin , & fous la Corniche du
côté droit de l'Arc de Triomphe , ces trois
Devifes , l'une après l'autre la premiere re
prefentoit un Lys qui fort de terre , & come
mence à s'épanouir , avec ces mots :
:
Sylvam de ftirpe dabit.
Le Ciel favorable à la France
ore
naiffance
,
Prince , par votre naiffance ,
Comble les voeux des François ;
On vous verra le Chef d'une Race féconde ,
Qui fera PArbitre du monde ,
Et le plus ferme appui du Trône de nos Rois.
Dans
OCTOBRE . 1729. 2455
Dans la feconde , on voyoit un Ruiffeau qui
ferpente , & qui en reçoit plufieurs autres
dans fa courfe , avec ces mots :
Progreffu fortior,
Fameux dès mon origine ,
Mais plus fameux encor par les biens que je fais.
Je déclare en naiffant que ma fource eft divine,
Et que j'ai des vertus que nul n'aura jamais.
La troifiéme , placée fous l'Impofte , avoit
pour corps des Abeilles rangées autour de
leur Roi , pour marquer l'amour des Peuples
pour Monfeigneur le Dauphin , avec ces mots :
Mens omnibus una.
Un même efprit , un même coeur nous guide
Vers la fuprême grandeur .
Parmi nous un ſeul Chef de notre fort décide,
Et lui feul en naiffant a fait notre bonheur.
' 0
Dans la premiere Devife, placée immédiatement
fur la Corniche de l'Arc de Triomphe
du côté gauche , on voyoit un Dauphin dans
la Mer qui portoit une Couronne Royale fur
la tête , avec ces mots :
Stat cunctis immota_minis.
Que l'Aquilon fouleve l'Onde ,
Que la Mer en courroux s'enfle , mugiffe ,
gronde ;
Mon coeur à ces horreurs n'eft point épouvanté;
Le danger jamais ne m'étonne ,
Fiiij Et
2456 MERCURE DE FRANCE .
Et fans expofer ma Couronne ,
Je braverai l'Orage & le fort irrité,
Celle qui fuivoit repréfentoit un Soleil naiffant
& un Tournefol qui fe tournoit vers le
Soleil pour le fuivre , avec ces mots :
Que fertur, feror ipfe.
Un Aftre feul a pour moi des apas.
Un doux penchant vers lui m'entraîne ;
A peine paroît -il que j'obſerve ſes pas ,
Et je les fuis toujours fans peine ;
Tous les autres n'ont rien qui puiffe me tenter:
Ses douces faveurs me font vivre ;
Et comme c'est lui feul que je veux contenter
C'eft lui feul que je veux fuivre.
La fixiéme , étoit fous l'Impofte de l'Arc du
même côté , elle réprefentoit un Diamant entouré
de plufieurs pierres précieuſes , avec
ces mots :
Omnes in uno.
Je brille plus que mes femblables ,
Mon éclat fürpaffe le leur ,
Et leurs couleurs agréables ,
Loin d'éteindre mon feu , rehauffant ma blan
cheur >
Rendent mes beautez plus aimables .
On avoit placé dans les deux façades des
côtes une Fontaine de vin , dont les Arceaux
étoient ornez de Guirlandes de Lierres & de
Pampres ces Fontaines de vin coulerent toure
la foirée duDimanche, du Lundi & du Mercredi.
EX-
7
OCTOBRE. : 17:29 . 2457.
4
EXPLICATION des deux Enigmes
du premier volume de Septembre.
Damon , Amon , c'eft beaucoup à mon âge.
De meriter votre fuffrage ,
Mais c'eft trop me defobliger ,
Que de ne me pas ménager ;
•
Ceffez , ceffez votre harangue ,
Je dois craindre les coups de Langue ,
Sur tout lorsque vous me donnez
Des coups d'Encenfoir par le nez.
1
Par M d'Orvilliers de Vernon.
LOGOGRYPHE.
Inq lettres font en tout le nom dont on
m'appelle she woga ousticə
On eft curieux de me voir ,
..Tant je fuis beau, tant je fuis belle ,
Mâle d'efpece , & de genre femelle ;
Qui que je fois fi tu veux le fçavoir ,
Lecteur , cherche d'abord ma tête la premieres
Rien de plus férieux jamais ne t'occupa's
Il s'agit d'un voyage à faire ,
Jufques au bout du Monomotapa
C'eft - à - dire de mainte lieue;
€ Y
3
Si pour t'en confoler tu reviens à ma queues
Tui
1458 MERCURE DE FRANCE
Tu n'y verras plus que plaifirs ;
Sur tout pour celui de la table,
Les Peuples du Levant , au gré de leurs defirs,
Y trouvent un mets délectable ;
Quant à mon tout
renom s
confulte un Juge de
Prince & Berger nous portons même nom .
PREMIERE ENIGME.
E fuis long , je fuis rond , je fuis droit &
JE
bollu
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nu
Honteux de me voir tel , je tourne & fais la
le me voir
ronde ,
D'une agilité fans feconde.
Seulement pour être vétu s'
། J
Mais ma conditionen eft- elle meilleure ?
Quel elt enfin le prix de mon empreffements
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et ne le gårde pas une heure.
A
DEUXIEME ENIGME.
Toûjours en l'air , toûjours en peine ,
La moitié de mon corps fur l'autre fe promene
;
i .
Fantôt je monte & tantôt je defcends
OCTOBRE. 1729. 24 59
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde
;
Je fais bien pis , je lui montre les dents ;
C'est pourtant fans que je le morde.
On a dû expliquer le Logogryphe du
premier volume de Septembre , par Balcon
, Bal & Balon . L'Encenfoir & la Pa
role , font les mots des deux Enigmes . Le
Sable Horloge , cft le mot de l'Enigme
du fecond volume .
*IYAYA KAKAYAHAYAYAYAYAF
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ES$$
SSAY D'OPTIQUE fur la gradation
de la lumiere , par M. Bouguer , Profeffeur
Royal en Hydrographie. A Paris,
rue S. Facques , ch.z Cl. Jombert , 1729 .
in- 12.
RHAMISTE ET OZALIE , Roman
Héroïque . Au Palais , chez D. Mon
chet , 1729. in 12.
SUITE des Maladies Chroniques , où
Pon traite des Ulceres & des Abfcès , des
Fiftules , & des Remedes pour les guérir ,
F vj
་
Con
2460 MERCURE DE FRANCE :
conjointement avec le Scorbut. Par P. V.
Du Bois , ancien Prévôt & Garde des
Matures Chirurgiens de Paris , Tome IV.
Au Palaisch.z Paulus - du - Mejnil , au
Lion d'Or , 1729. in - 12 . de 280. pages.
Les Ouvrages que l'Auteur a déja donnez
au Public fur la même matiere , ont
fait connoître fon ftile & fa maniere de
traiter des Maladies . Ce quatriéme vo
lume des Maladies Chroniques eft dans le
même gout que les trois premiers . Le
Libraire a eu foin de l'imprimer fur de
bon papier & avec de bons caracteres ."
LETTRE d'un Garçon de Caffé , au:
Souffleur de la Comédie de Rouen , furt
la Piece des trois Spectacles . A Paris ,
chez Tabarie , Quay de Conty , 1729 ..
44. pages.
que
de
Cette petite Brochure qui n'èft
8. fols , a eu un tel debit , qu'en moins
' d'un mois on en a fait une feconde Edition .
' On y fuppofe que Claude , premier Garçon
du Caffé de Gradot , près le Pont-
Neuf, et en commerce litteraire avec
le Souffleur de la Comédie de Rouen ,
auquel il explique naïvement fa penſée
fur la Piece des trois Spectacles Le fentiment
de l'Auteur doit être regardé com--
me d'autant plus grave , qu'il ne parle ,
fans doute, que d'après les Sçavans & les
"
beaux
OCTOBRE. 1729 2461
beaux Elprits. On voit qu'à force d'écou
ter il s'eft rendu leur langage fi familier
que toute cette Lettre n'eit prefque qu'un
tiffu des propres termes qu'il a entendus.
Pour pouvoir goûter la lecture de cette
Brochure , il eft neceffaire d'avoir la Piece
des trois Spectacles , quf fe vend , trèsbien
imprimée , chez le même Libraire ,
'chez lequel on trouvera auffi la Réponfe
du Souffleur de la Comedie , qu'il vient
de mettre fous preffe , & qu'il affure être
encore plus intereffante. Il a mis auffi
fous preffe l'Art de couler à fond dans
la Poëfie , traduit de l'Anglois du Docreur
Swift , li fameux par tous les ingénieux
Ouvrages , & l'Auteur de Gulliver
& du Comte du Tonneau .
"
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
France & de Bourgogne , contenant un
Journal de Paris , fous les Regnes de
Charles VI. & Charles VII. l'Hiftoire du
Meurtre de Jean fans peur , Duc de Bourgogne
, avec les Préuves. Les états des
Maifons & Officiers' des Ducs de Bourgogne
de la derniere Race , enrichis de
Notes Hiftoriques, très - intereffantes pour
un grand nombre de Familles illuftres .
Des Lettres de Charles le Hardi , Duc de
Bourgogne , au fieur de Neufchaftel du
Fay, Gouverneur de Luxembourg ; &.
plufieurs.
2462 MERCURE DE FRANCE:
plufieurs autres Monumens très- utiles à
l'éclairciffement de l'Hiftoire du XIV. &
XV. fiecle . Avec une Table des Matieres
& des Noms des Familles les plus confiderables
dont il eft fait mention dans l'Ouvrage.
A Paris , chez Julien - Michel Gandouin
, Quay de Conty , & Pierre Frangois
Giffart , rue S. Jacques , 1729. in- 4-
2. vol. Tome I. pp . 380. fans la Preface.
Tome II. pp. 316. fans la Table .
OBSERVATIONS MATHEMATI
QUES , Aftronomiques , Geographiques ,
Chronologiques & Phyfiques , tirées des
anciens Livres Chinois , ou faites nou
vellement aux Indes & à la Chine , par
les Peres de la Compagnie de Jefus ;
rédigées & publiées par le P. E. Souciet ,
de la même Compagnie. A Paris , chez
Rollain, Quay des Auguftins , 1729. in•4•
FABLES NOUVELLES , mifes en Vers ,
dédiées à Son Alteffe Sereniffime Monfeigneur
le Prince de Conty , par M. Richer
, Paris , chez Etienne Ganeau , ruë
S. Jacques , aux Armes de Dombes , 17:96
in 8. contenant 266. pages , non compris
la Table.
M. Richer a déjà bien merité de la République
des Lettres , par la Traduction
en Vers des Eglogues de Virgile , des Epi-
"
tres
OCTOBRE. 1729. 2463.
tres choilies des Héroïdes d'Ovide , &
par plufieurs Eglogués , Cantates & autres
Poëlies. Les Fables qu'il donne aujourd'hui
au Public font divifées en cinq
Livres , & font précédées d'une Préface ,
ou Diſcouts fur là Fable. Pour mettre le
Lecteur en état de juger du tout , nous
ferons l'Analyfe de la Préface , & nous
imprimerons la Fable deuxième du premier
Livre , adreffée au Génie de M. de la
Fontaine.
L'Auteur examine d'abord quel eft le
but de la Fable : elle veut plaire & inftruire
, & peut - être y réuffit-elle mieux
qu'aucune autre efpece de Poëme . Plus
difcrete & plus modcrée que la Satyre ,
elle épargne à ceux qu'elle cenfure le
chagrin de s'entendre nommer , & ne donne
point au Lecteur la joye maligne que
les traits médifans lui caufent pour l'ordinaire
; moins licentieufe que beaucoup
d'autres Poëmes , elle n'admet aucun
Epiſode qui puiffe donner atteinte à la fin
principale qu'elle fe propofe .
La Fable eft un petit l'oëme qui contient
un précepte caché fous une image
Allégorique ; ainfi plus l'Allégorie eft
jufte & naturelle , plus la Fable eft parfaite
. Les Anciens n'y ont point regardé
de fi près , dans Efope , un bâton flotant
fur l'Onde paroît être de loin un puiffant
Navire
2464 MERCURE DE FRANCE .
Navire rien n'est moins naturel que
cette fuppofition , puifqu'au contraire un
grand Navice regardé de loin , femble
être un bâton flotant. La Fable du Satyre
& duPaffant fournit une preuve du défaut
de jufteffe d'Allégorie. Sa morale n'eſt
qu'une allufion , & n'eft fondée que fur
un jeu de mots équivoques. Il faut fe
prêter aux fictions des Fabuliftes , & leur
B ffer quelque chofe , tant à l'égard de la
vraisemblance que de la jufteffe : il eſt
peu de Fables dont l'image foit jufte &
naturelle dans la derniere exactitude . On
doit avoir quelque indulgence : autrement
il faudroit rayer du nombre des Fables
, celles qui nous plaifent le plus .
M. Richer remarque enfuite quels font
Tes perfonnages de la Fable. Les animaux
étant la plupart organifez , & ayant des
paffions comme nous , meritent la préference.
Cela n'empêche pas qu'on ne mette
quelquefois fur la Scene les Arbres
Les Plantes , même les chofes inanimées ;
mais afin que les Fables foient utiles à
tout le monde , furtout aux enfans , les
Allégories doivent être prifes d'objets
Phy iques & palpables. Les Hommes &
Tes Dieux du Paganifme , qui leur reffemblent
, jouent auffi leur Rôle dans la Fa
ble. C'eft un ancien ufage de les y intro
duire. On feroit pourtant mieux de s'en
fervit.
OCTOBRE. 17297 2465
fervir rarement . Si la fiction paroît outrée
de faire parler les Arbres & les Etres
inanimez , on peut dire qu'il y en a trop
peu dans ces Apologues , où l'on ne fait
parler que des hommes . Ce font plutôt
des Paraboles que des Fables .
L'Auteur paffe enfuite au ftile de la Fable
. La douceur , la naïveté & la noble
fimplicité , font effentielles à ce Poëme.
Ces qualitez ont tant d'attraits , que les
Fables les moins régulieres , plaifent chez
la Fontaine , & par la raifon contraire ,
on en trouve dans d'autres Auteurs , dont
l'image s'unit très - bien avec la moralité
& qui cependant n'ont pas été fi bien reçûës
, parce que leur ftile n'a pas ces
qualitez indifpenfables . L'enjouement
n'eft pas effentiel au ftile de la Fable , autrement
ce feroit condamner Efope , Phédre
& la Fontaine même , chez qui on
trouve des Fables tout à fait férieufes , &
cependant fort belles , parce qu'elles font
naïves & délicates . Il eft vrai que ce dernier
a orné la plupart de fes Fables de
traits enjoüez , & fon badinage élegant
caufe tant de plaifir , que bien des gens
s'imaginent qu'il eft effentiel au ſtile de
la Fable d'être enjoué . L'enjouement n'eft
cependant qu'un acceffoire & une broderie
dont on peut embellir les Sujets qui
en font fufceptibles.
M.
2466 MERCURE DE FRANCE.
M. Richer obfèrve encore quelle eft
la longueur de la Fable , & en quel endroit
il faut placer la moralité , & finit
en réfutant le préjugé de ceux qui prétendent
qu'on ne doit plus écrire dans un
genre où d'autres ont excellé . On peut
avec honneur remplir les feconds rangs ,
& s'il n'eft pas permis aux Poëtes d'être
médiocres , il faut pourtant convenir qu'il
y a dans les Ouvrages d'efprit differens
dégrez de beauté , & que tous les rangs
ne font pas égaux , même fur le fommet
du Parnaffe.
C'eft en abregé ce que contient cette
Préface. Il faut la lire dans l'Ouvrage ,
pour y remarquer plufieurs refléxions fo
lides que les bornes d'un Extrait ne nous
permettent pas de rapporter. On verra
que l'Auteur a parfaitement connu les
régles de la Fable. Il a inventé les deux
tiers de fes Sujets , & a pris les autres
dans les fources où la Fontaine avoit
puifé.
Il paroît que l'Auteur s'eft propofé
Phédre & la Fontaine pour modeles . Nous
ne préviendrons point le Lecteur fur le
jugement qu'il doit porter ; mais nous
pouvons affurer que M. Richer n'a point
perdu de vûë ces deux grands Maîtres
& qu'il n'y a point de Fable qui n'intereffe
, ou par la maniere dont elle eft contée
OCTOBRE. 1729. 2467
tée , où par la moralité qui en réfulte.
Voici la Fable que nous avons pro
mife .
C
Le Corbeau & Le Renard.
FABLE I I.
Eft toi feul que j'invoque , illuftre la
Fontaine ,
Quand je remets après toi fur la Scene ,
Compere le Renard avec Maître Corbeau.
Sans le fecours de ton genie ,
Comment pourroient- ils plaire ? En vain dans
mon cerveau.
3. Je chercherois un tour nouveau.
C'eſt par la divine harmonie ,
L'enjoüement de ton ſtile , & fa naïveté,
Qu'un Lecteur peut être enchanté.
Voilà le charme de la Fables
C'eft par- là que ton Livre aimable
Égaiant la Moralité ,
Sera toujours cheri de la Pofterité.
Mais comment marcher fur tes traces
Me dira t'on ,fi ce n'eft de bien loin ?
Auffi j'ai feulement befoin
- De quelques unes de tes graces.li
C'en eft affez pour orner mes Ecrits.
Infpire-moi dans cet Ouvrage
Mes Vers plairont. C'eft à ce prix
Que
2468 MERCURE DE FRANCE
Que les neuf Soeurs m'ont promis leur fuf
frage.
Maître Corbeau voyant Maître Renard
Qui portoit un morceau de Lard .
Lui dit que tiens- tu là , Compere ?
A mon avis c'eſt un très- mauvais plat ;
Je te croyois le goût plus délicat.
Quand tu peux faire bonne chere ,
T'en tenir à du Lard ? tu n'es qu'un pauvre
haire.
C
ܕ
Regarde près d'ici ces Poules , ces Canards;
Voilà le vrai Gibier de Meffieurs les Renards.
As tu donc oublié ton antique proüeffe
Je t'ai vu cependant jadis un maître efcroc.
Croi-moi , laiffe ton Lard ; ces Poules te font
hoc ,
Si tu veux employer le quart de ton adrefle. ' I
Maître Renard ainſi flatté ,
Comme un autre Animal
loüange ,
fenfible à la
Met bas fa proye & prend le change ;
Mais fa fineffe & fon agilité
Ne fervirent de rien : car la gent volatile
Gagna le Poulailler , fon ordinaire azile.
Notre Renard retourne à fon premier morceau
:
Mais il fut bien honteux de voir Maître Corbeau
ธ
Qui le mangeoit , perché fur le branchage ,
D'un Arbre fec, & qui lui dit ami 2006
A
OCTOBRE. 1729. 2469
A trompeur, trompeur & demi.
Te fouvient- il de ce Fromage
Que tu m'efcroquas l'autre jour ?
Je fus un foz alors , & tu l'es à ton tour .
Charles Ofmond , Libraire à Paris ;
rue S. Jacques , imprime actuellement
une Differtation fur un Sujet intereffant ,
C'eft une explication d'une Loi de Conf
tantin le Grand , au titre De Indulgentiis
Criminum fur les Indulgences , ou le pardon
des crimes à la Naiffance des Prinoù
l'on fait voir que cette Loy n'a
pas été bien entendue jufqu'ici , & qu'elle'
a été faite pour la Naifiance de deux enfans
Jumeaux que Conftantin eut de
Faufta , fa Femme , & où l'on explique
plufieurs Médailles Antiques qui ont rapport
au Sujet , & que l'Auteur a fait graver
dans l'Ouvrage .
ces ,
De tout tems les Empereurs , les Rois
& les Souverains ont été en poffeffion
d'accorder des Privileges , des exemp
tions , des immunitez , de faire des gra- :
ces , d'accorder des amnifties generales ,
& des abolitions de crimes , & de faireau
Peuple telles autres graces qu'ils ju- ,
gent à propos de leur accorder. C'est un
droit Régalien , qui eft auffi inséparable
de l'autorité fous graine que l'eft la Cou
ronne ,
2470 MERCURE DE FRANCE .
ronne , & leur pouvoir à cet égard ne peut
être borné par aucune puiffance. Les Rois
font en droit de leur pleine autorité de
faire tout le bien , & tel Acte de Clémence
& d'indulgence qu'ils veulent dans tel
le occafion qu'il leur plaît , foit à leur
Avenement à la Couronne , foit à leur
Entrée Solemnelle dans la Capitale de
leurs Etats , foit dans quelque Fête ou
Réjouiffance publique , foit enfin dans
d'autres jours remarquables par quelque
Evenement particulier , & en toutes autres
occafions .
>
Mais de tous ces jours glorieux pour
le Prince , & confacrez par fes faveurs ,
il n'en paroît point dans l'Hiftoire de plus
célebres à cet égard que le jour de la Naiffance
de leurs enfans : alors les Benedictions
que le Ciel répand fur la Famille
Royale réjailliffent auffi fur le Peuple , &
par la joye qu'il a de la naiffance d'un lé
gitime Succeffeur à la Couronne , & par
les faveurs qu'il reçoit ordinairement du
Prince. C'étoit chez les Empereurs Romains
des jours d'indulgence. Les graces
pour lors couloient , pour ainfi dire , de
fource , & il n'y avoit guére de coupable
qui n'eut lieu d'efperer en la clémence du
Prince . Nous en avons plufieurs exemples
dans l'Hiftoire Romaine , & dans
otre propre Hiftoire. La Loy de Conf
tantin
OCTOBRE. 1729. 2478
cantin, au titre De Indulgentiis Criminum ,
fuffit pour le prouver.
Cet Ouvrage eft de la Compofition de
M. Genebrier , Docteur en Medecine
Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre
, & Premier Medecin de Milord
Carteret , Vice - Roy d'Irlande . Les Ouvrages
que l'Auteur a déja donnez au Public
fur des Matieres d'Antiquité , répon
dent du fuccès de celui- ci , & les Connoiffeurs
qui en ont vû le Manuſcrit en
portent unjugement très avantageux..
-
La veuve Clouzier , Libraire , Quay
de Conty, va mettre en vente , à la fin du
mois prochain , ou au commencement
de Decembre , un Livre en deux Volumes
, intitulé : Le nouveau Gulliver , on
Voyage de Jean Gulliver , fils du Capi
taine Gulliver , Traduit d'un Manufcrit
Anglois ,, ppaarr M. l'Abbé Desfontaines,
On affure que l'Ouvrage Anglois qu'on
imprime à Londres , y paroîtra dans la
même femaine que l'Ouvrage François
paroîtra à Paris. Il eft à peu près dans le
gout du premier Gulliver, pour la fiction
& pour la morale , fi ce n'eft qu'on y a
menagé un peu plus de vrai -femblance
& qu'on a eu en vue d'inftruire l'efprit ,
& de divertir l'imagination par des fuppoitions
moins hardies que fingulieres , &
inte2472
MERCURE DE FRANCE.
intereffantes. On y joindra à la fin la Let
tre du Docteur Ferruginarius à l'Auteur
au fujet de fon Ouvrage.
On apprend de Londres , qu'on y diltribue
aux Soufcripteurs , l'Hiftoire naturelle
de POr & de l'Argent , ou Traité
de Pline le Naturalifté , Liv . 33. avec un
Suplément à l'Hiftoire de l'Or . Par M. Durand
, Membre de la Societé Royale
in-fol.
Idem. L'Evêque de S. David a préfenté
à la Reine le Livre qu'il a fait pour
refuter le Traité impie du fieur Wolfton ,
contre les Miracles de Jefus- Chrift.
Id. On a appris de Carmarthen , dans
la Principauté de Galles , que le Chevalier
Richard Steel , Auteur de plufieurs
Tragédies , & de divers Traitez de Morale
qui lui avoient acquis une grande réputation
, y mourut le 12. Septembre .
Son corps a été inhumé fans ceremonie
dans l'Eglife de Carmarthen , mais le
bruit court à Londres que le Chevalier
Robert Walpool a téſolu de lui faire ériger
un Monument magnifique dans l'Ab ,
baye Royale de Weſtminſter.
On apprend de Petersbourg que les
Dés
OCTOBRE. 1729. 2473
Béputez de l'Académie des Sciences &
des Arts de cette Ville , nommez par le
Czar pour faire le nivellement des eaux
des Provinces Septentrionales de ce Pays ,
partirent au commencement du mois
d'Août pour Archangel , d'où ils irone
faire leurs obfervations dans les Provin
ces voisines , pour fçavoir s'il ne feroit
pas poffible de faire un Canal , qui par
la jonction de quelques Rivieres , pût
établir la communication de la Mer Blanche
avec la Mer Cafpienne . On compte
que fi ce Projet peut s'executer , la Ville
d'Archangel fera l'une des plus confiderables
de l'Europe pour le Commerce ;
mais qu'en même- tems celui de Peterf
bourg fera abandonné.
On mande de Rome que des Ouvriers
creufant, le mois dernier, la terre dans la
Vigne Mattei , fur le Mont Efquilin , y
trouverent quatre Statuës en Bronze de
fauffes Divinitez , une Urne de pareil
Métal , & un Vaze magnifique de Criftal
de Roche très bien travaillé .
Il paroît quatre nouvelles Eftampes de
la fuite du Roman Comique , deffinées &
gravées par M. Oudry , de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture. Nous
ne doutons pas que le Public ne les re-
G çoive
2474 MERCURE DE FRANCE.
çoive auffi favorablement que les premie
res qui ont paru . Les Sujets y font traitez
tout- à -fait dans l'efprit de l'Auteur du
Roman , c'est-à- dire , d'une maniere toutà
-fair Comique . Dans la premiere , on
voit comme la Rancune coupe le Cha-.
peau de Ragotin qui étoit enfoncé. La
feconde , Ragotin enyvré par la Rancune.
La troifiéme , le Deftin fe fignalant dans le
Combat de nuit ; & la quatriéme , Renouvellement
du Combat , ou deux Servantes
reçoivent des claques fur les.
feffes.
J Ces Eftampes fe vendent chez l'Auteur
au Château des Thuilleries , Cour des
Princes , chez Duchange , Graveur ,
ruë S. Jacques.
CARTES Latines & Françoifes de l'Em ,
pire Romain , par M. Sanfon,
Z refte chez le fieur Moullart- Sanfon , Géo-
Igraphe du Roi , quelques Exemplaires du
Traité Latin de l'Empire Romain , que Nicolas
Sanfon mit au jour en 1638. Depuis , l'Auteur
a fait des Cartes particulieres , dans lefquelles
on trouve en détail , foit en Latin , foit en
François , ce qu'il n'avoit pû faire entrer dans
les deux Cartes de l'Empire Romain en general
, fçavoir , une Carte d'une feuille de Gallia
, tirée des Commentaires de Celar , une
autre tirée des differens Auteurs , & une de
France, Il en eft de même de la Carte de Hif
pania
OCTOBRE. 1729. 2475
pania , & celle de l'Espagne. Il y a auffi une
Carte de Italia , & une d'Italie : comme une
de Illyricum (la partie voifine de la Germanie
) & une Carte Françoife du même Pays :
une de Britannicâ Infulâ , & une des Illes
Britanniques , pour ce qui en a appartenu aux
Romains. Les Chemins Romains font marquez
dans ces Cartes Latines , felon les Tables de
Peutinger , & felon l'Itineraire d'Antonin.
Pour fe fervir utilement de ces Cartes , il y,
a deux Tables Méthodiques qui marquent dans
la premiere colomne , les quatre Préfectures
des Préfets du Prétoire dans la feconde , les.
Diocèfes ; dans la troifiéme & la quatrième ,
le partage des Provinces , dans la cinquiéme ,
les noms Latins des Villes ; & dans la fixiéme,
les noms Modernes . L'on y a joint auffi une
Carte Françoife de l'Empire Romain, Le prix
eft de 9. liv. en blanc. M. Moullart - Sanfon demeure
ruë Fromanteau , vis - à - vis le Louvre.
Le fieur Baradelle , Ingenieur du Roi pour
ies Inftrumens de Mathématiques , continue
de débiter un Ancrier , dont la proprieté eft
connue de tout le monde , & il en envoye
quantité aux Pays Etrangers. L'Encre s'y conferve
très - long- tems , & fans qu'elle fe puiffe
repandre, en quelque fituation qu il fe trouve
renverfé ou autrement ; il eft fort commode
pour la Campagne , & pour le Cabinet. Il
vend encore le plus grand Planifphere de M.de
Caffigny , pour connoître l'état du Ciel pour
tous les mois de l'année à perpetuité ; il demeure
à l'Enfeigne de l'Obfervatoire , fur le
Quay de l'Horloge du Palais , vis à vis les
grands degrez de la Riviere,
Le fieur Segard l'aîné , Maître Miroitier ,
Gij
de
2476 MERCURE DE FRANCE.
demeurant fur le Quay des Morfondus , à fa
Couronne d'or , avertit les Seigneurs & le
Public , qu'il a trouvé le fecret de perfectionner
les Lanternes de Reflexion qu'il a ci - devant
inventées , pour éclairer les Apparte
mens , les Carroffes , Chaifes de Pofte , & toutes
efpeces de Voitures , qui font obligées de
marcher la nuit. Ces nouvelles Lanternes font
plus d'effet que deux flambeaux par le moyen
d'une feule bougie ; elles font beaucoup plus
legeres & à meilleur marché que les premie
res. On prie ceux qui en auront befoin de les
commander d'avance .
XXXXXXXX XXXXXXX
AIR ,
Par M. Adnin , de Vernon,
Enfin nos voeux font accomplis ;
Tout répond à notre esperance ;
L'Amour pour nous d'intelligence
Accorde à nos defirs ce qu'il nous a promis.
Aux vertus d'une Reine auffi Sage que Belle
Nous devons ce nouveau Préfent ,
Qu'en tout lieu notre joye éclate & renouvelle
;
Fut-il jamais pour nous un bonheur plus charmant?
De cet amour fidele & tendre
Nous connoiffons lejufte prix ;
1
Grand
Leg
ITH
OCTOBRE. 1729. 2477
Grand Roi , quand tu nous donne un Fils f
précieux ,
Nous devons tout attendre.
"
SPECTACLES.
LE
E 13. Septembre l'Académie Royale
de Mufique remit au Théatre laTragédie
d'Hefione , que le Public reçût avec
beaucoup d'applaudiffement. Cette Piéce
dont M. Danchet , l'un des Quarante de
l'Académie Françoiſe , a fait le Poëme
& dont M. Campra , Maître de la Chapelle
du Roy , a compofé la Mufique ,
fut reprefentée pour la premiere fois le
21. Decembre 1700. avec un fuccès
extraordinaire ; on la reprit moins heuteufement
le 19. Juillet 1709. mais cette
dernière réprife vient de faire voir qu'elle
a dû toujours réuffir ;. & que les plus
beaux Ouvrages font éxpofez à perdre
leur éclat par les circonftances dans lefquelles
ils font donnez ; le choix des Atteurs
eft une des premieres caufes du fuccès
, & tout le monde convient que cet
Opera n'a jamais mieux été executé qu'il
l'eft aujourd'hui . Nous nous flattons que
fe Public verra avec plaifir l'Extrait du
Poëme.
G iij PROV
2478 MERCURE DE FRANCE.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente les Amphitheatres
de Lancienne Rome , où l'on avoit coûtume
de célebrer des Jeux en l'honneur du Soleil
, au commencement de chaque fiécle.
La Scene fe paffe à l'Aube du jour.
La Prêtreffe du Soleil annonce les
Jeux feculaires par ces Vers :
Le Dieu qui répand la lumiere‹
Va d'un fiécle nouveau commencer la car
riere ;
Peuples , par de célebres jeux
Venez rendre le Ciel favorable à vos voeux ,
& c.
Les Choeurs répondent à cette invitation
par ces Vers :
Tout rit à nos defirs ; tout flatte notre attente
,
Chantons , animons nos Chanfons :
Ce beau jour dont nous joüiffons
Eft de mille beaux jours une fource éclatantes
Les Saliens & les Lidiennes commencent
les Jeux par leurs Danfes.
La Prêtreffe fait une priere au Soleil
d'après celle d'Horace , dans fes Jeux
feculaires , la voici :
Pere
OCTOBRE. 1729. 1479
19
Pere des Saifons & des jours ,
Fais naître en ces Climats un fiécle mémorable.
Puiffe , à fes ennemis , ce peuple redoutable
Etre à jamais heureux , & triompher toujours
!
Nous avons à nos loix affervi la Victoire ;
Auffi loin que tes feux nous portons notre
gloire ;
Fais dans tout l'Univers craindre notre pouvoir
;
Toi qui vois tout ce qui refpire ,
Soleil , puifles- tu ne rien voir
De fipuiffant que cet Empire !
Le Soleil ouvre fa carriere ; & en récompenfe
du zele que les Peuples font
éclater pour lui , il leur promet des jours
heureux fous le Regne d'un Heros favorifé
des Dieux ; les Vers que le Poëte employe
font allufion à Louis XIV. & peuvent
s'appliquer à tous les Rois qui font
le bonheur de leurs Sujets ; le Choeur finit
le Prologue par ces quatre derniers
Vers du Soleil .
Il fait le deftin de la terre ;
Qu'il vive , qu'il régne à jamais.
Qu'il foit l'arbitre de la Guerre ;
Qu'il foit l'arbitre de la Paix.
Giiij AC2480
MERCURE DE FRANCE
ACTE I.
Le Theatre reprefente un Temple que l'or
doit confacrer aux Dieux.
Telamon commence ce premier Acte
avec fon Confident , à qui il fait entendre
que ce Temple qu'on doit en ce jour
confacrer aux Dieux , verra bien - tôt
PHymen d'Hefione & de fon Rival An
chife ; il veut partir d'un lieu fi fatal à
fon amour ; mais il y eft retenu par Venus
, qui vient lui promettre fa protection.
Il reprend l'efperance , & fe retire
à l'approche du Roi , d'Anchife , & d'Hefione.
Laomedon , Roy des Troyens , fait
connoître que les refpects ont calmé le
courroux de Neptune. Une troupe de
Sacrificateurs & de Prêtreffes viennent
confacrer le Temple que Laomedon a
fait élever. Cette confecration fait le fujet
de la Fête. Les Jeux font troublez par
le bruit du Tonnere , & par un tremblement
de terre ; les Dieux s'expliquent
par cet Oracle.
Au pied du Mont Ida , qu'Anchife vienne apprendre
Des volontez du Ciel ce que l'on doit attendre.
ACTE
OCTOBRE. 1719. 2481
ACTE III.
Le Théatre reprefente un Defert au pied du
Mont Ida , & des Torrens qui tombent
du sommet.
Anchife & Hefione ouvrent la Scene .
Hefione ne veut point laiffer Anchife
feul , comme l'Oracle femble le faire entendre.
Elle exprime fa crainte par ces
Vers :
Je crains pour vous , je crains de perdre votre
coeur ;
Sans ceffe je frémis ; je tremble :
Je ne puis pénetrer quel fera mon malheur ;
Mais je fens que je crains tous les malheurs en
femble.
La réponſe d'Anchife n'eft pas moins
tendre ; la voici :
Quelque foit le deſtin où l'Oracle me livre
Le Ciel même en fera jaloux ;
Ah ! fi pour vous je ne puis vivre ,
Du moinsje puis mourir pour vous.
Ils fe plaignent aux Dieux par ce Duos
Helas ! de notre fort quel doit être le cours ▸
O Dieux , troublerez- vous ſans ceſſe
Les plus beaux feux , les plus tendres Amours?
Laomedon vient ordonner à Hefione
GY de
2482 MERCURE DE FRANCE.
de laiffer Anchife feul , conformément à
l'ordre des Dieux.
Anchife , par un beau Monologue , exprime
la crainte qu'il a de perdre Hefione
; ce morceau de Mufique eft generalement
eftimé , les Vers qui y ont donné
lieu ont auffi leur mérite .
Deferts où regne une horreur éternelle ,
Rochers , Torrens impetueux ,
Précipices ouverts aux Amans malheureux ,
Preparez moi plutôt la mort la plus cruelle,
L'Hymen alloit combler mes voeux ;
Ah ! quel fupplice extrême ,
De perdre ce qu'on aime ,
Au moment qu'on croit être heureux !
800. Deferts ,
Le Théatre change & représente des
Jardins agréables ; Venus y parole fur un
Trône de fleurs, au milieu des Plaifirs, des
Graces, des Ris & des Jeux. L'Amour
eft affis au pied du Trône.
Venus , après une Fête qu'elle fait celebrer
aux yeux d'Anchiſe , lui déclare l'amour
qu'elle a pour lui ; c'eft - là ce que
P'Oracle a voulu dire par ces Vers :
Des volontez des Dieux ce que l'on doit attendre.
Anchife fe refufe d'une maniere trèsgalante
OCTOBRE. 1719. 2483
•
galante à l'honneur que Venus lui fait ;
Voici ce qu'il répond à la Déeffe :
D'une ardeur nouvelle ,
Ne cherchez pas à m'enflammer :
Venus voudroit- elle aimer ,
Un coeur qui feroit infidele ?
Venus cache fon mortel dépit par ces
paroles :
Je fais mon bonheur de vous voir ;
Mais je xous aime trop pour vouloir vous
contraindre ;
Connoiffez mon amour , ignorez mon pouvoir
;
Venus fe fait aimer , & ne fe fait point crain-,
dre.
f
Anchife accablé des bontez de Venus ,
la quitte enfin , mais d'une maniere las
plus galante du monde ; voici ce qu'il
lui dir :
A vos regards tout doit rendre les armes ;
Si je n'adore pas leur pouvoir éclatant ,
Je fens du moins qu'un coeur qui veut être
-conftant ,
Doit craindre de voir tant de charmes.
Cet éloge qu'Anchife fait de la beauté
de Venus , ne la dédommage pas du refus
de fon coeur ; elle ordonne à l'Amour
G vi d'aller
2484 MERCURE DE FRANCE :
d'aller fçavoir du Deftin quel efpoir lui
eft encore permis , & de retenir dans ce.
Bois l'ingrat qui la méprife.
Après ces ordres donnez à fon fils ; la
Déeffe ne refpire que vengeance ; elle
veut perdre Anchife , mais l'Amour lui
parlant en fa faveur , elle borne les traits
qu'elle veut lui porter à le rendre jaloux
& à faire éprouver la fureur à fon heureuſe
Rivale .
ACTE III.
Le Théatre représente une Colonade,
Le Palais de Laomedon en Perspective.
Hefione fe plaint de l'inconftance d'An
chife ; fes foupçons jaloux font fondez fur
un bruit que Venus elle- même a répandu
de fon triomphe , comme on le va voir
dans la Scene fuivante. Cette feconde
Scene eft une des plus Théatrales ; Telamon
a beau combattre fon amour pour
Anchife par ces Vers :
Ce n'est plus un fecret ; Venus l'a fçû
charmer ;
Quand Venus le déclare en doutez- vous encore
?
Méprifez qui vous fuit & commencez d'aime
Un coeur conftant qui vous adore,
Hefione ne l'écoute point , & ne ré
pon
OCTOBRE. 1729: 2485
pond qu'à fon idée . Elle n'eft occupée
que de l'inconftance de fon Amant ; ce
qui oblige enfin Telamon à lui dire :
O Ciel ! quel injufte partage :
Sa gloire égale mon tourment ;
Vous donnez votre haine au plus fidele Amant,
Et votre amour ou plus volage.
HeGone lui répond enfin :
Je m'égare , je cede à mes mortels ennuis ;
Ne foyez plus témoin de ma foibleffe extrême.;
Dans le trouble où je fuis ,
Que ne puis - je , grands Dieux ! me cacher à
moi-même.
Venus vient offrir de nouveaux ſecours
à Telamon , par un enchantement quí
doit le rendre plus aimable aux yeux
d'Hefione . Voici comment elle s'explique :
Mon empire s'étend jufqu'au bord ténebreux ;
Par un enchantement je veux t'aider à plaire :
Proferpine avec moi fecondera de tes voeux ,
Des tréfors de Padore elle eft dépofitaire ;
Je ne fçaurois fans elle achever ce mystère 3
Demeure dans ces lieux , & voi
Ce que je vais tenter pour
toi.
Venus appelle les Amours & les invite
à préfider à un enchantement dont la douceur
eft de leur competence. Elle évoque
les
2486 MERCURE DE FRANCE.
les Ombres fortunées qui ont autrefois
aimé & qui aiment encore. Cette douce
magie donne lieu à une Fête des plus gracieufes
. Le charme répandu fur Telamon
fe fait invisiblement ; mais il ne doit agir
que conditionnellement ; Venus le lui
fait entendre par ces Vers :
Le charme eft fait ; tu vas attendrir l'Inhumaine
;
Mais les inftans font précieux ;
Qu'elle parte avec toi; qu'elle quitte ces lieux :
De cet enchantement la force fera vaine ,
Si ton Rival s'offre à fes yeux .
Telamon ne peut fe réfoudre à le faire
aimer par une fupercherie ; Venus lui die
en le quittant :
Goûte au moins la douceur extrême ,
De defefperer ton Rival .
ACTE IV.
Le Théatre reprefente d'un côté la Ville
de Troye , de l'autre des Bois
& la Mer dans le fond.
Le charme a operé dans l'Entracte 5
Anchife furieux le fait entendre par ces
mots :
Où s'adreffent mes pas dans ces funeftes lieux,
Quel
OCTOBR E. 1729. 2487
Quel Spectacle Venus vient d'offrir à mes yeux ?
J'ai vu la perfide Hefione ,
Jurer à mon Rival d'éternels amours , &c.
Hefione vient ; comme elle eft dans la
même erreur qu'Anchife , ils s'accufent
réciproquement d'infidelité ; Anchife veut
fe donner la mort pour prouver la foi à
fon Amante ; elle lui retient le bras , &
lui dit tendrement :
Arrête , hélas ! que fais- tu ? quel effroi !
Quelle foudaine horreur de mon ame s'empare
!
Pourquoi veux-tu mourir ... vivez plutôt
pour moi ,
Cher Prince ; quoi ! Venus , quoi ! Venus ellemême
.
N'auroit pû ... mais , que dis - je ? elle a fçû
vous charmer ;
Elle a trop de beautez , elle eft Déeffe , elle
aime ;
Que de raifons pour m'allarmer!
Ils s'éclairciffent enfin , & perfuadez
- de leur fidelité mutuelle , ils finiffent cette
belle Scene par ce Duo.
Aimons nous , aimons nous ;
Nos amours de Venus caufent la jaloufie ;
Rendons fon coeur encor mille fois plus jajoux
;
Aimons
2488 MERCURE DE FRANCE.
Aimons nous , aimons nous.
Quand fa fureur devroit nous arracher la vie
Mourons en des liens fi doux :
Aimons nous , aimons nous.
Venus furvient ; l'intelligence de ces
Amants excite fa fureur jaloufe : elle fe
leur fait entendre par ces Vers :
C'en eft trop; la douceur fut toujours mon partage;
Mais en un feul moment l'amour change les
coeurs ;
Je ne refpire plus que la haine & la rage ;
Vous allez l'un & l'autre éprouver més fureurs,
Anchife & Hefione fe retirent . Venus
qui avoit auparavant calmé la colere de
Neptune irrité contre le parjure Laomedon
, l'appelle à fa vengeance . Neptune
vient ; il promet à Venus de la venger ;
les vents fecondent fa fureur ; ce qui
donne lieu à une Fête dans le genre rerrible.
Un Monftre fort du fein des flots;
Neptune dit à Venus :
Ce Monftre va fervit ma haine & ta tendrefft ;
Telamon feul peut vaincre fa fureur ;
Si le Roi veut enfin que le ravage cefle
La main de la Princeſſe
Dois être le prix du Vainqueur.
ACTE
OCTOBRE 1729. 2489
ACTE V.
Le Théatre repréfente une Campagne ras
vagée par le monftre que Neptune
a fait fortir du fein des Mers.
Venus fe plaint du peu de pouvoir de
fes yeux ; Anchife vient avec un tronçon
d'épée à la main ; il fait connoitre
qu'il a voulu combattre le Monftre , mais
qu'aucun de fes traits n'a porté , & que le
Monftte a refpecté la vie ; il s'emporte
contre Venus ; cette Déeffe lui dit que
c'est elle qui deffend fes jours pour prolonger
fon fupplice '; elle lui fait entendre
que pour le mieux punir , elle pourroit
bien faire perir Hefione. Anchiſe
tremble pour fon Amante , & fe jette
aux pieds de la Déeffe pour la fléchir en
fa faveur ; il la quitte enfin pour aller
chercher Laomedon.Une troupe de Phrygiens
& de Phrygiennes viennent celebrer
la victoire que Telamon a rempor
tée fur le Monftre ; le Roi eft à leur tête
; Anchiſe qui le cherche , vient lui
demander s'il eft vrai qu'il accorde Hefione
à Telamon pour prix de fa victoires
le Roi lui répond que les Dieux l'ont
ainfi ordonné. Anchife lui reproche fon
manque de foi. Dans fa fureur.il fe croit
defcendu aux enfers ; il prédit la ruine
de
1490 MERCURE DE FRANCE.
de Troye , & tombe évanoui fur un lie
de gazon. Mercure vient annoncer à Venus
que l'Amour a fléchi le Deftin , &
qu'Anchife va partager fa flamme . Elle
fait enlever ce Prince par des Zephirs.
On a trouvé ce Poëme très - bien écrit,
plein d'efprit & de fentimens . Pour la
Mufique , elle n'a pas moins de partifans
que celle de Tancrede ; l'une paffe
pour être plus forte , mais on croit Pautre
plus galante , & même plus variée .
;
Les Rôles ont été parfaitement bien
remplis celui de Venus par la Dile Antier
, & celui d'Hefions par la Dile Peliffier
; le St Chaffé a chanté le Rôle d'Anchife
, & le S Tribou celui de Telamon .
Le Balet a fait beaucoup de plaifir pour
la Compofition , de même que les prin
cipaux Danfeurs & Danfeufes pour l'exe
cution .
Le 2. de ce mois , on donna par extraordinaire
le Bal fur le Théatre de l'Opera
; il fut précedé d'un Concert compofé
de Choeurs & de Simphonies choifies.
Le 18. le Roi Stanislas vint de Verfailles
incognito pour voir l'Opera d'Hefione.
Il entra par le Palais Royal , &
après en avoir vû les Apartemens &
les rares Tableaux qu'on y conferve , il
fe plaça dans la Loge du Duc d'Orleans.
Les
OCTOBRE . 1729 2491
1
Les Comédiens François ont remis au
Theatre au commencement de ce mois la
Tragédie de Cinna , de P. Corneille ,
dont le principal Rôle eft rempli par le
Sr Dufresne , celui d'Auguste par le S
Dumirail , celui de Maxime par le St
Quinaut , celui d'Emilie par la De Le
Couvreur &c . Cette Piéce eft parfaitement
bien repréſentée.
"
M. de Voltaire lut aux mêmes Comédiens
le 15. de ce mois une Tragédie
de fa compofition , fous le titre de Brutus
, qui fut reçue avec de grands éloges
de la part de tous ceux qui Pentendirent .
Le mérite de cet Auteur eft fi genéralement
connu , que perfonne n'en fera furpris.
On compte que cette Piéce féra repréfentée
au mois de Janvier.
Le Mercredi 19. de ce mois , les mêmes
Comédiens repréfenterent la Comédie
du Mifantrope de Moliere , dans
laquelle la Dame Desbroffes , grande &
belle perfonne , qui n'a jamais monté
fur aucun Théatre , parut pour la premiere
fois dans le Rôle de Celimene
qu'elle joua très-bien . Elle mérita beaucoup
les applaudiffemen's du Public , qui
lui trouve la voix fort belle , de l'intelligence,
de la Nobleffe , & des graces. Elle
eft fille du S. Antoine Baron , mort Comédien
du Roi en 1712. petite - fille de
M.
2492 MERCURE DE FRANCÉ.
M. Baron , & petite niéce du S. dễ là
Thorilliere & de la feuë Dame Dancourt ,
à qui elle reffemble beaucoup par le fon
de la voix , par les manieres & par l'air
du vifage ; elle eft cependant plus grande
, & auffi regulierement belle .
Après avoir joué ce Rôle trois fois , la
Dame Desbroffes joüa le 26. encore avec
plus d'applaudiffement celui de la femme
d'Orgon dans la Comédie du Tartuffe
elle joua enfuite dans la petite Comédie
du Galand Jardinier, le Rôle de la Joüeufe
de Gobelet , & fit voir un nouveau talent
, en chantant un grand air , & quelques
couplets , avec une voix douce ..
naturelle & harmonieufe , dont tout le
monde fut charmé.
Le 24. les mêmes Comédiennes repri
rent la Tragédie de Pyrrhus de M. de
Crebillon, que le Public revoit avec beaucoup
de plaifir. On en trouvera l'Extrait
dans le Mercure de May 1726 .
Le 22. les Comédiens Italiens donne -`
rent la premiere Repréfentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , intitulée la Parodie
d'Hefione. Cette Piéce qui eft de la
compofition des Srs Dominique & Romagnefi
, fut reçue favorablement du
Public . On en patlera plus au long,
NOU
OCTOBRE . 1729. 2493
"
X*XXX :XXXXX : XX* XX **
NOUVELLES DU TEM S.
LE
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople portent que
dans l'incendie dont on a déja parlé ,il y avoit
eu 20000 Maifons , 160 , Moſquées & 9 Eglifes
Grecques réduites en cendres ; que plus de
fooo. perfonnes y avoient peri , & que le nombre
des bleffez étoit encore plus confiderable ;
qu'on travailloit actuellement à enlever les
décombres pour rebâtir de nouvelles Maifons
dont le Grand Seigneur a promis de fournir le
bois ; qu'on faifoit monter la perte à plufieurs
millions de Sultanins d'or , & qu'on faifoit un
rôle de taxes fur toutes les Provinces de l'Empire
pour le foulagement des pauvres.
Ces Lettres ajoutent qu'on parloit à Conf
tantinople d'un nouveau traité d'alliance offenfive
& défenfive entre le G. S. & le Sultan
Acheraf, & que le bruit couroit que S. H. refufoit
d'acceder à celui de Pacification qui a
été conclu depuis quelques mois entre le Czar
& le nouveau Souverain de Perfe,
RECEPTION faite à Conftantinople
à l'Ambaffadeur du Sultan Acheraf,
le 23. Juillet dernier.
La
A Porte , après le retour de Rechid, Pacha,
de fon Ambaffade de Perfe , ayant été inf
truite des traitemens qui lui avoient été faits ,
étoit refoluë d'obferver à l'égard de l'Ambafladeur
d'Acheraf , les mêmes cérémonies qui
ayoient
2494 MERCURE DE FRANCE.
*
avoient été obfervées en la perfonne de fon
Ambaffadeur , lorfque changeant tout d'un
coup de fentiment , elle prit la reſolution de
rendre des honneurs extraordinaires à l'Am
baffadeur d'Acheraf , tant fur mer que furterre
, fans qu'on ait pu penetrer les motifs
qui ont pu donner lieu à une femblable conduite
quoiqu'il en foit le Grand Vizir n'eut
pas plutôt eu avis que Namudar Mehemet
Kan , n'étoit qu'à quelques journées de Con-
Atantinople , qu'il nomma pour aller à la rencontre
, Kiblezade , un des Seigneurs de la
Cour , à quipour faire plus d'honneur à l'Amballadeur
de Perfe , il donna le titre de Pacha
à trois queues à peine Kiblezade fut parti ,
que le Vizir ordonna que tous les Habitans de
Conftantinople , de quelque état qu'ils puffent
être , euffent à faire peindie le dehors de leurs
Maifons , & de leurs Boutiques , & d'ufer
d'affez de diligence , pour que tout fe trouvât
prêt avant l'arrivée de l'Ambaſſadeur . Les
Officiers qui devoient tenir la main à l'execution
de cet ordre , furent fi rigides à le faire:
obferver , que voiant qu'une infinité de pauvres
gens ne fe mettoient point en état d'obeir s
foit faute d'argent , ou qu'on ne trouvat pas
des Ouvriers pour peindre les Boutiques , la
plupart étant occupés dans les Maifons des
Grands , fe mirent à les maltraiter ; ceux ci
outrés en murmurerent , du murmure on paffa
prefque à la defobéillance : les chofes n'en feroient
pas demeurées là , fi le Grand Vizir , en
aïant été informé à tems , n'y eut mis ordre
en donnant un fecond commandement qui laif
foit la liberté à chacun de peindre ou de ne
Numadar oùle Renommé.
poing
OCTOBRE. 1729. 2495
point peindre fa Maifon ; les Grands n'eurent
garde d'y manquer , de forte qu'en peu de tems
fa plupart des Maifons furent peintes en
blanc , d'autres en verd , en rouge , &c. Quelque
tems après , l'on donna un autre comman
dement , contenant des deffenfes très - rigou
reuſes aux femmes , de paroître dans les rues
Je jour que l'Ambaffa deur feroit ion entrée ; les
plus curieufes s'en formaliferent , & la deffenfe
en fit naître l'envie à celles qui n'y auroient
point penfé ; de forte que des femmes de confideration
étant venues en porter leurs plaintes
au G. Vizir , ce Miniftre tout complaifant &
poli fe relacha de fa premiere ſeverité , & ou
bliant qu'il étoit Maître , il ne fçut qu'obeir
dans cette occafion , de forte qu'il leur donna
la liberté d'en ufer tout comme elles jugeroient
à propos , dont vrai femblablement elles profiterent,
s'il faut en juger par l'humeur des
maris , qui ce jour là étoient plus bourus qu'à
l'ordinaire .
Les ordres aiant été ainfi donnés dans Con
ftantinople, le Capitan Bacha , en reçut de fon
côté , de même que le Topigi Bachi , le Boftangi
Bachi , & le grand Donanniers chacun pour
ce qui concernoit fon département.
Le Premier , eut ordre de faire dorer les
Poupes des Galeres qui fe trouveroient dans
le Port , de même que huit des plus beaux Vaiffeaux
de Guerre , pour faluer de leurs Canons
l'Ambaffadeur à fon paffage. Le Topchi Bachi
de fon coté , fut chargé de preparer 130. pieces
de Canons , qu'il fit ranger le long de l'Echelle
de Tophanna. Le Boftangi Bachi , tint auffi
en état l'Artillerie du Serail , qui donne dans
le Port , au nombre de 80. pieces de Canons
& le grand Douannier , donna, ordre à tous
les
2496 MERCURE DE FRANCE .
les Capitaines de Vaiffeaux Marchands Turcs
qui fe trouvoient dans le Port , de monter à
Bechik Tach , pour y faluer de tous leurs Canons
, l'Ambaffadeur à fon paffage. On donna
pour cet effet un quintal de poudre pour chaque
Vaiffeau les mêmes ordres furent auffi
donnés au Boftangi qui commande la Tour de
l'Ecandre. Les chofes ainfi reglées , tant par
mer que par terre , l'Ambaffadeur arriva
Scutary , le 22. après nidi.
Le 23 jour deftiné pour fon entrée à Conftantinople
, on envoya pour le prendre à Scudary
, deux Galeres , & la Felouque du Kiflarliga
, ou chef des Eunuques noirs , armée
de 24. Rameurs ; l'Ambaſſadeur étant forti de
chez lui à 8. heures du matin , & s'étant rendu
à la Marine à Cheval , accompagné de fa Maifon
, & precedé de Kibieli Zade , s'embarqua,
dans cette Felouque, & fut conduit à bord de
la Galere Imperiale , qui le falua à ſon embarquement
de trois coups de Canon ; l'autre Galere
le falua de pareil nombre : dans le même
tems,la Mufique du Grand Seigneur & celle du
G. Vizir qui étoit dans la Galere, compofées de
Timbales, Tambours , Clairons , & c. commencerent
à jouer, & ne difcontinuerent pas non
plus que les cris redoublez de Chaoux , qu'au
débarquement de l'Ambaffadeur . Les deux
Galeres , après avoir levé l'ancre , commencerent
à voguer en cotoyant le Bofphore du
côté d'Europe. Le G. Seigneur avec les Princes
fes fils , s'étoit rendu à Befvick Tach , dans
un Kiosk ou Pavillon de fon Palais des Porcelaines
pour voir ce Spectacle que la quantité
de Batteaux au nombre de plus de 15000 & la
grande affluence du monde qui étoit acouru
de toute part , rendoit très- beau. On ne pouvoit
OCTOBRE . 1729. 2497
voit diftinguer la Mer d'avec le rivage d'Eu-`
rope & d'Afie , qui étoient auffi couverts d'un
Peuple infini jufques fur les hauteurs les plus
élevées. Ce Spectacle étoit d'autant plus admirable
, que la fituation eft la plus avanta
geufe qu'on puiffe avoir dans le monde entier.
Le G. Seigneur fut falué par les deux Galeres
de leur Artillerie , & dans le même moment
elles arborérent leurs flammes ; l'Ambaffadeur
fut falué à mefure qu'il s'avançoit , par les
Vaiffeaux Marchands que l'on avoit fait ranger
fur une même ligne à Bechiktach , à une certaine
diftance l'un de l'autre. Lorſque les deux
Galeres pafferent devant le G. Vizir , qui étoit
dans un Kiofque du nouveau Palais qu'il a fait
bâtir à Ajas Pacha , au deffous de la Maifon
d'Adgi Muſtapha , elles le faluerent d'un coup
de Canon chacune. Le G. Vizir envoya , de ce
Kiofque , un de fes Pages, dans un Kaique qui
traverſa d'une extrême viteffe cette foule de
Batteaux,, pour faire compliment à l'Ambaffadeur
, qu'il trouva fur la Galere, fort attentif
à lire fon Alcoran ; car il faut remarquer que
depuis Scutari , jufqu'à Conſtantinople , il né
daigna pas tourner la tête , & ne témoigna pas
la moindre envie de voir les honneurs que l'on
lui rendoit.
A mefure que les Galeres avançoient , les
Bâtimens Turcs faluoient , les uns après les
autres , avec affez d'ordre ; la Tour de Leandre
fit auffi fa décharge ; quand on fut vis - à - vis
de Topana & du Serail , les deux , Galeres
firent une quatriéme décharge ; Topana y
repondit par 130. coups de Canon ; le Serail
par 80. & par 30. de la petite Doüanne de
Galata. Huit Galeres , qui étoient ornées de
Jeurs flammes , faluerent à leur tour de toute
H leur
2498 MERCURE DE FRANCE.
leur Artillerie ; les Vaiffeaux de Guerre dong
le Vice- Amiral étoit du nombre , portant Pa
villon carré au grand mât , tous pavoifez , faluerent
de toute leur Artillerie. L'Ambaffadeur
que l'on conduifit jufqu'à la grande Douanne
qui étoit l'endroit où il devoit mettre pied à
terre, y arriva que le bruit de l'Artillerie n'avoit
pas encore ceffé ; il fut reçu à fon débarquement
par le Chaoux Bachi , & par le
Grand Douannier , qui firent les honneurs d'un
dejeuné que l'on donna à l'Ambaffadeur , en
attendant que tout fut prêt pour la marche.
Le Repas fini , on vint avertir l'Ambaffadeur
que tout étoit difpofé pour partir , & que l'on
n'attendoit plus que lui ; il monta fur un
Cheval du Grand Seigneur qu'on lui avoit
preparé. La marche avoit déja commencé
lorfqu'il furvint une difpute entre l'Ambaffadeur
& le Chaoux Bachi , au fujet du pas;
ce dernier aiant déja pris la droite , ne voulut
jamais la quitter ; l'Ambaffadeur s'en trouva
offenfé , & en temoigna fon reffentiment , mais
quelque fermeté qu'il eut fait paroître d'abord,
il fe rendit à la fin de forte que le Chaoux
Bachi conferva la droite pendant toute la
marche qui fe fit de cette maniere.
Des Gens de l'Ambaffadeur au nombre de 20 ,
montez fur des Dromadaires , tenant chacun
une espece d'Etendart à la main , au milieu duquel
étoit repreſenté un Lion.
Deux Compagnies de Janniffaires , faifang
plus de 300. hommes , avec leurs bonnets de
ceremonie, commandez par leurs Tehocbadgis,
ou Officiers.
Deux cent Chaoux avec leurs bonnets de ceremonie.
Pareil nombre de Muteferagas avec leur Mudycrefe
;
OCTOBRE. 1729.
2499
dycrefes ce font des Officiers au- deffus des
Chaoux.
Trois cent Zaims ou Feudataires avec leurs
bonnets de ceremonie , prefque tous habillez
de fourures de Marte- Zibeline
L'Ispahilar Agaf , ou General de la Cavalerie
, avec douze autres principaux Officiers ,
fuperbement montez.
Douze Chevaux de main de l'Ambaſſadeur .
harnachez à la Perfane avec chacun leur
Timbale du côté droit de la felle.
Deux Chevaux de main fort bien harnachez
à la Turque , dont le G. Seigneur & le Vizir
avoient fait prefent à l'Amballadeur.
L'Ecuyer de l'Ambaffadeur marchant feul ,
habillé à la Perfane. Quelques Chaoux de
l'Ambaffadeur tenant des Tapous , ou maffes
d'arm es à la main.
Deux Nargkils ou Pipes , avec lesquelles on
fume en Perfe , portées par deux Nargikldar,
La demi pique de l'Ambaffadeur portée par un
de fes Caft andgis , ou Pages.
Une Compagnie de Soldats Agbuans , armez
de fufils , fabres & mifrafls ou lances ; ils
étoient habillez affez mal proprement , & portoient
pour coeffure une espece de bonnet , en
forme de pain de fucre par le haut , & entouré
par le bas d'une espece de peau noire frifée qui
leur tomboit en maniere de frange jufques fur
les yeux , formant des efpeces de boucles.
Quatre Officiers , qu'ils appellent Tongdars
où Porte- Enfeigne , portoient au bout de grandes
perches , des queues de Cheval enfermées
dans du drap écarlate , qu'on ne déploya pas
parce que la Porte ne voulut pas le permettre,
cette diſtinction n'étant affectée qu'à des Conquerans
, à l'Armée ou au retour de quelque
expedition.
Hij L'Ame
2500 MERCURE DE FRANCE .
L'Ambaffadeur marchant à la gauche du
Chaoux Bachi , étoit monté fur un Cheval dè
l'Ecurie du G. S. il avoit pour habit une étoffe
de Perfe de couleur de feu fort riche, doublée dé
Martre Zibeline; fon Turban étoit pointu comme
le bonnet des Dervichs,mais il étoit entouré
d'une Seffe ou écharpe blanche. Vingt Valets de
pied marchoient à fes côtez , tous avec des
Mifraks, La marche étoit fermée par deux cent
perfonnes de la fuite de l'Ambaſſadeur , tous
armez de Lances , très - mal montez , & encore
plus mal faits ; on auroit dit à les voir , que
c'étoient des gens qui revenoient de quelque
pillage. La plupart des rues de Conftantinople
que la Cavalcade parcourut dans cet ordre ,
étoient bordées de Janiffaires en haye ,fans bonnets
de ceremonie. Quand elle fut arrivée auprès
du vieux Serail , dans la grande place de
la Suleymanie ou Mofquée de Soliman , l'Ambaffadeur
y fut falué par le Janiffaire Aga ,
qui s'y étoit rendu avec tous les autres Offi
ciers , à la tête de plus de quatre mille hommes
de cette Milice ; après quoi on fit paffer l'Ambaffadeur
par la porte de Topkapoufi , pour le
conduire à la Maifon du Douanier que l'on lui
avoit deftinée , & qui eft fituée au- deffus du
Faubourg d'Ejoub , hors de la Ville.
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople
du 19. Août.
Es affaires de Perfe font toujours dans le
Lmême état , fans qu'on puiffe juger comment
fe terminera cette confufion qui dévore
un des plus beaux Empires du monde , tient les
Mofcovites en haleine & embaraffe les Turcs ,
quelques grands avantages qu'ils en ayent déja
tiré
OCTOBRE . 1729. 2501
tiré. Ils ont porté à l'excès les honneurs qu'ils
ont fait à l'Ambaffadeur d'AcherafKam,L'embrafement
de Conftantinople a interrompu ces
magnificences dans lefquelles il entroit peutêtre
autant de politique que de vanité. A peine
les flammes ont elles été éteintes , qu'on y eft
revenu par les Fêtes continuelles qu'on donne
à cet Ambaffadeur, & dont je vous ferai un autrefois
le détail . J'ajouterai un mot en attendant
à l'embrafement dont je vous ai fimplement
marqué la nouvelle ; il commença le 27. Juillet
à 8. heures du matin , dans la Boutique d'un
Janiffaire qui vendoit du fruit à la porte de
Balata ; le vent du Nord fouffloit , les flammes
fe communiquerent avec impetuofité aux
Maifons voifines ; & paffant fans qu'il fut poffible
d'y remedier par deffus les murailles de la
Ville , fe diviferent , pour ainfi dire , en trois
torrens de feu , dont l'un s'étendit juſques à
la porte du Fanal : des deux autres , l'un pric
fon cours dans la partie interieure de Balata &
de Fanal , monta par Caliglefia juſqu'à la Mofquée
de Sultan Selim , & la laiffant à gauche ,
s'étendit beaucoup plus loin. Le troifiéme torrent
de feu prit par le Palais de Tranfilvanie ,
monta jufqu'au Palais de Belifaire ; & s'approchant
des murailles , confuma tout le quartier
jufqu'à la porte d'Andrinople , & à celle qu'on
appelle la Porte neuve. L'embrafement dura
17. heures , & felon le calcul le plus moderé
que je tiens de perfonnes qui le doivent bien
fçavoir , confuma 20000. Maifons , & plus
de 800 perfonnes qui , environnées de tous
côtez de flammes , n'eurent pas le tems de fe
fauver. La perte eft incroyable ; car quoiqu'il
y eut dans ce quartier beaucoup de Magafins ,
les flammes furent portées par le vent avec
Hiij tant
2,02 MERCURE DE FRANCF .
fant d'impetuofité contre ces Magafins , que
les murailles en furent échauffées de maniere
que les effets précieux de toutes fortes , qui y
étoient renfermez , prirent feu ou furent entierement
confumez ; de forte qu'on n'en put
fauver que peu de chofe , & ce peu fut encore
pour la plufpart la proye des voleurs , quafi
auffi cruels que l'incendie . Il y a eu 150. Mofquées
, grandes ou petites , comprifes dans cet
embrafement , 11. Eglifes Greques & 15. Sinagogues
des Juifs. Les principaux des Grecs qui
habitent le Fanal , y ont perdu leurs Palais &
leurs Maifons ; entr'autres le Prince de Valachie
, celui de Moldavie , l'Interprete de la
Porte , le Chourchy Bachi , & Julianos. Le
Patriarche de Jerufalem , l'homme le plus
refpectable & le plus fçavant qu'il y ait parmi
les Grecs a perdu fa Maiſon & fon Eglife ,"
mais l'Eglife Patriarchale de Conftantinople .
a été fauvée.
La perte des Juifs a été grande , plutôt par le
nombre des Maifons que par les richeffes ; elle
a donné une belle occafion au G. S de faire
voir fa compaffion pour eux ; il les voyoit de
fon Palais d'Afqui , errants fur le rivage du
port au nombre de plus de mille , fans fçavoir
que devenir. Il ordonna qu'on les fit paffer
dans l'enceinte de fon Serrail , & qu'on leur
diftribuat des vivres pendant quelques jours ,
jufqu'à ce qu'ils puflent trouver à fe retirer.
Enfin cet embrafement a été beaucoup plusgrand
de toute maniere que celui dont vous
avez été témoin , & qui dura 36 , heures.
OCTOBRE. 1729. 2503
RUSSIE.
Na imprimé depuis peu à Petersbourg le
Traité conclu à Riafchtfchée dans la Province
de Ghilan le 13. Fevrier , entre le Czar
d'une part & le Sultan Acheraf de l'autre.
Voici le Préambule de ce Traité , contenu en
dix Articles.
Au nom de Dieu , Très Haut & Très- Puiffant
, foit rendu public le préfent Traité. Il a
plû à la Providence Divine de faire ceffer après
une préalable fſuſpenſion d'Armes , les troubles
furvenus à l'occafion des Provinces poffedées
par S. M. Imp . Pierre II. Souverain de
toute la Ruffie &c. &fituées près de la Mer
Cafpienne , fur les frontieres des Terres du Poffeffeur
d'Ifpaham , de plufieurs autres Provinces
en Perfe & c. de les terminer par un
Accommodement à l'amiable conclu par les Ple
nipotentiaires respectifs . S. Exc. M. Wazilè
Levvaſchevv , Lieutenant General , Chevalier
de l'Ordre de S. Alexandre Neovvfky , Com
mandant en Chef l'Armée Ruffienne dans la
Province de Ghilan , & Capitaine General des
Provinces fituées dans le Darimar , près de la
Mer Cafpienne , ayant été nommé pour cet effet
de la part de S. M. Imp. Pierre II. Souverain
de toute la Ruffie , & Sapasalar Mehemet
Saidal Kam , & Beglier Bey , General de l'Armée
Perfane , affiftés de Mufteff Fiel Chaffa
Mirfa Mechemet Ifmael Amar Salesam , &
Chadfchi Ibrahim de la part du Regent , com
mandant heureuſement à Iſpaham , & dans
plufieurs autres Provinces & c. lefquels Plenipotentiaires
pour le bien public , & afin d'établir
une fincere , parfaite & conftante amitié
Hiiij entre
2504 MERCURE DE FRANCE:
)
entre les deux Cours , Empires & Terres , fons
convenus des Articles fuivants.
I. Les deux Empires resteront en poſſeſſion , à
perpetuité , des Villes & Pays qu'ils occupent
actuellement , avec tout ce qui en dépend ,
conformément aux anciens & nouveaux Reglemens
des limites , & dont il est fait mention
dans l'Article III.
11. S. M. Cz. en confideration de l'ancienne
amitié qui a toujours fubfifté entre l'Empire
de Ruffie & la Perfe , confent de la laiffer en
poffeffion des Provinces d'Aftarabat & de Ma-
Sandaran fituées aux environs de la Mer
Cafpienne , à condition que ces Provinces ne
pourront en aucune maniere être données à
quelqu'autre Puiflance ; & en cas que cela
arrivât , lefdites Provinces , avec tout ce qui
en dépend , rentreront & resteront à perpetuité
fous la domination de Ruffre , & tout ce qui
aura été ftipulé au contraire , fera declaré nul .
›
III. On reglera les limites entre les Terres,
Provinces Villes , de part & d'autre de
la maniere fuivante : Toutes les Provinces conquifes
par les Ruffiens , derriere Derbent , depuis
la Mer , en avançant vers le Pays juf
qu'à la Riviere de Kur , & jufqu'à l'embou
chure du Fleuve Araxe , fituées le long de la
Mer , resteront , conformément au Reglement
des limites fait avec la Porte , à perpetuité , à
la Ruffie : en quoi font comprises les Provinces
Capitales , auffi bien que les moindres Districts
qui en dependent , avec les Pays de Montagnes
, qui s'étendent jufqu'a la Mer , comme
auffi les Districts de Muful , de Schafft , de
Kutum , & tout le Darimar , où on fera la
Séparation des deux Empires. En paſſant Schafft,
on vient au grand chemin qui va de la Province
OCTOBRE. 1729. 2505
vince de Ghilan à Cashin : on y trouve entre
Kutum & Seitum Rudbara , à quelque diftanee
de Nuglebar , Ragdarchana , qui restera
pareillement au pouvoir des Ruffiens . On tirera
à l'endroit où les limites des Districts de Samaki
, d'Efcbkvarski & de Temifchanski fe joignent ,
une droite ligne qui commencera dans le Diftrict
d'Efchkvaski , & s'etendra jusqu'aux
Frontieres de Tenikabuski , & delà jusqu'à la
Mer; enforte que toutes les Provinces Villes,
avec leurs dependances , qui font à maingauche,
vers la Mer , jufqu'à l'embouchure du Fleuve
Araxe , depuis cette embouchure juf
qu'aux Frontieres de Tenikabunski , o delà
jufqu'à la Mer , appartiendront à perpetuité à
l'Empire de Ruffie.Tout ce qui eft à main droite ,
en avançant dans le Pays , & qui eft actuelle-
・ment occupé par le poffeffeur qui regne heureusement
à Ifpahan , & dans plufieurs autres
Provinces , restera à la Regence d'Ifpaham . Les
Sujets du Poffeffeur d'Ifpaham ne prendront
neanmoins poffeffion des Places ci - deſſus mentionnées
qu'après la ratification du preſent
Traité.
IV. Les Ambaffadeurs & Envoyés de part d
autre , feront reçus & traités fur les Frontieres
par lesGouverneurs Commandans refpectifs
, après une préalable notification de leur
paffage , avec la même amitié les mêmes
honneurs que par le paſſé , & à leur retour 078
leur fera le même traitement.
,
V. Le Czar & le Sultan Acheraf continueront
de prendre dans les Lettres qu'ils s'écriront
, les mêmes Titres que ci- devant , & ils
auront la liberté d'y ajouter le nom d'une ou
de plufieurs des Provinces qui leur font échuëss
mais il ne leur fera pas permis de prendre
Hv celui
2506 MERCURE DE FRANCE .
celui des Provinces Pays cedés à l'autre
Puifance , d'en porter les Armes dans leurs
Ecuffons , ni de les faire frapper fur les Monnoyes.
VI. Tous differends quelconques qui pourroient
furvenir fur les Frontieres entre les deux Nations
, feront examinés avec la derniere exactitude
par les Gouverneurs établis fur les
Frontieres , qui tâcheront de les terminer à
l'amiable , afin de conferver la tranquillité &
l'union entre les Sujets des deux Etats
VII. Si quelque Sujet de part ou d'autre , de
quelque condition qu'il puiſſe être , fe réfugie
chez l'une des deux Puiſſances , on le renverra
avec fu Famille & fes Effets , fans lui accorder
aucune protection.
>
VIII. Les Sujets & Habitans des deux Empires
Pays qui en dépendent pourront en
toute liberté , pour l'avantage du Commerce ,
transporter & faire venir des Pays respectifs
toutes fortes de Marchandiſes , tant par terre
que par eau , en payant les droits ordinaires
comme ei devant . Il ſera permis aux sujets de
Ruffie de commercer dans toute la Perfe , & dy
bât ir pour leur fureté & pour celle de leurs Caravanes
& Marchandises , des Magazins ; ils
pourront auffi traverser librement la Perfe ,
avec leurs Marchandiſes & Caravannes , pour
Je rendre à la Chine & aux Indes. Les Perfans
jouiront des mêmes avantages en Ruffie par´
Tapport au Commerce.
IX. En cas de mort de quelque Marchand
de l'une ou de l'autre Nation , fes Maifons ,
Marchandifes & Magazins feront confervés
avec foin , & reftitués aux heritiers fans ausun
dommaage ou à ceux qui feront commis
par les Cours ou Magiftrats refpectifs , &pour-
,
ขน
OCTOBRE . 1729. 2507
bus d'un ordre par écrit , pour recevoir les
Effets du Deffunt .
X. Ce Traité de Paix & d'amitié fera maintenu
inviolablement à perpetuité , & ratifié ,
On en dreſſera deux Exemplaires de même teneur
, qui feront fignés par les Miniftres Plenipotentiaires
qui y poferont le cachet de leurs
Armes , & onles échangera l'un contre l'autre.
Depuis la publication de ce Traité de Paix ,
il y a eu à Mofcou plufieurs Fêtes publiques.
Le Czar en a donné une trés - magnifique.
On a appris en dernier lieu des frontieres
de Perfe que le Prince Thamas s'étoit avancé
avec fon Armée juſqu'à foixante - dix lieuës
d'Ifpaham , & qu'il avoit mis fes Troupes en
quartier dans une petite Province , dont prefque
toutes les Villes lui avoient envoyé des
Deputés pour implorer fa clemence ; que la
marche precipitée de ce Prince avoit obligé
le Sultan Acheraf de prendre des mesures pour
fa fureté , qu'il faifoit travailler aux nouvelles
fortifications d'Ifpaham , avec une diligence
incroyable , & qu'il employoit à ces
Travaux près des deux tiers de fon Armée.
POLOGNE .
Na publié à Warfovie , avec les formalités
accoutumées
, que l'ouverture de
l'Affemblée generale de la Diette fe feroit à Grodno au commencement
du mois d'O&obre
1730.
On a appris de Stokolm que le Roi de Suede
avoit fait la revûë de fes Toupes , tang
de celles qui ont des Quartiers aux environs
de cette Capitale , que de celles qui ont
paflé l'Eté dans les Provinces voisines. La
H vj
Ca2508
MERCURE DE FRANCE.
4000 .
valerie , y compris les Gardes , monte å
homines , & les Milices à 6800. fuivant
l'etat que les Gouverneurs de Schonen
, de Blecking , de Bahus & d'autres Provinces
éloignées ont envoyé en Cour , Les Troupes
reglées montent en general à 12406. fans
compter les deux Régimens de Daickers , qui
ne font que de payfans armés qu'on raffemble
en cas de befoin , & qui peuvent monter
à 3000. hommes ou environ. Les Troupes de
Suilande confiftent en 4500 hommes, & celles
qui font en quartier dans la Pomeranie peuvent
monter à Soco. hommes ; de forte que
la Couronne de Suede a préſentement fur
pied 40000. hommes , comme fous le Regne
de Charles XII.
On mande de Copenhague que le Roi de
Danemarck a envoyé ordre à fon Miniftre à
la Haye , de ne plus négocier avec les Etats
Generaux au fujet de la Compagnie d'Altena
, de leur declarer feulement que S. M. fe
croit en droit d'établir & de proteger le
Commerce de fes Suiets par tout où il leur
conviendra de l'établir,fans porter atteinte aux
anciens Traites .
L'Es
ALLEMAGNE .
Es Troupes de Heffe qui font à la folde
du Roi d'Angleterre , ont pris leurs quartiers
fur les Frontieres du Landgraviat de
Heffe - Caffel , enforte qu'elles font en état de
fe joindre en 24. heures aux autres Troupes
de S. M. Brit. leur quartier eft à Munden.
On apprend de Stockolm , qu'à l'occafion
des derniers differends du Roi d'Angleterre
avec le Roi de Pruffe , le Roi de Suede avoit
donné
OCTOBRE. 1729.
2509
donné ordre à tous fes Régimens de fe tenie
prêts à marcher au premier Commandement,
& qu'il y avoit actuellement à Straelfund un
Corps de 8000. hommes qui avoit été deſtiné
à garnir les Places les plus expofées de la
Pomeranie Suedoife.
Le bruit court à Vienne que les Directeurs
de la Compagnie d'Oftende qui font en cette
Ville depuis plus de deux mois , ont propofé
aux Directeurs de la Compagnie Orientale de
Vienne de faire une Societe ; ce qui rendra la
Compagnie de Triefte très -confiderable
ce projet s'execute.
, fi
Le bruit court auffi dans cette Capitale que
le Comte de Trautfon qui s'eft retiré de la
Cour , eft entré au Noviciat des Jefuites de
Strafbourg , à condition qu'immédiatement
après fes voeux il fera envoyé Miſſionnaire
aux Indes.
L'Empereur a chargé fon principal Com
miffaire à la Diette de l'Empire , de faire des
nouvelles inſtances pour que les Etats de l'Empire
déclarent par un acte authentique s'ils
ont deffein de conferver la Fortereffe de Philifbourg
& le Fort de Kehl, en les mettant en
état de deffenfe , ou s'ils les veulent abandonner.
S. M. Imp. attend leur réponſe pour
prendre à ce fujet les mefures neceflaires.
On écrit de Domitz que le Duc Charles
Leopold avoit fait publier dans le Meckelbourg
une Lettre dattée de Dantzick du 25.
Septembre , par laquelle il témoigne à la Nobleffe
de fon Duché le plaifir qu'il a reflenti
en apprenant qu'elle confentoit à un accommodement
, & qu'elle avoit réfolu de rejetter
la nouvelle Adminiſtration ordonnée par le
Decret du Conseil Aulique,
ESPAGNE
2gro MERCURE DE FRANCE.
ES PACN E.
E Soleil d'or , l'un des Gallions qui avoit
Lété forcé par la tempête de fe retirer aux
Terceres , arriva le 5. de Septembre dans le
Port de Cadix , avec un Vaiffeau François qui
avoit été fretté pour porter fa charge. On a
publié à Cadix que la Flotte des Gallions
partiroit pour Cartagene à la fin du mois de
Novembre prochain , & on a envoyé aux Indes
un Vailleau d'avis pour y porter cette
nouvelle , afin de faire hâter le tranſport du
Trefor , de Lima à Panama.
Le 20. Septembre au foir , le Roi reçût une
Lettre du Roi de France , par laquelle S. M
T. Ch . lui donnoit part que la Reine de France
étoit accouchée le 4. d'un Prince . S. M. &
la Reine parurent extrémement fatisfaites de
cette nouvelle , qui fut celebrée au Palais
avec de grandes démonftrations de joye. Le
26. on chanta par ordre de S. M. C. dans la
Chapelle Royale du Palais de Madrid un Te
Deum en Mufique , auquel affifterent les
Grands du Royaume & les Chefs des Maiſons
Royales , qui n'ont pas fuivi la Cour ; le foir,
toutes les Maiſons de la Ville furent illuminées.
Le 21. du mois dernier , les Muficiens de
la Chapelle du Roi chanterent par ordre de
S. M. dans la principale Eglife du Port Sainte
Marie , un Te Deum folemnel , pour rendre
graces à Dieu de la Naiffance du Dauphin ; let
Cardinal , Archevêque de Tolede y avoit offi .
cié pontificalement , & tous les Grands du
Royaume qui ont fuivi la Cour , y affifte- .
rent. Pendant le Te Deum , on fit une déchar-
&c
OCTOBRE. 1729. 2517
ge genérale de l'artillerie du Château de fainte
Catherine des Reduits de la Cofte , de l'Armée
Navalle , & de tous les Vaiffeaux qui
étoient dans la Baye de Cadix , & de tous
les Remparts & Forts de la même Ville. Let
foir , toutes les Maifons de la Ville de Cadix
& du Port Sainte Marie , furent illuminées .
L. M. C. ont fait donner deux cens piſtoles
d'or au Courier du Cabinet du RoiT. C. qui a
apporté la nouvelle de la Naiffance du Dauphin
, au Marquis de Brancas , Ambaſſadeur
de France.
Le 24 Septembre , le Roi , la Reine , le.
Prince , la Princeffe des Afturies , & les Infants
Dom Carlos & Dom Philippe , partirent
du Port Sainte Marie pour fe rendre à
S. Lucar de Barameda , où L. M. demeurerent
le 25. & le 26. Amidi elles s'embarquerent
fur l'Efcadre des Galliotes , Gondoles &
Barques qu'on y avoit équipées pour remon
ter le Guadalaquivir jufqu'à Seville. Le vent
ayant été contraire , L. M. coucherent fur la
Riviere , & débarquerent le lendemain à mi--
di à Seville , & elles fe rendirent en parfaite
fanté an Palais de l'Alcaçar. L'Infant Dom
Louis & l'Infante Dona Marie Therefe , qui
ont fait ce voyage par terre , ayant paffé par
Xeres , Lebrixa , & Retrera , n'arriverent que
le foir à Seville.
On publia à Madrid pour la premiere fois
le Decret de S. M. du 17. Novembre 1723 , qui
deffend la dorure fur les habits & fur les Ca
rofles.
ITALIE
2912 MERCURE DE FRANCE.
ITALIE.
A Congrégation de Propaganda Fide , s'affembla
extraordinairement vers la mi-Septembre
, à l'occafion de quelques Lettres de
la Chine , par lefquelles elle a appris que fix
de fes Miffionnaires & quelques Cathecumenes
, Parens de l'Empereur , avoient fouffert le
martyre .
Le Marquis d'Ormea , chargé des Affaires
du Roi de Sardaigne , a prefenté au Pape deux
Cordons de l'Ordre de l'Annonciade , l'un
pour le Duc de Gravina , Neveu du Pape , &
Pautre dont S. S. eft priée de difpofer. Elle en
a difpofé en faveur du même Marquis d'Ormea
, & a promis d'écrire au Roi de Sardaigne
pour lui faire approuver ce choix. La mere
du Cardinal Barberin , âgée de 92. ans ,
reçût le 12. de l'autre mois le Viatique & l'Extrême-
Onction , & le lendemain elle fe trouva
non-feulement en état de fe lever , mais d'aller
à l'Eglife voifine de fon Palais , où elle entendit
la Meffe.
Le 1. du mois dernier , il y eut à Florence
un orage terrible , & le Tonnere tomba fur le
Clocher de l'Eglife de S. Juft , qui fut brûlé ,
ainfi qquuee la Charpente de l'Eglife . L'Abbé Perini
qui y célebroit la Meffe , fut bleffé & renverfé
de l'Autel ; fix pauvres femmes qui
étoient dans l'Eglife avec leurs enfans , furent
écrafées , & plufieurs autres dangereufement
bleffées .
On mande de Turin que le Roy de Sardaigne
a ôté l'éducation des enfans à tous les Ordres
Religieux & aux Congrégations , & que
S. M. a fait un choix de Profeffeurs Seculiers
OCTOBRE. 1729 2513
Hiers qui feront payez fur le revenu de fes Finances.
REJOUISSANCES faites à Genéve
le 3. Octobre
Lefident de3.M. C. en cette ville ,, no?
E 10. du mois paffé , M. de la Clozure ,
tifia de la part du Roi , fon Maître , la Naiffance
du DAUPHIN à notre Magiftrat , & peu
de jours après il notifia auffi qu'il avoit reçu
des ordres pour donner une Fête , laquelle fut
affignée de concert au 3. de ce mois . Dans cet
intervale , le Magiftrat difpofa toutes chofes
pour illuftrer cette Fête ; M. le Reſident invita
pour le Feftin de ce jour- là , le Corps de la
Magiftrature , & les autres perfonnes de diftinction
de cette Ville ; & de l'agrément du
Magiftrat , toute la Nobleffe Etrangere qui fe
trouvoit ici ; entr'autres M. le Prince Hereditaire
de Saxe- Bareith , M. le Comte Hoenloé
Comte Souverain de l'Empire ; plufieurs Comtes
, Lords , Barons & autres Seigneurs &Gentilhommes
de toutes Nations . Le Feftin fut
donné à l'Hôtel de Ville . Il y avoit fix Tables
de 24. Couverts chacune , difpofées en trois
Salles fuperbement ornées & éclairées , qui
communiquoient de l'une à l'autre . On fe mit
à Table à dix heures du foir , & on y refta
jufqu'à 4. heures du matin. Pendant ce temslà
on fit des décharges de plus de cent Piéces
d'Artillerie , que le Magiftrat avoit fait placer
fur les Remparts de la Ville , pour faire les .
falves aux differentes fantez que l'on devoit
boire , qui furent au nombre de 15. Chacune
des grandes fantez , comme celle du Roy , de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , &c.
furent
2514 MERCURE DE FRANCE.
furent celebrées par toute l'Artillerie , & les
autres à proportion. Le Repas fut fomptueux ,
& tout s'y paffa avec beaucoup d'ordre.
Avant le Feftin , environ fur les fept heures
& demie du foir , M. le Refident , le Corps
de la Magiftrature , & la Nobleffe , étant partis
de l'Hôtel de Ville , allerent par les principales
rues de la Ville , pour en voir les illuminations.
Ils trouverent dans chaque Place publique
un Corps de Troupes , leurs Officiers à
leur tête , qui faluerent du Sponton , & firent
battre aux champs. Les Illuminations étoient
fuperbes , entr'autres celles de l'Hôtel de M. le
Refident , dont la façade étoit decorée des Portraits
du Roy & de la Reine , accompagnez
d'autres Tableaux qui étoient tranfparens
reprefentant diverfes figures Hyerogliphyques
ayant rapport à la Fête , avec un grand nom
bre de Flambeaux & de Lampions , qui formoient
les Chiffres du Roy , & diverſes fortes
d'ornemens. Au - deffous couloient deux Fontaines
de vin pour le peuple. L'Hôtel de Ville
étoit illuminé exterieurement par un nombre
infini de Lampions , & dans l'interieur par
des Bougies ; la Terraffe l'étoit par des Pyramides
de differentes figures tranfparentes.Toutes
ces Fontaines , les Bâtimens publics , les
Ponts , & la Riviere étoient magnifiquement
illuminez par les foins du Magiftrat.
Tous les Particuliers imitant fon zele , firent
auffi des Illuminations en Pyramides , ent
Feftons , en Guirlandes , en Emblêmes , par
des milliers de Lampions , difpofez en differentes
figures ; de forte que chaque Maifon
formoit une illumination particuliere , & dans
un gout different , qui fourniffoit à chaque rue
un nouveau fujet d'une agréable furpriſe aux
Spe&aOCTOBRE
. 1729 2515
Spectateurs . Plufieurs Maifons de Campagne
dans le voifinage furent auffi illuminées , ce
qui faifoit un très bel effet. Ce qui rendoit
encore plus fenfible l'allegreffe publique , furent
des Tables que l'on trouvoit dreflées dans
tous les Carrefours & Places publiques , out
les Bourgeois fe régaloient , & d'où ils redou
bloient leurs acclamations de Vive le Roy , vive
la Reine , vive Monfeigneur le Dauphin
vive nos Seigneurs , vive M. le Refident.
M. le Refident ne ceffa de témoigner à tout
le monde , fa reconnoiffance de ces démonftrations
publiques & volontaires de zele & de
joye. Tout le peuple étoit répandu dans les
rues , & la Ville remplie d'un grand nombre
d'Etrangers que la curiofité y avoit attiré.
Ce qu'il y eut de remarquable , c'eft que nonobitant
cette grande affluence , la Fête fe termina
fans aucun défordre , & fans le moindre
accident ; le Ciel la favorifa d'une nuit tranquille
, ce qui ne contribua pas peu à l'em
bellir , de maniere que tout le monde , Etrangers
& Naturels du Pays , en ont marqué à
Fenvi un parfait contentement.
GRANDE - BRETAGNE.
L28. Mondres , donna dans
E 28. Septembre , M. de Chammorel , Ke-
,
l'Hôtel du Comte de Broglio un Repas magnifique
à l'occafion de la Naiffance du DAUPHIN .
Le Chevalier Robert Walpool , Premier Commiffaire
de la Tréforerie , le Duc de Newcaftle
, & le Vicomte de Townſend , Secretaire
d'Etat , M. Pelham , Secretaire des Guerres
le Lord Chancelier , le Duc de Dorfet ,
Grand- Maître de la Maifon du Roy , le Duc
do
>
2516 MERCURE DE FRANCË :
de Grafton , Chambellan , le Lord Finch +
Contrôleur General de la Maifon de S. M. &
fon frere , le Duc de Kent , le Marquis de
Miremont , le Marquis de Montandre , & le
Comte de Lyford s'y trouverent , ainfi que
tous les Miniftres Etrangers qui font à Londres
, & plufieurs autres perfonnes de confideration.
Il y avoit deux Tables de ij . Couverts
chacune , qui furent fervies avec autant de délicateffe
que de profufion ; l'Hôtel du Comte
de Broglio étoit illuminé de flambeaux de cire
blanche on y fit couler des Fontaines dé
Biere & de Vin pour le peuple, & on ytira
un très-beau Feu d'artifice .
Le Major Fitzgerard & M. Hodges , ayant
pris querelle au commencement de ce mois ,
allerent fe battre en duel dans Hydeparc ,
& le dernier ayant été bleffé de trois coups
d'épée qui ne font pas dangereux , le Combat
ceffa , & ils remonterent enfemble dans un
même Caroffe , après s'être réconciliez.
"
HOLLANDE , PAYS - BAS.
Es Lettres d'Amfterdam portent que les
Vaiffeaux de Guerre de la République de
Hollande , commandez par le Vice-Amiral de
Sommardick , & par les Capitaines Deuts ,
Van Iffendorn , de Groot & Raarda , étoient
revenus de Porfmourh au Texel. Ces Lettres
ajoûtent que le Prince de Naffau Dietz , avoit
pris poffeffion le 12. de fon Titre de Stadthouder
de la Province de Gueldres.
RE
OCTOBRE. 1729. 2517
REJOUISSANCES à Bruxelles :
Extrait d'une Lettre du 18. Octobre.
que M. de Jonville , chargé des
Laffaires du Roy T. Ch . donna ici le 10. de
ce mois , à l'occafion de la Naiffance du Dauphin
, a été très - magnifique. Il avoit choifi
l'Hôtel d'Egmont, fitue au haut de la Ville, deyant
une grande place bordée d'arbres , où le
feu Marquis de Roffi en donna une pour celebrer
le mariage de Sa Majefté, ainfi que M. Dacunha
pour le mariage du Prince du Brezil .
La façade de l'Hôtel qui a cent pieds de longueur
fur foixante de haut , étoit illuminée de
fix mille Lampions qui formoient 7. Arcades ,
divifées par des Pilaftres & une Architrave audeffus
, d'où pendoient des feftons , des cartouches
, & c. Il y avoit au milieu un Soleil
de 18. pieds de diametre , au- deffus duquel
étoient les Armes de France ; aux côtez les
Chiffres du Roy & de la Reine,formez par des
Lampions , aux deux aîles , les Armes du Roy
& de la Reine & celles du Dauphin , formées
par des tranfparans , deux grandes piramides
terminées par des Etoiles , des fleurs de Lys',
des Dauphins & d'autres ornemens , décoroient
le refte de la façade qui fut illuminée dès fix
heures du foir
Toute la Nobleffe & les perfonnes diftinguées
par leurs Emplois , s'y rendirent à fept
heures , ainfi que plufieurs Dames qui étoient
à la Campagne , & qui revinrent exprès à Brus
xelles.
Il eft de l'Etiquette , que les Damès de la
Cour de l'Archiducheffe , Gouvernante des
Pays- Bas , n'aillent point dans les Maifons où
2518 MERCURE DE FRANCE .
il n'y a point de Dames , & M. de Jouville
confiderant avec raifon que la prefence des
Dames , étoit ce qui contribueroit le plus à
l'éclat de la Fête , pria la Comteffe de Lallaing
d'en faire les honneurs, & elle obtint de S. A. S.
que les Dames de Cour s'y trouveroient . Cette
Comteffe fe rendit des premieres à l'Hôtel
d'Egmont , pour recevoir avec M. de Jouville
les perfonnes invitées.
Le Spectacle le plus gouté dans cette Ville ,
eft celui de Oyfeau , mais le gouvernement
n'en accorde la permiffion que dans les grands
évenemens. Pour le donner on éleve dans une
place un Arbre d'environ 120. pieds d'élevation
, au haut duquel on attache fur une efpece
d'aiffieu de fer, un Oyfeau de bois fculpté
& doré d'environ 12. pieds de long , pefant
près de 200. livres , dont le Corps eft rempli
d'artifice. Pour gagner le prix promis par celui
qui donne la Fête , il faut qu'une des fufées
que le Peuple tire du pied de l'Arbre , entre
par l'ouverture que l'Oyfeau a fous le ventre ,
& mette le feu à l'Artifice. Le prix de M. de
Jouville étoit un grand Baffin , une Aiguiere
& un grand Gobelet d'argent , aux Armes du
Dauphin.
Cet Arbre peint en bleu , avec des fleurs de
Lys & des Dauphins , fut planté dans la grande
place qui eft devant l'Hôtel d'Egmont , & aux
deux côtez on avoit élevé deux Theatres ornez
de Fleurs de Lys , de Chiffres , de Dauphins &
d'Etendarts aux Armes de France , d'où coulerent
deux Fontaines de vin pendant toute la
nuit.
Vers les fept heures , on tira quelques douzaines
de groffes Fufées pour donner le fignal ;
enfuite il fut permis de tirer à l'Oyfeau , & l'on
commença
OCTOBRE 1729. 2519
commença à faire couler les Fontaines de vin .
On vit pendant trois quarts d'heures l'Oyfeau
affailli par un nombre infini de fufées : une
enfin penetrant jufqu'à l'ouverture , y mitle
feu & en fit jouer l'Astifice qui dura une demi
heure. Comme il fe trouva plufieurs prétendans
aux prix , M. de Jouville les renvoya de
vant le Magiftrat pour terminer leurs conteftations
fuivant les ufages du Païs .
Vers les huit heures , les Conviez pafferent
de l'Apartement qui donne fur la Place , où
l'on voyoit les Portraits du Roy & de la Reine
fous un magnifique Dais , dans une galerie
très bien éclairée, & delà dans une autre grande
piece deftinée pour le Bal , où il y avoit un
grand nombre d'Inftrumens : on y commença
Le Bal qui fut interrompu à dix heures pour le
fouper. On avoit dreffé dans la grande Galerie
de l'Hôtel une longue Table de quatre- vingtdix
Couverts , qui fut fervie avec autant de
délicateffe que de profufion . On y vit paroître
tout ce qu'on pouvoit fouhaiter de rare &
d'exquis on admira fur tout la beauté & la
varieté du Deffert , fur tout une Piece en fucre
de la hauteur de trois pieds , où l'on voyoit
fous un Dôme ,foutenu par plufieurs colomnes
torfes , le Roy , la Reine , & Monfeigneur le
Dauphin , avec leurs principaux Officiers ,
beaucoup de Gardes , & c. On y voyoit auffi les
Armes du Roy & de la Reine , furmontées de
la Couronne Royale & autres ornemens ; le
tout en fucre, de differentes couleurs , imitant le
naturel. D'autres Pieces d'une très - belle compofition
& de la même hauteur , garniffojeng
le milieu de la Table.
Il y eut pendant tout le fouper comme pendant
le feu d'Artifice , des Fanfares de Trompettes
520 MERCURE DE FRANCE.
pettes & de Timbales qu'on avoit placées fur le
Balcon de la Galerie , aux deux bouts de laquelle
on avoit dreffé deux magnifiques Buffets.
Outre cette Table il y en avoit deux autres
dans deux autres pieces de l'Apartement , qui
furent fervies avec autant de magnificence.
?
M. de Jonville porta au Comte de Visconti ,
Grand-Maître de laMaifon de l'Archiducheffe,
les grandes fantez , dans de grandes coupes
d'égale grandeur , en lui envoyant le couvercle
fur une foucoupe , & s'étant levé lui porta
T'heureux jour , terme dont on fe fert ici pour
exprimer un évenement tel que la Naiffance
du Dauphin ; le Comte de Vifconti fe leva &
but cette fanté , la reporta , & elle fit la ronde;
après quoy M. de Jonville lui porta la ſanté dụ
Roy & enfuite celle de l'Empereur , qui furent
buës avec les mêmes ceremonies.
M. deVifconti , qui à caufe de ſon indifpofition,
ne s'étoit mis à table que pour recevoir les fantez,
en fortit avant la fin du repas , ce qui fit que
M. de Jonville porta la fantéde la S. Archiducheffe
à M. le Nonce , avec les mêmes ceremonies,
Toutes les fantez firent le rondeau au
bruit d'une Salve de dix pieces de Canon qui
étoient dans le jardin de l'Hôtel.
A une heure après minuit on fe leva de table
& on retourna dans le grand Apartement pour
recommencer le Bal. Les Dames de la Cour de
l'Archiducheffe , après y avoir danfé quelques
menuets , fe retirerent , reconduites par M. de
Jonville , & alors les Mafques , qui fuivant
Etiquette , ne pouvoient y entrer qu'elles ne
fe fuffent retirées , y parurent en grand nom
bre. On garnit des Buffets de viandes froides ,
pátez , jambons , & c. & on diftribua des rafraichiffemens
dans la plus grande abondance.
M.
OCTOBRE.
1729. 2528
M. de Jonville commença le Bal avec les
Maiques dans la Gallerie , & en peu de tems
il s'yforma dix ou douze danſes , fans
celles du grand Apartement. Les deux Buffets
compter
étoient reftez , & ' on les avoit garnis , comme
on vient de dire , de tout ce qu'on pouvoit defirer.
On avoit pratiqué à côté de la Gallerie
un troifiéme Buffet pour les Liqueurs froides
& chaudes , de forte que rien ne manqua &
chacun parut fort content de la
magnificence ,
du goût & du bon ordre qui regnoient dans
cette Fête.
tastastarta
FRANCE
?
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E z. de ce mois , le Roy entendit dans la
Chapelle du Château de Versailles la Mefle,
pendant laquelle l'Evêque de Bayeux prêta ferment
de fidélité entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le
Gouvernement de Sommieres
au
Chevalier de Rocozel ,
Brigadier de
fes Armées , & Meftre de Camp du
Regiment
d'Angoumois : le
Gouvernement des Port &
Fort de Brefcou qu'il a remis , a été accordé
par S. M. à M. de la Billarderie ,
Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S, Louis , &
Major des Gardes du Corps.
Le Regiment de Beringhen Cavalerie , dont
Monfieur le Premier eft Mettre de Camp , arriva
à S. Germain en Laye le 7 Octobre. La
benediction des Etendaits fut faite le 11, dans
l'Eglife des Recolets , par le Pere B.ftins , J « -
I cobin 2
2322 MERCURE DE FRANCE.
cobin , Aumônier de M. le Premier , avec la
folemnité convenable. La Revue du Colonel fe
fit le 13. Elle fut honorée de la preſence du Roy
Stanillas , du Cardinal de Fleury , du Garde des
Sceaux , de M. d'Angervilliers , & de quantité
d'autres Seigneurs , qui tous furent enchantez
de la beauté de ce Corps de Cavalerie.
Le 15. le Regiment de Berighen, en bataille,
au lieu nommé le Champ de Mars , près de
Marly , paffa en revûe devant le Roy , qui alla
d'abord le long de la ligne, & vit les Cavaliers
à pied. Ils defilerent enfuite devant S. M. &
après être montez à Cheval , ils pafferent devant
le Roy en Eſcadrons , par Compagnie &
quatre à quatre , S M, étoit fuivie d'une nombreufe
& brillante Cour. Elle temoigna fon
contentement à M. le Premier , fur le choix des
homes & des chevaux de cette belle Troupe.
Le 8. la Loterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en prefence
du Prevôt des Marchands & des Echevins
en la maniere accoutumée . Le fonds de
ce mois s'eft trouvé monter à la fomme de
1124077. liv. 6. f. 8. d. laquelle a été diftribuée
aux Rentiers pour les Lots qui leur font
échus , conformément à la Lifte generale qui a
été rendue publique. Le Lot le plus confiderable
de ce mois qui eft de 1000 livres eft échu
au N° 693447·
Le 15. de ce mois , la Reine fe rendit à la
Chapelle du Château de Verfailles , où S. M.
après avoir entendu la Meffe qui fut dite par
PAbbé de S. Aulaire , fon Aumônier en quartier
, fut relevée de ſes couches , avec les ceremonies
accoutumées, par le Cardinal de Fleury,
fon Grand Aumônier.
Le
OCTOBRE. 1729. 2523
Le Roy a donné la place de Dame du Palais
de la Reine , vacante par la mort de la Marquife
de Neelles , à la Comteffe de Mailly fa
fille .
Le Dimanche 16. de ce mois , le Marquis
de Valbelle eut l'honneur de preſenter au Roy
& à la Reine , les Lettres des Syndics de la
Nobleffe de Provence , fur la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin. Il fut prefenté par
le Marquis de Villars , Gouverneur de cette
Province.
Le 18. le Prince de Lambefc & le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
allerent prendre le Sieur Zacarie Canale , Chevalier
de l'Etolle d'or , Ambaffadeur ordinaire
de la Republique de Venife , en fon Hôtel, dans
les Caroffes du Roy & de la Reine , & ils le
conduifirent à Versailles , où il eut fon audiance
publique de congé de la Majefté ; il trouva à
fon paffage dans l'Avant - Cour du Château , les
Compagnies des Gardes Françoifes & Suiffes
fous les Armes , les Tambours appellant , les
Gardes de la Porte & ceux de la Prevôté ſous
les Armes, à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier
, les cent Suiffes en habit de ceremonie
la hallebarde à la main. Il fut reçu en dedans
dela Salle des Gardes par le Duc d'Harcourt,
Capitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye & fous les Armes. Après l'audiance
du Roy , l'Ambaffadeur fut conduit à celle de
la Reine par le Prince de Lambesc & par le
Chevalier de Saintot , & enfuite à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames de
France ; il alla à ces andiances en Robbe ,
conformément à l'ufage des Ambaffadeurs de
Venife ; & après avoir été traité par les Offi
ciers de Sa Majefté, il fut reconduit à Paris par
I ij Te le
2524 MERCURE
DE FRANCE
.
Introducteur
des
le Chevalier de Sainctot ›
Ambaffadeurs
, dans les Caroffes de Leurs
Majeftez.
Le Roy Staniflas & la Reine fon Epoufe qui
font venus , incognito , paffer quelques jours à
Verfailles , avec la Reine leur fille , font partis
cette femaine pour retourner à Chambord.
Pendant le féjour que le Roi Stanillas & la
Reinefon Epoufe ont fait à la Cour , le Roi les
a vus plufieurs fois chez la Reine.
Le f
de ce mois
, il y eut Concert
François
au Château
des Thuilleries
; le fieur
Annibalino
,
fameux
Muficien
Italien
, dont
on a parlé
dans
le dernier
Journal
, chanta
feul un Motet
, &
deux
Ariettes
qui furent
très - aplaudis
. La
Dile Bartolet
chanta
la Cantate
de la prise
de
Lerida
, de M. Batiftin
, & le Concert
fut terminé
par le Confitemini
, Motet
de M. de Lande
,
qui fit beaucoup
de plaifir
.
Le 12 le Concert commença par un Moter à
trois bafles Tailles , de la compofition de M. de
la Croix , Maître de Mufique de la Sainte Chapelle
; ce Motet fut fuivi d'un Divertiffement
nouveau , tiré du Temple de Gnide , intitulé la
Beauté couronnée , mis en Mufique par M. Mouret
, lequel a été très -gouté. Le Concert finic
par le Magnus Dominus , Motet de M. de la
Lande.
Le 19. on executa un Divertiffement
fur la
Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , qui fut
chanta
trouvé très - galant ; la Dile le Maure enfuite une Cantatille de feu M. de la Lande .
qui n'avoit jamais été executée . Elle fut trèsaplaudie
La De le Maure chanta auffi la Carîtate
de la Mufette,de M. Clerambaut
, qui ne
le Motet Lauda
le fut pas moins . On finit par
Jerufalem , dont le Public parut très- fatisfait .
Le
•
OCTOBRE 1729. 2529
Le 16. on chanta un Divertiffement nouveau,
intitulé les Eleves d'Apollon de la compofition
de M. Dornel ; la Dlle Eremans chanta la Cantate
du Soleil Vainqueur des Nuages , de M. Clerembaut
, & la Dlele Maure , Un Hymne à
l'Amour , de M. Mouret ; on finit par un trèsbeau
Motet de M de la Lande,Dominus regnavit .
Le Sieur Mouret avertit qu'il vient de donner
au Public deux petits ouvrages de fa compofition,
fçavoir un livre de Cantares Françoifes
avec fimphonies , qu'on vend 8 liv . & un autre
livre de fimphonies qui contient deux fuites
l'une de Fanfares avec des Trompettes , Timbales
, Hautbois & Violons , & l'autre de Violons
avec des Cors de chaffe , que ledit Sieur
Mouret a eu l'honneur de faire executer å
l'Hôtel de Ville le jour que S. M. y eft venuë.
On vend ce dernier livre 4. liv . On trouvera
tous ces ouvrages chez ledit Sieur Mouret qui
demeure toujours à la Place du Palais Royal , à
côté du Caffé de la Regence.
Les Parlemens du Royaume n'ont point envoyé
ici , felon les anciens ufages , des Deputez,
pour complimenter le Roi fur la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , parce que Sa
Majefté a eu la bonté de les en diſpenſer , &
qu'elle a bien voulu , pour ne pas priver os
Compagnies de la fatisfaction de lui exprimer
leurs fentimens dans une occafion fi intereffante
, leur permettre de s'acquitter par des
Lettres du même devoir qu'elles auroient rempli
par des Députations .
Le 26. Septembre dernier , le Régiment des
Gardes Suiffes étant affemblé dans la Plaine
des Sablons , à l'occafion de la Reveuë du
Commiffaire. M. le Baron de Bezenval , Lieu-
I ìîj
tenant
2526 MERCURE DE FRANCE.
tenant General des Armées du Roy , & Coldnel
de ce Régiment , fit célebrer une Meffe en
Action de graces pour la Naiffance du Dauphin
, fur un Aurel qu'il avoit fait dreffer fous
une Tente. Les Troupes rangées en Bataille ,
un genoüil en terre , firent une première décharge
à l'Elevation , une feconde , quand
après la Meffe on entonna le Te Deum , &
une troifiéme à l'Exaudiat. Enſuite les Compagnies
s'étant rangées , & les Soldats ayant
leurs Armes , le Colonel leur fit donner
chacun du pain & du vin. Il y en avoit un
Tonneau à la tête de chaque Compagnie ; outre
le pain & le vin , il y avoit de la viande
pour les Sergens , & une Table pour les Officiers
qui devoient rèfter & ramener les Troupes
.
pofe
Après que les Soldats eurent mangé & bû ,
ils prirent une recréation qui dura juíqu'à midy
, pendant laquelle ils danferent au fon des
Fivres & des Tambours , à la mode de leurs*
pays ; on n'entendoit que des cris de vive le
Roy; & tout fe paffa avec ordre & fans confufion
, en préſence du Colonel , qui fit ceffer
cette Fête Militaire à midy : chacun fe rangea
fous fon Drapeau au premier coup de rapel
& chaque Compagnie retourna à fon Quartier
. M. de Bezenval , donna ce même jour
à dîner à tous les Capitaines du Régiment ,
dans fa maifon à Paris.
1
Le fieur le Maire , qui conduit les Etudes
du fils de M. de Bezenval , a fait fur la Naiffance
du Dauphin , une grande Piéce de Vers Latins
fort eftimée des Connoiffeurs.
Le 18 Octobre , jour de S. Luc , les Doyen
& Docteurs , Regents de la Faculté de Medecine
de Paris , s'étant affemblez dans la Chapelle
OCTOBRE . " 1729. 2527
pelle de leur College , felon la coûtume
pour y entendre une Grande Meffe qu'ils font
célebrer tous les ans à pareil jour , firent chan
ter un Te Deum en Actions de Graces de laNaif
fance du Dauphin .
LETTRE à une Dame de Province
fur une Fête.
J
Eremplis mon engagement,
Madame , en
vous envoyant la Relation que je vous až
promife.
Le 2. de ce mois , Madame de la Houffaye.
donna dans fa Maiſon de Vaugirard une Fête
à Poccafion de la Naiffance de Monseigneur le
Dauphin. Sur les fept heures du foir le Parterre
fut illuminé , la Terraffe & les Arbres qui l'environnent
, furent chargez d'une fi prodigieufe
quantité de Lampions , qu'ils fembloient tout
en feu , confervant la symetrie des Chiffres , &
des Devifes ingenieuſes , relatives au fujet. Le
bruit d'une longue filée de Boëtes , la décharge
de plufieurs piéces de Canon , furent le Prélude
d'un Feu d'artifice , dont l'éxecution répondit
aux foins de l'Auteur , & lui attira les applaus
diffemens unanimes de l'illuftre Compagnie qui
en avoit loué le deffein. La dépense n'y a point
été épargnée , & jamais on ne l'a mieux mife
en oeuvre. M. de Chauvigny qui étoit chargé
de la Mufique , avoit affemblé d'excellens Symphonistes
, qui furprirent agréablement l'Aſſemblée
, pendant qu'une symphonie fubalterne
occupoir dans les Cours dans le Jardin , les
Villageoifes , les Domestiques , & les Suiffes ,
aufquels on prodiguoit le Vin. ll'y eut enfuite
un grand fouper ; y refta qui voulut : plus de
60. perfonnes qualifiées, del'un & l'autre fexe,
I iiij prirent
2328 MERCURE DE FRANCE .
,
prirent place aux Tables , qui étoient ſomp=
tueufement fervies ; demeura comme je l'ai
dit , qui voulut , perfonne n'ayant été invité
pour éviter l'inconvenient de prier la Cour
la Ville , fi cette Dame eut affemblé tous fes
Amis. Cette Fête qui n'avoit point été préconifée
par les annonees ordinaires , n'tn a paruë
que plus belles les préparatifs en ont été modeftes
, & l'execution magnifique. Rien ne furprend
de la part d'une Dame qui joint à un
excellent naturel , une parfaite connoiffance
du monde. Les trois Intendances où elle a fuivi
feu fon Epoux , l'ont affez fait connoître .
Si le Miniftere dont il a été honoré , immorta-
Life fa probité ; il confirme encore aujourd'hui
l'opinion que l'on avoit conçue de la Nobleße
de la modeftie de cette Dame.
Le Chevalier de la Mothe - Lamyre , Capi
taine de Grenadier au Régiment d'Infanterie
du Roy , s'étant trouvé aux eaux de Saint
Amand, lors qu'on y apprit la nouvelle de
l'heureux Accouchement de la Reine , & de
la Naiffance d'un Dauphin , fignala fon zele
par un grand Repas qu'il donna à toutes les
perfonnes qui fe trouverent fur les lieux , où
il y avoit un grand nombre d'Etrangers de
toutes Nations , particulierement beaucoup
d'Officiers. Auffi - tôt après le Repas , où la
fanté du Roy , de la Reine & du Dauphin ,
fut faluée, avec de grands cris de joye , on
alla dans les Avenues du Bois qui accompa
gne les Fontaines , lefquelles fe trouverent ilfuminées
d'un nombre infini de Lampions
& le Chevalier de la Mothe- Lamyre , qui
donnoit cette Fête , commenca le Bal avee
une Demoiselle Angloiſe de la premiere qualité
,
OCTOBRE. 1729. 2529
lité , qui fe trouva à ces eaux. Il y eut un
grand concours de toutes fortes de perfonnes
des environs , & le jour termina ce Divertiffement
qui fut d'ailleurs auffi complet
que la fituation du lieu , & le peu de tems
qu'on eut à s'y préparer, le pût permettre.
Y le
on
Le Comte d'Albon , Prince d'Yvetot , ayant
donné fes ordres pour les Réjoüiffances de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
plus célebrement qu'on les pouvoit faire , dans
les Paroiffes & Bourgs de fa Principauté d'Yvetot
; le Samedy premier d'Octobre ,
les commença par deux falves de 11. piéces
de Canon , & plufieurs Boëtes , qui ont continué
de distance en diftance , pendant trois
jours. Le Dimanche après Vêpres , le Te Deum
fut chanté par le Curé de la Paroiffe Collégiale
de S. Pierre , accompagné de tout fon
Clergé , du Doyen & des Chanoines . M. de
Gruchet , Bailly & Juge de la Police de la
Principauté , avec tout fon Corps de Juftice
, en Robbe , des fieurs Geré , Syndic perpetuel
, & Echevins , avec quantité de Notables
Bourgeois marcherent entre deux
Hayes de plus de 400. hommes , fous les
armes , jufqu'au milieu du Cours , où le
Fey fut allumé au fon des Tambours , Haut-
Violons , & de trois falves de Caaroetes
, & Moufqueterie. On fit couler
enfuite une Fontaine de vin pour le peuple.
Le foir , il y eut un grand Repas en une
feule Table de 120. Couverts , où les Dames
furent conviées . On but à la fanté du Roy ,
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphins
à chacune defquelles on fit une décharge de
toute l'Artillerie , & Moufqueterie ; on voyoit
des illuminations à toutes les portes & fenêan
I v tres.
2530 MERCURE DE FRANCE.
tres.Le Bal commença à 11. heures, & finità
heures du matin . Le lendemain Lundy , on fit
pareille réjouiffance & il y eut un dîné d'autant
de Couverts. Sur les cinq heures , il y eut un
Salut Solemnel , avec Expofition du S. Sacrement
, & à la Benediction , on fir une falve
de toute l'Artillerie , & Moufqueterie ; après
quoi le Bal commença au bas du Cours , où
il fut tiré plufieurs Artifices , qui réjouirent
beaucoup un grand peuple , qui étoit venu
des environs. Le même jour Lundi , M.
Larpenteur , Curé d'Yvetot , donna chez lui
un magnifique Repas à tout le Clergé & aux
Chanoines.
Les Religieufes de Sainte Claire de l'Ave
Maria de Grenoble , furent des premieres à
donner des marques publiques de leur joye au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
Auffi- tôt qu'elles eurent appris cette
nouvelle , elles firent illuminer le Portail de
leur Maiſon. Elles y avoient placé l'Ecuffon
dės Armes de l'Ordre de S. François , avec ces
paroles au- deffous : Defiderium pauperam exaudivit
Dominus , pour faire allufion à leur Prø
feffion , & aux prieres qu'elles n'ont point
ceffé de faire depuis trois ans pour demander
au Ciel cet augufte gage. Le Cartouched
ces Armes étoit furmonté d'un Ovanu laur
lequel on avoit pofé en pal , une ancre environnée
d'un Dauphin , avec ces paroles : Magna
fpes altera gentis . Des Feltons , des Cornes
d'abondance , des Grenades , & c. ornoient
le refte du Frontifpice avec cette Devife :
Natura coronat ; dat fructus , datque Coronas.
Ces ornemens , & les Cordons du Portail
étoient environnez d'un grand nombre de
LamOCTOBRE.
1729. 253.1
Lampions. Près des deux Pilaftres de la Porte
s'élevoient deux Pyramides qui étoient auffi
chargées de lumieres. Il y avoit à côté de
l'un de ces Pilaftres , un Tableau fur le milieu
duquel étoit un Caducée , pofé en pal
& au- deflus on voyoit des Trophées d'armes ,
avec ces paroles : Spectent noftros hac arma
nepotes. Sur le Tableau oppofé & parallele
étoit un Vigneron dormant à l'ombre d'un
grand fept de Vigne , & un Champ prêt à
moiffonner , un Moiffonneur auprès jouant
du chalumeau , avec ces paroles : Deus nobis
hac otia fecit. Toutes ces Deviſes étoient
écrites en lettres lumineufes. Les figures tranfparentes
& environnées de Lampions de
Verdures , de Clinquant , de Fleurs de Lys &
de Dauphins , un grand nombre de Pots à
feu en formoient le contour. Ce qui faifoit
un point de vue auffi agréable que fingulier :
Le tout étoit de l'invention & du deffein du
P. Fabry , Confeffeur de la Communauté.
>
Les Dominicains du Convent Royal de
S. Maximin en Provence , ont témoigné la
part qu'ils ont priſe à la joye commune par
un Te Deum , une Proceffion generale ,
des
Prieres , des Aumônes , & par plufieurs falre
Boetes , un Feu d'artifice , & des Illuations.
Madame de Mailly,foeur du feu Cardinal de
ce nom ,Prieure perpetuelle du MonaftereRoyal
de Poiffy , Ordre de s. Dominique , n'a pas
fait paroître moins de zele par des Actions de
Graces , des Aumônes , des Illuminations ,
& un Feu d'artifice magnifique.
La Compagnie Royale des Chevaliers de
I vj
P'Ar232
MERCURE DE FRANCE
"
l'Arquebuze d'Eftempes , commandée par le
feur Rivet , Capitaine & Chef , s'eft diftingué
au Prix general de Compiegne. Ces
Chevaliers furent des premiers informez de
l'agréable nouvelle de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. Dans le tems que les
48. Compagnies affemblées commençoient à
défiler devant l'Hôtel d'Eftempes pour aller
à la Butte , tirer le coup du Roy : tranfportez
de joye , ils crurent devoir la parta
ger avec leurs Confreres, & on leur préfenta à
tous des viandes & des bouteilles , pour boire
les fantez du Roy , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin , ce qui fut executé , &
fouvent réiteré au fon des Hautbois & des
Tambours. Cette petite Fête fut la premiere,
& le commencement de toutes les Réjoüiffances
qui ont été faites à Compiegne pen-.
dant la tenue du Prix general , & c.
Ce qui a paru de plus fingulier dans les Réjouiffances
faites dans le Royaume pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , c'eft
une troupe de Femmes qui avoit pris les
armes à Givet , avec la permiffion du Commandant
, & qui a été commandée par une
femme de 98. ans , fuivie par fa fille , agée de
66. la mere a tiré un coup de fufil avec beaucoup
de fermeté , & a bû 2. Verres de vir
la fanté de Monfeigneur le Dauphin ; c'eíte
traifiéme qu'elle voit naître.
Dans la plupart des Villes du Hainault , il
y a eu de femblables Compagnies de Femmes
& de Filles , qui ont marché en fi bon ordre ,
& fait le maniement des armes avec tant de
jufteffe , que les Soldats des Garniſons en
étoient furpris.
BEOCTOBRE.
1729. 2533
XXXXXX: XXXXXXX***
BENEFICES DONNEZ.
de Maniban , Evêque de Mirepoix , a
M'été nommé à l'Archevêché de Bordeaux ,
vacant par le decès de M. Dargenfon.
M. de Menou Charmifey , Grand -Vicaire de
Chartres , â l'Evêché de la Rochelle , vacant
par la nomination de M. de Brancas â l'Archevêché
d'Aix .
M. de la Roche-Aymon , Evêque de Sarepte
, à celui de Tarbes , vacant par la mort
de M. du Camboul.
M. P'Archevêque d'Aix , à l'Abbaye de
Montmorel , Ordre de S. Auguſtin , Diocèſe
d'Avranches , vacante par la démiſſion de M.
l'Evêque de Marfeille.
M. Joly de Fleury , Chanoine de Notre-
Dame à Paris , à l'Abbaye d'Aumalle , Ordre
de S. Benoift , Diocéfe de Rouen , va❤
cante par le decès de M. Colbert de Targis.
M. Robinet , Grand-Vicaire de Rouen , à
l'Abbaye de Bellozaume , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Rouen , vacante par le decès
de M. Leger.
M. Mithon , Prédicateur du Roi , à l'Abbaye
de Perfeigne , Ordre de Citeaux , Dioceſe du
Mans , vacante par le decès de M. d'Uffon.
M. Defpajols , à l'Abbaye de Goudoin ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe d'Agen.
M de Maillé la Tourlandri , â l'Abbaye de
Lefterp , Ordre de S. Auguftin , Diocèſe de
Limoges .
M. de Coetlogon , à l'Abbaye de Memie ,
Ordre
2514 MERCURE DE FRANCE .
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Chalons
fur Marne , vacante par le decès de M. l'Evêque
de Tarbes.
M. de Bourfac ,.à l'Abbaye fécularifée de
S. Martial de Limoges , vacante par le décès
de M. Taillefer de Barriere.
Le Pere Geneftel , à l'Abbaye Réguliere de
Douc , Ordre de Prémontré , Diocèfe du
Puy , vacante par le decès de M. Irail. Le
Pere Geneftel eft Prieur de cette Maiſon .
La Maiſon de Sorbonne ayant député douze
de fes anciens Docteurs à M. l'Archevêque
de Paris , pour lui faire compliment fur fon
élevation à cette Dignité . M. Lullier , Sénieur
de la Maiſon , cy- devant Curé de S. Louis en
Pile , lui fit le Difcours fuivant , le 18. du
mois dernier.
MONSEIGN ONSEIGNEUR ,
Si la Maifon de Sorbonne paroît aujourd'hui
devant vous > ce n'eft pas feulement pour rendre
fes hommages à la haute Dignité à laquelle
la Providence vient de vous élever , & pour
offrir fes refpects à un Paſteur que Dieu nous
a donné felon son coeur ; c'est aussi pour
marquer les grandes efperances qu'elle en
conçoit pour le bien de l'Eglife & de la Religion.
Vous les avez foutenues , Monfeigneur , de
votre autorité dans les grands Sieges que vous
avez remplis ; vous avez combattu l'erreur par
de fages Ordonnances , vous y avez, nourri les
indigens avec un charité magnifique dans des
temps de difette & de calamité ; vous avez
Jecouru les peuples dans ces fleaux terribles ,
dont
OCTOBRE. 1729. 2535
dont la justice de Dieu les a frappé ; vous avez,
expofé votre précieuse vie aux plus grands périls
de la contagion.
Ce que vous avez fait dans ces Provinces
éloignées , nous annonce ce que vous ferez dans
cette Capitale , où vous aurez tant d'occafions
differentes d'exercer votre ele & votre charité.
Que ne devons- nous pas attendre de ce difcernement
éclairé que vous fçavez faire entre
la verité & l'erreur ; de l'estime que vous avez
toujours eû pour les veritables deffenfeurs de
l'ancienne doctrine ; des foins que vous avez
roujours eu de vous affocier des hommes fideles
pour être les cooperateurs du facré Miniftere
qui vous eft confié ; des talens fublimes que
vous avez reçus de Dieu pour vous concilier
les efprits , pour vous ramener ceux qui s'égarent
, pour gagner même ces efprits altiers &
présomptueux , qui par une fausse idée de confrefufent
de fe foumettre à l'autorite la
plus légitime & la plus marquée .
tance ›
Nous goûtons déja les prémices des autres
fruits que nous en attendons plus abondants ;
mais que c'est un préfage heureux pour le commencement
de votre Epifcopat , Monseigneur ,
dans ce premier Siege du Royaume , que la
Naiffance de cet auguste Enfant fi long- temps
attendu , fi ardemment defiré , accordé enfin
aux voeux & aux prieres de toute la France
reçu avec de fi éclatantes démonstrations de
joye, digne fruit & jufte récompenfe de la pieté
du Roi & de la Reine, & comble de benedictions
que le Ciel a déja verfé fur leurs Perfonnes
Sacrées.
"
Une circonstance fi finguliere & fi fortunée
nous flatte d'un avenir heureux pour l'affermilement
de la Paix dans l'Europe , & pour
le
2536 MERCURE DE FRANCE .
le rétabliſſement d'une Paix veritable & finà
cere dans l'Eglife . Ce font au moins , Monfeigneur,
les voeux d'une Compagnie qui eſpere
d'autant plus l'honneur de votre bienveillance
de votre protection , qu'elle confacrefon temps
fes veilles à ce que vous aimez le plus ,
c'est - à-dire à maintenir l'integrité de la Foy ,
la pureté des moeurs , & à combattre tout ce
qui leur est opposé.
La Faculté de Théologie ayant fait une pa
reille députation pour le même fujet , le même
M. Lullier , Doyen de la Faculté , lui fit
cet autre Difcours le S. Octobre .
MONSEIGNEUR ONSEIGNEUR ,
Quelques nobles & quelques diftinguez que
foient les Sieges que vous avez remplis jufqu'à
prefent , il en falloit encore un plus il-
Tuftre , où vous puffiez exercer les grands talens
que vous avez reçûs de Dieu pour le gouvernement.
La haute Dignité à laquelle la Pro
vidence vient de vous élever , vous ouvre un
vafte champ pour les déployer : c'eft conduire
en quelque forte l'Eglife Gallicane entiere que
d'être à la tête de celle de Paris : la Capitale
étant le mobile ordinaire & le modele des autres
Eglifes du Royaume.
Cette Métropole a été pendant plufieurs an
nées fous la conduite d'un illuftre Cardinal ,
également recommandable par fa pieté & fa
charité : fa perte nous a été très fenfible , mais
il n'eft pas de perte qu'un fucceffeur tel que
vous ne répare .
Que de fecours ne trouverez- vous pas , Monfeigneur
, dans la Faculté de Théologie pour
purter
OCTOBRE . 1729. 2557
porter le pefant fardeau dont vous êtes chargé
Vous y aurez des Théologiens éclairez pour
démêler la verité de l'erreur, chofe fi importantè
dans ces jours d'indocilité où nous fommes ,
où on donne fi fouvent le nom de verité à la
doctrine la plus pernicieufes Théologiens , dis-je,
attachez inviolablement à la doctrine de l'E- ,
glife , exacts pour résoudre tous les doutes de
La confcience , éloquents pour diftribuer le pain
de la parole , appliquez & zelez pour le gouvernement
des ames.
Quet avantage pour un Evêque de pouvoir
choifir difcerner dans ce grand nombre des
hommes fideles dignes cooperateurs de fon
miniftere ; mais quel bonheur pour nous de
vous avoir pour notre Chef : fi nous sommes
Pafteurs Docteurs à l'égard des autres , un
chacun de nous eft Brebis & Disciple à votre
égard ; vous marcherez devant nous , nous vous
fuivrons , en vous fuivant nous marcheron's
fans crainte de nous égarer.
Quelle joye pour les hommes & pour les Anges
mêmes , de voir tout le troupeau réuni fous
fon aimable Pasteur , les Oüailles parfaitement
d'accord entre elles , écouter ceux que . C..
ordonne d'écouter ; foumises à l'Eglife , foumifes
à leur Roy ; fe rendre dignes de la protection .
de ce grand Cardinal, que toute l'Europe écoute
avec refpect ; cet Hercule pacifique qui vient de
bannir le démon de la difcorde de l'Europe ;
qui doute qu'il ne le chaffe entierement d'une
Compagnie Seavante , établie pour maintenir
P'unité de la Foy ?
C'est dans cette confiance , Monfeigneur , que
nous vous offrons nos hommages : le haut rang
où vous êtes , la place que vous occupez , ce
que nous vous devons , ce que nous attendons
de
2538 MERCURE DE FRANCÉ.
1
de vous , peut vous répondre de notre docilite
notre docilité doit auffi nous être unfûrga➡
iant de votre bienveillance.
Nous aurions plutôt fait part au Public de
la Lettre qui fait , s'il n'avoit pas été necef
faire de nous aflurer auparavant de la verité
du Texte & de la fidelité de la Traduction ,
en ayant été publié des copies défectueuſes.
TRADUCTION de la Lettre écrite
au Roy , par Achmet , Bey de Tripoly ,
le 2. Août 1729 .
TRES
RES - HAUT , Très - Puiſſant & très magnifique
Empereur de France & de Navarre s
Louis XV. qui eft le plus glorieux des Monarques
Chrétiens & l'élite de la Religion du Meffie :
que Dieu , par fa haute conduite , dirige V. M.
Imperiale dans les fentiers de la droiture.
dans les voyes les plus parfaites. Après nous
être informé de l'état de la santé de V. MI
lui avoir prefenté les voeux les plus conve
nables à l'amitié , & avoir prié le Seigneur de
la maintenir dans l'état de fuprême élevation,
de profperité où elle eft , nous avons l'honneur
de l'informer que nous la fupplions de ne
point douter de la parfaite reconnoiffance dont
nous fommes penetrez , tant de ce qu'elle a
bien voulu nous combler de bonheur en nous
rendant l'honneur de fes bonnes graces & de
fon amitié , comme nous l'avions auparavant »
que du bon accueil qu'elle a daigné faire aux
perfonnes que nous avons envoyé de notre part.
pour demander humblement la Paix à votre
très-fublime M. Imp. Nous demandons en grace
à V, M.I. d'être bien perfuadée , que tant de
notre
OCTOBRE. 1729. 2539
nous
notre part que de celle de nos Sujets , il ne fera
jamais rien fait de contraire au Traité de Paix
qui vient d'être renouvellé , d'autant plus que
toute la République de Tripoli a été comblée
de joye du renouvellement de l'amitié ó de la
bonne intelligence : de notre côté tiendrons
la main qu'on s'abftienne religieufement de
toutes contraventions au Traité , & que s'il
arrive à quelqu'un d'y tomber , il en foit châ
tié avec la derniere rigueur . Nous ofons nous
flater d'obtenir les bonnes graces de V. M I.
que nous lui demandons avec toutes les inftances
poffibles , priant Dieu de conferver V. M. I.
enfanté en profperité . Ecrit le 8. de la Lune
Moharrem , l'an 1142. de l'Hegire , c'est - à-dire
le 2. Août 1729. Signé , &c.
HARANGUE faite au Roy le 28 .
Août 1729. par les Envoyez
de Tripoly.
T
RES-HAUT , très- Puiſſant Empereur , qui
êtes le plus grand des glorieux Monarques
de la Religion du Meffie , que Dieu Tout . Puiffant
augmente votre gloire & voire profperité ; les
Pacha , Bey , Dey , Aga , Divan & Milice, qui
compofent la République de Tripoly de Barbarie,
qui ne ceffe de faire des voeux pour votre Majefté
Imperiale , nous envoyent au pied de votre
augufte Trône qui eft l'ornement du Monde &
Pazile des grands Rois , pour affurer V. M. I.
du repentir de la vive douleur qu'ils reffentent
des juftes ſujets de plainte qu'ils ont
donné à V. M 1. lui en demander très humblement
pardon de leur part , la fupplier de l'effacer
de fa mémoire & lui jurer folemnellement
qu'ils demeureront à jamais fermes & inébran-
Lables
2 $40 MERCURE DE FRANCE.
Lables dans l'obfervation des Traitez de Pair
qu'elle a bien voulu leur accorder , & qu'ils
apporteront à l'avenir toute l'exactitude poffible
pour empêcher leurs Sujets d'y contrevenir.
Ces difpofitions finceres dans lesquelles font
les Puiffances de Tripoly , leur font efperer que
V. M. I. voudra bien leur accorder l'honneur
de fes bonnes graces , que la République s'efforcera
de mériter par son respectueux attachement
pour V. M. I. nous ofons les lui demander
pour la République en general , & en particu
lier pour nous qui fommes les fideles ferviteurs
de votre auguste Trône , & qui ne cefferons .
jamais de prier le Tout- Puiffant , d'accorder
à V. M. I. un Regne long heureux , qui fera
le bonheur de fes Sujets & Alliez•
h 串串
MORTS , NAISSANCES.
4.
du
E nommé Jean Huffon , Fermier de la
Ferme de la Grange - aux -Bois , dans la
Principauté de Joinville , y mourut le
mois dernier , âgé de ros . ans prefque accomplis
. Il étoit né à Chatonrupt , Diocèle
de Châlons- fur - Marne , le premier Octobre ,
1624. & il avoit confervé une fanté parfaite
jufqu'à la derniere récolte .
Dame Marie Henriette-Françoife - Therefe
Boifchot , née Comteffe d'Erps , Epoufe de
M. Antoine Marie , Comte de Caftely , cy- devant
Maréchal des Camps & Armées du Roi
de Pologne, Electeur de Saxe, Capitaine d'une.
Compagnie de fes Gardes du Corps , décedée
le 13. Septembre , âgée de 25. ans , 2. mois.
Robert Spencer , Comte de Sunderland ,
Pair
OCTOBRE. 1729. 2541
Pair d'Angleterre , mourut à Paris le 26. du
même mois dans la 28 ° année de fon âge.
*
Dame Catherine de Beaufort , veuve de
M.Jacques de Rangueuil, Maréchal des Camps
& Armées du Roi , mourut le 28 Septembre,
âgée de
94 ans .
N. de Taillefer de Barrieres , Abbé de Saint
Martial , Diocèfe de Limoges , & de Jofaphat,
Diocèle de Chartres , cy- devant Camerier des
Papes Innocent II. Alexandre VIII. & Innocent
XII. eft mort à Limoges le mois dernier
, dans fa 8 ,e année.
Dame Magdeleine de Seves , Epoufe de
M. Jofphe Sevin, Chevalier, Comte de Quincy,
Seig. de Villefalliers & de Villerfon , Lieu
tenant de Roi de l'Orleannois . Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , cydevant
veuve de M. Anne Potier , Ecuyer ,
Seigneur de Notre- Dame du Parc, & c. déceda
le 2. Octobre , âgée de 1. ans.
Le même jour , M. Jean- Marie de Vougny ,
Ecuyer , Confeiller , Secretaire du Roi , Mai
fon , Couronne de France & de fes Finances
Secretaire du Confeil d'Etat, Direction & Finances
, mourut à Paris , âgé de 80 ans.
M Claude Dumouceau Traverfonne , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier
des Armées du Roi , ancien Major au
Régiment des Gardes Françoifes , déceda le
6. Octobre , âgée de 77 ans.
Le 8. M. Louis Denis de Riancey , Chevalier
, Confeiller du Roi , Maître des Comtes .
âgé de 68. ans .
Le 9. M. Philippe Tribouleau , Ecuyer , Seigneur
de Bondy , Prefident , Tréforier de
France au Bureau de la Generalité de Paris.
Dame Armande - Felixe Mazarin , l'une des
Dames
2542 MERCURE DE FRANCE .
Dames du Palais de la Reine , Epouſe de Louis
de Mailly , Chevalier des Ordres du Roy ,
Marquis de Neelles & de Mailly en Boulonnois
, Prince d'Orange , Comte de Rohain ,
déceda à Verſailles le 14. de ce mois dans fa
38e année.
Dame Marie- Michelle-Magdeleine Parfait
d'Eftournelles , veuve de Louis de Melun , Chevalier
, Seigneur de Maupertuis , l'Eftournelles,
& c. Lieutenant General des Armées du Roi ,
Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S Louis , Capitaine - Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moufquetaires de
la Garde du Roi & Gouverneur de Toul , déceda
le 15. Octobre , âgée de 65. ans.
Le 19. Jean Baptiſte Marion,Comte de Druy,
Brigadier des Armées du Roi , Lieutenant de la
premiere Compagnie des Gardes du Corps de
S. M. mourut âgé d'environ 58, ans,
Le 3. Octobre, la Ducheffe d'Epernon accoucha
d'une fille, à Verfailles , qui a été ondoyée,
Le 8. La Comteffe de Vertillac , accoucha
d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts , & nommé
Céfar-Pierre- Thibaut , par Cefar- François
de Rouffi , Comte de Siffonne , au nom du
Marquis de Verteillac , abfent ; & par Dame
Catherine S. Gille , Comtelle de Hautefort.
Quoique nous ayons employé beaucoup de
Relations de Fêtes , de Pieces de Poëfies & autres
fur la Naiffance du DAUPHIN , dans le premier,
le fecond volume du Mercure de Septembre
, & dans celui cy , il nous en reste encore
quelques unes qui ne pourront trouver place
que dans le prochain Mercure.
TATABLE.
Pleces Fugitives. Ode fur la Naiſſance du Dauphin , 2331
Suites des Refléxions au fujet de la Réponse de
2335 M. Hecquet à M. Sylva ,
Remerciment à Lucine , fur la Naiffance , & c.
2366
Examen de la Conference fur la Mufique , & c.
Chanfon fur la Naiffance , & c.
2369
2377
Réjouiffances à Grenoble , Vers Latins &Fran
fois , &c.
Réjouiffances à Soiffons ,
Autre Chanfon fur la Naiffance , & c.
2380
2390
2399
Réjouiffances dans la Marine , au Port Louis ,
A Calais & à Boulogne ,
2400
2401
Au Havre de Grace , & c. 2404
A Dunkerque , 2415
A Breft , 2417
A Vannes , & Voeu du Préfidial , &c. 2422
A Bordeaux ,
2428
A Rouen ,
2438
A Marfeille , dans l'Arfenal , fur les Galeres ,
& c. 2448
Logogryphes , Enigmes , 2457
Nouvelles Litteraires des Beaux- Arts, & c.2459
Lettre d'un Garçon de Caffé , 2460
Fables nouvelles , 2462
Le Corbeau & le Renard , Fable , 2467
Explication d'une Loi de Conftantin , 2469
Le nouveau Gulliver , &c. 2471
Eftampes nouvelles , 2473
Cartes de l'Empire Romain , 2474
Chanfon notée ; 2476
Spectacles , Hefione , Extrait.
Nouvelles du Temps , de Turquie, & c. Entrée
2477
{ de l'Ambaffadeur de Perfe à Conftantinople ,
Incendie de la même Ville ,
2493
2500
De Ruffie , & Traité entre le Czar & Sultan
Acheraf ,
De Pologne, Allemagne , Efpagne ,
D'Italie , Réjouiffances à Genéve ,
2505
2307
25121
D'Angleterre , d'Hollande , Réjouiffances à
9.
Bruxelles.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2521
Te Deum du Régiment des Gardes Suiffes, 2525
Fête à Vaugirard,
2527
Réjouiffances à Yvetot , 2529
A Grenoble , 2530
A Givet , 2532
Benefices donnez , 2533
Harangue à M. l'Archevêque de Paris , 2534
Autre au même ,
Lettre du Roi de Tripoli au Roi ,
Harangue des Envoyez de Tripoly ,
Morts , Naiffances ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
2536
2538
2539
2540
Pr. 173. ligne premiere , quand , 1. lorfque.
Age 2370 bafe , lifez baffe,
Ibid. 111 fait merveille , 1. fait à merveille.
P. 2404 . 10. & y fit le Difcours fuivant. 1. &
fit un fort beau Difcours . On le trouvera dans
le Journal de Paris .
P. 1412 1. 14. Cheval, 1. Chenal .
P. 2417 1. 10 exclamations , l. acclamations.
P. 2485. 1. 20 de , ôtez ce mot.
P, 2496. I. 8. l'Ecandre , 1. Léandre.
Ibid. l. 27. de , 1. des.
L'Air noté doit regarderla page 2476.
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
OCTOBRE 1729 .
m
QUE
COLLIG
TARGITE
Pacz
A PARIS ,
IR
( GUILLAUME CAVELIER , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy .
L
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceure qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
Les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROY.
OCTOBRE.. 1729 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX *
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Es voeux, enfin , Peuple fidele ,
T Sont comblez dans cet heureux jour,
Le Ciel récompenſe ton zele ;
Tu vois l'excès de fon amour,
Tu ne fçaurois le méconnoître ;
A ij En
2332 MERCURE DE FRANCE ,
Et le Prince qui vient de naître ,
En eft un gage glorieux :
S'il te l'a fait long- temps attendre ,
Ce n'étoit que pour te le rendre ,
Et plus cher & plus précieux.
A tes defirs , augufte Reine ,
Le Ciel a voulu l'accorder ,
Tes Sujets partageant ta peine ,
Avoient ofé le demander ;
Nous beniffons un Dieu propice ,
Daigne te joindre au Sacrifice ,
Qu'offrent nos coeurs reconnoiffans
Ta pieté tendre & conftante ,
Ta vertu , ta foi triomphante ,
Feront agréer notre encens ,
柒
De tout l'éclat qui t'environne
Ton coeur ne paroît point jaloux ;
Tu dédaignerois la Couronne ,
Si Louis n'étoit ton Epoux ,
Toûjours maîtreffe de toi-même ,
Ton front orné dụ Diadême ,
Eſt humble au milieu des grandeurs ;
Dieu chérit celui qui s'oublie ;
Et quand un Mortel s'humilie ,
Il l'éleve aux plus grands honneurs.
Ton
OCTOBRE . 1729. 2333
Ton heureux exemple fait naître ,
La ſageſfe & la pieté :
Le vice affreux va difparoître ,
Des coeurs qu'il avoit infecté ;
Déja la fraude & l'injuſtice ,
La flaterie & l'artifice ,
En font exilez fans retour :
Toi feule as produit ces miracles;
La vertu règne fans obftacles ,
Et fur ton Trône & dans ta Cours
M
Louis , même , je l'ofe dire ,
LOUIS s'empreffe à t'imiter:
Charmé des vertus qu'il admire ,
Il cherche à les faire éclater ;
Chéri d'une Epouſe qu'il aime ,
Ce Prince d'une joye extrême ,
Reffent les tranfports en ce jour :
Il voit ta tendreffe féconde ,
Combler pour le bonheur du monde ,
Et fon efpoir & fon amour.
La Chaffe , image de la guerre ,
De fes plaifirs eft le plus doux ;
Son Courfier fait gémir la terre ,
Sous un poids dont il eft jaloux ;
LOUIS , fur les aîles rapides ,
A iij
Va
2334 MERCURE DE FRANCE.
Va braver des Monftres perfides ;
Leur fureur ne peut l'arrêter :
Et fon impatient courage ,
Se plaint de n'avoir à fon âge ,
Que ces ennemis à dompter.
M
Sur d'être aimé de la Victoire ,
Ce Prince par mille combats ,
Dans la carriere de la gloire ,
Brûle de fignaler fon bras ;
Mais il écoute la Prudence ,
Et ton repos , heureufe FRANCE ,
Eft un bien trop cher à fes yeux :
Louis , en épargnant nos têtes ,
Ne veut que nos coeurs pour conquêtes ,
Quel triomphe eft plus glorieux ?
Mais que de Fêtes éclatantes !
Les vins coulent de nos Côteaux ,
Les nuits par leurs clartez brillantes ,
Effacent les jours les plus beaux ;
Simbole heureux de notre joye ,
Le feu dans les airs fe déploye ,
Jufqu'au Ciel il porte nos voeux :
Viens , FRANCE , reconnois ton Maître ,
Le Ciel en ce jour l'a fait naître ,
Pour le bonheur de nos neveux.
Dieux !
OCTOBRE 1729 2335
Dieux , que de pompeuſes images !
D'un Thrône , l'augufte fplendeur ,
Des Lauriers , mille heureux préfages
Me font garants de fa grandeur ;
Que de gloire ! que de Conquêtes !
Que de Triomphes ! que de Fêtes !
Mes foibles yeux font éblouis :
Dans l'avenir ceffons de lire ;
Il eft né , c'en eft affez dire , >
De l'illuftre Sang de LOUIS.
Par M. Richard de Ruffey , de Dijoni
XXXXXXXX XXXXXX :X
SUITE des Refléxions de M. *** , Medecin
de Montpellier , au fujet de la Réponfe
de M. Hecquet à M. Sylva
Auteur du Traité des differentesfortes de
Saignées.
L
E reffentiment de M. Hecquet contre
fon Adverfaire , l'a engagé peutêtre
, fans s'en appercevoir , à lui prêter
des torts ,dans les occafions mêmes où celui-
ci lui en fournit le moins de prétexte.
Sa paffion ne feroit pas fatisfaite , s'il ne
relevoit que ce qui paroît inadvertance ,
méprife , ou erreur ; le champ ne feroit
pas affez vafte ; elle n'en demeure pas là's
A iiij .
elle
2336 MERCURE DE FRANCE .
elle va jufqu'à colorer les objets , de ma
niere qu'il voit dans le Livre qu'il combat,
tout ce qui peut authorifer des reproches
dans les termes les moins mefurez.
Il fait dire , par exemple , à M. Sylva
qu'on ne doit jamais faigner que du bras ,
du pied & du col , & qu'on doit profcrire
toutes les autres faignées . Il infinuë même
que cet Auteur voudroit qu'on ne
pratiquat jamais que celle du pied , &
que s'il dit qu'il faut conferver à la Medecine
celle du bras , c'eſt par complai
fance , & que s'il ne bannit pas celle de
la gorge , c'eft de peur de s'attirer des
Critiques de la part de deux grands Medecins
, l'un de Londres , & l'autre de Tu
rin. Qu'enfin cette conduite priveroit ,
fi elle étoit fuivie , des avantages de la
faignée de la Salvatelle , dont il fait des
éloges d'un ftile qui fent un peu la déclamation
.
Si le Lecteur , en examinant la Criti
que de l'Ouvrage de M. Sylva , avoit
fous les yeux en même - tems fon Traité
on n'auroit pas besoin de répondre à cette
accufation ; car on y liroit , à la verité
qu'il dit hiftoriquement , comme il eft
vrai , qu'on ne fait plus préfentement
que trois fortes de faignées ; mais on ne
verroit dans aucun endroit qu'il condamme
les autres qu'on faifoit autrefois . On y
trou
OCTOBRE. 1729. 2337
trouveroit même formellement , qué lorf
que les veines qui font au pli du bras ne
font pas bonnes , on doit ouvrir les principaux
rameaux qui rampent fur le deffus
de la main : or , la Salvatelle eft préciſément
dans ce cas . Il faut que M. H. ne
s'en foit douté. Il eft néanmoins expas
ceffivement pénétrant. Il lit dans les intentions
. Il ne fçait pas , à la verité , ni la
fituation , ni les fonctions du coeur , ainfi
que nous l'avons fait voir dans nos premieres
Refléxions ; mais il eft merveilleux
pour en développer les replis . Il fonde
bien avant dans l'interieur . Il découvre
ce dont perfonne n'auroit jamais pû s'ap- ,
percevoir. On n'auroit jamais crû , en effet ,
s'il n'avoit publié faRevelation, que celui ,
qui conféquemment à fes principes , def- ,
fend expreffément la faigne du pied dans
les inflammations de tous les endroits où
fe diftribuent de chaque côté huit ou dix
des intercoftales , de l'Eftomach , des Inteſtins
, du Mezentere , du Foye , de la
Ratte , du Pancreas , des Reins , de la-
Veffic , de la Matrice en un mot , de toutes
les parties qui reçoivent leur fang des
rameaux de l'Aorte inferieure , voulût que
cette feule faignée eût toujours la préférence
; & que celui qui prouve que la:
faignée du pied eft dangereule dans les
embarras douloureux du bas - ventre , ne
A v Con
1
2338 MERCURE DE FRANCE:
confervât la faignée du bras que par complaifance
, lui qui l'ordonne dans beaucoup
plus de cas que celle du pied , puifqu'il
la confeille dans tous les engagemens
qui arrivent au fang qui eft porté
par les branches de l'Aorte defcendante.
Or , on fçait qu'elles font en bien plus
grand nombre , que les ramifications de
l'afcendante , & qu'elles fe diftribuent
à beaucoup plus de parties . M. H. a donc
beau s'occuper à former de fauffes accufations
contre la faignée du pied , il n'engagera
pas M. Sylva à lui donner de
fauffes louanges . Il peut auffi dire , tant
qu'il voudra , comme il l'avance dans une
de fes Lettres fur la Révulfion , qu'il n'y
auroit pas grand mal de bannir la faignée
du pied de la Medecine ; il ne déterminera
pas fon Adverfaire à vouloir profcrire
par récrimination celle du bras . Il
fçait qu'on ne doit point prendre de ces
goûts paffionnez pour certains remedes
qui les font préférer à tous les autres , ni
de ces averfions violentes qui en font
paroître les effets toujours fufpects . Ces
efpeces d'impreffions vives , féduifent ,
font tomber dans l'illufion , de maniere
que l'efprit devient la dupe du coeur , &
le jugement celle de l'imagination . Le
Medecin doit donc fe deffendre avec foin
de ces préventions , ou les facrifier à la
9
raifon
OCTOBRE. 1729 2339
raifon qui doit être fon guide , & au defir
de guérir , qui doit être fa paffion dominante.
Sans quoi , eut - on foixante ans de
pratique , au lieu de quarante- cinq , on
ne fait que fe copier dans fes fautes , on
fçait mauvais gré à ceux qui nous les
font appercevoir , même avec ménagement
; on leur répond avec hauteur
croyant répondre avec dignité ; on les
fait penfer de la maniere qu'il faut pour
leur donner des ridicules ; on leur accor
de des qualitez frivoles , pour leur refus
fer les effentielles ; on dément le jugement
du Public , foutenu par les fuccès :
on paroît prendre fes interêts , tandis
qu'on ne fert que ceux de fon amour propre
, &c. C'est en fe paffionnant pour
certains remedes , qu'on ajuſte avec art
les circonstances qui peuvent déterminer
à leur ufage , & qu'on fait taire toutes
les connoiffances qui pourroient empêcher
de leur donner la préférence fur des
fecours mieux indiquez . M. H. me permettra
de lui dire qu'il eft tombé plus
d'une fois dans cet écueil. Il s'eft pris de
goût par la faignée de la Salvatelle , dans fon
nouvel Ouvrage , que ne fait il pas pour
la rendre recommandable dans les maladies
de la Ratte ? Il n'y a rien qui lui coûte
pour donner à cette idée quelque apparence
fpecieufe. Il établit que la Ratte re-
A vj çoit
2340 MERCURE DE FRANCE :
çoit quatre fois plus de fang arteriel qu'el
le n'en a de venal . Il fuppofe comme une
verité que le fang de la Salvatelle eft en
quelque façon arteriel , ce qu'il prouve
parce que celui qu'on tire de cette veine,
eft plus rouge que celui des veines du pli
du bras ; d'où il conclud qu'une faignée
qui vuide un fang de cette nature , doit
convenir mieux que toute autre , pour fou
Jager une partie où le fang arteriel abonde.
Combien de chofes oublie - t- il dans
ce moment , pour donner à cette erreur
quelque couleur qui la rende fupportable
? Le Lecteur nous fçaura gré , s'il lui
plaît , de ne pas relever en détail toutes
les méprifes que cette opinion fuppofe
& celles où elle entraîne , & de nous contenter
d'en indiquer feulement quelquesunes.
La Salvatelle eft un petit vaiffeau fans
battement , qui rampe fur le deffus de la
main , entre le doigt annulaire , & l'auriculaire
, & qui ne fournit raifonnablement
de fang quand on le picque , qu'à
la faveur de l'eau chaude où l'on trempe
la main. I le reçoit de quelques veines
capillaires , & le jette dans la veine cubitale.
Il eft vrai que le fang que ce rameau
fournit par la faignée, eft plus rouge
que celui qui fort des groffes veines
mais de- là a - t- on droit de conclure qu'il
•
foit
OCTOBRE. 1729. 2348
1
foit arteriel ? On en pourroit dire autant
par la même raifon , & avec auffi peu de
fondement , de celui de tous les petits
vaiffeaux du corps . Cette couleur , quand
elle n'est pas accompagnée d'autres circonftances
, peut - elle en impofer à un
Medecin qui a tant fait répandre de fang?
N'a-til pas obfervé avec tout le monde ,
que plus la colomne de fang , qui coule
d'un vaiffeau , eft mince , plus le fang eft
vermeil. Que plus le fang coule avec lenteur
, plus fa couleur eft vive . Que celui
qui vient goutte à goutte , eft ordinairement
très- rouge. Que celui qui fort par
une petite ouverture eft purpurin . Que
celui qui tombe dans un vaiffeau creux
eft noirâtre , & qu'une portion de ce même
fang , qui fe répand fur l'affiette , eft
d'un rouge éclatant. Seroit - il , poffible
qu'il ignorat tout feul , que ces effets dépendent
de l'impreffion plus ou moins
grande que l'air fait fur le fang , à proportion
que celui- ci préfente plus ou
moins de furface ? Ainfi la rougeur du
fang de la Salvatelle prouve feulement que
cette veine eft petite , que l'ouverture
qu'on y fait n'eft pas large , peut - être
auffi que la chaleur de l'eau où l'on a plongé
le poignet a rarefié le fang ; mais elle -
ne fçauroit prouver autre chofe , & par
conféquent la faignée qu'on y pratiquera
ne.
2342 MERCURE DE FRANCE .
9
ne fçauroit avoir d'autres effets que ceux
de la cubitale , qu'elle forme en fe réuniffant
à d'autres petits rameaux , & qui res
çoit comme elle fon fang du même vaiffeau
arteriel , c'eft- à dire , de l'artere cubitale.
Mais quand on accorderoit à M.H.
contre l'évidence Anatomique , que cette
veine , d'où il veut préfentement que l'on
faigne dans les embarras de la Ratte
contient un fang arteriel , qu'en pourroitil
conclure en faveur de fon ufage ; fpécialement
pour cette efpece de maladie ?
Il s'enfuivroit feulement que le fang ar
teriel étant porté plus abondamment vers
la main , il s'en porteroit moins dans le
tronc de l'Aorte inferieure , donc tous les
rameaux qui en partent en recevroient
moins , proportionellement à leur calibre ,
donc les mezenteriques , les émulgentes ,
& c. s'en reffentiroient comme la fplenique
, donc cette faignée conviendroit autant
dans les maladies des parties où ces
arteres fe diftribuent , que dans les maux
qui arrivent à celle où la fplénique va fe
perdre. La preuve de cette verité eft facile
à trouver & à comprendre . La détermination
d'une plus grande quantité de
fang qui fe fait vers la Salvatelle ( fut elle
arrere ) le faifant neceffairement aux dépens
de l'Aorte inferieure , il faut que toutes
fes branches participent à la diminution
OCTOBRE. 1729 2343
tion de la quantité du fang dont elles font
privées à cette occafion , & par conféquent
cette faignée ne fçauroit convenir
aux maladies de la Ratte plus qu'à celles
des Reins , des Inteftins , & c. A la verité
, elle n'y convient pas moins auffi
car tous les rameaux fe reffentent de ce
qui eft dérobé au tronc d'où ils partent ,
& d'où ils puifent leur fang. 11 fuit évidemment
de ce qui vient d'être prouvé ,
que de quelque vaiffeau de la main ou du
bras que l'on tire une égale quantité de
fang , tous les rameaux de l'Aorte inferieure
en feront privez , pendant que dure
la faignée , d'une maniere proportionelle.
ment uniforme. Donc , toutes les parties
où ils portent leur fang , en feront également
foulagées à proportion . Donc , l'artere
fplenique recevra moins de fang précifément
comine fi l'on avoit ouvert la
Salvatelle . Donc , dans les maladies de la
Ratte , qui demandent la faignée , l'ouverture
de quelques vaiffeaux du bras ,
quel qu'il foit , eft également utile , fi la
quantité de fang que l'on en tire eft précifément
la même. Ce n'eft pas tout encore
; plus le fang coulera vivement &
abondamment par un vaiffeau ouvert à la
main , ou au pli du bras , plus il fe perdra
de fang en tems égal , & plus il fera déterminé
de fang vers l'artère qui répond
au
2344 MERCURE DE FRANCE.
au vaiffeau picqué. Donc , en tems égal ,
l'Aorte inferieure & fes rameaux , s'en
reffentiront davantage . Donc , en tems
égal, il fera moins porté de fang à la Ratte
par l'artere fplénique . Donc , le foulagement
qu'elle doit reffentir fera plus prompt
& plus fenfible. Or , comme une large.
ouverture , faite à une plus groffe veine ,
expoſée au jeu des mufcles qu'on fait agir
pendant les faignées qu'on pratique au pli
du bras , eft caufe qu'il s'écoule plus de
fang en tems égal , qu'il ne peut s'en échapper
par une petite ouverture , faite à une
petite veine , & dont le fang eft obligé de
couler dans l'eau , qui eft un córps plus
denfe que l'air , & par conféquent plus.
capable que lui d'en ralentir le jet ; il eft.
évident qu'il n'y a pas de faignée du bras
dont le fuccès doive être moins fenfible &
moins promptement manifefte que de celle
de la Salvatelle . M. H. peut le rendre
avec toute sûreté à la jufteffe de cette conféquence
car je l'avertis que cette propofition
a été avancée par un Ancien , &
qui plus eft, par un ancien Maître de l'Ecole
de Paris , qui même l'emprunte de.
Galien , & qui enfin le mocque fur ce
point de la fuperftition des Arabes . Voilà
hien des titres pour qu'il l'adopte fans
fcrupule. Il la trouvera dans la page 3 1.2 .
du Corps de Medecine de Perdulcis . Mais
G
OCTOBRE. 1729. 2345
fi malgré l'habitude dont il fait gloire , il
réfifte à l'authorité , il fera ébranlé par la
remarque fuivante . M. H. dans fes Obfervations
fur la Saignée du Pied , en vou
loir faire craindre l'ufage , en ce qu'il s'étoit
perfuadé qu'elle dérangeoit plus &
plus promptement la circulation du fang
que celle du bras , par la raifon qu'elle
vuidoit un fang plein de force & d'impétuofité
, ce qu'il déduifoit de ce que la
Saphene qu'on ouvre dans cette faignée ,
étoit plus proche des origines des veines
capillaires , & de l'extrémité des arteres
qui lui fourniffent le fang , & qu'elle fouffroit
moins de détours que la veine qu'on
picque au pli du bras. Aujourd'hui il fe
déclare en faveur de la faignée de la Salvatelle
, prefque exclufivement à celle des
autres vaiffeaux des extrémitez collaterales
; & cette raifon de préference eft fon
dée fur l'idée qu'il a que cette veine contient
un fang arteriel & impétueux , &
qu'elle touche prefque aux fources d'où
elle le reçoit , c'est-à- dire , que les mêmes,
circonftances , qui étoient le prétexte de
fes craintes il y a quelque tems , font à
préfent le motif de fa confiance. Mais l'une
& l'autre font également mal fondées . Il
faut avouer qu'il n'eft pas heureux à faifir
le point de la verité. Le démerite de la
faignée du pied , fur le fondement qu'il
établis
2346 MERCURE DE FRANCE.
établit , n'a aucune réalité. M. S. lui a
prouvé dans le Chapitre X. de la fecone
de partie du Traité des faignées , que loin
que le fang tiré de la Saphene, forte avec
plus d'impetuofité que celui qu'on tire de
ła Mediane , il fort au contraire plus .
lentement. Pour mettre cette verité dans
tout fon jour , il a emprunté de l'hydrof
tatique huit principes , par le moyen defquels
il démontre que le fang doit fe mou
voir très lentement dans les origines capillaires
de la veine- cave , que cette vî
teffe doit augmenter à mesure que ces
veines fe réuniffent , & qu'elles fe rédui
fent à un moindre nombre de plus gros
rameaux , & par conféquent , puifque la
Saphene , qu'on ouvre dans la faignée du
pied, eft une veine plus petite , que la Médiane
qu'on picque dans la faignée du
bras , & qu'elle eft moins éloignée des
origines capillaires des veines qui lui donnent
naiffance , le fang y doit rouler avec
moins de vîteffe que dans la Médiane
d'où il conclud qu'il doit fortir plus lentement
de la veine qui eft à la cheville ,
que de celle qui eft au pli du bras , parce
que le mouvement lateral , qui pouffe le
fang par l'ouverture faite à la veine , doit
être proportionné au mouvement direct
que le fang a dans cette même veine. Les
démonstrations de M. S. qui meritent
d'être
OCTOBRE. 1729. 2347
d'être luës avec attention dans le Chapitre
que nous avons cité , ne fervent pas
feulement à juftifier la faignée du pied du
reproche que lui faifoit alors M. H. mais
elles font voir combien eft injufte la préference
qu'il donne aujourd'hui à celle
de la Salvatelle , fur l'opinion , que par
fon moyen on fait rejallir au loin un fang
plein de force & d'impétuofité ; car cette
veine étant plus petite , & plus proche des
capillaires , que ne le font les veines du
bras qu'on a coutume d'ouvrir , le fang
loin d'en fortir plus impétueufement que
des autres , doit au contraire en couler
avec foibleffe & lenteur. Auffi l'expérience
eft- elle fur ce point pleinement d'ac
cord avec le raifonnement , puifque cette
faignée eft trois fois plus de tems à être
executée , que celle des grofles veines
J'en appellerois volontiers aux Chirurgiens
, fi je ne craignois de m'attirer de
la part de M. H. des reproches auffi vifs
que ceux qu'il fait à fon Confrere , de ce
qu'il a ofé citer dans fon Livre , Mrs Mauriceau
& la Mothe , en parlant des acci
dens qui arrivent aux femmes dans les
couches .
Tout ce que nous avons dit fur la faignée
de la Salvatelle juſtifie de refte M.
S. de n'en avoir pas fait un Chapitre exprès
, & de ne lui avoir point donné des
éloges
2348 MERCURE DE FRANCE.
éloges que la raifon n'auroit point avoüés,
& que l'experience auroit démentis. M. H.
n'a été determiné à lui prodiguer les fiens
que fur une Analogie , qui même quand
elle feroit réelle , feroit à peine affez ſpecieuſe
pour féduire un homme qui ne
voudroit pas fe rendre legerement à de
fimples lueurs . On ne fe feroit pas douté
que celui qui ne croit pas que les notions
géométriques alliées aux connoiffances
les plus inconteftables de l'Anatomie
foient capables d'aider un Medecin , fe
prêtât avec tant de facilité à des Analo
gies fuppofées , & décidât du mérite d'un
remede , fur un fondement auffi peu folide
; car enfin , quand il feroit auffi vrai,
qu'il eft démontré qu'il eft faux , que la
Salvatelle fournit un fang vif , impetueux
plein de force & d'action ; en un mot,un
fang arteriel , pourroit on conclure avec
raifon , que la faignée de cette veine dût
foulager fpecialement une partie avec la
quelle elle n'a aucune communication
particuliere , quand même celle- ci contiendroit
beaucoup plus de fang arteriel
que de venal , n'eft- il pas évident que toute
autre faignée du bras qui détourneroit
autant de fang de l'Aorte inferieure , en
déroberoit autant , & de la même mapiere
, à tous les rameaux qui en naiſſent ;
ainsi que ces rameaux arteriels foient
plus
OCTOBRE . 1729. 2349
plus gros , ou en plus grand nombre que
les veines qui y répondent , ou non , ils
ne recevront du fang qu'à proportion que
leur tronc peut leur en fournir , & celui-
ci ne leur en donnera qu'à proportion
qu'il en aura lui - même ; par confé,
quent tout ce qui en privera également le
tronc , produira le même effet à l'égard
des branches , fans que le choix de la
veine ( pourvû qu'on l'ouvre dans la mê
me extrémité ) puiffe donner occafion à
la moindre difference ; mais ce qui met
le comble à tant d'erreurs , c'eſt qu'il n'y
a ni raiſon ni pretexte pour fe perfuader
ce qui fait la baze du raifonnement de notre
Auteur. Qu'eft- ce qui a pû faire croire
que la Ratte de l'homme ait quatre fois
plus de fang arteriel que de venal ? encore
fi la veine fplenique étoit en effet
plus étroite que l'artere du même nom ,
on auroit eu quelque lieu de foupçonner
une chofe auffi contraire aux loix de la circulation
, & à ce qu'obſerve conftamment
la nature , dans prefque toutes les operations
qui entretiennent l'oeconomic animale.
Mais cette apparence qui auroit pû
jetter dans l'illufion , ne fe rencontre pas
même dans ce cas , pour fournir la matiere
d'une Apologie bonne ou mauvaiſe .
Un homme qui ne fe feroit pas accoûtumé
à précipiter les jugemens , qui examinc$
350 MERCURE DE FRANCE .
mineroit par lui même , au lieu de croire
legerement fur la foi d'autrui , auroit commencé
par fe bien affurer fi cette ftructure
eft réelle ; & s'il l'avoit trouvée telle ,
il auroit cherché à fe rendre compte de
cette fingularité. Il fe feroit dit , que
peut-être le fang paffoit plus vite dans la
veine que dans l'artere , en confequence
du changement qui auroit pû lui arriver
dans la rate , & que l'augmentation de
fa viteffe , auroit pû compenfer la difference
du calibre des vaiffeaux . Ou bien
il auroit foupçonné que peut être le
fang étant plus denſe , moins rarefié , dans
la veine que dans l'artere fplenique , à
F'occafion de quelque alteration qu'il au➡
roit reçu dans la Ratte , il pourroit occuper
moins de volume , & devenir par là
en proportion avec la cavité de la veine
qui fe trouveroit moins ample que celle de
Partère. Enfin s'il n'avoit pas été content
de fes conjectures , ce qui arrive à mefure
qu'on est plus éclairé , il feroit convenu
qu'il pouvoit ne pas fçavoir la raifon de
cette difference . Mais cela ne lui auroit
point fait penfer que s'il étoit porté , en
effet, à une partie dans l'état naturel, quatre
fois plus de fang qu'il n'en revient , elle ne
tombât pas bientôt dans un engorgement
funefte , quand il n'y auroit que quatre
goutes de fang qui y fuffent retenues à
chaque
OCTOBRE. 1729. 2351
chaque pulfation du coeur. Car en ne
comptant que le nombre de battements
qui arrivent dans un jour , il auroit compris
que la quantité de fang qui s'accu
muleroit dans la Ratte en 24 heures , feroit
fort fuperieure à fon volume , dechireroit
bien-tôt fon tiffu cellulaire , & c.
Comment donc M. H. qui doit fçavoir
(car quel eft le Medecin qui l'ignore }
que la veine fplenique eft fenfiblement
plus large que l'artere du même nom , &
cela dans la proportion qu'on obferve
fur les autres parties , ( fi on en excepte
le Poulmon , ) & qui par confequent
n'a pas eu même de prétexte pour tom
ber dans l'illufion ; comment , dis - je
s'y eft-il livré fi pleinement , qu'il ait bâti
fur cet amas d'erreurs un fiftême qu'il
débite avec la confiance la plus capable
d'en impofer à ceux qui avec raifon font
prévenus en faveur de fon mérite : il eft
étonnant qu'il ait oublié toutes les refléxions
judicieufes qu'il a femées dans prefque
tous fes Ouvrages , contre les liftêmes
en Médecine , & qu'il ne l'enrichiffe
pas aujourd'hui d'obſervations . Une lon.
gue pratique en fournit plus qu'il n'en
faut , & fait quelquefois perdre l'habitude
de raifonner , fur - tout quand on a
contracté celle de laiffer fubjuguer fa
raiſon , & de vouloir fubjuguer celle des
5
autres
2352 MERCURE DE FRANCE .
autres par le poids humiliant & tirannique
des autoritez . Dailleurs la politeffe qui
deffend de nier des faits , n'empêche pas
de combattre des raifons , ou , pour mieux
dire , des raifonnemens Il auroit donc eu
meilleur marché de fes Lecteurs , s'il avoit
pris ce premier parti , & je penfe affez
bien de la maniere d'obferver, pour croire
que nous n'y aurions pas perdu . Il n'eft
cependant pas difficile fur les obfervations
, pourvû neanmoins qu'elles foient
communiquées par des Auteurs qui ne
refpirent pas le même air que lui . Il n'exige
pas qu'elles foient munies de circonftances
, qui font la feule chofe cependant
qui peut les rendre utiles , il les
adopte fans trop d'examen , & en fait des
regles de pratique. On trouve dans ía
derniere Edition des Oeuvres de M. Bianchi
, que dans les tranfports au cerveau
des hommes , il fait, faigner de la Salvatelle
avec autant de fuccès , qu'on en a
de la faignée du pied, dans les femmes en
pareil cas. Il décide que cette derniere
faignée ne doit être employée dans ces
occafions , que dans les perfonnes du fexe ,
& que pour les hommes , on doit fans
hefiter mettre en ufage celle de la main
par préference. En voilà affez pour engager
M. H. à la regarder comme le
meilleur de tous les moyens pour débar
raffer
"
OCTOBRE. 1729 2353
raffer la tête. Il auroit cependant affez
de peine à concilier les louanges exceffives
qu'il lui donne dans les maladies de
la ratte , avec l'efficacité fpecifique qu'il
lui attribue pour dégager le cerveau ; car
il est bien difficile de concevoir que , fi
cette faignée détourne fpécialement le
fang des rameaux de l'Aorte inférieure ,
elle puiffe l'écarter & l'éloigner des ramifications
de la fuperieure. Elle ne peut
produire le premier de ces effets , qu'en
déterminant , qu'en appellant , qu'en attirant
, pour ainfi dire , la colomne de
fang vers les vaiffeaux où elle fe pratique
, c'est- à- dire , vers les arteres fupérieures
; fi cela eft , comment pourrat'elle
faire couler le fang plus vivement &
plus abondamment vers un tronc , fans
qu'il fe porte en même- tems en plus grande
quantité , & plus vite dans les branches
qui en partent , ou faire que le fang
fe meuve plus vite dans quelqu'une des
branches , qu'en même- tems il ne marche
plus promtement dans le tronc d'où
elles naiffent ? Ainfi la quantité & la viteffe
du fang ne peuvent augmenter dans
les rameaux arteriels qui le fourniffent à
la Salvatelle , qu'elles n'augmentent en
même-tems auffi dans la brachiale d'où
ils le reçoivent , & par une fuite neceffaire
dans la fouclaviere qui le fournit à à
B ` la
1
2354 MERCURE DE FRANCE .
la brachiale. Cette liqueur ne peut cou
ler avec plus de promtitude dans la fou
claviere , qu'elle ne fe préfente plus fouvent
entems égal aux embouchures des
arteres qui en fortent , telles que font la
carotide & la vertebrale. Donc dans le
même efpace de tems , il entrera plus de
fang dans ces arteres , que lorfque fon
mouvement étoit moins rapide dans leur
tronc commun , & fa quantité moins confiderable
; donc en tems égal le fang s'élancera
plus vivement & plus abondamment
au cerveau , qu'il ne le faifoit quand
fon cours étoit plus lent , & que fon volume
étoit moindre dans la fouclaviere ;
donc la faignée de la Salvatelle donnera
occafion à cette liqueur de fe porter au
cerveau en plus grande quantité , & plus
impétueufement ; donc fi cette faignée
convient dans les maladies de la Ratte ,
parcequ'elle empêche qu'il n'y foit pouffé
autant de fang qu'à l'accoutumée , elle ne
fçauroit réüffir dans celle du cerveau , où
elle en détermine un nouveau volume .
Il faut que M. H. opte neceffairement ,
& qu'il dife que cette faignée ne réuffit
que dans les maladies de l'une de ces
parties , & qu'elle doit par cette même
raifon nuire dans les maladies de l'autre,
Il faut auffi qu'il avoue qu'il n'y a aucune
faignée du bras , de quelque veine qu'on
la
OCTOBRE. 1729. 2355
la faffe , qui ne détermine du fang à la
tête , au lieu de l'en détourner. Il auroit
dû fe convaincre de cette verité dans le
Traité de l'Ufage des faignées , s'il l'avoit
lû dans un autre efprit que celui qui pa
roît l'avoir animé ; car quoiqu'il foit vrai
que par l'ouverture des veines du bras on
diminuë le volume du fang des arteres qui
le leur fourniffent , il n'eft pas moins vrai
qu'on l'y appelle en même temsplus abondamment
, & qu'on y hâte fon mouvement.
En effet , les liqueurs fe portant
toujours en plus grande quantité vers le
lieu où elles trouvent moins de réfiftance
il faut que fi la réſiſtance diminuë dans
les arteres d'où le fang eft fourni aux
veines picquées , il faut , dis-je , qu'il y
aborde plus abondamment . Or la réfiltance
que doit furmonter le fang qui
vient du coeur , eft d'autant moindre que
celui qui eft devant lui fe meut plus vîte
, & fuit plus promtement ; cela arrive
quand il peut fe jetter plus vite dans les
veines celles -ci le reçoivent plus aifé
ment , lorfque le fang qu'elles contiennent
a un mouvement plus aifé & plus
prompts of le mouvement du fang eft plus
rapide dans la veine ouverte , qu'il ne l'étoit
auparavant ; en effet , celui qui s'échape
par l'ouverture n'a befoin que de
fendre l'air qui réfifte bien peu , au lieu
Bij qu'il
2356 MERCURE DE FRANCE :
qu'il auroit cu à pouffer & à foutenir la
colomne fuperieure du fang ; il auroit eu
à fouffrir contre les parois des vaiffeaux
plufieurs frottemens qui rabattent à tous
momens quelques dégrés de fa viteffe ; à
foulever & à écarter les parties où les
veines font plongées ; qu'enfin il auroit
eu bien du chemin à faire avant que d'ar- ,
giver au coeur & c. Il eft donc évident que.
le fang marche plus vite dans la veine
picquée qu'il ne faifoit auparavant ; donc
i roule plus précipitamment dans l'artere
qui lui répond ; donc fon cours eft
hâté dans le tronc qui le fournit à cette
artere ; & comme le fil du fang eft continu
, fon mouvement doit être acceleré
de proche en proche tout le long du canal
arteriel jufqu'au coeur ; & par une
conféquence neceffaire , il doit être plus:
prompt qu'il ne l'étoit dans le tronc d'où
fortent les arteres qui portent le fang au
cerveau pendant la faignée du bras. Au
refte , je fuis furpris que M. H. qui ai
me les Analogies ( qui, à la verité, fervent
fouvent à guider les Medecins ) n'ait pas
été frappé de celle- ci . Vous craignez
Monfieur , avec raifon d'augmenter l'inflammation
des hæmorroïdes , en faigrant
du pied. Vous vous garderiez bien
de commencer par cette faignée dans une
inflammation du bas-ventre , & vous.
êtes
OCTOBRE. 1729. 2357
êtes trop bon Medecin , pour n'en pas
redouter les effets dans cette occaſion ;
cependant la faignée du pied devroit dérober
aux vaiffeaux de ces parties enflammées
le fang qui s'écoule par l'ouverture
qu'on fait à la veine. Vous devez donc
dans ces mêmes principes craindre la faignée
du bras dans une maladie du cer
veau , quoique vous dérobiez par cette
faignée une certaine quantité de fang qui,
dites -vous , fe feroit portée fans cela
dans les parties fupérieures . Si avec juftice
vous craignez l'une de ces faignées ,
ce n'eft que parceque vous appellez par
fon moyen dans l'Aorte inférieure & dans
fes rameaux plus de fang qu'il ne s'en
écoule par l'ouverture de la veine ; vous.
devez donc être dans la même inquiétude
' de déterminer par la faignée du bras plus
de fang dans l'artere fouclaviere , qu'il
ne s'en échape par la veine qu'on a picquée
; car ce que l'Aorte inferieure eft à
l'égard des vaiffaux du bas - ventre , l'artere
fouclaviere l'eft par rapport aux vaiffeaux
du cerveau . L'une & l'autre font le tronc
commun d'où partent des rameaux qui
doivent recevoir du fang proportionellement
à ce qu'il en reçoit lui même , &
s'il y a quelque difference , elle doit redoubler
vos craintes , parceque le fang
attiré dans l'Aorte inférieure doit , fe re
B iij partir
2358 MERCURE DE FRANCE .
partir dans beaucoup plus de rameaux,
que celui qu'on appelle dans la foucla
viere , & que la fomme des capacités des
rameaux d'une des fouclavieres , eft beaucoup
moindre que celle des capacités de
toutes les ramifications de l'Aorte inférieure.
Cela n'eft - il pas démontré M. &
ne répond- il pas fans replique à toutes les
objections que vous avez femées dans votre
Ouvrage ?
Mais quoi qu'on vous ôte tout moyen
de réplique , peut- être n'en ferez- vous
point plus convaincu qu'on ait raison , &
que vous demeurerez fidele à vos fenti .
mens ( car vous paroiffez les aimer ) brifons
donc le lien qui vous a attaché à
P'erreur ; je crois l'avoir trouvé . C'eft
un raifonnement que vous avez avancé
avec confiance dans la page 72. de vos
Obfervations fur la faignée du pied ; il
vous a féduit au point de le qualifier d'Ordonnance
de la circulation , & il vous a plû
de maniere que vous le faites reparoître
fur les rangs jufqu'à 27. fois , tant dans
votre Réponse à M. S. que dans vos lon
gues Lettres fur la Revulfion . Mais cette
idée fi chérie qui trouve fi fouvent place
dans vos Ecrits , a tout l'air d'un Enfant
du fommeil Homere ne veilloit pas tou
jours la voici cette preuve fur laquelle
vous comptez tant , & à laquelle vous
croyez
OCTOBRE. 1729. 2359
croyez fans doute qu'on ne refifte que
par un ridicule entêtement . Pour démon
trer que la faignée du bras détourne mieux
que toute autre le fang qui doit le porter
au cerveau . Voici comment vous raifonnez,
ou , pour mieux dire, comment vous
vous exprimez. Les arteres fanguines qui
portent le fang au cerveau foni principalement
les Carotides . La fureté de la faignée
, & fon fuccès , dépendent donc d'ou
vrir la veine qui eft plus à portée , &
mieux en fituation pour dégager les Caro
tides , ou empêcher qu'elles ne s'engouent.
La veine du bras fe trouve dans cette fi,
tuation , parcequ'elle , mieux que toute
autre , peut diminuer la colomne du fang
qui monte par les Carotides , puifque les
Carotides ne reçoivent du fang qu'à proportion
de celui que leur en fournit l'Aorte
afcendante ; or cette Aorte ne renvoye du
fang au cerveau qu'à proportion du volu
me qu'elle en reçoit par les veines Soućlavieres
Axilaires qui rapportent au coeur
le fang du bras & des mains .
1.C'eſt une erreur d'établir que l' Aor.
té afcendante ne fournit du fang aux Carotides,
qu'à proportion du volume qu'elle
en reçoit par les veines Soufclavieres &
Axillaires ; le fang de l'Arte lui vient
du Ventricule gauche du coeur ; celui - cy
ne le reçoit pas des Soufclavieres ; mais
B iiij de
2360 MERCURE DE FRANCE.
de la veine Pulmonaire. C'eſt un fait ,
mais quand on ne prendroit pas vos expreffions
à la rigueur , & que pour vous
juftifier on diroit que l'Aorte ne renvoye
du fang au cerveau , qu'à proporrion
qu'elle en reçoit médiatement & non
immédiatement des bras & des mains.
Cette propofition ainfi modifiée , feroit
encore infoutenable ; car dans ce cas - là
même , l'Aorte renvoyeroit également le
fang qui lui vient des jambes & des pieds ,
comme celui qui lui vient des bras & des
mains , puifque les deux Caves fe dégorgent
en même temps dans la même Oreillette
du coeur : c'eft encore un fait ; ainfi
le fang qui eft porté au cerveau , eſt autant
celui qui à paffé par les pieds , que
celui qui a été rapporté des mains ; & en
diminuant le fang que la Cave inferieure
doit rapporter au coeur , on empêche que
le cerveau n'en reçoive la quantité ordinaire
, comme en diminuant celui des
Soufelavieres , Cęla eſt démontré .
a
2 °. Quand il feroit vrai que l'Aorte
efcen lanie ne poufferoit du fang dans les
Caroti les , qu'à proportion qu'elle en re-
Cevroit des Soufclavieres & des Axillai
res il ne s'enfuivroit pas que la veine du
bras pût mieux que toute autre dim`nuer la
colomne du fang qui monte par les Carotides.
La veine jugulaire le pourroit préci
fément
OCTOBRE. 1729 , 2365
fément auffi bien qu'elle , puifqu'elle fe
jette dans la Soufclaviere , comme la veine
du bras fe jette dans l'Axiltaire : c'eſt
encore un fait.
2
Voilà bien des faits qui anéantiffent votre
argument. Ils font fi peu ignorez
que nous aurions peut- être dû nous épatguer
le foin de les rapporter , & nous contenter
de vous demander , fi dans le Syftême
que l'Aorte afcendante ne renvoye
du fang au cerveau , qu'à proportion
qu'elle en reçoit des bras , & des mains ,
la tête d'un homme vivant qui a perdu
les deux bras , reçoit du fang ou nòn.
Après toutes les fautes , où je viens de
prouver que M. H. eft tombé fur le même
fujet , il s'attend peut - être que je vais
m'en applaudir , mais je n'ai pas fait en
cela une chofe affez difficile , pour qu'elle
m'ait acquis le droit de faillir comme lui .
S'il eft malheureux de ne pouvoir imiter
les grands Hommes , dans les chofes où
ils font grands , il eft quelquefois, fage ,
de ne les pas imiter en tout. Je ris donc ,
quand je vois M. H. prendre des airs de
riomphe , parce qu'il croit avoir furpris
fon adverfaire en faute , fur la traduction
d'un mot. M. S. a expliqué les mots Lains
, membrum fideratum , par partie gangrenée
. M. H. lui reproche qu'il manque
d'érudition , que c'est une méprife,bien
By humi
2362 MERCURE DE FRANCE.
humiliante , puifque fideratio ne fignifie
que paralyfie , & que c'eft une erreur
épouventable , d'imaginer qu'on puiffe
jamais le rendre par gangrene . Voici pour
tant de quoi diminuer cette joye vive &
impétueuſe , qui fuppofe qu'il n'eſt pas
trop accoûtumé à avoir railon : fideratio ,
dans les Dictionnaires de Medecine les
plus eftimez , ( tel que le Lexicon Caftelo.
Brunianum eft traduit par gangrene ; &
c'eft dans ce fens qu'il eft pris pour l'ordi
naire par tous les Auteurs . Il eſt vrai qu'il
fignifie quelquefois apoplexie , & même
paralyfie. Donc , ce n'eft pas un défaut
d'érudition , d'appeller membrum fideratum
, partie gangrenée , puifqu'il le fignifie
en effet ; mais c'eft un défaut d'érudition ,
de foutenir qu'il ne peut être traduit que
par partie paralytique , puifqu'il fignific
auffi , & même le plus fouvent autre cho
fe. Exclure toure autre fignification que
celle de paralyfie , fuppofe qu'on croit
qu'il ne fignifie jamais que cela ; mais
dire qu'il fignifie gangrene , quand il le
fignifie en effet , ne prouve pas qu'on
ignorât qu'il pouvoit être pris quelquefois
pour une autre maladie . Ce feroit
donc une bien plus petite méprife à M. S.
d'avoir traduit ces mots Latins par ceux
de gangrene , quand ils n'auroient pas
-été employez dans ce fens - là par l'Auteur
OCTOBRE . 1729. 2363.
teur , que ce n'en eft une à M. H. de lui
reprocher que ces mots n'ont jamais été
pris pour gangrene , & qu'ils ne peuvent
Fêtre que pour paralyfie . Or ces mots ,
pouvant être pris pour ces deux maladies ,
il n'y a que les circonstances où l'on les
met en oeuvre , qui puiffent déterminer
à les prendre en un fens plutôt qu'en un
autre. Ces circonstances fe font juftement
trouvées réunies pour déterminer à
penfer que l'on vouloir parler d'une gangrene
je vais les rapporter , & le Lecteur.
jugera de quelle façon M. S. a dû en être
affecté. M. Bianchi veut prouver dans une
Differtation , que les faignées dérivatives
débarraffent efficacement le fang engorgé
dans les parties defquelles ou proche defquelleson
les fait pour le faire voir, il rap
porte plufieurs exemples , comme celuid'une
mamelle attaquée d'éréfipele qu'on
a guérie en faignant du bras , du côté du
mal , d'une goutte fciatique , qu'on a fou
lagée en ouvrant la veine du pied du même
côté ; enfin , l'Obfervation de M. Lancifi
, qui a fait faigner avec fuccès d'um
pied qui étoit attaqué de la maladie qu'on
nomme en Latin fideratio. Or , fifideratio
veut dire dans cet endroit Paralyfie ,
M. Bianchi , loin de prouver fon fenti-.
ment , confirme celui de M. S. qui y eft .
directement oppofé : en voici la preuve.
B vj
L2
2364 MERCURE DE FRANCE .
La Paralyfie ne vient pas de ce que le
fang eft engorgé , embarraffé , arrêté
dans la partie privée de fentiment & de
mouvement ; mais elle dépend de la compreffion
, de l'obftruction , ou du relâchement
, que les nerfs qui s'y diftribuent ,
fouffrent dans leur principe , c'est - à- dire
dans leur cerveau ; ainfi le fuccès de la
faignée du pied dans cette occafion , démontre
feulement qu'elle eft très- propre
à débarraffer la tête , qui eft la fource du
mouvement & du fentiment , & prouve
uniquement l'utilité de la faignée révulfive
( ce qui eft contraire à ce que M. Bianchi
le propofe de montrer dans cet Ouvrage
) mais il ne fait pas voir qu'elle ait
guéri , en rétabliffant dans la jambe malade
, le cours arrêté des liqueurs , puifque
ce n'étoit pas leur engorgement qui
faifoit la Paralyfie ; ainfi on n'en pourroit
rien conclure en faveur de la faignée.
dérivative , qui eft celle pourtant dont il
sagiffoit de prouver les avantages. L'Obfervation
que rapporte M. Bianchi , ne.
pouvant donc lui être favorable , qu'autant
que la maladie dépendoit de l'engorgement
des liqueurs , que la faignée faite
à la partie même auroit diffipé , M. S.
ne pouvoit & ne devoit pas penfer que
dans ce cas , fideratum voulut dire Paralyrique
, car il devoit avoir affez bonne
opiOCTOBRE.
1729. 2364
y
opinion de M. Bianchi , pour croire qu'il
fignifioit un mal , où l'arreft du fang dans
la partie même y produifoit tout le défordre
; ajoûtez à cela que M. Bianchi
ne difant pas que le malade dont il s'agit
, fut tombé auparavant en apoplexie ,
ce qui auroit peut- être donné l'idée des
fuites de cette maladie ( je veux dire de
la Paralylie ) celle de gangrene a dû naturellement
fe préfenter à l'efprit . Je ne
fçai pourtant pas fi dans le lieu où cela
eft placé , & dans le deffein pour lequel
il est mis en ufage , la circonftance de
l'Apoplexie qui auroit précedé , n'auroit
pas dû faire penfer que la gangrene étoit
furvenue à la Paralyfie : Car il n'eft pas
rare qu'une partie paralytique fe gangrene.
Si dans les quarante- cinq ans que
M. H. a fait la Medecine , il n'a pás vû
ce fait , il le trouvera dans tous les Auteurs
; & comme il eftime plus les Etrangers,
que fes Concitoyens , je le renvoye
rai à la page 9 5. du Confpectus Chirurgie,
de Junckerus , qui met la Paralyfie au
nombre des caufes de la gangrene .
RE2366
MERCURE DE FRANCE .
******: *********
REMERCIMENT à Lucine , par un
Cadet de Caux , en Normandie , pour
le gain de fon pary , inferé dans le Mercure
d'Août 1729 .
Sceau Ceau des Amours , chafte Lucine ,
Déeffe à la face argentine ,
Dont les favorables regards ,
M'ont enfin accordé par leur douce influence ,
Ce qui faifoit toujours ma plus chere efpérance
,
Je ne veux m'enroller que fous tes Etendarts.
Ma Mufe , malgré fa mifere ,
Contente d'être fublunaire ,
Ne te demandera plus rien ;
Ofera - t- on traiter & de folle & de vaine ,
Celle dont depuis peu la ſcience certaine ,
A l'Etat attentif prédit un fi grand bien
La Déeffe capricieuſe ,
La Fortune cette trompeufe',
Par trois fois ne me déçût pas ;
Car quand elle fit naître une aimable Princeffe
,
Je
OCTOBRE. 1729. 2367
Je fçavois bien alors que notre politeffe ,
Veut que le fexe en France ait les honneurs du
+
pas.
Cette folâtre qui fe joue ,
A fe balancer fur fa roüe ,
Semble nous rire , & puis s'enfuit ;
Mais la volage enfin , en ma faveur décide ,
Et me fait fouvenir que pour former Alcide ,
Jupiter employa jadis plus d'une nuit.
C'eft fouvent par fon inconftance ,
Qu'elle releve l'efperance ,
Du Mortel le plus maltraité ;
Et lorfque , par bonheur , je gageai cent Pif
toles ,
Sans m'allarmer de foins , ni de craintes fri
volles ,
Je m'afurai d'abord fur fa legereté.
Enfin , ce DAUPHIN vient de naître ,
Ce Fils , qu'un fort , toujours le Maître
Donne à nos coeurs prefque abbatus.; .
Ce bonheur de nos jours , célebre dans l'Hif
toire ,
Fera revivre la mémoire ,
Du meilleur Empereur , & de fon fils Titus
Auffi , j'emporte la gageure ,
San
2368 MERCURE DE FRANCE.
Sans que le perdant en murmure ,
Tout le peuple s'en réjouit :
Mais lorsque je le vois , par troupes affemblées
,
S'efforcer d'exhaler fon amour en fufées ,
De même mon plaifir paffe & s'évanouit.
De mon gain je perds l'avantage ,
Sans que je puiffe du naufrage ,
Sauver la moindre portion ;
Car bientôt malgré moi deux griffes publi
caines ,
Se jettant fans pitié ,tout à coup fur les miennes
,
Le prendront pour payer ma Capitation .
Mais helas ! malheureux , que dis -je ,
Et quel vil interêt m'afflige ,
Lorfque tout le monde eft content ?
Noh ,
i
, pour un Chef facré, né pour le Diadême
,
Moi , Cadet des plus gueux , aux dépends du
mien même ,
Auffi- tôt qu'un aîné , je payerai contant.
Daigne donc fecourable Hecate ,
De l'efperance qui me flatte ,
Nous donner des effets nouveaux ;
Et
OCTOBRE . 1729. 2369
Et qu'après avoir fait encor neuf fois la
ronde ,
Notre Reine , toujours de plus en plus féconde
,
Avec toi fe rencontre au figne des Gémeaux.
LE CLOUTIER.
88888888
EXAMEN de la Conférence fur la
Mufique , inferée dans le deuxième Volume
du Mercure de Juin 1729 .
page 1281.
E titre de Conférence fur la Mufique annonce
affez l'Ouvrage d'un Muficien ; mais
où eft celui qui ofera l'avouer , ou qui pourra
foutenir les Paradoxes qu'il y avance ? A- t- om
eu deffein d'en impoſer , ou bien nous dit on
de bonne foy. ce qu'on penfe ; eft - ce pour.
donner plus de poids à la Critique du denxiéme
Muficien , qu'on fait faire au premier un défaveu
, où il n'y a nulle vrai-femblance , ou
bien a t- on intention de décrier un Livre dont
le deuxième Muficien , même , tire le principe
, fur lequel il préterd appuyer fes fauffes
conclufions ? Car la Baſe fondamentale dont
il fe pare , & qu'on adopte de plus en plus
en Europe , ne doit fa naiffance qu'à ce Livre ,
c'est là qu'il en eft parlé pour la premiere fois ,
& que ce principe de l'Harmonie inconnu
jufqu'alors, eft développé ; c'eft là où se trouve
en partie la Méthode d'accompagnement attaquée
par le deuxième Muficien , & même tout
ce
2350 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'a de bon celle qu'il veut faire prévalor
en un mot , c'eft là que réfide le principe de
toutes les Méthodes en Mufique , & c'eft-la
l'écueil où viennent échouer les erreurs , les
contradictions , les preuves infuffifantes , les
Critiques aveugles , & le comble d'ignorance
d'un Muficien , lorfqu'il récufe une Méthode
d'accompagnement , fur ce qu'elle exige la
connoiffance du Mode.
Comme l'Auteur de la Conférence , qu'on
peut fuppofer ici être le deuxième Muficien ,
ne fait qu'y toucher legerement les queftions
les plus importantes , en difant que ce n'étoit
pas- là le fujet pour lequel on s'étoit affemblé ;
on fe contentera de montrer les groffes erreurs
, en attendant un détail féparé fur cette
matiere .
Le deuxième Muficien adopte la baſe fondamentale
pour principe de l'Harmonie ; mais
craignant apparemment l'éclat de la lumiere
il ne l'admet que pour expliquer la Théorie
de cet Art , comme fi la Pratique n'en dépens
doit pas également.
Il nie que l'accord parfait , & par conféquent
la bafe fondamentale , doivent fe tirer
de la réfonnance du corps fonore , en difang
que ce corps ne fait entendre les trois fons
differens de l'accord parfait que par accident ,
comme, par exemple , quand il a été trop
forcé ; puis il avance de lui- même que ce fut
envain qu'on chercha à vérifier fi le corps fonore
faifoit entendre l'accord parfait ; pour
prendre de là occafion de foutenir que le fon
peut toujours être feul ; en quoi confifte l'explication
curieufe qu'il fait de la nature du
fon : mais dès qu'on entend une fois les trois
fons differens de l'accord parfait , dans le corps
fonore 7
OCTOBRE 1729. 2371
fonore , eft ce la faute du corps , fuppofe
d'ailleurs qu'il foit parfait dans fon efpece
ou celle de nos organes , ou celle de l'opération
, fi on ne les y attend pas toujours ? Cette
remarque doit fuffite à préfent ; & l'on promet
de prouver ce fait d'experience , de maniere
à n'en pouvoir abfolument douter , dans
le détail féparé qu'on vient d'annoncer .
Pour furprendre le Lecteur , ce deuxiéme
Muficien abufe de l'habitude où l'on eft , dans
la Pratique , de donner à un même accord des
noms differens , foit par rapport aux differens
Modes où il peut avoir lieu , foit en conféquence
de quelques fons qu'on en peut retrancher ,
foit par le privilege de la Note fenfible qui
peut s'y rencontrer : mais fi l'on ramene toutes
ces diftinctions frivoles à leur principe ,
bien- tôt on verra ce même Muficien convenir
des faits qu'il prétend nier.
Ce qui conftitue un accord diffonant , c'eft
la Diffonance qui y régne ; par exemple , cet
accord , re fa la ut , ett appellé accord de 7 ° . à
caufe de la te ré ut qui s'y trouve ; de forte
que fuppofé que le fa y foit diexé pour former
la Note fenfible , ou fuppofé qu'on en retranche
les fons moyens fa & la ; ce n'en eft
pas moins un accord de 7e. aux yeux & aux
oreilles de tous les Muficiens : par conféquent
fi l'on appelle l'affemblage de ces trois fons ,
fol ré ut , accord de 4° . à caufe de la 4º . fol ut
qui y régne , ce n'eft pas moins le même accord
que ceux de 7e . fuperfluë , ou de 9. & 4e
ainfi nommez quand ils font complets avec
ces cinq fons differens , fol ré fa la ut , où fa
peut être diezé pour former la Note fenfible ,
puifque la même 4. fol ut , régne également
par tout , puifqu'elle y fait la même impreffion
,
2372 MERCURE DE FRANCE.
fion , & puifqu'elle fait fouhaitter de tous côtez
la 3e. de leur Baffe actuelle fol , foit qu'on
y dieze le fa , foit qu'on en retranche les fons
moyens fa & la; de forte que ce qui eft fon
damental d'un côté , l'eft neceffairement de
l'autre , de même que dans l'accord de 7° . qui
vient de nous fervir d'exemples , où re eft toujours
fondamental , de quelque façon qu'on
tourne ledit accord.
Ce n'eft cependant pas ainfi que le 2. Muficien
juge de la Baffe fondamentale , c'eſt feulement
par les differens noms de l'accord.
Quand il donne à l'accord le nom de 4º. il
veut que la Balfe actuelle en foit la fondamentale
; quand il lui donne celui de 9. & 4 ,
toutes les deux ensemble , ( ce qu'il faut bien
remarquer c'est encore le même fondement
& quand il lui donne le nom de 7. fuperfluë ,
où pour lors l'accord eft auffi complet que celui
de 9. & 4. il avouë que la dominante ;
c'est- à - dire , la pre de la Baffe actuelle , en eft
la fondamentale , & que cette Bafie actuelle
n'y eft plus qu'une note fuppofée , comme
cela eft effectivement par tout.
Des contradictions fi groffiéres doivent faire
mal augurer des preuves qui les accompa
gnent; auffi celles que donne le 2 Muficien
ce fujet , n'ont- elles rien que de commun
avec les autres Diffonances ; encore n'eft-il
pas vrai que la 4te , quelle qu'elle foit , n'ait
jamais lieu que dans le i Tems de la Meſure ,
comme il le prétend
P
•
Ce Muficien n'eft pas moins dans l'erreur
lorfqu'il fuppofe que les accords de 9º & de
te , fimples ou non , fe renverfent comme on
le vérifiera en tems & lieu.
Il rejette la raifon du 1. Muficien , qui condamne
OCTOBRE. 1729 2373
damne le paffage de l'accord parfait de ré
je Mineure , à celui defol ; puis il l'approuve
á la faveur d'une Bafle arbitraire que fon feul
goût y détermine ; comme fi le même fond
Harmonie ne fubfifloit pas également de
part & d'autre , & comme fi la loy impofée à
une confonance , auffi bien qu'à une diffonan
ce, ne devoit pas toujours être obfervée, quelque
progrès qu'on donne à la Baffe. Il ne peur
cependant s'empêcher de convenir enfuite que
la ze de ré ne doive être jointe pour lors à l'accord
de fol ; mais parce qu'elle eft dure , à ce
qu'il dit , il veut que l'Accompagnateur la retranche
, comme s'il n'étoit pas du devoir de
celui-ci de rendre fon Harmonie complette .
relativement à la modulation , dont les accords
& leur fuite doivent entretenir l'impreffion ;
& comme fi la 6te qu'on ajoûte , pour cette
raifon , à l'accord parfait de fol dans le Mode
de ré , dont il s'agit ici , felon lui , étoit autre
chofe que la 2e de ré , qu'il eft forcé d'y admettre.
Il termine enfin tant d'heureufes fubtilitez
par une fauffe comparaifon , & par une
citation mal entendue , pour fe donner apparemment
le plaifir de dire que le r ' Muficien
a défavoué fon propre Ouvrage à cette occa
fion: mais du moins , pour colorer une telle
calomnie , falloit- il le trouver en deffaut : car
fi l'on voit fol porter l'accord parfait en fuccedant
à fa , dans le Mode d'ut ( ce qu'il devoit
ajoûter ) c'eft que fol eft fufceptible de repos ,
comme toutes les Dominantes dans la régle de
l'ge , & comme cela fe pratique à tous momens
de forte qu'en vertu de ce repos , la
Dominante n'étant plus fujette à la régle qui
deffend de faire monter la 3º Mineure fur l'ge .
ira
peut
2374 MERCURE DE FRANCE.
peut porter l'accord parfait ; finon elle doit .
toujours porter l'accord de 7 , ou celui de g :
mais comme ce n'eft pas toujours le jugement
qui fait obferver les régles de la Mufique , il
n'eft pas étonnant qu'après avoir embrouillé
l'accord de 4te , ce ze Muficien ait encore confondu
celui - ci .
Le 2 Muficien peut n'avoir parû juſqu'ici
que mal habiles mais il devient paffionné &
jaloux , quand il attaque perfonnellement le
fur fa Méthode d'accompagnement con--
noît - il cette Méthode , expofe - t - il la fienne
propre , & comment prouve- t-il que celle-ci
eft la plus parfaite ! Cela eft bien- tôt dit , &
la maniere dont il veut perfuader qu'il a rai
fon , eft tout-à- fait nouvelle.
1. Votre accompagnement , dit- il , au r
ne s'accorde pas toujours avec de la Mufique
bien composée où a- t- il vû cela , ou en eft la
preuve.
2°. Il est presque toujours mêlé de Diffonnances:
fi cela eft , c'eft un heureux deffaut , fuppofé
que les Diffonances y foyent employées à
propos : mais ce n'eft pas là ce que ce Muficien
attaque ; ce qu'il veut dire , eft qu'on doit
fe foumettre à l'intention de l'Auteur ; com-
'me s'il étoit au pouvoir de celui - ci de priver
PHarmonie , qu'il a une fois employée , de ce
qui lui eft propre ? Quelquefois , ajoûte t- il ,
les Diffonances n'y sont pas sauvées ; s'il connoifoit
la Méthode , il verroit que cela eft impoffible
, & que c'eft en ce cas , comme en bien
d'autres , qu'elle a plus de perfection que celle
qu'il y oppofe .
30, La même Diffonnance y dure quelquefois
trop long- tems. C'eft apparemment autant que
Péxigent Harmonie , & la durée des accords ;
un
OCTOBRE 1729.
2378
un Muficien peut- il s'exprimer de la forte ?
4. I autorife deux 8s dans le deffus . C'eſt
ce qu'il faut démontrer , avant que de le critiquer
, qui plus eft , pour foutenir que c'eft une
faute , il en faut dire la raiſon , l'autorité n'a
point de droit dans les fciences .
5. Les petites mains ne peuvent l'executer.
Qui eft- ce qui lui a dit cela , où l'a -t- il vû , où
en eft la preuve , quelle chicane
6. Voici où l'oeuvre fe couronne ; il condamne
cette Méthode , parce que tour У eft
fondé fur la connoiffance du Mode n'étant
pas poffible , dit- il , même aux plus fçavans de
le connoitre continuellement . Jamais pareille
Critique n'a pu fortir de la bouche d'un Muficien
, car qui ne connoît pas le Mode en accompagnant
eft un Voyageur qui ne fçait of
il eft , ni où il va. Peut- on faire une plus grande
injure aux Sçavans ; eft ce ainfi qu'on def
fend la caufe commune ? Il fied bien après cela
de reprocher à une Méthode d'accompagnement
qu'elle ne s'accorde pas toujours avec
l'intention de l'Auteur ; comme s'il étoit poffible
de s'y conformer , & d'ignorer en même-
tems les differens Modes que cet Auteur a
parcourus dans fa compofition,
Si l'on connoifloit bien la Méthode dont il
s'agit , on verroit que c'eft la feule par le
moyen de laquelle on puiffe juger fainement
de la bonté , ou du deffaut des chiffres : auffi
l'Ecoliere dont le 2e Muficien veut parler , ne
manquât - t- elle pas apparemment de lui en
donner des preuves , en lui reprochant le défaut
de fes chiffres : mais au lieu de lui en faire
un mérite , il fait retomber fur elle le trait .
d'ignorance qui vient de fa' part , & dont il
convient même en avouant enfuite que la
2e
1376 MERCURE DE FRANCE :
4
e de ré doit être jointe à l'accord de fol , défigné
fur ce même ré par le chiffre : & quand
la raifon qu'il apporte , pour Prouver que
cette e peut être retranchée pour lors , fefoit
recevable, elle ne regarde tout au plus que
le goût , qui certainement met obftacle en cet
endroit , à la connoiffance du fond ; car le
fond de l'Harmonie nous apprend que l'accord
parfait de fol annonce le Mode de fol, done
il n'eft nullement queftion ici , & fi l'on avoit
préfentés les Notes pofées par ce 2 Muficien ,
peut être qu'on y verroit encore qu'il n'eſt
point queftion du Mode de ré , à l'endroit du
chiffre de forte que ce ne feroit plus la 2 de
mais un autre intervale qu'il y faudroit joindre
pour lors.
4
e
Mais j'ai chiffré felon l'Auteur , dira cè
2e Muficien ; donc , vous devez fuivre fon intention
? Si c'eft fur le chiffre qu'il fonde l'intention
de l'Auteur comme il n'en faut pas
douter , c'eft une autre affaire ; ainfi quand le
chiffre fera faux , foit par la négligence de
l'Auteur , foit par celle du Copifte , ou de
l'Imprimeur , il faudra donc faire un mauvais
accord. Voilà les erreurs, où nous jette infailliblement
le deffaut de connoiffance : vous verrez
auffi que le Ir Muficien voulant foutenir ,
en cette occafion , la raifon de fon Ecoliere ,
n'aura défaprouvé que les chiffres : mais pour
le mettre abfolument dans fon tort , il falloit
lui faire condamner la compofition , & fuppo
fer que cette compofition étoit des plus habiles
Muficiens du fiècle.
Il y auroit bien d'autres petits articles à relever
dans cette Conférence , où l'on n'a pas
eu plus d'égard à l'équité , & à la bonne foy ,
qu'à la vrai femblance : mais il fuffit à préſent
d'avoir
OCTOBRE. 1729.
2377.
d'avoir fait connoître l'aveuglement de fon
Auteur dans ce qui concerne le fond.
On donnera dans peu un Parallele des deux
Méthodes d'accompagnement dont il s'agit..
*****:*** X * XX :XXX
CHANSON , chantée à Table an
Croifil , en Bretagne , au fujet des Réjou
fances faites pour la Naiffance du
DAUPHIN.
Par Me de Malcrais de la Vigne,
Toutes les villes de France
Pour le DAUPHIN
Marquent leur réjouillance ;
C
Chantons fans fin ,
Et , comme elles , faiſons auffi ,
Charivari.
N
Notre Ville s'illumine ,
Mais vertubleu
C'eft furtout à la Cuiſine ,
Qu'on fait grand feu ;
X
Je vois qu'on veut faire aujourdhui
Charivari.
juevitado
Amis , qu'à boire on s'apprenasl
I
N'épargnons rien ,
2 *
CAD Quand
2378 MERCURE de France .
Quand Bacchus eft de la Fête ,
Que tout va bien !
Les plaifirs viennent avec lui,
Charivari.
Doublant trois fois la meſure
* Les Capucins , *
Chantent la bonne avanture ,
Leurs hanaps pleins ,
Difant au Dauphin grammerci ,
Charivari .
Le falpetrefait merveille
Dans le Convent
Saint François prêtant l'oreille
Du Firmament ,"
A crié , Freres , qu'eft ceci è
Charivari .
M
?
Un DAUPHIN , réplique un Frere ,
Nous eft venu ;
Des Cieux alors le bon Pere
A répondu ,
Recommencez
, s'il eft ainfi
Charivari
Dans le tems de la Vendange ,
Les Capucins lumerent des Feux , & ti-
"Vereno du Canon dans leur Enclos,
Ce
OCTOBRE . 1729. 2379
Ce Prince eft né :
Saifon digne de loüange ,
Temps fortuné ,
Tu nous fais braver le fouci
Charivari ,
Vive la Reine de France ;
Vive Louis :
Vive l'Illuftre Alliance
Des Leſzenskis !
Vive le Roi , vive fon Fils
Charivari.
Autre Chanfon du même Auteur , fur l'air:
Cherchons la paix dans cet Azile.
DE ce Repas , Critique auftere ,
Ne vien point altérer la paix ;
De ton poiſon la doſe amere ,
Dans ces Cantons' ne fe goûta jamais ;
Que l'efprit gai , doux & fincere ,
Déploye ici feulement fes attraits .
Amis , mettons- nous en haleine :
A quoi nos goziers font- ils bons ?
Mieux que l'Amour , Bacchus enchaîne ,
Des coeurs unis au milieu des flaccons !
Buvons , buvons à taffe pleine ,
Autant de coups , font autant de chaînons.
Cij
RE2380
MERCURE DE FRANCE:
REJOUISSANCES de la Ville
de Grenoble.
'Honneur que nos Rois ont bien vou-
Llu conferver au Dauphiné, dejregarder
le nom de cette Province comme le Titre
fingulier de leurs Fils aînez , eft un honneur
trop diftingué pour elle , pour pouvoir
exprimer l'excès de fa joye. Si la
Naiffance du Dauphin , par lequel nos
voeux viennent d'être comblez , eft regardée
avec juftice comme un prefent du
Ciel , fait non-feulement à la France, mais
à l'Europe entiere , quels ont dû être les
tranfports d'une Province , qui dans une
felicité fi generale , trouve encore les motifs
d'une allegreffe particuliere ! le récit
des marques qu'il lui a été poffible de
donner de la joye , ne peut peindre les
fentimens , quoiqu'unanimes , de tous les`
coeurs.
La Ville de Grenoble , comme la Capitale
& le Siege des Commandáns &
du Parlement de Dauphiné , a cherché de
fignaler fon zele , auffi - tôt que les ordres
du Roi y ont été envoyez par S. A. S.
Monfeigneur le Duc d'Orleans , Gouverneur
, M. l'Evêque , M. le Prefident de
Grammont
OCTOBRE. 1729. 2381
Grammont , Commandant , & Mrs du
Parlement , concertèrent enſemble les
Réjouiffances de trois jours , la necef
fité des préparatifs a forcé de les remettre
au Dimanche 25. Septembre . Elles commencerent
ce jour - là par une grande
Meffe celebrée dans la Cathédrale , à
laquelle la Nobleffe la plus diftinguée fut
invitée , & le Parlement y affifta en robes
rouges , ainfi que la Chambre des Comp
res , en habits de ceremonie ; cette Meffe
fut fuivie d'une Proceffion , à laquelle
M. PEvêque porta le S. Sacrement , qui
fut accompagné par la Nobleffe , le Par
lement , la Chambre des Comptes , &c .
Les rues étoient tendues & ornées de
Meubles les plus magnifiques. Après cette
édifiante Ceremonie , qui ne finit qu'à
trois heures après midi , tout ce qu'il y
avoit de plus diftingué dans la Ville , fe
rendit au Palais Epifcopal , où M. l'Evêque
donna un repas magnifique. La table
étoit de 40. Couverts , fervie avec la
derniere profufion & la plus grande dés
licateffe.
Le foir l'illumination fut generale ; des
Fontaines de vin & une grande quantité
de Fufées , diftinguerent encore le Palais
de M. l'Evêque , auquel ce premier jour
étoit échû.
Le Lundy 26 , le Marquis de Marcieu ,
Cij Gou2382
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Grenoble , raffembla en
core par un Dîner (omptueux , tout ce
qu'il y avoit de confiderable dans la Ville,
dans tous les Ordres deux Tables, de
20. couverts chacune, furent fervies avec
abondance & délicateffe , les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le
Dauphin , furent buës au bruit de toute
l'Artillerie de la Citadelle . Sur les cinq
heures du foir , M. le Gouverneur marcha
vers la Citadelle , fuivi de toute la
Nobleffe & du Militaire , pour affifter au
Te Deum , le Parleurent & la Chambre
des Compes s'y rendirent en habits de
ceremonie. M. l'Evêque officia . Après
cette feconde action de graces , le Préfident
de Grammónt , Commandant , fe
rendit dans la Place publique , où il mit
le feu au bucher qui y avoit été préparé.
le Bataillon de Royal Artillerie & la Milice
Bourgeoife , étoient en bataille autour
du Feu ; trois falves de Moufqueterie &
de 65. pieces de Canon , répondirent aux
acclamations du Peuple ; les Illuminations
& les Feux particuliers augmenterent
la joye publique , & la journée finit par
un Souper magnifique chez le Préſident
de Grammont , où toutes les perſonnes
d'un état diftingué avoient été invitées.
Pendant ce Souper on fit couler des Fontaines
de vin pour le Peuple , & il fut tiré
un
OCTOBRE . 1729. 2383
un grand nombre de Fufées & d'autres
Artifices .
Le Mardy 27. le Parlement & la Chanbre
des Comptes , voulant donner des
marques particulieres de la joye dont ils
font penetrez , fe rendirent fur les cinq
heures dans l'Eglife Collegiale de S. André
, ancienne Chapelle du Dauphin , ou
ils firent chanter le Te Deum , de la compofition
du fieur Bernier ; après quoi toute
la Ville fe rendit chez M. de Fontanicu,
Intendant , auquel ce troifiéme jour étoit
deftiné , conjointement avec la Ville. Le
grand Appartement de l'Hôtel de Lefdiguieres
, le magnifique Jardin & les Terraffes
de cet Hôtel , fe trouverent fomptueufement
illuminez par des Lampions
& des Pots - à- feu qui reprefentoient les
ornemens de l'Architecture , des Baluftrades
& du Parterre . Tous les arbres du Bois
& de la grande allée , portoient chacun
une Lanterne. La Porte de l'Hôtel étoit
décorée d'Illuminations , au-devant defquelles
s'élevoit une Fontaine publique
ornée d'Infcriptions , & formée par quatre
Dauphins , qui par leurs Mules , verfoient
le vin au Peuple avec abondance ;
quatre bandes de Violons , répandues dans
le Bois , excitoient le Peuple à former des
Danfes. L'Illumination & les Feux étoient
generaux dans toute la Ville , & des FonĊ
iiij taines
2384 MERCURE DE FRANCF .
taines de vin , ornées de Peintures & d'Inf
criptions , à chaque place.
Sur les 8. heures , tous les Conviez ,
au nombre de plus de 150. fortirent de
l'Appartement de l'Intendance pour fe
rendre fur la Terraffe qui donne fur l'Ifere;
au milieu de cette Riviere étoit un Bâtiment
magnifique , réprefentant un Temple
orné des Statues de la Juftice , de la
Paix , de l'Abondance , de l'Efperance ,
& c. avec differens Emblêmes & Deviles ;
Ce Bâtiment étoit furmonté d'un Obélifque
à 12. faces , fur chacune defquelles
étoit réprefenté un Signe du Zodiaque ,
avec une Vertu particuliere. Cet Obélifque
étoit couronné par des Dauphins entrelaffez
, qui foutenoient une Fleur de Lys .
L'idée de toute cette Architecture étoit
de réprefen: er l'Horoſcope heureuſe du
nouveau Dauphin. Un Dragon , auquel
Madame de Fontanieu mit le feu , fit partir
un Artifice confiderable , parfaitement
executé , & qui pendant une demie heure
entiere , enflamma toute la décoration.
Après le Feu tous les Conviez retournerent
à l'Intendance , où quatre Tables
de 25. Couverts chacune , fe trouverent
magnifiquement & fomptueufement fervies
, fans compter un grand nombre de
petites qui fe formerent dans differens en .
droits de l'Appartement. Le Soupé fut
fervi
OCTOBRE . 1729. 2285
fervi fans aucune confufion , & dura deux
heurès.
Dans le même temps Mrs les Confuls
donnoient dans un autre Appartement ,
leur Feftin particulier de so . Couverts.
Ces deux Repas finis , tous les Convives
fe raffemblerent à l'Intendance , & pafferent
dans une Salle très bien illuminée ,
& déja remplie d'une partie de la Bourgeoifie
la plus confiderable , placée fur
des Gradins. M. de Fontanieu fit executer
fur un Théatre qu'il avoit fait dreffer
exprès , une Repréfentation de deux Co.
médies Italiennes ; fçavoir , la Surpriſe de
l'Amour & le Carillon , elles furent répréfentées
par la Troupe du fieur Francifque,
avecungrand fuccès . Dix Valets de Chambre
apporterent toutes fortes de Glaces &
de Rafraîchiffemens dans l'intervale d'une
Piece à l'autre. Enfin le Spectacle fini ,
les jeunes Dames & les jeunes Cavaliers
formerent un Bal qui dura jufqu'au jour
pendant lequel on leur fervit encore de
nouveaux Rafraîchiffemens . Le lendemain
la Troupe de Francifque , établie à
Grenoble , donna au Peuple la Comédie
gratis.
M. P'Evêque termina toutes ces Fêtes
par un Acte recommandable de fa pieté.
Après avoir officié, il diftribua lui- même à
la porte de fon Palais , à dîner à 7. ou 800
Cv Pauvres
2386 MERCURE DE FRANCE:
Pauvres , & leur fir un Difcours fort
pa
thétique fur ce qu'ils devoient faire dans
leur état . Ils eurent chacun deux livres
de pain , deux livres de viande , & une
portion de vin , qu'ils alloient prendre à
une Fontaine publique . Ce Prélat étoit
affifté dans une oeuvre fi digne de ſon caractere
, par tous les Curez de la Ville
aufquels il donna enfuite à dîner , ainfi
qu'à tout ce qu'il y a d'Ecclefiaftiques
dans Grenoble de plus confiderables .
PIECES de Poëfie , employées aux
Décorations faites à Grenoble , par
M*** fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
G Allis furgebat Laurus , crefcebat Oliva ,
Hoc unum Superi Lilia nulla dabant ,
Catera quid profunt Gallis fi Lilia defint ,
Quid Laurus Gallos , heu ! quid Oliva juvat?
Plaudite , Diis genita , atque Deos genitura
MARIA ,
Gallorum votis Lilia nata.dedit.
Mars pour couronner nos Guerriers
Dans nos champs feme des Lauriers ,
Pallas d'une main attentive ,
A fon tour cultive l'Olive ,
A
OCTOBRE . 1729. 2387
Il ne nous manquoit que des Lys ,
Sans eux tout eft pour nous fans prix ,
Sans eux notre Olive eft fans grace ,
Sans eux notre Laurier s'efface :
Ah ! triomphez , François heureux ,
Puifqu'un Lys manquoit à nos voeux ,
Tout confpire enfin à nous plaires
De Rois Epoufe , Fille & Mere ,
MARIE a pris foin d'appuyer
Notre Olive & notre Laurier.
Gallia da plaufum , partu tibi ſurgit eodem,
Regis , Regina , gentis , & orbis amor.
France en Héros toûjours féconde ,
L'Augufte Mere d'un DAUPHIN ,
Vient de réunir dans ton fein ,
Tout ce qu'a de plus cher le Monde.
PLaudit Laudite io Galli Regina : hoc Numine tutas
Lilia, Religio, Laurus , Oliva vigent.
Riomphons ! L'Augufte MARIE ,
De la France nouveau Genie ,
Par la Naiffance d'un DAUPHIN , "
Cvj Des
2388 MERCURE DE FRANCE;
Des Bourbons conſervant la gloire ,
Fixe à jamais dans notre Sein ,
La Foi, la Paix & la Victoire.
Foeta Diis charites peperi : Regina Sorores ,
Idalium fratrem nunc parit ipfa Deum
DE la main des Dieux couronnée ,
MARIE embellit tour à tour ,
Des fruits d'un heureux Hymenée ,›
Son Augufte Epoux & fa Cour ;
Son Sein à trois nouvelles Graces ,
Commença par donner le jour ,
Elle vient encor fur leurs traces ,
De l'embellir d'un jeune Amour..
Noftris Oftris Dii vićti votis , viétique dolore ››
Tandem noftra, novo Cafare vota beant
Longam , eredo , moram , fuperi fecére petitis ,
Ut crefcente mora , crefceret & pretium ,
Si Patrem , Matrem , proavos virtutibus aquer,
Etfi multum emptus non fat emendus erat.
SEnfible Enfibles à nos juftes craintes ,
Touchez de l'ardeur de nos plaintes ,
Les Dieux nous accordent enfin a
Un
OCTOBRE. 1729.
2389
Un jeune Cefar , un DAUPHIN ,
Long temps ils le firent attendre ;
Mais ce ne fut que pour le rendre
Digne de nous & digne d'eux :
S'il imite un jour fes Ayeux ,
S'il a les vertus de fon Pere,
S'il a les vertus de fa Mere ,
Quelques voeux qu'il ait pû coûter ,
Nous n'avons pû trop l'acheter.
Y
Gallis mille parit flores Regina perennes »
Queis fefe decorat , Gallicus omnis agerð,
Quos peperit plaudunt fibi Flores , Lilium at unum
Mox nafcens, Florum vincit honore decus
L'Augufte Epouse de Louis ,
De Fleurs fçait embellir la France ;
Mais fur ces Fleurs , un jeune Lys ,
A qui fon fein donne naiſſance ,
Merite d'emporter le prix.
>
Mne fremat monftrum , crimen pallefent
& error ,
04
DELPHINUS nafcens Herculis inftar erit,
Nafcitur ex divo virtutum fanguine . Sanguis.
Virtutum certo funere , monftra necat.
2.
Que
2396 MERCURE DE FRANCE.
Ue l'erreur , le libertinage ,
QPâliffent de honte & de rage ,
D'un DAUPHIN naiffant , le Berceau
Se change pour eux en tombeau ;
Hydres trop fouvent renaiffantes ,
Fuffiez- vous encor plus puiffantes
Monftres , vous ne renaîtrez plus ,
Et ferez forcez de connoître ,
Que le Prince qui vient de naître ,
Naît du Sein même des Vertus.
******* XX :XXXXXX
REJOUISSANCES faites à Soiffons .
'Heureufe nouvelle de la Naiflance de
Monfeigneur le Dauphin arriva à Soiffons
le matin du f . Septembre; elle fe répandit en
un inftant par toute la Ville , & la joye publique
éclata auffi-tôt de toutes parts. Tous
les Gentilshommes & Officiers Militaires qui
fe trouverent dans la Ville & tous les Magif- `
trats fe rendirent fur le champ chez M. d'Aube,
Intendant de la Generalité de Soiffons , M. l'Intendant
les pria tous de fe rendre chez lui dès
quatre heures après midi , & il envoya en
même temps prier les Dames & les autres
perfonnes de confideration des Campagnes
voifines , de s'y trouver.
La Compagnie s'affembla à l'heure indiquée
chez M. l'Intendant. Les plaifirs qu'il procura
commencerent par la Comedie que tout le
monde vit, gratis . Au fortir de la Comedie , le
Corps de Ville vint prier M. l'Intendant d'allumer
OCTOBRE 1729. 2391
Jumer un Feu que la Ville avoit fait préparer ,
ce qui fut fait avec la ceremonie ordinaire , la
Compagnie des Fufeliers du Roi , établie en
garnifon à Soiffons depuis le Congrès , faifant
un Cercle autour du Feu. On fit trois décharges
de huit Pieces de Canon , de celles que le
Roi a trouvé bon depuis long - temps que la
Ville eût en poffeffion ; & la Compagnie des
Fufeliers fit auffi trois décharges .
L'Hôtel de Ville & les Maifons de la Place
étoient illuminées ; on fit des Feux devant toutes
les portes des maifons de la Ville , & des
Illuminations aux fenêtres .
M. l'Intendant trouva un grand feu allumé
devant fa porte la face de toute fa Maiſon
étoit illuminée de Pots à feu qui formoient
differentes figures ; la Cour , & tous les Bâtimens
qui l'environnent , étoient pareillement
illuminez. Toutes les portes de la Maifon
étoient ouvertes à tout le monde.
De la principale porte on découvroit une
autre Illumination dans le Jardin . Tout le Parterre
, un Boulingrain & tous les murs , tant
de l'enceinte que de la Maifon , étoient garnis
de Pots à feu. Dans une grande Allée de
Maronniers , on avoit dreffé les Tables & les
Buffets pour un grand fouper. Une Table de
40. Couverts , & deux autres de 20. Couverts
chacune , furént fervies magnifiquement &
fous des Tentes ; mais cela ne fuffifant pas
pour la Compagnie , qui groffifloit à tous
momens , on y fuppléa fur le champ par deux
autres Tables qui furent dreffées & fervies
en un inftant.
La fanté du Roi fut buë folemnellement ; on
fe leva alors en même temps à toutes les Tables,
& tout le monde but de bout pendant les accla
mations
2292 MERCURE DE FRANCE .
mations du Peuple qu'on avoit laiffé entrer dans
le Jardin & qui crioit fans ceffe vive le Roi au
bruit du Canon de la Ville , placé dans la Cour
de la Maiton. Il fut tiré auffi quantité de Fufées.
On but enfuite la fanté de la Reine & de
Monfeigneur le Dauphin , toujours avec la
même ceremonie , pareilles acclamations &
décharges de Canon &pareil nombre de Fuſées .
Après le fouper , le Bal commença & dura
jufques fort avant dans la nuit , chacun trouvant
des rafraîchiffemens en abondance.
Les deux jours fuivans fe pafferent de même
avec cette difference feulement que les IIluminations
furent toûjours variées & plus
belles de jour en jour , que les Tables furent
fervies plus magnifiquement , & qu'on réprefenta
differentes Comédies , toutes du nouveau
Théatre Italien . Il ſe trouvá à table le ſecond
jour 90. perfonnes , & 116. le troifième.
Les ordres du Roi étant arrivés pour faire
chanter le Te Deum , le jour en fut indiqué au
Dimanche 18. Septembre. Dès la veille on fonna
toutes les cloches , ce qui fut repeté le
jour du Te Deum. Dès la pointe du jour on fit
trois décharges de toute l'Artillerie des Remparts
, & M.l'Intendant , qui crut convenable
qu'en un tel jour tout le monde , fans exception
, eût de quoi vivre mieux qu'à l'ordinaire ,
fit demander à tous les Curez de la Ville le
nombre des Pauvres de leurs Paroiffes , & fe
fit informer de la quantité qu'il y en avoit à
PHôpital & dans les Prifons ; envoya aux
Curez , à ' Hôpital & aux Prifons plus de 900 .
Rations de vivres . Chaque Ration étoit compofée
d'une livre de la meilleure viande , d'une
livre & demie de pain & d'une pinte de
win.
A
OCTOBRE . 1729 2395
1
A trois heures , le Préfidial fe rendit à la
Cathédrale ; enfuite le Corps de Ville , à la
tête duquel marchoit la Compagnie de l'Arquebufe
, tous en habits uniformes gris d'é
pine , galonnez d'argent. M. l'Intendant fuivoit
avec 30. Gentils hommes & Officiers de
diftinction des Troupes du Roi , la Bourgeoi
fie étant fous les armes & en haye depuis la
maifon de M. l'Intendant jufqu'à la Cathédrale
; la Compagnie des Fufeliers du Roi étoit
auffi en haye dans la Nef de l'Eglife.
La Ceremonie commença par une Proceffion
generale que M. l'Evêque de Soiffons , qui y
affifta, avoit ordonnée, conformément aux ordres
du Roi , à la fuite de laquelle marchoit
M. l'Intendant , précedé de fes Hoquetons , &
accompagné de tous les Gentilshommes &
Officiers , & enfuite fur deux files la Compagnie
du Préfidial à droite , précedée par les
Huiffiers ; le Corps de Ville à gauche , précedé
par fes Hallebardiers, & par la Compagnie des
Arquebufiers.
Après la Proceffion , M. l'Evêque entonna
le Te Deum , qui fut chanté par la Mufique
de la Cathédrale , au bruit de toute l'Artil
rie & de la Moufqueterie de la Bourgeoisie.
On avoit placé à l'entrée de l'Hôtel de Ville
deux Fontaines de vin qui coulerent jufqu'au
foir. Le Maire de la Ville & les quatre Echevins
en avoient auffi à leurs portes , qui coulerent
toute la journée .
Après la Comédie , on vit le Feu de
joye , accompagné de nouvelles décharges
de toute l'Artillerie & de la Moufqueterie ;
enfuite la Ville fit tirer le Feu d'artifice , dont
on va voir la defcription . L'Hôtel de Ville ,
ainfi que toutes les autres maifons de la Villes
devant
2394 MERCURE DE FRANCE.
devant lefquelles on alluma des Feux , furent
illuminez .
On fervit cinq Tables fous des Tentes dans
la même, Allée où s'étoient faits les foupers
préce lens . Il y avoit 130 Couverts , mais
comme il le trouva iso . Conviez , on dreffa
encore deux autres Tables qui furent toutes
fervies avec la même magnificence. Le fou-
-per fut fuivi d'un Bal qui dura juſqu'à 6. heus
res du matin , pendant lequel on fervit tou
tes fortes de rafraîchiffemens .
Feu d'artifice.
L'Edifice étoit quarré , d'Ordre Ionique ,
peint en marbre de differentes couleurs ; les
Bafes & les Chapiteaux des Pilaftres bronzés .
Les quatre faces ornées , chacune d'une Arcade
, les Angles faillans , ornés de leurs Pi
laftres fur chaque face ; le tout couronné
d'une Baluftrade de deux pieds d'appui , peinte
en marbre. L'Edifice avoit 20. pieds en quarré,
élevé fur quatre Pilliers de douze pieds de hau
teur. Il y avoit quatre autres Pilliers de meme
hauteur aux quatre angles qui formoient une
faillie de 4. pieds & demi de diftance , & por
toient des galeries à niveau de la Plate -forme
de l'Edifice. Les quatre angles faillans , terminés
par 4. Dauphins couronnés d'artifice .
Au milieu , fur le haut , étoit pofé un Piédeltal
de 8. pieds de hauteur , fur fept pieds
en quarré , orné de moulures & de bas- reliefs
fur chacune de fes faces ; & au - deffus ,
Plinte de 14. pouces , fur un pied de retraite.
dont les angles étoient terminés par 4. Dauphins
couchés , & fur la Plinte étoit pofée une
figure en pied , de fept pieds de hauteur , reprefentant
l'Aurore , qui annonce le lever du
une
So.
OCTOBRE . 1729. 2395
Soleil , couronnée de rofes , la tête entourée
d'artifice en forme de rayons , avec une lumiere
brillante au- deffus. Les 8. Dauphins
jettoient continuellement du feu .
Dans le bas reliefde la premiere face du Piédeftal
, l'Aurore étoit peinte avec une lumiere
fortant de l'horizon , avec ce mot Oritur. Dans
la feconde face , étoit un Soleil levant , avec
ce mot Crefcet , qui exprimoit les fentimens
du Peuple , fes defirs , fes efperances . Dans
la troifiéme , étoit un Soleil en plein , & un
Cedre , avec ce mot Multiplicabit , qui annonçoit
fes progrès dans la pofterité ; & dans
la quatrième étoit un Soleil , avec une Corne
d'Abondance , & ce mot Ditabit , qui étaloit
les avantages que la France en devoit attendre.
Au premier Portique , étoient placées les
Armes du Roi , avec cette Devife Quarto femine
felix. Au fecond Portique , étoient les
Armes de la Reine , avec cette Devife , Fructum
dedit fæcunda votis , au troifiéme , les
Armes de Monfeigneur le Dauphin , avec
cette Devife Expectata Regni felicitas. Au
quatriéme Portique , étoient les Armes de la
Ville , avec cette Devife , Animo pacis congregat
omnes , pour faire allufion à l'affemblée
des Miniftres de toutes les Puiffances en
la Ville de Soiffons.
A l'une des quatre faces des Angles faillans
êtoient les Armes du Comte d'Evreux , Gouverneur
de la Province , & en particulier de
la Ville de Soiffons , avec cette Deviſe Haud
degener Martis fanguine ortus .
A une autre face , étoient les Armes de M.
l'Evêque de Soiffons avec cette Devile
Verbo , Scripto & exemplo Praful.
>
2396 MERCURE DE FRANCE.
A une autre face , étoient les Armes de M.
l'Intendant , avec cette Devile Gratiosè ge
firmiter intendit Juftitia .
Enfin à une derniere face , étoient les Armes
des Maire , Gouverneurs & Echevins , avec
cette Devife , Unanimes Urbi pacificè prafunt.
Le Feu d'artifice fut allumé par un Dragon,
qui partit d'une des fenêtres de l'Hôtel de
Ville. Tout le Théatre étoit rempli de toutes
fortes de Pieces d'artifice , qui réuffirent bien.
Pendant le feu , les Officiers firent fervir
toutes fortes de rafraichiffemens aux Dames
& aux autres perfonnes de diftinction qui s'étoient
affemblées à l'Hôtel de Ville .
La Fête que l'Evêque donna le lendemain ,
commença par l'aumône , & par dix muids de
vin que ce Prélat fit diftribuer à l'Hôpital , à
l'Hôtel - Dieu , aux Prifonniers & aux Pauvres
de la Ville. Celle qu'il donna le foir fut des
mieux entendues. Tout le Palais Epifcopal fe
trouva illuminé dans toute fa vafte enceinte.
La grande Porte étoit ornée de Feftons & de
Guirlandes de Fleurs , avec les Ecuffons du
Roi , de la Reine & du Dauphin , & un grand
nombre de Pots-à- feu . Il y en avoit qui bordoient
en dehors tous les murs de la Cour &
d'un grand Jardin attenant. La Cour en de
dans étoit illuminée par des lampions qu'on
avoit mis le long du Corps de logis , & visà
- vis fur les Balustrades , en face , une lon
gue Terraffe à double Parapet , étoit pareillement
illuminée.
Dans le Jardin on voyoit au lieu de Fleurs,
dans tout le Partere , des Pots à feu qu'on
avoit diftribués fur les Ifs , dans les Caiffes
fur les Pots de Fleurs , d'une maniere ingé
nicufe & c. Sur
OCTOBRE. 1729 2397
Sur les fept heures la Compagnie s'affembla
; elle étoit compofée de M. l'Intendant ,
d'un grand nombre d'Officiers & de Nobleffe ,
des Chefs , & des plus anciens membres de
tous les Corps Ecclefiaftiques & Seculiers de
la Ville, Quoiqu'il ne parut aucun préparatif
qui put faire préfumer qu'il y auroit un
Feu d'artifice , toute la Compagnie fut cependant
agréablement furpriſe de l'entendre annoncer
du fond du Jardin par le bruit de fo.
Boetes , & par une Décharge des Canons de
la Ville que les Magiftrats avoient fait tranfporter
dans le Jardin de l'Evêque.
Les Habitans de la partie de la Ville , qui
dépend de la Juftice de l'Evêché . voulant
montrer leur affection pour leur Seigneur ,
vinrent en armes dans le jardin avec leurs Officiers
& leurs tambours , & s'étant placés en
haye vis- à-vis le grand Appartement , ils répondirent
au bruit du Canon par une décharge
génerale.
On vit enfuite partir du haut d'une Terraffe
, en face des Appartemens , une grande
quantité de Fufées qui furent terminées par
une Girande , qui fit un très agréable fpectacle
; vers les dix heures , toute la Compagnie
qui étoit d'environ 5o . perfonnes , fe mit à
table. M. l'Intendant fe mit à l'une des deux
tables , & M. l'Evêque de Soiffons à l'autre.
Le fouper fut fplendide & délicat , on but
debout les fantés du Roi , de la Reine & du
Dauphin. A ces illuftres fantés , on entendit
tout d'un coup une agréable fimphonie de Flures
, de Hautbois & de Violons ; ce Concert fe
réitera à chacune des trois fantés , qui furent
auffi fuivies chacune d'une décharge du Canon
de la Ville .
La
2298 MERCURE DE FRANCE .
Le lendemain 20. Septembre , les Religieux
de l'Abbaye de S. Medard , Ordre de S. Benoît
, firent auffi chanter le Te Deum dans leur
Eglife par la Mufique de la Cathedrale. Dans
la Nef, étoit en Armes fur deux rangs , la
Compagnie du Jardin de l'Arc , & au dehors,
deux Compagnies du Faubourg de la Ville
dont ces Religieux font Seigneurs , qui toutes
enfemble firent trois décharges.
>
Au fortir de l'Eglife , on trouva tous les lieux
de la Maifon illuminés , & particulierement la
Façade d'un large pignon du Dortoir , & qui
depuis le bas de la grande Croifée juſqu'au
haut , fait un espace de 25. pieds de largeur
fur 40 de hauteur , ce qui formoit une illumination
brillante & bien entenduë .
Le Jeudi fuivant , la Compagnie de l'Arquébufe
fe diftingua auffi par une Fête particuliere.
Le Corps de Ville entrant dans le même
deffein , donna à cette Compagnie trois prix
confiderables d'argenterie. Ces Officiers allerent
enfuite en Robes de Cerémonie à l'Eglife
des Cordeliers , où la même Compagnie fit
chanter un Te Deum , auquel l'Evêque de
Soiffons & plufieurs de fes Chanoines affifterent.
On fit pendant le Te Deum trois décharges
du Canon & de la Moufqueterie des Chevaliers
de l'Arquebufe , après quoi la Compagnie
retourna au Jardin de l'Arquebufe , où
elle trouva tout le Jardin , les Arbres & les
Teraffes illuminées d'une maniere galante &
recherchée. On alluma enfuite un Feu au bruit
du Canon , de la Moufqueterie , & aux acclamations
de tout le Peuple . On fervit un fouper
à 40. perfonnes , avec délicateffe & profufion
. Après quoi on tira fur la Terraffe une
grande quantité de Fufées & d'autres piéces
d'ar
OCTOBRE . 1729. 2299
d'artifice ; ce qui fut fuivi d'un Bal qui dura
jufqu'à fept heures du matin , pendant lequel
on fervit une Collation & toute forte de rafraîchiffemens,
XXX :XXX ****** : * XX
L
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Air de Joconde.
Es trois Graces ont précedé
Du Dauphin la naiſſance ;
Ce Prince à nos voeux accordé ,
Charme toute la France ;
La Nuit brille autant que le Jour
On rit , on chante , on danſe ;
On verra bientôt de retour
La Paix & l'Abondance .
Au Ciel pour un fi grand bienfait
Adreffons notre hommage ,
C'eft de l'Hymen le plus parfait
Le plus aimable gage ;
Faifons retentir dans les airs
L'objet de tant de Fêtes ;
Il eft plus doux à l'Univers
Que l'éclat des Conquêtes ,
RE
2400 MERCURE DE FRANCE.
のおのの
REJOUIS S ANCES faites dans la Ma
rine. Extrait de diverfes Lettres.
E 11. Septembre le Comte de Volvire ,
LCapitaine de Vaiffeau de Commandant la
>
Marine au Port Louis , ayant donné les ordres
neceffaires , le Te Deum fut chanté le même
jour par tous les Prêtres & Religieux de
la Ville , dans l'Eglife Paroiffiale de Notre-
Dame ; on fit trois falves de 7. coups de
Canon chacune à bord du Vaiffeau portant
Pavillon d'Amiral , avec 3 : décharges de
Moufqueterie dans les intervalles de la canonade
; on fit fur ce Vaiffeau toutes les Illuminations
qu'il fut poffible , & autant que le
tems le put permetre. Il y eut 3. falves de
15. coups de Canon chacune , dans la Batterie
de l'Armor , & autant dans la Batterie
du Gavre. Dans ces Batteries , après les falves
dont on vient de parler , on fit de grands
Feux de joye.
Il y eut de grandes illuminations à la Maifon
de M de Volvire , & des Fontaines de vin
coulerent à fa porte ; il donna un fouper magnifique
à toute la Marine , où se trouverent
auffi M. de Ricquebourg , Commandant de la
Place , & les Officiers de la garnifon ; les Dames
& les autres perfonnes de confideration
de la Ville. La Fête fut terminée par un B.I.
Les Maiſons de M M. de Vincelles & le Mayer
& celles des autres Officiers de la Marine
ainfi que de tout le refte du Corps , ont été
illuminées . Il y a eu partout de grandes dé
monstrations de zele & d'une joye parfaite.
OCTOBRE . 1720. 2401
. M. de Norey , Capitaine de Vaiffeau , commandant
la Marine , à Calais , à qui les ordres
du Roi étoient adreffez , choifit le Dimanche
11. Septembre pour les executer , & fit chanter
le Te Deum , dans l'Eglife de Notre- Dame,
où tous les Officiers de Terre & de Mer , les
Magiftrats & les Dames affifterent ; cette Ceremonie
étant finie , la Compagnie qui étoit
nombreuſe , alla fur le Port , où l'on fit trois
décharges de Moufqueterie , & autant de tous
les Canons de la Marine , qui furent entendus
de la Côte d'Angleterre , les mêmes perfonnes
fe rendirent enfuite chez M. de Norey,,
dont la maifon & le Jardin étoient extraordinairement
illuminez , & il y eut un trèsbeau
Feu d'artifice devant la porte. Il fit fervir
plufieurs Tables , où l'on but les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin
, au bruit d'un grand nombre de Boëres
& de 200. Fufées volantes . Le Repas qui dura
jufqu'à 2.heures après minuit,ne finit que pour
commencer un Bal qui continua jufqu'au jour,
Autres Réjouiffances à Calais
& à Boulogne.
Le ça
E Lundy Septembre , un Courier arriva
à Boulogne , & y annonça la Naiffance du
DAUPHIN. M. l'Evêque étoit en campagne
pour benir l'Abbé de Blangis. M. de la Pierre,
qui commande à Boulogne , donna les ordres
neceflaires pour celebrer ce grand évenement,
& dépêcha un Courrier à M. l'Evêque qui ſe
trouva en route ; il entra dans la premiere
Eglife , & y chanta le Te Deum . Il donna ordre
d'avertir les Curez , de Paroiffe en Paroille ,
pour faire aſſembler les Peuples , & remercier
Dieu D
2402 MERCURE DE FRANCE .
Dieu de l'heureux accouchement de la Reine,
A peine fut- il arrivé à Boulogne , qu'il commença
par remplir fes devoirs dans la Cathé
drale , & indiqua par fon Mandement trois
jours d'actions de graces fçavoir, le Te Deum ,
Proceffion generale & Meffe folemnelle.
Le jour du Te Deum , la veille & le lendemain
, M. l'Evêque fit illuminer fon Palais ,
les Lampions arrangez de façon qu'on y lifoit
ces mots :
Lilia florent.
Donum Dei,
Regis , Regni commune Votum.
Le même jour , M. de la Pierre donna à dîner
aux Chefs des Corps ; le foir , il fit faire un
Feu de joye avec des Illuminations ; il donna
à fouper aux Officiers de Garde ; le tout au
bruit du Canon.
M. l'Evêque donna à fouper à 45. perfonnes
choifies, & à manger à tout ce qui fe prefenta.
Deux pieces de Canon , que ce Prélat
avoit empruntées ,tirerent pendant tout le tems
des Réjoüiffances , de quart d'heure en quart
d'heure ; il alla voir le Feu de l'Hôtel de Ville,
il rentra chez lui aux acclamations du Peuple,
auquel il diftribua de l'argent.
Le 6. Septembre, la nouvelle de la Naifance
du DAUPHIN étant confirmée à Calais , fur
le champ M. le Chevalier Molé , Brigadier
des Armées du Roi , Commandant , ordonna
qu'on mit des Drapeaux aux fenêtres qu'on
tirât l'artifice , qu'on fonnât les cloches , & c.
•
M. Chauvelin , Confeiller d'Etat & Intendant
de Picardie , donna fes ordres aux Magiftrats
pour faire celebrer cette heureufe
Naiffance.
M.
•
OCTOBRE . 1729. 2403
M. l'Evêque de Boulogne arriva le 16. à Calais
,il y eut Proceflion generale le 17. leTe Deum
le 18. Meffe en action de graces le 19 Pendant
ces trois jours ont tira l'Artillerie de
la Place foir & matin.
M. le Chevalier Molé , qui eft incommodé
de la jambe qu'il eut emportée à la Bataille
de S. Denis , fe fit porter à toutes les Céremonies
; il invita M. l'Evêque à recevoir
un flambeau pour allumer le Feu qui étoit
conftruit par étages autour d'un Mats de 60.
pieds, garni d'artifices ; au haut étoit une cage
de fer , où l'on avoit mis trois Chats vivans ;
quand la flamme monta jufqu'à eux , ils fe
déchirerent & moururent enragez & grillezi
c'eſt un ancien uſage à Calais , de bruler des
Chats aux Feux de joye.
Le jour du Te Deum , M. Molé donna
à fouper à M. l'Evêque , à M. l'Abbé de
Fortia , aux Chefs des Corps de Terre & de
Mer ; au Major de la Place , au Curé , au Commiffaire
des Guerres ; on en fortit à II heures
, on y but les fantez du Roi , de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin , & on chanta
les paroles fuivantes , parodiées fur la Fanfare
de M. Dampierre , appellée la Convalescence.
Vous donnez un Prince à nos voeux ;
Grand Dieu , que vous nous rendez heureux !
Sondez nos coeurs , vous ſçaurez d'eux
Combien ce don nous eft précieux.
En fortant , M. l'Evêque , accompagné de
ceux qui avoient eu l'honneur de fouper avec
lui , alla à l'Hôtel de Ville , où il étoit impatiemment
attendu ; il y porta les fantez du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dau
Dij phin
J
2404 MERCURE DE FRANCE.
phin , les Réjouiffances y furent étonnantes ,
& ce Prélat fortit charmé d'avoir vû les tendres
fentimens des ordrès de cette Ville pour
leur Augufte Monarque.
Pendant le Te Deum , la Garnifon borda le
Rempart , & fit 3. décharges , la Citadelle autant
, & enfuite le Fort Nieulloi .
La Bourgeoifie compofoit un Corps de
1000. hommes , divifé par 6. Compagnies ;
M. l'Evêque benit leurs Drapeaux , & y
fit le Difcours fuivant . Il y parla beaucoup
de la valeur & de la fidelité des Calefiens ( le
fameux Bourgeois Euftache de S. Pierre donna
des preuves de l'une & de l'autre à la
prife de Calais , fous Edouard , Roi d'Angleterre.
) En 1347•^
Ces 6. Compagnies , après avoir fait leurs
décharges fur le Rempart , vinrent faire le
tour du Feu , & recommencerent leurs décharges
fur la Place.
On ne peut guere boire plus de vin , bruler
plus de poudre & faire plus de réjouiffances.
Il n'eft pas arrivé un feul accident par le
bon ordre , & par les foins de M. le Chevalier
Molé.
M. de Benneville , Chef d'Eſcadre , Commandant
la Marine , au Havre de Grace , &
M. Begon , Intendant , avec les Officiers du
Corps , fe rendirent le 18. Septembre , à fix
heures du foir , dans la Chapelle de l'Arfenal,
les Troupes de la Marine étant fous les Armes
, le Te Deum & les autres actions de graces
furent chantés au bruit des falves de
la Moufqueterie , des Boëtes rangées audu
Baffin , & d'une Batterie de 21. Ca
nons , dreffée hors de la Ville , proche la
tour
jettée
OCTOBRE. 1729. 2405
jettée du Nord- Oueft. Elles furent répétées
chacune 3. fois , durant la Cérémonie,
A 7. heures on fe rendit fur le bord du Quai
devant la Ville , vis - à - vis de laquelle étoit
dreffé un Feu d'artifice , en forme de Château ,
lequel étoit élevé d'environ 40 pieds ,fur la jettée
du Sud-Eft , de l'autre côté du Port, à la diftance
de 300. toifes . M. de Benneville mit lé
feu à un Dragon qui le porta très rapidement
au Château , fur les trois faces duquel étoit
écrit en gros caracteres Vive le Roi , là
Reine & Monfeigneur le Dauphin. L'artifice ,
les Pots à feu fur l'eau , & les Fufées volantes
durerent plus de 2. heures.
On alla enfuite au Beauregard , où le fou
per fe trouva fervi. Le Beauregard eft une
Efplanade de 90. pieds de long , fur 22. de
large , à l'entrée de l'Arfenal , du côté de faint
François , qui touche au Pont tournant. Elle
eft bordée de deux rangs d'arbres , & entre
les arbres il y a des bancs ; ce lieu fert de
promenade publique. On avoit couvert de
Tentes toute la longueur de l'Esplanade que
bordent les arbres des deux côtez , pour être
à l'abri , en cas de pluye , & une) Tapifferie
de Pavois , formoit une longue Gallerie d'une
agréable décoration . Dans tout le pourtour du
dedans on avoit placé plus de 1oo Fanaux ,
qui joints à 4 grands Luftres garnis de bougies
& fufpendus au- deffüs de la Table du
Repas , de 60. flambeaux qui en rempliffoient
les vuides , rendoient une clarté pareille à celles
des plus beaux jours.
Sur le Frontifpice de l'entrée du Beauregard
éroit placé un grand Tableau à bordure de
lumieres , réprelentant Neptune qui met un
Dauphin entre les mains de la France , avec
cette Infcription :
De iij
SPES
2406 MERCURE DE FRANCE .
SPES ET GLORIA GALLI.
A l'autre extremité du Beauregard , eft une
grande Loge qui fert à fe mettre à couvert
lorfqu'il pleut le deffus de la Loge forme un
Amphithéatre fur le devant duquel on avoit
placé les Portraits du Roi & de la Reine trèsbien
illuminez .
A 9 heures on fe mit à table on fervit
tout ce qui peut fe trouver de plus délicat
en viande , en fruits de la faifon & en travail
d'Office ; la Table étoit longue de 62. pieds
fur 7. de large. Il n'y avoit que des Dames
ou filles affifes, au nombre de 90 toutes femmes
d'Officiers de Guerre , de Juftice , de Magiftrature,
ou perfonnes de confideration de la Campagne
, dont les Epoux étoient autfi priez. Le
nombre des hommes étoit d'environ 300. qui
fervoient ou faifoient fervir les Dames.
Sous la Loge étoit une Table de 30 Couverts
, fervie comme la premiere , à laquelle
les hommes alloient manger quand il leur
plaifoit. Le repas dura 2. 0 3. heures ; on
l'avoit commencé par faluer la fanté du Roi ,
fuivie de celles de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , avec une trible décharge
de Boëtes.
Les Tables levées , on commença le Bal ,
qui ne finit qu'à 6 heures du lendemain . Les
Glaces , les Liqueurs , les Rafraîchiffemens ,
les Oranges , les Fruits , les Confitures feches
, furent prodigués & portés continuelment
par toute la Salle du Bal .
En fe mettant à table on commença de faire
couler pour le Peuple deux Fontaines de vin
aux deux Grilles de l'Arfenal , dont l'écoulement
portoit en dehors , elles durerent jufqu'au
jour.
Il ne faut pas obmettre une chofe qui fit un
OCTOBRE. 1729. 2407
effer furprenant . La partie du baffin qui fait
étoit illuminée dans
face au Pont tournant ,
toute fa largeur , par trois Cours de Lam
pions élevez l'un fur l'autre au milieu étoit
un Edifice de Charpente , duquel s'élevoit un grand Obelifque qui formoit trois Piramides
fur un même pied-deftal ; le tout peint & chargé d'ornemens . Les Piramides furtout
étoient ornées de Hyerogliphes
de Fleurs de
Lys & de Dauphins, & couvertes de Lampions
dans toute leur hauteur de plus de dix to iſes .
Dès que Mrs de Ville du Havre de Grace
eurent appris par une Lettre de M. le Duc de S. Aignan , leur Gouverneur
, l'hu teufe nouvelle de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN
, ils crurent que fans attendre
d'autres ordres pour des Réjouiffances
publi
ques , ils devoient donner des marques de leur zele & de leur joye , ce qu'ils firent à l'heure
même par trois décharges des Canons de la Tour , que le Commandant
permit que l'on tirât , par le fon des Cloches , & par une illu- mination generale , précedée d'une diftribution
d'argent aux pauvres. Lorfque les ordres du Roi furent arrivés
pour le Te Deum , Mrs de Ville , pour ne rien déranger aux Fêtes du Commandant
de la Ma- rine , & de l'Intendant
, qui ont été des plus magnifiques
& des plus brillantes , & pour avoir le tems de faire leurs préparatifs
, fixerent
la leur au Mercredy 28. Septembre
. Ils fendirent une Ordonnance
, par laquelle il fut enjoint à tous les Habitans & Artifans de tenir
ce jour là leurs Boutiques
fermées , & d'illu- miner à l'entrée de la nuit toutes leurs fenê- tres ; ils avoient fait illuminer l'Hôtel de Ville
D iiij
de
2408 MERCURE DE FRANCE.
de 8000. Lampions , & préparer un Feu d'ar
tifice . Deux Fontaines de vin coulerent tout le
jour , & ils firent diftribuer 240c . livres de
pain , & 800. liv. d'argent aux pauvres , qui
pendant toute la Fête ne cefferent de mêler
leurs acclamations à celles du peuple , pour
la confervation du Roi , de la Reine , & de
M. le DAUPHIN.
Sur les fix heures du foir , le Corps deVille
s'affembla , & le Commandant , à la tête , fe
rendit dans l'Eglife de Notre - Dame , précedé
des Gardes de M. le Gouverneur , des Tambours
& des Violons de la Ville , & accompagnez
d'une Compagnie de Grenadiers en deux
files . Le Te Deum fut fuivi des acclamations de
tout le peuple , enfuite le Corps de Ville revint
dans le même ordre , à la Place où le Feu
étoit préparé , que le Commandant alluma en
la maniere ordinaire , au bruit de l'Artillerie ,
& avec les mêmes acclamations . De-là , le
Commandant retourna à l'Hôtel de Ville , d'où
il fe rendit au Cours Major , lieu deſtiné pour
le Repas & le Bal.
On avoit fait couvrir cet endroit depuis la
Tour jufqu'à la Porte du Perré , avec des
Planches & des Voiles de Navires , & dans
L'Allée du milieu étoit placée une Table de
208 Couverts , où Mrs le Commandant , l'Intendant
, & près de 209. Dames furent magnifiquement
fervis . On avoit attaché des Plaques
avec des lumieres à tous les Arbres du
Cours ; un grand nombre de Lampions rangez
le long de la muraille , formoient un coup
d'oeil merveilleux , & tel que l'on n'en avoit
point encore vû de pareil en cette Ville. Il
y eut diverfes autres Tables pour tous les Offi
ciers de Terre & de Mer , & pour les princi
paux
OCTOBRE 1729. 2409
paux habitans , au nombre de plus de 5oo. Les
fantez de Leurs Majeftez & de M. le DAUPHIN
furent bûës au bruit du Canon , & le Souper
fini , le Commandant avec une des Dames
ouvrit le Bal , où l'on danfa jufqu'au jour ; &
après le Bal , il y eut pour finir la Fête un
grand réveillon fervi dans l'Appartement de
la Dame qui avoit été la Reine du Bal. Tous
les rettes de ces deux Repas furent diftribuez
aux pauvres & aux prifonniers .
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite
du Havre
A Fête donnée par M. Begon , Intendang
›
fut sumon
cée à la pointe du jour par une falve de 214
coups de Boëtes. Les Officiers de Terre & de
Mer , les Magiftrats & les principaux de la
Ville , la Nobleffe des environs , & les Etrangers
de confideration qui y avoient tous été
invitez avec leurs Epoules , fe rendirent à 4.
heures après midy à l'Intendance. On y fit des
parties de jeu jufqu'à 6 heures que cette Affemblée
fe rendit dans l'Arcenal ; à la Chapelle
du Roi , qui étoit parée & illuminée extraordinairement.
Le Te Deum & l'Exaudiaty
furent chantez au bruit de trois falves de
Boetes dé z 1. coups chacun.-
On fe rendit fur le Rempart , derriere le
Baffin , où il fut tiré 200. Fufées volantes, après
quoi on retourna à l'Intendance , dont les façades
fur la rue & fur la cour , étoient toutes
illuminées. Lorfque la Compagnie fut rentrée
il fut tiré un Feu d'artifice , placé devant la
Principale Perte , après quoi on fe mit à Ta-
Ble. Il y en eut 12. également bien fervies ; el
D.y less
2410 MERCURE DE FRANCE.
1
les contenoient enfemble 260 Couverts , & il
y eut 130. Dames . On y bût la fanté du Roi
celle de la Reine , & celle de Monfeigneur le
DAUPHIN ; & à chaque fois , il fut tiré 21
coups de Boetes. Pendant le fouper , il fut diftribué
une aumône en argent à chacun des
Pauvres de la Ville , pere , mere , enfans qui
fe préfenterent. I couloit en même tems de
deux DAUPHINS , deux Fontaines de vin , placées
à côté de la Porte de l'Intendance , & le
Peuple danfa dans la rue au fon des Vielles
pendant toute la nuit.
Après le fouper , on tira un autre Feu d'ar
tifice , qui étoit auffi placé devant la Porte. Il
confiftoit , comme le premier , en Petards
Moulinets , & Soleils , avec chacun une Inf
cription en lumieres de VIVE LE ROY.
?
Le Bal commença enfuite dans trois grandes
Salles , & dura jufqu'à 6 heures du matin
pendant lequel , ceux qui ne danfoient point
faifoient des parties de Jeu dans l'Appartement
haut. La fenerité du tems a beaucoup
contribué au fuccès des Illuminations & des
Artifices.
Illumination faite à l'Intendance .
Devant la grande Porte étoit un Arc de
Triomphe de 32 pieds de face , de 16. de hauteur
, & de 6. de largeur : fur la Corniche
étoient écrits ces Vers.
Cogitat omnipotens ; felix tibi Gallia Princeps
Nafcitur incolumis , totius orbis amor ,
Exult at Lodoix , artu Regina triumphat ,
Imperium crefcit , fpefque falufque fimul.
Sur
OCTOBRE 1729. 24tt
-Sur l'Entablement , étoient trois Pilaftres .
Celui du milieu portoit les Armes du Roi &
de la Reine , & fervoit de bafe à une Piramide
de 35. pieds de hauteur. Les deux autres Pilaftres
, où étoient des Dauphins en fautoir ,
fuportoient deux autres Piramides de la même
fabrique , & de 25. pieds de hauteur. Entre
ees trois Piramides il y avoit , à la hauteur de
15. pieds , deux Emblêmes , dont l'une étoit
an Lys à cinq fleurs , dont la tige reprefentoit
le Roy , la Fleur de la droite , Monfeigneur
le DAUPHIN , & les trois de la gauche , Meſdames
de France , avec ces mots :
CRESCITET ORNAT.
L'autre Emblême étoit un Soleil Levant ,
avec ces mots :
NASCENDO LETIFICAT.
Au milieu de l'Arc de Triomphe , au- deffus
de la Porte étoient les Armes de Monfeigneur
le DAUPHIN. Ces décorations étoient ornées
de diveries peintures , & garnies de Lampions
jufqu'au Pied deftal de l'Arc de Triomphe.
La rue étoit bordée de plufieurs rangs de
Lampions qui formoient un quarré au milieu
de la Porte d'environ 100. pieds d'étendue.
Dans la Cour de l'Intendant , qui étoit auffi
illuminée , on avoit placé à la droite les Armes
de Monfeigneur le DAUPHIN , & à la
gauche , un Neptune couronné fortant de
l'Onde préfentant un Dauphin à la France ,
avec ces mots :
SPES ET GLORIA GALLI.
Le Comte de Rochalar , Chef d'Efcadre ,
commandant la Marine , à Rochefort , fit
D vj
chan2412
MERCURE DE FRANCE.
chanter le Te Deum le 18. Septembre. Tou
tes les Troupes de la Marine , & la Compagnie
Colonelle du Régiment Suiffe de Karrer ,
leurs Officiers à la tête , étant fous les armes ,
M. de la Rochalaf , & M. de Beauharnois
Intendant , fe rendirent à 6 heures du foir à
bord du Vaiffeau , portant Pavillon d'Amirak
avec une nombreuſe fuite ; le Te Deum y fut.
folemnellement chanté , & fut terminé par
des acclamations de Vive le Roi , la Reine &
le Dauphin. Des perfonnes qui étoient fur
PAdmiral , fur la Terraffe de l'Intendance , &
fur le Terrain qui s'étend depuis l'arriere - gar
de jufqu'au Cheval du Pare , où il y avoit
beaucoup de perfonnes de confideration , qui
étoient venues de la Campagne , & des Villesvoifines.
Les Troupes affemblées devant l'Admiral ;
firent un feu continuel , qui fut fuivi de 300.
coups de Canon. Au milieu de ces décharges ,
le Feu d'Artifice commença,
M. de Belugard , Capitaine d'Artillerie
avoit fait élever fur plufieurs Piliers un Edifice
de Charpente quarré., & d'Ordre Dorique
dans la Prairie ; nommée de Rhosne , à 15.
pieds près du bord de la Riviere de Charente ,
vis - à- vis la Maifon du Roi , occupée par
M. de Beauharnois , Intendant de la Marine ..
L'appui d'une Galerie garnie à double rangde
Lances , de Pots , & de Gerbes de feu
faifoit un fpectacle charmant. Quatre petits
Châteaux , conftruits à 20. pieds de chaque
angle de l'Edifice reprefentoient 4. Baltions .
Un cinquiéme Château de 21. pieds de hau
teur , étoie élevé au- deffus de la Plate - forme ;
& fur le fommet du Château , étoit un Soleil
de trois pieds de diametre , jettant des rayons.
>
dė
OCTOBRE . 1729. 2413
de feu continuel . On voyoit encore fur le cin
quiéme Château , des lances & pluyes de feu ,
&c. A côtédes quatre Châteaux , étoient quatre
Piramides de feu , avec 4 efparres , garnies
pour jetter 24 Fufées d'honneur ; les quatre
façades de l'Edifice étoient ornez d'Emblêmes
& de Devifes. Du derriere de l'Edifice , partirent
quantité de Fufées volantes , mêlez de
Serpentaux , de Petards , Etoiles , & de pluyes
de feu.
La Prairie dont on vient de parler , ayant un
quart de lieue en quarré , M. de Pelugard y fit
faire un Parc de 100. toifes de long , fur 70 de
large , tout environné de flambeaux . Il fit élever
fur le milieu un Cavalier , ou une éminence
à 60. toifes de l'autre Edifice , laquelle devoit
paroître toute en feu , & qui étoit fi foli
de , qu'on y éleva un Mât de Navire à cinq
étages , chargez de Fagots , de Fufées , de Bal
lets , Souffres , de Globes , de Rippes , de Sapin
, de Tarteaux , de Petards , de Jambons
panachez , Cravattes , Chemifes à feu , & au
tres matieres les plus combustibles . Sur la même
ligne, à 60 autres toifes hors de l'Encein
te du Parc , s'élevoit encore un fecond Cavalier
ou Montagne de feu , femblable à celuidont
on vient de parler.
Deux Mortiers de Fonte , l'un à droite &
Pautre à gauche du pavé , entre les Cavaliers ,
Jettoient alternativement des Bombes artificielles
, garnies de Petards , de Sauciffons , de
Serpenteaux en étoiles de feu , qui fe joignant .
à celles qui partoient du bas du grand Arifi
ce , couvroient l'étendue dû Parc , & faifoient
comme un Ciel étoillé . Des Grenades s'élevoient
auffi continuellement en l'air, tirées par
trois petits. Mortiers de fer hors de l'enceinte
düz
1414 MERCURE DE FRANCE.
du parc , ce qui faifoit un grand effet.
Toutes ces réjouiffances furont précedées
par des Repas donnez alternativement chez
M de la Rochalar , & chez M. de Beauharnois;
le premier donna à dîner à un grand nombre
de perfonnes le Dimanche 18 , fous une Tente
, dans le Jardin de la Maifon du Roi qu'il
Occupe aux Fonderies ; il y avoit trois Tables
qui furent également bien fervies . M. l'Intendant
donna un grand fouper auffi magnifiquement
fervi , & où il n'y avoit pas moins de
monde. La façade de fa maiſon , du côté de
la Riviere , étoit très - bien illuminée , ce qui
figuroit à merveille avec le Feu de la Praiil
y avoit deux Fontaines de vin à la
grande Porte de l'Intendance.
rie ;
M. de Barrail , Capitaine de Port , avoit fait
pavoifer l'Admiral ; & orner la Machine à
mâter , & les autres Vaiffeaux , de Pavillons
& de flammes ; les Fanaux fuccederent aux
Pavillons.
M. de Fondelin , Major , ayant ramené fort
tard les Troupes aux Cazernes , il donna à
fouper à tous les Officiers , & fit donner à
manger aux Soldats . M. Gignoux , commandant
la Compagnie Colonelle du Régiment
Suifle de Harrer , fit auffi donner à fouper aux
Sergens , Caporaux , Tambour , Fifre , & Sol,
dats de cette Compagnie. Enfin , M. Gaudion ,
Tréforier de la Marine , donna un grand fouper
, fit tirer quantité de Fufées , & finit la Fête
par un Bal.
M. l'Intendant a celebré cette Fête avec
toute la magnificence poffible , par des illuminations
, des Fontaines de vin , & par la
nombreuſe Compagnie qu'il raffembla dans fa
Maifon, un grand nombre de perfonnes de dif
tinction
OCTOBRE. 1729. 2415
tinction des Provinces voifines , fe font rendus
à Rochefort pour prendre part à la Fête,& prefque
toute la Ville de la Rochelle y eft accourue.
Le 22. M. de la Haye d'Anglemont , Commiffaire
des Claffes , Ordonnateur en l'abfence
de M. de Ricouart , Intendant de Dunkerque
, donna auffi à cette occafion , dans le
Parc de la Marine , une Fête magnifique . Elle
commença par une Meffe Solemnelle , qui -fug
celebrée dans la Chapelle de l'Arcenal . A une
heure après midy , on fervit une Table , où
toutes les perfonnes de confideration étoient
invitez . Les fantez d'honneur y furent buës au
bruit du Canon à 6. heures du foir ; on chanta
dans la même Chapelle , le Te Deum en Mufique.
Le Feu de joye fut enfuite allumé au bruit
du Canon , & deux Fontaines de Vin coulereng
pour le peuple dans le Parc . Il étoit illuminé
avec toutes les Maifons qui y ont veuë , ainfi
que la grande Tour de la Vile , celle de l'Intendance
, & fon Parterre , de plus de dix
mille Lampions.
1
Un grand Tableau tranfparant de 16. pieds
de hauteur , fur 14. de largeur , & illuminé ,
reprefentoit Monfeigneur le DAUPHIN , avec
les Attributs convenables . Il étoit placé en
face au fond de la Cour de l'Intendance , accompagné
de Pilaftres & de Piramides de feu.
A huit heures on tira le Feu d'Artifice , enfuite
duquel commença un Bal , qui fut fuivi
d'un fplendide fouper. La Table étoit de 40.
Couverts , elle fut fervie & renouvellée plufieurs
fois jufqu'au jour.
La Ville de Dunkerque s'eft fort diftinguée
dans les marques particulieres qu'elle a
donnée de fa jeye au fujet de la Naiffance du
DAU
2416 MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN. La nouvelle en fut annoncée au peuple
le 7. Septembre à la pointe du jour , par
toutes les Cloches de la Ville , On arborà le
Pavillon de Franchife , & on vit immédiatement
après , toutes les rues remplies d'habitans
, qui par des cris de joye , donnerent des
marques publiques de la fatisfaction que leur
donnoit cette grande nouvelle .
Le 15. du même mois , il y eut un fuperbe
Repas à l'Hôtel de Ville : le Marquis d'Alem
bon , Commandant pour le Roi , y affifta , de
même que tous les Chefs des Corps. On y bât
les fantez de L. Majefté & du DAUPHIN , all
bruit de plufieurs piécès de Canon : la Table
étoit de 80 , Couverts.
Le 18. il y eut une Proceffion folemnelle du
Clergé avec le S. Sacrement , en Actions de
graces de l'heureux accouchement de la Reine
: tous les Corps de Métier & les Contreries
, marcherent auffi proceffionellement par
la Ville : ils étoient fuivis de plufieurs Machines
, reprefentant des Géans & d'autres Figures
extraordinaires . Le Marquis d'Alembor
donna enfuite un magnifique Dîner à plufieurs
perfonnes de diftinction : le foir , à fix heures ,
on chanta le Te Deum , après lequel on mit
le feu à une Machine qui avoit été dreffée fur la
grande Place ; au bruit d'une triple décharge
de l'Artillerie ' , aux Salves réïterées de la
Moufqueterie , & au fon de divers Inftrumens.
Il y eut de très -belles illuminations par toute
la Ville on fit couler plufieurs Fontaines de
vin au peuple , & cette Fête fut terminée par
une Collation , fuivie d'un Bil que le Marquis
Alembon donna aux Dames.
Plufieurs Corps de Métiers fe font auffi fignalez
par divers Spectacles qu'ils ont donnê
241.
OCTOBRE. 1729. 2417
au Public : les Poiffonnieres entr'autres , s'étant
renduës le 27. en Corps fur la grande.
Place , toutes vêtues de blanc , y abbatirent
l'Oye à coups de bâton . Enfin , il ne s'eft
prefque point paffé de jour qu'il n'y ait eu
quelque réjouiffance publique , chacun s'étant
empreffé de donner des marques de fon
zele & de fa joye.
Le Comte de la Luzerne , Lieutenant General
des Armées Navalles , Commandeur de
P'Ordre de S. Louis , & commandant la Marine
à Breſt , choifit le Dimanche 25. Septembre
, pour célebrer la Fête , dont voici
le détail.
Sa Maiſon fut difpofée & ornée d'une maniere
fort ingenieufe. On fit faire le long du Jardin
une Allée en Berceau , toute couverte de Lau- ·
riers ; cette Allée aboutifſoit d'un côté à un
grand Salon , qui communique aux differens
Appartemens de la Maifon , & de l'autre à
une Voute , fous laquelle eft une belle Perfpective.
De cette Allée on entroit par trois
Portiques dans le refte du Jardin , qui étoit
couvert d'une grande Tente , & qui formoit
une Salle magnifique , ornée d'Emblêmes , de
Devifes , de divers Attributs de la Marine ,
& c. C'eft dans cet endroit qu'on prépara deux
grandes Tables de so. Couverts chacune , en
Taiffant des efpaces pour en mettre d'autres .
2
Au milieu de la Salle pendoit un Luftre
à 36 branches , d'un gout nouveau , & qui
paroifloit être de Porcelaine. Quatre autres.
Luftres accompagnoient celui- ci , & on avoit
menagé d'ailleurs des lumieres entre les feuillages
de Laurier qui couvroient le Berceau ,
& dans le vuide des Portiques , ce qui faifois
un mêlange trés agréable.
2418 MERCURE DE FRANCE .
Les dehors de la Maifon étoient deftinez
une illumination generale . On avoit difpofé un
double rang de Tringles le long des fenêtres ,
on en avoit mis pareillement autour de deux
grandes Portes , dont on avoit imité tous les
ornemens d'Architecture : elles étoient des
plus ornées de verdure & de Feftons. On y
avoit auffi menagé plufieurs intervalles pour y
mettre les Armes de la Maifon Royale , & le
tout étoit furmonté par des Fleurs de Lys
de lumieres.
Au fond de la Cour , où eft la principale
Porte,fur un Peron , on avoit élevé des Portiques
garnies d'une infinité de Lampions , ce
qui produifit un effet merveilleux.
Cependant M. de la Reinterie , Commandant
de la Ville & du Château de Breft , reçûe
des ordres de faire des Réjoüiffances ; le Corps
del Ville en reçût de pareils de l'Intendant de
la Province , ainfi la Fête fut generale.
Le 25. dès la pointe du jour , on ornà tous
les Vaiffeaux du Port , de Pavois , flammes
& Pavillons ; on battit en même -tems la Generalle
dans toute la Ville , pour affembler
les Troupes de la Marine , & les Milices Bourgeoifes
, & fept Compagnies de celles qui
font deftinées à la sûreté des Côtes , vinreng
auffi en armes fur les Glacis ; la Ville fut pleis
ne d'une infinité d'Etrangers.
Sur les 4. heures du foir on fit une Proceffion
generale , à laquelle officia l'Abbé de
Launay , Grand- Vicaire de M. l'Evêque de
Leon , qu'une maladie a empêché de s'y trou-
& à l'iffuë de cette Proceffion on chanta
le Te Deum dans la grande Eglife . M. de la
Reinterie , les Officiers de la Garnifon , les
Juges Royaux , & le Corps de Ville y affiftever
,
rent
OCTOBRE . 1729. 2419
rent quelque tems après les Troupes de la
Marine ayant défilé le long de la grande ruë ,
& pris leur Pofte dans le Parc , vis-à vis le
Magazin General , M. de la Luzerne defcendit
à la Chapelle du Roy , accompagné de
tous les Officiers du département ; le Te Deum,
ayant été chanté par les R R. P P. Jefuites ,
& par les Religieux de la Charité , les Troupes
de la Marine firent trois décharges de
Moufqueterie, on tira enfuite les Canons qui
étoient rangez le long des Magazins particu
liers , & des Magazins de vivres ; ceux de la
Batterie Royale fuivirent , & enfuite ceux
des differentes Batteries qui font autour
de la rade de Breft. Le Château répondit
& tout ce bruit d'Artillerie dura plus de deux
heures .
Sur les fept heures , commencerent les Illuminations.
La premiere parut fur la Frégate
du Roy , La Parfaite , qu'on avoit garnie de
fes mâts , & agrez , & qu'on avoit ornée de
flammes & Pavillons ; elle étoit prefque au
milieu du Port , dans le lieu le plus apparent ;
tout le corps de cette Frégate , fes Hunes , fes
Manoeuvres , fes Sabords étoient parfaitement
bien diftinguez par l'ingenieufe difpofition des
-lumieres , fa Poupe , fur tout , faifoit le plus
bel effet du monde.
A mesure qu'on travailloit aux differentes
maifons de la Ville , celle du Comte de la
Luzerne fut entierement illuminée ; toutes les
Dames s'y rendirent , fuivies de tous les Officiers
des Gardes du Pavillon Amiral , & de
la Marine , qui étoient priez à fouper avec tous
les Etrangers de diftinction qui fe trouverent
en Ville. A neuf heures du foir on vint aver
tir que les Tables étoient fervies ; les Dames
ie
2420 MERCURE DE FRANCÉ .
#
fe placerent, les jeunes Officiers les fervirent.
M. de la Luzerne , attentif au fuccès
de la Fête , & au bon ordre , ne voulut point
s'affeoir , il fe réferva le foin de prévenir tout
le monde , d'exciter à la joye & au plaifir ,
& d'empêcher que rien ne manquât. Madame
de la Luzerne faifant les honneurs d'une Table
, & Madile fa fille les honneurs de l'autre,
eurent la même attention.
Quand le repas fut un peu avancé , M. de
la Luzerne porta la fanté du Roi à toute la
Compagnie ; elle fut bue avec de grandes démonftrations
de refpe&t & de joye , au bruit
de 27. coups de Cañon ; les fantez ds la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin , furent buës
enfuite avec les mêmes acclamations & les
eris redoublez de VIVE LE ROY , & c.
A Tout le monde fortit de Table à minuit &
le Bal commença on danfoit dans deux
grandes Chambres ; les Mafqués y furent reçûs
, & le Bal ne ceffa pas un feul moment d'ê
tre très nombreux & très brillant. On y fervit
tnutes fortes de Glaces & de rafraîchiffemens
; il dura fans interruption jufqu'à feps
heures du matin . On fervit alors un magnifique
déjeuné , ce qui raffembla encore la Com
pagnie pour une bonne heure ; chacun ſe retira
enfin , charmé d'une Fête fi intereffante ,
fi bien entenduë , & fi bien executée.
Une double Fontaine de vin qui coula toute
la nuit à la porte de M. de la Luzerne , attira
une foule infinie ; tout le monde eut le temps
de profiter d'une fi longue abondance. Les autres
Maifons de la Ville avoient auffi quelque
chofe de particuliers on diftinguoit fur tout
FIntendance , l'Hôtel de Ville & la Maifon
de M. de la Mothe , Commiflaire General de
la
OCTOBRE . 1729 4 2421
la Marine ; ce dernier avoit aufli fait couler
une Fontaine de vin pour le Peuple.
Les PP. Capucins , dont le Jardin forme une
efpece d'Amphithéatre qui domine fur toute
la Ville , y avoient difpoié avec goût plus de
20. mille lumieres ; on y voyoit les noms du
Roi , de la Reine & de Monfeigneur le Dau
phin , tracez en lettres de feu. L'Hôpital de la
Marine formoit auffi un très beau ípectacle ;
un grand Soleil rayonnant , qui paroifloit détaché
de tout le reste de l'Illumination , fe
failoit principalement diftinguer.
Les PP. Jefuites , donnerent ce jour- là un
très-bon dîner à 1oo. Pauvres , so hommes
& so. femmes , qu'ils fervirent eux -mêmes
avec les Amôniers. Après le Repas on leur
diftribua à chacun une aumône.
Le lendemain 26. plufieurs Bourgeois , joints
enfemble , donnerent un repas à tous les Pauvres
de la Ville dans la Cour de la Maifon
des Jefuites . Il s'y en trouva mille foixante
& quinze , aufquels il fut diftribué douze
cent livres pefant de pain & de la viande rôtie
à proportion , avec une chopine de vin à chaque
homme & la moitié à chaque femme.
Enfin le 28. M. Robert , Confeiller d'Etat
Intendant de la Marine à Breft , donna un
grand Soupé dans la Maifon du Roi , qu'il
occupe , à tous les Officiers de la Marine , aux
Officiers de Terre & à toutes les perfonnes
de confideration de la Ville , hommes & Dames.
Il y avoit des Tables dans toutes les
Pieces du premier étage , & il y a eu un grand
concours, Le Repas fut fuivi d'un grand Bal
qui dura jufqu'au jour. On ne dit rien , pour
abreger , des Illuminations du dehors & du
dedans , des Feux , des Fontaines de vin , des
falves
2422 MERCURE DE FRANCE .
falves & des autres accompagnemens de cette
Fète.
M. de Nogent , Commandant les Gardes de
la Marine & du Pavillon a régalé cette Compagnie
pendant plufieurs jours..
VOEU rendu par le Préfidial de Vannes
& par le Corps de Ville , pour la confervation
du Dauphin , & Réjoüiſſances.
- faites fur ce sujet.
Es Officiers du Préfidial de Vannes , tout
occupez de la joye qu'ils venoient de reffentir
en apprenant le 9. Septembre, l'heureufe
Naiflance d'un DAUPHIN , s'affemblerent au
Palais pour déliberer fur les Réjouillances par
ticulieres que cette Compagnie avoit inten
tion de faire , avant que la Ville eût reçû des
ordres pour en faire de generales . Ils convinrent
de faire chanter un Te Deum dans
l'Eglife des Peres Carmes de fainte Anne ,
dévotion célebre dans le Pays , à trois
lieuës de Vannes , où la Reine avoit elle- même
ordonné des Prieres avant fa groffeffe , pour
demander à Dieu , par l'intercellion de la fainte
Patrone de ce lieu , l'augufte Prince qui
fait aujourd'hui la joye univerſelle du Royaume.
Ils refolurent en même-temps de porter
un væeu à cette puiflante Protectrice , pour
obtenir par fa médiation , la confervation du
don précieux qui vient d'être accordé à la
France. Il fut conclu que ce voeu feroit un
Enfant d'argent , du poids d'environ 12. marcs ,
& on ordonna fur le champ cet Ouvrage
auquel on travailla jour & nuit.
Les principaux Officiers du Corps de Ville
ayant
OCTOBRE. 1720. 2423
yant appris ces difpofitions , fouhaitereng
avec emprellement de s'unir au Préfidial , & de
participer àla Ceremonie. L'union fut approuvée
& reçue par le Préfidial , qui y admit une
vingtaine des plus Notables Bourgeois , tels
que le Syndic ( qui reprefente le Maire , dont
la charge eft éteinte , d'autres anciens Syndics ,
Echevins , Juges- Confuls , & Officiers de la
Milice Bourgeoife & du Corps de Ville.
On députa un des Confeillers du Préfidial ,
avec le Syndic pour difpofer les Peres Carmes
de Sainte Anne à cette Céremonie , & pour
convenir du jour , qui fut fixé au Mercredy
fuivant 14. du même mois de Septembre. On
retint des maisons dans le Bourg de Sainte Anne
pour y affembler ces deux Corps , & pour
les perfonnes neceffaires. On y envoya des
Pourvoyeurs & des Cuifiniers , afin que chacun
trouvât à manger dans le lieu qui lui fe
roit deftiné , fuivant fon état. Le Refectoire
du Convent fut refervé pour les Officiers du
Préfidial & du Corps de Ville, & pour la
Communauté des Peres Carmes qui fut invirée
à dîner avec ces deux Compagnies , 8
l'on convint de part & d'autre de n'y admettre
aucun Etranger , afin d'obvier à tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité & la
dignité de la Fête. On s'afura auffi des meil
leurs Symphonistes de la Ville , & des Muficiens
de la Cathédrale , que le Chapitre ac
corda très - obligeamment.
Le 14 Septembre , jour marqué pour la Céremonie
qu'on avoit annoncée dès la veille au
fon de la Cloche de l'Hôtel de Ville , & au
bruit d'une triple décharge de 15 coups de
Canon , les Officiers du Préfidial & du Corps
de Ville , partirent dans les differens Equipages
24 +
•
4 MERCURE DE FRANCE :
ges , environ für les fix heures du matin. A
Teur arrivée au Bourg de Sainte Anne le
Pere Prieur des Carmes les vint faluer dans
la maifon où ils étoient defcendus , & on
acheva de régler le Céremonial.
Sur les dix heures du matin les deux Compagnies
fe mirent en marche ; elle commença
par le Préfidial , dont le Prefident qui eft auffi
Sénechal , portoit la Robe Rouge , précedé
des Huiffiers Audienciers , & Greffiers en
Chef , tous en Robes & en Bonnets , devant
lefquels on portoit le Voeu dans un grand Baf
fin de Vermeil. A quelques pas de diftance .
fuivoit le Corps de Ville , marchant fur deux
files , comme le Préfidial , en Manteaux &
en Habits de Céremonie , précedé des Heraults
& des Archers en Pourpoints , & der
riere étoient les bas Officiers & les Valets de
Ville en Cafques . Quelques Archers de la
Maréchauffée , placez fur les aîles , empêchoient
la foule , l'affluence du peuple étang
extraordinaire.
Les deux Compagnies arriverent en cet ordre
dans les Avenues du Convent , plantées
de très- beaux Arbres jufqu'au grand Portail
de la Cour qui conduit à l'Eglife , où elles
furent reçues par le Prieur en Chappe & en
Habit d'Eglife , qui les y attendoit à la tête
de fa Communauté . Les deux Chefs des Com
pagnies , qui formerent un demi cercle , le
Préfidial à la droite , & le Corps de Ville à
la gauche , s'approcherent du Prieur , a quel
ie Prefident & Sénechal du Prefidial , portant
la parole , préfenta le Voeu , qui étoit
foutenu par le Syndic de la Ville , & lui fit
un Compliment , l'invitant avec fa Communauté
à joindre fes voeux aux leurs , pour demander
OCTOBRE. 1729 2425
mander au Ciel la confervation de fon Ouvrage.
Le Prieur répondit dignement , & ces
deux Difcours , applaudis de l'Affemblée , exprimerent
parfaitement la joye & le zele qui
animoient cette Fête. Le Prieur , aidé de fes
Affiftans , porta enfuite le Voeu jufques dans
l'Eglife , fuperbement décorée & illuminée;
avec arti, d'un nombre infini de Cierges & de ,
Bougies.
Les deux Compagnies y entrerent au bruit ,
des Cloches & des Orgues , & prirent les
places qui leur étoient préparées, Le P. Prieur
dépofa en leur préfence fur l'Autel de la Chapelle
confacrée à Sainte Anne , & remplie
d'une infinité d'autres Voeux , celui qu'il ve-.
noit de recevoir , & referma la Grille qui régne
autour de cette Chapelle , dont l'entrée
eft interdite aux Seculiers.
Il commença enfuite la Grande Meffe , qui
fut chantée avec beaucoup d'applaudiffement
par les Muficiens de la Cathedrale de Vannes ;
la Mufique étoit de la Compofition du fieur
le Sueur , Archiprêtre , & Maître de Mufique
de cette Cathedrale , l'un des plus habiles du,
Royaume. Après la Meffe , le Prieur entonna
le Te Deum , que la même Mufique chanta
au bruit d'une triple décharge de Boetes , &
des Tambours des Milices , Gardes - Côtes de
ce Canton . Lorſqu'il fut fini , les deux Compagnies
fortirent de l'Eglife , & pafferent par
la Cour exterieure , pour fe rendre dans une
grande Salle du Monaftere , où elles quitterent
Teurs Habits de Céremonie , & de-là elles allerent
dîner au Refectoire , où l'on avoit placé
-les Portraits du Roi , de la Reine , & les Armes
de Monfeigneur le DAUPHIN , fur des Tais
de Velours , enrichis de Franges & de Crépines
E
2426 MERCURE DE FRANCE.
pines d'or. Elles y trouverent trois Tables
de 20. Couverts chacune , parfaitement bien
fervies , où chacun prit place indifferemment ,
de même que les Religieux de la Maifon ; le
Maître de Mufique fut le feul Etranger qu'on
y admit. les autres Muficiens , Symphoniſtes ,
ainfi que les Huiffiers & autres perfonnes neceffaires
à la Fête, fe retirerent dans les differentes
Maifons qu'on avoit deftinées à chaque
Corps , où ils trouverent auffi des Tables fervies.
Dans le Refectoire , les fantez du Roi , de
la Reine,& deMonteigneur le DAUPHIN , furent
bues féparement par l'Affemblée , debout &
tête découverte, au bruit d'une triple décharge
de Boëtes : comme le zele & la pieté faifoient
le principal objet d'une Ceremonie fi édifiante ,
la délicateffe des Mets , la bonté des Vins , &
la vivacité de la joye ne firent point perdre de
vue la moderation qui doit accompagner de
pareilles actions , & qui doit être inféparable
des Magiftrats.
Après le diner , les deux Compagnies retournerent
à la Salle pour reprendre leurs habits
de Céremonies les Huiffiers & les Heraults
de Ville les vinrent joindre dans l'Anti- Chambre
, & on retourna fur les quatre heures après
midy à l'Eglife dans le même ordre que le matin
. Ony chanta l'Exaudiat en Mufique , à la
fin duquel on fe rendit proceffionellement avec
les Religieux en Chappes au Bucher préparé
fur une grande Efplanade , vis- à - vis la Cour
exterieure du Monaftere , & au bout des belles
Avenues dont on a parlé . Ce Bucher étoit orné
de Banderoles aux Armes du Roi , de la
Reine , & du DAUPHIN , de Devifes & d'Emblêmes
convenables à la Fêtes on l'avoit dé
coré
OCTOBRE. 17: 9. 24 ? F
•
coré de tout ce qu'on avoit pû imaginer de
brillant pour fuppléer au Feu d'artifice qu'on
n'avoit pu faire executer en auffi peu de tems ,
faute d'Artificiers affez entendus dans la Ville
On préfenta au Prieur , au Prefident du Preftdial
, & au Syndic du Corps de Ville des fiambeaux
de cire blanche , chacun mic le feu de
fon côté , & y jetta fon flambeau . On fit
alors quantité de décharges de Buëtes , aufquelles
répondoient des exclamations de joye
Continuelles , & des cris de Vive le Roy , vive
la Reine , vive le Dauphin , qui furent entendues
de plus d'une lieue , tant le nombre
des Spectateurs étoit prodigieux . On retourna
enfuite à l'Eglife , où cette ceremonie fut terminée
par un Domine , Salvum fac Regem s
chanté en Mufique , fuivi des Oraifons ac
¿Coutumées .
Les Compagnies allerent enfuite dans la me
me Salle pour remercier le Prieur & fes Religieux
, & fur ce qu'on s'apperçut qu'ils trouvoient
mauvais qu'on voulut leur faire un préfent
, on leur laiffa adroitement une liberalité
pour leur Eglife. Il fut dreffé un Procès
Verbal du dépôt du Vou , dont la Minute fignée
par tous les Magiftrats , & par les Religieux
, refta dans les Archives du Convent
les Religieux en délivrerent des Copies au Préfidial
& au Corps de Ville , pour l'inferre fur
leurs Regiftres.
L'Infcription gravée au pied de la Figure
d'argent , eft conçue en ces termes .
CURIA PRESIDIALIS ET SELECTI CIVES
Urbis Venerenfis , pro nato DELPHINO & ad
ejus confervationem hoc votum dono dederunt
Die XIV. Septembris auno Domini M , DCC XXIX
E ij Après
>
2428 MERCURE DE FRANCE.
Après que ces Meffieurs eurent pris conge
des Religieux , ils partirent pour Vannes , où
ils arriverent fur les 9. heures du foir , éclairez
d'une infinité de flambeaux de cire blanche
, ce qui faifoit, d'une nuit fort obfcure , un
jour très - brillánt.
le
On paffe fous filence la fuite de cette Fête
les illuminations des Maifons de chacun de
ces Meffieurs à leur entrée dans la Ville ,
fouper qu'on leur donna , & les autres rejouillances
qui l'accompagnerent pendant une
partie de la nuit . On n'a eu ici deffein que de
parler de l'action principale , qui eft le Voeu ,
dont l'execution plût tellement , qu'elle édifia
tous les Spectateurs , en redoublant la dévotion
des Pelerins , qui fe trouvent en grand.
nombre à Sainte Anne , dans quelque jour de
l'année que ce foit . Ils infpirerent tout à la
fois des fentimens de joye , de pieté & de Religion
, à ceux que la feule curiofité avoit
rendus témoins de cette pieufeCeremonie.
COPIE de la Relation des Réjouiffances
faites à Bordeaux , envoyée au Comte
d'Eu , Gouverneur de la Province de
Guyenne.
LROF
A France jouiffoit d'une profonde paix , le
Roy , le plus accompli de tous les Rois ,
affuroit fon bonheur prefent ; la brillante Jeuneffe
de Sa Majefté , les Voeux de tous les
François pour la durée , & la profperité de fon
Regne , la confiance de tous les Princes de
l'Europe , nous promettoient un Siecle d'or ';
il manquoit pourtant quelque chofe à notre
felicité , un DAUPHIN pouvoit feul la rendre
pare
OCTOBRE . 1729. 2429
parfaite , fa Naiffance nous raffure fur l'ave
nir , & nous prefente dans l'éloignement pour
nos petits fils , le même bonheur dont nous
jouiffons. La joyé éclate de toutes parts à cet
heureux Evenement ; chacun tâche de fe diftinguer
par une effufion de coeur , qu'il croft
qu'aucun autre ne peut imiter ; les Villes &
les Provinces donnent à l'envi des preuves
de leur zele & de leur fidelité.
La Ville de Bordeaux , dont l'amour pour
'la perfonne facrée de Sa Majefté ne peut être
égalé , vient de fe fignaler pår des démonftrations
de joye des plus éclatantes , & par une
Fêre fuperbe.
Tout le monde attendoit avec une impa
tience extraordinaire , d'apprendre l'heureux
accouchement de la Reine , & la Naillan
ce d'un DAUPHIN , lorfque le 7. Sep
tembre un Courrier Extraordinaire , envoyé
à la Cour d'Efpagne , en porta la nouvelle
M. Boucher , Intendant de la Province ; elle
fut prefqu'auffi -tôt annoncée au peuple par
une decharge generale du Canon du Château
Trompette , & des Forts Louis & du Ha.
Le Parlement , à qui elle avoit été communiquée
en la perfonne de M. le Premier Prefident
, donna dès ce moment les ordres pour
chanter le Te Deum dans la Chapelle du Palais
. Il fut chanté le 9. en Mufique , avec un
concours de toute la Nobleffe & des Dames
les plus qualifiées qui s'y rendirent.
Le lendemain la Cour des Aydes le fit chanter
auffi dans faChapelle, & les Jurats le firent chanter
le 11. dans l'Eglife de S. Eloy, leur Paroise,
où ils fe rendirent en Robes de cerémonie, avec
leurs Trompettes & leur Cortege ordinaire ;
E iij
Cette
2420 MERCURE DE FRANCE .
sette Eglife étoit tendue depuis le grand Au
tel jufqu'à la porte , c'eft à dire , toute entiere
, des plus riches Tapifferies ; la Mufique
étoit compolée des plus belles voix , & de la
Symphonie la plus complete ; le concours y
fut extraordinaire , M. l'Intendant leur fit
Phonneur d'y affitter , ainfi qu'au dîner qu'ils
donnerent à plufieurs perfonnes de qualité ,
pendant lequel les fantez du Roy , de la Rei
ne , & de Monfeigneur le DAUPHIN , furent
bûës au bruit de plufieurs décharges de Canon
qu'ils avoient fait porter fur les foflez
vis-à vis de la Sale où l'on mangeoit la groffe
Cloche de l'Hôtel de Ville ne difcontinua pas
de fonner pendant toute la journée.
Le 17. l'ordre du Roy , adreffé au Parle
ment, & aux Jurats pour les Réjouiffances ,
étant arrivé , le Parlement ne pût s'affembler
que le 19. pour fixer conjointement avec les
Vicaires Generaux , le jour du Te Deum Solemnel
, qui fut indiqué au 22. Ce même jour
17. les Jurats donnerent une Ordonnance ,
par laquelle ils enjoignirent de tenir les Boutiques
fermées , & deffendirent toute forte de
travail le jour du Te Deum , & les deux jours
fuivans.
Cependant les Jurats , dont le zele ne peut
être exprimé , firent travailler nuit & jour
à un Feu d'artifice , auquel tout ce qui fe
trouva de gens habiles furent employez plus
de deux cens Ouvriers travaillerent également
à décorer & à arranger l'Hôtel de Ville ; tous
les Appartemens furent fuperbement meublez ;
chaque Sale où l'on devoit manger , & chacune
de celles où fe devoit donner le Bal , étoit
garnie de fix Luftres magnifiques , de Plaques ,
de diftance en diftance , & ornée des plus belles
OCTOBRE 1729. 2431
Jes Glaces , & des plus beaux Tableaux ; au
milieu étoient les Portraits du Roi & de la
Reine , fous des Dais .
Dans les dehors , fur les Foffez , furent rangées
30. pieces de Canon , avec un Théatre
pour le Feu d'artifice , peint , orné de plufieurs
Emblèmes à l'honneur du Roy & de Monfei
gneur le DAUPHIN , & furmonté d'une Renommée
publiant la Gloire & les Vertus de
Sa Majefté,
Tout étant prêt le 22. les Compagnies Bourgeoifes
, formant fix Régimens de 2000. hommes
chacun , fe mirent fous les armes dès les
fept heures du matin , & fe rangerent en haye
depuis l'Hôtel de Ville jufqu'à l'Eglife Métropolitaine
de S. André , devant laquelle il avoit
été formé un Bataillon ; tous les Officiers
-étoient vêtus magnifiquement , avec une Cocarde
blanche , & les huit Aydes Majors en
Plumets. Le Comte de Segur , Sous - Maire
& les Jurats , précedez de la Compagnie du
Guet en Chapeaux bordez da Heraut d'Armes
, avec fa Cafaque de Velours Cramoifi .
femées de Fleurs de Lys en broderie d'or , du
Maffier avec fa Maffe d'argent , du Fourrier de
la Ville , & de tous leurs Officiers , partirent,
Trompettes fonantes au fon de la groffe Clo
che , qui ne difcontinua pas de fonner pendant
les trois jours , & fe rendirent dans l'Eglife
de S. André , où fe trouverent le Parle
ment , la Cour des Aydes , & toutes les Compagnies.
Le Te Deum fut chanté après la
Grande Meffe . Elle fut fuivie d'une Proceffion
generale , qui paffa par la rue des trois Conils
la Place S. Proiet , la rue de là Mercy , la
la rue
du Pas S. George , le grand Marché , la rue
des Aydes , le Poiffon Sallé , la rue du Loup ,
E iiij
&
2432 MERCURE DE FRANCE .
& rentra en traverfant la Place S. André dan's
l'Eglife du même nom , d'où elle étoit partie ;
toutes ces rues étoient tapiflées & bordées des
deux côtez de Troupes Bourgeoifes.
A une heure après midy , ceux qui fe trouverent
à la tête du Clergé , le Premier Preffdent
, tous les Prefidens à Mortier , & tous
les Confeillers du Parlement , l'Intendant , le
Premier Prefident de la Cour des Aydes , plufieurs
Prefidens & Confeillers de la même
Cour , les Tréforiers de France , les Secretaires
du Roy , toute la Nobleffe , les Comman
dans des trois Forts , avec tous les Officiers de
la Garnifon , les Avocats , & les Notables
Bourgeois qui avoient paffé par les Charges
, & qui tous avoient été invitez , fe rendi
rent à l'Hôtel de Ville , où Madame la Premiere
Prefidente , Madame l'intendante , &
toutes les Dames de diſtinction étoient déja arrivées
, les Jurats firent fervir fix Tables de
25. Couverts chacune , & dix autres Fables
de 12.
de 8. & de 6. Couverts , toutes également
remplies des mets les plus exquis &
les mieux ordonnez , rangez avec une ſymetrie
qui fut admirée , chacune des grandes Tables
ayant fa couleur affectée , & deux Maîtres
d'Hôtel diftinguez par un Ruban de la même
couleur.
Toutes ces Tables furent fervies à quatre
Services , & toujours pour le double des perfonnes
, parceque n'y ayant que des Dames
aufquelles on avoit , avec raiſon , donné la
préference , chacune avoit à côté , & debout
, un ou plufieurs Cavaliers qui les
faifoient fervir ou les fervoient eux mêmes
, & les Dames leur faifoient part de tous
les mets ; de forte qu'à chaque sepas il
,
·
y
avoit
OCTOBRE. 1729 2433
avoit plus de 400. conviés ; mais ce qui parut
le plus furprenant , c'eft qu'arrivant inceflamment
du monde , on voyoit , pour ainfi dire ,
naître de nouvelles Tables , avec tant d'ordre
, de propreté & de magnificence , qu'elles
fembloient être fervies par enchantement. Les
vins de Grave , de Champagne & de Canarie
, y furent diftribués abondamment. Les
fantés du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
Je Dauphin furent bues au bruit de tout le Canon
, qui fouvent réiteré , donnoit à cette
Fête un air de grandeur & de magnificence
qu'on peut plutôt imaginer qu'exprimer ; ce
Repas egayé par une Mufique d'Inftrumens
nombreufe & délicate , ne finit qu'après cinq
heures . Pendant qu'il dura , quatre Fontaines
de vin coulerent continuellement dans chaque
Place de la Ville ; il en fut diftribué douze
tonneaux ou 48. barriques.
Une heure après , les Sous- Maire & Jurats,
avec leurs Robes mipartie de Damas cramoifi
& blanc , & leur cortege ordinaire , toutes
les Troupes bourgeoifes rangées autour du
bucher , allerent allumer le feu de joye , au
bruit de tout le Canon & de la Moufqueterie.
Toute la façade de l'Hôtel de Ville , & la
Tour où eft la Cloche furent illuminées de
6000. lanternes , fur lefquelles étoient peintes
les Armes de France , où la figure d'un Dauphin
, avec des Infcriptions , & une fi grande
quantité de lampions , reprefentant auffi par
Farrangement qu'on en avoit fait , des Dauphins
, ou des Fleurs de Lys , qu'on peut dier
re , fans exageration , que c'étoit un ſpectacle
des plus fuperbes , & qui paroiffoit toujours
nouveau. Au dedans de l'Hôtel de Ville,
E v
Tes
2434 MERCURE DE FRANCE .
les Luftres , les Plaques , les Bras étoient gara
nis d'un fi grand nombre de bougies , qu'ils
fembloient difputer de clarté avecle plus beau
jour
L'Illumination n'étoit pas moins belle fur
les Vaiffeaux , qui dans le plus beau Port du
Monde paroiflofent autant de Piramides de feu
au milieu de la Nuit , d'où fortoit un bruit
effioyable de tout leur Canon . Ce qu'on voyoit
en grand dans l'Hôtel de Ville fe voyoit en
perit dans toutes les Rues ; il n'y avoit point
de Fenêtres qui ne fut illuminée , ni de porte
devant laquelle il n'y eut un Feu de joye ;
le plus pauvre Artifan vouloit marquer fon
zele pour S. M: & pour l'augufte Prince dont
on celebroit la Naiffance ; on n'entendoit de
toutes parts que des cris de Vive le Roi.
A neuf heures , comme on vouloit tirer le
Feu d'artifice , il tomba une fi grande pluye ,
qu'il en fut abfolument dérangé . Il fallut le
remettre au troifiéme jour. A dix heures on
Tervit un Ambigu avec le même ordre , la
même propreté & la même magnificence que
le diner ; après quoi le Bal commença dans
trois Salles , & dura jufqu'au jour. Pendant
tout ce tems - là , on diſtribua à tous venans
de toutes fortes de liqueurs glacées , & aux
Dames des confitures & des fruits avec abondance.
Cette Fête étant toute publique , & tous les
Ordres y devant prendre part , les Jurats donnerent
le lendemain un fouper aux Gentils
hommes , aux Avocats & aux notables Bourgeois
qui lejour precédent n'avoient pas pû
y affifter. Ils furent traités en maigre , avee
la même magnificence & la même délicateffe
les Illuminations & le Bal continuerent cette
feconde
OCTOBRE. 1729. 2435
A
C
་
i
feconde nuit , ainfi que la nuit fuivante. Il
fut tité un très - grand nombre de Fufees , &
fait plus de vingt décharges de tout le Canon.
Le troifiéme jour , les Jurats donnerent un
grand fouper à tous les Officiers des Troupes
Bourgeoifes , au nombre de cent quarante
; les Tables furent fervies avec la même
regularité & la même abondance. Comme
le Feu d'artifice devoit être tiré ce jourlà
, le Premier Préfident , l'Intendant , Madame
la Premiere Préfidente , Madame l'Ins
tendante y furent invités ; toutes les perfonnes
de diftinction de l'un & de l'autre fexe, du
Parlement & de la Nobleffe , s'y trouverent
auffi ; & comme il étoit tard quand tout fut
preparé pour le feu , à caufe du defordre qu'y
avoit caufé la pluye le premier jour , il leur
fut prefenté un fouper en gras & en maigre ,
dont la délicateffe , la propreté & le bon goût
pafferent , s'il fe peut , tout ce qui s'étoit fait
jufqu'alors. Le Feu d'artifice répondit à ce
qu'on en avoit attendu , il fut tiré un prodigieux
nombre de très- belles Fufées , le Canon
fit plufieurs falves réiterées ; enfin tout le
monde convient qu'on ne pouvoit rien ajoûter
à l'ordre & à la magnificence de cette Fête
, aux foins que les Jurats fe font donnés ,
qu'une fatigue continuelle pendant huit jours
n'a pu ralentir , & aux acclammations du
Peuple , dont le zele & l'amour pour S. M. &
pour la Famille Royale font fans bornes.
Cette Fête ayant fini le Bal , le Dimanche
25. Septembre à fix heures du matin
M.le Premier Préfident en fit une ce même jour
des plus magnifiques , perfonne ne l'entend
mieux ; le Parlement , la Nobleffe , les Jurats
& les Dames y furent invités ; tout y étoit
Evj grand
par
2436 MERCURE DE FRANCE :
grand. On fervit plufieurs Tables , faifant environ
150. Couverts , où l'on trouvoit également
l'abondance , la délicateffe & la propreté
; fon Hôtel & fa Cour étoient illuminés
de lanternes & de lampions qui faifoient un
très bel effet .
Le lendemain , M. Boucher , Intendant de
la Province , donna une Fête fuperbe , fon
parterre, d'une grande étenduë en quarré, étant
-entourré d'allées de très - beaux Arbres ; on
-avoit pratiqué d'un Arbre à l'autre des Arcs
de verdure en forme de Portique , tous garnis
de lampions , ce qui faifoit un ſpectacle
charmant. Les murailles étoient couvertes de
lanternes, les compartimens du Parterre étoient
également garnis de lampions , on en avoit
rangé dans toute la façade de l'Hôtel , tant
du côté du Jardin que du côté de la Ville ;
au milieu du Partere étoit un Théatre pour
un Feu d'artifice qui réuffit parfaitement.
Cette Fête commença par un Concert de
Voix & d'Inftrumens , après lequel on fervit
un fouper à r30. perfonnes des plus qualifiées
, de l'un & de l'autre fexe , à la tête defquelles
étoient M. le Premier Préfident & Madame
la Premiere Préfidente. Il y eut Bal toute
Ja Nuit.
Le Mardi , les Négocians firent auffi une Fête
magnifique à la Bourfe , avec un Feu d'artifice
. Cette Maiſon étoit toute brillante de
lumieres au dedans & au dehors , les Appartemens
en étoient fuperbement meublés ;
le foupé à plufieurs Tables en fut magnifique
& d'un gout qui ne cedoit à aucun autre ;
quinze piéces de Canon tirerent prefque continuellement
, le Bal fucceda au fouper , &
tout s'y paffa avec une politeffe qu'on ne
peut affez louer, Le
OCTOBRE . 1729. 2437
+
Le Mercredi il y eut fur l'eau le fpectacle
d'un Combat naval , & un Feu d'artifice .
Chaque jour du reste de la femaine a évé
marqué par un Te Deum , que chaque Compagnie
a fait chanter , ou par quelque Fête
nouvelle que les Corps de métier ont voulu
faire , & le Dimanche les jeunes négotians en
firent une qui mérite une Defcription parti
culiere. Cent Jeunes- hommes des mieux faits.
magnifiquement vêtus , Chapeaux bordés , en
plumet & cocarde , montés fur de très beaux
Chevaux , richement harnachés , s'affemblerent
au Manége , vis à- vis l'Hôtel du Gou
verneur , où étoit le Rendez - vous ; ils avoient
au centre un Char de Triomphe traîné par
huit fuperbes Chevaux , dans lequel la France
étoit reprefentée fous la figure de Minervearmée
, fon Egide & fa Lance à fes pieds ,
& le Cafque en tête , tenant en fes mains
Monfeigneur le Dauphin ; le Char étoit orné ,
de plufieurs Emblêmes & de plufieurs Devi
fes , & tout garni de Lauriers . Les Trompettes
ayant fonné la Marche , ils la commencerent
au bruit des Timballes , l'Epée
haute , par la rue Ste Catherine , & firent une
Cavalcade par toute la Ville , diftribuant des
confitures aux Dames qu'ils rencontroient , &
en jettant à celles qui étoient aux Fenêtres ,
renouvellant inceffamment des cris de Vive
le Roy & Monfeign: ur le Dauphin. Cette Cavalcade
fut fuivie d'un très beau Feu d'arti
fice , tiré à la Place du Palais ; la Fête finit
par un grand foupèr & un Bal qui dura toure
la nuit.
4
Enfin il ne fut jamais de joye pareille à
celle que les Grands & le Peuple ont fait
éclaters mais on peut dire fans les flatter
que
2438 MERCURE DE FRANCE .
que les Jurats ont furpaffé tout ce qu'on avoit
jamais vu & tout ce qu'on pouvoit attendre
des Sujets les plus dévoués à leur Prince.
REJOUISSANCES
faires à Rouen.
E. de Septembre , la nouvelle de l'heureufe
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
fe répandit dans la Ville , par l'arrivée
d'un Courier envoié au Duc d'Harcourt . Après
midi Mrs de Ville l'annoncerent au Peuple par
le fon de la Cloche deftinée à fonner lors des
réjoüiffances publiques . Auffi- tôt chacun ſe
difpofa à donner des marques de fa joye.
Le premier qui la fit éclater , fut M. de
Gafville , Intendant , qui dès le furlendemain
fit chanter dans l'Eglife des Jefuites , un Te
Deum en Mulique au bruit du Canon . Toute
' Eglife étoit très bien illuminée . Les Corniches
étoient remplies de Lampions . Dans le
tour du Sanctuaire , on lifoit ces paroles du
Pleaume , Deus judicium tuum Regi da , &
au -deffous , fur la Corniche fuperieure de
l'Autel , ces paroles du même Pleaume , &
juftitiam Filio Regis . L'Autel principal & les
Collateraux étoient ornez d'un nombre infini
de Cierges rangez avec Symetrie.
Le 10. La Cour des Comptes , " la Cour des
Aides & des Finances , firent chanter dans leur
Chapelle , un Te Deum au bruit du Canon ,
firent couler des Fontaines de Vin , & delivrerent
quelques Prifonniers .
Le Dimanche 11. Le Parlement fit la même
chofe , & M. de Colmoulins , Prefident de la
Chambre des Vacations , donna un fouper où
fe trouverent en grand nombre des perfonnes
diftinguées ;
OCTOBRE . 1719. 1719 2439
Aiftinguées ; pendant le repas , le Canon tira
de demie heure en demie heure , au Cours , au
Vieux Palais , & fur le Boulevard de Cauchoiſe.
Le même jour , l'Hôtel de Ville fit chanter
le Te Deum dans l'Eglife de Nôtre Dame de la
Ronde , & alluma un Feu au bruit du Canon.
Dans le cours de la femaine , plufieurs Particuliers
fe diftinguerent , entr'autres les Peres
Jefuites , le Jeudi 15. ils illuminerent toute
la face de leur Maifon de Campagne du Mont
Fortin , à un quart de lieuë de la Ville , d'où
ils tirerent un grand nombre de Fufées & firent
retentir la Ville & les environs du bruit
de leur Canor .
Le même jour , un Particulier donna dans
fon Jardin , proche les Peres de Grammontlez
- Rouen , une Fête des plus galantes. Après
avoir fait chanter le Te Deum dans l'Eglife de
S. Sever , qui eft la Paroiffe du Fauxbourg , il
donna un grand Repas , à la lueur des Lampions
& des Terrines qui étoient repandus
dans les Jardins & fur les Arbres ; le foupé
fut precedé d'un Concert & d'un Feu d'artifice ,
& fuivi d'un Bal qui dura la plus grande partie
de la nuit ; pendant tout ce tems on entendoit
le bruit des Boëtes & des Canons .
Le Dimanche 18. fut indiqué pour les rejoüiffances
publiques , elles furent annoncées
dès le matin par le bruit du Canon , du Cours
& du Vieux Palais , & par la Cloche de la Ville,
& à midi par le fon des Cloches de la Cathedrale
& de toutes les Eglifes .
Après Vêpres , le Te Deum fut chanté folemnellement
dans l'Eglife Cathedrale par la
Mufique , au fon des Cloches & au bruit du
Canon. M. l'Archevêque y officia pontificalement
; M. le Comte d'Harcourt , Marquis de
Beuvion ,
2440 MERCURE DE FRANCE .
Beuvron , Lieutenant General pour le Roi dans
la Province de Normandie, & Gouverneur du
Vieux Palais , M. le Duc d'Harcourt , M. le
Marquis du Pont- Saint- Pierre , accompagnez
d'un grand nombre de Nobleffe , y affifterent ,
auffi bien que le Parlement , la Cour des
Comptes , Aides & Finances , & le Corps
de Ville , eſcortez des Compagnies de la Ville ,
à pied & à cheval , & des Gardes de Monfieur
de Beuvron , tous en Habits d'Ordonnance.
Le Feu qui avoit été dreffé dans le Parvis de
P'Eglife fut allumé avec les cérémonies ordinaires
par M. de Beuvron , le Maire & le premier
Echevin de Ville en Charge , au bruit des
acclamations du Peuple & du Canon. M. de
Beuvron , en retournant chez lui , fit jetter
fur la route de l'Argent au Peuple ; il étoit
fuivi d'un nombre infini de Caroffes remplis de
Nobleffe , & précedé des Compagnies d'Ordonnance
& de fes Gardes .
Le foir toutes les Cloches de la Ville fonnerent
encore , & auffi -tôt toute la Ville fut illuminée
, chacun travaillant à fe furpaffer l'un
l'autre par le nombre & la grandeur des Feux ,
les Illuminations des Maifons , & les repas qui
fe donnoient de tous côtez .
Il y eût un Concert à l'Hôtel de Ville , fuivi
d'un fuperbe repas , où étoient invitéz M. l'Archevêque
, Mes de Beuvron , d'Harcourt , &
la plus illuftre Nobleffe de la Province. Il y
avoit fix Tables de trente Couverts chacune :
La premiere étoit occupée par les Dames qui
avoient à leur tête M. l'Archevêque & M. de
Beuvron ; la 2de étoit remplie par la Nobleffe ,
les Maire & Echevins en Charge , précedez
de M. le Duc d'Harcourt , de M. l'Intendant ,
& de quelques Ecclefiaftiques de diftinction :
Ces
OCTOBRE . 1729. 244t
Ces deux Tables étoient dans la grande Sale de
l'Hôtel de Ville , richement décorée de Glaces,
de Luftres & des Portraits du Roi & de la
Reine , fous des Dais . Les autres Tables dref
fées dans d'autres Appartemens de l'Hôtel de
Ville étoient occupées par la jeune Nobleffe
, par les anciens Echevins , & par leurs
Epouſes. La Cour étoit ornée de Tapifferies ,
& illuminées de deux rangs de Terrines , avec
des Luftres & des Piramides de féu. Le repas
fut fuivi d'un Feu d'artifice tiré fur la Tour de
l'Horloge , enfuite il y eût un Bal qui dura juſ
qu'au lendemain.
La Décoration & l'Illumination de l'Hôtel
de Ville , confiftoient en un Corps d'Architec
ture de vingt pieds de large fur près de qua
rante pieds de haut , pofé tur un Plancher audeffus
de l'Arcade de l'Horloge. C'étoit une
efpece d'Arc de Triomphe , compofé de huit
Pilaftres de Marbre fin , chargez d'Emblêmes
avec leurs Bazes & Chapiteaux rehauffez d'or,
pofez les uns derriere les autres en perspectives
is étoient fur un grand Socle de trois pieds
& demi de haut , chargé des Armes du Dauphin
, & de differens Emblêmes .
Les deux premiers Pilaftres portoient une
grande Corniche ceintrée , rehauffée d'or.avec
fes retours; fur le milieu de laquelle s'élevoient
deux grandes Renommées , l'une de France , l'au
tre de Pologne , & deffous un Globe illuminé :
aux deux côtez fur les retours de la Corniche ,
étoient deux Obelifques , furmontez chacun
d'un Soleil avec un Dauphin ; du milieu de la
Corniche pendoit un Ecriteau en fefton , ou
étoit écrit en Lettres d'or fur un fond bleu ,
DELPHINO RECENS NATO
CIVITAS ROTHOMAGENSIS.
M. D. C. G. XXIX.
( C'eft
2442 MERCURE DE FRANCE :
( C'eft-à - dire ) la ville de Rouen a élevé ce
Monument en l'honneur du Dauphin nouveau
é. Aux deux côtez de ces Pilaftres étoient
deux Figures de Neptune & de Thetis , pofées
fur leurs piedeftaux , chargez d'Emblêmes .
Les Pilaftres de derriere portoient chacun
leur voute en compartimens de Marbre ; ils
étoient éloignez les uns des autres d'environ
quinze pouces , ils fe refferroient & leurs
Voutes diminuoient de hauteur felon les proportions
de la Perfpective , ils étoient tous
illuminez par derriere , auffi bien que leurs
Voutes , en forte que ceux de devant éclairoient
ceux de derriere ce qui formoit une lumiere
d'autant plus agréable, que l'on ne voyoit point
les Lampions qui la produifoient entre les-
Voutes pendoient plufieurs Feftons de verdures
& de Fleurs naturelles.
De rere les derniers Pilaftres étoit un grand
Tableau tranſparent avec un grand Soleil, &
au devant il y avoit deux groupes de Figures ;
au haut les Portraits du Roi & de la Reine
dans un double Cartouche rehauffé d'or , avec
des Lauriers & des Palmes , furmontez d'une
Couronne Royale auffi rehauffée d'or aus
deffous la figure de Monfeigneur le Dauphin
nud avec fon Cordon bleu , affis fur un Dauphin
dans une grande Coquille de Mer , foû
tenue par plufieurs Amours , en differentes
attitudes ; il y en avoit d'autres au - deffus du
Dauphin , qui d'une inain foûtenoient ſa Couronne
rehauffée d'or , & de l'autre le Manteau
femé de Fleurs de Lys d'or , doublé d'Hermine .
L'autre groupe fur le plancher , reprefentoit
d'un côté la France, fous la figure d'une femme,
un genoüil en terre , levant les mains & les
yeux comme pour recevoir le Dauphin elle
étoit
OCTOBRE. 1729. 2443
étoit accompagnée d'un enfant qui portoit let
bas de fon Manteau , & du génie de la France
qui en portoit l'Ecuffon. De l'autre côté étoit
la Pologne , elle étoit défignée par l'Ecuflon
de la Reine. Entre les deux figures paroifloit
ane Corne d'abondance renversée , d'où for
toient des piéces d'or & plufieurs médailles . Ce
groupe étoit terminé par une Mer dans le lointain
avec un Soleil levant.
Tout le Plancher étoit rempli de Lampionsqui
produifoient une lumiere extraordinaire.
Les Emblêmes étoient renfermez chacun dans
un Cartouche rehauffé d'or , & peints en Camahieux
de differentes couleurs.
Sous la figure de Neptune.
Un grand Vaiffeau fur une Mer agitée , &
un Soleil.qui paroiffoit à travers les nuées.
SPES REDIT L'efperance renaît.
Sous la figure de Thetis.
Un Dauphin au milieu de la Mer autour
duquel fe rangent des Poiffons de toutes efpeces.
OMNES SUEDITI . Tous lui font foûmis,
Sous le premier Pilaftre du côté droit .
Un Léopard profterné devant un petit Coq.
AGNOSCIT NEUSTRIA. La Normandie le reconnoît.
La Normanide a pour Armes deux
Léopards.
募
Sous le premier Pilaftre du côté gauche.
Un Mouton bondi ffant devant un petit Lys.
EXULTAT ROTHOMAGUS. Roüen fe réjouit.
La Ville de Rouen a pour Armes un Mouton.
Du côté droit des Armes du Dauphin.
Ure Femme habillée à la Françoife affife.fur
un Dauphin au milieu de la Mer. GALLIA
TUTA DELPHINO. La France affurée fur fon
Dauphin.
Di
2444 MERCURE DE FRANCE .
Du côté gauche des Armes du Dauphin:
Un petit Coq au milieu de plufieurs Animaux
étrangers. NULLUM TIME BIT.
n'en craindra aucun.
Sur le premier Pilastre du côté droit.
I
Un Autel fur lequel eft une Victime immolée
, & le feu du Ciel qui defcend pour la cónfumer.
VOTUM AUDITUM. Le Vieu exaucé.
Allafion au Vau de la Reine.
Un Soleil brillant qui fe reproduit fur une
nuée qui lui eft opofée. PATRI SIMILIS . II
reffemble à fon Pere. 7.
L'Etoile qui conduit les trois Mages . REGI
BUS ORTA REGENDIS . Elle fe léve pour conduire
les Rois.
Surle premier Pitaftre du côté gauche. ~`-
Plufieurs Aigles volans en l'air , & un Aiglon
qui s'éleve de terre . MAJORES ATTINGET . I
atteindra les plus grands. Allufion aux Armes
de la Reine quifont deux Aigles.
Un Cavalier armé en guerre qui tient un Lys
à fa main. FORTIOR PER LILIUM. Le Lys le
rend plus fort. Autre allusion aux Armes de la
Reine qui font deux Cavaliers armez.
Un Chiffre compoſé d'un M & d'un L d'où
fort un Lys . FRUCTUS AMORIS . Le fruit de leur
amour. Le Roi s'apelle Louis, & la Reine Marie.
Sur le deuxième Pilaftre du côté droit.
Une Poule qui chanté après avoir pondu un
beuf que l'on voit dans fon nid . GAUDIUM
MATRIS. Ileft la joye de fa Mere.
Un Grenadier , du pied duquel fort une petite
Grenade . CORONATUR ET FILIUS. Le
Fils porte auffi fa Couronne.
Un Lys encore fermé , proche un grand Lys
épanoui. ET IPSE FULGEBIT. Il éclatera auf .
Sur
OCTOBRE 2415 1729
Sur le deuxième Pilaftre du côté gauche.
Un petit Coq au- deffus de trois Poulettes un
peu plus grandes. JUNIORI SUBDITA . Elles
font foûmiles au plus jeune.
Un Soleil naifant qui fait éclipfer trois Etoiles
. REGNO NON APTA . Elles ne font pas pro
pres à regner.
Un Lys au milieu de trois Rofes , fortant de
la même racine & s'élevant au-deffus d'elles .
DOMINATUR ILLIS. Il domine fur elles .
Sur le troifi me Pilaftre du côté droit,
Un Laurier naiffant au pied d'un Lys. A D
CORONAS. Il eft deftiné pour les Couronnes .
Un petit Lierre qui commence à fe lier autour
de deux Arbres . FOEDERA NECTI T.
Il ferre les noeuds de l'alliance,
Un Soleil naiffant qui éclaire un Arc- en - Ciel .
SIGNUM FOEDER I S. Il eſt la marqué de
l'alliance.
Sur le troifiéme Pilaftre du côté gauche .
Un Coq qui chante au point du jour. Disst-
PAT UMBRAS . Il diffipe les ombres.
Un Soleil qui fort de Phorifon. SPLENDOR
CRESCIT EUNDO. Sa fplendeur augmente à mefure
qu'il avance.
Un Lys dont l'oignon eft hors de terre ,
ayant plufieurs cahieux qui en fortent. Muz
TIPLICABITUR. Il fe multipliera,
M. de Colmoulins , Prefident de la Chambre
des Vacations , avoir une Ilumination de Lampions
& de Flambeaux de cire blanche , avec
Architectures & Emblêmes.
M. de Variquerville , premier Preſident de
la Cour des Comptes , avoit illuminé fa maifon
d'un nombre infini de Lampions qui reprefentoient
des Soleils , des Dauphins & des
Infcriptions en l'honneur du Roy , de la Reine
& du Dauphin,
Lo
2446 MERCURE DE FRANCE.
La Porte du Palais Archiepifcopal étoit
éclairée de Terrines & de Lampions , qui formoient
des Etoiles & des Piramides.
Les Benedictins de l'Abbaie Royale de Saint
Ouen , fe dittinguerent auffi par l'Illumination
du Portail , des Galleries , & de la Tour de
leur magnifique Eglife , & par un Feu d'arti
fice qui fut tiré , au bruit du Canon , des Boëtes
& des Cloches .
M. Coutart , Commiffaire General des Pour
dres & Salpetres , après avoir fait chanter un
Te Deum , dans l'Eglife des grands Carmes ,
fic illuminer fa Mailon d'un nombre extraordi
naire de Lampions , qui reprefentoient des
Etoiles , des Piramides , des Fleurs de Lys &
des Infcriptions ; il fit tirer quantité de Fufées
volantes & termina la Fête par un grand
repas.
Les Clochers & les Tours de la plupart des
Eglifes étoient remplis de lumieres , & fans
entrer dans un plus grand détail , toute la Ville
n'étoit que feu , tant le long des Maifons , que
dans le milieu des Ruës.
Le lendemain Lundi , les Boutiques furent
fermées par ordre du Parlement , & il y eut
une Proceffion Generale , où affifterent M.PArchevêque
les Cours de Parlement & des
Comptes & le Corps de Ville , auſſi bien qu'à
la Melle d'actions de graces , qui fut celebrée
après la Proceffion dans l'Eglife Cathedrale.
>
Le foir toutes les Cloches de la Ville fonne
rent encore & les Feux & Illuminations recommencerent
comme le jour précedent.
,
M. de Beuvron donna un grand repas de
plufieurs Tables , dans les Apartemens & dans
les Cours , fous des Tentes ; la plus grande
partie de ceux qui avoient mangé à l'Hotel de
Ville
OCTOBRE. 1729. 2447.-
Ville y étaient -invitez ; le Château étoit illuminé
de Terrines , fur toutes les Tours & les
Muiailles. Le Repas fut fuivi d'un Bal , qui
devint public par un détachement qu'on fig
pour le divertiffement du Peuple qui étoit en
tré dans les Cours du Vieux Palais.
3
Le Mercredi 23 un Particulier nouvellement
delivré d'Efclavage en Barbarie , actuellement
Echevin en charge de la Ville , demeurant de
l'autre côté de la Riviere , marqua fon zele &
fa joye par l'Illumination de toute la Maiſon
avec Emblêmes & Tableaux tranfparens , qui
fut accompagnée d'un Feu d'artifice fur l'eau &
d'un grand nombre de Fufées volantes, au bruit
des Boetes & du Canon. Le principal fujet de
la Décoration étoit un grand Tableau tranfpa
rent , reprefentant plufieurs Poiffons dans un
filet au milieu de la Mer , & un Dauphin qui
d'un coup de fa queue rompoit le filet , &
donnoit la liberté aux Poiffons : fur une langue
de terre qui avançoit dans la Mer étoient plufieurs
Efclaves dont les chaînes tomboient à la
vuë du Dauphin . Et pour devife : NATO DEL
PHINO LIBERTAS OMNIMODA , La Naiffance du
Dauphin donne toute forte de liberté .
Le Jeudi 25. Les Officiers du Grenier à Sel
firent illuminer la façade des magnifiques Ma
gafins de Sels , que le Roi a fait conftruire de
puis peu , vis à - vis de la Ville , de l'autre
côté de la Riviere ; cette Illumination a été
regardée comme une des plus brillantes & des
mieux entendues qui ayent paru .
Le Dimanche 25. les Benedictins du Prieuré
de Bonne- Nouvelle lez - Rouen , fe firent remarquer
par une Illumination très étenduë &
très éclatante qu'ils firent au dehors de leur
Maifon , elle formoit une efpece d'Arc de
Triomphe
2448 MERCURE DE FRANCE .
Triomphe à trois Arcades , avec des Terrines
le long de leurs Murs & dans les Arbres ; ils
tirerent une grande quantité de Fufées , Petards,
Pots à feu & autres Artifices , au bruit des décharges
fouvent réitérées de douze pieces de
Canon . Ils avoient auparavant chanté un Te
Deum folemnel , &c.
Le Bailliage , la Vicomté , l'Amirauté , le
Bureau des Finances , la Chambre du Commerce
, & tous les Corps , tant de Juſtice que
de Métiers , fe font diftinguez par leurs Illuminations
, & leurs Aumônes , la délivrance
des Prifonniers , & c. Après avoir fait chanter
des Meffes d'actions de graces & des Te Deum.
REJOUISSANCES faites à Marseille,
fur les Galeres , dans la Maiſon du Roy
& dans Arfenal,
L
E 25. Septembre , jour deftiné pour commencer
les Réjouiflances , les Galeres dès
le matin arborefent leurs Etendarts , & furent
ornées de leurs Pavefades , Flames & Tendelets
fur les quatre heures du foir le Comte
de Roanez , Lieutenant General & Commandant
dans le Port de Marfeille , M. Ranche ,
Commiffaire General des Galeres , les Officiers
d'Epée & de Plume , fe rendirent fur la Reale ,
cu M. l'Evêque chanta le Te Deum , affifté de
tous les Aumôniers des Galeres ; il fut falué
de quatre coups de Canon en entrant & en
fortant.
A 7. heures , on commença l'illumination
des Galeres , celle de la Maifon du Roi , de
l'Arcenal & de l'Arc de Triomphe que M.Ranché
avoit fait élever entre la Porte du grand
Pavillon de l'Arcenál & celle de la Maifon
du
OCTOBRE . 1729 2449
du Roi ; cette Illumination fut très-belle , &
ne trompa point l'idée qu'on en avoit conçû .
Les Galeres furent illuminées tout à la fois
d'une maniere fort agréable, & felon les differens
fignaux que le Comte de Roanez avoir
ordonné de faire par intervales ; elles firent
trois falves de leur Moufqueterie & de leurs
Canons , à la derniere defquelles le Courfier
ou principal Canon de chaque Galere tira ;
elles jetterent enfuite plufieurs Gerbes de Fufées
qui partirent toutes enfemble , & qui en
couvrant le Ciel d'un nombre infini de lumie
res , rendirent la nuit la plus brillante du
monde.
L'Illumination de l'Arcenal ne fut pas moins
belle , dans un goût different ; toute la façade
du côté du Port étoit illuminée d'une maniere
à conferver l'ordre de fon Architecture ;
au-deffus du Piedeftal de la Porte ceintrée , on
avoit placé un Obelifque de 25. pieds de haut ,
terminé par une Couronne Royale , qui , garnie
de lumieres avec celles de l'Obelifque ,
offroit un point de vue charmant's fur le bas
de la Corniche il y avoit deux petites Piramides
, une de chaque côté.
On avoit élevé fur chaque Terraffe une au
tre grande Piramide terminée par une Fleur
de Lys , & garnie de Falots avec les Armes du
Roi & de Monfeigneur le Dauphin ; fur ces
mêmes Terraffes il y avoit des Caifles de Fufées
qui jetterent trois fois , en même temps
que les Galeres , des Girandes de Fuftes , &
qui firent en fe mêlant les unes avec les autres
, un effet des plus charmans.
Tout Binterieur de l'Arcenal étoit illuminé
avec la façade de la grande Porte du Pavillon :
on avoit mis des Boetes dans l'Arcenal qui
F tirerent
1450 MERCURE DE FRANCE .
tirerent trois fois après les Canons des Galeres:
Dans la troifiéme Terraffe , on avoit dreffé
une Tente fous laquelle on avoit placé des
fieges pour les Dames , les Officiers & les autres
perfonnes de diftinction , invités par le
Comte de Roanez à la premiere Fête , & par
M. Ranché à la feconde. Après les trois décharges
de l'Arcenal & des Galeres , toute
l'Affemblée vint voir l'Illumination de l'Arc de
Triomphe , & de- là fe rendit à la Maiſon du
Roi qui étoit fort bien illuminée ; elle monta
enfuite fur la Terraffe du Jardin qui étoit cou
verte par une Tente , & éclairée: par des Luftres
de criftal, On y avoit fervi fur une Ta
ble de 80. Couverts un magnifique Ambigu ;
pendant le Repas il n'y eut que les Dames
affifes , les Cavaliers, au nombre de 200. étoient
derriere pour les fervir , & les Dames leur
rendoient également à leur tour les mêmes
foins. L'Affemblée , quoique très - nombreuſe,
étoit des plus choifies , les Villes voifines y
avoient contribué de ce qu'elles ont de plus
diftingué dans l'un & dans l'autre fexe . Le
Repas fut fervi proprement & avec magni,
ficence , tout y fut délicat , tout y fut exquis ,
& les vins étrangers y coulerent avec profufion
; le Comte de Roanez debout avec les
Dames , y but la Santé du Roi , celle de la
Reine & de Monfeigneur le Dauphin ; on tira
pour lors à chaque fois des Boetes dans le
Jardin de l'Intendance.
Après le Repas l'Affemblée alla fe promener
dans le Jardin qui étoit éclairé par des Potsa
- feu & par une efpece de Temple de lumiere
qu'on y avoit élevé dans le fond ; ce point
de vue étoit d'autant plus agréable , que les
Gobelets & les Lampions qu'on y avoit ran
gez
OCTOBRE 1729 245 !
gez avec art , en formoient eux feuls toute
Architecture , & traçoient cette Inſcription
au haut de la façade .
Numen adeft , crebris fplendefcunt ignibus ades,
Delà on paffa dans les Appartemens qui
donnent fur le Jardin ; M. Ranché les avoit
proprement fait meubler & éclairer par des
Luftres de cristal , de même que par un nom
bre infini de Girandoless on y commença le
Bal qui dura jufqu'au jour , & on danfa encore
dans le Jardin fous un grand Berceau au
fon des Tambourins & des Flajolets , à la mode
de Provence cette diverfité d'Inftrumens qui
procura de nouveaux plaifirs , fut goûtée de
toute Affemblée.
On vit le lendemain même ardeur , même
zele , même amour dans tous les coeursy
toutes les illuminations en general furent
faites avec autant de pompe. Le Repas que
donna M. Ranché aux mêmes Dames que
le jour d'auparavant , à pareil nombre de
Cavaliers & à plufieurs autres Perfonnes de
diftinction , ne ceda en rien au premier , foit
par l'ordre qui y regna , foit par la diverfité
des mets & l'abondance des vins , & par les
rafraîchiffemens qui y furent diftribuez auffi
à tout le monde ; on y but également , au
bruit des Boëtes qu'on tira dans le Jardin
de l'Intendance ; la Santé du Roi , celle de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin. Le
Bal après le fouper ne fut pas moins brillant
ni moins nombreux que le premier , & dura de
même jufqu'au jour , car on danfa encore
dans les differens Appartemens où étoient les
Violons , & dans le Jardin au fon des Tambourins
& des Flajolets
Fij
Les
2432 MERCURE DE FRANCE .
Les Echevins de Marfeille , ayant fixé leurs
Réjouiffances au 28. le Comte de Roancz &
M.Ranché remirent, à leur confidération , l'il
lumination du Mardi au lendemain Mercredi ;
cette derniere eut un plus grand éclat que les
deux autres , à caufe de l'illumination de la
Ville , & que ce jour là les Galeres , l'Arce
nal , les Citadelles & les Vaiffeaux Marchands
firent tirer leur Canon avec des Boëtes , &
plufieurs gerbes de Fufées .
Mais cette Relation feroit défectueufe fi on
oublioit de donner au Public le, deffein de
l'Arc de Triomphe que M. Ranché avoit fait
élever devant la Porte de la Maifon du Roi,
Cet Arc de Triomphe avoit quatre faces d'une.
Architecture Dorique on avoit mis fur l'Atti
que, de la façade du côté de la Ville , ces deux
Vers Latins.
་
1
Plaudite & aquorei proceres plaufuq. refultent
Littora, Delphinus cælo demittitur alto.
ཎྜ! ?
Les deuxfuivans étoient écrits fur l'Attique
de la façade , du côté de la Maifon du Roi.
2
Principe fub tanto , furget gens aurea mundo.
Pace fruens populis dabit omnia galliça tellus.
# L'Artique étoit terminée par un Soleil naif-!
fant à deux faces , qui étant illuminé avec le.
refte de l'Arc de Triomphe , formoit un objet
très -agréable: Au bas de l'Attiquè regnoit unel
belle Corniche portant fur les quatre coins :
un grand pot de feu ; fur la clef de l'Arc
du côté de la Ville , on voyoit les Armes du
Roi , & aux côtez immédiatement fur la Cor="
niche , on avoit placé ces deux Emblemes.
OCTOBRE 1729. 2463.
A la droite , on voyoit le Defin qui montroit
à un Dauphin, dans la Mer , les Conftel
lations celeftes avec ces mots evul amenol
Et tu annumeraberis illis,
Prince votre guerriere audace ,
<(X1
UTA
kajsi
Vous rendra grand & glorieux, ini
Déja le fort a marqué votre place ,
Parmi les Héros & les Dieux.
: 299
A la gauche , Minerve qui fait voir au Dauhin
un Trophée d'Armes , accompagné des
Symboles des Arts & des Vertus,avec ces motse
-How see on He tibi grunt Artes.
03
Prince , notre unique efperance
Mu du fang des Immortels , 1 591 )
dès ton enfance Par tes vertus,
Tu meriteras des Autels .
Le fang de tes Ayeux qui coule dans tes veines.
ako: Eclate dans ces regards Tsh yosh siôn
On te verrà comme eux favorifer les Artsy (1
Et dans les guerrieres Plaines ,
Suivi de la Victoire , effacer les Céfars.
masky
acco
Sous l'Impofte de l'Arc, on avoit placé à
droite les Armes du Roi & de la Reine
lées enfemble , & à gauche celles du Roi & de
Monfeigneur le Dauphin , écartelées ; au deffous
on avoit mnis ces deux Devifes , une de
chaque côtê , à la droite , un Soleil naiffant
avec ces mots :
CC
4.
Fitj
Non
2454 MERCURE DE FRANCE .
Non uni exoritur Genti.
Je ne me leve point pour un feul peuple heureux
,
A l'Univers entier je porte la lumiere.
Et je ferai par tout dans ma longue carriere ,
Reffentir le fruit de mes feux.
A la gauche , un Croiffant qui s'éleve , avec
ces mots :
maquantov implebitur orbis.
Je fixe les regards de cent Peuples divers ,
Et je ne fais que de naître ,
Dans mon cours mes faveurs feront affez connoître,
somatofle supina
Que je nais pour veiller au bien de l'Univers,
Sur la clef de l'Arc qui regardoit la Maifon
du Roi , on avoit placé les Armes de Monfeigneur
le Dauphin , & fous la Corniche du
côté droit de l'Arc de Triomphe , ces trois
Devifes , l'une après l'autre la premiere re
prefentoit un Lys qui fort de terre , & come
mence à s'épanouir , avec ces mots :
:
Sylvam de ftirpe dabit.
Le Ciel favorable à la France
ore
naiffance
,
Prince , par votre naiffance ,
Comble les voeux des François ;
On vous verra le Chef d'une Race féconde ,
Qui fera PArbitre du monde ,
Et le plus ferme appui du Trône de nos Rois.
Dans
OCTOBRE . 1729. 2455
Dans la feconde , on voyoit un Ruiffeau qui
ferpente , & qui en reçoit plufieurs autres
dans fa courfe , avec ces mots :
Progreffu fortior,
Fameux dès mon origine ,
Mais plus fameux encor par les biens que je fais.
Je déclare en naiffant que ma fource eft divine,
Et que j'ai des vertus que nul n'aura jamais.
La troifiéme , placée fous l'Impofte , avoit
pour corps des Abeilles rangées autour de
leur Roi , pour marquer l'amour des Peuples
pour Monfeigneur le Dauphin , avec ces mots :
Mens omnibus una.
Un même efprit , un même coeur nous guide
Vers la fuprême grandeur .
Parmi nous un ſeul Chef de notre fort décide,
Et lui feul en naiffant a fait notre bonheur.
' 0
Dans la premiere Devife, placée immédiatement
fur la Corniche de l'Arc de Triomphe
du côté gauche , on voyoit un Dauphin dans
la Mer qui portoit une Couronne Royale fur
la tête , avec ces mots :
Stat cunctis immota_minis.
Que l'Aquilon fouleve l'Onde ,
Que la Mer en courroux s'enfle , mugiffe ,
gronde ;
Mon coeur à ces horreurs n'eft point épouvanté;
Le danger jamais ne m'étonne ,
Fiiij Et
2456 MERCURE DE FRANCE .
Et fans expofer ma Couronne ,
Je braverai l'Orage & le fort irrité,
Celle qui fuivoit repréfentoit un Soleil naiffant
& un Tournefol qui fe tournoit vers le
Soleil pour le fuivre , avec ces mots :
Que fertur, feror ipfe.
Un Aftre feul a pour moi des apas.
Un doux penchant vers lui m'entraîne ;
A peine paroît -il que j'obſerve ſes pas ,
Et je les fuis toujours fans peine ;
Tous les autres n'ont rien qui puiffe me tenter:
Ses douces faveurs me font vivre ;
Et comme c'est lui feul que je veux contenter
C'eft lui feul que je veux fuivre.
La fixiéme , étoit fous l'Impofte de l'Arc du
même côté , elle réprefentoit un Diamant entouré
de plufieurs pierres précieuſes , avec
ces mots :
Omnes in uno.
Je brille plus que mes femblables ,
Mon éclat fürpaffe le leur ,
Et leurs couleurs agréables ,
Loin d'éteindre mon feu , rehauffant ma blan
cheur >
Rendent mes beautez plus aimables .
On avoit placé dans les deux façades des
côtes une Fontaine de vin , dont les Arceaux
étoient ornez de Guirlandes de Lierres & de
Pampres ces Fontaines de vin coulerent toure
la foirée duDimanche, du Lundi & du Mercredi.
EX-
7
OCTOBRE. : 17:29 . 2457.
4
EXPLICATION des deux Enigmes
du premier volume de Septembre.
Damon , Amon , c'eft beaucoup à mon âge.
De meriter votre fuffrage ,
Mais c'eft trop me defobliger ,
Que de ne me pas ménager ;
•
Ceffez , ceffez votre harangue ,
Je dois craindre les coups de Langue ,
Sur tout lorsque vous me donnez
Des coups d'Encenfoir par le nez.
1
Par M d'Orvilliers de Vernon.
LOGOGRYPHE.
Inq lettres font en tout le nom dont on
m'appelle she woga ousticə
On eft curieux de me voir ,
..Tant je fuis beau, tant je fuis belle ,
Mâle d'efpece , & de genre femelle ;
Qui que je fois fi tu veux le fçavoir ,
Lecteur , cherche d'abord ma tête la premieres
Rien de plus férieux jamais ne t'occupa's
Il s'agit d'un voyage à faire ,
Jufques au bout du Monomotapa
C'eft - à - dire de mainte lieue;
€ Y
3
Si pour t'en confoler tu reviens à ma queues
Tui
1458 MERCURE DE FRANCE
Tu n'y verras plus que plaifirs ;
Sur tout pour celui de la table,
Les Peuples du Levant , au gré de leurs defirs,
Y trouvent un mets délectable ;
Quant à mon tout
renom s
confulte un Juge de
Prince & Berger nous portons même nom .
PREMIERE ENIGME.
E fuis long , je fuis rond , je fuis droit &
JE
bollu
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nu
Honteux de me voir tel , je tourne & fais la
le me voir
ronde ,
D'une agilité fans feconde.
Seulement pour être vétu s'
། J
Mais ma conditionen eft- elle meilleure ?
Quel elt enfin le prix de mon empreffements
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et ne le gårde pas une heure.
A
DEUXIEME ENIGME.
Toûjours en l'air , toûjours en peine ,
La moitié de mon corps fur l'autre fe promene
;
i .
Fantôt je monte & tantôt je defcends
OCTOBRE. 1729. 24 59
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde
;
Je fais bien pis , je lui montre les dents ;
C'est pourtant fans que je le morde.
On a dû expliquer le Logogryphe du
premier volume de Septembre , par Balcon
, Bal & Balon . L'Encenfoir & la Pa
role , font les mots des deux Enigmes . Le
Sable Horloge , cft le mot de l'Enigme
du fecond volume .
*IYAYA KAKAYAHAYAYAYAYAF
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ES$$
SSAY D'OPTIQUE fur la gradation
de la lumiere , par M. Bouguer , Profeffeur
Royal en Hydrographie. A Paris,
rue S. Facques , ch.z Cl. Jombert , 1729 .
in- 12.
RHAMISTE ET OZALIE , Roman
Héroïque . Au Palais , chez D. Mon
chet , 1729. in 12.
SUITE des Maladies Chroniques , où
Pon traite des Ulceres & des Abfcès , des
Fiftules , & des Remedes pour les guérir ,
F vj
་
Con
2460 MERCURE DE FRANCE :
conjointement avec le Scorbut. Par P. V.
Du Bois , ancien Prévôt & Garde des
Matures Chirurgiens de Paris , Tome IV.
Au Palaisch.z Paulus - du - Mejnil , au
Lion d'Or , 1729. in - 12 . de 280. pages.
Les Ouvrages que l'Auteur a déja donnez
au Public fur la même matiere , ont
fait connoître fon ftile & fa maniere de
traiter des Maladies . Ce quatriéme vo
lume des Maladies Chroniques eft dans le
même gout que les trois premiers . Le
Libraire a eu foin de l'imprimer fur de
bon papier & avec de bons caracteres ."
LETTRE d'un Garçon de Caffé , au:
Souffleur de la Comédie de Rouen , furt
la Piece des trois Spectacles . A Paris ,
chez Tabarie , Quay de Conty , 1729 ..
44. pages.
que
de
Cette petite Brochure qui n'èft
8. fols , a eu un tel debit , qu'en moins
' d'un mois on en a fait une feconde Edition .
' On y fuppofe que Claude , premier Garçon
du Caffé de Gradot , près le Pont-
Neuf, et en commerce litteraire avec
le Souffleur de la Comédie de Rouen ,
auquel il explique naïvement fa penſée
fur la Piece des trois Spectacles Le fentiment
de l'Auteur doit être regardé com--
me d'autant plus grave , qu'il ne parle ,
fans doute, que d'après les Sçavans & les
"
beaux
OCTOBRE. 1729 2461
beaux Elprits. On voit qu'à force d'écou
ter il s'eft rendu leur langage fi familier
que toute cette Lettre n'eit prefque qu'un
tiffu des propres termes qu'il a entendus.
Pour pouvoir goûter la lecture de cette
Brochure , il eft neceffaire d'avoir la Piece
des trois Spectacles , quf fe vend , trèsbien
imprimée , chez le même Libraire ,
'chez lequel on trouvera auffi la Réponfe
du Souffleur de la Comedie , qu'il vient
de mettre fous preffe , & qu'il affure être
encore plus intereffante. Il a mis auffi
fous preffe l'Art de couler à fond dans
la Poëfie , traduit de l'Anglois du Docreur
Swift , li fameux par tous les ingénieux
Ouvrages , & l'Auteur de Gulliver
& du Comte du Tonneau .
"
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
France & de Bourgogne , contenant un
Journal de Paris , fous les Regnes de
Charles VI. & Charles VII. l'Hiftoire du
Meurtre de Jean fans peur , Duc de Bourgogne
, avec les Préuves. Les états des
Maifons & Officiers' des Ducs de Bourgogne
de la derniere Race , enrichis de
Notes Hiftoriques, très - intereffantes pour
un grand nombre de Familles illuftres .
Des Lettres de Charles le Hardi , Duc de
Bourgogne , au fieur de Neufchaftel du
Fay, Gouverneur de Luxembourg ; &.
plufieurs.
2462 MERCURE DE FRANCE:
plufieurs autres Monumens très- utiles à
l'éclairciffement de l'Hiftoire du XIV. &
XV. fiecle . Avec une Table des Matieres
& des Noms des Familles les plus confiderables
dont il eft fait mention dans l'Ouvrage.
A Paris , chez Julien - Michel Gandouin
, Quay de Conty , & Pierre Frangois
Giffart , rue S. Jacques , 1729. in- 4-
2. vol. Tome I. pp . 380. fans la Preface.
Tome II. pp. 316. fans la Table .
OBSERVATIONS MATHEMATI
QUES , Aftronomiques , Geographiques ,
Chronologiques & Phyfiques , tirées des
anciens Livres Chinois , ou faites nou
vellement aux Indes & à la Chine , par
les Peres de la Compagnie de Jefus ;
rédigées & publiées par le P. E. Souciet ,
de la même Compagnie. A Paris , chez
Rollain, Quay des Auguftins , 1729. in•4•
FABLES NOUVELLES , mifes en Vers ,
dédiées à Son Alteffe Sereniffime Monfeigneur
le Prince de Conty , par M. Richer
, Paris , chez Etienne Ganeau , ruë
S. Jacques , aux Armes de Dombes , 17:96
in 8. contenant 266. pages , non compris
la Table.
M. Richer a déjà bien merité de la République
des Lettres , par la Traduction
en Vers des Eglogues de Virgile , des Epi-
"
tres
OCTOBRE. 1729. 2463.
tres choilies des Héroïdes d'Ovide , &
par plufieurs Eglogués , Cantates & autres
Poëlies. Les Fables qu'il donne aujourd'hui
au Public font divifées en cinq
Livres , & font précédées d'une Préface ,
ou Diſcouts fur là Fable. Pour mettre le
Lecteur en état de juger du tout , nous
ferons l'Analyfe de la Préface , & nous
imprimerons la Fable deuxième du premier
Livre , adreffée au Génie de M. de la
Fontaine.
L'Auteur examine d'abord quel eft le
but de la Fable : elle veut plaire & inftruire
, & peut - être y réuffit-elle mieux
qu'aucune autre efpece de Poëme . Plus
difcrete & plus modcrée que la Satyre ,
elle épargne à ceux qu'elle cenfure le
chagrin de s'entendre nommer , & ne donne
point au Lecteur la joye maligne que
les traits médifans lui caufent pour l'ordinaire
; moins licentieufe que beaucoup
d'autres Poëmes , elle n'admet aucun
Epiſode qui puiffe donner atteinte à la fin
principale qu'elle fe propofe .
La Fable eft un petit l'oëme qui contient
un précepte caché fous une image
Allégorique ; ainfi plus l'Allégorie eft
jufte & naturelle , plus la Fable eft parfaite
. Les Anciens n'y ont point regardé
de fi près , dans Efope , un bâton flotant
fur l'Onde paroît être de loin un puiffant
Navire
2464 MERCURE DE FRANCE .
Navire rien n'est moins naturel que
cette fuppofition , puifqu'au contraire un
grand Navice regardé de loin , femble
être un bâton flotant. La Fable du Satyre
& duPaffant fournit une preuve du défaut
de jufteffe d'Allégorie. Sa morale n'eſt
qu'une allufion , & n'eft fondée que fur
un jeu de mots équivoques. Il faut fe
prêter aux fictions des Fabuliftes , & leur
B ffer quelque chofe , tant à l'égard de la
vraisemblance que de la jufteffe : il eſt
peu de Fables dont l'image foit jufte &
naturelle dans la derniere exactitude . On
doit avoir quelque indulgence : autrement
il faudroit rayer du nombre des Fables
, celles qui nous plaifent le plus .
M. Richer remarque enfuite quels font
Tes perfonnages de la Fable. Les animaux
étant la plupart organifez , & ayant des
paffions comme nous , meritent la préference.
Cela n'empêche pas qu'on ne mette
quelquefois fur la Scene les Arbres
Les Plantes , même les chofes inanimées ;
mais afin que les Fables foient utiles à
tout le monde , furtout aux enfans , les
Allégories doivent être prifes d'objets
Phy iques & palpables. Les Hommes &
Tes Dieux du Paganifme , qui leur reffemblent
, jouent auffi leur Rôle dans la Fa
ble. C'eft un ancien ufage de les y intro
duire. On feroit pourtant mieux de s'en
fervit.
OCTOBRE. 17297 2465
fervir rarement . Si la fiction paroît outrée
de faire parler les Arbres & les Etres
inanimez , on peut dire qu'il y en a trop
peu dans ces Apologues , où l'on ne fait
parler que des hommes . Ce font plutôt
des Paraboles que des Fables .
L'Auteur paffe enfuite au ftile de la Fable
. La douceur , la naïveté & la noble
fimplicité , font effentielles à ce Poëme.
Ces qualitez ont tant d'attraits , que les
Fables les moins régulieres , plaifent chez
la Fontaine , & par la raifon contraire ,
on en trouve dans d'autres Auteurs , dont
l'image s'unit très - bien avec la moralité
& qui cependant n'ont pas été fi bien reçûës
, parce que leur ftile n'a pas ces
qualitez indifpenfables . L'enjouement
n'eft pas effentiel au ftile de la Fable , autrement
ce feroit condamner Efope , Phédre
& la Fontaine même , chez qui on
trouve des Fables tout à fait férieufes , &
cependant fort belles , parce qu'elles font
naïves & délicates . Il eft vrai que ce dernier
a orné la plupart de fes Fables de
traits enjoüez , & fon badinage élegant
caufe tant de plaifir , que bien des gens
s'imaginent qu'il eft effentiel au ſtile de
la Fable d'être enjoué . L'enjouement n'eft
cependant qu'un acceffoire & une broderie
dont on peut embellir les Sujets qui
en font fufceptibles.
M.
2466 MERCURE DE FRANCE.
M. Richer obfèrve encore quelle eft
la longueur de la Fable , & en quel endroit
il faut placer la moralité , & finit
en réfutant le préjugé de ceux qui prétendent
qu'on ne doit plus écrire dans un
genre où d'autres ont excellé . On peut
avec honneur remplir les feconds rangs ,
& s'il n'eft pas permis aux Poëtes d'être
médiocres , il faut pourtant convenir qu'il
y a dans les Ouvrages d'efprit differens
dégrez de beauté , & que tous les rangs
ne font pas égaux , même fur le fommet
du Parnaffe.
C'eft en abregé ce que contient cette
Préface. Il faut la lire dans l'Ouvrage ,
pour y remarquer plufieurs refléxions fo
lides que les bornes d'un Extrait ne nous
permettent pas de rapporter. On verra
que l'Auteur a parfaitement connu les
régles de la Fable. Il a inventé les deux
tiers de fes Sujets , & a pris les autres
dans les fources où la Fontaine avoit
puifé.
Il paroît que l'Auteur s'eft propofé
Phédre & la Fontaine pour modeles . Nous
ne préviendrons point le Lecteur fur le
jugement qu'il doit porter ; mais nous
pouvons affurer que M. Richer n'a point
perdu de vûë ces deux grands Maîtres
& qu'il n'y a point de Fable qui n'intereffe
, ou par la maniere dont elle eft contée
OCTOBRE. 1729. 2467
tée , où par la moralité qui en réfulte.
Voici la Fable que nous avons pro
mife .
C
Le Corbeau & Le Renard.
FABLE I I.
Eft toi feul que j'invoque , illuftre la
Fontaine ,
Quand je remets après toi fur la Scene ,
Compere le Renard avec Maître Corbeau.
Sans le fecours de ton genie ,
Comment pourroient- ils plaire ? En vain dans
mon cerveau.
3. Je chercherois un tour nouveau.
C'eſt par la divine harmonie ,
L'enjoüement de ton ſtile , & fa naïveté,
Qu'un Lecteur peut être enchanté.
Voilà le charme de la Fables
C'eft par- là que ton Livre aimable
Égaiant la Moralité ,
Sera toujours cheri de la Pofterité.
Mais comment marcher fur tes traces
Me dira t'on ,fi ce n'eft de bien loin ?
Auffi j'ai feulement befoin
- De quelques unes de tes graces.li
C'en eft affez pour orner mes Ecrits.
Infpire-moi dans cet Ouvrage
Mes Vers plairont. C'eft à ce prix
Que
2468 MERCURE DE FRANCE
Que les neuf Soeurs m'ont promis leur fuf
frage.
Maître Corbeau voyant Maître Renard
Qui portoit un morceau de Lard .
Lui dit que tiens- tu là , Compere ?
A mon avis c'eſt un très- mauvais plat ;
Je te croyois le goût plus délicat.
Quand tu peux faire bonne chere ,
T'en tenir à du Lard ? tu n'es qu'un pauvre
haire.
C
ܕ
Regarde près d'ici ces Poules , ces Canards;
Voilà le vrai Gibier de Meffieurs les Renards.
As tu donc oublié ton antique proüeffe
Je t'ai vu cependant jadis un maître efcroc.
Croi-moi , laiffe ton Lard ; ces Poules te font
hoc ,
Si tu veux employer le quart de ton adrefle. ' I
Maître Renard ainſi flatté ,
Comme un autre Animal
loüange ,
fenfible à la
Met bas fa proye & prend le change ;
Mais fa fineffe & fon agilité
Ne fervirent de rien : car la gent volatile
Gagna le Poulailler , fon ordinaire azile.
Notre Renard retourne à fon premier morceau
:
Mais il fut bien honteux de voir Maître Corbeau
ธ
Qui le mangeoit , perché fur le branchage ,
D'un Arbre fec, & qui lui dit ami 2006
A
OCTOBRE. 1729. 2469
A trompeur, trompeur & demi.
Te fouvient- il de ce Fromage
Que tu m'efcroquas l'autre jour ?
Je fus un foz alors , & tu l'es à ton tour .
Charles Ofmond , Libraire à Paris ;
rue S. Jacques , imprime actuellement
une Differtation fur un Sujet intereffant ,
C'eft une explication d'une Loi de Conf
tantin le Grand , au titre De Indulgentiis
Criminum fur les Indulgences , ou le pardon
des crimes à la Naiffance des Prinoù
l'on fait voir que cette Loy n'a
pas été bien entendue jufqu'ici , & qu'elle'
a été faite pour la Naifiance de deux enfans
Jumeaux que Conftantin eut de
Faufta , fa Femme , & où l'on explique
plufieurs Médailles Antiques qui ont rapport
au Sujet , & que l'Auteur a fait graver
dans l'Ouvrage .
ces ,
De tout tems les Empereurs , les Rois
& les Souverains ont été en poffeffion
d'accorder des Privileges , des exemp
tions , des immunitez , de faire des gra- :
ces , d'accorder des amnifties generales ,
& des abolitions de crimes , & de faireau
Peuple telles autres graces qu'ils ju- ,
gent à propos de leur accorder. C'est un
droit Régalien , qui eft auffi inséparable
de l'autorité fous graine que l'eft la Cou
ronne ,
2470 MERCURE DE FRANCE .
ronne , & leur pouvoir à cet égard ne peut
être borné par aucune puiffance. Les Rois
font en droit de leur pleine autorité de
faire tout le bien , & tel Acte de Clémence
& d'indulgence qu'ils veulent dans tel
le occafion qu'il leur plaît , foit à leur
Avenement à la Couronne , foit à leur
Entrée Solemnelle dans la Capitale de
leurs Etats , foit dans quelque Fête ou
Réjouiffance publique , foit enfin dans
d'autres jours remarquables par quelque
Evenement particulier , & en toutes autres
occafions .
>
Mais de tous ces jours glorieux pour
le Prince , & confacrez par fes faveurs ,
il n'en paroît point dans l'Hiftoire de plus
célebres à cet égard que le jour de la Naiffance
de leurs enfans : alors les Benedictions
que le Ciel répand fur la Famille
Royale réjailliffent auffi fur le Peuple , &
par la joye qu'il a de la naiffance d'un lé
gitime Succeffeur à la Couronne , & par
les faveurs qu'il reçoit ordinairement du
Prince. C'étoit chez les Empereurs Romains
des jours d'indulgence. Les graces
pour lors couloient , pour ainfi dire , de
fource , & il n'y avoit guére de coupable
qui n'eut lieu d'efperer en la clémence du
Prince . Nous en avons plufieurs exemples
dans l'Hiftoire Romaine , & dans
otre propre Hiftoire. La Loy de Conf
tantin
OCTOBRE. 1729. 2478
cantin, au titre De Indulgentiis Criminum ,
fuffit pour le prouver.
Cet Ouvrage eft de la Compofition de
M. Genebrier , Docteur en Medecine
Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre
, & Premier Medecin de Milord
Carteret , Vice - Roy d'Irlande . Les Ouvrages
que l'Auteur a déja donnez au Public
fur des Matieres d'Antiquité , répon
dent du fuccès de celui- ci , & les Connoiffeurs
qui en ont vû le Manuſcrit en
portent unjugement très avantageux..
-
La veuve Clouzier , Libraire , Quay
de Conty, va mettre en vente , à la fin du
mois prochain , ou au commencement
de Decembre , un Livre en deux Volumes
, intitulé : Le nouveau Gulliver , on
Voyage de Jean Gulliver , fils du Capi
taine Gulliver , Traduit d'un Manufcrit
Anglois ,, ppaarr M. l'Abbé Desfontaines,
On affure que l'Ouvrage Anglois qu'on
imprime à Londres , y paroîtra dans la
même femaine que l'Ouvrage François
paroîtra à Paris. Il eft à peu près dans le
gout du premier Gulliver, pour la fiction
& pour la morale , fi ce n'eft qu'on y a
menagé un peu plus de vrai -femblance
& qu'on a eu en vue d'inftruire l'efprit ,
& de divertir l'imagination par des fuppoitions
moins hardies que fingulieres , &
inte2472
MERCURE DE FRANCE.
intereffantes. On y joindra à la fin la Let
tre du Docteur Ferruginarius à l'Auteur
au fujet de fon Ouvrage.
On apprend de Londres , qu'on y diltribue
aux Soufcripteurs , l'Hiftoire naturelle
de POr & de l'Argent , ou Traité
de Pline le Naturalifté , Liv . 33. avec un
Suplément à l'Hiftoire de l'Or . Par M. Durand
, Membre de la Societé Royale
in-fol.
Idem. L'Evêque de S. David a préfenté
à la Reine le Livre qu'il a fait pour
refuter le Traité impie du fieur Wolfton ,
contre les Miracles de Jefus- Chrift.
Id. On a appris de Carmarthen , dans
la Principauté de Galles , que le Chevalier
Richard Steel , Auteur de plufieurs
Tragédies , & de divers Traitez de Morale
qui lui avoient acquis une grande réputation
, y mourut le 12. Septembre .
Son corps a été inhumé fans ceremonie
dans l'Eglife de Carmarthen , mais le
bruit court à Londres que le Chevalier
Robert Walpool a téſolu de lui faire ériger
un Monument magnifique dans l'Ab ,
baye Royale de Weſtminſter.
On apprend de Petersbourg que les
Dés
OCTOBRE. 1729. 2473
Béputez de l'Académie des Sciences &
des Arts de cette Ville , nommez par le
Czar pour faire le nivellement des eaux
des Provinces Septentrionales de ce Pays ,
partirent au commencement du mois
d'Août pour Archangel , d'où ils irone
faire leurs obfervations dans les Provin
ces voisines , pour fçavoir s'il ne feroit
pas poffible de faire un Canal , qui par
la jonction de quelques Rivieres , pût
établir la communication de la Mer Blanche
avec la Mer Cafpienne . On compte
que fi ce Projet peut s'executer , la Ville
d'Archangel fera l'une des plus confiderables
de l'Europe pour le Commerce ;
mais qu'en même- tems celui de Peterf
bourg fera abandonné.
On mande de Rome que des Ouvriers
creufant, le mois dernier, la terre dans la
Vigne Mattei , fur le Mont Efquilin , y
trouverent quatre Statuës en Bronze de
fauffes Divinitez , une Urne de pareil
Métal , & un Vaze magnifique de Criftal
de Roche très bien travaillé .
Il paroît quatre nouvelles Eftampes de
la fuite du Roman Comique , deffinées &
gravées par M. Oudry , de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture. Nous
ne doutons pas que le Public ne les re-
G çoive
2474 MERCURE DE FRANCE.
çoive auffi favorablement que les premie
res qui ont paru . Les Sujets y font traitez
tout- à -fait dans l'efprit de l'Auteur du
Roman , c'est-à- dire , d'une maniere toutà
-fair Comique . Dans la premiere , on
voit comme la Rancune coupe le Cha-.
peau de Ragotin qui étoit enfoncé. La
feconde , Ragotin enyvré par la Rancune.
La troifiéme , le Deftin fe fignalant dans le
Combat de nuit ; & la quatriéme , Renouvellement
du Combat , ou deux Servantes
reçoivent des claques fur les.
feffes.
J Ces Eftampes fe vendent chez l'Auteur
au Château des Thuilleries , Cour des
Princes , chez Duchange , Graveur ,
ruë S. Jacques.
CARTES Latines & Françoifes de l'Em ,
pire Romain , par M. Sanfon,
Z refte chez le fieur Moullart- Sanfon , Géo-
Igraphe du Roi , quelques Exemplaires du
Traité Latin de l'Empire Romain , que Nicolas
Sanfon mit au jour en 1638. Depuis , l'Auteur
a fait des Cartes particulieres , dans lefquelles
on trouve en détail , foit en Latin , foit en
François , ce qu'il n'avoit pû faire entrer dans
les deux Cartes de l'Empire Romain en general
, fçavoir , une Carte d'une feuille de Gallia
, tirée des Commentaires de Celar , une
autre tirée des differens Auteurs , & une de
France, Il en eft de même de la Carte de Hif
pania
OCTOBRE. 1729. 2475
pania , & celle de l'Espagne. Il y a auffi une
Carte de Italia , & une d'Italie : comme une
de Illyricum (la partie voifine de la Germanie
) & une Carte Françoife du même Pays :
une de Britannicâ Infulâ , & une des Illes
Britanniques , pour ce qui en a appartenu aux
Romains. Les Chemins Romains font marquez
dans ces Cartes Latines , felon les Tables de
Peutinger , & felon l'Itineraire d'Antonin.
Pour fe fervir utilement de ces Cartes , il y,
a deux Tables Méthodiques qui marquent dans
la premiere colomne , les quatre Préfectures
des Préfets du Prétoire dans la feconde , les.
Diocèfes ; dans la troifiéme & la quatrième ,
le partage des Provinces , dans la cinquiéme ,
les noms Latins des Villes ; & dans la fixiéme,
les noms Modernes . L'on y a joint auffi une
Carte Françoife de l'Empire Romain, Le prix
eft de 9. liv. en blanc. M. Moullart - Sanfon demeure
ruë Fromanteau , vis - à - vis le Louvre.
Le fieur Baradelle , Ingenieur du Roi pour
ies Inftrumens de Mathématiques , continue
de débiter un Ancrier , dont la proprieté eft
connue de tout le monde , & il en envoye
quantité aux Pays Etrangers. L'Encre s'y conferve
très - long- tems , & fans qu'elle fe puiffe
repandre, en quelque fituation qu il fe trouve
renverfé ou autrement ; il eft fort commode
pour la Campagne , & pour le Cabinet. Il
vend encore le plus grand Planifphere de M.de
Caffigny , pour connoître l'état du Ciel pour
tous les mois de l'année à perpetuité ; il demeure
à l'Enfeigne de l'Obfervatoire , fur le
Quay de l'Horloge du Palais , vis à vis les
grands degrez de la Riviere,
Le fieur Segard l'aîné , Maître Miroitier ,
Gij
de
2476 MERCURE DE FRANCE.
demeurant fur le Quay des Morfondus , à fa
Couronne d'or , avertit les Seigneurs & le
Public , qu'il a trouvé le fecret de perfectionner
les Lanternes de Reflexion qu'il a ci - devant
inventées , pour éclairer les Apparte
mens , les Carroffes , Chaifes de Pofte , & toutes
efpeces de Voitures , qui font obligées de
marcher la nuit. Ces nouvelles Lanternes font
plus d'effet que deux flambeaux par le moyen
d'une feule bougie ; elles font beaucoup plus
legeres & à meilleur marché que les premie
res. On prie ceux qui en auront befoin de les
commander d'avance .
XXXXXXXX XXXXXXX
AIR ,
Par M. Adnin , de Vernon,
Enfin nos voeux font accomplis ;
Tout répond à notre esperance ;
L'Amour pour nous d'intelligence
Accorde à nos defirs ce qu'il nous a promis.
Aux vertus d'une Reine auffi Sage que Belle
Nous devons ce nouveau Préfent ,
Qu'en tout lieu notre joye éclate & renouvelle
;
Fut-il jamais pour nous un bonheur plus charmant?
De cet amour fidele & tendre
Nous connoiffons lejufte prix ;
1
Grand
Leg
ITH
OCTOBRE. 1729. 2477
Grand Roi , quand tu nous donne un Fils f
précieux ,
Nous devons tout attendre.
"
SPECTACLES.
LE
E 13. Septembre l'Académie Royale
de Mufique remit au Théatre laTragédie
d'Hefione , que le Public reçût avec
beaucoup d'applaudiffement. Cette Piéce
dont M. Danchet , l'un des Quarante de
l'Académie Françoiſe , a fait le Poëme
& dont M. Campra , Maître de la Chapelle
du Roy , a compofé la Mufique ,
fut reprefentée pour la premiere fois le
21. Decembre 1700. avec un fuccès
extraordinaire ; on la reprit moins heuteufement
le 19. Juillet 1709. mais cette
dernière réprife vient de faire voir qu'elle
a dû toujours réuffir ;. & que les plus
beaux Ouvrages font éxpofez à perdre
leur éclat par les circonftances dans lefquelles
ils font donnez ; le choix des Atteurs
eft une des premieres caufes du fuccès
, & tout le monde convient que cet
Opera n'a jamais mieux été executé qu'il
l'eft aujourd'hui . Nous nous flattons que
fe Public verra avec plaifir l'Extrait du
Poëme.
G iij PROV
2478 MERCURE DE FRANCE.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente les Amphitheatres
de Lancienne Rome , où l'on avoit coûtume
de célebrer des Jeux en l'honneur du Soleil
, au commencement de chaque fiécle.
La Scene fe paffe à l'Aube du jour.
La Prêtreffe du Soleil annonce les
Jeux feculaires par ces Vers :
Le Dieu qui répand la lumiere‹
Va d'un fiécle nouveau commencer la car
riere ;
Peuples , par de célebres jeux
Venez rendre le Ciel favorable à vos voeux ,
& c.
Les Choeurs répondent à cette invitation
par ces Vers :
Tout rit à nos defirs ; tout flatte notre attente
,
Chantons , animons nos Chanfons :
Ce beau jour dont nous joüiffons
Eft de mille beaux jours une fource éclatantes
Les Saliens & les Lidiennes commencent
les Jeux par leurs Danfes.
La Prêtreffe fait une priere au Soleil
d'après celle d'Horace , dans fes Jeux
feculaires , la voici :
Pere
OCTOBRE. 1729. 1479
19
Pere des Saifons & des jours ,
Fais naître en ces Climats un fiécle mémorable.
Puiffe , à fes ennemis , ce peuple redoutable
Etre à jamais heureux , & triompher toujours
!
Nous avons à nos loix affervi la Victoire ;
Auffi loin que tes feux nous portons notre
gloire ;
Fais dans tout l'Univers craindre notre pouvoir
;
Toi qui vois tout ce qui refpire ,
Soleil , puifles- tu ne rien voir
De fipuiffant que cet Empire !
Le Soleil ouvre fa carriere ; & en récompenfe
du zele que les Peuples font
éclater pour lui , il leur promet des jours
heureux fous le Regne d'un Heros favorifé
des Dieux ; les Vers que le Poëte employe
font allufion à Louis XIV. & peuvent
s'appliquer à tous les Rois qui font
le bonheur de leurs Sujets ; le Choeur finit
le Prologue par ces quatre derniers
Vers du Soleil .
Il fait le deftin de la terre ;
Qu'il vive , qu'il régne à jamais.
Qu'il foit l'arbitre de la Guerre ;
Qu'il foit l'arbitre de la Paix.
Giiij AC2480
MERCURE DE FRANCE
ACTE I.
Le Theatre reprefente un Temple que l'or
doit confacrer aux Dieux.
Telamon commence ce premier Acte
avec fon Confident , à qui il fait entendre
que ce Temple qu'on doit en ce jour
confacrer aux Dieux , verra bien - tôt
PHymen d'Hefione & de fon Rival An
chife ; il veut partir d'un lieu fi fatal à
fon amour ; mais il y eft retenu par Venus
, qui vient lui promettre fa protection.
Il reprend l'efperance , & fe retire
à l'approche du Roi , d'Anchife , & d'Hefione.
Laomedon , Roy des Troyens , fait
connoître que les refpects ont calmé le
courroux de Neptune. Une troupe de
Sacrificateurs & de Prêtreffes viennent
confacrer le Temple que Laomedon a
fait élever. Cette confecration fait le fujet
de la Fête. Les Jeux font troublez par
le bruit du Tonnere , & par un tremblement
de terre ; les Dieux s'expliquent
par cet Oracle.
Au pied du Mont Ida , qu'Anchife vienne apprendre
Des volontez du Ciel ce que l'on doit attendre.
ACTE
OCTOBRE. 1719. 2481
ACTE III.
Le Théatre reprefente un Defert au pied du
Mont Ida , & des Torrens qui tombent
du sommet.
Anchife & Hefione ouvrent la Scene .
Hefione ne veut point laiffer Anchife
feul , comme l'Oracle femble le faire entendre.
Elle exprime fa crainte par ces
Vers :
Je crains pour vous , je crains de perdre votre
coeur ;
Sans ceffe je frémis ; je tremble :
Je ne puis pénetrer quel fera mon malheur ;
Mais je fens que je crains tous les malheurs en
femble.
La réponſe d'Anchife n'eft pas moins
tendre ; la voici :
Quelque foit le deſtin où l'Oracle me livre
Le Ciel même en fera jaloux ;
Ah ! fi pour vous je ne puis vivre ,
Du moinsje puis mourir pour vous.
Ils fe plaignent aux Dieux par ce Duos
Helas ! de notre fort quel doit être le cours ▸
O Dieux , troublerez- vous ſans ceſſe
Les plus beaux feux , les plus tendres Amours?
Laomedon vient ordonner à Hefione
GY de
2482 MERCURE DE FRANCE.
de laiffer Anchife feul , conformément à
l'ordre des Dieux.
Anchife , par un beau Monologue , exprime
la crainte qu'il a de perdre Hefione
; ce morceau de Mufique eft generalement
eftimé , les Vers qui y ont donné
lieu ont auffi leur mérite .
Deferts où regne une horreur éternelle ,
Rochers , Torrens impetueux ,
Précipices ouverts aux Amans malheureux ,
Preparez moi plutôt la mort la plus cruelle,
L'Hymen alloit combler mes voeux ;
Ah ! quel fupplice extrême ,
De perdre ce qu'on aime ,
Au moment qu'on croit être heureux !
800. Deferts ,
Le Théatre change & représente des
Jardins agréables ; Venus y parole fur un
Trône de fleurs, au milieu des Plaifirs, des
Graces, des Ris & des Jeux. L'Amour
eft affis au pied du Trône.
Venus , après une Fête qu'elle fait celebrer
aux yeux d'Anchiſe , lui déclare l'amour
qu'elle a pour lui ; c'eft - là ce que
P'Oracle a voulu dire par ces Vers :
Des volontez des Dieux ce que l'on doit attendre.
Anchife fe refufe d'une maniere trèsgalante
OCTOBRE. 1719. 2483
•
galante à l'honneur que Venus lui fait ;
Voici ce qu'il répond à la Déeffe :
D'une ardeur nouvelle ,
Ne cherchez pas à m'enflammer :
Venus voudroit- elle aimer ,
Un coeur qui feroit infidele ?
Venus cache fon mortel dépit par ces
paroles :
Je fais mon bonheur de vous voir ;
Mais je xous aime trop pour vouloir vous
contraindre ;
Connoiffez mon amour , ignorez mon pouvoir
;
Venus fe fait aimer , & ne fe fait point crain-,
dre.
f
Anchife accablé des bontez de Venus ,
la quitte enfin , mais d'une maniere las
plus galante du monde ; voici ce qu'il
lui dir :
A vos regards tout doit rendre les armes ;
Si je n'adore pas leur pouvoir éclatant ,
Je fens du moins qu'un coeur qui veut être
-conftant ,
Doit craindre de voir tant de charmes.
Cet éloge qu'Anchife fait de la beauté
de Venus , ne la dédommage pas du refus
de fon coeur ; elle ordonne à l'Amour
G vi d'aller
2484 MERCURE DE FRANCE :
d'aller fçavoir du Deftin quel efpoir lui
eft encore permis , & de retenir dans ce.
Bois l'ingrat qui la méprife.
Après ces ordres donnez à fon fils ; la
Déeffe ne refpire que vengeance ; elle
veut perdre Anchife , mais l'Amour lui
parlant en fa faveur , elle borne les traits
qu'elle veut lui porter à le rendre jaloux
& à faire éprouver la fureur à fon heureuſe
Rivale .
ACTE III.
Le Théatre représente une Colonade,
Le Palais de Laomedon en Perspective.
Hefione fe plaint de l'inconftance d'An
chife ; fes foupçons jaloux font fondez fur
un bruit que Venus elle- même a répandu
de fon triomphe , comme on le va voir
dans la Scene fuivante. Cette feconde
Scene eft une des plus Théatrales ; Telamon
a beau combattre fon amour pour
Anchife par ces Vers :
Ce n'est plus un fecret ; Venus l'a fçû
charmer ;
Quand Venus le déclare en doutez- vous encore
?
Méprifez qui vous fuit & commencez d'aime
Un coeur conftant qui vous adore,
Hefione ne l'écoute point , & ne ré
pon
OCTOBRE. 1729: 2485
pond qu'à fon idée . Elle n'eft occupée
que de l'inconftance de fon Amant ; ce
qui oblige enfin Telamon à lui dire :
O Ciel ! quel injufte partage :
Sa gloire égale mon tourment ;
Vous donnez votre haine au plus fidele Amant,
Et votre amour ou plus volage.
HeGone lui répond enfin :
Je m'égare , je cede à mes mortels ennuis ;
Ne foyez plus témoin de ma foibleffe extrême.;
Dans le trouble où je fuis ,
Que ne puis - je , grands Dieux ! me cacher à
moi-même.
Venus vient offrir de nouveaux ſecours
à Telamon , par un enchantement quí
doit le rendre plus aimable aux yeux
d'Hefione . Voici comment elle s'explique :
Mon empire s'étend jufqu'au bord ténebreux ;
Par un enchantement je veux t'aider à plaire :
Proferpine avec moi fecondera de tes voeux ,
Des tréfors de Padore elle eft dépofitaire ;
Je ne fçaurois fans elle achever ce mystère 3
Demeure dans ces lieux , & voi
Ce que je vais tenter pour
toi.
Venus appelle les Amours & les invite
à préfider à un enchantement dont la douceur
eft de leur competence. Elle évoque
les
2486 MERCURE DE FRANCE.
les Ombres fortunées qui ont autrefois
aimé & qui aiment encore. Cette douce
magie donne lieu à une Fête des plus gracieufes
. Le charme répandu fur Telamon
fe fait invisiblement ; mais il ne doit agir
que conditionnellement ; Venus le lui
fait entendre par ces Vers :
Le charme eft fait ; tu vas attendrir l'Inhumaine
;
Mais les inftans font précieux ;
Qu'elle parte avec toi; qu'elle quitte ces lieux :
De cet enchantement la force fera vaine ,
Si ton Rival s'offre à fes yeux .
Telamon ne peut fe réfoudre à le faire
aimer par une fupercherie ; Venus lui die
en le quittant :
Goûte au moins la douceur extrême ,
De defefperer ton Rival .
ACTE IV.
Le Théatre reprefente d'un côté la Ville
de Troye , de l'autre des Bois
& la Mer dans le fond.
Le charme a operé dans l'Entracte 5
Anchife furieux le fait entendre par ces
mots :
Où s'adreffent mes pas dans ces funeftes lieux,
Quel
OCTOBR E. 1729. 2487
Quel Spectacle Venus vient d'offrir à mes yeux ?
J'ai vu la perfide Hefione ,
Jurer à mon Rival d'éternels amours , &c.
Hefione vient ; comme elle eft dans la
même erreur qu'Anchife , ils s'accufent
réciproquement d'infidelité ; Anchife veut
fe donner la mort pour prouver la foi à
fon Amante ; elle lui retient le bras , &
lui dit tendrement :
Arrête , hélas ! que fais- tu ? quel effroi !
Quelle foudaine horreur de mon ame s'empare
!
Pourquoi veux-tu mourir ... vivez plutôt
pour moi ,
Cher Prince ; quoi ! Venus , quoi ! Venus ellemême
.
N'auroit pû ... mais , que dis - je ? elle a fçû
vous charmer ;
Elle a trop de beautez , elle eft Déeffe , elle
aime ;
Que de raifons pour m'allarmer!
Ils s'éclairciffent enfin , & perfuadez
- de leur fidelité mutuelle , ils finiffent cette
belle Scene par ce Duo.
Aimons nous , aimons nous ;
Nos amours de Venus caufent la jaloufie ;
Rendons fon coeur encor mille fois plus jajoux
;
Aimons
2488 MERCURE DE FRANCE.
Aimons nous , aimons nous.
Quand fa fureur devroit nous arracher la vie
Mourons en des liens fi doux :
Aimons nous , aimons nous.
Venus furvient ; l'intelligence de ces
Amants excite fa fureur jaloufe : elle fe
leur fait entendre par ces Vers :
C'en eft trop; la douceur fut toujours mon partage;
Mais en un feul moment l'amour change les
coeurs ;
Je ne refpire plus que la haine & la rage ;
Vous allez l'un & l'autre éprouver més fureurs,
Anchife & Hefione fe retirent . Venus
qui avoit auparavant calmé la colere de
Neptune irrité contre le parjure Laomedon
, l'appelle à fa vengeance . Neptune
vient ; il promet à Venus de la venger ;
les vents fecondent fa fureur ; ce qui
donne lieu à une Fête dans le genre rerrible.
Un Monftre fort du fein des flots;
Neptune dit à Venus :
Ce Monftre va fervit ma haine & ta tendrefft ;
Telamon feul peut vaincre fa fureur ;
Si le Roi veut enfin que le ravage cefle
La main de la Princeſſe
Dois être le prix du Vainqueur.
ACTE
OCTOBRE 1729. 2489
ACTE V.
Le Théatre repréfente une Campagne ras
vagée par le monftre que Neptune
a fait fortir du fein des Mers.
Venus fe plaint du peu de pouvoir de
fes yeux ; Anchife vient avec un tronçon
d'épée à la main ; il fait connoitre
qu'il a voulu combattre le Monftre , mais
qu'aucun de fes traits n'a porté , & que le
Monftte a refpecté la vie ; il s'emporte
contre Venus ; cette Déeffe lui dit que
c'est elle qui deffend fes jours pour prolonger
fon fupplice '; elle lui fait entendre
que pour le mieux punir , elle pourroit
bien faire perir Hefione. Anchiſe
tremble pour fon Amante , & fe jette
aux pieds de la Déeffe pour la fléchir en
fa faveur ; il la quitte enfin pour aller
chercher Laomedon.Une troupe de Phrygiens
& de Phrygiennes viennent celebrer
la victoire que Telamon a rempor
tée fur le Monftre ; le Roi eft à leur tête
; Anchiſe qui le cherche , vient lui
demander s'il eft vrai qu'il accorde Hefione
à Telamon pour prix de fa victoires
le Roi lui répond que les Dieux l'ont
ainfi ordonné. Anchife lui reproche fon
manque de foi. Dans fa fureur.il fe croit
defcendu aux enfers ; il prédit la ruine
de
1490 MERCURE DE FRANCE.
de Troye , & tombe évanoui fur un lie
de gazon. Mercure vient annoncer à Venus
que l'Amour a fléchi le Deftin , &
qu'Anchife va partager fa flamme . Elle
fait enlever ce Prince par des Zephirs.
On a trouvé ce Poëme très - bien écrit,
plein d'efprit & de fentimens . Pour la
Mufique , elle n'a pas moins de partifans
que celle de Tancrede ; l'une paffe
pour être plus forte , mais on croit Pautre
plus galante , & même plus variée .
;
Les Rôles ont été parfaitement bien
remplis celui de Venus par la Dile Antier
, & celui d'Hefions par la Dile Peliffier
; le St Chaffé a chanté le Rôle d'Anchife
, & le S Tribou celui de Telamon .
Le Balet a fait beaucoup de plaifir pour
la Compofition , de même que les prin
cipaux Danfeurs & Danfeufes pour l'exe
cution .
Le 2. de ce mois , on donna par extraordinaire
le Bal fur le Théatre de l'Opera
; il fut précedé d'un Concert compofé
de Choeurs & de Simphonies choifies.
Le 18. le Roi Stanislas vint de Verfailles
incognito pour voir l'Opera d'Hefione.
Il entra par le Palais Royal , &
après en avoir vû les Apartemens &
les rares Tableaux qu'on y conferve , il
fe plaça dans la Loge du Duc d'Orleans.
Les
OCTOBRE . 1729 2491
1
Les Comédiens François ont remis au
Theatre au commencement de ce mois la
Tragédie de Cinna , de P. Corneille ,
dont le principal Rôle eft rempli par le
Sr Dufresne , celui d'Auguste par le S
Dumirail , celui de Maxime par le St
Quinaut , celui d'Emilie par la De Le
Couvreur &c . Cette Piéce eft parfaitement
bien repréſentée.
"
M. de Voltaire lut aux mêmes Comédiens
le 15. de ce mois une Tragédie
de fa compofition , fous le titre de Brutus
, qui fut reçue avec de grands éloges
de la part de tous ceux qui Pentendirent .
Le mérite de cet Auteur eft fi genéralement
connu , que perfonne n'en fera furpris.
On compte que cette Piéce féra repréfentée
au mois de Janvier.
Le Mercredi 19. de ce mois , les mêmes
Comédiens repréfenterent la Comédie
du Mifantrope de Moliere , dans
laquelle la Dame Desbroffes , grande &
belle perfonne , qui n'a jamais monté
fur aucun Théatre , parut pour la premiere
fois dans le Rôle de Celimene
qu'elle joua très-bien . Elle mérita beaucoup
les applaudiffemen's du Public , qui
lui trouve la voix fort belle , de l'intelligence,
de la Nobleffe , & des graces. Elle
eft fille du S. Antoine Baron , mort Comédien
du Roi en 1712. petite - fille de
M.
2492 MERCURE DE FRANCÉ.
M. Baron , & petite niéce du S. dễ là
Thorilliere & de la feuë Dame Dancourt ,
à qui elle reffemble beaucoup par le fon
de la voix , par les manieres & par l'air
du vifage ; elle eft cependant plus grande
, & auffi regulierement belle .
Après avoir joué ce Rôle trois fois , la
Dame Desbroffes joüa le 26. encore avec
plus d'applaudiffement celui de la femme
d'Orgon dans la Comédie du Tartuffe
elle joua enfuite dans la petite Comédie
du Galand Jardinier, le Rôle de la Joüeufe
de Gobelet , & fit voir un nouveau talent
, en chantant un grand air , & quelques
couplets , avec une voix douce ..
naturelle & harmonieufe , dont tout le
monde fut charmé.
Le 24. les mêmes Comédiennes repri
rent la Tragédie de Pyrrhus de M. de
Crebillon, que le Public revoit avec beaucoup
de plaifir. On en trouvera l'Extrait
dans le Mercure de May 1726 .
Le 22. les Comédiens Italiens donne -`
rent la premiere Repréfentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , intitulée la Parodie
d'Hefione. Cette Piéce qui eft de la
compofition des Srs Dominique & Romagnefi
, fut reçue favorablement du
Public . On en patlera plus au long,
NOU
OCTOBRE . 1729. 2493
"
X*XXX :XXXXX : XX* XX **
NOUVELLES DU TEM S.
LE
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople portent que
dans l'incendie dont on a déja parlé ,il y avoit
eu 20000 Maifons , 160 , Moſquées & 9 Eglifes
Grecques réduites en cendres ; que plus de
fooo. perfonnes y avoient peri , & que le nombre
des bleffez étoit encore plus confiderable ;
qu'on travailloit actuellement à enlever les
décombres pour rebâtir de nouvelles Maifons
dont le Grand Seigneur a promis de fournir le
bois ; qu'on faifoit monter la perte à plufieurs
millions de Sultanins d'or , & qu'on faifoit un
rôle de taxes fur toutes les Provinces de l'Empire
pour le foulagement des pauvres.
Ces Lettres ajoutent qu'on parloit à Conf
tantinople d'un nouveau traité d'alliance offenfive
& défenfive entre le G. S. & le Sultan
Acheraf, & que le bruit couroit que S. H. refufoit
d'acceder à celui de Pacification qui a
été conclu depuis quelques mois entre le Czar
& le nouveau Souverain de Perfe,
RECEPTION faite à Conftantinople
à l'Ambaffadeur du Sultan Acheraf,
le 23. Juillet dernier.
La
A Porte , après le retour de Rechid, Pacha,
de fon Ambaffade de Perfe , ayant été inf
truite des traitemens qui lui avoient été faits ,
étoit refoluë d'obferver à l'égard de l'Ambafladeur
d'Acheraf , les mêmes cérémonies qui
ayoient
2494 MERCURE DE FRANCE.
*
avoient été obfervées en la perfonne de fon
Ambaffadeur , lorfque changeant tout d'un
coup de fentiment , elle prit la reſolution de
rendre des honneurs extraordinaires à l'Am
baffadeur d'Acheraf , tant fur mer que furterre
, fans qu'on ait pu penetrer les motifs
qui ont pu donner lieu à une femblable conduite
quoiqu'il en foit le Grand Vizir n'eut
pas plutôt eu avis que Namudar Mehemet
Kan , n'étoit qu'à quelques journées de Con-
Atantinople , qu'il nomma pour aller à la rencontre
, Kiblezade , un des Seigneurs de la
Cour , à quipour faire plus d'honneur à l'Amballadeur
de Perfe , il donna le titre de Pacha
à trois queues à peine Kiblezade fut parti ,
que le Vizir ordonna que tous les Habitans de
Conftantinople , de quelque état qu'ils puffent
être , euffent à faire peindie le dehors de leurs
Maifons , & de leurs Boutiques , & d'ufer
d'affez de diligence , pour que tout fe trouvât
prêt avant l'arrivée de l'Ambaſſadeur . Les
Officiers qui devoient tenir la main à l'execution
de cet ordre , furent fi rigides à le faire:
obferver , que voiant qu'une infinité de pauvres
gens ne fe mettoient point en état d'obeir s
foit faute d'argent , ou qu'on ne trouvat pas
des Ouvriers pour peindre les Boutiques , la
plupart étant occupés dans les Maifons des
Grands , fe mirent à les maltraiter ; ceux ci
outrés en murmurerent , du murmure on paffa
prefque à la defobéillance : les chofes n'en feroient
pas demeurées là , fi le Grand Vizir , en
aïant été informé à tems , n'y eut mis ordre
en donnant un fecond commandement qui laif
foit la liberté à chacun de peindre ou de ne
Numadar oùle Renommé.
poing
OCTOBRE. 1729. 2495
point peindre fa Maifon ; les Grands n'eurent
garde d'y manquer , de forte qu'en peu de tems
fa plupart des Maifons furent peintes en
blanc , d'autres en verd , en rouge , &c. Quelque
tems après , l'on donna un autre comman
dement , contenant des deffenfes très - rigou
reuſes aux femmes , de paroître dans les rues
Je jour que l'Ambaffa deur feroit ion entrée ; les
plus curieufes s'en formaliferent , & la deffenfe
en fit naître l'envie à celles qui n'y auroient
point penfé ; de forte que des femmes de confideration
étant venues en porter leurs plaintes
au G. Vizir , ce Miniftre tout complaifant &
poli fe relacha de fa premiere ſeverité , & ou
bliant qu'il étoit Maître , il ne fçut qu'obeir
dans cette occafion , de forte qu'il leur donna
la liberté d'en ufer tout comme elles jugeroient
à propos , dont vrai femblablement elles profiterent,
s'il faut en juger par l'humeur des
maris , qui ce jour là étoient plus bourus qu'à
l'ordinaire .
Les ordres aiant été ainfi donnés dans Con
ftantinople, le Capitan Bacha , en reçut de fon
côté , de même que le Topigi Bachi , le Boftangi
Bachi , & le grand Donanniers chacun pour
ce qui concernoit fon département.
Le Premier , eut ordre de faire dorer les
Poupes des Galeres qui fe trouveroient dans
le Port , de même que huit des plus beaux Vaiffeaux
de Guerre , pour faluer de leurs Canons
l'Ambaffadeur à fon paffage. Le Topchi Bachi
de fon coté , fut chargé de preparer 130. pieces
de Canons , qu'il fit ranger le long de l'Echelle
de Tophanna. Le Boftangi Bachi , tint auffi
en état l'Artillerie du Serail , qui donne dans
le Port , au nombre de 80. pieces de Canons
& le grand Douannier , donna, ordre à tous
les
2496 MERCURE DE FRANCE .
les Capitaines de Vaiffeaux Marchands Turcs
qui fe trouvoient dans le Port , de monter à
Bechik Tach , pour y faluer de tous leurs Canons
, l'Ambaffadeur à fon paffage. On donna
pour cet effet un quintal de poudre pour chaque
Vaiffeau les mêmes ordres furent auffi
donnés au Boftangi qui commande la Tour de
l'Ecandre. Les chofes ainfi reglées , tant par
mer que par terre , l'Ambaffadeur arriva
Scutary , le 22. après nidi.
Le 23 jour deftiné pour fon entrée à Conftantinople
, on envoya pour le prendre à Scudary
, deux Galeres , & la Felouque du Kiflarliga
, ou chef des Eunuques noirs , armée
de 24. Rameurs ; l'Ambaſſadeur étant forti de
chez lui à 8. heures du matin , & s'étant rendu
à la Marine à Cheval , accompagné de fa Maifon
, & precedé de Kibieli Zade , s'embarqua,
dans cette Felouque, & fut conduit à bord de
la Galere Imperiale , qui le falua à ſon embarquement
de trois coups de Canon ; l'autre Galere
le falua de pareil nombre : dans le même
tems,la Mufique du Grand Seigneur & celle du
G. Vizir qui étoit dans la Galere, compofées de
Timbales, Tambours , Clairons , & c. commencerent
à jouer, & ne difcontinuerent pas non
plus que les cris redoublez de Chaoux , qu'au
débarquement de l'Ambaffadeur . Les deux
Galeres , après avoir levé l'ancre , commencerent
à voguer en cotoyant le Bofphore du
côté d'Europe. Le G. Seigneur avec les Princes
fes fils , s'étoit rendu à Befvick Tach , dans
un Kiosk ou Pavillon de fon Palais des Porcelaines
pour voir ce Spectacle que la quantité
de Batteaux au nombre de plus de 15000 & la
grande affluence du monde qui étoit acouru
de toute part , rendoit très- beau. On ne pouvoit
OCTOBRE . 1729. 2497
voit diftinguer la Mer d'avec le rivage d'Eu-`
rope & d'Afie , qui étoient auffi couverts d'un
Peuple infini jufques fur les hauteurs les plus
élevées. Ce Spectacle étoit d'autant plus admirable
, que la fituation eft la plus avanta
geufe qu'on puiffe avoir dans le monde entier.
Le G. Seigneur fut falué par les deux Galeres
de leur Artillerie , & dans le même moment
elles arborérent leurs flammes ; l'Ambaffadeur
fut falué à mefure qu'il s'avançoit , par les
Vaiffeaux Marchands que l'on avoit fait ranger
fur une même ligne à Bechiktach , à une certaine
diftance l'un de l'autre. Lorſque les deux
Galeres pafferent devant le G. Vizir , qui étoit
dans un Kiofque du nouveau Palais qu'il a fait
bâtir à Ajas Pacha , au deffous de la Maifon
d'Adgi Muſtapha , elles le faluerent d'un coup
de Canon chacune. Le G. Vizir envoya , de ce
Kiofque , un de fes Pages, dans un Kaique qui
traverſa d'une extrême viteffe cette foule de
Batteaux,, pour faire compliment à l'Ambaffadeur
, qu'il trouva fur la Galere, fort attentif
à lire fon Alcoran ; car il faut remarquer que
depuis Scutari , jufqu'à Conſtantinople , il né
daigna pas tourner la tête , & ne témoigna pas
la moindre envie de voir les honneurs que l'on
lui rendoit.
A mefure que les Galeres avançoient , les
Bâtimens Turcs faluoient , les uns après les
autres , avec affez d'ordre ; la Tour de Leandre
fit auffi fa décharge ; quand on fut vis - à - vis
de Topana & du Serail , les deux , Galeres
firent une quatriéme décharge ; Topana y
repondit par 130. coups de Canon ; le Serail
par 80. & par 30. de la petite Doüanne de
Galata. Huit Galeres , qui étoient ornées de
Jeurs flammes , faluerent à leur tour de toute
H leur
2498 MERCURE DE FRANCE.
leur Artillerie ; les Vaiffeaux de Guerre dong
le Vice- Amiral étoit du nombre , portant Pa
villon carré au grand mât , tous pavoifez , faluerent
de toute leur Artillerie. L'Ambaffadeur
que l'on conduifit jufqu'à la grande Douanne
qui étoit l'endroit où il devoit mettre pied à
terre, y arriva que le bruit de l'Artillerie n'avoit
pas encore ceffé ; il fut reçu à fon débarquement
par le Chaoux Bachi , & par le
Grand Douannier , qui firent les honneurs d'un
dejeuné que l'on donna à l'Ambaffadeur , en
attendant que tout fut prêt pour la marche.
Le Repas fini , on vint avertir l'Ambaffadeur
que tout étoit difpofé pour partir , & que l'on
n'attendoit plus que lui ; il monta fur un
Cheval du Grand Seigneur qu'on lui avoit
preparé. La marche avoit déja commencé
lorfqu'il furvint une difpute entre l'Ambaffadeur
& le Chaoux Bachi , au fujet du pas;
ce dernier aiant déja pris la droite , ne voulut
jamais la quitter ; l'Ambaffadeur s'en trouva
offenfé , & en temoigna fon reffentiment , mais
quelque fermeté qu'il eut fait paroître d'abord,
il fe rendit à la fin de forte que le Chaoux
Bachi conferva la droite pendant toute la
marche qui fe fit de cette maniere.
Des Gens de l'Ambaffadeur au nombre de 20 ,
montez fur des Dromadaires , tenant chacun
une espece d'Etendart à la main , au milieu duquel
étoit repreſenté un Lion.
Deux Compagnies de Janniffaires , faifang
plus de 300. hommes , avec leurs bonnets de
ceremonie, commandez par leurs Tehocbadgis,
ou Officiers.
Deux cent Chaoux avec leurs bonnets de ceremonie.
Pareil nombre de Muteferagas avec leur Mudycrefe
;
OCTOBRE. 1729.
2499
dycrefes ce font des Officiers au- deffus des
Chaoux.
Trois cent Zaims ou Feudataires avec leurs
bonnets de ceremonie , prefque tous habillez
de fourures de Marte- Zibeline
L'Ispahilar Agaf , ou General de la Cavalerie
, avec douze autres principaux Officiers ,
fuperbement montez.
Douze Chevaux de main de l'Ambaſſadeur .
harnachez à la Perfane avec chacun leur
Timbale du côté droit de la felle.
Deux Chevaux de main fort bien harnachez
à la Turque , dont le G. Seigneur & le Vizir
avoient fait prefent à l'Amballadeur.
L'Ecuyer de l'Ambaffadeur marchant feul ,
habillé à la Perfane. Quelques Chaoux de
l'Ambaffadeur tenant des Tapous , ou maffes
d'arm es à la main.
Deux Nargkils ou Pipes , avec lesquelles on
fume en Perfe , portées par deux Nargikldar,
La demi pique de l'Ambaffadeur portée par un
de fes Caft andgis , ou Pages.
Une Compagnie de Soldats Agbuans , armez
de fufils , fabres & mifrafls ou lances ; ils
étoient habillez affez mal proprement , & portoient
pour coeffure une espece de bonnet , en
forme de pain de fucre par le haut , & entouré
par le bas d'une espece de peau noire frifée qui
leur tomboit en maniere de frange jufques fur
les yeux , formant des efpeces de boucles.
Quatre Officiers , qu'ils appellent Tongdars
où Porte- Enfeigne , portoient au bout de grandes
perches , des queues de Cheval enfermées
dans du drap écarlate , qu'on ne déploya pas
parce que la Porte ne voulut pas le permettre,
cette diſtinction n'étant affectée qu'à des Conquerans
, à l'Armée ou au retour de quelque
expedition.
Hij L'Ame
2500 MERCURE DE FRANCE .
L'Ambaffadeur marchant à la gauche du
Chaoux Bachi , étoit monté fur un Cheval dè
l'Ecurie du G. S. il avoit pour habit une étoffe
de Perfe de couleur de feu fort riche, doublée dé
Martre Zibeline; fon Turban étoit pointu comme
le bonnet des Dervichs,mais il étoit entouré
d'une Seffe ou écharpe blanche. Vingt Valets de
pied marchoient à fes côtez , tous avec des
Mifraks, La marche étoit fermée par deux cent
perfonnes de la fuite de l'Ambaſſadeur , tous
armez de Lances , très - mal montez , & encore
plus mal faits ; on auroit dit à les voir , que
c'étoient des gens qui revenoient de quelque
pillage. La plupart des rues de Conftantinople
que la Cavalcade parcourut dans cet ordre ,
étoient bordées de Janiffaires en haye ,fans bonnets
de ceremonie. Quand elle fut arrivée auprès
du vieux Serail , dans la grande place de
la Suleymanie ou Mofquée de Soliman , l'Ambaffadeur
y fut falué par le Janiffaire Aga ,
qui s'y étoit rendu avec tous les autres Offi
ciers , à la tête de plus de quatre mille hommes
de cette Milice ; après quoi on fit paffer l'Ambaffadeur
par la porte de Topkapoufi , pour le
conduire à la Maifon du Douanier que l'on lui
avoit deftinée , & qui eft fituée au- deffus du
Faubourg d'Ejoub , hors de la Ville.
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople
du 19. Août.
Es affaires de Perfe font toujours dans le
Lmême état , fans qu'on puiffe juger comment
fe terminera cette confufion qui dévore
un des plus beaux Empires du monde , tient les
Mofcovites en haleine & embaraffe les Turcs ,
quelques grands avantages qu'ils en ayent déja
tiré
OCTOBRE . 1729. 2501
tiré. Ils ont porté à l'excès les honneurs qu'ils
ont fait à l'Ambaffadeur d'AcherafKam,L'embrafement
de Conftantinople a interrompu ces
magnificences dans lefquelles il entroit peutêtre
autant de politique que de vanité. A peine
les flammes ont elles été éteintes , qu'on y eft
revenu par les Fêtes continuelles qu'on donne
à cet Ambaffadeur, & dont je vous ferai un autrefois
le détail . J'ajouterai un mot en attendant
à l'embrafement dont je vous ai fimplement
marqué la nouvelle ; il commença le 27. Juillet
à 8. heures du matin , dans la Boutique d'un
Janiffaire qui vendoit du fruit à la porte de
Balata ; le vent du Nord fouffloit , les flammes
fe communiquerent avec impetuofité aux
Maifons voifines ; & paffant fans qu'il fut poffible
d'y remedier par deffus les murailles de la
Ville , fe diviferent , pour ainfi dire , en trois
torrens de feu , dont l'un s'étendit juſques à
la porte du Fanal : des deux autres , l'un pric
fon cours dans la partie interieure de Balata &
de Fanal , monta par Caliglefia juſqu'à la Mofquée
de Sultan Selim , & la laiffant à gauche ,
s'étendit beaucoup plus loin. Le troifiéme torrent
de feu prit par le Palais de Tranfilvanie ,
monta jufqu'au Palais de Belifaire ; & s'approchant
des murailles , confuma tout le quartier
jufqu'à la porte d'Andrinople , & à celle qu'on
appelle la Porte neuve. L'embrafement dura
17. heures , & felon le calcul le plus moderé
que je tiens de perfonnes qui le doivent bien
fçavoir , confuma 20000. Maifons , & plus
de 800 perfonnes qui , environnées de tous
côtez de flammes , n'eurent pas le tems de fe
fauver. La perte eft incroyable ; car quoiqu'il
y eut dans ce quartier beaucoup de Magafins ,
les flammes furent portées par le vent avec
Hiij tant
2,02 MERCURE DE FRANCF .
fant d'impetuofité contre ces Magafins , que
les murailles en furent échauffées de maniere
que les effets précieux de toutes fortes , qui y
étoient renfermez , prirent feu ou furent entierement
confumez ; de forte qu'on n'en put
fauver que peu de chofe , & ce peu fut encore
pour la plufpart la proye des voleurs , quafi
auffi cruels que l'incendie . Il y a eu 150. Mofquées
, grandes ou petites , comprifes dans cet
embrafement , 11. Eglifes Greques & 15. Sinagogues
des Juifs. Les principaux des Grecs qui
habitent le Fanal , y ont perdu leurs Palais &
leurs Maifons ; entr'autres le Prince de Valachie
, celui de Moldavie , l'Interprete de la
Porte , le Chourchy Bachi , & Julianos. Le
Patriarche de Jerufalem , l'homme le plus
refpectable & le plus fçavant qu'il y ait parmi
les Grecs a perdu fa Maiſon & fon Eglife ,"
mais l'Eglife Patriarchale de Conftantinople .
a été fauvée.
La perte des Juifs a été grande , plutôt par le
nombre des Maifons que par les richeffes ; elle
a donné une belle occafion au G. S de faire
voir fa compaffion pour eux ; il les voyoit de
fon Palais d'Afqui , errants fur le rivage du
port au nombre de plus de mille , fans fçavoir
que devenir. Il ordonna qu'on les fit paffer
dans l'enceinte de fon Serrail , & qu'on leur
diftribuat des vivres pendant quelques jours ,
jufqu'à ce qu'ils puflent trouver à fe retirer.
Enfin cet embrafement a été beaucoup plusgrand
de toute maniere que celui dont vous
avez été témoin , & qui dura 36 , heures.
OCTOBRE. 1729. 2503
RUSSIE.
Na imprimé depuis peu à Petersbourg le
Traité conclu à Riafchtfchée dans la Province
de Ghilan le 13. Fevrier , entre le Czar
d'une part & le Sultan Acheraf de l'autre.
Voici le Préambule de ce Traité , contenu en
dix Articles.
Au nom de Dieu , Très Haut & Très- Puiffant
, foit rendu public le préfent Traité. Il a
plû à la Providence Divine de faire ceffer après
une préalable fſuſpenſion d'Armes , les troubles
furvenus à l'occafion des Provinces poffedées
par S. M. Imp . Pierre II. Souverain de
toute la Ruffie &c. &fituées près de la Mer
Cafpienne , fur les frontieres des Terres du Poffeffeur
d'Ifpaham , de plufieurs autres Provinces
en Perfe & c. de les terminer par un
Accommodement à l'amiable conclu par les Ple
nipotentiaires respectifs . S. Exc. M. Wazilè
Levvaſchevv , Lieutenant General , Chevalier
de l'Ordre de S. Alexandre Neovvfky , Com
mandant en Chef l'Armée Ruffienne dans la
Province de Ghilan , & Capitaine General des
Provinces fituées dans le Darimar , près de la
Mer Cafpienne , ayant été nommé pour cet effet
de la part de S. M. Imp. Pierre II. Souverain
de toute la Ruffie , & Sapasalar Mehemet
Saidal Kam , & Beglier Bey , General de l'Armée
Perfane , affiftés de Mufteff Fiel Chaffa
Mirfa Mechemet Ifmael Amar Salesam , &
Chadfchi Ibrahim de la part du Regent , com
mandant heureuſement à Iſpaham , & dans
plufieurs autres Provinces & c. lefquels Plenipotentiaires
pour le bien public , & afin d'établir
une fincere , parfaite & conftante amitié
Hiiij entre
2504 MERCURE DE FRANCE:
)
entre les deux Cours , Empires & Terres , fons
convenus des Articles fuivants.
I. Les deux Empires resteront en poſſeſſion , à
perpetuité , des Villes & Pays qu'ils occupent
actuellement , avec tout ce qui en dépend ,
conformément aux anciens & nouveaux Reglemens
des limites , & dont il est fait mention
dans l'Article III.
11. S. M. Cz. en confideration de l'ancienne
amitié qui a toujours fubfifté entre l'Empire
de Ruffie & la Perfe , confent de la laiffer en
poffeffion des Provinces d'Aftarabat & de Ma-
Sandaran fituées aux environs de la Mer
Cafpienne , à condition que ces Provinces ne
pourront en aucune maniere être données à
quelqu'autre Puiflance ; & en cas que cela
arrivât , lefdites Provinces , avec tout ce qui
en dépend , rentreront & resteront à perpetuité
fous la domination de Ruffre , & tout ce qui
aura été ftipulé au contraire , fera declaré nul .
›
III. On reglera les limites entre les Terres,
Provinces Villes , de part & d'autre de
la maniere fuivante : Toutes les Provinces conquifes
par les Ruffiens , derriere Derbent , depuis
la Mer , en avançant vers le Pays juf
qu'à la Riviere de Kur , & jufqu'à l'embou
chure du Fleuve Araxe , fituées le long de la
Mer , resteront , conformément au Reglement
des limites fait avec la Porte , à perpetuité , à
la Ruffie : en quoi font comprises les Provinces
Capitales , auffi bien que les moindres Districts
qui en dependent , avec les Pays de Montagnes
, qui s'étendent jufqu'a la Mer , comme
auffi les Districts de Muful , de Schafft , de
Kutum , & tout le Darimar , où on fera la
Séparation des deux Empires. En paſſant Schafft,
on vient au grand chemin qui va de la Province
OCTOBRE. 1729. 2505
vince de Ghilan à Cashin : on y trouve entre
Kutum & Seitum Rudbara , à quelque diftanee
de Nuglebar , Ragdarchana , qui restera
pareillement au pouvoir des Ruffiens . On tirera
à l'endroit où les limites des Districts de Samaki
, d'Efcbkvarski & de Temifchanski fe joignent ,
une droite ligne qui commencera dans le Diftrict
d'Efchkvaski , & s'etendra jusqu'aux
Frontieres de Tenikabuski , & delà jusqu'à la
Mer; enforte que toutes les Provinces Villes,
avec leurs dependances , qui font à maingauche,
vers la Mer , jufqu'à l'embouchure du Fleuve
Araxe , depuis cette embouchure juf
qu'aux Frontieres de Tenikabunski , o delà
jufqu'à la Mer , appartiendront à perpetuité à
l'Empire de Ruffie.Tout ce qui eft à main droite ,
en avançant dans le Pays , & qui eft actuelle-
・ment occupé par le poffeffeur qui regne heureusement
à Ifpahan , & dans plufieurs autres
Provinces , restera à la Regence d'Ifpaham . Les
Sujets du Poffeffeur d'Ifpaham ne prendront
neanmoins poffeffion des Places ci - deſſus mentionnées
qu'après la ratification du preſent
Traité.
IV. Les Ambaffadeurs & Envoyés de part d
autre , feront reçus & traités fur les Frontieres
par lesGouverneurs Commandans refpectifs
, après une préalable notification de leur
paffage , avec la même amitié les mêmes
honneurs que par le paſſé , & à leur retour 078
leur fera le même traitement.
,
V. Le Czar & le Sultan Acheraf continueront
de prendre dans les Lettres qu'ils s'écriront
, les mêmes Titres que ci- devant , & ils
auront la liberté d'y ajouter le nom d'une ou
de plufieurs des Provinces qui leur font échuëss
mais il ne leur fera pas permis de prendre
Hv celui
2506 MERCURE DE FRANCE .
celui des Provinces Pays cedés à l'autre
Puifance , d'en porter les Armes dans leurs
Ecuffons , ni de les faire frapper fur les Monnoyes.
VI. Tous differends quelconques qui pourroient
furvenir fur les Frontieres entre les deux Nations
, feront examinés avec la derniere exactitude
par les Gouverneurs établis fur les
Frontieres , qui tâcheront de les terminer à
l'amiable , afin de conferver la tranquillité &
l'union entre les Sujets des deux Etats
VII. Si quelque Sujet de part ou d'autre , de
quelque condition qu'il puiſſe être , fe réfugie
chez l'une des deux Puiſſances , on le renverra
avec fu Famille & fes Effets , fans lui accorder
aucune protection.
>
VIII. Les Sujets & Habitans des deux Empires
Pays qui en dépendent pourront en
toute liberté , pour l'avantage du Commerce ,
transporter & faire venir des Pays respectifs
toutes fortes de Marchandiſes , tant par terre
que par eau , en payant les droits ordinaires
comme ei devant . Il ſera permis aux sujets de
Ruffie de commercer dans toute la Perfe , & dy
bât ir pour leur fureté & pour celle de leurs Caravanes
& Marchandises , des Magazins ; ils
pourront auffi traverser librement la Perfe ,
avec leurs Marchandiſes & Caravannes , pour
Je rendre à la Chine & aux Indes. Les Perfans
jouiront des mêmes avantages en Ruffie par´
Tapport au Commerce.
IX. En cas de mort de quelque Marchand
de l'une ou de l'autre Nation , fes Maifons ,
Marchandifes & Magazins feront confervés
avec foin , & reftitués aux heritiers fans ausun
dommaage ou à ceux qui feront commis
par les Cours ou Magiftrats refpectifs , &pour-
,
ขน
OCTOBRE . 1729. 2507
bus d'un ordre par écrit , pour recevoir les
Effets du Deffunt .
X. Ce Traité de Paix & d'amitié fera maintenu
inviolablement à perpetuité , & ratifié ,
On en dreſſera deux Exemplaires de même teneur
, qui feront fignés par les Miniftres Plenipotentiaires
qui y poferont le cachet de leurs
Armes , & onles échangera l'un contre l'autre.
Depuis la publication de ce Traité de Paix ,
il y a eu à Mofcou plufieurs Fêtes publiques.
Le Czar en a donné une trés - magnifique.
On a appris en dernier lieu des frontieres
de Perfe que le Prince Thamas s'étoit avancé
avec fon Armée juſqu'à foixante - dix lieuës
d'Ifpaham , & qu'il avoit mis fes Troupes en
quartier dans une petite Province , dont prefque
toutes les Villes lui avoient envoyé des
Deputés pour implorer fa clemence ; que la
marche precipitée de ce Prince avoit obligé
le Sultan Acheraf de prendre des mesures pour
fa fureté , qu'il faifoit travailler aux nouvelles
fortifications d'Ifpaham , avec une diligence
incroyable , & qu'il employoit à ces
Travaux près des deux tiers de fon Armée.
POLOGNE .
Na publié à Warfovie , avec les formalités
accoutumées
, que l'ouverture de
l'Affemblée generale de la Diette fe feroit à Grodno au commencement
du mois d'O&obre
1730.
On a appris de Stokolm que le Roi de Suede
avoit fait la revûë de fes Toupes , tang
de celles qui ont des Quartiers aux environs
de cette Capitale , que de celles qui ont
paflé l'Eté dans les Provinces voisines. La
H vj
Ca2508
MERCURE DE FRANCE.
4000 .
valerie , y compris les Gardes , monte å
homines , & les Milices à 6800. fuivant
l'etat que les Gouverneurs de Schonen
, de Blecking , de Bahus & d'autres Provinces
éloignées ont envoyé en Cour , Les Troupes
reglées montent en general à 12406. fans
compter les deux Régimens de Daickers , qui
ne font que de payfans armés qu'on raffemble
en cas de befoin , & qui peuvent monter
à 3000. hommes ou environ. Les Troupes de
Suilande confiftent en 4500 hommes, & celles
qui font en quartier dans la Pomeranie peuvent
monter à Soco. hommes ; de forte que
la Couronne de Suede a préſentement fur
pied 40000. hommes , comme fous le Regne
de Charles XII.
On mande de Copenhague que le Roi de
Danemarck a envoyé ordre à fon Miniftre à
la Haye , de ne plus négocier avec les Etats
Generaux au fujet de la Compagnie d'Altena
, de leur declarer feulement que S. M. fe
croit en droit d'établir & de proteger le
Commerce de fes Suiets par tout où il leur
conviendra de l'établir,fans porter atteinte aux
anciens Traites .
L'Es
ALLEMAGNE .
Es Troupes de Heffe qui font à la folde
du Roi d'Angleterre , ont pris leurs quartiers
fur les Frontieres du Landgraviat de
Heffe - Caffel , enforte qu'elles font en état de
fe joindre en 24. heures aux autres Troupes
de S. M. Brit. leur quartier eft à Munden.
On apprend de Stockolm , qu'à l'occafion
des derniers differends du Roi d'Angleterre
avec le Roi de Pruffe , le Roi de Suede avoit
donné
OCTOBRE. 1729.
2509
donné ordre à tous fes Régimens de fe tenie
prêts à marcher au premier Commandement,
& qu'il y avoit actuellement à Straelfund un
Corps de 8000. hommes qui avoit été deſtiné
à garnir les Places les plus expofées de la
Pomeranie Suedoife.
Le bruit court à Vienne que les Directeurs
de la Compagnie d'Oftende qui font en cette
Ville depuis plus de deux mois , ont propofé
aux Directeurs de la Compagnie Orientale de
Vienne de faire une Societe ; ce qui rendra la
Compagnie de Triefte très -confiderable
ce projet s'execute.
, fi
Le bruit court auffi dans cette Capitale que
le Comte de Trautfon qui s'eft retiré de la
Cour , eft entré au Noviciat des Jefuites de
Strafbourg , à condition qu'immédiatement
après fes voeux il fera envoyé Miſſionnaire
aux Indes.
L'Empereur a chargé fon principal Com
miffaire à la Diette de l'Empire , de faire des
nouvelles inſtances pour que les Etats de l'Empire
déclarent par un acte authentique s'ils
ont deffein de conferver la Fortereffe de Philifbourg
& le Fort de Kehl, en les mettant en
état de deffenfe , ou s'ils les veulent abandonner.
S. M. Imp. attend leur réponſe pour
prendre à ce fujet les mefures neceflaires.
On écrit de Domitz que le Duc Charles
Leopold avoit fait publier dans le Meckelbourg
une Lettre dattée de Dantzick du 25.
Septembre , par laquelle il témoigne à la Nobleffe
de fon Duché le plaifir qu'il a reflenti
en apprenant qu'elle confentoit à un accommodement
, & qu'elle avoit réfolu de rejetter
la nouvelle Adminiſtration ordonnée par le
Decret du Conseil Aulique,
ESPAGNE
2gro MERCURE DE FRANCE.
ES PACN E.
E Soleil d'or , l'un des Gallions qui avoit
Lété forcé par la tempête de fe retirer aux
Terceres , arriva le 5. de Septembre dans le
Port de Cadix , avec un Vaiffeau François qui
avoit été fretté pour porter fa charge. On a
publié à Cadix que la Flotte des Gallions
partiroit pour Cartagene à la fin du mois de
Novembre prochain , & on a envoyé aux Indes
un Vailleau d'avis pour y porter cette
nouvelle , afin de faire hâter le tranſport du
Trefor , de Lima à Panama.
Le 20. Septembre au foir , le Roi reçût une
Lettre du Roi de France , par laquelle S. M
T. Ch . lui donnoit part que la Reine de France
étoit accouchée le 4. d'un Prince . S. M. &
la Reine parurent extrémement fatisfaites de
cette nouvelle , qui fut celebrée au Palais
avec de grandes démonftrations de joye. Le
26. on chanta par ordre de S. M. C. dans la
Chapelle Royale du Palais de Madrid un Te
Deum en Mufique , auquel affifterent les
Grands du Royaume & les Chefs des Maiſons
Royales , qui n'ont pas fuivi la Cour ; le foir,
toutes les Maiſons de la Ville furent illuminées.
Le 21. du mois dernier , les Muficiens de
la Chapelle du Roi chanterent par ordre de
S. M. dans la principale Eglife du Port Sainte
Marie , un Te Deum folemnel , pour rendre
graces à Dieu de la Naiffance du Dauphin ; let
Cardinal , Archevêque de Tolede y avoit offi .
cié pontificalement , & tous les Grands du
Royaume qui ont fuivi la Cour , y affifte- .
rent. Pendant le Te Deum , on fit une déchar-
&c
OCTOBRE. 1729. 2517
ge genérale de l'artillerie du Château de fainte
Catherine des Reduits de la Cofte , de l'Armée
Navalle , & de tous les Vaiffeaux qui
étoient dans la Baye de Cadix , & de tous
les Remparts & Forts de la même Ville. Let
foir , toutes les Maifons de la Ville de Cadix
& du Port Sainte Marie , furent illuminées .
L. M. C. ont fait donner deux cens piſtoles
d'or au Courier du Cabinet du RoiT. C. qui a
apporté la nouvelle de la Naiffance du Dauphin
, au Marquis de Brancas , Ambaſſadeur
de France.
Le 24 Septembre , le Roi , la Reine , le.
Prince , la Princeffe des Afturies , & les Infants
Dom Carlos & Dom Philippe , partirent
du Port Sainte Marie pour fe rendre à
S. Lucar de Barameda , où L. M. demeurerent
le 25. & le 26. Amidi elles s'embarquerent
fur l'Efcadre des Galliotes , Gondoles &
Barques qu'on y avoit équipées pour remon
ter le Guadalaquivir jufqu'à Seville. Le vent
ayant été contraire , L. M. coucherent fur la
Riviere , & débarquerent le lendemain à mi--
di à Seville , & elles fe rendirent en parfaite
fanté an Palais de l'Alcaçar. L'Infant Dom
Louis & l'Infante Dona Marie Therefe , qui
ont fait ce voyage par terre , ayant paffé par
Xeres , Lebrixa , & Retrera , n'arriverent que
le foir à Seville.
On publia à Madrid pour la premiere fois
le Decret de S. M. du 17. Novembre 1723 , qui
deffend la dorure fur les habits & fur les Ca
rofles.
ITALIE
2912 MERCURE DE FRANCE.
ITALIE.
A Congrégation de Propaganda Fide , s'affembla
extraordinairement vers la mi-Septembre
, à l'occafion de quelques Lettres de
la Chine , par lefquelles elle a appris que fix
de fes Miffionnaires & quelques Cathecumenes
, Parens de l'Empereur , avoient fouffert le
martyre .
Le Marquis d'Ormea , chargé des Affaires
du Roi de Sardaigne , a prefenté au Pape deux
Cordons de l'Ordre de l'Annonciade , l'un
pour le Duc de Gravina , Neveu du Pape , &
Pautre dont S. S. eft priée de difpofer. Elle en
a difpofé en faveur du même Marquis d'Ormea
, & a promis d'écrire au Roi de Sardaigne
pour lui faire approuver ce choix. La mere
du Cardinal Barberin , âgée de 92. ans ,
reçût le 12. de l'autre mois le Viatique & l'Extrême-
Onction , & le lendemain elle fe trouva
non-feulement en état de fe lever , mais d'aller
à l'Eglife voifine de fon Palais , où elle entendit
la Meffe.
Le 1. du mois dernier , il y eut à Florence
un orage terrible , & le Tonnere tomba fur le
Clocher de l'Eglife de S. Juft , qui fut brûlé ,
ainfi qquuee la Charpente de l'Eglife . L'Abbé Perini
qui y célebroit la Meffe , fut bleffé & renverfé
de l'Autel ; fix pauvres femmes qui
étoient dans l'Eglife avec leurs enfans , furent
écrafées , & plufieurs autres dangereufement
bleffées .
On mande de Turin que le Roy de Sardaigne
a ôté l'éducation des enfans à tous les Ordres
Religieux & aux Congrégations , & que
S. M. a fait un choix de Profeffeurs Seculiers
OCTOBRE. 1729 2513
Hiers qui feront payez fur le revenu de fes Finances.
REJOUISSANCES faites à Genéve
le 3. Octobre
Lefident de3.M. C. en cette ville ,, no?
E 10. du mois paffé , M. de la Clozure ,
tifia de la part du Roi , fon Maître , la Naiffance
du DAUPHIN à notre Magiftrat , & peu
de jours après il notifia auffi qu'il avoit reçu
des ordres pour donner une Fête , laquelle fut
affignée de concert au 3. de ce mois . Dans cet
intervale , le Magiftrat difpofa toutes chofes
pour illuftrer cette Fête ; M. le Reſident invita
pour le Feftin de ce jour- là , le Corps de la
Magiftrature , & les autres perfonnes de diftinction
de cette Ville ; & de l'agrément du
Magiftrat , toute la Nobleffe Etrangere qui fe
trouvoit ici ; entr'autres M. le Prince Hereditaire
de Saxe- Bareith , M. le Comte Hoenloé
Comte Souverain de l'Empire ; plufieurs Comtes
, Lords , Barons & autres Seigneurs &Gentilhommes
de toutes Nations . Le Feftin fut
donné à l'Hôtel de Ville . Il y avoit fix Tables
de 24. Couverts chacune , difpofées en trois
Salles fuperbement ornées & éclairées , qui
communiquoient de l'une à l'autre . On fe mit
à Table à dix heures du foir , & on y refta
jufqu'à 4. heures du matin. Pendant ce temslà
on fit des décharges de plus de cent Piéces
d'Artillerie , que le Magiftrat avoit fait placer
fur les Remparts de la Ville , pour faire les .
falves aux differentes fantez que l'on devoit
boire , qui furent au nombre de 15. Chacune
des grandes fantez , comme celle du Roy , de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , &c.
furent
2514 MERCURE DE FRANCE.
furent celebrées par toute l'Artillerie , & les
autres à proportion. Le Repas fut fomptueux ,
& tout s'y paffa avec beaucoup d'ordre.
Avant le Feftin , environ fur les fept heures
& demie du foir , M. le Refident , le Corps
de la Magiftrature , & la Nobleffe , étant partis
de l'Hôtel de Ville , allerent par les principales
rues de la Ville , pour en voir les illuminations.
Ils trouverent dans chaque Place publique
un Corps de Troupes , leurs Officiers à
leur tête , qui faluerent du Sponton , & firent
battre aux champs. Les Illuminations étoient
fuperbes , entr'autres celles de l'Hôtel de M. le
Refident , dont la façade étoit decorée des Portraits
du Roy & de la Reine , accompagnez
d'autres Tableaux qui étoient tranfparens
reprefentant diverfes figures Hyerogliphyques
ayant rapport à la Fête , avec un grand nom
bre de Flambeaux & de Lampions , qui formoient
les Chiffres du Roy , & diverſes fortes
d'ornemens. Au - deffous couloient deux Fontaines
de vin pour le peuple. L'Hôtel de Ville
étoit illuminé exterieurement par un nombre
infini de Lampions , & dans l'interieur par
des Bougies ; la Terraffe l'étoit par des Pyramides
de differentes figures tranfparentes.Toutes
ces Fontaines , les Bâtimens publics , les
Ponts , & la Riviere étoient magnifiquement
illuminez par les foins du Magiftrat.
Tous les Particuliers imitant fon zele , firent
auffi des Illuminations en Pyramides , ent
Feftons , en Guirlandes , en Emblêmes , par
des milliers de Lampions , difpofez en differentes
figures ; de forte que chaque Maifon
formoit une illumination particuliere , & dans
un gout different , qui fourniffoit à chaque rue
un nouveau fujet d'une agréable furpriſe aux
Spe&aOCTOBRE
. 1729 2515
Spectateurs . Plufieurs Maifons de Campagne
dans le voifinage furent auffi illuminées , ce
qui faifoit un très bel effet. Ce qui rendoit
encore plus fenfible l'allegreffe publique , furent
des Tables que l'on trouvoit dreflées dans
tous les Carrefours & Places publiques , out
les Bourgeois fe régaloient , & d'où ils redou
bloient leurs acclamations de Vive le Roy , vive
la Reine , vive Monfeigneur le Dauphin
vive nos Seigneurs , vive M. le Refident.
M. le Refident ne ceffa de témoigner à tout
le monde , fa reconnoiffance de ces démonftrations
publiques & volontaires de zele & de
joye. Tout le peuple étoit répandu dans les
rues , & la Ville remplie d'un grand nombre
d'Etrangers que la curiofité y avoit attiré.
Ce qu'il y eut de remarquable , c'eft que nonobitant
cette grande affluence , la Fête fe termina
fans aucun défordre , & fans le moindre
accident ; le Ciel la favorifa d'une nuit tranquille
, ce qui ne contribua pas peu à l'em
bellir , de maniere que tout le monde , Etrangers
& Naturels du Pays , en ont marqué à
Fenvi un parfait contentement.
GRANDE - BRETAGNE.
L28. Mondres , donna dans
E 28. Septembre , M. de Chammorel , Ke-
,
l'Hôtel du Comte de Broglio un Repas magnifique
à l'occafion de la Naiffance du DAUPHIN .
Le Chevalier Robert Walpool , Premier Commiffaire
de la Tréforerie , le Duc de Newcaftle
, & le Vicomte de Townſend , Secretaire
d'Etat , M. Pelham , Secretaire des Guerres
le Lord Chancelier , le Duc de Dorfet ,
Grand- Maître de la Maifon du Roy , le Duc
do
>
2516 MERCURE DE FRANCË :
de Grafton , Chambellan , le Lord Finch +
Contrôleur General de la Maifon de S. M. &
fon frere , le Duc de Kent , le Marquis de
Miremont , le Marquis de Montandre , & le
Comte de Lyford s'y trouverent , ainfi que
tous les Miniftres Etrangers qui font à Londres
, & plufieurs autres perfonnes de confideration.
Il y avoit deux Tables de ij . Couverts
chacune , qui furent fervies avec autant de délicateffe
que de profufion ; l'Hôtel du Comte
de Broglio étoit illuminé de flambeaux de cire
blanche on y fit couler des Fontaines dé
Biere & de Vin pour le peuple, & on ytira
un très-beau Feu d'artifice .
Le Major Fitzgerard & M. Hodges , ayant
pris querelle au commencement de ce mois ,
allerent fe battre en duel dans Hydeparc ,
& le dernier ayant été bleffé de trois coups
d'épée qui ne font pas dangereux , le Combat
ceffa , & ils remonterent enfemble dans un
même Caroffe , après s'être réconciliez.
"
HOLLANDE , PAYS - BAS.
Es Lettres d'Amfterdam portent que les
Vaiffeaux de Guerre de la République de
Hollande , commandez par le Vice-Amiral de
Sommardick , & par les Capitaines Deuts ,
Van Iffendorn , de Groot & Raarda , étoient
revenus de Porfmourh au Texel. Ces Lettres
ajoûtent que le Prince de Naffau Dietz , avoit
pris poffeffion le 12. de fon Titre de Stadthouder
de la Province de Gueldres.
RE
OCTOBRE. 1729. 2517
REJOUISSANCES à Bruxelles :
Extrait d'une Lettre du 18. Octobre.
que M. de Jonville , chargé des
Laffaires du Roy T. Ch . donna ici le 10. de
ce mois , à l'occafion de la Naiffance du Dauphin
, a été très - magnifique. Il avoit choifi
l'Hôtel d'Egmont, fitue au haut de la Ville, deyant
une grande place bordée d'arbres , où le
feu Marquis de Roffi en donna une pour celebrer
le mariage de Sa Majefté, ainfi que M. Dacunha
pour le mariage du Prince du Brezil .
La façade de l'Hôtel qui a cent pieds de longueur
fur foixante de haut , étoit illuminée de
fix mille Lampions qui formoient 7. Arcades ,
divifées par des Pilaftres & une Architrave audeffus
, d'où pendoient des feftons , des cartouches
, & c. Il y avoit au milieu un Soleil
de 18. pieds de diametre , au- deffus duquel
étoient les Armes de France ; aux côtez les
Chiffres du Roy & de la Reine,formez par des
Lampions , aux deux aîles , les Armes du Roy
& de la Reine & celles du Dauphin , formées
par des tranfparans , deux grandes piramides
terminées par des Etoiles , des fleurs de Lys',
des Dauphins & d'autres ornemens , décoroient
le refte de la façade qui fut illuminée dès fix
heures du foir
Toute la Nobleffe & les perfonnes diftinguées
par leurs Emplois , s'y rendirent à fept
heures , ainfi que plufieurs Dames qui étoient
à la Campagne , & qui revinrent exprès à Brus
xelles.
Il eft de l'Etiquette , que les Damès de la
Cour de l'Archiducheffe , Gouvernante des
Pays- Bas , n'aillent point dans les Maifons où
2518 MERCURE DE FRANCE .
il n'y a point de Dames , & M. de Jouville
confiderant avec raifon que la prefence des
Dames , étoit ce qui contribueroit le plus à
l'éclat de la Fête , pria la Comteffe de Lallaing
d'en faire les honneurs, & elle obtint de S. A. S.
que les Dames de Cour s'y trouveroient . Cette
Comteffe fe rendit des premieres à l'Hôtel
d'Egmont , pour recevoir avec M. de Jouville
les perfonnes invitées.
Le Spectacle le plus gouté dans cette Ville ,
eft celui de Oyfeau , mais le gouvernement
n'en accorde la permiffion que dans les grands
évenemens. Pour le donner on éleve dans une
place un Arbre d'environ 120. pieds d'élevation
, au haut duquel on attache fur une efpece
d'aiffieu de fer, un Oyfeau de bois fculpté
& doré d'environ 12. pieds de long , pefant
près de 200. livres , dont le Corps eft rempli
d'artifice. Pour gagner le prix promis par celui
qui donne la Fête , il faut qu'une des fufées
que le Peuple tire du pied de l'Arbre , entre
par l'ouverture que l'Oyfeau a fous le ventre ,
& mette le feu à l'Artifice. Le prix de M. de
Jouville étoit un grand Baffin , une Aiguiere
& un grand Gobelet d'argent , aux Armes du
Dauphin.
Cet Arbre peint en bleu , avec des fleurs de
Lys & des Dauphins , fut planté dans la grande
place qui eft devant l'Hôtel d'Egmont , & aux
deux côtez on avoit élevé deux Theatres ornez
de Fleurs de Lys , de Chiffres , de Dauphins &
d'Etendarts aux Armes de France , d'où coulerent
deux Fontaines de vin pendant toute la
nuit.
Vers les fept heures , on tira quelques douzaines
de groffes Fufées pour donner le fignal ;
enfuite il fut permis de tirer à l'Oyfeau , & l'on
commença
OCTOBRE 1729. 2519
commença à faire couler les Fontaines de vin .
On vit pendant trois quarts d'heures l'Oyfeau
affailli par un nombre infini de fufées : une
enfin penetrant jufqu'à l'ouverture , y mitle
feu & en fit jouer l'Astifice qui dura une demi
heure. Comme il fe trouva plufieurs prétendans
aux prix , M. de Jouville les renvoya de
vant le Magiftrat pour terminer leurs conteftations
fuivant les ufages du Païs .
Vers les huit heures , les Conviez pafferent
de l'Apartement qui donne fur la Place , où
l'on voyoit les Portraits du Roy & de la Reine
fous un magnifique Dais , dans une galerie
très bien éclairée, & delà dans une autre grande
piece deftinée pour le Bal , où il y avoit un
grand nombre d'Inftrumens : on y commença
Le Bal qui fut interrompu à dix heures pour le
fouper. On avoit dreffé dans la grande Galerie
de l'Hôtel une longue Table de quatre- vingtdix
Couverts , qui fut fervie avec autant de
délicateffe que de profufion . On y vit paroître
tout ce qu'on pouvoit fouhaiter de rare &
d'exquis on admira fur tout la beauté & la
varieté du Deffert , fur tout une Piece en fucre
de la hauteur de trois pieds , où l'on voyoit
fous un Dôme ,foutenu par plufieurs colomnes
torfes , le Roy , la Reine , & Monfeigneur le
Dauphin , avec leurs principaux Officiers ,
beaucoup de Gardes , & c. On y voyoit auffi les
Armes du Roy & de la Reine , furmontées de
la Couronne Royale & autres ornemens ; le
tout en fucre, de differentes couleurs , imitant le
naturel. D'autres Pieces d'une très - belle compofition
& de la même hauteur , garniffojeng
le milieu de la Table.
Il y eut pendant tout le fouper comme pendant
le feu d'Artifice , des Fanfares de Trompettes
520 MERCURE DE FRANCE.
pettes & de Timbales qu'on avoit placées fur le
Balcon de la Galerie , aux deux bouts de laquelle
on avoit dreffé deux magnifiques Buffets.
Outre cette Table il y en avoit deux autres
dans deux autres pieces de l'Apartement , qui
furent fervies avec autant de magnificence.
?
M. de Jonville porta au Comte de Visconti ,
Grand-Maître de laMaifon de l'Archiducheffe,
les grandes fantez , dans de grandes coupes
d'égale grandeur , en lui envoyant le couvercle
fur une foucoupe , & s'étant levé lui porta
T'heureux jour , terme dont on fe fert ici pour
exprimer un évenement tel que la Naiffance
du Dauphin ; le Comte de Vifconti fe leva &
but cette fanté , la reporta , & elle fit la ronde;
après quoy M. de Jonville lui porta la ſanté dụ
Roy & enfuite celle de l'Empereur , qui furent
buës avec les mêmes ceremonies.
M. deVifconti , qui à caufe de ſon indifpofition,
ne s'étoit mis à table que pour recevoir les fantez,
en fortit avant la fin du repas , ce qui fit que
M. de Jonville porta la fantéde la S. Archiducheffe
à M. le Nonce , avec les mêmes ceremonies,
Toutes les fantez firent le rondeau au
bruit d'une Salve de dix pieces de Canon qui
étoient dans le jardin de l'Hôtel.
A une heure après minuit on fe leva de table
& on retourna dans le grand Apartement pour
recommencer le Bal. Les Dames de la Cour de
l'Archiducheffe , après y avoir danfé quelques
menuets , fe retirerent , reconduites par M. de
Jonville , & alors les Mafques , qui fuivant
Etiquette , ne pouvoient y entrer qu'elles ne
fe fuffent retirées , y parurent en grand nom
bre. On garnit des Buffets de viandes froides ,
pátez , jambons , & c. & on diftribua des rafraichiffemens
dans la plus grande abondance.
M.
OCTOBRE.
1729. 2528
M. de Jonville commença le Bal avec les
Maiques dans la Gallerie , & en peu de tems
il s'yforma dix ou douze danſes , fans
celles du grand Apartement. Les deux Buffets
compter
étoient reftez , & ' on les avoit garnis , comme
on vient de dire , de tout ce qu'on pouvoit defirer.
On avoit pratiqué à côté de la Gallerie
un troifiéme Buffet pour les Liqueurs froides
& chaudes , de forte que rien ne manqua &
chacun parut fort content de la
magnificence ,
du goût & du bon ordre qui regnoient dans
cette Fête.
tastastarta
FRANCE
?
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E z. de ce mois , le Roy entendit dans la
Chapelle du Château de Versailles la Mefle,
pendant laquelle l'Evêque de Bayeux prêta ferment
de fidélité entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le
Gouvernement de Sommieres
au
Chevalier de Rocozel ,
Brigadier de
fes Armées , & Meftre de Camp du
Regiment
d'Angoumois : le
Gouvernement des Port &
Fort de Brefcou qu'il a remis , a été accordé
par S. M. à M. de la Billarderie ,
Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S, Louis , &
Major des Gardes du Corps.
Le Regiment de Beringhen Cavalerie , dont
Monfieur le Premier eft Mettre de Camp , arriva
à S. Germain en Laye le 7 Octobre. La
benediction des Etendaits fut faite le 11, dans
l'Eglife des Recolets , par le Pere B.ftins , J « -
I cobin 2
2322 MERCURE DE FRANCE.
cobin , Aumônier de M. le Premier , avec la
folemnité convenable. La Revue du Colonel fe
fit le 13. Elle fut honorée de la preſence du Roy
Stanillas , du Cardinal de Fleury , du Garde des
Sceaux , de M. d'Angervilliers , & de quantité
d'autres Seigneurs , qui tous furent enchantez
de la beauté de ce Corps de Cavalerie.
Le 15. le Regiment de Berighen, en bataille,
au lieu nommé le Champ de Mars , près de
Marly , paffa en revûe devant le Roy , qui alla
d'abord le long de la ligne, & vit les Cavaliers
à pied. Ils defilerent enfuite devant S. M. &
après être montez à Cheval , ils pafferent devant
le Roy en Eſcadrons , par Compagnie &
quatre à quatre , S M, étoit fuivie d'une nombreufe
& brillante Cour. Elle temoigna fon
contentement à M. le Premier , fur le choix des
homes & des chevaux de cette belle Troupe.
Le 8. la Loterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en prefence
du Prevôt des Marchands & des Echevins
en la maniere accoutumée . Le fonds de
ce mois s'eft trouvé monter à la fomme de
1124077. liv. 6. f. 8. d. laquelle a été diftribuée
aux Rentiers pour les Lots qui leur font
échus , conformément à la Lifte generale qui a
été rendue publique. Le Lot le plus confiderable
de ce mois qui eft de 1000 livres eft échu
au N° 693447·
Le 15. de ce mois , la Reine fe rendit à la
Chapelle du Château de Verfailles , où S. M.
après avoir entendu la Meffe qui fut dite par
PAbbé de S. Aulaire , fon Aumônier en quartier
, fut relevée de ſes couches , avec les ceremonies
accoutumées, par le Cardinal de Fleury,
fon Grand Aumônier.
Le
OCTOBRE. 1729. 2523
Le Roy a donné la place de Dame du Palais
de la Reine , vacante par la mort de la Marquife
de Neelles , à la Comteffe de Mailly fa
fille .
Le Dimanche 16. de ce mois , le Marquis
de Valbelle eut l'honneur de preſenter au Roy
& à la Reine , les Lettres des Syndics de la
Nobleffe de Provence , fur la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin. Il fut prefenté par
le Marquis de Villars , Gouverneur de cette
Province.
Le 18. le Prince de Lambefc & le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
allerent prendre le Sieur Zacarie Canale , Chevalier
de l'Etolle d'or , Ambaffadeur ordinaire
de la Republique de Venife , en fon Hôtel, dans
les Caroffes du Roy & de la Reine , & ils le
conduifirent à Versailles , où il eut fon audiance
publique de congé de la Majefté ; il trouva à
fon paffage dans l'Avant - Cour du Château , les
Compagnies des Gardes Françoifes & Suiffes
fous les Armes , les Tambours appellant , les
Gardes de la Porte & ceux de la Prevôté ſous
les Armes, à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier
, les cent Suiffes en habit de ceremonie
la hallebarde à la main. Il fut reçu en dedans
dela Salle des Gardes par le Duc d'Harcourt,
Capitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye & fous les Armes. Après l'audiance
du Roy , l'Ambaffadeur fut conduit à celle de
la Reine par le Prince de Lambesc & par le
Chevalier de Saintot , & enfuite à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames de
France ; il alla à ces andiances en Robbe ,
conformément à l'ufage des Ambaffadeurs de
Venife ; & après avoir été traité par les Offi
ciers de Sa Majefté, il fut reconduit à Paris par
I ij Te le
2524 MERCURE
DE FRANCE
.
Introducteur
des
le Chevalier de Sainctot ›
Ambaffadeurs
, dans les Caroffes de Leurs
Majeftez.
Le Roy Staniflas & la Reine fon Epoufe qui
font venus , incognito , paffer quelques jours à
Verfailles , avec la Reine leur fille , font partis
cette femaine pour retourner à Chambord.
Pendant le féjour que le Roi Stanillas & la
Reinefon Epoufe ont fait à la Cour , le Roi les
a vus plufieurs fois chez la Reine.
Le f
de ce mois
, il y eut Concert
François
au Château
des Thuilleries
; le fieur
Annibalino
,
fameux
Muficien
Italien
, dont
on a parlé
dans
le dernier
Journal
, chanta
feul un Motet
, &
deux
Ariettes
qui furent
très - aplaudis
. La
Dile Bartolet
chanta
la Cantate
de la prise
de
Lerida
, de M. Batiftin
, & le Concert
fut terminé
par le Confitemini
, Motet
de M. de Lande
,
qui fit beaucoup
de plaifir
.
Le 12 le Concert commença par un Moter à
trois bafles Tailles , de la compofition de M. de
la Croix , Maître de Mufique de la Sainte Chapelle
; ce Motet fut fuivi d'un Divertiffement
nouveau , tiré du Temple de Gnide , intitulé la
Beauté couronnée , mis en Mufique par M. Mouret
, lequel a été très -gouté. Le Concert finic
par le Magnus Dominus , Motet de M. de la
Lande.
Le 19. on executa un Divertiffement
fur la
Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , qui fut
chanta
trouvé très - galant ; la Dile le Maure enfuite une Cantatille de feu M. de la Lande .
qui n'avoit jamais été executée . Elle fut trèsaplaudie
La De le Maure chanta auffi la Carîtate
de la Mufette,de M. Clerambaut
, qui ne
le Motet Lauda
le fut pas moins . On finit par
Jerufalem , dont le Public parut très- fatisfait .
Le
•
OCTOBRE 1729. 2529
Le 16. on chanta un Divertiffement nouveau,
intitulé les Eleves d'Apollon de la compofition
de M. Dornel ; la Dlle Eremans chanta la Cantate
du Soleil Vainqueur des Nuages , de M. Clerembaut
, & la Dlele Maure , Un Hymne à
l'Amour , de M. Mouret ; on finit par un trèsbeau
Motet de M de la Lande,Dominus regnavit .
Le Sieur Mouret avertit qu'il vient de donner
au Public deux petits ouvrages de fa compofition,
fçavoir un livre de Cantares Françoifes
avec fimphonies , qu'on vend 8 liv . & un autre
livre de fimphonies qui contient deux fuites
l'une de Fanfares avec des Trompettes , Timbales
, Hautbois & Violons , & l'autre de Violons
avec des Cors de chaffe , que ledit Sieur
Mouret a eu l'honneur de faire executer å
l'Hôtel de Ville le jour que S. M. y eft venuë.
On vend ce dernier livre 4. liv . On trouvera
tous ces ouvrages chez ledit Sieur Mouret qui
demeure toujours à la Place du Palais Royal , à
côté du Caffé de la Regence.
Les Parlemens du Royaume n'ont point envoyé
ici , felon les anciens ufages , des Deputez,
pour complimenter le Roi fur la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , parce que Sa
Majefté a eu la bonté de les en diſpenſer , &
qu'elle a bien voulu , pour ne pas priver os
Compagnies de la fatisfaction de lui exprimer
leurs fentimens dans une occafion fi intereffante
, leur permettre de s'acquitter par des
Lettres du même devoir qu'elles auroient rempli
par des Députations .
Le 26. Septembre dernier , le Régiment des
Gardes Suiffes étant affemblé dans la Plaine
des Sablons , à l'occafion de la Reveuë du
Commiffaire. M. le Baron de Bezenval , Lieu-
I ìîj
tenant
2526 MERCURE DE FRANCE.
tenant General des Armées du Roy , & Coldnel
de ce Régiment , fit célebrer une Meffe en
Action de graces pour la Naiffance du Dauphin
, fur un Aurel qu'il avoit fait dreffer fous
une Tente. Les Troupes rangées en Bataille ,
un genoüil en terre , firent une première décharge
à l'Elevation , une feconde , quand
après la Meffe on entonna le Te Deum , &
une troifiéme à l'Exaudiat. Enſuite les Compagnies
s'étant rangées , & les Soldats ayant
leurs Armes , le Colonel leur fit donner
chacun du pain & du vin. Il y en avoit un
Tonneau à la tête de chaque Compagnie ; outre
le pain & le vin , il y avoit de la viande
pour les Sergens , & une Table pour les Officiers
qui devoient rèfter & ramener les Troupes
.
pofe
Après que les Soldats eurent mangé & bû ,
ils prirent une recréation qui dura juíqu'à midy
, pendant laquelle ils danferent au fon des
Fivres & des Tambours , à la mode de leurs*
pays ; on n'entendoit que des cris de vive le
Roy; & tout fe paffa avec ordre & fans confufion
, en préſence du Colonel , qui fit ceffer
cette Fête Militaire à midy : chacun fe rangea
fous fon Drapeau au premier coup de rapel
& chaque Compagnie retourna à fon Quartier
. M. de Bezenval , donna ce même jour
à dîner à tous les Capitaines du Régiment ,
dans fa maifon à Paris.
1
Le fieur le Maire , qui conduit les Etudes
du fils de M. de Bezenval , a fait fur la Naiffance
du Dauphin , une grande Piéce de Vers Latins
fort eftimée des Connoiffeurs.
Le 18 Octobre , jour de S. Luc , les Doyen
& Docteurs , Regents de la Faculté de Medecine
de Paris , s'étant affemblez dans la Chapelle
OCTOBRE . " 1729. 2527
pelle de leur College , felon la coûtume
pour y entendre une Grande Meffe qu'ils font
célebrer tous les ans à pareil jour , firent chan
ter un Te Deum en Actions de Graces de laNaif
fance du Dauphin .
LETTRE à une Dame de Province
fur une Fête.
J
Eremplis mon engagement,
Madame , en
vous envoyant la Relation que je vous až
promife.
Le 2. de ce mois , Madame de la Houffaye.
donna dans fa Maiſon de Vaugirard une Fête
à Poccafion de la Naiffance de Monseigneur le
Dauphin. Sur les fept heures du foir le Parterre
fut illuminé , la Terraffe & les Arbres qui l'environnent
, furent chargez d'une fi prodigieufe
quantité de Lampions , qu'ils fembloient tout
en feu , confervant la symetrie des Chiffres , &
des Devifes ingenieuſes , relatives au fujet. Le
bruit d'une longue filée de Boëtes , la décharge
de plufieurs piéces de Canon , furent le Prélude
d'un Feu d'artifice , dont l'éxecution répondit
aux foins de l'Auteur , & lui attira les applaus
diffemens unanimes de l'illuftre Compagnie qui
en avoit loué le deffein. La dépense n'y a point
été épargnée , & jamais on ne l'a mieux mife
en oeuvre. M. de Chauvigny qui étoit chargé
de la Mufique , avoit affemblé d'excellens Symphonistes
, qui furprirent agréablement l'Aſſemblée
, pendant qu'une symphonie fubalterne
occupoir dans les Cours dans le Jardin , les
Villageoifes , les Domestiques , & les Suiffes ,
aufquels on prodiguoit le Vin. ll'y eut enfuite
un grand fouper ; y refta qui voulut : plus de
60. perfonnes qualifiées, del'un & l'autre fexe,
I iiij prirent
2328 MERCURE DE FRANCE .
,
prirent place aux Tables , qui étoient ſomp=
tueufement fervies ; demeura comme je l'ai
dit , qui voulut , perfonne n'ayant été invité
pour éviter l'inconvenient de prier la Cour
la Ville , fi cette Dame eut affemblé tous fes
Amis. Cette Fête qui n'avoit point été préconifée
par les annonees ordinaires , n'tn a paruë
que plus belles les préparatifs en ont été modeftes
, & l'execution magnifique. Rien ne furprend
de la part d'une Dame qui joint à un
excellent naturel , une parfaite connoiffance
du monde. Les trois Intendances où elle a fuivi
feu fon Epoux , l'ont affez fait connoître .
Si le Miniftere dont il a été honoré , immorta-
Life fa probité ; il confirme encore aujourd'hui
l'opinion que l'on avoit conçue de la Nobleße
de la modeftie de cette Dame.
Le Chevalier de la Mothe - Lamyre , Capi
taine de Grenadier au Régiment d'Infanterie
du Roy , s'étant trouvé aux eaux de Saint
Amand, lors qu'on y apprit la nouvelle de
l'heureux Accouchement de la Reine , & de
la Naiffance d'un Dauphin , fignala fon zele
par un grand Repas qu'il donna à toutes les
perfonnes qui fe trouverent fur les lieux , où
il y avoit un grand nombre d'Etrangers de
toutes Nations , particulierement beaucoup
d'Officiers. Auffi - tôt après le Repas , où la
fanté du Roy , de la Reine & du Dauphin ,
fut faluée, avec de grands cris de joye , on
alla dans les Avenues du Bois qui accompa
gne les Fontaines , lefquelles fe trouverent ilfuminées
d'un nombre infini de Lampions
& le Chevalier de la Mothe- Lamyre , qui
donnoit cette Fête , commenca le Bal avee
une Demoiselle Angloiſe de la premiere qualité
,
OCTOBRE. 1729. 2529
lité , qui fe trouva à ces eaux. Il y eut un
grand concours de toutes fortes de perfonnes
des environs , & le jour termina ce Divertiffement
qui fut d'ailleurs auffi complet
que la fituation du lieu , & le peu de tems
qu'on eut à s'y préparer, le pût permettre.
Y le
on
Le Comte d'Albon , Prince d'Yvetot , ayant
donné fes ordres pour les Réjoüiffances de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
plus célebrement qu'on les pouvoit faire , dans
les Paroiffes & Bourgs de fa Principauté d'Yvetot
; le Samedy premier d'Octobre ,
les commença par deux falves de 11. piéces
de Canon , & plufieurs Boëtes , qui ont continué
de distance en diftance , pendant trois
jours. Le Dimanche après Vêpres , le Te Deum
fut chanté par le Curé de la Paroiffe Collégiale
de S. Pierre , accompagné de tout fon
Clergé , du Doyen & des Chanoines . M. de
Gruchet , Bailly & Juge de la Police de la
Principauté , avec tout fon Corps de Juftice
, en Robbe , des fieurs Geré , Syndic perpetuel
, & Echevins , avec quantité de Notables
Bourgeois marcherent entre deux
Hayes de plus de 400. hommes , fous les
armes , jufqu'au milieu du Cours , où le
Fey fut allumé au fon des Tambours , Haut-
Violons , & de trois falves de Caaroetes
, & Moufqueterie. On fit couler
enfuite une Fontaine de vin pour le peuple.
Le foir , il y eut un grand Repas en une
feule Table de 120. Couverts , où les Dames
furent conviées . On but à la fanté du Roy ,
de la Reine , & de Monfeigneur le Dauphins
à chacune defquelles on fit une décharge de
toute l'Artillerie , & Moufqueterie ; on voyoit
des illuminations à toutes les portes & fenêan
I v tres.
2530 MERCURE DE FRANCE.
tres.Le Bal commença à 11. heures, & finità
heures du matin . Le lendemain Lundy , on fit
pareille réjouiffance & il y eut un dîné d'autant
de Couverts. Sur les cinq heures , il y eut un
Salut Solemnel , avec Expofition du S. Sacrement
, & à la Benediction , on fir une falve
de toute l'Artillerie , & Moufqueterie ; après
quoi le Bal commença au bas du Cours , où
il fut tiré plufieurs Artifices , qui réjouirent
beaucoup un grand peuple , qui étoit venu
des environs. Le même jour Lundi , M.
Larpenteur , Curé d'Yvetot , donna chez lui
un magnifique Repas à tout le Clergé & aux
Chanoines.
Les Religieufes de Sainte Claire de l'Ave
Maria de Grenoble , furent des premieres à
donner des marques publiques de leur joye au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
Auffi- tôt qu'elles eurent appris cette
nouvelle , elles firent illuminer le Portail de
leur Maiſon. Elles y avoient placé l'Ecuffon
dės Armes de l'Ordre de S. François , avec ces
paroles au- deffous : Defiderium pauperam exaudivit
Dominus , pour faire allufion à leur Prø
feffion , & aux prieres qu'elles n'ont point
ceffé de faire depuis trois ans pour demander
au Ciel cet augufte gage. Le Cartouched
ces Armes étoit furmonté d'un Ovanu laur
lequel on avoit pofé en pal , une ancre environnée
d'un Dauphin , avec ces paroles : Magna
fpes altera gentis . Des Feltons , des Cornes
d'abondance , des Grenades , & c. ornoient
le refte du Frontifpice avec cette Devife :
Natura coronat ; dat fructus , datque Coronas.
Ces ornemens , & les Cordons du Portail
étoient environnez d'un grand nombre de
LamOCTOBRE.
1729. 253.1
Lampions. Près des deux Pilaftres de la Porte
s'élevoient deux Pyramides qui étoient auffi
chargées de lumieres. Il y avoit à côté de
l'un de ces Pilaftres , un Tableau fur le milieu
duquel étoit un Caducée , pofé en pal
& au- deflus on voyoit des Trophées d'armes ,
avec ces paroles : Spectent noftros hac arma
nepotes. Sur le Tableau oppofé & parallele
étoit un Vigneron dormant à l'ombre d'un
grand fept de Vigne , & un Champ prêt à
moiffonner , un Moiffonneur auprès jouant
du chalumeau , avec ces paroles : Deus nobis
hac otia fecit. Toutes ces Deviſes étoient
écrites en lettres lumineufes. Les figures tranfparentes
& environnées de Lampions de
Verdures , de Clinquant , de Fleurs de Lys &
de Dauphins , un grand nombre de Pots à
feu en formoient le contour. Ce qui faifoit
un point de vue auffi agréable que fingulier :
Le tout étoit de l'invention & du deffein du
P. Fabry , Confeffeur de la Communauté.
>
Les Dominicains du Convent Royal de
S. Maximin en Provence , ont témoigné la
part qu'ils ont priſe à la joye commune par
un Te Deum , une Proceffion generale ,
des
Prieres , des Aumônes , & par plufieurs falre
Boetes , un Feu d'artifice , & des Illuations.
Madame de Mailly,foeur du feu Cardinal de
ce nom ,Prieure perpetuelle du MonaftereRoyal
de Poiffy , Ordre de s. Dominique , n'a pas
fait paroître moins de zele par des Actions de
Graces , des Aumônes , des Illuminations ,
& un Feu d'artifice magnifique.
La Compagnie Royale des Chevaliers de
I vj
P'Ar232
MERCURE DE FRANCE
"
l'Arquebuze d'Eftempes , commandée par le
feur Rivet , Capitaine & Chef , s'eft diftingué
au Prix general de Compiegne. Ces
Chevaliers furent des premiers informez de
l'agréable nouvelle de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. Dans le tems que les
48. Compagnies affemblées commençoient à
défiler devant l'Hôtel d'Eftempes pour aller
à la Butte , tirer le coup du Roy : tranfportez
de joye , ils crurent devoir la parta
ger avec leurs Confreres, & on leur préfenta à
tous des viandes & des bouteilles , pour boire
les fantez du Roy , de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin , ce qui fut executé , &
fouvent réiteré au fon des Hautbois & des
Tambours. Cette petite Fête fut la premiere,
& le commencement de toutes les Réjoüiffances
qui ont été faites à Compiegne pen-.
dant la tenue du Prix general , & c.
Ce qui a paru de plus fingulier dans les Réjouiffances
faites dans le Royaume pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , c'eft
une troupe de Femmes qui avoit pris les
armes à Givet , avec la permiffion du Commandant
, & qui a été commandée par une
femme de 98. ans , fuivie par fa fille , agée de
66. la mere a tiré un coup de fufil avec beaucoup
de fermeté , & a bû 2. Verres de vir
la fanté de Monfeigneur le Dauphin ; c'eíte
traifiéme qu'elle voit naître.
Dans la plupart des Villes du Hainault , il
y a eu de femblables Compagnies de Femmes
& de Filles , qui ont marché en fi bon ordre ,
& fait le maniement des armes avec tant de
jufteffe , que les Soldats des Garniſons en
étoient furpris.
BEOCTOBRE.
1729. 2533
XXXXXX: XXXXXXX***
BENEFICES DONNEZ.
de Maniban , Evêque de Mirepoix , a
M'été nommé à l'Archevêché de Bordeaux ,
vacant par le decès de M. Dargenfon.
M. de Menou Charmifey , Grand -Vicaire de
Chartres , â l'Evêché de la Rochelle , vacant
par la nomination de M. de Brancas â l'Archevêché
d'Aix .
M. de la Roche-Aymon , Evêque de Sarepte
, à celui de Tarbes , vacant par la mort
de M. du Camboul.
M. P'Archevêque d'Aix , à l'Abbaye de
Montmorel , Ordre de S. Auguſtin , Diocèſe
d'Avranches , vacante par la démiſſion de M.
l'Evêque de Marfeille.
M. Joly de Fleury , Chanoine de Notre-
Dame à Paris , à l'Abbaye d'Aumalle , Ordre
de S. Benoift , Diocéfe de Rouen , va❤
cante par le decès de M. Colbert de Targis.
M. Robinet , Grand-Vicaire de Rouen , à
l'Abbaye de Bellozaume , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Rouen , vacante par le decès
de M. Leger.
M. Mithon , Prédicateur du Roi , à l'Abbaye
de Perfeigne , Ordre de Citeaux , Dioceſe du
Mans , vacante par le decès de M. d'Uffon.
M. Defpajols , à l'Abbaye de Goudoin ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe d'Agen.
M de Maillé la Tourlandri , â l'Abbaye de
Lefterp , Ordre de S. Auguftin , Diocèſe de
Limoges .
M. de Coetlogon , à l'Abbaye de Memie ,
Ordre
2514 MERCURE DE FRANCE .
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Chalons
fur Marne , vacante par le decès de M. l'Evêque
de Tarbes.
M. de Bourfac ,.à l'Abbaye fécularifée de
S. Martial de Limoges , vacante par le décès
de M. Taillefer de Barriere.
Le Pere Geneftel , à l'Abbaye Réguliere de
Douc , Ordre de Prémontré , Diocèfe du
Puy , vacante par le decès de M. Irail. Le
Pere Geneftel eft Prieur de cette Maiſon .
La Maiſon de Sorbonne ayant député douze
de fes anciens Docteurs à M. l'Archevêque
de Paris , pour lui faire compliment fur fon
élevation à cette Dignité . M. Lullier , Sénieur
de la Maiſon , cy- devant Curé de S. Louis en
Pile , lui fit le Difcours fuivant , le 18. du
mois dernier.
MONSEIGN ONSEIGNEUR ,
Si la Maifon de Sorbonne paroît aujourd'hui
devant vous > ce n'eft pas feulement pour rendre
fes hommages à la haute Dignité à laquelle
la Providence vient de vous élever , & pour
offrir fes refpects à un Paſteur que Dieu nous
a donné felon son coeur ; c'est aussi pour
marquer les grandes efperances qu'elle en
conçoit pour le bien de l'Eglife & de la Religion.
Vous les avez foutenues , Monfeigneur , de
votre autorité dans les grands Sieges que vous
avez remplis ; vous avez combattu l'erreur par
de fages Ordonnances , vous y avez, nourri les
indigens avec un charité magnifique dans des
temps de difette & de calamité ; vous avez
Jecouru les peuples dans ces fleaux terribles ,
dont
OCTOBRE. 1729. 2535
dont la justice de Dieu les a frappé ; vous avez,
expofé votre précieuse vie aux plus grands périls
de la contagion.
Ce que vous avez fait dans ces Provinces
éloignées , nous annonce ce que vous ferez dans
cette Capitale , où vous aurez tant d'occafions
differentes d'exercer votre ele & votre charité.
Que ne devons- nous pas attendre de ce difcernement
éclairé que vous fçavez faire entre
la verité & l'erreur ; de l'estime que vous avez
toujours eû pour les veritables deffenfeurs de
l'ancienne doctrine ; des foins que vous avez
roujours eu de vous affocier des hommes fideles
pour être les cooperateurs du facré Miniftere
qui vous eft confié ; des talens fublimes que
vous avez reçus de Dieu pour vous concilier
les efprits , pour vous ramener ceux qui s'égarent
, pour gagner même ces efprits altiers &
présomptueux , qui par une fausse idée de confrefufent
de fe foumettre à l'autorite la
plus légitime & la plus marquée .
tance ›
Nous goûtons déja les prémices des autres
fruits que nous en attendons plus abondants ;
mais que c'est un préfage heureux pour le commencement
de votre Epifcopat , Monseigneur ,
dans ce premier Siege du Royaume , que la
Naiffance de cet auguste Enfant fi long- temps
attendu , fi ardemment defiré , accordé enfin
aux voeux & aux prieres de toute la France
reçu avec de fi éclatantes démonstrations de
joye, digne fruit & jufte récompenfe de la pieté
du Roi & de la Reine, & comble de benedictions
que le Ciel a déja verfé fur leurs Perfonnes
Sacrées.
"
Une circonstance fi finguliere & fi fortunée
nous flatte d'un avenir heureux pour l'affermilement
de la Paix dans l'Europe , & pour
le
2536 MERCURE DE FRANCE .
le rétabliſſement d'une Paix veritable & finà
cere dans l'Eglife . Ce font au moins , Monfeigneur,
les voeux d'une Compagnie qui eſpere
d'autant plus l'honneur de votre bienveillance
de votre protection , qu'elle confacrefon temps
fes veilles à ce que vous aimez le plus ,
c'est - à-dire à maintenir l'integrité de la Foy ,
la pureté des moeurs , & à combattre tout ce
qui leur est opposé.
La Faculté de Théologie ayant fait une pa
reille députation pour le même fujet , le même
M. Lullier , Doyen de la Faculté , lui fit
cet autre Difcours le S. Octobre .
MONSEIGNEUR ONSEIGNEUR ,
Quelques nobles & quelques diftinguez que
foient les Sieges que vous avez remplis jufqu'à
prefent , il en falloit encore un plus il-
Tuftre , où vous puffiez exercer les grands talens
que vous avez reçûs de Dieu pour le gouvernement.
La haute Dignité à laquelle la Pro
vidence vient de vous élever , vous ouvre un
vafte champ pour les déployer : c'eft conduire
en quelque forte l'Eglife Gallicane entiere que
d'être à la tête de celle de Paris : la Capitale
étant le mobile ordinaire & le modele des autres
Eglifes du Royaume.
Cette Métropole a été pendant plufieurs an
nées fous la conduite d'un illuftre Cardinal ,
également recommandable par fa pieté & fa
charité : fa perte nous a été très fenfible , mais
il n'eft pas de perte qu'un fucceffeur tel que
vous ne répare .
Que de fecours ne trouverez- vous pas , Monfeigneur
, dans la Faculté de Théologie pour
purter
OCTOBRE . 1729. 2557
porter le pefant fardeau dont vous êtes chargé
Vous y aurez des Théologiens éclairez pour
démêler la verité de l'erreur, chofe fi importantè
dans ces jours d'indocilité où nous fommes ,
où on donne fi fouvent le nom de verité à la
doctrine la plus pernicieufes Théologiens , dis-je,
attachez inviolablement à la doctrine de l'E- ,
glife , exacts pour résoudre tous les doutes de
La confcience , éloquents pour diftribuer le pain
de la parole , appliquez & zelez pour le gouvernement
des ames.
Quet avantage pour un Evêque de pouvoir
choifir difcerner dans ce grand nombre des
hommes fideles dignes cooperateurs de fon
miniftere ; mais quel bonheur pour nous de
vous avoir pour notre Chef : fi nous sommes
Pafteurs Docteurs à l'égard des autres , un
chacun de nous eft Brebis & Disciple à votre
égard ; vous marcherez devant nous , nous vous
fuivrons , en vous fuivant nous marcheron's
fans crainte de nous égarer.
Quelle joye pour les hommes & pour les Anges
mêmes , de voir tout le troupeau réuni fous
fon aimable Pasteur , les Oüailles parfaitement
d'accord entre elles , écouter ceux que . C..
ordonne d'écouter ; foumises à l'Eglife , foumifes
à leur Roy ; fe rendre dignes de la protection .
de ce grand Cardinal, que toute l'Europe écoute
avec refpect ; cet Hercule pacifique qui vient de
bannir le démon de la difcorde de l'Europe ;
qui doute qu'il ne le chaffe entierement d'une
Compagnie Seavante , établie pour maintenir
P'unité de la Foy ?
C'est dans cette confiance , Monfeigneur , que
nous vous offrons nos hommages : le haut rang
où vous êtes , la place que vous occupez , ce
que nous vous devons , ce que nous attendons
de
2538 MERCURE DE FRANCÉ.
1
de vous , peut vous répondre de notre docilite
notre docilité doit auffi nous être unfûrga➡
iant de votre bienveillance.
Nous aurions plutôt fait part au Public de
la Lettre qui fait , s'il n'avoit pas été necef
faire de nous aflurer auparavant de la verité
du Texte & de la fidelité de la Traduction ,
en ayant été publié des copies défectueuſes.
TRADUCTION de la Lettre écrite
au Roy , par Achmet , Bey de Tripoly ,
le 2. Août 1729 .
TRES
RES - HAUT , Très - Puiſſant & très magnifique
Empereur de France & de Navarre s
Louis XV. qui eft le plus glorieux des Monarques
Chrétiens & l'élite de la Religion du Meffie :
que Dieu , par fa haute conduite , dirige V. M.
Imperiale dans les fentiers de la droiture.
dans les voyes les plus parfaites. Après nous
être informé de l'état de la santé de V. MI
lui avoir prefenté les voeux les plus conve
nables à l'amitié , & avoir prié le Seigneur de
la maintenir dans l'état de fuprême élevation,
de profperité où elle eft , nous avons l'honneur
de l'informer que nous la fupplions de ne
point douter de la parfaite reconnoiffance dont
nous fommes penetrez , tant de ce qu'elle a
bien voulu nous combler de bonheur en nous
rendant l'honneur de fes bonnes graces & de
fon amitié , comme nous l'avions auparavant »
que du bon accueil qu'elle a daigné faire aux
perfonnes que nous avons envoyé de notre part.
pour demander humblement la Paix à votre
très-fublime M. Imp. Nous demandons en grace
à V, M.I. d'être bien perfuadée , que tant de
notre
OCTOBRE. 1729. 2539
nous
notre part que de celle de nos Sujets , il ne fera
jamais rien fait de contraire au Traité de Paix
qui vient d'être renouvellé , d'autant plus que
toute la République de Tripoli a été comblée
de joye du renouvellement de l'amitié ó de la
bonne intelligence : de notre côté tiendrons
la main qu'on s'abftienne religieufement de
toutes contraventions au Traité , & que s'il
arrive à quelqu'un d'y tomber , il en foit châ
tié avec la derniere rigueur . Nous ofons nous
flater d'obtenir les bonnes graces de V. M I.
que nous lui demandons avec toutes les inftances
poffibles , priant Dieu de conferver V. M. I.
enfanté en profperité . Ecrit le 8. de la Lune
Moharrem , l'an 1142. de l'Hegire , c'est - à-dire
le 2. Août 1729. Signé , &c.
HARANGUE faite au Roy le 28 .
Août 1729. par les Envoyez
de Tripoly.
T
RES-HAUT , très- Puiſſant Empereur , qui
êtes le plus grand des glorieux Monarques
de la Religion du Meffie , que Dieu Tout . Puiffant
augmente votre gloire & voire profperité ; les
Pacha , Bey , Dey , Aga , Divan & Milice, qui
compofent la République de Tripoly de Barbarie,
qui ne ceffe de faire des voeux pour votre Majefté
Imperiale , nous envoyent au pied de votre
augufte Trône qui eft l'ornement du Monde &
Pazile des grands Rois , pour affurer V. M. I.
du repentir de la vive douleur qu'ils reffentent
des juftes ſujets de plainte qu'ils ont
donné à V. M 1. lui en demander très humblement
pardon de leur part , la fupplier de l'effacer
de fa mémoire & lui jurer folemnellement
qu'ils demeureront à jamais fermes & inébran-
Lables
2 $40 MERCURE DE FRANCE.
Lables dans l'obfervation des Traitez de Pair
qu'elle a bien voulu leur accorder , & qu'ils
apporteront à l'avenir toute l'exactitude poffible
pour empêcher leurs Sujets d'y contrevenir.
Ces difpofitions finceres dans lesquelles font
les Puiffances de Tripoly , leur font efperer que
V. M. I. voudra bien leur accorder l'honneur
de fes bonnes graces , que la République s'efforcera
de mériter par son respectueux attachement
pour V. M. I. nous ofons les lui demander
pour la République en general , & en particu
lier pour nous qui fommes les fideles ferviteurs
de votre auguste Trône , & qui ne cefferons .
jamais de prier le Tout- Puiffant , d'accorder
à V. M. I. un Regne long heureux , qui fera
le bonheur de fes Sujets & Alliez•
h 串串
MORTS , NAISSANCES.
4.
du
E nommé Jean Huffon , Fermier de la
Ferme de la Grange - aux -Bois , dans la
Principauté de Joinville , y mourut le
mois dernier , âgé de ros . ans prefque accomplis
. Il étoit né à Chatonrupt , Diocèle
de Châlons- fur - Marne , le premier Octobre ,
1624. & il avoit confervé une fanté parfaite
jufqu'à la derniere récolte .
Dame Marie Henriette-Françoife - Therefe
Boifchot , née Comteffe d'Erps , Epoufe de
M. Antoine Marie , Comte de Caftely , cy- devant
Maréchal des Camps & Armées du Roi
de Pologne, Electeur de Saxe, Capitaine d'une.
Compagnie de fes Gardes du Corps , décedée
le 13. Septembre , âgée de 25. ans , 2. mois.
Robert Spencer , Comte de Sunderland ,
Pair
OCTOBRE. 1729. 2541
Pair d'Angleterre , mourut à Paris le 26. du
même mois dans la 28 ° année de fon âge.
*
Dame Catherine de Beaufort , veuve de
M.Jacques de Rangueuil, Maréchal des Camps
& Armées du Roi , mourut le 28 Septembre,
âgée de
94 ans .
N. de Taillefer de Barrieres , Abbé de Saint
Martial , Diocèfe de Limoges , & de Jofaphat,
Diocèle de Chartres , cy- devant Camerier des
Papes Innocent II. Alexandre VIII. & Innocent
XII. eft mort à Limoges le mois dernier
, dans fa 8 ,e année.
Dame Magdeleine de Seves , Epoufe de
M. Jofphe Sevin, Chevalier, Comte de Quincy,
Seig. de Villefalliers & de Villerfon , Lieu
tenant de Roi de l'Orleannois . Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , cydevant
veuve de M. Anne Potier , Ecuyer ,
Seigneur de Notre- Dame du Parc, & c. déceda
le 2. Octobre , âgée de 1. ans.
Le même jour , M. Jean- Marie de Vougny ,
Ecuyer , Confeiller , Secretaire du Roi , Mai
fon , Couronne de France & de fes Finances
Secretaire du Confeil d'Etat, Direction & Finances
, mourut à Paris , âgé de 80 ans.
M Claude Dumouceau Traverfonne , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier
des Armées du Roi , ancien Major au
Régiment des Gardes Françoifes , déceda le
6. Octobre , âgée de 77 ans.
Le 8. M. Louis Denis de Riancey , Chevalier
, Confeiller du Roi , Maître des Comtes .
âgé de 68. ans .
Le 9. M. Philippe Tribouleau , Ecuyer , Seigneur
de Bondy , Prefident , Tréforier de
France au Bureau de la Generalité de Paris.
Dame Armande - Felixe Mazarin , l'une des
Dames
2542 MERCURE DE FRANCE .
Dames du Palais de la Reine , Epouſe de Louis
de Mailly , Chevalier des Ordres du Roy ,
Marquis de Neelles & de Mailly en Boulonnois
, Prince d'Orange , Comte de Rohain ,
déceda à Verſailles le 14. de ce mois dans fa
38e année.
Dame Marie- Michelle-Magdeleine Parfait
d'Eftournelles , veuve de Louis de Melun , Chevalier
, Seigneur de Maupertuis , l'Eftournelles,
& c. Lieutenant General des Armées du Roi ,
Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S Louis , Capitaine - Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moufquetaires de
la Garde du Roi & Gouverneur de Toul , déceda
le 15. Octobre , âgée de 65. ans.
Le 19. Jean Baptiſte Marion,Comte de Druy,
Brigadier des Armées du Roi , Lieutenant de la
premiere Compagnie des Gardes du Corps de
S. M. mourut âgé d'environ 58, ans,
Le 3. Octobre, la Ducheffe d'Epernon accoucha
d'une fille, à Verfailles , qui a été ondoyée,
Le 8. La Comteffe de Vertillac , accoucha
d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts , & nommé
Céfar-Pierre- Thibaut , par Cefar- François
de Rouffi , Comte de Siffonne , au nom du
Marquis de Verteillac , abfent ; & par Dame
Catherine S. Gille , Comtelle de Hautefort.
Quoique nous ayons employé beaucoup de
Relations de Fêtes , de Pieces de Poëfies & autres
fur la Naiffance du DAUPHIN , dans le premier,
le fecond volume du Mercure de Septembre
, & dans celui cy , il nous en reste encore
quelques unes qui ne pourront trouver place
que dans le prochain Mercure.
TATABLE.
Pleces Fugitives. Ode fur la Naiſſance du Dauphin , 2331
Suites des Refléxions au fujet de la Réponse de
2335 M. Hecquet à M. Sylva ,
Remerciment à Lucine , fur la Naiffance , & c.
2366
Examen de la Conference fur la Mufique , & c.
Chanfon fur la Naiffance , & c.
2369
2377
Réjouiffances à Grenoble , Vers Latins &Fran
fois , &c.
Réjouiffances à Soiffons ,
Autre Chanfon fur la Naiffance , & c.
2380
2390
2399
Réjouiffances dans la Marine , au Port Louis ,
A Calais & à Boulogne ,
2400
2401
Au Havre de Grace , & c. 2404
A Dunkerque , 2415
A Breft , 2417
A Vannes , & Voeu du Préfidial , &c. 2422
A Bordeaux ,
2428
A Rouen ,
2438
A Marfeille , dans l'Arfenal , fur les Galeres ,
& c. 2448
Logogryphes , Enigmes , 2457
Nouvelles Litteraires des Beaux- Arts, & c.2459
Lettre d'un Garçon de Caffé , 2460
Fables nouvelles , 2462
Le Corbeau & le Renard , Fable , 2467
Explication d'une Loi de Conftantin , 2469
Le nouveau Gulliver , &c. 2471
Eftampes nouvelles , 2473
Cartes de l'Empire Romain , 2474
Chanfon notée ; 2476
Spectacles , Hefione , Extrait.
Nouvelles du Temps , de Turquie, & c. Entrée
2477
{ de l'Ambaffadeur de Perfe à Conftantinople ,
Incendie de la même Ville ,
2493
2500
De Ruffie , & Traité entre le Czar & Sultan
Acheraf ,
De Pologne, Allemagne , Efpagne ,
D'Italie , Réjouiffances à Genéve ,
2505
2307
25121
D'Angleterre , d'Hollande , Réjouiffances à
9.
Bruxelles.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2521
Te Deum du Régiment des Gardes Suiffes, 2525
Fête à Vaugirard,
2527
Réjouiffances à Yvetot , 2529
A Grenoble , 2530
A Givet , 2532
Benefices donnez , 2533
Harangue à M. l'Archevêque de Paris , 2534
Autre au même ,
Lettre du Roi de Tripoli au Roi ,
Harangue des Envoyez de Tripoly ,
Morts , Naiffances ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
2536
2538
2539
2540
Pr. 173. ligne premiere , quand , 1. lorfque.
Age 2370 bafe , lifez baffe,
Ibid. 111 fait merveille , 1. fait à merveille.
P. 2404 . 10. & y fit le Difcours fuivant. 1. &
fit un fort beau Difcours . On le trouvera dans
le Journal de Paris .
P. 1412 1. 14. Cheval, 1. Chenal .
P. 2417 1. 10 exclamations , l. acclamations.
P. 2485. 1. 20 de , ôtez ce mot.
P, 2496. I. 8. l'Ecandre , 1. Léandre.
Ibid. l. 27. de , 1. des.
L'Air noté doit regarderla page 2476.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères