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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT L
SEPTEMBRE 1729 .
SECONDE PARTIE ,
Contenant la fuite des Fêtes à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN
QUE
COLLIGIT
TARGIT
a .Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , na rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DCC. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
AAMAMAMAMMMM
L₁
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft a M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoise , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les·
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
*
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur heure à la Pofte, ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera
+
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROr
SEPTEMBRE . 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX****X
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
SUR LA NAISSANGE
D
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Ans les bras du fommeil , entouré ,
de pavots .
Celui , qui des Mortels regle les deftinées
,
Goûtoit tranquillement les douceurs du repos.
Les Graces de fleurs couronnées ,
A ij Les
122 MERCURE DE FRANCE .
盡
Les jeux & les fonges legers ,
Voltigeant d'une aîle volage ,
De cent & cent rêves divers ,
Offroient à fon efprit la douce & chere image
Mais mille cris de joye entendus dans les Cieux
Font fuir le fommeil de fes yeux,
Peuple , dit Jupiter , en ouvrant la paupiere ,
Que de bienfaits coulent fur toi !
O Peuple heureux ! tu vois ton Roi ,
Devenir chaque jour ton pere,
Accoûtumé fans ceffe à voir quelque faveur ;
Quoique plein de reconnoiffance ,
Satisfait de loüer ton Heros dans ton coeur ,
Tu demeurois dans le filence.
Mais quel coup furprenant ? ... déja fendant
les Ĉieux ,
Mercure porté fur Eole ,
Voit celle qui des faits d'un Heros glorieux
Inftruit & l'un & l'autre Pole.
Couverte de mille Rubis ,
Ainfi des illuftres Louis ,
Al'Univers entier faifant prêter l'oreille ,
Elle annonce chaque merveille.
Où te porte , grand Dieu , tes curieux défirsè
Arrête ta courfe , dit- elle ;
C'est moi qui dois porter aux Dieux une nou
velle ,
Qui vais faire en leur Cour renaître les plaifirs
Suis-moi , viens ... & déja volant dans l'Emz
pirée,
Elle
SEPTEMBRE. 1729. 2123
Elle apperçoit ouvrir cette Porte d'airain ,
Qui ferme le Palais de l'aveugle deftin :
Et fiere , parcourant fa demeure facrée ,
Elle vole jufques aux lieux ,
Qu'habite le Pere des Dieux.
Monarque tout-puiflant , dit l'altiere Déeffe ,
La Terre deformais bien plus digne des Cieux,
De ta bonté , de ta tendreffe ,
A le don le plus précieux.
Un nouveau Louis vient de naître,
Digne Fils des plus puiffans Rois
Et dans fon berceau même il commence à pa
roître ,
Le Pere de tous les François.
Nimphe , dit Jupiter , que deformais la Terre ,
Celebre fon bonheur par d'éternels Concerts :
Mes Aigles courroucez , n'iront plus dans les
Airs ,
Porter , pour me venger , la Foudre & le Tonnerre.
Il acheve... les Dieux bien- tôt dans fon Palais,
Accourent pour regler les hautes deſtinées ;
Qui doivent de Louis illuftrer les années ;
Conduite par les Jeux , on voit l'aimable Paix ,
L'oeil riant & ferein , & marchant fur les Rofes,
Telle qu'on peint Venus avec tous les attraits
S'offrir pour enfeigner au demi- Dieu les chofes
* On a crû pouvoir donner ce nom à Monfei
gneur le Dauphin .
A iij Qui
2124 MERCURE DE FRANCE.
Qui rendent heureux les Sujets.
Lui dire par quels foins la volage abondance ,
Chez eux arrêtera fon cours :
Et par quel Art P'heureuſe France ,
Ne peut avoir que des beaux jours .
Ami d'une plus vive gloire ,
Mars veur dreffer Lours en fuperbe guerrier
Il veut que dans le fang que coute une
victoire ,
Il aille rougir fon Laurier.
Bellone , la fiere Bellone,
Veut le fuivre dans les hazards ,
Et le parer d'une Couronne ,
Qu'envieroient les plus grands Cefars,
Cette Divinité qu'on adore à Cithere ,
Appelle les Jeux innocens ,
Allez , dit- elle , allez au Dieu que je révere ,
Offrir vos voeux & vos préfens :
Allez , vous trouverez les Graces ,
Qui pareront de fleurs fa tête & fonberceau ,
Volez , Jeux , marchez fur leurs traces ;
Toi , mon Fils , pour le voir arrache ton bandeau
.
Pallas , cette augufte Déeffe ,
Encore changée en Mentor ,
Veut , n'offrant à Louis que la feule fageffe ,
Lui montrer un plus grand effort.
A porter fans égard fa balance chérie ,
Thémis yeut inftruire fon bras.
Tous
SEPTEMBRE. 17.29. 2125
Pendant tout le cours de fa vie ,
Tous les Dieux à l'envi veulent guider fes pas
Jupiter , d'un clin d'oeil , fait regner le filence.
Aucun de vous , dit- il , n'aura cette faveur,
A cette gloire , à cet honneur ,
Préferez le bien de la France ;
En Louis le Sang parlera ,
Et fon Pere même inftruira ,
Ses mains à fes leçons dociless
A tenir d'un Etat les rênes difficiles 3
A chercher fon bonheur dans celui des Sujets,
Dieux ! pouvez - vous former de plus nobles
fouhaits ?
En lui vous reverrez paroître ,
Ceş talens que Fleury fit aimer à fon Maîtres
Cette rare bonté , ces folides vertus ,
Qui d'un Cefar font un Titus.
Vous , doctes Filles de mémoire ,
Mufes , préparez- vous à nous tracer l'hiſtoire
D'un des plus illuftres Louis ;
Peignez- le d'un Pinceau fincere.
En chantant les vertus du Fils
"
Vous ferez l'éloge du Pere.
L'Abbé Bonnot de Mably.
"A iiij
DE
2126 MERCURE DE FRANCE .
DEFENSE de ce qui a été dit an
Mercure d'Octobre 1728. de l'impoffi
bilité de certains Arts . Par M. ¿Auvergne
, Avocat à Beauvais.
D
Eux queftions propofées au Mercure
de Juin 1728. ( vol . 1. )
m'ont donné lieu de faire dans celui
du mois d'Octobre fuivant , quelques
refléxions fur l'inutilité de fçavoir lef
quelles d'entre les fenfations font les plus
néceffaires , & fur la facilité de reconnoître
les Arts qui font ou ne font pas
abfolument impoffibles aux hommes. Ce
que j'ai dit fur ces deux matieres a été
relevé par un Anonime dans le Mercure
de Mai dernier .J'ai difcuté dans le dernier
Mercure ce qu'il m'a oppofé fur le premier
Article ; & il n'eft pas bien difficile de le
réfuter auffi fur le fecond. Il y court
comme für le premier , de raifonnement
en raifonnement , fans envifager tien de
fixe , fans même trop s'embaraffer de ce
que la Piéce qu'il cenfure contient , ou
ne contient pas. La principale partie de
fa Critique confifte à fe répandre en interrogations
, qui ne viennent point au
Sujet , ou qui le fuppofent tout different
de
SEPTEMBRE. 1729. 2127
de ce qu'il eft.Les conteftations ne font pas
gracieufes avec des Adverfaires de ce genre.
Il faut avec eux rappeller continuellement
l'état de la queſtion , fans ceffe répeter ce
qu'on a dit ; c'eft prefque l'unique foin dont
on a à être occupé : Et cela eft rebutant .
On demandoit donc dans l'un des deux
problêmes propofés , fi les avantages de
l'art de voler au cas qu'il fut poffible )
prévaudroient fur les maux qu'il pourroit
occafionner dans le monde ; & s'il
s'enfuivroit que les maux étant jugés plus
grands , on feroit condamnable de chercher
ce qui pourroit faire réuffir cet Art.
Or l'Anonime trouve d'abord à redire ,
que puifque j'ai voulu parler de ces queltions
, je ne fois pas entré dans quelque
détail de raifonnement pour ou contre
l'Art de vôler; c'est - à -dire, apparemment
que je n'aye pas décrit les biens & les
maux qui en pourroient arriver ; que je
n'aye pas comparé les uns avec les autres
que je ne les aye pas réunis fous
un méme point de vue. Il lui femble ,
dit- il , que cela auroit été neceffaire pour
encourager ou pour détourner ceux qui
s'appliquent à de femblables recherches.
Il n'y a pas à en douter , j'en demeure
d'accord , tant que l'on fuppofe la polfibilité
du fuccès de ces recherches ; mais
pour quiconque ne croit pas une telle
Av Lup2128
MERCURE DE FRANCE .
fuppofition plaufible , la méthode doir
être differente. Car à quoi bon pour détourner
certaines gens de quelque entreprife
, s'amufer à vouloir leur faire entendre
que pour les avantages particuliers
qu'ils tireroient de la réuffite , le repos de
l'Univers entier , & peut- être le leur mê.
me feroit troublé , tandis qu'on peut leur
faire fentir tout d'un coup qu'ils entreprendroient
vaineinent , & qu'ils ne doi
vent pas fe fatter du fuccès ? Avoir à
choifir des deux voyes , & fe determiner
pour la premiere , n'eft pas certainement
prendre la plus fûre. Ne prêcher un ambitieux
fur fes projets que par les maux
qu'ils pourroient caufer aux autres hommes
, c'eft fouvent morale perdue. Si ces
maux font de nature à lui être avantageux
, plus on lui en peint l'énormité ,
& plus on rifque de le confirmer dans fes
idées. De forte que le mieux , fi on veut
les lui faire abandonner , elt de lui renare
fenfible qu'elles fonr fauffes & chiinériques
, fi véritablement elles le font;
& c'eſt la route que j'ai prife .
Ainfi il ne devoit être queftion , dans
la critique de mon Adverſaire , que de
fçavoir fi cette voye m'a effectivement été
ouverte, ou ce qui revient au même , s'il y
a , ou non , quelque jufteffe dans le peu
que j'ai écrit , fur l'impoffibilité de l'Art
de
SEPTEMBRE . 1729. 2129
1
057
pas tou
de veler en particulier , & fur les autres
Arts en géneral , pour la façon de diftinguer
ceux qui font au - deffus de la portée
des homines , d'avec ceux aufquels on peut
efperer d'atteindre. Car je n'ai eu pour
but que de remettre devant les yeux
les réflexions les plus propres à faciliter
cette diflinction , que des perfonnes
, d'ailleurs habiles ne font
jours affez , quoiqu'elle foit trés - importante.
C'eft la feule difcuffion que j'aye
crûe neceffaire , & la feule effectivement
que j'aye faite.L'énumeration que fait mon
Cenfeur des Arts qui fe font perfectionnés
, quoiqu'avant qu'ils le fuffent , on
ait , felon lui , beaucoup déclamé contre,
tombe donc ici en pure perte. Un pet
plus d'attention fur ce qu'il critiquoit ,
T'auroit fait appercevoir que j'y ai defaprouvé
avant lui , ceux qui par une prévention
genérale contre tout ce qui n'eft
pas découvert , décrient , fans balancer
toutes les recherches qu'ils apprennent
qui s'en font . Mais de ce qu'il qu'il ne faut pas
méprifer tous les fiftêmes , tous les projets
, il ne s'enfuit pas qu'il faille concevoir
de tous , de quelque efpece qu'ils
foient , des idées favorables . Ce font deux
extrémités qui font également vicicules .
21
J'ai crû qu'il étoit facile de fe faire
une regle génerale , à l'aide de laquelle
A vj on
2130
MERCURE
DE FRANCE:
on pût éviter l'une de ces extrémités
fans tomber dans l'autre. Et fur cela j'ai
dit que , quand un projet ne tend , foft
directement , foit indirectement qu'à
faciliter le commerce entre les hommes,
& qu'à les préferver d'une partie des maux
& des accidens aufquels ils font fujets ;
Ta réuffite peut en être efperée , parcequ'elle
ne contient rien d'oppofé à l'or
dre & à l'harmonie que le Créateur a
établi ; que lors , au contraire , que la
chofe va à changer l'ordre & l'arrangement
naturel , & à vouloir arroger à
T'homme des perfections & des facultés
que l'Auteur de la nature n'a pas jugé à
propos de lui donner , le projet doit être
regardé comme chimérique & comme infenfé
; Et que nous devons croire un
Art au - deffus des forces humaines , quand
nous voyons que toutes les fois qu'il en
eut été befoin pour l'accompliffement des
deffeins aufquels Dieu employoit les
Elûs , il y a fuppléé par ce fecours , tantôt
de fon Eſprit même , tantôt d'un Ange
envoyé du Ciel , parce qu'on auroit
peine à citer un exemple qu'agiffant
toûjours , comme il le fait , par les voyes
les plus fimples , il ait jamais fait ufage
de fa Toute puiffance dans les chofes qui
ne font pas hors de l'enchaînement des
Caufes naturelles.
2
J
Voilà
SEPTEMBRE. 1729. 2131
,
Voilà la regle ou la diftinction que
j'ai indiquée , & que j'ai foutenuë des
exemples que j'ai cru pouvoir contribuer
à en rendre l'application affez facile . S'il
étoit vrai , comme l'Anonime le prétend
, que cette regle fut fauffe & incertaine
, à quoi tiendroit- il qu'il n'en don
nât une meilleure & une plus fûre ? 11
ignore bien les Loix de la Critique , s'il
penfe que le Lecteur le contente qu'on
Tui dife ainfi d'un ton décifif , ceci ne vaut
rien fans lui montrer ce qu'on auroit pû
dire ou faire de mieux . Une Critique
en offenfant celui contre qui elle est faite,
doit inftruire le Public . Dans celle - ci ,
par exemple , dont l'Auteur me fuppofe
P'efprit fevere , un zele pouffé trop loin ,
des raifonnemens erronées &c . Jeme ferois
crû abondamment dedommagé , de ces
traits , fi , après tout , j'avois vû que Je
Cenfeur eut mieux éclairci la matiere que
je ne l'avois fait , & fi j'euffe trouvé dans
fon Ecrit dequoi corriger mes idées fur
d'autres plus juftes . Car enfin il n'eft pas
dit que nous devions , fur un Article fi
intereffant , voguer au gré de mille ima
ginations frivoles , enfantées par un efprits
de bizarerie & de caprice , & qu'il
faille toujours que tandis que les uns regarderont
comme chimeriques les projets
les plus raifonnables , les autres fe flattent
follement
2132 MERCURE DE FRANCE.
follement de la réufite des chofes aufquelles
il y a le moins d'apparence .
Je ne dis pas que le mal puiffe être entierement
déraciné , mais il n'y a aufli
nulle raifon de fe perfuader qu'il foit de
nature à ne pouvoir pas être rendu moins
géneral qu'il ne l'eft ; &, fans doute , que
le fouvenir que l'Anonime nous rappelle
de bien des faits miraculeux , n'eft pas
pour nous faire croire que l'induftrie des
hommes puiffe monter à de fi hauts degrés.
Car il avoue que ce font des prodi
ges . Or on appelle prodiges , des évenemens
finguliers qui interrompent les Loix
de la nature , & dans lefquels Dieu intervient
d'une maniere particuliere , pour
fuppléer à l'infuffifance des facultés qu'il
a diftribuées aux Agens naturels .
Mais , qui peut juger , demande cependant
l'Anonime , fi elles fuffifent , ou
ne fuffifent pas ? Tout le monde , & le
Critique lui - même. Les lumieres de la
Nature nous apprennent fi évidemment
certaines chofes , qu'il n'eft pas poffible,
à moins que nous ne voulions , à toute
force , nous aveugler fur cette évidence ,
que nous n'en demeurions pas pleinement
convaincus. C'eft ainfi qu'il n'y a
perfonne qui , fans qu'on le lui démontre
ne foit intérieurement perfuadé que
Je fon de la voix & celui des inftrumens
n'ck
SEPTEMBRE. 1729. 1133
n'eft pas un moyen avec lequel on puiffe
, fans aucun autre fecours , démanteler
les Villes , & que fi cela est arrivé
à Jericho , ce n'a été que par une interpofition
particuliere de la puiffance du
Souverain Etre , que tout ce que la fable
rapporte d'Orphée , qui n'avoit qu'à
chanter fur la Lire , pour faire arranger
à fon gré , les arbres & les pierres , n'eft
qu'une hiftoire déguifée par des termes
figurés en un mot , que l'art de donner
le mouvement à la matiere , par le fon
feul , n'eft pas du nombre de ceux auf
quels les hommes peuvent parvenir. Je
ne conçois pas ой peut être la difficulté
de reconnoître également notre impuif.
fance voler dans les airs , pour
pour pour éle
ver des montagnes d'eau qui fe foûtiennent
fans aucun appui vifible , & pour
tant d'autres Arts du même genre , & de
la nature defquels on fçait qu'il ne s'eft
rien fait jufqu'à prefent , que par la main
toute puiffante.
Il n'eft pas , en effet , fi impoffible , que
le dit l'Anonime , d'expliquer pourquoi
Dieu a quelquefois choisi ces voyes.cxtraordinaires
d'accomplir fes deffeins.
Gette impoffibilité ne lui auroit pas paru
fi grande , s'il y avoit un peu refléchi , fi
feulement , au lieu de citer de mémoire
il avoit relû les endroits où font décrits
16
les
2134 MERCURE DE FRANCE.
les prodiges qu'il a crû devoir nous remettre
fous les yeux . Il auroit vû , par
exemple , que fi Dicu a préferé à toute
autre maniere d'exterminer l'Armée des
Egyptiens , celle de l'engloutir dans les
eaux de la Mer rouge ; ç'a été pour manifefter
fa gloire & fa puiffance. L'Ecris
vain facré l'affure expreffément : Il raconte
que Dieu lui dit : Je ferai glorifiés ,
par ce que je ferai de Pharaon , & de.
toute fon Armée ; & les Egyptiens fçauront
que je fais le Seigneur. Mais ce ne
lui eut pas été affez , pour cela , de faire
périr leurs Troupes , ou dans une bataille
ou par la faim , ou par les maladies ;
rien n'étant fi ordinaire que de n'attribuer
ces fortes d'évenemens qu'au fort des ar
mes , qu'aux dérangemens
des faiſons ,
qu'au malheur des conjonctures , & de
ne pas élever fes regards plus haut . Il
falloit par conséquent quelque coup plus
marquant ; & tel fut aſſurément celui de
l'ouverture des eaux de la mer, pour le paffage
des Ifraëlites , & de la réunion de ces
mêmes eaux fur les Egyptiens. Un femblable
Phénomene obligeant à y reconnoître
le doigt du Dieu que les premiers
adoroient , étoit ce qu'il y avoit de plus
propre pour apprendre en même tems à
ceux- ci à mettre toute leur confiance en
celui qui les protegeoit fi viſiblement ,
&
SEPTEMBRE. 1729. 2135
& aux autres Nations , à le craindre du
moins , & à le redouter. Y auroit- il à
balancer , quand même l'Ecriture ne s'en'
expliqueroit pas , comme elle le fait , à
dire que ce furent là les raifons pour
lefquelles Dieu eut recours à une façon fi
miraculeuse de tirer fon Peuple de la terre
d'Egypte , tandis que la choſe pouvoit
également s'executer par une infinité de
moyens naturels , & à attribuer aux mêmes
motifs le deffechement du Jourdain,
& l'amas de fes eaux en forme de montagne
; la chute des murailles de Jericho
aux cris du Peuple choifi ; l'interruption
du cours des deux grands Aftres lumineux
, à la voix de Jofuë ; la marche de
J. C. & de S. Pierre fur les eaux , &
tant d'autres prodiges femblables.
Or dès que , d'un côté , la revelation
m'apprend que Dieu n'agit ainfi par luimême
, d'une maniere vifible & particu
liere , que pour faire éclater fa puiffance
& fa grandeur , & que , de l'autre , il y
a tout lieu de croire que loin d'en rehauffer
l'éclat ; il rifqueroit de l'avilir ,
& de la remettre , pour ainsi dire , au niveau
de celle dont il lui a plû de gratifier
les hommes , fi les facultés qu'il leur a
diftribuées étoient les feules dont il fit
ufage , lorfqu'il intervient de la forte d'u
ne façon visible pour certains Actes ; dès
que
21:36 MERCURE DE FRANCE.
que c'eft du moins un préjugé auquel on
ne m'oppoſe ni raifon ni exemple ; j'en
conclus juftement , que ce qui s'eft
fait dans ces occafions , où il y a eu une
intervention particuliere de la Divinité
furpaffe le pouvoir des hommes , & que
ce font des Actes à l'Art defquels ils ne
peuvent s'efforcer de parvenir , fans vouloir
partager avec le Créateur des per
fections qu'il leur a refufées .
"
J'ai fait au Mercure d'Octobre , l'application
de ces principes , à l'art de vo
ler ; & elle eft fi naturelle , que j'aime
mieux laiffer aux Lecteurs qui n'auront
pas ce Volume là en main , le plaifir de
la faire eux-mêmes , fur ce qu'ils pour
ront lite au dernier chapitre de Daniel
que de la répeter.
{e
J'ai parlé aufli d'un voyageur qui accoutuma
, à ce que l'on raconte , fi bien
une Autruche à le porter , qu'il réuflit
la fin , à paffer fur cette Autruche à tra
vers de l'air , d'une Ile dans une autre,
Mon Critique affure que c'eft là un exemple
qui prouve contre moi ; mais il ne
le feroit pas perfuadé fi ailément , s'il
avoit pris garde que je n'en ai parlé que
pour fixer plus précisément l'état de la
queftion , & que pour conftater qu'elle
ne rouloit pas fur cette façon de voyager
dans l'air , monté fur des oifeaux ; mais
fur
SEPTEMBRE . 1729. 2137
fur celle de le parcourir de la maniere
même que les oifeaux le font.
Si l'on pouvoit ainfi accoutumer les
'Aigles & les Autruches , continuë l'Anonime
, à nous voiturer dans les airs ,
y auroit -il du mal ? je ne dis pas qu'il y
en eut ; j'ai fuppofé au contraire que
cela ne laifferoit pas d'être utile ;, mais je
dis que ce n'eft pas de cela qu'il s'agit,
& qu'il faut commencer par bien examiner
ce que contient un Ecrit , avant de
le cenfurer.
Le Critique prétend encore que je n'ai
pas dû dire , au fujet de l'opération , autrefois
fi fameufe , & maintenant preſque
oubliée , de la transfufion du fang d'un
Animal dans les vaiffeaux d'un autre Animal
, que le nombre de nos jours eft renfermé
dans des bornes qui ne peuvent pas
être paffées , & au -delà desquelles on ne
feauroit s'efforcer d'atteindre , fans offnfer
la volonté divine . C'eft là l'endroit de ma
Lettre qu'il a crû le plus capable de donner
une jufte idée des prétendues erreurs
qui y font contenues , & qui ne tendent
à rien moins , felon lui , qu'à faire perdre
le gout de tous les Arts en genéral ,
& fur- tout de la Medecine en particulier.
Mais affurément il n'eft pas heureux
dans le choix de fes exemples . Car la
maxime qu'il critique n'eft pas de moi ;
elle
2133 MERCURE DE FRANCE.
elle eft de Job .J'ai peine à concevoir comment
il a pû fi fort s'y méprendre , puifque
j'ai même cité l'endroit d'où je l'ai
tirée. C'eft du chapitre 14. où on lit que
P'homme naît & paffe comme une fleur
qu'il fuit comme l'ombre , & qu'il ne demeure
pas un feul inftant dans le même:
état , ou , ce qui eft la même chofe , qu'à
peine a - t'il pris fon accroiffement entier,
qu'il perd continuellement quelque chofe
de fa fubftance : fes jours font de peu de du
rée , continue le S. Homme , en s'addref-.
fant à Dieu , le nombre en est en vos
mains , & vous avez mis à fa vie des
bornes qui ne pourront pas être paffées .
La Medecine n'eft pas une profeſſion
qui démente cet Oracle , & M M. les
Medecins conviennent de bonne foi qu'ils
ne connoiffent pas ies corps qui reftaure.
roient au notre fa fubftance , à mefure
qu'il en perd. Ils peuvent bien en certaines
occafions rétablir les refforts de la
machine animale dans l'ordre naturel
dont quelque défaut de régime ou quetqu'autre
accident les a dérangés , & les
remettre dans ce parfait équilibre qui fait
la fanté. Cela leur eft poffible , tant qu'il
y a dans la nature quelque force & quelque
fonds. I le leur eft même de fçavoir
ce qui est le plus propre à operer
que ce fonds s'altere avec un peu moins .
de
SEPTEMBRE. 1729. 2139
>
de rapidité. Mais pour ce qui eft de le
faire renaître , quand il n'eft plus , on
de redonner ce qui en eft réellement perdu
& confumé , c'est ce que je dis avec
l'Ecriture & avec eux qui n'eft pas en
leur pouvoir. Et comme c'étoit là cependant
ce que l'on vouloit faire par la
transfufion du fang , j'ai eu raiſon de
mettre le fruit que l'on attendoit de cette
operation , au nombre des Arts , dont la
recherche iroit à vouloir changer les loix
de la nature , & d'avancer que , n'eut- ce
été que par ce motif, on n'en devoit ni
efperer la réuffite , ni tolerer la tentative.
廣
SUR LA NAISSANCE
DE
LE
MONSEIGNEUR
DAUPHIN,
MADRIGAL
de M l'Héritier.
Roiglorieux & Reine auguſte .
Dans ce celebre jour que votre joye eſt juſte !
Il vient de naître , ce DAUPHIN ,
A qui le Ciel promet le plus brillant deftin ,
Et tandis que fes foeurs , ces aimables Princelles
,
En
2140 MERCURE DE FRANCE :
En qui l'on voit déja les charmes des Déeffes ,
Par leurs attraits touchants & vifs ,
Feront des foules de captifs ,
Qui chériront les fers de ces futures Reines ,
Le DAUPHIN génereux affrontant le danger ,
Vainqueur de Tunis & d'Alger ,
De tous Chrétiens captifs ira briſer les chaînes
XXX:XXXXXX :XXXXXX
DISCOURS du R. P. Aubert, Jefuite,
fur ce fujet : Que la Nobleffe ne fait
bonneur qu'autant que l'on eft vertueux.
E plus grand Philofophe de nos jours
Lapotépour fondement de fon fyftême
, que les Loix du mouvement qui ont
pû donner aux diverfes parties de cet Univers
l'arrangement que nous y admirons,
font auffi les feules qui le puiffent conferver
tel qu'il eft. D'où il s'enfuit que fi
ces loix du mouvement alloient à changer
, ce Monde fi beau & fi admirable retomberoit
tout-à - coup dans le Chaos .
Ne me fera- t'il pas permis de transporter
dans la Morale ce principe fi inconteftable
dans la Phyfique , & de faire voir ,
que comme la Vertu feule eft la mere &
laemiere caufe de la Nobleffe , elle eft
feule aufli capable de lui conferver dans
les defcendans d'une tige illuftre toute fa
beauté
SEPTEMBRE. 1729 2141
1
beauté & tout fon éclat . D'où il s'enfuit
que fi la Vertu vient à s'évanouir dans une
pofterité qui degenere , la Nobleffe la
plus brillante & la plus ancienne ne mérite
plus que les tenebres & le mépris.
Ce font là deux verítés qui folidement
établies fe confondront par un heureux
mélange , & par une conféquence toute
naturelle dans cette troifiéme : la Nobleffe
ne fait honneur qu'autant que l'on eft vertueux.
En effet , il fera vrai 1 ° . Que la
Vertu feule eft la vraye caufe de la Nobleffe.
2. Que la Vertu feule conferve
à la Nobleffe l'éclat & la fplendeur de fon
origine.
Un Poëte a dit autrefois que la Nobleffe
étoit la Vertu même. Pardonnons
au peu d'exactitude de la penfée en fayeur
de l'élévation & de la beauté du ſentiment.
Non , la Nobleffe n'eft point la
Vertu même ; mais elle eft la fille de la
Vertu . Au refte , je n'entends point icy
par Vertu ces habitudes ou ces actions
-chrétiennes , qui n'ayant que Dieu pour
motif , n'ont auffi que Dieu pour récom
penfes ni ces qualités éminentes du coeur
ou de l'efprit , qui êlevent, à la verité, celui
qui les poffede au deffus du vulgaire ;
-mais le rendent par là même pernicieux
-au refte des hommies . Ainfi je ne prétends
"point toucher dans ce Difcours à la fainteté
2142 MERCURE DE FRANCE .
1
reté Chrétienne ; ce feroir l'avilir que de
lui donner des rapports avec la Nobleffe
de ce Monde. J'exclus encore pofitivement
de la Vertu non-feulement ces furieux
armés , qui pour foumettre l'Univers
à leur puiffance , fe font efforcés d'en
détruire les habitans ; mais encore ces
Auteurs ingénieux , qui bien loin d'employer
leur efprit à rendre les hommes
meilleurs , leur ont porté le flambeau dans
de nouvelles routes vers le vice . Quelle
eſt donc cette vertu qui a enfanté la Noblefle
, c'est-à - dire , qui a répandu fur les
Grands hommes cette fplendeur , & fur
leur pofterité , ce rejailliffement de lumiere
capable de fixer fur eux les regards
du genre humain ? la voici . C'eſt une dif
pofition heureuse à procurer aux hommes
de grands avantages , prouvée par d'illufwes
fervices.
En effet , fi nous voulons remonter aux
premiers tems de la Nobleffe , vous ne lui
trouverez point d'autre caufe que celle - là .
Les hommes égaux par l'antiquité de leur
origine & par les droits de la nature .
partageoient d'abord felon leurs befoins,,
les innocentes richeffes de la terre , &
joüiffoient chacun du fruit de leurs travaux.
Ce fut là le fécle d'Or fi , vanté par
les Poëtes ; mais les paffions tumultueufes
& injuftes ne tarderent pas à s'empa-
103 ICE
SEPTEMBRE. 1729 2143
rer du coeur des hommes. Dès que leur
induſtrie eut tiré du ſein de la terre ce métail
pernicieux , que la Sageffe de la Providence
y avoit caché , & que la volupté
eut multiplié les befoins des hommes , la
force , la fraude , la violence furent employées
; les biens & les plaifirs devinrent
le partage des plus forts ; & les paffions
auroient détruit le genre humain , ſi la
Vertu & l'Equité qui n'avoit pas encore
tout-à-fait abandonné la terre , ne s'étoit
fait entendre par la bouche de quelques
fages.
"
Il fe trouva des hommes vertueux au
milieu de ce defordre , qui ramenerent à
la raifon & à la juftice des deferteurs &
des fugitifs , qui firent briller à leurs yeux
la beauté de la Vertu . Ils furent écoutés
par le plus grand nombre que l'interêt
commun rendit dociles ; on fit des Loix ,
& alors la licence & le crime furent pour
la premiere fois leurs châtimens fur le
marbre & fur l'airain . Delà la Gloire &
la Nobleffe des Legiflateurs .
Mais dequoi auroient fervi des Loix
impuiffantes & méprifées ? Il fallut donc
leur trouver des apuis & des vengeurs ,
des hommes juftes & éclairés ; il fallut
trouver des hommes pleins de cette équité
exacte , qui démêle les droits les plus
embaraffés , de cette équité paifible qui
B raffu2144
MERCURE DE FRANCE .
raffure l'innocent , de cette équité terrible
qui étonne le fcelerat , de cette équité
intrépide , qui renverfe, qui foudroye l'oppreffeur
, de cette équité induftrieufe qui
aide le pauvre & le foible à s'expliquer
& qui découvre dans fon air ce qu'une
langue timide & embarraffée ne peut bien,
expofer. Rois , vous fûtes choilis pour
être les Protecteurs des Loix . L'Epée &
Pautorité publique fut remife entre vos
mains. C'eſt ainfi que Numa & le dernier
des bons Rois de l'ancienne Rome , ce
fils d'un Efclave , monterent fur le Trône
, & acquirent une gloire & une nobleffe
qu'ils n'avoient point reçûë de leurs
Ancêtres .
Ainfi les Legislateurs & les Rois furent
Couverts d'une fplendeur immortelle
mais ce n'étoit pas encore affez pour procurer
à des peuples une vie heureufe. La
diverfité des Nations & des génies , les
foupçons mutuels , & la jaloufie attachée
aux Villes voifines , le defir de la Puiffance
& du pillage , & mille autres caufes
que les paffions des hommes ne font
naître que trop fouvent , allumerent de
cruelles gueres. Une multitude fans dife
cipline , fans ordre , fans obéiffance n'étoit
pas propre à vaincre . On chercha des
Chefs , des Genéraux , des hommes affez
abfolus pour conduire & difcipliner des
TroySEPTEMBRE.
1729. 2149
Troupes , affez fiers pour s'en faire obéir,
affez prudens pour choifir les tems & les
lieux avantageux , affez actifs pour le
trouver par tout , affez maîtres d'euxmêmes
pour donner dans le feu de l'action
des ordres juftes & précis , affez lages
enfin pour profiter de la victoire.
Telle a été l'origine de la Nobleffe d'Epée
; qu'elle s'eft acquife par les vertus
guerrieres , par la valeur . Ceux qui par
leur courage contribuerent à faire paffer
la victoire de leur côté , en partagerent
auffi l'honneur . Delà ces Couronnes de
Laurier & de Chêne qui ceignoient autrefois
la tête des vaillans hommes ; delà
les Coriolans & les Marius .
Il est donc évident que fi à l'exemple
des Chimiftes qui réduifent les corps dans
leurs premiers principes par le moyen du
feu , on vouloit auffi par le raifonnement
rappeller la Nobleffe à fa premiere cauſe,
on n'en trouveroit point d'autre que la
Vertu , que les actions éclatantes , que
les grands fervices rendus à des Peuples ,
foit dans le Gouvernement , foit dans la
Guerre , foit enfin dans les Arts .
En effet , quoique les Loix & les armes
produiſent la fecurité au dedans &
au dehors , & mettent notre vie à couvert
d'un double genre d'Ennemis , elle feroit
cependant bien trifte & bien dure , files
Bij Inven
2146 MERCURE DE FRANCE.
Inventeurs des Arts n'en avoient adouci .
l'âprêté par les commodités qui nous lạ
Tendent à prefent fi douce & fi delicieufe .
Ainfi nous joüirions avec une efpece
d'ingratitude des douceurs de la vie ; le
genre humain feroit en quelque forte defhonoré
, s'il n'avoit pas fufpendu dans le
Temple de la Gloire les noms immortels
des Inventeurs des Arts , & répar du fur
eux un éclat que l'obfcurité & l'antiquité
des tems n'a point fait évanouir. Les Pro
vinces fe font difputés la naiffance de ces
hommes rares dont le Maître a immortalifé
des Villes qui ne font plus connuës
que par le bonheur de leur avoir donné
le jour. L'un apprit aux hommes à atteler
les boeufs à la charuë , & à tracer des
fillons avec le foc . L'autre enchanta les
oreilles , & adoucit la ferocité des paffions
par les tendres & harmonieux accords de
la Mufique . L'autre attacha les fons &
les paroles à des traits de plume , & enchaîna
ainfi les penfées , en les foumertant
aux regards. L'autre ofa chercher au
travers des mers l'or & les pierreries fur
des rivages étrangers. Celui - ci inventa
ces grandes Machines qui , à l'aide du vent
& de l'eau , préparent notre principal aliment.
L'un fçût animer le bronze & le
marbre , & faire paffer à la pofterité l'air
& les traits des Grands - Hommes. L'autre
SEPTEMBRE . 1729. 2147
fçütteprefenter de vastes mers , des Campagnes
& des Combats fur une Toile de
peu d'efpace. Les Poëtes chanterent les
guerres des Heros , & leur ont par là ſufcité
des Imitateurs . Les Orateurs ont préfervé
les Républiques prêtes à périr , par
cette éloquence mâle , par cette force de
perfuader , par ce vrai goût du fublime
fi éloigné de la pointilleufe & badine élegance
de nos jours .
le
N'avons-nous pas vû de nos yeux fous
regne de ce grand Roi qui fut l'admiration
de l'Univers & le protecteur des
beaux Arts , des hommes excellens aller
par toutes ces routes à la Nobleffe ? Ce
Prince éclairé ne jugea- t'il pas que fi ces
hommes rares , dont la nature avoit fait
préfent à fon fiécle , n'avoient pas recu
Ja Nobleffe de leurs Ancêtres , ils méri
toient de la tranfmettre à leur pofterité
qui fe glorifieroit un jour d'une tige fi
illuftre. Il fçavoit , fans doute , ce Prince
fi habile dans l'art de regner , que la Nobleffe
eft la fille de la Vertu , & que ceux
qui font honneur au genre humain par
leurs talens utiles à la République, doivent
recevoir de ce même genre humain des
honneurs qui l'acquitent envers lui : or ces
honneurs ne font autres que la Nobleſſe.
En effet , comment payer autrement que
par la Nobleffe les grandes Vertus , & les
B iij talens
2148 MERCURE DE FRANCE .
talens rares ? Seroit - ce par les richeffes y
mais les hommes excellens les méprifent,
& ce feroit étouffer leur zele que de leur
propofer de fi foibles appas ; Non , il n'y
a que la gloire , que la Nobleife qui foit
capable de flatter les grands coeurs. La
Vertu ne peut avoir d'autre récompenfe
que la Nobleffe , & la Nobleffe ne peut
être méritée que par la Vertu. Mais ce n'eft
pas tout ; la Nobleffe ne conferve fon
éclat & fa fplendeur que par la même
Vertu .
La Nobleffe , à parler exactement
n'eft autre chofe que l'éclat des grandes
Vertus des Ancêtres qui refléchit fur leurs
Defcendans , & les diftingue de cet état
sénebreux qui envelope le reste des hommes.
Il y a des Peuples entiers & des Peuples
très-fages , qui donnant leur eftime uniquement
aux Grands Hommes , n'ont
point voulu que leur pofterité héritât de
leur gloire. Ils regarderent des mêmes.
yeux les enfans du plus illuftre & les enfans
du plus méprifable des hommes. La
Nobleffe chez eux eft inféparable de la
Vertu , ou plutôt il n'y a point de Nobleffe.
Les autres , au contraire , ont établi
que la gloire & l'éclat des Grands Hommes
pafferoit avec leur fang dans leur
pofterité ; qu'on diftingueroit les enfans.
de ceux qui auroient bien mérité de la
Répus
SEPTEMBRE. 1729. 2149
République , & que les peres feroient
encore récompenfés de leurs belles actions
par la Nobleffe de leurs enfans .
Qui le croiroit ? les uns & les autres
ont travaillé pour faire regner la Vertu
par une conduite fi oppofée. Les premiers
n'ont pas voulu que les enfans des Grands
Hommes s'endormiffent nonchalamment
à l'ombre des lauriers de leurs Peres ,
ni qu'ils profitaffent d'une gloire qu'ils
n'ont point méritée. Ils ont regardé la
fplendeur qui vient des belles actions
comme un bien perfonel qui ne fe peut
laiffer ni fubftituer . Ils ont crû qu'en
propofant également à tous les hommes,
fans distinction , d'un côté l'éclat & la
gloire pour prix de leurs propres mérites,
& de l'autre , l'obfcurité pour châtiment
de leur nonchalance , tous les hommes
auffi s'emprefferoient à rendre de grands
fervices à leur Patrie , & à mériter par
leurs Vertus ce qu'on ne pourroit acque
rir par des Vertus étrangeres .
Les autres fur un railonnement different
, ont crû que l'éclat d'un Pere illuftte
, rejailliffant fur fes enfans , feroit le
plus puiſſant de tous les motifs pour les
exciter aux grandes Vertus ; que cet éclat
les donnant en fpectacle à l'Univers ,
porteroit invinciblement à fe rendre dignes
de fes regards ; que la Nobleffe fe-
B iiij
les
roit
2150 MERCURE DE FRANCE .
roit paffer , & nourriroit dans leurs coeurs
ces grands fentimens qui ont animé leurs
Peres , & que les enfans regardant la Nobleffe
comme un poids glorieux que leurs
Ancêtres leur ont impofé , ils auroient
honte d'y fuccomber à la vûë de tous les
hommes.
C'est donc très fagement que tous les
Peuples qui ont admis la Nobleffe l'ont
regardée comme une continuelle & vive
exhortation à la Vertu . Ils n'ont pas prétendu
qu'un homme mou & effeminé
jouit nonchalamment d'une Nobleſſe acquife
par les travaux guerriers de fes Peres
; qu'une ame baffe & rampante heritat
d'une gloire qui eft le fruit des nobles
& des grands fentimens de fes Ancêtres;
ni que celui dont les Prédeceffeurs fe font
diftingués par mille actions éclatantes ,
ne fe diftinguât lui- même du vulgaire
que par une avarice fordide , par des
moeurs corrompuës , par des baffeffes dignes
fouvent du dernier des hommes.
Non , dans tous les tems , & parmi
toutes les Nations qui ont reconnu de la
Nobleffe , les Poëtes , les Orateurs & les
Hiftoriens fe font élevés contre ceux qui
dégenerent . On a comparé la Nobleffe à
un flambeau qui dans d'indignes fucceffeurs
des Grands Hommes ne fert qu'à
éclairer des vices , qu'une condition commune
SEPTEMBRE . 1729. 2151
mune auroit dérobés aux yeux du Public .
La Royauté a- t'elle fait honneur à ces
Princes faineans , dont les noms ne font
parvenus jufqu'à nous qu'accompagnés
de mépris cependant , ils defcendoient
des Clovis & des Clotaires ; mais endormis
fur le Trône , ils n'ont été connus
de la pofterité que par leur indolence &
leur incapacité à regner.
-
En effet , les Républiques n'établiffent :
des Loix & des Coutumes que pour l'avantage
public : or il n'eft point de l'utilité
publique que la Nobleffe fans la Vertu
foit honorable ; au contraire , elle doit
être en butte à la fatyre , à la raillerie
& au mépris le plus fuperbe . Quoi ! d'indignes
, de lâches heritiers des plus
grands noms , engloutiront Charges , Emplois
, Honneurs qu'ils n'ont point mérités
, & dont ils ne peuvent foutenir le
poids ! Non , encore une fois , ce n'eft
point l'intention des hommes , lorfqu'ils
ont établi que la Nobleffe pafferoit des
Peres aux Enfans.
Mais eft- ce même l'intention de ces
Peres illuftres qui ont acheté par leurs
actions la fplendeur qu'ils ont répanduë
fur leurs Familles : Ont- ils prétendu tra
vailler pour des lâches , pour des hommes
inutiles à l'Etat , pleins de vices groffiers
, de ferocité , d'orgueil , diftingués
By uni2152
MERCURE DE FRANCEuniquement
du commun par des crimes
plus éclatans ?
A
Ah ! fi on pouvoit rappeller à la vie
ces premieres fouches des grandes Familles
; fi ces premiers Auteurs de la Nobleffe
pouvoient franchir l'intervalle qui
les fépare de nous , quels fentimens d'indignation
ne les faifiroient pas à la vûë de
ces actions injuftes & baffes , de ces débauches
outrées , de cette vie molle &
criminelle où leur pofterité s'abandonne
quelquefois Quelle noble fureur les animeroit
? Indignes & malheureux enfans ,
leur diroient- ils , eft- ce donc ainfi que
vous deshonorez ces Palais & ces Appartemens
, que l'honneur , que la probité ,
que la valeur habitoit de nos tems ? Quoi !
nos Portraits & ces Tableaux qui reprefentent
nos belles actions ne vous repro
chent- ils pas vos vices honteux & l'inutilité
de votre vie ? Vous prenez plaiſir
vous mettez votre gloire à raconter nos
vertus , nos combats , notre gloire ; mais
ne fentez- vous pas , ne voyez- vous pas
que nos louanges font la critique la plus
infultante de votre lâcheté ? Vous n'avez
d'autre mérite que nos noms ; quittezles
, puifque vous les deshonorez ; ou
bien elevez vous jufqu'à nos belles actions.
Quoi vous allierez enfemble la
récompenfe de nos vertus avec votre lâcheté
SEPTEMBRE . 1729. 2153
cheté & vos vices ! Secourez votre Patrie
; volez à la gloire ; foyez juftes , moderés
, équitables ; marchez fur les
pas de
l'honneur , & nous reconnoîtrons dans
vous nos enfans , & les heritiers de nos
grands noms.
N'eft ce pas là le langage que tiendroient
ces vertueux & vaillans Ancêtres?
Après la mort de Louis IV. Empereur ,
tous les yeux étoient tournés fur Othon ,
-Duc de Saxe , pour l'élire. Mais ce fage
Prince s'excufant fur fa vieilleffe : choifif
fez , Seigneurs , leur dit - il , cho fiffez un
Empereur qui par fon Epée honore fon
Sceptre , & qui vous enfeigne à vaincre
par fes exemples & par fes confeils. O
fentiment veritablement genereux ! O
parole pleine de fageffe ! Qu'auroit dit cet
grand Prince d'une indigne pofterité , lui
qui dans une fi haute naiffance , & avec
tant de belles actions , ne fe crut pas capable
de faire affez d'honneur à l'Empire
qu'on lui offroit ?
Mais ne me répands-je point ici en de
vaines déclamations ?non , ce (ontlà les obligations
les plus effentielles & les plus indifpenfables
de la Nobleffe que je lui mets ici
devant les yeux. Ignorez- vous , Nobleffe
Françoife , que vous vous devez au Public ?
Vous n'êtes plus à vous - mêmes ; l'honneur
& la diftinction dont vous jouiffezvous one
B vi ache2154
MERCURE DE FRANCE:
achetés à la République. Vous naiffez ;
vous vivez ; vous devez mourir pour la
Patrie. Oui , vous devez à l'Etat des hommes
, capables d'en remplir les places diſtinguées
; c'eft à vous à fournir des Generaux
& des Officiers intrépides dans les
Armées ; des Miniftres , des Confeillers
habiles à la Cour ; des Juges incorruptibles
& éclairés dans les Parlemens ; des
Prélats fçavans & faints dans l'Eglife .
Vous devez être par tout l'azile du malheureux
, l'appui du Pauvre , le deffenfeur
de l'opprimé , la terreur du crime.
Voilà à quelles conditions vous avez herité
, & vous jouiffez de la Nobleffe ; fi
vous n'en voulez pas à ce prix , laiffez ce
bien à ces hommes nouveaux que vous
méprilés ; mais qui acquierent tous les
jours par leurs propres mérites cet éclat
que vous empruntez de vos Ancêtres . Ces
hommes nouveaux rempliffent par leurs
belles actions vos devoirs que vous abandonnez
; ils vous enlevent une gloire
qui devroit être votre partage , & vous ne
yous en vangez que par une baffe jalousie .
Ah ! ce n'étoit pas une nobleffe molle
& effeminée , propre pour la table , le jeu
& les plaifirs qui a remporté jadis ces
grandes Victoires ; qui a conquis , étendu
, affermice Royaume , fait trembler
nos Voifins , fait fuir les Sarazins en
Egyptc,
SEPTEMBRE . 1729. 215
Egypte , & répandu l'effroi jufques dans
Babilone. C'étoit de vrais Nobles , qui fe
croyoient obligés à faire autant d'honneur
a leur pofterité qu'ils en avoient reçû de
leurs Peres. Des hommes nés pour la Patrie
, infatigables , invincibles , qui pré- ·
feroient la mort à la honte d'une vie inutile
, la gloire aux richeffes , la fatigue
aux plaifirs , & les travaux d'Hercule à
la moleffe & aux délices de Sardana pale.
Ils avoient bien compris , ces Grands
Hommes , que la Nobleffe n'eft un avantage
qu'en ce qu'elle fournit des exemplès
de vertus intereffans & domeftiques
Qu'elle ne conferve fon éclat dans les
grandesFamilles que par les belles actions,
& qu'en un mot : La Nobleffe ne fait honneur
qu'autant que l'on eft vertueux.
EPITRE
A M. DE BOULLONGNE DE COISEAUX,
Receveur General des Finances .
Joye &
tranfports
Oye & tranſports ! nous avons un DAUPHIN,
Le Ciel a fait ce prefent à la Terre :
C'eft par ces mots bruyans comme un tonnerrez
Qu'un quart avant quatre heures du matin ,
Quiconque étoit dans les bras de Morphée ,
En
2156 MERCURE DE FRANCE.
En fut ravi par un fubit réveil ,
Si que chacun après fi court fommeil ,
Eut tout le jour la face débiffée .
Mais fans fonger un moment au repos,
• Au bruit flateur d'un fi charmant propos,
Tout fort du lit : on vole à tire d'aîle,
Vers le Palais d'où nous vient la nouvelle ;
Et là , fe voit ce qu'on vit à Paphos ,
Lorfque nâquit le Fils de Cytherée.
Bientôt Phebus fortant de fon Berceau ,
Pour commencer la carriere dorée ,
-A
Parut à tous moins brillant & moins beau
Le Louvre étoit une Voute étherée ,
Par tout luifoit un jour pur & vermeil,
Une heure avant le lever du Soleil.
Ami, peut-être aurez- vous peine à croire ,
Tout ce qu'ici vous tracent mes crayons ;
Pas ne vous dis pour farder mon Hiftoire »
Que l'Enfant feul lançât tous ces rayons :
Pour éclairer ainfi notre Hemisphere , "
Là , bien étoient & le Pere & la Mere ,
Or tous ces Dieux , fi je m'y connois bien ,
Brillent autant qu'Apollon Delphien .
La fombre Nuit voyant fans crepuscule ,
Naître le jour contre toute raifon ,
Eut beau cent fois regarder ſa Pendule ,
Il lui fallut deferter l'horifon .
Tout eft prodige en pareille avanture ,
Mais
SEPTEMBRE . 1729. 1729. 2137
Mais vous dit- on des faits plus inoüis ?
Attendez tout de telle géniture ,
Attendez tout des deſtins de Lours.
"
Le Ciel nous rit , & d'une main aiſée ,
Répand fur nous fa fertile rofée ;
La Paix d'abord , prefent de bon aloy
Regne en Europe & dans le coeur du Roy
Et du Dauphin eft encor la Maraine.
Suit l'Abondance au teint frais & nourri ,
Spectacle doux pour Desforts & Fleury.
De blonds épics ont furchargé la Plaine :
L'Automne arrive avec fa grappe pleine,
Que de Buveurs ! quelle felicité !
Les Jeux , les ris , par eux danſes & Fêtes ,
Vont dans ces lieux regner en liberté ,
LOUIS le veut ; cependant fa bonté ,
Gagne les coeurs , pacifiques conquêtes ,»
Dignes des Dieux & dignes de Louis .
Adonc ami , tous nos fens réjouis ,
Font des plaifirs récolte differente ,
On eft à même & fe fuccedans tous ,
L'un n'eſt paffé , que l'autre fe prefente #
Fleuves de vin ferpentent parmi nous ,
Et valent bien , foit dit fans confequence ,
L'Eau d'Hippocrêne, ou ces Ruiſſeaux de lair,
Qui dans les Champs couloient en abondance,
Certes ici , vivons plus à ſouhait , 30
Qu'on ne fit onc au regne de Saturne ,
Bon2158
MERCURE DE FRANCË.
P
Bon homme au fond , mais un peu taciturne .
Soit. Pourſuivons : je vous ai dit d'abord ,
Comment la Nuit murmurant fur fa nuë ,
Se vit contrainte à revirer de bord ,
Elle partit & n'eft point revenue ,
Du moins au temps que de fon crêpe obſcur ,
De tout l'Olympe elle voile l'azur ,
Le Ciel paroît plus lumineux encore ,
Qu'on ne le voit à la naiffante Aurore :
Vulcain alors eft le vrai Dieu du jour ,
Petards tonnans , & volantes Fufées ,
A l'aventure ou droites ou croiféés ,
De l'Hémisphere enflamment le pourtour ...
Mais lorsqu'ainfi je m'égaye en mon ſtyle ,
Il me fouvient qu'on en tire à la Ville ,
Ami , j'y cours , & penfe fur ma foi ,
Qu'étant ici vous feriez comme moi .
M. Tanevot.
A FAYA ¥8787
FESTE à la Place des Victoires.
LBernard,compte Colt Chevalier
E Jeudy 8. Septembre , le Chevalier
Bernard , Comte de Coubert , donna
des marques éclatantes de fon zele , à.
fa Maifon de la Place des Victoires , dont ,
on voyoit le Faîte , le Cheneau au deffus
de la Corniche d'Entablement , le Fronton
SEPTEMBRE . 1729. 2159
ton des Lucarnes , & leurs retours , illuminez
de groffes Terrines .
Depuis le deffous de l'Entablement juſ
qu'au rez - de- chauffée , les Croifées , tant
quarrées que ceintrées , étoient ornées de
Lampions attachez par compartimens fur
des bandeaux de Menuiferie .
Sur les Pilaftres , entre les Croifées du
premier & fecond étage , régnoient des
Dauphins , des Ifs , & des Pots de Menuiferie
, éclairez par une infinité de Lam
pions , difpofez auffi par compartimens.
Cinq gros & magnifiques Luftres de
Cristal garnis de bougies , répandoient
un nouveau jour fur les cinq Croifées da
premier étage , dont toutes les fenêtres
étoient couvertes de riches Tapis de Velours
cramoifi & Carreaux à gallons &
Crépines d'or.
9
Au rez-de- chauffée , la Croifée du milieu
étoit occupée par un Chaffis ceintré
formant des Confoles aux deux côtez
avec des Lampions . On voyoit au milieu
un Tableau tranfparent , repréfentant un
enfant fous un Dais , couché fur des Carreaux
; un Génie à genoux lui préfentant
un Coeur. Une Ancre fortant de la Mer
étoit couverte de Dauphins , qui venoient
fe jouer autour de l'Auguſte Enfant , ils
étaloient à fes yeux les richeffes de la
Mer , défignées par leurs Attributs .
Ce
2160 MERCURE DE FRANCE:
3
Ce Tableau étoit éclairé à la faveur d'un
grand nombre de Terrines. Au - deffous
paroiffoit un autre Chaffis de Toille bleue ,
auffi tranfparent , fur lequel étoit écrit en
lettres d'or ce Chronographe.
LETITIA POPVLORVM GALLIA
DIV EXOPTATA.
La Cour de la Maifon brilloit d'un
nombre infini de Terrines , qui faifoient
un bel effet .
J
Le Feu d'Artifice étoit placé vis à- vis la
principale Porte , élevé fur 9. pilliers de
dix-huit pieds de haut fur 24. pieds d'aire .
La Charpente étoit revêtue de Pilaftres
au Pourtour avec Réfends , peints en
couleur de pierre de S. Leu . Au- deffus de
ces Pilaftres régnoit une Frife ceintrée
avec Corniche ornée de fon Architecture .y
peinte en marbre , & amortiffement
pour
une Balustrade de trois pieds de haut
avec Baluftres peints en pierre de S. Leu.
Le corps de l'Edifice étoit peint en marbre.
Le Chiffre du Roi rehauffé d'or , paroiffoit
élevé fur huit Pilaftres . Aux quatre
milieux , étoient quatre grands Ecuffons
aux Armes du Roi & de la Reine
auffi rehauffés d'or . Deux autres Ecuffons
aux Armes du DAUPHIN , rehauffés de
même , étoient à côté de chacun des quatre
précedens ; au-deffous defquels on en
voyoit
SEPTEMBRE . 1729. 216#
voyoit quatre autres aux Armes du Chevalier
Bernard ; on y lifoit les Deviles
fuivantes.
Relligio pietafque tibi.....
Hares pietatis avitæ.
Populi fpes altera Galli.
Magnum Pacis opus floret dum nafcitur
Infans.
Divini pignus amoris.
Ab alto.
Demiffum genus eft, Lodoix , tellure marique
magnus eris.
Vivant Borbonides , aternum Lilia
crefcant.
Abundantia in turribus tuis.
Du milieu du Plancher s'élevoit une Py
ramide de 18. pieds de haut fur cinq de
baze , fans le Pied d'Eftal, peinte en marbre
, avec un Globe , peint en blanc & en
bleu au deffus , orné de Fleurs de Lys &
de Dauphins. On lifoit ces Infcriptions
fur les quatre faces de la Pyramide :
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI.
CHRISTIANISSIMO .
OB NATUM EI PRIMOGENITUM
S. B. Q. P.
LUDOY
}
2162 MERCURE DE FRANCE:
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI .
PIO FELICI .
OB NATUM EI PRIMOGENITUM
S. B. O. P.
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI
CHRISTIANISSIMO
JUSTO , OPTIMO
OB NATUM ET PRIMOGENITUM
S. B. O. P.
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI
PATRI PATRIÆ.
OB NATUM EI PRIMOGENITUM?
S. B. O. P.
Sur le Pied- d'Eftal de la Pyramide , on
lifoit ce Vers .
Lodoici nomenfuperas afcendat ad auras :
Des Feftons & Pendans de fleurs , régnoient
autour du Feu d'Artifice. Il
étoit compofé de 48. Boëtes , dont chacune
jettoit 24. Fufées , doubles Marquifes
, de 4000. Pots à feu , de 400.
lances avec fauciffons , de 800. brillans ,
de 4. Soleils tournans ; il y en avoit un
fixe
SEPTEMBRE. 1729. 2163
fixe à la principale face . L'Artifice fur
annoncé par les Fanfares , par 150. Fufées
d'honneur , & par 3o . Boëtes , qui
tirerent à l'arrivée de plufieurs Ambaffadeurs
Plénipotentiaires , & autres perfonnes
de diftinction , priez à cette Fête.
A huit heures préciſes , c'est- à- dire , હૈ
la nuit fermée , l'Artifice commença ; il
fut fervi très vivement au grand contentement
des Spectateurs ; l'air parut tout
en feu pendant trois quarts d'heure . Les
Trompettes , Timbales , Tambours , Violons
& autres Inftrumens le faifoient
agréablement entendre malgré le bruit
éclatant de l'Artifice.
Quarante Suiffes , huit Brigades du
Guet à Cheval , & autant du Guet à
pied , entouroient la Place pour empêcher
le défordre , tandis qu'on faifoit couler
huit Piéces de Vin , placées fur quatre
Echafauts pour le peuple , à qui on avoit
pris foin de diftribuer quantité de Pains
& de Cervelas.
La Compagnie invitée à cette Fête
alla fouper chez M, Bernard , ruë Nôtre-
Dame des Victoires , près les petits Peres ,
où tout étoit illuminé avec autant d'art
que de magnificence. Le Repas fut trèsfomptueux
, par l'abondance & la délicateffe
des mets .
Après le fouper , on tira un fecond Feu ,
com;
2164 MERCURE DE FRANCE.
compofé de 80. Fulées d'honneur , de
mille Pots à feu , de huit cent brillans , &
de douze Boëtes , dont chacune étoit
garnie de vingt - quatre doubles Marqui
fes. Dans le fond du Jardin étoit un grand
Tableau de Menuiferie , avec un Fron
tifpice , formant plufieurs deffeins en
Lampions , outre les Pyramides & les
L L. couronnées , il y avoit dans ce Tableau
en lettre de lumieres , ce Vers
Iambe ,
Pacem fovebit creditam.
Les Fanfares & Symphonies continue
rent pendant le fouper , & la Fête fut terminée
par la Danfe. Le Chevalier Bernard
s'eft fervi dans cette Fête du Miniftere
du fieur Conſtantin de Magny , & il
n'a rien négligé dans cette occafion , comme
dans toutes les autres , pour ſignaler
l'ardeur de fon zele pour la Maiſon
Royale .
Mo
EPITRE
SEPTEMBRE. 1729. 2165
***************
EPITRE EN VERS LIBRES,
Addreffée à M l'Heritier , au fujet de la
naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN,
S Cay
Cayante l'Heritier , fervez - moi de Minerve;
Le Ciel vient de combler nos voeux ;
Un Dauphin nous eft né ; le fujet eft heureux.
Mais je ne puis entrer en verve.
Que diroit-on de moi fi dans un fi grand jour
Je gardois un trifte filence ?
Penetré de plaifir , de reſpect & d'amour ,
Je me verrois taxé de froide indifference !
Il eft vrai que mon coeur fent les plus doux
tranſports ;
Mais ma Flute ne peut lui prêter fes accords
Et fans vous , ma Mufe fterile
Ne fera que de vains efforts.
J'ai voulu donner une Idille ,
Et déja j'avois pris le ton
De l'Eglogue de Pollion ;
Au tems prefent , le modele eft utile ş
Mais ce n'eft pas à moi de rajeunir Virgile &
Bien d'autres s'en aviſeront ,
Qui je crois n'y réuffiront ;
Le projet n'eft pas fi facile ,
L'on veut du neuf en cette Ville ,
Je pense que l'on a raiſon )
Et
2166 MERCURE DE FRANCE
Et l'on y prife plus une fimple chanſon.
Quand le Sel Attique en diſtile ,
Qu'un lieu commun du plus haut ftile ;
La Trompette n'eſt pas mon fait ;
D'ailleurs cet Inftrument déplaît
Au Miniftre dont la prudence
Veut que la Paix & l'Abondance
Soient les Nourrices du Dauphin.
C'eſt penfer jufte , qui dit Guerre ,
Dit trouble & fracas fur la Terre ,
Dont quand on veut l'on ne voit pas la fin.
Je me ferois donc un fcrupule
De raconter comment Hercule
Encore au berceau triompha
De deux Serpens qu'il étouffa.
Il nous faut plus riante image ;
Des Mirtes & des Oliviers ,
A cet augufte Enfant bien mieux vaut faire
hommage ,
Que des Palmes & des Lauriers ;
Craignons que Mars ne le reveille ;
Et fur nos chalumeaux dans le tems qu'il fommeille
,
Chantons les doux plaifirs que Saturne autrefois
C
Donnoit en la faifon dorée
Aux Mortels qui fuivoient les Loix
Que leur dictoit la belle Aftrée .
Sang de Bourbon trop aifément prend feu ,
Dès
SEPTEMBRE . 1729 , 2167
Dès qu'on lui parle de Batailles ,
Et bientôt il fe fait un jeu
De renverfer Bataillons & murailles.
Bien mal en prend aux Chantres du Dieu
Mars ;
Bon tems pour eux n'eft celui des hazards ,.
Où les Arts n'ont point de reffource ,
Où Moecenas cache fa Bourſe ,
Où fur le Pinde deſerté
Les Mufes, de Plutus fentent la dureté.
Livrons- nous tout entiers à la douce eſperance
Que d'un Dauphin nous offre la naiſſance
Partageons de Paris & les ris & les jeux ;
Au Temple du Seigneur allons porter nos
voeux ;
Prions que fa bonté tendrement le conferve ,
Qu'il faffe de Lours revivre les Vertus ;
Qu'il égale Cefar ; qu'il furpaffe Titus ;
Et que furlui foient répandus-
Les dons qu'aux plus Grands Roisfa fageffe
referve ;
Mais déja mon ftile eft perclus ....
Sçavante l'Heritier , fervez - moi de Minerve ,
Ou de ma foible main n'exigez rien de plus .
Le Chevalier Delatouche.
-C FESTE
2168 MERCURE DE FRANCE:
Į Į į į į į į į į į į į
ᎣᎣᎣ Ꭳ ᎣᎣᎣ
FESTE donnée à Saint Germain en
Laye , à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN.
L
E Jeudi 15. Septembre , le Duc de
Noailles ,comme Gouverneur de Saint
Germain en Laye , fit chanter un Te
Deum dans l'Eglife de la Paroiffe de cette
Ville , où les Bourgeois & le Peuple
donnerent de grandes marques de leur
fidelité & de leur joye.
Deux Compagnies Bourgeoifes fe mirent
fous les armes ; l'une fe pofta dans la
"Nef, & formoit le paffage de la grande
Porte au Choeur , l'autre connue fous le
titre d'ancienne Compagnie des Dauphins
, gardoit les dehors , pour être à
portée de faire plufieurs Décharges de
Moufqueterie à la fin du Te Deum , qui
fut chanté en grande folemnité après le
Salut. L'Eglife étoit illuminée jufques
aux Voutes , & le Portail & la Tour garnis
d'une grande quantité de Lampions
& de Terrines.
Le Feu de joye qu'on devoit allumer à
l'iffue du Te Deum , ne le fut que vers
les dix heures du foir , après le fouper.
Ce Repas que M. le Duc de Noailles
donna
SEPTEMBRE. 1729. 2169
donna dans les Salles de la Sur - Intendance
, fut magnifiquement ordonné ; il
y eut quatre Tables de 25. Couverts chacune
également bien fervies.
›
A côté de ces Salles eft une Galerie ;
où douze des meilleurs Muficiens de Paris
, Trompettes , Timbales , Hautbois
Baffons , jouerent des morceaux de fimphonie
convenables , pendant le fouper,
après lequel toure la Compagnie monta
en Caroffe pour fe rendre au Feu d'artifice
, precedée d'une des Compagnies
Bourgeoiles , marchant en très - bon ordre.
Les Dames furent placées dans un
Amphitheatre fuperbement decoré , que
le S Servandoni , qui conduifoit ces travaux
, avoit fait élever à portée de voir
fans craindre aucun accident.
Cet Amphitheatre ou Galerie étoit
fermé de quatre grandes Travées , & tapiffées
de Damas cramoifi à franges d'or,
ornées de Luftres , de Cristaux , de Girandoles
, de Guirlandes de Fleurs , de Médaillons
, de Dauphins & de Vaſes illuminés
qui s'élevoient au - deffus . Des Portieres
deVelours brodées aux Armes de la.
Mailon de Noailles , couvroient la Baluf
trade.
Vis- à- vis
PAmphitheatre s'élevoit au
milieu de la Place du marché une Colomne
d'Ordre Dorique de 8 ,. pieds de
Cij hag
2170 MERCURE DE FRANCE :
haut , compris le Pied- deſtal , le Socle ,
la Baze , le Chapiteau , & une forme Piramidale
qui la couronnoit , & fur laquelle
étoit pofé un Vafe de feu de z .
pieds de diamettre, qui répandoit une lumiere
très- éclatante. Cette Colomne pár
la regularité obfervée dans fon illumination
, formoit un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puiffe imaginer.
Le Pied-deftal étoit accompagné
d'une Balustrade couverte de fortes lumieres
, aux quatre Angles de laquelle
étoient des Girandoles illuminées . En fa
ce pour terminer la Place qui fe partage
en deux ruës égales , paroiffoit une per-.
fpective magnifique qui formoit un Temple
, au fond duquel on découvroit plufieurs
Dauphins groupés. Ce Temple prefentoit
fur le devant un Balcon , où furent
placés des Muficiens , qui pendant
le tems que dura le Feu , firent entendre
beaucoup d'airs de Hautbois , de Trom
pettes & de Timballes. Au-deffus & derriere
cette Décoration , étoit une Galerie
où l'on avoit difpofé l'Artifice .
Aux deux côtés étoient élevés deux
grands Portiques ou Arcs de Triomphe,
garnis en plein de lampions & terrines ,
fuivant les proportions de l'Architecture ,
& fur, chacun étoient placés trois grands
gafes auffi illuminés. Des Luftres de Criftal
SEPTEMBRË. 1729. 2171
tal accompagnés de Guirlandes de Fleurs,
& des Chiffres dorés fur des Médaillons
peints en azur , ornoient ces Portiques ,
& formoient un fpectacle des plus gracieux
.
Dés que tout le monde fut placé , le
Feu commença par une Décharge d'un
grand nombre de Boëtes & de petits Canons.
On tira enfuite le Feu d'Artifice ,
dont les préparatifs & le commencement
annonçoient un fpectacle magnifique ; il
le fut en effet , mais beaucoup plus promt
qu'il ne le devoit être par le peu de précaution
des Artificiers qui laifferent prendre
prefque en même- tems tout l'Artifi
ce qui mit le feu à quelques toiles , de - là
à du bois qu'on ne fongea plus qu'à éteindre.
Toute la Ville fut illuminée magnifi
quement , l'Illumination du Château ,
du Gouvernement , de la Sur -Intendance
, & de l'Hôtel de Noailles dura jufqu'au
grand jour. Enfin on peut dire que
jamais la Ville de S. Germain n'a donné
de plus grandes démonftrations de joye ,
d'attachement , de zele & de reconnoiffance.
Le 7. de ce mois il y eut à l'Hôtel de
Noailles , à Paris , une illumination qui
mérite d'être rapportée au nombre de cel-
CG iij
les
2172 MERCURE DE FRANCE .
で
les qui exciterent le plus la curiofité du
Public .
Cet Hôtel fitué ruë S. Honoré , eſt
d'une Architecture réguliere & gracieufe,
ainfi fans chercher d'autres ornemens ,
on ne fit que décorer la façade de la ruë
le Corps de logis & le Jardin qui forme
un point de vue des plus riches & qui
n'eft terminé que par les Thuilleries.
La Porte de cet Hôtel avec deux ColomnesIoniques
qui foutiennent l'entable .
ment, leBalcon & l'Attique , tout le Frontif
pice , les Refends d'Architecture & toutes
-les croilées étoient garnis d'une grande
quantité de Lampions & de Terrines.
Au fond de la cour , il y a un fort beau
Periftile, compofé de fix Colomnes d'Ordre
Dorique, & de quatre Niches , lequel
étoit garni de même dans toutes les parties
de l'Architecture.
Les Pied-deftaux de ces Niches auffi
illuminez , portoient quatre Obélifques
en Lampions.
Les marches du Periftile , le Balcon de
la Terraffe qui eft au -deffus & toutes les
Corniches & Trophées , étoient remplis
de Terrines , de même que le Comble &
la Terraffe du Pavillon , tant fur la face
de la cour , que du côté du Jardin , au
fond duquel on découvroit en perfpective
un Jet d'Eau , dont le Baffin étoit entourré
de Terrines. Un
SEPTEMBRE . 1729. 2173
Un Berceau magnifique & illuminé en
plein , terminoit cette perfpective , ce qui
formoit de la rue un coup d'oeil unique
par la difpofition du Plan & la régularité
de l'illumination qui n'y fut point épargnée
& qui dura toute la nuit ; ce qui
donna occafion au Roi en paffant de s'y
arrêter.
XXXXXXXX XXX: XXX *
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
STANCES.
PRenez, Seigneur, prenez les reſtes de ma vie,
Souffrez que je la quitte aux pieds de votre
Autel :
Après le beau préfent que nous a fait MARIE
Je n'ai plus rien à voir dans ce ſéjour mortel. -
De la faveur du Ciel entrer en défiance ,
C'étoit une foibleffe , un crime : puiſqu'enfin
Pour moderer l'excès de notre impatience ,
Trois Graces nous venoient annoncer ce
DAUPHIN.
C'est le nom de la Reine .
Les trois Princeffes , Filles de la Reine.
Cilj Toute
2174 MERCURE
DE FRANCE.
Toute production d'une nature exquife ,
D'un effai précedent demande l'appareil ;
L'exemple en eft écrit aux Livres de Moïfe ,
Dieu même fit la Terre avant que le Soleil.
Croiffez , Prince , croiffez , Bien - faifant , Pacifique
,
Vertueux , Adoré , Courageux & Puiffant.
Je ne vous dirai point en Rimeur Prophetique,
Que vous irez brifer les Cornes du Croiffant.
Je ne vous ferai point de flateuſe Horoſcopes
Qui foumette à vos pieds mille Rivaux jaloux,
Ni qui vous rende feul Arbitre de l'Europe ,
Comme vos grands Ayeux l'ont été devang
vous.
Je dirai feulement ce qu'en fon influence ,
L'Etoile qui vous rit a de plus éclatant :
Son afpect vous promet de regner fur la Francez
C'eſt un aſſez beau Lot pour en être content.
Mais , fans vous endormir d'une vaine fleurette,
Bien que de vos talens nous prévoyions le prix,
Immenfes qu'ils feront , cette France fouhaite
Que vous n'y regniez point qu'avec des che
veux gris.
Quelle
}
SEPTEMBRE . 1729. 2175
* Quelle grace célelte a comblé notre envie ,
Et remplit de mon Roi le glorieux efpoir !
Prenez , Seigneur , prenez les reites de ma vie,"
Après ce cher DAUPHIN je ne veux plus rien
voir.
DE SENE CE'.
A Macon le 8. Septembre. 1729.
FESTE donnée par le Roy Staniflas.
Extrait d'une Lettre écrite de Blois
le 17. Septembre.
Li
E 4. Septembre à deux heures après
midi , le Roi Staniſlas étant au Châreau
de Menars , reçut un Courier , par
lequel il apprit l'heureux accouchement
de la Reine , & la Naiffance de Monſeigneur
le DAUPHIN , arrivée le matin du
même jour. Ce Prince fut complimenté
par l'Evêque de Blois & par le Pere Reccteur
du College des Jefuites , qui fe trouverent
à Menars à l'arrivée du Courier.
Le Roi Staniflas dépêcha auffi- tôt un
Courier à M. Bachod de Lefbat , Lieute
nant General & Maire de la Ville de Blois
pour lui faire part de l'heureux accouchement
de la Reine & de la Naiffance du:
Dauphin . Ce Magiftrat toujours attentif
CV
2176 MERCURE DE FRANCE :
à remplir fes devoirs , & pour marquer
fa joye dans une occafion fi intereffante,
donna ordre aux Tambours & Trompettes
d'aller par toute la Ville annoncer la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin .
Le Peuple donna auffi - tôt des marques.
publiques de fa joye par des feux allumez
le foir , & par d'autres démonſtra
tions .
Le lendemain M. Bachod de Leſbat , alla
en corps avec la Ville à Menars , complimenter
le Roi Staniflas ; S. M. le reçut
très-gracieufement , & le fit conduire à
l'Apparrement de la Reine , qu'il compli
menta auffi avec fon éloquence ordinaire.
A fon retour de Ménars , M. Bachod
ordonna qu'on tireroit tous les foirs le
Canon , ce qui a été executé juſqu'au 12.
dernier jour de la Fête de la Ville .
Mrs de la Chambre des Comptes , alle
rent auffi en corps à Menars , complimenter
le Roi Stanislas & la Reine fon Epoufe.
M's du Préfidial eurent le même honneur,
M. de Bouville , Lieutenant Criminel ,
portant la parole.
M. l'Evêque de Blois reçut en même
temps les ordres de la Cour pour faire
chanter un Te Deum en action de graces.
Ce Prélat fit auffi - tôt publier fon Mandement
, & ordonna que le Dimanche
11. Septembre. il fe feroit une Proceffion
SEPTEMBRE. 1729 2177
fion generale où tous les Ordres affifteroient.
La Proceffion s'affembla à l'Egli
feCathédrale , & alla au Convent desCordeliers
M. l'Evêque revêtu de fes habits
pontificaux , ayant fon Clergé à la
tête,fuivit la Proceffion ; enfuite la Chambre
des Comptes , les Maire & Echevins
en Corps , precedés des Batoniers de la
Ville , fuivoient la Chambre des Comptes
; M. l'Evêque avoit auffi ordonné
que dès le Samedi 10. Septembre , que
commença la réjouiffance publique , toutes
les Cloches de la Ville fonneroient en
branle depuis huit heures du matin jufqu'à
dix.
M. Bachod , avec tous les Officiers de
Ville , à la tête de 200. hommes choifis >
alla audevant du Roi Staniſlas , qui
arriva à neuf heures du matin le Dimanche
11. Septembre au Palais Epif-
Copal.
La Proceffion étant de retour à la Cathedrale
, ce Prince placé fous un Dais entendit
le Te Deum qui fut chanté par fa
mufique , & par celle de la Cathédrale; le
concours du Peuple fut fi grand, que l'Eglife
n'en pût contenir qu'une partie.
Le Te Deum fini , la mufique du Roi
Staniflas donna un Concert à une nombreufe
Affemblée fur la Terraffe de l'Evêché.
On chanta le Prologue de Phaeton
Covj fuivi
2178 MERCURE DE FRANCE .
>
fuivi de Concerto qui furent parfaite
ment bien executés ; aprés quoi le Ro
reçûr les complimens des Dames , & le.
promena fur la Terraffe.
La Bourgeoisie en armes, fe rendit cependant
à l'Hôtel deVille ; M. Dodun , Lieutenant
General du Gouvernement, s'y rendit
auffi , accompagné des Maire & Echevins.
Le Feu de la Ville qui étoit fur la Gréve,
vis -à - vis le Palais Epifcopal , fut trésbien
executé ; les deux Quais de plus
derso. toifes de longueur chacun , étoient
illuminées par des Pots à feu , ainfi que
les Parapets , les Eperons , & le Cordon
du Pont.
Au milieu de ce Pont , eft élevée cette
fuperbe Piramide qui fait l'admiration
des Etranges par la delicateffe de l'Ouvrage
, & par fa hauteur de près de cent
pieds ; on l'avoit revêtuë d'un furtout de
menuiferie , fur laquelle étoient attachés
plus de 2000. lampions qui figuroient
des Fleurs de Lys fans nombre , & formoient
auffi les Armes du Roi & de la
Reine. Au bas de cette Piramide , qui
fembloit naître dans le feu même , les
lampions formoient plufieurs Dauphins ,
& il fortit de la même baze un nombre
infini de fufées qui redoublerent l'admiration
des fpectateurs .
Après que M M. Dodun & Bachod
eurent
SEPTEMBRE . 1729. 2179
eurent allumé le feu , la Bourgeoifie fous
les armes forma un rond fur la Gréve
& fit plufieurs Décharges. Les Illumina
tions étoient en fi grande quantité que
le
Pont & la Riviere paroiffoient tout en
feu. Les Canons de la Ville tirerent pendant
tout le tems que dura le feu , &
on tira à côté de la Piramide un grand
nombre de Fufées .
Cependant l'Hôtel de Ville étoit tout
illuminé, tant du côté du Port que du côté
de la Ville. Au- deffus des Portes , less
Armes du Roi étoient repréfentées , &
formées par des Lampions qui durerent.
depuis fept heures du foir jufqu'à trois
heures du matin ; toutes les Maifons de
la Ville furent auffi illuminées , & des
Fontaines de vin coulerent à celle de M.
Le Maire.
Ce Magiftrar pour rendre la Fête plus
magnifique avoit donné fes ordres pour
faire allumer des Feux fur les côteaux qui
font au- delà de la Riviere pendant troislieues
de longueur , ce qui formoit un
fpectacle des plus finguliers.
M. Baudri de la Blandiniere a auffi
donné des marques de fon zele , comme
Echevin pour la Nobleffe. Il a fait illuminer
toute fa Maifon de bougies & de
lampions, & a fait donner des rafraîchiffe
mens à tout le monde.
Le
2180 MERCURE DE FRANCE:
Le même jour II . Septembre , le Roi
Staniflas donna une grande Fête , ayant
choifi pour cela le Palais Epifcopal de
Blois. Dès la veille on fit rôtir fur la
grande Place un Boeuf qui peloit environ
6oo . livres , & plufieurs Moutons qui
furent le lendemain diftribués au Peuple
, quatre Fontaines de vin coulerent
toute la journée aux quatre coins
de la Place.
Tout le Frontifpice du Palais Epifcopal
fut éclairé de lampions , & la Cour
fut pareillement illuminée jufqu'aux toits,
& aux goutieres .
La Tour de la Cathédrale l'étoit par des
Pots à feu. A l'entrée de la Terraffe , on
voyoit huitarcades ornées de lampions ,formant
une belle & grande Salle fous des
mironiers , éclairée de fix Luftres , &
deftinée pour le Bal , vingt huit autres Maroniers
qui bordent la terraffe formoient
d'autres arcades pleines de lampions , ce
qui faifoit un effet furprenant ; fur le long
de la terraffe baffe étoient zoo . Pots à feu,
& la Terraffe haute étoit pareillement éclai
rée par des Pots à feu .
Au milieu de la Terraffe étoit une Table
de 186. Couverts pour les Dames de
Ja Ville , & pour la principale Nobleffe
du Blefois .
Sur les fept heures du foir , douze
Cou
SEPTEMBRE . 1729. 218 %
Couleuvrines , & plufieurs Canons firent
des Décharges fans difcontinuer . Un moment
après la premiere Décharge on fer
vit un magnifique repas ; toutes les Dames
fuperbement parées fe mirent à Table
, & les Gentilshommes fe tinrent de
bout pour les fervir. On n'a jamais vû
tant de profufion que dans ce repas
vins de Champagne , & de Bourgogne ,
vins de Hongrie , & du Rhin : tout étoit
en abondance , & il y avoit fans exageration
dequoi regaler fplendidement fix
cent perfonnes; en un mot, tout répondoit
à la magnificence du Prince , qui de
tems en tems le montroit , & donnoit des
marques de fa bonté & de fon attention.
Au bout de la Terraffe , où étoit la Table
, il y a un berceau de trente Toiles de
long , lequel parut tout en feu par une il..
lumination des plus ingénieufes dont la
principale repréfentoit un Dauphin ; on
avoit pareillement repréfenté les Armes
du Roi ; le tout enfemble formoit une
brillante décoration , & une perfpective
charmante. Pendant le repas , la Mufique
du Roi Stanislas ne difcontinua pas , &
on tira des Fulées fans nombre. Cette
nuit , au refte , parut auffi claire que le
plus beau jour , par l'illumination genérale
, dont voici le détail.
Il y avoit 25. grands Luftres fur fa
grande
2182 MERCURE DE FRANCE:
grande Terraffe , 400. autres plus petits
diverſement placés , 8000. lampions ,
1100. Pots à feu, & 4000 . terrines remplies
de cire.
Aprés le foupé , il y eut un Bal magni
fique dans le Grand Salon du Palais Epifcopal
, qui dura jufqu'au jour.
La même Lettre écrite de Blois porte
que M. l'Abbé Butel , Bachelier de Sorbonne,
a fignalé fon zele en cette occafion
par un Emblême fort ingénieux , que l'on
trouvera ici gravé . Notre Augufte Dauphin
y eft repreſenté fous la figure d'un
Soleil levant , avec cette Devife : GAUDIA
SPEMQUE PARIT .
UDIA SPEMO UE PARTS
GAUDIA
L'AuSEPTEMBRE.
1729. 2183
L'Auteur a accompagné l'Emblême des
Vers qui fuivent :
Quece Prince naiflant annonce de beaux joursą
Il fait par tout naître la joye ,
Et le Ciel fur fes pas déploye
Les Jeux , les Ris & les Amours.
France , il doit être un jour l'honneur de ta
Couronne ,
Si. nos defirs ont leur effet ;
Il fonde juftement le plaifir qu'il nous fait
Sur l'efperance qu'il nous donne .
Vers du même Auteur , pour mettre aw
bas du Portrait de Monfeigneur le Daus
PHIN .
Je nefuis qu'un Enfant couché dans le berceau,
Un Rejetten des Lys qui ne fait que d'éclore
Mais déja plus brillant que la brillante Aurores
Voulez- vous me tracer d'un feul coup de pinceau
?
Je fuis fils de Lours ; rien ne manqué au Ta
bleau.
REA
2184 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXX XXXXXXX
RE'JOUISSANCES faites dans les Ci
tadelles de Marseille Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville le 20. Sepa
tembre.
Lond Bataillon eft engarnifon dans
E Régiment Dauphin , dont le fe-.
les deux Citadelles de Marfeille , eft intereffé
d'une maniere trop particuliere à
un évenement qui fait le bonheur de toute
la France , pour ne pas donner à cette
occafion des preuves de fa joye & de fon
zele ; les Officiers de ce Bataillon fe font
fait un devoir de prévenir là - deffus une
Ville fameufe par la fidelité.
Le Lundy 19. Septembre , fut choifi
pour ce fujet la plus belle nuit que l'on
pût fouhaitter , & un calme parfait feme
bloient concourir aux agrémens d'une Fête
où rien ne devoit manquer d'ailleurs .
On s'étoit affujetti à l'Architecture de
la principale Porte de la grande Citadelle
pour l'illumination , on y avoit feulement
ajoûté quatre Pilaftres , entre lefquels on
avoit placé deux Emblêmes avec leur explication
, la premiere étoit :
On
SEPTEMBRE. 1729. 2185
Un Soleil Levant , avec des Indiens
qui l'adorent
NOBIS JAM DEUS EST.
Tout l'Univers attend de fa vive lumiere
Les bienfaits les plus doux ;
Mais dès le premier pas qu'il fait dans fa Car◄
riere ,
Il eſt un Dieu pour nous.
L'autre Emblême étoit :
La Conftellation du Dauphin Céleste
dans fon Orient.
TANDEM SPES NOSTRA ,
Nos voeux des Immortels ont fçû ſe faire entendre
;
C'eft un Heros naiſſant qui vient de nous l'a
prendre :
Gage de notre efpoir , gage de leurs faveurs ,
Ils connoiffoient trop bien nos coeurs
Pour nous le faire encore attendre .
La Porte du Donjon étant plus fimple ;
on avoit été obligé d'y ajoûter un Portique
formé par fix Colomnes d'Ordre Dorique
; la Corniche étoit chargée de deux
Trophées , l'un d'armes , & l'autre de divers
Attributs des Arts.
Sous le Trophée d'Armes , entte les
Colomnes , il y avoit pour Emblême un
Hercule
1186 MERCURE DE FRANCE
Hercule au Berceau qui étouffe des Serpens.
SIC PRELUDIT HEROS.
Et du côté du Trophée des Arts , un Arion
Sauvé par un Dauphin.
TUEBITUR ARTES .
On avoit fait conftruire pour recevoir
la Compagnie invitée , une Loge de 12 .
toifes de longueur , fur fix de largeur ,
exhauffée à proportion , très - bien ornée ,
& très - bien éclairée ; on avoit choisi pour
cela le côté du Rempart qui regarde la
Ville , d'où l'on découvroit avec plaifir
cet Edifice qui paroiffoit prefque avoir
été élevé tout d'un coup , parce qu'on y
avoit employé autant de promptitude
que d'ordre. Plufieurs rangs de petites
Lanternes formoient un glacis de lumieres
fur cette Loge , où l'on entroit
par quatre portes , ouvertes dans les Angles
des deux fonds , l'entre - deux des porres
étoit illuminé en Lampions , avec
des Emblêmes ; la premiere étoit :
Une Renommée qui préfente un Enfant à des
Guerriers , defignés par l'uniforme du
Régiment , & au-deffous :
JAM NOMINE NON GAUDETIS INANI ?
Et
SEPTEMBRE. 17299ܐ17
2187
Et pour explication ces Vers .
Dans les divers périls , que la valeur s'ap
prête ,
Le nom feul d'un DAUPHIN a ſçû vous engager
,
Mais à préfent qu'il vit , qu'il eſt à votre tête ,
Est-il quelques Exploits , eft- il quelques Con
quêtes
A quoi vous ne deviez fonger.
Et du côté oppofé ,
Mars tenant d'une main les Armes du
DAUPHIN , qu'il montre de l'autre
aux Drapeaux du Régiment.
HOC DUCE VINCETIS.
Et au - deffous ,
Pour le Sang de vos Rois on connoit votre
zele ,
Tout le vôtre pour lui couleroit mille fois ,
Mars lui-même , affuré de votre ardeur fidele
Vous promet de nouveaux Exploits.
La Compagnie fe raſſembla à ſept heures
du foir , au fortir d'un Concert , quantité
de Gondoles bien ornées avoient
été difpofées pour l'amener . Elle débarqua
devant la Porte de la Citadelle. M. le
Comte de Roannez , Lieutenant General
des Galeres , la conduifoit ; elle étoit
com
2188 MERCURE DE FRANCE :
compofée de cent Dames habillées magnifiquement
, de tous les Officiers de
galeres , & de tout ce qu'il y avoit de
plus diftingué dans la Ville. M. de Brunville
, Commandant du Bataillon , accompagné
des principaux Officiers , vint la
recevoir à la Porte . Elle fut faluée de toute
l'Artillerie de la Citadelle , & le Fort
S. Jean , autre Citadelle , répondit auffi
par une décharge generale.
La Compagnie fit tout le tour du Rempart
pour jouir du coup d'oeil de l'illumination,
dont l'effet étoit frappant , la nuit
étoit très obfcure , & on n'étoit abfolu
ment éclairé que par une multitude de
Falots rangez fur plufieurs files le long
des Baftions , & des Courtines , avec des
Pots à feu aux Angles faillans : le Dönjon
, furtout , qui eft très - exhauffé , &
éloigné du Rempart , paroiffoit , pour
ainsi dire , deffiné en l'air avec des traits
de lumiere .
La lueur que caufoient les fréquentes dé
charges d'Artillerie joignoit à cette lumiere
douce , quelque chofe de plus animé
, & de plus noble ; il y eut plufieurs
Salves de la grande & de la petite Artillerie
, & le Fort S. Jean éclairé de même
y répondit de toute la fienne .
Cfpectacle amufa agréablement l'Alfemblée
pendant deux heures ; on paffa
dans
SEPTEMBRE . 1729. 2189
dans la Loge , dont on a parlé,à neuf heures
› on y trouva une Table à fer à
cheval de cent couverts fervie avec une
profufion délicate. Les Dames furent pla
cées les premieres , les Cavaliers qui les
avoient conduites fe placerent derriere ,
& les Officiers occuperent le vuide
pour les fervir. On fut à Table pendant
plus de deux heures ; il y avoit de quoi
contenter tous les goûts , on finit par des
Vins recherchez , avec lefquels on but la
fanté du RoY , DE LA REINE , DI
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN , & chaque
fanté fut fuivie d'une Salve generale .
On avoit menagé dans la Loge deux Tribunes
, ou une Symphonie choifie , &
jouant par repriſes , augmentoit le plaifir
de la Compagnie .
On fortit de Table par une des extrê
mitez de la Loge , & après avoir fait un
tour de rempart , on rentra par l'autre
& on trouva la Salle difpofée pour le Bal .
M. le Comte de Roannez le commença ;
on danſa avec beaucoup de grace , & on
finit par des Contre-danfes. Le jour qu'on
vit revenir à regret , termina la Fête , en
féparant la Compagnie ,
On peut affûrer que tout le monde en
a été également fatisfait ; le Peuple même
qui n'a pû voir la Fête que de loin , y a
pris beaucoup de part , à caufe de deux
Fon:
2190 MERCURE DE FRANCE :
Fontaines de Vin qui ne cefferent de couler
en fa faveur. Le Soldat a été d'ailleurs
fort fatisfait du vin & des viandes qu'on
lui a diftribué en abondance , & il a imité
la Fête à fa maniere , par des Danfes con-
´tinuelles , au fon des Tambours , & autres
Inftrumens du Pays.
DIALOGUE Payfan fur la Naiffance
du DAUPHIN..
Air. Ton himeur eft Catherene , &c.
AH ! Colin, que je fuis aife
De te rencontrer ici !
Maturin & le gros Blaiſe
Venions d'arriver auffi.
Paris eft pis qu'une Foire ;
L'on y rit de bout en bout;
Chacun ſe fait une gloire
D'y bouter le feu par tout.
f
柒
Dame ! auffi quel avantage
Pour tout le Peuple François !
Nous avons en droit lignage
Un Fils de plus de cent Rois .
C'eſt le Dauphin dont je parle ;
Vraiement
SEPTEMBRE.
1729.
2191)
Vraiement l'on dit qu'il eft biau ,
Gentil , plus net qu'une Parle ,
Doux & droit comme un Rofiau.
柒
Voyez donc le bel Oracle !
Quel conte nous fait-il là ?
Prens- tu çà pour un Miracle ?
Avec le Pere qu'il a ?
Trouverois -tu fur la terre
Un fi biau Prince , un mortel ,
Auffi bien fait pour la Guerre
Et d'un meilleux naturel.
Tatigué ! comme il jargonne ;
De la Reine qu'en dis - tu ?
Je dis qu'elle eft franche & bonne ,
Un vrai Tableau de vertu ;
Et
que
de tels Pere & Mere
Il ne fçauroit provenir
Que des Enfans dont , Compere ,
On aura bian du plaifir.
En voyant les trois Princeffes ,
Ca fe devine en deux mots ;
Ce ne font que gentilleſſes ,
Et de biaux petits propos.
Je gagerois bian , accòute ,
D Qu'elles
2192 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elles pâment dans le coeur
D'avoir , fans qu'il leur en coûte ,
Pour Frere un fi grand Seigneur.
M
Dans le Château de Verfailles
On ne s'entend pas, ma foy ;
Tout le monde eft en guogailles ,
A commencer par le Roy ;
Les Dames pleuriont de joye ,
Mais rien ne paroît égal
A la guayté que déploye
Le Miniftre Cardinal.
Sont mille gens qui tracaffent ,
Et des Nourrices par tas ;
Des Cuifiniers qui fricaffent ;
Ah ! queu tarrible embarras !
J'ignore où tout ça fe boutei
Mais en retour je conçoi
Que pour leur tremper la croute
Il faut bian avoir de quoi ,
Je t'acoute , & tu raiſonnes ,
Ah ! que je fommes nigauts ?
Approchons-nous de ces tonnes ,
De vin en tombe par fciaux,
Si j'attrapons par fortune
Quels
SEPTEMBRE . 1729. 2193
Quelques fapes de gourdin
Je boirons & fans rancune
A la fanté du Dauphin.
·
Quel bruit ! que de petarades !
Qu'on fentla Poudre à Canon !
Chacun donne des aubades ;
Le pavé n' eft que charbon ; q ">
Entens -tu les tournebroches ?
Pargué ! ça va d'un grand train.
Ah ! qu'on caffera de cloches
Si Dieu n'y boute la main !
Palfangué ! comme on nous pouffe !
Ils ont grillé mon chapiau.
La rencontre n'eft pas douce ;
Pren garde à ce ferpentiau.
Quoiqu'Habitans de Village ,
Morgué j'avons le coeur bon ;
Ca crions avec courage ,
Vive le Sang de Bourbon,
TT
Dij
RE
2194 MERCURE DE FRANCE,
車車車身费車車急車車車急急急急急急急急鼎患急急
RE'JOUISSANCES faites à Richelieu,
L
'Agréable nouvelle de la Naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN étant
arrivée à Richelieu le 6. Septembre par
une Lettre écrite de l'Hôtel de Richelieu
à M. Jahan , Sénéchal de la Ville ; il en
fit part auffi- tôt au Public qui fit éclater
dans le moment fa joye de toutes parts.
Quelques jours après, le Sénéchal , qui
attendoit avec impatience les ordres de
M. l'Intendant , les ayant reçus , ordonna
en qualité de Maire perpetuel au fieur
Morin , Syndic des habitans , de faire les
préparatifs convenables pour des réjouif
fances publiques ; & les Miffionaires
Curés de la Paroiffe , ayant fecondé avec
joye le zele & l'impatience de la Ville
il fut réglé que le Dimanche 18. Septembre
on remercieroit le Seigneur d'un évenement
fi intereffant , & qu'on donneroit
une preuve éclatante de la joye de
cette Ville.
Le 18. dès la pointe du jour , la Fête
fut annoncée par plufieurs coups de Canons
tirez du Château par ordre de M. de
Plet , Gouverneur. L'après - midi 2
les
Bour
SEPTEMBRE. 1729. 219$
Bourgeois , au nombre de trois cens ,
tous proprement vêtus , fe mirent fous les
armes , divifez en trois Compagnies , à
la tête defquelles étoit M. Brandeliere
ancien Officier réformé , qui les ayant
déja dreffez & difciplinez dans plufieurs
autres réjouiffances publiques , leur fit
faire l'éxercice , & les conduifit pendant
toute la cérémonie dans un ordre parfait.
W
Sur les cinq heures & demie , le Gou
verneur avec tous les Magiftrats & Offi
ciers de la Sénéchauffée , de l'Election
& du Grenier à Sel , & tous les Avocats
& Procureurs en Robes , s'étant rendus à
l'Eglife , le Régiment Bourgeois rangé en
ordre de Bataille dans la Place publi
que , on commença par chanter un Répons
, après quoi la Proceffion partit
dans un fort bel ordre , chantant des
Pleaumes & des Cantiques de joye , &
fit le tour de la Ville .
>
A fon départ toute la Soldatefque fit
une décharge generale , & le Régiment
Bourgeois fuivit dans un grand ordre
ayant à fa tête fes Officiers , les Etendarts
, quatre Tambours du Régiment de
Richelieu , & la Symphonie de la Ville ,
qui eft des meilleures de la Province . La
Proceffion entra dans l'Eglife des Dames
Religieufes, qui eft dans une grande Place,
D iij
2196 MERCURE DE FRANCE.
à l'autre bout de la Ville , où l'on chants
en Mufque un Motet de M. Campra ,
qui fut parfaitement bien executé.
La Proceffion étant rentrée dans l'Egli
fe,leRégiment Bourgeois rangé dans la Pla
ce , comme il l'avoit été dans l'autre Place
pendant le Motet , où il avoit fait une décharge
, on chanta le Te Deum. Après lequel
, un feu élevé de plus de 40. pieds ,
qui avoit été dreffé au milieu de la Place
publique , fut allumé en cérémonie , au
bruit du Canon , & le Régiment Bourgeois
faifant une décharge generale.
A la fin du Feu on tira du Palais qui eft
fur la grande Place , plufieurs Fufées volantes
, Lances à feu, & Serpenteaux , qui
firent un fort bel effet . La face du Palais
étoit toute illuminée d'un grand nombre
de Lampions , auffi - bien qu'un grand Tableau
qu'on avoit placé au- deffus de la
Porte , chargé des Armes du Roi , de la
Reine , & de Monfeigneur le DAUPHIN .
Au-deffous du Tableau , & des deux côtez
étoient attachez des Tonneaux de
Vin , qui fournirent abondamment à tout
le Peuple.
>
Tous ces ornemens , l'Artifice , & les
illuminations furent executez par le fieur
Letelnet , Concierge de M. le Duc de
Richelieu , qui a beaucoup de goût & de
talent pour ces fortes de chofes.
M.
SEPTEMBRE. 1729. 2197
M. le Sénéchal donna le foir un Repas
magnifique dans fa belle Maifon , fituée
dans la grande ruë , la face en étoit toute
illuminée ; les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville y furent invitées. Après
le fouper , qui fut accompagné de Symphonie
, on entra dans le Jardin qui étoit
éclairé de plufieurs illuminations ; on y
eut le plaifir de voir tirer plufieurs Fulées
volantes Gerbes de feu , Serpenteaux
&c. qui réuffirent parfaitement. La Fête
fut terminée par un Bal qui dura bien
avant dans la nuit .
,
Il y eut auffi un grand Repas chez le
Syndic des habitans pour tous les Officiers
de la Bourgeoifie , & autres perfonnes
de la Ville qui voulurent s'y trouver ,
où la fanté de Monſeigneur le DAUPHIN
fut bûe avec de grandes acclamations , au
fon des Tambours. 1
Le Gouverneur n'auroit pas manqué de
'donner chez lui , au Château , une grande
Fête , fans la trifte circonftance où il
fe trouve du deüil de fa mere.
Si cette petite Ville qui n'eſt ni riche ,
ni marchande , n'a pas pû fe diftinguer
par de grandes magnificences , elle s'eft
au moins empreffée à marquer fa joye &
fon zele par une extrême diligence.
On fçait que la Ville & le Château de
Richelieu font l'ouvrage du grand Cardi-
Diiij
nal ,
2198 MERCURE DE FRANCE .
>
nal , dont le nom fera toujours célébre
dans notre Hifcire . Son goût exquis y
éclaté de toutes parts. La Ville , ornée de
plufieurs grands Edifices en Pavillons
bâtis très-folidement , d'une rue très -longue
& très-large , de deux Places fort (pacieuſes
, & d'une très belle Eglife , eft
des plus régulieres , & le Château des
plus grands & des plus magnifiques du
Royaume.
·
A LA REINE
MADRIGAL
De Mad Heritier.
D'Athenais , cette aimable Princeffe ,
Qui fit cherir fes Loix à l'Empire de Grece ,
Grande Reine , aujourd'hui vous nous faites
revoir
Et les vertus & le fçavoir :
De votre fort brillant , à ſon deſtin auguſte ,
La reffemblance eft belle & jufte :
Mais plus heureufe encor enfin qu'Athenaïs à
Pour combler tous nos voeux le Ciel vous donne
un fils :
Mais un fils qui fuivant les traces glorieufes
D'un
SEPTEMBRE. 1729. 2199
D'un Pere Sage & Grand , l'amour de fes
Sujets ,
Et d'une Mere en qui cent vertus gracieuſes
S'uniffent à de doux attraits ,
Sans ceffe couronné par les mains de la gloire.
Tiendra le plus beau rang au Temple de Mémoire.
RE'JOUISSANCES faites à Citeaux
au Château de Gilly par M. l'Abbé
General de Citeaux..
M
R. l'Abbé de Citeaux ayant appris
la grande nouvelle de la Naiffance
d'un DAUPHIN ; il la fit auffi - tôt annoncer
par le fon des Cloches. Le lendemain.
8. Septembre , tous les habitans de la
Dépendance de Citeaux fe mirent fous les
armes , & une Fontaine de Vin coula
toute la journée dans la Cour de l'Abbaye.
On alluma par tout des Feux , & les Danfes
au fon des Mufettes , & c . durerent
toute la nuit.
Le jour fuivant M. l'Abbé le rendit à
fon Château de Gilly , où il y eut une
Fête plus diftinguée. Elle commença par
un Te Deum chanté au bruit de fix piéces
de Canon. On fit enfuite couler deux Fon-
Laines de Vin , & on diftributa au peuple
Dav
de
·
2200 MERCURE DE FRANCE:
de l'argent , du pain & de la viande . Il *
eur dans la Cour du Château des Tables
fervies pour les habitans qui s'étoient mis
fous les armes , & pour tous ceux qui n'éroient
pas du commun du Peuple.
A la Salle du Château , on fervit un
grand fouper pour toutes les perſonnes
de confideration , après lequel on tira un
Feu d'Artifice qui dura près de deux heures
; tout le Château étoit illuminé dès
l'entrée de la nuit . Plufieurs Hautbois
& Violons qu'on avoit placez dans differens
endroits donnerent occafion à plufieurs
Danfes galantes , qui durerent bien
avant dans la nuit. La Fête finit par une
décharge réiterée plufieurs fois de fix
Canons , après laquelle la plus grande
partie du monde fe retira ; mais les illuminations
du Château , & les Pots à feu
ayant duré jufqu'au jour , plufieurs perfonnes
y ont paffé tout ce tems- là pour
fe réjouir plus long - tems . Enfin , cette
Fête a été accompagnée de toutes les démonftrations
de joye que l'on peut témoi
gner en pareille occafion . C'eft la premiere
qui ait été donnée dans la Province
& le dernier jour de l'Octave de la Naiffance
du Prince , qui étoit le Dimanche
11. Septembre.
CHANSEPTEMBRE
. 1729 2201
1
*******************
CHANSON fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN ,
Sur l'Air : Len lan la derirete .
LE Ciel nous accorde à la fin
Un gentil & charmant DAUPHIN
Lon lan la derirete.
La joye en eft grande à Paris ,
Lon lan la deriri.
On voit de l'un à l'autre bout
Des feux & des danſes par tout ,
Lon lan la derirete ,
Chacun y boit , y chante, y rit ,
Lon lan la deriri.
Les Artifans , les Ouvriers ,
Abandonnent leurs Ateliers ,
Lon lan la derirete ,
Pour s'aller recréer l'efprit ,
Lon lan la deriri,
Sur leur grabat les plus mal - fains
Sont délaiffés des Medecins ,
ร่ Dv
Lon
2202 MERCURE DE FRANCE .
Lon lan la derirete ,
Ils n'en vont que bien mieux depuis ,
Lon lan la deriri.
Sur le Pont- neuf le Grand Thomas
Arrache dents , & catera ,
Lon lan la derirete ,
Et le tout pour un grand- merci ,
Lon lan la deriri.
L'Opera , les Comediens ,
Donneront du plaifir pour rien ,
Lon lan la derirete ,
Et les Danfeurs de Corde auffi
Lon lan la deriri,
L'on voit par tout le verre en main,
Boire à la fanté du Dauphin
Lon lan la derirete ,
2
Hommes , Garçons , Grands & Petits
Lon lan la deriri.
R
Et les Femmes de leur côté,
En ont le coeur fi tranſporté ,
Lon lan la derirete ,
Qu'elles oublient leur mari
Lon lan la deriri.
La
SEPTEMBRE. 1729 2203
La fille qui pour fon Amant ,
Avoit le moins de fentiment ,
Lon lan la derirete ,
Eft toute de flâme pour lui ,
Lon lan la deriri .
Serois- tu la feule , Alifon ,
Qui plus fotte qu'un jeune Oyfon ,
Lon lan la derirete ,
Fît la farouche aujourd'hui ,
Lon lan la deriri.
A la venue de ce Dauphin ,
A mes tourmens viens mettre fin ,
Lon lan la derirete ,
Chaffons loin de nous le fouci ,
Lon lan la deriri.
Tant que ce beau Dauphin vivra ,
Crois que ma flâme durera ,
Lon lan la derirere ,
Vêcut- il dans cent ans d'ici ,
Lon lan la deriri.
2
EX2104
MERCURE DE FRANCE.
-
EXTRAIT du Difcours du P. Candide,
Recollet , fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , enen préchant à
Paris le jour de la Nativité de la Sainte
Vierge.
Le Deffein & la Divifion du Prédicateur
étoient exprimez en ces termes :
bon-
Marie eft née pour fon propre bonheur ,
voyons fi c'est auffi pour notre propre
beur que nous fommes nés.
Marie eft née pour le bonheur de l'Univers
voyons quelle part nous prenons
ce bonheur univerfel .
Ab
U premier Point , en parlant du
bonheur de notre naiffance , qui eft
d'être Chrétiens par le Baptême , il dit :
C'eft fur ces principes que nous appellons
heureufe la Naiffance de notre Augufte
DAUPHIN ; heureufe , non précifément
parce qu'il eft né dans la Pourpre
Royale , héritier préfomptif d'une brillante
Couronne , fait pour tout ce qu'il y
a de plus grand fur la terre ; mais parce
qu'il eft né dans un Royaume Chrétien &
Catholique , parce qu'il a reçû le faint
Baptême , parce qu'il y a dans le Roi
Lon
SEPTEMBRE. 1729. 2209
8
fon Pere , & dans la Reine fa Mere , un
grand fond de Religion & de zele pour
proteger l'Eglife , parce qu'étant élevé
fous leurs yeux , ils lui infpireront leurs
fentimens , & ne le formeront pas moins
pour être un vrai ferviteur de Dieu , que
pour devenir un grand Roy .
Au fecond Point , en parlant de la joye
que doit nous caufer la Naiffance de Marie
, qui eft née pour le bonheur de l'U
nivers , il dit encore fur la Naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN :
Notre joye vient d'éclater , & elle éclate
encore au fujet de cette heureuſe Naiffance.
L'inclination naturelle qui nous
fait aimer nos Princes , nous fait auffi
partager avec le Roi & avec la Reine , le
bonheur d'un évenement qui met le comble
à leurs voeux , & qu'ils regardent
comme la marque la plus vifible qu'ils
ayent encore reçuë de la protection du
Seigneur nous comprenons de quelle
importance il eft pour le bien de la France
, & même pour la tranquillité de l'Europe
, que la Couronne s'affermiffe & fe
perpetue dans une Maiſon où elle eſt
portée depuis fi long tems par des Heros ,
qui font la gloire de notre Nation , &
l'admiration de toutes les autres. Nous
fentons combien il eft avantageux à l'Eglife
, que dans un Royaume dont le Roi
eft
2206 MERCURE DE FRANCE.
eft fon fils aîné , il y en ait toujours un
tel que le nôtre , & que les Rois fes Prédeceffeurs
, qui aiment leur Mere , & qui
la deffendent.
Quelles furent nos allarmes , lorfque
nous vîmes l'Augufte & brillante Famille
du Roy Louis XIV. tomber fous les
coups de la mort prefque toute entiere ,
& prefqu'en même-tems ! il ne nous en
reftoit qu'un feul rejetton , nous tremblions
pour fa vie , Dieu nous le conferva
comme miraculeufement , c'eft le Roi
que nous avons . Uni par les noeuds facrez
du Mariage à une Princeffe que les refforts
de la Divine Providence lui avoient
préparée , nous fouhaittions ardemment
qu'il en eut pour le premier fruit un Dauphin
, & l'affurance de fa fécondité ne
contentoit pas notre impatience.
Il eft venu enfin dans le tems marqué
par le Ciel , ce DAUPHIN , que nous défirions
tant. Voilà ce qui met la joye dans
tous les coeurs , ce qui fait rendre à Dieu
de folemnelles Actions de Graces , & ce
que nous ne pouvons trop célebrer par
les démonstrations que l'amour infpire.
Que Dieu comble de fes plus abondantes
benedictions , la glorieufe Pofterité
du Grand Roy Louis XIV , de triomphante
mémoire ; qu'en récompenſe du
zele qui l'a toujours rendu le Protecteur
dc
SEPTEMBRE. 1719. 2207
de l'Eglife , le Deffenfeur des Autels
l'ennemi déclaré de tout Novateur , il foit
couronné dans la Gloire , & que fes Delcendans
demeurent fur le Trône jufques
dans les fiécles futurs les plus reculez.
XXXX :XXXXX :XXXXXX
CHANSON fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
Sur l'Air , Lampons .
AH ! que j'aime le D A UPHIN ,
Son nom rime affez au Vin ;
bis.
biso
Nous en faut-il davantage
Pour lui rendre notre hommage?
Lampons , & c.
Il eft du Sang de BOURBON ,
Donnez-moi doncques du bon ,
J'en tire la conféquence ,
Qui me paroît d'importance,
Lampons , & c.
學
En Septembre il a paru ›
bis.
biso
bis.
C'eſt le mois du bois tortu ;
bis
Il portera bonne chance
Au
2208 MERCURE DE FRANCE:
Au Vignoble de la France.
Lampons , & e.
HERAULT a fait imprimer
Qu'il falloit boire & manger ,
Suivons donc fon Ordonnance
C'est pour le bien de la France.
Lampons , & c.
Le Roy fans faire d'Edits ,
Vient lui- même dans Paris .
Nous montrer par fa préſence
Qu'il faut boire à toute outrance.
Lampons , & c.
biso
bis.
bise
biss
來
Quand au monde vint Bacchus ,
bise
On ne bût pas tant de jus ,
bise
Qu'on en boit pour la Naiffance
De notre DAUPHIN de France.
Lampons , & c.
R E’-
SEPTEMBRE. 1729. 2209
1
XXXXXXXXXXXX XXXXXXXXXX
RE'JOUIS'S ANCES faites à Meaux.
M
Eaux , Capitale de la Brie , s'eft
toujours diftingué dans toutes les
occafions , où il a été queftion de donner
des preuves de fon parfait attachement
& de fa fidelité inviolable à fon Roi.
Cette Ville fut la premiere pendant les
troubles de laLigue , qui reconnut Henry
I V. pour fon Roy légitime ; la premiere
qui le reçut en cette qualité.
La Porte par laquelle ce Grand Prince
fit alors fon Entrée , y ayant été totalement
démolie , & rebâtie depuis en 1728 .
par les foins & fur les Deffeins de M. de
Boffrand , Architecte du Roi , on a pofé
au - deffus du , côté du Faubourg , cette
Inſcription :
LUDOVICO XV. REGI CHRISTIANISSIMO
PORTAM HANC A FUNDAMENTIS
RESTITUTAM
EDILES D. D. C. ANNO M. D. CC . XXVIII.
Et du côté de la Ville , cette autre :
HENRICUM PRIMA AGNOVI , REGEMQUE
RECEPI :
EST MIHI NUNC EADEM QUÆ FUIT
ANTE FIDES.
Le bruit du Canon qui fe fit entendre
221 MERCURE DE FRANCE.
én cette Ville le Dimanche matin 4. Septembre
, ayant été regardé comme des
preuves prefque certaines de l'heureuse
naiffance d'un DAUPHIN , les Officiers,
de Ville & les Bourgeois fe mirent dans
le moment en état de pouvoir en marquer
leur joye le plus promptement qu'il leur
feroit poffible , fi tôt que la nouvelle fe
roit affurée. Elle fut confirmée le même
jour à dix heures du matin par le fieur
Bannier, Courier du Cabinet , qui en alloit
porter la nouvelle aux Cours Etrangeres.
La Dame Benoit , Maîtreffe du Logis
de l'Ours , où ce Courier étoit defcendu ,
alla auffi tôt à la Porte du Choeur de la
Cathedrale , dans le tems qu'on chantoit
la Grande Meffe , annoncer toute entoufiafmée
, que la France avoit un DAUPHIN
; on fonna auffi -tôt le Beffroy de
la Ville , ce qui continua pendant trois
jours.
Il y eut le foir même de grandes illuminations
dans tous les Quartiers de la
Ville , & des Tables dreffées , où tous les
Bourgeois fouperent de compagnie en invitant
les Paffans ; tous les Officiers de
Ville , outre les illuminations qu'il y eut
chez eux , firent couler des Fontaines
de vin devant leurs portes ; ce n'étoit par
tout qu'acclamations & cris de vive le Roy,
la Reine , & Monseigneur le DAUPHIN .
Toutes
!
SEPTEMBRE . 1729. 2211
Toutes les marques de joye fe renou
vellerent avec plus d'ardeur le Dimanche
11. du mois , que fe fit la Proceflion generale
, à laquelle affifterent toutes les
Compagnies de Juftice , & de Police ; au
retour , le Te Deum fut chanté en Mufique
à la Cathedrale ; & enfuite les Offiéiers
de Ville allerent au fon des Tambours
& des Trompettes allumer le Feu .
- Le Palais Epifcopal brilla fort par les
grandes illuminations qui y étoient , les
Fontaines de vin y coulerent abondam
ment , & on y tira quantité de Fufées.
-Les Premiers Officiers de Juftice fe diftinguerent
particulierement dans une joye
fi univerfelle. M. de Vernon , Premier
Prefident du Préfidial , donna le Mardy
13. du mois , une Fête , où furent invitées
toutes les Dames de la Ville ; elle commença
dès les cinq heures du foir par
quantité de Tables de Jeu. Le Bal commença
à fept heures ; on fervit à neuf un
grand Ambigu ; il y avoit deux Tables de
46. Couverts , uniquement occupées par
les Dames ; toute la Maifon brilloit par
les illuminations , & une Fontaine de vin
couloit pour le peuple ; le Repas fini , on
continua le Bal qui dura la plus grande
partie de la nuit.
Le lendemain , Mercredy 14. M. Marquelet
de la Nouë , Lieutenant General ,
&
2212 MERCURE DE FRANCE.
Préfident au Préfidial , donna un grand
Dîner , où étoient les Chefs des Compagnies
& les Officiers de Ville ; il donna
le foir un Bal qui commença à 10. heures
, toutes les Dames syy furent invitées ;
il y eut des Rafraîchiffemens en abondance
, une Collation magnifique , avec de
grandes illuminations dans le Jardin , où
il arriva une avanture affez particuliere .
Il y a dans ce Jardin , en face d'une Allée
, une Grote qui étoit toute illuminée ,
au milieu de cette Grote une Niche vuide
Un Particulier fe plaça dans cette Niche
en forme de Statuë ; une fille du commun
s'étant arrêtée à cette Grote pour voir les
illuminations , & regardant avec artention
la prétendue Statue , cet homme s'a
vifa de lui faire des grimaces qui épouvanterent
fi fort la fille , qui croyoit que
c'étoit veritablement une fimple figure ,
qu'elle fe jetta par terre , & refta longtems
évanouie , & c.
Toutes ces réjouiffances furent termimées
par celles que firent les Echevins le
Dimanche 18. du mois ; elles furent an
noncées le Samedi au foir par le bruit des
tambours , & par une décharge de quantité
de boëtes ; la même chofe fut obfervée
le Dimanche matin ; le Beffroi de la
Ville fonna toute la journée. Il y eut da
bord une Fête fur l'eau qui commença
l'aprèsSEPTEMBRE.
1729. 2213
}
Paprès dinée les Mariniers , en bon crdre
, avec leurs Drapeaux , leftement vêtus
, ornés de rubans & cocardes , promenerent
l'Oye par la Ville au fon des
tambours , trompettes & violons , &
enfuite allerent dans le même ordre à
l'Hôtel de Ville avertir les Echevins qu'ils
alloient commencer , & les inviterent à
fe rendre aux places qui leur étoient préparées
dans l'inſtant un de la Troupe le
lança fur une corde qui étoit tendue dans
la rue vis -à-vis la Maifon de Ville , fur
laquelle il voltigea pendant une demie
heure.
Ils allerent enfuite fur la riviere au lieu
préparé où ils donnerent leur fpectacle au
Public au fon des trompettes , timballes ,
tambours & violons ; il y avoit un Bateau
couvert destiné pour les Dames dans lequel
étoit une fimphonie ; il fe trouva
une affluence prodigieufe de monde de
la Ville & des Villages voifins fur la Riviere
& fur le rivage , ce qui faifoit un
très- beau coup d'oeil.
Il y eut le foir un très grand repas , où
toutes les Compagnies , les Vicaires Generaux
de S. E. M. le Cardinal de Biffi ,
Evêque de Meaux , & les Dignités du
Chapitre furent invités ; deux Tables , de
vingt-deux couverts chacune, furent fervies
également ; on y folemnifa au bruit
des
2214 MERCURE DE FRANCE .
des trompettes & des tambours les fantés
du Roi , de la Reine & de Monseigneur
le DAUPHIN , & on y but celles de S. E.
de M. le Chancelier & de M. l'Intendant .
Pendant tout le repas la Bourgeoifie des
Paroiffes de la Ville fous les armes , vint
par Compagnies faire hommage à la Fête ,
par plufieurs décharges de Moufqueterie ;
on les faifoit entrer dans la Cour , où il
y avoit de grandés Tables dreffées , fur
lefquelles on prefentoit des rafraichiffemens
il y avoit outre cela , plufieurs
Fontaines de vin qui coulerent continuellement
pour le Peuple.
Le repas fini , on commença à tirer les
Boëtes , enfuite l'Artifice , & une trèsgrande
quantité de Fulées. On ouvrit le
Bal à 11. heures , auquel toute la Ville
fut invitée , & il y eut des rafraichiffemens
en abondance , & de toutes les façons
; on fervit fur les trois heures une
collation fuperbe dans le Jardin fous des
Tentes. Le lieu étoit illuminé par des Luftres
, par des Terrines &c. On diftribua
aux Dames quantité de Confitures feches ;
le Bal dura jufqu'à fept heures du matin.
Pendant tout le fouper , & la plus grande
partie du Bal , l'Hôtel de Ville , Jardin
, Cours & le Dôme de l'Horloge furent
illuminés d'une maniere tout-à-fait
ingénieuſe,
Tous
SEPTEMBRE . 1729. 2215
?
Tous les Habitans de ce Quartier , en particulier
, voulurent contribuer de leur
part à la magnificence de la Fête , par les
grandes illuminations qu'ils firent , particulierement
le Receveur des Tailles
qui a fa Maiſon fituée vis à- vis de l'Hôtel
de Ville , fans parler des Abbayes &
Monafteres de la Ville & des environs
qui firent auffi éclater leur joye par quan
tité d'illuminations , de Fontaines de vin ,
& d'autres liberalités .
**XX:XXXXXXX :XXXXX
MADRIGAL.
L'Amour à trois Graces fuccede ,
fixe fur lui tous les yeux ,
A fes charmes naiffans tout cede ,
Et fur la terre , & dans les Cieux ;
Une augufte Fleur vient d'éclore ;
Un nouvel Aftre brille, & commencefon cours;
Un Dauphin nous eft né ; celebrons fon Aurore
,
Elle annonce pour nous les plus brillans des
jours.
J. B. Ponci J.
鼎鼎樂
E EXTRAIT
2216 MERCURE DE FRANCE .
****** : *** : ******
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Officier de Justice , fur les Rejouiſſances
faites à Lyon , depuis le 6. jufqu'an
19. Septembre.
Nhier , & furent terminées par un
magnifique Bal que donna dans la Sale.
du Concert M. de la Ferriere , Commandant
de la Province du Lyonnois ; .
il y eut un grand concours de nos Dames
, & d'Etrangeres , qui en firent tout
l'ornement . Bourg - en - Breffe nous en
fournit au moins 40. ainfi que les autres
Villes circonvoifines . On a compté plus
de trente mille perfonnes qui font venues
prendre part à la joye qu'a caufé la Nail
fance de Monfeigneur le DAUPHIN .
Os réjouiffances publiques finirent
Au moment de cette grande nouvelle ,
que nous aprîmes par trois Couriers , envoyés
à Rome , à Turin , & aux Prin
ces d'Italie , nos Comtes firent chanter .
le Te Deum au fon de leurs groffes Cloches
. Toutes celles des autres Chapitres
& des Communautés Régulieres & Séculieres
s'y joignirent . Nous en fimes
chanter un à huis clos dans la Chapelle
du Palais
Meffi curs
SEPTEMBRE. 1729: 2217
Meffieurs de Ville inviterent toutes
les Compagnies à celui qu'on chanta en
Mufique dans leur Grand Hôtel . Les
Tréforiers de France fe conformérent avec
les autres Corps à l'exemple que nous leur
avions donné . Enfin toutes les Maifons
Religieufes , de l'un & de l'autre fexe , en
firent autant , & tout le réunit Dimanche
18. au Te Deum genéral qui fut chanté
dans l'Eglife de S. Jean , à cinq heures du
foir , au retour de la Proceffion genérale ,
au bruit des Canons & des Boëtes , qui
avoient commencé à tirer dès la pointe
du jour ; les Fontaines de vin out été des
plus abondantes .
Il y a eu dans les 35. Quartiers de la
Ville ( qui ont monté à leur tour la Garde
) des illuminations , dont les repréfentations
étoient differentes. Celle des Celeftins
formoit un Arbre de Génealogie ,
où les Armes du Duc & de la Ducheffe
de Bourgogne fervoient de baze ; celles
du Roi & de la Reine étoient réunies par
un branchage , & furmontées d'un Dauphin
qui faifoit le couronnement . Toutes
les Montagnes qui font dans l'enceinte de.
la Ville ont été illuminées. Le Baffin de
laSaone a été entouré de Pots à feu placés
d'une égale distance ; l'Artifice qui éto t
joint à cette décoration formoit un objet
fur le criftal des eaux qu'aucun pinceau
E ij
ne
2218 MERCURE DE FRANCE .
ne fçauroit bien repréfenter. Il y avoit dés
Gondoles éclairées de cent façons particulieres
, qui faifoient un fpectacle des
plus charmans.
La Place de LOUIS LE GRAND en
formoit un au - deffus de tout ce qu'on
peut dire. La figure Equeftre étoit éclairée
de Flambeaux d'une groffeur prodigieufe
, ainfi que le.Cours de Tilleuls ;
l'Intendance , l'Hôtel du Premier Préfident
& du Procureur General étoient ornés
de Piramides , de Soleils , d'Etoiles
artiftement difpofés , & fingulierement
celui du Prévôt des Marchands , dont le
Vestibule & la grande Cour étoient éclai
τές par beaucoup de Luftres de cristal .
Les deux entrées de la Ruë de S. Dominique
, où eft cet Hôtel , étoient terminées
par de grands Arcs de Triomphe ,
d'où pendoient de pareils Luftres & des
Girandoles .
Le Gouvernement , l'Archevêché
l'Abbaye de S. Pierre , & l'Hôtel de Ville
étoient chargés de Devifes , de Chiffres
& d'Ornemens lumineux , enforte que ces
Edifices paroiffoient être plutôt bâtis des
Cailloux brillans du Rhin , de Medoc &
d'Alençon , que de la Pierre de Sillan .
Toutes ces illuminations ont duré deux
nuits entieres , & dans les deux principales
Places il y a eu des Bals où toutes før.
1
tes
SEPTEMBRE. 1729. 2219
•
tes de perfonnes ont eu la liberté de marquer
par leurs Danfes l'excès de leur allegreffe
.
Les Négocians fe préparent à donner
une Féte Dimanche prochain fur la loge
du Change. Les Suiffes & les Allemands
fe diftingueront auffi à leur tour par des
Fêtes des plus galantes. Bien des gens.
-qui ont vû tout ce qui s'eft fait à Paris ,
avoüent , à notre honneur , que nous
avons en quelque façon furpaffé les habitans
de cette grande Ville.
Les Chevaliers de l'Arc & de l'Arque
bufe ont donné chacun des preuves de
leur dexterité ; les Mariniers du Rhône
ont joûté contre ceux de la Saone . Ils
ont tiré l'Oye , l'Anguille , & pourfuivi
à la nage des Canards fauvages . Ils ont
fur une feule planche mouvante porté à
leurs Adverfaires des Bottes auffi égales
que le pourroient faire les plus habiles
Maîtres en fait d'Armes dans leurs Sales.
Ils ont terminé toute leur Manoeuvre ,
en faiſant faire à leurs Bateaux cul fur tête
, & en nageant entre deux eaux un affés
long tems , pour perfuader aux fpectateurs
qu'ils étoient tous noyés ; mais ils
reprirent leurs efprits & leurs forces , en
s'abreuvant d'un excellent vin que hait
Dauphins placés fur l'Octogone du Baffin
de la Place de S. Jean , répandoient
E iij
abon2220
MERCURE DE FRANCE
abondamment ; leur courage fe ranima ,
& donna lieu quelques jours après à un
pareil Divertiffement.
Il y a eu , au refte , des aumônes confidérables
répanduës avec choix , tant en
argent qu'en pain&en viande , que de pieux
Citoyens ont renouvellé plufieurs fois.
On a délivré plufieurs Prifonniers , &
Mrs de Ville doivent doter 36. pauvres
filles.
Notre Compagnie a eu l'honneur d'écrire
au Roi , à la Reine & à S. E. elle a
été difpenfée , comme toutes les autres
Cours fupérieures , d'envoyer une Députation
à leurs Majeftés , pour les féliciter
fur le grand évenement que nous
attendions avec tant d'impatience . Nous
avons auffi écrit à M. le Maréchal , & à
M. le Duc de Villeroy , pour leur marquer
combien nous fommes fenfibles à la
faveur de la 3e Duché que le Roi vient
d'accorder à leur Maifon , en la perſonne
du Marquis d'Alincourt .
XXX:XXXXXX:XXXXXX
Q
A Monfeigneur le DAUPHIN.
Ue d'acclamations s'élevent jufqu'aux
Cieux !
Rejetton d'un Sang précieux ,
La France vous rend mille hommages ;
Je
SEPTEMBRE . 1729. 2221
Je voudrois à prefent imiter les trois Mages ,
Quand ils coururent autrefois ,
Pour adorer le Roi des Rois.
Mais , helas une jeune fille
Qui n'a pour tout bien que l'éguille ,
Prince , ne peut offrir que la myrrhe & l'encens
,
Avec tous les refpects que je préten ds vous
rendre ;
Je ne connois point l'or , il manque à mes prefens
,
C'eſt vous qui pouvez le répandre ;
Heureufe mille fois , fi par le moindre égard ,
Je pouvois en avoir une petite part.
Par Mile Angelique d'Orvilliers de Vernon
, le 10. Septembre 1729.
XXXXX:XXXXXXX :XXX
REJOUISSANCES faites par
l'Académie de Mufique de Troyes.
'Académie de Mufique de Troyes ,
L'apiate de Champague , le forms au
mois de Décembre 1728. La Convalefcence
du Roi fut l'heureufe Epoque qui
lui donna naiffance . C'est pourquoi elle
prit pour fa Devile : Salvo Rege exivit
fonus eorum.
Elle fut autorisée par le Prince de Ro-
E iiij han,
2222 MERCURE DE FRANCE .
{
han , Gouverneur de la Province , par
M. Dargenteuil , Lieutenant de Roi
Gouverneur de la Ville , & par M. l'Intendant
. Si cette Académie donna des
marques éclatantes de fon zele , lors de
la Convalefcence du Roi , les témoigna
ges de fa joye à la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN n'ont été ni moins
vifs , ni moins marqués.
Cette heureuſe nouvelle ayant été apportée
à Troyes le 5. Septembre aprèsmidi
, les Académiciens s'affemblerent
fur le champ , & dès le lendemain 6. ils
donnerent dans la Salle de l'Hôtel de
Ville , dont la façade étoit toute illuminée
, un Concert , dont la plupart
des paroles fembloient deftinées à ce
grand évenement . On en diftribua des
Imprimés à une nombreuſe Affemblée , &
on commença par ce morceau de l'Ope
ra de Phaeton .
Que l'on chante , que tout réponde ,
C'eft un Soleil nouveau ,
Qui donne la lumiere au monde ;
C'est un Soleil nouveau ,
Qui donne un jour fi beau ;
Jamais le celefte Flambeau
Ne fortit fi brillant de l'onde.
C'est un Soleil nouveau & c.
Que les Mortels fe réjouiffent ;
Que
SEPTEMBRE. 1719 2223
Que les plaintes finiffent .
O l'heureux tems
Où tous les coeurs feront contents !
Un Heros qui mérite une gloire immortelle ,
Au féjour des Humains aujourd'hui nous rappelle
.
1
Le Siecle qui du monde a fait les plus beaux
'jours ,
Doit fous fon Regne heureux recommencer
fon cours.
Il calme l'Univers , le Ciel le favoriſe ;
Son augufte Sang s'éternife ;
Il voit combler fes voeux par un Heros naiffant
s
Tout doit être fenfible au plaifir qu'il reffent.
Que les Mortels fe réjouiffent &c.
On chanta enfuite le Prologue des Stra
tagêmes de l'Amour , dont les paroles paroiffoient,
auffi convenir à cet heureux
jour. On eut feulement la précaution de
changer quelques Vers dans la Prophétie.
Les Voici.
Paroiffez,digne objet, vous que les Dieux choififfent
,
Venez , charmant DAUPHIN , venez nous rendre
heureux.
Le Sceptre refleurit , & nos craintes finiffent ;
Un Héros fortuné vole du haut des Cieux.
Applaudiffez,Mortels;tout a comblé vos voeux.
Ev
Ce
2224 MERCURE DE FRANCE :
Ce Concert fut terminé par le Chaur
des Fêtes Greques & Romaines
voici les paroles.
Réuniffons nos voix & nos hommages ;
Mêlons nos voeux & nos Concerts ;
dont
Que le nom du DAUPHIN chanté ſur les riva
ges
S'éleve avec l'encens , & vôle dans les airs.
9°
C'eft ainfi que finit cette premiere Fête,
au fon des trompettes & des hautbois.
& à la fatisfaction de toute la Ville qui
n'a point ceffé depuis de manifefter la joye
par quelques témoignages publics qui ne
font point du reffort de ce Narré .
Ce qu'on vient d'expofer étoit peu pour
l'Académie , elle voulut fignaler fon zele
d'une maniere plus chrétienne . Elle s'empreffa
de rendre Graces à Dieu de l'heareux
Accouchement de la Reine , & de
la Naiffance de Monfeigneur le DAU
P H IN . C'eſt pour cela que le 22. Septembre
, à 11. heures du matin , elle fit
chanter dans l'Eglife des Cordeliers , un
Te Deum , dont la Mufique eft de la compofition
de M. Bernier.
Cet Ouvrage fut executé par 7o . Muficiens
, la plupart Académiciens , de l'un
& de l'autre fexe . L'Eglife fut fuperbement
ornée & illuminées on tira plufieurs
Cou
SEPTEMBRE. 1729. 2225
Coulevrines , & on entendit le fon des
Haut-Bois & des Trompettes.
Sur les neuf heures du foir , toute la
façade de l'Hôtel de Ville , dont plufieurs
Officiers font Académiciens , fut illuminée.
Cette façade fuperbe par fon Architecture
& par fes ornemens de Sculpture
en Marbre , le trouva décorée de plufieurs
Emblêmes peintes dans des Cartouches
chargés de Lampions , dont l'afpect
varié en plufieurs manieres , formoit
un coup d'oeil tout à fait agréable . On y
voyoit auffi deux Dauphins de 18. pieds
de hauteur , aux côtez de la Statuë en
picd de Louis le Grand , foutenant une
Couronne brillante pofée au - deſſus du
Chef de cette figures au - deffous étoient
peints deux Coeurs , unis & enflâmez s
on remarquoit ailleurs des Piramides de
30. pieds d'élevation , ornées de Fleurs
de Lys , d'Inftrumens de Mufique , avec
des Confoles aux deux bouts pour former
un enfemble , plufieurs Soleils dans les
Lucarnes , & toute la Manfarde ornée
d'une Piramide chargée de Fleurs de Lys.
La façade interieure de l'Hôtel brilloit
pareillement par des illuminations differentes
, & ces illuminations durerent jufqu'au
jour. On fit couler cependant plufieurs
Fontaines de Vin . Vers les 19. heu-
Evj
res
2226 MERCURE DE FRANCE:
res on tira unFeu d'Artifice qui réuffit par?
faitement bien.
·
Il eft tems de venir au magnifique Bal
qui a terminé cette belle Fête. Il fut donné
dans la grande Salle de l'Hôtel de
Ville , deſtinée aux Concerts. Elle est
très fpacieufe ; on avoit élevé fur les
côtez des Gradins à double & à triple
étage , où les Dames placées , après avoir
danfé , & fuperbement parées , formoient
un fpectacle charmant . Cette Sale eft ornée
de beaux morceaux de Sculpture du
fameux Girardon , originaire de la Ville ,
& de plufieurs Tableaux aufquels on en
ajoûta un compofé exprès , repréfentant
un Dauphin dans la Mer , attentif à écouter
les tendres accents d'Arion qui joue
de la Lyre fur le Rivage , & qui femble
remercier le Dauphin , fon Liberateur .
On lifoit ces Vers au bas du Tableau.
Pour Meffieurs de l'Académie de Troyes-
Arion fut fauvé de la fureur des Thraces
Par un Dauphin charmé de fes tendres ac
cents.
Un DAUPHIN vient de naître , annoncé par les
GRACES ,
Confacrons- lui toujours nos voix & notre
encens ,
Les Thraces contre nous deviendront impuiffans.
Cette
SEPTEMBRE . 1729. 2227
&
Cette Sale étoit , au refte , très bien
éclairée par plufieurs Luftres de Criſtál ,
par des Bras chargez d'une infinité de
bougies. Il y avoit dans des Chambres à
côté , toutes fortes de rafraîchiffemens
préparez , avec autant de profufion que
de délicateffe , & des Académiciens prépofez
pour en faire les honneurs , dont
ils fe font très - bien acquittez .
Le Bal commença à onze heures du foir,
mais l'endroit le plus réjouiffant fut depuis
minuit jufqu'à deux heures ; c'est dans
cet intervale qu'on vit entrer plufieurs
troupes de Mafques magnifiquement habillz
, la plupart Académiciens , des deux
fexes , repréfentant par leurs Danfes des
Caracteres relatifs. Quelques-uns y com
pofoient les differentes Nations de l'Europe
Galante, conduites par l'amour , pour
prendre part à ce grand évenement ;
d'autres y parurent en Efpagnols & en
Bergers fuperbement habillez , pour être
préfentés au Prince nouveau né. Et enfin
, il y eut plufieurs autres Danfes caracterifées
, dont le détail feroit trop long;
il fuffira de dire que ce beau fpectacle a
duré jufqu'à fept heures du matin , que
Tout s'y eft paffé avec beaucoup d'ordre ,
par les fages précautions qu'on avoit prifes
, que la Symphonie étoit excellente
que l'on Y danfoit à cinq & fix endroits
diffe
ཐ
2228 MERCURE DE FRANCE.
differens , fans trouble ni confufion , malgré
la multitude , l'Académie ayant fait
diftribuer jufqu'à 1200. Billets , avec
lefquels on ne pouvoit entrer que fous le
Maſque .
On ajoutera que plufieurs Académiciéns
firent illuminer la même nuit , en
differens Deffeins , toutes les façades de
leursMaifons ,qu'ils donnerent & donnent
encore chez eux des Fêtes particulieres
& qu'enfin il eft difficile que dans aucune
autre Ville , aucun Corps ait dans cette
occafion donné des preuves plus éclatantes
de fon zele , que l'a fait l'Académie
de Mufi que de Troyes.
*
On écrit de la même Ville de Troyes ,
que le 25. Septembre, l'Abbé Colbert de
Villacerf , donna une grande Fête dans
le Château de Villacerf , où il y eut le
foir une illumination generale , & des
plus brillantes. Les Allées du Jardin qui
font très - fpacieuſes , & en grand nombre ,
les Ifs , les Buiffons étoient tous éclairez
par des Lampions , ce qui faifoit un effet
merveilleux. On tira devant le Château
un grand Feu d'Artifice , fi bien conduit
qu'il dura toute la nuit & fi confiderable
, qu'on le voyoit de la Ville de Troyes,.
quoi qu'éloignée de deux lieuës .
"
ENIGME.
SEPTEMBRE. 1729. 2229
ENIGM E.
Deux Cachots contigus] compoſent ma
ftru &ture ;
On y voit jour , quoique fans ouverture.
De l'un à l'autre on voit d'un cours égal
Paffer mille captifs . Mille je compte mal
Car feulement pour changer de demeure ,
Il leur faut quelquefois une heure.
A peine l'Inſpecteur les a t'il fait paffer ,
Que c'eft encor tout à recommencer .
Dans leur manége ils fe culbutent
Lt follement ils ſe diſputent
L'honneur de paffer les premiers ;
Puifque les moins gênés font toujours les der
niers.
Pour achever de faire ma peinture ,
2
Tu peux , Lecteur , quand tu voudras
Sans craindre cependant de changer ma figure,
Me renverfer de haut en bas.
NOU
1230 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTERAIRES
DE'S BEAUX ARTS , & c.
In
NSTRUCTIONS utiles au Chrétien &
à l'honnête homme , en forme de Sentences
. Par M. le Vaffeur , Chanoine Régulier
de l'Ordre de la Ste Trinité & Rédemption
des Captifs . A Paris , ruë du
Foin , chez P. de Lormel 1729. in- 12 .
LA VRAYE ET SOLIDE PIETE ' , ex .
pliquée par S. François de Sales , Evêque
& Prince de Genéve , recueillies de
fes Epitres & Entretiens . Dédié à la Reine.
A Paris , rue de la Parcheminerie , &
ruë S. Jacques , chez Bullot & chez Henri,
1729. in 8. de 36. pages .
9
NOUVELLES DE'COUVERTES EN
MEDECINE , ou ancienne Médecine
developée , très - utile pour le fervice du
Roi & du Public. Par le S. Marconni
Docteur Medecin. Nouvelle Edition . Ruë
de la Vieille Bouclerie , chez Giffey 1729.
in- 12 . de 281. pages , compris l'Epirre
au Parlement & l'Avis au Lecteur , où
' Auteur dit que fon intention eſt de
prouver dans ce Livre , que les remedes
qu'on
SEPTEMBRE. 1729. 223T
qu'on extrait des métaux & des mineraux,
pour conferver la vie & la fanté , doivent
être préferés à ceux qo'on tire des Ve- .
getaux & des Animaux.
LE NOUVEAU THEATRE ITALIEN ,
ou Recueil general des Comédies repréfentées
par les Comédiens Italiens ordi .
naires du Roi. Nouvelle Edition , accompagnée
des Pieces nouvelles , des Argumens
de plufieurs autres , qui n'ont
point été imprimées , & d'un Catalogue
de toutes les Comédies repréfentées depuis
le retabliffement des Comédiens Itas
liens. Tome premier. A Paris , ruë Saint
Jacques , chez Briaffon 1729.
On apprend dans l'Avertiffement que
les Comédiens Italiens , appellés en France
en 1716. ne repréfenterent d'abord
qu'en leur Langue naturelle , & que pour
faciliter l'intelligence des Pieces , ils diftribuoient
avant la repréſentation de chaque
Comédie une feuille volante imprimée
qui en contenoit l'argument en François
, avec les noms des Auteurs. C'eſt
avec ces Argumens , recueillis par le Libraire
, & d'autres encore des meilleures
Pieces , qui n'ont point été imprimées ,
qu'on a fait cette Edition ; mais ces Argumens
n'eurent qu'un tems. Les Canevas
, Scenes par Scenes , imprimés en
François
2232 MERCURE DE FRANCE .
François & en Italien eurent un tems en
core plus court . On imprima enfuite les
Piéces entieres telles qu'on les repréfentoit
, l'Italien d'un côté & la Traduction
Françoise de l'autre ; & enfin les Piéces
toutes Françoifes , comme on les a données
dans la fuite. Voilà l'ordre que l'Editeur
de ce Recueil general a fuivi . Il a
préferé pour fon Catalogue l'ordre Alphabetique
à l'ordre Chronologique , en
mettant cependant la date du jour de la
premiere Repréſentation de chaque Comédie.
J'ai fupprimé de ce Recueil , dit - il,
toutes les Parodies , parceque j'espere en
publier bientot un Corps entier.
On trouve dans le même Avertiffement
un Mémoire Hiftorique fur le rétabliffement
de la Comédie Italienne à Paris . On
apprend que le Naufrage au Port à
l'Anglois , de la compofition de M. Autreau
, avec des Divertiffemens en Mufique
, & un Vaudeville de la compofition
de M. Mouret , eft la premiere Piéce
qu'ils donnerent en François au mois d'Avril
1718. qui fut extrémement applaudie.
Voici la difpofition du nouveau Thea- ,
tre Italien en 8. Volumes.
Le premier contient l'Avertiffement ,
& l'Hiftoire du Theatre Italien , le Cata
logue Alphabetique des Comédies repréfentées
par les Comédiens Italiens depuis
1716
SEPTEMBRE . 1729. 2233
1716. jufques en Avril 1729. Préface
Italienne & Françoife.
Argumens . L'Italien marié à Paris , &
-l'Amante difficile. Cette derniere Pièce
qui eft de M. de la Mothe , n'a jamais été
imprimée que dans ce Recueil ."
Tom. II.Le Liberal malgré lui . Merope.
La Vie eft unfonge , & Sanfon.
Tom. III. Le Prince Jaloux . Grifelde.
Adamire & Hercule. ·
Tom. IV. Le Naufrage au Port à l'Anglois.
Les Amans ignorans . Arlequin poli
par l'Amour. Arlequin jauvage & Belphegor.
Tom . V. Le Fleuve d'oubli . Timon . La
Surprise de l'Amour. Le Ballet des vingia
quatre heures & la double Inconftance.
Tom. VI. Le Bejoin d'aimer . Le Prince
travefti. La Fauffe Suivante & le Dédain
affecté.
Tom. VII. Le Faucon. L'lfle des Ef
claves. L'Embarras des Richeffes . L'He
ritier de Village & le Naufrage.
Tom. VIII . Le Tour de Carnaval. Le
Temple de la Verité. L'Amour Precepteur.
Arcagambis. L'Horoscope accompli & le
Retour de Tendreffe.
Le Libraire avertit qu'il vendra feparément
chacune de ces Piéces en faveur de
ceux qui ont déja pris la premiere Edition
de ce Recueil.
LA
2234 MERCURE DE FRANCE :
LA GRAMMAIRE DE VENERONT
revûë , corrigée & augmentée d'un Volume
, par le S. Minatio , Profeffeur en
Langue Italienne , à Lyon . Cette Grammaire
fe vend chez de la Roque, Libraire ,
rue Merciere à Lyon.
Elle doit étre d'autant plus agréable au
Public ,, qquuee l'Auteur y a corrigé bien
des deffauts que les changemens qui arrivent
par le tems dans les Langues vivantes
y avoient introduits , ce qu'un
homme moins habile n'auroit ofé entreprendre
fur la prévention que le Public a
pour l'ancienne Grammaire ; il y a auffi
ajoûté quelques Traductions des meilleurs
endroits de nos bons Auteurs , comme des
Lettres de Bußy Rabutin , de Flechier &c.
On y trouve auffi à la fin une Traduction
des Maximes de M. de la Rochefoucault ,
aufquelles il a confervé les mêmes beautés
, & la même force . Cet Ouvrage eft
dédié à la Ville de Lyon , qui fur le mérite
de l'Auteur , l'a gratifié d'une penfion
. Le débit confiderable qui fe fait de
cet Ouvrage pour les Pays Etrangers , &
"pour la Province ,
eft une preuve inconteftable
de fa bonté & de fon utilité.
Les Ouvrages de Madame de Gomez
ont eu un tel fuccès dans le Public , qu'on
croit lui faire plaifir d'annoncer qu'elle
SEPTEMBRE. 1729. 2235
a composé une nouvelle fuite des Journées
amufantes & inſtructives , qui fe vendra
chez la Veuve Guillaume , Quai des
Auguſtins , du côté du Pont S , Michel ..
Cette Dame continue dans ce 5. & 6.;
* Volume à inftruire & amufer le Lecteur
par des faits Hiftoriques & des traits fçavans
, entremêlés d'Hiftoires intereffan- .
tes ; & l'on verra que fes deux derniers
Tomes ne cedent en rien aux quatre premiers
, dont on a fait plufieurs Editions .
On écrit d'Amfterdam que depuis le
mois de Juillet 1728. on y publie tous
les trois mois un Journal intitulé Biblia ,
theque raifonnée des Ouvrages des Sçavans
de l'Europe . Chez Veftemfet Smith:
& de Venife , que Don Angelo Callogier
continue la compofition d'un autre Journal
, fous le titre de Giornale de Europa,
lequel fe diftribue tous les mois dans
cette Ville.
que
Le P. du Vivier , Capucin de Toulouſe,
a apperçu avec une Lunette de 20. pieds,
le 8. Août , une Comete qui n'eft de
la grandeur des Etoiles nebuleufes de la
Voye lactée. Son mouvement propre ek
d'environ un demi degré par jour , & fe
fait contre l'ordre des Signes , ayant pa
tu d'abord entre le petit Cheval & le
Dau
2236 MERCURE DE FRANCE.
Dauphin , s'étant engagée enfuite dans
les Etoiles qui forment la Queuë de cette
derniere Conftellation , & ayant continué
fa route en s'approchant de la Conftellation
de l'Aigle. Comme elle devient
tous les jours moins fenfible , & que fon
mouvement fe tallentit , on ne peut douter
qu'elle n'ait été vûë depuis fon Peri-.
gée , c'est- à- dire , dans le tems qu'elle
s'éloignoit de la Terre , & qu'elle s'enfonçoit
dans le Ciel. Cette Comete a été
vûë ici par M M. de l'Obfervatoire qui
ont determiné fa fituation par rapport aux
Etoiles de la Queue du Dauphin où elle
étoit quand ils l'ont obfervée .
La route de cette Comete eft peu differente
de celles qui furent apperçues en
1577. & en 1680. Ces deux Cometes
traverferent la cuiffe & la main droite
de la Conſtellation de Ganymede , pafferent
près du Dauphin , entrerent dans la
tête du petit Cheval ; celle de 1577. ceffa
d'être visible dans la Conftellation du Pegafe
; mais celle de 1680. traverfa cette
Conftellation , fe montra dans la tête
d'Andromede , dans le Triangle , & ne
ceffa d'être visible que dans les Etoiles
qai forment le pied de Perfée.
Ces deux Cometes de 1577. & 1680,
étoient très fenfibles , & avoient une
Queue confiderable . Leurs Trajectoires &
оц
4
SEPTEMBRE. 1729 2237
ou leurs routes étoient prefque les mêmes,
& les faifant répondre à peu près aux mêmes
Etoiles , elles avançoient l'une &
l'autre fuivant l'ordre des Signes , c'eſtà-
dire , d'Occident en Orient , à la difference
de celle que l'on a vûë cette année.
Cette derniere Comete pourra peut .
être donner aux Partifans du Siftême re-.
nouvellé des Chaldéens fur le Retour periodique
des Cometes , une occafion de
publier quelque nouveau développement
de leur fiftême . Les Aftronomes femblent
devoir la négliger d'autant moins , que ce
fiftême eft la feule nouveauté acceffible à
ceux qui ne font point initiés aux Mifteres
Aftronomiques , que l'on ait prefentée
au Public depuis la découverte des
Satellites.
Le 14. de ce mois , le Pere Porée ;-
Profeffeur de Rethorique au College de
Louis le Grand , prononça au fujet de la
Naiffance de Monſeigneur le DAUPHIN,
un Difcours Latin fort éloquent en préfence
d'un grand nombre de perfonnes de
confideration.
Les Jefuites & la République des Lets
tres , viennent de faire une très - grande
perte en la perfonne du Pere Jean Hardouin
2138 MERCURE DE FRANCE:
douin , mort le 3. de ce mois au même
·College , âgé de 83. ans . Il avoit donné
au Public , outre quantité d'autres Ouvrages
, la derniere Collection des Conciles
imprimée au Louvre.
Le Samedi 6. Août , M. Halley , cele.
bre Aftronome Anglois , & M. Borave ,
habile Botaniste Hollandois , ont été élus
par l'Académie Royale des Sciences pour
remplir la place d'Affocié Etranger , vacante
par la mort de M. de Bianchini
Camerier d'honneur du Pape .
Le même jour , cette Académie élut M.
l'Abbé de Molieres Adjoint à la Méchanique
, & M. Bouguieres , Profeffeur
d'Hidrographie au Croific , qui a remporté
les Prix des années 1717. & 1729 ,
que cette Académie diftribue pour rem- ,
plir la place d'Affocié Méchanicien , vacante
depuis long tems par la mort de
M. de Beaufort.
Le Samedi 13. M. de Maurepas notifia
à l'Académie que le Roi avoit fait choix
de M.Halley & de M. l'Abbé de Molieres
pour les 2 . les 2. places.
Le Samedi 3. Septembre , M. Saurin
le Fils , & M. Mayeux furent élûs pour
remplir la place d'Adjoint à la Géomé.
trie vacante depuis long tems ; & M,
Mayeux fut élu.
On
SEPTEMBRE. 1729 2239
On mande de Ferrare un fait bien fingulier
; fçavoir , que le 12. du mois dernier
, vers les fix heures du foir , il s'éleva
une tempête mêlée d'éclairs , de tonnerre
& de grêle , qui ne dura que trois
minutes ou environ . Peu de tems après
on apperçût dans les Prez de Maffo
connus fous le nom de Ca Matte , une
vapeur obfcure , reſſemblant affez à la
fumée épaiffe d'un Four à chaux : elle
s'éleva de terre infenfiblement ; & étant
parvenue à la hauteur de quatre ou cinq
pieds , un coup de vent la pouffa fi violemment
du côté de Soriano , de Canaſelli
, Trecenta , Bagnolo , San - Bellino ,
& proche du Chateau Guillaume , que,
ni les Maifons , ni les gros Arbres , ni les
Murs des Jardins les plus épais , ne pu
rent lui refifter. C'étoit un tourbillon qui
renverfoit en un inftant tout ce qu'il rencontroit
; & comme il en fortoit des feux
de minute en minute , ce qui n'étoit pas
entierement abatu étoit bientôt réduit
en cendres. On a obſervé que toutes les
Maifons qui fe font trouvées dans la ligne
directe de ce tourbillon , ont été
abbatuës jufqu'aux fondemens , & que
celles qui étoient à côté n'ont été qu'endommagées.
Dans l'efpace d'un Miferere,
il y eut 1 22. Maifons renversées ou bru
lées , & entr'autres , la belle Maifon de
F plaifance
2140 MERCURE DE FRANCE .
plaifance de Bagnolo , appartenant aux
Jefuites , l'Eglife de Trecenta qui eft ruinée
de fond en comble , celle de Cerefelli
, & la belle Maifon qu'un Particulier
avoit fait bâtir depuis dix ans à Soriano,
& qui avoit refifté aux débordemens du
Po & du Canal Bianco. Les campagnes
de Trecenta font prefque toutes, brulées ;
on a trouvé quinze perfonnes ensevelies
fous les ruines des maifons , & on en
compte près de cent qui ont été bleffées ,
& qui meurent de leurs bleffures , fans
qu'on puiffe y apporter de remede. Un
Payfan qui ne pouvoit refifter au vent ,
fe coucha par terre , tenant avec les deux
mains quelques arbriffeaux par le pied ,
mais il eut les deux mains brulées , &
manqua d'être emporté par l'impetuofité
du vent. Tous les chemins font couverts
d'Arbres que l'Ouragan a déracinés . Pendant
près de deux heures , après la tempête
ceffée , l'air étoit encore obfcurci d'une
vapeur fulphureufe qui ôtoit prefque
la refpiration ; & cependant quelque recherche
qu'on ait faite , on n'a pû découvrir
aucune fente à la terre qui ait
pû donner iffue à la matiere enflammée
qui a fait les défordres qu'on vient de
rapporter.
Les Académiciens Della Crufca à Florence
SEPTEMBRE. 1729, 2247
>
rence , ont publié depuis peu chez Domenique
Manni , Libraire , le premier Tome
du
Dictionaire , en papier royal & papier
ordinaire en caractere de Garamond.
Tout l'Ouvrage contiendra pour le moins
5. gros Tomes de 240. feuilles , ou environ
, chacun rempli de très - belles Eftampes
, enrichi d'une très grande quan
tité de mots qui y manquoient , & d'une
infinité d'Exemples qui n'y étoient pas
& qui pour la plupart ont été tirez des Auteurs
du fiécle d'Or de la Langue Tofcane
, après les avoir prefque tous confrontés
, corrigés & ameliorés : on joint le Latin
& le Grec à prefque tous les mots ,
Phrafes & Proverbes . Pendant qu'on travaille
au fecond Tome qui eft déja fort
avancé , & qui paroîtra dans peu , &
qu'on public le premier , ' on a fait une
affociation d'un petit nombre de perfonnes
, qui payant un Tome d'avance ,
payent tout l'Ouvrage beaucoup moins
que les autres . Le premier Tome qui contient
les trois premieres Lettres , & auquel
on a joint près de 6000. mots nouweaux
, en papier ordinaire , fe donne aux
Affociez pour 18. liv . argent de Florence
, fans autres frais , & pour 23. liv. à
ceux qui ne s'affocient point. Les Exemplaires
en papier Royal , coûtent 5. liv .
de plus. On en doit remettre l'argent en-
Fij tre
2242 MERCURE DE FRANCE .
tre les mains de Domenique Manni , Li
braire , ou du fieur Vittorio Franceschini
& Compagnie , Banquier à Florence.
Ifaac Vander Kloor , Libraire àla Haye,
donne avis au Public qu'il a achevé d'imprimer
l'Hiftoire Militaire du Prince Engene
de Savoye , du Prince & du Duc de
Marlborough, & du Prince de Naffau-
Frife , & c. en deux volumes in-fol. forme
d'Atlas . Ce magnifique Ouvrage ,
dont la beauté de l'impreffion répond parfaitement
à celle du papier , eft enrichi
de très -belles Tailles - douces , qui repréfentent
les Plans des Batailles , Siéges ,
&c. deffinez pour la plupart fur les lieux
par les plus habiles Ingenieurs . Les Defcriptions
qui accompagnent les Estampes
du premier Volume , font faites par M. du
Mont , Baron de Carelferoon , & celles
du fecond font de la main de M. Rouffet.
Les Curieux qui voudront fe pourvoir de ſe
cet excellent & bel Ouvrage , pourront
s'adreffer audit Vander Kloot , qui jufqu'à
la fin de la préfente année 1729. les
vendra pour la fomme de 40. Florins ,
argent d'Hollande , en feuilles , & qui ,
paffé ce tems , ne les donnera pas à moins
de 50. Florins : & afin d'accommoder le
Public , ledit Libraire vend féparément
pour la fomme de 30. Florins , le fecond
Volume
SEPTEMBRE . 1729. 2243
Volume avec le Supplément du Tome
premier , qui a paru ci - devant fous le titre
de Batailles de S. A. S. Monseigneur
le Prince Eugene de Savoye , & c.
On apprend que l'Académie des Scien
ces & Arts de Petersbourg , continuë de
s'affembler par ordre exprès de S. M. Cz.
mais plufieurs des Profeffeurs qui la compofoient
, font partis , pour retourner
dans leur pays , après avoir eu le déplaifir
de voir leur Auditoire réduit à deux ou
trois Eleves ; la jeuneffe de cette Ville
pour l'inftruction de laquelle le feu Czar
y avoit établi plufieurs Chaires de Profeffeurs
, les ayant abandonnées depuis
l'abſence de la Cour.
On a appris depuis que M. de Bernouilly
, l'un des Affociez de cette Académie
, y avoit lû une Differtation fur
la meilleure maniere d'obferver les hauteurs
du Pole fur Mer ; Sujet qui avoit
été propofé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris , pour le Prix qu'elle
a donné à la rentrée derniere d'après la
quinzaine de Pâques. L'Académie , après
avoir fait les obfervations fur cette Differtation
, a chargé M. Herman de la rendre
publique , & de la faire imprimer
avec les autres Mémoires qu'elle a approuvez.
Fiij Nous
2244 MERCURE DE FRANCE.
Nous avertiffons les Curieux , qu'il pa
roit deux nouvelles Estampes gravées d'après
les Tableaux de Watteau ; l'une reprefente
Louis XIV. mettant le Cordon
Bleu à Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
pere de Louis XV . gravée par Larmefin ;
l'autre reprefente uneFamille en converfation
, gravée par Aveline. Ces Eſtampes
ainfi que toutes celles qui ont été gravées
précédemment , fe vendent à Paris , chez
le fieur Chereau rue S. Jacques , aux
deux Pillers d'or , & chez Surugues , Grayeur
, rue des Noyers , vis à vis S. Yves.
L'oeuvre de cet excellent & gracieux Peincontinue
de fe graver avec beaucoup
de fuccès par les plus habiles de l'Art .
>
>
Le fieur le Febvre , Ingenieur pour les inftrumens
de Mathématique , ayant répondu
dans le Mercure du mois de May dernier au
fieur Baradelle , qui fe difoit Inventeur des
nouveaux Encriers qui ont la proprieté de
conferver l'Encre liquide , eft fort furpris de
ce qu'il l'attribue au P. Sebaftien ; il n'eft pas
difficile de prouver le contraire , puifque dans
l'énumération qui a été faite des inventions
du P. Sebaftien ; il n'eft fait aucune mention
de ces Encriers , & s'il ne faut que le témoi
gnage de M Deshuge res , Exempt des Cent-
Suiffes du Roi , il est tout prêt de certifier que
feu M. fon pere en eft vraiment l'Inventeur ;
il fut même l'occafion de la découverte des
petites Ecritoires , dont S. A. Monfeigneur le
Duc du Maine a eu la premiere . Le fieur Baradelle
SEPTEMBRE . 1729. 2245
S radelle voulant enlever à feu M. le Febvre
l'invention des Encriers , en les attribuant au
P. Sebaftien , prétend avoir encheri fur cette
invention , en changeant la forme exterieure
du Cornet , on eft étonné qu'il ofe fe faire un
mérite de cette prétendue correction , il devroit
même convenir que la principale partie
de ce Cornet qui eft la fermeture , & qui en
fait tout le merite peut s'appliquer fur toutes
fortes de figures exterieures. Le fieur le Febvre
en fait même actuellement de ronds , de quarrés
, d'octogones & d'oblongs , toutes figures
arbitraires fuivant le goût de ceux qui les lui
demandent .
Briart , qui demeure toujours Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez ,vis - à-vis le Bailliage
, à Paris , continue avec fuccès à faire
& débiter une Effence de Savon à la Bergamote
, & autres odeurs douces dont on fe fert
pour fe faire la barbe au lieu de Savonette ,
qu'il a bien perfectionné depuis peu ; les Dames
s'en fervent auffi pour fe laver le vifage ,
les bras & les mains ; il en a fols & à
8. fols l'once. Ses Bouteilles font cachetées
de fon Adreffe. Il fait auffi de bons Cuirs à
repaffer les Razoirs , avec lefquels il ne faut
point de pierre à aiguifer : il les vend depuis
40. fols jufqu'à 8. liv. il donne les manieres
de s'en fervir.
Le 6. de Septembre , fur- lendemain de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN ,le
Roy étant allé à la Chaffe dans les Bois de
Verriere , M. de Dampierre, Gentilhomme des
plaifirs de Sa Majefté , fonna fur la Troupe, une
Fanfare de fa compofition , nommée la Dauphine
, dont les paroles parodiées font de
F iiij
M.
2246 MERCURE DE FRANCE ."
M. de C.... Nous avons crû que nos Lecteurs.
feroient bien aiſes de la trouver ici notée.
YAYAYAYAYAYAYAYAYAŞ
FANFARE.
ENfin
Louis
Voit naître fils ;
Quelle Conquête
Vaut un tel prix !
Four nos Concerts ,
Que tout s'aprête s
JJ
C'est la Fefte "
De l'Univers.
SPECTACLES.
Ur la fin du mois dernier , les Comédiens
François remirent au Théatre la Tragédie
de Venceslas de Rotrou , dont le fieur Baron
joua le principal Rôle d'une maniere inimitable.
Ce fameux Comédien , malgré fon grand
âge , étonna & charma également les Spectateurs
qui le regardent comme un prodige. Il
avoit joué le Role de Ladislas , dans la même
Piéce , au mois de Decembre 1721.`
Le 18. les mêmes Comédiens donnerent une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , avec un Divertiffement
, intitulée Les Réjouiffances pull-
94.5 ,
**
ખરે
cer
"
E
AR
SEPTEMBRE . 1739. 2247
ques , qui n'a eu qu'une Repréſentation .
Ils remirent au Théatre le 20. Août
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
,
Le27.Septembre , lesComediens Italiens don
nerent une petite Piece nouvelle d'un Acte
avec des Divertiffemens , intitulée le Feu d'Artifice
, ou la Piece (ans dénouement , dont les
fieurs Dominique & Romagnefy font Auteurs.
Voici l'Extrait de la Piece qui a été reçuë
favorablement du Public.
Me l'Eluë ,
ACTEURS.
M. Brutalin , Bailly
Me la Baillive ,
M. Pomanville , Elû ,
Arlequin , Portier de la
Le Marquis ,
Le Chevalier
M. Sottidés , Poëte ,
le fieur Mario
la Dile la Lande.
le fieur Paghetti.
la Dle Belmont.
Baillive , & de l'Elûe.
Trivelin.
le fieur Sticotti.
Scaramouche,
Dandinet, neveu du Bailly , le fieur Romagnesy .
Clarice , niéce de la Baillive , la De Thomaffin .
Un Artificier chantant ,
Une Muficienne ,
le fieur Theveneau .
la Dile Fabio,
Danfeurs & Danfeufes ,
La Scene est à Paris dans un Hôtel garni,
2260 MERCURE DE FRANCE.
›
La Baillive , & l'Elue ouvrent la re Scenes
elles témoignent la joye qu'elles ont d'avoir
quitté Falaife pour venir à Paris , où elles fe
promettent bien de fe dédommager des momens
ennuieux qu'elles ont paffés dans leur
Province. Ce n'eft pas peu ( difent- elles ) d'avoir
obtenu cette grace de leur Epoux , qui,
après beaucoup d'inftances leur ont enfin permis
de venir à Paris y paffer le temps des réjouiffances
publiques , elles parlent des amufemens
des Spectacles , & des promenades où
elles fe flattent de briller : Nous verrons l'Opera
( dit la Baillive ) l'Opera eft ce qu'il y a de
plus charmant , on y voit des Dieffes des
Dieux , des Diables ; des Heres , des Danfeufes ,
des décorations ; des Soleils , des machines ,
des inftrumens , &c . nous verrons auffi la Comédie
Françoife ( continue- t'elle ) on dit que
cette troupe- cy ef meilleure que celle que nous
avions cet Eté à Falaife ; il y avoit pourtant
de bons Acteurs. Et la Comédie Italienne
( dit l'Eluë, vous l'oubliés ) ah ! fi ( répond la
Baillive ) ne me parlés point de la Comédie
Italienne , cela ne peut être
que
très mauvaisi
vive la Tragédie , des éclats de voix qui vous
frapent , des geftes furnaturels qui vous étonsent
, des vers que vous êtes forcés d'aplaudir
avant que d'en comprendre la beauté : quand
on a pris plaifir à pleurer , je ne fçais comme
on peut s'amufer à rire nous aurons un Por
pier ( ajoutent-elles ) des femmes de Robbe ne
fçauroient s'en paffer. A Falaise l'on n'y prend
pas garde de fi près , mais à Paris une maison
fans Portier eft un Tableau fans bordure. Elles
difent enfuite qu'elles en attendent un qui
doit venir fe prefenter , & conviennent que
la Baillive mettra le Portier fur le compte de
M.
SEPTEMBRE . 1729 2261
M. l'Elu ; comme de fon côté l'Eluë ne manquera
pas de faire croire à fon Epoux que c'est
le Bailly qui fait cette galanterie à fa femme.
Arlequin à moitié yvre , vient à la 2 Scene
offrir fes fervices à ces deux Provinciales ;
qui après l'avoir examiné le trouvent trop
petit ; à quoi Arlequin répond qu'il eft encor
jeune ; & qu'il grandira à leur fervice
après plufieurs autres plaifanteries de la part
du nouveau Portier , l'Eluë lui recommande
d'ouvrir poliment la porte à tous ceux qui fe
préfenteront ; Arlequin promet de s'acquitter
de fon mieux de cette commiffion , la Bailli
ve lui ordonne encore de fonner le diner & le
fouper Arlequin répond qu'il fera très exact
à executer cet ordre ; elles l'envoyent à fon
pofte . Un moment après on entend fonner une
groffe cloche ; Arlequin arrive ; les Dames li
demandent ce que fignifie ce bruit , c'est répond
Arlequin ) le diner dle Souper que je
fonne , comme vous me l'avez ordonné ; il n'eft
pas encore tems ( ajoûte l'Elûë ) nous ne fouperons
qu'après que nous aurons vû tirer le
Feu d'artifice l'Eluë refte pour fe préparer à
recevoir les vifites des perfonnes de diftinction
qui vont ( dit - elle ) remplir cet Hôtel garni .
Arlequin qui a trouvé M. l'Elu fur PEfcalier
, le conduit poliment , & le préfente à
Mme l'Eluë : Ah ! Ciel ! ( s'écrie t'elle ) que
vois je ! c'est mon mari ; me voilà bien étrennée
. M. l'Elû demande ce que c'eft que ce Portier
: A peine , Madame , êtes - vous à Paris que
vous eftravagués ( lui dit avec emportement
M. dePommenville) : ob ! je vais renvoyer ce coquin
là fur le champ ; le renvoyer ! il ne vous
appartient pas répond l'Eluë ) c'est M. le
Bailli , qui pour ſe diftinguer a voulu donner un
Partier à fa femme , & qui vous fait la bonte
de
2262 MERCURE DE FRANCE.
Ag
de le prendre à fes dépens . L'Elu rit de l'extravagance
du Bailli ; & fa femme le prie de fe
retirer dans fon Cabinet , & de lui laiffer cet
Appartement pour y recevoir compagnie avec
Me la Baillive ; elle rentre ; l'Elu refte.
M,leBailli furvient; & comine fa femme lui a
déja dit que M. l'Elu a donné un Portier à la
fienne , il le mocque de lui en le voyant ; l'Elu
à qui la fienne a fait croire que le Bailli a eu la
foibleffe de prendre un Portier , rit de fa folie;
ils font une Scene fort plaifante & théatrale,
en fe mocquant ironiquement l'un de l'autre.
A la fin de la Scene , vient Arlequin qui les
falue, & les prie de lui donner leurs ordres ,
le Bailli le renvoye à l'Elu , qui en fait de même.
Après un jeu de Théatre tant de la part
des Maris , que de celle d'Arlequin , le Bailli
lui demande à qui il appartient , à voire femme
( répond Arlequin ) l'Elu fe mocque encore
du Bailli ; mais Arlequin lui dit , ne vous fachez
pas , M. j'appartiens auſſi à la vôtre ; vos
femmes n'ont rien à fe reprocher , elles font auffi
folles l'une que l'autre. Cet éclairciffement
irrite les Epoux , qui prennent la réfolution
de partir le lendemain pour Falaife , & fortent
pour aller retenir leurs places au Coche.
A la 7. Scene , Madame l'Elue eft étonnée
que le Portier n'ait point annoncé la compagnie
, & dit au Marquis qu'elle n'a nulle part
a la négligence du Portier ; à quoi le Marquis
répond que ce cerémonial eft trop bourgeois ,
qu'il entre toujours de plain pied chez les Da-
& qu'il ne fe fait même annoncer à
la Cour. Il préfente le Chevalier, qui eft ( dit il)
un Jeune homme qui commence à briller dans
le monde ; parle des talens de M Sottides ,
qui eft un Poëte Lyrique , Erique , Tragique ,
Comique , Satyrique , Marotique , Cauftique,
mes " pas
SEPTEMBRE . 1729 2263
3 & Calotique ; il ajoûte que c'eft un Auteur qui
ne vexe point le Public , & que la meilleure
Tragédie ne lui a pas rapporté plus de deux
piftoles. Me . l'Elue prie M. le Marquis de parler
d'autre chofe que de Science ; qu'elles
font venues exprès à Paris pour voir les réjouiffances
publiques Le Marquis s'offre de les
conduire par tout avec le Chevalier ; premierement
( continuë t'il ) je vous régale ce ſoir
d'un Feu d'artifice , qui heureusement fe tire
vis -à - vis vos fenétres , & demain ( s'addreffant
au Chevalier ) que leur ferons nous voir le
Chevalier lui dit qu'on doit donner ce jour là
l'Opera ; gratis auffi -tôt le Marquis appelle un
Laquais & lui ordonne d'aller fur le champ à
ropera lui retenir une Loge pour demain. On
vient annoncer une jeune Demoiſelle qui demande
à voir la Baillive ; c'eft fa niéce qui vient
d'arriver à Paris , dequoi la Baillive eſt trèsfurpriſe.
La Baillive demande à fa niece Clarice avec
aigreur , ce qu'elle vient faire à Paris ; ce que
vous yfaites , ma chere tanie ( répond la petite
niéce ) comment ? vous vous exposez feule
dans une voiture publique , à l'infçu d'un Oncle
d'une tante ! ( lui dit l'Elue) ; la niece lui
répond qu'elle eft venue accompagnée de fon
grand beneft de Coufin , avec un vieil afleffeur
& fon Epoufe , un Procureur & fa femme , un
gros Abbé & fa niece ; Clarice ajoûte qu'elle
vient exprès pour fe faire émancipers qu'elle.
eft laffe de dépendre d'une tante qui lui interdit
les plaifirs dont elle jouit elle- même.
Dandinet entre fur la Scene tout derangé ,
& fait un récit en normand des avantures qui
lui font arrivées depuis qu'il eft à Paris , il dit
qu'en paffant fur le Pont-Neuf, il a fait rencontre
d'une figure originale qui lui a ar
G ché
2264 MERCURE DE FRANCE :
ché deux dents malgré lui , fous pretexte
qu'il les arrachoit gratis ; & qu'enfin une bande
d'enfans lui a brulé les oreilles & la perruque
à coups de Petards & de Fulées.
L'Elu & le Bailli arrivent à la 16. Scene , qui
voyant leurs Epoufes en bonne compagnie, les
en félicitent d'un ton railleur , le Bailli eft furpris
de voir fon neveu & fa niece qu'il avoit
laiffés à Falaife ; les maris annoncent brufquement
à leurs femmes que les places font retenues
au Coche pour partir le lendemain.
Arlequin vient dire aux Dames qu'il y a
plus de dix mille ames dans la place , & leur
demande fi elles fouhaittent qu'il les falle
monter ; un Laquais avertit qu'on va tirer le
Feu d'artifice ; le Marquis & le Chevalier
prennent la niece par la main , & laiffent la
Baillive & l'Eluë qui font outrées de la préference
qu'on donne à Clarice ; les maris en
fe mocquant d'elles les prennent par deffous
le bras pour les conduire au fond du Théatre
qui s'ouvre en même tems . On y découvre une
fort belle illumination qui éclaire un Edifice
dreffé pour un Feu d'artifice qu'on tire à la fin
du Divertiffement , au fon des timballes & des
trompettes. La compofition de la Mufique eft
de M. Mouret.
Air de Trompette .
Une Muficienne.
Frompettes que vos fons , que vos bruyans Con
certs
Faffent retentir l'Univers
Du bonheur de la Frances
Un Artificier.
Que notre ardeur éclatte dans les airs ,
Ронд
SEPTEMBRE. 1729. 2265
Pour celebrer une augufte naiſſance :
Que nos feux
Brillent dans les Cieux ;
Qu'ils annoncent à tous les Dieux
Notre vive reconnoiffance .
Trompettes &c.
2
t
Des Artificiers & des Batelieres forment
plufieurs Danfes caracterifées.
7
VAUDEVILLE.
L'Amour est un Artificier
Qui mieux que moi fçait fon métier
Qu'il faffe des yeux d'une Belle
Partir une feule étincelle :
Pan , pan , pan ,
La poudre prend ;
Tout est en feu dans un inftant.
Fille qui fouffre qu'un Blondin
Lui ferre & lui baiſe la main ,
Nen reconnoît pas la malice ;
Souvent après cet artifice ,
Pan , pan , pan ,
La poudre prend;
Tout eft en feu dans un inftant .
A ma mere , en vainje promets.
De fuir l'Amour & ſes attraits ,
Gij Mais
2266 MERCURE DE FRANCE .
Tous nos fermens n'ont plus de force ,
Lorsqu'unjeune Amant nous amorce i
Pan ,pan, pan,
La poudre prend ,
Tout est en feu dans un inftant,
Voulez- vous , Enfans d'Apollon ,
Artificiers de l'Helicon ,
Que le Public vous foit propice ?
Préparez bien votre artifice ,
Pan , pan , pan ,
La poudre prend ,
Tout est en feu dans un inſtant,
2
Nous avons promis de parler plus au long
de deux petites Pieces d'un Acte.chacune
données à l'Opera Comique le 20. Août. En
voici les Extraits .
Le Corfaire de Salé.
Sabelle , Dame Espagnole , & Inès , fa Sui-
I vante ,le
promenant un foir fur le bord de
la Mer avec Don Juan & Mezzetin , leurs
Amans , furent enlevées par Pegelin , Corfaire
de Salé. Le Cavalier Efpagnol & fon
Valet , voulurent en vain s'opposer à cette
violence ; le Pirate & fes gens furent les plus
forts & laifferent fur le Rivage les deux Amans
percez de coups.
Le Corfaire , frappé de la beauté d'Ifabelle,
en devient amoureux ; mais il combat ſa paffion
pendant trois mois , ne pouvant le réfoudre
à donner une Rivale à Zaila , fa femme.
qu'il
SEPTEMBRE . 1729. 22 67
qu'il a épousée depuis peu , & pour laquelle
il a beaucoup d'attachement. Neanmoins ertraîné
par la force de fon nouvel amour , il
prend la réfolution de ne rien épargner pour
plaire à fa belle Captive. Il charge Pierrot,
fon Efclave favori , & Mari de Balkis , Suivante
de Zaila , de déclarer les tendres fentimens
à Ifabelle . Pierrot s'acquitte de fa commiffion.
Il parle à Ifabelle pour fon Maître .
Comme de fon côté il a pris goût pour Inès ,
il découvre en même-temps fa tendreffe à cette
jeune Suivante. Les deux Efpagnoles font cons
noîte à Pierrot que Pegelin & lui ne doivent
attendre d'elles que des rigueurs. Elles le quittent
brufquement voyant arriver Pegelin."
t
Le Corfaire apprend ce mauvais fuccès fans
perdre courage , & ils fe promettent tous deux
de conduire prudemment leur intrigue pour
en dérober la connoiffance à leurs femmes.
Mais Zaila & Balkis ont déja des foupçons
& viennent faire des reproches à leurs maris ,
qui cherchent à fe juftifier. Les femmes font
femblant de les croire , pour avoir occafion
de leur dire : Que puifque les belles Captives
leur font indifferentes , ils confentirent volon
tiers qu'on en faffe prefent au Roi de Maroc ,
& qu'enfin elles exigent cela d'eux pour la
tranquillité de leur efprit. Pegelin troublé de
cette demande , refufe d'y confentir , s'excufant
fur la qualité d'Ifabelle , & ajoûtant que
fa famille ne manqueroit pas de la venir bientôt
racheter. La femme du Corfaire juftement
perfuadée que fon mari ne veut retenir l'Efpagnole
que parce qu'il en eft fortement épris,
ne veut pas que les deux Captives demeurent
plus long- temps à Salé. Pegelin fe retire , paroiffant
laifer fa femme maîtreffe du fort des
deux Efpagnoles.
G iij Celles
2268 MERCURE DE FRANCE .
Celles- ci viennent , & Zaïla leur déclaré
qu'elles n'ont qu'à fe difpofer à partir pour
Maroc. Les deux Captives ont beau fupplier
qu'on differe leur départ de quelques jours ,
les femmes jaloufes n'entendent point raifon ,
& les quittent en les accablant de railleries picquantes.
Ifabelle & Inès entrent dans un vif defeſpoir
& prennent la réfolution de s'empoisonner ,
pour prévenir les malheurs qui les menacent.
Pendant qu'elles vont executer leur deffein ,
Pegelin & Pierrot s'entretiennent des moyens
de retenir leurs Captives ,fans que leurs femmes.
puiffent s'y oppofer. Pegelin dit à Pierrot : Je
vais de ce pas engager un Renegat Espagnol
de mes amis , à me venir dire devant Zaila ,
qu'il eft frere d'Isabelle. Il dira qu'il venoit
pour la racheter , mais qu'il a fait nauffrage ,
D
perdu tous fes Effets ; & qu'il me prie de
garder la four jusqu'à ce qu'il ait rapporté
d'Espagne , où il retourne , le prix de la rançon
d'Ifabelle & de fa Suivante . Pierrot applaudit
à ce deffein . Pegelin fort pour aller trouver
le Renegar.
Dans le temps que Pierrot , qui refte feul .
fe réjouit du ftratagême que fon Maître
vient de trouver , D. Juan & Mezzetin paroiffent
& demandent des nouvelles d'Ifabelle &
d'Inès. Pierrot , chagrin de ce contre-temps.
va chercher les Captives , & avertit Pegelin
de l'arrivée des deux Efpagnols.
D. Juan & Mezzetin s'abandonnent à la joyet
qu'ils ont d'avoir retrouvé leurs Maîtreffes ;
mais elle fe convertit bien tôt en douleur
quand en les renvoyant ils apprennent d'elles
qu'elles fe font empoifonnées , de peur d'aller
à Maroc. Ils pouffent de grands cris , qui atsirent
Zaila & Balkis.
Ces
SEPTEMBRE. 1729. 2269
Ces deux jaloufes , mifes au fait , font attendries
de l'état où elles ont réduit leurs
malheureufes Rivales . Mais en les interrogeant
ils font tous agréablement détrompez quand
ils apprennent que les deux Captives ont cru
prendre du poifon en avalant de l'Eau des
Barbades.
Dans ce moment furvient un Eſclave du
Corfaire Ofmin , qui en l'abfence de Pegelin ,
remet à Zaïla un Ecrin où il y a pour 25000.
écus de Pierreries qui reviennent à Pegelin',
pour fa part de la derniere prife que celui - ci
a faite avec Ofnin.
L'Esclave n'est pas plutôt forti , que Pegelin
& Pierrot reviennent , dans le deffein de mettre
la rançon des deux Efpagnoles à un fr
haut prix , que D. Juan foit obligé de retourner
en Espagne fans fa Maîtreffe. En effet , le
Corfaire demande 10000. écus pour fes deux
Captives ; & comme D. Juan ne les a pas , Pegelin
fait quelques pas pour s'en aller ; mais
Zaila , qui juge bien de l'intention de fon mari ,
donne l'Ecrin à D. Juan , en lui parlant à l'oreille
, celui - ci rappelle le Corfaire & lui pre
fente les Pierreries qui fontdans l'Ecrin. Pegelin
eft contraint de les prendre , & Zaila congedie
auffi-tôt les deux Eſpagnoles.
Après cela , les deux femmes fe mettent à
railler leurs maris fur le départ de leurs Belles.
Zaila louemalicieufement la generofité du Corfaire,
qui ne comprenant pas pourquoi on l'ac
cufe d'avoir donné pour rien la liberté aux Ef
pagnoles, eft fort étonné quand on lui dit que
1'Ecrin elt fa part de la derniere prife qu'il a
faite avec Ofmin fon Confrere. Abl traitreffe !
s'écrie Pegelin , votre indifcrete jalousie me
prive d'une rançon Point de reproches , je
vous prie interrompt Zaila , Pouvois -je mieux
و ک
Gilij em2270
MERCURE DE FRANCE :
employer vos Diamans qu'à payer votre propre
rançon ! Qu'est- ce à dire ma rançon répond
Pegelin Zaila lui chante ce Couplet. ,
Sur l'Air ': Le beau Berger Tircis.
De votre liberté
Vous n'aviez plus l'uſage :
Chez une ingrate Beauté ,
Votre coeur , Epoux volage ,
Etoit en esclavage ,
Et je l'ai racheté.
Pegelin , pénetré des tendres reproches de
fa femme , tombe à fes genoux , & lui demande
pardon. Pierrot de fon côté , fé jette aux
pieds de Balkis , & les quatre Epoux ſe réconcilient.
LES SPECTACLES Malades , Extrait.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
·
Le 9. Septembre le même Opera Comique ,
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
NOU
SEPTEMBRE. 1729 2284
NOUVELLES DU TEMS.
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople de la fin de
Seigneur , devoit en partir au mois d'Août
prochain , pour aller vifiter les principales
Places de l'Empire Ottoman, & que les Pachas
& Gouverneurs avoient eu ordre de le recevoir
avec toutes les marques d'honneur & de
refpect qui font dûs à l'heritier de l'Empire.
Ces Lettres ajoûtent que le Grand Vizir avoit
fait partir des troupes & des ouvriers pour
aller conftruire trois nouvelles fortereffes fur
les bords de la Mer Noire : qu'on continuoit
de lever à Conftantinople les nouveaux Impots
mis depuis un an fur les marchandifes
étrangeres qui entrent dans cette ville , malgré
les promeffes que l'on avoit faites de les
abolir.
On a reçu avis des frontieres de Perfe , que
l'armée du Pr. Thamas avoit tellement ruiné
toutes les Provinces fur fon paffage , que les
peuples les avoient abandonnées que d'ailleurs
la fechereffe extréme de l'année avoit
caufé des maladies épidemiques , dont les hommes
& les beftiaux étoient également attaquez,
& que la Province , dite de Babilone , en étoit
la plus maltraitée .
IN1286
MERCURE DE FRANCE.
INCENDIE de Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le 1 .
Août 1729.
4
TL ya eu icy un grand Incendie , qui com-
Imença le
27. Juillet à fix heures du matin ,
& qui dura jufques bien avant dans la nuit,
L'embrafement ne finit qu'après que le vent
eût entierement ceflé , & ce ne fut qu'à la faveur
d'un temps abfolument calme , qu'on
parvint enfin à arrêter l'activité du feu , qui ne
s'eft éteint dans les endroits où il avoit pris ,
que quand il a manqué de matiere . Plus de
vingt- cinq mille maifons , parmi lefquelles il
y avoit plufieurs Palais , ont été entierement
confumées , & une infinité de perfonnes de
P'un & de l'autre fexe & de tout âge , ont peri
ou par le feu ou par le defordre , qu'un pareil
accident entraîne neceffairement après foy.
L'efpace qui a été brûlé comprend environ le
tiers de Conftantinople, & on prétend que le
dommage des feules maifons excede 60. millions
. Heureufement nous avons été témoins
de ce trifte fpectacle , fans aucun danger pour.
nous , parce que le Port , comme vous fçavez
, eft entre la Ville brûlée & le Quartier ou
nous demeurons.
D'autres Lettres portent que le feu avoit
pris par accident à quelques maisons dans le
Quartier de la Marine , & qu'il regnoit ce
jour-là un vent de Sud- Eft fi violent , qu'en
moins de deux heures l'Incendie s'étoit communiqué
aux autres Quartiers , & que tous
fecours avoient été utiles.
Ces
SEPTEMBRE. 1729. 2287
Ces Lettres ajoutent que le 25. du même
mois il étoit arrivé à Conftantinople un Ambaffadeur
Extraordinaire du Sultan Acheraf,
qui avoit été reçu avec de grandes marques de
diftinction que quelques gens de fa fuite
avoient publié qu'une partie du Château d'Ifpaham
avoit été reduire en cendres , & que
la plus grande partie des Archives de ce Roïaume
avoit été brûlée avec la Chancellerie fecrete
du Sultan Acheraf. Ils ont ajouté que
le Party du Pr Thamas étoit devenu fi confiderable
, que le nouveau Sultan s'étoit déterminé
d'aller le combattre dans la Province de
Kuraffan , où il a mis fes troupes en quartier
de rafraîchiffement.
AFRIQUE.
·
N a appris de Miquenez que le nouveau
Roy de Maro que lenouveau
avoit détruit toutes les factions qui luy étoient
contraires , par la prife de la ville de Fez , à la
quelle il a confirmé les anciens Privileges.
Les Lettres de Melilla portent , que le Gouverneur
de cette Place fit la nuit du 4. au s.
de ce mois , une fortie de 2940 hommes de
fa garnifon , qui comblerent tous les travaux
des Maures , & firent plufieurs prifonniers.
Les Efpagnols eurent dans cette fortie neuf
Officiers de tuez . & douze de bleffez.
On a fçu par la voye de Naples que la Regence
de Tripoli étoit convenue d'un Traité
de paix avec la Republique de Venife , par
l'entremise d'un Negotiant Venitien , établi
depuis quelques années à Tripoli ; que par ce
Traité qui a été envoyé à Venife pour y être
ratifie , la Regence accordoit à la Republique
les mêmes conditions des Traitez faits avec
H
2288 MERCURE DE FRANCE.
d'autres Puiflances ; qu'elle luy avoit donne
la Ferme des Salines de Zora , fituée à vingt
lieuës de Tripoli , fur le pied de 60000. Pialttes
par ans ce qui a doublé le produit de
cette Ferme , dont les Genois ne donnoient
que 30000, Florins. D'autres Letrres de Tripoli
ajoutent qu'on y parloit d'un Traité d'union
entre cette Regence & celles d'Alger & de
Tunis , pour former à frais communs une Efcadre
contre les Armateurs de Malte , dont
les vaiffeaux font fur ces Corfaires des prifes
très fréquentes,
On mande de Tripoli que le Capitaine d'un
vaiffeau François qui étoit à l'entrée du Port
de cette Ville , ayant envoyé à terre une partie
de fon équipage pour faire de l'eau , &
acheter des rafraîchiffemens, quelques Maures
s'étoient attroupez , & avoient maltraité les
François occupez à remplir leurs barils ; mais
que le Bey ayant été informé de cette violence
, avoit fait mettre aux fers les plus confiderables
; qu'enfuite il avoit envoyé un de fes
Officiers faire fes excufes au Capitaine François
, & qu'il luy avoit abandonné dix -fept
Efclaves Chrétiens , prefque tous Italiens , qui
s'étoient fauvés deux jours auparavant à fon
bord.
RUSSIE .
E 22. Août il arriva à Petersbourg, par les
LE22. Lattiva, deux Bâtimens qui re-
,
viennent de Derbent avec des marchandiſes &
des étoffes de Perfe pour près de 700. mille
Roubles : ce retour appartient à la Compagnie
Orientale de cette ville , qui en doit faire la
repartition aux Intereffez vers le 15. de Septembre.
E
POLOGN
SEPTEMBRE 1729. 2289
L
POLOGNE.
Roy qui arriva le 14. du mois dernier à
Bialoftock . en partit le 16. & fe rendit le
même jour à Grodno . Le jour pour l'ouverture
de la Diete generale eft fixé au 22.
Le Roy a refolu de faire bâtir à un quart de
lieuë de Varfovie , un Hôpital pour retirer,
nourrir & entretenir les pauvres foldats eftropiés
, ou hort d'état de fervir ; S. M. a affigné
des fonds fuffifans pour l'entretien de cette
Maiſon, dont la direction fera donnée aux Miniftres
du Roy qui ont le département de la
guerre.
La Diette de Grodno n'ayant pas eu lieu , le
Roy en partit le de ce mois , & arriva à
Drefde le 14. Septembre en parfaite fanté.
On a appris de Drefde , qu'il y étoit arrivé
un Courrier de Pologne le 17. du même mois,
pour donner avis au Roy , que depuis fon départ
de Grodno , les Nonces qui y étoient
refté , avoient tenu une grande Aſſemblée , à
la fin de laquelle plufieurs d'entre eux s'étoient
battus à coups de fabre , & que dans ce combat
il y en avoit eu deux de tuez , & pluſieurs
de bleffés.
Quelques Seigneurs Polonois font arrivez à
Drefde depuis quelques jours ,ne fe croyant pas
en fureté en Pologne depuis la rupture de la
Diete.
ALLEMAGNE.
N mande d'Hanover qu'on y avoit appris
le 8. de ce mois . par un Courrier dépêché
de Berlin , que le Roy de Pruffe avoit nommé
des Commiffaires pour entrer en negociation
avec ceux du Roy d'Angleterre , afin de termi
Hij ner
2290 MERCURE DE FRANCE .
ner les nouveaux differends des deux Cours,
Les Médiateurs qui ont été choifis font le Duc
de Bruniwick Wolfembutel , pour S. M. Brit.
& le Duc de Saxe Gotha , pour S, M. Pruffienne.
On est déja convenu que les Sujets réclamés
de part & d'autre , feront conduits à
Brunswick , où l'on en fera l'échange ; & le
Roi d'Angleterre a donné ordre à divers Regimens
qui étoient en marche ,de retourner dans
leurs anciens Quartiers, On a appris depuis
que ces differends ont été accommodés par
l'entremise des Médiateurs . On rendra les Soldats
qui ont été enrôlés par force de part
d'l'aautre , & les anciennes conventions , par
rapport au Cartel , ont été renouvellées.
ITALIE .
&
Le 25. Août , on effuya à Rome un orage
terrible qui dura une demie heure ; le Ciel pa
roiffoit tout en feu ; le tonnerre tomba fur le
Portail de l'Eglife de S. Pierre , où il emporta
la tête de la Statuë de S. Mathieu , un autre
coup pénetra dans la Chapelle où le S, Sacrement
repofe , & un troifiéme dans la gallerie
du Vatican , qui fut très endommagée. Il y
eut quelques perfonnes de tuées , & plufieurs
de bleflées dans les rues de la Victoire , de la
Trinité du Mont , & du Mont Marius . La Ville
fut prefque inondée , & le lendemain il y avoit
encore quatre pieds d'eau dans l'Eglife de la
Rotonde, ce qui empêcha d'y faire le Service
Divin .
Le 26. le Cardinal Ottoboni fit faire à Rome
une Répetition generale des Divertiffemens
en Mufique qu'il a fait préparer pour celebrer
Pheureufe délivrance de la Reine de France.
aufi-tôt qu'il en aura reçu la nouvelle.
Le
SEPTEMBRE. 1729. 2291
Le 18. le S. Sacrement fut expofé dans l'Eglife
de S Louis des François , par ordre du
Cardinal de Polignac , & on y chanta un Te
Deum à l'occafion de la Beatification du Venerable
Vincent de Paule , Fondateur des Prêtres
de la Miffion de France.
Le Roi de Sardaigne ayant nommé le Cardinal
Ferreri à l'Evêché de Verceil , le Pape
avoit donné celui d'Alexandrie de la Paille à
un Ecclefiaftique , qui n'eft ni Piémontois ni
Savoyard ; le Roi de Sardaigne a paru mécon
tent de ce choix , de forte qu'on ne croyoit
pas que le Marquis d'Ornea qu'on attendoit à
Rome de la part de ce Prince allât cette
y
année.
>
La Chambre des Comptes de Turin a fait
deffendre à tous ceux qui n'ont point de Lettres
Patentes du Roi de Sardaigne , ou des
Ducs de Savoye , fes Prédeceffeurs , ou qui ne
poffedent pas au moins la troifiéme partie d'un
Fief Seigneurial , & particulierement à tous
ceux dont les Fiefs ont été réunis au Domaine
du Roi , de porter à l'avenir le nom & les Armes
de ces Fiefs , & de mettre fur leurs Armes
la Couronne de Marquis , de Comte ou de
Baron, à peine d'être condamnés aux amendes.
portées par le Reglement du 26. Mars 1720
Le Duc de Riperda a envoyé ordre à ſes
Correfpondans à Venife de retirer une partie
des fommes qu'il avoit placées fur la Banque
de cette Ville.
GRANDE - BRETAGNE .
I de Londres ont apprispar
que
les dernieres Lettres de Cadix le 17.
du mois dernier , on avoit commencé de délivrer
l'or & l'argent du dernier retour des
Hij
Gallions
2292 MERCURE DE FRANCE
Gallions & des Azogues ; que l'Indult fur
les Gallions avoit été reglé , tous frais compris
à 23. trois quarts pour cent , & fur les
Azogues à 9. 3.
On a appris par une Lettre écrite le 20.
Avril dernier , à bord du Pegafe , vaiffeau
commandé par le Capitaine Arthur Lome , &
qui est allé à Annamabo , fur la côte d'Afrique
, que le Capitaine Boage , & tout fon
équipage qui étoit à terre , avoient été maffacrés
, & enfuite mangés par les Negres de la
côte.
Le Roy étant parti d'Hanover le 18. de ce
mois , S M. arriva le 21. à Helleveet- Sluys en
Hollande , & trois heures après , c'eft- à - dire ,
vers les fix heures du foir , elle s'embarqua à
bord du Yacht lé Guillaume & Marie , & fit
voile pour l'Angleterre avec un vent favorable.
Le 22. le Roy arriva à Kenfington vers les
dix heures du foir.
Une heure avant que le Roy traverſa la
Ville , la populace ameutée commit beaucoup
de defordres , & caffa les vitres , les miroirs
& les porcelaines de plufieurs maiſons donɛ
on n'avoit pas illuminé les fenêtres , parce
qu'on ne fçavoit pas que S M. prendroit cette
route , & qu'on croyoit qu'elle pafferoit la
Tamife à Lambeth.
On mande de Briſtol , que le 17. de Septembre
les Tifferans & autres ouvriers des Manufactures
de cette Ville s'attrouperent & brûlerent
plufieurs métiers de ces Manufactures ,
pour fe venger de leurs Maîtres qui avoient
voulu diminuer leurs falaires , & on fut obligét
de faire prendre les armes à quelques Compagnies
d'un Regiment d'Infanterie qui étoit en
quartier dans les environs de cette Ville , pour
les difperfer & les empêcher d'executer le proSEPTEMBRE.
1729. 2293
jet qu'ils avoient formé de mettre le feu à une
partie de la Ville.
Le 21. de ce mois , le fieur de Campagnole ,
fils d'un Refugié François , qui a déjà eu quel
ques accés de frénefie , étant dans l'Eglife de
3. Martin des Champs , pendant le Service ,
s'approcha du Pupitre où le Docteur Taylor
lifoit les Prières ; il luy tira un coup de piftolet
, & le manqua heureufement ; mais de fon
fecond piltolet il bleffa dangereufement un
/Charretier & un Maréchal ; on l'arréta fur le
champ , on le conduifit chez un Juge de Paix ,
qui l'a fait renfermer dans la priſon de Newgate,
en attendant qu'on ait d'autres preuves an
térieures de fa folie.
ON
HOLLANDE ET PAYS-BAS .
N apprend de la Haye que les Etats one
fait préfent d'une Medaille d'or , de la va
leur de cent Ducats , à M. Van- Sanden , Ecuyer
de M. Van- Hoey , qui a apporté la nouvelle
que la Reine de France étoit heureufement ac-
Couchée d'un Dauphin.
Le 17. de ce mois , au matin , le Prince de
Naffau-Dietz , Statouder de Frize , fut reçu
Statouder de Groningue, avec les ceremonies &
formalitez accoûtumées, après quoi il reçut les
complimens des Députez de cette Province, &
l'après-midy il rendit vifite aux Préfidens des
differens Colleges .
Les Etats generaux ont renvoyé dans leurs
anciens quartiers les Détachemens de troupes
qu'ils avoient fait marcher pour donner
du fecours au Roy d'Angleterre , en cas qu'il
eut été obligé d'entrer en guerre avec le Roy
de Pruffe.
Hiiij LETTRE
2294 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE du Roy Très- Chrétien aux
Etats Generaux .
TRES - CHERS , GRANDS AMIS , ALLIE'S ET
CONFEDERE'S. La Divine Providence ayant
accordé à nos voeux & à ceux de nos Peuples
un Prince , que la Reine , notre chere Epouſe &
Compagne , a mis aujourd'hui au monde à trois
beures & demie du matin : Nous vous faisons
part avec plaisir d'un évenement qui nous comble
de joye , & auquel nous sommes perfuadés
que vous prendrez beaucoup de part. Nous attendons
cette nouvelle marque des fentimens
que nous fçavons que vous avez pour notre
Couronne & pour nous : Sur ce , nous prions Dieu
qu'il vous ait , Très - Chers , Grands Amis
Alliés & Confederés , en fa fainte & digne
parde Ecrite à Versailles le 4, Septembre 1729
Votre bon Ami , Allié & Confederé
>
LOUIS
Chauvelin.
梁熊熊默默默默默默默默默默默默默默默
> MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
›
tilhomme du Comté d'York , mourut
à Londres le 9 Septembre , âgé de 102. ans
accomplis ,
Le 31. Août , la Ducheffe de Wirtemberg ,
née Princefle de la Tour-Taffis, accoucha d'un
fils à Belgrade qui fut baptifé le lendemain ,
& nommé Eugene- Louis - Adam Jean Nepomusene
Jofeph Raphael. FRANCE
SEPTEMBRE . 1729 2295
hhhh
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 25. de ce mois , l'Abbé d'Albert ,
Lnommé par le Roi à l'Evêché de
Bayeux , fut facré dans l'Eglife des Dominicains
du Faubourg S. Germain , par
l'Archevêque de Rouen , affifté des Evêques
de Saintes & d'Avranches .
·
Victor Marie , Comte d'Eftrées , Maréchal
& Vice-Amiral de France , Premier
Baron du Boulonnois , Comte de Nanteüil
le Haudoin , Vice-Roi de l'Améri
que , Commandeur de fes Ordres , Grand
d'Espagne , Lieutenant General de la Mer
pour Sa Majefté Catholique , Gouverneur
des Ville & Château de Nantes , Lieutenant
General du Comté Nantois , Commandant
en Chef dans la Province de
Bretagne , prit féance , & prêta Serment
au Parlement en qualité de Duc & Pair
le Lundy 29. Août . Il donna ce même
jour une grande Fête chez lui , & un magnifique
Diner aux Pairs , à M. le Premier
Prefident , aux Prefidents à Mortier,
2 Mrs les Gens du Roi , & aux Confeillers
de la Grand'Chambre. Ce Repas fe
Hv donna
2296 MERCURE DE FRANCE:
donna dans un Bois de Maroniers qui occupe
la moitié de fon Jardin , où par le
moyen de deux grands Arbres qu'on
avoit coupez , il y avoit place pour
deux Tables de 32. Couverts chacucune.
Dans les environs il y avoit 3 Tables
de 16 , 14. & 10. Couverts . On fervit
gras & maigre ; rien n'y fut oublié
pour la délicateffe de la chere. La plus magnifique
Vaiffelle d'argent y étoit en trèsgrande
quantité , & l'on vit paroître dans
ce Repas la belle Vaiffelle de Porcelaine
de M. le Maréchal d'Eftrées. Tout le Jardin
étoit couvert de deux Tentes d'écorces
& de couti , par bandes , achetées exprès ,
& de Bannes dans les arrieres Allées . Tout
le pourtour du Jardin , & les enfoncemens
étoient garnis de trois tentures de
differentes Tapifferies. On voyoit fix Buſfets
remplis de Vaiffelle d'argent & de Porcelaine
ancienne pour le fruit , des Couteaux
à manche de Lacque de laChine à la
me d'argent,& autres de Porcelaine ; quatreBuffets
pour toutes fortes de Vins & autres
Liqueurs. Après le Repas , M. le
Maréchal d'Eftrées fit monter la Compagnie
dans fon Appartement , où il avoit
fait trouver les Muficiens du Concert Italien
, qui finirent la Fête , à laquelle on
ne peut rien ajoûter pour la magnificence.
ན
LS
SEPTEMBRE. 1729. 2197
Le Curé de S. Sulpice a fait préſent à
la Reine d'une Courtepointe magnifique
travaillée par les filles de la Communauté
de l'Enfant Jefus , les quatre coins font
enrichis de quatre Dauphins en Broderie ,
d'un ouvrage très recherché.
Le Roi a accordé un Brevet de Duc au
Marquis d'Alincour , petit -fils du Maréchal
de Villeroy. La Ducheffe , fon époufe,
fille de la Maréchalle de Bouflers , prit
le 8. de ce mois poffeffion du Tabouret
au Souper du Roy.
Le Gouvernement d'Aiguemorte , vacant
par la mort de M. Bufca , a été donné
le 8. de ce mois au Marquis de Perignan
, à la charge de 2000. livres
de penfion , en faveur de Mad¹¹ de
Bufca , foeur du défunt. Le Chevalier de
Daydi , a été fait Lieutenant des Gardes
du Corps , & il a obtenu la Brigade de
M. de Bufca.
L'Archevêque de Paris a nommé les
Abbez de Gontaux , Vivant , de Cofnac
d'Oppede , de Romigni , Parquet & Arnault
, pour fes Grands Vicaires , & l'Abbé
Couet , Official & Grand Vicaire .
Le 16. de ce mois ; on fit l'ouverture de
la Chambre des Vacations à la Tournelle
Criminelle ; c'eft le Prefident de Maifons
qui y préfida,& M. de Fleury, fils du Pro-
H vj cureur
2.98 MERCURE DE FRANCE
cureur General , âgé de 17. ans , fait les
fonctions de Subftitut de l'Avocat Gene
ral ; il commença par un très - beau Compliment
qu'il prononça avec beaucoup de
hardieffe & d'Eloquence ; enfuite il don- '
na fes conclufions pour deux Procès
avec autant de prudence & de jufteffe
qu'on auroit pû fouhaitter d'une perfonne
confommée dans cette Profeffion .
Le 28. Septembre il y eut Concert
François au Chateau des Thuilleries . Le
fieur Annibalino , fameux Muficien Ita
lien , & premier Acteur de l'Opera de
Londres , chanta feul pour la premiere
fois un Motet Latin dans le vrai goût de
la Mufique Italienne , & deux petits Airs
Italiens , le tout fut fort applaudi . Les S
Blavet & Guignon joüerent des Concerto ,
dont l'éxecution paroît toujours admirable.
La Dile le Maure chanta la Cantate
Andromede & Perfee , & on finit par le
Confitemini , Moret de M. de la Lande.
rs
On s'eft trompé en mettant dans la Gazette
d'Hollande que le fieur Peyrat , Accoucheur
de la Reine , avoit été annobli
depuis la deuxième Couche de S M. puifqu'il
avoit obtenu des Lettres de Nobleffe
pour lui & pour fon frere aîné à fon retour
d'Efpagne en 1721. où il étoit allé
par ordre du Roi de France.
Le fieur Grégoire ; Chirurgien-Juré ,
Accou
&
SEPTEMBRE . 1729. 2299
Accoucheur à Paris , qui avoit été mis au petit
Châtelet , fur de fauffes accufations que des
perlonnes mal intentionnez avoient fait contre
lui , en eft forti pleinement juftifié , avec
liberté entiere d'exercer fa Profeffion comme
il faifoit cy - devant , & il continue avec plus
d'applaudiffement & de fuccès que jamais.
SUITE des Réjouiffances publiques .
D
Epuis le 4. de ce mois , jour de l'heureufe
Naiffance du DAUPHIN , tous
les jours ont été marquez par des Meffes
Solemnelles , des Te Deum , & par des
Réjouiffances generales & particulieres au
fujet de cet heureux évenement. Les Feux
de joye , les Illuminations , les Fontaines
de Vin , & diftribution de pain & de
viande , les Feux d'Artifices , & Décorations
ingénieuſes , tout a été employé pour
célebrer cette glorieufe Naiffance. Nous
ferions plufieurs gros Volumes , fi nous
voulions entrer dans le vafte détail de
toutes les Fêtes & marques de joye , que
les Princes , les Seigneurs , & autres per
fonnes de diftinction , & même de fimples
Particuliers ont donné à cette occafion;
on tâchera de ne point omettre celles
qui meritent quelque diftinction , & fi
malgré notre application il y en avoit
quelqu'une d'oubliée , au premier avis &
fur
1500 MERCURE DE FRANCE:
*
fur un Mémoire exact , la choſe ſera bientôt
réparée.
Le Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris
, après avoir pris les ordres du Roy ,
partit de Verfailles le même jour de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN
pour venir à l'Hôtel de Ville donner les
fiens ; il étoit dans ſon Caroffe à fix Chevaux
, & fuivi de plufieurs Pages & d'un
détachement de fes Gardes à Cheval avec
un Officier à leur tête. Il jetta de l'argent
au Peuple qui fetrouva fur fon paſſa.
ge,depuis fon entrée à Paris jufqu'à l'Hôtel
de Ville , & fit la même choſe en allant
à fon Hôtel. Il a été tous les jours à
P'Hôtel de Ville avec le même Cortege ,
pour donner les ordres neceffaires pour
recevoir le Roi , & a continué de jetter de
l'argent en venant de fon Hôtel à la Ville ,
& en y retournant .
Le Mardy 6. Septembre , le Duc de Gêvres
, accompagné du Corps de Ville , alluma
le feu de fagots qui avoit été dreffé
devant l'Hôtel de Ville , & jetta de l'argent
pendant la Proceffion qui fut faite
autour du Feu .
Le Mercredy 7. il alla au Te Deum à
Notre Dame , magnifiquement vêtu , &
dans un fort beau Caroffe à 6. Chevaux ;
fes Pages étoient devant & derriere le Caroffe
; il étoit eſcorté de fes Gardes &
Suiffes ,
SEPTEMBRE. 1729. 2301
Suiffes , & de fa Livrée à pied ; fon Caroffe
étoit fuivi de plufieurs autres , dans
lefquels étoient fes Gentilshommes . Dès
que le Te Deum fut fini , le Duc de Gêvres
partit de Notre- Dame , & pour arriver
à l'Hôtel de Ville avec plus de diligence
pour y recevoir le Roi , il ne prit
qu'un détachement de fes Gardes à Cheval
. Il reçut Sa Majefté dans la Place , étant
à la tête du Corps de Ville , & lorfque le
Roy fut monté dans la grande Salle , avant
qu'on eut commencé de tirer lé Feu d'Artifice
, le Duc de Gêvres préſenta à S. M.
·les Officiers de la Ville.
Pendant le Souper du Roi , il tint une
Table à l'Hôtel de Ville qui fut fervie magnifiquement
, à laquelle il y avoit beau
coup de Seigneurs & de Dames.
Après le Souper du Roi , le Duc de
Gêvres , à la tête du Corps de Ville , reconduifit
Sa Majesté à ſon Caroffe , & enfuite
retourna à fon Hôtel , accompagné
d'un détachement de Gardes à Cheval ,
& des Carroffes de fa fuite.
Le Jeudy 8. le Duc de Gêvres alla å
Verfailles pour remercier le Roi de l'honneur
que Sa Majefté avoit fait à la Ville ,
& pour prendre avec M. le Cardinal les
mefurés neceffaires , au fujer du Dîné que
la Ville devoit donner le Lundy fuivant à
fon
1362 MERCURE DE FRANCE .
fon Eminence , & aux Ambaffadeurs &
Ministres Etrangers.
Le Dimanche 11. du même mois , le
Duc de Gêvres revint à Paris dans fon
Caroffe à fix Chevaux , accompagné de
fes Pages & d'un détachement de les Gardes
à Cheval , avec un Officier à la tête ,
& vint defcendre à l'Hôtel de Ville pour
y donner les ordres necellaires pour le
Dîné du lendemain ; il jetta , encore en
cette occafion de l'argent au peuple , ce
qu'il continua de faire le lendemain.
Le Lundy 12. il fe rendit à l'Hôtel de
Ville , accompagné de même que le jour
précedent. La Ville alla recevoir M. le
Cardinal à la Porte de l'Hôtel de Ville
& le Duc de Gêvres , accompagné des
Officiers & des Gardes en habits d'Ordonnance
, & de fes Gentilshommes , reçût
fon Eminence au haut du premier dégré.
Le Duc de Gêvres a fait les honneurs
de l'Hôtel de Ville , & a tenu une Table
où il y avoit beaucoup d'Ambaffadeurs &
de Seigneurs , & après le Repas il retourna
à fon Hôtel avec fon même Cortege.
Entre toutes les fuperbes Illuminations
qu'on a vûës à Paris , celle de la Place de
LOUIS LE GRAND merite une attention
particuliere , par la beauté du lieu
qui fournit des proportions à une fimétrie
admiSEPTEMBRE
. 1729. 2307
admirable , & par l'ordre & la magnificence
dont elle étoit illuminée . Cette Place
a la figure d'un octogone imparfait , qua
tre faces étant plus petites que les autres
La Statue Equeftre de Louis XIV . en
Bronze , fur un Pied - d'Eftal de Marbre
blanc , occupe le milieu ; elle peut contenir
dix mille hommes en Bataille , comme .
on l'a pû voir dans les revues qui y ont
été faites. L'Architecture qui régne partout
, eft d'ordre Corinthien , en Pilaftres
avec des Corps avancez , revêtus de Colomnes
, un au milieu de chaque face
qui portent des Frontons , dans les Tim
pans defquels on a placé les Armes de
France , avec leurs accompagnemens , &
des Figures affifes fur les Entablemens
&c. Il régne par tout fous ce grand ordre
un Stilobate ou Pied- d'Eftal continu , orné
de Kefends , dans lequel on a ouvert
les portes des maifons qui font en plein
ceintre , & dont les Clefs font couvertes
de beaux Mafcarons . Les Chapiteaux &
tous les ornemens de Sculpture , qui dé-,
corent ce grand ouvrage , font d'une agréa
ble execution , de même que les bandeaux
des fenêtres , &c .
Nous avons crû cette Defcription neceffaire
pour faire juger tout d'un coup de
l'effet admirable de l'illumination de cette
Place , dont les Corniches , les Plinithes ,
les
2304 MERCURE DE FRANCE .
les Cordons , les Ceintres , & les principaux
Membres de l'Architecture étoient
profilez de lumieres dans la plus exacte fimetrie.
Une autre circonftance qui donnoit
un grand éclat , & qui enrichiffoit
beaucoup ce brillant fpectacle , c'eft qu'au
lieu des Lanternes publiques , qui font de
chaque côté des deux entrées , du côté
des Feuillans & des Capucines , ainſi que
tout autour de la Place , on avoit mis
des Luftres de Criſtal à douze bobêches
garnies de bougies .
On doit diftinguer entre les belles Maifons
dont cette Place eft compofée , l'Hôtél
de la Chancelerie de France , fitué
très avantageufement & directement au
milieu , à gauche , en entrant par la rue
S. Honoré , qui par les ordres de M. Dagueffeau
, Chancelier de France , qui l'oce
cupe , étoit illuminé très- magnifiquement.
Une autre Maifon qui merite fort d'être
diſtinguée , c'eſt celle de M. de la Vieuville
, Secretaire des Commandemens de
la Reine , fituée dans la même Place .
Elle a été illuminée pendant trois jours
de fuite avec des Terrines & des Lampions,
comme les autres Maifons de la Place ;
outre cela on avoit mis une très - grande
quantité de Luftres & de Girandoles de
Cristal garnies de Bougies à toutes les
Fenê
SEPTEMBRE. 1729. 2308
Fenêtres du premier & du fecond étage ,
ce qui faifoit un effet tout des plus brillans,
& en même tems fort galand . On y a
vû un grand concours de monde qui a admiré
le bon goût & la nouveauté de cette
illumination . M. de la Vieuville eft dans
l'habitude de fe diftinguer dans ces fortes,
d'occafions , car à la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , étant Secretaire
des Commandemens de feüe Madame
la Dauphine , il donna une Fête magnifique
dans cette Place , qui fut pour
lors admirée de tout le monde , & dont
on s'eft rappellé les idées avec plaifir .
Le 7. Septembre , le Duc du Maine
fit illuminer fon Hôtel , ruë de Bourbon ,
depuis le haut jufqu'en bas , avec autant
de goût que de magnificence : les Berceaux
de fon Jardin , les Murs d'appui
& ceux des deux côtez , ainfi que les
Cheminées , étoient auffi profilez de Lampions
& de Terrines . Les Balcons furent
garnis de 12. douzaines de Flambeaux de
Cire blanche. Dans le Jardin , prefque
fur le bord de la Riviere , étoient trois
grandes Piramides de Lampions. Celle
du milieu portoit deux grandes L L. entrelaffées
, & celles des côtez , deux grands
Dauphins.
Lorfque le Roi paffa vis - à- vis le Pont
tournant des Thuilleries , on tira dans le
Jardin
2306 MERCURE DE FRANCE.
Jardin une très grande quantité d'Artif
ce. Dans les ceintres des Berceaux , étoient
deux Globes garnis de 6. douzaines de
Lances à feu & à fauciffons , couronnez
chacune d'une douzaine de Trompes à
5. décharges ; fur le mur d'appui , on
avoit placé o . douzaines de Pots à feu ,
à Egrettes , qui partirent tous enfemble
ainfi que 14. douzaines de Pots à feu fur
tretaux .
9
>
Au Faîte de l'Hôtel , fur une efpece de
plate -forme , au - deffus des Corniches
furent tirées 12. douzaines de Fufées au
Chevalet , 2 à 2. 3 à 3. & 4 à 4. Dans
les Trumeaux du Bâtiment , étoient 80 .
douzaines de groffes Fulées courantes
qui partirent en deux tems , & formerent
des Cafcades & des Napes de feu en ondulation
dans le Jardin , qui furprirent
très agréablement la vue. Sur le Fronton
de l'Hôtel étoit un Soleil fixe à г8 . rayons
& de 12. pieds de diamétre , qui fit un
effet prodigieux par fon brillant éclat . On
fit partir enfuite du Jardin trois Caiffes
les unes après les autres , garnies chacune
de fix douzaines de Fufées de differentes
groffeurs , & une très grande Caiffe garnies
de 12. douzaines des plus groffes Fufées
, ce qui répandit une quantité prodigieufe
de feu dans les airs , & y fit admirer
tout ce que l'art a de plus ingenieufement
SEPTEMBRE . 1729. 2307
ment recherché , & de plus furprenant ,
Le tout fut tiré très - vête & très à propos ;
dont Sa Majefté a paru très contente .
Le 17. du même mois , le Duc du Maine
fit tirer dans la Ménagerie de Madame
la Ducheffe du Maine , à Sceaux , un Feu
d'Artifice , où ce Prince , cette Princeffe ,
Madle du Maine , & toute leur Cour
étoient.
Le Pavillon fut illuminé depuis le haut
jufqu'en bas ; les ordres d'Architecture
ornez de Guirlandes de fleurs ; les Parte
res profilez de Lampions , & toute la broderie
deffinée ; les Allées du Jardin garnies
de Terrines , où l'on a employé dans
ce grand Terrain jufqu'à 25000. Lampions
ou Terrines .
Dans l'Allée , en face du Pavillon , étoit
un Portique de 24. pieds de haut , cou
ronné d'une grande Lune , & dans le milieu,
un Luftre d'illumination , orné de
guirlandes de fleurs. Achaque côté du Portique
étoit une Piramide terminée par un
Dauphin; le tout auffi garni de Lampions .
Si- tôt que le tout fut allumé , on
commença påt tirer so . Boëtes , enfuite
fix douzaines de groffes Fufées au Chevalet
, trois Caiffes . Les deux premieres garnies
chacune de fix douzaines de Fúfées de
toutes groffeurs , & la derniere de 10. douzaines
2308 MERCURE DE FRANCE
zaines de Fufées , toutes des plus belles ;
Io. douzaines de Pots à feu à égrettes ,
1o . douzaines de Pots à feu fur des Treteaux
, 80. douzaines de groffes Fulées
courantes , qui partirent toutes à la fois
en faifant un Berceau de feu dans l'Allée
de point de vue du Pavillon ; 12. Gerbes
de feu brillant , un Soleil fixe à 18. rayons,
à 3. pieds de haut , & trois autres Soleils
tournans , ce qui fit un très - bel
effer.
Le Prince de Rohan fit illuminer les 5
6 & 7 Septembre , toute la façade de fon
Hôtel en dehors ; la grande Cour des
Colonades & bâtiment en dedans , en
Lampions & Terrines , fuivant l'ordre
d'Architecture , qui fait un fi bel ornement
; le Veſtibule d'en bas , le grand ef
calier , & le vafte Salon d'en haut en Bougies
, avec de grands feux dans la Cour ,
au bruit des Timballes , Trompettes &
Violons. L'arrangement ingenieux des lumieres
, & le coup d'oeil gracieux qu'elles
produifoient , attirerent un nombre infini
de perfonnes , de tous états , qui y ont
formé des Bals , & danfé toutes les trois
nuits. Nous n'entrerons pas dans un plus
grand détail , mais pour que le Lecteur
puiffe bien juger de l'effet de l'illumination
, nous n'avons qu'à donner ici en peu
de mots une idée de cet Hôtel.
La
1
SEPTEMBRE. 1729. 2309
"
La principale entrée du côté de la rue
de Paradis , eft dans un enfoncement de
forme circulaire & décoré de chaque
côté de deux Groupes de Colomnes Corinthiennes
, avec leurs couronnemens en
reffaut , fur lefquels on voit les figures
d'Hercule & de Pallas. Le milieu en attique
eft occupé par les Armes de la Maiſon
de Soubife , & aux côtez des trophées de
diverfes Armes.
La Cour qui occupe un fort grand ter
rain , eft terminée par une grande façade
d'Architecture , formée à rez de chauffée
par une décoration de huit Colomnes
couplées d'ordre compofite , entre lefquelles
font trois ouvertures ceintrées ,
qui conduifent dans le Veſtibule , au bas
du grand Escalier . Le même nombre de
Colomnes d'ordre Corinthien , forme un
fecond ordre fur le premier ; le tout terminé
par un grand fronton , fur lequel
on voit deux figures à demi couchées , &
des Groupes de Génie fur les encoignures
, qui font un fort bel effet. Pour accompagner
ce morceau d'Architecture
avec le Peristyle qui enferme toute la
Cour , on a ajoûté de chaque côté des
Groupes de Colomnes du même ordre
avec leurs Entablemens , fur lefquels on
voit les figures des quatre Saifons avec
leurs Attributs. Cette Cour eft fort gran
de
2310 MERCURE DE FRANCE .
de , d'une forme réguliere , & il n'y en a
´point à Paris qui lui foit comparable pour
fon étendue & pour fa décoration . Le Periftyle
eft foutenu de Colomnes couplées,
d'ordre compofite , avec des Pilaftres qui
y répondent , pour former un Corridor ,
à la faveur duquel on va à couvert tout
autour. Il régne fur l'Entablement continu
, une Balustrade avec des pieds - d'Eltaux
fur les Colomnes , ce qui fait une
très-riche décoration .
L'Escalier principal eft grand & bien
éclairé , & le Veſtibule , au travers duquel
on paffe pour y arriver , eft ouvert
de tous côtez par des Arcades fermées de
portes de fer , bien travaillées & dorées.
Avec cette Delcription il fera aifé de fe
former une idée jufte de toute l'Architecturc
& des ornemens de cet Hôtel , & de
l'effet admirable que devoient faire une
quantité prodigieufe de lumieres placées.
avec art.
Le 7. au foir , les quatre Princes de
Soubile , petits - fils du Prince de Rohan ,
firent tirer fur les Tourelles de leur Château
de Vigny , à 3. lieuës de Pontoiſe
une centaine de coups de Canon , qui furent
réïterés le lendemain de grand matin ,
& renouvellés à 9. heures , à midy & à
trois heures. Sur les cinq à fix heures ,
l'Abbé de Canappeville , Confeiller au
Parle
SEPTEMBRE. 1729 2311
Parlement de Rouen , & Grand - Archidiacre
du Diocèle , entonna le Te Deum
dans l'Eglife de Vigny , au bruit réïteré
du Canon & des Cloches. Après le fouper,
la Compagnie que les Princes avoient
invitée , fut placée fur un Amphitheatre
dreffé vis à-vis la grande façade du Château
qui étoit entierement illuminé , on
tira un beau Feu d'artifice , entremêlé de
Salves de Canon , qui ne ceffa de tirer
qu'à une heure après minuit. Les Payfans
du Village , & ceux des environs , que
cette Fête avoit attirés , firent retentir l'air
de fréquents Vive le Roy , en bûvant le
Vin qui leur fut donné à diſcretion .
>
Le 7. de ce mois le fieur de Boullongne
ayant trouvé trois Bateaux chargez de
Bois à remonter à la fois du Pont Royal
au l'ont Neuf , où fa Machine eft fixée
il en donna le fpectacle au Roi , en leur
failant fuivre la marche ; lorfque Sa Majefté
fut vis à- vis le Port aux Paffeurs ;
elle fit arrêter fon Caroffe & féparer les
Troupes qui bordoient le Quai pour
mieux examiner la viteffe avec laquelle
la Machine remontoit ces trois Bateaux .
Le Roi fit encore arrêter vis - à- vis la ruë
des Poulies , d'où Sa Majesté vit les infcriptions
de vive le Roi , vive la Reine
vive Monfeigneur le DAUPHIN , qui
I étoient
2312 MERCURE DE FRANCE,
S
étoient fur les Etendarts de la Machine ;
& fur celui qui étoit fur le premier Bateau ,
Après le paffage du Roi , le fieur de
Boullongne eut l'honneur de faluer Sa Ma
jefté par la décharge de 60. Boëtes , qui
fervirent d'entre- acte aux décharges qui
furent faites par les Régimens des Gardes
Françoifes & Suiffes.
Le foir , il fit une illumination en lettres
de feu de vive le Roy , fuivie de 100.
Terrines placées en fimetrie fur fa Machine
. Le tems & la rareté des Ouvriers
ne lui ayant pas permis d'en faire davantage
, il fe contenta de faire faire encore
une autre décharge de o Boëtes au retour
du Roi.
Le 9. l'Univerfité en Corps fit une
Proceffion extraordinaire , & alla à l'Eglife
de S. Paul , où après une Meffe Solemnelle
, elle fit chanter le Te Deum, en
Action de graces de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
Le 10. Septembre au matin , le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , la Cour des Monnoyes & le
Corps de Ville , eurent Audience du Roi ;
les Chefs des Compagnies porterent la
parole , & complimenterent S. M. fur la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN .
Le lendemain matin , le Grand - Confeil
s'ac
SEPTEMBRE . 1729. 2313
•
' acquitta du même devoir , le Premier
Préfident portant la parole. M. Benet ,
Recteur , à la tête de l'Univerfité , complimenta
le Roi fur le même fujet. L'Académie
Françoife eut enfuite Audience
du Roi , & M. de la Motte , Directeur
de cette Académie , porta la parole en
ces termes :
SiIRE ,
Quelque grande que foit la joye de Votre
Majefté , elle doit redoubler encore à la
vûë de celle de vos Peuples. Heureux les
Princes dont les profperitez font des biens
publics.
Oni , SIRE , ce que la joye.fait aujour
d'hui fur moi , elle le fait fur tous vos Sujets
: Toutes les douleurs fontfoulagées . Les
Actions de Graces font dans toutes les bouches
& dans tous les coeurs , & les fignes
de l'allegreffe , tout éclatans qu'ils paroiffent
, font encore loin d'en égaler lè fentiment.
Jugez- en , SIRE , par les avantages que
raffemble pour nous un évenement fi désiré.
Nous voyons dans le Prince qui vient de
naître , la fatisfaction d'un Roi qui nous
aime , & qui ne veut de felicité que pour
nous , les délices d'une Reine , qui regarde
ce don du Ciel comme un gage nouveau de
Lij votre
2314 MERCURE DE FRANCE .
votre coeur ; le plus cher interêt de la Narion
, qui va voir votre ſageſſe ſe multiplier
dans un autre vous même ; la tranquillité
conftante de toute l'Europe , qui fera
votre gloire & jon heritage .
>
Puiffions nous , SIRE n'avoir à célé
brer que cette tranquillité dans le plus long
& le plus heureux de tous les Regnes ! Puiffe
Ange de la Paix éclairer toujours vos
confeils ! Puiffiez - vous nouveau Salomon
, plein de fes vertus , exempt de fes
foibleffes, & couvert de la gloire la plus
folide , défabufer les hommes de cette gloire
militaire qui fait toujours le malheur des
Nations, & qui par le prix qu'elle coûte ,
devroit faire la douleur des Heros mêmes
qu'elle couronne. Voilà quels font les fèntimens
, quels font les voeux de l'Académie
Françoife pour V. M. & pour moi , SIRE ,
pardonnez moi mon transport ( dans quelle
occafion feroit- il plus pardonnable de s'onblier
) malgré toutes mes privations , toutes
mes douleurs , ce jour est fans doute le
plus beau de ma vie , puifque j'ai pû mêler
, en préfence de mon Koi , le témoigna
ge de ma proprejoye à celui de l'allegreffe
univerfelle.
M.
SEPTEMBRE . 1729. 2315
M. DE LA MOTTE , après la Harans
gue , dit ces Vers au Roy .
A Ujourd'hui la bonté fuprême ,
De LOUIS a comblé les voeux.
Quels voeux ferions nous pour nous -même ?
Rien ne nous manque ; il eft heureux.
Joye ingénuë , aimable guide ,
Viens régler ma lyre & mon chant.
Tout ornement eft infipide ,
Où le vrai feul eft fi touchant.
Eh ! pourquoi du Dieu du Permeffe
Trions- nous emprunter la voix ?
Le Peuple en fes cris d'allégreffe
Eft le Pindare des bons Rois.
Europe , fignale ta joye ;
Un Aftre bienfaiſant t'a lüi.
Rend graces au Ciel quite l'envoyez
Que de biens naiffent avec lui.
讚
Dans ce don feul , notre efperance.
Voit mille autres dons réunis :
I iij
Lea
2316 MERCURE DE FRANCE
Les Peres y goûtent d'avance
Le bonheur de leurs petits- Fils.
HARANGUE
MADA ADAME ,,
pour
la Reine.
Goutez aujourd'hui le prix de vos vertus
: Elles ont obtenu du Ciel ce que nous
Ini demandions par tous nos voeux.
Ces Vertus qui vous ont élevée à la premiere
place du monde , qui vous ont affo-.
ciée au fort d'un Epoux auffi digne de tout
votre Amour , que Votre Majesté l'eft de
tout le fien ; ces Vertus méritoient que le
Ciel confommât fon ouvrage , & qu'il vous
accordat ce trince , dont la naissance eft aujourd'hui
la Fête de toute l'Europe . Oni ,
MADAME , au milieu de notre joye ,
nous en félicitons nos Voifins , c'est pour
eux & pour nous le lien d'une paix durable
, & la conciliation de tous nos interêts.
qu'il croiff fous vos yeux , pour apprendre
à vous imites jettez dans fon coeur les
fondemens folides des vertus Royales ,
des qualitez héroïques , en le formant à
cette pieté , qui ne connoit rien de grand
que la Juftices qu'au milieu de la douceur
de vos carffes , il recueille le fruit de vos
exemples , & que par fes heureux progrès
نم
le
SEPTEMBRE. 1729 2317
la joye de fa Naiffance fe renouvelle pour
vons tous les jours .
HARANGUE faite à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , le même jour.
MONSEIGNEUR ,
Vous êtes l'objet de notre joye , fans la
comprendre , & fans pouvoir la partager.
Nous ne fçaurions encore vous faire entendre
nos fentimens ; il ne nous reste que
des voeux à faire en votre prefence. Puif
fiez- vous tenir à la France , à l'Europe ;
à l'Univers , tout ce que votre Naiffance
lui promet. Nous l'efperons , non fur des
préfages frivoles , mais fur les fondemens
les plus folides . Le Sang des Héros qui
coule dans vos veines , les vertus d'une
Mere , qui par la force de l'exemple de
viendront bientôt les vôtres ; l'habileté des
mains chargées de votre éducation , & ac •
coûtumées à former des Rois ; Voilà MONSEIGNEUR
, les garants fideles de vos
progrès de notre bonheur.
Toutes les Compagnies , qui après l'Audience
de S. M. ont eu l'honneur de
complimentter Monſeigneur le Dauphin,
ont été prefentées , avec les ceremonies
ordinaires , par le Comte de Maurepas
Hij Se2318
MERCURE DE FRANCE.
" Secretaire d'Etat & conduites par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des
Ceremonies , & par M.Defgranges , Maître
des Ceremonies .
L'Archevêque de Paris ayant donné le
6. de ce mois , un Mandement , par lequel
, conformément aux ordres du Roi ,
qu'il avoit reçûs la veille , il ordonnoit
pour le 11. une Proceffion folemnelle du
Chapitre & du Clergé de l'Eglife Métropolitaine
, & des Proceffions particulieres,
les Eglifes Paroiffiales , les Communautez
Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Faubourgs de Paris , allerent pro
ceffionnellement ce jour- là à l'Eglife Métropolitaine
, depuis fept heures du matin
jufqu'à midy , pour remercier Dieu de
Ph ureux accouchement de la Reine &
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
. Au retour des Proceflions, on chanta
dans toutes les Eglifes une Mefle folemnelle
& un Te Deum , pour le même
me fujet. L'après midi , le Chapitre de
P'Eglife Métropolitaine , à la tête duquel
étoit l'Archevêque de Paris , fit autour
de la Cité , dont toutes les ruës étoient
tendues , la Proceffion accoûtumées en
pareille occafion ; le Corps de Ville y
affifta en ceremonie.
Le Lundi 12. de ce mois , le même
Corps donna dans l'Hôtel de Ville un
grand
SEPTEMBRE. 1729. 2319
grand repas , auquel fe trouverent le Car.
dinal de Fleury , le Garde des Sceaux
les Ambaffadeurs & Miniftres Etrangers ,
les Ambaffadeurs Plenipotentiaires qui
font à Paris , la plus grande partie des Seigneurs
de la Cour , les Chefs des Cours
fuperieures , & un grand nombre d'autres
perfonnes de diftinction. On avoit
mis dans la Grande Salle de l'Hôtel de
Ville, trois tables égales de 45. couverts,
qui furent fervies avec autant de délicateffe
que de profufion , ainfi que plufieurs.
autres tables qui étoient dans d'autres Salles.
La grande magnificence & l'ordre
de cette Fête ont dignement répondu à
tous les foins que le Gouverneur de Paris ,
le Prévôt des Marchands & les Echevins
s'étoient donnez , pour qu'elle pût être
digne de l'heureux évenement qui en a
été l'occafion .
La grande Salle étoit ornée de la même
maniere que le jour que le Roi y
étoit venu. Les trois Tables furent fervies
en même temps vers les deux heures
. On fortit de table à cinq , & lorfque
les Convives furent entrez dans une Salle
voifine où l'on fervit du Caffé , tout le
Deffert des trois tables , qui étoit des plus
magnifiques , fut abandonné au Peuple.
Pendant le dîner il y eut une très - belle
Mufique que M. Mouret , Muficien or-
1 v dinaire
2320 MERCURE DE FRANCE .
dinaire de la Chambre du Roi , fit exe
cuter.
Le Jeudi 15. les Fermiers Generaux
firent chanter une Meffe folemnelle &
un Te Deum , dans l'Eglife de S. Euftache ;
l'Eglife fut tendue de magnifiques Tapifleries
, & ornée d'une grande quantité de
Luftres & de Girandoles . On y fit l'Office
très -majestueufement , & tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre .
Le 16. les Receveurs Generaux des
Finances firent celebrer pour le même
fujet , dans l'Eglife de la Maifon Profeffe
des Jefuites , une grande Meffe qui fue
fuivie d'un Te Deum.
Le même jour , les Payeurs des Rentes
firent auffi chanter une Meffe folemnelle
& un Te Deum , dans l'Eglife des Peres
de la Mercy.
Les Princes & Princeffes du Sang ont
donné des marques éclatantes de leur zele
dans cette occafion , le Palais Royal a
paru illuminé pendant 4. nuits en Alambeaux
de cire blanche , avec des Feux
&c. L Hôtel de Condé & l'Hôtel de Conty
, ont été illuminez auffi avec beaucoup
de magnificence, en flambeaux , en terrines
& en lampions , avec des Portiques
Piramides , &c.
Le 15. Madame de Bourbon , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de S. Antoine des
Champs
SEPTEMBRE. 1729. 2328
Champs , fit tirer un très - beau Feu d'artifice
, avec illumination , &c. La Ducheffe
de Bourbon , la Princeffe de Conty , &
les deux Princes fes fils , furent invitez
à cette Fête.
On a vû les mêmes marques de joye à
l'Hôtel de la Princeffe de Conty , premiere
Douairiere , à l'Hôtel du Maine &
à l'Arfenal , à l'Hôtel de Toulouſe , &c.
où les illuminations magnifiques & les
Feux ont été repetez pendant quatre jours,
avec des Fontaines de vin , & c .
Le Maréchal de Villeroy ne pouvant
aller à la Cour , à caufe de fon grand âge,
a écrit au Roy , pour marquer à S. M. la
joye qu'il a de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN. Il apprit cette heureufe
nouvelle à fon Château de Villeroy
; fon préinier foin fut de rendre graces
à Dieu en faifant chanter un Te Deum ;
& fe livrant enfuite au contentement dont
il étoit penetré , il en donna tous les témoignagnes
poffibles ; tout le Château
parut très bien illuminé on entendit
plufieurs falves de canon , des Feux , & c .
9
Le Dimanche onze Septembre les
fix Corps des Marchands préfentez par
M. le Duc de Gelvres , Gouverneur de
Paris , eurent l'honneur de complimenter
le Roi à Verfailles fur la Naiffance de
Monſeigneur le DAUPHIN , qu'ils eurent
I vj
aufi
2322 MERCURE DE FRANCE:
auffi l'honneur de complimenter enfuite ;
préfentez par le même Seigneur.
Le Mardi 13. les mêmes fix Corps ,
en actions de graces de cette Naiffance , &
de l'heureuſe délivrance de la Reine , firent
chanter une Meffe folemnelle & le
Te Deum dans l'Eglife de Saint Eustache,
qui étoit parfaitement bien ornée . Le
Lieutenant General de Police & le Procureur
du Roi y affifterent.
A l'occafion de l'heureufe Naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN , M. le Chevalier
d'Orleans , Grand- Prieur de France,
a fait chanter le Samedi 17. de ce mois ,
dans l'Eglife Paroiffiale du Temple , un
Te Deum en Mufique, à grand Choeur , de
la compofition du fieur Antonio, ci- devant
Violon de feu S. A. R. qui fut fort aplaudi .
M. le Chevalier d'Orleans y afifta avec
M". les Baillifs , Commandeurs & Chevaliers
de Malte , où se trouva un grand
nombre de perfonnes de confideration ;
on fit couler enfuite deux fontaines de vin
à la porte de fon Hôtel .
Les Confeillers Secretaires du Roi ,
Mailon , Couronne de France & de fes
Finances , ont fait chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Celeftins , enfuite d'une
Meffe folemnelle . Le 1 9. de ce mois , les
differens Corps & Communautés de cette
grande Ville , ont rendu à Dieu de pareilles
SEPTEMBRE. 1729. 2323
reilles actions de graces à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
au
Le 25. Septembre, Madame d'Orleans,
Abbeffe de Chelles , fit chanter dans fon
Abbaye un Te Deum , au fujet de la naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN ,
bruit de quantité de boëtes ; le foir , les
barimens neufs qu'a fait conftruire cette
Princeffe Abbeffe , furent entierement illuminés
; il y eut une grande quantité de
fufées tirées & nombre de boëtes ; il fut
diftribué à la porte de l'Abbaye du pain &
du vin aux habitans de Chelles & à tous
ceux qui y vinrent des Villages voisins .
Les Religieux Dominicains du Noviciat
du Fauxbourg S. Germain le font
diftinguez dans cette joye publique , nonfeulement
durant les trois jours qui ont
fuivi la grande & heureufe nouvelle , par
des décharges de boëtes , & d'autres démonstrations
, mais encore depuis à l'occafion
de la réception de Monfeigneur le
DAUPHIN , dans la Confrairie du Rofaire
, ce qui arriva le 15. de Septembre
en prefence du R. P. Lombard , Prieur de
cette Maifon . Le Dimanche 2. Octobre
jour de la Fête de cette fainte Inftitution ,
on chanta un Te Deum à grand Choeur &
fimphonie , de la compofition de M. de la
Tour , en actions de graces , & il y eut le
foir des feux , des illuminations , &c.
2324 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. Septembre , les Officiers de la
Jurifdiction du Grenier à Sel de Paris ,
firent chanter une Meffe folemnelle , le
Te Deum & l'Exaudiar , en l'Eglife des
P. P. Cordeliers , & le foir il y eut des
illuminations à leurs Mailons , & d'autres
marques publiques de réjouiffance.
Les Marchandes de Marée de la Hale
& du Marché du Fauxbourg S. Germain ,
ont auffi complimenté le Roi fur la naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN , la
Dame Gelée & la Dame Dutrou portant
la parole. Leur petit difcours fut moins
fleury & moins éloquent que plein de
fens , d'ardeur & de zele pour la perfonne
du Roi & pour la Famille Royale. S. M.
ordonna qu'elles fuffent bien regalées .
La joye des Peuples à la naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN , a été univerfelle
. Les Villes des Provinces l'ont
difputé à la Capitale du Royaume , &
pour faire éclater leurs tranfports , la
plupart n'ont pas attendu les Ordres de
la Cour . Heureux le Roi qui voit un
Peuple qu'il aime , fi ardent à lui donner
des marques de fon amour & de fon zele.
Auffi- tôt qu'on apprit à Chalons - fur-
Saône une nouvelle fi interreffante , le
Préfilial fur la déliberation qu'on avoit
dreffée , M. Barault fit chanter dans la
Chapelle du Palais , un Te Deum en Mufique
,
SEPTEMBRE. 1729. 2329
fique , auquel furent invités le Lieutenant
de Roi , le Major de la Place , toute la
Maiſon de Ville , deux Députés des Chapitres
, & des Maiſons Religieuſes , le
Corps des Avocats & des Procureurs . Le
foir ily eut grande illumination , fuperbe
Feu de joye , fouper magnifique , & Concert
pendant le repas . Plufieurs décharges
des 24. piéces de Canon qu'on avoit
placées fur les bords de la Riviere interrompirent
agréablement le fpectacle.
M. Barault fut chargé de faire executer
la Fête qu'il avoit propofée , & il s'en
acquita à la fatisfaction de tout le monde .
La Ville de Bourges a fait de grandes
réjoüiffances pour la naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , & l'heureux
accouchement de la Reine ; toutes les
autres Villes du Berry,à l'exemple de leur
Capitale , ont fait la même chofe , pour
marquer au Roi leur zele & la joye qu'ils
reffentent ; & cela a été executé par les
bons ordres que le Gouverneur de la
Province leur a donné à ce fujet.
ont
Les Peuples du Duché de Bourgogne
la premiere Pairie du Royaume ,
donné des marques éclatantes de leur
joye pour la naiffance du DAUPHIN,
M. de Berbifey , premier Préfident du
Parlement , ayant reçu les ordres du Roi,
fit
2326 MERCURE DE FRANCE :
fit affembler cette Compagnie qui fit
chanter un Te Deum magnifique dans la
Salle du Palais à Dijon . Le 12 Septembre
au foir , le premier Préfident fit illuminer
toute fa Maifon , fit couler plufieurs fontaines
de vin , diftribua beaucoup de vivres
au Peuple , & après un Concert de
Mufique très nombreux , & compofé
exprès pour cette Fête , il fit tirer un
très beau Feu d'artifice , & donna un trèsgrand
fouper à plus de 60 perfonnes de
diftinction , où la délicateffe des Mets ,
& des Vins les plus exquis fut employée .
·
Le 2. de ce mois , les Officiers de l'Hôtel
de Ville de Reims , firent tirer un
magnifique Feu d'artifice , orné de figures
fimboliques , d'emblêmes & de devifes
qui avoient rapport à la joye de toute la
France. Le même jour le Palais Archiepif
copal & toute la Ville furent magnifiquement
illuminées . On fit couler en même
temps des fontaines de vin dans toutes
les Places de la Ville .
Nous plaçons ici le compliment que
M. l'Archevêque de Paris eut l'honneur
de faire au Roi , lorfque S. M. vint à
I'Eglife Métropoliaine , comme on l'a dit
dans le premier volume de ce mois , tems
auquel le Difcours ne nous étoit point
parvenu.
SIRE
SEPTEMBRE. 1729. 2327
SIRE ,
Le Dieu de mifericorde a exaucé les
voeux de VOTRE MAJESTE ' . Flêchi
par les inftanes prieres de notre pienfe
Reine , il nous a accordé un Dauphin fi
defiré , & fi nécessaire au bien de votre
Etat ; en affermiffant votre Throne par ce
don précieux , il le présente à toute l'Europe
comme la pierre angulaire qui en
unit toutes les parties , & ne laiffe à vos
Sujets d'autres objets que celui de fervir
VOTRE MAJESTE ' & de lui plaire.
Une protectionfi marquée exige , SIKE ,
toute votre reconnoiffance . C'est pour yfatisfaire
que VOTRE MAJESTE ' viens
aux pieds des Autels rendre graces à ce
Dicu de bonté. La pieté & la religion qui
vous y amènent , affarent à l'Eglife la
protection que VOTRE MAJESTE' lui a
promife le jour de fon Sacre. Fidele à ce
ferment , Dieu le fera à son tour envers
VOTRE MAJESTE' ; il vous comblera
de fes graces , & prolongera vos jours
pour voir la géneration la plus reculée de
Get Augufte Enfant .
SUITE
2318 MERCURE DE FRANCE .
SUITE des Médailles du Roi. Naif
fance de Monfeigneur le DAUPHIN .
D
E toutes les Médailles Grecques &
Romaines qui enrichiffent les Cabi- |
nets , & de toutes celles qui ont fuivi depuis
le rétabliffement des Arts , il n'en eſt
aucune qui mérite de nous une plus grande
attention que celle qui vient d'être
frappée fur le grand Evenement de la
Naiffance du DAUPHIN . jamais
Epoque ne fera plus celebre dans notre
Hiftoire , & ne fera plus digne de paf
fer à la pofterité la plus reculée , que celle
qui paroit fur cette Médaille.
On y voit d'un côté la tête du Roi ,
couronnée de Laurier , avec la Legende
ordinaire LUDOVICUS XV . REX CHRISCl
TIANISSIMUS . Et fur le Revers ,
bele avec fes Attributs , tenant un Enfant
fur fes genoux , qu'elle regarde avec complaifance
; elle eft affife fur le Globe de
la Terre , où eft décrite cette Partie de
l'Europe que contient la France . Pour
Infcription VOTA ORBIS Les Voeux du
Monde accomplis . Et dans l'Exergue Nî-
TALES DELPHINI IV . SEPTEMBRIS
M DCC XXIX . Naiſſance du Dauphin
le 4. Septembre 1729 .
La Tête de cette Médaille a été gravée
par
SEPTEMBRE . 1729. 2329
par M.'du Vivier , de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , Graveur
des Médailles de l'Hiftoire du Roi , d'après
le modele en cire d'un Buſte de S. M.
executé par le même M. du Vivier , de la
maniere que nous l'avons expliqué dans
le Mercure du mois d'Avril dernier page
453. On peut affurer que cet habile
Artiſte a parfaitement bien réuffi en imitant
fon modele , & qu'il a répondu à
l'attente des connoiffeurs ; fon Art ayant
ici réuni plus que jamais la reffemblance
& la fimplicité. Le Revers eft de M. Rog,
dont la capacité eft fort connuë.
Il femble , au refte , que dans ce grand
Evenement , l'un des plus beaux Arts fe
foit en quelque façon furpaffé , non- feulement
par la beauté de l'Ouvrage , mais
encore par la diligence de l'execution
puifque dès le lendemain de la Naiffance
du DAUPHIN plufieurs de ces Médailles
frappées en or furent préfentées au Roi ,
par le Duc d'Antin .
ARREST S.
RREST du Parlement du 4. Tuiller
Aqui juge que la Coutume de Vitry city
uneCoûtume d'égalité parfaite en ligne directe
& non en collaterale,
AR
2330 MFRCURE DE FRANCE:
ARREST du 5. Juillet, qui ordonne que les
Marchandifes étrangeres qui feront tranſpor
tées de la Foire de Baucaire à Lyon , feront
exemptes du droit de deux & demi pour cent
qui fe perçoit au Bureau de la Douanne de
ladite Ville ,à la charge par les proprietaires ou
conducteurs del dites Marchandifes , de reprefenter
aux Commis de l'Adjuзicataire des Fermes
à la Foire de Baucaire l'acquit de paye
ment des Droits d'entrée , au lieu duquel il
fera délivré un Certificat pour
accompagner
lefdites Marchandiſes.
AUTRE du même jour , qui confirme une
Ordonnance de M. l'Intendant de Metz du
21. Décembre 1724. & condamne les Adminiftrateurs
de l'Hôpital de Bon Secours de ladite
Ville , de payer les Droits d'Amortiffement
tant des Heritages par eux acquis , pour
ledit Hôpital , que d'une Maiſon leguée pour
caufe de Fondation ,
ARREST de la Cour des Aydes , du 8. Juillet
, qui , fans s'arrêter à la Requête des Officiers
& Receveur au Grenier à Sel de Perone
tendante à ce que le Fermier fût garant &
refponfable d'un prétendu vol de Sel , fait par
un trou qui s'est trouvé au plancher dudit Grenier
, ainfi que des frais de remefurage de la
maffe , & des réparations du plancher ; déclare
nuls les Procès- verbaux de vifites faits
par lefdits Officiers , les déboute de leurs demandes
, & les condamne aux dépens .
ARREST du 19. Juillet , qui ordonne
Impofition en 1730. fur les vingt Generali
Itez des Pays d'Election d'une fomme de cinq
cens mille livres , pour être employée au curage
SEPTEMBRE . 1729. 233r
rage & nettoyement du Port & Havre de la
Ville de la Rochelle & à l'enlevement de la
Barre du Port de la Ville de Bayone.
AUTRE du même jour . qui décharge du
Controlle tous Actes & Exploits faits à la
Requête des Procureurs du Roi dans les Maitrifes
des Eaux & Forêts ; & fait deffenies aux
Fermiers , Sous-Fermiers, Commis & Prepoſez
d'exiger aucuns Droits.
AUTRE du 2. Août , qui proroge pendant
un an , à compter du premier Octobre prochain
, la moderation des Droits cy- devant
accordée fur les Beures & Fromages venant
de l'Etranger, & fur ceux du crû du Royaume .
AUTRE du même jour , qui proroge pendant
un an , à compter du 23. Octobre prochain
, la permiffion cy - devant accordée aux
Négocians Franço s qui font le commerce des
Illes & Colonies Françoifes de l'Amerique
de faire venir des Pays étrangers des Lards ,
Beures , Suifs , Chandelles & Saumons falez
fans payer- aucuns Droits.
On donnera dans le prochain Mercure
la fuite des Fêtes qui ont été données dans
diverfes Villes , dans la Marine , & c .
qui n'ont pù trouver place dans les deux
volumes de ce mois.
AP;
TABLE .
P
leces Fugitives . Sur la Naiffance du DAUPHIN
, 2121
Deffenfe , &c, fur l'impoffibilité de certains
Arts , 2126
Madrigal fur la Naiffance du Dauphin , 2139
Difcours fur la Nobleffe ,
Epitre fur la Naiffance ,
Fête à la Place des Victoires ,
Autre Epitre fur la Naiffance ,
Fête à S. Germain en Laye ,
Stances fur la Naiffance ,
2140
2155
2158
2165
2168
2173
2175 Fête donnée par le Roi Stanillas , & c.
Réjouiffances du Régiment Dauphin 2184
Chanfon , Dialogue fur la Naiffance du DAUPHIN
,
Réjouiffances faites à Richelieu ,
و
2190
2194
2198
2199
2201
Extrait d'un Difcours fur la Naiffance , 2204
Madrigal à la Reine ,
Réjouiffance à Cîteaux ,
Chanfon fur la Naiffance ,
Lampons , Chanfon fur la Naiffance . 2207
Réjouiffance à Meaux ,
2209
Madrigal , 2211
Réjouillance à Lyon , 2216
A Monfeigneur le Dauphin , Vers , 2220
Réjouiffance à Troye , 2221
Enigre ,
2229
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts ,& c. 2230
Nouveau Théatre Italien ,
La Grammaire de Veneroni ,
Journées amufantes ,
Obfervation fur une Comete ,
Tempête & Phénomene furprenant ,
Dictionnaire Italien , Della Crusca,
La Dauphine , nouvelle Fanfare notée ,
Spectacles ,
2231
2234
Ibid.
2233
2239
2240
2246
2246
2247
2259
Manlius Capitolinus , Extrait ,
Le Feu d'artifice , Comedie , Extrait ,
Le Corfaire de Salé , Comédie , Extra t , 2266
Les Spectacles malades ,Comedie, Extrait 2270
L'Opéra Comique, Impromptu du Font N f
fur la Naiffance du Dauphin & Couplets , 2275
Nouvelles du Temps, de Turquie, Incendie de
Conftantinople , & c.
2285
D'Affrique, Ruffie, Pologne, Allemagne , 2287
D'Italie , d'Angleterre & Hollande , 2290
Lettre du Roi aux Etats Generaux , 2294
Morts & Naiffances des Pays Etrangers , Ibid,
France , Nouveiles , & c.
Suite des Réjoüiffances , & c .
2155
2295
Illumination de la Place de Louis le Grand, 2302
Fêtes à l'Hôtel du Maine à Paris & à Sceaux
2305
2308
Illumination à l'Hôtel de Soubife ,
Harangue au Roi , & c. Vers par M. de la
Motte , 2313
Feftin à l'Hôtel de Ville aux Miniftres & Ambaffadeurs
,
Difcours au Roy ,
2/318
2327
Médaille du Dauphin , en taille- douce , 2328
Arrêts ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
2329
Age 2230. lig . 19.Marconni, lif. Marconay
2246. PA l. 5. fils , 1. un fils.
P. 2253.1 . derniere , fait l. fit.
P.
2255. 1. 12. Manlius
, L. Servilius
.
P. 2257. l. 18. relever , l, reveler .
Ibil. 1. 24. fe , l . le.
P. 2282. l. 11. qui 7. qu'il.
P. 2284. l . 16. des , 1. & des .
L'Air noté doit rogarder la page 2246
La Médaille gravée doit regarder la page 2228
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Touloufe , chez Enaut & Foreft .
Bordeaux chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere , & chez Chapui , fils ,
au Palais .
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Jofeph & Guillaume Vattar.
Blois , chez Mallon.
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maflon.
Rouen , chez Herault.
Chalons-fur- Marne , chez Seneuze
Amiens, chez François , Godard & Redé le file,
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Veriailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
Saint Germain , bez Doré.
Lyon , à la Potte.
Reims , chiz Godard.
A Vitry -le-François , chez Vitalis
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thefin .
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT L
SEPTEMBRE 1729 .
SECONDE PARTIE ,
Contenant la fuite des Fêtes à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN
QUE
COLLIGIT
TARGIT
a .Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , na rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DCC. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
AAMAMAMAMMMM
L₁
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft a M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoise , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les·
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
*
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur heure à la Pofte, ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera
+
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROr
SEPTEMBRE . 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX****X
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
SUR LA NAISSANGE
D
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Ans les bras du fommeil , entouré ,
de pavots .
Celui , qui des Mortels regle les deftinées
,
Goûtoit tranquillement les douceurs du repos.
Les Graces de fleurs couronnées ,
A ij Les
122 MERCURE DE FRANCE .
盡
Les jeux & les fonges legers ,
Voltigeant d'une aîle volage ,
De cent & cent rêves divers ,
Offroient à fon efprit la douce & chere image
Mais mille cris de joye entendus dans les Cieux
Font fuir le fommeil de fes yeux,
Peuple , dit Jupiter , en ouvrant la paupiere ,
Que de bienfaits coulent fur toi !
O Peuple heureux ! tu vois ton Roi ,
Devenir chaque jour ton pere,
Accoûtumé fans ceffe à voir quelque faveur ;
Quoique plein de reconnoiffance ,
Satisfait de loüer ton Heros dans ton coeur ,
Tu demeurois dans le filence.
Mais quel coup furprenant ? ... déja fendant
les Ĉieux ,
Mercure porté fur Eole ,
Voit celle qui des faits d'un Heros glorieux
Inftruit & l'un & l'autre Pole.
Couverte de mille Rubis ,
Ainfi des illuftres Louis ,
Al'Univers entier faifant prêter l'oreille ,
Elle annonce chaque merveille.
Où te porte , grand Dieu , tes curieux défirsè
Arrête ta courfe , dit- elle ;
C'est moi qui dois porter aux Dieux une nou
velle ,
Qui vais faire en leur Cour renaître les plaifirs
Suis-moi , viens ... & déja volant dans l'Emz
pirée,
Elle
SEPTEMBRE. 1729. 2123
Elle apperçoit ouvrir cette Porte d'airain ,
Qui ferme le Palais de l'aveugle deftin :
Et fiere , parcourant fa demeure facrée ,
Elle vole jufques aux lieux ,
Qu'habite le Pere des Dieux.
Monarque tout-puiflant , dit l'altiere Déeffe ,
La Terre deformais bien plus digne des Cieux,
De ta bonté , de ta tendreffe ,
A le don le plus précieux.
Un nouveau Louis vient de naître,
Digne Fils des plus puiffans Rois
Et dans fon berceau même il commence à pa
roître ,
Le Pere de tous les François.
Nimphe , dit Jupiter , que deformais la Terre ,
Celebre fon bonheur par d'éternels Concerts :
Mes Aigles courroucez , n'iront plus dans les
Airs ,
Porter , pour me venger , la Foudre & le Tonnerre.
Il acheve... les Dieux bien- tôt dans fon Palais,
Accourent pour regler les hautes deſtinées ;
Qui doivent de Louis illuftrer les années ;
Conduite par les Jeux , on voit l'aimable Paix ,
L'oeil riant & ferein , & marchant fur les Rofes,
Telle qu'on peint Venus avec tous les attraits
S'offrir pour enfeigner au demi- Dieu les chofes
* On a crû pouvoir donner ce nom à Monfei
gneur le Dauphin .
A iij Qui
2124 MERCURE DE FRANCE.
Qui rendent heureux les Sujets.
Lui dire par quels foins la volage abondance ,
Chez eux arrêtera fon cours :
Et par quel Art P'heureuſe France ,
Ne peut avoir que des beaux jours .
Ami d'une plus vive gloire ,
Mars veur dreffer Lours en fuperbe guerrier
Il veut que dans le fang que coute une
victoire ,
Il aille rougir fon Laurier.
Bellone , la fiere Bellone,
Veut le fuivre dans les hazards ,
Et le parer d'une Couronne ,
Qu'envieroient les plus grands Cefars,
Cette Divinité qu'on adore à Cithere ,
Appelle les Jeux innocens ,
Allez , dit- elle , allez au Dieu que je révere ,
Offrir vos voeux & vos préfens :
Allez , vous trouverez les Graces ,
Qui pareront de fleurs fa tête & fonberceau ,
Volez , Jeux , marchez fur leurs traces ;
Toi , mon Fils , pour le voir arrache ton bandeau
.
Pallas , cette augufte Déeffe ,
Encore changée en Mentor ,
Veut , n'offrant à Louis que la feule fageffe ,
Lui montrer un plus grand effort.
A porter fans égard fa balance chérie ,
Thémis yeut inftruire fon bras.
Tous
SEPTEMBRE. 17.29. 2125
Pendant tout le cours de fa vie ,
Tous les Dieux à l'envi veulent guider fes pas
Jupiter , d'un clin d'oeil , fait regner le filence.
Aucun de vous , dit- il , n'aura cette faveur,
A cette gloire , à cet honneur ,
Préferez le bien de la France ;
En Louis le Sang parlera ,
Et fon Pere même inftruira ,
Ses mains à fes leçons dociless
A tenir d'un Etat les rênes difficiles 3
A chercher fon bonheur dans celui des Sujets,
Dieux ! pouvez - vous former de plus nobles
fouhaits ?
En lui vous reverrez paroître ,
Ceş talens que Fleury fit aimer à fon Maîtres
Cette rare bonté , ces folides vertus ,
Qui d'un Cefar font un Titus.
Vous , doctes Filles de mémoire ,
Mufes , préparez- vous à nous tracer l'hiſtoire
D'un des plus illuftres Louis ;
Peignez- le d'un Pinceau fincere.
En chantant les vertus du Fils
"
Vous ferez l'éloge du Pere.
L'Abbé Bonnot de Mably.
"A iiij
DE
2126 MERCURE DE FRANCE .
DEFENSE de ce qui a été dit an
Mercure d'Octobre 1728. de l'impoffi
bilité de certains Arts . Par M. ¿Auvergne
, Avocat à Beauvais.
D
Eux queftions propofées au Mercure
de Juin 1728. ( vol . 1. )
m'ont donné lieu de faire dans celui
du mois d'Octobre fuivant , quelques
refléxions fur l'inutilité de fçavoir lef
quelles d'entre les fenfations font les plus
néceffaires , & fur la facilité de reconnoître
les Arts qui font ou ne font pas
abfolument impoffibles aux hommes. Ce
que j'ai dit fur ces deux matieres a été
relevé par un Anonime dans le Mercure
de Mai dernier .J'ai difcuté dans le dernier
Mercure ce qu'il m'a oppofé fur le premier
Article ; & il n'eft pas bien difficile de le
réfuter auffi fur le fecond. Il y court
comme für le premier , de raifonnement
en raifonnement , fans envifager tien de
fixe , fans même trop s'embaraffer de ce
que la Piéce qu'il cenfure contient , ou
ne contient pas. La principale partie de
fa Critique confifte à fe répandre en interrogations
, qui ne viennent point au
Sujet , ou qui le fuppofent tout different
de
SEPTEMBRE. 1729. 2127
de ce qu'il eft.Les conteftations ne font pas
gracieufes avec des Adverfaires de ce genre.
Il faut avec eux rappeller continuellement
l'état de la queſtion , fans ceffe répeter ce
qu'on a dit ; c'eft prefque l'unique foin dont
on a à être occupé : Et cela eft rebutant .
On demandoit donc dans l'un des deux
problêmes propofés , fi les avantages de
l'art de voler au cas qu'il fut poffible )
prévaudroient fur les maux qu'il pourroit
occafionner dans le monde ; & s'il
s'enfuivroit que les maux étant jugés plus
grands , on feroit condamnable de chercher
ce qui pourroit faire réuffir cet Art.
Or l'Anonime trouve d'abord à redire ,
que puifque j'ai voulu parler de ces queltions
, je ne fois pas entré dans quelque
détail de raifonnement pour ou contre
l'Art de vôler; c'est - à -dire, apparemment
que je n'aye pas décrit les biens & les
maux qui en pourroient arriver ; que je
n'aye pas comparé les uns avec les autres
que je ne les aye pas réunis fous
un méme point de vue. Il lui femble ,
dit- il , que cela auroit été neceffaire pour
encourager ou pour détourner ceux qui
s'appliquent à de femblables recherches.
Il n'y a pas à en douter , j'en demeure
d'accord , tant que l'on fuppofe la polfibilité
du fuccès de ces recherches ; mais
pour quiconque ne croit pas une telle
Av Lup2128
MERCURE DE FRANCE .
fuppofition plaufible , la méthode doir
être differente. Car à quoi bon pour détourner
certaines gens de quelque entreprife
, s'amufer à vouloir leur faire entendre
que pour les avantages particuliers
qu'ils tireroient de la réuffite , le repos de
l'Univers entier , & peut- être le leur mê.
me feroit troublé , tandis qu'on peut leur
faire fentir tout d'un coup qu'ils entreprendroient
vaineinent , & qu'ils ne doi
vent pas fe fatter du fuccès ? Avoir à
choifir des deux voyes , & fe determiner
pour la premiere , n'eft pas certainement
prendre la plus fûre. Ne prêcher un ambitieux
fur fes projets que par les maux
qu'ils pourroient caufer aux autres hommes
, c'eft fouvent morale perdue. Si ces
maux font de nature à lui être avantageux
, plus on lui en peint l'énormité ,
& plus on rifque de le confirmer dans fes
idées. De forte que le mieux , fi on veut
les lui faire abandonner , elt de lui renare
fenfible qu'elles fonr fauffes & chiinériques
, fi véritablement elles le font;
& c'eſt la route que j'ai prife .
Ainfi il ne devoit être queftion , dans
la critique de mon Adverſaire , que de
fçavoir fi cette voye m'a effectivement été
ouverte, ou ce qui revient au même , s'il y
a , ou non , quelque jufteffe dans le peu
que j'ai écrit , fur l'impoffibilité de l'Art
de
SEPTEMBRE . 1729. 2129
1
057
pas tou
de veler en particulier , & fur les autres
Arts en géneral , pour la façon de diftinguer
ceux qui font au - deffus de la portée
des homines , d'avec ceux aufquels on peut
efperer d'atteindre. Car je n'ai eu pour
but que de remettre devant les yeux
les réflexions les plus propres à faciliter
cette diflinction , que des perfonnes
, d'ailleurs habiles ne font
jours affez , quoiqu'elle foit trés - importante.
C'eft la feule difcuffion que j'aye
crûe neceffaire , & la feule effectivement
que j'aye faite.L'énumeration que fait mon
Cenfeur des Arts qui fe font perfectionnés
, quoiqu'avant qu'ils le fuffent , on
ait , felon lui , beaucoup déclamé contre,
tombe donc ici en pure perte. Un pet
plus d'attention fur ce qu'il critiquoit ,
T'auroit fait appercevoir que j'y ai defaprouvé
avant lui , ceux qui par une prévention
genérale contre tout ce qui n'eft
pas découvert , décrient , fans balancer
toutes les recherches qu'ils apprennent
qui s'en font . Mais de ce qu'il qu'il ne faut pas
méprifer tous les fiftêmes , tous les projets
, il ne s'enfuit pas qu'il faille concevoir
de tous , de quelque efpece qu'ils
foient , des idées favorables . Ce font deux
extrémités qui font également vicicules .
21
J'ai crû qu'il étoit facile de fe faire
une regle génerale , à l'aide de laquelle
A vj on
2130
MERCURE
DE FRANCE:
on pût éviter l'une de ces extrémités
fans tomber dans l'autre. Et fur cela j'ai
dit que , quand un projet ne tend , foft
directement , foit indirectement qu'à
faciliter le commerce entre les hommes,
& qu'à les préferver d'une partie des maux
& des accidens aufquels ils font fujets ;
Ta réuffite peut en être efperée , parcequ'elle
ne contient rien d'oppofé à l'or
dre & à l'harmonie que le Créateur a
établi ; que lors , au contraire , que la
chofe va à changer l'ordre & l'arrangement
naturel , & à vouloir arroger à
T'homme des perfections & des facultés
que l'Auteur de la nature n'a pas jugé à
propos de lui donner , le projet doit être
regardé comme chimérique & comme infenfé
; Et que nous devons croire un
Art au - deffus des forces humaines , quand
nous voyons que toutes les fois qu'il en
eut été befoin pour l'accompliffement des
deffeins aufquels Dieu employoit les
Elûs , il y a fuppléé par ce fecours , tantôt
de fon Eſprit même , tantôt d'un Ange
envoyé du Ciel , parce qu'on auroit
peine à citer un exemple qu'agiffant
toûjours , comme il le fait , par les voyes
les plus fimples , il ait jamais fait ufage
de fa Toute puiffance dans les chofes qui
ne font pas hors de l'enchaînement des
Caufes naturelles.
2
J
Voilà
SEPTEMBRE. 1729. 2131
,
Voilà la regle ou la diftinction que
j'ai indiquée , & que j'ai foutenuë des
exemples que j'ai cru pouvoir contribuer
à en rendre l'application affez facile . S'il
étoit vrai , comme l'Anonime le prétend
, que cette regle fut fauffe & incertaine
, à quoi tiendroit- il qu'il n'en don
nât une meilleure & une plus fûre ? 11
ignore bien les Loix de la Critique , s'il
penfe que le Lecteur le contente qu'on
Tui dife ainfi d'un ton décifif , ceci ne vaut
rien fans lui montrer ce qu'on auroit pû
dire ou faire de mieux . Une Critique
en offenfant celui contre qui elle est faite,
doit inftruire le Public . Dans celle - ci ,
par exemple , dont l'Auteur me fuppofe
P'efprit fevere , un zele pouffé trop loin ,
des raifonnemens erronées &c . Jeme ferois
crû abondamment dedommagé , de ces
traits , fi , après tout , j'avois vû que Je
Cenfeur eut mieux éclairci la matiere que
je ne l'avois fait , & fi j'euffe trouvé dans
fon Ecrit dequoi corriger mes idées fur
d'autres plus juftes . Car enfin il n'eft pas
dit que nous devions , fur un Article fi
intereffant , voguer au gré de mille ima
ginations frivoles , enfantées par un efprits
de bizarerie & de caprice , & qu'il
faille toujours que tandis que les uns regarderont
comme chimeriques les projets
les plus raifonnables , les autres fe flattent
follement
2132 MERCURE DE FRANCE.
follement de la réufite des chofes aufquelles
il y a le moins d'apparence .
Je ne dis pas que le mal puiffe être entierement
déraciné , mais il n'y a aufli
nulle raifon de fe perfuader qu'il foit de
nature à ne pouvoir pas être rendu moins
géneral qu'il ne l'eft ; &, fans doute , que
le fouvenir que l'Anonime nous rappelle
de bien des faits miraculeux , n'eft pas
pour nous faire croire que l'induftrie des
hommes puiffe monter à de fi hauts degrés.
Car il avoue que ce font des prodi
ges . Or on appelle prodiges , des évenemens
finguliers qui interrompent les Loix
de la nature , & dans lefquels Dieu intervient
d'une maniere particuliere , pour
fuppléer à l'infuffifance des facultés qu'il
a diftribuées aux Agens naturels .
Mais , qui peut juger , demande cependant
l'Anonime , fi elles fuffifent , ou
ne fuffifent pas ? Tout le monde , & le
Critique lui - même. Les lumieres de la
Nature nous apprennent fi évidemment
certaines chofes , qu'il n'eft pas poffible,
à moins que nous ne voulions , à toute
force , nous aveugler fur cette évidence ,
que nous n'en demeurions pas pleinement
convaincus. C'eft ainfi qu'il n'y a
perfonne qui , fans qu'on le lui démontre
ne foit intérieurement perfuadé que
Je fon de la voix & celui des inftrumens
n'ck
SEPTEMBRE. 1729. 1133
n'eft pas un moyen avec lequel on puiffe
, fans aucun autre fecours , démanteler
les Villes , & que fi cela est arrivé
à Jericho , ce n'a été que par une interpofition
particuliere de la puiffance du
Souverain Etre , que tout ce que la fable
rapporte d'Orphée , qui n'avoit qu'à
chanter fur la Lire , pour faire arranger
à fon gré , les arbres & les pierres , n'eft
qu'une hiftoire déguifée par des termes
figurés en un mot , que l'art de donner
le mouvement à la matiere , par le fon
feul , n'eft pas du nombre de ceux auf
quels les hommes peuvent parvenir. Je
ne conçois pas ой peut être la difficulté
de reconnoître également notre impuif.
fance voler dans les airs , pour
pour pour éle
ver des montagnes d'eau qui fe foûtiennent
fans aucun appui vifible , & pour
tant d'autres Arts du même genre , & de
la nature defquels on fçait qu'il ne s'eft
rien fait jufqu'à prefent , que par la main
toute puiffante.
Il n'eft pas , en effet , fi impoffible , que
le dit l'Anonime , d'expliquer pourquoi
Dieu a quelquefois choisi ces voyes.cxtraordinaires
d'accomplir fes deffeins.
Gette impoffibilité ne lui auroit pas paru
fi grande , s'il y avoit un peu refléchi , fi
feulement , au lieu de citer de mémoire
il avoit relû les endroits où font décrits
16
les
2134 MERCURE DE FRANCE.
les prodiges qu'il a crû devoir nous remettre
fous les yeux . Il auroit vû , par
exemple , que fi Dicu a préferé à toute
autre maniere d'exterminer l'Armée des
Egyptiens , celle de l'engloutir dans les
eaux de la Mer rouge ; ç'a été pour manifefter
fa gloire & fa puiffance. L'Ecris
vain facré l'affure expreffément : Il raconte
que Dieu lui dit : Je ferai glorifiés ,
par ce que je ferai de Pharaon , & de.
toute fon Armée ; & les Egyptiens fçauront
que je fais le Seigneur. Mais ce ne
lui eut pas été affez , pour cela , de faire
périr leurs Troupes , ou dans une bataille
ou par la faim , ou par les maladies ;
rien n'étant fi ordinaire que de n'attribuer
ces fortes d'évenemens qu'au fort des ar
mes , qu'aux dérangemens
des faiſons ,
qu'au malheur des conjonctures , & de
ne pas élever fes regards plus haut . Il
falloit par conséquent quelque coup plus
marquant ; & tel fut aſſurément celui de
l'ouverture des eaux de la mer, pour le paffage
des Ifraëlites , & de la réunion de ces
mêmes eaux fur les Egyptiens. Un femblable
Phénomene obligeant à y reconnoître
le doigt du Dieu que les premiers
adoroient , étoit ce qu'il y avoit de plus
propre pour apprendre en même tems à
ceux- ci à mettre toute leur confiance en
celui qui les protegeoit fi viſiblement ,
&
SEPTEMBRE. 1729. 2135
& aux autres Nations , à le craindre du
moins , & à le redouter. Y auroit- il à
balancer , quand même l'Ecriture ne s'en'
expliqueroit pas , comme elle le fait , à
dire que ce furent là les raifons pour
lefquelles Dieu eut recours à une façon fi
miraculeuse de tirer fon Peuple de la terre
d'Egypte , tandis que la choſe pouvoit
également s'executer par une infinité de
moyens naturels , & à attribuer aux mêmes
motifs le deffechement du Jourdain,
& l'amas de fes eaux en forme de montagne
; la chute des murailles de Jericho
aux cris du Peuple choifi ; l'interruption
du cours des deux grands Aftres lumineux
, à la voix de Jofuë ; la marche de
J. C. & de S. Pierre fur les eaux , &
tant d'autres prodiges femblables.
Or dès que , d'un côté , la revelation
m'apprend que Dieu n'agit ainfi par luimême
, d'une maniere vifible & particu
liere , que pour faire éclater fa puiffance
& fa grandeur , & que , de l'autre , il y
a tout lieu de croire que loin d'en rehauffer
l'éclat ; il rifqueroit de l'avilir ,
& de la remettre , pour ainsi dire , au niveau
de celle dont il lui a plû de gratifier
les hommes , fi les facultés qu'il leur a
diftribuées étoient les feules dont il fit
ufage , lorfqu'il intervient de la forte d'u
ne façon visible pour certains Actes ; dès
que
21:36 MERCURE DE FRANCE.
que c'eft du moins un préjugé auquel on
ne m'oppoſe ni raifon ni exemple ; j'en
conclus juftement , que ce qui s'eft
fait dans ces occafions , où il y a eu une
intervention particuliere de la Divinité
furpaffe le pouvoir des hommes , & que
ce font des Actes à l'Art defquels ils ne
peuvent s'efforcer de parvenir , fans vouloir
partager avec le Créateur des per
fections qu'il leur a refufées .
"
J'ai fait au Mercure d'Octobre , l'application
de ces principes , à l'art de vo
ler ; & elle eft fi naturelle , que j'aime
mieux laiffer aux Lecteurs qui n'auront
pas ce Volume là en main , le plaifir de
la faire eux-mêmes , fur ce qu'ils pour
ront lite au dernier chapitre de Daniel
que de la répeter.
{e
J'ai parlé aufli d'un voyageur qui accoutuma
, à ce que l'on raconte , fi bien
une Autruche à le porter , qu'il réuflit
la fin , à paffer fur cette Autruche à tra
vers de l'air , d'une Ile dans une autre,
Mon Critique affure que c'eft là un exemple
qui prouve contre moi ; mais il ne
le feroit pas perfuadé fi ailément , s'il
avoit pris garde que je n'en ai parlé que
pour fixer plus précisément l'état de la
queftion , & que pour conftater qu'elle
ne rouloit pas fur cette façon de voyager
dans l'air , monté fur des oifeaux ; mais
fur
SEPTEMBRE . 1729. 2137
fur celle de le parcourir de la maniere
même que les oifeaux le font.
Si l'on pouvoit ainfi accoutumer les
'Aigles & les Autruches , continuë l'Anonime
, à nous voiturer dans les airs ,
y auroit -il du mal ? je ne dis pas qu'il y
en eut ; j'ai fuppofé au contraire que
cela ne laifferoit pas d'être utile ;, mais je
dis que ce n'eft pas de cela qu'il s'agit,
& qu'il faut commencer par bien examiner
ce que contient un Ecrit , avant de
le cenfurer.
Le Critique prétend encore que je n'ai
pas dû dire , au fujet de l'opération , autrefois
fi fameufe , & maintenant preſque
oubliée , de la transfufion du fang d'un
Animal dans les vaiffeaux d'un autre Animal
, que le nombre de nos jours eft renfermé
dans des bornes qui ne peuvent pas
être paffées , & au -delà desquelles on ne
feauroit s'efforcer d'atteindre , fans offnfer
la volonté divine . C'eft là l'endroit de ma
Lettre qu'il a crû le plus capable de donner
une jufte idée des prétendues erreurs
qui y font contenues , & qui ne tendent
à rien moins , felon lui , qu'à faire perdre
le gout de tous les Arts en genéral ,
& fur- tout de la Medecine en particulier.
Mais affurément il n'eft pas heureux
dans le choix de fes exemples . Car la
maxime qu'il critique n'eft pas de moi ;
elle
2133 MERCURE DE FRANCE.
elle eft de Job .J'ai peine à concevoir comment
il a pû fi fort s'y méprendre , puifque
j'ai même cité l'endroit d'où je l'ai
tirée. C'eft du chapitre 14. où on lit que
P'homme naît & paffe comme une fleur
qu'il fuit comme l'ombre , & qu'il ne demeure
pas un feul inftant dans le même:
état , ou , ce qui eft la même chofe , qu'à
peine a - t'il pris fon accroiffement entier,
qu'il perd continuellement quelque chofe
de fa fubftance : fes jours font de peu de du
rée , continue le S. Homme , en s'addref-.
fant à Dieu , le nombre en est en vos
mains , & vous avez mis à fa vie des
bornes qui ne pourront pas être paffées .
La Medecine n'eft pas une profeſſion
qui démente cet Oracle , & M M. les
Medecins conviennent de bonne foi qu'ils
ne connoiffent pas ies corps qui reftaure.
roient au notre fa fubftance , à mefure
qu'il en perd. Ils peuvent bien en certaines
occafions rétablir les refforts de la
machine animale dans l'ordre naturel
dont quelque défaut de régime ou quetqu'autre
accident les a dérangés , & les
remettre dans ce parfait équilibre qui fait
la fanté. Cela leur eft poffible , tant qu'il
y a dans la nature quelque force & quelque
fonds. I le leur eft même de fçavoir
ce qui est le plus propre à operer
que ce fonds s'altere avec un peu moins .
de
SEPTEMBRE. 1729. 2139
>
de rapidité. Mais pour ce qui eft de le
faire renaître , quand il n'eft plus , on
de redonner ce qui en eft réellement perdu
& confumé , c'est ce que je dis avec
l'Ecriture & avec eux qui n'eft pas en
leur pouvoir. Et comme c'étoit là cependant
ce que l'on vouloit faire par la
transfufion du fang , j'ai eu raiſon de
mettre le fruit que l'on attendoit de cette
operation , au nombre des Arts , dont la
recherche iroit à vouloir changer les loix
de la nature , & d'avancer que , n'eut- ce
été que par ce motif, on n'en devoit ni
efperer la réuffite , ni tolerer la tentative.
廣
SUR LA NAISSANCE
DE
LE
MONSEIGNEUR
DAUPHIN,
MADRIGAL
de M l'Héritier.
Roiglorieux & Reine auguſte .
Dans ce celebre jour que votre joye eſt juſte !
Il vient de naître , ce DAUPHIN ,
A qui le Ciel promet le plus brillant deftin ,
Et tandis que fes foeurs , ces aimables Princelles
,
En
2140 MERCURE DE FRANCE :
En qui l'on voit déja les charmes des Déeffes ,
Par leurs attraits touchants & vifs ,
Feront des foules de captifs ,
Qui chériront les fers de ces futures Reines ,
Le DAUPHIN génereux affrontant le danger ,
Vainqueur de Tunis & d'Alger ,
De tous Chrétiens captifs ira briſer les chaînes
XXX:XXXXXX :XXXXXX
DISCOURS du R. P. Aubert, Jefuite,
fur ce fujet : Que la Nobleffe ne fait
bonneur qu'autant que l'on eft vertueux.
E plus grand Philofophe de nos jours
Lapotépour fondement de fon fyftême
, que les Loix du mouvement qui ont
pû donner aux diverfes parties de cet Univers
l'arrangement que nous y admirons,
font auffi les feules qui le puiffent conferver
tel qu'il eft. D'où il s'enfuit que fi
ces loix du mouvement alloient à changer
, ce Monde fi beau & fi admirable retomberoit
tout-à - coup dans le Chaos .
Ne me fera- t'il pas permis de transporter
dans la Morale ce principe fi inconteftable
dans la Phyfique , & de faire voir ,
que comme la Vertu feule eft la mere &
laemiere caufe de la Nobleffe , elle eft
feule aufli capable de lui conferver dans
les defcendans d'une tige illuftre toute fa
beauté
SEPTEMBRE. 1729 2141
1
beauté & tout fon éclat . D'où il s'enfuit
que fi la Vertu vient à s'évanouir dans une
pofterité qui degenere , la Nobleffe la
plus brillante & la plus ancienne ne mérite
plus que les tenebres & le mépris.
Ce font là deux verítés qui folidement
établies fe confondront par un heureux
mélange , & par une conféquence toute
naturelle dans cette troifiéme : la Nobleffe
ne fait honneur qu'autant que l'on eft vertueux.
En effet , il fera vrai 1 ° . Que la
Vertu feule eft la vraye caufe de la Nobleffe.
2. Que la Vertu feule conferve
à la Nobleffe l'éclat & la fplendeur de fon
origine.
Un Poëte a dit autrefois que la Nobleffe
étoit la Vertu même. Pardonnons
au peu d'exactitude de la penfée en fayeur
de l'élévation & de la beauté du ſentiment.
Non , la Nobleffe n'eft point la
Vertu même ; mais elle eft la fille de la
Vertu . Au refte , je n'entends point icy
par Vertu ces habitudes ou ces actions
-chrétiennes , qui n'ayant que Dieu pour
motif , n'ont auffi que Dieu pour récom
penfes ni ces qualités éminentes du coeur
ou de l'efprit , qui êlevent, à la verité, celui
qui les poffede au deffus du vulgaire ;
-mais le rendent par là même pernicieux
-au refte des hommies . Ainfi je ne prétends
"point toucher dans ce Difcours à la fainteté
2142 MERCURE DE FRANCE .
1
reté Chrétienne ; ce feroir l'avilir que de
lui donner des rapports avec la Nobleffe
de ce Monde. J'exclus encore pofitivement
de la Vertu non-feulement ces furieux
armés , qui pour foumettre l'Univers
à leur puiffance , fe font efforcés d'en
détruire les habitans ; mais encore ces
Auteurs ingénieux , qui bien loin d'employer
leur efprit à rendre les hommes
meilleurs , leur ont porté le flambeau dans
de nouvelles routes vers le vice . Quelle
eſt donc cette vertu qui a enfanté la Noblefle
, c'est-à - dire , qui a répandu fur les
Grands hommes cette fplendeur , & fur
leur pofterité , ce rejailliffement de lumiere
capable de fixer fur eux les regards
du genre humain ? la voici . C'eſt une dif
pofition heureuse à procurer aux hommes
de grands avantages , prouvée par d'illufwes
fervices.
En effet , fi nous voulons remonter aux
premiers tems de la Nobleffe , vous ne lui
trouverez point d'autre caufe que celle - là .
Les hommes égaux par l'antiquité de leur
origine & par les droits de la nature .
partageoient d'abord felon leurs befoins,,
les innocentes richeffes de la terre , &
joüiffoient chacun du fruit de leurs travaux.
Ce fut là le fécle d'Or fi , vanté par
les Poëtes ; mais les paffions tumultueufes
& injuftes ne tarderent pas à s'empa-
103 ICE
SEPTEMBRE. 1729 2143
rer du coeur des hommes. Dès que leur
induſtrie eut tiré du ſein de la terre ce métail
pernicieux , que la Sageffe de la Providence
y avoit caché , & que la volupté
eut multiplié les befoins des hommes , la
force , la fraude , la violence furent employées
; les biens & les plaifirs devinrent
le partage des plus forts ; & les paffions
auroient détruit le genre humain , ſi la
Vertu & l'Equité qui n'avoit pas encore
tout-à-fait abandonné la terre , ne s'étoit
fait entendre par la bouche de quelques
fages.
"
Il fe trouva des hommes vertueux au
milieu de ce defordre , qui ramenerent à
la raifon & à la juftice des deferteurs &
des fugitifs , qui firent briller à leurs yeux
la beauté de la Vertu . Ils furent écoutés
par le plus grand nombre que l'interêt
commun rendit dociles ; on fit des Loix ,
& alors la licence & le crime furent pour
la premiere fois leurs châtimens fur le
marbre & fur l'airain . Delà la Gloire &
la Nobleffe des Legiflateurs .
Mais dequoi auroient fervi des Loix
impuiffantes & méprifées ? Il fallut donc
leur trouver des apuis & des vengeurs ,
des hommes juftes & éclairés ; il fallut
trouver des hommes pleins de cette équité
exacte , qui démêle les droits les plus
embaraffés , de cette équité paifible qui
B raffu2144
MERCURE DE FRANCE .
raffure l'innocent , de cette équité terrible
qui étonne le fcelerat , de cette équité
intrépide , qui renverfe, qui foudroye l'oppreffeur
, de cette équité induftrieufe qui
aide le pauvre & le foible à s'expliquer
& qui découvre dans fon air ce qu'une
langue timide & embarraffée ne peut bien,
expofer. Rois , vous fûtes choilis pour
être les Protecteurs des Loix . L'Epée &
Pautorité publique fut remife entre vos
mains. C'eſt ainfi que Numa & le dernier
des bons Rois de l'ancienne Rome , ce
fils d'un Efclave , monterent fur le Trône
, & acquirent une gloire & une nobleffe
qu'ils n'avoient point reçûë de leurs
Ancêtres .
Ainfi les Legislateurs & les Rois furent
Couverts d'une fplendeur immortelle
mais ce n'étoit pas encore affez pour procurer
à des peuples une vie heureufe. La
diverfité des Nations & des génies , les
foupçons mutuels , & la jaloufie attachée
aux Villes voifines , le defir de la Puiffance
& du pillage , & mille autres caufes
que les paffions des hommes ne font
naître que trop fouvent , allumerent de
cruelles gueres. Une multitude fans dife
cipline , fans ordre , fans obéiffance n'étoit
pas propre à vaincre . On chercha des
Chefs , des Genéraux , des hommes affez
abfolus pour conduire & difcipliner des
TroySEPTEMBRE.
1729. 2149
Troupes , affez fiers pour s'en faire obéir,
affez prudens pour choifir les tems & les
lieux avantageux , affez actifs pour le
trouver par tout , affez maîtres d'euxmêmes
pour donner dans le feu de l'action
des ordres juftes & précis , affez lages
enfin pour profiter de la victoire.
Telle a été l'origine de la Nobleffe d'Epée
; qu'elle s'eft acquife par les vertus
guerrieres , par la valeur . Ceux qui par
leur courage contribuerent à faire paffer
la victoire de leur côté , en partagerent
auffi l'honneur . Delà ces Couronnes de
Laurier & de Chêne qui ceignoient autrefois
la tête des vaillans hommes ; delà
les Coriolans & les Marius .
Il est donc évident que fi à l'exemple
des Chimiftes qui réduifent les corps dans
leurs premiers principes par le moyen du
feu , on vouloit auffi par le raifonnement
rappeller la Nobleffe à fa premiere cauſe,
on n'en trouveroit point d'autre que la
Vertu , que les actions éclatantes , que
les grands fervices rendus à des Peuples ,
foit dans le Gouvernement , foit dans la
Guerre , foit enfin dans les Arts .
En effet , quoique les Loix & les armes
produiſent la fecurité au dedans &
au dehors , & mettent notre vie à couvert
d'un double genre d'Ennemis , elle feroit
cependant bien trifte & bien dure , files
Bij Inven
2146 MERCURE DE FRANCE.
Inventeurs des Arts n'en avoient adouci .
l'âprêté par les commodités qui nous lạ
Tendent à prefent fi douce & fi delicieufe .
Ainfi nous joüirions avec une efpece
d'ingratitude des douceurs de la vie ; le
genre humain feroit en quelque forte defhonoré
, s'il n'avoit pas fufpendu dans le
Temple de la Gloire les noms immortels
des Inventeurs des Arts , & répar du fur
eux un éclat que l'obfcurité & l'antiquité
des tems n'a point fait évanouir. Les Pro
vinces fe font difputés la naiffance de ces
hommes rares dont le Maître a immortalifé
des Villes qui ne font plus connuës
que par le bonheur de leur avoir donné
le jour. L'un apprit aux hommes à atteler
les boeufs à la charuë , & à tracer des
fillons avec le foc . L'autre enchanta les
oreilles , & adoucit la ferocité des paffions
par les tendres & harmonieux accords de
la Mufique . L'autre attacha les fons &
les paroles à des traits de plume , & enchaîna
ainfi les penfées , en les foumertant
aux regards. L'autre ofa chercher au
travers des mers l'or & les pierreries fur
des rivages étrangers. Celui - ci inventa
ces grandes Machines qui , à l'aide du vent
& de l'eau , préparent notre principal aliment.
L'un fçût animer le bronze & le
marbre , & faire paffer à la pofterité l'air
& les traits des Grands - Hommes. L'autre
SEPTEMBRE . 1729. 2147
fçütteprefenter de vastes mers , des Campagnes
& des Combats fur une Toile de
peu d'efpace. Les Poëtes chanterent les
guerres des Heros , & leur ont par là ſufcité
des Imitateurs . Les Orateurs ont préfervé
les Républiques prêtes à périr , par
cette éloquence mâle , par cette force de
perfuader , par ce vrai goût du fublime
fi éloigné de la pointilleufe & badine élegance
de nos jours .
le
N'avons-nous pas vû de nos yeux fous
regne de ce grand Roi qui fut l'admiration
de l'Univers & le protecteur des
beaux Arts , des hommes excellens aller
par toutes ces routes à la Nobleffe ? Ce
Prince éclairé ne jugea- t'il pas que fi ces
hommes rares , dont la nature avoit fait
préfent à fon fiécle , n'avoient pas recu
Ja Nobleffe de leurs Ancêtres , ils méri
toient de la tranfmettre à leur pofterité
qui fe glorifieroit un jour d'une tige fi
illuftre. Il fçavoit , fans doute , ce Prince
fi habile dans l'art de regner , que la Nobleffe
eft la fille de la Vertu , & que ceux
qui font honneur au genre humain par
leurs talens utiles à la République, doivent
recevoir de ce même genre humain des
honneurs qui l'acquitent envers lui : or ces
honneurs ne font autres que la Nobleſſe.
En effet , comment payer autrement que
par la Nobleffe les grandes Vertus , & les
B iij talens
2148 MERCURE DE FRANCE .
talens rares ? Seroit - ce par les richeffes y
mais les hommes excellens les méprifent,
& ce feroit étouffer leur zele que de leur
propofer de fi foibles appas ; Non , il n'y
a que la gloire , que la Nobleife qui foit
capable de flatter les grands coeurs. La
Vertu ne peut avoir d'autre récompenfe
que la Nobleffe , & la Nobleffe ne peut
être méritée que par la Vertu. Mais ce n'eft
pas tout ; la Nobleffe ne conferve fon
éclat & fa fplendeur que par la même
Vertu .
La Nobleffe , à parler exactement
n'eft autre chofe que l'éclat des grandes
Vertus des Ancêtres qui refléchit fur leurs
Defcendans , & les diftingue de cet état
sénebreux qui envelope le reste des hommes.
Il y a des Peuples entiers & des Peuples
très-fages , qui donnant leur eftime uniquement
aux Grands Hommes , n'ont
point voulu que leur pofterité héritât de
leur gloire. Ils regarderent des mêmes.
yeux les enfans du plus illuftre & les enfans
du plus méprifable des hommes. La
Nobleffe chez eux eft inféparable de la
Vertu , ou plutôt il n'y a point de Nobleffe.
Les autres , au contraire , ont établi
que la gloire & l'éclat des Grands Hommes
pafferoit avec leur fang dans leur
pofterité ; qu'on diftingueroit les enfans.
de ceux qui auroient bien mérité de la
Répus
SEPTEMBRE. 1729. 2149
République , & que les peres feroient
encore récompenfés de leurs belles actions
par la Nobleffe de leurs enfans .
Qui le croiroit ? les uns & les autres
ont travaillé pour faire regner la Vertu
par une conduite fi oppofée. Les premiers
n'ont pas voulu que les enfans des Grands
Hommes s'endormiffent nonchalamment
à l'ombre des lauriers de leurs Peres ,
ni qu'ils profitaffent d'une gloire qu'ils
n'ont point méritée. Ils ont regardé la
fplendeur qui vient des belles actions
comme un bien perfonel qui ne fe peut
laiffer ni fubftituer . Ils ont crû qu'en
propofant également à tous les hommes,
fans distinction , d'un côté l'éclat & la
gloire pour prix de leurs propres mérites,
& de l'autre , l'obfcurité pour châtiment
de leur nonchalance , tous les hommes
auffi s'emprefferoient à rendre de grands
fervices à leur Patrie , & à mériter par
leurs Vertus ce qu'on ne pourroit acque
rir par des Vertus étrangeres .
Les autres fur un railonnement different
, ont crû que l'éclat d'un Pere illuftte
, rejailliffant fur fes enfans , feroit le
plus puiſſant de tous les motifs pour les
exciter aux grandes Vertus ; que cet éclat
les donnant en fpectacle à l'Univers ,
porteroit invinciblement à fe rendre dignes
de fes regards ; que la Nobleffe fe-
B iiij
les
roit
2150 MERCURE DE FRANCE .
roit paffer , & nourriroit dans leurs coeurs
ces grands fentimens qui ont animé leurs
Peres , & que les enfans regardant la Nobleffe
comme un poids glorieux que leurs
Ancêtres leur ont impofé , ils auroient
honte d'y fuccomber à la vûë de tous les
hommes.
C'est donc très fagement que tous les
Peuples qui ont admis la Nobleffe l'ont
regardée comme une continuelle & vive
exhortation à la Vertu . Ils n'ont pas prétendu
qu'un homme mou & effeminé
jouit nonchalamment d'une Nobleſſe acquife
par les travaux guerriers de fes Peres
; qu'une ame baffe & rampante heritat
d'une gloire qui eft le fruit des nobles
& des grands fentimens de fes Ancêtres;
ni que celui dont les Prédeceffeurs fe font
diftingués par mille actions éclatantes ,
ne fe diftinguât lui- même du vulgaire
que par une avarice fordide , par des
moeurs corrompuës , par des baffeffes dignes
fouvent du dernier des hommes.
Non , dans tous les tems , & parmi
toutes les Nations qui ont reconnu de la
Nobleffe , les Poëtes , les Orateurs & les
Hiftoriens fe font élevés contre ceux qui
dégenerent . On a comparé la Nobleffe à
un flambeau qui dans d'indignes fucceffeurs
des Grands Hommes ne fert qu'à
éclairer des vices , qu'une condition commune
SEPTEMBRE . 1729. 2151
mune auroit dérobés aux yeux du Public .
La Royauté a- t'elle fait honneur à ces
Princes faineans , dont les noms ne font
parvenus jufqu'à nous qu'accompagnés
de mépris cependant , ils defcendoient
des Clovis & des Clotaires ; mais endormis
fur le Trône , ils n'ont été connus
de la pofterité que par leur indolence &
leur incapacité à regner.
-
En effet , les Républiques n'établiffent :
des Loix & des Coutumes que pour l'avantage
public : or il n'eft point de l'utilité
publique que la Nobleffe fans la Vertu
foit honorable ; au contraire , elle doit
être en butte à la fatyre , à la raillerie
& au mépris le plus fuperbe . Quoi ! d'indignes
, de lâches heritiers des plus
grands noms , engloutiront Charges , Emplois
, Honneurs qu'ils n'ont point mérités
, & dont ils ne peuvent foutenir le
poids ! Non , encore une fois , ce n'eft
point l'intention des hommes , lorfqu'ils
ont établi que la Nobleffe pafferoit des
Peres aux Enfans.
Mais eft- ce même l'intention de ces
Peres illuftres qui ont acheté par leurs
actions la fplendeur qu'ils ont répanduë
fur leurs Familles : Ont- ils prétendu tra
vailler pour des lâches , pour des hommes
inutiles à l'Etat , pleins de vices groffiers
, de ferocité , d'orgueil , diftingués
By uni2152
MERCURE DE FRANCEuniquement
du commun par des crimes
plus éclatans ?
A
Ah ! fi on pouvoit rappeller à la vie
ces premieres fouches des grandes Familles
; fi ces premiers Auteurs de la Nobleffe
pouvoient franchir l'intervalle qui
les fépare de nous , quels fentimens d'indignation
ne les faifiroient pas à la vûë de
ces actions injuftes & baffes , de ces débauches
outrées , de cette vie molle &
criminelle où leur pofterité s'abandonne
quelquefois Quelle noble fureur les animeroit
? Indignes & malheureux enfans ,
leur diroient- ils , eft- ce donc ainfi que
vous deshonorez ces Palais & ces Appartemens
, que l'honneur , que la probité ,
que la valeur habitoit de nos tems ? Quoi !
nos Portraits & ces Tableaux qui reprefentent
nos belles actions ne vous repro
chent- ils pas vos vices honteux & l'inutilité
de votre vie ? Vous prenez plaiſir
vous mettez votre gloire à raconter nos
vertus , nos combats , notre gloire ; mais
ne fentez- vous pas , ne voyez- vous pas
que nos louanges font la critique la plus
infultante de votre lâcheté ? Vous n'avez
d'autre mérite que nos noms ; quittezles
, puifque vous les deshonorez ; ou
bien elevez vous jufqu'à nos belles actions.
Quoi vous allierez enfemble la
récompenfe de nos vertus avec votre lâcheté
SEPTEMBRE . 1729. 2153
cheté & vos vices ! Secourez votre Patrie
; volez à la gloire ; foyez juftes , moderés
, équitables ; marchez fur les
pas de
l'honneur , & nous reconnoîtrons dans
vous nos enfans , & les heritiers de nos
grands noms.
N'eft ce pas là le langage que tiendroient
ces vertueux & vaillans Ancêtres?
Après la mort de Louis IV. Empereur ,
tous les yeux étoient tournés fur Othon ,
-Duc de Saxe , pour l'élire. Mais ce fage
Prince s'excufant fur fa vieilleffe : choifif
fez , Seigneurs , leur dit - il , cho fiffez un
Empereur qui par fon Epée honore fon
Sceptre , & qui vous enfeigne à vaincre
par fes exemples & par fes confeils. O
fentiment veritablement genereux ! O
parole pleine de fageffe ! Qu'auroit dit cet
grand Prince d'une indigne pofterité , lui
qui dans une fi haute naiffance , & avec
tant de belles actions , ne fe crut pas capable
de faire affez d'honneur à l'Empire
qu'on lui offroit ?
Mais ne me répands-je point ici en de
vaines déclamations ?non , ce (ontlà les obligations
les plus effentielles & les plus indifpenfables
de la Nobleffe que je lui mets ici
devant les yeux. Ignorez- vous , Nobleffe
Françoife , que vous vous devez au Public ?
Vous n'êtes plus à vous - mêmes ; l'honneur
& la diftinction dont vous jouiffezvous one
B vi ache2154
MERCURE DE FRANCE:
achetés à la République. Vous naiffez ;
vous vivez ; vous devez mourir pour la
Patrie. Oui , vous devez à l'Etat des hommes
, capables d'en remplir les places diſtinguées
; c'eft à vous à fournir des Generaux
& des Officiers intrépides dans les
Armées ; des Miniftres , des Confeillers
habiles à la Cour ; des Juges incorruptibles
& éclairés dans les Parlemens ; des
Prélats fçavans & faints dans l'Eglife .
Vous devez être par tout l'azile du malheureux
, l'appui du Pauvre , le deffenfeur
de l'opprimé , la terreur du crime.
Voilà à quelles conditions vous avez herité
, & vous jouiffez de la Nobleffe ; fi
vous n'en voulez pas à ce prix , laiffez ce
bien à ces hommes nouveaux que vous
méprilés ; mais qui acquierent tous les
jours par leurs propres mérites cet éclat
que vous empruntez de vos Ancêtres . Ces
hommes nouveaux rempliffent par leurs
belles actions vos devoirs que vous abandonnez
; ils vous enlevent une gloire
qui devroit être votre partage , & vous ne
yous en vangez que par une baffe jalousie .
Ah ! ce n'étoit pas une nobleffe molle
& effeminée , propre pour la table , le jeu
& les plaifirs qui a remporté jadis ces
grandes Victoires ; qui a conquis , étendu
, affermice Royaume , fait trembler
nos Voifins , fait fuir les Sarazins en
Egyptc,
SEPTEMBRE . 1729. 215
Egypte , & répandu l'effroi jufques dans
Babilone. C'étoit de vrais Nobles , qui fe
croyoient obligés à faire autant d'honneur
a leur pofterité qu'ils en avoient reçû de
leurs Peres. Des hommes nés pour la Patrie
, infatigables , invincibles , qui pré- ·
feroient la mort à la honte d'une vie inutile
, la gloire aux richeffes , la fatigue
aux plaifirs , & les travaux d'Hercule à
la moleffe & aux délices de Sardana pale.
Ils avoient bien compris , ces Grands
Hommes , que la Nobleffe n'eft un avantage
qu'en ce qu'elle fournit des exemplès
de vertus intereffans & domeftiques
Qu'elle ne conferve fon éclat dans les
grandesFamilles que par les belles actions,
& qu'en un mot : La Nobleffe ne fait honneur
qu'autant que l'on eft vertueux.
EPITRE
A M. DE BOULLONGNE DE COISEAUX,
Receveur General des Finances .
Joye &
tranfports
Oye & tranſports ! nous avons un DAUPHIN,
Le Ciel a fait ce prefent à la Terre :
C'eft par ces mots bruyans comme un tonnerrez
Qu'un quart avant quatre heures du matin ,
Quiconque étoit dans les bras de Morphée ,
En
2156 MERCURE DE FRANCE.
En fut ravi par un fubit réveil ,
Si que chacun après fi court fommeil ,
Eut tout le jour la face débiffée .
Mais fans fonger un moment au repos,
• Au bruit flateur d'un fi charmant propos,
Tout fort du lit : on vole à tire d'aîle,
Vers le Palais d'où nous vient la nouvelle ;
Et là , fe voit ce qu'on vit à Paphos ,
Lorfque nâquit le Fils de Cytherée.
Bientôt Phebus fortant de fon Berceau ,
Pour commencer la carriere dorée ,
-A
Parut à tous moins brillant & moins beau
Le Louvre étoit une Voute étherée ,
Par tout luifoit un jour pur & vermeil,
Une heure avant le lever du Soleil.
Ami, peut-être aurez- vous peine à croire ,
Tout ce qu'ici vous tracent mes crayons ;
Pas ne vous dis pour farder mon Hiftoire »
Que l'Enfant feul lançât tous ces rayons :
Pour éclairer ainfi notre Hemisphere , "
Là , bien étoient & le Pere & la Mere ,
Or tous ces Dieux , fi je m'y connois bien ,
Brillent autant qu'Apollon Delphien .
La fombre Nuit voyant fans crepuscule ,
Naître le jour contre toute raifon ,
Eut beau cent fois regarder ſa Pendule ,
Il lui fallut deferter l'horifon .
Tout eft prodige en pareille avanture ,
Mais
SEPTEMBRE . 1729. 1729. 2137
Mais vous dit- on des faits plus inoüis ?
Attendez tout de telle géniture ,
Attendez tout des deſtins de Lours.
"
Le Ciel nous rit , & d'une main aiſée ,
Répand fur nous fa fertile rofée ;
La Paix d'abord , prefent de bon aloy
Regne en Europe & dans le coeur du Roy
Et du Dauphin eft encor la Maraine.
Suit l'Abondance au teint frais & nourri ,
Spectacle doux pour Desforts & Fleury.
De blonds épics ont furchargé la Plaine :
L'Automne arrive avec fa grappe pleine,
Que de Buveurs ! quelle felicité !
Les Jeux , les ris , par eux danſes & Fêtes ,
Vont dans ces lieux regner en liberté ,
LOUIS le veut ; cependant fa bonté ,
Gagne les coeurs , pacifiques conquêtes ,»
Dignes des Dieux & dignes de Louis .
Adonc ami , tous nos fens réjouis ,
Font des plaifirs récolte differente ,
On eft à même & fe fuccedans tous ,
L'un n'eſt paffé , que l'autre fe prefente #
Fleuves de vin ferpentent parmi nous ,
Et valent bien , foit dit fans confequence ,
L'Eau d'Hippocrêne, ou ces Ruiſſeaux de lair,
Qui dans les Champs couloient en abondance,
Certes ici , vivons plus à ſouhait , 30
Qu'on ne fit onc au regne de Saturne ,
Bon2158
MERCURE DE FRANCË.
P
Bon homme au fond , mais un peu taciturne .
Soit. Pourſuivons : je vous ai dit d'abord ,
Comment la Nuit murmurant fur fa nuë ,
Se vit contrainte à revirer de bord ,
Elle partit & n'eft point revenue ,
Du moins au temps que de fon crêpe obſcur ,
De tout l'Olympe elle voile l'azur ,
Le Ciel paroît plus lumineux encore ,
Qu'on ne le voit à la naiffante Aurore :
Vulcain alors eft le vrai Dieu du jour ,
Petards tonnans , & volantes Fufées ,
A l'aventure ou droites ou croiféés ,
De l'Hémisphere enflamment le pourtour ...
Mais lorsqu'ainfi je m'égaye en mon ſtyle ,
Il me fouvient qu'on en tire à la Ville ,
Ami , j'y cours , & penfe fur ma foi ,
Qu'étant ici vous feriez comme moi .
M. Tanevot.
A FAYA ¥8787
FESTE à la Place des Victoires.
LBernard,compte Colt Chevalier
E Jeudy 8. Septembre , le Chevalier
Bernard , Comte de Coubert , donna
des marques éclatantes de fon zele , à.
fa Maifon de la Place des Victoires , dont ,
on voyoit le Faîte , le Cheneau au deffus
de la Corniche d'Entablement , le Fronton
SEPTEMBRE . 1729. 2159
ton des Lucarnes , & leurs retours , illuminez
de groffes Terrines .
Depuis le deffous de l'Entablement juſ
qu'au rez - de- chauffée , les Croifées , tant
quarrées que ceintrées , étoient ornées de
Lampions attachez par compartimens fur
des bandeaux de Menuiferie .
Sur les Pilaftres , entre les Croifées du
premier & fecond étage , régnoient des
Dauphins , des Ifs , & des Pots de Menuiferie
, éclairez par une infinité de Lam
pions , difpofez auffi par compartimens.
Cinq gros & magnifiques Luftres de
Cristal garnis de bougies , répandoient
un nouveau jour fur les cinq Croifées da
premier étage , dont toutes les fenêtres
étoient couvertes de riches Tapis de Velours
cramoifi & Carreaux à gallons &
Crépines d'or.
9
Au rez-de- chauffée , la Croifée du milieu
étoit occupée par un Chaffis ceintré
formant des Confoles aux deux côtez
avec des Lampions . On voyoit au milieu
un Tableau tranfparent , repréfentant un
enfant fous un Dais , couché fur des Carreaux
; un Génie à genoux lui préfentant
un Coeur. Une Ancre fortant de la Mer
étoit couverte de Dauphins , qui venoient
fe jouer autour de l'Auguſte Enfant , ils
étaloient à fes yeux les richeffes de la
Mer , défignées par leurs Attributs .
Ce
2160 MERCURE DE FRANCE:
3
Ce Tableau étoit éclairé à la faveur d'un
grand nombre de Terrines. Au - deffous
paroiffoit un autre Chaffis de Toille bleue ,
auffi tranfparent , fur lequel étoit écrit en
lettres d'or ce Chronographe.
LETITIA POPVLORVM GALLIA
DIV EXOPTATA.
La Cour de la Maifon brilloit d'un
nombre infini de Terrines , qui faifoient
un bel effet .
J
Le Feu d'Artifice étoit placé vis à- vis la
principale Porte , élevé fur 9. pilliers de
dix-huit pieds de haut fur 24. pieds d'aire .
La Charpente étoit revêtue de Pilaftres
au Pourtour avec Réfends , peints en
couleur de pierre de S. Leu . Au- deffus de
ces Pilaftres régnoit une Frife ceintrée
avec Corniche ornée de fon Architecture .y
peinte en marbre , & amortiffement
pour
une Balustrade de trois pieds de haut
avec Baluftres peints en pierre de S. Leu.
Le corps de l'Edifice étoit peint en marbre.
Le Chiffre du Roi rehauffé d'or , paroiffoit
élevé fur huit Pilaftres . Aux quatre
milieux , étoient quatre grands Ecuffons
aux Armes du Roi & de la Reine
auffi rehauffés d'or . Deux autres Ecuffons
aux Armes du DAUPHIN , rehauffés de
même , étoient à côté de chacun des quatre
précedens ; au-deffous defquels on en
voyoit
SEPTEMBRE . 1729. 216#
voyoit quatre autres aux Armes du Chevalier
Bernard ; on y lifoit les Deviles
fuivantes.
Relligio pietafque tibi.....
Hares pietatis avitæ.
Populi fpes altera Galli.
Magnum Pacis opus floret dum nafcitur
Infans.
Divini pignus amoris.
Ab alto.
Demiffum genus eft, Lodoix , tellure marique
magnus eris.
Vivant Borbonides , aternum Lilia
crefcant.
Abundantia in turribus tuis.
Du milieu du Plancher s'élevoit une Py
ramide de 18. pieds de haut fur cinq de
baze , fans le Pied d'Eftal, peinte en marbre
, avec un Globe , peint en blanc & en
bleu au deffus , orné de Fleurs de Lys &
de Dauphins. On lifoit ces Infcriptions
fur les quatre faces de la Pyramide :
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI.
CHRISTIANISSIMO .
OB NATUM EI PRIMOGENITUM
S. B. Q. P.
LUDOY
}
2162 MERCURE DE FRANCE:
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI .
PIO FELICI .
OB NATUM EI PRIMOGENITUM
S. B. O. P.
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI
CHRISTIANISSIMO
JUSTO , OPTIMO
OB NATUM ET PRIMOGENITUM
S. B. O. P.
LUDOVICO XV.
GALLIARUM REGI
PATRI PATRIÆ.
OB NATUM EI PRIMOGENITUM?
S. B. O. P.
Sur le Pied- d'Eftal de la Pyramide , on
lifoit ce Vers .
Lodoici nomenfuperas afcendat ad auras :
Des Feftons & Pendans de fleurs , régnoient
autour du Feu d'Artifice. Il
étoit compofé de 48. Boëtes , dont chacune
jettoit 24. Fufées , doubles Marquifes
, de 4000. Pots à feu , de 400.
lances avec fauciffons , de 800. brillans ,
de 4. Soleils tournans ; il y en avoit un
fixe
SEPTEMBRE. 1729. 2163
fixe à la principale face . L'Artifice fur
annoncé par les Fanfares , par 150. Fufées
d'honneur , & par 3o . Boëtes , qui
tirerent à l'arrivée de plufieurs Ambaffadeurs
Plénipotentiaires , & autres perfonnes
de diftinction , priez à cette Fête.
A huit heures préciſes , c'est- à- dire , હૈ
la nuit fermée , l'Artifice commença ; il
fut fervi très vivement au grand contentement
des Spectateurs ; l'air parut tout
en feu pendant trois quarts d'heure . Les
Trompettes , Timbales , Tambours , Violons
& autres Inftrumens le faifoient
agréablement entendre malgré le bruit
éclatant de l'Artifice.
Quarante Suiffes , huit Brigades du
Guet à Cheval , & autant du Guet à
pied , entouroient la Place pour empêcher
le défordre , tandis qu'on faifoit couler
huit Piéces de Vin , placées fur quatre
Echafauts pour le peuple , à qui on avoit
pris foin de diftribuer quantité de Pains
& de Cervelas.
La Compagnie invitée à cette Fête
alla fouper chez M, Bernard , ruë Nôtre-
Dame des Victoires , près les petits Peres ,
où tout étoit illuminé avec autant d'art
que de magnificence. Le Repas fut trèsfomptueux
, par l'abondance & la délicateffe
des mets .
Après le fouper , on tira un fecond Feu ,
com;
2164 MERCURE DE FRANCE.
compofé de 80. Fulées d'honneur , de
mille Pots à feu , de huit cent brillans , &
de douze Boëtes , dont chacune étoit
garnie de vingt - quatre doubles Marqui
fes. Dans le fond du Jardin étoit un grand
Tableau de Menuiferie , avec un Fron
tifpice , formant plufieurs deffeins en
Lampions , outre les Pyramides & les
L L. couronnées , il y avoit dans ce Tableau
en lettre de lumieres , ce Vers
Iambe ,
Pacem fovebit creditam.
Les Fanfares & Symphonies continue
rent pendant le fouper , & la Fête fut terminée
par la Danfe. Le Chevalier Bernard
s'eft fervi dans cette Fête du Miniftere
du fieur Conſtantin de Magny , & il
n'a rien négligé dans cette occafion , comme
dans toutes les autres , pour ſignaler
l'ardeur de fon zele pour la Maiſon
Royale .
Mo
EPITRE
SEPTEMBRE. 1729. 2165
***************
EPITRE EN VERS LIBRES,
Addreffée à M l'Heritier , au fujet de la
naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN,
S Cay
Cayante l'Heritier , fervez - moi de Minerve;
Le Ciel vient de combler nos voeux ;
Un Dauphin nous eft né ; le fujet eft heureux.
Mais je ne puis entrer en verve.
Que diroit-on de moi fi dans un fi grand jour
Je gardois un trifte filence ?
Penetré de plaifir , de reſpect & d'amour ,
Je me verrois taxé de froide indifference !
Il eft vrai que mon coeur fent les plus doux
tranſports ;
Mais ma Flute ne peut lui prêter fes accords
Et fans vous , ma Mufe fterile
Ne fera que de vains efforts.
J'ai voulu donner une Idille ,
Et déja j'avois pris le ton
De l'Eglogue de Pollion ;
Au tems prefent , le modele eft utile ş
Mais ce n'eft pas à moi de rajeunir Virgile &
Bien d'autres s'en aviſeront ,
Qui je crois n'y réuffiront ;
Le projet n'eft pas fi facile ,
L'on veut du neuf en cette Ville ,
Je pense que l'on a raiſon )
Et
2166 MERCURE DE FRANCE
Et l'on y prife plus une fimple chanſon.
Quand le Sel Attique en diſtile ,
Qu'un lieu commun du plus haut ftile ;
La Trompette n'eſt pas mon fait ;
D'ailleurs cet Inftrument déplaît
Au Miniftre dont la prudence
Veut que la Paix & l'Abondance
Soient les Nourrices du Dauphin.
C'eſt penfer jufte , qui dit Guerre ,
Dit trouble & fracas fur la Terre ,
Dont quand on veut l'on ne voit pas la fin.
Je me ferois donc un fcrupule
De raconter comment Hercule
Encore au berceau triompha
De deux Serpens qu'il étouffa.
Il nous faut plus riante image ;
Des Mirtes & des Oliviers ,
A cet augufte Enfant bien mieux vaut faire
hommage ,
Que des Palmes & des Lauriers ;
Craignons que Mars ne le reveille ;
Et fur nos chalumeaux dans le tems qu'il fommeille
,
Chantons les doux plaifirs que Saturne autrefois
C
Donnoit en la faifon dorée
Aux Mortels qui fuivoient les Loix
Que leur dictoit la belle Aftrée .
Sang de Bourbon trop aifément prend feu ,
Dès
SEPTEMBRE . 1729 , 2167
Dès qu'on lui parle de Batailles ,
Et bientôt il fe fait un jeu
De renverfer Bataillons & murailles.
Bien mal en prend aux Chantres du Dieu
Mars ;
Bon tems pour eux n'eft celui des hazards ,.
Où les Arts n'ont point de reffource ,
Où Moecenas cache fa Bourſe ,
Où fur le Pinde deſerté
Les Mufes, de Plutus fentent la dureté.
Livrons- nous tout entiers à la douce eſperance
Que d'un Dauphin nous offre la naiſſance
Partageons de Paris & les ris & les jeux ;
Au Temple du Seigneur allons porter nos
voeux ;
Prions que fa bonté tendrement le conferve ,
Qu'il faffe de Lours revivre les Vertus ;
Qu'il égale Cefar ; qu'il furpaffe Titus ;
Et que furlui foient répandus-
Les dons qu'aux plus Grands Roisfa fageffe
referve ;
Mais déja mon ftile eft perclus ....
Sçavante l'Heritier , fervez - moi de Minerve ,
Ou de ma foible main n'exigez rien de plus .
Le Chevalier Delatouche.
-C FESTE
2168 MERCURE DE FRANCE:
Į Į į į į į į į į į į į
ᎣᎣᎣ Ꭳ ᎣᎣᎣ
FESTE donnée à Saint Germain en
Laye , à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN.
L
E Jeudi 15. Septembre , le Duc de
Noailles ,comme Gouverneur de Saint
Germain en Laye , fit chanter un Te
Deum dans l'Eglife de la Paroiffe de cette
Ville , où les Bourgeois & le Peuple
donnerent de grandes marques de leur
fidelité & de leur joye.
Deux Compagnies Bourgeoifes fe mirent
fous les armes ; l'une fe pofta dans la
"Nef, & formoit le paffage de la grande
Porte au Choeur , l'autre connue fous le
titre d'ancienne Compagnie des Dauphins
, gardoit les dehors , pour être à
portée de faire plufieurs Décharges de
Moufqueterie à la fin du Te Deum , qui
fut chanté en grande folemnité après le
Salut. L'Eglife étoit illuminée jufques
aux Voutes , & le Portail & la Tour garnis
d'une grande quantité de Lampions
& de Terrines.
Le Feu de joye qu'on devoit allumer à
l'iffue du Te Deum , ne le fut que vers
les dix heures du foir , après le fouper.
Ce Repas que M. le Duc de Noailles
donna
SEPTEMBRE. 1729. 2169
donna dans les Salles de la Sur - Intendance
, fut magnifiquement ordonné ; il
y eut quatre Tables de 25. Couverts chacune
également bien fervies.
›
A côté de ces Salles eft une Galerie ;
où douze des meilleurs Muficiens de Paris
, Trompettes , Timbales , Hautbois
Baffons , jouerent des morceaux de fimphonie
convenables , pendant le fouper,
après lequel toure la Compagnie monta
en Caroffe pour fe rendre au Feu d'artifice
, precedée d'une des Compagnies
Bourgeoiles , marchant en très - bon ordre.
Les Dames furent placées dans un
Amphitheatre fuperbement decoré , que
le S Servandoni , qui conduifoit ces travaux
, avoit fait élever à portée de voir
fans craindre aucun accident.
Cet Amphitheatre ou Galerie étoit
fermé de quatre grandes Travées , & tapiffées
de Damas cramoifi à franges d'or,
ornées de Luftres , de Cristaux , de Girandoles
, de Guirlandes de Fleurs , de Médaillons
, de Dauphins & de Vaſes illuminés
qui s'élevoient au - deffus . Des Portieres
deVelours brodées aux Armes de la.
Mailon de Noailles , couvroient la Baluf
trade.
Vis- à- vis
PAmphitheatre s'élevoit au
milieu de la Place du marché une Colomne
d'Ordre Dorique de 8 ,. pieds de
Cij hag
2170 MERCURE DE FRANCE :
haut , compris le Pied- deſtal , le Socle ,
la Baze , le Chapiteau , & une forme Piramidale
qui la couronnoit , & fur laquelle
étoit pofé un Vafe de feu de z .
pieds de diamettre, qui répandoit une lumiere
très- éclatante. Cette Colomne pár
la regularité obfervée dans fon illumination
, formoit un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puiffe imaginer.
Le Pied-deftal étoit accompagné
d'une Balustrade couverte de fortes lumieres
, aux quatre Angles de laquelle
étoient des Girandoles illuminées . En fa
ce pour terminer la Place qui fe partage
en deux ruës égales , paroiffoit une per-.
fpective magnifique qui formoit un Temple
, au fond duquel on découvroit plufieurs
Dauphins groupés. Ce Temple prefentoit
fur le devant un Balcon , où furent
placés des Muficiens , qui pendant
le tems que dura le Feu , firent entendre
beaucoup d'airs de Hautbois , de Trom
pettes & de Timballes. Au-deffus & derriere
cette Décoration , étoit une Galerie
où l'on avoit difpofé l'Artifice .
Aux deux côtés étoient élevés deux
grands Portiques ou Arcs de Triomphe,
garnis en plein de lampions & terrines ,
fuivant les proportions de l'Architecture ,
& fur, chacun étoient placés trois grands
gafes auffi illuminés. Des Luftres de Criftal
SEPTEMBRË. 1729. 2171
tal accompagnés de Guirlandes de Fleurs,
& des Chiffres dorés fur des Médaillons
peints en azur , ornoient ces Portiques ,
& formoient un fpectacle des plus gracieux
.
Dés que tout le monde fut placé , le
Feu commença par une Décharge d'un
grand nombre de Boëtes & de petits Canons.
On tira enfuite le Feu d'Artifice ,
dont les préparatifs & le commencement
annonçoient un fpectacle magnifique ; il
le fut en effet , mais beaucoup plus promt
qu'il ne le devoit être par le peu de précaution
des Artificiers qui laifferent prendre
prefque en même- tems tout l'Artifi
ce qui mit le feu à quelques toiles , de - là
à du bois qu'on ne fongea plus qu'à éteindre.
Toute la Ville fut illuminée magnifi
quement , l'Illumination du Château ,
du Gouvernement , de la Sur -Intendance
, & de l'Hôtel de Noailles dura jufqu'au
grand jour. Enfin on peut dire que
jamais la Ville de S. Germain n'a donné
de plus grandes démonftrations de joye ,
d'attachement , de zele & de reconnoiffance.
Le 7. de ce mois il y eut à l'Hôtel de
Noailles , à Paris , une illumination qui
mérite d'être rapportée au nombre de cel-
CG iij
les
2172 MERCURE DE FRANCE .
で
les qui exciterent le plus la curiofité du
Public .
Cet Hôtel fitué ruë S. Honoré , eſt
d'une Architecture réguliere & gracieufe,
ainfi fans chercher d'autres ornemens ,
on ne fit que décorer la façade de la ruë
le Corps de logis & le Jardin qui forme
un point de vue des plus riches & qui
n'eft terminé que par les Thuilleries.
La Porte de cet Hôtel avec deux ColomnesIoniques
qui foutiennent l'entable .
ment, leBalcon & l'Attique , tout le Frontif
pice , les Refends d'Architecture & toutes
-les croilées étoient garnis d'une grande
quantité de Lampions & de Terrines.
Au fond de la cour , il y a un fort beau
Periftile, compofé de fix Colomnes d'Ordre
Dorique, & de quatre Niches , lequel
étoit garni de même dans toutes les parties
de l'Architecture.
Les Pied-deftaux de ces Niches auffi
illuminez , portoient quatre Obélifques
en Lampions.
Les marches du Periftile , le Balcon de
la Terraffe qui eft au -deffus & toutes les
Corniches & Trophées , étoient remplis
de Terrines , de même que le Comble &
la Terraffe du Pavillon , tant fur la face
de la cour , que du côté du Jardin , au
fond duquel on découvroit en perfpective
un Jet d'Eau , dont le Baffin étoit entourré
de Terrines. Un
SEPTEMBRE . 1729. 2173
Un Berceau magnifique & illuminé en
plein , terminoit cette perfpective , ce qui
formoit de la rue un coup d'oeil unique
par la difpofition du Plan & la régularité
de l'illumination qui n'y fut point épargnée
& qui dura toute la nuit ; ce qui
donna occafion au Roi en paffant de s'y
arrêter.
XXXXXXXX XXX: XXX *
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
STANCES.
PRenez, Seigneur, prenez les reſtes de ma vie,
Souffrez que je la quitte aux pieds de votre
Autel :
Après le beau préfent que nous a fait MARIE
Je n'ai plus rien à voir dans ce ſéjour mortel. -
De la faveur du Ciel entrer en défiance ,
C'étoit une foibleffe , un crime : puiſqu'enfin
Pour moderer l'excès de notre impatience ,
Trois Graces nous venoient annoncer ce
DAUPHIN.
C'est le nom de la Reine .
Les trois Princeffes , Filles de la Reine.
Cilj Toute
2174 MERCURE
DE FRANCE.
Toute production d'une nature exquife ,
D'un effai précedent demande l'appareil ;
L'exemple en eft écrit aux Livres de Moïfe ,
Dieu même fit la Terre avant que le Soleil.
Croiffez , Prince , croiffez , Bien - faifant , Pacifique
,
Vertueux , Adoré , Courageux & Puiffant.
Je ne vous dirai point en Rimeur Prophetique,
Que vous irez brifer les Cornes du Croiffant.
Je ne vous ferai point de flateuſe Horoſcopes
Qui foumette à vos pieds mille Rivaux jaloux,
Ni qui vous rende feul Arbitre de l'Europe ,
Comme vos grands Ayeux l'ont été devang
vous.
Je dirai feulement ce qu'en fon influence ,
L'Etoile qui vous rit a de plus éclatant :
Son afpect vous promet de regner fur la Francez
C'eſt un aſſez beau Lot pour en être content.
Mais , fans vous endormir d'une vaine fleurette,
Bien que de vos talens nous prévoyions le prix,
Immenfes qu'ils feront , cette France fouhaite
Que vous n'y regniez point qu'avec des che
veux gris.
Quelle
}
SEPTEMBRE . 1729. 2175
* Quelle grace célelte a comblé notre envie ,
Et remplit de mon Roi le glorieux efpoir !
Prenez , Seigneur , prenez les reites de ma vie,"
Après ce cher DAUPHIN je ne veux plus rien
voir.
DE SENE CE'.
A Macon le 8. Septembre. 1729.
FESTE donnée par le Roy Staniflas.
Extrait d'une Lettre écrite de Blois
le 17. Septembre.
Li
E 4. Septembre à deux heures après
midi , le Roi Staniſlas étant au Châreau
de Menars , reçut un Courier , par
lequel il apprit l'heureux accouchement
de la Reine , & la Naiffance de Monſeigneur
le DAUPHIN , arrivée le matin du
même jour. Ce Prince fut complimenté
par l'Evêque de Blois & par le Pere Reccteur
du College des Jefuites , qui fe trouverent
à Menars à l'arrivée du Courier.
Le Roi Staniflas dépêcha auffi- tôt un
Courier à M. Bachod de Lefbat , Lieute
nant General & Maire de la Ville de Blois
pour lui faire part de l'heureux accouchement
de la Reine & de la Naiffance du:
Dauphin . Ce Magiftrat toujours attentif
CV
2176 MERCURE DE FRANCE :
à remplir fes devoirs , & pour marquer
fa joye dans une occafion fi intereffante,
donna ordre aux Tambours & Trompettes
d'aller par toute la Ville annoncer la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin .
Le Peuple donna auffi - tôt des marques.
publiques de fa joye par des feux allumez
le foir , & par d'autres démonſtra
tions .
Le lendemain M. Bachod de Leſbat , alla
en corps avec la Ville à Menars , complimenter
le Roi Staniflas ; S. M. le reçut
très-gracieufement , & le fit conduire à
l'Apparrement de la Reine , qu'il compli
menta auffi avec fon éloquence ordinaire.
A fon retour de Ménars , M. Bachod
ordonna qu'on tireroit tous les foirs le
Canon , ce qui a été executé juſqu'au 12.
dernier jour de la Fête de la Ville .
Mrs de la Chambre des Comptes , alle
rent auffi en corps à Menars , complimenter
le Roi Stanislas & la Reine fon Epoufe.
M's du Préfidial eurent le même honneur,
M. de Bouville , Lieutenant Criminel ,
portant la parole.
M. l'Evêque de Blois reçut en même
temps les ordres de la Cour pour faire
chanter un Te Deum en action de graces.
Ce Prélat fit auffi - tôt publier fon Mandement
, & ordonna que le Dimanche
11. Septembre. il fe feroit une Proceffion
SEPTEMBRE. 1729 2177
fion generale où tous les Ordres affifteroient.
La Proceffion s'affembla à l'Egli
feCathédrale , & alla au Convent desCordeliers
M. l'Evêque revêtu de fes habits
pontificaux , ayant fon Clergé à la
tête,fuivit la Proceffion ; enfuite la Chambre
des Comptes , les Maire & Echevins
en Corps , precedés des Batoniers de la
Ville , fuivoient la Chambre des Comptes
; M. l'Evêque avoit auffi ordonné
que dès le Samedi 10. Septembre , que
commença la réjouiffance publique , toutes
les Cloches de la Ville fonneroient en
branle depuis huit heures du matin jufqu'à
dix.
M. Bachod , avec tous les Officiers de
Ville , à la tête de 200. hommes choifis >
alla audevant du Roi Staniſlas , qui
arriva à neuf heures du matin le Dimanche
11. Septembre au Palais Epif-
Copal.
La Proceffion étant de retour à la Cathedrale
, ce Prince placé fous un Dais entendit
le Te Deum qui fut chanté par fa
mufique , & par celle de la Cathédrale; le
concours du Peuple fut fi grand, que l'Eglife
n'en pût contenir qu'une partie.
Le Te Deum fini , la mufique du Roi
Staniflas donna un Concert à une nombreufe
Affemblée fur la Terraffe de l'Evêché.
On chanta le Prologue de Phaeton
Covj fuivi
2178 MERCURE DE FRANCE .
>
fuivi de Concerto qui furent parfaite
ment bien executés ; aprés quoi le Ro
reçûr les complimens des Dames , & le.
promena fur la Terraffe.
La Bourgeoisie en armes, fe rendit cependant
à l'Hôtel deVille ; M. Dodun , Lieutenant
General du Gouvernement, s'y rendit
auffi , accompagné des Maire & Echevins.
Le Feu de la Ville qui étoit fur la Gréve,
vis -à - vis le Palais Epifcopal , fut trésbien
executé ; les deux Quais de plus
derso. toifes de longueur chacun , étoient
illuminées par des Pots à feu , ainfi que
les Parapets , les Eperons , & le Cordon
du Pont.
Au milieu de ce Pont , eft élevée cette
fuperbe Piramide qui fait l'admiration
des Etranges par la delicateffe de l'Ouvrage
, & par fa hauteur de près de cent
pieds ; on l'avoit revêtuë d'un furtout de
menuiferie , fur laquelle étoient attachés
plus de 2000. lampions qui figuroient
des Fleurs de Lys fans nombre , & formoient
auffi les Armes du Roi & de la
Reine. Au bas de cette Piramide , qui
fembloit naître dans le feu même , les
lampions formoient plufieurs Dauphins ,
& il fortit de la même baze un nombre
infini de fufées qui redoublerent l'admiration
des fpectateurs .
Après que M M. Dodun & Bachod
eurent
SEPTEMBRE . 1729. 2179
eurent allumé le feu , la Bourgeoifie fous
les armes forma un rond fur la Gréve
& fit plufieurs Décharges. Les Illumina
tions étoient en fi grande quantité que
le
Pont & la Riviere paroiffoient tout en
feu. Les Canons de la Ville tirerent pendant
tout le tems que dura le feu , &
on tira à côté de la Piramide un grand
nombre de Fufées .
Cependant l'Hôtel de Ville étoit tout
illuminé, tant du côté du Port que du côté
de la Ville. Au- deffus des Portes , less
Armes du Roi étoient repréfentées , &
formées par des Lampions qui durerent.
depuis fept heures du foir jufqu'à trois
heures du matin ; toutes les Maifons de
la Ville furent auffi illuminées , & des
Fontaines de vin coulerent à celle de M.
Le Maire.
Ce Magiftrar pour rendre la Fête plus
magnifique avoit donné fes ordres pour
faire allumer des Feux fur les côteaux qui
font au- delà de la Riviere pendant troislieues
de longueur , ce qui formoit un
fpectacle des plus finguliers.
M. Baudri de la Blandiniere a auffi
donné des marques de fon zele , comme
Echevin pour la Nobleffe. Il a fait illuminer
toute fa Maifon de bougies & de
lampions, & a fait donner des rafraîchiffe
mens à tout le monde.
Le
2180 MERCURE DE FRANCE:
Le même jour II . Septembre , le Roi
Staniflas donna une grande Fête , ayant
choifi pour cela le Palais Epifcopal de
Blois. Dès la veille on fit rôtir fur la
grande Place un Boeuf qui peloit environ
6oo . livres , & plufieurs Moutons qui
furent le lendemain diftribués au Peuple
, quatre Fontaines de vin coulerent
toute la journée aux quatre coins
de la Place.
Tout le Frontifpice du Palais Epifcopal
fut éclairé de lampions , & la Cour
fut pareillement illuminée jufqu'aux toits,
& aux goutieres .
La Tour de la Cathédrale l'étoit par des
Pots à feu. A l'entrée de la Terraffe , on
voyoit huitarcades ornées de lampions ,formant
une belle & grande Salle fous des
mironiers , éclairée de fix Luftres , &
deftinée pour le Bal , vingt huit autres Maroniers
qui bordent la terraffe formoient
d'autres arcades pleines de lampions , ce
qui faifoit un effet furprenant ; fur le long
de la terraffe baffe étoient zoo . Pots à feu,
& la Terraffe haute étoit pareillement éclai
rée par des Pots à feu .
Au milieu de la Terraffe étoit une Table
de 186. Couverts pour les Dames de
Ja Ville , & pour la principale Nobleffe
du Blefois .
Sur les fept heures du foir , douze
Cou
SEPTEMBRE . 1729. 218 %
Couleuvrines , & plufieurs Canons firent
des Décharges fans difcontinuer . Un moment
après la premiere Décharge on fer
vit un magnifique repas ; toutes les Dames
fuperbement parées fe mirent à Table
, & les Gentilshommes fe tinrent de
bout pour les fervir. On n'a jamais vû
tant de profufion que dans ce repas
vins de Champagne , & de Bourgogne ,
vins de Hongrie , & du Rhin : tout étoit
en abondance , & il y avoit fans exageration
dequoi regaler fplendidement fix
cent perfonnes; en un mot, tout répondoit
à la magnificence du Prince , qui de
tems en tems le montroit , & donnoit des
marques de fa bonté & de fon attention.
Au bout de la Terraffe , où étoit la Table
, il y a un berceau de trente Toiles de
long , lequel parut tout en feu par une il..
lumination des plus ingénieufes dont la
principale repréfentoit un Dauphin ; on
avoit pareillement repréfenté les Armes
du Roi ; le tout enfemble formoit une
brillante décoration , & une perfpective
charmante. Pendant le repas , la Mufique
du Roi Stanislas ne difcontinua pas , &
on tira des Fulées fans nombre. Cette
nuit , au refte , parut auffi claire que le
plus beau jour , par l'illumination genérale
, dont voici le détail.
Il y avoit 25. grands Luftres fur fa
grande
2182 MERCURE DE FRANCE:
grande Terraffe , 400. autres plus petits
diverſement placés , 8000. lampions ,
1100. Pots à feu, & 4000 . terrines remplies
de cire.
Aprés le foupé , il y eut un Bal magni
fique dans le Grand Salon du Palais Epifcopal
, qui dura jufqu'au jour.
La même Lettre écrite de Blois porte
que M. l'Abbé Butel , Bachelier de Sorbonne,
a fignalé fon zele en cette occafion
par un Emblême fort ingénieux , que l'on
trouvera ici gravé . Notre Augufte Dauphin
y eft repreſenté fous la figure d'un
Soleil levant , avec cette Devife : GAUDIA
SPEMQUE PARIT .
UDIA SPEMO UE PARTS
GAUDIA
L'AuSEPTEMBRE.
1729. 2183
L'Auteur a accompagné l'Emblême des
Vers qui fuivent :
Quece Prince naiflant annonce de beaux joursą
Il fait par tout naître la joye ,
Et le Ciel fur fes pas déploye
Les Jeux , les Ris & les Amours.
France , il doit être un jour l'honneur de ta
Couronne ,
Si. nos defirs ont leur effet ;
Il fonde juftement le plaifir qu'il nous fait
Sur l'efperance qu'il nous donne .
Vers du même Auteur , pour mettre aw
bas du Portrait de Monfeigneur le Daus
PHIN .
Je nefuis qu'un Enfant couché dans le berceau,
Un Rejetten des Lys qui ne fait que d'éclore
Mais déja plus brillant que la brillante Aurores
Voulez- vous me tracer d'un feul coup de pinceau
?
Je fuis fils de Lours ; rien ne manqué au Ta
bleau.
REA
2184 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXX XXXXXXX
RE'JOUISSANCES faites dans les Ci
tadelles de Marseille Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville le 20. Sepa
tembre.
Lond Bataillon eft engarnifon dans
E Régiment Dauphin , dont le fe-.
les deux Citadelles de Marfeille , eft intereffé
d'une maniere trop particuliere à
un évenement qui fait le bonheur de toute
la France , pour ne pas donner à cette
occafion des preuves de fa joye & de fon
zele ; les Officiers de ce Bataillon fe font
fait un devoir de prévenir là - deffus une
Ville fameufe par la fidelité.
Le Lundy 19. Septembre , fut choifi
pour ce fujet la plus belle nuit que l'on
pût fouhaitter , & un calme parfait feme
bloient concourir aux agrémens d'une Fête
où rien ne devoit manquer d'ailleurs .
On s'étoit affujetti à l'Architecture de
la principale Porte de la grande Citadelle
pour l'illumination , on y avoit feulement
ajoûté quatre Pilaftres , entre lefquels on
avoit placé deux Emblêmes avec leur explication
, la premiere étoit :
On
SEPTEMBRE. 1729. 2185
Un Soleil Levant , avec des Indiens
qui l'adorent
NOBIS JAM DEUS EST.
Tout l'Univers attend de fa vive lumiere
Les bienfaits les plus doux ;
Mais dès le premier pas qu'il fait dans fa Car◄
riere ,
Il eſt un Dieu pour nous.
L'autre Emblême étoit :
La Conftellation du Dauphin Céleste
dans fon Orient.
TANDEM SPES NOSTRA ,
Nos voeux des Immortels ont fçû ſe faire entendre
;
C'eft un Heros naiſſant qui vient de nous l'a
prendre :
Gage de notre efpoir , gage de leurs faveurs ,
Ils connoiffoient trop bien nos coeurs
Pour nous le faire encore attendre .
La Porte du Donjon étant plus fimple ;
on avoit été obligé d'y ajoûter un Portique
formé par fix Colomnes d'Ordre Dorique
; la Corniche étoit chargée de deux
Trophées , l'un d'armes , & l'autre de divers
Attributs des Arts.
Sous le Trophée d'Armes , entte les
Colomnes , il y avoit pour Emblême un
Hercule
1186 MERCURE DE FRANCE
Hercule au Berceau qui étouffe des Serpens.
SIC PRELUDIT HEROS.
Et du côté du Trophée des Arts , un Arion
Sauvé par un Dauphin.
TUEBITUR ARTES .
On avoit fait conftruire pour recevoir
la Compagnie invitée , une Loge de 12 .
toifes de longueur , fur fix de largeur ,
exhauffée à proportion , très - bien ornée ,
& très - bien éclairée ; on avoit choisi pour
cela le côté du Rempart qui regarde la
Ville , d'où l'on découvroit avec plaifir
cet Edifice qui paroiffoit prefque avoir
été élevé tout d'un coup , parce qu'on y
avoit employé autant de promptitude
que d'ordre. Plufieurs rangs de petites
Lanternes formoient un glacis de lumieres
fur cette Loge , où l'on entroit
par quatre portes , ouvertes dans les Angles
des deux fonds , l'entre - deux des porres
étoit illuminé en Lampions , avec
des Emblêmes ; la premiere étoit :
Une Renommée qui préfente un Enfant à des
Guerriers , defignés par l'uniforme du
Régiment , & au-deffous :
JAM NOMINE NON GAUDETIS INANI ?
Et
SEPTEMBRE. 17299ܐ17
2187
Et pour explication ces Vers .
Dans les divers périls , que la valeur s'ap
prête ,
Le nom feul d'un DAUPHIN a ſçû vous engager
,
Mais à préfent qu'il vit , qu'il eſt à votre tête ,
Est-il quelques Exploits , eft- il quelques Con
quêtes
A quoi vous ne deviez fonger.
Et du côté oppofé ,
Mars tenant d'une main les Armes du
DAUPHIN , qu'il montre de l'autre
aux Drapeaux du Régiment.
HOC DUCE VINCETIS.
Et au - deffous ,
Pour le Sang de vos Rois on connoit votre
zele ,
Tout le vôtre pour lui couleroit mille fois ,
Mars lui-même , affuré de votre ardeur fidele
Vous promet de nouveaux Exploits.
La Compagnie fe raſſembla à ſept heures
du foir , au fortir d'un Concert , quantité
de Gondoles bien ornées avoient
été difpofées pour l'amener . Elle débarqua
devant la Porte de la Citadelle. M. le
Comte de Roannez , Lieutenant General
des Galeres , la conduifoit ; elle étoit
com
2188 MERCURE DE FRANCE :
compofée de cent Dames habillées magnifiquement
, de tous les Officiers de
galeres , & de tout ce qu'il y avoit de
plus diftingué dans la Ville. M. de Brunville
, Commandant du Bataillon , accompagné
des principaux Officiers , vint la
recevoir à la Porte . Elle fut faluée de toute
l'Artillerie de la Citadelle , & le Fort
S. Jean , autre Citadelle , répondit auffi
par une décharge generale.
La Compagnie fit tout le tour du Rempart
pour jouir du coup d'oeil de l'illumination,
dont l'effet étoit frappant , la nuit
étoit très obfcure , & on n'étoit abfolu
ment éclairé que par une multitude de
Falots rangez fur plufieurs files le long
des Baftions , & des Courtines , avec des
Pots à feu aux Angles faillans : le Dönjon
, furtout , qui eft très - exhauffé , &
éloigné du Rempart , paroiffoit , pour
ainsi dire , deffiné en l'air avec des traits
de lumiere .
La lueur que caufoient les fréquentes dé
charges d'Artillerie joignoit à cette lumiere
douce , quelque chofe de plus animé
, & de plus noble ; il y eut plufieurs
Salves de la grande & de la petite Artillerie
, & le Fort S. Jean éclairé de même
y répondit de toute la fienne .
Cfpectacle amufa agréablement l'Alfemblée
pendant deux heures ; on paffa
dans
SEPTEMBRE . 1729. 2189
dans la Loge , dont on a parlé,à neuf heures
› on y trouva une Table à fer à
cheval de cent couverts fervie avec une
profufion délicate. Les Dames furent pla
cées les premieres , les Cavaliers qui les
avoient conduites fe placerent derriere ,
& les Officiers occuperent le vuide
pour les fervir. On fut à Table pendant
plus de deux heures ; il y avoit de quoi
contenter tous les goûts , on finit par des
Vins recherchez , avec lefquels on but la
fanté du RoY , DE LA REINE , DI
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN , & chaque
fanté fut fuivie d'une Salve generale .
On avoit menagé dans la Loge deux Tribunes
, ou une Symphonie choifie , &
jouant par repriſes , augmentoit le plaifir
de la Compagnie .
On fortit de Table par une des extrê
mitez de la Loge , & après avoir fait un
tour de rempart , on rentra par l'autre
& on trouva la Salle difpofée pour le Bal .
M. le Comte de Roannez le commença ;
on danſa avec beaucoup de grace , & on
finit par des Contre-danfes. Le jour qu'on
vit revenir à regret , termina la Fête , en
féparant la Compagnie ,
On peut affûrer que tout le monde en
a été également fatisfait ; le Peuple même
qui n'a pû voir la Fête que de loin , y a
pris beaucoup de part , à caufe de deux
Fon:
2190 MERCURE DE FRANCE :
Fontaines de Vin qui ne cefferent de couler
en fa faveur. Le Soldat a été d'ailleurs
fort fatisfait du vin & des viandes qu'on
lui a diftribué en abondance , & il a imité
la Fête à fa maniere , par des Danfes con-
´tinuelles , au fon des Tambours , & autres
Inftrumens du Pays.
DIALOGUE Payfan fur la Naiffance
du DAUPHIN..
Air. Ton himeur eft Catherene , &c.
AH ! Colin, que je fuis aife
De te rencontrer ici !
Maturin & le gros Blaiſe
Venions d'arriver auffi.
Paris eft pis qu'une Foire ;
L'on y rit de bout en bout;
Chacun ſe fait une gloire
D'y bouter le feu par tout.
f
柒
Dame ! auffi quel avantage
Pour tout le Peuple François !
Nous avons en droit lignage
Un Fils de plus de cent Rois .
C'eſt le Dauphin dont je parle ;
Vraiement
SEPTEMBRE.
1729.
2191)
Vraiement l'on dit qu'il eft biau ,
Gentil , plus net qu'une Parle ,
Doux & droit comme un Rofiau.
柒
Voyez donc le bel Oracle !
Quel conte nous fait-il là ?
Prens- tu çà pour un Miracle ?
Avec le Pere qu'il a ?
Trouverois -tu fur la terre
Un fi biau Prince , un mortel ,
Auffi bien fait pour la Guerre
Et d'un meilleux naturel.
Tatigué ! comme il jargonne ;
De la Reine qu'en dis - tu ?
Je dis qu'elle eft franche & bonne ,
Un vrai Tableau de vertu ;
Et
que
de tels Pere & Mere
Il ne fçauroit provenir
Que des Enfans dont , Compere ,
On aura bian du plaifir.
En voyant les trois Princeffes ,
Ca fe devine en deux mots ;
Ce ne font que gentilleſſes ,
Et de biaux petits propos.
Je gagerois bian , accòute ,
D Qu'elles
2192 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elles pâment dans le coeur
D'avoir , fans qu'il leur en coûte ,
Pour Frere un fi grand Seigneur.
M
Dans le Château de Verfailles
On ne s'entend pas, ma foy ;
Tout le monde eft en guogailles ,
A commencer par le Roy ;
Les Dames pleuriont de joye ,
Mais rien ne paroît égal
A la guayté que déploye
Le Miniftre Cardinal.
Sont mille gens qui tracaffent ,
Et des Nourrices par tas ;
Des Cuifiniers qui fricaffent ;
Ah ! queu tarrible embarras !
J'ignore où tout ça fe boutei
Mais en retour je conçoi
Que pour leur tremper la croute
Il faut bian avoir de quoi ,
Je t'acoute , & tu raiſonnes ,
Ah ! que je fommes nigauts ?
Approchons-nous de ces tonnes ,
De vin en tombe par fciaux,
Si j'attrapons par fortune
Quels
SEPTEMBRE . 1729. 2193
Quelques fapes de gourdin
Je boirons & fans rancune
A la fanté du Dauphin.
·
Quel bruit ! que de petarades !
Qu'on fentla Poudre à Canon !
Chacun donne des aubades ;
Le pavé n' eft que charbon ; q ">
Entens -tu les tournebroches ?
Pargué ! ça va d'un grand train.
Ah ! qu'on caffera de cloches
Si Dieu n'y boute la main !
Palfangué ! comme on nous pouffe !
Ils ont grillé mon chapiau.
La rencontre n'eft pas douce ;
Pren garde à ce ferpentiau.
Quoiqu'Habitans de Village ,
Morgué j'avons le coeur bon ;
Ca crions avec courage ,
Vive le Sang de Bourbon,
TT
Dij
RE
2194 MERCURE DE FRANCE,
車車車身费車車急車車車急急急急急急急急鼎患急急
RE'JOUISSANCES faites à Richelieu,
L
'Agréable nouvelle de la Naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN étant
arrivée à Richelieu le 6. Septembre par
une Lettre écrite de l'Hôtel de Richelieu
à M. Jahan , Sénéchal de la Ville ; il en
fit part auffi- tôt au Public qui fit éclater
dans le moment fa joye de toutes parts.
Quelques jours après, le Sénéchal , qui
attendoit avec impatience les ordres de
M. l'Intendant , les ayant reçus , ordonna
en qualité de Maire perpetuel au fieur
Morin , Syndic des habitans , de faire les
préparatifs convenables pour des réjouif
fances publiques ; & les Miffionaires
Curés de la Paroiffe , ayant fecondé avec
joye le zele & l'impatience de la Ville
il fut réglé que le Dimanche 18. Septembre
on remercieroit le Seigneur d'un évenement
fi intereffant , & qu'on donneroit
une preuve éclatante de la joye de
cette Ville.
Le 18. dès la pointe du jour , la Fête
fut annoncée par plufieurs coups de Canons
tirez du Château par ordre de M. de
Plet , Gouverneur. L'après - midi 2
les
Bour
SEPTEMBRE. 1729. 219$
Bourgeois , au nombre de trois cens ,
tous proprement vêtus , fe mirent fous les
armes , divifez en trois Compagnies , à
la tête defquelles étoit M. Brandeliere
ancien Officier réformé , qui les ayant
déja dreffez & difciplinez dans plufieurs
autres réjouiffances publiques , leur fit
faire l'éxercice , & les conduifit pendant
toute la cérémonie dans un ordre parfait.
W
Sur les cinq heures & demie , le Gou
verneur avec tous les Magiftrats & Offi
ciers de la Sénéchauffée , de l'Election
& du Grenier à Sel , & tous les Avocats
& Procureurs en Robes , s'étant rendus à
l'Eglife , le Régiment Bourgeois rangé en
ordre de Bataille dans la Place publi
que , on commença par chanter un Répons
, après quoi la Proceffion partit
dans un fort bel ordre , chantant des
Pleaumes & des Cantiques de joye , &
fit le tour de la Ville .
>
A fon départ toute la Soldatefque fit
une décharge generale , & le Régiment
Bourgeois fuivit dans un grand ordre
ayant à fa tête fes Officiers , les Etendarts
, quatre Tambours du Régiment de
Richelieu , & la Symphonie de la Ville ,
qui eft des meilleures de la Province . La
Proceffion entra dans l'Eglife des Dames
Religieufes, qui eft dans une grande Place,
D iij
2196 MERCURE DE FRANCE.
à l'autre bout de la Ville , où l'on chants
en Mufque un Motet de M. Campra ,
qui fut parfaitement bien executé.
La Proceffion étant rentrée dans l'Egli
fe,leRégiment Bourgeois rangé dans la Pla
ce , comme il l'avoit été dans l'autre Place
pendant le Motet , où il avoit fait une décharge
, on chanta le Te Deum. Après lequel
, un feu élevé de plus de 40. pieds ,
qui avoit été dreffé au milieu de la Place
publique , fut allumé en cérémonie , au
bruit du Canon , & le Régiment Bourgeois
faifant une décharge generale.
A la fin du Feu on tira du Palais qui eft
fur la grande Place , plufieurs Fufées volantes
, Lances à feu, & Serpenteaux , qui
firent un fort bel effet . La face du Palais
étoit toute illuminée d'un grand nombre
de Lampions , auffi - bien qu'un grand Tableau
qu'on avoit placé au- deffus de la
Porte , chargé des Armes du Roi , de la
Reine , & de Monfeigneur le DAUPHIN .
Au-deffous du Tableau , & des deux côtez
étoient attachez des Tonneaux de
Vin , qui fournirent abondamment à tout
le Peuple.
>
Tous ces ornemens , l'Artifice , & les
illuminations furent executez par le fieur
Letelnet , Concierge de M. le Duc de
Richelieu , qui a beaucoup de goût & de
talent pour ces fortes de chofes.
M.
SEPTEMBRE. 1729. 2197
M. le Sénéchal donna le foir un Repas
magnifique dans fa belle Maifon , fituée
dans la grande ruë , la face en étoit toute
illuminée ; les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville y furent invitées. Après
le fouper , qui fut accompagné de Symphonie
, on entra dans le Jardin qui étoit
éclairé de plufieurs illuminations ; on y
eut le plaifir de voir tirer plufieurs Fulées
volantes Gerbes de feu , Serpenteaux
&c. qui réuffirent parfaitement. La Fête
fut terminée par un Bal qui dura bien
avant dans la nuit .
,
Il y eut auffi un grand Repas chez le
Syndic des habitans pour tous les Officiers
de la Bourgeoifie , & autres perfonnes
de la Ville qui voulurent s'y trouver ,
où la fanté de Monſeigneur le DAUPHIN
fut bûe avec de grandes acclamations , au
fon des Tambours. 1
Le Gouverneur n'auroit pas manqué de
'donner chez lui , au Château , une grande
Fête , fans la trifte circonftance où il
fe trouve du deüil de fa mere.
Si cette petite Ville qui n'eſt ni riche ,
ni marchande , n'a pas pû fe diftinguer
par de grandes magnificences , elle s'eft
au moins empreffée à marquer fa joye &
fon zele par une extrême diligence.
On fçait que la Ville & le Château de
Richelieu font l'ouvrage du grand Cardi-
Diiij
nal ,
2198 MERCURE DE FRANCE .
>
nal , dont le nom fera toujours célébre
dans notre Hifcire . Son goût exquis y
éclaté de toutes parts. La Ville , ornée de
plufieurs grands Edifices en Pavillons
bâtis très-folidement , d'une rue très -longue
& très-large , de deux Places fort (pacieuſes
, & d'une très belle Eglife , eft
des plus régulieres , & le Château des
plus grands & des plus magnifiques du
Royaume.
·
A LA REINE
MADRIGAL
De Mad Heritier.
D'Athenais , cette aimable Princeffe ,
Qui fit cherir fes Loix à l'Empire de Grece ,
Grande Reine , aujourd'hui vous nous faites
revoir
Et les vertus & le fçavoir :
De votre fort brillant , à ſon deſtin auguſte ,
La reffemblance eft belle & jufte :
Mais plus heureufe encor enfin qu'Athenaïs à
Pour combler tous nos voeux le Ciel vous donne
un fils :
Mais un fils qui fuivant les traces glorieufes
D'un
SEPTEMBRE. 1729. 2199
D'un Pere Sage & Grand , l'amour de fes
Sujets ,
Et d'une Mere en qui cent vertus gracieuſes
S'uniffent à de doux attraits ,
Sans ceffe couronné par les mains de la gloire.
Tiendra le plus beau rang au Temple de Mémoire.
RE'JOUISSANCES faites à Citeaux
au Château de Gilly par M. l'Abbé
General de Citeaux..
M
R. l'Abbé de Citeaux ayant appris
la grande nouvelle de la Naiffance
d'un DAUPHIN ; il la fit auffi - tôt annoncer
par le fon des Cloches. Le lendemain.
8. Septembre , tous les habitans de la
Dépendance de Citeaux fe mirent fous les
armes , & une Fontaine de Vin coula
toute la journée dans la Cour de l'Abbaye.
On alluma par tout des Feux , & les Danfes
au fon des Mufettes , & c . durerent
toute la nuit.
Le jour fuivant M. l'Abbé le rendit à
fon Château de Gilly , où il y eut une
Fête plus diftinguée. Elle commença par
un Te Deum chanté au bruit de fix piéces
de Canon. On fit enfuite couler deux Fon-
Laines de Vin , & on diftributa au peuple
Dav
de
·
2200 MERCURE DE FRANCE:
de l'argent , du pain & de la viande . Il *
eur dans la Cour du Château des Tables
fervies pour les habitans qui s'étoient mis
fous les armes , & pour tous ceux qui n'éroient
pas du commun du Peuple.
A la Salle du Château , on fervit un
grand fouper pour toutes les perſonnes
de confideration , après lequel on tira un
Feu d'Artifice qui dura près de deux heures
; tout le Château étoit illuminé dès
l'entrée de la nuit . Plufieurs Hautbois
& Violons qu'on avoit placez dans differens
endroits donnerent occafion à plufieurs
Danfes galantes , qui durerent bien
avant dans la nuit. La Fête finit par une
décharge réiterée plufieurs fois de fix
Canons , après laquelle la plus grande
partie du monde fe retira ; mais les illuminations
du Château , & les Pots à feu
ayant duré jufqu'au jour , plufieurs perfonnes
y ont paffé tout ce tems- là pour
fe réjouir plus long - tems . Enfin , cette
Fête a été accompagnée de toutes les démonftrations
de joye que l'on peut témoi
gner en pareille occafion . C'eft la premiere
qui ait été donnée dans la Province
& le dernier jour de l'Octave de la Naiffance
du Prince , qui étoit le Dimanche
11. Septembre.
CHANSEPTEMBRE
. 1729 2201
1
*******************
CHANSON fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN ,
Sur l'Air : Len lan la derirete .
LE Ciel nous accorde à la fin
Un gentil & charmant DAUPHIN
Lon lan la derirete.
La joye en eft grande à Paris ,
Lon lan la deriri.
On voit de l'un à l'autre bout
Des feux & des danſes par tout ,
Lon lan la derirete ,
Chacun y boit , y chante, y rit ,
Lon lan la deriri.
Les Artifans , les Ouvriers ,
Abandonnent leurs Ateliers ,
Lon lan la derirete ,
Pour s'aller recréer l'efprit ,
Lon lan la deriri,
Sur leur grabat les plus mal - fains
Sont délaiffés des Medecins ,
ร่ Dv
Lon
2202 MERCURE DE FRANCE .
Lon lan la derirete ,
Ils n'en vont que bien mieux depuis ,
Lon lan la deriri.
Sur le Pont- neuf le Grand Thomas
Arrache dents , & catera ,
Lon lan la derirete ,
Et le tout pour un grand- merci ,
Lon lan la deriri.
L'Opera , les Comediens ,
Donneront du plaifir pour rien ,
Lon lan la derirete ,
Et les Danfeurs de Corde auffi
Lon lan la deriri,
L'on voit par tout le verre en main,
Boire à la fanté du Dauphin
Lon lan la derirete ,
2
Hommes , Garçons , Grands & Petits
Lon lan la deriri.
R
Et les Femmes de leur côté,
En ont le coeur fi tranſporté ,
Lon lan la derirete ,
Qu'elles oublient leur mari
Lon lan la deriri.
La
SEPTEMBRE. 1729 2203
La fille qui pour fon Amant ,
Avoit le moins de fentiment ,
Lon lan la derirete ,
Eft toute de flâme pour lui ,
Lon lan la deriri .
Serois- tu la feule , Alifon ,
Qui plus fotte qu'un jeune Oyfon ,
Lon lan la derirete ,
Fît la farouche aujourd'hui ,
Lon lan la deriri.
A la venue de ce Dauphin ,
A mes tourmens viens mettre fin ,
Lon lan la derirete ,
Chaffons loin de nous le fouci ,
Lon lan la deriri.
Tant que ce beau Dauphin vivra ,
Crois que ma flâme durera ,
Lon lan la derirere ,
Vêcut- il dans cent ans d'ici ,
Lon lan la deriri.
2
EX2104
MERCURE DE FRANCE.
-
EXTRAIT du Difcours du P. Candide,
Recollet , fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , enen préchant à
Paris le jour de la Nativité de la Sainte
Vierge.
Le Deffein & la Divifion du Prédicateur
étoient exprimez en ces termes :
bon-
Marie eft née pour fon propre bonheur ,
voyons fi c'est auffi pour notre propre
beur que nous fommes nés.
Marie eft née pour le bonheur de l'Univers
voyons quelle part nous prenons
ce bonheur univerfel .
Ab
U premier Point , en parlant du
bonheur de notre naiffance , qui eft
d'être Chrétiens par le Baptême , il dit :
C'eft fur ces principes que nous appellons
heureufe la Naiffance de notre Augufte
DAUPHIN ; heureufe , non précifément
parce qu'il eft né dans la Pourpre
Royale , héritier préfomptif d'une brillante
Couronne , fait pour tout ce qu'il y
a de plus grand fur la terre ; mais parce
qu'il eft né dans un Royaume Chrétien &
Catholique , parce qu'il a reçû le faint
Baptême , parce qu'il y a dans le Roi
Lon
SEPTEMBRE. 1729. 2209
8
fon Pere , & dans la Reine fa Mere , un
grand fond de Religion & de zele pour
proteger l'Eglife , parce qu'étant élevé
fous leurs yeux , ils lui infpireront leurs
fentimens , & ne le formeront pas moins
pour être un vrai ferviteur de Dieu , que
pour devenir un grand Roy .
Au fecond Point , en parlant de la joye
que doit nous caufer la Naiffance de Marie
, qui eft née pour le bonheur de l'U
nivers , il dit encore fur la Naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN :
Notre joye vient d'éclater , & elle éclate
encore au fujet de cette heureuſe Naiffance.
L'inclination naturelle qui nous
fait aimer nos Princes , nous fait auffi
partager avec le Roi & avec la Reine , le
bonheur d'un évenement qui met le comble
à leurs voeux , & qu'ils regardent
comme la marque la plus vifible qu'ils
ayent encore reçuë de la protection du
Seigneur nous comprenons de quelle
importance il eft pour le bien de la France
, & même pour la tranquillité de l'Europe
, que la Couronne s'affermiffe & fe
perpetue dans une Maiſon où elle eſt
portée depuis fi long tems par des Heros ,
qui font la gloire de notre Nation , &
l'admiration de toutes les autres. Nous
fentons combien il eft avantageux à l'Eglife
, que dans un Royaume dont le Roi
eft
2206 MERCURE DE FRANCE.
eft fon fils aîné , il y en ait toujours un
tel que le nôtre , & que les Rois fes Prédeceffeurs
, qui aiment leur Mere , & qui
la deffendent.
Quelles furent nos allarmes , lorfque
nous vîmes l'Augufte & brillante Famille
du Roy Louis XIV. tomber fous les
coups de la mort prefque toute entiere ,
& prefqu'en même-tems ! il ne nous en
reftoit qu'un feul rejetton , nous tremblions
pour fa vie , Dieu nous le conferva
comme miraculeufement , c'eft le Roi
que nous avons . Uni par les noeuds facrez
du Mariage à une Princeffe que les refforts
de la Divine Providence lui avoient
préparée , nous fouhaittions ardemment
qu'il en eut pour le premier fruit un Dauphin
, & l'affurance de fa fécondité ne
contentoit pas notre impatience.
Il eft venu enfin dans le tems marqué
par le Ciel , ce DAUPHIN , que nous défirions
tant. Voilà ce qui met la joye dans
tous les coeurs , ce qui fait rendre à Dieu
de folemnelles Actions de Graces , & ce
que nous ne pouvons trop célebrer par
les démonstrations que l'amour infpire.
Que Dieu comble de fes plus abondantes
benedictions , la glorieufe Pofterité
du Grand Roy Louis XIV , de triomphante
mémoire ; qu'en récompenſe du
zele qui l'a toujours rendu le Protecteur
dc
SEPTEMBRE. 1719. 2207
de l'Eglife , le Deffenfeur des Autels
l'ennemi déclaré de tout Novateur , il foit
couronné dans la Gloire , & que fes Delcendans
demeurent fur le Trône jufques
dans les fiécles futurs les plus reculez.
XXXX :XXXXX :XXXXXX
CHANSON fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
Sur l'Air , Lampons .
AH ! que j'aime le D A UPHIN ,
Son nom rime affez au Vin ;
bis.
biso
Nous en faut-il davantage
Pour lui rendre notre hommage?
Lampons , & c.
Il eft du Sang de BOURBON ,
Donnez-moi doncques du bon ,
J'en tire la conféquence ,
Qui me paroît d'importance,
Lampons , & c.
學
En Septembre il a paru ›
bis.
biso
bis.
C'eſt le mois du bois tortu ;
bis
Il portera bonne chance
Au
2208 MERCURE DE FRANCE:
Au Vignoble de la France.
Lampons , & e.
HERAULT a fait imprimer
Qu'il falloit boire & manger ,
Suivons donc fon Ordonnance
C'est pour le bien de la France.
Lampons , & c.
Le Roy fans faire d'Edits ,
Vient lui- même dans Paris .
Nous montrer par fa préſence
Qu'il faut boire à toute outrance.
Lampons , & c.
biso
bis.
bise
biss
來
Quand au monde vint Bacchus ,
bise
On ne bût pas tant de jus ,
bise
Qu'on en boit pour la Naiffance
De notre DAUPHIN de France.
Lampons , & c.
R E’-
SEPTEMBRE. 1729. 2209
1
XXXXXXXXXXXX XXXXXXXXXX
RE'JOUIS'S ANCES faites à Meaux.
M
Eaux , Capitale de la Brie , s'eft
toujours diftingué dans toutes les
occafions , où il a été queftion de donner
des preuves de fon parfait attachement
& de fa fidelité inviolable à fon Roi.
Cette Ville fut la premiere pendant les
troubles de laLigue , qui reconnut Henry
I V. pour fon Roy légitime ; la premiere
qui le reçut en cette qualité.
La Porte par laquelle ce Grand Prince
fit alors fon Entrée , y ayant été totalement
démolie , & rebâtie depuis en 1728 .
par les foins & fur les Deffeins de M. de
Boffrand , Architecte du Roi , on a pofé
au - deffus du , côté du Faubourg , cette
Inſcription :
LUDOVICO XV. REGI CHRISTIANISSIMO
PORTAM HANC A FUNDAMENTIS
RESTITUTAM
EDILES D. D. C. ANNO M. D. CC . XXVIII.
Et du côté de la Ville , cette autre :
HENRICUM PRIMA AGNOVI , REGEMQUE
RECEPI :
EST MIHI NUNC EADEM QUÆ FUIT
ANTE FIDES.
Le bruit du Canon qui fe fit entendre
221 MERCURE DE FRANCE.
én cette Ville le Dimanche matin 4. Septembre
, ayant été regardé comme des
preuves prefque certaines de l'heureuse
naiffance d'un DAUPHIN , les Officiers,
de Ville & les Bourgeois fe mirent dans
le moment en état de pouvoir en marquer
leur joye le plus promptement qu'il leur
feroit poffible , fi tôt que la nouvelle fe
roit affurée. Elle fut confirmée le même
jour à dix heures du matin par le fieur
Bannier, Courier du Cabinet , qui en alloit
porter la nouvelle aux Cours Etrangeres.
La Dame Benoit , Maîtreffe du Logis
de l'Ours , où ce Courier étoit defcendu ,
alla auffi tôt à la Porte du Choeur de la
Cathedrale , dans le tems qu'on chantoit
la Grande Meffe , annoncer toute entoufiafmée
, que la France avoit un DAUPHIN
; on fonna auffi -tôt le Beffroy de
la Ville , ce qui continua pendant trois
jours.
Il y eut le foir même de grandes illuminations
dans tous les Quartiers de la
Ville , & des Tables dreffées , où tous les
Bourgeois fouperent de compagnie en invitant
les Paffans ; tous les Officiers de
Ville , outre les illuminations qu'il y eut
chez eux , firent couler des Fontaines
de vin devant leurs portes ; ce n'étoit par
tout qu'acclamations & cris de vive le Roy,
la Reine , & Monseigneur le DAUPHIN .
Toutes
!
SEPTEMBRE . 1729. 2211
Toutes les marques de joye fe renou
vellerent avec plus d'ardeur le Dimanche
11. du mois , que fe fit la Proceflion generale
, à laquelle affifterent toutes les
Compagnies de Juftice , & de Police ; au
retour , le Te Deum fut chanté en Mufique
à la Cathedrale ; & enfuite les Offiéiers
de Ville allerent au fon des Tambours
& des Trompettes allumer le Feu .
- Le Palais Epifcopal brilla fort par les
grandes illuminations qui y étoient , les
Fontaines de vin y coulerent abondam
ment , & on y tira quantité de Fufées.
-Les Premiers Officiers de Juftice fe diftinguerent
particulierement dans une joye
fi univerfelle. M. de Vernon , Premier
Prefident du Préfidial , donna le Mardy
13. du mois , une Fête , où furent invitées
toutes les Dames de la Ville ; elle commença
dès les cinq heures du foir par
quantité de Tables de Jeu. Le Bal commença
à fept heures ; on fervit à neuf un
grand Ambigu ; il y avoit deux Tables de
46. Couverts , uniquement occupées par
les Dames ; toute la Maifon brilloit par
les illuminations , & une Fontaine de vin
couloit pour le peuple ; le Repas fini , on
continua le Bal qui dura la plus grande
partie de la nuit.
Le lendemain , Mercredy 14. M. Marquelet
de la Nouë , Lieutenant General ,
&
2212 MERCURE DE FRANCE.
Préfident au Préfidial , donna un grand
Dîner , où étoient les Chefs des Compagnies
& les Officiers de Ville ; il donna
le foir un Bal qui commença à 10. heures
, toutes les Dames syy furent invitées ;
il y eut des Rafraîchiffemens en abondance
, une Collation magnifique , avec de
grandes illuminations dans le Jardin , où
il arriva une avanture affez particuliere .
Il y a dans ce Jardin , en face d'une Allée
, une Grote qui étoit toute illuminée ,
au milieu de cette Grote une Niche vuide
Un Particulier fe plaça dans cette Niche
en forme de Statuë ; une fille du commun
s'étant arrêtée à cette Grote pour voir les
illuminations , & regardant avec artention
la prétendue Statue , cet homme s'a
vifa de lui faire des grimaces qui épouvanterent
fi fort la fille , qui croyoit que
c'étoit veritablement une fimple figure ,
qu'elle fe jetta par terre , & refta longtems
évanouie , & c.
Toutes ces réjouiffances furent termimées
par celles que firent les Echevins le
Dimanche 18. du mois ; elles furent an
noncées le Samedi au foir par le bruit des
tambours , & par une décharge de quantité
de boëtes ; la même chofe fut obfervée
le Dimanche matin ; le Beffroi de la
Ville fonna toute la journée. Il y eut da
bord une Fête fur l'eau qui commença
l'aprèsSEPTEMBRE.
1729. 2213
}
Paprès dinée les Mariniers , en bon crdre
, avec leurs Drapeaux , leftement vêtus
, ornés de rubans & cocardes , promenerent
l'Oye par la Ville au fon des
tambours , trompettes & violons , &
enfuite allerent dans le même ordre à
l'Hôtel de Ville avertir les Echevins qu'ils
alloient commencer , & les inviterent à
fe rendre aux places qui leur étoient préparées
dans l'inſtant un de la Troupe le
lança fur une corde qui étoit tendue dans
la rue vis -à-vis la Maifon de Ville , fur
laquelle il voltigea pendant une demie
heure.
Ils allerent enfuite fur la riviere au lieu
préparé où ils donnerent leur fpectacle au
Public au fon des trompettes , timballes ,
tambours & violons ; il y avoit un Bateau
couvert destiné pour les Dames dans lequel
étoit une fimphonie ; il fe trouva
une affluence prodigieufe de monde de
la Ville & des Villages voifins fur la Riviere
& fur le rivage , ce qui faifoit un
très- beau coup d'oeil.
Il y eut le foir un très grand repas , où
toutes les Compagnies , les Vicaires Generaux
de S. E. M. le Cardinal de Biffi ,
Evêque de Meaux , & les Dignités du
Chapitre furent invités ; deux Tables , de
vingt-deux couverts chacune, furent fervies
également ; on y folemnifa au bruit
des
2214 MERCURE DE FRANCE .
des trompettes & des tambours les fantés
du Roi , de la Reine & de Monseigneur
le DAUPHIN , & on y but celles de S. E.
de M. le Chancelier & de M. l'Intendant .
Pendant tout le repas la Bourgeoifie des
Paroiffes de la Ville fous les armes , vint
par Compagnies faire hommage à la Fête ,
par plufieurs décharges de Moufqueterie ;
on les faifoit entrer dans la Cour , où il
y avoit de grandés Tables dreffées , fur
lefquelles on prefentoit des rafraichiffemens
il y avoit outre cela , plufieurs
Fontaines de vin qui coulerent continuellement
pour le Peuple.
Le repas fini , on commença à tirer les
Boëtes , enfuite l'Artifice , & une trèsgrande
quantité de Fulées. On ouvrit le
Bal à 11. heures , auquel toute la Ville
fut invitée , & il y eut des rafraichiffemens
en abondance , & de toutes les façons
; on fervit fur les trois heures une
collation fuperbe dans le Jardin fous des
Tentes. Le lieu étoit illuminé par des Luftres
, par des Terrines &c. On diftribua
aux Dames quantité de Confitures feches ;
le Bal dura jufqu'à fept heures du matin.
Pendant tout le fouper , & la plus grande
partie du Bal , l'Hôtel de Ville , Jardin
, Cours & le Dôme de l'Horloge furent
illuminés d'une maniere tout-à-fait
ingénieuſe,
Tous
SEPTEMBRE . 1729. 2215
?
Tous les Habitans de ce Quartier , en particulier
, voulurent contribuer de leur
part à la magnificence de la Fête , par les
grandes illuminations qu'ils firent , particulierement
le Receveur des Tailles
qui a fa Maiſon fituée vis à- vis de l'Hôtel
de Ville , fans parler des Abbayes &
Monafteres de la Ville & des environs
qui firent auffi éclater leur joye par quan
tité d'illuminations , de Fontaines de vin ,
& d'autres liberalités .
**XX:XXXXXXX :XXXXX
MADRIGAL.
L'Amour à trois Graces fuccede ,
fixe fur lui tous les yeux ,
A fes charmes naiffans tout cede ,
Et fur la terre , & dans les Cieux ;
Une augufte Fleur vient d'éclore ;
Un nouvel Aftre brille, & commencefon cours;
Un Dauphin nous eft né ; celebrons fon Aurore
,
Elle annonce pour nous les plus brillans des
jours.
J. B. Ponci J.
鼎鼎樂
E EXTRAIT
2216 MERCURE DE FRANCE .
****** : *** : ******
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Officier de Justice , fur les Rejouiſſances
faites à Lyon , depuis le 6. jufqu'an
19. Septembre.
Nhier , & furent terminées par un
magnifique Bal que donna dans la Sale.
du Concert M. de la Ferriere , Commandant
de la Province du Lyonnois ; .
il y eut un grand concours de nos Dames
, & d'Etrangeres , qui en firent tout
l'ornement . Bourg - en - Breffe nous en
fournit au moins 40. ainfi que les autres
Villes circonvoifines . On a compté plus
de trente mille perfonnes qui font venues
prendre part à la joye qu'a caufé la Nail
fance de Monfeigneur le DAUPHIN .
Os réjouiffances publiques finirent
Au moment de cette grande nouvelle ,
que nous aprîmes par trois Couriers , envoyés
à Rome , à Turin , & aux Prin
ces d'Italie , nos Comtes firent chanter .
le Te Deum au fon de leurs groffes Cloches
. Toutes celles des autres Chapitres
& des Communautés Régulieres & Séculieres
s'y joignirent . Nous en fimes
chanter un à huis clos dans la Chapelle
du Palais
Meffi curs
SEPTEMBRE. 1729: 2217
Meffieurs de Ville inviterent toutes
les Compagnies à celui qu'on chanta en
Mufique dans leur Grand Hôtel . Les
Tréforiers de France fe conformérent avec
les autres Corps à l'exemple que nous leur
avions donné . Enfin toutes les Maifons
Religieufes , de l'un & de l'autre fexe , en
firent autant , & tout le réunit Dimanche
18. au Te Deum genéral qui fut chanté
dans l'Eglife de S. Jean , à cinq heures du
foir , au retour de la Proceffion genérale ,
au bruit des Canons & des Boëtes , qui
avoient commencé à tirer dès la pointe
du jour ; les Fontaines de vin out été des
plus abondantes .
Il y a eu dans les 35. Quartiers de la
Ville ( qui ont monté à leur tour la Garde
) des illuminations , dont les repréfentations
étoient differentes. Celle des Celeftins
formoit un Arbre de Génealogie ,
où les Armes du Duc & de la Ducheffe
de Bourgogne fervoient de baze ; celles
du Roi & de la Reine étoient réunies par
un branchage , & furmontées d'un Dauphin
qui faifoit le couronnement . Toutes
les Montagnes qui font dans l'enceinte de.
la Ville ont été illuminées. Le Baffin de
laSaone a été entouré de Pots à feu placés
d'une égale distance ; l'Artifice qui éto t
joint à cette décoration formoit un objet
fur le criftal des eaux qu'aucun pinceau
E ij
ne
2218 MERCURE DE FRANCE .
ne fçauroit bien repréfenter. Il y avoit dés
Gondoles éclairées de cent façons particulieres
, qui faifoient un fpectacle des
plus charmans.
La Place de LOUIS LE GRAND en
formoit un au - deffus de tout ce qu'on
peut dire. La figure Equeftre étoit éclairée
de Flambeaux d'une groffeur prodigieufe
, ainfi que le.Cours de Tilleuls ;
l'Intendance , l'Hôtel du Premier Préfident
& du Procureur General étoient ornés
de Piramides , de Soleils , d'Etoiles
artiftement difpofés , & fingulierement
celui du Prévôt des Marchands , dont le
Vestibule & la grande Cour étoient éclai
τές par beaucoup de Luftres de cristal .
Les deux entrées de la Ruë de S. Dominique
, où eft cet Hôtel , étoient terminées
par de grands Arcs de Triomphe ,
d'où pendoient de pareils Luftres & des
Girandoles .
Le Gouvernement , l'Archevêché
l'Abbaye de S. Pierre , & l'Hôtel de Ville
étoient chargés de Devifes , de Chiffres
& d'Ornemens lumineux , enforte que ces
Edifices paroiffoient être plutôt bâtis des
Cailloux brillans du Rhin , de Medoc &
d'Alençon , que de la Pierre de Sillan .
Toutes ces illuminations ont duré deux
nuits entieres , & dans les deux principales
Places il y a eu des Bals où toutes før.
1
tes
SEPTEMBRE. 1729. 2219
•
tes de perfonnes ont eu la liberté de marquer
par leurs Danfes l'excès de leur allegreffe
.
Les Négocians fe préparent à donner
une Féte Dimanche prochain fur la loge
du Change. Les Suiffes & les Allemands
fe diftingueront auffi à leur tour par des
Fêtes des plus galantes. Bien des gens.
-qui ont vû tout ce qui s'eft fait à Paris ,
avoüent , à notre honneur , que nous
avons en quelque façon furpaffé les habitans
de cette grande Ville.
Les Chevaliers de l'Arc & de l'Arque
bufe ont donné chacun des preuves de
leur dexterité ; les Mariniers du Rhône
ont joûté contre ceux de la Saone . Ils
ont tiré l'Oye , l'Anguille , & pourfuivi
à la nage des Canards fauvages . Ils ont
fur une feule planche mouvante porté à
leurs Adverfaires des Bottes auffi égales
que le pourroient faire les plus habiles
Maîtres en fait d'Armes dans leurs Sales.
Ils ont terminé toute leur Manoeuvre ,
en faiſant faire à leurs Bateaux cul fur tête
, & en nageant entre deux eaux un affés
long tems , pour perfuader aux fpectateurs
qu'ils étoient tous noyés ; mais ils
reprirent leurs efprits & leurs forces , en
s'abreuvant d'un excellent vin que hait
Dauphins placés fur l'Octogone du Baffin
de la Place de S. Jean , répandoient
E iij
abon2220
MERCURE DE FRANCE
abondamment ; leur courage fe ranima ,
& donna lieu quelques jours après à un
pareil Divertiffement.
Il y a eu , au refte , des aumônes confidérables
répanduës avec choix , tant en
argent qu'en pain&en viande , que de pieux
Citoyens ont renouvellé plufieurs fois.
On a délivré plufieurs Prifonniers , &
Mrs de Ville doivent doter 36. pauvres
filles.
Notre Compagnie a eu l'honneur d'écrire
au Roi , à la Reine & à S. E. elle a
été difpenfée , comme toutes les autres
Cours fupérieures , d'envoyer une Députation
à leurs Majeftés , pour les féliciter
fur le grand évenement que nous
attendions avec tant d'impatience . Nous
avons auffi écrit à M. le Maréchal , & à
M. le Duc de Villeroy , pour leur marquer
combien nous fommes fenfibles à la
faveur de la 3e Duché que le Roi vient
d'accorder à leur Maifon , en la perſonne
du Marquis d'Alincourt .
XXX:XXXXXX:XXXXXX
Q
A Monfeigneur le DAUPHIN.
Ue d'acclamations s'élevent jufqu'aux
Cieux !
Rejetton d'un Sang précieux ,
La France vous rend mille hommages ;
Je
SEPTEMBRE . 1729. 2221
Je voudrois à prefent imiter les trois Mages ,
Quand ils coururent autrefois ,
Pour adorer le Roi des Rois.
Mais , helas une jeune fille
Qui n'a pour tout bien que l'éguille ,
Prince , ne peut offrir que la myrrhe & l'encens
,
Avec tous les refpects que je préten ds vous
rendre ;
Je ne connois point l'or , il manque à mes prefens
,
C'eſt vous qui pouvez le répandre ;
Heureufe mille fois , fi par le moindre égard ,
Je pouvois en avoir une petite part.
Par Mile Angelique d'Orvilliers de Vernon
, le 10. Septembre 1729.
XXXXX:XXXXXXX :XXX
REJOUISSANCES faites par
l'Académie de Mufique de Troyes.
'Académie de Mufique de Troyes ,
L'apiate de Champague , le forms au
mois de Décembre 1728. La Convalefcence
du Roi fut l'heureufe Epoque qui
lui donna naiffance . C'est pourquoi elle
prit pour fa Devile : Salvo Rege exivit
fonus eorum.
Elle fut autorisée par le Prince de Ro-
E iiij han,
2222 MERCURE DE FRANCE .
{
han , Gouverneur de la Province , par
M. Dargenteuil , Lieutenant de Roi
Gouverneur de la Ville , & par M. l'Intendant
. Si cette Académie donna des
marques éclatantes de fon zele , lors de
la Convalefcence du Roi , les témoigna
ges de fa joye à la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN n'ont été ni moins
vifs , ni moins marqués.
Cette heureuſe nouvelle ayant été apportée
à Troyes le 5. Septembre aprèsmidi
, les Académiciens s'affemblerent
fur le champ , & dès le lendemain 6. ils
donnerent dans la Salle de l'Hôtel de
Ville , dont la façade étoit toute illuminée
, un Concert , dont la plupart
des paroles fembloient deftinées à ce
grand évenement . On en diftribua des
Imprimés à une nombreuſe Affemblée , &
on commença par ce morceau de l'Ope
ra de Phaeton .
Que l'on chante , que tout réponde ,
C'eft un Soleil nouveau ,
Qui donne la lumiere au monde ;
C'est un Soleil nouveau ,
Qui donne un jour fi beau ;
Jamais le celefte Flambeau
Ne fortit fi brillant de l'onde.
C'est un Soleil nouveau & c.
Que les Mortels fe réjouiffent ;
Que
SEPTEMBRE. 1719 2223
Que les plaintes finiffent .
O l'heureux tems
Où tous les coeurs feront contents !
Un Heros qui mérite une gloire immortelle ,
Au féjour des Humains aujourd'hui nous rappelle
.
1
Le Siecle qui du monde a fait les plus beaux
'jours ,
Doit fous fon Regne heureux recommencer
fon cours.
Il calme l'Univers , le Ciel le favoriſe ;
Son augufte Sang s'éternife ;
Il voit combler fes voeux par un Heros naiffant
s
Tout doit être fenfible au plaifir qu'il reffent.
Que les Mortels fe réjouiffent &c.
On chanta enfuite le Prologue des Stra
tagêmes de l'Amour , dont les paroles paroiffoient,
auffi convenir à cet heureux
jour. On eut feulement la précaution de
changer quelques Vers dans la Prophétie.
Les Voici.
Paroiffez,digne objet, vous que les Dieux choififfent
,
Venez , charmant DAUPHIN , venez nous rendre
heureux.
Le Sceptre refleurit , & nos craintes finiffent ;
Un Héros fortuné vole du haut des Cieux.
Applaudiffez,Mortels;tout a comblé vos voeux.
Ev
Ce
2224 MERCURE DE FRANCE :
Ce Concert fut terminé par le Chaur
des Fêtes Greques & Romaines
voici les paroles.
Réuniffons nos voix & nos hommages ;
Mêlons nos voeux & nos Concerts ;
dont
Que le nom du DAUPHIN chanté ſur les riva
ges
S'éleve avec l'encens , & vôle dans les airs.
9°
C'eft ainfi que finit cette premiere Fête,
au fon des trompettes & des hautbois.
& à la fatisfaction de toute la Ville qui
n'a point ceffé depuis de manifefter la joye
par quelques témoignages publics qui ne
font point du reffort de ce Narré .
Ce qu'on vient d'expofer étoit peu pour
l'Académie , elle voulut fignaler fon zele
d'une maniere plus chrétienne . Elle s'empreffa
de rendre Graces à Dieu de l'heareux
Accouchement de la Reine , & de
la Naiffance de Monfeigneur le DAU
P H IN . C'eſt pour cela que le 22. Septembre
, à 11. heures du matin , elle fit
chanter dans l'Eglife des Cordeliers , un
Te Deum , dont la Mufique eft de la compofition
de M. Bernier.
Cet Ouvrage fut executé par 7o . Muficiens
, la plupart Académiciens , de l'un
& de l'autre fexe . L'Eglife fut fuperbement
ornée & illuminées on tira plufieurs
Cou
SEPTEMBRE. 1729. 2225
Coulevrines , & on entendit le fon des
Haut-Bois & des Trompettes.
Sur les neuf heures du foir , toute la
façade de l'Hôtel de Ville , dont plufieurs
Officiers font Académiciens , fut illuminée.
Cette façade fuperbe par fon Architecture
& par fes ornemens de Sculpture
en Marbre , le trouva décorée de plufieurs
Emblêmes peintes dans des Cartouches
chargés de Lampions , dont l'afpect
varié en plufieurs manieres , formoit
un coup d'oeil tout à fait agréable . On y
voyoit auffi deux Dauphins de 18. pieds
de hauteur , aux côtez de la Statuë en
picd de Louis le Grand , foutenant une
Couronne brillante pofée au - deſſus du
Chef de cette figures au - deffous étoient
peints deux Coeurs , unis & enflâmez s
on remarquoit ailleurs des Piramides de
30. pieds d'élevation , ornées de Fleurs
de Lys , d'Inftrumens de Mufique , avec
des Confoles aux deux bouts pour former
un enfemble , plufieurs Soleils dans les
Lucarnes , & toute la Manfarde ornée
d'une Piramide chargée de Fleurs de Lys.
La façade interieure de l'Hôtel brilloit
pareillement par des illuminations differentes
, & ces illuminations durerent jufqu'au
jour. On fit couler cependant plufieurs
Fontaines de Vin . Vers les 19. heu-
Evj
res
2226 MERCURE DE FRANCE:
res on tira unFeu d'Artifice qui réuffit par?
faitement bien.
·
Il eft tems de venir au magnifique Bal
qui a terminé cette belle Fête. Il fut donné
dans la grande Salle de l'Hôtel de
Ville , deſtinée aux Concerts. Elle est
très fpacieufe ; on avoit élevé fur les
côtez des Gradins à double & à triple
étage , où les Dames placées , après avoir
danfé , & fuperbement parées , formoient
un fpectacle charmant . Cette Sale eft ornée
de beaux morceaux de Sculpture du
fameux Girardon , originaire de la Ville ,
& de plufieurs Tableaux aufquels on en
ajoûta un compofé exprès , repréfentant
un Dauphin dans la Mer , attentif à écouter
les tendres accents d'Arion qui joue
de la Lyre fur le Rivage , & qui femble
remercier le Dauphin , fon Liberateur .
On lifoit ces Vers au bas du Tableau.
Pour Meffieurs de l'Académie de Troyes-
Arion fut fauvé de la fureur des Thraces
Par un Dauphin charmé de fes tendres ac
cents.
Un DAUPHIN vient de naître , annoncé par les
GRACES ,
Confacrons- lui toujours nos voix & notre
encens ,
Les Thraces contre nous deviendront impuiffans.
Cette
SEPTEMBRE . 1729. 2227
&
Cette Sale étoit , au refte , très bien
éclairée par plufieurs Luftres de Criſtál ,
par des Bras chargez d'une infinité de
bougies. Il y avoit dans des Chambres à
côté , toutes fortes de rafraîchiffemens
préparez , avec autant de profufion que
de délicateffe , & des Académiciens prépofez
pour en faire les honneurs , dont
ils fe font très - bien acquittez .
Le Bal commença à onze heures du foir,
mais l'endroit le plus réjouiffant fut depuis
minuit jufqu'à deux heures ; c'est dans
cet intervale qu'on vit entrer plufieurs
troupes de Mafques magnifiquement habillz
, la plupart Académiciens , des deux
fexes , repréfentant par leurs Danfes des
Caracteres relatifs. Quelques-uns y com
pofoient les differentes Nations de l'Europe
Galante, conduites par l'amour , pour
prendre part à ce grand évenement ;
d'autres y parurent en Efpagnols & en
Bergers fuperbement habillez , pour être
préfentés au Prince nouveau né. Et enfin
, il y eut plufieurs autres Danfes caracterifées
, dont le détail feroit trop long;
il fuffira de dire que ce beau fpectacle a
duré jufqu'à fept heures du matin , que
Tout s'y eft paffé avec beaucoup d'ordre ,
par les fages précautions qu'on avoit prifes
, que la Symphonie étoit excellente
que l'on Y danfoit à cinq & fix endroits
diffe
ཐ
2228 MERCURE DE FRANCE.
differens , fans trouble ni confufion , malgré
la multitude , l'Académie ayant fait
diftribuer jufqu'à 1200. Billets , avec
lefquels on ne pouvoit entrer que fous le
Maſque .
On ajoutera que plufieurs Académiciéns
firent illuminer la même nuit , en
differens Deffeins , toutes les façades de
leursMaifons ,qu'ils donnerent & donnent
encore chez eux des Fêtes particulieres
& qu'enfin il eft difficile que dans aucune
autre Ville , aucun Corps ait dans cette
occafion donné des preuves plus éclatantes
de fon zele , que l'a fait l'Académie
de Mufi que de Troyes.
*
On écrit de la même Ville de Troyes ,
que le 25. Septembre, l'Abbé Colbert de
Villacerf , donna une grande Fête dans
le Château de Villacerf , où il y eut le
foir une illumination generale , & des
plus brillantes. Les Allées du Jardin qui
font très - fpacieuſes , & en grand nombre ,
les Ifs , les Buiffons étoient tous éclairez
par des Lampions , ce qui faifoit un effet
merveilleux. On tira devant le Château
un grand Feu d'Artifice , fi bien conduit
qu'il dura toute la nuit & fi confiderable
, qu'on le voyoit de la Ville de Troyes,.
quoi qu'éloignée de deux lieuës .
"
ENIGME.
SEPTEMBRE. 1729. 2229
ENIGM E.
Deux Cachots contigus] compoſent ma
ftru &ture ;
On y voit jour , quoique fans ouverture.
De l'un à l'autre on voit d'un cours égal
Paffer mille captifs . Mille je compte mal
Car feulement pour changer de demeure ,
Il leur faut quelquefois une heure.
A peine l'Inſpecteur les a t'il fait paffer ,
Que c'eft encor tout à recommencer .
Dans leur manége ils fe culbutent
Lt follement ils ſe diſputent
L'honneur de paffer les premiers ;
Puifque les moins gênés font toujours les der
niers.
Pour achever de faire ma peinture ,
2
Tu peux , Lecteur , quand tu voudras
Sans craindre cependant de changer ma figure,
Me renverfer de haut en bas.
NOU
1230 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTERAIRES
DE'S BEAUX ARTS , & c.
In
NSTRUCTIONS utiles au Chrétien &
à l'honnête homme , en forme de Sentences
. Par M. le Vaffeur , Chanoine Régulier
de l'Ordre de la Ste Trinité & Rédemption
des Captifs . A Paris , ruë du
Foin , chez P. de Lormel 1729. in- 12 .
LA VRAYE ET SOLIDE PIETE ' , ex .
pliquée par S. François de Sales , Evêque
& Prince de Genéve , recueillies de
fes Epitres & Entretiens . Dédié à la Reine.
A Paris , rue de la Parcheminerie , &
ruë S. Jacques , chez Bullot & chez Henri,
1729. in 8. de 36. pages .
9
NOUVELLES DE'COUVERTES EN
MEDECINE , ou ancienne Médecine
developée , très - utile pour le fervice du
Roi & du Public. Par le S. Marconni
Docteur Medecin. Nouvelle Edition . Ruë
de la Vieille Bouclerie , chez Giffey 1729.
in- 12 . de 281. pages , compris l'Epirre
au Parlement & l'Avis au Lecteur , où
' Auteur dit que fon intention eſt de
prouver dans ce Livre , que les remedes
qu'on
SEPTEMBRE. 1729. 223T
qu'on extrait des métaux & des mineraux,
pour conferver la vie & la fanté , doivent
être préferés à ceux qo'on tire des Ve- .
getaux & des Animaux.
LE NOUVEAU THEATRE ITALIEN ,
ou Recueil general des Comédies repréfentées
par les Comédiens Italiens ordi .
naires du Roi. Nouvelle Edition , accompagnée
des Pieces nouvelles , des Argumens
de plufieurs autres , qui n'ont
point été imprimées , & d'un Catalogue
de toutes les Comédies repréfentées depuis
le retabliffement des Comédiens Itas
liens. Tome premier. A Paris , ruë Saint
Jacques , chez Briaffon 1729.
On apprend dans l'Avertiffement que
les Comédiens Italiens , appellés en France
en 1716. ne repréfenterent d'abord
qu'en leur Langue naturelle , & que pour
faciliter l'intelligence des Pieces , ils diftribuoient
avant la repréſentation de chaque
Comédie une feuille volante imprimée
qui en contenoit l'argument en François
, avec les noms des Auteurs. C'eſt
avec ces Argumens , recueillis par le Libraire
, & d'autres encore des meilleures
Pieces , qui n'ont point été imprimées ,
qu'on a fait cette Edition ; mais ces Argumens
n'eurent qu'un tems. Les Canevas
, Scenes par Scenes , imprimés en
François
2232 MERCURE DE FRANCE .
François & en Italien eurent un tems en
core plus court . On imprima enfuite les
Piéces entieres telles qu'on les repréfentoit
, l'Italien d'un côté & la Traduction
Françoise de l'autre ; & enfin les Piéces
toutes Françoifes , comme on les a données
dans la fuite. Voilà l'ordre que l'Editeur
de ce Recueil general a fuivi . Il a
préferé pour fon Catalogue l'ordre Alphabetique
à l'ordre Chronologique , en
mettant cependant la date du jour de la
premiere Repréſentation de chaque Comédie.
J'ai fupprimé de ce Recueil , dit - il,
toutes les Parodies , parceque j'espere en
publier bientot un Corps entier.
On trouve dans le même Avertiffement
un Mémoire Hiftorique fur le rétabliffement
de la Comédie Italienne à Paris . On
apprend que le Naufrage au Port à
l'Anglois , de la compofition de M. Autreau
, avec des Divertiffemens en Mufique
, & un Vaudeville de la compofition
de M. Mouret , eft la premiere Piéce
qu'ils donnerent en François au mois d'Avril
1718. qui fut extrémement applaudie.
Voici la difpofition du nouveau Thea- ,
tre Italien en 8. Volumes.
Le premier contient l'Avertiffement ,
& l'Hiftoire du Theatre Italien , le Cata
logue Alphabetique des Comédies repréfentées
par les Comédiens Italiens depuis
1716
SEPTEMBRE . 1729. 2233
1716. jufques en Avril 1729. Préface
Italienne & Françoife.
Argumens . L'Italien marié à Paris , &
-l'Amante difficile. Cette derniere Pièce
qui eft de M. de la Mothe , n'a jamais été
imprimée que dans ce Recueil ."
Tom. II.Le Liberal malgré lui . Merope.
La Vie eft unfonge , & Sanfon.
Tom. III. Le Prince Jaloux . Grifelde.
Adamire & Hercule. ·
Tom. IV. Le Naufrage au Port à l'Anglois.
Les Amans ignorans . Arlequin poli
par l'Amour. Arlequin jauvage & Belphegor.
Tom . V. Le Fleuve d'oubli . Timon . La
Surprise de l'Amour. Le Ballet des vingia
quatre heures & la double Inconftance.
Tom. VI. Le Bejoin d'aimer . Le Prince
travefti. La Fauffe Suivante & le Dédain
affecté.
Tom. VII. Le Faucon. L'lfle des Ef
claves. L'Embarras des Richeffes . L'He
ritier de Village & le Naufrage.
Tom. VIII . Le Tour de Carnaval. Le
Temple de la Verité. L'Amour Precepteur.
Arcagambis. L'Horoscope accompli & le
Retour de Tendreffe.
Le Libraire avertit qu'il vendra feparément
chacune de ces Piéces en faveur de
ceux qui ont déja pris la premiere Edition
de ce Recueil.
LA
2234 MERCURE DE FRANCE :
LA GRAMMAIRE DE VENERONT
revûë , corrigée & augmentée d'un Volume
, par le S. Minatio , Profeffeur en
Langue Italienne , à Lyon . Cette Grammaire
fe vend chez de la Roque, Libraire ,
rue Merciere à Lyon.
Elle doit étre d'autant plus agréable au
Public ,, qquuee l'Auteur y a corrigé bien
des deffauts que les changemens qui arrivent
par le tems dans les Langues vivantes
y avoient introduits , ce qu'un
homme moins habile n'auroit ofé entreprendre
fur la prévention que le Public a
pour l'ancienne Grammaire ; il y a auffi
ajoûté quelques Traductions des meilleurs
endroits de nos bons Auteurs , comme des
Lettres de Bußy Rabutin , de Flechier &c.
On y trouve auffi à la fin une Traduction
des Maximes de M. de la Rochefoucault ,
aufquelles il a confervé les mêmes beautés
, & la même force . Cet Ouvrage eft
dédié à la Ville de Lyon , qui fur le mérite
de l'Auteur , l'a gratifié d'une penfion
. Le débit confiderable qui fe fait de
cet Ouvrage pour les Pays Etrangers , &
"pour la Province ,
eft une preuve inconteftable
de fa bonté & de fon utilité.
Les Ouvrages de Madame de Gomez
ont eu un tel fuccès dans le Public , qu'on
croit lui faire plaifir d'annoncer qu'elle
SEPTEMBRE. 1729. 2235
a composé une nouvelle fuite des Journées
amufantes & inſtructives , qui fe vendra
chez la Veuve Guillaume , Quai des
Auguſtins , du côté du Pont S , Michel ..
Cette Dame continue dans ce 5. & 6.;
* Volume à inftruire & amufer le Lecteur
par des faits Hiftoriques & des traits fçavans
, entremêlés d'Hiftoires intereffan- .
tes ; & l'on verra que fes deux derniers
Tomes ne cedent en rien aux quatre premiers
, dont on a fait plufieurs Editions .
On écrit d'Amfterdam que depuis le
mois de Juillet 1728. on y publie tous
les trois mois un Journal intitulé Biblia ,
theque raifonnée des Ouvrages des Sçavans
de l'Europe . Chez Veftemfet Smith:
& de Venife , que Don Angelo Callogier
continue la compofition d'un autre Journal
, fous le titre de Giornale de Europa,
lequel fe diftribue tous les mois dans
cette Ville.
que
Le P. du Vivier , Capucin de Toulouſe,
a apperçu avec une Lunette de 20. pieds,
le 8. Août , une Comete qui n'eft de
la grandeur des Etoiles nebuleufes de la
Voye lactée. Son mouvement propre ek
d'environ un demi degré par jour , & fe
fait contre l'ordre des Signes , ayant pa
tu d'abord entre le petit Cheval & le
Dau
2236 MERCURE DE FRANCE.
Dauphin , s'étant engagée enfuite dans
les Etoiles qui forment la Queuë de cette
derniere Conftellation , & ayant continué
fa route en s'approchant de la Conftellation
de l'Aigle. Comme elle devient
tous les jours moins fenfible , & que fon
mouvement fe tallentit , on ne peut douter
qu'elle n'ait été vûë depuis fon Peri-.
gée , c'est- à- dire , dans le tems qu'elle
s'éloignoit de la Terre , & qu'elle s'enfonçoit
dans le Ciel. Cette Comete a été
vûë ici par M M. de l'Obfervatoire qui
ont determiné fa fituation par rapport aux
Etoiles de la Queue du Dauphin où elle
étoit quand ils l'ont obfervée .
La route de cette Comete eft peu differente
de celles qui furent apperçues en
1577. & en 1680. Ces deux Cometes
traverferent la cuiffe & la main droite
de la Conſtellation de Ganymede , pafferent
près du Dauphin , entrerent dans la
tête du petit Cheval ; celle de 1577. ceffa
d'être visible dans la Conftellation du Pegafe
; mais celle de 1680. traverfa cette
Conftellation , fe montra dans la tête
d'Andromede , dans le Triangle , & ne
ceffa d'être visible que dans les Etoiles
qai forment le pied de Perfée.
Ces deux Cometes de 1577. & 1680,
étoient très fenfibles , & avoient une
Queue confiderable . Leurs Trajectoires &
оц
4
SEPTEMBRE. 1729 2237
ou leurs routes étoient prefque les mêmes,
& les faifant répondre à peu près aux mêmes
Etoiles , elles avançoient l'une &
l'autre fuivant l'ordre des Signes , c'eſtà-
dire , d'Occident en Orient , à la difference
de celle que l'on a vûë cette année.
Cette derniere Comete pourra peut .
être donner aux Partifans du Siftême re-.
nouvellé des Chaldéens fur le Retour periodique
des Cometes , une occafion de
publier quelque nouveau développement
de leur fiftême . Les Aftronomes femblent
devoir la négliger d'autant moins , que ce
fiftême eft la feule nouveauté acceffible à
ceux qui ne font point initiés aux Mifteres
Aftronomiques , que l'on ait prefentée
au Public depuis la découverte des
Satellites.
Le 14. de ce mois , le Pere Porée ;-
Profeffeur de Rethorique au College de
Louis le Grand , prononça au fujet de la
Naiffance de Monſeigneur le DAUPHIN,
un Difcours Latin fort éloquent en préfence
d'un grand nombre de perfonnes de
confideration.
Les Jefuites & la République des Lets
tres , viennent de faire une très - grande
perte en la perfonne du Pere Jean Hardouin
2138 MERCURE DE FRANCE:
douin , mort le 3. de ce mois au même
·College , âgé de 83. ans . Il avoit donné
au Public , outre quantité d'autres Ouvrages
, la derniere Collection des Conciles
imprimée au Louvre.
Le Samedi 6. Août , M. Halley , cele.
bre Aftronome Anglois , & M. Borave ,
habile Botaniste Hollandois , ont été élus
par l'Académie Royale des Sciences pour
remplir la place d'Affocié Etranger , vacante
par la mort de M. de Bianchini
Camerier d'honneur du Pape .
Le même jour , cette Académie élut M.
l'Abbé de Molieres Adjoint à la Méchanique
, & M. Bouguieres , Profeffeur
d'Hidrographie au Croific , qui a remporté
les Prix des années 1717. & 1729 ,
que cette Académie diftribue pour rem- ,
plir la place d'Affocié Méchanicien , vacante
depuis long tems par la mort de
M. de Beaufort.
Le Samedi 13. M. de Maurepas notifia
à l'Académie que le Roi avoit fait choix
de M.Halley & de M. l'Abbé de Molieres
pour les 2 . les 2. places.
Le Samedi 3. Septembre , M. Saurin
le Fils , & M. Mayeux furent élûs pour
remplir la place d'Adjoint à la Géomé.
trie vacante depuis long tems ; & M,
Mayeux fut élu.
On
SEPTEMBRE. 1729 2239
On mande de Ferrare un fait bien fingulier
; fçavoir , que le 12. du mois dernier
, vers les fix heures du foir , il s'éleva
une tempête mêlée d'éclairs , de tonnerre
& de grêle , qui ne dura que trois
minutes ou environ . Peu de tems après
on apperçût dans les Prez de Maffo
connus fous le nom de Ca Matte , une
vapeur obfcure , reſſemblant affez à la
fumée épaiffe d'un Four à chaux : elle
s'éleva de terre infenfiblement ; & étant
parvenue à la hauteur de quatre ou cinq
pieds , un coup de vent la pouffa fi violemment
du côté de Soriano , de Canaſelli
, Trecenta , Bagnolo , San - Bellino ,
& proche du Chateau Guillaume , que,
ni les Maifons , ni les gros Arbres , ni les
Murs des Jardins les plus épais , ne pu
rent lui refifter. C'étoit un tourbillon qui
renverfoit en un inftant tout ce qu'il rencontroit
; & comme il en fortoit des feux
de minute en minute , ce qui n'étoit pas
entierement abatu étoit bientôt réduit
en cendres. On a obſervé que toutes les
Maifons qui fe font trouvées dans la ligne
directe de ce tourbillon , ont été
abbatuës jufqu'aux fondemens , & que
celles qui étoient à côté n'ont été qu'endommagées.
Dans l'efpace d'un Miferere,
il y eut 1 22. Maifons renversées ou bru
lées , & entr'autres , la belle Maifon de
F plaifance
2140 MERCURE DE FRANCE .
plaifance de Bagnolo , appartenant aux
Jefuites , l'Eglife de Trecenta qui eft ruinée
de fond en comble , celle de Cerefelli
, & la belle Maifon qu'un Particulier
avoit fait bâtir depuis dix ans à Soriano,
& qui avoit refifté aux débordemens du
Po & du Canal Bianco. Les campagnes
de Trecenta font prefque toutes, brulées ;
on a trouvé quinze perfonnes ensevelies
fous les ruines des maifons , & on en
compte près de cent qui ont été bleffées ,
& qui meurent de leurs bleffures , fans
qu'on puiffe y apporter de remede. Un
Payfan qui ne pouvoit refifter au vent ,
fe coucha par terre , tenant avec les deux
mains quelques arbriffeaux par le pied ,
mais il eut les deux mains brulées , &
manqua d'être emporté par l'impetuofité
du vent. Tous les chemins font couverts
d'Arbres que l'Ouragan a déracinés . Pendant
près de deux heures , après la tempête
ceffée , l'air étoit encore obfcurci d'une
vapeur fulphureufe qui ôtoit prefque
la refpiration ; & cependant quelque recherche
qu'on ait faite , on n'a pû découvrir
aucune fente à la terre qui ait
pû donner iffue à la matiere enflammée
qui a fait les défordres qu'on vient de
rapporter.
Les Académiciens Della Crufca à Florence
SEPTEMBRE. 1729, 2247
>
rence , ont publié depuis peu chez Domenique
Manni , Libraire , le premier Tome
du
Dictionaire , en papier royal & papier
ordinaire en caractere de Garamond.
Tout l'Ouvrage contiendra pour le moins
5. gros Tomes de 240. feuilles , ou environ
, chacun rempli de très - belles Eftampes
, enrichi d'une très grande quan
tité de mots qui y manquoient , & d'une
infinité d'Exemples qui n'y étoient pas
& qui pour la plupart ont été tirez des Auteurs
du fiécle d'Or de la Langue Tofcane
, après les avoir prefque tous confrontés
, corrigés & ameliorés : on joint le Latin
& le Grec à prefque tous les mots ,
Phrafes & Proverbes . Pendant qu'on travaille
au fecond Tome qui eft déja fort
avancé , & qui paroîtra dans peu , &
qu'on public le premier , ' on a fait une
affociation d'un petit nombre de perfonnes
, qui payant un Tome d'avance ,
payent tout l'Ouvrage beaucoup moins
que les autres . Le premier Tome qui contient
les trois premieres Lettres , & auquel
on a joint près de 6000. mots nouweaux
, en papier ordinaire , fe donne aux
Affociez pour 18. liv . argent de Florence
, fans autres frais , & pour 23. liv. à
ceux qui ne s'affocient point. Les Exemplaires
en papier Royal , coûtent 5. liv .
de plus. On en doit remettre l'argent en-
Fij tre
2242 MERCURE DE FRANCE .
tre les mains de Domenique Manni , Li
braire , ou du fieur Vittorio Franceschini
& Compagnie , Banquier à Florence.
Ifaac Vander Kloor , Libraire àla Haye,
donne avis au Public qu'il a achevé d'imprimer
l'Hiftoire Militaire du Prince Engene
de Savoye , du Prince & du Duc de
Marlborough, & du Prince de Naffau-
Frife , & c. en deux volumes in-fol. forme
d'Atlas . Ce magnifique Ouvrage ,
dont la beauté de l'impreffion répond parfaitement
à celle du papier , eft enrichi
de très -belles Tailles - douces , qui repréfentent
les Plans des Batailles , Siéges ,
&c. deffinez pour la plupart fur les lieux
par les plus habiles Ingenieurs . Les Defcriptions
qui accompagnent les Estampes
du premier Volume , font faites par M. du
Mont , Baron de Carelferoon , & celles
du fecond font de la main de M. Rouffet.
Les Curieux qui voudront fe pourvoir de ſe
cet excellent & bel Ouvrage , pourront
s'adreffer audit Vander Kloot , qui jufqu'à
la fin de la préfente année 1729. les
vendra pour la fomme de 40. Florins ,
argent d'Hollande , en feuilles , & qui ,
paffé ce tems , ne les donnera pas à moins
de 50. Florins : & afin d'accommoder le
Public , ledit Libraire vend féparément
pour la fomme de 30. Florins , le fecond
Volume
SEPTEMBRE . 1729. 2243
Volume avec le Supplément du Tome
premier , qui a paru ci - devant fous le titre
de Batailles de S. A. S. Monseigneur
le Prince Eugene de Savoye , & c.
On apprend que l'Académie des Scien
ces & Arts de Petersbourg , continuë de
s'affembler par ordre exprès de S. M. Cz.
mais plufieurs des Profeffeurs qui la compofoient
, font partis , pour retourner
dans leur pays , après avoir eu le déplaifir
de voir leur Auditoire réduit à deux ou
trois Eleves ; la jeuneffe de cette Ville
pour l'inftruction de laquelle le feu Czar
y avoit établi plufieurs Chaires de Profeffeurs
, les ayant abandonnées depuis
l'abſence de la Cour.
On a appris depuis que M. de Bernouilly
, l'un des Affociez de cette Académie
, y avoit lû une Differtation fur
la meilleure maniere d'obferver les hauteurs
du Pole fur Mer ; Sujet qui avoit
été propofé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris , pour le Prix qu'elle
a donné à la rentrée derniere d'après la
quinzaine de Pâques. L'Académie , après
avoir fait les obfervations fur cette Differtation
, a chargé M. Herman de la rendre
publique , & de la faire imprimer
avec les autres Mémoires qu'elle a approuvez.
Fiij Nous
2244 MERCURE DE FRANCE.
Nous avertiffons les Curieux , qu'il pa
roit deux nouvelles Estampes gravées d'après
les Tableaux de Watteau ; l'une reprefente
Louis XIV. mettant le Cordon
Bleu à Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
pere de Louis XV . gravée par Larmefin ;
l'autre reprefente uneFamille en converfation
, gravée par Aveline. Ces Eſtampes
ainfi que toutes celles qui ont été gravées
précédemment , fe vendent à Paris , chez
le fieur Chereau rue S. Jacques , aux
deux Pillers d'or , & chez Surugues , Grayeur
, rue des Noyers , vis à vis S. Yves.
L'oeuvre de cet excellent & gracieux Peincontinue
de fe graver avec beaucoup
de fuccès par les plus habiles de l'Art .
>
>
Le fieur le Febvre , Ingenieur pour les inftrumens
de Mathématique , ayant répondu
dans le Mercure du mois de May dernier au
fieur Baradelle , qui fe difoit Inventeur des
nouveaux Encriers qui ont la proprieté de
conferver l'Encre liquide , eft fort furpris de
ce qu'il l'attribue au P. Sebaftien ; il n'eft pas
difficile de prouver le contraire , puifque dans
l'énumération qui a été faite des inventions
du P. Sebaftien ; il n'eft fait aucune mention
de ces Encriers , & s'il ne faut que le témoi
gnage de M Deshuge res , Exempt des Cent-
Suiffes du Roi , il est tout prêt de certifier que
feu M. fon pere en eft vraiment l'Inventeur ;
il fut même l'occafion de la découverte des
petites Ecritoires , dont S. A. Monfeigneur le
Duc du Maine a eu la premiere . Le fieur Baradelle
SEPTEMBRE . 1729. 2245
S radelle voulant enlever à feu M. le Febvre
l'invention des Encriers , en les attribuant au
P. Sebaftien , prétend avoir encheri fur cette
invention , en changeant la forme exterieure
du Cornet , on eft étonné qu'il ofe fe faire un
mérite de cette prétendue correction , il devroit
même convenir que la principale partie
de ce Cornet qui eft la fermeture , & qui en
fait tout le merite peut s'appliquer fur toutes
fortes de figures exterieures. Le fieur le Febvre
en fait même actuellement de ronds , de quarrés
, d'octogones & d'oblongs , toutes figures
arbitraires fuivant le goût de ceux qui les lui
demandent .
Briart , qui demeure toujours Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez ,vis - à-vis le Bailliage
, à Paris , continue avec fuccès à faire
& débiter une Effence de Savon à la Bergamote
, & autres odeurs douces dont on fe fert
pour fe faire la barbe au lieu de Savonette ,
qu'il a bien perfectionné depuis peu ; les Dames
s'en fervent auffi pour fe laver le vifage ,
les bras & les mains ; il en a fols & à
8. fols l'once. Ses Bouteilles font cachetées
de fon Adreffe. Il fait auffi de bons Cuirs à
repaffer les Razoirs , avec lefquels il ne faut
point de pierre à aiguifer : il les vend depuis
40. fols jufqu'à 8. liv. il donne les manieres
de s'en fervir.
Le 6. de Septembre , fur- lendemain de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN ,le
Roy étant allé à la Chaffe dans les Bois de
Verriere , M. de Dampierre, Gentilhomme des
plaifirs de Sa Majefté , fonna fur la Troupe, une
Fanfare de fa compofition , nommée la Dauphine
, dont les paroles parodiées font de
F iiij
M.
2246 MERCURE DE FRANCE ."
M. de C.... Nous avons crû que nos Lecteurs.
feroient bien aiſes de la trouver ici notée.
YAYAYAYAYAYAYAYAYAŞ
FANFARE.
ENfin
Louis
Voit naître fils ;
Quelle Conquête
Vaut un tel prix !
Four nos Concerts ,
Que tout s'aprête s
JJ
C'est la Fefte "
De l'Univers.
SPECTACLES.
Ur la fin du mois dernier , les Comédiens
François remirent au Théatre la Tragédie
de Venceslas de Rotrou , dont le fieur Baron
joua le principal Rôle d'une maniere inimitable.
Ce fameux Comédien , malgré fon grand
âge , étonna & charma également les Spectateurs
qui le regardent comme un prodige. Il
avoit joué le Role de Ladislas , dans la même
Piéce , au mois de Decembre 1721.`
Le 18. les mêmes Comédiens donnerent une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , avec un Divertiffement
, intitulée Les Réjouiffances pull-
94.5 ,
**
ખરે
cer
"
E
AR
SEPTEMBRE . 1739. 2247
ques , qui n'a eu qu'une Repréſentation .
Ils remirent au Théatre le 20. Août
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
,
Le27.Septembre , lesComediens Italiens don
nerent une petite Piece nouvelle d'un Acte
avec des Divertiffemens , intitulée le Feu d'Artifice
, ou la Piece (ans dénouement , dont les
fieurs Dominique & Romagnefy font Auteurs.
Voici l'Extrait de la Piece qui a été reçuë
favorablement du Public.
Me l'Eluë ,
ACTEURS.
M. Brutalin , Bailly
Me la Baillive ,
M. Pomanville , Elû ,
Arlequin , Portier de la
Le Marquis ,
Le Chevalier
M. Sottidés , Poëte ,
le fieur Mario
la Dile la Lande.
le fieur Paghetti.
la Dle Belmont.
Baillive , & de l'Elûe.
Trivelin.
le fieur Sticotti.
Scaramouche,
Dandinet, neveu du Bailly , le fieur Romagnesy .
Clarice , niéce de la Baillive , la De Thomaffin .
Un Artificier chantant ,
Une Muficienne ,
le fieur Theveneau .
la Dile Fabio,
Danfeurs & Danfeufes ,
La Scene est à Paris dans un Hôtel garni,
2260 MERCURE DE FRANCE.
›
La Baillive , & l'Elue ouvrent la re Scenes
elles témoignent la joye qu'elles ont d'avoir
quitté Falaife pour venir à Paris , où elles fe
promettent bien de fe dédommager des momens
ennuieux qu'elles ont paffés dans leur
Province. Ce n'eft pas peu ( difent- elles ) d'avoir
obtenu cette grace de leur Epoux , qui,
après beaucoup d'inftances leur ont enfin permis
de venir à Paris y paffer le temps des réjouiffances
publiques , elles parlent des amufemens
des Spectacles , & des promenades où
elles fe flattent de briller : Nous verrons l'Opera
( dit la Baillive ) l'Opera eft ce qu'il y a de
plus charmant , on y voit des Dieffes des
Dieux , des Diables ; des Heres , des Danfeufes ,
des décorations ; des Soleils , des machines ,
des inftrumens , &c . nous verrons auffi la Comédie
Françoife ( continue- t'elle ) on dit que
cette troupe- cy ef meilleure que celle que nous
avions cet Eté à Falaife ; il y avoit pourtant
de bons Acteurs. Et la Comédie Italienne
( dit l'Eluë, vous l'oubliés ) ah ! fi ( répond la
Baillive ) ne me parlés point de la Comédie
Italienne , cela ne peut être
que
très mauvaisi
vive la Tragédie , des éclats de voix qui vous
frapent , des geftes furnaturels qui vous étonsent
, des vers que vous êtes forcés d'aplaudir
avant que d'en comprendre la beauté : quand
on a pris plaifir à pleurer , je ne fçais comme
on peut s'amufer à rire nous aurons un Por
pier ( ajoutent-elles ) des femmes de Robbe ne
fçauroient s'en paffer. A Falaise l'on n'y prend
pas garde de fi près , mais à Paris une maison
fans Portier eft un Tableau fans bordure. Elles
difent enfuite qu'elles en attendent un qui
doit venir fe prefenter , & conviennent que
la Baillive mettra le Portier fur le compte de
M.
SEPTEMBRE . 1729 2261
M. l'Elu ; comme de fon côté l'Eluë ne manquera
pas de faire croire à fon Epoux que c'est
le Bailly qui fait cette galanterie à fa femme.
Arlequin à moitié yvre , vient à la 2 Scene
offrir fes fervices à ces deux Provinciales ;
qui après l'avoir examiné le trouvent trop
petit ; à quoi Arlequin répond qu'il eft encor
jeune ; & qu'il grandira à leur fervice
après plufieurs autres plaifanteries de la part
du nouveau Portier , l'Eluë lui recommande
d'ouvrir poliment la porte à tous ceux qui fe
préfenteront ; Arlequin promet de s'acquitter
de fon mieux de cette commiffion , la Bailli
ve lui ordonne encore de fonner le diner & le
fouper Arlequin répond qu'il fera très exact
à executer cet ordre ; elles l'envoyent à fon
pofte . Un moment après on entend fonner une
groffe cloche ; Arlequin arrive ; les Dames li
demandent ce que fignifie ce bruit , c'est répond
Arlequin ) le diner dle Souper que je
fonne , comme vous me l'avez ordonné ; il n'eft
pas encore tems ( ajoûte l'Elûë ) nous ne fouperons
qu'après que nous aurons vû tirer le
Feu d'artifice l'Eluë refte pour fe préparer à
recevoir les vifites des perfonnes de diftinction
qui vont ( dit - elle ) remplir cet Hôtel garni .
Arlequin qui a trouvé M. l'Elu fur PEfcalier
, le conduit poliment , & le préfente à
Mme l'Eluë : Ah ! Ciel ! ( s'écrie t'elle ) que
vois je ! c'est mon mari ; me voilà bien étrennée
. M. l'Elû demande ce que c'eft que ce Portier
: A peine , Madame , êtes - vous à Paris que
vous eftravagués ( lui dit avec emportement
M. dePommenville) : ob ! je vais renvoyer ce coquin
là fur le champ ; le renvoyer ! il ne vous
appartient pas répond l'Eluë ) c'est M. le
Bailli , qui pour ſe diftinguer a voulu donner un
Partier à fa femme , & qui vous fait la bonte
de
2262 MERCURE DE FRANCE.
Ag
de le prendre à fes dépens . L'Elu rit de l'extravagance
du Bailli ; & fa femme le prie de fe
retirer dans fon Cabinet , & de lui laiffer cet
Appartement pour y recevoir compagnie avec
Me la Baillive ; elle rentre ; l'Elu refte.
M,leBailli furvient; & comine fa femme lui a
déja dit que M. l'Elu a donné un Portier à la
fienne , il le mocque de lui en le voyant ; l'Elu
à qui la fienne a fait croire que le Bailli a eu la
foibleffe de prendre un Portier , rit de fa folie;
ils font une Scene fort plaifante & théatrale,
en fe mocquant ironiquement l'un de l'autre.
A la fin de la Scene , vient Arlequin qui les
falue, & les prie de lui donner leurs ordres ,
le Bailli le renvoye à l'Elu , qui en fait de même.
Après un jeu de Théatre tant de la part
des Maris , que de celle d'Arlequin , le Bailli
lui demande à qui il appartient , à voire femme
( répond Arlequin ) l'Elu fe mocque encore
du Bailli ; mais Arlequin lui dit , ne vous fachez
pas , M. j'appartiens auſſi à la vôtre ; vos
femmes n'ont rien à fe reprocher , elles font auffi
folles l'une que l'autre. Cet éclairciffement
irrite les Epoux , qui prennent la réfolution
de partir le lendemain pour Falaife , & fortent
pour aller retenir leurs places au Coche.
A la 7. Scene , Madame l'Elue eft étonnée
que le Portier n'ait point annoncé la compagnie
, & dit au Marquis qu'elle n'a nulle part
a la négligence du Portier ; à quoi le Marquis
répond que ce cerémonial eft trop bourgeois ,
qu'il entre toujours de plain pied chez les Da-
& qu'il ne fe fait même annoncer à
la Cour. Il préfente le Chevalier, qui eft ( dit il)
un Jeune homme qui commence à briller dans
le monde ; parle des talens de M Sottides ,
qui eft un Poëte Lyrique , Erique , Tragique ,
Comique , Satyrique , Marotique , Cauftique,
mes " pas
SEPTEMBRE . 1729 2263
3 & Calotique ; il ajoûte que c'eft un Auteur qui
ne vexe point le Public , & que la meilleure
Tragédie ne lui a pas rapporté plus de deux
piftoles. Me . l'Elue prie M. le Marquis de parler
d'autre chofe que de Science ; qu'elles
font venues exprès à Paris pour voir les réjouiffances
publiques Le Marquis s'offre de les
conduire par tout avec le Chevalier ; premierement
( continuë t'il ) je vous régale ce ſoir
d'un Feu d'artifice , qui heureusement fe tire
vis -à - vis vos fenétres , & demain ( s'addreffant
au Chevalier ) que leur ferons nous voir le
Chevalier lui dit qu'on doit donner ce jour là
l'Opera ; gratis auffi -tôt le Marquis appelle un
Laquais & lui ordonne d'aller fur le champ à
ropera lui retenir une Loge pour demain. On
vient annoncer une jeune Demoiſelle qui demande
à voir la Baillive ; c'eft fa niéce qui vient
d'arriver à Paris , dequoi la Baillive eſt trèsfurpriſe.
La Baillive demande à fa niece Clarice avec
aigreur , ce qu'elle vient faire à Paris ; ce que
vous yfaites , ma chere tanie ( répond la petite
niéce ) comment ? vous vous exposez feule
dans une voiture publique , à l'infçu d'un Oncle
d'une tante ! ( lui dit l'Elue) ; la niece lui
répond qu'elle eft venue accompagnée de fon
grand beneft de Coufin , avec un vieil afleffeur
& fon Epoufe , un Procureur & fa femme , un
gros Abbé & fa niece ; Clarice ajoûte qu'elle
vient exprès pour fe faire émancipers qu'elle.
eft laffe de dépendre d'une tante qui lui interdit
les plaifirs dont elle jouit elle- même.
Dandinet entre fur la Scene tout derangé ,
& fait un récit en normand des avantures qui
lui font arrivées depuis qu'il eft à Paris , il dit
qu'en paffant fur le Pont-Neuf, il a fait rencontre
d'une figure originale qui lui a ar
G ché
2264 MERCURE DE FRANCE :
ché deux dents malgré lui , fous pretexte
qu'il les arrachoit gratis ; & qu'enfin une bande
d'enfans lui a brulé les oreilles & la perruque
à coups de Petards & de Fulées.
L'Elu & le Bailli arrivent à la 16. Scene , qui
voyant leurs Epoufes en bonne compagnie, les
en félicitent d'un ton railleur , le Bailli eft furpris
de voir fon neveu & fa niece qu'il avoit
laiffés à Falaife ; les maris annoncent brufquement
à leurs femmes que les places font retenues
au Coche pour partir le lendemain.
Arlequin vient dire aux Dames qu'il y a
plus de dix mille ames dans la place , & leur
demande fi elles fouhaittent qu'il les falle
monter ; un Laquais avertit qu'on va tirer le
Feu d'artifice ; le Marquis & le Chevalier
prennent la niece par la main , & laiffent la
Baillive & l'Eluë qui font outrées de la préference
qu'on donne à Clarice ; les maris en
fe mocquant d'elles les prennent par deffous
le bras pour les conduire au fond du Théatre
qui s'ouvre en même tems . On y découvre une
fort belle illumination qui éclaire un Edifice
dreffé pour un Feu d'artifice qu'on tire à la fin
du Divertiffement , au fon des timballes & des
trompettes. La compofition de la Mufique eft
de M. Mouret.
Air de Trompette .
Une Muficienne.
Frompettes que vos fons , que vos bruyans Con
certs
Faffent retentir l'Univers
Du bonheur de la Frances
Un Artificier.
Que notre ardeur éclatte dans les airs ,
Ронд
SEPTEMBRE. 1729. 2265
Pour celebrer une augufte naiſſance :
Que nos feux
Brillent dans les Cieux ;
Qu'ils annoncent à tous les Dieux
Notre vive reconnoiffance .
Trompettes &c.
2
t
Des Artificiers & des Batelieres forment
plufieurs Danfes caracterifées.
7
VAUDEVILLE.
L'Amour est un Artificier
Qui mieux que moi fçait fon métier
Qu'il faffe des yeux d'une Belle
Partir une feule étincelle :
Pan , pan , pan ,
La poudre prend ;
Tout est en feu dans un inftant.
Fille qui fouffre qu'un Blondin
Lui ferre & lui baiſe la main ,
Nen reconnoît pas la malice ;
Souvent après cet artifice ,
Pan , pan , pan ,
La poudre prend;
Tout eft en feu dans un inftant .
A ma mere , en vainje promets.
De fuir l'Amour & ſes attraits ,
Gij Mais
2266 MERCURE DE FRANCE .
Tous nos fermens n'ont plus de force ,
Lorsqu'unjeune Amant nous amorce i
Pan ,pan, pan,
La poudre prend ,
Tout est en feu dans un inftant,
Voulez- vous , Enfans d'Apollon ,
Artificiers de l'Helicon ,
Que le Public vous foit propice ?
Préparez bien votre artifice ,
Pan , pan , pan ,
La poudre prend ,
Tout est en feu dans un inſtant,
2
Nous avons promis de parler plus au long
de deux petites Pieces d'un Acte.chacune
données à l'Opera Comique le 20. Août. En
voici les Extraits .
Le Corfaire de Salé.
Sabelle , Dame Espagnole , & Inès , fa Sui-
I vante ,le
promenant un foir fur le bord de
la Mer avec Don Juan & Mezzetin , leurs
Amans , furent enlevées par Pegelin , Corfaire
de Salé. Le Cavalier Efpagnol & fon
Valet , voulurent en vain s'opposer à cette
violence ; le Pirate & fes gens furent les plus
forts & laifferent fur le Rivage les deux Amans
percez de coups.
Le Corfaire , frappé de la beauté d'Ifabelle,
en devient amoureux ; mais il combat ſa paffion
pendant trois mois , ne pouvant le réfoudre
à donner une Rivale à Zaila , fa femme.
qu'il
SEPTEMBRE . 1729. 22 67
qu'il a épousée depuis peu , & pour laquelle
il a beaucoup d'attachement. Neanmoins ertraîné
par la force de fon nouvel amour , il
prend la réfolution de ne rien épargner pour
plaire à fa belle Captive. Il charge Pierrot,
fon Efclave favori , & Mari de Balkis , Suivante
de Zaila , de déclarer les tendres fentimens
à Ifabelle . Pierrot s'acquitte de fa commiffion.
Il parle à Ifabelle pour fon Maître .
Comme de fon côté il a pris goût pour Inès ,
il découvre en même-temps fa tendreffe à cette
jeune Suivante. Les deux Efpagnoles font cons
noîte à Pierrot que Pegelin & lui ne doivent
attendre d'elles que des rigueurs. Elles le quittent
brufquement voyant arriver Pegelin."
t
Le Corfaire apprend ce mauvais fuccès fans
perdre courage , & ils fe promettent tous deux
de conduire prudemment leur intrigue pour
en dérober la connoiffance à leurs femmes.
Mais Zaila & Balkis ont déja des foupçons
& viennent faire des reproches à leurs maris ,
qui cherchent à fe juftifier. Les femmes font
femblant de les croire , pour avoir occafion
de leur dire : Que puifque les belles Captives
leur font indifferentes , ils confentirent volon
tiers qu'on en faffe prefent au Roi de Maroc ,
& qu'enfin elles exigent cela d'eux pour la
tranquillité de leur efprit. Pegelin troublé de
cette demande , refufe d'y confentir , s'excufant
fur la qualité d'Ifabelle , & ajoûtant que
fa famille ne manqueroit pas de la venir bientôt
racheter. La femme du Corfaire juftement
perfuadée que fon mari ne veut retenir l'Efpagnole
que parce qu'il en eft fortement épris,
ne veut pas que les deux Captives demeurent
plus long- temps à Salé. Pegelin fe retire , paroiffant
laifer fa femme maîtreffe du fort des
deux Efpagnoles.
G iij Celles
2268 MERCURE DE FRANCE .
Celles- ci viennent , & Zaïla leur déclaré
qu'elles n'ont qu'à fe difpofer à partir pour
Maroc. Les deux Captives ont beau fupplier
qu'on differe leur départ de quelques jours ,
les femmes jaloufes n'entendent point raifon ,
& les quittent en les accablant de railleries picquantes.
Ifabelle & Inès entrent dans un vif defeſpoir
& prennent la réfolution de s'empoisonner ,
pour prévenir les malheurs qui les menacent.
Pendant qu'elles vont executer leur deffein ,
Pegelin & Pierrot s'entretiennent des moyens
de retenir leurs Captives ,fans que leurs femmes.
puiffent s'y oppofer. Pegelin dit à Pierrot : Je
vais de ce pas engager un Renegat Espagnol
de mes amis , à me venir dire devant Zaila ,
qu'il eft frere d'Isabelle. Il dira qu'il venoit
pour la racheter , mais qu'il a fait nauffrage ,
D
perdu tous fes Effets ; & qu'il me prie de
garder la four jusqu'à ce qu'il ait rapporté
d'Espagne , où il retourne , le prix de la rançon
d'Ifabelle & de fa Suivante . Pierrot applaudit
à ce deffein . Pegelin fort pour aller trouver
le Renegar.
Dans le temps que Pierrot , qui refte feul .
fe réjouit du ftratagême que fon Maître
vient de trouver , D. Juan & Mezzetin paroiffent
& demandent des nouvelles d'Ifabelle &
d'Inès. Pierrot , chagrin de ce contre-temps.
va chercher les Captives , & avertit Pegelin
de l'arrivée des deux Efpagnols.
D. Juan & Mezzetin s'abandonnent à la joyet
qu'ils ont d'avoir retrouvé leurs Maîtreffes ;
mais elle fe convertit bien tôt en douleur
quand en les renvoyant ils apprennent d'elles
qu'elles fe font empoifonnées , de peur d'aller
à Maroc. Ils pouffent de grands cris , qui atsirent
Zaila & Balkis.
Ces
SEPTEMBRE. 1729. 2269
Ces deux jaloufes , mifes au fait , font attendries
de l'état où elles ont réduit leurs
malheureufes Rivales . Mais en les interrogeant
ils font tous agréablement détrompez quand
ils apprennent que les deux Captives ont cru
prendre du poifon en avalant de l'Eau des
Barbades.
Dans ce moment furvient un Eſclave du
Corfaire Ofmin , qui en l'abfence de Pegelin ,
remet à Zaïla un Ecrin où il y a pour 25000.
écus de Pierreries qui reviennent à Pegelin',
pour fa part de la derniere prife que celui - ci
a faite avec Ofnin.
L'Esclave n'est pas plutôt forti , que Pegelin
& Pierrot reviennent , dans le deffein de mettre
la rançon des deux Efpagnoles à un fr
haut prix , que D. Juan foit obligé de retourner
en Espagne fans fa Maîtreffe. En effet , le
Corfaire demande 10000. écus pour fes deux
Captives ; & comme D. Juan ne les a pas , Pegelin
fait quelques pas pour s'en aller ; mais
Zaila , qui juge bien de l'intention de fon mari ,
donne l'Ecrin à D. Juan , en lui parlant à l'oreille
, celui - ci rappelle le Corfaire & lui pre
fente les Pierreries qui fontdans l'Ecrin. Pegelin
eft contraint de les prendre , & Zaila congedie
auffi-tôt les deux Eſpagnoles.
Après cela , les deux femmes fe mettent à
railler leurs maris fur le départ de leurs Belles.
Zaila louemalicieufement la generofité du Corfaire,
qui ne comprenant pas pourquoi on l'ac
cufe d'avoir donné pour rien la liberté aux Ef
pagnoles, eft fort étonné quand on lui dit que
1'Ecrin elt fa part de la derniere prife qu'il a
faite avec Ofmin fon Confrere. Abl traitreffe !
s'écrie Pegelin , votre indifcrete jalousie me
prive d'une rançon Point de reproches , je
vous prie interrompt Zaila , Pouvois -je mieux
و ک
Gilij em2270
MERCURE DE FRANCE :
employer vos Diamans qu'à payer votre propre
rançon ! Qu'est- ce à dire ma rançon répond
Pegelin Zaila lui chante ce Couplet. ,
Sur l'Air ': Le beau Berger Tircis.
De votre liberté
Vous n'aviez plus l'uſage :
Chez une ingrate Beauté ,
Votre coeur , Epoux volage ,
Etoit en esclavage ,
Et je l'ai racheté.
Pegelin , pénetré des tendres reproches de
fa femme , tombe à fes genoux , & lui demande
pardon. Pierrot de fon côté , fé jette aux
pieds de Balkis , & les quatre Epoux ſe réconcilient.
LES SPECTACLES Malades , Extrait.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
·
Le 9. Septembre le même Opera Comique ,
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
NOU
SEPTEMBRE. 1729 2284
NOUVELLES DU TEMS.
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople de la fin de
Seigneur , devoit en partir au mois d'Août
prochain , pour aller vifiter les principales
Places de l'Empire Ottoman, & que les Pachas
& Gouverneurs avoient eu ordre de le recevoir
avec toutes les marques d'honneur & de
refpect qui font dûs à l'heritier de l'Empire.
Ces Lettres ajoûtent que le Grand Vizir avoit
fait partir des troupes & des ouvriers pour
aller conftruire trois nouvelles fortereffes fur
les bords de la Mer Noire : qu'on continuoit
de lever à Conftantinople les nouveaux Impots
mis depuis un an fur les marchandifes
étrangeres qui entrent dans cette ville , malgré
les promeffes que l'on avoit faites de les
abolir.
On a reçu avis des frontieres de Perfe , que
l'armée du Pr. Thamas avoit tellement ruiné
toutes les Provinces fur fon paffage , que les
peuples les avoient abandonnées que d'ailleurs
la fechereffe extréme de l'année avoit
caufé des maladies épidemiques , dont les hommes
& les beftiaux étoient également attaquez,
& que la Province , dite de Babilone , en étoit
la plus maltraitée .
IN1286
MERCURE DE FRANCE.
INCENDIE de Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le 1 .
Août 1729.
4
TL ya eu icy un grand Incendie , qui com-
Imença le
27. Juillet à fix heures du matin ,
& qui dura jufques bien avant dans la nuit,
L'embrafement ne finit qu'après que le vent
eût entierement ceflé , & ce ne fut qu'à la faveur
d'un temps abfolument calme , qu'on
parvint enfin à arrêter l'activité du feu , qui ne
s'eft éteint dans les endroits où il avoit pris ,
que quand il a manqué de matiere . Plus de
vingt- cinq mille maifons , parmi lefquelles il
y avoit plufieurs Palais , ont été entierement
confumées , & une infinité de perfonnes de
P'un & de l'autre fexe & de tout âge , ont peri
ou par le feu ou par le defordre , qu'un pareil
accident entraîne neceffairement après foy.
L'efpace qui a été brûlé comprend environ le
tiers de Conftantinople, & on prétend que le
dommage des feules maifons excede 60. millions
. Heureufement nous avons été témoins
de ce trifte fpectacle , fans aucun danger pour.
nous , parce que le Port , comme vous fçavez
, eft entre la Ville brûlée & le Quartier ou
nous demeurons.
D'autres Lettres portent que le feu avoit
pris par accident à quelques maisons dans le
Quartier de la Marine , & qu'il regnoit ce
jour-là un vent de Sud- Eft fi violent , qu'en
moins de deux heures l'Incendie s'étoit communiqué
aux autres Quartiers , & que tous
fecours avoient été utiles.
Ces
SEPTEMBRE. 1729. 2287
Ces Lettres ajoutent que le 25. du même
mois il étoit arrivé à Conftantinople un Ambaffadeur
Extraordinaire du Sultan Acheraf,
qui avoit été reçu avec de grandes marques de
diftinction que quelques gens de fa fuite
avoient publié qu'une partie du Château d'Ifpaham
avoit été reduire en cendres , & que
la plus grande partie des Archives de ce Roïaume
avoit été brûlée avec la Chancellerie fecrete
du Sultan Acheraf. Ils ont ajouté que
le Party du Pr Thamas étoit devenu fi confiderable
, que le nouveau Sultan s'étoit déterminé
d'aller le combattre dans la Province de
Kuraffan , où il a mis fes troupes en quartier
de rafraîchiffement.
AFRIQUE.
·
N a appris de Miquenez que le nouveau
Roy de Maro que lenouveau
avoit détruit toutes les factions qui luy étoient
contraires , par la prife de la ville de Fez , à la
quelle il a confirmé les anciens Privileges.
Les Lettres de Melilla portent , que le Gouverneur
de cette Place fit la nuit du 4. au s.
de ce mois , une fortie de 2940 hommes de
fa garnifon , qui comblerent tous les travaux
des Maures , & firent plufieurs prifonniers.
Les Efpagnols eurent dans cette fortie neuf
Officiers de tuez . & douze de bleffez.
On a fçu par la voye de Naples que la Regence
de Tripoli étoit convenue d'un Traité
de paix avec la Republique de Venife , par
l'entremise d'un Negotiant Venitien , établi
depuis quelques années à Tripoli ; que par ce
Traité qui a été envoyé à Venife pour y être
ratifie , la Regence accordoit à la Republique
les mêmes conditions des Traitez faits avec
H
2288 MERCURE DE FRANCE.
d'autres Puiflances ; qu'elle luy avoit donne
la Ferme des Salines de Zora , fituée à vingt
lieuës de Tripoli , fur le pied de 60000. Pialttes
par ans ce qui a doublé le produit de
cette Ferme , dont les Genois ne donnoient
que 30000, Florins. D'autres Letrres de Tripoli
ajoutent qu'on y parloit d'un Traité d'union
entre cette Regence & celles d'Alger & de
Tunis , pour former à frais communs une Efcadre
contre les Armateurs de Malte , dont
les vaiffeaux font fur ces Corfaires des prifes
très fréquentes,
On mande de Tripoli que le Capitaine d'un
vaiffeau François qui étoit à l'entrée du Port
de cette Ville , ayant envoyé à terre une partie
de fon équipage pour faire de l'eau , &
acheter des rafraîchiffemens, quelques Maures
s'étoient attroupez , & avoient maltraité les
François occupez à remplir leurs barils ; mais
que le Bey ayant été informé de cette violence
, avoit fait mettre aux fers les plus confiderables
; qu'enfuite il avoit envoyé un de fes
Officiers faire fes excufes au Capitaine François
, & qu'il luy avoit abandonné dix -fept
Efclaves Chrétiens , prefque tous Italiens , qui
s'étoient fauvés deux jours auparavant à fon
bord.
RUSSIE .
E 22. Août il arriva à Petersbourg, par les
LE22. Lattiva, deux Bâtimens qui re-
,
viennent de Derbent avec des marchandiſes &
des étoffes de Perfe pour près de 700. mille
Roubles : ce retour appartient à la Compagnie
Orientale de cette ville , qui en doit faire la
repartition aux Intereffez vers le 15. de Septembre.
E
POLOGN
SEPTEMBRE 1729. 2289
L
POLOGNE.
Roy qui arriva le 14. du mois dernier à
Bialoftock . en partit le 16. & fe rendit le
même jour à Grodno . Le jour pour l'ouverture
de la Diete generale eft fixé au 22.
Le Roy a refolu de faire bâtir à un quart de
lieuë de Varfovie , un Hôpital pour retirer,
nourrir & entretenir les pauvres foldats eftropiés
, ou hort d'état de fervir ; S. M. a affigné
des fonds fuffifans pour l'entretien de cette
Maiſon, dont la direction fera donnée aux Miniftres
du Roy qui ont le département de la
guerre.
La Diette de Grodno n'ayant pas eu lieu , le
Roy en partit le de ce mois , & arriva à
Drefde le 14. Septembre en parfaite fanté.
On a appris de Drefde , qu'il y étoit arrivé
un Courrier de Pologne le 17. du même mois,
pour donner avis au Roy , que depuis fon départ
de Grodno , les Nonces qui y étoient
refté , avoient tenu une grande Aſſemblée , à
la fin de laquelle plufieurs d'entre eux s'étoient
battus à coups de fabre , & que dans ce combat
il y en avoit eu deux de tuez , & pluſieurs
de bleffés.
Quelques Seigneurs Polonois font arrivez à
Drefde depuis quelques jours ,ne fe croyant pas
en fureté en Pologne depuis la rupture de la
Diete.
ALLEMAGNE.
N mande d'Hanover qu'on y avoit appris
le 8. de ce mois . par un Courrier dépêché
de Berlin , que le Roy de Pruffe avoit nommé
des Commiffaires pour entrer en negociation
avec ceux du Roy d'Angleterre , afin de termi
Hij ner
2290 MERCURE DE FRANCE .
ner les nouveaux differends des deux Cours,
Les Médiateurs qui ont été choifis font le Duc
de Bruniwick Wolfembutel , pour S. M. Brit.
& le Duc de Saxe Gotha , pour S, M. Pruffienne.
On est déja convenu que les Sujets réclamés
de part & d'autre , feront conduits à
Brunswick , où l'on en fera l'échange ; & le
Roi d'Angleterre a donné ordre à divers Regimens
qui étoient en marche ,de retourner dans
leurs anciens Quartiers, On a appris depuis
que ces differends ont été accommodés par
l'entremise des Médiateurs . On rendra les Soldats
qui ont été enrôlés par force de part
d'l'aautre , & les anciennes conventions , par
rapport au Cartel , ont été renouvellées.
ITALIE .
&
Le 25. Août , on effuya à Rome un orage
terrible qui dura une demie heure ; le Ciel pa
roiffoit tout en feu ; le tonnerre tomba fur le
Portail de l'Eglife de S. Pierre , où il emporta
la tête de la Statuë de S. Mathieu , un autre
coup pénetra dans la Chapelle où le S, Sacrement
repofe , & un troifiéme dans la gallerie
du Vatican , qui fut très endommagée. Il y
eut quelques perfonnes de tuées , & plufieurs
de bleflées dans les rues de la Victoire , de la
Trinité du Mont , & du Mont Marius . La Ville
fut prefque inondée , & le lendemain il y avoit
encore quatre pieds d'eau dans l'Eglife de la
Rotonde, ce qui empêcha d'y faire le Service
Divin .
Le 26. le Cardinal Ottoboni fit faire à Rome
une Répetition generale des Divertiffemens
en Mufique qu'il a fait préparer pour celebrer
Pheureufe délivrance de la Reine de France.
aufi-tôt qu'il en aura reçu la nouvelle.
Le
SEPTEMBRE. 1729. 2291
Le 18. le S. Sacrement fut expofé dans l'Eglife
de S Louis des François , par ordre du
Cardinal de Polignac , & on y chanta un Te
Deum à l'occafion de la Beatification du Venerable
Vincent de Paule , Fondateur des Prêtres
de la Miffion de France.
Le Roi de Sardaigne ayant nommé le Cardinal
Ferreri à l'Evêché de Verceil , le Pape
avoit donné celui d'Alexandrie de la Paille à
un Ecclefiaftique , qui n'eft ni Piémontois ni
Savoyard ; le Roi de Sardaigne a paru mécon
tent de ce choix , de forte qu'on ne croyoit
pas que le Marquis d'Ornea qu'on attendoit à
Rome de la part de ce Prince allât cette
y
année.
>
La Chambre des Comptes de Turin a fait
deffendre à tous ceux qui n'ont point de Lettres
Patentes du Roi de Sardaigne , ou des
Ducs de Savoye , fes Prédeceffeurs , ou qui ne
poffedent pas au moins la troifiéme partie d'un
Fief Seigneurial , & particulierement à tous
ceux dont les Fiefs ont été réunis au Domaine
du Roi , de porter à l'avenir le nom & les Armes
de ces Fiefs , & de mettre fur leurs Armes
la Couronne de Marquis , de Comte ou de
Baron, à peine d'être condamnés aux amendes.
portées par le Reglement du 26. Mars 1720
Le Duc de Riperda a envoyé ordre à ſes
Correfpondans à Venife de retirer une partie
des fommes qu'il avoit placées fur la Banque
de cette Ville.
GRANDE - BRETAGNE .
I de Londres ont apprispar
que
les dernieres Lettres de Cadix le 17.
du mois dernier , on avoit commencé de délivrer
l'or & l'argent du dernier retour des
Hij
Gallions
2292 MERCURE DE FRANCE
Gallions & des Azogues ; que l'Indult fur
les Gallions avoit été reglé , tous frais compris
à 23. trois quarts pour cent , & fur les
Azogues à 9. 3.
On a appris par une Lettre écrite le 20.
Avril dernier , à bord du Pegafe , vaiffeau
commandé par le Capitaine Arthur Lome , &
qui est allé à Annamabo , fur la côte d'Afrique
, que le Capitaine Boage , & tout fon
équipage qui étoit à terre , avoient été maffacrés
, & enfuite mangés par les Negres de la
côte.
Le Roy étant parti d'Hanover le 18. de ce
mois , S M. arriva le 21. à Helleveet- Sluys en
Hollande , & trois heures après , c'eft- à - dire ,
vers les fix heures du foir , elle s'embarqua à
bord du Yacht lé Guillaume & Marie , & fit
voile pour l'Angleterre avec un vent favorable.
Le 22. le Roy arriva à Kenfington vers les
dix heures du foir.
Une heure avant que le Roy traverſa la
Ville , la populace ameutée commit beaucoup
de defordres , & caffa les vitres , les miroirs
& les porcelaines de plufieurs maiſons donɛ
on n'avoit pas illuminé les fenêtres , parce
qu'on ne fçavoit pas que S M. prendroit cette
route , & qu'on croyoit qu'elle pafferoit la
Tamife à Lambeth.
On mande de Briſtol , que le 17. de Septembre
les Tifferans & autres ouvriers des Manufactures
de cette Ville s'attrouperent & brûlerent
plufieurs métiers de ces Manufactures ,
pour fe venger de leurs Maîtres qui avoient
voulu diminuer leurs falaires , & on fut obligét
de faire prendre les armes à quelques Compagnies
d'un Regiment d'Infanterie qui étoit en
quartier dans les environs de cette Ville , pour
les difperfer & les empêcher d'executer le proSEPTEMBRE.
1729. 2293
jet qu'ils avoient formé de mettre le feu à une
partie de la Ville.
Le 21. de ce mois , le fieur de Campagnole ,
fils d'un Refugié François , qui a déjà eu quel
ques accés de frénefie , étant dans l'Eglife de
3. Martin des Champs , pendant le Service ,
s'approcha du Pupitre où le Docteur Taylor
lifoit les Prières ; il luy tira un coup de piftolet
, & le manqua heureufement ; mais de fon
fecond piltolet il bleffa dangereufement un
/Charretier & un Maréchal ; on l'arréta fur le
champ , on le conduifit chez un Juge de Paix ,
qui l'a fait renfermer dans la priſon de Newgate,
en attendant qu'on ait d'autres preuves an
térieures de fa folie.
ON
HOLLANDE ET PAYS-BAS .
N apprend de la Haye que les Etats one
fait préfent d'une Medaille d'or , de la va
leur de cent Ducats , à M. Van- Sanden , Ecuyer
de M. Van- Hoey , qui a apporté la nouvelle
que la Reine de France étoit heureufement ac-
Couchée d'un Dauphin.
Le 17. de ce mois , au matin , le Prince de
Naffau-Dietz , Statouder de Frize , fut reçu
Statouder de Groningue, avec les ceremonies &
formalitez accoûtumées, après quoi il reçut les
complimens des Députez de cette Province, &
l'après-midy il rendit vifite aux Préfidens des
differens Colleges .
Les Etats generaux ont renvoyé dans leurs
anciens quartiers les Détachemens de troupes
qu'ils avoient fait marcher pour donner
du fecours au Roy d'Angleterre , en cas qu'il
eut été obligé d'entrer en guerre avec le Roy
de Pruffe.
Hiiij LETTRE
2294 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE du Roy Très- Chrétien aux
Etats Generaux .
TRES - CHERS , GRANDS AMIS , ALLIE'S ET
CONFEDERE'S. La Divine Providence ayant
accordé à nos voeux & à ceux de nos Peuples
un Prince , que la Reine , notre chere Epouſe &
Compagne , a mis aujourd'hui au monde à trois
beures & demie du matin : Nous vous faisons
part avec plaisir d'un évenement qui nous comble
de joye , & auquel nous sommes perfuadés
que vous prendrez beaucoup de part. Nous attendons
cette nouvelle marque des fentimens
que nous fçavons que vous avez pour notre
Couronne & pour nous : Sur ce , nous prions Dieu
qu'il vous ait , Très - Chers , Grands Amis
Alliés & Confederés , en fa fainte & digne
parde Ecrite à Versailles le 4, Septembre 1729
Votre bon Ami , Allié & Confederé
>
LOUIS
Chauvelin.
梁熊熊默默默默默默默默默默默默默默默
> MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
›
tilhomme du Comté d'York , mourut
à Londres le 9 Septembre , âgé de 102. ans
accomplis ,
Le 31. Août , la Ducheffe de Wirtemberg ,
née Princefle de la Tour-Taffis, accoucha d'un
fils à Belgrade qui fut baptifé le lendemain ,
& nommé Eugene- Louis - Adam Jean Nepomusene
Jofeph Raphael. FRANCE
SEPTEMBRE . 1729 2295
hhhh
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 25. de ce mois , l'Abbé d'Albert ,
Lnommé par le Roi à l'Evêché de
Bayeux , fut facré dans l'Eglife des Dominicains
du Faubourg S. Germain , par
l'Archevêque de Rouen , affifté des Evêques
de Saintes & d'Avranches .
·
Victor Marie , Comte d'Eftrées , Maréchal
& Vice-Amiral de France , Premier
Baron du Boulonnois , Comte de Nanteüil
le Haudoin , Vice-Roi de l'Améri
que , Commandeur de fes Ordres , Grand
d'Espagne , Lieutenant General de la Mer
pour Sa Majefté Catholique , Gouverneur
des Ville & Château de Nantes , Lieutenant
General du Comté Nantois , Commandant
en Chef dans la Province de
Bretagne , prit féance , & prêta Serment
au Parlement en qualité de Duc & Pair
le Lundy 29. Août . Il donna ce même
jour une grande Fête chez lui , & un magnifique
Diner aux Pairs , à M. le Premier
Prefident , aux Prefidents à Mortier,
2 Mrs les Gens du Roi , & aux Confeillers
de la Grand'Chambre. Ce Repas fe
Hv donna
2296 MERCURE DE FRANCE:
donna dans un Bois de Maroniers qui occupe
la moitié de fon Jardin , où par le
moyen de deux grands Arbres qu'on
avoit coupez , il y avoit place pour
deux Tables de 32. Couverts chacucune.
Dans les environs il y avoit 3 Tables
de 16 , 14. & 10. Couverts . On fervit
gras & maigre ; rien n'y fut oublié
pour la délicateffe de la chere. La plus magnifique
Vaiffelle d'argent y étoit en trèsgrande
quantité , & l'on vit paroître dans
ce Repas la belle Vaiffelle de Porcelaine
de M. le Maréchal d'Eftrées. Tout le Jardin
étoit couvert de deux Tentes d'écorces
& de couti , par bandes , achetées exprès ,
& de Bannes dans les arrieres Allées . Tout
le pourtour du Jardin , & les enfoncemens
étoient garnis de trois tentures de
differentes Tapifferies. On voyoit fix Buſfets
remplis de Vaiffelle d'argent & de Porcelaine
ancienne pour le fruit , des Couteaux
à manche de Lacque de laChine à la
me d'argent,& autres de Porcelaine ; quatreBuffets
pour toutes fortes de Vins & autres
Liqueurs. Après le Repas , M. le
Maréchal d'Eftrées fit monter la Compagnie
dans fon Appartement , où il avoit
fait trouver les Muficiens du Concert Italien
, qui finirent la Fête , à laquelle on
ne peut rien ajoûter pour la magnificence.
ན
LS
SEPTEMBRE. 1729. 2197
Le Curé de S. Sulpice a fait préſent à
la Reine d'une Courtepointe magnifique
travaillée par les filles de la Communauté
de l'Enfant Jefus , les quatre coins font
enrichis de quatre Dauphins en Broderie ,
d'un ouvrage très recherché.
Le Roi a accordé un Brevet de Duc au
Marquis d'Alincour , petit -fils du Maréchal
de Villeroy. La Ducheffe , fon époufe,
fille de la Maréchalle de Bouflers , prit
le 8. de ce mois poffeffion du Tabouret
au Souper du Roy.
Le Gouvernement d'Aiguemorte , vacant
par la mort de M. Bufca , a été donné
le 8. de ce mois au Marquis de Perignan
, à la charge de 2000. livres
de penfion , en faveur de Mad¹¹ de
Bufca , foeur du défunt. Le Chevalier de
Daydi , a été fait Lieutenant des Gardes
du Corps , & il a obtenu la Brigade de
M. de Bufca.
L'Archevêque de Paris a nommé les
Abbez de Gontaux , Vivant , de Cofnac
d'Oppede , de Romigni , Parquet & Arnault
, pour fes Grands Vicaires , & l'Abbé
Couet , Official & Grand Vicaire .
Le 16. de ce mois ; on fit l'ouverture de
la Chambre des Vacations à la Tournelle
Criminelle ; c'eft le Prefident de Maifons
qui y préfida,& M. de Fleury, fils du Pro-
H vj cureur
2.98 MERCURE DE FRANCE
cureur General , âgé de 17. ans , fait les
fonctions de Subftitut de l'Avocat Gene
ral ; il commença par un très - beau Compliment
qu'il prononça avec beaucoup de
hardieffe & d'Eloquence ; enfuite il don- '
na fes conclufions pour deux Procès
avec autant de prudence & de jufteffe
qu'on auroit pû fouhaitter d'une perfonne
confommée dans cette Profeffion .
Le 28. Septembre il y eut Concert
François au Chateau des Thuilleries . Le
fieur Annibalino , fameux Muficien Ita
lien , & premier Acteur de l'Opera de
Londres , chanta feul pour la premiere
fois un Motet Latin dans le vrai goût de
la Mufique Italienne , & deux petits Airs
Italiens , le tout fut fort applaudi . Les S
Blavet & Guignon joüerent des Concerto ,
dont l'éxecution paroît toujours admirable.
La Dile le Maure chanta la Cantate
Andromede & Perfee , & on finit par le
Confitemini , Moret de M. de la Lande.
rs
On s'eft trompé en mettant dans la Gazette
d'Hollande que le fieur Peyrat , Accoucheur
de la Reine , avoit été annobli
depuis la deuxième Couche de S M. puifqu'il
avoit obtenu des Lettres de Nobleffe
pour lui & pour fon frere aîné à fon retour
d'Efpagne en 1721. où il étoit allé
par ordre du Roi de France.
Le fieur Grégoire ; Chirurgien-Juré ,
Accou
&
SEPTEMBRE . 1729. 2299
Accoucheur à Paris , qui avoit été mis au petit
Châtelet , fur de fauffes accufations que des
perlonnes mal intentionnez avoient fait contre
lui , en eft forti pleinement juftifié , avec
liberté entiere d'exercer fa Profeffion comme
il faifoit cy - devant , & il continue avec plus
d'applaudiffement & de fuccès que jamais.
SUITE des Réjouiffances publiques .
D
Epuis le 4. de ce mois , jour de l'heureufe
Naiffance du DAUPHIN , tous
les jours ont été marquez par des Meffes
Solemnelles , des Te Deum , & par des
Réjouiffances generales & particulieres au
fujet de cet heureux évenement. Les Feux
de joye , les Illuminations , les Fontaines
de Vin , & diftribution de pain & de
viande , les Feux d'Artifices , & Décorations
ingénieuſes , tout a été employé pour
célebrer cette glorieufe Naiffance. Nous
ferions plufieurs gros Volumes , fi nous
voulions entrer dans le vafte détail de
toutes les Fêtes & marques de joye , que
les Princes , les Seigneurs , & autres per
fonnes de diftinction , & même de fimples
Particuliers ont donné à cette occafion;
on tâchera de ne point omettre celles
qui meritent quelque diftinction , & fi
malgré notre application il y en avoit
quelqu'une d'oubliée , au premier avis &
fur
1500 MERCURE DE FRANCE:
*
fur un Mémoire exact , la choſe ſera bientôt
réparée.
Le Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris
, après avoir pris les ordres du Roy ,
partit de Verfailles le même jour de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN
pour venir à l'Hôtel de Ville donner les
fiens ; il étoit dans ſon Caroffe à fix Chevaux
, & fuivi de plufieurs Pages & d'un
détachement de fes Gardes à Cheval avec
un Officier à leur tête. Il jetta de l'argent
au Peuple qui fetrouva fur fon paſſa.
ge,depuis fon entrée à Paris jufqu'à l'Hôtel
de Ville , & fit la même choſe en allant
à fon Hôtel. Il a été tous les jours à
P'Hôtel de Ville avec le même Cortege ,
pour donner les ordres neceffaires pour
recevoir le Roi , & a continué de jetter de
l'argent en venant de fon Hôtel à la Ville ,
& en y retournant .
Le Mardy 6. Septembre , le Duc de Gêvres
, accompagné du Corps de Ville , alluma
le feu de fagots qui avoit été dreffé
devant l'Hôtel de Ville , & jetta de l'argent
pendant la Proceffion qui fut faite
autour du Feu .
Le Mercredy 7. il alla au Te Deum à
Notre Dame , magnifiquement vêtu , &
dans un fort beau Caroffe à 6. Chevaux ;
fes Pages étoient devant & derriere le Caroffe
; il étoit eſcorté de fes Gardes &
Suiffes ,
SEPTEMBRE. 1729. 2301
Suiffes , & de fa Livrée à pied ; fon Caroffe
étoit fuivi de plufieurs autres , dans
lefquels étoient fes Gentilshommes . Dès
que le Te Deum fut fini , le Duc de Gêvres
partit de Notre- Dame , & pour arriver
à l'Hôtel de Ville avec plus de diligence
pour y recevoir le Roi , il ne prit
qu'un détachement de fes Gardes à Cheval
. Il reçut Sa Majefté dans la Place , étant
à la tête du Corps de Ville , & lorfque le
Roy fut monté dans la grande Salle , avant
qu'on eut commencé de tirer lé Feu d'Artifice
, le Duc de Gêvres préſenta à S. M.
·les Officiers de la Ville.
Pendant le Souper du Roi , il tint une
Table à l'Hôtel de Ville qui fut fervie magnifiquement
, à laquelle il y avoit beau
coup de Seigneurs & de Dames.
Après le Souper du Roi , le Duc de
Gêvres , à la tête du Corps de Ville , reconduifit
Sa Majesté à ſon Caroffe , & enfuite
retourna à fon Hôtel , accompagné
d'un détachement de Gardes à Cheval ,
& des Carroffes de fa fuite.
Le Jeudy 8. le Duc de Gêvres alla å
Verfailles pour remercier le Roi de l'honneur
que Sa Majefté avoit fait à la Ville ,
& pour prendre avec M. le Cardinal les
mefurés neceffaires , au fujer du Dîné que
la Ville devoit donner le Lundy fuivant à
fon
1362 MERCURE DE FRANCE .
fon Eminence , & aux Ambaffadeurs &
Ministres Etrangers.
Le Dimanche 11. du même mois , le
Duc de Gêvres revint à Paris dans fon
Caroffe à fix Chevaux , accompagné de
fes Pages & d'un détachement de les Gardes
à Cheval , avec un Officier à la tête ,
& vint defcendre à l'Hôtel de Ville pour
y donner les ordres necellaires pour le
Dîné du lendemain ; il jetta , encore en
cette occafion de l'argent au peuple , ce
qu'il continua de faire le lendemain.
Le Lundy 12. il fe rendit à l'Hôtel de
Ville , accompagné de même que le jour
précedent. La Ville alla recevoir M. le
Cardinal à la Porte de l'Hôtel de Ville
& le Duc de Gêvres , accompagné des
Officiers & des Gardes en habits d'Ordonnance
, & de fes Gentilshommes , reçût
fon Eminence au haut du premier dégré.
Le Duc de Gêvres a fait les honneurs
de l'Hôtel de Ville , & a tenu une Table
où il y avoit beaucoup d'Ambaffadeurs &
de Seigneurs , & après le Repas il retourna
à fon Hôtel avec fon même Cortege.
Entre toutes les fuperbes Illuminations
qu'on a vûës à Paris , celle de la Place de
LOUIS LE GRAND merite une attention
particuliere , par la beauté du lieu
qui fournit des proportions à une fimétrie
admiSEPTEMBRE
. 1729. 2307
admirable , & par l'ordre & la magnificence
dont elle étoit illuminée . Cette Place
a la figure d'un octogone imparfait , qua
tre faces étant plus petites que les autres
La Statue Equeftre de Louis XIV . en
Bronze , fur un Pied - d'Eftal de Marbre
blanc , occupe le milieu ; elle peut contenir
dix mille hommes en Bataille , comme .
on l'a pû voir dans les revues qui y ont
été faites. L'Architecture qui régne partout
, eft d'ordre Corinthien , en Pilaftres
avec des Corps avancez , revêtus de Colomnes
, un au milieu de chaque face
qui portent des Frontons , dans les Tim
pans defquels on a placé les Armes de
France , avec leurs accompagnemens , &
des Figures affifes fur les Entablemens
&c. Il régne par tout fous ce grand ordre
un Stilobate ou Pied- d'Eftal continu , orné
de Kefends , dans lequel on a ouvert
les portes des maifons qui font en plein
ceintre , & dont les Clefs font couvertes
de beaux Mafcarons . Les Chapiteaux &
tous les ornemens de Sculpture , qui dé-,
corent ce grand ouvrage , font d'une agréa
ble execution , de même que les bandeaux
des fenêtres , &c .
Nous avons crû cette Defcription neceffaire
pour faire juger tout d'un coup de
l'effet admirable de l'illumination de cette
Place , dont les Corniches , les Plinithes ,
les
2304 MERCURE DE FRANCE .
les Cordons , les Ceintres , & les principaux
Membres de l'Architecture étoient
profilez de lumieres dans la plus exacte fimetrie.
Une autre circonftance qui donnoit
un grand éclat , & qui enrichiffoit
beaucoup ce brillant fpectacle , c'eft qu'au
lieu des Lanternes publiques , qui font de
chaque côté des deux entrées , du côté
des Feuillans & des Capucines , ainſi que
tout autour de la Place , on avoit mis
des Luftres de Criſtal à douze bobêches
garnies de bougies .
On doit diftinguer entre les belles Maifons
dont cette Place eft compofée , l'Hôtél
de la Chancelerie de France , fitué
très avantageufement & directement au
milieu , à gauche , en entrant par la rue
S. Honoré , qui par les ordres de M. Dagueffeau
, Chancelier de France , qui l'oce
cupe , étoit illuminé très- magnifiquement.
Une autre Maifon qui merite fort d'être
diſtinguée , c'eſt celle de M. de la Vieuville
, Secretaire des Commandemens de
la Reine , fituée dans la même Place .
Elle a été illuminée pendant trois jours
de fuite avec des Terrines & des Lampions,
comme les autres Maifons de la Place ;
outre cela on avoit mis une très - grande
quantité de Luftres & de Girandoles de
Cristal garnies de Bougies à toutes les
Fenê
SEPTEMBRE. 1729. 2308
Fenêtres du premier & du fecond étage ,
ce qui faifoit un effet tout des plus brillans,
& en même tems fort galand . On y a
vû un grand concours de monde qui a admiré
le bon goût & la nouveauté de cette
illumination . M. de la Vieuville eft dans
l'habitude de fe diftinguer dans ces fortes,
d'occafions , car à la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , étant Secretaire
des Commandemens de feüe Madame
la Dauphine , il donna une Fête magnifique
dans cette Place , qui fut pour
lors admirée de tout le monde , & dont
on s'eft rappellé les idées avec plaifir .
Le 7. Septembre , le Duc du Maine
fit illuminer fon Hôtel , ruë de Bourbon ,
depuis le haut jufqu'en bas , avec autant
de goût que de magnificence : les Berceaux
de fon Jardin , les Murs d'appui
& ceux des deux côtez , ainfi que les
Cheminées , étoient auffi profilez de Lampions
& de Terrines . Les Balcons furent
garnis de 12. douzaines de Flambeaux de
Cire blanche. Dans le Jardin , prefque
fur le bord de la Riviere , étoient trois
grandes Piramides de Lampions. Celle
du milieu portoit deux grandes L L. entrelaffées
, & celles des côtez , deux grands
Dauphins.
Lorfque le Roi paffa vis - à- vis le Pont
tournant des Thuilleries , on tira dans le
Jardin
2306 MERCURE DE FRANCE.
Jardin une très grande quantité d'Artif
ce. Dans les ceintres des Berceaux , étoient
deux Globes garnis de 6. douzaines de
Lances à feu & à fauciffons , couronnez
chacune d'une douzaine de Trompes à
5. décharges ; fur le mur d'appui , on
avoit placé o . douzaines de Pots à feu ,
à Egrettes , qui partirent tous enfemble
ainfi que 14. douzaines de Pots à feu fur
tretaux .
9
>
Au Faîte de l'Hôtel , fur une efpece de
plate -forme , au - deffus des Corniches
furent tirées 12. douzaines de Fufées au
Chevalet , 2 à 2. 3 à 3. & 4 à 4. Dans
les Trumeaux du Bâtiment , étoient 80 .
douzaines de groffes Fulées courantes
qui partirent en deux tems , & formerent
des Cafcades & des Napes de feu en ondulation
dans le Jardin , qui furprirent
très agréablement la vue. Sur le Fronton
de l'Hôtel étoit un Soleil fixe à г8 . rayons
& de 12. pieds de diamétre , qui fit un
effet prodigieux par fon brillant éclat . On
fit partir enfuite du Jardin trois Caiffes
les unes après les autres , garnies chacune
de fix douzaines de Fufées de differentes
groffeurs , & une très grande Caiffe garnies
de 12. douzaines des plus groffes Fufées
, ce qui répandit une quantité prodigieufe
de feu dans les airs , & y fit admirer
tout ce que l'art a de plus ingenieufement
SEPTEMBRE . 1729. 2307
ment recherché , & de plus furprenant ,
Le tout fut tiré très - vête & très à propos ;
dont Sa Majefté a paru très contente .
Le 17. du même mois , le Duc du Maine
fit tirer dans la Ménagerie de Madame
la Ducheffe du Maine , à Sceaux , un Feu
d'Artifice , où ce Prince , cette Princeffe ,
Madle du Maine , & toute leur Cour
étoient.
Le Pavillon fut illuminé depuis le haut
jufqu'en bas ; les ordres d'Architecture
ornez de Guirlandes de fleurs ; les Parte
res profilez de Lampions , & toute la broderie
deffinée ; les Allées du Jardin garnies
de Terrines , où l'on a employé dans
ce grand Terrain jufqu'à 25000. Lampions
ou Terrines .
Dans l'Allée , en face du Pavillon , étoit
un Portique de 24. pieds de haut , cou
ronné d'une grande Lune , & dans le milieu,
un Luftre d'illumination , orné de
guirlandes de fleurs. Achaque côté du Portique
étoit une Piramide terminée par un
Dauphin; le tout auffi garni de Lampions .
Si- tôt que le tout fut allumé , on
commença påt tirer so . Boëtes , enfuite
fix douzaines de groffes Fufées au Chevalet
, trois Caiffes . Les deux premieres garnies
chacune de fix douzaines de Fúfées de
toutes groffeurs , & la derniere de 10. douzaines
2308 MERCURE DE FRANCE
zaines de Fufées , toutes des plus belles ;
Io. douzaines de Pots à feu à égrettes ,
1o . douzaines de Pots à feu fur des Treteaux
, 80. douzaines de groffes Fulées
courantes , qui partirent toutes à la fois
en faifant un Berceau de feu dans l'Allée
de point de vue du Pavillon ; 12. Gerbes
de feu brillant , un Soleil fixe à 18. rayons,
à 3. pieds de haut , & trois autres Soleils
tournans , ce qui fit un très - bel
effer.
Le Prince de Rohan fit illuminer les 5
6 & 7 Septembre , toute la façade de fon
Hôtel en dehors ; la grande Cour des
Colonades & bâtiment en dedans , en
Lampions & Terrines , fuivant l'ordre
d'Architecture , qui fait un fi bel ornement
; le Veſtibule d'en bas , le grand ef
calier , & le vafte Salon d'en haut en Bougies
, avec de grands feux dans la Cour ,
au bruit des Timballes , Trompettes &
Violons. L'arrangement ingenieux des lumieres
, & le coup d'oeil gracieux qu'elles
produifoient , attirerent un nombre infini
de perfonnes , de tous états , qui y ont
formé des Bals , & danfé toutes les trois
nuits. Nous n'entrerons pas dans un plus
grand détail , mais pour que le Lecteur
puiffe bien juger de l'effet de l'illumination
, nous n'avons qu'à donner ici en peu
de mots une idée de cet Hôtel.
La
1
SEPTEMBRE. 1729. 2309
"
La principale entrée du côté de la rue
de Paradis , eft dans un enfoncement de
forme circulaire & décoré de chaque
côté de deux Groupes de Colomnes Corinthiennes
, avec leurs couronnemens en
reffaut , fur lefquels on voit les figures
d'Hercule & de Pallas. Le milieu en attique
eft occupé par les Armes de la Maiſon
de Soubife , & aux côtez des trophées de
diverfes Armes.
La Cour qui occupe un fort grand ter
rain , eft terminée par une grande façade
d'Architecture , formée à rez de chauffée
par une décoration de huit Colomnes
couplées d'ordre compofite , entre lefquelles
font trois ouvertures ceintrées ,
qui conduifent dans le Veſtibule , au bas
du grand Escalier . Le même nombre de
Colomnes d'ordre Corinthien , forme un
fecond ordre fur le premier ; le tout terminé
par un grand fronton , fur lequel
on voit deux figures à demi couchées , &
des Groupes de Génie fur les encoignures
, qui font un fort bel effet. Pour accompagner
ce morceau d'Architecture
avec le Peristyle qui enferme toute la
Cour , on a ajoûté de chaque côté des
Groupes de Colomnes du même ordre
avec leurs Entablemens , fur lefquels on
voit les figures des quatre Saifons avec
leurs Attributs. Cette Cour eft fort gran
de
2310 MERCURE DE FRANCE .
de , d'une forme réguliere , & il n'y en a
´point à Paris qui lui foit comparable pour
fon étendue & pour fa décoration . Le Periftyle
eft foutenu de Colomnes couplées,
d'ordre compofite , avec des Pilaftres qui
y répondent , pour former un Corridor ,
à la faveur duquel on va à couvert tout
autour. Il régne fur l'Entablement continu
, une Balustrade avec des pieds - d'Eltaux
fur les Colomnes , ce qui fait une
très-riche décoration .
L'Escalier principal eft grand & bien
éclairé , & le Veſtibule , au travers duquel
on paffe pour y arriver , eft ouvert
de tous côtez par des Arcades fermées de
portes de fer , bien travaillées & dorées.
Avec cette Delcription il fera aifé de fe
former une idée jufte de toute l'Architecturc
& des ornemens de cet Hôtel , & de
l'effet admirable que devoient faire une
quantité prodigieufe de lumieres placées.
avec art.
Le 7. au foir , les quatre Princes de
Soubile , petits - fils du Prince de Rohan ,
firent tirer fur les Tourelles de leur Château
de Vigny , à 3. lieuës de Pontoiſe
une centaine de coups de Canon , qui furent
réïterés le lendemain de grand matin ,
& renouvellés à 9. heures , à midy & à
trois heures. Sur les cinq à fix heures ,
l'Abbé de Canappeville , Confeiller au
Parle
SEPTEMBRE. 1729 2311
Parlement de Rouen , & Grand - Archidiacre
du Diocèle , entonna le Te Deum
dans l'Eglife de Vigny , au bruit réïteré
du Canon & des Cloches. Après le fouper,
la Compagnie que les Princes avoient
invitée , fut placée fur un Amphitheatre
dreffé vis à-vis la grande façade du Château
qui étoit entierement illuminé , on
tira un beau Feu d'artifice , entremêlé de
Salves de Canon , qui ne ceffa de tirer
qu'à une heure après minuit. Les Payfans
du Village , & ceux des environs , que
cette Fête avoit attirés , firent retentir l'air
de fréquents Vive le Roy , en bûvant le
Vin qui leur fut donné à diſcretion .
>
Le 7. de ce mois le fieur de Boullongne
ayant trouvé trois Bateaux chargez de
Bois à remonter à la fois du Pont Royal
au l'ont Neuf , où fa Machine eft fixée
il en donna le fpectacle au Roi , en leur
failant fuivre la marche ; lorfque Sa Majefté
fut vis à- vis le Port aux Paffeurs ;
elle fit arrêter fon Caroffe & féparer les
Troupes qui bordoient le Quai pour
mieux examiner la viteffe avec laquelle
la Machine remontoit ces trois Bateaux .
Le Roi fit encore arrêter vis - à- vis la ruë
des Poulies , d'où Sa Majesté vit les infcriptions
de vive le Roi , vive la Reine
vive Monfeigneur le DAUPHIN , qui
I étoient
2312 MERCURE DE FRANCE,
S
étoient fur les Etendarts de la Machine ;
& fur celui qui étoit fur le premier Bateau ,
Après le paffage du Roi , le fieur de
Boullongne eut l'honneur de faluer Sa Ma
jefté par la décharge de 60. Boëtes , qui
fervirent d'entre- acte aux décharges qui
furent faites par les Régimens des Gardes
Françoifes & Suiffes.
Le foir , il fit une illumination en lettres
de feu de vive le Roy , fuivie de 100.
Terrines placées en fimetrie fur fa Machine
. Le tems & la rareté des Ouvriers
ne lui ayant pas permis d'en faire davantage
, il fe contenta de faire faire encore
une autre décharge de o Boëtes au retour
du Roi.
Le 9. l'Univerfité en Corps fit une
Proceffion extraordinaire , & alla à l'Eglife
de S. Paul , où après une Meffe Solemnelle
, elle fit chanter le Te Deum, en
Action de graces de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN.
Le 10. Septembre au matin , le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , la Cour des Monnoyes & le
Corps de Ville , eurent Audience du Roi ;
les Chefs des Compagnies porterent la
parole , & complimenterent S. M. fur la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN .
Le lendemain matin , le Grand - Confeil
s'ac
SEPTEMBRE . 1729. 2313
•
' acquitta du même devoir , le Premier
Préfident portant la parole. M. Benet ,
Recteur , à la tête de l'Univerfité , complimenta
le Roi fur le même fujet. L'Académie
Françoife eut enfuite Audience
du Roi , & M. de la Motte , Directeur
de cette Académie , porta la parole en
ces termes :
SiIRE ,
Quelque grande que foit la joye de Votre
Majefté , elle doit redoubler encore à la
vûë de celle de vos Peuples. Heureux les
Princes dont les profperitez font des biens
publics.
Oni , SIRE , ce que la joye.fait aujour
d'hui fur moi , elle le fait fur tous vos Sujets
: Toutes les douleurs fontfoulagées . Les
Actions de Graces font dans toutes les bouches
& dans tous les coeurs , & les fignes
de l'allegreffe , tout éclatans qu'ils paroiffent
, font encore loin d'en égaler lè fentiment.
Jugez- en , SIRE , par les avantages que
raffemble pour nous un évenement fi désiré.
Nous voyons dans le Prince qui vient de
naître , la fatisfaction d'un Roi qui nous
aime , & qui ne veut de felicité que pour
nous , les délices d'une Reine , qui regarde
ce don du Ciel comme un gage nouveau de
Lij votre
2314 MERCURE DE FRANCE .
votre coeur ; le plus cher interêt de la Narion
, qui va voir votre ſageſſe ſe multiplier
dans un autre vous même ; la tranquillité
conftante de toute l'Europe , qui fera
votre gloire & jon heritage .
>
Puiffions nous , SIRE n'avoir à célé
brer que cette tranquillité dans le plus long
& le plus heureux de tous les Regnes ! Puiffe
Ange de la Paix éclairer toujours vos
confeils ! Puiffiez - vous nouveau Salomon
, plein de fes vertus , exempt de fes
foibleffes, & couvert de la gloire la plus
folide , défabufer les hommes de cette gloire
militaire qui fait toujours le malheur des
Nations, & qui par le prix qu'elle coûte ,
devroit faire la douleur des Heros mêmes
qu'elle couronne. Voilà quels font les fèntimens
, quels font les voeux de l'Académie
Françoife pour V. M. & pour moi , SIRE ,
pardonnez moi mon transport ( dans quelle
occafion feroit- il plus pardonnable de s'onblier
) malgré toutes mes privations , toutes
mes douleurs , ce jour est fans doute le
plus beau de ma vie , puifque j'ai pû mêler
, en préfence de mon Koi , le témoigna
ge de ma proprejoye à celui de l'allegreffe
univerfelle.
M.
SEPTEMBRE . 1729. 2315
M. DE LA MOTTE , après la Harans
gue , dit ces Vers au Roy .
A Ujourd'hui la bonté fuprême ,
De LOUIS a comblé les voeux.
Quels voeux ferions nous pour nous -même ?
Rien ne nous manque ; il eft heureux.
Joye ingénuë , aimable guide ,
Viens régler ma lyre & mon chant.
Tout ornement eft infipide ,
Où le vrai feul eft fi touchant.
Eh ! pourquoi du Dieu du Permeffe
Trions- nous emprunter la voix ?
Le Peuple en fes cris d'allégreffe
Eft le Pindare des bons Rois.
Europe , fignale ta joye ;
Un Aftre bienfaiſant t'a lüi.
Rend graces au Ciel quite l'envoyez
Que de biens naiffent avec lui.
讚
Dans ce don feul , notre efperance.
Voit mille autres dons réunis :
I iij
Lea
2316 MERCURE DE FRANCE
Les Peres y goûtent d'avance
Le bonheur de leurs petits- Fils.
HARANGUE
MADA ADAME ,,
pour
la Reine.
Goutez aujourd'hui le prix de vos vertus
: Elles ont obtenu du Ciel ce que nous
Ini demandions par tous nos voeux.
Ces Vertus qui vous ont élevée à la premiere
place du monde , qui vous ont affo-.
ciée au fort d'un Epoux auffi digne de tout
votre Amour , que Votre Majesté l'eft de
tout le fien ; ces Vertus méritoient que le
Ciel confommât fon ouvrage , & qu'il vous
accordat ce trince , dont la naissance eft aujourd'hui
la Fête de toute l'Europe . Oni ,
MADAME , au milieu de notre joye ,
nous en félicitons nos Voifins , c'est pour
eux & pour nous le lien d'une paix durable
, & la conciliation de tous nos interêts.
qu'il croiff fous vos yeux , pour apprendre
à vous imites jettez dans fon coeur les
fondemens folides des vertus Royales ,
des qualitez héroïques , en le formant à
cette pieté , qui ne connoit rien de grand
que la Juftices qu'au milieu de la douceur
de vos carffes , il recueille le fruit de vos
exemples , & que par fes heureux progrès
نم
le
SEPTEMBRE. 1729 2317
la joye de fa Naiffance fe renouvelle pour
vons tous les jours .
HARANGUE faite à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , le même jour.
MONSEIGNEUR ,
Vous êtes l'objet de notre joye , fans la
comprendre , & fans pouvoir la partager.
Nous ne fçaurions encore vous faire entendre
nos fentimens ; il ne nous reste que
des voeux à faire en votre prefence. Puif
fiez- vous tenir à la France , à l'Europe ;
à l'Univers , tout ce que votre Naiffance
lui promet. Nous l'efperons , non fur des
préfages frivoles , mais fur les fondemens
les plus folides . Le Sang des Héros qui
coule dans vos veines , les vertus d'une
Mere , qui par la force de l'exemple de
viendront bientôt les vôtres ; l'habileté des
mains chargées de votre éducation , & ac •
coûtumées à former des Rois ; Voilà MONSEIGNEUR
, les garants fideles de vos
progrès de notre bonheur.
Toutes les Compagnies , qui après l'Audience
de S. M. ont eu l'honneur de
complimentter Monſeigneur le Dauphin,
ont été prefentées , avec les ceremonies
ordinaires , par le Comte de Maurepas
Hij Se2318
MERCURE DE FRANCE.
" Secretaire d'Etat & conduites par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des
Ceremonies , & par M.Defgranges , Maître
des Ceremonies .
L'Archevêque de Paris ayant donné le
6. de ce mois , un Mandement , par lequel
, conformément aux ordres du Roi ,
qu'il avoit reçûs la veille , il ordonnoit
pour le 11. une Proceffion folemnelle du
Chapitre & du Clergé de l'Eglife Métropolitaine
, & des Proceffions particulieres,
les Eglifes Paroiffiales , les Communautez
Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Faubourgs de Paris , allerent pro
ceffionnellement ce jour- là à l'Eglife Métropolitaine
, depuis fept heures du matin
jufqu'à midy , pour remercier Dieu de
Ph ureux accouchement de la Reine &
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
. Au retour des Proceflions, on chanta
dans toutes les Eglifes une Mefle folemnelle
& un Te Deum , pour le même
me fujet. L'après midi , le Chapitre de
P'Eglife Métropolitaine , à la tête duquel
étoit l'Archevêque de Paris , fit autour
de la Cité , dont toutes les ruës étoient
tendues , la Proceffion accoûtumées en
pareille occafion ; le Corps de Ville y
affifta en ceremonie.
Le Lundi 12. de ce mois , le même
Corps donna dans l'Hôtel de Ville un
grand
SEPTEMBRE. 1729. 2319
grand repas , auquel fe trouverent le Car.
dinal de Fleury , le Garde des Sceaux
les Ambaffadeurs & Miniftres Etrangers ,
les Ambaffadeurs Plenipotentiaires qui
font à Paris , la plus grande partie des Seigneurs
de la Cour , les Chefs des Cours
fuperieures , & un grand nombre d'autres
perfonnes de diftinction. On avoit
mis dans la Grande Salle de l'Hôtel de
Ville, trois tables égales de 45. couverts,
qui furent fervies avec autant de délicateffe
que de profufion , ainfi que plufieurs.
autres tables qui étoient dans d'autres Salles.
La grande magnificence & l'ordre
de cette Fête ont dignement répondu à
tous les foins que le Gouverneur de Paris ,
le Prévôt des Marchands & les Echevins
s'étoient donnez , pour qu'elle pût être
digne de l'heureux évenement qui en a
été l'occafion .
La grande Salle étoit ornée de la même
maniere que le jour que le Roi y
étoit venu. Les trois Tables furent fervies
en même temps vers les deux heures
. On fortit de table à cinq , & lorfque
les Convives furent entrez dans une Salle
voifine où l'on fervit du Caffé , tout le
Deffert des trois tables , qui étoit des plus
magnifiques , fut abandonné au Peuple.
Pendant le dîner il y eut une très - belle
Mufique que M. Mouret , Muficien or-
1 v dinaire
2320 MERCURE DE FRANCE .
dinaire de la Chambre du Roi , fit exe
cuter.
Le Jeudi 15. les Fermiers Generaux
firent chanter une Meffe folemnelle &
un Te Deum , dans l'Eglife de S. Euftache ;
l'Eglife fut tendue de magnifiques Tapifleries
, & ornée d'une grande quantité de
Luftres & de Girandoles . On y fit l'Office
très -majestueufement , & tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre .
Le 16. les Receveurs Generaux des
Finances firent celebrer pour le même
fujet , dans l'Eglife de la Maifon Profeffe
des Jefuites , une grande Meffe qui fue
fuivie d'un Te Deum.
Le même jour , les Payeurs des Rentes
firent auffi chanter une Meffe folemnelle
& un Te Deum , dans l'Eglife des Peres
de la Mercy.
Les Princes & Princeffes du Sang ont
donné des marques éclatantes de leur zele
dans cette occafion , le Palais Royal a
paru illuminé pendant 4. nuits en Alambeaux
de cire blanche , avec des Feux
&c. L Hôtel de Condé & l'Hôtel de Conty
, ont été illuminez auffi avec beaucoup
de magnificence, en flambeaux , en terrines
& en lampions , avec des Portiques
Piramides , &c.
Le 15. Madame de Bourbon , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de S. Antoine des
Champs
SEPTEMBRE. 1729. 2328
Champs , fit tirer un très - beau Feu d'artifice
, avec illumination , &c. La Ducheffe
de Bourbon , la Princeffe de Conty , &
les deux Princes fes fils , furent invitez
à cette Fête.
On a vû les mêmes marques de joye à
l'Hôtel de la Princeffe de Conty , premiere
Douairiere , à l'Hôtel du Maine &
à l'Arfenal , à l'Hôtel de Toulouſe , &c.
où les illuminations magnifiques & les
Feux ont été repetez pendant quatre jours,
avec des Fontaines de vin , & c .
Le Maréchal de Villeroy ne pouvant
aller à la Cour , à caufe de fon grand âge,
a écrit au Roy , pour marquer à S. M. la
joye qu'il a de la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN. Il apprit cette heureufe
nouvelle à fon Château de Villeroy
; fon préinier foin fut de rendre graces
à Dieu en faifant chanter un Te Deum ;
& fe livrant enfuite au contentement dont
il étoit penetré , il en donna tous les témoignagnes
poffibles ; tout le Château
parut très bien illuminé on entendit
plufieurs falves de canon , des Feux , & c .
9
Le Dimanche onze Septembre les
fix Corps des Marchands préfentez par
M. le Duc de Gelvres , Gouverneur de
Paris , eurent l'honneur de complimenter
le Roi à Verfailles fur la Naiffance de
Monſeigneur le DAUPHIN , qu'ils eurent
I vj
aufi
2322 MERCURE DE FRANCE:
auffi l'honneur de complimenter enfuite ;
préfentez par le même Seigneur.
Le Mardi 13. les mêmes fix Corps ,
en actions de graces de cette Naiffance , &
de l'heureuſe délivrance de la Reine , firent
chanter une Meffe folemnelle & le
Te Deum dans l'Eglife de Saint Eustache,
qui étoit parfaitement bien ornée . Le
Lieutenant General de Police & le Procureur
du Roi y affifterent.
A l'occafion de l'heureufe Naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN , M. le Chevalier
d'Orleans , Grand- Prieur de France,
a fait chanter le Samedi 17. de ce mois ,
dans l'Eglife Paroiffiale du Temple , un
Te Deum en Mufique, à grand Choeur , de
la compofition du fieur Antonio, ci- devant
Violon de feu S. A. R. qui fut fort aplaudi .
M. le Chevalier d'Orleans y afifta avec
M". les Baillifs , Commandeurs & Chevaliers
de Malte , où se trouva un grand
nombre de perfonnes de confideration ;
on fit couler enfuite deux fontaines de vin
à la porte de fon Hôtel .
Les Confeillers Secretaires du Roi ,
Mailon , Couronne de France & de fes
Finances , ont fait chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Celeftins , enfuite d'une
Meffe folemnelle . Le 1 9. de ce mois , les
differens Corps & Communautés de cette
grande Ville , ont rendu à Dieu de pareilles
SEPTEMBRE. 1729. 2323
reilles actions de graces à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
au
Le 25. Septembre, Madame d'Orleans,
Abbeffe de Chelles , fit chanter dans fon
Abbaye un Te Deum , au fujet de la naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN ,
bruit de quantité de boëtes ; le foir , les
barimens neufs qu'a fait conftruire cette
Princeffe Abbeffe , furent entierement illuminés
; il y eut une grande quantité de
fufées tirées & nombre de boëtes ; il fut
diftribué à la porte de l'Abbaye du pain &
du vin aux habitans de Chelles & à tous
ceux qui y vinrent des Villages voisins .
Les Religieux Dominicains du Noviciat
du Fauxbourg S. Germain le font
diftinguez dans cette joye publique , nonfeulement
durant les trois jours qui ont
fuivi la grande & heureufe nouvelle , par
des décharges de boëtes , & d'autres démonstrations
, mais encore depuis à l'occafion
de la réception de Monfeigneur le
DAUPHIN , dans la Confrairie du Rofaire
, ce qui arriva le 15. de Septembre
en prefence du R. P. Lombard , Prieur de
cette Maifon . Le Dimanche 2. Octobre
jour de la Fête de cette fainte Inftitution ,
on chanta un Te Deum à grand Choeur &
fimphonie , de la compofition de M. de la
Tour , en actions de graces , & il y eut le
foir des feux , des illuminations , &c.
2324 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. Septembre , les Officiers de la
Jurifdiction du Grenier à Sel de Paris ,
firent chanter une Meffe folemnelle , le
Te Deum & l'Exaudiar , en l'Eglife des
P. P. Cordeliers , & le foir il y eut des
illuminations à leurs Mailons , & d'autres
marques publiques de réjouiffance.
Les Marchandes de Marée de la Hale
& du Marché du Fauxbourg S. Germain ,
ont auffi complimenté le Roi fur la naiffance
de Monfeigneur le DAUPHIN , la
Dame Gelée & la Dame Dutrou portant
la parole. Leur petit difcours fut moins
fleury & moins éloquent que plein de
fens , d'ardeur & de zele pour la perfonne
du Roi & pour la Famille Royale. S. M.
ordonna qu'elles fuffent bien regalées .
La joye des Peuples à la naiffance de
Monfeigneur le DAUPHIN , a été univerfelle
. Les Villes des Provinces l'ont
difputé à la Capitale du Royaume , &
pour faire éclater leurs tranfports , la
plupart n'ont pas attendu les Ordres de
la Cour . Heureux le Roi qui voit un
Peuple qu'il aime , fi ardent à lui donner
des marques de fon amour & de fon zele.
Auffi- tôt qu'on apprit à Chalons - fur-
Saône une nouvelle fi interreffante , le
Préfilial fur la déliberation qu'on avoit
dreffée , M. Barault fit chanter dans la
Chapelle du Palais , un Te Deum en Mufique
,
SEPTEMBRE. 1729. 2329
fique , auquel furent invités le Lieutenant
de Roi , le Major de la Place , toute la
Maiſon de Ville , deux Députés des Chapitres
, & des Maiſons Religieuſes , le
Corps des Avocats & des Procureurs . Le
foir ily eut grande illumination , fuperbe
Feu de joye , fouper magnifique , & Concert
pendant le repas . Plufieurs décharges
des 24. piéces de Canon qu'on avoit
placées fur les bords de la Riviere interrompirent
agréablement le fpectacle.
M. Barault fut chargé de faire executer
la Fête qu'il avoit propofée , & il s'en
acquita à la fatisfaction de tout le monde .
La Ville de Bourges a fait de grandes
réjoüiffances pour la naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , & l'heureux
accouchement de la Reine ; toutes les
autres Villes du Berry,à l'exemple de leur
Capitale , ont fait la même chofe , pour
marquer au Roi leur zele & la joye qu'ils
reffentent ; & cela a été executé par les
bons ordres que le Gouverneur de la
Province leur a donné à ce fujet.
ont
Les Peuples du Duché de Bourgogne
la premiere Pairie du Royaume ,
donné des marques éclatantes de leur
joye pour la naiffance du DAUPHIN,
M. de Berbifey , premier Préfident du
Parlement , ayant reçu les ordres du Roi,
fit
2326 MERCURE DE FRANCE :
fit affembler cette Compagnie qui fit
chanter un Te Deum magnifique dans la
Salle du Palais à Dijon . Le 12 Septembre
au foir , le premier Préfident fit illuminer
toute fa Maifon , fit couler plufieurs fontaines
de vin , diftribua beaucoup de vivres
au Peuple , & après un Concert de
Mufique très nombreux , & compofé
exprès pour cette Fête , il fit tirer un
très beau Feu d'artifice , & donna un trèsgrand
fouper à plus de 60 perfonnes de
diftinction , où la délicateffe des Mets ,
& des Vins les plus exquis fut employée .
·
Le 2. de ce mois , les Officiers de l'Hôtel
de Ville de Reims , firent tirer un
magnifique Feu d'artifice , orné de figures
fimboliques , d'emblêmes & de devifes
qui avoient rapport à la joye de toute la
France. Le même jour le Palais Archiepif
copal & toute la Ville furent magnifiquement
illuminées . On fit couler en même
temps des fontaines de vin dans toutes
les Places de la Ville .
Nous plaçons ici le compliment que
M. l'Archevêque de Paris eut l'honneur
de faire au Roi , lorfque S. M. vint à
I'Eglife Métropoliaine , comme on l'a dit
dans le premier volume de ce mois , tems
auquel le Difcours ne nous étoit point
parvenu.
SIRE
SEPTEMBRE. 1729. 2327
SIRE ,
Le Dieu de mifericorde a exaucé les
voeux de VOTRE MAJESTE ' . Flêchi
par les inftanes prieres de notre pienfe
Reine , il nous a accordé un Dauphin fi
defiré , & fi nécessaire au bien de votre
Etat ; en affermiffant votre Throne par ce
don précieux , il le présente à toute l'Europe
comme la pierre angulaire qui en
unit toutes les parties , & ne laiffe à vos
Sujets d'autres objets que celui de fervir
VOTRE MAJESTE ' & de lui plaire.
Une protectionfi marquée exige , SIKE ,
toute votre reconnoiffance . C'est pour yfatisfaire
que VOTRE MAJESTE ' viens
aux pieds des Autels rendre graces à ce
Dicu de bonté. La pieté & la religion qui
vous y amènent , affarent à l'Eglife la
protection que VOTRE MAJESTE' lui a
promife le jour de fon Sacre. Fidele à ce
ferment , Dieu le fera à son tour envers
VOTRE MAJESTE' ; il vous comblera
de fes graces , & prolongera vos jours
pour voir la géneration la plus reculée de
Get Augufte Enfant .
SUITE
2318 MERCURE DE FRANCE .
SUITE des Médailles du Roi. Naif
fance de Monfeigneur le DAUPHIN .
D
E toutes les Médailles Grecques &
Romaines qui enrichiffent les Cabi- |
nets , & de toutes celles qui ont fuivi depuis
le rétabliffement des Arts , il n'en eſt
aucune qui mérite de nous une plus grande
attention que celle qui vient d'être
frappée fur le grand Evenement de la
Naiffance du DAUPHIN . jamais
Epoque ne fera plus celebre dans notre
Hiftoire , & ne fera plus digne de paf
fer à la pofterité la plus reculée , que celle
qui paroit fur cette Médaille.
On y voit d'un côté la tête du Roi ,
couronnée de Laurier , avec la Legende
ordinaire LUDOVICUS XV . REX CHRISCl
TIANISSIMUS . Et fur le Revers ,
bele avec fes Attributs , tenant un Enfant
fur fes genoux , qu'elle regarde avec complaifance
; elle eft affife fur le Globe de
la Terre , où eft décrite cette Partie de
l'Europe que contient la France . Pour
Infcription VOTA ORBIS Les Voeux du
Monde accomplis . Et dans l'Exergue Nî-
TALES DELPHINI IV . SEPTEMBRIS
M DCC XXIX . Naiſſance du Dauphin
le 4. Septembre 1729 .
La Tête de cette Médaille a été gravée
par
SEPTEMBRE . 1729. 2329
par M.'du Vivier , de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , Graveur
des Médailles de l'Hiftoire du Roi , d'après
le modele en cire d'un Buſte de S. M.
executé par le même M. du Vivier , de la
maniere que nous l'avons expliqué dans
le Mercure du mois d'Avril dernier page
453. On peut affurer que cet habile
Artiſte a parfaitement bien réuffi en imitant
fon modele , & qu'il a répondu à
l'attente des connoiffeurs ; fon Art ayant
ici réuni plus que jamais la reffemblance
& la fimplicité. Le Revers eft de M. Rog,
dont la capacité eft fort connuë.
Il femble , au refte , que dans ce grand
Evenement , l'un des plus beaux Arts fe
foit en quelque façon furpaffé , non- feulement
par la beauté de l'Ouvrage , mais
encore par la diligence de l'execution
puifque dès le lendemain de la Naiffance
du DAUPHIN plufieurs de ces Médailles
frappées en or furent préfentées au Roi ,
par le Duc d'Antin .
ARREST S.
RREST du Parlement du 4. Tuiller
Aqui juge que la Coutume de Vitry city
uneCoûtume d'égalité parfaite en ligne directe
& non en collaterale,
AR
2330 MFRCURE DE FRANCE:
ARREST du 5. Juillet, qui ordonne que les
Marchandifes étrangeres qui feront tranſpor
tées de la Foire de Baucaire à Lyon , feront
exemptes du droit de deux & demi pour cent
qui fe perçoit au Bureau de la Douanne de
ladite Ville ,à la charge par les proprietaires ou
conducteurs del dites Marchandifes , de reprefenter
aux Commis de l'Adjuзicataire des Fermes
à la Foire de Baucaire l'acquit de paye
ment des Droits d'entrée , au lieu duquel il
fera délivré un Certificat pour
accompagner
lefdites Marchandiſes.
AUTRE du même jour , qui confirme une
Ordonnance de M. l'Intendant de Metz du
21. Décembre 1724. & condamne les Adminiftrateurs
de l'Hôpital de Bon Secours de ladite
Ville , de payer les Droits d'Amortiffement
tant des Heritages par eux acquis , pour
ledit Hôpital , que d'une Maiſon leguée pour
caufe de Fondation ,
ARREST de la Cour des Aydes , du 8. Juillet
, qui , fans s'arrêter à la Requête des Officiers
& Receveur au Grenier à Sel de Perone
tendante à ce que le Fermier fût garant &
refponfable d'un prétendu vol de Sel , fait par
un trou qui s'est trouvé au plancher dudit Grenier
, ainfi que des frais de remefurage de la
maffe , & des réparations du plancher ; déclare
nuls les Procès- verbaux de vifites faits
par lefdits Officiers , les déboute de leurs demandes
, & les condamne aux dépens .
ARREST du 19. Juillet , qui ordonne
Impofition en 1730. fur les vingt Generali
Itez des Pays d'Election d'une fomme de cinq
cens mille livres , pour être employée au curage
SEPTEMBRE . 1729. 233r
rage & nettoyement du Port & Havre de la
Ville de la Rochelle & à l'enlevement de la
Barre du Port de la Ville de Bayone.
AUTRE du même jour . qui décharge du
Controlle tous Actes & Exploits faits à la
Requête des Procureurs du Roi dans les Maitrifes
des Eaux & Forêts ; & fait deffenies aux
Fermiers , Sous-Fermiers, Commis & Prepoſez
d'exiger aucuns Droits.
AUTRE du 2. Août , qui proroge pendant
un an , à compter du premier Octobre prochain
, la moderation des Droits cy- devant
accordée fur les Beures & Fromages venant
de l'Etranger, & fur ceux du crû du Royaume .
AUTRE du même jour , qui proroge pendant
un an , à compter du 23. Octobre prochain
, la permiffion cy - devant accordée aux
Négocians Franço s qui font le commerce des
Illes & Colonies Françoifes de l'Amerique
de faire venir des Pays étrangers des Lards ,
Beures , Suifs , Chandelles & Saumons falez
fans payer- aucuns Droits.
On donnera dans le prochain Mercure
la fuite des Fêtes qui ont été données dans
diverfes Villes , dans la Marine , & c .
qui n'ont pù trouver place dans les deux
volumes de ce mois.
AP;
TABLE .
P
leces Fugitives . Sur la Naiffance du DAUPHIN
, 2121
Deffenfe , &c, fur l'impoffibilité de certains
Arts , 2126
Madrigal fur la Naiffance du Dauphin , 2139
Difcours fur la Nobleffe ,
Epitre fur la Naiffance ,
Fête à la Place des Victoires ,
Autre Epitre fur la Naiffance ,
Fête à S. Germain en Laye ,
Stances fur la Naiffance ,
2140
2155
2158
2165
2168
2173
2175 Fête donnée par le Roi Stanillas , & c.
Réjouiffances du Régiment Dauphin 2184
Chanfon , Dialogue fur la Naiffance du DAUPHIN
,
Réjouiffances faites à Richelieu ,
و
2190
2194
2198
2199
2201
Extrait d'un Difcours fur la Naiffance , 2204
Madrigal à la Reine ,
Réjouiffance à Cîteaux ,
Chanfon fur la Naiffance ,
Lampons , Chanfon fur la Naiffance . 2207
Réjouiffance à Meaux ,
2209
Madrigal , 2211
Réjouillance à Lyon , 2216
A Monfeigneur le Dauphin , Vers , 2220
Réjouiffance à Troye , 2221
Enigre ,
2229
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts ,& c. 2230
Nouveau Théatre Italien ,
La Grammaire de Veneroni ,
Journées amufantes ,
Obfervation fur une Comete ,
Tempête & Phénomene furprenant ,
Dictionnaire Italien , Della Crusca,
La Dauphine , nouvelle Fanfare notée ,
Spectacles ,
2231
2234
Ibid.
2233
2239
2240
2246
2246
2247
2259
Manlius Capitolinus , Extrait ,
Le Feu d'artifice , Comedie , Extrait ,
Le Corfaire de Salé , Comédie , Extra t , 2266
Les Spectacles malades ,Comedie, Extrait 2270
L'Opéra Comique, Impromptu du Font N f
fur la Naiffance du Dauphin & Couplets , 2275
Nouvelles du Temps, de Turquie, Incendie de
Conftantinople , & c.
2285
D'Affrique, Ruffie, Pologne, Allemagne , 2287
D'Italie , d'Angleterre & Hollande , 2290
Lettre du Roi aux Etats Generaux , 2294
Morts & Naiffances des Pays Etrangers , Ibid,
France , Nouveiles , & c.
Suite des Réjoüiffances , & c .
2155
2295
Illumination de la Place de Louis le Grand, 2302
Fêtes à l'Hôtel du Maine à Paris & à Sceaux
2305
2308
Illumination à l'Hôtel de Soubife ,
Harangue au Roi , & c. Vers par M. de la
Motte , 2313
Feftin à l'Hôtel de Ville aux Miniftres & Ambaffadeurs
,
Difcours au Roy ,
2/318
2327
Médaille du Dauphin , en taille- douce , 2328
Arrêts ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
2329
Age 2230. lig . 19.Marconni, lif. Marconay
2246. PA l. 5. fils , 1. un fils.
P. 2253.1 . derniere , fait l. fit.
P.
2255. 1. 12. Manlius
, L. Servilius
.
P. 2257. l. 18. relever , l, reveler .
Ibil. 1. 24. fe , l . le.
P. 2282. l. 11. qui 7. qu'il.
P. 2284. l . 16. des , 1. & des .
L'Air noté doit rogarder la page 2246
La Médaille gravée doit regarder la page 2228
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Touloufe , chez Enaut & Foreft .
Bordeaux chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere , & chez Chapui , fils ,
au Palais .
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Jofeph & Guillaume Vattar.
Blois , chez Mallon.
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maflon.
Rouen , chez Herault.
Chalons-fur- Marne , chez Seneuze
Amiens, chez François , Godard & Redé le file,
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Veriailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
Saint Germain , bez Doré.
Lyon , à la Potte.
Reims , chiz Godard.
A Vitry -le-François , chez Vitalis
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thefin .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères