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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MAY.
1729.
QUE
COLLIGIT
TARGIT
QUE
DE
Chez
A PARIS ,
IR
( GUILLAUME CAVELIER , më
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSÓT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la ruë de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais ,
à l'Ecu de France & à la Palme .
M. DC C. XXIX.
نم
Avec Approbation & Privilege du Rogi
1
La
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. à M. MOREAU ,
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
ageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ
AU RO
MAY. 1729
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LYON
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA FESTE DE COMUS;
'S
CANTAT E.
Ur les heureux débris des Cellules
antiques ,
Qui jadis fous leurs toits ruftiques , ·
Renfermoient des Mortels , à fouffrir condamnez
,
Des Jeux & des plaifirs , Ennemis obftinez ;
A ij
S'éleve
842 MERCURE DE FRANCE:
S'éleve un Pavillon * que l'Art & la Nature
Ont pris foin d'embellir de toute leur parure ,
Lieux charmans , aux plaiſirs aujourd'hui confacrez
,
Où Bacchus & l'Amour font fouvent honorez.
L'on y voit en tout temps éclore
Les dons de Pomone & de Flore ;
En tout temps le tendre Zéphir ,
Y fate de fa douce haleine
Cette vafte & fertile Plaine ,
Qui fous les yeux s'y vient offrir.
Là , Comus ordonnoit une fuperbe fête ;
Pour feconder fes doux deffeins ,
Il appelle l'Amour & le Dieu des Raifins.
L'un & l'autre déja s'apprête
A triompher dans ce feſtin ;
›
@es Dieux fiers , & jaloux de l'éclat de leur
gloire ,
Difputent entre eux la victoire ;
Bacchus verſe déja fon plus excellent vin,
Le Champagne brille ,
Il mouffe , il petille ;
Vienne offre les fruits ;
Le Terroir de Beaune ,
Ce Pavillon eft bâti ſur les raines d'un Hermitage.
Les
MAY. 17297 841
Les Côteaux du Rhône
Font couler leurs muids.
L'Amour voit les efforts du Dieu de la Vendange
,
Il s'en rit, & s'armant duCarquois qui le vange;
En vain Bacchus , dit - il , croit l'emporter fus
moi :
Tout doit en cette Fête obéir à ma loy.
N'y vois- je pas briller l'aimable Phocéene *
Qui , fléchiflant fous une tendre chaîne ,
Et d'un feu pur brûlant jadis ,
Vint fur les bords du Rhône en recevoir le prix
Sur elle du foin de ma gloire ,
Je puis me remettre en ces lieux ;
Mais pour affurer ma victoire ,
Je veux me cacher dans ſes yeux.
Je vaincrai les plus infenfibles ;
Son efprit plus fort que mes traits .
Les conduifant par fes attraits ,
Les rendra bien-tôt invincibles.
Comus craint de ces Dieux le funefte courroux
:
Arrêtez, leur dit-il , quoi ! toujours entre vous
La Marquise de G, née à Marseille.
A iij Ver$
44 MERCURE DE FRANCE
Verrai- je regner la colere
Le noir dépit , l'envie amere ?
Quand je vous appelle en ces lieux
Ce n'eſt pas pour vous voir faire des malheu
reux.
Grands Dieux ! uniffez vous aujourd'hui pour
me plaire ,
Rendez mes Convives joyeux.
Sans Bacchus, l'Amour à peu de charmes,
Bacchus feul peut calmer fes allarmes ;
Tes attraits les plus touchants, Bacchus !
Ne font rien fans le fils de Venus.
Vos plaifirs en feront plus durables ;
Dieux charmans , triomphez tour- à - tour;
Que Bacchus fuive des loix aimables ,
Qu'en revanche il enyvre l'Amour..
Par M. Morand , d'Arles."
XXX:XXXXX:XXXXXXX
REPONSES aux Questions propafees
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier, à l'occafion de quelques Conteftations
Muficales , formées à Troyes
en Champagne.
Com
Omme je ne fuis pas du nombre de
ceux qui croyent qu'il faut neceffairement
être Muficien de Profeffion , ou
même
MAY. 1729. 845
meme Maître de Mufique , pour pouvoir
faire quelques raiſonnemens valables fur
les differentes manieres dont on module
dans l'Eglife ; vous ne ferez pas furpris
Monfieur , que n'étant ni l'un ni l'autre ,
jofe vous adreffer une Réponſe de ma façon
aux Queſtions qui ont été propofées
dans votre Journal de Novembre , page
2462. J'agis en cela conformément à ce
que l'experience des fiecles paffez nous
a appris ; fçavoir , que les plus beaux
Traitez qui ont paru en fait de Chant ou
de Mufique font plus anciens que l'établiffement
des Maîtres de Mufique,& que
celui des Muficiens , dans le fens qu'on
entend aujourd'hui par l'une & l'autrs
de ces fonctions.
Je fuis perfuadé que ceux -là feroient
dans l'erreur qui prétendroient qu'il faut
avoir fait un cours de fept ou huit an
nées dans ce qu'on appelle une Pfallette
ou une Maîtriſe , pour pouvoir certifier
quelque chofe dans ce genre de connoiffance.
Et comme ce que dit le venerable
Bede eft très - veritable , Non verum cantorem
facit ars , fed documentum ; ( a ) il
n'importe où l'on ait appris ce que l'on
fçait , pourvû qu'en le fçachant , on ſoit
en état d'en raifonner comme les Maî
tres de l'Art. Ce qui fait un homme ha
(a) Beda in Mufica practica.
A iiij bile
848 MERCURE DE FRANCE:
bile dans la fpeculation & dans le raifon
nement, n'eft pas l'exercice actuel de l'Art ;'
mais une attention prefente aux choles
fur lefquelles l'Art et établi.
Pour entrer en matiere fur les articles
propofez , jet rouve qu'il y adu fait &¡ du
droit à diftinguer dans ce que l'on deman
de. Il ne faut pas que ces termes de fait
& de droit qu'on employe quelquefois .
dans la Théologie , cauſent aucune frayeur
qui que ce foit. Comme on connoît des
perfonnes qui ont été affez fimples pour
s'y méprendre en pareil cas , lorfqu'il n'étoir
queſtion que de Chant , on a bien
voulu les prévenir ou ceux qui pourroient
leur reffembler. Il eft difficile de traiter
tout- à-fait féparément les queftions qui
ont été propofées in globo , & de ne pas
mêler un peu de fait & un peu de droit
enfemble , fi l'on veut les bien éclaircir.
Je croirois même , fauf meilleur avis ,:
qu'il faudroit d'abord produire l'origine
de ces manieres de parler ; Chanterfur le
Livre, fçavoir le Chantfur le Livre , apprendre
à chanterfur le Livre. Le vulgai
re mal informé , n'eſt pas à la portée d'entendre
ce langage . Il n'eft point queſtion:
ici de chanter dans un Livre ouvert , ce
que ce livre ouvert prefente aux yeux ;
mais de chanter devant un livre ouvert
toute autre chofe que ce qui eft noté.
Chanter
MAY . 1729. 847
Chanter fur le livre , eft donc compoſer
fur les Notes qui font ou imprimées dans
un livre ouvert , des accords qui correlpondent
à ces Notes : chanter fur le livre
eft travailler fur un canevas que le livre
ouvert prefente ; c'eft broder fur un fond
d'étoffe exhibé & repréſenté à la vûë par
un Livre noté qui eft ouvert. Cette broderie
eft ce qu'on appelle le Chant fur le
livre ; ce n'eft point le Chant du livre ,
non plus que la toile n'eft pas la Tapifferie
; le Chant du livre n'en eftque le fonde.
ment , le ſoutien & le ſupport . Il n'y a qui
que ce foit qui ne convienne que le Chant
du Livre eft du Plain- Chant tout pur. Ce
font des Livres de Plain- Chant qu'on ouvre
& qu'on expofe à la vûe des Muficiens ; &
au moment qu'on commence à faire fonner
une Note du Livre de Plain - Chapt ,
un Muficien qui fçait les regles du Chant,
fur le Livre , c'est - à- dire qui fçait faire.
des accords , tire du fond de ſa ſcience
deux , trois ou quatre fons concordans
plus ou moins en nombre , fuivant la
lenteur dont les Notes du Plain - Chant
font battuës ; & ainfi en continuant jufqu'au
bout de la Piece notée en Plain-
Chant , il accompagne de fleurs Muficales
ce que chantent ceux qui fuivent les Notes
du Livre de Plain -Chant . Comme les
voix de Taille & c'elles d'au- deffus font
un
A v les
348 MERCURE DE FRANCE:
les plus fiéxibles & les plus maniables ;
c'eft à ces Voix qu'on a réſervé la pratique
de ces accompagnemens , & les
Voix baffes chantent feules les Notes du
Livre de Plain -Chant. Il eft bon de remarquer
que dès - lors que les Baffes commencent
à chanter ce que le Livre de
Plain- Chant reprefente aux yeux , il eſt
neceffaire que ces Baffes quittent la maniere
commune , ordinaire & primitive
de chanter le Chant Ecclefiaftique ou
Grégorien , & qu'elles appuyent également
fur toutes les Notes , parce qu'il
faut une uniformité permanente dans le
fondement pour pouvoir bâtir deffus , &
que pour l'execution des accompagnemens
il ne faut point un fable mouvant
& fujet à varier , mais du folide & du
reglé fur lequel ceux qui bâtiffent puiffent
compter.Dans la route ordinaire du Plain-
Chant , on s'arrête plus en certains endroits
qu'en d'autres à caufe de l'expreffion
du difcours . On fait fentir le partage
du fens ; on refpire ou bien l'on péfe fur
les Notes qui correfpondent à l'endroit
des Incifum du Texte, des virgules, & des
deux points. C'eſt ce que de très -anciens
Maîtres du Chant Ecclefiaftique appellent
tenere punctum , faire le point ou la paufe.
Mais dans le Chant du Livre executé de
maniere qu'il en réfulte le Chant fur le
Livre
MAY. 1729. 649
Livre, il n'y a aucun point à tenir, c'eſt - àdire
qu'on ne doit pas plus refter fur une
Note que fur une autre ; il n'y doit avoir
de trainement en aucun endroit , toutes
les Notes doivent être également mefurées
: on y fait abftraction des paufes que
les points parfemez dans les difcours fembleroient
exiger ou des demies paufes que
les virgules, les demies périodes & les incifum
paroiffent dicter naturellement . C'eft
une maniere de debiter le Chant qui le rend
fi uniformement mefuré , qu'on peut dire
aifément combien de Notes il faut pour
remplir l'espace d'un quart- d'heure ou
d'une demie heure , en comptant celles
d'une minute. Cette uniformité de temps
pour chaque Note du Chant qui fert de
fondement aux accompagnemens , donne
un mouvement qui reffemble au battement
reglé & conftant que font certains Ouvriers
; c'est ce qui fait qu'alors on dit
que c'eft la Note qu'on bat ; d'où eft
venu le proverbe , qu'un bon Baffe - contre
doit fçavoir bien battre fa Note.
Mais en voilà fuffifamment pour faire
comprendre l'origine de trois mots deftinez
à fignifier la même chofe. Je ne m'af
treins point à ce qui fe lit dans le Dictionnaire
de Fure tiere , parce que je ne
trouve point que l'Auteur ou ceux qui le
fervoient, euffent fait là - deffus toutes les
A vj re
850 MERCURE DE FRANCE.
recherches neceffaires. Par ce qui vient
d'être dit en dernier lieu , on doit comprendre
pourquoi le Chant dont je parle
a été appellé Contrepoint Contrapunctum.
Il eft incompatible avec les tenues , allongemens
ou trainemens que les points
demandent : Par point on entend toute
divifion , fection & féparation de Texte ,
de fens , de phrafe. Les Baffes y procedent
tout de fuite , fans paufe , fans inégalitez
: c'eſt un Chant ennemi des points
du Plain - Chant , & par conféquent il a
été bien nommé Contrapunctum , comme
l'appelle l'Antiphonier de Paris. Ce n'est
pas avec moins de raifon , que d'autres
depuis quelques années lui donnent le
nom de Fleurtis. A l'envifager du côté
de l'accompagnement , c'eft un nom trèsexpreffif
, puifque tout ce que les voix
claires & fuperieures font entendre , eft
une espece de fleurs Muficales dont elles
ornent le Parterre du Plain- Chant . Mais
le nom le plus impliqué & le plus obfcur,
eft celui de Chant fur le Livre. Cependant
il ne laiffe pas d'avoir fa caufe & fon principe
dans la chofe même. Toute équivoque
qu'eft cette expreffion , toute fufceptible
qu'elle eft d'un fens puerile & ridicule
; on peut dire avec les Philofophes
qu'elle n'eft point fine fundamento in re.
Dans les fiecles où la fcience des concor
dances
MAY. 1729
dances des fons ne faifoit que commencer
à fe produire , les Maîtres Chantres
rédigeoient ces concordances par écrit ,
& donnoient à chaque Chantre fubalterne
fa partie toute dreffée .Chacun avoit, pour
ainfi dire , fes morceaux tout taillez , &
dans l'execution tel & tel s'en tenoit à fon
rôle. Perfonne n'étoit obligé de tirer de
fon propre fond les accompagnemens ;
il n'y avoit qu'à chanter ce qu'on trouvoit
noté devant foi , proportion gardée.
pour les intervalles des concordances. II.
ya à la Bibliotheque de S. Victor de Paris.
des Livres du treiziéme & du quatorziéme
fiecles où l'on voit les differentes parties:
qui devoient accompagner le Plain Chant.
On fe contentoit alors de rendre note.
pour note dans toutes les parties , au lieu
qu'on a bien rafiné depuis ce temps - là &
que fouvent pour une Note de la Baffe ,
un Deffus en dit quatre ou huit qui l'accompagnent
ou qui lui fervent de confonances.
On n'eft pas venu tout - à- coup
à ce point de perfection , on a fyncopé
peu à peu les Notes de l'accompagnement ,
deux pour une , enfuite quatre , huit ou
feize pour une ; après quoi on s'eft fait
des regles par l'ufage & on les a enfeignées
aux autres . A la fuite des temps
je veux dire dans le dernier fiecle , cette
fcience des accords & des confonances
852 MERCURE DE FRANCE:
1
a tellement été goûtée , que par la fré
quente répetition des mêmes Pieces de
Chant Ecclefiaftique fur lefquelles on
F'appliquoit , on l'a aifément retenuë , les
uns par routine , les autres par principes.
De-là eft venu que les plus habiles dans
la fcience des confonances n'ont plus voulu
qu'on leur donnât leur partie par écrit ;
ils le font crus capables de la faire euxmêmes
à l'ouverture du Livre , & ils l'ont
faite. C'est ce qui s'eft appellé par anto
nomale , Chanter far le Livre comme les
Sçavans , & non pas fur la partie écrite
comme les ignorans , & ce dernier ufage.
a enfin prévalu.
Maintenant que ce Chant fur le Livre
foit une espece de Mufique ou une efpece
de Plain- Chant , c'eft ce qu'il n'eft pas
difficile de déterminer après tout ce qui
vient d'être dit . En deux mots le Chant
fur le Livre est un Chant qui accompagne,
la Note du Livre de Plain - Chant , mais .
qui l'accompagne avec ornement , avec
fleurs & figures de Mufique. Bien plus ,
il faut que chaque Chantre qui execute
ce Chant , le tire de fon propre fond ,
fuivant les regles des accords ou confonances
harmoniques. C'eſt autant qu'il
en faut pour conclure avec certitude que
le Chant fur le Livre eft une veritable efpece
de Mufique. On peut même dire:
*
hardi
MAY. 1729.
853
hardiment que c'eft l'efpece la plus diffi
cile à apprendre & l'une des plus fcientifiques.
Il eft vrai qu'il y a une partie, qui,
à la rigueur , peut porter le nom de Plain-
Chant ; c'eft la partie la plus baffe , la par
tie fondamentale ; mais c'eft encore une
queſtion de fçavoir fi ce n'eft pas du lain-
Chant dégeneré , qui devient cette parties
fondamentale. Ces Baffes chantent véritablement
des Notes d'un Livre de Plain-
Chant. Mais ce n'eft plus le mouvement
libre & gifé du Plain- Chant qu'elles fuivent
, ce n'eft plus un mouvement reglé
rythmiquement par la fuite du difcours
par la ljaifon des phrafes & des parties
periodiques du texte qui demandent un
mêlange de bréves , de communes & de
longues , & qui exigent des pauſes & des
refpirations de temps en temps . C'eſt un
mouvement aveugle , fans ceffation , fans
interruption , & d'une égalité contraire à
l'établiffement du Chant Ecclefiaftique
appellé Grégorien , un mouvement qui ne
convient gueres qu'à de groffes voix &
non à des voix legeres & aifées ; un mou.
vement enfin , pour la pratique duquel il
faut être beaucoup plus imperturbable :
dans la reddition des fons fur chaque corde
, que dans le mouvemenr varié du
Chant fimple appellé Plain -Chant .
La question la plus curieufe de celles
quis
854 MERCURE DE FRANCE :
qui ont été propofées dans le Mercure ;
n'eft pas veritablement celle qui regarde ,
l'antiquité du nom , mais celle qui concerne
l'antiquité de la chofe , je veux dire
du Chant fur le Livre. Si ce n'eft pas depuis
un grand nombre de fiecles qu'on
s'eft appliqué dans la pratique à cette .
Science des accords , c'eft au moins depuis
fix cens ans qu'on a commencé à introduire
quelques confonances fimples dans
certaines modulations des Offices divins ;
de-là on eft venu jufqu'à admettre une
troifiéme partie , puis une quatrième , c'eſt
ce qu'on appelloit alors duplum , triplum,
quadruplum. Mais c'eft un fujet que je
traite ailleurs d'une maniere fort étendue
dans un Commentaire Latin que j'ay préparé
fur la Bulle Docta Sanctorum , que
le Pape Jean XXII . publia pour réprimer
les abus & les excès où cette Science avoit
été portée dans l'ufage Ecclefiaftique.
Ceux qui pourroient croire que je me ſuis
mépris ici en appellant contrepoint le
Chantfur le Livre , y trouveront un jour
de quoi le convaincre que le Contrepoint
n'eft qu'une fuite du Difcantus augmenté
& embelli ; & que le Difcantus dont plufieurs
anciens ont parlé , n'étoit que le
Chant fur le Livre encore tout naiffant ,
&, pour ainfi parler, dans le berceau . C'étoit
la plus fimple organiſation ou animation
MAY. 1729
855
tion d'accords , qui pût être faite ; cependant
dès fes commencemens elle trouva
des adverfaires & elle continue encore à
en avoir , puifque certaines Eglifes trèscelebres
ne l'ont point voulu admettre
à caufe qu'infenfiblement elle pourroit
conduire du fimple au triple , au quadru
ple & enfuite à un corps parfait de Mu..
fique qui a les inconveniens comme il a
fes agrémens.
A A.... en Bourgogne ce 31. Disembre
1728.
VOYAGE DE ROUEN
à Paris , 1728 .
AH! que j'ai maudit les Voitures ,
Et les fâcheufes avantures ,
Que j'eus de Roüen à Paris !
Que n'eft-ont toûjours , belle Iris ,
Ou dans fon lit , ou dans ſa chambre ,
Ce fut le trente de Novembre ,
Que je voulus quitter Rouen ;
Je gagnai le Port Saint Oüen ,
Où l'on m'offrit une Mazette ,
Qui n'avoit ni mords. ni gourmette ;
Etant prêt à monter deſſus ,
L'Etrier
856 MERCURE DE FRANCE ,
L'Etrier ne fe trouva plus ;
J'en fis un d'un bout de ficelle ,
Puis je me jettai fur la felle
Je partis enfin de ce lieu ,
En me recommandant à Dieu ,
Pour le fuccès de mon voyages
Car dans un fi triſte équipage ,
J'avouerai queje craignois fort,
Et certes je n'avois par tort.
A peine eus - je fait une lieuë ,
Que ma pauvre Roffe fans queue ,
Tomba très-rudement fous moi ;
Ce ne fut pas fans grand effrois
Mais fecouant un peu la tête ,
Je voulus relever ma bête ,
En criant cent fois : oh ! debout ,
Je n'en pus point venir à bout;
Vainement j'ufai de main mife;
Il fallut prendre ma valife ,
Et la détacher triftement ,
Maudiffant le cruel moment ,
Où j'avois choifi cette Roffe ,
Au lieu de prendre le Carroffe ,
Allons , dis je , partons à pied ;
Mais pour marquer mon amitié ,
A cete bête fans pareille ,
Je veux lui couper une oreille ;
Auffi-tôt dit , auffi-tôt fait ,
IgnorezMAY.
8572 17298
Ignorez-vous pour quel effet ?
Il eſt aiſé de vous l'apprendre ,
C'eft pour ne jamais la reprendre ,
Et même je me fuis promis ,
D'en avertir tous mes amis.
Crotté, moüillé , j'arrive au Roulles
Ayant fous les pieds des empoules »
Je ne demandois qu'à dîner ,
L'on vint auffi - tôt m'en donner ,
Mais , vivant fans ceremonie,
Je trouvai bonne compagnie ,
Qui prête à fe mettre fur l'eau ,
Me fit entrer dans un Bateau.
Nous arrivâmes à Bonniere ,
Où nous quittâmes la Riviere ,
Là l'on fait une lieuë à pied ,
Mais étant prefque eftropié .
L'Aneffe d'une Villageoife ,
Me couduifit jufquà Roboife ,
Nous fimes brûler un cotret ,
Dans un fort mauvais Cabaret ,
Le feu nous fembloit agréable,
Quand on apporta fur la table ,
Deux ou trois gigots de Moutons ,
Suivis de quelques rogatons.
Quoique nous fuffions quinze ou feize ,
Chacun foupa bien à ſon aiſe;
Enfin l'on vint nous avertir
Qu'il
358 MERCURE DE FRANCE:
Qu'il étoit heure de partir ;
Nous entrons dans la Galliotte ,
Quel lieu ! malheur à qui s'y frotte.
Ah ! bon Dieu qu'il y fent mauvais ,
Si je m'y rembarque jamais ,
Je veux , je confens qu'on m'affomme ,
Je m'étois mis auprès d'un homme ,
Qui fumoit de mauvais petun ;
Un autre bien loin d'être à jeun ,
Rotoit en fe metant à rire ,
Et puis lâchoit certain zèphire ,
Je penfai rendre mon repas ;
Quelques- uns ronfloient haut & bas ;
Un Moine difoit fon Breviaire ,
Ceux -cy faifoient mainte priere ;
Dans un recoin ceux cy joüoient ,
Dans un autre ceux - là buvoient.
L'un pouffoit une Demoiselle ,
Un autre parloit de Nouvelle ,
L'un juroit contre fon voifin ,
L'autre m'appelloit fon coufin ;
Quelques- uns faifoient des malices,
Plus loin étoient trente Nourrices ,
Avec chacune un Nourriffon ,
Chantant chacune leur chanfon ,
Pour endormir ces miferables ,
Qui crioient comme petits diables.
Cependant vers le point du jour ,
UA
MAY. 1729. 859
Un grand calme vint à fon tour ,
Et l'on n'eut pas besoin d'Orphée
Pour s'abandonner à Morphée ;
Vous euffiez vu chacun bâiller ;
L'on commençoit à fommeiller ,
Lorfqu'on entendit grand vacarme ,
Qui mit notre troupe en allarme ,
Jamais l'on a crié fi haut ,
On ſe réveilloit en furfaut ;
Car , helas ! c'étoit une Dame ,
Qui demandoit la Sage- Femme :
Dieux , dit- elle , je n'en puis plușt
Eft-ce le colera Morbus ?
Dit un autre par raillerie ,
Ou bien n'est- ce point tricherie
Chacun blâmojt un tel diſcours ,
Mais comment trouver du fecours ;
L'on fic venir une Nourrice ,
Qui rendit pourtant bon fervice ,
Se récriant de temps en temps ,
Le voilà qui vient , je le fens ,
Implorez fainte Marguerite ,
Et vous en ferez bientôt quitte ,
Allons donc , vîte , pouffez fort ,
Il ne vous faut plus qu'un effort ,
Madame , l'enfant eft fur terre ,
Et le mal eft en Angleterre ,
Cela dit , la Dame accoucha ,
$
Mais
360 MERCURE DE FRANCE
Mais perfonne n'en approcha ; ·
L'on déchira quelque guenille ,
Pour couvrir l'enfant mâle ou fille,
Je ne m'en mis point en fouci ;
Nous arrivâmes à Poiffy ,
Où fatigué de mon voyage ,
Je déjeûnai d'un grand courage ,
Reprenant un peu mes efprits .
Me voyant fi près de Paris ;
Il fallut monter en carroffe ,
Qui me parut un grand coloffe ,
Nous nous mîmes dix - huit dedans ,
Hommes ,femmes , petits enfans;
L'on parla de mainte avanture ,
D'accouchement
& de voiture.
Mais pour moi je ne difois mot
J'étois à côté d'un Cagot ,
Qui ne put s'empêcher de rire,
De tout ce qu'il entendoit dire :
Vers la Machine de Marly .
Je gagnai le torticoli ,
Le Carroffe tombant par terre,
Comme fi c'étoit le Tonnerre ,
Cela fit un fort grand fracas ,
Ah ! difoit l'un , mon pauvre bras .
L'autre fe plaignoit de la tête ,
Parpleu ce Cocher eft bien bête ,
De verfer en fibeau chemin
7
PeutMAY.
1729. 865
Peut-être a - t- il bû trop de vin ;
Quelques-uns faifoient leur priere,
On nous tira par la Portiere ,
Pour moi je fortis le dernier,
L'on me trouva fous le panier,
D'une femelle évanouie ,
Je perdois la vûë & l'oüie ,
Et j'étois bien embarraſſé ,
Mon pauvre nez fut fracaflé ,
Les autres eurent mainte boffe ,
On releva notre Carroffe ,
Enfin nous reprîmes nos rangs ,
Entaffez comme des harangs
Chacun maudiffant l'équipage ,
Dans lequel nous faifions voyages
Avant que d'entrer dans Paris ,
Nous fumes encor bien furpris ,
Les Commis prirent nos valides ,
Et déployerent nos chemiſes .
Il fallut attendre long- temps .
Jurant tout bas entre nos dents.
Enfin nous entrons dans la Ville .
Chacun va chercher fon azile ,
L'un prend à gauche & l'autre à droit
Je fortis là d'un grand détroit ,
Si j'y retourne qu'on m'étrille ,
Je me rendis dans ma famille ;
Mon récit vous paroîua gai .
Mais
862 MERCURE DE FRANCE
Mais tout ce que j'ai dit eft vrai ;
Iris , jugez de l'Ambaffade ,
Et pardonnez mon incartade ,
De vous en peindre l'attirail
Heureux fi ce petit détail ,
Peut fervir à vous faire rire !
C'est là tout ce que je defire :
Je me ferai toûjours honneur ,
D'être votre humble ferviteur.
Le Tellier d'Orvilliers .
*A!YAYAYAYAYAYAYAYAVATA
REPONSE de M. Sauveau , Doyen de
Maintenon , a la Lettre Circulaire de
M. l'Abbé de Cheret , Prédicateur du
Roy , Docteur de Sorbonne & Chanoine
de Notre- Dame de Chartres , au sujet
du Projet d'un nouveau Breviaire &
d'un nouveau Miffel à l'usage du Diocèfe
de Chartres ,
MONSIEUR,
J'ai reçû avec autant de refpect que
d'empreffement , la Lettre circulaire qui
m'a été addreffée de votre part , avec les
Projets d'un nouveau Breviaire & d'un
nouveau Miffel à l'uſage du Diocèſe de
Chartres.
Je
MAY. 1729 863
Je ne fais , Monfieur , que groffir la
foule & me rendre aux fentimens publics,
en applaudiffant au Plan & aux fages difpofitions
que vous y tracez ; on voit que
vous y répondez également , au digne
choix de M. l'Evêque de Chartres , qui
vous a chargé de la conduite de cette entrepriſe
& à l'attente des gens de bon
goût' : l'extrême politeffe que vous joignez
à toute l'érudition que demande un
Ouvrage de cette nature , vous fait- demander
part des reflexions des autres , afin
de ne rien omettre de tout ce qui peut
contribuer à la derniere perfection de
votre deffein ; je ne fçai s'il eft bien permis
d'emprunter ainfi des autres , quand
on eft affez riche de fon propre fonds,mais
puifque vous le voulez , il faut le vouloir
auffi ,ma témerité trouvèra fa juftification
dans vos ordres .
L'article du Projet du Miffel , où vous
marquez que l'on confervera religieufement
les anciennes Collectes , me fournit l'occafion
de faire ufage de la reflexion d'un
Auteur qui mérite quelque attention : il y
plufieurs Collectes dans le Miffel d'aujourd'hui
qui s'addreffent directement à
Jefus-Chrift , & finiffent par ces mots, qui
vivis & regnas , & c. Telles font les Collectes
du 1er , 3 & quatriéme Dimanche
de l'Avent , celle du jour du S.Sacrement ,
e
B de
864 MERCURE DE FRANCE .
de S. Jofeph , de la Sainte Croix , des trois
Mages , des faintes Maries le 22. May , de
fainte Marie Magdeleine le 22. Juillet , &c.
c.
Or le fçavant Jefuite Maldonat , dans
un ouvrage qu'il a compofé fur les cerémonies
de la Meffe en particulier , foutient
que les Collectes & Oraifons de la Meffe
me doivent s'addreffer qu'au Pere Eternel,
que J. C. nous a lui -même appris à s'addreffer
à fon Pere en fon nom , in nomine
meo.....fic orabitis , Pater Nofter ,
Il ajoûte un Concile de Carthage , qui or
donne que toutes les Oraifons qui fe difent
à l'Autel , s'addrefferont directement
au Pere , ut nemo in precibus , dit ce Con,
cile ( qui eft le troifiéme de Carthage. Ca
pitulo 23. ) vel Patrem pro Filio , vel Fi
lium pro Patre nominet , cum Altari &
affiftiturfemper ad Patrem dirigatur Oratio,
En effet , on conçoit que dans la Meſſe ,
qui eft le Sacrifice de la Nouvelle Loy ,
les Prieres & Oraiſons qui s'y difent , doivent
s'adreffer à celui à qui on facrifie , les
Collectes doivent exprimer les Prieres &
les voeux du Peuple , qui s'unit au Prêtre ,
& le députe vers le Pere Eternel , pour
trouvergrace , accès & mifericorde auprès
de la divine Majefté , avec une ſainte confiance
d'être exaucé, par le prix & les merites
infinis de la Victime qu'il a à lui preſenter,
qui cft J.C.Ces Collectes fortent donc
des
MAY. 1729. 865
des vûës de l'economie de ce Sacrifice &
du Caractere particulier que J. C. y foùtient
quand elles s'addreffent directement
à lui même , qui dans ce Myftere n'eft que
la Victime du Sacrifice , l'Holocaufte ,
l'Agneau , le Médiateur , le Prêtre , le
Suppliant , &c. quoique d'ailleurs égalo
ment Dieu , comme le Pere.
Les Collectes font comme des Actes
d'affociation du Peuple au Sacrifice , une
demande qu'il fait d'y avoir part , un pouvoir
qu'il donne au Prêtre d'agir en fon
nom , dans le culte de latrie , qu'il va rendre
à la Divine Majefté, & ainfi elles doivent
être formées fur le modele du Canon
de la Meffe qui s'addreffe droit au Pere
Eternel : Te, igitur clementiffime Pater...
C'eſt par J. C. avec lui & en lui qu'on
offre ce Sacrifice , mais non pas à lui directement.
Per ipfum & cum ipfo , & im
ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
A la bonne heure que dans d'autres occafions
, les Oraifons & Prieres foient
addreffées directement à J. C. comme le
fait fagement l'Eglife en plufieurs Offices,
& principalement , felon toutes les apparences
, depuis l'herefie des Ariens , afin
de montrer plus clairement la Divinité
de J. C. & fon égalité de puiffance avec
le Pere & le S. Efprit , & encore même
alors ces Oraifons & Prieres , dit le même
Bij Mals
866 MERCURE ' DE FRANCE .
Maldonat , ne s'addreffent qu'indirectement
à J. C. & directement au Pere ,›
comme on l'infere du mot de Dieu , qui
y eft toûjours joint : Refpondeo , dit - il ,
quamvis Orationesfint dirigenda ad Deum,
tamen propter hærefim Arianorum , que .
vigebat , Ecclefia prudenter ftatuit ita.
orandum , ut explicatius oftendatur aqualitatem
potentia effe in tribus Perfonis, licet
indirectè ad has Perfonas , fed directè ad .
Patrem ut intelligitur ex hâc voce Deus.
que ei femper adjungitur. Mais cela ne
fe doit point faire à la Meffe , où J. C,
foutient un Caractere tout different .
Le même Maldonat obſerve que la dévo
tion mal entenduë de quelques Prêtres
particuliers , avoit introduit il y a plus
de douze cens ans dans les Miffels
des Oraifons & des Collectes , dont ils .
étoient eux-mêmes les Auteurs. Il cite làdeffus
des Conciles d'Afrique , qui ont
condamné cet abus ; mais ces anciens
Canons n'eurent pas leur execution ; car ,
continue Maldonat , cet abus étoit fi grand
au temps de Charlemagne , que ce pieux.
Roi publia une Loi par laquelle il ordonna
que l'on feroit une révision exacte de
tous les Miffels pour en ôter toutes les
Oraiſons mal digerées , & il feroit , dit - il ,
à propos qu'on executât encore aujour
d'hui ce deffein ; il efperoit même que
cette
MAY. 1729. -867
cette correction fe feroit dans une nouvelle
Edition du Miffel Romain qu'on
préparoit alors , & à laquelle le Pape donnoit
fes foins . Voici les termes de l'Auteur
: Tempore Caroli Magni hujufmodi
abufus adeò increverat , ut Miffalia effent
iftis Orationibus privatis refertas itaque
legem tulit ille Rex Pius quâ jubet , ut
diligenter videantur Miſſalia Gallicä¨ ; ut
que minus bene pofita funt Orationes , &
ab Ecclefiâ non approbata refecarentur ,
quod utinam nunc fiat ( ceci mérite atention
) & ita fore credo ex Miffali quod
Summus Pontifex curat excudendum.
Or il eft vifible que ces Oraifons que
Maldonat fouhaitoit fi fort que l'on retranchât
, n'ont point été ôtées du Miffel
Romain , non- plus que des Miffels de ce
Diocèfe , qui ont été faits depuis ; mais en
voici l'occafion favorable , prefentement
que l'on en prépare une nouvelle Edition
, autrement on ne fera que copier
les défauts que cet Auteur cenfuroit dans
les Miffels de fon temps.
En effet, à juger par les regles de la Critique
de certaines Collectes ; par exemple,
de celle de fainte Catherine , de celle des
faints MartyrsChriftophore &Cucuphate,
&c. le fait apocriphe cité dans la premiere
, le galimathias que renferme la feconde
, femblent donner lieu de croire
Biij qu'elles
168 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles pourroient bien être encore de
la fabrique de ces anciens Miffels , dont
parloit Charlemagne dans fon Edit cité
ei- deffus ; & qu'à le faveur d'un certain
ménagement & d'un refpect mal entendu
pour l'Antiquité , elles ont échappé juſqu'à
prefent à la profcription tant de fois prononcée
contre elles , ou que du moins
elles ont été formées fur ces défectueux
Protocolles.
Je ne fçay fi l'on n'en pourroit point
dire autant de l'Oraifon de la fainte Vierge
, Concede nos famulos tuos .... Perpe
ua mentis & corporis fanitate gaudere ,
c. car par ces mors , ou bien l'on demande
à Dieu de jouir toûjours icibas
d'une fanté parfaite d'efprit & de
corps , ou bien ce font feulement des ter-
CO-
1
surgines pour exprimer le fouhait de
l'état d'incorruption & d'immortalité où
feront nos corps après la Réfurrection
generale. Le premier fens femble être vifiblement
le plus naturel & celui qui faifit
d'abord;auffi la mêmeCollecte, ajoûte-t'elle
dans la feconde partie , comme par forme
d'explication ces mots , à prafenti liberari
triftitia: or dans ce fens c'eſt demander
non-feulement une grace purement temporelle
, fans modification & qui eft peutêtre
plus oppofée au falut que l'état contraire
; mais encore le mot perpetuâ implique
M.A Y. 1729. 869
plique contradiction avec la caducité &
la mortalité , qui font effentiellement attachez
à nos corps en cette vie ; dans le
fecond fens qui paroît force, & auquel je
crois qu'on ne penfe gueres,en diſant cette
Oraifon. Ce n'eft rien demander qui intereffe
le falut & le bonheur de l'ame
après la mort , du moins auparavant la
Refurrection generale de nos corps à la
fin du monde .
Que fil'on peut abfolument y donner
quelqu'autre fens pieux & moral , il faut
avouer du moins qu'il ne fe prefente pas
d'abord à l'efprit , & qu'il n'eft pas aifé
d'en fixer un lens jufte , net , certain , &
bien précis , ce qui fuffit pour rendre cette
Collecte défectueuſe .
Voilà , Monfieur , les Reflexions que
je me hazarde de vous communiquer fur
cet article , je les foumets à vos fages lumieres
avec une parfaite réfignation
j'attens de vous la juftice de croire que
tout mon deffein eft de contribuer à la
plus grande gloire de Dieu par un culte
plus exact & plus regulier ; cela m'aura
da moins procuré l'occafion de vous affu
ver du dévouement & du reſpect avec lequel
je fuis , &c.
A Maintenon , le 2. May 1728 .
Biiij
LE
870 MERCURE DE FRANCE .
XXX: XXXXXXXXX : XXX
LE TRIOMPHE
DE L'HYMEN ET DE L'AMOUR,
Divertiffement compofé de quatre Scenes ,
pour le Mariage de Made de COURCILLON
, avec le Duc de PICQUIGNY
Par le Chevalier de Saint- Jory.
1
La Mufique eft de M. Bouvard.
La Scene eft dans les Jardins de Surêne.
L'Hymen & fa Suite.
L'Hymen
.
Quittez Paphos , quittez Cytere ;
Tendres Plaifirs , favoris de l'Amour ;
Et vous aimables Jeux qui compofez fa Cour,
Troupe riante & legere ,
Venez , au chafte Hymen vous joindre en ce
grand jour :
Faites briller ici toute votre allegreffe ,
Mais laiffez -vous guider par la fageffe :
Je ne permets qu'aux plaifirs innocens ,
D'êtres prefens
A la pompeufe Fête ,
Qu'à l'honneur de SоPHIx en ces lieux on apprête.
Le Chaur repete ces quatre derniers V'ers.
L'Hymen
MAY. 1729. 871
L'Hymen.
Quels objets raviffans brillent à nos regards .
Je vois au fein des airs floter mille Etendards :
C'éft la Déeffe
De la Jeuneffe ,
Qui vient en folâtrant fur l'aîle des Zéphirs ,
Conduire ici les Jeux , les Ris & les Plaifirs.
L'Hymen , Hebé , leur fuite.
Hebé.
Le nom , l'augufte nom de la belle Sophie ;
Porté par les Echos jufqu'au Trône des Dieux,
Vient de répandre dans les Cieux ,
L'allegreffe & la jałoúfie.
Les Immortels charmez de fes appas ,
Les Mufes , les Vertus , les Graces , l'Amour
même .
Quittent l'Olympe & volent fur fes pas ,
Ce Spectacle , à Venus cauſe un dépit extrême.
La Déeffe reffent tous les tranfports jaloux ,
Que peuvent faire naître & l'orgueil & l'envie.
Mais déja nous voyons ralentir fon couroux ;
Ses yeux , avec chagrin , attachez ſur Sophie ,
Viennent de s'adoucir fur fon aimable Epoux.
-Inutile defir de charmer & de plaire ,
Qui poffedez la Reine de Cythere ,
Frivole empreffement , à quoi l'expoféz-vous
EY L'Hymen
872 MERCURE DE FRANCE
L'Hymen.
Songez , Déelle, à vous deffendre ,
D'un penchant trop vif & trop tendre ;
Votre charmant vainqueur ,
Mépriſe votre ardeur :
Et fi pour comble de malheur ,
Vous alliez donner votre coeur ,
Vous ne pourriez plus le reprendre.
Hebé.
Divinitez des Forêts ,
Et vous leurs aimables Compagnes ,
Sortez de vos Antres fecrets ,
Nymphes des Eaux & des Campagnes,
Venez en ce charmant ſéjour ,
Celebrer l'Hymen & l'Amour..
Le Choeur repete les deux derniers Vers.
Troupe de Dryades, de Bergers & Bergeres.
Hebé.
Affemblez- vous , Bergers , au fon de vos Mu
fettes ,
Que vos naïves Chanfonettes ,
Que vos guais. Chalumeaux ,
Mêlent dans nos Concerts des agrémens nou
veaux .
Formez avec les Bergeres ,
Sur l'émail: de nos Prez mille danfes legeres..
1
Un
MAY.
873
1729.
Un Berger.
J'entens raifonner dans nos Bois ,
Un mêlange confus d'Inftrumens & de Voix ;
C'eſt le Dieu des Forêts , le Dieu Pan qui s'avance.
Ees Faunes, les Sylvains les fuivent en cadence,
Au fon des Flutes , des Haut -bois .
Pan , fuivi des Divinitez Champêtres.
Choeur de Nymphes , de Faunes & de
Sylvains.
Chantons dans ces belles Retraites,
Mêlons nos voix à nos Mufettes ;
Tendres Bergers repetons tour à tour :
Rien n'eft fi doux que l'Hymen & l'Amour
Le Choeur repete les deux derniers Verte
Hebé.
Que fur cette Rive Fleurie ,
Les délices de ces Vergers ,
Un Trône entrelaffé de Myrtes, d'Orangers,
S'éleve & fe prefente à l'augufte Sophie.
Nymphes & Demi-Dieux ,
Rendez hommage à fes beaux yeux
Pan.
Que je la trouve belle !!
Que je la vois avec plaisir !!
Je n'aurois aimé qu'elle ,
Bvj
874 MERCURE DE FRANCE :
Si l'Amour m'eut laiffé le pouvoir de choisir.
Que les plus belles fleurs naiffent fur cé Rivage
:
Que les Arbres de ces Vallons ,
Produisent le plus frais ombrage.
Fontaines , clairs Ruiffeaux , qui tombez de
ces Monts ,
Coulez & murmurez dans ce charmant Boc-
'cage.
Volez , legers Zéphirs, croiffez ,naiffans gazons.
Pomone , ornez ces lieux de vos plus rares
dons.
Que l'Amour , l'ame du bel âge .
Vienne donner ici ſes plus douces leçons.
Roffignols , qui chantez dans ces épais buiffons,
Attendriffez les coeurs par votre doux ramage.
Un Berger.
Dans nos Hameaux charmans ,
L'Amour & l'Innocence ,.
Regnent d'intelligence :
On n'y connoît point les tourmens ,
Que caufe ailleurs fon imprudence s
Tout y fçaic plaire, & rien n'offenfe
Dans nos Hameaux , &c.
Une Bergere.
Au plus épais
De nos Forêts ,
Le Bergere feulette ,
Avec
ΜΑΥ. -875 1729
Avec fon Berger ,
Sans aucun danger ,
Va cueillir la noiſette :
Et le feul déplaific
Qui puiffe la faikr
Eft la perte de fa Houlette ::
Ou qu'une Brebis parfois ,
S'égare dans les Bois.
Un Berger & une Bergere.
De ce Boccage fombre ,
Nos Troupeaux cherchent l'ombre,
Fuyons comme eux le bruit :
Leur farouche innocence ,
Se plaît dans le filence ,
Leur inſtinct nous inftruit.
L'Hymen.
Bergers , féparez vous ; partez , Troupe im
imortelle ;
L'Hymen content . de votre zele.
N'a plus ici befoin de vous :
Reftez , Amour , & que ces deux Epoux
Faffent leurs plaifirs les plus doux ,
D'une conftance mutuelle.
BE
$76 MERCURE DE FRANCE.
AYAYAYAYAYAYAYAYAYAYAYA
REPONSE du P. C. aux fecondes
Objections du P. D. L. M. au fujet du
Paradoxe Geometrique .
A
*
Près tant de réponſes faites aux Ob
jections dont on a honoré le Paradoxe
Géometrique , il me paroît qu'il y a
une Objection tacite à laquelle il eſt encore
plus effentiel de répondre . Car le
Public témoin & juge de toutes ces difcuffions
, a quelque droit d'être fcandalifé
de voir la Géometrie fufceptible de:
pour & de contre , comme les marieres
de Philofophie. Si la Géometrie eft
fi lumineufe & fi démonſtrative , pourquoi
, dira- t-on , ne pas s'accorder ? Et ce
Paradoxe , qui eft la pomme de diſcorde,
n'eft donc qu'une affaire problêmatique
& une conjecture de Phyfique ou de Metaphyfique
, puifque tous les Géometres
n'en conviennent pas ?
Toutes chofes ont leurs inconveniens ;
& voilà celui que j'avois prévô lorſque
je formai le projet de rendre la Géometrie
une fcience populaire , à la portée de
tout le monde. Il falloit bien s'attendre
que dès que toutes fortes d'efprits en fezoient
pris pour juges , les avis feroient
divers
MAY. 877 1729
divers , & la verité même expofée à quelques
petites infultes de la part de ceux qui
feroient lents à la reconnoître. Mais cela
même eft dubien de la chofe, & la lumiere
réſulte tôt ou tard du fein de ces
difcuffions. Tous les efprits ne font pas
faits pour goûter d'abord une verité qui
fe prefente à eux pour la premiere fois .
Ils commencent par contredire ; mais ces
contradictions mêmes les engagent à s'y
sendre plus attentifs , & avec le temps &
le fecours- d'autrui, à la gouter à & l'adopter.
Il faut dans un jour d'hyver que les
brouillards & les nuages devancent le lever
du Soleil. J'ay connu des efprits qui
n'ont jamais admis une verité qu'après
avoir épuifé toutes les reffources de l'erreur
contraire. Ce n'est qu'en diffipant
peu à peu les nuages , que leurs yeux fe
difpofent à foutenir un éclat qui les éblouit
de les premiers rayons.
Ainfi les Objections que deux ou trois
Géometres ont faites contre le Paradoxe
en queſtion, ne prouvent pas qu'il foit liti
gieux , nimême qu'il ne foit pas évident
& tout auffi rigoureufement démonftratif
que les autres veritez géometriques , puifqu'aucontraire
j'ai déja remarqué dans ma
Réponse à M.de Fontenelle , que nous n'avons
rien qui foit fufceptible d'autant de
Démonftrations differentes que les veritc.
zz
$78 MERCURE DE FRANCE.
tez qui roulent fur l'Infini. Mais tout le
monde n'eft pas obligé d'avoir pouffé la
Géometrie jufques là. On peut être bon
Géometre à l'ordinaire fans poffeder la
Géometrie tranfcendante. De foi cette
Géometrie eft élevée, & n'eft pas faite pour
tout le monde. L'idée feule de l'Infini ,
jufqu'ici peu expliquée , embroüille bien
des gens. Ils s'imaginent qu'on ne peut
calculer cet Infini fans l'avoir pleinement
compris ; & parce qu'ils ne conçoivent
pas comment cet Infini exifte , ils ne peu
vent croire qu'il exiſte.
Ceux donc qui ont rejetté d'abord ce
Paradoxe , avoient droit de le rejetter.
Auffi ne le propofois-je qu'aux Infinitaires
qui l'ont tous adopté. A peine eût- ilparu
, que M. de: Fontenelle , en y fouf.
crivant , fit cette judicieuſe reflexion , que
deux chofes qui fe prefentoient tantôt
comme égales , tantôt comme inégales ,
fe prefentoient dans des points- de- vûë
differens , par divers côtez , fous divers
rapports. En effet les chofes fe prefentent
tantôt dans le point de vue du Fini, tantôt
dans celui de l'Infini ; car il n'y a rien qui
n'en foit fufceptible. Or dans ces deux ,
points-de -vûë la même chofe doit paroître
bien differente d'elle-même. Par exemple
, une étenduë d'un pied peut être envilagée
tantôt comme finie , & n'ayant. /
qu'un
M.A Y. 1729. 879
qu'un pied , tantôt comme infinie , &
contenant un demi pied , un quart de
pied , un demi quart , un demi demi quart,
&c. à l'infini. Quoi de plus contradictoire
en apparence que d'être fini & d'ê
tre infini , d'avoir des bornes & de n'en
avoir pas.
La Géometrie rend l'efprit fort fouple
fur ces fortes de contradictions apparentes.
Les incommenfurables , les contingences
des Courbes , leurs afymptotifmes
en fourmillent : & c'eft l'Infini qui
caufe toutes ces contradictions dans la
Géometrie la plus fimple . Que doit - ce
donc être dans la tranfcendante où l'on
fait une profeffion ouverte d'admettre cer
Infini , de le manier & de le remanier ?
De forte que tout ce qu'on pourroit tout
au plus exiger des contradicteurs , feroit
peut - être qu'ils euffent un peu plus d'empreffement
pour s'inftruire de cette Geometrie
, qu'ils n'en ont pour la heurter de
front & la contredire, & furtout que leurs
recherches en ce point euffent un peu plus
l'air de doute & de queftion , comme
M. de Grandmaifon leur en a donné le
bel exemple , que d'affirmation , de décifion
& de triomphe. Mais après tout
c'eſt leur affaire , & peu curieux d'en faire
la mienne , je les trouve encore fort louables
de fe rendre enfin à la verité.
Je
186 MERCURE DE FRANCE.
Je n'attendois pas moins de la capacité
& du bon efprit du R. P. D. L. M. qui
après avoir combattu d'abord le Paradoxe
dans le Mercure de Juillet , vient de l'adopter
dans toute fon étendue dans les
Memoires de Trévoux , mois de Fevrier
1729. Art. 24. p. 335. Car , quoique
la férie des pairs 2. 4. 8. 10. &c. ait
chacun de fes termes plus grand d'une
unité que chaque terme correſpondant de
la ferie des impairs 1.3.5.7.9 . &c . il
ne laiffe pas de fe déclarer deformais pour
Pégalité géometrique de ces deux féries ,
une difference infinie fur des grandeurs
infiniment infinies ne l'arrêtant plus
comme elle l'arrêtoit autrefois lorsqu'il
difoit en propres termes : Or quand deux
colonnes font telles que chaque terme de la
premiere furpaffe chaque terme correfpon
dant de la feconde ; il eft clair que la premiere
colonne furpaffe la feconde ; & qu'it
ajoûtoit dans fa troifiéme propofition : La
colonne C. n'eft point la moitié de la colonne
A. & c .
9
Il eft vrai que le P. D. L. M. convenant
maintenant affez de la verité generale
du Paradoxe , attaque M. Bernoulli &
tous les Géometres de ce fiecle qui prétendent,&
d'après lefquels j'ai prétendu ou
plutôt fuppofé comme inconteftable , que
la fomme de la fésie 1 . ,,, &c. étoit
infinie.
MAY. 1729 887
infinie. Mais il faut efperer que ce Pere
fe rendra auffi fur cet article , lorsqu'il
aura pris garde à l'autorité refpectable &
aux raifons folides de ces grandsMaîtres ,
& qu'il aura reconnu le foible de l'efpece
de Démonſtration qu'il leur oppoſe. Car
pour le dire en paffant , je ne vois pas
comment il a pû prétendre que la racine
de l'Infini fut un Fini, ce qui n'eſt pas plus
vrai qu'il eft vrai que la moitié de l'Infini
foit finie.
Le P. D. L. M. incidente auffi fur l'égalité
que j'ai attribuée aux deux fuites
I. I. 1. &c. & / ,,, & c. M. de Fontenelle
avoit crû ces deux féries inégales :
je lui en avois démontré l'égalité dans les
Memoires de Trévoux , Septembre 1728.
& il s'étoit rendu à ma feconde démonftration
que le P. D. L. M. qui n'avoit
eu aucune part dans cette difpute , attaque
maintenant.
Mais 1. fon raiſonnement , quand il
feroit concluant , ne concluroit rien contre
moi , puifqu'il change d'hypotheſe , &
ne fuit point la mienne qui eft pourtant
légitime , l'unité géométrique étant une
choſe arbitraire & de foi indéterminée.
2. Dans fon hypothefe même ma conclufion
eft vraye & la fienne eft fauffe
& même contradictoire. Car ce Pere pofe
trois efpaces hyperboliques pour repreſenten
882 MERCURE DE FRANCE.
ter les trois féries 1. 1. 1. 1. & c. ,,
& c. & ,,, &c. dont la derniere eft
la difference dès deux autres. Or il dit
que ces trois efpaces font tous trois ou infinis,
ou tous trois finis ; deforte que l'efpace
qui reprefente I. 1. 1. 1. &c . étant
bien furement infini , felon le P. D. L.M.
même la férie ,,, &c . feroit auffi infinie
, felon lui , quoiqu'il vienne de prétendre
le contraire contre M. Bernoulli.
Mais 3 ° . il eſt faux que ces trois eſpaces
foient des Infinis de la même espece, comme
le dit ce Pere : puifque la férie , }, },
&c. n'eft qu'un Infini radical qui eft nul
par rapport aux deux autres qui font potentiels
du même ordre.
J'ai commencé la premiere propofition
de ce Paradoxe , & je dois la finir par dire
que plus onfait d'usage de fa raiſon , ptus
on trouve de fujets de s'en défier. Ceux
qui ont contredit ce Paradoxe , auroient
pu fe difpenfer d'en fournir de nouvelles
preuves. J'attends de leur équité que le
même empreffement qu'ils ont eu pour
contredire , ils l'auront pour reconnoître la
verité , qui deformais peut paffer pour une
chofe abfolument démontrée en Géomeusie.
DERMAY.
1729. 883
ADIEUX
XXXXXXXXXXXXXXX
DERNIERS
AU FIDELE MEDOR,
Chien de M. DDEE SENECE.
Tu n'iras point dans la nuit éternelle ,
Mon cher Médor , fans être accompagné ,
De ce regret que ton amour fidele ,
Sur ma conftance , à bon droit, a gagné.
Plein de refpect , de zele & de tendreſſe ,
Qui pétilloient dans tes beaux yeux de Chien ,
D'être avec moi tu faifois tout ton bien ,
Hors les momens qu'occupoit ta Maîtreffe
Fâcheux momens qui t'ont caufé la mort !
Mieux valoit- il refter dans le veuvage .
Quand ta Grifette eut fini de fon fort ,
Le trifte cours , dont ce fut grand dommage.
Mieux valoit-il avec moins de chaleur ,
Pour Beauté Chienne avec Mâtins te battre !
Confole- toi pourtant de ton malheur ,
Antoine ainfi périt pour Cléopâtre.
Or,refte en paix : Adien, mon pauvre Chien ,
Ec
884 MERCURE DE FRANCE.
Et puiffes-tu ( fi defirer on l'ofe )
Trouver un corps auffi beau que le tien .
Dans le pais de la Métempficoſe.
skakakakakakikikikiki
PROJET réformé d'un nouveau Calendrier
Civil & Ecclefiaftique , Perpetuel
& Invariable.
Lep
E Calendrier qu'on fuit dans l'Eglife,
depuis même la correction faite par
le Pape Gregoire XIII . en 1582. étant
fujet à des variations inévitables & an- .
nuelles , fondé qu'il eft , comme auparavant
, fur les mois Lunaires des Juifs &
fur le Comput des anciens Romains Obfervateurs
de Calendes , Nones , & Ides ,
la Pâque fe trouvant dérangée de temps
en temps , ainfi qu'il eft arrivé en 1724 .
fans remonter plus haut de tous les expediens
qu'on puiffe prendre pour y réta
blir l'ordre , il n'en paroît pas de plus
plaufible & de plus neceffaire , que celui
de fixer le premier jour de l'An , & la Fête
de Pâque , comme le feul moyen qu'il y ait
pour regler tout à perpetuité , & pour faire
ceffer toutes conteftations à ce fujet .
Ce qu'on propofe de fixer la Pâque ,
ne doit point furprendre. On ne peut nier
qu'il n'y ait eu anciennement parmi les
ChréMAY.
1729. 885
Chrétiens une Fête fixe de la Pâque dépendante
du cours du Soleil , dans le temps
même qu'on difputoit avec le plus de
chaleur fur la Fête mobile , dépendante
de la pleine Lune du premier Mars de
l'Année Lunaire. Cette Pâque fixe étoit
particulierement pour ceux , qui croyant
que Jefus - Chrift étoit mort le 225. Mars
& reffufcité le 27. célebroient tous les
ans fa Paffion au premier de ces jours , &
fa Refurrection au fecond , fçavoir le 25..
& le 27. du même mois , en tels jours de
la femaine qu'ils arrivaffent ; c'eft ce qu'on
trouve marqué dans les plus anciens Martyrologes
de l'Eglife , dans ceux principalement
qui portent le nom de S. Jerôme
, outre que celui du Cardinal Baronius,
le dernier en datte , fait mention du bon
Larron le 25. du mois de Mars , comine
étant le jour de la Paffion du Sauveur.
D'autres ne croyant pas devoir féparer
les Myfteres de l'Incarnation de la Paffion
& de la Refurrection , faifoient la Fête
de Pâque au 25. de Mars , quoique voulant
bien le perfuader que Jeſus- Chrift
ayant été incarné & depuis crucifié le 25.
ils ne puffent ignorer qu'il ne fut reffufcité
le 27. Cet ufage de faire ainfi la Pâque
ne fut blatné que dans ceux qui s'étoient
imaginé, mal à propos , que Jefus
Chriſt étoit reffulcité le 25. comme
quel886
MERCURE DE FRANCE .
quelques Peuples de la Cappadoce , &
quelques-uns de la Galatie fembloient le
croire par erreur.
Cependant on peut dire que les SS . Peres
n'ont rien fait d'irrégulier précisément,
& ne le font point écartés des intentions
droites de l'Eglife , lorsqu'ils ont établi la
folemnité de la Paffion & de la Refurrection
du Sauveur au 25. de Mars , appellé
la premiere Pâque des Apôtres , par l'Auteur
de la Chronique Pafchale , comme
ce fut la premiere en effet ; & que d'ailleurs
la multitude des Gentils convertis à
la Foi étoit accoutumée au Calendrier Solaire
fixe , en ufage dans la plus grande
partie de l'Empire Romain , & non pas
au Calendrier Lunaire mobile des Juifs
& de quelques autres Orientaux . Ön retint
, felon cet Auteur , le jour de cette
premiere Pâque Apoftolique arrêté au
25. de Mars , où il demeura fixé , tandis
que la Pâque des Juifs & des Chrétiens
Judaizans fuivit le cours de la Lune.
>
Après ce qu'on vient de rapporter pour
autorifer la fixation de la Fête de Pâque ,
dont dépend celle des autres Fêtes Mobi
les ,, on voit affez la raifon qu'il y a de
fixer auffi le premier jour de l'an , afin
que tous les autres de l'année foient fixes
pareillement , & fe trouvent dans les mêmes
jours de la ſemaine . Cette fixation
du
MAY. 1729. 887
du premier jour de l'an & de la Fête de
Pâques formant les deux points effentiels,
& étant comme la baze & le fondement
d'un reglement perpetuel pour l'Eglife &
pour l'Etat.
Voici donc , fuivant le Projet , la difpofition
du nouveau Calendrier , où rejettant
l'année Lunaire comme trop variable
, & fujette à erreur , ce qui paroît
dans les nouvelles Lunes de chaque mois
marquées fouvent trop tard & diverfement
, les Equinoxes fixez au 21. Mars
& 23. Septembre ; & les Solftices au 21 .
Juin & 23. Decembre , font mieux dans
leurs points , auffi bien que les mois de
31. jours , par rapport au cours du Soleil
, qu'on adopte au lieu de celui de la
Lune. On peut dire que l'Eglife & l'Etat
y trouveront leur avantage particulier :
L'Eglife n'aura plus qu'un même Ordinaire
pour regler l'Office à perpetuité fans
variation , & l'Etat aura toujours la Fête
de Pâques à un même jour de mois après
un Carême plus commode , &c .
Difpofition du nouveau Calendrier.
1º. Les mois de Janvier , Fevrier & Mars
auront chacun 30 jours .
Ceux d'Avril , May , Juin , Juillet &
Août , chacun 31 jours.
Et ceux de Septembre , Octobre , No-1
C vem
888 MERCURE DE FRANCE .
vembre & Decembre chacun 30. jours.
Ce qui remplit le nombre de 365 jours
dont l'année eft compofée , outre les 6.
heures moins onze minutes , qui font un
jour en 4. ans , moins 44. minutes .
3.
12 ° . L'année commencera toujours par
un Dimanche , fon jour fixe , & finira
ans de fuite par le jour furnumeraire , qui
reste après les 52. femaines complettes
de l'année terminées par le Samedi , &
dont la derniere fera de huit jours à cauſe
du jour furnumeraire ou final , marqué
à la même Lettre que le premier jour de
l'année qu'il finit , fçavoir l'A qu'on chan
gera..
3 °. Le mois de Décembre aura , de 4 .
ans en 4. ans , 31. jours au lieu de 30 .
pour le jour de furcroît de l'année dite
ci - devant Biffextile , jour de furcroît qui
fera placé enfuite du jour furnumeraire
ou final , & qui rendra la derniere femaine
de neuf jours cette année- là.
4. Pour fixer la Pâques à perpetuité
en un Dimanche , fans égard au quantiéme
de la Lune , dont il n'eft plus queftion
, on a choifi le neuvième jour du
mois d'Avril , jour fixé comme le plus
convenable par rapport aux deux termes
de cette Fête le 22. Mars & le 25. Avril,
ou plutôt eu égard à l'Equinoxe du Printemps
, dont il y aura plus de quatorze
jours
MAY. 1729.
889
jours de paffez , ce qui doit fuffire , & tenir
lieu du quantiéme de la Lune .
5° . Les Fêtes Mobiles , qui dépendent
toutes de celle de Pâques , à commencer
par la Septuagefime , & finir par le premier
Dimanche de l'Avent , ſe trouveront
de même fixées , comme auffi les
Quatre. Temps & les Rogations ,à certains
jours de mois & de femaines fans déplacement.
6. La Lettre Dominicale fera tous les
ans l'A , le premier jour de l'An & le dernier
étant marqués à cette lettre qui commence
& finit le Calendrier fixe des Miffels
, Bréviaires & Diurnaux. Les autres
jours de la femaine auront auffi chacun
leur lettre reglée & fixe , Lundi le B
Mardi le C , Mercredi le D , Jeudi l'E ,
Vendredi l'F & Samedi le G.
L'X fera pour le jour furnumeraire , &
le 2. pour le jour de furcroît.
70. Le Martyrologe pour plus grande
facilité le lira en commençant fimplement
par le jour fuivant du mois , die fecundâ ,
die tertiâ , die quarta Januarii , &c. fans
parler de Calendes , Nones & Ides , &
fans nommer le quantiéme de la Lune ,
dont il ne s'agit plus , & qui eft ſouvent
different de celui des Calendriers les mieux
reglez par les Aftrologues .
Pour répondre par avance aux objec-
Cij tions
890 MERCURE DE FRANCE.
tions qu'on pourroit faire contre ce nou.
veau Calendrier , qui demande un examen
exempt de prévention .
On dit 10. que l'Ordonnance du Concile
de Nicée , qui fixe la Pâques au premier
Dimanche , vaque après le quatorzićme
de la Lune du premier mois dans:
l'espace de 35. jours de diftance entre le
premier & le dernier , terme de cette Fête
, n'étant qu'un point de Difcipline Ecclefiaftique
; par conféquent fujette au
changement , & non pas un Dogme de
Foi toûjours invariable , ne doit point abfolument
porter obftacle à l'introduction
de ce Calendrier , avec l'Approbation du
S. Siége & le confent ment des Puiffances
intereffées , d'abord que le Projet n'est
point contraire à la Foi , à la raiſon & aux
bonnes moeurs , & qu'il tend à l'utilité
publique.
On dit de plus , que le jour furnume
raire qui augmente d'un jour la derniere
femaine de l'année , doit être toleré tous
les ans , de même que le jour de furcroît
tous les quatre ans , fans qu'il y ait ſujet
de fe récrier contre une telle nouveauté
de 8. jours , de 9. jours dans une femaine
, lorfqu'il eft impoffible de faire autrement
pour rendre le Calendrier fixe. On
doit plutôt avoir égard que tout le changement
n'étant que dans la derniere femaine
MAY. 1729. 891
maine , c'eft à- dire , dans la 5 2º. pendant
que toutes les autres femaines font en regle
, le mal n'eft pas fi grand qu'il doive
faire échouer le Projet ci propofé , & faire
continuer le Calendrier mobile & dérangé
tel qu'il eft , peu de chofe eft réputé un
rien en fait d'avantage public , comme le
Dimanche une fois en un an retardé d'un
jour , ou deux après 52. femaines juftes,
n'eft point encore un obſtacle abfolu .
On croit enfin devoir avertir , que fi
l'on a eu raifon de retrancher dix jours
de l'année 1582. à caufe des onze minutes
qui manquent aux fix heures de chaque
année , & qui depuis le Concile de
Nicée en 3 25. ayant été negligées avoient
fait retrograder l'Equinoxe du Printemps
d'autant de jours ; on doit par la même
raifon de minutes de manque par an paſſer
trois centiémes d'années 1700. 1800 .
& 1900. fans compter de Biffexte pour
éluder par ce retranchement de trois jours
en quatre cens ans à la retrogradation du
Printemps dans cet eſpace de temps , ainſi
dans la fuite.
Néon de S. Antoine.
Ciij A
892 MERCURE DE FRANCE.
AM. LE COMTE DE TRESMES.
Sur fon Mariage.
Α
MAjoye & mes tranſports me tiennent
lieu de Verve ,
Une Fille de Mars , Eleve de Minerve ,
Par Hebé préfentée à l'Autel des Amours ,
Sous les Loix de l'Hymen vous promet d'heureux
jours .
O Gendre d'un Heros qui fuccede à la gloire
De fes fameux Ayeux ficonnus dans l'Histoires
Comme lui vous ferez adoré du Soldat ,
Craint de nos ennemis , le foutien de l'Etat :
Comme lui vous aurez une Epouſe fidele , ~
Des dons les plus flateurs , rarè & parfait Modele
;
L'Art de parler , le goût , l'Eſprit vif & fenfé,
Le Ciel en fa faveur femble s'être épuifé,
Mais que vois - je ! ... Apollon vient lui -même
m'inftruire ,
Je le fens , il m'échauffe , il m'éclaire , il m'infpire
:
TRESMES , fur votre fort écoutez fes Arrêts .
De cet Hymen formé par les divins decrets ,
Naîtront bien- tôt des Fils , ornemens de la
France ;
Le bonheur de vos jours , des François l'Efperance
,
Zelez
MAY. 1729: 893
Zelez pour la Patrie , attachez à leur Roy ;
Paris fuivra long tems leur fage & douce Loi;
Genereux , Bienfaifans de leur magnificence .
Les Peuples & les Arts fentiront l'abondance;
On verra réunis , la valeur , la bonté ,
Le fçavoir , la grandeur , la force , l'équité ,
Qualitez de tout tems tranfmifes par leurs
Peres ,
Dans l'un & l'autre fang toûjours hereditaires .
Comte , de vos vertus le prix eft décidé ,
Aux voeux publics pour vous les Dieux ont
accordé ,
Une Race nombreuſe en demi- Dieuxfertile
Tous les ans de Neftor, & la gloire d'Achille..
*******************
LETTRE fur l'excellence & la préference
de la Vûë ou de l'Ouïe , ou Réponfe
fur les questions propofées dans le
Mercure de Juin 1728.
J'A
'Avois toûjours regardé , Monfieur ,
comme très- utile l'exercice d'écrire
pour ou contre les Queſtions propotées
dans le Mercure de France ; mais je n'aurois
jamais crû qu'un Avocat , qui fait
profeffion de défendre des Caufes de tout
genre , eur penſé , comme il l'a fait , fur
la queſtion , où il s'agit de fçavoir : dans
Ćiiij quel
894 MERCURE DE FRANCE.
quel état & dans quelles circonstances , il
vaudroit mieux être aveugle que fourd.
Quand il feroit vrai , qu'il n'y a perfonne
qui foit veritablement intereffé , à
fçavoir cela ; & qu'il n'y a point de conjonctures
, où il foit & libre & neceffaire
de choifir entre l'un & l'autre parti , s'enfuit-
il qu'il foit mal fait d'examiner en
particulier , lequel des deux fens eft le
plus neceffaire , de la vûë ou de l'ouie ?
Non , M. d'Auvergne , dans fa Lettre
écrite de Beauvais le 27. Juillet , fur
les Queftions propofées dans le Mercure
de Juin dernier , croit que cette queftion
eft du nombre de celles , où l'on
n'a pour but , en les propofant , que de
réjouir le Lecteur par de petites difcuffions
ornées de traits , ou curieux ou badins.
Auffine manque- t-il pas de rappor
ter l'extravagance de Démocrite , qui fe
creva les yeux ; & la folie de celui qui paf
fa une Riviere à nage , l'un pour ne pas
voir , & l'autre pour ne pas entendre.
M.d'Auvergne malgré fon prétendu bàdinage
, femble cependant traiter la queftion
d'une maniere très ferieule , lorſqu'il
foutient que nos fenfations ne nous font
pas données , pour nous en priver ainfi
nous-mêmes , à mesure qu'elles nous aſfujettiffent
à quelque défagrément , ou
que nous nous appercevons , que nous en
pouAVRIL:
1729. 895
pouvons faire un mauvais ufage . J.C. dit
néanmoins en l'Evangile S. Matthieu ,
ch. 18. v. 6. Que fi quelqu'un fcandalife
un de ces petits qui croient en moi , il vandroit
mieux pour lui qu'on lui pendit au
sou une de ces meules qu'un âne tourne , yo
qu'on le jettât au fond de la mer ... v . 8.
Que fi votre main ou votre pied vous eft
un fujet de fcandale , coupez - les , & les jettez
loin de vous. Il vaut mieux pour vous
que vous entrie dans la vie n'ayant qu'un
pied, ou qu'une main, que d'en avoir deux,
& être jetté dans le feu éternel. v. 9. Et fi
votre ail vous est un fujet de fcandale , arrachez-
le , & le jettez loin de vous . Il vaut
mieux pour vous que vous entriez dans la
vie n'ayant qu'un oeil , que d'en avoir deux,
& être précipité dans lefeu de l'Enfer. Ch .
19. v . 12. Ily a des Eunuques qui font néz
tels dès le ventre de leur mere : il y en a que
les hommes ontfait eunuques , & il y en a
qui fe font rendus eunuques eux - mêmes pour
gagner le Royaume dès Cieux.-
Je fçai que ces paffages ne doivent pas
être pris à la lettre , & que le zele litteral
d'Origene , a été blâmé par les Peres ;
mais je fçai auffi qu'il vaudroit mieux perdre
tous les fens , ou l'ufage de tous les
fens , que de s'expofer à la perte de la vie
éternelle. Les Religieux de la Trappe &
de plufieurs Monafteres ne fe condain--
Cy nent
896 MERCURE DE FRANCE :
nent-ils pas au filence ? Les Peres des dé
ferts ne le privoient - ils pas fouvent de
l'ouie & de la vûë ? &c. Les hommes ont
donc quelque liberté fur le choix & fur
l'ufage des fenfations , quand ce ne feroit
que pour en faire des facrifices au Seigneur.
Je me fuis peut- être trop étendu fur un
point dont il ne s'agit pas précisément ,
car il femble que l'Auteur des Queſtions
ne s'eft pas bien expliqué, ou que M.d'Au .
ne l'a bien entendu. Il s'agit proprepas
ment de plaider la caufe de Poil & celle
de l'oreille , je l'ai du moins crû de la forte
, ou ce qui revient au même , de balancer
le pour & le contre , dans la préference
d'un fens fur l'autre , en fuppofant
qu'il falût opter entre la furdité & la cecité.
On peut raifonner là deffus , & comparer
entr'eux les avantages acquis par les
l'oreille.
yeux &
par
On
voit
d'abord
, que
pour
bien
répondre
à cetre
Queftion
, il faut
fçavoir
fi
l'on
parle
de perfonnes
riches
ou
pauvres
,
jeunes
ou
vieilles
; aimant
la folitude
ou
le
monde
, ignorantes
ou
fçavantes
, de
gens
accoûtumez
à être
fervis
, ou
à fe
fervir
eux
- mêmes
; tout
cela
doit
être
confideré
, de même
que
le gout
particulier,
&
dominant
de chacun
, enfin
la qua-
Lité
& fa profeffion
, &c.
En
MAY. 1729. 897
En general tout le monde veut voir , la
joüiffance d'un tel fens eft prefque continuelle
, on ne s'en raffafie guere , & un
Artifan ou un pauvre homme doit préferer
la vûë à l'ouïe ; mais en eft il de
même d'un homme riche qui auroit , par
exemple , cent mille livres de rente ?
L'aveugle , à la rigueur , dépend des
autres , il eft à leur difcretion ; mais quels
égards n'a- t'on pas pour l'aveugle : l'Ecriture
nous le recommande , il eſt gai ,
content, pendant que le fourd, trifte, foupçonneux
, très incommode , fe martirife
lui-même , fe fait haïr & le trouve obligé
de fuir la focieté , ne pouvant jouir des
douceurs de la converfation , il fe retire
à la campagne , cultive la terre , devient
Chaffeur , & enfin folitaire & fauvage.
Les aveugles peuvent rendre leur nom
fameux dans l'Hiftoire ; on a des Héros
parmi les aveugles , des Auteurs en tout
genre , des Prédicateurs , des Muſiciens ,
en un mot des aveugles fçavans fur tout ,
excepté fur la lumiere , fuppofé qu'ils
foient aveugles de naiffance. On peut , fi
l'on veut , examiner à fond la question
en fuppofant la furdité , & la cecité , de
naiffance ou par accident , examiner
l'on peut acquerir plus ou moins de
connoiffance par l'ouïe feule que par
la feule vûë.
C vj Un
898 MERCURE DE FRANCE:
Un aveugle peut être donc bon Roy;
bon Magiftrat , bon Orateur , bon Prédicateur
, bon Confeffeur , bon Directeur
bon Poëte , bon mari , bon pere , bon voifin
; en un mot , que ne peut-il pas être ?
Son infirmité , fon défaut ne fait tort à
perfonne ; c'eft l'aveugle feul qui ſouffre
du malheur d'être comme un enfant à la
difcretion de ceux qui l'environnent. Les
Loix d'ailleurs ne font- elles pas plus favorables
aux aveugles qu'aux fourds ? Il y
a cependant peu d'aveugles qui ne vou
luffent être privez de l'ouïe pour obtenir
le don de la vûë , ingrats fur la poffeffion
d'un bien , on ambitionne la joüiffance.
d'un autre.
Mais que faire d'un fourd , eût-il acquis par
les yeux toutes les connoiffances poffibles?
Ilne peut communiquer avec les autres :
que par fignes ; quelle peine n'eft- ce point
pour ceux qui ont le malheur de vivre
avec lui ? Le fourd dans un fens eft donc
plus à charge aux autres , que ne le peut.
être un aveugle , cependant un fourd donneroit-
il volontiers les deux yeux pour
jouir de l'ouïe ? On fuppofe qu'il eût l'idée
de chacun de ces deux fens . Nous fair ..
fons donc plus de cas des avantages dont
nous fommes privez , que de ceux dont
nous joüiffons , quelle mifere !
On pourroit objecter qu'un Prince fourd,
ayantr
MAY. 1729. 8.99
ayant des Courtifans attachez & affectionnez
, ils fe feroient à la fin entendre
de leur Prince , qui voyant de fes. propres
yeux , feroit plus indépendant & mieux
en état d'agir par lui - même , & parconféquent
de gouverner fon Royaume , de
punir le vice , de récompenfer la vertu
de faire la guerre en perfonne & de régir
fon peuple, & c . Mais un Souverain peutil
voir tout par lui- même , n'est - ce pas
par les yeux des autres qu'il régit les Provinces
? Un Roi aveugle en feroit de même;
il s'attacheroit fcrupuleufement à bien
compoſer fon Confeil , il s'en feroit un
devoir & une occupation , ne pouvant
joüir des plaiſirs des yeux , ni de ceux qui
dépendent de certains exercices du corps.
On peut
obferver en paffant , & afin que
cette remarque ne foit pas omife , que l'aveugle
eft bien mieux en état de connoître
fon Créateur & de le fervir , que ne l'eft
le fourd , ainfi que l'experience nous le fait
voir tous les jours & dans toutes les Eglifes.
Il y a eu cependant quelques fourds illuftres
dans les Arts & dans les Sciences,
mais le nombre en eft très petit , encore
n'eft ce que par les foins pénibles & continuels
que l'on a pris pour leur éducation
& pour répondre au riche, fond de
leur génie.
La vie des aveugles illuftres feroit au
La
900 MERCURE DE FRANCE .
1
•
contraire très-longue & des plus curieufes
dans le peuple même , les aveugles
gagnent leur vie en chantant , en jouant
de quelque Inftrument , au lieu que les
veritables fourds font encore plus expofez
à périr de mifere. La Tour de Babel fut
difcontinuée faute de s'entendre , quoique
les Ouvriers euffent l'ufage des
& de l'oreille , ce qui prouve que la furdité
rend l'homme incapable d'agir exactement
, felon l'ordre ou l'intention de
ceux qui commandent .
yeux
A l'égard des femmes , il n'y a pas à déliberer
, la vûë leur eft plus neccffaire que
P'ouïe. Une Dame qui ne voit pas , fe
croit privée de tour , elle fe croit enfevelie
toute vivante dans les tenebres . Une
femme fourde peut être très jolie , la voilà
confolée , elle peut s'occuper dans fa famille
, avoir foin de tout , travailler &
faire travailler les autres , parler d'exem
ple ; enfin une femme fourde & muette
peut être dans un fens une femme parfaite
, d'autant mieux que la langue lui
étant prefque inutile , elle mettra certai
nement les autres fens plus à profit.
Si je ne me trompe point dans ce jugement
, & j'en appelle aux Dames mêmes
pourquoi l'homme préfereroit - il
l'ouïe à la vie ? En ce cas là ne feroit - il
pas obligé de fe la.ffer conduire par fa
femme
MAY. 1729 901
femme ? Que deviendroit pour lors la dignité
de l'homme ? L'homme fourd en
voyant, ne peut- il pas également travailler
& gagner la vie de fa femme aveugle , mais
que pourra faire cette femme ? N'importe,
je crois que la femme a befoin de la vûë
plutôt que de l'ouïe , & que l'homme a befoin
de l'ouïe plutôt que de la vûë, je m'explique,
un aveugle écoute & rend juftice à
tout le monde. Cela efſt ſi vrai qu'en diſant
à un autre , jefuis fourd , cela fignifie bien
fouvent qu'on ne veut pas accorder la demande
qui nous eft faite ; Dieu lui même
dans fa jufte & terrible fureur, fait la mênie
menace aux pecheurs endurcis & impenitens.
Il paroît , au refte , inconteftable à l'égard
des pauvres gens , que la vûë eſt
préferable à l'ouïe . Le pauvre Tobie , falué
par Azarias ou l'Ange Raphaël , qui
lui dit : Que la joye foit toûjours avec vous ,
répondit à l'Ange Quelle joye puis-je
avoir, moi qui fuis toujours dans les tenebres
& qui ne vois point la lumiere du
Ciel Tob. 5. c. v. 11. 12. Il femble que
des fourds pourroient s'affembler , vivre
enfemble , former une espece de focieté ,
avoir leurs Loix , leur Police , leur politique
, leur commerce , leurs Foires , leurs
affemblées , & à la fin leur langage oculaire.
Mais des aveugles entre eux , quelle
mifere
go MERCURE DE FRANCE :
mifere ! Ils ne peuvent prefque rien par
eux-mêmes , ils font dans une abfolue dé
pendance & expoſez à toute la pitié des
hommes voyans . Cependant cela ne les
rend pas toûjours plus doux & plus traitables
; on en trouve beaucoup d'infolens;
les fourds font auffi ordinairement affez
méchants , la raiſon en eft peut - être ailée
à trouver , l'aveugle fe deffend avec la
langue , c'eſt- à -dire en parlant , & le fourd
avec la main & en frappant , je n'entens
parler, au refte, que des hommes pauvres
& non des riches.
Si la queftion eft décidée pour les pauvres
, d'où vient qu'elle ne l'eft pas pour
les riches ? Elle feroit également décidée
pour les riches du temps d'Adam , des
Patriarches ou même des Sauvages riches
, ennemis du luxe & des vaines inutilitez
dont la plupart des hommes polis
fe repaiffent. Mais quel changement ne
produifent pas dans l'efprit & dans le coeur
de l'homme , l'étude & l'ufage varié d'une
infinité de fenfations pour chaque fens ??
L'homme corrompu , bien loin d'en diminuer
le nombre , voudroit au contraire,
s'il étoit poffible , en faire quelque nouvelle
découverte , fans faire attention que
l'homme pour vivre heureux , n'auroit
peut- être befoin que du feul fentiment varié
à l'infini ; fans couleurs , & par con--
fequent
MAY. 1729. 203
Lequent fans vûë , fans odeur , fans gout ,
fans ouïe , &c. Je crois donc que les Patriarches
& les Sauvages auroient préferé
la vûë à l'ouïe , parce que leur vie confiftoit
dans l'action , plutôt que dans la
méditation , & qu'enfin en travaillant on
parle d'exemple , & qu'un fourd entend
parfaitement ce langage , au lieu que l'aveugle
n'eft guere bon qu'à tourner quelque
roue , & c.
Les hommes aujourd'hui , en general ,
voluptueux & affervis aux fens , préfereront
toûjours l'état où il y auroit plus de
plaifir à l'état qui en procureroit le moins,
cela eft vrai ; mais il s'agit de fçavoir fi
un aveugle peut fe procurer un plus grand
nombre de plaifirs que le fourd ; ils en
ont de communs l'un & l'autre , il s'agit
des plaifirs particuliers à chaque fens , &
enfin de fçavoir fi l'oreille en eft plus
fufceptible que l'oeil , à toute rigueur. On
n'entend ordinairement qu'une choſe à la
fois , au lieu que les yeux en apperçoivent
une infinité , l'harmonie la plus compo
fée est très -bornée.
Pour décider cette queftion autant que
la chofe eft poffible , je crois qu'il faut
encore diftinguer les plaifirs du corps &
les plaifirs de l'efprit ; examinons quels
font les plus grands , les préferables &
enfuite voir de quel fens on en peut efperer
504 MERCURE DE FRANCE:
perer davantage , de ceux du corps ou
de ceux de l'efprit ; comparer & apprétier
le tout pour rendre cette question , ou de
gout ou de calcul ou de pur raifonnement .
C'eft à ceux qui prendront parti pour un
fens , à le deffendre contre l'autre , & je
ne vois pas que cet exercice litteraire foit
indigne d'un efprit qui aime à penſer , à
parler à raifonner , à écrire , furtout lorfqu'on
foumet toutes fes idées à celles des
Maîtres , ainfi que le doit toûjours faire
P'homme prudent & bien fenfé.
#
M. d'Auvergne trouvera peut - être à
fon tour , que j'ay mal pris la queſtion ,
je ne m'y oppofe pas , je me contente de
donner les penfées que j'ai eues en la li
fant , pour exciter ceux qui penfent mieux
à faire part de leurs idées à ceux qui les
"demanderont. D'un autre côté j'avoue que
je n'ai pas bien entendu ce que M. d'Au .
penfe lorfqu'il dit , qu'il n'eft pas non plus
en notre pouvoir , quand nous preffentons
que les loix de la Nature font prêtes
à nous ôter quelque fenfation , d'en
facrifier une autre pour conferver celle
que nous affectionnerions davantage . En
Medecine il arrive fouvent que l'on perd
l'enfant pour fauver la mere , ou la mere
pour fauver l'enfant , & quoique trèsfaillibles
dans un Art conjectural , les Medecins
fe déterminent toujours pour ce
deux autorisé. Quand
MAY. 1729. .༡༠༢
Quand M. d'Au . parleroit d'un pouvoir
phyfique , il ne s'enfuivroit pas qu'on ne
pût tirer aucune utilité de l'éclaircillement
fur cette queftion.Ne fommes - nous pas expofez
chaque inftant à la cécité & à la
furdité , tout comme à la mort ? Donc il
eft bon de fçavoir , en cas de malheur ,
la préference que l'on doit faire des fens ,
afin de les cultiver à proportion de leur
mérite & de leur neceflité. Mais les Hif
toires nous parlent de tant de perfonnes
condamnées à la mort , aufquelles on laiffoit
le choix du fer ou du poifon . Notre
Hiftoire même nous parle du choix que
Clotaire donna à fainte Clotilde , des cifeaux
ou du poignard contre les neveux
de Thiery , ce font de terribles extrémitez ,
il faut cependant quelquefois paffer par là ,
combien de fois n'a -t- on pas condamné
des Princes infortunez à perdre la vûë ? *
Dans la derniere révolution de Perfe , on
voit l'Ufurpateur Acheraf,priver de la vûë
fon frere le cadet , par le moyen d'une
lame d'or ardente qu'il lui fit paffer fur les
yeux , on pourroit également vouloir rendre
un homme fourd , on croit donc, avec
raifon , qu'un Prince privé de la vûë , eft
moins capable de remuer , que s'il n'étoit
* Samfon & Sedecias , parmi les Hebreux:
Cet ufage barbare de crever les yeux , fubfifte
encore dans l'Orient.
que
906 MERCURE DE FRANCE.
<
que fourd ; la vûë eft donc plus neceffaire
à un Souverain , que l'ouïe ; & un Prince
coupable de conjuration en Perfe , riſqueroit
de perdre la vie ou la vûë , s'il tomboit
vif en la puiffance de fon ennemi .
ن م
Nous lifons encore dans le premier
Livre des Rois , ch . 11. v . 1. 2. Naas
Roi des
Ammonites , fe mit en campagne
& attaqua Jabés en Galaad. Et tous les
habitans de Jabés dirent à Naas : Recevez
nous à compofition & nous vous ferons
affujettis. Naas , Roi des Ammonites , leur
répondit : la compofition que je ferai avec
vous fera de vous arracher àtous l'oeil droit
& de vous rendre l'opprobre de tout Ifraël...
Par où l'on voit que l'oeil eft neceffaire
pour le métier de la Guerre , je ne
doute pas cependant que la bonne tête
d'un General aveugle ne fût auffi capable
de conduire une armée , que le feroit un
Prince du centre de fon Royaume. Les
yeux de l'efprit font la partie effentielle
de l'homme illuftre , & les yeux corporels
des autres hommes , fuppléent affez à
ceux dont l'aveugle illuftre eft privé.
On voit des hommes qui ont perdu la
vûë par divers accidens , d'autres qui ont
perdu l'ouïe & d'autres la memoire , eftil
abfolument inutile de demander quelle
eft la plus grande de ces pertes - là. Tout
ce que l'on met dans les Mercures eft-il
d'une
MAY. 1729 .
907
'une plus grande utilité ? Si M.d'Au . l'avoit
crû , il n'auroit pas pris la peine d'é
crire fa Lettre du 27. Juillet , on l'a lûë
cependant avec plaifir , parce qu'elle amuſe
& qu'elle inftruit , malgré l'efprit fevere
qu'il fait paroître contre la recherche de
certains Arts ; par exemple, il auroit fallu ,
ce femble , entrer dans quelque détail de
railonnement pour ou contre l'Art de voler
, afin d'encourager ou de détourner
ceux qui s'appliquent à de femblables recherches.
L'exemple que cet Avocat cite de Sadecer,
ou de quelque autre , femble prou
ver contre lui ; car s'il étoit poffible de
dreffer des Aigles & des Aurruches à nous
voiturer , quel mal y auroit - il de les apprivoifer
de la forte ? N'a- t- on pas des
Difeaux pour la Chaffe ? * Mais l'Art de
voler par foi- même paroît impoffible à
M. d'Au . Il trouve que l'efperance de réül
fir dans cet Art , ne fçauroit entrer dans
l'idée de tout homme qui ne veut pas renoncer
aux lumieres de la raiſon , & qui
refléchit tant foit peu fur le Systême du
Monde. Enfin l'Auteur de la Lettre dit que
la chofe va à changer l'ordre & Parrangement
naturel , & vouloir arroger à l'hom
Ily a un Pays où les Pigeons fervent de
Courriers: il eft donc permis de tirer des animaux
& des Arts , toute l'utilité poſſible.
ر
me
908 MERCURE DE FRANCE.
me des perfections , des facultez que
Auteur de la Nature n'a pas jugé à propos
de lui donner , & par confequent le
projet doit être regardé comme chimerique
& comme inſenſé.
C'eft ainfi qu'on fe mocqua du premier
qui ofa propofer d'aller fur l'eau &
fur la Mer , on l'accabla de lieux commúns
fur les quatre Elemens , fur la nature
des Quadrupedes , des Volatils & des
Poiffons , &c . C'eft ainfi que fous la Zone
Torride on fe moqua de cet Hollandois qui
difoit qu'en certain temps de l'année, l'eau
de fon Pays devenoit affez dure pour porter
des Elephans , & c. C'eſt ainfi qu'on
fe mocqua du premier qui chercha le Miroir
dans la matiere , & c . C'eſt ainſi quon
fe mocqua du premier qui propofa d'aprivoiler
le Boeuf, le Chameau & le
Cheval , &c. C'est ainsi qu'on le mocqua
de ceux qui chercherent le fecret de l'écriture
pour parler de loin & entre les
abfens ; & c'eft ainfi qu'on le mocquera
toujours des queftions & des problêmes
des autres , lorfque l'on fe croira mal à
Le premier qui vit un Chameau ,
S'enfuit à cet objet nouveau ;
Le fecond l'approcha , le troifiéme ofafaire ,
Un licou pour le Dromadaire .
LA FONTAINE .
propos
MAY. 1729. 9.09
propos bien au faitdu Syftême du monde .
ne faut pas douter qu'on ne fe foit
auffi mocqué du premier qui ofa prédire
les Eclipfes , qui ofa dire que les Planetes
étoient peut - être habitées ; que les Etoiles
étoient peut - être autant de Soleils , & que
Dieu auroit pû créer , fans nous le réveler
, une infinité de Mondes differens du.
nôtre à l'infini de l'infini , felon ſa puiſfance
infinie d'être infiniment incompréhenfible.
il
Et pour
faire voir à M.
d'Auvergne
que
lę zele pouffé
trop loin , nous fait quelquefois
errer
dans nos raifonnemens
,
fuffit
de rapporter
à l'occafion
de la tranffufion
du lang condamnée
par des raifons
de police
, de bienféance
& d'honnêteté
,
il fuffit , dis - je, de rapporter
la raifon
qu'ajoute
cet Auteur
, parce
que le nombre
de
nos jours
eft renfermé
dans
des bornes
qui
ne peuvent
pas être paffées
, & au- delà defquelles
on ne sçauroit
s'efforcer
d'atteindre
fans
offenfer
la volonté
divine
.
9
Avec de femblables raifonnemens on
décrieroit non - feulement la Medecine
qui ne l'eft déja que trop , mais encore la
Jurifprudence , la Politique , &c. en un
mot , on réduiroit l'homme à l'état paffif,
& on lui feroit perdre le gout general de
l'action civile & morale , puifque tous les
évenemens contingens font prévus comme
1
10 MERCURE DE FRANCE
me le nombre de nos jours ; c'eſt pourquoi
pour raifonner , ce femble , plus jufte,
il est mieux de dire , comme cela eft certain
, que les recherches , les découvertes
& les inventions , font auffi du nombre
des chofes prévûës ou prédéterminées .
La regle que M. d'Au . donne pour
connoître fi un Art eft au deffus des forces
humaines , ne paroît pas fur , & je doute
que l'homme puiffe expliquer pourquoi
Dieu dans l'accompliffement de fes deffeins
, & agiffant toujours par les voyes
les plus fimples , fait ufage ou ne fait pas
ufage de fa Toute - puiffance dans les chofes
qui ne font pas hors de l'enchainement
des caufes naturelles , & c.
€
On voit d'un côté Habacuc tranfporté
dans les airs de Judée en Babilone & de Babilone
en Judée , Ezechiel élevé entre le
Ciel & la Terre , &c.d'un autre côté on voit
la divifion des eaux de la Mer Rouge & du
Jourdain , on voit J. C. & S. Pierre , marcher
fur les eaux , on voit Jofué arrêter
la Lune & le Soleil , on voit les Murailles
de Jericho tomber par terre , on voit
dans l'Horloge d'Achas l'ombre retourner
en arriere , par les dix degrez , par
lefquels elle étoit déja defcenduë , on voit
mille prodiges de cette nature , dans lefquels
il nous eft impoffible de connoître &
d'affurer pourquoi Dieu a choisi un moyen
plutôt
MAY. 1729. IT
plutôt que l'autre dans le tréfor infini de
Les richeffes. Donc pour juger de la poffibilité
& de l'utilité des Arts dont on propofe
la recherche & la perfection , l'homme
foible & ignorant ne doit point faire
de comparaiſon entre fa conduite & celle
de fon Créateur.
M. d'Au . fuppofe que Dieu ne voulant
pas avilir les traits particuliers de fa grandeur
& de fa puiffance , n'y a recours que
quand les facultez qu'il a diftribuées aux
Agens naturels , ne lui fuffifent pas ; mais
qui peut juger de leur fuffifance ou inſuffifance
? D'ailleurs eft - ce une regle a donner
pour juger des Arts & des Sciences
& des moyens que les hommes employent
pour y parvenir ? Je laiffe aux Auteurs des
Questions propofées , le foin d'expliquer,
d'éclaircir & de deffendre celles qui les
regardent , fuppofé qu'ils en ayent tout
le temps ; car bien des Lecteurs defeeuvrez
pourront s'imaginer qu'il faut avoir bien
du temps à perdre pour travailler à de
femblables Queſtions . J'ai l'honneur d'être
, Monfieur , votre , &c.
S. M. D.
D SON;
12 MERCURE DE FRANCE .
XXXXXXXX
XXX :XXXX
SONNET .
çavans , qui prétendez pour fonder la Na-
Savare,
D'un oeil audacieux embraffer l'Univers ,
Qui pour en penetrer les loix & la ftructure ,
Interrogez les Cieux & la Terre & les Mers.
Vous , Poëtes, nourris de Fable & d'impofture,"
Frivoles Créateurs de fantômes divers ,•
Et qui croyez paroître à la race future ,
Tels qu'Amphion à Thèbes , ou qu'Orphée
aux Enfers ,
Compilateurs zelez de l'Hiftoire du monde ,
Qui voulez que fur tout chaque âge vous réponde
,
Qu'a produit jufqu'ici cette vaine fureur ?
De cet amas de faits , de mots, & de ſyſtêmes ,
Vous n'avez recueilli que l'orgueil & l'erreur
Plus méprifable encor que l'ignorance mêmes,
EX
MAY. 1729. 913
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Mont
pellier le 29, Avril 1729. au fujet
de la date de l'impreffion de deux Bibles
, &c.
A Réponſe donnée dans le dernier
Mercure , par une Lettre de Paris du
20 Février , au fujet de la datte de l'impreffion
de deux Bibles , n'a pas été ici.
du gout de tout le monde. On convient
que ces Bibles n'ont pû être imprimées
au commencement du XIe fiecle , puifque
l'Imprimerie n'a été connuë que longtemps
après ; mais on ne convient pas
tout- à - fait de l'époque qu'on a donnée à
l'invention de cet Art , que l'on fixe depuis,
1430. jufques à 1450 .
L par une
L'opinion la plus commune eft quei
l'Imprimerie doit la naiffance aux années
1440. 144. ou 1442. & que les premieres
impreffions n'ont paru qu'après
1460. tels font un Livre intitulé , Du
randus de Ritibus Ecclefia , qui eft de
1461. une Bible de l'année 146. la
Cité de Dieu de S. Auguftin , & ies Offices
de Ciceron , qui font de la même date
ce qui ne cadre pas à l'année 1436. dans
laquelle on préfume que les deux Bibles
Dij cm
914 MERCURE DE FRANCE.
en question peuvent avoir été imprimées
en comptant par les années de l'établiffement
de la Monarchie Françoiſe . D'ailleurs
l'ufage des Chrétiens, de compter par -
la Naiffance de J. C. ne veut pas qu'on
croye qu'on ait voulu prendre l'Epoque
de l'établiffement de la Monarchie Françoife
, fans. l'avoir marqué exprès , puifque
ce n'étoit pas l'ufage ordinaire en
France de compter de cette maniere.
On voit,en effet , une infinité d'Actes du
XVefiecle , même des Lettres Patentes de
nos Rois , qui font dattées par les années de
lá Naiffance de J.C.Il y a encore une chofe
àobferver, c'eft qu'il faudroit fçavoir le lieu
de l'impreffion de ces Bibles ; car fi elles
ont été imprimées hors du Royaume ,
comme il y a quelque apparence , on n'aura
pas pris pour Epoque l'établiffement de
la Monarchie Françoife . Ainfi on ne voit
pas qu'on puiffe datter l'Edition de ces
Bibles de l'an 1436. fi cela étoit il fau
droit qu'elles fuffent fort mal imprimées,
& que
leur
impreffion
n'approche
pas , àbeaucoup
près
, de
celle
d'aujourd'hui
,
car felon
Scaliger
, les premiers
Livres
imprimez
paroiffoient
écrits
à la main
. Mais
quelle
date
donner
à ces Bibles
? C'est
ce
qu'on
ne croit
pas
devoir
hazarder
fans
les avoir
vûës
& examinées
,
BOUTSMAY.
1729.
******* : ****** :**
BOUTS- RIMEZ REMPLIS.
Onnois- tu , cher Damis , la Nymphe que
voilà ? Connois- tu
L'honneur de nos Hameaux? l'adorable Iſabeller.
C'eft elle dont Tircis l'autre jour te par- la.
Dès long- tems ce Berger brule pour cette bèlle.
déjas
Les plus rares beautez , elle efface ..
Ses yeux font plus brillans qu'une vive étincelle
:
Pâris , qui de la Pomme autrefois difpo fa ,
Eut long- tems balancé , s'il eût vû la prunelle.
Des foins de mille Amans , elle dédaigne
T offres
Refufe leurs prefens,& qui plus eft leur coffre.
De fes Adorateurs tout ce Bocage eft plein
Nul n'a pu jufqu'ici fixer cette
Pucelles
Evitons fes regards , ils enchantent foudain ,
Il n'eft en la voyant de coeur qui ne chancelle.
Me de Ronger , Cadette , de Caftelnaudary.
D iij
AS916
MERCURE DE FRANCE .
<
ASSEMBLEE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Belles - Lettres.
Lin
E 26. Avril , l'Académie Royale des
Inſcriptions & Belles Lettres , reprit
fes féances par une Affemblée publique ,
dont M. de Boze , Secretaire perpetuel ,
fit l'ouverture par les Eloges de M. l'Abbé
Couture , Académicien Penfionnaire , &
de M. l'Abbé Boutard , Académicien Penfonnaire
Veteran , morts depuis peu .
M. de la Nauſe lut enfuire une Differsation
fur la durée du Regne de Seleucus
Nicator , Fondateur du Royaume de Syzie.
Son deffein fut de faire voir que ce
Prince avoit regné 5o. ans , & même davantage
, contre l'opinion commune qui
ne lui en donne que 30. à 32. M. de la
Nauze établit d'abord la neceffité de prolonger
ce Regne , en rapportant quelques
évenemens qui demandent une fuite de
plufieurs années , qu'on ne peut cepen
dant placer qu'entre la 3 0 ° année de Seleucus
& fa mort . Tel eft le Mariage de
Lyfimachus avec Arfinoe , dont les enfans
moururent prefqu'en même- temps
que Seleucus , âgez l'un de 15. ans &
l'autre de 13. On allegua enfuite les nombreuſes
MAY. 17297 917
>
breufes guerres de Seleucus , les travaux
qu'il entreprit , les 59. Villes qu'il bâtit
comme une preuve que fon Regne dut
être très- long ; & l'on remarque que Seleucus
fe faifoit honneur d'avoir furvécu
à tous ceux qui avoient compofé la Famille
& la Cour d'Alexandre .
Il furvêquit même à fon propre fils Arr
Antiochus
Soter , felon M. de la Nauze , qui
infifte principalement fur ce dernier point,
pour faire voir que Seleucus ayant affocié
fon fils à la Couronne , & fon fils ayant
regné 19. ans , de l'aveu des Hiftoriens ,
il faut ajoûter ces 19. ans aux 30. ou
32. ans qu'on accorde à Seleucus , &
prolonger ainfi fon Regne au - delà de
50. ans .
Pour l'affociation d'Antiochus , elle eft
attestée par les anciens Auteurs ; ils en
ont même marqué l'occafion , qui fut
une maladie caufée à ce Prince par l'excès
de fon amour pour Stratonice , fa
belle -mere. Mais ils ne difent pas auffi
pofitivement qu'Antiochus - Soter foit mort
avant fon pere. Cependant on peut le
conclure de quelques témoignages de
l'Hiftoire . Pline met un Prince , nommé
Antiochus , pour 5 Roy de Syrie. Or en
diftinguant le Regne d'Antiochus -Soter
de celui de Seleucus , le 5 Roy de Syrie
fe trouve un Seleucus, non un Antiochus;
D iiij &
918 MERCURE DE FRANCE :
& ce n'est qu'en renfermant le Regne du
fils dans celui du pere , que le se Roi de
Syrie eft un Antiochus , à fçavoir , Antiochus
le Grand . Dailleurs Seleucus - Nicator
regna fur la fin de les jours , & fit la
guerre dans les Pays autrefois cedez à fon
fils , fans qu'il foit fait aucune mention de
ce dernier Prince , dans un temps où l'on
auroit parlé de lui plus que jamais , s'il
eût été encore en vie. Enfin Antiochus
étoit mort , non d'une maniere douce &
dans une extrême vieilleffe , comme le
prétend M. Vaillant , mais d'une chute.
de cheval dans les premieres guerres des
Gaulois en Afie , comme dit Volin . Telles
font à peu près les raifons dont M. de la
Nauze appuye fon opinion , qu'il traite
de fimple conjecture. On pourroit la regarder
comme démontrée , s'il étoit poffible
de verifier une Médaille citée par le
P. Hardouin, avec ces paroles : BAZIAENE
ZEAEYKOT , fous le Regne de Seleucus , &
les deux lettres AN , qui marquent l'an
54. de l'Ere des Grecs. Une Médaille de
Seleucus en l'an 54. des Grecs , feroit fort
anterieure à Seleucus IL. & ne pourroit
par confequent regarder que Seleucus I.
qui en ce cas là auroit regné un pareil nom
bre d'années. Car ce fur avec le Regne de
ce Prince que commença l'Ere des Grecs ,
fi connue dans la fuite.
ΣΕΛΕΥΚΟΥ
Me
- MAY. 1729. 919
M. l'Abbé Banier termina la Séance Par
une Differtation fur Bellerophon . Comme
fon but , dans l'explication des Fables , a
toûjours été de les ramener à ce qu'elles
ont d'hiftorique , en les débaraffant des
ornemens qu'on y a mêlés ; il s'attacha
principalement à Homere , qui dans le
6 Livre de l'Iliade , raconte affez au long,
les avantures de Bellerophon , fans y avoir
mêlé la plupart des fictions , que ceux qui
font venus depuis , y ont ajoûtées . Du récit
de ce Poëte & de plufieurs autres morceaux
répandus dans les Anciens , M.l'Ab
bé Banier fait une Hiftoire fuivie de
ce Héros , depuis fa naiffance jufqu'à fa.
mort. Enfuite il explique les Fables qu'on
trouve dans cette Hiftoire , principalement
celle de la Chimere , Monftre.com--
pofé de la tête d'un Lion , du corps d'une
Chevre & de la queue d'un Serpent , &
qui de fa gueule béante , vomiffoit des
tourbillons de flammes. Pour contenter
les plus difficiles , il offre après les My--
thologues , anciens & modernes , des ex--
plications phyfiques , morales, politiques;;
& après les avoir réfutées , il rapporte:
Strabon , Pline , Mela , Servius &´´
plufieurs autres difent du Mont Cragus
dans la Lycie , fur le fommer duquel étoit
un Volcan qui jettoit jour & nuit du feu
& de la fumée ; & comme cette même
ce que
Dy Mon
920 MERCURE DE FRANCE:
Montagne étoit remplie de Lions , de Che
vres fauvages & de Serpens qui en éloignoient
les Troupeaux , & que Bellerophon
, par l'ordre d'Iobaſte ,
l'ordre d'Iobaſte , la purgea de
tous ces animaux , & rendit utiles les pâturages
qui y croiffoient en abondance,
on publia que ce Héros avoit vaincu la
Chimere : à peu près comme on avoit dit
qu'Hercule avoit tué l'Hydre , lorfqu'il
purgea les Marais de Lerne des Serpens
venimeux & des autres Infectes qui les
infeftoient.
Nous ne fçaurions fuivre l'Auteur de
cette Differtation dans l'explication de
plufieurs autres Fables qui fe rencontrent
dans l'Hiftoire de Bellerophon , nous di
rons feulement que ce qui nous a paru
le plus important , c'eft ce qu'il établit
fur le temps auquel vivoit ce Heros . On
croyoit , & nos meilleurs Chronologiftes:
étoient dans le fentiment qu'il avoit vécu
environ 200. ans avant la guerre de
Troye; cependant M. l'Abbé Banier prouve
qu'il faut rapprocher le temps de fa
vie de cette époque . Ce qui avoit induit
en erreur , c'eft qu'on ne doutoit pas que
le Proetus qui reçut Bellerophon à faCour,
& qui l'expia du meurtre de Beller , n'ait
été ce même Proetus qui détrôna Acrife
fon frere , & qui fuivant toutes les fupputations
Chronologiques, vivoit environ
200.
MAY. 1729% 921
zoo. ans avant la guerre de Troye ; mais
if eft indubitable qu'il faut chercher un
Proetus moins ancien , puifqu'il eft fûr
que Bellerophon ne vivoit que 5o . ou 60.
ans avant cette guerre , à laquelle Hippolocus
& Sarpedon , fes petis- fils , affifterent
, ainfi que le dit Homere. C'eft cet
Hippolocus lui-même , felon le Poste ,
qu'on vient de nommer , qui fur le point
de fe battre avec Diomede , lui raconta
les avantures de Bellerophon fon grandpere
. Ces deux Heros fe reconnoiffent &
fe trouvent unis par les liens facrez de
l'Hofpitalité.Bellerophon en effet avoit été
chez Oenée , Roi de Calydon , grand- pere
de Diomede , qui l'avoit reçû à la Cour.
Le Synchronifine d'Oenée en donne pluheurs
autres qui prouvent invinciblement
le temps auquel vivoit Bellerophon
, c'est-à- dire tous les Héros qui affifterent
à la chaffe du Sanglier que Diane
avoit envoyé pour punir Õenée , qui l'avoit
oubliée dans le Sacrifice qu'il avoit
offert aux autres Dieux. Ces Héros font
Hercule , Thefée , Caftor & Pollux , Meleagre
, Idras , Lyncée & tant d'autres qui
vivoient tous deux generations avant la
guerre de Troye , à laquelle on voit dans
Homere que leurs petits-fils affifterent .
Et fi les avantures de Bellerophon ne ſe
trouvent pas mêlées avec celles de ces
3
Dvj Prin
22 MERCURE DE FRANCE:
Princes fes contemporains , c'eſt que
chaffé de la Cour de Proetus , fur la fauffe
accufation d'Antée , femme de ce Prince ,
celle -là même que les Poëtes tragiques .
ont nommée Stenobée , au rapport d'Apollodore,
il fut obligé de fe retirer en Lycie,
d'où il ne revint jamais dans la Patrie.
Pourrépondre à ce qu'on pourroit lui.
objecter, qu'Homere parlant de ceProetus
qui expia Bellerophon , dit que c'étoit un
des plus puiffans Princes d'Argos ; ce qui
pourroit le faire prendre pour celui qui
détrôna Acrife ; M. l'Abbé Banier répond :
1 ° . que ce Poëte ne lui donne point la
qualité de Roi, & en fecond lieu , qu'on.
peut très - raifonnablement fuppofer que.
par Argos , Homere a entendu la Grece
en general , ce qui lui eft affez ordinaire ,,
ainfi qu'à Virgile. Certainement lorfque .
ee dernier dit dans le II . Livre de l'Eneide ::
Nec poffe Argolicis exfcindi Pergama telis ,
Omnia ni repetant Argos , &e.
Il eft conftant què dans le premier Vers le
mot Argolicis eft pris pour tous les Grecs,
& dans le fecond celui d'Argos pour toute
la Grece. Il est donc incontestable qu'il faut
chercher un autre Proetus moins ancien ;;
mais M. l'Abbé Banier n'a pas voulu s'étendre
fur cet article que M.Freret a traité:
dans un Memoire particulier..
LE
MAY. 1729 9.23
AYAYAYAYAYAYAYAYAYA
LE PRINTEMPS ,
CANTATE.
LE Printemps élevé fur un Char de verdure ,
Qu'entournent les Plaiſirs , les Graces & les
Jeux ,
Eloignant de nos bords les Aquilons affreux ,
Vient nous faire gouter la douceur la plus pure..
D'abord il s'affranchit de la priſon obfcure ,
Où par de dures Loix les deftins rigoureux
L'enferment pour regler le cours de la Nature;.
Il rend à l'Univers la brillante parure ,
Qu'il eut lorfqu'il fortit du cahos ténebreux :
Mottels , foyez , dit - il , parfaitement heureux..
Sortez du fein de la terre féconde ,
Sous mes pas naiffez , tendres fleurs ,
Et de l'éclat de vos couleurs
"
Embelliffez le Monde.
Arbres , étendez vos Rameaux ,
Formez en tous lieux des ombrages ;
Roffignols , mêlez vos ramages ,
Au doux murmure des Ruiffeaux.
Sortez du fein de la terre féconde ,
Sous
924 MERCURE DE FRANCE.
Sous mes pas naiffez , tendrés fleurs,
Et de l'éclat de vos couleurs ,
Embelliffez le Monde.
Apeine a-t- il parlé qu'on entend les Oiseaux
Enchanter les Mortels de leurs Concerts nouveaux
,
Et que l'on voit partout éclore ,
Les fleurs par les ordres de Flore.
Le Printems charmé dès beaux yeux
De cette brillante Déeffe ,
Lui déclare auffi- tôt fa naiffante tendreffe ,
Par ces mots gracieux.
Regnez fur mon charmant Empire ,
Comme vous regnez ſur mon coeur,
Le feu que votre éclat m'inſpire ,
Fait ma gloire , fait mon bonheur.
Par mille & mille fleurs nouvelles ,
Annonçons les plus heureux jours ,
Et que nos flammes mutuelles ,
Faffent renaître les Amours .
Regnez fur mon charmant Empire ,
Comme vous regnez fur mon coeur ,
Le feu que votre éclat m'infpire ,
Fait ma gloire , fait mon bonheur.
MAY. 1729. 923
Ace difcours , Flore fent dans fon ame ,
Naître pour le Printems la plus brulante flâme,
Et dans les doux tranfports de fon coeur amou
reux ,
En rougiffant lui fait entendre ,
Par les fons enchanteurs de la voix la plus
tendre ,
Que de tous les Amans il eft le plus heureux.
Mon coeur en dépit de moi même ,
Fait pour vous les plus tendres voeux ,
Les Dieux de l'Olimpe ſuprême ,
Ne fentent point de fi beaux feux.
Que l'Amour fait gouter de charmes ,
Aux coeurs qu'il perce de fes coups !
Les peines , les foucis , les larmes ,
Pour les vrais Amans , tout eft doux.
Mon coeur en dépit de moi - même ,
Fait pour vous les plus tendres voeux ,
Les Dieux de l'Olimpe fupréme ,
Ne fentent point de fi beaux feux.
Tous deux au même inftant d'une ardeur in
finie .
Se marquent , à l'envi, les tranfports de leur
coeur ,
Et les Zephirs charmez celebrent leur bonheur,
On
L
926 MERCURE DE FRANCE.
En portant jufqu'aux cieux ces chants pleins
d'harmonie.
t
Joüiffez de vos beaux jours ,
Ils ne durent pas toujours.
Livrez-vous , belle jeuneffe,,
A votre vive tendreffe ,
Suivez vos heureux defirs ;
Ce n'eft qué dans le bel âge ,
Que les amoureux plaiſirs,.
Sont d'un agréable uſage ..
Joüiffez de vos beaux jours
Ils ne durent pas toujours.
Par M. l'Affichard. C. A. D. L. O. S..
A ÿÿÿ ÿÿ ÿ ÿ L YA KAYAHAYATAKA
REPONSE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , aux Objections :
de M- Pierquin fur fon fentiment tou--
chant l'origine , es Pierres Précieuſes
des Camaïeux & des Coquilles Foffilies,
inférées dans le Journal de Verdun , anɛ
mois d'Avril 1729.
Eux qui lifent le Journal hifto-
Crique de Verdun , fçavent qu'il
s'est élevé une difpute entre M. Pier--
quim
MAY. 1729. 927
quin & moi , touchant l'origine des Pier,
res Précieuſes , des Camaïeux & des Coquilles
Foffiles. Voici ce qui y a donné
lieu . M. Pierquin a prétendu que toutes
ces chofes venoient uniquement des germes
qui étoient répandus dans la terre ,
lefquels ne faifoient que fe développer
avec le temps. Comme c'étoit un fentiment
que j'avois embraffé autrefois ; mais
que j'ai abandonné depuis , je crus pouvoir
lui propoſer mes difficultez , en lui
annonçant que j'avois expofé le même
fyftême , & où je me fervois des mêmes
exemples & prefque des mêmes paroles ;
il est vrai que j'ajoutai que fi je n'avois
des preuves de la fécondité de fon eſprit,
J'aurois crû qu'il m'auroit copié.
Ces mots qui marquoient feulement mon
foupçon , l'ont mis de très- mauvais humeur
: enforte que non content de l'avoir
diffipé , déclarant qu'il n'avoit jamais lu
ma Differtation ; il a fait voir quels étoient
les Auteurs d'où il avoit tiré fon Systême.
Mais faute d'avoir lû ma Differtation
ayant à ſon tour donné dans un faux préjugé
, croyant que je me faifois le premier
inventeur du Systême qu'il produifoit
, il s'eft répandu dans fa premiere Réponſe
en expreffions peu gracieufes. Comme
ce n'étoit qu'un phantôme qu'il attaqueit
, j'ai diffipé tout d'un coup l'illufion
qui
928 MERCURE DE FRANCE..
qui l'avoit frappé , lui déclarant dans ma
Réplique , que loin de m'en faire le premier
Auteur,j'avois avoüé dans ma Differtation
que je le tenois de M" Bagivi & Tournefort.
C'eft cet aveu que j'ai dû faire ,
puifqu'il eft conforme à la verité , qui lui
fait dire mal- à propos dans fa Réplique
du mois d'Avril , qu'après être tombé fur
lui , plume haute , j'ai neanmoins plié au
premier choc : comme fi c'étoit plier que
de lui reprefenter qu'il combattoit contre
une ombre , puifque je lui juftifie que la
penfée qu'il m'attribuë ne m'eft jamais venue
dans l'efprit .
L'Auteur du Journal , qui paroît fort
attaché à M. P. puifqu'il affecte de donner
fes Pieces entieres & les duretez qui
s'y trouvent répanduës , pendant qu'il a
retranché la plus grande partie de ma Ré
ponſe , dit dans fon Journal d'Avril , qu'il
convient de juger lequel penfe plus juſte
de M. P. ou de moi fur la matiere en
queftion. Afin qu'on puiffe le faire , je
dois donc expofer mon fentiment avec
plus d'étendue & par une voye plus fûre,
pour répandre fur cette difpute ces lumieres
victorieufes dont M. P. fe rit
par avance , comme ne les craignant pas.
La difference qu'il y a entre M. P. &
moi , eft que voulant comme moi découvrir
quelle est la véritable cauſe des Pierreries
MAY. 1729. 929
reries , des Camaïeux & des Coquilles
Foffiles , il ne la cherche que dans les Livres.
C'eft- là où il croit l'avoir trouvée ,
& avoir découvert que les germes ou
les noyaux organiques de toutes ces chofes
, font contenus dans la terre , lefquels
ne font que le développer par la fuite des
temps ; ce qu'il appuye de l'autorité de
Platon & de S. Auguftin , même s'il en
eft befoin , de Pline & de Gaffarel .
Pour moi qui ai le même but , j'ai crû
qu'ayant le loifir & la commodité , je réüf
firois mieux , fi au lieu d'étudier fimplement
les Livres , j'étudiois la Nature ellemême
jufques dans fon propre fein . C'eſtlà
, c'est- à- dire , dans le creux des Montagnes
& dans leurs propres matrices que
j'ai examiné tous ces Fofiles. C'eſt-là où
j'ai ramaffé plus de deux cens petrifications
differentes , une infinité de Coquil
les Fofiles & grand nombre de Camaïeux,
que je conferve dans mon Cabinet ; &
c'est par cette recherche , faite avec
réflexion , que j'ai reconnu que les cailloux
, les Pierreries qui n'en font qu'une
efpece plus parfaite , ne font formées que
par un fuc pétrifiant plus ou moins pur &
plus ou moins durci ; que rien n'eft moins
vrai que les Coquilles Foffiles & les Camaïeux
viennent des germes qui les con
tiennent en petit .
Pre930
MERCURE DE FRANCE .
Premierement , pour juftifier l'exiſtence
du Suc pétrifiant ; & prouver qu'il n'eft pas
chimerique, comme le dit M.P. & qu'il eft
même fouvent pétrifiant & pétrifié ; je
fais voir un Caillou , lequel ne m'a pas
fait changer de fentiment , comme il le
dit,fimplement, parce qu'il renferme à fon
centre une Coquille , mais parce que cette
Coquille qui eft entiere & qui eft celle
d'une forte d'Echinus, n'étant ouverte que
par deux petits troux , au travers defquels
la fubftance du Caillou s'eft introduite ,
elle en a tellement rempli toute la capacité
, qu'il s'en eft formé une Pierre , en
tout femblable auCaillou qui l'enveloppe,
lequel ne fait qu'un même corps avec elle.
d'une fubftance pareille , réunie feulement
par l'endroit des deux troux.
Je demande fi ce n'ek pas là une preuve
certaine & vifible que ce Caillou a été d'abord
un corps liquide , dont une portion
étant entrée par les deux troux de la Coquille
, en a même penetré la fubftance ,
& le tout s'eft enfuite tellement durci ,
que la Coquille & l'enveloppe font également
devenues pierres à fufil . J'ai plūs
de so . Coquilles pétrifiées de la même
façon , dans la capacité defquelles ce
fuc qui fe trouve dans la terre , s'eſt pétrifié
& eft devenu pareillement pétrifant
, ayant changé en pierres les Coquilles
MAY. 1729 .
931
quilles mêmes , comme il a fait un morceau
de hêtre qui jette du feu quand j'en
frappe un fufil , plufieurs fruits , herbes ,
Champignons , &c. que je conferve dans
mon Cabinet.M . P.lui - mêine n'établit-t'il
pas fans y penfer le fuc pétrifiant qu'il
combat ? Car comment fes noyaux organiques
pourroient- ils , en fe développant,
devenir une pierre plus groffe , fi un Suc
propre à fe durcir en pierre , ne s'y infinuoit
pour les étendre. Et ne voilà - t - il
le Suc pétrifiant ?
pas
Je ne doute pas que fi M. P. avoit vû
& trouvé comme moi dans les Monta
gnes grand nombre de Coquilles & d'her..
bes pétrifiées , & qu'il y eut vû fouvent
à 20. & 30. toifes de profondeur
une feule parcelle de Coquille ou d'Herbe
bien renfermée dans la maffe du moilon ,
it n'avanceroit pas auffi décifivement qu'il
fait que cesCoquilles & ces Herbes Fofiles
fe font formées dans ces lieux par des germes
; puifqu'il eft clair qu'il n'y a jamais
cû de germes d'herbes ou de Coquillès
deftinez à la Nature pour en former fimplement
des pieces & des parcelles vifiblement
froiffées , caffées & rompuës ,
comme j'en conferve exprès plufieurs de
cette forte , lefquelles font encore renfermées
dans le moilon , ainfi que je les y ai
l
trouyées.
32 MERCURE DE FRANCE .
Il paroît bien que M. P. n'eft pas
fait de ces fortes de chofes , lorfqu'il croit
fe tirer d'affaire en difant , que ces Coquilles
& ces Herbes ont été rompues par le
heurt d'un foc brutal ,ou qu'elles ont déperi
de vieilleffe . Quel merveilleux foc , qui auroit
percé les Montagnes jufqu'à 2o . & 30 .
toiles de profondeur ; & qui eſt - ce qui a
jamais vu des Coquilles & des Foffiles .
bien renfermées , s'ufer de vieilleffe .
Quant aux Camaïeux ou figures qui fe
rencontrent quelquefois dans les Pierres ,
c'eft une fuite , que dès que les pierres ne
font formées
les figu- des
pas par germes ,
res qu'on y découvre ne le font pas non-.
plus. Elles doivent leur origine au pur
hazard . Le Suc pétrifiant qui a formé ces
pierres , s'étant diverſement coloré , il arrive
quelquefois que les taches , les lignes:
& les traces qui y font , le trouvant découvertes
par hazard d'une certaine façon
, paroiffent avoir quelque rapport à
certaines chofes , comme les nuées formées
par un pur hazard reprefentent
quelquefois des Châteaux , ou choſes femblables
: que les taches de la Lune ont par
leur fituation quelque rapport à la figure
d'un vifage ; que la terre divifée par la Mer,
donne à l'Italie une figure affez reffemblante
à celle d'une botte , que la gelée forme
Louvent pendant des nuits froides de l'hy ver
fur
MAY. 1729 933
fur le verre des fenêtres, des figures d'arbres
& de fort jolis Payſages . Ce n'eft donc
pas la figure d'une tête de mort que j'ai
vûë dans un morceau de bois d'Olivier,
qui m'a déterminé , comme le dit M. P.
croire que les Camaïeux doivent leur
origine au hazard ; mais je l'ai crû , parce
que c'étoit une fuite de mes principes &
demon experience , ayant toûjours vû que
ces figures dépendoient uniquement du
fens dont on avoit caffé ou coupé les pier
res dans lesquelles fe trouvoient par hazard
des lignes ou traces de couleurs differentes.
Il me reste maintenant à expofer les difficultez
que M. P. propofe contre le Suc
pétrifiant , & contre ce que j'ai dit à ce.
fujet , pour enfuite y répondre. Il dit 1 " .
dans fa replique du mois d'Avril dernier
que ce Suc n'eft pas neceffaire pour former
toutes les pierres ; puifqu'on en peut
faire d'artificielles , ainfi qu'un M. Duclos
en faifoit , M. Defcartes en ayant même
donné la methode . 2 ° . Que fi ce fuc fub..
fiftoit , il feroit en même- temps pétrifiant
& pétrifié , ne pouvant non plus s'endurcir
lui-même , qu'un cercle fans y tou-,
cher , puiffe devenir parallelograme , ou
trapeze. 3°. Que ce Suc , que je dis former
les pierres , n'a jamais pû former tous
les rochers , les bancs qui font dans la
3
mer
934 MERCURE DE FRANCE.
mer , les jafpes & tant de differens marè
bres. 4° . Que j'avance un paradoxe ,
quand je dis que c'eft ce Sucre pétrifiant
qui a formé les pierreries de differentes
couleurs , felon les métaux fur lefquels il
a paffé , parce que , dit- il , les couleurs
métalliques ne peuvent s'imprimer qu'avec
un feu d'atteinte . 5 °. Que ce Suc pétrifiant
en fe coagulant par une forte de
chriſtalliſation, n'a pû ſe former une robe,
telle qu'on en voit aux pierreries lorfquelles
font brutes , en repouffant , comme je
le dis , à fa fuperficie , les parties les plus
groffieres ; parce que , dit M. Pierquin
cela ne peut convenir qu'aux liqueurs
brouillées qui fermentent , telles que la bicre
, le vin , le cidre : que fi cela étoit , la
geode n'auroit pas fon interieur plein de
terre & de fable ; puifque le Suc pétrifiant
auroit dû , en ſe chriftalifant , repouffer
toutes les parties groffieres à la fuperficie
exterieure.
Telles font les objections de M. P. contenuës
dans fa Replique du mois d'Avril
dernier & voici mes réponſes. Je dis
donc par rapport à la premiere ; qu'il y a
une grande difference entre de fimples
concrétions pierreufes , telles que font les
pierres qui fe forment dans le corps humain
, dans les fruits , dans les fontaines
où les rivieres , & les pierres dures & folidos
MAY.
935
1729.
(
lides qui fe forment naturellement dans la
terre , telles que les cailloux & les pierro
ries , qui font celles dont j'entends parler:
puifque pour former les premieres , l'union
intime d'un Sel convenable avec des
parties terreftres fuffit , ce qui ne fuffit pas
pour caufer la dureté & la folidité des autres.
A la 2. j'ai déja fait voir que le Suc
de la terre qui y forme les pierres , eft
très-fouvent pétrifiant & pétrifié. Toutes
les Coquilles , les Bois , les Herbes , les
Fruits pétrifiez , & c. en font la preuve. :
A quoi penfe M. P. de m'objecter que
ce Suc de la terre ne peut pas s'endurcir
lui-même : qu'est- ce qui lui a fuggeré cette
penfée ? Il fe durcit comme toute autre
chole ; fes parties homogenes s'uniffant
intimément les unes aux autres , foit par
attraction , comme le veut M. Newton ,
ou par impulfion felon d'autres , à peu
près comme les fels fe criftalifent . Je répond
à la 3 ° . que je n'ai en garde de dire
que ce Suc pétrifiant ait naturellement
formé tous les rochers , les jafpes , les marbres
, les bancs de la mer & les montagnes
; Dieu dans la création de l'Univers ,
ne lui a pas laiffé tant d'ouvrage à faire .
A la 4. ce n'eft pas un paradoxe de dire
qu'un liquide le peut colorer par des mé
taux . Eft-ce que M. P. n'a jamais vû quelque
humidité prendre la couleur verte fug
E
936 MERCURE DE FRANCE.
La vaiffelle de cuivre & d'airain , & gâter
quelquefois fon linge de taches jaunes ,
pour avoir pofé fur du fer ? A t-il été pour
cela neceffaire du feu d'atteinte des émailleurs
?
Enfin je dis à la se. qu'il a dû diſtinguer
la criſtaliſation de la fermentation : qu'il
eft vrai que dans les liqueurs qu'il cite , il
eft befoin qu'elles fermentent , pour que
les parties groffieres s'en féparent ; mais
il n'en eft pas de même des liqueurs où
il y a des fels qui fe criſtalifent ; car les
parties de ces fels le réuniffant entr'elles
à caufe de leur analogie , elles abandonnent
fans fermentation les plus groffieres
qui leur font heterogenes ; enforte que fi
les parties falines du Suc pétrifiant viennent
à fe réunir avant que d'arriver à un
centre , elles laiffent un vuide au milieu
du corps qu'elles compofent ; & c'eſt
alors qu'elles y laiffent quelquefois tomber
les parties terreftres dont elles fe font
féparées , comme elles en abandonnent
d'autres à leur fuperficie exterieure. Ce
qui arrive lorfque le Suc pétrifiant eft peu
abondant , ce qui fuffit pour former des
Geodes.
Mais fi au contraire le Suc pétrifiant ſe
reüniffant de la forte , il fe trouve fort
abondant & moins chargé de parties terreftres
& groffieres , ce qu'il contient de
plus
MAY. 1729.
937
"
plus pur , fluant & fe filtrant vers le centre
du vuide , y forme des Criftaux purs,
brillants , folides , formés à facetes & en
pointe de diamant , tels que j'en ai pluheurs
formés de cette forte dans des
Cailloux de pierres à fufil , ce qui prouve
fans réplique la verité de mon Systême :
fçavoir , que ces Cailloux ont été Auides,
qu'il s'y est fait une veritable criftalifation
, que c'eft d'un Suc femblable que fe
forment le Criſtal de Roche , le Diamant
& les autres Pierreries.
C'est donc par toutes ces Pierres & Foffiles
que je conferve chez moi ,& que je fais
voir à tous ceux qui le fouhaitent , que je
juſtifie le Systême que je foutiens : au lieu
que M. P. aura bien de la peine à perfuader
de la verité de celui qu'il produit ,
tandis qu'il ne l'appuyera que fur ce qu'il
a pû trouver dans les Livres , & fur ce
que dit Cardan , d'une Pierre du Pape
Clement VII. dont les taches étoient mou .
vantes felon le cours de la Lune , fur ce
que dit un autre d'une Pierre du Dau
phiné , qui contient une liqueur fi vive ,
que fi on la mer fur la main, elle paffe auffi-
ડ
tôt au travers fans la bleffer ; fur ce que
dit Baile , d'une Plante fenfitive de l'ifle
de Sombrero , qui a pour racine un gros
Ver , ce qui fait qu'elle fe retire quan i on
la touche , enfin fur ce que dit Pine du
E ij
mer ;
38 MERCURE DE FRANCE .
merveilleux Camaïeux du Roi Pirrhus
& Gaffarel de celui de Venife.
Ꭳ ᎣᎣ ᎣᎣᎣ
SONNET
A Mile ISABELLE D. R. G.
Sur les Bouts- Rimez propofez dans le
Mercure de Mars.
Sur les Bouts -Rimez que
Vous m'ordonnez , jeune
De barbouiller ce papier
Peut-on vous refufer , la
voilà ,
Isabelle ,
là ,
Belle ?
Le Sonnet feroit plein
Si vous fentiez quelque
déja
étincelle ,
De ce beau feu dont m'embra- Sa,
Cupidon , par votre
prunelle ,
A mon coeur que ce Dieu vous offre
N'allez pas préferer un Coffre
Que Plutus vous promet tout plein.
On tiranniſe une
Pucelle ,
Que l'argent achete , & foudain
L'Amour tombe , au moins il chancelle.
Par le Chevalier de N. D. M.
LETTRE
MAY. 1719. 939
********FɣXY******* *
LETTRE ou Suite des Reflexions
fur les Logogryphes,
V des gens lifent avec plaiffer le Mercure
Ous n'ignorez pas , Monfieur , que bien
que vous donnez chaque mois ; mais fçaviezvous
qu'aux Quinze Vingt , il y eut un Voyant
Lecteur pour les Enigmes & les Logogryphes
en Vers , que des Aveugles de naiffance fe font
un jeu de deviner ? Je me trouvai par hazard
dernierement dans une de ces Affemblées , où
toûjours dans les tenebres , l'on ne juge que
par l'ouïe & par les yeux de l'efprit , il y eut
un de ces Aveugles qui entendant lire le Logohryphe
du mois de Mars , foutint que les fons
du mot Roe , ne pouvoient fe trouver dans
celui de Rouan ou de Rowen , parce que ,
difoit- il , dans le mot Roüan il n'y a que trois
fons , fçavoir , ceux de Re- ouen & que dans
ces trois fons on n'y fent point celui de l'e
muet ; cela eft vrai , dis - je à ce Docteur tenebreux
, je l'ai même démontré dans plufieurs
Mercures ; mais comme tous ceux qui chantent
ne fçavent pas noter d'oreille ce qu'ils entendent
chanter aux autres , de même les Auteurs
des Logogryphes en Vers , ne fçavent la plupart
leur Langue que par les yeux & font incapables
de faire l'analyfe des fons , ils changent
fans façon l'i voyelle enj confonne , &
Io confonne en u voyelle , ils confondent les
trois fons du caractere e , & ainfi des autres
fons , par cette licence que l'ignorance autorife
, ils trouvent , par exemple , le mot j'eus
dans celui d'Yves, le Quinze- Vingt fentit bien
E iij qu'un
940 MERCURE DE FRANCE:
qu'un tel deffaut ne venoit que d'ignorance
mais faute de voir , il n'ofa en dire davantage.
> A propos des Logogryphes Arithmetiques
vous fçavez , Monfieur , qu'on s'eft plaint depuis
long-temps de la Méthode imparfaite ,
longue & embaraffée dont les Maîtres ordinai- .
res enfeignent l'Arithmetique , la plupart aferviffent
fi fort l'efprit de leurs Ecoliers à la routine
de certains exemples ou de certaines regles
pratiques , qu'ils fe trouvent fouvent incapables
de faire une petite regle , faute d'avoir
les principes & l'efprit des regles , ou l'art de
les appliquer dans tous les cas poffibles; ce
défaut vient fans doute de ce que les Maîtres
ordinaires font regarder les efpeces arbitraires
quoiqu'ufuelles comme le premier, le plus haut
ou l'unique genre qui fert de regle pour toutes
les autres efpeces .
S
Un de ces prétendus grands Calculateurs me
donna l'autre jour comme une grande difficulté
de multiplier la fomme de 3. liv . 12 f. 9. den.
par celle de 3. liv. 12 .. 9. den.
& après lui avoir donné la fomme qu'il demandoit
, je le priai à mon tour de me donner la
fomme de 6. écus de 6. liv . & de 3. 1. 12. f. 9. d.
multipliée par 3.1. 12. f. 9. d.
en fuppofant que le louis d'or vaut 4 écus &
l'écu fix livres , je demandai auffi la fomine
de 6. louis 3. écus 3.l.12.f.9 d. multipl.par
celle de 6. 3. 312.- 9.
Et en fuppofant que la livre vaut 25. f. & le
fou 16. deniers , je demandai encore la fomme
de 35. livres , 24. f. 15. deniers , multipliće
par 35. livres , 24. f. 15. deniers.
Comme plufieurs Arithmeticiens peuvent
profiter de l'avis , je me flate , Monfieur , que
vous voudrez bien leur en faire part dans
l'article des Logogryphes Arithmetiques . J'ay
toujours l'honneur d'être, & c.
M&A Y. 941 1729.
4. Logogrife Arithmetique de quatre
nombres ou de quatre fons , felon la
Table donnée dans le Mercure du mois
de Septembre.
Cinq fois le quarré du 1er égale le 24.
Le quarré du 2d... moins fa racine égale trois
fois le quarré du ze ... plus fa racine.
Deux fois le 3e égale le 4 moins deux.
Le quatrième égale 13. fois le rer.
75. Logogrife de quatre nombres .
Trois fois le 1er égale le 24 plus le du 38.
Le dégale le 3e plus le du 2d.
Le 3 égale le 4 plus fix .
Le quarré du 4 égale 3. fois le quarré du rer ...
moins le 4 moins un .
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure d' Avril , fur les mêmes rimes ,
SONNET.
J'Y fuis , non pas , parbleu , pour le coup my
Qu'on offre un Sacrifice à la jeune
voilà ,
Isabelle ;
Ce mot en Logogryphe eft fi bien placé là ,
Que je veux l'expliquer pour plaire à cette
₹
Belle.
C'est un travail pour moi , mais qu'importe ,
déja ,
De fyllabes j'en trouve autant qu'en étincelle,
Eliij Comme
941 MERCURE DE FRANCE
Comme a'dit le Sonnet , & puis retranchant f
Trois mots dans le moment ont frappé maprunelle.
Un èri, mon cher Lecteur , eft le premier qui
offre s'
Pour le fecond je dis fi du vuide d'un coffre,
Et de tel qui vomit quand fon ventre eft trop
pleim
Pour le troifiéme eft ce qui comme une Pucelle,
Ne fert de rien tout feul , mais le joignant
Joudain
A cent mille autres mots, jamais il ne chancells.
Par Madame Paulle , de Vernon.
Explication de l'Enigne du Mercure d'Avril
,fur l'Air Reveillez -vous , belle
Endormie .
Ton Enigme , Seigneur Mercure,
Me met aiſement à quia ,
J'en ai fait cent fois la lecture ,
Sans y trouver Alleluia. i
Par Me d'Orvilliers , de Vernon .
LO.
MAY. 1719. 943
LOGOGRYPHE.
Quelquefois de taille geante ,
Je fuis apperçû de fort loin ,
Et de grandeur bien differente ,
Je ne fuis quelquefois pas plus gros que le
point.
Sans être un animal , je fuis un amphibie ;
Car l'air communément me donne , comme
P'eau ,
Et le mouvement & la vie.
Ma tête eft dans le corps d'un Veau.
Ma queue avec art travaillée ,
A la parure & l'ornement ,
Eft pour l'ordinaire employée :
Si vous la retournez , ( voyez quel changement
! )
L Je deviens un Fleuve celebre ,
Plus que n'eſt le Tage ni l'Ebre.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PREMIERE ENIGME .
Lorfque la Nature fommeille ,
Je fais paroître mes beautez :
Des Champs que le jour à quittez ,
Dy Je
944 MERCURE DE FRANCE
Je fuis la petite merveille.
Mon éclat n'eft point emprunté:.
Sur la Terre je fuis un Aftre ,.
Qui ne prédit aucun defaſtre :
De me prendre l'on eft tenté.
Ma lumiere croît , diminuë ,
Mais fouvent on veut m'approchers ;
Lors je me dérobe à la vûë ,
-Et l'on ne fçait où me chercher.
JE
J. B. D. de Versailles ..
SECONDE ENIGME..
E fuis à toute heure en danger , -
Et chacun penſe à m'outrager , -
Contre toutes Loix de Nature.-
Avez-vous jamais entendu.
Que l'on condamne à la torture:
Celui que l'on a vu pendu
•
XXXXX
J. B. D..
(XXX** :
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
E NOUVEAU
TESTAMENT DE
N. S. J. C. traduit felon la Vulgate.
Nouvelle Edition . A Paris , ruë de la
Barcheminerie & S. Jacques , chez Bullor,,
MAY. 1729. 945
Henry , 1728. 2. vol. in 12. gros caractere
, s . liv . & in 12. petit caractere ,
un vol. 2. liv.
> LE CAPRICE DES MODES , avec la
Critique , Dialogue . A Paris , Quay des
Auguftins , chezJacques Langlois , 1729.
LA MERE RIVALE , Comedie en
trois Actes , par M. de Beauchamp . Ruë
S. Jacques , chez Simart , 1729.
1
APOLOGIE des anciens Docteurs de
la Faculté de Théologie de Paris , Claude
de Saintes & Nicolas Ifambert. Contre
une Lettre du R. P. le Brun , Prêtre de
P'Oratoire , inferée dans les Memoires de
Trévoux , au mois de Juillet 172 8. Sur
la forme de la Confecration de l'Euchariftie.
Par M. P. T. H. Ch . R. Pr. D. D.
ancien Profeffeur en Théologie. A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Chaubert &
rue de la Parcheminerie, chez Bullot, 12.6 . >
EXPLICATION de ce qui eft le plus
remarquable dans l'Eglife de Notre Dame
de Paris & des nouvelles Chapelles . A
Faris, rue du Foin , chez P.Delorme, 17296
REGLES GENERALES du noble Jeu
de Billard , pour y jouer à toutes Billes..
Chez le même. Evi Ma
946 MERCURE DE FRANCE
MELANIE , ou la Veuve charitable
Hiftoire Morale. A Paris , ruë S. Jacques
, chez Ant. des Haye , 1729. in 124
DEVOIRS DES PERSONNES DE
QUALITE' , traduit de l'Anglois . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Rollin
1728. 2. vol. in 12.
L'HOMME de René Descartes , & la
formation du Forus , avec les Remarques
de Louis de la Forge , nouvelle Edition ,
revûë , corrigée & remife en meilleur
ordre. Par la Compagnie des Libraires ,
1729. in 12 .
CATALOGUE ALPHABETIQUE des
Archevêques , Evêques , Abbez & Prieurs,
qui poffedent des Benefices dépendans du
Roy ; les revenus de ces Benefices , la
Taxe de Rome , la datte de la nomination
de ces Benefices. A Paris , chez
d'Houry 1728. in - 8 . 36. feüilles . On
donnera tous les ans un Supplément à ce
Catalogue , pour les Benefices qui ont été
conferez dans le cours de l'année.
LA RHETORIQUE , felon les précep
tes d'Ariftote , de Ciceron & de Quintilien
, avec des Exemples tirez des Auteurs
Sacrez & Prophanes , tant anciens que
mo.
MAY. 1729. 947
modernes , divifée en trois Livres . Secondé
Edition. A Paris , Rue S. Jacques
chez Gr. Dupuis 1728. in- 12 .
RECUEIL des principales décifions
fur les Matieres Beneficiales . A Paris , rue
S. Jacques , chez Armand. 1729. in 8.
de 471. pages.
1
LA VIE de Ste Agnes de Mont Politien
, Religieufe de l'Ordre de S. Dominique
, nouvellement Canonifée. Par le
R. P. Jofeph Roux , Prieur du Grand Convent
des Freres Précheurs de Paris. De
l'Imprimerie de Langlois , rue S. Etienne
d'Egrez 1728. in- 12 .
TRAITE' de Tertulien des Preſcrip
tions contre les Heretiques , traduit en
François avec des Remarques. Ruë S.Jacques
, chez le Mercier 1729.
. LA CONVERSION DE L'ANGLE
TERRE AU CHRISTIANISME , compa
rée avec la prétendue réformation . Ouvrage
traduit de l'Anglois . A Paris , ruë faint
Jacques , chez Briaffon . 1729. in- 8 .
Le Pere Niceron , Barnabite, Auteur des
Memoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la Republique des
Lettres , a publié cer Quvrage .
IDEE
948 MERCURE DE FRANCE:
IDE'E GENERALE du Gouvernement
& de la Morale des Chinois , tirée particulierement
des Ouvrages de Confucius.
Par M. D. S. à Paris , ruë Haute-feuille,
chez Claude Simon , 1729. in - 4. broch .
de 38. pages.
COLLECTIO Judiciorum de Novis
Erroribus , qui ab initio duodecimi feculi
poft Incarnationem Verbi , ufque ad annum
16.32. in Ecclefia profcripti funt &
notati , & c. OU RECUEIL des Jugemens
Ou
portez contre les Nouvelles Erreurs qui
ont été profcrites & cenfurées dans l'Eglife
, depuis le commencement du dou
ziéme fiécle jufqu'en l'année 1632 .
L'on y voit auffi les cenfures ou jugemens
Doctrinaux des plus fameufes Univerfitez
, particulierement de Paris , d'Oxfort
, de Louvain , de Doüay en Flandres ,
& des principales Ecoles de Theologie ,
d'Allemagne , d'Italie , d'Espagne , de
Hongrie , de Pologne & de Lorraine ,
accompagnez de Notes , d'Obfervations
& autres monumens fur les matieres Théo.
logiques . Cet Ouvrage a été redigé & mis
en ordre par M. Charles du Pleffy d'Argentré
, Docteur de Sorbonne & Evêque
de Tulles , in-folio 2. Volumes. A Paris ,
chez André Cailleau , Place de Sorbonne;
17.28..
RECUELL
MAY. 1729: 9.4.9
RECUEIL des principales décifions
fur les Matieres Beneficiales , Extraites
des Canons , des Conciles & des plus celebres
Auteurs ; conformes aux Edits &
Déclarations du Roy , & à la Jurifprudence
des Parlemens du Royaume & du
Grand-Confeil. A Paris , rue S. Jacques,
chez Armand 1729. in- 12..
MAXIMES. DE BALTHAZAR . GRAGIAN
, traduites de l'Eſpagnol , avec les
Réponses aux Critiques de l'Homme Uni
verfel & du Heros , traduits du même
Auteur . A Paris , Quay des Augustins...
chez Barrois, in- 12..
TRAITE' DES FIEFS ; Par M. Claude
Pocquet de Livoniere , Confeiller au Pré--
fidial d'Angers , & ancien Profeffeur du
Droit François en la même Univerſité.
A Paris , ruë S. Jacques , chez J. B. Coi--
·gnard , 1729, in- 4, de 71 4. pages.
་
DICTIONNAIRE DE LA LANGUE
FRANÇOISE , ancienne & moderne de:
Pierre Richelet , augmenté de plufieurs additions
d'Hiftoire , de Grammaire , de-
Critique , de Jurifprudence , & d'un nouvel
Abregé de la vie des Auteurs , citez:
dans tout l'Ouvrage. A Lion , & fe vend
à Paris , rue S. Jacques , chez Etienne ,
1728. 3, vol. in-fol..
LA
950 MERCURE DE FRANCE.
LA RELIGION CHRETIENNE , démontrée
par la Réfurrection de N. S. J. C.
en 3. Parties . Avec un Supplément où
l'on découvre les principaux points de la
Religion naturelle : par feu M. Homfroy
Ditton , Maître de l'Ecole de Mathematique
, érigée dans l'Hôpital de Chriſt à
Londres. Traduit de Langlois . A Paris ,
chez Chaubert , Quai des Augustins , à la
Renommée 1729. in-4. pp. 528. & 34.
pour la Table & la Préface.
Cet Ouvrage important & très - celebre
en Angleterre , meritoit d'autant plus
d'être traduit en notre Langue , que quoique
nous aïons déja plufieurs Livres en
faveur de la Verité de la Religion Chrétienne
, nous n'en avions encore aucun
dont la méthode , la force & la folidité
fuffent comparables au mérite de celui - ci .
A moins d'être opiniâtre à l'excès & fout
à fait déraisonnable , on ne peut fe défendre
d'avouer les conféquences que
l'Auteur tire de fes principes évidens.
Le Livré eft partagé en 3. Parties. Dans
la premiere , l'Auteur expofe aux yeux
des Deiftes les conféquences d'un examen
négligé. Dans la feconde , il explique la
nature & l'obligation de l'évidence mórale
; & dans la troifiéme , il détaille les
preuves de la Refurrection de J. C. Les
deux premieres Parties ne font , comme
AVRIL. 17298 931
on voit , que des préliminaires
; mais elles
difpofent
le Lecteur
d'une maniere
infenfible
& avantageufe
à fentir la force des
raifons
que renferme
la troifiéme
. Dans
la premiere
, on prouve que c'est l'interêt
du Deifte d'examiner
la Verité de la Religion
de J. C. pour peu qu'il fçache faire
ufage de fa raiſon ; on lui démontre
que
l'infenfibilité
, l'indifference
& la fecurité
où il vit , fans fe mettre en peine de chercher
la Verité , eft un aveuglement
honteux
& infenfé. Pour le tirer de ce funefte
état , on ne lui propofe
que l'examen
du
fait décifif de la Refurrection
de J. C.
parce qu'en fuppofant
certe Refurrection
veritable
, l'incredulité
n'a plus de reffource
& demeure
fans défenfe. Dans cette
premiere
Partie , l'Auteur
fans s'éloigner
de fon fujet , s'étend fur des points curieux
& interreffans
. Il fait voir , par
exemple
, à la pag. 36. que les devoirs
penibles de la Morale
Chrétienne
pourroient
être retranchez
de la Morale
, fans
détruire
les obligations
naturelles
qui font
néceffaires
pour le bien public & pour le
bien particulier
dans ce monde. Quoique
l'Auteur
prouve
par de bonnes
raifons ,
que le libertinage
de l'efprit doit la naiffance
au libertinage
du coeur , il avoue
pourtant
p. 49. qu'il peut proceder
d'une
fource moins odieufe. Il fait voir p. 59...
&c
:
952 MERCURE DE FRANCE.
& fuiv. que les Deiftes qui font profef
hon d'obſerver la Loi naturelle ne l'ob
ferveront jamais fi conftamment & fi parfaitement
qu'un Chrétien qui pratique la
Loi de l'Evangile. Il va plus loin : felon
lui ilfaut être bien hardi pour compter fur
la probité d'un Deifte. Enfin l'Auteur examine
à fond s'il eft plus fûr pour l'autre
vie d'être Chrétien que d'être Deifte , &
il faut avouer que par rapport à cet article
, qui n'avoit jamais été approfondi ,
il dit des chofes très -juftes , très neuves ,
& de la derniere conféquence.
Dans la feconde partie , où l'Auteur
expofe les principes generaux fur lesquels
la créance de la Réfurrection de Jefus
Chrift eft fondée ; il fait voir que l'eſprit
humain eft obligé d'admettre des preuves
de different genre , & enfuite que la Réfurrection
de Jeſus - Chriſt eſt un fait
dont la preuve eft d'une évidence qui
oblige l'efprit humain à l'acquiefcement.
Dieu , felon lui , en nous créant raiſonnables
, a dû donner des loix à notre cntendement
, pour en régler les operations.
Conformement à ce principe , qu'il déve
lope ; il examine le pouvoir qu'ont les
hommes de rejetter une preuve fuffifante
malgré l'obligation naturelle où ils font
de la recevoir . Il fait voir que l'homme
ayant été créé libre , la volonté n'eſt point
dans
MAY. 1729 933
dans une dépendance néceifaire de l'entendement
, enforte qu'elle en méprife
fouvent les lumieres ; défordre caufé par
le foulevement des paflions, & qui eft trèscriminel.
L'Auteur propofe ici un moyen
court & general pour ne point abufer de
fa liberté. Après quelques digreffions
Métaphyfiques & Morales , l'Auteur revient
à fon fujet principal , & fait voir
qu'il eft tout-à- fait conforme à la Loi
que le Créateur nous a donnée pour régler
les operations de notre entendement ,
& à la premiere deftination de cette faculté,
que nous recevions pour vrai tout ce
qui eft appuyé fur une preuve ,
telle que
celle qui démontre la Réſurrection de Jefus-
Chrift ; preuve qui a une connexion
étroité avec l'évidence Morale. Ici l'Auteur
établit l'origine , la nature & les caracteres
de l'évidence Morale ; & par rapport
à cette matiere il avance de fuite 15.
Propofitions Phylofophiques qu'il prouve .
Il employe le refte de cette feconde partie
à combattre le Pyrronifme en fait d'évidence
Morale ; il propofe enfuite un
raifonnement précis pour confondre les.
obliquitez du Pyrrhonien à fyftême , &
donne divers avis utiles & plufieurs Solutions
à l'ufage des perfonnes qui cher
chent fincerement la verité.
Après avoir ainfi preparé l'efprit du
lecteur
954 MERCURE DE FRANCE:
lecteur , l'auteur entre dans la troifiéme
partie , où il entreprend de prouver évi
demment la verité hiftorique de la refurrection
de Jefus - Chrift . Dabord il fe prevaut
de l'aveu des Mahometans , & de
celui des Juifs en general , & il examine
le fameux paffage de Jofeph qu'il foûtient
être autentique. Il eft à croire que l'auteur
n'a pas prétendu fonder fa démonfé
tration fur cette premiere preuve , non
plus que fur les foibles témoignages ren .
dus à l'Histoire de l'Evangile par Sueto
ne , Tacite , Pline , Lucien , Julien &
Celle. Mais comme la plupart des cir
conftances qui fervent à éclaircir le fait
de la refurrection de Jefus Chrift font ti
rées des Livres Hiftoriques du Nouveau
Teftament , l'Auteur en établit dabord
l'autenticité ( ce qu'a negligé de faire l'au
teur de la Religion prouvée par les faits ,
comme fon cenfeur lui a reproché dans
fes Lettres. ) M. Ditton approfondit
cette matiere , & la traite en habile homme.
Après cela il examine la nature des
témoignages rendus à la refurrection de
Jefas - Chrift 1 Les témoins font en
grand nombre. 2 ° Ils dépofent non ce
qu'ils ont oui dire , mais ce qu'ils affurent
avoir vû. 3 ° Ils témoignent d'une
maniere équivalente aux fermens . 4 ° Ils
le font dans le licu même & le plutôt
qu'il
MAY. 1729 955
qu'il le peut. 5. Ils témoignent avec
éclat. 6 ° . Ces témoins font irréprochables
& non fufpects . 7 ° . Rien ne prévient
en leur faveur. 89. Ils dépofent fans aucun
interêt temporel. 9° Ils dépofent
contre leurs préjugez . 1o. En fuivant les
maximes de leur Religion , pour peu
qu'ils euffent eu de confcience , ils ne devoient
pas entreprendre de tromper les
hommes au fujet de la réfurrection de Jefus
Chrift . 11. Ces témoins n'étoient ni
fcelerats ni Athées . 12. Ils étoient convaincus
de ce qu'ils témoignoient . 13 .
Ils n'étoient ni vifionnaires ni foux. L'Auteur
prouve cela d'une maniere claire &
fenfible ; & paffe enfuite à des preuves
plus fçavantes , plus relevées & plus neuves
, qu'il faut voir dans le Livre même
pour en fentir la force & la fublimité.
Cette derniere partie eft la principale , &
contient XI. Chapitres & 76. Articles
differens. L'Auteur affûre qu'ayant eu
pour but d'examiner folidement la Réfurrection
du Sauveur qui fert de preuves &
de bafe à la Religion Chrétienne , il l'a
fait avec la même impartialité que s'il
ne la croyoit pas. Ne le faifant aucun
fcrupule d'avouer ce que la raifon & la
verité exigeoient qu'il avoüar , il n'a
point fupprimé les objections des incrédules
, mais les a rapportées de bonne fo i
fans
956 MERCURE DE FRANCE.
fans néanmoins fe complaire à leur prê
ter des couleurs féduifantes. Enfin , tout
fon Livre roule fur deux points , fçavoir :
les obligations de l'entendement humain.
par rapport à l'évidence Morale, & la ve
rité hiftorique en fait de la réfurrection
de Jesus - Chriſt .
Le Supplement , qui eft une espece de
quatrième partie , n'eft pas moins curieux.
L'Auteur y attaque le grand nombre
des Déiftes , qui pour lier leur fyſtême
fe croient obligez d'être Materialiftes.
Il prouve d'une façon affez nouvelle
la fpiritualité de l'ame humaine. Enfin
il combat avec force le Systême des Spinofiftes
, & établit le dogme d'une Providence
qui à reglé tout éternellement
& qui préfide à tout. Le mal moral
dit- il , ne contredit point cette idée d'arrangement
primitif , & de direction de
la part de la Providence , parce que des
créatures , qui font tout à la fois libres &
bornées , peuvent s'écarter de l'ordre éternel
, dont l'Etre infini ne s'écarte jamais.
Il prétend que les fauffes idées qu'on fe
forme de la liberté & de la neceffité font
caufe de tout l'embarras & de toute l'obf.
curité de cette matiere . Le monde , felon
lui , a été créé par une neceflité de choix
& non par une neceffité de nature.
Quoique le ftile de certe Traduction
nc
MAY . 1729. 957
ne foit pas châtié , il eft néanmoins élegant
en plufieurs endroits , & ordinairement
fort & nerveux. Le prix du Livre
eft de fix liv. on en a auffi tiré quelques
Exemplaires en grand papier , lefquels
font d'un autre prix , & forment une édition
magnifique . Comme cet Ouvrage
a un grand cours & eft très eftimé de toutes
les perfonnes qui ont des lumieres &
de la pieté , nous avons crû devoir en
rendre compte d'une maniere un peu étenduë.
Le même Libraire donnera dans quelques
mois au Public la Traduction d'un
Ouvrage de M. Leflye , auffi eftimé que
celui- ci par les Anglois , mais moins
long ; Intitulé : Méthode courte & facile.
pour combattre les Déiftes , où l'on démontre
la verité de la Religion Chrétienne par
quatre règles certaines . M. l'Abbé Desfontaines
eft l'Auteur de cette Traduction.
Il vient de paroître un Livre qui ſe débite
chez le Mercier fils , & Morin , ruë
S. Jacques , près la Fontaine S. Severin ,
intitulé : Effay de l'Hiftoire du Commerce
de Venife. vol. in- 12 . de 200. pages ,
Lans l'Epitre & la Préface. 1729 .
11 femble que le fond de cet Ouvrage
regarde la fcience du Commerce par rapport
à l'interêt de l'Etat. Cette matiere
intereffante
958 MERCURE DE FRANCE .
intereffante n'avoit point encore été traitée.
Il paroît que l'Auteur a voulu établir
les principes fur des fairs puifés dans
P'Hiftoire de Venife , qu'il a prétendu juftifier
ces principes par l'évenement & les
autorifer de la fageffe du Gouvernement
de Venile. L'on croit que le mot Politi- .
que manque après celui d'hiſtoire dans le
titre de cet Ouvrage pour le rendre plus
conforme à ce qu'il contient.
L'Auteur commence fa Préface par dire
qu'il a crû qu'une Hiftoire où l'on apercevroit
quelle a été la conduite des Venitiens
touchant leur Commerce , feroit
une chofe agréable au Public : ce qu'il
paroît préfumer de la fageffe du Gouvernement
de Venife.
*
Il divife fon Hiftoire dans les cinq âges
de la République. Le premier commence
à l'an 421. Le fecond à 697. le troifiéme
à 1173. A l'égard des deux dernieres parties
qu'il croit devoir differer de donner
au Public , l'une traitera depuis 1290 .
jufqu'à la Ligue de Cambray , & la derniere
depuis cette Ligue jufqu'à préfent.
L'Auteur promet que ces deux parties feront
encore plus intereffantes que les
trois premieres qu'il vient de mettre au
jour.
Après la Préface l'Auteur propofe à
fon Lecteur de fe rappeller quelques principes
MAY.
1729 959
cipes qu'il expofe immédiatement après.
Ces principes paroiffent néanmoins nouvellement
conçus , & être le fruit d'une
profonde méditation fur la matiere du
Commerce qui intereffe un Etat . Il termine
ces principes, en difant que c'eſt dans
la vue de connoître quelque chofe de la
fageffe des Venitiens , qu'il va tâcher de
réfumer le peu de faits qu'il a été poffible
de recueillir touchant l'Hiftoire du
Commerce de Venife.. ;
L'Auteur debute dans fon hiftoires
par dire que Venife , ou la Republique
de ce nom , doit au Commerce la naiffance
, fon accroiffement & fon opulence
, à l'ufage que la Republique fçut
faire des fruits de ce Commerce , le haut
degré de puiffance où elle monta , & fa
durée , bien plus à l'attention du gouvernement
fur le Commerce qu'à la fageffe
de fes autres Loix , ou de les autres difpofitions
, dont la plûpart font relatives
au Commerce. Et après avoir dit ce qu'étoit
d'abord le terrain fur lequel la Ville
de Venife eft bâtie , il rapporte comment
les Illes des Lagunes furent peuplées , &
la neceffité où fe trouverent fes habitans
de chercher à fatisfaire leurs befoins dans
l'exercice du Commerce exterieur . t
Il peint enfuite la naiffance du Commerce
dans un état naiffant , & ce mor-
E ceau
960 MERCURE DE FRANCE.
>
Geau qui eft curieux , développe com
ment le Commerce du dehors eft le
Canal de la richeffe publique & l'ame
de l'Etat . Cet endroit & ce qui fuit , comme
le refte de l'ouvrage contient un
bon nombre de principes & de maximes ,
dont la connoiffance peut être agréable
& utile. A mesure que l'Auteur avance
dans la narration , l'ouvrage devient
hiftorique & intereffant ; mais il eſt écrit
d'un ftile affez concis pour qu'il foir
difficile d'en faire un bon Extrait qui ne
foit pas trop long.
LETTRES CRITIQUES ET DOGMATIQUES
, adreffées à M' J. Alph.
Turretin , Miniftre & Profeffeur à Genêve
, au fujet de fon livre intitulé Nubes
Teftium. A Lyon , chez Plaignard ,
1728. in- 16 . de 227. pages .
& c,
DE GLI ANFITEATRI , e Singolarmente
del Veronefe , libri due , ne
quali fi tratta quanto apartienne all'Hiftoria
, & quanto all'Architettura
A Veronne , chez Jean Albert Tumermani
. 1728. in - 12 . de 348. pages , fans
la Table. 15. planches .
Dans cet Ouvrage , divifé en deux
parties , le fçavant Auteur traite dans la
premiere fon fujet en Hiftorien , & dans
la feconde , il l'examine en Architecte .
Il
MAY. 1729. 937
Il fait dans l'une l'hiſtoire des amphiteatres
, & dans l'autre il en donne la defcription
.
On apprend que ce curieux Traité eft
de l'illuftre Marquis Maffei , & qu'il doit
faire partie du grand Ouvrage qu'il doit
donner , fous le titre de Verona Illuftrata.
L'ANGLETERRE AUX PRISES avec
elle- même , ou raifons des deux partis ,
expofées par eux - mêmes aux yeux de la
Nation , & c. A Amsterdam
Weiftheins & Smith . in- 8 ° .
> chez
HISTOIRE NATURELLE des Infectes
de l'Amerique , particulierement de
Surinam , repréſentées en figures deffinées
au naturel , & expliquées en Latin
& en François. A Amfterdam , chez
Bernard. Tome fecond . Il ne fera en
vente qu'au mois de Decembre prochain .
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des
ouvrages des Sçavans de l'Europe , &c.
A Amfterdam chez Weiftheins &
Smith. C'eft un nouveau Journal , qu'on
publie tous les trois mois , & qui paroit
depuis le mois de Juillet 1728 .
"Les Particuliers qui ont à retirer le Tome
quatriéme des Ceremonies Religieuses , foir
par foufcription , foit pour parfaire ce qu'ils
ent acheté de cet Ouvrage , font avertis de
Fij s'adreffer
962 MERCURE DE FRANCE .
s'adreffer au Sieur Jean Frederic Bernard ,
Libraire d'Amfterdam , qui a imprimé cet Ou
vrage. Il aura foin de leur fournir promtement
des Exemplaires choifis & des Figures
bien tirées : il en fera autant pour les foulcriptions
des Tomes 5. & 6 .
DE LA LUMIERE DES COULEURS
& de la Vifion , fuivant les principes du
Chev. Newton , par G. L. le Sage , 4
Geneve , chez J. F. Bardin
, 1729. in-
12. Brochure. pp. 34.
L'Auteur , fuivant pas à pas le fiftême
d'optique du celebre Anglois , dit que
la
lumiere n'eft pas feulement une action
fur le milieu , mais une matiere particuliere
qui étant lancée par le corps lumineux
, fe porte rapidement en ligne droite
& jamais autrement, que cette matiere eft
pelante , dure & elaftique : qu'elle penetre
les corps , s'y imbibe , s'y fige ; &
qu'en un mot c'eft la matiere du feu.
Si la lumiere n'étoit qu'une action fur
le milieu , M le Sage dit qu'à la rencontre
des corps , elle fe communiqueroit
non-feulement en ligne droite , mais
auffi derriere les obftacles comme le fon,
& qu'il ne devroit y avoir ni nuit ni opacité.
Les Experiences du Priſme , felon qu'il
les interprete , font juger que la lumiere
' eft pas un liquide homogene , mais un
compofé
MAY.
1729% 943
compofé de corps heterogenes , qui étant
de differente groffeur , fe meuvent directement
avec des forces inégales , & font
plus ou moins refrangibles les unes que
les autres.
La dureté & l'elafticité de la lumiere
font prouvées par fa reflexion à la rencontre
des corps durs.
La pierre de Bologne , le regule d'antimoine
calciné au miroir ardent , & les
autres corps que la calcination rend plus
pefans , prouvent la pefanteur de la lumiere
, & qu'elle s'imbibe dans les corps.
La pierre de Bologne expofée à un feu
bleu , jaune , verd ou rouge , rend dans
Pobfcurité une lumiere de la même couleur
.
L'obſervation des Satellites de Jupiter
a fait reconnoître que la lumiere fe communique
fucceffivement ; parce que , lorf
que la terre en eft plus eloignée , leur lumiere
y parvient 22 minutes plus tard.
De ce que la lumiere eft toujours refléchie
à angles égaux , l'Auteur conclut
qu'elle penetre toujours un peu les corps
refléchiffans , & en eft refléchie par une
feconde ou troifiéme furface : autrement,
dit-il , les inegalités des furfaces mettroient
beaucoup d'inégalité dans les refléxions.
Selon Mr Newon , les corps les plus
rares font les plus refrangibles . Le vuide
Fiij de
964 MERCURE DE FRANCE:
de la machine pneumatique l'eft plus que
l'air , l'air plus que l'eau . Les rayons du
Soleil reunis dans un foyer avant la pluie ,
& lorfque l'air eft chargé de vapeurs , font
plus d'effet qu'après , lorfque le ciel eft
plus ferain.
Les couleurs dans les corps colorés ne
doivent être qu'une certaine groffeur des
parties de la lumiere , ou une certaine difpofition
des parties de ces corps , capables
de refléchir ou de tranfmettre la lumiere
d'une certaine maniere,
Un rayon avant la refraction eft.com
me un faisceau de rayons de diverſe nature
, qui fe feparent les uns des autres
dans la refraction , & s'éloignent les uns
plus , les autres moins de la ligne droite.
Cette féparation des rayons eft un grand
obftacle à la perfection des Telescopes.
Le blanc refulte de tous ces rayons entremêlés
, & les autres couleurs de leur
féparation.
On écrit de Leyde que P. Vander - Aa ;
a achevé d'imprimer,& a mis en vente le
grand Ouvrage auquel il a travaillé pendant
20. ans. Il contient 60. volumes
in-folio , fous ce titre . La Galerie agréable
du monde, où l'on voit en un grand nom
bre de Cartes très - exactes , & de belles
Tailles Douces , les principaux Empires ,
Royaumes ,
MA Y. 1929. 965
Royaumes , Republiques , Provinces ,
Villes , Bourgs & Fortereffes , avec leur
fituation , & ce qu'elles ont de plus remarquable.
Les Illes , Côtes , Rivieres
Ports de mer & autres lieux confiderables.
Les Antiquités , les Abbayes , Eglifes ' ,
Académies , Colleges , Bibliotheques ,
Palais & autres Edifices , tant publics que
particuliers : comme auffi les maifons de
Campagne , les habillemens & moeurs des
peuples , les jeux , les fêtes , les ceremo
nies , les pompes & les magnificences .
Item , les Animaux , Arbres , Plantes
Temples & Idoles des Payens , & autres
raretés dignes d'être veües dans les quatre
parties de l'Univers . On n'a imprimé
que cent Exemplaires de cet Ouvrage ; le
prix de chaque Exemplaire eft de 416.
florins.
-
On apprend de Naples , que la nou .
velle Edition des Vies des Peintres , ouvrage
très rare de Bellory , fe vend chez
François Ricciardi & Jofeph Buon . On l'a
augmentée de la vie de Luc Giordano ,
fameux Peintre Napolitain , écrite par
M. Bernard di Dominico .
De Rome , que le Pere Laderchi , Pretre
de l'Oratoire a entrepris de continuer
les Annales de Baronius . Il a donné depuis
Fiiij quelques
966 MERCURE DE FRANCE.
quelques mois fon premier volume , qui
contient les premieres années du Pontificat
de Pie V.
De Londres , que M. Pope a publié une
nouvelle édition des Oeuvres de Shakef
pear,Poëte Dramatique, conferée & comparée
avec les éditions précedentes . in-12.
Idem. Traduction en Anglois , de
l'Avis d'une mere à fon fils & àfa fille
écrit en François par la Marquise de
Lambert , in - 12 .
On imprime auffi à Londres , par foufcription
, l'Hiftoire de la Révolution arrivée
dans l'Empire de Maroc , à la mors
de Muley- Ifmaël , avec des Obſervations
Phyfiques , Morales & Politiques , & une
Carte du Pays , gravée par Senex.
M. Braithwaite , Capitaine , Auteur
de cet Ouvrage , a été à portée d'être
très-bien informé , puiſqu'il a accompagné
M. J. Ruffel , Conful General d'Ângleterre
, au Royaume de Maroc , & témoin
oculaire de tous les évenemens confiderables.
De Venife , l'impreffion dont on a déja
parlé de l'Hiftoire Bizantine , que prépare
B. Javarina , eft propofée aux Souf-
@ripteurs moyennant cent ducats. Il y aura
' M A Y. 1729. 967
ra 22. vol. in-fol. qui feront 34. Tomes .
Le premier a dû être mis fous preffe ce
mois-ci , & il en paroîtra un volume tous
les deux mois & demi . Avant que l'impreffion
d'un volume foit commencée
-les Soufcripteurs doivent avoir fait tenir
à Venife les 29. liv. qu'il doit couter .
<
?
On apprend auffi que la Traduction
d'Oppien , par M. Salvini , fur l'art de
la Chaffe & de la Pêche des Anciens , eft
achevée d'imprimer.
Jean-Baptifte Befogne pere , ancien Imprimeur
du Roi à Rouen , vient de mettre
en vente une feconde édition du Nonveau
Traité du Négoce de France , en 2.
vol. in - 12 . par M. de Blainville , Arpenteur
Royal , affez connu par differens
Ouvrages que le Public a bien reçûs .
Cette édition eft confiderablement augmentée
, & contient un Traité d'Arithmétique
, tous les Tarifs neceffaires , tant
pour l'aunage des Toiles & Draps que
pour les réductions des Aunes , des Vares
& des Verges , des Villes de France ,
Hollande , Hambourg , &c. On y trouve
auffi tout ce qui concerne la Banque
le Change , le Rechange , les formes
termes & diligence des Lettres & Billets :
de Change , les Monnoyes réelles & imaginaires
, les prix courans des Places &
و
Fv.
968 MERCURE DE FRANCE :
en quelles monnoyes on y tient les écri
tures ; avec le moyen de faire les Changes
& les réductions pour les Traites &
Remifes , tant de Flandre que d'Hollande ,
d'Angleterre , d'Hambourg , &c. On a
joint à la fin du fecond volume , le Traité
de la Jauge de la Marine , du même
Auteur , avec un abregé de la Navigation
bien augmenté: on n'y a rien épargné pour
rendre ce Livre utile à tous Négocians
Banquiers , Financiers , & c. 11 fe vend
à Paris chez André Cailleau , Place de
Sorbonne , à S. André 1729 .
On trouvera chez le même Libraire .
Traité des grands Chemins de l'Empire
Romain , nouvelle édition , revûë avec
foin , & enrichie des Cartes de Peutinger
, & des Figures. Par Nicolas Bergier
Avocat au Siége Préfidial de Reims , in 4.
2. vol. 1728.
Praxis Medica , five Commentarium in
Aphorifmos de cognofcendis & curandis
Morbis , auctore Hermanno Boerhaave
Phil. & Med . Doctore , Medecina , Botanices
, Chemiæ , & Collegii Practici
Lugduni Batavorum Profeffore , in- 12 .
S. vol.
Hiftoria Plantarum , quæ in Horto
Academico Lugduni Batavorum crefcunt
cum earum characteribus , & Medecinalibus
virtutibus. Defumptis ex ore clariffimi
MAY. 1729 969
Timi hermanni Boerhaave , in - 12 . 2. vol.
Voyages très curieux & très renommez
faits en Mofcovie , Tartarie & Perfe .
par
le fieur Adam Olearius , &c. in-fol.
2. vol. remplis de Figures enTaille- douce,
nouvelle êdition très augmentée .
Le Paradis perdu de Milton. Poëme
héroïque , traduit de l'Anglois , avec les
Remarques de M. Addiſſon , in- 12 . 3 .
vol. chez Cailleau , Quai des Augustins ,
à S. André , Brunet fils Grand'Salle
du Palais , au S. Efprit. Bordelet , ruë
S. Jacques , à S. Ignace , & Henry , ruë
S. Jacques , vis - à- vis S. Yves . 1729 .
Montalant , Libraire à Paris , qui imprime
par voye de fouſcription le vaſte
Recueil des Piéces anciennes des P P
Martene & Durand , Religieux Benedictins
de la Congrégation de S. Maur , intitulé
, Veterum Monumentorum ampliffi
ma Collectio , & qui doit être compofé de
9. vol. in fol. dont il a donné les trois
premiers Tomes en foufcrivant , donne
avis aux Soufcripteurs de cet Ouvrage ,
qu'il diftribue actuellement les Tomes 4 .
5. & 6. de cette Collection , qu'il continue
l'impreffion des trois derniers , pour
les leur donner le plutôt qu'il lui fera
poffible ; que le premier payement de
cette Soufcription ayant été de cent
Fvj livres
970 MERCURE DE FRANCE
vres , il reçoit les cinquante livres re +
tantes du prix . Il donne auffi avis aux
perfonnes qui voudront ſouſcrire , qu'ils
Y feront encore admis jufqu'à la fin de
Septembre prochain , en prenant ces fix
volumes , & en payant les cent cinquante
livres qui eft le prix porté par l'avis aux
Soufcripteurs , après lequel tems expiré ,
l'on n'y fera reçû qu'à deux cent livres.
On trouve auffi chez le même Libraire
les Livres fuivans.
Bullarium magnum. fol. 8. vol . Lu
xemburgi 1728.
par
Hiftoire Litteraire de la Ville de Lyon
le Pere de Colonia , vol . in- 4.
Dictionnaire de Richelet. fol. 3. vol.
Hiftoire Litteraire de la Grande- Breta
gne. in- 12 . 16. vol.
*
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Négociations du 18. fiecle , par M. de
Lamberti , in - 4 . 6. vol . la Haye 1728 .
Le Traité du Nivellement , de M. de la
Hyre , avec un Traité de la Meſure de la
terre , par M. Piquart, vol. in- 1 2 .
Traité des Arbitrages de Change , contenant
la veritable maniere dont les principales
Places de l'Europe fe fervent pour
la direction de leurs Changes. Par
M. wiertz , Agent de Change de la Ville
de Bâle. 1729.
Jean
MAY. 1729 971
Jean Villette fils , Libraire , ruë faint
Jacques , à S. Bernard , vient de mettre
en vente un Livre intitulé : l'Univers
materiel , ou Aftronomie Physique , premierepartie,
compofé par M. F. Petit. C'est
un nouveau Systême du monde different
de celui de M. Defcartes, & de tous ceux
qui ont paru jufqu'à préfent . Il fuppofe
quatre matieres , & n'attribuë de mouvement
qu'à la premiere , qui feule caufe
la pefanteur. 11 prétend que l'air n'eſt
point pefant , & que l'on ne peut rien attribuer
à la pefanteur de l'air qu'il appelle
troifiéme matiere , & fait naître la lumiere
d'un mouvement communiqué à la fe
conde matiere par la premiere.
L'on trouve auffi chez le même Librai
rc. & chez François Chereau , Graveur ,
rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or ,
La Paffion de N. S. J. C. & les actions
du Prêtre à la Sainte Meffe , avec des
Prieres correfpondantes aux Tableaux
gravez par Sebaftien le Clerc , vol. in- 12.
Les Figures de la Paffion de N. S. J. C,
accompagnées de Refléxions propres à
donner l'intelligence de ce Myftere . Yos
lume in- 8.
Nous avons déja annoncé une Brochure
in- 8 . qui fe vend chez Etienne & chez
Bauche , fous le titre de Paritez en Ban
que
972 MERCURE DE FRANCE :
pe,
que, ou l'égalité des Changes de l'Eurodémontrées
par à la por des principes à la
tée de toutes fortes de perfonnes , &c.
Ce petit Ouvrage eſt diviſé en ſept Chapitres
, chaque Chapitre contient fix égalitez
ou queftions differentes ; le premier
Chapitre fert à découvrir la Parité ou l'é-
Amfterpour
galité du Change de Paris
dam , ou d'Amfterdam
pour Paris , par
le rapport des Changes de Londres ,
d'Hambourg
, de Genève , de l'Espagne ,
du Portugal & de l'Italie .
Le chapitre fecond fert à découvrir
la Parité du Change de Paris pour Londres
, par les mêmes rapports. Le 3. de
Paris pour Hambourg . Le 4. de Paris
pour Genéve. Le 5. de Paris pour l'Efpagne
. Le 6. de Paris pour le Portugal.
Le 7. de Paris pour l'Italie.
Chaque égalité ou question eft fuivie
de la Régle , & la Régle a une inftruction
la faire. On trouve au commen- pour
cement de ce Traité , en huit articles féparés
, les noms & la divifion des Monnoyes
Etrangeres , & les differentes manieres
dont les Places de Commerce changent
entr'elles .
de
Selon un Mémoire qui nous a été communiqué
, on doit donner dans peu
temps une fuite du Poëme Latin , intitulé
ConMAY.
1729. 973
Connubia Florum , les mariages des fleurs ,
qui fut fibien reçû du Public l'année derniere
. Mr de la Croix , Docteur en Medecine
, qui en eft l'Auteur , comptoit
d'en publier une feconde partie , mais fes
autres occupations l'en ont détourné. En
attendant qu'une fi bonne main reprenne
la plume , un Particulier fait une espece
de fuite de ce Poëme , fous le titre d'Apologie
des Fleuristes & de tous ceux qui
fe plaifent à cultiver ces prefens fi agréables
de la nature . On joindra à cette
Piéce françoife , qui eft fort ingenieuſe ,
cinq ou fix OdesLatines d'une excellente
compofition , fur l'origine , l'utilité , &
la culture des Citronniers & des Orangers
. On n'oubliera pas de faire mention
à la fin de l'ouvrage de Jean Robin , celebre
Fleuriste du Jardin Royal , dans la
minorité du Roy Louis XIV.
On prépare deux Réponſes à la Lettre
de M Petit , Docteur en Medecine &
Académicien , concernant l'attouchement
de l'Uvée au Cryſtallin .
M. de Voltaire , qui eft arrivé depuis
peu de Londres , travaille actuellement
& doit donner dans peu , l'Hiftoire du
Roy de Suede , Charles XII. Un Officier
attaché à ce Prince , & qui l'avoit fuivi
dan s
974 MERCURE DE FRANCE .
dans toutes fes expeditions , a donné des
Mémoires à M. de Voltaire. Cet ouvrage
fera deux Volumes in - 12.
On apprend de Mofcou , que M.
Jwan Kyrilow , Secretaire du Sénat de
cette Ville , a envoyé à l'Académie des
Sciences de Peteſbourg une espece
d'Amianthe , dont on trouve une affez
grande quantité dans la Siberie , & qui
après quelques préparations , fournic
une filaffe incombustible dont on peut
faire de la toile. Il y a joint un morceau
d'une mine de Cuivre marbré qu'on
trouve dans la même Province , & qu'on
a déja employé à divers ouvrages .
L'Académie a ordre de faire les obfervations
fur ces deux matieres , & de
les communiquer au Public .
fit
Vers le milieu du mois dernier , l'Académie
Royale de l'hiftoire à Liſbonne
tint une Affemblée publique , dans laquelle
Dom Jofeph d'Acunha Brochado ,
Confeiller au Confeil des Finances &
Chancelier des Ordres Militaires ,
Eloge funebre du feu Marquis de Fronteira
, l'un des Directeurs de certe Académie
, à la place duquel on élut Dom
Diego de Mendoça Corte-Real , Confeiller
au Confeil des Finances , ci - devant
Envoyé extraordinaire du Roy de
PorMAY.
1729. 975
Portugal auprès des Etats Generaux , pour
continuer en Langue Portugaife l'Hiftoire
du Royaume de Portugal , pendant tout
le temps qu'il a été fous la domination
des Romains.
D'autres Lettres de Lisbonne portent ,
que le 25. Mars , les éleves de l'Académic
militaire de cette Ville , allerent fur le
Port voir les épreuves de plufieurs machines
de guerre & de quelques autres
utiles à la navigation , fur lefquels M. de
la Pomeraye , Chef de cette Académie ,
leur avoit donné des leçons publiques- ,
& il leur démontra par une experience
qui réuffit affez bien , qu'un corps (phe
rique concave d'une certaine capacité ;
doit fe foutenir entre deux eaux , de quelque
metal qu'il foit conftruit , pourveu
qu'il foit exactement bouché.
On apprend de Londres , que le Che
valier Hans- Sloanne , Préfident de la
Societé Royale , prefenta für la fin du
mois dernier au Roy & à la Reine , de
la part de la Societé , une branche d'un
des quatre grands Cedres du Jardin des
Plantes de Chellea , à laquelle il y avoit
neuf pommes . Ce qui fut reçû fort gracieufement
de L. M. qui promirent au
Chevalier Sloanne d'aller voir ce Jardin
978 MERCURE DE FRANCE:
& les Cedres qui y ont crû , qu'on dit
être les plus grands qui foient en Europe.
On mande de Florence que le 12. du
mois dernier vers les deux heures après
minuit , on y avoit vû une Aurore Boreale
, qui tenoit un espace d'environ 90 .
degrez , entre l'Eft & le Nord. On ajoûte
que ce Phénomene avoit été précedé d'un
orage accompagné d'éclairs & de tonnerres.
Le Mercredi 27. Avril , l'Académie
Royale des Sciences , tint fon affemblée
publique , à laquelle préfida M. le Chancelier
; M Lemeri ouvrit la féance par
un Difcours fur la neceffité de la Saignée;
ce Difcours doit fervir de Préface à un
Ouvrage que M Lemeri prépare contre
le fentiment de Mr Silva , fur les Saignées
révulfives & dérivatives .
Mr de Juffieu , lut enfuite un Mémoire
fur un remede fpecifique contre
les diffenteries , plus efficace que l'hipecacuana
. Ce remede eft un écorce d'arbre
de Lifle de Cayene , nommé Simar ouba .
Mr Geofroi le jeune , finit la féance
par uneDiffertation fur l'examen du vinaigre
concentré par la gelée.
Nous donnerons dans un autre Journal
l'Extrait de ces differentes Pieces .
Le
MAY. 1729.
977
Le Secretaire de l'Académie declara
dans la même féance , que M' Bouguier,
Profeffeur d'Hydrographie au Croifil ,
petit - Port en Bretagne , avoit remporté
le Prix de cette Académie , dont le fujet
étoit la Perfection des Inftrumens qui
fervent à prendre hauteur fur mer. Le même
Mr Bouguier avoit remporté il y a deux
ans le Prix de cette Académie , dont le
-fujet étoit la Mâture des Vaiffeaux.
•
A
On a appris de Compiegne un fait fingulier.
Une Biche qu'on ne chaffoit
point , effrayée par les chiens & les
Chaffeurs , fe jetta dans un étang , & s'y
noya. On la fit retirer , & par fa groffeur
on jugea qu'elle étoit pleine. Effectivement
elle l'étoit prête à mettre
bas. On l'ouvrit & on trouva un Fan
très - bien formé , mais ayant deux teftes
bien diftinctes ,, quatre yeux & trois
oreilles feulement , la 4 oreille étant
confondue dans la Suture qui joint les
deux teftes . Ce morceau fingulier a été
envoyé à M' Winflow , de l'Académie
Royale des Sciences , qui l'a fait defliner
& l'a diffequé enfuite pour en donner
une Deſcription au Roy.
REPONSE de M. Thiout , Orloger , à la
Lettre de M. le Roy l'aifné , inferée dans le
Mercure d'Avril , page 746. au fujet des
proprietés
978 MERCURE DE FRANCE.
Proprietés d'un nouvel échapement de Montre
Pour vous repondre , Monfieur , je me fers
de la voye que vous avés prife. Je commen
cerai par vous dire que lors que j'ay donné
au public une idée avantageufe de l'échapement
de M. de Flamanville , j'ay crû qu'il
étoit temps de rendre juftice à celui de qui je
le tiens , m'aquitter de ma promeffe , & exciter
la curiofité du Public ; c'eft ce qui m'a
determiné à le publier , avec d'autant plus
de raifon que j'étois affez fondé en experiences
pour être feur de ce que j'ay avancé.
un an ,
Je n'ignore pas , Monfieur , comme vous
le prefumé que les Horlogers Anglois n'ayent
pratiqués ce nouvel échapement dès l'année
1726. c'eft dans ce même tems que l'Auteur
( qui étoit pour lors à Londres ) me l'a
communiqué & m'a informé pendant 18.
mois de tout ce qui s'y paffoit à ce fujet
cependant je ne me fuis determiné à en faire
ufage & à le mettre en pratique que depuis
& je l'ai fait avec tout le fuccès
que j'en pouvois efperet. Je n'y ay pointrencontré
cette jufteffe ( que vous m'aprènez )
d'aller un mois minutte pour minutte , &
feconde pour feconde : mais je n'y ay point
remarqué auffiices variations étonnantes d'une
demie heure par jour , qui ne me paroiffent
pas moins douteufes que ce que vous ajoutez
, qu'on ne peut pas par la fuite parvenir
à les regler ; mais fuppofant cette parfaite
jufteffe , feroit - il impoffible de trouver le
fecret de la perpetuer fans abandonner fi inconfidérement
un échapement qui fe trouve
parfait pendant un mois , je crois les Anglois
trop habiles pour abandonner fi promtement
un échapement qui a cette precienfe
qualité
MAY. 1729. 979
qualité & qui a eu un auffi heureux commencement.
Pour moi j'ai été très- fatisfait de ce qu'un e
Montre avec cet échapement , alloit plus
jufte qu'avec l'échapement ordinaire , & étoit
moins fujette aux divers accidens , pour me
déterminer à le mettre en pratique par préference
, & à ne le pas quitter fi- tôt.
Vous me paroiffés , M. fort content du
garant que vous indiqués , vous avez
donné fa Lettre toute entiere ; cependant
fes raifons ne peuvent me fatisfaire , & plus
je les examine , plus elles me paroiffent fe
contredire il affure qu'à les voir marcher
elles vont fort bien , qu'il n'y a point de Montre
de l'autre maniere que l'on puiſſe faire
branler comme celles là , il y en a qui ont
été un mois minutte pour minutte , feconde
pour feconde. La confequence que l'on peut
tirer d'un femblable raifonnement eft évidente
; on la tire d'elle- même , à les voir marcher
elles vont fort bien ; il n'y a point de
Montre de l'autre maniere que l'on puiffe
faire branler comme celles- là il y en a quí
ont été un mois minutte pour minutte ,
conde pour feconde ; cet échapement eft donc
le plus parfait de tous ceux qu'on a pour
des Montres , puiſqu'il n'y en a point d'autre
avec lequel une Montre aille de cette jufteffe
pendant un mois , mais bien loin de raifonner
ainfi , il ajoute , & après ce tems là , elles
ont varié d'une demie heure par jour fans
pouvoir les regler. Votre garant a voulu diffimuler
ce qu'il penfoit , ou a parlé par ouy
dire , car après avoir vanté la jufteffe de ces
Montres il vous auroit fans doute appris
les caufes qui faifoient aller ces Montres fi
juftes pendant un mois , comment ces caufes
>
feceffoigné
9,80 MERCURE DE FRANCE.
cefloient abfolument au bout du mois , & la...
raifon de l'impoffibilité de pouvoir derechef
regler ces Montres procurez nous , s'il vous
plait , M. les fentimens de votre garant làdeffus
, après quoi je fçauray à quoi m'en
tenir ; mais en attendant vous me permettrez
de ne pas fuivre votre confeil , qui eſt d'abandonner
cet échapement , fur de telles remontrances
; j'efpere même que vous avouerez
que c'eft avec juftice que je m'y tiens attaché
jufqu'à ce qu'on m'aye fait connoître
la neceffité de l'abandonner , ou que je l'aye
reconnue par moi- même.
Vous mettez cet échapement en parallele
avec celui de feu M. Sully , quoiqu'il en foir
très éloigné en toute maniere , de forte même
qu'il n'a rien de commun avec celui - ci , que
Cette feule proprieté , qu'on peut doubler la
force du reffort fans accelerer le mouvement ;
mais par l'examen de ce dernier , il elt aifé
de voir qu'il eft exempt des frottemens du
premier.
J'ay crû vous faire plaifir , M. en vous
communiquant la methode dont je me fers ,
qui felon moi , differe peu de celle des Anglois
; vous en jugerez mieux que perfonne
etant fi bien informé de ce qui fe paffe à
Londres.
Je prends la diftance d'une dent à l'autre
pour le diamettre du Cilindre ; je ne l'entaille
pas jufqu'au centre je donne à la palette
une forme à peu près ovalle , ouverte d'environ
60. degrès , la rouë de rencontre taillée
à l'ordinaire , que je fais dorer , parce
que l'or étant le plus pur de tous les métaux
, il doit conferver plus longtems ce déficat
frottement , les dentures étant bien:
brunies , je les crois plus dures & plus glif
Lantes
MAY . 17295 9& r
fantes qu'un latton bien écroüi ; la palette
étant dure & bien polie frappe contre avec
une grande douceur , ce qui produit aux
vibrations le méme effet que la courbe de
compenfation de la Pendulle de M, Sully , &
l'impulfion du choc qui en refulte n'eſt pas
capable de fe detruire de long-tems.
Au refte , Monfieur , vous me confirmez
dans l'idée où je fuis , qu'on peut parvenir
à regler parfaitement une Montre avec mon
échapement puifque vous croyez vous -même
qu'il y a eu de ces Montres qui ont été un
mois entier minutte pour minutte , & c. pour
ce qui eft du dérangement de demie heure
par jour , fans pouvoir par la fuite les regler
, je vous avoue que je ne connois poin
la caufe d'un effet auffi fingulier, & je ne crois
pas même qu'il puiffe jamais arriver à une
Montre bien executée ; je fuis même confirmé
dans cette penfée par l'experience journaliere
de celles que j'ay vendues depuis un
an , qui toutes vont auffi jufte qu'on le peut
efperer , fans aucune apparence que la Montre
puiffe jamais faire de femblables variations.
Selon mes principes , une Montre à
laquelle on veut mettre cet échapement doit
être d'une execution folide , proportionnée ,
jufte & précife ; je donne 18000. vibrations ;
je me fers d'un balancier leger & d'un ſpiral
fort , que je proportionne parfaitement avec
le cercle , & je donne le plus de force qu'il
m'eft poffible à mon grand reffort. Ne feroitce
point par ces raifons que j'aurois mieux
réuffi que les Anglois qui à caufe de la petitele
de leurs Montres ne peuvent leur donner
ni la force néceffaire , ni leur appliquer
d'auffi juftes proportions ? Car c'eft un axiome
generalement reçu , principalement chez
·les
982 MERCURE DE FRANCE.
les Phyficiens , que les grandes Montres vont
mieux que
les petites & font moins fujettes
aux variations.
Enfin je vous fuis bien obligé , Monfieur,
de l'offre honnête que vous me faite , de me
communiquer l'échapement de M. Gream , il
y a plus de fix mois qu'on m'en a fait la
defcription , fans que j'y aye trouvé de fuperiorité
qui merite que je lui donne la préference
.
Voilà les raiſons qui m'ont determinés à
parler comme j'ay fait dans l'Avertiffement
que j'ay donné au Public , par où il eſt aiſé
de voir que je ne tomberai pas dans le cas
des Horlogers de Londres , je fuis , & c.
Le Sieur le Febvre , Ingenieur pour
les Inftrumens de Mathématique , qui demeuroit
Quay des Morfondus aux deux
Globes , eft décedé il y a environ un an,
il s'étoit fort appliqué à perfectionner les
divers Inftrumens de Mathématique & à
apprendre l'ufage qu'il connoiffoit plus
facile. Il a eu l'Approbation de Meffieurs
de l'Académie Royale des Sciences.
Il avoit inventé un Planifphere où eft
réuni l'ufage de l'Aftrolabe , & une double
Lunette à regarder par les deux bouts
en changeant le Verre oculaire . Cette Lunette
, appliquée au quart de Cercle , fert
à s'affurer de l'angle droit dudit Inftrument
fans le renverfer.
Il avoit auffi inventé plufieurs Micrometes
differents de ceux qui avoient cidevant
MAY 983 1729
rus , & un Singe à Lunette , fort commode
pour deffiner exactement de loin les principaux
points d'une Perfpective. Il eft auffi
l'Auteur d'un Almanach de Cabinet en
forme de Tableau , qui fert depuis 1600 .
jufqu'à 1750. & fe difpofe une feule fois
pour une année , où font marquez tout
de fuite les jours , les femaines & les mois
de l'année , les Fêtes Mobiles , les jours
de la Lune , le lever & coucher du Soleil
de chaque jour , la longueur du Crépuſcule
, l'Epacte , le Nombre d'Or , le Cicle
folaire , l'Indiction Romaine , & la maniere
de compter les jours du mois felon
les Latins , par Calendes , Nones , & Ides .
Cet Almanach fe peut changer après l'année
1750.pour
le temps que l'on voudra,
en y mettant une autre Roue d'Epoque.
Il avoit encore inventé un Garde- vûë
portatif dans la poche , commode pour
lire & écrire la nuit , fans que la flâme
de la lumiere incommode la Vûë.
C'eft lui auffi qui a inventé une petite
Ecritoire de poche d'environ un pouce &
demi en quarré long, où il y a deux plumes
du même métail que l'on veut l'Ecritoire,
& cinq ou fix plumes naturelles , un Compas
, un Porte- Crayon , une Meſure de
deux pouces & un Canif. Le Cornet de
cetteÉcritoire tient l'ancre liquide & fans
Coton,fans fuir. Ce fut en l'année 1710 .
G
qu'il
084 MERCURE DE FRANCE.
qu'il fit la premiere pour M. le Duc du
Maine. Il avoit déja inventé le Corner
qui eft propre aux grandes Ecritoires de
Cabinet , qui conferve l'ancre plufieurs
années fans s'épaiffir , fe fermant exactement
, & empêchant l'air d'y entrer . Cependant
le Sieur Baradelle , de la même
profeffion , s'eft avisé d'annoncer au public
ledit Cornet comme nouveau & de
fon genie , dans le Mercure du mois de
Decembre 1728. & dans le Journal de
Trévoux , page 569 .
Le fils dudit Sieur le Febvre, auffi Ingenieur
pour les mêmes Inftrumens , qui a
été élevé & inftruit par fon pere dans
la fabrication defdits Ouvrages , les fair
& vend dans la même Boutique de fon
pere , Quay des Morfondus , aux deux
Globes.
Les Curieux vont voir chez le Frere
Nicolas , Religieux au grand Convent
des Auguftins de Paris , très - habile dans
l'Art de la Charpenterie , qui a inventé le
Pont tournant des Thuilleries , & quantité
d'autres Ouvrages qui lui ont fait une
grande réputation , le Modele d'un nouveau
Pont tournant , plus fimple , auffi
commode & folide , & qui coutera la
moitié moins que celui des Thuilleries.
Ce nouveau Pont doit être executé au
Châ
MAY. 1729. 985
Château de Maifons & au Château de
Brou.
› de
Le même Frere a inventé une Rape enfermée
dans une boëte , par le moyen
laquelle on peut raper du tabac auffi gros
& auffi fin que l'on veut , & en auffi grande
quantité, dans une demi -heure , qu'on
en pourroit raper dans une demi-journée
avec une rape ordinaire .
Le même Frere Nicolas a inventé auffi
depuis peu , un nouveau Mouvement pour
l'élevation des eaux , lequel eft fans Rouet,
fans Lanterne & fans Manivelle. Il n'eft
compofé que de fix pieces de bois mobiles
& trois Poulies de cuivre ; fçavoir , un
Arbre debout avec un Levier , auquel on
attelle un cheval , une Plate-forme ronde
de cinq pieds de diametre , & trois Balanciers
, au bout defquels on attache les
Tringles de fer des Pitons de la Pompe.
Ce Mouvement a été mis en oeuvre avec
fuccès , à la Pompe de la belle Maifon de
M. de Maigrigny à Chatillon , proche de
Seaux : fa fimplicité le rend fi facile, qu'un
feul homme en pouffant le Levier , fait
monter l'eau avec les trois Piftons, à plus
de 40. pieds de hauteur. Ce Mouvement
peut fervir aux Moulins à vent & à eau.
Mr C. de R. de Lyon , nous prie de pro
poſer cette Queſtion au Public , fçavoir ,
Gij fi
986 MERCURE DE FRANCE .
fi la Perfection eft plus difficile à acquerir
dans la Peinture que dans la Sculpture.
Comme il n'y a peut - être jamais eu en
France tant d'Amateurs de ces beaux Arts ,
ní tant d'habiles Maîtres qui les profelfent
, nous croyons que cette Queſtion
fera favorablement reçûë, & qu'on voudra
bien nous adreffer les raifons fur lefquelles
on peut la décider. La gloire des beaux
Arts y eft intereffée , ainfi que notre Nation
, qui depuis quelque temps a marqué
fa fupériorité fur les autres Nations de
l'Europe , par les celebres Auteurs & les
grands Ouvrages qu'elle a produits .
XXX : XXXX : XXXXXXXX
Q
PRINTEM P S.
Ue j'aime à voir Iris dans ces brillantes
Plaines ,
Des richeffes de Flore , enrichir fes cheveux !
Que j'aime à voir les Zéphirs amoureux ,
Au gré de leurs douces haleines ,
En faire voltiger les noeuds !
Goutez votre bonheur extrême ;
Rendez de vos plaifirs les Dieux mêmes lajoux,
Volez,charmans Zéphírs , careffez ce que jaime.
Heureux , fi je n'ai point d'autres Rivaux que
Vous !
AUTRE
Ten
C
margo.Ce fameux Pas , ou plutôt
ce Balet
Gij
1
1
que
vous !
AUTRE
MAY.
987
1729.
AUTR E.
Deja la naiffante verdure ,
Rappelle les Ris , les Amours ;
Et déja toute la Nature ,
S'empreffe à joüir des beaux jours.
1
Les Tendres Zéphirs près de Flore ,
Redoublent leur empreffement ;
Chaque fleur fe hâte d'éclore ,
Pour fe faire un nouvel Amant.
Flore , vous n'êtes point ſevere ;
Vous comblez leurs voeux les plus doux .
Helas ! faut- il que ma Bergere ,
Soit plus infenfible que vous ?
***************
SPECTACLES.
·
'Académie Royale de Muſique recome
Lmença les Exercices le Lutcome
ce mois par l'Opera de Tancrede , terminé
par le Pas de Trois , danfé par le
fieur Blondi , premier Danfeur & Compofiteur
des Balets de l'Opera , par le
fieur du Moulin le jeune & par la Dile Camargo.
Ce fameux Pas ,ou plutôt ce Balet
Giij હૈ
988 MERCURE DE FRANCE .
à trois , dont l'execution doit être regardée
comme le triomphe de la Danfe en
general & de prefque tous les caracteres
en particulier , figure un Maître jaloux &
deux Ecoliers . Il eſt danfé fur un excellent
morceau de Mufique de M. Rebel
le pere , Compofiteur de la Chambre du
Roi , & Maître de Mufique de l'Académie
Royale. Après un Prélude gravé , fuit
une Chaconne , un air de Trompette , une
Loure , un Paffepied en Rondeau , un
Tambourin , &c.
Le 2. de ce mois , les Comediens François
firent l'ouverture de leur Théatre
qui étoit fermé depuis le 31. Mars , à
caufe de la folemnité des Fêtes de Pâques
& du Jubilé , par la Tragedie d'Iphigenie
& la Comedie de l'Avocat Patelin. Le
heur de Montmeny complimenta le Public
entre les deux Pieces , & fut fort арь
plaudi
Le lendemain on donna Démocrite & les
Vacances. Le St de Bercy , Comedien
nouvellement reçû , joüa avec applaudiffement
Talere dans la premiere Piece , &
le Magifter dans la feconde .
Le 6. Avril , le S' Sarrazin , joüa avec
applaudiffement le principal Rôle dans la
Comedie du Misantrope.
Le 14. on repréſenta la Comedic nouvelle
MAY. 1729. 989
velle de l'Impertinent malgré lui , en Vers
& en 5. Actes , de M.de Boiffy , qui l'a retirée
pour y faire des corrections , & y
changer le dénouement .
Le 19. on remit au Théatre la Tragedie
de Rhadamifte & Zenobie , dont les
principaux Rôles font joüez par le S* du
Frefne & la Dlle le Couvreur ; ceux de
Pharafmanes & d' Arfame font joüez par
les St de Bercy & Duchemin fils.
Le 2. May , les Comediens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la
Comedie de Timon le Misantrope , & par
la petite Piece du Retour de Tendreffe.
f
La Dile Sylvia , premiere Actrice ,
connue & fi cherie du Public , ſe chargea
pour la premiere fois , du Compliment
qu'on fait ordinairement à l'ouver
ture du Théatre , & le récita avec tout le
naturel & les graces qui accompagnent
tout ce qu'elle joue . Ce Compliment fut
extrémement applaudì du Public , auquel
nous croyons faire plaifir de le donner ici ,
en faveur de ceux qui ne l'ont pas entendu
prononcer ; au refte nous avons fort balancé
à l'imprimer , perfuadez qu'il perdra
beaucoup de fon mérite , dénué de
Faction . La Dile Riccoboni Flaminia , qui
vient de quitter le Théatre , avoit fait au
mois d'Avril 172 5.un pareilCompliment;
G. iiij il
990 MERCURE DE FRANCE .
eft imprimé dans le Mercure du même
mois , page 827.
MESSIEIEURS ,
C'eft une femme qui s'eft chargée de l'honneur
& du rifque de vous adreffer la parole.
L'ufage jufqu'à prefent n'a confié ce foin
qu'aux hommes ; mais auffi oferai- je dire que
ce n'eft pas la premiere injuſtice qu'il ait faite
à notre Sexe. Cet enfant du caprice & de la
force , nous tirannife impunément , & le temps
bien loin de détruire fon pouvoir , ne fert qu'à
l'appuyer davantage. Mais , Meffieurs , comme
je fuis dans une République où les Femmes ont
leur voix déliberative , j'ai crû ne pouvoir
mieux fignaler l'ouverture de notre Théatre
qu'en réprimant les abus. En effet , pourquoi
voudroit- on nous exclure d'un honneur dont
nous connoiffons fi bien le prix ? Est- ce le zele
qui nous manque ? Eft- ce la langue ? Ni l'un ni
l'autre. En verité on ne nous a jamais vû refter
court , & les plus grands Orateurs feroient
charmez de fournir leur carriere avec autant
de rapidité que nous courons la nôtre.
On nous accufera peut- être de ne pouvoir
pas donner à un Difcours ces graces fcholaftiques
& cet aflemblage des parties qui doivent
le compofer ; & qu'importe ? Il eſt de
certains defordres préferables à l'arrangement ;
notre Sexe ne connoît d'autre regle que celle de
plaire ; & puifqu'il réüffit fi bien , fon heureux
naturel l'emporte fur l'étude & la raiſon même.
Mais , Meffieurs , je m'apperçois qu'au lieu d'un
Compliment que je dois vous faire , je m'engage
infenfiblement dans notre Panegyrique ,
&
1
MAY. 1729. 991
& que je juftifie en quelque façon ceux qui n'oferoient
nous confier des négociations importantes.
Pardonnez cette digreffion à mon zele .
Pour vous , Meffieurs , le feul defir de paroître
digne de l'emploi que j'ai brigué , m'a entraînée
malgré moi à dire tant de bien des Femmes. Dailleurs
il m'eft permis de jouir des privileges du
Harangueur; il en a de grands ; il peut fortir de
fon fujet , fe mêler quelquefois de ce dont il
n'a que faire , & malgré cela il n'en eft pas
moins applaudi . Oui , le Public qui ne connoît
que trop mon embarras , lui fçait toujours bon
gré de tout ce qu'il peut dire pour ſe tirer d'affaire.
Que ce même Public n'a-t - il cette même indulgence
pour nos Pieces nouvelles ! Qu'il
nous ép gneroit de triftes momens ! Mais que
dis-je ? il cft obligé de prouver le bon gout de
fon fiecle & de ne fouffrir íur nos Théatres que
des Ouvrages qui faflent honneurà la Nation.
Oui, Mellieurs , continuez , faites tapage aux
mauvaiſes Pieces , afin qu'on travaille avec
plus d'attention à vous en donner de bonnes
ou du moins de paflables. Réprimez les Acteurs
qui reprefentent mal, Que les Auteurs vous doivent
une réputation éclatante ; que les Acteurs
acquiérent des talens en profitant de vos juftes
décifions . Voilà peut être le premier Compli
ment où l'on vous ait donné de femblables
confeils ; mais , Meffieurs , outre que vous les
prendriez bien vous - mêmes , votre fatisfaction
nous eft trop précieufe , pour que nous vous
priions de vous laiffer ennuyer fans rien dire.
Le 7. les mêmes Comediens remirent
au Théatre la Comedie Héroïque qui a
pour titre , l'Illuftre Avanturier , ou le
Prince Travesti , Comedie en s . Actes de
Gy M.
992 MERCURE
DE FRANCE
:
M. de Marivaux . Cette Piece fut joüée
dans fa nouveauté le 5. Fevrier 1724.
on en donna un Extrait dans le Mercure
du même mois .
Le 11.May , le S Sticotti , Venitien, nouvel
. Acteur, âgé de 18. ans, qui n'a jamais
paru fur aucun Théatre , joua pour la premiere
fois fur celui de l'Hôtel de Bourgogne,
leRôle de l'Amoureux , dans la Comedie
de la Surpriſe de l'Amour , avec beaucoup
d'intelligence, & fut fort applaudi.II
eft fils de la Dile Fabio , Chanteuſe de laComedie
Italienne.
Le 23. la Dlle de Belmont , fille du feu
SOctave , Comedien de l'ancienne Troupe
Italienne , parut pour la premiere fois
fur le même Théatre , dans la Comedie
de la Femme Jaloufe , en Vers & en trois
Actes. Elle y joüa le principal Rôle , de
même que dans la petite Piece qui fut
jouée enfuite de la Veuve Coquette. Cette
nouvelle Actrice a été reçûë favorablement
du Public qui l'a applaudie .
Au mois de Mars dernier , le St Louis
Riccoboni , dit Lelio , premier Acteur de
la Troupe des Comediens Italiens ordinaires
du Roi , la Dule fon Epouſe , & le
S Riccoboni , leur fils , demanderent à
fe retirer , ce qui leur fut accordé , en
confervant au S Lélio & à fon Epouſe
1000. livres de penfion à chacun. Le
Public
MAY. 1729. 993
Public regrette avec raifon ces deux excellens
Sujets. Leur fils avoit déja les diſpofitions
neceffaires & les talens convenables
à fa Profeffion.
Le S Lelio Auteur de plufieurs Pieces ,
dont il a été parlé dans differens Mercures ,
eft de Modéne ; fon Dialogue étoit ailé &
animé,perfonne n'a jamais mieux caracte
rifé les paffions outrées & avec plus de vraifemblance
. Les Pieces de Sanfom ,la vie
eft un fonge , & tant d'autres qu'il joüoir
d'une maniere inimitable , & qu'on demandoit
avec empreffement, en font des preuves.
C'eſt lui qui avoit été chargé de former
en Italie une Troupe de Comediens
pour le Roi , & qui l'amena en France en
1716. à la tête de laquelle il a toujours
été fous les ordres de feu Monfieur le Duc
d'Orleans qui l'honoroit de fon eftime .
La Dile Helene Balletti fa femme , dite
Flaminia fur le Théatre , eft de Ferrare ,
elle eft grande Comedienne & femme de
beaucoup d'efprit. Elle jouoit fes Rôles
en perfection , & entroit admirablement
dans les differens caracteres qu'ils exigeoient
; elle en exprimoit non - feulement
les differens fentimens , mais elle en proy
duifoit encore d'autres ( pat fon propre
fond ) de très -convenables à tout ce qu'el
le jouoit ; fon mérite perfonnel l'a fait
agréger dans les Académies de Gli Arcadi,-
Gvj de
994 MERCURE DE FRANCE.
de Rome & Dei Diffettuoft de Bologne .
EXTRAIT de la Parodie d'Arlequin
Tancrede , reprefentée pour la premiere
fois le 21 Mars , fur le Théatre de
l'Hôtel de Bourgogne , mise au Théatre
par les S" Dominique & Romagnefi ,
Comed ens du Roi . Elle fut favorablement
reçue du Public , & jožés jusqu'à
La clôture d.s Spectacles.
Le Théatre repréfente les Tombeaux
des Rois Sarrazins.
D
Ans la premiere Scene , Argant , haillé
en Houzard , donne ordre à fes
Gens de rappeller & de raffembler fes
Dragons , qui ont pris honteulement la
fuite , il ajoûte que quoique Tancrede les
ait bien roffez , il n'en veut pas demeurer
là c'en eft fait , continue til , je vais
arracher Clorinde à Tancrede . Il chante
fur l'air , il est pourtant temps , ma mere.
;
Je cede à ma jufte fureur.
Herminie.
Que vous me caufez de frayeur ! bösä
Vous allez périr ;
Argant.-
C'est trop diſcourir ;
J
Here
MAY.
995
1729 .
Herminie.
Où va-t-il courir ?
Voulez -vous mourir ?
Argant.
Il eft pourtant temps , Princeffe
Il eſt pourtant temps
De la fecourir.
3
Comment, lui dit Argant , vous prenez
le parti de ce Chevalier Errant ; ob ! il
mourra' , je vous en répons. Herminie ne
peut s'empêcher de foupirer , ce qui fait
dire à Argant par le couplet fuivant
fur l'air , On n'aime plus dans nos Forêts.
Parlez en toute liberté ;
Expliquez -vous , belle Coufine ,
Avoüez-moi la verité :
Tancrede en fecret vous lutine
Vous aimez ce Déterminé !
Herminie.
Coufin , vous l'avez deviné
Vous l'aimez ! cela fe peut -il ? ajoute
Argant , ne vous fouvient-il plus qu'il a
immolé vos parens & qu'il vous a ravi
vos Etats ? C'est là ce qui me rend fenfible
( répond ingénument Ferminie ) qu'eft
donc devenue votre raison , ma chere Pa
C
rente
996 MERCURE DE FRANCE :
rente? & que dira- t-on de vous ? répond
Argant. Herminie , fur l'air , En certain
détour
Quand une fois ,
D'amoureuſes Loix ,
Déterminent notre choix ,
De la raifon aux abois ,
Entend- on la voix
Cette pigriêche
Voudroit endurcir notre coeur ;
Mais l'Amour , ce doux vainqueur ,
L'ouvre d'un coup de fleche ;
Et la raison par la breche ,
S'enfuit ;
La peur du Qu'en- dira - t on la fuit.
Elle voit arriver Ifmenor & fe retire.
Ifmenor dit à Argant qu'il vient feconder
fa valeur , & qu'il aime Herminie . I
chante fur l'air : Ami, l'aurois- tu pû croire..
Je puis des Royaumes fombres .
Forcer les Ombres ,
Par ma voix ;
Je puis des Royaumes fombres,
Forcer les Ombres ,
A fuivre mes Loix.
Argant.
Non , je prétens que Tanerede
bisa
Tombe
MAY. 1729. 997
Tombe aujourd'hui fous l'effort de mes coups
Ifmenor.
Que j'aime ce courroux ! bis.
Venez , Démons , que la
rage poffede ,
Tous à mon aide ;
Servez nos feux & nos tranſports jaloux ,
Si les Dieux font pour lui , les Diables fong
pour nous.
bis.
L'Orcheſtre joue la Marche des Dragons
: les Dragons paroiffent.
Argant chante fur l'air : Réjouiffez- vous
bons François.
Nos Dragons viennent à propos ;
Je vais leur dire quatre mots :
Ifmenor.
Et moi faire le diable à quatre ,
Pour les engager à fe battre.
Ifmenor fait entrer les Magiciens qui
forment une Danfe myſterieufe.
Après la Danſe , Ifmenor fait fon évo- “
cation , & chante fur l'air : Et glow glow
glon.
Quoique vous foyez bien morts ,
Repaffez les fombres bords ,
Rois , qui jadis ,,!"
Des Amadis
bis.
bis.
Eriez
998 MERCURE DE FRANCE .
Etiez l'image ;
A des Guerriers peu hardis ,
Donnez votre courage.
Les Diables fortent de deffous le Théatre,
battent les Magiciens , & les chaffent.
Argant , fur l'air : Quand le peril.
Vous a vez eû la bastonade ,
Comme les Chercheurs de tréfor ;
Vous avez fait , pauvre Ifmenor ,
Une belle Ambaffade.
Ifmenor s'en va , en difant qu'il va refeüilleter
fon Grimoire ; Argant fort avec
les Dragons. Le Théatre change & reprefente
le Camp de Tancrede.
Dans la Scenes Clorinde feule appelle
la Raifon à fon fecours par le Coupler
fuivant , fur l'air : Prens - moi pour ton
Jardinier.
Raifon viens à mon fecours ;
A toi feule j'ai recours &
A! je le fens bien ;
Par un doux lien ,
L'Amour retient mon ame.
Foible Raifon , tu ne peux rien
Sur l'efprit d'une femme.
Lon là ,
Sur l'efprit d'une femme.
Dans
MAY. 1729 999
Dans la Scene fuivante , Tancrede fait
une déclaration d'amour à Clorinte . Elle
affecte un air de fierté . Voici vos Captifs,
lui dit enfin Clorinde , foyez fage & cachez
votre amour ; non , lui répond Tancrede
, il faut que tout le monde le fache.
Les Captifs entrent , & Tancrede leur
adreffe ce Couplet , fur l'air de Foconde.
Joüiffez d'un deftin plus doux ;
Clorinde eft votre Reine :
Mes enfans , divertiffez -vous ,
Et quittez votre chaîne:
Pour prix de votre liberté ,
Il faut par une Dance ,
Témoigner à cette Beauté ,
Votre reconnoiffance .
Après la Danfe des Captifs on chante
les paroles fuivantes ,fur l'air de l'Opera
de Tancrede.
Sile danger vous étonne ,
Fuyez , foibles coeurs ;
L'Amour, ainfi que Bellone ,
Vend cher fes faveurs.
Il eft des détours à prendre ,
Des Mamans qu'il faut tromper.
Des Agnès qu'il faut fufpendre ,
Et des Maris à dupper.
Le Choeur repete , Si le danger , &c.
Mars
1000 MERCURE DE FRANCE
Mars veut un coeur intrépide ,
Et l'Amour veut de l'argent ;
On méprife un Guerrier timide ,
On rit d'un Amant indigent.
Le Cheur. Si le danger , &c.
Après la Fête , Tancrede demande à
Clorinde fi elle l'aime : Non, lui dit- elle ;
fi jefuis en votre puiffance , Argantfçaura
m'en arracher. Tancrede refte feul , & ne
doutant plus qu'Argant ne foit ſon Rival,
il jure de s'en venger.
Dans la Scene 9 un Soldat vient annoncer
à Tancrede qu'un Sorcier fait périr
tous fes Soldats dans la Forêt prochaine ;
Courons à leur fecours,dit Tancrede : Ab !
Seigneur, ne vous y riſquez pas , ajoûte
le Soldat , l'Enfer feconde fa rage : va ,
va , répond Tancrede , les enchantemens
ne font peur qu'aux petits enfans.
A la Scene 10 le Théatre, reprefente
la Forêt enchantée ; Herminie dit à Argant
: me dites- vous bien vrai? Tancrede,
aime-t-il Clorinde ?
Argant.
Oui , vous dis- je , mes Soldats ne parlent
d'autre chofe ; Tancrede en a fait
confidence à toute l'armée . Herminie &
Argant chantent le Duo fuivant , fur l'air:
Ah ! que d'appas , que d'attraits.
Herminie
MAY. 1729. 1001
Herminie.
Jugez de ma douleur ,
Argant.
Et vous ,
Jugez de mon jufte courroux.
Tous deux.
Quels funeftes coups !
Pour nos coeurs jaloux !
Herminie.
Dieux quelle horreur !
J'ay le malheur
De trouver une rivale
Tous deux.
bis
Ah !quel tourment ! quels funeftes coups!
Quel tourment ! quels funeftes coups !
Pour nos coeurs jaloux !
Argant.
Sufpendez ces vaines douleurs ,
Il faut du fang & non des pleurs
Tous deux
repetent.
Ah ! quel tourment ! quels funeftes coups à
& c.
Herminie apprend à Argant , qu'Ifmenor
a enchanté cette foreft ; & qu'il
prendra
1002 MERCURE DE FRANCE.
prendra foin de leur vengeance : male
peste nous sommes en bonnes mains , répond
Argant , c'est un habile homme ,
ils fe retirent , & c . L'Qrcheſtre joue enfuite
l'air des pendus. Ah ! Ah ! que
cela eft touchant ! s'écrie Tancrede , je me
fens attendrir
Air . Lampons.
En vrai Heros de Roman
Surmontons l'enchantement ;
Une fimple ritournelle ,
Pour m'arrêter fuffit- elle ?
Non , non ,
Non non.
L'air n'en eft pas affez bon.
bis
Les Danfeurs & les Danfeufes en garçons
& fervantes de Cabaret , arrivent
au fon de la fimphonie ; ils préfentent
à boire à Tancrede , qui dit : Ah ! le coquin
d'Enchanteur m'a pris par mon foible;
il s'enyvre ; & les Danfeurs l'emportent
endormi.
Herininie dit à Clorinde , dans la 14°
Scene , qu'elle a fait tranfporter Tancrede
dans une cave profonde ; & apercevant
fa rivale , elle dit qu'elle veut la
faire jafer ; elle lui annonce la mort de
Tancrede , qui vient de perir dans la
cave. Clorinde déplore le fort de Tancrede
, & jure de le fuivre au tombeau,
après l'avoir vengé.
Comment !
MAY. 17297 1003
Comment ! vous foupirés ! lui dit Herminie
, vous l'aimez donc , ma mie ?
Clorinde , fur l'air : Croyés -vous qu'a
mour m'attrape.
Par ce foupir qui m'échape ,
Connoiffez mon tendre amour.
Herminie , à part.
Comm'elle mord à la
grappe ,
Quoique ce foit un vieux tour !
A Clorinde.
Allez , ce n'eft qu'une attrape ;
Car il voit encor le jour.
Et qui plus eft tu vois ta rivale , ajoute-
t'elle.
Clorinde , fur l'air : Vraiment, ma come
mere , ouy .
Quoy vous l'aimez donc auffi :
Herminie.
Vraiment , ma commere , ouy.
Clorinde.
Cet Amour eft - il dans l'hiftoire
Herminie.
Vraiment, ma commere , voire :
Vraiment , ma commere , ouy.
Elles le retirent toutes deux.
Dans
1004 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Scene 15 , le Theatre repre
Lente un fombre caveau , Tancrede déplore
fon fort.
A la 16° Scene , Herminie paroît , & .
Tancrede ne lui demande pour toute
grace que fon Epée . Herminie lui fait
des reproches , & voyant Ifmenor , elle
lui dit d'affouvir fa colere fur cet ingrat.
•
Ifmenor , fuivi de plufieurs démons
leur ordonne de le bien tourmenter avant
de le faire mourir : les Diables le lutinent ,
lui appointent un canon dont l'amorce
prend ; enfuite Ifmenor leve le bras pour
fraper Tancrede. Herminie chante , fur
l'air : Dondaine.
Arrêtez ,
Tancrede.
Ciel m'a-t'il frapé ?
Ifmenor à Herminie.
Qu'entens - je ? m'auriez - vous trompé a
Je l'aimes
Herminie.
Je l'aime.
Tancrede.
Il est toujours dupé ,
Le Nicodeme.
Ifmenor voyant arriver Clorinde , dit,
il me vient une plaifante idée , & chante
fur l'air : Je fuis Moufquetaire moy.
Pour
MAY . 1005 1729.
Pour me venger d'une ingrate maitreffe ,
Et d'un heureux rival ;
Je le remets entre vos mains , Princeffe :
Clorinde.
Quel trait original !
Des vrais jaloux , Ifinenor eft la perle.
Ifmenor en s'en allant.
Je fuis un fin merle , moi ,
Je fuis un fin merle,
Clorinde refte avec Tancrede , lui rend
fon Epée , & lui avoue fon Amour ;
mais vous avez , dit -elle , la gloire à
craindre , & c. Tancrede obéit à Clorinde ,
qui lui dit de la laiffer .
Clorinde refte feule , en difant : Ma
refolution eft prifes pour me punir de mon
Amour , je vais combattre mon Amant.
Elle chante.
2
Avertiffons le Spectateur ;
Si je le laiffois dans l'erreur
Je pecherois contre Ariftote :
D'Argant je prens la Redingottes
Comment pourrai - je l'ajuſter !
N'importe , il faudra le prêter ,
Clorinde , à ta Marotte ;
Et plan , plan , plan
Place au Regiment
De la calotte ,
foo6 MERCURE DE FRANCE.
A
A la Scene 20 , le Theatre repréſente
remparts d'une Ville . Herminie vient
& Tancrede après elle.
les
Je viens de tuer Argant , dit Tancrede
à Herminie qui rentre en foupirant ; Tancrede
refte & dit : A propos de mon
rival , qu'eft devenue ma maitreße ? Ah !
la voilàs mais que vois -je ?
Scene derniere.
Clorinde bleffée , foutenuë par deux
Guerrieres .
Tancrede, fur l'air : Qui vous a Margoton
Quel objet préfente - t'on ,
A ma veüe épouvantée ?
Ma Princeffe , quel félon ,
Peut vous avoir maltraitée ?
Qui vous a , qui vous a , Margoton ,
Qui vous a fi bien ajuſtée !
Clorinde.
Ne demandez pas fon nom ;
C'est un coup de vôtre Epée :
Tancrede.
Ah le brave champion ;
J'ay fait une belle équipée !
C'est donc moi , c'eſt donc moi, Margoton ,
Qui vous ay fi bien ajustée ! ..
Il continue fur l'air : Queje cheris mon
cher
voifin.
Morbleu
MAY. 1729.
100 %
Morbleu , quel trait extravagant !
Jugez de ma ſurpriſe.
Ma foi j'ay crû tuer Argant :
Excufez la mépriſe.
Clorinde , fur l'air : Voilà dans l'autre
monde.
Mes yeux à la lumiere,
Vont bientôt fe fermer ;
Je finis ma carriere ,
Sans ceffer de t'aimer :
Prends bien foin de tes jours dans ta
douleur , pourſuit - elle , & ne va pas
mourir.
Tancrede.
N'ayez pas peur :
On emporte Clorinde. Tancrede refte
chante fur l'air : Quand le peril, &c.
Qu'en ce jour mon courage brille :
Et que j'en retire un grand fruit .
Toute ma valeur fe réduit ,
A tuer une Fille.
Tancrede s'en va , & la Parodie finit.
LETTRE fur un Spectacle reprefente
à Avignon , le 26 Fevrier 1729 .
le caractere de Railleur eft difficile
Safoutenir dans la converſation', il
à
Peft encore davantage fur le Theatre . Le
H Poëte
1008 MERCURE DE FRANCE.
Poëte qui traite un fujet fi délicat , doit
avoir lui - même de la délicateffe & du
jugement . L'efprit feul ne fuffit pas : On
peut avoir des faillies heureuſes , mais
quand elles ne font pas bien placées , elles
deviennent infipides , fur tout en matiere
de raillerie .
Le R. P. Vionnet , de la C, d. J. Profeffeur
de Rhetorique au College d'Avignon
, connu déja par deux belles
Odes , à l'honneur des Saints Louis de
Gonfaque & Stanislas Koska , qui furent
inferées dans le Mercure, d'Aouft & de
Septembre 1728. ) n'a pas craint de mettre
fur la Scene un Perfonnage fi difficile,
& l'on peut dire que la maniere dont il
a traité fon fujet ne laiffe rien défirer .
Je ne rapporterai pas ici l'intrigue de
cette Comédie , il me fuffit de dire qu'elle
n'eft pas de celles qu'on a coutume de voir
fur les Theatres publics , où l'Amour eft
toujours de la partie .
Le R. P. Vionnet a fait voir qu'on peut
intereffer les Spectateurs , fans expoſer à
leurs yeux une paffion fi dangereufe , capable
par la maniere dont on la reprefente
de pervertir les coeurs même qui font le
plus en garde contre elle. Voici la Fable
de cette Comédie.
C'eft un Pere qui a eu le malheur d'a
voir deux fils , qui par leurs railleries fo
faifoient
MAY. 1719. 1009
faifoient tous les jours de nouvelles affaires
. L'aîné avoit pris depuis long temps
le parti des Armes. Il ne reftoit auprès
du Vieillard que le Cadet , dont il ne
pouvoit le léparer , réſiſtant fans ceffe &
à l'inclination de ce fils qui vouloit aller
joindre fon frere , & aux follicitations
d'un oncle qui fouffrant peu patiemment
de voir fon neveu tous les jours aux prifes
avec ceux qu'il railloit , le follicitoit d'envoyer
au Service ce fils cheri , l'affurant
que quelques Campagnes le guériroient
de ce défaut. Le Vieillard perfifla dans
fon refus jufqu'à ce que fon fils aîné , reyenu
inopinément du Service , conſeilla à
fon pere de fe fervir pour guérir fon Cadet
, du remede dont il avoit éprouvé luimême
l'efficacité. Le Pere y confent , ce
qui rend la catastrophe de la Comédie
entierement heureufe , tous les Acteurs
fe trouvant dans la joye ; le Pere par
retour inopiné d'un fils qu'il attendoit
depuis long - temps , & qui le confolera
de l'abfence de celui qu'il avoit auprès
de lui , l'oncle & les neveux , parce que
leurs fouhaits font accomplis . Une morale
fine eft repanduë agréablement dans
toute la Comédie . Je doute qu'on puiffe
la femer dans une Piéce de Théatre plus
délicatement que l'a fait le Poëte. Le fuccès
répondit au mérite de l'Auteur , les
le
Hij Acteurs
1010 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs plurent infiniment , & les Spec
tateurs fe retirerent très- contens.
*****:XXXXXXX:X* X *X
NOUVELLE DU TEMPS.
TURQUIE,
Uelques Lettres portent que la peſte
continuoit à Conftantinople, mais qu'elle
n'y faifoit pas encore de fi grands ravages
que dans quelques Ifies de l'Archipel.
Ces Lettres ajoûtent que le Grand- Seigneur
avoit fait arborer la queue de Cheval , mais
qu'on ne croyoit pas que les grands armemens
qu'il fait euffent d'autre objet que la
Conquête des Provinces que le Czar poffede
' en Perfe.
AFRIQUE.
UN Navire Marchand, venu depuispeude
Tetuan à Lisbonne , a confirmé les premieres
nouvelles qu'on avoit euës de la mort
de Muley-Hamet Debi, Roi de Maroc, & de
Muley- Abdemelec , fon frere , ainfi que de
l'élection de Muley. Abdallah , frere de ces
deux Princes , qui eft préfentement fur le
Trône ; mais le Capitaine de ce Navire ajoûte
que la Guerre civile n'étoit pas encore finie
parce que les Noirs , dont l'Armée eft de près
de 8oooo. hommes , vouloient élire un Roy
de leur race , malgré l'oppofition des habitans
de Fez & de Maroc , qui veulent un Prince
defcendant de leurs Souverains, 105
On
MAY. 1729. 1011
On a reçû avis de Ceuta & de Melilla , que
les Maures paroiffoient vouloir fe diſpoſer à
recommencer le Siége de ces deux Places.
RUSSIE.
E Miniftre du Czar à Conftantinople , a
Lmandequ'il n'y avoit plus lieude louter
que le G. S. ne déclarât la Guerre à S. M. Cz.
fur laquelle il a deffein de reprendre les Provinces
qui ont été conquifes par le feu Czar.
On a fait partir pour les Frontieres de Per
fe plufieurs ouvriers Etrangers , & quelques
Allemands que le Czar a pris à fon ſervice
pour diriger le travail des Mines d'argent
qu'on a découvertes du côté de la Mer Caf
pienne. On donne aux Ouvriers douze Roubles
par mois , & après leur mort , on affùre
aux veuves quatre écus par mois.
On a chargé les deux Frégates qu'on a conftruites
à Petersbourg pour le compte du Roy
d'Efpagne , de 1500. piéces de Canon de fer ,
& d'une grande quantité de Salpêtre.
La Ville de Petersbourg fera appellée déformais
la Capitale d'Occident & Mofcou , lá
Capitale d'Orient.
On a appris depuis par la voye d'Hambourg,
qu'on équipoit dans les Porrs du Czar 47.
Vaiffeaux de ligne , 24. Frégates & 200. Galeres
, ou autres Bâtimens plats , & qu'on préparoit
des viandes falées & les autres provifons
neceffaires pour cette Flote.
SUEDE.
ParleTraitédePaix ronne de Suede & cloensclAulgeerniterness,, Ccoeutltee
Couronne s'eft engagée de leur donner , fçavoir:
80. milliers de poudre , 800. Canons
..... Hiij . de
1012 MERCURE DE FRANCE .
de Fuzil. 800. lames d'épée . 40. piéces de Capon
, dont to. de métal. 800. paires de Piſto
lets . 16. Cables de 12. pouces & de 130. braf
fes . 8000. Boulets . 5o . Mats de Navire affortis.
POLOGNE.
>
Es Proteftans du Royaume qui font foultenus
par un grand nombre de Senateurs
ont réfolu d'envoyer des Députez au Roy
auffi - tôt qu'il fera arrivé , pour lui demander
la permiffion de deffendre leurs anciens Privileges
devant la prochaine Diete , & le bruit
court que le Miniftre du Roi de Pruffe aura
ordre de folliciter en leur faveur. On croit
que cette Diete leur fera plus favorable que
La précedente , parce qu'on craint qu'ils ne
fe retirent fur les Terres du G. S. qui leur a
fait offrir fa protection,
Le Czar a écrit au Roi de Pologne pour le
prier d'être favorable au Comte Maurice de
Saxe , auquel on affûre que S. M. Cz. a accordé
fa protection par rapport à la future
élection d'un Duc de Curlande.
L
ALLEMAGNE .
François toujoursà Vienne on necroit
pas qu'il fe rende de quelques mois dans
fes Etats , dont il laiffe le Gouvernement à la
Ducheffe Douairiere , fa niere. Le 6. du mois
dernier , l'Empereur lui fit compliment avec
les cerémonies ordinaires , comme Duc Souverain
de Lorraine , & le lendemain S. A. R,
foupa en cette qualité avec L. M. Imp .
Rançois -Etienne , nouveau Duc de Lor
La Ville de Neus en Silefie , Réfidence or
dinaire des Evêques de Breflau , a été entiere
ment réduite en cendres.
MAY. 1729. 1013
Le Duc Charles Léopold de Meckelbourg a
Ecrit au Commandant de la Fortereffe de Do
mics , qu'il s'y rendroit le 15. de May pour
faire la revue de la Garnifon de cette Place
On affûre que le Décret du Confeil Aulique
contre ce Prince , ne fera mis à execution
qu'après qu'il aura été approuvé par la Diete
de Ratisbonne , à laquelle il a dû être porté à
la fin du mois dernier.
...On écrit de Dantzic que ce Duc avoit reçû
avis de plufieurs endroits , que la plupart des
Princes d'Allemagne étoient déterminez à s'oppofer
à l'execution du Décret du Confeil Aulique
qui donne l'adminiftration de fes Etats
au Prince Charles - Louis , fon frere.
Les dernieres Lettres de Domits portent
que le Gouverneur de cette Place ſe préparoit
à une vigoureufe défenſe en cas qu'il fut af
fiegé par les Troupes de la Commiffion Im
periale , & qu'il avoit fait élever une Batterie
de 60. piéces de Canon fur un ouvrage
avancé qui deffend les approches de la Place,
On mande de Ratisbonne que le dernier Mé
moire du Duc de Meckelbourg contre le Dé
cret du Confeil Aulique , dont on a parlé plu
fieurs fois , n'avoit pas encore été examiné
par les Etats de l'Empire. Ces Lettres ajoûtent
que la plupart des Princes de l'Empire ,
s'étoient déclarez en faveur du Duc Charles
Léopold , & que quelques - uns d'entre eux
lui avoient offert des fecours pour le remet
tre en poffeffion de fon Duché.
Le 14. Avril , jour du Jeudy Saint , l'Empereur
entendit à Vienne la Grande Meffe
dans l'Eglife Aulique des Auguftins Déchauf
fez , & il y communia par les mains du Nonce
du Pape. L'après - midi , S. M. I. lava les
pieds à 12. pauvres Vieillards , & l'Imperatrice
à 12. pauvres femmes.
Hiiij Le
1014 MERCURE DE FRANCE.
Les Lettres de Francfort portent que le
Comte de Kuffren avoit reçû ordre de l'Empereur
de propofer le Comte de Schonborn
Grand- Prevôt de l'Eglife Métropolitaine de
Tréves dans l'Affemblée que le Chapitre de
cette Ville doit tenir pour l'élection d'un nounel
Archevêque . Ces Lettres ajoûtent que l'Evêque
de Bamberg , Vice- Chancelier de l'Empire
, fera auffi propofé dans l'Affemblée du
Chapitre de Wirtzbourg , pour être élu à l'Evêché
vacant de cette Ville.
ESPAGNE.
>
L & imefe des Anuries,delesInfans
E31. Mars , le Roi , la Reine , le Prince
Dom Carlos & Dom ,Philippe , partirent de
rifle de Léon , & allerent coucher à Port
Royal.
Le 1. Avril au foir , L. M. Cat. fe rendirent
au Port de Sainte Marie , où elles furent reçûes
aux acclamations réiterées de tout le
peuple. Les rues fur leur paffage , étoient illu
minées & tendues de riches Tapifferies. Après
le fouper , on tira un très-beau feu d'artifice
devant la Maifon où la Cour étoit logée.
Le 2. le Roi , la Reine & les Princes &
Princeffes de la Famille Royale , allerent à
S. Lucar de Barameda ; L. M. defcendirent au
Palais du Duc de Medina Sidonia , après avoir
Trouvé plufieurs Arcs de Triomphe dans les
ruës. Vers les dix heures du foir , on tira un
magnifique feu d'artifice devant le Palais , ou
l'on fit couler plufieurs fontaines de Vin.
Le 4 la Cour alla coucher à Onana , Maifon
de Campagne du Duc de Medina Sidonia ,
qui eft voifine d'une grande Forêt , où L. M.
prirent le divertiffement de la Chaffe le lendemain
MAY. 1729. 1015
main. Elles y refterent jufqu'au 8. qu'elles en :
partirent pour aller coucher à quelques lieuës.
de-là dans un endroit nommé le Palais du
Roy.
Le 9. à fix heures du matin , L. M. s'embarquerent
fur les Galeres du Roi , dans le Parage
de Los Nuevos Cannos , & après avoir
paffé la journée fur la Riviere de Guadalqui
vir , elles allerent coucher à Corio , Village
fitué fur le bord de ce Fleuve.
Le 10, au matin , elles fe rembarquerent fur
les mêmes Galeres , & elles arriverent le foir
à la vûë de Seville L. M. mirent pied à terre
à la Tour d'or , où elles furent faluées detrois
décharges generales de toute l'Artillerie
de la Ville. Le Roi & la Reine arriverent
vers les fix heures du foir au Palais d'Alcaçar ,
devant lequel on tira un très beau feu d'arti
fice.
Le 11 & le 12. L. M. fe promenerent dans
les Jardins de ce Palais , & le 13. & le 14
elles affifterent au Service Divin dans l'Eglife
Métropolitaine.
Le 24. le Roy qui avoit reçû quelque temps
auparavant les pouvoirs du Roi de France , fit
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , le Prince
des Afturies , l'Infant Dom Carlos & les Seigneurs
Espagnols que S. M T Ch. a propofez
pour être Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit
& qui ont été admis dans les derniers Chapitres
de cet Ordre qu'elle a tenus à Verfailles.
2 Le 2. au matin , Fête de S. Marc , le Roi
la Reine , le Prince & la Princeffe des Afturies ,
les Infans & l'Infante , fe rendirent en ceré
monie à l'Eglife Métropolitaine, dans laquelle
on avoit conftruit entre le Choeur & la grande
Chapelle une Eftrade qui étoit couverte
d'un tapis de Turquie . Il y avoit au milieu
Hy trois
1016 MERCURE DE FRANCE .
"
trois fiéges couverts de drap d'argent galona
né d'or , pour le Roi , le Prince des Afturies
& l'Infant Dom Carlos ; & à quelque diftance
, cinq Tabourets , dont quatre étoient def
tinez pour les quatre Chevaliers Novices qui
devoient faire profeffion , & le cinquième pour
le Marquis de Brancas , Ambalfadeur du Rot
T. Ch. & Chevalier des Ordres . On avoig
placé un peu plus loin trois autres Tabourets
pour les Seigneurs de la Cour qui devoient re
prefenter les Chevaliers de l'Ordre pendant
la cerémonie .
Le Marquis de la Paz du Confeil d'Etat du
Roi , & fon Secretaire del Despacho Univerfals
fit les fonctions de Chancelier de l'Ordre Dom
Jean Pizaro d'Arragon , Majordome & Premier
Ecuyer de la Reine , fit celle de Prevôt
& Maître des cerémonies Dom Charles Arizaga
, Premier Ecuyer & Gentilhomme de la
Chambre du Prince des Afturies , celle de Tréforier
, & Dom François de Aguire -y - Salce
do , Sous - Gouverneur de l'Infant Dom Carə
los , celle de Secretaire : Dom Manuel de Ma
zo , qui reprefentoit le Heraut d'Armes , &
M. Chevard , Huiffier de l'Ordre , qui étoit
árrivé de France à Seville pour apporter les
Colliers de S. M. T. C. avoient auffi leur place
fur cette Eftrade , dont les côtez étoient occupez
par les Gardes du Corps de S. M.
tous
Vers les dix heures , le Roy fortit de la
Sacriftie , étant accompagné du Prince des
Afturies , de l'Infant Dom Carlos , du Duc
d'Offone , du Comte de S. Eftevan , du Duc
del Arcò , & du Duc de Giovenazzo ,
en habits de Novice. S. M. s'étant placée
fur l'Eftrade , ainfi que les Chevaliers Novices
, le Maître des Cérémonies accompagna
le Doyen de l'Eglife Metropolitaine ou ce
Doyen
MAY. 1729. * 017
Doyen celebra la Meffe , affifté de deux
Chanoines. Après la Meffe il entonna le Veri
Creator, pendant lequel le Roy alla s'affeoir
fur le Trône qui lui avoit été préparé près
de l'Autel du coté de l'Evangile & après
avoir reçu le ferment accoutumé du Prince
des Afturies & de l'Infant Dom Carlos qui
avoient le Marquis de Brancas pour parain,
S. M. leur paffa au col le collier de l'Ordre
du S. Efprit , après qu'ils eurent été revêtus
du manteau de cet Ordre par le premier
Ecuyer de la Reine , repréfentant le Maître
des Cérémonies.
La même Cérémonie fut obfervée dans la
réception du Duc d'Offone & du Comte de
S. Eftevan qui avoient le Prince des Afturies.
} & l'Infant Dom Carlos pour parains , &
dans celle du Duc del Arco & du Duc de
Giovenazzó qui furent conduits par le Duc
d'Offone & par le Comte de S. Eftevan. Enfuite
le Roy defcendit de fon Trone & revint
à l'Eftrade , où tous les Chevaliers
prirent féance , aprés quoi S. M. retourna
à la Sacriftie.
*
La Reine vit cette Cérémonie de la Tribune
, ou S. M. étoit avec l'Infant Dom
Philippe. Le Marquis de Santa - Cruz qui
étoit proposé pour être Chevalier de l'Ordre
du S. Efprit dans le même temps que. les
autres Seigneurs Eſpagnols , n'a point été
reçû dans cette Cérémonie , parce qu'il a
été obligé par une maladie de rester à Ma
drid , lorfque le Roy en partit pour Seville.
Les Directeurs de la Compagnie Royale
de Guipufcoa , dite des Caraques , ont fait
publier qu'elle tiendroit fes livres ouverts
jufqu'à la fin du mois prochain , ou jufqu'à
Ce que les 15oo . Actions qu'elle a le pou-
E
H vj Voir
1018 MERCURE DE FRANCE:
voir de délivrer pour faire un fonds de 800.
mille écus, foient remplies : enfuite on formera
une Junte des principaux Intereffez de cette
Compagnie , afin de faire les Réglemens néceffaires
concernant fon Commerce.
L'Infant Dom Louis & l'Infante Dona
Marie Therefe , partirent de Madrid le 20.
Avril , pour aller joindre la Cour à Seville,
Le bruit court que l'Indult du Roy fera
fixé à quinze pour cent fur les matieres d'Or
& d'Argent , & marchandifes rapportées
par les gallions , & à cinq pour cent fur
celles qui font revenues par les vaiffeaux de
la nouvelle Efpagne.
ITALIE.
E 29. Mars , le Pape après avoir entendu
la Prédication de l'Abbé Mancini , dans.
l'Eglife Cathedrale de Velletri , monta en
Caroffe pour fe rendre à Cifterna , d'où il
partit le 30. pour aller à Piperna.
Le 31. S. S arriva à Terracine , d'où
elle partit le lendemain pour arriver à Capoue
le 3. Avril , & à Benevent les ou
Fon a appris que le Pape étoit arrivé en
très bonne fanté , quoiqu'un peu fatigué de
fon voyage.
Le lendemain S. S. prononça une Homelie
dans l'Eglife Metropolitaine , & l'après -midi
elle alla vifiter les Hopitaux & fervir les
malades.
On a tenu à Rome la derniere Congre
gation des Rites , au fujet de la future Beatification
du Fondateur de la Congregation
des Prêtres de la Miffion en France.
GRANDE
MAY. 1729. 1015
Le
GRANDE BRETAGNE.
E Duc de Wharton ayant été accufé de haurte
trahiſon & fommé dans quatre differens
Comtez de comparoître en perfonne , ce qu'il
a refufé de faire , fut déclaré traître le 14
Avril par la Cour de Juftice qui fe tient à
Brainford pour le Comté de Middleſex.
Le 13. du mois dernier , on commença les
Courfes de Chevaux à Newmarket , où il y a
cette année un grand concours de Nobleffe.
Le Prix Royal d'argenterie a été gagné par le
Cheval du Duc d'Hamilton , & celui de cent
Guinées que le Roi donne auffi , par le Cheval
du Lord- Vane .
Il paroît par la Lifte des Vaiffeaux de Guerre
qui font actuellement en commiffion , tant
pour former les Efcadres du Roy , que pour
la garde des Ports du Royaume , qu'il y en a
3. de 80 Canons , 8. de 70. f. de 60 9. de
so. 2. de 40. 2. de 20. un Brulot , & une Galiote
à Bombes & deux Chaloupes armées.
Sur les répreſentations faites aux Communes
, que le nombre de Vendeurs de Liqueurs
fortes eft très- pernicieux au menu Peuple , il
a été réfolu de mettre une nouvelle taxe de
5. Chelins par Gallon fur les Liqueurs fortes
& de 20. livres fterlins par an , à commencer
du s . Juillet prochain , fur chaque Boutique ,
Cave ou autre lieu où on débite ces Liqueurs.
On efpere que ce nouveau droit fera dimiminuer
confiderablement le prix des grains
dont les Diftilateurs confomment une prodigieufe
quantité. Le Gallon contient environ
quatre pintes de Paris .
SUISSE
100 MERCURE DE FRANCE .
SUISSE,
Lde Lucernsavut declare all he conne
Is Lettres de Suiffe portent que le Canton
roit fon confentement à la levée des deux Re
gimens d'Infanterie que le Roi d'Espagne des
mande , qu'à condition que S.M. C. payeroit à
ce Canton les arrerages des Penfions qui lui
font dûs depuis très - long- temps , qu'elle s'engagera
à les continuer , & que les Regimens
qu'on levera dans le Canton de Lucerne , auront
rang. devant tous les autres Regimens
Suiffes qui font actuellement en Espagne .
Ces Lettres ajoûtent que le Prince de Culmbach
& le Comte de Walfegg , Colonels au
fervice de l'Empereur , s'étoient battus en duel
à coups de piftolet , & qu'ils étoient morts.
tous deux de leurs bleffures.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
"
MORTS ,
Danie
MARIAGES
Des Pays Etrangers .
Aniel de Rappin , François , Colonel d'Infanterie
au Service des Etats Generaux ,
mourut à la Haye le 16. du mois dernier , dans
la 88° année de fon âge.
On mande de Stokolm , qu'on y avoit reçû
avis de Schmoland , qu'il y étoit mort un Payfan
âgé de 129. ans.
La Princeffe Doüairiere de Chimay , mere
du Cardinal d'Alface , Archevêque de Malimes
, mourut à Malines le 22. du mois dernier.
Le Prince Frederic- Augufte , le plus jeune
des fils du Duc Erneſt Ferdinand de Brunswick-
Lunebourg-Beveren , mourut à Brunfwick le
30. Mars âgé d'environ deux ans & demi. La >
Du
MAY: 17291 102
Ducheffe, fa mere accoucha le s . Avril d'un
Prince qui a été nommé Frederic - Charles Ferdinand.
Le 3. Avril , la Princeffe , épouse du Prince
de Lichtenſtein , mourut fubitement à Glogaw.
Le bruit court à Varfovie que le Comte Rudowski
, fils naturel du Roi de Pologne , doit
époufer la Princeffe Radzivil , veuve du feu
Comte de Flemming.
*******************綠茶
FRANCE
,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E 25. Fête de l'Annonciation de la
Sainte Vierge , la Reine entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château de
-Verfailles , & S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon grand
Aumônier. L'après midy , le Roi affiſta à
la Prédication du P. Boyer , Théatin ..
Le 27. les Députez de la Province d'Artois
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée , par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des
¿Ceremonies & par M. Delgranges ,
Maître des Ceremonies. Ils furent prefentez
à S. M. par le Prince Charles de
Lorraine , Gouverneur de la Province ,
en furvivance du Duc d'Elbeuf, & par
M. d'Angervilliers , Secretaire d'Etat . La
Députation étoit compofée de l'Evêque de
S. Omer pour le Clergé , du Baron de-
Wilmes
1022 MERCURE DE FRANCE.
Wilmes , pour la Nobleffe , & de M. He
nin , Avocat & Echevin de la Ville d'Aras,
pour le Tiers Etat..
Le Marquis de Biffy , neveu du Cardinal
de ce nom , a été nommé par le Roi ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Turin , à la
place du Marquis dé Cambis , qui doit
aller à la Cour de Vienne en la même
qualité.
Le Dimanche 20. Mars dernier , les
Jefuites recommencerent à prêcher dans
Paris. Il y eut un très-grand concours
dans leur Eglife de la Maifon Profeffe
pour entendre le P. Beringhen.
Le 3. Avril , l'Abbé de S. Jal fut facré
Evêque d'Uzés , dans la Chapelle du Séminaire
de S. Sulpice , par l'Archevêque
de Rouen , affifté des Evêques d'Angers
& de Luçon.252
Le 14. Le Duc de Pequigni , à qui le
Roi a accordé la Charge de Capitaine-
Lieutenant des Chevaux - Legers de la
Garde de S. M. vacante par la démiffion
du Duc de Chaulnes fon pere , fut reçû
par le Roi , à la tête de la Compagnie ,
& il prêta ferment de fidelité. S. M. a
confervé au Duc de Chaulnes le Comman .
dement de cetteCompagnie pendant 6.ans.
Le Roi a donné au Baron de Bezenval,
Brigadier de fes Armées & Major du Regiment
des Gardes Suiffes , le Regiment
Suiffe
MAY 1729 1623
Suiffe , vacant par la mort de M. d'Hemel ,
Brigadier des Armées de S. M.
Le Marquis de Brufac d'Hauttefort ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps , s'est démis
de fa Charge , que le Roi a donnée à M.de
la Billarderie le cadet , Lieutenant dans la
Compagnie de Charoft.
Le 19. du mois dernier , le Roy reçût
dans la Plaine des Sablons , à la tête de la
feconde Compagnie des Moufquetaires ,
le Marquis de Montboilier ; en qualité de
Capitaine- Lieutenant de cette Compagnie.
M. de Monthelon , Premier Maréchal
des Logis de la même Compagnie ,
fut enfuite reçû Cornette de cette Compagnie.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Ville de Sommierel , en Languedoc ,
vacant par la mort du Comte d'Harling ,
Maréchal de Camp , au Marquis de Perignan
, en fupprimant celui de Lodéve ,
dont il étoit pourvû.
La veille du départ du Roi pour Compiegne
, Meldames de France , accompagnées
de la Ducheffe de Vantadour , Gou
vernante des Enfans de France , & de Mefdames
la Marquife de Villefort & de la
Lande, Sous - Gouvernantes , allerent pour
la premiere fois rendre vifite à S. M. & lui
fouhaiter un heureux voyage . Le Roi leur
fit un accueil très- tendre .
1024 MERCURE DE FRANCE .
La nuit du 25. au 26. du mois dernier,
le feu prit à l'Arcenal ; le Premier Prefi +
dent , le Lieutenant General de Police ,
le Prévôt des Marchans , & c. s'y tranſpor
terent , & par les bons ordres qui furent
donnez , on arrêta les progrès de l'incendie
qui auroit pû faire de très - grands ravages
, à caufe des Poudres & des Salpêtres
dont les Magazins n'étoient pas loin
du feu.
Le Roi a nommé à la place de M. Poi
sier , mort au mois de Mars dernier , Receveur
General des Finances de la Generalité
d'Orleans , M. Vuatelet , cy - devant
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville...
On affure que M.Sidobre , Medecin du
Roi, a fait à l'Hôtel Royal des Invalides,
plufieurs épreuves des Goutes du General
la Motte , fur un certain nombre de Scorbutiques
, qu'il a choifi des plus vieux &
des plus malades , & qu'ils en ont tous été
guéris , après en avoir pris pendant quelquesjours
. Cette maladie eft extrémement
en regne cette année.
Le 8. Avril la Lotterie pour le Rembourfement
des Rentes fur l'Hôtel de
Ville , fut tirée en prefence du Prévôt des
Marchands & des Echevins, en la maniere
accoûtumée . Le fonds pour le mois d'A
vril s'eft trouvé monter à la fomme de
988818. livres , laquelle a été diftribuée
анх
- MAY. 2179. 1028
aux Rentiers pour les Lots qui leur font
échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique ; le Lot le plus
confiderable de ce mois qui eft de 20000 .
livres , eft échû au N° 457.376.
Les Notaires ayant déliberé dans leur
Affemblée du 10. Avril , d'augmenter
( pour la commodité du Public ) le nombre
de ceux d'entre eux qui font la recette
des deniers de ladite Lotterie , ils en ont
nommé fix d'augmentation , qui font :
MrsMarchand l'aîné, rue des Petits Champs
Vatry , rue S. Victor.
Perichon , Cloitre fainte Opportune.
Dionis le jeune , rue de fainte Croix de la
Bretonnerie.
Rouffel , Place Dauphine.
Gervais , ruë de la Verrerie.
La même Lotterie pour le mois de May
fut tirée le 9. & le fonds s'eft trouvé monter
pour ce mois à la fomme de 1013482.
livres 1. fol , 1o . deniers , laquelle a été
diftribuées aux Rentiers pour les Lots qui
leur font échus.
Le Samedy veille des Rameaux , la
Chambre des Comptes , fuivant la coûr
tume qui fe pratique tous les ans , fe
rendit en Corps fur les dix heures dans
l'Eglife de la Sainte Chapelle , où elle
affifta à l'Adoration de la vraye Croix ,
dont un morceau eft enchaffé dans un
Cru
1026 MERCURE DE FRANCE :
}
Crucifix d'or émaillé , & orné de pierres
précieufes qui fut prefenté par M. le
Tréforier à tous les Officiers . Ce qui fut
précedé par une Meffe folemnelle fuivie
des Velpres chantées par une Mufique à
grand Choeur , accompagnée de plufieurs
Inftrumens de la compofition du Maître
de Mufique. La Chambre des Comptes
a toujours été depuis Saint Louis admi
niftrative de la Sainte Chapelle , & c'eft
M. le Premier Préfident qui conjointement
avec M. le Doyen en ordonne la
dépense & l'entretien , & on rend tous les
ans un compte à la Chambre fous le titre
de compte de la Chefcerie de la Sainte
Chapelle .
Le 25. du mois dernier , l'Evêque de
Soiffons fut admis au Confeil de con
Icience du Roy.
Le Jeudy Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Touloufe
Religieux Dominicain ; après quoi l'E
vêque d'Angers fit l'Abfoute. Le Roy
lava enfuite les pieds à douze pauvres ,
& S. M. les fervir à table . Le Duc de
Bourbon , Grand - Maître de la Maiſon
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel
précedoit le Service , dont les plats
étoient portés par le Duc d'Orleans , le
Comte de Charollois , le Prince de Dombes
, le Comte d'Eu , le Comte de Tou
loufe
MAY . 1729. 1027
loufe , & par les principaux Officiers de
S. M. Après cette Cérémonie , le Roy
fe rendit à la Chapelle , où S. M. enten
dit la grande Meffe , & affifta à la Proceffion
& enfuite aux Vefpres . La Reine
affifta dans fa Tribune à la Meffe & aux
Vefpres.
L'après - midy , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Cicery,
Prédicateur ordinaire de S. M. après
quoy le Cardinal de Fleury , Grand Aumonier
de la Reine , fit l'Abfoute. Enfuite
S. M. lava les pieds à douze pauvres
filles & les fervit à table. Le Marquis
de Villacerf , premier Maître d'Hôrel
de la Reine , précedoit le fervice dont
les plats étoient portés par Mademoiſelle
de Charollois , Mademoiſelle de Clermont
, Mademoiſelle de la Roche- fur-
Yon , & par les Dames du Palais de la
Reine. Après cette Cérémonie , le Roy
& la Reine entendirent dans la même
Chapelle l'Office des Tenebres chanté
par la Mufique.
Le Jeudy 5 May , Mr Jean François
Robert Secouffe , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de
la Maifon & Societé Royale de Navarre ,
prit poffeffion de la Cure de S. Euftache
, en confequence de la réfignation
à lui faite par M François Robert Secouffe
1028 MERCURE DE FRANCE .
couffe fon oncle , Prêtre & Docteur en
Théologie des mêmes Faculté & Mailon.
La Cérémonie de fon Inftallation fut faite
par Mr l'Abbé de la Croix , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Chanoine & Archidiacre
de l'Eglife de Paris , & Grand-
Vicaire du Chapitre. Il y eut un grand
concours de peuple & les fentimens
furent partagés entre le regret de perdre
l'ancien Curé , & la joye de le voir
revivre dans un Succeffeur digne de luy ,
Dès que le Roy eut appris la mort du
Cardinal de Noailles , Sa Majefté nomma
à l'Archeveché de Paris M. Charles
Gafpar , Guillaume de Vintimille , des
Comtes de Marfeille , du Luc , Archevêque
d'Aix , Abbé de Saint Denis de
Rheims, & de Belle- Perche , Dioceſe de
Montauban . Il fut facré Evêque de Marfeille
le 25. Mars 1692. & nommé à
l'Archevêché d'Aix en 1708. Le Roy le
fit Commandeur de l'Ordre du S. Efprit,
à la promotion du premier Janvier 1725.
Ce Prélat , recommandable par Les
grandes qualités , autant que par la naiffance
, eft frere puîné de François Charles
de Vintimille Comte du Luc , Marquis
de la Marthe , & c. Lieutenant de
Roy en Provence Commandeur de
P'Ordre de S. Louis , Gouverneur des
Iles de Porquerolles , Ambaffadeur de
>
S.
MAY . 1729. 1029
S. M. aux Ligues Suiffes & des Grifons.
fon Ambaſſadeur extraordinaire & Plé
nipotentiaire au Congrès de la Paix en
1714. & depuis Ambaffadeur du Roy à
la Cour de Vienne , enfin Chevalier du
S. Efprit à la même promotion du premier
Janvier 1725.
Le 8. de ce mois , jour de la Fête de
Papparition de S. Michel , les Chevaliers
de cet Ordre , le Maréchal d'Etrées,
Chevalier des Ordres du Roy , & Commiffaire
de celui de S. Michel , étant à
leur tête affifterent dans le choeur de
l'Eglife des Cordeliers à une grande Meffe
qu'ils firent celebrer , S. M. leur ayant
permis de renouveller cette Cérémonie
qui s'obfervoit anciennement , & qui
avoit été interrompue depuis un grand
nombre d'années.
On a appris de Marfeille que les Religieux
de la Mercy de France , redemption
des Captifs , y étoient arrivés le 7 .
de ce mois , avec 46. Captifs qu'ils ont
rachetés dans les Royaumes de Maroc &
d'Alger.
·
On écrit auffi de la même Ville du 13 .
May , qu'après avoir fouffert pendant
quelque temps par la difette & par la
cherté du bled , les fages précautions des
Magiftrats avoient eu un heureux fuccès,
& qu'il venoit d'arriver en ce Port un
grand
1030 MERCURE DE FRANCE .
grand convoy du Levant compofé de 45.
Bâtiments, dont 2 8. font chargés de bled ,
& qu'on en attendoit encore d'autres ;
en forte que l'abondance fuccede déja à
la difette , ce qui joint à la refipifcence
des Tripolins , caufe une fatisfaction univerfelle.
Le Dimanche premier de ce mois , il
y eut Concert fpirituel au Chateau dest
Tuilleries ; on y chanta deux Motets de
feu M. de la Lande , un autre Motet à
deux voix chanté par les Diles Hermance
& le Maure , le tout précedé de plufieurs
pieces de fimphonies. Le Sr Madonis ,
Venitien , excellent Joueur de Violon
joua pour la premiere fois un Concerto
qui fut très applaudi ; il eft prefentement
ordinaire du Concert . Le même Concert
fpirituel a continué tous les Dimanches
de ce mois , tous les Théatres ayant été
fermés ce jour là à caufe du Jubilé.
Le 4. il y eut Concert François , on
chanta un Divertiffement qui a pour titre,
Le Guy -l'An - neuf , confacré à Venus
que les Anciens Dtuides cueilloient le
premier jour du mois de May; ce Divertiffement
qui eft de la compofition de M.
Mouret , a été très - gouté. Le même
Concert François a été donné tous les
Lundis & Mercredis de chaque ſemaine
pendant ce mois . On y a chanté diffe-,
rens
MAY. 1729. 1931
rens divertiffemens , & plufieurs morceaux
detachés.à deux voix chantés par les Die
Hermance & le Maure, avec applaudiffement.
Les S Guignon , Blavet & Madonis,
ont joué differens Concerto , dont l'execurion
paroît toujours admirable . Tous ces
Concerts ont toujours été terminés par un
Motet àgrand Choeur de M. de la Lande.
Il y a un fecond Livre de Cantates dé
M' de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique
du Roy , nouvellement gravé, & qui
fe vendra le mois prochain , chez le St
Boivin , à la regle d'or , & chez le St
le Clerc , le prix eft de 9. liv . L'Auteur a
cherché à plaire à ceux qui jouent des
Inftrumens comme à ceux qui chantent.
La derniere Cantate de ce Livre a pour
titre , le Parnaffe Lyrique , ou Polimnie ;
elle elt abfolument faite pour un grand
Concert, étant compofée pour tous les dif
ferents Inftrumens qui y font ordinairement
néceffaires : c'eft ce qui fait le fujet
de cette Cantate.
Le Public eft averti que le tome VII.
des Mémoires de l'Académie des Sciences
divifé en deux parties , et achevé d'im
primer , & qu'il fe délivre aux Soufcripteurs
, chez Gabriel Martin , Jean-
Baptifte Coignard fils , & Hippolyte Louis
Guerin , Libraires , rue S. Jacques , &
François Montalant, Quai des Auguftins .
I LETTRE
1032 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE de M. le Cardinal de Fleury
à M. l'Evêque de Marſeille.
JE
A fy le 19. Mars 1729,
E vois , Monfieur , dans la reponfe
dont vous m'avez honoré du 6. de ce
mois, une nouvelle preuve de votre pieté ,
de votre défintereffement & de votre amour
our votre Eglife , dont je fuis touché
difié au- delà de ce que je puis vous l'exprimer.
J'ay en l'honneur d'en rendre
compte au Roy qui étoit perfuadé que vous
n'auriez pas gouverné moins utilement
pour la Religion & pour fon fervice , l'Ar
cheveché de Bourdeaux que l'Evêché de
Marseille: Mais Sa Majesté m'ordonne
de vous mander que quoiqu'Elle vous ent
deftiné cette place importante , Elle ne
peut pourtant qu'aprouver infiniment les
raifons qui vous déterminent de la refuſer.
Non - feulement Elle le trouve bon , mais
elle vous en loue même par la perfuafion
où elle eft que ce fecond exemple que vous
donnez de défintereffement ne fera pas
moins utile à la Religion que les fervices
que vous lui cuffiez pû rendre à Bourdeaux
. Je vous en fais , Monfieur , en
mon particulier mes très - finceres complimens
par l'honneur qu'un refus fi genereux
vous fait , & par l'efperance qu'il .fera
un
MAY. 1729. 1033
un nouveau motif à votre Troupeau , de
vous être encore plus étroitement attaché
& de répondre aux marques de tendreffe
que vous ne ceffe de lui donner , en lui
faifant les facrifices qui content le plus à
la nature. Je vous fupplie d'être perfuade
de la part que je prends à une réfolution f
honorable pour vous & des fentimens de
la plus parfaite veneration avec lefquels,
Monfieur, je fais profeffion de vous bonorer.
Signé , le Cardinal de Fleury , à
POriginal.
Nous voici tout à la fin de May , fans
que l'Hyver ait fait place à la belle Saifon.
Les pluyes font toujours très- fréquentes
, & le froid fi confiderable , qu'on
fait encore du feu dans toutes les maifons.
tout le monde porte encore le Velours
le Damas & le Drap , & l'on a plus de
regret d'avoir quitté le Manchon que
d'envie de prendre l'habit d'été.
On a dit dans l'article des nouvelles de Paris
du mois dernier , fur de faux Mémoires &
fans fondement , que le Commandeur d'Or
villé de Vignacour , étoit entré au Seminaire
de S. Sulpice pour y prendre les Ordres .
I
I ij MORTS
1034 MERCURE DE FRANCE:
AYAYAYAYAYAYAŸATAYLŸAYA
MORTS, NAISSANCE. S
& Mariages .
Ame Louife Macquart , veuve de
D Jean-Jacques , Marquis de Renty ,
Baron de Landelles , Seigneur du Beny ,
&c. Lieutenant General des Armées du
Roi & du Comté de Bourgogne , mourut
le 30. Mars âgée de 82. ans. Son corps
fut porté le foir du même jour en grand
Convoy dans l'Eglife Paroiffiale de S. Sulpice
, & le lendemain tranfporté à Citry.
en Brie , pour y être inhumé dans le Tombeau
de fes Ancêtres . Renty , porte d'argent
, a trois deloires , fans manches , de
gueulles , deux adoffécs en chef, & l'autre
en pointe.
Jean de Montboiffier Beaufort , Comte
de Canillac , Seigneur du Breuil & de
Montpautier , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant General de fes Armées ,
Capitaine- Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde de
S. M, Gouverneur & Grand Bailly de la
Ville & Citadelle d'Amiens & de Corbie ,
mourut à Paris le ro . Avril , âgé de 66 ,
ans. Il fut inhumé dans l'Eglife des Minimes
de la Place Royale. Toute la Compagnie
des Moufquetaires , les Officiers
MAY. 1729. 1039
à la tête , affifta au Convoy , ainſi que
beaucoup de gens de confideration.
*. Le 11. Avril , M. Pecome , Lieutenant
& Premier Aide- Major au Régiment des
Gardes Françoifes , ci - devant Major du
Régiment de Champagne , mourut à Paris
d'apoplexie , âgé de 63. ans , extrêmement
regretté par fa bravoure & fon
habileté pour les marches , les campe
mens , & les évolutions Militaires . Lafixiéme
place d'Aide Major vacante , a été
donnée au Chevalier de Calviere de Bou
coiran , & la place de Lieutenant eft rem
plie par M. de S. Martin.
·
Henry de Provenzal , Ecuyer , ci de
vant Medecin de feu S. A. R. Mademoi→
felle , Medecin des Camps & Armées du
Roy , mourut auffi le 11. âgé de 80. ans .
Catherine Françoile de Mornay de
Montchevreuil , veuve du Marquis de
Pracontal , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur de Menin
tué à la Bataille de Spire le 15. Novembre
1703. mourut en fon Château de Senevas
dans le Lyonnois , le 23. Avril , âgée
d'environ 51. ans.
T
Eberhard Erneft , Comte d'Harling
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur des Ville & Château de Sommieres
, mourut à Paris le 24. Avril ,
dans la 64. année de fon âge. Il avoit
été
1036 MERCURE DE FRANCE.
J
été Capitaine des Gardes de feuë S. A.'R.
Madame.
Le 26. le fieur François des Landes ,
Maître Facteur d'Orgue de la Sainte Cha
pelle du Palais , mourut âgé de 28. ans ,
fort regretté par fon habileté dans fa Pro
feffion .
Anne - Charlote de Rochechouart ;
époufe d'Henry de Loraine , Duc d'Elbeuf
, Pais de France , Lieutenant Ge +
neral des Armées du Roi , Gouverneur
des Provinces de Picardie & d'Artois
mourut à Paris le 28. du mois dernier
dans la 69. année de fon âge.
René d'Harlus , Marquis de Vertilly
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 29. du même mois
âgé de 78. ans .
Damle Marie - Angelique de Toifi , mourut
le 3. May dans la 83. année . Elle
étoit fille de Noël de Patrocle , Chevalier,
Seigneur de Toifi , Gouverneur General
des Ifles de la Martinique, S. Chriſtophle ,
la Guadeloupe , & c. Il est fort parlé de
lui dans l'Hiftoire Generale des Antilles
du Pere de Tertre . M. de Toifi étoit originaire
de Bourgogne , & d'une ancienne
Nobleffe. Madle de Toifi étoit née à la
Martinique en 1647. Sa mere la ramena
en France en 1648. avec Madile d'Aubigné
, dont le pere étoit mort en ce pays
là
MAY. 1729. 1037
là. Madile de Toifi étoit une des plus bel
les perfonnes de fon tems , mais elle étoit
encore plus recommandable par fa fageffe ,
& la vertu , ayant toujours vêcu d'une
maniere fort retirée .
Mort du Cardinal de Noailles.
А.
U commencement du mois de May
M. le Cardinal de Noailles tomba
malade , & fentant que fon mal augmentoit
, il demanda les Sacremens d'Extrê
me Onction & de Viatique . Il les reçût
le 3. au foir , au milieu des larmes de
tout fon Chapitre. S. E. lui donnant de
nouveaux exemples de fa foi , de fa pieté ,
de la patience & de fa tendreſſe envers
fon Eglife , & tout fon Troupeau . Mrs les
Vicaires Generaux fe crurent obligez d'indiquer
à cette occafion des Prieres de
Quarante heures dans toutes les Eglifes
de la Ville , & des Fauxbourgs. Elles furent
faites avec expofition du S. Sacrement
, Salut , & la Benediction , à la ma
niere ordinaire. Ce pieux Prélat mourut
en fon Palais Archiepifcopal le 4. à deux
heures & demie du matin dans la 78. année
de fon âge , étant né le 27. May
1651 .
Son corps ayant été vû à vifage décou
vert le jour de fa mort , il fut embaumé
le foir , & expofé le lendemain fur un lit
I iij de
1038 MERCURE DE FRANCE .
de parade. Tout le Clergé Séculier &
Régulier de la Ville & des Fauxbourgs alla
proceffionellement lui jetter de l'Eatt
benite. Le 7. il fut porté à l'Eglife Métropolitaine
où il fut inhumé devant la
Chapelle de la fainte Vierge , avec les
cerémonies accoutumées , fuivant qu'il
l'avoit demandé par fon Teftament. Le
9. le Chapitre fit celébrer dans l'Eglife
Métropolitaine un Service folemnel pour
le repos de fon ame , & toutes les Eglifes
de Paris ont fuivi cet exemple.
>
Le Cardinal de Noailles étoit le fecond
fils d'Anne duc de Noailles , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps , Gouverneur de Rouffillon
, &c. & de Dame Louife Boyer
Dame d'atour de la feuë Reine Anne
d'Autriche , fille d'Antoine , Seigneur de
fainte Geneviève des Bois , & de Françoife
de Vignacour. Il avoit été Evêque
de Cahors , & il étoit Evêque de Châ--
lons fur Marne , lorfque le 19. du mois
d'Août 1695. le feu Roi le nomma à
l'Archevêché de Paris . Il eut de la peine
à accepter cette nouvelle Dignité , que
fa modeftie lui fit meriter deux fois , fuivant
l'expreffion du P. Commire .
Delatam à MAGNO , Roma plaudente , Tiaram
Qui potuit lentusfumere , bis meruit.
Il
MAY. 1729 1039
Il fut reçû Commandeur de l'Ordre
du S. Efprit le 1. Janvier 1698. & le Pape
Innocent XII. le nomina Cardinal , dans
le Confiftoire du 21. Juin 1700. La folide
pieré , & les autres vertus Chrétiennes
qui ont reglé toutes les actions du
Cardinal de Noailles , fa charité envers
les pauvres , & fon application conti
nuelle à remplir dignement les devoirs de
l'Epifcopat , avoient rendu ce Prélat auffi
refpectable à tout le monde qu'il étoit
cher à ſon Diocèſe , enforte qu'il eſt univerfellement
regretté.
Comme à la mort de chaque Prélat le
régime & l'adminiftration du Diocèfet
font ordinairement dévolus au Chapi
tre de leur Cathedrale , le Chapitre de
l'Eglife de Paris s'étant affemblé , élut
felon la coûtume , des Grands Vicaires &
les autres Officiers qui doivent gouverner
le Diocèle , le Siége vacant . Ces Officiers
font l'Abbé de Gontaur , Doyen , l'Abbé
Vivant , Chantre , l'Abbé Brochand , &
PAbbé Couer , Chanoines , pour faire les
fonctions de Grands Vicaires . L'Abbé de
la Croix, pour Archidiacre de Paris , l'Ab
bé Goulard , pour Archidiacre de Jofas
L'Abbé du Bourg , pour Archidiacre de
Brie. L'Abbé Couet , a été nommé Official
, l'Abbé de Barcos , Vicegerent , &
PAbbé Chevalier , ancien Secretaire du
2*
feu
1040 MERCURE DE FRANCE:
feu Cardinal , a été fait Promoteur , ce qui
fut rendu public par un Mandement du
Chapitre , daté du même jour 4. May.
Ces M commencerent le lendemain
leur Acte de Jurifdiction , en publiant le
Mandement que voici .
MANDEMENT de Mrs les Vicaires
Generaux du Chapitre , & Archidiacres
de l'Eglife de Paris , Adminiſtrateurs
de l'Archevêché , Le Siege vacant. Portant
Ordre de faire des Prieres & Servicespourlerepos
de l'Ame de feu M, le
Cardinal DE NOAILLES , Archevêque
de Paris.
Es Vicaires Generaux du Chapitre & Ar-
Lehidiacres de l'Eglife de Paris , Adminiftrateurs
de l'Archeveché , le Siége vacant : Aux
Archiprêtres de Sainte Marie Magdelaine &
de faint Severin , & aux Doyens Ruraux de ce
Diocèle , SALUT. C'ett avec la plus vive douleur
que Nous vous annonçons la mort de
Monfeigneur LOUIS- ANTONB , Cardinal
DE NOAILLES , Notre Archevêque , qui pendant
trente - quatre années qu'il a gouverné ce
grand Diocèfe a fait éclater un zele & une
applica ion infatigable pour remplir tous les
devoirs de fon miniftere , une douceur & une
patience que rien ne pouvoit alterer , une pieté
fi pure & fincere , une vie fi édifiante & fi uniforme
, que fon exemple rendoit la vertu ai
mable , & faifoit refpecter la Religion . Les
Pauvres avoient en lui un Pere tendre & compâtiffant
, dont la charité fans bornes ne pouvoit
voir de mifere fans la foulager , & qui ,
prodigue
MA Y. 1729. 104.1
prodigue envers les malheureux , répandoit
avec une fainte profufion dans leur fein , les
aumônes les plus abondantes . L'Eglife de Paris
n'oubliera jamais que ce digne Pontife plein
du zele de la gloire de la Maifon de Dieu , fou
tine & réparât par des liberalitez immenfes le
Temple de fa Cathedrale qui menaçoit ruine.
Tout occupé d'éteindre les triftes diffentions
qui affligeoient fon Diocèfe , il a fait tout ce
qui étoit en lui pour y rétablir la paix & la
tranquillité qui avoient toujours été l'objet
de fes voeux. Une vie fi recommandable a été
confommée par une mort précieuſe devant
Dieu , & dans fa derniere maladie détaché de
toutes les créatures , il ne parut en lui d'attention
& de fenfibilité que pour les objets de la
Religion , & pour ce qui le rappelloit à Dieu
auquel il defiroit fi ardemment d'être réuni.
Mais quelque confiance que les travaux &
les vertus de notre illuftre Archevêque nous
infpirent , ceux qui ont men la vie la plus
louable feroient à plaindre , dit S. Auguftin
fi Dieu les jugeoit fans mifericorde. Nous conjurons
donc le Clergé & le peuple de ce Diocèfe
de prier pour un Paſteur dont la mémoire
leur doit être fi chere , & de fe fouvenir
de lui à l'Autel , où il offroit tous les jours
fans intermiffion la victime fainte par laquelle
la cédule de mort qui nous étoit contraire , a
éte effacée.
A CES CAUSES , & pour fatisfaire à un devoir
fijufte que le refpect & la reconnoiffance
exigent de Nous , Nous avons ordonné &
ordonnons que dans les Eglifes de ce Diocèle,
exemptes & non exemptes , il foit celebré
un Mefle folemnelle , qui fera précedée de la
veille de Vêpres & Vigiles , pour le repos
de l'ame de ce grand Prélat : Recom
man
1042 MERCURE DE FRANCE:
mmandant en outre à tous les Prêtres Séculiers
& Réguliers de ce Diocèfe , de joindre leurs
Prieres particulieres à celles de l'Eglife pour
fon foulagement. Si vous mandons que ces
Prefentes vous ayez à fignifier à tous Doyens,
Abbez , Prieurs , Curez , Superieurs & Superieures
de Communautez Monaftiques & Religieufes
de ce Diocèfe , afin qu'ils n'en prétendent
caufe d'ignorance , & qu'ils ayene
à y fatisfaire avec autant de décence & de folemnité
que faire fe pourra. Et fera notre préfent
Mandement publié aux Prônes des Meffes
Paroiffiales , & affiché par tout où bon fera.
DONNE à Paris fous le fceau duquel Nous
nous fervons pendant la vacance du Siége , &
fous le fein de notre Secretaire ordinaire , le
cinquiéme de May mil fept cent vingt-neuf. Par
Mandement de Mefdits Sieurs les Vicaires Generaux
& Archidiacre. Cl. ANDRY, Secretaire.
M. le Cardinal de Biffy , en qualité ·
d'Abbé de S. Germain des Prez , a auffi
donné ce Mandement.
MANDEMENT de S.E.Mile Cardinal
de Biffy , Abbé Commandataire de l'Abs
baye de S, Germain des Prez, immédiate
au S. Siege , portant ordre de faire des
Prieres pour le repos de l'ame de Mon
feigneur le Cardinal de Noailles .
ENRY de Thiard de Biffy , par la grace
He Dieu & du 5. Siege Apoftolique , Cardinal
de la fainte Eglife Romaine , du Titre de
S. Cyr & fainte Julite , Evêque de Meaux ..
Commandeur. de l'Ordre du S. Efprit , Abbé.
CoinMAY.
1729. 1.043
Commandataire de l'Abbaye Royale de S.Germain
des Prez lès Paris : Au Clergé Séculier.
& Regulier , & à tous les Fideles du Fauxbourg
& Territoire de notredite Abbaye ; Salut &
Benediction . Nous fommes perfuadez , mes.
très -chers Freres , que votre pieté n'a pas be
foin d'être exhortée de prier le Seigneur pour
M. Louis Antoine Cardinal de Noailles , votre
Archevêque. Sa follicitude Paftorale , fa douceur
, fa charité envers les Pauvres , fon zele
pour la gloire de la Maifon de Dieu , toutes ces
vertus vous portent affez d'elles-mêmes à fatisfaire
à un fi jufte devoir ; cependant nous croi
rions manquer à la confideration que nous de,
vons non-feulement à notre Collegue dans l'Epifcopat
, mais encore à notre Métropolitain, fi
nous ne vous engagions de tout notre pouvoir
d'offrir à Dieu des Prieres pour un Paſteur ,
dont la memoire vous fera toujours précieuſe..
A CES CAUSES nous avons ordonné & ordonnons
que dans les Eglifes de ce Fauxbourg,
ilfera celebré une Meffe folemnelle , précedée
la veille de Vêpres & Vigiles , pour le repos.
de l'ame de ce digne Prélat : Recommandant.
en outre à tous les Prêtres Seculiers & Regu
liers de ce Fauxbourg , de joindre leurs prieres
particulières à celles qui fe feront publi
quement , & fera le prefent Mandement , pu--
blié , & affiché par tout où befoin fera. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial le 9. May
1729. Signé HENRY , Cardinal de Biffy , Abbé.
Commandataire de l'Abbaye de S. Germain des
Prex , &c.
François de Cugnac de Dampiere , Brigadier
des Armées du Roi , Grand- Bailly
honoraire de l'Ordre de S. Jean de Je
rufalem ,
1044 MERCURE DE FRANCE .
rufalem , & premier Ecuyer du Duc de
Bourbon , mourut à Paris le 1o . de ce
mois dans la 52. année de fon âge.
Dame Catherine Marie Pecquet , veuve
de M. Claude Bofc , Chevalier , Seigneur
d'Ivry & de S. Frambourg , Confeiller
d'Etat ordinaire , Ancien Prevôt
des Marchands , & Procureur General
en la Cour des Aydes , mourut le 10. May
âgée de 76.ans & demie.
Le 13. Dame Marie Charlotte de la
Porte- Mazarini , époufe du Marquis de
Richelieu , mourut à Dieppe dans la 68°
année de fon âge.
Le 14. Jean - René de la Tour , Comte
de Montauban , Brigadier des Armées du
Roi , & l'un des Infpecteurs de la Cavalerie
& des Dragons de France , mourut
à Paris dans la 57. année de fon âge .
RREST de la Cour du Parlement , con-
ARR
tre quatre- vingt dix - neuf acculez ; portant
con damnation d'être rompus vifs , préalablement
appliquez à la question ordinaire , contre
Philippes Nivet , dit Fanfaron ; Pierre Baremont
, dit Nazaret , Jean Mancion , dit i Affemblée;
Blaife Beauvoir dit Troncy ou Dupuis
; Guillaume Taupin, dit Ambroife ou Laurent
la Croix .
Lefdirs Nivet , Baremont & Mincion , convaincus
du vol & affaffinat comm's fur le grand
Chemin, à un quart de lieuë de Rouen, ès perfonnes
de David & la femme , Marchanda
Amiens
MAY . 1729 1041
Amiens; & en outre ledit Nivet des affaffinats
d'un Boulanger dans la Forêt de Moulineau :
du nommé Chefnet , entre Rüen & le Port
S. Ouen de la femme Mottelet & de-fes deux
enfans au village de la Croix S Ouen , entre
Senlis & Compiegne : du nommé Menard Orfévre
, rue S. André des Arcs : & du nommé
Bollot de Talmet ruë Coquilliere , enfemble
des vols faits avec effraction dans les Eglites
des Invalides , S. Nicolas du Chardonnet , S.
Chriftophe de cette Ville de Paris , la Paroiffe
faint Louis de Veifailles , & S. Godard de
Rouen , & autre vals faits tant de nuit que de
jour avec effraction ou autrement , tant ès Vil
les de Paris , Rouen , Caën qu'autres lieux .
Ledit Troncy ou Dupuis , des Affaffinats
defdits Boulanger & Chefnet & du nommé
Herpin Marchand Mercier près d'Orleans , &
autres vols avec effraction.
Ledit Taupin ou Laurent la Croix , de l'af
faffinat dudit Bollot , & Complice dudit Nivet
dans plufieurs vols faits avec effraction.
Et à l'égard des autres Accufez eft furcis juf
qu'après l'execution des Condamnez .
Extrait des Regiftres du Parlement.
Vâ par la Cour le procez criminel fait par
les Confeillers & Commiffaires de ladite
Cour à ce commis en conféquence des Lettres
Patentes du 28. Septembre 1728. Regiftrées en
la Cour les f. Octobre & 15 Decembre audit
an , & de celles du 9. Avril dernier , auffi regiftrées
le 25. du même mois , à la requête du
Procureur General du Roy , demandeur &
accufateur contre Philippes Nivet dit Fanfa
ron , ou le Roux , ou Marchand , ou Gra
mont , ou Coufis , ou Dumoulin ; Pierre Baremont
, dit Nazareth ; Jean Mancion , die
l'Affemblée
1046 MERCURE DE FRANCE .
-
Affemblée ; Charles Guenet , dit la Fontaine ;
Catherine la Motte ; ditte la Hallot , ou là
Leroux ; Jerofme Rouffeau Orphevre ; Françoife
Fournet femme de Jerofme Rouffeau ;
Blaife Beauvoir , dit Roncy , ou Troncy , ou
la Pierre , ou Dupuis ; Guillaume Taupin ,
dit Ambroife , ou Laurent la Croix ; Jacques
Antoine , dit Plançon ; Marguerite Aubin ,
femme de Thomas Fontaine , foeur des grands
Cheveux , dit Pefcheur ; François Mahault ,
dit Bourguignon , ou grand Nez ; Marie- Anne
Berry ; Remy Dumont , dit Boucher , out
garçon Boucher ; Etiennette Bernard , femme
de Denis Thienard ; Anne Baliffon , femme
de Dupuis dit Troncy , Anne Berou , concubine
de Mildieu , ou Milbonhomme ; Lievain
Jofeph du Pont , dit le Chevalier du Pont ;
Martin Colly ; Pierre Chevard ; Gervais Payfan
, dit du Pont , Nicolas de Rouen Marie
le Bée , Femme dudit Rouen ; Genevieve Dez;
Jean de Beau ou Bertrand le Beau ; Jean Melon
, dit Defloriers ; Anne Dadillon , femme de
Jean Duffop ; François Fleury ; Marie - Catherine
Beauvin , dite la grande Flamande , ou la
Flamande; François Vignaud, dit le petit Frate
çois ; Marie Gaultier , dite la Graillet ; André
Grifel , dit la Fontaine ; Anne Perfonne fa femme;
Louis Gramont , dit Duval , ou la Sonde,
ou Bullefin ; Jeanne . Catherine de la Have ,
femme de Lievain du Pont , dite Marie Ho
noré , Jean Joly , dit S. Marin , Jeanne Bonvoifin
veuve Juvigny ; Gabriël Lucas , dit Dubois
Charles la Breteque , Bonaventure le
Preulx , ou le Prun , die Mefnage ; François
Lami ; Antoine la Boulaye ; Jeanne la Golianne
femme dudit la Boulave ; Pierre Libert ou
Limber : Nicolas la Lumiere , dit Lu an , Charlotte
Françoife le Roy : Charles Bertherel , dis
La
MAY. 729 1047
Ja Rofe: Ifabeau Mallard fa femme : Marguerite
Petit , femme de Pierre de la Haye , Tailleur de
Moëlons aux Carrieres , dite Marie Maffon :
Magdelaine Maffon , ou la nommée Maffon :
Jean François Carré , dit Merle - Blanc : Jean
Nicole , dit Carmagnole , ou le petit Parifien :
Louis Poulain , dit Parifien ou Cadet : Guillaume
Aubin` ou les Grands- Cheveux , dit Pefcheur
Jean Regnauld , dit l'Eveillé ou Bourbonnois
, ou le Marchand de Mirlitons : Michele
Septier , concubine de , Jean Regnauld :
Jacob , dit Perroquet : Jeannot le Gue & Michel
de Launay : prifonniers ès prifon de la
Conciergerie du Palais , fors lefdits le Gué &
de Launay decedez , & Therefe de la Porte ,
femme Beaumont , aux pieds de la Cour , tous
Deffendeurs & Accufez ; & encore contre une
fille nommée laBretonne : Baptifte , dit la Jambe
de Choux , Barbe Biron , François , dit François
Briard ou Grard , autre que le petit François
le petit Bohême ou Berry : le nommé
Charles la femme de Charles : la femme ou
concubine de du Pont , ou la femme de Gervais
, Payfan : Delaunay , cy devant Cabaretier
au grand Soleil à Caen : Jean Duffop , mari de
la Dadillon : Dupont , autre que le Chevalier
Dupont, ou que Gervais Payfan , di: Dupont :
Grenier ou Garnier : Michel Gaultier,Mercier :
Goullot , dit Ballevoir : le Cadet , qui eft une
fille habillée en homme : la nommée la Boirée :
le nomméle Normand : le Noir : autre le Noir :
la nommée la Eeüillée : la Pierre : Murat : le
grand Martin : la femme du grand Martin , ou
celle qui paffe pour fa femme , appellée la
Martin , François Mildieu ou Milbonhomme :
les nommez Mathieu , Namur & Nicolas . la
belle-foeur des Grands Cheveux , dit pefcheur,
un Quidam Maçon : un particulier Ouvrier,
fur 1
1048 MERCURE DE FRANCE
fur le Port , frere dudit Quidam , un autre
Quidam , un Quidam Orfévre: un Quidam :
un autre Quidam , nommé Denys , Antoine
Robert , Rouffeau frere , Orfévre , rue des
Gravilliers : le nommé Valet , Antoine , autre
que celui qui vend des Images place du Mar--
troy à Orleans , le neveu dudit Antoine : le
nommé Paifan , autre que Gervais Paifan
& Louis Terrafconnet , tous abfens , fugitifs
& contumaces , & autres décrétez au procès .
Les Lettres Patentes du 28. Septembre 1728.
regiftrées en la Cour les 5. Octobre & 15.
Decembre 1728. & autres Patentes du 9. Avril
dernier , auffi regiſtrées le 5. du même mois.
Interrogatoires faits aux Accufez pardevant
M Jean- Baptifte Correntin , Lambelin , Confeiller
Rapporteur : Recollemens & confrontations
des Témoins aux Accufez , & des Accufez
, les uns aux autres , pardevant Maître
Pierre Barthelemy Rolland , Confeiller à ce
commis , fuivant les Arrêts de la Cour: Procedures
de contumace inftruite contre les abfens
& fugitifs , & decrets décernez contre
aucuns autres Accufez , & c. Conclufions du
Procureur General du Roy : Ouis & interrogez
en la Cour lefdits Nivet , dit Fanfaron , Baremon
, Mancion , Guenet , la Hallor , Rouffeau
Fournet femme Rouffeau
2 Troncy ,
Laurent la Croix , Plançon , Aubin femme
Fontaine, foeur des grands Cheveux : Mahault,
Marie-Anne Berry , Remy Dumont , Bernard
femme Thiennard , Baliffon femme Troncy ,
Anne Berout , Lievain Dupont , Martin ,
Colly , Pierre Chevard , Gervais Païfan , de
Rouen , le Bée femme de Rouen , Genevieve
Dez , le Beau , Deslauriers , Fleury, Beauvin ,
Vignaud : Gauthier dit Graillet : Grifel , Anne
Perfonne fa femme , Grammont, de la Hayes
2
femme
MAY. 1729. 1049
femme Dupont , Jolly Bonvoifin , veuve Juvigny
, Lucas , la Breteque , le Preulx , Lamy,
la Boulaye , Gohanne femme la Boulaye
Limbert , la Lumiere , le Roy , Marguerite
Petit femme de la Haye , la nommée Maffon,
Merle le Blanc , Carmagnole , Poullain , Aubin ,
Regnaud , Septier , Jacob , dit Perroquet , &
Therefe la Porte , femme Beaumont . Sur les
cas à eux impofez : Tout confideré .
LADITE COUR ordonne que lefdits
procez feront & demeureront joints pour
être jugez par un feul & même Arrêt : ce
faifant déclare la contumace bien & dûëment
inftruite contre François Mildieu , dit Milbonhomme
: une fille nommée la Bretonne :
Baptifte , dit la Jambe de Choux : Barbe Bi
ron , François , dit François Briard ou Grard,
autre que le petit François : le petit Bohême
ou Berry : le nommé Charles : la femme ou
concubine de Dupont , ou la femme de Gervais
Paifan , de Launay , ci- devant Cabaretier
au grand Soleil à Caen Jean Duffop
mari de la Dadillon : Dupont , autre que le
Chevalier Dupont , ou que Gervais Paifan ,
dic Dupont : Grenier ou Garnier : Michel
Gautier , Mercier : Goulot , dit Ballevoir :
le Cadet qui eft une fille habillée en homme ?
la nommée la Boirée : le nommé le Normand :
le Noir , la nommée la Feüillée : la Pierre :
Murat : le grand Martin : la femme du grand
Martin : ou celle qui paffle pour fa femme .
appellée la Martin : les nommés Mathieu ,
Namur , Nicolas : la belle foeur des grands
Cheveux , dit Pefcheur : un Quidam Maçon :
un particulier Ouvrier fur le Port , frere du
die Quidam: un autre Quidam , un Quidam
Orfévre , un Quidam , un autre Quidam ,
nommé Denis : Antoine Robert : Rouffeau
frere
1050 MERCURE DE FRANCE
frere Orfévre , rue des Gravilliers : le nom
mé Valet : Antoine autre que celui qui vend
des images , place du Martroy à Orleans : le
neveu dudit Antoine : le nommé Paifan , autre
que ledit Gervais Payfan & Louis Terafconet:
& avant d'adjuger le profit d'icelle ,
pour réparation des cas mentionnez au procez
, condamne lefdits Philippes Nivet , ou
Fanfaron : ou le Roux , ou Marchand , dit
Grammont , ou Coufis ou Dumoulin : Pierre
Baremont , dit Nazareth : Jean Mancion , dig
I'Aflemblée : Blaife Beauvoir , dit Roncy ou
Troncy , ou la Pierre , ou Dupuis , & Guillaume
Taupin , dit Ambroife ou Laurent
Lacroix , avoir les bras , cu ffes , jambes &
reins rompus vifs fur un échaffaut , qui pour
cet effet fera dreffé en place de Greve de
cette Ville de Paris : ce fait , leurs corps mis
chacun fur une rouë , la face tournée vers
le Ciel , pour y finir leurs jours . Lefdits
Nivet, Baremont , Mancion , Troncy & Laurent
la Croix , préalablement appliquez à la
queftion ordinaire & extraordinaire , pour
avoir révelation de leurs complices : déclare
tous & chacuns leurs biens fituez en pays de
confifcation , acquis & confifquez au Roy ,
ou à qui il appartiendra , fur iceux & autres
non fujets à confifcation préalablement pris
la fomme de cent livres d'amende vers ledit
Seigneur Roy: a furcis à faire droit à l'égard
defdits Charles Guenet , dit la Fontaine , Catherine
la Motte , dite la Hallot ou la le Roux,
Jerôme Rouffeau , Françoiſe Fournet fa femme,
Jacques Antoine , dit Plançon , Marguerite
Aubin , femme Fontaine , François
Mahault , dit Bourguignon ou grand Nez ,
Marie- Anne Berry , Remy Dumont , dit Boucher
ou garçon Boucher , Etiennette Ber-
1
nard
MAY. 1729. 1051
$
mard femme de Denis Thienard , Anne Baliffon
femme Troncy , Anne Berou , Lievain
Jofeph Dupont , dit le Chevalier Dupont ,
Martin Colly, Pierre Chevard, Gervais Paifan,
dit Dupont , Nicolas de Roüen , Marie le Bée
femme de Rouen , Genevieve Dez , Jean de
Beau on Bertrand le Beau , Jean Melon , dit
Defloriez , François Fleury , Marie - Catherine
Beauvin , dite la grande Flamande , François
Vignaud , dit le petit François , Marie Gautier
, dite la Graillet , André Grifel , dit la
Fontaine , Anne Perfonne fa femme , Loüis
Gramont , dit Duval ou la Sonde , ou Bellefin
, Jeanne Catherine de la Haye , femme
de Lievain Dupont , dite Marie Honore , Jean
Joly , dit Saint Martin , Jeanne Bonvoifin ,
veuve Juvigny , Gabriel Lucas , dit Dubois ,
Charles la Breteque , Bonaventure le Preulx
ou le Prun , dit Mefnage , François Lamy ..
Antoine la Boulaye , Jeanne la Gohanne ,
femme dudit la Boulaye , Pierre Liber ou
Limbert , Nicolas la Lumiere dit Luffan , Charg
lotte Françoife le Roi , Marguerite Petit femme
la Haye , dite Marie Maflon , Magdelaine
Maffon , ou la nommée Maffon , Jean- François
Carré, dit Merle Blanc, Jean Nicole, dit
Carmagnolle ou le petit Parifien , LoüisPoullain
Parifien ou Cadet , Guillaume Aubin ou les
grands Cheveux , dit Pefcheur, Jean Regnauld,
dit l'Eveillé ou Bourbonnois , Michele Septier
, Jacob , dit Perroquet , & Therefe de la
Porte femme Beaumont : & a pareillement
furfis à l'égard defdits Mildieu , dit Milbonhomme,
& autres fufdits accufez contumaces
jufques après l'entiere execution du prefent
Arrêt : ordonne que les procedures encommencées
contre lefdits Dadillon femme Duffop,
Charles Berterel , dit la Rofe , Ifabeau
Mallard
1052 MERCURE DE FRANCE .
Mallard fa femme , & autres , feront continuées
. FAIT en Parlement le 30. Mai 1729.
Collationné. DROUET. Signé , PINTEREL
On donnera deux Volumes du Mercure
le mois prochain , pour pouvoir employer
les Piéces qui n'ont pu trouver place dans
les fix premiers mois de cette année.
Ja
APPROBATIO N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois
de May , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion . A Paris , le premier May
1729.
HARDION,
TABLE .
841
Fugitives , Comus , Cantate.
Pconteftations Muficales , Réponſe, &c. 844
Voyage de Rouen à Paris , Poëme.
Réponse au fujet d'un nouveau Breviaire , & c.
855
862
Le Triomphe de l'Hymen & de l'Amour, 870.
Réponſe du P. C. au ſujet du Paradoxe , &c.
Derniers adieux de Medor , Poëme.
Projet d'un nouveau Calendrier.
876
883
884
Vers fur le Mariage du Comte de Trémes . 892
Sur l'excellence & la préference de la vue ou
L de l'oùie.
Sonnet ,
893
912 .
Lettre fur la datte de l'impreffion de deux Bibles
a
913
Bours
Bouts- Rimez remplis , 915
Affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres , Extrait , & c.
Le Printems , Cantare.
916
923
Réponse de M. Caperon à M. Pierquin , fur
l'origine des Pierres précieufes , des Camayeux
& des Coquilles.
Sonnet fur les Bouts Rimez ,
Explication du Logogrife & Enigme ,
Reflexions fur les Logogrifes :
Logogrife & Enigmes ,
& c.
926
938
939
941
943
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts, &c. 944
Recueil des Jugemens portez contre les nouvelles
erreurs , 948
La Religion Chrétienne démontrée par la Refurrection
de Jefus Chrift , & c.
Effay de l'Hiftoire du Commerce de Venife ,
&c.
De la lumiere des couleurs & de la vifion , & c.
La Gallerie agréable du monde ,
950
957
962
964
Nouveau Traité du Négoce de France , 967
Veterum Monumentorum , &c.
L'Univers materiel, ou Aftronomie Phifique,
Paritez en Banque , & c.
L'Apologie des Fleuristes , & c.
969
971
Ibid.
972
Réponse de M. Thiout à M. le Roy , fur le
nouvel échapement de Montre.
Petite Ecritoire , garde- vuë , & c.
977
983
Nouveaux Ouvrages de Charpenterie du Frere
Nicolas ,
Queſtion propofée
Chanfon notée ,
Spectacles ,
-984
985
986
987
990 Difcours de la Dile Sylvia ,
Retraite du fieur Lelio , de fon époufe & de
fon fils , 992
Ar.
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Arlequin Tancrede , Parodie , Extrait. 994
Le Railleur , Comédie reprefentée à Avignon,
Lettre , & c. 1007
Nouvelle du réms , Turquie , Affrique , Ruffie
,
Suede , Pologne , Allemagne ,
Efpagne , Italie , Angleterre & Suiffe ,
Morts , Mariages des Pays Etrangers ,
1019
1012
1014
102 I
Ibid.
Lettre de M. le Cardinal de Fleury , 1032
Morts , Naiffances & Mariages , 1034
Mort de M. le Cardinal de Noailles , 1037
Mandement de Mes les Vicaires Generaux , & c.
$
1040
Mandement de M. le Cardinal de Biffy , &c.
1042
Arrêt de la Cour du Parlement , & c. Jugement
de Niver
Errata de Mars.
1044
Page 155. 1. 22. la Terre l'Athmofphere
lifez , la Terre traverſe l'Athmafphere.
Errata du Mercure d'Avril.
Page
Age 815. 1. derniere , Graffe , 1. Vence.
P. 829. 1. 29. de Coctjenval , lifez , de
Harlay.
P.838 . 7. de Meffay , 1. de Mellay.
P. 880. 1.7 . 1728. i. 1729 .
Panics a corriger dans ce Livre.
Age 928. 1. 4. Bagivi , lifex Baglivi,
98.4
P₁₂
934.1.3. fucre , 1. fuc.
P. 982. 1. derniere , ci & premiere 983.rus ;
lifez ci- devant parus.
L'Air notédoit regarder la page. 981
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN. 1729 .
PREMIER VOLUME.
COLLIGIT
UE
COLL
QUE
STARGIT
Chez
A PARIS ,
IR
GUILLAUME CAVELI , he
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSÓT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXIX .
Avec Approbation & Privilege du Roy'
A VIS.
LAD
leur
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE , ROUP DE
DĚDIE AU ROY
LYON
DELA VILE
JUIN. 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'EMPLOY DU TEMPS
C
OU
LE MISANTROPE.
O DE
' Eft fans regret que je vous quitte .
Tumultueux amuſemens ;
bico Ceffez d'oppoſer à ma fuite .
Vos inutiles agrémens.
I. vol.
Séjour
A ij
1054 MERCURE DE FRANCE.
Séjour affreux , que je déteſte ,
Ville , de ton charme funeſte ,
Je erains trop la malignité ,
Je prends la Vertu pour Compagne ,
Et vais goûter de la Campagne ,
L'innocente tranquillité.
闲
Quoi ! de mes leçons trop avare ,
Tout prêt d'abandonner ces lieux ,
Voudrois-je au monde qui s'égare ,
Dérober jufqu'à mes adieux !
Ofons , ami de la Sageſſe ,
D'un temps qu'il perd dans la molleffe ,
Lui reprocher l'indigne abus
De quel fuccès fera fuivie ,
Une entrepriſe fi hardie
Mes reproches feront perdus.
:
Déja d'une courte journée ,
Le fommeil a pris une part :
J'en vois une autre deſtinée ,
A parer cet homme avec art.
De quelle étrange bigarrure ,
1. vol.
VaJUIN.
1729.
1055
Va-t- on orner cette Figure ?
Eft ce pour exciter nos ris ?
Luxe pervers , vanité folle ,
Venez encenſer votre Idole ;
Je le regarde avec mépris.
M
Quelle eſt la fadaiſe importante ,
Qui met cet autre en mouvement?
Il marche , il court , il fe tourmente ;
Eft- ce affaire ? Eft- ce égarement
་ Non, du doux nom de Politeffe ,
Honorez le foin qui le preffe ;
Chez vous il vient vous vifiter ;
Eft-ce l'amitié qui l'amene
Rien de moins Il vous voit à peine
Qu'il ne fonge qu'à vous quitter.
M
Enfin , de la fageffe auftere ,
Je trouve les vrais Favoris ;
Je fens expirer ma colere ;
Voici le terme de mes cris.
Oui , la raison répudiée ,
Dans ce cercle eft réfugiée ;
' L. vol. A iij Vain
1056 MERCURE DE FRANCE .
Monde orageux , elle te fuit.
Vain efpoir ! c'eft la calomnie ,
Le menfonge , la perfidie ,
Qui prefident dans ce réduit.
讚
Si pour ce repas on épuiſe ,
De la Nature tous les dons ,
L'Art dangereux qui les déguiſe ,
En a fçû faire des poifons.
Par cette Liqueur féduifante ,
Qu'un froid forcé rend plus charmante
Que de jours feront retranchez ↓
Vous , dont l'ame eft tant affervie ,
Au defir d'une longue vie ,
Fuyeztout ce que vous cherchez .
M
J'apperçois de la nonchalance ,
Le féjour fi cher aux Humains ,
A juger par cette affluence ,
J'augure des plaifirs certains.
Déja la Déeffe obligeante ,
D'une boiffon peu ragoutante,
M'offre le précieux régal.
Les lieux de Caffé.
I vol.
Là
JUIN.
1057
1719.
Là…..mais quel bruit ! quoi ! la bêtiſe .
L'efprit , le fçavoir , la ſotiſe ,
Marchent ici d'un pas égal.
Au nouveau trafic qu'on va faire ,
Prêtons un regard moins diftrait.
Quoi ! fi- tôt de ce témeraire ,
Le fort couronne le forfait !
Celui- ci nâge dans la joye ,
L'autre à la fureur eft en proye ,
Mais calmons cet emportement ;
Taifons -nous , le monde autorife
Un vol , que la fureur déguiſe ,
Sous le vain nom d'amufement.
Mais d'un ſpectacle magnifique ,
J'entrevois ici les apprêts :
Du férieux & du comique ,
Saififfons les plus heureux traits ;
Approchons : on me fait entendre
Que par ces jeux on va m'apprendre
A réprimer mes paſſions.
La vertu fi long- temps cherchée ,
I. vol.
Se
1058 MERCURE DE FRANCE .
Se feroit -elle donc cachée ,
Dans l'Ecole des Hiftrions ?
Pourquoi d'un vêtement bizare ,
Cet homme s'eft-il affublé !
Quelle étrange vapeur s'empare
De ce Monde ici raffemblé ? *
On perd à fe faire connoître ;
Tel qu'on eft , on n'ofe paroître ;
Mais bien fous des traits impofteurs :
Perfides , je lis dans vos ames ,
Par ces déguiſemens infâmes ,
Vous voulez feduire les coeurs.
L'Aftre brillant qui nous éclaire ,
Vient de fe rendre à mes defirs ,
Peut-être un repos neeeffaire ,
Va fufpendre ces vains plaiſirs .
Calmons le tranſport qui m'agite ,
Et ménageons pour notre fuite ,
L'inſtant dont je puis difpofer.
Quittons des lieux où l'infolence ,
L'oifiveté, l'extravagance ,
Donnent le droit de tout ofer
9
* Le Bal.
A iiij LET
JUIN. 1729% 1059
LETTRE écrite au R. P. de Montfaucon,
par M. de Murat , Juge- Mage de Carcaffonne
, fur la Découverte d'un Monument
d'Antiquité , faite auprès de
cette Ville.
DM
Ans le peu d'occafions que j'ay ,
M. R. P. de cultiver l'honneur de
votre bienveillance , permettez- moi d'em
braffer celle que fait naître la découverte
faite dans ce canton , d'an Monument
antique , pour vous fupplier de réfoudre
mes doutes fur fon explication . C'eft une
ColomneMilliaire ,trouvée dans unChamp
auquel on donnoit un labour , d'une Fer
me du S Efpeffolles , Bourgeois de cette-
Ville , à une lieuë & demie d'ici , dans.
l'étendue de la Paroiffe d'Alairac , au quar
tier appellé Villefequebaffe. Le Champ
d'où elle fut déterrée , porte aujourd'hui
le nom de Saintofe.
La résistance d'une pierre contre le Soc
de la Charruë , obligea le Laboureur à
bêcher la terre en cet endroit : il découvrit:
d'abord le haut d'une Colomne qu'il ache
va de déterrer , & en ayant donné avis
à quelques perfonnes Lettrées du voifi
nagel , on y de l'Infeription (uivante. Prin
Ι .. vol . Av cipi
1060 MERCURE DE FRANCE.
cipi Juventutis M. Numerio Numeriano
Nobiliffimo Cafari N M. P. I. J'y courus
pour la voir , & le Proprietaire ayant bien
voulu me la ceder , je la fis porter chez
moi je la conferve dans un coin de ma
cour , en attendant que votre déciſion lui
procure une place plus convenable . La
Pierre eft grisâtre & paroît être d'un Marbre
bâtard. La Colomne a été caffée & le
le pied y manque , ce qui en reste a encore
plus de cinq pieds de hauteur ; elle eft
bien prife dans fon fuft & proportionnée
dans fon renflement , j'en joins ici un deffein
exact , dans lequel eft auffi l'Infcription
en la même forme que les Lettres y
font gravées.
Les Caracteres affez mal formez , fur
tout pour les Lettres A & E & la con
fufion des mots mêlez l'un dans l'autre ,
démontrent la décadence desArts fur la fin
du troifiéme fiecle , tems où cette Colomne
a été faite ; car je la crois du temps même
de l'Empereur Numerien , mais je ne puis
comprendre comment ce Monument fe
trouve dans ce Pays & fous le regne d'un
Prince , qui devoit n'y être gueres connu,
n'ayant , comme vous fçavez , regné
qu'environ un an , durant lequel temps il
étoit en Perfe , où il fut égorgé dans la
Litiere en ramenant fon Armée .
A la verité , l'Empereur Carus fon pere,
1. vol.
qui
JUIN. 17297 1061
PRINCI
PIIVVEN
TUTISM
NVMERIO
NUMERIA
NONOBI
LISSIMO
CAESARI
NMP I
1062 MERCURE DE FRANCE:
qui , felon la plus commune opinion
étoit originaire de Narbonne , pouvoit
avoir laiffé des fentimens d'affection pour
un de fes Enfans , auquel ce Monument
eft confacré ; mais lui- même n'ayant jamais
paru en ce Pays cy , je ne puis , encore
une fois , comprendre comment un
tel Monument peut avoir été érigé dans.
ce canton .
Le Prénom Marcus eft le même que
lui donnent les e mais le nom. Hollens
de Numerius , qui précede celui de Numerien
, ne s'accorde pas avec celui d'Aurelius-
Numerianus que lui donne Eutrope.
Il y avoit ici en même- temps un
Numerius , Prefet de la Gaule Narbonnoife
, mais il ne fçauroit être celui en.
l'honneur de qui cette Colomne fut dreffée
, puifque le nom de Numerien & les.
titres de Prince de la Jeuneffe , & de
Cefar, confacrez à la Majefté Imperiale ,
ne permettent pas de l'attribuer à un autre
qu'à l'Empereur Numerien , qui n'a:
regné que pendant l'année 282 .
Les quatre Lettres initiales N. M. P. I.
m'embaraffent encore davantage ; elles.
caracterifent une Colomne Milliaire , &
peuvent être interpretées par Novem Millia
Paffuum Primus . Sur quoi je ne puis
que comprendre , ne connoiffant à l'entour
de l'endroit , où la Colomne a été trouvée
I. vol . aucune
JUIN 1729 1063
aucune Cité Métropole, ni ruines de Ville
principale , dont le point du départ pût
faire rencontrer en cet endroit un premier
Milliaire d'un chemin de tra verfe .
La Paroiffe d'Alairac eft au Midy de
Carcaffonne , tirant vers le Couchant , à
près d'une demie lieue fur la droite du
grand chemin qu'on tient à prefent pour
aller de Carcaffonne à Limoux . Le petit
lieu d'Alairac eft fur la croupe du Côteau
appellé la Malpere , dont le nom vous eft.
fans doute connu , puifque le Château de
Villarfel , appartenant à votre Maiſon , y
eft fitué & fon territoire contigu à celui
d'Alairac , n'y ayant qu'une lieuë de diftance
d'une Paroiffe à l'autre . On auroit
pû dans la fuite des fiecles avoir tranfporté
cetteColomne de l'endroit où elle fut
originairement placée dans celui où elle
a été trouvée ; mais elle eft trop lourde ,
car elle pefe environ huit Quintaux , pour
que fon tranfport n'aye pû être fait qu'à
deffein , & je ne vois pas quel en auroit
pû être le motif , encore moins aucun
point dont elle puiffe être un premier:
Milliaire .
Carcaffonne eft une Ville moderne avec
le titre de Cité par rapport à Numerien ,
puifque dans l'Itineraire d'Antonin , elle
n'a que le titre de Château : Limoux étoit
alors encore bien moins ; ce n'étoit qu'une
L. vol.. R
1064 MERCURE DE FRANCE:
Redoute , ou un Fortin qu'on prétend que
Cefar y fit conftruire pour la garde du
Pont qu'il fit bâtir fur l'Aude , pour paffer
en Eſpagne.
Il y avoit dans nos Pyrenées un Temple
fameux confacré à Venus , où abordoient
des Pellerins de routes les Nations :
notre Port de Vendres , fur la Côte de
Narbonne en tire fon nom , c'est Portus
Veneris. C'étoit là où débarquoient ceux
qui venoient par Mer des Côtes d'Italic
ou d'ailleurs . La Colomne dont il s'agit
feroit- elle donc placée dans un chemin de
traverfe qui conduifit par nos Pyrennées
à ce Temple ? Mais je ne trouve aucune
Ville ni Bourg principal qui foit à fa por
tée pour en faire un premier Milliaire.
Cela me porteroit affez à donner une
autre explication à ces quatre Lettres initiales
N. M. P. I. auquel cas il faut entierement
abandonner toute idée de Colomne
Milliaire & former une autre conjecture ,
ce qui ne me paroît pas ailé.
On m'affure que dans le même champ
Je Soc de la Charruë trouva encore d'au
tres réfiſtances , & qu'en y foüillant , on
pourra peut ê re découvrir le Piedeftal
de cette Colomne ou quelqu'autre reſte
d'antiquité ; c'eft ce que je pourrai bientôr
faire fi votre réponſe m'y excite. Je me
remets cependant à votre décifion fur le
vol. merite
JUIN. 1729. 1065
merite de ce Monument , & j'ai toûjours
l'honneur d'être , M. R. P. &c.
A Carcaffonne le 15. Decembre 1728.
REMARQUES fur la Lettre
de M. de Murat.
LA Lettre de M. de Murat , méritoit
fans doute d'être publiée , & nous fommes
d'autant plus obligez avec tous les
Amateurs de l'Antiquité , au R. P. de
Montfaucon , d'avoir bien voulu nous la
communiquer, qu'elle inftruit tout- à-fair
fur un Monument dont on n'avoit encore
qu'une legere notion , par le peu qui en
a été rapporté dans les Nouvelles Litteraires
du Journal des Sçavans du mois de
Novembre 172 4. page 7 53. l'Infcription
imprimée en italique , y differe tout - àfait
de l'Original , & on ne voit d'ailleurs
aucun détail fur cette Découverte ; défauts.
qui font bien réparez par cette Lettre .
La conjecture de M. de Murat , qui
croit que cette Colonne pourroit bien
être une Colomne Milliaire , n'eft pas
tout- à-fait fans fondement , quoique cet
habile Magiftrat convienne auffi des difficultez
qui fe rencontrent à concilier les
chofes à cet égard. Ce font ces mêmes
difficultez qui ont déterminé le R. P. de
Montfaucon de penfer differeminent fur 1. vol.
ca
1066 MERCURE DE FRANCE.
ce fujet. Ce Sçavant Antiquaire voit dans
ce Fragment d'Antiquité non pas une Colomne
Milliaire , mais un Monument
érigé à la gloire de Numerien , avant
qu'il fut parvenu à l'Empire , & après
que l'Empereur Carus , fon pere , l'eut
declaré Celar , ce qui arriva vers l'an
282. de J. C. Depuis cette déclaration il
prit la qualité de Prince de la Jeuneffe ,.
PRINCERS JUVENTUTIS , qui eft employée
fur fes Médailles , & qui paroît la
premiere fur le Monument dont il s'agit
ici.
Les caracteres de l'Infcription en défignent
à peu près le tems , & font fentir
fuivant la Remarque de M. de Murat ,
la décadence des Arts . On y trouve auffi
l'ufage introduit dès ce tems-là , & ignoré
dans une plus haute Antiquité de faire
préceder le nom , outre le prénom d'an
diminutif du même nom. Numerio , Numeriano.
Cet ufage eft commun dans les
Infcriptions du bas Empire , on en trouve
plufieurs exemples dans les differens Recüeils
d'Infcriptions. On fe contentera
de ceux - ci. Numifius , Numifianus , Pompeius
, Pompeianus , Licinius , Licinianus ,
Candidus, Candidianus , Nocturnius Nocturnianus,
aufquels on ajoûtera un exemple
fingulier , tiré du Martyrologe Romain
au 31. de May : Aquileia S. S. Martyrum
JUIN. 1729. 1067
*
rum Cantii Cantiani & Cantianilla fratrum
, qui cum effent ex Illuftr. Aniciorum
progeniefub Diocletiano & Maximiano
Impp . Capite plexi funt. On peut
dire même qu'il eft refté des traces de cet
ufage dans les noms de plufieurs Familles
Italiennes & Françoifes ; tels font les
noms de Martini Martiniani , de Fre
zeau de la Frezeliere , &c.
A l'égard des quatre Lettres initiales
qui paroiffent féparément fur cette Colomne
N. M. P.I. à une certaine diftance
du corps de l'Infcription , expliquées par
M. de Murat , de la maniere que nous
Pavons vû , rien ne conviendroit mieux
que cette interprétation , fi bien des chofes
ne répugnoient à faire prendre ce Monument
pour une Colomne Milliaire..
Toutes les Colomnes Milliaires , comme
on peut le voir dans le grand Recueil des
Antiquitez , & ailleurs , marquent les
Milles , c'eft - à dire , l'ufage pour lequel
elles ont été dreffées , d'une maniere
diftincte & non équivoque , ce qui ne
paroît point ici. Il faut donc chercher un
autre fens à ces quatre Lettres . Ce fens
s'eft prefenté fort naturellement auR.Pere
de Montfaucon , & dans un parfait raport
avec l'Infcription , il trouve que ce
n'eft autre chofe que la répetition abregée.
* An. 303.
1
1. vol..
de
1068 MERCURE DE FRANCE.
de l'Infcription même , c'est - à - dire , Nu
meriano Principi Juventutis . On dira
peut être que dans cette efpece de Monogramme
, le Prénom défigné par la
lettre M. ne fe trouve pas : mais les Antiquaires
fçavent que les Prénoms font
fouvent omis dans les Monumens , de
quoi il eft inutile de citer des exemples.
Pour ce qui eft de l'explication de ces
mêmes lettres , N. M. P. I. en cette maniere
: Narbonenfis Militia poni juſſit ,
donnée dans le même Journal des Sçavans
, par une perfonne du païs ; elle a
paru infoutenable & dénuée de toute for..
te de vrai femblance , ainfi il eft inutile
de s'y arrêter .
Il n'eſt pas aiſé au refte de déterminer
par qui , & à quelle occafion ce Monument
a été érigé , mais il ne nous paroît
pas furprenant, de le trouver dans un
païs , dont le Prince , qui en eſt l'objet ,
étoit originaire , felon le fentiment le
plus reçu. Il fut , comme nous l'avons
remarqué , déclaré Cefar par l'Empereur
Carus , fon pere , qui étoit du même païs .
Cette déclaration folemnelle a pû füffire
pour donner lieu au Monument dont
nous parlons. Il n'eft pas impoffible au
refte , comme le penfe M. de Murat , de
trouver un jour le piedeſtal de la Colomne
, ou quelqu'autre Monument , qui
1. vol.
ferve
JUIN. 1729.. 1069
ferve d'interprétation à celui- ci. Le Piedeſtal
peut même être chargé de figures
en bas relief , ou de Lettres inftructives.
·
1
Quoiqu'il en foit , cette découverte
nous paroît digne d'attention , & merite
d'entrer parmi les autres Antiquitez , qui
illuftreront la nouvelle Hiftoire de la
Province de Languedoc. Il y a lieu defperer
que les deux Sçavans qui y travaillent
avec tant de foin & d'application
, pourront , par la parfaite connoiffance
qu'ils ont du Païs , & par leur fagacité
, donner de plus grands éclairciffemens
, & trouver enfin la cauſe , &
conftater le fens de ce Monument.
Nous achevions d'écrire ces Remarques
, lorfque nous lorfque nous avons reçu une
Lettre de M. l'Abbé le Beuf , Chanoine
d'Auxerre , par laquelle il nous fait part
d'un Monument , à peu près femblable à
' celui dont il s'agit ici , découvert il y a
déja du tems , entre Langres & Dijon.
C'est une Colomne , ou plutôt le fragment
d'une Colomne fur laquelle eft gravée
cette Infcription en très - beau carac
teres Romains .
Les RR. PP . Dom Claude de Vic , &
Dom Jofeph Vaiffete , Benedictins de S. Maur.
3. vol.
TI.
1070 MERCURE DE FRANCE.
TI. CLAUD. DRUSI F.
CAESAR AUG . GER
MANIC . PONT . MAX .
TRIB. POTEST . III . IMP.
III. PP . Cos II . DE
SIG . III .
AND . M. P. XXII .
Il n'y a que la derniere ligne qui ait
befoin d'explication , elle fignific Andemantuno
millia paffuum XXII. felon
Pinterprétation du Pere Pierre - François
Chiflet , Jefuite , donnée dans le tems à
un Confrere de M. le Beuf , & trouvée
parmi les papiers . Andemantunum , ajoû
te M. le Beuf , eft Langtes : la Colomne
qui a environ fix pieds de hauteur , &
un pied & demie de diametre , fut trouvée
, & eft encore aujourd'hui au Village
de Saquenay , proche Fontaine- Françoife
& Montfaugeon , à fept ou 8. lieuës , &
au Midy de Langres. Nous nous abftenons
la deffus de toute refléxion , nous
contentant de profiter de l'occafion de
placer à propos ce Monument dans notre
Journal.
L. vol. REJUIN.
1729. 1071
REFLEXIONS
SUR LE GENIE POETIQUE
L'Efprit perfectionne , & le Génie in- vente :
Tous ces Chantres fameux que l'Antiquité
vante ,
Lui doivent leur renom ;
C'eft lui feul qui produit ces immortels Ous
vrages ,
Reſpectez de l'envie & dignes des fuffrages
Du févere Appollon,
Le coeur fe fait fentir dans latendre Elegie ;
L'efprit au fentiment donne de l'énergie ;
L'art brille en un portrait.
Certain penchant malin , ou complaifance
vile ,
Sans verve & fans génie enfante un Vaudeville
,
Dangereux , indifcret .
La memoire & l'étude ont fait de Sçavans
hommes ;
Mais au tems des Céfars comme au fiécle où
nous fommes , L
Rien
I. vol.
1072 MERCURE DE FRANCE:
Rien d'heureux n'eft forti ,
De ceux à qui le Ciel refuſa cette verve ,
Ce feu qu'à leurs enfans , & Phoebus & Minerve
,
Ont toujours départi
Appollon le fait naître , & Minerve le
guide ;
A nos heureux écarts prenons foin qu'il préfide
;
Nous pourrions trop ofer.
Un goût judicieux doit regler notre yvreſſe ;
Et c'eft dans les Auteurs de Rome & de la
Gréce ,
Qu'il faudroit le puiſer.
Mais que prétens-je ici ? Pédagogue incommode
,
Je trace des leçons qu'une nouvelle mode
Rend parmi nous fans fruit !
On cherche dans le monde une étude facile ;
Il faut un long travail pour devenir habile ;
L'homme indolent le fuït.
Il en coûte bien moins de s'ériger foi- même,
En Modele , en grand Maître , en Arbitre fuprême
,
Des accords de Phoebus ;
Et , frayant au hazard des routes inconnuës ,
1. vol.
D'éJUIN.
1729. 1073
D'égarer avec foi dans le plus haut des nuës ,
Des fectateurs confus ;
•
Connoiffons bien dans nous les dons de la
Nature ;
Mefurons-nous fur eux , mais craignons l'im
poſture
De notre avide orgueil ;
On meurt dès fon vivant , quand fi jeune on
fe livre
Au defir de paroître , à l'efpoir de revivre ,
Trop féduifant écüeil .
Vous qui n'avez reçus qu'un efprit ordinaire
,
Ornez -le ; c'eft affez , dans le monde on peut
plaire
Sans de rares talens.
C'eft-là l'unique loi que l'on peut vous prefcrire
;
Amulez vous , plaifez ; laiffez le foin d'écrire
Aux efprits excellens.
Pour vous , lâches Frelons , Plagiaires infignes
>
Vous , finiftres Oyfeaux , vils émules des Cygnes
,
•
Reſtez au pied du Mont ;
Dès les premiers efforts fans voix & ſans haleine
,
1. vol.
Du
1074 MERCURE DE FRANCE .
Du Rocher le plus bas vous tombez dans la
Plaine ,
La honte fur le front.
Allez , fuivez toujours des routes populaires
,
Miferables Troupeaux , que des Guides vulgaires
,
Font marcher après eux ;
Defcendez fur leurs pas dans les humbles.
Campagnes .
Ne voyez que de loin ces fuperbes Montagnes
,
P
Au fommet épineux.
lle
Envoy à M. & Me de ***
Our vous , chantez toujours , vous que
Phoebus anime ;
Qui fçavez allier le naïf au fublime ,
L'efprit aux fentimens ;
De Petrarque & de Laure , imitateurs fidelles
,
D'une pure union rares & vrais modeles ,
Vos noms vaincront le temps .
J. B. Poncy , J.
!
I. Vol.
REJUIN.
1719, 1075
******* : ****** :**
REMARQUES du P. Matthieu
Texte , Dominicain , fur la vie du
Bienheureux Barthelemi de Bragance ,
Evêque de Vicence , & Patriarche de
Jerufalem , écrite dans le premier Volume
de Juillet des Acta Sanctorum
p. 280. adreffées à M....
J₁
E vous renvoye , Monfieur , le Livre
que vous avez eu la bonté de me prêter
, & je vous en remercie très humblement
; il y a beaucoup à apprendre dans
cet Ouvrage immenfe , & on ne fçauroit
trop louer les R R. P P. Jefuites
Auteurs & Continuateurs d'un fi beau
Projet. Comme il eft cependant difficile
que dans un fi grand nombre de Vies de
Saints il ne fe gliffe quelque faute , je
prends la liberté de vous faire part de
celles , dont j'ai crû m'apercevoir dans
la vie du B. Barthelemy de Bragance
l'un des XXVI11 . Dominicains qui ont
été Confeffeurs de nos Rois , & le premier
dont les Hiftoriens nous ont confervé la
memoire.
Il étoit felon leur témoignage , de l'illuftre
Maiſon des Comtes de Bragance ,
en Lombardie , Seigneur du Fort , ou
1. vol. B du
1076 MERCURE DE FRANCE .
,
du Château de ce nom . Le R. P. Jefuite
qui a eu en partage de travailler fur la
vie du B. Barthelemy non ſeulement
nie ce fait , mais il raille ceux qui font
de ce fentiment : Inter hos , dit - il , Michael
Pius B. Bartholomeum appellat nobilem
Vicentinum , de ftirpe Bragantia ,
feu Bragantina , à caftro hujus nominis
nuncupata.Crefcit apud Barbaranum & ex
boc Marchefium oratio , ut pote qui fa.
miliam Bragantinam deducunt à nefcia
quo Adriano pradi &ti loci Comite , &c.
miror non afcendiffe ad Antenorem vicini
Patavii Conditorem. C'eft ainfi que parle
ce Pere , ajoûtant , comme vous voyez ,
la plaifanterie à la critique dans une matiere
affez férieufe d'elle - même.
1
>
3
Cependant , & la plaifanterie & la critique
ne furent jamais plus mal fondées .
Vous allez voir , Monfieur , par le témoignage
d'un Auteur contemporain
que la Maifon de Bragance étoit illuftre
qu'elle donnoit fon nom au Château qui
le portoit , que notre B. Barthelemy en
étoit forti , & que les Hiftoriens qui l'ont
dit après cet Auteur ne l'ont pas inventé ,
comme ce P. le leur impute. L'Auteur
contemporain dont je veux parler , eft
Antoine Gode , Noble Vicentin qui
a écrit une Chronique de la Ville de
Vicence , depuis 1194. jufqu'à 1260 ,
>
1. vol.
imJUIN.
1729. 1077
•
imprimée dans le VIII . Tome du grand
Recueil intitulé : Rerum Italicarum Scrip
tores. On trouve dans cette Chronique ,
page 92. de ce Volume , les paroles qui
fuivent, in civitate noftrâ Familia Nobiles
&c. Comites Bragantiarum ex quibus fuis
fuit Bartholomeus Epifcopus Vicentinus
de Ordine Prædicatorum. Cela eft précis ,
& me difpenfe d'alleguer d'autres autoritez.
Or fi la famille étoit la plus illuftre
de ce nom en Italie , quelle autre pouvoit
elle avoir donné le nom au Château
qui le portoit ?
A l'égard des riches talens & des qualitez
de Profeffeur , de Superieur , & de
Prédicateur que donne Thienæus à notre
B. Barthelemy , dans fon Catalogue des
Saints de Vicence , avec les autres Ecrivains
de la vie , le fçavant Jefuite n'en
parle guere plus exactement & obligeamment.
An Lector , dit - il , an Superior , an
magnus Divini Verbi Seminator , non eft
integrum afferere , fed neque negare. Il
avoue avoir lû dans le P. Barbaranus,
Capucin , qui a écrit l'Histoire Ecclefiaftique
de Vicence ( & qui n'a pû fe tromper,
ayant en main les Manufcrits de notre B.)
qu'il eft Auteur de plufieurs Sermons & de
plufieurs Traitez fur des matieres d'Ecole
, qu'on trouve entre les 19. Ecrits
dont le P. Echard , Dominicain , a don.
I. vol. Bij. né
1078 MERCURE DE FRANCE.
né au Public le Catalogue , Tome I. p.
258. de fes Ecrivains de l'Ordre de
S. Dominique. C'eft , dis -je , ce que
l'Ecrivain Jefuite avoue ; & , ce qui eft
difficile à comprendre , il doute en même
tems fr Barthelemy a jamais prêché &
enfeigné , & fi.ce celebre Théologien ,
qui felon fon Epitaphe , dont on parlera
ci- après , confondit Gallus , Chef d'un
parti Schi matique , & que Léandre Albert
, Dominicain appelle dans fon Traité
des Hommes Illuftres de fon Ordre ,
p. 115. Vir Litteratura infignis ob ingentem
Doctrinam Romam vocatus , a été
Teulement un médiocre Profeffeur.
Leandre qui écrivoit à Vicence en
1495.ne doit pas lui être fufpect, puifqu'il
le préfere à tous les autres Ecrivains de
la vie de Barthelemy , In hoc præftat
Leander quod alia multa prætermiferit que
àrecentioribus piè magis excogitata quàm
folidè probata funt . Mais le P. J. ne rapporte
pas les termes dont Leandre fe fert
dans la fuite . Non enim duxi hic omnia
narranda , alioquin volumen contexerem.
Expreffion par laquelle il dit plus que tous
les autres. Vous m'avoüerez , Monfieur ,
ici , que ce n'eft pas donner au Public la
vie d'un Saint , que de ne s'attacher uniquement
qu'à un Auteur qui ne donne
de notre B. qu'une page & démie d'un
I. vol.
gros
JUIN. 1729. 1079
gros caractere in - 42 . & qui déclare n'en
parler qu'en paffant. Nonnulli Epifcopi ,
nomenclatura Epifcoporum , mais duquel
il auroit à remplir un grand volume.
Le P. Echard , au reſte , eſt d'un ſentiment
bien different de celui du P. J.
puifque fi celui - ci doute des talens de no.
tre B. celui- là nous en affûre en ces termes
: Nec dubium quin apud fuos plurimi
habitus varios obtinuerit obiveritque
Regiminis aut ftudiorum honores.
M. Sponde nous donne de fon côté
une grande idée du riche talent de notre
B. pour la Prédication . Ce fçavant Annalifte
fe furpaffe dans la defcription qu'il
fait en l'année 1 2 33. & felon la Chronique
de Gerard jufqu'à 1236. des prodiges
que Barthelemi , Jean de Vicence
& plufieurs autres Miffionnaires des Ordres
de S. François & de S. Dominique
firent dans la Loinbardie , envoyez par le
Papo Gregoire IX. Hi omnes prædicabant
dit Muchete , quorum nonnullos B. Dominico
adhuc in hoc feculo agente ordinem
ingreffos . Barthelemi dit dans fa Relation ,
qu'il a été élevé par S.Dominique . Eruditi,
alien qu'il a pris l'habit des mains de Echard
S. Dominique , ce Gerard , Auteur contemporain
, exprime , dans le zele du P.
Jean , celui de fes Collegues par ces
paroles. Inauditum eft quod à tempore
1. vol.
B iij N.
1080 MERCURE DE FRANCE.
N. D. Jefu Chrifti per alicujus prædicationem
tot fuiffent in fimul Congregati quod
quantes fub occafione pacis fienda , ipfe
congregaverit in unum unanimiter Chriftum
laudibus & hymnis magnificantes.
L'autorité que le merite du P. Jean lui
avoit aquile fut fi grande , que foit jalousie,
foit efprit de parti oppofé à la paix ; quelqu'un
a voulu l'acculer d'ambition : mais
Sponde & notre fçavantJefuite le juſtifient
pleinement , & nous donnent comme un
des plus grands fruits de ces Miffions , l'Inf
titution de l'Ordre Militaire des Chevaliers
de Ste Marie la Glorieufe , fondé par le
B. Barthelemi , approuvé par Urbain IV.
Spend Ab hoc initio , dit - it, pour exprimer la
part que notre B.avoit eu à ces Miflions, &
fon union avec Jean de Vicence dans les
Prédications. Ad pacificandas civitates novus
Ordo , qui fanita Maria Gloriofa vocati
funt , factus autore S. Bartholomas
itidem Vicentino Pradicatorii Ordinis .
La fin de cet Ordre étoit de procurer
la paix dans l'Italie troublée , felon la remarque
du P. Alexandre , par les Guelfes
& les Gibellins , ce qui convient aux
termes de Gerard , fub occafione pacis.
fienda , & fait voir que Barthelemi , en
inftituant cer Ordre , avoit voulu confommer
cette paix generale qu'il avoit tâ
ché de procurer par fes Prédications.
7
1. vol.
Peut-on
JUIN. 1729. 1081
Peut-on dire après tout cela , comme
fait le P.J. An magnus Divini Verbi Seminator
, non eft integrum afferere. Semina
hujus Ordinis , dit Barbaranus , jeciffe cum
Joanne viro itidem Apoftolico. Les Miffions
finies , & notre Bienheureux dégagé
de fes emplois , tout concourt à le fuivre en
France , voyage affez ordinaire alors aux
Religieux Italiens de tous les Ordres .
Il eft conftant que S. Thomas d'Aquin
Saint Ambroise de Siènes , & plufieurs
autres Dominicains Illuftres ont demeuré
à Paris ; c'eft auffi dans cette Ville que
le B. Barthelemi , quoi qu'Italien , remplit
l'employ de Confeffeur du Roi faint
Louis que lui donnent Michel Pie , Razzi
, &c. Dominicains , & le P. Sirmond ,
Jefuite , dans fon Manufcrit communi.
qué à l'Abbé Archon par le P. de Baune.
Ĉe S. Roi , dit Archon dans fa Chapelle
des Rois de France , choifit d'abord un
Confeffeur dans l'Ordre de S. Dominique
, & il paroît conſtant que Barthelemi
de Vicence fut un des premiers. Fernandez
fixe le tems de cet employ vers l'année
1240. S.Louis étant alors âgé de 2 5 .
ans , & Barthelemi de 40. Cette époque
de 1240. paroît confirmée par la Dédicace
que ce Confeffeur fit de fon Traité de
l'Education des Princes à la Reine Marguerite
de Provence , époufe de S. Louis ,
I. vol.
B iiij la
1082 MERCURE DE FRANCE.
laquelle après cinq ans de mariage avoit
eu deux Princeffes , Blanche née en 1240 .
Ifabelle en 1242. & un Prince nommé
Louis , né le 21. Septembre 1143.
Barthelemi compofa fon Traité à cette
occafion , peut- être même à l'inſtance de
cette pieuſe Reine , dans lequel le Pere
Echard ne marque pas que l'Auteur ait
pris aucun titre , au lieu que dans fon
Ouvrage fur les Cantique des Cantiques
qu'il dédia à S. Louis , il fe qualifie Evêque
de Nimefie. D'ailleurs , le P. Mallet
Dominicain , qui met notre B. parmi les
hommes Illuftres du Convent de Paris ,
fait comprendre qu'il a fleuri dans cette
Ville , avant qu'il y vint , avec les qualitez
d'Evêque & de Légat , & que ce fut
dans cette premiere réfidence qu'il y remplit
la Charge de Confeffeur Ordinaire
de S. Louis. Voici comme parle là - deffus
le P. Mallet , Docteur de Paris. » Que
» dirons nous des actions héroïques de
» F. Barthelemi de Vicence , dont il a
» enflé la gloire de fon Ordre , en faisant
» la fonction de Confeffeur Ordinaire de
» S. Louis . Mallet n'ignoroit pas que ce
faint Roi , qui dans la Paleſtine fe confeffa
quelquefois à notre B. eut pour Confeffeur
ordinaire Geaufroy , du même
Ordre depuis 1248. jufqu'à fa mort , il
a donc prétendu que Barthelemi l'a été à
1. vol.
Paris.
JUIN. 1729 :
1083
Paris . L'auroit-il mis parmi les hommes
Illuftres de ce Convent, s'il n'y avoit pas
été affigné par les Superieurs.
Pour ce qui eft de la Charge de Maître
du Sacré Palais que notre B. a fi dignement
remplie ; où il faut que le P. J. la
reconnoiffe en lui , ou qu'il profcrive entierement
Léandre Albert , fon Auteur
de choix ; puifque Léandre dit pofitivement
que notre B. exerça cette Charge à
Rome & à Lyon. Bartholomeus Vicenti
nus vir litteratura infignis , Romam vocatus
Magifterfacri Palatii factus , excellentiffime
D. Dyonifii Areopagita libros
coepit coram tota curia enucleare. Voilà
fon féjour à Rome , voici celui de Lyon,
où il continua à interpreter les Ouvrages
de S. Denis. Dum effet in Galliis Bartho-
Tomaus libros quofdam D. Dyonifii legit.
Ce qui s'accorde parfaitement avec
l'Histoire Ecclefiaftique , qui marque
qu'Innocent IV . fous lequel notre B. étoit
maître du Sacré Palais , élu Pape le 24 .
Juin 1243. fe vit obligé de fe refugier à
Lyon au mois de Decembre 1244. pour
éviter la perfecution de l'Empereur Fréderic
, & ce fut à cette occafion que ſon
Maître du Sacré Palais paffa de Rome en
- France : different féjour qui prouve la verité
du témoignage de Léandre , lorsqu'il
lui attribue cette dignité , Magifter Sacri
1. vol. { By Palatii
1084 MERCURE DE FRANCE.
Palatii factus. Si le P. J. eut eu ce traît
de l'Hiftoire Ecclefiaftique préfent , il
n'auroit pas abandonné ici fon Léandre ,
ni écrit ces mots , Ambabus ulnis amplectuntur
Encomifta noftri & contra pugnare
videtur. Sous prétexte que quelques Auteurs
ne s'accordent pas fur le tems précis,
quoiqu'ils conviennent tous du fait . Sacri
Palatii Magifterio functumferunt communiter
, dit le P.Echard , quod & libens annuerim,
ultra ufque ad Innocentium IV. à
quo creatus Epifcopus Nemefinus .
Barbaranus(ditle P. J. ) qui a tâché de déchiffrer
l'ancienne Epitaphe de Barthelemi,
ne parle pas de la Charge de Maître du Sacré
Palais. Croyez vous , Monfieur , qu'il
y ait du prodige que cet Ecrivain n'y ait
point vû ce que près de deux cens ans
auparavant Léandre y pouvoit avoir lû ?
N'eft- il pas naturel qu'avec le tems tout
déperiffe? D'ailleurs , Barbaranus déclare
qu'il a trouvé les Vers de cette Epitaphe
prefque effacez. Inter plures alios injuriâ
temporum deletos fic habet verfu quodam
fervato & legibile Jerufalem Patriarcha
fuit , &c. Ces derniers mots font naître
au P. J. une feconde difficulté auffi peu
fondée que la premiere ; Léandre , ajoûte-
il , qui vivoit près de deux cens ans
avant Barbaranus , devoit par conféquent
y avoir lû le même Vers.
▲ .vol.
Jerufaltum
JUIN. 1729 1085
Jerufalem Patriarcha fuit.
1
il
D'où vient qu'il n'en parle pas ?
Léandre répond lui- même qu'il n'a pris
de l'Epitaphe que ce qui lui convenoit
pour relever l'éclat de la Doctrine de
Barthelemi , par la Charge de Maître
du Sacré Palais , Charge qui demande
un homme fçavant , & il a laiffé le Patriarchat
& l'Epiſcopat de Nimefie
'ne lui donne pas non - plus le furnom
de Bragance , d'où le P. J. n'a pas manqué
de conclure qu'il falloit qu'il ne fût
pas de cette Maifon , puifque Leandre ne
le difoit pas. Leander tantùm Bartholomæum
Vicentinum, & c. Cependant ces deux derniers
faits font infaillibles . Pourquoi voudra-
t -il conclure qu'il n'a pas été Patriarche
, parce que Leandre ne le dit pas ,
n'ayant pas à en parler , non enim duxi
omnia narranda alioquin volumen contexerem
: venons maintenant à l'Epifcopat
de Nimefic.
Le P. J. ne contefte pas cette dignité
à notre B. puifqu'il cite les propres termes
de la Relation que ce S. Prélat a faire
de fon Voyage en Chypre , & de fa prife
de poffeffion . Tempore quo Nimonicenfis
civitatis nobis Pontificatum contulit Apof
tolica Sedes , & c. Mais ce qu'on aura de
la peine à croire , ce Pere femble enfuite
le nier , en doutant s'il y a dans le monde
I. vol.
B vj une
1086 MERCURE DE FRANCE.
une Ville de Nimefie. Ultrò fateor can
dide me ignorare que fit ifta civitas , Nemonicum
, Nemovicum. Il y a dans la Relation
qu'il cite , Nemonicenfis civitatis
où va- t-il donc chercher Nemonicum
Nemovicum ? S'il étoit permis de s'égayer
fur un fujet auffi férieux , ce feroit peutêtre
ici l'endroit de le faire , mais je me
contenterai de prouver que la Ville de Nimefie
, dont Barthelemi a été Evêque ,
n'eft pas un être de raiſon.
L'autorité du P. Etienne de Lufignan
Dominicain , Auteur d'une Hiftoire du
Royaume de Chypre , & né dans cette
Ifle , que les Ancêtres ont poffedée , peut
feule fuffire pour prouver que c'est une
Ville d'Afie fituée dans le Royaume de
Chypre. Voici comment cet Ecrivain
s'exprime fur fa fituation & fur les differens
noms. Neapolis ad maris oram è regione
fita Gracis hodie Limiffa nova , Latinis
veròLimoncia fiveNemofia diƐta &c .
qui Cyprum navigant in terramfanitam
Nemofia , qua Limiffa dicitur hodie , mare
confcendunt. Ajoûtons à cette autorité
celle des Conciles Generaux Tom. XI.
impreffion du Louvre, p . 2352. & 2409 .
où l'on trouve Concilium Nemonicienfe
fub Gerardo Archiepifcopo Nicofcienfi
ejufque fuffraganeis & Berardo Nimocien-
G. Nicoffie eft comme l'on fçait la Métroi.
vol.
pole
JUIN. 1729.
1087
pole du Royaume de Chypre . Le Pape
Alexandre IV. envoya trois Procutations
dattées du 3. Juillet 1260. à l'Evêque de
Nimefie. Nemicienfi Epifcopo . Enfin Ferrarius
& Baudrand , deux habiles Géographes
, & tous les Levantins l'appellent
encore aujourd'hui Nimiffo ou Limiffo
, apud Gracos Nemeff.
C'eft de cette Ville que le S. Prélat occupé
à remplir les fonctions de fon Miniftere
, fut obligé de partir pour paffer
dans la Paleſtine par ordre du Pape Innocent
IV. avec la qualité de fon Nonce
auprès du Roi S. Louis , qu'il eut l'honneur
d'accompagner à Joppé , à Sidon
&c. comme notre B. le rapporte lui même
dans la Relation ; ce choix du Pape
& la grande confiance que S. Louis lui
témoigna en fe confeffant fouvent à lui ,
quoique Geofroy de Beaulieu de Bethomas
, du même Ordre , fût fon Confeffeur
erdinaire , font affez connoître qu'il avoit
eu autrefois accès auprès de fa perfonne
Royale , dequoi le Pape voulut fans doute
profiter & que ce n'étoit pas la premiere
fois que ce pieux Monarque avoit mis le
foin de fon falut entre fes mains .
Il me refte à parler du titre de Patriarche
de Jerufalem , que ce venerable Prelat
a porté, & qui lui eft légitimement dû
pour en avoir rempli la dignité pendant
1. vol.
quelque
1088 MERCURE DE FRANCE.
quelque temps . Le fçavant P. Papebroch
dit pofitivement que notre B. a été Patriarche
de Jerufalem , ( a) Jerufalem Patriarcha
fuit , qu'il alla prendre poffeffion du
Patriarchat & qu'il s'en démit deux ans
après. Le P. Echard , qui convient qu'on
peut lui avoir donné ce titre , ou pour avoir
fait les fonctions de Patriarche , ou pour
en avoir refufé la dignité , nous fournit à
peu près le temps auquel il a pû en être
revêtu , en dilant qu'il ne trouve pas le
fujet qui a rempli le Siege de Jerufalem
depuis Urbain IV . qui de Patriarche de
cette Eglife , fut élu Pape le 19. Août
1261. jufqu'à Guillaume Evêque d'Agen ,
( rapporté par Reynaldus ) qui fut nommé
Patriarche de Jerufalem vers l'an 1263 .
Tandem fummus Pontifex Guillelmum ad
Prafatam Sedem erexit 1263. efpace de
temps qui convient avec l'abſence de Barthelemy
de fon Evêché de Vicence ; car
les Chroniques , qui avant la S. Michel
1261. & après la Purification de 1263 .
rapportent fouvent fon nom , fe contentent
dans cet intervalle de parler d'un
Evêque de Vicence , fans dire le nom ni
le furnom de ce Prélat .
On trouve cependant fon nom dans l'Italia
Sacra Dughellus.com. V.qui dit avoir
( a) In Appendice ad feriem Epifcoporum
Hierofol. tom.8. Maii , på 702.
1. vol .
lâ
JUIN. 1729. 1085
lû dans un ancien Manufcrit de la Bibliotheque
du Convent de S. Sauveur de
Septimo , Diocèfe de Florence , que l'Evêque
de Vicence , nommé Rodolphe en
M. CCLXIV . à peu près dans ce tempslà
, leva l'interdit de l'Eglife de fainte Recuperate
, au lieu de Caftro - Caro , &
Ughellus ajoûte , on ne fçait pas au vrai
le jour de la mort de Rodolphe , anifi on
ignore s'il a précedé ou fuivi Barthelemi
dans fon Epifcopat. L'embarras de cer
Auteur prouve ce que nous avons dit &
que les deux faits font certains ; fçavoir ,
que Rodolphe afuccedé à Barthelemi lorſ.
qu'il alla à fon Patriarchat , & qu'il l'a
précedé lorfqu'à fon retour il revint à fon
premier Siege de Vicence.
Il est vrai que l'année M. CCLXIV.
citée par Ughellus, que le P.Papebroch a
fuivie , ne répond pas exactement à l'abfence
de notre Patriarche depuis 1261.
jufqu'à 1263. mais outre que c'eft toûjours
dans l'intervale de fon Pontificat de
Vicence , il eft plus probable qu'Ughellus
en lifant ce vieux Manufcrit fe foit trompé
de deux ans dans le chiffre , que de croire
qu'il ait erré dans tant de noms , de furnoms
& de faits d'une découverte & d'une
Ceremonie fi bien circonftanciées , cer
argument négatif doit fans doute ceder à
1. vol.
tant
1090 MERCURE DE FRANCE .
tant de faits pofitifs , d'où il eft aiſé de
conclure que à le file P. Echard , dont le P. J.
a fuivi le fentiment , n'a pû trouver le
nom du Prélat , qui dans cet intervale a
zempli le Siege Patriarchal de Jerufalem ,
il paroît naturel d'y placer notre Barthelemi
que prefente le Martyrologe de Caftellan
ou Chatelin , au premier Juillet ,
& encore l'Epitaphe dont je vais parler,
laquelle , felon le P. J. & le P. Echard , a
près de 400. ans d'ancienneté & près de
500, ans dans fon Original, au fentiment
de Leandre , qui veut que ce foit le
mier Tombeau de Barthelemy.
pre-
Barbaranus nous affure dans fon Hiftoire
Ecclefiaftique , Liv. II . avoir vû cetteEpitaphe
de notre B. fur fon Tombeau, & y
avoir lû ce Vers d'un caractere très bien
formé parmi plufieurs autres prefque effacez.
Jerufalem Patriarcha fuit dilexit & omnes.
Boffanus , qui étoit Prieur des Dominicains
de Vicence en l'année 1663. confirme
la chofe en renouvellant cette ancienne
Epitaphe , qu'il avoit fous fes yeux.
De plus le R.P. Octavien Zenobrius Jefuite
, Recteur du College de la même
Ville , convaincu de la verité du fait , en
voulut faire part au R. P. Papebroch ; &
1. vol. ce
4
1091
JUIN. 1729.
ce fçavant Jefuite a publié ce témoignage,
comme nous l'avons déja vû. Jerufalem
Patriarcha fuit. Le P. J. même reconnoît
l'accord des Ecrivains qui ont vû cette
Epitaphe , Sedulo notandum Poëtas hos
omnes Bartholomeum ( rotunde ) appellaffe,
Hyerufalem Patriarcham , il lui rend la
defference qu'elle merite dans fa copie : je
vais , dit- il , la rapporter à la gloire du
Saint , Ad B. gloriam reprefentari meretur
; mais notre Critique ajoûte que
dans ce fiecle peu éclairé , on croyoit que
les Evêques qui paffoient en Orient étoient
tout autant de Patriarches. Apud homines
illos vix mediocriter doctos , idem vifum
eft in Oriente , Epifcopum effe ac Patriarcham.
*
›
}
Les Dominicains qui brilloient dès le
premier fiecle de leur Ordre , & qui compoferent
cette Epitaphe de leur Saint ,
& illuftre Confrere enterré dans leur
Eglife , n'étoient donc , felon le P. J.
que de bonnes gens , de très-médiocre Litterature
& incapables de diftinguer un Patriarche
d'avec un Evêque ; mais ce Pere
me permettra de lui dire que fon idée n'eft
pas jufte , & qu'il doit fentir par fa propre
experience , après avoir avoué qu'il ne connoît
point là Ville de Nimefie , que les
* Domeftica tamen vera , difoit S. Gregoire
de Nazianze , en parlant de la fainteté de fa
Famille.
1092 MERCURE DE FRANCE .
Italiens par leur commerce continuel avec
le Levant , connoiffoient mieux ce Pays
en ce temps - là que les Chrétiens le poffedoient
, qu'on ne le fait aujourd'hui qu'il
eft fous la domination des Infideles.
Croyez - vous en effet , Monfieur , qu'on
ignorât alors ce que c'étoit que la Ville
& l'Evêché de Nimefie, & qu'on n'eût pas
critiqué quiconque fe feroit avifé d'écrire?
Ultro fateor candide me ignorare quæ fit
ifta Civitas.
Le P. Echard , au refte , qui a bien ſenti
la force de cétte Epitaphe, reconnoît qu'elle
feroit preffante , fi c'étoit celle qui fut
mife fur le premier Tombeau de notre
B. au lieu que n'étant qu'une feconde Inf
cription mife fur un fecond Tombeau en
1353.81 . an après la mort , elle n'eft pas
felon lui , fi digne de foi. Urgeret quidem
illa fi ea effet qua primo ejus tumulo infculpta
cum ad fuperos evolavit. Leandre
qui demeuroit au Convent de Vicence en
1495. affure cependant que c'eft le premier
Tombeau l'Epitaphe le dit auffi ,
mais transferé de fa premiere place.
Sanita fuopriùs hac Altaria pulvere , lata .
Gaudebant , ubifcala Chori nunc eft fabricata.
Vita functus eft , dit Leandre , atque Sepulchro
quod adbuc cernitur fepultus : lampas
ante ejus facrum corpus manet accenfa .
1. vol.
Quoi
JUIN. 1729 1093
Quoi de plus pofitif? Je veux même
que ce foit un fecond Tombeau , le P.
Echard convient du moins que fur le premier
il y avoit une Epitaphe qui doit avoir
été le modele des autres. Qui pourra croire
que 81. ans après on fe foit avifé de la falfifier
en y ajoûtantJerufalem Patriarchafuit?
En vain le P. Echard fe voyant preffé
par l'Epitaphe , fe jette- il fur le deffaut
de l'Acte de cette promotion de Barthelemi
au Patriarchat de Jerufalem . Il eft vrai
qu'on ne trouve point d'Acte de cette
nature ; mais qu'il nous montre lui - même
celui de la promotion du P. Elie Dominicain
de Riez en Provence au Patriar
chat d'Antioche, que Fontana n'a pas trouvé
ni au Vatican , ni ailleurs , promotion
que le Pere Echard nous donne néanmoins
& avec juftice comme certaine dans l'Addenda
de fon premierTome,fur le feul témoignage
d'Acuna , Archevêque de Brague.
Et où en feroit - on , Monfieur , fi
pour regler la Chronologie des Patriarches
Orientaux , il falloit toûjours avoir
en main des Procès Verbaux , principalement
depuis soo . ans ? En vain , ajoûtet-
il , que lors de la Tranflation des Reliques
de S. Dominique , faite en 1267 .
Barthelemi ceda le pas à l'Archevêque de
Ravennes ; cela étoit très- jufte . La Tranf
lation fe faifoit à Boulogne , alors Evê-
I. vol.
ché
1094 MERCURE DE FRANCE .
ché dont ce Prélat étoit Métropolitain ,
depuis que l'Empereur Valentinien lui eut
foumis 12. Evêchez : de plus notre B.
n'étoit plus Patriarche , mais feulement
Evêque de Vicence ; le premier étoit
étranger , prié de faire la ceremonie , dont
Barthelemi , en qualité de Dominicain ,
faifoit les honneurs . Que fi en fignant l'Acte
de cette Tranflation , & par tout ail
leurs , il ne prend que la feule qualité d'Evêque
de Vicence , le fait n'eft pas fans
exemple : S. Celeſtin s'étant démis de fon
Pontificat , ne prit jamais le titre d'ancien
Pape ; & Benoît XIII . qui gouverne aujourd'hui
fi dignement l'Eglife , ayant
paffé en 1680. de l'Archevêché de Man .
fredonia à l'Evêché de Cefenne , ne prit
plus le premier titre ; & quand même il
n'auroit pas été Cardinal , il n'auroit pas
figné Evêque de Cefenne, & ancien Archevêque
de Manfredonia .
Pour ce qui regarde le Teftament de
de notre B. le P. Papebroch le rejette
comme faux , & notre P. Jef. le déclare
imparfait ; quoiqu'il en foit on n'en peut
titer aucune jufte confequence pour le
fait dont il s'agit ici : car s'il n'y eſt pas
parlé du Patriarchat , il n'y eft rien dit
auffi de l'illuftre naiffance de ce S. Homme,
qui cependant eft bien certaine , & qui
n'auroit pas dû être obmife dans un tel
1. vol.
Acte
JUIN. 1729: 1025
Acte. Ajoutons que l'humble Prélat étoit
bien éloigné de rappeller les titres pompeux
de fes dignitez paffées , lui qui en
fignant fon nom , fe difoit le plus petit des
Evêques , ultimus Epifcoporum. Voilà
Monfieur , ce que j'ay crû devoir obferver
en faveur de la verité & pour la gloire
d'un fi faint Evêque . Je fuis , &c .
XXXXXXXX XXX :XXXX
ELEGI E.
Alheureufe Silvie , à quoi fervent des
larmes , MAI
Qui ne font chaque jour qu'augmenter tes allarmes
!
A quoi bon au milieu des plus vives douleurs
Recourir deformais à d'inutiles pleurs !
Mille triftes foupirs que tu pouffes fans ceffe ,
Pourront ils rappeller l'objet de ta tendreffe ?
Et tandis qu'un ingrat mépriſe tes attraits ,
Eft - ce à toi de payer le prix de fes forfaits
4
Perfide ! c'en eft trop je fçaurai te les vendre
Ces pleurs qu'un lâche amour me force de repandre
;
Envain au fond d'un Cloître à l'abri de mes
coups ,
Tu crois pouvoir braver un trop jufte cours
roux ;
1096 MERCURE DE FRANCE .
Si je prolonge encor une funefte vie ,
Ce n'est que pour venger une Amante en furie
:
Dans le tranfport affreux dont mon coeur eft
épris ,
Je veux que de ton fang tu payes tes mépris.
Non , un coeur irrité ne cherche pas à feindre,
S'il n'efpere plus rien , il n'a plus rien à crain
dre ;
Ne pouvant regagner le coeur de mon Amant',
Il faut que je l'immole à mon reffentiment.
Ma douleur à la fin heureuſement s'irrite ,
Bientôt pour démaſquer ton viſage hipocrite ,
Pénetrant les détours d'un Convent odieux ,
Je punirai ton crime à la face des Cieux.
De fes charmes trompeurs trop funefte
penſée !
Ne viens plus appaifer une Amante offenfée ;
Songeons plutôt, fongeons à ces adieux cruels,
Qui percerent mon coeur des coups les plus
mortels ,
Où méprifant mes pleurs & ma douleur profonde
,
Il me dit qu'abjurant le vain éclat du monde ,
Honteux d'avoir fuivi fes folles voluptez ,
Il quittoit pour jamais toutes fes vanitez .
Traître! tu déguifois ton ame criminelle ,
Indigne de brûler d'une flamme fi belle ,
Un lâche repentir te détachant de moi ,
I. vel.
FourJUIN.
1729. 1097
Fourniffoit une excufe à ton manque de foi..
Et vous ,
lages ,
triftes témoins de fes ardeurs vo
Lieux jadis fi charmans , aujourd'hui fi fauvages
,
Pour m'aider à convaincre un Amant impoſteur
,
Daignez me réveler les fecrets de fon coeur :
Que n'ais-je le plaifir ici de le confondre !
A vos fideles voix que pourroit- il répondre ?
Ces Forêts , ces Rochers , tout parle de fes
feux ,
Et rien de ces remords plus faux que vertueux,
Mais devrois -je m'en plaindre? en ce fiecle
où nous fommes ,
Eft- ce plus conftamment qu'aiment les autres
hommes ?
S'ils ont quelques égards pour nos foibles attraits
,
Ah ! c'eft pour nous porter de plus dange
reux traits.
Tandis qu'à leur amour il nous trouvent rebelles
,
Leurs flammes font pour nous fincères & fidelles
;
Mais à peine font- ils maîtres de notre coeur ,
Qu'ils ofent fans remords éteindre leur ars
deur.
Qu'a -t-il fait qu'imiter un fexe fi perfide !
1. vol.
Toujours
1098 MERCURE DE FRANCE .
Toujours de notre honneur perfécuteur avide
Eh ! devrois - je accufer un Amant malheureux
Qui n'en fuit qu'à regret l'exemple dange
reux !
Que dis- je ? le fait- il ? Non , toujours en fon
ame
J'ai vu pour moi regner une conftante flamme ;
Aucune autre que moi n'a pû charmer fes
fens
Avant qu'à l'Eternel il offrit ſon encens.
Pourrois-je fouhaitter qu'il eut porté l'outrage
斧
Jufqu'à m'en venir faire un facrilege hommage
?
Et prétendrois-je enfin qu'une foible beauté
Eut plus d'attraits pour lui que la Divinité,
Quoi donc ! de fa vertu ma fureur ennemie
L'attaque , la pourſuit , la couvre d'infamie :
J'ai féduit fa raifon ; j'ai corrompu fon coeur ;
Et j'ofe m'oppofer encor à fon bonheur !
Au lieu de l'imiter , monftre de la nature !
Pourquoi l'accables- tu des traits de l'impofture
?
Si jadis il reçut tes foupirs & tes voeux ,
N'y répondit- il pas par les plus tendres feux ?
En montra -il jamais la moindre ingratitude
Ah!mortel fouvenir du tourment le plus rude !
Puis-je outrager un coeur qui renonçant à
moi
I. val.
Ne
JUIN. 1729.
THEQUE
Ne viole en ce jour fes fermens ni fa fai !!
YONC
Il me quitte , il eft vrai , mais mon amour tar
fible.
VILLE
Aux graces de fon Dieu le rendoit infenfible
Et mon pouvoir fur lui peut- il mieux éclater
Que lorfque pour me fuïr il lui faut tout
quitter ?
Non , non , fon changement n'eft que trop
legitime ,
Et fa perfeverance auroit été fon crime ;
Si d'un amour funefte il n'eut purgé fon coeur ;
Pouvoit- il éviter le bras d'un Dieu vengeur-
Pardonne , cher Amant , fi ma jaloufe rage
A fait à ta vertu le plus honteux outrage ,
Je t'aimois trop, helas ! pour la pouvoir fouffrir
.
Je la haiffois trop pour ne la point flétrir.
De fa feverité mon ame couroucée ;
Pouvoit elle un moment en fouffrir la penſée
Pouvoit- elle approuver un vertueux deſſein ,
Qui m'arrachant ton coeur me déchiroit le
fein ?
J Nourriffant à regret le feu qui me poffede .
J'en connoiffois le mal & fuyois le remede ,
Et mon coeur défarmé fans avoir combattu
Cherchoit à s'en venger jufques fur ta vertu.
Te perdant pour jamais , je me fentois capable
1, vol.
C
1100 MERCURE DE FRANCE.
K
De tout ce que l'Amour a de plus redoutable ,
La mort même en ce jour & toutes les horreurs
,
A peine pouvoit elle affouvir mes fureurs.
€ effez , il en eft tems , cruelles Eumenides
De répandre en mon coeur vos poifons homicides
,
Ceffez de m'infpirer ces tranfports furieux
Qui me font détefter la lumiere des Cieux :
N'en fuis- je pas affez la funefte victime !
Voulez-vous jufqu'au bout m'engager dans le
crime ?
Helas ! & contre qui voulez- vous m'animër ?
Contre l'unique objet qui me fçût enflammer *
Dont encor malgré moi mon ame poffedée ,
Peut à peine éloigeer la dangereuſe idée ,
Ciel fi c'eft t'offenfer que de penfer à lui ,
Contre de tels attraits deviens donc mon apui,
Arrache de mon coeur cette flamme funefte ,
Eteins un feu fatal que déja je détefte :
J'ai befoin , ô mon Dieu , de toi pour le
dompter
Sans ton fecours envain le voudrois- je tenter :
Ta grace dont l'attrait fçait vaincre tout obftacle
,
Peut feule en ma faveur operer ce miracle :
Daigne rompre mes fers , & je les quitterai ,
Daigne m'ouvrir les yeux, & je te chercherai .
I. vol.
Mais
JUIN.
1729. 1101
Mais quel calme à l'inſtant vient regner
mon ame. !
Déjaje fens l'effet d'une célefte flamme ,
Acheve ton ouvrage , ô
dane
grace de mon Dieu ,
Et je dis à ce monde un éternel adieu.
Puur toi , dont jufqu'ici la trop chere mea
moire
Balançoit dans mon coeur une telle victoire ,
Tu viens de me donner un exemple trop beau.
Pour ne pas l'imiter juſqu'au bord du Tombeâu ,
Ne crains plus déformais qu'une chere ennemie
Se plaiſe à réveiller ton ardeur endormie ,
Non , jamais mes regards ne te feront fentir
D'un jufte changement l'injufte repentir.
Tu me fus autrefois trop foumis , trop fidele,
Pour nepas m'engager à fuivre ton faint zele
Si même amour jadis enflamma notre coeur ,
Même fort déformais en fera le bonheur.
Oui , je vais de ce pas au fond d'un Monaftere
,
D'un Dieu vengeur du crime appaifer la colere
,
Et d'un amour profane en des torrens de
pleurs
Eteindre à l'avenir jufqu'aux moindres ardeurs.
L'Abbé le Blanc.
1. ECLAIR vol. Cij
1102 MERCURE DE FRANCE.
katatatatatatata
ECLAICISS E MENT fur une Loy
an fujet des Dépoüilles Opimes ....
&furle culte qu'on a rendu aux Phalles ,
Ityphalles .... LETTRE écrite de
Chambery , par M. Adam , M. le 8
Septembre 1728 .
Ous ne m'avez pas peu furpris .
V Monfieur,de me demander l'ex-
,
plication de la Loi que je vous ai rapportée
au fujet de l'ufage que l'on devoit
faire des Dépouilles Opimes . A la verité,
je me doutois bien que cette Loi vous
arrêteroit à la premiere lecture que vous
en feriez mais je ne la croyois point
une Enigme impenetrable à vos lumieres.
J'étois au contraire perfuadé qu'un
feconde lecture faite avec un peu d'attention
, ou tout au plus une troifiéme , vous
en développeroit entierement le fens ; pour
cela il fuffifoit feulement de fçavoir la
difference que les Romains mettoient entre
celui qui faifoit une action , & celui
fous les aufpices duquel elle étoit faites
mais vous n'avez pas jugé à propos de
prendre la moindre peine là - deffus. Pour
répondre donc à votre empreffement , je
Vous renvoye la Loi avec des chiffres qui
vous indiqueront les éclairciffemens que
je puis vous procurer.
QUOJUI
N. 1729. 1103
Qvojus auſpicio clase procinēta
opeima Spolia capiuntur Jovei Feretria
bovem cadito , quei cepit aeris trecentum .
6 7
8
darier oportetos Secunda Spolia endo Mar-
8 10
tis afam endo campo fuovetauriliad utra
volet , cadito , quei cepit aeris ducentum
6 7
4
darier oporteto , quoios aufpicio capta Diis
piaculom dato.
EXPLICATION.
1. Quojus pour cujus . 2. Clafè pour
Claffe. ( Claffe procinta . ) ces mots ne
fignifient pas une Flotte , comme on pourroit
fe l'imaginer , mais une Armée de
terre rangée en bataille , & prête à combattre
, comme qui diroit exercitus inftruc
tus. Les Romains difoient même Claffis
clupeata , pour fignifier leurs Armées de
terre. Le mot procineta vient de ce que
les Romains togis incinti pugnabant.
Lorfqu'ils étoient fortis du Camp & prêts
à combattre , ils appelloient cela être endo
procinetu , ou comme vous le verrez plus
bas , in procinitu .
3. Opeima pour opima . Cela vous ſuffit
, vous n'ignorez pas , je croi , la diftinction
qu'on mettoit entreOpima Spolia,
prima ... Secunda ... Tertia Spolia ……. 1. vol.
C iij : &
1104 MERCURE DE FRANCE.
& que chacun de ces avantages avoit fa
récompenfe
proportionnée .
4.Quei pour qui . 5. aeris pour aris. 6.
darier pour dari. 7. oporteto pour oportet,
8. Endo eft un ancien mot qui a tou
jours fignifié la même choſe que la prépofition
in. Les Romains difoient indifferemment
l'un & l'autre. v. g. endoitium
pour initium . endo-plorato pour implorato.
endoferto pour inferto. endo procinctu
pour in procinctu . endo vient
apparemment
de rdov qui fignifie intùs .
9. Afam pour aram. Cet exemple n'eft
pas rare. PELEX afam Junonis nei tagito,
fei tagit Junonei crenebis dimifeis acuam
feminam cadito. Qu'une Concubine ne touche
point l'Autel de Junon , & fi elle le
touche , qu'elle foit condamnée à facrifier
une petite Brebi à Junon , ayant les che
veux épars.
Les Romains mettoient fouvent l's au
lieu de l'r. v. g. aufum pour aurum . pluſa
pour plura. Plufa fonera unei nei facito ,
neive plufes lectos endoferto . Ainfi pour
revenir à notre afam , les anciens Romains
appelloient leurs Autels anfa ; parce que
ceux qui venoient invoquer les Dieux ,
tenoient le coin de l'Autel avec la main.
Talibus orantem dictis araíque tenentem
Audiit Omnipotens , En. IV. Plaute nous
a auffi confervé un exemple de cette pra-
' x . vol.
tique
JUIN. 1729. 1105
tique. Tange atam Veneris , per Venerem
tibi jurandum eft.
Varron dans les Notes fur Macrobe ,
L. III . 2. donne une autre origine au mot
afa ( Autel ) c'eſt , dit - il , que les Trépieds
facrez avoient des anfes , que ceux qui
venoient facrifier tenoient avec leurs
mains. ( Aras dictas olim effe alas , quafi
anfas quibus vafa teneri folent , quemadmodum
Valerii , & Furii , priùs dicebantur
Valefii , & Fufii.
10. Suovetapriliad pour fue ove tauro ,
un Sacrifice d'un Pourceau , d'une Brebi
& d'un Taureau . Vous pouvez voir ce que
le fçavant D. Bernard de Montfaucon a
écrit fur cette efpece de Sacrifice. Le D.
qui eft à la fin étoit en ufage chez les Romains
dans le ſtile légal. En voici quelques
exemples . SEI quis hemonem liberom
fciens dolo malo mortei duit , parricida d
efto d. Si quelqu'un tuë un homme libre
exprès & par malice , qu'il foit déclaré
parricide.SEI im imprudens ,fe dolo malo d
occifit , pro kapito occifei , & nateis ejus
endo concione arietem fobjicito . Que fi il
le fait par imprudence , qu'il foit obligé en
pleine affemblée de facrifier un Belier pour
la vie qu'il lui a ôtée .
SEI. pue parentem . verberit. aft.ole. pla
rafit. puer. Deivis.parentom . Sacer. efto d.
SEI Patronos clienti fraudem faxcit , facer
I. vol.
Ciiij efto d
1106 MERCURE DE FRANCE.
fto d. PATREBOS cum Plebed connubia
nei funto. Que les Mariages foient deffendus
entre les Patriciens & les Plebeiens.
Enfin la Colomne de Duellius pugnandod
vous donnera fur ce fujet les éclairciffemens
que vous pouvez , je croi , defirer.
Voilà , Monfieur , ce que je crois fuffire
pour votre fatisfaction .
J'ai été furpris que vous n'ayez pas remarqué
la bévue que j'ai faite en attribuant
cette Loi à Numa , & qui n'eft cer
tainement point de lui. On s'expofe à
donner dans de grands travers quand on
fuit les yeux fermez des guides aveugles ,
& par confequent peu fideles , & dont on
devroit le défier à chaque pas que l'on fait.
C'eft , Monfieur , ce qui n'eft arrivé au
fujet de la Loi en queſtion . Je devois bien
me défier de l'exactitude d'un Auteur dont
j'avois déja découvert plufieurs abfurditez
, une pour emple vous fuffira . Cet
Auteur voulant raduire un Paffage de
Pline , a pris une Vigne pour la Luette.
Voici le Paffage en queftion . Succo hujus
herba refiftitur uva. On remedie , dit- il ,
à la Vigne par le fuc de cette berbe . Ce
font, Monfieur , fes propres termes, & tels
qu'on les lit dans un de fes Ouvrages . *
Et crimine ab uno difce omnes.
★ Dictionarium Latino Gallicum Danetii.
verbo refiftere.
. I. vol.
Mais
JUIN.
1729. 1107
ΟΙΝΟ .
Mais revenons à notre Loi . Elle ne peut
être de Numa . Les termes n'ont point le
caractere d'une fi haute antiquité. L'Infcription
celebre du Conful Scipion eft
moins intelligible quoique pofterieure de
près de 400. ans . Horn c.
PLOIREMI . CONSENTIONT . R.Buo-
NORO . OPTUMO . Quand il ne feroit
pas certain que notre Loi n'eft pas de Numa
, un peu d'attention & de critique fuffiroit
pour lever tous les doutes qu'on
pourroit avoir. La Loi porte , par exemple
, que celui qui aura remporté les fecondes
Dépoüiles , c'eft - à - dire , les Dépoüilles
du fecond Ordre , doit faire fon
Sacrifice à l'Autel de Mars , ou ce qui
eft la même chofe , dans le Champ de
Mars .... Or il eft clair par toutes les
Hiftoires , que ce Champ de Mars n'a
commencé à fubfifter qu'après le dernier
Tarquin. On fçait qu'après l'expulfion de
ce Roi , les biens qu'il poffedoit furent
confifquez au profit du Public , & que fon
Champ qui étoit le long du Tibre fut confacré
au Dieu Mars , fous le nom de CAMPUS
MARTIS , pour fervir aux exercices
de la jeuneffe Romaine. Il eft donc plus
probable que notre Loi est tirée des Li
res Pontificaux.
La fuite pour le mois prochain.
1. Vol..
Cr
LE
1108 MERCURE DE FRANCE:
LE TRIOMPHE
DU PARNASSE ,
Concert de trois Voix avec Symphonie:
E quels tranfports mon ame eft - elle
DEémuë ?
Quel fpectacle nouveau ſe preſente à ma vûë !
C'eft le facré Vallon
Des Mufes d'Apollon ,
La demeure cherie.
Le Maître du Parnaffe aux neuf fçavantes
Soeurs ,
Des dons des Immortels partage les faveurs..
Quelle celefte Harmonie , *
Sur la Terre & dans les Airs !
Ecoutons ces raviffants Concerts .
Apollon. Récit.
Mufes , que toujours votre zele ,
Digne des feux que je répans ,
Conduiſe à la gloire immortelle ,
Ceux qui vous offrent leurs encens .
De tous les biens que le fort donne,
Il n'en eft point de plus certains,
Que ceux dont les fils de Latone
Peut favorifer les Humains.
1. vol.
Airs
JUIN
1109
1729.
Airs.
Non la gloire la plus belle,
Sans le fecours de mes Vers ,
Ne peut fe rendre immortelle
Et remplir tout l'Univers :
Jamais le partage
De mes dons brillants ,
N'a fenti l'outtage
Da fort, ni du temps.
Récit de Baffe.
Vous , avec qui m'unit l'Amour de l'Harmo
nie ,
Accourez , Favoris du divin Apollon ,
Prenez part aux tranfports dont mon ame eft
ravie.
Venez dans ce facré Vallon ;
Qu'avec moi chacun partage ,
Par de nouveaux Concerts ,
Le plaifir que je fens de rendre un jufte homage
,
Au plus brillant des Dieux qu'adore l'Univers.
Air.
Chantons de l'Harmonie
• Les invincibles attraits
Entre les plaiſirs de la vie ,
Il n'en eft point de plus parfaits.
Le Choeur repete ces paroles.
3. vol. Elt- Cvj
110 MERCURE DE FRANCE:
Euterpe.
La beauté toûjours charmante ,
Varie au gré de nos fouhaits ;
Les appas qu'elle nous prefente ,
Nous bleffent de differens traits :
Quand il lui plaît , tendre ou touchante
Elle nous fait fentir l'amour ,
Quand elle veut , vive & brillante ,
Elle nous ravit à fon tour.
Le Chour. Chantons , &c.
Terpficore, à vous feule on doit la préference
Dans les brillans Concerts ;
Les Inftrumens divers ,
Vous doivent leur naiffance.
Terpficore.
Dans les Concerts les plus charmans ,
Sans vous , Euterpe , en vain oferois je prés
cendre ,
Que mon Art feul pût faire entendre ,
Ces fons doux & flateurs qui raviffent nos fers.
Duo.
Par une heureuſe intelligence ,
Uniffons notre Art & nos Voix.
Marquons par nos accords notre reconnoit
fance »
Au Dieu dont nous fuivons les Loix.
3. Vol.
Euterpe
JUIN. 1719.
Euterpe
Brillans Hauts -Bois , tendres Muzettes ,
Qui des Bergers amoureux ,
Animez la Danfe & les Jeux ,
Au fein de leurs douces retraites ,
Venez vous unir à nos voeux .
Terpficore.
Quoique vos agréables fons ,
Semblent formez pour la tendreſſe,
Comme nous au Dieu du Permeffe.,
Venez confacrer vos Chanfons.
Récit de Melpomene.
Il faut que Melpomene à vos Concerts s'uniffe;
Vous avez des Bergers chanté les tendres Jeux,
Laiffez-moi celebrer les Héros & les Dieux :
De mes fons éclatans qu'ici tout retentiffe;
Qu'ils portent tous les coeurs aux exploits
glorieux.
Air guerrier , avec Trompettes.
Sonnez , Trompette bruyante ,
Qui portez aux Champs de Mars ,
Ceux qui bravant les hazards ,
Cherchent la gloire éclatante.
Timbales , que vos fons guerriers,
Faffent naitre dans leurs ames ,
Ces tranfports & ces nobles flammes
Seules dignes de mes Lauriers.
a.vel,
1112 MERCURE DE FRANCE:
Air noble & gracieux.
Non , l'éclat de la victoire
Des Mortels les plus heureux ,
Ne fçauroit combler les voeux ;
Il faut qu'une folide gloire ,
Par des Eloges pompeux ,
Dans le Temple de memoire ,
Grave leurs noms fameux .
Choeur.
Goutons un fort rempli de charmes,,
Exprimons par des Chants heureux ,
Avec les Bergers amoureux ,
La gloire éclatante des armes.
***X*X: XXXXXXX :XX *
OBSERVATIONS fur deux Antiquitez
, l'une de Normandie , l'autre
de Lorraine.
I
L n'étoit pas neceffaire , Monfieur , que
vous vous donnaffiez la peine d'envoyer
en Bourgogne l'empreinte d'une Pièrre *
trouvée dans le fond de la Normandie ,
pour en avoir l'explication . Vous l'avez
peut-être fait pour tenter notre fimplicité.
Mais vous apprendrez par maRéponſe , que
L'Infcription de cette Pierre eft rapportée
dans le Mercure de Janvier 17296
1. vol . nous
JUIN. 1729. 1113
nous ne fommes pas toûjours affez fimples
pour estimer les chofes au de- là de
leur valeur , & furtout les raretez de la
Normandie. C'eft une Province dont vous
avez examiné bien des Antiquitez par
vous- même & fur les lieux .
Pour ce qui eft de celle- cy , vous nous
la donnez à éplucher en entier & tout à
loifir. Mais trouvez bon que nous vous
difions auffi que vous avez fait faire près
de 42. lieuës de trop au Mémoire qui
vous aété envoyé de cePays - là . Vous aviez
dans Paris , & même à votre porte , les
moyens de parvenir à la parfaite intelligence
des quatre Infcriptions creusées
dans la petite Brique en queftion . Elle a
été trouvée , dit on , dans les Campagnes.
de S. Marcou de l'Ifle , au Diocèse de
Coutances , entre Carantan & Valogne.
La place ne fait rien à la chofe : ce font
feulement les mots qui en font connoître
la valeur & l'antiquité . C'eft une petite
Pierre d'environ deux pouces en quarré ,
dans l'épaiffeur de laquelle on lit d'un
Côté Q CAER QUINTILIANI DIASMYRN
. dans l'autre , QUINTILIANI
CROCOD. Dans le troifiéme côté, QUINTILIANI
STACTA D CLA , & dans le
quatrième , QUINTILIANI DIALEPID .
Il m'a paru que ces deux mots Diafmyrn.
& Dialepid. conduifent naturellement
I. vol.
1 ceux
1114 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui font entrez dans une Chambre
de Pharmacie à penser à ces Diacitro &
Diaprunis , qu'on y voit écrits en groffes
Lettres. Pour moi je n'en ai pas fait à
deux fois. J'ai ouvert un Diofcoride &
j'y ai trouvé que la Médecine employoit
quelquefois un Simple appellé Smyrnium,
d'autre fois un Simple appellé Crocodilium.
Il y en a auffi un troifiéme appellé
Lepidium , que le Peuple nomme de la
Poivrée , & qui a la vertu d'effacer les taches
du vifage ; & enfin je trouve une
Graiffe ou Gomme appellée State ou Stactea
, formée de l'arbriffeau d'où découle
la Myrrhe , & qui eft de la Myrrhe même
délayée dans de l'eau . Voilà , Monfeur
, le dénouement des quatre préten
duës Enigmes de cette Pierre.
Elle ne me paroît nullement être un
Talifman , mais feulement de deux chofes
l'une ; ou c'étoit un Moule qui fervoit
à marquer fur la cire les Drogues
d'un Medecin Romain , appellé Quintilien
, ou bien c'étoit un Memoire ou une
Formule de Recepte pour la confection
d'un Médicament , dans lequel entroit de
ces quatre elpeces de Drogues , fournies
par ce Quintilien. C'étoit peut-être las
maniere dont les Medecins les donnoient
alors . Vous avez dû remarquer qu'à côté
de Diaſmyrnium,il y a une espece de feuille
La Vol. affez
JUIN. 1729 1115
affez femblable à celle du perfil ; à côté
de Crocodilium , eft comme une groffe
tête de Chardon avec fa queuë ; dans la
face où on lit Stacta , eft reprefenté uu
Arbufte à fimple tige fans branches , c'eft
l'Arbre d'où fe tire la Myrrhe ; & proche
Dialepidium eft figuré une efpece de bouquet
de grains de Poivre . Tout cela s'accorde
avec la defcription que les Naturaliſtes
font de ces quatre Drogues . Monfieur
F. qui vous a envoyé les empreintes
de cette Pierre , a commencé par celle où
on lit Stacta , qu'il a crû être la premiere .
Je fuis d'un avis contraire , & je crois
devoir donner le pas à celle où eft masqué
le Diafmyrnium , par la raiſon que
c'eft celle où font trois noms du Medecin.
On ne peut douter que ce ne fut un
Medecin de la Nation des Romains , à en
juger par ces trois noms , qui font Quintus
Carealis Quintilianus : & comme les
Lettres font très- bien formées , à la réferve
de l'A , dont la ligne traverfante.
eft très- peu marquée , je fuis porté à croire:
que ce Medecin vivoit il y a bien treize
ou quatorze cens ans.
J'ai lû comme vous dans le Journal
de Verdun du mois courant , la découverte
d'un Tombeau , faite nouvellement
à Metz en Lorraine , & voici ce que j'en
penſe. Le Tombeau peut être d'un temps
I. vol.
affez
1116 MERCURE DE FRANCE .
affez reculé , fans que pour cela la per
fonne dont le corps y a été trouvé foit
des premiers temps du Chriftianifme. Les
Médailles qu'on y a trouvées ne font
point , felon moi , une marque certaine
que ce cadavre fût du fiecle de Veſpafien.
Il eft fouvent arrivé dans les ficcles
fuivans & bien pofterieurs , qu'on mettoit
proche les
corps des Morts ou même dans
leur bouche , les vieilles pieces de Monnoye
qu'on pouvoit avoir , & cela ſe faifoit
afin que les Morts s'en ferviffent pour
payer le droit de paffage dans la Barque
à Caron. L'ufage étoit encore il y a 60 .
ans en certains Villages de nos Cantons
de mettre à ce deffein dans la main ou
dans la bouche du deffunt , un liard ou
un fol. Les parens ou les amis de la per
fonne inhumée dans le Tombeau de Metz
ont pû lui rendre ce fervice , confacrant
à cet ufage le peu de pieces qui leur étoient
inutiles & qui n'avoient plus de cours de
leur temps. Les bouteilles de vin qui ont
auffi été trouvées proche le cadavre , ne
font pas un argument qui prouve une antiquité
fi reculée. Premierement , il eſt
fort incertain s'il y avoit des Vignes à
Metz dès le temps de l'Empereur Vefpa
fien. On fçait feulement par Aufone ,
Poëte de Bourdeaux , qu'au quatrième fiecle
, les Côteaux de la Mofelle en étoient
peuplez.
» Et
JUIN. 1117
1729.
»Et virides Baccho colles & amoena fluenta.
Et plus bas
Amnis odorifero juga vitea confite Baccho.
Ce font les termes de cet Ecrivain qui
s'eft furpaffé en faifant une defcription
expreffe de cette Riviere par une Piece
de Vers très - longue & très - belle . Mais
il refte toûjours à prouver comment il
auroit pû fe conferver du vin dans ce
Tombeau depuis un fi long- temps. J'ai
été témoin cette prefente année , comme
dans un Tombeau de pierre bâti & fermé
au XIIe fiecle , l'on avoit renfermé un
pot rempli d'Eau -benite , felon la coûtume
de ce fiecle là , ateftée par Beleth , ce
por contenant près de chopine de Paris ,
s'eft trouvé à fec , quoique le dedans du
Tombeau n'eût point vu le jour depuis
ce temps -là jufqu'au 31. Mars dernier.
Dira - t-on que le vin s'évapore moins que
l'eau ? Je ne le crois pas . Peut - être y at'il
eû dans le vin du Tombeau quelque
mêlange , d'où il aura tiré la vertu de fa
confervation . Le Pere Ruinart dit dans
fon Voyage d'Alface de l'an 1696, qu'on
lui fit goûter , auffi bien qu'au P. Mabillon
, à l'Hôtel- Dieu de Strasbourg , du vin
de l'an 1472. qui avoit encore de la force.
On y en confervoit aufli des années 1519 .
I. vol.
&
1118 MERCURE DE FRANCE ..
& 1525. Il n'eft donc pas extraordinaire
de voir du vin durer plus que les corps
humains mais une durée de feize au dixfept
fiecles , eft bien differente de celle de
cent-cinquante ou de deux cens ans. Je
fuis , &c .
Ce 8. Août 1728 .
XXX:XXXX :XXXXXXXX
ANTIOCHUS.
POEME HEROIQUE,
Tiré de l'Ecriture - Sainte.
E chante les fureurs d'un Roy , dont l'in
JE
folence ,
Irrita contre lui la Celeſte vengeance ,
Et qui foumis enfin , d'un Dieu juſte & jaloux,
Ne put par fes regrets appaifer le courroux.
Toi, qui fçus abaifer fon orgueilleux audace ,
Grand Dieu , remplis mon coeur des feux purs
de ta Grace ,
Tu peus feul feconder l'ardeur que je reffens,
Ton Triomphe eft l'objet de mes foibles accens.
*
Antiochus regnoit . Sous fes Lois affervies ,
Ce fuperbe vainqueur voyoit gémir l'Afie ,
Mais fa fiere valeur comptoit pour ennemis ,
* Surnommé Epiphanes l'illuftre.
I. vol.
Tous
JUIN. 1729. 1119
Tous ceux qu'à fon Empire il n'avoit pas
foumis .
Bien- tôt du Peuple Juif méditant la conquête ,
Dans les vaftes projets , il n'eft rien qui l'arrête;
Il s'avance , & par tout guidé par fa fureur ,
Il fe plaît à femer l'épouvante & l'horreur :
Il arrive , il combat , fes troupes triomphantes
Difperfent d'Ifraël les cohortes tremblantes ;
Tout fuit à fon afpect ; preffez de toutes
parts ,
Les Juifs n'ont contre lui que de foibles remparts
;
Et la valeur des fiens croiffant à fon exemple .
Il les force , & bien - tôt penetre juſqu'au Temple
:
A l'aspect du butin , fes avides Soldats ,
Portent dans le faint Lieu l'horreur & le trépas.
Tu le vis , Ifraël , tu vis ce témeraire ,
Prophaner du Très-Haut l'augufte Sanctuaire ,
Enlever tes tréfors , fur les mêmes Autels ,
Où l'on facrifioit au Maître des Mortels ,
A d'infâmes Démons il offrit des victimes :
Pour forcer tes enfans aux plus horribles crimes
;
Il ofa...mais qui peut retracer fans horreur ,
Les funeftes effets de fa noire fureur ?
Vers ce Roi facrilege un Saint Vieillard * s'avance
,
Sa démarche, fon air, tout marque fa naiſſance;
Le Pontife Eleazar,
Miniftre I. vol.
120 MFRCURE DE FRANCE .
Miniftre du Seigneur , fon zele , fa vertu ,
Faifoient l'unique eſpoir d'Ifraël abatu ;
Des Préceptes divins , obſervateur fidele ,
Aux ordres du Tyran fa foi fe renouvelle.
Antiochus affecte une tendre pitié ,
Plus dangereufe encor que fon inimicié ,
Il le flatte , il le plaint ; fes perfides careffes ,
Joignent pour l'ébranler la menace aux promeffes
;
Le voyant inflexible , il étale à fes yeux ,
Des plus cruels tourmens l'appareil odieux ;
Mais envain. Ce Héros d'un regard intrépide
Avec un fier mépris voit le glaive homicide ,
Et bravant les Bourreaux prêts à trancher fes
jours ,
Il ofe au Roi barbare adreffer ce difcours .
Prince , ou plutôt Tyran , toi dont l'aveugle
rage ,
Porte jufqu'en ces lieux l'horreur & le carnage
:
Toi ! qui viens fous l'effort des tourmens rigoureux
,
D'immoler fans pitié nos Peuples malheureux ,
Crois tu d'un Dieu puiffant éviter la vengeance?
Crois-tu qu'enfin laffé de ta vaine infolence ,
Il ne s'apprête pas à punir tant d'horreurs ?
Frémis : tu vas fentir le poids de tes malheurs .
En vain le coeur faifi d'une frayeur mortelle ,
I. vol.
Τα
JUIN. 1729. II2T
Tu voudras ...
à ces mots une rage nouvelle,
Tranfporte le Tyran , il ordonne aux Soldats
De lui faire éprouver le plus cruel trépas.
Teint de fon fang , il part , il revoit la Syrie ;~
Mais Judas échappé de fa noire furie ,
De délivrer les Juifs , forme l'heureux deffein ;
Dieu Vinfpire , il anime & fon coeur & fa
main ;
Appaifé par les pleurs d'un Peuple humble &
fincere ,
Ce Dieu , ce Dieu vengeur , calme enfin ſa
colere :
Judas par fon fecours furmonte Gorgias ,
Nicanor & Seron , Baccides , Lifias ,
*
Tout lui cede ; des fiens il foutient le courage
Et les retire enfin d'un honteux efclavage.
Bien tôt de ces exploits répandus en tous lieux,
Antiochus apprend le détail odieux ;
Ses Generaux vaincus , fa honte trop certaine ,
Tout ranime à l'inſtant fon infolente haine ;
Il frémit ! quoi , ce Peuple affervi tant de fois ,
Dit-il , ofe braver ma vengeance & mes Lois ?
Les traîtres périront ... animé de colere ,
Il monte fur fon Char... où vas - tu , témeraire?
Arrête , c'en eft fait, tu n'as plus qu'un inftant,
Tu vas fentir d'un Dieu le courroux éclatant :
Reconnoît ton erreur , répare ton offenſe ;
Mais non tu vas tomber fous fa jufte vengeance,
* General d'Antiochus,
I. vol.
II
7122 MERCURE DE FRANCE.
Il frappe , tu péris , & ton Regne eſt paſſé.
De fon Char à l'inftant ce Prince eft renversé ,
Et foudain penetré d'une douleur amere ,
Son corps entier n'eft plus qu'une effroyable
ulcere :
Le dirai-je ? des vers naiffent de toux côtez ,
D'une infernale odeur , les fiens font infectez ,
Tout l'abandonne : alors reconnoiffant fon
crime ,
Du celefte courroux il fe voit la victime ;
Ce Prince qui vouloit domter tout l'Univers
,
Et tranfporter les Monts , & commander aux
Mers ;
Soumis , humble & tremblant , implore la
clémence ,
D'un Dieu dont il venoit de braver la vengeance
;
Promet de rendre aux Juifs & leurs biens & la
Paix ,
De combler leur Pays de fignalez bienfaits ,
D'adorer le vrai Dieu , de rétablir le Temple :
Mais du divin courroux : ô ! redoutable exemple
!
Ce Dieu , ce jufte Dieu , qui fçait fonder les
coeurs ,
* Ifque qui fibi videbatur etiam Fluctibus Maris
imperare , fupra humanum modum fuperbia
repletus , Montium altitudines in ftaterá
appendere , nunc humiliatus , & c. Machab.
1. 2. Cap. 9. Verf. 8.
I. vol. Voit
JUIN.
1123
1729.
Voit d'un oeil irrité fes perfides douleurs ,
Et cet impie enfin frémiffant de furie ,
Vomit avec horreur fa criminelle vie.
Par M. Richard de Ruffey , de Dijon.
XXXXXXXXXXXXXXX
M.de
EXAMEN de quelques Manufcrits .
fur fainte Marie- Magdeleine , où fans
déguifer qu'une partie des Traditions des
Provençaux eft plus ancienne que
Launoy ne l'acrû , on revient à fon fentiment
& l'on prouve que l'étendue du
culté de cette Sainte dans les Eglifes de
France, a dû venir ou directement de l'Orient
, ou de Vezelay , & non pas de la
Provence. Par M. L. B. C. D.
Vous
Ous engagez , Monfieur , tous vos
amis à l'occafion de l'Infcription
trouvée à Autun le 20. Juin 1727. à
s'expliquer de vive voix ou par écrit fur
un article important des fentimens de
M. de Launoy. Cet article eft celui - là
même qui fait le fujet de la croyance des
Eglifes de Provence. Le Public ne peut
être furpris qu'en qualité de Marfeillois ,
vous vous y foyez intereffé , puifqu'il
s'agit de fçavoir fi l'on eft bien fondé à
croire que fainte Marie Magdeleine &
1. vol. D Sa
1124 MERCURE DE FRANCE .
S. Lazare foient venus de leur vivant
habiter à Marfeille ou dans les environs.
la
Je fuis perfuadé de votre amour pour
Patrie ; mais auffi je ne doute aucunement
que vous n'ajoûtiez interieurement ces
trois mots d'un ancien : Magis amica
veritas.
J'ai lû & relû les Differtations de M. de
Launoy , & je ne vois pas comment je
pourrois embraffer un autre fentiment
que le fien. C'eft celui auquel reviennent
les Eglifes qui depuis cinquante ans ou
environ , ont corrigé leurs Brevïaires ,
enforte que dans toutes ces Eglifes on
regarde comme des Docteurs furannez
ceuxqui s'avifent de rebattre ce que le Pere
Guefnay, Jefuite , a crû pouvoir oppofer à
M. de Launoy , tantôt fous le nom de
Pierre Henry & tantôt fous celui de Denis
de la fainte Baulme. On y lit avec
plaifir les deux Ecrits latins de M. de
Launoy ,lorfqu'on veut voir le fujet traité
avec étendue & avec tout le feu dont
eft capable un Docteur qui refute des
Fables , & on renvoye aux deux Lettres
de ce Docteur inferées dans les derniers
Mercures de l'année 1723. ceux qui veulent
voir fimplement un précis de l'état
de la queſtion & des preuves dont étoit
rempli l'Adverfaire des Traditions Provençales.
1. vel.
Qui
JUIN. 1729. 1125
Qui ne voit en effet , qu'il faut des preu
ves plus anciennes que le treiziéme fecle
pour détruire une Tradition bien ante-
Tieure , laquelle a eû cours en Occident
comme en Orient. Cette Tradition porte
que S. Lazare eft mort dans l'lfle de Cypre,
& les Occidentaux même ajoûtoient
qu'il y a été Evêque. Les variations fur
le lieu de fon Epifcopat en Orient , loin
d'être favorables aux idées des Provençaux
, leur font contraires , puifque venant
des anciens Voyageurs aux lieux
Saints , elles font voir qu'ils avoient oui
dire en differens lieux que S. Lazare avoit
paffé le refte de les jours dans l'Orient
& qu'on étoit bien éloigné de croire qu'il
fût venu mourir de ſa ſeconde mort dans
la Provence.
Un Moine François , appellé Bernard
par le P. Mabillon , qui alla à la Terre-
Sainte vers l'an 870. témoigne qu'on tenoit
par
tradition que S. Lazare avoit été
Evêque d'Epheſe pendant quarante ans.
Qui Lazarus dicitur poftea extitiffe Epif
copus Ephefiorum annis quadraginta fac.
M.Bened.part.1.p.525.D'autres croyoient
plus communément que c'étoit dans l'Ifle
de Chypre qu'il avoit été Evêque, & cela fe
débitoit encore au XIIe fiecle , cent ans ou
fix- vingt ans avant Vincent de Beauvais .
Telles étoient les Traditions que les Orien-
I. vol. Dij taux
1126 MERCURE DE FRANCE .
taux avoient communiquées à ceux d'Occident
avant l'étenduë énorme du Maho
metiſme. Aujourd'hui qu'ils font trop éloi.
gnez de ces anciens, temps , ils font veritablement
trop peu au fait de la difcuffion
& de la critique pour être écoutez.
Les continuelles perfecutions qu'ils ont
effuyées & le peu de cours qu'ont eu chez
eux les Livres depuis quelques fieclès
leur ont fait quelquefois adopter des Occidentaux
leurs plus proches voisins , des
Traditions oppofées à celles de leurs prédeceffeurs.
Ces Traditions viennent , felon M. de
de Launoy , de Vincent de Beauvais . L'attribution
de cette époque frappe tout auffitôt
ceux qui font attention à la multitude
d'Ecrivains crédules qu'il y eut au XIII
fiecle ; mais je ne puis vous cacher que
l'origine de l'hiftoire de fainte Magdeleine
arrivante à Marseille eft plus ancienne. Je
la lis dans des Manufcrits plus anciens de
deux cens ans que Vincent de Beauvais.
11
peut fe faire que M. de Launoy a voulu
dire que ce Dominicain eft le premier
Ecrivain connu ou imprimé qui ait débité
ces fortes de faits , ou qui ait fait venir
S. Lazare & fainte Marthe avec elle à
Marfeille , & qui ait expoſé au Public une
vie de fainte Marthe , où toute la Fable
fe trouve reünie pour fuppléer à ce qui
1. vol. fembleit
JUIN. 1729 1127
fembloit manquer dans la legende de
Sainte Magdeleine ; mais je ne croirai jamais
que ce foit Vincent de Beauvais qui
le premier ait fait aborder en Provence
fainte Magdeleine . On débitoit cela longtemps
avant qu'il fût venu au monde.
Vous prendrez ceci pour un Paradoxe,
lorfque vous le confererez avec le but de
ma Lettre , j'ai en vûë de vous prouver
que ce n'eft pas de la Provence que vient
Pétendue du culte de cette Sainte , & cependant
je ne diffimule pas de faire remonter
le plus haut qu'il eft poffible & plus
haut que n'a fait M. de Launoy, la fauffe
opinion qui dit que de la Palestine elle
vint en Provence ; mais ne perdez point
de vûë ce que j'ajoûte. J'efpere montrer
dans une autre Lettre que ces Monumens
ne méritent aucune croyance fur des faits
fi éloignez , dès - là que fur des faits plus
récens ils fe trompent très lourdement .
La difcuffion des Manufcrits fera le principal
fondement de celle - cy. J'en connois
deux fort beaux dans nos quartiers , ils
font in folio & ont été écrits à la fin du
XIIe fiecle , & quoiqu'ils ayent été à l'ufage
de deux Eglifes affez voiſines , ils
rapportent les mêmes faits fouvent avec
differentes expreffions. Les Préfaces & les
tranfitions qui font auffi differentes que
l'arrangement des Miracles , qui termi-
4.1. vol. D iij nent
1128 MERCURE DE FRANCE :
nent chacun de ces Manufcrits , indiquent
fuffifamment que l'un n'a pas été tranfcrit
fur l'autre. Ils ont été fuivis en gros par
nos abbreviateurs du XIII fiecle , dont j'ai
auffi trouvé deux Manufcrits . Il feroit à
fouhaiter que les fçavants Jefuites d'Anvers
, continuateurs de Bollandus , en euffent
fait la difcuffion . Il y a cela de remarquable
dans ces deux Manufcrits qu'ils
font voir fenfiblement que la fable ne s'étoit
d'abord infinuée que quant au voyage
de fainte Magdeleine, & que ce ne fut que
par la fuite qu'on y ajoûta le voyage de
S. Lazare & de fainte Marthe.
Je vais d'abord vous faire remarquer
les principaux points dans lefquels ces
deux grands Manufcrits conviennent enfemble
, & enfuite en quoi ils font differens.
Aucun de ces deux ne fait mention de
Marcelle ni de Syntiche , ni l'un ni l'autre
ne parle de l'Epifcopat de S. Lazare
en Provence , ni ne dit qu'il ſe foit embarqué
avec la Magdeleine , non plus que
fainte Marthe : ces deux Manufcrits font
partir fainte Magdeleine feule avec faint.
Maximin , qualifié l'un des 72. Difciples
& la mettent fur la Mer , non pas dans
un Vaiffeau abandonné , mais comme partiroient
à l'ordinaire des perfonnes qui
voudroient fuir la perfecution . Aucun
des deux ne dit que fainte Magdeleine
1. vol.
fe
JUIN. 1729. 1129
fe foit retirée dans des Deferts pour y
faire pénitence ; mais fans défigner le lieu
de fon décès ils difent tous les deux qu'après
la mort S. Maximin Evêque d'Aix
l'inhuma : In honorifico Manfoleo , conf
truens fuper locata membra mirabilis architetura
Bafilicam . Puis ils ajoûtent :
Monftratur autem Sepulchrum ejus ex
candido marmore habens fculptum in
ipfe qualiter ad Dominum in domo Simonis
venit , &c. Que S. Maximin voulut
être inhumé auprès d'elle , & qu'il y fut
en effet, inhumé, que ce lieu eft fi refpecté
depuis ce temps-là , qu'aucun Roi ni Prince
n'ofe y entrer qu'avec les derniers fentimens
d'humilité. Les termes de l'Ecrivain
font finguliers . Qui locus poftea tante
religionis eft habitus ut nullus Regum ac
Principum , nec aliquis feculari pompa
præditus , Ecclefiam illorum beneficia petiturus
ingredi audeat , donec priùs depofitis
armis animique belluinâ pofthabitâ fe
rocitate , fic demum cùm omni humilitatis
devotione intro eat.
"
Ces deux Manufcrits rapportent enfuite
également avec une fauffe date la
Tranflation du Corps de fainte Marie-
Magdeleine à Vezelai . Ils la fixent à l'an
749. en difant que ce fut fous le Regne
de Louis & de Charles fon fils , & pour
s'excufer dans cette Chronologie , dont on
I. vol.
avoit
D iiij
1130 MERCURE DE FRANCE.
avoit lieu de fe défier , l'un des Manufcrits
ajoûte un plus minus . » Un Comte
"très- puiffant , difent - ils , appellé Gerard,
» ayant bâti plufieurs Monafteres , en fit
>> faire la Dédicace par la Pape Jean , qui
» vint alors en France , à la priere du Roi
» & à la fienne ; & ce Pape étant de re-
»tour à Rome , envoya differentes Reli-
- >ques à ces nouvelles Eglifes ; mais après
» un certain temps, deficiente Regum Fran-
»corum valitudine , des Barbares vinrent.
>> d'outremer & détruifirent le Monaftere
» de Vezelay , qui étoit un de ceux que
>> Gerard avoit bâtis fur le bord de la Ri
» viere de Cure. Après l'expulfion de ces
>> Barbares , le Monaftere fut rebâti plus
>> haut fur la Montagne voifine , lous.
» le nom de Notre- Dame & de S. Pierre ,
»qu'il portoit auparavant. Environ dans
»ce temps là des troupes de Sarrazins ,
>> forties d'Espagne , ravagerent les Villes
>> de la Provence , entre autres la Ville
»d'Aix , en punition des pechez des ha-
>> bitans . Le Comte Gerard & Eudes , Abbé
» de Vezelay , fçachant que le Corps de
fainte Marie- Magdeleine étoit dans cette
>> Ville , y envoyerent un Religieux appellé
» Badilon. Ce Moine s'informa fur le lieu
»où pouvoit être le Maufolée de la Sainte ;
» il le trouva dans la Sacriftie ou Trefor
»de la principale Eglife , & il le reconnut
ם כ
I. vol.
22 2
JUIN. 2179. 1131
1
>> pres ,
à la fculpture qui réprefentoit comment
» elle effuya les pieds de N. S. chez Simon,
>> & comment Notre Seigneur lui apparut
après fa Refurrection . Après avoir bien
pris les mesures pour s'emparer des Offe
» mens fans en parler à perfonne , il rom-
» pit le Maufolée du côté des pieds , & il
» y apperçût le Corps dans toute fa lon-
»> gueur , la peau encore fur les os. La nuit
» fuivante il fit fon coup , & ayant enve-
» loppé le faint Corps dans des linges proil
le chargea fur un Chariot. Il
étoit fort intrigué de ne pouvoir pas
» mieux cacher l'enlevement de cette Reli-
» que , que les Aromathes avoient renduë
nferme & , folide & par confequent hors
» d'état d'être mise en plus petit volume
fans lui faire violence . Il vint à Nîmes
» & étant entré avec les gens dans une
» Eglife , ils difloquerent le Corps Saint ,
» mettant d'un côté les petits Offemens ,
» & les grands de l'autre.Etant devenus par
» là moins gênez , ils avancerent plus vite
» vers Vezelay , jufqu'à une demie lieue
» de l'Abbaye . L'Hiſtorien dit que c'étoit
à un endroit appellé le Coudrier de Bar
dilon , Coriletus Bedilonis . Que là les Of
femens commencerent à devenir fi pefans
qu'il fut impoffible au Chariot d'avancer.
Cela laiffe à penfer une chofe que l'Hif
Loire n'oublie pas de marquer ; fçavoir ,
1. vol.
que
D v
[1132 MERCURE DE FRANCE
que les faintes Reliques fembloient four
haiter qu'on vint au - devant d'elles . On
y vint , en effet , avec le ceremonial convenable
, & elles furent dépofées dans l'Eglife
de S. Pierre & S. Paul le 19. Mars.
C'est ici que l'Hiftorien commence à
rapporter les Miracles qu'elles opererent,
& depuis cet endroit je trouve plus de
difference dans les deux Manufcrits . Je
fais cet Extrait d'autant plus volontiers
qu'on ne le trouve pas fi au long ni dans
Vincent de Beauvais , ni dans Jacques de
Voragine , ni dans Pierre de Natalibus , &
que le Manufcrit de Seclin , dont le font
fervis les Bollandites , paroît ne pas renfermer
ce détail . J'ai outre cela une copie
autentique d'un Manufcrit de l'Abbaye de
S. Pierre de Châlons en Champagne , qui
rapporte les mêmes faits , quoique fouvent
avec des circonstances plus détaillées
& en d'autres termes. Je les ai vû auffi
rapportez en mêmes termes que
font nos
Manufcrits , dans un volume de l'Abbaye
de S. Benoît fur Loire , écrit au moins
dans l'onziéme fiecle . Cod. 204. & j'ai
tout fujet de croire que ceux que le Pere
Alexandre Dominicain cite comme appartenant
à l'Eglife de Senez & au Prieuré
de Merlou en Beauvoifis , font de la même
efpece , & traitent des mêmes chofes à peu
près de la même maniere.
La voli
QuoiJUIN.
1729 1133
Quoique j'aye appris depuis peu que
les fçavans continuateurs de Bollandus ,
n'ajoûtent aucune foi à cette Hiftoire du
tranſport de notre Sainte de Provence à
Vezelay , je ne puis cependant m'empêcher
de dire qu'il ne s'enfuit pas de- là qu'il
n'y ait rien du tout de vrai dans tout
ce qu'elle renferme . Elle ne peche point
par le fondement , mais feulement par les
circonftances dont on l'a revêtue & par
les époques qu'on y a marquées . On entrevoit
que le fondement de cette Hiftoire
a été qu'on tenoit par tradition à Veze-
Jay que le Corps de la fainte Femme
de l'Evangile qu'on y poffedoit , avoit été
apporté pat un Moine appellé Badilon
& que les fauffetez dont elle eft accompagnée
, viennent de ce qu'apparemment
cette Hiftoire ne fut rédigée par écrit que
long- temps après ; c'eft- à dire , lorfque le
concours augmentant à Vezelay eut fait
changer l'ancien nom de cette Abbaye
en celui de fainte Marie - Magdeleine . Ce
qui étant , on ne doit plus être étonné
qu'il s'y fût déja gliffé de fauffes Traditions.
Le Recueil que ces Manufcrits du XII.
fiecle compofent touchant fainte Marie-
Magdeleine , confifte en quatre Ouvrages
differens. Le premier eft un Sermon
fur cette Sainte, fans nom d'Auteur , mais
J. Vola
Dvj que
1134 MERCURE DE FRANCE:
que le Pere du Bois , Celeſtin , à découvert
être de S. Odon de Cluny , par un
Manufcrit de l'Abbaye de S. Benoît fur
Loire. On peut le voir dans le Bibliotheca
Floriacenfis. Le fecond eft une Relation
du départ de cette Sainte de la Paleſtine
avec un S. Maximin , & fon arrivée en
Provence ; avec un abregé des actions de
ces deux faints Perfonnages. Le troifiéme
Ouvrage est une Hiftoire de l'enlevement
des Reliques de fainte Magdeleine , de
la reception qui en fut faite à Vezelay ,
ainfi que j'ai déja dit. Le quatrième enfin
rapporte les Miracles operez à Vezelay
par l'interceffion de la Sainte.
Les Intereffez dans toute cette Hiltoire
paroiffent être uniquement les
Religieux de Vezelay ; & je ne doute
pas qu'ils ne foient les Auteurs de cette
compilation, ou qu'elle n'ait été faite à leur
priere. Mais je dis auffi fur le premier Ouvrage
qu'il eft remarquable que S. Odon
qui vivoit affez avant dans le dixiéme fiecle,
ait évité d'entrer dans aucune circonftance
de la vie de fainte Marie- Magdeleine
depuis la Refurrection de Notre Seigneur.
Le fecond Ouvrage eft felon moi ,
d'un autre Auteur & très -hardi & trèsignorant.
Il dit dès le commencement ,
que ce qu'il va rapporter n'eft qu'un Extrait
de ce qui fe lit plus au long dans
1. vol.
une
JUIN. 1729 1135
une Vie de l'Evêque S. Maximin . Ce prétendu
Extrait le trouve dans des Manuf
crits de la fin du Xe fiecle ou du XIe fiecle
commençant , tel qu'eft celui de l'Ab.
baye de Fleury , que j'ai vû & tenu , ainſi
il a dû être compofé au plus tard dans le
Xefiecle , auquel regnoit une grande ignorance.
Sçavoir , fi c'eft en Provence ou en
Bourgogne qu'il a été fabriqué , c'eſt ce
qu'il eft difficile de décider . Je fuis plus
porté à croire qu'il a été rédigé en Provence
, fans que les Moines de Vezelay y
ayent aucunement contribué . Les Moines
vivant en ce lieu au Xe fiecle avoient vû
les contemporains de S. Badilon , & ils
étoient trop peu éloignez du temps de l'a
reception du S. Corps , pour ajoûter foi
à un homme qui auroit dit l'avoir enlevé
d'un Tombeau de la Ville d'Aix . Mais
comme les copies de cet Extrait fe multiplierent
au XI . & XII fiecle , on les vit
auffi inferées alors dans les Manufcrits à
la fuite du Sermon de S. Odon , & elles
pafferent par tout à la faveur de cet Ouvrage
Moral auquel on les joignit.
Le troifiéme Ouvrage a dû être compofé
à Vezelay , ou par ordre des Moines
de ce lieu. Mais il paroît bien que l'on
n'avoit fourni à l'Auteur aucune époque
de la fondation qui fût tirée des Archives
de ce Monaftere. Cet Ouvrage ayant ap-
1. val.
paremment
1136 MERCURE DE FRANCE :
pas
paremment été écrit fur des oui dire , qui
changent & qui varient de bouche en
bouche , il ne faut pas être furpris qu'il
foit rempli d'anachronifmes , & que I'Ecrivain
fe foit trompé dès la premiere époque
qu'il affigne. Il fait regner Louis le
debonnaire 90. ans plutôt qu'il n'a regnés
il avancé d'autant pour le moins le Pontificat
de Jean VIII. il n'a
été plus
heureux fur l'époque des changemens arrivez
à Vezelay. Sçachant feulement en
general que l'Abbaye avoit été d'abord
fondée fous le nom de N. Dame , & igno
rant que ce furent des filles qui y avoient
demeuré dès l'origine , qui fut vers le milieu
du IXe fiecle , il l'a fait ravager par
les Barbares , qu'il dépeint comme s'il
vouloit parler des Normands , & qu'il ne
craint point de rendre contemporains des
Sarrazins . C'eft ainfi que les lieux où il
fe faifoit beaucoup de Miracles étoient fujets
à avoir des Ecrivains d'une ſcience
très bornée & d'un génie crédule , qui
confondoient & mêloient tout , fans s'enrbaraffer
de l'exactitude , pourvû qu'ils
écriviffent du merveilleux : de là vint que
d'autres encore plus mal inftruits affurerent
que ce fut un Drocus , Roi de Bourgogne
qui fonda ce Monaftere de Vezelay ,
& y mit le Corps de fainte Marie . Magdelaine
.Votre Noſtradamus eft de ce nombre.
*. vol.
Aux
JUIN 1729% 713
Aux fautes ci deffus rapportées de
l'Ecrivain de Vezelay , il faut ajoûter la
principale qui confifte en ce que parlant
du corps de fainte Madelaine apporté par
Badilon , il dit qu'il avoit été tiré de Provence
où il ne fut cependant jamais , fi
ce n'eft peut être en paffant , au cas que
ce Religieux ait traverfé cette contrée ,
en venant de la Paleſtine ; & pour mieux
colorer l'origine de ce tranfport , il faitbeaucoup
valoir un ravage de la Ville
d'Aix par des Sarrazins , ne craignant
point d'affurer que les carnages qu'il
pouvoit avoir vu ailleurs commis par les
Normans du Xe fiécle , étoient une fuite
des mêmes qui furent faits en Provence.
Je ne fuis donc nullement étonné que les
Jefuites d'Anvers regardent cette Hiltoire
comme fabuleufe , ainfi que vous
me le mandez . Vous m'euffiez fait plaifir
de m'apprendre fi au moins ils n'avouent
pas qu'un Badilon a apporté des environs
de Jerufalem dans la Bourgogne le corps.
de celle des Soeurs de S. Lazare qui s'appelloit
Marie , & qu'il étoit excufable
alors de furnommerMagdelene . C'est tout
ce que je crois qu'on doit retenir de l'Hiftorien
anonyme de Vezelay, dont je viens
de réfuter l'ouvrage. Je pourrai décou
vrir avec le temps ce que c'eft que l'endroit
qu'il appelle Coriletns Badilonis ,
For Volo. &
138 MERCURE DE FRANCE.
& s'il en refte des veftiges . Je m'en tiens
pour la verité du fait principal à la chro
nique de Baudri , Evêque de Noyon
écrite au X I. fiécle , & à l'acte de la demande
que les Moines de Vezelay firent
en 1221. aux Chanoines de Leufe en
Hainaut , de leur accorder des Reliques
de S. Badilon , qui leur avoit apporté ,
difent ils , le corps de leur fainte Patrone
, ainfi qu'à la découverte que Guy
de Mello , Evêque d'Auxerre fit en 1265.
de la Charte du Roy de France , contemporain
de Badilon , lequel avoit nom
Charles , & qui fit mettre fon Sceau
Royal à ce Titre trouvé alors avec les
Offemens de la Sainte. Il étoit certain
qu'un Roy Charles avoit confirmé la premiere
fondation de Vezelay : l'Acte a été
publié par Dom Luc Dachery à la fin de
fon Guilbert de Nogent ; il n'étoit pas
moins veritable qu'un Roy Charles avoit
auffi fait munir de fon Sceau les Reliques
de la Sainte apportées par Badilon ; mais
dans les fiecles où l'on ne fçavoit pas
diftinguer ces differens Charles , on at
tribuoit fouvent à Charlemagne ce qui
n'avoit été fait que près de quatre -vingt
ans après par Charles le Chauve , & au
regne de Charles le Chauve , ce qui n'étoit
arrivé que quarante ans après fous
celui de Charles le Simple ; de-là vient
1. vol.
que
JUIN. 729. 1139
que la petite Chronique de Vezelay que le
Pere Labbe a donnée au I. Tome de fa
Bibliotheque de Manufcrits , n'a redreffé '
qu'en partie les erreurs de la Legende
hiftorique que je viens de critiquer fous
le nom de trôifieme Ouvrage de la compilation
de nos Manufcrits.
Le reste pour le prochain Mercure.
!YA YA YA YA YA YAYAYAYAYAY
A. S. A. S. M.
Ennemi
VERS.
Nnemi du loifir fterile ,
Qu'au fein de la grandeur , on fuit fi rarement,
Vous aimez chaque jour que d'un fpectacle
utile ,
Minerve à votre efprit , offre l'amufement .
Dans le fuprême rang où le Ciel vous fit
naître ,
L'Art de remplir les jours eft un bien étranger.
Les Princes rarement s'empreffent de connoître
,
1
Les dons , ces dons heureux qu'ils doivent
proteger.
Souffrez que Polymnie , empreffée à vous
plaire ,
Par des objets rians amuſe vos defirs ;
C'est bien fouvent du choix de nos plaifirs ,
1. vol. Que
1140 MERCURE DE FRANCE.
Que dépend netre caractere.
En vain par fes fecrets dévoilez à vos yeux ,
A vos plus doux regards , Minerve ofe prétendre
,
C'eft à certain enfant , fur tous les autres
Dieux ,
Que vous aurez toûjours plus de graces à
rendre.
L'HY MEN
DE L'AMOUR ET DE PSICHE
SCENE I.
Jupiter & l'Amour.
Jupiter.
Aimable enfant , Jupiter eft touché ,
Des fenfibles regrets que vous faites entendres
Parlez , que faut- il entreprendre ?
Je flechirai Venus , Je vous rendrai Pfiché
Quelles barbares injuftices ,
Le fort exerce fut vos voeux ?
De l'Univers vous faites les délices ,
Et vous ne feriez point heureux ?
L'Amour.
Pfiché fans art , fans foins , a le fecret de plaire;
Le don de tout charmer eft dans fes propres
traits ,
Et c'est un crime que ma mere ,
Ne lui pardonnera jamais.
1. vol.
Jupiter
JUIN. 1729 : 1141
Jupiter.
La fuperbe Venus ignore
Quel eft Jupiter irrité ;
Je veux humilier l'orgueil de fa beauté.
L'Amour.
Non , fon cruel dépit redoubleroit encore ,
N'employons que des ſoins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle,
Qu'il eft une Mortelle ,.
Que lui préferent tous les coeurs.
Le charmant Adonis que j'ai bleffé pour elle,
Peut feul adoucir fes fureurs.
N'employons que des foins flateurs ,
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle,
Qu'il eft une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ,
Elle vient , Adonis lui parle de fa flamme ;
Elle aime , fon courroux doit s'éteindre en ce
jour :
Dans le trouble charmant d'un mutuel amour;
Quel autre fentiment peut regner dans une
ame ?
Jupiter & l'Amour.
Elle aime ; fon couroux doit s'éteindre en ce
jour.
1. vol.
SCENE
142 MERCURE DE FRANCE
SCENE II.
Venus & Adonis .
Venus.
Non , le Dieu Mars n'eft plus l'Amant qui
m'intereffe ;
D'un vainqueur plus charmant j'ai fenti le
pouvoir.
Adonis.
Qui peut donc de Venus s'attirer la tendreffe >
Venus.
N'avez-vous pû vous en appercevoir ?
Adonis.
Eh ! par quel bonheur fuprême ,
Aurois- je droit de lire au fond de votre coeurt
Non, je n'ofe fçavoir quel eft votre vainqueur,
Si je ne l'apprens de vous- même ?
Venus.
Helas ! ce qu'on cache à regret ,
Aifément fe fait entendre :
Et vous fçauriez déja tout mon fecret ,
Si votre coeur m'aidoit à vous l'apprendre,
Adonis.
Ah ! fi j'en crois mon coeur , j'ai fçû vous enflammer
,
De la plus fidele tendreffe.
1. vol.
Venus:
JUIN. 1729. 1143
Venus.
Je ne puis plus cacher le penchant qui me
preffe ,
Trop aimable Adonis , répares ma foibleffe ,
A force dem'aimer.
Ensemble.
Mon coeur s'offre à ta puiffance ,
Amour , lance tous tes traits :
Quel bonheur a plus d'attraits',
Que d'aimer d'intelligence.
Adonis.
Quel Dieu que votre fils ! quel charme il fçait
répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
L'excès de mon bonheur ne fçauroit fe comprendre.
Quel Dieu que votre fils ! quel charme il fçait
répandre,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Helas ! ce Dieu charmant , par vous - même
outragé ,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en eft- il vengé ?
Ce que vous aimez vous adore.
Rien n'ole vous troubler dans un bonheur fi
doux.
Pourriez-vous bien le dérober encore ,
A ces mêmes plaifirs qu'il a verfez fur vous ?
I, vol. Venus.
144 MERCURE DE FRANCE .
Venus .
Non , je confens qu'une Mortelle ,
Reçoive tous les voeux que j'avois réunis.
Je poffede le coeur du charmant Adonis ;
C'eſt mille fois triompher d'elle.
SCENE III.
Venus , Adonis , Jupiter , l'Amour
& Pfiché.
Jupiter.
Qu'une Divinité nouvelle ,
Joüiffe parmi nous d'un éternel bonheur :
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
Venus , Adonis , l'Amour & Jupiter.
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
Venus.
Hymen , l'Amour vous appelle .
Pour couronner une fi belle ardeur.
Jupiter , Venus , Adonis .
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
I. vol.
L'Amour
JUIN
.
1145
1729.
L'Amour.
Belle Pfiché , que mon fort eſt charmant !
Votre coeur s'abandonne au penchant qui
m'inspire ;
Non , l'Amour ne connoît le prix de fon Empire
,
Que depuis qu'il eft votre Amant .
Pfiché.
Vous me cachiez l'éclat de votre rang fuprême,
En m'offrant vos premiers voeux ?
Ah ! je devois juger à l'excès de mes feux ,
Que j'adorois l'Amour même.
L'Amour & Pfiché.
Goutons nos plaifirs fans ceffe ,
Sans jamais les trouver moins doux ;
Que notre égale tendreffe ,
Soit immortelle comme nous.
Venus.
Déeffe charmante ,
L'Amour eft bleffé de vos coups ,
Son pouvoir s'augmente ,
En le partageant avec vous.
Quel coeur lui feroit rebelle ;
Pour triompher de la Terre & des Cieux ,
Il n'a befoin que des yeux ,
D'une Epouſe fi belle .
1. vol. Venus
1446 MERCURE DE FRANCE :
Jupiter , Venus , Adonis .
Qu'une Divinité nouvelle ,
Jouiffe parmi nous d'un éternel bonheur ;
Pfiché , du Dieu d'Amour fçait enchanter le
coeur ,
Elle eft digne d'être immortelle.
Ces paroles ont été mises en Muſique.
XXX:XXXXXXXXX : XXX
REPONSE de M. du Palfroy écrite
de Rouen le 14. Avril 1729.à la Lettre
de Montpellierfur la tranfmutation des
Métaux.
dans le der- nier Mercure une Lettre touchant la
Tranfmutation des Métaux . Celui qui a
écrit cette Lettre paroît ne vouloir prendre
aucun parti touchant la poffibilité ,
ou l'impoffibilité de la Pierre des Philofophes
d'où je conclus qu'il penfe plus
fainement que ceux qui fe font un mérite
de traiter cette matiere de puerilité , fans
vouloir réfléchir , que l'hiftoire nous fournit
un nombre de perfonnes fçavantes &
connues pour des génies fupericurs , defquels
nous avons appris que la fin de la
véritable Phifique devoit être la con-
•
I. vol.
noiffance
JUIN . 1719.. 1147
noiffance de la Médecine univerfelle .
Pour moi , au hazard d'être condamné ,
je vous prie de me permettre l'envoy que
vous fais de mon fentiment , touchant
la queftion , fçavoir , fi le Mercure des
Philofophes eft une eau mouillante les
mains , ou s'il a la forme du Mercure
соттип.
Premierement , je penfe qu'il y a de
deux fortes de philofophes ; les premiers
qui travaillent au feu commun , & par
fon action fe Aattent de trouver le fecret
de la Tranfmutation des Métaux .
Par des raiſons évidentes , j'en ai détrompé
quelques-uns des plus obftinez s
mais plus dociles que le Pere Bernardus
Pénotus , auquel avant fa mort , toutes
fes experiences ont fait dire dans une douleur
amere : Tempus & oleum perdidi. Ce
n'eft point à ces Meffieurs que je compte
de parler. J'adreffe ma réponſe à un Philofophe
, que je crois être de ceux qui
fçavent que la Piere des vrais Philofophes
eft un fouphre vivant , animé par un
Mercure celefte , & incorporé avec un
Sel le plus pur & le plus fixe de la Nature
, qu'une legere portion de ce tout
étant doucement uni au Principe vital
d'un Animal , un Végétal , ou un Mineral ;
il l'augmente , le fortifie ; & en chaffant
toutes les impuretez , il a la vertu de met-
I. vol .
tro E
2148 MERCURE DE FRANCE .
tre les corps dans l'état parfait de leur
nature .
J'ajoute à cela que le Mercure des Philofophes
eft triple , qu'il doit contenir
dans les principes un Mercure animal ,
végétal & mineral .
En fecond lieu , que ce Mercure doit
être vivant & vivifiant , par conféquent
qu'il doit être préparé , non par le moyen
du feu commun , qui eft fon fratricide
mais par la voye feule de la nature , &
être animé par la feule influence celefte .
Troifiémement , je foûtiens que l'humidité
fous laquelle cette Influence eft voilée
, eft la plus fubtile & la mieux purifiée
de la nature.
Ces principes joints à une expérience
que j'ai vû faire fans frais à un veritable
Sçavant , mé font dire avec verité , que
dans un fens allégorique le Mercure des
Philofophes moüille les mains ,
mais que
dans le fens réel , ce n'eft autre chofe
qu'une vapeur élevée , purifiée & animée
par un feu celefte , claire comme un
diamant , & que fi - tôt qu'elle trouve le
moindre paffage pour entrer dans l'air ,
elle s'envole au Ciel , d'où il s'enfuit que
jamais aucun homme n'a pû s'en moüiller
les mains.
Il eft cependant vrai que quand cette
vapeur fe coagule dans le vaiffeau , elle
1. vol.
form:
JUIN. 17297 1149
forme une espece d'eau très claire , laquelle
flue par boulettes à - peu- près comme
le Mercure commun avec la même
difference entre l'un & l'autre , que
celle qui le trouve entre les corps humains
vivans fur la terre , & ceux , lefquels
étant reffufcitez & glorieux , fubfilteront
dans la lumiere éternelle.
Et comme je croy M. Floran trèsfçavant
, puifqu'il paffe droit au Mercure
des Philofophes , je le prierois à mon tour
de me communiquer ce qu'il penfe de la
riche miniere , d'où l'on peut tirer le fouphire
, le fel & le Mercure des Philofophes
, & comment il fe peut faire qu'une
même fource renferme toutes les perfection
de la Nature. Permettez , Monfieur ,
à un inconnu de fe dire avec toute l'eftime
poffible , & c.
REPLIQUE de M. le Franc à M.
du Palfroy , touchant la Tranfmutation
des Métaux , & la Questionfur le Mercure
des Philofophes .
E vous envoye , Monfieur , une réponíe
à la Lettre de M. du Palfroy
il ne répond point précisément à la queftion
propofée dans le Mercure du mois de
Mars dernier , où M. Florent demande
fimplement aux perfonnes verfées dans la
I. vol.
E ij lecture
1150 MERCURE DE FRANCE .
1
lecture des Ecrits des Philofophes , de décider
par des paffages de ces mêmes Philofophes
, fi le Mercure double ou leur
Mercure eft une eau qui moüille, ou non ;
c'eft ce que l'on ne trouve point dans la
réponſe de M. P. il ne raporte aucun
paffage fur cette question , & c'eft - là de
quoi il s'agit ; l'on ne prétend point examiner
ni prouver fi la tranfmutation eft
poffible , s'il y a une Médecine univerfelle
ou non , le croira qui voudra ; felon
M. F. Il demande uniquement des paffages
des Philofophes les moins fufpects ,
qui décident fi leur Mercure eft une cau
moüillante ou non , felon eux , ou felon
leur doctrine : voilà l'état de la queſtion .
Tous les raifonnemens vagues fur cette
matiere font inutiles , l'on en pourroit
remplir des volumes fans rien décider ;
on fe difpenfera donc de répondre aux
queftions de M. D. P. elles font étran
geres à ce que l'on propofe , d'ailleurs
affez dignes d'attention , pour n'être point
paffées fans décifion . Les queftions de M.
D. P. pourroient faire foupçonner qu'il
ignore peut-être l'ufage du Mercure des
Philofophes , & c'eft-là la clef de l'Art &
le fujet de toutes leurs Enigmes. Il femble
que M. D. P. va décider ce dont il
s'agit , lorfqu'il dit. Premierement, je penfe
qu'il y a deux fortes de Philofophes , les
1. vcl.
premiers
JUIN. 1729. 1131
premiers qui travaillent avec le feu , &
les feconds , avec quoi travaillent- ils ? il
n'en dit rien , non plus que de la quef
tion propofée. M. D. P. parle fort de
l'Influence celefte , qu'est- ce qu'il entend
donc par là ? En trouve - t'on chez
les Marchands , puifque Philalethe dit
que pour un florin l'on a affez de matiere
pour animer deux livres de Mercure
, quand M. D. P. parlera comme
les Philofophes , on lui répondra , pourveu
que ce foit fur des queſtions apuyées
fur des paffages de ces mêmes Philofophes
.
M. D. P. demande d'où l'on peut tirer
le fouphre , le Sel & le Mercure des Philofophes
, on ne feroit qu'initié à l'A ,
B , C , fi l'on étoit embaraffé fur cette
queftion , en faififfant donc l'efprit de M.
F. on le fait une loi de ne citer que les
Philofophes ; ainfi Bazile Valentin répondra
à M. D. P. fur la propre queſtion .
Voici le paffage , il eft dans l'avant- propos
de fes douze Clefs. » Or , mon_amy ,
» afin que je t'enfeigne d'où cette femence
» & cette matiere eft tirée , fonge en toimême
à quelle fin es ufage tu veuxfaire
» la Pierre; alors tufçauras qu'elle ne s'ex-
» trait que de Racine métallique , ordonnée
» du Créateur à la generation feulement des
» Métaux. J'attefte le Souverain Dieu que
1. vol.
"
E iij
» la
1152 MERCURE DE FRANCE.
la part où se trouve l'Ame Métallique
» l'Esprit Métallique & le Corps Métalli-
» que s'y trouvent auffi infailliblement
» Argent vif, le Souphre & le Sel Mé.
» tallique , lefquels néceffairement ne sçau-
» roientfaire qu'un corps parfait Metalli-
» que. Voilà un Philofophe non fufpect
qui répond mot à mot à tout ce que M.
D. P. défire de fçavoir. J'ay l'honneur
d'être , & c .
A Paris le 27. May 1729 .
SUITE des Logogrifes Arithmetiques.
77. Logogrifes de deux nombres ou de
deux fons , répondant à la table des fons,
donnée dans le dernier Mercure du mois
de Septembre dernier.
Les deux nombres enſemble retranchés de
la fomme des quarrés de ces mêmes nombres ,
on trouve 782. pour refte , & étant ajoutés au
plan de l'un par l'autre , on trouve 389. Quels
font ces deux nombres !
EXPLICATION du Logogryphe
du mois d'Avril.
Enfin j'ai deviné l'Enigme , m'y voilà.
Un Sacrifice honore un Dieu comme Isabellei
Le dégré de l'amour ſe meſure par
là
1. vol.
Qu'on
JUIN. 1729. 1153
Qu'on l'obtient d'autant mieux que l'on eft
jeune &
Paffons au dénouement ; Sacrifice
belle.
déja
De fyllabes contient tout autant qu'étincelle ;
Il renferme trois mots en lui retranchant fa ,
Dont chacun vient à part fraper notre prunelle.
Le cri dans la furprife , ou dans la douleur s'
offre .
Je dis naïvement , fi du vuide d'un coffre,
Ou d'un mets dégoûtant , ou d'un verre d'eau
plein,
Le Pronom ce , démontre , ainfi qu'une Pu
celle
Seul il ne fert de rien , le mariant foudain ,
Sur fon utilité perfonne ne chancelle.
Explication de l'Enigme du même
Mercure.
QUel trifte temps que le Carême ,
Nous avons tous un air plus blême
Que des Chanteurs de Libera ;
Mais taifons-nous , Pâques s'approche ,
J'entends déja fonner la cloche
1. vol.
Eiiij Qui
7154 MERCURE DE FRANCE :
Qui nous annonce Alleluia.
Fr. Mar. Nic.
Le mot du Logogrife de May eft
'Moulin. Un Moulin à caffé : mou de
veau , lin , nil . On a dû expliquer les
Enigmes par le Verluifan & le Raifin.
LOGOGRIPHE par Mademoiselle.
Mon
**
On nom est étranger , cinq pieds font
ma mefure ;
Qui de fuite à l'envers forment un mot latin ;
Ma plus groffe moitié , du côté de la fin ,
Du bon fens nous produit une choſe trèsdure.
Eftant priſe à rebours , comme au commencement
,
Elle eft alors un inftrument.
De mes lettres d'abord je t'ai donné la lifte .
Lecteur , une de moins , c'eft un Evangeliſte ;
Tranche le chef prefentement ,
Et c'eft une arme offenfive à l'inſtant ,
De laquelle , fans trop te donner la torture ;
Tu pouras faire en tranfpofant
Un mot qu'autrefois vainement
De notre langue on a tâché d'exclure.
1. vol. Dans
JUIN. 17297 1155
Dans mon premier état veut- on me replacer ?
Si-tôt que ma fin on efface ,
Qu'aux deux moitiez pour lors on fait changer
de face ,
Il refte un mot latin bien doux à prononcer.
Supprime de ce mot encore la derniere ,
Et la reconnoiffance y paroît toute entiere
En féparant ces deux juftes moitiez ,
L'une c'est un Pronom l'autre étant renverfée
,
>
Eft la felicité d'une ame intereffée.
Et le dernier effort enfin de mes cinq pieds.
MI
ᎣᎣ ᎣᎣ ᎣᎣᎣ d
ENIGM E.
Ille mouvemens nous font naître ,
Souvent entre les mains d'Iris ;
Quelquefois des doigts moins polis
Travaillent à nous donner l'être.
Nous recévons d'un autre Maître ,
Et le fard & le coloris ,
Qui nous rendent les favoris
De tous ceux qui veulent paroître
Nous fommes d'utiles prifons ,
Pour les Captifs que nous tenons
Plus de la moitié de leur vie.
1. vol. Ev Lecteur
1156 MERCURE DE FRANCE .
Lecteur, ne nous élevez pas ;
Le fort veut que nous foyons bas
Chez Tirfis , comme chez Silvie.
Par M de Bellefont de Vernon .
XXXXXXX :XXXXXX :XX
NOUVELLES LITTERAIR ES
DES BEAUX ARTS , & c.
ELEMENS de l'Hiftoire de France &
Romaine de la Geographie , de la Fable
& du Blafon . Tome I. contenant l'Hiftoire
de France & la Géographie. Tome
II. contenant l'Hiftoire Romaine , la Fable
& le Blafon. A Paris , grande Salle
du Palais , chez Theodore Legras. 1729.
in- 12 . de près de 1200. pages ; les 2..
vol. fans les Tables qui font fort amples.
CerOuvrage nous paroît également méthodique
& bien écrit. La Préface ne le
groffit point du tout. Elle fuffira en la
mettant ici toute entiere pour faire connoître
le Livre , & pour en faire fentis
P'utilité la voici.
Lorſque l'on s'eft propofé de donner
au Public cet ouvrage , on n'a eu en vûë
que de trouver un moyen facile pour apprendre
l'Hiftoire de France . On a cru
qu'il étoit neceffaire de rapporter les faits
Aa Vala
les
JUIN. 1729. 1157
les plus confiderables & les particularités
les plus effentielles de la vie des Rois &
des Reines de France , depuis leur avenement
au Trône , jufqu'à leur mort.
On a fur -tout confideré la portée de l'efprit
des jeunes gens qui fe rebutent au
moindre obftacle qui fe trouve dans ce
qu'on veut leur faire apprendre. Ainſi
pour applanir ces difficultez , on a recueilli
de plufieurs Auteurs qui ont écrit
fur l'Hiftoire de France , ce qu'on a jugé
de plus neceffaire pour l'inſtruction de
ceux qui voudront s'y appliquer. On
peut dire encore de cet abregé , qu'il
n'intereffe pas moins la jeuneffe , que ceux
qui font plus avancés en âge ; que les Curieux
prendront plaifir à le lire , & qu'il
ya bien des particularitez qu'ils trouveront
du premier coup d'oeil. Mille gens
d'ailleurs , en lifant l'Hiftoire , ne fçavent
ce qu'ils doivent retenir ou remarquer ,
pour mettre leur lecture à profit , & l'on
peut dire à l'avantage des Abregés , qu'il
n'y a rien qui établiffe mieux dans l'elprit
l'ordre fucceffif des temps & des
faits dont une hiftoire eft remplie.
Le 1.volume contient l'abregé de l'Hifzoite
de France, depuis Pharamond jufqu'à
Louis XV. avec la vie des Reines , une
Defcription exacte & curieufe des quatre
parties du monde , précedée d'une
1. vol. Evj
idéo
1158 MERCURE DE FRANCE.
idée generale de la Géographie , & d'une
explication des termes qui lui font propres.
Le fecond comprend l'Abregé de
I'Hiftoire Romaine , depuis Romulus ,
jufqu'à l'Empereur Charles VI . avec les
Elemens de la Fable & du Blafon.
Tâchons de rapporter quelques faits
qui puiffent faire juger de l'Ouvrage,
Cherebert huitiéme Roi de France , ou
Caribert époufa une femme nommée Ingoberge
; par dégoût ou autrement , il la
quitta , pour fatisfaire une violente paffion
, dont il ne fut pas affez le maître. La
Reine avoit auprès d'elle pour la fervir
deux foeurs d'une naiffance très - baffe , n'étant
filles que d'un fimple Cardeur de laine ;
mais leur grande beauté fuppléoit à la baſfeffe
de leur naiffance . L'une fe nommoit
Meroflede & l'autre Marcouvette, qui avoit
déja pris le voile . La Reine picquée d'u
ne extreme jaloufie contre le Roi & du
mépris qu'il faifoit d'elle , fit venir fecret- .
tement le pere de ces deux jeunes filles dans
le Palais , & conduifit le Roi dans la
Chambre où ce Cardeur de laine travailloit
de fon métier ; pour faire connoître
à ce Prince la baffeffe & la honte de fon
attachement ; mais cet artifice fut inutile.
& ne guérit point la paffion du Roy.
Louis I. furnommé le Debonnaire ,
25° Roi de France & Empereur d'Oc-.
I. vol.
cident
JUIN. 1729 : 1157
cident , fils de Charlemagne , à qui il
fucceda en 814. ne fe contentoit pas des
foins de regler fon Etat par rapport aux
affaires temporelles , il les étendoit julques
fur la difcipline Ecclefiaftique pour
le Reglement des Clercs & des Moines
de fon Royaume. Ce Prince pieux convoqua
une Affemblée à Aix la Chapelle
au mois de Janvier de l'année 817. On
y fit de beaux Reglemens pour la conduite
& la réformation des Chanoines ,
pour retrancher les abus du Clergé , &
principalement la fimonie qui étoit fort
en ufage en ce temps -là parmi les Ecclefiaftiques
du Royaume. Les Clercs &
les Evêques étoient vêtus comme des
Guerriers , avec des habits de couleur ; ils
portoient le Baudrier , l'épée & le poignard
, avec d'autres armes offenfives &
deffenfives , comme des Capitaines , n'ayant
rien dans leur exterieur qui fe reffentit le
moins du monde de la modeftie Ecclefiaftique
.
On voit dans le 2. volume , page 17.
comment Scevola , jeune Citoyen Romain
, qui avoit tenté de tuer Porfenna ,
Roi d'Etrurie , & qui manqua fon coup, ſe
brûla la main , pour fe punir foi - même
d'une faute qu'on ne pouvoit lui imputer;
& pour intimider ce Roi , ennemi des
Romains , il lui dit que 300. jeunes gens
1. vol.
de
1160 MERCURE DE FRANCE.
de Rome avoient confpiré pour le tuer.
Comment Clelie, jeune fille avec plufieurs
autres , ayant été donnée pour ôtages
elle paffa le Tibre & fe fauva avec fes Com
pagnes ; mais les Romains les renvoyerent
toutes pour marquer leur bonne foi . Cette
action de génerofité toucha Porfenna &
l'induifit à faire la Paix avec les Romains .
Camille , General de l'Armée Romaine,
dans la guerre contre les Falifques , fit
une action de generofité qui defarma fes
ennemis. Un Maître d'Ecoles qui avoit
fous fa conduite tous les enfans des Familles
les plus confiderables , les amena
au General de l'Armée Romaine , dans
l'intention de les lui livrer , efperant d'avoir
une grande récompenfe de fa perfidie ;
mais ce genereux Romain ayant horreur
d'une action fi noire , les renvoya tous à
leurs parens , ne voulant point profiter
de la méchanceté de ce Precepteur. Cette
action de generofité toucha tellement les
Falifques , qu'ils ouvrirent les Portes de
leur Ville , & qu'ils fe foumirent de bon
coeur à la domination Romaine.
LES SCIENCES DE'V GILE'Es , démontrées
fi évidemment , que les perfonnes
qui ont le jugement formé , peuvent
les apprendre en peu de temps , fans le
fecours d'aucun Maître & fans aucun dé-
1. vol.
Langement
JUIN. 17297 1161
rangement de leurs occupations ordinaires,
& que l'on peut enfeigner aux enfans
dans leur bas âge : avec des Projets d'é
tabliffemens qui intereffent la Religion ,
les Souverains , la Nobleffe & tout le
Public. Par M. de Vallange . A Paris
ruë S. Jacques & Quai des Augustins
chez Cl. Jaubert & Ant. Gandoin , 1729 %
Brochure in 12. de 48. pages fans l'Epitre
à la Reine & quelques Avis.
à
Les bonnes intentions de l'Auteur pour
l'avancement des Sciences , éclatent pref
que à chaque page de cet Ouvrage . Son
deffein , en attendant l'execution de tous
fes projets , eft de rendre les Sciences auffi
communes que la clarté du Soleil , & il
ne demande à ceux qui veulent les apprendre
, que la même attention qu'ils
donneroient au jeu qu'ils aimeroient le
mieux ne defirant rien tant que d'em
ployer les talens qu'il a reçûs du Ciel ,
la fatisfaction de fon prochain ; quand les
choles font trop hautes , dit- il , j'ai foin
de mettre des marche- pieds pour y atteindre
plus facilement. Mais M. de Vallange
ne fe borne pas aux Sciences feulement
propres à orner l'efprit , il va plus loin.
Dans la Philofophie Politique , que je ferai
imprimer en peu de temps , pourfuit - il,
on trouvera des moyens d'augmenter
les richeffes & la puiffance des Souve
La Vola Lains
162 MERCURE DE FRANCE.
rains , en augmentant le bonheur de leurs
Sujets. On trouvera dans cette Philofophie
un grand nombre de découvertes
que j'ai faites , propres à augmenter le
bonheur de chaque Pays . Viendra enfuite
ma Philofophie Economique , où je donnerai
un très grand nombre de moyens
chaque Particulier d'augmenter la fortu
fes facultez & fon bonheur .
ne ,
NOUVELLES DECOUVERTES EN
MEDECINE , très utiles pour le Service
du Roy & du Public . Par M. de Marconnay
, &c. A Paris , rue de la vieille
Bouclerie, chez Giffay in 12. de 200. pag.
METHODE POUR ETUDIER L'HIS
TOIRE , avec un Catalogue des principaux
Hiſtoriens & des Remarques fur la bonté
de leurs Ouvrages , & fur le choix des
meilleures Editions. Par M. Langlet du
Frenoy. Nouvelle Edition , augmentée &
ornée de Cartes Géographiques. Quay
des Augustins , chez P. Gandoin , 1729 .
4. vol. in 4.
MEMOIRES Concernant la nature &
la qualité des Statuts diverfes Queſtions
mixtes de Droit & Coûtume , & la plûpart
des Arrêts qui les ont décidées . Par
M. Louis Froland , ancien Avocat au Par-
I. vol.
lement
JUIN. 1729. 1163
lement de Paris . Au Palais , chez Bru
net , Nully , & c . 1729. 2. vol. in 4.
A
REFLEXIONS de M. de Barras , fur
ce qui a été inferé au Journal de Trévoux
de Janvier 1729. Art. VII. Brochure
in 12. de 14. pages . De l'Imprimerie de
Charles Ofmont , ruë S. Jacques.
TRAITE DE L'UNIVERS MATERIEL
ou Aftronomie Phyfique , &c.
Le deffein de l'Auteur eft d'établir que
le Soleil & toutes les Etoiles fixes ont
chacun un Tourbillon d'un efpace limité,
que les matieres qui compofent & rempliffent
chacun de ces Tourbillons , font
differens les uns des autres , & que celles
d'un Tourbillon ne peuvent paffer dans
un autre ; que dans le Tourbillon du Soleil
comme dans les Tourbillons des Etoi.
les fixes , il y a des Planettes qui ont chacune
un Tourbillon , dont les matieres
qui le compofent , ne peuvent fe mêler
avec celles du Tourbillon du Soleil ni
avec celles des Tourbillons des autres Planettes
.
Il pofe quatre matieres differentes dans
chaque Tourbillon , diftinctes les unes des
autres. La premiere eft la feule qui a du
mouvement , mais un mouvement perpetuel
qui ne ceffe point ; c'eft cette pre-
I. vol.
miere
1164 MERCURE DE FRANCE .
miere feule qui communique du mouve
ment aux autres matieres , & qui caufe la
pefanteur ; la feconde mife en action par
la premieee , caufe la lumiere. La troiléme
, qui eft l'Air , fait le corps de tout le
Tourbillon , & caufe le bruit & le fon.
La quatrième , c'eft la Terre & toutes les
matieres qui la compofent.
Il fait voir dans le Chapitre de la Pefanteur
, pourquoi une plaque de Plomb
étant pofée de niveau , ne pele pas plus
que pofée fur un côté : pourquoi le Mercure
fe foutient dans le Barometre jufqu'à
certaine hauteur ; pourquoi il s'éleve
plus haut dans un temps clair & ferein
, que dans un temps humide , &
pourquoi il baiffe étant pofé fur le haut
d'une Montagne , & fait fentir en mêmetemps
que l'Air , bien loin d'être pefant ,
foulage & alege les corps qui y font
plongez.
Dans l'article de la Lumiere , il montre
comment plufieurs yeux fituez en diffe
rens endroits , peuvent voir toutes les par
ties d'un même objet ; comment les rayons
du Soleil échauffent & forment du feu par
le moyen d'un Verre lenticulaire & d'un
Miroir ardent . Comment ce feu fe com .
munique & s'augmente ; comment fe forment
la flâme & les figures qu'elle fait ;
comment la chaleur le porte au de- là des
4
I. vol. limites
JUIN. 1729 1165
limites de la flâme ; comment un charbon
de feu , la cendre & la fumée le forment
auffi . Pourquoi une chandelle éclaire ; ce
que c'eft que le fon ; comment il le fait fe
entendre & fe répand à differentes diftances;
ce que c'est que l'odorat , le goût
& le toucher .
器
Si cet Ouvrage eft reçû favorablement ,
M. Petit promet d'expliquer enfuite ce
que c'est que le Tourbillon de la Terre
& les Tourbillons des autres Planettes
qui nous font connuës ; comment on peut
déterminer leur étenduë ; ce que c'est que
le Ciel de chaque Planette ; comment celui
d'une Planette ne fe mêle pas avec celui
d'une autre Planette ; pourquoi une
Planette eft plus ou moins éloignée du
Plan de l'Ecliptique du Soleil ; pourquoi
fa révolution périodique n'eft pas circulaire
, mais Elyptique , & pourquoi le Soleil
n'eft pas au centre de l'Elypfe de ce
mouvement périodique ; pourquoi Venus
qui eft plus groffe que la Terre & que
Mars , eft cependant moins éloignée du
Soleil ; ce que peuvent être les Comettes
& où elles font fituées ... Pourquoi la
face de la Lune eft toûjours tournée du
côté de la Terre ; quels font les jours dans
la Lune , leurs differentes durées , & qu'il
n'y a point de nuit fur les Poles de la Lune
... Comment fe peuvent faire le flux
1. vol.
1166 MERCURE DE FRANCE .
& le Reflux de la Mer , quand même il
n'y auroit point de Lune. Pourquoi le Flux
& le Reflux font à peu près reglez fuivant
le mouvement de la Lune ... Il donnera
les moyens de fçavoir l'heure du Flux &
du Reflux , même des Marées , fans avoir
befoin de connoître le mouvement de la
Lune , &c . Ce petit in 12. de 23 4. pages ,
fans l'Epitre & la Préface , fe vend à Paris
, rue S. Jacques , chez J. Villette ,
fils , 1729.
THEMISTO CLE , Tragedie. Par
L. P. F. J. dédiée au Duc de Retz , Pair
de France . A Paris , ruë S. Jacques
chez Joffe , fils , fur l'imprimé à Lyon
1729. in 8. On trouve chez le même Libraire
la Tragedie d'Oepipe, du même Auteur.
Il répond dans une Lettre de 12. pages
aux Critiques qu'on a faites de la Piece.
Cette Lettre eft très bien & très folidement
écrite , eft proprement la Préface de
ce Poëme ; elle peut même paffer à quelques
égards , pour un petit abregé du Poëtique.
On trouve à la fin un fuccint Argument,
des cinq Actes de la Tragedie en'
cette maniere.
1. L'arrivée de Thémistocle à Suze , produit
fa reconnoiffance avec Miltiade.
2. Sa reconnoiffance avec Miltiade , pro-
I. vol.
duít
JUIN. 1729 . 1167
3 .
duit celle de Xerxès & de Thémistocle.
La Reconnoiffance de Xerxès & de
Themistocle , produit pour Thémistocle
le péril de la vie.
4. Le péril de fa vie produit le péril de
fa vertu .
5. Le péril pour fa vertu produit la réfolution
du Heros ; & la réfolution produit
la catastrophe . Mais donnons un peu plus
d'étendue à cet abregé, & difons quelque
chofe de plus précis du fujet de ce Poëme
pour en faciliter l'intelligence.
Argument de la Tragedie.
Themistocle , banni
fes
par les Athéniens ,
pour s'être rendu trop redoutable par
victoires , cherche un azile dans la Cour
de Xerxès . Il y trouve heureuſement le
fils du grand Miltiade. Ce jeune Athénien
, devenu Favori du Roi , prie Artaban
, fon premier Miniftre , de le prefenter
à fon Maître , fans pourtant lui apprendre
fon nom. Artaban déclare à Témistocle
qu'il faut qu'il fléchiffe les genoux
devant Xerxès. Ni ce Heros , ni
Miltiade n'y peuvent confentir . Miltiade ,
au refus d'Artaban , fe réfout à le prefenter
lui-même . Artaban en eft irrité . On
vient lui annoncer que deux Envoyez arrivent
de la Grece , l'un d'Athénes & l'au-
1. vol. tro
1168 MERCURE DE FRANCE .
tre de Sparte. 11 fort pour aller fçavois
quel foin les amene à Suze.
ACTE I I.
Xerxès dit à Miltiade qu'il confent à
voir l'Etranger , mais qu'il veut , pour ob
ferver la loi , qu'il lui foit prefenté par
Artaban fon premier Miniftre. Artaban
prefente Themistocle à Xerxès . Ce Grec
refule de fléchir les genoux devant le Roi;
Xerxès picqué de ce refus , lui dit qu'à
peine difpenferoit- il de ce devoir Themiftocle
lui-même ; à ce nom Themifto-"
cle le fait connoître . Xerxès admire la
generofité avec laquelle fon plus mortel
ennemi lui vient livrer fa tête . Il ordonne
qu'on l'obferve. Miltiade en eft allarmé;
mais Xerxés le raffure & lui fait entendre
qu'il eft defarmé par fa vertu . Les Satrapes
viennent recevoir les ordres de leur
Roi ; ils le profternent devant lui. Xerxès
leur dit qu'il embraffe la deffenfe de
ce même Grec dont il avoit mis la tête à
prix . Il ordonne qu'on le faffe rentrer ;
il le comble de faveurs , & charge Miltiade
du foin de veiller à la feureté. Artaban
vient déclarer à Xerxès que tout
Suze murmure de l'appui qu'il prête à
Thémistocle ; & que fur tout la Princeffe
fa fille ne peut contenir fa douleur en
voyant le meurtrier de fon Epoux & de
1. vol.
fes
JUIN. 1729 1169
fes Fils , échapper à fa vengeance . Xerxès
fait connoître qu'il ne craint que les pleurs
de la fille . A peine eft- il forti que Roxane
entre ; elle fe flatte d'attendrir fon coeur
& d'en obtenir la vengeance qu'elle de
mande .
ACTE III.
Artaban fonde avec adreffe le coeur de
Parmenis , Député de Sparte & le trouvent
auffi méchant que lui , il lui fait entendre
que Xerxès ayant accordé fa protection
à Thémiftocle , on ne peut le faire
périr que par un complot fecret ; Parmenis
lui promet de confentir à tout , pourvû
que Sparte foit vengée . Il n'en eft pas
de même d'Ariftide ; il frémit au nom de
crime. Il fait plus , il avertit Thémistocle
de fe tenir en garde contre des attentats
qu'on peut former pour lui ôter la vie .
Xerxès vient donner audience aux Ambaffadeurs
d'Athénes & de Sparte, & veut
que Thémistocle foit prefent . Ariftide redemande
Thémistocle au nom d'Athénes,
mais plutôt en Ambaffadeur qu'en ennemi.
Xerxès lui répond qu'il portera luimême
fa réponſe auxAthéniens, les armes
à la main. Roxane paroît en deüil . Elle
demande la tête de Thémistocle au Roi
fon pere ; à peine a- t- elle appris qu'il eft
prefent , que ne pouvant foutenir la vûë,
I. vol.
elle
1170 MERCURE DE FRANCE .
elle s'évanouit. Xerxès attendri , lui pro
met de la venger.
ACTE IV.
Parmenis dit à Artaban que Thémiſtocle
ne peut lui échapper, & que vingt bras
font déja prêts à lui ôter la vie , mais
qu'ils n'oferoient rien tenter fans un ordre
de fa main. Artaban lui promet tout ,
& le preffe d'aller faire executer ce qu'il
a fi heureuſement projetté ; Parmenis fort.
Miltiade inftruit du complot tramé contre
Thémistocle , en vient faire de fanglants
reproches à Artaban , comme en étant
l'Auteur. Artaban fe juftifie le mieux qu'il
peut. Ariftide vient avertir Miltiade qu'on
à voulu affaffiner Thémistocle , & que
Roxane lui a prêté un azile dans fon Appartement.
Il fort avec Miltiade pour aller
approfondir l'affreux myftere de cet affaffinat.
Artaban eft confterné de ce qu'il
vient d'apprendre ; Parmenis au defefpoir
vient lui confirmer le mauvais fuccès de
fon entreprife. Il lui propofe de porter
Xerxès à confier à Thémiftocle le commandement
de fes Armées ; Artaban frémit
d'un confeil fi fatal à fon ambition .
Parmenis lui fait voir le fruit qu'il en peut
retirer, fondé fur le refus de Thémistocle :
il ne doute point que ce refus n'irrite Xerxès
, il ajoûte que quand même Thémif-
*
I. vol. tocle
JUIN. 17297 1171
tocle accepteroit le commandement contre
fes Citoyens , il n'en périroit pas
moins , après avoir perdu fa gloire . Artaban
va trouver Xerxès pour tenter ce
que Parmenis vient de lui propofer . Ariſtide
inftruit du complot de Parmenis ,
vient lui reprocher fa perfidie ; la converfation
eft vive d'une & d'autre part.
Roxane amene Thémistocle qu'elle veut
-elle- même prefenter à Xerxès ; elle lui
dit qu'elle n'en eft pas moins ardente à
venger fon Epoux & fes Fils , mais qu'elle
-ne fçauroit confentir à des affaffinats . Elle
entre chez le Roi. Thémiftocle chaffe Artaban
de fa prefence ; il méprife Parmenis
, & louë la generofité d'Ariftide . Xerxès
vient. Prévenu par Artaban , il offre
à Thémistocle le commandement de fes
armées , & le laiffe y rêver. Thémistocle
témoigne l'horreur qu'il a de la propofition
que Xerxès vient de lui faire ; l'amour
de la Patrie l'emporte fur la vengeance
qu'on lui offre. Il protefte de mourir
plutôt que d'y confentir , mais il veut
que fa mort foit utile à fes Citoyens , tout
ingrats qu'ils font.
ACTE V.
Thémiftocle commence ce dernier A& e.
Il s'applaudit en fecret d'avoir trouvé le
moyen d'accepter la demande de Xerxès ,
1. vol.
F
fans
1172 MERCURE DE FRANCE .
$
fans nuire aux Athéniens. Xerxès vient
chercher la réponſe en prefence de Miltiade
; Thémiftocle accepte le commandement
de fes armées , mais c'eft à condition
qu'il lui jurera de ne jamais porter
les armes fans lui contre les Grecs.Miltiade
fremit de ce que Thémistocle vient de
dire. Xerxès ordonne de dreffer l'Autel
qui doit recevoir le ferment que Thémiſtocle
exige de lui , & fort. Miltiade témoigne
la furpriſe à Thémistocle fur la
promeffe qu'il vient de faire à Xerxès.
Thémistocle le raffure auffi - bien qu'Ariftide
, qui arrive un moment après ; il
leur dit qu'il n'a jamais été plus fidele à
fa Patrie , qu'il va bien- tôt le paroître à
leurs yeux. L'Autel eft dreffé , le lâche
Parmenis eft prefent. Xerxès fait le ferment
que Themistocle a exigé de lui . Ce
Héros s'approche à fon tour de l'Autel ;
& adreffant fes voeux à fa Patrie , au lieu
de répandre la Liqueur facrée de la Coupe
, il la boit , au grand étonnement de
Xerxès. Il explique enfin ce myftere , &
fait connoître que la Liqueur qu'il vient
de boire a été empoisonnée à la faveur
de fon anneau qu'il a pris foin d'y tremper.
Xerxès reconnoît trop tard qu'il s'eft
fermé le chemin de la Grece par fon fatal
ferment. Il n'en admire pas moins la vertu
de Thémistocle ; Roxane même qui
1. vol.
vient
JUIN. 1729. 1173
vient demander la victime , la trouvant immolée
de fa propre main
refufer des pleurs .
ne peut lui
Pour donner une plus jufte idée de cette
Tragedie , il nous refte à en donner quelques
morceaux qui faffent juger de la
verfification.
Au 1 Acte , le jeune Miltiade , à
qui
Thémistocle ne s'eft pas encore fait connoître
, le loue , parlant à lui- même , &
le met prefqu'audeffus du grand Miltiade
fon pere : voici l'éloge qu'il en fait.
Mais depuis , trop fameux dans la paix , dans
la guerre ,
Thémistocle eft lui feul l'entretien de la Terres
C'eſt le Héros du Monde , & les yeux aujourd'hui
,
Ne font dans l'Univers attachez que fur lui.
Trois fois par ce Héros aux Rochers d'Arthe
mife ,
La Flotte des Perfans diffipée ou furpriſe ;
L'Empire de la Mer fi long- temps difputé ,
Enfin à fa Patrie acquis & merité ;
Xerxès glacé d'effroi fuyant vers le Boſphore,
Et jufques dans Sardis , pâle & tremblant encore
,
Les Mers de Salamine & celles de Naxos ,
Couvertes des débris de fes nombreux Vaiffeaux
...
Tant d'exploits étonnants , tant d'éclat , tant
de gloire,
Fij Ont
1174 MERCURE DE FRANCE :
Ont fait de Miltiade oublier la mémoire.
Thémistocle.
Les exploits de ce Grec jufqu'à vous parvenus ,
Je le vois bien , Seigneur , vous font affez
connus :
Mais ... que vous ignorez ſes maux !
Miltiade.
Comme mon pere,
A-t-il auffi des Grecs éprouvé la colere?
Themiftocle.
Thémistocle en horreur à ceux qu'il a fauvez ,
Contre fes triftes jours voit les Grecs foulevez,
Profcrit , perfecuté , fans ami , fans azile ,
Errant dans l'Univers, fuyant de Ville en Ville;
Tantôt des flots émus vil joüet fur les Mers ,
Et tantôt fugitif dans l'horreur des Deſerts ,
Cachant par tout le nom que lui fit Salamine ,
Ce nom jadis fa gloire , aujourd'hui fa ruine ,
N'ofant être lui- même , en un mot ; aujourd'hui
,
Du fils de Miltiade implore ici l'appui.
Artaban , premier Miniftre de Xerxès ,
au fecond Acte , prefentant Thémistocle
à fon Roi , veut l'obliger à fe profterner
à fes pieds :
Obéis Etranger , adore le grand Roi.
1. vol.
This
JUIN. 1729. 1175
Themistocle à Artaban.
Je n'ai point ici d'ordre à recevoir de toi.
A Xerxès.
Seigneur , daignez fufpendre une loi qui me
gêne :
Quand vous m'aurez connu , peut-être qu'avec
peine ,
Vos yeux me trouveroient à vos pieds abbattus
Athêne eft ma Patrie, & j'en ai la vertu .
Xerxès.
Je diftingue, il eft vrai , malgré toute ma haine,
Du refte de vos Grecs la vertueufe Athêne :
Mais d'un jufte devoir où tu crois t'abbaiffer ,"
Pour être Athénien te veux - tu difpenfer ?
A peine , au fouvenir de fa vertu fuprême ,
En voudrois - je affranchir Thémiftocle luimême:
Themistocle.
D'un Roifi genereux je n'attendois pas moins
Vous me difpenfez donc de ces ferviles foins.
Portez contre mes jours l'arrêt le plus fevere ;
Qui fauve ſa vertu n'a plus de perte à faire.
Roi , voici Thémistocle , & c.
Au 3 Acte , Artaban parlant à Ariftide ,
Ambaffadeur d'Athênes , veut l'animer à
perdre Thémistocle par quelque voye que
ce puiffe être ; le genereux Ariftide lui
répond ainfi : F. iij. Je
1176 MERCURE DE FRANCE :
Je ſuis Ambaffadeur & non fon ennemi.
De ma haine , il eft vrai , Thémistocle eft trop
digne ;
Objet infortuné d'une injuſtice infigne ,
J'éprouvai de fa main des coups plus furieux ,
Que l'on n'affecte ici de les peindre à mes
yeux ;
Mais , malgré mes malheurs , fufpendant toute
haîne ,
Je n'apporte en ces lieux que l'interêt d'A
thene .
Et comment mêlerois -je , injufte Citoyen ,
Sa querelle à la mienne & mon couroux au
fien ?
Le rang d'Ambaffadeur eft faint dans ma Patrie
,
C'eſt au pied des Autels qu'elle nous le confie ,
Un augufte ferment le confacre dans nous ;
Je le profanerois, y mêlant mon courroux !
Je viens venger la Grece , & non pas Arif
tide , & c.
Roxane , au 4 Acte , ayant fauvé Thémiſtocle
des Aſſaſſins qu'Artaban & Parmenis
, Envoyé de Sparte , avoient armez
contre lui , amene Thémistocle &
lui parle en ces termes :
Roxane à Thémiftacle .
Je veux au Roi moi - même te conduire ;
Je veux de leurs fureurs & me plaindre &
l'inftruire : Je
JUIN. 1729. 1177
Je ne fouffrirai point qu'un infame affaffin ,
Profane ma vengeance en te perçant le ſein :
Je veux un facrifice , & noble & legitime ,
Et je rougirois trop de le devoir au crime.
A Artaban.
Satrape , tu m'entends .
Artaban.
Oui , Madame , & de plus ,
Dans ces hauts fentimens j'admire vos vertus.
Roxane.
Ce ne font pas pourtant ceux que met en pra
tique ,
Dans fes lâches complots ta fombre politique
Artaban.
Qui ? moi ? ... Madame ....
Roxane.
Oui , toi. Je fçais tous tes deffeins ;
Que n'as- tu dérobé ton nom aux Aſſaſſins ?
Ils l'ont trop prononcé, ces cruels, ces parjures ,
Ce nom digne en effet de leurs bouches impures.
Quoy ? voulois-tu venger par un coup plein
d'horreurs ?
Les Mânes de mes fils honteux de tes fureurs ?
T'ai-je donné ces foins è la fille de ton Maîtré ,
A-t-elle ici befoin des lâchetez d'un traître ?
A Themistocle
Et toi , Héros fameux , étouffe un vain efpoiry
I. vol.
Fiiij
Malgré
1178 MERCURE DE FRANCE .
Malgré mes foins pour toi ,je ferai mon devoir;
Tu n'en feras pas moins, fi l'on cede à mes lar
mes ,
La victime amenée & düe à mes allarmes :
Au fer des conjurez j'ai voulu t'enlever ,
Pour fauver ma victime , & non pour te fauver
Si je n'euffe accouru , leur jaloufie extrême ,
T'immoloit à leur Sparte , & non pas à moimême
;
Cet interêt lui feul m'a fait te fecourir ;
Je perdois ma vengeance , en te laiffant perir ,-
& c.
Xerxes aus Acte , voyant que Themistocle
refufe le commandement de fes
Armées , le preffe de l'accepter , & Themiftocle
ne fe rend que d'une maniere.
utile à fa gloire & à la Patrie.
Xerxès.
Ouy,je te le redis ; je crains tout pour ta têtes
Ton ferment peut lui ſeul conjurer la tempête ;
Luy feul de mes fujets t'attirant les refpects ,
Ne te laiffe en ces lieux d'ennemis que tesGrecs
Themistocle.
Puifqu'à ce terme affreux ma fortune eft réduite
,
Il faut de vos Soldats accepter la conduite,
O crime !
Miltiade.
Jg vol
Themistocle
.
JUIN.
1729. 1179
Themistocle.
Mais avant que d'en donner ma foy ,
De la vôtre à mon tour j'ofe exiger , grand
Roy ,
Pour calmer dans mon coeur la crainte qui le
preffe.
Xerxès.
Parle ; qu'exiges- tu ?·
Themistocle.
Seigneur , une promeffe.
Sous un chef étranger, l'indocile Soldat ,
Ne va , vous le fçavez , qu'à regret au combat
De fon obéiffance il fe fait un outrage ,
Et mettoute fa gloire à manquer de courage.
Il fuit bien plus encor ce caprice odieux ,
Quand le Monarque abfent ne voit rien de fes
yeux ,
Et que loin des climats où combat fon armée ;
Il n'eft inftruit de tout que par la renommée .
Jurez-moi donc , Seigneur , que tant que les
deftins ,
Conferveront le fceptre en vos auguftes mains;
Jamais , malgré l'ardeur dont vôtre ame eft
faifie ,
Vous ne ferez fans moi la guerre à ma Patrie
A ce prix je fuis preft à me facrifier.....
Par cet heureux artifice , Themifto .
cle fauve la gloire & fa patrie , & Xerxès
1. vol.
Ev lig
1180 MERCURE DE FRANCE:
lié par un ferment inviolable , fe met
dans la neceffité de ne plus combattre les.
Grecs , ne le pouvant qu'avec Themiftocle
, qui s'empoiſonne au même Autel ,
témoin de la foy donnée & reçuë.
MEMOIRES pourfervir à l'Histoire
des Hommes Illuftres dans la Republique
des Lettres , avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages . Tom . V. à Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science
1728. in - 8 ° . pp. 408. fans les Tables.
per-
On voit par un court avertiffement
qui eft à la tête de ce Volume , les raifons
que l'Auteur a eües d'y inferer une
vie de Tite Live. Une perfonne d'efprit ,
dit il , & de mérite , s'étant donné la peine
de ramaffer plufieurs chofes curieufes fur
les anciens Auteurs , je me fuis laiffé
fuader qu'on ne trouveroit pas mauvais
que je joigniffe fon travail au mien. En
effet , quoiqu'il y paroiffe étranger , il ne
l'eft peut- être pas tant qu'on pourroit fe
l'imaginer. Ce que les nouveaux Auteurs
ont fait fur ces Anciens , a formé entre
eux une liaifon qui les rapproche & les
reünit en quelque maniere malgré la diftance
des temps. J'ai cru cependant devoir
né donner qu'une vie de ces Anciens
dans chaque Volume , pour ne point trop
remplir la place deftinée à d'autres moins 1. vol.
connus
JUIN. 1729. 1181
connus , & fur lefquels on fouhaite davantage
d'être inftruit . Si ce mélange
déplaît au Public , il fera facile d'y remedier
, & de fe conformer à fon goût.
Voici les noms des Sçavans , dont la
vie & le titre des ouvrages rempliffent ce
Volume.
MICHEL ANGRIANI. JEAN HUDSON.
JOSEPH ANTELMI. J. PIERRE MAFFE'E.
MARTIN ASPILCVETA PAPIRE MASSON.
LAURENT BELLINI.
GERARD DU BOIS.
JEAN B. BOISOT .
THEOPHILE BONET.
CHRISTOPHE CELLA
RIUS.
RICHARD
LAND.
CUMBER
FR. SERAPH . REGN .
DESMARAIS.
THOMAS ERPENIUS .
OTTAVIO FERRARI.
OCTAVIEN FERRARI .
EMILIO FERRETI.
MARSILE FICIN .
PH. DE LA HIRE.
FEUDES DE MEZERAI.
PIERRE PITHOU.
MELLIN DE S. GELLAIS.
DENIS DE STE, MARTHE
.
JEAN SELDEN .
ANTOINE TEISSIER.
JOSEPH TEXEIRA ,
TITE - LIVE.
AUGUSTIN VALERIO
HENRI DE VALOIS.
ANT. VARILLAS.
ANDRE VESAL.
FRANÇOIS VILLON.
JACQ. USSERIUS .
Nous ne parlerons dans cet Extrait'
que de ce que l'Editeur des Mémoires Y
rapporte de M. Hudlon , l'un des plus
fçavans Anglois de notre temps.
Jean Hudfon naquit à wedehop , prés
de Cockermouth , Ville de la Province
de Cumberland en Angleterre , peu de
I. vol.
Evj
temps
1182 MERCURE DE FRANCE:
temps après le rétabliffement de Charles
11. qui fe fit en 1660 .
Après avoir appris la Grammaire fous.
Jerôme Hechstetter , il alla en 1676. à.
Oxford , où il étudia la Philofophie dans
le College de la Reine , fous Thomas
Crofthwait , celebre en ce temps là par
fon fçavoir & fa civilité envers les Etran
gers.
L'application qu'il donna à la Philofophie
, ne l'empêcha pas de s'attacher auffi
aux Belles Lettres qu'il cultiva toute fa
vie avec beaucoup de foin.
Il fut reçu Maître ès Arts en 1684.8
peu de temps après Aggregé au College
de l'Univerfité , où il enfeigna pendantplufieurs
années la Philofophie & les Hu--
manités.
Il fucceda en 1701. à M. Hyde , dans
la Charge de Bibliothecaire de la Biblio .
theque Bodleienne , & il a confervé ce
pofte - là jufqu'à la mort . Il fut fait de plus
en 1712. Principal du College de la Ste..
Vierge , par le Chancelier de l'Univerfité,
à la follicitation de Jean Ratcliff , fameux
Medecin.
Son application à l'étude a abregé fes :
jours. Après avoir langui long- temps , il
fut enfin attaqué d'une hydropifie , dont
il eft mort le 27. Novembre 1719. agé.
d'environ 57. ans. Il avoit epouſé une
fille du Chevalier Harriffon. Cata
JUIN 1729. 1183.
Catalogue de fes Ouvrages .
1. M. Vellei Paterculi que fuperfunt ,,
Qxonia 1663. in - 8 . 2º. Edit. 1711-
Oxonia in - 8 ° . M. Hudfon n'a point mis..
fon nom à ces deux Editions . On trouve .
à la tête de la premiere les Annales Vel--
leiennes que M. Dodwel lui avoit com-.
muniquées ; mais l'Editeur a jugé à propos
de les retrancher de la feconde , parce
qu'elles avoient été imprimées féparément.
en 1698. Il a mis à la place deux Tables :
chronologiques , l'une de . Dodwel , & 、
l'autre de Cellarius ; les notes qui étoient ,
dans la premiere Edition ont été
tées dans la feconde..
1
augmen-
2. Thucydidis de Bello Peloponnefiaco ·
lib. VIII. Oxonie 1696. in-fol. Cette:
Edition eft fort belle & fort bien difpofée.
On y voit le Grec en longues lignes ,.
& en beaux caracteres au haut de la page,
& la Verfion Latine d'Emilius Portus en
deux colonnes au deffous , avec quelques
Notes fort courtes. Une chofe qui rend .
cette Edition encore plus recommandable
, ce font les années de la guerre de:
Peloponnefe , & celles des Olympiades ,
& de la fondation de Rome , que l'on
voit au haut de chaque page. C'eft Dodwel
qui en eft l'Auteur , & qui a publié dans
la fuite en 1702. à Oxford , les raifons
L...Vol.
de
1184 MERCURE DE FRANCE.
de cette Chronologie dans fes Annales de
Thucidide.
3. Dionyfii Halicarnaffei Opera omnia
grace & lat. cum Annotat. Oxonie 1704 .
in-fol. 2. Tom. On trouve dans cette Edition
, comme dans celle de l'Auteur précedent
, les années marquées au haut des
pages , felon la Chronologie de Dodwel ,
depuis le premier Confulat .
D
4. Geographia veteris Scriptores Graci
minores , græcè & lat. cum Differtationibus
, & Annotat. Henrici Dodwelli : accedunt
Geographica Arabica cum Notis
Oxonia 1698. 1712. 4. vol. in -89 .
Cette Edition eft accompagnée de plufieurs
Cartes Geographiques très- exactes.
5. Dionyfii Longini de Sublimitate Libellus
, cum Præfatione de vitâ fcriptis
Longini , Notis , Indicibus , variis Lectionibus.
Oxonia , 1710. in - 4 ° . It. 1718.-
in-8°. Cette Edition eft , fort belle. Les
Notes en font fort courtes comme toutes
celles de M. Hudfon.
6. Maris Atticista de vocibus Atticis,
Hellenicis Gregorius Martinus de
Gracarum Litterarum Pronunciatione, Oxonie
1712. in - 8 ° . p . 104. Cet ouvrage
de Maris , que plufieurs manufcrits nomment
Eumarides , quoiqu'affez connu par
Photius , & par les Citations de plufieurs
fçavans hommes , n'avoit pas encore été
1. vol. imprimé.
JUIN. 1729. 1183
:
imprimé. La Lettre de Gregoire Martin
n'y a été jointe que pour rendre le volume
d'une groffeur raisonnable. Martin y
deffend la Prononciation moderne de la
Langue Grecque , avec fçavoir & avec
efprit.
7. Fabularum Efopicarum Collectio quor
quot gracè reperiuntur : accedit Interpretatio
Latina. Oxonia 1718. in 8 ° . M.
Hudfon a fait cette Edition des Fables
d'Efope , pour l'ufage de ceux qui commencent
à apprendre la Langue Greeque.
2
8. Flavii Jofephi Opera, qua reperiri potuerunt
omnia ad Codd. Mff. diligenter
recenfuit. Nova Verfione donavit & Notis
illuftravit Joannes Hudjon : Oxonia.
1720. in-fol. 2. vol. Cette Edition eſt la
plus exacte qu'on ait de cet Auteur. Comme
M. Hudſon mourut lorfqu'elle s'imprimoit.
M. Hall (on ami a pris foin des
dernieres feuilles , & a mis àla tête la vie
de ce fçavant.
Cet article eft tiré de cette vie.
Nôtre Editeur auroit pû, fans doute, en
dire davantage , & ajouter d'autres éclairciffemens
fur les ouvrages de M. Hudſon,
principalement fur l'Edition de Jofephe.
Ce n'eft point à nous à y fuppléer. Nous
nous contenterons d'expliquer à nos Lecteurs
ce qu'il faut attendre par Geographica
Arabica qui fe trouve employé dans
1. vol
HSS MERCURE DE FRANCE.
le 4 Article du Catalogue cy - deffus . Ce
font trois ou quatre morceux importans
de Geographie peu connus des Européens ,
compolez par differens Auteurs Mahometans
, Le premier eft la Defcription generale
de l'Arabie , faite par le Sultan Ifmael
Abulfeda , avec la Verfion Latine de Jean
Grave , fçavant Mathématicien Anglois .
Le 2. eft la Defcription de la Tranfoxiane
du même Abulfeda. Le 3. & 4. Deux ,
Tables Geographiques ; l'une de Naffin
Eddin, celebre Aftronome Perfan , dreſſée
par l'ordre de Hulacou Kan , Empereur
des Mogols , petit - fils de Genghiscan vers
l'année 1259. de J. C. L'autre porte le
nom de Vlug - Beg. Prince Tartare & petitfils
de Tamerlan , lequel la fit dreffer à
Samarcande , Capitale de fes Etats, par les
plus habiles Aftronomes de fon temps , en
Bannée.1435 . Elles portent l'une & l'au
tre le titre de Zidge - Ilcani ou Ephemerides
Royales , & font en Perfan. Grave
qui avoit apris les Langues , en voyageant
dans l'Orient , publia à Londres la Traduction
Latine de toutes ces Pieces
1650. & 1652. mais fon ouvrage étant
devenu extrémement rare , on ne fçau
roit trop marquer de reconnoiffance à M.
Hulfon qui les a , pour ainfi dire , tirées
de l'oubli, en les failant imprimer avec des
Notes de la façon, fous le titre de Geogra-
A
; en
1
4
I. vol ..
phica
JUIN. 1729. 1187
• phica Arabica
eft parlé ci - deffus.
7
dans le volume dont il
Ajoûtons que l'attention de M. Huds
fon à donner le Texte Arabe d'Abulfeda ,
fur l'Arabe , tiré du manufcrit de Grave ,,
qui s'eft trouvé très correct , & en état
de fuppléer aux défectuofitez des autres .
manuſcrits , a été mise à profit par un Traducteur
François , qui a fait imprimer , *
en notre langue ce beau morceau de la
Géographie Hiftorique d'Abulfeda . 11:
s'eft fervi pour cela de l'Edition de M..
Hudſon qui lui a été communiquée par
M. l'Abbé Bignon , avec cette bonté
dont il honore tous les gens de Lettres ..
Nous fommes fâchés de ne pouvoir pas
nous étendre fur les autres articles de ce
V volume des Mémoires , & c . qui contiennent
beaucoup de chofes curieufes..
Celui de F. Eudes de Mezerai demande
une attention particuliere . Il nous eft revenu
de plufieurs endroits que quelques.
Lecteurs , trompez,fans doute , par quelque
conformité de nom , nous ont attribué la
vie de Mezerai , de laquelle cet article a
éré tiré. L'amour de la verité & la justice
veulent que nous détrompions là- deffus
* Cette Traduction fe trouve à la fin dis
voyage fait par ordre du Roy Louis XIV.
dans la Palestine , &c . imprimé à Paris chez ›
Cailleau en 1717 .
L... Vola
le
1188 MERCURE DE FRANCE.
1
)
le Public , & que nous reconnoiffions que
M. Larroque , homme fort verfé dans les
matieres hiftoriques , eft l'Auteur de cette
vie , & que nous n'avons avec lui ni liaifon
ni affinité. Son ouvrage eft une brochure
in- 12 . de 111. pages , fans nom
d'Auteur , imprimée à Amfterdam , chez
Brunel en 1726 .
ར
On impute dans le Journal de Trevoux
du mois de Mars dernier , à l'Auteur de
l'Extrait du 1.tome de ces Mémoires, inferé
dans le Mercure d'Octobre 1728. d'en
avoir fait l'Auteur Benedictin , ce qui n'eft
pas exactement vrai ; il ne faut que lire
les termes dont on s'eft fervi , pour voir
qu'on n'a rien affuré là - deffus . Dès la publication
, au refte , du ſecond volume, tout
le monde a fi bien fçû que le R. P. Niceron
, Barnabite , eft l'Auteur de cette compilation
, qu'on n'apprend rien au Public
en le déclarant par maniere d'inftruction
dans le même Journal de Trevoux du
mois de Mars 17 29. à la tête de l'Extrait
des I V. V. & VI. Tomes.
ou BIBLIOTHEQUE ITALIQUE ,
Hiftoire Litteraire de l'Italie. Janvier
Fevrier , Mars , Avril. 1728. Tome
premier. A Genéve , chez M M. Bouf.
quet & Compagnie, in - 12 . de 300. pages ,
fans l'Epitre & la Préface ; & fe vend à
I. vol.
Paris
.
JUIN. 1729. 1189
Paris , rue S. Jacques , chez Guerin .
Ce livre eft dedié au Marquis de Ste
Croix , ci -devant Ambaffadeur d'Efpagne ,
à Turin , & à prefent Miniftre Plenipotentiaire
au Congrès , par une élegante
Epitre dédicatoire.
La Préface eft parfaitement bien écrite.
On y aprend que ce nouveau Journal
eft établi pour pouvoir rendre compte de
bonne heure de tous les livres publiez en
Italie qui meriteront quelque attention .
Ils feront le principal objet de cet ouvrage
, en quelque langue qu'ils foient écrits.
Mais on ne fe bornera pas aux livres nou?
veaux .
On donnera auffi des Extraits de livres
publiez depuis quelques années , & même
depuis le XV . fiécle , quand on en trouvera
qui feront peu connus , & dont le
fujet fera intereffant : lorfqu'on ne pourra
pas avoir les livres mêmes , on traduira
les Extraits que M M. les Journalistes de
Veniſe en auront donnez . On tirera encore
de leur Journal des Pieces entieres ,
foit Lettres , foit Differtations fur des
matieres curieuſes , fi elles n'ont pas été
imprimées ailleurs.
Les Auteurs promettent une neutralité
parfaite fur toutes les matieres de Contre
verfe & de Religion . Nous fouhaitons
qu'ils tiennent parole.
I a vola
Il
190 MERCURE DE FRANCE.
Il paroîtra trois volumes tous les ans ,
pareils à celui- ci , un tous les quatre mois.
Le premier Extrait qui contient 78 .
pages , regarde le Livre intitulé , Rerum
Italicarum Scriptores , &c. Recueil des
Hiftoriens de l'Italie depuis l'an D. jufqu'à
l'an M D. &c. par M. Muratori , & les
Membres de la Societé Palatine de Milan ,
&c. Tome I. feconde partie. 1725. infolio
de 618. pages. en tout 4. volumes.
Cet Extrait eft curieux , methodique &
bien écrit , tâchons d'en donner quelque
idée , & choififfons d'abord les Loix des
Lombardsdont nous raporterons quelquesunes
des plus remarquables .
Les Enfans naturels fuccedoient aux
biens de leurs parens , auffi bien que les
Enfans legitimes , mais leur portion étoit
moindre quand le partage fe faifoit entre
un fils legitime & un fils naturel. Si quel-
» qu'un , dit la Loi CLIV , laiffe un fils
» legitime , & un , ou plufieurs fils natu-
>> rels , le legitime retirera les deux tiers
» des biens de fon pere , & les fils natu-
» rels un tiers. S'il y a deux fils legitimes,
» la fucceffion fe partagera en cinq lots ,
» dont les legitimes auront quatre , & les
»naturels en quelque nombre qu'ils foient ,
»le se s'il y a trois fils legitimes , les fils
>> naturels n'auront qu'une des biens.
S'il y a quatre fils legitimes , les fils
La vola
naturels
JUIN. 1729. 1191
>>
>> naturels auront un 9. S'il y a cinq fils
legitimes , il viendra une 12 portion
>> aux fils naturels. Et s'il y a un plus
>> grand nombre de fils legitimes , le partage
fe fera entre eux & les fils naturels,
» fuivant les mêmes proportions.
Il n'étoit pourtant pas permis à un pere
de donner à fon fils naturel une portion
de ſes biens , égale à celle d'un fils legitime
; à moins que le legitime étant majeur,
n'y confentit. On étoit majeur à douze
ans accomplis. Le terme de la majorité
fut enfuite éloigné par le Roy Luitprand ,
jufqu'à 18. ans accomplis. Encore aujourd'hui
la Coutume de Normandie fixe
la majorité à 20. ans .
Les Enfans naturels étoient égaux aux
filles , lorfqu'ils concouroient avec elles
& d'autres Parens à la fucceffion de leur
pere. Ainfi la Loy CLIX. dit , » que fi
» quelqu'un laiffe une fille legitime , & un
» ou plufieurs fils maturels , & d'autres
» proches parens , l'heredité doit être
» partagée en trois portions égales . La
» fille en aura un tiers , les fils naturels
» un autre tiers , & les autres parens le
» troifiéme. Que s'il n'y a point de tels
proches parens , le Fifc du Roy prend
» cette 3 portion .
Suivant la Jurifprudence Lombarde ,
un homme qui en tuoit un autre en étoit
J. vol.
quitte
1192 MERCURE DE FRANCE.
i
quitte pour payer à fes parens lá fomme
à laquelle le mort étoit apprétié , & une
amende au Fifc ; fi c'étoit un fils naturel
qui eut été tué , ce que le meurtrier étoit
obligé de payer , fe partageoit de cette
maniere : les freres legitimes du mort en
recevoient deux portions , & les freres
naturels la 3 partie ; mais les biens du
deffunt paffoient à fes freres legitimes , &
non aux naturels . C'eft ce qu'ordonne la
Loy CLXII.
Dès qu'un homme avoit été declaré
lepreux par les Juges , ou par l'affemblée
du peuple ; qu'il étoit relegué hors de la
Ville & contraint de vivre feul il ne
pouvoit plus aliéner fes biens ni les donner
à perfonne , parce qu'il étoit reputé
mort. On le nourriffoit cependant de les
biens le refte de fes jours. Loy CLXXVI.
Les peres , les parens & les tuteurs ,
avoient droit de donner leurs filles , leurs
fours & leurs pupilles en mariage , à qui
bon leur fembloit , pourvu que ce fut à
des époux de libre condition . Et fi quelqu'un
prenoit une femme fans le confentement
de ceux dont elle dépendoit , il
lui en coutoit XL. fols de dédommagement
pour les parens : Loy 88. Les parens
avoient même dans de certains cas
le droit d'ôter la vie à leurs enfans , ou de
les vendre hors de la Province. Tel étoit
1. vole
le
JUIN. 1729. 1193
le cas , où une veuve ou fille libre , confentoit
à époufer un eſclave ; l'un & l'autre
perdoient la vie .
Un mari qui tuoit fa femme , pour
quelque raifon non autorifée par les Loix,
en étoit quitte pour 1200 fols , qu'il
payoit ; fcavoir , la moitié aux parens
qui la lui avoient donnée en mariage , &
qui en étoient les Tuteurs & l'autre
moitié au Fifc. Loy CCI . Une femme
qui tuoit fon mari étoit condamnée à mourir
, & fes biens paffoient aux parens du
mari , fi elles n'avoit pas des fils . fuivant
la Loy CCIV .
>
ne
Celui qui frapoit une Efclave enceinte,
en forte qu'elle en perdit fon fruit
payoit pas plus , que celui qui faifoit
avorter une jument de la même maniere.
Trois fols payoient l'homme comme l'animal.
Les Loix barbares qui établiffoient
ce prix font la 338 ° & la 339º . Toutes
ces Loix font du Roy Rotharis , qui a
regné depuis l'an 637. juſqu'à 652 .
Luitprand ne favorifoit guere les Juges
, Avocats , Procureurs & autres gens
que la longueur des procès enrichit ; car
il ordonne par la Loy VII. du liv. IV.
que fi quelqu'un porte une caufe devant
fon Juge , & que ce Juge neglige de lui
rendre justice dans quatre jours , fi les
parties plaidantes dépendent toutes deux
I. vol.
de
1194 MERCURE DE FRANCE .
de ce même Juge , il devra payer au Demandeur
fix fols , & autant à fon Juge
fuperieur. Que fi le Deffendeur fe trouve
malade , ou dans un autre Ville , le Juge
attendra qu'il foit guéri ou de retour .
Mais quand il fera revenu ou gueri , file
Juge ne l'oblige pas à comparoître en
Juftice , il payera de même V I. fols au
Demandeur , & autant à fon Juge Superieur.
S'il s'agit d'une caufe que ceJuge ne
puiffe pas décider , il devra renvoyer les
parties devant fon Superieur. Et fi ce dernier
ne termine pas le procès en fix jours ,
il payera 12. fols au Demandeur. Que
s'il ne peut pas non plus juger de la cauſe
plaidée devant lui , il devra renvoyer les
parties devant le Roi lui - même , dans le
terme de douze jours ; car s'il attendoit
plus long - temps , & que juftice ne fut pas
faite au Demandeur dans 12. jours , ce
Juge lui payera 12. fols , & au Roy vingt
fols.
Dans la Loy C. de Charlemagne , le
prix des gens d'Eglife qu'on tuoit eft reglé.
Il en coutoit 300. fols pour un Soudiacre
400. pour un Diacres 600 .
pour un Prêtre ; 900. pour un Evêques
400. pour un Moine.
LA METALLOTHEQUE de Michel
Mercati de Sanminiato , ouvrage Poſthume
mis en lumiere par l'autorité & la libera- I. vol.
lice
JUIN. 1729. 1198
lité du Souv . P. Clement X I. & illuftré
par les foins de Jean Marie Lancifi . Prem .
Medecin du Pape . A Rome , chez Jean
Marie Salvioni , Romain , au College de la
Sapience. 1717. in- folio de 37 8. pages ,
fans les Préfaces & l'Indice. Suplément à
la Metallotheque , ibid . 1719. 53. pages.
Tout l'Ouvrage eft en Latin.
La Metallotheque eft compofée de deux
parties générales. La premiere contient
le Texte de Mercati, & la feconde renferme
les Notes & les Additions de Mrs Lancifi
& Affalti . L'Ouvrage de l'Auteur eft
divifé en dix parties , felon le nombre des
Armoires où les Productions naturelles
de fa Metallotheque étoient rangées . Il.
lui plut de les mettre en cet ordre.
1. Les Terres . 2. Le Sel & le Nitre
3. l'Alun. 4. Les Sucs âcres & mordans ,
comme le Vitriol , l'Orpiment & le Sandaraque.
5. Les Sucs bitumineux. 6. Les
Plantes marines. 7. Les Pierres femblables
aux Terres . 8. Les Bezoards & les
Pierres qui fe forment dans les corps des
animaux. 9. Les Pierres figurées. 10. Les
Marbres.
Le deffein de Mercati étoit , fi la mort
ne l'avoit pas prévenu , de publier une leconde
partie de fa Metallotheque , où il
devoit traiter des Roches & des chofes
changées en pierre ; des cailloux & des
30 1. vol. G fleurs ;
1196 MERCURE DE FRANCE.
fleurs ; des Pierres précieuſes ; de l'Or &
de l'Argent ; du Cuivre ; du Plomb & de
l'Etain ; du Fer & de l'Acier ; des Mineraux
qui tiennent de la nature des Mé
taux , comme l'Antimoine , le Bifmuth
&c. Et enfin des Mineraux qui fe forment
dans les Fourneaux des Metallurges,
C'eft ainsi que les Journalistes défignent
les Ouvriers en métaux , qui travaillent à
leur fonte & à leur féparation auprès des
Mines , pour les diftinguer des mineurs
ordinaires qui ne s'occupent qu'à creuſer
la Mine.
Mercati décrit en 21. chapitres toutes
les terres connues fous les noms généraux
de Bols , Terres figillées , Terres glaifes ,
Marnes , Crayes , & c. Et marque l'ufage
qu'en font les Medecins , les Parfumeurs,
les Peintres , les Potiers , les Laboureurs
& divers autres Artifans . L'Auteur finit
le Traité des Terres , par un chapitre fur
les Sables , qu'il divife en Sable Foffile ,
Sable de Riviere, & Sable Marin.
Dans la deuxième partie , Mercati
traite du Soufre , du Bitume , du Naphte
de l'huile de pierre , de l'Asphalte , des
Charbons de pierre , de la Poix foſſile , du
Jayet , ou ambre noir , nommé Gagate
de l'Ampilite , efpece de charbon de terre
friable , de l'Ambre jaune & de l'Ambre
gris.
1 vol. L'Auteur
JUIN. 1729. 1197
L'Auteur s'étend beaucoup fur l'Amiante
, c'eſt - à -dire , la pierre dont les anciens
tiroient le lin incombuftible , apellée Albefte
, dont l'alun de plume eft une espece .
Il raporte à cette occafion , que le Pape
Clement XI. fit mettre dans la Bibliotheque
du Vatican , une piece très-curieufe:
C'eft un linceul de toile d'Amiante ,
de 9. Palmes Romaines de long, fur 7. de
large , qui fut trouvé dans une Urne de
Marbre hors la Porte Majeure.
Dans la 9 partie , Mercati fait la defcription
des Pierres figurées , qu'il apelle
du nom grec Idiomorphi , parce qu'elles
ent chacune une figure determinée & toujours
la même. Il attribue leur formation,
qu'il ne croit pas fortuite , à l'irradiation
des Aftres,en fuivant Ariftote; & il difpute
contre ceux qui penfoient de fon tems ,
que ces pierres étoient les dépouilles d'animaux
pétrifiez. C'eft cependant ce que
le Commentateur prouve au long , par des
taifons , &c.
Cet Extrait eft encore plus long que le
premier , puifqu'il occupe & 6 . pages . Le
tiers de ce volume qui nous reste à parcourir
, contient deux autres Extraits &
des nouvelles litteraires . Nous en parle
tons une autre fois.
(
1. vel.
G.ij RE1198
MERCURE DE FRANCE :
%
REPONSE de Louis Pierre Maximilien
de Bethune , Duc de Sully , Chef du
nom & Armes de la Maifon de Bethune
, deje ndu du premier mariage de
François de Bethune , Comte d'Orval ,
de mâle en mâle & d'Aîné en Aîné.
AV SECOND Mémoire préfenté.
AV ROY, par Meffire Armand de
Bethune d'Orval , Abbé de Senanques,
&c. defcendu du fecond mariage , brochure
in -folio de 10. pages , de l'Imprimerie
de P. N. Lotiin , ruë S. Jacques
, à la Vérité. 1729.
N
Ous avons dit dans nôtre Journal
Comte
du mois de Fevrier dernier , à l'occafion
de la mort de Maximilien Henry
de Bethune , Duc de Sully , Pair de France,
&c. que la Duché Pairie de Sully ne fort
point de la branche aînée de fa Maiſon ,
& qu'elle paffe à la perfonne de Louis
Pierre Maximilien de Bethune , Marquis
de Courville & de Villebon
de Nogent , &c. Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'or , &c. ce que nous
avons prouvé par l'Hiftoire genealogique
de cette illuftre Maifon . Nous avons dit
auffi que le Comte , & puis Duc d'Orval ,
fils puîné du grand Duc de Sully , pric
une feconde alliance avec Dame Anne de
Harville , fille d'Antoine , Marquis de
$1.val.
PaJUIN.
1729. 1199
Palaifeau , & qu'il ne refte de ce fecond
mariage qu'Armand de Bethune , Abbé
de Senanques , & c.
C'eft contre les prétentions de ce der
nier Fils du Comte d'Orval , & iffu d'un
fecond mariage , que le Mémoire imprimé
dont il s'agit ici , fous le nom de Reponſe,
a été compofé. L'Auteur y établit trois
preuves , fur lefquelles eft fondée la regle ,
qui défere la fucceffion des Duchez &
Pairies aux Aînés mâles , defcendus de
mâles en mâles , & d'Ainés en Aînés .
La premiere preuve , eft fur la nature
& qualité des Duchez Pairies. La 2 fur
la condition de reverfion & d'union à la
Couronne à deffaut de mâles , établies pas
раб
les Ordonnances de 1556. 1579. & 1582 .
La 3 fur l'efprit & les difpofitions pré,
cifes de l'Edit de 1711 .
Après ces preuves fuit la réponse à
trois exemples allegués par M. l'Abbé
d'Orval dans fes Mémoires , l'un du Comté
d'Artois en 1309. l'autre du Duché de
Bretagne en 1341. & le dernier du Duché
de Bourgogne en 1361. On examine
chacun de ces trois exemples , & après
une habile & curieule difcuffion , on fait
voir que quand les faits allegués par M.
l'Abbé d'Orval , ne recevroient aucun
contredit , ils feroient fans aucune appli
cation pour le temps prefent , à caufe des
A
Giij Or
I. vol.
1200 MERCURE DE FRANCE .
Ordonnances furvenues, tant pour les Ap
panages que pour les Duchez & Pairies, depuis
l'année 1314. jufqu'à l'année 1711 .
On voit, en effet , par differents articles
de ces Ordonnances , & furtout par les
articles IV. & VII. de l'Edit de 17 11.
au commencement duquel le feu Roy déclare
que l'Edit eft fait pour conferver
l'éclat & la fplendeur des Maiſons hono
rées de cette dignité ; on voit , dis - je ,
dans ces articles la préference donnée aux
Aînés mâles , d'Aîné en Aîné, & par cette
vocation des Aînés , d'Aîné en Aîné, l'Ordre
de Primogeniture nettement établi ,
& par confequent l'Ordre des lignes
c'eft à l'Aîné mâle defcendant de l'Aîné
mâle , que le choix eft déferé , & à ſon
deffaut ou refus , à celui qui le fuivra
immédiatement , & enfuite à tout autre
de degré en degré.
Peut on préfumer , dit l'Auteur en
finiffant , que le Roy qui établit fi clai
rement l'Ordre de Primogeniture , & qui
préfere l'Aîné des mâles , defcendant en
ligne directe du premier invefti , ou à ſon
deffaut celui qui le fuivra immédiatement ,
ait voulu que le mâle de la troifiéme
ligne fut préferé à l'Aîné des mâles de la
feconde ligne , defcendu de mâle en mâle
& d'Aîné en Aîné du premier inveſti, qui
eft le chef du nom & des Armes de la Mai-
1. vol.
fon
JUIN. 1729. 1201
fon , & qui par cette raifon eft deſtiné
à en foûtenir l'éclat & la fplendeur , par
la poffeffion de la plus éminente Dignité
du Royaume , que la volonté & la loy
du Souverain , le fang & l'ordre de la
naiffance & le veu commun des Maifons
illuftres , déferent aux Aînés mâles.
M. le Roy , fameux Avocat , Autheur
de ce Mémoire , a traité fon fujet avec
tout l'ordre & toute la netteté poffible
& ce qui eft rare dans les grandes & importantes
conteftations , on n'y trouve
pas la moindre trace d'aigreur ou de
mauvaiſe humeur de la part du Seigneur.
dont il deffend les droits ; cette moderation
convient à toutes les perfonnes fages ,
& encore plus aux perfonnes de grande
condition , & d'une même Mailon .
ས་
L'Abbé Fremy de Mirfey, Auteur d'un
nouveau Systême de Grammaire , pour
faciliter l'Etude de la Langue Latine , a
eu l'honneur d'en faire l'explication , à
Verſailles , en prefence des Seigneurs &
Dames de la Cour. Ce fyftême confifte
dans un certain arrangement des Auteurs
Latins , par le moyen duquel , toutes les
perfonnes qui ont une teinture du Rudiment
, font en moins d'une demie- heure ,
non pas en poffeffion de la Langue Latine ,
mais feulement à portée d'expliquer d'el
1. vol. G.iiij les1202
MFRCURE DE FRANCE .
mêmes , à ce qu'il prétend , les Auteurs
les plus difficiles , & de compofer , en fe
fervant toujours du même expedient >
des Thêmes de Seconde , dans une pure
. latinité , fans qu'il leur foit prefque poffible
de faire aucun Solecifme ni Barbarifme
; de forte que par un exercice continuel
de bien faire , appuyé fur un petit
nombre de Regles très fimples , également
folides & aifées , les Difciples fçauront
le Latin en beaucoup moins de tems
qu'à l'ordinaire , ou du moins , l'étude
de cette langue ne fera plus à leur égard
la caufe de tant d'amertumes , ni un obftacle
qui les empêche pendant le cours
des humanités de s'appliquer à plufieurs
autres connoiffances utiles & intéreffantes.
On trouve actuellement fur ce fyſtême
un Difcours raifonné fous ce titre : Effai
d'une nouvelle Methode, & c . chez Lamefle,
a la Minerve, rue de la vieille Bouclerie.
M. de Juffieu , Profeffeur & Démonftrateur
des Plantes au Jardin du Roy , dans
le Memoire qu'il lut à la derniere Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , mit en fait que les anciens
Medecins avoient pour la guerifon de la
Dyffenterie un Spécifique que nous avons
perdu , & qu'il feroit important de le recouvrer
; que ce Spécifique étoit l'écorce
1. vol.
d'un
JUIN. 1729. 1203
'd'un arbre appellé Macer par Diofcoride ,
Pline & Galien ; que cet arbre croiffoit
dans les Indes Orientales , que les Medecins
Arabes en avoient eu connoiffance
& que Chriftophe Acofta , qui a fait l'hiftoire
des Drogues de ces pays -là où il
avoit paffé une partie de fa vie en qualité
de Medecin du Viceroy , dit y avoir vû
non - feulement cet arbre , mais même
avoir été témoin des effets furprenans de
fon écorce pour la cure de cette maladie.
Cet Académicien , après avoir rapporté
les caufes pour lefquelles ce Spécifique a
ceffé d'être connu & employé en Europe ,
a fait part au Public de fes obfervations
fur la reffemblance qui eft entre le Macer
& l'écorce d'un arbre appellé Simarouba
qui croît à l'Ile de Cayenne, tant par fa for
exterieure , que par la conformité de fes vertus
contre les Dyffenteries , les Diarrhées
opiniâtres & inveterées , les Hémorragies
& les pertes. Ce n'a été ni fur de fimples
relations , ni fur des conjectures , ni fur
un petit nombre d'experiences qu'il a fait
l'éloge de l'écorce nouvellement connue ,
mais après les épreuves d'un fuccès continué
pendant près de quinze années qu'il
s'en eft fervi dans prefque tous les accidens
qui accompagnent cette maladie , &
qui y ont rapport.
Le merite par lequel ce remede devient
1. vol.
Gv fouvent
1204 MERCURE DE FRANCE .
fouvent préferable à l'Ipecacuanha , eft la
facilité avec laquelle il fe prend , & le
prompt effet qu'il opére fans caufer comme
celui ci ni dégoût ni vomiffement.
En forte que la découverte du Simarouba
peut être regardée comme une de ces
chofes très - utiles qu'avoient les anciens ,
qui après avoir été perdue dans ces payscy
pendant plus de quinze fiecles , a enfin
été recouvrée.
M. Geoffrey le Cadet lût enfuite um
Memoire qui a pour titre : Examen du Vinaigre
concentré par la Gelée . Après avoir
donné un moyen fûr de choisir entre plufieurs
Vinaigres celui qui a le plus de
force , & fait connoître par des effays
que les Vinaigres d'Orleans & de Bordeaux
, font prefque toujours meilleurs.
que ceux de Paris , l'Académicien reprend
le détail des operations chymiques.
ordinaires qu'on fait fur le Vinaigre , &
en les comparant avec celles qu'il a faites:
fur les differens Vinaigres que l'on a concentrez
par la gelée ; c'est -à - dire , qu'il a
expofez au froid pour en faire geler la partie
aqueule, & la féparer enfuite. Il réfulte
de fon Memoire que ce dernier moyen eft
beaucoup plus court que ceux qu'on employe
ordinairement pour avoir l'acide du
Vinaigre neceffaire à plufieurs Operations. 1. vol.
chyJUIN.
1729. 1205
chymiques. C'est par des Effays qu'il
donne la preuve de l'utilité de la Concentration
du Vinaigre par la gelée : un Vinaigre
, qui avant que d'y être expofé ,
n'abforboit par deux gros que fix grains
de Sel de Tartre , en abſorbe vingt grains ,
après avoir été féparé de la partie aqueufe
qui s'eft glacée au froid . Les liqueurs retirées
du Vinaigre par les diftillations ordinaires
& expofées de même à la gelée ,
augmentent confiderablement de force ,
puifque quelques - unes d'entr'elles abforbent
dans les effays à même dofe , jufqu'à
cinquante -huit & foixante grains du même
Sel. M. Geoffroy fait voir auffi que la
Concentration eft le feul moyen facile de
retirer du Vinaigre la partie inflammable
qui étoit dans le vin , puifque par ce
procedé fimple on en fépare , le plus exactement
qu'il eft poffible , la partie aqueufe
qu'on ne peut avoir fuffifamment par les
diftillations ordinaires . Avec l'efprit acide
retiré des vinaigres , qui après la concentration
ont donné par les effays des marques
de la plus grande force, l'Académicien fait
la Terre-Foliée très- aifément , & de cette
Terre- Foliée il retire par une autre operation
dont il donne le détail , un Efprie
acide de Vinaigre trés - volatile & trèspur
qui s'éleve par une fimple fermentation
fans le fecours du feu . Cet efprit
1. vol.
porté
G vj.
1206 MERCURE DE FRANCE:
porté au nez , eft auffi pénétrant que les
Sels volatiles dont on fe fert ordinairement
pour reveiller les efprits dans les vapeurs
& dans les affections foporcules ;
il est même plus agréable à l'odorat. Nous
ne rendons point compte des autres opérations
que la Concentration facilite dans.
l'analife complette du Vinaigre que M.
Geoffroy a décrite ; ce feroit paffer les
bornes que nous nous fommes propofées
en donnant cet Extrait.
Le Magiftrat de la Ville de Strasbourg.
toujours attentif au bien public , ayant
été informé que les Sages Femmes de
cette Ville n'étoient pas fuffifamment inftruites
dans les principes fondamentaux
de leur Art , y a établi une Ecole publique
pour les Sages- femmes , à laquelle
il a prépofé le fieur Fried , Docteur en
Médecine , & Accoucheur- Juré de ladite.
Ville , lequel y enfeigne publiquement
& gratis , à toutes les Sages- femmes & à
leurs Aprentiffes , deux fois par femaine ,.
l'Art d'aider les femmes dans les travaux .
de l'Accouchement naturel , non naturel
& contre nature.
Le même fieur Fried qui a fait fon apprentiffage
d'Accoucheur à l'Hôtel -Dieu
de Paris en l'année 1714. enfeigne auffi
publiquement àtous les jeunes Medecins.
1. vol .
&
JUIN. 1729. 1207
& Chirurgiens , en dictant fes Cahyers en
Latin , François & Allemand , l'Art de
traiter les maladies des femmes groffes &
de celles qui font accouchées , en y ajoutant
non - feulement la Théorie de la veritable
méthode pour bien aider les femmes
en leurs accouchemens naturels , & les
moyens de remédier à tous ceux qui font
contre nature , & aux indifpofitions des
enfans nouveaux nez , mais auffi en procurant
des occafions fuffifantes pour en
apprendre la pratique , tant en accouchant
lui- même les femmes en travail
d'enfant en préfence de fes Eleves , qu'en
leur fourniffant des femmes pour les accoucher
fous fa direction .
Le fieur Fried a inventé une chaife pour
les femmes en travail d'enfant , laquelle
eft faite d'une maniere qu'on s'en peur
fervir dans un inftant tantôt comme une
felle , tantôt comme un fauteuil , tantôt
comme un lit , felon que l'Accoucheur
ou la Sage - Femme veut que la femme foit
fituée , dans tous les cas differens des accouchemens
, & cette chaife eft bien plus
commode que le petit lit dont les Dames
Françoiles fe fervent ordinairement pour
accoucher.
1208 MERCURE DE FRANCE.
X:XXXXXX *X
CHANSON A BOIRE.
A
Mon aide , Bacchus , Protecteur de la
Treille ,
Vien pour me confoler des rigueurs de Nanon :
Je ne veux plus chanter fon nom ,
Qu'avec cette Liqueur vermeille.
Mais puifqu'aimer eft mon deftin ,
Qu'on ne me porte point envie ;
J'aimerai , j'aimerai pendant toute ma vie,
J'aimerai , j'aimerai le vin.
Les paroles font de M.le Tellier d'Orvilliers.
LaMufique de M. Adoin , de Vernon.
COUPLETS faits & chantez à Avalon
en Bourgogne , à la fuite de la Comedie
du Philofophe Marié , qui y fut reprefentée
par de jeunes Perfonnes de l'un
& del'autrefexe , en 1728.
Arifte.
D'Un Sexe aimable & féducteur ,
Je n'ignore point les caprices :-
De fes vertus & de fes vices ,
Je connois la jufte valeur :
Mais je fens que le vrai bonheur,
Confiſte à lui livrer fon coeur.
Io volo
On
BE
LA
BIRTHEQUE
BIBLIO
.THE
LYON
1893
N'importe , Damon , tu le veux ,
Nous en enragerons tous deux ;
On a beau dire , & c.
J. vol.
Le
De les vertus & de les vices
Je connois la jufte valeur :
Mais je fens que le vrai bonheur ,
Confifte à lui livrer fon coeur.
I. vol. On
JUIN. 1209 1729
On a beau dire , on a beau faire ,
L'Hymen eft un mal neceſſaire.
Melite.
Au joug d'un auſtere pouvoir ,
La plus chere Epouſe eſt ſoumife
Et l'Epoux qui la tyranniſe ,
De fa peine fait un devoir ;
Mais il coûte peu d'obéir ,
Quand l'Amour en fait un plaifir.
On a beau dire , &c.
Lifimon.
elle ,
Dans la vigueur de mon Printemps >>
Je pris femme fringante & belle ,
Le fol amour que j'eus pour
Fit fouvent rire à mes dépens ;
Mais en dépit des fots diſcours ,
Je la regrette tous les jours.
On a beau dire, & c..
Celiante..
Vouloir enfin affujettir
Aux dures doix du Mariage ,
Un coeur inquiet & volage ,
C'est s'expofer au repentir,
N'importe , Damon , tu le veux ,
Nous en enragerons tous deux ;
On a beau dire , & c.
J. vol.
Le
1210 MERCURE DE FRANCE .
Le Marquis .
Jadis charmé du célibat ,
Aux Maris je faifois la guerre ,
Et traitant l'Amour de chimere ,
Je vantois par tout mon état ;
Mais en vain j'ai crû l'éviter ,
Mon coeur ne peut plus réfifter.
On a beau dire , & c.
Damon.
Fille qui fçait furprendre un coeur ,
Sous un faux air de modeftie ,.
A fon Amant eft elle unie?
L'on voit éclipfer fa douceur;
Et moi tous les jours maltraité ,
Je perds pourtant ma liberté.
On a beau dire , & c.
Geronte.
Pour moi font faits les vrais plaifirs
Je ne trouve point de Cruelles ,
Et des Beautez toûjours nouvelles ,
S'offrent en foule à mes defirs .
La fortune rit à mes voeux ,
Sans l'Hymen je fçai être heureux.
On a beau dire , on a beau faire ,
Plutus eft le feul neceffaire.
I. vol.
Finette
JUIN. 1729. 1213
Finette.
Dans peu , fi j'en crois mon Amant ,
Je dois tâter du Mariage ;
Mais Finette craint l'esclavage ,
Et tremble au nom d'engagement :
S'il perfevere , il faudra bien ,
Que mon goût fe foumette au fien .
On a beau dire , & c.
Au Parterre.
En vain par des jeux innocens ,
Où l'efprit s'inftruit & s'amufe ,
Ades plaifirs dont on abufe ,
Nous dérobons nos jeunes ans :
Si votre goût n'eft pas flatté ,
Tout agrément nous eft ôté.
On a beau dire , on a beau faire ,
Sans votre aveu rien ne peut plaire.
綠茶*******************
LE
SPECTACLES.
E 28. du mois dernier , les Comediens
François remirent au Théatre
la Tragedie du Cid , dans laquelle le fieur
Sarrazin joua pour la premiere fois le
Rôle de Don Diegue , dans lequel il fut
trés -applaudi.
I. vol.
Les
1212 MERCURE DE FRANCE.
Les mêmes Comédiens joueront incef
famment une Piece nouvelle d'un Caractere
fingulier ; elle eft compofée d'un Prologue
& de trois Actes en vers , fous ce
titre : Les trois Spectacles , c'eſt - à- dire
la Tragedie , la Comedie & l'Opera. M.
Daigueberet , qui n'alencore rien donné
au Théatre , eft Auteur de cet Ouvrage.
Le petit nombre de reprefentations
qu'on a données de l'Impertinent malgré
lui , ou les Amans mal afforiis qu'on reprit
le 30. May , ne nous ayant pas
permis de le voir affez pour en pou
voir donner un Extrait bien détaillé , le
Lecteur nous pardonnera , fi on ne lui en
donne qu'une idée affez imparfaite , en
lui marquant le fond de l'action .
Valere, jeune Moufquetaire , commence
la Piece avec Julie, fille de Melite ; Julie eft
encore toute charmée d'une infulte qu'elle
vient de faire à une Dame , Parente d'un
Officier Allemand dont elle s'eft mocquée.
d'une maniere affez vifible avec fon
Amant. Cet Amant s'appelle Leandre, deltiné
à la robe, il avoit d'abord aimé Chloé,
foeur aînée de Julie , auffi fage que la cadette
eft folle . L'amour que Leandre a pris
pour elle , l'a entraîné malgré lui â fuivre
fon exemple , & à devenir impertinent.:
Valere fon cadet , devenu fage par les leçons
qu'il a reçûës de Chloe , fait quel-
2
4
2. vol
ques
JUIN. 1729. 7153
ques remontrances à Julie fur l'affront que
fon frere & elle viennent de faire à une
Dame qui merite quelque confidération.
Julie fe mocque des leçons de fageffe qu'il
prétend lui donner ; elle fe fçait bon gré
de ne l'avoir plus pour Amant , & lui dit
qu'il est tout au plus digne d'être éleve de
fa foeur aînée. Elles agitent une queſtion
dont elles choififfent pour Arbitre Leandre
qui furvient. Cette queftion roule fur
les avantages de la Sageffe & fur ceux de
la Folie. Leandre ne manque pas de fe
ranger du parti de Julie , quoiqu'il avoüe
que la raifon femble vouloir lui infpirer
un fentiment contraire. La fage Chloé
vient un moment après. Sa foeur ne manque
pas de lui décocher quelques traits fur
fa fatigante fageffe. Jufques là le premier
Acte fe paffe en expofitions. Voici où
l'action commence . Un vieux Domeftique
de Leandre & de Valere nommé du
Laurier , foy- difant Gouverneur de ce
dernier , vient d'un air important ; il a receu
une Lettre de Lifimon leur pere ;
il leur en fait la lecture pendant cette
lecture , Julie ramaffe une lettre qu'il a
laiffé tomber en cherchant dans fes poches
celles qu'il lit. Lifimon exhorte du
Laurier à veiller, fur - tout , fur les actions de
Leandre dont on lui a appris des nouvelles
qui ne lui font pas honneur , & c .
I. vol.
Au
1214 MERCURE DE FRANCE.
Au2 . Acte Damon , ami commun deLi
fimon , Pere de Valere , de Léandre , & de
Melite mere deChloé & de Julie, vient ap
porter de bonnes nouvelles à Léandre fur
une Charge de Robe , dont il follicite l'agrément
à la Cour . Leandre le reçoit d'une
maniere à le furprendre & à l'indigner
contre lui. Damon lui remontre avec un
peu de colere fes airs évaporez. Leandre
continue quelque temps fur le même ton ;
mais voyant que Damon ne s'en accom
mode nullement , il lui en fait excufe.
Damon le trouvant plus fage lui apprend
qu'il eft preft d'obtenir l'agrément qu'on
demande pour lui . Leandre en témoigne
fa reconnoiffance à Damon , & fait part
de fa joye à Julie & à Chloé qui furvien
nent. Melite qui arrive un moment après,
fait des reproches à Julie , fur l'infulte
qu'elle a faite à la Dame Allemande dont
on a parlé. Elle fort avec Chloé ; Valere
& Leandre font déja fortis. Pour ne pas
laiffer Damon feul , elle ordonne à Julie
de refter avec lui . Julie mourant d'impatience
de le voir en liberté , congédie Damon
avec ſon impertinence ordinaire . A
peine ſe voit elle feule , qu'elle décachette
la lettre que du Laurier a laiffé tomber.
C'eft une Lettre galante que Lifimon
écrit à Melite fa mere. La premiere ligne
lui paroît fi plaifante , qu'elle brûle de
1. val. yoir .
JUIN . 1729. 7215
voir bien - tôt Leandre , pour en rire avec
cet impertinent de fa façon ; fes voeux
font exaucez , le fort lui amene Leandre ;
elle lui lit la Lettre de Lifimon fon pere ;
un retour de fageffe porte d'abord Leandre
à lui dire qu'elle a très mal fait d'ouvrir
une Lettre qui s'adreffe à fa mere . Julie
fe mocque d'une remontrance qui lui paroît
hors de faifon ; elle continue de lire ,
& force Leandre à rire avec elle de l'a,
mour de fon pere & des termes dont il fe
fert pour l'exprimer. Du Laurier arrive
à la fin de la lecture , & en entend affez
pour ne point douter que ce ne foit la
lettre qu'il a perdu . Il la veut arracher
d'entre les mains de Julie , & jure d'en'
avertir Lilimon . Julie jette la lettre par
terre,il ne veut point la reprendre dans l'état
où elle eft , & fe confirme dans le deffein
d'en inftruire Lifimon . Leandre le menace
de le rouer de coups , s'il ofe parler de
cette aventure. Du Laurier fe mocque de
fes menaces , & lui dit que rien ne peut
l'empêcher de faire fon devoir.
Leandre & Julie s'applaudiffent au troifiéme
Acte d'une nouvelle impertinence
qu'ils viennent de faire. Ils ont montré
par tout cette même lettre dont ils
avoient deffendu à du Laurier de parler ,
fous peine du bâton , ou d'un oreille coupée.
Damon inftruit de cette fotile , vienţ I, vol.
les
216 MERCURE DE FRANCE.
les en blâmer. Julie reçoit très - mal ſes remontrances
, & Leandre ne les reçoit
guére mieux. Leandre étant resté ſeul
fur la Scene, Reiter , Officier Alemand ,
vient lui faire des reproches , fur l'affront
qu'il a faite à fa parente. Cet affront
a été annoncé dès la premiere fcene du
premier Ace. Leandre reçoit Reiter avec
un air de fuperiorité qui va jufqu'au mépris.
Reiter s'en offenfe , & lui parle vivement
de l'infulte que fa parente a reçue
de fa part & de celle de Julie , il lui
en demande raiſon ; ils fortent pour s'aller
battre .
Au quatriéme Acte , Chloé fort allarmée
du combat qui fe fait actuellement
entre Leandre & l'Officier Allemand , a
chargé Valere de l'empêcher. Valere vient
lui apprendre que le combat n'a point eu
de fàcheufes fuites , & que les deux Combattans
ont été féparez. Julie qui eft prefente
à ce récit , s'applaudit de la nouelle
gloire de Leandre , il vient lui - même
fier d'avoir combattu . Chloé peu con.
tente de cette gloire prétendue , les quitte.
Julie ,
, pour mettre le comble à fes impertinences
, prie Valere , qu'elle fçait
être un peu Poëte , de faire des couplets
de chanfons contre la Parente de Reiter.
Valere s'y refuſe ; mais Julie lui ayant die
qu'il n'a qu'à les attribuer à du Laurier ,
1. vol.
UIN. 1729. 7217
•
fl fe rend enfin. Damon arrive , Valere
& Julie rentrent . Damon apprend à Valere
que fon dernier combat d'où il tire
tant de vanité , vient de le perdre à la
Cour ,& qu'on lui refuſe l'agrément qu'il
étoit tout prêt d'obtenir. Leandre ouvre
les yeux
fur les fottifes que Julie lui a fait
faire , & prend la réfolution de tout ré
parer par une conduite plus reglée.
Julie & Valere triomphent encore au
cinquiéme Acte , du fuccès des Couplets
qu'ils viennent de publier par- tout , &
-fur-tout des coups de bâtons qu'on a donnés
à du Laurier , à qui ils ont attribué
ces Couplets. Du Laurier vient , il proteke
contre les coups de bâtons qu'il vient
de recevoir ; Julie & Valere fe mocquent
de lui. Melite elle - même vient les lui reprocher.
Du Laurier voyant qu'on ne veut
pas l'en croire , dit qu'il n'oubliera rien
pour faire connoître le veritable Auteur
de ces maudits couplets dont on l'a puni ,
avant que de le convaincre de les avoir
faits ; il en foupçonne Valere , fur qui le
foupçon eft déja tombé , & qui même s'en
doit être déja vanté , puifque Chloé vient
lui reprocher de l'en avoir rendue complice
avec lui ; cela prépare la rupture enà
tre Valere & Chloé. Leandre vient dénoüer
la piece , en aprenant que grace
fon repentir , il a obtenu l'agrément que
I. vol.
fon
1218 MERCURE DE FRANCE.
fon dernier combat lui avoit fait perdre .
Les fages réflexions qu'il fait fur fes impertinences
, & la ferme réfolution qu'il
prend de fe corriger à l'avenir , ne font
pas du goût de Julie , ce qui donne occafion
à une feconde rupture ; de forte que
ces Amants mal affortis changent de
chaines . Valere revient à Julie , & Léandre
à Chloé l'échange eft accepté de
Pune & de l'autre foeur , & la Piéce finit
par ce double mariage.
Quoique cette Comédie n'ait pas réulli ,
on n'a pas laiffé de rendre juſtice à l'Auteur
, & de convenir que fa Piéce eft remplie
de traits , & pleine d'efprit . Le principal
vice eft dans le fujet , qui ne lui a
pas fourni de quoi faire valoir ce que fon
talent pourroit lui infpirer dans un ſujet
plus heureux & plus theatral . Aurefte
elle a été très-bien reprefentée par les Sr
Quinaut , du Frefne , le Grand , Poiffon ,
Armand ; dans les Rôles de Leandre ,
Damon , Valere , du Laurier Reiter.
Et par les Diles Quinaut , Balicour & la
Motte , qui y ont joué Julie , Chloé , &
Melite. Le Rôle de Lifimont , que jouoit
le S du Chemin , pere , a été retranché ,
en changeant le dénouement de la Piece,
Le Jeudi 9 de ce mois , le St Bagnieres
, nouveau Comédien Toulouzain
I. vol.
comme
JUIN. 1729. 1219
tomme l'affiche nous l'apprend , parut
pour la premiere fois fur le Théatre Fran
çois dans le principal Róle de la Tragedie
de Mithridate. Le Parterre étoit très dif
pofé à le bien recevoir , ayant beaucoup
plaudi à un Difcours fort bien tourné qu'il
lui avoit adreffé avant que d'entrer fur la ..
fcene , dans lequel il fit l'éloge du S¹ Baron
, qu'il paroît fe propofer pour modele.
Il eut même plufieurs aplaudiffemens dans
le cours de la Piece ; mais il mit dans fon
jeu & fa déclamation , outre le feu & la
vivacité de fon Pays , tant d'emportemens
& d'autres chofes peu convenables à la
majefté de la Tragedie , que le Spectateur,
au lieu d'être attendri fit plufieurs éclats
de rire ; mais l'Acteur Toulouzain ne fut
point decouragé. Il vint encore après la
Piece le préfenter au Public , & lui dit :
Meffieurs , Quelque humiliante que foit
La leçon que je viens dè recevoir , dans une
premiere Reprefentation , je vous invite à
Samedy , pour voir ſi j'aurai fçu en profil
ter. Ce peu de paroles , prononcées avec
hardieffe & confiance , furent fort aplau
dies , & firent juger que fi le nouvel Acreur
étoit capable de quelques écarts , du
moins il étoit homme d'efprit . Le bruit
de ce qui s'étoit paffé ce jour-là à la Comédie
fe répandit dans Paris ; on ne parloit
que du nouvel Acteur , enforte qu'il
1. vol.
у
H
1220 MERCURE DE FRANCE .
5.
eut beaucoup de monde la feconde
fois qu'il parut dans la Tragédie d'Iphis
gente , où il joua le Kôle d'Agamennon
mais la plupart des Spectateurs , qui étoient
venus à cette Repréfentation pour y rire &
s'y divertir , furent fort trompez ; car le
S Bagniere avoit fi bien fçu profiter des
leçons du Public , qu'au lieu d'exciter des
éclats de rire , il s'attira beaucoup d'aplau
diffemens , même des plus connoiffeuts
& des plus difficiles. Il eft âgé de 27 à 28
ans , grand & bien fait , le vifage mâle ,
les cheveux noirs , la jambe belle & la
contenance fiere. On lui trouve avec cela
beaucoup d'intelligence & d'entrailles , &
une très- belle voix .
Nous avons appris que ce jeune homme
eft de bonne famille , & qu'il a été trèsbien
élevé ; deftiné à l'Etat Ecclefiaftique,
dans lequel il a paffé quelques années
dans une Congrégation refpectable à Tou
louze ; il a fort bien fait fes Etudes , furtout
celles qui convenoient à ce premier
état , & on a lieu de préfumer qu'il auroit
eu des talens pour la Chaire ; mais le
Barreau eut plus d'attrais pour lui ; il
quitta le petit Colet pour prendre la Robe
d'Avocat . La Jurifprudence n'eut pas
d'affez grands charmes pour le fixer ; il la
quitta pour la Géométrie , dans laquelle
il a fait des progrès ; & enfin pouffé
1. vol.
par
JUIN. 1729. 7228
par l'ardeur militaire , il a fervi dans les
Dragons. Ses propres ouvrages ont été la
premiere occafion de fa vocation pour le
Théatre. Auteur d'une Tragédie , intitulée
la Mort de Jules Cezar , il en joua la
principal Rôle à Toulouze. Il travaille
actuellement à une Tragédie de Belifaire ;
où il ne reste qu'à polir la verſification .
Des gens d'efprit qui ont vû ce dernier Poë,
me y trouvent du genie & du neuf. On afſu
re que ce qui l'a determiné en dernier lieu
à le préfenter pour entrer dans la Troupe
du Roy , eft une difpute qu'il eut avec un
Comédien qui prétend avoir des talens
fuperieurs aux fiens . Il n'a jamais été dans
aucune Troupe reglée , quoiqu'il ait joué
plufieurs fois en public . On pourroit raporter
ici plufieurs traits finguliers du 5 Bar
gniere , fi cet article n'étoit déja trop long.
Ce qu'il dit à celui qui tient la Piéce, pour
foufler aux Acteurs quand ils manquent ,
eft très - original . Il le fit apeller la premiere
fois qu'il parut pour lui dire qu'il
n'avoit nul befoin de fon fecours , qu'il
étoit fûr de fa mémoire , & qu'il le prioit
de ne pas le fouffler quand même il manqueroit
L'Académie Royale de Musique , don'
na le 28 Mai par extraordinaire, une Repréfentation
de Roland , pour la capitation
1. vol.
Hija des
1222 MERCURE DE FRANCE.
des Acteurs , comme cela fe pratique tous
res les années . Le Sr Thevenard & la Dlle
Antier y jouerent les deux principaux
Rôles , & la Dile Camargo , danfa feule
les Caracteres de la danfe.
Le 31. du même mois la Dile Mariette ,
jeune danfeufe dans les Opera de Province,
danfa pour la premiere fois , après l'Opera
de Tancrede , un air de violon , compofé
d'une Marche , d'une Loure , & d'un
Menuet. Elle fut reçuë très - favorablement
du Public , ayant déja toutes les difpofitions
convenables pour le perfectionner
ici dans fa profeffion . Le Parterre lui
trouve affez de talens , pour la placer
immédiatement après les Dlies Prevoft ,
Camargo & Sallé ; fi elle fçait profiter
des divers talens que chacune de ces illuftres
dans leur profeffion , a dans un éminent
degré , on pourra dire qu'on n'aura
jamais vû un auffi grand nombre d'excellentes
danfeufes enſemble. La Dile Mariette
eft de la taille de la Dlle Camargo ,
c'eft à dire , au deffus de la mediocre.
ayant beaucoup d'oreilles , de legereté &
de vivacité , avec une très jolie tefte &
de beaux bras .
2
On ceffa le 5. de ce mois , les Repréfentations
de Tancrede , & en donna le
Mardi 7. la 1 Repréfentation des Scenes
Italiennes en Mufique , dont on vaparler.
I. vol,
La
JUIN. 729 1223
La Piece eft intitulée : le Mari Joueur
& la Femm: Bigotte ; elle a été très applaudie
, par l'éxecution préciſe & vive ,
malgré le peu de convenance qu'on y trouve
avec nos Opera ordinaires.
ACTEURS.
Baioque , Mari Joueur . Le fieur Antoine-
Marie Riftorin , Florentin,
Serpille , femme de Baioque , & Bigotte .
La D Rofe Ungarelli , de Bologne.
Un Venitien , chantant. Le fieur du Mas ,
de l'Académie Royale de Mufique.
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera .
ACTE I.
Baioque , fortant du Jeu , où il a perdu
tout fon argent , Bague , Montre , Epée ,
Manteau & Chapeau , maudit le Jeu du
dez & de la Baffette. Il craint la colere
de fa femme qu'il peint aux Spectateurs
comme une Bigotte qui s'emporte jufqu'à
le battre. Il la voit paroître , & fe retire
à l'écart , pour inventer quelque rufe
qui puiffe le tirer d'affaire .
Serpille fe plaint de fon Mari qui la ruine
par la maudite paffion du jeu , dont il
eft poffedé ; elle ne refpire que la vengean .
ce & le divorce.
Baioque , après avoir rêvé à la maniere
I. vol.
H iij
dont
1224 MERCURE DE FRANCE .
·
dont il pourra s'excufer auprès de fa femme
, s'approche d'elle avec des démonſtra
tions d'un homme revenu de fes premiers
égaremens . Serpille lui demande d'un ton
de colere , où il a paffé la nuit . Baioque
lui répond que c'eſt dans un lieu de retraite
avec des perfonnes pieufes , dont
l'un fait une lecture à laquelle tous les autres
font fort attentifs. Serpille étonnée
d'un fi grand changement , qu'elle n'ofe
croire , lui demande ce qu'il a fait de ſon
Chappeau,de fon Epée & de fon Manteau .
Baioque lui répond qu'il a tout donné à
des pauvres qui en avoient plus beſoin
que lui , & qu'il a vendu jufqu'à la Bague
& fa Montre pour délivrer des prifonniers ;
dis plutôt , lui dit Serpille , que tu aš tout
vendu à quelque Juif pour aller jouer .
Si cela étoit , lui répond Baioque , j'en
aurois l'argent fur moi ; tiens , tu n'as
qu'à me fouiller , & fi tu me trouves
un fol , je confens que tu m'arraches les
deux yeux . Serpille le prend au mot ; elle
le fouille , & pour fon malheur elle trouve
dans une de les poches un Jeu de Cartes
qu'elle lui jette à la tête ; il veut en vain
Pappailer par des fermens qu'il lui fait de
ne plus jouer ; elle le quitte dans le deſſein
de faire caffer un mariage qui la ruine .
Ce premier Acte eft fuivi d'un Divertiffement
qui fert d'Intermede . Le fieur.
11. vol.
du
Ú IN. 71729 1229
du Moulin y danfe feul ; la Dille Sallé y
danfe feule à fon tour . On y chante des
Choeurs Italiens , tirez de quelques Opera,
tant du fieur Campra , que du fieur Battiftin.
Le fieur du Massyy chante trois Airs
alternativement avec le Choeur. Voici les
paroles du fecond.
Un Venitien.
Ferite ci , faettè d'Amor ;
Pervoi , felicè divienne il cor
Choeur.
Ferite ci , & c...
Le Venitien.
Un cor che non vuol ſoſpirar
Nò degno , nò; di refpirar.
Nonfperi rider ;
Nonfperi goder :
Dio d'Amore , feri mè
Nò , feuza tè ,
Piacer non è.
Le Chaur
Ferite ci , & c.
Le Venitien.
Sicura fiai , gradita Belta ,
Di voti miei , de mia fedelta ;
Mà femprè fiai ſenza crudelta.
Sé provero la ferita , -
1. vol H iij Andre
226 MERCURE DE FRANCE:
Andro cercando la liberta.
Le Choeur.
Feritè ci , faettè d'Amor ;
Pervoi , felice divienne il cor
TRADUCTION.
Le Venitien.
Bleffez nous , Fleches d'Amour ; vous
rendez un coeur heureux .
Le Choeur.
Bleffez -nous , & c.
Le Venitien.
Un coeur qui ne veut pas foupirer ne
mérite pas même de refpirer . Qu'il n'efpere
ni de rire , ni d'avoir aucun plaifir.
Dieu d'Amour , bleffe moi , fans toi point
de plaifir.
Le Choeur.
Bleffez- nous , &c .
Le Venitien :
Beauté que j'aime , fois affurée de mes
voeux & de ma fidelité , mais ne fois jamais
cruelle. Si j'éprouve tes rigueurs ,
j'irai chercher ma liberté.
Le Choeur,
Bleffez nous , &c.
I.vol.
Après
JUIN. 1729 7227
1
de
Après ce Divertiffement on joue des
Sonates , comme on a fait avant que
commencer la Piece ; elles font, prifes des
plus grands Maîtres , & joüées avec une
précifion qui fait honneur à notre Orcheftre.
ACTE I I.
Le Théaire change & reprefente un Tribunal
avec une Table & un Siege.
Baioque paroît vêtu en Magiftrat. II
expofe le fujet de fon traveftiffement , &
comment il a fait pour s'introduire dans
un lieu deftiné à juger. Il s'eft déguisé de
maniere à ne pouvoir être reconnu de fa
femme qui doit venir demander un divorce.
Elle ne tarde point de paroître
elle demande juftice contre fon Mari en
termes très- outrageans , ce qui donne lieu
au prétendu Magiftrat de témoigner fa
fureur , qu'il eft obligé de diffimuler ; mais
elle continue fes injures avec tant de véhemence
, qu'il n'y peut plus tenir ; Serpiile
lui demande la caufe de fon agitation
; il lui répond qu'elle vient de l'indignation
qu'un mari fi coupable lui inſpire
; il a déja fait connoître dans un Monologue
que la vertu de fa femme lui eft
fufpecte ; il la veut éprouver fur la foi
conjugale & lui promet de la féparer d'avec
fon Mari à certaines conditions dong
1. vol. elle
1228 MERCURE DE FRANCE :
elle paroît d'abord furpriſe ; mais qu'elle
commence à goûter. Après une foible réfiftance
, la Place capitule, & fe tend en fin.
par ces paroles : tout ce qu'il plaira à votre
Seigneurie. Le faux Magiftrat fe fait reconnoître
pour Baioque. Serpille confondue
s'efforce vainement de calmer fa
colere ; il ne peut fe réfoudre à lui pardonner
, & lui deffend de remettre le pied
dans fa maifon ; les prieres de la femme
& la colere du Mari , donnent lieu à un
Duo des plus vifs , couppé de Dialogues
de la même vivacité. l'Acte finit par là.
A ce fecond Acte fuccede un nouveaut
Divertiffement mêlé de Danfes & de
Choeurs , conformément au premier Acte .
La De Camargo danfe feule deux fois avec
fon fuccès ordinaire . Les fieurs Laval &
Malterre , executent un Pas de Deux avec
un applaudiffement general ; le fieur Dumas
y chante de nouveaux Airs d'une
maniere à faire plaifir , quoique ce foit
dans une Langue étrangere. Le Divertiffe
ment eft fuivi de Sonates & de Concertos,
où le fieur Guignon le fait toûjours plus.
admirer.
ACTE III.
Serpille habillée en Pellerine , fait
connoître que dans la réfolurion où fon
Mari étoit affermi de la chaffer de chez
I. vol.
lui,
JUIN. 2179. 1229
fui , elle a trouvé à propos de le prévenir
& d'emporter tout l'argent qu'elle a pû
porter fur elle . Elle demande la charité
dans une Ariette qu'elle chante avec une
précifion infinie. Baioque , qui fans doute
la cherche pour lui ôter ce qu'elle emporte
, la reconnoît ; il met l'épée à la
main , s'avance fur elle pour la tuer. Elle
fe jette à fes pieds & lui demande grace .
Baioque commence par fe faire rendre fon
argent ; elle le lui rend , & comme il veut.
toujours la tuer , elle le prie de lui permettre
au moins de plaider fa caufe. II
y confent ; elle tâche d'excufer fa faute ,
par l'état violent où il l'a mife en jouant
fa dot. Cette récrimination ne lui fervant
de rien , elle prend le parti de le toucher
par l'amour qu'il a eu autrefois pour elle
& par le fouvenir de leurs careffes réci
proques. Baiòque s'attendrit par degrez ;
il lui pardonne enfin. Elle fait connoître
par les geftes qu'elle le prend pour duppe;
ils le réconcilient , & cette réconciliation
donne lieu à un Duo des plus vifs , où tout
refpire la fatisfaction mutuelle; ce qui finit
la Piece au contentement des Spectateurs .
Le dernier Divertiffement eft conforme
aux precedens. Le fieur Laval y danfe ſeul;
les deux freres Dumoulin danfent l'un en
Arlequin & l'autre en Polichinelle , d'une
maniere originale & inimitable. La Dile
I. Vol.
Hvj Roze
1230 MERCURE DE FRANCE
Roze , vêtue en Arlequine , chante une
Ariette , & la Dlle Mariette , figure avec
elle , comme fon éleve dans ce genre ,
P'une & l'autre font beaucoup de plaifir ;
la derniere danfe feule dans une Chaconne
du Sig Michel ; fa façon de danfer a
déja beaucoup de Partifans & donne lieu
d'efperer qu'elle ira encore plus loin , par
les leçons du fieur Blondi .
NOUVELLE DU TEMPS.
AFRIQUE.
Diel'armée Portugaife dans les Indes , a
dépêché un Exprès de Lisbonne , qui y arriva
le 21. Avril à bord d'un Vaiffeau Anglois ,
avec une Lettre de ce General , datée du Port
de Congo , du s . Août dernier, par laquelle
il donne avis au Roi que pendant le mois de
Mars 1728. il a reconquis les Places de Patre
& de Montbaça , & toute la partie de la Côte
d'Afrique, qui eft depuis Brava jufqu'à Quiloa.
On Louis de Mello de S. Payo , General
Ce General a envoyé en même temps la
Capitulation qu'il a accordée le 12. du même
mois de Mars , en qualité de Capitaine General
de l'Armée du Haut bord des Détroits
d'Ormus , de la Mer Rouge & de la Mer des
Indes, à Xeque , Mahamed Abenzayde , General
des Arabes, & à fes Sujets de l'Ifle & Fortereffe
de Montbaça ; cette Capitulation eft
conçûë en ces termes :
La volo.
La
JUIN. 1729. 7235
La Garnifon fera diviféeen deux corps ,
dont le premier conduit par un Officier choifi
par le General Portugais , défilera avec fes
armes devant l'Armée Portugaife jufqu'au
Drapeau Royal , où il pofera les armes ; ce
qui fera pareillement executé par le fecond
Corps de la Garniſon : elle ne pourra fortir
avec des armes chargées , ni porter ni poudre
ni bales : tous les Arabes , leurs femmes &
leurs enfans fe reconnoîtront pour humbles
Efclaves du Roi de Portugal , au nom duquel
ce General Portugais leur a laiffé la vie & la
liberté de retourner dans leur Pays : le General
leur donnera quinze de leurs Bâtimens qui
font dans la Riviere de S. Antoine , vis - à- vis
le Camp, pour les tranfporter dans leur Pays
avec des provifions pour un mois , qui feront
tirées de leurs Magazins : il leur accordera
quelques - unes de leurs armes pour la deffenfe
des Bâtimens qui doivent les tranſporter , &
quelque argent à leur General & à leurs prin
cipaux Chefs : le furplus de l'argent , Marchandifes
& autres Provifions qui font dans l'Ifle
& le long de la Côte , appartiendront à S. M.
Portugaile , ainfi que l'Artillerie , les Munitions
de guerre & de bouche & les Bâtimens
grands & petits qui font fur la Riviere : ils ne
pourront dorénavant faire aucun Efclave Por
tugais , fe reconnoiffant eux- mêmes Efclaves
de cette Nation , & lorfque leur Navigation
fur la Riviere de S. Antoine fera finie , & qu'ils
mettront pied y terre pour achever leur route,
ils feront gardez par une Efcorte Portugaife,
qui leur fournirà leur fubfiftance jufqu'à ce
qu'ils foient arrivez dans leur Pays.
Le Maître d'un Navire Marchand Eſpagnol ,,
arrivé depuis peu de Tetuan à Livourne , a
rapporté que la mort des deux Princes qui ont Is vola
poffedé
1212 MERCURE DE FRANCE.
poffedé fucceffivement le Trône de Maroc ,
n'avoit pas fait ceffer la guerre civile dans le
Pays , que leur frere qui a été mis fur le Trône
par les Noirs , au préjudice de deux autres
freres aînez , très - aimez des Blancs , étant fils
du vieux Empereur Muley & d'une Eſclave
Angloife , ne pouvoit fe faire reconnoître par
les Gouverneurs des principales Places du
Royaume , parce que fa mere eft étrangere , &
que les Gouverneurs de Maroc & de Fez lui
avoient fait dire qu'ils ne proclameroient pour
Roi que celui qui feroit élu par le Divan , la
Milice & le Peuple.
2.
On mande de Tunis , que le Dey de cette
Ville en étoit parti le premier de May pour fe
rendre à fon Camp près de la Montagne d'Alcaudet
, dans la réfolution d'attaquer fon neveu
& de le foumettre par la force des armes ;
que le il avoit tenu un Confeil de guerre
dans lequel il avoit reprefenté aux Chefs de
l'armée , que c'étoit une honte pour lui &
pour fes Troupes de n'avoir encore rien entrepris
de confiderable contre les Rebelles, &
de leur avoir donné le temps de ſe fortifier
qu'il étoit temps de les combattre pour les
réduire , & qu'il les affuroit d'une victoire cer
taine . Le foir, il alla lui - même reconnoître leur
Camp qu'il trouva bien retranché & deffendu
par quelques Pieces d'Artillerie. Le 6. après
avoir tout difpofé pour l'attaque de ce Camp,
il fe mit à la tête d'une troupe choifie & força
les retranchemens des Rebelles après un
combat de trois ou quatre heures , dans lequel
il ne perdit que 600. hommes . Le 7. il envoya
à Tunis cent têtes des Rebelles , & fit
mettre le refte des Prifonniers aux fers pour
tes faire mourir à fon retour. Son neveu s'eft
fauyé dans les Montagnes , où il raffemble les
Evola
débris
JUIN
1233 1719 .
débris de fon armée , dans le deffein de livrer
un nouveau combat.
POLOGNE.
IE Roi arriva le 3. Mai dernier à Varfovie
où S. M. fut reçûë au bruit d'une triple
falve de l'Artillerie du Château & de l'Arcenal
& aux acclamations du Peuple.
Les Tartares continuent de faire de grands
defordres vers les Frontieres de ce Royaume ;
le Roi a envoyé un Officier à Choczin , pour
demander au Pacha qui y commande , fi ces
Tattares ont reçû ordre du Gr. Seigneur de
commettre ces hoftilitez , pour lui déclarer que
le Roi & la République ne pouvant les regarder
que comme une Infraction aux Traitez , ils
feront obligez d'en informer leurs Alliez , &
de prendre des meſures avec eux pour la fureté
du Royaume.
Le 15. May , le Roi tint un Confeil de Senateurs
, dans lequel il fut réfolu de fixer au
22. Août prochain , l'ouverture de la Diette
Generale de Grodno.
DANNEMAR C.
E Comte de Plelo , Miniftre Plenipotentiaire
Lau Roits. Chr. eutle 16. May à Copenhague
, fa premiere Audience publique du Roy ;
il fut conduit au Palais dans les Caroffes de
S. M. qui le conduifirent enfuite à ſon Hôtel.
Le 24 il eut Audience publique du Prince
Royal , du Prince Frederick & de la Princeffe
Charlotte Amelie .
Le Roi a envoyé un Détachément de fes
Troupes pour prendre poffeffion des Fiefs de
la fucceffion du feu Duc d'Holftein- Retwick ,
2. vol. &
1234 MERCURE DE FRANCE .
& le Duc d'Hoftein Norbourg, qui en eft he
ritier & qui eft à prefent à Breflaw en Silefie,
doit fe rendre inceffamment à Vienne pour demander
à l'Empereur l'inveftiture des mêmes
Fiefs.
ALLEMAGNE .
N apprend de Treves , que le 2. May , le
chapitre de l'Eglife Metropolitaine de
cette Ville , avoit élu pour Archevêque , le
Comte Jean- François de Schonborn , qui en
étoit Grand-Vicaire .
Le Comte Guillaume Kinski , Confeiller du
Confeil de l'Empereur , Lieutenant de Roi du
Royaume de Bohëme , & Ambaffadeur de
S. M. I. à la Cour du Roi Tr . Chr. partit de
Vienne pour fe rendre en France.
On affure que quelques Etats de l'Empire ,
appuyez , dit- on , des Miniftres de Puiffances
garantes du Traité de Welphalie , ont fait faire
à Vienne de fortes reprefentations contre l'Adminiſtration
du Duché de Méckelbourg , prétendant
que le Confeil Aulique n'eft point en
droit d'établir aucun changement à cet égard,
fans le confentement des Etats de l'Empire .
On mande de Dantzick , que le Duc de Meckelbourg
avoit envoyé un de fes Secretaires à
Domitz , pour y faire publier une Amniftie
pour tous les Sujets , qui ayant juſqu'à preſent
refuf: de fe foumettre à fes ordres , lui donneront
dorénavant des témoignages de leur fi
delité en s'oppo ant à la nouvelle adminiſtration
qu'on veut établir dans fon Duché , en
vertu du dernier Decret du Confeil Aulique
On apprend de Vienne qu'on a envoyé vers
le milieu du mois dernier , deux Refcripts de
Empereur au Roi d'Angleterre , comme
Electeur d'Hanover, & au Duc de Brunswick
,
Le vola Wole
JUIN. 1729. 1235
Wolfembutel , en qualité de Commiffaires
chargez de l'execution Militaire du Duché de
Meckelbourg, pour les exhorter à fe foumettre
aux Mandemens Imperiaux qui révoquent
la Commiffion , & qui leur ordonnent de retirer
leurs troupes de ce Duché , attendu qu'on
leur a affigné des fommes fuffifantes pour les
fatisfaire de leurs prétentions. Dans un troifiéme
Refcript qui eft adreffé au Duc Chrétien
Louis de Meckelbourg , S. M. I. lui promet
fa protection pour l'engager à prendre
poffeffion de l'adminiftration qui lui a été confiée
, & en cas d'oppofition de la part des Seigneurs
Commiffaires Subdeleguez , l'Empereur
l'exhorte à demander les fecours neceffaires
au Roi de Pruffe , qui par les mêmes Mandemens
a été choifi pour les faire executer.
ESPAGNE .
E 28. Avril , vers les deux heures après
Lmidi , L. M. accompagnées du Prince , de
la Princefle des Afturies & des Infans , fe rendirent
en Cortege à la Maifon du Confiftoire
de Seville , des Balcons de laquelle elles virent
la Courſe , où le Tournois des Cannes , qui fe
fit dans la grande Place qu'on avoit ornée magnifiquement.
Cet exercice confifte à fe lancer
avec adrefle des Rofeaux ou Cannes d'environ
4. pieds de longueur. On en jette une trèsgrande
quantité que les Domeftiques ramaffent
pour les donner à leurs Maîtres .
Auffi -tôt que le Roi & la Reine eurent pris
leurs places , on vit entrer la Compagnie des
Hallebardiers de la Garde , précedée de fept
Hauts Bois & Timbales , & fuivie de 48. Domeftiques
de Livrée ; habillez de differentes
couleurs, qui marchoient devant les Parains
In vol.
de
1226 MERCURE DE FRANCE.
de la Fête. Ces Parains étoient à la tête de huff
Quadrilles , compofées chacune de quatre Ca
valiers qui devoient courir les Cannes , tous
Gentils-hommes de la premiere Nobleffe du
Pays , & montez fur des Chevaux dreflez à cet
exercice. Ils étoient vécus de veftes de toile
d'argent & de cafaques de Drap écarlate galonné
d'or avec des devifes brodées pour dif
tinguer les Quadrilles,chacune defquelles étoit
fuivie de buit Domestiques de Livrée , habillez
differemment ; les uns en Turc , les autres en
Indien , d'autres en Hufars , d'autres en Cou
reurs avec des noeuds de Ruban de la couleur
qui diftinguoit les Quadrilles , & cette Livrée
étoit fuivie de plufieurs Palfreniers tenant des
Chevaux de main. Il y avoit au milieu de la
Place deux Mulets richement caparaçonnez ,
& portant les Cannes couvertes de riches Tapis
: toute la Place étoit environnée de Chariots
couverts de ſemblables Tapis . Le fignal
donné , les Cavaliers coururent les Cannes
avec tant d'adreffe , d'agilité & d'ordre , que
L. M. parurent très- fatisfaites de cet exercice .
& leur en donnerent divers témoignages.
Le 30. veille de la Fête de S. Philippe , dont
le Roi porte le nom , on fonna le foir toutes
les Cloches de la Ville , & toutes les maiſons furent
illuminées , ainfi que la Tour de l'Eglife
Métropolitaine. L'Efcadre des Galeres qui eft
dans la Riviere de Guadelquivir , fit trois dé
charges generales de fon Artillerie , & c.
Le lendemain après midi , les mêmes Cavaliers
qui avoient couru les Cannes devant le
Roi & la Reine , firent dans la Place du Palais
Pexercice du Jet des Grenades & Pots à feu ,
& le foir la Fête fut terminée par le fon de
toutes les Cloches , par des Illuminations, &
par des Salves generales de l'Artillerie.
1. vola L'Infant
JUIN . 1729. 1237
L'Infant Dom Louis & l'Infante Dona Marie
Therefe arriverent à la Cour le 10. Mai vers
les fix heures ' du foir : ils avoient été compli
mentés le 9, à Carmona par les Deputez de Seville
, & le lendemain le Corps de Ville alla les
recevoir à la Tour blanche.
Le Roi ayant donné 6000. piaftres au Chapitre
de l'Eglife Patriarchale & Metropolitaine
de Seville , pour contribuer à l'ornement
d'une nouvelle Châffe d'Argent doré &
de Cristal , dans laquelle on a mis le Corps du
Roi S. Ferdinand , & ce travail ayant été fini
depuis quelques jours , le Chapitre a obtenu
de S. M. la permiffion de tranfporter le Corps
de ce faint Roy de la petite à la grande Chapelle
qu'on a reparée depuis peu : la Cerémonie
de cette Tranflation s'eft faite avec beau
coup de folemnité. Elle commença le 13. de
Mai à midi , par le fon de toutes les cloches
& le Corps du Saint fut expofé fur un Autel
elevé fur une Eftrade dans l'ancienne Chapelle,
après avoir été revêtu d'une Tunique blanche,
d'un Manteau Royal de drap d'Or , à bandes
de drap d'Argent , bordé d'hermine & parfe
mé de châteaux & de lions qui font les Armes
des Royaumes qu'il avoit réunis en fa perfon,
ne. On lui avoit mis fur la tête une Couronne
Imperialle d'Or , émaillée , garnie d'une gran
de quantité de pierreries ; dans fa main , le
bâton qu'il portoit de fon vivant , au lieu du
Sceptre; à fon coté la même épée dont il fe
fervoit à la guerre ; & à fes pieds , fes mêmes
fandales qu'on à garnies de pierreries . Il étoit
dans fa nouvelle chaffe fur un couffin de drap
d'Or à fond brun, la Châffe étoit placée fur un
Trône d'Argent maffif, ayant des Anges d'Argent
aux quatre angles. L'après midi les premieres
Vêpres furent chantées par la Mufique
Ia volà.
de
1238 MERCURE DE FRANCE.
de l'Eglife Metropolitaine , & le foir il y eut
des illuminations dans toutes les rues de la
Ville ; on tira un très - beau feu d'artifice ſur la
grande Tour , nommée la Giralda , & l'on fit
trois falves de l'artillerie , aufquels l'Eſcadre
des Galeres répondit.
Le 14. vers les onze heures du matin , le Roi
& la Reine accompagnés du Prince & de la
Princeffe des Afturies , des Infans Don Carlos
, Dom Philippe , & de l'Infante Dona Marie
Thereſe , fe rendirent à l'Eglife Metropo
litaine , à la porte de laquelle L. M. furent
receües par le Chapitre qui les conduifit à la
Chapelle Royale , où elles firent leur priere..
Après le Te Deum qui fut chanté à pluſieurs
Choeurs de Mufique , on fit une Proceffion
folemnelle : le Marquis de Villena , Majordome .
Major du Roy , marchoit à la tête portant
l'Etendart de S. Ferdinand , &, ayant à fes
cotés le Comte d'Oropefa & Dom Jean Pacheco
, fes deux fils , qui tenoient les cordons
de l'Etendart. A quelque diftance , le Duc del
Arco , Grand Ecuyer de S. M. portoit l'épée
du Saint , il étoit fuivi des Chapelains de la
Chapelle Royale , des Grands d'Espagne , des
Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , de ceux de
la Toifon d'Or , revêtus de leurs habits de
cerémonie & de leurs Colliers , & tenant chacun
un cierge à la main ; enfuite le Corps de
S. Ferdinand étoit porté dans fa Châffe , & fur
fon Trône , d'où pendoient huit cordons d'Or
qui étoient tenus , fçavoir , les deux de devant
par
l'Infant Dom Louis & l'Infante Dona Marie
Therefe ; les deux fuivans par les Infans
Dom Carlos & Dom Philippe ; les deux autres
par le Prince & la Princeffe des Afturies ; & les
deux derniers par le Roi & la Reine . Les Dames
du Palais & les Officiers des Maifons de
Io volo
L.
JUIN. 1729 1239
I M. du Prince & de la Princeffe des Afturies
, marchoient après le Roi & la Reine : à
quelque diftance , le Manteau Royal de S. Ferdinand
, étoit porté par dix Chevaliers des
vingt- quatre & par les Regidors de cette Ville,
& la Proceffion étoit terminée par l'Archevêque
de Seville , revêtu de fes Habits Pontificaux
, & accompagné de fes Affiftans & des
Dignitez mitrées de l'Eglife Metropolitaine. Le
Corps du Saint ayant été depofé dans lagrande
Chapelle , le Roi , la Reine , le Prince , la Princeffe
des Afturies & les Infans , monterent
dans la Tribune pour entendre la grande Meffe
qui fut celebrée pontificalement par l'Archevêque
le Cardinal de Borgia , le Nonce du
Pape & l'Archevêque de Segovie affifterent
incognito à cette Cérémonie.
Le même jour , vers les fix heures du foir ,
le Roi , la Reine , les Princes & Princeffes de
la Famille Royale , retournerent à l'Eglife Metropolitaine
, où l'on fit une feconde Proceffion
qui fut plus folemnelle & beaucoup plus nombreufe
que celle du matin : les Confrairies ,
les Tribunaux de la Ville avec leurs Etendarts;
les Religieux mandians avec les Images de
leurs Fondateurs ; le Clerge des 25. Paroiffes
de la Ville avec leurs Croix ; les Chanoines de
l'Eglife Metropolitaine avec la Croix Patriarchale
en Chapes blanches , & portant les Reliques
de l'Eglife , le Tribunal du S. Office &
le Corps de Ville affifterent à cette feconde
Proceffion. Le Roi , la Feine , & les Princes
& Princeffes de a Famile Royale y reprirent les
cordons de la Châffe dans l'ordre du matin . La
Proceffion fortit par la porte de S. Michel , &
fit le tour de l'Eglife ; les Regimens des Gardes
Efpagnoles & Walones , Infanterie , étoient
en haye & fous les armes dans toutes les rues
1240 MERCURE DE FRANCE;
du paffage de la Proceffion qui rentra par la
même porte vers les neuf heures du foir. On
remit le Corps du Saint dans la grandeChapelle,
où il a demeuré pendant trois jours expole à
la veneration des Fideles , après quoi il a été
reporté dans fon ancienne Chapelle .
LE
ITALIE.
E 29. Avril , le fils aîné du Chevalier de S.
George arriva de Bologne à Rome , où l'on
attend dans peu la Princefle Clementine So--
bieska avec fon fecond fils .
Le Cardinal Alberoni elt revenu à Rome de
fa Terre de Caftel Romano , où il fait bâtir un
grand nombre de maifons dans le deflein d'en
former un Bourg qu'il fermera de murailles
pour le mettre à l'abri des defcentes des Corfaires
, & le bruit court qu'il diftribuera auz
familles qui voudront s'y établir , toutes les
terres des environs , à la charge d'une fimple
redevance de cens.
Le 8. Mai , le Cardinal de Polignac alla en
grand cortege prendre poffeffion de l'Eglife
titulaire de S. Sixte le vieux , au nom du Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , qui
avoit ci devant le titre de Ste. Marie fur la
Minerve , que le Pape a donné au Cardinal
Pipia.
Le grand procès de la Religion de Malte avec
les Grecs , Sujets du Gr. S. a été jugé en faveur
de ces derniers , qui ont reprefenté que
les Maltois ne pouvoient les faire efclaves , ni
s'emparer de leurs marchandiſes , lorfqu'ils en
ont fur les Bâtimens Turcs , quand ils font
pris par les Armateus de Malte.
Le 9. du mois dernier , on fit partir de Rome
Our Civita Vecchia , une chaine de se. Cri-
A
I. vole minels
JUIN. 1729. 1241
minels condamnez aux galeres , dans le nombre
defquels il y avoit deux Prêtres feculiers
quatre Religieux de differens Ordres & deux
Hermites.
La Congregation criminelle du Gouverne
ment a fait condamner & executer à mort
' Abbé Furalli , complice du Jouaillier Tho
inas Sacchi , Fabricateur de faux billets de
banque , qui étoit prifonnier depuis fix mois.
On publia le jour de l'execution une Sentence
de condamnation par contumace contre
le Comte Onufre Marciani d'Orviette , ci - devant
Maître de Chambre du Cardinal Acciaioli,
& Fabricateur de plufieurs faux billets de
change , avec promeffe de mille écus de recompenfe
pour ceux qui le livreront vivant entre
les mains du Gouverneur de Rome , & de
Joo écus pour celui qui le tuera.
On apprend de Genes que le 15. du mois
dernier , le Pere Landrucci , Theologien du
Pape , avoit repreſenté la Rofe d'Or à l'Archevêque
, & qu'à cette occafion on avoit
chanté un Te Deum folemnel dans l'Eglife
Metropolitaine.
GRANDE BRETAGNE.
E 23. Mai , le Roi envoya aux deux Cham
bres le Meffage fuivant : Sa Majeft trouve
à propos de leur faire fçavoir que pour des raifons
importantes , el‹ e a deffein d'aller inceffamment
vifiter fes Lomaines d'Allemagne & do
nommerfa chere Epouse , la Reine , Regente du
Royaume pendant fen abfence, En confequence
de ce Meffage , les deux Chambres en grand
Comité , ont paffé le Bild Regence , & le
Parlement a été prorogé juſqu'au 2. du mois
d'Aout prochain.
1. voi
Le
1242 MERCURE DE FRANCE
Le 28. vers les onze heures du matin , le Roi
partit pour Greenwich , où S. M. s'embarqua
fur le Yacht la Caroline qui mit'à la voile auffitôt
pour la Hollande , accompagnée de cinq
autres Yachts , & arriva le 30. vers les 9. heures
du foir fur les côtes de Gorée. Le 31. le
Roife rendit à Utrecht d'où S. M. continua fa
route pour Hanover , où l'on a eu avis qu'elle
étoit arrivée le 4. Juin.
L'Acte que le Parlement a paffé en faveur
des debiteurs infolvables , fut publié à Londres
le 2. de ce mois . Il porte que tous les prifonniers
pour dette qui étoient dans les prifons
d'Angleterre avant le 10. d'Octobre dernier
feront remis en liberté en cedant tous leurs
effets à leurs créanciers : il en excepte les débiteurs
à la Couronne , ainfi que ceux qui doi
vent soo. liv. fterl , & au- deffus , à une feule
perfonne , mais dans ce dernier cas , le créancier
fera obligé de fournir à fon débiteur trois
fchelins & demi par femaine pour ſa fubfiftance.
Les Matelots & autres pauvres gens qui ont
été mis dans la prifon de la Maréchauffée depuis
le même jour dix Octobre dernier , pour
des fommes au- deffous de so . liv . fterl , ferons
mis auffi en liberté. :
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCE ,
Mariages des Pays Etranges .
E Pere Manuel de S. Bernard , Religieux
L de l'Obfervance de S. François , moulut à
Ibonne , en odeur de Sainteté le 16 Avril ,
dans la 114 année de fon âge.
Le Duc Jean Einelt Ferdinand de Holſtein
Rethwich de la Branche Catholique , mourut
I. vol.
ने
JUIN 1729. 1243
à Hambourg le 21. du mois dernier dans la
45me année de fon âge. Comme il eft mort fans
pofterité , les conteftations au fujet de la fucceffion
au Duché de Ploen , ceffent , & le Due
de Holftein -Norbourg , eft prefentement le
feul qui puiffe prétendre à cette fucceffion .
Le 23. du mois dernier , le Prince Borghese
mourut à fa belle maifon de Prattica près de
Rome , & il fut inhumé le 25. avec beaucoup
de pompe,& de magnificence,dans la Chapelle
Borghefe , à l'Eglife de fainte Marie majeure ,
où fon Corps fut tranfporté.
Le 29 Mai , le Cardinal Gregoire Selleri ,
de Muggione, au Territoire de Peroufe ,
Religieux
de l'Ordre de S. Dominique, & ci - devant
Maître du Sacré Palais , mourut à Rome vers
les dix heures du foir : Il avoit été fait Cardimal
dans le Confiftoire du 9. Decembre 1726 .
mais ayant été refervé in petto, il ne fut declaré
que dans celui du 30. Avril 1728. & dans celui
du 6. Mai fuivant , le Pape lui donna le Titre
de S. Auguftin .
Le Duc Antoine Ferdinand de Guaftella
mourut le 19.'Avril d'un Erefipele à la jambe.
Ce Prince qui étoit né le 8. Decembre 1687.
avoit époufé au mois de Fevrier 1727. la Princeffe
Theodore , fille du Pr. Philippe de Heffe
d'Armſtadt , Gouverneur du Duché de Mantoue,
dont il n'a point eu d'enfans . Le Duc Jofeph
Marie fon frere , eft arrivé de Venife à
Guaftalla pour prendre poffeffion de ce Duché.
La Princeffe d'Anhalt Zerbft , accoucha à
Stetin le 2. Mai , d'une Princefle qui fut nommée
Sophie augufte Frederique.
Le 30 Mai , le Margrave d'Anfpach , épouſa
à Berlin la Princeffe Frederique Louise,feconde
fille du Roy de Pruffe : la celebration de
ce mariage fe fit avec la plus grande magnifi . I, vol.
I cence
.
1244 MERCURE DE FRANCE .
cence. Après la Benediction nuptiale , on en
tendit une triple Salve de Canons ; on fervit
enfuite 12. Tables , dont il y en avoit de 40.
Couverts. A celle du Roi il n'y avoit que les
Princes & Princeffes de la Famille Royale , le
Prince d'Anhalt , le Prince Leopold fon Fils ,
& le Prince George de Heffe- Caffel. Après le
fouper on danfa le Fuckel- Dauby , où la danſe
des flambeaux , comme cela fe pratique en
pareilles Fêtes. Les Velt Maréchaux , Comte
de Wartensleben & Arnhein , les Officiers
Generaux , &c. portoient deux à deux des
flambeaux de cire blanche , pendant que la
Princefe danfa avec le Roi , & enfuite avec
les Princes du Sang & les Princes Etrangers .
au fon des Trompettes & Timbales . Le Margrave
danſa avec la Reine & avec les Princeſſes
du Sang : on remarqua que les deux Velt- Maréchaux
qu'on vient de nommer , quoique
faifant enſemble 160. années , firent leur tournée
pendant une heure & demie , fans paroître
trop fatigués. On deshabilla enfuite les nouveaux
Mariés ; & la Princeffe ayant laiffé tomber
une de fes jarretieres , on la porta au Roi
qui la coupa & la partagea aux principaux Seigneurs
de la Cour & aux Miniftres Etrangers.
S. M. pria celui de Pologne d'en envoyer un
morceau au Roi fon Maître , perfuadé qu'il
prenoit part à ſon contentement.
I. vol.
FRANCE
,
JUIN. 1729. 1245
*******************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c:
A Reine qui pendant le mois dernier
Lavoit fait les Stations pour le Jubilé ,
quatre Autels differens de la Chapelle
du Chateau de Verfailles , alla le 24. du
même mois à l'Eglife de la Paroiffe , & le
25. â l'Eglife des Recolets , & à celle de la
Paroiffe du Parc- aux- Cerfs , pour y faire
fes dernieres Stations. Le 26. Fête de
l'Afcenfion , la Reine entendit la Meffe
dans la Chapelle du Château , & S. M.
communia pour le Jubilé par les mains de
l'Abbé de S. Hermine , fon Aumônier en
quartier.
Le 2.de ce mois , le Roi partit de Compiegne
pour retourner à Verfailles , ou S.
M. arriva vers les huit heures du foir.
Le 4. de ce mois , veille de la Fête de
la Pentecote , le Roi revêtu du grand
Collier de l'Ordre du S. Efprit , fe rendit
dans la Chapelle du Château de Verſailles,
où S. M. entendit la Meffe, & communia
par les mains de l'Abbé de Belfons , Aumônier
du Roi en quartier. Enfuite le Roi
toucha un grand nombre de malades . L'a-
I vol
I ij près1246
MERCURE DE FRANCE .
près -midi , S. M. affifta aux premieres
Vêpres qui furent chantées par la Mufi
que , & aufquelles l'Archevêque d'Aix ,
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , &
nommé à l'Archevêché de Paris , officia
pontificalement.
Le se , jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
S. Efprit , fe rendirent vers les dix heures
du matin dans le Cabinet du Roi , d'où
S. M. alla à la Chapelle , étant précedée
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois, du Duc du Maine ,
du Prince de Dombes , du Comte d'Eu ,
du Comte de Touloufe , des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre .
Le Roi , devant lequel les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs Maffes ,
étoit en Manteau , le Collier de l'Ordre
pardeffus , ainfi que les Chevaliers. S. M.
entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Archevêque d'Aix , nommé
à l'Archevêché de Paris , & chantée par
la Mufique . La Reine , accompagnée des
Dames de la Cour, entendit la Meffe dans
fa Tribune. L'après - midi , le Roi entendit
le Sermon de l'Abbé Huerne , Chanoine
de l'Eglife Metropolitaine de Sens ;
enfuite S. M. affifta aux Vêpres chantées
par la Mufique , où le même Prélat officia .
Le Marquis de Monti , que le Roi a
1. vol.
nommé
JUIN. 1729. 1247
nommé depuis quelque temps fon Ambaffadeur
en Pologne , partit de Paris le 31.
du mois dernier pour fe rendre à Warfovie..
Le 8. de ce mois , M. Herault , Lieutenant
General de Police , affifta en qualité
de Commiffaire nommé par le Roi ,
au Chapitre des Prêtres de la Doctrine
Chrétienne . Ces Peres ont accepté la
Conftitution d'une voix unanime , après
avoir figné le Formulaire . Le Pere Provincial
, qui avoit appellé précedemment
au futur Concile de cette Conftitution
déclara qu'il révoquoit fon appel . le 2 2 .
Juin , ces Prêtres élurent pour Superieur
General de leur Congregation , le
Pere Etienne Chauffac , ancien Théologal
de l'Eglife d'Autun .
Le 8. la Lotterie pour le rembourſement
des Rentes fur l'Hôtel de Ville , fur
tirée en prefence du Prevoft des Marchands
& des Echevins , en la maniere
accoutumée ; le fond de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1108726.1.
17. fols 11. deniers , laquelle a été diftribuée
aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échus , conformément à la lifte generale
qui a été rendue publique ; le Lot
le plus confiderable de ce mois qui eſt
de 19000. liv . eft échu au N° . 936814 .
fous la devife de un Lot feroit ma fortune.
I. vol.
Le I iij
1248 MERCURE DÉ FRANCE :
Le 13. Juin , il y eut Concert à la Cour ,
dans le Salon de la Reine ; on y chanta
le Prologue , & les deux premiers Actes
de Tancrede , qu'on continua le Mercrdi
fuivant. La Dile Antier fit le rôle de Clole
2. nde , la De Lenner celui d'Herminie ,
Le S Chaffé chanta le rôle d'Argant , &
d'Angerville celui de Tancrede . Ce
Concert fit beaucoup de plaifir à la Cours
l'execution en fut parfaite , fous l'infpection
de M. Deftouches , Sur - Intendant de
la Mufique de la Chambre , & fous la
mefure de M. Campra , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roi , Auteur de
P'Opera de Tancrede , qui reçut encore en
cette occafion de nouveaux applaudiffemens.
Le 27. on concerta à Marly le Prologue
, le premier , & le fecond Acte du
Balet des Elemens , qu'on continua dans la
femaine ; cet ouvrage eft de la compofition
de Mrs de la Lande & Deftouches.
Sur -Intendant de la Mufique du Roi ; il a
toujours fait beaucoup de plaifir à la Cour,
& à la Ville.
Le 16. de ce mois , Fête du S. Sacrement
, le Roi accompagné du Prince de
Dombes & du Comte d'Eu , fe rendit à
P'Eglife de la Paroiffe de Verfailles , où S.
M. entendit la grande Meffe aprés avoir
affifté à la Proceflion , qui alla , felon la
A. vol.
' coutume ,
JUIN 1729. 1249
coutume , à la Chapelle du Château . La
Reine n'étant point allée à la Chapelle à
caufe de fa groffeffe , entendit la Meffe
dans fa Tribune , où S. M. fe rendit après
avoir vû paffer la Proceffion.
Le 20. la Reine fe rendit à la Maiſon
Royale de S. Cyr , où S. M. entendit la
Meffe , & communia par les mains de
l'Abbé de S. Hermine , fon Aumônier en
quartier.
Le 23. jour de l'Octave du S. Sacrement
, le Roi alla à l'Eglife de la Paroiffe ,
où S. M. entendit la grande Meffe après
avoir affifté à la Proceffion . Pendant l'Ocle
Roi & la Reine ont affifté tous
les foirs au Salut.
Le même jour , après le Salut , le Roi
& la Reine partirent de Verfailles pour
aller coucher au Château de Marly , où
leurs Majeſtez doivent paffer quelque
temps..
Le Comte de Kinski , Ambaffadeur de
l'Empereur en cette Cour , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plenipotentiaires au Congrés
de Soiffons , eft arrivé à Paris . Il eut
audience particuliere du Roi , & enfuite
de la Reine le 21. de ce mois . Il fut conduit
à ces Audiences par le Comte de
Monconfeil , Introducteur des Ambaffa
deurs .
Le nouvel Archevêque de Paris , M. de
1.vol. I iiij Vintimille
1250 MERCURE DE FRANCE .
Vintimille du Luc , Archevêque d'Aix ,
arriva à Paris le 24. du mois dernier le
26. il reçut les complimens du Chapitre
de la Metropole , l'Abbé de Gontaud ,
Doyen , portant la parole . On ne peut
exprimer l'accueil gracieux que ce Prélat
fit à ces Meffieurs , ainfi qu'aux Curez de
cette Ville qui allerent en Corps le faluer.
le lendemain .
M. Gaudion , Tréforier General de la
Marine & de l'Ordre de S. Louis , a cu
l'agrément du Roi pour acheter la Charge
de Garde du Tréfor Royal , qu'avoit M.
de Turmenies . .
*
Le 3 Mai , M. Lefebvre , Intendant &
Garde des pierreries & prefens du Roi
alla préfenter de la part de Sa Majefté , à
Madame Dagueffeau la jeune , une paire
de boucles d'oreilles de Diamans parfaitement
belles , en confideration de fon mariage
avec M' Dagueffeau , Fils du Chancelier
de France .
Le S. de ce mois , Fête de la Pentecôte , il y
eut Concert fpirituel au Château des Tuillees;
on y chanta deux Motets de M. de la
Lande, Veni Creator & Dixit Dominus , précedés
d'un Concerto de Hautbois , & d'autres morceaux
de Simphonie.
Le 6. il y eut Concert François ; on donna le
Divertiffement de Guy- l'An - Neuf, dont on a
déja parlé. La Dile Hermance chanta un morceau
d'un Divertiffement de M. de Blamont ,
fur- Intendant de la Mufique du Roi , quifut
I. vel.
fort
JUIN. 1729. 1251
fort aplaudi, de même que la Cantatille d'Eglé,
chantée par la Dile le Maure , le Concert fut
terminé par le Te Deum du même Auteur.
Le 13.on chanta un Divertiffement nouveau,
dont les paroles font de M. Carolet , intitulé
le Temple de Paphos , mis en Mufique par M.
Clerambault le fils , Organiſte de la Paroiffe
S Sulpice , qui fut très aplaudi. La Dle le
Maure chanta les Charmes de la voix , Cantate
de M. de Blamon , & on finit par un très - beau
Motets fuper Flumina Babylonis de la compofition
de M. Gomay , qui fut generalement
aplaudi.
Le 16. jour de la Fete-Dieu , il y eut Concert
Spirituel; le Sacris folemniis & le Te Deum ,
Motets de M. de la Lande , y furent parfaitement
bien executés : les Abbés du Cros & Benoît
chanterent un petit Motet à deux voix .
qui fit un plaifir infini . Le Sr. le Clerc , excellent
Joueur de Violon , executa un Concerto quis
fut très- aplaudi .
Le 20. on executa le même Divertiffement du
Temple de Paphos : la Dlle le Maure chanta
la Cantate du Bal , miſe en Mufique par M.
Mouret. Le Concert fut terminé Moret
à grands Choeurs de la compofition de M.
Dornel , Organifte de Ste . Genevieve.
par un
Le Roi a accordé 6000. liv . de pen
fion fur l'Archevêché de Paris ; fçavoir ,
à l'Abbé Ducaffe 1800. liv . à l'Abbé de
Grimaldi 1500. liv. à l'Abbé le Queux
1000. liv. à l'Abbé Baftide 800. livres ,
à l'Abbé Coffe 500. livres , & à l'Abbé
Ouliers 400. liv..
To vola I v BE
1252 MERCURE DE FRANCE :
BENEFICES DONNEZ.
' Abbaye de Pontron , Ordre de Citeaux ,
Diocèle d'Angers , vacante par le décès
de M. de Valbelle , Evêque de S. Omer , en
faveur de M de Lefcure , Prêtre du Dioceſe
L'Abbaye de S. Arnould , Ville & Dioceſe
de Metz , Ordre de S. Benoît , vacante par le
décès de M. Chazor , en faveur de M. Henry
Xavier de Belfunce de Caftelmoron , Evêque
de Marſeille.
L'Evêché de Lefcar , vacant par le décès de
M.de la Caffaigne, en faveur de l'Abbé de Chalons
, Prêtre , Grand Vicaire de Sens ..
L'Abbaye de la Grenetiere , Ordre de S..
Benoît , Diocefe de Luçon , vacante par le
décès de M. de la Fayette , en faveur de M.
Jean du Doucet , Evêque de Belley .
L'Abbaye de Beauport, Ordre de Premontré,,
Diocefe de S. Brieux , vacante par la démiffion
de M. l'Abbé de Roye, nommé à l'Archevêché:
de Bourges , en faveur de M. Louis François
de Montclus , Evêque de S. Brieux .
L'Abbaye de Livry , Ordre de S. Benoît ,.
Diocéfe de Paris , vacante par le décès de Me
Sanguin de Livry ,. Clerc tonfré du Diocéfe
de Paris , pour M. Marie Louis Sanguin de-
Livry , Clerc tonfuré du Diocéfe de Paris.
L'Abbaye de N. D. Dalon , Ordre de Citeaux
Diocefe de Limoges , vacante par le
décès de M. de la Fayette , en faveur de M. de
Vignau , Prêtre , Grand Vicaire de Chalonsfur-
Marne.
L'Abbaye de Vallemont , Ordre de S. Benoît
, Diocefe de Rouen , vacante par le décès .
de M. de la Fayette , en faveur de M. de Teréɔ ,
Prêtre . Aumonier de Sa Majesté
Lbbaye de S. Romain de Blay,, Ordre de
I. vola, S.
JUIN 1729. 1253
par
8. Auguftin , Diocéfe de Bordeaux , vacante
la démiffion de M. l'Abbé de Roye , nominé
à l'Archevêché de Bourges , en faveur de
M. le Blond , Secretaire de M. le Cardinal de
Polignac.
L'Abbaye de Boifgrofland , Ordre de Citeaux,
Diocéfe de Luçon , vacante par le décès
de M. Boutard , en faveur de M. de la Bafte
Prêtre , Grand - Vicaire de Rennes.
L'Abbaye de N D. de Senangue , Ordre de
Citeaux , Diocéfe de Cavaillon , vacante par
la démiffion de M. de Bethune d'Orval , en
faveur de M. de Piis de Roquefort , Clerc ton--
furé du Dioceſe d .....
L'Abbaye de N. D. de Sezanne , Ordre de S..
Benoît , Diocéfe de Troyes , vacante par les
décès de Madame de Pouffé , en faveur de Ma--
dame d'Etampes , Abbeffe du Reconfort.
L'Abbaye de Fontgouffier , Ordre de S. Au--
gutin , Dioceſe de Sarlat , vacante par le dé--
cès de Madame de Vertron , en faveur de Ma -*
dame Gabriele Elizabeth de Beaupoil , de Peu
dry , Religieufe du même Ordre.
,
L'Abbaye de Fontenay , Ordre de Citeaux ,
Diocéfe d'Autun le décès de vacante par
M. Sanguin de Livry , en faveur de M. de Mon
cley , Evêque d'Autun.
L'Abbaye de la Trinité de Caen , Diocèfe ae
Bayeux, vacante par le décès de Mad . de Teffé,
en faveur de Mad. Marie- Anne de Scaglia de
Verruë , Abbeffe de fainte Claire de Vienne.
Le Roi a auffi nommé l'Evêque de la Rochelle
à l'Archevêché d'Aix..
11 vol . MAN
2254 MERCURE DE FRANCE.
MANDEMENT de M. l'Evêque & Comte de
Châlons , pour ordonner des Prieres pour le
repos de l'ame de S. AR. le Duc de Lorraine,
dans les Paroiffes des Etats de oe Prince , qui
font du Diocèse de Châlons , donné au mois
d'Avril 1729.
ICOLAS DE SAULX TAVANES , par la
per-
Nition Divine, Evêque, Comte de Châlons
, Pair de France , Premier Aumônier de
la Reine.
La mort qui égale les Souverains & les Peuples
, & ne fait de tous qu'une même cendre ,
(felon l'expreffion de l'Ecriture ) vient de vous
enlever , Mes très chers Freres , l'augufte Prince
qui vous gouvernoit avec tant de fageffe ;.
Dieu l'a ravi à l'iniquité du fiecle , dans le milieu
de fes jours , & l'a enfeveli dans la pouf
fiere , avec les Puifances de la terre .
Qu'une perte fi terrible & fi peu prévûê,
vous humilie fous la main de Dieu , qui en
frappant des Têtes fi refpectables en fait un ſujet
d'instruction pour le refte des hommes.
Rentrez donc en vous - même , & reconnois
fez la vanité des chofes d'ici - bas ; nous allons
fans ceffe au tombeau , ainfi que des eaux qui
fe perdent fans retour ; toutes les conditions.
humaines font affujetties à cette néceffité fatale
; mais en même-temps que le corps périffable
retombe dans le néant dont il eft forti , la
Foi nous apprend que ce qui porte en nous le
caractere de la Divinité , y eft rappellé comme
àfon principe , & que ceux qui ont bien vêcu
ne quittent cette vie paflagere, que pour s'unirà
jamais à celui qui a fait le temps & l'éternité..
Ce font, Mes très - chers Freres , les motifs deconfiance
& de confolation que vous ont laiffez-
La pieté, la bonté, la justice & tant d'autres ver- Io.Vila
tus
JUIN. 1729. 75255
tus qui ont animé toutes les actions du Souve
rain que vous regrettez
: Que votre Religion
faffe à Dieu le Sacrifice
de votre douleur
& de
vos larmes , en lui offrant des coeurs foumis à
fes volontez
toûjours
adorables
. Priez leRoi des
Rois,celui qui fait tomber toutes lesCouronnes
aux pieds de fon Trône , d'aflurer
dans le fein
de fa gloire la Couronne
de l'immortalité
, au
Prince qu'il vient de dépouiller
d'une gloire.
fragile & peu durable. A CES CAUSES
, &C.
POMPE
FUNEBRE
faite dans
l'Eglife
des Chanoines
Reguliers
de S..
Antoine
de la Ville de Ponta- Mouffon
pour S. A. R. Leopold
Duc de Lorraine
& de Bar , le 21. Mai 1726.
L
Es Chanoines Reguliers de l'Ordre
de S. Antoine de Ponta- Mouffon fe
font toujours diftingués dans toutes les
occafions où il s'eft agi de donner des
marques de leur zele & de leur reconnoiffance
pour les Princes de la Maifon de
Lorraine.
Ils firent dans le tems des Services
magnifiques pour les Princes François &
Clement de Lorraine , & aujourd'hui juftement
penetrés de la perte qu'ils ont faite
en la perfonne du Duc Leopold qui leur
avoit donné plufieurs fois des marques de
La protection , ils n'ont épargné ni foins.
ni dépenfes pour celebrer les obfeques ..
Sur le Portail de l'Eglife tout tendu de
moir étoit un grand Ecuffon des Armoiries. L. Vale.
de
1256 MERCURE DE FRANCE .
de Lorraine avec l'infcription fuivante pla
cée dans un Cartouche..
PIA MEMORIÆ.
Celfitudinis Regia LEOPOLDI Supre
mi Lotharingia Ducis , Protectoris benefi
ci. Hac grati animi & doloris monimenta
Canonici Regulares Sancti Antonii Muffi--
Ponti cum votis & lachrimis dedicant.
La Nef étoit toute tenduë de drap noirs
& de moire blanche depuis la voute jufqu'à
un pied de terre , & ornée de larmes,
de Croix de Lorraine & de Croix de Jerufalem.
Cette tenture étoit accompagnée
de bandes de velours noir chargées de de.
vifes , de chifres & des alliances de la:
Maifon de Lorraine..
Le Choeur qui eft prefque auffi vafte que
la Nef étoit entierement tendu de noir.
avec des Lez de Satin blanc chargés alter--
nativement des Armes de Lorraine & de.
Têtes de mort aîlées & couronnées.
La décoration du Grand Autel répon--
doit à celle du Choeur & de la Nef, & étoit
éclairée par une infinité de Cierges . Toute
l'Eglife étoit pareillement illuminée de
puis le haut jufqu'en bas ; ce qui répandoit
un grand éclat.
Le Maufolée étoit pofé au milieu du
Choeur, & avoit environ 21. pieds de haut
fans y comprendre le Dais ; il étoit com-
1. vol..
pofe
JUIN. 1729 : 1257
pofé de trois Corps d'Architecture de differents
ordres : le premier étoit placé fur
3. eftrades ou gradins garnis de girandoles
; il reprefentoit un tombeau foutenu
de huit colomnes avec leurs chapiteaux
& étoit accompagné des quatre Vertus .
principales qui avoient caracterifé le Prince
; fçavoir , la Juftice , la Prudence ,
Charité & la Religion .
la
Le fecond Corps étoit accompagné de
Pilaftres avec leurs Frifes , & c. & fur les
quatre faces on lifoit des Infcriptions .
Le troifiéme Corps qui fupportoit le
tombeau étoit entouré d'une balustrade
avec des ornemens , à chaque angle
étoient des globes fur lefquels on avoit
mis plufieurs flambeaux . Cet Ordre éroit :
orné de plufieurs Pilaftres à l'antique , &
entre chaque Pilaftres l'on avoit fait peindre
des Devifes .
Quatre Piramides s'élevoient jufqu'à la
hauteur de 2 2. pieds aux deux côtés du
Catafalque , & étoient terminés par des
Croix de Lorraine.
"
Au -deffus du Catafalque étoit élevé un
Dais magnifique orné de riches pentes &
de quatre grands rideaux de gaze blanche
qui formoient des feftons. & c.
Le tout étoit terminé par un Squelete
pofé fur une baluftrade que l'on avoit prariquée
au haut du Dais , & qui s'élevoit
jufqu'à la voute de l'Eglife .
Les
$ 248 MERCURE DE FRANCE .
Les Vigiles & la Meffe furent chantées
par les Muficiens de la Cathedrale de
Mets,& l'Oraifon Funebre prononcée par
le R. P. Meney , Chanoine Regulier de
S. Antoine . Elle a merité l'applaudiffement
de toute l'affemblée qui étoit illuftre
& nombreuſe. Voici les Emblêmes & les
Devifes qui ont été emploïées pour la décoration
de l'Eglife.
Une Aigle qui prend son vol vers les
Cieux. Calos virtute perivit . 2. Un jet
d'eau qui s'éleve fort haut. Origine ab alta.
3. La Plante de Regliffe dont la racine est
douce Dulce, heu ? noftrum terra tegit, 4.
Une Aigle accompagné de deux Aiglons ;
par allufion aux Armes de Lorraine , au
Duc décedé , & aux deux Princes vivants.
Olim nuncque fimillima Proles. 5. Une
Rofe fanée dont on voit desfeuilles parterre.
Delicia nimium breves. 6. Une Croix de
Lorraine. A virtute propago. 7. Une Co-
Lomne renversée. Poft cafum non minor. 8 .
Une Couronne radiale ornée d'étoiles , pofee
fur un tombeau fur lequel eft peint l'Ecu de
Lorraine, Magnus honos fequitur . 9. Une
Croix de Jerufalem . Avitæ pietatis amans.
10. Un Olivier auquel pend un Ecu de
Lorraine , Cives pacis amore beavit . II .
Une Caffolete fumante d'encens pofee fur
un Autel. Spiritus in Calis , odor in ter
Lis. 1.2. Une Fusee volante qui fe termine
2
I. Ueber
JUIN. 1729 1259
en étoiles . Luxit , & ex oculis evanuit . 13% ,
Une Couronne Ducale dans une couronne
d'Olivier, Paxque novum decus addidit.
14. Un Chefne fort élevé. Sublimi feriit
fidera vertice. 15. Un flambeau éteint.
Magna luce micavit . 16. La Trompette de
la Renommée avec une banderolle où eft
peint l'Ecuffon de Lorraine , Fama fuperftes
erit. 17. Une tige de Lis attachée à un
rameaufec,fur lequel eft pofée une tourterelle
auprès de laquelle eft le mâle mort. Amiffum
vitæ queritur Socium. 18. Le pur
Amour reprefenté avec des ailes feulement,
fans carquois ; il tient une main fur fes
yeux pour marquer fa douleur , & de l'antre
il tient deux moitiés de lacs d'amour
rompus . A fes pieds font deux coeurs feparés
par un arc brife. Dulces difjunctos fufpirat
amores.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Lou
Ouis de la Fayette , Abbé Commandataire
des Abbayes de Valmond , de
Ia Grenetiere & de Dalon , Prieur de Goudet
, mourut le 2. May , âgé de 71. ans.
M. Jean - René de la Tour , Comte de
Montauban , Brigadier des Armées du
Roi , Infpecteur General de la Cavalerie
I. vol. &
1260 MERCURE DE FRANCE.
& des Dragons de France , mourut le 14.
May , âgé de 57. ans .
Etienne Thouret de Mahury , ancien
Capitaine d'une Compagnie Franche de
Marine , Enfeigne de Vaiffeau du Roi &
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , mourut
le 24. May , âgé de 64. ans,
D. Elifabeth - Marguerite Durand de
Villagagnon , veuve de François le Blanc ,
Marquis du Roulet , mourut le 29. du
même mois , âgée de 43. ans .
Jean Crozat , Prêtre , Abbé de Genlis ,
Maître des Requêtes Honoraire , mourut
le 9. Juín , âgé de 7 2. ans.
D. Catherine- Agnès de Lévy , époufe
de Louis Fouquet , Marquis de Belle - Ifle ,
mourut le 12. Juin , âgée de 69. ans .
M. Louis -Philippe Donneau de Vizé ,
Evêque d'Ephefe , Suffragant & Vicaire-
General de l'Evêché de Strasbourg , mou
rut le 21. Juin , âgé de 63. ans.
Il eft bon à l'occafion de la mort de ce Prélat
,de remarquer ici une méprife confiderable,
faire fur fon fujetdans unlivret intitulé:
NOUVEAU CATALOGUE Alphabetique des
Archevêques , Evêques , Abbez & Prieurs,
c. vol. in 8. à Paris chez Dhoury , 1728 .
M. de Vizé y eft qualifié Evêque de Sez ,
page 103. & par une erreur encore plus
bizare , il eft nommé Evêque de Fez dans
Les Nouvelles Publiques . Outre le titre
1. vol..
d'E
JUIN. 1729. 1261
'Evêque d'Ephefe , & de Suffragant de
Strasbourg , &c. il étoit Abbé de Leſterp ,
Diocèle de Limoge , & Prieur de Lieru ,
Diocèle d'Evreux . Il étoit frere de feu
M. de Vizé , Auteur du Mercure Galant ,
& de M. de Vizé , Capitaine au Régiment
des Gardes Fraçoifes.
- D. Louife Antoinette- Gabrielle Defgentils
du Beffey , époufe d'Henri- Jofeph
, Comte de Vaffé , Marquis d'Equil
ly , Meftre de Camp de Cavalerie , ac
coucha le 23. Avril d'un fils , qui fut tenu
fur les Fonts par deux Pauvres , &
nommé Louis- Jofeph .
D. Anne - Charlotte de Cruffol , épouse
d'Armand- Louis du Pleffis , de Riche
lieu , Comte d'Agenois , accoucha le 1.
May d'un fils qui fut nommé Armand-
Louis - Gilles , par S. A. S. Louis - François
de Bourbon , Prince de Conti , Prince du
Sang , Prince d'Orange , Duc de Mercoeur
, Gouverneur & Lieutenant General
pour le Roi du haut & bas Poitou , &
par D. Gillette de Montmorency Luxembourg
, épouse de Louis d'Antin , Duc
d'Epernon , & c.
D. Marie- Marthe -Françoife de Bonneval
, épouse de Louis de Talaru , Mar
quis de Chamatel , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur des Ville & Châ
teau de Salfbourg , & Phalfbourg , ac-
I. vol.
coucha
162 MERCURE DE FRANCE .
क्ष
#
coucha le 8. d'un fils , qui fut nommé
Louis- François , par Louis Abraham de
Harcourt , Marquis de Beuvron , Abbé
de Signy , & par D. Marie- Anne- Claude
Brulard de Genlis , veuve de Henry Duc
de Harcourt , Pair & Maréchal de France
, & c.
Le 12. May, furent fuppléées les cerémonies
du Baptême à Anne Maurice ,
fille de M. Charles François de Montinorency-
Luxembourg, Duc de Luxembourg,
de Montmorency , & de Piney , Pair &
Premier Baron Chrétien de France , Gouverneur
& Lieutenant General pour le
Roi en la Province de Normandie ; & de
Dame Marie - Sophie Colbert de Seignelay.
Elle eut pour Parain M. Anne de
Montmorency- Luxembourg , Comte de
Montmorency
, Meftre de Camp d'un
Régiment de fon nom ; & pour Maraine ,
Dame Marie - Louife Maurice de Furftemberg
, veuve de M. Jean - Babtiste Colbert
, Chevalier , Marquis de Seignelay ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel
du Regiment de Champagne , & Maître
de la Garderobe de S. M.
Dame N. Cahouet de Beauvais , épouse
de M. Germain - Louis Chauvelin , Cheva .
lier , Garde des Sceaux de France , Miniftre
& Secretaire d'Etat , Préfident à
Mortier du Parlement , accoucha le 23.
I. vol.
May
JUIN. 1729. 1263
May d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts,
& nomméAnne -Germain par Anne Clau
de de Thyard , Marquis de Biffy , & Ma-,
réchal des Camps & Armées du Roy, Gou
verneur des Villes & Château d'Offone ,
& par Dame Marie Cahouet de Beauvais,
Epoufe de François Comte de Chabanes
Capitaine aux Gardes Françoiſes.
D. de Caftras de la Riviere , Epouſe de
Michel Jean-Baptifte Charron , Marquis
de Menard , Brigadier des Armées du Roi,
Gouverneur du Château Royal , & Capi
taine des Chaffes de Comté de Blois , accoucha
le 3. Juin' d'un fils , qui fut nommé
Marie- Jean-Baptifte- Pierre par Pierre de
Caftras, Comte de la Riviere , Meſtre de
Camp d'Infanterie , Brigadier des Armées
du Roi & par D.Marie- Thereſe Charron
de Menard de Neuville ,
Dame Françoife Anne- Agathe - Margue
rite de la Riviere , Epoule d'Etienne de
Rivié , Chevalier Seigneur de Liancour ,
Bayancour , &c . Confeiller du Roi en fes
Confeils , Grand - Maître des Eaux & Forêts
de France au Département de l'Ile de
France , Soiffonnois , & c. accoucha le
premier Juin d'un fils , qui fut tenu fur
les Fonts , & nommé Charles - Jean - Magdeleine
, par M. Charles-Yves Thibault,
Chevalier , Comte de la Riviere , de Mur,
& de Planc , Marquis de Wartigny , Meſtte
I , vol. de
1264 MERCURE DE FRANCE .
deCamp de Cavalerie , premierEnſeigne de
la feconde Compagnie des Moufquetaires
du Roi , Gouverneur pour S. M. des Pays ,
Ville & Evêché de S.Brieux ,Tour de Ceffon
en Bretagne , & par Dame Marguerite
Catherine- Magdelaine de Voyer d'Argenfon
, Epoufe de M. Thomas le Gendre
Collande , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis.
Jean Sebaftien de Querhoën , de Quergournadech,
Marquis de Coëtanfao , Sire &
Comte de Penhoët , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur de la Ville ,Château
de Morlaix , &c. fils de feu Sebaftien ,
Chef du nom & armes de Querhoën , de
Guergournadech , Marquis de Coëtanfao
, & de feuë Dame Marie Renée de
Kergoet , époufa le 2. May Dle Innocente
Catherine du Rougé , du Pleffis-
Belliere , fille de feu M. Jean - Gille de
Rougé , Chevalier , Marquis du Pleffis
Belliere , du Fay , &c . Colonel du Régiment
d'Angoumois , & de Dame Florimonde
Renée de Lantivry , du Cofero .
Etienne Dagonneau , Confeiller au Parlement
de Bourgogne , fils d'Etienne Dagonneau
, Seigneur de Marcilly , Terlé &
Pomey , Confeiller Honoraire au même
Parlement , époufa le 10. Dile Alexis de
Salins , fille d'Hugues de Salins , Ecuyer ,
1. vol.- ConJUIN.
1729
1265
Maiſon ,&
Confeiller, Secretaire du Roi ,
Couronne de France & de fes Finances ,
Honoraire , & de Dame Marie- Catherine
Prevôt.
Le fecond volume de ce mois eft actuellemens
fous la preffe, & paroitra inceffament.
Plece
TABLE .
1059
leces fugitives. L'Emploi du Tems Ode 1053
Lettre écrite au Pere de Montfaucon fur un
Monument & c.
Reflexions en vers fur le Génie Poëtique . 1071
Remarques fur la vie du B. Barthelemi de Bragance,
& c.
Elegie.
1075
1095
Eclairciffement fur une Loi des Depoüilles Opimes,&
fur le culte qu'on a rendu aux Phailes
& c. 1102
Le Triomphe du Parnaffe , Concert & c. 1108
Obfervations fur deux Antiquités &c .
Antiochus , Poëme Heroïque ,
1112
1118
1123
Examen de quelques Manufcrits fur fainte
Marie Magdeleine & c.
L'Hymen de l'Amour & de Pfiché , 1139
Réponse fur la tranfmutation des métaux & c.
1146
-Replique fur Idem & fur le Mercure des Philofophes
,
Logogriphes & Enigmes & c.
1146
1152
Nouvelles Litteraires & c. Elemens de l'Hif
toire & c..
Les Sciences dévoilées .
Traité de l'Univers materiel & c.
Themiftocle , Tragedie , Extrait ,
1156
1160
1163
1166
Memoire pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres , & c.
Bibliotheque Italique , &c
1180
1188
Recueil des Hiftoriens de l'Italie & c. Des Loix
des Lombards , & c.
1190
1194 La Métalloteque , & c.
Réponse de L P.M. de Bethune , Duc de Sully,
au Memoire de A. de Bethune d'Orval, 1198
Nouveau Systême de Grammaire ,
1201
Extrait des deux Mémoires lûs à l'Académic
Royale des Sciences ,
Air notté & Couplets ,
Spectacles ,
1202
1208
I2II
L'Impertinent malgré lui, Comedie, Extr. 1212
Le fieur Bagnere , nouveau Comedien Toulouſain
,
1
12.18
>
1230
Le Mari joueur & la Femme Bigotte, & c.1223
Nouvelle du Tems , d'Affrique , de Pologne ,
Dannemark , d'Allemagne ,
D'Efpagne , Courfes & Combats des Cannes ,.
& Tranflation du Corps de S.Ferdinand , 1235
D'Italie & d'Angleterre , 1240
Morts, Naiflance & Mariages des Pays Etrargers
,
1242
France,nouvelles de la Cour de Paris , & c, 1245
Benefices donnez ,
Pompe Funebre du Duc de Lorraine ,
1252
1255
Mandement de l'Evêque de Châlons , 1254
1259
Morts , Naiffances & Mariages ,
Errata du Mercure de May.
PAge 85 au 4 Vers , ont , lifex on.
1 len . I fa.
ger dans ce Livre.
Page 10ss . lignes. le , lifex la.
P. 1080. l. 16 il , l . Spond.
P. 166. 1. 21. Lettre eft , l. Lettre queft.
P. 1222. 1. 3. du bas , en , 1. ori.
P. 1235. 1. 4. du bas , fept , 1, fes.
1.
P. 1241 l . 21. reprefente , 1. prefenté.
L'Air noté doit regarderla page 1208
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT
JUIN. 1729 .
SECOND VOLUME:
QUE
U
COLLIGIT
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la deſcente du Pont Neuf , au coin
de la ruë de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
AVIS.
L'AD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fanhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps, & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
DE
LA
VILLE
MERCUREAUE
LYON
1893
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUIN. 1729 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
DESCENTE D'ORPHE'E
aux Enfers ,
ET DELIVRANCE D'EURIDICE,
O DE.
Prefentée pour le Prix du Palinode
de Caën , 1728.
go Ilence : le Chantre de Thrace ;
S Paroît fur le facré Vallon :
Préparez , Juges du Parnaffe .
Des Lauriers au Fils d'Apollon.
20 vol
Dien A ij
1264 MERCURE DE FRANCE ,
Dieu des Vers , defcends, & m'infpire :
Préte- moi la fçavante Lire ,
Dont tu lui confias les fons ;
De tes feux ma Mufe échauffée ,
Va chanter la gloire d'Orphée ,
Et celle de tes Nouriffons.
Où fuis-je en quel Pays barbare ,
Me vois - je foudain transporté ?
Ici , s'offre à mes yeux ( «) l'Ifmare ,
Plus loin , (b ) une riche Cité .
Parmi ces riantes contrées ,
Au féjour des Dieux confacrées ;
Quel eft ce Héros que je vois ?
D'où part cette douce harmonie ?
Aprochons : c'eft lui qui marie ,
Son Luth aux charmes de fa voix.
Des Oifeaux la troupe attentive
Applaudit à fon chant flateur :
Philomele trifte & plaintive ,
En lui reconnoît fon vainqueur.
Les Sylvains du fond des Bocages ,
Les Nimphes des Monts , des Rivages ,
(a ) Montagne de Thrace.
(b ) Biftong
2. vol.
Partent
JUIN. 1729. 1265
Partent pour l'entendre chanter.
Dieux , par quels charmes invifibles
Ces Arbres , ces Rochers fenfibles ,
S'approchent- ils pour l'écouter !
Avançons : un plus beau Spectacle ,
Mattend fur ces bords fortunez. (a)
Quel nouveau genre de Miracle ,
Frappe mes regards étònnez ?
L'Onde émuë arrêtant fa courfe ,
Tantôt remontant vers fa fource ,
Pourfuit le Chantre harmonieux.
Que vois- je ! ... il fe trouble , il foupire :
Ses mains fuccombent fous fa Lire :
Des larmes coulent de fes yeux.
Une atteinte , hélas ! trop cruelle ,
D'Euridice a glacé le corps !
En vain il gémic , il l'appelle ;
Elle a paflé les fombres bords.
Amour , quand l'efprit le plus fage ,
Se livre à ton dur efclavage .
A quoi ne le portes-tu pas ?
Orphée appuyé de ſa Lire ,
Part ,defcend vers le noir Empire .
Cherche Euridice , ou le trépas.
( a) Le Fleuve Oeagres,
2. vol.
A iij
Il
1266 MERCURE DE FRANCE .
}
Il touche la Rive fatale ,
Séjour des Ombres fréquenté.
Le Nocher de l'Onde infernale ,
Par un chant fi tendre eft flatté.
Il vient ...fur les flots qu'il entame ,
Il traîne lentement la rame ,
Pour prolonger fes doux plaifirs.
L'Amant vers les Enfers s'avance ;
La triple gueule fait filences
Il entre au gré de fes- defirs.
淡
La nuit de fes aîles affreuſes ,
Couvre ce lugubre manoir ,
D'où partent cent voix douloureufes ,
Cent cris mêlez de defeſpoir.
Quel Monftre (a) du fond de ce goufre ,
Vomiffant les feux & le foufre ,
Porte dans mes fens la terreur ?
Des noirs cachots la porte s'ouvre ;
Que de fupplices je découvre ,
A travers la flamine & l'horreur !
Il chante : auffi- tôt l'allegreffe ,
Se répand dans ces triftes lieux ;
Le tourment des coupables ceffe ,
Tantale , Ixion , font heureux.
Les Couleuvres & les Furies ,
(a) La Chimeren
20 vola
Par
JUIN. 1267 1729
Par un fi doux charme attendries ,
S'appaiſent , calment leurs tranſports.
Pluton lui- même fur fon Trône ,
S'adoucit , fe leve , s'étonne ,
Touché de ces divins accords.
>
Je viens , dit le Chantre au Monarque ,
Non , pour ufurper tes Etats
Je viens me plaindre de la Parque ,
Et du plus noir des attentats.
Rens-moi le bonheur de ma vie .
Euridice me fut ravie
Au milieu de fes plus beaux ans.
Ciel ! que ne peut pas l'éloquence &
Il l'obtient .... digne récompenfe ,
De fon amour & de fes chants !
ALLUSION.
Loin d'ici , Fable , erreur , Chimere ;
Faites place à la verité :
Ce Chantre que l'Enfer révére ,
C'eft la fuprême Majeſté.
Le charme puiffant de fa grace ,
Des Démons fait tomber l'audace ,
Captive ces efprits pervers ;
Et plus heureuſe qu'Euridice ,
MARIE échappe à leur malice ,
Sans avoir gémi dans leurs fers.
HEURTAULD.
2.vol. A iiij SUITE
268 MERCURE DE FRANCE.
SUITE de l'Examen de quelques
Manufcrits fur fainte Marie Magdelene
, &c. Far M. L. B. C. D.
Q
Uant au quatrième ouvrage du Recueil
dont je fais ici la Critique ,
il a cté mis à la fuite du précedent par
quelques copiftes du XIIe fiecle , comme
s'il étoit parti de la même plume ; mais
avec un peu d'attention , on reconnoît
qu'il eft d'un Auteur qui avoit de l'érudition
pour fon fiecle , & d'un Moine de
Vezelay bien mieux inftruit que l'Hiftorien
de la Tranflation ou Reception . Je
le croirois d'Hugues le Poitevin , Moine
de ce lieu , duquel on a déja une Compi .
lation curieuſe fur l'Abbaye de Vezelay au
III. Tome du Spicilege. Il s'eft fait au
moins deux fortes de copies de cet ouvrage.
Celle de nôtre Eglife Cathedrale
qui fut écrite à la fin du XII . fiecle , fous
les yeux du Lecteur Robert Abolanz ,
depuis Religieux Prémontré , rapporte un
fait qui a dû préceder l'an 1062. L'Ecrivain
du fait étant par confequent pofterieur,
& ne fe difant point contemporain
peut être placé affez convenablement au
XII. fiecle. Il nous apprend que Geoffroy
21 val.
Abbé
JUIN. 1729 : 1269
·
Abbé de Vezelay , voyant les Reliques de
la fainte Patrone de fon Monaftere , dans
un tombeau très fimple, & dans un fombre
crypte , voulut les tirer de là pour les
enfermer plus magnifiquement & les placer
dans un lieu plus éclairé. Cet Abbé
n'en put venir à bout ; un nuage foudain
l'environna & l'obligea d'abandonner
fon entrepriſe. Il faut remarquer qu'il
fiegea depuis l'an 1037. jufqu'à l'an 1062 .
L'autre copie du livre des Miracles de fainte
Marie de Vezelay m'a paru plus ancienne
de quelques années , c'eft un refte
du débris de la Librairie de l'Abbaye de
Regny au Diocèfe d'Auxerre , qui n'eft
éloignée de Vezelay que de quatre à cinq
lieues. Cet exemplaire rapporte à peu près
les mêmes miracles que le Legendaire qui
a fervi autrefois à la Cathedrale d'Auxerre.
Celui de l'Abbé Geoffroy n'y eft
pas ; mais l'Ecrivain s'y étend fur des faits
qui le regardent perfonnellement , & defquels
Monfieur de Launoy auroit bien fait
fon profit , s'il en avoit été informé. Sed
& illud interea , dit - il , commemorandum
exiftimamus , quod de multis contigit fieri.
Nam cunctatur à plerifque qualiter fieri
potuit , ut corpus beata Maria Magdalena
cujusexortus in Judaa fuit , de tam longinqua
regione ad Galliarum partes delatum
fit. Sed paucis hic refpondendum , quia
Das Vola omnia A v
1270 MERCURE DE FRANCE .
omnia poffibilia funt apud Dominum , &
quacunque voluitfecit. Non enim eft difficile
illi quidquid agere placuerit pro falute ·
hominum . Hoc etiam evidenter afferendum ,
quod plerifque ex hoc dubitantibus feu contradicentibus
ultionis vindicta non defuit ,
quique poft modum illuc accedentes confeffi
funt de incredulitate & per interceffionem
ejufdem Chrifti famula falutem meruerunt.
Les Continuateurs de Bollandus ou n'ont
point eu de pareils manuſcrits , ou n'ont
pas jugé à propos de s'en fervir . Cependant
celui dont je viens de raporter les
paroles n'eft pas de petite importance.
On en doit trouver en France plufieurs
qui y font conformes . Il n'eft pas indifferent
de faire remarquer que du temps de
cet Ecrivain qui eft au plutard le XII.
hecle , on demandoit communément comment
il avoit pu fe faire qu'un Corps Saint
eut été apporté de la Judée à Vezelay vû
la distance des lieux. Cette queftion fuppoſe
certainement qu'on ne fongeoit nullement
à débiter que ce Corps fur venu de
la Provence ; mais qu'on affuroit hardiment
qu'il avoit été apporté de la Terrefainte.
Ce qui s'accorde à merveille avec
ce qu'a dit Baudry deNoyon dans fa Chro
nique de Cambray écrite un peu auparavant.
Mais ce qu'ajoute l'Anonyme de
Vezelay n'eft pas moins digne de remara.
Vala
que.
JUIN. 1729. 1271
que. Il certifie qu'aucune Eglife de fon
temps ne prétendoit avoir le Corps de
cette fainte Femme , que l'Abbaye de Vezelay.
Illud etiam certiffimè pernotandum
quod nufquam ab aliquo , ut de plerifque
folet , prater Viceliacum , dicatur Corpus
ejufdem habere. L'Hiftorien n'ignoroit
pas que fouvent plufieurs Eglifes fe difputent
l'une à l'autre la poffeffion du Corps
d'un Saint , de plerifque folet : Il n'en étoit
pas de même de nôtre Sainte . Perfonne
n'en réclamoit le Corps . Vezelay étoit
tranquille dans fa poffeffion . C'eſt une
marque évidente que les Provençaux ne
difoient mot alors ; ou que s'ils parloient,
cela fe faifoit fans éclat , puifque le bruit
ne s'en étoit pas répandu jufqu'à Vezelay.
Je ne diffimulerai point que ce dernier
Auteur appelle cette Sainte du nom de
Marie Magdelene comme les précedens .
C'étoit une erreur de nom , qui ne rendoit
point nulle la Tranflation du Corps d'une
fainte Femme de l'Evangile depuis la Judée
jufqu'à Vezelay. On étoit encore
alors dans ces fiecles où les premieres
Traditions des anciens Peres de l'Eglife
fur la diftinction des faintes Femmes reftoient
muettes dans leurs écrits , fans
qu'aucun prit la peine de les faire remarquer.
On eft aujourd'hui dans un fiécle
bien different . L'on remarque queles plus
20 Vol,
A vj anciennes
1272 MERCURE DE FRANCE :
anciennes Traditions même des Fran
çois , étoient que fainte Marie Magdelene
étoit morte à Ephefe , qu'elle étoit diftinguée
de la foeur de S. Lazare & de ſainte
Marthe ; on a des preuves qui emportent
le confentement de tous ceux qui ont la
liberté d'examiner fans prévention les témoignages
des fiecles paffez. Il réfulte delà
que les prétentions des Provençaux feroient
faciles à concilier avec la Tradition
de la Bourgogne : Les uns pouvant avoir
eu le Corps d'une Sainte , & les autres
celui d'une autre ; pourvû cependant que
les Provençaux n'affurent pas que fi le
Corps de fainte Marie Magdelene eft chez
eux , c'est parce qu'elle y eft venue prêcher
la foy , & qu'elle y eft morte. On
rifque bien moins d'aller contre la verité
en trouvant le moyen de faire venir d'Epheſe
en Provence les Reliques de fainte
Marie Magdelene que quelque François
y auroit apportées du temps des Croifades,
de même que S. Badillon avoit apporté de
Judée à Vezelay vers l'an 900. le Corps
de fainte Matie de Bethanie foeur deLazare.
Un autre expedient pour leur accorder
le fond de ce qu'ils demandent , fans en
garantir les circonstances controuvées ,
feroit de dire que comme la Femme Pechereffe
de l'Evangile eft encore une Femme
differente de fainte Marie Magdeleine
2. vol.
&
JUIN. 1729. 1273
& de fainte Marie de Bethanie ; cette femme
a pu abfolument venir jufques dans la
Provence , y faire penitence , & y mourir
mais je n'ofe trop appuyer fur cette
derniere voye de conciliation pour des
raifons que j'efpere vous rapporter dans
une autre Lettre. L'opinion où l'on étoit
à Vezelay dans tous les fiecles paffez
que le Corps apporté de Jerufalem par S.
Badilon étoit celui de fainte Marie , furnommée
Magdeleine , ne peut nuire en
rien aux prétentions des Provençaux . J'ai
déja dit que c'étoit une erreur de nom &
de fait ; il étoit fi facile de fe tromper en
ce point dans des fiecles où les ouvrages
des anciens Peres de l'Eglife étoient rares
& peu lus , qu'il étoit affez commun de
voir de femblables méprifes occafionnées
par la reffemblance des noms. Je ne fçai
d'où peut venir le raifonnement que Hugues
le Poitevin, Moine de Vezelay , fait
faire vers l'an 1120. au Legat du Pape
Calixte II. appellé Conon. Dans la plainte
que ce Legat porte des vexations faites
à Vezelay par les gens du Comte de Nevers
, on voit qu'il fuppofe comme une
chofe conftante , que les Corps de S. Lazare
& de fainte Marthe fa four font confervez
dans l'Abbaye du lieu avec ceux
d'un S. Andeol & d'un S. Pontien Martyrs
: Clientela Comitis Nivernenfis por-
2. vol. 145
1274 MERCURE DE FRANCE .
tas Viceliaci Caftri fregit & dirupit , San
&torum Lazari & Marthe fororis ejus &
Sanctorum Andeoli atque Pontiani Martyrum
Corpora .... jactis lapidibus exornaverunt.
Pourquoi ce Legat ne fait- il
aucune mention de fainte Marie Magde
leine ? Etoit - il informé que fon Corps eut
été apporté en Provence ? Et comme on
ne diftinguoit point alors fainte Marie de
Bethanie d'avec fainte Marie Magdeleine,
crut-il devoir appeller Marthe la foeur de
Lazare dont on confervoit le Corps à Vezelay
? D'où étoit venu encore à Vezelay
ce Corps de S. Lazare ? Voilà dequoi exercer
ceux qui aiment à creufer dans les
chofes ob cures , & qui peut fervir en partie
à l'Eglife d'Avallon , voifine de celle
de Vezelay , fuppofé que dans la plainte
de Conon , il ne s'agiffe pas des Images
ou Statues des Saints qui y font nommez ,
plutôt que des offemens dont leurs Corps
avoit été compofé.
Quoiqu'il en foit , l'opinion que le
Corps de fainteMarthe étoit à Vezelay n'a
pas eu de fuite. On étoit déja accoutumé
depuis deux cens ans à croire que c'étoit
celui de fainte Marie Magdeleine , & en a
toujours continué de le croire . L'Eglife
de Vezelay ne porta plus d'autre nom
elle quitta l'ancien qu'elle avoit eu ,
elle prit celui de fainte Marie Magdeleine
& '
2. vola
que
JUIN. 17197 1275
;
que le concours des Fideles au tombeaus
de la Sainte lui donna ; de même que
l'Eglife d'Avallon prit le nom de S. Lazare
à la place de celui de Nôtre - Dame .
De-là vint pareillement l'étendue du culte
fingulier de fainte Marie Magdeleine dans
toute la France , parce qu'il s'operoit à
fon tombeau une infinité de miracles . Il
faut bien fe donner de garde de prendre le
change les Miracles anciens qu'on voit
publiez comme faits par l'interceffion de
fainte Marie Magdeleine , avoient été
operez à Vezelay , ou fur des perfonnes.
qui avoient porté leurs voeux à Vezelay ,
& ils n'avoient pas été faits ailleurs . C'eft
une chofe conftante par les manufcrits du
XII. fiecle. Les Compilateurs qui vinrent
dans le fiecle fuivant firent des recueils
de ces miracles ; & comme ils vouloient
abreger , ils cefferent d'y nommer
l'Abbaye de Vezelay , & cela dans le
même temps que d'autres prétendirent
être poffeffeurs des Reliques de la même
Sainte . C'est ce qui a pu tromper quelques
perfonnes qui n'y ont pas regardé de fi
près que moi . Mais les premiers & les
plus autentiques Miracles operezen Frande
par un effet de l'invocation de fainte
Magdeleine , font ceux qui fe font faits
Vezelay . Il faut foigneufement les difsinguer
de ceux qui ont pu être faits en
2. vol.
Provence
1276 MERCURE DE FRANCE .
Provence depuis la fin du XIII . fiecle ; &
il ne faut pas ôter le merite d'un lieu pour
le donner à un autre contre la verité de
l'Hiftoire.
Il est vrai , comme je l'ai déja dit , qu'on
étoit dans l'erreur à Vezelay, en ajoutant le
mot de Magdeleine à celui de Marie , &
en faifant le 22. Juillet la fête de la Sainte
dont on poffedoit le Corps. Le furnom de
Magdeleine qu'on lui donnoit dans les
prieres qu'on lui adreffoit , étoit de trop ;
mais ce n'étoit pas une faute qui put empêcher
qu'on ne fut exaucé. Auffi s'opera
t'il en ce lieu des Miracles très-éclatans .
Vincent de Beauvais qui écrivoit vers
l'an 1240. en raporte cinq ou fix , qui
tous font arrivez à Vezelay , ou en confequence
du concours qui fe faifoit en ce
Monaftere. Il a pu les tirer d'un manuf
crit du Prieuré de Merlou , proche Beauvais
, dépendant de Vezelay . Jacques de
Voragine en raporte au moins trois de
ceux que les manufcrits de Vezelay fourniffent
; & ce feroit à tort que les Provençaux
les attribueroient tous aux Reliques
de Provence . On fçait combien
grand fut le concours à Vezelay dans l'onziéme
& douziéme fiecles. Les Chroni
ques d'Auxerre & de Vezelay en font
mention. Des Gentils - hommes du fond du
Royaume s'y rendoient tous les ans au
2. vol.
220
JUIN. 1729. 1277
22. Juillet ou à Pâques, qui étoit le temps
environ auquel on celebroit la mémoire
de la réception du Corps , c'est ce que le
manufcrit de notre EglifeCathedrale d'Auxerre
attefte d'Adelard & de Richard , Chevaliers
de Mauzé en Saintonge. Guillaume
Gentil-homme Normand ayant été
guéri d'un mal qu'il avoit à l'oeil , vint
offrir à Vezelay un Calice d'Or & d'Argent
, felon le raport de l'Hiftorien , qui
affure avoir vu le Gentil -homme même,
Le fameux Miracle du pêché couché par
écrit fur l'Autel , puis trouvé effacé , a
aufli été operé à Vezelay, felon nos manuf
crits. Celui d'un Soldat , ou plutôt d'un
Chevalier tué , puis reffufcité, eft pareillement
attribué dans notre manufcrit à la
dévotion qu'avoit cet homme de venir
chaque année à Vezelay. Il y est même
dit que lorfqu'on vint en faire le récit à
Vezelay , l'Evêque de Cahors étoit prefent
dans l'Eglife , & occupé à la Prédica
tion .
Si les Provençaux veulent prendre la
peine de démêler dans tous les Compilateurs
de Miracles , ceux qui ont été operez
en vertu du concours fait en Provence , je
fuis perfuadé qu'ils n'en trouveront pas
beaucoup qui foient bien anciens . Celui
de la femme enceinte qui manqua à fe
noyer , regarde une femme qui revenant
2. vol.
de
1278 MERCURE DE FRANCE:
de Vezelay , paffoit la Loire. Le Miracle
de l'aveugle guéri à l'approche du Mo
naftere de Vezelay , ne regarde nullement
la Provence : ad prædictum Monafterium ,
veut toujours dire Vezelay . Celui du prifonnier
à qui S. M. Magdeleine parut
ouvrir les portes de fa prifon , regarde un
homme de Chateaulandon en Gaftinois ,
qui apporta lui- même au tombeau de la
Sainte à Vezelay fes chaînes brifées . Tous
ces Miracles étoient furement arrivez
avant la fin du XII . fecle , puifqu'ils
font rapportez dans des manufcrits de ce
temps là . Or en quel pays parloit - on alors
avec grand éclar de la Magdeleine de Provence
, de la fainte Baulme ? C'eſt ce que
je prie Meffieurs vos Compatriotes de
nous indiquer. Peut -être commençoit - on,
mais foiblement à en parler chez eux , en
attendant la celebre découverte de l'an
1279. fur laquelle j'ai des remarques àវ
Vous communiquer une autre fois.
Toujours , Monfieur , tenez pour conftant
que tous les endroits où le culte de
fainte Marie Magdeleine eft ancien au
deffus de cinq cens ans , il a été formé ou
fur celui qu'on lui rendoit à Vezelay , óu
bien il eft venu directement de l'Orient.
Les plus anciennes Eglifes que je connoiffe
fous l'invocation de cette Sainte
font l'Eglife Collegiale de Verdun en Lor-
2. vol . raine s
JUIN. 1729 1279
taine ; ce fut S. Magdalvée Evêque de
Verdun qui la fonda au VIII . fiecle , y
mettant des Reliques de cette Sainte qu'il
avoit apportées d'Ephefe où il vifitafon
tombeau , felon que S. Gregoire de Tours
dit qu'il y étoit de fon tems. Il yavoit auffi à
Befançon uno Eglife de fainte Marie Magdeleine
au moins dès le VIH . Giecle ;
puifqu'un exemplaire de l'Ordinaire de
J'Evêque S.Probade , redigé au XI . fiecle,
en fait mention . Il y en avoit une à Chateaudun
au IX . Giecle , une auffi en Angleterre
, felon ce qui fe lit à la fin da ...
fiecle des Actes des faints Benedictins 9
trois au Diocèfe d'Autun , outre Vezelay ,
dès l'onziéme fiecle. Il exiftoit pareillement
un Oratoire fous le nom de la même
Sainte à Arouaife en Artois, au XI. fiecle,
felon la vie du venerable Hildemar , l'un
des Fondateurs de cette Abbaye.UnPrieuré
à Fougeroye, au Diocèfe de Poitiers , au
commencement du XII . fiecle ; à quoi il
faut ajouter au moins fept ou huit autres
Prieurez dépendans de l'Abbaye de Vezelay,
qui font fituez dans differens Dioceſes.
Je tire l'existence de ces Eglifes d'Auteurs
irreprochables , & je ne crois pas
qu'aucun Provençal entreprenne de réclamer
contre. C'eft à vos Compatriotes à
nous faire voir à prefent que cette dévotion
fignalée envers fainte Marie Magde-
" 2. vol. leine
1280 MERCURE DE FRANCE:
7
leine eft venue de chez eux . Qu'ils en
apportent des titres autentiques , ou au
moins auffi veritables que ceux qui atteftent
l'exiſtence de ces differentes Eglifes ,
anterieurement à toutes les fables dont on
a imbu la populace de Provence ; en ce cas
je confentirai à leur accorder la poffeffion
d'une Sainte de la fuite de JESUS
CHRIST , en laiffant à l'Abbaye de
Vezelay celle du Corps de la foeur de faint
Lazare appellée Marie foeur de Marthe ,
Je fuis , & c .
Ce 1. Avril 1728 .
XXXXXXX :XXXXXX :XX
BOUTS - RIMEZ REMPLIS.
LEs fores rimes que
Au Diable foit ton
voila !
Isabelle!
Ta rime en ça , ta rime en
-la!
Corbleu , tu me la bailles belle
Mon flaccon feroit bu déja;
Voi ce vin , comme il étincelle;
Toppe , à Catin qui le ver Sa,
Pefte ! eft- ce là jus de prunelle ?
J'en bois tout autant qu'on m'en offre ;
Verfe encore un , que je le coffre :
2. vola
Ah !
JUIN
. 128 11
1729.
Ah ! je n'en puis plus , je fuis pleine
Comme un feuillet de la Pucelle
Ce coup m'endormiroit foudain ;
Sortons ; non , reftons ; je chancelle
CONFERENCE
SUR LA MUSIQUE.
Eux Muficiens affez renommez , fe
Dalemblerent le Dimanche 3. Mai ,
chez un particulier , dont la fille eft habile
au Clavecin , pour conferer enſemble fur
plufieurs articles d'harmonie , où leurs
fentimens font oppofez ; les connoiffeurs
en cet Art ne feront peut - être pas fâchez
de fçavoir qui y fut contefté , & com,
me l'on termina la conference .
L'un , qui avoit amené fept ou huit de
fes amis , propofa fi l'on pouvoit admettre
une Baffe fondamentale à tout accord ,
pour en raifonner avec plus de netteté ;
l'autre , qui étoit fans compagnie , avoüa
qu'elle étoit utile pour expliquer la théo
rie de cet Art.
"
Quel est l'Accord naturel ? dit le premier
& pourquoi eft il tel ? c'eft
celui que nous appellons parfait , répon-
2. vel.
dit
1282 MERCURE DE FRANCE .
que
dit le fecond. Il eft le plus doux , parce
les vibrations des fons qui le compofent
, s'uniffent le mieux , ayant entre
elles les rapports les plus parfaits qu'on
puiffe trouver. A ce mot de vibration ,
on exigea qu'il expliquat à fond la nature
du fon , & quels font les rapports ou proportions
, que toutes les vibrations de
l'accord parfait ont entre elles . Il expliqua
tout fort nettement , & la compagnie
parut très- fatisfaite. Le 1er Muficien objecta
qu'il y avoit une preuve encore plus.
forte de l'accord naturel ; c'étoit que tout
corps fonore forme toujours la tierce
majeure & la quinte du fon qui lui eft
propre.Lez Muficien répondit , quecela ar
rivoit quelquefois par accident , par exemple
, ajouta - t'il , lorfque le corps fonore a
été trop forcé , outre la vibration qui lui
eft propre , il en peut encore former d'autres
; mais fi ces vibrations fe déterminent
plutôt à l'octave , quinte , quarte , ou
tierce majeure , ce n'eft qu'à caufe des
proportions qu'elles ont avec leur baffe.
& entre elles . On chercha à verifier fi le
corps fonore faifoit entendre l'accord par
fait , mais ce fut vainement. Le 2º Muficien
foutint toujours que le fon peut êtra
feul.
e
•
Le 1er Muficien demanda au 2 ° , ne re
connoiffez vous pas que la quarte , lorf-
2. vol.
qu'elle,
JUIN. 1729: 1283
qu'elle eft avec quinte & octave , eft réellement
une onzième , & que la baffe fondamentale
de cet accord , eft la notte qui
fait la quinte ? & de même , que la neuviéme
n'eft dans fa baffe fondamentale
qu'une feptiéme , la baffe actuelle n'étant
qu'une notte étrangere , ajoutée une tierce
plus bas ? non répliqua le fecond , je reconnois
effectiveinent que la plupart des
diffonances ne font que des feptiémes dans
leurs baffes fondamentales , mais il y en
a deux , qui font , quarte & neuviéme
lefquelles fe mettent à la place de tierce &
d'octave , par retardement , fur la baſſe
fondamentale , & cela pour diverfifier un
accord parfait qui feroit trop long , & en
même tems pour faire trouver plus agréable
une confonance fouhaitée , car le retar
dement la fait fouhaiter,& les preuves que
j'en apporte font :
9
1 °. Que ces deux intervalles font obligez
de defcendre d'un degré qui eft leur
place naturelle , pendant que les autres
parties les attendent .
2 °. Que cefdites diffonances ne fe font
qu'au premier tems , où convient l'accord
parfait.
3. Que cette quarte par retardement ,
fe fait fur une baffe qui eft veritablement
fondamentale felon vos principes , c'eſt
la dominante , portant feptiéme mineure
2. vol. 978
1284 MERCURE DE FRANCE :
& quinte pour faire Cadence ; fi cette note
dure deux tems , on peut fur le premier
mettre la quarte par retardement avec
quinte & feptiéme mineure , toutes les
parties continuent deux tems , & la quarte
defcend à la tierce majeure , au fecond
tems.
4. Selon votre fuppofition , on pour .
roit toujours mettre la 7 avec la 9 , ce
qui ne fe peut fur la note tonique , lorf
qu'on y met la tierce , qui ne fe peut obmettre
, étant votre baffe fondamentale .
J'avoue que fi vous continuez la quarte
la note tonique fera fufceptible de e
mais alors la baffe fondamentale fera la
dominante , & l'accord fera de feptiéme
fuperflue . Ce qui eft conforme à vos prin
cipes.
5. Ma fuppofition a beaucoup plus de
fimplicité que la vôtre .
·
6. C'est le propre des accords fondamentaux
de pouvoir être renverfez , la
4 fimple , & la neuviéme fimple , ont
leurs renverfemens , comme le fçavent
très bien pratiquer tous ceux qui travaillent
à grand Choeur. Selon vos principes
on ne peut pratiquer tous ces renverfemens
, & vous privez la compofition
d'une varieté qui eft très utile pour
les grands Choeurs à plufieurs deffeins .
Je ne nie pas que les vibrations de la 2. vol.
quarto
JUIN. 1729. 1285
quarte contre les vibrations de la quinte ,
n'ayent entre elles un raport harmonique
de feptiéme , de même que la neuviéme
avec la tierce ; mais la baffe fondamentale
de ces accords eft la baffe actuelle , & par
confequent , la baffe fondamentale peut
avoir , outre l'accord parfait & celui de
7°, ces deux autres , l'un la neuvième &
la quarte, & l'autre quelquefois toutes les
deux enfemble , mais toujours par retardement
; & fi la baffe fondamentale a
quelquefois avec 7 & 9 la quinte fuperflüe
, cette quinte n'eft telle , que par
la force du mode , & de fa note fenfible ;
y a même des cas où l'on doit faire la
quinte naturelle.
il
Quant à l'accord de 7e fuperflüe , je reconnois
que la baffe actuelle est une note
fuppofée , la baffe fondamentale étant
abfolument la dominante , ce qui eſt conforme
à vos principes.
Le 1er Muficien n'accorda rien fur ces
preuves , & foutint toujours que la baffe
fondamentale ne pouvoit avoir que l'accord
parfait , ou celui de 7 , parce que
felon l'experience du corps fonore , la nature
fait toujours les divifions par tierce,
ainfi , dit-il , la diffonance ne peut être
qu'une feptiéme.
Mais , la converfation ayant déja trop
duré fur ces matieres , le 2e Muficien s'en
2. vol. B plaignit
1286 MERCURE DE FRANCE:
plaignit , difant qu'on vouloit éviter les
veritables queſtions pour lefquelles ils s'é◄
toient raffemblez , & parlant au 1 ", il dit,
depuis plufieurs années vous croyez être
feul fçavant dans l'accompagnement du
Clavecin vous dites que ce que tous les
autres Maîtres enfeignent ne vaut rien ,
fouffrez que je deffende la caufe commune
, j'entreprens de prouver que notre
accompagnement eft plus parfait que le
votre , parce qu'il a toutes les perfections
du votre, fans en avoir les deffauts , dont
je vais faire l'énumeration .
I. Il ne s'accorde pas toujours avec
des mufiques bien compofées.
22. Il eft prefque toujours mêlé de diffonances
, & par confequent dur à l'oreille
, ce qui bien fouvent eft contraire à
l'intention de l'Auteur , & à l'expreffion
de la parole ; quelquefois les diffonances
n'y font pas fauvées.
3 ° . La même diffonance quelquefois y
dure trop long- temps.
4 ° . Il authorife deux octaves de fuite
dans le deffus .
5. Les petites mains ne peuvent pas
l'executer , parce qu'il exige prefque tour
jours quatre touches de quatre doigts confecutifs
, fans y admettre le pouce .
6. On ne peut éviter de manquer quelquefois
en jouant à livre ouvert , parce
2. vol.
que
JUIN. 1729.
1287
que tout eft fondé fur la connoiffance du
mode où l'on eft , & qu'il n'eft pas poffible
, même aux plus fçavans de le connoître
continuellement. La façon ordinaire
d'accompagner ayant tout le bon du
vôtre , fans en avoir les deffauts , eft donc
plus parfaite.
Pour prouver fur le champ tous ces
faits , le 2e Muficien écrivit quelques notés
, il pria une habile écoliere de fa partie
de les accompagner , & y fit remarquer
tous les deffauts en queftion.
I
Le 1er Muficien déclara que l'embarras
de fon écoliere venoit de ce que ces notes
pofées étoient d'une mauvaile compofition,
quoique tirées des S" de Lully, Bernier
,& Corelly.Le principal deffaut qu'il
y trouvoit , confiftoit en ce que fur la note
tonique du mode mineur , ré , l'harmonie
, après avoir fait l'accord parfait
changeoit en quarte & fixte mineure , &
enfuite retournoit au premier accord , il
difoit quarte & fixte fur ré , repréfentant
l'accord parfait du fol or c'eft entrer ,
continua-t'il , dans le mode du fol par
le mouvement de cadence , fans avoit fait
tierce majeure à la premiere note qui en eft
la dominante , c'eft aller de la tierce mineure
à l'octave ; cela choque l'oreille &
le bon fens . Zarlin l'a deffendu ; c'eft
faire une cadence fans avoir fait tierce
2. vol. Bij majeure
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
majeure à la dominante.
Le 2 Muficien répondit ; en defcendant
de quinte , faifant accord parfait fur les
deux notes , & tierce mineure à la premiere
, fi j'y defcendois pour y moduler ,
c'est -à- dire, pour en faire ma note finale ,
ou autrement tonique , j'avoue que l'har
monie , feroit mauvaife ayant manqué de
faire une dominante de ma premiere note .
Mais ce n'eft point pour y moduler , je
reviens inceffamment à mon premier accord
, ces fortes de progrès d'harmonie ſe
font au fecond tems pour varier l'accord
de la note tonique , & l'oreille en eft contente.
Je ſçai que vous voulez dans ce cas ,
qu'on ajoute la fixte à la feconde note , ce
qui feroit une feconde fur ce ré en queftion
, mais cela eft dur à l'oreille ; on le
pratique cependant quelquefois forcé par
un deffein , pourvu que la 2e dure peu ,
mais on retranche prefque toujours cette
feconde pour avoir une harmonie plus
douce ; ainfi ce que vous condamnez ,vous
le pratiquez avec une note de plus , que
nous retranchons à caufe de fa dureté; bien
plus dans votre traité de compofition
n'aviez- vous pas marqué dans votre regle
d'octave , fa naturel qui précede fol avec
accord parfait. Le 1er Muficien répondit
cela eft vrai , mais je me fuis trompé , je
n'aprouve plus ce livre , & je ne m'en fers
?
2. vol.
plus :
JUIN. 1729. 1289
plus : ce defaveu termina la difpute ; ou ,
plutôt chacun des deux adverfaires demea
ra dans fon opinion.
XXXXXXXXXXXX : XXX
SONNET
Difciples orgueilleux de ſubtiles Ecoles ,
Qui de l'Oeuvre de Dieu fondant l'obfcurité ,
Meſurez fa puiffance & notre liberté ,
Sur vos dogmes douteux, érigez en Simboles..
De l'Epoufe de Chriſt , écoutez les paroles ,
Ce n'eft qu'à fes regards que luit la verité :
Adorez & croyez avec fimplicité :
Craignez de la raifon les réponses frivoles.
Le coeur humain eft libre , & Dieu feul eft
puiffant ,
L'homme jufte , ou coupable , ou réfiſte , ou
confent ,
Mais du foufle divin il ignore la trace.
Pourquoi multiplier des Traitez fuperflus !
En la définiffant attire- t- on la Grace ?
Demandez la fans ceffe & n'en difputez plus.
24 vol
Biij LET
( 290 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Ch. Coypel , de l'Aca-·
démie Royale de Peinture & Sculpture ,
au Reverend Pere de la Tour , Superieur
General de la Congrégation de l'Oratoire,
au fujet d'un Tableau de 40. pieds de
hautfur 32. de large, nouvellement placé.
MON
REVEREND PERE ,
Vous ferez furpris , fans doute , qu'un
jeune homme ofe écrire une fi longue
Lettre à une perſonne auffi férieuſement
Occuppée que vous ; je me flatte cependant
que vous voudrez bien en faire la
lecture, & me pardonner quand vous verrez
que c'eft une espece de Préface dans
laquelle je vous rends compte d'avance
du grand Ouvrage que je deftine à votre
Eglife .
En vous expofant mes idées fur la façon
de traiter le grand Sujet que j'ai choifi
, j'efpere vous engager , nonfeulement
à me faire part de vos lumieres , mais
auffi à exciter les perfonnes de votre connoiffance
à en faire autant en voyant ce
Tableau , tandis que je fuis à temps de
profiter des fages Critiques que l'on voudra
bien me faire .
2. vel.
Le
JUIN. 1729. 1291
Le Ciel permettra que cet Ouvrage foit
nombre d'années honoré de vos regards, il
y va un peu de votre interêt à contribuer à
fa perfection . Mais j'entre en matiere pour
ne pas abufer d'un temps auffi précieux
que le vôtre.
Je commencerai par le choix du Sujet,
de-là je pafferai à l'ordonnance & je finirai
par les détails.
Quant au choix du Sujet , j'ai crû que
pour remplir l'idée que je me propofois ,
il étoit important d'en trouverun qui m'offrit
trois chofes qui me paroiffoient également
neceffaires ; fçavoir , une action fi
grande & fi touchante , qu'elle pût émouvoir
les Spectateurs , & les porter à faire
des refléxions dignes du lieu dans lequel
ce Tableau doit paroître. Secondement
un Spectacle capable de remplir l'immen
fe place qui lui eft deſtinée. Enfin que le
lieu de la Scene pût en s'uniffant à l'Architecture
de l'Eglife l'accroître & rendre
mon Ouvrage plus trompeur.
Je n'ai pas imaginé qu'il y eût de Su
jet qui pût mieux raffembler les trois parties
, que le moment où Pilate , après avoir
fait flageller Jefus -Chrift , le prefente au
Peuple , en lui difant , Ecce Homo .
Qui peut mieux que vous , Mon Reverend
Pere , détailler les refléxions que
cegrand Sujet doit nous infpirer ? Je me
2. vol.
Biiij
dois
7292 MERCURE DE FRANCE.
dois contenter de dire qu'il offre à la fois
la magnificence du Spectacle & le pathé
tique de l'action ; voilà les deux premie
res idées que je m'étois propofé.
Quant au lieu de la Scene , j'ai crû ne
pouvoir trouver rien de plus heureux. Il
me falloit une efpece, d'Amphiteatre pour
me procurer des plans differens , me
faire éviter les racourcis defagréables &
la confufion dans ma compofition.
Il eft dit que le lieu où Pilate tenoit fon
Tribunal , étoit adoffé à ſon Palais, & que
l'on y montoit par quantité de degrez.
Je fais commencer ces degrez du pied
de la Tribune fur laquelle doit pofer mon
Tableau. Vous pourrez voir par le Plan
géométral que je joins à cette Lettre , fi
j'ai confervé la vrai -ſemblance & l'exactitude
que j'ai fouhaité mettre dans ce
morceau d'Architecture .
A l'égard de l'Ordonnance , je fuis bien
éloigné de me flatter d'avoir réüffi dans
le deffein que je m'étois propofé. L'aveu
que je vais faire ne fervira peut- être qu'à
vous faire fentir plus vivement les deffauts
de ma compofition ; n'importe , vous me
fçaurez gré du moins de ma franchife.
J'avoue donc que j'ai tâché de me rem
plir l'imagination des grandes & magnifiques
diftributions de Raphaël , ou ce
grand homme au milieu même du tumulte
2. vol.
&
JUIN. 1729. 1293
& de la confufion , a confervé cet ordre &
cette efpece d'arrangement majestueux
qui impofe dès le premier coup d'oeil . J'ay
fait mes efforts pour diftribuer ma Scene
par grandes parties , de façon que l'on pût
démêler d'abord les differentes paffions
qui agitent mes Acteurs . Comme , par
exemple , d'un côté la maligne fureur qui
porte les Pharifiens à foulever le Peuple
contre le Sauveur , de l'autre l'ardeur avec
laquelle le Peuple reçoit cette déteftable
impreffion.
J'ai tâché de faire enforte qu'il fût facile
de diftinguer les Romains des Juifs
non- feulement par le caractere different
de leurs phifionomies & de leurs vêtemens
, mais auffi par le peu d'interêt qu'ils
croyent devoir prendre à la perfonne de
J. C. ou par la compaffion que leur
infpire l'état dans lequel ils voyent réduit
un homme qu'ils ne connoiffent coupable
d'aucun crime ; il m'a femblé même que
cette compaffion que j'ai fait paroître fur
le vifage de quelques- uns , pouvoit nonfeulement
donner une plus noble idée du
caractere des Romains , mais encore an
noncer la converfion des Gentils plus prochaine
que celle des Juifs.
J'ai introduit les faintes Femmes , que
l'Ecriture nous dit avoir été les feules qui
m'ayent point abandonné J. C. Je fai
2. vol.. By bien
1294 MERCURE DE FRANCE :
bien qu'il n'est point dit précisément qu'el
les fuffent préfentes à cette action , mais
il faut confiderer qu'elle fe paffe dans un
lieu public où tout le Peuple fe raffemble
en ce moment , & il m'a paru que la douleur
dont elles font accablées , produifoit
un contrafte affez heureux dans cette compofition
, pour que l'on pût me pardonner
cette licence , fuppofé que c'en foit une .
J'efpere que l'on voudra bien encore me
pardonner celle que j'ai prife de rapprocher
la circonftance du Soldat qui fléchit
le genoüil par dérifion , dont la baffe ironie
m'a paru faire une oppofition heureuſe à
la noble douleur que j'ai tâché de peindre
dans le Chrift .
Il me reste , mon Reverend Pere , à
vous parler de ce qu'il y a de plus impor
tant ; fçavoir , les attitudes & les expreffions
que j'ai donné aux figures de J. C.
& de Pilate. Vous n'aurez pas de peine
à me croire, quand je vous dirai que la figure
de J. C. dans ce Sujet eft l'écueil de
la Peinture. Quelle difficulté pour réunir
la nobleffe à l'humilité , la Divinité à la
fouffrance.
C'est ce que j'aurois voulu exprimer ,
c'eſt ce dont je n'ofe me flatter de mêtre
bien acquitté. Je lui fais lever les yeux
vers le Ciel , comme étant à la fois Prêtre
& Victime.
2. vol.
J'ai
JUIN.
1729. 1295
J'ai fait mon poffible pour que l'air de
fouffrance que j'ai peint fur fon visagé
n'altérât point la nobleffe de fes traits .
Comme il le préfente en face & que la
flagellation fe faifoit fur les épaules , j'efpere
que l'on ne trouvera pas étrange de
n'en voir fur fon Corps que très - peu de
marques d'ailleurs j'ai affaire à un Public
éclairé , délicat ; aurois - je pû me perfua !
der que des cicatrices fuffent une reffourée
pour moi près de lui pour faire paroître
cette Figure plus touchante ?
Si j'ai été affez heureux pour y peindre
la douceur , la Divinité & l'état humiliant
dans lequel on voit l'Homme-Dieu,la rage
de ceux qui l'environnent , fuffiſent de
refte pour le rendre à la fois l'objet de
fon refpect & de fa compaffion.
La figure de Pilate fe préfente en face
ainsi que celle de J. C. l'une parle au Peuple
, l'autre lui eft prefentée . J'ai tâché de
difpofer le regard de ce Juge de façon qu'il
pût paroître adreffer la parole à ceux - mê
me qui regarderont le Tableau
Comme les Romains ne portoient point
alors de barbe, je ne lui en ai point fait pas
roître , cela eft caufe que plufieurs perfonnes
ont crû que je l'avois peint trop jeune;
il n'y a pourtant pas apparence qu'il eût
alors plus de 45. à 50. ans .
Voilà à peu près les idées que j'ai eûes
2. vol. B vj.
fur
129% MERCURE DE FRANCE .
fur la compofition de ce Tableau , je mʼat`
tacherai autant qu'il me fera poffible à en
perfectionner les parties & à en rendre
T'harmonie attrayante. Il faudroit pour
remplir le but auquel je n'oſe me fatter
d'atteindre , qu'il pût attirer par fon coup
d'oeil & retenir par fon détail.
Avant que de finir cette Lettre , je ne
puis me difpenfer, mon Reverend Pere, de
vous parler encore des obligations que j'ay
à plufieurs des Chefs de notre Académie
que j'ai confultez fur cet Ouvrage ; ils
m'ont favorisé de leurs fentimens avec
une generofité que je ne puis reconnoître
qu'en la publiant , mais qui ne m'étonne
pas de leur
part..
Je fçai même que de mes illuftres Confreres
avec lesquels j'ai eu l'honneur de
me trouver en concurrence , ont déja fait
à cet égard tout ce que l'on doit attendre
de gens qui prennent autant de foin pour.
fe diftinguer par les moeurs que par les talens.
Ces exemples font fi beaux & fi rares.
que j'aurois crû: non - feulement manquer.
à la reconnoiffance que je dois à ces Meffeurs
, mais vous priver d'une choſe qui.
doit être agréable à une perfonne de votre .
caractere , en manquant de vous les rap--
porter. Je fuis , &c.
Za voll
SON
JUIN. 1297 5729
XXX:XXXXXXXXX:XXX
SONNET EN BOUTS - RIMEZ,
Sur un Inconftant.
U veux donc mon Portrait ? cher ami,
TU
le
Voilà ,
D'abord j'aimai Fanchon, puis Nanon, Isabelle;
Mais ne crois pas encor que j'en fois refté là;
Je fais tout mon plaifir d'aller de belle en belle ,
Pour la jeune Cloris je foupirois déja ,
Quand mon feu moins durable encor qu'une
étincelle,
Change en voyant Iris jouer de quoi? ……. de ſa
Tu ris ? eh bien ris donc, car c'eſt defa prunelle.
Je l'adore , il fuffit ; cependant Catin m ' offre ,
Pour le don de mon coeur , le don d'un riche
coffre ,
Ce coffre que tu vis d'or & d'argent fi plein :
Mais ne vaut- il pas bien le coeur d'une Pucelle?
Adieu la pauvre Iris ... ainfi je fens foudain ,,
Qu'entre l'or& l'amour.jamais je ne chancelle
20. Valin
RE.
1298 MERCURE DE FRANCE .
1
****** :*********
REPONSE de M. le Franc , à la Lettre
de M. Florent , fur la Tranfmutation
des Métaux
MONSIEUR,
Quoique la Queftion propofée par
M. Florent , dans le Mercure du mois de
Mars dernier , page 465. fçavoir , Si le
Mercure double , que les Philofophes appellent
leur Mercure , eft une eau feiche ,
ou mouillante , paroiffe une queſtion affez
difficile à réfoudre par des Paffages formels
des Philofophes , à caufe qu'ils font
fort divers dans leurs façons de s'exprimer
fur ce Mercure , & qu'ils n'en parlent
que par Enigmes , ou d'une maniere
fobfcure, que leurs difcours tendent toû
jours à deux fins differentes ; cependant
il n'eft pas impoffible d'en rapporter quelques-
uns , touchant la queſtion propofée .
Peu verfé dans la lecture des Ecrits des Philofophes
, & dans leur Théorie , dont j'ai
fait plutôt un amufement qu'une étude , je
fuis très- porté à croire que leur Mercure
eft une cau feiche , qui a l'éclat Métalli
que qui ne moüille point , quoique , difent
quelques uns , d'une prétendue voye
2. vol.
humide
DE
LA
VILLE
JUIN. 17297
TREQUE
119LYON
humide ; parce que dans les Ecrits
GEBERT , le Maître des Maîtres , 893
n'y a aucun terme qui porte à croire que
l'humidité vifqueufe qui caufe la bonté
& la perfection des Métaux qu'il indique
être la matiere de la Pierre , foit une eau
moüillante , au contraire il la nomme toû
jours Vif- argent , qu'il dit être une fubftance
vifqueufe plus pefante que l'or
quand il est tout pur ; il n'y a aucune eau
mouillante qui puiffe pefer en égal volume
, plus que l'or. Loons & beniffons
Dien , dit- il , qui a créé cet argent vif ,
& lui a donné une fubftance & des proprietez
qui ne fe rencontrent en nulle autre
chofe de la Nature de forte que nous
pouvons trouver en cette fubftance du Vifargent
, la perfection par un certain artifice;
& PHILALE THE , dans fon
premier Ch. ajoûte , fans ce Mercure dont
parle Gebert , les Alchimistes auroient beau
fe vanter , tout leur ouvrage ne feroit rien.
Il s'enfuit delà , dit Philalethe , que ce
Mercure n'eft pas le vulgaire , mais celui
des Philofophes. Il n'y a rien de fi merveilleux
, dit- il , que de ce que dans notre
Mercure il y a un fouffre , non -feulement
actuel , mais encore qui eft actif, et
que cependant il garde & conferve toutes
les proportions de la forme du Mercure ;
il faut donc , ajoûte - t -il , neceffairement
2. vol.
3
qu'une
9
1
13.00 MERCURE DE FRANCE.
qu'une forme ait été mife & introduite dans
le Mercure par notre préparation , & cette
forme eft un foufre Métallique , & ce foufre
eft un feu , notre Mercure eft Hermaphrodite
, à cause de ce foufre , & il renferme
& contient en lui tout à la fois &
en même-temps , un principe qui est tour
enfemble actif & paffif; car étantjoint an
Soleil , il fe ramolit , fe fond & diffout
par une chaleur accommodée & proportionnée
à l'exigence du compofé. Voilà , ce
femble , des Paffages bien clairs fur la
Queſtion dont il s'agit , il n'y a rien là de
moüillant , puifque Philalethe affure que
le Mercure conferve fa forme après être
animé du foufre Métallique.
ن ی م
Ecoutons le bon TREVISAN , page 123
B. Ch. le Mercure double eft la feule premiere
matiere des Métaux ; & page 118.
Soufre & Argent vif, font appellez la
propre vraye premiere matiere des Métaux
; le COSMOPOLITE , commente ce
Paffage du Tréviſan dans fon quatriéme
Traité , en ces termes : Les Alchimistes
cherchent en vain la réduction des Mésaux
en leur premiere matiere qui n'eft
qu'une vapeur , auffi les Philofophes n'ont
point entendu cette premiere matiere , mais
la feconde , comme dispute très - bien Bernard
Trévifan , quoi qu'à la verité obfcurément
, parce qu'il parle des quatre Elemens
, mais il a voulu dire celá
JUIN. 1729. 1301
Autre Paffage du Trévifan , page 135 .
B. Ch . qui dit , au profond du Mercure
eft le Soufre , & notre Soufre eft de nature
Mercuriale. MAURIEN dit , le Soufre
n'est point de l'argent vif; & le Cofme
polite , que le Soufre eft dans les entrailles
du Mercure.BASILE VALLENTIN , dans
fes douze Clefs , s'explique ainsi . En netre
Pierre eft contenue double fubftance
d'une nature ; l'une volatile , l'autre fixe ,
lefquelles & chacune d'icelles eft appellée
Argent vif.
Il réfulte des Paffages cy- deffus que la
premiere matiere des Métaux eft le Mercure
double , & qu'il eft fous la forme
d'argent vif, puifque le Soufre qui en fait
partie , fuivant ces mêmes Paffages , n'eft
pas vifible & eft caché au profond de cet
argent vif, & eft fous, la même forme
d'argent vif. C'est une neceffité que la
premiere matiere des Métaux ne puiffe
paroître que fous celle de Vif-argent ,
quoiqu'empreint & animé du Soufre Métallique
. Ce Vif- argent qui eft la premiere
matiere des Métaux , & le Mercure doublé
ou Philofophique, eft donc une eau qui ne
moüille point ; cela me femble démontré.
Il paroît par ces Paffages que les Philofophes
ne font pas muets , comme fuppofe
M. F. pour badiner ; au contraire ils
parlent très-bien , mais ceux à qui ils par
2. vol. lent
1302 MERCURE DE FRANCE .
lent font fourds , ou ne veulent point en
tendre , parce que de tels Paffages ne font
pas conformes aux chimeres que la pluf
part ont dans la tête fur cette Science.
Les Philofophes leur crient : travaillez
dans la Nature, qui feule s'amende dans la
Nature ; cela eft- il fi difficile a entendre ?
Quelqu'un pourra objecter que les Paffages
que l'on cite de Philalethe & du Trévifan
, ne font pas conformes dans leur
doctrine , cela eft vrai , mais c'eſt - là en
core une Enigme de l'Art ; l'un & l'autre
cependant dit vrai ; mais comme il ne s'agit
point de cette queſtion , nous n'en dirons
pas davantage ; ce qu'il y a de vrai
& de conforme , c'eft que le Mercure des
Philofophes , fuivant l'une & l'autre doctrine
, eft une eau qui ne moüille point.
Je fouhaite que quelqu'un faffe mieux que
moi fur la décifion de cette Queſtion ;
je fuis prêt d'abandonner mon opinion
quand on me fera voir par des Paffages
des Philofophes que je me fuis trompé.
Je fuis , Monfieur , &c .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
ODE
Avec quelle vitreffe
Le temps s'écoule , hélas ! rien n'arrête fon
Cours :
2. vol.
La
JUIN. 1729.1303
La chagrine vieilleffe ,
Arrive & nous conduit au dernier de nos jours,
A quoi nous fert , Cléante ,
Que le monde nous aime & flate nos defirst
Une mort prompte ou lente ,
Termine tôt ou tard fa gloire ou fes plaifirs..
Le plus rare mérite ,
Ne fçauroit difpenfer de ce fatal tribut ,
Il faut voir le Cocyte ,
Mourir eft des Humains le premier attribut
La fublime éloquence ,
Et le don de parler le langage des Dieux ,
Touchent peu la puiffance ,
Qui pour jamais nous ferme & la bouche &
les yeux.
Ciceron , Demofthêne
Horace , Anacreon , tant d'excellens efprits ,
Qu'ont formé Rome , Athêne ,
Ne vivent aujourd'hui qu'en leurs nobles
Ecrits .
Ces charmes invincibles ,
Dont l'éclat ébloüit , qui triomphent d'abord
Des coeurs les moins fenfibles ,
Sont le trifte butin du temps & de la mort.
I vol.
Cette
1304 MERCURE DE FRANCE .
Cette Beauté fameufe ,
Qui fit jadis armer contre le fier Troyen ,
La Grece belliqueuſe ,
N'eft plus qu'une Ombre vaine , il n'en refte
plus rien.
La Mort ne confidere ,
Ni le rang des Héros , ni leurs faits inouis ;
De fa Faux meurtriere ,
Elle a frappé Titus , elle a frappé Loüis.
De ce Monarque augufte ,
Qui d'un Regne éclatant fçut fournir le long
cours ,
Toûjours bon , toûjours jufte ,
Les plus hautes vertus n'ont pu fauver les
jours.
Ainfi paffe fans ceffe ,
Ce qu'on voit ici bas de plus grand , de plus
beau ,
Et fouvent la tendreffe ,
Vient encore augmenter les horreurs du Tom
beau.
L'affreufe Mort fépare
Les proches , les amis, les Epoux , les Amans,
Et d'une main barbare ,
Elle rompt pour jamais les noeuds les plus
charmans. D'une
JUIN. 1729. 1305
D'une attache trop tendre ,
Que l'on doit craindre & fuir les fragiles douceurs
!
Qui s'y laiffe furprendre ,
Se creufe , fe prépare une fource de pleurs.
BOUCHET.
& A
LETTRE écrite d'Auxerre le 12 Juin
1729. fur la Cerémonie du Baptême ſo .
lemnel d'un Sauvage de l'Amerique.
Veur , qu'il eft plus
fe
Ous fçavez mieux que moi , Monqu'il
eft plus rare de voir
baptifer des Adultes en Province qu'à
Paris ; & que quand les Fideles apprennent
qu'on doit faire ces faintes Cerémonies
, ils y accourent avec empreffement
peut-être moins par curiofité que pour
rappeller leurs premiers engagemens . Je
croirois manquer à ce que je vous dois ,
& le Public me fçauroit mauvais gré , fi
je ne vous rapportois pas , au moins.en
abregé, les circonftances du Baptême qui a
été conferé à un jeune Sauvage par M.
notre Evêque dans fon Eglife Cathedrale.
Ce Prélat attentif à tout ce qui peut
contribuer au bien fpirituel , & à ranimer
la foi de fon Troupeau , ayant été infor-
1
20 volą
mé
1306 MERCURE DE FRANCE .
mé que M. Jofeph Guenot , Seigneur de
Tréfontaine , avoit amené de la Louïfiane
au mois d'Octobre dernier un jeunehomme
, iffu d'un des Chefs des Sauvages
, appelez Chetimachatz , qui habitent
proche la Nouvelle - Orleans , au midi du
Païs des Illinois , le fit venir à l'Evêché,
l'interogea , & trouva en lui de bonnes
difpofitions & un vrai défir d'être inftruit.
M. le Curé de Notre -Dame , dans la Paroiffe
duquel demeure M. Guenot , fe
chargea de l'inftruction de ce jeune - homme.
Ses foins ne furent pas inutiles , il eut
la confolation de voir en moins de fix mois
fon Profelite comprendre les Mifteres de
notre Religion , & faire des queftions audeffus
de fon âge . Ce Curé le jugeant fuffifamment
inftruit , & remarquant en lui
un faint empreffement de recevoir le Baptême
, le préfenta à M. l'Evêque qui l'interrogea
, & fut très - fatisfait de les Réponfes
. Ce Prélat ne crut pas devoir differer
davantage le Baptême du Sauvage ; il
en fixa la Cerémonie au 4. de ce mois ,
veille de la Fête de la Pentecôte , l'un des
jours qui étoient autrefois les feuls deſtinés
pour le Baptême folemnel .
Le jour tant defiré par le jeune homme
étant enfin arrivé , il fut conduit environ
l'heure de Tierce par M. le Curé ,
M. & Mme Guenot qui faifoient la fonc-
2. vol. tion
JUIN. 17298 1307
tion de Parrein & de Marreine , devant le
Portail de l'Eglife Cathedrale . Mrs. du
Chapitre avec qui la Cerémonie avoit été
concertée, allerent proceffionellement à la
grande Porte de l'Eglife, en chantant des
Antiennes fur la vocation des Gentils . M.
l'Evêque étoit à la tête , revêtu d'habits
convenables aux Exorcifmes , accompagné
de fes Archidiacres & autres Officiers,
Le Jeune Sauvage étoit hors de l'Eglife
placé entre fon Parrein & fa Marrein qui
lui donnerent le nom de Charles- Jean-
Baptifte, pour préceder celui de Palimaingot
qu'il tenoit de fa nation . Les Exorcilmes
étant finis, M.l'Evêque annonça au
Cathécumene qu'il ne pouvoit entrer dans
l'Eglife , mais feulement à la Porte. Il
refta accompagné de fon Parrein & de fa
Marreine , pendant que le Clergé, retourna
proceffionellement au Choeur pour y
chanter l'Office ordinaire des petites Heures
du jour. Ces Heures étant finies , on
alla de nouveau à la grande Porte de l'Eglife
, & avec plus de folemnité que la
premiere fois , le Diacre & le Soudiacre
deftinés aux Cerémonies Epifcopales accompagnant
M. l'Evêque.
y
Quand le Prélat fut arrivé auprès du
Cathécumene , il obferva ce qui eft mar--
qué pour le grand fcrutin , & pour le dernier
qui fe doit faire le jour même dy
2. vol.
Baptême
130 MERCURE DE FRANCE.
Baptême. Le jeune-homme interrogé de
nouveau déclara fa perfeverance , demanda
le Baptême , fit voir comme au premier
fcrutin qu'il étoit inftruit des Miſteres de
notre fainte Religion. Les Prieres finies ,
& après que M. l'Evêque l'eut introduit
dans l'Eglife, en le prenant par la main , il
fe profterna pour adorer la Majefté de Dieu
qui y réfide , fit fa Profeffion de foi , & reçut
la premiere Onction ; il fut enfuite
renvoyé à fa place , & le Clergé retourna
au Choeur, en chantant comme auparavant
des Textes de l'Ecriture Sainte , relatifs
au Baptême futur. On fit à la maniere ordinaire
les quatre lectures de l'Ancien
Teftament qui font marquées pour ce jour.
Chaque Trait fut chanté par une feule
perfonne du Clergé , comme il fe pratiquoit
anciennement , & comme on l'a
toujours obfervé dans l'Eglife d'Auxerre.
M. l'Evêque revêtu dès le fecond fcrutin
de fes habits Pontificaux , & placé fur
fon Trône , chanta les Oraifons propres à
ce jour. La premiere Litanie qui fuivit le
Trait , Sicutcervus ,fut continuée juſqu'aux
Fonts - Baptifmaux , où M. l'Evêque & le
Clergé fe rendirent proceffionellement ,
précedés d'un Clerc qui portoit le Cierge
Pafchal allumé . Permettez moi , Monfieur ,
de laiffer pour un moment notre Cerémo-
'nie , & d'inferer ici un mot d'antiquité.
2. vol.
II
JUIN 1729 1300
les
Il y a environ trois cens ans que
Fonts - Baptifmaux de la Cathedrale d'Auxerre
étoient placés comme aux autres
Eglifes , dans une moindre Bafilique qui
étoit proche la grande,du côté du Septentrion
. Cette petite Eglife du titre de Saint
Jean-Baptifte étoit de figure ronde , & on
l'appelloit pour
cela Saint Jean - le- Rond ,
comme il fe voit encore aujourd'hui à Paris.
Quand on augmenta le bâtiment de
la Cathedrale , on démolit cette rotonde ,
& il n'en refta qu'une partie qui compofe
une Chapelle, dans laquelle on ne put placer
les Fonts- Baptifmaux. On fut donc
obligé d'en conftruire de nouveaux dans
la Cathedrale , au côté Septentrional de la
croilée , & vis- à - vis un Autel de S. Jean
Baptifte. Les Fonts Baptifmaux ainfi
placez , donnent un très - grand efpace.
pour faire les Cérémonies avec décence &
majefté, & nous y chantons encore de petites
Vêpres tous les jours de la femaine
de Pâques après celles du Choeur . Revenons
à notre Cerémonie.
Ce fut à la faveur de cette étendue , que
le Clergé , & le Peuple accouru de toutes
parts , virent à leur aife , & dans toutes
fes circonstances , cette derniere action ,
qui eft la plus intereffante. M. l'Evêque
accompagné de ſes Officiers & entouré
de fon Clergé , fit la Benediction des
2. vol.
C Fonts
,
310 MERCURE DE FRANCE.
Fonts,& afperfa enfuite d'Eau - benite toute
l'Affemblée en la maniere prefcrite par le
premier Ordo Romanus , pendant que l'on
chantoit la feconde Litanie. L'afperfion
finie , il alla s'affeoir dans un fauteuil élevé
fur une Eftrade ,placé entre l'Autel de S.
Jean & les Fonts Baptifmaux , qui étoient
ornés extraordinairement pour cette Cerémonic.
Le Cathecumene ayant à les côtés
fon Parrein &fa Marreine , étoit debout au
bas de l'Eftrade , pour entendre le Diſcours
touchant & pathétique que M. l'Evêque
lui fit fur le bonheur de fa vocation , fur
l'excellence du Baptême , fur les engagemens
qu'il contractoit , & fur l'obligation
deles obſerver inviolablement.CeDifcours
fini , M. l'Evêque fe rendit aux Fonts-
Baptifmaux. Le Cathécumene y fut conduit
par fon Parrein & fa Marreine ; on
l'interrogea pour la derniere fois ; & aïant
de nouveau rendu compte de fa foi , &
demandé le faint Baptême avec empreffement
& d'une maniere très - touchante , il
fe pancha fur les facrés Fonts , foutenu par
fon Parrein & par fa Marreine , & reçut
ainfi le Baptême. On obſerva enfuite àfon
égard les Cerémonies marquées pour les
Adultes . M. l'Evêque le revêtit d'une longue
robe de toile blanche pour la porter
durant toutes les Fêtes de la Pentecôte ,
2. vol.
&
JUIN 1729. 131r'
& lui mit le Cierge en main . Ce fut auffi
avant que de quitter ce lieu que M. l'Evêque
lui confera le Sacrement de Confirmation
, & lui donna à boire du vin beni
, fuivant l'uſage de l'Eglife d'Auxerre ,
ce qui s'obſerve même au Baptême des
Enfans , dans la bouche defquels on en fait
diftiller une goutte.
A la fin de ces Cerémonies on commença
la troifiéme Litanie , pendant laquelle
le Clergé rentra dans le Chour.Le
Neophite marchoit à la fuite de M. l'Evêque
avec fon Parrein & fa Marreine, qu'on
plaça au milieu du Choeur pour y entendre
la Meffe. Voici encore , Monfieur,
une petite digreffion que je ne puis omettre.
On connut en ce jour plus fenfiblement
qu'on ne l'avoit fait encore , pourquoi
l'Eglife d'Auxerre fait chanter Ac-
Cendite la veille de Pâques & de Pentecôte,
à la fin de cette troifiéme Litanie, comme
il est marqué dans le Sacramentaire de
faint Gregoire , & dans d'autres anciens
monumens. A ce mot , Accendite, prononcé
par une perfonne du Clergé , on alluma¸
fuivant l'ancien uſage , attefté par Amalaire
, le faux- Alcnin , Honorius d'Autun
& c. le Cierge du Neophite , & enfuite
tous ceux qui étoient entre le Sanctuaire
& le Choeur, aux environs du Grand - Autel ,
& qui font en grand nombre dans l'Eglife
2. vol. Cij d'Auxerre.'
1312 MERCURE DE FRANCE .
d'Auxerre. Je fuis perfuadé que vous penferez
comme moi fur cette circonſtance
& que fi l'on n'eut commencé cer Office
qu'à la fin du jour , comme on faifoit
dans des ficcles plus reculez , on eut pû
appliquer avec raifon à cette illumination
extraordinaire une des ftrophes que S. Fortunat
, Evêque de Poitiers , compofa pour
être chantées fuivant le Rit Gallican dans
les Cerémonies du Baptême folemnel qui
ne le donnoit que dans la nuit ,
que
Nox clara plus & alma
Quam Luna, Sol & Aftra ;
Qua luminum Coronâ
Reddis diem per umbrams
Paffez -moi, je vous prie , cette refléxion,
& agréez que je continue de vous dire
la Meffe fut chantée avec la folemnité
convenable ; & comme l'ancien ufage de
l'Eglife d'Auxerre n'eft point de dire l'Evangile
de S. Jean au Grand - Autel , M.
l'Evêque fit venir auprès de lui le Neophite
, aiant fon Cierge allumé , & conduit
par fon Parrein & fa Matreine , &
lut fur lui l'Evangile de S. Jean , tenant
fon Etole fur la tête du nouveau Chrétien ,
à qui il donna enfuite le bord à baiſer
& le renvoïa en paix. J'omets ici plufieurs
autres circonstances pour n'être point en-
9
A vol. nuïeux .
JUIN. 1729. 1317
nuïeux. Je ne puis cependant en taire une
qui vous fera connoître quelle eft la bonté
de notre Prélat , & avec quelle affabilité
il traite fes Diocéfains . A-peine fut - il for.
ti de l'Eglife qu'il envoïa chercher le
Neophite , fes Cathéchiftes & fon Parrein
pour leur faire l'honneur de dîner avec lui.
Son attention pendant le repas fut de don
ner des avis falutaires au Neophite , qu'il
engagea de venir frequemment lui rendre
compte de fes difpofitions & de fa conduite.
Vous m'auriez fait ,fans doute , Monfieur,
de juftes reproches , fi je vous euffe laiffé
ignorer une action auffi fainte , & qui
nous rappelle les premiers tems du Chrif
tianifme. Elle parut fi touchante dans
quelques unes de les circonftances, qu'on
vit plufieurs perfonnes ne pouvoir retenir
leurs larmes. Je fuis . &c .
のののののみの
REPONSE d'Iris à M. le Tellier
d'Orvilliers , de Vernon , furfon Voyage
de Rouen à Paris , inferé dans le Mercure
de May 1729 .
Monfieur , Onfieur , j'ai ri de bon courage ,
Lorfque j'ai lû votre Voyage ;
Rien n'eft plus joliment décrit ;
2. vol.
Ciij Vous
1314 MERCURE DE FRANCE.
Vous y donnez un tour d'efprit ,
Qui m'a fait un plaifir extrême ;
Chacun vous applaudit , & même
Je croi que jamais Voyageur ,
Ne donna plus belle couleur ,
A fes meilleures avantures :
Que de differentes Voitures !
Ne pouviez - vous donc les prévoir ?
Il faifoit vraiment beau vous voir ,
Au milieu de la Galiotte ,
Où l'on a beſoin d'antidote ;
En tel endroit on eft furpris ;
Mais vous n'y ferez pas reptis ;
Je m'en fie à votre parole ;
Songez bien à la caracolle ,
Que fit le Coche de Poiffy.
Si j'avois pû vous voir auffi ,
Sous le panier de cette Dame ,
J'en aurois bien ri , fur mon ame ;
is , bon Dieu , qui ne riroit pas,
Sur tout lorfque dans l'embarras .
On vous tira par la portiere .
Avec votre flegme ordinaire ;
Que vous deviez être content !
Monfieur , voyagez plus fouvent ,
Et donnez-moi de vos nouvelles ,
Toutes amuſantes & belles ;
Vous êtes difcret & prudent :
Je vous rends graces cependant ,
}
2. vol. De
JUIN. 1315 1729
De m'avoir écrit ce Voyage ;
C'eſt un affez gentil ouvrage
Qui divertira bien des gens ;
Je le lirai de temps en temps ;
On ne peut être plus contente.
Adieu , je fuis votre ſervante.
Mad Paule , à Vernon , ce 14. May 1729.
TATAYAYAYAYAYAYAYAYAYAK
DISSERTATION fur l'Oedipe
de Corneille , & fur celui de M. de
Voltaire. Par M. le Chevalier de
A Madame la Comteffe de ....
O
•
N ne fçauroit , Madame , être plus
fatisfait que je le fus ces jours paffez
de l'attention que je vous vis prêter à une
repréſentation de l'Oedipe du grand Corneille
. Je n'attendois pas moins de la folidité
de votre efprit ; ce n'avoit été
pas
fans furprife que je vous avois vûe , comme
la plupart des amateurs de la nouveauté
, entraînée par le torrent , ne vouloir
pas même faire l'honneur à Corneille de
fufpendre votre jugement entre lui & M²
de Voltaire : je pris la liberté de vous en
dire mon fentiment , mais la prévention
étoit trop forte chez vous ; vous me traitates
d'eſclave de tout ce qui eft plus an-
·2 . vol. C iiij
cien ;
1316 MERCURE DE FRANCE .
cien ; mon reſpect m'impofa filence , &
j'appellai de vous à vous même , perfuadé
que vous rendriez tôt ou tard juſtice au
vrai mérite. Ces temps heureux font arrivez.
L'Oedipe de Corneille vient de reparoître
fur la fcene avec tout fon éclat ;
& l'aveugle prévention a fait place à l'équité
éclairée par la réfléxion.
Ne croyez pas pourtant que pour m'être
fauvé d'une injuftice , je tombe dans une
autre ; j'eftime M de Voltaire ; nous
avons peu d'Auteurs qui l'égalent ; le ciel
l'a doué d'un talent merveilleux pour la
Poefie ; peut- être même que le genre qu'il
a choifi pour fe faire un nom , n'eft pas
celui qui lui convient le plus , quoiqu'il
lui ait fait un honneur infini .
Son Poëme de Henry IV . a fait encore
plus de bruit que fa Tragédie d'Oedipe ;
on en a trouvé la verfification plus travaillée
que celle qu'il avoit employée dans
le dramatique ; mais on peut dire que l'un
& l'autre Poëme ne font qu'un tout irregulier
, compofé d'excellentes parties ; s'il
ne falloit avoir que du feu , de l'imagination
& de l'efprit pour faire un bon Poëte ,
Mr de Voltaire s'éleveroit au premier
rang ; mais dans le dramatique & dans
l'épique il faut fur tout de l'ordre , & cet
ordre eft fouvent incompatible avec ce
grand feu , qui l'emporté au- delà de lui .
2. vole
même
JUIN. 1729. 1317
même , & qui ne lui permet de connoître
d'autre raison que l'enthouſiaſme .
Je ne crois pas qu'il ait lieu de s'offenfer
des fentimens que j'ai pour lui ; je lui
accorde ce qui conftitue le Poëte , le temps
pourra lui donner ce qui lui manque encore
, ce ne fera peut-être qu'aux dépens
de ce qu'il poffede déja , mais telle eft la
condition de l'homme ; il ne fçauroit être
parfait , ni gagner d'un côté , fans perdre
de l'autre. Mais c'est trop perdre de vûe le
deffein qui m'a mis la plume à la main ;
je me fuis propofé de vous confirmer dans
les bonnes difpofitions où je vous ai vûe à
la derniere repréſentation de l'Oedipe de
Corneille ; & je ne crois pas le pouvoir
mieux que par un parallele entre l'un &
l'autre Oedipe ; je commencerai par celui
de Corneille , je crois qu'il mérite bien la
primauté. Voici le plan de fa Tragédie ,
qui fera fuivi de quelques refléxions .
ACTE I.
Thefée & Dircé ouvrent la Scene : com
me ce font deux Amants qui tremblent
l'un pour l'autre , ils ne parlent de la pelte
qui ravage Thebes que comme d'un malheur
qui regarde l'objet aimé . Theſée ne
trouve point de remede plus efficace pour
fauver Dircé , que de la tirer d'une Ville
où la mort eft prefque certaine : Dircé
2. vol. Cy s'oppofe
1318 MERCURE DE FRANCE.
s'oppofe d'abord à un deffein qui ne con
vient pas à l'état déplorable où tout un
peuple eft réduit ; mais elle fe rend enfin
à l'empreffement d'un Prince , qui lui
offre la Couronne avec fon coeur.
Oedipe refufe Dircé à Thefée ; ils fe feparent
affez mécontents l'un de l'autre.
A peine Thefée eft il forti , qu'Oedipe
expofe les raifons du refus qu'il vient de
lui faire & du choix qu'il a fait du Prince
Amon fils de Créon & neveu de Jocaſte:
voici comme il s'exprime.
Emon feroit pour moi digne de la Princeffe
S'il a de la naiſſance il a trop de foibleſſe ,
Et le Peuple du moins pourroit fe partager
Si dans quelque attentat il ofoit s'engager ;
Mais un Prince voifin tel que feroit Theſée
Feroit de ma Couronne une Conquête ailée ,
si d'un pareil hymen le dangereux lien ,
Armoit pour lui fon Peuple& foulevoit le mien..
Athénes eft trop proche,& durant une abſence.
L'occafion qui flatte anime l'efperance ,
Et quand tous mes Sujets me garderoient leur
foi,
Defolez comme ils font , que pourroient- ils
pour moi ?
Oedipe a déja fait connoître le fujet de
Fabfence dont il parle dans ces quatre dermiers
vers ; c'eft la mort prochaine du Roi
Lon
JUIN. 1729. 1319
fon Pere dont il attend des nouvelles tous
les jours ; il a pris occafion dans la même
Scene d'expofer l'aventure du Sphinx à
fon Confident qui n'en a entendu parler
que confufément.
Jocafte vient lui dire que Dircé ne confent
pas à fon Hymen avec le Prince
Amon.
Dymas qui vient par fon ordre exprès
d'interroger l'Oracle de Delphes , n'en
apporte pour toute réponſe que le filence
d'Apollon ; Oedipe & Jocafte attribuent
ce filence à de differentes caufes , que j'éxaminerai
dans les refléxions que je vous
ai promiſes ; Oedipe fe détermine à faire
évoquer l'ombre de Laius par Tirefie : en
voici la raifon.
Mais ne negligeons rien & du Royaume fombre
Faifons par Tiréfie évoquer fa grande ombre ;
Puifque le Ciel fe tait , confultons les Enfers
Scachons à qui de nous font dûs les maux foufferts
;
9'
Sçachons- en, s'il fe peut , la caufe & le remede,
Allons tout de ce pas reclamer tous fon aide ;
Firay revoir Corinthe avec moins de fouci ,
Si je laifle plein calme & pleine joye ici..
ACTE II.
Oedipe & Dircé commencent ce fecond.
Acte ; l'Hymen d'Amon propofé par l'un
Zo Vals
Cvj
1320 MERCURE DE FRANCE:
& celui de Thefée refolu par l'autre , font
le fujet de la premiere Scene ; la fierté de
Dircé va jufqu'au mépris ; par ces vers ;
J'ai vu ce Peuple ingrat , que l'Enigme furpric
Vous payer affez bien d'avoir eu de l'efprit.
Cette fierté n'en demeure pas là , elle va
jufqu'à l'outrage ouvert ; il eft vrai que
Dircéy met une efpece de correctif , voici
comme elle parle :
De quoi que l'on menace en de tels differents ,
Qui ne craint point la moit , ne craint point
les Tyrans ;
Ce mot m'eft échapé , je n'en fais point d'excufe
;
J'en ferai.fi le temps m'apprend queje m'abuſes
Rendez - vous cependant maiſtre de tout mon
fort ;
Mais n'offrez à mon choix que Thefée , ou la
mort.
Oedipe s'étant retiré fans avoir rien obrenu
, Dircé , parlant à elle , avec la Confidente
, juftifie fon reffentiment contre
Oedipe , par l'ufurpation d'un Thrône qui
lui appartenoit comme Fille unique de
Laius .
Le peril commence dans la troifiéme
Scene , mais il femble ne regarder que
Dircé , & c'est ce qui fait le noeud , non
de l'action principale , mais de l'Epiſode ,
qui par li devient partie néceffaire du fu-
1
2.201
jeta
JUIN. 217.9. 73271
jet . Nerine vient raconter ce qu'a dit l'ombre
de Laius évoquée en prefence d'Oedipe,
de Jocafte , de Theſée , & du Peuple :
le voici.
Un grand crime impuni caufa votre miferes
Par le fang de ma race il fe doit effacer :
Mais , à moins que de le verfer ,
Le Ciel ne fe peut fatisfaire ;
Et la fin de vos maux ne fe fera point voir
Que mon fang n'ait fait ſon devoir.
Comme Dircé eft le feul refte apparent
du fang de Laius , il n'y a perfonne qui ne
foit perfuadé qu'elle eft la feule victime
que l'Oracle demande : elle reçoit cette
nouvelle avec une grandeur d'ame , qui
lui attire tout l'interêt des Spectateurs ;
Thefée vient lui offrir fon fecours , ou du
moins celui de la fuite ; elle ne confent ni
à la force ouverte , ni à l'artifice ; elle ne
laiffe pas d'être ébranlée par raport à cet
Amant qui veut la fauver , ou perir luimême
: elle lui parle ainfi en fe retirant .
Que vous m'êtes cruel de jetter dans mon ame
Un fi honteux defordre avec des traits de
flamme !
Adieu , Prince , vivez ; je vous l'ordonne ainfi
La gloire de ma mort eſt trop douteuſe ici ,
Et je hazarde trop une fi noble envie
A voir l'unique objet pour qui j'aime la vie,
2. vol.
Cette
1322 MERCURE DE FRANCE.
Cette fermeté d'ame ne laiffe à Thefée
que le fecours d'un artifice digne du Heros
& de l'Amant ; nous l'allons voir dans
l'Acte fuivant.
ACTE III.
Dircé prête à fe facrifier pour tout un
Peuple , ne témoigne d'autre regret que
celui de s'arracher à ce qu'elle aime.
Jocafte vient l'inviter à prendre la fuite
avec Theſée , elle n'y confent pas , & le
foin de fa gloire qu'elle croit bleffée par
un confeil qui lui paroît injurieux , la porte
jufqu'à manquer de refpect à fa Reine &
à la Mere .
Oedipe vient le joindre aux prieres de
Jocafte ; il fait même entrevoir qu'il a
appris quelque chofe qui lui fait croire
que Laius demande une autre victimes
Dircé n'en eft pas moins réfoluë à attendre
la mort avec fermeté , & les laiffe tous
deux s'éclaircir fur un myftere dans lequel
elle ne prétend avoir nulle part .
Oedipe demande à Jocafte , fi elle fçur
choisir une fidelle main , quand les avis
des Dieux la réduifirent à faire donner la
mort à ce malheureux Fils qui devoit être
un jour incefte & parricide ; Jocafte l'af
fure de la fidelité du fujet qu'elle chargea
de cette fanglante execution . Oedipe lui
dit qu'il court un bruit que ce fujet la fe-
2. vol.
Loit
JUIN. 1729. 7323
roit mal , & que ce Fils infortuné refpire
encore , il ajoute que par là l'Oracle devient
douteux , & qu'il peut défigner ce
malheureux Prince , auffi bien que Dircé ,
puifqu'ils font tous deux également du
fang de Laius ; Jocafte le prie de confulter
Tirefie ; Oedipe lui répond qu'il l'a déja
fait , & que ce Devin a redoublé fes allar
mes par ces mots :
Ce Prince , m'a-t'il dit , reſpire en vôtre Cour.
Vous pourrez le connoître avant la fin du jour
Mais il pourra vous perdre en fe faiſant connoître
:
Puiffe- t'il ignorer quel fang lui donna l'être !
Cette Scene finit par une priere qu'Oedipe
fait à Jocafte d'aller faire venir Phorbas
, c'eft ce fidele fujet qui non feulement
avoit été chargé par Jocafte de faire
perir fon Fils , mais qui même avoit été
prefent au meurtre de Laius. L'arrivée de
Thefée oblige Oedipe à fe retirer.
Thefée le déclare Fils de Laius aux
yeux de Jocafte ; il dit que Phædime lui
a fait cette confidence avant que de mourir
de la pefte ; ce qui vient de fe paffer
entre Oedipe & Jocafte femble fonder ce
genereux menfonge ; mais comme cette
Reine ne fent point pour lui ces tendres
mouvemens que la prefence d'un Fils fair
naître dans le coeur d'une Mere , elle fe
Да прова
doute
1324 MERCURE DE FRANCE:
doute que l'Amour a pu déterminer The
fée à fe dire Fils de Laius , pour fauver fon
Amante par fon trépas ; elle effraye fa vertu
par ces Vers :
Eh bien ; foyez mon Fils , puifque vous voulez
l'être ;
Mais donnez- moi la marque où je dois le connoître.
Vous n'êtes point ce Fils , fi vous n'êtes méchant
;
Le Ciel fur fa naiſſance imprima ce penchant
J'en voi quelque partie en ce défir incefte :
Mais pour n'en plus douter , vous chargez
vous du rette ?
Eftes vous l'affaffin & d'un Pere & d'un Roi?
La terreur que ces mots jettent dans
Fame de Thefée , lui font prononcer les
plus beaux vers qui foient fortis de la plume
du grand Corneille , pour refuter cette
néceffité qui nous porte au crime malgré
nous ; voici comme il parle :
Quoy la néceffité des vertus & des vices ,
D'un aftreimperieux doit fuivre les caprices ?
Et Delphes malgré nous , conduit nos actions
Au plus bifarre effet de fes prédictions ?
L'ame eft donc toute eſclave ? une loy fouve
raine ,
Vers le bien ou le mal inceffamment l'entraîne?
Et nous ne recevons ni crainte , ni défir
2. vela
De
JUIN.
1325
1729 .
De cette liberté qui n'a rien à choisir ?
Attachez fans relâche à cet ordre fublime ,
Vertueux fans mérite , & vicieux fans crime ;
Qu'on maffacre les Rois , qu'on brife les Autels
,
C'eft la faute des Dieux & non pas des Mortels?
De toute la vertu fur la terre épandüe ,
Tout le prix à ces Dieux , toute la gloire
eft düe ?
Ils agiffent en nous , quand nous penfons agir ?
Alors qu'on délibere , on ne fait qu'obéir ?
Et nôtre volonté n'aime , hait , cherche , évite
Que fuivant que d'en haut leur bras la précipite
?
D'un tel aveuglement daignez me diſpenſer ,
& c.
En lifant de fi beaux Vers , pourra- t'on
s'imaginer que M ' de Voltaire ait ofé avancer
dans fa quatrième lettre : Je ne parle
point de la verfification ; on fçait que Corneille
n'a jamais fait de Vers fi foibles &
fi indignes de la Tragédie.
Cet Acte finit par l'execution de la priere
qu'Oedipe a faite à Jocafte d'aller chercher
Phorbas dans le lieu de fa retraite,
ACTE IV.
Thefée dès le commencement de la
premiere Scene , tâche de faire entrevoir
à Dircé qu'il n'eft pas véritablement fon
2. vol.
Frere ,
1326 MERCURE DE FRANCE
Frere , & acheve de diffiper fon erreur , en
lui avouant l'innocente impoſture que fon
Amour lui a infpirée ; il la prie de lui permettre
le nom de Frere tant que ce nom
pourra lui être néceffaire pour fauver la
vie à fon Amante . Dircé fe retire à
l'approche de Jocafte.
Jocafte apprend à Theſée qu'elle vient
d'interroger Phorbas , qui lui a déclaré ,
que ce Fils qu'elle lui avoit ordonné de
faire perir , refpire encore ; qu'il le remit
à un inconnu fans lui déclarer fon fort ;
que cet inconnu s'eft montré quelquefois
à fes yeux dans le Temple d'Elide , & qu'il
l'a affûré que cet enfant qu'il a fauvé eft
actuellement dans un rang glorieux , d'où
elle conclut qu'il peut l'étre & ne l'être
pas ; elle lui demande , s'il veut bien être
confronté à Phorbas , pour fçavoir fi c'eft
lui qui a tué Laius , & fur les affûrances
que Thefée lui donne , qu'il n'a jamais eu
le coeur affez bas pour fe lier à des Brigands
, elle lui répond , que Phorbas n'accufa
des Brigands de ce meurtre , que pour
fauver quelque gloire , & qu'il vient de
lui dire , en fe jettant à fes pieds :
D'un bras feul partirent tous les coups ;
Unbras feul à tous trois nous ferma le paſſage;
Et d'une feule main ce grand crime eft l'ouvrage
.
2. vol.
Thelée
.
JUIN. 1729.
1327
Thefée confent à la confrontation avec
une parfaite fecurité : Phorbas ne reconnoît
pas le meurtrier de Laius dans les
traits de Thefée ; il le croit digne d'être
Fils de ce grand Roi , comme il prétend.
Oedipe arrive à peine a-t'il jetté
les yeux fur Phorbas qu'il le reconnoît
pour un des trois brigands , qu'il préfume
avoir affaffiné Laius ; cette prétendue découverte
retombe fur lui - même , & ce
Phorbas qu'il foupçonne , le convainc par
fon propre aveu , & par la peinture qu'il
fait de ceux à qui il a donné la mort ; il ne
peut plus douter qu'il ne foit le meurtrier
de Laius ; Jocafte ne l'apprend qu'en fiémiffant
, & Thefée , autant pour foûtenir
le caractere du Fils de Laius , dont il a pris
lenom , que pour venger le Pere de Dircé,
le défie à un combat fingulier ; Oedipe
accepte ledeffi . L'Acte finit par une Scene
très - pathétique entre Oedipe & Jocafte ,
dont voici les deux derniers Vers.
Oedipe.
Faudra-t'il pour jamais me bannir de vos yeux?
Jocafte.
Peut - être que demain nous le fçaurons des
Dieux.
ACTE V.
Oedipe reconnu pour le meurtrier de
2. vel.
Laius
1328 MERCURE DE FRANCE.
Laius , ne fonge plus qu'à épargner à Jocafte
un afpect qui doit lui faire horreur.
On vient l'avertir qu'un Etranger qui fe
dit de Corinthé demande à lui parler ; il
ordonne qu'on le faſſe entrer .
Iphicrate annonce à Oedipe que le Roi
de Corinthe eft mort , & qu'il n'a plus
rien à prétendre à fon Trône , la raifon qui
l'exclut de cette fucceffion , c'eft qu'il n'eft
point fon Fils ; Iphicrate lui explique ce
myftere , en lui racontant de quelle maniere
il fut mis entre fes mains fur le mont
Cytheron , par un homme qu'on avoit
chargé de l'expofer aux bêtes feroces . Au
nom de Cytheron , Oedipe s'écrie :
; Ah! que vous me frappez par ce funefte nom
Le temps , le lieu , l'Oracle, & l'âge de la Reine !
Tout femble concourir pour me mettre à
la gêne .
Dieux ! feroit-il poffible ... approchez - vous ,
Phorbas .
Oedipe à demi inftruit avant l'arrivée
'de Phorbas , n'eft que trop tôt convaincu
par la préfence ; l'aveu réciproque qu'ils
fe font de tout ce qu'ils ont faits en fa faveur
& furtout l'horreur que Phorbas
témoigne des fuites funeftes de la pitié ,
ne lui laiffant plus de doute fur ces crimes
, il n'attend pas que l'affreufe verité
forte de la bouche de ce dernier ; & il dit
à Iphicrate :
Helas !
JUIN
. 729
7329
Helas ! je le voy trop, & vos plaintes fecrettes,
Qui vous ont empêchez de vous entreéclaircir
,
Loin de tromper l'Oracle ont tout fait réuffir .
Voyez où m'a plongé votre fauffe prudence ; i
& en montrant Phorbas:
AIphicrate.
Vous cachiez ma retraite ; il cachoit ma
naiffance ;
Vos dangereux fecrets , par un commun accord
M'ont livré tout entier aux rigueurs de mon
fort :
Ce font eux qui m'ont fait l'aſſaſſin de mon
Pere;
Cefont eux qui m'ont fait le mary de ma Mere =
D'une indigne pitié le fatal contre- temps ,
Confond dans mes vertus ces forfaits éclatants;
Elle fait voir en moy par un mélange infame
Le Frere de mon Fils & le Fils de ma femme ;
Le Ciel l'avoit prédit , vous avez achevé ;
Et vous avez tout fait , quand vous m'avez
fauvé.
Sont - ce là encore des Vers indignes
de la Tragédie ?
1
Nous voici à la fin de la Piéce , il no
reste plus à Corneille que de rendre
compte aux Spectateurs du fort de Jo-
Cafte ; l'aveu que Phorbas lui fait de fa
pieufe infidelité & des funeftes effets
qu'elle a produits , l'oblige à fe tuer après
,
2. vol. lui ;
1330 MERCURE DE FRANCE .
lui ; Oedipe fort pour fatisfaire à l'Oracle
en fe crevant les yeux , & la perte dont
Thebes étoit affligée, ceffe après l'effufion
de ce fang de Laius , que l'ombre même
de Laius avoit demandé.
Reflexions fur l'Oedipe de Corneille.
Ne croyez pas , Madame , que je prétende
ici m'ériger en Apologifte du grand
Corneille ; ne penfez pas non plus que je
le croye infaillible , toute fa Tragédie ne
fe foûtient pas également ; mais je refpecte
jufqu'au fommeil d'Homere , & je ne fais
ici que répondre à la critique de M' de
Voltaire , je vais donc fuivre pas à pas
toutes les remarques que fon adverfaire a
inferées dans fa quatrième lettre.
Il commence par blâmer l'épifode de
Theſée & de Dircé ; ne feroit- ce point
pour relever celle de Philoctete ? cet épifode
, dit- il , a été generalement condamné ,
quoique Corneille l'appelle , fon heureux
Epifode : qui croire des deux ? Le Critique
& l'Apologifte font également fufpects
; jugeons - en , non par l'autorité ,
mais par des raiſons ; voici celles de M²
de Voltaire : Il faut avouer , dit - il , que
Thefeejoue un étrange rôle pour un Heros ;
au milieu des maux les plus horribles dont
un peuple puiffe être accablé , il débute
par dire :
2. vol. Quelque
JUIN.
1729. 1331
Quelque ravage affreux qu'étale ici la peſte ,
L'abfence aux vrais Amants eft encor plus
funefte.
>
Corneille lui fait dire aux vrais
Amants , & par là il fépare le Heros de
l'Amant. Qui doute que Thefée n'ait été
l'un & l'autre ? c'eft en le confiderant comme
Amant , qu'Hippolite dans la Phedre
de Racine voudroit ,
Ravir à la mémoire
Cette indigne moitié d'une fi belle hiftoire.
D'ailleurs dans quelle conjoncture Thefée
parle - t'il en Amant ? dans le temps
que Dircé le prie de l'abandonner aux perils
dont elle eft menacée ; on ne doit être
qu'Amant dans de fi preffantes occaſions ;
Mr de Voltaire cite ici un grand nombre
de Vers , perfuadé qu'ils doivent dégrader
le Heros , mais qu'il ne fe flatte pas d'y
avoir réuſſi .
Il revient malgré lui à l'Heroiſme , mais
c'eſt pour le tourner en ridicule . Voici
fes propres termes : ils ont quelque chofe
de comique : Cependant l'ombre de Laius
demande un Prince , ou une Princeffe de
fon Sang pour victime : Dircé feule qui
refte du Sang de ce Roy , eft prête à s'immoler
fur le tombeau de fon Pere : Thefee
qui veut mourir pour elle , luifait accroire
2. vol.
qu'il
1332 MERCURE DE FRANCE
.
qu'il eft fon Frere , & ne laiffe pas de lui
parler d'amour malgré la nouvelle parenté.
Peut-on peindre fous des couleurs plus
rifibles , une action vrayement heroique ?
Thefée veut mourir pour Dircé ; cela ne
convient- il pas autant au Heros qu'à l'Amant.
Il lui parle d'amour malgré la nouvelle
parenté mais quelle eft cette nouvelle
parenté ? Dès les premiers Vers de la
Scene , il tâche tout au moins de la rendre
équivoque : Voici comme il en parle.
Le Ciel choifit fouvent de fecretes conduites
Qu'on ne peut démêler qu'après de longues
fuites ,
Et de mon fort douteux l'obfcur évenement
Ne deffend pas l'efpoir d'un fecond changement
;
Je cheris le premier qui vous eft falutaire ,
Je ne puis en Amant ce que je puis en Frere;
J'en garderai le nom tant qu'il faudra mourir ,
Mais fi jamais d'ailleurs on peut vous ſecourir,
Peut- être que le Ciel me faifant mieux connoître
,
Si- tôt que vous vivrez je cefferai de l'être.
S'il y a quelque chofe de répréhenfible
dans la premiere moitié de cette Scene
c'est que Dircé n'entende pas plutôt ce
que Thefée lui veut dire. Qui le croiroit ?
ajoûte notre Critique , Thefee dans cette
2. vol. même
JUIN
. 1729.
1333
7
même Scene ,fe laße de fon ftratagême ; il
ne peut plus foûtenir davantage ce perfonnage
de Frere ; & fans attendre que le veritable
Frere de Dirce foit connu , il lui
avoue toute la feinte , & la remet dans le
peril dont il vouloit la tirer.
Comment M* de Voltaire peut - il avaneer
que Thefée remet Dircé dans le peril
ce peril n'eft plus fi grand , ou plutôt il
n'y en a plus pour Dircé ; Phorbas vient
d'avouer que le Fils de Laius eft vivant ;
Tirefie a confirmé l'aveu de Phorbas , &
le ftratagême de Thefée a produit tout
cela voilà un coup de Maître digne du
Grand Corneille , & le parti qu'il fçait
tirer d'un Epiſode fi mépriſable aux yeux
de fon Cenfeur . N'interrompons pas le
cours de fes judicieuſes remarques : voici
le dernier coup qu'il porte à la premiere
moitié de ce prétendu mauvais Epifode.
Enfin , lors qu'Oedipe reconnoît qu'il eft le
meurtrier de Laius , Théfée au lieu de
plaindre ce malheureux Roy , lui propoſe
un duel pour le lendemain. Examinons un
peu la forme de ce duel , c'eft Thefée qui
parle :
Seigneur je fuis le Frere , ou l'Amant de Dircé,
Etfon Pere ou le mien de vôtre main percé....
Les points de reticence que Corneille
met ici , font fufceptibles d'un fens tour
哥
2. vol.
D
contraire
1334 MERCURE DE FRANCE.
?
,
contraire au deffi ; Thefée auroit pû
dire , fi Oedipe ne lui avoit pas coupé
la parole
fon Pere ou le mien devroit
être vengé de la main d'un Fils ou
d'un Amant ; mais comme vous êtes
plus malheureux que criminel , je fuis plus
excité à vous plaindre , qu'à vous punir
des fautes du fort : mais quand même
Thefée auroit fait un deffi en forme à
Oedipe , ne doit - il pas foutenir dans
cette occafion , le nom de Fils de Laius
qu'il a pris , jufqu'à ce que le veritable
foit connu , comme Tirefie la fait efperer ?
La feconde partie de l'Epiſode en queftion
n'eft pas fi facile à deffendre que la
premiere ; Dircé fort des bornes que la
bienfeance lui prefcrit ; & fa fierté ne doit
pas aller jufqu'à dire des injures à un Roi
qu'elle doit refpecter & à une Mere qu'elle
doit révérer : Corneille l'a bien fenti luimême
. A peine Dircé , parlant à Oedipe,
a - t'elle prononcé le nom de Tyran , qu'elle
ajoute , ce mat m'est échapé : elle en ufe
de même parlant à Jocafte ;
Pardonnez cependant à cette humeur hautaine ;
Je veux parler en Fille , & je m'explique en
Reine ;
Vous qui l'êtes encor , vous fçavez ce que
c'eft ,
Et
qu'où nous emporte un fi haut intereſt :
Si je n'en ai le rang , j'en garde la teinture 2. vol.
Le
JUIN . 1729. 1335
Le Trône a d'autres droits que ceux de la
nature , & c.
Voila tout ce qu'on peut dire pour pa
lier les deffauts du caractere de Dircés
mais cela n'empêche pas qu'il n'ait revolté
tout le monde , & qu'il n'eut befoin d'être
adouci , fur tout dans une Princeffe qui a
affez de vertu pour vouloir s'immoler pour
fon Peuple , toute innocente qu'elle eft :
revenons à la Lettre de M¹ de Voltaire.
pro-
Il n'attaque pas le rôle de Jocafte avec
beaucoup plus de fondement; la plus grande
raifon qu'il donne de fa Critique ; c'eft
que cetteReine ne paroît point au cinquiéme
Acte, railon qu'il croit tourner à ſa
pre gloire , parce qu'il n'eft pas tombé luimême
dans ce défaut ; fi c'en eſt un, je ne
voi pas qu'il y ait une grande néceffité de la
faire paroître , pourquoi viendroit- elle ?
pour apprendre qu'elle eft la femme de fon
Fils & d'un Fils parricide ; n'eft- ce pas affez
pour l'empêcher de paroître aux yeux de
fon Peuple , d'avoir appris dans le quatriéme
Acte , qu'elle a époulé le meurtrier de
fon Epoux ? J'avoue que le cinquiéme
Acte de l'Oedipe de Mr de Voltaire eft plus
frappant que celui de Mr Corneille , &
qu'en fait de Tragédie l'action eft préferable
au récit ; mais tout ce qu'on en
peut conclure c'eft que le cinquiéme
2.vol.
Dij
A&te
1336 MERCURE DE FRANCE.
Acte cenfuré pouvoit être mieux ; mais il
ne s'enfuit pas qu'il foit mauvais . A cela
près Jocafte fait dans la Tragédie de Corneille
tout ce qu'elle y doit faire ; c'eft
une Mere compatiffante envers une Fille
à qui on a enlevé un Trône qui lui appartenoit
à juste titre , & qu'on veut empêcher
de s'en dédommager par un autre où
l'amour même la veut placer . Elle n'oublie
rien de ce qui lui refte à faire pour
venger fon Epoux , dès qu'elle apprend
que fon meurtrier refpire encore ; & h
elle tombe dans l'inaction dans le cinquiéme
Acte , c'cft qu'elle veut fuir
ce meurtrier confondu avec un fecond
Epoux tout cela eft dans l'éxacte bienféance
, & l'on ne peut blâmer Corneille
que d'avoir été trop fage ; ainfi je me contente
de ne point condamner ceux qui ne
tombent pas dans cet excès : paffons au
rôle d'Oedipe.
Il commence , dit Mr de Voltaire , par
vouloir, marier une de fes Filles avant
que de s'attendrir fur les malheurs des Thébains.
Sur quoi cette Critique eft - elle fondée
? les précautions qu'on prend contre
les maux à venir,exclut-elle l'attendriffement
fur les maux prefents ? Oedipe fent
tout ce qu'il doit fentir , mais il eft plus
occupé du remede que du mal, & d'ailleurs
il fait entendre qu'il efpere que le mal va
2. vol.
finir
JUIN. 1729. 1337
finir par la réponſe des Dieux qu'on eft
allé confulter de fa part. L'Amour de Thefée
pour Dircé lui faire craindre d'autres
malheurs qu'il doit prévenir , & ces malheurs
regardent fon Peuple autant que
lui- même , la mort prochaine du Roi fon
Pere l'appelle à Corinthe ; il ne veut par◄
tir de Thebes qu'après en avoir écarté tous
les orages qui peuvent s'y élever en fon
abfence ; c'est ce qu'il fait connoître dans
la Scene fuivante , en parlant à fon Confi →
dent. Comme je l'ai déja dit , je me crois
difpenfé de le répéter. Oedipe , continue
Mr de Voltaire , foupçonne que les Dieux
font irritez contre les Thebains , parce que
Jocafte avoit autrefois fait expofer fon
Fils , trompé par la les Oracles des
Dieux , qui prédifoient que ce Fils tueroit
fon Pere épouferoit fa Mere.
Je ne veux répondre à cette Critique ,
que par les Vers même que Corneille met
dans la bouche d'Oedipe , les voici :
Les Dieux qui tôt ou tard ſçavent ſe reffentir
Dédaignent de répondre à qui les fait mentir ;
Ce Fils dont ils avoient prédit les avantures ,
Expofé par vôtre ordre , a trompé leurs au
gures ,
Et ce fang innocent , & ces Dieux irritez ,
Se vangent maintenant de vos impietez.
Suivons ces Vers pied à pied ; files
9
2. vol.
D iij Dieux
338 MERCURE DE FRANCE .
Dieux n'avoient prédit les avantures du
Fils de Jocafte que conditionnellement ,
cet Oracle n'auroit été qu'un avertiffement
dont elle auroit dû profiter ; mais la
prédiction ayant été abfolue , Jocafte n'en
a pû révoquer en doute l'accompliffement,
fans foupçonner les Dieux d'ignorance ou
d'impofture , & par là elle a commis une
double impieté , ce qui eft exprimé dans
ces deux derniers Vers.
Et ce fang innocent, & ces Dieux irritez
Se vengent maintenant de vos impietez.
Jocafte croit que les Dieux ne punif
fent les Thebains que pour n'avoir pas
vengé la mort de leur Roy , ce qui donne
lieu à M de Voltaire de lui faire un nouveau
crime. Elle prétend , dit il , qu'on
n'a jamais pû venger cette mort ; comment
donc peut- elle croire que les Dieux la puniffent
de n'avoir pas fait l'impoffible ? Ou
peut répondre à cela que quelques foins
qu'elle ait pris pour découvrir les meurtriers
de Laius , elle n'en a pas pris affez ,
& que c'est pour la tirer de cette léthargie,
que les Dieux l'accablent de malheurs .
Mr de Voltaire lui impute ,fans doute , ce
qu'Oedipe ne lui répond que par ménagement
; voici ces propres termes :
Pourrions nous en punir des brigands inconnus
Qui peut-être jamais en ces lieux on n'a vus:
JUIN
. 1729.
1339
En verité peut- on prendre , ce pourrionsnous
pour une impoffibilité Phyfique ?
cette réponſe d'Oedipe fournit de nouvelles
armes à Mr de Voltaire , & lui fait
dire : Oedipe n'a aucune raison de croire
que ces trois Voyageurs fuffent des brigands
; s'il lès a arrêtez lui - même , fo
s'il ne les a combatus que parce qu'ils ne
vouloient pas lui ceder le pas ; il n'a point
dû les prendre pour des voleurs , qui font
ordinairement très-peu de cas des Cérémonies
, & qui fongent plutôt à détrouffer les
gens qu'à leur difputer le haut du pavé.
Je ne fçais fi je dois répondre férieufement
à une Critique fi peu férieufe. Eftce
la premiere fois que des Voleurs ont
difputé le pas & infulté les paffans pour
en prendre occafion de les détrouffer ?
d'ailleurs il fe peut fairé qu'Oedipe n'a
préfumé qu'ils étoient des Brigands , que
depuis qu'il a appris , que Laius a été affaffiné
dans le même- temps & dans le
même lieu : voici comme il parle à Jocafte
.
Si vous m'avez dit vrai , peut-être ai- je moimême
, 1
Sur trois de ces Brigands vengé le Diadême :
Au lieu même , au temps même , attaqué feul
par trois ,
J'en laiffé deux fans vie , & mis l'autre aux
abois.
2. vol.
D iiij M.
1340 MERCURE DE FRANCE.
M. de Voltaire n'eft pas mieux fondé ,
quand il prétend que Jocafte doit foupçonner
Oedipe d'avoir tué Laius , fur l'aveu
qu'il vient de lui faire . Il auroit raifon
, fi Phorbas n'avoit pas menti par une
mauvaiſe honte , comme on l'apprend
dans la fuite ; Jocafte prévenue que ce
font plufieurs affaffins qui ont ôté la vie à.
fon époux , peut-elle imputer ce crime à
un feul homme ?
Notre Critique trouve étrange qu'Oedipe
fe fouvienne après feize ans de tous
Les traits de trois en a
les traits de trois hommes , dont il en a
tué deux & bleffé le troifiéme ; mais
Oedipe lui va répondre pour moi :
Seize ans , àton avis , m'ont fait les oublier
!
Ne le préfume
pas , une action
fi belle ,
En laiffe au fond de l'ame une idée immortelle
,
Et fi dans un combat
on ne perd point de temps,
A bien examiner
les traits des Combattans
,
Après
que celui - cy m'eut
tout couvert
de
gloire
,
Je fçus tout à loifir contempler ma victoire.
Il femble que M. Corneille avoit prévû
l'avanie qu'on viendroit lui faire un jour.
Son Critique perfifte dans fa mauvaiſe
humeur: Ce n'étoit point , dit - il , à Oedipe
à parler de cette reffemblance ; c'étoit à
Focafte , qui ayant vécu avec l'un & avec
l'autre , pouvoit en être mieux informée
2. voli
qu'Oedipe
JUIN. 1729 1341
qu'Oedipe. M. de Voltaire fait cette remarque
au fujet de ce Vers que Corneille
met dans la bouche d'Oedipe .
On en peut voir en moi la taille & quelques
traits .
M. D. V. veut-il nous faire entendre
par là que Corneille n'a pas été auffi raifonnable
que lui ? mais fi- c'étoit Jocafte
qui le dît , Oedipe s'y reconnoîtroit - il ?
& pourroit-il fe rappeller un fouvenir que
Ton Critique fuppole qu'il n'a pu garder?
La même difficulté fubfifte toûjours , &
fi c'eſt une faute dans la Tragedie de Cor
neille , on eft bien dédominagé par la
beauté qui en réfulte ; c'eft que le coupable
s'accufe lui - même. M. de Voltaire ne
me paroît pas avoir plus de raifon d'aɛcufer
Corneille de n'avoir point lû du
tout Sophocle , ou de le méprifer beaucoup
, puifqu'il n'a rien emprunté de lui ,
ni beautez ni deffauts ; il parleroit autrement
s'il avoit lui- même pris la peine de
lire l'examen que ce Sophocle moderne
a fait de fon Oedipe : Ces changemens , ditil
, en parlant de Sophocle & de Seneque,
m'ont fait perdre l'avantage que je m'érois
- promis , de n'étre fouvent que le traducteur
de ces grands génies qui m'ont précedé. La
differente route que j'ai prife m'a empêché
de me rencontrer avec eux , & de me parer
2. vol.
DY do
1342 MERCURE DE FRANCE :
de leur travails eft - ce là n'avoir point
lû Sophocle ? eft - ce là le méprifer ?
Oedipe dit qu'il étoit feul quand il tua
Laius ; Phorbas avoit avancé au contraire
que c'étoient des voleurs qui avoient affaffiné
ce malheureux Roy ; il étoit difficile ,
dit M. de Voltaire , de concilier cette contradiction
, & Jocafte pour toute réponſe
dit :
C'est un conte
Dont Phorbas au retour voulut cacher fa
honte.
conti- Cette petite fourberie de Phorbas ,
nuë t'il peut-elle être le noeud d'une Tragedie?
M.de Voltaire ignore- t il , qu'Ariftote
appelle noeud , tous les incidens d'une
Piece depuis le commencement
de la Tragedie
jufqu'à l'endroit où le dénoument
commence ? s'il le fçait , comme je n'ai
garde d'en douter , pourquoi prend il la
partie pour le tout ? Je fçais que le menlonge
de Phorbas eft la partie la plus effentielle
du noeud en queftion , & que fi ce
fujet fidele eût raconté le meurtre de fon
Maître comme il étoit paffé , Oedipe n'auroit
pas eu befoin d'Oracle pour
reconnoître
le meurtrier de Laius ; mais Corneille
l'a fait parler comme il lui convenoit
pour faire filer fon action jufqu'à la
fin du quatriéme Acte , & ne s'eft réfervé
2. vol.
que
JUIN. 1719. 1347
que la connoiffance de l'incefte pour le
cinquième.
Oedipe reconnu pour le meurtrier de
Laius , veut abandonner Thebes , & cependant
il envoye chercher Phorbas , The,
fée & Dircé ,
Pour lire dans leur ame ,
S'ils préteroient la main à quelque fourde
&
trame.
que
M. D. V. trouve cela bien mauvais
lui importent , dit - il , les fourdes
trames de Dircé , les prétentions de cette
Princeffe fur une Couronne à laquelle il renonce
pourjamais .Mais y renonce t il pour
fes enfans qu'il va laiffer dans Thébés où
ils doivent regner ; & quand cela ne feroit
pas n'a t'il pas dit plus haut :
n'a - t'il
Je vais donc à Corinthe achever mon fup.
plice ;
Mais ce n'eft pas au peuple à fe faire juſtice ,
L'ordre que le Ciel tient à lui choifir des Rois,
Ne lui permet jamais d'examiner fon choix ,
Et le devoir aveugle y doit toûjours foufcrire ,
Jufqu'à ce que d'enhaut on veüille s'en dédire
Pour chercher mon repos , je veux bien me
bannir ,
Mais s'il me banniffoit je fçaurois l'en punir.
N'est- ce pas là parler en Roi & agir
2. vol .
Dvj en
1344 MERCURE DE FRANCE:
2
en pere? & ne faut- t'il pas être de mauvaiſe
humeur pour condamner des fentimens fi
beaux & fi naturels ?
M. D.V. trouve encore étrange qu'Oe
dipe refte fur le Theatre à débiter plus
de quatre- vingt Vers avec Thefée & Dircé,
tandis que Jocafte fa femme & Sa
mere ne fçait encore rien de fon avanture ,
& ne paroît pas même fur la Scene . Mais
doit-on en être bien preffé quand il s'agit
d'annoncer de pareilles horreurs ? J'avoue
que Corneille auroit peut- être mieux fait
de faire paroître Jocafte fur la Scene dans
le cinquiéme Acte , & que cela auroit
produit une fin de Tragedie plus frappánte
, comme nous l'avons vû dans celle de
M. D. V. mais une beauté de moins n'eft
pas une faute...
M. de Voltaire finit fa Lettre par le par
don qu'il demande de fa témerité ; je finis
la mienne par l'indulgence que je proteſte
de lui accorder , fondé fur le principe qu'il
établit lui - même ; le voici : c'eft fur les
imperfections des grands hommes qu'il faut
attacher fa critique , car fi le préjugé nous
faifoit admirer leurs fautes , bien - tot nous
les imiterions. Je ne croi pas qu'on foit
tenté d'imiter le coup d'effai d'un jeune
komme , & c'eft ce qui me détermine â
en ufer avec moins de féverité avec M. de
Voltaire qu'il n'a fait envers le grand Cor
2. vol. neille
JUIN. 1719. 1341
neille. J'efpere , Madame , vous en faire
convenir dans une feconde Lette , celle - cy
n'étant déja que trop longue. J'ay l'honl'honeur
d'être avec une très parfaite eltime
, & c .
*******************
REQUESTE A LA REINE ,
Par un Cadet de Caux .
UN pauvre Gentilhomme accablé de miſere ,
Grande Reine , à vos pieds fe profterne au
jourd'hui ,
Au nom de tout l'Etat exaucez fa priere ,
C'eſt autant pour vous que pour lui.
Son interêt eft jufte , il eft exempt d'ufure ,
Car s'il perd fon pary , tout le monde y perdras
Mais s'il a le bonheur d'emporter la gageure ,
Le perdant même y gagnera
Que fon bonheur rendroit les François réjouis,
Car il ne s'agit pas de deux ou trois oboles ,
Votre pauvre Sujet, pour gagner cent piſtoles,
Ne vous demande qu'un Louis.
Le Cloutier.
2. vol. LET
1346 MERCURE DE FRANCE .
XXXXXXXXXXXXX:XX
LETTRE de M. Deflandes , Commif
faire de Marine à Breft , à M. de Saint
Gelais , Secretaire de l'Académie Roiale
de Peinture & de Sculpture , fur les Simpathies
& les Antipathies.
L me femble , Monfieur , qu'on a grand
Itt
ort de reprocher à la jeune Marquife
de C .... fon averfion pour les Chats.
Vous connoiſſez & la beauté de ſon eſprit
& la hauteur de fes fentimens . Vous fçavez
qu'elle ofe être Philofophe dans un
âge où il fied à peine d'être raisonnable.
Ainfi cette averfion n'eſt point en elle une
foibleffe ; c'eft un instinct naturel , une
impreffion fecrete qu'elle n'a jamais pû ni
vaincre ni corriger . Je l'ai vûe quelquefois
avoir honte d'elle -même , & s'en plaindre
férieuſement. Mais je lui confeillois toujours
avec un ris mocqueur de badiner d'une
chofe qui n'étoit pas en fon pouvoir ,
& qui après tout devoit lui paroître affez
indifferente .
Combien de perfonnes naiffent avec de
ces fortes d'Antipaties dont elles ignorent
tout-à - fait la caufe , & qu'elles chercheroient
vainement à furmonter ! Le vieux.
Duc d'Epernon qui devoit toute la fortune
2. vol.
à
JUIN. 1729. J347
à Henri III. & qui fçut la foutenir par fon
orgueil & fa fermeté dans les tems les plus
fâcheux , s'évanoüifſoit à la vuë d'un Levraut
; jamais cependant on ne l'accuſa
ponit de foibleffe: lui qui étoit le plus fier &
le plus intraitable de tous les hommes . Cefar
Phoebus d'Albret qui fut fait Maréchal
de France en 1653. & Chevalier du Saint-
Efprit en 1669. ne pouvoit à un repas voir
fervir un Marcaffin ou un Cochon de lait,
fans le trouver mal. Il fe remettoit pourtant
affes vite , fi on leur ôtoit feulement
la tête. Ladiflas Jagellon Roi de Pologne,
qui pendant un demi - fiecle affronta toures
fortes de périls & montra une valeur
fupérieure , fe troubloit & prenoit la fuite
quand il voïoit des pommes. Pour expliquer
de fi grandes bizarreries , ne faut - il
neceffairement avoir recours à la Nature
? Les goûts & les averfions qu'elle
donne , font des Enigmes à ceux - mêmes
qui les ont reçûs .
pas
Quelqufois on peut foupçonner une
caufe fecrette de ces fortes d'Antipathies ,
& alors on en eft moins étonné. Jacques
I. Roi d'Angleterre , par exemple , ne
pouvoit voir une Epée nue , fans pâlir , &
fans tomber dans une espece de défaillance.
Auli pendant tout le cours de fon Regne,
fe piqua-t'il plus d'être Theologien que
Capitaine , de difputer fur des matieres
イ
2. vol. de
7348 MERCURE DE FRANC
de Religion , que de foutenir par les arme.
la gloire & la réputation de les Etats . Il
rejettoit la caufe de cette timidité naturelle,
fur ce que la Reine fa Mere étoit enceinte
de lui lorfque David Riccio fut fi cruellement
affaffiné prefque à fes yeux . La fraïeur
dont la Mere fut frappée rejaillit fur l'En- .
fant ; il fut toute fa vie irrefolu & incertain
, & comme le lui reprochoit un jour
le Comte de Gondemar , Ambaſſadeur
d'Espagne , il portoit les habits d'un Roi ;
mais il avoit toutes les manieres & le
langage d'un Pédant .
Je pourrois joindre aifément à ces
Hommes de Guerre & d'Etat , des Sçavans
, des Philofophes , & peut - être que
leur exemple ne fera point de la moindre
importance en cette matiere . Pierre d'Apono
, un de ces beaux efprits du 1 6. fiecle
qui préparerent les voïes à la nouvelle
Philofophie , ne pouvoit voir un fromage
ni en fentir l'odeur , fans perdre connoiffance
; & j'ai fçû que cela étoit affez commun
dans les Païs , où l'on uſe beaucoup
de lait , de fromage & de beurre . Martin
Sckoockius , Profeffeur de Philofophie à
Groningue , qui étoit lui même fu et à
cette Antipathie , en a compoſé un Traité
affez curieux , qui a pour titre : De averfatione
cafi &c. Les autres Philofophes
que je pourrois citer ici ,>..font Thomas
2. vol. Hobbes
JUIN. 1729. 1349
Hobbés qui manquoit de force auffi - tôt
qu'on le laiffoit la nuit fans lumiere . Thyco
Brahé qui changeoit de couleur & fentoit
fes jambes défaillir à la vue d'un Liévre
ou d'un Renard qu'il auroit rencontrés à la
campagne. Jules Cefar Scaliger qui avouë
lui même que l'odeur du creffon lui donnoit
des nausées , & qu'il ne pouvoit en
regarder fixement fans frémir de tout fon
corps . Le Chevalier Boyle qui tomboit
dans des convulfions lorfqu'il entendoit
le bruit que fait l'eau, en s'écoulant par un
robinet.
Ces Philofophes certainement n'étoient
point gens crédules , ni fuperftitieux , ni
faciles à fe laiffer furprendre. Eux - mêmes
ont recherché curieufement les caufes de
ces fortes d'Antipathies, & n'ont pû jamais
les découvrir. La Mufique fur tout leur en
offroit des exemples auffi fenfibles qu'extraordinaires.
Le fameux la Mothe le
Vayer ne pouvoit fouffrir aucune forte
d'inftrumens , quelque , harmonieux que
fuffent les fons qu'on en tirât ; mais il
goûtoit un plaifir extrême au bruit du tonnere
& des vents. D'autres friffonnent
quand on leur joue un certain air ; ils
s'affoibliroient même infenfiblement , &
mourroient fur le lieu fi on le continuoit.
J'ai vu un homme à Calais qui entroit
malgré lui en fureur lorfqu'il entendoit
i .
2. vol.
crier
1350 MERCURE DE FRANCE.
crier des Canards , & qui les pourfuivoit
vivement l'Epée à la main ; cependant
il en mangeoit volontiers > & c'étoit
même là ſon mets favori . Il eft parlé dans
les Tranfactions Philofophiques d'un Chapelain
du Duc de Bolton qui fentoit au
coeur & au fommet de la tête un froid de
glace quand on le forçoit à lire le 53 .
Chapitre du Prophete Ifaïe , & quelques
verfets du 1. Livre des Rois .
Je ne finirois point , fi je voulois recueillir
tout ce que j'ai trouvé de rare &
de fingulier fur cette matiere. On pourra
confulter la Phonurgie du Pere Kirkër ,
Jefuite, & le Traité de l'harmonie du Pere
Merfenne, Minime,j'y ajouterai feulement
deux hiftoires dont j'ai été fouvent le témoin.
La re eft d'un Officier d'Artillerie
très connu par fon courage & fon habileté
dans le maniement des armes , qui pâlit
& fe trouve mal quand on coupe devant
lui un bouchon de liege. Il a fouvent eu
honte de cette foibleffe , & il a tâché fe
rieufement de la vaincre ; mais en voulant
s'efforcer , il s'eft mis au péril de fa
vie. La feconde eft d'une fille de condition
qui ne peut defcendre dans une cave ,
ni dans aucun lieu foûterrain fans que la
févre lui prenne au moins pour vingtquatre
heures. Sa mere qui fe trouve dans
une fortune affez étroite, a voulu inutile-
2. vol. ment
JUIN. 1729. 1355
ment la guerir d'une pareille Antipathie.
Ce trait me fait reffouvenir de celui que
rapporte Sextus l'Empirique d'un des principaux
Officiers d'Alexandre le Grand ,
qui à l'ombre fe trouvoit tout en fueur ,
& qui tranfiffoit de froid au Soleil .
Permettez- moi ici de vous demander ,
Monfieur , fi jamais on peut être en droit
de plaifanter quelqu'un fur ces fortes
d'Antipathies. Je les regarde comme des
défauts naturels dont on doit être plaint
& jamais blâmé. Le Maréchal de Clerambaut
, ce Courtifan fi agréable & fi délié ,
demandoit un jour de quelle maniere il
falloit traiter un homme qni en fe battant
contreleMaréchal d'Albret auroit tenu une
tête de Cochon de la main gauche & ſon
Epée de la droite . La victoire certainement
ne pouvoit lui échaper .
Je ne fçai fi notre ami , fi rigide d'ailleurs,
mais cui molle ingenium blanda puella facit,
fe feroit beaucoup de fcrupule d'ufer en
amour de pareilles adreffes : comme il ai.
me les grands exemples , il s'autoriferoit
de celui que lui fourniroit l'hiftoire plaifante
de la Souris d'une Reine de Naples
raportée par Brantôme .
Je pourois citer ici ce qu'on appelle la
maladie du Païs . Vous fçavez que c'eft
une espece particuliere d'Antipathie qui
fe tourne peu à peu dans un état de lan-
2. vol.
gueur
1352 MERCURE DE FRANCE :
gueur d'autant plus déplorable , qu'aucun
remede ne peut la guerir . Theodore Zwinger
Profeffeur d'Anatomie & de Botanique
, à Bâle , a traité ce fujet avec affez
d'étendue , & il a fait voir que les peuples
du Nord y étoient fur tout fujets ; il
nomme cette maladie Pothopatridalgia ,
& il confeille à ceux qui en font attaqués
de revoler vers la Patrie , d'y retourner
promtement. Sur cela il rapporte un air de
Mufique affez groffier ; mais que tous les
Suiffes apprennent dès le berceau , & dont
ils font extrêmement friands. Cet air fair
fur eux une impreffion fi profonde , qu'ils
ne peuvent l'entendre chanter dans les Païs
Etrangers fans fe laiffer aller à une mélancolie
fâcheufe. Auffi s'en défendent - ils
avec foin jufqu'au moindre reffouvenir ,
crainte de fe décourager & de fe porter
même au defeſpoir ; & quand il arrive que
quelqu'un d'entre eux s'oublie , devient
maigre , triſte & languiffant , il doit au
plutôt retourner dans fon Canton ; à peine
y entend- il l'air du Païs , le mot du guet ,
qu'il fe réveille prefque fubitement & qu'il
guérit.
A l'égard de la caufe de ces fortes d'averfions
& d'Antipathies , il eft affez difficile
de la découvrir. Les vertus fecretes ,
les qualités occultes des anciens Philofophes
n'apprennent rien , & ne font que
2. vol.
redire
JUIN. 1729. 1353
redire obfcurément une chofe qui l'eft déja
affés d'elle-même. Peut- être que ce que
les Modernes y ont fubftitué n'eſt pas plus
clair ni plus expreffif. Le langage des
Méchaniques , quand il eft déplacé , &
qu'on s'en fert dans des fujets qui ne font
pas de leur reffort , a fes mifteres & fes
obfcurités. Je voudrois, par exemple , demander
aux uns & aux autres comment ils
pourroient expliquer ce qui eft rapporté
dans les Ephemerides des curieux de la nature.
Le Chapelain d'un Seigneur Allemand
, difent ces Ephemerides , ne pouvoit
manger des fraifes fans reffentir des
étouffemens & des chaleurs . Son corps devenoit
enfuite tout rouge , comme s'il
avoit été attaqué d'une Erefipele generale .
Quelques heures après il lui prenoit une
fueur abondante,laquelle le remettoit dans
fon état naturel , & il ne lui reftoit plus
que de la foibleffe . Ce jeu de la nature me
paroît inexplicable. Je le regarde comme
un fixiéme fens qui eft donné à l'homme
& qui fupplée à ce qui peut manquer aux
autres. Ce fens eft répandu par tout le
corps , & il eft plus exquis , plus délicat
que tous les cinq enfemble ; on a beauvouloir
y refifter , & témoigner en foimême
de la fermeté , la nature devient la
plus forte & l'emporte fur tous les obftacles
qui fe trouvent à ſon paffage , & qui
2. vol.
pour
1354 MERCURE DE FRANCE .
pourroient lui nuire . Ainfi les perfonnes
qui ont de l'Antipathie pour les Chats
n'ont pas besoin d'être informées qu'il y en
ait dans une chambre pour le trouver mal,
elles s'en apperçoivent en y mettant le pied ;
on ne fçauroit fur cela les tromper ni leur
donner le change .
Perfonne n'ignore , du moins en gros,
que la délicateffe des organes dont nos
fenfations dépendent , vient de la délicateffe
des filets nerveux qui ont plus ou
moins de facilité à recevoir l'impreffion
des objets exterieurs. Ces filets font diftribués
en petites troupes , fuivant l'ordre
que la nature leur a affigné , afin de faire
tout l'effet dont ils font capables ; mais
ces effets fe font feparément , & chaque
fens n'a qu'un certain nombre d'objets qui
lui foient proportionnés , & dont il reçoi
ve l'impreffion . Ce qui plaît à l'oreille ne
fatte point la langue . Un parfum dont l'o
dorat eft touché ne fait aucun plaifir aux
& en revanche la vuë a des délices
& des agrémens qui lui font uniquement
propres. S'il arrive cependant que pour la
perfection entiere d'un fens , deux autres
foient en même tems excités ; c'eft une liberalité
de la nature qui veut bien accorder
à l'homme plufieurs fatisfactions à la
fois. Mais il n'y en a proprement qu'une
qui domine , qui foit la Maîtreffe.
2. vol.
JUIN . 1729. 1355
Il arrive cependant par rapport à certains
hommes privilegiés que les filets nerveux
répandus dans tout le corps font en
même tems frappés , fans qu'on puiffe
dire d'où cela vient. Tous ces filets confufément
remués ne font qu'une fenfation
genérale ou plufieurs qui fe mêlent enfemble
& s'irritent l'une l'autre. On eft alors
plus furpris que touché , plus entraîné
qu'attiré ; on ignore ce qu'on fent par ce
qu'on fent trop. Delà naiffent les Simpathies
& les Antipathies , & en general ces
je ne fçai quoi dont l'ame eft piquée fans
en pouvoir rendre raiſon , qui l'agitent &
l'ébranlent fans qu'elle y puiffe refifter.
Odi, & amo : quare id faciam fortaffe requiris.
Nefcio: fed ficri fentio , & excrucior.
PA TATA TATA TA TOTA
EPITRE,
A. S. A. M. l'Archevêque de Vienne ;
qui s'étoit embarqué fur la Saône
dans un grand débordement.
Com
Omment vous trouvez - vous , Seigneur,
de ce voyage ,
Qui nous a fait pâlir ?
Comment vous a fervi l'intrépide courage ,
Qui ne fait point mollir?
2. vol .
La
235
6 MERCURE
DE FRANCE.
La Saône eft à prefent une Mer orageufe ,
Qui n'entend point raiſon :
Cefar ne la nommoit inconftante & douteufe.
Qu'en la belle faifon.
Quand de ces réſervoirs elle a forcé la bonde ,
L'eſprit en eſt troublé ;
Et quoi qu'il eût le coeur le plus ferme du
monde ,
Cefar même eût tremblé.
Par le terrible amas de cette Onde effroyable,
Qu'elle traîne aujourd'hui';
Elle prétend montrer au Rhône formidable ,
Qu'elle eft digne de lui.
Maudit foit le premier qu'un excès de folie ,
Contraignit à l'effort ,
De tenter un voyage au hazard de fa vie ,
A deux doigts de la mort.
Un Sage du vieux temps ( pardon fi je déterre ,
Un Mort qui n'eſt nouveau )
Avoit du repentir , pouvant aller par terre ,
D'avoir été par eau .
Sans doute, on me dira que dans la Diligence *
On marche en fureté ,
Et qu'à fes Matelots manquer de confiance ,
C'eft imbécillité.
Ah ! Seigneur , ces marauds en qui l'on fe
confie ›
Ainfi fe nomme le Bateau public fur la
Saône.
2. vol.
A
JUIN. 1729. Y357
A qui l'on livre en paix ,
Ce tréfer important , lé dépôt de la vie .
Ne boivent- il jamais ?
Un Batelier brutal fait bien moins cas de vivre
Que de vuider les pots ,
Et noiroit avec lui du moment qu'il eſt yvre ,
Le plus grand des Héros .
Tant de précaution qui paffe l'ordinaire ,
Excede le devoir ,
Direz- vous ; pour fauver une tête fi chere ,
Peut-on trop en avoir ?
Pour conferver vos jours , j'ai fupplié Mercure,
Ce Dieu des Voyageurs ;
J'ai prié Palémon , j'ai prié Palinure ,
Ces Patrons des Nâgeurs ;
J'ai conjuré Glaucus Protée & les Fléiades ,
Je n'ai rien oublié ;
Eole & fes fuppôts , les Tritons, les Naiades ,
Qui n'ai -je point prié ?
Enfin pour vous fervir j'ai lâché la gourmette ,
Comme un mauvais Chrétien ,
Et dans mes voeux ardens , pour trop être
Poëte ,
J'ai prefque été Payen .
Mais quelle illufion fous l'épaiffeur d'un voile,
M'offroit tant de danger ?
Je ne crains plus pour vous . Allez , c'eft votre
étoile ,
Seigneur , de voyager.
2. velo
E
L'A
# 358 MERCURE DE FRANCE.
L'Apôtre des Gentils , dont vous tenez la place,
Voyageoit comme vous :
Les ardeurs de l'été , les horreurs de la glace ,
• Pour lui tout étoit doux!
Tantôt au bon Galate il prodiguoit fon zele ,
Puis aux Corinthiens;
Tantôt il réchauffoit par une ardeur nouvelle ,
Ses chers Ephefiens .
Dieu , qui le protegeoit , commandoit à fes
Anges ,
De veiller fur les jours ;
Il étoit bien gardé , lés celeſtes Phalanges ,
Voloient à fon fecours .
Sous l'ombre du Très - Haut , ne craignez
point d'obſtacles ,
A vos fages projets :
Le Dieu qui vous protege eft fertile en Mifacles
,
Autant qu'il fut jamais.
Sous l'aîle , fous l'abri du Seigneur des batailles
,
Vous êtes bien muni.
Soit que vous voyagiez de Strasbourg à Verfailles
,
Qu de Vienne à Clugny , *
Il eft fur qu'en tous lieux répandant la lumiere,
Des moeurs & de la Foi ,
On vous verra fournir d'une illuftre carriere ,
Le glorieux emploi.
★ Il eft Abbé de Clagny.
20 vols
-Mais
JUIN. 1729. 7359
Mais dans ces longs travaux que par tout on
renomme ,
L'un des plus importans ,
Sçavez- vous quel il eft ? Le voyage de Rome:
C'eft où je vous attends.
C'eft- là que de mes voeux ſe borne l'eſperance;
Et dans le même inſtant ,
Que vous aurez uni l'Alteffe à l'Eminence ,
Je mourrai trop content.
DE SENECE'.
QUESTION.
Quelle est la femme la plus malheureuſe ?
ou celle qui a un mary qu'elle hait,
& dont elle eft aimée ou celle qui a un
mari qu'elle aime & dont elle eft hate.
Nous avons déja averti plufieurs fois
que dans le grand nombre de Pieces qui
nous font adreffées de toutes parts , il eft
bien difficile de connoître celles qui font
véritablement neuves d'entre celles qui
ont déja été publiées. C'eft ce qui eft arrivé
à l'occaſion des Enigmes du Mercure
du mois de Mai dernier , qui nous ont
été envoyées de Verfailles par une perfonne
qui les a fignées de ces Lettres J.B.D.
2. vol.
E ij
mais
1360 MERCURE DE FRANCE .
e
mais il eft vifible que cette perfonne a
voulu en impofer , puifque ces Enigmes
font prifes du Recueil d'Enigmes de M.Cotin
Celle du Ver luifant eft la 25 dz
premier. Livre : & celle du Raifin eſt la
78° du fecond Livre . Nous devons cette
découverte à Me Angelique d'Orvilliers
de Vernon , qui nous en a en même temps
envoyé l'Explication fuivante.
Morbleu , le plaifant procedé !
O vous qui fignez J. B. D.
Je prétends vous livrer batailles,
Quoi ! vous envoyez de Verfailles ,
Deux Enigmes du Sr Cotin !
Il faut vous lever plus matin
Quand vous voudrez en faire à croire,
Nous ne perdons pas la mémoire ,
Et nous connoiſſons nos Auteurs,
Portez vos Enigmes ailleurs.
Mais quand il vous plaira j'en dirai le quantiéme
;
Nous venons de les voir, Monfieur, dans l'Au
teur même
L'une eft le Ver luifant & l'autre le Raifin
Cherchez un autre Magazin.
20 vol, EX
JUIN 1729. 1351
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure de May .
Moulin eft agité par le ventou par l'eau ;
Mou , la moitié dumot eft dans le corps d'un
Veau ;
Refte lin , dont on fait chemifes & coëffures
Dentelles & mouchoirs & mille autres parures,
Mais , cher Lecteur , quel changement ,
Si tu retournes lin , tu vòis dans le moment ,
Non le Tage , non la Tamife ,
Mais le Nil , fur lequel on expofa Moyfe
Angelique d'Orvilliers de Vernon.
LOGO GRYPH E.
INféparable de la gloire ,
Je la porte par tout , je m'en fais bien à croire ;
Mais je n'en fuis pas plus aimé.
De moi feul je fuis eftimé ,
Et j'ai feul part à mon eftime.
Toûjours j'afpire aux plus hauss lieux ;
Et tant fur la Terre qu'aux Cieux ,
De mon ambition j'ai fait mainte victime.
Je fuis frere aîné des fix Soeurs ,
Et de notre funefte race ,
Sont écoulez tous les malheurs ,
Qui de cet Univers couvrent toute la face
2 vol
Ẹ iij Si
1362 MERCURE DE FRANCE .
vous prenez
ment ,
deux parts de mon commènce-
Vous trouverez l'objet vers qui ma foeur puifnée
,
Eft uniquement entraînée.
Prenez- en trois encor , je fuis un Inftrument
De très agréable harmonie.
Ma quatriéme part m'étant alors ravie ,
Je deviens un grain fort commun ,
Et des plus connus d'un chacun .
Si vous uniffez ma fixième ,
A ma premiere & quatrième ,
Vous me connoîtrez d'abord ,
Pour un terme fort vulgaire ,
Fort fimple & fort debonnaire ,
Carje confens à tout & fuis de tout accord.
Si l'on joint ma premiere avec mes trois dernieres
,
Je fuis très-chéri des humains ,
Qui fans moi privez des lumieres ,
Ne fçauroient où donner des mains.
L. C.
XXXXXXXXXX XXXXXXXXXX
ENIGM E.
Quoique je ne fois fait que de pierre ou de
Par moi, par mon fecours rien n'eft in acceffible;
Je fçais l'art de donner des loix ,
2. vol.
A
JUIN.
1361 1929.
A l'ennemi le plus terrible..
Il veut en vain me réſiſter ;
Un nouveau chemin que je trace ,
Eft fuffifant pour le dompter ,
Et fait que fur le corps tout le monde lui paffes
De fon courroux , de fon orgueil ,
Je fuis l'inévitable écueil:
Réduit à me ceder , il écume de rage ;
Mais ces plus grands efforts fuffent- ils employez
,
J'en triomphe & j'ai l'avantage ,
De voir qu'il fe réduit à me laver les pieds.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
OUVEAUX MEMOIRES des
NMillions de la Compagnie de Jefus
dans le Levant. T.VII . vol.in- 12 . de 209.
pages. A Paris , chez la veuve Piffot , Quay
de Conti , &Quillan , rue Galande 1729.
Ce nouveau Volume des Mémoires des
Miffions de la Compagnie de Jefus , et
malgré fa petiteffe l'un des plus confide
rables qui aïent paru par les chofes curieufes
qui y font rapportées , & par les
matieres de Phifique , d'Hiftoire & d'An
tiquité qui y font traitées . Les Perfonnes
fur tout qui s'intereffent à la memoire du
2. vol.
feu E iiij
1364 MERCURE DE FRANCE.
feu P. Sicard , & au fuccès de fes travaux
litteraires fur l'Egypte , auront tout lieu
d'être fatisfaites en lifant ce Recueil . Il
nous fuffira pour en donner une jufte idée
de rapporter ici la Lettre du R. P. Mare
Antoine Treffond , Superieur General des
Miffions de la
Compagnie deJefus , en Sirie ,
& en Egypte , écrite au R. P. Fleuriau, qui
eft imprimée au commencement du Livie.
M. R. P.
Après la perre que nous avons eu le
malheur de faire du P. Claude Sicard ;
nous avons pris un foin particulier de ramaffer
fes Mémoires. Nous avons même
envoïé un de nos plus anciens Miffionai
res pour les mettre en ordre , & pour aller
fur les lieux verifier rout ce qu'il nous a
laiffé , foit manufcrit , foit deffiné de la
main d'un jeune - homme qui l'accompa
gnoit dans fes voïages , & qui a tiré fur les
lieux le plan des Monumens anciens dont
ce zelé & fçavant Miffionnaire faifoit la
recherche par ordre du Roi.
$
Il nous a fouvent mandé que nonobftant
fes continuelles Miffions pour inftruire un
Peuple plus ignorant que fchifmatique , il
groffiffoit chaque jour le Recueil de fes
découvertes ; mais les fervices qu'il fe crut
obligé d'aller rendre à de pauvres peftifexés
lui ayant caufé la mort, fes Ecrits nous
2. vol.
font.
JUIN. 1729. 1365
font demeurés fans avoir leur perfection .
Ils font prefentement entre les mains d'un
de nos Miffionnaires qui les revoit , pour
les mettre en état de vous être en voïés.
Pour fatisfaire cependant votre jufte im
patience , M. R. P. & celle des perfonnes
qui attendent ce que le feu P. Sicard a
promis dans fon projet imprimé , & qui fe
voit dans le V. Tome des Mémoires du
Levant , nous vous envoïons plufieurs
petits Ecrits de fa main.Il vous les addref
foit en forme de Lettres.
La premiere contient le récit qu'il vous
fait de fon voiage au Mont Sinaï. La
route qu'il a fuivie pour parvenir à cette
Montagne que nos faintes Lettres ont rendue
fi celebre , a achevé de le convaincre
que Moïfe n'a pû conduire le Peuple de
Dieu par un autre chemin que par celur
que leP. Sicard a tracé dans fa Carte de la
Mer rouge & de fes environs , & que vousavez
mile à la tête du 6. Tome des Mé
moires du Levant.
Pour ce qui eft du Mont Sinaïen parti
culier , le P. Sicard ne vous en fait qu'u
ne legere defcription , parce qu'il vous er
promet une autre plus étendue.
On ne peut en parler ni en écrire exacte :
ment fans avoir été foi- même fur les lieux;
On trouve à lafin de ce VII. vol , une Carte
de cette celebre Montagne.
2 vol..
lieux ,
Ev
1366 MERCURE DE FRANCE.
& fans avoir vilité foigneufement, comme
a fait ce Pere, le Monaftere qui y a été bâti,
C'eſt avec la même exactitude qu'il a
obfervé deux Monumens dont il eft dif
tinctement parlé dans le 17. & le 32 .
chap, de l'Exodes
Le premier de ces Monumens , & fon
premier objet d'obſervation ,fut le Rocher
dont fortit autrefois une Eau miraculeufe
& abondante , dans l'inftant dans l'inftant que Moïfe
le frappa de fa verge par ordre de Dieu .
Le fecond objet de fon obfervation fut
le moule de la Tête du Veau d'or , que les
Ifraëlites en l'abfence de Moïfe éleverent.
pour l'adorer . Le refte de la Lettre du P
Sicard contient plufieurs autres chofes di
gnes de fes Remarques .
La feconde Lettre du même Pere con
tient le récit de fon vorage jufqu'aux cataractes
du Nil . Il rend compte des Ifles
qu'il a découvertes entre l'Egypte & la
Nubic . Il nous apprend les noms de plufieurs
Villes que les tems ont fait oublier,
& dont les ruines.cachent les reftes d'anciens
Temples & de riches Edifices que
le P. Sicard a trouvé moïen de découvrir..
Ce qu'il en a vû lui a fait connoître qu'ils
avoient été conftruits de diverfes pierres
* C'eſt ainſi qu'on appelle le Marbre Thebain
qui eft moucheté de diverfes couleurs & dont les
Carrieres fent aufond de l'Egypte Superieure ,
près les Cataractes du Nit.
de
2 val.
JUIN 1729. 1367
de Granit d'une grandeur & d'une groffeur
furprenante.
Le P. Sicard dans la même Lettre vous
renouvelle la promeffe qu'il vous a déja
faite de vous donner une Relation particuliere
de la Ville de Thebes , dont les
Voïageurs du tems paffé nous ont donné
une fi belle idée , & dont les Poëtes ont
chanté la magnificence. Il finit cette Lettre
par un petit détail de la Révolution
qui venoit de fe faire au Caire , & qui
s'étoit paffée fous les yeux .
A ces
te
deux
Lettres
le
P.
Sicard
en
ajoûte une troifiéme , dans laquelle il expofe
quelques nouvelles Obfervations
qu'il a eu le loifir de faire dans fon voïage
au Delta. Entre ces Obfervations il y
en a qui regardent la Geographie & d'autres
qui font du fait de l'Hiftoire & de la
Phyfique. Toutes font l'éloge du bon difcernement
de leur Auteur.
Vous fçavez , M. R. P. que M M. de
l'Académie des Sciences ont envoïé à M.
le Conful du Caire un Mémoire de plufreurs
Articles fur lefquels ils fouhaittoient
avoir des explications particulieres. Le P.
Sicard fut chargé de cette commiffion. J'ai
l'honneur de vous envoïer les Réponfes
au Mémoire de ces M M. Il ne les a faites
qu'aprés s'être bien fait inftruire de
tout ce qui concerne , foit la production
2. vol.
Evj . du
1368 MERCURE DE FRANCE:
du Natrom & du Sel Armoniac , foit les
Pierres & les Marbres d'Egypte , & les
Fours à Poulets ; car ce font là les feuls
Articles fur lefquels le Mémoire deman
doit une explication .
Après ces dernieres Lettres du feu P
Sicard il ne nous refte plus entre les mains
que le Recueil general de toutes fes Obfervations
& de fesDécouvertes dans l'Egypte,
& c'est ce Recueil que nous préparons
pour vous .l'envoïer . Il en avoit fait un
Abregé que nous avons trouvé parmi fes
Ecrits . Quelque court qu'il foit , j'ofe
dire qu'il eft encore plus étendu que ne le
font les Relations qui ont paru fur l'Egy
pte , même celles qui font les plus détaillées
; vous en jugerez par la lecture que:
vous en ferez.
X Au refte , je fuis perfuadé , M. R. P..
que la lecture que vous ferez de ces Manufcrits
renouvellera votre douleur fur lax
perte d'un Miffionnaire que nous aurons
toujours fujet de regretter . Je fouhaitte 、
que ce vous foit une confolation d'appren--
dre l'heureuſe arrivée du P. Seguran au
Caire , où vous l'avez deftiné pour y continuer
la recherche des anciens Monumens:
que le P. Sicard avoit entrepris , & que fa
vie trop courte ne lui a pas permis de finir.
Les bonnes qualités que nous remarquons
dans le P.Seguran nous font efpee-
29. voli.
IST.
JUIN. 1729% 1360
:
ter qu'il fera un digne fucceffeur du feu
R. Sicard. J'ai l'honneur d'être avec rel
pect , M. R. P. &c.`.
1
A la fuite de ces dernieres Lettres du
feu P. Sicard , on trouve dans le VII.
vol. des Nouveaux Mémoires & c. une
Lettre du P. Stephan , Miffionnaire Jefuite
en Crimée de Tartarie, auffi écrite au R. P.
Fleuriau qui explique l'Etat de cette Province
& de fon Gouvernement , celui des
Familles principales qui l'habitent , qur
yont excité de grands troubles , & qui
viennent enfin d'y caufer une derniere re
volution , dont le Grand - Seigneur n'a pas
manqué de profiter pour fe delivrer de
L'inquiétude que lui donnoit un Peuple
naturellement féditieux , & pour achever
de le foumettre abfolument à fon Empire .
:
LES OEUVRES de M. de Voiture
contenant fes Lettres & fes Poëfies avec:
l'Hiftoire d'Alcidalis & de Zelide , nouvelle
Edition , augmentée de la conclufioni
de l'Hiftoire d'Alcidalis & de Zelide , & de '
plufieurs autres Pieces . A Paris , rue S.Jac:
ques, & Quay des Auguftins , chez Cl. Ro
buftel,& chez Chaubert. 1729.2.vol.in 12 ..
HISTOIRE ECCLESIASTI
QUE , pour fervir de continuation à cel--
la de M. l'Abbé Fleury . Tome 24. de… .
puis l'an 14.8.5 . jufqu'en 1507. Quay des
2..voli.
1376 MERCURE DE FRANCE.
Augustins & ruë S. Jacques , chez Emerà
& chez Sangrain l'aîné. in- 4 . de
pages.
594.
LA VRAYE ET SOLIDE PI ETE'
, expliquée par S. François de Sales,
Evêque & Prince de Genéve , recueillie
de fes Epitres & de fes Entretiens. Dédiée
à la Reine , par M. P. C. Docteur de Sor-.
bonne, Chez Cl . de Hanfi , fur le Pont aw
change. 1729. in- 8 ° .
LES VOEUX DE L'EUROPE & de
la France pour la fanté du Roi. Poëme
Heroïque fur la petite Verole . A Paris ,
chez Ganeau , la veuve Contelier & Nully,
rue S. Jacques , Quay des Augustins & au
Palais. 1729. in - 8 °. brochure de 47 .
pages.
Čet Ouvrage eft dedié à la Reine par
M. Martineau de Solleine qui en eft l'Auteur,
lequel l'a prefenté au Roi & à laReine
le 12. & le 16.du mois dernier.Nous ne hazarderons
pas notre jugement fur ce Poëme,
quelque aifé que ce jugement nous pa
roiffe à faire ; mais nous pouvons bien affurer
le Lecteur curieux de belles impreffions
, que rien n'eft épargné dans celleci;
beau papier , beaux caracteres , belles
vignettes ; & fi on trouve que la beauté
du Poëme & des Vers réponde à celle de
Fimpreffion , le triomphe de l'Auteur ne
2. vola
fera
JUIN.
1378
1729.
fera
pas
médiocre . Ce Poëme commence
ainfi. C'eft l'Europe qui parle :
Sur fon Trône , Louis , au gré de mes foug
‹ haits .
Raffermiffoit l'efpoir d'une éternelle Paix ,
Et faifoit dans mon fein taire le bruit des
Armes ;
Quand un cri s'éleva fuivi de mille allarmes ,
Quel noir chagrin faifit plus d'une Nation ,
Et répand en ceslieux la confternation ?
La Seine , l'Eridan , & le Tibre & le Tage
Font de clameurs au Ciel retentir leur rivage
Les foupirs , les foucis volent de toutes parts;
Mon repos , mon bonheur courent quelques
hazards.
A l'envi· les Echos rempliffent l'air de plaintess
Le François fur fon front fait lire mille crain
tes.
LES MONUMENS DE LA MONAR
CHIE FRANÇOISE , qui comprend l'Hif
toire de France , avec une grande quantité
de Figures de chaque Regne , que l'injure
des temps a épargnées, Par Dom Bernard
de Montfaucon , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Cing volumes infol.
à Paris, chez Julien- Michel Gandouin ,
Quay de Conty & Pierre Fr. Giffard , rue
S. Jacques.
Nous avons publié en fon tems le Pro-
2. Vola
jet
7372- MERCURE DE FRANCE:
jet de cet Ouvrage , il eft de nôtre devoir
d'inftruire le Public qu'on en délivre actuellement
le premier volume . Ces Monumens
comprennent l'Hiftoire de Fran
ce , avec quantité de Figures de chaque
Regne , échapées à l'injure des temps.
Le deffein eft tout nouveau & intereffe
trop la Nation pour ne pas piquer la cu-
Biofité des François Dom Bernard de
Montfaucon le forma il y a feize ou dixhuit
ans , ayant fait depuis ce temps- là ,
pour le remplir, des recherches infinies
qui jointes à l'étude particuliere que ce
Pere a toujours faire de notre Hiſtoire
dans les Auteurs originaux , l'ont mis en
état de donner un Ouvrage dont l'entreprife
étoit fort difficile..
9
Selon le premier plan les Monumens
devoient être feuls , avec leur explication ;
mais pour l'utilité des Lecteurs on y a
joint l'Hiftoire de France , non pas dans:
route fon étendue , mais plus en ddééttaaiill que
dans tous les abrégez . Elle aura cet avan .
rage fur toutes les autres Hiftoires , qu'elle
reprefentera un très - grand nombre de
Figures , tirées des Originaux du temps ,
qui apprendront bien des chofes jufqu'à
prefent inconnues , tant fur l'Hiftoire que
Sur les Habits , les Armes , & une infinité
d'autres fujets.
La principale attention de l'Auteur eft
2.vol.. de:
JUIN. 1729 1373
de rapporter les faits exactement & fim
plement comme ils font dans les Origi
naux mêmes , en y mêlant quelquefois
des Refléxions courtes , & tâchant d'éviter
les deffauts où font tombez quelques
Hiftoriens de ce bas temps , qui ont fouvent
orné leur narration aux dépens de la
verité ; qui par des additions ou fauffes ,
ou de pure invention , par des tranfitions
hazardées , des caracteres & des intrigues,
dont ils n'ont aucun garant , défigurent
tellement l'Hiftoire , que quand on remon
te aux fources , on eft furpris de trouver
tant de difference entre ces Hiftoriens
Modernes , & les Anciens.
Cet Ouvrage contient donc l'Hiftoire
de France avec tous les Monumens qui
regardent les Rois , les Reines , les Princes
du Sang , les Pairs de France , les Ducs
ou Comtes qui avoient des Etats dans le
Royaume , la Maifon du Roy , & les
Grands Officiers de la Couronne.
On y dépeint les marques de Royauté ,
tant les plus anciennes , que celles des bas
temps. On y voit les Portraits des Rois ,
qui nous ont été tranfmis depuis Childeric
I. jufqu'à Louis XV. heureuſement
regnant aujourd'hui ; plufieurs Hiftoires
des Rois que les Monumens ont fourni s
des Sacres , des Couronnemens , des Lits
de Juftice , des Affemblées publiques où
2. vol.
les
$374 MERCURE DE FRANCE .
les Rois le trouvent , des Hommages qui
leur font rendus , des preftations de ferment
de fidelité , des Entrées publiques ,
des entrevues des Rois , & des Princes
Etrangers , des Batailles , où ils commandent
en perfonne , des Parties de chaffe ,
& generalement toutes les actions où les
Rois font repréſentez : de même les Hiftoires
& les Portraits des Reines , des
Princes du Sang , des Pairs de France , des
autres Ducs ou Comtes qui avoient des
Etats dans le Royaume , de la Maiſon du
Roy,des Grands Officiers de la Couronne .
Cette longue fuite de Monumens , qui
finira fous Henry IV. outre l'inftruction
qu'on en tirera pour les faits , aura encore
dequoi plaire , en caracterifant les differents
gouts de tous les ficcles de cette Monar
chic.
En délivrant ce premier volume on a
publié , en faveur des Soufcripteurs , un
petit imprimé que nous nous faifons auff
un devoir d'inferer ici.
AVIS au Public pour les Soufcriptions
à l'Ouvrage qui a pour titre
Monuments , &c .
Ql'affemblage des Monumens qui regardent
Velque intereffant que fût par lui- même
l'Hiftoire de la Monarchie , & qui fe font confervez
jufqu'à nos jours , l'Auteur a jugé à propos
, pour le rendre plus utile & d'un uſage
2. vol.
plus
4)
JUIN. 1729. 1375
plus univerfel , d'y ajoûter l'Hiftoire de chaque
Regne. De- là il arrive qu'au lieu de quatre
Volumes qu'on avoit promis , il y en aura cinq
de bonne groffeur , fans que ce furcroît , tout
confiderable qu'il eft , augmente le prix des
Soufcriptions. Ces cinq Volumes feront dif
tribuez à mesure qu'ils feront imprimez le
premier qui eft achevé , fe délivre actuellement
aux soufcripteurs .
On recevra des Soufcriptions pendant trois
mois pour la France , & pendant quatre mois
pour les Pays Etrangers , à commencer du
premier Juin de cette année 1729.
Les Libraires n'ont point crû devoir accor
der un terme plus long , ne faifant tirer de cet
Ouvrage que cing cent Exemplaires en grand ,
& autant en petit papier.
Le total du prix pour les Soufcrivans eft de
cent vingt livres pour le grand papier , & de
quatre- vingt livres pour le petir.
On donnera le premier Volume fans rien
exiger de ceux qui ont foufcrit entre les mains
de Dom Bernard de Montfaucon , en rappor
tant fa reconnoiffance , en place de laquelle on
Jeur en donnera une autre fignée des Libraires
ci- après nommez .
Ceux qui fouferiront à l'avenir , en prenant
le premier tome , donneront pour l'un & pour
l'autre papier la même fomme de 60. livres
pour le grand, & de 40. livres pour le petit
papier. Au fecond tome tous les Soufcripteurs
payeront 20. livres pour le grand , & douze
pour le petit papier : Au troifiéme , 15 pour
le grand , & douze pour le petit papier : Au
quatrième , pour le grand , & ro pour le
petit papier : Au cinquiéme , to pour le grand,
& 6. pour le petit papier.
Selon le premier Plan imprimé, les Soufcrip-
29 vola
teurs
1376 MERCURE DE FRANCE.
pteurs ne devoient payer la derniere moitié de
la fomme , que quand ils recevroient les quatre
Volumes ; mais comme l'augmentation eft
fi confiderable , qu'au lieu de quatre Volumes
il y en aura cinq , chacun plus gros que n'au
roit été le plus gros des quatre , les Libraires
à raifon des grands frais qu'il faut faire pour
Impreffion , fe Papier & les Planches en taille
douce qui feront gravées très- proprement, ont
crû pouvoir partageri s payeinens comme cideffus
, & d'ailleurs l'interêt eft fi petit, qu'ils
ne penfent pas que perfonne s'y arrête.
Le Public fera content de la diligence qu'on
fera , & l'on efpere de lui fournir les cinq Va-
Jumes avant Pâques de 173 1 .
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
fans aucune diminution 200 liv. pour le grand,
& 140 pour le petit papier..
Les Soufcrivans s'adrefferont , s'il leur plait,
à Don Bernard de Montfaucon , ou aux Li
braires ci - deffous nommez.
Julien- Michel Gandouin , Quai de Conti ,
aux trois Vertus : & Pierre François Giffarty
ruë Saint Jacques , àfainte Therefe
ODES qui ont été prefentées à l'Académie
Royale des Belles - Lettres de-
Marſeille , pour le prix de l'année 1729 .
brochure in- 12 de 32. pages . AMarſeille,
chez J. B. Boy.
Ces Odes font au nombre de quatre ,
& toutes à la louange de M. le Maréchal
de Villars , Gouverneur de Provence &
Protecteur de l'Académie. La premiere
eft de M. Roborel.de Climens , Avocat
2. vol.
: au
JUIN . 1729. 1377
au Parlement de Bordeaux , laquelle a
remporté le Prix . Nous avons inferé la
troifiéme dans notre Journal du mois d'Avril
, avant que le Recueil imprimé à
Marfeille ent été publié .Un Avertiffement.
qui eft à la tête de ce Recueil apprend que
pour éviter les incommoditez de la faifon ,
I'Académie a transferé fa Séance publique,
qui s'étoit ci- devant tenue le premier Mer
credy de Janvier , au premier Mercredy.
d'après la Quasimodo ; & que ce fera pour
l'année 173. qu'elle adjugera le prix à
un Ouvrage de Profe d'une demie heure
de lecture au plus , dont le fujet fera ,Qu'on
ne travaille jamais plus felidement pour
·fon utilité particuliere , qu'en travaillant
pour l'utilité publique. Les Ouvrages ne
feront receus que jufqu'au premier Decembre
1729. inclufivement ; & au lieu
du nom des Auteurs , on mettra au bas
une Sentence tirée des Auteurs Sacrez ou
Profanes. C'est toujours à M. Chalamont
de la Vifclede, Secretaire perpetuel, à qui
il faut les adreffer , en affranchiffant les
Paquets , & marquer une adreffe à laquelle
il enverra fon Recepiflé.
LES TRAGEDIES DE SENEQUE .
avec des Notes entieres de Jean Frederic
Gronovius , les Notes choifies de Lipfe ,
de Delrio , de Gruter , &c . & celles de
2. vol. Jeans
1378 MERCURE DE FRANCE .
Jean Gafpard Schræder , qui a pris foin
de cette Edition . A Delft , chez Adrien
Beman. 1728. in-+" . de 802. pages ,
fans les Prolegomenes , qui en rempliffent
plus de 15 , ni la Table qui en occupe
27. en Latin.
ރ
SINGULARITEZ concernant les Gens
de Lettres , recueillies de divers Ecrits
foit Latins , foit en langue vulgaire , &
rangez fuivant l'ordre alphabetique , par
Antoine Mufa. A Wirtemberg , chez
Chrift. Theoph. Ludwig. 1728. in - 8°.
de 138. pages . en Latin.
BIBLIOTHEQUE ITALIQUE , ou Hiftoire
Litteraire d'Italie , tome 1º . A Genêve
, chez M. Boufquet. 1728. Deuxiéme
Extrait.
HISTOIRE de la Ville & du Royaume
de Naples , dit de Sicile , depuis qu'il
fut fous la domination des Rois . Par D.
FrançoisCapecelatro,Napolitain premiere ,
partie , laquelle contient ce qui y eft arrivé
depuis Roger I. jufqu'à la mort de
l'Imperatrice Conftance derniere. A Naples
, chez Jean André Benvenuto . 1724 .
in- 8 °. 389. pages , fans la Préface &
P'Indice. Seconde partie , qui contient la
vie de l'Empereur Frederic II . 331 pages,
fans l'Indice. Tout l'Ouvrage eft en Ita-
-
lien.
Le
JUIN. 1729. 1379
1
I
Le er tome eft divifé en 4. livres.
L'Auteur fait l'Hiftoire de Roger 1. dans
le 1er livre ; celle de Guillaume , dit le
Mauvais, dans le fecond ; celle de Guillaume
, furnommé le Bon , dans le troifiéme
; & celle de Tancrede & de Conftance
dans le quatriéme. Le fecond tome
contient l'Hiftoire de l'Empereur Frederic
Second , qui eut pendant prefque toute
fa vie des démêlez avec les Papes,
DISCOURS SUR L'HISTOIRE & fur
le génie des meilleurs Poëtes Italiens
prononcé par M. le Marquis Scipion
Maffei , à l'ouverture de la nouvelle Colonie
d'Arcadie de Verone. Traduit de
P'Italien des Rime è Profe del Sig. Marchefe
Scip. Maffei , &c. Venile 1719 .
avec des Notes du Traducteur.
Ce Difcours commence ainfi : >> Une
» noble ardeur vous a fait fouhaiter de ra-
» peller ici les Mufes , vous avez voulu
≫ tenir de l'illuftre Corps des Arcadi de
» Rome l'établiffement d'une Colonic
» dans les Campagnes de Verone, & vous.
» voici heureuſement affemblez
» commencer, fous de favorables aufpices,
» une entreprife fi louable & fi bien con-
» çue. Le but d'un pareil établiffement
» eft , vous le fçavez , Meffieurs , de n'avoir
d'autre foin , que celui de cultiver
› pour
2. vol.
les
1380 MERCURE DE FRANCE :
» les Belles Lettres : Le tems & le lieu ne
» doivent fe regler qu'à notre gré , ou fe-
» lon nos interêts . Nous nous affemble-
» rons , quand & où il nous fera le plus
» agréable tout s'y paffera fans pompe ,
» fans diftinction , fans folemnité . L'éclat ,
» le rang , les fonctions , font un poids
» fous lequel la plupart des Académies fuc-
» combent , & qui ne fait que les détour-
> ner de leur but. Dans tout ce que nous
» prononcerons , fuivant les Loix d'Ar-
» cadie , nous ne ferons point aſtraints à
» traiter certains fujets . Chacun pourra
compoſer felon fon génie , & fuivra uni-
» quement fon goût dans fon choix . Par
» là nous ne nous priverons pas des chefs-
» d'oeuvre de l'efprit , qui naiffent pour
» l'ordinaire du capricè , fur des fujets
» choifis fans contrainte , & parfaite-
❤ment conformes aux talens. Notre principal
but fera de faire regner dans ces
» aimables contrées , ce goût exquis de la
» belle Litterature , qui fe fit dans le fiecle
paffé une fi grande réputation . Dans
» cette veüe , il me femble qu'il ne fera
» pas inutile de joindre aux mcdeles que
» donneront vos Ouvrages , des réfléxions
» fur la Poëfie Italienne , fur fes divers
» caracteres ,& fur fes principales beautez .
>> Pour cette conference que je n'envi-
» fage que comme l'ouverture de nos al-
2.2 . vol. femblées
JUIN. 1729. 1381
»
femblées , j'ay réfolu de réunir ſous vos
yeux ,
les Poëtes
que
l'Arcadie recon-
» noit pour les meilleurs dans notre Langue
; ne me propofant
pas cependant
de
>> faire mention de tous ceux qui ont réuffi:
» leur énumeration
feule vous feroit à
>> charge. Je montrerai
en racourci les
>> differens ftiles que l'Arcadie approuve ;
» & laiffant à des difcours plus éten-
» dus , le foin de faire connoître
les beautés
particulieres
à chacun de ces Poëtes ,
» j'ajouterai
peu à leurs noms . C'eft , fans
» doute , à l'ignorance
où l'on eft fur les
» Ouvrages
de ces grands hommes , qu'il
>> faut attribuer en bonne partie les tene-
» bres épaiffes dans lefquelles tant de gens
» vivent aujourd'huy
.
» Ce fut dans le XIIIe fiecle , (a ) que
( a ) Ce fut en Sicile , que Fleurit Ciullo
d'Alcami , premier Poëte d'Italie , en 1197.
& quelques autres Siciliens qui l'imiterent .
Ce ne fut point des Grecs , mais des Provençaux
, qui étoient alors celebres , qu'ils prirent
l'idée de leur Poëfie : la preuve en eft , que
les Italiens ne commencerent pas à meſurer
leurs vers par pieds , comme les Grecs , mais
par fyllabes , comme les anciens Provençaux.
Selon M. Crefcembeni , la Poëfie Provençale
eut pour origine la Latine , c'est- à - dire , les
Vers Leonins , qu'il ne croit pas avoir été connus
en Italie , avant l'an 1032. dans le temps
que les Normans y fuivirent le Prince de Salerne.
2. vol.
notre F
1382 MERCURE DE FRANCE.
»> notre Poëfie prit naiffance . Elle com
» mença , pour ainfi dire , à bégayer , dès
» que notre Langue eut pris quelque for-
» me , & c.
Nous ne raporterons rien de plus de ce
Difcours , mais nous croyons devoir nous
arrêter à la note fur le Poëte Luigi Alamanni
, qui nous a paru curieufe. Il étoit
né en 1495 , d'une Maifon illuftre de Florence
, de la faction des Palefchi qui tenoit
pour les Medicis , contre les Poppolani
, partifans de la liberté. Alamanni eut
grande part à la faveur de Jules de Medicis
, depuis Pape fous le nom de Clement
VII . Mais une injure prétendue
l'ayant entierement aliené des interêts de
ce Prince , il entra dans une conjuration
contre lui ; elle fur bientôt découverte :
fon frere fut décapité , & c. Il fe retira à
Venife & delà en France. Florence reprit
après le fac de Rome fon ancienne forme
de République qu'elle ne conſerva
qu'autant qu'il falloit pour mieux fentir
Ja perte de fa liberté. Elle fut la victime de
confederation formée à Barcelonne >
entre l'Empereur & le Pape , & de la paix
faite le 5. Aouft 1529. à Cambrai , entre
l'Empereur & François I.
Alamanni , qui brilla dans fes conjoncrures
difficiles , par fon défintereffement
par fa fageffe , facrifia encore près de &
2. vol.
40000
JUIN. 1729. 1383
40000 Ecus , en fecours pour le maintien
de la liberté , mais il fuccomba enfin
avec fa patrie & fut relegué en Provence,
d'où François I. le tira bien- tôt , en faveur
de fon efprit & de fon mérite. Ce
Prince lui donna le Colier de Saint Michel
, avec un Emploi confiderable chez
la Princeffe Catherine de Medicis , qui fut
enfuite Reine de France .
En 1544. il l'envoya en Ambaſſade i
Charles V. Il lui arriva à fon Audience
une avanture très- finguliere . Comme en
haranguant ce Monarque , il eut repeté
plufieurs fois le mot Aquila , par lequel
commençoient tous fes éloges , l'Empereur
l'interrompit , en récitant ces deux
Vers.
Aquila Grifagna ,
Che per più divorar due becchi porta.
Cette Aigle d'humeur carnaciere ,
Ne s'arme de deux becs crochus ,
Que pour dévorer beaucoup plus.
C'étoit la fin d'un Epigramme fanglante
qu'Alamanni avoit faite contre ce Prince,
dans le temps des ravages qu'il faifoit en
Italie Voici quelle fut la réponſe du
Poëte SIRE , puifque ces Vers font
parvenus à V. M. je ne puis difconvenir
de les avoir faits ; mais j'écrivois alors
comme Poëte à qui la fiction étoit permife
2. vol.
Fij
384 MERCURE DE FRANCE:
& je parle aujourd'hui en Ambaſſadeur
à qui il n'est pas permis de s'écarter de la
verité. Je m'échapois dans ce temps là en
jeune hommes à prefent je parle en vieillard:
Je fuivois le defefpoir dont m'animoit
l'état funefte de ma Patrie ; aujour
d'buy je fuis tranquille & dépouillé de
toute paffion.
On peut juger fi une telle réponſe faite
avec toutes les graces & la préfence d'efprit
imaginable , défarma l'Empereur &
charma fa Cour.
François 1. étant mort , Alamanni ſe
retira en Provence , où la Poëfie avoir
déja fait & fit encore fes délices . Il avoit
dédié fes Elegies & fes Eglogues à François
I. & c'eft dans l'Epitre dédicatoire de
cet Ouvrage , intitulé OpereTofcane , qu'il
parle de cette maniere : » On me blâmera
» peut -être d'avoir employé des Vers non
» rimés, contre l'ufage des meilleurs Poëtes
>> en notre Langue ; mais je répondrai
» que dans les fujets qui demandent des
Interlocuteurs , comme l'Eglogue , la
>> rime eſt tout-à-fait à contre - temps ,
puifqu'elle donne au Dialogue une af-
» fectation ridicule ... dans les fujets
plus elevés , la rime qui tient plus de
l'agréable & du tendre que du Majef-
» tueux enleve au Poëme un caractere
» de grandeur qui en devroit être infepa-
>>
33
?
2. vol.
rable
JUI N. 1729 . 1385
rable : .... Elle arrondit périodiquement
» les phraſes , apporte une uniformité
»ennuyeufe , emprifonne , pour ainfi dire,
>> la penfée , & ne laiffe plus de lieu à la
»> nobleffe , à l'étendue & à la varieté .
On peut juger par ce fragment , traduit
avec foin , que l'Alamanni & le Triffing
font en concurrence pour l'invention des
Vers Sciolti ou non rimez dans leur langue
: comme ils étoient contemporains ;
il feroit affez difficile de décider entr'eux
fur le mérite d'une découverte fi confide ,
rable , fi l'on ne fuivoit l'ordre de leurs
Ouvrages . Par là on s'affure que la So
phoniste du Triffine , qui fut dédiée à
Leon X. en 152 0. a été composée avant
la Coltivazione de l'Alamanni , qui ne fit
ce Poëme que dans fa vieilleffe , & avant
celui de Diluvio qui décrit l'inondation
du Tibre arrivée en 1531. Toutes les aufres
Poëfies de l'Alamanni furent compo
fées en France dès 1522. qui fut l'époque
de fon exil . Plufieurs beaux efprits ont
préferé ce Poëme du Diluvio Romano à
la feconde Ode d'Horace.
NOUVELLES LITTERAIRES . OBSERVATION
fur un foetus qui a demeuré
près de 15. ans dans la matrice de ſa mere
vivante , fans fe corrompre ou deffécher ;
mais gras , frais & plein de fuc , comme
2. vol. les
F iij
12386 MERCURE DE FRANCE.
les plus fains dans l'état naturel. de Turin ,
L'Hiftoire de la Maifon de Savoye
en deux vol. in-folio , compofée avec foin
par M Lama , Profeffeur en Eloquence ,
eft entre les mains des Miniftres du Roy
de Sardaigne pour l'examiner .
Albert Turmermanni , Libraire de Veronne
, qui imprime actuellement en 3 .
vol. in fol. tous les Ouvrages du celebre
Cardinal Noris , vient d'imprimer un
nouvel Ouvrage du Sçavant Marquis
SCIPION MAFFEI , intitulé Hiftoria diplomatica,
vol. in- 4 ° 1727. Dans lequel
on fait l'Hiftoire des Diplomes, & on montre
leur premiere origine & leur ufage
chez les Grecs & les Romains , d'où il
paroît que le P. Mabillon & autres Sçavants
, faute d'être remontez à la fource,
n'ont pas penetré dans le fond & dans
le fens de cette Inftitution . On donne enfuite
une Note de tous les manufcrits en
papier d'Egypte , qui ont été confervez ,
& qui n'ont pas encore été publiez ; à l'occafion
des Médailles appellées le Tavole
Eugubine , on fait une Differtation à part
dans laquelle on découvre l'origine des
premiers Italiens , laquelle a excité l'admiration
de tous les Sçavans qui l'ont vûe.
Cet excellent Ouvrage , dont les Auteurs
de la Bibliotheque Italique promettent de
2. vol.
donner
JUIN. 1729: 7387
donner inceffamment l'Extrait , eft , difent-
ils , un amas furprenant de connoif
fances, & d'obfervations toutes nouvelles ,
& qui y font établies avec beaucoup d'évidence
.
Tartini & Frachi ont imprimé à Florence
, deux Comedies champêtres de Michel-
Ange Boneroti le jeune , avec des
notes de M. Antoine Marie Sulvini. La
Fiera & la Tancia , commedia rufticule.
in- folio , 1726.
Ibidem. Un Recueil de Chanfons . Canzoniere
dell' Abbate Antoine Marie Salvini.
in-4 °.
Mr Vogli , Medecin de Bolongne , a
fait imprimer il y a deux ans des Tables
chronologiques des Hommes qui fe font
rendus illuftres par des Emplois Litteraires
dans l'univerfité de Bológue. en Italien.
Nous parlerons des volumes fuivans ,
quand ils nous feront parvenus.
2. vol .
F iiij REPONSE
1388 MERCURE DE FRANCE .
REPONSE aux Reflexions critiques fur
le Livre intitulé , l'Art de connoître
& de parler , avec la maniere d'écrire
des Lettres , qui je vend chez M. Brunei,
en la grande Salle du Palais , au Merçure
Galant : E. Ganeau , F. Jouenne >
& Huart l'aîné , rue S. Jacques ; par
l'Auteur.
Celui faitles parler , les a don-
Elui qui a fait les Refléxions critiques fur
nées avec trop de politeffe , pour qu'on puiffe
les prendre en mauvaiſe part. On lui fçait bon
gré au contraire de ce qu'il a reconnu l'intention
qu'on a euë de rendre plus utile le cours
des Etudes qu'on fait faire à la jeuneffe , &
de ce qu'il a voulu par fes Refléxions avoir
quelque part au fervice qu'on fouhaite rendre
aux jeunes gens . Tels font les reffentimens qu'a
infpirez fa Critique . On rendroit même volontiers
à fes Refléxions une partie des éloges
qu'il fait de l'Ouvrage , & Fon pourroit lui
donner cette marque de reconnoiffance fans fe
faire un tort confiderable à foi- même , puifqu'il
ne prétend point qu'elles foient contre la
bonté de l'Ouvrage , mais qu'elles faffent feulement
connoître qu'on le pouvoit encore porter
à un plus haut point de perfection Il paroît
avoir de l'érudition & quelque connoiffance
des Auteurs ; mais le Lecteur jugera quand il
aura lû cette Réponse , ce que la juftice permet
de dire de fes Refléxions. On n'examinera
que les principales , perfuadé que la plupart
ne peuvent pas faire grand tort à l'Ouvrage ,
& qu'un Lecteur intelligent trouvera dans-
2. vol. Pexpofé
JUIN
. 1729
1389
l'expofé même qu'il en fait la réponse qu'on
pourroit donner.
L'Auteur femble , dit- il , n'avoir pas fait
affez d'attention au gout du fiecle , en prenant
un ftile fimple & fans ornement , pour expofer
fes Préceptes. Je ne fçai fi en répondant à cela
je ne ferai pas accufé de n'avoir pas jugé affez
favorablement de la capacité du Lecteur . Qui
a jamais pensé qu'il fallût un ftile orné pour
expofer des Préceptes ? Le ftile fimple n'eft il
pas confacré à enfeigner par tous les Maîtres
de l'Art ? Mais fans aller chercher des ornemens
étrangers qui auroient écarté l'attention
du Lecteur du point où l'on devoit le conduire
, on a fçû égayer la matiere en expliquant
chaque Précepte par des exemples qui ont
quelque chofe d'éclatant & qui intereffe , &
fur tout par le contrafte qu'on fait des exemples
ornez , avec les exemples fans ornemens.
On conçoit affez qu'un tel contrafte ne sçauroit
être moins agréable qu'utile , & fi cet
Ouvrage peut avoir la fechereffe que femble
vouloir faire entendre le Critique.
La feconde & la troifiéme Refléxion fe
réduifent à dire que cette Méthode donne
trop de Préceptes , & que la multitude de ces
Préceptes y caufe de la confufion . On répond
à ces deux Refléxions fans les féparer.
Premierement , eft il en la difpofition de celui
qui donne des Préceptes , d'en fixer le nombre
à une petite quantité , s'il veut donner les
moyens furs pour acquerir la perfection det
'Art qu'il enfeigne ? N'eft- ce pas la difficulté
de cet Art qui doit les regler là- deffus Ainfi
l'on fapplieroit volontiers le Critique de ne
pas fe plaindre de l'Auteur , fi le nombre des
Préceptes que contient cette Méthode lui fait
peur , mais de s'en prendre à l'éloquence mê
2. vola
-ine
1390 MERCURE DE FRANCE :
me dont la difficulté les demande tous , & avec
lefquels il eft encore bien difficile de devenir
unbon Orateur. Ilferoit affez fingulier qu'un
petit volume in 12. dont la plus grande partie
confifte en exemples , contint un détail trop
grand de Préceptes fur un Art auffi difficile
que la Rhéthorique.
*
Il falloit que le Critique , s'il vouloit qu'on
donnât créance à fa Reflexion , marquât ceux
qu'il y trouvoit inutiles. C'eſt ce qu'il s'eft bien
gardé d'entreprendre ; mais en quoi pourroit
confifter cette quantité exceffive de Préceptes ;
où pourroient fe trouver ces Préceptes inutiles
& cette obfcurité qu'ils caufent ? Cette
Refléxion tombe fur les lieux & fur les Notions.
Or tous les lieux font renfermez dans
la fignification naturelle , reçûë par l'ufage &
bien expliquée par la Méthode de neuftermes
generaux , l'existence , quiddité , cauſe, quantité
, qualitez , durée , &c. & toutes les Notions
fe réduifent à cinq confiderations , ainſi
qu'on le voit à la fin de la 19 page & au commencement
de la 30 de la Méthode , dont on
ne rapporte pas ici les termes , parce qu'ils
fuppofent qu'on a lû ce qui les précede. Il faut
que le Critique ait lû dans un temps de diftraction
cet endroit dont dépend toute l'intelligence
du fiftême de cette Méthode ; s'il y avoit
fait attention , il n'auroit pas trouvé que les
Notions fuffent en trop grand nombre , mais
il auroit reconnu qu'on n'en pouvoit pas moins
donner dans le deffein de l'Ouvrage , & il les
auroit toutes formées dans fon efprit après la
lecture de chaque lieu , avant que de les lire.
Mais on peut détruire encore mieux ces deux
* Les Notions font des efpeces de Sentence's
& de Maximes , tirées des Lieux de Rhétorique,
2. vol.
ReJUIN.
1729. T
1391
Refléxions du Critique par cette courte Ana
lyfe de l'Ouvrage .
Les Préceptes qu'il dit être en trop grand
nombre , font les lieux de Rhétorique & les
Notions que donne cette Méthode. Ces lieux
n'y font qu'au nombre de neuf. Les Notions
ne font que l'application de ces lieux , ainfi
que le nom le dit. Ces Lieux & ces Notions
font expliquez en des exemples fimples d'abord,
& enfuite en des exemples ornez. Le tout eft
rangé dans un ordre auquel perfonne ne s'eft
encore avisé de trouver à redire ; & comme la
pratique eft fi neceffaire en tous les Arts , ou
tre les exemples qu'on donne fur chaque lieu
l'on defcend ,, pour ne laiffer rien à defirer
dans le plus grand détail des cas où l'on peut
avoir à parler , en donnant la maniere d'écrire
& en citant pour modeles de chaque forte dé
Lettre , celle de Ciceron & de Pline , qui peuvent
en fervir.
Voilà le nombre exceffif de Préceptes & toute
la confufion que caufe leur multitude. On ne
fçait donc pas ce que veut dire le Critique ,
quand il prétend que ce livre feroit plus à la
portée des enfans , s'il y avoit moins de Philofophie.
D'ailleurs il n'eft rien qui foit à la
portée des enfans parmi les chofes mêmes les
plus faciles , s'ils n'ont pas un Maître qui les
leur explique , & un Maître les rend capables
de tout . A quel âge n'en voit-on pas briller en
Logique Il faut ajoûter ici , que quoique la
Philofophie donne aux jeunes gens la plupart
des connoiffances qui font en cette Méthode ,
excepté le Traité des Lieux , qu'on ne trouve ,
dit- on , plus le temps de dicter , il ne leur eft
pas facile de les appliquer à l'Eloquence , à
caufe du grand nombre de chicanes qui leur
fait perdre de vue le but de la Philofophie , &
4. vol. F vi
1392 MERCURE DE FRANCE:
3
à caufe de l'ordre different que demande la
Rhethorique ; que les connoiffances de la Phi
lofophie font pourtant d'une neceffité abfoluë
à celui qui veut devenir éloquent , ainfi que le
dit Ciceron en plufieurs endroits ; & que par
confequent cetteMéthodepeut épargner à ceux
qui veulent acquerir cet Art , la peine de fe
faire un fyftême particulier que ceux qui y ont
de l'experience difent tous avoir été bien des
années à fe faire .
Enfin l'on répond aux autres Refléxions ,
1°. qu'on auroit affez des exemples de Lettres
de Voiture & de M. de Fontenelle , s'ils en
avoient eû de la plupart des efpeces dont on
avoit beſoin ; 2 ° . que les Gens de Lettres
trouvent qu'on a bien intitulé cette Méthode ,
qur contient les principales connoiffances de
la Philofophie , en tirant la premiere partie de
fon titre de la définition de la Philofophie
3°. que la 6 & la 9 Refléxions font fondées
fur des fautes d'impreffion ; 4° . qu'on n'a prétendu
donner les lieux des autoritez que dans
l'ordre naturel & non pas dans l'ordre de dignité.
REFLEXIONS du P. de L. M. fur
un Article du Mercure du mois de Mai
dernier.
L
E P. C. dit que j'ai adopté fon Para
doxe ; qu'on life dans les Mémoires.
de Trévoux ma Differtation , on y trouvera
le contraire . J'ai démontré dans ces
Mémoires, 1. que la fomme de la fuite de I.
fractions qui fait la matiere du Paradoxe
2. vol. étoit
JUIN. 1729. 1393
étoit finie , que la difference des parties
n'étoit point infiniment petite .
2. que les démonftrations de M. F. &
du P. C. ne convenoient point à la fuite
des fractions ; mais feulement à la fuite
des dénominateurs ; d'où j'ai conclu qu'ils
n'avoient point donné le dénouement du
Paradoxe qui roule fur la fuite des fractions
& non fur la fuitedes , dénominateurs . Ce
n'eſt pas là, ce me femble, adopter le Paradoxe
; fi le P.C. avoit fait tomber fon Paradoxe
fur la fuite des dénominateurs , je ne
le défaprouverois point ; mais l'aïant fait
tomber fur la fuite des fractions , je ne
puis l'approuver , ni l'adopter.
2
2
Le P. C. ajoute que l'incidente fur les
feries 1. 1. 1. & , 3,4 , & c. J'ai dit fimplement
que ces feries n'avoient point de
rapport au Paradoxe qui rouloit fur une
ferie qui étoit la difference de ces deux - là
à une unité près qui fe trouve au commencement.
J'aurois pû raifonner de la
maniere fuivante . Selon le P. C. ces deux
feries font égales , ou ne different que
d'une difference infiniment petite : or la
difference de ces feries , c'eft la fuite des
fractions qui fait la matiere du Paradoxe,
à une unité près ; donc la fomme de cette
fuite eft infiniment petite par rapport à
ces deux feries ; donc elle eft finie , puifqu'une
fomme infinie ne peut pas être une
2. vol.
difcrence
1394 MERCURE DE FRANCE.
difference infiniment petite de deux infi
nis fimples.
Pour ce qui eft de l'hiperbole , je n'ai
rien dit que je ne puiffe démontrer aifément
, & fans examiner fi les eſpaces
étoient finis ou infinis , j'ai démontré
qu'il ne pouvoit s'y trouver d'infinis de
differente efpece , comme il fembloit
qu'on vouloit le faire entendre.
A l'égard de l'autorité , il femble qu'on
ne doit pas l'oppoſer à une démonſtration .
C'est un foible moïen pour faire changer
un Géomettre de fentiment. Pour m'obliger
à changer de fentiment , il faudroit
deux chofes la premiere , montrer que
ma démonſtration ne vaut rien ; la feconde
, en apporter une bonne qui montrât
que la fuite en queftion donne une fomme
infinie.
On apprend de Londres que le nouveau
Sisteme de M. Nicolas Robinffon fur la
Raie , les vapeurs & la Mélancolie bypo
condriaque paroît in - 8 ° . chez W. Innys
& c .
L'Auteur explique dans cet Ouvrage
par les regles de la Mécanique la foibleffe
des nerfs & l'inaction des efprits. Il y a
joint un Traité fur la nature , les canfes
& la cure de la Mélancolie , de la folie &
de la frenefie ; avec une Differtation par
2. vol .
ticuliere
JUIN. 1729 1395
ticuliere touchant l'origine des Paffions ,
la Structure , le Mécanifme & le jeu des
Nerfs , neceffaires pour produire la fenfation
dans le corps des Animaux . Le tout
eft précedé d'un Effai Philofophique
concernant les principes du toucher , de la
fenfation & de la refléxion . On y fait voir
de quelle maniere toutes ces fonctions
font dérangées dans les maladies ci - deſſus.
On apprend auffi de Londres , qu'on y
a fait vers la fin du mois dernier l'inoculation
pour la petite Verole à plufieurs
jeunes perfonnes de diftinction ; entr'au
tres à deux fils & une fille du Comte Galloway,
& aux quatre filles du Lord Carteret.
Au commencement de ce mois , M.
Cererbi prefenta à la Reine à Kinfington ,
le premier Volume de l'Hiftoire Naturelle
de la Floride , de la Caroline & de l'lfle
de Bobema , contenant une Defcription
des Plantes , Animaux , Oiſeaux , Poiffons
& Infectes du Pais , avec des Eftampes
enluminées , & dont les deffeins ont
été faits d'après nature . On affure que ce
Livre eft un des plus beaux de tous ceux
qui ont paru jufqu'à prefent en ce genre.
Le 17. Juin , M. Wattey prefenta au
2. vol. Prince
1396 MERCURE DE FRANCE .
Prince de Galles & au Duc de Cumberland
, à Londres , l'Hiftoire de l'Ordre des
Chevaliers du Bain , qui a été écrite par
M. Dithmar , Profeffeur de l'Académie
de Francfort fur l'Oder.
L'Hiftoire facrée de la Providence &
de la conduite de Dieu fur les hommes
depuis le commencement du Monde , juf
qu'aux tems prédits dans l'Apocalipfe ,tirée
de l'Ancien & du Nouveau Teftament
repreſentée en cinq cents Tableaux , gravée
d'après Raphaël & autres grands Maîtres
, & expliquée par les paroles mêmes
de l'Ecriture , en Latin & en François ;
corrigée , & augmentée de Vignettes , &
de Sommaires hiftoriques pour l'intelligence
de chaque Livre de l'Ancien & du
Nouveau Teftament. 3. vol . petit in folio.
Dediée à la Reine par
Demarne
, Gra
veur ordinaire de la Majefté. A Paris ;
chez l'Auteur , ruë du Foin , entrant par
la ruë de la Harpe,au Heaume, quartier de
Sorbonne.
Il paroit un fort beau Portrait en Pied
du Roi Stanislas d'après le Tableau de
M. Venloo , Peintre de l'Académie Roïa
le . Il fe vend chez N. Larmeffin , Graveur
du Roi , rue des Noïers.
2. vol.
Les
JUIN. 17292 1397
T
Les fept Sacremens , petites Estampes
en large , paroiffent chez Crepy le fils ,
rue S. Jacques. Les Sujets en font traités
bien differemment de ceux du Pouffin.
Le même Graveur travaille à une fuite
de 26. Planches , plus grandes que celles
dont on vient de parler , dont dix font
déja en vente . Les Sujets reprefentent diverfes
folemnités & cerémonies de l'Eglife ;
comme la Proceffion de la Fête - Dieu
l'adminiſtration du Viatique , la Proceffion
des Palmes , un Enfant nouveau né ,
ondoïé , la Benediction du Lit nuptial
Meffe Solemnelle celébrée à N. D. par
l'Archevêque de Paris , la Cerémonie du
Pain - Beni que l'on rend , la Cerémonie
des Cendres , le 1. jour de Carême‚la -
doration de la Croix le Vendredi Saint, &
le Lavement des Pieds.
On nous prie d'avertir que le Mardi 26.
Juillet prochain , à deux heures aprèsmidi
& jours fuivans , il fera procedé en
cette Ville , à l'Hôtel de Cruffol , ruë S.
Nicaife , à la Vente , au plus offrant &
dernier Encheriffeur , du Cabinet d'Eftampes
du feu Marquis de Beringhen , Chevalier
des Ordres , & Premier Ecuïer du
Roi. On fçait que ces Eftampes font des
meilleurs & des plus anciens Maîtres de
l'Europe , très bien confervées , & de
"
2. vol.
belles
1398 MERCURE DE FRANCE.
belles épreuves . On fera voir le matin
dans le même Hôtel de Cruffol , depuis 9 .
heures jufqu'à midi , les Eftampes qui feront
venduës le même jour l'après- midi , &
on communiquera le Catalogue imprimé
de ce Cabinet d'Eftampes aux Curieux qui
fouhaiteront le voir.
Le,9 . Mai , l'Académie Françoife élut
M.l'Abbé Sallier,l'un des Gardes de la Bibliotheque
du Roi , pour remplir la place
vacante dans cette Académie par la mort
de M. de la Loubere . Il y prit feance le 30.
Juin , & fit un Difcours de remerciement ,
auquel M. Mirabeau , Chancelier , répondit
au nom de l'Académie . Ils parlerent
tous deux avec beaucoup d'éloquence , &
furent extrêmement applaudis . M. de la
Motte recita enfuite le Difcours Préliminaire
de fes Reflexions fur la Tragedie ,
ouvrage qu'on imprime actuellement, avec
fes Pièces, en 2.Volumes , dont le 1. contiendra
les Reflexions & le 2e les Tragé
dies.
Le fieur Baradelle , Ingénieur du Roi
pour les inftrumens de Mathématique ,
continuë de diftribuer au Public des Ancriers
dont la proprieté eft de conferver
l'ancre pendant plufieurs années fans
qu'elle puiffe fe fecher ni s'épaifir , &
• peut
JUIN. 1729.
139HÈQUE
DELA
·
peut fe mettre dans une malle patiYON
des hardes & des papiers , fans danger
qu'il en puiffe jamais fortir une goutte goune13
d'ancre , par le moïen d'une Soupape qui
empêche même l'air d'y entrer . C'eſt le
fieur Baradelle qui les a réformés , dit - il ,
& perfectionnés d'après le Pere Sebaſtien
qui en étoit l'Inventeur. Il en fait un d'une
figure irreguliere & convenable, dont plufieurs
perfonnes connoiffent l'utilité . C'eft
lui qui trace les Meridiens pour le vrai
midi , qui eft l'heure la plus jufte du jour.
Ilfe fert des principes que M M. de l'Ob.
fervatoire lui ont enfeigné , & les va tracer
dans toutes les grandes Maifons de
Paris & aux environs . Sa demeure eſt toujours
Quay de l'Horloge du Palais , à l'enfeigne
de l'Obfervatoire .
On nous prie de faire obferver que dans
le Mercure du mois de Mai dernier , à la
page 97 1. il y a deux livres annoncés qui
fe vendent chez Jean Villette fils , Libraire
rue S. Jacques à S. Bernard , & chez
François Chereau , Graveur , ruë S. Jacques
, aux deux pilliers d'or ; l'un eft la
Paffion de N.S.J.C. & l'autre les actions
du Prêtre à la fainte Meffe ; il n'y a que
dans celui qui eft intitulé les Actions du Prêtre
à la fainte Meffe , où les Eftampes foient
gravées par Sebaftien le Clerc , les Eftam-
2. vol.
pes
1400 MERCURE DE FRANCE .
pes de l'autre livre font des copies . Les
Originaux fe vendent chez Jeaurat , Graveur
, au bas de la rue des foffez faint
Victor.
Nous remercions M. A. Q. Curé d'E ***
de fes Obfervations & de fes bonnes intentions
pour la fatisfaction des Lecteurs & la
perfection du Mercure , que nous n'avons rien
tant à coeur que de rendre utile , amuſant &
d'un vrai fecours pour l'exactitude des faits
Hiftoriques qu'on y rapporte , pour les dattes,
pour les noms propres , & c. Mais comme on
trouve des faits douteux & des dates fauffes dans
les Ouvrages les plus importans & faits à loifir,
ainfi que M.A.Q. le reconnoît , comment ne fe
trouveroit-il pas quelques fautes dans ce Jour
nal qui eft toûjours fait avec précipitation !Nous
redoublerons cependant notre attention , &
nous prions très inftamment les perfonnes intereffées
aux évenemens prefens , d'envoyer
elles mêmes des Mémoires juftes , foit pour
compofer , foit pour rectifier les articles que
des perfonnes mal inftruites & fouvent peu
capables , nous envoyent .
XXXXXXXXXXX
CHANSON.
Oux meflagers du jour , qui chantez dans
ces bois ,
Triomphez vous de ma défaite ?
Je n'ay pu réfifter aux charmes de Nannette :
Mon coeur fe foumet à ſes loix :
2. vol.
Si
JUIN. 1729. 1401
Si vos chants redoublez murmurent de la peine
Que m'annonce fa cruauté ,
Chantez , petits oifeaux , j'en fuis trop enchanté
Pour renoncer à l'inhumaine ,
Et j'aime mieux encor tout le poids de ma
chaine ,
Que la plus douce liberté.
Lombard.
********
SPECTACLES.
E 14. & le 17. Juin , la Signora
Rola Ungarelli & le Signor Antonio
Maria Riftorini, dont il a été parlé dans le
premier Volume de ce mois , reprefenterent
fur le Théatre de l'Académie Roïale de
Mufique une feconde Piéce qui avoit pour
titre , Dom Micco & Lefbine , dont voici
le fujet en peu
de mots.
Au premier Acte , Lefbine veut fe jouër
de Dom Micco fon Amant . Ce dernier eft
une espece de Capitan qui fe vante d'être
un foudre de guerre. Lefbine lui proteſte
qu'elle ne confentira à l'époufer qu'après
qu'il aura vaincu fon Frere qu'elle croit
plus vaillant que lui. Dom Micco lui
met de triompher de lui . Lefbine va le
pro-
3. vol.
défier
1402 MERCURE DE FRANCE.
défier de fa part , & lui dit de s'armer de
pied en cap contre un Ennemi auffi redoutable
.
Dom Micco armé de toutes pieces commence
le fecond Acte ; il s'excite au com
bat par des chants qui expriment parfaitement
le bruit du tambour & le fon de la
trompette;mais la fraïeur le faifit à l'apptoche
de fon adverfaire . C'eft Lefbine ellemême
travestie en Soldat ; au premier
coup qu'elle paroît porter , quoique de
loin , à fon Ennemi , il tombe par terre ,
& dit qu'il eft mort . Lefbine continuant
fon jeu , feint de le croire mort , & fe
faifant connoître pour ce qu'elle eft , témoigne
le regret qu'elle a d'avoir ôté la
vie à un ficher Amant. Dom Micco a beau
lui dire qu'il n'eft pas mort , elle s'obſtine
à croire qu'il l'eft veritablement , &
lui dit que ce n'eft que l'ombre de fon
cher Micco qui lui parle. Lefbine feint
de vouloir fe tuer ; Dom Micco la fuit pour
l'en empêcher.
Dans le troifiéme Acte , Lefbine plus
perfuadée de l'amour que de la valeur de
Dom Micco , fe détermine à l'épouſer ;
mais elle veut encore fe donner la Comédie
à fes dépens . Dom Micco vient ; Lefbine
continue à le prendre pour une Ombre
qui vient lui reprocher fa mort . Elle
fe laiffe enfin perfuader que c'eft ſon
2. vol.
Amant
JUIN
. 1729.
1403
Amant même qui lui parle ; mais elle lui
dit qu'elle ne fçauroit le réfoudre au mariage
à caufe des inconvenients qu'elle y
trouve. Dom Micco à beau lui en peindre
tous les avantages , elle perfifte dans
fon deffein . Il veut fe tuer pour l'atten
drir ; elle l'invite à fuivre un fi genereux
deffein qui le rendra encore plus aimable
à fes yeux. Il n'a garde de lui donner cette
nouvelle preuve d'amour , & fé contente
d'en faire le femblant . Ce jeu aïant longtems
duré , Leſbine touchée de fa perieverance
, confent à le rendre heureux , &
c'est par là que la Piéce finit .
Les Repreſentations de cette feconde
Comédie , que les Italiens appellent du
nom d'Intermede ont été interrompuës par
les grandes chaleurs. En attendant , on joue
P'Opera de Roland depuis le Jeudi 23 .
Juin.
Le 18. Juin les Comediens Italiens -
donnerent la premiere repréſentation d'une
Comédie intitulée la Nouvelle Colonie
ou la Ligue des Femmes , dont M. de Marivaux
eft Autheur. Cette Piece n'a pas été
auffi heureufe que la plupart de celles qui
font forties de fa plume . Il l'a retirée des
la premiere Repreſentation , & nous a réduits
par là à n'en pouvoir donner qu'une
idée confufe, Voici à peu -près dequoi il
s'agit
Des
404 MERCURE DE FRANCE .
Des Femmes qui habitent une Ifle ont
affez d'ambition pour ne vouloir plus vivre
dans la dépendance des hommes , elles
trouvent fort mauvais que ces derniers ne
les admettent pas au Gouvernement.
L'action Théatrale commence précifement
dans le même jour qu'on fait l'élection
de deux nouveaux Gouverneurs
dont l'un reprefente la Nobleffe , & l'autre
le Tiers- Etat . Sylvia , la premiere &
la plus hardie des femmes qui veulent ſecouer
le joug que les hommes leur ont impofé
, aïant appris que Timagene vient
d'être élu Chef de la Nobleffe , fe flatte
d'obtenir de lui ( en faveur de l'amour
qu'il a pour elle ) qu'il faffe rendre juſtice
à fon fexe ; elle lui protefte qu'il doit renoncer
à fon amour , s'il ne la tire de l'efclavage
où l'injuftice des hommes a réduit
les femmes jufqu'à ce jour ; elle le
charge d'en faire la propofition au Confeil
. Timagene n'oublie rien pour lui faire
concevoir l'abfurdité de fes prétentions ;
elle n'en veut point démordre , & le quitte.
Timagene ne pouvant vivre fans l'objet
de fon amour , eft tout prêt à renoncer à
fa nouvelle dignité ; mais Sorbin qui
vient d'être aflocié au Gouvernement
avec lui s'oppoſe à ſon deffein , quoique
Madame Sorbin fa femme prétende la.
même chofe que Silvia , & foit prête à
>
2. vol. faire
JUIN. 1729. 1405
·
faire divorce , s'il lui refufe ce qu'elle exige
de lui. Sorbin après quelques momens
de fermeté , le réfout à abdiquer comme
Timagene ; mais craignant qu'on ne faffe
violence à Silvia & à Mad. Sorbin fous un
autre Gouvernement , ils prennent le parti
avant que d'abdiquer de faire une nouvelle
loi qui ordonne qu'on ne pourra
proceder contre les femmes que par la
voïe des prieres & des remontrances. Un
Philofophe eft affocié aux deux Gouverneurs
pour leur fervir de Confeil . Ce Philofophe
qui s'appelle Hermocrate leur reproche
la foibleffe qu'ils ont pour un fexe
dont ils doivent être les Maîtres. Dans
le nouveau Confeil qui s'affemble pour
recevoir l'abdication de Timagene & de
Sorbin , Hermocrate eft élu pour gouverner
feul ; il fignale fon avenement à
l'Empire par l'exil du Pere & de l'Amant
de Sylvia , & par celui de Sorbin & de fa
femme. Arlequin , Gendre prétendu de
M. Sorbin fe trouve envelopé dans la mê
me punition . Cette féverité d'Hermocrate
fait rentrer les femmes dans leur devoir ,
& les oblige à renoncer à leurs prétentions.
La Piéce eft fuivie d'un Divertiffement
où l'on chante l'avantage que l'Amour
donne aux femmes fur les hommes ,
pour les dédommager de la part que ces
derniers leur refufent dans le Gouverne-
2. vol.
G ment.
1406 MERCURE DE FRANCE .
ment. La Fiéce eft en Proſe & en trois
Actes , le Divertiffement a été fort applaudi
, il a été mis en Mufique par M.
Mouret.
Le lundi 20. Juin , le fieur Bagniere ,
nouvel Acteur Toulouzain , dont nous
avons parlé dans le 1. Volume de ce mois ,
joua au Théatre François le Rôle du Gaſcon
, dans la Comédie des Menechmes
d'une maniere très originale , & il y fut.
beaucoup applaudi.
Il a joué depuis le Rôle de Fyrrhus dans
la Tragédie d'Andromaque ; il avoit joué
ce Rôle ; mais il n'avoit jamais joüé ceux
de Mithridate ni d'Agamennon. Le Sr.
Sarrazin a joué pour la premiere fois dans
la même Piéce le Rôle d'Orefte , & il y a
été fort applaudi. Il fuffit de dire que la
Dlle. Le Couvreur a joué le Rôle d'Hermione
, pour faire juger du plaifir qu'elle a
fait . La Dlle de Cleves a auffi joué pour la
premiere fois le Rôle d'Andromaque.
Le même Acteur Toulouzain a joué
depuis le Rôle du Grand - Prêtre dans la
Tragédie d'Attalie , & y a foutenu l'opinion
où l'on eft des talens qu'on lui
trouve.
On donnera au commencement de Juillet
la nouvelle Piéce intitulée les spectales,
qu'on répete & dont on dit beaucoup
2. vol.
de
JUIN. 1729. 1407
de bien. Cet Ouvrage eft compofé d'un
Prologue en Profe , d'une Tragédie en un
Acte intitulée Polixene , d'une Comédie
auffi en un Acte fous le titre de l'Avare
amoureux , en Profe , & d'une Paftorale
ou petit Opera intitulé Pan & Doris
avec un Balet , des Choeurs & c.
Les mêmes Comédiens remirent au
Théatre le 24. de ce mois La Femme
Juge & Partie , Comédie de Montfleury
qui fait grand plaifir au Public . La Dia
Quinaut & le S Poiffon y joüent les principaux
Rôles.
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure.
M
Lle Quinault joua hier la Femme
Juge & Partie , dans une fi grande
perfection , Monfieur , que je ne pûs
m'empêcher de faire pour elle , le Madrigal
que je vous envoye : Comme je ne
fuis pas à portée par moi - même de lui
rendre mon hommage particulier , & que
je veux lui en rendre un public , tel qu'il
lui convient , j'ai crû que vous en étiez le
confident le plus naturel : d'ailleurs ello
ne fçauroit qu'y gagner , auffi bien que
mes Vers ; ne differez donc pas , Monfieur
, de reveler mon fecret , & laiffezmoi
vous en faire un de mon nom . Je
fuis , Monfieur , &c.
2. vol.
MADRIGAL
.
Gij
1408 MERCURE DE FRANCE
MADRI GA L.
Que d'efprit , & que d'élegance ,
Quinault , tu mets dans ton jeu !
Et qu'au brillant d'un fi beau feu
Tu fçais mêler de bienfceance !
Par toy , l'Auteur peu châtié ,
Retrouve de la modeſtie ,
Et la Femme Juge & Partie ,
En eft plus belle de moitié.
xe-
LA PRINCESSE DE LA Chine ?
Opera - Comique , en trois Actes
prefenté pour la premiere fois à la Foire
S. Laurent , le Samedi 2 5 Juin. Extrait .
ACTE I.
Novoiddie Répofuillé
·
Oureddin, Prince de Vilapour , après
avoir été dépouillé de fes Etats par
le Mogol , & avoir perdu fon Pere dans
une bataille , vient à la Chine , accompagné
de Pierrot , fon Confident , dans
le deffein de demander une retraite au Roi
Altoun Can. Le Prince , en arrivant à
Péquin , rencontre Repfima , veuve d'un
de fes Ecuyers , avec la Fille Elmazie. Elles
lui apprennent de quelle façon elles font
venues s'établir à la Chine pendant les
guerres de Vilapour , & comment Elmazie
eft devenue Favorite de la Princeffe de la
2. τοί,
Chine.
JUIN . 1729. 1409
>
Chine. Pendant qu'ils s'entretiennent , il
paffe un Prince que l'on conduit à la mort
en grande cérémonie . Noureddin en demande
le fujets Elmazie prend la parole
& dit : Que la Princeffe de la Chine
furnommée Diamantine eft doüée
d'une beauté parfaite , & d'un efprit incomparable
; mais qu'elle a une haine.
invincible pour les hommes : Qu'il y a
deux ans que le Roi du Thébet l'envoya
demander en mariage pour le Prince fon
Fils , qui en étoit devenu amoureux fur
un portrait qu'il avoit vû d'elle : Que la
Princeffe voyant Altoun - Can difpofé à
l'accorder , en étoit tombée malade de
chagrin , & avoit déclaré à l'extrémité
qu'elle fe laifferoit mourir , fi fon Pere ne
s'engageoit , par un ferment inviolable ,
à foufcrire aveuglément à ce qu'elle vouloit
exiger de lui : Que le Roi qui aime
paffionnément fa Fille , craignant de la
perdre , avoit juré par l'ame du Prophete
Jochmouny , qu'il lui accorderoit tout ce
qu'elle voudroit lui demander : Qu'alors
la Princeffe avoit dit à fon Pere : Seigneur,
je demande que vous faffiez publier un
Edit , par lequel vous ferez fçavoir qu'-
aucun Prince ne pourra m'obtenir , qu'il
n'ait auparavant deviné trois Enigmes que
je lui propoferai ; & que , s'il ne les devine
pas , il aura la tête coupée fur un
2. vol.
Giij
échaffaut
:
1410 MERCURE DE FRANCE .
échaffut. Que le Roi s'étoit d'abord re
volté contre la Fille ; mais qu'elle lui avoit
reprefenté qu'il ne pouvoit plus fe dédire
, qu'il étoit lié par fon ferment ; que
d'ailleurs il n'y avoit rien à craindre , qu'
aucun Prince ne feroit jamais affez téméraire
pour ofer la demander à ce prix :
Qu'enfin le Roi , perfuadé qu'effectivement
il ne rifquoit rien à contenter fa
Fille , avoit rendu l'Edit qu'elle lui demandoit
Que cependant il s'étoit préfenté
plufieurs Princes , qui avoient eu la
témérité d'entreprendre de répondre aux
Enigmes de la Princeffe , & qu'ils avoient
tous péri: Que celui qu'il venoit de voir
paffer , étoit le malheureux Prince de
Bafra. Elmazie prend congé de Noureddin
, après lui avoir promis d'engager la
Princeffe à parler pour lui au Roi . Nou
reddin & Pierrot , s'entretiennent de ces
Amans audacieux , qu'ils traitent de foux.
Il arrive fur la Scene un Vieillard vivement
affligé , qui déplore le ført du Prince
de Bafra , dont il fe dit Gouverneur . Il
tient à la main le portrait de la Princeffe
de la Chine , fur lequel fon Maître étoit
devenu amoureux . Il infulte à cette peinture
la foule aux pieds , & s'en va.
Pierrot ramaffe le portrait ; le Prince de
Vilapour le lui arrache , & le met dans fa
poche , en fe moquant des effets qu'il a
?
!
2. vol.
produits.
JUIN
1729. 1411
*
produits . Auffi -tôt paroiffent des Bonzes ,
qui viennent , par ordre du Roi , faire un'
facrifice à Jachmouny , pour prier ce Prophete
d'empêcher , par la puiffance , qu'il
ne vienne de nouveaux Princes chercher
la mort ; ou que s'il s'en préfente encore
quelqu'un , fa témérité foit heureufe.
ACTE II.
Le Prince Noureddin
> après
avoir
confideré
par curiofité
le portrait
, a le
malheur
de s'en laiffer
charmer
. Au lieu d'aller
offrir
fes fervices
au Roi de la Chine
, il va lui demander
la permiffion de répondre
aux Enigmes
de la Princeffe
. Le Roi , épouvanté
du deffein
du Prince
,
pour qui d'abord
il conçoit
beaucoup
d'a- mitié , lui reprefente
la rigueur
de l'Edit,
& fait tous les efforts
pour le détourner de la réfolution
. Voyant
que Noureddin y perfifte
, il lui donne
quelques
heures pour
faire fes dernieres
réfléxions
. Ce
Monarque
fe retire fort touché
de l'obftination
de Noureddin
, qui demeure
à contempler
le beau portrait
de la Princeffe
. Pierrot
arrive . Le Prince
lui déclare
fon deffein
, le Confident
en eft effrayé
. Elmazie
, qui vient
d'apprendre
du Roi même
l'intention
du Prince
de Vilapour
fe joint à Pierrot
; & ils n'épargnent
rien tous deux pour l'ébranler
. Tandis
que
2. υοί .
Giiij pour
1412 MERCURE DE FRANCE:
pour cela ils font des efforts inutiles , le
Grand Colao , vient dire à Noureddin ,
qu'Altoun - Can , voulant tout mettre en
afage pour conferver un jeune Prince
pour qui il fe fent plus d'inclination qu'il
n'en a jamais fenti pour tous ceux qui font
venus demander fa Fille , va lui envoyer
plufieurs Princeffes Efclaves qu'il a dans
fon Palais : Qu'il efpere que parimi elles
il s'en trouvera quelqu'une qui aura le
pouvoir de le détacher de fa Fille . Noureddin
, par complaifance pour le Roi ,
confent de voir fes Princeffes . Il en vient
deux fort aimables , qui l'agacent , & qui ,
par des difcours Aateurs , s'efforcent de
faire quelque tendre impreffion fur lui.
Pierrot favorife leur intention , en excitant
fon Maître à fe déclarer pour l'uned'elles
. Le Prince répond poliment ; mais
ces belles Efclaves , ne pouvant le gagner
par
leurs douceurs , ont recours aux charmes
de la danfe pour l'engager. Leurs pas
ne font pas plus d'effet fur Noureddin que
leurs egards.
ACTE III.
Le Roi Altoun - Can vient retrouver le
Prince de Vifapour. Et après avoir fait
envain de nouveaux efforts pour le faire
renoncer à fon entreprife , il le quitte en
colere , en lui difant qu'on va le venir
2. vol. prendre
JUIN. 1729. 1413
prendre pour le conduire au Divan.
Pierrot vient encourager fon Maître , en
lui difant qu'il veut l'accompagner au Divan
, & l'aider à deviner les Enigmes . Le
Gr. Colao arrive , & annonce au Prince
qu'on l'attend . Noureddin & Pierrot le
fuivent. Le Théatre change , & repréfente
la Salle du Divan. On y voit Altoun-
Can fur un Trône d'or , & la Princeffe
fur un Trône d'Argent. Plufieurs
Mandarins de la Science , qui doivent
être les Juges , font rangés des deux côtés
de la Salle . Le Roi reproche à fa Fille les
évenemens tragiques que caule fa cruauté.
La Princeffe lui répond, qu'il ne doit point
lui faire un crime du fort de fes Amans ;
qu'ils font injuftes de venir attenter à fa
liberté & troubler le repos de fa vie. Le
Gr. Colao améne Noureddin , un Mandarin
lui demande s'il a connoiffance de l'Edit ,
le Prince dit qu'oüi. Le Mandarin lui répond
, qu'il ne doit donc s'en prendre
qu'à lui- même s'il perd la vie . La Princeffe
adreffe alors la parole au Prince
par ce Couplet .
Air : Le Seigneur Turc a raison.
O vous , malheureux Amant ,.
Qu'à regret j'attire !
Peut- être qu'en ce moment
9
2. voli
Votre Gv
1414 MERCURE DE FRANCE;
Votre confiance expire.
Si du péril vous avez
Quelque frayeur , vous pourez
Encor vous en dédire .
Le Prince. Air: Quand le péril , &c.
Quand le péril eſt agréable ,
Le moyen de s'en allarmer !
Le puiffant Dieu qui fait aimer
Me rend inébranlable .
Le Roi dit à fa Fille de propofer fes
Enigmes au téméraire , puifqu'il veut abfolument
périr.La Princeffe auffi-tôt chante
ce Couplet qui contient fa premiere
Enigme. Air de Joconde.
Quelle Fille tuë , en naiffant ,
Celle qui la fit naître ;
Et qui bientôt en périffant ,
Lui rend fon premier être ?
Cette Fille a fçû dans mon coeur.
Obtenir une place.
Le Prince.
Belle Princeffe , mon ardeur
Veut fondre cette Glace..
Le Choeur des Mandarins applaudit à
la réponse du Prince. Après quoi la Princeffe
propoſe fa 2º Enigme par ce couplet
, fur l'Air On n'aime point dans
nas Forêt.
Quels
JUIN
. 1729.
•
1415
Quels font deux Freres , qui , fans voix ,
Sçavent bien former, un langage ?
Bleffer impunément les Rois ?
Qui , fans bruit font un grand ravage
Es fans fortir , vont en tous lieux ?
Le Prince.
Ce font , Princeffe , vos beaux yeux.
Après que les Mandarins ont encore
approuvé cette réponſe , la Princeffe vient
à fa 3º Enigme , & chante fur l'Air : Quand
on a prononcé ce malheureux oui .
Pour la troifiéme fois , dites-moi , je vous prie,
Ce que vous n'avez pas , & que de votre vie
Vous n'eûtes, que jamais vous ne pouvez avoir ,
Et que pourtant de vous je pourrois recevoir
Le Prince. Air : Sur les Terreaux-
C'eft un Epoux.
Que n'eûs , & n'aurai de ma vie ;
C'eft un Epoux.
Je puis vous le donner , à vous.
Pierrot.
Au nid il a trouvé la pie !
Hé bien , qu'en dit la Compagnie
Le Colao.
C'est un Epoux.
2. vol.
Chaur G vj
1416 MERCURE DE FRANCE
Choeur de Mandarin.
C'eft un Epoux.
Le Roi. Air : J'étois ... j'étois perdue.
Le Ciel a comblé mes fouhaits ,
Il me donne un Gendre !
Et nous n'aurons plus déſormais
De fang à répandre.
La Princeffe au Roi.
Enfin le calme eft rendu
A votre ame éperduë :
Le Prince a bien répondu ;
Je fuis , ..je fuis vaincuë .
Le Prince à la Princeffe. Air : Un
Berger dans un, coin , du matin.
Achevez le bonheur
Du Vainqueur !
Acheyez fon bonheur !:
Pour augmenter ma gloire
Pour prix de mon ardeur ,
Joignez à ma victoire
Le don de votre coeur.
La Princeffe au Prince : Air : Quand
le péril.
Ah ! fi ce don étoit à faire ,
Je ne fçais , Seigneur , fi ma main
2. veh
Jamais
JUIN
.
141
1729
Jamais du Prince Noureddin
Eût été le falaire.
Air : L'autre nuit j'aperçûs en fonge.
A mes Enigmes fi faciles
Les Mandarins ont dû penfer ,
Que je craignois d'embaraffer ,
Par des demandes trop fubtiles .
Mon efprit n'en eft point l'auteur ,
C'est un ouvrage de mon coeur.
Le Prince baife la main de la Princeffe .
Et la Piéce finit par un Balet de l'Hymen
& de l'Amour , qui viennent avec tous
leurs fuivans ( qui font les Nations des
quatre Parties du monde ) s'applaudir de
la victoire qu'ils ont remportée fur une
Princeffe fi rébelle à leurs loix. Après la
danfe on chante le Vaudeville , dont l'air
eft de Mr Gillier.
Premier Couplet.
MA foi , fi
Diamantine
Eut mis toute fa doctrine ,
Le Prince ne tenoit rien ;
Mais le Grand Dieu de Cythére
S'eft mêlé de cette affaire .
Un peu d'aide fait grand bien .
bist
Lorfqu'à trop neuve jeuneſſe
2. vol.
Vous
1418 MERCURE DE FRANCE.
Vous allez parler tendreffe ,
Souvent vous ne tenez rien ;
Mais une adroite Suivante
Sçait dégourdir l'Innocente :
Un peu d'aide fait grand bien.
De fon fond un plat Génie
Veut faire une Comédie ,
Il fe tue & ne fait rien ;
Mais il pille , & fait fans peine
Des Pièces à la douzaine :
Un peu d'aide fait grand bien.
M
Un Plaideur dans l'indigence
Sollicite une audience ,
Le pauvre homme ne tient rieng
Mais , par fa femme jolie ,
Il fait tant qu'on l'expedie :
Un peu d'aide fait grand bien.
Un Galand fexagenaire ,
Envain aux Belles veut plaire ,
Le Bon- homme ne tient rien ;
Mais pour peu qu'il s'adonife ,
Il paroit encor de mife :
Un peu d'aide fait grand bien.
2. vol. Anx
JUIN. 1419 1729.
Aux Spectateurs.
Si votre délicateffe
Juge à la rigueur la Piéce ,
Meffieurs , nous ne nenons rien ;
Que ce foit votre indulgence
Qui prononce la Sentence
Un peu d'aide fait grand bien.
On trouvera l'Air noté de ces couplets ;
avec la Chanson , page 1400.
On nous écrit de Valognes que le Sieur
Garnier , Maître à danfer , établi dans.
cette Ville , prend un foin particulier pour
les jeunes gens dont on lui confie l'éducation
; car outre la Langue Latine qu'il enfeigne
chez lui, & les répetitions qu'il fait
aux Ecoliers de ce qu'on leur enfeigne chaque
jour au College de Valognes , il n'épargne
rien pour leur donner le bon air du
monde , fi defiré parmi les honnêtes gens.
Les Penfionnaires du Sr Garnier ont donné
depuis peu des marques publiques de
cette belle éducation par une Tragédie
qu'ils ont reprefentée avec beaucoup de
fuccès le 9. Juin dernier ; Sçavoir , laMort
de Poupée , Tragédie , fuivie de l'Avare.
Comélie de M. de Moliere. Ces deux
Pieces fuivant le Programme imprimé à
Valognes, furent fuivies d'un Balet intitulé
2. vol. le
1420 MERCURE DE FRANCE.
le Rétablissement de la Santé du Roi , de la
compofition du même St Garnier. Com-*
me les deux premieres Pieces font affeż
connues , nous nous contenterons d'entrer
dans le détail du Ballet.
Rien n'eft plus fimple & plus naturel
que le deffein de ce Ballet , puifque ce n'eft
autre chofe qu'une réjouiffance & un divertiffement
public que de jeunes Gens
de Qualité & de Diſtinction , fous la
conduite de leur Maître à danfer , veulent
donner à la Ville de Valognes , à l'occafion
du rétabliffement de la fanté du Roy .
De tout tems les François fe font diſtingués
entre toutes les autres Nations par
Fattachement inviolable qu'ils ont cû pour
le Prince qui les a gouvernés, ce qui a parû
par les voeux qu'ils ont toûjours faits pour
la profperité de fes Armes & pour la confervation
de fa fanté , qui étoient ordinairement
fuivis de Feux de Joyé , de Carouzels
, d'Arcs de Triomphe , de Courſes de
Bague & autres Fêtes pompeupes & folemnelles.
Il y va donc de notre gloire de ne
pas degenerer en cette occafion de la vertu
de nos Ancêtres ; & après avoir rendu
graces au Seigneur dans le Sanctuaire , de
faire aujourd'hui éclater notre joye en public,
autant que l'état d'un chacun le pourra
permettre. C'est ce que vient de faire toute
la Cour , c'eft ce qu'ont fait les Princes
2. vol.
&
JUIN 1729. 1421
& les Princeffes & tous les Etats du Roïaume
, & c'eft ce que nous allons faire à leur
exemple dans la Repréſentation des quatre
Parties de ce Ballet.
Premere Partie.
Le Roi ne fe voit pas plutôt affranchi
des fuites de la maladie dangereufe dont il
a été attaqué , qu'après en avoir rendu graces
à Dieu, il paroît en public & fe fait voir
à toute la Cour. Les Princes & les Prin
ceffes en marquent leur joye avec tous les
Courtifans .
Seconde Partie.
Sa Majesté fentant fes forces s'augmen
ter de jour en jour , prend le divertiffement
ordinaire de la Chaffe dans la Forêt de Fontainebleau
avec les jeunes Seigneurs de fa
Cour & les Dames du premier rang habil
lées en Amazônes . Les Bergers & les Bergeres
accourent au bruit des Chaffeurs &
font en allant à leur rencontre des rondesdanfes
au fon de leurs chalumeaux & de
leurs mufettes.
Troifiéme Partie.
Non-feulement les Princes & les Princeffes
avec les jeunes Seigneurs de la Cour
font éclater leur joye en cette rencontre
mais encore les perfonnes de tout âge
& de toute condition qui font dans le
2. vola
Royaume
1422 MERCURE DE FRANCE .
Royaume veulent fuivre en cela leur
exemple. Ceux qui excellent dans les
Arts Liberaux & dans les Mécaniques , fe
diftinguent entre les autres , tantôt par des
récits mêlés de Choeurs de Mufique , &
tantôt par des danfes grotelques qui font
un nouveau Spectacle.
Quatrième Partie.
Les Etrangers qui étoient alors à Fontainebleau
aprenant la Convalefcence de
Sa Majefté , font auffi entr'eux des réjouiffances
à la façon de leur Pays , & les Ambaffadeurs
d'Eſpagne & de Pologne , avec
ceux de Theffalie & de Tripoli ordonnent
dans leurs Hôtels des Bals à la Françoile ,
des Illuminations & d'autres Divertiffemens
publics .
XXXXX:XXXXXXX :XXX
NOUVELLES DU TEMPS,
TURQUIE .
Na receu des Lettres de Jerufalem , par
lefquelles on mande que les Arabes
avoient maffacré & pillé entre cette Ville &
Jafa , environ 120. Pelerins qui avoient eu
l'imprudence de fe feparer de leurs Caravanes
pour prendre les devans .
Les Lettres de Conftantinople portent que
les Turcs fortifient actuellement toutes leurs
2. vol.
Places
JUIN. 1729. 1423
Places frontieres de l'Europe , & qu'ils avoient
fait embarquer pour Trebizonde 12000 Janiffaires
& scoo hommes des nouvelles Troupes
levées dans l'Albanie.
On a apris que les Algeriens avoient actuellement
en mer fept Vaiffeaux , deux Galeres .
fept Brigantins , une Barque & trois Galiotes
armées ; qu'on travailloit dans les Chantiers&
la conftruction d'un Vaiffeau de guerre de
piéées de Canon , & que plufieurs Maures fujets
de la Regence ayant pris parti dans les
Troupes rebelles du Royaume de Maroc , le
Roi avoit fait publier une Ordonnance qui dé
fend fous peine de la vie & de confifcation de
bien de s'enroler parmi eux.
.
RUSSIE .
E 4. Mai il y eut un grand incendie &
Mofcou Une grande partie de l'Eglife
Lutherienne fut brulée & le quartier des Allemands
réduit en cendres.
Par l'état des Troupes qu'on a rendu public
depuis peu , il paroit que le Czar a actuelle.
ment fur pied 200000 hommes d'Infanterie ,
80000 de Cavallerie , & 150000 Cofaques &
Tartares dont S. M. Cz . peut difpofer au premier
befoin. De ces 280000 hommes de Troupes
reglées , il y en a so & 60000 le long du
Pruth & du Dnieper , qu'on peut raffembler en
8 ou 10 jours , pour s'oppofer aux entrepriſes
que le Grand Seigneur pourroit faire de ce
côté là..
૩
On a fait partir pour Pultova un train d'Artillerie
de 40 piéces de Canon de bronze & de
90 de fer , avec une grande quantité de poudre.
boulets & autres munitions de guerre.
On a publié une nouvelle Ordonnance pour 2. vol.
actirer
1424 MERCURE DE FRANCE :
attirer dans ce Pays les Etrangers experts dans
quelque Science, Art , ou Manufactures . Outre
les anciens privileges & avantages qui leur ont
été promis par les precedentes Ordonnances du
feu Czar & de la feue Czarine, on les decharge
de toute impofition pendant dix ans ; les marchandifes
de leur fabrique ne payeront aucun
droit pendant un certain tems , ils auront la li
berté de retourner dans leur Pays quand ils le
voudront , fans qu'on puiffe les forcer à demeurer
fous quelque prétexte que ce foit ; &
fi quelques familles font difpofées à former une
Colonie , le Czar leur promet des terres à cultiver
avec une franchife entiere pendant 20 ans.
ON
POLOGNE.
N executa à Warfovie vers le milieu du
mois dernier , la Sentence rendue par contumace
, contre le nommé Jacques d'Argilles ,
ci devant Major du Regiment des Gardes de la
Couronne , qui a paffé en Pays Etrangers avec
plufieurs fommes qu'on lui avoit remiſes pour
le même Regiment.
" Le bruit court qu'il eft arrivé dans l'Ukraine
un Bacha qui doit fe rendre à Moscou , auffitôt
qu'il aura fait quarantaine , pour faire de
nouvelles propofitions au Czar , au fujet de
l'accommodement propofé pour terminer les
differends de ce Prince avec le Sultan Acheraf.
ALLEMAGNE.
N écrit de Strasbourg du 3. de ce mois que
On rait beaucoup de ravage
aux environs , & qu'il étoit tombé fur le
Fort de Kell trois fois en une nuit & prefque
au même endroit.
28 vol.
L'Empereur
JUIN. 1729. 1425
L'Empereur a fait communiquer à la Dicta
ture publique de la Diette des Princes de l'Empire
, fon Decret de Commiffion par raport. à
l'affaire du Duché de Meckelbourg : S. M. Imp.
demande qu'on faffe attention qu'au mépris
des réfolutions prifes dans le Confeil Aulique
pour la tranquillité de ce Duché, qu'elle efperóit
procurer par une nouvelle adminiftration,
le Duc Charles Leopold a fait publier & afficher
dans le Meckelbourg diverfes Déclarations
tendant à rendre inutiles les Decrets Imperiaux
; & que n'y ayant plus d'efperance que
ce Prince prenne le parti de fe foumettre , il
convient que les Etats de l'Empire deliberent.
fur cette affaire qui pourroit avoir des fuites
très fâcheufes .
"
ITALIE.
Napprend de Rome , que le Comte Or.
fini , qui eft forti depuis peu du Château
S. Ange , où fes parens l'avoient fait mettre
pour quelques tems , a époufé avec toutes les
formalités requifes , la fille de l'Evantaillifte
qu'il avoit enlevée.
La Princeffe de Montemilete eft allée de
Naples à Benevent pour voir le Pape fon oncle.
Elle y jouit des prérogatives de niéce du
Pape , & on affure qu'elle a touché une partie
des revenus qui font attachez à ce titre.
La Princeffe Clementine Sobieska , époufe
du Chevalier de S. George , ayant fixé fon départ
de Boulogne pour Rome au 21 Mai , fut
complimentée le 20. au nom de la Republique
par 8. Senateurs. Le 22. cette Princeffe & fon
fecond fils , allerent coucher à Fano , où la
Ducheffe Douairiere de Parme s'étoit rendue le
foir. Le 26. fête de l'Afcenfion , elle fe rendit
2. vol.
426 MERCURE DE FRANCE .
à Lorette , où elle entendit la Meffe & fit fes
Dévotions .
Le 10 Juin , à deux heures après midi , le
Pape arriva d'Albano à Rome , où il fut receu.
au bruit d'une Salve generale de Canon du
Château S. Ange , & au bruit de toutes les
cloches , & c.
On écrit de Bologne que quelques Sbirres
déguifez entrerent le mois dernier dans la maifon
d'un Ecclefiaftique qui diftribuoit des billets
des Lotteries de Genes & de Milan , &
l'ayant enfermé dans une Chambre ou deux
d'entre eux le gardoient à vue , le Barigel vétu
en Abbé , reçut les perfonnes qui venoient
aporter leur argent , & les faifant fortir par
une porte de derriere , il en fit arrêter 54. de
toute condition , qui furent conduites dans les
prifons , & l'on fait actuellement leur procès
conformément aux Decrets du Pape à ce fujet.
Le 28. Mai, le Tribunal de la Santé à Florence ,
fit publier un Decret par lequel il défend tout
commerce avec l'Albanie Venitienne , les Bouches
du Cataro , l'état de Raguze , les Illes de
Ste Maure , Zante , Cefalonie , Corfou , la'
Prevezza & la Venizza , à caufe des ravages
que la Contagion fait en Grece & dans l'Archipel.
Le ;. de ce mois on fit à Florence la Proceffion
ordinaire des pauvres filles orphelines , &
le Grand Duc fit diftribuer des dots à 116.
d'entre elles .
Le 4 Juin , le Chevalier Zacharie Canale ,
Ambaffadeur de la Republique de Venite à la
Cour du Roy très - Chrétien fut élu par le grand
Confeil pour relever le Chevalier Barbon Morofini
, actuellement Ambaffadeur à Rome ,
dont les trois années d'Ambaffade doivent
finir dans
рец.
7
2. vol. On
JUIN. 1729 . 1427
On mande de Rome que le bruit couroit
au Vatican que le Pape tiendroit bientôt un
Confiitoire pour remplir les trois lieux qui vaquent
dans le Sacré College , & que le premier
Chapeau fera donné à M. Bichi pour terminer
les differends du S.Siége avec la Cour de Portugal
; le fecond à M. Mondine Orfini , Archevêque
de Capoüe , neveu de S. S. & le 3 ° à
l'Abbé Borghese.
On apprend de Naples , qu'au commencementde
ce mois , un Soldat, Allemand déferteur,
ayant tué un pauvre mendiant qu'il rencontra
près de l'Eglife des Carmes , il entra dans cette
Eglife , efperant jouir des immunitez & de fe
-fauver enfuite . Mais le Comte d'Harrach , informé
de cet affaffinat , affembla les Miniftrés
le 2 Juin , & il fut unanimement decidé que
fans attendre la décifion d'aucun Tribunal Ecclefiaftique
, le Soldat feroit tiré par force de
fon azile , ce qui fut executé , après en avoir
donné avis au Cardinal Archevêque. La nuit
fuivante le Soldat fut condamné à mort,& le 3 .
au matin on lui coupa la tête dans la place du
Château- neuf.
Le 15. du mois dernier , le Comte de Bolagnos
, Ambaffadeur de l'Empereur , fit fon
entrée publique à Venife , étant accompagné
du Chevalier André Cornaro , qui a été Ambaladeur
de la Republique auprès de S.M.
Imp. Le lendemain il eut fa premiere audience
publique du Doge.
Le 25. du même mois , veille de la fête de
l'Afcenfion . le Doge accompagné de la
Seigneurie & du Nonce du Pape , alla entendre
les premieres Vêpres dans l'Eglife ducale de S.
Marc , & le 26. jour de la fête , il monta fur le
nouveau Bucentaure , & s'étant avancé hors
des Canaux dans la pleine Mer , il y fit la Céré̟- 2. vol.
monic
1428 MERCURE DE FRANCE .
monie ordinaire d'époufer la Mer ; après quoi
il entendit la Meſſe de S. Nicolas au Lido . Il fuc
falué en allant & en venant de l'Artillerie des
Vaiffeaux & de la Moufquetairie des Troupes ,
& enfuite il traita magnifiquement les Minif
tres Etrangers & les Senateurs . Le riche tréfor
de l'Eglife Ducale de S. Marc fut exposé l'après-
midi à la vue du Peuple , & vers le foir
le Primicier donna la Benediction avec le vafe
dans lequel on conferve le Sang de N. S.
On trouve l'origine & les motifs de cette
Ceremonie d'époufer la Mer.dans un Ouvrage
qui a paru depuis peu , fous le titre d'Eſſai de
Hiftoire du Commerce de Venife. Le Lecteur
ne fera pas fâché de trouver ici ce qu'on y
apprend à cet égard.
en 1173 .
Dutem: du Doge Sebaftien Ziani, qui avoit été
élu l'étude de nos Tribuns, dit l'Auteur,
avoit déja infpiré & découvert toute l'importance
qu'il y auroit pour Veniſe de devenir
Maîtreffe de la Mer Adriatique , par un droit
autentiquement reconnu . Elle y dominoit par
la force de fes armes & de tous les divers
Corfaires qui avoient infefté cette Mer , il n'y
paroiffoit plus que les fiens. Les Papes prétendoient
alors pouvoir donner les Couronnes ';
cette prétention étoit conteftée autant qu'elle
le méritoit & que les circonftances du temps
le permettoient. Les Papes de leur côté, ne laiffoient
pas échapper l'occafion d'établir ce prétendu
droit. La République accommoda tout
celà à fes vûes . Elle négocia auprès du Pape
& il fut convenu qu'il inftitueroit en faveur
de la République , la Ceremonie d'époufer la
Mer dans des termes mefurez , de façon que
la République pût tirer fon droit de Souveraineté
fur cette Mer , ou de la conceffion du
Pape , ou du droit des armes , ou de tous les
1
2. volg
deux
JUIN. 1929. 1429
deux enfemble. Le jour de l'Afcenfion fut marqué
pour cette fameufe Ceremonie.Le Pape en
prefence des Ambaffadeurs des Têtes couronnées
, & fur tout de celui de l'Empereur , pric
un Anneau & le prefenta au Doge Ziani , en
lui difant , recevez cet Anneau pour le donner
tous les ans à la Mer comme à votre legitime
épouſe, afin que la pofterité fçache que la Mer
Vous appartient par le droit des armes . La Ré
publique prit deflors le titre de Souveraine
de la Mer Adriatique. Elle fe flata , fans doute ,
que la répetition de cette Ceremonie , ou le
temps rendroit ce droit plus férieux . En effet
il y a aujourd'hui titre de ily poffeffion. Quoiqu'il
en foit , ce trait de la politique des Venitiens,
-paroît un détour , par lequel la République a
voulu fe rendre Maîtreffe de tout le commerce
de la Mer Adriatique , que nous appellerons
dans la fuite Golfe de Venife. Par le titre de
Souveraine de cette Mer , elle a acquis le droit
d'en faire la garde ; par ce double droit , elle
s'eft arrogé celui d'en deffendre le paffage à
qui bon lui femble , celui de vifiter les Navires
qui la fréquentent , & celui d'en exiger un
tributs au moyen duquel elle tire un revenu
d'un fonds qui n'en dut jamais produire de
femblable nature. C'eft de cette façon que la
-République tient la clef du commerce des
Ports qui appartiennent dans le Golfe à d'au
tres Puiffances.
CANONISATION du Bienheureux
Jean Nepomucêne, Chanoine de Prague,
faite à Rome le 19. Mars 1729.
I'Eglifede S. Jean de Latran , deſtinée pour
cette Ceremonie , étoit magnifiquement
ornée, tant au-dedans qu'au- dehors : on y avoit
20 vol H dreffe
1430 MERCURE DE FRANCE;
dreffé un Théatre très- fpacieux pour les Car
dinaux , Patriarches , Archevêques , Evêques ,
Abbez & Penitenciers , ainfi que pour le Gouverneur
de Rome , l'Auditeur de la Chambre
Apoftolique , le Tiéforier , les Proto Notaires
Apoftoliques , & pour les Generaux & Procureurs
Generaux des Ordres , qui s'étoient
placez fur des degrez qui regnoient autour du
Théatre , fur lequel on avoit dreffé le Trône
Pontifical , avec un riche Dais , orné de diverfes
pieces d'Architecture & de plufieurs figures
dorées. Aux côtez du Dais , on avoit placé
fur des Piedeftaux deux Statues en relief, hautes
de douze pieds , dont l'une qui étoit à droite
reprefentoit la Force , & celle qui étoit à gauche
, la Fidelité. On voyoit auffi fur ces Piedefs
taux les Armes du Pape , peintes en clair brun,
relevées d'or , & aux deux côtez des Quadres
avec les Trophées de l'Eglife pareillement
peints. Au- deffus de la Tribune on lifoit l'Infe
cription fuivante Benedicto XIII. P. M. Ord
Predic. Bafilicam iftam P, Joannis Martiris
Apotheofi decoranti,
Le Grand- Autel de l'Eglife qui étoit vis - àvis
du Trône Pontifical , étoit orné de velours
chamaré d'or. Au milieu des deux devans de
cet Autel , qui étoient brodés d'or fur un
fond d'argent , on voioit un bufte en bas relief,
auffi brodé d'or , reprefentant le nouveau
Saint. On avoit placé fur l'Autel les fept
Chandeliers ordinaires , avec des bougies ,
pefant chacune quatre livres , & devant l'Antel
, du côté qui regarde la Grand- Porte - de
l'Eglife , huit autres Chandeliers , dont chaque
Cierge pefoit douze livres.
La Balustrade qui entoure l'Autel étoit ornée
de diverfes pieces de gravure , dorées &
argentées , qui portoient 48. Cierges de huit 2. vol.
livres
JUIN. 1729.
143
livres chacun , & 14. autres de fix livres On
voioit fur la façade du même Autel le facré
Etendart , dans lequel étoit peint le Bienheu
reux en gloire , foutenu par des Anges , avec
les armes de S. S. au deffus , celles de l'Empereur
à droite , & celles du Roïaume de Boheme
à gauche. 17. Cierges de 5. livres chacun.
brûloient devant l'Image de la fainte Vierge ,
qu'on avoit placée au- deffus d'un Dais , pofé
fur la Baluftrade des faintes Reliques . Cette
Image étoit peinte en ovale , relevée d'or ,
avec cette Infcription : B. Vetero Boleflavienfis
miraculis clara , B. Joannis Martiris
refugium. Les autres parties de l'Autel étoient
pareillement ornés d'une très- grande quantité
de Cierges , de Piramides de criſtal & de pier-
& autres ornemens fuperbes .
re ,
On avoit conftruit dans le circuit du Theatre
deux Eftrades pour la Nobleffe & pour les
Chantres du Pape . Ces Eftrades étoient couvertes
de velours & de damas cramoifi , brodé
d'or , avec des franges d'or , aiant des Jalou
fies dorées , fur lefquelles on avoit pofé diverfes
pieces de gravure , dorées & argentées ,
avec 63. Cierges de cinq livres chacun . Il y
avoit au milieu de l'Eſtrade qui étoit à droite
une autre Eftrade plus élevée fans jaloufies
pour le Chevalier de S. George. Il y avoit diverfes
autres Eftrades , en forme de parquets ,
pour les folliciteurs de la caufe du Saint , pour
les Eleves du College Allemand , & pour d'au
tres perfonnes de diftinction.
On avoit élevé à la hauteur des deux grand
des Colonnes , qui étoient à l'entrée du Thea
tre , un ordre d'Architecture , orné de velours
cramoifi brodé d'or , avec quatre Pilaftres ,
fur lefquels on voicit diverfes gravures , avec
des lames & des dentelles d'or , & au- deffus
The vol
Hij une
1432 MERCURE DE FRANCE .
une grande fraife de velours brodé & dentelle.
Il y avoit au milieu de deux de ces pilaftres ,
entre deux frontispices , en relief , une Aigle
couronnée à deux têtes.
Toute la Bafilique de S. Jean de Latran
étoit tendu de damas cramoifi , avec des fran
ges & des dentelles d'or. On voïoit au- deffus
de la porte interieure de l'Eglife , dans une
draperie de damas brodé d'or , les Armes du
Pape , fupportées par des figures reprefentant
de petits enfans. L'ornement des Niches
où font les Statues des S S. Apotres , confiftoit
dans une gravure bizarre mife en or , garnie
de Palmes & de Feltons avec quantité de
Cierges. Les ovales où font dépeints les Prophetes
, étoient environnées de foie cramoifie,
avec des rapports de gravure dorée. On voioit
au milieu de chacune des dix Arches de la
Grande Nef une corniche ornée de Feltons de
fleurs , faites au naturel , avec un Tableau
dans lequel étoient reprefentés les vertus &
les miracles du Saint , peints avec des cou
leurs vives & relevées d'or . Ces Tableaux
deux defquels étoient fupportés par une Aigle
Imperiale , & de petits enfans , aïant à droite
les Armes de Boheme , & à gauche celles du
Chapitre de l'Eglife Metropolitaine de Prague
, étoient environnés , les uns de Palmes
les autres de Guirlandes & de Couronnes ,
quelques- uns d'Etoiles , le tout relevé d'or ,
avec des Devifes convenables au fujet. Deux
grands Luftres dorés , entrelaffés de Feftons de
Rofes rouges & blanches , peintes au naturel,
avec douze cierges , pendoient devant cha
cun de ces Tableaux , dont le premier qui étoit
à gauche en entrant dans l'Eglife , réprefentoit
la Maifon du Bienheureux J. Népomucêne ,
environnée d'une flamme defcenduë du Ciel
&
2 vol.
dans
JUIN. 1729. 1433
dans le temps de fa naiffance , que fes parens
déja vieux , avoient obtenuë par l'interceffion
de la fainte Vierge , avec cette Devile : Agrandavis
Parentibus B. Virginis ope ſuſcipitur .
flamma fupra domum collucente
Le fecond , réprefente le Saint qui entend la
la Confeffion de la Reine Jeanne , avec cette
Devife : A Confeffionibus Joanna Imperatricis
eligitur. Le ze le Bienheureux qui refufe de reveler
à l'Empereur Vinceflas , Roi de Bohëme,
la Confeffion de cette Reine fon Epouſe , avec
ces mots : Ut auditas Confeffiones aperiat , promiffis
minis Venceslai tentatur. Le fujet du
4 eft leBienheureux mis à la torture pour l'obliger
à rompre le ſceau de la Confeffion , avec ces
mots : Ad labefactandum filendi propofitum
in equuleo uftalatur. Sur le e le Saint annonce
fa mort & prédit à la Bohëme les maux dont
elle eft menacée , avec cette Devife : Inftantem
fibi mortem,malaque Bohemia impendentiapradicit.
Le premier des Tableaux à droite , réprefentoit
le Saint qui guérit plufieurs Malades & qui
accorde diverfes graces à ceux qui vifitent fon
Tombeau , avec cette devile : Prafentem Joannis
opem fentiunt univerfali , pracipuè qui fama
periclitantur.
Le fecond , la langue du Saint , reconnue par.
F'Evêque , & montrée au peuple , avec ces
mots Joannis lingua à Judicibus Apoftolicis
cognita inter eorum manus intumefcit & rubet.
Le 3e, les Os du Saint & ( a Langue encore
entiere , qu'on trouve après une espace de
332. ans , avec ces mots : Lingua poft annum
CCCXXXII. refoffata , incorupta deprehenditur.
Le 4 Le Saint qui guérit une fille paralitique
avec cette Devife : Aridum puella brachium &
paralyfi diffolutum fanitati reftituit.
2. vol.
H iij Le
7434 MERCURE DE FRANCE.
Le se Quelques perfonnes punies pour avoir
tenté d'ouvrir le Tombeau du Saint , avec cette
-Devile : Joannis Sepulchro manus offerentes
poena luunt.
On voyoit encore dans la grande Tribune
quatre autres Tableaux , ornez comme les
les précedens , avec quatre Hierogliphes audeffus
, peints dans un pareil nombre de Boucliers
, foutenus par des enfans ornez de Palmes
, le tout relevé d'or .
Le premier de ces quatre Tableaux reprefentoit
le Saint précipité dans la Riviere pour
avoir refufé de reveler la Confeffion , avec
cette Devife : O Confeffionis arcanum conftanter
celatum , in flumen ejicitur.
Le fecond , le corps du Saint , déja mort , nâgeant
deffus les eaux & environné de flammes
refplandiffantes , avec ces mots : Joannis Corpus
aquis demerfum , luce fuperfunditur.
Le 3e , le Saint dans le Ciel , qui par fon interceffion
, délivre de la pefte Nepomuk , fa Patrie
, avec cette Deviſe : Peftem undique favientem
Nepomuceno deprecatur.
Le 4 , le Saint pareillement dans le Ciel .
qui délivre une petite fille , âgée de fix ans ,
tombée dans la Riviere fous les rouës d'un
Moulin avec ces mots : Puellam fexennem
èfrumentaris molis rotis fervat incolumen .
>
Les Hieroglyphes reprefentoient , 1' . un
Pomier graine , battu de la tempête , avec ces
mots : Tuta latent. 29. Une Coquille fermée ,
dans une Mer agitée , avec ces mots : Et erit
caufa principi , Ezech . XLIV . v. 3. 30.
L'Arche de Noé avec la fenêtre fermée audehors
, avec cette Devife : Nec flumine obruent.
Cantiq. VIII. v. 7. 4. Une Piramide avec
des Hieroglyphes, & ces mots : Claret ab
Arcanis .
2. vol.
La
JUIN. 1729. 1435
i
La façade exterieure de la Bafilique de S. Jean
de Latran , n'étoit pas moins ornée que le de
dans de l'Eglife : on y voyoit un ornement
d'Architecture , reprefentant un Portique &
une très belle Loge , au- deffus de laquelle on
avoit pofé un Tableau reprefentant le Saint
en gloire , peint au naturel , & tendant les
bras à S. Jean Baptifte & à S. Jean l'Evange
lifte , Patrons de cette Eglife :les Armes du
Page étoient au deffus de la grande Porte . On
avoit placé fur le Parapet de la Loge fix
Groupes d'enfans , deux defquels foutenoient
une bande avec ces mots : In tentatione inven
tus eft fidelis. Eccl. 44. v. 21. & deux autres
ane feconde bande , avec ces mots : Ideò jure
jurando dedit illi gloriam ingente fua , Ibid.
V. 22. Toutes ces differentes pieces d'Architec
ture étoient revêtues de Damas & de Satin
avec des Franges & des Dentelles d'or , & entremêlées
de Feftons & d'autres pareils ornemens.
Le Clergé Séculier & Régulier , s'étant af
femblé , on fit la Proceffion ordinaire , dans
Jaquelle on porta le facré Etendart du Saint.
Après la Proceffion , le Pape étant affis fur for
Trône , y reçut les inftances qui lui furent
faites pour la Canonifation du Bienheureux ,
par M. Valenti , Avocat Confiftorial du Cardinal
d'Althan , chargé du foin de procurer
cette Canonifation; & après quelques autres
Ceremonies pratiquées en pareille occafion ,
S. S. fit l'Acte folemnel de mettre au nombre
des SS. le Bien-heureux Jean Nepomucêne. Le
Pape entonna enfuite le Te Deum , qui fut
chanté au bruit du Canon du Château S. Ange,
& des Salves réiterées de la Moufqueterie de
la Garde Suifle , rangée fur la Place de S. Jean.
Le Pape , après avoir donné fa Benediction au
24 vol.
Hiiij. Peuple
1436 MERCURE DE FRANCE .
Peuple , celebra la Meffe , pendant laquelle les
Cardinaux Imperiali , d'Althan & Olivieri ,
accompagnez de M. Spork , Evêque d'Adrato,
& Poftulateur de la Canonifation , de deux
Eleves du College Allemand , & de quantité
de Gentilshommes , firent les Offrandes ordinaires
, qui confiftoient en deux grands Pains,
l'un doré & l'autre argenté , avec les Armes
de S. S. en deux Barils , d'ont l'un étoit pareillement
doré & l'autre argenté , avec les mêmes
Armes , & en deux Cierges peints , dont
l'un peze 60. livres & l'autre douze. Après la
Meffe , le Pape donna encore fa Benediction
au Peuple , & finit ainfi cet Acte folemnel ,
auquel tous les Cardinaux qui étoient à Rome ,
affifterent , ainfi que le Chevalier de S. George,
les Miniftres Etrangers , toute la Nobleffe &
un nombre infini de Peuple.
Ο
ESPAGNE.
Na équipé dans le Port de Cadiz douze
Vaiffeaux de guerre qui font prêts de met
tre à la voile. On a appris depuis de la même
Villeque 4.Vaiffeaux de guerre Efpagnols nouvellement
fortis du Pontal s'étoient mis à l'anere
le 17. Mai dans la Baye de Cadix , &
qu'on y en attendoit 8. autres .
La chaleur étant exceffive dans cette faifon
à Seville , la Cour a réfolu d'aller paffer une
partie de l'Eté au Port de fainte Marie & à
faint Lucar , & le 31. Mai , le Roi , la Reine ,
le Prince & la Princeffe des Afturies , les Infants
Dom Carlos , Dom Philippe & Dom
Louis , & l'infante Dona Marie Thereſe
s'embarquerent vers les cinq heures du foir fur
les Galeres qui les attendoient dans la Riviere
de Guadalquivir pour ſe rendre à faint Lucar
2. vol. de
JUIN. 729 1437
de Baranuda , où la Cour arriva le 4. Juin , &
en partit la 6. pour ſe rendre par terre au Port
de fainte Marie.
+
Des Lettres de Cadix portent que le Roi a
réuni depuis peu au Domaine de la Couronne,
le Port de fainte Marie , qui appartient au Duc
de Medina Celi , l'Ile de Leon , appartenant
au Duc d'Arcos , & faint Lucar de Baranuda,
appartenant au Duc de Medina Sidonia . On ne
fait pas encore quels équivalens S. M. a donné
à ces trois Seigneurs.
Le Roi a accordé à la Societé Roïale des Medecins
, Apoticaires & Chirurgiens de Seville
la permiffion d'envoïer tous les ans par les
Flotes qui partent pour les Indes Occidentales
cent tonneaux de Marchandiſe fans paier aus
cun droit , afin que du produit de ce commerce,
ils puiffent acquiter les dettes qu'ils ont contractées
pour foutenir les Veuves & les Enfans
dont les Maris & les Peres ont été membres de
cette Societé , & font morts fans leur laiffer de
quoi fubfifter. S. M. a encore accordé plufieurs
autres privileges à la même Societé pour
la mettre en état de fe perfectionner , & de
rendre de plus grands fervices au Public.
J
Les Religieux de la Merci , Redemption des
Captifs , ont tenu leur Chapitre general dans
leur Couvent de Valence , & ils ont élu pour
leur Superieur genéral le Pere Jofeph de Campuzano
, actuellement Provincial de la Province
de Caftille
On apprend de Lisbonne que le 27. Mai , l'un
des Vaiffeaux de la Flotte , chargée pour la
Baye de Tous les Saints , defcendant le Tage ,
courut deffus le Leoftoff , Vaiffeau de guerre
Anglois , commandé par le Capitaine Mathieu
Norris qui étoit à l'ancre , & leurs manoeuvres
s'étant embarraffées , l'équipage du Vaiffeau
La vola,
Ну Ane
1438 MERCURE DE FRANCE:
Anglois fit tous fes efforts pendant une heure
pour fe degager du Batiment Portugais qui
étoit fort grand. Le Capitaine Norris volant
que fon Vaiffeau étoit en danger , envoïa le
quart de fon équipage à bord du Bâtiment
Portugais pour l'aider à fe débaraffer ; mais
après avoir rravaillé pendant deux heures inutilement
, les Anglois furent obligés de couper
le grand Mát & le Mât de Mizaine du Navire
Portugais , qui alors fe trouva hors d'état
de mettre à la voile avec la Flote de la Baye,
qui partit le lendemain. Les proprietaires en
porterent les plaintes au Roi , en lui reprefentant
que le dommage de leur Vaiffeau & fon
retard leur faifoit tort de 10. à 12000. livres
S. M. fit déffendre auffi- tôt au Capitaine Norris
de partir fans donner fatisfaction aux Proprietaires
du Batiment Portugais ; mais ce Capitaine
aiant fait connoître au Roi que l'acci
dent étoit arrivé par la faute du Pilote Portugais
, & que ce qu'il avoit fait , étoit abfolument
neceffaire pour fauver fon Vaiffeau , Sa
Majefté a levé la deffenfe.
GRANDE BRETAGNE.
E Prince Frederick , Vaiffeau de la Compagnie
de la Mer du Sud, qui étoit retenu depuis
long tems aux Indes Occidentales , eſt arrivé
au port de Kinfale en Irlande le 3. de ce mois.
Il paroît par la lifte que les Concierges des
diverfes prifons d'Angleterre ont remife , que
le nombre des Prifonniers qui ont droit au benefice
de l'Acte en faveur des debiteurs infolvables
, eft de 97248. Suivant cet Acte les Prifonniers
pour dettes qui l'ont été avant la S.
Michel de l'année derniere , & qui ne doivent
pas soo. liv. fterlins à une feule perfonne , fe- 2. val ;
ront
JUIN. 1729. 1439
ront élargis , après avoir declaré avec ferment,
& delivré à leurs créanciers tous leurs biens &
effets , à l'exception des meubles les plus neceffaires
: ceux qui doivent soo. liv. fterlins &
au deffus à une feule perfonne , ne pourront
être detenus en prifon , fi les créanciers ne leur
fourniffent 3. Chelins & 6. fols par ſemaine ,
païables au moins toutes les fix femaines , faute
dequoi ces Prifonniers feront élargis. Quant
aux perfonnes emprifonnées depuis la S. Michel,
& qui le feront dans la fuite , leurs créan
ciers qui ne donnoient rien ci - devant pour
leur fubfiftance , font obligés pour pouvoir les
detenir en prifon de paier deux Chelins quatre
fols par femaine. Le même Acte reſerve aux
Créanciers le droit de pouvoir faifir les biens &
les effets que leurs debiteurs , ainfi élargis ,
pourront acquerir dans la fuite , foit par heri
tage , Teftament & c. ou même par leur induftrie
& travail , juſqu'à la concurrence de leurs
dettes. Il y eft auffi ftatué qu'un Prifonnier qui
avant d'être relâché , ne déclare fidelement
tout ce qu'il a pour être diftribué à fes créanciers
, fera puni de mort en cas de conviction ,
comme parjure & felon , & le dénonciateur
aura 20 pour 100. de récompenfe.
4 ,
Il y a prefentement à Spithead fous le Commandement
du Vice- Amiral Charles Wager
fept Vaiffeaux de guerre du 3e rang , dix du
deux Brulots , deux Galliores à Bombes ,
& un autre Bâtiment, On y attend encore un
autre Vaiffeau de guerre du 3e rang , trois du
4 & un dus Il y a auffi à la même Rade onze
Vaiffeaux de guerre Hollandois qui doivenc
être joints inceffament par un 12 qu'on attend
d'Holande.
Le 26. de ce mois , le Prince de Galles alla å
VEglife Proteftante de S. Martin des Champs ,
12. vol,
H vi out
1440 MERCURE DE FRANCE:
où il reçut la Communion , après avoir en
tendu le Sermon du Docteur Peame L'après
midi ce Prince fut reçu Chancelier de l'Univerfité
de Dublin.
-
Il y eut le 13. de ce mois à Stirmingfter dans
le Comté de Dorfet , un Incendie qui confus
ma 81. Maifons .
>
Le même jour , il y en eut un autre à Stal
bridge dans le même Comté , qui détruiſit les
deux tiers de la Ville..
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS des Pays Etrangers.
E General Schalembourg mourut à Turin
Lle 27.Mai , quelquesjours de maladie.
Il étoit General d'Artillerie , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie Allemande , & Gou
verneur de la Ville d'Albe. Le Roi de Sardai
gne qui l'aimoit beaucoup , a eu la bonté
d'ordonner fes obfeques. Son Convoi fe fit le
29. du même mois dans l'ordre fuivant.
A cinq heures du foir , un Bataillon du Regiment
des Portes fe rendit devant la maiſon
du General , d'où la Compagnie des Grenas
diers commença la marche. Les Domeſtiques
du deffunt fuivoient à pied , fes Valets de
Chambre à Cheval précedoient le Cercueil qui
étoit dans un Chariot couvert d'un très - beau
Poële , & tiré par fix Chevaux caparaçonnést
trois Pieces de Canon de campagne , avec
leurs Canoniers , tenant leurs boutefeux fous
le bras , fuivoient le Cercueil ; les quatre Enfeignes
du Kegiment de S halembourg te
noient les quatre coins du Poële les Officiers
de la garnifon fuivoient les Pieces d'Artillerie,
& le Bataillon du Regiment des Portes fer-
2. uski moisJUIN.
1729. 344
moit la marche. Ce Convoi fortit par la Porte
neuve , & étant arrivé fur le glacis , le Batail
lon fe mit en bataille , aiant à fa gauche les
trois Pieces de Canon . Le Chariot du Corps
s'arrêta , & om fit la premiere falve d'Artillerie,
qui fut repetée encore deux fois lorique le-
Convoi fut à quelque diftance ; après quor le
Bataillon du Regiment des Portes rentra dans
la Ville. Hors du glacis de la Place , un Maréchal
des Logis avec dix Dragons du Regiment
de Piémont , tirès de la garniton de Carignan
, efcorterent le Convoi ju qu'à la Marfaille
, où ce détachement fut relevé par un
autre tiré de Pignerol , ce dernier l'eſcorta
jufqu'à S. Jean de la Vallée d'Angrogne , où
un détachement de 200. hommes de la garnifon
de Feneftrelle le releva & demeura en bataille
jufqu'à la fin de la Cerémonie des Funerailles
, qui furent faites dans l'Eglife du Bourg
de S. Jean. Le Roi a donné au Neveu de ce
General le Regiment d'Infanterie Allemande
qui vaquoit par fa mort.
Le Corps du feu Duc Leopold- Jofeph Charles
de Lorraine , mort le 27. Mars dernier, qui
avoit été mis en dépôt dans l'Eglife du Noviciat
des Jefuites de Nanci , fut porté le 8. Juin
avec beaucoup de pompe dans celle des Corde
liers de la même Ville , où eft la fepulture des
Ducs de Lorraine . L'Evêque de Toul officia à
cette Cerémonie , & le P. Segaud , Jefuite
prononça l'Oraiſon Funebre.
2. vol FRANCE
7442 MERCURE DE FRANCE:
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roy accordé à M² d'Audiffret ,
LBrigadier defes Armées , & Capitaine
d'une des Compagnies des Grenadiers du
Régiment des Gardes Françoifes , le Gou
vernement des Ifles du Château d'If , vacant
par la mort du Marquis de Pilles . La
Compagnie des Grenadiers a été donnée à
M. de Chaumont , Capitaine dans le même
Régiment , & Mr de Contade , fils du
Major de ce Régiment , a eu l'agrément
pour acheter au profit de Mr d'Audiffret ,
la Compagnie vacante par la démiffion de
M' de Chaumont.
On affure qu'on va travailler inceffamment
à un nouveau Canal en Suiffe pour la
communication du Lac de Genêve à celui
de Neufchatel , par le moyen duquel on
aura la communication des deux mers ;
d'un côté par le Rône & de l'autre par le
Rhin ; & on dit que pour fournir aux frais
de cette entreprife , le Canton de Berne
donne 5 millions , & la Ville de Genêve autant
; & le Canton de Fribourg fournit
4000 hommes pour travailler au Canal.
Le Roy a nommé M' de Vanolles , Maî-
2. vol.
tre
UIN. 1729. 1443
tre des Requêtes , à l'Intendance de la Ge
neralité de Moulins ..
Le 27. Juin , il y eut Concert François
au Chateau des Thuilleries; la Dile Baftholet,
nouvelle Chanteuſe , arrivée depuis peu
de Province , & qui poffede parfaitement
bien la Mufique , y chanta pour la premiere
fois , la Prife de Lerida , Cantate de
M. Battiſtin , & deux Ariettes Italiennes
avec beaucoup de Jufteffe , & fut trèsaplaudie
; cette jeune perfonne , qui a la
voix fort belle , a un gout particulier pour
le chant Italien , & l'execute avec beaucoup
de facilité ; elle chanta un morceau
dans le Motet qui termina le Concert, qui
ne fut pas moins aplaudi. La Dile Hermance
avoit chanté auparavant une Cantille
nouvelle , intitulée le Retour du Prin
temps , dont les paroles font de M. Carolet,
& la Mufique de M. le Maire . Elle fut
très -aplaudie.
En execution de l'Arrêt du Parlement ,
que nous avons mis tout entier dans le
Mercure du mois dernier , Nivet , avec
quatre de fes principaux complices ,¡ fut
roué vif en place de Gréve. Le premier
qui fut executé vers les 8. heures du foir ,
étoit âgé de plus de 75 ans . C'étoit le premier
Maître & le Camarade de Nivet ;
qui après avoir fait le Mêtier de Voleur
pendant environ 50 ans , s'étoit retiré à
2. vol.
Cette
444 MERCURE DE FRANCE .
Cette en Languedoc , où il vivoit trans
quille depuis quelque temps . Nivet & les
trois autres fe firent mener à l'Hôtel de
Ville , où ils déclarerent encore quelques
complices , & furent executés les uns
après les autres , à mesure qu'ils n'eurent
plus rien à dire , ce qui dura toute la nuit
& jufques au lendemain à midi .
M. Lambelin Confeiller au Parlement ,
Raporteur de cette affaire extraordinaire
& M. Rollin fon Confrere & fon Adjoint,
qui ont inftruit ce terrible procès , pafferent
la nuit à l'Hôtel de Ville à entendre
les dépofitions de ces malheureux , fur
lefquelles plufieurs perfonnes furent arrê
tées. On ne peut rien ajouter au zele , à la
fagacité , aux lumieres & à l'integrité que
ces illuftres Magiftrats ont fait paroître
dans une procedure qui intereſſe tout le
Public & même tout le genre humain .
Le 15 de ce mois , le Parlement rendit
un Arrêt qui fut executé le même jour , au
raport des mêmes Magiftrats portant
condamnation d'être rompu vif , préalablement
appliqué à la queſtion ordinaire
& extraordinaire pour avoir revelation de
fes complices , contre Jean Melon dit
Defloriez , Cuifinier de Profeffion , complice
avec Philippes Niver , die Fanfaron ,
& autres accufez de l'affaffinat de Ménard
Orfévre , rue Saint André des Arcs , &
2. vela
de
JUIN. 1729. 1445
de plufieurs vols faits tant avec effraction
qu'autreinent , en differentes maiſons , &
dans les rues de Paris.
REFUTATION du dernier Mémoire
de M. Armand de Bethune , Comte
d'Orval , defcendu du fecond mariage de
François de Bethune Comte d'Orval
avec Anne d'Harville. POUR LOUIS
PIERRE MAXIMILIEN DE BETHUNE
, DUC DE SULLY , Chef
du Nom , Surnom & Armes de la Maifon
de Bethune , defcendu du premier mariage,
de François de Bethune , Comte d'Orval
avec Jacqueline de Caumont , de Mâle en
Mâle & d'Ainé en Ainé. Brochure in fol.
de 14. pp. de l'Imprimerie de P. N.
Lottin , rue S. Jacques , à la Verité. 1729.
Le Comte d'Orval combat dans fon
dernier Mémoire les trois preuves , raportées
pour établir la regle , qui défere la
fucceffion des Duchés & Pairies aux Aînés
Mâles , defcendus de Mâles en Mâles , &
d'Ainés en Ainés .
La premiere , fondée ſur la nature & la
qualité des Duchés & Pairies . La 2º fur la
Condition de reverfion & d'union à la
Couronne , à deffaut de Mâles , établies
par les Ordonnances de 1566. 1579. &
1582. S'il n'y eft derogé par les Lettres.
La 3 fur l'efprit & les difpofitions précifes
de l'Edit de 1711
2. vol.
Le
1446 MERCURE DE FRANCE.
Le Deffenfeur de M. le Duc de Sully
foutient ici que pour combattre les moyens
fur lefquels chacune de ces trois preuves
eft fondée , M. le Comte d'Orval a avancé
plufieurs erreurs contre la verité de l'hiftoire
, contre le fentiment des Auteurs
contre les Arrêts qu'il cite , contre les Or
donnances du Royaume , & contre les
maximes les plus inconteftables en matiere
de Pairies. C'eft avec juftice que cet ouvrage
porte le titre de REFUTATION ;
car en obfervant les erreurs dont on vient
de parler , l'Auteur refufe toutes les réponfes
qui ont été propofées contre les
moyens fur lefquels chacune des trois
preuves eft établie . La matiere eſt auſſi
confiderable que curieufe , & intereffante
pour toutes les grandes Maifons .Nous fommes
fâchez de ne pouvoir pas franchir les
bornes aufquelles nous fommes affujettis ,
pour entrer là-deffus dans quelque déteil .
Par la mort de M. le Cardinal de
Noailles, Archevêque de Paris , la dignité
de Provifeur de Sorbonne eft devenue vacante.
Depuis la fondation du College de
Sorbonne faite en 1248. par Robert Sorbon
, Confeffeur du Roi S. Louis , cette
dignité de Provifeur de Sorbonne a été
remplie par des perfonnes des plus qualifiées
dans l'Eglife & dans l'Etat . Le pre-
2. vol.
mier
JUIN. 1729 1447
mier Provifeur fut Guillaume de Montmorenci
, en 1274. On compte parmi
les Provifeurs trois Princes de la maifon
de Bourbon , Louis Cardinal Dubellay ,
Charles , Cardinal de Lorraine , Nicolas ,
Cardinal de Pellevé , Pierre & Henri ,
Cardinaux de Gondi , Evêques de Paris ,
Armand Jean Cardinal de Richelieu ,
Alphonfe fon frere, Cardinal Archevêque
de Lyon , Julles , Cardinal Mazarin
Hardouin de Perefixe de Beaumont , Archevêque
de Paris , François de Harlay
de Chanvallon , Archevêque de Paris ,
Charles Maurice le Tellier , Archevêque
de Reims , & enfin Louis Antoine , Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris ,
nommé Provifeur au mois de Fevrier
1710. & décedé le 4. Mai de cette année
1729.
Quand la dignité de Provifeur eft vacante
, la Maifon de Sorbonne s'affemble
extraordinairement pour proceder à une
nouvelle élection . Dans cette Affemblée
préliminaire , où le Prieur de la Maiſon
préfide , tous ceux qui compofent la Societé
de Sorbonne , tant Docteurs que Bacheliers
, ont voix de fuffrage . On indique
le jour de l'élection ; on y lit la
-Bulle du Pape Clement IV. portant réglement
de tout ce qui eft à obſerver par
Provifeur , quelles font les fonctions , fes
le
2. vol.
prérogatives
1448 MERCURE DE FRANCE.
prérogatives. Cette Affemblée préliminaire
le tint le Mercredi 1 3 ° Mai dernier , & on
indiqua le jour de l'élection pour le Samedi
28e du même mois.
>
Et ledit jour Samedi 28 Mai , l'Affemblée
pour l'élection d'un Provifeur ſe tint
dans l'Eglife de Sorbonne , ſous le dôme ;
elle étoit compofée de cinquante - deux
Docteurs, tant de la Societé que de l'Hofpitalité
, y compris M M. les Evêques
d'Evreux , de S. Omer , & de S. Bricu
ceux qui n'ont pas actuellement obtenu le
degré de Docteur n'y font pas admis. M
Lullier , Senieur de Sorbonne , cy -devant
Curé de S. Louis dans l'ifle , y préſida ,
felon la coûtume. La Cérémonie commença
par la Meffe du S. Elprit , & enfuite
Mr le Senieur ouvrit l'Affemblée par
un Difcours où il parla de la dignité de
Provifeur de Sorbonne , & des grands
hommes qui avoient occupé cette place';
il finit par l'éloge de M le Cardinal de
Noailles, dernier Proviſeur ; de la pieté envers
Dieu , de fa charité envers les pauvres
, de fa liberalité pour la réparation &
décoration de l'Eglife métropolitaine , de
fon application à gouverner fon Diocèfe
de la protection qu'il avoit toujours donné
à la Maifon de Sorbonne , & demanda
enfuite que chacun dit fon avis pour
l'élection d'un nouveau Proviſeur.
2. val.
M*
JUIN. 1729 1449
·
Me l'Evêque d'Evreux , premier opinant
, donna fon fuffrage pour M. le Cardinal
de Fleury , ci devant Evêque de
Frejus , & Précepteur du Roy , dont il fit
un magnifique éloge , fur fon application
aux importantes affaires du Gouvernement
, fon affection pour procurer le bien
public , la felicité des peuples , la paix
dans l'Eglife , dans l'Etat , & dans toute
T'Europe , & que par la protection qu'il
avoit déja donnée en differentes occafions
à la Maifon de Sorbonne , on pouvoit le
regarder comme un autre Cardinal de Richelieu.
M M. les Evêques de S. Omer &
de S. Brieu & tous les autres Docteurs
opinerent enfuite & entrerent dans le même
fentiment , chacun faifant éloge de fon
Eminence , & témoignant une joye particuliere
de l'avoir pour, Proviſeur.
M. le Senieur conclut , fuivant l'unanimité
des fuffrages ; & ayant repris en peu
de mots une partie de ces éloges , déclara
que M. André Hercules Cardinal de Fleury
, Miniftre d'Etat , étoit Proviſeur de
Sorbonne .
· ·
L'Affemblée pria M. le Senieur d'écrire
cette Election à fon Eminence, & de la fuplier
de la part de la Maifon d'accepter
cette qualité de Provifeur ; & M.le Senieur ,
pour le conformer à ces intentions , fe donna
l'honneur d'écrire à l'inftant à fon Emi-
525 vol,
nence ,
1450 MERCURE DE FRANCE .
nence , & lui envoya la conclufion conte
nant l'Election . M. Courcault , Procureur
de la Maiſon de Sorbonne , & M. Machet
Principal du College du Pleffis - Sorbonne ,
qui fe tranfporterent à Compiegne où
étoit la Cour , rendirent à fon Eminence
cette lettre avec la conclufion . Mr le Cardinal
reçut ces Meffieurs avec bonté , fe
rendit aux voeux de la Maiſon , & fit l'honneur
à Mr le Senieur de lui faire la réponſe
ſuivante.
LETTRE du Cardinal de Fleury ;
écrite de Compiegne le 29. Mai 1729 .
à M. Leullier, Senieur de Sorbonne .
O
N ne peut être plus touché
.que je le fuis , Monfieur
, de l'honneur
que
m'a fait la Maiſon
de Sorbonne
, en me
choififfant
pour
fon Proviſeur
, & l'una- nimité
des fuffrages
, fans que j'euffe
jamais fongé
à remplir
une place
fi diftinguée
,
ajoute
encore
un degré
de fenfibilité
pour
cette
marque
d'eftime
& de confideration qu'une
Compagnie
auffi
illuftre
a bien
voulu
me donner
. Elle a dans le nombre de ceux
qui la compofent
, des perſonnes
fi refpectables
par
toutes
fortes
d'en- droits
, que fon choix
eut été encore
plus
approuvé
, s'il fut tombé
fur quelqu'un d'eux
. Si j'avois
pû prévoir
l'honneur
2.vol. qu'elle
JUIN. 1729. 1451
qu'elle vouloit me faire , je vous aurois
fupplié inftamment de jetter les yeux fur
quelqu'un plus capable que moi de répon
dre à vos veues , & plus en état de fe trou
ver quelquefois à vos Affemblées. Je m'en
ferois un plaifir fingulier pour l'utilité que
je pourrois en tirer , & pour l'eftime particuliere
que j'ai pour une Maiſon qui honore
fi fort la Faculté , & j'ole même dire
le Royaume. Si mes occupations me privent
de cet avantage , je vous prie d'affurer
tous vos Meffieurs que fi je n'ai pas
tous les talens que demanderoit une telle
place , je tâcherai du moins de m'en rendre
digne par le zele que j'aurai pour tout
ce qui regarde fes interêts , & par toute
l'envie poffible de lui être utile. Je m'en
remets à vous ,
Monfieur , pour témoi
gner à tous vos Meffieurs ma parfaite reconnoiffance
, & pour les affurer des fentimens
diftingués avec lefquels je fais pro
feffion de les honorer.
e
Le Mercredi 15 de ce mois , les dix
anciens Docteurs de la Maiſon de Sorbonne
, allerent à Verſailles où la Cour
étoit revenue avec M M. les Evêques de
S. Omer & de S. Brieu , pour remercier
S. E. de la bonté qu'elle avoit eu d'ac
cepter ce titre de Provifeur . M. le Senieur,
fit à S. E. le Difcours fuivant.
2. vol. MON
1451 MERCURE DE FRANCE.
MONSEIGE ONSEIGNEUR ,
Penetrez de la plus vive reconnoiffance
de ce qu'il vous a plû accepter la place
que nous avons pris la liberté d'offrir à
vôtre Eminence , nous nous prefentons
devant elle pour lui en rendre de trèshumbles
actions de grace.
Les plus grands hommes de l'Eglife &
de l'Etat , n'ont pas crû , il eft vrai , ce
titre au deffous d'eux . Ils s'en font même
fait honneur , & cette Dignité reçoit en
vous , Monfeigneur , un nouvel éclat par
le haut rang auquel le choix éclairé & le
fage difcernement du Roy vous ont elevé.
Succeffeur du grand Armand de Richelieu
dans le plusimportant des minifteres,
vous imités cet illuftre Cardinal dans fon
amour & la bienveillance pour les Hommes
de Lettres , & particulierement pour
la Maifon de Sorbonne , qui confacre
fes veilles à la plus fublime de toutes les
Sciences , & à conferver la pureté de la
foy & de la doctrine . Quelle protection
n'a-t'elle déja point reçûe de vôtre Eminence
, & n'a- t'elle pas lieu d'en attendre
dans la fuite pour le maintien ferme &
exact de fon ancienne difcipline , & de
cette noble fimplicité qu'elle a reçûe de
Les ancêtres !
2. vol. Mais
JUIN. 1729. 1453
Mais vos veuës ne fe bornent pas aux
avantages particuliers d'une Compagnie
qui a le bonheur de vous avoir pour fon
Chef ; elles font plus étendues ; vôtre
grand objet eft le bien public , la felicité
des Peuples , la tranquillité des Nations
l'affermiffement de la paix dans l'Europe ,
l'extinction de ces divifions qui affligent
l'Eglife , l'union des coeurs & des efprits
dans une même créance : ce font là les
veues que vous vous propofées , Monfeigneur
, & ce feront les fruits que nous recueillerons
de vôtre fage adminiſtration ,
& de ces grands principes de Religion , de
juftice , de bonté & de moderation que
vous avez infpirez à notre Monarque dans
fon âge le plus tendre,préfage certain d'un
des plus heureux , & des plus glorieux
Regnes qui fut jamais
Qu'il eft beau , Monfeigneur , de vous
être attiré la confiance des puiffances
étrangeres, & de les voir fe repofer de leurs
interêts fur la droiture & l'integrité de
votre Eminence ! qu'il eft grand de donner
aux Miniftres à venir des exemples
d'un défintereffement fi rare , & de ne
vouloir d'autre recompenfe de tout le bien
que vous faites , que la gloire , le plaifir
& la joie de rendre les hommes heureux .
Pour nous , Monfeigneur , pendant que
toute l'Europe retentira de vos éloges ,
2. vol.
1. que
1454 MERCURE DE FRANCE.
que les Peuples vous combleront de bence
dictions , nous nous contenterons d'admirer
en filence toutes ces merveilles
den benir l'Auteur de tout don parfait ,
d'offrir à Dieu les voeux les plus ardens ,
pour qu'il multiplie toujours en vous les
richeffes de fa grace , & qu'il prolonge des
jours fi utiles pour la gloire de l'Etat &
de l'Eglife.
Ce Difcours fut reçu agréablement de
S. E. & applaudi de plufieurs perfonnes de
la Cour prefentes à la Cérémonie . S. E.
répondit d'une maniere très - obligeante
pour toute la Maifon en general , & pour
tous les particuliers, furtout pour ceux qui
étoient prefens. Il leur fit l'honneur de les
retenir à dîner ; après quoi ils s'en retournerent
très fatisfaits de l'accueil gracieux
qui leur avoit été fait .
Le 27. du même mois , fe font tranfportés
en Sorbonne M M. Louis Benet ,
Profeffeur de Philofophie au College de
Beauvais , Recteur de l'Univerfité , revêtu
de Robbe & Soutanne violettes & chaperon
fouré ; l'Abbé de la Croix, Docteur
de la Faculté de Théologie & Archidiacre
de Paris , revêtu de Soutanne d'écarlate &
Robbe violette , l'Abbé Bauyn , Docteur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
Chancelier de l'Eglife & Univerfité de
Paris revêtu de Soutanne & Robbe ›
2. vol.
violette
;
JUIN
1729. 1455
"1
violette ; le Doyen de la Faculté de Théologie
, M Nicolas Cordelier , qui étant
malade , fut reprefenté par M. Leonor
de Romigny , Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , & Syndic de la Faculté
de Théologie ; les Doyens des Facultés
de Droit & de Médecine , les Pro
cureurs des quatre Nations , de France ,
de Picardie , de Normandie & d'Allemagne
, qui furent conduits dans la Salle
interieure de la Maiſon de Sorbonne , où
étant , M. Nicolas Bonaventure Thierry ,
Docteur de la Maifon & Societé de Sorbonne
& Profeffeur de Théologie , adreffant
la parole au Recteur , fit voir la grande
perte que la Maifon de Sorbonne avoit
faite en la perfonne de M. le Cardinal de
Noailles , d'un Proviſeur qui lui étoit fort
affectionné ; mais que cette perte venoit
d'être reparée heareufement par l'élection
de M. le Cardinal de Fleury , dont il fit
l'éloge , auffi bien que de M. le Cardinal
de Noailles. Ce Difcours fini, M. le Recteur
loua beaucoup la fageffe & la prudence
de la Maifon de Sorbonne , dont la
conduite fait tant d'honneur à l'Univerfité
, d'avoir choisi un Provifeur fi diftinguépar
toutes les grandes vertus , protectear
des hommes de lettres , & de l'Uni-.
verfité ; qui travaille fi utilement pour
paix de l'Europe , & pour affermir la tranla
2. vol.
I ij quilité
1456 MERCURE DE FRANCE .
quilité publique . M M. l'Archidiacre de
Paris & le Chancelier , les Doyens des
Facultés & les Procureurs des Nations ,
s'expliquerent fur le même fujet , & tous
avec beaucoup de dignité. M. le Recteur
termina la Cérémonie en confirmant
l'Election qui avoit été faite.
,
›
Dans les Cérémonies précedentes qui
fe font faites pour la confirmation des
Elections des Provifcurs de Sorbonne , il
ya eu de temps immémorial des conteftations
pour la préfidence entre le Recteur
de l'Univerfité & l'Archidiacre de Paris ,
chacun prétendant avoir le pas . & préfider
à cette Affemblée ; mais pour ne point
apporter de trouble dans cette Cérémonie
& par refpect pour M. le Cardinal de
Fleury , dont il s'agiffoit alors , l'Archidiacre
& le Recteur convintent ensemble
de mettre en fureté leurs conteftations
réciproques par une proteftation préalable.
L'Archidiacre commença donc à lire
un Acte dreffé , par lequel il expliqua le
droit qu'il prétendoit avoir de préfider ,
fondé fur ce que dans la Bulle du Pape
Clement IV. de l'an 1 269. portant réglement
pour l'Election & fonction du Provifeur
de Sorbonne , l'Archidiacre étoit
nommé devant le Recteur de l'Univerfité
&c que d'ailleurs un Corps Eccléfiaftique
comme l'Eglife Métropolitaine de Paris ,
2. vol.
devoir
JUIN 1729. 14.57
devoit préceder un Corps purement Latc
comme eft l'Univerfité , d'où il concluoit
que l'Archidiacre devoit avoir le pas devant
le Recteur ; néanmoins que pour le
bien de la paix , & pour ne point troubler
la Cérémonie par refpect pour M. le Cardinal
de Fleury , il permettoit pour cette
fois feulement ,& fans tirer à confequence,
que la parole fut adreffée au Recteur comme
Préfident. Après quoi le Récteur fit
lire par le Greffier de l'Univerfité une proteftation
contraire , & foutint qu'il étoit en
poffeffion immémoriale de préfider , étant
le Chef de l'Univerfité , fur tout dans une
Cérémonie qui fe fait dans un College de
Univerfité que l'Argument tiré de la
Bulle de Clement I V. ne prouvoit rien ,
parce que les perfonnes qui y font nommées
pour la confirmation de l'Election ,
ne font pas mifes felon leur ordre & dignité
, que d'ailleurs c'est au Roi feul à regler
les rangs & les Dignités de fon Royaume,
& qu'il n'eft jamais arrivé que l'Archidiacre
de Paris ait pris le pas fur le
Recteur par ces proteftations recipro
ques qui fe firent avec beaucoup de civilité
, la Cérémonie fe paffa tranquillement
& les droits des parties demeurerent en
leur entier. f
La Maifon & Societé Royale de Navarre
, s'étant adreffée au Roi pour lui
I iij demander
2. vol.
•
1458 MERCURE DE FRANCE .
demander qu'il lui plut , fuivant fon droit,
de nommer un Superieur de cette Maiſon,
à la place du feu Cardinal de Noailles , Sa
Majesté a nommé le Cardinal de Fleury .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Or
leans le 31. Mai dernier , fur la Fête
d'un Saint nouvellement canonife , &c.
MRS
que ,
Rs Dragon , Seigneur de Roncy
cy , Obert de Laffus , d'Haffrengues
de la Brique , & d'Haftrengues de Lannoy ,
principaux Officiers de la Nation Germa
établie en l'Univerfité d'Orleans
pour la Faculté de Droit , firent celebrer
folemnellement le 16. Mai dernier , dans
'Eglife Collegiale de S. Pierre Empont ,
la Fête de S. Jean de Nepomuck, Prêtre ,
Chanoine & Grand - Penitencier de l'Eglife
de Prague en Bohëme , Patron de cetteNation
, lequel a été canonilé le 19. Mars de
cette année. M. l'Evêque d'Orleans officia
pontificalement à cette Cérémonie , à laquelle
affifterent M. le Recteur , les Pro
feffeurs , les Docteurs aggrégez de l'Univerfité
, &c . en Robbes rouges , ce qui
attira un grand Concours à cette Eglife ,
qui étoit parfaitement bien décorée avec
une grande illumination : les Officiers de
la Nation Germanique fe font fort diftinguez
dans cette folemnité.
2. vol.
BENEFICES
JUIN. 17297 1459
BENEFICES DONNEZ.
parle Roi le 30. Juin 1729 .
Evêché de Montauban , vacant par
la démiffion de M. d'Hauffonville de
Vaubecourt , à M. l'Abbé de Verthamont
, Docteur de Sorbonne , Grand-
Vicaire de la Cathedrale de Limoges .
、
Le Prieuré commandataire Conventuel
& Electif de Reuguy , Ordre de S. Au -`
guftin , Diocéfe de Clermont , vacant
par le decès de M. Dardan , à M. de Chabron
, Prêtre du Dioceſe du Puy.
L'Abbaïe Commandataire de Blanche
Couronne , Ordre de S. Benoît , Diocéle
de Nantes , vacante par le mariage de
M. de Bethune d'Orval , au St Bertrand
de Langle , Prêtre du Diocéfe de Rennes.
L'Abbaie de Blefle , Ordre de S. Benoît
, Diocéfe de S. Flour , vacante par
le decès de la D. de Chavagnac , à la
D. Dubos , Religieufe de cette Abbaïe.
L'Abbare du Reconfort , Ordre de Citeaux
, Diocéfe d'Autun , vacante par la
démiffion de Mme d'Estampes , à Mme de
Saumeri , Religieufe de cette Abbaïe .
2. vol.
Liiij DIS1460
MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife, le Jeudi 30 Juin 1729 .
à la Reception de M. l'Abbé Sallier.
A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard in- 4 °.
M
R. l'Abbé Salier , Garde de la Bibliotheque
du Roi , aïant été éû
par M M. de l'Académie Françoiſe , à la
place de feu M. de la Loubere , comme
nous l'avons déja dit , commença ainfi
fon Difcours .
MESSIEURS ,
J'avois borné mes voeux & mes efperances
, à jouir d'une tranquille obſcurité ,
lorfque vous daignâtes la premiere fois
jetter fur moi quelques- uns de ces regards
, qui fuffisent pour illuftrer la vie
d'un Homme de Lettres . Que ne puis je
vous décrire l'impreffion qu'ils firent fur
mon ame ? J'y fentis naître tout à coup
des inquiétudes , des defirs , & mille autres
mouvemens qui me découvrirent
bientôt à moi même une ambition déméfurée
de m'élever jufqu'à vous ; je fis de
vains efforts pour la combattre , il fallut
lui ceder, & l'amour propre d'autant plus
hardi à former des projets , qu'il eft plus
ingenieux à les juftifier , me perfuada que
2. vol.
je
JUIN
. 1729.
1461
je pouvois me préfenter à vous , fous un
point de vûë capable de fuppléer tous les
Titres qui déterminent ordinairement vos
Suffrages .
Le nouvel Académicien parle enfuite
de l'Académie Roïale des Belles - Lettres ,
dont il eft Membre , & de la Bibliotheque
du Roi , d'où il prend occafion de parler
dignement de LOUIS LE GRAND.
Vient enfuite l'Eloge du Cardinal de Richelieu
, celui du Chancelier Seguier ,
& reprenant l'Eloge de LOUIS XIV.
il paffe à celui de Louis XV. Tandis
que par les ordres , dit - il , des hommes
choifis * paffent d'une partie du monde à
Pautre , pour recueillir foigneulement ce
qui aura échapé aux premieres recherches
, il veut que tous les Arts concourent
à l'envi à faire de fa Bibliotheque
un Palais , dont toutes les Parties annon
cent le goût du Prince , & la Majesté de
fon Empire.Les Lettres font donc affurées
de trouver en lui , pourfuit M. l'Abbé Salier
, tout l'amour dont les a honorées,
LOUIS LE GRAND , & pour vous , Meffieurs
, quel bonheur d'avoir à celebrer
la même droiture , le même zele pour la
Religion , la même bonté pour les Peuples
! nous goûtons déja le fruit de ces
vertus nourries & fortifiées par l'étude
* Meffieurs Sevin & Fourmont .
2. vel.
des I v
1462 MERCURE DE FRANCE .
des préceptes du Maître des Rois , & par
celles des maximes qui ont conduit les
Princes les plus religieux. Le précieux
Recueil des fages inftructions qu'il a reçuës
, depofé dans fa Bibliotheque , perpetuera
le fouvenir d'un illuftre Prélat ,
dont la main habile a cultivé un fi beau
naturel.
Si c'est une maxime reçûë , que les
Peuples ne font heureux que fous le Regne
des Princes fages , ou lorfque des Sages
gouvernent fous l'autorité des Princes
, quelle eft , Meffieurs , notre felicité
! Un Roi fage gouverne , & un Sage
gouverne fous l'autorité du Roi ; car il
n'appartient qu'au vrai Sage d'être plus
touché du feul merite de faire le bien ,
que de tout l'honneur qui en peut revenir ,
de préferer les devoirs penibles du Miniftere
aux Titres pompeux qui le décorent ;
enfin de ne laiffer d'autres monumens de
fon élevation que ceux qui tournent uniquement
à lagloire du Prince , & au bonheur
de fes Sujets.
2
L'éloquent Académicien ne laiſſe rien
à defirer fur l'Eloge de celui dont il remplit
la place , & toujours attaché à l'unité
de fon deffein , & d'un ſtile fage &
convenable à fon état , fans chercher ces
graces frivoles qui gâtent aujourd'hui
PEloquence françoife , il termine ainli
fon Difcours
. Tout
JUIN. 1729. 1463
Tout ce qui me refte à fouhaiter ,
Meffieurs , c'est que fuccedant à la place
de M. de la Loubere , je puiffe fucceder
de même à quelques- uns des titres qui
vous le rendoient fi eftimable & fi cher.
Mais que ne dois - je pas efperer de cette
communication de connoiffances où vous
m'admettez ? J'en ai déja , j'ofe le dire ,
fenti toute l'utilité , depuis que j'ai le
bonheur de travailler fous les yeux d'un
de vos plus illuftres Confreres , qui femble
né pour la gloire des Sciences , &
-qui par fon zele & par fes lumieres
Coucourt avec tanr de fuccés à l'augmentation
& à l'embelliffement de la Bibliotheque
du Roi.
Après que M. l'Abbé Sallier eut prononcé
fon Difcours , M.Mirabaud , Chancelier
de l'Académie Françoife , répondit :
MONSIEUR ,
La grande réputation , que vous avez
dans les Lettres , eft ce qui a determiné
l'Académie en votre faveur ; c'eſt à la
voix publique qu'elle a conformé la
fienne ; fon choix fera parfaitement applaudi.
Une parfaite intelligence des Langues
fçavantes , une érudition profonde
& étendue , une vafte Litterature qui
embraffe également le facré & le profane ,
font des avantages dont une partiie fuffie
to vol,
J.vj. z roir
1464 MERCURE DE FRANCE.
roit pour juftifier notre choix : perfuadés
que vous les poffedez tous , pouvionsnous
, Monfieur , vous refufer nos fuffrages
?
Vos fçavans Ecrits décorent depuis
long- tems les Mémoires dont l'Académie
des Belles Lettres enrichit le Public . De
Curieufes & utiles Recherches foutenues
d'une Critique exacte , acompagnées de
Reflexions tolides , & ornées du ftile le
plus convenable au ferieux des matieres
que vous traitez ... Un homme toujours
occupé de ce qui peut procurer l'avantige
des Lettres , toujours attentif à repa
rer leurs pertes ; un homme à qui les
Males ont particulierement confié le toin
de leur gloire , a cru qu'il pouvoit fe repofer
fur vous d'une partie de fes travaux
; Juge éclairé du merite & des ta
lens , il vous a propofé , Monfieur , pour
remplir cette place , qui vous convenoit
fi pufaitement. Votre grande érudition
vous en renduit digne ; vous l'avez obte
.nue ....
C'est là qu'expofé au grand jour , votre
proford fçavoir a paru dans tout fon
éclat. Ce prodigieux amas de Volumes
qu'a raffemblé la magnificence de nos
Rois cer Ocean de Litterature qui vous
environne , ' n'effraïe point votre vuë par
fon immenfité. Vous connoiffez les dé
2. vola
Lours
JUIN. 1729. 1465
tours de ce Dédale dont la garde vous et
confiée , & les Tréfors qu'il renferme
dans fon fein , vous font également con.
nus. Tous ceux qu'attire dans ce vaſte
Edifice , ou l'envie de s'inftruire , ou la
curiofité , y trouvent en vous un guide
fidele , éclairé , officieux , prévenant
qui leur en indique les routes , & leur en
aplanit les difficultés
>
......
9
Dans la place que vous occupez ,
Monfieur les converfations fçavantes
qu'il faut être en état de foutenir, les queftions
fouvent difficiles aufquelles on et
obligé de répondre , les relations. qu'il
faut neceffairement entretenir avec tout
ce qu'il y a de plus habiles entre les Gens
de Lettres ; ces devoirs indifpentables de
votre place , deviendroient autant de fujets
de dégoût pour un homme dont les
lumieres feroient , je ne dis pas bornées ,
mais moins étendues que les vôtres .
Quelque douceur que la nature lui cut
mife dans l'efprit , il feroit difficile qu'étant
expofé fans ceffe à tant d'occalions.
qui découvriroient fon infuffifance , dans
des momens fi humilians pour lui , fon
humeur n'en fur quelquefois alrerée . Le
Public , Monfieur , le louë de vos manicres
toujours prévenantes à fon égard
toujours remplies d'une politeffe & d'une.
complaifance qui ne ſe démentent point.
mo vola CCS
1466 MERCURE DE FRANCE .
Ces qualités aimables ont leur fource ,
eft vrai , dans le fond de votre caractere ;
mais vous me permettrés d'en faire honneur
quelquefois à l'étendue de vos connoiffances.
-
La Poëfie , l'Eloquence , la beauté & les
graces du Difcours , les talens , en un mot,
paffent dans l'efprit de quelques uns',
pour être les feuls titres qui doivent donner
entrée à l'Académie Françoiſe. C'eſt
une erreur que dément affez la pratique
conftante de cette Compagnie depuis fon
établiffement .
3
Ceux que l'ignorance de nos ufages &
de notre maniere de penfer a prévenus de
cette fauffe opinion ,s'imaginent que toure
érudition nous eft inutile ; il leur plaît de
nous renfermer en d'étroites limites ; tout
ce qui ne concerne point la Langue , ils
le regardent comme étranger pour nous ,
ils l'excluent de notre reffort.
Il est vrai cependant qu'on étend notre
jurifdiction fur l'élegance & la beauté da
ftile ; on nous abandonne les agrémens
du langage , la jufteffe & le choix des
expreffions . Nous pouvons revêtir nos
penfées de ces tours ingenieux qui fçavent
également en augmenter la fineffe ,
ou en faire difparoître la fimplicité . Et
s'il en étoit parmi nous , qui fe tenant
même dans les bornes qu'on nous prek
2. vol.
crit,
JUIN. 1729 1467
crit , fçuffent néanmoins ufer dans toute
leur étendue des droits qu'on nous laiffe;
qui par des tours heureux , des expreffions
choilies , fçuffent donner à leurs
Ecrits , fur des Ouvrages plus folides.
cet avantage fi reconnu que les Graces
ont fur la beauté. S'il s'en trouvoit de tels
parmi nous ,
dre de leur partage .
•
ils ne devroient pas fe plain-
Si nous avons été embaraffé dans l'Extrait
du premier Diſcours,pour ne pas trop nous
étendre , & cependant en donner une idée
juste à nos Lecteurs , fans faire trop perdre
aux morceaux les plus précieux qu'on
peut choifir , notre embarras n'eft pas
moindre fur le choix qu'on peut faire
dans le Difcours de M. Mirabaud , où l'élegance
& la folidité regnent également.
On ne fera pas fâché de trouver ici ce
qu'il ajoûte pour combattre la fauffe opinion
où l'on eft fur la capacité des Académiciens
, dont je ne fais pas ici l'éloge ,
dit -il , mais je dois les juftifier.
Oui , Monfieur , pourſuit- il , l'érudition,
je la mets à la tête , les talens , l'efprit
le goût , une exacte & fine connoiffance
de la Langue , tous ces titres peuvent
également donner entrée à l'Académie ;
tous ces titres y font admis & l'ont toûjours
été. La Nature & l'Art , le génie
& l'étude , la fcience & les talens doivent
2. vol.
concouri
1458 MERCURE DE FRANCE
concourir enfemble à une même fin , &
fe prêter un fecours mutuel . Quel avantage
ne reviendroit il point aux Lettres
de cette union , fi elle étoit parfaite ? Que
ne réfulteroit - il point de cer affemblage ,
fi l'idée que nous nous en formons , pouvoit
être pleinement remplie ? Semblable
à ces Legions qui porterent fi loin la gloire
de Rome , quoique les Soldats en fuffent
differemment armez; l'Académie doit être "
compofée de Sujets animez d'un même
efprit , confpirant tous à un même deffein :
la difference de leurs Armes , n'en doit
point mettre dans leur courage ni dans
Teurs efforts ; un noble zefe pour la gloire
des Mafes , eft l'efprit qui doit les animer
& leur Patrie eft l'Empire des Lettres .
Après l'Eloge de vi . de la Loubere ,
auquel il ne manque aucun trait pour
embellir fon Portrait , ce Difcours finit
ainf.
Affidu à nos Affemblées, vous goûterez
avec nous cette heureufe tranquillité dont
jouiffent aujourd'hui les Mules Françoifes
; leur bonheur ne peut plus s'accroître,
tous leurs voeux fe bornent à en demander
la dure. Partageant le zele qu'a cere
Compagnie pour l'augufte Perfonne de
fon Protecteur , vous nous ai erez à celebrer
un Regne nouveau pour la France;
un Gouvernement que la paix & la juftice
2. vol.
étroiJUIN
1729.
1469
étroitement unies , confpirent à rendre aimable
; un Regne paifible , que non - feulement
les François n'ont point encore
vù , mais même dont vos connoiffances ,
quelque étendues qu'elles foient , vous fourniroient
peu d'exemples chez les autres
Peuples. Puiffiez - vous , Monfieur , le celebrer
long temps; puiffiez - vous atteindre
dans ce doux exercice , les années de votre
Predeceffeur.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , MARIAGES.
Ame Catherine- Agnès de Levis ,
Depoufe de Louis Fouquet , Marquis
de Belie Ifle , mourut le 12. âgée d'environ
69. ans.
Le 16. Juin , Dame Antoinette- Marie
de Loynes , veuve de Louis de Lubert ,
Confeiller du Roi , Tréforier General de
la, Marine , mourut , âgée de 86. ans.
Le même jour , Dile Marie - Monique
de Vergés , veuve de Pierre Dulivier ,
. Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , Gouverneur
de Pontichery .
Dame Marguerite- Elifabeth Trudaine ,
Epoufe de M. Anne-Cefar François de
Paris de la Broffe , Chevalier , Marquis
de Ponceaux , Seigneur de Camp- Remy ,
&c. Confeiller du Roy en la Cour de Par-
2. vol.
lement
1470 MERCURE DE FRANCE.
lement , & reçû en furvivance Prefident
en la Chambre dés Comptes , mourut le
24. Juin , âgée de 27. ans.
Dame Anne- Elifabeth Paignon , Epoufe
de M. Charles - Hugues Baillor , de Villechavant
, Confeiller du Roi , Maître Ofdinaire
en la Chambre des Comptes , mou .
rut le 27. Juin , âgée de 29. ans .
Le 28 , Dame Marie - Louife de Chuberé,
Epoufe de M. Jean- Baptifte - Augufte le
Rebours , Chevalier , Seigneur de Saint
Mard-fur-le- Mont , Confeiller au Parlement
, âgée d'environ 36. ans.
Le Mariage du Marquis de Conflans
avec Madle de Pontchartrain , fille du
Comte de Pontchartrain , & foeur du
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , fut celebré le 12. May
à Pontchartrain. Grand nombre de Seigneurs
& de Dames du premier rang ont
affifté à la Celébration de ce Mariage.
Armand de Bethune d'Orval , ci devant
'Abbé de Senanques , &c. après avoir
quitté l'Etat Eccefiaftique , & s'être dé
mis de fes Benefices , époufa le 14. de ce
mois D. N. de Sernieres de Vaftan
fille de N. Aubery , Marquis de Vaſtan ,
& de D. Magdelaine le Bailleul.
Robert de Pierrepont, Chevalier , Marquis
de Pierrepont , Baron de Lievray ,
Seigneur Patron de S. Nicolas de Pierre-
2. vol.
pont,
JUIN. 1729 . 1471
pont , Efcolleville , Baudreville , Ourville ,
Beauchamp , &c. fils de Jacques Alexandre
de Pierrepont , & de Dame Catherine
du Fay de Vergetot , époufa le 2. Juin
D. Anne-Victoire de S. Chamans , fille
du feu Comte de S. Chamans , Chevalier,
Marquis de Mery , Seigneur de Merielle,
de Saucourt , de Montubois , & c . & de
Dame Bonne de Chatelus , foeur du
Comte de Chatelus , gendre de M. le
Chancelier. Par un Mémoire qui a été
communiqué à l'occafion de ce Mariage
, on voit que la Maifon de Pierrepont
eft établie en Baffe- Normandie dès le tems
de Raoul,premier Duc de Normandie , &
que dès ce même tems il y a une Terre de
ce nom érigée en plein Fief de Hautbert ,
&c. que poffede M. le Marquis de Pierrepont.
Il eft neveu & heritier de feu M.de
Pierrepont , Lieutenant des Gardes du
Corps , Gouverneur de l'Ile de Rhé , &
de feu M.de Pierrepont , Seigneur de Beauchamp
, &c. Il eft auffi neveu & heritier
du côté maternel du Marquis de Vergetot,
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Ce Memoire apprend auffi que le Marquis
de Pierrepont , qui vient de fe marier ,
refte feul de fa Maifon en France . Il y en
a une branche en Angleterre , connuë fous
le nom des Ducs de Kingſton , dont un
Cadet commença l'établiffement en 1066.
2. vol.
dans
1472 MERCURE DE FRANCE .
dans le temps que les Normans conquirent
P'Angleterre fous le fameux Duc Guillau
me. Kingston eft une petite Ville fur la
Tamile , affez près de Londres .
La Maifon de S. Chamans eft originaire
de la Province de Limoulin , où eft la Terre
de ce nom. Le feu Comte de S. Chamans
, pere de la nouvelle Marquife de
Pierrepont , eft l'Aîné de cette Maifon.
Cette Dame eft niece du Marquis de Saint
Chamans , Lieutenant des Gardes dù
Corps , Maréchal des Camps & Armées
du Roi . La branche Aînée dont on
vient de parler , s'établit dans l'Ile de
France par l'acquifition que fit du Marquifat
de Mery , Antoine de S. Chamans ,
Baron de Pèché , & c . Lieutenant General
des Armées du Roi , Gouverneur de Guife.
Le 19 M. le Beuf , Ecuyer , Confeiller
Secretaire du Roi , époufa Made Durand,
fille unique de M. Durand , Ecuyer , Con
feiller du Roy , Tréforier General des Ligues
Suiffes.La Cerémonie du Mariage fut
faite dans la Chapelle de l'Hôtel de Châ
tillon , par M. l'Abbé le Beuf, Aumônier
du Roy.
THEQUE
vol.
LYO
ARJUIN.
172:9. 1473
ARRESTS , DECLARATION.
RREST du 8. Fevrier , qui condamne
Ales Sieurs Brigeon , Tennelon or Route
feau , Procureur au Chaftelet , aux rapports
de droits de Prefentations , Controlle d'icelles,
& chacun en 300. liv . d'amende pour avoir
occupé fur differentes Affignations fans s'être
prefentez ; declare nulles toutes les Procedures
faites fur lefdites Affignations ; deffend aux
Parties de s'en fervir à peine de faux , & condamne
lefdits. Brigeon , Rouffe au & Tenneffon
aux dommages & interêts des Parties réfultans
de la nullité des Procedures.
Fait deffenfes aux Procureurs des Cours &
Jurifdictions du Royaume de faire Procedures
für aucunes Affignations, fans s'ê re prefentez
au Greffe des Prefentations, & à tous Greffiers
de délivrer aucuns Arrefts ou Sentences fans y
faire mention de la datte de la Prefentation
fous les peines cy - deffus & d'interdiction.
DECLARATION du Roi, portant fuppreffion
des Droits qui fe perçoivent aux Entrées
de Paris , fur les Oeufs , Beurres , Fromages.
Donnée à Versailles le 22. Mars 1729. Regiftrée
en Parlement le 25. Avril .
-1
" ARREST de la Cour de Parlement , du 28.
Mars , qui condamne Jofeph Pinard , Blafphémateur
, à faire amende honorable , nud
en chemife , la Corde au col , la Torche au
poing à avoir la langue percée d'un Fer
chaud , & aux Galeres .
2. vol.
ARREST
1474 MERCURE DE FRANCE.
ARREST de la Cour du Parlement du 30 .
Avril , concernant les Marchands Merciers
Quincailliers & autres , faifant trafic & débit
de Poudre à Canon , Fufées volantes & autres
Artifices , par lequel la Cour ordonne que
toutes perfonnes , tant Marchands Merciers
Quincailliers , qu'autres , faiſant trafic & dé-,
bit de Poudre à Canon , Fuſées volantes &
autres Artifices , même ceux qui ont des Commiffions
du Grand Maître & Capitaine General
de l'Artillerie de France , ou du Commiffaire
General fous fon autorité , feront tenus
de fe loger & fe retirer dans trois mois pour
tout délai hors des Limites de la Ville de Paris,
& dans des maifons des Fauxbourgs ifolées.
Fait pareillement inhibition & défenfes à tous
Proprietaires , Engagiftes ou principaux Locataires
, de louer leurfdites maifons , échopes
ou boutiques dans les Limites de la Ville,
à des Marchands faifant trafic public & ordinaire
defdites Poudres à Canon , Fufées volantes
& Artifices à peine contre chacun
d'eux de trois mille livres d'amende , & c ,
ARREST de la Cour du Parlement du 16.
Mai , portant condamnation contre Françoife
Fournier , d'étre battue & fuftigée nue
de verges , étant coeffée d'un chapeau de
paille , fêtrie d'un fer chaud & Banniffement
pour cinq ans , convaincuë de Maquerellage
public ; & contre Marie Claude Duval &
Barbe Genet , d'être enfermées dans la Maiſon
de force de l'Hôpital General pendant un an.
On donnera dans le prochain Mercure l'explication
des Enigmes & Logogrifes des deux
Volumes de Juin,
25 volat
TABLE
*
TABLE .
•
Pleces
leces Fugitives. Defcente d'Orphée aux
Enfers , Ode ,
12641
Suite de l'Examen de quelques Manufcrits fur
fainte Marie Magdeleine &c.
Sonnet en Bouts - Rimez ,
Conference fur la Mufique ,
Sonnet ,
12684
1280
12811
1289
Lettre de M. Coypel , au fujet de fon Tableau,
&c.
Bouts Rimez · Sonnet ,
1290
1297/
Réponſe fur laTranfmutation des Metaux , 1298
Qde ,
Baptême d'un Sauvage ,
1302
1305 .
Réponſe fur le Voyage de Rouen à Paris , 13131
Differtation fur l'Oedipe de Corneille & fur
celui de M. de Voltaire ,
Requête à la Reine ,
13159
1345
Lettre fur les Simpaties & les Antipaties, 1346
Epitre en Vers , de M. de Senecé , 1355.
Queftion; quelle eft la femme la plus malheureufe
, & c.
Enigmes & Logogryphes ,
1359
1360
Nouvelles Litteraires, & c. Nouveaux Mémoires
des Miffions de la Comp . de Jefus, 1363
Les Voeux de l'Europe , & c. 1370
Les Monumens de la Monarchie Franç. 1371
Odes qui ont été prefentées à l'Académie de
Marſeille ,
Bibliotheque Italique , &c.
1376
1378
Réponse aux Refléxions critiques fur le Livre
de l'Art de connoître & de parler . & c. 1388
Reflexions du P. D. L. M. fur un Article du :
Mercure de May ,
Chanfon nottée & c.
Spectacles Don Mico & Lefbine , & c.
1392
1400 .
1401
La nouvelle Colonie , Comedie nouvelle , 1405
2. vol.
La
1407
La Femme Juge & Partie , Lettre & Madri--
gal , & c.
Le Princeffe de la Chine, Opera Comique , 1408
Tragedie , Comedie & Ballet , fur la fanté du
Roi , 1419
1422
Nouvelle du Tems , de Turquie , Ruffie , Podogne
, Allemagne ,
D'Italie , Céremonie d'époufer la Mer par le
Doge de Venife , fon origine , &c.
Canonifation du B. Jean Nepomucêne ,
Nouvelles d'Espagne & d'Angleterre , 1436
Morts des Pays Etrangers ,
1426
1429
1449
France ,nouvelles de la Cour, de Paris , & c. 1442
Memoire pour L. P.Max. de Bethune, Maiſon,
Armes de Bethune , & c. 1445
Le Cardinal de Fleury Provifeur de Sorbonne ,
- & c.
Benefices donnez ,
1446
1459
Difcours prononcé à l'Acad , Françoiſe , 1460
Morts , Martages ,
Arrêts ,
1469
1473
Errata du Mercure de Juin , I. vol.
Page 1187. ligne s. l'Arabe , lifez l'Arabic. P. 1260. 1. derniere , les , 1. des.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PA , 13.7
›
P. 1322. 1. derniere , feroit , lifez fervit.
P. 133. 1. 2. perte , 1. Pefte.
P. 1342 1. . étoit
, l. s'étoit
.
P.1343.1 . premiere.connoiffant, connoiffance.
P. 1415.1. 4. nenons , tenons.
P. 1418. l. 20. tient , l . fait .
P. 1423.1. 13. Roi,, . Rey.
P. 1447. point , ôtez ce mot.
Lanson hasée dois regarder la page 1400
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MAY.
1729.
QUE
COLLIGIT
TARGIT
QUE
DE
Chez
A PARIS ,
IR
( GUILLAUME CAVELIER , më
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSÓT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la ruë de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais ,
à l'Ecu de France & à la Palme .
M. DC C. XXIX.
نم
Avec Approbation & Privilege du Rogi
1
La
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. à M. MOREAU ,
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
ageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ
AU RO
MAY. 1729
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LYON
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA FESTE DE COMUS;
'S
CANTAT E.
Ur les heureux débris des Cellules
antiques ,
Qui jadis fous leurs toits ruftiques , ·
Renfermoient des Mortels , à fouffrir condamnez
,
Des Jeux & des plaifirs , Ennemis obftinez ;
A ij
S'éleve
842 MERCURE DE FRANCE:
S'éleve un Pavillon * que l'Art & la Nature
Ont pris foin d'embellir de toute leur parure ,
Lieux charmans , aux plaiſirs aujourd'hui confacrez
,
Où Bacchus & l'Amour font fouvent honorez.
L'on y voit en tout temps éclore
Les dons de Pomone & de Flore ;
En tout temps le tendre Zéphir ,
Y fate de fa douce haleine
Cette vafte & fertile Plaine ,
Qui fous les yeux s'y vient offrir.
Là , Comus ordonnoit une fuperbe fête ;
Pour feconder fes doux deffeins ,
Il appelle l'Amour & le Dieu des Raifins.
L'un & l'autre déja s'apprête
A triompher dans ce feſtin ;
›
@es Dieux fiers , & jaloux de l'éclat de leur
gloire ,
Difputent entre eux la victoire ;
Bacchus verſe déja fon plus excellent vin,
Le Champagne brille ,
Il mouffe , il petille ;
Vienne offre les fruits ;
Le Terroir de Beaune ,
Ce Pavillon eft bâti ſur les raines d'un Hermitage.
Les
MAY. 17297 841
Les Côteaux du Rhône
Font couler leurs muids.
L'Amour voit les efforts du Dieu de la Vendange
,
Il s'en rit, & s'armant duCarquois qui le vange;
En vain Bacchus , dit - il , croit l'emporter fus
moi :
Tout doit en cette Fête obéir à ma loy.
N'y vois- je pas briller l'aimable Phocéene *
Qui , fléchiflant fous une tendre chaîne ,
Et d'un feu pur brûlant jadis ,
Vint fur les bords du Rhône en recevoir le prix
Sur elle du foin de ma gloire ,
Je puis me remettre en ces lieux ;
Mais pour affurer ma victoire ,
Je veux me cacher dans ſes yeux.
Je vaincrai les plus infenfibles ;
Son efprit plus fort que mes traits .
Les conduifant par fes attraits ,
Les rendra bien-tôt invincibles.
Comus craint de ces Dieux le funefte courroux
:
Arrêtez, leur dit-il , quoi ! toujours entre vous
La Marquise de G, née à Marseille.
A iij Ver$
44 MERCURE DE FRANCE
Verrai- je regner la colere
Le noir dépit , l'envie amere ?
Quand je vous appelle en ces lieux
Ce n'eſt pas pour vous voir faire des malheu
reux.
Grands Dieux ! uniffez vous aujourd'hui pour
me plaire ,
Rendez mes Convives joyeux.
Sans Bacchus, l'Amour à peu de charmes,
Bacchus feul peut calmer fes allarmes ;
Tes attraits les plus touchants, Bacchus !
Ne font rien fans le fils de Venus.
Vos plaifirs en feront plus durables ;
Dieux charmans , triomphez tour- à - tour;
Que Bacchus fuive des loix aimables ,
Qu'en revanche il enyvre l'Amour..
Par M. Morand , d'Arles."
XXX:XXXXX:XXXXXXX
REPONSES aux Questions propafees
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier, à l'occafion de quelques Conteftations
Muficales , formées à Troyes
en Champagne.
Com
Omme je ne fuis pas du nombre de
ceux qui croyent qu'il faut neceffairement
être Muficien de Profeffion , ou
même
MAY. 1729. 845
meme Maître de Mufique , pour pouvoir
faire quelques raiſonnemens valables fur
les differentes manieres dont on module
dans l'Eglife ; vous ne ferez pas furpris
Monfieur , que n'étant ni l'un ni l'autre ,
jofe vous adreffer une Réponſe de ma façon
aux Queſtions qui ont été propofées
dans votre Journal de Novembre , page
2462. J'agis en cela conformément à ce
que l'experience des fiecles paffez nous
a appris ; fçavoir , que les plus beaux
Traitez qui ont paru en fait de Chant ou
de Mufique font plus anciens que l'établiffement
des Maîtres de Mufique,& que
celui des Muficiens , dans le fens qu'on
entend aujourd'hui par l'une & l'autrs
de ces fonctions.
Je fuis perfuadé que ceux -là feroient
dans l'erreur qui prétendroient qu'il faut
avoir fait un cours de fept ou huit an
nées dans ce qu'on appelle une Pfallette
ou une Maîtriſe , pour pouvoir certifier
quelque chofe dans ce genre de connoiffance.
Et comme ce que dit le venerable
Bede eft très - veritable , Non verum cantorem
facit ars , fed documentum ; ( a ) il
n'importe où l'on ait appris ce que l'on
fçait , pourvû qu'en le fçachant , on ſoit
en état d'en raifonner comme les Maî
tres de l'Art. Ce qui fait un homme ha
(a) Beda in Mufica practica.
A iiij bile
848 MERCURE DE FRANCE:
bile dans la fpeculation & dans le raifon
nement, n'eft pas l'exercice actuel de l'Art ;'
mais une attention prefente aux choles
fur lefquelles l'Art et établi.
Pour entrer en matiere fur les articles
propofez , jet rouve qu'il y adu fait &¡ du
droit à diftinguer dans ce que l'on deman
de. Il ne faut pas que ces termes de fait
& de droit qu'on employe quelquefois .
dans la Théologie , cauſent aucune frayeur
qui que ce foit. Comme on connoît des
perfonnes qui ont été affez fimples pour
s'y méprendre en pareil cas , lorfqu'il n'étoir
queſtion que de Chant , on a bien
voulu les prévenir ou ceux qui pourroient
leur reffembler. Il eft difficile de traiter
tout- à-fait féparément les queftions qui
ont été propofées in globo , & de ne pas
mêler un peu de fait & un peu de droit
enfemble , fi l'on veut les bien éclaircir.
Je croirois même , fauf meilleur avis ,:
qu'il faudroit d'abord produire l'origine
de ces manieres de parler ; Chanterfur le
Livre, fçavoir le Chantfur le Livre , apprendre
à chanterfur le Livre. Le vulgai
re mal informé , n'eſt pas à la portée d'entendre
ce langage . Il n'eft point queſtion:
ici de chanter dans un Livre ouvert , ce
que ce livre ouvert prefente aux yeux ;
mais de chanter devant un livre ouvert
toute autre chofe que ce qui eft noté.
Chanter
MAY . 1729. 847
Chanter fur le livre , eft donc compoſer
fur les Notes qui font ou imprimées dans
un livre ouvert , des accords qui correlpondent
à ces Notes : chanter fur le livre
eft travailler fur un canevas que le livre
ouvert prefente ; c'eft broder fur un fond
d'étoffe exhibé & repréſenté à la vûë par
un Livre noté qui eft ouvert. Cette broderie
eft ce qu'on appelle le Chant fur le
livre ; ce n'eft point le Chant du livre ,
non plus que la toile n'eft pas la Tapifferie
; le Chant du livre n'en eftque le fonde.
ment , le ſoutien & le ſupport . Il n'y a qui
que ce foit qui ne convienne que le Chant
du Livre eft du Plain- Chant tout pur. Ce
font des Livres de Plain- Chant qu'on ouvre
& qu'on expofe à la vûe des Muficiens ; &
au moment qu'on commence à faire fonner
une Note du Livre de Plain - Chapt ,
un Muficien qui fçait les regles du Chant,
fur le Livre , c'est - à- dire qui fçait faire.
des accords , tire du fond de ſa ſcience
deux , trois ou quatre fons concordans
plus ou moins en nombre , fuivant la
lenteur dont les Notes du Plain - Chant
font battuës ; & ainfi en continuant jufqu'au
bout de la Piece notée en Plain-
Chant , il accompagne de fleurs Muficales
ce que chantent ceux qui fuivent les Notes
du Livre de Plain -Chant . Comme les
voix de Taille & c'elles d'au- deffus font
un
A v les
348 MERCURE DE FRANCE:
les plus fiéxibles & les plus maniables ;
c'eft à ces Voix qu'on a réſervé la pratique
de ces accompagnemens , & les
Voix baffes chantent feules les Notes du
Livre de Plain -Chant. Il eft bon de remarquer
que dès - lors que les Baffes commencent
à chanter ce que le Livre de
Plain- Chant reprefente aux yeux , il eſt
neceffaire que ces Baffes quittent la maniere
commune , ordinaire & primitive
de chanter le Chant Ecclefiaftique ou
Grégorien , & qu'elles appuyent également
fur toutes les Notes , parce qu'il
faut une uniformité permanente dans le
fondement pour pouvoir bâtir deffus , &
que pour l'execution des accompagnemens
il ne faut point un fable mouvant
& fujet à varier , mais du folide & du
reglé fur lequel ceux qui bâtiffent puiffent
compter.Dans la route ordinaire du Plain-
Chant , on s'arrête plus en certains endroits
qu'en d'autres à caufe de l'expreffion
du difcours . On fait fentir le partage
du fens ; on refpire ou bien l'on péfe fur
les Notes qui correfpondent à l'endroit
des Incifum du Texte, des virgules, & des
deux points. C'eſt ce que de très -anciens
Maîtres du Chant Ecclefiaftique appellent
tenere punctum , faire le point ou la paufe.
Mais dans le Chant du Livre executé de
maniere qu'il en réfulte le Chant fur le
Livre
MAY. 1729. 649
Livre, il n'y a aucun point à tenir, c'eſt - àdire
qu'on ne doit pas plus refter fur une
Note que fur une autre ; il n'y doit avoir
de trainement en aucun endroit , toutes
les Notes doivent être également mefurées
: on y fait abftraction des paufes que
les points parfemez dans les difcours fembleroient
exiger ou des demies paufes que
les virgules, les demies périodes & les incifum
paroiffent dicter naturellement . C'eft
une maniere de debiter le Chant qui le rend
fi uniformement mefuré , qu'on peut dire
aifément combien de Notes il faut pour
remplir l'espace d'un quart- d'heure ou
d'une demie heure , en comptant celles
d'une minute. Cette uniformité de temps
pour chaque Note du Chant qui fert de
fondement aux accompagnemens , donne
un mouvement qui reffemble au battement
reglé & conftant que font certains Ouvriers
; c'est ce qui fait qu'alors on dit
que c'eft la Note qu'on bat ; d'où eft
venu le proverbe , qu'un bon Baffe - contre
doit fçavoir bien battre fa Note.
Mais en voilà fuffifamment pour faire
comprendre l'origine de trois mots deftinez
à fignifier la même chofe. Je ne m'af
treins point à ce qui fe lit dans le Dictionnaire
de Fure tiere , parce que je ne
trouve point que l'Auteur ou ceux qui le
fervoient, euffent fait là - deffus toutes les
A vj re
850 MERCURE DE FRANCE.
recherches neceffaires. Par ce qui vient
d'être dit en dernier lieu , on doit comprendre
pourquoi le Chant dont je parle
a été appellé Contrepoint Contrapunctum.
Il eft incompatible avec les tenues , allongemens
ou trainemens que les points
demandent : Par point on entend toute
divifion , fection & féparation de Texte ,
de fens , de phrafe. Les Baffes y procedent
tout de fuite , fans paufe , fans inégalitez
: c'eſt un Chant ennemi des points
du Plain - Chant , & par conféquent il a
été bien nommé Contrapunctum , comme
l'appelle l'Antiphonier de Paris. Ce n'est
pas avec moins de raifon , que d'autres
depuis quelques années lui donnent le
nom de Fleurtis. A l'envifager du côté
de l'accompagnement , c'eft un nom trèsexpreffif
, puifque tout ce que les voix
claires & fuperieures font entendre , eft
une espece de fleurs Muficales dont elles
ornent le Parterre du Plain- Chant . Mais
le nom le plus impliqué & le plus obfcur,
eft celui de Chant fur le Livre. Cependant
il ne laiffe pas d'avoir fa caufe & fon principe
dans la chofe même. Toute équivoque
qu'eft cette expreffion , toute fufceptible
qu'elle eft d'un fens puerile & ridicule
; on peut dire avec les Philofophes
qu'elle n'eft point fine fundamento in re.
Dans les fiecles où la fcience des concor
dances
MAY. 1729
dances des fons ne faifoit que commencer
à fe produire , les Maîtres Chantres
rédigeoient ces concordances par écrit ,
& donnoient à chaque Chantre fubalterne
fa partie toute dreffée .Chacun avoit, pour
ainfi dire , fes morceaux tout taillez , &
dans l'execution tel & tel s'en tenoit à fon
rôle. Perfonne n'étoit obligé de tirer de
fon propre fond les accompagnemens ;
il n'y avoit qu'à chanter ce qu'on trouvoit
noté devant foi , proportion gardée.
pour les intervalles des concordances. II.
ya à la Bibliotheque de S. Victor de Paris.
des Livres du treiziéme & du quatorziéme
fiecles où l'on voit les differentes parties:
qui devoient accompagner le Plain Chant.
On fe contentoit alors de rendre note.
pour note dans toutes les parties , au lieu
qu'on a bien rafiné depuis ce temps - là &
que fouvent pour une Note de la Baffe ,
un Deffus en dit quatre ou huit qui l'accompagnent
ou qui lui fervent de confonances.
On n'eft pas venu tout - à- coup
à ce point de perfection , on a fyncopé
peu à peu les Notes de l'accompagnement ,
deux pour une , enfuite quatre , huit ou
feize pour une ; après quoi on s'eft fait
des regles par l'ufage & on les a enfeignées
aux autres . A la fuite des temps
je veux dire dans le dernier fiecle , cette
fcience des accords & des confonances
852 MERCURE DE FRANCE:
1
a tellement été goûtée , que par la fré
quente répetition des mêmes Pieces de
Chant Ecclefiaftique fur lefquelles on
F'appliquoit , on l'a aifément retenuë , les
uns par routine , les autres par principes.
De-là eft venu que les plus habiles dans
la fcience des confonances n'ont plus voulu
qu'on leur donnât leur partie par écrit ;
ils le font crus capables de la faire euxmêmes
à l'ouverture du Livre , & ils l'ont
faite. C'est ce qui s'eft appellé par anto
nomale , Chanter far le Livre comme les
Sçavans , & non pas fur la partie écrite
comme les ignorans , & ce dernier ufage.
a enfin prévalu.
Maintenant que ce Chant fur le Livre
foit une espece de Mufique ou une efpece
de Plain- Chant , c'eft ce qu'il n'eft pas
difficile de déterminer après tout ce qui
vient d'être dit . En deux mots le Chant
fur le Livre est un Chant qui accompagne,
la Note du Livre de Plain - Chant , mais .
qui l'accompagne avec ornement , avec
fleurs & figures de Mufique. Bien plus ,
il faut que chaque Chantre qui execute
ce Chant , le tire de fon propre fond ,
fuivant les regles des accords ou confonances
harmoniques. C'eſt autant qu'il
en faut pour conclure avec certitude que
le Chant fur le Livre eft une veritable efpece
de Mufique. On peut même dire:
*
hardi
MAY. 1729.
853
hardiment que c'eft l'efpece la plus diffi
cile à apprendre & l'une des plus fcientifiques.
Il eft vrai qu'il y a une partie, qui,
à la rigueur , peut porter le nom de Plain-
Chant ; c'eft la partie la plus baffe , la par
tie fondamentale ; mais c'eft encore une
queſtion de fçavoir fi ce n'eft pas du lain-
Chant dégeneré , qui devient cette parties
fondamentale. Ces Baffes chantent véritablement
des Notes d'un Livre de Plain-
Chant. Mais ce n'eft plus le mouvement
libre & gifé du Plain- Chant qu'elles fuivent
, ce n'eft plus un mouvement reglé
rythmiquement par la fuite du difcours
par la ljaifon des phrafes & des parties
periodiques du texte qui demandent un
mêlange de bréves , de communes & de
longues , & qui exigent des pauſes & des
refpirations de temps en temps . C'eſt un
mouvement aveugle , fans ceffation , fans
interruption , & d'une égalité contraire à
l'établiffement du Chant Ecclefiaftique
appellé Grégorien , un mouvement qui ne
convient gueres qu'à de groffes voix &
non à des voix legeres & aifées ; un mou.
vement enfin , pour la pratique duquel il
faut être beaucoup plus imperturbable :
dans la reddition des fons fur chaque corde
, que dans le mouvemenr varié du
Chant fimple appellé Plain -Chant .
La question la plus curieufe de celles
quis
854 MERCURE DE FRANCE :
qui ont été propofées dans le Mercure ;
n'eft pas veritablement celle qui regarde ,
l'antiquité du nom , mais celle qui concerne
l'antiquité de la chofe , je veux dire
du Chant fur le Livre. Si ce n'eft pas depuis
un grand nombre de fiecles qu'on
s'eft appliqué dans la pratique à cette .
Science des accords , c'eft au moins depuis
fix cens ans qu'on a commencé à introduire
quelques confonances fimples dans
certaines modulations des Offices divins ;
de-là on eft venu jufqu'à admettre une
troifiéme partie , puis une quatrième , c'eſt
ce qu'on appelloit alors duplum , triplum,
quadruplum. Mais c'eft un fujet que je
traite ailleurs d'une maniere fort étendue
dans un Commentaire Latin que j'ay préparé
fur la Bulle Docta Sanctorum , que
le Pape Jean XXII . publia pour réprimer
les abus & les excès où cette Science avoit
été portée dans l'ufage Ecclefiaftique.
Ceux qui pourroient croire que je me ſuis
mépris ici en appellant contrepoint le
Chantfur le Livre , y trouveront un jour
de quoi le convaincre que le Contrepoint
n'eft qu'une fuite du Difcantus augmenté
& embelli ; & que le Difcantus dont plufieurs
anciens ont parlé , n'étoit que le
Chant fur le Livre encore tout naiffant ,
&, pour ainfi parler, dans le berceau . C'étoit
la plus fimple organiſation ou animation
MAY. 1729
855
tion d'accords , qui pût être faite ; cependant
dès fes commencemens elle trouva
des adverfaires & elle continue encore à
en avoir , puifque certaines Eglifes trèscelebres
ne l'ont point voulu admettre
à caufe qu'infenfiblement elle pourroit
conduire du fimple au triple , au quadru
ple & enfuite à un corps parfait de Mu..
fique qui a les inconveniens comme il a
fes agrémens.
A A.... en Bourgogne ce 31. Disembre
1728.
VOYAGE DE ROUEN
à Paris , 1728 .
AH! que j'ai maudit les Voitures ,
Et les fâcheufes avantures ,
Que j'eus de Roüen à Paris !
Que n'eft-ont toûjours , belle Iris ,
Ou dans fon lit , ou dans ſa chambre ,
Ce fut le trente de Novembre ,
Que je voulus quitter Rouen ;
Je gagnai le Port Saint Oüen ,
Où l'on m'offrit une Mazette ,
Qui n'avoit ni mords. ni gourmette ;
Etant prêt à monter deſſus ,
L'Etrier
856 MERCURE DE FRANCE ,
L'Etrier ne fe trouva plus ;
J'en fis un d'un bout de ficelle ,
Puis je me jettai fur la felle
Je partis enfin de ce lieu ,
En me recommandant à Dieu ,
Pour le fuccès de mon voyages
Car dans un fi triſte équipage ,
J'avouerai queje craignois fort,
Et certes je n'avois par tort.
A peine eus - je fait une lieuë ,
Que ma pauvre Roffe fans queue ,
Tomba très-rudement fous moi ;
Ce ne fut pas fans grand effrois
Mais fecouant un peu la tête ,
Je voulus relever ma bête ,
En criant cent fois : oh ! debout ,
Je n'en pus point venir à bout;
Vainement j'ufai de main mife;
Il fallut prendre ma valife ,
Et la détacher triftement ,
Maudiffant le cruel moment ,
Où j'avois choifi cette Roffe ,
Au lieu de prendre le Carroffe ,
Allons , dis je , partons à pied ;
Mais pour marquer mon amitié ,
A cete bête fans pareille ,
Je veux lui couper une oreille ;
Auffi-tôt dit , auffi-tôt fait ,
IgnorezMAY.
8572 17298
Ignorez-vous pour quel effet ?
Il eſt aiſé de vous l'apprendre ,
C'eft pour ne jamais la reprendre ,
Et même je me fuis promis ,
D'en avertir tous mes amis.
Crotté, moüillé , j'arrive au Roulles
Ayant fous les pieds des empoules »
Je ne demandois qu'à dîner ,
L'on vint auffi - tôt m'en donner ,
Mais , vivant fans ceremonie,
Je trouvai bonne compagnie ,
Qui prête à fe mettre fur l'eau ,
Me fit entrer dans un Bateau.
Nous arrivâmes à Bonniere ,
Où nous quittâmes la Riviere ,
Là l'on fait une lieuë à pied ,
Mais étant prefque eftropié .
L'Aneffe d'une Villageoife ,
Me couduifit jufquà Roboife ,
Nous fimes brûler un cotret ,
Dans un fort mauvais Cabaret ,
Le feu nous fembloit agréable,
Quand on apporta fur la table ,
Deux ou trois gigots de Moutons ,
Suivis de quelques rogatons.
Quoique nous fuffions quinze ou feize ,
Chacun foupa bien à ſon aiſe;
Enfin l'on vint nous avertir
Qu'il
358 MERCURE DE FRANCE:
Qu'il étoit heure de partir ;
Nous entrons dans la Galliotte ,
Quel lieu ! malheur à qui s'y frotte.
Ah ! bon Dieu qu'il y fent mauvais ,
Si je m'y rembarque jamais ,
Je veux , je confens qu'on m'affomme ,
Je m'étois mis auprès d'un homme ,
Qui fumoit de mauvais petun ;
Un autre bien loin d'être à jeun ,
Rotoit en fe metant à rire ,
Et puis lâchoit certain zèphire ,
Je penfai rendre mon repas ;
Quelques- uns ronfloient haut & bas ;
Un Moine difoit fon Breviaire ,
Ceux -cy faifoient mainte priere ;
Dans un recoin ceux cy joüoient ,
Dans un autre ceux - là buvoient.
L'un pouffoit une Demoiselle ,
Un autre parloit de Nouvelle ,
L'un juroit contre fon voifin ,
L'autre m'appelloit fon coufin ;
Quelques- uns faifoient des malices,
Plus loin étoient trente Nourrices ,
Avec chacune un Nourriffon ,
Chantant chacune leur chanfon ,
Pour endormir ces miferables ,
Qui crioient comme petits diables.
Cependant vers le point du jour ,
UA
MAY. 1729. 859
Un grand calme vint à fon tour ,
Et l'on n'eut pas besoin d'Orphée
Pour s'abandonner à Morphée ;
Vous euffiez vu chacun bâiller ;
L'on commençoit à fommeiller ,
Lorfqu'on entendit grand vacarme ,
Qui mit notre troupe en allarme ,
Jamais l'on a crié fi haut ,
On ſe réveilloit en furfaut ;
Car , helas ! c'étoit une Dame ,
Qui demandoit la Sage- Femme :
Dieux , dit- elle , je n'en puis plușt
Eft-ce le colera Morbus ?
Dit un autre par raillerie ,
Ou bien n'est- ce point tricherie
Chacun blâmojt un tel diſcours ,
Mais comment trouver du fecours ;
L'on fic venir une Nourrice ,
Qui rendit pourtant bon fervice ,
Se récriant de temps en temps ,
Le voilà qui vient , je le fens ,
Implorez fainte Marguerite ,
Et vous en ferez bientôt quitte ,
Allons donc , vîte , pouffez fort ,
Il ne vous faut plus qu'un effort ,
Madame , l'enfant eft fur terre ,
Et le mal eft en Angleterre ,
Cela dit , la Dame accoucha ,
$
Mais
360 MERCURE DE FRANCE
Mais perfonne n'en approcha ; ·
L'on déchira quelque guenille ,
Pour couvrir l'enfant mâle ou fille,
Je ne m'en mis point en fouci ;
Nous arrivâmes à Poiffy ,
Où fatigué de mon voyage ,
Je déjeûnai d'un grand courage ,
Reprenant un peu mes efprits .
Me voyant fi près de Paris ;
Il fallut monter en carroffe ,
Qui me parut un grand coloffe ,
Nous nous mîmes dix - huit dedans ,
Hommes ,femmes , petits enfans;
L'on parla de mainte avanture ,
D'accouchement
& de voiture.
Mais pour moi je ne difois mot
J'étois à côté d'un Cagot ,
Qui ne put s'empêcher de rire,
De tout ce qu'il entendoit dire :
Vers la Machine de Marly .
Je gagnai le torticoli ,
Le Carroffe tombant par terre,
Comme fi c'étoit le Tonnerre ,
Cela fit un fort grand fracas ,
Ah ! difoit l'un , mon pauvre bras .
L'autre fe plaignoit de la tête ,
Parpleu ce Cocher eft bien bête ,
De verfer en fibeau chemin
7
PeutMAY.
1729. 865
Peut-être a - t- il bû trop de vin ;
Quelques-uns faifoient leur priere,
On nous tira par la Portiere ,
Pour moi je fortis le dernier,
L'on me trouva fous le panier,
D'une femelle évanouie ,
Je perdois la vûë & l'oüie ,
Et j'étois bien embarraſſé ,
Mon pauvre nez fut fracaflé ,
Les autres eurent mainte boffe ,
On releva notre Carroffe ,
Enfin nous reprîmes nos rangs ,
Entaffez comme des harangs
Chacun maudiffant l'équipage ,
Dans lequel nous faifions voyages
Avant que d'entrer dans Paris ,
Nous fumes encor bien furpris ,
Les Commis prirent nos valides ,
Et déployerent nos chemiſes .
Il fallut attendre long- temps .
Jurant tout bas entre nos dents.
Enfin nous entrons dans la Ville .
Chacun va chercher fon azile ,
L'un prend à gauche & l'autre à droit
Je fortis là d'un grand détroit ,
Si j'y retourne qu'on m'étrille ,
Je me rendis dans ma famille ;
Mon récit vous paroîua gai .
Mais
862 MERCURE DE FRANCE
Mais tout ce que j'ai dit eft vrai ;
Iris , jugez de l'Ambaffade ,
Et pardonnez mon incartade ,
De vous en peindre l'attirail
Heureux fi ce petit détail ,
Peut fervir à vous faire rire !
C'est là tout ce que je defire :
Je me ferai toûjours honneur ,
D'être votre humble ferviteur.
Le Tellier d'Orvilliers .
*A!YAYAYAYAYAYAYAYAVATA
REPONSE de M. Sauveau , Doyen de
Maintenon , a la Lettre Circulaire de
M. l'Abbé de Cheret , Prédicateur du
Roy , Docteur de Sorbonne & Chanoine
de Notre- Dame de Chartres , au sujet
du Projet d'un nouveau Breviaire &
d'un nouveau Miffel à l'usage du Diocèfe
de Chartres ,
MONSIEUR,
J'ai reçû avec autant de refpect que
d'empreffement , la Lettre circulaire qui
m'a été addreffée de votre part , avec les
Projets d'un nouveau Breviaire & d'un
nouveau Miffel à l'uſage du Diocèſe de
Chartres.
Je
MAY. 1729 863
Je ne fais , Monfieur , que groffir la
foule & me rendre aux fentimens publics,
en applaudiffant au Plan & aux fages difpofitions
que vous y tracez ; on voit que
vous y répondez également , au digne
choix de M. l'Evêque de Chartres , qui
vous a chargé de la conduite de cette entrepriſe
& à l'attente des gens de bon
goût' : l'extrême politeffe que vous joignez
à toute l'érudition que demande un
Ouvrage de cette nature , vous fait- demander
part des reflexions des autres , afin
de ne rien omettre de tout ce qui peut
contribuer à la derniere perfection de
votre deffein ; je ne fçai s'il eft bien permis
d'emprunter ainfi des autres , quand
on eft affez riche de fon propre fonds,mais
puifque vous le voulez , il faut le vouloir
auffi ,ma témerité trouvèra fa juftification
dans vos ordres .
L'article du Projet du Miffel , où vous
marquez que l'on confervera religieufement
les anciennes Collectes , me fournit l'occafion
de faire ufage de la reflexion d'un
Auteur qui mérite quelque attention : il y
plufieurs Collectes dans le Miffel d'aujourd'hui
qui s'addreffent directement à
Jefus-Chrift , & finiffent par ces mots, qui
vivis & regnas , & c. Telles font les Collectes
du 1er , 3 & quatriéme Dimanche
de l'Avent , celle du jour du S.Sacrement ,
e
B de
864 MERCURE DE FRANCE .
de S. Jofeph , de la Sainte Croix , des trois
Mages , des faintes Maries le 22. May , de
fainte Marie Magdeleine le 22. Juillet , &c.
c.
Or le fçavant Jefuite Maldonat , dans
un ouvrage qu'il a compofé fur les cerémonies
de la Meffe en particulier , foutient
que les Collectes & Oraifons de la Meffe
me doivent s'addreffer qu'au Pere Eternel,
que J. C. nous a lui -même appris à s'addreffer
à fon Pere en fon nom , in nomine
meo.....fic orabitis , Pater Nofter ,
Il ajoûte un Concile de Carthage , qui or
donne que toutes les Oraifons qui fe difent
à l'Autel , s'addrefferont directement
au Pere , ut nemo in precibus , dit ce Con,
cile ( qui eft le troifiéme de Carthage. Ca
pitulo 23. ) vel Patrem pro Filio , vel Fi
lium pro Patre nominet , cum Altari &
affiftiturfemper ad Patrem dirigatur Oratio,
En effet , on conçoit que dans la Meſſe ,
qui eft le Sacrifice de la Nouvelle Loy ,
les Prieres & Oraiſons qui s'y difent , doivent
s'adreffer à celui à qui on facrifie , les
Collectes doivent exprimer les Prieres &
les voeux du Peuple , qui s'unit au Prêtre ,
& le députe vers le Pere Eternel , pour
trouvergrace , accès & mifericorde auprès
de la divine Majefté , avec une ſainte confiance
d'être exaucé, par le prix & les merites
infinis de la Victime qu'il a à lui preſenter,
qui cft J.C.Ces Collectes fortent donc
des
MAY. 1729. 865
des vûës de l'economie de ce Sacrifice &
du Caractere particulier que J. C. y foùtient
quand elles s'addreffent directement
à lui même , qui dans ce Myftere n'eft que
la Victime du Sacrifice , l'Holocaufte ,
l'Agneau , le Médiateur , le Prêtre , le
Suppliant , &c. quoique d'ailleurs égalo
ment Dieu , comme le Pere.
Les Collectes font comme des Actes
d'affociation du Peuple au Sacrifice , une
demande qu'il fait d'y avoir part , un pouvoir
qu'il donne au Prêtre d'agir en fon
nom , dans le culte de latrie , qu'il va rendre
à la Divine Majefté, & ainfi elles doivent
être formées fur le modele du Canon
de la Meffe qui s'addreffe droit au Pere
Eternel : Te, igitur clementiffime Pater...
C'eſt par J. C. avec lui & en lui qu'on
offre ce Sacrifice , mais non pas à lui directement.
Per ipfum & cum ipfo , & im
ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
A la bonne heure que dans d'autres occafions
, les Oraifons & Prieres foient
addreffées directement à J. C. comme le
fait fagement l'Eglife en plufieurs Offices,
& principalement , felon toutes les apparences
, depuis l'herefie des Ariens , afin
de montrer plus clairement la Divinité
de J. C. & fon égalité de puiffance avec
le Pere & le S. Efprit , & encore même
alors ces Oraifons & Prieres , dit le même
Bij Mals
866 MERCURE ' DE FRANCE .
Maldonat , ne s'addreffent qu'indirectement
à J. C. & directement au Pere ,›
comme on l'infere du mot de Dieu , qui
y eft toûjours joint : Refpondeo , dit - il ,
quamvis Orationesfint dirigenda ad Deum,
tamen propter hærefim Arianorum , que .
vigebat , Ecclefia prudenter ftatuit ita.
orandum , ut explicatius oftendatur aqualitatem
potentia effe in tribus Perfonis, licet
indirectè ad has Perfonas , fed directè ad .
Patrem ut intelligitur ex hâc voce Deus.
que ei femper adjungitur. Mais cela ne
fe doit point faire à la Meffe , où J. C,
foutient un Caractere tout different .
Le même Maldonat obſerve que la dévo
tion mal entenduë de quelques Prêtres
particuliers , avoit introduit il y a plus
de douze cens ans dans les Miffels
des Oraifons & des Collectes , dont ils .
étoient eux-mêmes les Auteurs. Il cite làdeffus
des Conciles d'Afrique , qui ont
condamné cet abus ; mais ces anciens
Canons n'eurent pas leur execution ; car ,
continue Maldonat , cet abus étoit fi grand
au temps de Charlemagne , que ce pieux.
Roi publia une Loi par laquelle il ordonna
que l'on feroit une révision exacte de
tous les Miffels pour en ôter toutes les
Oraiſons mal digerées , & il feroit , dit - il ,
à propos qu'on executât encore aujour
d'hui ce deffein ; il efperoit même que
cette
MAY. 1729. -867
cette correction fe feroit dans une nouvelle
Edition du Miffel Romain qu'on
préparoit alors , & à laquelle le Pape donnoit
fes foins . Voici les termes de l'Auteur
: Tempore Caroli Magni hujufmodi
abufus adeò increverat , ut Miffalia effent
iftis Orationibus privatis refertas itaque
legem tulit ille Rex Pius quâ jubet , ut
diligenter videantur Miſſalia Gallicä¨ ; ut
que minus bene pofita funt Orationes , &
ab Ecclefiâ non approbata refecarentur ,
quod utinam nunc fiat ( ceci mérite atention
) & ita fore credo ex Miffali quod
Summus Pontifex curat excudendum.
Or il eft vifible que ces Oraifons que
Maldonat fouhaitoit fi fort que l'on retranchât
, n'ont point été ôtées du Miffel
Romain , non- plus que des Miffels de ce
Diocèfe , qui ont été faits depuis ; mais en
voici l'occafion favorable , prefentement
que l'on en prépare une nouvelle Edition
, autrement on ne fera que copier
les défauts que cet Auteur cenfuroit dans
les Miffels de fon temps.
En effet, à juger par les regles de la Critique
de certaines Collectes ; par exemple,
de celle de fainte Catherine , de celle des
faints MartyrsChriftophore &Cucuphate,
&c. le fait apocriphe cité dans la premiere
, le galimathias que renferme la feconde
, femblent donner lieu de croire
Biij qu'elles
168 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles pourroient bien être encore de
la fabrique de ces anciens Miffels , dont
parloit Charlemagne dans fon Edit cité
ei- deffus ; & qu'à le faveur d'un certain
ménagement & d'un refpect mal entendu
pour l'Antiquité , elles ont échappé juſqu'à
prefent à la profcription tant de fois prononcée
contre elles , ou que du moins
elles ont été formées fur ces défectueux
Protocolles.
Je ne fçay fi l'on n'en pourroit point
dire autant de l'Oraifon de la fainte Vierge
, Concede nos famulos tuos .... Perpe
ua mentis & corporis fanitate gaudere ,
c. car par ces mors , ou bien l'on demande
à Dieu de jouir toûjours icibas
d'une fanté parfaite d'efprit & de
corps , ou bien ce font feulement des ter-
CO-
1
surgines pour exprimer le fouhait de
l'état d'incorruption & d'immortalité où
feront nos corps après la Réfurrection
generale. Le premier fens femble être vifiblement
le plus naturel & celui qui faifit
d'abord;auffi la mêmeCollecte, ajoûte-t'elle
dans la feconde partie , comme par forme
d'explication ces mots , à prafenti liberari
triftitia: or dans ce fens c'eſt demander
non-feulement une grace purement temporelle
, fans modification & qui eft peutêtre
plus oppofée au falut que l'état contraire
; mais encore le mot perpetuâ implique
M.A Y. 1729. 869
plique contradiction avec la caducité &
la mortalité , qui font effentiellement attachez
à nos corps en cette vie ; dans le
fecond fens qui paroît force, & auquel je
crois qu'on ne penfe gueres,en diſant cette
Oraifon. Ce n'eft rien demander qui intereffe
le falut & le bonheur de l'ame
après la mort , du moins auparavant la
Refurrection generale de nos corps à la
fin du monde .
Que fil'on peut abfolument y donner
quelqu'autre fens pieux & moral , il faut
avouer du moins qu'il ne fe prefente pas
d'abord à l'efprit , & qu'il n'eft pas aifé
d'en fixer un lens jufte , net , certain , &
bien précis , ce qui fuffit pour rendre cette
Collecte défectueuſe .
Voilà , Monfieur , les Reflexions que
je me hazarde de vous communiquer fur
cet article , je les foumets à vos fages lumieres
avec une parfaite réfignation
j'attens de vous la juftice de croire que
tout mon deffein eft de contribuer à la
plus grande gloire de Dieu par un culte
plus exact & plus regulier ; cela m'aura
da moins procuré l'occafion de vous affu
ver du dévouement & du reſpect avec lequel
je fuis , &c.
A Maintenon , le 2. May 1728 .
Biiij
LE
870 MERCURE DE FRANCE .
XXX: XXXXXXXXX : XXX
LE TRIOMPHE
DE L'HYMEN ET DE L'AMOUR,
Divertiffement compofé de quatre Scenes ,
pour le Mariage de Made de COURCILLON
, avec le Duc de PICQUIGNY
Par le Chevalier de Saint- Jory.
1
La Mufique eft de M. Bouvard.
La Scene eft dans les Jardins de Surêne.
L'Hymen & fa Suite.
L'Hymen
.
Quittez Paphos , quittez Cytere ;
Tendres Plaifirs , favoris de l'Amour ;
Et vous aimables Jeux qui compofez fa Cour,
Troupe riante & legere ,
Venez , au chafte Hymen vous joindre en ce
grand jour :
Faites briller ici toute votre allegreffe ,
Mais laiffez -vous guider par la fageffe :
Je ne permets qu'aux plaifirs innocens ,
D'êtres prefens
A la pompeufe Fête ,
Qu'à l'honneur de SоPHIx en ces lieux on apprête.
Le Chaur repete ces quatre derniers V'ers.
L'Hymen
MAY. 1729. 871
L'Hymen.
Quels objets raviffans brillent à nos regards .
Je vois au fein des airs floter mille Etendards :
C'éft la Déeffe
De la Jeuneffe ,
Qui vient en folâtrant fur l'aîle des Zéphirs ,
Conduire ici les Jeux , les Ris & les Plaifirs.
L'Hymen , Hebé , leur fuite.
Hebé.
Le nom , l'augufte nom de la belle Sophie ;
Porté par les Echos jufqu'au Trône des Dieux,
Vient de répandre dans les Cieux ,
L'allegreffe & la jałoúfie.
Les Immortels charmez de fes appas ,
Les Mufes , les Vertus , les Graces , l'Amour
même .
Quittent l'Olympe & volent fur fes pas ,
Ce Spectacle , à Venus cauſe un dépit extrême.
La Déeffe reffent tous les tranfports jaloux ,
Que peuvent faire naître & l'orgueil & l'envie.
Mais déja nous voyons ralentir fon couroux ;
Ses yeux , avec chagrin , attachez ſur Sophie ,
Viennent de s'adoucir fur fon aimable Epoux.
-Inutile defir de charmer & de plaire ,
Qui poffedez la Reine de Cythere ,
Frivole empreffement , à quoi l'expoféz-vous
EY L'Hymen
872 MERCURE DE FRANCE
L'Hymen.
Songez , Déelle, à vous deffendre ,
D'un penchant trop vif & trop tendre ;
Votre charmant vainqueur ,
Mépriſe votre ardeur :
Et fi pour comble de malheur ,
Vous alliez donner votre coeur ,
Vous ne pourriez plus le reprendre.
Hebé.
Divinitez des Forêts ,
Et vous leurs aimables Compagnes ,
Sortez de vos Antres fecrets ,
Nymphes des Eaux & des Campagnes,
Venez en ce charmant ſéjour ,
Celebrer l'Hymen & l'Amour..
Le Choeur repete les deux derniers Vers.
Troupe de Dryades, de Bergers & Bergeres.
Hebé.
Affemblez- vous , Bergers , au fon de vos Mu
fettes ,
Que vos naïves Chanfonettes ,
Que vos guais. Chalumeaux ,
Mêlent dans nos Concerts des agrémens nou
veaux .
Formez avec les Bergeres ,
Sur l'émail: de nos Prez mille danfes legeres..
1
Un
MAY.
873
1729.
Un Berger.
J'entens raifonner dans nos Bois ,
Un mêlange confus d'Inftrumens & de Voix ;
C'eſt le Dieu des Forêts , le Dieu Pan qui s'avance.
Ees Faunes, les Sylvains les fuivent en cadence,
Au fon des Flutes , des Haut -bois .
Pan , fuivi des Divinitez Champêtres.
Choeur de Nymphes , de Faunes & de
Sylvains.
Chantons dans ces belles Retraites,
Mêlons nos voix à nos Mufettes ;
Tendres Bergers repetons tour à tour :
Rien n'eft fi doux que l'Hymen & l'Amour
Le Choeur repete les deux derniers Verte
Hebé.
Que fur cette Rive Fleurie ,
Les délices de ces Vergers ,
Un Trône entrelaffé de Myrtes, d'Orangers,
S'éleve & fe prefente à l'augufte Sophie.
Nymphes & Demi-Dieux ,
Rendez hommage à fes beaux yeux
Pan.
Que je la trouve belle !!
Que je la vois avec plaisir !!
Je n'aurois aimé qu'elle ,
Bvj
874 MERCURE DE FRANCE :
Si l'Amour m'eut laiffé le pouvoir de choisir.
Que les plus belles fleurs naiffent fur cé Rivage
:
Que les Arbres de ces Vallons ,
Produisent le plus frais ombrage.
Fontaines , clairs Ruiffeaux , qui tombez de
ces Monts ,
Coulez & murmurez dans ce charmant Boc-
'cage.
Volez , legers Zéphirs, croiffez ,naiffans gazons.
Pomone , ornez ces lieux de vos plus rares
dons.
Que l'Amour , l'ame du bel âge .
Vienne donner ici ſes plus douces leçons.
Roffignols , qui chantez dans ces épais buiffons,
Attendriffez les coeurs par votre doux ramage.
Un Berger.
Dans nos Hameaux charmans ,
L'Amour & l'Innocence ,.
Regnent d'intelligence :
On n'y connoît point les tourmens ,
Que caufe ailleurs fon imprudence s
Tout y fçaic plaire, & rien n'offenfe
Dans nos Hameaux , &c.
Une Bergere.
Au plus épais
De nos Forêts ,
Le Bergere feulette ,
Avec
ΜΑΥ. -875 1729
Avec fon Berger ,
Sans aucun danger ,
Va cueillir la noiſette :
Et le feul déplaific
Qui puiffe la faikr
Eft la perte de fa Houlette ::
Ou qu'une Brebis parfois ,
S'égare dans les Bois.
Un Berger & une Bergere.
De ce Boccage fombre ,
Nos Troupeaux cherchent l'ombre,
Fuyons comme eux le bruit :
Leur farouche innocence ,
Se plaît dans le filence ,
Leur inſtinct nous inftruit.
L'Hymen.
Bergers , féparez vous ; partez , Troupe im
imortelle ;
L'Hymen content . de votre zele.
N'a plus ici befoin de vous :
Reftez , Amour , & que ces deux Epoux
Faffent leurs plaifirs les plus doux ,
D'une conftance mutuelle.
BE
$76 MERCURE DE FRANCE.
AYAYAYAYAYAYAYAYAYAYAYA
REPONSE du P. C. aux fecondes
Objections du P. D. L. M. au fujet du
Paradoxe Geometrique .
A
*
Près tant de réponſes faites aux Ob
jections dont on a honoré le Paradoxe
Géometrique , il me paroît qu'il y a
une Objection tacite à laquelle il eſt encore
plus effentiel de répondre . Car le
Public témoin & juge de toutes ces difcuffions
, a quelque droit d'être fcandalifé
de voir la Géometrie fufceptible de:
pour & de contre , comme les marieres
de Philofophie. Si la Géometrie eft
fi lumineufe & fi démonſtrative , pourquoi
, dira- t-on , ne pas s'accorder ? Et ce
Paradoxe , qui eft la pomme de diſcorde,
n'eft donc qu'une affaire problêmatique
& une conjecture de Phyfique ou de Metaphyfique
, puifque tous les Géometres
n'en conviennent pas ?
Toutes chofes ont leurs inconveniens ;
& voilà celui que j'avois prévô lorſque
je formai le projet de rendre la Géometrie
une fcience populaire , à la portée de
tout le monde. Il falloit bien s'attendre
que dès que toutes fortes d'efprits en fezoient
pris pour juges , les avis feroient
divers
MAY. 877 1729
divers , & la verité même expofée à quelques
petites infultes de la part de ceux qui
feroient lents à la reconnoître. Mais cela
même eft dubien de la chofe, & la lumiere
réſulte tôt ou tard du fein de ces
difcuffions. Tous les efprits ne font pas
faits pour goûter d'abord une verité qui
fe prefente à eux pour la premiere fois .
Ils commencent par contredire ; mais ces
contradictions mêmes les engagent à s'y
sendre plus attentifs , & avec le temps &
le fecours- d'autrui, à la gouter à & l'adopter.
Il faut dans un jour d'hyver que les
brouillards & les nuages devancent le lever
du Soleil. J'ay connu des efprits qui
n'ont jamais admis une verité qu'après
avoir épuifé toutes les reffources de l'erreur
contraire. Ce n'est qu'en diffipant
peu à peu les nuages , que leurs yeux fe
difpofent à foutenir un éclat qui les éblouit
de les premiers rayons.
Ainfi les Objections que deux ou trois
Géometres ont faites contre le Paradoxe
en queſtion, ne prouvent pas qu'il foit liti
gieux , nimême qu'il ne foit pas évident
& tout auffi rigoureufement démonftratif
que les autres veritez géometriques , puifqu'aucontraire
j'ai déja remarqué dans ma
Réponse à M.de Fontenelle , que nous n'avons
rien qui foit fufceptible d'autant de
Démonftrations differentes que les veritc.
zz
$78 MERCURE DE FRANCE.
tez qui roulent fur l'Infini. Mais tout le
monde n'eft pas obligé d'avoir pouffé la
Géometrie jufques là. On peut être bon
Géometre à l'ordinaire fans poffeder la
Géometrie tranfcendante. De foi cette
Géometrie eft élevée, & n'eft pas faite pour
tout le monde. L'idée feule de l'Infini ,
jufqu'ici peu expliquée , embroüille bien
des gens. Ils s'imaginent qu'on ne peut
calculer cet Infini fans l'avoir pleinement
compris ; & parce qu'ils ne conçoivent
pas comment cet Infini exifte , ils ne peu
vent croire qu'il exiſte.
Ceux donc qui ont rejetté d'abord ce
Paradoxe , avoient droit de le rejetter.
Auffi ne le propofois-je qu'aux Infinitaires
qui l'ont tous adopté. A peine eût- ilparu
, que M. de: Fontenelle , en y fouf.
crivant , fit cette judicieuſe reflexion , que
deux chofes qui fe prefentoient tantôt
comme égales , tantôt comme inégales ,
fe prefentoient dans des points- de- vûë
differens , par divers côtez , fous divers
rapports. En effet les chofes fe prefentent
tantôt dans le point de vue du Fini, tantôt
dans celui de l'Infini ; car il n'y a rien qui
n'en foit fufceptible. Or dans ces deux ,
points-de -vûë la même chofe doit paroître
bien differente d'elle-même. Par exemple
, une étenduë d'un pied peut être envilagée
tantôt comme finie , & n'ayant. /
qu'un
M.A Y. 1729. 879
qu'un pied , tantôt comme infinie , &
contenant un demi pied , un quart de
pied , un demi quart , un demi demi quart,
&c. à l'infini. Quoi de plus contradictoire
en apparence que d'être fini & d'ê
tre infini , d'avoir des bornes & de n'en
avoir pas.
La Géometrie rend l'efprit fort fouple
fur ces fortes de contradictions apparentes.
Les incommenfurables , les contingences
des Courbes , leurs afymptotifmes
en fourmillent : & c'eft l'Infini qui
caufe toutes ces contradictions dans la
Géometrie la plus fimple . Que doit - ce
donc être dans la tranfcendante où l'on
fait une profeffion ouverte d'admettre cer
Infini , de le manier & de le remanier ?
De forte que tout ce qu'on pourroit tout
au plus exiger des contradicteurs , feroit
peut - être qu'ils euffent un peu plus d'empreffement
pour s'inftruire de cette Geometrie
, qu'ils n'en ont pour la heurter de
front & la contredire, & furtout que leurs
recherches en ce point euffent un peu plus
l'air de doute & de queftion , comme
M. de Grandmaifon leur en a donné le
bel exemple , que d'affirmation , de décifion
& de triomphe. Mais après tout
c'eſt leur affaire , & peu curieux d'en faire
la mienne , je les trouve encore fort louables
de fe rendre enfin à la verité.
Je
186 MERCURE DE FRANCE.
Je n'attendois pas moins de la capacité
& du bon efprit du R. P. D. L. M. qui
après avoir combattu d'abord le Paradoxe
dans le Mercure de Juillet , vient de l'adopter
dans toute fon étendue dans les
Memoires de Trévoux , mois de Fevrier
1729. Art. 24. p. 335. Car , quoique
la férie des pairs 2. 4. 8. 10. &c. ait
chacun de fes termes plus grand d'une
unité que chaque terme correſpondant de
la ferie des impairs 1.3.5.7.9 . &c . il
ne laiffe pas de fe déclarer deformais pour
Pégalité géometrique de ces deux féries ,
une difference infinie fur des grandeurs
infiniment infinies ne l'arrêtant plus
comme elle l'arrêtoit autrefois lorsqu'il
difoit en propres termes : Or quand deux
colonnes font telles que chaque terme de la
premiere furpaffe chaque terme correfpon
dant de la feconde ; il eft clair que la premiere
colonne furpaffe la feconde ; & qu'it
ajoûtoit dans fa troifiéme propofition : La
colonne C. n'eft point la moitié de la colonne
A. & c .
9
Il eft vrai que le P. D. L. M. convenant
maintenant affez de la verité generale
du Paradoxe , attaque M. Bernoulli &
tous les Géometres de ce fiecle qui prétendent,&
d'après lefquels j'ai prétendu ou
plutôt fuppofé comme inconteftable , que
la fomme de la fésie 1 . ,,, &c. étoit
infinie.
MAY. 1729 887
infinie. Mais il faut efperer que ce Pere
fe rendra auffi fur cet article , lorsqu'il
aura pris garde à l'autorité refpectable &
aux raifons folides de ces grandsMaîtres ,
& qu'il aura reconnu le foible de l'efpece
de Démonſtration qu'il leur oppoſe. Car
pour le dire en paffant , je ne vois pas
comment il a pû prétendre que la racine
de l'Infini fut un Fini, ce qui n'eſt pas plus
vrai qu'il eft vrai que la moitié de l'Infini
foit finie.
Le P. D. L. M. incidente auffi fur l'égalité
que j'ai attribuée aux deux fuites
I. I. 1. &c. & / ,,, & c. M. de Fontenelle
avoit crû ces deux féries inégales :
je lui en avois démontré l'égalité dans les
Memoires de Trévoux , Septembre 1728.
& il s'étoit rendu à ma feconde démonftration
que le P. D. L. M. qui n'avoit
eu aucune part dans cette difpute , attaque
maintenant.
Mais 1. fon raiſonnement , quand il
feroit concluant , ne concluroit rien contre
moi , puifqu'il change d'hypotheſe , &
ne fuit point la mienne qui eft pourtant
légitime , l'unité géométrique étant une
choſe arbitraire & de foi indéterminée.
2. Dans fon hypothefe même ma conclufion
eft vraye & la fienne eft fauffe
& même contradictoire. Car ce Pere pofe
trois efpaces hyperboliques pour repreſenten
882 MERCURE DE FRANCE.
ter les trois féries 1. 1. 1. 1. & c. ,,
& c. & ,,, &c. dont la derniere eft
la difference dès deux autres. Or il dit
que ces trois efpaces font tous trois ou infinis,
ou tous trois finis ; deforte que l'efpace
qui reprefente I. 1. 1. 1. &c . étant
bien furement infini , felon le P. D. L.M.
même la férie ,,, &c . feroit auffi infinie
, felon lui , quoiqu'il vienne de prétendre
le contraire contre M. Bernoulli.
Mais 3 ° . il eſt faux que ces trois eſpaces
foient des Infinis de la même espece, comme
le dit ce Pere : puifque la férie , }, },
&c. n'eft qu'un Infini radical qui eft nul
par rapport aux deux autres qui font potentiels
du même ordre.
J'ai commencé la premiere propofition
de ce Paradoxe , & je dois la finir par dire
que plus onfait d'usage de fa raiſon , ptus
on trouve de fujets de s'en défier. Ceux
qui ont contredit ce Paradoxe , auroient
pu fe difpenfer d'en fournir de nouvelles
preuves. J'attends de leur équité que le
même empreffement qu'ils ont eu pour
contredire , ils l'auront pour reconnoître la
verité , qui deformais peut paffer pour une
chofe abfolument démontrée en Géomeusie.
DERMAY.
1729. 883
ADIEUX
XXXXXXXXXXXXXXX
DERNIERS
AU FIDELE MEDOR,
Chien de M. DDEE SENECE.
Tu n'iras point dans la nuit éternelle ,
Mon cher Médor , fans être accompagné ,
De ce regret que ton amour fidele ,
Sur ma conftance , à bon droit, a gagné.
Plein de refpect , de zele & de tendreſſe ,
Qui pétilloient dans tes beaux yeux de Chien ,
D'être avec moi tu faifois tout ton bien ,
Hors les momens qu'occupoit ta Maîtreffe
Fâcheux momens qui t'ont caufé la mort !
Mieux valoit- il refter dans le veuvage .
Quand ta Grifette eut fini de fon fort ,
Le trifte cours , dont ce fut grand dommage.
Mieux valoit-il avec moins de chaleur ,
Pour Beauté Chienne avec Mâtins te battre !
Confole- toi pourtant de ton malheur ,
Antoine ainfi périt pour Cléopâtre.
Or,refte en paix : Adien, mon pauvre Chien ,
Ec
884 MERCURE DE FRANCE.
Et puiffes-tu ( fi defirer on l'ofe )
Trouver un corps auffi beau que le tien .
Dans le pais de la Métempficoſe.
skakakakakakikikikiki
PROJET réformé d'un nouveau Calendrier
Civil & Ecclefiaftique , Perpetuel
& Invariable.
Lep
E Calendrier qu'on fuit dans l'Eglife,
depuis même la correction faite par
le Pape Gregoire XIII . en 1582. étant
fujet à des variations inévitables & an- .
nuelles , fondé qu'il eft , comme auparavant
, fur les mois Lunaires des Juifs &
fur le Comput des anciens Romains Obfervateurs
de Calendes , Nones , & Ides ,
la Pâque fe trouvant dérangée de temps
en temps , ainfi qu'il eft arrivé en 1724 .
fans remonter plus haut de tous les expediens
qu'on puiffe prendre pour y réta
blir l'ordre , il n'en paroît pas de plus
plaufible & de plus neceffaire , que celui
de fixer le premier jour de l'An , & la Fête
de Pâque , comme le feul moyen qu'il y ait
pour regler tout à perpetuité , & pour faire
ceffer toutes conteftations à ce fujet .
Ce qu'on propofe de fixer la Pâque ,
ne doit point furprendre. On ne peut nier
qu'il n'y ait eu anciennement parmi les
ChréMAY.
1729. 885
Chrétiens une Fête fixe de la Pâque dépendante
du cours du Soleil , dans le temps
même qu'on difputoit avec le plus de
chaleur fur la Fête mobile , dépendante
de la pleine Lune du premier Mars de
l'Année Lunaire. Cette Pâque fixe étoit
particulierement pour ceux , qui croyant
que Jefus - Chrift étoit mort le 225. Mars
& reffufcité le 27. célebroient tous les
ans fa Paffion au premier de ces jours , &
fa Refurrection au fecond , fçavoir le 25..
& le 27. du même mois , en tels jours de
la femaine qu'ils arrivaffent ; c'eft ce qu'on
trouve marqué dans les plus anciens Martyrologes
de l'Eglife , dans ceux principalement
qui portent le nom de S. Jerôme
, outre que celui du Cardinal Baronius,
le dernier en datte , fait mention du bon
Larron le 25. du mois de Mars , comine
étant le jour de la Paffion du Sauveur.
D'autres ne croyant pas devoir féparer
les Myfteres de l'Incarnation de la Paffion
& de la Refurrection , faifoient la Fête
de Pâque au 25. de Mars , quoique voulant
bien le perfuader que Jeſus- Chrift
ayant été incarné & depuis crucifié le 25.
ils ne puffent ignorer qu'il ne fut reffufcité
le 27. Cet ufage de faire ainfi la Pâque
ne fut blatné que dans ceux qui s'étoient
imaginé, mal à propos , que Jefus
Chriſt étoit reffulcité le 25. comme
quel886
MERCURE DE FRANCE .
quelques Peuples de la Cappadoce , &
quelques-uns de la Galatie fembloient le
croire par erreur.
Cependant on peut dire que les SS . Peres
n'ont rien fait d'irrégulier précisément,
& ne le font point écartés des intentions
droites de l'Eglife , lorsqu'ils ont établi la
folemnité de la Paffion & de la Refurrection
du Sauveur au 25. de Mars , appellé
la premiere Pâque des Apôtres , par l'Auteur
de la Chronique Pafchale , comme
ce fut la premiere en effet ; & que d'ailleurs
la multitude des Gentils convertis à
la Foi étoit accoutumée au Calendrier Solaire
fixe , en ufage dans la plus grande
partie de l'Empire Romain , & non pas
au Calendrier Lunaire mobile des Juifs
& de quelques autres Orientaux . Ön retint
, felon cet Auteur , le jour de cette
premiere Pâque Apoftolique arrêté au
25. de Mars , où il demeura fixé , tandis
que la Pâque des Juifs & des Chrétiens
Judaizans fuivit le cours de la Lune.
>
Après ce qu'on vient de rapporter pour
autorifer la fixation de la Fête de Pâque ,
dont dépend celle des autres Fêtes Mobi
les ,, on voit affez la raifon qu'il y a de
fixer auffi le premier jour de l'an , afin
que tous les autres de l'année foient fixes
pareillement , & fe trouvent dans les mêmes
jours de la ſemaine . Cette fixation
du
MAY. 1729. 887
du premier jour de l'an & de la Fête de
Pâques formant les deux points effentiels,
& étant comme la baze & le fondement
d'un reglement perpetuel pour l'Eglife &
pour l'Etat.
Voici donc , fuivant le Projet , la difpofition
du nouveau Calendrier , où rejettant
l'année Lunaire comme trop variable
, & fujette à erreur , ce qui paroît
dans les nouvelles Lunes de chaque mois
marquées fouvent trop tard & diverfement
, les Equinoxes fixez au 21. Mars
& 23. Septembre ; & les Solftices au 21 .
Juin & 23. Decembre , font mieux dans
leurs points , auffi bien que les mois de
31. jours , par rapport au cours du Soleil
, qu'on adopte au lieu de celui de la
Lune. On peut dire que l'Eglife & l'Etat
y trouveront leur avantage particulier :
L'Eglife n'aura plus qu'un même Ordinaire
pour regler l'Office à perpetuité fans
variation , & l'Etat aura toujours la Fête
de Pâques à un même jour de mois après
un Carême plus commode , &c .
Difpofition du nouveau Calendrier.
1º. Les mois de Janvier , Fevrier & Mars
auront chacun 30 jours .
Ceux d'Avril , May , Juin , Juillet &
Août , chacun 31 jours.
Et ceux de Septembre , Octobre , No-1
C vem
888 MERCURE DE FRANCE .
vembre & Decembre chacun 30. jours.
Ce qui remplit le nombre de 365 jours
dont l'année eft compofée , outre les 6.
heures moins onze minutes , qui font un
jour en 4. ans , moins 44. minutes .
3.
12 ° . L'année commencera toujours par
un Dimanche , fon jour fixe , & finira
ans de fuite par le jour furnumeraire , qui
reste après les 52. femaines complettes
de l'année terminées par le Samedi , &
dont la derniere fera de huit jours à cauſe
du jour furnumeraire ou final , marqué
à la même Lettre que le premier jour de
l'année qu'il finit , fçavoir l'A qu'on chan
gera..
3 °. Le mois de Décembre aura , de 4 .
ans en 4. ans , 31. jours au lieu de 30 .
pour le jour de furcroît de l'année dite
ci - devant Biffextile , jour de furcroît qui
fera placé enfuite du jour furnumeraire
ou final , & qui rendra la derniere femaine
de neuf jours cette année- là.
4. Pour fixer la Pâques à perpetuité
en un Dimanche , fans égard au quantiéme
de la Lune , dont il n'eft plus queftion
, on a choifi le neuvième jour du
mois d'Avril , jour fixé comme le plus
convenable par rapport aux deux termes
de cette Fête le 22. Mars & le 25. Avril,
ou plutôt eu égard à l'Equinoxe du Printemps
, dont il y aura plus de quatorze
jours
MAY. 1729.
889
jours de paffez , ce qui doit fuffire , & tenir
lieu du quantiéme de la Lune .
5° . Les Fêtes Mobiles , qui dépendent
toutes de celle de Pâques , à commencer
par la Septuagefime , & finir par le premier
Dimanche de l'Avent , ſe trouveront
de même fixées , comme auffi les
Quatre. Temps & les Rogations ,à certains
jours de mois & de femaines fans déplacement.
6. La Lettre Dominicale fera tous les
ans l'A , le premier jour de l'An & le dernier
étant marqués à cette lettre qui commence
& finit le Calendrier fixe des Miffels
, Bréviaires & Diurnaux. Les autres
jours de la femaine auront auffi chacun
leur lettre reglée & fixe , Lundi le B
Mardi le C , Mercredi le D , Jeudi l'E ,
Vendredi l'F & Samedi le G.
L'X fera pour le jour furnumeraire , &
le 2. pour le jour de furcroît.
70. Le Martyrologe pour plus grande
facilité le lira en commençant fimplement
par le jour fuivant du mois , die fecundâ ,
die tertiâ , die quarta Januarii , &c. fans
parler de Calendes , Nones & Ides , &
fans nommer le quantiéme de la Lune ,
dont il ne s'agit plus , & qui eft ſouvent
different de celui des Calendriers les mieux
reglez par les Aftrologues .
Pour répondre par avance aux objec-
Cij tions
890 MERCURE DE FRANCE.
tions qu'on pourroit faire contre ce nou.
veau Calendrier , qui demande un examen
exempt de prévention .
On dit 10. que l'Ordonnance du Concile
de Nicée , qui fixe la Pâques au premier
Dimanche , vaque après le quatorzićme
de la Lune du premier mois dans:
l'espace de 35. jours de diftance entre le
premier & le dernier , terme de cette Fête
, n'étant qu'un point de Difcipline Ecclefiaftique
; par conféquent fujette au
changement , & non pas un Dogme de
Foi toûjours invariable , ne doit point abfolument
porter obftacle à l'introduction
de ce Calendrier , avec l'Approbation du
S. Siége & le confent ment des Puiffances
intereffées , d'abord que le Projet n'est
point contraire à la Foi , à la raiſon & aux
bonnes moeurs , & qu'il tend à l'utilité
publique.
On dit de plus , que le jour furnume
raire qui augmente d'un jour la derniere
femaine de l'année , doit être toleré tous
les ans , de même que le jour de furcroît
tous les quatre ans , fans qu'il y ait ſujet
de fe récrier contre une telle nouveauté
de 8. jours , de 9. jours dans une femaine
, lorfqu'il eft impoffible de faire autrement
pour rendre le Calendrier fixe. On
doit plutôt avoir égard que tout le changement
n'étant que dans la derniere femaine
MAY. 1729. 891
maine , c'eft à- dire , dans la 5 2º. pendant
que toutes les autres femaines font en regle
, le mal n'eft pas fi grand qu'il doive
faire échouer le Projet ci propofé , & faire
continuer le Calendrier mobile & dérangé
tel qu'il eft , peu de chofe eft réputé un
rien en fait d'avantage public , comme le
Dimanche une fois en un an retardé d'un
jour , ou deux après 52. femaines juftes,
n'eft point encore un obſtacle abfolu .
On croit enfin devoir avertir , que fi
l'on a eu raifon de retrancher dix jours
de l'année 1582. à caufe des onze minutes
qui manquent aux fix heures de chaque
année , & qui depuis le Concile de
Nicée en 3 25. ayant été negligées avoient
fait retrograder l'Equinoxe du Printemps
d'autant de jours ; on doit par la même
raifon de minutes de manque par an paſſer
trois centiémes d'années 1700. 1800 .
& 1900. fans compter de Biffexte pour
éluder par ce retranchement de trois jours
en quatre cens ans à la retrogradation du
Printemps dans cet eſpace de temps , ainſi
dans la fuite.
Néon de S. Antoine.
Ciij A
892 MERCURE DE FRANCE.
AM. LE COMTE DE TRESMES.
Sur fon Mariage.
Α
MAjoye & mes tranſports me tiennent
lieu de Verve ,
Une Fille de Mars , Eleve de Minerve ,
Par Hebé préfentée à l'Autel des Amours ,
Sous les Loix de l'Hymen vous promet d'heureux
jours .
O Gendre d'un Heros qui fuccede à la gloire
De fes fameux Ayeux ficonnus dans l'Histoires
Comme lui vous ferez adoré du Soldat ,
Craint de nos ennemis , le foutien de l'Etat :
Comme lui vous aurez une Epouſe fidele , ~
Des dons les plus flateurs , rarè & parfait Modele
;
L'Art de parler , le goût , l'Eſprit vif & fenfé,
Le Ciel en fa faveur femble s'être épuifé,
Mais que vois - je ! ... Apollon vient lui -même
m'inftruire ,
Je le fens , il m'échauffe , il m'éclaire , il m'infpire
:
TRESMES , fur votre fort écoutez fes Arrêts .
De cet Hymen formé par les divins decrets ,
Naîtront bien- tôt des Fils , ornemens de la
France ;
Le bonheur de vos jours , des François l'Efperance
,
Zelez
MAY. 1729: 893
Zelez pour la Patrie , attachez à leur Roy ;
Paris fuivra long tems leur fage & douce Loi;
Genereux , Bienfaifans de leur magnificence .
Les Peuples & les Arts fentiront l'abondance;
On verra réunis , la valeur , la bonté ,
Le fçavoir , la grandeur , la force , l'équité ,
Qualitez de tout tems tranfmifes par leurs
Peres ,
Dans l'un & l'autre fang toûjours hereditaires .
Comte , de vos vertus le prix eft décidé ,
Aux voeux publics pour vous les Dieux ont
accordé ,
Une Race nombreuſe en demi- Dieuxfertile
Tous les ans de Neftor, & la gloire d'Achille..
*******************
LETTRE fur l'excellence & la préference
de la Vûë ou de l'Ouïe , ou Réponfe
fur les questions propofées dans le
Mercure de Juin 1728.
J'A
'Avois toûjours regardé , Monfieur ,
comme très- utile l'exercice d'écrire
pour ou contre les Queſtions propotées
dans le Mercure de France ; mais je n'aurois
jamais crû qu'un Avocat , qui fait
profeffion de défendre des Caufes de tout
genre , eur penſé , comme il l'a fait , fur
la queſtion , où il s'agit de fçavoir : dans
Ćiiij quel
894 MERCURE DE FRANCE.
quel état & dans quelles circonstances , il
vaudroit mieux être aveugle que fourd.
Quand il feroit vrai , qu'il n'y a perfonne
qui foit veritablement intereffé , à
fçavoir cela ; & qu'il n'y a point de conjonctures
, où il foit & libre & neceffaire
de choifir entre l'un & l'autre parti , s'enfuit-
il qu'il foit mal fait d'examiner en
particulier , lequel des deux fens eft le
plus neceffaire , de la vûë ou de l'ouie ?
Non , M. d'Auvergne , dans fa Lettre
écrite de Beauvais le 27. Juillet , fur
les Queftions propofées dans le Mercure
de Juin dernier , croit que cette queftion
eft du nombre de celles , où l'on
n'a pour but , en les propofant , que de
réjouir le Lecteur par de petites difcuffions
ornées de traits , ou curieux ou badins.
Auffine manque- t-il pas de rappor
ter l'extravagance de Démocrite , qui fe
creva les yeux ; & la folie de celui qui paf
fa une Riviere à nage , l'un pour ne pas
voir , & l'autre pour ne pas entendre.
M.d'Auvergne malgré fon prétendu bàdinage
, femble cependant traiter la queftion
d'une maniere très ferieule , lorſqu'il
foutient que nos fenfations ne nous font
pas données , pour nous en priver ainfi
nous-mêmes , à mesure qu'elles nous aſfujettiffent
à quelque défagrément , ou
que nous nous appercevons , que nous en
pouAVRIL:
1729. 895
pouvons faire un mauvais ufage . J.C. dit
néanmoins en l'Evangile S. Matthieu ,
ch. 18. v. 6. Que fi quelqu'un fcandalife
un de ces petits qui croient en moi , il vandroit
mieux pour lui qu'on lui pendit au
sou une de ces meules qu'un âne tourne , yo
qu'on le jettât au fond de la mer ... v . 8.
Que fi votre main ou votre pied vous eft
un fujet de fcandale , coupez - les , & les jettez
loin de vous. Il vaut mieux pour vous
que vous entrie dans la vie n'ayant qu'un
pied, ou qu'une main, que d'en avoir deux,
& être jetté dans le feu éternel. v. 9. Et fi
votre ail vous est un fujet de fcandale , arrachez-
le , & le jettez loin de vous . Il vaut
mieux pour vous que vous entriez dans la
vie n'ayant qu'un oeil , que d'en avoir deux,
& être précipité dans lefeu de l'Enfer. Ch .
19. v . 12. Ily a des Eunuques qui font néz
tels dès le ventre de leur mere : il y en a que
les hommes ontfait eunuques , & il y en a
qui fe font rendus eunuques eux - mêmes pour
gagner le Royaume dès Cieux.-
Je fçai que ces paffages ne doivent pas
être pris à la lettre , & que le zele litteral
d'Origene , a été blâmé par les Peres ;
mais je fçai auffi qu'il vaudroit mieux perdre
tous les fens , ou l'ufage de tous les
fens , que de s'expofer à la perte de la vie
éternelle. Les Religieux de la Trappe &
de plufieurs Monafteres ne fe condain--
Cy nent
896 MERCURE DE FRANCE :
nent-ils pas au filence ? Les Peres des dé
ferts ne le privoient - ils pas fouvent de
l'ouie & de la vûë ? &c. Les hommes ont
donc quelque liberté fur le choix & fur
l'ufage des fenfations , quand ce ne feroit
que pour en faire des facrifices au Seigneur.
Je me fuis peut- être trop étendu fur un
point dont il ne s'agit pas précisément ,
car il femble que l'Auteur des Queſtions
ne s'eft pas bien expliqué, ou que M.d'Au .
ne l'a bien entendu. Il s'agit proprepas
ment de plaider la caufe de Poil & celle
de l'oreille , je l'ai du moins crû de la forte
, ou ce qui revient au même , de balancer
le pour & le contre , dans la préference
d'un fens fur l'autre , en fuppofant
qu'il falût opter entre la furdité & la cecité.
On peut raifonner là deffus , & comparer
entr'eux les avantages acquis par les
l'oreille.
yeux &
par
On
voit
d'abord
, que
pour
bien
répondre
à cetre
Queftion
, il faut
fçavoir
fi
l'on
parle
de perfonnes
riches
ou
pauvres
,
jeunes
ou
vieilles
; aimant
la folitude
ou
le
monde
, ignorantes
ou
fçavantes
, de
gens
accoûtumez
à être
fervis
, ou
à fe
fervir
eux
- mêmes
; tout
cela
doit
être
confideré
, de même
que
le gout
particulier,
&
dominant
de chacun
, enfin
la qua-
Lité
& fa profeffion
, &c.
En
MAY. 1729. 897
En general tout le monde veut voir , la
joüiffance d'un tel fens eft prefque continuelle
, on ne s'en raffafie guere , & un
Artifan ou un pauvre homme doit préferer
la vûë à l'ouïe ; mais en eft il de
même d'un homme riche qui auroit , par
exemple , cent mille livres de rente ?
L'aveugle , à la rigueur , dépend des
autres , il eft à leur difcretion ; mais quels
égards n'a- t'on pas pour l'aveugle : l'Ecriture
nous le recommande , il eſt gai ,
content, pendant que le fourd, trifte, foupçonneux
, très incommode , fe martirife
lui-même , fe fait haïr & le trouve obligé
de fuir la focieté , ne pouvant jouir des
douceurs de la converfation , il fe retire
à la campagne , cultive la terre , devient
Chaffeur , & enfin folitaire & fauvage.
Les aveugles peuvent rendre leur nom
fameux dans l'Hiftoire ; on a des Héros
parmi les aveugles , des Auteurs en tout
genre , des Prédicateurs , des Muſiciens ,
en un mot des aveugles fçavans fur tout ,
excepté fur la lumiere , fuppofé qu'ils
foient aveugles de naiffance. On peut , fi
l'on veut , examiner à fond la question
en fuppofant la furdité , & la cecité , de
naiffance ou par accident , examiner
l'on peut acquerir plus ou moins de
connoiffance par l'ouïe feule que par
la feule vûë.
C vj Un
898 MERCURE DE FRANCE:
Un aveugle peut être donc bon Roy;
bon Magiftrat , bon Orateur , bon Prédicateur
, bon Confeffeur , bon Directeur
bon Poëte , bon mari , bon pere , bon voifin
; en un mot , que ne peut-il pas être ?
Son infirmité , fon défaut ne fait tort à
perfonne ; c'eft l'aveugle feul qui ſouffre
du malheur d'être comme un enfant à la
difcretion de ceux qui l'environnent. Les
Loix d'ailleurs ne font- elles pas plus favorables
aux aveugles qu'aux fourds ? Il y
a cependant peu d'aveugles qui ne vou
luffent être privez de l'ouïe pour obtenir
le don de la vûë , ingrats fur la poffeffion
d'un bien , on ambitionne la joüiffance.
d'un autre.
Mais que faire d'un fourd , eût-il acquis par
les yeux toutes les connoiffances poffibles?
Ilne peut communiquer avec les autres :
que par fignes ; quelle peine n'eft- ce point
pour ceux qui ont le malheur de vivre
avec lui ? Le fourd dans un fens eft donc
plus à charge aux autres , que ne le peut.
être un aveugle , cependant un fourd donneroit-
il volontiers les deux yeux pour
jouir de l'ouïe ? On fuppofe qu'il eût l'idée
de chacun de ces deux fens . Nous fair ..
fons donc plus de cas des avantages dont
nous fommes privez , que de ceux dont
nous joüiffons , quelle mifere !
On pourroit objecter qu'un Prince fourd,
ayantr
MAY. 1729. 8.99
ayant des Courtifans attachez & affectionnez
, ils fe feroient à la fin entendre
de leur Prince , qui voyant de fes. propres
yeux , feroit plus indépendant & mieux
en état d'agir par lui - même , & parconféquent
de gouverner fon Royaume , de
punir le vice , de récompenfer la vertu
de faire la guerre en perfonne & de régir
fon peuple, & c . Mais un Souverain peutil
voir tout par lui- même , n'est - ce pas
par les yeux des autres qu'il régit les Provinces
? Un Roi aveugle en feroit de même;
il s'attacheroit fcrupuleufement à bien
compoſer fon Confeil , il s'en feroit un
devoir & une occupation , ne pouvant
joüir des plaiſirs des yeux , ni de ceux qui
dépendent de certains exercices du corps.
On peut
obferver en paffant , & afin que
cette remarque ne foit pas omife , que l'aveugle
eft bien mieux en état de connoître
fon Créateur & de le fervir , que ne l'eft
le fourd , ainfi que l'experience nous le fait
voir tous les jours & dans toutes les Eglifes.
Il y a eu cependant quelques fourds illuftres
dans les Arts & dans les Sciences,
mais le nombre en eft très petit , encore
n'eft ce que par les foins pénibles & continuels
que l'on a pris pour leur éducation
& pour répondre au riche, fond de
leur génie.
La vie des aveugles illuftres feroit au
La
900 MERCURE DE FRANCE .
1
•
contraire très-longue & des plus curieufes
dans le peuple même , les aveugles
gagnent leur vie en chantant , en jouant
de quelque Inftrument , au lieu que les
veritables fourds font encore plus expofez
à périr de mifere. La Tour de Babel fut
difcontinuée faute de s'entendre , quoique
les Ouvriers euffent l'ufage des
& de l'oreille , ce qui prouve que la furdité
rend l'homme incapable d'agir exactement
, felon l'ordre ou l'intention de
ceux qui commandent .
yeux
A l'égard des femmes , il n'y a pas à déliberer
, la vûë leur eft plus neccffaire que
P'ouïe. Une Dame qui ne voit pas , fe
croit privée de tour , elle fe croit enfevelie
toute vivante dans les tenebres . Une
femme fourde peut être très jolie , la voilà
confolée , elle peut s'occuper dans fa famille
, avoir foin de tout , travailler &
faire travailler les autres , parler d'exem
ple ; enfin une femme fourde & muette
peut être dans un fens une femme parfaite
, d'autant mieux que la langue lui
étant prefque inutile , elle mettra certai
nement les autres fens plus à profit.
Si je ne me trompe point dans ce jugement
, & j'en appelle aux Dames mêmes
pourquoi l'homme préfereroit - il
l'ouïe à la vie ? En ce cas là ne feroit - il
pas obligé de fe la.ffer conduire par fa
femme
MAY. 1729 901
femme ? Que deviendroit pour lors la dignité
de l'homme ? L'homme fourd en
voyant, ne peut- il pas également travailler
& gagner la vie de fa femme aveugle , mais
que pourra faire cette femme ? N'importe,
je crois que la femme a befoin de la vûë
plutôt que de l'ouïe , & que l'homme a befoin
de l'ouïe plutôt que de la vûë, je m'explique,
un aveugle écoute & rend juftice à
tout le monde. Cela efſt ſi vrai qu'en diſant
à un autre , jefuis fourd , cela fignifie bien
fouvent qu'on ne veut pas accorder la demande
qui nous eft faite ; Dieu lui même
dans fa jufte & terrible fureur, fait la mênie
menace aux pecheurs endurcis & impenitens.
Il paroît , au refte , inconteftable à l'égard
des pauvres gens , que la vûë eſt
préferable à l'ouïe . Le pauvre Tobie , falué
par Azarias ou l'Ange Raphaël , qui
lui dit : Que la joye foit toûjours avec vous ,
répondit à l'Ange Quelle joye puis-je
avoir, moi qui fuis toujours dans les tenebres
& qui ne vois point la lumiere du
Ciel Tob. 5. c. v. 11. 12. Il femble que
des fourds pourroient s'affembler , vivre
enfemble , former une espece de focieté ,
avoir leurs Loix , leur Police , leur politique
, leur commerce , leurs Foires , leurs
affemblées , & à la fin leur langage oculaire.
Mais des aveugles entre eux , quelle
mifere
go MERCURE DE FRANCE :
mifere ! Ils ne peuvent prefque rien par
eux-mêmes , ils font dans une abfolue dé
pendance & expoſez à toute la pitié des
hommes voyans . Cependant cela ne les
rend pas toûjours plus doux & plus traitables
; on en trouve beaucoup d'infolens;
les fourds font auffi ordinairement affez
méchants , la raiſon en eft peut - être ailée
à trouver , l'aveugle fe deffend avec la
langue , c'eſt- à -dire en parlant , & le fourd
avec la main & en frappant , je n'entens
parler, au refte, que des hommes pauvres
& non des riches.
Si la queftion eft décidée pour les pauvres
, d'où vient qu'elle ne l'eft pas pour
les riches ? Elle feroit également décidée
pour les riches du temps d'Adam , des
Patriarches ou même des Sauvages riches
, ennemis du luxe & des vaines inutilitez
dont la plupart des hommes polis
fe repaiffent. Mais quel changement ne
produifent pas dans l'efprit & dans le coeur
de l'homme , l'étude & l'ufage varié d'une
infinité de fenfations pour chaque fens ??
L'homme corrompu , bien loin d'en diminuer
le nombre , voudroit au contraire,
s'il étoit poffible , en faire quelque nouvelle
découverte , fans faire attention que
l'homme pour vivre heureux , n'auroit
peut- être befoin que du feul fentiment varié
à l'infini ; fans couleurs , & par con--
fequent
MAY. 1729. 203
Lequent fans vûë , fans odeur , fans gout ,
fans ouïe , &c. Je crois donc que les Patriarches
& les Sauvages auroient préferé
la vûë à l'ouïe , parce que leur vie confiftoit
dans l'action , plutôt que dans la
méditation , & qu'enfin en travaillant on
parle d'exemple , & qu'un fourd entend
parfaitement ce langage , au lieu que l'aveugle
n'eft guere bon qu'à tourner quelque
roue , & c.
Les hommes aujourd'hui , en general ,
voluptueux & affervis aux fens , préfereront
toûjours l'état où il y auroit plus de
plaifir à l'état qui en procureroit le moins,
cela eft vrai ; mais il s'agit de fçavoir fi
un aveugle peut fe procurer un plus grand
nombre de plaifirs que le fourd ; ils en
ont de communs l'un & l'autre , il s'agit
des plaifirs particuliers à chaque fens , &
enfin de fçavoir fi l'oreille en eft plus
fufceptible que l'oeil , à toute rigueur. On
n'entend ordinairement qu'une choſe à la
fois , au lieu que les yeux en apperçoivent
une infinité , l'harmonie la plus compo
fée est très -bornée.
Pour décider cette queftion autant que
la chofe eft poffible , je crois qu'il faut
encore diftinguer les plaifirs du corps &
les plaifirs de l'efprit ; examinons quels
font les plus grands , les préferables &
enfuite voir de quel fens on en peut efperer
504 MERCURE DE FRANCE:
perer davantage , de ceux du corps ou
de ceux de l'efprit ; comparer & apprétier
le tout pour rendre cette question , ou de
gout ou de calcul ou de pur raifonnement .
C'eft à ceux qui prendront parti pour un
fens , à le deffendre contre l'autre , & je
ne vois pas que cet exercice litteraire foit
indigne d'un efprit qui aime à penſer , à
parler à raifonner , à écrire , furtout lorfqu'on
foumet toutes fes idées à celles des
Maîtres , ainfi que le doit toûjours faire
P'homme prudent & bien fenfé.
#
M. d'Auvergne trouvera peut - être à
fon tour , que j'ay mal pris la queſtion ,
je ne m'y oppofe pas , je me contente de
donner les penfées que j'ai eues en la li
fant , pour exciter ceux qui penfent mieux
à faire part de leurs idées à ceux qui les
"demanderont. D'un autre côté j'avoue que
je n'ai pas bien entendu ce que M. d'Au .
penfe lorfqu'il dit , qu'il n'eft pas non plus
en notre pouvoir , quand nous preffentons
que les loix de la Nature font prêtes
à nous ôter quelque fenfation , d'en
facrifier une autre pour conferver celle
que nous affectionnerions davantage . En
Medecine il arrive fouvent que l'on perd
l'enfant pour fauver la mere , ou la mere
pour fauver l'enfant , & quoique trèsfaillibles
dans un Art conjectural , les Medecins
fe déterminent toujours pour ce
deux autorisé. Quand
MAY. 1729. .༡༠༢
Quand M. d'Au . parleroit d'un pouvoir
phyfique , il ne s'enfuivroit pas qu'on ne
pût tirer aucune utilité de l'éclaircillement
fur cette queftion.Ne fommes - nous pas expofez
chaque inftant à la cécité & à la
furdité , tout comme à la mort ? Donc il
eft bon de fçavoir , en cas de malheur ,
la préference que l'on doit faire des fens ,
afin de les cultiver à proportion de leur
mérite & de leur neceflité. Mais les Hif
toires nous parlent de tant de perfonnes
condamnées à la mort , aufquelles on laiffoit
le choix du fer ou du poifon . Notre
Hiftoire même nous parle du choix que
Clotaire donna à fainte Clotilde , des cifeaux
ou du poignard contre les neveux
de Thiery , ce font de terribles extrémitez ,
il faut cependant quelquefois paffer par là ,
combien de fois n'a -t- on pas condamné
des Princes infortunez à perdre la vûë ? *
Dans la derniere révolution de Perfe , on
voit l'Ufurpateur Acheraf,priver de la vûë
fon frere le cadet , par le moyen d'une
lame d'or ardente qu'il lui fit paffer fur les
yeux , on pourroit également vouloir rendre
un homme fourd , on croit donc, avec
raifon , qu'un Prince privé de la vûë , eft
moins capable de remuer , que s'il n'étoit
* Samfon & Sedecias , parmi les Hebreux:
Cet ufage barbare de crever les yeux , fubfifte
encore dans l'Orient.
que
906 MERCURE DE FRANCE.
<
que fourd ; la vûë eft donc plus neceffaire
à un Souverain , que l'ouïe ; & un Prince
coupable de conjuration en Perfe , riſqueroit
de perdre la vie ou la vûë , s'il tomboit
vif en la puiffance de fon ennemi .
ن م
Nous lifons encore dans le premier
Livre des Rois , ch . 11. v . 1. 2. Naas
Roi des
Ammonites , fe mit en campagne
& attaqua Jabés en Galaad. Et tous les
habitans de Jabés dirent à Naas : Recevez
nous à compofition & nous vous ferons
affujettis. Naas , Roi des Ammonites , leur
répondit : la compofition que je ferai avec
vous fera de vous arracher àtous l'oeil droit
& de vous rendre l'opprobre de tout Ifraël...
Par où l'on voit que l'oeil eft neceffaire
pour le métier de la Guerre , je ne
doute pas cependant que la bonne tête
d'un General aveugle ne fût auffi capable
de conduire une armée , que le feroit un
Prince du centre de fon Royaume. Les
yeux de l'efprit font la partie effentielle
de l'homme illuftre , & les yeux corporels
des autres hommes , fuppléent affez à
ceux dont l'aveugle illuftre eft privé.
On voit des hommes qui ont perdu la
vûë par divers accidens , d'autres qui ont
perdu l'ouïe & d'autres la memoire , eftil
abfolument inutile de demander quelle
eft la plus grande de ces pertes - là. Tout
ce que l'on met dans les Mercures eft-il
d'une
MAY. 1729 .
907
'une plus grande utilité ? Si M.d'Au . l'avoit
crû , il n'auroit pas pris la peine d'é
crire fa Lettre du 27. Juillet , on l'a lûë
cependant avec plaifir , parce qu'elle amuſe
& qu'elle inftruit , malgré l'efprit fevere
qu'il fait paroître contre la recherche de
certains Arts ; par exemple, il auroit fallu ,
ce femble , entrer dans quelque détail de
railonnement pour ou contre l'Art de voler
, afin d'encourager ou de détourner
ceux qui s'appliquent à de femblables recherches.
L'exemple que cet Avocat cite de Sadecer,
ou de quelque autre , femble prou
ver contre lui ; car s'il étoit poffible de
dreffer des Aigles & des Aurruches à nous
voiturer , quel mal y auroit - il de les apprivoifer
de la forte ? N'a- t- on pas des
Difeaux pour la Chaffe ? * Mais l'Art de
voler par foi- même paroît impoffible à
M. d'Au . Il trouve que l'efperance de réül
fir dans cet Art , ne fçauroit entrer dans
l'idée de tout homme qui ne veut pas renoncer
aux lumieres de la raiſon , & qui
refléchit tant foit peu fur le Systême du
Monde. Enfin l'Auteur de la Lettre dit que
la chofe va à changer l'ordre & Parrangement
naturel , & vouloir arroger à l'hom
Ily a un Pays où les Pigeons fervent de
Courriers: il eft donc permis de tirer des animaux
& des Arts , toute l'utilité poſſible.
ر
me
908 MERCURE DE FRANCE.
me des perfections , des facultez que
Auteur de la Nature n'a pas jugé à propos
de lui donner , & par confequent le
projet doit être regardé comme chimerique
& comme inſenſé.
C'eft ainfi qu'on fe mocqua du premier
qui ofa propofer d'aller fur l'eau &
fur la Mer , on l'accabla de lieux commúns
fur les quatre Elemens , fur la nature
des Quadrupedes , des Volatils & des
Poiffons , &c . C'eft ainfi que fous la Zone
Torride on fe moqua de cet Hollandois qui
difoit qu'en certain temps de l'année, l'eau
de fon Pays devenoit affez dure pour porter
des Elephans , & c. C'eſt ainfi qu'on
fe mocqua du premier qui chercha le Miroir
dans la matiere , & c . C'eſt ainſi quon
fe mocqua du premier qui propofa d'aprivoiler
le Boeuf, le Chameau & le
Cheval , &c. C'est ainsi qu'on le mocqua
de ceux qui chercherent le fecret de l'écriture
pour parler de loin & entre les
abfens ; & c'eft ainfi qu'on le mocquera
toujours des queftions & des problêmes
des autres , lorfque l'on fe croira mal à
Le premier qui vit un Chameau ,
S'enfuit à cet objet nouveau ;
Le fecond l'approcha , le troifiéme ofafaire ,
Un licou pour le Dromadaire .
LA FONTAINE .
propos
MAY. 1729. 9.09
propos bien au faitdu Syftême du monde .
ne faut pas douter qu'on ne fe foit
auffi mocqué du premier qui ofa prédire
les Eclipfes , qui ofa dire que les Planetes
étoient peut - être habitées ; que les Etoiles
étoient peut - être autant de Soleils , & que
Dieu auroit pû créer , fans nous le réveler
, une infinité de Mondes differens du.
nôtre à l'infini de l'infini , felon ſa puiſfance
infinie d'être infiniment incompréhenfible.
il
Et pour
faire voir à M.
d'Auvergne
que
lę zele pouffé
trop loin , nous fait quelquefois
errer
dans nos raifonnemens
,
fuffit
de rapporter
à l'occafion
de la tranffufion
du lang condamnée
par des raifons
de police
, de bienféance
& d'honnêteté
,
il fuffit , dis - je, de rapporter
la raifon
qu'ajoute
cet Auteur
, parce
que le nombre
de
nos jours
eft renfermé
dans
des bornes
qui
ne peuvent
pas être paffées
, & au- delà defquelles
on ne sçauroit
s'efforcer
d'atteindre
fans
offenfer
la volonté
divine
.
9
Avec de femblables raifonnemens on
décrieroit non - feulement la Medecine
qui ne l'eft déja que trop , mais encore la
Jurifprudence , la Politique , &c. en un
mot , on réduiroit l'homme à l'état paffif,
& on lui feroit perdre le gout general de
l'action civile & morale , puifque tous les
évenemens contingens font prévus comme
1
10 MERCURE DE FRANCE
me le nombre de nos jours ; c'eſt pourquoi
pour raifonner , ce femble , plus jufte,
il est mieux de dire , comme cela eft certain
, que les recherches , les découvertes
& les inventions , font auffi du nombre
des chofes prévûës ou prédéterminées .
La regle que M. d'Au . donne pour
connoître fi un Art eft au deffus des forces
humaines , ne paroît pas fur , & je doute
que l'homme puiffe expliquer pourquoi
Dieu dans l'accompliffement de fes deffeins
, & agiffant toujours par les voyes
les plus fimples , fait ufage ou ne fait pas
ufage de fa Toute - puiffance dans les chofes
qui ne font pas hors de l'enchainement
des caufes naturelles , & c.
€
On voit d'un côté Habacuc tranfporté
dans les airs de Judée en Babilone & de Babilone
en Judée , Ezechiel élevé entre le
Ciel & la Terre , &c.d'un autre côté on voit
la divifion des eaux de la Mer Rouge & du
Jourdain , on voit J. C. & S. Pierre , marcher
fur les eaux , on voit Jofué arrêter
la Lune & le Soleil , on voit les Murailles
de Jericho tomber par terre , on voit
dans l'Horloge d'Achas l'ombre retourner
en arriere , par les dix degrez , par
lefquels elle étoit déja defcenduë , on voit
mille prodiges de cette nature , dans lefquels
il nous eft impoffible de connoître &
d'affurer pourquoi Dieu a choisi un moyen
plutôt
MAY. 1729. IT
plutôt que l'autre dans le tréfor infini de
Les richeffes. Donc pour juger de la poffibilité
& de l'utilité des Arts dont on propofe
la recherche & la perfection , l'homme
foible & ignorant ne doit point faire
de comparaiſon entre fa conduite & celle
de fon Créateur.
M. d'Au . fuppofe que Dieu ne voulant
pas avilir les traits particuliers de fa grandeur
& de fa puiffance , n'y a recours que
quand les facultez qu'il a diftribuées aux
Agens naturels , ne lui fuffifent pas ; mais
qui peut juger de leur fuffifance ou inſuffifance
? D'ailleurs eft - ce une regle a donner
pour juger des Arts & des Sciences
& des moyens que les hommes employent
pour y parvenir ? Je laiffe aux Auteurs des
Questions propofées , le foin d'expliquer,
d'éclaircir & de deffendre celles qui les
regardent , fuppofé qu'ils en ayent tout
le temps ; car bien des Lecteurs defeeuvrez
pourront s'imaginer qu'il faut avoir bien
du temps à perdre pour travailler à de
femblables Queſtions . J'ai l'honneur d'être
, Monfieur , votre , &c.
S. M. D.
D SON;
12 MERCURE DE FRANCE .
XXXXXXXX
XXX :XXXX
SONNET .
çavans , qui prétendez pour fonder la Na-
Savare,
D'un oeil audacieux embraffer l'Univers ,
Qui pour en penetrer les loix & la ftructure ,
Interrogez les Cieux & la Terre & les Mers.
Vous , Poëtes, nourris de Fable & d'impofture,"
Frivoles Créateurs de fantômes divers ,•
Et qui croyez paroître à la race future ,
Tels qu'Amphion à Thèbes , ou qu'Orphée
aux Enfers ,
Compilateurs zelez de l'Hiftoire du monde ,
Qui voulez que fur tout chaque âge vous réponde
,
Qu'a produit jufqu'ici cette vaine fureur ?
De cet amas de faits , de mots, & de ſyſtêmes ,
Vous n'avez recueilli que l'orgueil & l'erreur
Plus méprifable encor que l'ignorance mêmes,
EX
MAY. 1729. 913
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Mont
pellier le 29, Avril 1729. au fujet
de la date de l'impreffion de deux Bibles
, &c.
A Réponſe donnée dans le dernier
Mercure , par une Lettre de Paris du
20 Février , au fujet de la datte de l'impreffion
de deux Bibles , n'a pas été ici.
du gout de tout le monde. On convient
que ces Bibles n'ont pû être imprimées
au commencement du XIe fiecle , puifque
l'Imprimerie n'a été connuë que longtemps
après ; mais on ne convient pas
tout- à - fait de l'époque qu'on a donnée à
l'invention de cet Art , que l'on fixe depuis,
1430. jufques à 1450 .
L par une
L'opinion la plus commune eft quei
l'Imprimerie doit la naiffance aux années
1440. 144. ou 1442. & que les premieres
impreffions n'ont paru qu'après
1460. tels font un Livre intitulé , Du
randus de Ritibus Ecclefia , qui eft de
1461. une Bible de l'année 146. la
Cité de Dieu de S. Auguftin , & ies Offices
de Ciceron , qui font de la même date
ce qui ne cadre pas à l'année 1436. dans
laquelle on préfume que les deux Bibles
Dij cm
914 MERCURE DE FRANCE.
en question peuvent avoir été imprimées
en comptant par les années de l'établiffement
de la Monarchie Françoiſe . D'ailleurs
l'ufage des Chrétiens, de compter par -
la Naiffance de J. C. ne veut pas qu'on
croye qu'on ait voulu prendre l'Epoque
de l'établiffement de la Monarchie Françoife
, fans. l'avoir marqué exprès , puifque
ce n'étoit pas l'ufage ordinaire en
France de compter de cette maniere.
On voit,en effet , une infinité d'Actes du
XVefiecle , même des Lettres Patentes de
nos Rois , qui font dattées par les années de
lá Naiffance de J.C.Il y a encore une chofe
àobferver, c'eft qu'il faudroit fçavoir le lieu
de l'impreffion de ces Bibles ; car fi elles
ont été imprimées hors du Royaume ,
comme il y a quelque apparence , on n'aura
pas pris pour Epoque l'établiffement de
la Monarchie Françoife . Ainfi on ne voit
pas qu'on puiffe datter l'Edition de ces
Bibles de l'an 1436. fi cela étoit il fau
droit qu'elles fuffent fort mal imprimées,
& que
leur
impreffion
n'approche
pas , àbeaucoup
près
, de
celle
d'aujourd'hui
,
car felon
Scaliger
, les premiers
Livres
imprimez
paroiffoient
écrits
à la main
. Mais
quelle
date
donner
à ces Bibles
? C'est
ce
qu'on
ne croit
pas
devoir
hazarder
fans
les avoir
vûës
& examinées
,
BOUTSMAY.
1729.
******* : ****** :**
BOUTS- RIMEZ REMPLIS.
Onnois- tu , cher Damis , la Nymphe que
voilà ? Connois- tu
L'honneur de nos Hameaux? l'adorable Iſabeller.
C'eft elle dont Tircis l'autre jour te par- la.
Dès long- tems ce Berger brule pour cette bèlle.
déjas
Les plus rares beautez , elle efface ..
Ses yeux font plus brillans qu'une vive étincelle
:
Pâris , qui de la Pomme autrefois difpo fa ,
Eut long- tems balancé , s'il eût vû la prunelle.
Des foins de mille Amans , elle dédaigne
T offres
Refufe leurs prefens,& qui plus eft leur coffre.
De fes Adorateurs tout ce Bocage eft plein
Nul n'a pu jufqu'ici fixer cette
Pucelles
Evitons fes regards , ils enchantent foudain ,
Il n'eft en la voyant de coeur qui ne chancelle.
Me de Ronger , Cadette , de Caftelnaudary.
D iij
AS916
MERCURE DE FRANCE .
<
ASSEMBLEE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Belles - Lettres.
Lin
E 26. Avril , l'Académie Royale des
Inſcriptions & Belles Lettres , reprit
fes féances par une Affemblée publique ,
dont M. de Boze , Secretaire perpetuel ,
fit l'ouverture par les Eloges de M. l'Abbé
Couture , Académicien Penfionnaire , &
de M. l'Abbé Boutard , Académicien Penfonnaire
Veteran , morts depuis peu .
M. de la Nauſe lut enfuire une Differsation
fur la durée du Regne de Seleucus
Nicator , Fondateur du Royaume de Syzie.
Son deffein fut de faire voir que ce
Prince avoit regné 5o. ans , & même davantage
, contre l'opinion commune qui
ne lui en donne que 30. à 32. M. de la
Nauze établit d'abord la neceffité de prolonger
ce Regne , en rapportant quelques
évenemens qui demandent une fuite de
plufieurs années , qu'on ne peut cepen
dant placer qu'entre la 3 0 ° année de Seleucus
& fa mort . Tel eft le Mariage de
Lyfimachus avec Arfinoe , dont les enfans
moururent prefqu'en même- temps
que Seleucus , âgez l'un de 15. ans &
l'autre de 13. On allegua enfuite les nombreuſes
MAY. 17297 917
>
breufes guerres de Seleucus , les travaux
qu'il entreprit , les 59. Villes qu'il bâtit
comme une preuve que fon Regne dut
être très- long ; & l'on remarque que Seleucus
fe faifoit honneur d'avoir furvécu
à tous ceux qui avoient compofé la Famille
& la Cour d'Alexandre .
Il furvêquit même à fon propre fils Arr
Antiochus
Soter , felon M. de la Nauze , qui
infifte principalement fur ce dernier point,
pour faire voir que Seleucus ayant affocié
fon fils à la Couronne , & fon fils ayant
regné 19. ans , de l'aveu des Hiftoriens ,
il faut ajoûter ces 19. ans aux 30. ou
32. ans qu'on accorde à Seleucus , &
prolonger ainfi fon Regne au - delà de
50. ans .
Pour l'affociation d'Antiochus , elle eft
attestée par les anciens Auteurs ; ils en
ont même marqué l'occafion , qui fut
une maladie caufée à ce Prince par l'excès
de fon amour pour Stratonice , fa
belle -mere. Mais ils ne difent pas auffi
pofitivement qu'Antiochus - Soter foit mort
avant fon pere. Cependant on peut le
conclure de quelques témoignages de
l'Hiftoire . Pline met un Prince , nommé
Antiochus , pour 5 Roy de Syrie. Or en
diftinguant le Regne d'Antiochus -Soter
de celui de Seleucus , le 5 Roy de Syrie
fe trouve un Seleucus, non un Antiochus;
D iiij &
918 MERCURE DE FRANCE :
& ce n'est qu'en renfermant le Regne du
fils dans celui du pere , que le se Roi de
Syrie eft un Antiochus , à fçavoir , Antiochus
le Grand . Dailleurs Seleucus - Nicator
regna fur la fin de les jours , & fit la
guerre dans les Pays autrefois cedez à fon
fils , fans qu'il foit fait aucune mention de
ce dernier Prince , dans un temps où l'on
auroit parlé de lui plus que jamais , s'il
eût été encore en vie. Enfin Antiochus
étoit mort , non d'une maniere douce &
dans une extrême vieilleffe , comme le
prétend M. Vaillant , mais d'une chute.
de cheval dans les premieres guerres des
Gaulois en Afie , comme dit Volin . Telles
font à peu près les raifons dont M. de la
Nauze appuye fon opinion , qu'il traite
de fimple conjecture. On pourroit la regarder
comme démontrée , s'il étoit poffible
de verifier une Médaille citée par le
P. Hardouin, avec ces paroles : BAZIAENE
ZEAEYKOT , fous le Regne de Seleucus , &
les deux lettres AN , qui marquent l'an
54. de l'Ere des Grecs. Une Médaille de
Seleucus en l'an 54. des Grecs , feroit fort
anterieure à Seleucus IL. & ne pourroit
par confequent regarder que Seleucus I.
qui en ce cas là auroit regné un pareil nom
bre d'années. Car ce fur avec le Regne de
ce Prince que commença l'Ere des Grecs ,
fi connue dans la fuite.
ΣΕΛΕΥΚΟΥ
Me
- MAY. 1729. 919
M. l'Abbé Banier termina la Séance Par
une Differtation fur Bellerophon . Comme
fon but , dans l'explication des Fables , a
toûjours été de les ramener à ce qu'elles
ont d'hiftorique , en les débaraffant des
ornemens qu'on y a mêlés ; il s'attacha
principalement à Homere , qui dans le
6 Livre de l'Iliade , raconte affez au long,
les avantures de Bellerophon , fans y avoir
mêlé la plupart des fictions , que ceux qui
font venus depuis , y ont ajoûtées . Du récit
de ce Poëte & de plufieurs autres morceaux
répandus dans les Anciens , M.l'Ab
bé Banier fait une Hiftoire fuivie de
ce Héros , depuis fa naiffance jufqu'à fa.
mort. Enfuite il explique les Fables qu'on
trouve dans cette Hiftoire , principalement
celle de la Chimere , Monftre.com--
pofé de la tête d'un Lion , du corps d'une
Chevre & de la queue d'un Serpent , &
qui de fa gueule béante , vomiffoit des
tourbillons de flammes. Pour contenter
les plus difficiles , il offre après les My--
thologues , anciens & modernes , des ex--
plications phyfiques , morales, politiques;;
& après les avoir réfutées , il rapporte:
Strabon , Pline , Mela , Servius &´´
plufieurs autres difent du Mont Cragus
dans la Lycie , fur le fommer duquel étoit
un Volcan qui jettoit jour & nuit du feu
& de la fumée ; & comme cette même
ce que
Dy Mon
920 MERCURE DE FRANCE:
Montagne étoit remplie de Lions , de Che
vres fauvages & de Serpens qui en éloignoient
les Troupeaux , & que Bellerophon
, par l'ordre d'Iobaſte ,
l'ordre d'Iobaſte , la purgea de
tous ces animaux , & rendit utiles les pâturages
qui y croiffoient en abondance,
on publia que ce Héros avoit vaincu la
Chimere : à peu près comme on avoit dit
qu'Hercule avoit tué l'Hydre , lorfqu'il
purgea les Marais de Lerne des Serpens
venimeux & des autres Infectes qui les
infeftoient.
Nous ne fçaurions fuivre l'Auteur de
cette Differtation dans l'explication de
plufieurs autres Fables qui fe rencontrent
dans l'Hiftoire de Bellerophon , nous di
rons feulement que ce qui nous a paru
le plus important , c'eft ce qu'il établit
fur le temps auquel vivoit ce Heros . On
croyoit , & nos meilleurs Chronologiftes:
étoient dans le fentiment qu'il avoit vécu
environ 200. ans avant la guerre de
Troye; cependant M. l'Abbé Banier prouve
qu'il faut rapprocher le temps de fa
vie de cette époque . Ce qui avoit induit
en erreur , c'eft qu'on ne doutoit pas que
le Proetus qui reçut Bellerophon à faCour,
& qui l'expia du meurtre de Beller , n'ait
été ce même Proetus qui détrôna Acrife
fon frere , & qui fuivant toutes les fupputations
Chronologiques, vivoit environ
200.
MAY. 1729% 921
zoo. ans avant la guerre de Troye ; mais
if eft indubitable qu'il faut chercher un
Proetus moins ancien , puifqu'il eft fûr
que Bellerophon ne vivoit que 5o . ou 60.
ans avant cette guerre , à laquelle Hippolocus
& Sarpedon , fes petis- fils , affifterent
, ainfi que le dit Homere. C'eft cet
Hippolocus lui-même , felon le Poste ,
qu'on vient de nommer , qui fur le point
de fe battre avec Diomede , lui raconta
les avantures de Bellerophon fon grandpere
. Ces deux Heros fe reconnoiffent &
fe trouvent unis par les liens facrez de
l'Hofpitalité.Bellerophon en effet avoit été
chez Oenée , Roi de Calydon , grand- pere
de Diomede , qui l'avoit reçû à la Cour.
Le Synchronifine d'Oenée en donne pluheurs
autres qui prouvent invinciblement
le temps auquel vivoit Bellerophon
, c'est-à- dire tous les Héros qui affifterent
à la chaffe du Sanglier que Diane
avoit envoyé pour punir Õenée , qui l'avoit
oubliée dans le Sacrifice qu'il avoit
offert aux autres Dieux. Ces Héros font
Hercule , Thefée , Caftor & Pollux , Meleagre
, Idras , Lyncée & tant d'autres qui
vivoient tous deux generations avant la
guerre de Troye , à laquelle on voit dans
Homere que leurs petits-fils affifterent .
Et fi les avantures de Bellerophon ne ſe
trouvent pas mêlées avec celles de ces
3
Dvj Prin
22 MERCURE DE FRANCE:
Princes fes contemporains , c'eſt que
chaffé de la Cour de Proetus , fur la fauffe
accufation d'Antée , femme de ce Prince ,
celle -là même que les Poëtes tragiques .
ont nommée Stenobée , au rapport d'Apollodore,
il fut obligé de fe retirer en Lycie,
d'où il ne revint jamais dans la Patrie.
Pourrépondre à ce qu'on pourroit lui.
objecter, qu'Homere parlant de ceProetus
qui expia Bellerophon , dit que c'étoit un
des plus puiffans Princes d'Argos ; ce qui
pourroit le faire prendre pour celui qui
détrôna Acrife ; M. l'Abbé Banier répond :
1 ° . que ce Poëte ne lui donne point la
qualité de Roi, & en fecond lieu , qu'on.
peut très - raifonnablement fuppofer que.
par Argos , Homere a entendu la Grece
en general , ce qui lui eft affez ordinaire ,,
ainfi qu'à Virgile. Certainement lorfque .
ee dernier dit dans le II . Livre de l'Eneide ::
Nec poffe Argolicis exfcindi Pergama telis ,
Omnia ni repetant Argos , &e.
Il eft conftant què dans le premier Vers le
mot Argolicis eft pris pour tous les Grecs,
& dans le fecond celui d'Argos pour toute
la Grece. Il est donc incontestable qu'il faut
chercher un autre Proetus moins ancien ;;
mais M. l'Abbé Banier n'a pas voulu s'étendre
fur cet article que M.Freret a traité:
dans un Memoire particulier..
LE
MAY. 1729 9.23
AYAYAYAYAYAYAYAYAYA
LE PRINTEMPS ,
CANTATE.
LE Printemps élevé fur un Char de verdure ,
Qu'entournent les Plaiſirs , les Graces & les
Jeux ,
Eloignant de nos bords les Aquilons affreux ,
Vient nous faire gouter la douceur la plus pure..
D'abord il s'affranchit de la priſon obfcure ,
Où par de dures Loix les deftins rigoureux
L'enferment pour regler le cours de la Nature;.
Il rend à l'Univers la brillante parure ,
Qu'il eut lorfqu'il fortit du cahos ténebreux :
Mottels , foyez , dit - il , parfaitement heureux..
Sortez du fein de la terre féconde ,
Sous mes pas naiffez , tendres fleurs ,
Et de l'éclat de vos couleurs
"
Embelliffez le Monde.
Arbres , étendez vos Rameaux ,
Formez en tous lieux des ombrages ;
Roffignols , mêlez vos ramages ,
Au doux murmure des Ruiffeaux.
Sortez du fein de la terre féconde ,
Sous
924 MERCURE DE FRANCE.
Sous mes pas naiffez , tendrés fleurs,
Et de l'éclat de vos couleurs ,
Embelliffez le Monde.
Apeine a-t- il parlé qu'on entend les Oiseaux
Enchanter les Mortels de leurs Concerts nouveaux
,
Et que l'on voit partout éclore ,
Les fleurs par les ordres de Flore.
Le Printems charmé dès beaux yeux
De cette brillante Déeffe ,
Lui déclare auffi- tôt fa naiffante tendreffe ,
Par ces mots gracieux.
Regnez fur mon charmant Empire ,
Comme vous regnez ſur mon coeur,
Le feu que votre éclat m'inſpire ,
Fait ma gloire , fait mon bonheur.
Par mille & mille fleurs nouvelles ,
Annonçons les plus heureux jours ,
Et que nos flammes mutuelles ,
Faffent renaître les Amours .
Regnez fur mon charmant Empire ,
Comme vous regnez fur mon coeur ,
Le feu que votre éclat m'infpire ,
Fait ma gloire , fait mon bonheur.
MAY. 1729. 923
Ace difcours , Flore fent dans fon ame ,
Naître pour le Printems la plus brulante flâme,
Et dans les doux tranfports de fon coeur amou
reux ,
En rougiffant lui fait entendre ,
Par les fons enchanteurs de la voix la plus
tendre ,
Que de tous les Amans il eft le plus heureux.
Mon coeur en dépit de moi même ,
Fait pour vous les plus tendres voeux ,
Les Dieux de l'Olimpe ſuprême ,
Ne fentent point de fi beaux feux.
Que l'Amour fait gouter de charmes ,
Aux coeurs qu'il perce de fes coups !
Les peines , les foucis , les larmes ,
Pour les vrais Amans , tout eft doux.
Mon coeur en dépit de moi - même ,
Fait pour vous les plus tendres voeux ,
Les Dieux de l'Olimpe fupréme ,
Ne fentent point de fi beaux feux.
Tous deux au même inftant d'une ardeur in
finie .
Se marquent , à l'envi, les tranfports de leur
coeur ,
Et les Zephirs charmez celebrent leur bonheur,
On
L
926 MERCURE DE FRANCE.
En portant jufqu'aux cieux ces chants pleins
d'harmonie.
t
Joüiffez de vos beaux jours ,
Ils ne durent pas toujours.
Livrez-vous , belle jeuneffe,,
A votre vive tendreffe ,
Suivez vos heureux defirs ;
Ce n'eft qué dans le bel âge ,
Que les amoureux plaiſirs,.
Sont d'un agréable uſage ..
Joüiffez de vos beaux jours
Ils ne durent pas toujours.
Par M. l'Affichard. C. A. D. L. O. S..
A ÿÿÿ ÿÿ ÿ ÿ L YA KAYAHAYATAKA
REPONSE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , aux Objections :
de M- Pierquin fur fon fentiment tou--
chant l'origine , es Pierres Précieuſes
des Camaïeux & des Coquilles Foffilies,
inférées dans le Journal de Verdun , anɛ
mois d'Avril 1729.
Eux qui lifent le Journal hifto-
Crique de Verdun , fçavent qu'il
s'est élevé une difpute entre M. Pier--
quim
MAY. 1729. 927
quin & moi , touchant l'origine des Pier,
res Précieuſes , des Camaïeux & des Coquilles
Foffiles. Voici ce qui y a donné
lieu . M. Pierquin a prétendu que toutes
ces chofes venoient uniquement des germes
qui étoient répandus dans la terre ,
lefquels ne faifoient que fe développer
avec le temps. Comme c'étoit un fentiment
que j'avois embraffé autrefois ; mais
que j'ai abandonné depuis , je crus pouvoir
lui propoſer mes difficultez , en lui
annonçant que j'avois expofé le même
fyftême , & où je me fervois des mêmes
exemples & prefque des mêmes paroles ;
il est vrai que j'ajoutai que fi je n'avois
des preuves de la fécondité de fon eſprit,
J'aurois crû qu'il m'auroit copié.
Ces mots qui marquoient feulement mon
foupçon , l'ont mis de très- mauvais humeur
: enforte que non content de l'avoir
diffipé , déclarant qu'il n'avoit jamais lu
ma Differtation ; il a fait voir quels étoient
les Auteurs d'où il avoit tiré fon Systême.
Mais faute d'avoir lû ma Differtation
ayant à ſon tour donné dans un faux préjugé
, croyant que je me faifois le premier
inventeur du Systême qu'il produifoit
, il s'eft répandu dans fa premiere Réponſe
en expreffions peu gracieufes. Comme
ce n'étoit qu'un phantôme qu'il attaqueit
, j'ai diffipé tout d'un coup l'illufion
qui
928 MERCURE DE FRANCE..
qui l'avoit frappé , lui déclarant dans ma
Réplique , que loin de m'en faire le premier
Auteur,j'avois avoüé dans ma Differtation
que je le tenois de M" Bagivi & Tournefort.
C'eft cet aveu que j'ai dû faire ,
puifqu'il eft conforme à la verité , qui lui
fait dire mal- à propos dans fa Réplique
du mois d'Avril , qu'après être tombé fur
lui , plume haute , j'ai neanmoins plié au
premier choc : comme fi c'étoit plier que
de lui reprefenter qu'il combattoit contre
une ombre , puifque je lui juftifie que la
penfée qu'il m'attribuë ne m'eft jamais venue
dans l'efprit .
L'Auteur du Journal , qui paroît fort
attaché à M. P. puifqu'il affecte de donner
fes Pieces entieres & les duretez qui
s'y trouvent répanduës , pendant qu'il a
retranché la plus grande partie de ma Ré
ponſe , dit dans fon Journal d'Avril , qu'il
convient de juger lequel penfe plus juſte
de M. P. ou de moi fur la matiere en
queftion. Afin qu'on puiffe le faire , je
dois donc expofer mon fentiment avec
plus d'étendue & par une voye plus fûre,
pour répandre fur cette difpute ces lumieres
victorieufes dont M. P. fe rit
par avance , comme ne les craignant pas.
La difference qu'il y a entre M. P. &
moi , eft que voulant comme moi découvrir
quelle est la véritable cauſe des Pierreries
MAY. 1729. 929
reries , des Camaïeux & des Coquilles
Foffiles , il ne la cherche que dans les Livres.
C'eft- là où il croit l'avoir trouvée ,
& avoir découvert que les germes ou
les noyaux organiques de toutes ces chofes
, font contenus dans la terre , lefquels
ne font que le développer par la fuite des
temps ; ce qu'il appuye de l'autorité de
Platon & de S. Auguftin , même s'il en
eft befoin , de Pline & de Gaffarel .
Pour moi qui ai le même but , j'ai crû
qu'ayant le loifir & la commodité , je réüf
firois mieux , fi au lieu d'étudier fimplement
les Livres , j'étudiois la Nature ellemême
jufques dans fon propre fein . C'eſtlà
, c'est- à- dire , dans le creux des Montagnes
& dans leurs propres matrices que
j'ai examiné tous ces Fofiles. C'eſt-là où
j'ai ramaffé plus de deux cens petrifications
differentes , une infinité de Coquil
les Fofiles & grand nombre de Camaïeux,
que je conferve dans mon Cabinet ; &
c'est par cette recherche , faite avec
réflexion , que j'ai reconnu que les cailloux
, les Pierreries qui n'en font qu'une
efpece plus parfaite , ne font formées que
par un fuc pétrifiant plus ou moins pur &
plus ou moins durci ; que rien n'eft moins
vrai que les Coquilles Foffiles & les Camaïeux
viennent des germes qui les con
tiennent en petit .
Pre930
MERCURE DE FRANCE .
Premierement , pour juftifier l'exiſtence
du Suc pétrifiant ; & prouver qu'il n'eft pas
chimerique, comme le dit M.P. & qu'il eft
même fouvent pétrifiant & pétrifié ; je
fais voir un Caillou , lequel ne m'a pas
fait changer de fentiment , comme il le
dit,fimplement, parce qu'il renferme à fon
centre une Coquille , mais parce que cette
Coquille qui eft entiere & qui eft celle
d'une forte d'Echinus, n'étant ouverte que
par deux petits troux , au travers defquels
la fubftance du Caillou s'eft introduite ,
elle en a tellement rempli toute la capacité
, qu'il s'en eft formé une Pierre , en
tout femblable auCaillou qui l'enveloppe,
lequel ne fait qu'un même corps avec elle.
d'une fubftance pareille , réunie feulement
par l'endroit des deux troux.
Je demande fi ce n'ek pas là une preuve
certaine & vifible que ce Caillou a été d'abord
un corps liquide , dont une portion
étant entrée par les deux troux de la Coquille
, en a même penetré la fubftance ,
& le tout s'eft enfuite tellement durci ,
que la Coquille & l'enveloppe font également
devenues pierres à fufil . J'ai plūs
de so . Coquilles pétrifiées de la même
façon , dans la capacité defquelles ce
fuc qui fe trouve dans la terre , s'eſt pétrifié
& eft devenu pareillement pétrifant
, ayant changé en pierres les Coquilles
MAY. 1729 .
931
quilles mêmes , comme il a fait un morceau
de hêtre qui jette du feu quand j'en
frappe un fufil , plufieurs fruits , herbes ,
Champignons , &c. que je conferve dans
mon Cabinet.M . P.lui - mêine n'établit-t'il
pas fans y penfer le fuc pétrifiant qu'il
combat ? Car comment fes noyaux organiques
pourroient- ils , en fe développant,
devenir une pierre plus groffe , fi un Suc
propre à fe durcir en pierre , ne s'y infinuoit
pour les étendre. Et ne voilà - t - il
le Suc pétrifiant ?
pas
Je ne doute pas que fi M. P. avoit vû
& trouvé comme moi dans les Monta
gnes grand nombre de Coquilles & d'her..
bes pétrifiées , & qu'il y eut vû fouvent
à 20. & 30. toifes de profondeur
une feule parcelle de Coquille ou d'Herbe
bien renfermée dans la maffe du moilon ,
it n'avanceroit pas auffi décifivement qu'il
fait que cesCoquilles & ces Herbes Fofiles
fe font formées dans ces lieux par des germes
; puifqu'il eft clair qu'il n'y a jamais
cû de germes d'herbes ou de Coquillès
deftinez à la Nature pour en former fimplement
des pieces & des parcelles vifiblement
froiffées , caffées & rompuës ,
comme j'en conferve exprès plufieurs de
cette forte , lefquelles font encore renfermées
dans le moilon , ainfi que je les y ai
l
trouyées.
32 MERCURE DE FRANCE .
Il paroît bien que M. P. n'eft pas
fait de ces fortes de chofes , lorfqu'il croit
fe tirer d'affaire en difant , que ces Coquilles
& ces Herbes ont été rompues par le
heurt d'un foc brutal ,ou qu'elles ont déperi
de vieilleffe . Quel merveilleux foc , qui auroit
percé les Montagnes jufqu'à 2o . & 30 .
toiles de profondeur ; & qui eſt - ce qui a
jamais vu des Coquilles & des Foffiles .
bien renfermées , s'ufer de vieilleffe .
Quant aux Camaïeux ou figures qui fe
rencontrent quelquefois dans les Pierres ,
c'eft une fuite , que dès que les pierres ne
font formées
les figu- des
pas par germes ,
res qu'on y découvre ne le font pas non-.
plus. Elles doivent leur origine au pur
hazard . Le Suc pétrifiant qui a formé ces
pierres , s'étant diverſement coloré , il arrive
quelquefois que les taches , les lignes:
& les traces qui y font , le trouvant découvertes
par hazard d'une certaine façon
, paroiffent avoir quelque rapport à
certaines chofes , comme les nuées formées
par un pur hazard reprefentent
quelquefois des Châteaux , ou choſes femblables
: que les taches de la Lune ont par
leur fituation quelque rapport à la figure
d'un vifage ; que la terre divifée par la Mer,
donne à l'Italie une figure affez reffemblante
à celle d'une botte , que la gelée forme
Louvent pendant des nuits froides de l'hy ver
fur
MAY. 1729 933
fur le verre des fenêtres, des figures d'arbres
& de fort jolis Payſages . Ce n'eft donc
pas la figure d'une tête de mort que j'ai
vûë dans un morceau de bois d'Olivier,
qui m'a déterminé , comme le dit M. P.
croire que les Camaïeux doivent leur
origine au hazard ; mais je l'ai crû , parce
que c'étoit une fuite de mes principes &
demon experience , ayant toûjours vû que
ces figures dépendoient uniquement du
fens dont on avoit caffé ou coupé les pier
res dans lesquelles fe trouvoient par hazard
des lignes ou traces de couleurs differentes.
Il me reste maintenant à expofer les difficultez
que M. P. propofe contre le Suc
pétrifiant , & contre ce que j'ai dit à ce.
fujet , pour enfuite y répondre. Il dit 1 " .
dans fa replique du mois d'Avril dernier
que ce Suc n'eft pas neceffaire pour former
toutes les pierres ; puifqu'on en peut
faire d'artificielles , ainfi qu'un M. Duclos
en faifoit , M. Defcartes en ayant même
donné la methode . 2 ° . Que fi ce fuc fub..
fiftoit , il feroit en même- temps pétrifiant
& pétrifié , ne pouvant non plus s'endurcir
lui-même , qu'un cercle fans y tou-,
cher , puiffe devenir parallelograme , ou
trapeze. 3°. Que ce Suc , que je dis former
les pierres , n'a jamais pû former tous
les rochers , les bancs qui font dans la
3
mer
934 MERCURE DE FRANCE.
mer , les jafpes & tant de differens marè
bres. 4° . Que j'avance un paradoxe ,
quand je dis que c'eft ce Sucre pétrifiant
qui a formé les pierreries de differentes
couleurs , felon les métaux fur lefquels il
a paffé , parce que , dit- il , les couleurs
métalliques ne peuvent s'imprimer qu'avec
un feu d'atteinte . 5 °. Que ce Suc pétrifiant
en fe coagulant par une forte de
chriſtalliſation, n'a pû ſe former une robe,
telle qu'on en voit aux pierreries lorfquelles
font brutes , en repouffant , comme je
le dis , à fa fuperficie , les parties les plus
groffieres ; parce que , dit M. Pierquin
cela ne peut convenir qu'aux liqueurs
brouillées qui fermentent , telles que la bicre
, le vin , le cidre : que fi cela étoit , la
geode n'auroit pas fon interieur plein de
terre & de fable ; puifque le Suc pétrifiant
auroit dû , en ſe chriftalifant , repouffer
toutes les parties groffieres à la fuperficie
exterieure.
Telles font les objections de M. P. contenuës
dans fa Replique du mois d'Avril
dernier & voici mes réponſes. Je dis
donc par rapport à la premiere ; qu'il y a
une grande difference entre de fimples
concrétions pierreufes , telles que font les
pierres qui fe forment dans le corps humain
, dans les fruits , dans les fontaines
où les rivieres , & les pierres dures & folidos
MAY.
935
1729.
(
lides qui fe forment naturellement dans la
terre , telles que les cailloux & les pierro
ries , qui font celles dont j'entends parler:
puifque pour former les premieres , l'union
intime d'un Sel convenable avec des
parties terreftres fuffit , ce qui ne fuffit pas
pour caufer la dureté & la folidité des autres.
A la 2. j'ai déja fait voir que le Suc
de la terre qui y forme les pierres , eft
très-fouvent pétrifiant & pétrifié. Toutes
les Coquilles , les Bois , les Herbes , les
Fruits pétrifiez , & c. en font la preuve. :
A quoi penfe M. P. de m'objecter que
ce Suc de la terre ne peut pas s'endurcir
lui-même : qu'est- ce qui lui a fuggeré cette
penfée ? Il fe durcit comme toute autre
chole ; fes parties homogenes s'uniffant
intimément les unes aux autres , foit par
attraction , comme le veut M. Newton ,
ou par impulfion felon d'autres , à peu
près comme les fels fe criftalifent . Je répond
à la 3 ° . que je n'ai en garde de dire
que ce Suc pétrifiant ait naturellement
formé tous les rochers , les jafpes , les marbres
, les bancs de la mer & les montagnes
; Dieu dans la création de l'Univers ,
ne lui a pas laiffé tant d'ouvrage à faire .
A la 4. ce n'eft pas un paradoxe de dire
qu'un liquide le peut colorer par des mé
taux . Eft-ce que M. P. n'a jamais vû quelque
humidité prendre la couleur verte fug
E
936 MERCURE DE FRANCE.
La vaiffelle de cuivre & d'airain , & gâter
quelquefois fon linge de taches jaunes ,
pour avoir pofé fur du fer ? A t-il été pour
cela neceffaire du feu d'atteinte des émailleurs
?
Enfin je dis à la se. qu'il a dû diſtinguer
la criſtaliſation de la fermentation : qu'il
eft vrai que dans les liqueurs qu'il cite , il
eft befoin qu'elles fermentent , pour que
les parties groffieres s'en féparent ; mais
il n'en eft pas de même des liqueurs où
il y a des fels qui fe criſtalifent ; car les
parties de ces fels le réuniffant entr'elles
à caufe de leur analogie , elles abandonnent
fans fermentation les plus groffieres
qui leur font heterogenes ; enforte que fi
les parties falines du Suc pétrifiant viennent
à fe réunir avant que d'arriver à un
centre , elles laiffent un vuide au milieu
du corps qu'elles compofent ; & c'eſt
alors qu'elles y laiffent quelquefois tomber
les parties terreftres dont elles fe font
féparées , comme elles en abandonnent
d'autres à leur fuperficie exterieure. Ce
qui arrive lorfque le Suc pétrifiant eft peu
abondant , ce qui fuffit pour former des
Geodes.
Mais fi au contraire le Suc pétrifiant ſe
reüniffant de la forte , il fe trouve fort
abondant & moins chargé de parties terreftres
& groffieres , ce qu'il contient de
plus
MAY. 1729.
937
"
plus pur , fluant & fe filtrant vers le centre
du vuide , y forme des Criftaux purs,
brillants , folides , formés à facetes & en
pointe de diamant , tels que j'en ai pluheurs
formés de cette forte dans des
Cailloux de pierres à fufil , ce qui prouve
fans réplique la verité de mon Systême :
fçavoir , que ces Cailloux ont été Auides,
qu'il s'y est fait une veritable criftalifation
, que c'eft d'un Suc femblable que fe
forment le Criſtal de Roche , le Diamant
& les autres Pierreries.
C'est donc par toutes ces Pierres & Foffiles
que je conferve chez moi ,& que je fais
voir à tous ceux qui le fouhaitent , que je
juſtifie le Systême que je foutiens : au lieu
que M. P. aura bien de la peine à perfuader
de la verité de celui qu'il produit ,
tandis qu'il ne l'appuyera que fur ce qu'il
a pû trouver dans les Livres , & fur ce
que dit Cardan , d'une Pierre du Pape
Clement VII. dont les taches étoient mou .
vantes felon le cours de la Lune , fur ce
que dit un autre d'une Pierre du Dau
phiné , qui contient une liqueur fi vive ,
que fi on la mer fur la main, elle paffe auffi-
ડ
tôt au travers fans la bleffer ; fur ce que
dit Baile , d'une Plante fenfitive de l'ifle
de Sombrero , qui a pour racine un gros
Ver , ce qui fait qu'elle fe retire quan i on
la touche , enfin fur ce que dit Pine du
E ij
mer ;
38 MERCURE DE FRANCE .
merveilleux Camaïeux du Roi Pirrhus
& Gaffarel de celui de Venife.
Ꭳ ᎣᎣ ᎣᎣᎣ
SONNET
A Mile ISABELLE D. R. G.
Sur les Bouts- Rimez propofez dans le
Mercure de Mars.
Sur les Bouts -Rimez que
Vous m'ordonnez , jeune
De barbouiller ce papier
Peut-on vous refufer , la
voilà ,
Isabelle ,
là ,
Belle ?
Le Sonnet feroit plein
Si vous fentiez quelque
déja
étincelle ,
De ce beau feu dont m'embra- Sa,
Cupidon , par votre
prunelle ,
A mon coeur que ce Dieu vous offre
N'allez pas préferer un Coffre
Que Plutus vous promet tout plein.
On tiranniſe une
Pucelle ,
Que l'argent achete , & foudain
L'Amour tombe , au moins il chancelle.
Par le Chevalier de N. D. M.
LETTRE
MAY. 1719. 939
********FɣXY******* *
LETTRE ou Suite des Reflexions
fur les Logogryphes,
V des gens lifent avec plaiffer le Mercure
Ous n'ignorez pas , Monfieur , que bien
que vous donnez chaque mois ; mais fçaviezvous
qu'aux Quinze Vingt , il y eut un Voyant
Lecteur pour les Enigmes & les Logogryphes
en Vers , que des Aveugles de naiffance fe font
un jeu de deviner ? Je me trouvai par hazard
dernierement dans une de ces Affemblées , où
toûjours dans les tenebres , l'on ne juge que
par l'ouïe & par les yeux de l'efprit , il y eut
un de ces Aveugles qui entendant lire le Logohryphe
du mois de Mars , foutint que les fons
du mot Roe , ne pouvoient fe trouver dans
celui de Rouan ou de Rowen , parce que ,
difoit- il , dans le mot Roüan il n'y a que trois
fons , fçavoir , ceux de Re- ouen & que dans
ces trois fons on n'y fent point celui de l'e
muet ; cela eft vrai , dis - je à ce Docteur tenebreux
, je l'ai même démontré dans plufieurs
Mercures ; mais comme tous ceux qui chantent
ne fçavent pas noter d'oreille ce qu'ils entendent
chanter aux autres , de même les Auteurs
des Logogryphes en Vers , ne fçavent la plupart
leur Langue que par les yeux & font incapables
de faire l'analyfe des fons , ils changent
fans façon l'i voyelle enj confonne , &
Io confonne en u voyelle , ils confondent les
trois fons du caractere e , & ainfi des autres
fons , par cette licence que l'ignorance autorife
, ils trouvent , par exemple , le mot j'eus
dans celui d'Yves, le Quinze- Vingt fentit bien
E iij qu'un
940 MERCURE DE FRANCE:
qu'un tel deffaut ne venoit que d'ignorance
mais faute de voir , il n'ofa en dire davantage.
> A propos des Logogryphes Arithmetiques
vous fçavez , Monfieur , qu'on s'eft plaint depuis
long-temps de la Méthode imparfaite ,
longue & embaraffée dont les Maîtres ordinai- .
res enfeignent l'Arithmetique , la plupart aferviffent
fi fort l'efprit de leurs Ecoliers à la routine
de certains exemples ou de certaines regles
pratiques , qu'ils fe trouvent fouvent incapables
de faire une petite regle , faute d'avoir
les principes & l'efprit des regles , ou l'art de
les appliquer dans tous les cas poffibles; ce
défaut vient fans doute de ce que les Maîtres
ordinaires font regarder les efpeces arbitraires
quoiqu'ufuelles comme le premier, le plus haut
ou l'unique genre qui fert de regle pour toutes
les autres efpeces .
S
Un de ces prétendus grands Calculateurs me
donna l'autre jour comme une grande difficulté
de multiplier la fomme de 3. liv . 12 f. 9. den.
par celle de 3. liv. 12 .. 9. den.
& après lui avoir donné la fomme qu'il demandoit
, je le priai à mon tour de me donner la
fomme de 6. écus de 6. liv . & de 3. 1. 12. f. 9. d.
multipliée par 3.1. 12. f. 9. d.
en fuppofant que le louis d'or vaut 4 écus &
l'écu fix livres , je demandai auffi la fomine
de 6. louis 3. écus 3.l.12.f.9 d. multipl.par
celle de 6. 3. 312.- 9.
Et en fuppofant que la livre vaut 25. f. & le
fou 16. deniers , je demandai encore la fomme
de 35. livres , 24. f. 15. deniers , multipliće
par 35. livres , 24. f. 15. deniers.
Comme plufieurs Arithmeticiens peuvent
profiter de l'avis , je me flate , Monfieur , que
vous voudrez bien leur en faire part dans
l'article des Logogryphes Arithmetiques . J'ay
toujours l'honneur d'être, & c.
M&A Y. 941 1729.
4. Logogrife Arithmetique de quatre
nombres ou de quatre fons , felon la
Table donnée dans le Mercure du mois
de Septembre.
Cinq fois le quarré du 1er égale le 24.
Le quarré du 2d... moins fa racine égale trois
fois le quarré du ze ... plus fa racine.
Deux fois le 3e égale le 4 moins deux.
Le quatrième égale 13. fois le rer.
75. Logogrife de quatre nombres .
Trois fois le 1er égale le 24 plus le du 38.
Le dégale le 3e plus le du 2d.
Le 3 égale le 4 plus fix .
Le quarré du 4 égale 3. fois le quarré du rer ...
moins le 4 moins un .
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure d' Avril , fur les mêmes rimes ,
SONNET.
J'Y fuis , non pas , parbleu , pour le coup my
Qu'on offre un Sacrifice à la jeune
voilà ,
Isabelle ;
Ce mot en Logogryphe eft fi bien placé là ,
Que je veux l'expliquer pour plaire à cette
₹
Belle.
C'est un travail pour moi , mais qu'importe ,
déja ,
De fyllabes j'en trouve autant qu'en étincelle,
Eliij Comme
941 MERCURE DE FRANCE
Comme a'dit le Sonnet , & puis retranchant f
Trois mots dans le moment ont frappé maprunelle.
Un èri, mon cher Lecteur , eft le premier qui
offre s'
Pour le fecond je dis fi du vuide d'un coffre,
Et de tel qui vomit quand fon ventre eft trop
pleim
Pour le troifiéme eft ce qui comme une Pucelle,
Ne fert de rien tout feul , mais le joignant
Joudain
A cent mille autres mots, jamais il ne chancells.
Par Madame Paulle , de Vernon.
Explication de l'Enigne du Mercure d'Avril
,fur l'Air Reveillez -vous , belle
Endormie .
Ton Enigme , Seigneur Mercure,
Me met aiſement à quia ,
J'en ai fait cent fois la lecture ,
Sans y trouver Alleluia. i
Par Me d'Orvilliers , de Vernon .
LO.
MAY. 1719. 943
LOGOGRYPHE.
Quelquefois de taille geante ,
Je fuis apperçû de fort loin ,
Et de grandeur bien differente ,
Je ne fuis quelquefois pas plus gros que le
point.
Sans être un animal , je fuis un amphibie ;
Car l'air communément me donne , comme
P'eau ,
Et le mouvement & la vie.
Ma tête eft dans le corps d'un Veau.
Ma queue avec art travaillée ,
A la parure & l'ornement ,
Eft pour l'ordinaire employée :
Si vous la retournez , ( voyez quel changement
! )
L Je deviens un Fleuve celebre ,
Plus que n'eſt le Tage ni l'Ebre.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PREMIERE ENIGME .
Lorfque la Nature fommeille ,
Je fais paroître mes beautez :
Des Champs que le jour à quittez ,
Dy Je
944 MERCURE DE FRANCE
Je fuis la petite merveille.
Mon éclat n'eft point emprunté:.
Sur la Terre je fuis un Aftre ,.
Qui ne prédit aucun defaſtre :
De me prendre l'on eft tenté.
Ma lumiere croît , diminuë ,
Mais fouvent on veut m'approchers ;
Lors je me dérobe à la vûë ,
-Et l'on ne fçait où me chercher.
JE
J. B. D. de Versailles ..
SECONDE ENIGME..
E fuis à toute heure en danger , -
Et chacun penſe à m'outrager , -
Contre toutes Loix de Nature.-
Avez-vous jamais entendu.
Que l'on condamne à la torture:
Celui que l'on a vu pendu
•
XXXXX
J. B. D..
(XXX** :
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
E NOUVEAU
TESTAMENT DE
N. S. J. C. traduit felon la Vulgate.
Nouvelle Edition . A Paris , ruë de la
Barcheminerie & S. Jacques , chez Bullor,,
MAY. 1729. 945
Henry , 1728. 2. vol. in 12. gros caractere
, s . liv . & in 12. petit caractere ,
un vol. 2. liv.
> LE CAPRICE DES MODES , avec la
Critique , Dialogue . A Paris , Quay des
Auguftins , chezJacques Langlois , 1729.
LA MERE RIVALE , Comedie en
trois Actes , par M. de Beauchamp . Ruë
S. Jacques , chez Simart , 1729.
1
APOLOGIE des anciens Docteurs de
la Faculté de Théologie de Paris , Claude
de Saintes & Nicolas Ifambert. Contre
une Lettre du R. P. le Brun , Prêtre de
P'Oratoire , inferée dans les Memoires de
Trévoux , au mois de Juillet 172 8. Sur
la forme de la Confecration de l'Euchariftie.
Par M. P. T. H. Ch . R. Pr. D. D.
ancien Profeffeur en Théologie. A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Chaubert &
rue de la Parcheminerie, chez Bullot, 12.6 . >
EXPLICATION de ce qui eft le plus
remarquable dans l'Eglife de Notre Dame
de Paris & des nouvelles Chapelles . A
Faris, rue du Foin , chez P.Delorme, 17296
REGLES GENERALES du noble Jeu
de Billard , pour y jouer à toutes Billes..
Chez le même. Evi Ma
946 MERCURE DE FRANCE
MELANIE , ou la Veuve charitable
Hiftoire Morale. A Paris , ruë S. Jacques
, chez Ant. des Haye , 1729. in 124
DEVOIRS DES PERSONNES DE
QUALITE' , traduit de l'Anglois . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Rollin
1728. 2. vol. in 12.
L'HOMME de René Descartes , & la
formation du Forus , avec les Remarques
de Louis de la Forge , nouvelle Edition ,
revûë , corrigée & remife en meilleur
ordre. Par la Compagnie des Libraires ,
1729. in 12 .
CATALOGUE ALPHABETIQUE des
Archevêques , Evêques , Abbez & Prieurs,
qui poffedent des Benefices dépendans du
Roy ; les revenus de ces Benefices , la
Taxe de Rome , la datte de la nomination
de ces Benefices. A Paris , chez
d'Houry 1728. in - 8 . 36. feüilles . On
donnera tous les ans un Supplément à ce
Catalogue , pour les Benefices qui ont été
conferez dans le cours de l'année.
LA RHETORIQUE , felon les précep
tes d'Ariftote , de Ciceron & de Quintilien
, avec des Exemples tirez des Auteurs
Sacrez & Prophanes , tant anciens que
mo.
MAY. 1729. 947
modernes , divifée en trois Livres . Secondé
Edition. A Paris , Rue S. Jacques
chez Gr. Dupuis 1728. in- 12 .
RECUEIL des principales décifions
fur les Matieres Beneficiales . A Paris , rue
S. Jacques , chez Armand. 1729. in 8.
de 471. pages.
1
LA VIE de Ste Agnes de Mont Politien
, Religieufe de l'Ordre de S. Dominique
, nouvellement Canonifée. Par le
R. P. Jofeph Roux , Prieur du Grand Convent
des Freres Précheurs de Paris. De
l'Imprimerie de Langlois , rue S. Etienne
d'Egrez 1728. in- 12 .
TRAITE' de Tertulien des Preſcrip
tions contre les Heretiques , traduit en
François avec des Remarques. Ruë S.Jacques
, chez le Mercier 1729.
. LA CONVERSION DE L'ANGLE
TERRE AU CHRISTIANISME , compa
rée avec la prétendue réformation . Ouvrage
traduit de l'Anglois . A Paris , ruë faint
Jacques , chez Briaffon . 1729. in- 8 .
Le Pere Niceron , Barnabite, Auteur des
Memoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la Republique des
Lettres , a publié cer Quvrage .
IDEE
948 MERCURE DE FRANCE:
IDE'E GENERALE du Gouvernement
& de la Morale des Chinois , tirée particulierement
des Ouvrages de Confucius.
Par M. D. S. à Paris , ruë Haute-feuille,
chez Claude Simon , 1729. in - 4. broch .
de 38. pages.
COLLECTIO Judiciorum de Novis
Erroribus , qui ab initio duodecimi feculi
poft Incarnationem Verbi , ufque ad annum
16.32. in Ecclefia profcripti funt &
notati , & c. OU RECUEIL des Jugemens
Ou
portez contre les Nouvelles Erreurs qui
ont été profcrites & cenfurées dans l'Eglife
, depuis le commencement du dou
ziéme fiécle jufqu'en l'année 1632 .
L'on y voit auffi les cenfures ou jugemens
Doctrinaux des plus fameufes Univerfitez
, particulierement de Paris , d'Oxfort
, de Louvain , de Doüay en Flandres ,
& des principales Ecoles de Theologie ,
d'Allemagne , d'Italie , d'Espagne , de
Hongrie , de Pologne & de Lorraine ,
accompagnez de Notes , d'Obfervations
& autres monumens fur les matieres Théo.
logiques . Cet Ouvrage a été redigé & mis
en ordre par M. Charles du Pleffy d'Argentré
, Docteur de Sorbonne & Evêque
de Tulles , in-folio 2. Volumes. A Paris ,
chez André Cailleau , Place de Sorbonne;
17.28..
RECUELL
MAY. 1729: 9.4.9
RECUEIL des principales décifions
fur les Matieres Beneficiales , Extraites
des Canons , des Conciles & des plus celebres
Auteurs ; conformes aux Edits &
Déclarations du Roy , & à la Jurifprudence
des Parlemens du Royaume & du
Grand-Confeil. A Paris , rue S. Jacques,
chez Armand 1729. in- 12..
MAXIMES. DE BALTHAZAR . GRAGIAN
, traduites de l'Eſpagnol , avec les
Réponses aux Critiques de l'Homme Uni
verfel & du Heros , traduits du même
Auteur . A Paris , Quay des Augustins...
chez Barrois, in- 12..
TRAITE' DES FIEFS ; Par M. Claude
Pocquet de Livoniere , Confeiller au Pré--
fidial d'Angers , & ancien Profeffeur du
Droit François en la même Univerſité.
A Paris , ruë S. Jacques , chez J. B. Coi--
·gnard , 1729, in- 4, de 71 4. pages.
་
DICTIONNAIRE DE LA LANGUE
FRANÇOISE , ancienne & moderne de:
Pierre Richelet , augmenté de plufieurs additions
d'Hiftoire , de Grammaire , de-
Critique , de Jurifprudence , & d'un nouvel
Abregé de la vie des Auteurs , citez:
dans tout l'Ouvrage. A Lion , & fe vend
à Paris , rue S. Jacques , chez Etienne ,
1728. 3, vol. in-fol..
LA
950 MERCURE DE FRANCE.
LA RELIGION CHRETIENNE , démontrée
par la Réfurrection de N. S. J. C.
en 3. Parties . Avec un Supplément où
l'on découvre les principaux points de la
Religion naturelle : par feu M. Homfroy
Ditton , Maître de l'Ecole de Mathematique
, érigée dans l'Hôpital de Chriſt à
Londres. Traduit de Langlois . A Paris ,
chez Chaubert , Quai des Augustins , à la
Renommée 1729. in-4. pp. 528. & 34.
pour la Table & la Préface.
Cet Ouvrage important & très - celebre
en Angleterre , meritoit d'autant plus
d'être traduit en notre Langue , que quoique
nous aïons déja plufieurs Livres en
faveur de la Verité de la Religion Chrétienne
, nous n'en avions encore aucun
dont la méthode , la force & la folidité
fuffent comparables au mérite de celui - ci .
A moins d'être opiniâtre à l'excès & fout
à fait déraisonnable , on ne peut fe défendre
d'avouer les conféquences que
l'Auteur tire de fes principes évidens.
Le Livré eft partagé en 3. Parties. Dans
la premiere , l'Auteur expofe aux yeux
des Deiftes les conféquences d'un examen
négligé. Dans la feconde , il explique la
nature & l'obligation de l'évidence mórale
; & dans la troifiéme , il détaille les
preuves de la Refurrection de J. C. Les
deux premieres Parties ne font , comme
AVRIL. 17298 931
on voit , que des préliminaires
; mais elles
difpofent
le Lecteur
d'une maniere
infenfible
& avantageufe
à fentir la force des
raifons
que renferme
la troifiéme
. Dans
la premiere
, on prouve que c'est l'interêt
du Deifte d'examiner
la Verité de la Religion
de J. C. pour peu qu'il fçache faire
ufage de fa raiſon ; on lui démontre
que
l'infenfibilité
, l'indifference
& la fecurité
où il vit , fans fe mettre en peine de chercher
la Verité , eft un aveuglement
honteux
& infenfé. Pour le tirer de ce funefte
état , on ne lui propofe
que l'examen
du
fait décifif de la Refurrection
de J. C.
parce qu'en fuppofant
certe Refurrection
veritable
, l'incredulité
n'a plus de reffource
& demeure
fans défenfe. Dans cette
premiere
Partie , l'Auteur
fans s'éloigner
de fon fujet , s'étend fur des points curieux
& interreffans
. Il fait voir , par
exemple
, à la pag. 36. que les devoirs
penibles de la Morale
Chrétienne
pourroient
être retranchez
de la Morale
, fans
détruire
les obligations
naturelles
qui font
néceffaires
pour le bien public & pour le
bien particulier
dans ce monde. Quoique
l'Auteur
prouve
par de bonnes
raifons ,
que le libertinage
de l'efprit doit la naiffance
au libertinage
du coeur , il avoue
pourtant
p. 49. qu'il peut proceder
d'une
fource moins odieufe. Il fait voir p. 59...
&c
:
952 MERCURE DE FRANCE.
& fuiv. que les Deiftes qui font profef
hon d'obſerver la Loi naturelle ne l'ob
ferveront jamais fi conftamment & fi parfaitement
qu'un Chrétien qui pratique la
Loi de l'Evangile. Il va plus loin : felon
lui ilfaut être bien hardi pour compter fur
la probité d'un Deifte. Enfin l'Auteur examine
à fond s'il eft plus fûr pour l'autre
vie d'être Chrétien que d'être Deifte , &
il faut avouer que par rapport à cet article
, qui n'avoit jamais été approfondi ,
il dit des chofes très -juftes , très neuves ,
& de la derniere conféquence.
Dans la feconde partie , où l'Auteur
expofe les principes generaux fur lesquels
la créance de la Réfurrection de Jefus
Chrift eft fondée ; il fait voir que l'eſprit
humain eft obligé d'admettre des preuves
de different genre , & enfuite que la Réfurrection
de Jeſus - Chriſt eſt un fait
dont la preuve eft d'une évidence qui
oblige l'efprit humain à l'acquiefcement.
Dieu , felon lui , en nous créant raiſonnables
, a dû donner des loix à notre cntendement
, pour en régler les operations.
Conformement à ce principe , qu'il déve
lope ; il examine le pouvoir qu'ont les
hommes de rejetter une preuve fuffifante
malgré l'obligation naturelle où ils font
de la recevoir . Il fait voir que l'homme
ayant été créé libre , la volonté n'eſt point
dans
MAY. 1729 933
dans une dépendance néceifaire de l'entendement
, enforte qu'elle en méprife
fouvent les lumieres ; défordre caufé par
le foulevement des paflions, & qui eft trèscriminel.
L'Auteur propofe ici un moyen
court & general pour ne point abufer de
fa liberté. Après quelques digreffions
Métaphyfiques & Morales , l'Auteur revient
à fon fujet principal , & fait voir
qu'il eft tout-à- fait conforme à la Loi
que le Créateur nous a donnée pour régler
les operations de notre entendement ,
& à la premiere deftination de cette faculté,
que nous recevions pour vrai tout ce
qui eft appuyé fur une preuve ,
telle que
celle qui démontre la Réſurrection de Jefus-
Chrift ; preuve qui a une connexion
étroité avec l'évidence Morale. Ici l'Auteur
établit l'origine , la nature & les caracteres
de l'évidence Morale ; & par rapport
à cette matiere il avance de fuite 15.
Propofitions Phylofophiques qu'il prouve .
Il employe le refte de cette feconde partie
à combattre le Pyrronifme en fait d'évidence
Morale ; il propofe enfuite un
raifonnement précis pour confondre les.
obliquitez du Pyrrhonien à fyftême , &
donne divers avis utiles & plufieurs Solutions
à l'ufage des perfonnes qui cher
chent fincerement la verité.
Après avoir ainfi preparé l'efprit du
lecteur
954 MERCURE DE FRANCE:
lecteur , l'auteur entre dans la troifiéme
partie , où il entreprend de prouver évi
demment la verité hiftorique de la refurrection
de Jefus - Chrift . Dabord il fe prevaut
de l'aveu des Mahometans , & de
celui des Juifs en general , & il examine
le fameux paffage de Jofeph qu'il foûtient
être autentique. Il eft à croire que l'auteur
n'a pas prétendu fonder fa démonfé
tration fur cette premiere preuve , non
plus que fur les foibles témoignages ren .
dus à l'Histoire de l'Evangile par Sueto
ne , Tacite , Pline , Lucien , Julien &
Celle. Mais comme la plupart des cir
conftances qui fervent à éclaircir le fait
de la refurrection de Jefus Chrift font ti
rées des Livres Hiftoriques du Nouveau
Teftament , l'Auteur en établit dabord
l'autenticité ( ce qu'a negligé de faire l'au
teur de la Religion prouvée par les faits ,
comme fon cenfeur lui a reproché dans
fes Lettres. ) M. Ditton approfondit
cette matiere , & la traite en habile homme.
Après cela il examine la nature des
témoignages rendus à la refurrection de
Jefas - Chrift 1 Les témoins font en
grand nombre. 2 ° Ils dépofent non ce
qu'ils ont oui dire , mais ce qu'ils affurent
avoir vû. 3 ° Ils témoignent d'une
maniere équivalente aux fermens . 4 ° Ils
le font dans le licu même & le plutôt
qu'il
MAY. 1729 955
qu'il le peut. 5. Ils témoignent avec
éclat. 6 ° . Ces témoins font irréprochables
& non fufpects . 7 ° . Rien ne prévient
en leur faveur. 89. Ils dépofent fans aucun
interêt temporel. 9° Ils dépofent
contre leurs préjugez . 1o. En fuivant les
maximes de leur Religion , pour peu
qu'ils euffent eu de confcience , ils ne devoient
pas entreprendre de tromper les
hommes au fujet de la réfurrection de Jefus
Chrift . 11. Ces témoins n'étoient ni
fcelerats ni Athées . 12. Ils étoient convaincus
de ce qu'ils témoignoient . 13 .
Ils n'étoient ni vifionnaires ni foux. L'Auteur
prouve cela d'une maniere claire &
fenfible ; & paffe enfuite à des preuves
plus fçavantes , plus relevées & plus neuves
, qu'il faut voir dans le Livre même
pour en fentir la force & la fublimité.
Cette derniere partie eft la principale , &
contient XI. Chapitres & 76. Articles
differens. L'Auteur affûre qu'ayant eu
pour but d'examiner folidement la Réfurrection
du Sauveur qui fert de preuves &
de bafe à la Religion Chrétienne , il l'a
fait avec la même impartialité que s'il
ne la croyoit pas. Ne le faifant aucun
fcrupule d'avouer ce que la raifon & la
verité exigeoient qu'il avoüar , il n'a
point fupprimé les objections des incrédules
, mais les a rapportées de bonne fo i
fans
956 MERCURE DE FRANCE.
fans néanmoins fe complaire à leur prê
ter des couleurs féduifantes. Enfin , tout
fon Livre roule fur deux points , fçavoir :
les obligations de l'entendement humain.
par rapport à l'évidence Morale, & la ve
rité hiftorique en fait de la réfurrection
de Jesus - Chriſt .
Le Supplement , qui eft une espece de
quatrième partie , n'eft pas moins curieux.
L'Auteur y attaque le grand nombre
des Déiftes , qui pour lier leur fyſtême
fe croient obligez d'être Materialiftes.
Il prouve d'une façon affez nouvelle
la fpiritualité de l'ame humaine. Enfin
il combat avec force le Systême des Spinofiftes
, & établit le dogme d'une Providence
qui à reglé tout éternellement
& qui préfide à tout. Le mal moral
dit- il , ne contredit point cette idée d'arrangement
primitif , & de direction de
la part de la Providence , parce que des
créatures , qui font tout à la fois libres &
bornées , peuvent s'écarter de l'ordre éternel
, dont l'Etre infini ne s'écarte jamais.
Il prétend que les fauffes idées qu'on fe
forme de la liberté & de la neceffité font
caufe de tout l'embarras & de toute l'obf.
curité de cette matiere . Le monde , felon
lui , a été créé par une neceflité de choix
& non par une neceffité de nature.
Quoique le ftile de certe Traduction
nc
MAY . 1729. 957
ne foit pas châtié , il eft néanmoins élegant
en plufieurs endroits , & ordinairement
fort & nerveux. Le prix du Livre
eft de fix liv. on en a auffi tiré quelques
Exemplaires en grand papier , lefquels
font d'un autre prix , & forment une édition
magnifique . Comme cet Ouvrage
a un grand cours & eft très eftimé de toutes
les perfonnes qui ont des lumieres &
de la pieté , nous avons crû devoir en
rendre compte d'une maniere un peu étenduë.
Le même Libraire donnera dans quelques
mois au Public la Traduction d'un
Ouvrage de M. Leflye , auffi eftimé que
celui- ci par les Anglois , mais moins
long ; Intitulé : Méthode courte & facile.
pour combattre les Déiftes , où l'on démontre
la verité de la Religion Chrétienne par
quatre règles certaines . M. l'Abbé Desfontaines
eft l'Auteur de cette Traduction.
Il vient de paroître un Livre qui ſe débite
chez le Mercier fils , & Morin , ruë
S. Jacques , près la Fontaine S. Severin ,
intitulé : Effay de l'Hiftoire du Commerce
de Venife. vol. in- 12 . de 200. pages ,
Lans l'Epitre & la Préface. 1729 .
11 femble que le fond de cet Ouvrage
regarde la fcience du Commerce par rapport
à l'interêt de l'Etat. Cette matiere
intereffante
958 MERCURE DE FRANCE .
intereffante n'avoit point encore été traitée.
Il paroît que l'Auteur a voulu établir
les principes fur des fairs puifés dans
P'Hiftoire de Venife , qu'il a prétendu juftifier
ces principes par l'évenement & les
autorifer de la fageffe du Gouvernement
de Venile. L'on croit que le mot Politi- .
que manque après celui d'hiſtoire dans le
titre de cet Ouvrage pour le rendre plus
conforme à ce qu'il contient.
L'Auteur commence fa Préface par dire
qu'il a crû qu'une Hiftoire où l'on apercevroit
quelle a été la conduite des Venitiens
touchant leur Commerce , feroit
une chofe agréable au Public : ce qu'il
paroît préfumer de la fageffe du Gouvernement
de Venife.
*
Il divife fon Hiftoire dans les cinq âges
de la République. Le premier commence
à l'an 421. Le fecond à 697. le troifiéme
à 1173. A l'égard des deux dernieres parties
qu'il croit devoir differer de donner
au Public , l'une traitera depuis 1290 .
jufqu'à la Ligue de Cambray , & la derniere
depuis cette Ligue jufqu'à préfent.
L'Auteur promet que ces deux parties feront
encore plus intereffantes que les
trois premieres qu'il vient de mettre au
jour.
Après la Préface l'Auteur propofe à
fon Lecteur de fe rappeller quelques principes
MAY.
1729 959
cipes qu'il expofe immédiatement après.
Ces principes paroiffent néanmoins nouvellement
conçus , & être le fruit d'une
profonde méditation fur la matiere du
Commerce qui intereffe un Etat . Il termine
ces principes, en difant que c'eſt dans
la vue de connoître quelque chofe de la
fageffe des Venitiens , qu'il va tâcher de
réfumer le peu de faits qu'il a été poffible
de recueillir touchant l'Hiftoire du
Commerce de Venife.. ;
L'Auteur debute dans fon hiftoires
par dire que Venife , ou la Republique
de ce nom , doit au Commerce la naiffance
, fon accroiffement & fon opulence
, à l'ufage que la Republique fçut
faire des fruits de ce Commerce , le haut
degré de puiffance où elle monta , & fa
durée , bien plus à l'attention du gouvernement
fur le Commerce qu'à la fageffe
de fes autres Loix , ou de les autres difpofitions
, dont la plûpart font relatives
au Commerce. Et après avoir dit ce qu'étoit
d'abord le terrain fur lequel la Ville
de Venife eft bâtie , il rapporte comment
les Illes des Lagunes furent peuplées , &
la neceffité où fe trouverent fes habitans
de chercher à fatisfaire leurs befoins dans
l'exercice du Commerce exterieur . t
Il peint enfuite la naiffance du Commerce
dans un état naiffant , & ce mor-
E ceau
960 MERCURE DE FRANCE.
>
Geau qui eft curieux , développe com
ment le Commerce du dehors eft le
Canal de la richeffe publique & l'ame
de l'Etat . Cet endroit & ce qui fuit , comme
le refte de l'ouvrage contient un
bon nombre de principes & de maximes ,
dont la connoiffance peut être agréable
& utile. A mesure que l'Auteur avance
dans la narration , l'ouvrage devient
hiftorique & intereffant ; mais il eſt écrit
d'un ftile affez concis pour qu'il foir
difficile d'en faire un bon Extrait qui ne
foit pas trop long.
LETTRES CRITIQUES ET DOGMATIQUES
, adreffées à M' J. Alph.
Turretin , Miniftre & Profeffeur à Genêve
, au fujet de fon livre intitulé Nubes
Teftium. A Lyon , chez Plaignard ,
1728. in- 16 . de 227. pages .
& c,
DE GLI ANFITEATRI , e Singolarmente
del Veronefe , libri due , ne
quali fi tratta quanto apartienne all'Hiftoria
, & quanto all'Architettura
A Veronne , chez Jean Albert Tumermani
. 1728. in - 12 . de 348. pages , fans
la Table. 15. planches .
Dans cet Ouvrage , divifé en deux
parties , le fçavant Auteur traite dans la
premiere fon fujet en Hiftorien , & dans
la feconde , il l'examine en Architecte .
Il
MAY. 1729. 937
Il fait dans l'une l'hiſtoire des amphiteatres
, & dans l'autre il en donne la defcription
.
On apprend que ce curieux Traité eft
de l'illuftre Marquis Maffei , & qu'il doit
faire partie du grand Ouvrage qu'il doit
donner , fous le titre de Verona Illuftrata.
L'ANGLETERRE AUX PRISES avec
elle- même , ou raifons des deux partis ,
expofées par eux - mêmes aux yeux de la
Nation , & c. A Amsterdam
Weiftheins & Smith . in- 8 ° .
> chez
HISTOIRE NATURELLE des Infectes
de l'Amerique , particulierement de
Surinam , repréſentées en figures deffinées
au naturel , & expliquées en Latin
& en François. A Amfterdam , chez
Bernard. Tome fecond . Il ne fera en
vente qu'au mois de Decembre prochain .
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des
ouvrages des Sçavans de l'Europe , &c.
A Amfterdam chez Weiftheins &
Smith. C'eft un nouveau Journal , qu'on
publie tous les trois mois , & qui paroit
depuis le mois de Juillet 1728 .
"Les Particuliers qui ont à retirer le Tome
quatriéme des Ceremonies Religieuses , foir
par foufcription , foit pour parfaire ce qu'ils
ent acheté de cet Ouvrage , font avertis de
Fij s'adreffer
962 MERCURE DE FRANCE .
s'adreffer au Sieur Jean Frederic Bernard ,
Libraire d'Amfterdam , qui a imprimé cet Ou
vrage. Il aura foin de leur fournir promtement
des Exemplaires choifis & des Figures
bien tirées : il en fera autant pour les foulcriptions
des Tomes 5. & 6 .
DE LA LUMIERE DES COULEURS
& de la Vifion , fuivant les principes du
Chev. Newton , par G. L. le Sage , 4
Geneve , chez J. F. Bardin
, 1729. in-
12. Brochure. pp. 34.
L'Auteur , fuivant pas à pas le fiftême
d'optique du celebre Anglois , dit que
la
lumiere n'eft pas feulement une action
fur le milieu , mais une matiere particuliere
qui étant lancée par le corps lumineux
, fe porte rapidement en ligne droite
& jamais autrement, que cette matiere eft
pelante , dure & elaftique : qu'elle penetre
les corps , s'y imbibe , s'y fige ; &
qu'en un mot c'eft la matiere du feu.
Si la lumiere n'étoit qu'une action fur
le milieu , M le Sage dit qu'à la rencontre
des corps , elle fe communiqueroit
non-feulement en ligne droite , mais
auffi derriere les obftacles comme le fon,
& qu'il ne devroit y avoir ni nuit ni opacité.
Les Experiences du Priſme , felon qu'il
les interprete , font juger que la lumiere
' eft pas un liquide homogene , mais un
compofé
MAY.
1729% 943
compofé de corps heterogenes , qui étant
de differente groffeur , fe meuvent directement
avec des forces inégales , & font
plus ou moins refrangibles les unes que
les autres.
La dureté & l'elafticité de la lumiere
font prouvées par fa reflexion à la rencontre
des corps durs.
La pierre de Bologne , le regule d'antimoine
calciné au miroir ardent , & les
autres corps que la calcination rend plus
pefans , prouvent la pefanteur de la lumiere
, & qu'elle s'imbibe dans les corps.
La pierre de Bologne expofée à un feu
bleu , jaune , verd ou rouge , rend dans
Pobfcurité une lumiere de la même couleur
.
L'obſervation des Satellites de Jupiter
a fait reconnoître que la lumiere fe communique
fucceffivement ; parce que , lorf
que la terre en eft plus eloignée , leur lumiere
y parvient 22 minutes plus tard.
De ce que la lumiere eft toujours refléchie
à angles égaux , l'Auteur conclut
qu'elle penetre toujours un peu les corps
refléchiffans , & en eft refléchie par une
feconde ou troifiéme furface : autrement,
dit-il , les inegalités des furfaces mettroient
beaucoup d'inégalité dans les refléxions.
Selon Mr Newon , les corps les plus
rares font les plus refrangibles . Le vuide
Fiij de
964 MERCURE DE FRANCE:
de la machine pneumatique l'eft plus que
l'air , l'air plus que l'eau . Les rayons du
Soleil reunis dans un foyer avant la pluie ,
& lorfque l'air eft chargé de vapeurs , font
plus d'effet qu'après , lorfque le ciel eft
plus ferain.
Les couleurs dans les corps colorés ne
doivent être qu'une certaine groffeur des
parties de la lumiere , ou une certaine difpofition
des parties de ces corps , capables
de refléchir ou de tranfmettre la lumiere
d'une certaine maniere,
Un rayon avant la refraction eft.com
me un faisceau de rayons de diverſe nature
, qui fe feparent les uns des autres
dans la refraction , & s'éloignent les uns
plus , les autres moins de la ligne droite.
Cette féparation des rayons eft un grand
obftacle à la perfection des Telescopes.
Le blanc refulte de tous ces rayons entremêlés
, & les autres couleurs de leur
féparation.
On écrit de Leyde que P. Vander - Aa ;
a achevé d'imprimer,& a mis en vente le
grand Ouvrage auquel il a travaillé pendant
20. ans. Il contient 60. volumes
in-folio , fous ce titre . La Galerie agréable
du monde, où l'on voit en un grand nom
bre de Cartes très - exactes , & de belles
Tailles Douces , les principaux Empires ,
Royaumes ,
MA Y. 1929. 965
Royaumes , Republiques , Provinces ,
Villes , Bourgs & Fortereffes , avec leur
fituation , & ce qu'elles ont de plus remarquable.
Les Illes , Côtes , Rivieres
Ports de mer & autres lieux confiderables.
Les Antiquités , les Abbayes , Eglifes ' ,
Académies , Colleges , Bibliotheques ,
Palais & autres Edifices , tant publics que
particuliers : comme auffi les maifons de
Campagne , les habillemens & moeurs des
peuples , les jeux , les fêtes , les ceremo
nies , les pompes & les magnificences .
Item , les Animaux , Arbres , Plantes
Temples & Idoles des Payens , & autres
raretés dignes d'être veües dans les quatre
parties de l'Univers . On n'a imprimé
que cent Exemplaires de cet Ouvrage ; le
prix de chaque Exemplaire eft de 416.
florins.
-
On apprend de Naples , que la nou .
velle Edition des Vies des Peintres , ouvrage
très rare de Bellory , fe vend chez
François Ricciardi & Jofeph Buon . On l'a
augmentée de la vie de Luc Giordano ,
fameux Peintre Napolitain , écrite par
M. Bernard di Dominico .
De Rome , que le Pere Laderchi , Pretre
de l'Oratoire a entrepris de continuer
les Annales de Baronius . Il a donné depuis
Fiiij quelques
966 MERCURE DE FRANCE.
quelques mois fon premier volume , qui
contient les premieres années du Pontificat
de Pie V.
De Londres , que M. Pope a publié une
nouvelle édition des Oeuvres de Shakef
pear,Poëte Dramatique, conferée & comparée
avec les éditions précedentes . in-12.
Idem. Traduction en Anglois , de
l'Avis d'une mere à fon fils & àfa fille
écrit en François par la Marquise de
Lambert , in - 12 .
On imprime auffi à Londres , par foufcription
, l'Hiftoire de la Révolution arrivée
dans l'Empire de Maroc , à la mors
de Muley- Ifmaël , avec des Obſervations
Phyfiques , Morales & Politiques , & une
Carte du Pays , gravée par Senex.
M. Braithwaite , Capitaine , Auteur
de cet Ouvrage , a été à portée d'être
très-bien informé , puiſqu'il a accompagné
M. J. Ruffel , Conful General d'Ângleterre
, au Royaume de Maroc , & témoin
oculaire de tous les évenemens confiderables.
De Venife , l'impreffion dont on a déja
parlé de l'Hiftoire Bizantine , que prépare
B. Javarina , eft propofée aux Souf-
@ripteurs moyennant cent ducats. Il y aura
' M A Y. 1729. 967
ra 22. vol. in-fol. qui feront 34. Tomes .
Le premier a dû être mis fous preffe ce
mois-ci , & il en paroîtra un volume tous
les deux mois & demi . Avant que l'impreffion
d'un volume foit commencée
-les Soufcripteurs doivent avoir fait tenir
à Venife les 29. liv. qu'il doit couter .
<
?
On apprend auffi que la Traduction
d'Oppien , par M. Salvini , fur l'art de
la Chaffe & de la Pêche des Anciens , eft
achevée d'imprimer.
Jean-Baptifte Befogne pere , ancien Imprimeur
du Roi à Rouen , vient de mettre
en vente une feconde édition du Nonveau
Traité du Négoce de France , en 2.
vol. in - 12 . par M. de Blainville , Arpenteur
Royal , affez connu par differens
Ouvrages que le Public a bien reçûs .
Cette édition eft confiderablement augmentée
, & contient un Traité d'Arithmétique
, tous les Tarifs neceffaires , tant
pour l'aunage des Toiles & Draps que
pour les réductions des Aunes , des Vares
& des Verges , des Villes de France ,
Hollande , Hambourg , &c. On y trouve
auffi tout ce qui concerne la Banque
le Change , le Rechange , les formes
termes & diligence des Lettres & Billets :
de Change , les Monnoyes réelles & imaginaires
, les prix courans des Places &
و
Fv.
968 MERCURE DE FRANCE :
en quelles monnoyes on y tient les écri
tures ; avec le moyen de faire les Changes
& les réductions pour les Traites &
Remifes , tant de Flandre que d'Hollande ,
d'Angleterre , d'Hambourg , &c. On a
joint à la fin du fecond volume , le Traité
de la Jauge de la Marine , du même
Auteur , avec un abregé de la Navigation
bien augmenté: on n'y a rien épargné pour
rendre ce Livre utile à tous Négocians
Banquiers , Financiers , & c. 11 fe vend
à Paris chez André Cailleau , Place de
Sorbonne , à S. André 1729 .
On trouvera chez le même Libraire .
Traité des grands Chemins de l'Empire
Romain , nouvelle édition , revûë avec
foin , & enrichie des Cartes de Peutinger
, & des Figures. Par Nicolas Bergier
Avocat au Siége Préfidial de Reims , in 4.
2. vol. 1728.
Praxis Medica , five Commentarium in
Aphorifmos de cognofcendis & curandis
Morbis , auctore Hermanno Boerhaave
Phil. & Med . Doctore , Medecina , Botanices
, Chemiæ , & Collegii Practici
Lugduni Batavorum Profeffore , in- 12 .
S. vol.
Hiftoria Plantarum , quæ in Horto
Academico Lugduni Batavorum crefcunt
cum earum characteribus , & Medecinalibus
virtutibus. Defumptis ex ore clariffimi
MAY. 1729 969
Timi hermanni Boerhaave , in - 12 . 2. vol.
Voyages très curieux & très renommez
faits en Mofcovie , Tartarie & Perfe .
par
le fieur Adam Olearius , &c. in-fol.
2. vol. remplis de Figures enTaille- douce,
nouvelle êdition très augmentée .
Le Paradis perdu de Milton. Poëme
héroïque , traduit de l'Anglois , avec les
Remarques de M. Addiſſon , in- 12 . 3 .
vol. chez Cailleau , Quai des Augustins ,
à S. André , Brunet fils Grand'Salle
du Palais , au S. Efprit. Bordelet , ruë
S. Jacques , à S. Ignace , & Henry , ruë
S. Jacques , vis - à- vis S. Yves . 1729 .
Montalant , Libraire à Paris , qui imprime
par voye de fouſcription le vaſte
Recueil des Piéces anciennes des P P
Martene & Durand , Religieux Benedictins
de la Congrégation de S. Maur , intitulé
, Veterum Monumentorum ampliffi
ma Collectio , & qui doit être compofé de
9. vol. in fol. dont il a donné les trois
premiers Tomes en foufcrivant , donne
avis aux Soufcripteurs de cet Ouvrage ,
qu'il diftribue actuellement les Tomes 4 .
5. & 6. de cette Collection , qu'il continue
l'impreffion des trois derniers , pour
les leur donner le plutôt qu'il lui fera
poffible ; que le premier payement de
cette Soufcription ayant été de cent
Fvj livres
970 MERCURE DE FRANCE
vres , il reçoit les cinquante livres re +
tantes du prix . Il donne auffi avis aux
perfonnes qui voudront ſouſcrire , qu'ils
Y feront encore admis jufqu'à la fin de
Septembre prochain , en prenant ces fix
volumes , & en payant les cent cinquante
livres qui eft le prix porté par l'avis aux
Soufcripteurs , après lequel tems expiré ,
l'on n'y fera reçû qu'à deux cent livres.
On trouve auffi chez le même Libraire
les Livres fuivans.
Bullarium magnum. fol. 8. vol . Lu
xemburgi 1728.
par
Hiftoire Litteraire de la Ville de Lyon
le Pere de Colonia , vol . in- 4.
Dictionnaire de Richelet. fol. 3. vol.
Hiftoire Litteraire de la Grande- Breta
gne. in- 12 . 16. vol.
*
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Négociations du 18. fiecle , par M. de
Lamberti , in - 4 . 6. vol . la Haye 1728 .
Le Traité du Nivellement , de M. de la
Hyre , avec un Traité de la Meſure de la
terre , par M. Piquart, vol. in- 1 2 .
Traité des Arbitrages de Change , contenant
la veritable maniere dont les principales
Places de l'Europe fe fervent pour
la direction de leurs Changes. Par
M. wiertz , Agent de Change de la Ville
de Bâle. 1729.
Jean
MAY. 1729 971
Jean Villette fils , Libraire , ruë faint
Jacques , à S. Bernard , vient de mettre
en vente un Livre intitulé : l'Univers
materiel , ou Aftronomie Physique , premierepartie,
compofé par M. F. Petit. C'est
un nouveau Systême du monde different
de celui de M. Defcartes, & de tous ceux
qui ont paru jufqu'à préfent . Il fuppofe
quatre matieres , & n'attribuë de mouvement
qu'à la premiere , qui feule caufe
la pefanteur. 11 prétend que l'air n'eſt
point pefant , & que l'on ne peut rien attribuer
à la pefanteur de l'air qu'il appelle
troifiéme matiere , & fait naître la lumiere
d'un mouvement communiqué à la fe
conde matiere par la premiere.
L'on trouve auffi chez le même Librai
rc. & chez François Chereau , Graveur ,
rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or ,
La Paffion de N. S. J. C. & les actions
du Prêtre à la Sainte Meffe , avec des
Prieres correfpondantes aux Tableaux
gravez par Sebaftien le Clerc , vol. in- 12.
Les Figures de la Paffion de N. S. J. C,
accompagnées de Refléxions propres à
donner l'intelligence de ce Myftere . Yos
lume in- 8.
Nous avons déja annoncé une Brochure
in- 8 . qui fe vend chez Etienne & chez
Bauche , fous le titre de Paritez en Ban
que
972 MERCURE DE FRANCE :
pe,
que, ou l'égalité des Changes de l'Eurodémontrées
par à la por des principes à la
tée de toutes fortes de perfonnes , &c.
Ce petit Ouvrage eſt diviſé en ſept Chapitres
, chaque Chapitre contient fix égalitez
ou queftions differentes ; le premier
Chapitre fert à découvrir la Parité ou l'é-
Amfterpour
galité du Change de Paris
dam , ou d'Amfterdam
pour Paris , par
le rapport des Changes de Londres ,
d'Hambourg
, de Genève , de l'Espagne ,
du Portugal & de l'Italie .
Le chapitre fecond fert à découvrir
la Parité du Change de Paris pour Londres
, par les mêmes rapports. Le 3. de
Paris pour Hambourg . Le 4. de Paris
pour Genéve. Le 5. de Paris pour l'Efpagne
. Le 6. de Paris pour le Portugal.
Le 7. de Paris pour l'Italie.
Chaque égalité ou question eft fuivie
de la Régle , & la Régle a une inftruction
la faire. On trouve au commen- pour
cement de ce Traité , en huit articles féparés
, les noms & la divifion des Monnoyes
Etrangeres , & les differentes manieres
dont les Places de Commerce changent
entr'elles .
de
Selon un Mémoire qui nous a été communiqué
, on doit donner dans peu
temps une fuite du Poëme Latin , intitulé
ConMAY.
1729. 973
Connubia Florum , les mariages des fleurs ,
qui fut fibien reçû du Public l'année derniere
. Mr de la Croix , Docteur en Medecine
, qui en eft l'Auteur , comptoit
d'en publier une feconde partie , mais fes
autres occupations l'en ont détourné. En
attendant qu'une fi bonne main reprenne
la plume , un Particulier fait une espece
de fuite de ce Poëme , fous le titre d'Apologie
des Fleuristes & de tous ceux qui
fe plaifent à cultiver ces prefens fi agréables
de la nature . On joindra à cette
Piéce françoife , qui eft fort ingenieuſe ,
cinq ou fix OdesLatines d'une excellente
compofition , fur l'origine , l'utilité , &
la culture des Citronniers & des Orangers
. On n'oubliera pas de faire mention
à la fin de l'ouvrage de Jean Robin , celebre
Fleuriste du Jardin Royal , dans la
minorité du Roy Louis XIV.
On prépare deux Réponſes à la Lettre
de M Petit , Docteur en Medecine &
Académicien , concernant l'attouchement
de l'Uvée au Cryſtallin .
M. de Voltaire , qui eft arrivé depuis
peu de Londres , travaille actuellement
& doit donner dans peu , l'Hiftoire du
Roy de Suede , Charles XII. Un Officier
attaché à ce Prince , & qui l'avoit fuivi
dan s
974 MERCURE DE FRANCE .
dans toutes fes expeditions , a donné des
Mémoires à M. de Voltaire. Cet ouvrage
fera deux Volumes in - 12.
On apprend de Mofcou , que M.
Jwan Kyrilow , Secretaire du Sénat de
cette Ville , a envoyé à l'Académie des
Sciences de Peteſbourg une espece
d'Amianthe , dont on trouve une affez
grande quantité dans la Siberie , & qui
après quelques préparations , fournic
une filaffe incombustible dont on peut
faire de la toile. Il y a joint un morceau
d'une mine de Cuivre marbré qu'on
trouve dans la même Province , & qu'on
a déja employé à divers ouvrages .
L'Académie a ordre de faire les obfervations
fur ces deux matieres , & de
les communiquer au Public .
fit
Vers le milieu du mois dernier , l'Académie
Royale de l'hiftoire à Liſbonne
tint une Affemblée publique , dans laquelle
Dom Jofeph d'Acunha Brochado ,
Confeiller au Confeil des Finances &
Chancelier des Ordres Militaires ,
Eloge funebre du feu Marquis de Fronteira
, l'un des Directeurs de certe Académie
, à la place duquel on élut Dom
Diego de Mendoça Corte-Real , Confeiller
au Confeil des Finances , ci - devant
Envoyé extraordinaire du Roy de
PorMAY.
1729. 975
Portugal auprès des Etats Generaux , pour
continuer en Langue Portugaife l'Hiftoire
du Royaume de Portugal , pendant tout
le temps qu'il a été fous la domination
des Romains.
D'autres Lettres de Lisbonne portent ,
que le 25. Mars , les éleves de l'Académic
militaire de cette Ville , allerent fur le
Port voir les épreuves de plufieurs machines
de guerre & de quelques autres
utiles à la navigation , fur lefquels M. de
la Pomeraye , Chef de cette Académie ,
leur avoit donné des leçons publiques- ,
& il leur démontra par une experience
qui réuffit affez bien , qu'un corps (phe
rique concave d'une certaine capacité ;
doit fe foutenir entre deux eaux , de quelque
metal qu'il foit conftruit , pourveu
qu'il foit exactement bouché.
On apprend de Londres , que le Che
valier Hans- Sloanne , Préfident de la
Societé Royale , prefenta für la fin du
mois dernier au Roy & à la Reine , de
la part de la Societé , une branche d'un
des quatre grands Cedres du Jardin des
Plantes de Chellea , à laquelle il y avoit
neuf pommes . Ce qui fut reçû fort gracieufement
de L. M. qui promirent au
Chevalier Sloanne d'aller voir ce Jardin
978 MERCURE DE FRANCE:
& les Cedres qui y ont crû , qu'on dit
être les plus grands qui foient en Europe.
On mande de Florence que le 12. du
mois dernier vers les deux heures après
minuit , on y avoit vû une Aurore Boreale
, qui tenoit un espace d'environ 90 .
degrez , entre l'Eft & le Nord. On ajoûte
que ce Phénomene avoit été précedé d'un
orage accompagné d'éclairs & de tonnerres.
Le Mercredi 27. Avril , l'Académie
Royale des Sciences , tint fon affemblée
publique , à laquelle préfida M. le Chancelier
; M Lemeri ouvrit la féance par
un Difcours fur la neceffité de la Saignée;
ce Difcours doit fervir de Préface à un
Ouvrage que M Lemeri prépare contre
le fentiment de Mr Silva , fur les Saignées
révulfives & dérivatives .
Mr de Juffieu , lut enfuite un Mémoire
fur un remede fpecifique contre
les diffenteries , plus efficace que l'hipecacuana
. Ce remede eft un écorce d'arbre
de Lifle de Cayene , nommé Simar ouba .
Mr Geofroi le jeune , finit la féance
par uneDiffertation fur l'examen du vinaigre
concentré par la gelée.
Nous donnerons dans un autre Journal
l'Extrait de ces differentes Pieces .
Le
MAY. 1729.
977
Le Secretaire de l'Académie declara
dans la même féance , que M' Bouguier,
Profeffeur d'Hydrographie au Croifil ,
petit - Port en Bretagne , avoit remporté
le Prix de cette Académie , dont le fujet
étoit la Perfection des Inftrumens qui
fervent à prendre hauteur fur mer. Le même
Mr Bouguier avoit remporté il y a deux
ans le Prix de cette Académie , dont le
-fujet étoit la Mâture des Vaiffeaux.
•
A
On a appris de Compiegne un fait fingulier.
Une Biche qu'on ne chaffoit
point , effrayée par les chiens & les
Chaffeurs , fe jetta dans un étang , & s'y
noya. On la fit retirer , & par fa groffeur
on jugea qu'elle étoit pleine. Effectivement
elle l'étoit prête à mettre
bas. On l'ouvrit & on trouva un Fan
très - bien formé , mais ayant deux teftes
bien diftinctes ,, quatre yeux & trois
oreilles feulement , la 4 oreille étant
confondue dans la Suture qui joint les
deux teftes . Ce morceau fingulier a été
envoyé à M' Winflow , de l'Académie
Royale des Sciences , qui l'a fait defliner
& l'a diffequé enfuite pour en donner
une Deſcription au Roy.
REPONSE de M. Thiout , Orloger , à la
Lettre de M. le Roy l'aifné , inferée dans le
Mercure d'Avril , page 746. au fujet des
proprietés
978 MERCURE DE FRANCE.
Proprietés d'un nouvel échapement de Montre
Pour vous repondre , Monfieur , je me fers
de la voye que vous avés prife. Je commen
cerai par vous dire que lors que j'ay donné
au public une idée avantageufe de l'échapement
de M. de Flamanville , j'ay crû qu'il
étoit temps de rendre juftice à celui de qui je
le tiens , m'aquitter de ma promeffe , & exciter
la curiofité du Public ; c'eft ce qui m'a
determiné à le publier , avec d'autant plus
de raifon que j'étois affez fondé en experiences
pour être feur de ce que j'ay avancé.
un an ,
Je n'ignore pas , Monfieur , comme vous
le prefumé que les Horlogers Anglois n'ayent
pratiqués ce nouvel échapement dès l'année
1726. c'eft dans ce même tems que l'Auteur
( qui étoit pour lors à Londres ) me l'a
communiqué & m'a informé pendant 18.
mois de tout ce qui s'y paffoit à ce fujet
cependant je ne me fuis determiné à en faire
ufage & à le mettre en pratique que depuis
& je l'ai fait avec tout le fuccès
que j'en pouvois efperet. Je n'y ay pointrencontré
cette jufteffe ( que vous m'aprènez )
d'aller un mois minutte pour minutte , &
feconde pour feconde : mais je n'y ay point
remarqué auffiices variations étonnantes d'une
demie heure par jour , qui ne me paroiffent
pas moins douteufes que ce que vous ajoutez
, qu'on ne peut pas par la fuite parvenir
à les regler ; mais fuppofant cette parfaite
jufteffe , feroit - il impoffible de trouver le
fecret de la perpetuer fans abandonner fi inconfidérement
un échapement qui fe trouve
parfait pendant un mois , je crois les Anglois
trop habiles pour abandonner fi promtement
un échapement qui a cette precienfe
qualité
MAY. 1729. 979
qualité & qui a eu un auffi heureux commencement.
Pour moi j'ai été très- fatisfait de ce qu'un e
Montre avec cet échapement , alloit plus
jufte qu'avec l'échapement ordinaire , & étoit
moins fujette aux divers accidens , pour me
déterminer à le mettre en pratique par préference
, & à ne le pas quitter fi- tôt.
Vous me paroiffés , M. fort content du
garant que vous indiqués , vous avez
donné fa Lettre toute entiere ; cependant
fes raifons ne peuvent me fatisfaire , & plus
je les examine , plus elles me paroiffent fe
contredire il affure qu'à les voir marcher
elles vont fort bien , qu'il n'y a point de Montre
de l'autre maniere que l'on puiſſe faire
branler comme celles là , il y en a qui ont
été un mois minutte pour minutte , feconde
pour feconde. La confequence que l'on peut
tirer d'un femblable raifonnement eft évidente
; on la tire d'elle- même , à les voir marcher
elles vont fort bien ; il n'y a point de
Montre de l'autre maniere que l'on puiffe
faire branler comme celles- là il y en a quí
ont été un mois minutte pour minutte ,
conde pour feconde ; cet échapement eft donc
le plus parfait de tous ceux qu'on a pour
des Montres , puiſqu'il n'y en a point d'autre
avec lequel une Montre aille de cette jufteffe
pendant un mois , mais bien loin de raifonner
ainfi , il ajoute , & après ce tems là , elles
ont varié d'une demie heure par jour fans
pouvoir les regler. Votre garant a voulu diffimuler
ce qu'il penfoit , ou a parlé par ouy
dire , car après avoir vanté la jufteffe de ces
Montres il vous auroit fans doute appris
les caufes qui faifoient aller ces Montres fi
juftes pendant un mois , comment ces caufes
>
feceffoigné
9,80 MERCURE DE FRANCE.
cefloient abfolument au bout du mois , & la...
raifon de l'impoffibilité de pouvoir derechef
regler ces Montres procurez nous , s'il vous
plait , M. les fentimens de votre garant làdeffus
, après quoi je fçauray à quoi m'en
tenir ; mais en attendant vous me permettrez
de ne pas fuivre votre confeil , qui eſt d'abandonner
cet échapement , fur de telles remontrances
; j'efpere même que vous avouerez
que c'eft avec juftice que je m'y tiens attaché
jufqu'à ce qu'on m'aye fait connoître
la neceffité de l'abandonner , ou que je l'aye
reconnue par moi- même.
Vous mettez cet échapement en parallele
avec celui de feu M. Sully , quoiqu'il en foir
très éloigné en toute maniere , de forte même
qu'il n'a rien de commun avec celui - ci , que
Cette feule proprieté , qu'on peut doubler la
force du reffort fans accelerer le mouvement ;
mais par l'examen de ce dernier , il elt aifé
de voir qu'il eft exempt des frottemens du
premier.
J'ay crû vous faire plaifir , M. en vous
communiquant la methode dont je me fers ,
qui felon moi , differe peu de celle des Anglois
; vous en jugerez mieux que perfonne
etant fi bien informé de ce qui fe paffe à
Londres.
Je prends la diftance d'une dent à l'autre
pour le diamettre du Cilindre ; je ne l'entaille
pas jufqu'au centre je donne à la palette
une forme à peu près ovalle , ouverte d'environ
60. degrès , la rouë de rencontre taillée
à l'ordinaire , que je fais dorer , parce
que l'or étant le plus pur de tous les métaux
, il doit conferver plus longtems ce déficat
frottement , les dentures étant bien:
brunies , je les crois plus dures & plus glif
Lantes
MAY . 17295 9& r
fantes qu'un latton bien écroüi ; la palette
étant dure & bien polie frappe contre avec
une grande douceur , ce qui produit aux
vibrations le méme effet que la courbe de
compenfation de la Pendulle de M, Sully , &
l'impulfion du choc qui en refulte n'eſt pas
capable de fe detruire de long-tems.
Au refte , Monfieur , vous me confirmez
dans l'idée où je fuis , qu'on peut parvenir
à regler parfaitement une Montre avec mon
échapement puifque vous croyez vous -même
qu'il y a eu de ces Montres qui ont été un
mois entier minutte pour minutte , & c. pour
ce qui eft du dérangement de demie heure
par jour , fans pouvoir par la fuite les regler
, je vous avoue que je ne connois poin
la caufe d'un effet auffi fingulier, & je ne crois
pas même qu'il puiffe jamais arriver à une
Montre bien executée ; je fuis même confirmé
dans cette penfée par l'experience journaliere
de celles que j'ay vendues depuis un
an , qui toutes vont auffi jufte qu'on le peut
efperer , fans aucune apparence que la Montre
puiffe jamais faire de femblables variations.
Selon mes principes , une Montre à
laquelle on veut mettre cet échapement doit
être d'une execution folide , proportionnée ,
jufte & précife ; je donne 18000. vibrations ;
je me fers d'un balancier leger & d'un ſpiral
fort , que je proportionne parfaitement avec
le cercle , & je donne le plus de force qu'il
m'eft poffible à mon grand reffort. Ne feroitce
point par ces raifons que j'aurois mieux
réuffi que les Anglois qui à caufe de la petitele
de leurs Montres ne peuvent leur donner
ni la force néceffaire , ni leur appliquer
d'auffi juftes proportions ? Car c'eft un axiome
generalement reçu , principalement chez
·les
982 MERCURE DE FRANCE.
les Phyficiens , que les grandes Montres vont
mieux que
les petites & font moins fujettes
aux variations.
Enfin je vous fuis bien obligé , Monfieur,
de l'offre honnête que vous me faite , de me
communiquer l'échapement de M. Gream , il
y a plus de fix mois qu'on m'en a fait la
defcription , fans que j'y aye trouvé de fuperiorité
qui merite que je lui donne la préference
.
Voilà les raiſons qui m'ont determinés à
parler comme j'ay fait dans l'Avertiffement
que j'ay donné au Public , par où il eſt aiſé
de voir que je ne tomberai pas dans le cas
des Horlogers de Londres , je fuis , & c.
Le Sieur le Febvre , Ingenieur pour
les Inftrumens de Mathématique , qui demeuroit
Quay des Morfondus aux deux
Globes , eft décedé il y a environ un an,
il s'étoit fort appliqué à perfectionner les
divers Inftrumens de Mathématique & à
apprendre l'ufage qu'il connoiffoit plus
facile. Il a eu l'Approbation de Meffieurs
de l'Académie Royale des Sciences.
Il avoit inventé un Planifphere où eft
réuni l'ufage de l'Aftrolabe , & une double
Lunette à regarder par les deux bouts
en changeant le Verre oculaire . Cette Lunette
, appliquée au quart de Cercle , fert
à s'affurer de l'angle droit dudit Inftrument
fans le renverfer.
Il avoit auffi inventé plufieurs Micrometes
differents de ceux qui avoient cidevant
MAY 983 1729
rus , & un Singe à Lunette , fort commode
pour deffiner exactement de loin les principaux
points d'une Perfpective. Il eft auffi
l'Auteur d'un Almanach de Cabinet en
forme de Tableau , qui fert depuis 1600 .
jufqu'à 1750. & fe difpofe une feule fois
pour une année , où font marquez tout
de fuite les jours , les femaines & les mois
de l'année , les Fêtes Mobiles , les jours
de la Lune , le lever & coucher du Soleil
de chaque jour , la longueur du Crépuſcule
, l'Epacte , le Nombre d'Or , le Cicle
folaire , l'Indiction Romaine , & la maniere
de compter les jours du mois felon
les Latins , par Calendes , Nones , & Ides .
Cet Almanach fe peut changer après l'année
1750.pour
le temps que l'on voudra,
en y mettant une autre Roue d'Epoque.
Il avoit encore inventé un Garde- vûë
portatif dans la poche , commode pour
lire & écrire la nuit , fans que la flâme
de la lumiere incommode la Vûë.
C'eft lui auffi qui a inventé une petite
Ecritoire de poche d'environ un pouce &
demi en quarré long, où il y a deux plumes
du même métail que l'on veut l'Ecritoire,
& cinq ou fix plumes naturelles , un Compas
, un Porte- Crayon , une Meſure de
deux pouces & un Canif. Le Cornet de
cetteÉcritoire tient l'ancre liquide & fans
Coton,fans fuir. Ce fut en l'année 1710 .
G
qu'il
084 MERCURE DE FRANCE.
qu'il fit la premiere pour M. le Duc du
Maine. Il avoit déja inventé le Corner
qui eft propre aux grandes Ecritoires de
Cabinet , qui conferve l'ancre plufieurs
années fans s'épaiffir , fe fermant exactement
, & empêchant l'air d'y entrer . Cependant
le Sieur Baradelle , de la même
profeffion , s'eft avisé d'annoncer au public
ledit Cornet comme nouveau & de
fon genie , dans le Mercure du mois de
Decembre 1728. & dans le Journal de
Trévoux , page 569 .
Le fils dudit Sieur le Febvre, auffi Ingenieur
pour les mêmes Inftrumens , qui a
été élevé & inftruit par fon pere dans
la fabrication defdits Ouvrages , les fair
& vend dans la même Boutique de fon
pere , Quay des Morfondus , aux deux
Globes.
Les Curieux vont voir chez le Frere
Nicolas , Religieux au grand Convent
des Auguftins de Paris , très - habile dans
l'Art de la Charpenterie , qui a inventé le
Pont tournant des Thuilleries , & quantité
d'autres Ouvrages qui lui ont fait une
grande réputation , le Modele d'un nouveau
Pont tournant , plus fimple , auffi
commode & folide , & qui coutera la
moitié moins que celui des Thuilleries.
Ce nouveau Pont doit être executé au
Châ
MAY. 1729. 985
Château de Maifons & au Château de
Brou.
› de
Le même Frere a inventé une Rape enfermée
dans une boëte , par le moyen
laquelle on peut raper du tabac auffi gros
& auffi fin que l'on veut , & en auffi grande
quantité, dans une demi -heure , qu'on
en pourroit raper dans une demi-journée
avec une rape ordinaire .
Le même Frere Nicolas a inventé auffi
depuis peu , un nouveau Mouvement pour
l'élevation des eaux , lequel eft fans Rouet,
fans Lanterne & fans Manivelle. Il n'eft
compofé que de fix pieces de bois mobiles
& trois Poulies de cuivre ; fçavoir , un
Arbre debout avec un Levier , auquel on
attelle un cheval , une Plate-forme ronde
de cinq pieds de diametre , & trois Balanciers
, au bout defquels on attache les
Tringles de fer des Pitons de la Pompe.
Ce Mouvement a été mis en oeuvre avec
fuccès , à la Pompe de la belle Maifon de
M. de Maigrigny à Chatillon , proche de
Seaux : fa fimplicité le rend fi facile, qu'un
feul homme en pouffant le Levier , fait
monter l'eau avec les trois Piftons, à plus
de 40. pieds de hauteur. Ce Mouvement
peut fervir aux Moulins à vent & à eau.
Mr C. de R. de Lyon , nous prie de pro
poſer cette Queſtion au Public , fçavoir ,
Gij fi
986 MERCURE DE FRANCE .
fi la Perfection eft plus difficile à acquerir
dans la Peinture que dans la Sculpture.
Comme il n'y a peut - être jamais eu en
France tant d'Amateurs de ces beaux Arts ,
ní tant d'habiles Maîtres qui les profelfent
, nous croyons que cette Queſtion
fera favorablement reçûë, & qu'on voudra
bien nous adreffer les raifons fur lefquelles
on peut la décider. La gloire des beaux
Arts y eft intereffée , ainfi que notre Nation
, qui depuis quelque temps a marqué
fa fupériorité fur les autres Nations de
l'Europe , par les celebres Auteurs & les
grands Ouvrages qu'elle a produits .
XXX : XXXX : XXXXXXXX
Q
PRINTEM P S.
Ue j'aime à voir Iris dans ces brillantes
Plaines ,
Des richeffes de Flore , enrichir fes cheveux !
Que j'aime à voir les Zéphirs amoureux ,
Au gré de leurs douces haleines ,
En faire voltiger les noeuds !
Goutez votre bonheur extrême ;
Rendez de vos plaifirs les Dieux mêmes lajoux,
Volez,charmans Zéphírs , careffez ce que jaime.
Heureux , fi je n'ai point d'autres Rivaux que
Vous !
AUTRE
Ten
C
margo.Ce fameux Pas , ou plutôt
ce Balet
Gij
1
1
que
vous !
AUTRE
MAY.
987
1729.
AUTR E.
Deja la naiffante verdure ,
Rappelle les Ris , les Amours ;
Et déja toute la Nature ,
S'empreffe à joüir des beaux jours.
1
Les Tendres Zéphirs près de Flore ,
Redoublent leur empreffement ;
Chaque fleur fe hâte d'éclore ,
Pour fe faire un nouvel Amant.
Flore , vous n'êtes point ſevere ;
Vous comblez leurs voeux les plus doux .
Helas ! faut- il que ma Bergere ,
Soit plus infenfible que vous ?
***************
SPECTACLES.
·
'Académie Royale de Muſique recome
Lmença les Exercices le Lutcome
ce mois par l'Opera de Tancrede , terminé
par le Pas de Trois , danfé par le
fieur Blondi , premier Danfeur & Compofiteur
des Balets de l'Opera , par le
fieur du Moulin le jeune & par la Dile Camargo.
Ce fameux Pas ,ou plutôt ce Balet
Giij હૈ
988 MERCURE DE FRANCE .
à trois , dont l'execution doit être regardée
comme le triomphe de la Danfe en
general & de prefque tous les caracteres
en particulier , figure un Maître jaloux &
deux Ecoliers . Il eſt danfé fur un excellent
morceau de Mufique de M. Rebel
le pere , Compofiteur de la Chambre du
Roi , & Maître de Mufique de l'Académie
Royale. Après un Prélude gravé , fuit
une Chaconne , un air de Trompette , une
Loure , un Paffepied en Rondeau , un
Tambourin , &c.
Le 2. de ce mois , les Comediens François
firent l'ouverture de leur Théatre
qui étoit fermé depuis le 31. Mars , à
caufe de la folemnité des Fêtes de Pâques
& du Jubilé , par la Tragedie d'Iphigenie
& la Comedie de l'Avocat Patelin. Le
heur de Montmeny complimenta le Public
entre les deux Pieces , & fut fort арь
plaudi
Le lendemain on donna Démocrite & les
Vacances. Le St de Bercy , Comedien
nouvellement reçû , joüa avec applaudiffement
Talere dans la premiere Piece , &
le Magifter dans la feconde .
Le 6. Avril , le S' Sarrazin , joüa avec
applaudiffement le principal Rôle dans la
Comedie du Misantrope.
Le 14. on repréſenta la Comedic nouvelle
MAY. 1729. 989
velle de l'Impertinent malgré lui , en Vers
& en 5. Actes , de M.de Boiffy , qui l'a retirée
pour y faire des corrections , & y
changer le dénouement .
Le 19. on remit au Théatre la Tragedie
de Rhadamifte & Zenobie , dont les
principaux Rôles font joüez par le S* du
Frefne & la Dlle le Couvreur ; ceux de
Pharafmanes & d' Arfame font joüez par
les St de Bercy & Duchemin fils.
Le 2. May , les Comediens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la
Comedie de Timon le Misantrope , & par
la petite Piece du Retour de Tendreffe.
f
La Dile Sylvia , premiere Actrice ,
connue & fi cherie du Public , ſe chargea
pour la premiere fois , du Compliment
qu'on fait ordinairement à l'ouver
ture du Théatre , & le récita avec tout le
naturel & les graces qui accompagnent
tout ce qu'elle joue . Ce Compliment fut
extrémement applaudì du Public , auquel
nous croyons faire plaifir de le donner ici ,
en faveur de ceux qui ne l'ont pas entendu
prononcer ; au refte nous avons fort balancé
à l'imprimer , perfuadez qu'il perdra
beaucoup de fon mérite , dénué de
Faction . La Dile Riccoboni Flaminia , qui
vient de quitter le Théatre , avoit fait au
mois d'Avril 172 5.un pareilCompliment;
G. iiij il
990 MERCURE DE FRANCE .
eft imprimé dans le Mercure du même
mois , page 827.
MESSIEIEURS ,
C'eft une femme qui s'eft chargée de l'honneur
& du rifque de vous adreffer la parole.
L'ufage jufqu'à prefent n'a confié ce foin
qu'aux hommes ; mais auffi oferai- je dire que
ce n'eft pas la premiere injuſtice qu'il ait faite
à notre Sexe. Cet enfant du caprice & de la
force , nous tirannife impunément , & le temps
bien loin de détruire fon pouvoir , ne fert qu'à
l'appuyer davantage. Mais , Meffieurs , comme
je fuis dans une République où les Femmes ont
leur voix déliberative , j'ai crû ne pouvoir
mieux fignaler l'ouverture de notre Théatre
qu'en réprimant les abus. En effet , pourquoi
voudroit- on nous exclure d'un honneur dont
nous connoiffons fi bien le prix ? Est- ce le zele
qui nous manque ? Eft- ce la langue ? Ni l'un ni
l'autre. En verité on ne nous a jamais vû refter
court , & les plus grands Orateurs feroient
charmez de fournir leur carriere avec autant
de rapidité que nous courons la nôtre.
On nous accufera peut- être de ne pouvoir
pas donner à un Difcours ces graces fcholaftiques
& cet aflemblage des parties qui doivent
le compofer ; & qu'importe ? Il eſt de
certains defordres préferables à l'arrangement ;
notre Sexe ne connoît d'autre regle que celle de
plaire ; & puifqu'il réüffit fi bien , fon heureux
naturel l'emporte fur l'étude & la raiſon même.
Mais , Meffieurs , je m'apperçois qu'au lieu d'un
Compliment que je dois vous faire , je m'engage
infenfiblement dans notre Panegyrique ,
&
1
MAY. 1729. 991
& que je juftifie en quelque façon ceux qui n'oferoient
nous confier des négociations importantes.
Pardonnez cette digreffion à mon zele .
Pour vous , Meffieurs , le feul defir de paroître
digne de l'emploi que j'ai brigué , m'a entraînée
malgré moi à dire tant de bien des Femmes. Dailleurs
il m'eft permis de jouir des privileges du
Harangueur; il en a de grands ; il peut fortir de
fon fujet , fe mêler quelquefois de ce dont il
n'a que faire , & malgré cela il n'en eft pas
moins applaudi . Oui , le Public qui ne connoît
que trop mon embarras , lui fçait toujours bon
gré de tout ce qu'il peut dire pour ſe tirer d'affaire.
Que ce même Public n'a-t - il cette même indulgence
pour nos Pieces nouvelles ! Qu'il
nous ép gneroit de triftes momens ! Mais que
dis-je ? il cft obligé de prouver le bon gout de
fon fiecle & de ne fouffrir íur nos Théatres que
des Ouvrages qui faflent honneurà la Nation.
Oui, Mellieurs , continuez , faites tapage aux
mauvaiſes Pieces , afin qu'on travaille avec
plus d'attention à vous en donner de bonnes
ou du moins de paflables. Réprimez les Acteurs
qui reprefentent mal, Que les Auteurs vous doivent
une réputation éclatante ; que les Acteurs
acquiérent des talens en profitant de vos juftes
décifions . Voilà peut être le premier Compli
ment où l'on vous ait donné de femblables
confeils ; mais , Meffieurs , outre que vous les
prendriez bien vous - mêmes , votre fatisfaction
nous eft trop précieufe , pour que nous vous
priions de vous laiffer ennuyer fans rien dire.
Le 7. les mêmes Comediens remirent
au Théatre la Comedie Héroïque qui a
pour titre , l'Illuftre Avanturier , ou le
Prince Travesti , Comedie en s . Actes de
Gy M.
992 MERCURE
DE FRANCE
:
M. de Marivaux . Cette Piece fut joüée
dans fa nouveauté le 5. Fevrier 1724.
on en donna un Extrait dans le Mercure
du même mois .
Le 11.May , le S Sticotti , Venitien, nouvel
. Acteur, âgé de 18. ans, qui n'a jamais
paru fur aucun Théatre , joua pour la premiere
fois fur celui de l'Hôtel de Bourgogne,
leRôle de l'Amoureux , dans la Comedie
de la Surpriſe de l'Amour , avec beaucoup
d'intelligence, & fut fort applaudi.II
eft fils de la Dile Fabio , Chanteuſe de laComedie
Italienne.
Le 23. la Dlle de Belmont , fille du feu
SOctave , Comedien de l'ancienne Troupe
Italienne , parut pour la premiere fois
fur le même Théatre , dans la Comedie
de la Femme Jaloufe , en Vers & en trois
Actes. Elle y joüa le principal Rôle , de
même que dans la petite Piece qui fut
jouée enfuite de la Veuve Coquette. Cette
nouvelle Actrice a été reçûë favorablement
du Public qui l'a applaudie .
Au mois de Mars dernier , le St Louis
Riccoboni , dit Lelio , premier Acteur de
la Troupe des Comediens Italiens ordinaires
du Roi , la Dule fon Epouſe , & le
S Riccoboni , leur fils , demanderent à
fe retirer , ce qui leur fut accordé , en
confervant au S Lélio & à fon Epouſe
1000. livres de penfion à chacun. Le
Public
MAY. 1729. 993
Public regrette avec raifon ces deux excellens
Sujets. Leur fils avoit déja les diſpofitions
neceffaires & les talens convenables
à fa Profeffion.
Le S Lelio Auteur de plufieurs Pieces ,
dont il a été parlé dans differens Mercures ,
eft de Modéne ; fon Dialogue étoit ailé &
animé,perfonne n'a jamais mieux caracte
rifé les paffions outrées & avec plus de vraifemblance
. Les Pieces de Sanfom ,la vie
eft un fonge , & tant d'autres qu'il joüoir
d'une maniere inimitable , & qu'on demandoit
avec empreffement, en font des preuves.
C'eſt lui qui avoit été chargé de former
en Italie une Troupe de Comediens
pour le Roi , & qui l'amena en France en
1716. à la tête de laquelle il a toujours
été fous les ordres de feu Monfieur le Duc
d'Orleans qui l'honoroit de fon eftime .
La Dile Helene Balletti fa femme , dite
Flaminia fur le Théatre , eft de Ferrare ,
elle eft grande Comedienne & femme de
beaucoup d'efprit. Elle jouoit fes Rôles
en perfection , & entroit admirablement
dans les differens caracteres qu'ils exigeoient
; elle en exprimoit non - feulement
les differens fentimens , mais elle en proy
duifoit encore d'autres ( pat fon propre
fond ) de très -convenables à tout ce qu'el
le jouoit ; fon mérite perfonnel l'a fait
agréger dans les Académies de Gli Arcadi,-
Gvj de
994 MERCURE DE FRANCE.
de Rome & Dei Diffettuoft de Bologne .
EXTRAIT de la Parodie d'Arlequin
Tancrede , reprefentée pour la premiere
fois le 21 Mars , fur le Théatre de
l'Hôtel de Bourgogne , mise au Théatre
par les S" Dominique & Romagnefi ,
Comed ens du Roi . Elle fut favorablement
reçue du Public , & jožés jusqu'à
La clôture d.s Spectacles.
Le Théatre repréfente les Tombeaux
des Rois Sarrazins.
D
Ans la premiere Scene , Argant , haillé
en Houzard , donne ordre à fes
Gens de rappeller & de raffembler fes
Dragons , qui ont pris honteulement la
fuite , il ajoûte que quoique Tancrede les
ait bien roffez , il n'en veut pas demeurer
là c'en eft fait , continue til , je vais
arracher Clorinde à Tancrede . Il chante
fur l'air , il est pourtant temps , ma mere.
;
Je cede à ma jufte fureur.
Herminie.
Que vous me caufez de frayeur ! bösä
Vous allez périr ;
Argant.-
C'est trop diſcourir ;
J
Here
MAY.
995
1729 .
Herminie.
Où va-t-il courir ?
Voulez -vous mourir ?
Argant.
Il eft pourtant temps , Princeffe
Il eſt pourtant temps
De la fecourir.
3
Comment, lui dit Argant , vous prenez
le parti de ce Chevalier Errant ; ob ! il
mourra' , je vous en répons. Herminie ne
peut s'empêcher de foupirer , ce qui fait
dire à Argant par le couplet fuivant
fur l'air , On n'aime plus dans nos Forêts.
Parlez en toute liberté ;
Expliquez -vous , belle Coufine ,
Avoüez-moi la verité :
Tancrede en fecret vous lutine
Vous aimez ce Déterminé !
Herminie.
Coufin , vous l'avez deviné
Vous l'aimez ! cela fe peut -il ? ajoute
Argant , ne vous fouvient-il plus qu'il a
immolé vos parens & qu'il vous a ravi
vos Etats ? C'est là ce qui me rend fenfible
( répond ingénument Ferminie ) qu'eft
donc devenue votre raison , ma chere Pa
C
rente
996 MERCURE DE FRANCE :
rente? & que dira- t-on de vous ? répond
Argant. Herminie , fur l'air , En certain
détour
Quand une fois ,
D'amoureuſes Loix ,
Déterminent notre choix ,
De la raifon aux abois ,
Entend- on la voix
Cette pigriêche
Voudroit endurcir notre coeur ;
Mais l'Amour , ce doux vainqueur ,
L'ouvre d'un coup de fleche ;
Et la raison par la breche ,
S'enfuit ;
La peur du Qu'en- dira - t on la fuit.
Elle voit arriver Ifmenor & fe retire.
Ifmenor dit à Argant qu'il vient feconder
fa valeur , & qu'il aime Herminie . I
chante fur l'air : Ami, l'aurois- tu pû croire..
Je puis des Royaumes fombres .
Forcer les Ombres ,
Par ma voix ;
Je puis des Royaumes fombres,
Forcer les Ombres ,
A fuivre mes Loix.
Argant.
Non , je prétens que Tanerede
bisa
Tombe
MAY. 1729. 997
Tombe aujourd'hui fous l'effort de mes coups
Ifmenor.
Que j'aime ce courroux ! bis.
Venez , Démons , que la
rage poffede ,
Tous à mon aide ;
Servez nos feux & nos tranſports jaloux ,
Si les Dieux font pour lui , les Diables fong
pour nous.
bis.
L'Orcheſtre joue la Marche des Dragons
: les Dragons paroiffent.
Argant chante fur l'air : Réjouiffez- vous
bons François.
Nos Dragons viennent à propos ;
Je vais leur dire quatre mots :
Ifmenor.
Et moi faire le diable à quatre ,
Pour les engager à fe battre.
Ifmenor fait entrer les Magiciens qui
forment une Danfe myſterieufe.
Après la Danſe , Ifmenor fait fon évo- “
cation , & chante fur l'air : Et glow glow
glon.
Quoique vous foyez bien morts ,
Repaffez les fombres bords ,
Rois , qui jadis ,,!"
Des Amadis
bis.
bis.
Eriez
998 MERCURE DE FRANCE .
Etiez l'image ;
A des Guerriers peu hardis ,
Donnez votre courage.
Les Diables fortent de deffous le Théatre,
battent les Magiciens , & les chaffent.
Argant , fur l'air : Quand le peril.
Vous a vez eû la bastonade ,
Comme les Chercheurs de tréfor ;
Vous avez fait , pauvre Ifmenor ,
Une belle Ambaffade.
Ifmenor s'en va , en difant qu'il va refeüilleter
fon Grimoire ; Argant fort avec
les Dragons. Le Théatre change & reprefente
le Camp de Tancrede.
Dans la Scenes Clorinde feule appelle
la Raifon à fon fecours par le Coupler
fuivant , fur l'air : Prens - moi pour ton
Jardinier.
Raifon viens à mon fecours ;
A toi feule j'ai recours &
A! je le fens bien ;
Par un doux lien ,
L'Amour retient mon ame.
Foible Raifon , tu ne peux rien
Sur l'efprit d'une femme.
Lon là ,
Sur l'efprit d'une femme.
Dans
MAY. 1729 999
Dans la Scene fuivante , Tancrede fait
une déclaration d'amour à Clorinte . Elle
affecte un air de fierté . Voici vos Captifs,
lui dit enfin Clorinde , foyez fage & cachez
votre amour ; non , lui répond Tancrede
, il faut que tout le monde le fache.
Les Captifs entrent , & Tancrede leur
adreffe ce Couplet , fur l'air de Foconde.
Joüiffez d'un deftin plus doux ;
Clorinde eft votre Reine :
Mes enfans , divertiffez -vous ,
Et quittez votre chaîne:
Pour prix de votre liberté ,
Il faut par une Dance ,
Témoigner à cette Beauté ,
Votre reconnoiffance .
Après la Danfe des Captifs on chante
les paroles fuivantes ,fur l'air de l'Opera
de Tancrede.
Sile danger vous étonne ,
Fuyez , foibles coeurs ;
L'Amour, ainfi que Bellone ,
Vend cher fes faveurs.
Il eft des détours à prendre ,
Des Mamans qu'il faut tromper.
Des Agnès qu'il faut fufpendre ,
Et des Maris à dupper.
Le Choeur repete , Si le danger , &c.
Mars
1000 MERCURE DE FRANCE
Mars veut un coeur intrépide ,
Et l'Amour veut de l'argent ;
On méprife un Guerrier timide ,
On rit d'un Amant indigent.
Le Cheur. Si le danger , &c.
Après la Fête , Tancrede demande à
Clorinde fi elle l'aime : Non, lui dit- elle ;
fi jefuis en votre puiffance , Argantfçaura
m'en arracher. Tancrede refte feul , & ne
doutant plus qu'Argant ne foit ſon Rival,
il jure de s'en venger.
Dans la Scene 9 un Soldat vient annoncer
à Tancrede qu'un Sorcier fait périr
tous fes Soldats dans la Forêt prochaine ;
Courons à leur fecours,dit Tancrede : Ab !
Seigneur, ne vous y riſquez pas , ajoûte
le Soldat , l'Enfer feconde fa rage : va ,
va , répond Tancrede , les enchantemens
ne font peur qu'aux petits enfans.
A la Scene 10 le Théatre, reprefente
la Forêt enchantée ; Herminie dit à Argant
: me dites- vous bien vrai? Tancrede,
aime-t-il Clorinde ?
Argant.
Oui , vous dis- je , mes Soldats ne parlent
d'autre chofe ; Tancrede en a fait
confidence à toute l'armée . Herminie &
Argant chantent le Duo fuivant , fur l'air:
Ah ! que d'appas , que d'attraits.
Herminie
MAY. 1729. 1001
Herminie.
Jugez de ma douleur ,
Argant.
Et vous ,
Jugez de mon jufte courroux.
Tous deux.
Quels funeftes coups !
Pour nos coeurs jaloux !
Herminie.
Dieux quelle horreur !
J'ay le malheur
De trouver une rivale
Tous deux.
bis
Ah !quel tourment ! quels funeftes coups!
Quel tourment ! quels funeftes coups !
Pour nos coeurs jaloux !
Argant.
Sufpendez ces vaines douleurs ,
Il faut du fang & non des pleurs
Tous deux
repetent.
Ah ! quel tourment ! quels funeftes coups à
& c.
Herminie apprend à Argant , qu'Ifmenor
a enchanté cette foreft ; & qu'il
prendra
1002 MERCURE DE FRANCE.
prendra foin de leur vengeance : male
peste nous sommes en bonnes mains , répond
Argant , c'est un habile homme ,
ils fe retirent , & c . L'Qrcheſtre joue enfuite
l'air des pendus. Ah ! Ah ! que
cela eft touchant ! s'écrie Tancrede , je me
fens attendrir
Air . Lampons.
En vrai Heros de Roman
Surmontons l'enchantement ;
Une fimple ritournelle ,
Pour m'arrêter fuffit- elle ?
Non , non ,
Non non.
L'air n'en eft pas affez bon.
bis
Les Danfeurs & les Danfeufes en garçons
& fervantes de Cabaret , arrivent
au fon de la fimphonie ; ils préfentent
à boire à Tancrede , qui dit : Ah ! le coquin
d'Enchanteur m'a pris par mon foible;
il s'enyvre ; & les Danfeurs l'emportent
endormi.
Herininie dit à Clorinde , dans la 14°
Scene , qu'elle a fait tranfporter Tancrede
dans une cave profonde ; & apercevant
fa rivale , elle dit qu'elle veut la
faire jafer ; elle lui annonce la mort de
Tancrede , qui vient de perir dans la
cave. Clorinde déplore le fort de Tancrede
, & jure de le fuivre au tombeau,
après l'avoir vengé.
Comment !
MAY. 17297 1003
Comment ! vous foupirés ! lui dit Herminie
, vous l'aimez donc , ma mie ?
Clorinde , fur l'air : Croyés -vous qu'a
mour m'attrape.
Par ce foupir qui m'échape ,
Connoiffez mon tendre amour.
Herminie , à part.
Comm'elle mord à la
grappe ,
Quoique ce foit un vieux tour !
A Clorinde.
Allez , ce n'eft qu'une attrape ;
Car il voit encor le jour.
Et qui plus eft tu vois ta rivale , ajoute-
t'elle.
Clorinde , fur l'air : Vraiment, ma come
mere , ouy .
Quoy vous l'aimez donc auffi :
Herminie.
Vraiment , ma commere , ouy.
Clorinde.
Cet Amour eft - il dans l'hiftoire
Herminie.
Vraiment, ma commere , voire :
Vraiment , ma commere , ouy.
Elles le retirent toutes deux.
Dans
1004 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Scene 15 , le Theatre repre
Lente un fombre caveau , Tancrede déplore
fon fort.
A la 16° Scene , Herminie paroît , & .
Tancrede ne lui demande pour toute
grace que fon Epée . Herminie lui fait
des reproches , & voyant Ifmenor , elle
lui dit d'affouvir fa colere fur cet ingrat.
•
Ifmenor , fuivi de plufieurs démons
leur ordonne de le bien tourmenter avant
de le faire mourir : les Diables le lutinent ,
lui appointent un canon dont l'amorce
prend ; enfuite Ifmenor leve le bras pour
fraper Tancrede. Herminie chante , fur
l'air : Dondaine.
Arrêtez ,
Tancrede.
Ciel m'a-t'il frapé ?
Ifmenor à Herminie.
Qu'entens - je ? m'auriez - vous trompé a
Je l'aimes
Herminie.
Je l'aime.
Tancrede.
Il est toujours dupé ,
Le Nicodeme.
Ifmenor voyant arriver Clorinde , dit,
il me vient une plaifante idée , & chante
fur l'air : Je fuis Moufquetaire moy.
Pour
MAY . 1005 1729.
Pour me venger d'une ingrate maitreffe ,
Et d'un heureux rival ;
Je le remets entre vos mains , Princeffe :
Clorinde.
Quel trait original !
Des vrais jaloux , Ifinenor eft la perle.
Ifmenor en s'en allant.
Je fuis un fin merle , moi ,
Je fuis un fin merle,
Clorinde refte avec Tancrede , lui rend
fon Epée , & lui avoue fon Amour ;
mais vous avez , dit -elle , la gloire à
craindre , & c. Tancrede obéit à Clorinde ,
qui lui dit de la laiffer .
Clorinde refte feule , en difant : Ma
refolution eft prifes pour me punir de mon
Amour , je vais combattre mon Amant.
Elle chante.
2
Avertiffons le Spectateur ;
Si je le laiffois dans l'erreur
Je pecherois contre Ariftote :
D'Argant je prens la Redingottes
Comment pourrai - je l'ajuſter !
N'importe , il faudra le prêter ,
Clorinde , à ta Marotte ;
Et plan , plan , plan
Place au Regiment
De la calotte ,
foo6 MERCURE DE FRANCE.
A
A la Scene 20 , le Theatre repréſente
remparts d'une Ville . Herminie vient
& Tancrede après elle.
les
Je viens de tuer Argant , dit Tancrede
à Herminie qui rentre en foupirant ; Tancrede
refte & dit : A propos de mon
rival , qu'eft devenue ma maitreße ? Ah !
la voilàs mais que vois -je ?
Scene derniere.
Clorinde bleffée , foutenuë par deux
Guerrieres .
Tancrede, fur l'air : Qui vous a Margoton
Quel objet préfente - t'on ,
A ma veüe épouvantée ?
Ma Princeffe , quel félon ,
Peut vous avoir maltraitée ?
Qui vous a , qui vous a , Margoton ,
Qui vous a fi bien ajuſtée !
Clorinde.
Ne demandez pas fon nom ;
C'est un coup de vôtre Epée :
Tancrede.
Ah le brave champion ;
J'ay fait une belle équipée !
C'est donc moi , c'eſt donc moi, Margoton ,
Qui vous ay fi bien ajustée ! ..
Il continue fur l'air : Queje cheris mon
cher
voifin.
Morbleu
MAY. 1729.
100 %
Morbleu , quel trait extravagant !
Jugez de ma ſurpriſe.
Ma foi j'ay crû tuer Argant :
Excufez la mépriſe.
Clorinde , fur l'air : Voilà dans l'autre
monde.
Mes yeux à la lumiere,
Vont bientôt fe fermer ;
Je finis ma carriere ,
Sans ceffer de t'aimer :
Prends bien foin de tes jours dans ta
douleur , pourſuit - elle , & ne va pas
mourir.
Tancrede.
N'ayez pas peur :
On emporte Clorinde. Tancrede refte
chante fur l'air : Quand le peril, &c.
Qu'en ce jour mon courage brille :
Et que j'en retire un grand fruit .
Toute ma valeur fe réduit ,
A tuer une Fille.
Tancrede s'en va , & la Parodie finit.
LETTRE fur un Spectacle reprefente
à Avignon , le 26 Fevrier 1729 .
le caractere de Railleur eft difficile
Safoutenir dans la converſation', il
à
Peft encore davantage fur le Theatre . Le
H Poëte
1008 MERCURE DE FRANCE.
Poëte qui traite un fujet fi délicat , doit
avoir lui - même de la délicateffe & du
jugement . L'efprit feul ne fuffit pas : On
peut avoir des faillies heureuſes , mais
quand elles ne font pas bien placées , elles
deviennent infipides , fur tout en matiere
de raillerie .
Le R. P. Vionnet , de la C, d. J. Profeffeur
de Rhetorique au College d'Avignon
, connu déja par deux belles
Odes , à l'honneur des Saints Louis de
Gonfaque & Stanislas Koska , qui furent
inferées dans le Mercure, d'Aouft & de
Septembre 1728. ) n'a pas craint de mettre
fur la Scene un Perfonnage fi difficile,
& l'on peut dire que la maniere dont il
a traité fon fujet ne laiffe rien défirer .
Je ne rapporterai pas ici l'intrigue de
cette Comédie , il me fuffit de dire qu'elle
n'eft pas de celles qu'on a coutume de voir
fur les Theatres publics , où l'Amour eft
toujours de la partie .
Le R. P. Vionnet a fait voir qu'on peut
intereffer les Spectateurs , fans expoſer à
leurs yeux une paffion fi dangereufe , capable
par la maniere dont on la reprefente
de pervertir les coeurs même qui font le
plus en garde contre elle. Voici la Fable
de cette Comédie.
C'eft un Pere qui a eu le malheur d'a
voir deux fils , qui par leurs railleries fo
faifoient
MAY. 1719. 1009
faifoient tous les jours de nouvelles affaires
. L'aîné avoit pris depuis long temps
le parti des Armes. Il ne reftoit auprès
du Vieillard que le Cadet , dont il ne
pouvoit le léparer , réſiſtant fans ceffe &
à l'inclination de ce fils qui vouloit aller
joindre fon frere , & aux follicitations
d'un oncle qui fouffrant peu patiemment
de voir fon neveu tous les jours aux prifes
avec ceux qu'il railloit , le follicitoit d'envoyer
au Service ce fils cheri , l'affurant
que quelques Campagnes le guériroient
de ce défaut. Le Vieillard perfifla dans
fon refus jufqu'à ce que fon fils aîné , reyenu
inopinément du Service , conſeilla à
fon pere de fe fervir pour guérir fon Cadet
, du remede dont il avoit éprouvé luimême
l'efficacité. Le Pere y confent , ce
qui rend la catastrophe de la Comédie
entierement heureufe , tous les Acteurs
fe trouvant dans la joye ; le Pere par
retour inopiné d'un fils qu'il attendoit
depuis long - temps , & qui le confolera
de l'abfence de celui qu'il avoit auprès
de lui , l'oncle & les neveux , parce que
leurs fouhaits font accomplis . Une morale
fine eft repanduë agréablement dans
toute la Comédie . Je doute qu'on puiffe
la femer dans une Piéce de Théatre plus
délicatement que l'a fait le Poëte. Le fuccès
répondit au mérite de l'Auteur , les
le
Hij Acteurs
1010 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs plurent infiniment , & les Spec
tateurs fe retirerent très- contens.
*****:XXXXXXX:X* X *X
NOUVELLE DU TEMPS.
TURQUIE,
Uelques Lettres portent que la peſte
continuoit à Conftantinople, mais qu'elle
n'y faifoit pas encore de fi grands ravages
que dans quelques Ifies de l'Archipel.
Ces Lettres ajoûtent que le Grand- Seigneur
avoit fait arborer la queue de Cheval , mais
qu'on ne croyoit pas que les grands armemens
qu'il fait euffent d'autre objet que la
Conquête des Provinces que le Czar poffede
' en Perfe.
AFRIQUE.
UN Navire Marchand, venu depuispeude
Tetuan à Lisbonne , a confirmé les premieres
nouvelles qu'on avoit euës de la mort
de Muley-Hamet Debi, Roi de Maroc, & de
Muley- Abdemelec , fon frere , ainfi que de
l'élection de Muley. Abdallah , frere de ces
deux Princes , qui eft préfentement fur le
Trône ; mais le Capitaine de ce Navire ajoûte
que la Guerre civile n'étoit pas encore finie
parce que les Noirs , dont l'Armée eft de près
de 8oooo. hommes , vouloient élire un Roy
de leur race , malgré l'oppofition des habitans
de Fez & de Maroc , qui veulent un Prince
defcendant de leurs Souverains, 105
On
MAY. 1729. 1011
On a reçû avis de Ceuta & de Melilla , que
les Maures paroiffoient vouloir fe diſpoſer à
recommencer le Siége de ces deux Places.
RUSSIE.
E Miniftre du Czar à Conftantinople , a
Lmandequ'il n'y avoit plus lieude louter
que le G. S. ne déclarât la Guerre à S. M. Cz.
fur laquelle il a deffein de reprendre les Provinces
qui ont été conquifes par le feu Czar.
On a fait partir pour les Frontieres de Per
fe plufieurs ouvriers Etrangers , & quelques
Allemands que le Czar a pris à fon ſervice
pour diriger le travail des Mines d'argent
qu'on a découvertes du côté de la Mer Caf
pienne. On donne aux Ouvriers douze Roubles
par mois , & après leur mort , on affùre
aux veuves quatre écus par mois.
On a chargé les deux Frégates qu'on a conftruites
à Petersbourg pour le compte du Roy
d'Efpagne , de 1500. piéces de Canon de fer ,
& d'une grande quantité de Salpêtre.
La Ville de Petersbourg fera appellée déformais
la Capitale d'Occident & Mofcou , lá
Capitale d'Orient.
On a appris depuis par la voye d'Hambourg,
qu'on équipoit dans les Porrs du Czar 47.
Vaiffeaux de ligne , 24. Frégates & 200. Galeres
, ou autres Bâtimens plats , & qu'on préparoit
des viandes falées & les autres provifons
neceffaires pour cette Flote.
SUEDE.
ParleTraitédePaix ronne de Suede & cloensclAulgeerniterness,, Ccoeutltee
Couronne s'eft engagée de leur donner , fçavoir:
80. milliers de poudre , 800. Canons
..... Hiij . de
1012 MERCURE DE FRANCE .
de Fuzil. 800. lames d'épée . 40. piéces de Capon
, dont to. de métal. 800. paires de Piſto
lets . 16. Cables de 12. pouces & de 130. braf
fes . 8000. Boulets . 5o . Mats de Navire affortis.
POLOGNE.
>
Es Proteftans du Royaume qui font foultenus
par un grand nombre de Senateurs
ont réfolu d'envoyer des Députez au Roy
auffi - tôt qu'il fera arrivé , pour lui demander
la permiffion de deffendre leurs anciens Privileges
devant la prochaine Diete , & le bruit
court que le Miniftre du Roi de Pruffe aura
ordre de folliciter en leur faveur. On croit
que cette Diete leur fera plus favorable que
La précedente , parce qu'on craint qu'ils ne
fe retirent fur les Terres du G. S. qui leur a
fait offrir fa protection,
Le Czar a écrit au Roi de Pologne pour le
prier d'être favorable au Comte Maurice de
Saxe , auquel on affûre que S. M. Cz. a accordé
fa protection par rapport à la future
élection d'un Duc de Curlande.
L
ALLEMAGNE .
François toujoursà Vienne on necroit
pas qu'il fe rende de quelques mois dans
fes Etats , dont il laiffe le Gouvernement à la
Ducheffe Douairiere , fa niere. Le 6. du mois
dernier , l'Empereur lui fit compliment avec
les cerémonies ordinaires , comme Duc Souverain
de Lorraine , & le lendemain S. A. R,
foupa en cette qualité avec L. M. Imp .
Rançois -Etienne , nouveau Duc de Lor
La Ville de Neus en Silefie , Réfidence or
dinaire des Evêques de Breflau , a été entiere
ment réduite en cendres.
MAY. 1729. 1013
Le Duc Charles Léopold de Meckelbourg a
Ecrit au Commandant de la Fortereffe de Do
mics , qu'il s'y rendroit le 15. de May pour
faire la revue de la Garnifon de cette Place
On affûre que le Décret du Confeil Aulique
contre ce Prince , ne fera mis à execution
qu'après qu'il aura été approuvé par la Diete
de Ratisbonne , à laquelle il a dû être porté à
la fin du mois dernier.
...On écrit de Dantzic que ce Duc avoit reçû
avis de plufieurs endroits , que la plupart des
Princes d'Allemagne étoient déterminez à s'oppofer
à l'execution du Décret du Confeil Aulique
qui donne l'adminiftration de fes Etats
au Prince Charles - Louis , fon frere.
Les dernieres Lettres de Domits portent
que le Gouverneur de cette Place ſe préparoit
à une vigoureufe défenſe en cas qu'il fut af
fiegé par les Troupes de la Commiffion Im
periale , & qu'il avoit fait élever une Batterie
de 60. piéces de Canon fur un ouvrage
avancé qui deffend les approches de la Place,
On mande de Ratisbonne que le dernier Mé
moire du Duc de Meckelbourg contre le Dé
cret du Confeil Aulique , dont on a parlé plu
fieurs fois , n'avoit pas encore été examiné
par les Etats de l'Empire. Ces Lettres ajoûtent
que la plupart des Princes de l'Empire ,
s'étoient déclarez en faveur du Duc Charles
Léopold , & que quelques - uns d'entre eux
lui avoient offert des fecours pour le remet
tre en poffeffion de fon Duché.
Le 14. Avril , jour du Jeudy Saint , l'Empereur
entendit à Vienne la Grande Meffe
dans l'Eglife Aulique des Auguftins Déchauf
fez , & il y communia par les mains du Nonce
du Pape. L'après - midi , S. M. I. lava les
pieds à 12. pauvres Vieillards , & l'Imperatrice
à 12. pauvres femmes.
Hiiij Le
1014 MERCURE DE FRANCE.
Les Lettres de Francfort portent que le
Comte de Kuffren avoit reçû ordre de l'Empereur
de propofer le Comte de Schonborn
Grand- Prevôt de l'Eglife Métropolitaine de
Tréves dans l'Affemblée que le Chapitre de
cette Ville doit tenir pour l'élection d'un nounel
Archevêque . Ces Lettres ajoûtent que l'Evêque
de Bamberg , Vice- Chancelier de l'Empire
, fera auffi propofé dans l'Affemblée du
Chapitre de Wirtzbourg , pour être élu à l'Evêché
vacant de cette Ville.
ESPAGNE.
>
L & imefe des Anuries,delesInfans
E31. Mars , le Roi , la Reine , le Prince
Dom Carlos & Dom ,Philippe , partirent de
rifle de Léon , & allerent coucher à Port
Royal.
Le 1. Avril au foir , L. M. Cat. fe rendirent
au Port de Sainte Marie , où elles furent reçûes
aux acclamations réiterées de tout le
peuple. Les rues fur leur paffage , étoient illu
minées & tendues de riches Tapifferies. Après
le fouper , on tira un très-beau feu d'artifice
devant la Maifon où la Cour étoit logée.
Le 2. le Roi , la Reine & les Princes &
Princeffes de la Famille Royale , allerent à
S. Lucar de Barameda ; L. M. defcendirent au
Palais du Duc de Medina Sidonia , après avoir
Trouvé plufieurs Arcs de Triomphe dans les
ruës. Vers les dix heures du foir , on tira un
magnifique feu d'artifice devant le Palais , ou
l'on fit couler plufieurs fontaines de Vin.
Le 4 la Cour alla coucher à Onana , Maifon
de Campagne du Duc de Medina Sidonia ,
qui eft voifine d'une grande Forêt , où L. M.
prirent le divertiffement de la Chaffe le lendemain
MAY. 1729. 1015
main. Elles y refterent jufqu'au 8. qu'elles en :
partirent pour aller coucher à quelques lieuës.
de-là dans un endroit nommé le Palais du
Roy.
Le 9. à fix heures du matin , L. M. s'embarquerent
fur les Galeres du Roi , dans le Parage
de Los Nuevos Cannos , & après avoir
paffé la journée fur la Riviere de Guadalqui
vir , elles allerent coucher à Corio , Village
fitué fur le bord de ce Fleuve.
Le 10, au matin , elles fe rembarquerent fur
les mêmes Galeres , & elles arriverent le foir
à la vûë de Seville L. M. mirent pied à terre
à la Tour d'or , où elles furent faluées detrois
décharges generales de toute l'Artillerie
de la Ville. Le Roi & la Reine arriverent
vers les fix heures du foir au Palais d'Alcaçar ,
devant lequel on tira un très beau feu d'arti
fice.
Le 11 & le 12. L. M. fe promenerent dans
les Jardins de ce Palais , & le 13. & le 14
elles affifterent au Service Divin dans l'Eglife
Métropolitaine.
Le 24. le Roy qui avoit reçû quelque temps
auparavant les pouvoirs du Roi de France , fit
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , le Prince
des Afturies , l'Infant Dom Carlos & les Seigneurs
Espagnols que S. M T Ch. a propofez
pour être Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit
& qui ont été admis dans les derniers Chapitres
de cet Ordre qu'elle a tenus à Verfailles.
2 Le 2. au matin , Fête de S. Marc , le Roi
la Reine , le Prince & la Princeffe des Afturies ,
les Infans & l'Infante , fe rendirent en ceré
monie à l'Eglife Métropolitaine, dans laquelle
on avoit conftruit entre le Choeur & la grande
Chapelle une Eftrade qui étoit couverte
d'un tapis de Turquie . Il y avoit au milieu
Hy trois
1016 MERCURE DE FRANCE .
"
trois fiéges couverts de drap d'argent galona
né d'or , pour le Roi , le Prince des Afturies
& l'Infant Dom Carlos ; & à quelque diftance
, cinq Tabourets , dont quatre étoient def
tinez pour les quatre Chevaliers Novices qui
devoient faire profeffion , & le cinquième pour
le Marquis de Brancas , Ambalfadeur du Rot
T. Ch. & Chevalier des Ordres . On avoig
placé un peu plus loin trois autres Tabourets
pour les Seigneurs de la Cour qui devoient re
prefenter les Chevaliers de l'Ordre pendant
la cerémonie .
Le Marquis de la Paz du Confeil d'Etat du
Roi , & fon Secretaire del Despacho Univerfals
fit les fonctions de Chancelier de l'Ordre Dom
Jean Pizaro d'Arragon , Majordome & Premier
Ecuyer de la Reine , fit celle de Prevôt
& Maître des cerémonies Dom Charles Arizaga
, Premier Ecuyer & Gentilhomme de la
Chambre du Prince des Afturies , celle de Tréforier
, & Dom François de Aguire -y - Salce
do , Sous - Gouverneur de l'Infant Dom Carə
los , celle de Secretaire : Dom Manuel de Ma
zo , qui reprefentoit le Heraut d'Armes , &
M. Chevard , Huiffier de l'Ordre , qui étoit
árrivé de France à Seville pour apporter les
Colliers de S. M. T. C. avoient auffi leur place
fur cette Eftrade , dont les côtez étoient occupez
par les Gardes du Corps de S. M.
tous
Vers les dix heures , le Roy fortit de la
Sacriftie , étant accompagné du Prince des
Afturies , de l'Infant Dom Carlos , du Duc
d'Offone , du Comte de S. Eftevan , du Duc
del Arcò , & du Duc de Giovenazzo ,
en habits de Novice. S. M. s'étant placée
fur l'Eftrade , ainfi que les Chevaliers Novices
, le Maître des Cérémonies accompagna
le Doyen de l'Eglife Metropolitaine ou ce
Doyen
MAY. 1729. * 017
Doyen celebra la Meffe , affifté de deux
Chanoines. Après la Meffe il entonna le Veri
Creator, pendant lequel le Roy alla s'affeoir
fur le Trône qui lui avoit été préparé près
de l'Autel du coté de l'Evangile & après
avoir reçu le ferment accoutumé du Prince
des Afturies & de l'Infant Dom Carlos qui
avoient le Marquis de Brancas pour parain,
S. M. leur paffa au col le collier de l'Ordre
du S. Efprit , après qu'ils eurent été revêtus
du manteau de cet Ordre par le premier
Ecuyer de la Reine , repréfentant le Maître
des Cérémonies.
La même Cérémonie fut obfervée dans la
réception du Duc d'Offone & du Comte de
S. Eftevan qui avoient le Prince des Afturies.
} & l'Infant Dom Carlos pour parains , &
dans celle du Duc del Arco & du Duc de
Giovenazzó qui furent conduits par le Duc
d'Offone & par le Comte de S. Eftevan. Enfuite
le Roy defcendit de fon Trone & revint
à l'Eftrade , où tous les Chevaliers
prirent féance , aprés quoi S. M. retourna
à la Sacriftie.
*
La Reine vit cette Cérémonie de la Tribune
, ou S. M. étoit avec l'Infant Dom
Philippe. Le Marquis de Santa - Cruz qui
étoit proposé pour être Chevalier de l'Ordre
du S. Efprit dans le même temps que. les
autres Seigneurs Eſpagnols , n'a point été
reçû dans cette Cérémonie , parce qu'il a
été obligé par une maladie de rester à Ma
drid , lorfque le Roy en partit pour Seville.
Les Directeurs de la Compagnie Royale
de Guipufcoa , dite des Caraques , ont fait
publier qu'elle tiendroit fes livres ouverts
jufqu'à la fin du mois prochain , ou jufqu'à
Ce que les 15oo . Actions qu'elle a le pou-
E
H vj Voir
1018 MERCURE DE FRANCE:
voir de délivrer pour faire un fonds de 800.
mille écus, foient remplies : enfuite on formera
une Junte des principaux Intereffez de cette
Compagnie , afin de faire les Réglemens néceffaires
concernant fon Commerce.
L'Infant Dom Louis & l'Infante Dona
Marie Therefe , partirent de Madrid le 20.
Avril , pour aller joindre la Cour à Seville,
Le bruit court que l'Indult du Roy fera
fixé à quinze pour cent fur les matieres d'Or
& d'Argent , & marchandifes rapportées
par les gallions , & à cinq pour cent fur
celles qui font revenues par les vaiffeaux de
la nouvelle Efpagne.
ITALIE.
E 29. Mars , le Pape après avoir entendu
la Prédication de l'Abbé Mancini , dans.
l'Eglife Cathedrale de Velletri , monta en
Caroffe pour fe rendre à Cifterna , d'où il
partit le 30. pour aller à Piperna.
Le 31. S. S arriva à Terracine , d'où
elle partit le lendemain pour arriver à Capoue
le 3. Avril , & à Benevent les ou
Fon a appris que le Pape étoit arrivé en
très bonne fanté , quoiqu'un peu fatigué de
fon voyage.
Le lendemain S. S. prononça une Homelie
dans l'Eglife Metropolitaine , & l'après -midi
elle alla vifiter les Hopitaux & fervir les
malades.
On a tenu à Rome la derniere Congre
gation des Rites , au fujet de la future Beatification
du Fondateur de la Congregation
des Prêtres de la Miffion en France.
GRANDE
MAY. 1729. 1015
Le
GRANDE BRETAGNE.
E Duc de Wharton ayant été accufé de haurte
trahiſon & fommé dans quatre differens
Comtez de comparoître en perfonne , ce qu'il
a refufé de faire , fut déclaré traître le 14
Avril par la Cour de Juftice qui fe tient à
Brainford pour le Comté de Middleſex.
Le 13. du mois dernier , on commença les
Courfes de Chevaux à Newmarket , où il y a
cette année un grand concours de Nobleffe.
Le Prix Royal d'argenterie a été gagné par le
Cheval du Duc d'Hamilton , & celui de cent
Guinées que le Roi donne auffi , par le Cheval
du Lord- Vane .
Il paroît par la Lifte des Vaiffeaux de Guerre
qui font actuellement en commiffion , tant
pour former les Efcadres du Roy , que pour
la garde des Ports du Royaume , qu'il y en a
3. de 80 Canons , 8. de 70. f. de 60 9. de
so. 2. de 40. 2. de 20. un Brulot , & une Galiote
à Bombes & deux Chaloupes armées.
Sur les répreſentations faites aux Communes
, que le nombre de Vendeurs de Liqueurs
fortes eft très- pernicieux au menu Peuple , il
a été réfolu de mettre une nouvelle taxe de
5. Chelins par Gallon fur les Liqueurs fortes
& de 20. livres fterlins par an , à commencer
du s . Juillet prochain , fur chaque Boutique ,
Cave ou autre lieu où on débite ces Liqueurs.
On efpere que ce nouveau droit fera dimiminuer
confiderablement le prix des grains
dont les Diftilateurs confomment une prodigieufe
quantité. Le Gallon contient environ
quatre pintes de Paris .
SUISSE
100 MERCURE DE FRANCE .
SUISSE,
Lde Lucernsavut declare all he conne
Is Lettres de Suiffe portent que le Canton
roit fon confentement à la levée des deux Re
gimens d'Infanterie que le Roi d'Espagne des
mande , qu'à condition que S.M. C. payeroit à
ce Canton les arrerages des Penfions qui lui
font dûs depuis très - long- temps , qu'elle s'engagera
à les continuer , & que les Regimens
qu'on levera dans le Canton de Lucerne , auront
rang. devant tous les autres Regimens
Suiffes qui font actuellement en Espagne .
Ces Lettres ajoûtent que le Prince de Culmbach
& le Comte de Walfegg , Colonels au
fervice de l'Empereur , s'étoient battus en duel
à coups de piftolet , & qu'ils étoient morts.
tous deux de leurs bleffures.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
"
MORTS ,
Danie
MARIAGES
Des Pays Etrangers .
Aniel de Rappin , François , Colonel d'Infanterie
au Service des Etats Generaux ,
mourut à la Haye le 16. du mois dernier , dans
la 88° année de fon âge.
On mande de Stokolm , qu'on y avoit reçû
avis de Schmoland , qu'il y étoit mort un Payfan
âgé de 129. ans.
La Princeffe Doüairiere de Chimay , mere
du Cardinal d'Alface , Archevêque de Malimes
, mourut à Malines le 22. du mois dernier.
Le Prince Frederic- Augufte , le plus jeune
des fils du Duc Erneſt Ferdinand de Brunswick-
Lunebourg-Beveren , mourut à Brunfwick le
30. Mars âgé d'environ deux ans & demi. La >
Du
MAY: 17291 102
Ducheffe, fa mere accoucha le s . Avril d'un
Prince qui a été nommé Frederic - Charles Ferdinand.
Le 3. Avril , la Princeffe , épouse du Prince
de Lichtenſtein , mourut fubitement à Glogaw.
Le bruit court à Varfovie que le Comte Rudowski
, fils naturel du Roi de Pologne , doit
époufer la Princeffe Radzivil , veuve du feu
Comte de Flemming.
*******************綠茶
FRANCE
,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E 25. Fête de l'Annonciation de la
Sainte Vierge , la Reine entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château de
-Verfailles , & S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon grand
Aumônier. L'après midy , le Roi affiſta à
la Prédication du P. Boyer , Théatin ..
Le 27. les Députez de la Province d'Artois
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée , par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des
¿Ceremonies & par M. Delgranges ,
Maître des Ceremonies. Ils furent prefentez
à S. M. par le Prince Charles de
Lorraine , Gouverneur de la Province ,
en furvivance du Duc d'Elbeuf, & par
M. d'Angervilliers , Secretaire d'Etat . La
Députation étoit compofée de l'Evêque de
S. Omer pour le Clergé , du Baron de-
Wilmes
1022 MERCURE DE FRANCE.
Wilmes , pour la Nobleffe , & de M. He
nin , Avocat & Echevin de la Ville d'Aras,
pour le Tiers Etat..
Le Marquis de Biffy , neveu du Cardinal
de ce nom , a été nommé par le Roi ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Turin , à la
place du Marquis dé Cambis , qui doit
aller à la Cour de Vienne en la même
qualité.
Le Dimanche 20. Mars dernier , les
Jefuites recommencerent à prêcher dans
Paris. Il y eut un très-grand concours
dans leur Eglife de la Maifon Profeffe
pour entendre le P. Beringhen.
Le 3. Avril , l'Abbé de S. Jal fut facré
Evêque d'Uzés , dans la Chapelle du Séminaire
de S. Sulpice , par l'Archevêque
de Rouen , affifté des Evêques d'Angers
& de Luçon.252
Le 14. Le Duc de Pequigni , à qui le
Roi a accordé la Charge de Capitaine-
Lieutenant des Chevaux - Legers de la
Garde de S. M. vacante par la démiffion
du Duc de Chaulnes fon pere , fut reçû
par le Roi , à la tête de la Compagnie ,
& il prêta ferment de fidelité. S. M. a
confervé au Duc de Chaulnes le Comman .
dement de cetteCompagnie pendant 6.ans.
Le Roi a donné au Baron de Bezenval,
Brigadier de fes Armées & Major du Regiment
des Gardes Suiffes , le Regiment
Suiffe
MAY 1729 1623
Suiffe , vacant par la mort de M. d'Hemel ,
Brigadier des Armées de S. M.
Le Marquis de Brufac d'Hauttefort ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps , s'est démis
de fa Charge , que le Roi a donnée à M.de
la Billarderie le cadet , Lieutenant dans la
Compagnie de Charoft.
Le 19. du mois dernier , le Roy reçût
dans la Plaine des Sablons , à la tête de la
feconde Compagnie des Moufquetaires ,
le Marquis de Montboilier ; en qualité de
Capitaine- Lieutenant de cette Compagnie.
M. de Monthelon , Premier Maréchal
des Logis de la même Compagnie ,
fut enfuite reçû Cornette de cette Compagnie.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Ville de Sommierel , en Languedoc ,
vacant par la mort du Comte d'Harling ,
Maréchal de Camp , au Marquis de Perignan
, en fupprimant celui de Lodéve ,
dont il étoit pourvû.
La veille du départ du Roi pour Compiegne
, Meldames de France , accompagnées
de la Ducheffe de Vantadour , Gou
vernante des Enfans de France , & de Mefdames
la Marquife de Villefort & de la
Lande, Sous - Gouvernantes , allerent pour
la premiere fois rendre vifite à S. M. & lui
fouhaiter un heureux voyage . Le Roi leur
fit un accueil très- tendre .
1024 MERCURE DE FRANCE .
La nuit du 25. au 26. du mois dernier,
le feu prit à l'Arcenal ; le Premier Prefi +
dent , le Lieutenant General de Police ,
le Prévôt des Marchans , & c. s'y tranſpor
terent , & par les bons ordres qui furent
donnez , on arrêta les progrès de l'incendie
qui auroit pû faire de très - grands ravages
, à caufe des Poudres & des Salpêtres
dont les Magazins n'étoient pas loin
du feu.
Le Roi a nommé à la place de M. Poi
sier , mort au mois de Mars dernier , Receveur
General des Finances de la Generalité
d'Orleans , M. Vuatelet , cy - devant
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville...
On affure que M.Sidobre , Medecin du
Roi, a fait à l'Hôtel Royal des Invalides,
plufieurs épreuves des Goutes du General
la Motte , fur un certain nombre de Scorbutiques
, qu'il a choifi des plus vieux &
des plus malades , & qu'ils en ont tous été
guéris , après en avoir pris pendant quelquesjours
. Cette maladie eft extrémement
en regne cette année.
Le 8. Avril la Lotterie pour le Rembourfement
des Rentes fur l'Hôtel de
Ville , fut tirée en prefence du Prévôt des
Marchands & des Echevins, en la maniere
accoûtumée . Le fonds pour le mois d'A
vril s'eft trouvé monter à la fomme de
988818. livres , laquelle a été diftribuée
анх
- MAY. 2179. 1028
aux Rentiers pour les Lots qui leur font
échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique ; le Lot le plus
confiderable de ce mois qui eft de 20000 .
livres , eft échû au N° 457.376.
Les Notaires ayant déliberé dans leur
Affemblée du 10. Avril , d'augmenter
( pour la commodité du Public ) le nombre
de ceux d'entre eux qui font la recette
des deniers de ladite Lotterie , ils en ont
nommé fix d'augmentation , qui font :
MrsMarchand l'aîné, rue des Petits Champs
Vatry , rue S. Victor.
Perichon , Cloitre fainte Opportune.
Dionis le jeune , rue de fainte Croix de la
Bretonnerie.
Rouffel , Place Dauphine.
Gervais , ruë de la Verrerie.
La même Lotterie pour le mois de May
fut tirée le 9. & le fonds s'eft trouvé monter
pour ce mois à la fomme de 1013482.
livres 1. fol , 1o . deniers , laquelle a été
diftribuées aux Rentiers pour les Lots qui
leur font échus.
Le Samedy veille des Rameaux , la
Chambre des Comptes , fuivant la coûr
tume qui fe pratique tous les ans , fe
rendit en Corps fur les dix heures dans
l'Eglife de la Sainte Chapelle , où elle
affifta à l'Adoration de la vraye Croix ,
dont un morceau eft enchaffé dans un
Cru
1026 MERCURE DE FRANCE :
}
Crucifix d'or émaillé , & orné de pierres
précieufes qui fut prefenté par M. le
Tréforier à tous les Officiers . Ce qui fut
précedé par une Meffe folemnelle fuivie
des Velpres chantées par une Mufique à
grand Choeur , accompagnée de plufieurs
Inftrumens de la compofition du Maître
de Mufique. La Chambre des Comptes
a toujours été depuis Saint Louis admi
niftrative de la Sainte Chapelle , & c'eft
M. le Premier Préfident qui conjointement
avec M. le Doyen en ordonne la
dépense & l'entretien , & on rend tous les
ans un compte à la Chambre fous le titre
de compte de la Chefcerie de la Sainte
Chapelle .
Le 25. du mois dernier , l'Evêque de
Soiffons fut admis au Confeil de con
Icience du Roy.
Le Jeudy Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Touloufe
Religieux Dominicain ; après quoi l'E
vêque d'Angers fit l'Abfoute. Le Roy
lava enfuite les pieds à douze pauvres ,
& S. M. les fervir à table . Le Duc de
Bourbon , Grand - Maître de la Maiſon
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel
précedoit le Service , dont les plats
étoient portés par le Duc d'Orleans , le
Comte de Charollois , le Prince de Dombes
, le Comte d'Eu , le Comte de Tou
loufe
MAY . 1729. 1027
loufe , & par les principaux Officiers de
S. M. Après cette Cérémonie , le Roy
fe rendit à la Chapelle , où S. M. enten
dit la grande Meffe , & affifta à la Proceffion
& enfuite aux Vefpres . La Reine
affifta dans fa Tribune à la Meffe & aux
Vefpres.
L'après - midy , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Cicery,
Prédicateur ordinaire de S. M. après
quoy le Cardinal de Fleury , Grand Aumonier
de la Reine , fit l'Abfoute. Enfuite
S. M. lava les pieds à douze pauvres
filles & les fervit à table. Le Marquis
de Villacerf , premier Maître d'Hôrel
de la Reine , précedoit le fervice dont
les plats étoient portés par Mademoiſelle
de Charollois , Mademoiſelle de Clermont
, Mademoiſelle de la Roche- fur-
Yon , & par les Dames du Palais de la
Reine. Après cette Cérémonie , le Roy
& la Reine entendirent dans la même
Chapelle l'Office des Tenebres chanté
par la Mufique.
Le Jeudy 5 May , Mr Jean François
Robert Secouffe , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de
la Maifon & Societé Royale de Navarre ,
prit poffeffion de la Cure de S. Euftache
, en confequence de la réfignation
à lui faite par M François Robert Secouffe
1028 MERCURE DE FRANCE .
couffe fon oncle , Prêtre & Docteur en
Théologie des mêmes Faculté & Mailon.
La Cérémonie de fon Inftallation fut faite
par Mr l'Abbé de la Croix , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Chanoine & Archidiacre
de l'Eglife de Paris , & Grand-
Vicaire du Chapitre. Il y eut un grand
concours de peuple & les fentimens
furent partagés entre le regret de perdre
l'ancien Curé , & la joye de le voir
revivre dans un Succeffeur digne de luy ,
Dès que le Roy eut appris la mort du
Cardinal de Noailles , Sa Majefté nomma
à l'Archeveché de Paris M. Charles
Gafpar , Guillaume de Vintimille , des
Comtes de Marfeille , du Luc , Archevêque
d'Aix , Abbé de Saint Denis de
Rheims, & de Belle- Perche , Dioceſe de
Montauban . Il fut facré Evêque de Marfeille
le 25. Mars 1692. & nommé à
l'Archevêché d'Aix en 1708. Le Roy le
fit Commandeur de l'Ordre du S. Efprit,
à la promotion du premier Janvier 1725.
Ce Prélat , recommandable par Les
grandes qualités , autant que par la naiffance
, eft frere puîné de François Charles
de Vintimille Comte du Luc , Marquis
de la Marthe , & c. Lieutenant de
Roy en Provence Commandeur de
P'Ordre de S. Louis , Gouverneur des
Iles de Porquerolles , Ambaffadeur de
>
S.
MAY . 1729. 1029
S. M. aux Ligues Suiffes & des Grifons.
fon Ambaſſadeur extraordinaire & Plé
nipotentiaire au Congrès de la Paix en
1714. & depuis Ambaffadeur du Roy à
la Cour de Vienne , enfin Chevalier du
S. Efprit à la même promotion du premier
Janvier 1725.
Le 8. de ce mois , jour de la Fête de
Papparition de S. Michel , les Chevaliers
de cet Ordre , le Maréchal d'Etrées,
Chevalier des Ordres du Roy , & Commiffaire
de celui de S. Michel , étant à
leur tête affifterent dans le choeur de
l'Eglife des Cordeliers à une grande Meffe
qu'ils firent celebrer , S. M. leur ayant
permis de renouveller cette Cérémonie
qui s'obfervoit anciennement , & qui
avoit été interrompue depuis un grand
nombre d'années.
On a appris de Marfeille que les Religieux
de la Mercy de France , redemption
des Captifs , y étoient arrivés le 7 .
de ce mois , avec 46. Captifs qu'ils ont
rachetés dans les Royaumes de Maroc &
d'Alger.
·
On écrit auffi de la même Ville du 13 .
May , qu'après avoir fouffert pendant
quelque temps par la difette & par la
cherté du bled , les fages précautions des
Magiftrats avoient eu un heureux fuccès,
& qu'il venoit d'arriver en ce Port un
grand
1030 MERCURE DE FRANCE .
grand convoy du Levant compofé de 45.
Bâtiments, dont 2 8. font chargés de bled ,
& qu'on en attendoit encore d'autres ;
en forte que l'abondance fuccede déja à
la difette , ce qui joint à la refipifcence
des Tripolins , caufe une fatisfaction univerfelle.
Le Dimanche premier de ce mois , il
y eut Concert fpirituel au Chateau dest
Tuilleries ; on y chanta deux Motets de
feu M. de la Lande , un autre Motet à
deux voix chanté par les Diles Hermance
& le Maure , le tout précedé de plufieurs
pieces de fimphonies. Le Sr Madonis ,
Venitien , excellent Joueur de Violon
joua pour la premiere fois un Concerto
qui fut très applaudi ; il eft prefentement
ordinaire du Concert . Le même Concert
fpirituel a continué tous les Dimanches
de ce mois , tous les Théatres ayant été
fermés ce jour là à caufe du Jubilé.
Le 4. il y eut Concert François , on
chanta un Divertiffement qui a pour titre,
Le Guy -l'An - neuf , confacré à Venus
que les Anciens Dtuides cueilloient le
premier jour du mois de May; ce Divertiffement
qui eft de la compofition de M.
Mouret , a été très - gouté. Le même
Concert François a été donné tous les
Lundis & Mercredis de chaque ſemaine
pendant ce mois . On y a chanté diffe-,
rens
MAY. 1729. 1931
rens divertiffemens , & plufieurs morceaux
detachés.à deux voix chantés par les Die
Hermance & le Maure, avec applaudiffement.
Les S Guignon , Blavet & Madonis,
ont joué differens Concerto , dont l'execurion
paroît toujours admirable . Tous ces
Concerts ont toujours été terminés par un
Motet àgrand Choeur de M. de la Lande.
Il y a un fecond Livre de Cantates dé
M' de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique
du Roy , nouvellement gravé, & qui
fe vendra le mois prochain , chez le St
Boivin , à la regle d'or , & chez le St
le Clerc , le prix eft de 9. liv . L'Auteur a
cherché à plaire à ceux qui jouent des
Inftrumens comme à ceux qui chantent.
La derniere Cantate de ce Livre a pour
titre , le Parnaffe Lyrique , ou Polimnie ;
elle elt abfolument faite pour un grand
Concert, étant compofée pour tous les dif
ferents Inftrumens qui y font ordinairement
néceffaires : c'eft ce qui fait le fujet
de cette Cantate.
Le Public eft averti que le tome VII.
des Mémoires de l'Académie des Sciences
divifé en deux parties , et achevé d'im
primer , & qu'il fe délivre aux Soufcripteurs
, chez Gabriel Martin , Jean-
Baptifte Coignard fils , & Hippolyte Louis
Guerin , Libraires , rue S. Jacques , &
François Montalant, Quai des Auguftins .
I LETTRE
1032 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE de M. le Cardinal de Fleury
à M. l'Evêque de Marſeille.
JE
A fy le 19. Mars 1729,
E vois , Monfieur , dans la reponfe
dont vous m'avez honoré du 6. de ce
mois, une nouvelle preuve de votre pieté ,
de votre défintereffement & de votre amour
our votre Eglife , dont je fuis touché
difié au- delà de ce que je puis vous l'exprimer.
J'ay en l'honneur d'en rendre
compte au Roy qui étoit perfuadé que vous
n'auriez pas gouverné moins utilement
pour la Religion & pour fon fervice , l'Ar
cheveché de Bourdeaux que l'Evêché de
Marseille: Mais Sa Majesté m'ordonne
de vous mander que quoiqu'Elle vous ent
deftiné cette place importante , Elle ne
peut pourtant qu'aprouver infiniment les
raifons qui vous déterminent de la refuſer.
Non - feulement Elle le trouve bon , mais
elle vous en loue même par la perfuafion
où elle eft que ce fecond exemple que vous
donnez de défintereffement ne fera pas
moins utile à la Religion que les fervices
que vous lui cuffiez pû rendre à Bourdeaux
. Je vous en fais , Monfieur , en
mon particulier mes très - finceres complimens
par l'honneur qu'un refus fi genereux
vous fait , & par l'efperance qu'il .fera
un
MAY. 1729. 1033
un nouveau motif à votre Troupeau , de
vous être encore plus étroitement attaché
& de répondre aux marques de tendreffe
que vous ne ceffe de lui donner , en lui
faifant les facrifices qui content le plus à
la nature. Je vous fupplie d'être perfuade
de la part que je prends à une réfolution f
honorable pour vous & des fentimens de
la plus parfaite veneration avec lefquels,
Monfieur, je fais profeffion de vous bonorer.
Signé , le Cardinal de Fleury , à
POriginal.
Nous voici tout à la fin de May , fans
que l'Hyver ait fait place à la belle Saifon.
Les pluyes font toujours très- fréquentes
, & le froid fi confiderable , qu'on
fait encore du feu dans toutes les maifons.
tout le monde porte encore le Velours
le Damas & le Drap , & l'on a plus de
regret d'avoir quitté le Manchon que
d'envie de prendre l'habit d'été.
On a dit dans l'article des nouvelles de Paris
du mois dernier , fur de faux Mémoires &
fans fondement , que le Commandeur d'Or
villé de Vignacour , étoit entré au Seminaire
de S. Sulpice pour y prendre les Ordres .
I
I ij MORTS
1034 MERCURE DE FRANCE:
AYAYAYAYAYAYAŸATAYLŸAYA
MORTS, NAISSANCE. S
& Mariages .
Ame Louife Macquart , veuve de
D Jean-Jacques , Marquis de Renty ,
Baron de Landelles , Seigneur du Beny ,
&c. Lieutenant General des Armées du
Roi & du Comté de Bourgogne , mourut
le 30. Mars âgée de 82. ans. Son corps
fut porté le foir du même jour en grand
Convoy dans l'Eglife Paroiffiale de S. Sulpice
, & le lendemain tranfporté à Citry.
en Brie , pour y être inhumé dans le Tombeau
de fes Ancêtres . Renty , porte d'argent
, a trois deloires , fans manches , de
gueulles , deux adoffécs en chef, & l'autre
en pointe.
Jean de Montboiffier Beaufort , Comte
de Canillac , Seigneur du Breuil & de
Montpautier , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant General de fes Armées ,
Capitaine- Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde de
S. M, Gouverneur & Grand Bailly de la
Ville & Citadelle d'Amiens & de Corbie ,
mourut à Paris le ro . Avril , âgé de 66 ,
ans. Il fut inhumé dans l'Eglife des Minimes
de la Place Royale. Toute la Compagnie
des Moufquetaires , les Officiers
MAY. 1729. 1039
à la tête , affifta au Convoy , ainſi que
beaucoup de gens de confideration.
*. Le 11. Avril , M. Pecome , Lieutenant
& Premier Aide- Major au Régiment des
Gardes Françoifes , ci - devant Major du
Régiment de Champagne , mourut à Paris
d'apoplexie , âgé de 63. ans , extrêmement
regretté par fa bravoure & fon
habileté pour les marches , les campe
mens , & les évolutions Militaires . Lafixiéme
place d'Aide Major vacante , a été
donnée au Chevalier de Calviere de Bou
coiran , & la place de Lieutenant eft rem
plie par M. de S. Martin.
·
Henry de Provenzal , Ecuyer , ci de
vant Medecin de feu S. A. R. Mademoi→
felle , Medecin des Camps & Armées du
Roy , mourut auffi le 11. âgé de 80. ans .
Catherine Françoile de Mornay de
Montchevreuil , veuve du Marquis de
Pracontal , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur de Menin
tué à la Bataille de Spire le 15. Novembre
1703. mourut en fon Château de Senevas
dans le Lyonnois , le 23. Avril , âgée
d'environ 51. ans.
T
Eberhard Erneft , Comte d'Harling
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur des Ville & Château de Sommieres
, mourut à Paris le 24. Avril ,
dans la 64. année de fon âge. Il avoit
été
1036 MERCURE DE FRANCE.
J
été Capitaine des Gardes de feuë S. A.'R.
Madame.
Le 26. le fieur François des Landes ,
Maître Facteur d'Orgue de la Sainte Cha
pelle du Palais , mourut âgé de 28. ans ,
fort regretté par fon habileté dans fa Pro
feffion .
Anne - Charlote de Rochechouart ;
époufe d'Henry de Loraine , Duc d'Elbeuf
, Pais de France , Lieutenant Ge +
neral des Armées du Roi , Gouverneur
des Provinces de Picardie & d'Artois
mourut à Paris le 28. du mois dernier
dans la 69. année de fon âge.
René d'Harlus , Marquis de Vertilly
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 29. du même mois
âgé de 78. ans .
Damle Marie - Angelique de Toifi , mourut
le 3. May dans la 83. année . Elle
étoit fille de Noël de Patrocle , Chevalier,
Seigneur de Toifi , Gouverneur General
des Ifles de la Martinique, S. Chriſtophle ,
la Guadeloupe , & c. Il est fort parlé de
lui dans l'Hiftoire Generale des Antilles
du Pere de Tertre . M. de Toifi étoit originaire
de Bourgogne , & d'une ancienne
Nobleffe. Madle de Toifi étoit née à la
Martinique en 1647. Sa mere la ramena
en France en 1648. avec Madile d'Aubigné
, dont le pere étoit mort en ce pays
là
MAY. 1729. 1037
là. Madile de Toifi étoit une des plus bel
les perfonnes de fon tems , mais elle étoit
encore plus recommandable par fa fageffe ,
& la vertu , ayant toujours vêcu d'une
maniere fort retirée .
Mort du Cardinal de Noailles.
А.
U commencement du mois de May
M. le Cardinal de Noailles tomba
malade , & fentant que fon mal augmentoit
, il demanda les Sacremens d'Extrê
me Onction & de Viatique . Il les reçût
le 3. au foir , au milieu des larmes de
tout fon Chapitre. S. E. lui donnant de
nouveaux exemples de fa foi , de fa pieté ,
de la patience & de fa tendreſſe envers
fon Eglife , & tout fon Troupeau . Mrs les
Vicaires Generaux fe crurent obligez d'indiquer
à cette occafion des Prieres de
Quarante heures dans toutes les Eglifes
de la Ville , & des Fauxbourgs. Elles furent
faites avec expofition du S. Sacrement
, Salut , & la Benediction , à la ma
niere ordinaire. Ce pieux Prélat mourut
en fon Palais Archiepifcopal le 4. à deux
heures & demie du matin dans la 78. année
de fon âge , étant né le 27. May
1651 .
Son corps ayant été vû à vifage décou
vert le jour de fa mort , il fut embaumé
le foir , & expofé le lendemain fur un lit
I iij de
1038 MERCURE DE FRANCE .
de parade. Tout le Clergé Séculier &
Régulier de la Ville & des Fauxbourgs alla
proceffionellement lui jetter de l'Eatt
benite. Le 7. il fut porté à l'Eglife Métropolitaine
où il fut inhumé devant la
Chapelle de la fainte Vierge , avec les
cerémonies accoutumées , fuivant qu'il
l'avoit demandé par fon Teftament. Le
9. le Chapitre fit celébrer dans l'Eglife
Métropolitaine un Service folemnel pour
le repos de fon ame , & toutes les Eglifes
de Paris ont fuivi cet exemple.
>
Le Cardinal de Noailles étoit le fecond
fils d'Anne duc de Noailles , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps , Gouverneur de Rouffillon
, &c. & de Dame Louife Boyer
Dame d'atour de la feuë Reine Anne
d'Autriche , fille d'Antoine , Seigneur de
fainte Geneviève des Bois , & de Françoife
de Vignacour. Il avoit été Evêque
de Cahors , & il étoit Evêque de Châ--
lons fur Marne , lorfque le 19. du mois
d'Août 1695. le feu Roi le nomma à
l'Archevêché de Paris . Il eut de la peine
à accepter cette nouvelle Dignité , que
fa modeftie lui fit meriter deux fois , fuivant
l'expreffion du P. Commire .
Delatam à MAGNO , Roma plaudente , Tiaram
Qui potuit lentusfumere , bis meruit.
Il
MAY. 1729 1039
Il fut reçû Commandeur de l'Ordre
du S. Efprit le 1. Janvier 1698. & le Pape
Innocent XII. le nomina Cardinal , dans
le Confiftoire du 21. Juin 1700. La folide
pieré , & les autres vertus Chrétiennes
qui ont reglé toutes les actions du
Cardinal de Noailles , fa charité envers
les pauvres , & fon application conti
nuelle à remplir dignement les devoirs de
l'Epifcopat , avoient rendu ce Prélat auffi
refpectable à tout le monde qu'il étoit
cher à ſon Diocèſe , enforte qu'il eſt univerfellement
regretté.
Comme à la mort de chaque Prélat le
régime & l'adminiftration du Diocèfet
font ordinairement dévolus au Chapi
tre de leur Cathedrale , le Chapitre de
l'Eglife de Paris s'étant affemblé , élut
felon la coûtume , des Grands Vicaires &
les autres Officiers qui doivent gouverner
le Diocèle , le Siége vacant . Ces Officiers
font l'Abbé de Gontaur , Doyen , l'Abbé
Vivant , Chantre , l'Abbé Brochand , &
PAbbé Couer , Chanoines , pour faire les
fonctions de Grands Vicaires . L'Abbé de
la Croix, pour Archidiacre de Paris , l'Ab
bé Goulard , pour Archidiacre de Jofas
L'Abbé du Bourg , pour Archidiacre de
Brie. L'Abbé Couet , a été nommé Official
, l'Abbé de Barcos , Vicegerent , &
PAbbé Chevalier , ancien Secretaire du
2*
feu
1040 MERCURE DE FRANCE:
feu Cardinal , a été fait Promoteur , ce qui
fut rendu public par un Mandement du
Chapitre , daté du même jour 4. May.
Ces M commencerent le lendemain
leur Acte de Jurifdiction , en publiant le
Mandement que voici .
MANDEMENT de Mrs les Vicaires
Generaux du Chapitre , & Archidiacres
de l'Eglife de Paris , Adminiſtrateurs
de l'Archevêché , Le Siege vacant. Portant
Ordre de faire des Prieres & Servicespourlerepos
de l'Ame de feu M, le
Cardinal DE NOAILLES , Archevêque
de Paris.
Es Vicaires Generaux du Chapitre & Ar-
Lehidiacres de l'Eglife de Paris , Adminiftrateurs
de l'Archeveché , le Siége vacant : Aux
Archiprêtres de Sainte Marie Magdelaine &
de faint Severin , & aux Doyens Ruraux de ce
Diocèle , SALUT. C'ett avec la plus vive douleur
que Nous vous annonçons la mort de
Monfeigneur LOUIS- ANTONB , Cardinal
DE NOAILLES , Notre Archevêque , qui pendant
trente - quatre années qu'il a gouverné ce
grand Diocèfe a fait éclater un zele & une
applica ion infatigable pour remplir tous les
devoirs de fon miniftere , une douceur & une
patience que rien ne pouvoit alterer , une pieté
fi pure & fincere , une vie fi édifiante & fi uniforme
, que fon exemple rendoit la vertu ai
mable , & faifoit refpecter la Religion . Les
Pauvres avoient en lui un Pere tendre & compâtiffant
, dont la charité fans bornes ne pouvoit
voir de mifere fans la foulager , & qui ,
prodigue
MA Y. 1729. 104.1
prodigue envers les malheureux , répandoit
avec une fainte profufion dans leur fein , les
aumônes les plus abondantes . L'Eglife de Paris
n'oubliera jamais que ce digne Pontife plein
du zele de la gloire de la Maifon de Dieu , fou
tine & réparât par des liberalitez immenfes le
Temple de fa Cathedrale qui menaçoit ruine.
Tout occupé d'éteindre les triftes diffentions
qui affligeoient fon Diocèfe , il a fait tout ce
qui étoit en lui pour y rétablir la paix & la
tranquillité qui avoient toujours été l'objet
de fes voeux. Une vie fi recommandable a été
confommée par une mort précieuſe devant
Dieu , & dans fa derniere maladie détaché de
toutes les créatures , il ne parut en lui d'attention
& de fenfibilité que pour les objets de la
Religion , & pour ce qui le rappelloit à Dieu
auquel il defiroit fi ardemment d'être réuni.
Mais quelque confiance que les travaux &
les vertus de notre illuftre Archevêque nous
infpirent , ceux qui ont men la vie la plus
louable feroient à plaindre , dit S. Auguftin
fi Dieu les jugeoit fans mifericorde. Nous conjurons
donc le Clergé & le peuple de ce Diocèfe
de prier pour un Paſteur dont la mémoire
leur doit être fi chere , & de fe fouvenir
de lui à l'Autel , où il offroit tous les jours
fans intermiffion la victime fainte par laquelle
la cédule de mort qui nous étoit contraire , a
éte effacée.
A CES CAUSES , & pour fatisfaire à un devoir
fijufte que le refpect & la reconnoiffance
exigent de Nous , Nous avons ordonné &
ordonnons que dans les Eglifes de ce Diocèle,
exemptes & non exemptes , il foit celebré
un Mefle folemnelle , qui fera précedée de la
veille de Vêpres & Vigiles , pour le repos
de l'ame de ce grand Prélat : Recom
man
1042 MERCURE DE FRANCE:
mmandant en outre à tous les Prêtres Séculiers
& Réguliers de ce Diocèfe , de joindre leurs
Prieres particulieres à celles de l'Eglife pour
fon foulagement. Si vous mandons que ces
Prefentes vous ayez à fignifier à tous Doyens,
Abbez , Prieurs , Curez , Superieurs & Superieures
de Communautez Monaftiques & Religieufes
de ce Diocèfe , afin qu'ils n'en prétendent
caufe d'ignorance , & qu'ils ayene
à y fatisfaire avec autant de décence & de folemnité
que faire fe pourra. Et fera notre préfent
Mandement publié aux Prônes des Meffes
Paroiffiales , & affiché par tout où bon fera.
DONNE à Paris fous le fceau duquel Nous
nous fervons pendant la vacance du Siége , &
fous le fein de notre Secretaire ordinaire , le
cinquiéme de May mil fept cent vingt-neuf. Par
Mandement de Mefdits Sieurs les Vicaires Generaux
& Archidiacre. Cl. ANDRY, Secretaire.
M. le Cardinal de Biffy , en qualité ·
d'Abbé de S. Germain des Prez , a auffi
donné ce Mandement.
MANDEMENT de S.E.Mile Cardinal
de Biffy , Abbé Commandataire de l'Abs
baye de S, Germain des Prez, immédiate
au S. Siege , portant ordre de faire des
Prieres pour le repos de l'ame de Mon
feigneur le Cardinal de Noailles .
ENRY de Thiard de Biffy , par la grace
He Dieu & du 5. Siege Apoftolique , Cardinal
de la fainte Eglife Romaine , du Titre de
S. Cyr & fainte Julite , Evêque de Meaux ..
Commandeur. de l'Ordre du S. Efprit , Abbé.
CoinMAY.
1729. 1.043
Commandataire de l'Abbaye Royale de S.Germain
des Prez lès Paris : Au Clergé Séculier.
& Regulier , & à tous les Fideles du Fauxbourg
& Territoire de notredite Abbaye ; Salut &
Benediction . Nous fommes perfuadez , mes.
très -chers Freres , que votre pieté n'a pas be
foin d'être exhortée de prier le Seigneur pour
M. Louis Antoine Cardinal de Noailles , votre
Archevêque. Sa follicitude Paftorale , fa douceur
, fa charité envers les Pauvres , fon zele
pour la gloire de la Maifon de Dieu , toutes ces
vertus vous portent affez d'elles-mêmes à fatisfaire
à un fi jufte devoir ; cependant nous croi
rions manquer à la confideration que nous de,
vons non-feulement à notre Collegue dans l'Epifcopat
, mais encore à notre Métropolitain, fi
nous ne vous engagions de tout notre pouvoir
d'offrir à Dieu des Prieres pour un Paſteur ,
dont la memoire vous fera toujours précieuſe..
A CES CAUSES nous avons ordonné & ordonnons
que dans les Eglifes de ce Fauxbourg,
ilfera celebré une Meffe folemnelle , précedée
la veille de Vêpres & Vigiles , pour le repos.
de l'ame de ce digne Prélat : Recommandant.
en outre à tous les Prêtres Seculiers & Regu
liers de ce Fauxbourg , de joindre leurs prieres
particulières à celles qui fe feront publi
quement , & fera le prefent Mandement , pu--
blié , & affiché par tout où befoin fera. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial le 9. May
1729. Signé HENRY , Cardinal de Biffy , Abbé.
Commandataire de l'Abbaye de S. Germain des
Prex , &c.
François de Cugnac de Dampiere , Brigadier
des Armées du Roi , Grand- Bailly
honoraire de l'Ordre de S. Jean de Je
rufalem ,
1044 MERCURE DE FRANCE .
rufalem , & premier Ecuyer du Duc de
Bourbon , mourut à Paris le 1o . de ce
mois dans la 52. année de fon âge.
Dame Catherine Marie Pecquet , veuve
de M. Claude Bofc , Chevalier , Seigneur
d'Ivry & de S. Frambourg , Confeiller
d'Etat ordinaire , Ancien Prevôt
des Marchands , & Procureur General
en la Cour des Aydes , mourut le 10. May
âgée de 76.ans & demie.
Le 13. Dame Marie Charlotte de la
Porte- Mazarini , époufe du Marquis de
Richelieu , mourut à Dieppe dans la 68°
année de fon âge.
Le 14. Jean - René de la Tour , Comte
de Montauban , Brigadier des Armées du
Roi , & l'un des Infpecteurs de la Cavalerie
& des Dragons de France , mourut
à Paris dans la 57. année de fon âge .
RREST de la Cour du Parlement , con-
ARR
tre quatre- vingt dix - neuf acculez ; portant
con damnation d'être rompus vifs , préalablement
appliquez à la question ordinaire , contre
Philippes Nivet , dit Fanfaron ; Pierre Baremont
, dit Nazaret , Jean Mancion , dit i Affemblée;
Blaife Beauvoir dit Troncy ou Dupuis
; Guillaume Taupin, dit Ambroife ou Laurent
la Croix .
Lefdirs Nivet , Baremont & Mincion , convaincus
du vol & affaffinat comm's fur le grand
Chemin, à un quart de lieuë de Rouen, ès perfonnes
de David & la femme , Marchanda
Amiens
MAY . 1729 1041
Amiens; & en outre ledit Nivet des affaffinats
d'un Boulanger dans la Forêt de Moulineau :
du nommé Chefnet , entre Rüen & le Port
S. Ouen de la femme Mottelet & de-fes deux
enfans au village de la Croix S Ouen , entre
Senlis & Compiegne : du nommé Menard Orfévre
, rue S. André des Arcs : & du nommé
Bollot de Talmet ruë Coquilliere , enfemble
des vols faits avec effraction dans les Eglites
des Invalides , S. Nicolas du Chardonnet , S.
Chriftophe de cette Ville de Paris , la Paroiffe
faint Louis de Veifailles , & S. Godard de
Rouen , & autre vals faits tant de nuit que de
jour avec effraction ou autrement , tant ès Vil
les de Paris , Rouen , Caën qu'autres lieux .
Ledit Troncy ou Dupuis , des Affaffinats
defdits Boulanger & Chefnet & du nommé
Herpin Marchand Mercier près d'Orleans , &
autres vols avec effraction.
Ledit Taupin ou Laurent la Croix , de l'af
faffinat dudit Bollot , & Complice dudit Nivet
dans plufieurs vols faits avec effraction.
Et à l'égard des autres Accufez eft furcis juf
qu'après l'execution des Condamnez .
Extrait des Regiftres du Parlement.
Vâ par la Cour le procez criminel fait par
les Confeillers & Commiffaires de ladite
Cour à ce commis en conféquence des Lettres
Patentes du 28. Septembre 1728. Regiftrées en
la Cour les f. Octobre & 15 Decembre audit
an , & de celles du 9. Avril dernier , auffi regiftrées
le 25. du même mois , à la requête du
Procureur General du Roy , demandeur &
accufateur contre Philippes Nivet dit Fanfa
ron , ou le Roux , ou Marchand , ou Gra
mont , ou Coufis , ou Dumoulin ; Pierre Baremont
, dit Nazareth ; Jean Mancion , die
l'Affemblée
1046 MERCURE DE FRANCE .
-
Affemblée ; Charles Guenet , dit la Fontaine ;
Catherine la Motte ; ditte la Hallot , ou là
Leroux ; Jerofme Rouffeau Orphevre ; Françoife
Fournet femme de Jerofme Rouffeau ;
Blaife Beauvoir , dit Roncy , ou Troncy , ou
la Pierre , ou Dupuis ; Guillaume Taupin ,
dit Ambroife , ou Laurent la Croix ; Jacques
Antoine , dit Plançon ; Marguerite Aubin ,
femme de Thomas Fontaine , foeur des grands
Cheveux , dit Pefcheur ; François Mahault ,
dit Bourguignon , ou grand Nez ; Marie- Anne
Berry ; Remy Dumont , dit Boucher , out
garçon Boucher ; Etiennette Bernard , femme
de Denis Thienard ; Anne Baliffon , femme
de Dupuis dit Troncy , Anne Berou , concubine
de Mildieu , ou Milbonhomme ; Lievain
Jofeph du Pont , dit le Chevalier du Pont ;
Martin Colly ; Pierre Chevard ; Gervais Payfan
, dit du Pont , Nicolas de Rouen Marie
le Bée , Femme dudit Rouen ; Genevieve Dez;
Jean de Beau ou Bertrand le Beau ; Jean Melon
, dit Defloriers ; Anne Dadillon , femme de
Jean Duffop ; François Fleury ; Marie - Catherine
Beauvin , dite la grande Flamande , ou la
Flamande; François Vignaud, dit le petit Frate
çois ; Marie Gaultier , dite la Graillet ; André
Grifel , dit la Fontaine ; Anne Perfonne fa femme;
Louis Gramont , dit Duval , ou la Sonde,
ou Bullefin ; Jeanne . Catherine de la Have ,
femme de Lievain du Pont , dite Marie Ho
noré , Jean Joly , dit S. Marin , Jeanne Bonvoifin
veuve Juvigny ; Gabriël Lucas , dit Dubois
Charles la Breteque , Bonaventure le
Preulx , ou le Prun , die Mefnage ; François
Lami ; Antoine la Boulaye ; Jeanne la Golianne
femme dudit la Boulave ; Pierre Libert ou
Limber : Nicolas la Lumiere , dit Lu an , Charlotte
Françoife le Roy : Charles Bertherel , dis
La
MAY. 729 1047
Ja Rofe: Ifabeau Mallard fa femme : Marguerite
Petit , femme de Pierre de la Haye , Tailleur de
Moëlons aux Carrieres , dite Marie Maffon :
Magdelaine Maffon , ou la nommée Maffon :
Jean François Carré , dit Merle - Blanc : Jean
Nicole , dit Carmagnole , ou le petit Parifien :
Louis Poulain , dit Parifien ou Cadet : Guillaume
Aubin` ou les Grands- Cheveux , dit Pefcheur
Jean Regnauld , dit l'Eveillé ou Bourbonnois
, ou le Marchand de Mirlitons : Michele
Septier , concubine de , Jean Regnauld :
Jacob , dit Perroquet : Jeannot le Gue & Michel
de Launay : prifonniers ès prifon de la
Conciergerie du Palais , fors lefdits le Gué &
de Launay decedez , & Therefe de la Porte ,
femme Beaumont , aux pieds de la Cour , tous
Deffendeurs & Accufez ; & encore contre une
fille nommée laBretonne : Baptifte , dit la Jambe
de Choux , Barbe Biron , François , dit François
Briard ou Grard , autre que le petit François
le petit Bohême ou Berry : le nommé
Charles la femme de Charles : la femme ou
concubine de du Pont , ou la femme de Gervais
, Payfan : Delaunay , cy devant Cabaretier
au grand Soleil à Caen : Jean Duffop , mari de
la Dadillon : Dupont , autre que le Chevalier
Dupont, ou que Gervais Payfan , di: Dupont :
Grenier ou Garnier : Michel Gaultier,Mercier :
Goullot , dit Ballevoir : le Cadet , qui eft une
fille habillée en homme : la nommée la Boirée :
le nomméle Normand : le Noir : autre le Noir :
la nommée la Eeüillée : la Pierre : Murat : le
grand Martin : la femme du grand Martin , ou
celle qui paffe pour fa femme , appellée la
Martin , François Mildieu ou Milbonhomme :
les nommez Mathieu , Namur & Nicolas . la
belle-foeur des Grands Cheveux , dit pefcheur,
un Quidam Maçon : un particulier Ouvrier,
fur 1
1048 MERCURE DE FRANCE
fur le Port , frere dudit Quidam , un autre
Quidam , un Quidam Orfévre: un Quidam :
un autre Quidam , nommé Denys , Antoine
Robert , Rouffeau frere , Orfévre , rue des
Gravilliers : le nommé Valet , Antoine , autre
que celui qui vend des Images place du Mar--
troy à Orleans , le neveu dudit Antoine : le
nommé Paifan , autre que Gervais Paifan
& Louis Terrafconnet , tous abfens , fugitifs
& contumaces , & autres décrétez au procès .
Les Lettres Patentes du 28. Septembre 1728.
regiftrées en la Cour les 5. Octobre & 15.
Decembre 1728. & autres Patentes du 9. Avril
dernier , auffi regiſtrées le 5. du même mois.
Interrogatoires faits aux Accufez pardevant
M Jean- Baptifte Correntin , Lambelin , Confeiller
Rapporteur : Recollemens & confrontations
des Témoins aux Accufez , & des Accufez
, les uns aux autres , pardevant Maître
Pierre Barthelemy Rolland , Confeiller à ce
commis , fuivant les Arrêts de la Cour: Procedures
de contumace inftruite contre les abfens
& fugitifs , & decrets décernez contre
aucuns autres Accufez , & c. Conclufions du
Procureur General du Roy : Ouis & interrogez
en la Cour lefdits Nivet , dit Fanfaron , Baremon
, Mancion , Guenet , la Hallor , Rouffeau
Fournet femme Rouffeau
2 Troncy ,
Laurent la Croix , Plançon , Aubin femme
Fontaine, foeur des grands Cheveux : Mahault,
Marie-Anne Berry , Remy Dumont , Bernard
femme Thiennard , Baliffon femme Troncy ,
Anne Berout , Lievain Dupont , Martin ,
Colly , Pierre Chevard , Gervais Païfan , de
Rouen , le Bée femme de Rouen , Genevieve
Dez , le Beau , Deslauriers , Fleury, Beauvin ,
Vignaud : Gauthier dit Graillet : Grifel , Anne
Perfonne fa femme , Grammont, de la Hayes
2
femme
MAY. 1729. 1049
femme Dupont , Jolly Bonvoifin , veuve Juvigny
, Lucas , la Breteque , le Preulx , Lamy,
la Boulaye , Gohanne femme la Boulaye
Limbert , la Lumiere , le Roy , Marguerite
Petit femme de la Haye , la nommée Maffon,
Merle le Blanc , Carmagnole , Poullain , Aubin ,
Regnaud , Septier , Jacob , dit Perroquet , &
Therefe la Porte , femme Beaumont . Sur les
cas à eux impofez : Tout confideré .
LADITE COUR ordonne que lefdits
procez feront & demeureront joints pour
être jugez par un feul & même Arrêt : ce
faifant déclare la contumace bien & dûëment
inftruite contre François Mildieu , dit Milbonhomme
: une fille nommée la Bretonne :
Baptifte , dit la Jambe de Choux : Barbe Bi
ron , François , dit François Briard ou Grard,
autre que le petit François : le petit Bohême
ou Berry : le nommé Charles : la femme ou
concubine de Dupont , ou la femme de Gervais
Paifan , de Launay , ci- devant Cabaretier
au grand Soleil à Caen Jean Duffop
mari de la Dadillon : Dupont , autre que le
Chevalier Dupont , ou que Gervais Paifan ,
dic Dupont : Grenier ou Garnier : Michel
Gautier , Mercier : Goulot , dit Ballevoir :
le Cadet qui eft une fille habillée en homme ?
la nommée la Boirée : le nommé le Normand :
le Noir , la nommée la Feüillée : la Pierre :
Murat : le grand Martin : la femme du grand
Martin : ou celle qui paffle pour fa femme .
appellée la Martin : les nommés Mathieu ,
Namur , Nicolas : la belle foeur des grands
Cheveux , dit Pefcheur : un Quidam Maçon :
un particulier Ouvrier fur le Port , frere du
die Quidam: un autre Quidam , un Quidam
Orfévre , un Quidam , un autre Quidam ,
nommé Denis : Antoine Robert : Rouffeau
frere
1050 MERCURE DE FRANCE
frere Orfévre , rue des Gravilliers : le nom
mé Valet : Antoine autre que celui qui vend
des images , place du Martroy à Orleans : le
neveu dudit Antoine : le nommé Paifan , autre
que ledit Gervais Payfan & Louis Terafconet:
& avant d'adjuger le profit d'icelle ,
pour réparation des cas mentionnez au procez
, condamne lefdits Philippes Nivet , ou
Fanfaron : ou le Roux , ou Marchand , dit
Grammont , ou Coufis ou Dumoulin : Pierre
Baremont , dit Nazareth : Jean Mancion , dig
I'Aflemblée : Blaife Beauvoir , dit Roncy ou
Troncy , ou la Pierre , ou Dupuis , & Guillaume
Taupin , dit Ambroife ou Laurent
Lacroix , avoir les bras , cu ffes , jambes &
reins rompus vifs fur un échaffaut , qui pour
cet effet fera dreffé en place de Greve de
cette Ville de Paris : ce fait , leurs corps mis
chacun fur une rouë , la face tournée vers
le Ciel , pour y finir leurs jours . Lefdits
Nivet, Baremont , Mancion , Troncy & Laurent
la Croix , préalablement appliquez à la
queftion ordinaire & extraordinaire , pour
avoir révelation de leurs complices : déclare
tous & chacuns leurs biens fituez en pays de
confifcation , acquis & confifquez au Roy ,
ou à qui il appartiendra , fur iceux & autres
non fujets à confifcation préalablement pris
la fomme de cent livres d'amende vers ledit
Seigneur Roy: a furcis à faire droit à l'égard
defdits Charles Guenet , dit la Fontaine , Catherine
la Motte , dite la Hallot ou la le Roux,
Jerôme Rouffeau , Françoiſe Fournet fa femme,
Jacques Antoine , dit Plançon , Marguerite
Aubin , femme Fontaine , François
Mahault , dit Bourguignon ou grand Nez ,
Marie- Anne Berry , Remy Dumont , dit Boucher
ou garçon Boucher , Etiennette Ber-
1
nard
MAY. 1729. 1051
$
mard femme de Denis Thienard , Anne Baliffon
femme Troncy , Anne Berou , Lievain
Jofeph Dupont , dit le Chevalier Dupont ,
Martin Colly, Pierre Chevard, Gervais Paifan,
dit Dupont , Nicolas de Roüen , Marie le Bée
femme de Rouen , Genevieve Dez , Jean de
Beau on Bertrand le Beau , Jean Melon , dit
Defloriez , François Fleury , Marie - Catherine
Beauvin , dite la grande Flamande , François
Vignaud , dit le petit François , Marie Gautier
, dite la Graillet , André Grifel , dit la
Fontaine , Anne Perfonne fa femme , Loüis
Gramont , dit Duval ou la Sonde , ou Bellefin
, Jeanne Catherine de la Haye , femme
de Lievain Dupont , dite Marie Honore , Jean
Joly , dit Saint Martin , Jeanne Bonvoifin ,
veuve Juvigny , Gabriel Lucas , dit Dubois ,
Charles la Breteque , Bonaventure le Preulx
ou le Prun , dit Mefnage , François Lamy ..
Antoine la Boulaye , Jeanne la Gohanne ,
femme dudit la Boulaye , Pierre Liber ou
Limbert , Nicolas la Lumiere dit Luffan , Charg
lotte Françoife le Roi , Marguerite Petit femme
la Haye , dite Marie Maflon , Magdelaine
Maffon , ou la nommée Maffon , Jean- François
Carré, dit Merle Blanc, Jean Nicole, dit
Carmagnolle ou le petit Parifien , LoüisPoullain
Parifien ou Cadet , Guillaume Aubin ou les
grands Cheveux , dit Pefcheur, Jean Regnauld,
dit l'Eveillé ou Bourbonnois , Michele Septier
, Jacob , dit Perroquet , & Therefe de la
Porte femme Beaumont : & a pareillement
furfis à l'égard defdits Mildieu , dit Milbonhomme,
& autres fufdits accufez contumaces
jufques après l'entiere execution du prefent
Arrêt : ordonne que les procedures encommencées
contre lefdits Dadillon femme Duffop,
Charles Berterel , dit la Rofe , Ifabeau
Mallard
1052 MERCURE DE FRANCE .
Mallard fa femme , & autres , feront continuées
. FAIT en Parlement le 30. Mai 1729.
Collationné. DROUET. Signé , PINTEREL
On donnera deux Volumes du Mercure
le mois prochain , pour pouvoir employer
les Piéces qui n'ont pu trouver place dans
les fix premiers mois de cette année.
Ja
APPROBATIO N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois
de May , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion . A Paris , le premier May
1729.
HARDION,
TABLE .
841
Fugitives , Comus , Cantate.
Pconteftations Muficales , Réponſe, &c. 844
Voyage de Rouen à Paris , Poëme.
Réponse au fujet d'un nouveau Breviaire , & c.
855
862
Le Triomphe de l'Hymen & de l'Amour, 870.
Réponſe du P. C. au ſujet du Paradoxe , &c.
Derniers adieux de Medor , Poëme.
Projet d'un nouveau Calendrier.
876
883
884
Vers fur le Mariage du Comte de Trémes . 892
Sur l'excellence & la préference de la vue ou
L de l'oùie.
Sonnet ,
893
912 .
Lettre fur la datte de l'impreffion de deux Bibles
a
913
Bours
Bouts- Rimez remplis , 915
Affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres , Extrait , & c.
Le Printems , Cantare.
916
923
Réponse de M. Caperon à M. Pierquin , fur
l'origine des Pierres précieufes , des Camayeux
& des Coquilles.
Sonnet fur les Bouts Rimez ,
Explication du Logogrife & Enigme ,
Reflexions fur les Logogrifes :
Logogrife & Enigmes ,
& c.
926
938
939
941
943
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts, &c. 944
Recueil des Jugemens portez contre les nouvelles
erreurs , 948
La Religion Chrétienne démontrée par la Refurrection
de Jefus Chrift , & c.
Effay de l'Hiftoire du Commerce de Venife ,
&c.
De la lumiere des couleurs & de la vifion , & c.
La Gallerie agréable du monde ,
950
957
962
964
Nouveau Traité du Négoce de France , 967
Veterum Monumentorum , &c.
L'Univers materiel, ou Aftronomie Phifique,
Paritez en Banque , & c.
L'Apologie des Fleuristes , & c.
969
971
Ibid.
972
Réponse de M. Thiout à M. le Roy , fur le
nouvel échapement de Montre.
Petite Ecritoire , garde- vuë , & c.
977
983
Nouveaux Ouvrages de Charpenterie du Frere
Nicolas ,
Queſtion propofée
Chanfon notée ,
Spectacles ,
-984
985
986
987
990 Difcours de la Dile Sylvia ,
Retraite du fieur Lelio , de fon époufe & de
fon fils , 992
Ar.
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Arlequin Tancrede , Parodie , Extrait. 994
Le Railleur , Comédie reprefentée à Avignon,
Lettre , & c. 1007
Nouvelle du réms , Turquie , Affrique , Ruffie
,
Suede , Pologne , Allemagne ,
Efpagne , Italie , Angleterre & Suiffe ,
Morts , Mariages des Pays Etrangers ,
1019
1012
1014
102 I
Ibid.
Lettre de M. le Cardinal de Fleury , 1032
Morts , Naiffances & Mariages , 1034
Mort de M. le Cardinal de Noailles , 1037
Mandement de Mes les Vicaires Generaux , & c.
$
1040
Mandement de M. le Cardinal de Biffy , &c.
1042
Arrêt de la Cour du Parlement , & c. Jugement
de Niver
Errata de Mars.
1044
Page 155. 1. 22. la Terre l'Athmofphere
lifez , la Terre traverſe l'Athmafphere.
Errata du Mercure d'Avril.
Page
Age 815. 1. derniere , Graffe , 1. Vence.
P. 829. 1. 29. de Coctjenval , lifez , de
Harlay.
P.838 . 7. de Meffay , 1. de Mellay.
P. 880. 1.7 . 1728. i. 1729 .
Panics a corriger dans ce Livre.
Age 928. 1. 4. Bagivi , lifex Baglivi,
98.4
P₁₂
934.1.3. fucre , 1. fuc.
P. 982. 1. derniere , ci & premiere 983.rus ;
lifez ci- devant parus.
L'Air notédoit regarder la page. 981
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN. 1729 .
PREMIER VOLUME.
COLLIGIT
UE
COLL
QUE
STARGIT
Chez
A PARIS ,
IR
GUILLAUME CAVELI , he
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSÓT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXIX .
Avec Approbation & Privilege du Roy'
A VIS.
LAD
leur
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE , ROUP DE
DĚDIE AU ROY
LYON
DELA VILE
JUIN. 1729.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'EMPLOY DU TEMPS
C
OU
LE MISANTROPE.
O DE
' Eft fans regret que je vous quitte .
Tumultueux amuſemens ;
bico Ceffez d'oppoſer à ma fuite .
Vos inutiles agrémens.
I. vol.
Séjour
A ij
1054 MERCURE DE FRANCE.
Séjour affreux , que je déteſte ,
Ville , de ton charme funeſte ,
Je erains trop la malignité ,
Je prends la Vertu pour Compagne ,
Et vais goûter de la Campagne ,
L'innocente tranquillité.
闲
Quoi ! de mes leçons trop avare ,
Tout prêt d'abandonner ces lieux ,
Voudrois-je au monde qui s'égare ,
Dérober jufqu'à mes adieux !
Ofons , ami de la Sageſſe ,
D'un temps qu'il perd dans la molleffe ,
Lui reprocher l'indigne abus
De quel fuccès fera fuivie ,
Une entrepriſe fi hardie
Mes reproches feront perdus.
:
Déja d'une courte journée ,
Le fommeil a pris une part :
J'en vois une autre deſtinée ,
A parer cet homme avec art.
De quelle étrange bigarrure ,
1. vol.
VaJUIN.
1729.
1055
Va-t- on orner cette Figure ?
Eft ce pour exciter nos ris ?
Luxe pervers , vanité folle ,
Venez encenſer votre Idole ;
Je le regarde avec mépris.
M
Quelle eſt la fadaiſe importante ,
Qui met cet autre en mouvement?
Il marche , il court , il fe tourmente ;
Eft- ce affaire ? Eft- ce égarement
་ Non, du doux nom de Politeffe ,
Honorez le foin qui le preffe ;
Chez vous il vient vous vifiter ;
Eft-ce l'amitié qui l'amene
Rien de moins Il vous voit à peine
Qu'il ne fonge qu'à vous quitter.
M
Enfin , de la fageffe auftere ,
Je trouve les vrais Favoris ;
Je fens expirer ma colere ;
Voici le terme de mes cris.
Oui , la raison répudiée ,
Dans ce cercle eft réfugiée ;
' L. vol. A iij Vain
1056 MERCURE DE FRANCE .
Monde orageux , elle te fuit.
Vain efpoir ! c'eft la calomnie ,
Le menfonge , la perfidie ,
Qui prefident dans ce réduit.
讚
Si pour ce repas on épuiſe ,
De la Nature tous les dons ,
L'Art dangereux qui les déguiſe ,
En a fçû faire des poifons.
Par cette Liqueur féduifante ,
Qu'un froid forcé rend plus charmante
Que de jours feront retranchez ↓
Vous , dont l'ame eft tant affervie ,
Au defir d'une longue vie ,
Fuyeztout ce que vous cherchez .
M
J'apperçois de la nonchalance ,
Le féjour fi cher aux Humains ,
A juger par cette affluence ,
J'augure des plaifirs certains.
Déja la Déeffe obligeante ,
D'une boiffon peu ragoutante,
M'offre le précieux régal.
Les lieux de Caffé.
I vol.
Là
JUIN.
1057
1719.
Là…..mais quel bruit ! quoi ! la bêtiſe .
L'efprit , le fçavoir , la ſotiſe ,
Marchent ici d'un pas égal.
Au nouveau trafic qu'on va faire ,
Prêtons un regard moins diftrait.
Quoi ! fi- tôt de ce témeraire ,
Le fort couronne le forfait !
Celui- ci nâge dans la joye ,
L'autre à la fureur eft en proye ,
Mais calmons cet emportement ;
Taifons -nous , le monde autorife
Un vol , que la fureur déguiſe ,
Sous le vain nom d'amufement.
Mais d'un ſpectacle magnifique ,
J'entrevois ici les apprêts :
Du férieux & du comique ,
Saififfons les plus heureux traits ;
Approchons : on me fait entendre
Que par ces jeux on va m'apprendre
A réprimer mes paſſions.
La vertu fi long- temps cherchée ,
I. vol.
Se
1058 MERCURE DE FRANCE .
Se feroit -elle donc cachée ,
Dans l'Ecole des Hiftrions ?
Pourquoi d'un vêtement bizare ,
Cet homme s'eft-il affublé !
Quelle étrange vapeur s'empare
De ce Monde ici raffemblé ? *
On perd à fe faire connoître ;
Tel qu'on eft , on n'ofe paroître ;
Mais bien fous des traits impofteurs :
Perfides , je lis dans vos ames ,
Par ces déguiſemens infâmes ,
Vous voulez feduire les coeurs.
L'Aftre brillant qui nous éclaire ,
Vient de fe rendre à mes defirs ,
Peut-être un repos neeeffaire ,
Va fufpendre ces vains plaiſirs .
Calmons le tranſport qui m'agite ,
Et ménageons pour notre fuite ,
L'inſtant dont je puis difpofer.
Quittons des lieux où l'infolence ,
L'oifiveté, l'extravagance ,
Donnent le droit de tout ofer
9
* Le Bal.
A iiij LET
JUIN. 1729% 1059
LETTRE écrite au R. P. de Montfaucon,
par M. de Murat , Juge- Mage de Carcaffonne
, fur la Découverte d'un Monument
d'Antiquité , faite auprès de
cette Ville.
DM
Ans le peu d'occafions que j'ay ,
M. R. P. de cultiver l'honneur de
votre bienveillance , permettez- moi d'em
braffer celle que fait naître la découverte
faite dans ce canton , d'an Monument
antique , pour vous fupplier de réfoudre
mes doutes fur fon explication . C'eft une
ColomneMilliaire ,trouvée dans unChamp
auquel on donnoit un labour , d'une Fer
me du S Efpeffolles , Bourgeois de cette-
Ville , à une lieuë & demie d'ici , dans.
l'étendue de la Paroiffe d'Alairac , au quar
tier appellé Villefequebaffe. Le Champ
d'où elle fut déterrée , porte aujourd'hui
le nom de Saintofe.
La résistance d'une pierre contre le Soc
de la Charruë , obligea le Laboureur à
bêcher la terre en cet endroit : il découvrit:
d'abord le haut d'une Colomne qu'il ache
va de déterrer , & en ayant donné avis
à quelques perfonnes Lettrées du voifi
nagel , on y de l'Infeription (uivante. Prin
Ι .. vol . Av cipi
1060 MERCURE DE FRANCE.
cipi Juventutis M. Numerio Numeriano
Nobiliffimo Cafari N M. P. I. J'y courus
pour la voir , & le Proprietaire ayant bien
voulu me la ceder , je la fis porter chez
moi je la conferve dans un coin de ma
cour , en attendant que votre déciſion lui
procure une place plus convenable . La
Pierre eft grisâtre & paroît être d'un Marbre
bâtard. La Colomne a été caffée & le
le pied y manque , ce qui en reste a encore
plus de cinq pieds de hauteur ; elle eft
bien prife dans fon fuft & proportionnée
dans fon renflement , j'en joins ici un deffein
exact , dans lequel eft auffi l'Infcription
en la même forme que les Lettres y
font gravées.
Les Caracteres affez mal formez , fur
tout pour les Lettres A & E & la con
fufion des mots mêlez l'un dans l'autre ,
démontrent la décadence desArts fur la fin
du troifiéme fiecle , tems où cette Colomne
a été faite ; car je la crois du temps même
de l'Empereur Numerien , mais je ne puis
comprendre comment ce Monument fe
trouve dans ce Pays & fous le regne d'un
Prince , qui devoit n'y être gueres connu,
n'ayant , comme vous fçavez , regné
qu'environ un an , durant lequel temps il
étoit en Perfe , où il fut égorgé dans la
Litiere en ramenant fon Armée .
A la verité , l'Empereur Carus fon pere,
1. vol.
qui
JUIN. 17297 1061
PRINCI
PIIVVEN
TUTISM
NVMERIO
NUMERIA
NONOBI
LISSIMO
CAESARI
NMP I
1062 MERCURE DE FRANCE:
qui , felon la plus commune opinion
étoit originaire de Narbonne , pouvoit
avoir laiffé des fentimens d'affection pour
un de fes Enfans , auquel ce Monument
eft confacré ; mais lui- même n'ayant jamais
paru en ce Pays cy , je ne puis , encore
une fois , comprendre comment un
tel Monument peut avoir été érigé dans.
ce canton .
Le Prénom Marcus eft le même que
lui donnent les e mais le nom. Hollens
de Numerius , qui précede celui de Numerien
, ne s'accorde pas avec celui d'Aurelius-
Numerianus que lui donne Eutrope.
Il y avoit ici en même- temps un
Numerius , Prefet de la Gaule Narbonnoife
, mais il ne fçauroit être celui en.
l'honneur de qui cette Colomne fut dreffée
, puifque le nom de Numerien & les.
titres de Prince de la Jeuneffe , & de
Cefar, confacrez à la Majefté Imperiale ,
ne permettent pas de l'attribuer à un autre
qu'à l'Empereur Numerien , qui n'a:
regné que pendant l'année 282 .
Les quatre Lettres initiales N. M. P. I.
m'embaraffent encore davantage ; elles.
caracterifent une Colomne Milliaire , &
peuvent être interpretées par Novem Millia
Paffuum Primus . Sur quoi je ne puis
que comprendre , ne connoiffant à l'entour
de l'endroit , où la Colomne a été trouvée
I. vol . aucune
JUIN 1729 1063
aucune Cité Métropole, ni ruines de Ville
principale , dont le point du départ pût
faire rencontrer en cet endroit un premier
Milliaire d'un chemin de tra verfe .
La Paroiffe d'Alairac eft au Midy de
Carcaffonne , tirant vers le Couchant , à
près d'une demie lieue fur la droite du
grand chemin qu'on tient à prefent pour
aller de Carcaffonne à Limoux . Le petit
lieu d'Alairac eft fur la croupe du Côteau
appellé la Malpere , dont le nom vous eft.
fans doute connu , puifque le Château de
Villarfel , appartenant à votre Maiſon , y
eft fitué & fon territoire contigu à celui
d'Alairac , n'y ayant qu'une lieuë de diftance
d'une Paroiffe à l'autre . On auroit
pû dans la fuite des fiecles avoir tranfporté
cetteColomne de l'endroit où elle fut
originairement placée dans celui où elle
a été trouvée ; mais elle eft trop lourde ,
car elle pefe environ huit Quintaux , pour
que fon tranfport n'aye pû être fait qu'à
deffein , & je ne vois pas quel en auroit
pû être le motif , encore moins aucun
point dont elle puiffe être un premier:
Milliaire .
Carcaffonne eft une Ville moderne avec
le titre de Cité par rapport à Numerien ,
puifque dans l'Itineraire d'Antonin , elle
n'a que le titre de Château : Limoux étoit
alors encore bien moins ; ce n'étoit qu'une
L. vol.. R
1064 MERCURE DE FRANCE:
Redoute , ou un Fortin qu'on prétend que
Cefar y fit conftruire pour la garde du
Pont qu'il fit bâtir fur l'Aude , pour paffer
en Eſpagne.
Il y avoit dans nos Pyrenées un Temple
fameux confacré à Venus , où abordoient
des Pellerins de routes les Nations :
notre Port de Vendres , fur la Côte de
Narbonne en tire fon nom , c'est Portus
Veneris. C'étoit là où débarquoient ceux
qui venoient par Mer des Côtes d'Italic
ou d'ailleurs . La Colomne dont il s'agit
feroit- elle donc placée dans un chemin de
traverfe qui conduifit par nos Pyrennées
à ce Temple ? Mais je ne trouve aucune
Ville ni Bourg principal qui foit à fa por
tée pour en faire un premier Milliaire.
Cela me porteroit affez à donner une
autre explication à ces quatre Lettres initiales
N. M. P. I. auquel cas il faut entierement
abandonner toute idée de Colomne
Milliaire & former une autre conjecture ,
ce qui ne me paroît pas ailé.
On m'affure que dans le même champ
Je Soc de la Charruë trouva encore d'au
tres réfiſtances , & qu'en y foüillant , on
pourra peut ê re découvrir le Piedeftal
de cette Colomne ou quelqu'autre reſte
d'antiquité ; c'eft ce que je pourrai bientôr
faire fi votre réponſe m'y excite. Je me
remets cependant à votre décifion fur le
vol. merite
JUIN. 1729. 1065
merite de ce Monument , & j'ai toûjours
l'honneur d'être , M. R. P. &c.
A Carcaffonne le 15. Decembre 1728.
REMARQUES fur la Lettre
de M. de Murat.
LA Lettre de M. de Murat , méritoit
fans doute d'être publiée , & nous fommes
d'autant plus obligez avec tous les
Amateurs de l'Antiquité , au R. P. de
Montfaucon , d'avoir bien voulu nous la
communiquer, qu'elle inftruit tout- à-fair
fur un Monument dont on n'avoit encore
qu'une legere notion , par le peu qui en
a été rapporté dans les Nouvelles Litteraires
du Journal des Sçavans du mois de
Novembre 172 4. page 7 53. l'Infcription
imprimée en italique , y differe tout - àfait
de l'Original , & on ne voit d'ailleurs
aucun détail fur cette Découverte ; défauts.
qui font bien réparez par cette Lettre .
La conjecture de M. de Murat , qui
croit que cette Colonne pourroit bien
être une Colomne Milliaire , n'eft pas
tout- à-fait fans fondement , quoique cet
habile Magiftrat convienne auffi des difficultez
qui fe rencontrent à concilier les
chofes à cet égard. Ce font ces mêmes
difficultez qui ont déterminé le R. P. de
Montfaucon de penfer differeminent fur 1. vol.
ca
1066 MERCURE DE FRANCE.
ce fujet. Ce Sçavant Antiquaire voit dans
ce Fragment d'Antiquité non pas une Colomne
Milliaire , mais un Monument
érigé à la gloire de Numerien , avant
qu'il fut parvenu à l'Empire , & après
que l'Empereur Carus , fon pere , l'eut
declaré Celar , ce qui arriva vers l'an
282. de J. C. Depuis cette déclaration il
prit la qualité de Prince de la Jeuneffe ,.
PRINCERS JUVENTUTIS , qui eft employée
fur fes Médailles , & qui paroît la
premiere fur le Monument dont il s'agit
ici.
Les caracteres de l'Infcription en défignent
à peu près le tems , & font fentir
fuivant la Remarque de M. de Murat ,
la décadence des Arts . On y trouve auffi
l'ufage introduit dès ce tems-là , & ignoré
dans une plus haute Antiquité de faire
préceder le nom , outre le prénom d'an
diminutif du même nom. Numerio , Numeriano.
Cet ufage eft commun dans les
Infcriptions du bas Empire , on en trouve
plufieurs exemples dans les differens Recüeils
d'Infcriptions. On fe contentera
de ceux - ci. Numifius , Numifianus , Pompeius
, Pompeianus , Licinius , Licinianus ,
Candidus, Candidianus , Nocturnius Nocturnianus,
aufquels on ajoûtera un exemple
fingulier , tiré du Martyrologe Romain
au 31. de May : Aquileia S. S. Martyrum
JUIN. 1729. 1067
*
rum Cantii Cantiani & Cantianilla fratrum
, qui cum effent ex Illuftr. Aniciorum
progeniefub Diocletiano & Maximiano
Impp . Capite plexi funt. On peut
dire même qu'il eft refté des traces de cet
ufage dans les noms de plufieurs Familles
Italiennes & Françoifes ; tels font les
noms de Martini Martiniani , de Fre
zeau de la Frezeliere , &c.
A l'égard des quatre Lettres initiales
qui paroiffent féparément fur cette Colomne
N. M. P.I. à une certaine diftance
du corps de l'Infcription , expliquées par
M. de Murat , de la maniere que nous
Pavons vû , rien ne conviendroit mieux
que cette interprétation , fi bien des chofes
ne répugnoient à faire prendre ce Monument
pour une Colomne Milliaire..
Toutes les Colomnes Milliaires , comme
on peut le voir dans le grand Recueil des
Antiquitez , & ailleurs , marquent les
Milles , c'eft - à dire , l'ufage pour lequel
elles ont été dreffées , d'une maniere
diftincte & non équivoque , ce qui ne
paroît point ici. Il faut donc chercher un
autre fens à ces quatre Lettres . Ce fens
s'eft prefenté fort naturellement auR.Pere
de Montfaucon , & dans un parfait raport
avec l'Infcription , il trouve que ce
n'eft autre chofe que la répetition abregée.
* An. 303.
1
1. vol..
de
1068 MERCURE DE FRANCE.
de l'Infcription même , c'est - à - dire , Nu
meriano Principi Juventutis . On dira
peut être que dans cette efpece de Monogramme
, le Prénom défigné par la
lettre M. ne fe trouve pas : mais les Antiquaires
fçavent que les Prénoms font
fouvent omis dans les Monumens , de
quoi il eft inutile de citer des exemples.
Pour ce qui eft de l'explication de ces
mêmes lettres , N. M. P. I. en cette maniere
: Narbonenfis Militia poni juſſit ,
donnée dans le même Journal des Sçavans
, par une perfonne du païs ; elle a
paru infoutenable & dénuée de toute for..
te de vrai femblance , ainfi il eft inutile
de s'y arrêter .
Il n'eſt pas aiſé au refte de déterminer
par qui , & à quelle occafion ce Monument
a été érigé , mais il ne nous paroît
pas furprenant, de le trouver dans un
païs , dont le Prince , qui en eſt l'objet ,
étoit originaire , felon le fentiment le
plus reçu. Il fut , comme nous l'avons
remarqué , déclaré Cefar par l'Empereur
Carus , fon pere , qui étoit du même païs .
Cette déclaration folemnelle a pû füffire
pour donner lieu au Monument dont
nous parlons. Il n'eft pas impoffible au
refte , comme le penfe M. de Murat , de
trouver un jour le piedeſtal de la Colomne
, ou quelqu'autre Monument , qui
1. vol.
ferve
JUIN. 1729.. 1069
ferve d'interprétation à celui- ci. Le Piedeſtal
peut même être chargé de figures
en bas relief , ou de Lettres inftructives.
·
1
Quoiqu'il en foit , cette découverte
nous paroît digne d'attention , & merite
d'entrer parmi les autres Antiquitez , qui
illuftreront la nouvelle Hiftoire de la
Province de Languedoc. Il y a lieu defperer
que les deux Sçavans qui y travaillent
avec tant de foin & d'application
, pourront , par la parfaite connoiffance
qu'ils ont du Païs , & par leur fagacité
, donner de plus grands éclairciffemens
, & trouver enfin la cauſe , &
conftater le fens de ce Monument.
Nous achevions d'écrire ces Remarques
, lorfque nous lorfque nous avons reçu une
Lettre de M. l'Abbé le Beuf , Chanoine
d'Auxerre , par laquelle il nous fait part
d'un Monument , à peu près femblable à
' celui dont il s'agit ici , découvert il y a
déja du tems , entre Langres & Dijon.
C'est une Colomne , ou plutôt le fragment
d'une Colomne fur laquelle eft gravée
cette Infcription en très - beau carac
teres Romains .
Les RR. PP . Dom Claude de Vic , &
Dom Jofeph Vaiffete , Benedictins de S. Maur.
3. vol.
TI.
1070 MERCURE DE FRANCE.
TI. CLAUD. DRUSI F.
CAESAR AUG . GER
MANIC . PONT . MAX .
TRIB. POTEST . III . IMP.
III. PP . Cos II . DE
SIG . III .
AND . M. P. XXII .
Il n'y a que la derniere ligne qui ait
befoin d'explication , elle fignific Andemantuno
millia paffuum XXII. felon
Pinterprétation du Pere Pierre - François
Chiflet , Jefuite , donnée dans le tems à
un Confrere de M. le Beuf , & trouvée
parmi les papiers . Andemantunum , ajoû
te M. le Beuf , eft Langtes : la Colomne
qui a environ fix pieds de hauteur , &
un pied & demie de diametre , fut trouvée
, & eft encore aujourd'hui au Village
de Saquenay , proche Fontaine- Françoife
& Montfaugeon , à fept ou 8. lieuës , &
au Midy de Langres. Nous nous abftenons
la deffus de toute refléxion , nous
contentant de profiter de l'occafion de
placer à propos ce Monument dans notre
Journal.
L. vol. REJUIN.
1729. 1071
REFLEXIONS
SUR LE GENIE POETIQUE
L'Efprit perfectionne , & le Génie in- vente :
Tous ces Chantres fameux que l'Antiquité
vante ,
Lui doivent leur renom ;
C'eft lui feul qui produit ces immortels Ous
vrages ,
Reſpectez de l'envie & dignes des fuffrages
Du févere Appollon,
Le coeur fe fait fentir dans latendre Elegie ;
L'efprit au fentiment donne de l'énergie ;
L'art brille en un portrait.
Certain penchant malin , ou complaifance
vile ,
Sans verve & fans génie enfante un Vaudeville
,
Dangereux , indifcret .
La memoire & l'étude ont fait de Sçavans
hommes ;
Mais au tems des Céfars comme au fiécle où
nous fommes , L
Rien
I. vol.
1072 MERCURE DE FRANCE:
Rien d'heureux n'eft forti ,
De ceux à qui le Ciel refuſa cette verve ,
Ce feu qu'à leurs enfans , & Phoebus & Minerve
,
Ont toujours départi
Appollon le fait naître , & Minerve le
guide ;
A nos heureux écarts prenons foin qu'il préfide
;
Nous pourrions trop ofer.
Un goût judicieux doit regler notre yvreſſe ;
Et c'eft dans les Auteurs de Rome & de la
Gréce ,
Qu'il faudroit le puiſer.
Mais que prétens-je ici ? Pédagogue incommode
,
Je trace des leçons qu'une nouvelle mode
Rend parmi nous fans fruit !
On cherche dans le monde une étude facile ;
Il faut un long travail pour devenir habile ;
L'homme indolent le fuït.
Il en coûte bien moins de s'ériger foi- même,
En Modele , en grand Maître , en Arbitre fuprême
,
Des accords de Phoebus ;
Et , frayant au hazard des routes inconnuës ,
1. vol.
D'éJUIN.
1729. 1073
D'égarer avec foi dans le plus haut des nuës ,
Des fectateurs confus ;
•
Connoiffons bien dans nous les dons de la
Nature ;
Mefurons-nous fur eux , mais craignons l'im
poſture
De notre avide orgueil ;
On meurt dès fon vivant , quand fi jeune on
fe livre
Au defir de paroître , à l'efpoir de revivre ,
Trop féduifant écüeil .
Vous qui n'avez reçus qu'un efprit ordinaire
,
Ornez -le ; c'eft affez , dans le monde on peut
plaire
Sans de rares talens.
C'eft-là l'unique loi que l'on peut vous prefcrire
;
Amulez vous , plaifez ; laiffez le foin d'écrire
Aux efprits excellens.
Pour vous , lâches Frelons , Plagiaires infignes
>
Vous , finiftres Oyfeaux , vils émules des Cygnes
,
•
Reſtez au pied du Mont ;
Dès les premiers efforts fans voix & ſans haleine
,
1. vol.
Du
1074 MERCURE DE FRANCE .
Du Rocher le plus bas vous tombez dans la
Plaine ,
La honte fur le front.
Allez , fuivez toujours des routes populaires
,
Miferables Troupeaux , que des Guides vulgaires
,
Font marcher après eux ;
Defcendez fur leurs pas dans les humbles.
Campagnes .
Ne voyez que de loin ces fuperbes Montagnes
,
P
Au fommet épineux.
lle
Envoy à M. & Me de ***
Our vous , chantez toujours , vous que
Phoebus anime ;
Qui fçavez allier le naïf au fublime ,
L'efprit aux fentimens ;
De Petrarque & de Laure , imitateurs fidelles
,
D'une pure union rares & vrais modeles ,
Vos noms vaincront le temps .
J. B. Poncy , J.
!
I. Vol.
REJUIN.
1719, 1075
******* : ****** :**
REMARQUES du P. Matthieu
Texte , Dominicain , fur la vie du
Bienheureux Barthelemi de Bragance ,
Evêque de Vicence , & Patriarche de
Jerufalem , écrite dans le premier Volume
de Juillet des Acta Sanctorum
p. 280. adreffées à M....
J₁
E vous renvoye , Monfieur , le Livre
que vous avez eu la bonté de me prêter
, & je vous en remercie très humblement
; il y a beaucoup à apprendre dans
cet Ouvrage immenfe , & on ne fçauroit
trop louer les R R. P P. Jefuites
Auteurs & Continuateurs d'un fi beau
Projet. Comme il eft cependant difficile
que dans un fi grand nombre de Vies de
Saints il ne fe gliffe quelque faute , je
prends la liberté de vous faire part de
celles , dont j'ai crû m'apercevoir dans
la vie du B. Barthelemy de Bragance
l'un des XXVI11 . Dominicains qui ont
été Confeffeurs de nos Rois , & le premier
dont les Hiftoriens nous ont confervé la
memoire.
Il étoit felon leur témoignage , de l'illuftre
Maiſon des Comtes de Bragance ,
en Lombardie , Seigneur du Fort , ou
1. vol. B du
1076 MERCURE DE FRANCE .
,
du Château de ce nom . Le R. P. Jefuite
qui a eu en partage de travailler fur la
vie du B. Barthelemy non ſeulement
nie ce fait , mais il raille ceux qui font
de ce fentiment : Inter hos , dit - il , Michael
Pius B. Bartholomeum appellat nobilem
Vicentinum , de ftirpe Bragantia ,
feu Bragantina , à caftro hujus nominis
nuncupata.Crefcit apud Barbaranum & ex
boc Marchefium oratio , ut pote qui fa.
miliam Bragantinam deducunt à nefcia
quo Adriano pradi &ti loci Comite , &c.
miror non afcendiffe ad Antenorem vicini
Patavii Conditorem. C'eft ainfi que parle
ce Pere , ajoûtant , comme vous voyez ,
la plaifanterie à la critique dans une matiere
affez férieufe d'elle - même.
1
>
3
Cependant , & la plaifanterie & la critique
ne furent jamais plus mal fondées .
Vous allez voir , Monfieur , par le témoignage
d'un Auteur contemporain
que la Maifon de Bragance étoit illuftre
qu'elle donnoit fon nom au Château qui
le portoit , que notre B. Barthelemy en
étoit forti , & que les Hiftoriens qui l'ont
dit après cet Auteur ne l'ont pas inventé ,
comme ce P. le leur impute. L'Auteur
contemporain dont je veux parler , eft
Antoine Gode , Noble Vicentin qui
a écrit une Chronique de la Ville de
Vicence , depuis 1194. jufqu'à 1260 ,
>
1. vol.
imJUIN.
1729. 1077
•
imprimée dans le VIII . Tome du grand
Recueil intitulé : Rerum Italicarum Scrip
tores. On trouve dans cette Chronique ,
page 92. de ce Volume , les paroles qui
fuivent, in civitate noftrâ Familia Nobiles
&c. Comites Bragantiarum ex quibus fuis
fuit Bartholomeus Epifcopus Vicentinus
de Ordine Prædicatorum. Cela eft précis ,
& me difpenfe d'alleguer d'autres autoritez.
Or fi la famille étoit la plus illuftre
de ce nom en Italie , quelle autre pouvoit
elle avoir donné le nom au Château
qui le portoit ?
A l'égard des riches talens & des qualitez
de Profeffeur , de Superieur , & de
Prédicateur que donne Thienæus à notre
B. Barthelemy , dans fon Catalogue des
Saints de Vicence , avec les autres Ecrivains
de la vie , le fçavant Jefuite n'en
parle guere plus exactement & obligeamment.
An Lector , dit - il , an Superior , an
magnus Divini Verbi Seminator , non eft
integrum afferere , fed neque negare. Il
avoue avoir lû dans le P. Barbaranus,
Capucin , qui a écrit l'Histoire Ecclefiaftique
de Vicence ( & qui n'a pû fe tromper,
ayant en main les Manufcrits de notre B.)
qu'il eft Auteur de plufieurs Sermons & de
plufieurs Traitez fur des matieres d'Ecole
, qu'on trouve entre les 19. Ecrits
dont le P. Echard , Dominicain , a don.
I. vol. Bij. né
1078 MERCURE DE FRANCE.
né au Public le Catalogue , Tome I. p.
258. de fes Ecrivains de l'Ordre de
S. Dominique. C'eft , dis -je , ce que
l'Ecrivain Jefuite avoue ; & , ce qui eft
difficile à comprendre , il doute en même
tems fr Barthelemy a jamais prêché &
enfeigné , & fi.ce celebre Théologien ,
qui felon fon Epitaphe , dont on parlera
ci- après , confondit Gallus , Chef d'un
parti Schi matique , & que Léandre Albert
, Dominicain appelle dans fon Traité
des Hommes Illuftres de fon Ordre ,
p. 115. Vir Litteratura infignis ob ingentem
Doctrinam Romam vocatus , a été
Teulement un médiocre Profeffeur.
Leandre qui écrivoit à Vicence en
1495.ne doit pas lui être fufpect, puifqu'il
le préfere à tous les autres Ecrivains de
la vie de Barthelemy , In hoc præftat
Leander quod alia multa prætermiferit que
àrecentioribus piè magis excogitata quàm
folidè probata funt . Mais le P. J. ne rapporte
pas les termes dont Leandre fe fert
dans la fuite . Non enim duxi hic omnia
narranda , alioquin volumen contexerem.
Expreffion par laquelle il dit plus que tous
les autres. Vous m'avoüerez , Monfieur ,
ici , que ce n'eft pas donner au Public la
vie d'un Saint , que de ne s'attacher uniquement
qu'à un Auteur qui ne donne
de notre B. qu'une page & démie d'un
I. vol.
gros
JUIN. 1729. 1079
gros caractere in - 42 . & qui déclare n'en
parler qu'en paffant. Nonnulli Epifcopi ,
nomenclatura Epifcoporum , mais duquel
il auroit à remplir un grand volume.
Le P. Echard , au reſte , eſt d'un ſentiment
bien different de celui du P. J.
puifque fi celui - ci doute des talens de no.
tre B. celui- là nous en affûre en ces termes
: Nec dubium quin apud fuos plurimi
habitus varios obtinuerit obiveritque
Regiminis aut ftudiorum honores.
M. Sponde nous donne de fon côté
une grande idée du riche talent de notre
B. pour la Prédication . Ce fçavant Annalifte
fe furpaffe dans la defcription qu'il
fait en l'année 1 2 33. & felon la Chronique
de Gerard jufqu'à 1236. des prodiges
que Barthelemi , Jean de Vicence
& plufieurs autres Miffionnaires des Ordres
de S. François & de S. Dominique
firent dans la Loinbardie , envoyez par le
Papo Gregoire IX. Hi omnes prædicabant
dit Muchete , quorum nonnullos B. Dominico
adhuc in hoc feculo agente ordinem
ingreffos . Barthelemi dit dans fa Relation ,
qu'il a été élevé par S.Dominique . Eruditi,
alien qu'il a pris l'habit des mains de Echard
S. Dominique , ce Gerard , Auteur contemporain
, exprime , dans le zele du P.
Jean , celui de fes Collegues par ces
paroles. Inauditum eft quod à tempore
1. vol.
B iij N.
1080 MERCURE DE FRANCE.
N. D. Jefu Chrifti per alicujus prædicationem
tot fuiffent in fimul Congregati quod
quantes fub occafione pacis fienda , ipfe
congregaverit in unum unanimiter Chriftum
laudibus & hymnis magnificantes.
L'autorité que le merite du P. Jean lui
avoit aquile fut fi grande , que foit jalousie,
foit efprit de parti oppofé à la paix ; quelqu'un
a voulu l'acculer d'ambition : mais
Sponde & notre fçavantJefuite le juſtifient
pleinement , & nous donnent comme un
des plus grands fruits de ces Miffions , l'Inf
titution de l'Ordre Militaire des Chevaliers
de Ste Marie la Glorieufe , fondé par le
B. Barthelemi , approuvé par Urbain IV.
Spend Ab hoc initio , dit - it, pour exprimer la
part que notre B.avoit eu à ces Miflions, &
fon union avec Jean de Vicence dans les
Prédications. Ad pacificandas civitates novus
Ordo , qui fanita Maria Gloriofa vocati
funt , factus autore S. Bartholomas
itidem Vicentino Pradicatorii Ordinis .
La fin de cet Ordre étoit de procurer
la paix dans l'Italie troublée , felon la remarque
du P. Alexandre , par les Guelfes
& les Gibellins , ce qui convient aux
termes de Gerard , fub occafione pacis.
fienda , & fait voir que Barthelemi , en
inftituant cer Ordre , avoit voulu confommer
cette paix generale qu'il avoit tâ
ché de procurer par fes Prédications.
7
1. vol.
Peut-on
JUIN. 1729. 1081
Peut-on dire après tout cela , comme
fait le P.J. An magnus Divini Verbi Seminator
, non eft integrum afferere. Semina
hujus Ordinis , dit Barbaranus , jeciffe cum
Joanne viro itidem Apoftolico. Les Miffions
finies , & notre Bienheureux dégagé
de fes emplois , tout concourt à le fuivre en
France , voyage affez ordinaire alors aux
Religieux Italiens de tous les Ordres .
Il eft conftant que S. Thomas d'Aquin
Saint Ambroise de Siènes , & plufieurs
autres Dominicains Illuftres ont demeuré
à Paris ; c'eft auffi dans cette Ville que
le B. Barthelemi , quoi qu'Italien , remplit
l'employ de Confeffeur du Roi faint
Louis que lui donnent Michel Pie , Razzi
, &c. Dominicains , & le P. Sirmond ,
Jefuite , dans fon Manufcrit communi.
qué à l'Abbé Archon par le P. de Baune.
Ĉe S. Roi , dit Archon dans fa Chapelle
des Rois de France , choifit d'abord un
Confeffeur dans l'Ordre de S. Dominique
, & il paroît conſtant que Barthelemi
de Vicence fut un des premiers. Fernandez
fixe le tems de cet employ vers l'année
1240. S.Louis étant alors âgé de 2 5 .
ans , & Barthelemi de 40. Cette époque
de 1240. paroît confirmée par la Dédicace
que ce Confeffeur fit de fon Traité de
l'Education des Princes à la Reine Marguerite
de Provence , époufe de S. Louis ,
I. vol.
B iiij la
1082 MERCURE DE FRANCE.
laquelle après cinq ans de mariage avoit
eu deux Princeffes , Blanche née en 1240 .
Ifabelle en 1242. & un Prince nommé
Louis , né le 21. Septembre 1143.
Barthelemi compofa fon Traité à cette
occafion , peut- être même à l'inſtance de
cette pieuſe Reine , dans lequel le Pere
Echard ne marque pas que l'Auteur ait
pris aucun titre , au lieu que dans fon
Ouvrage fur les Cantique des Cantiques
qu'il dédia à S. Louis , il fe qualifie Evêque
de Nimefie. D'ailleurs , le P. Mallet
Dominicain , qui met notre B. parmi les
hommes Illuftres du Convent de Paris ,
fait comprendre qu'il a fleuri dans cette
Ville , avant qu'il y vint , avec les qualitez
d'Evêque & de Légat , & que ce fut
dans cette premiere réfidence qu'il y remplit
la Charge de Confeffeur Ordinaire
de S. Louis. Voici comme parle là - deffus
le P. Mallet , Docteur de Paris. » Que
» dirons nous des actions héroïques de
» F. Barthelemi de Vicence , dont il a
» enflé la gloire de fon Ordre , en faisant
» la fonction de Confeffeur Ordinaire de
» S. Louis . Mallet n'ignoroit pas que ce
faint Roi , qui dans la Paleſtine fe confeffa
quelquefois à notre B. eut pour Confeffeur
ordinaire Geaufroy , du même
Ordre depuis 1248. jufqu'à fa mort , il
a donc prétendu que Barthelemi l'a été à
1. vol.
Paris.
JUIN. 1729 :
1083
Paris . L'auroit-il mis parmi les hommes
Illuftres de ce Convent, s'il n'y avoit pas
été affigné par les Superieurs.
Pour ce qui eft de la Charge de Maître
du Sacré Palais que notre B. a fi dignement
remplie ; où il faut que le P. J. la
reconnoiffe en lui , ou qu'il profcrive entierement
Léandre Albert , fon Auteur
de choix ; puifque Léandre dit pofitivement
que notre B. exerça cette Charge à
Rome & à Lyon. Bartholomeus Vicenti
nus vir litteratura infignis , Romam vocatus
Magifterfacri Palatii factus , excellentiffime
D. Dyonifii Areopagita libros
coepit coram tota curia enucleare. Voilà
fon féjour à Rome , voici celui de Lyon,
où il continua à interpreter les Ouvrages
de S. Denis. Dum effet in Galliis Bartho-
Tomaus libros quofdam D. Dyonifii legit.
Ce qui s'accorde parfaitement avec
l'Histoire Ecclefiaftique , qui marque
qu'Innocent IV . fous lequel notre B. étoit
maître du Sacré Palais , élu Pape le 24 .
Juin 1243. fe vit obligé de fe refugier à
Lyon au mois de Decembre 1244. pour
éviter la perfecution de l'Empereur Fréderic
, & ce fut à cette occafion que ſon
Maître du Sacré Palais paffa de Rome en
- France : different féjour qui prouve la verité
du témoignage de Léandre , lorsqu'il
lui attribue cette dignité , Magifter Sacri
1. vol. { By Palatii
1084 MERCURE DE FRANCE.
Palatii factus. Si le P. J. eut eu ce traît
de l'Hiftoire Ecclefiaftique préfent , il
n'auroit pas abandonné ici fon Léandre ,
ni écrit ces mots , Ambabus ulnis amplectuntur
Encomifta noftri & contra pugnare
videtur. Sous prétexte que quelques Auteurs
ne s'accordent pas fur le tems précis,
quoiqu'ils conviennent tous du fait . Sacri
Palatii Magifterio functumferunt communiter
, dit le P.Echard , quod & libens annuerim,
ultra ufque ad Innocentium IV. à
quo creatus Epifcopus Nemefinus .
Barbaranus(ditle P. J. ) qui a tâché de déchiffrer
l'ancienne Epitaphe de Barthelemi,
ne parle pas de la Charge de Maître du Sacré
Palais. Croyez vous , Monfieur , qu'il
y ait du prodige que cet Ecrivain n'y ait
point vû ce que près de deux cens ans
auparavant Léandre y pouvoit avoir lû ?
N'eft- il pas naturel qu'avec le tems tout
déperiffe? D'ailleurs , Barbaranus déclare
qu'il a trouvé les Vers de cette Epitaphe
prefque effacez. Inter plures alios injuriâ
temporum deletos fic habet verfu quodam
fervato & legibile Jerufalem Patriarcha
fuit , &c. Ces derniers mots font naître
au P. J. une feconde difficulté auffi peu
fondée que la premiere ; Léandre , ajoûte-
il , qui vivoit près de deux cens ans
avant Barbaranus , devoit par conféquent
y avoir lû le même Vers.
▲ .vol.
Jerufaltum
JUIN. 1729 1085
Jerufalem Patriarcha fuit.
1
il
D'où vient qu'il n'en parle pas ?
Léandre répond lui- même qu'il n'a pris
de l'Epitaphe que ce qui lui convenoit
pour relever l'éclat de la Doctrine de
Barthelemi , par la Charge de Maître
du Sacré Palais , Charge qui demande
un homme fçavant , & il a laiffé le Patriarchat
& l'Epiſcopat de Nimefie
'ne lui donne pas non - plus le furnom
de Bragance , d'où le P. J. n'a pas manqué
de conclure qu'il falloit qu'il ne fût
pas de cette Maifon , puifque Leandre ne
le difoit pas. Leander tantùm Bartholomæum
Vicentinum, & c. Cependant ces deux derniers
faits font infaillibles . Pourquoi voudra-
t -il conclure qu'il n'a pas été Patriarche
, parce que Leandre ne le dit pas ,
n'ayant pas à en parler , non enim duxi
omnia narranda alioquin volumen contexerem
: venons maintenant à l'Epifcopat
de Nimefic.
Le P. J. ne contefte pas cette dignité
à notre B. puifqu'il cite les propres termes
de la Relation que ce S. Prélat a faire
de fon Voyage en Chypre , & de fa prife
de poffeffion . Tempore quo Nimonicenfis
civitatis nobis Pontificatum contulit Apof
tolica Sedes , & c. Mais ce qu'on aura de
la peine à croire , ce Pere femble enfuite
le nier , en doutant s'il y a dans le monde
I. vol.
B vj une
1086 MERCURE DE FRANCE.
une Ville de Nimefie. Ultrò fateor can
dide me ignorare que fit ifta civitas , Nemonicum
, Nemovicum. Il y a dans la Relation
qu'il cite , Nemonicenfis civitatis
où va- t-il donc chercher Nemonicum
Nemovicum ? S'il étoit permis de s'égayer
fur un fujet auffi férieux , ce feroit peutêtre
ici l'endroit de le faire , mais je me
contenterai de prouver que la Ville de Nimefie
, dont Barthelemi a été Evêque ,
n'eft pas un être de raiſon.
L'autorité du P. Etienne de Lufignan
Dominicain , Auteur d'une Hiftoire du
Royaume de Chypre , & né dans cette
Ifle , que les Ancêtres ont poffedée , peut
feule fuffire pour prouver que c'est une
Ville d'Afie fituée dans le Royaume de
Chypre. Voici comment cet Ecrivain
s'exprime fur fa fituation & fur les differens
noms. Neapolis ad maris oram è regione
fita Gracis hodie Limiffa nova , Latinis
veròLimoncia fiveNemofia diƐta &c .
qui Cyprum navigant in terramfanitam
Nemofia , qua Limiffa dicitur hodie , mare
confcendunt. Ajoûtons à cette autorité
celle des Conciles Generaux Tom. XI.
impreffion du Louvre, p . 2352. & 2409 .
où l'on trouve Concilium Nemonicienfe
fub Gerardo Archiepifcopo Nicofcienfi
ejufque fuffraganeis & Berardo Nimocien-
G. Nicoffie eft comme l'on fçait la Métroi.
vol.
pole
JUIN. 1729.
1087
pole du Royaume de Chypre . Le Pape
Alexandre IV. envoya trois Procutations
dattées du 3. Juillet 1260. à l'Evêque de
Nimefie. Nemicienfi Epifcopo . Enfin Ferrarius
& Baudrand , deux habiles Géographes
, & tous les Levantins l'appellent
encore aujourd'hui Nimiffo ou Limiffo
, apud Gracos Nemeff.
C'eft de cette Ville que le S. Prélat occupé
à remplir les fonctions de fon Miniftere
, fut obligé de partir pour paffer
dans la Paleſtine par ordre du Pape Innocent
IV. avec la qualité de fon Nonce
auprès du Roi S. Louis , qu'il eut l'honneur
d'accompagner à Joppé , à Sidon
&c. comme notre B. le rapporte lui même
dans la Relation ; ce choix du Pape
& la grande confiance que S. Louis lui
témoigna en fe confeffant fouvent à lui ,
quoique Geofroy de Beaulieu de Bethomas
, du même Ordre , fût fon Confeffeur
erdinaire , font affez connoître qu'il avoit
eu autrefois accès auprès de fa perfonne
Royale , dequoi le Pape voulut fans doute
profiter & que ce n'étoit pas la premiere
fois que ce pieux Monarque avoit mis le
foin de fon falut entre fes mains .
Il me refte à parler du titre de Patriarche
de Jerufalem , que ce venerable Prelat
a porté, & qui lui eft légitimement dû
pour en avoir rempli la dignité pendant
1. vol.
quelque
1088 MERCURE DE FRANCE.
quelque temps . Le fçavant P. Papebroch
dit pofitivement que notre B. a été Patriarche
de Jerufalem , ( a) Jerufalem Patriarcha
fuit , qu'il alla prendre poffeffion du
Patriarchat & qu'il s'en démit deux ans
après. Le P. Echard , qui convient qu'on
peut lui avoir donné ce titre , ou pour avoir
fait les fonctions de Patriarche , ou pour
en avoir refufé la dignité , nous fournit à
peu près le temps auquel il a pû en être
revêtu , en dilant qu'il ne trouve pas le
fujet qui a rempli le Siege de Jerufalem
depuis Urbain IV . qui de Patriarche de
cette Eglife , fut élu Pape le 19. Août
1261. jufqu'à Guillaume Evêque d'Agen ,
( rapporté par Reynaldus ) qui fut nommé
Patriarche de Jerufalem vers l'an 1263 .
Tandem fummus Pontifex Guillelmum ad
Prafatam Sedem erexit 1263. efpace de
temps qui convient avec l'abſence de Barthelemy
de fon Evêché de Vicence ; car
les Chroniques , qui avant la S. Michel
1261. & après la Purification de 1263 .
rapportent fouvent fon nom , fe contentent
dans cet intervalle de parler d'un
Evêque de Vicence , fans dire le nom ni
le furnom de ce Prélat .
On trouve cependant fon nom dans l'Italia
Sacra Dughellus.com. V.qui dit avoir
( a) In Appendice ad feriem Epifcoporum
Hierofol. tom.8. Maii , på 702.
1. vol .
lâ
JUIN. 1729. 1085
lû dans un ancien Manufcrit de la Bibliotheque
du Convent de S. Sauveur de
Septimo , Diocèfe de Florence , que l'Evêque
de Vicence , nommé Rodolphe en
M. CCLXIV . à peu près dans ce tempslà
, leva l'interdit de l'Eglife de fainte Recuperate
, au lieu de Caftro - Caro , &
Ughellus ajoûte , on ne fçait pas au vrai
le jour de la mort de Rodolphe , anifi on
ignore s'il a précedé ou fuivi Barthelemi
dans fon Epifcopat. L'embarras de cer
Auteur prouve ce que nous avons dit &
que les deux faits font certains ; fçavoir ,
que Rodolphe afuccedé à Barthelemi lorſ.
qu'il alla à fon Patriarchat , & qu'il l'a
précedé lorfqu'à fon retour il revint à fon
premier Siege de Vicence.
Il est vrai que l'année M. CCLXIV.
citée par Ughellus, que le P.Papebroch a
fuivie , ne répond pas exactement à l'abfence
de notre Patriarche depuis 1261.
jufqu'à 1263. mais outre que c'eft toûjours
dans l'intervale de fon Pontificat de
Vicence , il eft plus probable qu'Ughellus
en lifant ce vieux Manufcrit fe foit trompé
de deux ans dans le chiffre , que de croire
qu'il ait erré dans tant de noms , de furnoms
& de faits d'une découverte & d'une
Ceremonie fi bien circonftanciées , cer
argument négatif doit fans doute ceder à
1. vol.
tant
1090 MERCURE DE FRANCE .
tant de faits pofitifs , d'où il eft aiſé de
conclure que à le file P. Echard , dont le P. J.
a fuivi le fentiment , n'a pû trouver le
nom du Prélat , qui dans cet intervale a
zempli le Siege Patriarchal de Jerufalem ,
il paroît naturel d'y placer notre Barthelemi
que prefente le Martyrologe de Caftellan
ou Chatelin , au premier Juillet ,
& encore l'Epitaphe dont je vais parler,
laquelle , felon le P. J. & le P. Echard , a
près de 400. ans d'ancienneté & près de
500, ans dans fon Original, au fentiment
de Leandre , qui veut que ce foit le
mier Tombeau de Barthelemy.
pre-
Barbaranus nous affure dans fon Hiftoire
Ecclefiaftique , Liv. II . avoir vû cetteEpitaphe
de notre B. fur fon Tombeau, & y
avoir lû ce Vers d'un caractere très bien
formé parmi plufieurs autres prefque effacez.
Jerufalem Patriarcha fuit dilexit & omnes.
Boffanus , qui étoit Prieur des Dominicains
de Vicence en l'année 1663. confirme
la chofe en renouvellant cette ancienne
Epitaphe , qu'il avoit fous fes yeux.
De plus le R.P. Octavien Zenobrius Jefuite
, Recteur du College de la même
Ville , convaincu de la verité du fait , en
voulut faire part au R. P. Papebroch ; &
1. vol. ce
4
1091
JUIN. 1729.
ce fçavant Jefuite a publié ce témoignage,
comme nous l'avons déja vû. Jerufalem
Patriarcha fuit. Le P. J. même reconnoît
l'accord des Ecrivains qui ont vû cette
Epitaphe , Sedulo notandum Poëtas hos
omnes Bartholomeum ( rotunde ) appellaffe,
Hyerufalem Patriarcham , il lui rend la
defference qu'elle merite dans fa copie : je
vais , dit- il , la rapporter à la gloire du
Saint , Ad B. gloriam reprefentari meretur
; mais notre Critique ajoûte que
dans ce fiecle peu éclairé , on croyoit que
les Evêques qui paffoient en Orient étoient
tout autant de Patriarches. Apud homines
illos vix mediocriter doctos , idem vifum
eft in Oriente , Epifcopum effe ac Patriarcham.
*
›
}
Les Dominicains qui brilloient dès le
premier fiecle de leur Ordre , & qui compoferent
cette Epitaphe de leur Saint ,
& illuftre Confrere enterré dans leur
Eglife , n'étoient donc , felon le P. J.
que de bonnes gens , de très-médiocre Litterature
& incapables de diftinguer un Patriarche
d'avec un Evêque ; mais ce Pere
me permettra de lui dire que fon idée n'eft
pas jufte , & qu'il doit fentir par fa propre
experience , après avoir avoué qu'il ne connoît
point là Ville de Nimefie , que les
* Domeftica tamen vera , difoit S. Gregoire
de Nazianze , en parlant de la fainteté de fa
Famille.
1092 MERCURE DE FRANCE .
Italiens par leur commerce continuel avec
le Levant , connoiffoient mieux ce Pays
en ce temps - là que les Chrétiens le poffedoient
, qu'on ne le fait aujourd'hui qu'il
eft fous la domination des Infideles.
Croyez - vous en effet , Monfieur , qu'on
ignorât alors ce que c'étoit que la Ville
& l'Evêché de Nimefie, & qu'on n'eût pas
critiqué quiconque fe feroit avifé d'écrire?
Ultro fateor candide me ignorare quæ fit
ifta Civitas.
Le P. Echard , au refte , qui a bien ſenti
la force de cétte Epitaphe, reconnoît qu'elle
feroit preffante , fi c'étoit celle qui fut
mife fur le premier Tombeau de notre
B. au lieu que n'étant qu'une feconde Inf
cription mife fur un fecond Tombeau en
1353.81 . an après la mort , elle n'eft pas
felon lui , fi digne de foi. Urgeret quidem
illa fi ea effet qua primo ejus tumulo infculpta
cum ad fuperos evolavit. Leandre
qui demeuroit au Convent de Vicence en
1495. affure cependant que c'eft le premier
Tombeau l'Epitaphe le dit auffi ,
mais transferé de fa premiere place.
Sanita fuopriùs hac Altaria pulvere , lata .
Gaudebant , ubifcala Chori nunc eft fabricata.
Vita functus eft , dit Leandre , atque Sepulchro
quod adbuc cernitur fepultus : lampas
ante ejus facrum corpus manet accenfa .
1. vol.
Quoi
JUIN. 1729 1093
Quoi de plus pofitif? Je veux même
que ce foit un fecond Tombeau , le P.
Echard convient du moins que fur le premier
il y avoit une Epitaphe qui doit avoir
été le modele des autres. Qui pourra croire
que 81. ans après on fe foit avifé de la falfifier
en y ajoûtantJerufalem Patriarchafuit?
En vain le P. Echard fe voyant preffé
par l'Epitaphe , fe jette- il fur le deffaut
de l'Acte de cette promotion de Barthelemi
au Patriarchat de Jerufalem . Il eft vrai
qu'on ne trouve point d'Acte de cette
nature ; mais qu'il nous montre lui - même
celui de la promotion du P. Elie Dominicain
de Riez en Provence au Patriar
chat d'Antioche, que Fontana n'a pas trouvé
ni au Vatican , ni ailleurs , promotion
que le Pere Echard nous donne néanmoins
& avec juftice comme certaine dans l'Addenda
de fon premierTome,fur le feul témoignage
d'Acuna , Archevêque de Brague.
Et où en feroit - on , Monfieur , fi
pour regler la Chronologie des Patriarches
Orientaux , il falloit toûjours avoir
en main des Procès Verbaux , principalement
depuis soo . ans ? En vain , ajoûtet-
il , que lors de la Tranflation des Reliques
de S. Dominique , faite en 1267 .
Barthelemi ceda le pas à l'Archevêque de
Ravennes ; cela étoit très- jufte . La Tranf
lation fe faifoit à Boulogne , alors Evê-
I. vol.
ché
1094 MERCURE DE FRANCE .
ché dont ce Prélat étoit Métropolitain ,
depuis que l'Empereur Valentinien lui eut
foumis 12. Evêchez : de plus notre B.
n'étoit plus Patriarche , mais feulement
Evêque de Vicence ; le premier étoit
étranger , prié de faire la ceremonie , dont
Barthelemi , en qualité de Dominicain ,
faifoit les honneurs . Que fi en fignant l'Acte
de cette Tranflation , & par tout ail
leurs , il ne prend que la feule qualité d'Evêque
de Vicence , le fait n'eft pas fans
exemple : S. Celeſtin s'étant démis de fon
Pontificat , ne prit jamais le titre d'ancien
Pape ; & Benoît XIII . qui gouverne aujourd'hui
fi dignement l'Eglife , ayant
paffé en 1680. de l'Archevêché de Man .
fredonia à l'Evêché de Cefenne , ne prit
plus le premier titre ; & quand même il
n'auroit pas été Cardinal , il n'auroit pas
figné Evêque de Cefenne, & ancien Archevêque
de Manfredonia .
Pour ce qui regarde le Teftament de
de notre B. le P. Papebroch le rejette
comme faux , & notre P. Jef. le déclare
imparfait ; quoiqu'il en foit on n'en peut
titer aucune jufte confequence pour le
fait dont il s'agit ici : car s'il n'y eſt pas
parlé du Patriarchat , il n'y eft rien dit
auffi de l'illuftre naiffance de ce S. Homme,
qui cependant eft bien certaine , & qui
n'auroit pas dû être obmife dans un tel
1. vol.
Acte
JUIN. 1729: 1025
Acte. Ajoutons que l'humble Prélat étoit
bien éloigné de rappeller les titres pompeux
de fes dignitez paffées , lui qui en
fignant fon nom , fe difoit le plus petit des
Evêques , ultimus Epifcoporum. Voilà
Monfieur , ce que j'ay crû devoir obferver
en faveur de la verité & pour la gloire
d'un fi faint Evêque . Je fuis , &c .
XXXXXXXX XXX :XXXX
ELEGI E.
Alheureufe Silvie , à quoi fervent des
larmes , MAI
Qui ne font chaque jour qu'augmenter tes allarmes
!
A quoi bon au milieu des plus vives douleurs
Recourir deformais à d'inutiles pleurs !
Mille triftes foupirs que tu pouffes fans ceffe ,
Pourront ils rappeller l'objet de ta tendreffe ?
Et tandis qu'un ingrat mépriſe tes attraits ,
Eft - ce à toi de payer le prix de fes forfaits
4
Perfide ! c'en eft trop je fçaurai te les vendre
Ces pleurs qu'un lâche amour me force de repandre
;
Envain au fond d'un Cloître à l'abri de mes
coups ,
Tu crois pouvoir braver un trop jufte cours
roux ;
1096 MERCURE DE FRANCE .
Si je prolonge encor une funefte vie ,
Ce n'est que pour venger une Amante en furie
:
Dans le tranfport affreux dont mon coeur eft
épris ,
Je veux que de ton fang tu payes tes mépris.
Non , un coeur irrité ne cherche pas à feindre,
S'il n'efpere plus rien , il n'a plus rien à crain
dre ;
Ne pouvant regagner le coeur de mon Amant',
Il faut que je l'immole à mon reffentiment.
Ma douleur à la fin heureuſement s'irrite ,
Bientôt pour démaſquer ton viſage hipocrite ,
Pénetrant les détours d'un Convent odieux ,
Je punirai ton crime à la face des Cieux.
De fes charmes trompeurs trop funefte
penſée !
Ne viens plus appaifer une Amante offenfée ;
Songeons plutôt, fongeons à ces adieux cruels,
Qui percerent mon coeur des coups les plus
mortels ,
Où méprifant mes pleurs & ma douleur profonde
,
Il me dit qu'abjurant le vain éclat du monde ,
Honteux d'avoir fuivi fes folles voluptez ,
Il quittoit pour jamais toutes fes vanitez .
Traître! tu déguifois ton ame criminelle ,
Indigne de brûler d'une flamme fi belle ,
Un lâche repentir te détachant de moi ,
I. vel.
FourJUIN.
1729. 1097
Fourniffoit une excufe à ton manque de foi..
Et vous ,
lages ,
triftes témoins de fes ardeurs vo
Lieux jadis fi charmans , aujourd'hui fi fauvages
,
Pour m'aider à convaincre un Amant impoſteur
,
Daignez me réveler les fecrets de fon coeur :
Que n'ais-je le plaifir ici de le confondre !
A vos fideles voix que pourroit- il répondre ?
Ces Forêts , ces Rochers , tout parle de fes
feux ,
Et rien de ces remords plus faux que vertueux,
Mais devrois -je m'en plaindre? en ce fiecle
où nous fommes ,
Eft- ce plus conftamment qu'aiment les autres
hommes ?
S'ils ont quelques égards pour nos foibles attraits
,
Ah ! c'eft pour nous porter de plus dange
reux traits.
Tandis qu'à leur amour il nous trouvent rebelles
,
Leurs flammes font pour nous fincères & fidelles
;
Mais à peine font- ils maîtres de notre coeur ,
Qu'ils ofent fans remords éteindre leur ars
deur.
Qu'a -t-il fait qu'imiter un fexe fi perfide !
1. vol.
Toujours
1098 MERCURE DE FRANCE .
Toujours de notre honneur perfécuteur avide
Eh ! devrois - je accufer un Amant malheureux
Qui n'en fuit qu'à regret l'exemple dange
reux !
Que dis- je ? le fait- il ? Non , toujours en fon
ame
J'ai vu pour moi regner une conftante flamme ;
Aucune autre que moi n'a pû charmer fes
fens
Avant qu'à l'Eternel il offrit ſon encens.
Pourrois-je fouhaitter qu'il eut porté l'outrage
斧
Jufqu'à m'en venir faire un facrilege hommage
?
Et prétendrois-je enfin qu'une foible beauté
Eut plus d'attraits pour lui que la Divinité,
Quoi donc ! de fa vertu ma fureur ennemie
L'attaque , la pourſuit , la couvre d'infamie :
J'ai féduit fa raifon ; j'ai corrompu fon coeur ;
Et j'ofe m'oppofer encor à fon bonheur !
Au lieu de l'imiter , monftre de la nature !
Pourquoi l'accables- tu des traits de l'impofture
?
Si jadis il reçut tes foupirs & tes voeux ,
N'y répondit- il pas par les plus tendres feux ?
En montra -il jamais la moindre ingratitude
Ah!mortel fouvenir du tourment le plus rude !
Puis-je outrager un coeur qui renonçant à
moi
I. val.
Ne
JUIN. 1729.
THEQUE
Ne viole en ce jour fes fermens ni fa fai !!
YONC
Il me quitte , il eft vrai , mais mon amour tar
fible.
VILLE
Aux graces de fon Dieu le rendoit infenfible
Et mon pouvoir fur lui peut- il mieux éclater
Que lorfque pour me fuïr il lui faut tout
quitter ?
Non , non , fon changement n'eft que trop
legitime ,
Et fa perfeverance auroit été fon crime ;
Si d'un amour funefte il n'eut purgé fon coeur ;
Pouvoit- il éviter le bras d'un Dieu vengeur-
Pardonne , cher Amant , fi ma jaloufe rage
A fait à ta vertu le plus honteux outrage ,
Je t'aimois trop, helas ! pour la pouvoir fouffrir
.
Je la haiffois trop pour ne la point flétrir.
De fa feverité mon ame couroucée ;
Pouvoit elle un moment en fouffrir la penſée
Pouvoit- elle approuver un vertueux deſſein ,
Qui m'arrachant ton coeur me déchiroit le
fein ?
J Nourriffant à regret le feu qui me poffede .
J'en connoiffois le mal & fuyois le remede ,
Et mon coeur défarmé fans avoir combattu
Cherchoit à s'en venger jufques fur ta vertu.
Te perdant pour jamais , je me fentois capable
1, vol.
C
1100 MERCURE DE FRANCE.
K
De tout ce que l'Amour a de plus redoutable ,
La mort même en ce jour & toutes les horreurs
,
A peine pouvoit elle affouvir mes fureurs.
€ effez , il en eft tems , cruelles Eumenides
De répandre en mon coeur vos poifons homicides
,
Ceffez de m'infpirer ces tranfports furieux
Qui me font détefter la lumiere des Cieux :
N'en fuis- je pas affez la funefte victime !
Voulez-vous jufqu'au bout m'engager dans le
crime ?
Helas ! & contre qui voulez- vous m'animër ?
Contre l'unique objet qui me fçût enflammer *
Dont encor malgré moi mon ame poffedée ,
Peut à peine éloigeer la dangereuſe idée ,
Ciel fi c'eft t'offenfer que de penfer à lui ,
Contre de tels attraits deviens donc mon apui,
Arrache de mon coeur cette flamme funefte ,
Eteins un feu fatal que déja je détefte :
J'ai befoin , ô mon Dieu , de toi pour le
dompter
Sans ton fecours envain le voudrois- je tenter :
Ta grace dont l'attrait fçait vaincre tout obftacle
,
Peut feule en ma faveur operer ce miracle :
Daigne rompre mes fers , & je les quitterai ,
Daigne m'ouvrir les yeux, & je te chercherai .
I. vol.
Mais
JUIN.
1729. 1101
Mais quel calme à l'inſtant vient regner
mon ame. !
Déjaje fens l'effet d'une célefte flamme ,
Acheve ton ouvrage , ô
dane
grace de mon Dieu ,
Et je dis à ce monde un éternel adieu.
Puur toi , dont jufqu'ici la trop chere mea
moire
Balançoit dans mon coeur une telle victoire ,
Tu viens de me donner un exemple trop beau.
Pour ne pas l'imiter juſqu'au bord du Tombeâu ,
Ne crains plus déformais qu'une chere ennemie
Se plaiſe à réveiller ton ardeur endormie ,
Non , jamais mes regards ne te feront fentir
D'un jufte changement l'injufte repentir.
Tu me fus autrefois trop foumis , trop fidele,
Pour nepas m'engager à fuivre ton faint zele
Si même amour jadis enflamma notre coeur ,
Même fort déformais en fera le bonheur.
Oui , je vais de ce pas au fond d'un Monaftere
,
D'un Dieu vengeur du crime appaifer la colere
,
Et d'un amour profane en des torrens de
pleurs
Eteindre à l'avenir jufqu'aux moindres ardeurs.
L'Abbé le Blanc.
1. ECLAIR vol. Cij
1102 MERCURE DE FRANCE.
katatatatatatata
ECLAICISS E MENT fur une Loy
an fujet des Dépoüilles Opimes ....
&furle culte qu'on a rendu aux Phalles ,
Ityphalles .... LETTRE écrite de
Chambery , par M. Adam , M. le 8
Septembre 1728 .
Ous ne m'avez pas peu furpris .
V Monfieur,de me demander l'ex-
,
plication de la Loi que je vous ai rapportée
au fujet de l'ufage que l'on devoit
faire des Dépouilles Opimes . A la verité,
je me doutois bien que cette Loi vous
arrêteroit à la premiere lecture que vous
en feriez mais je ne la croyois point
une Enigme impenetrable à vos lumieres.
J'étois au contraire perfuadé qu'un
feconde lecture faite avec un peu d'attention
, ou tout au plus une troifiéme , vous
en développeroit entierement le fens ; pour
cela il fuffifoit feulement de fçavoir la
difference que les Romains mettoient entre
celui qui faifoit une action , & celui
fous les aufpices duquel elle étoit faites
mais vous n'avez pas jugé à propos de
prendre la moindre peine là - deffus. Pour
répondre donc à votre empreffement , je
Vous renvoye la Loi avec des chiffres qui
vous indiqueront les éclairciffemens que
je puis vous procurer.
QUOJUI
N. 1729. 1103
Qvojus auſpicio clase procinēta
opeima Spolia capiuntur Jovei Feretria
bovem cadito , quei cepit aeris trecentum .
6 7
8
darier oportetos Secunda Spolia endo Mar-
8 10
tis afam endo campo fuovetauriliad utra
volet , cadito , quei cepit aeris ducentum
6 7
4
darier oporteto , quoios aufpicio capta Diis
piaculom dato.
EXPLICATION.
1. Quojus pour cujus . 2. Clafè pour
Claffe. ( Claffe procinta . ) ces mots ne
fignifient pas une Flotte , comme on pourroit
fe l'imaginer , mais une Armée de
terre rangée en bataille , & prête à combattre
, comme qui diroit exercitus inftruc
tus. Les Romains difoient même Claffis
clupeata , pour fignifier leurs Armées de
terre. Le mot procineta vient de ce que
les Romains togis incinti pugnabant.
Lorfqu'ils étoient fortis du Camp & prêts
à combattre , ils appelloient cela être endo
procinetu , ou comme vous le verrez plus
bas , in procinitu .
3. Opeima pour opima . Cela vous ſuffit
, vous n'ignorez pas , je croi , la diftinction
qu'on mettoit entreOpima Spolia,
prima ... Secunda ... Tertia Spolia ……. 1. vol.
C iij : &
1104 MERCURE DE FRANCE.
& que chacun de ces avantages avoit fa
récompenfe
proportionnée .
4.Quei pour qui . 5. aeris pour aris. 6.
darier pour dari. 7. oporteto pour oportet,
8. Endo eft un ancien mot qui a tou
jours fignifié la même choſe que la prépofition
in. Les Romains difoient indifferemment
l'un & l'autre. v. g. endoitium
pour initium . endo-plorato pour implorato.
endoferto pour inferto. endo procinctu
pour in procinctu . endo vient
apparemment
de rdov qui fignifie intùs .
9. Afam pour aram. Cet exemple n'eft
pas rare. PELEX afam Junonis nei tagito,
fei tagit Junonei crenebis dimifeis acuam
feminam cadito. Qu'une Concubine ne touche
point l'Autel de Junon , & fi elle le
touche , qu'elle foit condamnée à facrifier
une petite Brebi à Junon , ayant les che
veux épars.
Les Romains mettoient fouvent l's au
lieu de l'r. v. g. aufum pour aurum . pluſa
pour plura. Plufa fonera unei nei facito ,
neive plufes lectos endoferto . Ainfi pour
revenir à notre afam , les anciens Romains
appelloient leurs Autels anfa ; parce que
ceux qui venoient invoquer les Dieux ,
tenoient le coin de l'Autel avec la main.
Talibus orantem dictis araíque tenentem
Audiit Omnipotens , En. IV. Plaute nous
a auffi confervé un exemple de cette pra-
' x . vol.
tique
JUIN. 1729. 1105
tique. Tange atam Veneris , per Venerem
tibi jurandum eft.
Varron dans les Notes fur Macrobe ,
L. III . 2. donne une autre origine au mot
afa ( Autel ) c'eſt , dit - il , que les Trépieds
facrez avoient des anfes , que ceux qui
venoient facrifier tenoient avec leurs
mains. ( Aras dictas olim effe alas , quafi
anfas quibus vafa teneri folent , quemadmodum
Valerii , & Furii , priùs dicebantur
Valefii , & Fufii.
10. Suovetapriliad pour fue ove tauro ,
un Sacrifice d'un Pourceau , d'une Brebi
& d'un Taureau . Vous pouvez voir ce que
le fçavant D. Bernard de Montfaucon a
écrit fur cette efpece de Sacrifice. Le D.
qui eft à la fin étoit en ufage chez les Romains
dans le ſtile légal. En voici quelques
exemples . SEI quis hemonem liberom
fciens dolo malo mortei duit , parricida d
efto d. Si quelqu'un tuë un homme libre
exprès & par malice , qu'il foit déclaré
parricide.SEI im imprudens ,fe dolo malo d
occifit , pro kapito occifei , & nateis ejus
endo concione arietem fobjicito . Que fi il
le fait par imprudence , qu'il foit obligé en
pleine affemblée de facrifier un Belier pour
la vie qu'il lui a ôtée .
SEI. pue parentem . verberit. aft.ole. pla
rafit. puer. Deivis.parentom . Sacer. efto d.
SEI Patronos clienti fraudem faxcit , facer
I. vol.
Ciiij efto d
1106 MERCURE DE FRANCE.
fto d. PATREBOS cum Plebed connubia
nei funto. Que les Mariages foient deffendus
entre les Patriciens & les Plebeiens.
Enfin la Colomne de Duellius pugnandod
vous donnera fur ce fujet les éclairciffemens
que vous pouvez , je croi , defirer.
Voilà , Monfieur , ce que je crois fuffire
pour votre fatisfaction .
J'ai été furpris que vous n'ayez pas remarqué
la bévue que j'ai faite en attribuant
cette Loi à Numa , & qui n'eft cer
tainement point de lui. On s'expofe à
donner dans de grands travers quand on
fuit les yeux fermez des guides aveugles ,
& par confequent peu fideles , & dont on
devroit le défier à chaque pas que l'on fait.
C'eft , Monfieur , ce qui n'eft arrivé au
fujet de la Loi en queſtion . Je devois bien
me défier de l'exactitude d'un Auteur dont
j'avois déja découvert plufieurs abfurditez
, une pour emple vous fuffira . Cet
Auteur voulant raduire un Paffage de
Pline , a pris une Vigne pour la Luette.
Voici le Paffage en queftion . Succo hujus
herba refiftitur uva. On remedie , dit- il ,
à la Vigne par le fuc de cette berbe . Ce
font, Monfieur , fes propres termes, & tels
qu'on les lit dans un de fes Ouvrages . *
Et crimine ab uno difce omnes.
★ Dictionarium Latino Gallicum Danetii.
verbo refiftere.
. I. vol.
Mais
JUIN.
1729. 1107
ΟΙΝΟ .
Mais revenons à notre Loi . Elle ne peut
être de Numa . Les termes n'ont point le
caractere d'une fi haute antiquité. L'Infcription
celebre du Conful Scipion eft
moins intelligible quoique pofterieure de
près de 400. ans . Horn c.
PLOIREMI . CONSENTIONT . R.Buo-
NORO . OPTUMO . Quand il ne feroit
pas certain que notre Loi n'eft pas de Numa
, un peu d'attention & de critique fuffiroit
pour lever tous les doutes qu'on
pourroit avoir. La Loi porte , par exemple
, que celui qui aura remporté les fecondes
Dépoüiles , c'eft - à - dire , les Dépoüilles
du fecond Ordre , doit faire fon
Sacrifice à l'Autel de Mars , ou ce qui
eft la même chofe , dans le Champ de
Mars .... Or il eft clair par toutes les
Hiftoires , que ce Champ de Mars n'a
commencé à fubfifter qu'après le dernier
Tarquin. On fçait qu'après l'expulfion de
ce Roi , les biens qu'il poffedoit furent
confifquez au profit du Public , & que fon
Champ qui étoit le long du Tibre fut confacré
au Dieu Mars , fous le nom de CAMPUS
MARTIS , pour fervir aux exercices
de la jeuneffe Romaine. Il eft donc plus
probable que notre Loi est tirée des Li
res Pontificaux.
La fuite pour le mois prochain.
1. Vol..
Cr
LE
1108 MERCURE DE FRANCE:
LE TRIOMPHE
DU PARNASSE ,
Concert de trois Voix avec Symphonie:
E quels tranfports mon ame eft - elle
DEémuë ?
Quel fpectacle nouveau ſe preſente à ma vûë !
C'eft le facré Vallon
Des Mufes d'Apollon ,
La demeure cherie.
Le Maître du Parnaffe aux neuf fçavantes
Soeurs ,
Des dons des Immortels partage les faveurs..
Quelle celefte Harmonie , *
Sur la Terre & dans les Airs !
Ecoutons ces raviffants Concerts .
Apollon. Récit.
Mufes , que toujours votre zele ,
Digne des feux que je répans ,
Conduiſe à la gloire immortelle ,
Ceux qui vous offrent leurs encens .
De tous les biens que le fort donne,
Il n'en eft point de plus certains,
Que ceux dont les fils de Latone
Peut favorifer les Humains.
1. vol.
Airs
JUIN
1109
1729.
Airs.
Non la gloire la plus belle,
Sans le fecours de mes Vers ,
Ne peut fe rendre immortelle
Et remplir tout l'Univers :
Jamais le partage
De mes dons brillants ,
N'a fenti l'outtage
Da fort, ni du temps.
Récit de Baffe.
Vous , avec qui m'unit l'Amour de l'Harmo
nie ,
Accourez , Favoris du divin Apollon ,
Prenez part aux tranfports dont mon ame eft
ravie.
Venez dans ce facré Vallon ;
Qu'avec moi chacun partage ,
Par de nouveaux Concerts ,
Le plaifir que je fens de rendre un jufte homage
,
Au plus brillant des Dieux qu'adore l'Univers.
Air.
Chantons de l'Harmonie
• Les invincibles attraits
Entre les plaiſirs de la vie ,
Il n'en eft point de plus parfaits.
Le Choeur repete ces paroles.
3. vol. Elt- Cvj
110 MERCURE DE FRANCE:
Euterpe.
La beauté toûjours charmante ,
Varie au gré de nos fouhaits ;
Les appas qu'elle nous prefente ,
Nous bleffent de differens traits :
Quand il lui plaît , tendre ou touchante
Elle nous fait fentir l'amour ,
Quand elle veut , vive & brillante ,
Elle nous ravit à fon tour.
Le Chour. Chantons , &c.
Terpficore, à vous feule on doit la préference
Dans les brillans Concerts ;
Les Inftrumens divers ,
Vous doivent leur naiffance.
Terpficore.
Dans les Concerts les plus charmans ,
Sans vous , Euterpe , en vain oferois je prés
cendre ,
Que mon Art feul pût faire entendre ,
Ces fons doux & flateurs qui raviffent nos fers.
Duo.
Par une heureuſe intelligence ,
Uniffons notre Art & nos Voix.
Marquons par nos accords notre reconnoit
fance »
Au Dieu dont nous fuivons les Loix.
3. Vol.
Euterpe
JUIN. 1719.
Euterpe
Brillans Hauts -Bois , tendres Muzettes ,
Qui des Bergers amoureux ,
Animez la Danfe & les Jeux ,
Au fein de leurs douces retraites ,
Venez vous unir à nos voeux .
Terpficore.
Quoique vos agréables fons ,
Semblent formez pour la tendreſſe,
Comme nous au Dieu du Permeffe.,
Venez confacrer vos Chanfons.
Récit de Melpomene.
Il faut que Melpomene à vos Concerts s'uniffe;
Vous avez des Bergers chanté les tendres Jeux,
Laiffez-moi celebrer les Héros & les Dieux :
De mes fons éclatans qu'ici tout retentiffe;
Qu'ils portent tous les coeurs aux exploits
glorieux.
Air guerrier , avec Trompettes.
Sonnez , Trompette bruyante ,
Qui portez aux Champs de Mars ,
Ceux qui bravant les hazards ,
Cherchent la gloire éclatante.
Timbales , que vos fons guerriers,
Faffent naitre dans leurs ames ,
Ces tranfports & ces nobles flammes
Seules dignes de mes Lauriers.
a.vel,
1112 MERCURE DE FRANCE:
Air noble & gracieux.
Non , l'éclat de la victoire
Des Mortels les plus heureux ,
Ne fçauroit combler les voeux ;
Il faut qu'une folide gloire ,
Par des Eloges pompeux ,
Dans le Temple de memoire ,
Grave leurs noms fameux .
Choeur.
Goutons un fort rempli de charmes,,
Exprimons par des Chants heureux ,
Avec les Bergers amoureux ,
La gloire éclatante des armes.
***X*X: XXXXXXX :XX *
OBSERVATIONS fur deux Antiquitez
, l'une de Normandie , l'autre
de Lorraine.
I
L n'étoit pas neceffaire , Monfieur , que
vous vous donnaffiez la peine d'envoyer
en Bourgogne l'empreinte d'une Pièrre *
trouvée dans le fond de la Normandie ,
pour en avoir l'explication . Vous l'avez
peut-être fait pour tenter notre fimplicité.
Mais vous apprendrez par maRéponſe , que
L'Infcription de cette Pierre eft rapportée
dans le Mercure de Janvier 17296
1. vol . nous
JUIN. 1729. 1113
nous ne fommes pas toûjours affez fimples
pour estimer les chofes au de- là de
leur valeur , & furtout les raretez de la
Normandie. C'eft une Province dont vous
avez examiné bien des Antiquitez par
vous- même & fur les lieux .
Pour ce qui eft de celle- cy , vous nous
la donnez à éplucher en entier & tout à
loifir. Mais trouvez bon que nous vous
difions auffi que vous avez fait faire près
de 42. lieuës de trop au Mémoire qui
vous aété envoyé de cePays - là . Vous aviez
dans Paris , & même à votre porte , les
moyens de parvenir à la parfaite intelligence
des quatre Infcriptions creusées
dans la petite Brique en queftion . Elle a
été trouvée , dit on , dans les Campagnes.
de S. Marcou de l'Ifle , au Diocèse de
Coutances , entre Carantan & Valogne.
La place ne fait rien à la chofe : ce font
feulement les mots qui en font connoître
la valeur & l'antiquité . C'eft une petite
Pierre d'environ deux pouces en quarré ,
dans l'épaiffeur de laquelle on lit d'un
Côté Q CAER QUINTILIANI DIASMYRN
. dans l'autre , QUINTILIANI
CROCOD. Dans le troifiéme côté, QUINTILIANI
STACTA D CLA , & dans le
quatrième , QUINTILIANI DIALEPID .
Il m'a paru que ces deux mots Diafmyrn.
& Dialepid. conduifent naturellement
I. vol.
1 ceux
1114 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui font entrez dans une Chambre
de Pharmacie à penser à ces Diacitro &
Diaprunis , qu'on y voit écrits en groffes
Lettres. Pour moi je n'en ai pas fait à
deux fois. J'ai ouvert un Diofcoride &
j'y ai trouvé que la Médecine employoit
quelquefois un Simple appellé Smyrnium,
d'autre fois un Simple appellé Crocodilium.
Il y en a auffi un troifiéme appellé
Lepidium , que le Peuple nomme de la
Poivrée , & qui a la vertu d'effacer les taches
du vifage ; & enfin je trouve une
Graiffe ou Gomme appellée State ou Stactea
, formée de l'arbriffeau d'où découle
la Myrrhe , & qui eft de la Myrrhe même
délayée dans de l'eau . Voilà , Monfeur
, le dénouement des quatre préten
duës Enigmes de cette Pierre.
Elle ne me paroît nullement être un
Talifman , mais feulement de deux chofes
l'une ; ou c'étoit un Moule qui fervoit
à marquer fur la cire les Drogues
d'un Medecin Romain , appellé Quintilien
, ou bien c'étoit un Memoire ou une
Formule de Recepte pour la confection
d'un Médicament , dans lequel entroit de
ces quatre elpeces de Drogues , fournies
par ce Quintilien. C'étoit peut-être las
maniere dont les Medecins les donnoient
alors . Vous avez dû remarquer qu'à côté
de Diaſmyrnium,il y a une espece de feuille
La Vol. affez
JUIN. 1729 1115
affez femblable à celle du perfil ; à côté
de Crocodilium , eft comme une groffe
tête de Chardon avec fa queuë ; dans la
face où on lit Stacta , eft reprefenté uu
Arbufte à fimple tige fans branches , c'eft
l'Arbre d'où fe tire la Myrrhe ; & proche
Dialepidium eft figuré une efpece de bouquet
de grains de Poivre . Tout cela s'accorde
avec la defcription que les Naturaliſtes
font de ces quatre Drogues . Monfieur
F. qui vous a envoyé les empreintes
de cette Pierre , a commencé par celle où
on lit Stacta , qu'il a crû être la premiere .
Je fuis d'un avis contraire , & je crois
devoir donner le pas à celle où eft masqué
le Diafmyrnium , par la raiſon que
c'eft celle où font trois noms du Medecin.
On ne peut douter que ce ne fut un
Medecin de la Nation des Romains , à en
juger par ces trois noms , qui font Quintus
Carealis Quintilianus : & comme les
Lettres font très- bien formées , à la réferve
de l'A , dont la ligne traverfante.
eft très- peu marquée , je fuis porté à croire:
que ce Medecin vivoit il y a bien treize
ou quatorze cens ans.
J'ai lû comme vous dans le Journal
de Verdun du mois courant , la découverte
d'un Tombeau , faite nouvellement
à Metz en Lorraine , & voici ce que j'en
penſe. Le Tombeau peut être d'un temps
I. vol.
affez
1116 MERCURE DE FRANCE .
affez reculé , fans que pour cela la per
fonne dont le corps y a été trouvé foit
des premiers temps du Chriftianifme. Les
Médailles qu'on y a trouvées ne font
point , felon moi , une marque certaine
que ce cadavre fût du fiecle de Veſpafien.
Il eft fouvent arrivé dans les ficcles
fuivans & bien pofterieurs , qu'on mettoit
proche les
corps des Morts ou même dans
leur bouche , les vieilles pieces de Monnoye
qu'on pouvoit avoir , & cela ſe faifoit
afin que les Morts s'en ferviffent pour
payer le droit de paffage dans la Barque
à Caron. L'ufage étoit encore il y a 60 .
ans en certains Villages de nos Cantons
de mettre à ce deffein dans la main ou
dans la bouche du deffunt , un liard ou
un fol. Les parens ou les amis de la per
fonne inhumée dans le Tombeau de Metz
ont pû lui rendre ce fervice , confacrant
à cet ufage le peu de pieces qui leur étoient
inutiles & qui n'avoient plus de cours de
leur temps. Les bouteilles de vin qui ont
auffi été trouvées proche le cadavre , ne
font pas un argument qui prouve une antiquité
fi reculée. Premierement , il eſt
fort incertain s'il y avoit des Vignes à
Metz dès le temps de l'Empereur Vefpa
fien. On fçait feulement par Aufone ,
Poëte de Bourdeaux , qu'au quatrième fiecle
, les Côteaux de la Mofelle en étoient
peuplez.
» Et
JUIN. 1117
1729.
»Et virides Baccho colles & amoena fluenta.
Et plus bas
Amnis odorifero juga vitea confite Baccho.
Ce font les termes de cet Ecrivain qui
s'eft furpaffé en faifant une defcription
expreffe de cette Riviere par une Piece
de Vers très - longue & très - belle . Mais
il refte toûjours à prouver comment il
auroit pû fe conferver du vin dans ce
Tombeau depuis un fi long- temps. J'ai
été témoin cette prefente année , comme
dans un Tombeau de pierre bâti & fermé
au XIIe fiecle , l'on avoit renfermé un
pot rempli d'Eau -benite , felon la coûtume
de ce fiecle là , ateftée par Beleth , ce
por contenant près de chopine de Paris ,
s'eft trouvé à fec , quoique le dedans du
Tombeau n'eût point vu le jour depuis
ce temps -là jufqu'au 31. Mars dernier.
Dira - t-on que le vin s'évapore moins que
l'eau ? Je ne le crois pas . Peut - être y at'il
eû dans le vin du Tombeau quelque
mêlange , d'où il aura tiré la vertu de fa
confervation . Le Pere Ruinart dit dans
fon Voyage d'Alface de l'an 1696, qu'on
lui fit goûter , auffi bien qu'au P. Mabillon
, à l'Hôtel- Dieu de Strasbourg , du vin
de l'an 1472. qui avoit encore de la force.
On y en confervoit aufli des années 1519 .
I. vol.
&
1118 MERCURE DE FRANCE ..
& 1525. Il n'eft donc pas extraordinaire
de voir du vin durer plus que les corps
humains mais une durée de feize au dixfept
fiecles , eft bien differente de celle de
cent-cinquante ou de deux cens ans. Je
fuis , &c .
Ce 8. Août 1728 .
XXX:XXXX :XXXXXXXX
ANTIOCHUS.
POEME HEROIQUE,
Tiré de l'Ecriture - Sainte.
E chante les fureurs d'un Roy , dont l'in
JE
folence ,
Irrita contre lui la Celeſte vengeance ,
Et qui foumis enfin , d'un Dieu juſte & jaloux,
Ne put par fes regrets appaifer le courroux.
Toi, qui fçus abaifer fon orgueilleux audace ,
Grand Dieu , remplis mon coeur des feux purs
de ta Grace ,
Tu peus feul feconder l'ardeur que je reffens,
Ton Triomphe eft l'objet de mes foibles accens.
*
Antiochus regnoit . Sous fes Lois affervies ,
Ce fuperbe vainqueur voyoit gémir l'Afie ,
Mais fa fiere valeur comptoit pour ennemis ,
* Surnommé Epiphanes l'illuftre.
I. vol.
Tous
JUIN. 1729. 1119
Tous ceux qu'à fon Empire il n'avoit pas
foumis .
Bien- tôt du Peuple Juif méditant la conquête ,
Dans les vaftes projets , il n'eft rien qui l'arrête;
Il s'avance , & par tout guidé par fa fureur ,
Il fe plaît à femer l'épouvante & l'horreur :
Il arrive , il combat , fes troupes triomphantes
Difperfent d'Ifraël les cohortes tremblantes ;
Tout fuit à fon afpect ; preffez de toutes
parts ,
Les Juifs n'ont contre lui que de foibles remparts
;
Et la valeur des fiens croiffant à fon exemple .
Il les force , & bien - tôt penetre juſqu'au Temple
:
A l'aspect du butin , fes avides Soldats ,
Portent dans le faint Lieu l'horreur & le trépas.
Tu le vis , Ifraël , tu vis ce témeraire ,
Prophaner du Très-Haut l'augufte Sanctuaire ,
Enlever tes tréfors , fur les mêmes Autels ,
Où l'on facrifioit au Maître des Mortels ,
A d'infâmes Démons il offrit des victimes :
Pour forcer tes enfans aux plus horribles crimes
;
Il ofa...mais qui peut retracer fans horreur ,
Les funeftes effets de fa noire fureur ?
Vers ce Roi facrilege un Saint Vieillard * s'avance
,
Sa démarche, fon air, tout marque fa naiſſance;
Le Pontife Eleazar,
Miniftre I. vol.
120 MFRCURE DE FRANCE .
Miniftre du Seigneur , fon zele , fa vertu ,
Faifoient l'unique eſpoir d'Ifraël abatu ;
Des Préceptes divins , obſervateur fidele ,
Aux ordres du Tyran fa foi fe renouvelle.
Antiochus affecte une tendre pitié ,
Plus dangereufe encor que fon inimicié ,
Il le flatte , il le plaint ; fes perfides careffes ,
Joignent pour l'ébranler la menace aux promeffes
;
Le voyant inflexible , il étale à fes yeux ,
Des plus cruels tourmens l'appareil odieux ;
Mais envain. Ce Héros d'un regard intrépide
Avec un fier mépris voit le glaive homicide ,
Et bravant les Bourreaux prêts à trancher fes
jours ,
Il ofe au Roi barbare adreffer ce difcours .
Prince , ou plutôt Tyran , toi dont l'aveugle
rage ,
Porte jufqu'en ces lieux l'horreur & le carnage
:
Toi ! qui viens fous l'effort des tourmens rigoureux
,
D'immoler fans pitié nos Peuples malheureux ,
Crois tu d'un Dieu puiffant éviter la vengeance?
Crois-tu qu'enfin laffé de ta vaine infolence ,
Il ne s'apprête pas à punir tant d'horreurs ?
Frémis : tu vas fentir le poids de tes malheurs .
En vain le coeur faifi d'une frayeur mortelle ,
I. vol.
Τα
JUIN. 1729. II2T
Tu voudras ...
à ces mots une rage nouvelle,
Tranfporte le Tyran , il ordonne aux Soldats
De lui faire éprouver le plus cruel trépas.
Teint de fon fang , il part , il revoit la Syrie ;~
Mais Judas échappé de fa noire furie ,
De délivrer les Juifs , forme l'heureux deffein ;
Dieu Vinfpire , il anime & fon coeur & fa
main ;
Appaifé par les pleurs d'un Peuple humble &
fincere ,
Ce Dieu , ce Dieu vengeur , calme enfin ſa
colere :
Judas par fon fecours furmonte Gorgias ,
Nicanor & Seron , Baccides , Lifias ,
*
Tout lui cede ; des fiens il foutient le courage
Et les retire enfin d'un honteux efclavage.
Bien tôt de ces exploits répandus en tous lieux,
Antiochus apprend le détail odieux ;
Ses Generaux vaincus , fa honte trop certaine ,
Tout ranime à l'inſtant fon infolente haine ;
Il frémit ! quoi , ce Peuple affervi tant de fois ,
Dit-il , ofe braver ma vengeance & mes Lois ?
Les traîtres périront ... animé de colere ,
Il monte fur fon Char... où vas - tu , témeraire?
Arrête , c'en eft fait, tu n'as plus qu'un inftant,
Tu vas fentir d'un Dieu le courroux éclatant :
Reconnoît ton erreur , répare ton offenſe ;
Mais non tu vas tomber fous fa jufte vengeance,
* General d'Antiochus,
I. vol.
II
7122 MERCURE DE FRANCE.
Il frappe , tu péris , & ton Regne eſt paſſé.
De fon Char à l'inftant ce Prince eft renversé ,
Et foudain penetré d'une douleur amere ,
Son corps entier n'eft plus qu'une effroyable
ulcere :
Le dirai-je ? des vers naiffent de toux côtez ,
D'une infernale odeur , les fiens font infectez ,
Tout l'abandonne : alors reconnoiffant fon
crime ,
Du celefte courroux il fe voit la victime ;
Ce Prince qui vouloit domter tout l'Univers
,
Et tranfporter les Monts , & commander aux
Mers ;
Soumis , humble & tremblant , implore la
clémence ,
D'un Dieu dont il venoit de braver la vengeance
;
Promet de rendre aux Juifs & leurs biens & la
Paix ,
De combler leur Pays de fignalez bienfaits ,
D'adorer le vrai Dieu , de rétablir le Temple :
Mais du divin courroux : ô ! redoutable exemple
!
Ce Dieu , ce jufte Dieu , qui fçait fonder les
coeurs ,
* Ifque qui fibi videbatur etiam Fluctibus Maris
imperare , fupra humanum modum fuperbia
repletus , Montium altitudines in ftaterá
appendere , nunc humiliatus , & c. Machab.
1. 2. Cap. 9. Verf. 8.
I. vol. Voit
JUIN.
1123
1729.
Voit d'un oeil irrité fes perfides douleurs ,
Et cet impie enfin frémiffant de furie ,
Vomit avec horreur fa criminelle vie.
Par M. Richard de Ruffey , de Dijon.
XXXXXXXXXXXXXXX
M.de
EXAMEN de quelques Manufcrits .
fur fainte Marie- Magdeleine , où fans
déguifer qu'une partie des Traditions des
Provençaux eft plus ancienne que
Launoy ne l'acrû , on revient à fon fentiment
& l'on prouve que l'étendue du
culté de cette Sainte dans les Eglifes de
France, a dû venir ou directement de l'Orient
, ou de Vezelay , & non pas de la
Provence. Par M. L. B. C. D.
Vous
Ous engagez , Monfieur , tous vos
amis à l'occafion de l'Infcription
trouvée à Autun le 20. Juin 1727. à
s'expliquer de vive voix ou par écrit fur
un article important des fentimens de
M. de Launoy. Cet article eft celui - là
même qui fait le fujet de la croyance des
Eglifes de Provence. Le Public ne peut
être furpris qu'en qualité de Marfeillois ,
vous vous y foyez intereffé , puifqu'il
s'agit de fçavoir fi l'on eft bien fondé à
croire que fainte Marie Magdeleine &
1. vol. D Sa
1124 MERCURE DE FRANCE .
S. Lazare foient venus de leur vivant
habiter à Marfeille ou dans les environs.
la
Je fuis perfuadé de votre amour pour
Patrie ; mais auffi je ne doute aucunement
que vous n'ajoûtiez interieurement ces
trois mots d'un ancien : Magis amica
veritas.
J'ai lû & relû les Differtations de M. de
Launoy , & je ne vois pas comment je
pourrois embraffer un autre fentiment
que le fien. C'eft celui auquel reviennent
les Eglifes qui depuis cinquante ans ou
environ , ont corrigé leurs Brevïaires ,
enforte que dans toutes ces Eglifes on
regarde comme des Docteurs furannez
ceuxqui s'avifent de rebattre ce que le Pere
Guefnay, Jefuite , a crû pouvoir oppofer à
M. de Launoy , tantôt fous le nom de
Pierre Henry & tantôt fous celui de Denis
de la fainte Baulme. On y lit avec
plaifir les deux Ecrits latins de M. de
Launoy ,lorfqu'on veut voir le fujet traité
avec étendue & avec tout le feu dont
eft capable un Docteur qui refute des
Fables , & on renvoye aux deux Lettres
de ce Docteur inferées dans les derniers
Mercures de l'année 1723. ceux qui veulent
voir fimplement un précis de l'état
de la queſtion & des preuves dont étoit
rempli l'Adverfaire des Traditions Provençales.
1. vel.
Qui
JUIN. 1729. 1125
Qui ne voit en effet , qu'il faut des preu
ves plus anciennes que le treiziéme fecle
pour détruire une Tradition bien ante-
Tieure , laquelle a eû cours en Occident
comme en Orient. Cette Tradition porte
que S. Lazare eft mort dans l'lfle de Cypre,
& les Occidentaux même ajoûtoient
qu'il y a été Evêque. Les variations fur
le lieu de fon Epifcopat en Orient , loin
d'être favorables aux idées des Provençaux
, leur font contraires , puifque venant
des anciens Voyageurs aux lieux
Saints , elles font voir qu'ils avoient oui
dire en differens lieux que S. Lazare avoit
paffé le refte de les jours dans l'Orient
& qu'on étoit bien éloigné de croire qu'il
fût venu mourir de ſa ſeconde mort dans
la Provence.
Un Moine François , appellé Bernard
par le P. Mabillon , qui alla à la Terre-
Sainte vers l'an 870. témoigne qu'on tenoit
par
tradition que S. Lazare avoit été
Evêque d'Epheſe pendant quarante ans.
Qui Lazarus dicitur poftea extitiffe Epif
copus Ephefiorum annis quadraginta fac.
M.Bened.part.1.p.525.D'autres croyoient
plus communément que c'étoit dans l'Ifle
de Chypre qu'il avoit été Evêque, & cela fe
débitoit encore au XIIe fiecle , cent ans ou
fix- vingt ans avant Vincent de Beauvais .
Telles étoient les Traditions que les Orien-
I. vol. Dij taux
1126 MERCURE DE FRANCE .
taux avoient communiquées à ceux d'Occident
avant l'étenduë énorme du Maho
metiſme. Aujourd'hui qu'ils font trop éloi.
gnez de ces anciens, temps , ils font veritablement
trop peu au fait de la difcuffion
& de la critique pour être écoutez.
Les continuelles perfecutions qu'ils ont
effuyées & le peu de cours qu'ont eu chez
eux les Livres depuis quelques fieclès
leur ont fait quelquefois adopter des Occidentaux
leurs plus proches voisins , des
Traditions oppofées à celles de leurs prédeceffeurs.
Ces Traditions viennent , felon M. de
de Launoy , de Vincent de Beauvais . L'attribution
de cette époque frappe tout auffitôt
ceux qui font attention à la multitude
d'Ecrivains crédules qu'il y eut au XIII
fiecle ; mais je ne puis vous cacher que
l'origine de l'hiftoire de fainte Magdeleine
arrivante à Marseille eft plus ancienne. Je
la lis dans des Manufcrits plus anciens de
deux cens ans que Vincent de Beauvais.
11
peut fe faire que M. de Launoy a voulu
dire que ce Dominicain eft le premier
Ecrivain connu ou imprimé qui ait débité
ces fortes de faits , ou qui ait fait venir
S. Lazare & fainte Marthe avec elle à
Marfeille , & qui ait expoſé au Public une
vie de fainte Marthe , où toute la Fable
fe trouve reünie pour fuppléer à ce qui
1. vol. fembleit
JUIN. 1729 1127
fembloit manquer dans la legende de
Sainte Magdeleine ; mais je ne croirai jamais
que ce foit Vincent de Beauvais qui
le premier ait fait aborder en Provence
fainte Magdeleine . On débitoit cela longtemps
avant qu'il fût venu au monde.
Vous prendrez ceci pour un Paradoxe,
lorfque vous le confererez avec le but de
ma Lettre , j'ai en vûë de vous prouver
que ce n'eft pas de la Provence que vient
Pétendue du culte de cette Sainte , & cependant
je ne diffimule pas de faire remonter
le plus haut qu'il eft poffible & plus
haut que n'a fait M. de Launoy, la fauffe
opinion qui dit que de la Palestine elle
vint en Provence ; mais ne perdez point
de vûë ce que j'ajoûte. J'efpere montrer
dans une autre Lettre que ces Monumens
ne méritent aucune croyance fur des faits
fi éloignez , dès - là que fur des faits plus
récens ils fe trompent très lourdement .
La difcuffion des Manufcrits fera le principal
fondement de celle - cy. J'en connois
deux fort beaux dans nos quartiers , ils
font in folio & ont été écrits à la fin du
XIIe fiecle , & quoiqu'ils ayent été à l'ufage
de deux Eglifes affez voiſines , ils
rapportent les mêmes faits fouvent avec
differentes expreffions. Les Préfaces & les
tranfitions qui font auffi differentes que
l'arrangement des Miracles , qui termi-
4.1. vol. D iij nent
1128 MERCURE DE FRANCE :
nent chacun de ces Manufcrits , indiquent
fuffifamment que l'un n'a pas été tranfcrit
fur l'autre. Ils ont été fuivis en gros par
nos abbreviateurs du XIII fiecle , dont j'ai
auffi trouvé deux Manufcrits . Il feroit à
fouhaiter que les fçavants Jefuites d'Anvers
, continuateurs de Bollandus , en euffent
fait la difcuffion . Il y a cela de remarquable
dans ces deux Manufcrits qu'ils
font voir fenfiblement que la fable ne s'étoit
d'abord infinuée que quant au voyage
de fainte Magdeleine, & que ce ne fut que
par la fuite qu'on y ajoûta le voyage de
S. Lazare & de fainte Marthe.
Je vais d'abord vous faire remarquer
les principaux points dans lefquels ces
deux grands Manufcrits conviennent enfemble
, & enfuite en quoi ils font differens.
Aucun de ces deux ne fait mention de
Marcelle ni de Syntiche , ni l'un ni l'autre
ne parle de l'Epifcopat de S. Lazare
en Provence , ni ne dit qu'il ſe foit embarqué
avec la Magdeleine , non plus que
fainte Marthe : ces deux Manufcrits font
partir fainte Magdeleine feule avec faint.
Maximin , qualifié l'un des 72. Difciples
& la mettent fur la Mer , non pas dans
un Vaiffeau abandonné , mais comme partiroient
à l'ordinaire des perfonnes qui
voudroient fuir la perfecution . Aucun
des deux ne dit que fainte Magdeleine
1. vol.
fe
JUIN. 1729. 1129
fe foit retirée dans des Deferts pour y
faire pénitence ; mais fans défigner le lieu
de fon décès ils difent tous les deux qu'après
la mort S. Maximin Evêque d'Aix
l'inhuma : In honorifico Manfoleo , conf
truens fuper locata membra mirabilis architetura
Bafilicam . Puis ils ajoûtent :
Monftratur autem Sepulchrum ejus ex
candido marmore habens fculptum in
ipfe qualiter ad Dominum in domo Simonis
venit , &c. Que S. Maximin voulut
être inhumé auprès d'elle , & qu'il y fut
en effet, inhumé, que ce lieu eft fi refpecté
depuis ce temps-là , qu'aucun Roi ni Prince
n'ofe y entrer qu'avec les derniers fentimens
d'humilité. Les termes de l'Ecrivain
font finguliers . Qui locus poftea tante
religionis eft habitus ut nullus Regum ac
Principum , nec aliquis feculari pompa
præditus , Ecclefiam illorum beneficia petiturus
ingredi audeat , donec priùs depofitis
armis animique belluinâ pofthabitâ fe
rocitate , fic demum cùm omni humilitatis
devotione intro eat.
"
Ces deux Manufcrits rapportent enfuite
également avec une fauffe date la
Tranflation du Corps de fainte Marie-
Magdeleine à Vezelai . Ils la fixent à l'an
749. en difant que ce fut fous le Regne
de Louis & de Charles fon fils , & pour
s'excufer dans cette Chronologie , dont on
I. vol.
avoit
D iiij
1130 MERCURE DE FRANCE.
avoit lieu de fe défier , l'un des Manufcrits
ajoûte un plus minus . » Un Comte
"très- puiffant , difent - ils , appellé Gerard,
» ayant bâti plufieurs Monafteres , en fit
>> faire la Dédicace par la Pape Jean , qui
» vint alors en France , à la priere du Roi
» & à la fienne ; & ce Pape étant de re-
»tour à Rome , envoya differentes Reli-
- >ques à ces nouvelles Eglifes ; mais après
» un certain temps, deficiente Regum Fran-
»corum valitudine , des Barbares vinrent.
>> d'outremer & détruifirent le Monaftere
» de Vezelay , qui étoit un de ceux que
>> Gerard avoit bâtis fur le bord de la Ri
» viere de Cure. Après l'expulfion de ces
>> Barbares , le Monaftere fut rebâti plus
>> haut fur la Montagne voifine , lous.
» le nom de Notre- Dame & de S. Pierre ,
»qu'il portoit auparavant. Environ dans
»ce temps là des troupes de Sarrazins ,
>> forties d'Espagne , ravagerent les Villes
>> de la Provence , entre autres la Ville
»d'Aix , en punition des pechez des ha-
>> bitans . Le Comte Gerard & Eudes , Abbé
» de Vezelay , fçachant que le Corps de
fainte Marie- Magdeleine étoit dans cette
>> Ville , y envoyerent un Religieux appellé
» Badilon. Ce Moine s'informa fur le lieu
»où pouvoit être le Maufolée de la Sainte ;
» il le trouva dans la Sacriftie ou Trefor
»de la principale Eglife , & il le reconnut
ם כ
I. vol.
22 2
JUIN. 2179. 1131
1
>> pres ,
à la fculpture qui réprefentoit comment
» elle effuya les pieds de N. S. chez Simon,
>> & comment Notre Seigneur lui apparut
après fa Refurrection . Après avoir bien
pris les mesures pour s'emparer des Offe
» mens fans en parler à perfonne , il rom-
» pit le Maufolée du côté des pieds , & il
» y apperçût le Corps dans toute fa lon-
»> gueur , la peau encore fur les os. La nuit
» fuivante il fit fon coup , & ayant enve-
» loppé le faint Corps dans des linges proil
le chargea fur un Chariot. Il
étoit fort intrigué de ne pouvoir pas
» mieux cacher l'enlevement de cette Reli-
» que , que les Aromathes avoient renduë
nferme & , folide & par confequent hors
» d'état d'être mise en plus petit volume
fans lui faire violence . Il vint à Nîmes
» & étant entré avec les gens dans une
» Eglife , ils difloquerent le Corps Saint ,
» mettant d'un côté les petits Offemens ,
» & les grands de l'autre.Etant devenus par
» là moins gênez , ils avancerent plus vite
» vers Vezelay , jufqu'à une demie lieue
» de l'Abbaye . L'Hiſtorien dit que c'étoit
à un endroit appellé le Coudrier de Bar
dilon , Coriletus Bedilonis . Que là les Of
femens commencerent à devenir fi pefans
qu'il fut impoffible au Chariot d'avancer.
Cela laiffe à penfer une chofe que l'Hif
Loire n'oublie pas de marquer ; fçavoir ,
1. vol.
que
D v
[1132 MERCURE DE FRANCE
que les faintes Reliques fembloient four
haiter qu'on vint au - devant d'elles . On
y vint , en effet , avec le ceremonial convenable
, & elles furent dépofées dans l'Eglife
de S. Pierre & S. Paul le 19. Mars.
C'est ici que l'Hiftorien commence à
rapporter les Miracles qu'elles opererent,
& depuis cet endroit je trouve plus de
difference dans les deux Manufcrits . Je
fais cet Extrait d'autant plus volontiers
qu'on ne le trouve pas fi au long ni dans
Vincent de Beauvais , ni dans Jacques de
Voragine , ni dans Pierre de Natalibus , &
que le Manufcrit de Seclin , dont le font
fervis les Bollandites , paroît ne pas renfermer
ce détail . J'ai outre cela une copie
autentique d'un Manufcrit de l'Abbaye de
S. Pierre de Châlons en Champagne , qui
rapporte les mêmes faits , quoique fouvent
avec des circonstances plus détaillées
& en d'autres termes. Je les ai vû auffi
rapportez en mêmes termes que
font nos
Manufcrits , dans un volume de l'Abbaye
de S. Benoît fur Loire , écrit au moins
dans l'onziéme fiecle . Cod. 204. & j'ai
tout fujet de croire que ceux que le Pere
Alexandre Dominicain cite comme appartenant
à l'Eglife de Senez & au Prieuré
de Merlou en Beauvoifis , font de la même
efpece , & traitent des mêmes chofes à peu
près de la même maniere.
La voli
QuoiJUIN.
1729 1133
Quoique j'aye appris depuis peu que
les fçavans continuateurs de Bollandus ,
n'ajoûtent aucune foi à cette Hiftoire du
tranſport de notre Sainte de Provence à
Vezelay , je ne puis cependant m'empêcher
de dire qu'il ne s'enfuit pas de- là qu'il
n'y ait rien du tout de vrai dans tout
ce qu'elle renferme . Elle ne peche point
par le fondement , mais feulement par les
circonftances dont on l'a revêtue & par
les époques qu'on y a marquées . On entrevoit
que le fondement de cette Hiftoire
a été qu'on tenoit par tradition à Veze-
Jay que le Corps de la fainte Femme
de l'Evangile qu'on y poffedoit , avoit été
apporté pat un Moine appellé Badilon
& que les fauffetez dont elle eft accompagnée
, viennent de ce qu'apparemment
cette Hiftoire ne fut rédigée par écrit que
long- temps après ; c'eft- à dire , lorfque le
concours augmentant à Vezelay eut fait
changer l'ancien nom de cette Abbaye
en celui de fainte Marie - Magdeleine . Ce
qui étant , on ne doit plus être étonné
qu'il s'y fût déja gliffé de fauffes Traditions.
Le Recueil que ces Manufcrits du XII.
fiecle compofent touchant fainte Marie-
Magdeleine , confifte en quatre Ouvrages
differens. Le premier eft un Sermon
fur cette Sainte, fans nom d'Auteur , mais
J. Vola
Dvj que
1134 MERCURE DE FRANCE:
que le Pere du Bois , Celeſtin , à découvert
être de S. Odon de Cluny , par un
Manufcrit de l'Abbaye de S. Benoît fur
Loire. On peut le voir dans le Bibliotheca
Floriacenfis. Le fecond eft une Relation
du départ de cette Sainte de la Paleſtine
avec un S. Maximin , & fon arrivée en
Provence ; avec un abregé des actions de
ces deux faints Perfonnages. Le troifiéme
Ouvrage est une Hiftoire de l'enlevement
des Reliques de fainte Magdeleine , de
la reception qui en fut faite à Vezelay ,
ainfi que j'ai déja dit. Le quatrième enfin
rapporte les Miracles operez à Vezelay
par l'interceffion de la Sainte.
Les Intereffez dans toute cette Hiltoire
paroiffent être uniquement les
Religieux de Vezelay ; & je ne doute
pas qu'ils ne foient les Auteurs de cette
compilation, ou qu'elle n'ait été faite à leur
priere. Mais je dis auffi fur le premier Ouvrage
qu'il eft remarquable que S. Odon
qui vivoit affez avant dans le dixiéme fiecle,
ait évité d'entrer dans aucune circonftance
de la vie de fainte Marie- Magdeleine
depuis la Refurrection de Notre Seigneur.
Le fecond Ouvrage eft felon moi ,
d'un autre Auteur & très -hardi & trèsignorant.
Il dit dès le commencement ,
que ce qu'il va rapporter n'eft qu'un Extrait
de ce qui fe lit plus au long dans
1. vol.
une
JUIN. 1729 1135
une Vie de l'Evêque S. Maximin . Ce prétendu
Extrait le trouve dans des Manuf
crits de la fin du Xe fiecle ou du XIe fiecle
commençant , tel qu'eft celui de l'Ab.
baye de Fleury , que j'ai vû & tenu , ainſi
il a dû être compofé au plus tard dans le
Xefiecle , auquel regnoit une grande ignorance.
Sçavoir , fi c'eft en Provence ou en
Bourgogne qu'il a été fabriqué , c'eſt ce
qu'il eft difficile de décider . Je fuis plus
porté à croire qu'il a été rédigé en Provence
, fans que les Moines de Vezelay y
ayent aucunement contribué . Les Moines
vivant en ce lieu au Xe fiecle avoient vû
les contemporains de S. Badilon , & ils
étoient trop peu éloignez du temps de l'a
reception du S. Corps , pour ajoûter foi
à un homme qui auroit dit l'avoir enlevé
d'un Tombeau de la Ville d'Aix . Mais
comme les copies de cet Extrait fe multiplierent
au XI . & XII fiecle , on les vit
auffi inferées alors dans les Manufcrits à
la fuite du Sermon de S. Odon , & elles
pafferent par tout à la faveur de cet Ouvrage
Moral auquel on les joignit.
Le troifiéme Ouvrage a dû être compofé
à Vezelay , ou par ordre des Moines
de ce lieu. Mais il paroît bien que l'on
n'avoit fourni à l'Auteur aucune époque
de la fondation qui fût tirée des Archives
de ce Monaftere. Cet Ouvrage ayant ap-
1. val.
paremment
1136 MERCURE DE FRANCE :
pas
paremment été écrit fur des oui dire , qui
changent & qui varient de bouche en
bouche , il ne faut pas être furpris qu'il
foit rempli d'anachronifmes , & que I'Ecrivain
fe foit trompé dès la premiere époque
qu'il affigne. Il fait regner Louis le
debonnaire 90. ans plutôt qu'il n'a regnés
il avancé d'autant pour le moins le Pontificat
de Jean VIII. il n'a
été plus
heureux fur l'époque des changemens arrivez
à Vezelay. Sçachant feulement en
general que l'Abbaye avoit été d'abord
fondée fous le nom de N. Dame , & igno
rant que ce furent des filles qui y avoient
demeuré dès l'origine , qui fut vers le milieu
du IXe fiecle , il l'a fait ravager par
les Barbares , qu'il dépeint comme s'il
vouloit parler des Normands , & qu'il ne
craint point de rendre contemporains des
Sarrazins . C'eft ainfi que les lieux où il
fe faifoit beaucoup de Miracles étoient fujets
à avoir des Ecrivains d'une ſcience
très bornée & d'un génie crédule , qui
confondoient & mêloient tout , fans s'enrbaraffer
de l'exactitude , pourvû qu'ils
écriviffent du merveilleux : de là vint que
d'autres encore plus mal inftruits affurerent
que ce fut un Drocus , Roi de Bourgogne
qui fonda ce Monaftere de Vezelay ,
& y mit le Corps de fainte Marie . Magdelaine
.Votre Noſtradamus eft de ce nombre.
*. vol.
Aux
JUIN 1729% 713
Aux fautes ci deffus rapportées de
l'Ecrivain de Vezelay , il faut ajoûter la
principale qui confifte en ce que parlant
du corps de fainte Madelaine apporté par
Badilon , il dit qu'il avoit été tiré de Provence
où il ne fut cependant jamais , fi
ce n'eft peut être en paffant , au cas que
ce Religieux ait traverfé cette contrée ,
en venant de la Paleſtine ; & pour mieux
colorer l'origine de ce tranfport , il faitbeaucoup
valoir un ravage de la Ville
d'Aix par des Sarrazins , ne craignant
point d'affurer que les carnages qu'il
pouvoit avoir vu ailleurs commis par les
Normans du Xe fiécle , étoient une fuite
des mêmes qui furent faits en Provence.
Je ne fuis donc nullement étonné que les
Jefuites d'Anvers regardent cette Hiltoire
comme fabuleufe , ainfi que vous
me le mandez . Vous m'euffiez fait plaifir
de m'apprendre fi au moins ils n'avouent
pas qu'un Badilon a apporté des environs
de Jerufalem dans la Bourgogne le corps.
de celle des Soeurs de S. Lazare qui s'appelloit
Marie , & qu'il étoit excufable
alors de furnommerMagdelene . C'est tout
ce que je crois qu'on doit retenir de l'Hiftorien
anonyme de Vezelay, dont je viens
de réfuter l'ouvrage. Je pourrai décou
vrir avec le temps ce que c'eft que l'endroit
qu'il appelle Coriletns Badilonis ,
For Volo. &
138 MERCURE DE FRANCE.
& s'il en refte des veftiges . Je m'en tiens
pour la verité du fait principal à la chro
nique de Baudri , Evêque de Noyon
écrite au X I. fiécle , & à l'acte de la demande
que les Moines de Vezelay firent
en 1221. aux Chanoines de Leufe en
Hainaut , de leur accorder des Reliques
de S. Badilon , qui leur avoit apporté ,
difent ils , le corps de leur fainte Patrone
, ainfi qu'à la découverte que Guy
de Mello , Evêque d'Auxerre fit en 1265.
de la Charte du Roy de France , contemporain
de Badilon , lequel avoit nom
Charles , & qui fit mettre fon Sceau
Royal à ce Titre trouvé alors avec les
Offemens de la Sainte. Il étoit certain
qu'un Roy Charles avoit confirmé la premiere
fondation de Vezelay : l'Acte a été
publié par Dom Luc Dachery à la fin de
fon Guilbert de Nogent ; il n'étoit pas
moins veritable qu'un Roy Charles avoit
auffi fait munir de fon Sceau les Reliques
de la Sainte apportées par Badilon ; mais
dans les fiecles où l'on ne fçavoit pas
diftinguer ces differens Charles , on at
tribuoit fouvent à Charlemagne ce qui
n'avoit été fait que près de quatre -vingt
ans après par Charles le Chauve , & au
regne de Charles le Chauve , ce qui n'étoit
arrivé que quarante ans après fous
celui de Charles le Simple ; de-là vient
1. vol.
que
JUIN. 729. 1139
que la petite Chronique de Vezelay que le
Pere Labbe a donnée au I. Tome de fa
Bibliotheque de Manufcrits , n'a redreffé '
qu'en partie les erreurs de la Legende
hiftorique que je viens de critiquer fous
le nom de trôifieme Ouvrage de la compilation
de nos Manufcrits.
Le reste pour le prochain Mercure.
!YA YA YA YA YA YAYAYAYAYAY
A. S. A. S. M.
Ennemi
VERS.
Nnemi du loifir fterile ,
Qu'au fein de la grandeur , on fuit fi rarement,
Vous aimez chaque jour que d'un fpectacle
utile ,
Minerve à votre efprit , offre l'amufement .
Dans le fuprême rang où le Ciel vous fit
naître ,
L'Art de remplir les jours eft un bien étranger.
Les Princes rarement s'empreffent de connoître
,
1
Les dons , ces dons heureux qu'ils doivent
proteger.
Souffrez que Polymnie , empreffée à vous
plaire ,
Par des objets rians amuſe vos defirs ;
C'est bien fouvent du choix de nos plaifirs ,
1. vol. Que
1140 MERCURE DE FRANCE.
Que dépend netre caractere.
En vain par fes fecrets dévoilez à vos yeux ,
A vos plus doux regards , Minerve ofe prétendre
,
C'eft à certain enfant , fur tous les autres
Dieux ,
Que vous aurez toûjours plus de graces à
rendre.
L'HY MEN
DE L'AMOUR ET DE PSICHE
SCENE I.
Jupiter & l'Amour.
Jupiter.
Aimable enfant , Jupiter eft touché ,
Des fenfibles regrets que vous faites entendres
Parlez , que faut- il entreprendre ?
Je flechirai Venus , Je vous rendrai Pfiché
Quelles barbares injuftices ,
Le fort exerce fut vos voeux ?
De l'Univers vous faites les délices ,
Et vous ne feriez point heureux ?
L'Amour.
Pfiché fans art , fans foins , a le fecret de plaire;
Le don de tout charmer eft dans fes propres
traits ,
Et c'est un crime que ma mere ,
Ne lui pardonnera jamais.
1. vol.
Jupiter
JUIN. 1729 : 1141
Jupiter.
La fuperbe Venus ignore
Quel eft Jupiter irrité ;
Je veux humilier l'orgueil de fa beauté.
L'Amour.
Non , fon cruel dépit redoubleroit encore ,
N'employons que des ſoins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle,
Qu'il eft une Mortelle ,.
Que lui préferent tous les coeurs.
Le charmant Adonis que j'ai bleffé pour elle,
Peut feul adoucir fes fureurs.
N'employons que des foins flateurs ,
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle,
Qu'il eft une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ,
Elle vient , Adonis lui parle de fa flamme ;
Elle aime , fon courroux doit s'éteindre en ce
jour :
Dans le trouble charmant d'un mutuel amour;
Quel autre fentiment peut regner dans une
ame ?
Jupiter & l'Amour.
Elle aime ; fon couroux doit s'éteindre en ce
jour.
1. vol.
SCENE
142 MERCURE DE FRANCE
SCENE II.
Venus & Adonis .
Venus.
Non , le Dieu Mars n'eft plus l'Amant qui
m'intereffe ;
D'un vainqueur plus charmant j'ai fenti le
pouvoir.
Adonis.
Qui peut donc de Venus s'attirer la tendreffe >
Venus.
N'avez-vous pû vous en appercevoir ?
Adonis.
Eh ! par quel bonheur fuprême ,
Aurois- je droit de lire au fond de votre coeurt
Non, je n'ofe fçavoir quel eft votre vainqueur,
Si je ne l'apprens de vous- même ?
Venus.
Helas ! ce qu'on cache à regret ,
Aifément fe fait entendre :
Et vous fçauriez déja tout mon fecret ,
Si votre coeur m'aidoit à vous l'apprendre,
Adonis.
Ah ! fi j'en crois mon coeur , j'ai fçû vous enflammer
,
De la plus fidele tendreffe.
1. vol.
Venus:
JUIN. 1729. 1143
Venus.
Je ne puis plus cacher le penchant qui me
preffe ,
Trop aimable Adonis , répares ma foibleffe ,
A force dem'aimer.
Ensemble.
Mon coeur s'offre à ta puiffance ,
Amour , lance tous tes traits :
Quel bonheur a plus d'attraits',
Que d'aimer d'intelligence.
Adonis.
Quel Dieu que votre fils ! quel charme il fçait
répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
L'excès de mon bonheur ne fçauroit fe comprendre.
Quel Dieu que votre fils ! quel charme il fçait
répandre,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Helas ! ce Dieu charmant , par vous - même
outragé ,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en eft- il vengé ?
Ce que vous aimez vous adore.
Rien n'ole vous troubler dans un bonheur fi
doux.
Pourriez-vous bien le dérober encore ,
A ces mêmes plaifirs qu'il a verfez fur vous ?
I, vol. Venus.
144 MERCURE DE FRANCE .
Venus .
Non , je confens qu'une Mortelle ,
Reçoive tous les voeux que j'avois réunis.
Je poffede le coeur du charmant Adonis ;
C'eſt mille fois triompher d'elle.
SCENE III.
Venus , Adonis , Jupiter , l'Amour
& Pfiché.
Jupiter.
Qu'une Divinité nouvelle ,
Joüiffe parmi nous d'un éternel bonheur :
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
Venus , Adonis , l'Amour & Jupiter.
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
Venus.
Hymen , l'Amour vous appelle .
Pour couronner une fi belle ardeur.
Jupiter , Venus , Adonis .
Pfiché , du Dieu d'Amour , fçait enchanter le
coeur ;
Elle eft digne d'être immortelle.
I. vol.
L'Amour
JUIN
.
1145
1729.
L'Amour.
Belle Pfiché , que mon fort eſt charmant !
Votre coeur s'abandonne au penchant qui
m'inspire ;
Non , l'Amour ne connoît le prix de fon Empire
,
Que depuis qu'il eft votre Amant .
Pfiché.
Vous me cachiez l'éclat de votre rang fuprême,
En m'offrant vos premiers voeux ?
Ah ! je devois juger à l'excès de mes feux ,
Que j'adorois l'Amour même.
L'Amour & Pfiché.
Goutons nos plaifirs fans ceffe ,
Sans jamais les trouver moins doux ;
Que notre égale tendreffe ,
Soit immortelle comme nous.
Venus.
Déeffe charmante ,
L'Amour eft bleffé de vos coups ,
Son pouvoir s'augmente ,
En le partageant avec vous.
Quel coeur lui feroit rebelle ;
Pour triompher de la Terre & des Cieux ,
Il n'a befoin que des yeux ,
D'une Epouſe fi belle .
1. vol. Venus
1446 MERCURE DE FRANCE :
Jupiter , Venus , Adonis .
Qu'une Divinité nouvelle ,
Jouiffe parmi nous d'un éternel bonheur ;
Pfiché , du Dieu d'Amour fçait enchanter le
coeur ,
Elle eft digne d'être immortelle.
Ces paroles ont été mises en Muſique.
XXX:XXXXXXXXX : XXX
REPONSE de M. du Palfroy écrite
de Rouen le 14. Avril 1729.à la Lettre
de Montpellierfur la tranfmutation des
Métaux.
dans le der- nier Mercure une Lettre touchant la
Tranfmutation des Métaux . Celui qui a
écrit cette Lettre paroît ne vouloir prendre
aucun parti touchant la poffibilité ,
ou l'impoffibilité de la Pierre des Philofophes
d'où je conclus qu'il penfe plus
fainement que ceux qui fe font un mérite
de traiter cette matiere de puerilité , fans
vouloir réfléchir , que l'hiftoire nous fournit
un nombre de perfonnes fçavantes &
connues pour des génies fupericurs , defquels
nous avons appris que la fin de la
véritable Phifique devoit être la con-
•
I. vol.
noiffance
JUIN . 1719.. 1147
noiffance de la Médecine univerfelle .
Pour moi , au hazard d'être condamné ,
je vous prie de me permettre l'envoy que
vous fais de mon fentiment , touchant
la queftion , fçavoir , fi le Mercure des
Philofophes eft une eau mouillante les
mains , ou s'il a la forme du Mercure
соттип.
Premierement , je penfe qu'il y a de
deux fortes de philofophes ; les premiers
qui travaillent au feu commun , & par
fon action fe Aattent de trouver le fecret
de la Tranfmutation des Métaux .
Par des raiſons évidentes , j'en ai détrompé
quelques-uns des plus obftinez s
mais plus dociles que le Pere Bernardus
Pénotus , auquel avant fa mort , toutes
fes experiences ont fait dire dans une douleur
amere : Tempus & oleum perdidi. Ce
n'eft point à ces Meffieurs que je compte
de parler. J'adreffe ma réponſe à un Philofophe
, que je crois être de ceux qui
fçavent que la Piere des vrais Philofophes
eft un fouphre vivant , animé par un
Mercure celefte , & incorporé avec un
Sel le plus pur & le plus fixe de la Nature
, qu'une legere portion de ce tout
étant doucement uni au Principe vital
d'un Animal , un Végétal , ou un Mineral ;
il l'augmente , le fortifie ; & en chaffant
toutes les impuretez , il a la vertu de met-
I. vol .
tro E
2148 MERCURE DE FRANCE .
tre les corps dans l'état parfait de leur
nature .
J'ajoute à cela que le Mercure des Philofophes
eft triple , qu'il doit contenir
dans les principes un Mercure animal ,
végétal & mineral .
En fecond lieu , que ce Mercure doit
être vivant & vivifiant , par conféquent
qu'il doit être préparé , non par le moyen
du feu commun , qui eft fon fratricide
mais par la voye feule de la nature , &
être animé par la feule influence celefte .
Troifiémement , je foûtiens que l'humidité
fous laquelle cette Influence eft voilée
, eft la plus fubtile & la mieux purifiée
de la nature.
Ces principes joints à une expérience
que j'ai vû faire fans frais à un veritable
Sçavant , mé font dire avec verité , que
dans un fens allégorique le Mercure des
Philofophes moüille les mains ,
mais que
dans le fens réel , ce n'eft autre chofe
qu'une vapeur élevée , purifiée & animée
par un feu celefte , claire comme un
diamant , & que fi - tôt qu'elle trouve le
moindre paffage pour entrer dans l'air ,
elle s'envole au Ciel , d'où il s'enfuit que
jamais aucun homme n'a pû s'en moüiller
les mains.
Il eft cependant vrai que quand cette
vapeur fe coagule dans le vaiffeau , elle
1. vol.
form:
JUIN. 17297 1149
forme une espece d'eau très claire , laquelle
flue par boulettes à - peu- près comme
le Mercure commun avec la même
difference entre l'un & l'autre , que
celle qui le trouve entre les corps humains
vivans fur la terre , & ceux , lefquels
étant reffufcitez & glorieux , fubfilteront
dans la lumiere éternelle.
Et comme je croy M. Floran trèsfçavant
, puifqu'il paffe droit au Mercure
des Philofophes , je le prierois à mon tour
de me communiquer ce qu'il penfe de la
riche miniere , d'où l'on peut tirer le fouphire
, le fel & le Mercure des Philofophes
, & comment il fe peut faire qu'une
même fource renferme toutes les perfection
de la Nature. Permettez , Monfieur ,
à un inconnu de fe dire avec toute l'eftime
poffible , & c.
REPLIQUE de M. le Franc à M.
du Palfroy , touchant la Tranfmutation
des Métaux , & la Questionfur le Mercure
des Philofophes .
E vous envoye , Monfieur , une réponíe
à la Lettre de M. du Palfroy
il ne répond point précisément à la queftion
propofée dans le Mercure du mois de
Mars dernier , où M. Florent demande
fimplement aux perfonnes verfées dans la
I. vol.
E ij lecture
1150 MERCURE DE FRANCE .
1
lecture des Ecrits des Philofophes , de décider
par des paffages de ces mêmes Philofophes
, fi le Mercure double ou leur
Mercure eft une eau qui moüille, ou non ;
c'eft ce que l'on ne trouve point dans la
réponſe de M. P. il ne raporte aucun
paffage fur cette question , & c'eft - là de
quoi il s'agit ; l'on ne prétend point examiner
ni prouver fi la tranfmutation eft
poffible , s'il y a une Médecine univerfelle
ou non , le croira qui voudra ; felon
M. F. Il demande uniquement des paffages
des Philofophes les moins fufpects ,
qui décident fi leur Mercure eft une cau
moüillante ou non , felon eux , ou felon
leur doctrine : voilà l'état de la queſtion .
Tous les raifonnemens vagues fur cette
matiere font inutiles , l'on en pourroit
remplir des volumes fans rien décider ;
on fe difpenfera donc de répondre aux
queftions de M. D. P. elles font étran
geres à ce que l'on propofe , d'ailleurs
affez dignes d'attention , pour n'être point
paffées fans décifion . Les queftions de M.
D. P. pourroient faire foupçonner qu'il
ignore peut-être l'ufage du Mercure des
Philofophes , & c'eft-là la clef de l'Art &
le fujet de toutes leurs Enigmes. Il femble
que M. D. P. va décider ce dont il
s'agit , lorfqu'il dit. Premierement, je penfe
qu'il y a deux fortes de Philofophes , les
1. vcl.
premiers
JUIN. 1729. 1131
premiers qui travaillent avec le feu , &
les feconds , avec quoi travaillent- ils ? il
n'en dit rien , non plus que de la quef
tion propofée. M. D. P. parle fort de
l'Influence celefte , qu'est- ce qu'il entend
donc par là ? En trouve - t'on chez
les Marchands , puifque Philalethe dit
que pour un florin l'on a affez de matiere
pour animer deux livres de Mercure
, quand M. D. P. parlera comme
les Philofophes , on lui répondra , pourveu
que ce foit fur des queſtions apuyées
fur des paffages de ces mêmes Philofophes
.
M. D. P. demande d'où l'on peut tirer
le fouphre , le Sel & le Mercure des Philofophes
, on ne feroit qu'initié à l'A ,
B , C , fi l'on étoit embaraffé fur cette
queftion , en faififfant donc l'efprit de M.
F. on le fait une loi de ne citer que les
Philofophes ; ainfi Bazile Valentin répondra
à M. D. P. fur la propre queſtion .
Voici le paffage , il eft dans l'avant- propos
de fes douze Clefs. » Or , mon_amy ,
» afin que je t'enfeigne d'où cette femence
» & cette matiere eft tirée , fonge en toimême
à quelle fin es ufage tu veuxfaire
» la Pierre; alors tufçauras qu'elle ne s'ex-
» trait que de Racine métallique , ordonnée
» du Créateur à la generation feulement des
» Métaux. J'attefte le Souverain Dieu que
1. vol.
"
E iij
» la
1152 MERCURE DE FRANCE.
la part où se trouve l'Ame Métallique
» l'Esprit Métallique & le Corps Métalli-
» que s'y trouvent auffi infailliblement
» Argent vif, le Souphre & le Sel Mé.
» tallique , lefquels néceffairement ne sçau-
» roientfaire qu'un corps parfait Metalli-
» que. Voilà un Philofophe non fufpect
qui répond mot à mot à tout ce que M.
D. P. défire de fçavoir. J'ay l'honneur
d'être , & c .
A Paris le 27. May 1729 .
SUITE des Logogrifes Arithmetiques.
77. Logogrifes de deux nombres ou de
deux fons , répondant à la table des fons,
donnée dans le dernier Mercure du mois
de Septembre dernier.
Les deux nombres enſemble retranchés de
la fomme des quarrés de ces mêmes nombres ,
on trouve 782. pour refte , & étant ajoutés au
plan de l'un par l'autre , on trouve 389. Quels
font ces deux nombres !
EXPLICATION du Logogryphe
du mois d'Avril.
Enfin j'ai deviné l'Enigme , m'y voilà.
Un Sacrifice honore un Dieu comme Isabellei
Le dégré de l'amour ſe meſure par
là
1. vol.
Qu'on
JUIN. 1729. 1153
Qu'on l'obtient d'autant mieux que l'on eft
jeune &
Paffons au dénouement ; Sacrifice
belle.
déja
De fyllabes contient tout autant qu'étincelle ;
Il renferme trois mots en lui retranchant fa ,
Dont chacun vient à part fraper notre prunelle.
Le cri dans la furprife , ou dans la douleur s'
offre .
Je dis naïvement , fi du vuide d'un coffre,
Ou d'un mets dégoûtant , ou d'un verre d'eau
plein,
Le Pronom ce , démontre , ainfi qu'une Pu
celle
Seul il ne fert de rien , le mariant foudain ,
Sur fon utilité perfonne ne chancelle.
Explication de l'Enigme du même
Mercure.
QUel trifte temps que le Carême ,
Nous avons tous un air plus blême
Que des Chanteurs de Libera ;
Mais taifons-nous , Pâques s'approche ,
J'entends déja fonner la cloche
1. vol.
Eiiij Qui
7154 MERCURE DE FRANCE :
Qui nous annonce Alleluia.
Fr. Mar. Nic.
Le mot du Logogrife de May eft
'Moulin. Un Moulin à caffé : mou de
veau , lin , nil . On a dû expliquer les
Enigmes par le Verluifan & le Raifin.
LOGOGRIPHE par Mademoiselle.
Mon
**
On nom est étranger , cinq pieds font
ma mefure ;
Qui de fuite à l'envers forment un mot latin ;
Ma plus groffe moitié , du côté de la fin ,
Du bon fens nous produit une choſe trèsdure.
Eftant priſe à rebours , comme au commencement
,
Elle eft alors un inftrument.
De mes lettres d'abord je t'ai donné la lifte .
Lecteur , une de moins , c'eft un Evangeliſte ;
Tranche le chef prefentement ,
Et c'eft une arme offenfive à l'inſtant ,
De laquelle , fans trop te donner la torture ;
Tu pouras faire en tranfpofant
Un mot qu'autrefois vainement
De notre langue on a tâché d'exclure.
1. vol. Dans
JUIN. 17297 1155
Dans mon premier état veut- on me replacer ?
Si-tôt que ma fin on efface ,
Qu'aux deux moitiez pour lors on fait changer
de face ,
Il refte un mot latin bien doux à prononcer.
Supprime de ce mot encore la derniere ,
Et la reconnoiffance y paroît toute entiere
En féparant ces deux juftes moitiez ,
L'une c'est un Pronom l'autre étant renverfée
,
>
Eft la felicité d'une ame intereffée.
Et le dernier effort enfin de mes cinq pieds.
MI
ᎣᎣ ᎣᎣ ᎣᎣᎣ d
ENIGM E.
Ille mouvemens nous font naître ,
Souvent entre les mains d'Iris ;
Quelquefois des doigts moins polis
Travaillent à nous donner l'être.
Nous recévons d'un autre Maître ,
Et le fard & le coloris ,
Qui nous rendent les favoris
De tous ceux qui veulent paroître
Nous fommes d'utiles prifons ,
Pour les Captifs que nous tenons
Plus de la moitié de leur vie.
1. vol. Ev Lecteur
1156 MERCURE DE FRANCE .
Lecteur, ne nous élevez pas ;
Le fort veut que nous foyons bas
Chez Tirfis , comme chez Silvie.
Par M de Bellefont de Vernon .
XXXXXXX :XXXXXX :XX
NOUVELLES LITTERAIR ES
DES BEAUX ARTS , & c.
ELEMENS de l'Hiftoire de France &
Romaine de la Geographie , de la Fable
& du Blafon . Tome I. contenant l'Hiftoire
de France & la Géographie. Tome
II. contenant l'Hiftoire Romaine , la Fable
& le Blafon. A Paris , grande Salle
du Palais , chez Theodore Legras. 1729.
in- 12 . de près de 1200. pages ; les 2..
vol. fans les Tables qui font fort amples.
CerOuvrage nous paroît également méthodique
& bien écrit. La Préface ne le
groffit point du tout. Elle fuffira en la
mettant ici toute entiere pour faire connoître
le Livre , & pour en faire fentis
P'utilité la voici.
Lorſque l'on s'eft propofé de donner
au Public cet ouvrage , on n'a eu en vûë
que de trouver un moyen facile pour apprendre
l'Hiftoire de France . On a cru
qu'il étoit neceffaire de rapporter les faits
Aa Vala
les
JUIN. 1729. 1157
les plus confiderables & les particularités
les plus effentielles de la vie des Rois &
des Reines de France , depuis leur avenement
au Trône , jufqu'à leur mort.
On a fur -tout confideré la portée de l'efprit
des jeunes gens qui fe rebutent au
moindre obftacle qui fe trouve dans ce
qu'on veut leur faire apprendre. Ainſi
pour applanir ces difficultez , on a recueilli
de plufieurs Auteurs qui ont écrit
fur l'Hiftoire de France , ce qu'on a jugé
de plus neceffaire pour l'inſtruction de
ceux qui voudront s'y appliquer. On
peut dire encore de cet abregé , qu'il
n'intereffe pas moins la jeuneffe , que ceux
qui font plus avancés en âge ; que les Curieux
prendront plaifir à le lire , & qu'il
ya bien des particularitez qu'ils trouveront
du premier coup d'oeil. Mille gens
d'ailleurs , en lifant l'Hiftoire , ne fçavent
ce qu'ils doivent retenir ou remarquer ,
pour mettre leur lecture à profit , & l'on
peut dire à l'avantage des Abregés , qu'il
n'y a rien qui établiffe mieux dans l'elprit
l'ordre fucceffif des temps & des
faits dont une hiftoire eft remplie.
Le 1.volume contient l'abregé de l'Hifzoite
de France, depuis Pharamond jufqu'à
Louis XV. avec la vie des Reines , une
Defcription exacte & curieufe des quatre
parties du monde , précedée d'une
1. vol. Evj
idéo
1158 MERCURE DE FRANCE.
idée generale de la Géographie , & d'une
explication des termes qui lui font propres.
Le fecond comprend l'Abregé de
I'Hiftoire Romaine , depuis Romulus ,
jufqu'à l'Empereur Charles VI . avec les
Elemens de la Fable & du Blafon.
Tâchons de rapporter quelques faits
qui puiffent faire juger de l'Ouvrage,
Cherebert huitiéme Roi de France , ou
Caribert époufa une femme nommée Ingoberge
; par dégoût ou autrement , il la
quitta , pour fatisfaire une violente paffion
, dont il ne fut pas affez le maître. La
Reine avoit auprès d'elle pour la fervir
deux foeurs d'une naiffance très - baffe , n'étant
filles que d'un fimple Cardeur de laine ;
mais leur grande beauté fuppléoit à la baſfeffe
de leur naiffance . L'une fe nommoit
Meroflede & l'autre Marcouvette, qui avoit
déja pris le voile . La Reine picquée d'u
ne extreme jaloufie contre le Roi & du
mépris qu'il faifoit d'elle , fit venir fecret- .
tement le pere de ces deux jeunes filles dans
le Palais , & conduifit le Roi dans la
Chambre où ce Cardeur de laine travailloit
de fon métier ; pour faire connoître
à ce Prince la baffeffe & la honte de fon
attachement ; mais cet artifice fut inutile.
& ne guérit point la paffion du Roy.
Louis I. furnommé le Debonnaire ,
25° Roi de France & Empereur d'Oc-.
I. vol.
cident
JUIN. 1729 : 1157
cident , fils de Charlemagne , à qui il
fucceda en 814. ne fe contentoit pas des
foins de regler fon Etat par rapport aux
affaires temporelles , il les étendoit julques
fur la difcipline Ecclefiaftique pour
le Reglement des Clercs & des Moines
de fon Royaume. Ce Prince pieux convoqua
une Affemblée à Aix la Chapelle
au mois de Janvier de l'année 817. On
y fit de beaux Reglemens pour la conduite
& la réformation des Chanoines ,
pour retrancher les abus du Clergé , &
principalement la fimonie qui étoit fort
en ufage en ce temps -là parmi les Ecclefiaftiques
du Royaume. Les Clercs &
les Evêques étoient vêtus comme des
Guerriers , avec des habits de couleur ; ils
portoient le Baudrier , l'épée & le poignard
, avec d'autres armes offenfives &
deffenfives , comme des Capitaines , n'ayant
rien dans leur exterieur qui fe reffentit le
moins du monde de la modeftie Ecclefiaftique
.
On voit dans le 2. volume , page 17.
comment Scevola , jeune Citoyen Romain
, qui avoit tenté de tuer Porfenna ,
Roi d'Etrurie , & qui manqua fon coup, ſe
brûla la main , pour fe punir foi - même
d'une faute qu'on ne pouvoit lui imputer;
& pour intimider ce Roi , ennemi des
Romains , il lui dit que 300. jeunes gens
1. vol.
de
1160 MERCURE DE FRANCE.
de Rome avoient confpiré pour le tuer.
Comment Clelie, jeune fille avec plufieurs
autres , ayant été donnée pour ôtages
elle paffa le Tibre & fe fauva avec fes Com
pagnes ; mais les Romains les renvoyerent
toutes pour marquer leur bonne foi . Cette
action de génerofité toucha Porfenna &
l'induifit à faire la Paix avec les Romains .
Camille , General de l'Armée Romaine,
dans la guerre contre les Falifques , fit
une action de generofité qui defarma fes
ennemis. Un Maître d'Ecoles qui avoit
fous fa conduite tous les enfans des Familles
les plus confiderables , les amena
au General de l'Armée Romaine , dans
l'intention de les lui livrer , efperant d'avoir
une grande récompenfe de fa perfidie ;
mais ce genereux Romain ayant horreur
d'une action fi noire , les renvoya tous à
leurs parens , ne voulant point profiter
de la méchanceté de ce Precepteur. Cette
action de generofité toucha tellement les
Falifques , qu'ils ouvrirent les Portes de
leur Ville , & qu'ils fe foumirent de bon
coeur à la domination Romaine.
LES SCIENCES DE'V GILE'Es , démontrées
fi évidemment , que les perfonnes
qui ont le jugement formé , peuvent
les apprendre en peu de temps , fans le
fecours d'aucun Maître & fans aucun dé-
1. vol.
Langement
JUIN. 17297 1161
rangement de leurs occupations ordinaires,
& que l'on peut enfeigner aux enfans
dans leur bas âge : avec des Projets d'é
tabliffemens qui intereffent la Religion ,
les Souverains , la Nobleffe & tout le
Public. Par M. de Vallange . A Paris
ruë S. Jacques & Quai des Augustins
chez Cl. Jaubert & Ant. Gandoin , 1729 %
Brochure in 12. de 48. pages fans l'Epitre
à la Reine & quelques Avis.
à
Les bonnes intentions de l'Auteur pour
l'avancement des Sciences , éclatent pref
que à chaque page de cet Ouvrage . Son
deffein , en attendant l'execution de tous
fes projets , eft de rendre les Sciences auffi
communes que la clarté du Soleil , & il
ne demande à ceux qui veulent les apprendre
, que la même attention qu'ils
donneroient au jeu qu'ils aimeroient le
mieux ne defirant rien tant que d'em
ployer les talens qu'il a reçûs du Ciel ,
la fatisfaction de fon prochain ; quand les
choles font trop hautes , dit- il , j'ai foin
de mettre des marche- pieds pour y atteindre
plus facilement. Mais M. de Vallange
ne fe borne pas aux Sciences feulement
propres à orner l'efprit , il va plus loin.
Dans la Philofophie Politique , que je ferai
imprimer en peu de temps , pourfuit - il,
on trouvera des moyens d'augmenter
les richeffes & la puiffance des Souve
La Vola Lains
162 MERCURE DE FRANCE.
rains , en augmentant le bonheur de leurs
Sujets. On trouvera dans cette Philofophie
un grand nombre de découvertes
que j'ai faites , propres à augmenter le
bonheur de chaque Pays . Viendra enfuite
ma Philofophie Economique , où je donnerai
un très grand nombre de moyens
chaque Particulier d'augmenter la fortu
fes facultez & fon bonheur .
ne ,
NOUVELLES DECOUVERTES EN
MEDECINE , très utiles pour le Service
du Roy & du Public . Par M. de Marconnay
, &c. A Paris , rue de la vieille
Bouclerie, chez Giffay in 12. de 200. pag.
METHODE POUR ETUDIER L'HIS
TOIRE , avec un Catalogue des principaux
Hiſtoriens & des Remarques fur la bonté
de leurs Ouvrages , & fur le choix des
meilleures Editions. Par M. Langlet du
Frenoy. Nouvelle Edition , augmentée &
ornée de Cartes Géographiques. Quay
des Augustins , chez P. Gandoin , 1729 .
4. vol. in 4.
MEMOIRES Concernant la nature &
la qualité des Statuts diverfes Queſtions
mixtes de Droit & Coûtume , & la plûpart
des Arrêts qui les ont décidées . Par
M. Louis Froland , ancien Avocat au Par-
I. vol.
lement
JUIN. 1729. 1163
lement de Paris . Au Palais , chez Bru
net , Nully , & c . 1729. 2. vol. in 4.
A
REFLEXIONS de M. de Barras , fur
ce qui a été inferé au Journal de Trévoux
de Janvier 1729. Art. VII. Brochure
in 12. de 14. pages . De l'Imprimerie de
Charles Ofmont , ruë S. Jacques.
TRAITE DE L'UNIVERS MATERIEL
ou Aftronomie Phyfique , &c.
Le deffein de l'Auteur eft d'établir que
le Soleil & toutes les Etoiles fixes ont
chacun un Tourbillon d'un efpace limité,
que les matieres qui compofent & rempliffent
chacun de ces Tourbillons , font
differens les uns des autres , & que celles
d'un Tourbillon ne peuvent paffer dans
un autre ; que dans le Tourbillon du Soleil
comme dans les Tourbillons des Etoi.
les fixes , il y a des Planettes qui ont chacune
un Tourbillon , dont les matieres
qui le compofent , ne peuvent fe mêler
avec celles du Tourbillon du Soleil ni
avec celles des Tourbillons des autres Planettes
.
Il pofe quatre matieres differentes dans
chaque Tourbillon , diftinctes les unes des
autres. La premiere eft la feule qui a du
mouvement , mais un mouvement perpetuel
qui ne ceffe point ; c'eft cette pre-
I. vol.
miere
1164 MERCURE DE FRANCE .
miere feule qui communique du mouve
ment aux autres matieres , & qui caufe la
pefanteur ; la feconde mife en action par
la premieee , caufe la lumiere. La troiléme
, qui eft l'Air , fait le corps de tout le
Tourbillon , & caufe le bruit & le fon.
La quatrième , c'eft la Terre & toutes les
matieres qui la compofent.
Il fait voir dans le Chapitre de la Pefanteur
, pourquoi une plaque de Plomb
étant pofée de niveau , ne pele pas plus
que pofée fur un côté : pourquoi le Mercure
fe foutient dans le Barometre jufqu'à
certaine hauteur ; pourquoi il s'éleve
plus haut dans un temps clair & ferein
, que dans un temps humide , &
pourquoi il baiffe étant pofé fur le haut
d'une Montagne , & fait fentir en mêmetemps
que l'Air , bien loin d'être pefant ,
foulage & alege les corps qui y font
plongez.
Dans l'article de la Lumiere , il montre
comment plufieurs yeux fituez en diffe
rens endroits , peuvent voir toutes les par
ties d'un même objet ; comment les rayons
du Soleil échauffent & forment du feu par
le moyen d'un Verre lenticulaire & d'un
Miroir ardent . Comment ce feu fe com .
munique & s'augmente ; comment fe forment
la flâme & les figures qu'elle fait ;
comment la chaleur le porte au de- là des
4
I. vol. limites
JUIN. 1729 1165
limites de la flâme ; comment un charbon
de feu , la cendre & la fumée le forment
auffi . Pourquoi une chandelle éclaire ; ce
que c'eft que le fon ; comment il le fait fe
entendre & fe répand à differentes diftances;
ce que c'est que l'odorat , le goût
& le toucher .
器
Si cet Ouvrage eft reçû favorablement ,
M. Petit promet d'expliquer enfuite ce
que c'est que le Tourbillon de la Terre
& les Tourbillons des autres Planettes
qui nous font connuës ; comment on peut
déterminer leur étenduë ; ce que c'est que
le Ciel de chaque Planette ; comment celui
d'une Planette ne fe mêle pas avec celui
d'une autre Planette ; pourquoi une
Planette eft plus ou moins éloignée du
Plan de l'Ecliptique du Soleil ; pourquoi
fa révolution périodique n'eft pas circulaire
, mais Elyptique , & pourquoi le Soleil
n'eft pas au centre de l'Elypfe de ce
mouvement périodique ; pourquoi Venus
qui eft plus groffe que la Terre & que
Mars , eft cependant moins éloignée du
Soleil ; ce que peuvent être les Comettes
& où elles font fituées ... Pourquoi la
face de la Lune eft toûjours tournée du
côté de la Terre ; quels font les jours dans
la Lune , leurs differentes durées , & qu'il
n'y a point de nuit fur les Poles de la Lune
... Comment fe peuvent faire le flux
1. vol.
1166 MERCURE DE FRANCE .
& le Reflux de la Mer , quand même il
n'y auroit point de Lune. Pourquoi le Flux
& le Reflux font à peu près reglez fuivant
le mouvement de la Lune ... Il donnera
les moyens de fçavoir l'heure du Flux &
du Reflux , même des Marées , fans avoir
befoin de connoître le mouvement de la
Lune , &c . Ce petit in 12. de 23 4. pages ,
fans l'Epitre & la Préface , fe vend à Paris
, rue S. Jacques , chez J. Villette ,
fils , 1729.
THEMISTO CLE , Tragedie. Par
L. P. F. J. dédiée au Duc de Retz , Pair
de France . A Paris , ruë S. Jacques
chez Joffe , fils , fur l'imprimé à Lyon
1729. in 8. On trouve chez le même Libraire
la Tragedie d'Oepipe, du même Auteur.
Il répond dans une Lettre de 12. pages
aux Critiques qu'on a faites de la Piece.
Cette Lettre eft très bien & très folidement
écrite , eft proprement la Préface de
ce Poëme ; elle peut même paffer à quelques
égards , pour un petit abregé du Poëtique.
On trouve à la fin un fuccint Argument,
des cinq Actes de la Tragedie en'
cette maniere.
1. L'arrivée de Thémistocle à Suze , produit
fa reconnoiffance avec Miltiade.
2. Sa reconnoiffance avec Miltiade , pro-
I. vol.
duít
JUIN. 1729 . 1167
3 .
duit celle de Xerxès & de Thémistocle.
La Reconnoiffance de Xerxès & de
Themistocle , produit pour Thémistocle
le péril de la vie.
4. Le péril de fa vie produit le péril de
fa vertu .
5. Le péril pour fa vertu produit la réfolution
du Heros ; & la réfolution produit
la catastrophe . Mais donnons un peu plus
d'étendue à cet abregé, & difons quelque
chofe de plus précis du fujet de ce Poëme
pour en faciliter l'intelligence.
Argument de la Tragedie.
Themistocle , banni
fes
par les Athéniens ,
pour s'être rendu trop redoutable par
victoires , cherche un azile dans la Cour
de Xerxès . Il y trouve heureuſement le
fils du grand Miltiade. Ce jeune Athénien
, devenu Favori du Roi , prie Artaban
, fon premier Miniftre , de le prefenter
à fon Maître , fans pourtant lui apprendre
fon nom. Artaban déclare à Témistocle
qu'il faut qu'il fléchiffe les genoux
devant Xerxès. Ni ce Heros , ni
Miltiade n'y peuvent confentir . Miltiade ,
au refus d'Artaban , fe réfout à le prefenter
lui-même . Artaban en eft irrité . On
vient lui annoncer que deux Envoyez arrivent
de la Grece , l'un d'Athénes & l'au-
1. vol. tro
1168 MERCURE DE FRANCE .
tre de Sparte. 11 fort pour aller fçavois
quel foin les amene à Suze.
ACTE I I.
Xerxès dit à Miltiade qu'il confent à
voir l'Etranger , mais qu'il veut , pour ob
ferver la loi , qu'il lui foit prefenté par
Artaban fon premier Miniftre. Artaban
prefente Themistocle à Xerxès . Ce Grec
refule de fléchir les genoux devant le Roi;
Xerxès picqué de ce refus , lui dit qu'à
peine difpenferoit- il de ce devoir Themiftocle
lui-même ; à ce nom Themifto-"
cle le fait connoître . Xerxès admire la
generofité avec laquelle fon plus mortel
ennemi lui vient livrer fa tête . Il ordonne
qu'on l'obferve. Miltiade en eft allarmé;
mais Xerxés le raffure & lui fait entendre
qu'il eft defarmé par fa vertu . Les Satrapes
viennent recevoir les ordres de leur
Roi ; ils le profternent devant lui. Xerxès
leur dit qu'il embraffe la deffenfe de
ce même Grec dont il avoit mis la tête à
prix . Il ordonne qu'on le faffe rentrer ;
il le comble de faveurs , & charge Miltiade
du foin de veiller à la feureté. Artaban
vient déclarer à Xerxès que tout
Suze murmure de l'appui qu'il prête à
Thémistocle ; & que fur tout la Princeffe
fa fille ne peut contenir fa douleur en
voyant le meurtrier de fon Epoux & de
1. vol.
fes
JUIN. 1729 1169
fes Fils , échapper à fa vengeance . Xerxès
fait connoître qu'il ne craint que les pleurs
de la fille . A peine eft- il forti que Roxane
entre ; elle fe flatte d'attendrir fon coeur
& d'en obtenir la vengeance qu'elle de
mande .
ACTE III.
Artaban fonde avec adreffe le coeur de
Parmenis , Député de Sparte & le trouvent
auffi méchant que lui , il lui fait entendre
que Xerxès ayant accordé fa protection
à Thémiftocle , on ne peut le faire
périr que par un complot fecret ; Parmenis
lui promet de confentir à tout , pourvû
que Sparte foit vengée . Il n'en eft pas
de même d'Ariftide ; il frémit au nom de
crime. Il fait plus , il avertit Thémistocle
de fe tenir en garde contre des attentats
qu'on peut former pour lui ôter la vie .
Xerxès vient donner audience aux Ambaffadeurs
d'Athénes & de Sparte, & veut
que Thémistocle foit prefent . Ariftide redemande
Thémistocle au nom d'Athénes,
mais plutôt en Ambaffadeur qu'en ennemi.
Xerxès lui répond qu'il portera luimême
fa réponſe auxAthéniens, les armes
à la main. Roxane paroît en deüil . Elle
demande la tête de Thémistocle au Roi
fon pere ; à peine a- t- elle appris qu'il eft
prefent , que ne pouvant foutenir la vûë,
I. vol.
elle
1170 MERCURE DE FRANCE .
elle s'évanouit. Xerxès attendri , lui pro
met de la venger.
ACTE IV.
Parmenis dit à Artaban que Thémiſtocle
ne peut lui échapper, & que vingt bras
font déja prêts à lui ôter la vie , mais
qu'ils n'oferoient rien tenter fans un ordre
de fa main. Artaban lui promet tout ,
& le preffe d'aller faire executer ce qu'il
a fi heureuſement projetté ; Parmenis fort.
Miltiade inftruit du complot tramé contre
Thémistocle , en vient faire de fanglants
reproches à Artaban , comme en étant
l'Auteur. Artaban fe juftifie le mieux qu'il
peut. Ariftide vient avertir Miltiade qu'on
à voulu affaffiner Thémistocle , & que
Roxane lui a prêté un azile dans fon Appartement.
Il fort avec Miltiade pour aller
approfondir l'affreux myftere de cet affaffinat.
Artaban eft confterné de ce qu'il
vient d'apprendre ; Parmenis au defefpoir
vient lui confirmer le mauvais fuccès de
fon entreprife. Il lui propofe de porter
Xerxès à confier à Thémiftocle le commandement
de fes Armées ; Artaban frémit
d'un confeil fi fatal à fon ambition .
Parmenis lui fait voir le fruit qu'il en peut
retirer, fondé fur le refus de Thémistocle :
il ne doute point que ce refus n'irrite Xerxès
, il ajoûte que quand même Thémif-
*
I. vol. tocle
JUIN. 17297 1171
tocle accepteroit le commandement contre
fes Citoyens , il n'en périroit pas
moins , après avoir perdu fa gloire . Artaban
va trouver Xerxès pour tenter ce
que Parmenis vient de lui propofer . Ariſtide
inftruit du complot de Parmenis ,
vient lui reprocher fa perfidie ; la converfation
eft vive d'une & d'autre part.
Roxane amene Thémistocle qu'elle veut
-elle- même prefenter à Xerxès ; elle lui
dit qu'elle n'en eft pas moins ardente à
venger fon Epoux & fes Fils , mais qu'elle
-ne fçauroit confentir à des affaffinats . Elle
entre chez le Roi. Thémiftocle chaffe Artaban
de fa prefence ; il méprife Parmenis
, & louë la generofité d'Ariftide . Xerxès
vient. Prévenu par Artaban , il offre
à Thémistocle le commandement de fes
armées , & le laiffe y rêver. Thémistocle
témoigne l'horreur qu'il a de la propofition
que Xerxès vient de lui faire ; l'amour
de la Patrie l'emporte fur la vengeance
qu'on lui offre. Il protefte de mourir
plutôt que d'y confentir , mais il veut
que fa mort foit utile à fes Citoyens , tout
ingrats qu'ils font.
ACTE V.
Thémiftocle commence ce dernier A& e.
Il s'applaudit en fecret d'avoir trouvé le
moyen d'accepter la demande de Xerxès ,
1. vol.
F
fans
1172 MERCURE DE FRANCE .
$
fans nuire aux Athéniens. Xerxès vient
chercher la réponſe en prefence de Miltiade
; Thémiftocle accepte le commandement
de fes armées , mais c'eft à condition
qu'il lui jurera de ne jamais porter
les armes fans lui contre les Grecs.Miltiade
fremit de ce que Thémistocle vient de
dire. Xerxès ordonne de dreffer l'Autel
qui doit recevoir le ferment que Thémiſtocle
exige de lui , & fort. Miltiade témoigne
la furpriſe à Thémistocle fur la
promeffe qu'il vient de faire à Xerxès.
Thémistocle le raffure auffi - bien qu'Ariftide
, qui arrive un moment après ; il
leur dit qu'il n'a jamais été plus fidele à
fa Patrie , qu'il va bien- tôt le paroître à
leurs yeux. L'Autel eft dreffé , le lâche
Parmenis eft prefent. Xerxès fait le ferment
que Themistocle a exigé de lui . Ce
Héros s'approche à fon tour de l'Autel ;
& adreffant fes voeux à fa Patrie , au lieu
de répandre la Liqueur facrée de la Coupe
, il la boit , au grand étonnement de
Xerxès. Il explique enfin ce myftere , &
fait connoître que la Liqueur qu'il vient
de boire a été empoisonnée à la faveur
de fon anneau qu'il a pris foin d'y tremper.
Xerxès reconnoît trop tard qu'il s'eft
fermé le chemin de la Grece par fon fatal
ferment. Il n'en admire pas moins la vertu
de Thémistocle ; Roxane même qui
1. vol.
vient
JUIN. 1729. 1173
vient demander la victime , la trouvant immolée
de fa propre main
refufer des pleurs .
ne peut lui
Pour donner une plus jufte idée de cette
Tragedie , il nous refte à en donner quelques
morceaux qui faffent juger de la
verfification.
Au 1 Acte , le jeune Miltiade , à
qui
Thémistocle ne s'eft pas encore fait connoître
, le loue , parlant à lui- même , &
le met prefqu'audeffus du grand Miltiade
fon pere : voici l'éloge qu'il en fait.
Mais depuis , trop fameux dans la paix , dans
la guerre ,
Thémistocle eft lui feul l'entretien de la Terres
C'eſt le Héros du Monde , & les yeux aujourd'hui
,
Ne font dans l'Univers attachez que fur lui.
Trois fois par ce Héros aux Rochers d'Arthe
mife ,
La Flotte des Perfans diffipée ou furpriſe ;
L'Empire de la Mer fi long- temps difputé ,
Enfin à fa Patrie acquis & merité ;
Xerxès glacé d'effroi fuyant vers le Boſphore,
Et jufques dans Sardis , pâle & tremblant encore
,
Les Mers de Salamine & celles de Naxos ,
Couvertes des débris de fes nombreux Vaiffeaux
...
Tant d'exploits étonnants , tant d'éclat , tant
de gloire,
Fij Ont
1174 MERCURE DE FRANCE :
Ont fait de Miltiade oublier la mémoire.
Thémistocle.
Les exploits de ce Grec jufqu'à vous parvenus ,
Je le vois bien , Seigneur , vous font affez
connus :
Mais ... que vous ignorez ſes maux !
Miltiade.
Comme mon pere,
A-t-il auffi des Grecs éprouvé la colere?
Themiftocle.
Thémistocle en horreur à ceux qu'il a fauvez ,
Contre fes triftes jours voit les Grecs foulevez,
Profcrit , perfecuté , fans ami , fans azile ,
Errant dans l'Univers, fuyant de Ville en Ville;
Tantôt des flots émus vil joüet fur les Mers ,
Et tantôt fugitif dans l'horreur des Deſerts ,
Cachant par tout le nom que lui fit Salamine ,
Ce nom jadis fa gloire , aujourd'hui fa ruine ,
N'ofant être lui- même , en un mot ; aujourd'hui
,
Du fils de Miltiade implore ici l'appui.
Artaban , premier Miniftre de Xerxès ,
au fecond Acte , prefentant Thémistocle
à fon Roi , veut l'obliger à fe profterner
à fes pieds :
Obéis Etranger , adore le grand Roi.
1. vol.
This
JUIN. 1729. 1175
Themistocle à Artaban.
Je n'ai point ici d'ordre à recevoir de toi.
A Xerxès.
Seigneur , daignez fufpendre une loi qui me
gêne :
Quand vous m'aurez connu , peut-être qu'avec
peine ,
Vos yeux me trouveroient à vos pieds abbattus
Athêne eft ma Patrie, & j'en ai la vertu .
Xerxès.
Je diftingue, il eft vrai , malgré toute ma haine,
Du refte de vos Grecs la vertueufe Athêne :
Mais d'un jufte devoir où tu crois t'abbaiffer ,"
Pour être Athénien te veux - tu difpenfer ?
A peine , au fouvenir de fa vertu fuprême ,
En voudrois - je affranchir Thémiftocle luimême:
Themistocle.
D'un Roifi genereux je n'attendois pas moins
Vous me difpenfez donc de ces ferviles foins.
Portez contre mes jours l'arrêt le plus fevere ;
Qui fauve ſa vertu n'a plus de perte à faire.
Roi , voici Thémistocle , & c.
Au 3 Acte , Artaban parlant à Ariftide ,
Ambaffadeur d'Athênes , veut l'animer à
perdre Thémistocle par quelque voye que
ce puiffe être ; le genereux Ariftide lui
répond ainfi : F. iij. Je
1176 MERCURE DE FRANCE :
Je ſuis Ambaffadeur & non fon ennemi.
De ma haine , il eft vrai , Thémistocle eft trop
digne ;
Objet infortuné d'une injuſtice infigne ,
J'éprouvai de fa main des coups plus furieux ,
Que l'on n'affecte ici de les peindre à mes
yeux ;
Mais , malgré mes malheurs , fufpendant toute
haîne ,
Je n'apporte en ces lieux que l'interêt d'A
thene .
Et comment mêlerois -je , injufte Citoyen ,
Sa querelle à la mienne & mon couroux au
fien ?
Le rang d'Ambaffadeur eft faint dans ma Patrie
,
C'eſt au pied des Autels qu'elle nous le confie ,
Un augufte ferment le confacre dans nous ;
Je le profanerois, y mêlant mon courroux !
Je viens venger la Grece , & non pas Arif
tide , & c.
Roxane , au 4 Acte , ayant fauvé Thémiſtocle
des Aſſaſſins qu'Artaban & Parmenis
, Envoyé de Sparte , avoient armez
contre lui , amene Thémistocle &
lui parle en ces termes :
Roxane à Thémiftacle .
Je veux au Roi moi - même te conduire ;
Je veux de leurs fureurs & me plaindre &
l'inftruire : Je
JUIN. 1729. 1177
Je ne fouffrirai point qu'un infame affaffin ,
Profane ma vengeance en te perçant le ſein :
Je veux un facrifice , & noble & legitime ,
Et je rougirois trop de le devoir au crime.
A Artaban.
Satrape , tu m'entends .
Artaban.
Oui , Madame , & de plus ,
Dans ces hauts fentimens j'admire vos vertus.
Roxane.
Ce ne font pas pourtant ceux que met en pra
tique ,
Dans fes lâches complots ta fombre politique
Artaban.
Qui ? moi ? ... Madame ....
Roxane.
Oui , toi. Je fçais tous tes deffeins ;
Que n'as- tu dérobé ton nom aux Aſſaſſins ?
Ils l'ont trop prononcé, ces cruels, ces parjures ,
Ce nom digne en effet de leurs bouches impures.
Quoy ? voulois-tu venger par un coup plein
d'horreurs ?
Les Mânes de mes fils honteux de tes fureurs ?
T'ai-je donné ces foins è la fille de ton Maîtré ,
A-t-elle ici befoin des lâchetez d'un traître ?
A Themistocle
Et toi , Héros fameux , étouffe un vain efpoiry
I. vol.
Fiiij
Malgré
1178 MERCURE DE FRANCE .
Malgré mes foins pour toi ,je ferai mon devoir;
Tu n'en feras pas moins, fi l'on cede à mes lar
mes ,
La victime amenée & düe à mes allarmes :
Au fer des conjurez j'ai voulu t'enlever ,
Pour fauver ma victime , & non pour te fauver
Si je n'euffe accouru , leur jaloufie extrême ,
T'immoloit à leur Sparte , & non pas à moimême
;
Cet interêt lui feul m'a fait te fecourir ;
Je perdois ma vengeance , en te laiffant perir ,-
& c.
Xerxes aus Acte , voyant que Themistocle
refufe le commandement de fes
Armées , le preffe de l'accepter , & Themiftocle
ne fe rend que d'une maniere.
utile à fa gloire & à la Patrie.
Xerxès.
Ouy,je te le redis ; je crains tout pour ta têtes
Ton ferment peut lui ſeul conjurer la tempête ;
Luy feul de mes fujets t'attirant les refpects ,
Ne te laiffe en ces lieux d'ennemis que tesGrecs
Themistocle.
Puifqu'à ce terme affreux ma fortune eft réduite
,
Il faut de vos Soldats accepter la conduite,
O crime !
Miltiade.
Jg vol
Themistocle
.
JUIN.
1729. 1179
Themistocle.
Mais avant que d'en donner ma foy ,
De la vôtre à mon tour j'ofe exiger , grand
Roy ,
Pour calmer dans mon coeur la crainte qui le
preffe.
Xerxès.
Parle ; qu'exiges- tu ?·
Themistocle.
Seigneur , une promeffe.
Sous un chef étranger, l'indocile Soldat ,
Ne va , vous le fçavez , qu'à regret au combat
De fon obéiffance il fe fait un outrage ,
Et mettoute fa gloire à manquer de courage.
Il fuit bien plus encor ce caprice odieux ,
Quand le Monarque abfent ne voit rien de fes
yeux ,
Et que loin des climats où combat fon armée ;
Il n'eft inftruit de tout que par la renommée .
Jurez-moi donc , Seigneur , que tant que les
deftins ,
Conferveront le fceptre en vos auguftes mains;
Jamais , malgré l'ardeur dont vôtre ame eft
faifie ,
Vous ne ferez fans moi la guerre à ma Patrie
A ce prix je fuis preft à me facrifier.....
Par cet heureux artifice , Themifto .
cle fauve la gloire & fa patrie , & Xerxès
1. vol.
Ev lig
1180 MERCURE DE FRANCE:
lié par un ferment inviolable , fe met
dans la neceffité de ne plus combattre les.
Grecs , ne le pouvant qu'avec Themiftocle
, qui s'empoiſonne au même Autel ,
témoin de la foy donnée & reçuë.
MEMOIRES pourfervir à l'Histoire
des Hommes Illuftres dans la Republique
des Lettres , avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages . Tom . V. à Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science
1728. in - 8 ° . pp. 408. fans les Tables.
per-
On voit par un court avertiffement
qui eft à la tête de ce Volume , les raifons
que l'Auteur a eües d'y inferer une
vie de Tite Live. Une perfonne d'efprit ,
dit il , & de mérite , s'étant donné la peine
de ramaffer plufieurs chofes curieufes fur
les anciens Auteurs , je me fuis laiffé
fuader qu'on ne trouveroit pas mauvais
que je joigniffe fon travail au mien. En
effet , quoiqu'il y paroiffe étranger , il ne
l'eft peut- être pas tant qu'on pourroit fe
l'imaginer. Ce que les nouveaux Auteurs
ont fait fur ces Anciens , a formé entre
eux une liaifon qui les rapproche & les
reünit en quelque maniere malgré la diftance
des temps. J'ai cru cependant devoir
né donner qu'une vie de ces Anciens
dans chaque Volume , pour ne point trop
remplir la place deftinée à d'autres moins 1. vol.
connus
JUIN. 1729. 1181
connus , & fur lefquels on fouhaite davantage
d'être inftruit . Si ce mélange
déplaît au Public , il fera facile d'y remedier
, & de fe conformer à fon goût.
Voici les noms des Sçavans , dont la
vie & le titre des ouvrages rempliffent ce
Volume.
MICHEL ANGRIANI. JEAN HUDSON.
JOSEPH ANTELMI. J. PIERRE MAFFE'E.
MARTIN ASPILCVETA PAPIRE MASSON.
LAURENT BELLINI.
GERARD DU BOIS.
JEAN B. BOISOT .
THEOPHILE BONET.
CHRISTOPHE CELLA
RIUS.
RICHARD
LAND.
CUMBER
FR. SERAPH . REGN .
DESMARAIS.
THOMAS ERPENIUS .
OTTAVIO FERRARI.
OCTAVIEN FERRARI .
EMILIO FERRETI.
MARSILE FICIN .
PH. DE LA HIRE.
FEUDES DE MEZERAI.
PIERRE PITHOU.
MELLIN DE S. GELLAIS.
DENIS DE STE, MARTHE
.
JEAN SELDEN .
ANTOINE TEISSIER.
JOSEPH TEXEIRA ,
TITE - LIVE.
AUGUSTIN VALERIO
HENRI DE VALOIS.
ANT. VARILLAS.
ANDRE VESAL.
FRANÇOIS VILLON.
JACQ. USSERIUS .
Nous ne parlerons dans cet Extrait'
que de ce que l'Editeur des Mémoires Y
rapporte de M. Hudlon , l'un des plus
fçavans Anglois de notre temps.
Jean Hudfon naquit à wedehop , prés
de Cockermouth , Ville de la Province
de Cumberland en Angleterre , peu de
I. vol.
Evj
temps
1182 MERCURE DE FRANCE:
temps après le rétabliffement de Charles
11. qui fe fit en 1660 .
Après avoir appris la Grammaire fous.
Jerôme Hechstetter , il alla en 1676. à.
Oxford , où il étudia la Philofophie dans
le College de la Reine , fous Thomas
Crofthwait , celebre en ce temps là par
fon fçavoir & fa civilité envers les Etran
gers.
L'application qu'il donna à la Philofophie
, ne l'empêcha pas de s'attacher auffi
aux Belles Lettres qu'il cultiva toute fa
vie avec beaucoup de foin.
Il fut reçu Maître ès Arts en 1684.8
peu de temps après Aggregé au College
de l'Univerfité , où il enfeigna pendantplufieurs
années la Philofophie & les Hu--
manités.
Il fucceda en 1701. à M. Hyde , dans
la Charge de Bibliothecaire de la Biblio .
theque Bodleienne , & il a confervé ce
pofte - là jufqu'à la mort . Il fut fait de plus
en 1712. Principal du College de la Ste..
Vierge , par le Chancelier de l'Univerfité,
à la follicitation de Jean Ratcliff , fameux
Medecin.
Son application à l'étude a abregé fes :
jours. Après avoir langui long- temps , il
fut enfin attaqué d'une hydropifie , dont
il eft mort le 27. Novembre 1719. agé.
d'environ 57. ans. Il avoit epouſé une
fille du Chevalier Harriffon. Cata
JUIN 1729. 1183.
Catalogue de fes Ouvrages .
1. M. Vellei Paterculi que fuperfunt ,,
Qxonia 1663. in - 8 . 2º. Edit. 1711-
Oxonia in - 8 ° . M. Hudfon n'a point mis..
fon nom à ces deux Editions . On trouve .
à la tête de la premiere les Annales Vel--
leiennes que M. Dodwel lui avoit com-.
muniquées ; mais l'Editeur a jugé à propos
de les retrancher de la feconde , parce
qu'elles avoient été imprimées féparément.
en 1698. Il a mis à la place deux Tables :
chronologiques , l'une de . Dodwel , & 、
l'autre de Cellarius ; les notes qui étoient ,
dans la premiere Edition ont été
tées dans la feconde..
1
augmen-
2. Thucydidis de Bello Peloponnefiaco ·
lib. VIII. Oxonie 1696. in-fol. Cette:
Edition eft fort belle & fort bien difpofée.
On y voit le Grec en longues lignes ,.
& en beaux caracteres au haut de la page,
& la Verfion Latine d'Emilius Portus en
deux colonnes au deffous , avec quelques
Notes fort courtes. Une chofe qui rend .
cette Edition encore plus recommandable
, ce font les années de la guerre de:
Peloponnefe , & celles des Olympiades ,
& de la fondation de Rome , que l'on
voit au haut de chaque page. C'eft Dodwel
qui en eft l'Auteur , & qui a publié dans
la fuite en 1702. à Oxford , les raifons
L...Vol.
de
1184 MERCURE DE FRANCE.
de cette Chronologie dans fes Annales de
Thucidide.
3. Dionyfii Halicarnaffei Opera omnia
grace & lat. cum Annotat. Oxonie 1704 .
in-fol. 2. Tom. On trouve dans cette Edition
, comme dans celle de l'Auteur précedent
, les années marquées au haut des
pages , felon la Chronologie de Dodwel ,
depuis le premier Confulat .
D
4. Geographia veteris Scriptores Graci
minores , græcè & lat. cum Differtationibus
, & Annotat. Henrici Dodwelli : accedunt
Geographica Arabica cum Notis
Oxonia 1698. 1712. 4. vol. in -89 .
Cette Edition eft accompagnée de plufieurs
Cartes Geographiques très- exactes.
5. Dionyfii Longini de Sublimitate Libellus
, cum Præfatione de vitâ fcriptis
Longini , Notis , Indicibus , variis Lectionibus.
Oxonia , 1710. in - 4 ° . It. 1718.-
in-8°. Cette Edition eft , fort belle. Les
Notes en font fort courtes comme toutes
celles de M. Hudfon.
6. Maris Atticista de vocibus Atticis,
Hellenicis Gregorius Martinus de
Gracarum Litterarum Pronunciatione, Oxonie
1712. in - 8 ° . p . 104. Cet ouvrage
de Maris , que plufieurs manufcrits nomment
Eumarides , quoiqu'affez connu par
Photius , & par les Citations de plufieurs
fçavans hommes , n'avoit pas encore été
1. vol. imprimé.
JUIN. 1729. 1183
:
imprimé. La Lettre de Gregoire Martin
n'y a été jointe que pour rendre le volume
d'une groffeur raisonnable. Martin y
deffend la Prononciation moderne de la
Langue Grecque , avec fçavoir & avec
efprit.
7. Fabularum Efopicarum Collectio quor
quot gracè reperiuntur : accedit Interpretatio
Latina. Oxonia 1718. in 8 ° . M.
Hudfon a fait cette Edition des Fables
d'Efope , pour l'ufage de ceux qui commencent
à apprendre la Langue Greeque.
2
8. Flavii Jofephi Opera, qua reperiri potuerunt
omnia ad Codd. Mff. diligenter
recenfuit. Nova Verfione donavit & Notis
illuftravit Joannes Hudjon : Oxonia.
1720. in-fol. 2. vol. Cette Edition eſt la
plus exacte qu'on ait de cet Auteur. Comme
M. Hudſon mourut lorfqu'elle s'imprimoit.
M. Hall (on ami a pris foin des
dernieres feuilles , & a mis àla tête la vie
de ce fçavant.
Cet article eft tiré de cette vie.
Nôtre Editeur auroit pû, fans doute, en
dire davantage , & ajouter d'autres éclairciffemens
fur les ouvrages de M. Hudſon,
principalement fur l'Edition de Jofephe.
Ce n'eft point à nous à y fuppléer. Nous
nous contenterons d'expliquer à nos Lecteurs
ce qu'il faut attendre par Geographica
Arabica qui fe trouve employé dans
1. vol
HSS MERCURE DE FRANCE.
le 4 Article du Catalogue cy - deffus . Ce
font trois ou quatre morceux importans
de Geographie peu connus des Européens ,
compolez par differens Auteurs Mahometans
, Le premier eft la Defcription generale
de l'Arabie , faite par le Sultan Ifmael
Abulfeda , avec la Verfion Latine de Jean
Grave , fçavant Mathématicien Anglois .
Le 2. eft la Defcription de la Tranfoxiane
du même Abulfeda. Le 3. & 4. Deux ,
Tables Geographiques ; l'une de Naffin
Eddin, celebre Aftronome Perfan , dreſſée
par l'ordre de Hulacou Kan , Empereur
des Mogols , petit - fils de Genghiscan vers
l'année 1259. de J. C. L'autre porte le
nom de Vlug - Beg. Prince Tartare & petitfils
de Tamerlan , lequel la fit dreffer à
Samarcande , Capitale de fes Etats, par les
plus habiles Aftronomes de fon temps , en
Bannée.1435 . Elles portent l'une & l'au
tre le titre de Zidge - Ilcani ou Ephemerides
Royales , & font en Perfan. Grave
qui avoit apris les Langues , en voyageant
dans l'Orient , publia à Londres la Traduction
Latine de toutes ces Pieces
1650. & 1652. mais fon ouvrage étant
devenu extrémement rare , on ne fçau
roit trop marquer de reconnoiffance à M.
Hulfon qui les a , pour ainfi dire , tirées
de l'oubli, en les failant imprimer avec des
Notes de la façon, fous le titre de Geogra-
A
; en
1
4
I. vol ..
phica
JUIN. 1729. 1187
• phica Arabica
eft parlé ci - deffus.
7
dans le volume dont il
Ajoûtons que l'attention de M. Huds
fon à donner le Texte Arabe d'Abulfeda ,
fur l'Arabe , tiré du manufcrit de Grave ,,
qui s'eft trouvé très correct , & en état
de fuppléer aux défectuofitez des autres .
manuſcrits , a été mise à profit par un Traducteur
François , qui a fait imprimer , *
en notre langue ce beau morceau de la
Géographie Hiftorique d'Abulfeda . 11:
s'eft fervi pour cela de l'Edition de M..
Hudſon qui lui a été communiquée par
M. l'Abbé Bignon , avec cette bonté
dont il honore tous les gens de Lettres ..
Nous fommes fâchés de ne pouvoir pas
nous étendre fur les autres articles de ce
V volume des Mémoires , & c . qui contiennent
beaucoup de chofes curieufes..
Celui de F. Eudes de Mezerai demande
une attention particuliere . Il nous eft revenu
de plufieurs endroits que quelques.
Lecteurs , trompez,fans doute , par quelque
conformité de nom , nous ont attribué la
vie de Mezerai , de laquelle cet article a
éré tiré. L'amour de la verité & la justice
veulent que nous détrompions là- deffus
* Cette Traduction fe trouve à la fin dis
voyage fait par ordre du Roy Louis XIV.
dans la Palestine , &c . imprimé à Paris chez ›
Cailleau en 1717 .
L... Vola
le
1188 MERCURE DE FRANCE.
1
)
le Public , & que nous reconnoiffions que
M. Larroque , homme fort verfé dans les
matieres hiftoriques , eft l'Auteur de cette
vie , & que nous n'avons avec lui ni liaifon
ni affinité. Son ouvrage eft une brochure
in- 12 . de 111. pages , fans nom
d'Auteur , imprimée à Amfterdam , chez
Brunel en 1726 .
ར
On impute dans le Journal de Trevoux
du mois de Mars dernier , à l'Auteur de
l'Extrait du 1.tome de ces Mémoires, inferé
dans le Mercure d'Octobre 1728. d'en
avoir fait l'Auteur Benedictin , ce qui n'eft
pas exactement vrai ; il ne faut que lire
les termes dont on s'eft fervi , pour voir
qu'on n'a rien affuré là - deffus . Dès la publication
, au refte , du ſecond volume, tout
le monde a fi bien fçû que le R. P. Niceron
, Barnabite , eft l'Auteur de cette compilation
, qu'on n'apprend rien au Public
en le déclarant par maniere d'inftruction
dans le même Journal de Trevoux du
mois de Mars 17 29. à la tête de l'Extrait
des I V. V. & VI. Tomes.
ou BIBLIOTHEQUE ITALIQUE ,
Hiftoire Litteraire de l'Italie. Janvier
Fevrier , Mars , Avril. 1728. Tome
premier. A Genéve , chez M M. Bouf.
quet & Compagnie, in - 12 . de 300. pages ,
fans l'Epitre & la Préface ; & fe vend à
I. vol.
Paris
.
JUIN. 1729. 1189
Paris , rue S. Jacques , chez Guerin .
Ce livre eft dedié au Marquis de Ste
Croix , ci -devant Ambaffadeur d'Efpagne ,
à Turin , & à prefent Miniftre Plenipotentiaire
au Congrès , par une élegante
Epitre dédicatoire.
La Préface eft parfaitement bien écrite.
On y aprend que ce nouveau Journal
eft établi pour pouvoir rendre compte de
bonne heure de tous les livres publiez en
Italie qui meriteront quelque attention .
Ils feront le principal objet de cet ouvrage
, en quelque langue qu'ils foient écrits.
Mais on ne fe bornera pas aux livres nou?
veaux .
On donnera auffi des Extraits de livres
publiez depuis quelques années , & même
depuis le XV . fiécle , quand on en trouvera
qui feront peu connus , & dont le
fujet fera intereffant : lorfqu'on ne pourra
pas avoir les livres mêmes , on traduira
les Extraits que M M. les Journalistes de
Veniſe en auront donnez . On tirera encore
de leur Journal des Pieces entieres ,
foit Lettres , foit Differtations fur des
matieres curieuſes , fi elles n'ont pas été
imprimées ailleurs.
Les Auteurs promettent une neutralité
parfaite fur toutes les matieres de Contre
verfe & de Religion . Nous fouhaitons
qu'ils tiennent parole.
I a vola
Il
190 MERCURE DE FRANCE.
Il paroîtra trois volumes tous les ans ,
pareils à celui- ci , un tous les quatre mois.
Le premier Extrait qui contient 78 .
pages , regarde le Livre intitulé , Rerum
Italicarum Scriptores , &c. Recueil des
Hiftoriens de l'Italie depuis l'an D. jufqu'à
l'an M D. &c. par M. Muratori , & les
Membres de la Societé Palatine de Milan ,
&c. Tome I. feconde partie. 1725. infolio
de 618. pages. en tout 4. volumes.
Cet Extrait eft curieux , methodique &
bien écrit , tâchons d'en donner quelque
idée , & choififfons d'abord les Loix des
Lombardsdont nous raporterons quelquesunes
des plus remarquables .
Les Enfans naturels fuccedoient aux
biens de leurs parens , auffi bien que les
Enfans legitimes , mais leur portion étoit
moindre quand le partage fe faifoit entre
un fils legitime & un fils naturel. Si quel-
» qu'un , dit la Loi CLIV , laiffe un fils
» legitime , & un , ou plufieurs fils natu-
>> rels , le legitime retirera les deux tiers
» des biens de fon pere , & les fils natu-
» rels un tiers. S'il y a deux fils legitimes,
» la fucceffion fe partagera en cinq lots ,
» dont les legitimes auront quatre , & les
»naturels en quelque nombre qu'ils foient ,
»le se s'il y a trois fils legitimes , les fils
>> naturels n'auront qu'une des biens.
S'il y a quatre fils legitimes , les fils
La vola
naturels
JUIN. 1729. 1191
>>
>> naturels auront un 9. S'il y a cinq fils
legitimes , il viendra une 12 portion
>> aux fils naturels. Et s'il y a un plus
>> grand nombre de fils legitimes , le partage
fe fera entre eux & les fils naturels,
» fuivant les mêmes proportions.
Il n'étoit pourtant pas permis à un pere
de donner à fon fils naturel une portion
de ſes biens , égale à celle d'un fils legitime
; à moins que le legitime étant majeur,
n'y confentit. On étoit majeur à douze
ans accomplis. Le terme de la majorité
fut enfuite éloigné par le Roy Luitprand ,
jufqu'à 18. ans accomplis. Encore aujourd'hui
la Coutume de Normandie fixe
la majorité à 20. ans .
Les Enfans naturels étoient égaux aux
filles , lorfqu'ils concouroient avec elles
& d'autres Parens à la fucceffion de leur
pere. Ainfi la Loy CLIX. dit , » que fi
» quelqu'un laiffe une fille legitime , & un
» ou plufieurs fils maturels , & d'autres
» proches parens , l'heredité doit être
» partagée en trois portions égales . La
» fille en aura un tiers , les fils naturels
» un autre tiers , & les autres parens le
» troifiéme. Que s'il n'y a point de tels
proches parens , le Fifc du Roy prend
» cette 3 portion .
Suivant la Jurifprudence Lombarde ,
un homme qui en tuoit un autre en étoit
J. vol.
quitte
1192 MERCURE DE FRANCE.
i
quitte pour payer à fes parens lá fomme
à laquelle le mort étoit apprétié , & une
amende au Fifc ; fi c'étoit un fils naturel
qui eut été tué , ce que le meurtrier étoit
obligé de payer , fe partageoit de cette
maniere : les freres legitimes du mort en
recevoient deux portions , & les freres
naturels la 3 partie ; mais les biens du
deffunt paffoient à fes freres legitimes , &
non aux naturels . C'eft ce qu'ordonne la
Loy CLXII.
Dès qu'un homme avoit été declaré
lepreux par les Juges , ou par l'affemblée
du peuple ; qu'il étoit relegué hors de la
Ville & contraint de vivre feul il ne
pouvoit plus aliéner fes biens ni les donner
à perfonne , parce qu'il étoit reputé
mort. On le nourriffoit cependant de les
biens le refte de fes jours. Loy CLXXVI.
Les peres , les parens & les tuteurs ,
avoient droit de donner leurs filles , leurs
fours & leurs pupilles en mariage , à qui
bon leur fembloit , pourvu que ce fut à
des époux de libre condition . Et fi quelqu'un
prenoit une femme fans le confentement
de ceux dont elle dépendoit , il
lui en coutoit XL. fols de dédommagement
pour les parens : Loy 88. Les parens
avoient même dans de certains cas
le droit d'ôter la vie à leurs enfans , ou de
les vendre hors de la Province. Tel étoit
1. vole
le
JUIN. 1729. 1193
le cas , où une veuve ou fille libre , confentoit
à époufer un eſclave ; l'un & l'autre
perdoient la vie .
Un mari qui tuoit fa femme , pour
quelque raifon non autorifée par les Loix,
en étoit quitte pour 1200 fols , qu'il
payoit ; fcavoir , la moitié aux parens
qui la lui avoient donnée en mariage , &
qui en étoient les Tuteurs & l'autre
moitié au Fifc. Loy CCI . Une femme
qui tuoit fon mari étoit condamnée à mourir
, & fes biens paffoient aux parens du
mari , fi elles n'avoit pas des fils . fuivant
la Loy CCIV .
>
ne
Celui qui frapoit une Efclave enceinte,
en forte qu'elle en perdit fon fruit
payoit pas plus , que celui qui faifoit
avorter une jument de la même maniere.
Trois fols payoient l'homme comme l'animal.
Les Loix barbares qui établiffoient
ce prix font la 338 ° & la 339º . Toutes
ces Loix font du Roy Rotharis , qui a
regné depuis l'an 637. juſqu'à 652 .
Luitprand ne favorifoit guere les Juges
, Avocats , Procureurs & autres gens
que la longueur des procès enrichit ; car
il ordonne par la Loy VII. du liv. IV.
que fi quelqu'un porte une caufe devant
fon Juge , & que ce Juge neglige de lui
rendre justice dans quatre jours , fi les
parties plaidantes dépendent toutes deux
I. vol.
de
1194 MERCURE DE FRANCE .
de ce même Juge , il devra payer au Demandeur
fix fols , & autant à fon Juge
fuperieur. Que fi le Deffendeur fe trouve
malade , ou dans un autre Ville , le Juge
attendra qu'il foit guéri ou de retour .
Mais quand il fera revenu ou gueri , file
Juge ne l'oblige pas à comparoître en
Juftice , il payera de même V I. fols au
Demandeur , & autant à fon Juge Superieur.
S'il s'agit d'une caufe que ceJuge ne
puiffe pas décider , il devra renvoyer les
parties devant fon Superieur. Et fi ce dernier
ne termine pas le procès en fix jours ,
il payera 12. fols au Demandeur. Que
s'il ne peut pas non plus juger de la cauſe
plaidée devant lui , il devra renvoyer les
parties devant le Roi lui - même , dans le
terme de douze jours ; car s'il attendoit
plus long - temps , & que juftice ne fut pas
faite au Demandeur dans 12. jours , ce
Juge lui payera 12. fols , & au Roy vingt
fols.
Dans la Loy C. de Charlemagne , le
prix des gens d'Eglife qu'on tuoit eft reglé.
Il en coutoit 300. fols pour un Soudiacre
400. pour un Diacres 600 .
pour un Prêtre ; 900. pour un Evêques
400. pour un Moine.
LA METALLOTHEQUE de Michel
Mercati de Sanminiato , ouvrage Poſthume
mis en lumiere par l'autorité & la libera- I. vol.
lice
JUIN. 1729. 1198
lité du Souv . P. Clement X I. & illuftré
par les foins de Jean Marie Lancifi . Prem .
Medecin du Pape . A Rome , chez Jean
Marie Salvioni , Romain , au College de la
Sapience. 1717. in- folio de 37 8. pages ,
fans les Préfaces & l'Indice. Suplément à
la Metallotheque , ibid . 1719. 53. pages.
Tout l'Ouvrage eft en Latin.
La Metallotheque eft compofée de deux
parties générales. La premiere contient
le Texte de Mercati, & la feconde renferme
les Notes & les Additions de Mrs Lancifi
& Affalti . L'Ouvrage de l'Auteur eft
divifé en dix parties , felon le nombre des
Armoires où les Productions naturelles
de fa Metallotheque étoient rangées . Il.
lui plut de les mettre en cet ordre.
1. Les Terres . 2. Le Sel & le Nitre
3. l'Alun. 4. Les Sucs âcres & mordans ,
comme le Vitriol , l'Orpiment & le Sandaraque.
5. Les Sucs bitumineux. 6. Les
Plantes marines. 7. Les Pierres femblables
aux Terres . 8. Les Bezoards & les
Pierres qui fe forment dans les corps des
animaux. 9. Les Pierres figurées. 10. Les
Marbres.
Le deffein de Mercati étoit , fi la mort
ne l'avoit pas prévenu , de publier une leconde
partie de fa Metallotheque , où il
devoit traiter des Roches & des chofes
changées en pierre ; des cailloux & des
30 1. vol. G fleurs ;
1196 MERCURE DE FRANCE.
fleurs ; des Pierres précieuſes ; de l'Or &
de l'Argent ; du Cuivre ; du Plomb & de
l'Etain ; du Fer & de l'Acier ; des Mineraux
qui tiennent de la nature des Mé
taux , comme l'Antimoine , le Bifmuth
&c. Et enfin des Mineraux qui fe forment
dans les Fourneaux des Metallurges,
C'eft ainsi que les Journalistes défignent
les Ouvriers en métaux , qui travaillent à
leur fonte & à leur féparation auprès des
Mines , pour les diftinguer des mineurs
ordinaires qui ne s'occupent qu'à creuſer
la Mine.
Mercati décrit en 21. chapitres toutes
les terres connues fous les noms généraux
de Bols , Terres figillées , Terres glaifes ,
Marnes , Crayes , & c. Et marque l'ufage
qu'en font les Medecins , les Parfumeurs,
les Peintres , les Potiers , les Laboureurs
& divers autres Artifans . L'Auteur finit
le Traité des Terres , par un chapitre fur
les Sables , qu'il divife en Sable Foffile ,
Sable de Riviere, & Sable Marin.
Dans la deuxième partie , Mercati
traite du Soufre , du Bitume , du Naphte
de l'huile de pierre , de l'Asphalte , des
Charbons de pierre , de la Poix foſſile , du
Jayet , ou ambre noir , nommé Gagate
de l'Ampilite , efpece de charbon de terre
friable , de l'Ambre jaune & de l'Ambre
gris.
1 vol. L'Auteur
JUIN. 1729. 1197
L'Auteur s'étend beaucoup fur l'Amiante
, c'eſt - à -dire , la pierre dont les anciens
tiroient le lin incombuftible , apellée Albefte
, dont l'alun de plume eft une espece .
Il raporte à cette occafion , que le Pape
Clement XI. fit mettre dans la Bibliotheque
du Vatican , une piece très-curieufe:
C'eft un linceul de toile d'Amiante ,
de 9. Palmes Romaines de long, fur 7. de
large , qui fut trouvé dans une Urne de
Marbre hors la Porte Majeure.
Dans la 9 partie , Mercati fait la defcription
des Pierres figurées , qu'il apelle
du nom grec Idiomorphi , parce qu'elles
ent chacune une figure determinée & toujours
la même. Il attribue leur formation,
qu'il ne croit pas fortuite , à l'irradiation
des Aftres,en fuivant Ariftote; & il difpute
contre ceux qui penfoient de fon tems ,
que ces pierres étoient les dépouilles d'animaux
pétrifiez. C'eft cependant ce que
le Commentateur prouve au long , par des
taifons , &c.
Cet Extrait eft encore plus long que le
premier , puifqu'il occupe & 6 . pages . Le
tiers de ce volume qui nous reste à parcourir
, contient deux autres Extraits &
des nouvelles litteraires . Nous en parle
tons une autre fois.
(
1. vel.
G.ij RE1198
MERCURE DE FRANCE :
%
REPONSE de Louis Pierre Maximilien
de Bethune , Duc de Sully , Chef du
nom & Armes de la Maifon de Bethune
, deje ndu du premier mariage de
François de Bethune , Comte d'Orval ,
de mâle en mâle & d'Aîné en Aîné.
AV SECOND Mémoire préfenté.
AV ROY, par Meffire Armand de
Bethune d'Orval , Abbé de Senanques,
&c. defcendu du fecond mariage , brochure
in -folio de 10. pages , de l'Imprimerie
de P. N. Lotiin , ruë S. Jacques
, à la Vérité. 1729.
N
Ous avons dit dans nôtre Journal
Comte
du mois de Fevrier dernier , à l'occafion
de la mort de Maximilien Henry
de Bethune , Duc de Sully , Pair de France,
&c. que la Duché Pairie de Sully ne fort
point de la branche aînée de fa Maiſon ,
& qu'elle paffe à la perfonne de Louis
Pierre Maximilien de Bethune , Marquis
de Courville & de Villebon
de Nogent , &c. Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'or , &c. ce que nous
avons prouvé par l'Hiftoire genealogique
de cette illuftre Maifon . Nous avons dit
auffi que le Comte , & puis Duc d'Orval ,
fils puîné du grand Duc de Sully , pric
une feconde alliance avec Dame Anne de
Harville , fille d'Antoine , Marquis de
$1.val.
PaJUIN.
1729. 1199
Palaifeau , & qu'il ne refte de ce fecond
mariage qu'Armand de Bethune , Abbé
de Senanques , & c.
C'eft contre les prétentions de ce der
nier Fils du Comte d'Orval , & iffu d'un
fecond mariage , que le Mémoire imprimé
dont il s'agit ici , fous le nom de Reponſe,
a été compofé. L'Auteur y établit trois
preuves , fur lefquelles eft fondée la regle ,
qui défere la fucceffion des Duchez &
Pairies aux Aînés mâles , defcendus de
mâles en mâles , & d'Ainés en Aînés .
La premiere preuve , eft fur la nature
& qualité des Duchez Pairies. La 2 fur
la condition de reverfion & d'union à la
Couronne à deffaut de mâles , établies pas
раб
les Ordonnances de 1556. 1579. & 1582 .
La 3 fur l'efprit & les difpofitions pré,
cifes de l'Edit de 1711 .
Après ces preuves fuit la réponse à
trois exemples allegués par M. l'Abbé
d'Orval dans fes Mémoires , l'un du Comté
d'Artois en 1309. l'autre du Duché de
Bretagne en 1341. & le dernier du Duché
de Bourgogne en 1361. On examine
chacun de ces trois exemples , & après
une habile & curieule difcuffion , on fait
voir que quand les faits allegués par M.
l'Abbé d'Orval , ne recevroient aucun
contredit , ils feroient fans aucune appli
cation pour le temps prefent , à caufe des
A
Giij Or
I. vol.
1200 MERCURE DE FRANCE .
Ordonnances furvenues, tant pour les Ap
panages que pour les Duchez & Pairies, depuis
l'année 1314. jufqu'à l'année 1711 .
On voit, en effet , par differents articles
de ces Ordonnances , & furtout par les
articles IV. & VII. de l'Edit de 17 11.
au commencement duquel le feu Roy déclare
que l'Edit eft fait pour conferver
l'éclat & la fplendeur des Maiſons hono
rées de cette dignité ; on voit , dis - je ,
dans ces articles la préference donnée aux
Aînés mâles , d'Aîné en Aîné, & par cette
vocation des Aînés , d'Aîné en Aîné, l'Ordre
de Primogeniture nettement établi ,
& par confequent l'Ordre des lignes
c'eft à l'Aîné mâle defcendant de l'Aîné
mâle , que le choix eft déferé , & à ſon
deffaut ou refus , à celui qui le fuivra
immédiatement , & enfuite à tout autre
de degré en degré.
Peut on préfumer , dit l'Auteur en
finiffant , que le Roy qui établit fi clai
rement l'Ordre de Primogeniture , & qui
préfere l'Aîné des mâles , defcendant en
ligne directe du premier invefti , ou à ſon
deffaut celui qui le fuivra immédiatement ,
ait voulu que le mâle de la troifiéme
ligne fut préferé à l'Aîné des mâles de la
feconde ligne , defcendu de mâle en mâle
& d'Aîné en Aîné du premier inveſti, qui
eft le chef du nom & des Armes de la Mai-
1. vol.
fon
JUIN. 1729. 1201
fon , & qui par cette raifon eft deſtiné
à en foûtenir l'éclat & la fplendeur , par
la poffeffion de la plus éminente Dignité
du Royaume , que la volonté & la loy
du Souverain , le fang & l'ordre de la
naiffance & le veu commun des Maifons
illuftres , déferent aux Aînés mâles.
M. le Roy , fameux Avocat , Autheur
de ce Mémoire , a traité fon fujet avec
tout l'ordre & toute la netteté poffible
& ce qui eft rare dans les grandes & importantes
conteftations , on n'y trouve
pas la moindre trace d'aigreur ou de
mauvaiſe humeur de la part du Seigneur.
dont il deffend les droits ; cette moderation
convient à toutes les perfonnes fages ,
& encore plus aux perfonnes de grande
condition , & d'une même Mailon .
ས་
L'Abbé Fremy de Mirfey, Auteur d'un
nouveau Systême de Grammaire , pour
faciliter l'Etude de la Langue Latine , a
eu l'honneur d'en faire l'explication , à
Verſailles , en prefence des Seigneurs &
Dames de la Cour. Ce fyftême confifte
dans un certain arrangement des Auteurs
Latins , par le moyen duquel , toutes les
perfonnes qui ont une teinture du Rudiment
, font en moins d'une demie- heure ,
non pas en poffeffion de la Langue Latine ,
mais feulement à portée d'expliquer d'el
1. vol. G.iiij les1202
MFRCURE DE FRANCE .
mêmes , à ce qu'il prétend , les Auteurs
les plus difficiles , & de compofer , en fe
fervant toujours du même expedient >
des Thêmes de Seconde , dans une pure
. latinité , fans qu'il leur foit prefque poffible
de faire aucun Solecifme ni Barbarifme
; de forte que par un exercice continuel
de bien faire , appuyé fur un petit
nombre de Regles très fimples , également
folides & aifées , les Difciples fçauront
le Latin en beaucoup moins de tems
qu'à l'ordinaire , ou du moins , l'étude
de cette langue ne fera plus à leur égard
la caufe de tant d'amertumes , ni un obftacle
qui les empêche pendant le cours
des humanités de s'appliquer à plufieurs
autres connoiffances utiles & intéreffantes.
On trouve actuellement fur ce fyſtême
un Difcours raifonné fous ce titre : Effai
d'une nouvelle Methode, & c . chez Lamefle,
a la Minerve, rue de la vieille Bouclerie.
M. de Juffieu , Profeffeur & Démonftrateur
des Plantes au Jardin du Roy , dans
le Memoire qu'il lut à la derniere Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , mit en fait que les anciens
Medecins avoient pour la guerifon de la
Dyffenterie un Spécifique que nous avons
perdu , & qu'il feroit important de le recouvrer
; que ce Spécifique étoit l'écorce
1. vol.
d'un
JUIN. 1729. 1203
'd'un arbre appellé Macer par Diofcoride ,
Pline & Galien ; que cet arbre croiffoit
dans les Indes Orientales , que les Medecins
Arabes en avoient eu connoiffance
& que Chriftophe Acofta , qui a fait l'hiftoire
des Drogues de ces pays -là où il
avoit paffé une partie de fa vie en qualité
de Medecin du Viceroy , dit y avoir vû
non - feulement cet arbre , mais même
avoir été témoin des effets furprenans de
fon écorce pour la cure de cette maladie.
Cet Académicien , après avoir rapporté
les caufes pour lefquelles ce Spécifique a
ceffé d'être connu & employé en Europe ,
a fait part au Public de fes obfervations
fur la reffemblance qui eft entre le Macer
& l'écorce d'un arbre appellé Simarouba
qui croît à l'Ile de Cayenne, tant par fa for
exterieure , que par la conformité de fes vertus
contre les Dyffenteries , les Diarrhées
opiniâtres & inveterées , les Hémorragies
& les pertes. Ce n'a été ni fur de fimples
relations , ni fur des conjectures , ni fur
un petit nombre d'experiences qu'il a fait
l'éloge de l'écorce nouvellement connue ,
mais après les épreuves d'un fuccès continué
pendant près de quinze années qu'il
s'en eft fervi dans prefque tous les accidens
qui accompagnent cette maladie , &
qui y ont rapport.
Le merite par lequel ce remede devient
1. vol.
Gv fouvent
1204 MERCURE DE FRANCE .
fouvent préferable à l'Ipecacuanha , eft la
facilité avec laquelle il fe prend , & le
prompt effet qu'il opére fans caufer comme
celui ci ni dégoût ni vomiffement.
En forte que la découverte du Simarouba
peut être regardée comme une de ces
chofes très - utiles qu'avoient les anciens ,
qui après avoir été perdue dans ces payscy
pendant plus de quinze fiecles , a enfin
été recouvrée.
M. Geoffrey le Cadet lût enfuite um
Memoire qui a pour titre : Examen du Vinaigre
concentré par la Gelée . Après avoir
donné un moyen fûr de choisir entre plufieurs
Vinaigres celui qui a le plus de
force , & fait connoître par des effays
que les Vinaigres d'Orleans & de Bordeaux
, font prefque toujours meilleurs.
que ceux de Paris , l'Académicien reprend
le détail des operations chymiques.
ordinaires qu'on fait fur le Vinaigre , &
en les comparant avec celles qu'il a faites:
fur les differens Vinaigres que l'on a concentrez
par la gelée ; c'est -à - dire , qu'il a
expofez au froid pour en faire geler la partie
aqueule, & la féparer enfuite. Il réfulte
de fon Memoire que ce dernier moyen eft
beaucoup plus court que ceux qu'on employe
ordinairement pour avoir l'acide du
Vinaigre neceffaire à plufieurs Operations. 1. vol.
chyJUIN.
1729. 1205
chymiques. C'est par des Effays qu'il
donne la preuve de l'utilité de la Concentration
du Vinaigre par la gelée : un Vinaigre
, qui avant que d'y être expofé ,
n'abforboit par deux gros que fix grains
de Sel de Tartre , en abſorbe vingt grains ,
après avoir été féparé de la partie aqueufe
qui s'eft glacée au froid . Les liqueurs retirées
du Vinaigre par les diftillations ordinaires
& expofées de même à la gelée ,
augmentent confiderablement de force ,
puifque quelques - unes d'entr'elles abforbent
dans les effays à même dofe , jufqu'à
cinquante -huit & foixante grains du même
Sel. M. Geoffroy fait voir auffi que la
Concentration eft le feul moyen facile de
retirer du Vinaigre la partie inflammable
qui étoit dans le vin , puifque par ce
procedé fimple on en fépare , le plus exactement
qu'il eft poffible , la partie aqueufe
qu'on ne peut avoir fuffifamment par les
diftillations ordinaires . Avec l'efprit acide
retiré des vinaigres , qui après la concentration
ont donné par les effays des marques
de la plus grande force, l'Académicien fait
la Terre-Foliée très- aifément , & de cette
Terre- Foliée il retire par une autre operation
dont il donne le détail , un Efprie
acide de Vinaigre trés - volatile & trèspur
qui s'éleve par une fimple fermentation
fans le fecours du feu . Cet efprit
1. vol.
porté
G vj.
1206 MERCURE DE FRANCE:
porté au nez , eft auffi pénétrant que les
Sels volatiles dont on fe fert ordinairement
pour reveiller les efprits dans les vapeurs
& dans les affections foporcules ;
il est même plus agréable à l'odorat. Nous
ne rendons point compte des autres opérations
que la Concentration facilite dans.
l'analife complette du Vinaigre que M.
Geoffroy a décrite ; ce feroit paffer les
bornes que nous nous fommes propofées
en donnant cet Extrait.
Le Magiftrat de la Ville de Strasbourg.
toujours attentif au bien public , ayant
été informé que les Sages Femmes de
cette Ville n'étoient pas fuffifamment inftruites
dans les principes fondamentaux
de leur Art , y a établi une Ecole publique
pour les Sages- femmes , à laquelle
il a prépofé le fieur Fried , Docteur en
Médecine , & Accoucheur- Juré de ladite.
Ville , lequel y enfeigne publiquement
& gratis , à toutes les Sages- femmes & à
leurs Aprentiffes , deux fois par femaine ,.
l'Art d'aider les femmes dans les travaux .
de l'Accouchement naturel , non naturel
& contre nature.
Le même fieur Fried qui a fait fon apprentiffage
d'Accoucheur à l'Hôtel -Dieu
de Paris en l'année 1714. enfeigne auffi
publiquement àtous les jeunes Medecins.
1. vol .
&
JUIN. 1729. 1207
& Chirurgiens , en dictant fes Cahyers en
Latin , François & Allemand , l'Art de
traiter les maladies des femmes groffes &
de celles qui font accouchées , en y ajoutant
non - feulement la Théorie de la veritable
méthode pour bien aider les femmes
en leurs accouchemens naturels , & les
moyens de remédier à tous ceux qui font
contre nature , & aux indifpofitions des
enfans nouveaux nez , mais auffi en procurant
des occafions fuffifantes pour en
apprendre la pratique , tant en accouchant
lui- même les femmes en travail
d'enfant en préfence de fes Eleves , qu'en
leur fourniffant des femmes pour les accoucher
fous fa direction .
Le fieur Fried a inventé une chaife pour
les femmes en travail d'enfant , laquelle
eft faite d'une maniere qu'on s'en peur
fervir dans un inftant tantôt comme une
felle , tantôt comme un fauteuil , tantôt
comme un lit , felon que l'Accoucheur
ou la Sage - Femme veut que la femme foit
fituée , dans tous les cas differens des accouchemens
, & cette chaife eft bien plus
commode que le petit lit dont les Dames
Françoiles fe fervent ordinairement pour
accoucher.
1208 MERCURE DE FRANCE.
X:XXXXXX *X
CHANSON A BOIRE.
A
Mon aide , Bacchus , Protecteur de la
Treille ,
Vien pour me confoler des rigueurs de Nanon :
Je ne veux plus chanter fon nom ,
Qu'avec cette Liqueur vermeille.
Mais puifqu'aimer eft mon deftin ,
Qu'on ne me porte point envie ;
J'aimerai , j'aimerai pendant toute ma vie,
J'aimerai , j'aimerai le vin.
Les paroles font de M.le Tellier d'Orvilliers.
LaMufique de M. Adoin , de Vernon.
COUPLETS faits & chantez à Avalon
en Bourgogne , à la fuite de la Comedie
du Philofophe Marié , qui y fut reprefentée
par de jeunes Perfonnes de l'un
& del'autrefexe , en 1728.
Arifte.
D'Un Sexe aimable & féducteur ,
Je n'ignore point les caprices :-
De fes vertus & de fes vices ,
Je connois la jufte valeur :
Mais je fens que le vrai bonheur,
Confiſte à lui livrer fon coeur.
Io volo
On
BE
LA
BIRTHEQUE
BIBLIO
.THE
LYON
1893
N'importe , Damon , tu le veux ,
Nous en enragerons tous deux ;
On a beau dire , & c.
J. vol.
Le
De les vertus & de les vices
Je connois la jufte valeur :
Mais je fens que le vrai bonheur ,
Confifte à lui livrer fon coeur.
I. vol. On
JUIN. 1209 1729
On a beau dire , on a beau faire ,
L'Hymen eft un mal neceſſaire.
Melite.
Au joug d'un auſtere pouvoir ,
La plus chere Epouſe eſt ſoumife
Et l'Epoux qui la tyranniſe ,
De fa peine fait un devoir ;
Mais il coûte peu d'obéir ,
Quand l'Amour en fait un plaifir.
On a beau dire , &c.
Lifimon.
elle ,
Dans la vigueur de mon Printemps >>
Je pris femme fringante & belle ,
Le fol amour que j'eus pour
Fit fouvent rire à mes dépens ;
Mais en dépit des fots diſcours ,
Je la regrette tous les jours.
On a beau dire, & c..
Celiante..
Vouloir enfin affujettir
Aux dures doix du Mariage ,
Un coeur inquiet & volage ,
C'est s'expofer au repentir,
N'importe , Damon , tu le veux ,
Nous en enragerons tous deux ;
On a beau dire , & c.
J. vol.
Le
1210 MERCURE DE FRANCE .
Le Marquis .
Jadis charmé du célibat ,
Aux Maris je faifois la guerre ,
Et traitant l'Amour de chimere ,
Je vantois par tout mon état ;
Mais en vain j'ai crû l'éviter ,
Mon coeur ne peut plus réfifter.
On a beau dire , & c.
Damon.
Fille qui fçait furprendre un coeur ,
Sous un faux air de modeftie ,.
A fon Amant eft elle unie?
L'on voit éclipfer fa douceur;
Et moi tous les jours maltraité ,
Je perds pourtant ma liberté.
On a beau dire , & c.
Geronte.
Pour moi font faits les vrais plaifirs
Je ne trouve point de Cruelles ,
Et des Beautez toûjours nouvelles ,
S'offrent en foule à mes defirs .
La fortune rit à mes voeux ,
Sans l'Hymen je fçai être heureux.
On a beau dire , on a beau faire ,
Plutus eft le feul neceffaire.
I. vol.
Finette
JUIN. 1729. 1213
Finette.
Dans peu , fi j'en crois mon Amant ,
Je dois tâter du Mariage ;
Mais Finette craint l'esclavage ,
Et tremble au nom d'engagement :
S'il perfevere , il faudra bien ,
Que mon goût fe foumette au fien .
On a beau dire , & c.
Au Parterre.
En vain par des jeux innocens ,
Où l'efprit s'inftruit & s'amufe ,
Ades plaifirs dont on abufe ,
Nous dérobons nos jeunes ans :
Si votre goût n'eft pas flatté ,
Tout agrément nous eft ôté.
On a beau dire , on a beau faire ,
Sans votre aveu rien ne peut plaire.
綠茶*******************
LE
SPECTACLES.
E 28. du mois dernier , les Comediens
François remirent au Théatre
la Tragedie du Cid , dans laquelle le fieur
Sarrazin joua pour la premiere fois le
Rôle de Don Diegue , dans lequel il fut
trés -applaudi.
I. vol.
Les
1212 MERCURE DE FRANCE.
Les mêmes Comédiens joueront incef
famment une Piece nouvelle d'un Caractere
fingulier ; elle eft compofée d'un Prologue
& de trois Actes en vers , fous ce
titre : Les trois Spectacles , c'eſt - à- dire
la Tragedie , la Comedie & l'Opera. M.
Daigueberet , qui n'alencore rien donné
au Théatre , eft Auteur de cet Ouvrage.
Le petit nombre de reprefentations
qu'on a données de l'Impertinent malgré
lui , ou les Amans mal afforiis qu'on reprit
le 30. May , ne nous ayant pas
permis de le voir affez pour en pou
voir donner un Extrait bien détaillé , le
Lecteur nous pardonnera , fi on ne lui en
donne qu'une idée affez imparfaite , en
lui marquant le fond de l'action .
Valere, jeune Moufquetaire , commence
la Piece avec Julie, fille de Melite ; Julie eft
encore toute charmée d'une infulte qu'elle
vient de faire à une Dame , Parente d'un
Officier Allemand dont elle s'eft mocquée.
d'une maniere affez vifible avec fon
Amant. Cet Amant s'appelle Leandre, deltiné
à la robe, il avoit d'abord aimé Chloé,
foeur aînée de Julie , auffi fage que la cadette
eft folle . L'amour que Leandre a pris
pour elle , l'a entraîné malgré lui â fuivre
fon exemple , & à devenir impertinent.:
Valere fon cadet , devenu fage par les leçons
qu'il a reçûës de Chloe , fait quel-
2
4
2. vol
ques
JUIN. 1729. 7153
ques remontrances à Julie fur l'affront que
fon frere & elle viennent de faire à une
Dame qui merite quelque confidération.
Julie fe mocque des leçons de fageffe qu'il
prétend lui donner ; elle fe fçait bon gré
de ne l'avoir plus pour Amant , & lui dit
qu'il est tout au plus digne d'être éleve de
fa foeur aînée. Elles agitent une queſtion
dont elles choififfent pour Arbitre Leandre
qui furvient. Cette queftion roule fur
les avantages de la Sageffe & fur ceux de
la Folie. Leandre ne manque pas de fe
ranger du parti de Julie , quoiqu'il avoüe
que la raifon femble vouloir lui infpirer
un fentiment contraire. La fage Chloé
vient un moment après. Sa foeur ne manque
pas de lui décocher quelques traits fur
fa fatigante fageffe. Jufques là le premier
Acte fe paffe en expofitions. Voici où
l'action commence . Un vieux Domeftique
de Leandre & de Valere nommé du
Laurier , foy- difant Gouverneur de ce
dernier , vient d'un air important ; il a receu
une Lettre de Lifimon leur pere ;
il leur en fait la lecture pendant cette
lecture , Julie ramaffe une lettre qu'il a
laiffé tomber en cherchant dans fes poches
celles qu'il lit. Lifimon exhorte du
Laurier à veiller, fur - tout , fur les actions de
Leandre dont on lui a appris des nouvelles
qui ne lui font pas honneur , & c .
I. vol.
Au
1214 MERCURE DE FRANCE.
Au2 . Acte Damon , ami commun deLi
fimon , Pere de Valere , de Léandre , & de
Melite mere deChloé & de Julie, vient ap
porter de bonnes nouvelles à Léandre fur
une Charge de Robe , dont il follicite l'agrément
à la Cour . Leandre le reçoit d'une
maniere à le furprendre & à l'indigner
contre lui. Damon lui remontre avec un
peu de colere fes airs évaporez. Leandre
continue quelque temps fur le même ton ;
mais voyant que Damon ne s'en accom
mode nullement , il lui en fait excufe.
Damon le trouvant plus fage lui apprend
qu'il eft preft d'obtenir l'agrément qu'on
demande pour lui . Leandre en témoigne
fa reconnoiffance à Damon , & fait part
de fa joye à Julie & à Chloé qui furvien
nent. Melite qui arrive un moment après,
fait des reproches à Julie , fur l'infulte
qu'elle a faite à la Dame Allemande dont
on a parlé. Elle fort avec Chloé ; Valere
& Leandre font déja fortis. Pour ne pas
laiffer Damon feul , elle ordonne à Julie
de refter avec lui . Julie mourant d'impatience
de le voir en liberté , congédie Damon
avec ſon impertinence ordinaire . A
peine ſe voit elle feule , qu'elle décachette
la lettre que du Laurier a laiffé tomber.
C'eft une Lettre galante que Lifimon
écrit à Melite fa mere. La premiere ligne
lui paroît fi plaifante , qu'elle brûle de
1. val. yoir .
JUIN . 1729. 7215
voir bien - tôt Leandre , pour en rire avec
cet impertinent de fa façon ; fes voeux
font exaucez , le fort lui amene Leandre ;
elle lui lit la Lettre de Lifimon fon pere ;
un retour de fageffe porte d'abord Leandre
à lui dire qu'elle a très mal fait d'ouvrir
une Lettre qui s'adreffe à fa mere . Julie
fe mocque d'une remontrance qui lui paroît
hors de faifon ; elle continue de lire ,
& force Leandre à rire avec elle de l'a,
mour de fon pere & des termes dont il fe
fert pour l'exprimer. Du Laurier arrive
à la fin de la lecture , & en entend affez
pour ne point douter que ce ne foit la
lettre qu'il a perdu . Il la veut arracher
d'entre les mains de Julie , & jure d'en'
avertir Lilimon . Julie jette la lettre par
terre,il ne veut point la reprendre dans l'état
où elle eft , & fe confirme dans le deffein
d'en inftruire Lifimon . Leandre le menace
de le rouer de coups , s'il ofe parler de
cette aventure. Du Laurier fe mocque de
fes menaces , & lui dit que rien ne peut
l'empêcher de faire fon devoir.
Leandre & Julie s'applaudiffent au troifiéme
Acte d'une nouvelle impertinence
qu'ils viennent de faire. Ils ont montré
par tout cette même lettre dont ils
avoient deffendu à du Laurier de parler ,
fous peine du bâton , ou d'un oreille coupée.
Damon inftruit de cette fotile , vienţ I, vol.
les
216 MERCURE DE FRANCE.
les en blâmer. Julie reçoit très - mal ſes remontrances
, & Leandre ne les reçoit
guére mieux. Leandre étant resté ſeul
fur la Scene, Reiter , Officier Alemand ,
vient lui faire des reproches , fur l'affront
qu'il a faite à fa parente. Cet affront
a été annoncé dès la premiere fcene du
premier Ace. Leandre reçoit Reiter avec
un air de fuperiorité qui va jufqu'au mépris.
Reiter s'en offenfe , & lui parle vivement
de l'infulte que fa parente a reçue
de fa part & de celle de Julie , il lui
en demande raiſon ; ils fortent pour s'aller
battre .
Au quatriéme Acte , Chloé fort allarmée
du combat qui fe fait actuellement
entre Leandre & l'Officier Allemand , a
chargé Valere de l'empêcher. Valere vient
lui apprendre que le combat n'a point eu
de fàcheufes fuites , & que les deux Combattans
ont été féparez. Julie qui eft prefente
à ce récit , s'applaudit de la nouelle
gloire de Leandre , il vient lui - même
fier d'avoir combattu . Chloé peu con.
tente de cette gloire prétendue , les quitte.
Julie ,
, pour mettre le comble à fes impertinences
, prie Valere , qu'elle fçait
être un peu Poëte , de faire des couplets
de chanfons contre la Parente de Reiter.
Valere s'y refuſe ; mais Julie lui ayant die
qu'il n'a qu'à les attribuer à du Laurier ,
1. vol.
UIN. 1729. 7217
•
fl fe rend enfin. Damon arrive , Valere
& Julie rentrent . Damon apprend à Valere
que fon dernier combat d'où il tire
tant de vanité , vient de le perdre à la
Cour ,& qu'on lui refuſe l'agrément qu'il
étoit tout prêt d'obtenir. Leandre ouvre
les yeux
fur les fottifes que Julie lui a fait
faire , & prend la réfolution de tout ré
parer par une conduite plus reglée.
Julie & Valere triomphent encore au
cinquiéme Acte , du fuccès des Couplets
qu'ils viennent de publier par- tout , &
-fur-tout des coups de bâtons qu'on a donnés
à du Laurier , à qui ils ont attribué
ces Couplets. Du Laurier vient , il proteke
contre les coups de bâtons qu'il vient
de recevoir ; Julie & Valere fe mocquent
de lui. Melite elle - même vient les lui reprocher.
Du Laurier voyant qu'on ne veut
pas l'en croire , dit qu'il n'oubliera rien
pour faire connoître le veritable Auteur
de ces maudits couplets dont on l'a puni ,
avant que de le convaincre de les avoir
faits ; il en foupçonne Valere , fur qui le
foupçon eft déja tombé , & qui même s'en
doit être déja vanté , puifque Chloé vient
lui reprocher de l'en avoir rendue complice
avec lui ; cela prépare la rupture enà
tre Valere & Chloé. Leandre vient dénoüer
la piece , en aprenant que grace
fon repentir , il a obtenu l'agrément que
I. vol.
fon
1218 MERCURE DE FRANCE.
fon dernier combat lui avoit fait perdre .
Les fages réflexions qu'il fait fur fes impertinences
, & la ferme réfolution qu'il
prend de fe corriger à l'avenir , ne font
pas du goût de Julie , ce qui donne occafion
à une feconde rupture ; de forte que
ces Amants mal affortis changent de
chaines . Valere revient à Julie , & Léandre
à Chloé l'échange eft accepté de
Pune & de l'autre foeur , & la Piéce finit
par ce double mariage.
Quoique cette Comédie n'ait pas réulli ,
on n'a pas laiffé de rendre juſtice à l'Auteur
, & de convenir que fa Piéce eft remplie
de traits , & pleine d'efprit . Le principal
vice eft dans le fujet , qui ne lui a
pas fourni de quoi faire valoir ce que fon
talent pourroit lui infpirer dans un ſujet
plus heureux & plus theatral . Aurefte
elle a été très-bien reprefentée par les Sr
Quinaut , du Frefne , le Grand , Poiffon ,
Armand ; dans les Rôles de Leandre ,
Damon , Valere , du Laurier Reiter.
Et par les Diles Quinaut , Balicour & la
Motte , qui y ont joué Julie , Chloé , &
Melite. Le Rôle de Lifimont , que jouoit
le S du Chemin , pere , a été retranché ,
en changeant le dénouement de la Piece,
Le Jeudi 9 de ce mois , le St Bagnieres
, nouveau Comédien Toulouzain
I. vol.
comme
JUIN. 1729. 1219
tomme l'affiche nous l'apprend , parut
pour la premiere fois fur le Théatre Fran
çois dans le principal Róle de la Tragedie
de Mithridate. Le Parterre étoit très dif
pofé à le bien recevoir , ayant beaucoup
plaudi à un Difcours fort bien tourné qu'il
lui avoit adreffé avant que d'entrer fur la ..
fcene , dans lequel il fit l'éloge du S¹ Baron
, qu'il paroît fe propofer pour modele.
Il eut même plufieurs aplaudiffemens dans
le cours de la Piece ; mais il mit dans fon
jeu & fa déclamation , outre le feu & la
vivacité de fon Pays , tant d'emportemens
& d'autres chofes peu convenables à la
majefté de la Tragedie , que le Spectateur,
au lieu d'être attendri fit plufieurs éclats
de rire ; mais l'Acteur Toulouzain ne fut
point decouragé. Il vint encore après la
Piece le préfenter au Public , & lui dit :
Meffieurs , Quelque humiliante que foit
La leçon que je viens dè recevoir , dans une
premiere Reprefentation , je vous invite à
Samedy , pour voir ſi j'aurai fçu en profil
ter. Ce peu de paroles , prononcées avec
hardieffe & confiance , furent fort aplau
dies , & firent juger que fi le nouvel Acreur
étoit capable de quelques écarts , du
moins il étoit homme d'efprit . Le bruit
de ce qui s'étoit paffé ce jour-là à la Comédie
fe répandit dans Paris ; on ne parloit
que du nouvel Acteur , enforte qu'il
1. vol.
у
H
1220 MERCURE DE FRANCE .
5.
eut beaucoup de monde la feconde
fois qu'il parut dans la Tragédie d'Iphis
gente , où il joua le Kôle d'Agamennon
mais la plupart des Spectateurs , qui étoient
venus à cette Repréfentation pour y rire &
s'y divertir , furent fort trompez ; car le
S Bagniere avoit fi bien fçu profiter des
leçons du Public , qu'au lieu d'exciter des
éclats de rire , il s'attira beaucoup d'aplau
diffemens , même des plus connoiffeuts
& des plus difficiles. Il eft âgé de 27 à 28
ans , grand & bien fait , le vifage mâle ,
les cheveux noirs , la jambe belle & la
contenance fiere. On lui trouve avec cela
beaucoup d'intelligence & d'entrailles , &
une très- belle voix .
Nous avons appris que ce jeune homme
eft de bonne famille , & qu'il a été trèsbien
élevé ; deftiné à l'Etat Ecclefiaftique,
dans lequel il a paffé quelques années
dans une Congrégation refpectable à Tou
louze ; il a fort bien fait fes Etudes , furtout
celles qui convenoient à ce premier
état , & on a lieu de préfumer qu'il auroit
eu des talens pour la Chaire ; mais le
Barreau eut plus d'attrais pour lui ; il
quitta le petit Colet pour prendre la Robe
d'Avocat . La Jurifprudence n'eut pas
d'affez grands charmes pour le fixer ; il la
quitta pour la Géométrie , dans laquelle
il a fait des progrès ; & enfin pouffé
1. vol.
par
JUIN. 1729. 7228
par l'ardeur militaire , il a fervi dans les
Dragons. Ses propres ouvrages ont été la
premiere occafion de fa vocation pour le
Théatre. Auteur d'une Tragédie , intitulée
la Mort de Jules Cezar , il en joua la
principal Rôle à Toulouze. Il travaille
actuellement à une Tragédie de Belifaire ;
où il ne reste qu'à polir la verſification .
Des gens d'efprit qui ont vû ce dernier Poë,
me y trouvent du genie & du neuf. On afſu
re que ce qui l'a determiné en dernier lieu
à le préfenter pour entrer dans la Troupe
du Roy , eft une difpute qu'il eut avec un
Comédien qui prétend avoir des talens
fuperieurs aux fiens . Il n'a jamais été dans
aucune Troupe reglée , quoiqu'il ait joué
plufieurs fois en public . On pourroit raporter
ici plufieurs traits finguliers du 5 Bar
gniere , fi cet article n'étoit déja trop long.
Ce qu'il dit à celui qui tient la Piéce, pour
foufler aux Acteurs quand ils manquent ,
eft très - original . Il le fit apeller la premiere
fois qu'il parut pour lui dire qu'il
n'avoit nul befoin de fon fecours , qu'il
étoit fûr de fa mémoire , & qu'il le prioit
de ne pas le fouffler quand même il manqueroit
L'Académie Royale de Musique , don'
na le 28 Mai par extraordinaire, une Repréfentation
de Roland , pour la capitation
1. vol.
Hija des
1222 MERCURE DE FRANCE.
des Acteurs , comme cela fe pratique tous
res les années . Le Sr Thevenard & la Dlle
Antier y jouerent les deux principaux
Rôles , & la Dile Camargo , danfa feule
les Caracteres de la danfe.
Le 31. du même mois la Dile Mariette ,
jeune danfeufe dans les Opera de Province,
danfa pour la premiere fois , après l'Opera
de Tancrede , un air de violon , compofé
d'une Marche , d'une Loure , & d'un
Menuet. Elle fut reçuë très - favorablement
du Public , ayant déja toutes les difpofitions
convenables pour le perfectionner
ici dans fa profeffion . Le Parterre lui
trouve affez de talens , pour la placer
immédiatement après les Dlies Prevoft ,
Camargo & Sallé ; fi elle fçait profiter
des divers talens que chacune de ces illuftres
dans leur profeffion , a dans un éminent
degré , on pourra dire qu'on n'aura
jamais vû un auffi grand nombre d'excellentes
danfeufes enſemble. La Dile Mariette
eft de la taille de la Dlle Camargo ,
c'eft à dire , au deffus de la mediocre.
ayant beaucoup d'oreilles , de legereté &
de vivacité , avec une très jolie tefte &
de beaux bras .
2
On ceffa le 5. de ce mois , les Repréfentations
de Tancrede , & en donna le
Mardi 7. la 1 Repréfentation des Scenes
Italiennes en Mufique , dont on vaparler.
I. vol,
La
JUIN. 729 1223
La Piece eft intitulée : le Mari Joueur
& la Femm: Bigotte ; elle a été très applaudie
, par l'éxecution préciſe & vive ,
malgré le peu de convenance qu'on y trouve
avec nos Opera ordinaires.
ACTEURS.
Baioque , Mari Joueur . Le fieur Antoine-
Marie Riftorin , Florentin,
Serpille , femme de Baioque , & Bigotte .
La D Rofe Ungarelli , de Bologne.
Un Venitien , chantant. Le fieur du Mas ,
de l'Académie Royale de Mufique.
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera .
ACTE I.
Baioque , fortant du Jeu , où il a perdu
tout fon argent , Bague , Montre , Epée ,
Manteau & Chapeau , maudit le Jeu du
dez & de la Baffette. Il craint la colere
de fa femme qu'il peint aux Spectateurs
comme une Bigotte qui s'emporte jufqu'à
le battre. Il la voit paroître , & fe retire
à l'écart , pour inventer quelque rufe
qui puiffe le tirer d'affaire .
Serpille fe plaint de fon Mari qui la ruine
par la maudite paffion du jeu , dont il
eft poffedé ; elle ne refpire que la vengean .
ce & le divorce.
Baioque , après avoir rêvé à la maniere
I. vol.
H iij
dont
1224 MERCURE DE FRANCE .
·
dont il pourra s'excufer auprès de fa femme
, s'approche d'elle avec des démonſtra
tions d'un homme revenu de fes premiers
égaremens . Serpille lui demande d'un ton
de colere , où il a paffé la nuit . Baioque
lui répond que c'eſt dans un lieu de retraite
avec des perfonnes pieufes , dont
l'un fait une lecture à laquelle tous les autres
font fort attentifs. Serpille étonnée
d'un fi grand changement , qu'elle n'ofe
croire , lui demande ce qu'il a fait de ſon
Chappeau,de fon Epée & de fon Manteau .
Baioque lui répond qu'il a tout donné à
des pauvres qui en avoient plus beſoin
que lui , & qu'il a vendu jufqu'à la Bague
& fa Montre pour délivrer des prifonniers ;
dis plutôt , lui dit Serpille , que tu aš tout
vendu à quelque Juif pour aller jouer .
Si cela étoit , lui répond Baioque , j'en
aurois l'argent fur moi ; tiens , tu n'as
qu'à me fouiller , & fi tu me trouves
un fol , je confens que tu m'arraches les
deux yeux . Serpille le prend au mot ; elle
le fouille , & pour fon malheur elle trouve
dans une de les poches un Jeu de Cartes
qu'elle lui jette à la tête ; il veut en vain
Pappailer par des fermens qu'il lui fait de
ne plus jouer ; elle le quitte dans le deſſein
de faire caffer un mariage qui la ruine .
Ce premier Acte eft fuivi d'un Divertiffement
qui fert d'Intermede . Le fieur.
11. vol.
du
Ú IN. 71729 1229
du Moulin y danfe feul ; la Dille Sallé y
danfe feule à fon tour . On y chante des
Choeurs Italiens , tirez de quelques Opera,
tant du fieur Campra , que du fieur Battiftin.
Le fieur du Massyy chante trois Airs
alternativement avec le Choeur. Voici les
paroles du fecond.
Un Venitien.
Ferite ci , faettè d'Amor ;
Pervoi , felicè divienne il cor
Choeur.
Ferite ci , & c...
Le Venitien.
Un cor che non vuol ſoſpirar
Nò degno , nò; di refpirar.
Nonfperi rider ;
Nonfperi goder :
Dio d'Amore , feri mè
Nò , feuza tè ,
Piacer non è.
Le Chaur
Ferite ci , & c.
Le Venitien.
Sicura fiai , gradita Belta ,
Di voti miei , de mia fedelta ;
Mà femprè fiai ſenza crudelta.
Sé provero la ferita , -
1. vol H iij Andre
226 MERCURE DE FRANCE:
Andro cercando la liberta.
Le Choeur.
Feritè ci , faettè d'Amor ;
Pervoi , felice divienne il cor
TRADUCTION.
Le Venitien.
Bleffez nous , Fleches d'Amour ; vous
rendez un coeur heureux .
Le Choeur.
Bleffez -nous , & c.
Le Venitien.
Un coeur qui ne veut pas foupirer ne
mérite pas même de refpirer . Qu'il n'efpere
ni de rire , ni d'avoir aucun plaifir.
Dieu d'Amour , bleffe moi , fans toi point
de plaifir.
Le Choeur.
Bleffez- nous , &c .
Le Venitien :
Beauté que j'aime , fois affurée de mes
voeux & de ma fidelité , mais ne fois jamais
cruelle. Si j'éprouve tes rigueurs ,
j'irai chercher ma liberté.
Le Choeur,
Bleffez nous , &c.
I.vol.
Après
JUIN. 1729 7227
1
de
Après ce Divertiffement on joue des
Sonates , comme on a fait avant que
commencer la Piece ; elles font, prifes des
plus grands Maîtres , & joüées avec une
précifion qui fait honneur à notre Orcheftre.
ACTE I I.
Le Théaire change & reprefente un Tribunal
avec une Table & un Siege.
Baioque paroît vêtu en Magiftrat. II
expofe le fujet de fon traveftiffement , &
comment il a fait pour s'introduire dans
un lieu deftiné à juger. Il s'eft déguisé de
maniere à ne pouvoir être reconnu de fa
femme qui doit venir demander un divorce.
Elle ne tarde point de paroître
elle demande juftice contre fon Mari en
termes très- outrageans , ce qui donne lieu
au prétendu Magiftrat de témoigner fa
fureur , qu'il eft obligé de diffimuler ; mais
elle continue fes injures avec tant de véhemence
, qu'il n'y peut plus tenir ; Serpiile
lui demande la caufe de fon agitation
; il lui répond qu'elle vient de l'indignation
qu'un mari fi coupable lui inſpire
; il a déja fait connoître dans un Monologue
que la vertu de fa femme lui eft
fufpecte ; il la veut éprouver fur la foi
conjugale & lui promet de la féparer d'avec
fon Mari à certaines conditions dong
1. vol. elle
1228 MERCURE DE FRANCE :
elle paroît d'abord furpriſe ; mais qu'elle
commence à goûter. Après une foible réfiftance
, la Place capitule, & fe tend en fin.
par ces paroles : tout ce qu'il plaira à votre
Seigneurie. Le faux Magiftrat fe fait reconnoître
pour Baioque. Serpille confondue
s'efforce vainement de calmer fa
colere ; il ne peut fe réfoudre à lui pardonner
, & lui deffend de remettre le pied
dans fa maifon ; les prieres de la femme
& la colere du Mari , donnent lieu à un
Duo des plus vifs , couppé de Dialogues
de la même vivacité. l'Acte finit par là.
A ce fecond Acte fuccede un nouveaut
Divertiffement mêlé de Danfes & de
Choeurs , conformément au premier Acte .
La De Camargo danfe feule deux fois avec
fon fuccès ordinaire . Les fieurs Laval &
Malterre , executent un Pas de Deux avec
un applaudiffement general ; le fieur Dumas
y chante de nouveaux Airs d'une
maniere à faire plaifir , quoique ce foit
dans une Langue étrangere. Le Divertiffe
ment eft fuivi de Sonates & de Concertos,
où le fieur Guignon le fait toûjours plus.
admirer.
ACTE III.
Serpille habillée en Pellerine , fait
connoître que dans la réfolurion où fon
Mari étoit affermi de la chaffer de chez
I. vol.
lui,
JUIN. 2179. 1229
fui , elle a trouvé à propos de le prévenir
& d'emporter tout l'argent qu'elle a pû
porter fur elle . Elle demande la charité
dans une Ariette qu'elle chante avec une
précifion infinie. Baioque , qui fans doute
la cherche pour lui ôter ce qu'elle emporte
, la reconnoît ; il met l'épée à la
main , s'avance fur elle pour la tuer. Elle
fe jette à fes pieds & lui demande grace .
Baioque commence par fe faire rendre fon
argent ; elle le lui rend , & comme il veut.
toujours la tuer , elle le prie de lui permettre
au moins de plaider fa caufe. II
y confent ; elle tâche d'excufer fa faute ,
par l'état violent où il l'a mife en jouant
fa dot. Cette récrimination ne lui fervant
de rien , elle prend le parti de le toucher
par l'amour qu'il a eu autrefois pour elle
& par le fouvenir de leurs careffes réci
proques. Baiòque s'attendrit par degrez ;
il lui pardonne enfin. Elle fait connoître
par les geftes qu'elle le prend pour duppe;
ils le réconcilient , & cette réconciliation
donne lieu à un Duo des plus vifs , où tout
refpire la fatisfaction mutuelle; ce qui finit
la Piece au contentement des Spectateurs .
Le dernier Divertiffement eft conforme
aux precedens. Le fieur Laval y danfe ſeul;
les deux freres Dumoulin danfent l'un en
Arlequin & l'autre en Polichinelle , d'une
maniere originale & inimitable. La Dile
I. Vol.
Hvj Roze
1230 MERCURE DE FRANCE
Roze , vêtue en Arlequine , chante une
Ariette , & la Dlle Mariette , figure avec
elle , comme fon éleve dans ce genre ,
P'une & l'autre font beaucoup de plaifir ;
la derniere danfe feule dans une Chaconne
du Sig Michel ; fa façon de danfer a
déja beaucoup de Partifans & donne lieu
d'efperer qu'elle ira encore plus loin , par
les leçons du fieur Blondi .
NOUVELLE DU TEMPS.
AFRIQUE.
Diel'armée Portugaife dans les Indes , a
dépêché un Exprès de Lisbonne , qui y arriva
le 21. Avril à bord d'un Vaiffeau Anglois ,
avec une Lettre de ce General , datée du Port
de Congo , du s . Août dernier, par laquelle
il donne avis au Roi que pendant le mois de
Mars 1728. il a reconquis les Places de Patre
& de Montbaça , & toute la partie de la Côte
d'Afrique, qui eft depuis Brava jufqu'à Quiloa.
On Louis de Mello de S. Payo , General
Ce General a envoyé en même temps la
Capitulation qu'il a accordée le 12. du même
mois de Mars , en qualité de Capitaine General
de l'Armée du Haut bord des Détroits
d'Ormus , de la Mer Rouge & de la Mer des
Indes, à Xeque , Mahamed Abenzayde , General
des Arabes, & à fes Sujets de l'Ifle & Fortereffe
de Montbaça ; cette Capitulation eft
conçûë en ces termes :
La volo.
La
JUIN. 1729. 7235
La Garnifon fera diviféeen deux corps ,
dont le premier conduit par un Officier choifi
par le General Portugais , défilera avec fes
armes devant l'Armée Portugaife jufqu'au
Drapeau Royal , où il pofera les armes ; ce
qui fera pareillement executé par le fecond
Corps de la Garniſon : elle ne pourra fortir
avec des armes chargées , ni porter ni poudre
ni bales : tous les Arabes , leurs femmes &
leurs enfans fe reconnoîtront pour humbles
Efclaves du Roi de Portugal , au nom duquel
ce General Portugais leur a laiffé la vie & la
liberté de retourner dans leur Pays : le General
leur donnera quinze de leurs Bâtimens qui
font dans la Riviere de S. Antoine , vis - à- vis
le Camp, pour les tranfporter dans leur Pays
avec des provifions pour un mois , qui feront
tirées de leurs Magazins : il leur accordera
quelques - unes de leurs armes pour la deffenfe
des Bâtimens qui doivent les tranſporter , &
quelque argent à leur General & à leurs prin
cipaux Chefs : le furplus de l'argent , Marchandifes
& autres Provifions qui font dans l'Ifle
& le long de la Côte , appartiendront à S. M.
Portugaile , ainfi que l'Artillerie , les Munitions
de guerre & de bouche & les Bâtimens
grands & petits qui font fur la Riviere : ils ne
pourront dorénavant faire aucun Efclave Por
tugais , fe reconnoiffant eux- mêmes Efclaves
de cette Nation , & lorfque leur Navigation
fur la Riviere de S. Antoine fera finie , & qu'ils
mettront pied y terre pour achever leur route,
ils feront gardez par une Efcorte Portugaife,
qui leur fournirà leur fubfiftance jufqu'à ce
qu'ils foient arrivez dans leur Pays.
Le Maître d'un Navire Marchand Eſpagnol ,,
arrivé depuis peu de Tetuan à Livourne , a
rapporté que la mort des deux Princes qui ont Is vola
poffedé
1212 MERCURE DE FRANCE.
poffedé fucceffivement le Trône de Maroc ,
n'avoit pas fait ceffer la guerre civile dans le
Pays , que leur frere qui a été mis fur le Trône
par les Noirs , au préjudice de deux autres
freres aînez , très - aimez des Blancs , étant fils
du vieux Empereur Muley & d'une Eſclave
Angloife , ne pouvoit fe faire reconnoître par
les Gouverneurs des principales Places du
Royaume , parce que fa mere eft étrangere , &
que les Gouverneurs de Maroc & de Fez lui
avoient fait dire qu'ils ne proclameroient pour
Roi que celui qui feroit élu par le Divan , la
Milice & le Peuple.
2.
On mande de Tunis , que le Dey de cette
Ville en étoit parti le premier de May pour fe
rendre à fon Camp près de la Montagne d'Alcaudet
, dans la réfolution d'attaquer fon neveu
& de le foumettre par la force des armes ;
que le il avoit tenu un Confeil de guerre
dans lequel il avoit reprefenté aux Chefs de
l'armée , que c'étoit une honte pour lui &
pour fes Troupes de n'avoir encore rien entrepris
de confiderable contre les Rebelles, &
de leur avoir donné le temps de ſe fortifier
qu'il étoit temps de les combattre pour les
réduire , & qu'il les affuroit d'une victoire cer
taine . Le foir, il alla lui - même reconnoître leur
Camp qu'il trouva bien retranché & deffendu
par quelques Pieces d'Artillerie. Le 6. après
avoir tout difpofé pour l'attaque de ce Camp,
il fe mit à la tête d'une troupe choifie & força
les retranchemens des Rebelles après un
combat de trois ou quatre heures , dans lequel
il ne perdit que 600. hommes . Le 7. il envoya
à Tunis cent têtes des Rebelles , & fit
mettre le refte des Prifonniers aux fers pour
tes faire mourir à fon retour. Son neveu s'eft
fauyé dans les Montagnes , où il raffemble les
Evola
débris
JUIN
1233 1719 .
débris de fon armée , dans le deffein de livrer
un nouveau combat.
POLOGNE.
IE Roi arriva le 3. Mai dernier à Varfovie
où S. M. fut reçûë au bruit d'une triple
falve de l'Artillerie du Château & de l'Arcenal
& aux acclamations du Peuple.
Les Tartares continuent de faire de grands
defordres vers les Frontieres de ce Royaume ;
le Roi a envoyé un Officier à Choczin , pour
demander au Pacha qui y commande , fi ces
Tattares ont reçû ordre du Gr. Seigneur de
commettre ces hoftilitez , pour lui déclarer que
le Roi & la République ne pouvant les regarder
que comme une Infraction aux Traitez , ils
feront obligez d'en informer leurs Alliez , &
de prendre des meſures avec eux pour la fureté
du Royaume.
Le 15. May , le Roi tint un Confeil de Senateurs
, dans lequel il fut réfolu de fixer au
22. Août prochain , l'ouverture de la Diette
Generale de Grodno.
DANNEMAR C.
E Comte de Plelo , Miniftre Plenipotentiaire
Lau Roits. Chr. eutle 16. May à Copenhague
, fa premiere Audience publique du Roy ;
il fut conduit au Palais dans les Caroffes de
S. M. qui le conduifirent enfuite à ſon Hôtel.
Le 24 il eut Audience publique du Prince
Royal , du Prince Frederick & de la Princeffe
Charlotte Amelie .
Le Roi a envoyé un Détachément de fes
Troupes pour prendre poffeffion des Fiefs de
la fucceffion du feu Duc d'Holftein- Retwick ,
2. vol. &
1234 MERCURE DE FRANCE .
& le Duc d'Hoftein Norbourg, qui en eft he
ritier & qui eft à prefent à Breflaw en Silefie,
doit fe rendre inceffamment à Vienne pour demander
à l'Empereur l'inveftiture des mêmes
Fiefs.
ALLEMAGNE .
N apprend de Treves , que le 2. May , le
chapitre de l'Eglife Metropolitaine de
cette Ville , avoit élu pour Archevêque , le
Comte Jean- François de Schonborn , qui en
étoit Grand-Vicaire .
Le Comte Guillaume Kinski , Confeiller du
Confeil de l'Empereur , Lieutenant de Roi du
Royaume de Bohëme , & Ambaffadeur de
S. M. I. à la Cour du Roi Tr . Chr. partit de
Vienne pour fe rendre en France.
On affure que quelques Etats de l'Empire ,
appuyez , dit- on , des Miniftres de Puiffances
garantes du Traité de Welphalie , ont fait faire
à Vienne de fortes reprefentations contre l'Adminiſtration
du Duché de Méckelbourg , prétendant
que le Confeil Aulique n'eft point en
droit d'établir aucun changement à cet égard,
fans le confentement des Etats de l'Empire .
On mande de Dantzick , que le Duc de Meckelbourg
avoit envoyé un de fes Secretaires à
Domitz , pour y faire publier une Amniftie
pour tous les Sujets , qui ayant juſqu'à preſent
refuf: de fe foumettre à fes ordres , lui donneront
dorénavant des témoignages de leur fi
delité en s'oppo ant à la nouvelle adminiſtration
qu'on veut établir dans fon Duché , en
vertu du dernier Decret du Confeil Aulique
On apprend de Vienne qu'on a envoyé vers
le milieu du mois dernier , deux Refcripts de
Empereur au Roi d'Angleterre , comme
Electeur d'Hanover, & au Duc de Brunswick
,
Le vola Wole
JUIN. 1729. 1235
Wolfembutel , en qualité de Commiffaires
chargez de l'execution Militaire du Duché de
Meckelbourg, pour les exhorter à fe foumettre
aux Mandemens Imperiaux qui révoquent
la Commiffion , & qui leur ordonnent de retirer
leurs troupes de ce Duché , attendu qu'on
leur a affigné des fommes fuffifantes pour les
fatisfaire de leurs prétentions. Dans un troifiéme
Refcript qui eft adreffé au Duc Chrétien
Louis de Meckelbourg , S. M. I. lui promet
fa protection pour l'engager à prendre
poffeffion de l'adminiftration qui lui a été confiée
, & en cas d'oppofition de la part des Seigneurs
Commiffaires Subdeleguez , l'Empereur
l'exhorte à demander les fecours neceffaires
au Roi de Pruffe , qui par les mêmes Mandemens
a été choifi pour les faire executer.
ESPAGNE .
E 28. Avril , vers les deux heures après
Lmidi , L. M. accompagnées du Prince , de
la Princefle des Afturies & des Infans , fe rendirent
en Cortege à la Maifon du Confiftoire
de Seville , des Balcons de laquelle elles virent
la Courſe , où le Tournois des Cannes , qui fe
fit dans la grande Place qu'on avoit ornée magnifiquement.
Cet exercice confifte à fe lancer
avec adrefle des Rofeaux ou Cannes d'environ
4. pieds de longueur. On en jette une trèsgrande
quantité que les Domeftiques ramaffent
pour les donner à leurs Maîtres .
Auffi -tôt que le Roi & la Reine eurent pris
leurs places , on vit entrer la Compagnie des
Hallebardiers de la Garde , précedée de fept
Hauts Bois & Timbales , & fuivie de 48. Domeftiques
de Livrée ; habillez de differentes
couleurs, qui marchoient devant les Parains
In vol.
de
1226 MERCURE DE FRANCE.
de la Fête. Ces Parains étoient à la tête de huff
Quadrilles , compofées chacune de quatre Ca
valiers qui devoient courir les Cannes , tous
Gentils-hommes de la premiere Nobleffe du
Pays , & montez fur des Chevaux dreflez à cet
exercice. Ils étoient vécus de veftes de toile
d'argent & de cafaques de Drap écarlate galonné
d'or avec des devifes brodées pour dif
tinguer les Quadrilles,chacune defquelles étoit
fuivie de buit Domestiques de Livrée , habillez
differemment ; les uns en Turc , les autres en
Indien , d'autres en Hufars , d'autres en Cou
reurs avec des noeuds de Ruban de la couleur
qui diftinguoit les Quadrilles , & cette Livrée
étoit fuivie de plufieurs Palfreniers tenant des
Chevaux de main. Il y avoit au milieu de la
Place deux Mulets richement caparaçonnez ,
& portant les Cannes couvertes de riches Tapis
: toute la Place étoit environnée de Chariots
couverts de ſemblables Tapis . Le fignal
donné , les Cavaliers coururent les Cannes
avec tant d'adreffe , d'agilité & d'ordre , que
L. M. parurent très- fatisfaites de cet exercice .
& leur en donnerent divers témoignages.
Le 30. veille de la Fête de S. Philippe , dont
le Roi porte le nom , on fonna le foir toutes
les Cloches de la Ville , & toutes les maiſons furent
illuminées , ainfi que la Tour de l'Eglife
Métropolitaine. L'Efcadre des Galeres qui eft
dans la Riviere de Guadelquivir , fit trois dé
charges generales de fon Artillerie , & c.
Le lendemain après midi , les mêmes Cavaliers
qui avoient couru les Cannes devant le
Roi & la Reine , firent dans la Place du Palais
Pexercice du Jet des Grenades & Pots à feu ,
& le foir la Fête fut terminée par le fon de
toutes les Cloches , par des Illuminations, &
par des Salves generales de l'Artillerie.
1. vola L'Infant
JUIN . 1729. 1237
L'Infant Dom Louis & l'Infante Dona Marie
Therefe arriverent à la Cour le 10. Mai vers
les fix heures ' du foir : ils avoient été compli
mentés le 9, à Carmona par les Deputez de Seville
, & le lendemain le Corps de Ville alla les
recevoir à la Tour blanche.
Le Roi ayant donné 6000. piaftres au Chapitre
de l'Eglife Patriarchale & Metropolitaine
de Seville , pour contribuer à l'ornement
d'une nouvelle Châffe d'Argent doré &
de Cristal , dans laquelle on a mis le Corps du
Roi S. Ferdinand , & ce travail ayant été fini
depuis quelques jours , le Chapitre a obtenu
de S. M. la permiffion de tranfporter le Corps
de ce faint Roy de la petite à la grande Chapelle
qu'on a reparée depuis peu : la Cerémonie
de cette Tranflation s'eft faite avec beau
coup de folemnité. Elle commença le 13. de
Mai à midi , par le fon de toutes les cloches
& le Corps du Saint fut expofé fur un Autel
elevé fur une Eftrade dans l'ancienne Chapelle,
après avoir été revêtu d'une Tunique blanche,
d'un Manteau Royal de drap d'Or , à bandes
de drap d'Argent , bordé d'hermine & parfe
mé de châteaux & de lions qui font les Armes
des Royaumes qu'il avoit réunis en fa perfon,
ne. On lui avoit mis fur la tête une Couronne
Imperialle d'Or , émaillée , garnie d'une gran
de quantité de pierreries ; dans fa main , le
bâton qu'il portoit de fon vivant , au lieu du
Sceptre; à fon coté la même épée dont il fe
fervoit à la guerre ; & à fes pieds , fes mêmes
fandales qu'on à garnies de pierreries . Il étoit
dans fa nouvelle chaffe fur un couffin de drap
d'Or à fond brun, la Châffe étoit placée fur un
Trône d'Argent maffif, ayant des Anges d'Argent
aux quatre angles. L'après midi les premieres
Vêpres furent chantées par la Mufique
Ia volà.
de
1238 MERCURE DE FRANCE.
de l'Eglife Metropolitaine , & le foir il y eut
des illuminations dans toutes les rues de la
Ville ; on tira un très - beau feu d'artifice ſur la
grande Tour , nommée la Giralda , & l'on fit
trois falves de l'artillerie , aufquels l'Eſcadre
des Galeres répondit.
Le 14. vers les onze heures du matin , le Roi
& la Reine accompagnés du Prince & de la
Princeffe des Afturies , des Infans Don Carlos
, Dom Philippe , & de l'Infante Dona Marie
Thereſe , fe rendirent à l'Eglife Metropo
litaine , à la porte de laquelle L. M. furent
receües par le Chapitre qui les conduifit à la
Chapelle Royale , où elles firent leur priere..
Après le Te Deum qui fut chanté à pluſieurs
Choeurs de Mufique , on fit une Proceffion
folemnelle : le Marquis de Villena , Majordome .
Major du Roy , marchoit à la tête portant
l'Etendart de S. Ferdinand , &, ayant à fes
cotés le Comte d'Oropefa & Dom Jean Pacheco
, fes deux fils , qui tenoient les cordons
de l'Etendart. A quelque diftance , le Duc del
Arco , Grand Ecuyer de S. M. portoit l'épée
du Saint , il étoit fuivi des Chapelains de la
Chapelle Royale , des Grands d'Espagne , des
Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , de ceux de
la Toifon d'Or , revêtus de leurs habits de
cerémonie & de leurs Colliers , & tenant chacun
un cierge à la main ; enfuite le Corps de
S. Ferdinand étoit porté dans fa Châffe , & fur
fon Trône , d'où pendoient huit cordons d'Or
qui étoient tenus , fçavoir , les deux de devant
par
l'Infant Dom Louis & l'Infante Dona Marie
Therefe ; les deux fuivans par les Infans
Dom Carlos & Dom Philippe ; les deux autres
par le Prince & la Princeffe des Afturies ; & les
deux derniers par le Roi & la Reine . Les Dames
du Palais & les Officiers des Maifons de
Io volo
L.
JUIN. 1729 1239
I M. du Prince & de la Princeffe des Afturies
, marchoient après le Roi & la Reine : à
quelque diftance , le Manteau Royal de S. Ferdinand
, étoit porté par dix Chevaliers des
vingt- quatre & par les Regidors de cette Ville,
& la Proceffion étoit terminée par l'Archevêque
de Seville , revêtu de fes Habits Pontificaux
, & accompagné de fes Affiftans & des
Dignitez mitrées de l'Eglife Metropolitaine. Le
Corps du Saint ayant été depofé dans lagrande
Chapelle , le Roi , la Reine , le Prince , la Princeffe
des Afturies & les Infans , monterent
dans la Tribune pour entendre la grande Meffe
qui fut celebrée pontificalement par l'Archevêque
le Cardinal de Borgia , le Nonce du
Pape & l'Archevêque de Segovie affifterent
incognito à cette Cérémonie.
Le même jour , vers les fix heures du foir ,
le Roi , la Reine , les Princes & Princeffes de
la Famille Royale , retournerent à l'Eglife Metropolitaine
, où l'on fit une feconde Proceffion
qui fut plus folemnelle & beaucoup plus nombreufe
que celle du matin : les Confrairies ,
les Tribunaux de la Ville avec leurs Etendarts;
les Religieux mandians avec les Images de
leurs Fondateurs ; le Clerge des 25. Paroiffes
de la Ville avec leurs Croix ; les Chanoines de
l'Eglife Metropolitaine avec la Croix Patriarchale
en Chapes blanches , & portant les Reliques
de l'Eglife , le Tribunal du S. Office &
le Corps de Ville affifterent à cette feconde
Proceffion. Le Roi , la Feine , & les Princes
& Princeffes de a Famile Royale y reprirent les
cordons de la Châffe dans l'ordre du matin . La
Proceffion fortit par la porte de S. Michel , &
fit le tour de l'Eglife ; les Regimens des Gardes
Efpagnoles & Walones , Infanterie , étoient
en haye & fous les armes dans toutes les rues
1240 MERCURE DE FRANCE;
du paffage de la Proceffion qui rentra par la
même porte vers les neuf heures du foir. On
remit le Corps du Saint dans la grandeChapelle,
où il a demeuré pendant trois jours expole à
la veneration des Fideles , après quoi il a été
reporté dans fon ancienne Chapelle .
LE
ITALIE.
E 29. Avril , le fils aîné du Chevalier de S.
George arriva de Bologne à Rome , où l'on
attend dans peu la Princefle Clementine So--
bieska avec fon fecond fils .
Le Cardinal Alberoni elt revenu à Rome de
fa Terre de Caftel Romano , où il fait bâtir un
grand nombre de maifons dans le deflein d'en
former un Bourg qu'il fermera de murailles
pour le mettre à l'abri des defcentes des Corfaires
, & le bruit court qu'il diftribuera auz
familles qui voudront s'y établir , toutes les
terres des environs , à la charge d'une fimple
redevance de cens.
Le 8. Mai , le Cardinal de Polignac alla en
grand cortege prendre poffeffion de l'Eglife
titulaire de S. Sixte le vieux , au nom du Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , qui
avoit ci devant le titre de Ste. Marie fur la
Minerve , que le Pape a donné au Cardinal
Pipia.
Le grand procès de la Religion de Malte avec
les Grecs , Sujets du Gr. S. a été jugé en faveur
de ces derniers , qui ont reprefenté que
les Maltois ne pouvoient les faire efclaves , ni
s'emparer de leurs marchandiſes , lorfqu'ils en
ont fur les Bâtimens Turcs , quand ils font
pris par les Armateus de Malte.
Le 9. du mois dernier , on fit partir de Rome
Our Civita Vecchia , une chaine de se. Cri-
A
I. vole minels
JUIN. 1729. 1241
minels condamnez aux galeres , dans le nombre
defquels il y avoit deux Prêtres feculiers
quatre Religieux de differens Ordres & deux
Hermites.
La Congregation criminelle du Gouverne
ment a fait condamner & executer à mort
' Abbé Furalli , complice du Jouaillier Tho
inas Sacchi , Fabricateur de faux billets de
banque , qui étoit prifonnier depuis fix mois.
On publia le jour de l'execution une Sentence
de condamnation par contumace contre
le Comte Onufre Marciani d'Orviette , ci - devant
Maître de Chambre du Cardinal Acciaioli,
& Fabricateur de plufieurs faux billets de
change , avec promeffe de mille écus de recompenfe
pour ceux qui le livreront vivant entre
les mains du Gouverneur de Rome , & de
Joo écus pour celui qui le tuera.
On apprend de Genes que le 15. du mois
dernier , le Pere Landrucci , Theologien du
Pape , avoit repreſenté la Rofe d'Or à l'Archevêque
, & qu'à cette occafion on avoit
chanté un Te Deum folemnel dans l'Eglife
Metropolitaine.
GRANDE BRETAGNE.
E 23. Mai , le Roi envoya aux deux Cham
bres le Meffage fuivant : Sa Majeft trouve
à propos de leur faire fçavoir que pour des raifons
importantes , el‹ e a deffein d'aller inceffamment
vifiter fes Lomaines d'Allemagne & do
nommerfa chere Epouse , la Reine , Regente du
Royaume pendant fen abfence, En confequence
de ce Meffage , les deux Chambres en grand
Comité , ont paffé le Bild Regence , & le
Parlement a été prorogé juſqu'au 2. du mois
d'Aout prochain.
1. voi
Le
1242 MERCURE DE FRANCE
Le 28. vers les onze heures du matin , le Roi
partit pour Greenwich , où S. M. s'embarqua
fur le Yacht la Caroline qui mit'à la voile auffitôt
pour la Hollande , accompagnée de cinq
autres Yachts , & arriva le 30. vers les 9. heures
du foir fur les côtes de Gorée. Le 31. le
Roife rendit à Utrecht d'où S. M. continua fa
route pour Hanover , où l'on a eu avis qu'elle
étoit arrivée le 4. Juin.
L'Acte que le Parlement a paffé en faveur
des debiteurs infolvables , fut publié à Londres
le 2. de ce mois . Il porte que tous les prifonniers
pour dette qui étoient dans les prifons
d'Angleterre avant le 10. d'Octobre dernier
feront remis en liberté en cedant tous leurs
effets à leurs créanciers : il en excepte les débiteurs
à la Couronne , ainfi que ceux qui doi
vent soo. liv. fterl , & au- deffus , à une feule
perfonne , mais dans ce dernier cas , le créancier
fera obligé de fournir à fon débiteur trois
fchelins & demi par femaine pour ſa fubfiftance.
Les Matelots & autres pauvres gens qui ont
été mis dans la prifon de la Maréchauffée depuis
le même jour dix Octobre dernier , pour
des fommes au- deffous de so . liv . fterl , ferons
mis auffi en liberté. :
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCE ,
Mariages des Pays Etranges .
E Pere Manuel de S. Bernard , Religieux
L de l'Obfervance de S. François , moulut à
Ibonne , en odeur de Sainteté le 16 Avril ,
dans la 114 année de fon âge.
Le Duc Jean Einelt Ferdinand de Holſtein
Rethwich de la Branche Catholique , mourut
I. vol.
ने
JUIN 1729. 1243
à Hambourg le 21. du mois dernier dans la
45me année de fon âge. Comme il eft mort fans
pofterité , les conteftations au fujet de la fucceffion
au Duché de Ploen , ceffent , & le Due
de Holftein -Norbourg , eft prefentement le
feul qui puiffe prétendre à cette fucceffion .
Le 23. du mois dernier , le Prince Borghese
mourut à fa belle maifon de Prattica près de
Rome , & il fut inhumé le 25. avec beaucoup
de pompe,& de magnificence,dans la Chapelle
Borghefe , à l'Eglife de fainte Marie majeure ,
où fon Corps fut tranfporté.
Le 29 Mai , le Cardinal Gregoire Selleri ,
de Muggione, au Territoire de Peroufe ,
Religieux
de l'Ordre de S. Dominique, & ci - devant
Maître du Sacré Palais , mourut à Rome vers
les dix heures du foir : Il avoit été fait Cardimal
dans le Confiftoire du 9. Decembre 1726 .
mais ayant été refervé in petto, il ne fut declaré
que dans celui du 30. Avril 1728. & dans celui
du 6. Mai fuivant , le Pape lui donna le Titre
de S. Auguftin .
Le Duc Antoine Ferdinand de Guaftella
mourut le 19.'Avril d'un Erefipele à la jambe.
Ce Prince qui étoit né le 8. Decembre 1687.
avoit époufé au mois de Fevrier 1727. la Princeffe
Theodore , fille du Pr. Philippe de Heffe
d'Armſtadt , Gouverneur du Duché de Mantoue,
dont il n'a point eu d'enfans . Le Duc Jofeph
Marie fon frere , eft arrivé de Venife à
Guaftalla pour prendre poffeffion de ce Duché.
La Princeffe d'Anhalt Zerbft , accoucha à
Stetin le 2. Mai , d'une Princefle qui fut nommée
Sophie augufte Frederique.
Le 30 Mai , le Margrave d'Anfpach , épouſa
à Berlin la Princeffe Frederique Louise,feconde
fille du Roy de Pruffe : la celebration de
ce mariage fe fit avec la plus grande magnifi . I, vol.
I cence
.
1244 MERCURE DE FRANCE .
cence. Après la Benediction nuptiale , on en
tendit une triple Salve de Canons ; on fervit
enfuite 12. Tables , dont il y en avoit de 40.
Couverts. A celle du Roi il n'y avoit que les
Princes & Princeffes de la Famille Royale , le
Prince d'Anhalt , le Prince Leopold fon Fils ,
& le Prince George de Heffe- Caffel. Après le
fouper on danfa le Fuckel- Dauby , où la danſe
des flambeaux , comme cela fe pratique en
pareilles Fêtes. Les Velt Maréchaux , Comte
de Wartensleben & Arnhein , les Officiers
Generaux , &c. portoient deux à deux des
flambeaux de cire blanche , pendant que la
Princefe danfa avec le Roi , & enfuite avec
les Princes du Sang & les Princes Etrangers .
au fon des Trompettes & Timbales . Le Margrave
danſa avec la Reine & avec les Princeſſes
du Sang : on remarqua que les deux Velt- Maréchaux
qu'on vient de nommer , quoique
faifant enſemble 160. années , firent leur tournée
pendant une heure & demie , fans paroître
trop fatigués. On deshabilla enfuite les nouveaux
Mariés ; & la Princeffe ayant laiffé tomber
une de fes jarretieres , on la porta au Roi
qui la coupa & la partagea aux principaux Seigneurs
de la Cour & aux Miniftres Etrangers.
S. M. pria celui de Pologne d'en envoyer un
morceau au Roi fon Maître , perfuadé qu'il
prenoit part à ſon contentement.
I. vol.
FRANCE
,
JUIN. 1729. 1245
*******************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c:
A Reine qui pendant le mois dernier
Lavoit fait les Stations pour le Jubilé ,
quatre Autels differens de la Chapelle
du Chateau de Verfailles , alla le 24. du
même mois à l'Eglife de la Paroiffe , & le
25. â l'Eglife des Recolets , & à celle de la
Paroiffe du Parc- aux- Cerfs , pour y faire
fes dernieres Stations. Le 26. Fête de
l'Afcenfion , la Reine entendit la Meffe
dans la Chapelle du Château , & S. M.
communia pour le Jubilé par les mains de
l'Abbé de S. Hermine , fon Aumônier en
quartier.
Le 2.de ce mois , le Roi partit de Compiegne
pour retourner à Verfailles , ou S.
M. arriva vers les huit heures du foir.
Le 4. de ce mois , veille de la Fête de
la Pentecote , le Roi revêtu du grand
Collier de l'Ordre du S. Efprit , fe rendit
dans la Chapelle du Château de Verſailles,
où S. M. entendit la Meffe, & communia
par les mains de l'Abbé de Belfons , Aumônier
du Roi en quartier. Enfuite le Roi
toucha un grand nombre de malades . L'a-
I vol
I ij près1246
MERCURE DE FRANCE .
près -midi , S. M. affifta aux premieres
Vêpres qui furent chantées par la Mufi
que , & aufquelles l'Archevêque d'Aix ,
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , &
nommé à l'Archevêché de Paris , officia
pontificalement.
Le se , jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
S. Efprit , fe rendirent vers les dix heures
du matin dans le Cabinet du Roi , d'où
S. M. alla à la Chapelle , étant précedée
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois, du Duc du Maine ,
du Prince de Dombes , du Comte d'Eu ,
du Comte de Touloufe , des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre .
Le Roi , devant lequel les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs Maffes ,
étoit en Manteau , le Collier de l'Ordre
pardeffus , ainfi que les Chevaliers. S. M.
entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Archevêque d'Aix , nommé
à l'Archevêché de Paris , & chantée par
la Mufique . La Reine , accompagnée des
Dames de la Cour, entendit la Meffe dans
fa Tribune. L'après - midi , le Roi entendit
le Sermon de l'Abbé Huerne , Chanoine
de l'Eglife Metropolitaine de Sens ;
enfuite S. M. affifta aux Vêpres chantées
par la Mufique , où le même Prélat officia .
Le Marquis de Monti , que le Roi a
1. vol.
nommé
JUIN. 1729. 1247
nommé depuis quelque temps fon Ambaffadeur
en Pologne , partit de Paris le 31.
du mois dernier pour fe rendre à Warfovie..
Le 8. de ce mois , M. Herault , Lieutenant
General de Police , affifta en qualité
de Commiffaire nommé par le Roi ,
au Chapitre des Prêtres de la Doctrine
Chrétienne . Ces Peres ont accepté la
Conftitution d'une voix unanime , après
avoir figné le Formulaire . Le Pere Provincial
, qui avoit appellé précedemment
au futur Concile de cette Conftitution
déclara qu'il révoquoit fon appel . le 2 2 .
Juin , ces Prêtres élurent pour Superieur
General de leur Congregation , le
Pere Etienne Chauffac , ancien Théologal
de l'Eglife d'Autun .
Le 8. la Lotterie pour le rembourſement
des Rentes fur l'Hôtel de Ville , fur
tirée en prefence du Prevoft des Marchands
& des Echevins , en la maniere
accoutumée ; le fond de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1108726.1.
17. fols 11. deniers , laquelle a été diftribuée
aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échus , conformément à la lifte generale
qui a été rendue publique ; le Lot
le plus confiderable de ce mois qui eſt
de 19000. liv . eft échu au N° . 936814 .
fous la devife de un Lot feroit ma fortune.
I. vol.
Le I iij
1248 MERCURE DÉ FRANCE :
Le 13. Juin , il y eut Concert à la Cour ,
dans le Salon de la Reine ; on y chanta
le Prologue , & les deux premiers Actes
de Tancrede , qu'on continua le Mercrdi
fuivant. La Dile Antier fit le rôle de Clole
2. nde , la De Lenner celui d'Herminie ,
Le S Chaffé chanta le rôle d'Argant , &
d'Angerville celui de Tancrede . Ce
Concert fit beaucoup de plaifir à la Cours
l'execution en fut parfaite , fous l'infpection
de M. Deftouches , Sur - Intendant de
la Mufique de la Chambre , & fous la
mefure de M. Campra , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roi , Auteur de
P'Opera de Tancrede , qui reçut encore en
cette occafion de nouveaux applaudiffemens.
Le 27. on concerta à Marly le Prologue
, le premier , & le fecond Acte du
Balet des Elemens , qu'on continua dans la
femaine ; cet ouvrage eft de la compofition
de Mrs de la Lande & Deftouches.
Sur -Intendant de la Mufique du Roi ; il a
toujours fait beaucoup de plaifir à la Cour,
& à la Ville.
Le 16. de ce mois , Fête du S. Sacrement
, le Roi accompagné du Prince de
Dombes & du Comte d'Eu , fe rendit à
P'Eglife de la Paroiffe de Verfailles , où S.
M. entendit la grande Meffe aprés avoir
affifté à la Proceflion , qui alla , felon la
A. vol.
' coutume ,
JUIN 1729. 1249
coutume , à la Chapelle du Château . La
Reine n'étant point allée à la Chapelle à
caufe de fa groffeffe , entendit la Meffe
dans fa Tribune , où S. M. fe rendit après
avoir vû paffer la Proceffion.
Le 20. la Reine fe rendit à la Maiſon
Royale de S. Cyr , où S. M. entendit la
Meffe , & communia par les mains de
l'Abbé de S. Hermine , fon Aumônier en
quartier.
Le 23. jour de l'Octave du S. Sacrement
, le Roi alla à l'Eglife de la Paroiffe ,
où S. M. entendit la grande Meffe après
avoir affifté à la Proceffion . Pendant l'Ocle
Roi & la Reine ont affifté tous
les foirs au Salut.
Le même jour , après le Salut , le Roi
& la Reine partirent de Verfailles pour
aller coucher au Château de Marly , où
leurs Majeſtez doivent paffer quelque
temps..
Le Comte de Kinski , Ambaffadeur de
l'Empereur en cette Cour , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plenipotentiaires au Congrés
de Soiffons , eft arrivé à Paris . Il eut
audience particuliere du Roi , & enfuite
de la Reine le 21. de ce mois . Il fut conduit
à ces Audiences par le Comte de
Monconfeil , Introducteur des Ambaffa
deurs .
Le nouvel Archevêque de Paris , M. de
1.vol. I iiij Vintimille
1250 MERCURE DE FRANCE .
Vintimille du Luc , Archevêque d'Aix ,
arriva à Paris le 24. du mois dernier le
26. il reçut les complimens du Chapitre
de la Metropole , l'Abbé de Gontaud ,
Doyen , portant la parole . On ne peut
exprimer l'accueil gracieux que ce Prélat
fit à ces Meffieurs , ainfi qu'aux Curez de
cette Ville qui allerent en Corps le faluer.
le lendemain .
M. Gaudion , Tréforier General de la
Marine & de l'Ordre de S. Louis , a cu
l'agrément du Roi pour acheter la Charge
de Garde du Tréfor Royal , qu'avoit M.
de Turmenies . .
*
Le 3 Mai , M. Lefebvre , Intendant &
Garde des pierreries & prefens du Roi
alla préfenter de la part de Sa Majefté , à
Madame Dagueffeau la jeune , une paire
de boucles d'oreilles de Diamans parfaitement
belles , en confideration de fon mariage
avec M' Dagueffeau , Fils du Chancelier
de France .
Le S. de ce mois , Fête de la Pentecôte , il y
eut Concert fpirituel au Château des Tuillees;
on y chanta deux Motets de M. de la
Lande, Veni Creator & Dixit Dominus , précedés
d'un Concerto de Hautbois , & d'autres morceaux
de Simphonie.
Le 6. il y eut Concert François ; on donna le
Divertiffement de Guy- l'An - Neuf, dont on a
déja parlé. La Dile Hermance chanta un morceau
d'un Divertiffement de M. de Blamont ,
fur- Intendant de la Mufique du Roi , quifut
I. vel.
fort
JUIN. 1729. 1251
fort aplaudi, de même que la Cantatille d'Eglé,
chantée par la Dile le Maure , le Concert fut
terminé par le Te Deum du même Auteur.
Le 13.on chanta un Divertiffement nouveau,
dont les paroles font de M. Carolet , intitulé
le Temple de Paphos , mis en Mufique par M.
Clerambault le fils , Organiſte de la Paroiffe
S Sulpice , qui fut très aplaudi. La Dle le
Maure chanta les Charmes de la voix , Cantate
de M. de Blamon , & on finit par un très - beau
Motets fuper Flumina Babylonis de la compofition
de M. Gomay , qui fut generalement
aplaudi.
Le 16. jour de la Fete-Dieu , il y eut Concert
Spirituel; le Sacris folemniis & le Te Deum ,
Motets de M. de la Lande , y furent parfaitement
bien executés : les Abbés du Cros & Benoît
chanterent un petit Motet à deux voix .
qui fit un plaifir infini . Le Sr. le Clerc , excellent
Joueur de Violon , executa un Concerto quis
fut très- aplaudi .
Le 20. on executa le même Divertiffement du
Temple de Paphos : la Dlle le Maure chanta
la Cantate du Bal , miſe en Mufique par M.
Mouret. Le Concert fut terminé Moret
à grands Choeurs de la compofition de M.
Dornel , Organifte de Ste . Genevieve.
par un
Le Roi a accordé 6000. liv . de pen
fion fur l'Archevêché de Paris ; fçavoir ,
à l'Abbé Ducaffe 1800. liv . à l'Abbé de
Grimaldi 1500. liv. à l'Abbé le Queux
1000. liv. à l'Abbé Baftide 800. livres ,
à l'Abbé Coffe 500. livres , & à l'Abbé
Ouliers 400. liv..
To vola I v BE
1252 MERCURE DE FRANCE :
BENEFICES DONNEZ.
' Abbaye de Pontron , Ordre de Citeaux ,
Diocèle d'Angers , vacante par le décès
de M. de Valbelle , Evêque de S. Omer , en
faveur de M de Lefcure , Prêtre du Dioceſe
L'Abbaye de S. Arnould , Ville & Dioceſe
de Metz , Ordre de S. Benoît , vacante par le
décès de M. Chazor , en faveur de M. Henry
Xavier de Belfunce de Caftelmoron , Evêque
de Marſeille.
L'Evêché de Lefcar , vacant par le décès de
M.de la Caffaigne, en faveur de l'Abbé de Chalons
, Prêtre , Grand Vicaire de Sens ..
L'Abbaye de la Grenetiere , Ordre de S..
Benoît , Diocefe de Luçon , vacante par le
décès de M. de la Fayette , en faveur de M.
Jean du Doucet , Evêque de Belley .
L'Abbaye de Beauport, Ordre de Premontré,,
Diocefe de S. Brieux , vacante par la démiffion
de M. l'Abbé de Roye, nommé à l'Archevêché:
de Bourges , en faveur de M. Louis François
de Montclus , Evêque de S. Brieux .
L'Abbaye de Livry , Ordre de S. Benoît ,.
Diocéfe de Paris , vacante par le décès de Me
Sanguin de Livry ,. Clerc tonfré du Diocéfe
de Paris , pour M. Marie Louis Sanguin de-
Livry , Clerc tonfuré du Diocéfe de Paris.
L'Abbaye de N. D. Dalon , Ordre de Citeaux
Diocefe de Limoges , vacante par le
décès de M. de la Fayette , en faveur de M. de
Vignau , Prêtre , Grand Vicaire de Chalonsfur-
Marne.
L'Abbaye de Vallemont , Ordre de S. Benoît
, Diocefe de Rouen , vacante par le décès .
de M. de la Fayette , en faveur de M. de Teréɔ ,
Prêtre . Aumonier de Sa Majesté
Lbbaye de S. Romain de Blay,, Ordre de
I. vola, S.
JUIN 1729. 1253
par
8. Auguftin , Diocéfe de Bordeaux , vacante
la démiffion de M. l'Abbé de Roye , nominé
à l'Archevêché de Bourges , en faveur de
M. le Blond , Secretaire de M. le Cardinal de
Polignac.
L'Abbaye de Boifgrofland , Ordre de Citeaux,
Diocéfe de Luçon , vacante par le décès
de M. Boutard , en faveur de M. de la Bafte
Prêtre , Grand - Vicaire de Rennes.
L'Abbaye de N D. de Senangue , Ordre de
Citeaux , Diocéfe de Cavaillon , vacante par
la démiffion de M. de Bethune d'Orval , en
faveur de M. de Piis de Roquefort , Clerc ton--
furé du Dioceſe d .....
L'Abbaye de N. D. de Sezanne , Ordre de S..
Benoît , Diocéfe de Troyes , vacante par les
décès de Madame de Pouffé , en faveur de Ma--
dame d'Etampes , Abbeffe du Reconfort.
L'Abbaye de Fontgouffier , Ordre de S. Au--
gutin , Dioceſe de Sarlat , vacante par le dé--
cès de Madame de Vertron , en faveur de Ma -*
dame Gabriele Elizabeth de Beaupoil , de Peu
dry , Religieufe du même Ordre.
,
L'Abbaye de Fontenay , Ordre de Citeaux ,
Diocéfe d'Autun le décès de vacante par
M. Sanguin de Livry , en faveur de M. de Mon
cley , Evêque d'Autun.
L'Abbaye de la Trinité de Caen , Diocèfe ae
Bayeux, vacante par le décès de Mad . de Teffé,
en faveur de Mad. Marie- Anne de Scaglia de
Verruë , Abbeffe de fainte Claire de Vienne.
Le Roi a auffi nommé l'Evêque de la Rochelle
à l'Archevêché d'Aix..
11 vol . MAN
2254 MERCURE DE FRANCE.
MANDEMENT de M. l'Evêque & Comte de
Châlons , pour ordonner des Prieres pour le
repos de l'ame de S. AR. le Duc de Lorraine,
dans les Paroiffes des Etats de oe Prince , qui
font du Diocèse de Châlons , donné au mois
d'Avril 1729.
ICOLAS DE SAULX TAVANES , par la
per-
Nition Divine, Evêque, Comte de Châlons
, Pair de France , Premier Aumônier de
la Reine.
La mort qui égale les Souverains & les Peuples
, & ne fait de tous qu'une même cendre ,
(felon l'expreffion de l'Ecriture ) vient de vous
enlever , Mes très chers Freres , l'augufte Prince
qui vous gouvernoit avec tant de fageffe ;.
Dieu l'a ravi à l'iniquité du fiecle , dans le milieu
de fes jours , & l'a enfeveli dans la pouf
fiere , avec les Puifances de la terre .
Qu'une perte fi terrible & fi peu prévûê,
vous humilie fous la main de Dieu , qui en
frappant des Têtes fi refpectables en fait un ſujet
d'instruction pour le refte des hommes.
Rentrez donc en vous - même , & reconnois
fez la vanité des chofes d'ici - bas ; nous allons
fans ceffe au tombeau , ainfi que des eaux qui
fe perdent fans retour ; toutes les conditions.
humaines font affujetties à cette néceffité fatale
; mais en même-temps que le corps périffable
retombe dans le néant dont il eft forti , la
Foi nous apprend que ce qui porte en nous le
caractere de la Divinité , y eft rappellé comme
àfon principe , & que ceux qui ont bien vêcu
ne quittent cette vie paflagere, que pour s'unirà
jamais à celui qui a fait le temps & l'éternité..
Ce font, Mes très - chers Freres , les motifs deconfiance
& de confolation que vous ont laiffez-
La pieté, la bonté, la justice & tant d'autres ver- Io.Vila
tus
JUIN. 1729. 75255
tus qui ont animé toutes les actions du Souve
rain que vous regrettez
: Que votre Religion
faffe à Dieu le Sacrifice
de votre douleur
& de
vos larmes , en lui offrant des coeurs foumis à
fes volontez
toûjours
adorables
. Priez leRoi des
Rois,celui qui fait tomber toutes lesCouronnes
aux pieds de fon Trône , d'aflurer
dans le fein
de fa gloire la Couronne
de l'immortalité
, au
Prince qu'il vient de dépouiller
d'une gloire.
fragile & peu durable. A CES CAUSES
, &C.
POMPE
FUNEBRE
faite dans
l'Eglife
des Chanoines
Reguliers
de S..
Antoine
de la Ville de Ponta- Mouffon
pour S. A. R. Leopold
Duc de Lorraine
& de Bar , le 21. Mai 1726.
L
Es Chanoines Reguliers de l'Ordre
de S. Antoine de Ponta- Mouffon fe
font toujours diftingués dans toutes les
occafions où il s'eft agi de donner des
marques de leur zele & de leur reconnoiffance
pour les Princes de la Maifon de
Lorraine.
Ils firent dans le tems des Services
magnifiques pour les Princes François &
Clement de Lorraine , & aujourd'hui juftement
penetrés de la perte qu'ils ont faite
en la perfonne du Duc Leopold qui leur
avoit donné plufieurs fois des marques de
La protection , ils n'ont épargné ni foins.
ni dépenfes pour celebrer les obfeques ..
Sur le Portail de l'Eglife tout tendu de
moir étoit un grand Ecuffon des Armoiries. L. Vale.
de
1256 MERCURE DE FRANCE .
de Lorraine avec l'infcription fuivante pla
cée dans un Cartouche..
PIA MEMORIÆ.
Celfitudinis Regia LEOPOLDI Supre
mi Lotharingia Ducis , Protectoris benefi
ci. Hac grati animi & doloris monimenta
Canonici Regulares Sancti Antonii Muffi--
Ponti cum votis & lachrimis dedicant.
La Nef étoit toute tenduë de drap noirs
& de moire blanche depuis la voute jufqu'à
un pied de terre , & ornée de larmes,
de Croix de Lorraine & de Croix de Jerufalem.
Cette tenture étoit accompagnée
de bandes de velours noir chargées de de.
vifes , de chifres & des alliances de la:
Maifon de Lorraine..
Le Choeur qui eft prefque auffi vafte que
la Nef étoit entierement tendu de noir.
avec des Lez de Satin blanc chargés alter--
nativement des Armes de Lorraine & de.
Têtes de mort aîlées & couronnées.
La décoration du Grand Autel répon--
doit à celle du Choeur & de la Nef, & étoit
éclairée par une infinité de Cierges . Toute
l'Eglife étoit pareillement illuminée de
puis le haut jufqu'en bas ; ce qui répandoit
un grand éclat.
Le Maufolée étoit pofé au milieu du
Choeur, & avoit environ 21. pieds de haut
fans y comprendre le Dais ; il étoit com-
1. vol..
pofe
JUIN. 1729 : 1257
pofé de trois Corps d'Architecture de differents
ordres : le premier étoit placé fur
3. eftrades ou gradins garnis de girandoles
; il reprefentoit un tombeau foutenu
de huit colomnes avec leurs chapiteaux
& étoit accompagné des quatre Vertus .
principales qui avoient caracterifé le Prince
; fçavoir , la Juftice , la Prudence ,
Charité & la Religion .
la
Le fecond Corps étoit accompagné de
Pilaftres avec leurs Frifes , & c. & fur les
quatre faces on lifoit des Infcriptions .
Le troifiéme Corps qui fupportoit le
tombeau étoit entouré d'une balustrade
avec des ornemens , à chaque angle
étoient des globes fur lefquels on avoit
mis plufieurs flambeaux . Cet Ordre éroit :
orné de plufieurs Pilaftres à l'antique , &
entre chaque Pilaftres l'on avoit fait peindre
des Devifes .
Quatre Piramides s'élevoient jufqu'à la
hauteur de 2 2. pieds aux deux côtés du
Catafalque , & étoient terminés par des
Croix de Lorraine.
"
Au -deffus du Catafalque étoit élevé un
Dais magnifique orné de riches pentes &
de quatre grands rideaux de gaze blanche
qui formoient des feftons. & c.
Le tout étoit terminé par un Squelete
pofé fur une baluftrade que l'on avoit prariquée
au haut du Dais , & qui s'élevoit
jufqu'à la voute de l'Eglife .
Les
$ 248 MERCURE DE FRANCE .
Les Vigiles & la Meffe furent chantées
par les Muficiens de la Cathedrale de
Mets,& l'Oraifon Funebre prononcée par
le R. P. Meney , Chanoine Regulier de
S. Antoine . Elle a merité l'applaudiffement
de toute l'affemblée qui étoit illuftre
& nombreuſe. Voici les Emblêmes & les
Devifes qui ont été emploïées pour la décoration
de l'Eglife.
Une Aigle qui prend son vol vers les
Cieux. Calos virtute perivit . 2. Un jet
d'eau qui s'éleve fort haut. Origine ab alta.
3. La Plante de Regliffe dont la racine est
douce Dulce, heu ? noftrum terra tegit, 4.
Une Aigle accompagné de deux Aiglons ;
par allufion aux Armes de Lorraine , au
Duc décedé , & aux deux Princes vivants.
Olim nuncque fimillima Proles. 5. Une
Rofe fanée dont on voit desfeuilles parterre.
Delicia nimium breves. 6. Une Croix de
Lorraine. A virtute propago. 7. Une Co-
Lomne renversée. Poft cafum non minor. 8 .
Une Couronne radiale ornée d'étoiles , pofee
fur un tombeau fur lequel eft peint l'Ecu de
Lorraine, Magnus honos fequitur . 9. Une
Croix de Jerufalem . Avitæ pietatis amans.
10. Un Olivier auquel pend un Ecu de
Lorraine , Cives pacis amore beavit . II .
Une Caffolete fumante d'encens pofee fur
un Autel. Spiritus in Calis , odor in ter
Lis. 1.2. Une Fusee volante qui fe termine
2
I. Ueber
JUIN. 1729 1259
en étoiles . Luxit , & ex oculis evanuit . 13% ,
Une Couronne Ducale dans une couronne
d'Olivier, Paxque novum decus addidit.
14. Un Chefne fort élevé. Sublimi feriit
fidera vertice. 15. Un flambeau éteint.
Magna luce micavit . 16. La Trompette de
la Renommée avec une banderolle où eft
peint l'Ecuffon de Lorraine , Fama fuperftes
erit. 17. Une tige de Lis attachée à un
rameaufec,fur lequel eft pofée une tourterelle
auprès de laquelle eft le mâle mort. Amiffum
vitæ queritur Socium. 18. Le pur
Amour reprefenté avec des ailes feulement,
fans carquois ; il tient une main fur fes
yeux pour marquer fa douleur , & de l'antre
il tient deux moitiés de lacs d'amour
rompus . A fes pieds font deux coeurs feparés
par un arc brife. Dulces difjunctos fufpirat
amores.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Lou
Ouis de la Fayette , Abbé Commandataire
des Abbayes de Valmond , de
Ia Grenetiere & de Dalon , Prieur de Goudet
, mourut le 2. May , âgé de 71. ans.
M. Jean - René de la Tour , Comte de
Montauban , Brigadier des Armées du
Roi , Infpecteur General de la Cavalerie
I. vol. &
1260 MERCURE DE FRANCE.
& des Dragons de France , mourut le 14.
May , âgé de 57. ans .
Etienne Thouret de Mahury , ancien
Capitaine d'une Compagnie Franche de
Marine , Enfeigne de Vaiffeau du Roi &
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , mourut
le 24. May , âgé de 64. ans,
D. Elifabeth - Marguerite Durand de
Villagagnon , veuve de François le Blanc ,
Marquis du Roulet , mourut le 29. du
même mois , âgée de 43. ans .
Jean Crozat , Prêtre , Abbé de Genlis ,
Maître des Requêtes Honoraire , mourut
le 9. Juín , âgé de 7 2. ans.
D. Catherine- Agnès de Lévy , époufe
de Louis Fouquet , Marquis de Belle - Ifle ,
mourut le 12. Juin , âgée de 69. ans .
M. Louis -Philippe Donneau de Vizé ,
Evêque d'Ephefe , Suffragant & Vicaire-
General de l'Evêché de Strasbourg , mou
rut le 21. Juin , âgé de 63. ans.
Il eft bon à l'occafion de la mort de ce Prélat
,de remarquer ici une méprife confiderable,
faire fur fon fujetdans unlivret intitulé:
NOUVEAU CATALOGUE Alphabetique des
Archevêques , Evêques , Abbez & Prieurs,
c. vol. in 8. à Paris chez Dhoury , 1728 .
M. de Vizé y eft qualifié Evêque de Sez ,
page 103. & par une erreur encore plus
bizare , il eft nommé Evêque de Fez dans
Les Nouvelles Publiques . Outre le titre
1. vol..
d'E
JUIN. 1729. 1261
'Evêque d'Ephefe , & de Suffragant de
Strasbourg , &c. il étoit Abbé de Leſterp ,
Diocèle de Limoge , & Prieur de Lieru ,
Diocèle d'Evreux . Il étoit frere de feu
M. de Vizé , Auteur du Mercure Galant ,
& de M. de Vizé , Capitaine au Régiment
des Gardes Fraçoifes.
- D. Louife Antoinette- Gabrielle Defgentils
du Beffey , époufe d'Henri- Jofeph
, Comte de Vaffé , Marquis d'Equil
ly , Meftre de Camp de Cavalerie , ac
coucha le 23. Avril d'un fils , qui fut tenu
fur les Fonts par deux Pauvres , &
nommé Louis- Jofeph .
D. Anne - Charlotte de Cruffol , épouse
d'Armand- Louis du Pleffis , de Riche
lieu , Comte d'Agenois , accoucha le 1.
May d'un fils qui fut nommé Armand-
Louis - Gilles , par S. A. S. Louis - François
de Bourbon , Prince de Conti , Prince du
Sang , Prince d'Orange , Duc de Mercoeur
, Gouverneur & Lieutenant General
pour le Roi du haut & bas Poitou , &
par D. Gillette de Montmorency Luxembourg
, épouse de Louis d'Antin , Duc
d'Epernon , & c.
D. Marie- Marthe -Françoife de Bonneval
, épouse de Louis de Talaru , Mar
quis de Chamatel , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur des Ville & Châ
teau de Salfbourg , & Phalfbourg , ac-
I. vol.
coucha
162 MERCURE DE FRANCE .
क्ष
#
coucha le 8. d'un fils , qui fut nommé
Louis- François , par Louis Abraham de
Harcourt , Marquis de Beuvron , Abbé
de Signy , & par D. Marie- Anne- Claude
Brulard de Genlis , veuve de Henry Duc
de Harcourt , Pair & Maréchal de France
, & c.
Le 12. May, furent fuppléées les cerémonies
du Baptême à Anne Maurice ,
fille de M. Charles François de Montinorency-
Luxembourg, Duc de Luxembourg,
de Montmorency , & de Piney , Pair &
Premier Baron Chrétien de France , Gouverneur
& Lieutenant General pour le
Roi en la Province de Normandie ; & de
Dame Marie - Sophie Colbert de Seignelay.
Elle eut pour Parain M. Anne de
Montmorency- Luxembourg , Comte de
Montmorency
, Meftre de Camp d'un
Régiment de fon nom ; & pour Maraine ,
Dame Marie - Louife Maurice de Furftemberg
, veuve de M. Jean - Babtiste Colbert
, Chevalier , Marquis de Seignelay ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel
du Regiment de Champagne , & Maître
de la Garderobe de S. M.
Dame N. Cahouet de Beauvais , épouse
de M. Germain - Louis Chauvelin , Cheva .
lier , Garde des Sceaux de France , Miniftre
& Secretaire d'Etat , Préfident à
Mortier du Parlement , accoucha le 23.
I. vol.
May
JUIN. 1729. 1263
May d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts,
& nomméAnne -Germain par Anne Clau
de de Thyard , Marquis de Biffy , & Ma-,
réchal des Camps & Armées du Roy, Gou
verneur des Villes & Château d'Offone ,
& par Dame Marie Cahouet de Beauvais,
Epoufe de François Comte de Chabanes
Capitaine aux Gardes Françoiſes.
D. de Caftras de la Riviere , Epouſe de
Michel Jean-Baptifte Charron , Marquis
de Menard , Brigadier des Armées du Roi,
Gouverneur du Château Royal , & Capi
taine des Chaffes de Comté de Blois , accoucha
le 3. Juin' d'un fils , qui fut nommé
Marie- Jean-Baptifte- Pierre par Pierre de
Caftras, Comte de la Riviere , Meſtre de
Camp d'Infanterie , Brigadier des Armées
du Roi & par D.Marie- Thereſe Charron
de Menard de Neuville ,
Dame Françoife Anne- Agathe - Margue
rite de la Riviere , Epoule d'Etienne de
Rivié , Chevalier Seigneur de Liancour ,
Bayancour , &c . Confeiller du Roi en fes
Confeils , Grand - Maître des Eaux & Forêts
de France au Département de l'Ile de
France , Soiffonnois , & c. accoucha le
premier Juin d'un fils , qui fut tenu fur
les Fonts , & nommé Charles - Jean - Magdeleine
, par M. Charles-Yves Thibault,
Chevalier , Comte de la Riviere , de Mur,
& de Planc , Marquis de Wartigny , Meſtte
I , vol. de
1264 MERCURE DE FRANCE .
deCamp de Cavalerie , premierEnſeigne de
la feconde Compagnie des Moufquetaires
du Roi , Gouverneur pour S. M. des Pays ,
Ville & Evêché de S.Brieux ,Tour de Ceffon
en Bretagne , & par Dame Marguerite
Catherine- Magdelaine de Voyer d'Argenfon
, Epoufe de M. Thomas le Gendre
Collande , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis.
Jean Sebaftien de Querhoën , de Quergournadech,
Marquis de Coëtanfao , Sire &
Comte de Penhoët , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur de la Ville ,Château
de Morlaix , &c. fils de feu Sebaftien ,
Chef du nom & armes de Querhoën , de
Guergournadech , Marquis de Coëtanfao
, & de feuë Dame Marie Renée de
Kergoet , époufa le 2. May Dle Innocente
Catherine du Rougé , du Pleffis-
Belliere , fille de feu M. Jean - Gille de
Rougé , Chevalier , Marquis du Pleffis
Belliere , du Fay , &c . Colonel du Régiment
d'Angoumois , & de Dame Florimonde
Renée de Lantivry , du Cofero .
Etienne Dagonneau , Confeiller au Parlement
de Bourgogne , fils d'Etienne Dagonneau
, Seigneur de Marcilly , Terlé &
Pomey , Confeiller Honoraire au même
Parlement , époufa le 10. Dile Alexis de
Salins , fille d'Hugues de Salins , Ecuyer ,
1. vol.- ConJUIN.
1729
1265
Maiſon ,&
Confeiller, Secretaire du Roi ,
Couronne de France & de fes Finances ,
Honoraire , & de Dame Marie- Catherine
Prevôt.
Le fecond volume de ce mois eft actuellemens
fous la preffe, & paroitra inceffament.
Plece
TABLE .
1059
leces fugitives. L'Emploi du Tems Ode 1053
Lettre écrite au Pere de Montfaucon fur un
Monument & c.
Reflexions en vers fur le Génie Poëtique . 1071
Remarques fur la vie du B. Barthelemi de Bragance,
& c.
Elegie.
1075
1095
Eclairciffement fur une Loi des Depoüilles Opimes,&
fur le culte qu'on a rendu aux Phailes
& c. 1102
Le Triomphe du Parnaffe , Concert & c. 1108
Obfervations fur deux Antiquités &c .
Antiochus , Poëme Heroïque ,
1112
1118
1123
Examen de quelques Manufcrits fur fainte
Marie Magdeleine & c.
L'Hymen de l'Amour & de Pfiché , 1139
Réponse fur la tranfmutation des métaux & c.
1146
-Replique fur Idem & fur le Mercure des Philofophes
,
Logogriphes & Enigmes & c.
1146
1152
Nouvelles Litteraires & c. Elemens de l'Hif
toire & c..
Les Sciences dévoilées .
Traité de l'Univers materiel & c.
Themiftocle , Tragedie , Extrait ,
1156
1160
1163
1166
Memoire pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres , & c.
Bibliotheque Italique , &c
1180
1188
Recueil des Hiftoriens de l'Italie & c. Des Loix
des Lombards , & c.
1190
1194 La Métalloteque , & c.
Réponse de L P.M. de Bethune , Duc de Sully,
au Memoire de A. de Bethune d'Orval, 1198
Nouveau Systême de Grammaire ,
1201
Extrait des deux Mémoires lûs à l'Académic
Royale des Sciences ,
Air notté & Couplets ,
Spectacles ,
1202
1208
I2II
L'Impertinent malgré lui, Comedie, Extr. 1212
Le fieur Bagnere , nouveau Comedien Toulouſain
,
1
12.18
>
1230
Le Mari joueur & la Femme Bigotte, & c.1223
Nouvelle du Tems , d'Affrique , de Pologne ,
Dannemark , d'Allemagne ,
D'Efpagne , Courfes & Combats des Cannes ,.
& Tranflation du Corps de S.Ferdinand , 1235
D'Italie & d'Angleterre , 1240
Morts, Naiflance & Mariages des Pays Etrargers
,
1242
France,nouvelles de la Cour de Paris , & c, 1245
Benefices donnez ,
Pompe Funebre du Duc de Lorraine ,
1252
1255
Mandement de l'Evêque de Châlons , 1254
1259
Morts , Naiffances & Mariages ,
Errata du Mercure de May.
PAge 85 au 4 Vers , ont , lifex on.
1 len . I fa.
ger dans ce Livre.
Page 10ss . lignes. le , lifex la.
P. 1080. l. 16 il , l . Spond.
P. 166. 1. 21. Lettre eft , l. Lettre queft.
P. 1222. 1. 3. du bas , en , 1. ori.
P. 1235. 1. 4. du bas , fept , 1, fes.
1.
P. 1241 l . 21. reprefente , 1. prefenté.
L'Air noté doit regarderla page 1208
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT
JUIN. 1729 .
SECOND VOLUME:
QUE
U
COLLIGIT
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la deſcente du Pont Neuf , au coin
de la ruë de Nevers , à la Croix d'Or .
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
AVIS.
L'AD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fanhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps, & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
DE
LA
VILLE
MERCUREAUE
LYON
1893
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUIN. 1729 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
DESCENTE D'ORPHE'E
aux Enfers ,
ET DELIVRANCE D'EURIDICE,
O DE.
Prefentée pour le Prix du Palinode
de Caën , 1728.
go Ilence : le Chantre de Thrace ;
S Paroît fur le facré Vallon :
Préparez , Juges du Parnaffe .
Des Lauriers au Fils d'Apollon.
20 vol
Dien A ij
1264 MERCURE DE FRANCE ,
Dieu des Vers , defcends, & m'infpire :
Préte- moi la fçavante Lire ,
Dont tu lui confias les fons ;
De tes feux ma Mufe échauffée ,
Va chanter la gloire d'Orphée ,
Et celle de tes Nouriffons.
Où fuis-je en quel Pays barbare ,
Me vois - je foudain transporté ?
Ici , s'offre à mes yeux ( «) l'Ifmare ,
Plus loin , (b ) une riche Cité .
Parmi ces riantes contrées ,
Au féjour des Dieux confacrées ;
Quel eft ce Héros que je vois ?
D'où part cette douce harmonie ?
Aprochons : c'eft lui qui marie ,
Son Luth aux charmes de fa voix.
Des Oifeaux la troupe attentive
Applaudit à fon chant flateur :
Philomele trifte & plaintive ,
En lui reconnoît fon vainqueur.
Les Sylvains du fond des Bocages ,
Les Nimphes des Monts , des Rivages ,
(a ) Montagne de Thrace.
(b ) Biftong
2. vol.
Partent
JUIN. 1729. 1265
Partent pour l'entendre chanter.
Dieux , par quels charmes invifibles
Ces Arbres , ces Rochers fenfibles ,
S'approchent- ils pour l'écouter !
Avançons : un plus beau Spectacle ,
Mattend fur ces bords fortunez. (a)
Quel nouveau genre de Miracle ,
Frappe mes regards étònnez ?
L'Onde émuë arrêtant fa courfe ,
Tantôt remontant vers fa fource ,
Pourfuit le Chantre harmonieux.
Que vois- je ! ... il fe trouble , il foupire :
Ses mains fuccombent fous fa Lire :
Des larmes coulent de fes yeux.
Une atteinte , hélas ! trop cruelle ,
D'Euridice a glacé le corps !
En vain il gémic , il l'appelle ;
Elle a paflé les fombres bords.
Amour , quand l'efprit le plus fage ,
Se livre à ton dur efclavage .
A quoi ne le portes-tu pas ?
Orphée appuyé de ſa Lire ,
Part ,defcend vers le noir Empire .
Cherche Euridice , ou le trépas.
( a) Le Fleuve Oeagres,
2. vol.
A iij
Il
1266 MERCURE DE FRANCE .
}
Il touche la Rive fatale ,
Séjour des Ombres fréquenté.
Le Nocher de l'Onde infernale ,
Par un chant fi tendre eft flatté.
Il vient ...fur les flots qu'il entame ,
Il traîne lentement la rame ,
Pour prolonger fes doux plaifirs.
L'Amant vers les Enfers s'avance ;
La triple gueule fait filences
Il entre au gré de fes- defirs.
淡
La nuit de fes aîles affreuſes ,
Couvre ce lugubre manoir ,
D'où partent cent voix douloureufes ,
Cent cris mêlez de defeſpoir.
Quel Monftre (a) du fond de ce goufre ,
Vomiffant les feux & le foufre ,
Porte dans mes fens la terreur ?
Des noirs cachots la porte s'ouvre ;
Que de fupplices je découvre ,
A travers la flamine & l'horreur !
Il chante : auffi- tôt l'allegreffe ,
Se répand dans ces triftes lieux ;
Le tourment des coupables ceffe ,
Tantale , Ixion , font heureux.
Les Couleuvres & les Furies ,
(a) La Chimeren
20 vola
Par
JUIN. 1267 1729
Par un fi doux charme attendries ,
S'appaiſent , calment leurs tranſports.
Pluton lui- même fur fon Trône ,
S'adoucit , fe leve , s'étonne ,
Touché de ces divins accords.
>
Je viens , dit le Chantre au Monarque ,
Non , pour ufurper tes Etats
Je viens me plaindre de la Parque ,
Et du plus noir des attentats.
Rens-moi le bonheur de ma vie .
Euridice me fut ravie
Au milieu de fes plus beaux ans.
Ciel ! que ne peut pas l'éloquence &
Il l'obtient .... digne récompenfe ,
De fon amour & de fes chants !
ALLUSION.
Loin d'ici , Fable , erreur , Chimere ;
Faites place à la verité :
Ce Chantre que l'Enfer révére ,
C'eft la fuprême Majeſté.
Le charme puiffant de fa grace ,
Des Démons fait tomber l'audace ,
Captive ces efprits pervers ;
Et plus heureuſe qu'Euridice ,
MARIE échappe à leur malice ,
Sans avoir gémi dans leurs fers.
HEURTAULD.
2.vol. A iiij SUITE
268 MERCURE DE FRANCE.
SUITE de l'Examen de quelques
Manufcrits fur fainte Marie Magdelene
, &c. Far M. L. B. C. D.
Q
Uant au quatrième ouvrage du Recueil
dont je fais ici la Critique ,
il a cté mis à la fuite du précedent par
quelques copiftes du XIIe fiecle , comme
s'il étoit parti de la même plume ; mais
avec un peu d'attention , on reconnoît
qu'il eft d'un Auteur qui avoit de l'érudition
pour fon fiecle , & d'un Moine de
Vezelay bien mieux inftruit que l'Hiftorien
de la Tranflation ou Reception . Je
le croirois d'Hugues le Poitevin , Moine
de ce lieu , duquel on a déja une Compi .
lation curieuſe fur l'Abbaye de Vezelay au
III. Tome du Spicilege. Il s'eft fait au
moins deux fortes de copies de cet ouvrage.
Celle de nôtre Eglife Cathedrale
qui fut écrite à la fin du XII . fiecle , fous
les yeux du Lecteur Robert Abolanz ,
depuis Religieux Prémontré , rapporte un
fait qui a dû préceder l'an 1062. L'Ecrivain
du fait étant par confequent pofterieur,
& ne fe difant point contemporain
peut être placé affez convenablement au
XII. fiecle. Il nous apprend que Geoffroy
21 val.
Abbé
JUIN. 1729 : 1269
·
Abbé de Vezelay , voyant les Reliques de
la fainte Patrone de fon Monaftere , dans
un tombeau très fimple, & dans un fombre
crypte , voulut les tirer de là pour les
enfermer plus magnifiquement & les placer
dans un lieu plus éclairé. Cet Abbé
n'en put venir à bout ; un nuage foudain
l'environna & l'obligea d'abandonner
fon entrepriſe. Il faut remarquer qu'il
fiegea depuis l'an 1037. jufqu'à l'an 1062 .
L'autre copie du livre des Miracles de fainte
Marie de Vezelay m'a paru plus ancienne
de quelques années , c'eft un refte
du débris de la Librairie de l'Abbaye de
Regny au Diocèfe d'Auxerre , qui n'eft
éloignée de Vezelay que de quatre à cinq
lieues. Cet exemplaire rapporte à peu près
les mêmes miracles que le Legendaire qui
a fervi autrefois à la Cathedrale d'Auxerre.
Celui de l'Abbé Geoffroy n'y eft
pas ; mais l'Ecrivain s'y étend fur des faits
qui le regardent perfonnellement , & defquels
Monfieur de Launoy auroit bien fait
fon profit , s'il en avoit été informé. Sed
& illud interea , dit - il , commemorandum
exiftimamus , quod de multis contigit fieri.
Nam cunctatur à plerifque qualiter fieri
potuit , ut corpus beata Maria Magdalena
cujusexortus in Judaa fuit , de tam longinqua
regione ad Galliarum partes delatum
fit. Sed paucis hic refpondendum , quia
Das Vola omnia A v
1270 MERCURE DE FRANCE .
omnia poffibilia funt apud Dominum , &
quacunque voluitfecit. Non enim eft difficile
illi quidquid agere placuerit pro falute ·
hominum . Hoc etiam evidenter afferendum ,
quod plerifque ex hoc dubitantibus feu contradicentibus
ultionis vindicta non defuit ,
quique poft modum illuc accedentes confeffi
funt de incredulitate & per interceffionem
ejufdem Chrifti famula falutem meruerunt.
Les Continuateurs de Bollandus ou n'ont
point eu de pareils manuſcrits , ou n'ont
pas jugé à propos de s'en fervir . Cependant
celui dont je viens de raporter les
paroles n'eft pas de petite importance.
On en doit trouver en France plufieurs
qui y font conformes . Il n'eft pas indifferent
de faire remarquer que du temps de
cet Ecrivain qui eft au plutard le XII.
hecle , on demandoit communément comment
il avoit pu fe faire qu'un Corps Saint
eut été apporté de la Judée à Vezelay vû
la distance des lieux. Cette queftion fuppoſe
certainement qu'on ne fongeoit nullement
à débiter que ce Corps fur venu de
la Provence ; mais qu'on affuroit hardiment
qu'il avoit été apporté de la Terrefainte.
Ce qui s'accorde à merveille avec
ce qu'a dit Baudry deNoyon dans fa Chro
nique de Cambray écrite un peu auparavant.
Mais ce qu'ajoute l'Anonyme de
Vezelay n'eft pas moins digne de remara.
Vala
que.
JUIN. 1729. 1271
que. Il certifie qu'aucune Eglife de fon
temps ne prétendoit avoir le Corps de
cette fainte Femme , que l'Abbaye de Vezelay.
Illud etiam certiffimè pernotandum
quod nufquam ab aliquo , ut de plerifque
folet , prater Viceliacum , dicatur Corpus
ejufdem habere. L'Hiftorien n'ignoroit
pas que fouvent plufieurs Eglifes fe difputent
l'une à l'autre la poffeffion du Corps
d'un Saint , de plerifque folet : Il n'en étoit
pas de même de nôtre Sainte . Perfonne
n'en réclamoit le Corps . Vezelay étoit
tranquille dans fa poffeffion . C'eſt une
marque évidente que les Provençaux ne
difoient mot alors ; ou que s'ils parloient,
cela fe faifoit fans éclat , puifque le bruit
ne s'en étoit pas répandu jufqu'à Vezelay.
Je ne diffimulerai point que ce dernier
Auteur appelle cette Sainte du nom de
Marie Magdelene comme les précedens .
C'étoit une erreur de nom , qui ne rendoit
point nulle la Tranflation du Corps d'une
fainte Femme de l'Evangile depuis la Judée
jufqu'à Vezelay. On étoit encore
alors dans ces fiecles où les premieres
Traditions des anciens Peres de l'Eglife
fur la diftinction des faintes Femmes reftoient
muettes dans leurs écrits , fans
qu'aucun prit la peine de les faire remarquer.
On eft aujourd'hui dans un fiécle
bien different . L'on remarque queles plus
20 Vol,
A vj anciennes
1272 MERCURE DE FRANCE :
anciennes Traditions même des Fran
çois , étoient que fainte Marie Magdelene
étoit morte à Ephefe , qu'elle étoit diftinguée
de la foeur de S. Lazare & de ſainte
Marthe ; on a des preuves qui emportent
le confentement de tous ceux qui ont la
liberté d'examiner fans prévention les témoignages
des fiecles paffez. Il réfulte delà
que les prétentions des Provençaux feroient
faciles à concilier avec la Tradition
de la Bourgogne : Les uns pouvant avoir
eu le Corps d'une Sainte , & les autres
celui d'une autre ; pourvû cependant que
les Provençaux n'affurent pas que fi le
Corps de fainte Marie Magdelene eft chez
eux , c'est parce qu'elle y eft venue prêcher
la foy , & qu'elle y eft morte. On
rifque bien moins d'aller contre la verité
en trouvant le moyen de faire venir d'Epheſe
en Provence les Reliques de fainte
Marie Magdelene que quelque François
y auroit apportées du temps des Croifades,
de même que S. Badillon avoit apporté de
Judée à Vezelay vers l'an 900. le Corps
de fainte Matie de Bethanie foeur deLazare.
Un autre expedient pour leur accorder
le fond de ce qu'ils demandent , fans en
garantir les circonstances controuvées ,
feroit de dire que comme la Femme Pechereffe
de l'Evangile eft encore une Femme
differente de fainte Marie Magdeleine
2. vol.
&
JUIN. 1729. 1273
& de fainte Marie de Bethanie ; cette femme
a pu abfolument venir jufques dans la
Provence , y faire penitence , & y mourir
mais je n'ofe trop appuyer fur cette
derniere voye de conciliation pour des
raifons que j'efpere vous rapporter dans
une autre Lettre. L'opinion où l'on étoit
à Vezelay dans tous les fiecles paffez
que le Corps apporté de Jerufalem par S.
Badilon étoit celui de fainte Marie , furnommée
Magdeleine , ne peut nuire en
rien aux prétentions des Provençaux . J'ai
déja dit que c'étoit une erreur de nom &
de fait ; il étoit fi facile de fe tromper en
ce point dans des fiecles où les ouvrages
des anciens Peres de l'Eglife étoient rares
& peu lus , qu'il étoit affez commun de
voir de femblables méprifes occafionnées
par la reffemblance des noms. Je ne fçai
d'où peut venir le raifonnement que Hugues
le Poitevin, Moine de Vezelay , fait
faire vers l'an 1120. au Legat du Pape
Calixte II. appellé Conon. Dans la plainte
que ce Legat porte des vexations faites
à Vezelay par les gens du Comte de Nevers
, on voit qu'il fuppofe comme une
chofe conftante , que les Corps de S. Lazare
& de fainte Marthe fa four font confervez
dans l'Abbaye du lieu avec ceux
d'un S. Andeol & d'un S. Pontien Martyrs
: Clientela Comitis Nivernenfis por-
2. vol. 145
1274 MERCURE DE FRANCE .
tas Viceliaci Caftri fregit & dirupit , San
&torum Lazari & Marthe fororis ejus &
Sanctorum Andeoli atque Pontiani Martyrum
Corpora .... jactis lapidibus exornaverunt.
Pourquoi ce Legat ne fait- il
aucune mention de fainte Marie Magde
leine ? Etoit - il informé que fon Corps eut
été apporté en Provence ? Et comme on
ne diftinguoit point alors fainte Marie de
Bethanie d'avec fainte Marie Magdeleine,
crut-il devoir appeller Marthe la foeur de
Lazare dont on confervoit le Corps à Vezelay
? D'où étoit venu encore à Vezelay
ce Corps de S. Lazare ? Voilà dequoi exercer
ceux qui aiment à creufer dans les
chofes ob cures , & qui peut fervir en partie
à l'Eglife d'Avallon , voifine de celle
de Vezelay , fuppofé que dans la plainte
de Conon , il ne s'agiffe pas des Images
ou Statues des Saints qui y font nommez ,
plutôt que des offemens dont leurs Corps
avoit été compofé.
Quoiqu'il en foit , l'opinion que le
Corps de fainteMarthe étoit à Vezelay n'a
pas eu de fuite. On étoit déja accoutumé
depuis deux cens ans à croire que c'étoit
celui de fainte Marie Magdeleine , & en a
toujours continué de le croire . L'Eglife
de Vezelay ne porta plus d'autre nom
elle quitta l'ancien qu'elle avoit eu ,
elle prit celui de fainte Marie Magdeleine
& '
2. vola
que
JUIN. 17197 1275
;
que le concours des Fideles au tombeaus
de la Sainte lui donna ; de même que
l'Eglife d'Avallon prit le nom de S. Lazare
à la place de celui de Nôtre - Dame .
De-là vint pareillement l'étendue du culte
fingulier de fainte Marie Magdeleine dans
toute la France , parce qu'il s'operoit à
fon tombeau une infinité de miracles . Il
faut bien fe donner de garde de prendre le
change les Miracles anciens qu'on voit
publiez comme faits par l'interceffion de
fainte Marie Magdeleine , avoient été
operez à Vezelay , ou fur des perfonnes.
qui avoient porté leurs voeux à Vezelay ,
& ils n'avoient pas été faits ailleurs . C'eft
une chofe conftante par les manufcrits du
XII. fiecle. Les Compilateurs qui vinrent
dans le fiecle fuivant firent des recueils
de ces miracles ; & comme ils vouloient
abreger , ils cefferent d'y nommer
l'Abbaye de Vezelay , & cela dans le
même temps que d'autres prétendirent
être poffeffeurs des Reliques de la même
Sainte . C'est ce qui a pu tromper quelques
perfonnes qui n'y ont pas regardé de fi
près que moi . Mais les premiers & les
plus autentiques Miracles operezen Frande
par un effet de l'invocation de fainte
Magdeleine , font ceux qui fe font faits
Vezelay . Il faut foigneufement les difsinguer
de ceux qui ont pu être faits en
2. vol.
Provence
1276 MERCURE DE FRANCE .
Provence depuis la fin du XIII . fiecle ; &
il ne faut pas ôter le merite d'un lieu pour
le donner à un autre contre la verité de
l'Hiftoire.
Il est vrai , comme je l'ai déja dit , qu'on
étoit dans l'erreur à Vezelay, en ajoutant le
mot de Magdeleine à celui de Marie , &
en faifant le 22. Juillet la fête de la Sainte
dont on poffedoit le Corps. Le furnom de
Magdeleine qu'on lui donnoit dans les
prieres qu'on lui adreffoit , étoit de trop ;
mais ce n'étoit pas une faute qui put empêcher
qu'on ne fut exaucé. Auffi s'opera
t'il en ce lieu des Miracles très-éclatans .
Vincent de Beauvais qui écrivoit vers
l'an 1240. en raporte cinq ou fix , qui
tous font arrivez à Vezelay , ou en confequence
du concours qui fe faifoit en ce
Monaftere. Il a pu les tirer d'un manuf
crit du Prieuré de Merlou , proche Beauvais
, dépendant de Vezelay . Jacques de
Voragine en raporte au moins trois de
ceux que les manufcrits de Vezelay fourniffent
; & ce feroit à tort que les Provençaux
les attribueroient tous aux Reliques
de Provence . On fçait combien
grand fut le concours à Vezelay dans l'onziéme
& douziéme fiecles. Les Chroni
ques d'Auxerre & de Vezelay en font
mention. Des Gentils - hommes du fond du
Royaume s'y rendoient tous les ans au
2. vol.
220
JUIN. 1729. 1277
22. Juillet ou à Pâques, qui étoit le temps
environ auquel on celebroit la mémoire
de la réception du Corps , c'est ce que le
manufcrit de notre EglifeCathedrale d'Auxerre
attefte d'Adelard & de Richard , Chevaliers
de Mauzé en Saintonge. Guillaume
Gentil-homme Normand ayant été
guéri d'un mal qu'il avoit à l'oeil , vint
offrir à Vezelay un Calice d'Or & d'Argent
, felon le raport de l'Hiftorien , qui
affure avoir vu le Gentil -homme même,
Le fameux Miracle du pêché couché par
écrit fur l'Autel , puis trouvé effacé , a
aufli été operé à Vezelay, felon nos manuf
crits. Celui d'un Soldat , ou plutôt d'un
Chevalier tué , puis reffufcité, eft pareillement
attribué dans notre manufcrit à la
dévotion qu'avoit cet homme de venir
chaque année à Vezelay. Il y est même
dit que lorfqu'on vint en faire le récit à
Vezelay , l'Evêque de Cahors étoit prefent
dans l'Eglife , & occupé à la Prédica
tion .
Si les Provençaux veulent prendre la
peine de démêler dans tous les Compilateurs
de Miracles , ceux qui ont été operez
en vertu du concours fait en Provence , je
fuis perfuadé qu'ils n'en trouveront pas
beaucoup qui foient bien anciens . Celui
de la femme enceinte qui manqua à fe
noyer , regarde une femme qui revenant
2. vol.
de
1278 MERCURE DE FRANCE:
de Vezelay , paffoit la Loire. Le Miracle
de l'aveugle guéri à l'approche du Mo
naftere de Vezelay , ne regarde nullement
la Provence : ad prædictum Monafterium ,
veut toujours dire Vezelay . Celui du prifonnier
à qui S. M. Magdeleine parut
ouvrir les portes de fa prifon , regarde un
homme de Chateaulandon en Gaftinois ,
qui apporta lui- même au tombeau de la
Sainte à Vezelay fes chaînes brifées . Tous
ces Miracles étoient furement arrivez
avant la fin du XII . fecle , puifqu'ils
font rapportez dans des manufcrits de ce
temps là . Or en quel pays parloit - on alors
avec grand éclar de la Magdeleine de Provence
, de la fainte Baulme ? C'eſt ce que
je prie Meffieurs vos Compatriotes de
nous indiquer. Peut -être commençoit - on,
mais foiblement à en parler chez eux , en
attendant la celebre découverte de l'an
1279. fur laquelle j'ai des remarques àវ
Vous communiquer une autre fois.
Toujours , Monfieur , tenez pour conftant
que tous les endroits où le culte de
fainte Marie Magdeleine eft ancien au
deffus de cinq cens ans , il a été formé ou
fur celui qu'on lui rendoit à Vezelay , óu
bien il eft venu directement de l'Orient.
Les plus anciennes Eglifes que je connoiffe
fous l'invocation de cette Sainte
font l'Eglife Collegiale de Verdun en Lor-
2. vol . raine s
JUIN. 1729 1279
taine ; ce fut S. Magdalvée Evêque de
Verdun qui la fonda au VIII . fiecle , y
mettant des Reliques de cette Sainte qu'il
avoit apportées d'Ephefe où il vifitafon
tombeau , felon que S. Gregoire de Tours
dit qu'il y étoit de fon tems. Il yavoit auffi à
Befançon uno Eglife de fainte Marie Magdeleine
au moins dès le VIH . Giecle ;
puifqu'un exemplaire de l'Ordinaire de
J'Evêque S.Probade , redigé au XI . fiecle,
en fait mention . Il y en avoit une à Chateaudun
au IX . Giecle , une auffi en Angleterre
, felon ce qui fe lit à la fin da ...
fiecle des Actes des faints Benedictins 9
trois au Diocèfe d'Autun , outre Vezelay ,
dès l'onziéme fiecle. Il exiftoit pareillement
un Oratoire fous le nom de la même
Sainte à Arouaife en Artois, au XI. fiecle,
felon la vie du venerable Hildemar , l'un
des Fondateurs de cette Abbaye.UnPrieuré
à Fougeroye, au Diocèfe de Poitiers , au
commencement du XII . fiecle ; à quoi il
faut ajouter au moins fept ou huit autres
Prieurez dépendans de l'Abbaye de Vezelay,
qui font fituez dans differens Dioceſes.
Je tire l'existence de ces Eglifes d'Auteurs
irreprochables , & je ne crois pas
qu'aucun Provençal entreprenne de réclamer
contre. C'eft à vos Compatriotes à
nous faire voir à prefent que cette dévotion
fignalée envers fainte Marie Magde-
" 2. vol. leine
1280 MERCURE DE FRANCE:
7
leine eft venue de chez eux . Qu'ils en
apportent des titres autentiques , ou au
moins auffi veritables que ceux qui atteftent
l'exiſtence de ces differentes Eglifes ,
anterieurement à toutes les fables dont on
a imbu la populace de Provence ; en ce cas
je confentirai à leur accorder la poffeffion
d'une Sainte de la fuite de JESUS
CHRIST , en laiffant à l'Abbaye de
Vezelay celle du Corps de la foeur de faint
Lazare appellée Marie foeur de Marthe ,
Je fuis , & c .
Ce 1. Avril 1728 .
XXXXXXX :XXXXXX :XX
BOUTS - RIMEZ REMPLIS.
LEs fores rimes que
Au Diable foit ton
voila !
Isabelle!
Ta rime en ça , ta rime en
-la!
Corbleu , tu me la bailles belle
Mon flaccon feroit bu déja;
Voi ce vin , comme il étincelle;
Toppe , à Catin qui le ver Sa,
Pefte ! eft- ce là jus de prunelle ?
J'en bois tout autant qu'on m'en offre ;
Verfe encore un , que je le coffre :
2. vola
Ah !
JUIN
. 128 11
1729.
Ah ! je n'en puis plus , je fuis pleine
Comme un feuillet de la Pucelle
Ce coup m'endormiroit foudain ;
Sortons ; non , reftons ; je chancelle
CONFERENCE
SUR LA MUSIQUE.
Eux Muficiens affez renommez , fe
Dalemblerent le Dimanche 3. Mai ,
chez un particulier , dont la fille eft habile
au Clavecin , pour conferer enſemble fur
plufieurs articles d'harmonie , où leurs
fentimens font oppofez ; les connoiffeurs
en cet Art ne feront peut - être pas fâchez
de fçavoir qui y fut contefté , & com,
me l'on termina la conference .
L'un , qui avoit amené fept ou huit de
fes amis , propofa fi l'on pouvoit admettre
une Baffe fondamentale à tout accord ,
pour en raifonner avec plus de netteté ;
l'autre , qui étoit fans compagnie , avoüa
qu'elle étoit utile pour expliquer la théo
rie de cet Art.
"
Quel est l'Accord naturel ? dit le premier
& pourquoi eft il tel ? c'eft
celui que nous appellons parfait , répon-
2. vel.
dit
1282 MERCURE DE FRANCE .
que
dit le fecond. Il eft le plus doux , parce
les vibrations des fons qui le compofent
, s'uniffent le mieux , ayant entre
elles les rapports les plus parfaits qu'on
puiffe trouver. A ce mot de vibration ,
on exigea qu'il expliquat à fond la nature
du fon , & quels font les rapports ou proportions
, que toutes les vibrations de
l'accord parfait ont entre elles . Il expliqua
tout fort nettement , & la compagnie
parut très- fatisfaite. Le 1er Muficien objecta
qu'il y avoit une preuve encore plus.
forte de l'accord naturel ; c'étoit que tout
corps fonore forme toujours la tierce
majeure & la quinte du fon qui lui eft
propre.Lez Muficien répondit , quecela ar
rivoit quelquefois par accident , par exemple
, ajouta - t'il , lorfque le corps fonore a
été trop forcé , outre la vibration qui lui
eft propre , il en peut encore former d'autres
; mais fi ces vibrations fe déterminent
plutôt à l'octave , quinte , quarte , ou
tierce majeure , ce n'eft qu'à caufe des
proportions qu'elles ont avec leur baffe.
& entre elles . On chercha à verifier fi le
corps fonore faifoit entendre l'accord par
fait , mais ce fut vainement. Le 2º Muficien
foutint toujours que le fon peut êtra
feul.
e
•
Le 1er Muficien demanda au 2 ° , ne re
connoiffez vous pas que la quarte , lorf-
2. vol.
qu'elle,
JUIN. 1729: 1283
qu'elle eft avec quinte & octave , eft réellement
une onzième , & que la baffe fondamentale
de cet accord , eft la notte qui
fait la quinte ? & de même , que la neuviéme
n'eft dans fa baffe fondamentale
qu'une feptiéme , la baffe actuelle n'étant
qu'une notte étrangere , ajoutée une tierce
plus bas ? non répliqua le fecond , je reconnois
effectiveinent que la plupart des
diffonances ne font que des feptiémes dans
leurs baffes fondamentales , mais il y en
a deux , qui font , quarte & neuviéme
lefquelles fe mettent à la place de tierce &
d'octave , par retardement , fur la baſſe
fondamentale , & cela pour diverfifier un
accord parfait qui feroit trop long , & en
même tems pour faire trouver plus agréable
une confonance fouhaitée , car le retar
dement la fait fouhaiter,& les preuves que
j'en apporte font :
9
1 °. Que ces deux intervalles font obligez
de defcendre d'un degré qui eft leur
place naturelle , pendant que les autres
parties les attendent .
2 °. Que cefdites diffonances ne fe font
qu'au premier tems , où convient l'accord
parfait.
3. Que cette quarte par retardement ,
fe fait fur une baffe qui eft veritablement
fondamentale felon vos principes , c'eſt
la dominante , portant feptiéme mineure
2. vol. 978
1284 MERCURE DE FRANCE :
& quinte pour faire Cadence ; fi cette note
dure deux tems , on peut fur le premier
mettre la quarte par retardement avec
quinte & feptiéme mineure , toutes les
parties continuent deux tems , & la quarte
defcend à la tierce majeure , au fecond
tems.
4. Selon votre fuppofition , on pour .
roit toujours mettre la 7 avec la 9 , ce
qui ne fe peut fur la note tonique , lorf
qu'on y met la tierce , qui ne fe peut obmettre
, étant votre baffe fondamentale .
J'avoue que fi vous continuez la quarte
la note tonique fera fufceptible de e
mais alors la baffe fondamentale fera la
dominante , & l'accord fera de feptiéme
fuperflue . Ce qui eft conforme à vos prin
cipes.
5. Ma fuppofition a beaucoup plus de
fimplicité que la vôtre .
·
6. C'est le propre des accords fondamentaux
de pouvoir être renverfez , la
4 fimple , & la neuviéme fimple , ont
leurs renverfemens , comme le fçavent
très bien pratiquer tous ceux qui travaillent
à grand Choeur. Selon vos principes
on ne peut pratiquer tous ces renverfemens
, & vous privez la compofition
d'une varieté qui eft très utile pour
les grands Choeurs à plufieurs deffeins .
Je ne nie pas que les vibrations de la 2. vol.
quarto
JUIN. 1729. 1285
quarte contre les vibrations de la quinte ,
n'ayent entre elles un raport harmonique
de feptiéme , de même que la neuviéme
avec la tierce ; mais la baffe fondamentale
de ces accords eft la baffe actuelle , & par
confequent , la baffe fondamentale peut
avoir , outre l'accord parfait & celui de
7°, ces deux autres , l'un la neuvième &
la quarte, & l'autre quelquefois toutes les
deux enfemble , mais toujours par retardement
; & fi la baffe fondamentale a
quelquefois avec 7 & 9 la quinte fuperflüe
, cette quinte n'eft telle , que par
la force du mode , & de fa note fenfible ;
y a même des cas où l'on doit faire la
quinte naturelle.
il
Quant à l'accord de 7e fuperflüe , je reconnois
que la baffe actuelle est une note
fuppofée , la baffe fondamentale étant
abfolument la dominante , ce qui eſt conforme
à vos principes.
Le 1er Muficien n'accorda rien fur ces
preuves , & foutint toujours que la baffe
fondamentale ne pouvoit avoir que l'accord
parfait , ou celui de 7 , parce que
felon l'experience du corps fonore , la nature
fait toujours les divifions par tierce,
ainfi , dit-il , la diffonance ne peut être
qu'une feptiéme.
Mais , la converfation ayant déja trop
duré fur ces matieres , le 2e Muficien s'en
2. vol. B plaignit
1286 MERCURE DE FRANCE:
plaignit , difant qu'on vouloit éviter les
veritables queſtions pour lefquelles ils s'é◄
toient raffemblez , & parlant au 1 ", il dit,
depuis plufieurs années vous croyez être
feul fçavant dans l'accompagnement du
Clavecin vous dites que ce que tous les
autres Maîtres enfeignent ne vaut rien ,
fouffrez que je deffende la caufe commune
, j'entreprens de prouver que notre
accompagnement eft plus parfait que le
votre , parce qu'il a toutes les perfections
du votre, fans en avoir les deffauts , dont
je vais faire l'énumeration .
I. Il ne s'accorde pas toujours avec
des mufiques bien compofées.
22. Il eft prefque toujours mêlé de diffonances
, & par confequent dur à l'oreille
, ce qui bien fouvent eft contraire à
l'intention de l'Auteur , & à l'expreffion
de la parole ; quelquefois les diffonances
n'y font pas fauvées.
3 ° . La même diffonance quelquefois y
dure trop long- temps.
4 ° . Il authorife deux octaves de fuite
dans le deffus .
5. Les petites mains ne peuvent pas
l'executer , parce qu'il exige prefque tour
jours quatre touches de quatre doigts confecutifs
, fans y admettre le pouce .
6. On ne peut éviter de manquer quelquefois
en jouant à livre ouvert , parce
2. vol.
que
JUIN. 1729.
1287
que tout eft fondé fur la connoiffance du
mode où l'on eft , & qu'il n'eft pas poffible
, même aux plus fçavans de le connoître
continuellement. La façon ordinaire
d'accompagner ayant tout le bon du
vôtre , fans en avoir les deffauts , eft donc
plus parfaite.
Pour prouver fur le champ tous ces
faits , le 2e Muficien écrivit quelques notés
, il pria une habile écoliere de fa partie
de les accompagner , & y fit remarquer
tous les deffauts en queftion.
I
Le 1er Muficien déclara que l'embarras
de fon écoliere venoit de ce que ces notes
pofées étoient d'une mauvaile compofition,
quoique tirées des S" de Lully, Bernier
,& Corelly.Le principal deffaut qu'il
y trouvoit , confiftoit en ce que fur la note
tonique du mode mineur , ré , l'harmonie
, après avoir fait l'accord parfait
changeoit en quarte & fixte mineure , &
enfuite retournoit au premier accord , il
difoit quarte & fixte fur ré , repréfentant
l'accord parfait du fol or c'eft entrer ,
continua-t'il , dans le mode du fol par
le mouvement de cadence , fans avoit fait
tierce majeure à la premiere note qui en eft
la dominante , c'eft aller de la tierce mineure
à l'octave ; cela choque l'oreille &
le bon fens . Zarlin l'a deffendu ; c'eft
faire une cadence fans avoir fait tierce
2. vol. Bij majeure
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
majeure à la dominante.
Le 2 Muficien répondit ; en defcendant
de quinte , faifant accord parfait fur les
deux notes , & tierce mineure à la premiere
, fi j'y defcendois pour y moduler ,
c'est -à- dire, pour en faire ma note finale ,
ou autrement tonique , j'avoue que l'har
monie , feroit mauvaife ayant manqué de
faire une dominante de ma premiere note .
Mais ce n'eft point pour y moduler , je
reviens inceffamment à mon premier accord
, ces fortes de progrès d'harmonie ſe
font au fecond tems pour varier l'accord
de la note tonique , & l'oreille en eft contente.
Je ſçai que vous voulez dans ce cas ,
qu'on ajoute la fixte à la feconde note , ce
qui feroit une feconde fur ce ré en queftion
, mais cela eft dur à l'oreille ; on le
pratique cependant quelquefois forcé par
un deffein , pourvu que la 2e dure peu ,
mais on retranche prefque toujours cette
feconde pour avoir une harmonie plus
douce ; ainfi ce que vous condamnez ,vous
le pratiquez avec une note de plus , que
nous retranchons à caufe de fa dureté; bien
plus dans votre traité de compofition
n'aviez- vous pas marqué dans votre regle
d'octave , fa naturel qui précede fol avec
accord parfait. Le 1er Muficien répondit
cela eft vrai , mais je me fuis trompé , je
n'aprouve plus ce livre , & je ne m'en fers
?
2. vol.
plus :
JUIN. 1729. 1289
plus : ce defaveu termina la difpute ; ou ,
plutôt chacun des deux adverfaires demea
ra dans fon opinion.
XXXXXXXXXXXX : XXX
SONNET
Difciples orgueilleux de ſubtiles Ecoles ,
Qui de l'Oeuvre de Dieu fondant l'obfcurité ,
Meſurez fa puiffance & notre liberté ,
Sur vos dogmes douteux, érigez en Simboles..
De l'Epoufe de Chriſt , écoutez les paroles ,
Ce n'eft qu'à fes regards que luit la verité :
Adorez & croyez avec fimplicité :
Craignez de la raifon les réponses frivoles.
Le coeur humain eft libre , & Dieu feul eft
puiffant ,
L'homme jufte , ou coupable , ou réfiſte , ou
confent ,
Mais du foufle divin il ignore la trace.
Pourquoi multiplier des Traitez fuperflus !
En la définiffant attire- t- on la Grace ?
Demandez la fans ceffe & n'en difputez plus.
24 vol
Biij LET
( 290 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Ch. Coypel , de l'Aca-·
démie Royale de Peinture & Sculpture ,
au Reverend Pere de la Tour , Superieur
General de la Congrégation de l'Oratoire,
au fujet d'un Tableau de 40. pieds de
hautfur 32. de large, nouvellement placé.
MON
REVEREND PERE ,
Vous ferez furpris , fans doute , qu'un
jeune homme ofe écrire une fi longue
Lettre à une perſonne auffi férieuſement
Occuppée que vous ; je me flatte cependant
que vous voudrez bien en faire la
lecture, & me pardonner quand vous verrez
que c'eft une espece de Préface dans
laquelle je vous rends compte d'avance
du grand Ouvrage que je deftine à votre
Eglife .
En vous expofant mes idées fur la façon
de traiter le grand Sujet que j'ai choifi
, j'efpere vous engager , nonfeulement
à me faire part de vos lumieres , mais
auffi à exciter les perfonnes de votre connoiffance
à en faire autant en voyant ce
Tableau , tandis que je fuis à temps de
profiter des fages Critiques que l'on voudra
bien me faire .
2. vel.
Le
JUIN. 1729. 1291
Le Ciel permettra que cet Ouvrage foit
nombre d'années honoré de vos regards, il
y va un peu de votre interêt à contribuer à
fa perfection . Mais j'entre en matiere pour
ne pas abufer d'un temps auffi précieux
que le vôtre.
Je commencerai par le choix du Sujet,
de-là je pafferai à l'ordonnance & je finirai
par les détails.
Quant au choix du Sujet , j'ai crû que
pour remplir l'idée que je me propofois ,
il étoit important d'en trouverun qui m'offrit
trois chofes qui me paroiffoient également
neceffaires ; fçavoir , une action fi
grande & fi touchante , qu'elle pût émouvoir
les Spectateurs , & les porter à faire
des refléxions dignes du lieu dans lequel
ce Tableau doit paroître. Secondement
un Spectacle capable de remplir l'immen
fe place qui lui eft deſtinée. Enfin que le
lieu de la Scene pût en s'uniffant à l'Architecture
de l'Eglife l'accroître & rendre
mon Ouvrage plus trompeur.
Je n'ai pas imaginé qu'il y eût de Su
jet qui pût mieux raffembler les trois parties
, que le moment où Pilate , après avoir
fait flageller Jefus -Chrift , le prefente au
Peuple , en lui difant , Ecce Homo .
Qui peut mieux que vous , Mon Reverend
Pere , détailler les refléxions que
cegrand Sujet doit nous infpirer ? Je me
2. vol.
Biiij
dois
7292 MERCURE DE FRANCE.
dois contenter de dire qu'il offre à la fois
la magnificence du Spectacle & le pathé
tique de l'action ; voilà les deux premie
res idées que je m'étois propofé.
Quant au lieu de la Scene , j'ai crû ne
pouvoir trouver rien de plus heureux. Il
me falloit une efpece, d'Amphiteatre pour
me procurer des plans differens , me
faire éviter les racourcis defagréables &
la confufion dans ma compofition.
Il eft dit que le lieu où Pilate tenoit fon
Tribunal , étoit adoffé à ſon Palais, & que
l'on y montoit par quantité de degrez.
Je fais commencer ces degrez du pied
de la Tribune fur laquelle doit pofer mon
Tableau. Vous pourrez voir par le Plan
géométral que je joins à cette Lettre , fi
j'ai confervé la vrai -ſemblance & l'exactitude
que j'ai fouhaité mettre dans ce
morceau d'Architecture .
A l'égard de l'Ordonnance , je fuis bien
éloigné de me flatter d'avoir réüffi dans
le deffein que je m'étois propofé. L'aveu
que je vais faire ne fervira peut- être qu'à
vous faire fentir plus vivement les deffauts
de ma compofition ; n'importe , vous me
fçaurez gré du moins de ma franchife.
J'avoue donc que j'ai tâché de me rem
plir l'imagination des grandes & magnifiques
diftributions de Raphaël , ou ce
grand homme au milieu même du tumulte
2. vol.
&
JUIN. 1729. 1293
& de la confufion , a confervé cet ordre &
cette efpece d'arrangement majestueux
qui impofe dès le premier coup d'oeil . J'ay
fait mes efforts pour diftribuer ma Scene
par grandes parties , de façon que l'on pût
démêler d'abord les differentes paffions
qui agitent mes Acteurs . Comme , par
exemple , d'un côté la maligne fureur qui
porte les Pharifiens à foulever le Peuple
contre le Sauveur , de l'autre l'ardeur avec
laquelle le Peuple reçoit cette déteftable
impreffion.
J'ai tâché de faire enforte qu'il fût facile
de diftinguer les Romains des Juifs
non- feulement par le caractere different
de leurs phifionomies & de leurs vêtemens
, mais auffi par le peu d'interêt qu'ils
croyent devoir prendre à la perfonne de
J. C. ou par la compaffion que leur
infpire l'état dans lequel ils voyent réduit
un homme qu'ils ne connoiffent coupable
d'aucun crime ; il m'a femblé même que
cette compaffion que j'ai fait paroître fur
le vifage de quelques- uns , pouvoit nonfeulement
donner une plus noble idée du
caractere des Romains , mais encore an
noncer la converfion des Gentils plus prochaine
que celle des Juifs.
J'ai introduit les faintes Femmes , que
l'Ecriture nous dit avoir été les feules qui
m'ayent point abandonné J. C. Je fai
2. vol.. By bien
1294 MERCURE DE FRANCE :
bien qu'il n'est point dit précisément qu'el
les fuffent préfentes à cette action , mais
il faut confiderer qu'elle fe paffe dans un
lieu public où tout le Peuple fe raffemble
en ce moment , & il m'a paru que la douleur
dont elles font accablées , produifoit
un contrafte affez heureux dans cette compofition
, pour que l'on pût me pardonner
cette licence , fuppofé que c'en foit une .
J'efpere que l'on voudra bien encore me
pardonner celle que j'ai prife de rapprocher
la circonftance du Soldat qui fléchit
le genoüil par dérifion , dont la baffe ironie
m'a paru faire une oppofition heureuſe à
la noble douleur que j'ai tâché de peindre
dans le Chrift .
Il me reste , mon Reverend Pere , à
vous parler de ce qu'il y a de plus impor
tant ; fçavoir , les attitudes & les expreffions
que j'ai donné aux figures de J. C.
& de Pilate. Vous n'aurez pas de peine
à me croire, quand je vous dirai que la figure
de J. C. dans ce Sujet eft l'écueil de
la Peinture. Quelle difficulté pour réunir
la nobleffe à l'humilité , la Divinité à la
fouffrance.
C'est ce que j'aurois voulu exprimer ,
c'eſt ce dont je n'ofe me flatter de mêtre
bien acquitté. Je lui fais lever les yeux
vers le Ciel , comme étant à la fois Prêtre
& Victime.
2. vol.
J'ai
JUIN.
1729. 1295
J'ai fait mon poffible pour que l'air de
fouffrance que j'ai peint fur fon visagé
n'altérât point la nobleffe de fes traits .
Comme il le préfente en face & que la
flagellation fe faifoit fur les épaules , j'efpere
que l'on ne trouvera pas étrange de
n'en voir fur fon Corps que très - peu de
marques d'ailleurs j'ai affaire à un Public
éclairé , délicat ; aurois - je pû me perfua !
der que des cicatrices fuffent une reffourée
pour moi près de lui pour faire paroître
cette Figure plus touchante ?
Si j'ai été affez heureux pour y peindre
la douceur , la Divinité & l'état humiliant
dans lequel on voit l'Homme-Dieu,la rage
de ceux qui l'environnent , fuffiſent de
refte pour le rendre à la fois l'objet de
fon refpect & de fa compaffion.
La figure de Pilate fe préfente en face
ainsi que celle de J. C. l'une parle au Peuple
, l'autre lui eft prefentée . J'ai tâché de
difpofer le regard de ce Juge de façon qu'il
pût paroître adreffer la parole à ceux - mê
me qui regarderont le Tableau
Comme les Romains ne portoient point
alors de barbe, je ne lui en ai point fait pas
roître , cela eft caufe que plufieurs perfonnes
ont crû que je l'avois peint trop jeune;
il n'y a pourtant pas apparence qu'il eût
alors plus de 45. à 50. ans .
Voilà à peu près les idées que j'ai eûes
2. vol. B vj.
fur
129% MERCURE DE FRANCE .
fur la compofition de ce Tableau , je mʼat`
tacherai autant qu'il me fera poffible à en
perfectionner les parties & à en rendre
T'harmonie attrayante. Il faudroit pour
remplir le but auquel je n'oſe me fatter
d'atteindre , qu'il pût attirer par fon coup
d'oeil & retenir par fon détail.
Avant que de finir cette Lettre , je ne
puis me difpenfer, mon Reverend Pere, de
vous parler encore des obligations que j'ay
à plufieurs des Chefs de notre Académie
que j'ai confultez fur cet Ouvrage ; ils
m'ont favorisé de leurs fentimens avec
une generofité que je ne puis reconnoître
qu'en la publiant , mais qui ne m'étonne
pas de leur
part..
Je fçai même que de mes illuftres Confreres
avec lesquels j'ai eu l'honneur de
me trouver en concurrence , ont déja fait
à cet égard tout ce que l'on doit attendre
de gens qui prennent autant de foin pour.
fe diftinguer par les moeurs que par les talens.
Ces exemples font fi beaux & fi rares.
que j'aurois crû: non - feulement manquer.
à la reconnoiffance que je dois à ces Meffeurs
, mais vous priver d'une choſe qui.
doit être agréable à une perfonne de votre .
caractere , en manquant de vous les rap--
porter. Je fuis , &c.
Za voll
SON
JUIN. 1297 5729
XXX:XXXXXXXXX:XXX
SONNET EN BOUTS - RIMEZ,
Sur un Inconftant.
U veux donc mon Portrait ? cher ami,
TU
le
Voilà ,
D'abord j'aimai Fanchon, puis Nanon, Isabelle;
Mais ne crois pas encor que j'en fois refté là;
Je fais tout mon plaifir d'aller de belle en belle ,
Pour la jeune Cloris je foupirois déja ,
Quand mon feu moins durable encor qu'une
étincelle,
Change en voyant Iris jouer de quoi? ……. de ſa
Tu ris ? eh bien ris donc, car c'eſt defa prunelle.
Je l'adore , il fuffit ; cependant Catin m ' offre ,
Pour le don de mon coeur , le don d'un riche
coffre ,
Ce coffre que tu vis d'or & d'argent fi plein :
Mais ne vaut- il pas bien le coeur d'une Pucelle?
Adieu la pauvre Iris ... ainfi je fens foudain ,,
Qu'entre l'or& l'amour.jamais je ne chancelle
20. Valin
RE.
1298 MERCURE DE FRANCE .
1
****** :*********
REPONSE de M. le Franc , à la Lettre
de M. Florent , fur la Tranfmutation
des Métaux
MONSIEUR,
Quoique la Queftion propofée par
M. Florent , dans le Mercure du mois de
Mars dernier , page 465. fçavoir , Si le
Mercure double , que les Philofophes appellent
leur Mercure , eft une eau feiche ,
ou mouillante , paroiffe une queſtion affez
difficile à réfoudre par des Paffages formels
des Philofophes , à caufe qu'ils font
fort divers dans leurs façons de s'exprimer
fur ce Mercure , & qu'ils n'en parlent
que par Enigmes , ou d'une maniere
fobfcure, que leurs difcours tendent toû
jours à deux fins differentes ; cependant
il n'eft pas impoffible d'en rapporter quelques-
uns , touchant la queſtion propofée .
Peu verfé dans la lecture des Ecrits des Philofophes
, & dans leur Théorie , dont j'ai
fait plutôt un amufement qu'une étude , je
fuis très- porté à croire que leur Mercure
eft une cau feiche , qui a l'éclat Métalli
que qui ne moüille point , quoique , difent
quelques uns , d'une prétendue voye
2. vol.
humide
DE
LA
VILLE
JUIN. 17297
TREQUE
119LYON
humide ; parce que dans les Ecrits
GEBERT , le Maître des Maîtres , 893
n'y a aucun terme qui porte à croire que
l'humidité vifqueufe qui caufe la bonté
& la perfection des Métaux qu'il indique
être la matiere de la Pierre , foit une eau
moüillante , au contraire il la nomme toû
jours Vif- argent , qu'il dit être une fubftance
vifqueufe plus pefante que l'or
quand il est tout pur ; il n'y a aucune eau
mouillante qui puiffe pefer en égal volume
, plus que l'or. Loons & beniffons
Dien , dit- il , qui a créé cet argent vif ,
& lui a donné une fubftance & des proprietez
qui ne fe rencontrent en nulle autre
chofe de la Nature de forte que nous
pouvons trouver en cette fubftance du Vifargent
, la perfection par un certain artifice;
& PHILALE THE , dans fon
premier Ch. ajoûte , fans ce Mercure dont
parle Gebert , les Alchimistes auroient beau
fe vanter , tout leur ouvrage ne feroit rien.
Il s'enfuit delà , dit Philalethe , que ce
Mercure n'eft pas le vulgaire , mais celui
des Philofophes. Il n'y a rien de fi merveilleux
, dit- il , que de ce que dans notre
Mercure il y a un fouffre , non -feulement
actuel , mais encore qui eft actif, et
que cependant il garde & conferve toutes
les proportions de la forme du Mercure ;
il faut donc , ajoûte - t -il , neceffairement
2. vol.
3
qu'une
9
1
13.00 MERCURE DE FRANCE.
qu'une forme ait été mife & introduite dans
le Mercure par notre préparation , & cette
forme eft un foufre Métallique , & ce foufre
eft un feu , notre Mercure eft Hermaphrodite
, à cause de ce foufre , & il renferme
& contient en lui tout à la fois &
en même-temps , un principe qui est tour
enfemble actif & paffif; car étantjoint an
Soleil , il fe ramolit , fe fond & diffout
par une chaleur accommodée & proportionnée
à l'exigence du compofé. Voilà , ce
femble , des Paffages bien clairs fur la
Queſtion dont il s'agit , il n'y a rien là de
moüillant , puifque Philalethe affure que
le Mercure conferve fa forme après être
animé du foufre Métallique.
ن ی م
Ecoutons le bon TREVISAN , page 123
B. Ch. le Mercure double eft la feule premiere
matiere des Métaux ; & page 118.
Soufre & Argent vif, font appellez la
propre vraye premiere matiere des Métaux
; le COSMOPOLITE , commente ce
Paffage du Tréviſan dans fon quatriéme
Traité , en ces termes : Les Alchimistes
cherchent en vain la réduction des Mésaux
en leur premiere matiere qui n'eft
qu'une vapeur , auffi les Philofophes n'ont
point entendu cette premiere matiere , mais
la feconde , comme dispute très - bien Bernard
Trévifan , quoi qu'à la verité obfcurément
, parce qu'il parle des quatre Elemens
, mais il a voulu dire celá
JUIN. 1729. 1301
Autre Paffage du Trévifan , page 135 .
B. Ch . qui dit , au profond du Mercure
eft le Soufre , & notre Soufre eft de nature
Mercuriale. MAURIEN dit , le Soufre
n'est point de l'argent vif; & le Cofme
polite , que le Soufre eft dans les entrailles
du Mercure.BASILE VALLENTIN , dans
fes douze Clefs , s'explique ainsi . En netre
Pierre eft contenue double fubftance
d'une nature ; l'une volatile , l'autre fixe ,
lefquelles & chacune d'icelles eft appellée
Argent vif.
Il réfulte des Paffages cy- deffus que la
premiere matiere des Métaux eft le Mercure
double , & qu'il eft fous la forme
d'argent vif, puifque le Soufre qui en fait
partie , fuivant ces mêmes Paffages , n'eft
pas vifible & eft caché au profond de cet
argent vif, & eft fous, la même forme
d'argent vif. C'est une neceffité que la
premiere matiere des Métaux ne puiffe
paroître que fous celle de Vif-argent ,
quoiqu'empreint & animé du Soufre Métallique
. Ce Vif- argent qui eft la premiere
matiere des Métaux , & le Mercure doublé
ou Philofophique, eft donc une eau qui ne
moüille point ; cela me femble démontré.
Il paroît par ces Paffages que les Philofophes
ne font pas muets , comme fuppofe
M. F. pour badiner ; au contraire ils
parlent très-bien , mais ceux à qui ils par
2. vol. lent
1302 MERCURE DE FRANCE .
lent font fourds , ou ne veulent point en
tendre , parce que de tels Paffages ne font
pas conformes aux chimeres que la pluf
part ont dans la tête fur cette Science.
Les Philofophes leur crient : travaillez
dans la Nature, qui feule s'amende dans la
Nature ; cela eft- il fi difficile a entendre ?
Quelqu'un pourra objecter que les Paffages
que l'on cite de Philalethe & du Trévifan
, ne font pas conformes dans leur
doctrine , cela eft vrai , mais c'eſt - là en
core une Enigme de l'Art ; l'un & l'autre
cependant dit vrai ; mais comme il ne s'agit
point de cette queſtion , nous n'en dirons
pas davantage ; ce qu'il y a de vrai
& de conforme , c'eft que le Mercure des
Philofophes , fuivant l'une & l'autre doctrine
, eft une eau qui ne moüille point.
Je fouhaite que quelqu'un faffe mieux que
moi fur la décifion de cette Queſtion ;
je fuis prêt d'abandonner mon opinion
quand on me fera voir par des Paffages
des Philofophes que je me fuis trompé.
Je fuis , Monfieur , &c .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
ODE
Avec quelle vitreffe
Le temps s'écoule , hélas ! rien n'arrête fon
Cours :
2. vol.
La
JUIN. 1729.1303
La chagrine vieilleffe ,
Arrive & nous conduit au dernier de nos jours,
A quoi nous fert , Cléante ,
Que le monde nous aime & flate nos defirst
Une mort prompte ou lente ,
Termine tôt ou tard fa gloire ou fes plaifirs..
Le plus rare mérite ,
Ne fçauroit difpenfer de ce fatal tribut ,
Il faut voir le Cocyte ,
Mourir eft des Humains le premier attribut
La fublime éloquence ,
Et le don de parler le langage des Dieux ,
Touchent peu la puiffance ,
Qui pour jamais nous ferme & la bouche &
les yeux.
Ciceron , Demofthêne
Horace , Anacreon , tant d'excellens efprits ,
Qu'ont formé Rome , Athêne ,
Ne vivent aujourd'hui qu'en leurs nobles
Ecrits .
Ces charmes invincibles ,
Dont l'éclat ébloüit , qui triomphent d'abord
Des coeurs les moins fenfibles ,
Sont le trifte butin du temps & de la mort.
I vol.
Cette
1304 MERCURE DE FRANCE .
Cette Beauté fameufe ,
Qui fit jadis armer contre le fier Troyen ,
La Grece belliqueuſe ,
N'eft plus qu'une Ombre vaine , il n'en refte
plus rien.
La Mort ne confidere ,
Ni le rang des Héros , ni leurs faits inouis ;
De fa Faux meurtriere ,
Elle a frappé Titus , elle a frappé Loüis.
De ce Monarque augufte ,
Qui d'un Regne éclatant fçut fournir le long
cours ,
Toûjours bon , toûjours jufte ,
Les plus hautes vertus n'ont pu fauver les
jours.
Ainfi paffe fans ceffe ,
Ce qu'on voit ici bas de plus grand , de plus
beau ,
Et fouvent la tendreffe ,
Vient encore augmenter les horreurs du Tom
beau.
L'affreufe Mort fépare
Les proches , les amis, les Epoux , les Amans,
Et d'une main barbare ,
Elle rompt pour jamais les noeuds les plus
charmans. D'une
JUIN. 1729. 1305
D'une attache trop tendre ,
Que l'on doit craindre & fuir les fragiles douceurs
!
Qui s'y laiffe furprendre ,
Se creufe , fe prépare une fource de pleurs.
BOUCHET.
& A
LETTRE écrite d'Auxerre le 12 Juin
1729. fur la Cerémonie du Baptême ſo .
lemnel d'un Sauvage de l'Amerique.
Veur , qu'il eft plus
fe
Ous fçavez mieux que moi , Monqu'il
eft plus rare de voir
baptifer des Adultes en Province qu'à
Paris ; & que quand les Fideles apprennent
qu'on doit faire ces faintes Cerémonies
, ils y accourent avec empreffement
peut-être moins par curiofité que pour
rappeller leurs premiers engagemens . Je
croirois manquer à ce que je vous dois ,
& le Public me fçauroit mauvais gré , fi
je ne vous rapportois pas , au moins.en
abregé, les circonftances du Baptême qui a
été conferé à un jeune Sauvage par M.
notre Evêque dans fon Eglife Cathedrale.
Ce Prélat attentif à tout ce qui peut
contribuer au bien fpirituel , & à ranimer
la foi de fon Troupeau , ayant été infor-
1
20 volą
mé
1306 MERCURE DE FRANCE .
mé que M. Jofeph Guenot , Seigneur de
Tréfontaine , avoit amené de la Louïfiane
au mois d'Octobre dernier un jeunehomme
, iffu d'un des Chefs des Sauvages
, appelez Chetimachatz , qui habitent
proche la Nouvelle - Orleans , au midi du
Païs des Illinois , le fit venir à l'Evêché,
l'interogea , & trouva en lui de bonnes
difpofitions & un vrai défir d'être inftruit.
M. le Curé de Notre -Dame , dans la Paroiffe
duquel demeure M. Guenot , fe
chargea de l'inftruction de ce jeune - homme.
Ses foins ne furent pas inutiles , il eut
la confolation de voir en moins de fix mois
fon Profelite comprendre les Mifteres de
notre Religion , & faire des queftions audeffus
de fon âge . Ce Curé le jugeant fuffifamment
inftruit , & remarquant en lui
un faint empreffement de recevoir le Baptême
, le préfenta à M. l'Evêque qui l'interrogea
, & fut très - fatisfait de les Réponfes
. Ce Prélat ne crut pas devoir differer
davantage le Baptême du Sauvage ; il
en fixa la Cerémonie au 4. de ce mois ,
veille de la Fête de la Pentecôte , l'un des
jours qui étoient autrefois les feuls deſtinés
pour le Baptême folemnel .
Le jour tant defiré par le jeune homme
étant enfin arrivé , il fut conduit environ
l'heure de Tierce par M. le Curé ,
M. & Mme Guenot qui faifoient la fonc-
2. vol. tion
JUIN. 17298 1307
tion de Parrein & de Marreine , devant le
Portail de l'Eglife Cathedrale . Mrs. du
Chapitre avec qui la Cerémonie avoit été
concertée, allerent proceffionellement à la
grande Porte de l'Eglife, en chantant des
Antiennes fur la vocation des Gentils . M.
l'Evêque étoit à la tête , revêtu d'habits
convenables aux Exorcifmes , accompagné
de fes Archidiacres & autres Officiers,
Le Jeune Sauvage étoit hors de l'Eglife
placé entre fon Parrein & fa Marrein qui
lui donnerent le nom de Charles- Jean-
Baptifte, pour préceder celui de Palimaingot
qu'il tenoit de fa nation . Les Exorcilmes
étant finis, M.l'Evêque annonça au
Cathécumene qu'il ne pouvoit entrer dans
l'Eglife , mais feulement à la Porte. Il
refta accompagné de fon Parrein & de fa
Marreine , pendant que le Clergé, retourna
proceffionellement au Choeur pour y
chanter l'Office ordinaire des petites Heures
du jour. Ces Heures étant finies , on
alla de nouveau à la grande Porte de l'Eglife
, & avec plus de folemnité que la
premiere fois , le Diacre & le Soudiacre
deftinés aux Cerémonies Epifcopales accompagnant
M. l'Evêque.
y
Quand le Prélat fut arrivé auprès du
Cathécumene , il obferva ce qui eft mar--
qué pour le grand fcrutin , & pour le dernier
qui fe doit faire le jour même dy
2. vol.
Baptême
130 MERCURE DE FRANCE.
Baptême. Le jeune-homme interrogé de
nouveau déclara fa perfeverance , demanda
le Baptême , fit voir comme au premier
fcrutin qu'il étoit inftruit des Miſteres de
notre fainte Religion. Les Prieres finies ,
& après que M. l'Evêque l'eut introduit
dans l'Eglife, en le prenant par la main , il
fe profterna pour adorer la Majefté de Dieu
qui y réfide , fit fa Profeffion de foi , & reçut
la premiere Onction ; il fut enfuite
renvoyé à fa place , & le Clergé retourna
au Choeur, en chantant comme auparavant
des Textes de l'Ecriture Sainte , relatifs
au Baptême futur. On fit à la maniere ordinaire
les quatre lectures de l'Ancien
Teftament qui font marquées pour ce jour.
Chaque Trait fut chanté par une feule
perfonne du Clergé , comme il fe pratiquoit
anciennement , & comme on l'a
toujours obfervé dans l'Eglife d'Auxerre.
M. l'Evêque revêtu dès le fecond fcrutin
de fes habits Pontificaux , & placé fur
fon Trône , chanta les Oraifons propres à
ce jour. La premiere Litanie qui fuivit le
Trait , Sicutcervus ,fut continuée juſqu'aux
Fonts - Baptifmaux , où M. l'Evêque & le
Clergé fe rendirent proceffionellement ,
précedés d'un Clerc qui portoit le Cierge
Pafchal allumé . Permettez moi , Monfieur ,
de laiffer pour un moment notre Cerémo-
'nie , & d'inferer ici un mot d'antiquité.
2. vol.
II
JUIN 1729 1300
les
Il y a environ trois cens ans que
Fonts - Baptifmaux de la Cathedrale d'Auxerre
étoient placés comme aux autres
Eglifes , dans une moindre Bafilique qui
étoit proche la grande,du côté du Septentrion
. Cette petite Eglife du titre de Saint
Jean-Baptifte étoit de figure ronde , & on
l'appelloit pour
cela Saint Jean - le- Rond ,
comme il fe voit encore aujourd'hui à Paris.
Quand on augmenta le bâtiment de
la Cathedrale , on démolit cette rotonde ,
& il n'en refta qu'une partie qui compofe
une Chapelle, dans laquelle on ne put placer
les Fonts- Baptifmaux. On fut donc
obligé d'en conftruire de nouveaux dans
la Cathedrale , au côté Septentrional de la
croilée , & vis- à - vis un Autel de S. Jean
Baptifte. Les Fonts Baptifmaux ainfi
placez , donnent un très - grand efpace.
pour faire les Cérémonies avec décence &
majefté, & nous y chantons encore de petites
Vêpres tous les jours de la femaine
de Pâques après celles du Choeur . Revenons
à notre Cerémonie.
Ce fut à la faveur de cette étendue , que
le Clergé , & le Peuple accouru de toutes
parts , virent à leur aife , & dans toutes
fes circonstances , cette derniere action ,
qui eft la plus intereffante. M. l'Evêque
accompagné de ſes Officiers & entouré
de fon Clergé , fit la Benediction des
2. vol.
C Fonts
,
310 MERCURE DE FRANCE.
Fonts,& afperfa enfuite d'Eau - benite toute
l'Affemblée en la maniere prefcrite par le
premier Ordo Romanus , pendant que l'on
chantoit la feconde Litanie. L'afperfion
finie , il alla s'affeoir dans un fauteuil élevé
fur une Eftrade ,placé entre l'Autel de S.
Jean & les Fonts Baptifmaux , qui étoient
ornés extraordinairement pour cette Cerémonic.
Le Cathecumene ayant à les côtés
fon Parrein &fa Marreine , étoit debout au
bas de l'Eftrade , pour entendre le Diſcours
touchant & pathétique que M. l'Evêque
lui fit fur le bonheur de fa vocation , fur
l'excellence du Baptême , fur les engagemens
qu'il contractoit , & fur l'obligation
deles obſerver inviolablement.CeDifcours
fini , M. l'Evêque fe rendit aux Fonts-
Baptifmaux. Le Cathécumene y fut conduit
par fon Parrein & fa Marreine ; on
l'interrogea pour la derniere fois ; & aïant
de nouveau rendu compte de fa foi , &
demandé le faint Baptême avec empreffement
& d'une maniere très - touchante , il
fe pancha fur les facrés Fonts , foutenu par
fon Parrein & par fa Marreine , & reçut
ainfi le Baptême. On obſerva enfuite àfon
égard les Cerémonies marquées pour les
Adultes . M. l'Evêque le revêtit d'une longue
robe de toile blanche pour la porter
durant toutes les Fêtes de la Pentecôte ,
2. vol.
&
JUIN 1729. 131r'
& lui mit le Cierge en main . Ce fut auffi
avant que de quitter ce lieu que M. l'Evêque
lui confera le Sacrement de Confirmation
, & lui donna à boire du vin beni
, fuivant l'uſage de l'Eglife d'Auxerre ,
ce qui s'obſerve même au Baptême des
Enfans , dans la bouche defquels on en fait
diftiller une goutte.
A la fin de ces Cerémonies on commença
la troifiéme Litanie , pendant laquelle
le Clergé rentra dans le Chour.Le
Neophite marchoit à la fuite de M. l'Evêque
avec fon Parrein & fa Marreine, qu'on
plaça au milieu du Choeur pour y entendre
la Meffe. Voici encore , Monfieur,
une petite digreffion que je ne puis omettre.
On connut en ce jour plus fenfiblement
qu'on ne l'avoit fait encore , pourquoi
l'Eglife d'Auxerre fait chanter Ac-
Cendite la veille de Pâques & de Pentecôte,
à la fin de cette troifiéme Litanie, comme
il est marqué dans le Sacramentaire de
faint Gregoire , & dans d'autres anciens
monumens. A ce mot , Accendite, prononcé
par une perfonne du Clergé , on alluma¸
fuivant l'ancien uſage , attefté par Amalaire
, le faux- Alcnin , Honorius d'Autun
& c. le Cierge du Neophite , & enfuite
tous ceux qui étoient entre le Sanctuaire
& le Choeur, aux environs du Grand - Autel ,
& qui font en grand nombre dans l'Eglife
2. vol. Cij d'Auxerre.'
1312 MERCURE DE FRANCE .
d'Auxerre. Je fuis perfuadé que vous penferez
comme moi fur cette circonſtance
& que fi l'on n'eut commencé cer Office
qu'à la fin du jour , comme on faifoit
dans des ficcles plus reculez , on eut pû
appliquer avec raifon à cette illumination
extraordinaire une des ftrophes que S. Fortunat
, Evêque de Poitiers , compofa pour
être chantées fuivant le Rit Gallican dans
les Cerémonies du Baptême folemnel qui
ne le donnoit que dans la nuit ,
que
Nox clara plus & alma
Quam Luna, Sol & Aftra ;
Qua luminum Coronâ
Reddis diem per umbrams
Paffez -moi, je vous prie , cette refléxion,
& agréez que je continue de vous dire
la Meffe fut chantée avec la folemnité
convenable ; & comme l'ancien ufage de
l'Eglife d'Auxerre n'eft point de dire l'Evangile
de S. Jean au Grand - Autel , M.
l'Evêque fit venir auprès de lui le Neophite
, aiant fon Cierge allumé , & conduit
par fon Parrein & fa Matreine , &
lut fur lui l'Evangile de S. Jean , tenant
fon Etole fur la tête du nouveau Chrétien ,
à qui il donna enfuite le bord à baiſer
& le renvoïa en paix. J'omets ici plufieurs
autres circonstances pour n'être point en-
9
A vol. nuïeux .
JUIN. 1729. 1317
nuïeux. Je ne puis cependant en taire une
qui vous fera connoître quelle eft la bonté
de notre Prélat , & avec quelle affabilité
il traite fes Diocéfains . A-peine fut - il for.
ti de l'Eglife qu'il envoïa chercher le
Neophite , fes Cathéchiftes & fon Parrein
pour leur faire l'honneur de dîner avec lui.
Son attention pendant le repas fut de don
ner des avis falutaires au Neophite , qu'il
engagea de venir frequemment lui rendre
compte de fes difpofitions & de fa conduite.
Vous m'auriez fait ,fans doute , Monfieur,
de juftes reproches , fi je vous euffe laiffé
ignorer une action auffi fainte , & qui
nous rappelle les premiers tems du Chrif
tianifme. Elle parut fi touchante dans
quelques unes de les circonftances, qu'on
vit plufieurs perfonnes ne pouvoir retenir
leurs larmes. Je fuis . &c .
のののののみの
REPONSE d'Iris à M. le Tellier
d'Orvilliers , de Vernon , furfon Voyage
de Rouen à Paris , inferé dans le Mercure
de May 1729 .
Monfieur , Onfieur , j'ai ri de bon courage ,
Lorfque j'ai lû votre Voyage ;
Rien n'eft plus joliment décrit ;
2. vol.
Ciij Vous
1314 MERCURE DE FRANCE.
Vous y donnez un tour d'efprit ,
Qui m'a fait un plaifir extrême ;
Chacun vous applaudit , & même
Je croi que jamais Voyageur ,
Ne donna plus belle couleur ,
A fes meilleures avantures :
Que de differentes Voitures !
Ne pouviez - vous donc les prévoir ?
Il faifoit vraiment beau vous voir ,
Au milieu de la Galiotte ,
Où l'on a beſoin d'antidote ;
En tel endroit on eft furpris ;
Mais vous n'y ferez pas reptis ;
Je m'en fie à votre parole ;
Songez bien à la caracolle ,
Que fit le Coche de Poiffy.
Si j'avois pû vous voir auffi ,
Sous le panier de cette Dame ,
J'en aurois bien ri , fur mon ame ;
is , bon Dieu , qui ne riroit pas,
Sur tout lorfque dans l'embarras .
On vous tira par la portiere .
Avec votre flegme ordinaire ;
Que vous deviez être content !
Monfieur , voyagez plus fouvent ,
Et donnez-moi de vos nouvelles ,
Toutes amuſantes & belles ;
Vous êtes difcret & prudent :
Je vous rends graces cependant ,
}
2. vol. De
JUIN. 1315 1729
De m'avoir écrit ce Voyage ;
C'eſt un affez gentil ouvrage
Qui divertira bien des gens ;
Je le lirai de temps en temps ;
On ne peut être plus contente.
Adieu , je fuis votre ſervante.
Mad Paule , à Vernon , ce 14. May 1729.
TATAYAYAYAYAYAYAYAYAYAK
DISSERTATION fur l'Oedipe
de Corneille , & fur celui de M. de
Voltaire. Par M. le Chevalier de
A Madame la Comteffe de ....
O
•
N ne fçauroit , Madame , être plus
fatisfait que je le fus ces jours paffez
de l'attention que je vous vis prêter à une
repréſentation de l'Oedipe du grand Corneille
. Je n'attendois pas moins de la folidité
de votre efprit ; ce n'avoit été
pas
fans furprife que je vous avois vûe , comme
la plupart des amateurs de la nouveauté
, entraînée par le torrent , ne vouloir
pas même faire l'honneur à Corneille de
fufpendre votre jugement entre lui & M²
de Voltaire : je pris la liberté de vous en
dire mon fentiment , mais la prévention
étoit trop forte chez vous ; vous me traitates
d'eſclave de tout ce qui eft plus an-
·2 . vol. C iiij
cien ;
1316 MERCURE DE FRANCE .
cien ; mon reſpect m'impofa filence , &
j'appellai de vous à vous même , perfuadé
que vous rendriez tôt ou tard juſtice au
vrai mérite. Ces temps heureux font arrivez.
L'Oedipe de Corneille vient de reparoître
fur la fcene avec tout fon éclat ;
& l'aveugle prévention a fait place à l'équité
éclairée par la réfléxion.
Ne croyez pas pourtant que pour m'être
fauvé d'une injuftice , je tombe dans une
autre ; j'eftime M de Voltaire ; nous
avons peu d'Auteurs qui l'égalent ; le ciel
l'a doué d'un talent merveilleux pour la
Poefie ; peut- être même que le genre qu'il
a choifi pour fe faire un nom , n'eft pas
celui qui lui convient le plus , quoiqu'il
lui ait fait un honneur infini .
Son Poëme de Henry IV . a fait encore
plus de bruit que fa Tragédie d'Oedipe ;
on en a trouvé la verfification plus travaillée
que celle qu'il avoit employée dans
le dramatique ; mais on peut dire que l'un
& l'autre Poëme ne font qu'un tout irregulier
, compofé d'excellentes parties ; s'il
ne falloit avoir que du feu , de l'imagination
& de l'efprit pour faire un bon Poëte ,
Mr de Voltaire s'éleveroit au premier
rang ; mais dans le dramatique & dans
l'épique il faut fur tout de l'ordre , & cet
ordre eft fouvent incompatible avec ce
grand feu , qui l'emporté au- delà de lui .
2. vole
même
JUIN. 1729. 1317
même , & qui ne lui permet de connoître
d'autre raison que l'enthouſiaſme .
Je ne crois pas qu'il ait lieu de s'offenfer
des fentimens que j'ai pour lui ; je lui
accorde ce qui conftitue le Poëte , le temps
pourra lui donner ce qui lui manque encore
, ce ne fera peut-être qu'aux dépens
de ce qu'il poffede déja , mais telle eft la
condition de l'homme ; il ne fçauroit être
parfait , ni gagner d'un côté , fans perdre
de l'autre. Mais c'est trop perdre de vûe le
deffein qui m'a mis la plume à la main ;
je me fuis propofé de vous confirmer dans
les bonnes difpofitions où je vous ai vûe à
la derniere repréſentation de l'Oedipe de
Corneille ; & je ne crois pas le pouvoir
mieux que par un parallele entre l'un &
l'autre Oedipe ; je commencerai par celui
de Corneille , je crois qu'il mérite bien la
primauté. Voici le plan de fa Tragédie ,
qui fera fuivi de quelques refléxions .
ACTE I.
Thefée & Dircé ouvrent la Scene : com
me ce font deux Amants qui tremblent
l'un pour l'autre , ils ne parlent de la pelte
qui ravage Thebes que comme d'un malheur
qui regarde l'objet aimé . Theſée ne
trouve point de remede plus efficace pour
fauver Dircé , que de la tirer d'une Ville
où la mort eft prefque certaine : Dircé
2. vol. Cy s'oppofe
1318 MERCURE DE FRANCE.
s'oppofe d'abord à un deffein qui ne con
vient pas à l'état déplorable où tout un
peuple eft réduit ; mais elle fe rend enfin
à l'empreffement d'un Prince , qui lui
offre la Couronne avec fon coeur.
Oedipe refufe Dircé à Thefée ; ils fe feparent
affez mécontents l'un de l'autre.
A peine Thefée eft il forti , qu'Oedipe
expofe les raifons du refus qu'il vient de
lui faire & du choix qu'il a fait du Prince
Amon fils de Créon & neveu de Jocaſte:
voici comme il s'exprime.
Emon feroit pour moi digne de la Princeffe
S'il a de la naiſſance il a trop de foibleſſe ,
Et le Peuple du moins pourroit fe partager
Si dans quelque attentat il ofoit s'engager ;
Mais un Prince voifin tel que feroit Theſée
Feroit de ma Couronne une Conquête ailée ,
si d'un pareil hymen le dangereux lien ,
Armoit pour lui fon Peuple& foulevoit le mien..
Athénes eft trop proche,& durant une abſence.
L'occafion qui flatte anime l'efperance ,
Et quand tous mes Sujets me garderoient leur
foi,
Defolez comme ils font , que pourroient- ils
pour moi ?
Oedipe a déja fait connoître le fujet de
Fabfence dont il parle dans ces quatre dermiers
vers ; c'eft la mort prochaine du Roi
Lon
JUIN. 1729. 1319
fon Pere dont il attend des nouvelles tous
les jours ; il a pris occafion dans la même
Scene d'expofer l'aventure du Sphinx à
fon Confident qui n'en a entendu parler
que confufément.
Jocafte vient lui dire que Dircé ne confent
pas à fon Hymen avec le Prince
Amon.
Dymas qui vient par fon ordre exprès
d'interroger l'Oracle de Delphes , n'en
apporte pour toute réponſe que le filence
d'Apollon ; Oedipe & Jocafte attribuent
ce filence à de differentes caufes , que j'éxaminerai
dans les refléxions que je vous
ai promiſes ; Oedipe fe détermine à faire
évoquer l'ombre de Laius par Tirefie : en
voici la raifon.
Mais ne negligeons rien & du Royaume fombre
Faifons par Tiréfie évoquer fa grande ombre ;
Puifque le Ciel fe tait , confultons les Enfers
Scachons à qui de nous font dûs les maux foufferts
;
9'
Sçachons- en, s'il fe peut , la caufe & le remede,
Allons tout de ce pas reclamer tous fon aide ;
Firay revoir Corinthe avec moins de fouci ,
Si je laifle plein calme & pleine joye ici..
ACTE II.
Oedipe & Dircé commencent ce fecond.
Acte ; l'Hymen d'Amon propofé par l'un
Zo Vals
Cvj
1320 MERCURE DE FRANCE:
& celui de Thefée refolu par l'autre , font
le fujet de la premiere Scene ; la fierté de
Dircé va jufqu'au mépris ; par ces vers ;
J'ai vu ce Peuple ingrat , que l'Enigme furpric
Vous payer affez bien d'avoir eu de l'efprit.
Cette fierté n'en demeure pas là , elle va
jufqu'à l'outrage ouvert ; il eft vrai que
Dircéy met une efpece de correctif , voici
comme elle parle :
De quoi que l'on menace en de tels differents ,
Qui ne craint point la moit , ne craint point
les Tyrans ;
Ce mot m'eft échapé , je n'en fais point d'excufe
;
J'en ferai.fi le temps m'apprend queje m'abuſes
Rendez - vous cependant maiſtre de tout mon
fort ;
Mais n'offrez à mon choix que Thefée , ou la
mort.
Oedipe s'étant retiré fans avoir rien obrenu
, Dircé , parlant à elle , avec la Confidente
, juftifie fon reffentiment contre
Oedipe , par l'ufurpation d'un Thrône qui
lui appartenoit comme Fille unique de
Laius .
Le peril commence dans la troifiéme
Scene , mais il femble ne regarder que
Dircé , & c'est ce qui fait le noeud , non
de l'action principale , mais de l'Epiſode ,
qui par li devient partie néceffaire du fu-
1
2.201
jeta
JUIN. 217.9. 73271
jet . Nerine vient raconter ce qu'a dit l'ombre
de Laius évoquée en prefence d'Oedipe,
de Jocafte , de Theſée , & du Peuple :
le voici.
Un grand crime impuni caufa votre miferes
Par le fang de ma race il fe doit effacer :
Mais , à moins que de le verfer ,
Le Ciel ne fe peut fatisfaire ;
Et la fin de vos maux ne fe fera point voir
Que mon fang n'ait fait ſon devoir.
Comme Dircé eft le feul refte apparent
du fang de Laius , il n'y a perfonne qui ne
foit perfuadé qu'elle eft la feule victime
que l'Oracle demande : elle reçoit cette
nouvelle avec une grandeur d'ame , qui
lui attire tout l'interêt des Spectateurs ;
Thefée vient lui offrir fon fecours , ou du
moins celui de la fuite ; elle ne confent ni
à la force ouverte , ni à l'artifice ; elle ne
laiffe pas d'être ébranlée par raport à cet
Amant qui veut la fauver , ou perir luimême
: elle lui parle ainfi en fe retirant .
Que vous m'êtes cruel de jetter dans mon ame
Un fi honteux defordre avec des traits de
flamme !
Adieu , Prince , vivez ; je vous l'ordonne ainfi
La gloire de ma mort eſt trop douteuſe ici ,
Et je hazarde trop une fi noble envie
A voir l'unique objet pour qui j'aime la vie,
2. vol.
Cette
1322 MERCURE DE FRANCE.
Cette fermeté d'ame ne laiffe à Thefée
que le fecours d'un artifice digne du Heros
& de l'Amant ; nous l'allons voir dans
l'Acte fuivant.
ACTE III.
Dircé prête à fe facrifier pour tout un
Peuple , ne témoigne d'autre regret que
celui de s'arracher à ce qu'elle aime.
Jocafte vient l'inviter à prendre la fuite
avec Theſée , elle n'y confent pas , & le
foin de fa gloire qu'elle croit bleffée par
un confeil qui lui paroît injurieux , la porte
jufqu'à manquer de refpect à fa Reine &
à la Mere .
Oedipe vient le joindre aux prieres de
Jocafte ; il fait même entrevoir qu'il a
appris quelque chofe qui lui fait croire
que Laius demande une autre victimes
Dircé n'en eft pas moins réfoluë à attendre
la mort avec fermeté , & les laiffe tous
deux s'éclaircir fur un myftere dans lequel
elle ne prétend avoir nulle part .
Oedipe demande à Jocafte , fi elle fçur
choisir une fidelle main , quand les avis
des Dieux la réduifirent à faire donner la
mort à ce malheureux Fils qui devoit être
un jour incefte & parricide ; Jocafte l'af
fure de la fidelité du fujet qu'elle chargea
de cette fanglante execution . Oedipe lui
dit qu'il court un bruit que ce fujet la fe-
2. vol.
Loit
JUIN. 1729. 7323
roit mal , & que ce Fils infortuné refpire
encore , il ajoute que par là l'Oracle devient
douteux , & qu'il peut défigner ce
malheureux Prince , auffi bien que Dircé ,
puifqu'ils font tous deux également du
fang de Laius ; Jocafte le prie de confulter
Tirefie ; Oedipe lui répond qu'il l'a déja
fait , & que ce Devin a redoublé fes allar
mes par ces mots :
Ce Prince , m'a-t'il dit , reſpire en vôtre Cour.
Vous pourrez le connoître avant la fin du jour
Mais il pourra vous perdre en fe faiſant connoître
:
Puiffe- t'il ignorer quel fang lui donna l'être !
Cette Scene finit par une priere qu'Oedipe
fait à Jocafte d'aller faire venir Phorbas
, c'eft ce fidele fujet qui non feulement
avoit été chargé par Jocafte de faire
perir fon Fils , mais qui même avoit été
prefent au meurtre de Laius. L'arrivée de
Thefée oblige Oedipe à fe retirer.
Thefée le déclare Fils de Laius aux
yeux de Jocafte ; il dit que Phædime lui
a fait cette confidence avant que de mourir
de la pefte ; ce qui vient de fe paffer
entre Oedipe & Jocafte femble fonder ce
genereux menfonge ; mais comme cette
Reine ne fent point pour lui ces tendres
mouvemens que la prefence d'un Fils fair
naître dans le coeur d'une Mere , elle fe
Да прова
doute
1324 MERCURE DE FRANCE:
doute que l'Amour a pu déterminer The
fée à fe dire Fils de Laius , pour fauver fon
Amante par fon trépas ; elle effraye fa vertu
par ces Vers :
Eh bien ; foyez mon Fils , puifque vous voulez
l'être ;
Mais donnez- moi la marque où je dois le connoître.
Vous n'êtes point ce Fils , fi vous n'êtes méchant
;
Le Ciel fur fa naiſſance imprima ce penchant
J'en voi quelque partie en ce défir incefte :
Mais pour n'en plus douter , vous chargez
vous du rette ?
Eftes vous l'affaffin & d'un Pere & d'un Roi?
La terreur que ces mots jettent dans
Fame de Thefée , lui font prononcer les
plus beaux vers qui foient fortis de la plume
du grand Corneille , pour refuter cette
néceffité qui nous porte au crime malgré
nous ; voici comme il parle :
Quoy la néceffité des vertus & des vices ,
D'un aftreimperieux doit fuivre les caprices ?
Et Delphes malgré nous , conduit nos actions
Au plus bifarre effet de fes prédictions ?
L'ame eft donc toute eſclave ? une loy fouve
raine ,
Vers le bien ou le mal inceffamment l'entraîne?
Et nous ne recevons ni crainte , ni défir
2. vela
De
JUIN.
1325
1729 .
De cette liberté qui n'a rien à choisir ?
Attachez fans relâche à cet ordre fublime ,
Vertueux fans mérite , & vicieux fans crime ;
Qu'on maffacre les Rois , qu'on brife les Autels
,
C'eft la faute des Dieux & non pas des Mortels?
De toute la vertu fur la terre épandüe ,
Tout le prix à ces Dieux , toute la gloire
eft düe ?
Ils agiffent en nous , quand nous penfons agir ?
Alors qu'on délibere , on ne fait qu'obéir ?
Et nôtre volonté n'aime , hait , cherche , évite
Que fuivant que d'en haut leur bras la précipite
?
D'un tel aveuglement daignez me diſpenſer ,
& c.
En lifant de fi beaux Vers , pourra- t'on
s'imaginer que M ' de Voltaire ait ofé avancer
dans fa quatrième lettre : Je ne parle
point de la verfification ; on fçait que Corneille
n'a jamais fait de Vers fi foibles &
fi indignes de la Tragédie.
Cet Acte finit par l'execution de la priere
qu'Oedipe a faite à Jocafte d'aller chercher
Phorbas dans le lieu de fa retraite,
ACTE IV.
Thefée dès le commencement de la
premiere Scene , tâche de faire entrevoir
à Dircé qu'il n'eft pas véritablement fon
2. vol.
Frere ,
1326 MERCURE DE FRANCE
Frere , & acheve de diffiper fon erreur , en
lui avouant l'innocente impoſture que fon
Amour lui a infpirée ; il la prie de lui permettre
le nom de Frere tant que ce nom
pourra lui être néceffaire pour fauver la
vie à fon Amante . Dircé fe retire à
l'approche de Jocafte.
Jocafte apprend à Theſée qu'elle vient
d'interroger Phorbas , qui lui a déclaré ,
que ce Fils qu'elle lui avoit ordonné de
faire perir , refpire encore ; qu'il le remit
à un inconnu fans lui déclarer fon fort ;
que cet inconnu s'eft montré quelquefois
à fes yeux dans le Temple d'Elide , & qu'il
l'a affûré que cet enfant qu'il a fauvé eft
actuellement dans un rang glorieux , d'où
elle conclut qu'il peut l'étre & ne l'être
pas ; elle lui demande , s'il veut bien être
confronté à Phorbas , pour fçavoir fi c'eft
lui qui a tué Laius , & fur les affûrances
que Thefée lui donne , qu'il n'a jamais eu
le coeur affez bas pour fe lier à des Brigands
, elle lui répond , que Phorbas n'accufa
des Brigands de ce meurtre , que pour
fauver quelque gloire , & qu'il vient de
lui dire , en fe jettant à fes pieds :
D'un bras feul partirent tous les coups ;
Unbras feul à tous trois nous ferma le paſſage;
Et d'une feule main ce grand crime eft l'ouvrage
.
2. vol.
Thelée
.
JUIN. 1729.
1327
Thefée confent à la confrontation avec
une parfaite fecurité : Phorbas ne reconnoît
pas le meurtrier de Laius dans les
traits de Thefée ; il le croit digne d'être
Fils de ce grand Roi , comme il prétend.
Oedipe arrive à peine a-t'il jetté
les yeux fur Phorbas qu'il le reconnoît
pour un des trois brigands , qu'il préfume
avoir affaffiné Laius ; cette prétendue découverte
retombe fur lui - même , & ce
Phorbas qu'il foupçonne , le convainc par
fon propre aveu , & par la peinture qu'il
fait de ceux à qui il a donné la mort ; il ne
peut plus douter qu'il ne foit le meurtrier
de Laius ; Jocafte ne l'apprend qu'en fiémiffant
, & Thefée , autant pour foûtenir
le caractere du Fils de Laius , dont il a pris
lenom , que pour venger le Pere de Dircé,
le défie à un combat fingulier ; Oedipe
accepte ledeffi . L'Acte finit par une Scene
très - pathétique entre Oedipe & Jocafte ,
dont voici les deux derniers Vers.
Oedipe.
Faudra-t'il pour jamais me bannir de vos yeux?
Jocafte.
Peut - être que demain nous le fçaurons des
Dieux.
ACTE V.
Oedipe reconnu pour le meurtrier de
2. vel.
Laius
1328 MERCURE DE FRANCE.
Laius , ne fonge plus qu'à épargner à Jocafte
un afpect qui doit lui faire horreur.
On vient l'avertir qu'un Etranger qui fe
dit de Corinthé demande à lui parler ; il
ordonne qu'on le faſſe entrer .
Iphicrate annonce à Oedipe que le Roi
de Corinthe eft mort , & qu'il n'a plus
rien à prétendre à fon Trône , la raifon qui
l'exclut de cette fucceffion , c'eft qu'il n'eft
point fon Fils ; Iphicrate lui explique ce
myftere , en lui racontant de quelle maniere
il fut mis entre fes mains fur le mont
Cytheron , par un homme qu'on avoit
chargé de l'expofer aux bêtes feroces . Au
nom de Cytheron , Oedipe s'écrie :
; Ah! que vous me frappez par ce funefte nom
Le temps , le lieu , l'Oracle, & l'âge de la Reine !
Tout femble concourir pour me mettre à
la gêne .
Dieux ! feroit-il poffible ... approchez - vous ,
Phorbas .
Oedipe à demi inftruit avant l'arrivée
'de Phorbas , n'eft que trop tôt convaincu
par la préfence ; l'aveu réciproque qu'ils
fe font de tout ce qu'ils ont faits en fa faveur
& furtout l'horreur que Phorbas
témoigne des fuites funeftes de la pitié ,
ne lui laiffant plus de doute fur ces crimes
, il n'attend pas que l'affreufe verité
forte de la bouche de ce dernier ; & il dit
à Iphicrate :
Helas !
JUIN
. 729
7329
Helas ! je le voy trop, & vos plaintes fecrettes,
Qui vous ont empêchez de vous entreéclaircir
,
Loin de tromper l'Oracle ont tout fait réuffir .
Voyez où m'a plongé votre fauffe prudence ; i
& en montrant Phorbas:
AIphicrate.
Vous cachiez ma retraite ; il cachoit ma
naiffance ;
Vos dangereux fecrets , par un commun accord
M'ont livré tout entier aux rigueurs de mon
fort :
Ce font eux qui m'ont fait l'aſſaſſin de mon
Pere;
Cefont eux qui m'ont fait le mary de ma Mere =
D'une indigne pitié le fatal contre- temps ,
Confond dans mes vertus ces forfaits éclatants;
Elle fait voir en moy par un mélange infame
Le Frere de mon Fils & le Fils de ma femme ;
Le Ciel l'avoit prédit , vous avez achevé ;
Et vous avez tout fait , quand vous m'avez
fauvé.
Sont - ce là encore des Vers indignes
de la Tragédie ?
1
Nous voici à la fin de la Piéce , il no
reste plus à Corneille que de rendre
compte aux Spectateurs du fort de Jo-
Cafte ; l'aveu que Phorbas lui fait de fa
pieufe infidelité & des funeftes effets
qu'elle a produits , l'oblige à fe tuer après
,
2. vol. lui ;
1330 MERCURE DE FRANCE .
lui ; Oedipe fort pour fatisfaire à l'Oracle
en fe crevant les yeux , & la perte dont
Thebes étoit affligée, ceffe après l'effufion
de ce fang de Laius , que l'ombre même
de Laius avoit demandé.
Reflexions fur l'Oedipe de Corneille.
Ne croyez pas , Madame , que je prétende
ici m'ériger en Apologifte du grand
Corneille ; ne penfez pas non plus que je
le croye infaillible , toute fa Tragédie ne
fe foûtient pas également ; mais je refpecte
jufqu'au fommeil d'Homere , & je ne fais
ici que répondre à la critique de M' de
Voltaire , je vais donc fuivre pas à pas
toutes les remarques que fon adverfaire a
inferées dans fa quatrième lettre.
Il commence par blâmer l'épifode de
Theſée & de Dircé ; ne feroit- ce point
pour relever celle de Philoctete ? cet épifode
, dit- il , a été generalement condamné ,
quoique Corneille l'appelle , fon heureux
Epifode : qui croire des deux ? Le Critique
& l'Apologifte font également fufpects
; jugeons - en , non par l'autorité ,
mais par des raiſons ; voici celles de M²
de Voltaire : Il faut avouer , dit - il , que
Thefeejoue un étrange rôle pour un Heros ;
au milieu des maux les plus horribles dont
un peuple puiffe être accablé , il débute
par dire :
2. vol. Quelque
JUIN.
1729. 1331
Quelque ravage affreux qu'étale ici la peſte ,
L'abfence aux vrais Amants eft encor plus
funefte.
>
Corneille lui fait dire aux vrais
Amants , & par là il fépare le Heros de
l'Amant. Qui doute que Thefée n'ait été
l'un & l'autre ? c'eft en le confiderant comme
Amant , qu'Hippolite dans la Phedre
de Racine voudroit ,
Ravir à la mémoire
Cette indigne moitié d'une fi belle hiftoire.
D'ailleurs dans quelle conjoncture Thefée
parle - t'il en Amant ? dans le temps
que Dircé le prie de l'abandonner aux perils
dont elle eft menacée ; on ne doit être
qu'Amant dans de fi preffantes occaſions ;
Mr de Voltaire cite ici un grand nombre
de Vers , perfuadé qu'ils doivent dégrader
le Heros , mais qu'il ne fe flatte pas d'y
avoir réuſſi .
Il revient malgré lui à l'Heroiſme , mais
c'eſt pour le tourner en ridicule . Voici
fes propres termes : ils ont quelque chofe
de comique : Cependant l'ombre de Laius
demande un Prince , ou une Princeffe de
fon Sang pour victime : Dircé feule qui
refte du Sang de ce Roy , eft prête à s'immoler
fur le tombeau de fon Pere : Thefee
qui veut mourir pour elle , luifait accroire
2. vol.
qu'il
1332 MERCURE DE FRANCE
.
qu'il eft fon Frere , & ne laiffe pas de lui
parler d'amour malgré la nouvelle parenté.
Peut-on peindre fous des couleurs plus
rifibles , une action vrayement heroique ?
Thefée veut mourir pour Dircé ; cela ne
convient- il pas autant au Heros qu'à l'Amant.
Il lui parle d'amour malgré la nouvelle
parenté mais quelle eft cette nouvelle
parenté ? Dès les premiers Vers de la
Scene , il tâche tout au moins de la rendre
équivoque : Voici comme il en parle.
Le Ciel choifit fouvent de fecretes conduites
Qu'on ne peut démêler qu'après de longues
fuites ,
Et de mon fort douteux l'obfcur évenement
Ne deffend pas l'efpoir d'un fecond changement
;
Je cheris le premier qui vous eft falutaire ,
Je ne puis en Amant ce que je puis en Frere;
J'en garderai le nom tant qu'il faudra mourir ,
Mais fi jamais d'ailleurs on peut vous ſecourir,
Peut- être que le Ciel me faifant mieux connoître
,
Si- tôt que vous vivrez je cefferai de l'être.
S'il y a quelque chofe de répréhenfible
dans la premiere moitié de cette Scene
c'est que Dircé n'entende pas plutôt ce
que Thefée lui veut dire. Qui le croiroit ?
ajoûte notre Critique , Thefee dans cette
2. vol. même
JUIN
. 1729.
1333
7
même Scene ,fe laße de fon ftratagême ; il
ne peut plus foûtenir davantage ce perfonnage
de Frere ; & fans attendre que le veritable
Frere de Dirce foit connu , il lui
avoue toute la feinte , & la remet dans le
peril dont il vouloit la tirer.
Comment M* de Voltaire peut - il avaneer
que Thefée remet Dircé dans le peril
ce peril n'eft plus fi grand , ou plutôt il
n'y en a plus pour Dircé ; Phorbas vient
d'avouer que le Fils de Laius eft vivant ;
Tirefie a confirmé l'aveu de Phorbas , &
le ftratagême de Thefée a produit tout
cela voilà un coup de Maître digne du
Grand Corneille , & le parti qu'il fçait
tirer d'un Epiſode fi mépriſable aux yeux
de fon Cenfeur . N'interrompons pas le
cours de fes judicieuſes remarques : voici
le dernier coup qu'il porte à la premiere
moitié de ce prétendu mauvais Epifode.
Enfin , lors qu'Oedipe reconnoît qu'il eft le
meurtrier de Laius , Théfée au lieu de
plaindre ce malheureux Roy , lui propoſe
un duel pour le lendemain. Examinons un
peu la forme de ce duel , c'eft Thefée qui
parle :
Seigneur je fuis le Frere , ou l'Amant de Dircé,
Etfon Pere ou le mien de vôtre main percé....
Les points de reticence que Corneille
met ici , font fufceptibles d'un fens tour
哥
2. vol.
D
contraire
1334 MERCURE DE FRANCE.
?
,
contraire au deffi ; Thefée auroit pû
dire , fi Oedipe ne lui avoit pas coupé
la parole
fon Pere ou le mien devroit
être vengé de la main d'un Fils ou
d'un Amant ; mais comme vous êtes
plus malheureux que criminel , je fuis plus
excité à vous plaindre , qu'à vous punir
des fautes du fort : mais quand même
Thefée auroit fait un deffi en forme à
Oedipe , ne doit - il pas foutenir dans
cette occafion , le nom de Fils de Laius
qu'il a pris , jufqu'à ce que le veritable
foit connu , comme Tirefie la fait efperer ?
La feconde partie de l'Epiſode en queftion
n'eft pas fi facile à deffendre que la
premiere ; Dircé fort des bornes que la
bienfeance lui prefcrit ; & fa fierté ne doit
pas aller jufqu'à dire des injures à un Roi
qu'elle doit refpecter & à une Mere qu'elle
doit révérer : Corneille l'a bien fenti luimême
. A peine Dircé , parlant à Oedipe,
a - t'elle prononcé le nom de Tyran , qu'elle
ajoute , ce mat m'est échapé : elle en ufe
de même parlant à Jocafte ;
Pardonnez cependant à cette humeur hautaine ;
Je veux parler en Fille , & je m'explique en
Reine ;
Vous qui l'êtes encor , vous fçavez ce que
c'eft ,
Et
qu'où nous emporte un fi haut intereſt :
Si je n'en ai le rang , j'en garde la teinture 2. vol.
Le
JUIN . 1729. 1335
Le Trône a d'autres droits que ceux de la
nature , & c.
Voila tout ce qu'on peut dire pour pa
lier les deffauts du caractere de Dircés
mais cela n'empêche pas qu'il n'ait revolté
tout le monde , & qu'il n'eut befoin d'être
adouci , fur tout dans une Princeffe qui a
affez de vertu pour vouloir s'immoler pour
fon Peuple , toute innocente qu'elle eft :
revenons à la Lettre de M¹ de Voltaire.
pro-
Il n'attaque pas le rôle de Jocafte avec
beaucoup plus de fondement; la plus grande
raifon qu'il donne de fa Critique ; c'eft
que cetteReine ne paroît point au cinquiéme
Acte, railon qu'il croit tourner à ſa
pre gloire , parce qu'il n'eft pas tombé luimême
dans ce défaut ; fi c'en eſt un, je ne
voi pas qu'il y ait une grande néceffité de la
faire paroître , pourquoi viendroit- elle ?
pour apprendre qu'elle eft la femme de fon
Fils & d'un Fils parricide ; n'eft- ce pas affez
pour l'empêcher de paroître aux yeux de
fon Peuple , d'avoir appris dans le quatriéme
Acte , qu'elle a époulé le meurtrier de
fon Epoux ? J'avoue que le cinquiéme
Acte de l'Oedipe de Mr de Voltaire eft plus
frappant que celui de Mr Corneille , &
qu'en fait de Tragédie l'action eft préferable
au récit ; mais tout ce qu'on en
peut conclure c'eft que le cinquiéme
2.vol.
Dij
A&te
1336 MERCURE DE FRANCE.
Acte cenfuré pouvoit être mieux ; mais il
ne s'enfuit pas qu'il foit mauvais . A cela
près Jocafte fait dans la Tragédie de Corneille
tout ce qu'elle y doit faire ; c'eft
une Mere compatiffante envers une Fille
à qui on a enlevé un Trône qui lui appartenoit
à juste titre , & qu'on veut empêcher
de s'en dédommager par un autre où
l'amour même la veut placer . Elle n'oublie
rien de ce qui lui refte à faire pour
venger fon Epoux , dès qu'elle apprend
que fon meurtrier refpire encore ; & h
elle tombe dans l'inaction dans le cinquiéme
Acte , c'cft qu'elle veut fuir
ce meurtrier confondu avec un fecond
Epoux tout cela eft dans l'éxacte bienféance
, & l'on ne peut blâmer Corneille
que d'avoir été trop fage ; ainfi je me contente
de ne point condamner ceux qui ne
tombent pas dans cet excès : paffons au
rôle d'Oedipe.
Il commence , dit Mr de Voltaire , par
vouloir, marier une de fes Filles avant
que de s'attendrir fur les malheurs des Thébains.
Sur quoi cette Critique eft - elle fondée
? les précautions qu'on prend contre
les maux à venir,exclut-elle l'attendriffement
fur les maux prefents ? Oedipe fent
tout ce qu'il doit fentir , mais il eft plus
occupé du remede que du mal, & d'ailleurs
il fait entendre qu'il efpere que le mal va
2. vol.
finir
JUIN. 1729. 1337
finir par la réponſe des Dieux qu'on eft
allé confulter de fa part. L'Amour de Thefée
pour Dircé lui faire craindre d'autres
malheurs qu'il doit prévenir , & ces malheurs
regardent fon Peuple autant que
lui- même , la mort prochaine du Roi fon
Pere l'appelle à Corinthe ; il ne veut par◄
tir de Thebes qu'après en avoir écarté tous
les orages qui peuvent s'y élever en fon
abfence ; c'est ce qu'il fait connoître dans
la Scene fuivante , en parlant à fon Confi →
dent. Comme je l'ai déja dit , je me crois
difpenfé de le répéter. Oedipe , continue
Mr de Voltaire , foupçonne que les Dieux
font irritez contre les Thebains , parce que
Jocafte avoit autrefois fait expofer fon
Fils , trompé par la les Oracles des
Dieux , qui prédifoient que ce Fils tueroit
fon Pere épouferoit fa Mere.
Je ne veux répondre à cette Critique ,
que par les Vers même que Corneille met
dans la bouche d'Oedipe , les voici :
Les Dieux qui tôt ou tard ſçavent ſe reffentir
Dédaignent de répondre à qui les fait mentir ;
Ce Fils dont ils avoient prédit les avantures ,
Expofé par vôtre ordre , a trompé leurs au
gures ,
Et ce fang innocent , & ces Dieux irritez ,
Se vangent maintenant de vos impietez.
Suivons ces Vers pied à pied ; files
9
2. vol.
D iij Dieux
338 MERCURE DE FRANCE .
Dieux n'avoient prédit les avantures du
Fils de Jocafte que conditionnellement ,
cet Oracle n'auroit été qu'un avertiffement
dont elle auroit dû profiter ; mais la
prédiction ayant été abfolue , Jocafte n'en
a pû révoquer en doute l'accompliffement,
fans foupçonner les Dieux d'ignorance ou
d'impofture , & par là elle a commis une
double impieté , ce qui eft exprimé dans
ces deux derniers Vers.
Et ce fang innocent, & ces Dieux irritez
Se vengent maintenant de vos impietez.
Jocafte croit que les Dieux ne punif
fent les Thebains que pour n'avoir pas
vengé la mort de leur Roy , ce qui donne
lieu à M de Voltaire de lui faire un nouveau
crime. Elle prétend , dit il , qu'on
n'a jamais pû venger cette mort ; comment
donc peut- elle croire que les Dieux la puniffent
de n'avoir pas fait l'impoffible ? Ou
peut répondre à cela que quelques foins
qu'elle ait pris pour découvrir les meurtriers
de Laius , elle n'en a pas pris affez ,
& que c'est pour la tirer de cette léthargie,
que les Dieux l'accablent de malheurs .
Mr de Voltaire lui impute ,fans doute , ce
qu'Oedipe ne lui répond que par ménagement
; voici ces propres termes :
Pourrions nous en punir des brigands inconnus
Qui peut-être jamais en ces lieux on n'a vus:
JUIN
. 1729.
1339
En verité peut- on prendre , ce pourrionsnous
pour une impoffibilité Phyfique ?
cette réponſe d'Oedipe fournit de nouvelles
armes à Mr de Voltaire , & lui fait
dire : Oedipe n'a aucune raison de croire
que ces trois Voyageurs fuffent des brigands
; s'il lès a arrêtez lui - même , fo
s'il ne les a combatus que parce qu'ils ne
vouloient pas lui ceder le pas ; il n'a point
dû les prendre pour des voleurs , qui font
ordinairement très-peu de cas des Cérémonies
, & qui fongent plutôt à détrouffer les
gens qu'à leur difputer le haut du pavé.
Je ne fçais fi je dois répondre férieufement
à une Critique fi peu férieufe. Eftce
la premiere fois que des Voleurs ont
difputé le pas & infulté les paffans pour
en prendre occafion de les détrouffer ?
d'ailleurs il fe peut fairé qu'Oedipe n'a
préfumé qu'ils étoient des Brigands , que
depuis qu'il a appris , que Laius a été affaffiné
dans le même- temps & dans le
même lieu : voici comme il parle à Jocafte
.
Si vous m'avez dit vrai , peut-être ai- je moimême
, 1
Sur trois de ces Brigands vengé le Diadême :
Au lieu même , au temps même , attaqué feul
par trois ,
J'en laiffé deux fans vie , & mis l'autre aux
abois.
2. vol.
D iiij M.
1340 MERCURE DE FRANCE.
M. de Voltaire n'eft pas mieux fondé ,
quand il prétend que Jocafte doit foupçonner
Oedipe d'avoir tué Laius , fur l'aveu
qu'il vient de lui faire . Il auroit raifon
, fi Phorbas n'avoit pas menti par une
mauvaiſe honte , comme on l'apprend
dans la fuite ; Jocafte prévenue que ce
font plufieurs affaffins qui ont ôté la vie à.
fon époux , peut-elle imputer ce crime à
un feul homme ?
Notre Critique trouve étrange qu'Oedipe
fe fouvienne après feize ans de tous
Les traits de trois en a
les traits de trois hommes , dont il en a
tué deux & bleffé le troifiéme ; mais
Oedipe lui va répondre pour moi :
Seize ans , àton avis , m'ont fait les oublier
!
Ne le préfume
pas , une action
fi belle ,
En laiffe au fond de l'ame une idée immortelle
,
Et fi dans un combat
on ne perd point de temps,
A bien examiner
les traits des Combattans
,
Après
que celui - cy m'eut
tout couvert
de
gloire
,
Je fçus tout à loifir contempler ma victoire.
Il femble que M. Corneille avoit prévû
l'avanie qu'on viendroit lui faire un jour.
Son Critique perfifte dans fa mauvaiſe
humeur: Ce n'étoit point , dit - il , à Oedipe
à parler de cette reffemblance ; c'étoit à
Focafte , qui ayant vécu avec l'un & avec
l'autre , pouvoit en être mieux informée
2. voli
qu'Oedipe
JUIN. 1729 1341
qu'Oedipe. M. de Voltaire fait cette remarque
au fujet de ce Vers que Corneille
met dans la bouche d'Oedipe .
On en peut voir en moi la taille & quelques
traits .
M. D. V. veut-il nous faire entendre
par là que Corneille n'a pas été auffi raifonnable
que lui ? mais fi- c'étoit Jocafte
qui le dît , Oedipe s'y reconnoîtroit - il ?
& pourroit-il fe rappeller un fouvenir que
Ton Critique fuppole qu'il n'a pu garder?
La même difficulté fubfifte toûjours , &
fi c'eſt une faute dans la Tragedie de Cor
neille , on eft bien dédominagé par la
beauté qui en réfulte ; c'eft que le coupable
s'accufe lui - même. M. de Voltaire ne
me paroît pas avoir plus de raifon d'aɛcufer
Corneille de n'avoir point lû du
tout Sophocle , ou de le méprifer beaucoup
, puifqu'il n'a rien emprunté de lui ,
ni beautez ni deffauts ; il parleroit autrement
s'il avoit lui- même pris la peine de
lire l'examen que ce Sophocle moderne
a fait de fon Oedipe : Ces changemens , ditil
, en parlant de Sophocle & de Seneque,
m'ont fait perdre l'avantage que je m'érois
- promis , de n'étre fouvent que le traducteur
de ces grands génies qui m'ont précedé. La
differente route que j'ai prife m'a empêché
de me rencontrer avec eux , & de me parer
2. vol.
DY do
1342 MERCURE DE FRANCE :
de leur travails eft - ce là n'avoir point
lû Sophocle ? eft - ce là le méprifer ?
Oedipe dit qu'il étoit feul quand il tua
Laius ; Phorbas avoit avancé au contraire
que c'étoient des voleurs qui avoient affaffiné
ce malheureux Roy ; il étoit difficile ,
dit M. de Voltaire , de concilier cette contradiction
, & Jocafte pour toute réponſe
dit :
C'est un conte
Dont Phorbas au retour voulut cacher fa
honte.
conti- Cette petite fourberie de Phorbas ,
nuë t'il peut-elle être le noeud d'une Tragedie?
M.de Voltaire ignore- t il , qu'Ariftote
appelle noeud , tous les incidens d'une
Piece depuis le commencement
de la Tragedie
jufqu'à l'endroit où le dénoument
commence ? s'il le fçait , comme je n'ai
garde d'en douter , pourquoi prend il la
partie pour le tout ? Je fçais que le menlonge
de Phorbas eft la partie la plus effentielle
du noeud en queftion , & que fi ce
fujet fidele eût raconté le meurtre de fon
Maître comme il étoit paffé , Oedipe n'auroit
pas eu befoin d'Oracle pour
reconnoître
le meurtrier de Laius ; mais Corneille
l'a fait parler comme il lui convenoit
pour faire filer fon action jufqu'à la
fin du quatriéme Acte , & ne s'eft réfervé
2. vol.
que
JUIN. 1719. 1347
que la connoiffance de l'incefte pour le
cinquième.
Oedipe reconnu pour le meurtrier de
Laius , veut abandonner Thebes , & cependant
il envoye chercher Phorbas , The,
fée & Dircé ,
Pour lire dans leur ame ,
S'ils préteroient la main à quelque fourde
&
trame.
que
M. D. V. trouve cela bien mauvais
lui importent , dit - il , les fourdes
trames de Dircé , les prétentions de cette
Princeffe fur une Couronne à laquelle il renonce
pourjamais .Mais y renonce t il pour
fes enfans qu'il va laiffer dans Thébés où
ils doivent regner ; & quand cela ne feroit
pas n'a t'il pas dit plus haut :
n'a - t'il
Je vais donc à Corinthe achever mon fup.
plice ;
Mais ce n'eft pas au peuple à fe faire juſtice ,
L'ordre que le Ciel tient à lui choifir des Rois,
Ne lui permet jamais d'examiner fon choix ,
Et le devoir aveugle y doit toûjours foufcrire ,
Jufqu'à ce que d'enhaut on veüille s'en dédire
Pour chercher mon repos , je veux bien me
bannir ,
Mais s'il me banniffoit je fçaurois l'en punir.
N'est- ce pas là parler en Roi & agir
2. vol .
Dvj en
1344 MERCURE DE FRANCE:
2
en pere? & ne faut- t'il pas être de mauvaiſe
humeur pour condamner des fentimens fi
beaux & fi naturels ?
M. D.V. trouve encore étrange qu'Oe
dipe refte fur le Theatre à débiter plus
de quatre- vingt Vers avec Thefée & Dircé,
tandis que Jocafte fa femme & Sa
mere ne fçait encore rien de fon avanture ,
& ne paroît pas même fur la Scene . Mais
doit-on en être bien preffé quand il s'agit
d'annoncer de pareilles horreurs ? J'avoue
que Corneille auroit peut- être mieux fait
de faire paroître Jocafte fur la Scene dans
le cinquiéme Acte , & que cela auroit
produit une fin de Tragedie plus frappánte
, comme nous l'avons vû dans celle de
M. D. V. mais une beauté de moins n'eft
pas une faute...
M. de Voltaire finit fa Lettre par le par
don qu'il demande de fa témerité ; je finis
la mienne par l'indulgence que je proteſte
de lui accorder , fondé fur le principe qu'il
établit lui - même ; le voici : c'eft fur les
imperfections des grands hommes qu'il faut
attacher fa critique , car fi le préjugé nous
faifoit admirer leurs fautes , bien - tot nous
les imiterions. Je ne croi pas qu'on foit
tenté d'imiter le coup d'effai d'un jeune
komme , & c'eft ce qui me détermine â
en ufer avec moins de féverité avec M. de
Voltaire qu'il n'a fait envers le grand Cor
2. vol. neille
JUIN. 1719. 1341
neille. J'efpere , Madame , vous en faire
convenir dans une feconde Lette , celle - cy
n'étant déja que trop longue. J'ay l'honl'honeur
d'être avec une très parfaite eltime
, & c .
*******************
REQUESTE A LA REINE ,
Par un Cadet de Caux .
UN pauvre Gentilhomme accablé de miſere ,
Grande Reine , à vos pieds fe profterne au
jourd'hui ,
Au nom de tout l'Etat exaucez fa priere ,
C'eſt autant pour vous que pour lui.
Son interêt eft jufte , il eft exempt d'ufure ,
Car s'il perd fon pary , tout le monde y perdras
Mais s'il a le bonheur d'emporter la gageure ,
Le perdant même y gagnera
Que fon bonheur rendroit les François réjouis,
Car il ne s'agit pas de deux ou trois oboles ,
Votre pauvre Sujet, pour gagner cent piſtoles,
Ne vous demande qu'un Louis.
Le Cloutier.
2. vol. LET
1346 MERCURE DE FRANCE .
XXXXXXXXXXXXX:XX
LETTRE de M. Deflandes , Commif
faire de Marine à Breft , à M. de Saint
Gelais , Secretaire de l'Académie Roiale
de Peinture & de Sculpture , fur les Simpathies
& les Antipathies.
L me femble , Monfieur , qu'on a grand
Itt
ort de reprocher à la jeune Marquife
de C .... fon averfion pour les Chats.
Vous connoiſſez & la beauté de ſon eſprit
& la hauteur de fes fentimens . Vous fçavez
qu'elle ofe être Philofophe dans un
âge où il fied à peine d'être raisonnable.
Ainfi cette averfion n'eſt point en elle une
foibleffe ; c'eft un instinct naturel , une
impreffion fecrete qu'elle n'a jamais pû ni
vaincre ni corriger . Je l'ai vûe quelquefois
avoir honte d'elle -même , & s'en plaindre
férieuſement. Mais je lui confeillois toujours
avec un ris mocqueur de badiner d'une
chofe qui n'étoit pas en fon pouvoir ,
& qui après tout devoit lui paroître affez
indifferente .
Combien de perfonnes naiffent avec de
ces fortes d'Antipaties dont elles ignorent
tout-à - fait la caufe , & qu'elles chercheroient
vainement à furmonter ! Le vieux.
Duc d'Epernon qui devoit toute la fortune
2. vol.
à
JUIN. 1729. J347
à Henri III. & qui fçut la foutenir par fon
orgueil & fa fermeté dans les tems les plus
fâcheux , s'évanoüifſoit à la vuë d'un Levraut
; jamais cependant on ne l'accuſa
ponit de foibleffe: lui qui étoit le plus fier &
le plus intraitable de tous les hommes . Cefar
Phoebus d'Albret qui fut fait Maréchal
de France en 1653. & Chevalier du Saint-
Efprit en 1669. ne pouvoit à un repas voir
fervir un Marcaffin ou un Cochon de lait,
fans le trouver mal. Il fe remettoit pourtant
affes vite , fi on leur ôtoit feulement
la tête. Ladiflas Jagellon Roi de Pologne,
qui pendant un demi - fiecle affronta toures
fortes de périls & montra une valeur
fupérieure , fe troubloit & prenoit la fuite
quand il voïoit des pommes. Pour expliquer
de fi grandes bizarreries , ne faut - il
neceffairement avoir recours à la Nature
? Les goûts & les averfions qu'elle
donne , font des Enigmes à ceux - mêmes
qui les ont reçûs .
pas
Quelqufois on peut foupçonner une
caufe fecrette de ces fortes d'Antipathies ,
& alors on en eft moins étonné. Jacques
I. Roi d'Angleterre , par exemple , ne
pouvoit voir une Epée nue , fans pâlir , &
fans tomber dans une espece de défaillance.
Auli pendant tout le cours de fon Regne,
fe piqua-t'il plus d'être Theologien que
Capitaine , de difputer fur des matieres
イ
2. vol. de
7348 MERCURE DE FRANC
de Religion , que de foutenir par les arme.
la gloire & la réputation de les Etats . Il
rejettoit la caufe de cette timidité naturelle,
fur ce que la Reine fa Mere étoit enceinte
de lui lorfque David Riccio fut fi cruellement
affaffiné prefque à fes yeux . La fraïeur
dont la Mere fut frappée rejaillit fur l'En- .
fant ; il fut toute fa vie irrefolu & incertain
, & comme le lui reprochoit un jour
le Comte de Gondemar , Ambaſſadeur
d'Espagne , il portoit les habits d'un Roi ;
mais il avoit toutes les manieres & le
langage d'un Pédant .
Je pourrois joindre aifément à ces
Hommes de Guerre & d'Etat , des Sçavans
, des Philofophes , & peut - être que
leur exemple ne fera point de la moindre
importance en cette matiere . Pierre d'Apono
, un de ces beaux efprits du 1 6. fiecle
qui préparerent les voïes à la nouvelle
Philofophie , ne pouvoit voir un fromage
ni en fentir l'odeur , fans perdre connoiffance
; & j'ai fçû que cela étoit affez commun
dans les Païs , où l'on uſe beaucoup
de lait , de fromage & de beurre . Martin
Sckoockius , Profeffeur de Philofophie à
Groningue , qui étoit lui même fu et à
cette Antipathie , en a compoſé un Traité
affez curieux , qui a pour titre : De averfatione
cafi &c. Les autres Philofophes
que je pourrois citer ici ,>..font Thomas
2. vol. Hobbes
JUIN. 1729. 1349
Hobbés qui manquoit de force auffi - tôt
qu'on le laiffoit la nuit fans lumiere . Thyco
Brahé qui changeoit de couleur & fentoit
fes jambes défaillir à la vue d'un Liévre
ou d'un Renard qu'il auroit rencontrés à la
campagne. Jules Cefar Scaliger qui avouë
lui même que l'odeur du creffon lui donnoit
des nausées , & qu'il ne pouvoit en
regarder fixement fans frémir de tout fon
corps . Le Chevalier Boyle qui tomboit
dans des convulfions lorfqu'il entendoit
le bruit que fait l'eau, en s'écoulant par un
robinet.
Ces Philofophes certainement n'étoient
point gens crédules , ni fuperftitieux , ni
faciles à fe laiffer furprendre. Eux - mêmes
ont recherché curieufement les caufes de
ces fortes d'Antipathies, & n'ont pû jamais
les découvrir. La Mufique fur tout leur en
offroit des exemples auffi fenfibles qu'extraordinaires.
Le fameux la Mothe le
Vayer ne pouvoit fouffrir aucune forte
d'inftrumens , quelque , harmonieux que
fuffent les fons qu'on en tirât ; mais il
goûtoit un plaifir extrême au bruit du tonnere
& des vents. D'autres friffonnent
quand on leur joue un certain air ; ils
s'affoibliroient même infenfiblement , &
mourroient fur le lieu fi on le continuoit.
J'ai vu un homme à Calais qui entroit
malgré lui en fureur lorfqu'il entendoit
i .
2. vol.
crier
1350 MERCURE DE FRANCE.
crier des Canards , & qui les pourfuivoit
vivement l'Epée à la main ; cependant
il en mangeoit volontiers > & c'étoit
même là ſon mets favori . Il eft parlé dans
les Tranfactions Philofophiques d'un Chapelain
du Duc de Bolton qui fentoit au
coeur & au fommet de la tête un froid de
glace quand on le forçoit à lire le 53 .
Chapitre du Prophete Ifaïe , & quelques
verfets du 1. Livre des Rois .
Je ne finirois point , fi je voulois recueillir
tout ce que j'ai trouvé de rare &
de fingulier fur cette matiere. On pourra
confulter la Phonurgie du Pere Kirkër ,
Jefuite, & le Traité de l'harmonie du Pere
Merfenne, Minime,j'y ajouterai feulement
deux hiftoires dont j'ai été fouvent le témoin.
La re eft d'un Officier d'Artillerie
très connu par fon courage & fon habileté
dans le maniement des armes , qui pâlit
& fe trouve mal quand on coupe devant
lui un bouchon de liege. Il a fouvent eu
honte de cette foibleffe , & il a tâché fe
rieufement de la vaincre ; mais en voulant
s'efforcer , il s'eft mis au péril de fa
vie. La feconde eft d'une fille de condition
qui ne peut defcendre dans une cave ,
ni dans aucun lieu foûterrain fans que la
févre lui prenne au moins pour vingtquatre
heures. Sa mere qui fe trouve dans
une fortune affez étroite, a voulu inutile-
2. vol. ment
JUIN. 1729. 1355
ment la guerir d'une pareille Antipathie.
Ce trait me fait reffouvenir de celui que
rapporte Sextus l'Empirique d'un des principaux
Officiers d'Alexandre le Grand ,
qui à l'ombre fe trouvoit tout en fueur ,
& qui tranfiffoit de froid au Soleil .
Permettez- moi ici de vous demander ,
Monfieur , fi jamais on peut être en droit
de plaifanter quelqu'un fur ces fortes
d'Antipathies. Je les regarde comme des
défauts naturels dont on doit être plaint
& jamais blâmé. Le Maréchal de Clerambaut
, ce Courtifan fi agréable & fi délié ,
demandoit un jour de quelle maniere il
falloit traiter un homme qni en fe battant
contreleMaréchal d'Albret auroit tenu une
tête de Cochon de la main gauche & ſon
Epée de la droite . La victoire certainement
ne pouvoit lui échaper .
Je ne fçai fi notre ami , fi rigide d'ailleurs,
mais cui molle ingenium blanda puella facit,
fe feroit beaucoup de fcrupule d'ufer en
amour de pareilles adreffes : comme il ai.
me les grands exemples , il s'autoriferoit
de celui que lui fourniroit l'hiftoire plaifante
de la Souris d'une Reine de Naples
raportée par Brantôme .
Je pourois citer ici ce qu'on appelle la
maladie du Païs . Vous fçavez que c'eft
une espece particuliere d'Antipathie qui
fe tourne peu à peu dans un état de lan-
2. vol.
gueur
1352 MERCURE DE FRANCE :
gueur d'autant plus déplorable , qu'aucun
remede ne peut la guerir . Theodore Zwinger
Profeffeur d'Anatomie & de Botanique
, à Bâle , a traité ce fujet avec affez
d'étendue , & il a fait voir que les peuples
du Nord y étoient fur tout fujets ; il
nomme cette maladie Pothopatridalgia ,
& il confeille à ceux qui en font attaqués
de revoler vers la Patrie , d'y retourner
promtement. Sur cela il rapporte un air de
Mufique affez groffier ; mais que tous les
Suiffes apprennent dès le berceau , & dont
ils font extrêmement friands. Cet air fair
fur eux une impreffion fi profonde , qu'ils
ne peuvent l'entendre chanter dans les Païs
Etrangers fans fe laiffer aller à une mélancolie
fâcheufe. Auffi s'en défendent - ils
avec foin jufqu'au moindre reffouvenir ,
crainte de fe décourager & de fe porter
même au defeſpoir ; & quand il arrive que
quelqu'un d'entre eux s'oublie , devient
maigre , triſte & languiffant , il doit au
plutôt retourner dans fon Canton ; à peine
y entend- il l'air du Païs , le mot du guet ,
qu'il fe réveille prefque fubitement & qu'il
guérit.
A l'égard de la caufe de ces fortes d'averfions
& d'Antipathies , il eft affez difficile
de la découvrir. Les vertus fecretes ,
les qualités occultes des anciens Philofophes
n'apprennent rien , & ne font que
2. vol.
redire
JUIN. 1729. 1353
redire obfcurément une chofe qui l'eft déja
affés d'elle-même. Peut- être que ce que
les Modernes y ont fubftitué n'eſt pas plus
clair ni plus expreffif. Le langage des
Méchaniques , quand il eft déplacé , &
qu'on s'en fert dans des fujets qui ne font
pas de leur reffort , a fes mifteres & fes
obfcurités. Je voudrois, par exemple , demander
aux uns & aux autres comment ils
pourroient expliquer ce qui eft rapporté
dans les Ephemerides des curieux de la nature.
Le Chapelain d'un Seigneur Allemand
, difent ces Ephemerides , ne pouvoit
manger des fraifes fans reffentir des
étouffemens & des chaleurs . Son corps devenoit
enfuite tout rouge , comme s'il
avoit été attaqué d'une Erefipele generale .
Quelques heures après il lui prenoit une
fueur abondante,laquelle le remettoit dans
fon état naturel , & il ne lui reftoit plus
que de la foibleffe . Ce jeu de la nature me
paroît inexplicable. Je le regarde comme
un fixiéme fens qui eft donné à l'homme
& qui fupplée à ce qui peut manquer aux
autres. Ce fens eft répandu par tout le
corps , & il eft plus exquis , plus délicat
que tous les cinq enfemble ; on a beauvouloir
y refifter , & témoigner en foimême
de la fermeté , la nature devient la
plus forte & l'emporte fur tous les obftacles
qui fe trouvent à ſon paffage , & qui
2. vol.
pour
1354 MERCURE DE FRANCE .
pourroient lui nuire . Ainfi les perfonnes
qui ont de l'Antipathie pour les Chats
n'ont pas besoin d'être informées qu'il y en
ait dans une chambre pour le trouver mal,
elles s'en apperçoivent en y mettant le pied ;
on ne fçauroit fur cela les tromper ni leur
donner le change .
Perfonne n'ignore , du moins en gros,
que la délicateffe des organes dont nos
fenfations dépendent , vient de la délicateffe
des filets nerveux qui ont plus ou
moins de facilité à recevoir l'impreffion
des objets exterieurs. Ces filets font diftribués
en petites troupes , fuivant l'ordre
que la nature leur a affigné , afin de faire
tout l'effet dont ils font capables ; mais
ces effets fe font feparément , & chaque
fens n'a qu'un certain nombre d'objets qui
lui foient proportionnés , & dont il reçoi
ve l'impreffion . Ce qui plaît à l'oreille ne
fatte point la langue . Un parfum dont l'o
dorat eft touché ne fait aucun plaifir aux
& en revanche la vuë a des délices
& des agrémens qui lui font uniquement
propres. S'il arrive cependant que pour la
perfection entiere d'un fens , deux autres
foient en même tems excités ; c'eft une liberalité
de la nature qui veut bien accorder
à l'homme plufieurs fatisfactions à la
fois. Mais il n'y en a proprement qu'une
qui domine , qui foit la Maîtreffe.
2. vol.
JUIN . 1729. 1355
Il arrive cependant par rapport à certains
hommes privilegiés que les filets nerveux
répandus dans tout le corps font en
même tems frappés , fans qu'on puiffe
dire d'où cela vient. Tous ces filets confufément
remués ne font qu'une fenfation
genérale ou plufieurs qui fe mêlent enfemble
& s'irritent l'une l'autre. On eft alors
plus furpris que touché , plus entraîné
qu'attiré ; on ignore ce qu'on fent par ce
qu'on fent trop. Delà naiffent les Simpathies
& les Antipathies , & en general ces
je ne fçai quoi dont l'ame eft piquée fans
en pouvoir rendre raiſon , qui l'agitent &
l'ébranlent fans qu'elle y puiffe refifter.
Odi, & amo : quare id faciam fortaffe requiris.
Nefcio: fed ficri fentio , & excrucior.
PA TATA TATA TA TOTA
EPITRE,
A. S. A. M. l'Archevêque de Vienne ;
qui s'étoit embarqué fur la Saône
dans un grand débordement.
Com
Omment vous trouvez - vous , Seigneur,
de ce voyage ,
Qui nous a fait pâlir ?
Comment vous a fervi l'intrépide courage ,
Qui ne fait point mollir?
2. vol .
La
235
6 MERCURE
DE FRANCE.
La Saône eft à prefent une Mer orageufe ,
Qui n'entend point raiſon :
Cefar ne la nommoit inconftante & douteufe.
Qu'en la belle faifon.
Quand de ces réſervoirs elle a forcé la bonde ,
L'eſprit en eſt troublé ;
Et quoi qu'il eût le coeur le plus ferme du
monde ,
Cefar même eût tremblé.
Par le terrible amas de cette Onde effroyable,
Qu'elle traîne aujourd'hui';
Elle prétend montrer au Rhône formidable ,
Qu'elle eft digne de lui.
Maudit foit le premier qu'un excès de folie ,
Contraignit à l'effort ,
De tenter un voyage au hazard de fa vie ,
A deux doigts de la mort.
Un Sage du vieux temps ( pardon fi je déterre ,
Un Mort qui n'eſt nouveau )
Avoit du repentir , pouvant aller par terre ,
D'avoir été par eau .
Sans doute, on me dira que dans la Diligence *
On marche en fureté ,
Et qu'à fes Matelots manquer de confiance ,
C'eft imbécillité.
Ah ! Seigneur , ces marauds en qui l'on fe
confie ›
Ainfi fe nomme le Bateau public fur la
Saône.
2. vol.
A
JUIN. 1729. Y357
A qui l'on livre en paix ,
Ce tréfer important , lé dépôt de la vie .
Ne boivent- il jamais ?
Un Batelier brutal fait bien moins cas de vivre
Que de vuider les pots ,
Et noiroit avec lui du moment qu'il eſt yvre ,
Le plus grand des Héros .
Tant de précaution qui paffe l'ordinaire ,
Excede le devoir ,
Direz- vous ; pour fauver une tête fi chere ,
Peut-on trop en avoir ?
Pour conferver vos jours , j'ai fupplié Mercure,
Ce Dieu des Voyageurs ;
J'ai prié Palémon , j'ai prié Palinure ,
Ces Patrons des Nâgeurs ;
J'ai conjuré Glaucus Protée & les Fléiades ,
Je n'ai rien oublié ;
Eole & fes fuppôts , les Tritons, les Naiades ,
Qui n'ai -je point prié ?
Enfin pour vous fervir j'ai lâché la gourmette ,
Comme un mauvais Chrétien ,
Et dans mes voeux ardens , pour trop être
Poëte ,
J'ai prefque été Payen .
Mais quelle illufion fous l'épaiffeur d'un voile,
M'offroit tant de danger ?
Je ne crains plus pour vous . Allez , c'eft votre
étoile ,
Seigneur , de voyager.
2. velo
E
L'A
# 358 MERCURE DE FRANCE.
L'Apôtre des Gentils , dont vous tenez la place,
Voyageoit comme vous :
Les ardeurs de l'été , les horreurs de la glace ,
• Pour lui tout étoit doux!
Tantôt au bon Galate il prodiguoit fon zele ,
Puis aux Corinthiens;
Tantôt il réchauffoit par une ardeur nouvelle ,
Ses chers Ephefiens .
Dieu , qui le protegeoit , commandoit à fes
Anges ,
De veiller fur les jours ;
Il étoit bien gardé , lés celeſtes Phalanges ,
Voloient à fon fecours .
Sous l'ombre du Très - Haut , ne craignez
point d'obſtacles ,
A vos fages projets :
Le Dieu qui vous protege eft fertile en Mifacles
,
Autant qu'il fut jamais.
Sous l'aîle , fous l'abri du Seigneur des batailles
,
Vous êtes bien muni.
Soit que vous voyagiez de Strasbourg à Verfailles
,
Qu de Vienne à Clugny , *
Il eft fur qu'en tous lieux répandant la lumiere,
Des moeurs & de la Foi ,
On vous verra fournir d'une illuftre carriere ,
Le glorieux emploi.
★ Il eft Abbé de Clagny.
20 vols
-Mais
JUIN. 1729. 7359
Mais dans ces longs travaux que par tout on
renomme ,
L'un des plus importans ,
Sçavez- vous quel il eft ? Le voyage de Rome:
C'eft où je vous attends.
C'eft- là que de mes voeux ſe borne l'eſperance;
Et dans le même inſtant ,
Que vous aurez uni l'Alteffe à l'Eminence ,
Je mourrai trop content.
DE SENECE'.
QUESTION.
Quelle est la femme la plus malheureuſe ?
ou celle qui a un mary qu'elle hait,
& dont elle eft aimée ou celle qui a un
mari qu'elle aime & dont elle eft hate.
Nous avons déja averti plufieurs fois
que dans le grand nombre de Pieces qui
nous font adreffées de toutes parts , il eft
bien difficile de connoître celles qui font
véritablement neuves d'entre celles qui
ont déja été publiées. C'eft ce qui eft arrivé
à l'occaſion des Enigmes du Mercure
du mois de Mai dernier , qui nous ont
été envoyées de Verfailles par une perfonne
qui les a fignées de ces Lettres J.B.D.
2. vol.
E ij
mais
1360 MERCURE DE FRANCE .
e
mais il eft vifible que cette perfonne a
voulu en impofer , puifque ces Enigmes
font prifes du Recueil d'Enigmes de M.Cotin
Celle du Ver luifant eft la 25 dz
premier. Livre : & celle du Raifin eſt la
78° du fecond Livre . Nous devons cette
découverte à Me Angelique d'Orvilliers
de Vernon , qui nous en a en même temps
envoyé l'Explication fuivante.
Morbleu , le plaifant procedé !
O vous qui fignez J. B. D.
Je prétends vous livrer batailles,
Quoi ! vous envoyez de Verfailles ,
Deux Enigmes du Sr Cotin !
Il faut vous lever plus matin
Quand vous voudrez en faire à croire,
Nous ne perdons pas la mémoire ,
Et nous connoiſſons nos Auteurs,
Portez vos Enigmes ailleurs.
Mais quand il vous plaira j'en dirai le quantiéme
;
Nous venons de les voir, Monfieur, dans l'Au
teur même
L'une eft le Ver luifant & l'autre le Raifin
Cherchez un autre Magazin.
20 vol, EX
JUIN 1729. 1351
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure de May .
Moulin eft agité par le ventou par l'eau ;
Mou , la moitié dumot eft dans le corps d'un
Veau ;
Refte lin , dont on fait chemifes & coëffures
Dentelles & mouchoirs & mille autres parures,
Mais , cher Lecteur , quel changement ,
Si tu retournes lin , tu vòis dans le moment ,
Non le Tage , non la Tamife ,
Mais le Nil , fur lequel on expofa Moyfe
Angelique d'Orvilliers de Vernon.
LOGO GRYPH E.
INféparable de la gloire ,
Je la porte par tout , je m'en fais bien à croire ;
Mais je n'en fuis pas plus aimé.
De moi feul je fuis eftimé ,
Et j'ai feul part à mon eftime.
Toûjours j'afpire aux plus hauss lieux ;
Et tant fur la Terre qu'aux Cieux ,
De mon ambition j'ai fait mainte victime.
Je fuis frere aîné des fix Soeurs ,
Et de notre funefte race ,
Sont écoulez tous les malheurs ,
Qui de cet Univers couvrent toute la face
2 vol
Ẹ iij Si
1362 MERCURE DE FRANCE .
vous prenez
ment ,
deux parts de mon commènce-
Vous trouverez l'objet vers qui ma foeur puifnée
,
Eft uniquement entraînée.
Prenez- en trois encor , je fuis un Inftrument
De très agréable harmonie.
Ma quatriéme part m'étant alors ravie ,
Je deviens un grain fort commun ,
Et des plus connus d'un chacun .
Si vous uniffez ma fixième ,
A ma premiere & quatrième ,
Vous me connoîtrez d'abord ,
Pour un terme fort vulgaire ,
Fort fimple & fort debonnaire ,
Carje confens à tout & fuis de tout accord.
Si l'on joint ma premiere avec mes trois dernieres
,
Je fuis très-chéri des humains ,
Qui fans moi privez des lumieres ,
Ne fçauroient où donner des mains.
L. C.
XXXXXXXXXX XXXXXXXXXX
ENIGM E.
Quoique je ne fois fait que de pierre ou de
Par moi, par mon fecours rien n'eft in acceffible;
Je fçais l'art de donner des loix ,
2. vol.
A
JUIN.
1361 1929.
A l'ennemi le plus terrible..
Il veut en vain me réſiſter ;
Un nouveau chemin que je trace ,
Eft fuffifant pour le dompter ,
Et fait que fur le corps tout le monde lui paffes
De fon courroux , de fon orgueil ,
Je fuis l'inévitable écueil:
Réduit à me ceder , il écume de rage ;
Mais ces plus grands efforts fuffent- ils employez
,
J'en triomphe & j'ai l'avantage ,
De voir qu'il fe réduit à me laver les pieds.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
OUVEAUX MEMOIRES des
NMillions de la Compagnie de Jefus
dans le Levant. T.VII . vol.in- 12 . de 209.
pages. A Paris , chez la veuve Piffot , Quay
de Conti , &Quillan , rue Galande 1729.
Ce nouveau Volume des Mémoires des
Miffions de la Compagnie de Jefus , et
malgré fa petiteffe l'un des plus confide
rables qui aïent paru par les chofes curieufes
qui y font rapportées , & par les
matieres de Phifique , d'Hiftoire & d'An
tiquité qui y font traitées . Les Perfonnes
fur tout qui s'intereffent à la memoire du
2. vol.
feu E iiij
1364 MERCURE DE FRANCE.
feu P. Sicard , & au fuccès de fes travaux
litteraires fur l'Egypte , auront tout lieu
d'être fatisfaites en lifant ce Recueil . Il
nous fuffira pour en donner une jufte idée
de rapporter ici la Lettre du R. P. Mare
Antoine Treffond , Superieur General des
Miffions de la
Compagnie deJefus , en Sirie ,
& en Egypte , écrite au R. P. Fleuriau, qui
eft imprimée au commencement du Livie.
M. R. P.
Après la perre que nous avons eu le
malheur de faire du P. Claude Sicard ;
nous avons pris un foin particulier de ramaffer
fes Mémoires. Nous avons même
envoïé un de nos plus anciens Miffionai
res pour les mettre en ordre , & pour aller
fur les lieux verifier rout ce qu'il nous a
laiffé , foit manufcrit , foit deffiné de la
main d'un jeune - homme qui l'accompa
gnoit dans fes voïages , & qui a tiré fur les
lieux le plan des Monumens anciens dont
ce zelé & fçavant Miffionnaire faifoit la
recherche par ordre du Roi.
$
Il nous a fouvent mandé que nonobftant
fes continuelles Miffions pour inftruire un
Peuple plus ignorant que fchifmatique , il
groffiffoit chaque jour le Recueil de fes
découvertes ; mais les fervices qu'il fe crut
obligé d'aller rendre à de pauvres peftifexés
lui ayant caufé la mort, fes Ecrits nous
2. vol.
font.
JUIN. 1729. 1365
font demeurés fans avoir leur perfection .
Ils font prefentement entre les mains d'un
de nos Miffionnaires qui les revoit , pour
les mettre en état de vous être en voïés.
Pour fatisfaire cependant votre jufte im
patience , M. R. P. & celle des perfonnes
qui attendent ce que le feu P. Sicard a
promis dans fon projet imprimé , & qui fe
voit dans le V. Tome des Mémoires du
Levant , nous vous envoïons plufieurs
petits Ecrits de fa main.Il vous les addref
foit en forme de Lettres.
La premiere contient le récit qu'il vous
fait de fon voiage au Mont Sinaï. La
route qu'il a fuivie pour parvenir à cette
Montagne que nos faintes Lettres ont rendue
fi celebre , a achevé de le convaincre
que Moïfe n'a pû conduire le Peuple de
Dieu par un autre chemin que par celur
que leP. Sicard a tracé dans fa Carte de la
Mer rouge & de fes environs , & que vousavez
mile à la tête du 6. Tome des Mé
moires du Levant.
Pour ce qui eft du Mont Sinaïen parti
culier , le P. Sicard ne vous en fait qu'u
ne legere defcription , parce qu'il vous er
promet une autre plus étendue.
On ne peut en parler ni en écrire exacte :
ment fans avoir été foi- même fur les lieux;
On trouve à lafin de ce VII. vol , une Carte
de cette celebre Montagne.
2 vol..
lieux ,
Ev
1366 MERCURE DE FRANCE.
& fans avoir vilité foigneufement, comme
a fait ce Pere, le Monaftere qui y a été bâti,
C'eſt avec la même exactitude qu'il a
obfervé deux Monumens dont il eft dif
tinctement parlé dans le 17. & le 32 .
chap, de l'Exodes
Le premier de ces Monumens , & fon
premier objet d'obſervation ,fut le Rocher
dont fortit autrefois une Eau miraculeufe
& abondante , dans l'inftant dans l'inftant que Moïfe
le frappa de fa verge par ordre de Dieu .
Le fecond objet de fon obfervation fut
le moule de la Tête du Veau d'or , que les
Ifraëlites en l'abfence de Moïfe éleverent.
pour l'adorer . Le refte de la Lettre du P
Sicard contient plufieurs autres chofes di
gnes de fes Remarques .
La feconde Lettre du même Pere con
tient le récit de fon vorage jufqu'aux cataractes
du Nil . Il rend compte des Ifles
qu'il a découvertes entre l'Egypte & la
Nubic . Il nous apprend les noms de plufieurs
Villes que les tems ont fait oublier,
& dont les ruines.cachent les reftes d'anciens
Temples & de riches Edifices que
le P. Sicard a trouvé moïen de découvrir..
Ce qu'il en a vû lui a fait connoître qu'ils
avoient été conftruits de diverfes pierres
* C'eſt ainſi qu'on appelle le Marbre Thebain
qui eft moucheté de diverfes couleurs & dont les
Carrieres fent aufond de l'Egypte Superieure ,
près les Cataractes du Nit.
de
2 val.
JUIN 1729. 1367
de Granit d'une grandeur & d'une groffeur
furprenante.
Le P. Sicard dans la même Lettre vous
renouvelle la promeffe qu'il vous a déja
faite de vous donner une Relation particuliere
de la Ville de Thebes , dont les
Voïageurs du tems paffé nous ont donné
une fi belle idée , & dont les Poëtes ont
chanté la magnificence. Il finit cette Lettre
par un petit détail de la Révolution
qui venoit de fe faire au Caire , & qui
s'étoit paffée fous les yeux .
A ces
te
deux
Lettres
le
P.
Sicard
en
ajoûte une troifiéme , dans laquelle il expofe
quelques nouvelles Obfervations
qu'il a eu le loifir de faire dans fon voïage
au Delta. Entre ces Obfervations il y
en a qui regardent la Geographie & d'autres
qui font du fait de l'Hiftoire & de la
Phyfique. Toutes font l'éloge du bon difcernement
de leur Auteur.
Vous fçavez , M. R. P. que M M. de
l'Académie des Sciences ont envoïé à M.
le Conful du Caire un Mémoire de plufreurs
Articles fur lefquels ils fouhaittoient
avoir des explications particulieres. Le P.
Sicard fut chargé de cette commiffion. J'ai
l'honneur de vous envoïer les Réponfes
au Mémoire de ces M M. Il ne les a faites
qu'aprés s'être bien fait inftruire de
tout ce qui concerne , foit la production
2. vol.
Evj . du
1368 MERCURE DE FRANCE:
du Natrom & du Sel Armoniac , foit les
Pierres & les Marbres d'Egypte , & les
Fours à Poulets ; car ce font là les feuls
Articles fur lefquels le Mémoire deman
doit une explication .
Après ces dernieres Lettres du feu P
Sicard il ne nous refte plus entre les mains
que le Recueil general de toutes fes Obfervations
& de fesDécouvertes dans l'Egypte,
& c'est ce Recueil que nous préparons
pour vous .l'envoïer . Il en avoit fait un
Abregé que nous avons trouvé parmi fes
Ecrits . Quelque court qu'il foit , j'ofe
dire qu'il eft encore plus étendu que ne le
font les Relations qui ont paru fur l'Egy
pte , même celles qui font les plus détaillées
; vous en jugerez par la lecture que:
vous en ferez.
X Au refte , je fuis perfuadé , M. R. P..
que la lecture que vous ferez de ces Manufcrits
renouvellera votre douleur fur lax
perte d'un Miffionnaire que nous aurons
toujours fujet de regretter . Je fouhaitte 、
que ce vous foit une confolation d'appren--
dre l'heureuſe arrivée du P. Seguran au
Caire , où vous l'avez deftiné pour y continuer
la recherche des anciens Monumens:
que le P. Sicard avoit entrepris , & que fa
vie trop courte ne lui a pas permis de finir.
Les bonnes qualités que nous remarquons
dans le P.Seguran nous font efpee-
29. voli.
IST.
JUIN. 1729% 1360
:
ter qu'il fera un digne fucceffeur du feu
R. Sicard. J'ai l'honneur d'être avec rel
pect , M. R. P. &c.`.
1
A la fuite de ces dernieres Lettres du
feu P. Sicard , on trouve dans le VII.
vol. des Nouveaux Mémoires & c. une
Lettre du P. Stephan , Miffionnaire Jefuite
en Crimée de Tartarie, auffi écrite au R. P.
Fleuriau qui explique l'Etat de cette Province
& de fon Gouvernement , celui des
Familles principales qui l'habitent , qur
yont excité de grands troubles , & qui
viennent enfin d'y caufer une derniere re
volution , dont le Grand - Seigneur n'a pas
manqué de profiter pour fe delivrer de
L'inquiétude que lui donnoit un Peuple
naturellement féditieux , & pour achever
de le foumettre abfolument à fon Empire .
:
LES OEUVRES de M. de Voiture
contenant fes Lettres & fes Poëfies avec:
l'Hiftoire d'Alcidalis & de Zelide , nouvelle
Edition , augmentée de la conclufioni
de l'Hiftoire d'Alcidalis & de Zelide , & de '
plufieurs autres Pieces . A Paris , rue S.Jac:
ques, & Quay des Auguftins , chez Cl. Ro
buftel,& chez Chaubert. 1729.2.vol.in 12 ..
HISTOIRE ECCLESIASTI
QUE , pour fervir de continuation à cel--
la de M. l'Abbé Fleury . Tome 24. de… .
puis l'an 14.8.5 . jufqu'en 1507. Quay des
2..voli.
1376 MERCURE DE FRANCE.
Augustins & ruë S. Jacques , chez Emerà
& chez Sangrain l'aîné. in- 4 . de
pages.
594.
LA VRAYE ET SOLIDE PI ETE'
, expliquée par S. François de Sales,
Evêque & Prince de Genéve , recueillie
de fes Epitres & de fes Entretiens. Dédiée
à la Reine , par M. P. C. Docteur de Sor-.
bonne, Chez Cl . de Hanfi , fur le Pont aw
change. 1729. in- 8 ° .
LES VOEUX DE L'EUROPE & de
la France pour la fanté du Roi. Poëme
Heroïque fur la petite Verole . A Paris ,
chez Ganeau , la veuve Contelier & Nully,
rue S. Jacques , Quay des Augustins & au
Palais. 1729. in - 8 °. brochure de 47 .
pages.
Čet Ouvrage eft dedié à la Reine par
M. Martineau de Solleine qui en eft l'Auteur,
lequel l'a prefenté au Roi & à laReine
le 12. & le 16.du mois dernier.Nous ne hazarderons
pas notre jugement fur ce Poëme,
quelque aifé que ce jugement nous pa
roiffe à faire ; mais nous pouvons bien affurer
le Lecteur curieux de belles impreffions
, que rien n'eft épargné dans celleci;
beau papier , beaux caracteres , belles
vignettes ; & fi on trouve que la beauté
du Poëme & des Vers réponde à celle de
Fimpreffion , le triomphe de l'Auteur ne
2. vola
fera
JUIN.
1378
1729.
fera
pas
médiocre . Ce Poëme commence
ainfi. C'eft l'Europe qui parle :
Sur fon Trône , Louis , au gré de mes foug
‹ haits .
Raffermiffoit l'efpoir d'une éternelle Paix ,
Et faifoit dans mon fein taire le bruit des
Armes ;
Quand un cri s'éleva fuivi de mille allarmes ,
Quel noir chagrin faifit plus d'une Nation ,
Et répand en ceslieux la confternation ?
La Seine , l'Eridan , & le Tibre & le Tage
Font de clameurs au Ciel retentir leur rivage
Les foupirs , les foucis volent de toutes parts;
Mon repos , mon bonheur courent quelques
hazards.
A l'envi· les Echos rempliffent l'air de plaintess
Le François fur fon front fait lire mille crain
tes.
LES MONUMENS DE LA MONAR
CHIE FRANÇOISE , qui comprend l'Hif
toire de France , avec une grande quantité
de Figures de chaque Regne , que l'injure
des temps a épargnées, Par Dom Bernard
de Montfaucon , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Cing volumes infol.
à Paris, chez Julien- Michel Gandouin ,
Quay de Conty & Pierre Fr. Giffard , rue
S. Jacques.
Nous avons publié en fon tems le Pro-
2. Vola
jet
7372- MERCURE DE FRANCE:
jet de cet Ouvrage , il eft de nôtre devoir
d'inftruire le Public qu'on en délivre actuellement
le premier volume . Ces Monumens
comprennent l'Hiftoire de Fran
ce , avec quantité de Figures de chaque
Regne , échapées à l'injure des temps.
Le deffein eft tout nouveau & intereffe
trop la Nation pour ne pas piquer la cu-
Biofité des François Dom Bernard de
Montfaucon le forma il y a feize ou dixhuit
ans , ayant fait depuis ce temps- là ,
pour le remplir, des recherches infinies
qui jointes à l'étude particuliere que ce
Pere a toujours faire de notre Hiſtoire
dans les Auteurs originaux , l'ont mis en
état de donner un Ouvrage dont l'entreprife
étoit fort difficile..
9
Selon le premier plan les Monumens
devoient être feuls , avec leur explication ;
mais pour l'utilité des Lecteurs on y a
joint l'Hiftoire de France , non pas dans:
route fon étendue , mais plus en ddééttaaiill que
dans tous les abrégez . Elle aura cet avan .
rage fur toutes les autres Hiftoires , qu'elle
reprefentera un très - grand nombre de
Figures , tirées des Originaux du temps ,
qui apprendront bien des chofes jufqu'à
prefent inconnues , tant fur l'Hiftoire que
Sur les Habits , les Armes , & une infinité
d'autres fujets.
La principale attention de l'Auteur eft
2.vol.. de:
JUIN. 1729 1373
de rapporter les faits exactement & fim
plement comme ils font dans les Origi
naux mêmes , en y mêlant quelquefois
des Refléxions courtes , & tâchant d'éviter
les deffauts où font tombez quelques
Hiftoriens de ce bas temps , qui ont fouvent
orné leur narration aux dépens de la
verité ; qui par des additions ou fauffes ,
ou de pure invention , par des tranfitions
hazardées , des caracteres & des intrigues,
dont ils n'ont aucun garant , défigurent
tellement l'Hiftoire , que quand on remon
te aux fources , on eft furpris de trouver
tant de difference entre ces Hiftoriens
Modernes , & les Anciens.
Cet Ouvrage contient donc l'Hiftoire
de France avec tous les Monumens qui
regardent les Rois , les Reines , les Princes
du Sang , les Pairs de France , les Ducs
ou Comtes qui avoient des Etats dans le
Royaume , la Maifon du Roy , & les
Grands Officiers de la Couronne.
On y dépeint les marques de Royauté ,
tant les plus anciennes , que celles des bas
temps. On y voit les Portraits des Rois ,
qui nous ont été tranfmis depuis Childeric
I. jufqu'à Louis XV. heureuſement
regnant aujourd'hui ; plufieurs Hiftoires
des Rois que les Monumens ont fourni s
des Sacres , des Couronnemens , des Lits
de Juftice , des Affemblées publiques où
2. vol.
les
$374 MERCURE DE FRANCE .
les Rois le trouvent , des Hommages qui
leur font rendus , des preftations de ferment
de fidelité , des Entrées publiques ,
des entrevues des Rois , & des Princes
Etrangers , des Batailles , où ils commandent
en perfonne , des Parties de chaffe ,
& generalement toutes les actions où les
Rois font repréſentez : de même les Hiftoires
& les Portraits des Reines , des
Princes du Sang , des Pairs de France , des
autres Ducs ou Comtes qui avoient des
Etats dans le Royaume , de la Maiſon du
Roy,des Grands Officiers de la Couronne .
Cette longue fuite de Monumens , qui
finira fous Henry IV. outre l'inftruction
qu'on en tirera pour les faits , aura encore
dequoi plaire , en caracterifant les differents
gouts de tous les ficcles de cette Monar
chic.
En délivrant ce premier volume on a
publié , en faveur des Soufcripteurs , un
petit imprimé que nous nous faifons auff
un devoir d'inferer ici.
AVIS au Public pour les Soufcriptions
à l'Ouvrage qui a pour titre
Monuments , &c .
Ql'affemblage des Monumens qui regardent
Velque intereffant que fût par lui- même
l'Hiftoire de la Monarchie , & qui fe font confervez
jufqu'à nos jours , l'Auteur a jugé à propos
, pour le rendre plus utile & d'un uſage
2. vol.
plus
4)
JUIN. 1729. 1375
plus univerfel , d'y ajoûter l'Hiftoire de chaque
Regne. De- là il arrive qu'au lieu de quatre
Volumes qu'on avoit promis , il y en aura cinq
de bonne groffeur , fans que ce furcroît , tout
confiderable qu'il eft , augmente le prix des
Soufcriptions. Ces cinq Volumes feront dif
tribuez à mesure qu'ils feront imprimez le
premier qui eft achevé , fe délivre actuellement
aux soufcripteurs .
On recevra des Soufcriptions pendant trois
mois pour la France , & pendant quatre mois
pour les Pays Etrangers , à commencer du
premier Juin de cette année 1729.
Les Libraires n'ont point crû devoir accor
der un terme plus long , ne faifant tirer de cet
Ouvrage que cing cent Exemplaires en grand ,
& autant en petit papier.
Le total du prix pour les Soufcrivans eft de
cent vingt livres pour le grand papier , & de
quatre- vingt livres pour le petir.
On donnera le premier Volume fans rien
exiger de ceux qui ont foufcrit entre les mains
de Dom Bernard de Montfaucon , en rappor
tant fa reconnoiffance , en place de laquelle on
Jeur en donnera une autre fignée des Libraires
ci- après nommez .
Ceux qui fouferiront à l'avenir , en prenant
le premier tome , donneront pour l'un & pour
l'autre papier la même fomme de 60. livres
pour le grand, & de 40. livres pour le petit
papier. Au fecond tome tous les Soufcripteurs
payeront 20. livres pour le grand , & douze
pour le petit papier : Au troifiéme , 15 pour
le grand , & douze pour le petit papier : Au
quatrième , pour le grand , & ro pour le
petit papier : Au cinquiéme , to pour le grand,
& 6. pour le petit papier.
Selon le premier Plan imprimé, les Soufcrip-
29 vola
teurs
1376 MERCURE DE FRANCE.
pteurs ne devoient payer la derniere moitié de
la fomme , que quand ils recevroient les quatre
Volumes ; mais comme l'augmentation eft
fi confiderable , qu'au lieu de quatre Volumes
il y en aura cinq , chacun plus gros que n'au
roit été le plus gros des quatre , les Libraires
à raifon des grands frais qu'il faut faire pour
Impreffion , fe Papier & les Planches en taille
douce qui feront gravées très- proprement, ont
crû pouvoir partageri s payeinens comme cideffus
, & d'ailleurs l'interêt eft fi petit, qu'ils
ne penfent pas que perfonne s'y arrête.
Le Public fera content de la diligence qu'on
fera , & l'on efpere de lui fournir les cinq Va-
Jumes avant Pâques de 173 1 .
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
fans aucune diminution 200 liv. pour le grand,
& 140 pour le petit papier..
Les Soufcrivans s'adrefferont , s'il leur plait,
à Don Bernard de Montfaucon , ou aux Li
braires ci - deffous nommez.
Julien- Michel Gandouin , Quai de Conti ,
aux trois Vertus : & Pierre François Giffarty
ruë Saint Jacques , àfainte Therefe
ODES qui ont été prefentées à l'Académie
Royale des Belles - Lettres de-
Marſeille , pour le prix de l'année 1729 .
brochure in- 12 de 32. pages . AMarſeille,
chez J. B. Boy.
Ces Odes font au nombre de quatre ,
& toutes à la louange de M. le Maréchal
de Villars , Gouverneur de Provence &
Protecteur de l'Académie. La premiere
eft de M. Roborel.de Climens , Avocat
2. vol.
: au
JUIN . 1729. 1377
au Parlement de Bordeaux , laquelle a
remporté le Prix . Nous avons inferé la
troifiéme dans notre Journal du mois d'Avril
, avant que le Recueil imprimé à
Marfeille ent été publié .Un Avertiffement.
qui eft à la tête de ce Recueil apprend que
pour éviter les incommoditez de la faifon ,
I'Académie a transferé fa Séance publique,
qui s'étoit ci- devant tenue le premier Mer
credy de Janvier , au premier Mercredy.
d'après la Quasimodo ; & que ce fera pour
l'année 173. qu'elle adjugera le prix à
un Ouvrage de Profe d'une demie heure
de lecture au plus , dont le fujet fera ,Qu'on
ne travaille jamais plus felidement pour
·fon utilité particuliere , qu'en travaillant
pour l'utilité publique. Les Ouvrages ne
feront receus que jufqu'au premier Decembre
1729. inclufivement ; & au lieu
du nom des Auteurs , on mettra au bas
une Sentence tirée des Auteurs Sacrez ou
Profanes. C'est toujours à M. Chalamont
de la Vifclede, Secretaire perpetuel, à qui
il faut les adreffer , en affranchiffant les
Paquets , & marquer une adreffe à laquelle
il enverra fon Recepiflé.
LES TRAGEDIES DE SENEQUE .
avec des Notes entieres de Jean Frederic
Gronovius , les Notes choifies de Lipfe ,
de Delrio , de Gruter , &c . & celles de
2. vol. Jeans
1378 MERCURE DE FRANCE .
Jean Gafpard Schræder , qui a pris foin
de cette Edition . A Delft , chez Adrien
Beman. 1728. in-+" . de 802. pages ,
fans les Prolegomenes , qui en rempliffent
plus de 15 , ni la Table qui en occupe
27. en Latin.
ރ
SINGULARITEZ concernant les Gens
de Lettres , recueillies de divers Ecrits
foit Latins , foit en langue vulgaire , &
rangez fuivant l'ordre alphabetique , par
Antoine Mufa. A Wirtemberg , chez
Chrift. Theoph. Ludwig. 1728. in - 8°.
de 138. pages . en Latin.
BIBLIOTHEQUE ITALIQUE , ou Hiftoire
Litteraire d'Italie , tome 1º . A Genêve
, chez M. Boufquet. 1728. Deuxiéme
Extrait.
HISTOIRE de la Ville & du Royaume
de Naples , dit de Sicile , depuis qu'il
fut fous la domination des Rois . Par D.
FrançoisCapecelatro,Napolitain premiere ,
partie , laquelle contient ce qui y eft arrivé
depuis Roger I. jufqu'à la mort de
l'Imperatrice Conftance derniere. A Naples
, chez Jean André Benvenuto . 1724 .
in- 8 °. 389. pages , fans la Préface &
P'Indice. Seconde partie , qui contient la
vie de l'Empereur Frederic II . 331 pages,
fans l'Indice. Tout l'Ouvrage eft en Ita-
-
lien.
Le
JUIN. 1729. 1379
1
I
Le er tome eft divifé en 4. livres.
L'Auteur fait l'Hiftoire de Roger 1. dans
le 1er livre ; celle de Guillaume , dit le
Mauvais, dans le fecond ; celle de Guillaume
, furnommé le Bon , dans le troifiéme
; & celle de Tancrede & de Conftance
dans le quatriéme. Le fecond tome
contient l'Hiftoire de l'Empereur Frederic
Second , qui eut pendant prefque toute
fa vie des démêlez avec les Papes,
DISCOURS SUR L'HISTOIRE & fur
le génie des meilleurs Poëtes Italiens
prononcé par M. le Marquis Scipion
Maffei , à l'ouverture de la nouvelle Colonie
d'Arcadie de Verone. Traduit de
P'Italien des Rime è Profe del Sig. Marchefe
Scip. Maffei , &c. Venile 1719 .
avec des Notes du Traducteur.
Ce Difcours commence ainfi : >> Une
» noble ardeur vous a fait fouhaiter de ra-
» peller ici les Mufes , vous avez voulu
≫ tenir de l'illuftre Corps des Arcadi de
» Rome l'établiffement d'une Colonic
» dans les Campagnes de Verone, & vous.
» voici heureuſement affemblez
» commencer, fous de favorables aufpices,
» une entreprife fi louable & fi bien con-
» çue. Le but d'un pareil établiffement
» eft , vous le fçavez , Meffieurs , de n'avoir
d'autre foin , que celui de cultiver
› pour
2. vol.
les
1380 MERCURE DE FRANCE :
» les Belles Lettres : Le tems & le lieu ne
» doivent fe regler qu'à notre gré , ou fe-
» lon nos interêts . Nous nous affemble-
» rons , quand & où il nous fera le plus
» agréable tout s'y paffera fans pompe ,
» fans diftinction , fans folemnité . L'éclat ,
» le rang , les fonctions , font un poids
» fous lequel la plupart des Académies fuc-
» combent , & qui ne fait que les détour-
> ner de leur but. Dans tout ce que nous
» prononcerons , fuivant les Loix d'Ar-
» cadie , nous ne ferons point aſtraints à
» traiter certains fujets . Chacun pourra
compoſer felon fon génie , & fuivra uni-
» quement fon goût dans fon choix . Par
» là nous ne nous priverons pas des chefs-
» d'oeuvre de l'efprit , qui naiffent pour
» l'ordinaire du capricè , fur des fujets
» choifis fans contrainte , & parfaite-
❤ment conformes aux talens. Notre principal
but fera de faire regner dans ces
» aimables contrées , ce goût exquis de la
» belle Litterature , qui fe fit dans le fiecle
paffé une fi grande réputation . Dans
» cette veüe , il me femble qu'il ne fera
» pas inutile de joindre aux mcdeles que
» donneront vos Ouvrages , des réfléxions
» fur la Poëfie Italienne , fur fes divers
» caracteres ,& fur fes principales beautez .
>> Pour cette conference que je n'envi-
» fage que comme l'ouverture de nos al-
2.2 . vol. femblées
JUIN. 1729. 1381
»
femblées , j'ay réfolu de réunir ſous vos
yeux ,
les Poëtes
que
l'Arcadie recon-
» noit pour les meilleurs dans notre Langue
; ne me propofant
pas cependant
de
>> faire mention de tous ceux qui ont réuffi:
» leur énumeration
feule vous feroit à
>> charge. Je montrerai
en racourci les
>> differens ftiles que l'Arcadie approuve ;
» & laiffant à des difcours plus éten-
» dus , le foin de faire connoître
les beautés
particulieres
à chacun de ces Poëtes ,
» j'ajouterai
peu à leurs noms . C'eft , fans
» doute , à l'ignorance
où l'on eft fur les
» Ouvrages
de ces grands hommes , qu'il
>> faut attribuer en bonne partie les tene-
» bres épaiffes dans lefquelles tant de gens
» vivent aujourd'huy
.
» Ce fut dans le XIIIe fiecle , (a ) que
( a ) Ce fut en Sicile , que Fleurit Ciullo
d'Alcami , premier Poëte d'Italie , en 1197.
& quelques autres Siciliens qui l'imiterent .
Ce ne fut point des Grecs , mais des Provençaux
, qui étoient alors celebres , qu'ils prirent
l'idée de leur Poëfie : la preuve en eft , que
les Italiens ne commencerent pas à meſurer
leurs vers par pieds , comme les Grecs , mais
par fyllabes , comme les anciens Provençaux.
Selon M. Crefcembeni , la Poëfie Provençale
eut pour origine la Latine , c'est- à - dire , les
Vers Leonins , qu'il ne croit pas avoir été connus
en Italie , avant l'an 1032. dans le temps
que les Normans y fuivirent le Prince de Salerne.
2. vol.
notre F
1382 MERCURE DE FRANCE.
»> notre Poëfie prit naiffance . Elle com
» mença , pour ainfi dire , à bégayer , dès
» que notre Langue eut pris quelque for-
» me , & c.
Nous ne raporterons rien de plus de ce
Difcours , mais nous croyons devoir nous
arrêter à la note fur le Poëte Luigi Alamanni
, qui nous a paru curieufe. Il étoit
né en 1495 , d'une Maifon illuftre de Florence
, de la faction des Palefchi qui tenoit
pour les Medicis , contre les Poppolani
, partifans de la liberté. Alamanni eut
grande part à la faveur de Jules de Medicis
, depuis Pape fous le nom de Clement
VII . Mais une injure prétendue
l'ayant entierement aliené des interêts de
ce Prince , il entra dans une conjuration
contre lui ; elle fur bientôt découverte :
fon frere fut décapité , & c. Il fe retira à
Venife & delà en France. Florence reprit
après le fac de Rome fon ancienne forme
de République qu'elle ne conſerva
qu'autant qu'il falloit pour mieux fentir
Ja perte de fa liberté. Elle fut la victime de
confederation formée à Barcelonne >
entre l'Empereur & le Pape , & de la paix
faite le 5. Aouft 1529. à Cambrai , entre
l'Empereur & François I.
Alamanni , qui brilla dans fes conjoncrures
difficiles , par fon défintereffement
par fa fageffe , facrifia encore près de &
2. vol.
40000
JUIN. 1729. 1383
40000 Ecus , en fecours pour le maintien
de la liberté , mais il fuccomba enfin
avec fa patrie & fut relegué en Provence,
d'où François I. le tira bien- tôt , en faveur
de fon efprit & de fon mérite. Ce
Prince lui donna le Colier de Saint Michel
, avec un Emploi confiderable chez
la Princeffe Catherine de Medicis , qui fut
enfuite Reine de France .
En 1544. il l'envoya en Ambaſſade i
Charles V. Il lui arriva à fon Audience
une avanture très- finguliere . Comme en
haranguant ce Monarque , il eut repeté
plufieurs fois le mot Aquila , par lequel
commençoient tous fes éloges , l'Empereur
l'interrompit , en récitant ces deux
Vers.
Aquila Grifagna ,
Che per più divorar due becchi porta.
Cette Aigle d'humeur carnaciere ,
Ne s'arme de deux becs crochus ,
Que pour dévorer beaucoup plus.
C'étoit la fin d'un Epigramme fanglante
qu'Alamanni avoit faite contre ce Prince,
dans le temps des ravages qu'il faifoit en
Italie Voici quelle fut la réponſe du
Poëte SIRE , puifque ces Vers font
parvenus à V. M. je ne puis difconvenir
de les avoir faits ; mais j'écrivois alors
comme Poëte à qui la fiction étoit permife
2. vol.
Fij
384 MERCURE DE FRANCE:
& je parle aujourd'hui en Ambaſſadeur
à qui il n'est pas permis de s'écarter de la
verité. Je m'échapois dans ce temps là en
jeune hommes à prefent je parle en vieillard:
Je fuivois le defefpoir dont m'animoit
l'état funefte de ma Patrie ; aujour
d'buy je fuis tranquille & dépouillé de
toute paffion.
On peut juger fi une telle réponſe faite
avec toutes les graces & la préfence d'efprit
imaginable , défarma l'Empereur &
charma fa Cour.
François 1. étant mort , Alamanni ſe
retira en Provence , où la Poëfie avoir
déja fait & fit encore fes délices . Il avoit
dédié fes Elegies & fes Eglogues à François
I. & c'eft dans l'Epitre dédicatoire de
cet Ouvrage , intitulé OpereTofcane , qu'il
parle de cette maniere : » On me blâmera
» peut -être d'avoir employé des Vers non
» rimés, contre l'ufage des meilleurs Poëtes
>> en notre Langue ; mais je répondrai
» que dans les fujets qui demandent des
Interlocuteurs , comme l'Eglogue , la
>> rime eſt tout-à-fait à contre - temps ,
puifqu'elle donne au Dialogue une af-
» fectation ridicule ... dans les fujets
plus elevés , la rime qui tient plus de
l'agréable & du tendre que du Majef-
» tueux enleve au Poëme un caractere
» de grandeur qui en devroit être infepa-
>>
33
?
2. vol.
rable
JUI N. 1729 . 1385
rable : .... Elle arrondit périodiquement
» les phraſes , apporte une uniformité
»ennuyeufe , emprifonne , pour ainfi dire,
>> la penfée , & ne laiffe plus de lieu à la
»> nobleffe , à l'étendue & à la varieté .
On peut juger par ce fragment , traduit
avec foin , que l'Alamanni & le Triffing
font en concurrence pour l'invention des
Vers Sciolti ou non rimez dans leur langue
: comme ils étoient contemporains ;
il feroit affez difficile de décider entr'eux
fur le mérite d'une découverte fi confide ,
rable , fi l'on ne fuivoit l'ordre de leurs
Ouvrages . Par là on s'affure que la So
phoniste du Triffine , qui fut dédiée à
Leon X. en 152 0. a été composée avant
la Coltivazione de l'Alamanni , qui ne fit
ce Poëme que dans fa vieilleffe , & avant
celui de Diluvio qui décrit l'inondation
du Tibre arrivée en 1531. Toutes les aufres
Poëfies de l'Alamanni furent compo
fées en France dès 1522. qui fut l'époque
de fon exil . Plufieurs beaux efprits ont
préferé ce Poëme du Diluvio Romano à
la feconde Ode d'Horace.
NOUVELLES LITTERAIRES . OBSERVATION
fur un foetus qui a demeuré
près de 15. ans dans la matrice de ſa mere
vivante , fans fe corrompre ou deffécher ;
mais gras , frais & plein de fuc , comme
2. vol. les
F iij
12386 MERCURE DE FRANCE.
les plus fains dans l'état naturel. de Turin ,
L'Hiftoire de la Maifon de Savoye
en deux vol. in-folio , compofée avec foin
par M Lama , Profeffeur en Eloquence ,
eft entre les mains des Miniftres du Roy
de Sardaigne pour l'examiner .
Albert Turmermanni , Libraire de Veronne
, qui imprime actuellement en 3 .
vol. in fol. tous les Ouvrages du celebre
Cardinal Noris , vient d'imprimer un
nouvel Ouvrage du Sçavant Marquis
SCIPION MAFFEI , intitulé Hiftoria diplomatica,
vol. in- 4 ° 1727. Dans lequel
on fait l'Hiftoire des Diplomes, & on montre
leur premiere origine & leur ufage
chez les Grecs & les Romains , d'où il
paroît que le P. Mabillon & autres Sçavants
, faute d'être remontez à la fource,
n'ont pas penetré dans le fond & dans
le fens de cette Inftitution . On donne enfuite
une Note de tous les manufcrits en
papier d'Egypte , qui ont été confervez ,
& qui n'ont pas encore été publiez ; à l'occafion
des Médailles appellées le Tavole
Eugubine , on fait une Differtation à part
dans laquelle on découvre l'origine des
premiers Italiens , laquelle a excité l'admiration
de tous les Sçavans qui l'ont vûe.
Cet excellent Ouvrage , dont les Auteurs
de la Bibliotheque Italique promettent de
2. vol.
donner
JUIN. 1729: 7387
donner inceffamment l'Extrait , eft , difent-
ils , un amas furprenant de connoif
fances, & d'obfervations toutes nouvelles ,
& qui y font établies avec beaucoup d'évidence
.
Tartini & Frachi ont imprimé à Florence
, deux Comedies champêtres de Michel-
Ange Boneroti le jeune , avec des
notes de M. Antoine Marie Sulvini. La
Fiera & la Tancia , commedia rufticule.
in- folio , 1726.
Ibidem. Un Recueil de Chanfons . Canzoniere
dell' Abbate Antoine Marie Salvini.
in-4 °.
Mr Vogli , Medecin de Bolongne , a
fait imprimer il y a deux ans des Tables
chronologiques des Hommes qui fe font
rendus illuftres par des Emplois Litteraires
dans l'univerfité de Bológue. en Italien.
Nous parlerons des volumes fuivans ,
quand ils nous feront parvenus.
2. vol .
F iiij REPONSE
1388 MERCURE DE FRANCE .
REPONSE aux Reflexions critiques fur
le Livre intitulé , l'Art de connoître
& de parler , avec la maniere d'écrire
des Lettres , qui je vend chez M. Brunei,
en la grande Salle du Palais , au Merçure
Galant : E. Ganeau , F. Jouenne >
& Huart l'aîné , rue S. Jacques ; par
l'Auteur.
Celui faitles parler , les a don-
Elui qui a fait les Refléxions critiques fur
nées avec trop de politeffe , pour qu'on puiffe
les prendre en mauvaiſe part. On lui fçait bon
gré au contraire de ce qu'il a reconnu l'intention
qu'on a euë de rendre plus utile le cours
des Etudes qu'on fait faire à la jeuneffe , &
de ce qu'il a voulu par fes Refléxions avoir
quelque part au fervice qu'on fouhaite rendre
aux jeunes gens . Tels font les reffentimens qu'a
infpirez fa Critique . On rendroit même volontiers
à fes Refléxions une partie des éloges
qu'il fait de l'Ouvrage , & Fon pourroit lui
donner cette marque de reconnoiffance fans fe
faire un tort confiderable à foi- même , puifqu'il
ne prétend point qu'elles foient contre la
bonté de l'Ouvrage , mais qu'elles faffent feulement
connoître qu'on le pouvoit encore porter
à un plus haut point de perfection Il paroît
avoir de l'érudition & quelque connoiffance
des Auteurs ; mais le Lecteur jugera quand il
aura lû cette Réponse , ce que la juftice permet
de dire de fes Refléxions. On n'examinera
que les principales , perfuadé que la plupart
ne peuvent pas faire grand tort à l'Ouvrage ,
& qu'un Lecteur intelligent trouvera dans-
2. vol. Pexpofé
JUIN
. 1729
1389
l'expofé même qu'il en fait la réponse qu'on
pourroit donner.
L'Auteur femble , dit- il , n'avoir pas fait
affez d'attention au gout du fiecle , en prenant
un ftile fimple & fans ornement , pour expofer
fes Préceptes. Je ne fçai fi en répondant à cela
je ne ferai pas accufé de n'avoir pas jugé affez
favorablement de la capacité du Lecteur . Qui
a jamais pensé qu'il fallût un ftile orné pour
expofer des Préceptes ? Le ftile fimple n'eft il
pas confacré à enfeigner par tous les Maîtres
de l'Art ? Mais fans aller chercher des ornemens
étrangers qui auroient écarté l'attention
du Lecteur du point où l'on devoit le conduire
, on a fçû égayer la matiere en expliquant
chaque Précepte par des exemples qui ont
quelque chofe d'éclatant & qui intereffe , &
fur tout par le contrafte qu'on fait des exemples
ornez , avec les exemples fans ornemens.
On conçoit affez qu'un tel contrafte ne sçauroit
être moins agréable qu'utile , & fi cet
Ouvrage peut avoir la fechereffe que femble
vouloir faire entendre le Critique.
La feconde & la troifiéme Refléxion fe
réduifent à dire que cette Méthode donne
trop de Préceptes , & que la multitude de ces
Préceptes y caufe de la confufion . On répond
à ces deux Refléxions fans les féparer.
Premierement , eft il en la difpofition de celui
qui donne des Préceptes , d'en fixer le nombre
à une petite quantité , s'il veut donner les
moyens furs pour acquerir la perfection det
'Art qu'il enfeigne ? N'eft- ce pas la difficulté
de cet Art qui doit les regler là- deffus Ainfi
l'on fapplieroit volontiers le Critique de ne
pas fe plaindre de l'Auteur , fi le nombre des
Préceptes que contient cette Méthode lui fait
peur , mais de s'en prendre à l'éloquence mê
2. vola
-ine
1390 MERCURE DE FRANCE :
me dont la difficulté les demande tous , & avec
lefquels il eft encore bien difficile de devenir
unbon Orateur. Ilferoit affez fingulier qu'un
petit volume in 12. dont la plus grande partie
confifte en exemples , contint un détail trop
grand de Préceptes fur un Art auffi difficile
que la Rhéthorique.
*
Il falloit que le Critique , s'il vouloit qu'on
donnât créance à fa Reflexion , marquât ceux
qu'il y trouvoit inutiles. C'eſt ce qu'il s'eft bien
gardé d'entreprendre ; mais en quoi pourroit
confifter cette quantité exceffive de Préceptes ;
où pourroient fe trouver ces Préceptes inutiles
& cette obfcurité qu'ils caufent ? Cette
Refléxion tombe fur les lieux & fur les Notions.
Or tous les lieux font renfermez dans
la fignification naturelle , reçûë par l'ufage &
bien expliquée par la Méthode de neuftermes
generaux , l'existence , quiddité , cauſe, quantité
, qualitez , durée , &c. & toutes les Notions
fe réduifent à cinq confiderations , ainſi
qu'on le voit à la fin de la 19 page & au commencement
de la 30 de la Méthode , dont on
ne rapporte pas ici les termes , parce qu'ils
fuppofent qu'on a lû ce qui les précede. Il faut
que le Critique ait lû dans un temps de diftraction
cet endroit dont dépend toute l'intelligence
du fiftême de cette Méthode ; s'il y avoit
fait attention , il n'auroit pas trouvé que les
Notions fuffent en trop grand nombre , mais
il auroit reconnu qu'on n'en pouvoit pas moins
donner dans le deffein de l'Ouvrage , & il les
auroit toutes formées dans fon efprit après la
lecture de chaque lieu , avant que de les lire.
Mais on peut détruire encore mieux ces deux
* Les Notions font des efpeces de Sentence's
& de Maximes , tirées des Lieux de Rhétorique,
2. vol.
ReJUIN.
1729. T
1391
Refléxions du Critique par cette courte Ana
lyfe de l'Ouvrage .
Les Préceptes qu'il dit être en trop grand
nombre , font les lieux de Rhétorique & les
Notions que donne cette Méthode. Ces lieux
n'y font qu'au nombre de neuf. Les Notions
ne font que l'application de ces lieux , ainfi
que le nom le dit. Ces Lieux & ces Notions
font expliquez en des exemples fimples d'abord,
& enfuite en des exemples ornez. Le tout eft
rangé dans un ordre auquel perfonne ne s'eft
encore avisé de trouver à redire ; & comme la
pratique eft fi neceffaire en tous les Arts , ou
tre les exemples qu'on donne fur chaque lieu
l'on defcend ,, pour ne laiffer rien à defirer
dans le plus grand détail des cas où l'on peut
avoir à parler , en donnant la maniere d'écrire
& en citant pour modeles de chaque forte dé
Lettre , celle de Ciceron & de Pline , qui peuvent
en fervir.
Voilà le nombre exceffif de Préceptes & toute
la confufion que caufe leur multitude. On ne
fçait donc pas ce que veut dire le Critique ,
quand il prétend que ce livre feroit plus à la
portée des enfans , s'il y avoit moins de Philofophie.
D'ailleurs il n'eft rien qui foit à la
portée des enfans parmi les chofes mêmes les
plus faciles , s'ils n'ont pas un Maître qui les
leur explique , & un Maître les rend capables
de tout . A quel âge n'en voit-on pas briller en
Logique Il faut ajoûter ici , que quoique la
Philofophie donne aux jeunes gens la plupart
des connoiffances qui font en cette Méthode ,
excepté le Traité des Lieux , qu'on ne trouve ,
dit- on , plus le temps de dicter , il ne leur eft
pas facile de les appliquer à l'Eloquence , à
caufe du grand nombre de chicanes qui leur
fait perdre de vue le but de la Philofophie , &
4. vol. F vi
1392 MERCURE DE FRANCE:
3
à caufe de l'ordre different que demande la
Rhethorique ; que les connoiffances de la Phi
lofophie font pourtant d'une neceffité abfoluë
à celui qui veut devenir éloquent , ainfi que le
dit Ciceron en plufieurs endroits ; & que par
confequent cetteMéthodepeut épargner à ceux
qui veulent acquerir cet Art , la peine de fe
faire un fyftême particulier que ceux qui y ont
de l'experience difent tous avoir été bien des
années à fe faire .
Enfin l'on répond aux autres Refléxions ,
1°. qu'on auroit affez des exemples de Lettres
de Voiture & de M. de Fontenelle , s'ils en
avoient eû de la plupart des efpeces dont on
avoit beſoin ; 2 ° . que les Gens de Lettres
trouvent qu'on a bien intitulé cette Méthode ,
qur contient les principales connoiffances de
la Philofophie , en tirant la premiere partie de
fon titre de la définition de la Philofophie
3°. que la 6 & la 9 Refléxions font fondées
fur des fautes d'impreffion ; 4° . qu'on n'a prétendu
donner les lieux des autoritez que dans
l'ordre naturel & non pas dans l'ordre de dignité.
REFLEXIONS du P. de L. M. fur
un Article du Mercure du mois de Mai
dernier.
L
E P. C. dit que j'ai adopté fon Para
doxe ; qu'on life dans les Mémoires.
de Trévoux ma Differtation , on y trouvera
le contraire . J'ai démontré dans ces
Mémoires, 1. que la fomme de la fuite de I.
fractions qui fait la matiere du Paradoxe
2. vol. étoit
JUIN. 1729. 1393
étoit finie , que la difference des parties
n'étoit point infiniment petite .
2. que les démonftrations de M. F. &
du P. C. ne convenoient point à la fuite
des fractions ; mais feulement à la fuite
des dénominateurs ; d'où j'ai conclu qu'ils
n'avoient point donné le dénouement du
Paradoxe qui roule fur la fuite des fractions
& non fur la fuitedes , dénominateurs . Ce
n'eſt pas là, ce me femble, adopter le Paradoxe
; fi le P.C. avoit fait tomber fon Paradoxe
fur la fuite des dénominateurs , je ne
le défaprouverois point ; mais l'aïant fait
tomber fur la fuite des fractions , je ne
puis l'approuver , ni l'adopter.
2
2
Le P. C. ajoute que l'incidente fur les
feries 1. 1. 1. & , 3,4 , & c. J'ai dit fimplement
que ces feries n'avoient point de
rapport au Paradoxe qui rouloit fur une
ferie qui étoit la difference de ces deux - là
à une unité près qui fe trouve au commencement.
J'aurois pû raifonner de la
maniere fuivante . Selon le P. C. ces deux
feries font égales , ou ne different que
d'une difference infiniment petite : or la
difference de ces feries , c'eft la fuite des
fractions qui fait la matiere du Paradoxe,
à une unité près ; donc la fomme de cette
fuite eft infiniment petite par rapport à
ces deux feries ; donc elle eft finie , puifqu'une
fomme infinie ne peut pas être une
2. vol.
difcrence
1394 MERCURE DE FRANCE.
difference infiniment petite de deux infi
nis fimples.
Pour ce qui eft de l'hiperbole , je n'ai
rien dit que je ne puiffe démontrer aifément
, & fans examiner fi les eſpaces
étoient finis ou infinis , j'ai démontré
qu'il ne pouvoit s'y trouver d'infinis de
differente efpece , comme il fembloit
qu'on vouloit le faire entendre.
A l'égard de l'autorité , il femble qu'on
ne doit pas l'oppoſer à une démonſtration .
C'est un foible moïen pour faire changer
un Géomettre de fentiment. Pour m'obliger
à changer de fentiment , il faudroit
deux chofes la premiere , montrer que
ma démonſtration ne vaut rien ; la feconde
, en apporter une bonne qui montrât
que la fuite en queftion donne une fomme
infinie.
On apprend de Londres que le nouveau
Sisteme de M. Nicolas Robinffon fur la
Raie , les vapeurs & la Mélancolie bypo
condriaque paroît in - 8 ° . chez W. Innys
& c .
L'Auteur explique dans cet Ouvrage
par les regles de la Mécanique la foibleffe
des nerfs & l'inaction des efprits. Il y a
joint un Traité fur la nature , les canfes
& la cure de la Mélancolie , de la folie &
de la frenefie ; avec une Differtation par
2. vol .
ticuliere
JUIN. 1729 1395
ticuliere touchant l'origine des Paffions ,
la Structure , le Mécanifme & le jeu des
Nerfs , neceffaires pour produire la fenfation
dans le corps des Animaux . Le tout
eft précedé d'un Effai Philofophique
concernant les principes du toucher , de la
fenfation & de la refléxion . On y fait voir
de quelle maniere toutes ces fonctions
font dérangées dans les maladies ci - deſſus.
On apprend auffi de Londres , qu'on y
a fait vers la fin du mois dernier l'inoculation
pour la petite Verole à plufieurs
jeunes perfonnes de diftinction ; entr'au
tres à deux fils & une fille du Comte Galloway,
& aux quatre filles du Lord Carteret.
Au commencement de ce mois , M.
Cererbi prefenta à la Reine à Kinfington ,
le premier Volume de l'Hiftoire Naturelle
de la Floride , de la Caroline & de l'lfle
de Bobema , contenant une Defcription
des Plantes , Animaux , Oiſeaux , Poiffons
& Infectes du Pais , avec des Eftampes
enluminées , & dont les deffeins ont
été faits d'après nature . On affure que ce
Livre eft un des plus beaux de tous ceux
qui ont paru jufqu'à prefent en ce genre.
Le 17. Juin , M. Wattey prefenta au
2. vol. Prince
1396 MERCURE DE FRANCE .
Prince de Galles & au Duc de Cumberland
, à Londres , l'Hiftoire de l'Ordre des
Chevaliers du Bain , qui a été écrite par
M. Dithmar , Profeffeur de l'Académie
de Francfort fur l'Oder.
L'Hiftoire facrée de la Providence &
de la conduite de Dieu fur les hommes
depuis le commencement du Monde , juf
qu'aux tems prédits dans l'Apocalipfe ,tirée
de l'Ancien & du Nouveau Teftament
repreſentée en cinq cents Tableaux , gravée
d'après Raphaël & autres grands Maîtres
, & expliquée par les paroles mêmes
de l'Ecriture , en Latin & en François ;
corrigée , & augmentée de Vignettes , &
de Sommaires hiftoriques pour l'intelligence
de chaque Livre de l'Ancien & du
Nouveau Teftament. 3. vol . petit in folio.
Dediée à la Reine par
Demarne
, Gra
veur ordinaire de la Majefté. A Paris ;
chez l'Auteur , ruë du Foin , entrant par
la ruë de la Harpe,au Heaume, quartier de
Sorbonne.
Il paroit un fort beau Portrait en Pied
du Roi Stanislas d'après le Tableau de
M. Venloo , Peintre de l'Académie Roïa
le . Il fe vend chez N. Larmeffin , Graveur
du Roi , rue des Noïers.
2. vol.
Les
JUIN. 17292 1397
T
Les fept Sacremens , petites Estampes
en large , paroiffent chez Crepy le fils ,
rue S. Jacques. Les Sujets en font traités
bien differemment de ceux du Pouffin.
Le même Graveur travaille à une fuite
de 26. Planches , plus grandes que celles
dont on vient de parler , dont dix font
déja en vente . Les Sujets reprefentent diverfes
folemnités & cerémonies de l'Eglife ;
comme la Proceffion de la Fête - Dieu
l'adminiſtration du Viatique , la Proceffion
des Palmes , un Enfant nouveau né ,
ondoïé , la Benediction du Lit nuptial
Meffe Solemnelle celébrée à N. D. par
l'Archevêque de Paris , la Cerémonie du
Pain - Beni que l'on rend , la Cerémonie
des Cendres , le 1. jour de Carême‚la -
doration de la Croix le Vendredi Saint, &
le Lavement des Pieds.
On nous prie d'avertir que le Mardi 26.
Juillet prochain , à deux heures aprèsmidi
& jours fuivans , il fera procedé en
cette Ville , à l'Hôtel de Cruffol , ruë S.
Nicaife , à la Vente , au plus offrant &
dernier Encheriffeur , du Cabinet d'Eftampes
du feu Marquis de Beringhen , Chevalier
des Ordres , & Premier Ecuïer du
Roi. On fçait que ces Eftampes font des
meilleurs & des plus anciens Maîtres de
l'Europe , très bien confervées , & de
"
2. vol.
belles
1398 MERCURE DE FRANCE.
belles épreuves . On fera voir le matin
dans le même Hôtel de Cruffol , depuis 9 .
heures jufqu'à midi , les Eftampes qui feront
venduës le même jour l'après- midi , &
on communiquera le Catalogue imprimé
de ce Cabinet d'Eftampes aux Curieux qui
fouhaiteront le voir.
Le,9 . Mai , l'Académie Françoife élut
M.l'Abbé Sallier,l'un des Gardes de la Bibliotheque
du Roi , pour remplir la place
vacante dans cette Académie par la mort
de M. de la Loubere . Il y prit feance le 30.
Juin , & fit un Difcours de remerciement ,
auquel M. Mirabeau , Chancelier , répondit
au nom de l'Académie . Ils parlerent
tous deux avec beaucoup d'éloquence , &
furent extrêmement applaudis . M. de la
Motte recita enfuite le Difcours Préliminaire
de fes Reflexions fur la Tragedie ,
ouvrage qu'on imprime actuellement, avec
fes Pièces, en 2.Volumes , dont le 1. contiendra
les Reflexions & le 2e les Tragé
dies.
Le fieur Baradelle , Ingénieur du Roi
pour les inftrumens de Mathématique ,
continuë de diftribuer au Public des Ancriers
dont la proprieté eft de conferver
l'ancre pendant plufieurs années fans
qu'elle puiffe fe fecher ni s'épaifir , &
• peut
JUIN. 1729.
139HÈQUE
DELA
·
peut fe mettre dans une malle patiYON
des hardes & des papiers , fans danger
qu'il en puiffe jamais fortir une goutte goune13
d'ancre , par le moïen d'une Soupape qui
empêche même l'air d'y entrer . C'eſt le
fieur Baradelle qui les a réformés , dit - il ,
& perfectionnés d'après le Pere Sebaſtien
qui en étoit l'Inventeur. Il en fait un d'une
figure irreguliere & convenable, dont plufieurs
perfonnes connoiffent l'utilité . C'eft
lui qui trace les Meridiens pour le vrai
midi , qui eft l'heure la plus jufte du jour.
Ilfe fert des principes que M M. de l'Ob.
fervatoire lui ont enfeigné , & les va tracer
dans toutes les grandes Maifons de
Paris & aux environs . Sa demeure eſt toujours
Quay de l'Horloge du Palais , à l'enfeigne
de l'Obfervatoire .
On nous prie de faire obferver que dans
le Mercure du mois de Mai dernier , à la
page 97 1. il y a deux livres annoncés qui
fe vendent chez Jean Villette fils , Libraire
rue S. Jacques à S. Bernard , & chez
François Chereau , Graveur , ruë S. Jacques
, aux deux pilliers d'or ; l'un eft la
Paffion de N.S.J.C. & l'autre les actions
du Prêtre à la fainte Meffe ; il n'y a que
dans celui qui eft intitulé les Actions du Prêtre
à la fainte Meffe , où les Eftampes foient
gravées par Sebaftien le Clerc , les Eftam-
2. vol.
pes
1400 MERCURE DE FRANCE .
pes de l'autre livre font des copies . Les
Originaux fe vendent chez Jeaurat , Graveur
, au bas de la rue des foffez faint
Victor.
Nous remercions M. A. Q. Curé d'E ***
de fes Obfervations & de fes bonnes intentions
pour la fatisfaction des Lecteurs & la
perfection du Mercure , que nous n'avons rien
tant à coeur que de rendre utile , amuſant &
d'un vrai fecours pour l'exactitude des faits
Hiftoriques qu'on y rapporte , pour les dattes,
pour les noms propres , & c. Mais comme on
trouve des faits douteux & des dates fauffes dans
les Ouvrages les plus importans & faits à loifir,
ainfi que M.A.Q. le reconnoît , comment ne fe
trouveroit-il pas quelques fautes dans ce Jour
nal qui eft toûjours fait avec précipitation !Nous
redoublerons cependant notre attention , &
nous prions très inftamment les perfonnes intereffées
aux évenemens prefens , d'envoyer
elles mêmes des Mémoires juftes , foit pour
compofer , foit pour rectifier les articles que
des perfonnes mal inftruites & fouvent peu
capables , nous envoyent .
XXXXXXXXXXX
CHANSON.
Oux meflagers du jour , qui chantez dans
ces bois ,
Triomphez vous de ma défaite ?
Je n'ay pu réfifter aux charmes de Nannette :
Mon coeur fe foumet à ſes loix :
2. vol.
Si
JUIN. 1729. 1401
Si vos chants redoublez murmurent de la peine
Que m'annonce fa cruauté ,
Chantez , petits oifeaux , j'en fuis trop enchanté
Pour renoncer à l'inhumaine ,
Et j'aime mieux encor tout le poids de ma
chaine ,
Que la plus douce liberté.
Lombard.
********
SPECTACLES.
E 14. & le 17. Juin , la Signora
Rola Ungarelli & le Signor Antonio
Maria Riftorini, dont il a été parlé dans le
premier Volume de ce mois , reprefenterent
fur le Théatre de l'Académie Roïale de
Mufique une feconde Piéce qui avoit pour
titre , Dom Micco & Lefbine , dont voici
le fujet en peu
de mots.
Au premier Acte , Lefbine veut fe jouër
de Dom Micco fon Amant . Ce dernier eft
une espece de Capitan qui fe vante d'être
un foudre de guerre. Lefbine lui proteſte
qu'elle ne confentira à l'époufer qu'après
qu'il aura vaincu fon Frere qu'elle croit
plus vaillant que lui. Dom Micco lui
met de triompher de lui . Lefbine va le
pro-
3. vol.
défier
1402 MERCURE DE FRANCE.
défier de fa part , & lui dit de s'armer de
pied en cap contre un Ennemi auffi redoutable
.
Dom Micco armé de toutes pieces commence
le fecond Acte ; il s'excite au com
bat par des chants qui expriment parfaitement
le bruit du tambour & le fon de la
trompette;mais la fraïeur le faifit à l'apptoche
de fon adverfaire . C'eft Lefbine ellemême
travestie en Soldat ; au premier
coup qu'elle paroît porter , quoique de
loin , à fon Ennemi , il tombe par terre ,
& dit qu'il eft mort . Lefbine continuant
fon jeu , feint de le croire mort , & fe
faifant connoître pour ce qu'elle eft , témoigne
le regret qu'elle a d'avoir ôté la
vie à un ficher Amant. Dom Micco a beau
lui dire qu'il n'eft pas mort , elle s'obſtine
à croire qu'il l'eft veritablement , &
lui dit que ce n'eft que l'ombre de fon
cher Micco qui lui parle. Lefbine feint
de vouloir fe tuer ; Dom Micco la fuit pour
l'en empêcher.
Dans le troifiéme Acte , Lefbine plus
perfuadée de l'amour que de la valeur de
Dom Micco , fe détermine à l'épouſer ;
mais elle veut encore fe donner la Comédie
à fes dépens . Dom Micco vient ; Lefbine
continue à le prendre pour une Ombre
qui vient lui reprocher fa mort . Elle
fe laiffe enfin perfuader que c'eft ſon
2. vol.
Amant
JUIN
. 1729.
1403
Amant même qui lui parle ; mais elle lui
dit qu'elle ne fçauroit le réfoudre au mariage
à caufe des inconvenients qu'elle y
trouve. Dom Micco à beau lui en peindre
tous les avantages , elle perfifte dans
fon deffein . Il veut fe tuer pour l'atten
drir ; elle l'invite à fuivre un fi genereux
deffein qui le rendra encore plus aimable
à fes yeux. Il n'a garde de lui donner cette
nouvelle preuve d'amour , & fé contente
d'en faire le femblant . Ce jeu aïant longtems
duré , Leſbine touchée de fa perieverance
, confent à le rendre heureux , &
c'est par là que la Piéce finit .
Les Repreſentations de cette feconde
Comédie , que les Italiens appellent du
nom d'Intermede ont été interrompuës par
les grandes chaleurs. En attendant , on joue
P'Opera de Roland depuis le Jeudi 23 .
Juin.
Le 18. Juin les Comediens Italiens -
donnerent la premiere repréſentation d'une
Comédie intitulée la Nouvelle Colonie
ou la Ligue des Femmes , dont M. de Marivaux
eft Autheur. Cette Piece n'a pas été
auffi heureufe que la plupart de celles qui
font forties de fa plume . Il l'a retirée des
la premiere Repreſentation , & nous a réduits
par là à n'en pouvoir donner qu'une
idée confufe, Voici à peu -près dequoi il
s'agit
Des
404 MERCURE DE FRANCE .
Des Femmes qui habitent une Ifle ont
affez d'ambition pour ne vouloir plus vivre
dans la dépendance des hommes , elles
trouvent fort mauvais que ces derniers ne
les admettent pas au Gouvernement.
L'action Théatrale commence précifement
dans le même jour qu'on fait l'élection
de deux nouveaux Gouverneurs
dont l'un reprefente la Nobleffe , & l'autre
le Tiers- Etat . Sylvia , la premiere &
la plus hardie des femmes qui veulent ſecouer
le joug que les hommes leur ont impofé
, aïant appris que Timagene vient
d'être élu Chef de la Nobleffe , fe flatte
d'obtenir de lui ( en faveur de l'amour
qu'il a pour elle ) qu'il faffe rendre juſtice
à fon fexe ; elle lui protefte qu'il doit renoncer
à fon amour , s'il ne la tire de l'efclavage
où l'injuftice des hommes a réduit
les femmes jufqu'à ce jour ; elle le
charge d'en faire la propofition au Confeil
. Timagene n'oublie rien pour lui faire
concevoir l'abfurdité de fes prétentions ;
elle n'en veut point démordre , & le quitte.
Timagene ne pouvant vivre fans l'objet
de fon amour , eft tout prêt à renoncer à
fa nouvelle dignité ; mais Sorbin qui
vient d'être aflocié au Gouvernement
avec lui s'oppoſe à ſon deffein , quoique
Madame Sorbin fa femme prétende la.
même chofe que Silvia , & foit prête à
>
2. vol. faire
JUIN. 1729. 1405
·
faire divorce , s'il lui refufe ce qu'elle exige
de lui. Sorbin après quelques momens
de fermeté , le réfout à abdiquer comme
Timagene ; mais craignant qu'on ne faffe
violence à Silvia & à Mad. Sorbin fous un
autre Gouvernement , ils prennent le parti
avant que d'abdiquer de faire une nouvelle
loi qui ordonne qu'on ne pourra
proceder contre les femmes que par la
voïe des prieres & des remontrances. Un
Philofophe eft affocié aux deux Gouverneurs
pour leur fervir de Confeil . Ce Philofophe
qui s'appelle Hermocrate leur reproche
la foibleffe qu'ils ont pour un fexe
dont ils doivent être les Maîtres. Dans
le nouveau Confeil qui s'affemble pour
recevoir l'abdication de Timagene & de
Sorbin , Hermocrate eft élu pour gouverner
feul ; il fignale fon avenement à
l'Empire par l'exil du Pere & de l'Amant
de Sylvia , & par celui de Sorbin & de fa
femme. Arlequin , Gendre prétendu de
M. Sorbin fe trouve envelopé dans la mê
me punition . Cette féverité d'Hermocrate
fait rentrer les femmes dans leur devoir ,
& les oblige à renoncer à leurs prétentions.
La Piéce eft fuivie d'un Divertiffement
où l'on chante l'avantage que l'Amour
donne aux femmes fur les hommes ,
pour les dédommager de la part que ces
derniers leur refufent dans le Gouverne-
2. vol.
G ment.
1406 MERCURE DE FRANCE .
ment. La Fiéce eft en Proſe & en trois
Actes , le Divertiffement a été fort applaudi
, il a été mis en Mufique par M.
Mouret.
Le lundi 20. Juin , le fieur Bagniere ,
nouvel Acteur Toulouzain , dont nous
avons parlé dans le 1. Volume de ce mois ,
joua au Théatre François le Rôle du Gaſcon
, dans la Comédie des Menechmes
d'une maniere très originale , & il y fut.
beaucoup applaudi.
Il a joué depuis le Rôle de Fyrrhus dans
la Tragédie d'Andromaque ; il avoit joué
ce Rôle ; mais il n'avoit jamais joüé ceux
de Mithridate ni d'Agamennon. Le Sr.
Sarrazin a joué pour la premiere fois dans
la même Piéce le Rôle d'Orefte , & il y a
été fort applaudi. Il fuffit de dire que la
Dlle. Le Couvreur a joué le Rôle d'Hermione
, pour faire juger du plaifir qu'elle a
fait . La Dlle de Cleves a auffi joué pour la
premiere fois le Rôle d'Andromaque.
Le même Acteur Toulouzain a joué
depuis le Rôle du Grand - Prêtre dans la
Tragédie d'Attalie , & y a foutenu l'opinion
où l'on eft des talens qu'on lui
trouve.
On donnera au commencement de Juillet
la nouvelle Piéce intitulée les spectales,
qu'on répete & dont on dit beaucoup
2. vol.
de
JUIN. 1729. 1407
de bien. Cet Ouvrage eft compofé d'un
Prologue en Profe , d'une Tragédie en un
Acte intitulée Polixene , d'une Comédie
auffi en un Acte fous le titre de l'Avare
amoureux , en Profe , & d'une Paftorale
ou petit Opera intitulé Pan & Doris
avec un Balet , des Choeurs & c.
Les mêmes Comédiens remirent au
Théatre le 24. de ce mois La Femme
Juge & Partie , Comédie de Montfleury
qui fait grand plaifir au Public . La Dia
Quinaut & le S Poiffon y joüent les principaux
Rôles.
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure.
M
Lle Quinault joua hier la Femme
Juge & Partie , dans une fi grande
perfection , Monfieur , que je ne pûs
m'empêcher de faire pour elle , le Madrigal
que je vous envoye : Comme je ne
fuis pas à portée par moi - même de lui
rendre mon hommage particulier , & que
je veux lui en rendre un public , tel qu'il
lui convient , j'ai crû que vous en étiez le
confident le plus naturel : d'ailleurs ello
ne fçauroit qu'y gagner , auffi bien que
mes Vers ; ne differez donc pas , Monfieur
, de reveler mon fecret , & laiffezmoi
vous en faire un de mon nom . Je
fuis , Monfieur , &c.
2. vol.
MADRIGAL
.
Gij
1408 MERCURE DE FRANCE
MADRI GA L.
Que d'efprit , & que d'élegance ,
Quinault , tu mets dans ton jeu !
Et qu'au brillant d'un fi beau feu
Tu fçais mêler de bienfceance !
Par toy , l'Auteur peu châtié ,
Retrouve de la modeſtie ,
Et la Femme Juge & Partie ,
En eft plus belle de moitié.
xe-
LA PRINCESSE DE LA Chine ?
Opera - Comique , en trois Actes
prefenté pour la premiere fois à la Foire
S. Laurent , le Samedi 2 5 Juin. Extrait .
ACTE I.
Novoiddie Répofuillé
·
Oureddin, Prince de Vilapour , après
avoir été dépouillé de fes Etats par
le Mogol , & avoir perdu fon Pere dans
une bataille , vient à la Chine , accompagné
de Pierrot , fon Confident , dans
le deffein de demander une retraite au Roi
Altoun Can. Le Prince , en arrivant à
Péquin , rencontre Repfima , veuve d'un
de fes Ecuyers , avec la Fille Elmazie. Elles
lui apprennent de quelle façon elles font
venues s'établir à la Chine pendant les
guerres de Vilapour , & comment Elmazie
eft devenue Favorite de la Princeffe de la
2. τοί,
Chine.
JUIN . 1729. 1409
>
Chine. Pendant qu'ils s'entretiennent , il
paffe un Prince que l'on conduit à la mort
en grande cérémonie . Noureddin en demande
le fujets Elmazie prend la parole
& dit : Que la Princeffe de la Chine
furnommée Diamantine eft doüée
d'une beauté parfaite , & d'un efprit incomparable
; mais qu'elle a une haine.
invincible pour les hommes : Qu'il y a
deux ans que le Roi du Thébet l'envoya
demander en mariage pour le Prince fon
Fils , qui en étoit devenu amoureux fur
un portrait qu'il avoit vû d'elle : Que la
Princeffe voyant Altoun - Can difpofé à
l'accorder , en étoit tombée malade de
chagrin , & avoit déclaré à l'extrémité
qu'elle fe laifferoit mourir , fi fon Pere ne
s'engageoit , par un ferment inviolable ,
à foufcrire aveuglément à ce qu'elle vouloit
exiger de lui : Que le Roi qui aime
paffionnément fa Fille , craignant de la
perdre , avoit juré par l'ame du Prophete
Jochmouny , qu'il lui accorderoit tout ce
qu'elle voudroit lui demander : Qu'alors
la Princeffe avoit dit à fon Pere : Seigneur,
je demande que vous faffiez publier un
Edit , par lequel vous ferez fçavoir qu'-
aucun Prince ne pourra m'obtenir , qu'il
n'ait auparavant deviné trois Enigmes que
je lui propoferai ; & que , s'il ne les devine
pas , il aura la tête coupée fur un
2. vol.
Giij
échaffaut
:
1410 MERCURE DE FRANCE .
échaffut. Que le Roi s'étoit d'abord re
volté contre la Fille ; mais qu'elle lui avoit
reprefenté qu'il ne pouvoit plus fe dédire
, qu'il étoit lié par fon ferment ; que
d'ailleurs il n'y avoit rien à craindre , qu'
aucun Prince ne feroit jamais affez téméraire
pour ofer la demander à ce prix :
Qu'enfin le Roi , perfuadé qu'effectivement
il ne rifquoit rien à contenter fa
Fille , avoit rendu l'Edit qu'elle lui demandoit
Que cependant il s'étoit préfenté
plufieurs Princes , qui avoient eu la
témérité d'entreprendre de répondre aux
Enigmes de la Princeffe , & qu'ils avoient
tous péri: Que celui qu'il venoit de voir
paffer , étoit le malheureux Prince de
Bafra. Elmazie prend congé de Noureddin
, après lui avoir promis d'engager la
Princeffe à parler pour lui au Roi . Nou
reddin & Pierrot , s'entretiennent de ces
Amans audacieux , qu'ils traitent de foux.
Il arrive fur la Scene un Vieillard vivement
affligé , qui déplore le ført du Prince
de Bafra , dont il fe dit Gouverneur . Il
tient à la main le portrait de la Princeffe
de la Chine , fur lequel fon Maître étoit
devenu amoureux . Il infulte à cette peinture
la foule aux pieds , & s'en va.
Pierrot ramaffe le portrait ; le Prince de
Vilapour le lui arrache , & le met dans fa
poche , en fe moquant des effets qu'il a
?
!
2. vol.
produits.
JUIN
1729. 1411
*
produits . Auffi -tôt paroiffent des Bonzes ,
qui viennent , par ordre du Roi , faire un'
facrifice à Jachmouny , pour prier ce Prophete
d'empêcher , par la puiffance , qu'il
ne vienne de nouveaux Princes chercher
la mort ; ou que s'il s'en préfente encore
quelqu'un , fa témérité foit heureufe.
ACTE II.
Le Prince Noureddin
> après
avoir
confideré
par curiofité
le portrait
, a le
malheur
de s'en laiffer
charmer
. Au lieu d'aller
offrir
fes fervices
au Roi de la Chine
, il va lui demander
la permiffion de répondre
aux Enigmes
de la Princeffe
. Le Roi , épouvanté
du deffein
du Prince
,
pour qui d'abord
il conçoit
beaucoup
d'a- mitié , lui reprefente
la rigueur
de l'Edit,
& fait tous les efforts
pour le détourner de la réfolution
. Voyant
que Noureddin y perfifte
, il lui donne
quelques
heures pour
faire fes dernieres
réfléxions
. Ce
Monarque
fe retire fort touché
de l'obftination
de Noureddin
, qui demeure
à contempler
le beau portrait
de la Princeffe
. Pierrot
arrive . Le Prince
lui déclare
fon deffein
, le Confident
en eft effrayé
. Elmazie
, qui vient
d'apprendre
du Roi même
l'intention
du Prince
de Vilapour
fe joint à Pierrot
; & ils n'épargnent
rien tous deux pour l'ébranler
. Tandis
que
2. υοί .
Giiij pour
1412 MERCURE DE FRANCE:
pour cela ils font des efforts inutiles , le
Grand Colao , vient dire à Noureddin ,
qu'Altoun - Can , voulant tout mettre en
afage pour conferver un jeune Prince
pour qui il fe fent plus d'inclination qu'il
n'en a jamais fenti pour tous ceux qui font
venus demander fa Fille , va lui envoyer
plufieurs Princeffes Efclaves qu'il a dans
fon Palais : Qu'il efpere que parimi elles
il s'en trouvera quelqu'une qui aura le
pouvoir de le détacher de fa Fille . Noureddin
, par complaifance pour le Roi ,
confent de voir fes Princeffes . Il en vient
deux fort aimables , qui l'agacent , & qui ,
par des difcours Aateurs , s'efforcent de
faire quelque tendre impreffion fur lui.
Pierrot favorife leur intention , en excitant
fon Maître à fe déclarer pour l'uned'elles
. Le Prince répond poliment ; mais
ces belles Efclaves , ne pouvant le gagner
par
leurs douceurs , ont recours aux charmes
de la danfe pour l'engager. Leurs pas
ne font pas plus d'effet fur Noureddin que
leurs egards.
ACTE III.
Le Roi Altoun - Can vient retrouver le
Prince de Vifapour. Et après avoir fait
envain de nouveaux efforts pour le faire
renoncer à fon entreprife , il le quitte en
colere , en lui difant qu'on va le venir
2. vol. prendre
JUIN. 1729. 1413
prendre pour le conduire au Divan.
Pierrot vient encourager fon Maître , en
lui difant qu'il veut l'accompagner au Divan
, & l'aider à deviner les Enigmes . Le
Gr. Colao arrive , & annonce au Prince
qu'on l'attend . Noureddin & Pierrot le
fuivent. Le Théatre change , & repréfente
la Salle du Divan. On y voit Altoun-
Can fur un Trône d'or , & la Princeffe
fur un Trône d'Argent. Plufieurs
Mandarins de la Science , qui doivent
être les Juges , font rangés des deux côtés
de la Salle . Le Roi reproche à fa Fille les
évenemens tragiques que caule fa cruauté.
La Princeffe lui répond, qu'il ne doit point
lui faire un crime du fort de fes Amans ;
qu'ils font injuftes de venir attenter à fa
liberté & troubler le repos de fa vie. Le
Gr. Colao améne Noureddin , un Mandarin
lui demande s'il a connoiffance de l'Edit ,
le Prince dit qu'oüi. Le Mandarin lui répond
, qu'il ne doit donc s'en prendre
qu'à lui- même s'il perd la vie . La Princeffe
adreffe alors la parole au Prince
par ce Couplet .
Air : Le Seigneur Turc a raison.
O vous , malheureux Amant ,.
Qu'à regret j'attire !
Peut- être qu'en ce moment
9
2. voli
Votre Gv
1414 MERCURE DE FRANCE;
Votre confiance expire.
Si du péril vous avez
Quelque frayeur , vous pourez
Encor vous en dédire .
Le Prince. Air: Quand le péril , &c.
Quand le péril eſt agréable ,
Le moyen de s'en allarmer !
Le puiffant Dieu qui fait aimer
Me rend inébranlable .
Le Roi dit à fa Fille de propofer fes
Enigmes au téméraire , puifqu'il veut abfolument
périr.La Princeffe auffi-tôt chante
ce Couplet qui contient fa premiere
Enigme. Air de Joconde.
Quelle Fille tuë , en naiffant ,
Celle qui la fit naître ;
Et qui bientôt en périffant ,
Lui rend fon premier être ?
Cette Fille a fçû dans mon coeur.
Obtenir une place.
Le Prince.
Belle Princeffe , mon ardeur
Veut fondre cette Glace..
Le Choeur des Mandarins applaudit à
la réponse du Prince. Après quoi la Princeffe
propoſe fa 2º Enigme par ce couplet
, fur l'Air On n'aime point dans
nas Forêt.
Quels
JUIN
. 1729.
•
1415
Quels font deux Freres , qui , fans voix ,
Sçavent bien former, un langage ?
Bleffer impunément les Rois ?
Qui , fans bruit font un grand ravage
Es fans fortir , vont en tous lieux ?
Le Prince.
Ce font , Princeffe , vos beaux yeux.
Après que les Mandarins ont encore
approuvé cette réponſe , la Princeffe vient
à fa 3º Enigme , & chante fur l'Air : Quand
on a prononcé ce malheureux oui .
Pour la troifiéme fois , dites-moi , je vous prie,
Ce que vous n'avez pas , & que de votre vie
Vous n'eûtes, que jamais vous ne pouvez avoir ,
Et que pourtant de vous je pourrois recevoir
Le Prince. Air : Sur les Terreaux-
C'eft un Epoux.
Que n'eûs , & n'aurai de ma vie ;
C'eft un Epoux.
Je puis vous le donner , à vous.
Pierrot.
Au nid il a trouvé la pie !
Hé bien , qu'en dit la Compagnie
Le Colao.
C'est un Epoux.
2. vol.
Chaur G vj
1416 MERCURE DE FRANCE
Choeur de Mandarin.
C'eft un Epoux.
Le Roi. Air : J'étois ... j'étois perdue.
Le Ciel a comblé mes fouhaits ,
Il me donne un Gendre !
Et nous n'aurons plus déſormais
De fang à répandre.
La Princeffe au Roi.
Enfin le calme eft rendu
A votre ame éperduë :
Le Prince a bien répondu ;
Je fuis , ..je fuis vaincuë .
Le Prince à la Princeffe. Air : Un
Berger dans un, coin , du matin.
Achevez le bonheur
Du Vainqueur !
Acheyez fon bonheur !:
Pour augmenter ma gloire
Pour prix de mon ardeur ,
Joignez à ma victoire
Le don de votre coeur.
La Princeffe au Prince : Air : Quand
le péril.
Ah ! fi ce don étoit à faire ,
Je ne fçais , Seigneur , fi ma main
2. veh
Jamais
JUIN
.
141
1729
Jamais du Prince Noureddin
Eût été le falaire.
Air : L'autre nuit j'aperçûs en fonge.
A mes Enigmes fi faciles
Les Mandarins ont dû penfer ,
Que je craignois d'embaraffer ,
Par des demandes trop fubtiles .
Mon efprit n'en eft point l'auteur ,
C'est un ouvrage de mon coeur.
Le Prince baife la main de la Princeffe .
Et la Piéce finit par un Balet de l'Hymen
& de l'Amour , qui viennent avec tous
leurs fuivans ( qui font les Nations des
quatre Parties du monde ) s'applaudir de
la victoire qu'ils ont remportée fur une
Princeffe fi rébelle à leurs loix. Après la
danfe on chante le Vaudeville , dont l'air
eft de Mr Gillier.
Premier Couplet.
MA foi , fi
Diamantine
Eut mis toute fa doctrine ,
Le Prince ne tenoit rien ;
Mais le Grand Dieu de Cythére
S'eft mêlé de cette affaire .
Un peu d'aide fait grand bien .
bist
Lorfqu'à trop neuve jeuneſſe
2. vol.
Vous
1418 MERCURE DE FRANCE.
Vous allez parler tendreffe ,
Souvent vous ne tenez rien ;
Mais une adroite Suivante
Sçait dégourdir l'Innocente :
Un peu d'aide fait grand bien.
De fon fond un plat Génie
Veut faire une Comédie ,
Il fe tue & ne fait rien ;
Mais il pille , & fait fans peine
Des Pièces à la douzaine :
Un peu d'aide fait grand bien.
M
Un Plaideur dans l'indigence
Sollicite une audience ,
Le pauvre homme ne tient rieng
Mais , par fa femme jolie ,
Il fait tant qu'on l'expedie :
Un peu d'aide fait grand bien.
Un Galand fexagenaire ,
Envain aux Belles veut plaire ,
Le Bon- homme ne tient rien ;
Mais pour peu qu'il s'adonife ,
Il paroit encor de mife :
Un peu d'aide fait grand bien.
2. vol. Anx
JUIN. 1419 1729.
Aux Spectateurs.
Si votre délicateffe
Juge à la rigueur la Piéce ,
Meffieurs , nous ne nenons rien ;
Que ce foit votre indulgence
Qui prononce la Sentence
Un peu d'aide fait grand bien.
On trouvera l'Air noté de ces couplets ;
avec la Chanson , page 1400.
On nous écrit de Valognes que le Sieur
Garnier , Maître à danfer , établi dans.
cette Ville , prend un foin particulier pour
les jeunes gens dont on lui confie l'éducation
; car outre la Langue Latine qu'il enfeigne
chez lui, & les répetitions qu'il fait
aux Ecoliers de ce qu'on leur enfeigne chaque
jour au College de Valognes , il n'épargne
rien pour leur donner le bon air du
monde , fi defiré parmi les honnêtes gens.
Les Penfionnaires du Sr Garnier ont donné
depuis peu des marques publiques de
cette belle éducation par une Tragédie
qu'ils ont reprefentée avec beaucoup de
fuccès le 9. Juin dernier ; Sçavoir , laMort
de Poupée , Tragédie , fuivie de l'Avare.
Comélie de M. de Moliere. Ces deux
Pieces fuivant le Programme imprimé à
Valognes, furent fuivies d'un Balet intitulé
2. vol. le
1420 MERCURE DE FRANCE.
le Rétablissement de la Santé du Roi , de la
compofition du même St Garnier. Com-*
me les deux premieres Pieces font affeż
connues , nous nous contenterons d'entrer
dans le détail du Ballet.
Rien n'eft plus fimple & plus naturel
que le deffein de ce Ballet , puifque ce n'eft
autre chofe qu'une réjouiffance & un divertiffement
public que de jeunes Gens
de Qualité & de Diſtinction , fous la
conduite de leur Maître à danfer , veulent
donner à la Ville de Valognes , à l'occafion
du rétabliffement de la fanté du Roy .
De tout tems les François fe font diſtingués
entre toutes les autres Nations par
Fattachement inviolable qu'ils ont cû pour
le Prince qui les a gouvernés, ce qui a parû
par les voeux qu'ils ont toûjours faits pour
la profperité de fes Armes & pour la confervation
de fa fanté , qui étoient ordinairement
fuivis de Feux de Joyé , de Carouzels
, d'Arcs de Triomphe , de Courſes de
Bague & autres Fêtes pompeupes & folemnelles.
Il y va donc de notre gloire de ne
pas degenerer en cette occafion de la vertu
de nos Ancêtres ; & après avoir rendu
graces au Seigneur dans le Sanctuaire , de
faire aujourd'hui éclater notre joye en public,
autant que l'état d'un chacun le pourra
permettre. C'est ce que vient de faire toute
la Cour , c'eft ce qu'ont fait les Princes
2. vol.
&
JUIN 1729. 1421
& les Princeffes & tous les Etats du Roïaume
, & c'eft ce que nous allons faire à leur
exemple dans la Repréſentation des quatre
Parties de ce Ballet.
Premere Partie.
Le Roi ne fe voit pas plutôt affranchi
des fuites de la maladie dangereufe dont il
a été attaqué , qu'après en avoir rendu graces
à Dieu, il paroît en public & fe fait voir
à toute la Cour. Les Princes & les Prin
ceffes en marquent leur joye avec tous les
Courtifans .
Seconde Partie.
Sa Majesté fentant fes forces s'augmen
ter de jour en jour , prend le divertiffement
ordinaire de la Chaffe dans la Forêt de Fontainebleau
avec les jeunes Seigneurs de fa
Cour & les Dames du premier rang habil
lées en Amazônes . Les Bergers & les Bergeres
accourent au bruit des Chaffeurs &
font en allant à leur rencontre des rondesdanfes
au fon de leurs chalumeaux & de
leurs mufettes.
Troifiéme Partie.
Non-feulement les Princes & les Princeffes
avec les jeunes Seigneurs de la Cour
font éclater leur joye en cette rencontre
mais encore les perfonnes de tout âge
& de toute condition qui font dans le
2. vola
Royaume
1422 MERCURE DE FRANCE .
Royaume veulent fuivre en cela leur
exemple. Ceux qui excellent dans les
Arts Liberaux & dans les Mécaniques , fe
diftinguent entre les autres , tantôt par des
récits mêlés de Choeurs de Mufique , &
tantôt par des danfes grotelques qui font
un nouveau Spectacle.
Quatrième Partie.
Les Etrangers qui étoient alors à Fontainebleau
aprenant la Convalefcence de
Sa Majefté , font auffi entr'eux des réjouiffances
à la façon de leur Pays , & les Ambaffadeurs
d'Eſpagne & de Pologne , avec
ceux de Theffalie & de Tripoli ordonnent
dans leurs Hôtels des Bals à la Françoile ,
des Illuminations & d'autres Divertiffemens
publics .
XXXXX:XXXXXXX :XXX
NOUVELLES DU TEMPS,
TURQUIE .
Na receu des Lettres de Jerufalem , par
lefquelles on mande que les Arabes
avoient maffacré & pillé entre cette Ville &
Jafa , environ 120. Pelerins qui avoient eu
l'imprudence de fe feparer de leurs Caravanes
pour prendre les devans .
Les Lettres de Conftantinople portent que
les Turcs fortifient actuellement toutes leurs
2. vol.
Places
JUIN. 1729. 1423
Places frontieres de l'Europe , & qu'ils avoient
fait embarquer pour Trebizonde 12000 Janiffaires
& scoo hommes des nouvelles Troupes
levées dans l'Albanie.
On a apris que les Algeriens avoient actuellement
en mer fept Vaiffeaux , deux Galeres .
fept Brigantins , une Barque & trois Galiotes
armées ; qu'on travailloit dans les Chantiers&
la conftruction d'un Vaiffeau de guerre de
piéées de Canon , & que plufieurs Maures fujets
de la Regence ayant pris parti dans les
Troupes rebelles du Royaume de Maroc , le
Roi avoit fait publier une Ordonnance qui dé
fend fous peine de la vie & de confifcation de
bien de s'enroler parmi eux.
.
RUSSIE .
E 4. Mai il y eut un grand incendie &
Mofcou Une grande partie de l'Eglife
Lutherienne fut brulée & le quartier des Allemands
réduit en cendres.
Par l'état des Troupes qu'on a rendu public
depuis peu , il paroit que le Czar a actuelle.
ment fur pied 200000 hommes d'Infanterie ,
80000 de Cavallerie , & 150000 Cofaques &
Tartares dont S. M. Cz . peut difpofer au premier
befoin. De ces 280000 hommes de Troupes
reglées , il y en a so & 60000 le long du
Pruth & du Dnieper , qu'on peut raffembler en
8 ou 10 jours , pour s'oppofer aux entrepriſes
que le Grand Seigneur pourroit faire de ce
côté là..
૩
On a fait partir pour Pultova un train d'Artillerie
de 40 piéces de Canon de bronze & de
90 de fer , avec une grande quantité de poudre.
boulets & autres munitions de guerre.
On a publié une nouvelle Ordonnance pour 2. vol.
actirer
1424 MERCURE DE FRANCE :
attirer dans ce Pays les Etrangers experts dans
quelque Science, Art , ou Manufactures . Outre
les anciens privileges & avantages qui leur ont
été promis par les precedentes Ordonnances du
feu Czar & de la feue Czarine, on les decharge
de toute impofition pendant dix ans ; les marchandifes
de leur fabrique ne payeront aucun
droit pendant un certain tems , ils auront la li
berté de retourner dans leur Pays quand ils le
voudront , fans qu'on puiffe les forcer à demeurer
fous quelque prétexte que ce foit ; &
fi quelques familles font difpofées à former une
Colonie , le Czar leur promet des terres à cultiver
avec une franchife entiere pendant 20 ans.
ON
POLOGNE.
N executa à Warfovie vers le milieu du
mois dernier , la Sentence rendue par contumace
, contre le nommé Jacques d'Argilles ,
ci devant Major du Regiment des Gardes de la
Couronne , qui a paffé en Pays Etrangers avec
plufieurs fommes qu'on lui avoit remiſes pour
le même Regiment.
" Le bruit court qu'il eft arrivé dans l'Ukraine
un Bacha qui doit fe rendre à Moscou , auffitôt
qu'il aura fait quarantaine , pour faire de
nouvelles propofitions au Czar , au fujet de
l'accommodement propofé pour terminer les
differends de ce Prince avec le Sultan Acheraf.
ALLEMAGNE.
N écrit de Strasbourg du 3. de ce mois que
On rait beaucoup de ravage
aux environs , & qu'il étoit tombé fur le
Fort de Kell trois fois en une nuit & prefque
au même endroit.
28 vol.
L'Empereur
JUIN. 1729. 1425
L'Empereur a fait communiquer à la Dicta
ture publique de la Diette des Princes de l'Empire
, fon Decret de Commiffion par raport. à
l'affaire du Duché de Meckelbourg : S. M. Imp.
demande qu'on faffe attention qu'au mépris
des réfolutions prifes dans le Confeil Aulique
pour la tranquillité de ce Duché, qu'elle efperóit
procurer par une nouvelle adminiftration,
le Duc Charles Leopold a fait publier & afficher
dans le Meckelbourg diverfes Déclarations
tendant à rendre inutiles les Decrets Imperiaux
; & que n'y ayant plus d'efperance que
ce Prince prenne le parti de fe foumettre , il
convient que les Etats de l'Empire deliberent.
fur cette affaire qui pourroit avoir des fuites
très fâcheufes .
"
ITALIE.
Napprend de Rome , que le Comte Or.
fini , qui eft forti depuis peu du Château
S. Ange , où fes parens l'avoient fait mettre
pour quelques tems , a époufé avec toutes les
formalités requifes , la fille de l'Evantaillifte
qu'il avoit enlevée.
La Princeffe de Montemilete eft allée de
Naples à Benevent pour voir le Pape fon oncle.
Elle y jouit des prérogatives de niéce du
Pape , & on affure qu'elle a touché une partie
des revenus qui font attachez à ce titre.
La Princeffe Clementine Sobieska , époufe
du Chevalier de S. George , ayant fixé fon départ
de Boulogne pour Rome au 21 Mai , fut
complimentée le 20. au nom de la Republique
par 8. Senateurs. Le 22. cette Princeffe & fon
fecond fils , allerent coucher à Fano , où la
Ducheffe Douairiere de Parme s'étoit rendue le
foir. Le 26. fête de l'Afcenfion , elle fe rendit
2. vol.
426 MERCURE DE FRANCE .
à Lorette , où elle entendit la Meffe & fit fes
Dévotions .
Le 10 Juin , à deux heures après midi , le
Pape arriva d'Albano à Rome , où il fut receu.
au bruit d'une Salve generale de Canon du
Château S. Ange , & au bruit de toutes les
cloches , & c.
On écrit de Bologne que quelques Sbirres
déguifez entrerent le mois dernier dans la maifon
d'un Ecclefiaftique qui diftribuoit des billets
des Lotteries de Genes & de Milan , &
l'ayant enfermé dans une Chambre ou deux
d'entre eux le gardoient à vue , le Barigel vétu
en Abbé , reçut les perfonnes qui venoient
aporter leur argent , & les faifant fortir par
une porte de derriere , il en fit arrêter 54. de
toute condition , qui furent conduites dans les
prifons , & l'on fait actuellement leur procès
conformément aux Decrets du Pape à ce fujet.
Le 28. Mai, le Tribunal de la Santé à Florence ,
fit publier un Decret par lequel il défend tout
commerce avec l'Albanie Venitienne , les Bouches
du Cataro , l'état de Raguze , les Illes de
Ste Maure , Zante , Cefalonie , Corfou , la'
Prevezza & la Venizza , à caufe des ravages
que la Contagion fait en Grece & dans l'Archipel.
Le ;. de ce mois on fit à Florence la Proceffion
ordinaire des pauvres filles orphelines , &
le Grand Duc fit diftribuer des dots à 116.
d'entre elles .
Le 4 Juin , le Chevalier Zacharie Canale ,
Ambaffadeur de la Republique de Venite à la
Cour du Roy très - Chrétien fut élu par le grand
Confeil pour relever le Chevalier Barbon Morofini
, actuellement Ambaffadeur à Rome ,
dont les trois années d'Ambaffade doivent
finir dans
рец.
7
2. vol. On
JUIN. 1729 . 1427
On mande de Rome que le bruit couroit
au Vatican que le Pape tiendroit bientôt un
Confiitoire pour remplir les trois lieux qui vaquent
dans le Sacré College , & que le premier
Chapeau fera donné à M. Bichi pour terminer
les differends du S.Siége avec la Cour de Portugal
; le fecond à M. Mondine Orfini , Archevêque
de Capoüe , neveu de S. S. & le 3 ° à
l'Abbé Borghese.
On apprend de Naples , qu'au commencementde
ce mois , un Soldat, Allemand déferteur,
ayant tué un pauvre mendiant qu'il rencontra
près de l'Eglife des Carmes , il entra dans cette
Eglife , efperant jouir des immunitez & de fe
-fauver enfuite . Mais le Comte d'Harrach , informé
de cet affaffinat , affembla les Miniftrés
le 2 Juin , & il fut unanimement decidé que
fans attendre la décifion d'aucun Tribunal Ecclefiaftique
, le Soldat feroit tiré par force de
fon azile , ce qui fut executé , après en avoir
donné avis au Cardinal Archevêque. La nuit
fuivante le Soldat fut condamné à mort,& le 3 .
au matin on lui coupa la tête dans la place du
Château- neuf.
Le 15. du mois dernier , le Comte de Bolagnos
, Ambaffadeur de l'Empereur , fit fon
entrée publique à Venife , étant accompagné
du Chevalier André Cornaro , qui a été Ambaladeur
de la Republique auprès de S.M.
Imp. Le lendemain il eut fa premiere audience
publique du Doge.
Le 25. du même mois , veille de la fête de
l'Afcenfion . le Doge accompagné de la
Seigneurie & du Nonce du Pape , alla entendre
les premieres Vêpres dans l'Eglife ducale de S.
Marc , & le 26. jour de la fête , il monta fur le
nouveau Bucentaure , & s'étant avancé hors
des Canaux dans la pleine Mer , il y fit la Céré̟- 2. vol.
monic
1428 MERCURE DE FRANCE .
monie ordinaire d'époufer la Mer ; après quoi
il entendit la Meſſe de S. Nicolas au Lido . Il fuc
falué en allant & en venant de l'Artillerie des
Vaiffeaux & de la Moufquetairie des Troupes ,
& enfuite il traita magnifiquement les Minif
tres Etrangers & les Senateurs . Le riche tréfor
de l'Eglife Ducale de S. Marc fut exposé l'après-
midi à la vue du Peuple , & vers le foir
le Primicier donna la Benediction avec le vafe
dans lequel on conferve le Sang de N. S.
On trouve l'origine & les motifs de cette
Ceremonie d'époufer la Mer.dans un Ouvrage
qui a paru depuis peu , fous le titre d'Eſſai de
Hiftoire du Commerce de Venife. Le Lecteur
ne fera pas fâché de trouver ici ce qu'on y
apprend à cet égard.
en 1173 .
Dutem: du Doge Sebaftien Ziani, qui avoit été
élu l'étude de nos Tribuns, dit l'Auteur,
avoit déja infpiré & découvert toute l'importance
qu'il y auroit pour Veniſe de devenir
Maîtreffe de la Mer Adriatique , par un droit
autentiquement reconnu . Elle y dominoit par
la force de fes armes & de tous les divers
Corfaires qui avoient infefté cette Mer , il n'y
paroiffoit plus que les fiens. Les Papes prétendoient
alors pouvoir donner les Couronnes ';
cette prétention étoit conteftée autant qu'elle
le méritoit & que les circonftances du temps
le permettoient. Les Papes de leur côté, ne laiffoient
pas échapper l'occafion d'établir ce prétendu
droit. La République accommoda tout
celà à fes vûes . Elle négocia auprès du Pape
& il fut convenu qu'il inftitueroit en faveur
de la République , la Ceremonie d'époufer la
Mer dans des termes mefurez , de façon que
la République pût tirer fon droit de Souveraineté
fur cette Mer , ou de la conceffion du
Pape , ou du droit des armes , ou de tous les
1
2. volg
deux
JUIN. 1929. 1429
deux enfemble. Le jour de l'Afcenfion fut marqué
pour cette fameufe Ceremonie.Le Pape en
prefence des Ambaffadeurs des Têtes couronnées
, & fur tout de celui de l'Empereur , pric
un Anneau & le prefenta au Doge Ziani , en
lui difant , recevez cet Anneau pour le donner
tous les ans à la Mer comme à votre legitime
épouſe, afin que la pofterité fçache que la Mer
Vous appartient par le droit des armes . La Ré
publique prit deflors le titre de Souveraine
de la Mer Adriatique. Elle fe flata , fans doute ,
que la répetition de cette Ceremonie , ou le
temps rendroit ce droit plus férieux . En effet
il y a aujourd'hui titre de ily poffeffion. Quoiqu'il
en foit , ce trait de la politique des Venitiens,
-paroît un détour , par lequel la République a
voulu fe rendre Maîtreffe de tout le commerce
de la Mer Adriatique , que nous appellerons
dans la fuite Golfe de Venife. Par le titre de
Souveraine de cette Mer , elle a acquis le droit
d'en faire la garde ; par ce double droit , elle
s'eft arrogé celui d'en deffendre le paffage à
qui bon lui femble , celui de vifiter les Navires
qui la fréquentent , & celui d'en exiger un
tributs au moyen duquel elle tire un revenu
d'un fonds qui n'en dut jamais produire de
femblable nature. C'eft de cette façon que la
-République tient la clef du commerce des
Ports qui appartiennent dans le Golfe à d'au
tres Puiffances.
CANONISATION du Bienheureux
Jean Nepomucêne, Chanoine de Prague,
faite à Rome le 19. Mars 1729.
I'Eglifede S. Jean de Latran , deſtinée pour
cette Ceremonie , étoit magnifiquement
ornée, tant au-dedans qu'au- dehors : on y avoit
20 vol H dreffe
1430 MERCURE DE FRANCE;
dreffé un Théatre très- fpacieux pour les Car
dinaux , Patriarches , Archevêques , Evêques ,
Abbez & Penitenciers , ainfi que pour le Gouverneur
de Rome , l'Auditeur de la Chambre
Apoftolique , le Tiéforier , les Proto Notaires
Apoftoliques , & pour les Generaux & Procureurs
Generaux des Ordres , qui s'étoient
placez fur des degrez qui regnoient autour du
Théatre , fur lequel on avoit dreffé le Trône
Pontifical , avec un riche Dais , orné de diverfes
pieces d'Architecture & de plufieurs figures
dorées. Aux côtez du Dais , on avoit placé
fur des Piedeftaux deux Statues en relief, hautes
de douze pieds , dont l'une qui étoit à droite
reprefentoit la Force , & celle qui étoit à gauche
, la Fidelité. On voyoit auffi fur ces Piedefs
taux les Armes du Pape , peintes en clair brun,
relevées d'or , & aux deux côtez des Quadres
avec les Trophées de l'Eglife pareillement
peints. Au- deffus de la Tribune on lifoit l'Infe
cription fuivante Benedicto XIII. P. M. Ord
Predic. Bafilicam iftam P, Joannis Martiris
Apotheofi decoranti,
Le Grand- Autel de l'Eglife qui étoit vis - àvis
du Trône Pontifical , étoit orné de velours
chamaré d'or. Au milieu des deux devans de
cet Autel , qui étoient brodés d'or fur un
fond d'argent , on voioit un bufte en bas relief,
auffi brodé d'or , reprefentant le nouveau
Saint. On avoit placé fur l'Autel les fept
Chandeliers ordinaires , avec des bougies ,
pefant chacune quatre livres , & devant l'Antel
, du côté qui regarde la Grand- Porte - de
l'Eglife , huit autres Chandeliers , dont chaque
Cierge pefoit douze livres.
La Balustrade qui entoure l'Autel étoit ornée
de diverfes pieces de gravure , dorées &
argentées , qui portoient 48. Cierges de huit 2. vol.
livres
JUIN. 1729.
143
livres chacun , & 14. autres de fix livres On
voioit fur la façade du même Autel le facré
Etendart , dans lequel étoit peint le Bienheu
reux en gloire , foutenu par des Anges , avec
les armes de S. S. au deffus , celles de l'Empereur
à droite , & celles du Roïaume de Boheme
à gauche. 17. Cierges de 5. livres chacun.
brûloient devant l'Image de la fainte Vierge ,
qu'on avoit placée au- deffus d'un Dais , pofé
fur la Baluftrade des faintes Reliques . Cette
Image étoit peinte en ovale , relevée d'or ,
avec cette Infcription : B. Vetero Boleflavienfis
miraculis clara , B. Joannis Martiris
refugium. Les autres parties de l'Autel étoient
pareillement ornés d'une très- grande quantité
de Cierges , de Piramides de criſtal & de pier-
& autres ornemens fuperbes .
re ,
On avoit conftruit dans le circuit du Theatre
deux Eftrades pour la Nobleffe & pour les
Chantres du Pape . Ces Eftrades étoient couvertes
de velours & de damas cramoifi , brodé
d'or , avec des franges d'or , aiant des Jalou
fies dorées , fur lefquelles on avoit pofé diverfes
pieces de gravure , dorées & argentées ,
avec 63. Cierges de cinq livres chacun . Il y
avoit au milieu de l'Eſtrade qui étoit à droite
une autre Eftrade plus élevée fans jaloufies
pour le Chevalier de S. George. Il y avoit diverfes
autres Eftrades , en forme de parquets ,
pour les folliciteurs de la caufe du Saint , pour
les Eleves du College Allemand , & pour d'au
tres perfonnes de diftinction.
On avoit élevé à la hauteur des deux grand
des Colonnes , qui étoient à l'entrée du Thea
tre , un ordre d'Architecture , orné de velours
cramoifi brodé d'or , avec quatre Pilaftres ,
fur lefquels on voicit diverfes gravures , avec
des lames & des dentelles d'or , & au- deffus
The vol
Hij une
1432 MERCURE DE FRANCE .
une grande fraife de velours brodé & dentelle.
Il y avoit au milieu de deux de ces pilaftres ,
entre deux frontispices , en relief , une Aigle
couronnée à deux têtes.
Toute la Bafilique de S. Jean de Latran
étoit tendu de damas cramoifi , avec des fran
ges & des dentelles d'or. On voïoit au- deffus
de la porte interieure de l'Eglife , dans une
draperie de damas brodé d'or , les Armes du
Pape , fupportées par des figures reprefentant
de petits enfans. L'ornement des Niches
où font les Statues des S S. Apotres , confiftoit
dans une gravure bizarre mife en or , garnie
de Palmes & de Feltons avec quantité de
Cierges. Les ovales où font dépeints les Prophetes
, étoient environnées de foie cramoifie,
avec des rapports de gravure dorée. On voioit
au milieu de chacune des dix Arches de la
Grande Nef une corniche ornée de Feltons de
fleurs , faites au naturel , avec un Tableau
dans lequel étoient reprefentés les vertus &
les miracles du Saint , peints avec des cou
leurs vives & relevées d'or . Ces Tableaux
deux defquels étoient fupportés par une Aigle
Imperiale , & de petits enfans , aïant à droite
les Armes de Boheme , & à gauche celles du
Chapitre de l'Eglife Metropolitaine de Prague
, étoient environnés , les uns de Palmes
les autres de Guirlandes & de Couronnes ,
quelques- uns d'Etoiles , le tout relevé d'or ,
avec des Devifes convenables au fujet. Deux
grands Luftres dorés , entrelaffés de Feftons de
Rofes rouges & blanches , peintes au naturel,
avec douze cierges , pendoient devant cha
cun de ces Tableaux , dont le premier qui étoit
à gauche en entrant dans l'Eglife , réprefentoit
la Maifon du Bienheureux J. Népomucêne ,
environnée d'une flamme defcenduë du Ciel
&
2 vol.
dans
JUIN. 1729. 1433
dans le temps de fa naiffance , que fes parens
déja vieux , avoient obtenuë par l'interceffion
de la fainte Vierge , avec cette Devile : Agrandavis
Parentibus B. Virginis ope ſuſcipitur .
flamma fupra domum collucente
Le fecond , réprefente le Saint qui entend la
la Confeffion de la Reine Jeanne , avec cette
Devife : A Confeffionibus Joanna Imperatricis
eligitur. Le ze le Bienheureux qui refufe de reveler
à l'Empereur Vinceflas , Roi de Bohëme,
la Confeffion de cette Reine fon Epouſe , avec
ces mots : Ut auditas Confeffiones aperiat , promiffis
minis Venceslai tentatur. Le fujet du
4 eft leBienheureux mis à la torture pour l'obliger
à rompre le ſceau de la Confeffion , avec ces
mots : Ad labefactandum filendi propofitum
in equuleo uftalatur. Sur le e le Saint annonce
fa mort & prédit à la Bohëme les maux dont
elle eft menacée , avec cette Devife : Inftantem
fibi mortem,malaque Bohemia impendentiapradicit.
Le premier des Tableaux à droite , réprefentoit
le Saint qui guérit plufieurs Malades & qui
accorde diverfes graces à ceux qui vifitent fon
Tombeau , avec cette devile : Prafentem Joannis
opem fentiunt univerfali , pracipuè qui fama
periclitantur.
Le fecond , la langue du Saint , reconnue par.
F'Evêque , & montrée au peuple , avec ces
mots Joannis lingua à Judicibus Apoftolicis
cognita inter eorum manus intumefcit & rubet.
Le 3e, les Os du Saint & ( a Langue encore
entiere , qu'on trouve après une espace de
332. ans , avec ces mots : Lingua poft annum
CCCXXXII. refoffata , incorupta deprehenditur.
Le 4 Le Saint qui guérit une fille paralitique
avec cette Devife : Aridum puella brachium &
paralyfi diffolutum fanitati reftituit.
2. vol.
H iij Le
7434 MERCURE DE FRANCE.
Le se Quelques perfonnes punies pour avoir
tenté d'ouvrir le Tombeau du Saint , avec cette
-Devile : Joannis Sepulchro manus offerentes
poena luunt.
On voyoit encore dans la grande Tribune
quatre autres Tableaux , ornez comme les
les précedens , avec quatre Hierogliphes audeffus
, peints dans un pareil nombre de Boucliers
, foutenus par des enfans ornez de Palmes
, le tout relevé d'or .
Le premier de ces quatre Tableaux reprefentoit
le Saint précipité dans la Riviere pour
avoir refufé de reveler la Confeffion , avec
cette Devife : O Confeffionis arcanum conftanter
celatum , in flumen ejicitur.
Le fecond , le corps du Saint , déja mort , nâgeant
deffus les eaux & environné de flammes
refplandiffantes , avec ces mots : Joannis Corpus
aquis demerfum , luce fuperfunditur.
Le 3e , le Saint dans le Ciel , qui par fon interceffion
, délivre de la pefte Nepomuk , fa Patrie
, avec cette Deviſe : Peftem undique favientem
Nepomuceno deprecatur.
Le 4 , le Saint pareillement dans le Ciel .
qui délivre une petite fille , âgée de fix ans ,
tombée dans la Riviere fous les rouës d'un
Moulin avec ces mots : Puellam fexennem
èfrumentaris molis rotis fervat incolumen .
>
Les Hieroglyphes reprefentoient , 1' . un
Pomier graine , battu de la tempête , avec ces
mots : Tuta latent. 29. Une Coquille fermée ,
dans une Mer agitée , avec ces mots : Et erit
caufa principi , Ezech . XLIV . v. 3. 30.
L'Arche de Noé avec la fenêtre fermée audehors
, avec cette Devife : Nec flumine obruent.
Cantiq. VIII. v. 7. 4. Une Piramide avec
des Hieroglyphes, & ces mots : Claret ab
Arcanis .
2. vol.
La
JUIN. 1729. 1435
i
La façade exterieure de la Bafilique de S. Jean
de Latran , n'étoit pas moins ornée que le de
dans de l'Eglife : on y voyoit un ornement
d'Architecture , reprefentant un Portique &
une très belle Loge , au- deffus de laquelle on
avoit pofé un Tableau reprefentant le Saint
en gloire , peint au naturel , & tendant les
bras à S. Jean Baptifte & à S. Jean l'Evange
lifte , Patrons de cette Eglife :les Armes du
Page étoient au deffus de la grande Porte . On
avoit placé fur le Parapet de la Loge fix
Groupes d'enfans , deux defquels foutenoient
une bande avec ces mots : In tentatione inven
tus eft fidelis. Eccl. 44. v. 21. & deux autres
ane feconde bande , avec ces mots : Ideò jure
jurando dedit illi gloriam ingente fua , Ibid.
V. 22. Toutes ces differentes pieces d'Architec
ture étoient revêtues de Damas & de Satin
avec des Franges & des Dentelles d'or , & entremêlées
de Feftons & d'autres pareils ornemens.
Le Clergé Séculier & Régulier , s'étant af
femblé , on fit la Proceffion ordinaire , dans
Jaquelle on porta le facré Etendart du Saint.
Après la Proceffion , le Pape étant affis fur for
Trône , y reçut les inftances qui lui furent
faites pour la Canonifation du Bienheureux ,
par M. Valenti , Avocat Confiftorial du Cardinal
d'Althan , chargé du foin de procurer
cette Canonifation; & après quelques autres
Ceremonies pratiquées en pareille occafion ,
S. S. fit l'Acte folemnel de mettre au nombre
des SS. le Bien-heureux Jean Nepomucêne. Le
Pape entonna enfuite le Te Deum , qui fut
chanté au bruit du Canon du Château S. Ange,
& des Salves réiterées de la Moufqueterie de
la Garde Suifle , rangée fur la Place de S. Jean.
Le Pape , après avoir donné fa Benediction au
24 vol.
Hiiij. Peuple
1436 MERCURE DE FRANCE .
Peuple , celebra la Meffe , pendant laquelle les
Cardinaux Imperiali , d'Althan & Olivieri ,
accompagnez de M. Spork , Evêque d'Adrato,
& Poftulateur de la Canonifation , de deux
Eleves du College Allemand , & de quantité
de Gentilshommes , firent les Offrandes ordinaires
, qui confiftoient en deux grands Pains,
l'un doré & l'autre argenté , avec les Armes
de S. S. en deux Barils , d'ont l'un étoit pareillement
doré & l'autre argenté , avec les mêmes
Armes , & en deux Cierges peints , dont
l'un peze 60. livres & l'autre douze. Après la
Meffe , le Pape donna encore fa Benediction
au Peuple , & finit ainfi cet Acte folemnel ,
auquel tous les Cardinaux qui étoient à Rome ,
affifterent , ainfi que le Chevalier de S. George,
les Miniftres Etrangers , toute la Nobleffe &
un nombre infini de Peuple.
Ο
ESPAGNE.
Na équipé dans le Port de Cadiz douze
Vaiffeaux de guerre qui font prêts de met
tre à la voile. On a appris depuis de la même
Villeque 4.Vaiffeaux de guerre Efpagnols nouvellement
fortis du Pontal s'étoient mis à l'anere
le 17. Mai dans la Baye de Cadix , &
qu'on y en attendoit 8. autres .
La chaleur étant exceffive dans cette faifon
à Seville , la Cour a réfolu d'aller paffer une
partie de l'Eté au Port de fainte Marie & à
faint Lucar , & le 31. Mai , le Roi , la Reine ,
le Prince & la Princeffe des Afturies , les Infants
Dom Carlos , Dom Philippe & Dom
Louis , & l'infante Dona Marie Thereſe
s'embarquerent vers les cinq heures du foir fur
les Galeres qui les attendoient dans la Riviere
de Guadalquivir pour ſe rendre à faint Lucar
2. vol. de
JUIN. 729 1437
de Baranuda , où la Cour arriva le 4. Juin , &
en partit la 6. pour ſe rendre par terre au Port
de fainte Marie.
+
Des Lettres de Cadix portent que le Roi a
réuni depuis peu au Domaine de la Couronne,
le Port de fainte Marie , qui appartient au Duc
de Medina Celi , l'Ile de Leon , appartenant
au Duc d'Arcos , & faint Lucar de Baranuda,
appartenant au Duc de Medina Sidonia . On ne
fait pas encore quels équivalens S. M. a donné
à ces trois Seigneurs.
Le Roi a accordé à la Societé Roïale des Medecins
, Apoticaires & Chirurgiens de Seville
la permiffion d'envoïer tous les ans par les
Flotes qui partent pour les Indes Occidentales
cent tonneaux de Marchandiſe fans paier aus
cun droit , afin que du produit de ce commerce,
ils puiffent acquiter les dettes qu'ils ont contractées
pour foutenir les Veuves & les Enfans
dont les Maris & les Peres ont été membres de
cette Societé , & font morts fans leur laiffer de
quoi fubfifter. S. M. a encore accordé plufieurs
autres privileges à la même Societé pour
la mettre en état de fe perfectionner , & de
rendre de plus grands fervices au Public.
J
Les Religieux de la Merci , Redemption des
Captifs , ont tenu leur Chapitre general dans
leur Couvent de Valence , & ils ont élu pour
leur Superieur genéral le Pere Jofeph de Campuzano
, actuellement Provincial de la Province
de Caftille
On apprend de Lisbonne que le 27. Mai , l'un
des Vaiffeaux de la Flotte , chargée pour la
Baye de Tous les Saints , defcendant le Tage ,
courut deffus le Leoftoff , Vaiffeau de guerre
Anglois , commandé par le Capitaine Mathieu
Norris qui étoit à l'ancre , & leurs manoeuvres
s'étant embarraffées , l'équipage du Vaiffeau
La vola,
Ну Ane
1438 MERCURE DE FRANCE:
Anglois fit tous fes efforts pendant une heure
pour fe degager du Batiment Portugais qui
étoit fort grand. Le Capitaine Norris volant
que fon Vaiffeau étoit en danger , envoïa le
quart de fon équipage à bord du Bâtiment
Portugais pour l'aider à fe débaraffer ; mais
après avoir rravaillé pendant deux heures inutilement
, les Anglois furent obligés de couper
le grand Mát & le Mât de Mizaine du Navire
Portugais , qui alors fe trouva hors d'état
de mettre à la voile avec la Flote de la Baye,
qui partit le lendemain. Les proprietaires en
porterent les plaintes au Roi , en lui reprefentant
que le dommage de leur Vaiffeau & fon
retard leur faifoit tort de 10. à 12000. livres
S. M. fit déffendre auffi- tôt au Capitaine Norris
de partir fans donner fatisfaction aux Proprietaires
du Batiment Portugais ; mais ce Capitaine
aiant fait connoître au Roi que l'acci
dent étoit arrivé par la faute du Pilote Portugais
, & que ce qu'il avoit fait , étoit abfolument
neceffaire pour fauver fon Vaiffeau , Sa
Majefté a levé la deffenfe.
GRANDE BRETAGNE.
E Prince Frederick , Vaiffeau de la Compagnie
de la Mer du Sud, qui étoit retenu depuis
long tems aux Indes Occidentales , eſt arrivé
au port de Kinfale en Irlande le 3. de ce mois.
Il paroît par la lifte que les Concierges des
diverfes prifons d'Angleterre ont remife , que
le nombre des Prifonniers qui ont droit au benefice
de l'Acte en faveur des debiteurs infolvables
, eft de 97248. Suivant cet Acte les Prifonniers
pour dettes qui l'ont été avant la S.
Michel de l'année derniere , & qui ne doivent
pas soo. liv. fterlins à une feule perfonne , fe- 2. val ;
ront
JUIN. 1729. 1439
ront élargis , après avoir declaré avec ferment,
& delivré à leurs créanciers tous leurs biens &
effets , à l'exception des meubles les plus neceffaires
: ceux qui doivent soo. liv. fterlins &
au deffus à une feule perfonne , ne pourront
être detenus en prifon , fi les créanciers ne leur
fourniffent 3. Chelins & 6. fols par ſemaine ,
païables au moins toutes les fix femaines , faute
dequoi ces Prifonniers feront élargis. Quant
aux perfonnes emprifonnées depuis la S. Michel,
& qui le feront dans la fuite , leurs créan
ciers qui ne donnoient rien ci - devant pour
leur fubfiftance , font obligés pour pouvoir les
detenir en prifon de paier deux Chelins quatre
fols par femaine. Le même Acte reſerve aux
Créanciers le droit de pouvoir faifir les biens &
les effets que leurs debiteurs , ainfi élargis ,
pourront acquerir dans la fuite , foit par heri
tage , Teftament & c. ou même par leur induftrie
& travail , juſqu'à la concurrence de leurs
dettes. Il y eft auffi ftatué qu'un Prifonnier qui
avant d'être relâché , ne déclare fidelement
tout ce qu'il a pour être diftribué à fes créanciers
, fera puni de mort en cas de conviction ,
comme parjure & felon , & le dénonciateur
aura 20 pour 100. de récompenfe.
4 ,
Il y a prefentement à Spithead fous le Commandement
du Vice- Amiral Charles Wager
fept Vaiffeaux de guerre du 3e rang , dix du
deux Brulots , deux Galliores à Bombes ,
& un autre Bâtiment, On y attend encore un
autre Vaiffeau de guerre du 3e rang , trois du
4 & un dus Il y a auffi à la même Rade onze
Vaiffeaux de guerre Hollandois qui doivenc
être joints inceffament par un 12 qu'on attend
d'Holande.
Le 26. de ce mois , le Prince de Galles alla å
VEglife Proteftante de S. Martin des Champs ,
12. vol,
H vi out
1440 MERCURE DE FRANCE:
où il reçut la Communion , après avoir en
tendu le Sermon du Docteur Peame L'après
midi ce Prince fut reçu Chancelier de l'Univerfité
de Dublin.
-
Il y eut le 13. de ce mois à Stirmingfter dans
le Comté de Dorfet , un Incendie qui confus
ma 81. Maifons .
>
Le même jour , il y en eut un autre à Stal
bridge dans le même Comté , qui détruiſit les
deux tiers de la Ville..
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS des Pays Etrangers.
E General Schalembourg mourut à Turin
Lle 27.Mai , quelquesjours de maladie.
Il étoit General d'Artillerie , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie Allemande , & Gou
verneur de la Ville d'Albe. Le Roi de Sardai
gne qui l'aimoit beaucoup , a eu la bonté
d'ordonner fes obfeques. Son Convoi fe fit le
29. du même mois dans l'ordre fuivant.
A cinq heures du foir , un Bataillon du Regiment
des Portes fe rendit devant la maiſon
du General , d'où la Compagnie des Grenas
diers commença la marche. Les Domeſtiques
du deffunt fuivoient à pied , fes Valets de
Chambre à Cheval précedoient le Cercueil qui
étoit dans un Chariot couvert d'un très - beau
Poële , & tiré par fix Chevaux caparaçonnést
trois Pieces de Canon de campagne , avec
leurs Canoniers , tenant leurs boutefeux fous
le bras , fuivoient le Cercueil ; les quatre Enfeignes
du Kegiment de S halembourg te
noient les quatre coins du Poële les Officiers
de la garnifon fuivoient les Pieces d'Artillerie,
& le Bataillon du Regiment des Portes fer-
2. uski moisJUIN.
1729. 344
moit la marche. Ce Convoi fortit par la Porte
neuve , & étant arrivé fur le glacis , le Batail
lon fe mit en bataille , aiant à fa gauche les
trois Pieces de Canon . Le Chariot du Corps
s'arrêta , & om fit la premiere falve d'Artillerie,
qui fut repetée encore deux fois lorique le-
Convoi fut à quelque diftance ; après quor le
Bataillon du Regiment des Portes rentra dans
la Ville. Hors du glacis de la Place , un Maréchal
des Logis avec dix Dragons du Regiment
de Piémont , tirès de la garniton de Carignan
, efcorterent le Convoi ju qu'à la Marfaille
, où ce détachement fut relevé par un
autre tiré de Pignerol , ce dernier l'eſcorta
jufqu'à S. Jean de la Vallée d'Angrogne , où
un détachement de 200. hommes de la garnifon
de Feneftrelle le releva & demeura en bataille
jufqu'à la fin de la Cerémonie des Funerailles
, qui furent faites dans l'Eglife du Bourg
de S. Jean. Le Roi a donné au Neveu de ce
General le Regiment d'Infanterie Allemande
qui vaquoit par fa mort.
Le Corps du feu Duc Leopold- Jofeph Charles
de Lorraine , mort le 27. Mars dernier, qui
avoit été mis en dépôt dans l'Eglife du Noviciat
des Jefuites de Nanci , fut porté le 8. Juin
avec beaucoup de pompe dans celle des Corde
liers de la même Ville , où eft la fepulture des
Ducs de Lorraine . L'Evêque de Toul officia à
cette Cerémonie , & le P. Segaud , Jefuite
prononça l'Oraiſon Funebre.
2. vol FRANCE
7442 MERCURE DE FRANCE:
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roy accordé à M² d'Audiffret ,
LBrigadier defes Armées , & Capitaine
d'une des Compagnies des Grenadiers du
Régiment des Gardes Françoifes , le Gou
vernement des Ifles du Château d'If , vacant
par la mort du Marquis de Pilles . La
Compagnie des Grenadiers a été donnée à
M. de Chaumont , Capitaine dans le même
Régiment , & Mr de Contade , fils du
Major de ce Régiment , a eu l'agrément
pour acheter au profit de Mr d'Audiffret ,
la Compagnie vacante par la démiffion de
M' de Chaumont.
On affure qu'on va travailler inceffamment
à un nouveau Canal en Suiffe pour la
communication du Lac de Genêve à celui
de Neufchatel , par le moyen duquel on
aura la communication des deux mers ;
d'un côté par le Rône & de l'autre par le
Rhin ; & on dit que pour fournir aux frais
de cette entreprife , le Canton de Berne
donne 5 millions , & la Ville de Genêve autant
; & le Canton de Fribourg fournit
4000 hommes pour travailler au Canal.
Le Roy a nommé M' de Vanolles , Maî-
2. vol.
tre
UIN. 1729. 1443
tre des Requêtes , à l'Intendance de la Ge
neralité de Moulins ..
Le 27. Juin , il y eut Concert François
au Chateau des Thuilleries; la Dile Baftholet,
nouvelle Chanteuſe , arrivée depuis peu
de Province , & qui poffede parfaitement
bien la Mufique , y chanta pour la premiere
fois , la Prife de Lerida , Cantate de
M. Battiſtin , & deux Ariettes Italiennes
avec beaucoup de Jufteffe , & fut trèsaplaudie
; cette jeune perfonne , qui a la
voix fort belle , a un gout particulier pour
le chant Italien , & l'execute avec beaucoup
de facilité ; elle chanta un morceau
dans le Motet qui termina le Concert, qui
ne fut pas moins aplaudi. La Dile Hermance
avoit chanté auparavant une Cantille
nouvelle , intitulée le Retour du Prin
temps , dont les paroles font de M. Carolet,
& la Mufique de M. le Maire . Elle fut
très -aplaudie.
En execution de l'Arrêt du Parlement ,
que nous avons mis tout entier dans le
Mercure du mois dernier , Nivet , avec
quatre de fes principaux complices ,¡ fut
roué vif en place de Gréve. Le premier
qui fut executé vers les 8. heures du foir ,
étoit âgé de plus de 75 ans . C'étoit le premier
Maître & le Camarade de Nivet ;
qui après avoir fait le Mêtier de Voleur
pendant environ 50 ans , s'étoit retiré à
2. vol.
Cette
444 MERCURE DE FRANCE .
Cette en Languedoc , où il vivoit trans
quille depuis quelque temps . Nivet & les
trois autres fe firent mener à l'Hôtel de
Ville , où ils déclarerent encore quelques
complices , & furent executés les uns
après les autres , à mesure qu'ils n'eurent
plus rien à dire , ce qui dura toute la nuit
& jufques au lendemain à midi .
M. Lambelin Confeiller au Parlement ,
Raporteur de cette affaire extraordinaire
& M. Rollin fon Confrere & fon Adjoint,
qui ont inftruit ce terrible procès , pafferent
la nuit à l'Hôtel de Ville à entendre
les dépofitions de ces malheureux , fur
lefquelles plufieurs perfonnes furent arrê
tées. On ne peut rien ajouter au zele , à la
fagacité , aux lumieres & à l'integrité que
ces illuftres Magiftrats ont fait paroître
dans une procedure qui intereſſe tout le
Public & même tout le genre humain .
Le 15 de ce mois , le Parlement rendit
un Arrêt qui fut executé le même jour , au
raport des mêmes Magiftrats portant
condamnation d'être rompu vif , préalablement
appliqué à la queſtion ordinaire
& extraordinaire pour avoir revelation de
fes complices , contre Jean Melon dit
Defloriez , Cuifinier de Profeffion , complice
avec Philippes Niver , die Fanfaron ,
& autres accufez de l'affaffinat de Ménard
Orfévre , rue Saint André des Arcs , &
2. vela
de
JUIN. 1729. 1445
de plufieurs vols faits tant avec effraction
qu'autreinent , en differentes maiſons , &
dans les rues de Paris.
REFUTATION du dernier Mémoire
de M. Armand de Bethune , Comte
d'Orval , defcendu du fecond mariage de
François de Bethune Comte d'Orval
avec Anne d'Harville. POUR LOUIS
PIERRE MAXIMILIEN DE BETHUNE
, DUC DE SULLY , Chef
du Nom , Surnom & Armes de la Maifon
de Bethune , defcendu du premier mariage,
de François de Bethune , Comte d'Orval
avec Jacqueline de Caumont , de Mâle en
Mâle & d'Ainé en Ainé. Brochure in fol.
de 14. pp. de l'Imprimerie de P. N.
Lottin , rue S. Jacques , à la Verité. 1729.
Le Comte d'Orval combat dans fon
dernier Mémoire les trois preuves , raportées
pour établir la regle , qui défere la
fucceffion des Duchés & Pairies aux Aînés
Mâles , defcendus de Mâles en Mâles , &
d'Ainés en Ainés .
La premiere , fondée ſur la nature & la
qualité des Duchés & Pairies . La 2º fur la
Condition de reverfion & d'union à la
Couronne , à deffaut de Mâles , établies
par les Ordonnances de 1566. 1579. &
1582. S'il n'y eft derogé par les Lettres.
La 3 fur l'efprit & les difpofitions précifes
de l'Edit de 1711
2. vol.
Le
1446 MERCURE DE FRANCE.
Le Deffenfeur de M. le Duc de Sully
foutient ici que pour combattre les moyens
fur lefquels chacune de ces trois preuves
eft fondée , M. le Comte d'Orval a avancé
plufieurs erreurs contre la verité de l'hiftoire
, contre le fentiment des Auteurs
contre les Arrêts qu'il cite , contre les Or
donnances du Royaume , & contre les
maximes les plus inconteftables en matiere
de Pairies. C'eft avec juftice que cet ouvrage
porte le titre de REFUTATION ;
car en obfervant les erreurs dont on vient
de parler , l'Auteur refufe toutes les réponfes
qui ont été propofées contre les
moyens fur lefquels chacune des trois
preuves eft établie . La matiere eſt auſſi
confiderable que curieufe , & intereffante
pour toutes les grandes Maifons .Nous fommes
fâchez de ne pouvoir pas franchir les
bornes aufquelles nous fommes affujettis ,
pour entrer là-deffus dans quelque déteil .
Par la mort de M. le Cardinal de
Noailles, Archevêque de Paris , la dignité
de Provifeur de Sorbonne eft devenue vacante.
Depuis la fondation du College de
Sorbonne faite en 1248. par Robert Sorbon
, Confeffeur du Roi S. Louis , cette
dignité de Provifeur de Sorbonne a été
remplie par des perfonnes des plus qualifiées
dans l'Eglife & dans l'Etat . Le pre-
2. vol.
mier
JUIN. 1729 1447
mier Provifeur fut Guillaume de Montmorenci
, en 1274. On compte parmi
les Provifeurs trois Princes de la maifon
de Bourbon , Louis Cardinal Dubellay ,
Charles , Cardinal de Lorraine , Nicolas ,
Cardinal de Pellevé , Pierre & Henri ,
Cardinaux de Gondi , Evêques de Paris ,
Armand Jean Cardinal de Richelieu ,
Alphonfe fon frere, Cardinal Archevêque
de Lyon , Julles , Cardinal Mazarin
Hardouin de Perefixe de Beaumont , Archevêque
de Paris , François de Harlay
de Chanvallon , Archevêque de Paris ,
Charles Maurice le Tellier , Archevêque
de Reims , & enfin Louis Antoine , Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris ,
nommé Provifeur au mois de Fevrier
1710. & décedé le 4. Mai de cette année
1729.
Quand la dignité de Provifeur eft vacante
, la Maifon de Sorbonne s'affemble
extraordinairement pour proceder à une
nouvelle élection . Dans cette Affemblée
préliminaire , où le Prieur de la Maiſon
préfide , tous ceux qui compofent la Societé
de Sorbonne , tant Docteurs que Bacheliers
, ont voix de fuffrage . On indique
le jour de l'élection ; on y lit la
-Bulle du Pape Clement IV. portant réglement
de tout ce qui eft à obſerver par
Provifeur , quelles font les fonctions , fes
le
2. vol.
prérogatives
1448 MERCURE DE FRANCE.
prérogatives. Cette Affemblée préliminaire
le tint le Mercredi 1 3 ° Mai dernier , & on
indiqua le jour de l'élection pour le Samedi
28e du même mois.
>
Et ledit jour Samedi 28 Mai , l'Affemblée
pour l'élection d'un Provifeur ſe tint
dans l'Eglife de Sorbonne , ſous le dôme ;
elle étoit compofée de cinquante - deux
Docteurs, tant de la Societé que de l'Hofpitalité
, y compris M M. les Evêques
d'Evreux , de S. Omer , & de S. Bricu
ceux qui n'ont pas actuellement obtenu le
degré de Docteur n'y font pas admis. M
Lullier , Senieur de Sorbonne , cy -devant
Curé de S. Louis dans l'ifle , y préſida ,
felon la coûtume. La Cérémonie commença
par la Meffe du S. Elprit , & enfuite
Mr le Senieur ouvrit l'Affemblée par
un Difcours où il parla de la dignité de
Provifeur de Sorbonne , & des grands
hommes qui avoient occupé cette place';
il finit par l'éloge de M le Cardinal de
Noailles, dernier Proviſeur ; de la pieté envers
Dieu , de fa charité envers les pauvres
, de fa liberalité pour la réparation &
décoration de l'Eglife métropolitaine , de
fon application à gouverner fon Diocèfe
de la protection qu'il avoit toujours donné
à la Maifon de Sorbonne , & demanda
enfuite que chacun dit fon avis pour
l'élection d'un nouveau Proviſeur.
2. val.
M*
JUIN. 1729 1449
·
Me l'Evêque d'Evreux , premier opinant
, donna fon fuffrage pour M. le Cardinal
de Fleury , ci devant Evêque de
Frejus , & Précepteur du Roy , dont il fit
un magnifique éloge , fur fon application
aux importantes affaires du Gouvernement
, fon affection pour procurer le bien
public , la felicité des peuples , la paix
dans l'Eglife , dans l'Etat , & dans toute
T'Europe , & que par la protection qu'il
avoit déja donnée en differentes occafions
à la Maifon de Sorbonne , on pouvoit le
regarder comme un autre Cardinal de Richelieu.
M M. les Evêques de S. Omer &
de S. Brieu & tous les autres Docteurs
opinerent enfuite & entrerent dans le même
fentiment , chacun faifant éloge de fon
Eminence , & témoignant une joye particuliere
de l'avoir pour, Proviſeur.
M. le Senieur conclut , fuivant l'unanimité
des fuffrages ; & ayant repris en peu
de mots une partie de ces éloges , déclara
que M. André Hercules Cardinal de Fleury
, Miniftre d'Etat , étoit Proviſeur de
Sorbonne .
· ·
L'Affemblée pria M. le Senieur d'écrire
cette Election à fon Eminence, & de la fuplier
de la part de la Maifon d'accepter
cette qualité de Provifeur ; & M.le Senieur ,
pour le conformer à ces intentions , fe donna
l'honneur d'écrire à l'inftant à fon Emi-
525 vol,
nence ,
1450 MERCURE DE FRANCE .
nence , & lui envoya la conclufion conte
nant l'Election . M. Courcault , Procureur
de la Maiſon de Sorbonne , & M. Machet
Principal du College du Pleffis - Sorbonne ,
qui fe tranfporterent à Compiegne où
étoit la Cour , rendirent à fon Eminence
cette lettre avec la conclufion . Mr le Cardinal
reçut ces Meffieurs avec bonté , fe
rendit aux voeux de la Maiſon , & fit l'honneur
à Mr le Senieur de lui faire la réponſe
ſuivante.
LETTRE du Cardinal de Fleury ;
écrite de Compiegne le 29. Mai 1729 .
à M. Leullier, Senieur de Sorbonne .
O
N ne peut être plus touché
.que je le fuis , Monfieur
, de l'honneur
que
m'a fait la Maiſon
de Sorbonne
, en me
choififfant
pour
fon Proviſeur
, & l'una- nimité
des fuffrages
, fans que j'euffe
jamais fongé
à remplir
une place
fi diftinguée
,
ajoute
encore
un degré
de fenfibilité
pour
cette
marque
d'eftime
& de confideration qu'une
Compagnie
auffi
illuftre
a bien
voulu
me donner
. Elle a dans le nombre de ceux
qui la compofent
, des perſonnes
fi refpectables
par
toutes
fortes
d'en- droits
, que fon choix
eut été encore
plus
approuvé
, s'il fut tombé
fur quelqu'un d'eux
. Si j'avois
pû prévoir
l'honneur
2.vol. qu'elle
JUIN. 1729. 1451
qu'elle vouloit me faire , je vous aurois
fupplié inftamment de jetter les yeux fur
quelqu'un plus capable que moi de répon
dre à vos veues , & plus en état de fe trou
ver quelquefois à vos Affemblées. Je m'en
ferois un plaifir fingulier pour l'utilité que
je pourrois en tirer , & pour l'eftime particuliere
que j'ai pour une Maiſon qui honore
fi fort la Faculté , & j'ole même dire
le Royaume. Si mes occupations me privent
de cet avantage , je vous prie d'affurer
tous vos Meffieurs que fi je n'ai pas
tous les talens que demanderoit une telle
place , je tâcherai du moins de m'en rendre
digne par le zele que j'aurai pour tout
ce qui regarde fes interêts , & par toute
l'envie poffible de lui être utile. Je m'en
remets à vous ,
Monfieur , pour témoi
gner à tous vos Meffieurs ma parfaite reconnoiffance
, & pour les affurer des fentimens
diftingués avec lefquels je fais pro
feffion de les honorer.
e
Le Mercredi 15 de ce mois , les dix
anciens Docteurs de la Maiſon de Sorbonne
, allerent à Verſailles où la Cour
étoit revenue avec M M. les Evêques de
S. Omer & de S. Brieu , pour remercier
S. E. de la bonté qu'elle avoit eu d'ac
cepter ce titre de Provifeur . M. le Senieur,
fit à S. E. le Difcours fuivant.
2. vol. MON
1451 MERCURE DE FRANCE.
MONSEIGE ONSEIGNEUR ,
Penetrez de la plus vive reconnoiffance
de ce qu'il vous a plû accepter la place
que nous avons pris la liberté d'offrir à
vôtre Eminence , nous nous prefentons
devant elle pour lui en rendre de trèshumbles
actions de grace.
Les plus grands hommes de l'Eglife &
de l'Etat , n'ont pas crû , il eft vrai , ce
titre au deffous d'eux . Ils s'en font même
fait honneur , & cette Dignité reçoit en
vous , Monfeigneur , un nouvel éclat par
le haut rang auquel le choix éclairé & le
fage difcernement du Roy vous ont elevé.
Succeffeur du grand Armand de Richelieu
dans le plusimportant des minifteres,
vous imités cet illuftre Cardinal dans fon
amour & la bienveillance pour les Hommes
de Lettres , & particulierement pour
la Maifon de Sorbonne , qui confacre
fes veilles à la plus fublime de toutes les
Sciences , & à conferver la pureté de la
foy & de la doctrine . Quelle protection
n'a-t'elle déja point reçûe de vôtre Eminence
, & n'a- t'elle pas lieu d'en attendre
dans la fuite pour le maintien ferme &
exact de fon ancienne difcipline , & de
cette noble fimplicité qu'elle a reçûe de
Les ancêtres !
2. vol. Mais
JUIN. 1729. 1453
Mais vos veuës ne fe bornent pas aux
avantages particuliers d'une Compagnie
qui a le bonheur de vous avoir pour fon
Chef ; elles font plus étendues ; vôtre
grand objet eft le bien public , la felicité
des Peuples , la tranquillité des Nations
l'affermiffement de la paix dans l'Europe ,
l'extinction de ces divifions qui affligent
l'Eglife , l'union des coeurs & des efprits
dans une même créance : ce font là les
veues que vous vous propofées , Monfeigneur
, & ce feront les fruits que nous recueillerons
de vôtre fage adminiſtration ,
& de ces grands principes de Religion , de
juftice , de bonté & de moderation que
vous avez infpirez à notre Monarque dans
fon âge le plus tendre,préfage certain d'un
des plus heureux , & des plus glorieux
Regnes qui fut jamais
Qu'il eft beau , Monfeigneur , de vous
être attiré la confiance des puiffances
étrangeres, & de les voir fe repofer de leurs
interêts fur la droiture & l'integrité de
votre Eminence ! qu'il eft grand de donner
aux Miniftres à venir des exemples
d'un défintereffement fi rare , & de ne
vouloir d'autre recompenfe de tout le bien
que vous faites , que la gloire , le plaifir
& la joie de rendre les hommes heureux .
Pour nous , Monfeigneur , pendant que
toute l'Europe retentira de vos éloges ,
2. vol.
1. que
1454 MERCURE DE FRANCE.
que les Peuples vous combleront de bence
dictions , nous nous contenterons d'admirer
en filence toutes ces merveilles
den benir l'Auteur de tout don parfait ,
d'offrir à Dieu les voeux les plus ardens ,
pour qu'il multiplie toujours en vous les
richeffes de fa grace , & qu'il prolonge des
jours fi utiles pour la gloire de l'Etat &
de l'Eglife.
Ce Difcours fut reçu agréablement de
S. E. & applaudi de plufieurs perfonnes de
la Cour prefentes à la Cérémonie . S. E.
répondit d'une maniere très - obligeante
pour toute la Maifon en general , & pour
tous les particuliers, furtout pour ceux qui
étoient prefens. Il leur fit l'honneur de les
retenir à dîner ; après quoi ils s'en retournerent
très fatisfaits de l'accueil gracieux
qui leur avoit été fait .
Le 27. du même mois , fe font tranfportés
en Sorbonne M M. Louis Benet ,
Profeffeur de Philofophie au College de
Beauvais , Recteur de l'Univerfité , revêtu
de Robbe & Soutanne violettes & chaperon
fouré ; l'Abbé de la Croix, Docteur
de la Faculté de Théologie & Archidiacre
de Paris , revêtu de Soutanne d'écarlate &
Robbe violette , l'Abbé Bauyn , Docteur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
Chancelier de l'Eglife & Univerfité de
Paris revêtu de Soutanne & Robbe ›
2. vol.
violette
;
JUIN
1729. 1455
"1
violette ; le Doyen de la Faculté de Théologie
, M Nicolas Cordelier , qui étant
malade , fut reprefenté par M. Leonor
de Romigny , Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , & Syndic de la Faculté
de Théologie ; les Doyens des Facultés
de Droit & de Médecine , les Pro
cureurs des quatre Nations , de France ,
de Picardie , de Normandie & d'Allemagne
, qui furent conduits dans la Salle
interieure de la Maiſon de Sorbonne , où
étant , M. Nicolas Bonaventure Thierry ,
Docteur de la Maifon & Societé de Sorbonne
& Profeffeur de Théologie , adreffant
la parole au Recteur , fit voir la grande
perte que la Maifon de Sorbonne avoit
faite en la perfonne de M. le Cardinal de
Noailles , d'un Proviſeur qui lui étoit fort
affectionné ; mais que cette perte venoit
d'être reparée heareufement par l'élection
de M. le Cardinal de Fleury , dont il fit
l'éloge , auffi bien que de M. le Cardinal
de Noailles. Ce Difcours fini, M. le Recteur
loua beaucoup la fageffe & la prudence
de la Maifon de Sorbonne , dont la
conduite fait tant d'honneur à l'Univerfité
, d'avoir choisi un Provifeur fi diftinguépar
toutes les grandes vertus , protectear
des hommes de lettres , & de l'Uni-.
verfité ; qui travaille fi utilement pour
paix de l'Europe , & pour affermir la tranla
2. vol.
I ij quilité
1456 MERCURE DE FRANCE .
quilité publique . M M. l'Archidiacre de
Paris & le Chancelier , les Doyens des
Facultés & les Procureurs des Nations ,
s'expliquerent fur le même fujet , & tous
avec beaucoup de dignité. M. le Recteur
termina la Cérémonie en confirmant
l'Election qui avoit été faite.
,
›
Dans les Cérémonies précedentes qui
fe font faites pour la confirmation des
Elections des Provifcurs de Sorbonne , il
ya eu de temps immémorial des conteftations
pour la préfidence entre le Recteur
de l'Univerfité & l'Archidiacre de Paris ,
chacun prétendant avoir le pas . & préfider
à cette Affemblée ; mais pour ne point
apporter de trouble dans cette Cérémonie
& par refpect pour M. le Cardinal de
Fleury , dont il s'agiffoit alors , l'Archidiacre
& le Recteur convintent ensemble
de mettre en fureté leurs conteftations
réciproques par une proteftation préalable.
L'Archidiacre commença donc à lire
un Acte dreffé , par lequel il expliqua le
droit qu'il prétendoit avoir de préfider ,
fondé fur ce que dans la Bulle du Pape
Clement IV. de l'an 1 269. portant réglement
pour l'Election & fonction du Provifeur
de Sorbonne , l'Archidiacre étoit
nommé devant le Recteur de l'Univerfité
&c que d'ailleurs un Corps Eccléfiaftique
comme l'Eglife Métropolitaine de Paris ,
2. vol.
devoir
JUIN 1729. 14.57
devoit préceder un Corps purement Latc
comme eft l'Univerfité , d'où il concluoit
que l'Archidiacre devoit avoir le pas devant
le Recteur ; néanmoins que pour le
bien de la paix , & pour ne point troubler
la Cérémonie par refpect pour M. le Cardinal
de Fleury , il permettoit pour cette
fois feulement ,& fans tirer à confequence,
que la parole fut adreffée au Recteur comme
Préfident. Après quoi le Récteur fit
lire par le Greffier de l'Univerfité une proteftation
contraire , & foutint qu'il étoit en
poffeffion immémoriale de préfider , étant
le Chef de l'Univerfité , fur tout dans une
Cérémonie qui fe fait dans un College de
Univerfité que l'Argument tiré de la
Bulle de Clement I V. ne prouvoit rien ,
parce que les perfonnes qui y font nommées
pour la confirmation de l'Election ,
ne font pas mifes felon leur ordre & dignité
, que d'ailleurs c'est au Roi feul à regler
les rangs & les Dignités de fon Royaume,
& qu'il n'eft jamais arrivé que l'Archidiacre
de Paris ait pris le pas fur le
Recteur par ces proteftations recipro
ques qui fe firent avec beaucoup de civilité
, la Cérémonie fe paffa tranquillement
& les droits des parties demeurerent en
leur entier. f
La Maifon & Societé Royale de Navarre
, s'étant adreffée au Roi pour lui
I iij demander
2. vol.
•
1458 MERCURE DE FRANCE .
demander qu'il lui plut , fuivant fon droit,
de nommer un Superieur de cette Maiſon,
à la place du feu Cardinal de Noailles , Sa
Majesté a nommé le Cardinal de Fleury .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Or
leans le 31. Mai dernier , fur la Fête
d'un Saint nouvellement canonife , &c.
MRS
que ,
Rs Dragon , Seigneur de Roncy
cy , Obert de Laffus , d'Haffrengues
de la Brique , & d'Haftrengues de Lannoy ,
principaux Officiers de la Nation Germa
établie en l'Univerfité d'Orleans
pour la Faculté de Droit , firent celebrer
folemnellement le 16. Mai dernier , dans
'Eglife Collegiale de S. Pierre Empont ,
la Fête de S. Jean de Nepomuck, Prêtre ,
Chanoine & Grand - Penitencier de l'Eglife
de Prague en Bohëme , Patron de cetteNation
, lequel a été canonilé le 19. Mars de
cette année. M. l'Evêque d'Orleans officia
pontificalement à cette Cérémonie , à laquelle
affifterent M. le Recteur , les Pro
feffeurs , les Docteurs aggrégez de l'Univerfité
, &c . en Robbes rouges , ce qui
attira un grand Concours à cette Eglife ,
qui étoit parfaitement bien décorée avec
une grande illumination : les Officiers de
la Nation Germanique fe font fort diftinguez
dans cette folemnité.
2. vol.
BENEFICES
JUIN. 17297 1459
BENEFICES DONNEZ.
parle Roi le 30. Juin 1729 .
Evêché de Montauban , vacant par
la démiffion de M. d'Hauffonville de
Vaubecourt , à M. l'Abbé de Verthamont
, Docteur de Sorbonne , Grand-
Vicaire de la Cathedrale de Limoges .
、
Le Prieuré commandataire Conventuel
& Electif de Reuguy , Ordre de S. Au -`
guftin , Diocéfe de Clermont , vacant
par le decès de M. Dardan , à M. de Chabron
, Prêtre du Dioceſe du Puy.
L'Abbaïe Commandataire de Blanche
Couronne , Ordre de S. Benoît , Diocéle
de Nantes , vacante par le mariage de
M. de Bethune d'Orval , au St Bertrand
de Langle , Prêtre du Diocéfe de Rennes.
L'Abbaie de Blefle , Ordre de S. Benoît
, Diocéfe de S. Flour , vacante par
le decès de la D. de Chavagnac , à la
D. Dubos , Religieufe de cette Abbaïe.
L'Abbare du Reconfort , Ordre de Citeaux
, Diocéfe d'Autun , vacante par la
démiffion de Mme d'Estampes , à Mme de
Saumeri , Religieufe de cette Abbaïe .
2. vol.
Liiij DIS1460
MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife, le Jeudi 30 Juin 1729 .
à la Reception de M. l'Abbé Sallier.
A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard in- 4 °.
M
R. l'Abbé Salier , Garde de la Bibliotheque
du Roi , aïant été éû
par M M. de l'Académie Françoiſe , à la
place de feu M. de la Loubere , comme
nous l'avons déja dit , commença ainfi
fon Difcours .
MESSIEURS ,
J'avois borné mes voeux & mes efperances
, à jouir d'une tranquille obſcurité ,
lorfque vous daignâtes la premiere fois
jetter fur moi quelques- uns de ces regards
, qui fuffisent pour illuftrer la vie
d'un Homme de Lettres . Que ne puis je
vous décrire l'impreffion qu'ils firent fur
mon ame ? J'y fentis naître tout à coup
des inquiétudes , des defirs , & mille autres
mouvemens qui me découvrirent
bientôt à moi même une ambition déméfurée
de m'élever jufqu'à vous ; je fis de
vains efforts pour la combattre , il fallut
lui ceder, & l'amour propre d'autant plus
hardi à former des projets , qu'il eft plus
ingenieux à les juftifier , me perfuada que
2. vol.
je
JUIN
. 1729.
1461
je pouvois me préfenter à vous , fous un
point de vûë capable de fuppléer tous les
Titres qui déterminent ordinairement vos
Suffrages .
Le nouvel Académicien parle enfuite
de l'Académie Roïale des Belles - Lettres ,
dont il eft Membre , & de la Bibliotheque
du Roi , d'où il prend occafion de parler
dignement de LOUIS LE GRAND.
Vient enfuite l'Eloge du Cardinal de Richelieu
, celui du Chancelier Seguier ,
& reprenant l'Eloge de LOUIS XIV.
il paffe à celui de Louis XV. Tandis
que par les ordres , dit - il , des hommes
choifis * paffent d'une partie du monde à
Pautre , pour recueillir foigneulement ce
qui aura échapé aux premieres recherches
, il veut que tous les Arts concourent
à l'envi à faire de fa Bibliotheque
un Palais , dont toutes les Parties annon
cent le goût du Prince , & la Majesté de
fon Empire.Les Lettres font donc affurées
de trouver en lui , pourfuit M. l'Abbé Salier
, tout l'amour dont les a honorées,
LOUIS LE GRAND , & pour vous , Meffieurs
, quel bonheur d'avoir à celebrer
la même droiture , le même zele pour la
Religion , la même bonté pour les Peuples
! nous goûtons déja le fruit de ces
vertus nourries & fortifiées par l'étude
* Meffieurs Sevin & Fourmont .
2. vel.
des I v
1462 MERCURE DE FRANCE .
des préceptes du Maître des Rois , & par
celles des maximes qui ont conduit les
Princes les plus religieux. Le précieux
Recueil des fages inftructions qu'il a reçuës
, depofé dans fa Bibliotheque , perpetuera
le fouvenir d'un illuftre Prélat ,
dont la main habile a cultivé un fi beau
naturel.
Si c'est une maxime reçûë , que les
Peuples ne font heureux que fous le Regne
des Princes fages , ou lorfque des Sages
gouvernent fous l'autorité des Princes
, quelle eft , Meffieurs , notre felicité
! Un Roi fage gouverne , & un Sage
gouverne fous l'autorité du Roi ; car il
n'appartient qu'au vrai Sage d'être plus
touché du feul merite de faire le bien ,
que de tout l'honneur qui en peut revenir ,
de préferer les devoirs penibles du Miniftere
aux Titres pompeux qui le décorent ;
enfin de ne laiffer d'autres monumens de
fon élevation que ceux qui tournent uniquement
à lagloire du Prince , & au bonheur
de fes Sujets.
2
L'éloquent Académicien ne laiſſe rien
à defirer fur l'Eloge de celui dont il remplit
la place , & toujours attaché à l'unité
de fon deffein , & d'un ſtile fage &
convenable à fon état , fans chercher ces
graces frivoles qui gâtent aujourd'hui
PEloquence françoife , il termine ainli
fon Difcours
. Tout
JUIN. 1729. 1463
Tout ce qui me refte à fouhaiter ,
Meffieurs , c'est que fuccedant à la place
de M. de la Loubere , je puiffe fucceder
de même à quelques- uns des titres qui
vous le rendoient fi eftimable & fi cher.
Mais que ne dois - je pas efperer de cette
communication de connoiffances où vous
m'admettez ? J'en ai déja , j'ofe le dire ,
fenti toute l'utilité , depuis que j'ai le
bonheur de travailler fous les yeux d'un
de vos plus illuftres Confreres , qui femble
né pour la gloire des Sciences , &
-qui par fon zele & par fes lumieres
Coucourt avec tanr de fuccés à l'augmentation
& à l'embelliffement de la Bibliotheque
du Roi.
Après que M. l'Abbé Sallier eut prononcé
fon Difcours , M.Mirabaud , Chancelier
de l'Académie Françoife , répondit :
MONSIEUR ,
La grande réputation , que vous avez
dans les Lettres , eft ce qui a determiné
l'Académie en votre faveur ; c'eſt à la
voix publique qu'elle a conformé la
fienne ; fon choix fera parfaitement applaudi.
Une parfaite intelligence des Langues
fçavantes , une érudition profonde
& étendue , une vafte Litterature qui
embraffe également le facré & le profane ,
font des avantages dont une partiie fuffie
to vol,
J.vj. z roir
1464 MERCURE DE FRANCE.
roit pour juftifier notre choix : perfuadés
que vous les poffedez tous , pouvionsnous
, Monfieur , vous refufer nos fuffrages
?
Vos fçavans Ecrits décorent depuis
long- tems les Mémoires dont l'Académie
des Belles Lettres enrichit le Public . De
Curieufes & utiles Recherches foutenues
d'une Critique exacte , acompagnées de
Reflexions tolides , & ornées du ftile le
plus convenable au ferieux des matieres
que vous traitez ... Un homme toujours
occupé de ce qui peut procurer l'avantige
des Lettres , toujours attentif à repa
rer leurs pertes ; un homme à qui les
Males ont particulierement confié le toin
de leur gloire , a cru qu'il pouvoit fe repofer
fur vous d'une partie de fes travaux
; Juge éclairé du merite & des ta
lens , il vous a propofé , Monfieur , pour
remplir cette place , qui vous convenoit
fi pufaitement. Votre grande érudition
vous en renduit digne ; vous l'avez obte
.nue ....
C'est là qu'expofé au grand jour , votre
proford fçavoir a paru dans tout fon
éclat. Ce prodigieux amas de Volumes
qu'a raffemblé la magnificence de nos
Rois cer Ocean de Litterature qui vous
environne , ' n'effraïe point votre vuë par
fon immenfité. Vous connoiffez les dé
2. vola
Lours
JUIN. 1729. 1465
tours de ce Dédale dont la garde vous et
confiée , & les Tréfors qu'il renferme
dans fon fein , vous font également con.
nus. Tous ceux qu'attire dans ce vaſte
Edifice , ou l'envie de s'inftruire , ou la
curiofité , y trouvent en vous un guide
fidele , éclairé , officieux , prévenant
qui leur en indique les routes , & leur en
aplanit les difficultés
>
......
9
Dans la place que vous occupez ,
Monfieur les converfations fçavantes
qu'il faut être en état de foutenir, les queftions
fouvent difficiles aufquelles on et
obligé de répondre , les relations. qu'il
faut neceffairement entretenir avec tout
ce qu'il y a de plus habiles entre les Gens
de Lettres ; ces devoirs indifpentables de
votre place , deviendroient autant de fujets
de dégoût pour un homme dont les
lumieres feroient , je ne dis pas bornées ,
mais moins étendues que les vôtres .
Quelque douceur que la nature lui cut
mife dans l'efprit , il feroit difficile qu'étant
expofé fans ceffe à tant d'occalions.
qui découvriroient fon infuffifance , dans
des momens fi humilians pour lui , fon
humeur n'en fur quelquefois alrerée . Le
Public , Monfieur , le louë de vos manicres
toujours prévenantes à fon égard
toujours remplies d'une politeffe & d'une.
complaifance qui ne ſe démentent point.
mo vola CCS
1466 MERCURE DE FRANCE .
Ces qualités aimables ont leur fource ,
eft vrai , dans le fond de votre caractere ;
mais vous me permettrés d'en faire honneur
quelquefois à l'étendue de vos connoiffances.
-
La Poëfie , l'Eloquence , la beauté & les
graces du Difcours , les talens , en un mot,
paffent dans l'efprit de quelques uns',
pour être les feuls titres qui doivent donner
entrée à l'Académie Françoiſe. C'eſt
une erreur que dément affez la pratique
conftante de cette Compagnie depuis fon
établiffement .
3
Ceux que l'ignorance de nos ufages &
de notre maniere de penfer a prévenus de
cette fauffe opinion ,s'imaginent que toure
érudition nous eft inutile ; il leur plaît de
nous renfermer en d'étroites limites ; tout
ce qui ne concerne point la Langue , ils
le regardent comme étranger pour nous ,
ils l'excluent de notre reffort.
Il est vrai cependant qu'on étend notre
jurifdiction fur l'élegance & la beauté da
ftile ; on nous abandonne les agrémens
du langage , la jufteffe & le choix des
expreffions . Nous pouvons revêtir nos
penfées de ces tours ingenieux qui fçavent
également en augmenter la fineffe ,
ou en faire difparoître la fimplicité . Et
s'il en étoit parmi nous , qui fe tenant
même dans les bornes qu'on nous prek
2. vol.
crit,
JUIN. 1729 1467
crit , fçuffent néanmoins ufer dans toute
leur étendue des droits qu'on nous laiffe;
qui par des tours heureux , des expreffions
choilies , fçuffent donner à leurs
Ecrits , fur des Ouvrages plus folides.
cet avantage fi reconnu que les Graces
ont fur la beauté. S'il s'en trouvoit de tels
parmi nous ,
dre de leur partage .
•
ils ne devroient pas fe plain-
Si nous avons été embaraffé dans l'Extrait
du premier Diſcours,pour ne pas trop nous
étendre , & cependant en donner une idée
juste à nos Lecteurs , fans faire trop perdre
aux morceaux les plus précieux qu'on
peut choifir , notre embarras n'eft pas
moindre fur le choix qu'on peut faire
dans le Difcours de M. Mirabaud , où l'élegance
& la folidité regnent également.
On ne fera pas fâché de trouver ici ce
qu'il ajoûte pour combattre la fauffe opinion
où l'on eft fur la capacité des Académiciens
, dont je ne fais pas ici l'éloge ,
dit -il , mais je dois les juftifier.
Oui , Monfieur , pourſuit- il , l'érudition,
je la mets à la tête , les talens , l'efprit
le goût , une exacte & fine connoiffance
de la Langue , tous ces titres peuvent
également donner entrée à l'Académie ;
tous ces titres y font admis & l'ont toûjours
été. La Nature & l'Art , le génie
& l'étude , la fcience & les talens doivent
2. vol.
concouri
1458 MERCURE DE FRANCE
concourir enfemble à une même fin , &
fe prêter un fecours mutuel . Quel avantage
ne reviendroit il point aux Lettres
de cette union , fi elle étoit parfaite ? Que
ne réfulteroit - il point de cer affemblage ,
fi l'idée que nous nous en formons , pouvoit
être pleinement remplie ? Semblable
à ces Legions qui porterent fi loin la gloire
de Rome , quoique les Soldats en fuffent
differemment armez; l'Académie doit être "
compofée de Sujets animez d'un même
efprit , confpirant tous à un même deffein :
la difference de leurs Armes , n'en doit
point mettre dans leur courage ni dans
Teurs efforts ; un noble zefe pour la gloire
des Mafes , eft l'efprit qui doit les animer
& leur Patrie eft l'Empire des Lettres .
Après l'Eloge de vi . de la Loubere ,
auquel il ne manque aucun trait pour
embellir fon Portrait , ce Difcours finit
ainf.
Affidu à nos Affemblées, vous goûterez
avec nous cette heureufe tranquillité dont
jouiffent aujourd'hui les Mules Françoifes
; leur bonheur ne peut plus s'accroître,
tous leurs voeux fe bornent à en demander
la dure. Partageant le zele qu'a cere
Compagnie pour l'augufte Perfonne de
fon Protecteur , vous nous ai erez à celebrer
un Regne nouveau pour la France;
un Gouvernement que la paix & la juftice
2. vol.
étroiJUIN
1729.
1469
étroitement unies , confpirent à rendre aimable
; un Regne paifible , que non - feulement
les François n'ont point encore
vù , mais même dont vos connoiffances ,
quelque étendues qu'elles foient , vous fourniroient
peu d'exemples chez les autres
Peuples. Puiffiez - vous , Monfieur , le celebrer
long temps; puiffiez - vous atteindre
dans ce doux exercice , les années de votre
Predeceffeur.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , MARIAGES.
Ame Catherine- Agnès de Levis ,
Depoufe de Louis Fouquet , Marquis
de Belie Ifle , mourut le 12. âgée d'environ
69. ans.
Le 16. Juin , Dame Antoinette- Marie
de Loynes , veuve de Louis de Lubert ,
Confeiller du Roi , Tréforier General de
la, Marine , mourut , âgée de 86. ans.
Le même jour , Dile Marie - Monique
de Vergés , veuve de Pierre Dulivier ,
. Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , Gouverneur
de Pontichery .
Dame Marguerite- Elifabeth Trudaine ,
Epoufe de M. Anne-Cefar François de
Paris de la Broffe , Chevalier , Marquis
de Ponceaux , Seigneur de Camp- Remy ,
&c. Confeiller du Roy en la Cour de Par-
2. vol.
lement
1470 MERCURE DE FRANCE.
lement , & reçû en furvivance Prefident
en la Chambre dés Comptes , mourut le
24. Juin , âgée de 27. ans.
Dame Anne- Elifabeth Paignon , Epoufe
de M. Charles - Hugues Baillor , de Villechavant
, Confeiller du Roi , Maître Ofdinaire
en la Chambre des Comptes , mou .
rut le 27. Juin , âgée de 29. ans .
Le 28 , Dame Marie - Louife de Chuberé,
Epoufe de M. Jean- Baptifte - Augufte le
Rebours , Chevalier , Seigneur de Saint
Mard-fur-le- Mont , Confeiller au Parlement
, âgée d'environ 36. ans.
Le Mariage du Marquis de Conflans
avec Madle de Pontchartrain , fille du
Comte de Pontchartrain , & foeur du
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , fut celebré le 12. May
à Pontchartrain. Grand nombre de Seigneurs
& de Dames du premier rang ont
affifté à la Celébration de ce Mariage.
Armand de Bethune d'Orval , ci devant
'Abbé de Senanques , &c. après avoir
quitté l'Etat Eccefiaftique , & s'être dé
mis de fes Benefices , époufa le 14. de ce
mois D. N. de Sernieres de Vaftan
fille de N. Aubery , Marquis de Vaſtan ,
& de D. Magdelaine le Bailleul.
Robert de Pierrepont, Chevalier , Marquis
de Pierrepont , Baron de Lievray ,
Seigneur Patron de S. Nicolas de Pierre-
2. vol.
pont,
JUIN. 1729 . 1471
pont , Efcolleville , Baudreville , Ourville ,
Beauchamp , &c. fils de Jacques Alexandre
de Pierrepont , & de Dame Catherine
du Fay de Vergetot , époufa le 2. Juin
D. Anne-Victoire de S. Chamans , fille
du feu Comte de S. Chamans , Chevalier,
Marquis de Mery , Seigneur de Merielle,
de Saucourt , de Montubois , & c . & de
Dame Bonne de Chatelus , foeur du
Comte de Chatelus , gendre de M. le
Chancelier. Par un Mémoire qui a été
communiqué à l'occafion de ce Mariage
, on voit que la Maifon de Pierrepont
eft établie en Baffe- Normandie dès le tems
de Raoul,premier Duc de Normandie , &
que dès ce même tems il y a une Terre de
ce nom érigée en plein Fief de Hautbert ,
&c. que poffede M. le Marquis de Pierrepont.
Il eft neveu & heritier de feu M.de
Pierrepont , Lieutenant des Gardes du
Corps , Gouverneur de l'Ile de Rhé , &
de feu M.de Pierrepont , Seigneur de Beauchamp
, &c. Il eft auffi neveu & heritier
du côté maternel du Marquis de Vergetot,
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Ce Memoire apprend auffi que le Marquis
de Pierrepont , qui vient de fe marier ,
refte feul de fa Maifon en France . Il y en
a une branche en Angleterre , connuë fous
le nom des Ducs de Kingſton , dont un
Cadet commença l'établiffement en 1066.
2. vol.
dans
1472 MERCURE DE FRANCE .
dans le temps que les Normans conquirent
P'Angleterre fous le fameux Duc Guillau
me. Kingston eft une petite Ville fur la
Tamile , affez près de Londres .
La Maifon de S. Chamans eft originaire
de la Province de Limoulin , où eft la Terre
de ce nom. Le feu Comte de S. Chamans
, pere de la nouvelle Marquife de
Pierrepont , eft l'Aîné de cette Maifon.
Cette Dame eft niece du Marquis de Saint
Chamans , Lieutenant des Gardes dù
Corps , Maréchal des Camps & Armées
du Roi . La branche Aînée dont on
vient de parler , s'établit dans l'Ile de
France par l'acquifition que fit du Marquifat
de Mery , Antoine de S. Chamans ,
Baron de Pèché , & c . Lieutenant General
des Armées du Roi , Gouverneur de Guife.
Le 19 M. le Beuf , Ecuyer , Confeiller
Secretaire du Roi , époufa Made Durand,
fille unique de M. Durand , Ecuyer , Con
feiller du Roy , Tréforier General des Ligues
Suiffes.La Cerémonie du Mariage fut
faite dans la Chapelle de l'Hôtel de Châ
tillon , par M. l'Abbé le Beuf, Aumônier
du Roy.
THEQUE
vol.
LYO
ARJUIN.
172:9. 1473
ARRESTS , DECLARATION.
RREST du 8. Fevrier , qui condamne
Ales Sieurs Brigeon , Tennelon or Route
feau , Procureur au Chaftelet , aux rapports
de droits de Prefentations , Controlle d'icelles,
& chacun en 300. liv . d'amende pour avoir
occupé fur differentes Affignations fans s'être
prefentez ; declare nulles toutes les Procedures
faites fur lefdites Affignations ; deffend aux
Parties de s'en fervir à peine de faux , & condamne
lefdits. Brigeon , Rouffe au & Tenneffon
aux dommages & interêts des Parties réfultans
de la nullité des Procedures.
Fait deffenfes aux Procureurs des Cours &
Jurifdictions du Royaume de faire Procedures
für aucunes Affignations, fans s'ê re prefentez
au Greffe des Prefentations, & à tous Greffiers
de délivrer aucuns Arrefts ou Sentences fans y
faire mention de la datte de la Prefentation
fous les peines cy - deffus & d'interdiction.
DECLARATION du Roi, portant fuppreffion
des Droits qui fe perçoivent aux Entrées
de Paris , fur les Oeufs , Beurres , Fromages.
Donnée à Versailles le 22. Mars 1729. Regiftrée
en Parlement le 25. Avril .
-1
" ARREST de la Cour de Parlement , du 28.
Mars , qui condamne Jofeph Pinard , Blafphémateur
, à faire amende honorable , nud
en chemife , la Corde au col , la Torche au
poing à avoir la langue percée d'un Fer
chaud , & aux Galeres .
2. vol.
ARREST
1474 MERCURE DE FRANCE.
ARREST de la Cour du Parlement du 30 .
Avril , concernant les Marchands Merciers
Quincailliers & autres , faifant trafic & débit
de Poudre à Canon , Fufées volantes & autres
Artifices , par lequel la Cour ordonne que
toutes perfonnes , tant Marchands Merciers
Quincailliers , qu'autres , faiſant trafic & dé-,
bit de Poudre à Canon , Fuſées volantes &
autres Artifices , même ceux qui ont des Commiffions
du Grand Maître & Capitaine General
de l'Artillerie de France , ou du Commiffaire
General fous fon autorité , feront tenus
de fe loger & fe retirer dans trois mois pour
tout délai hors des Limites de la Ville de Paris,
& dans des maifons des Fauxbourgs ifolées.
Fait pareillement inhibition & défenfes à tous
Proprietaires , Engagiftes ou principaux Locataires
, de louer leurfdites maifons , échopes
ou boutiques dans les Limites de la Ville,
à des Marchands faifant trafic public & ordinaire
defdites Poudres à Canon , Fufées volantes
& Artifices à peine contre chacun
d'eux de trois mille livres d'amende , & c ,
ARREST de la Cour du Parlement du 16.
Mai , portant condamnation contre Françoife
Fournier , d'étre battue & fuftigée nue
de verges , étant coeffée d'un chapeau de
paille , fêtrie d'un fer chaud & Banniffement
pour cinq ans , convaincuë de Maquerellage
public ; & contre Marie Claude Duval &
Barbe Genet , d'être enfermées dans la Maiſon
de force de l'Hôpital General pendant un an.
On donnera dans le prochain Mercure l'explication
des Enigmes & Logogrifes des deux
Volumes de Juin,
25 volat
TABLE
*
TABLE .
•
Pleces
leces Fugitives. Defcente d'Orphée aux
Enfers , Ode ,
12641
Suite de l'Examen de quelques Manufcrits fur
fainte Marie Magdeleine &c.
Sonnet en Bouts - Rimez ,
Conference fur la Mufique ,
Sonnet ,
12684
1280
12811
1289
Lettre de M. Coypel , au fujet de fon Tableau,
&c.
Bouts Rimez · Sonnet ,
1290
1297/
Réponſe fur laTranfmutation des Metaux , 1298
Qde ,
Baptême d'un Sauvage ,
1302
1305 .
Réponſe fur le Voyage de Rouen à Paris , 13131
Differtation fur l'Oedipe de Corneille & fur
celui de M. de Voltaire ,
Requête à la Reine ,
13159
1345
Lettre fur les Simpaties & les Antipaties, 1346
Epitre en Vers , de M. de Senecé , 1355.
Queftion; quelle eft la femme la plus malheureufe
, & c.
Enigmes & Logogryphes ,
1359
1360
Nouvelles Litteraires, & c. Nouveaux Mémoires
des Miffions de la Comp . de Jefus, 1363
Les Voeux de l'Europe , & c. 1370
Les Monumens de la Monarchie Franç. 1371
Odes qui ont été prefentées à l'Académie de
Marſeille ,
Bibliotheque Italique , &c.
1376
1378
Réponse aux Refléxions critiques fur le Livre
de l'Art de connoître & de parler . & c. 1388
Reflexions du P. D. L. M. fur un Article du :
Mercure de May ,
Chanfon nottée & c.
Spectacles Don Mico & Lefbine , & c.
1392
1400 .
1401
La nouvelle Colonie , Comedie nouvelle , 1405
2. vol.
La
1407
La Femme Juge & Partie , Lettre & Madri--
gal , & c.
Le Princeffe de la Chine, Opera Comique , 1408
Tragedie , Comedie & Ballet , fur la fanté du
Roi , 1419
1422
Nouvelle du Tems , de Turquie , Ruffie , Podogne
, Allemagne ,
D'Italie , Céremonie d'époufer la Mer par le
Doge de Venife , fon origine , &c.
Canonifation du B. Jean Nepomucêne ,
Nouvelles d'Espagne & d'Angleterre , 1436
Morts des Pays Etrangers ,
1426
1429
1449
France ,nouvelles de la Cour, de Paris , & c. 1442
Memoire pour L. P.Max. de Bethune, Maiſon,
Armes de Bethune , & c. 1445
Le Cardinal de Fleury Provifeur de Sorbonne ,
- & c.
Benefices donnez ,
1446
1459
Difcours prononcé à l'Acad , Françoiſe , 1460
Morts , Martages ,
Arrêts ,
1469
1473
Errata du Mercure de Juin , I. vol.
Page 1187. ligne s. l'Arabe , lifez l'Arabic. P. 1260. 1. derniere , les , 1. des.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PA , 13.7
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P. 1322. 1. derniere , feroit , lifez fervit.
P. 133. 1. 2. perte , 1. Pefte.
P. 1342 1. . étoit
, l. s'étoit
.
P.1343.1 . premiere.connoiffant, connoiffance.
P. 1415.1. 4. nenons , tenons.
P. 1418. l. 20. tient , l . fait .
P. 1423.1. 13. Roi,, . Rey.
P. 1447. point , ôtez ce mot.
Lanson hasée dois regarder la page 1400
Qualité de la reconnaissance optique de caractères