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MERCURE
DE
FRANCE , 426081
DEDIE AU ROT.
AV
MARS. 1729 .

COLLIGIT
SPARGIT
VILE
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DCC. XXIX !
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
ĽAD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent te
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de \
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inſtamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter & à ceux qui les envoyent
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
3
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau, qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , on aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MAR S. 1729 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
D
O D E.
En l'honneur du Roy .
Octe Lyre , qui de la Grece,
Vantas les Héros & les Dieux ,
A nos vifs tranſports d'allegreffe ,
Unis tes fons mélodieux ;
Et toi , qui ſecondois Horace ,
A ij Quand
420 MERCURE DE FRANCE .
Quand d'Augufte , avec tant de grace ,
Il chantoit les paisibles jours ,
Daigne aujourd'hui , Muſe fidelle ,
En approuvant le même zele ,
M'accorder les mêmes fecours .
Divine Paix , quelles images
Offre à mes yeux ta douce Loi ?
Un Roi digne de nos hommages
Un Peuple amoureux de fon Roi ,
Un Troupeau , qui dans les Prairies ,
Sur des Rives toûjours fleuries ,
Peut braver le Loup affamé ;
Des Laboureurs , qui dans les Plaines ,
Contens au milieu de leurs peines ,
Moiffonnent ce qu'ils ont femé.
A la Nuit , le fils de Latone
Prête fes rayons bienfaiſans ;
Ici le Printemps & l'Automne ,
Semblent feuls partager les ans.
L'Eté muriffant nos Javelles ,
Prépare en des Sources nouvelles ,
Un Nectar vainqueur des ennuis.
Ami de Pomone & de Flore ,
L'Hyver aux fleurs qu'il fait éclore ,
Voit fucceder les plus beaux fruits.
Que
MAR S. 1729 421
Que ces Retraites Bocageres ,
Ces Monts , ces Vallons , ces Deſerts ,
Jeunes Bergers , humbles Bergeres ,
Retentiffent de vos Concerts ;
Qu'au fon de vos Flutes champêtres ,
Et les Peupliers & les Hêtres ,
Soient ranimez & rajeunis ,
Et que dans ces Climats paiſibles ,
Les Etres les plus infenfibles
Vantent le Regne de Louis.
Regne heureux , dont le bruit des armes
N'a jamais troublé le repos !
Oui , fainte Paix , c'eſt à tes charmes
Que nous devons les vrais Héros.
Par toi , dans le fein de nos Villes ,
Epoufes & Meres tranquilles ,
Goutent le bonheur le plus doux ,
Sans craindre l'horreur des batailles ,
Ni les fanglantes funerailles ,
D'un cher Fils ou d'un tendre Epoux.
Heureux , qui dès l'enfance même ,
Marchant fur les pas de Titus ,
Veut moins devoir le Diadême
Au fort , qu'à fes propres vertus ;
Qui content de titres modeftes ,
Méprife ces Lauriers funeftes ,
A iij Qu'am
422 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ambitionnent les Vainqueurs
Et qui pouvant comme Alexandre ,
Réduire les Ciţez en cendre ,
Ne fonge qu'à gagner les Cieux..
France , à cette marque immortelle
Reconnois ton Roi glorieux.
C'eft lui , tout en lui me rappelle
La Majefté de fes Ayeux ;
Soit que dans les Champs de Diane ,
Au milieu des Jeux , il condamne
La molleffe & l'oifiveté ;
Ou que pour combattre le vice ,
Il joigne aux Loix de fa Juftice .
L'exemple de fa pieté ..
Mais quel bras menaçant fa vie ,
Soudain allarme notre amour ?
Vainqueur de la Parque ennemie ,
Cher Prince , tu nous rends le jour..
Tel parfois d'une tache obſcure ,
Au grand effroi de la Nature ,
Phébus couvre fes blonds cheveux ,
Et fans s'écarter de fa voye ,
Bientôt ranime notre joye ,
En rallumant fes premiers feux.
Puiffent
MAR S.
1729. 423
Puiffent les juftes deſtinées ,
Couronner tes nobles projets ,
Et multipliant tes années ,
Combler les voeux de tes Sujets.
Puiffent tes foins infatigables ,
Aflurer aux Lys reſpectables ,
Le fouffle éternel des Zéphirs ,
Et dans cette heureufe Contrée,
Immortalifer la durée
De l'abondance & des plaifirs.
M
Toi qui contre la race humaine ,
A cent fois aiguifé le fer ,
Jaloufe , inexorable haine ,
Redoutable Fille d'Enfer;
Toi qui du Sang de l'Innocence ,
Rougis le monde en fa naiſſance ,
Et creufas le premier Tombeau ,
Laffe de tant d'iniques oeuvres,
Defarme tes noires couleuvres ,
Etein pour jamais ton flambeau.

Reſpecte , homicide Furie ,
Le fiecle long-temps defiré ,
Qui de Louis & de MARIE ,
Voit profperer l'Hymen facré..
Loin d'ici , préfages funebres ,
Le Ciel diffipe nos tenebres ,>
A iiij
Le
424 MERCURE DE FRANCE :
Le Ciel nous prodigue fes dons.
Par une concorde ingenuë ,
Préparons-nous à la venuë
Du DAUPHIN que nous attendóns,
Si cet Aftre vient à paroître ,
Mufes , quels feront vos tranſports !
Le grand jour qui le verra naître ,
Reluira jufques chez les Morts.
Abbreuvé des Eaux d'Hipocrene ,
J'irai faire entendre à la Seine ,
Des fons jufqu'alors inconnus :
Vous mêmes remontant ma Lyre ,
Verfez dans mon ame un délire ,
Digne d'Orphée , ou de Linus.
F. M. F.
XXXXXXX : XXXXXX : XX
SECONDE Lettre de M. Capperon ,
ancien Doyen de S. Maxent , à M..
fur les Sels contenus dans l'Air , & ſa
nouvelle Méthode pour voir ces mêmes
Sels, & juger de leurs effets par rapport
à la fanié.
MONSIEUR ,
Je commence aujourd'hui à vous rapporter
, comme je vous l'ai promis , ce
que
MAR S. 1729 425
que j'ai découvert touchant les Sels qui
s'élevent dans l'Air , & qui s'y trouvent
difperfez differemment fuivant les lieux
d'où ils font fortis , & les diverſes conftitutions
des temps qui les ont détachez de
la terre , pour les faire voltiger enfuite
dans l'Atmoſphere .
La premiere remarque que j'ai faite en
obfervant ces Sels , a été de reconnoître
qu'on s'eft fort trompé quand on a crû
que l'Air étoit continuellement rempli de
Nitre , puifqu'il m'eft arrivé plufieurs fois
de n'y en pas trouver ; mais d'y voir au
contraire divers autres Sels très- differens :
il faut avoüer neanmoins que c'eft celui
qui s'y trouve le plus frequemment , parce
qu'il y a toute apparence que c'eft le Sel
qui abonde le plus dans la terre ; & d'ailleurs
étant fort leger , il doit auffi s'élever
plus aifément dans l'Air avec les vapeurs
qui s'en exalent.
Comme tous les Sels ont chacun leurs
figures fpecifiques qui les diftinguent les'
uns des autres , j'ai remarqué celle de
chaque Sel en particulier ; ainfi j'ai diftingué
quels font les Sels qui fe trouvent
dans l'Air. J'y ai donc trouvé le Nitre que
j'ai reconnu par fa figure formée en éguilles
ou plutôt en lignes plus ou moins longues,
& plus ou moins larges , quelquefois mê-
A v me
426 MERCURE DE FRANCE.
me courbées , paroiffant tantôt affez unies
dans leur fuperficie , d'autres fois moins
compactes & comme poreufes. J'en ai vâ
même ( quoique rarement ) quelques - unes
fort petites qui étoient en forme d'ovale
allongée & pointuë par les deux extrémitez
, & c'eſt ainfi qu'il s'en trouve dans .
le Nitre ordinaire comme je le dirai
ailleurs..
,
na-.
J'ai découvert auffi dans l'Air du Sel
Armoniac ; quoique le Sel Armoniac ordinaire
foit artificiel , il y en a auffi de
turel dans la terre , felon M. de Tournefort
, Hiftoire des Plantes des environs :
de Paris , dans la Preface ; mais en petite
quantité en comparaifon du Nitre . Ĉe Sel
eft aifé à connoître par fa figure , qui
confifte en des lignes traversées par d'autres
, au côté defquelles il en paroît plufieurs
autres petites qui s'y joignent en:
angles droits.
Ce Sel qui eft fort volatil , peut cependant
s'élever ailément dans l'Air par
fa legereté ; mais comme il y en a peu dans
la terre & dans les eaux , il ne s'en exale
pas beaucoup , au moins dans ce pays ici ;.
d'ailleurs il est très fluide & il fe diffipe.
aifément par la moindre humidité.
Depuis près d'un an je n'ai découvert
que deux ou trois fois dans l'Air du Sel
marin ,
MARS. 1729. 427
marin ; on le reconnoît aisément par fa
figure cubique ; apparemment que , foit
à caufe de cette figure , ou parce qu'il eft
d'une fubftance plus compacte , il ne s'éleve
pas facilement dans l'Air , quoiqu'il
foit fi abondant dans la Mer ; peut - être mêine
n'en ai - je vû ici qu'à caufe que nous
fommes peu éloignez de la Mer. Le Vitriol
participant du fer ou du cuivre , & par là
étant plus pefant , s'éleve auffi très peu .
Je n'en ai vû qu'une feule fois & encore
très - legerement. Le Borax , l'Arfenic , ne
paroiffent pas non plus,
Outre ces Sels que vous pouvez connoître
, j'en ai découvert d'autres qui vous
feront peut - être nouveaux ;
il y en a particulierement
un qui fe trouve fréquemment
dans l'Air, & même en affez grande :
quantité. C'eft un petit Sel tirant tant
foit peu fur l'ovale , quoique de figure
peu réguliere , dont la fuperficie eft raboteufe
; ce qui me fait croire que ce
Sel eft un Sel acre ; tout ce qui eft:
ainfi raboteux devant neceffairement ra--
cler & comme écorcher les endroits fur
lefquels il paffe où il eft agité & remué.
Il en paroît même encore d'autres plus
grands & dont la fuperficie eft pareillement
inégale & raboteufe. J'en ai auffi
trouvé quelques- uns formez en étoiles
A vj, ou
428 MERCURE DE FRANCE .
ou en forme de molette d'éperon ; d'att
tres en figures de Rofes ; mais comme j'en
ai vû très- peu , je ne crois pas devoir Y
faire attention.
Après cette Deſcription des Sels que
j'ai découverts dans l'Air , il faut tâcher
d'aller plus loin : car vous fçavez , Monfieur
, que les Sels répandus dans l'Air ,
font de grandes impreffions fur nos corps,
& qu'ils y caufent fouvent de grands dérangemens.
En un mot , ce font ces Sels
aufquels feuls on doit attribuer les maladies
qu'on voit être fréquentes & dans
certains lieux & dans certaines faifons.
Les maladies épidemiques & contagieufes
, n'ont pas ordinairement d'autre origine.
Quel avantage n'eft- ce donc pas ,
Monfieur , de voir ces Sels de fes yeux ,
de pouvoir en confequence juger quels
mauvais effets ils doivent naturellement
produire & connoître en même- temps ce
qu'il eft à propos de faire pour s'en garantir.
Pour faciliter la réüffite dans une choſe
d'une telle importance , vous voulez bien ,
Monfieur , que je vous expofe ce que je
penfe fur ce fujet. Je fuis donc perfuadé
que le Nitre étant fait de la maniere que
je viens de vous le marquer , s'il arrive
qu'il abonde trop dans l'Air, & qu'il s'infinuë
MARS. 1729. 429
finue plus qu'il ne convient dans le fang &
dans les humeurs , il doit naturellement
mettre obftacle au mouvement interieur de
leurs parties , comme des verges & des
bâtons jettez parmi des boules qui rou
lent , en interrompent & en arrêtent le
mouvement. Par la même railon ce Sel
doit diminuer l'activité & la chaleur de
ces Liquides , les difpofer à la coagulation
& les rendre plus acides.
De- là , Monfieur , des Catheres , des
Rhumes , des Fluxions de poitrine , des
Pleurefies , des Léthargies , des Apoplexies
, diverfes Fievres cathereufes & intermittantes
,&c.Lorſqu'on reconnoît que
tel eft le Sel dominant de l'Air qui produit
ces mauvais effets , voici ce qu'il
convient de faire pour s'en préferver . Il
faut le foir avant de fe coucher ufer de
ce qui peut foutenir l'activité du fang &
des humeurs , fans contribuer à leur acidité
ou à leur âcreté. Telles font les infufions
chaudes de Thé , de Sauge , de
Thin , de Meliffe & autres femblables herbes
odoriferantes : les grains de Geniévre,
la Canelle, la Mufcade & autres femblables
doux Aromates . J'ai dit que c'eft principalement
le foir qu'il convient d'ufer de
ces préfervatifs parce que l'humidité &
la fraîcheur de la nuit , raprochant ces
Sels
430 MERCURE DE FRANCE.
Sels difperfez dans l'Air , le corps s'en
trouve plus enveloppé & les potes étant
plus ouverts , ils s'y infinuënt plus ailément
& plus abondamment .
Après le Nitre l'efpece de Sel que je
trouve ici abonder le plus dans l'Air , eft
ce Sel raboteux dont j'ai parlé plus haut ,
& qu'on pourroit bien nommer Sel Saponaire
; parce que de la maniere dont il
eft formé, il doit être naturellement déterfif.
S'il arrive donc que ce Sel foit
trop abondant dans l'Air , & qu'il s'infinuë
trop abondamment dans les corps ,
il ne doit pas y faire moins de ravage que
le Nitre , puifqu'à raifon de la figure , il
doit rendre le fang & les humeurs fort.
âcres.
Delà les maux de tête & de dents , les
douleurs de Goute , les Coliques , les
Rhumatifmes , les maux d'yeux , les demangeaifons
, les Gales , les Ulceres , les
Diffenteries , les Diathées , les Phtifies ,
les Fiévres lentes , &c. Que s'il arrives
qu'on foit menacé de ces maux lorſqu'on
reconnoît qu'il paroît dans l'Air une trop
grande quantité de Sels , on peut s'en garantir
, en ufant particulierement le foir ,,
de lait coupé avec l'eau d'Orge mondé
ou de Ris , ou de bouillons faits avec les
iffuës & les têtes des Moutons ou pareilles>
2
MAR S. 1729. 431
les chofes convenables pour adoucir &
engluer le fang & les humeurs.
Comme ce font ces deux Sels que j'ai
reconnus dominer le plus dans l'Air de ce.
Pays , il me paroît inutile de parler des
autres qui s'y trouvent rarement & en trèspetite
quantité ; parce que s'il s'en rencontre
beaucoup plus dans d'autres lieux,
il fera ailé par tout ce que vous venez
de voir & par tout ce que je pourrai vous
rapporter dans la fuite touchant les qualitez
de tous les Sels , de juger & de leurs
effets & de leurs préfervatifs ..
Il me refte maintenant , Monfieur , તે
vous parler du fouffre dont l'Air eft très--
fouvent rempli , & qui produit auffi de
funeftes maladies . Il paroît figuré de deux
manieres : Premierement en petits globu--
les parfaitement ronds , ordinairement de
couleur brune , qui font formez d'autress
plus petits , lefquels fe réüniffant enfeinble
, forment ces globules ; mais lorsque
ces derniers n'ont pas toute la facilité pour :
fe réunir , alors ils fe ramaffent en rond
laiffant fouvent un petit vaide au milieu .'
Comme ces globules fouffreux font trèsfufceptibles
de mouvement , à caufe de
leur figure ronde , & encore plus à caufe
que la matiere étherée s'en faifit aifément:
pour leur faire fuivre l'impetuofité de fes
petits
432 MERCURE DE FRANCE.
petits tourbillons ; il s'enfuit qu'étant introduit
en grand nombre dans la maffe du
fang , ils doivent en augmenter l'effervefcence,
& fi cela va loin , y allumer la fievre,
& de là diverfes fievres continuës , fouvent
même très -malignes & contagieuſes . Car,
Monfieur , fi ces Souffres fe trouvent accompagnez
de beaucoup de Nitre , ce leront
alors des fievres continues avec des
friffons,des langueurs , des abatemens , des
difficultez de refpirer , des douleurs de côté
, des fluxions de poitrine , des affoupiffemens
, des difpofitions aux Léthargies &
autres affections feporeufes & même des
taches de pourpre ; mais fi tout au contraire
ces Souffres fe trouvent accompagnez
de quantité de Sel âcre , ce feront alors des
fievres continuës, mais plus violentes, plus
âcres , & plus brulantes , avec des inquietudes
, des infomnies , des délires , des
chaleurs d'entrailles , des hémoragies , des
fueurs abondantes , peut être même des
fincopes & des éruptions à la peau.
S'il arrive que l'Air qui caufe ces maladies
continue pendant certain efpace de tems
à être également rempli de l'un ou de l'au
tre de ces Sels avec l'abondance de Souf
fre ; c'eft alors que ces maladies font épidémiques
, & que plufieurs en font attaquez
dans les lieux où cela fe rencontre
de
MARS. •
433 1729
de la forte , & elles font toûjours contagieufes
, parce que tous les corps étant
alors plus ou moins remplis de ces Souffres
& de ces Sels répandus dans l'Air , les
Souffres qui exhalent des malades par la
tranfpiration , fortant extrémement agitez ,
pour peu qu'ils penetrent dans les corps
de ceux qui s'en approchent , & qu'ils fe
joignent aux autres Souffres que l'Air y
a dépofé , ils leur communiquent leurs
agitations, & les allument , pour ainsi dire,
comme du Souffre enflammé en allume
d'autre qui ne bruloit pas auparavant.
Le moyen , Monfieur , que je crois convenable
pour fe préferver des maladies
que caufent les Souffres joints avec le
Nitre , lorſqu'on reconnoît qu'ils dominent
dans l'Air , confifte à ufer le foir de
remedes volatils non fouffreux , tels que
l'ail,l'oignon , les grains de Geniévre, la
racine d'Angelique , le Camphre , l'Esprit
de Sel Armoniac , le Set de Vipere , aufquels
on peut ajoûter les Abforbans , tels
que la Terre figillée , le Bole fin , les Coraux
, les Yeux d'Ecteviffes . Mais fi au
lieu de Nitre les Souffres font accompagnez
de Sels âcres , il faut uſer alors de
doux Acides , tels que la Limonade , le
Verjus , le petit Lait ; j'en ai vû des effets
merveilleux dans ces maux. L'eau renduë
agréa
434 MERCURE DE FRANCE.
agréablement acide avec l'efprit de Vitriol,
aufquels on peut joindre les Remedes farineux
& angluans : & pour le préſerver
lorfqu'on eft obligé de fréquenter les perfonnes
attaquées de maladies devenuës
contagieufes , j'ai l'experience pour les
premieres , que mâcher de l'ail ou de
Poignon , & en avaler un peu , fait des
merveilles ; & pour les autres , prendre
de temps en temps quelque cuillerée d'eau
rendue acide avec , l'efprit de Vitriol , &
fe rincer la bouche avec de fort vinaigre.
Dans ma Lettre fuivante je vous ferai le
détail de ma Méthode pour voir ces Sels
de l'Air. J'ai l'honneur d'être , &c .
A Eu , le 29. Août 1728 .
Pour votre fatisfaction j'ai ajoûté ici
la figure des principaux Sels dont je parle
ici , tels qu'ils ont été vûs avec le Microſcope
dans certains jours de cette année
1728 .
-
r. La figure du Nitre , tel qu'il étoit dans
l'Air le premier jour de May .
2. La Sel Armoniac , tel qu'il a été vû
le 23. Août .
3. Les Sels raboteux , tels qu'ils ont été
vûs,le 25. Juillet.
MARS
. 435 1729.
3
I
436
MERCURE DE
FRANCE.
4.
م
ا ن أ ل ا
*18030
5
MARS. 1729.
437
4. Le Souffre comme il a paru le 28 .
Août .
5. Le Souffre avec le Nitre,lors d'un Tonnerre
le 7. Juillet.
6. Le Souffre avec les Sels raboteux du
15. Juillet 1728.
LE TESTAMENT
ENIGMATIQUE ,
A M. Demeaux Prefident Candidat
de Préfidial de Mâcon.
CONTE.
DEmeaux , vous que Thémis appelle à haute
voix
Pour nous dévoiler fes myfteres ,
Qui par des droits hereditaires ,
Deviendrez l'Interprete & l'Arbitre des Loix :
Vous , chez qui deux hyvers , trop longs pour
notre attente ,
Vont revêtir d'autorité ,
Ce mérite précoce , où la fleur ſe preſente ,
Mêlée avec les fruits dans leur maturité ;
En attendant que la Juftice ,
Sur des cas plus réels exerce votre efprit ,
Débrouillez celui- cy , qu'a laiffé par écrit ,
D'un illuftre Affranchi l'ingenieux caprice,
Toute
438 MERCURE DE FRANCE .
Toute vertu confifte en médiocrité.
Trop circonſpecte , la Prudence ,
Dégenere en timidité ;
Qui trop loin pouffe la vaillance ,
Donne dans la témerité ;
Du ménage exceffif l'avarice commence ;
L'excès de la Dévotion
Panche à la fuperftition ;
L'efprit trop raffiné court à l'extravagance.
Je pourois aisément fans fortir de chez nous .
Vous citer des témoins de la derniere eſpece :
Mais de leur faux bonheur laiſſons joüir nos
foux ,
Ce font gens emportez , & moi qui craint les
coups ,
J'aime mieux me jouer aux vieux foux de la
Grece.
L'Ecole des Efprits fameux ,
Fut la noble Cité d'Athêne :
Ils cherchoient du nouveau : nous en cher
chons comme eux ;
Ils prirent les devants , nous n'en trouvons
qu'à peine ,
Encore eft- il fouvent tiré par les cheveux .
Or plus qu'aucun des Grecs , du langage ordinaire
,
Le bouffi, Lycophron , fut ennemi juré :
Ses Vers étoient un chiffre , un jargon mefuré,
A l'épreuve du Commentaires
Sa
MARS. 1729.
439
Sa Profe ,un labyrinthe où Dédale eût erré.
Il fit même devant Notaire ,
Un fameux Teftament ci- deffous déclaré ,
Mais il faut pour l'entendre un court Préliminaire.
De trois Filles qui lui reſtoient ,
Sa Famille étoit compoſée ,
Qui bien que foeurs , pourtant étoient ,
De conduite & de moeurs , l'une à l'autre oppofée
:
Ladice , la premiere , avoit des traits charmans
,
Relevez avec foin de tous les ornemens
Que l'artifice invente & que le luxe achete ,
La moitié de fa vie étoit pour la Toilette ,
L'autre pour chaffer aux Amans ,
Et pour n'en dire pis , une franche Coquette ,
Qui comptoit pour un jour perdu ,
Un jour paffé fans Pantomimes , *
Et pour un plaifir deffendu ,
En eût quitté cent légitimes.
Aglé venoit enfuite ; une groffe Dondon ,
Ne fongeant qu'à faire ripaille ,
Qui faifoit cas de Cupidon ,
Bien moins que d'une Huître à l'écaille :
Grands flaccons de Muſcat , Perdrix , Caille ,
Dindon ,
* Comediens bouffons
Pour
440 MERCURE DE FRANCE .
Pour elle étoient plus riche don ,
Que cette Pomme d'or qui porta le Brandon
Dans le Palais du Fils du Roi Laomedon ; (4)
Où ce friand morceau qui fuffoqua Didon ,
Lorfqu'Enée en fuyant , l'eut mife à l'abandon
( Si Virgile a menti , Dieu lui faſſe pardon) (6)
Charmion la troifiéme au Village Intendante ,
Vifage à guérir de l'Amour ,
Occupoit toute fon attente ,
Agouverner fa Bafle- Cour ,
Et faire filer fa Servante ,
Quijuroit comme une Bacchanté ,
D'être éveillée avant le jour.
De l'obfcur Licophron fut la maudite engeance
,
Telle que je vous ai conté :
Apprenez maintenant quelle fut l'ordonnance
De fa derniere volonté.
Je nomme Myrtalé , mon Epoufe , heritiere ,
Cependant à condition ,
Qu'à mes filles Æglé , Ladice & Charmion ,
Elle en partagera la maffe toute entiere ,
Sans aucune diſtraction ;
Avec cette reftriction ,
Qu'aucune, de fon leg ne foit ufufruitiere ,
(a) Priam.
(b) L'Anachronisme de Virgile , qui fait rencontrer
Enée avec Didon, eft de plus de 300 ans.
Qu'elles
MAR S. 1729. 44T
Qu'elles n'en voudront point , & le répudieront
;
Item , que les trois foeurs à leur mere feront,
D'un talent attique * pour vivre ,
Chacune la réfufion.
C'eſt-là mon dernier ordre. A faute de les fuivre
J'appelle Lycortas par fubftitution.
Lorfque du Teftament on eut fait l'ouverture,
Chacun gloſe , chacun murmure ,
Et tous en beaux draps blancs mettent le trés
paffé ,
Quelle folie ! Quel défordre !
Dit des Parens le plus fenfé ,
Eft- il Oedippe qui pût mordre
A ce Projet embarraffé ?
Sur le point qu'on ceffe de vivre ,
Je crois bien que l'efprit s'affoiblit , fe dément
Mais lorsque Lycophron fit un tel teſtament ,
C'eft peu d'être malade , il falloit qu'il fût yvre.
Une heritiere qui n'a rien !
Trois legs abſorbent tout le bien ;
Cependant , chaque Légataire ,
Ne voudra point du legs & n'en joüira pas !
Démêlez- moi cet embarras :
Pour Moi , j'y fais de l'eau toute claire.
Et la réfufion qu'on doit faire à la mere ,
600. écus.
B Filles
442 MERCURE DE FRANCE.
Filles qui n'auront rien , comment la financer?
A gens plus éclairez je le donne à penſer.
Il faut pourtant faire un partage
Par forme de proviſion :
Le bon fens eft de quelque uſage ,
Quand la Loi fe refufe à notre instruction.
Si vous le trouvez bon , la galante Ladice ,
Pour fatisfaire à fon caprice ,
Aura tous les Bijoux & les ameublemens ,
Les Parfums , les Miroirs , les Livres de Romans
,
Et des Efclaves de fervice ,
Ceux , qui felon fon goût , feront les plus charmans.
A la bûveufe Æglé , donnons la batterie ,
La Cuifine , la Cave & la Sommellerie ,
Et la Salle à faire feftins ,
Pour boire avec fa cotterie
Depuis le foir jufqu'au matin .
Pour Charmion la ménagere ,
Maiſon couverte de fougere ,
Avec du labourage un complet attirail ;
Bons gros Valets duits au travail ,
Servante , bonne filandiere ,
Grand troupeau de Brebis; c'eft-là ce qu'il lui
faut ,
Pour être à mon avis , contente de fon Lot.
Il refte à pourvoir à la mere ;
Mais elle eft bonne femme , elle aime les enfans ,
Ér
MARS. 172952443 1729 .
Etfe contentera de ce qu'ils pourront faire ,
Pour l'affifter fur fes vieux ans.
L'avis fut applaudi ; mais ils comptoient fans
l'Hôte :
Lycortas , réveillé par fon ambition ,
Se pourvoit à l'Amphyction (a)
Qui fçait rendre aux lezez le bon droit qu'on
leur ôte ;
Et faute d'execution
De la derniere intention
Lui demande permiffion ,
De faifir de plein droit la fubftitution.
Le cas étoit douteux depuis Deucalion (6)
D'un pareil dans la Grece il n'étoit mention;
On fouille dans le Greffe ; aucune inſtruction :
Tout le Palais eft en déroute ,
Procureurs , Avocats , Juges , n'y voyoient
goute.
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Nos grands Magiftrats de Paris ,
Et même de Trévoux , flotteroient dans le
doute.
Un feul homme les éclaira ;
Je vous dirai comment , Demeaux ; mais ce
ſera ,
Si d'y rêver un peu vous prenez patience ,
(a) Tribunal fouverain de la Grece.
(b) Déluge des Grecs , qui leur fervit d'époque.
Bij Pour
444 MERCURE DE FRANCE.

Pour faire quelqu'effai de votre Préfidence.
Mais je retiens fur le marché,
Que pour trouver le fens caché
De cet innocent artifice ,
Vous ne confultiez point ces gens ,
Qui fur le plan d'Ignace , ont bâti l'édifice ,
Dont la folidité triomphera du temps . *
Inftruit du dénoüment par ces hommes cele
bres ,
Vous en faire honneur , ce feroit me dupper :
Je connois leurs talens . Il n'eft point de tenebres
,
Que ces efprits brillans ne puiffent diffiper.
left grand ami des Jefuites .
A
LETTRE de M. B. H. D. R.
Quoique
Voique le P.C. ait proteſté, Monfieur, qu'il ne
feroit point de réponse aux Pieces anonimes
qui le regarderoient , j'ai crû que je devois ré
pliquer à la Lettre qu'il vous a écrite fur fon
Paradoxe. L'omiffion de mon nom ne doit point
certainement lui donner gain de caufe , fi le
droit n'eft pas d'ailleurs de fon côté. C'est au
Public à en juger; & c'est pour cela que je
vous fupplie d'inferer dans votre Journal , la
Lettre que j'ai l'honneur de lui écrire . Fe ferai
avec bien de la reconnoiſſance , &c.
REMARS.
1729. 445
REPLIQUE aus P. C. fur fon Paradoxe
géometrique.
M. R. P.
Vous pouvez bien juger que fi après la déclaration
que vous avez faite à la fin de votre
Réponſe inferée dans le Mercure de Septembre
, page 1980 , & fuiv . je prends la liberté
de vous repliquer , ce n'eft pas dans l'intention
de pouffer la critique plus loin. Changeant
aujourd'hui de maniere , je ne ferai fimplement
que vous demander quelques éclairciffemens
; mais fans doute que vous aurez la
bonté de ne me les pas refufer , pourvû que
je vous les demande avec toute la modeltie
& la docilité neceffaire. Vous dites , il eft vrai,
que les explications que vous avez déja données
, font fuffifantes pour les vrais Géometres
Infinitaires , feuls juges en cette matiere ;
mais vous remarquerez , s'il vous plaît , qu'on
trouve fi peu de ces fortes de Géometres ,
que ce n'eft pas ordinairement pour eux qu'on
doit écrire , d'autant plus qu'il feroit affez inutile
de vouloir leur apprendre ce qu'ils fçavent
déja. Vous devez donc , M. P. prendre
aujourd'hui la plume pour inftruire le Public
& pour convaincre tous ceux qui ne font pas
infinitaires au fouverain degré : vous devez
par confequent me faire l'honneur de me répondre
, & c'est ce que j'avois d'abord à vous
démontrer.
Aprés cela je vous dirai ingenument qu'il
me paroît que le raifonnement que j'ai fait.
pour prouver que les deux féries i . plus plus
& c . & ², plus 4, plus , & c . ne font point
égales d'une égalité rigoureuſe , fubfifte dans
Biij toute
446 MERCURE DE FRANCE.
toute fa force. Si elles étoient rigoureusement
égales , elles feroient chacune la moitié de la
troifiéme férie 1. plus , plus , plus , plus
, plus , & c. qu'elles forment jointes enfemble
; mais la feconde n'eft jamais moitié de
toute la troifiéme entiere , elle n'eft que de la
premiere moitié du nombre des termes , & ainfi
l'autre ferie eft donc toujours plus grande..
Voila où conduit neceffairement la démonftration
que vous indiquâtes dans le premier vo-
Iume du Mercure de Juin ; il eft fâcheux pour
vous , que le raifonnement par lequel vous
prétendiez prouver que les deux feries étoient
égales , prouve au contraire qu'elles ne le font.
pas. Mais que voulez -vous que j'y faffe ? Faudra-
t-il que par pure complaifance je rejette
un raifonnement auffi évident , & contre lequel
après que vous l'avez rapporté vous même ,
vous ne trouvez aucune autre chofe à dire ;
finon que plus on fait d'usage de fon efprit ,
plus on trouve de raisons de fe defier de fes
propres lumieres ; que les chofes que l'on croit
le mieux entendre , font fouvent fauffes ,
qu'il faut être Géometre infinitaire pour démêler
de femblables difficultez. Vous fentez bien,
M. P. que ce n'eft du tout point là répondre .
ad rem , & que je ne dois pas , fur de pareilles
raifons , renoncer à une verité claire comme le
jour. Ainfi vous me permettrez donc de foutenir
toûjours , comme je l'ai déja fait dans ma
Lettre du 8. Juillet , que les deux feries dont il
s'agit, forment des quantitez infinies , & qu'el
les font égales ; mais que comme elles ne font
pas d'une égalité rigoureuſe , il n'eſt pas ſurprenant
qu'en ôtant l'une de l'autre , le refte ne
foit pas zero abfolu ; mais une grandeur finie
déterminée.
C'eft
MARS. 1729. 447
*
C'eft auffi de la même façon que l'a entendu
M. de Fontenelle dans fa Lettre du 11. Juillet :
En general , dit ce celebre Academicien , routes
les fois qu'on trouve d'un côté que deux
grandeurs font égales , & de l'autre qu'elles ne
le font pas , ce qui ne peut venir que de ce qu'on
les aura envisagées ou calculées differemment ,
il fe trouvera toûjours qu'elles feront infinies
d'un certain ordre , & auront une difference de
l'ordre inferieur. Cependant vous foutenez
maintenant, M. P. que ce n'eft du tout point en
cela que
confifte la fingularité ; mais en ce que
deux chofes très rigoureufement & très géometriquement
égales , ne laiffent pas , étant ôtées
l'une de l'autre , de fe trouver arithmetiquement
inégales ; deforte que c'eft à prefent la
diftinction entre l'égalité géometrique & l'égalité
arithmetique qui donne le propre à
priori, & le dénouement complet du Paradoxe.
Voila , je vous protefte , un diftinguo auquel je
ne m'attendois pas : car je vous avouë & je le
fais le plus modeftement qu'il n'eft poffible ,
que j'avois toûjours crû que ce qui étoit vrai
géometriquement , l'étoit auffi arithmetiquement.
Je regardois les nombres appliquez à la
Géometrie comme les expreffions des differens
rapports que peut avoir l'étenduë ; & comme
je croyois cette expreffion exacte , je n'eûs jamais
foupçonné que de deux furfaces géometriquement
& rigoureufement égales , l'une pût
être de cent toifes quarrées & l'autre d'un autre
nombre de toiles . Pour appliquer ceci à
vos feries , chacune exprime en particulier l'étenduë
d'un espace hyperbolique infiniment
long , compris entre l'hyperbole , fon alymptote
& une ordonnée : ces deux efpaces font
d'une étendue infinie ; mais il feroit de la derniere
abfurdité de prétendre qu'ils font plus
Biiij. rigou448
MERCURE DE FRANCE .
rigoureusement égaux entre eux , que ne le font
les deux feries qui les expriment , puifque l'un
furpaffe l'autrede tout le fegment afymptotique
qui eft interpretée entre les deux ordonnées ,
& qui eſt égal à la difference 1 .-- + -
+ & c . des deux feries.
Enfin , M. P. tout ce que j'ai l'honneur de
vous dire ici me paroît de la derniere évidence;
mais peut être que je me donne encore mal à
propos pour un homme qui fçait cette matiere .
Dans ce cas vous n'avez qu'à faire adopter par
M. de Fontenelle , votre nouvelle remarque fur
les chofes qui font tout à la fois vrayes enGéometrie
& faufles en Arithmetique & l'affaire
fera terminée tout d'un coup à votre avantage.
Je vous offre de cette forte un moyen bien
fimple d'établir votre droit , de diffiper les
doutes qui pourroient refter , & de perfuader
en même-temps plufieurs perfonnes qui n'étant
pas capables d'un examen difficile , ne
fe laifferont jamais entraîner que par l'autorité.
Au furplus , M. P. vous me permettrez
de me réjouir avec vous de ce que vous entendez
ce que vous dites lorfque vous nous
apprenez entre autres chofes , que la Quadrature
de la parabole eft 28 18. 32. &c. Je fuis
très-veritablement , & c. B. H. D. R.
Ce 5. Novembre 1728.
La Replique à cette Réponse a été imprimée
par inadvertance dans le Mercure
de Janvier , page 44.
SENMAR
S. 1729.
449
SENTIMENS
CHRETIEN S.
On ame , c'en eft fait , il faut quitter le
M
monde,
Cette fource d'erreurs , en doux poifons fé
conde ,
Ce fond de vanitez , de frivoles defirs ,
De prophanes amours , de fragiles plaifirs ;
N'y puifons plus , cherchons par une route
sûre ,
Un plus folide fond , une fource plus pure.
Jefus Chrift eft ce fond que nous devons chercher
,
Cette fource qui peut notre foif étancher.
Attachons- nous , mon ame , à ce Maître adorable
,
Auffi jufte que bon , auffi puiſſant qu'aimable ;
Le fardeau dont il veut nous charger chaque
jour ,
Beſe peu pour un coeur rempli de fon amour
Le joug qu'il nous impoſe , eſt un joug plein de
charmes ,
Qui ne fait ni gémir, ni répandre des larmes ,
Et loin de nous abbattre en nos divers travaux ,
De quiconque le porte il foulage les maux .
Mais du monde impofteur le joug infuppor·
table
By. Du
450 MERCURE DE FRANCE.
Du plus heureux mortel ne fait qu'un miferable
;
De ce Maître inconftant quiconque fuit les
Loix ,
9:
Se voit bien tôt réduit à plier fous leurs poids ,
De la perdition la route âpre , incertaine ,
Nous fatigue , nous donne une inutile peine.
Eh ! pourquoi donc aimer le monde & le fervir
?
Quel indigne efclavage ! ah ! s'il nous, faut
fouffrir ,
Souffrons pour expier nos diverſes offenſes ,
Souffrons pour Jeſus- Chriſt , partageons fes
fouffrances ,
Que fa Croix deformais foit notre unique
- appui ;
Il fait part de fa gloire à qui ſouffre avec lui..
Mais qu'attendre d'un monde impuiſſant , périffable
2
Mettre en lui fon eſpoir , c'eft bâtir fur le
fable .
Son fafte, fon éclat, fes pompes, fes honneurs ,
Son luxe , fes plaifirs & toutes fes douceurs ,
Difparolffent , helas ! comme un Vaiffeau quis
paffe ,
Qui traverſe les flots fans y laiffer de trace ,
Comme un Trait décoché , comme un Oifeau
leger ,
Dont on ne peut trouver de veftiges dans l'air.
Cependand les Mortels toûjours vifionnaires ,
Pourfuivent vivement ces ombres , ces chimeres
: L'homme
MARS.
450
1729.
L'homme avide de l'or thefaurife toûjours ,
L'homme tendre fe livre à de folles amours ,
L'intrépide Heros qui court à la victoire ,
Cueille de vains Lauriers , ne penfe qu'à fa
gloire ,
Habile à fe fervir de fes charmes flatteurs ;
La Coquette s'applique à triompher des
coeurs :
Efclave d'une douce & funefte habitude
Le joueur de fon jeu fait fon unique étude ,
Le fenfuel en tout cherchant la volupté
Se forme de fon corps une Divinité :
Ainfi tous oubliant le feul point neceſſaire ,
On les voit negliger leur principale affaire ,
Pour toute autre empreffez , nonchalans fur
ce point ,
Le foin de leur falut ne les occupe point.
Quelle étrange froideur ! quelle affrenfe in
dolence !
Et vous avez été dans cette indifference !'
Mon ame , rougiffez de cet égarement ,
Et fortez fans délai de cet aveuglement.
Allons , n'imitez plus ces ames infenfées ,
Qui fur de vains objets attachent leurs perf
fées ,
Qui regardent la terre & cherchent fes faux
biens
Adreffez mieux vos voeux & rompez vos liens,
Plus fiere deformais & plus ambitieuſe ,
Cherchez avec ardeur la perle précieuſe ,
Bvj Pour
452 MERCURE
DE FRANCE .
Pour qui l'on doit donner fa vie & fes trefors,
- Faites pour l'acquerir de genereux efforts ,
Domptez vos paffions , évitez la moleſſe ,
Aimez , étudież , poffedez la fageffe ,
N'allez plus vous livrer à ces jeux amuſants ,
Où vous vous diffipez , où vous perdez le
temps ..
Enfin à Jefus- Chrift , qui vous dit de le fuivre,
Confacrez les momens , que vous avez à vivre.
Mais quoi ! vous n'ofez prendre un genereux
effor !
A quitter tout pour lui vous balancez encor !
Ah , je vois ce que c'eſt , à l'aimer toute prête,
Une mauvaiſe honte en chemin vous arrête ;
Vous préferez le monde à la celeſte Loy !
Si je fais mon falut , que dira - t - on de moi ?
Dites- vous , cette crainte eft un lâche artifice,.
Du démon attentif à fuggerer le vice ,
C'estlui qui vous retient. Ah ! ne l'écoutez pas;
Dans un abîme affreux il traîneroit vos pas.
Souffle de l'Efprit Saint , grace toute- puiffante,
Venez déterminer une ame chancelante ,
Que charme la vertu , qui connoît fon er-
2 reur ,
Mais que retient encor une fauffe pudeur.
M. Bouchet , Chanoine de Sens , Auteur
dès. Maximes du Quadrille , infcrées dans
le Mercure du mois d' Avril dernier.
RE
MAR S. 1729. 473
REPONSE du R.PereDom Jacques Alexandre
, Religieux Benedictin , aux
Objections du R. P. Aubert , Jefuite
contre le nouveau Systême du Flux &
du Reflux de la mer , inférées dans les
memoires de Trevoux , au mois de Novembre
1727. à la page 2008.
E me fuis toûjours attendu que mon
J Syfteme du da Refluxde la Mer
s'éloignant du Systême de Deſcartes , ne
manqueroit pas d'avoir des contradic
teurs. Bien loin que cette penfée m'ait
-détourné de publier mon ouvrage , j'ai
cru au contraire rendre fervice au public ,
en excitant les fçavans à examiner de
nouveau ce qu'on a receu peut - être trop
facilement. Dans cette difpofition je ne
puis que fçavoir bon gré au R. P. Aubert
de m'avoir attaqué , d'avoir mis en oeu
vre toute fa fubtilité pour renverſer ce
que j'ai tâché d'établir , & de m'avoir ap
pellé au Tribunal de la raifon , pour y
plaider ma caufe. Je n'imiterai pas mon
aggreffeur , qui dans la vûë de fe rendre
fon Juge favorable , s'attribuë d'avance
la victoire , ne parle que de triomphes ,
fe vante qu'il a porté la défolation dans
les terres de fon ennemi , que rien n'eſt
484 MERCURE DE FRANCE. 1
en état de réfifter à fes méditations , (a)
qu'il atout détruit de fond en comble. (b)
Que le Systeme eft contraire aux loix de
la nature. ( c ) Que nulle loy du mouvement
n'eft gardée. (d) Cela eft fans replique
; & autres femblables expreffions ,
par lefquelles il s'attribue la victoire. Notre
Juge eft trop éclairé , pour craindre
qu'il fe laiffe prévenir par cet air de confiance
, ou qu'il refufe de m'écouter
dans mes défenfes .
Je rapporteray les objections du R.
P. Aubert dans fes propres termes , &
j'y joindrai mes réponſes.
I. Objection . Le R. P. Aubert dir que
tout corps rond , va plus aifenent & plus
vite que tout corps oval ou allongé : done
tout corps oval on allongé eftant en mou
vement , tend à prendre une figure rone
de , autant qu'il en eft capable : donc
fi la terre eftoit ovale , elle devroit devenir
ronde par la fluidité defes eaux .
Réponse. Si cet argument prouvoit
quelque chofe , le P. Aubert en fenti
roit le premier poids ; il feroit obligé de
faire ronds les tourbillons , que Defcartes
& fes Difciples font elliptiques . Ils
ne font pas comme la terre feulement
fluides en partie , ils le font entierement .
(a) P. 2015.
(b).P. 2021.
(c) P. 2026.
(d) P. 2025 .
L'objection
MARS. 1729. 455
L'objection retombe donc fur le Systê
me de Descartes , & il eft ruiné fans reffource
par un de fes plus grands Défens
feurs , s'il eft vrai que le raifonnement
qui m'eft oppofé , foit clair comme le
jour.
II. Objection. Je dis donc que ni les
exemples , ni la raifon physique du P.
Alexandre ne prouvent point que les corps.
allongez doivent mettre leur petit diame
tre dans la ligne de direction , que quand
ils trouvent un milieu qui leur résiste.
Réponse. La terre divifant fans ceffe le
fluide qui l'environne , doit néceffairement
trouver de la réfiftance . De quelque
cofté que vienne cette refiftance , il
importe peu ; mais elle en trouve , puifque
de l'adveu du P. Aubert ( a) l'Athmoſphere
en trouve dans la matiere étherée
, & qu'elle n'en fçauroit trouver
qu'elle ne la communique aux parties
fluides de la terre. D'ailleurs la terre ,
l'Athmofphere qui doit auffi réfifter.
Voilà donc deux caufes qui réfiftent con--
jointement au mouvement de la terre.
II. Objection . Il n'eft point vrai ,
ni par ces exemples , ni par ce raifonnement
, qu'un corps qui feroit porté dans le
Flaide , & qui recevroit le mouvement de
ce Fluide , dût mettre fon petit diametre.
( 4 ) P. 2020.
dans
456 MERCURE DE FRANCE .
dans la ligne de direction de fon mouvement.
En effet alors la partie anterieure
de ce corps ne feroit point retardée par
la refiftance de ce Fluide.
Réponse. Je viens de prouver que le
Liquide dans lequel la terre fe meut ,
réfifte à fon mouvement. Elle en eft preffée
en deux parties principales.; dans la
partie pofterieure , par la matiere qui la
pouffe , dans la partie anterieure , par la
matiere qui lui réfifte , & fes coltez
eftant moins preffez , elle eft obligée
de difpofer fon grand diametre de travers
, ou du centre à la circonference..
IV. Objection. C'est ce qu'on voit
( mettre le grand diametre dans la ligne
de direction du mouvement ) aux corps
tout à-fait plongés dans une riviere dont
ils reçoivent le mouvements
Réponse. Les corps plongés dans une
riviere , peuvent y eftre plus ou moins
enfoncés s'ils font au fond , leur mou--
vement eft retardé par les herbes , par la
vafe , par des pierres , ou par d'autres
obftacles ; s'ils font approchant de la furface
, l'eau ayant en cet endroit plus de
mouvement qu'en tout autre , les pouffe
avec roideur en avant , & dirige leur mouvement
felon leur plus grand diametre ;
mais fi ces corps: occupent à peu près le
milicu de l'eau de la riviere, comme étant
MARS. .1719 % 457
,
à-peu - près au milieu de fon tourbillon ,
alors étant pouffés également en avant &
en arriere & ne l'étant que peu ou
point par les coftés , ils fe rangent fur le
cofté. C'est ce qui fe voit dans les débris
des vaiffeaux , lefquels font portez de tra
vers fur les coftes.
V. Objection. C'est encore par cette
meme raison qu'une Aiguille aimaniée
met fon grand axe dans la ligne de direction
de la ligne de direction de la matiere
magnetique, & que M. Defcartes
met le grand Axe du Tourbillon de la
Terre dans la ligne de direction de fon
mouvement .
Réponse. Le mouvement de l'Aiguille
aimantée eft retardé par le pivot qui la
foutient ; fa direction vient du principe
qui tourne l'un de fes poles vers le Not
& l'autre vers le Sud , & non du milieu
dans lequel elle flotte. Le P. Aubert ne
peut donc tirer aucun avantage de cet
exemple contre moi. Il eft vrai que Defcartes
net le grand diametre de la Terre
dans la ligne de direction de fon mouvement
: il avoit befoin de cette difpofition
pour expliquer à fa maniere le flux & le
reflux de la Mer. Mais on voit par les
Obfervations Aftronomiques que les chofes
font tout autrement difpofées. En effet
fi le grand diametre du Tourbillon de la
Terre:
458 MERCURE DE FRANCE.
terre étoit difpofé ainſi en tournant au
tour du Soleil , il ne regarderoit pas toûjours
le même point du Pole dans le Ciel,
& décriroit un cercle affez confiderable ,
enforte qu'il s'éloigneroit fenfiblement
du Pole. D'ailleurs les nouvelles Obfervations
démontrent que la Lune eſt plus
éloignée de la Terre , quand elle eft nouvelle
ou pleine , que dans les Quadratures.
D'où il réfulte évidemment que le
grand diametre de la Terre eft difpofé de
travers fur la ligne de direction de fon
mouvement . Cela fe confirme par une experience
rapportée par M.de Gadrois : ( a)
fi on jette un goute d'huile fur du vinai
gre agité circulairement, cette goute prend
la figure ovale dont le plus grand diametre
eft dirigé du centre à la circonfe
rence .
VI. Objection . Le P. Alexandre eff
obligé de faire comprendre comment la
Terre ne perd point fon mouvement en le
communiquant fans ceffe à la matiere étherée
qu'elle divife.2 . Comment elle conferve
fon mouvement propre fans qu'il diminuë.
Réponse. Cette difficulté combat autant
le P. Aubert que le P. Alexandre . Le petit
dérangement que je fais dans le Syftéme
de Copernic , n'y change rien . La
Terre fe meut & nâge dans la matiere éthé-
(a) Syftême du Monde , p. 205.
ree
MARS. 172923 459
rée de fon tourbillon , en vertu du mouvement
que l'Auteur de la Nature lui a
imprimé.
VII. Objection . Il faut encore qu'il ait
la bonté de nous expliquer comment il fe peut
faire que laTerre toute nuë divifant la matitre
celefte quatre ou cinqfois plus vite qu'un
boulet ne vole , on ne fente pas un vent trèsviolent
de haut en bas ... Un boulet trouve
tant de réfiftance dans l'air , que j'en ai vi
de bois de Gayac ſe divifer en mille parcelles
au fortir du canon , &c.
Réponse . Je ne dépouille point la Terre
de fon athmofphere. Le R. P. Aubert ſe
l'eft imaginé ; fur une explication des gelées
du mois d'Avril que j'ai hazardées &
à laquelle je ne m'intereffe point , on ne
doit fentir aucun vent dans mon Systême,
par la même raifon qu'on n'en doit point
fentir dans celui de Deſcartes ; les Villes ,
les Tours , les Forefts n'ont rien à craindre
ni dans l'un ni dans l'autre. L'Objection
eſt furannée, & n'a pu faire impreffion
que dans un temps où l'on croyoit la
Terre dans un parfait repos.Un boulet de
Gayac allant en ligne droite , peut fe divifer
en mille parcelles , fans qu'il en arrive
rien de femblable à la Terre qui tour
ne en rond fur fon centre .
VIII. Objection . Accordons au Pere
Alexandre , que ce mouvement Lunaire de
loa
460 MERCURE DE FRANCE.
la Terre faffe baiffer les eaux dans fa par²-
tie anterieure ... il ne s'enfuivroit pas
que le mouvement des eaux dût fe faire
feulement entre les Tropiques , ni qu'elles
duffent former deux élevations vers l'O--
rient & l'Occident feulement , c.
Réponse . Le R. P. Aubert auroit dû
m'accorder la grace de faire quelques réflexions
fur ce que j'ai dit de l'élevation
des eaux.La Terre en tournant cauſe deux
élevations dans les eaux , & ces deux éle
vations ne font pas l'une vers l'Orient
& l'autre vers l'Occident , mais perpendiculaires
à peu près fur la ligne de direction
& oppofées diamétralement. Si la
Terre étoit toute couverte d'eau , cette élevation
pafferoit par les Poles , avec cette
difference , qu'elle feroit toûjours la même
fous les Poles , & ne changeroit pas
de place , au lieu que fous l'équateur &
entre les Tropiques elle fouffre de grands
changemens, d'où vient qu'on y fent le
flux & le reflux , quoique cette élevation
fe continue jufques fous les Poles , dans
les endroits où la Mer s'étend jufques - là,
elle doit neanmoins y être infenfible, parce
qu'elle y eft toûjours la même & n'y
change jamais .
IX. Objection. Ce que dit le P. Alexandre
pour expliquer les deux élevations
des eaux fous la Zone Torride , eft entisrement
MARS. 1729. 461
3
rement contraire aux Loix de la Nature,
Réponse. Cette contrarieté ne vient que
de ce que le R. P. Aubert , de deux mouvemens
diftincts n'en fait qu'un . Le mou
vement de la Terre fur fes Poles , détermine
tes eaux à fe ranger du côté où eft
le plus grand mouvement , fçavoir , fous
l'Equateur. Le fecond mouvement vient
de ce que les eaux par leur pefanteur tendent
au centre de la Terre ; & comme
elles ont de la fluidité , cela fait qu'elles
ne peuvent fuivre le mouvement rapide
de la Terre , elles demeurent en arriere
& ont un cours d'Orient en Occident .
Le reste pour le Mercure fuivant.

L'ORAISON FUNEBRE
DE ROBIN.
Robin eft mort , ce Lapin fi joli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , ſi poli ,
Dieux quels dommages ! une gloutonne
Chatte ,
En mon abfence a mis fur lui la patte.
Robin eft mort ; puis- je après ce malheur ,
Ne pas me plaindre ou cacher ma douleur ?
C'étoit trop peu que cette meurtriere ,
D'un
462 MERCURE DE FRANCE .
D'unfang moins cher eût rougi ma voliere ,
C'étoit trop peu qu'elle eût mis au tombeau
Quatre Serins dignes d'un fort plus beau :
Pour mieux venger la fcelerate Cendre ,
D'un Chat fripon qu'autrefois je fis pendre.
Il lui falloit ce Lapin fi joli,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli.
Je m'en doutois , & pendant mon voyage ,
J'en eus dix fois un funeſte préfage.
Qu'aurois-je fait ? J'étois trop loin d'ici
Pour prévenir l'effet de mon fouci.
Pauvre Robin ! en vain à tes années
Je promettois d'heureuſes deſtinées ;
Le Ciel , hélas ! n'eft , dit- on : pas toûjours ,
Comme on le veut , propice à nos amours.
Il est bien vrai. Quelle plus belle envie
Peut- on , difois je , avoir toute la vie ,
Que d'élever un Lapinſijoli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli !
Tantôt folâtre , amufant & traitable ,
Je te voyois fautiller fur ma table ,.
Te laiffer prendre & de tes pieds proprets ?
En te prenant , ne me ſalir jamais .
Tantôt ufant d'une maligne adreffe ,
Pour éprouver l'excès de ma tendreffe ,
Tu ne femblois , hélas ! prêt d'expirer ,
Puis tout à coup , me voyant foupirer ,
Verfer des pleurs fur cette fauffe allarme,
Et
MARS . 1729 . 43 ;
Er m'écrier dès la premiere larme;
Robin eft mort , ce Lapin ſi joli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli ;
Tu revenois affligé de ma plainte ,
Me demander le pardon de ta feinte ,
Et t'aimant trop pour ne pas t'excufer .
Je te donnois un innocent baifer ,
Tel fut toujours l'agréable falaire ,
Des petits jeux que tu fis pour me plaire ;
Mais tu n'es plus. Puis- je après ce malheur ,
Ne pas me plaindre ou cacher ma douleur ?
Ciel , de fon fang je vois encor la trace
Sur ce Parquet ... Ah ! c'eſt ici la place ,
Où j'ai perdu ce Lapin fi joli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli..
Mais qu'apperçois - je ? un panier, c'eſt le traitre,
Qui dans fon fein laila ravir fon Maître ,
Il me rappelle un trifte fouvenir ;
Ah ! malheureux , que vas- tu devenir?
Qu'on me le brûle & ces cendres profanes ,
De mon Robin appaiferont les Mânes ;
Et toi qui pus l'égorger fans pitié ,
Dois- je en ton fang voir ce crime expié ,
Ou ménager par un refpect funefte ,
Le flanc cruel qui porte encore le refte
Des os fanglans d'un Lapin fi joli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli.
Ménagement contraire à la vengeance !
Dur
464 MERCURE DE FRANCE .
Dur châtiment contraire à l'indulgence !
L'un veut ta vie & l'autre veut ta mort :
Que faire donc , & quel fera ton fort ?
Va , tu vivras , & je cede à l'envie
Qui m'intereſſe à te laiffer la vie ,
Ainfi , barbare , ainfi de tes forfaits ,
Sans te punir je verrai les effets ?
Ainfi toûjours de mon foible courage .
Triomphera ton implacable rage ,
Qui m'a ravi ce Lapinſijoli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli.
Non , c'en eft trop , un fer impitoyable ,
Te percera ce coeur infatiable ;
Qu'on s'en faififfe ! à moi , Laquais , à moi ,
Elle eft ici , prens-là , dépêche toi ,
Vâte un coûteau. Mon fcrupule eft frivole ,
Je veux qu'enfin ma propre main l'immole ,
Et qu'à l'endroit où l'infame périt ,
Pour monument foit gravé cet Ecrit ,
Qui dans les temps d'immortelle memoire ,
Rappelle aux yeux cette tragique hiſtoire.
Robin eft mort , ce Lapin fi joli ,
Si blanc , fi beau , fi mignon , fi poli .
Dieux , quel dommage ! une gloutonne Chatte
Enfon vivant porta fur lui la patte ,
Mais pour punir cet excès inhumain ,
Son Maître icil'égorgea de fa main.
COPIE
MARS. 1729. 465
COPIE d'une Lettre écrite de Montpellier,
fur la Tranfmutation des Métaux.
L y a déja près d'un an , Monfieur ,
que j'eus l'honneur de vous écrire fur
la converfion du fer en cuivre , & de vous
demander fi nous l'aurions à meilleur marché
que le cuivre ordinaire , & enfin fi
ce nouveau cuivre feroit bon pour faire
notre Verdet ou Ver-de-gris ; vous me
répondites d'une maniere affez incertaine ,
& j'attens les derniers éclairciffemens promis.
Depuis ce temps - là , on me fit lire
dans le Mercure de France du mois de
May , que M. Boulduc avoit fait devant
le Roy l'experience de cette converfion
de fer en cuivre , & qu'il avoit prouvé
que ce n'étoit qu'une fuppofition , pour
ne pas dire une friponnerie , de la part
de
ceux qui vouloient en impofer au Public ,
en tirant du cuivre du Vitriol blanc ou du
cuivre même , &c.
J'aurois crû qu'après une telle experience
, nous devrions être defabuſez ; cependant
la même perfonne qui reçoit tous
les Journaux , me fit lire dans celui de
Trévoux du mois de Septembre , qu'il
y eft parlé dans les Nouvelles Litteraires
C d'un
466 MERCURE DE FRANCE.
' un certain M. le C. de Salvagnac , qui
ale fecret , à la tête de la Manufacture
de Ville-neuve S. George , que ee Comte eft
un homme d'efprit , un fort galant homme ,
qui fit travailler devant le Phyficien , Auteur
de la Lettre fur l'Operation de changer
le fer en cuivre. Comment accorder
le témoignage de M. Boulduc , avec celui
de ce Phyficien. On voit bien que M.Boulduc
eft fincere , la feule verité doit parler
devant les Rois. Il eft vrai auffi que M. de
Salvagnac prétend que fonTranfmetal n'eft
pas proprement du cuivre , que c'eſt un
Métal plus précieux , ayant les mêmes
qualitez du cuivre , fans en avoir les défauts
, &c. Je vous avoue , Monfieur, que
j'ai été furpris de voir des témoignages fi
differens fur un fait qui fe paffe à la Cour
& à la Villes je vous prie de vouloir bien
-prendre la peine de m'en inftruire le plus
exactement que vous le pourrez.
A propos de Chimie , ne pourriez- vous
pas auffi demander à vos Sçavans , fi le
Mercure Philofophique , ou Mercure double,
que les Philofophes appellent par
excellence notre Mercure , est une Eau
mouillant les mains , ou s'il a la forme
da Mercure vulgaire ou Vif- argent ? Les
Initiez dans la fcience Alchimique , voudront
bien excufer cette efpece de profanation
en faveur des amateurs de cette
fcience
MARS. 1729 467.
fcience , l'envie d'apprendre , & dêtre inftruit
, donne une telle liberté ; c'eſt aux,
Adeptes , & aux bons efprits qu'il faut
s'adreffer , & non aux perfonnes qui prétendent
au bel efprit à force d'incrédulité ,
car celui qui nie la poffibilité d'une chofe,
doit fçavoir ce qu'il dit , comme celui
qui en affirme la poffibilité.
De peur de paroître indifcret dans la
demande que l'on fait , on prie les Maî--
tres de confiderer qu'on ne demande point
la compofition du Mercure des Philofophes
, qui eft la clef de cette Science, mais
fimplement la forme , c'est- à - dire , s'il a
celle d'eau moüillante ou d'eau feche , &
l'on fouhaite des preuves là -deffus & des
Paffages des Philofophes les moins fufpects
, fuppofé qu'il y en ait..
Il me femble , Monfieur , vous entendre
dire que la fcience d'Hermes , eft une
fcience fecrette qui ne peut s'apprendra
par la lecture mille fois réïterée des Livres
qui en traitent , qu'ainfi il eft inutile
de confulter des muets ; mais ces muets
font des fignes , ils ont des expreffions allegoriques
& énigmatiques ; & quoique
ce foit ici l'Art des Arts , qui ne s'apprend
que par le moyen d'un fidele Maître
quelque ambiguë que foit la Réponse , on
ne la doit pas refufer aux enfans de la
Science. Pourquoi ne leur pas épargner
Cijele
468 MERCURE DE FRANCE .
le temps , la peine , l'étude & la dépenfe ,
comme on le pratique dans les autres fciences?
D'où vient que les Philofophes , en péfant
, laiffent périr leur fecret avec eux ?
Vous fçavez , Monfieur , la, déclaration
que M. Duclos fit au lit de la mort , à la
priere & en prefence de M. Clement , l'un
de fes amis , il lui cita Bernardus Penotus
à Porta fanita Maria , qui âgé de près
de cent ans , auffi au lit de la mort , confulté
fur la tranfmutation des Métaux , &
fur ce qui s'appelle le grand oeuvre ou
la Pierre Philofophale , ne fit autre réponfe:
finon , Mes Amis ; fi vous avez un
puiffant ennemi , à qui vous vouliez beaucoup
de mal , fouhaitez - lui cette paffion ,
c'eft le plus grand mal que vous puifficz
lui fouhaiter.... Il eft toûjours avantageux
pour le bien public , de faire connoître
P'utilité ou l'inutilité des Recherches Philofophiques
& de la malheureufe paffion
de Souflerie, fuppofé qu'elle foit auffi dangereufe
qu'on l'a generalement crû juf.
qu'ici.
Bien des gens ont voulu comparer la
crédulité fur la Pierre Philofophale , à la
crédulité fur les Sorciers ; mais il y a une
grande difference dans ces deux fortes de
crédulité , les preuves fur l'exiftance des
Sorciers , ou du moins fur la poffibilité
des Magiciens , fe trouvent dans la Bible,
au
MARS. I729. 469
au lieu que nous n'avons que des conjectures
& des preuves humaines touchant
la ponibilité de la Pierre Philofophale .
Vouloir prouver la tranfmutation des Métaux
, par le témoignage ou l'autorité de
quelques hommes , c'eft déclarer les ignorans
, les impofteurs & les hommes crédules
, juges infaillibles ou fouverains fur
cette matiere . Nous liſons dans le 3º Livre
des Rois , chap. 10. v . 21. que l'argent
n'étoit plus confideré, & qu'on n'en tenoit
aucun compte fous le Regne de Salomon ,
v. 27. Il fit que de fon temps l'argent devint
auffi commun à Jerufalem , que les
pierres , & c. On ne peut pas conclure de
fa fcience ni de fes richeffes , qu'il eût le
fecret de la Pierre Philofophale, bien loin
delà , puifque l'Ecriture nous apprend ,'
1. que le Saint Roi Prophete David avoit
laiffé de grands trefors au Roi Philoſophe
Salomon fon fils . 2 °. Que Salomon envoyoit
des Flottes ou Gallions à Afiongaber
& en Ophir. 3 ° . Que Salomon
avoit chargé fon Peuple d'un joug fi dur ,
que Jeroboam , à la tête d'Ifraël , fit des
remontrances à Roboam pour obtenir des
diminutions ; mais ce jeune Monarque
préferant le confeil de fa jeune Cour à
celui des fages Vieillards , répondit durement
au Peuple & en ces termes : Le
plus petit de mes doigts eft plus gros que
C iij n'étoit
470 MERCURE DE FRANCE :
toit le dos de mon Pere , &c. Il eft done
visible par l'Ecriture même , que Salomon
n'a jamais eu le fecret de la Pierre Philofophale
, & que la réponſe de Roboam
donna lieu au fchifme de Tribus , ce qui
ne peut être la fuite des effets de la Pierre
Philofophale .
Ne croyez pas que je tombe ici dans
la contradiction , je ne parle de la forte
que pour vous convaincre de ma bonne
foy & de la fincerité avec laquelle j'ai
J'honneur d'être , & c.
FLORENT.
LA FESTE DES ROIS ,
O DE
AN ACREONTIQUE .
CHers Enfans du Dieu de la Tonne ,
A la fin le fort m'a fait Roi :
Cà , de Pampre qu'on me couronne ;
Je m'en vais vous donner la Loi.
Le feul Trône où j'ofe prétendre ,
Eft un Tonneau rempli de vin ;
Pour mon Sceptre je ne veux prendre ,
Comme Bacchus , qu'un Thirfe en main.
Les
MARS. 471 1729.
Les limites de mon Empire ,
Seront de la Table au Cellier :
Et l'unique gloire où j'afpire ,
C'eft de bien boire , & le premier.
Je n'exige de vous pour gage ,
Et ferment de fidelité ,
Pour tout refpect , pour tout hommage ,
Que de bien boire à ma fanté.
Armez- vous donc d'une bouteille ,
Qu'elle foit vuidée en deux coups ;
Le Tout-puiffant Dieu de la Treille ,
Ne reçoit pas d'encens plus doux .
Buvez , c'est tout ce que j'ordonne ,
Que chacun s'enyvre en ces lieux :
Je veux bien ceder ma Couronne
A celui qui boira le mieux.
L'Abbé le Blanc.
C iiij
RE472
MERCURE DE FRANCE.
1
aaaaaaaaaaaaaaa
REPONSE à la Queftion propofée dans
le Mercure de Janvier dernier , au sujet
de la date de l'impreffion de deux Bibles.
Par D. D. N.
" L n'eft pas difficile , Monfieur , de don-
Iner l'explication que l'on a demandée
dans le Mercure du mois de Janvier dernier
, page 136. au fujet de la datte de
deux Bibles , l'une imprimée , Anno decimo
fexto fupra millefimum , & l'autre ,
Anno decimo nono fupra millefimum , c'eſtà-
dire en 1016 , & 1019. il paroît d'abord
qu'il y auroit une faute d'impreffion
dans ces dattes ; car il eft certain que l'Imprimerie
n'a été inventée que plus de
quatre cens ans après , puifque l'Epoque
de cet Art eft vers le milieu du XVe fiecle,
fçavoir , depuis 14.30 . jufqu'en 1450..
mais il eft difficile de fixer l'année juſte
dans cet intervale , ce qui ne fait rien à
la Queſtion prefente , puifqu'il s'agit feulement
de concilier la datte des deux Bibles
en queſtion , avec l'Epoque de l'Imprimerie.
Quoique cette Epoque foit une des
plus effentielles qu'il y ait dans la Litterature
, nous en avons une autre encore
plus
MARS. 1729. 473
plus intereffante pour nous , qui eft cellede
la fondation de la Monarchie Françoife
, que quelques-uns fixent à l'an 417 .
de J. C. & d'autres à 420. ce qui fait trois
années de difference , & c'eſt la folution
de la Question propofée ; car il n'eft pas
douteux que l'année de la Bible imprimée
en 1016. ne doive fe compter depuis l'établiffement
de la Monarchie Françoife ,
ainfi ajoûtant à ce premier nombre celui
de 420. on trouvera le produit qui défigne
que cette impreffion a été faite en
1436. & ajoûtant à la datte de 1019 , le
nombre de 417. on trouvera que cette
autre Edition le rapporte à la même an
née 1536.
On ne peut révoquer en doute que l'on
n'ait pris pour Epoque en France l'année
de la fondation de ce Royaume , chaque
Peuple en particulier s'etant fait des Epoques
du temps de fes premiers Rois.
A Paris le 20. Fevrier 17293
菜菜XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
To
ODE ,
Sur le lieu de ma Naiffance..
Oits négligez , Foyers ruftiques ,
Séjour de mes pauvres Ayeux ;
Cy Sillons
474 MERCURE DE FRANCE.
+
* *
Sillons cheris , Pommiers antiques ,
Fruits de leurs foins laborieux ,
Claire Yvelle , aimable Bourgine ,
Petits Ruiffeaux , vaſtes Forêts ,
Témoins de mon humble origine ,
Que pour moi vous avez d'attraits !
Loin d'ici , Beautez menfongeres ,
Vains ornemens de la Cité ,
Chez nos Bergers , chez nos Bergeres ,
Je cherche la fimplicité.
Affranchi d'un lien fervile ,
Dont j'ai trop fenti la rigueur ,
Je puis dans ce charmant azile ,
Donner quelque paix à mon coeur.
Jadis , plus éloquent que fage
Dans l'ardeur de mes jeunes ans ,
J'y fis le dur apprentiſſage ,
Des chagrins , des foucis cuifans :
Charmé des yeux d'une Inflexible ,
J'y vins , trop prompt à m'engager ,
Me plajndre à ce Roc infenfible ,
Qui ne pouvoit me foulager,.
Puifque l'infidelle Climene ,
* Fontaines..
En
MARS.
475
1729.
En abhorre le fouvenir ,
Hêtres , confidens de ma peine
Reprochez - lui pour la punir ,
Que fouvent j'épuifois mes forces
A chanter fon nom dans ces Bois ,
Et que fur vos tendres écorces ,
Je l'ai gravé plus d'une fois.
M
Mais mon ame n'eſt plus captive »
De l'Amour ni des faux plaifirs 3
Adieu , Jeuneffe fugitive ,
Je renonce à tes vains defirs :
Adieu , Printemps , adieu folie ,
Pentre dans une autre ſaiſon ;
Je commence à goûter la vie ,
En joüiffant de ma raifon.
Puiffai-je au déclin de mon âge ,
Attendant le coup d'Atropos ,
A quelque innocent badinage,
Confacrer ici mon repos.
Puiffai- je y paffer ma vieilleffe ,
Dans une honnêté oifiveté ,
Et fans defirer la richeffe ,
Vivre exempt de la pauvreté
E. DE ROSEVAL.
C vị CON .
476 MERCURE DE FRANCE.
Jakik kijkjkjkjkjkjk JikJik
CONJECTURES fur une Pierre gravée:
antique. Extrait d'une Lettre écrite
de Lorraine..
LA
A Pierre gravée que vous m'avez fait
la grace de me communiquer, eft bien
digne d'orner le Cabinet de M. le Prince
de Craon ,
C'eſt un Lapis gravé en creux des deux
côtez. On voit d'un côté le Bufte d'un
homme de moyen âge , la tête nuë , les
cheveux courts & frifez : le haut de fon
vêtement montre qu'il étoit Togatus , &
par confequent Romain. Dans le champ
de la Pierre , autour de la tête on lit ces.
quarre Lettres V. E. M. T. ce font des
Notes , dont chacune exprime un mot en-.
tier , que les Antiquaires appellent Sigla.
Quelque attention que j'aye apportée
à l'examen de cette Pierre , je n'ai pû trouver
de reffemblance entre cette premiere
tête & quelqu'une de celles que les Statuës
, les Médailles & les Pierres gravées
ont fait paffer de l'Antiquité jufqu'à nous.
Les Lettres du champ ne m'ont pas plus.
éclairé dans cette recherche , & il ne m'a
pas été posible d'en tirer un fens fatisfaifant.
Mes
MARS. 1729. 477
Mes conjectures ont été fi legeres que
je ne me ferois nullement hazardé de les
mettre fur le papier , fi ma foumiſſion aux
volontez d'un Prince , que j'honore in
finiment , ne m'y avoit forcé.
Je lis donc ainfi ces quatre Lettres , Vera
effigies Marci Tullii , ou pour mieux exprimer
le ftile Lapidaire , Vir egregius
Marcus Tullius. Et je fuppofe que la tête
que ces Lettres défignent , eft celle de
Ciceron.
Il faut avouer qu'on n'y remarque gueres
de traits du vifage de ce grand homme
, tel que nous le voyons dans les Marbres
& autres Pierres antiques , mais notre
Pierre peut avoir été gravée
long - temps
après la mort de Ciceron
& par un Ouvrier
qui travailloit
d'imagination
, fans
avoir de modele
devant
lui. Nous trouvons
de pareils
exemples
dans les Monumens
anciens
.
L'autre côté de la Pierre n'eft pas plus
aifé à déchiffrer , il réprefente le Bufte
d'une femme jeune & belle , coëffée de
fes cheveux . Il y a dans le champ huit
Lettres qui ne peuvent être que des Sigles.
A. D. M. T.M. V. V. E. parmi lefquelles
il y en a une double compofée d'un T.
& d'une F. voici comme je les explique
pour trouver du rapport entre les deux
têtes : Ante diem morina Tullia filia miki
vivos
478 MERCURE DE FRANCE .
*
vivo vitam eripit. Tout le monde fçait
que la mort de Tullia jetta Ciceron fon
Pere dans un fi grand accablement , que
la vie lui devint odieufe . Pour trouver
cette Infcription dans nos huit Sigles ,
j'ai eu befoin de fuppofer que le premier
V. eft une Lettre renversée , autrement
ce feroit un A. & en ce cas je lirois ainfi
toute la Legende ; ante diem mortua Tullia
filia mea animam vivo eripit.
Voila , Monfieur , une explication dont
perfonne ne fera moins content que moi,
je voudrois en avoir pû trouver une meilleure
, mais dans le pays des Enigmes
& des Enigmes auffi obfcures que celleci
en toute maniere, on ne marche qu'à
tâtons. J'ai l'honneur d'être , &c.
9
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
ODE
SUR LA VERITE".
VAines Deitez du Parnaffe ,
Je n'invoque point vos faveurs
Je fens une divine audace
Plus puiffante que vos fureurs ;
Je te vois , Déeffe facrée ;
De ton feu mon ame éclairée ,
S'abandonne aux plus faints tranſports ;
Verité , quand tu nous inſpires ,
Les
t
MAR S. 1729.
479
Les fons qui naiffent de nos Lyres ,
Immortalifent nos accords.

Pourquoi de ton culte adorable
Ne goutons-nous plus les attraits ?
Ton Sanctuaire venerable
Nous eft- il fermé pour jamais ?
Ton Regne a paflé comme un fonge;
Par tout le Démon du menfonge ,
Ufurpe l'encens des Mortels ,
Sous ton nom qu'il reçoit d'hommages
Hofe élever fes images,
Sur les debris de tes Autels,
Sans toi notre raifon s'égare ;
Son aveugle témerité ,
Croit dans les fentiers du Ténare ,
Voler à l'immortalité :
Séduit par la voix du Sophifme ,
Dans fon orgueilleux fanatifme ,
L'homme fe fait des Dieux nouveaux^ ;,
Des Dieux , qui protecteurs des vices ,
De fes forfaits foient les complices ;
Dans le crime il a fes Heros.
Il fe croit un Dieu fur la terre ;-
Et fe livrant à fon erreur ,
80 MERCURE DE FRANCE .
Il arme fon bras du Tonnerre ,
Pour mieux fignaler fa fureur..
Le fer dans les Villes fumantes ,
Moiffonne des Palmes fanglantes..
Arrêtez , perfides Guerriers ;
Quel eft le fruit de vos conquêtes ?
Les Cyprès qui couvrent nos têtes ,.
Sont les tiges de vos Lauriers ..
Déja l'injuftice & la rage.
Tyrans abfolus dans ces lieux ,.
Sur un Char foüillé de carnage ,
Marchent d'un pas audacieux ,
La mort annonce leur puiffance ,
Aleurs Traits la foible innocence ,,
Ne peut oppofer que des pleurs ;
Trifte fecours dans fes allarmes ;
L'innocence n'a que des larmes ,
L'injuftice que des fureurs .
Mais lorsqu'au bord du précipice ,.
Nos foupirs femblent fuperflus ,
La verité toûjours propice ,
Paroît les crimes ne font plus , ;
De ces Monftres , la troupe impie :
Par fes regards anéantie ,.
Voic fon Empire renversé ,
Tout le fruit d'une injufte guerre ,
C'eft
MARS. 1729. 481
C'eft d'avoir formé le Tonnerre ,
Par qui l'orgueil eft terraflé.

Tout annoncé , tout fait connoître
Dans les Cieux , la Terre , les Mers ,
La verité d'un premier Etre ,
Seul arbitre de l'Univers ;
Du vrai , conftant , inalterable ,
Le caractere ineffaçable ,
Nous prefente de toutes parts .
Ou fa juftice , ou fa clémence ;
Il faut fléchir fous fa puiffance ,.
Ou vaincre fous fes Etendarts..
En vain du penchant qui l'entraîne ,
L'homme ſe cache la rigueur ,
Accablé du poids de ſa chaîne ,
Il femble ignorer fon malheur ;
Mais que lui fert dans fa carriere,
Qu'aux traits perçans de la lumiere ,
Il oppoſe un épais bandeau ?
Par tout pour éclairer fes vices ,
Dans le fein même des délices ,
Il trouve un effrayant flambeau.
Y
L'impie étonné de fon crime ,.
Et comblant fon iniquité,
Croit
482 MERCURE DE FRANCE .
Croit en fe plongeant dans l'abîme ,
Se dérober à la clarté ;
La verité toûjours prefente ,
Le pourfuit par tout , l'épouvante ,
Son coeur s'épuiſe en vains efforts :
En vain il veut de fa memoire ,
Bannir une image trop noire ;
Il l'a retrouve en fes remords.

En vain pour chercher la ſageſſe ,
Le Philofophe audacieux ,
Dans fon orgueilleufe foibleffe ,
Veut dévoiler l'ordre des Cieux ;
> Le fruit de fa pénible étude
Eft une affreufe incertitude ,
Un faux éclat qui l'éblouit ;
Séduit par des lumieres fombres ,
Il n'embraffe plus que des ombres ,
La verité s'évanouit.
M
Heureux qui d'un fincere hommage ,
Honore la Divinité ,
Dont le coeur n'a point fait d'outrage ,
A la voix de la verité ;
Quelque poiſon que fur fa vie ,
Verfent la difcorde & l'envie ,
fe raffermit fur fes pas ;
Les
MARS. 1729.
483
Les Traits lancez contre fa gloire
Ne font qu'augmenter ſa victoire ,
En multipliant fes combats .
572
Que formant des ligues cruelles ,
La haine excite fes Serpens ,
Que des Legions criminelles ,
Attaquent fes jours innocens ;
Son coeur toûjours ferme & tranquille ,
Méconnoît la crainte fervile ,
Sa vertu feule eſt ſon appui ,
Il brave une impuiſſante trame ;
Grand Dieu ! que peut craindre fon ame
Quand votre bras combat pour lui ?
Par M. D **
XXXXXXXXXXX :XXXX
OBSERVATIONS fur l'Infcription des
Reliques de S. Clement , dont il eft parié
dans les Mémoirès de Trévoux , du mois
d'Août 1728 .
L
Es differentes explications qu'on a
données au Marbre qui a été trouvé
à Rome dans l'Eglife de S.Clement , lorfque
le Cardinal Albani y a fait travailler,
font parvenues jufqu'ici . Les Memoires.
de Trévoux du mois d'Août dernier en
ont
484 MERCURE DE FRANCE .
1
ont fait part au Public , & c'est là où
je les ai vûës ; mais je vous avouërai
qu'en les lifant j'ai douté qu'aucune fût
du goût des Connoiffeurs. Je ne parle pas
des deux premieres lignes que je tombe
d'accord avoir été bien renduës par ces
mots : Flavius Clemens Martyr hic feliciter
eft tumulatus : mais je me borne à la
troifiéme ligne : la voici telle qu'elle eſt
en abregé ſur le Marbre LEO . 1. Doct .
X IS. co. VI. A S. P. Ec . Je ne fçai quel
goût de la veritable antiquité l'on peut
trouver dans l'Explication fuivante : Leo
primus Doctor Chriftianitatis anno CDXL .
affumptus Pontifex Ecclefia. ni dans celleci
: Leo primus Doctor Xifti ou Chrifti
Concilium fextum autoritate S. Petri egit.
Les deux fuivantes s'accordent un peu
mieux avec le ſtyle des anciennes Infcriptions
fépulchrales : Leo primus Doctor
Chrifti decima tertia menfis fexti ad S. Pe
trum eundem geftavit. ou bien , Leo idibus
Octobris ciftam condens vifitavit à
S. Petro egeftam . Cette derniere principalement
a un peu plus d'apparence &
de folidité ; cependant je n'y trouve que
le mot Xifta , bien deviné pour Cifta. Et
adoptant auifi un mot de la premiere Explication
, qui eft Ecclefia, je crois avoir rencontré
le veritable fens de cette Infcription
, & la voici , felon moi. Leone 1.
Doctore
MARS. 1729. 485
Doctore Xifta conlata fexta à Sancti Petri
Ecclefia. Je ne vois pas qu'on puiffe approuver
l'Explication du Pere de Vitry ,
ni celle de M. Mariani , qui font les deux
premieres. Quelle idée d'aller placer fur
un Marbre caché dans un Sépulcre , des
faits qui n'ont aucune relation à la fépulture
ni au tranfport des Reliques ? Pour me
croire bien fondé à fubftituer mon Explication
à la place des deux dernieres ,
dont les Auteurs ne font pas nommez
je remarque que de tous les mots de cette
troifiéme ligne fi embaraffante , il n'y en
a qu'un après lequel on ne voit aucun
veftige de point , d'où je conclus que ce
mot eft en fon entier , & que les autres
ne font que des mots commencez & non
achevez. Ce petit mot eft la prépofition
A. Tous les mots qui précedent & qui
fuivent étant imparfaits , je n'hefite point
à dire qu'il ne peut y avoir Leo au nominatif,
mais qu'il faut un cas à ce nom ,
c'eſt pourquoi je le mets à l'ablatif , Leone
primo Doctore . Ainfi felon mon Explication
ce feroit fous le Pontificat de
S. Leon Pape premier du nom , qu'on au
roit tiré de l'Eglife de S. Pierre de Rome
plufieurs coffrets d'Offemens qui auroient
été tranfportez en d'autres Eglifes , dont
celui -ci feroit le fixiéme : peut -être en
at on dû trouver d'autres marquez numero
486 MERCURE DE FRANCE .
"
mero II. numero III. &c . Je ne prétens
pas cependant pour cela que cette Infcription
foit du temps de Leon I. Je la
crois pofterieure à Leon II. qui mourut
l'an 684. par la raiſon qu'on n'a pas dû
dire Leon premier , qu'il n'en eût exiſté :
au moins un ſecond depuis lui , & fi elle
fut alors gravée fur le Marbre , ce fut:
pour tranfmettre plus furement à la Pofterité
la mémoire d'un fait qui n'étoit rapporté
que par des Traditions ou fimplement
fur des membranes. On pourroit
encore expliquer autrement, Leone primo
Doctore & faire tomber le fait fur le Pon-.
tificat de Leon II . Chacun fçait que naturellement
tout Pape ou Evêque de Rome
peut être appellé Primus Doctor ou
primus docentium . Mais que ce foit fous
Leon I. ou fous Leon II. il paroît qu'on
a retouché tant de fois a l'Eglife de faint
Clement , qui eft pour le fond une des
plus anciennes de Rome , qu'on a pû retrouver
plus d'une fois des Reliques qui
y avoient été mifes du temps d' un Pape
du nom de Leon , & on a crû dans une
de ces découvertes devoir , par le moyen
des Infcriptions , les diftinguer de celles
qui y étoient dès le temps que cette Eglife
fut bâtie.1l eft certain qu'il éxiftoit à Rome
une Eglife de S. Clément dès le commencement
du cinquiéme fiecle , puiſque le
Pape
MARS. 1729. - 487
Fape Zozyme y tint un Concile ; mais les
Sçavans ne s'accordent pas à dire , fi c'eſt
la même qui fubfifte aujourd'hui . Dom
Mabillon , qui l'avoit vûë , croyoit que
c'étoit la même , felon ce qui fe lit dans
fes Obfervations Préliminaires aux ordres
Romains , Tomo 2. Mufai Ital. Dom
Bernard de Montfaucon qui l'a auffi vùë
depuis lui , paroît n'être pas de même
fentiment dans fon Journal d'Italie , page
135. Au refte il y a lieu d'être furpris
avec le Pere de Vitry & les Auteurs
des Memoires de Trévoux , que le Martyrologe
Romain ne faffe point mention
de ce S. Clement Martyr , bien different
du Pape de ce nom . On paffe à Baronius
d'avoir obmis quantité de Saints très- averez
& qui ont tradition de culte, lorfqu'ils
font de quelqu'autre Province que de l'Italie.
Il paroît bien par le nouvel & excellent
Martyrologe de Paris qu'il n'a pas
été informé de la moitié des Saints qu'on
honoroit de fon temps dans les Eglifes de
France. Mais il n'a pas dû en être de même
d'un Saint de Rome & d'un Saint qui eft
dans le Martyrologe qui porte le nom de
S. Jerôme , où l'on voit fon nom au nêuviéme
jour de Novembre. Il eft outre cela
dans un Calendrier Romain qui paffe pour
être du quatriéme fiecle. Ainfi il faut efperer
qu'à la premiere révifion qui fe fera
du
488 MERCURE
DE FRANCE
du Martyrologe Romain , on n'y omettra
pas un Saint de cette celebrité & de cette
antiquité. Il eft ancien , puifqu'il eft da
premier fiecle : il eft celebre , puifqu'il
étoit des premieres familles de Rome s
ce qui a fait que M. l'Abbé Chaftelain l'a
marqué dans un de fes Supplemens au
Marryrologe Romain , difant qu'il eft apparemment
le Conful Titus - Flavius - Clemens
, neveu de Veſpaſien , martyrilé par
ordre de Domitien.
XXXXXX : XX : XX ****
IMITATION
DU PROLOGUE DE PERSE ,
STANCES A MERCURE.
E ne me fouviens point ni d'avoir bû de
l'eau ,
JE
De la Fontaine de Pégaſe ,
Ni d'avoir jamais eu fur le double coupeau ,
Une fcientifique extafe ,
Pour pouvoir être ému de ces divins tranf
ports ,
Que fentent les facrez Poëtes ,
Qui du Ciel favorable à leurs nobles efforts ,
Sont les éloquens Interpretes.
A
MARS. 1729.
489
Ala Mothe , à Rouffeau , de Lierre couronnez,
Et marchant fur les pas d'Horace ,
J'abandonne ces lieux , toûjours de fleurs ornez
,
Et l'Hélicon & le Parnaffe ;
Cependant tout profane & fimple que je fuis ,
Je t'apporte , Seigneur MERCURE ,
Des Vers dont je crains fort que le Public
furpris ,
Au premier afpect ne murmure .
Mercure , écoute donc : en te livrant mes Vers
Sur ton fçavoir je me repoſe ;
C'eft à toi de juger de tant d'Ecrits divers ,
Qu'à ton Tribunal on expofe ;
C'est à toi d'envoyer au rebut fans façon
Ces Vers qui font Oeuvres de Bufes ,
Qui d'Apollon n'ont point le brillant écuffon,
Ou l'augufte attache des Mufes.
Nous fommes dans un temps où des Corbeaux
rimeurs ,
Et des poëtifantes Pies ,
Penfent en croaffant,enchanter les neuf.Soeurs ,
Par les plus douces mélodies .
Combien voit-on de Vers où le bon fens gémic
Sous l'injufte joug de la rime ?
D De
490 MERCURE DE FRANCE.
De Vers durs & fcabreux , dont le Lecteur
frémit,
Ou dont le feul ftile eft fublime ?
Que fimes Vers font tels , s'ils n'ont point de
ces traits ,
De ces tours , de cette jufteffe ,
Dont puiffent les Lecteurs demeurer fatisfaits.
Ceffe de les publier , ceffe :
Mais s'ils font par hazard agréables , polis ,
Et brillans de quelques lumieres ,
Pour les aller femer dans l'Empire des Lys ,
Mercure , mets tes Talonnieres.
Bouchet , Chanoine de Sens .
LETTRE de M. le Chevalier de ...
Sur les Poëfies de M. l'Abbé de Villiers.
PRefque
Refque dans le même temps , Monfieur
, que nous avons perdu M. l'Abbé
de Villiers , dans un âge très - avancé,
on a publié ici un Recueil entier de ſes
Ouvrages Poëtiques , fous ce titre : POESIES
DE D. V. nouvelle Edition , angmentée
d'un nouveau Poëme & de quelques
autres Pieces. Volume in - 12 . de 630 .
pages. A Paris , chez J. Collombat , ruë
S. Jacques , 1728 .
M.
MARS . 1729. 491
M. l'Abbé Fraguier affure dans fon
Approbation , qu'il a lû avec un nouveau
plaifir les differentes Pieces de cette
nouvelle Edition , & qu'il n'en a blâmé
que l'indifference de l'Auteur pour les
propres Ouvrages , qu'on ne peut , dit - il,
conferver avec trop de foin , ayant trouvé
l'art de traiter dans une Poëfie également
élegante , exacte & naturelle , des Morales
qu'il ne s'eft crû jamais permis d'égayer
par des Satyres perfonnelles.
Quoique ce jugement paroiffe bien
fondé , il faut convenir qu'il y a dans ce
Recueil des Pieces qui ont bien plus de
merite que quelques autres ; telle eft , par
exemple , le Poëme de l'Art de prêcher ,
qui eft à la tête de toutes. L'Auteur y
fait voir par tout un grand fond de Religion
, & donne aux Prédicateurs d'excel-
Lentes leçons ; celle- cy , par exemple :
Toi qui veux réformer les vices des Chrétiens ,
As-tu pris foin , dis- moi, de corriger les tiens?
Et fi la mode étoit à la fin du Carême ,
De prêcher à fon tour le Prédicateur même ,
Crois-tu qu'on ne pût pas fans ailleurs en chercher
,
Par tes propres Sermons toi- même te prêcher?
Il donne enfuite avec la même délicareffe
& le même efprit qui l'anime , l'e-
Dij xemple
492 MERCURE DE FRANCE.
xemple d'un Prédicateur qui ne pratique
point la morale de fes Sermons. Voici
les traits fous lefquels il la peint.
Certain Prédicateur ,homme éloquent , habile,
Et qui d'un air touchant annonçoit l'Evangile,
Contre l'excès du luxe ayant un jour prêché ;
Un Bourgeois , homme fimple , en eut le coeur
touché ;
En fortant du Sermon , alla dire à fa femme ,
Qu'il alloit tout quitter , voulant fauver fon
ame .
Tout quitter , reprit- elle ! Oui , c'eſt ce qu'il
a dit ,
Il faut pour fe fauver n'avoir qu'un feul habits
J'en ai deux , j'en garde un , pour l'autre va le
prendre ,
Et porte à l'Hôtel Dieu l'argent qu'on peut le
vendre.
Ne peut - on adoucir ce fevere Docteur ,
dit -elle,
Et voir un peu ce beau Prédicateur ?
Elle va donc chez lui , mais Monfieur eft à
table ,
Lui répond un Valet , d'un ton peu charitable,
J'attendrai : d'aujourd'hui vous ne pourrez le
voir ,
Dès qu'il fe met à table , il en a jufqu'au foir ,
Ce foir je reviendrai ... Non , c'eft peine inųtile
,
Monfieur n'y fera pas, il doit jouer en Ville.
Ee
MARS. 1729 493
Et demain ! our demain , venez à fon lever ,
Comme il fe leve tard , vous pourrez le trouver
.
Elle vient à midi. Vous demandez mon Maître,
Dit le Valet , bientôt vous le verrez paroître ,
Attendez ... Quoi ! fi tard il eft encore au lite
Non , pour aller aux champs , Monfieur change
d'habit
Change d'habit , dit- elle : adieu , je me retires
Puiſqu'il a deux habits , je n'ai rien à lui dire.
Elle fort auffi-tôt , & va faire au logis ,
Le conte du repas , du jeu , des deux habits ,
Et l'exemple aifément diffipa le fcrupule ,
Que donnoit le Sermon à ce Bourgeois cré
dule.
C'eft ainfi qu'en prêchant on fait fi peu de fruit,
Le Sermon édifie & l'exemple détruit .
Ce Poëme eft fuivi de celui de l'Amitié
, & de celui de l'Education des Rois
dans leur Enfance. Il y a dans l'un & dans
l'autre de très belles chofes , aufquelles
il m'eft impoffible de m'arrêter fans m'engager
dans une grande prolixité. Voici
cependant un crayon de la yraye amitié
qu'on trouve au commencement du Premier.
L'amitié vient du Ciel , Dieu même nous l'infpire
,
Dieu , qui Maître abfolu de tout ce qui refpire,
D iij
Or494
MERCURE DE FRANCE
Ordonna que le coeur, qu'il forma de fa main,
Se confervant pour lui , fe prêtât au Prochain .
Lui même il imprima fur l'informe Nature ,
La Loi d'une amitié tendre , fincere , pure ,
Et l'homme de fa main fut à peine formé ,
Qu'il fuivit le penchant dans fon coeur imprimé.
Seul avec fon Epoufe , ami fage & fidele ,
Il aima , fur aimé d'une ardeur mutuelle ,
Tous deux dans cet amour l'un par l'autre
affermis ,
Se virent mariez , fans ceffer d'êrte amis.
Dans le Poëme de l'Education , &c ..
après avoir établi l'importance de bien
connoître fon fujet , & de ne rien précipiter
dans l'Art d'élever & d'inftruire , il
fait ainfi le portrait de ceux qui précipi
tent mal à propos les Etudes , & c .
Ainfi du Précepteur la vanité flattée ,
Par ce frivole éclat d'une Etude hâtée ,
Sans connoître le fond de l'Enfant qu'elle inftruit
,
L'avançant , le recule & travaille fans fruit.
L'Enfant brille d'abord , de termes furchargés
Sa memoire à propos répond , interrogée :
Car toûjours près de lui fe tient le Précepteur,
Qui de l'Aftre brillant , comme premier moteur
,
En
MARS. 1729
495
En dirige l'éclat pour s'en donner la gloire :
Alors il l'interroge , & fûr de fa memoire ,
Vous allez voir , dit - il , qu'il en fçait à neuf
ans ,
Plus qu'à quinze au College on en montre aux
Enfans .
Sçait- il bien lire ? .. Fi , c'eft une bagatelle,
Pour lire couramment le François qu'il épelle,
Il eût fallu fix mois , qui bien mieux employez,
En ont fait un Docteur tel que vous le voyez.
Un Docteur 2 .. Eh quoi donc ? .. il fçait déja
la Carte ,
Et la Fable & l'Hiftoire . Allons les Rois de
Sparte ,
Et ceux d'Athênes ... Bon ... Ca , dites nous ,
mon fils ,
Où furent fituez Ithaque , Argos , Memphis .
Et fur la Fable , un mot de celle de Jacinthe ,
Un petit mot auffi de l'Ecriture Sainte :
Qu'étoit Melchifedec ! ferme : allons , faites
voir
Que vous en fçavez plus que l'on n'en peuc
fçavoir.
Le Diſciple obéït à la voix qui commande .
Et la réponſe accourt fi- tôt qu'on la demandes
Il paroît tout fçavoir & pourtant ne fçait rien ,
La machine agit feule , & c.

Et femblable au Palais qu'une main mal habile
,
D iiij
Bâtit
496 MERCURE DE FRANCE.
Bâtit mal à propos fur un terrain fragile ;
Tout ce brillant fçavoir , ce riche amas de
mots ,
Tombe, & n'eft plus enfin qu'un ftupide cahos.
Vous donc qu'auprès des Rois a placez la
Sageffe ,
Vous qui devez inftruire & former leur jeuneffe
,
Hâtez - vous lentement , & c.
Après ces Poëmes , fuivent deux Livres
d'Epitres , où l'on trouve une agréable
varieté de fujets & de caracteres.
Dans la feconde du I. Livre , adreffée à
M. Rigaud , Profeffeur de l'Académie.
Royale de Peinture , & c. On diroit que
le Pocte eft devenu lui-même un excellent
Peintre , il n'ignore rien des finetles
, des beautez & des convenances
de ce bel Art. Il s'arrête fur tout à ce qui
concerne en particulier l'Art des Portraits,
en quoi on fçait que M. Rigaud a excellé.
Il lui rend fur tout juftice fur fa Religion
& fur la probité , fur quoi il prend
occafion de faire cette morale.
Des vifages en vain prompte à faifir les traits ,
Ta docte main fait vivre & parler tesPortraits,
En vain , non moins fçavant en l'Art des draperies
,
Des habits , qu'à ton choix , tu peins & tu
varies ,
MARS. 1729.
497
On fe trompe à l'étoffe , & l'on croit
Gautier *
Te la fournit brillante au fortir du métier :
que
Si tu ne peins l'efprit , les moeurs , le rang &
l'âge ,
Je ne te connois point dans ton plus grand
ouvrage :
Je n'y vois qu'un Pinceau des temps toûjours
vainqueur ,
Mais je n'y trouve point ta droiture & toncoeur.
Ennemi du menfonge , abhorrant l'impofture ,
Jamais n'a deton coeur hefité la droiture ;
Et pour la verité ton zele impetueux
De ta langue toûjours a délié les noeuds.
Infpire à ton Pinceau la même hardieffe ,
Au mauvais goût du temps oppofe ta fageffe ,
Et ne te rend jamais dans un Portrait flatté ,
Complice du menfonge & de la vanité.
Il cite enfuite l'exemple de deux grands
Peintres mal fuivis par ceux d'aujourd'hui.
C'eft ainfi que Vandeik , fans parure étrangere,
A d'un Pinceau fidele & d'une main legere ,
Fait en habit de Bure , au Cabinet des Rois ,
Entrer le Bourguemeftre & le fimple Bourgeois
,
Fameux Marchand d'Etoffes , & c .
Dy Ec
498 MERCURE
DE FRANCE
:
Et qu'on voit de Rembrand , miſe en place
éclatante ,
A côté des Héros , la ruftique Servante.
D'où vient donc qu'aujourd'hui , nez un fiecle
plus tard ,
Nos Rembrand, nos Vandeik , fçavans Maîtres
de l'Art ,
Quittant la verité , manquant aux vrai-fembiances
,
De leurs meilleurs Portraits , gâtent la reffemblance
?
C'eft que plus complaifant , ou plus âpres au
gain ,
Connoiffant aujourd'hui combien tout homme
eſt vain ,
Ils ont crû qu'il vouloit qu'aux traits de fon
viſage ,
De fa vanité folle on ajoûtât l'image.
Je fçai bien , ( c'eft Rigaud en quoi ta main excelle
, )
Qu'en peignant la Nature , il faut la peindre
belle ;
Mais cet Art n'eft permis à l'égard des Portraits
,
Que pour en exprimer plus fçavamment les
traits ,
Et du Peintre en ce genre exact , docte & fidele
,
L'Original
qu'il
peint
eft l'unique
modele
.
Mais
MARS. 1729. 499
Mais s'il s'agit de peindre , ou Lambert ou Bignon
,
Et ceux dont la vertu fait réverer le nom ,
Je veux qu'en leurs Portraits éclatte la fageffe,
La probité , l'honneur , l'aimable politeffe ,
Et qu'ils foient tels enfin , qu'à la peindre invité
,
Toi- même tu voudrois avoir peint l'Equité.
Après avoir donné les éloges qui font
dûs à quelques Peintres celebres en Portraits
, qui ont précedé M. Rigaud & à
fes Contemporains de diftinction en ce
genre , il ajoûte encore un trait de moẹ
rale & de Religion .
*
Qu'au bon fens tes deffeins toûjours fubordonnez
,
Eloignent des Tableaux , au Temple deftinez ,
Et des Portraits de ceux qu'y mene la Priere ,
Tout air profane & vain , toute attitude fiere ;
Que ton Tableau nous prêche , & qu'on y
trouve peint ,
L'air que doit le Pecheur porter au Temple
Saint.
Ainfi Porbus a peint les voeux de nos Ancêtres
;
Ainfi dans fes Tableaux admirez des grands
Maîtres ,
Le modefte Prévôt , le dévot Echevin ,
* Largilliere , Cheron , Santerre & de Troy.
D vj
En
Soo MERCURE
DE FRANCE.
En implorant la grace & le fecours divin ,
Difent leur patenôtre , humbles , les yeux en
terre :
Tels dans d'autres Tableaux qu'on cherche &
qu'on déterre ,
Tel celui du Chartreux , Ouvrage du Sueur ,
Dont fi bien en priant il peint l'humble ferveur
,
Qu'on ne peut s'empêcher , voyant cette pein--
ture ,
D'envier le bonheur d'une ame fimple & pure.
L'Epitre finit par ces . Vers contre les
Portraits flattez.
Rigaud , telle du Peintre eft ſouvent l'impofture
,
Que qui veut fe mafquer, emprunte laPeinture ,
Et qu'enfin pour finir par ce bizare trait ,
Rien ne déguiſe mieux l'homme que fon Por
trait.
L'Epitre III . du même Livre eft adref
fée à un homme qui eftimoit de mauvais
Ouvrages , & fur tout les Tragedies
de
P'Opera.
pas
Notre Poëte fait voir dès le commencement
ce qu'il penfe fur l'Opera ; s'il
n'eſt favorable à un Spectacle qui a
tant de Partifans , on ne peut lui refuſer
la juſtice d'avoir exprimé fes penſées naturellement
, & prefque toûjours noble-
-ment . O
"
MARS. 1729. for
: Ole vain , l'extravagant Ouvrage !
Qui de la Tragedie ofe emprunter le nom ,
Sans en prendre jamais ni l'efprit ni le ton ,
Où tous les changemens arrivent par Machine
,
Où dans de foibles Vers la moleffe domine ,
&c.
Je n'en attaque point la Mufique & la Danfe ,
Ni tout ce qu'autorife
& nourrit la licence ,
Ne parlant qu'en Auteur , en Ecrivain ſenſé ,
Je foutiens ( c'eft le point dont tu t'es offenfé ))
Que tous les Opera , ceux même qu'on ad
mire ,
Sont froids fur le papier , font ennuyeux à lire.
Loin qu'il touche, privé de Ballet & de Chant .
Je doute qu'auThéatre on le trouvât touchant,
Et qu'avec l'appareil d'un Spectacle qui charme
,
Il eût jamais du coeur fair couler une larme ;
Quand Armide éperduey chante fes malheurs,
As-tu vû le Parterre ou les Loges en Pleurs ?
" Non qu'à ces fentimens n'excite la Mufique ,
que dans le temps
Ce fût pour nous toucher
antique ,
Etudiant du coeur les chemins les plus courts ,
On voulut parle chant y mener le difcours.
Cep
502 MERCURE DE FRANCE .
Cet art a réüffi , le chant touche & remue ,
Les plus fecrets refforts par où l'ame eft émuë
Et fa douce harmonie , en captivant les fens ,
Fait fans obftacle au coeur arriver fes accens.
C'eſt ainfi qu'on a vû par la force énergique ,
Et l'air mélodieux de l'Hymne & du Cantique,
MOYSE encourageant l'inconftant Ifraël ,
L'attacher plus fidele aux Loix de l'Eternel ,
Mais il faut qu'au fujet la Mufique convienne ,
Car ne crois pas qu'aux chants tout ſujet appartienne
,
Et que pour nous toucher en tout temps &
fans choix
Cet Art puiffe à fon gré faire fervir la voix :
Jamais un Orateur n'employa la Mufique
Pour rendre fon difcours plus fort , plus pathetique
,
Jamais Prédicateur n'en emprunta les tons ,
Et ne pria Lully de noter fes Sermons.
Traitons donc d'infenfé l'Ecrivain Dramatique
,
Qui fit chanter les Rois dans un fujet tragique
,
& c.
Avec de telles
difpofitions vous ne ferez
pas furpris , Monfieur , fi l'Opera
Comique & les Scenes muettes de la
Foire
MARS . 1729 503
Foire n'ont pas été épargnées par le Poëte.
Voici comment il s'exprime là - deffus.
Qui jamais auroit crû qu'en ce fiecle éclairé ,
Aux Scenes d'Arlequin tout Paris attiré ,
Eût réduit , deſerté le noble & fier tragique ,
A faire par Arrêt taire ce bas Comique :
Cependant tu l'as vû , que même en fe taifant,
Le muet Baladin parut affez plaifant
Pour faire à l'Andromaque , à l'Oedipe , aux
Horaces ,
Préferer le plaifir que donnent fes grimaces .
C'eſt la fuite du goût , je crois te l'avoir dit ,
Par où s'eft l'Opera donné tant de crédit ,
Pour un qui connoiffeur y cherche la Mufique
,
Et va s'y délaffer du travail qui l'applique ;
Mille y portent oififs un efprit diffipé ,
Qui nourrit fa pareffe & vit defoccupé.
Il conclud en ces termes fon Epitre.
Reglons les Opera , le bon goût va renaître ;
Du moins felon leur prix tâchons de les con
noître :
On en peut estimer la Mufique & les Airs ;
Mais pour moi j'en mépriſe & la Fable & les
Vers ;
Et lorfque le hazard à les lire m'engage ,
A peine jufqu'au bout je puis fuivre un Ouvrage
,
La
504 MERCURE DE FRANCE .
La reffource des froids , des frivoles Rimeurs ,
Et contraire au bon goût autant qu'aux bonnes
moeurs,
Je paffe fous filence l'Epitre en Dialogue
entre l'Auteur & Flamant , fon Valet
, & plufieurs autres Pieces qui com-.
pofent la fuite de ce Recueil , crainte de
m'engager dans une exceffive longueur.
Il finit par une Epitre à S. E. M. le Cardinal
de Fleury : notre Ecrivain y foutient
le double caractere de bon Poëte & de
Philofophe Chrétien : vous en jugerez
par ces Vers qui font la clôture de l'E
pitre & de tout ce Recueil.
Prefqu'infenfible à l'amour des richeffes ,
A tout riche bienfait , qui feroit mandié ,
Je préfère les foins , les égards , les careffes ,
Dont m'honore un Ami fans en être prié ; ›
Et fi dans cet état tranquille ,
Je recevois d'ailleurs quelques nouveaux bien
faits ,
Ce feroit pour m'aider à foulager le faix ,
Dont j'accable la main , qui feule eftmon azile.
Mais bien loin de penfer que ce foit le motif
Des Vers, fteriles fruits de ma trifte vieilleffe ,
Qu'avec crainte & refpect ma plume vous
adreffe ;
Croyez que le feul zele en tout temps attentif,
A tout ce qui vous intereffe
Ne
MARS. 1729.
505
Ne m'a fait vaincre enfin ma timide pareffe ,
Que pour vous ſouhaiter par definceres voeux
Le fort promis à la Sageffe ,
Dans une longue vie un fort toûjours heureux
Je fuis , Monfieur , &c.
* Prov. 4. V. 10:
** ofsofsofs of froßsofs of
AV18 fur les Logogriphes.
Oqu'on s'étoit fait une loi de ne donner que
les Enigmes & les Logogrifes dont les Auteurs
auroient l'attention d'envoyer en même temps
le mot ou le nom de l'Enigme ou du Logogrife
, afin que fans être obligez d'emp yer
du temps à les deviner ou à les réfoudre , nous
puffions les examiner , juger de leurs idées &
les corriger avant que d'en faire part au Public.
Nous donnâmes cet avis dans le Mercure
du mois d'Août dernier , page 1838. à l'occa
fion d'une Lettre qui nous fut adreffée de
Baione ; cependant M. Mondoteguy a encore
envoyé de Baione un Logogrife arithmetique
fans y mettre le mot , ce qui nous oblige de
réiterer l'Avis donné dans le mois de Juin
page 1400.
Na déja dit dans plufieurs Mercures ,
SUITE des Logogrifes Arithmetiques.
Le Logogrife en Vers du mois de Janvier,
eft le mot Charme , ou les quatre fons de la
Langue
répondant aux quatrenombres
, felon la Table des fons donch
a r me
10 20 16 14
née:
306 MERCURE DE FRANCE.
née dans le mois de Septembre dernier. On
prend la liberté de demander à l'Auteur de ce
Logogrife , en vertu de quoi il y trouve fix
membres ? Pourquoi en croire les yeux plutôt
que l'oreille qui n'y en trouve que quatre ? S'il
ne s'agit que de multiplier les êtres fans neceffité
, on pourra trouver dans le mot Charme
tous les membres de cé , hache , a , erre , emme,
e , c. ce qui en augmente le nombre & la
confufion remarquée dans le precedent Mercure
.
Selon la vieille , l'abufive & l'infipide Méthode
des Anagrammes , du fimple caractere
ch, répondant au fon du nombre 10. on en
veut faire le caractere K ou Q, répondant au
nombre 12.de la Table des fons,donnée dans le
mois de Septembre , & cela afin d'enrichir des
mots Carme , Cam , Arc , Marc , & c. la famille
Logogrifique du mot Charme. S'il eft permis
d'ufer de ces vieilles licences , pourquoi ne
pourroit- on pas auffi prendre le fon foible du
ch , c'est-à- dire l'j confonne , afin de trouver
le mot Raje ou Rage ? un autre y trouveroit
encore le mot Raie , Aire , &c. en prenant enfuite
l'i voyelle pour l'j confonne. De même
en changeant le fon fort du ce en celui du
foible ze , on trouve les mots Race , Rafe,
Raze , &c. il eft inutile d'en dire davantage ,
après ce qui a été dit là - deffus dans la Lettre
fur les Anonimes du Mercure de Janvier , page
99. à laquelle on prend la liberté de renvoyer
les Auteurs des Logogrifes , affervis à
la Langue des yeux plutôt qu'à celle de l'oreille
, commune aux aveugles & aux voyans.
71
MAR S. 1729 .
507
71. Logogrife de quatre nombres ou de
quatre fons , felon la Table donnée dans
le mois de Septembre.
Le double du rer égale le 2d.
Le 24 plus 3. égale le 4º.
Le 3e moins 2. égale le du 4º plus 2.
Le je plus 1. égale le rer.
72. Logogrife de quatre nombres ou des
quatre fons qui leur répondent , &c.
Le quarré du quarré du 1er égale le 28 .
Le 24 égale le quarré du 4e
La Rac. quar. du 4 ... plus le 1er égale la R
q. du 2d.
La 3e égale la fomine des trois autres.
XXX:XXXXXX : XXXXXX
PREMIERE ENIGME .
E fuis d'une , de deux , même de trois cou
JE
leurs ,
Un habit en naiffant m'envelope la tête ,
Bien des Amans qui me font fête ,
Par d'innocens baifers me prouvent leurs ardeurs.
L'un m'aime un feul moment , l'autre un jour,
l'autre une heure ;
Quand on m'a fait fortir du lieu de ma demeure
;
Je me vois transformée en plus d'une façons
Heros ,
508 MERCURE DE FRANCE.
Héros , après la mort vous vivez dans l'Hif
toire ;
Moi , je puis me donner la gloire ,
D'avoir fait compofer un Roman fur mon
nom.
DEUXIE' ME ENIGME.
Eux freres , en tout fort égaux .
Qu'un lien très -folide affemble ,
Dont très - parfaitement l'un à l'autre ref
femble ,
Et qu'on prendroit tous deux pour des freres
jumeaux ,
Si l'Art bien plus que la Nature ,
Ne prenoit part en leur ftructure ,
Meritent par un fort bizare & malheureux ,
Qu'à bon droit on leur faffe un reproche hon
Leux ,
JE
Et qu'évidemment chacun voye ,
Malgré leur étroite union ,
Que partout où on les employe ,
Ils portent la diviſion.
LOGOGRYPHE.
E fuis une Ville fameufe ,
Non fur le Po , non fur la Meuſe ,
Mais fur Riviere cependant ,
Coupez ma tête , & dans l'inftant ,
MARS. 1729 . 509
Il me refte un autre merite ,
Car je nomme un Saint tout de fuite ;
Sans queue , utile aux Voyageurs ,
Et finiftre aux plus grands Voleurs.
A
EXPLICATION du Logogryphe
inferé dans le Mercure de Février,
TonOn nom entier , grand Capitaine ,
Eft celui de Coriolan ;
Qu'on te tire de la bedaine ,
Pour le gryphique amusement ,
Deux Lettres de cette huitaine ,
Qui fait tout ton arrangement ;
Io ! la chofe eft très- certaine ,
Eft cri de réjouiffement ;
Témoin la Bacchique fredaine ,
Puis d'un de tes bouts feulement ,
J'entens au milieu de la Plaine ,
Un Cor de chaffe affurément ;
Mais faudroit avoir bonne haleine
Pour en fonner pendant tout l'an ,
( Que ton autre bout nous amene )
Sans le moindre relâchement ;
La tête , en Langue Italienne ,
Eft fans magique changement ,
Ce qui dans la Machine humaine ,
S'appelle
510 MERCURE DE FRANCE .
S'appelle le coeur autrement ;
Mais dans quel détail je m'entraîne !
Si de ce mot Cor fimplement ,
Je veux , me mettant à la gêne ,
Faire le bouleverſement ?
Pris à l'envers , faut qu'il en vienne
Roc , & je vois bien clairement ,
Sans heurter ma tête à la fienne ,
Qu'il eft plus dur certainement ;
Que du mot les deux tiers je prenne ,
J'en fais Or , ce Métal charmant ,
Qui , quand la bourſe en feroit pleine ,
Mérite encore empreſſement ;
Du mot auffi fans grande peine ,
Je ferai Cro , le tranſpoſant ,
Mais pour qu'il m'accroche ou retienne ,
Faut un C fur-abondamment ,
Et c'eft ce qu'il faut que m'apprenne
Ton loyal avertiffement :
Qu'il s'en faut peu que je n'y tienne ;
Enfin notre Coriolan :
Par génerofité Romaine ,
Partage à la Ville de Laon ,
Moitié de fon nom ; quelle aubaine !
On a dû expliquer les deux Enigmes
du même volume , par le Moulin à vent
& le Prix.
NOUMARS.
1729. 511
XXXXXXX :XXXXXX :XX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
LES
E SOLITAIRE ANGLOIs , ou
Avantures merveilleufes de Philippe
Quarll . Par M. Dorington , traduit de
l'Anglois. A Paris , rue S. Jacques , chez
G. Cavelier& Etienne Ganeau . 1729 .
TRAITE' DE LA REGALE. Suite des
Moyens Canoniques , pour acquerir &
conferver les Benefices & biens Ecclefiaftiques,
fuivant les Conciles , Hiſtoires Ec-`
-clefiaftiques , autoritez des Papes & des
Princes , conformément à nos Ordonnances
& Arrêts. Quatrième volume ; par M.
Michel Duperrai , ancien Baftonnier &
Doyen des Avocats . A Paris au Palais ,
chez Paulus Dumesnil , 1729.
NOUVEAU BREVIAIRE , Miffel & autres
Livres d'Eglife , à l'ufage du Diocèſe
de Rouen. A Rouen, chez Jore, & à Paris ,
chez Ganeau , ruë S. Jacques , 1728 .
DICTIONNAIRE DE LA LANGUI
FRANÇOISE , ancienne & moderne , de
Pierre Richelet , augmenté de plufieurs
addi512
MERCURE DE FRANCE .
de additions , d'Hiftoire , de Grammaire ,
Critique , de Jurifprudence ; & un nouvel
abregé de la Vie des Auteurs , citez dans
tout l'Ouvrage. Imprimé à Lyon , & ſe
vend à Paris , ruë S. Jacques , chez Jacques
Etienne , 1728. 3. vol. in fol.
HISTOIRE de l'Academie Royale des
Sciences , année 1724. avec les Memoires
de Mathématique & de Phyfique ,
pour la même année ; tirez des Regiſtres
de cette Academic . De l'Imprimerie
Royale , 1729.
REFLEXIONS LITTERALES , Hiftoriques
& Morales , fur chaque verfet
des Pleaumes de la Penitence , tirées du
Texte facré & des SS.Peres . Par le R.P.en
Dieu DomJerôme Dogerdias, ancien Abbé
Regulier de Moreüil, Ordre de S.Benoît,
& Licentié en Théologie . A Paris , ruë
S. Severin, chez d'Houry, 1729. in- 12 .
DISSERTATION PRELIMINAIRE ,
ou Prolegomenes fur la Bible. Par Me
Louis- Ellies Dupin, Docteur en Théologie
, de la Faculté de Paris , & Profeffeur
Royal en Philofophie ; nouvelle édition.
A Paris , chez Pralard , Cloître S. Julien,
1729. 3. vol . in- 8.
Suite
MARS. 1729.
313
SUITE DES MEMOIRES & Avantures
d'un homme de qualité , qui s'eft retiré
du monde . A Paris , rue S. Jacques
chez la veuve Delautne & Martin ; &
au Palais , chez le Gras , 1729.3. & 4me
tomes , in- 12. de près de 600. pages
les deux.:
PREMIER RECUEIL d'Airs nouveaux
, férieux , & à boire , dédié au Public,
compofez par M' de Bouffet , Mc de
Mufique du Roy, pour les Académies des
Belles- Lettres & des Sciences . A Paris ,
ahez l'Auteur, rue du Plâtre au Marais :
shez Boivin , ruë S. Honoré , & chez le
Clerc , rue du Roule. Prix 3. liv.
CATALOGUE des Livres de la Biblio
theque de feu M. le Blanc, Secretaire d'Etat
, dont la vente fe fera à l'amiable , le
7. Mars 1729. & jours fuivans , depuis 8 .
heures du matin jufqu'au foir. AParis ,
rue S.Jacques , chez Gab. Martin , à l'Etoile
, in- 8 . de 310. pag.fans compter l'Avertiffement
& les Divifions des matieres.
LE LIVRE DE JOB , felon la Vulgate
, avec des Remarques. Par le P. Hardouin
, de la Comp. de Jefus. A Paris
Quay des Auguftins , chez Rollin. 1729 .
in· 1 2 .
E LA
$ 14 MERCURE DE FRANCE .
LA VIE de M. le Duc de Montaufier ,
Pair de France , Gouverneur de Monfeigneur
Louis , Dauphin , Ayeul du Roy à
prefent regnant ; écrite fur les Memoires
de Madame la Ducheffe d'Uzès fa fille.
Par N... A Paris , Quay des Augustins ,
chez Rollin , 1729. 2. vol . in 12.
LES IMPERATRICES ROMAINES , OU
'Hiftoire de la Vie & des Intrigues fecrettes
des femmes des douze Cefars , de celles
des Empereurs Romains , & des Princeffes
de leur Sang ; dans laquelle on voit
les traits les plus interreffans de l'Hiſtoire
Romaine , tirée des Auteurs Grecs & Latins
; avec des Notes hiftoriques & criti
ques . Par M. de Serviez ; nouvelle Edition
augmentée. A Paris , Quay des Anguftins
, chez Seb. Ravenel . 1728. 3.vol.
in- 1 2 .
ESSAY DE COMPARAISON , entre la
Déclamation & la Poëfie Dramatique . Par
M. L... A Paris , chez la veuve Piffot
Quay de Conti , & Jean- François Tabas
rie , fur le même Quay , 1729. Brochure
in- 12 , de 55 pages.
Le fuccès des Repréfentations de la Tra
gédie de Médée a fourni la matiere
d'une fçavante Differtation , qu'on a lûë
dans
MARS. 1729. STS
dans le Mercure de Janvier.Ce même fuccès
, dû à la Déclamation de la Dlle Balicourt
, qui y joue le principal Rôle , fert
d'occafion à M Levesque , pour publier
l'effay d'un fyftéme qui paroît nouveau.
: Pour mettre dans tout fon jour une Picce
de Théatre , ce n'eft point affez qu'un
excellent Poëte , tel que M's Corneille &
Racine l'ait mife en la compofant au dernier
dégré de perfection ; toutes les beautez
n'en peuvent éclater qu'avec le fe
cours de laDéclamation . Loin que l'Art de
déclamer foit indifferent & d'une petite
conféquence , quand il eft manié par d'excellens
Acteurs , il entre en comparaifon
avec celui du Poëte , felon M. Levelque.
Une Déclamation fublime contribue autant
, dit-il , que la Poëfie aux plaifirs &
la perfection du Théatre ; celle- ci ne
fert qu'à ébranler le coeur , celle- la l'entraîne
& le remplit de la paffion dont l'Acteur
lui a paru pénétré .
La Déclamation eft moins connue
moins vantée que la Poëfie. Ce reproche
ne tombe point fur le fond , ni fur l'effence
de la Déclamation ; le préjugé & les
teintures des premieres études ont caufé
cette diverfité de fentimens. Si l'on vouloit
examiner ce que ces deux rivales font
en elles- mêmes , le fuffrage devroit être
plus balancé. M. Levefque fait cet exaÉ
ij men ,
516 MERCURE DE FRANCE.
men ; il donne un leger crayon des regles
& des préceptes renfermez dans les trai
tez de l'un & de l'autre Art ; il obferve
que leur but eft le même ; l'un apprend
à faire la peinture de la vertu & du vice ;
l'autre apprend à repréfenter l'homme
vertueux ou l'homme vicieux.
Il y a quelque difference dans le partage
de l'immortalité , à laquelle les bons
Poëtes & les bons Acteurs ont droit de
prétendre :
Leurs noms unis perceront l'ombre
noire ;
Ils regneront long-temps dans la mémoire
: *
Mais la Poëfie , plus heureuſement partagée
, voit éternifer l'ouvrage & le nom
de l'Auteur ; le nom feul de l'Acteur parvient
rarement aux fiecles éloignez ;
il ne refte de la plus belle & de la plus
touchante Déclamation , qu'un fouvenir ,
que rien n'arrefte, & qui ne peut être rap
pellé, lorsqu'il eft effacé; trifte fort , commun
aux plus belles chofes de la vie ; l'Art
ingenieux , qui fçait peindre la parole ,
inet la Poëfie à l'abri d'une femblable
difgrace. Le but de ce parallele eft de
prouver , qu'on doit également diftribuer
* La Font. Belph.
aux
MARS. 1729.
517
aux Poëtes & aux Acteurs , qui excellent
dans leur gente, les Lauriers , les applaudiffemens
& l'immortalité..
M. L. cite M. Defpreaux , qui femble
encore faire plus d'attention à l'Art de
l'Acteur , qu'à celui du Poëte ; quelque
fois même, ajoute- t il, les mots que l'Acreur
prononce , font la moindre fcience
& la moindre force de fon Art ; fon filence
, fes yeux , fon attitude émeuvent
davantage... La richeffe & la diverfité
des expreffions que la Déclamation fournit
, font étonnantes . Rofcius , qui la connoiffoit
dans toute fon étendue , voulois
prouver à Ciceron , que l'Eloquence ne
peut pas avoir plus d'expreffions differentes
pour exprimer une même chofe
que l'Art du Théatre offre de differens
mouvemens pour la faire bien fentir.
Cette Differtation nous apprend, en paffant,
deux nouvelles ; la premiere , que la
Tragedie d'Electre de M. de Longepierre,
qui n'a point encore été imprimée , le
fera bien-tôt ; on nous a même affuré
qu'elle l'étoit. La feconde nouvelle eft ,
que M.Camufar a fait une Vie de M. Ra
cine , qui aura apparamment plus d'étendüe
que celles de ce Poëte , qui ont
déja paru s on a lieu d'efperer qu'étant
faite par un Auteur auffi rempli d'érudi
tion & auffi inftruit de l'Hiftoire litterai-
E iij re
318 MERCURE DE FRANCE
re ; ce fera un Ouvrage curieux & recherché.
A la page 31 , l'Auteur rapporte ces
4. Vers de M. Racine le fils , tirez d'une
Epître à M. de Valincourt.
Là , de nos voluptez l'image lá plus vive ,
Frape , enleve les fens , tient une ame captive
;
Le Jeu des Paffions faifit le Spectateur ,
Il aime , il hait , il pleure , & lui même ef
Acteur.
La Comédie repréfentée , felon le fentiment
d'un autre Auteur, pourfuit M.L.
eft auffi diffemblable de la lecture , qu'un
corps vivant eft different d'un corps-
» mort , qui a des yeux fans feu , des
» pieds fans mouvement , des membres
fans action. Telle eft la Comedie fur le
» papier ; on y voir le corps des paffions
fans ame. Francifcus Maria in Act.
Hift . des Ouvrages pour & contre la
Comedie.
Le Poëte qui fait parler Achille , s'éle,
ve à des fentimens hardis & préfomptueux
, qu'il foutient par des termes fiers
& menaçans . Il peint la colere dont l'ame
du Heros eft animée ; l'Acteur eft ce Heros
faifi de la même paffion ; elle coule
dans fon ame ; elle s'en empare , fon res
gard,
MARS. 1729.
519
gard , fon gefte animent les Vers , & fes
mouvemens prefentent Achille fi fenfiblement
, qu'on le voit menaçant Agamemnon
& les Dieux , pour arracher à
leurs fanglans Autels fa chere Iphigenie ,
qu'ils demandent pour victime . » L'ef-
» prit trompé par l'imitation , croit voir
»les objets; tout paroît prefent & non re-
» prefenté.M.de Ramfay Voyage de Cirus .
Quelques perfonnes qui ont lû ce petit
Ouvrage , trouvent que l'Eloge de M. de
Ramfay, regarde plutôt le Poëte que l'Ac
eur , & penfent que fi l'Acteur devient
Achille ou Agamemnon, c'eft que le Poëte
le fait tel par les fentimens qu'il lui fait
exprimer, & que s'il fe fait applaudir , il
n'a point d'autre merite que celui d'avoir
fait fentir la beauté de ce qui étoit beau
par foi-même.On ajoute à cela que l'Auteur
eft devenu tout le premier cet Achille
& cet Agamemnon que l'Acteur reprefente.
Le Poëte , dit M.L. jouit de la tranquil .
lité lorsqu'il compofe fon Poëme. On répond
qu'il n'eft pas fi tranquille qu'on le
penfe , quand il eft veritablement Poëte ;
il fe transforme en tous les perfonnagesqu'il
doit peindre fur la Scene ; cela fe
peut il faire tranquillement ?
L'action du Comedien , continue M. L.
Le fait loin de ce filence selle fe paffe dans
Eij
le
320 MERCURE DE FRANCE:
le public , fouvent dans le tumultes quetques
repetitions font toute fon étude.
Il femble par ces derniers mots, que rien
n'eft fi facile que d'étudier un Rôle. Les
grands Comediens n'auront garde d'en
convenir ; on ne leur tiendroit pas beaucoup
de compte du plaifir qu'ils font . C'e
dans le filence qu'ils deviennent ce qu'ils
reprefentent dans le tumulte, & ces grands
coups de Theatre qui frappent , font rarement
des impromptus.
Les vers de M. de la Fontaine, dans fon
Belphegor , doivent plutôt être confiderez
comme un compliment fait à Mlle
Chanmelé , que comme une preuve de la
jufteffe du parallele entre le Poëte & le
Déclamateur ; ainfi M. L. n'eft pas en
droit d'en conclure l'égalité de gloire que
Pun & l'autre peuvent prétendre.
Ce même Auteur ne paroît gueres plus
favorable au Poëte , quand il avance que
l'avantage de paffer de main en main à
l'immortalité , naît uniquement de l'Art
ingénieux qui fçait peindre la parole .
Combien d'Ouvrages voit -on mourir ,
quoiqu'imprimez ? Il faut d'abord les faire
fi bons , qu'ils meritent de vivre ; fans
quoi le fecours de l'écriture & de l'impreſ
fion leur deviendroit inutile.
ALMANACH PROVERBIAL , avec
Preface
MARS. 1729. 523
Preface & Poft - face , pour l'année 1729.
A Paris , ruë de la Harpe , chez la veuve
Oudot , in-24 .
ALMANACH DE TABLE , contenant
un Catalogue des Viandes , Volailles , Gibiers
, Venaiſon, Poiffons , Légumes, Entremets
, Fruits , Vins , Liqueurs & autres
Mets les plus exquis ; avec une indication
des Pays qui les produifent dans leur perfection
, & des Saifons les plus convenables
pour s'en fervir. A Paris , ruë de la
Harpe , chez P. Simon , 1729. in 24 .
Il a paru des Almanachs fur tant de fujets
differens , qu'on croyoit n'en plus
trouver aucun qui put être d'un ufage
bien étendu. Cependant en voici un d'un
goût plus general , & qui intereffe encore
plus de monde que tous ceux qui ont
été compofez jufqu'à prefent. Il offre de
quoi faire bonne chere ; les Gourmans ,
les Friands , & même ceux qui ne font
doüez que d'un haut apetit , ont bien des
graces à rendre àl'Auteur, qui, fans doute ,
ne doit pas être un homine indifferent , nii
peu verfé dans le plaifir de la table.
REFLEXIONS CRITIQUES , fur le
Livre intitulé: Rhetorique ou l'Art de connoître
& de parler , & c. Par M. Claufier.
vol. in- 12 .A Paris , au Palais , chez Bru--
net , 1728 ..
£ Y L'Au
122 MERCURE DE FRANCE:

L'Auteur fait fentir dans fa Preface
qu'on lui fera plaifir de l'avertir de ce
qu'on jugera qui manquera àરે fon ouvrage.
Comme on ne fait par ces Reflexions
qu'ufer de la permiffion qu'il donne , onefpere
qu'il ne les prendra pas en mauvai,
fe part. En tout cas , on n'à eu d'autre
intention que celle qu'il dit avoit euë lui
même , qui eft de rendre plus utile le
cours des études qu'on fait faire à la jeuneffe.
Car on ne fçauroit difconvenir que
fon Livre ne puiffe avoir beaucoup d'utilité
, & qu'il n'y ait d'excellentes chofes
& beaucoup de nouveau ; il a un grand
avantage fur les autres méthodes qui l'ont
précédé , en ce qu'il apprend à penfer ,
avant que d'apprendre à parler ; au lieu
que les autres ne donnent prefque qu'une
partie , c'eft - à - dire l'élocution . Les refle
xions qu'on fait icy ne font donc que fur
la plus grande perfection qu'on penfe
que l'Autheur auroit pû donner à fon-
Ouvrage.
1. Il femble qu'il n'a pas fait affez d'attention
au gout du fiecle , en prenant un
Aile fimple & fans ornement, pour expofer
les preceptes
.
P
2. Quoiqu'on ne puiffe difconvenir que
la Philofophie ne foit de quelque utilité
pour l'Eloquence , il y en fait un peu trop
entrer. On diroit qu'il n'a écrit que pour
des
MARS . 1729.
523
des Anglois. S'il y avoit moins de Philofophie
dans cet Ouvrage , il feroit plus à
la portée des enfans.
3. Il donne trop de préceptes & trop
de notions ; ce qui caufe de la confufion.
4. Dans la maniere d'écrire des Lettres
, il auroit mieux fait de citer des
Exemples de Lettres des Auteurs modernies
, comme de Voiture , de Balzac , de
M. de Fontenelle , & c.
Il femble que l'Ouvrage feroit
mieux intitulé : L'Art de penfer & de par-·
ter; & en abbregé : La maniere d'écrire
des Lettres. La Philofophie qu'il donne ,
apprend à penfer , & la Logique du Port-
Royal , qui a ce titre , femble bien intitulée.
On diroit à la feconde partie de fon
titre , qu'en fe fervant de ces termes , avec
un abregé de la maniere d'écrire des Lettres
, il veuille défigner quelque methode
dont il ait fait l'abregé.
6. Auparavant la Rhétorique, pag. 21 .
Hig.7.de la Preface . Ce mot , auparavant,
n'eft pas employé en la fignification , il
faut avant la Rhetorique.
7. Quand on a vu dans le 4me liv. de
P'Eneide , Pamour qu'avoit Didon pour
Enie , on conçoit qu'il eft neceffaire que le
départ dece Prince la jette dans une colere
extrême, & tout ce que Virgile , après cela,
lui fait faire & dire , devient drai - fem-
E vj blable
24 MERCURE DE FRANCE.
blable , pag. 14. L'Auteur apparemment
dans une Rhétorique toute Philofophique
, s'eft fervi du Privilege des Philofophes
, de ne pas s'aftreindre aux regles
de la Grammaire; car il ne peut pas ignorer
qu'y ayant un Paffé devant ... la jette,
la Grammaire vouloit qu'il dife , l'aitjetté.
Ne feroit-il pas auffi plus naturel de dire ,
tout ce que Virgile lui fait faire & dire
après cela. Il y a encore quelques fautes .
de cette efpece.
8. Quoiqu'on trouve des exemples bien
choifis , en voici deux qui font faux. Le
premier, pag. 21.lig.10 . Nous fommes veritablement
dans un fiecle d'or , car on n'a
jamais tant fait d'honneur à ce métal. Le
fecond , pag, 196. lig. 7. Si vous êtes
pauvres , vous le ferez toujours , car aujourd'hui
ce n'eft plus qu'aux riches.qu'on
donne du bien .
9. On ne voit pas affez ce qu'il veut
dire , pag. 198. lig. 6. Cela doit s'enten
dre ,fi la chofe n'eft pas de la nature des
contraires , aufquels elle convient.
40. L'ordre qu'il donne pour citer les
authoritez, pag.102 . n'eft pas celui qu'on
fuit ordinairement en Theologie..
ACTII SINCERI SANNAZARIN ,
Patricii Neapolitani Opera , ex fecundis
curis Jani Broukhufii , accedunt Ga
brielis
MARS 1729%
brielis Altilii , Danielis Cereti , & Fra-
525
trum Amaltheorum Carmina. Vitæ Sannazarianæ
, & Nota Petri Vlamingii.
Amstelodami , apud Hermannum Vyt
overf, 1728. & veneunt Parifiis , apud
Briaffon , ad infigne Scientia in - 8°...
632. pag. cum Indice duplici . Alter Autorum
qui in Notis citantur, explicantur
laudantur , notantur, vel corriguntur .Al
ter Rerum & Verborum , & c.
On peut dire que cette nouvelle édition
des oeuvres de Sannazar eft une des plus
belles & dés plus parfaites qui ayent encore
paru bonté du papier , netteté des
caracteres ; Vignettes bien gravées. Rien
n'y manque.
NOVA
REJENSIUM , five Regenfium
Epifcoporum
Nomenclatura. Maffilia ,
Typis Joan. Bapt. Boy , Regis & Urbis
Typographi. 1728. Brochure in 8. de:
60. pages.
-
Ce petit Ouvrage , dans lequel on re
marque de l'ordre & du fçavoir , n'eft que
le Prélude d'une Hiftoire entiere de l'Eglife
de Riez , écrite en François , que
L'Auteur prépare , & qui fera felon toutes
les apparences , bien reçûë du public , par
les grandes recherches , & par les autres
foins qui peuvent rendre un Ouvrage de
cette efpece recommandable. L'Auteur fe
nomme
126 MERCURE DE FRANCE.
nomme à la fin d'une courte Préface , qui
eft à la tête de cette brochure. JoANNES
SOLOME Monsterienfis Prefb. Benef.Ecclef.
Cath. Regienfis .
Les Continuateurs de Bollandus ont`
publié à Anvers , depuis peu , le Plan du
fixiéme tomé des Actes des Saints , du mois
de Juillet. C'est le trente & uniéme de
cet immenfe. Recueil . Ce volume comprend
les Actes de 118.Saints , fans compter
les Anonimes , feulement pour quatre
jours de ce mois , depuis le 25 jufques au
28. Ces Actes font diftribuez fuivant les
mêmes Claffes que dans les Tomes precedens
; mais celui - cy eft enrichi d'un Traité
préliminaire , hiftorique & chronologique
, fur les anciennes Liturgies d'Ef- ·
pagne , des Gots, de S. Ifidore de Tolede,
& fur les Liturgies mozorabes & mixtes.
GALLIA CHRISTIANA , in Provin
sias Ecclefiafticas diſtributa , in quâ ſevies
& Hiftoria Archiepifcoporum , Epif
coporum & Abbatum Francia ,h vicina
rumque Ditionum, ab origine Ecclefiarum
ad noftra tempora deducitur , & probatur
ex authenticis inftrumentis ad calcem appofitis.
Opera & ftudio Monachorum Congregationis
S. Mauri , Ordinis S. Benedidi.
TOMUS QUARTUS . Parifiis , ex
Туро
MARS 1729. 527
Typographia Regia . Vol. Fol. M. DCC.
XXIX.
Ce quatriéme Volume de la GAULE
CHRETIENNE , qui vient de paroître ,
& à l'occafion duquel nous ne repeterons
fien fur l'Ouvrage entier , & fur les Sçavans
qui en ont formé l'entreprife , contient
l'Hiftoire de l'Eglife Métropolitai
ne de Lyon , & des Eglifes d'Autun , de:
Langres , de Chalon fur Saone & de Mâcon
, qui font foumifes à cette Métropole
, avec celle de toutes les Abbayes
qui fe trouvent dans ces cinq differens
Diocèles , & qui font en tres grand nom
bre. On ne fçauroit trop louer le travail ,
la patience & la fagacité des Editeurs '
d'un Ouvrage fi vafte & fi utile . Un Avertiffement
qui eft à la tête de ce 4º vol .
eft une nouvelle preuve de leur exactitude.
On y apprend qu'à l'avenir & conformément
aux mefures prifes avec le
Clergé de France , qui a déliberé particulierement
fur cet article , à la priere des
Editeurs , on n'imprimera rien qui n'ait
auparavant été communiqué aux differens
Prélats qui occupent actuellement
les Siéges , dont on écrira l'Hiftoire ; ›
difpofition fage , qui ne peut jamais tendre
qu'à la perfection de l'Ouvrage .
Les mêmes Auteurs travaillent avec la
même vigilance & fur le même Plan , à
28 MERCURE DE FRANCE .
tin Ve volume qui contiendra l'Hiftoire
de la Métropole de Mayence , avec celle
des Evêchez qui en font fuffragans &
des Abbayes fituées dans ces Diocèles .
MEMOIRES LITTERAIRES de la Gran
de Bretagne , &c . tome 4° 1720..
HISTOIRE ET EXAMEN DES DUELS,
où l'on fait voir l'énormité de ces combats
, & qu'il eft neceffaire de les fuppri¹
mer. Par Jean Cockburn , Docteur en
Théologie. On y a joint l'Edit du Roy
de France contre les Duels , & un abregé
de celui du Roy de Pologne . A Londres
1720. in- 8 . de 458 pages , fans la Preface
qui en contient 16. en Anglois.
: Ce Livre eft divifé en deux Parties.
Dans la premiere , l'Auteur traite de l'origine
, de la nature & des fuites des
Duels: & dans la feconde , il rapporte les
prétextes qu'on allegue en faveur de ces
combats , & il fait voir de quelle maniere
on doit les fupprimér.
M. Cockburn a crû qu'il devoit parler
des Luteurs Grecs & des Gladiateurs Romains.
Enfuite il fait mention des com .
bats finguliers qui ont été entrepris pour
le bien public. On voit paroître Hercule ,
Théfée & d'autres Heros de l'Antiquité , -
qui couroient le monde pour détruire les
Voleurs , les Tirans , & en general tous
Les
MARS. 1729. 329
les ennemis du genre humain. L'Auteur
parle auffi des Combats entrepris par des
Rois en prefence de leurs armées, ou par
des Champions , pour prévenir des guerres
fanglantes entre deux Nations. Il décrit
les Joutes & les Tournois & les Combats
en champ clos , qui étoient autorilez
par les loix , & qu'on avoit établis com
me une épreuve de l'innocence ou du crime
des perfonnes accufées. Il traite enfin
des Duels modernes , & il prouve très
bien qu'il eft abfurde & tout- à - fait injufto,
que dans ces combats les principaux obligent
leurs feconds à fè battre , &c.
Le vrai honneur , dit M. Cockburn
confifte à agir conformément aux lumieres
de la raifon ; car toute action contraire
à la raiſon , eft une action deshonorable.
Les défis marquent une grande foibleffe
d'efprit : ils troublent la tranquillité de
l'ame , & aigriffent le mal au lieu de le
guérir. Ceux qui donnent un défi imi
tent l'infame Caïn , lequel , felon la Ver
fion des Septante , dit à fon frere Abel
d'un ton feroce ; allons dans le Champi
Celui qui perd la vie dans un Duel ,
eft en quelque maniere auteur de la mort.
Celui qui tue un homme dans un tel combat
, commet un meurtre volontaire . S'engager
dans un Duel , c'eft entreprendre
de juger la propre caufe , & par confer
quenc
$30 MERCURE DE FRANCE.
quent ufurper l'autorité du Magiftrat . I '
cft glorieux d'affronter le danger & d'expoſer
la vie pour le fervice de fa Patrie;
mais il eft honteux de fe battre en duel
pour une Courtilanne , une injure n'eſt
pas une raifon fuffifante pour obliger unt
homme à courir le rifque de perdre la
vie.
L'ardeur que l'on témoigne à vanger
ine injure , est tout - à -fait déraisonnable.
Si l'honneur exigeoit que l'on redreſſât
tous ceux qui manquent de bon fens &
de civilité , un homme d'honneur auròit
bien des affaires : l'honneur feroit un fardeau
infupportable.
Les Duels font contraires à l'efprit de
da Religion Chrétienne ; » Quelle honte
pour plufieurs Chrétiens de violer à cet
Ȏgard les Loix de J. C. pendant que les
Quakers , Difciples de George Fox , ne
»portent point l'épée , & ne fe battent jamais
, parce que le Chef de leur Secte
» le leur a deffendu !
On allegue pour juftifier les duels , que
fi l'on refufe un défi , on s'expofe à perdre
fa réputation , & que la mort eft préferable
au mépris . L'Auteur répond qu'on
ne doit jamais faire une mauvaife action
pour éviter d'être méprifé. Les gens de
guerre difent qu'il ne leur eft pas poffible
d'éviter les duels ; car ils pafferoient pour
poltrons
MARS. 17298 5'3.5
poltrons & feroient enfin caffez . M.Cockburn
, dit que l'on doit caffer ceux qui
craignent le danger , ou qui tournent le
dos dans une bataille ; mais il foutient
qu'il est tout-à- fait déraiſonnable , pour
ne pas dire impie , de chaffer du fervice
un Officier vertueux , qui ne veut point
perdre la vie mal- à -propos , où l'ôter à
un autre fans une jufte railon. Eft- il impoffible
qu'un homme foit Soldat & bon
Chrétien ? Eft il neceffaire qu'un Soldat
foit brufque , fier , querelleux & grand:
jureur ? Ne peut- on regarder l'Ennemi en
face fans avoir appris à violer les Loix de
l'Evangile ? Notre Auteur voudroit qu'un
Officier quittât le Service , en cas qu'on
exige de lui qu'il fe batte en duel. Let
courage eft une chofe loüable & neceffaire
à un Soldat , mais une mauvaiſe action
n'eft pas un vrai courage , c'est une bru
talité. A cette occafion , M. Cockburn :
rapporte un Paffage de la Vie de M. de
Renty.
Cet Officier , rempli de bravoure , refufa
de fe battre en duels & ayant été
attaqué , il bleffa & defarma fon Ennemis
après quoi il le fit conduire dans fa propre
Tente ; il eut foin de faire panfer fes
bleffures , & ne parla jamais de l'avantage
qu'il avoit eu fur lui . M. de Renty difoir
qu'il étoit plus glorieux de fouffrir une
injure
2 MERCURE DE FRANCE.
injure que de s'en vanger ; qu'un Taureau
avoit du courage , mais que c'étoit un
courage brutal , & que celui d'un hon
nête homme devoit être raifonnable &
conforme aux Loix de l'Evangile.
On dit en faveur des duels , qu'ils font
en quelque maniere neceffaires pour réprimer
l'infolence de diverfes perfonnes ,
& pour prévenir les affronts. Sans cela
ajoûte t- on , un honnête homme feroit
continuellement expofé à de nouvelles in
jures : Veterem ferendo injuriam invitas '
novam. M. Cockburn reconnoît que cet
Argument eft fpecieux ; mais il foutient
qu'il n'a aucune folidité , & qu'un homme
perfuadé que la morale n'eft pas une chimere
, ne doit point alleguer une telle
raiſon pour juſtifier les Duels .
L'Auteur s'attache enfuite à faire voir
que la vengeance eft illegitime & indigne
d'une belle ame , parce qu'elle eft
pernicieufe;& qu'au lieu de guerir le mal,
elle l'augmente , & rend les perfonnes
vindicatives très -malheureuſes.
Mais , dira-t- on encore , s'il n'eft pas
permis de vanger les injures , perfonne
ne fera en fureté ; chacun fe verra
expofé aux infultes des méchans . Voici
de quelle maniere M. Cockburn répond
à cette objection . Un homme , dit - il ,
qui eft affable & obligeant , ne doit pas
craindre
MARS. 1729 $35
craindre les affronts ; il aura beaucoup
d'amis , & fi quelqu'un l'offenfe , tous
ceux qui le connoiffent , prendront fon
parti. Les méchans même eftimeront fa
vertu, & craindront de luifaire aucun tort.
La moderation eft un rampart contre les
injures ; elle adoucit les perfonnes les plus
feroces. L'Auteur ajoûte que Dieu a promis
de proteger ceux qui mettent leur
confiance en lui . Enfin , il dit qu'au lieu
d'avoir recours aux Duels , on doit implorer
l'affiftance du Magiftrat. Il n'y a
point de baffeffe à fe mettre fous la protection
du Gouvernement ; il cft glorieux
d'en reconnoître & d'en affermir l'auforité.
11
M.Cockburn exhorte nos Legiflateurs à
faire des Loix très feveres contre les Duelliftes.
Il parle des diverfes Loix qui ont
été faites en France pour fupprimer les
Duels . Il obferve qu'on n'a vû aucun
Duel en Angleterre avant la Réformation
; & que pendant l'ufurpation dẹ
Cromwel , il n'étoit pas poffible que ces
combats fuffent en ufage , parce qu'il n'étoit
permis qu'aux gens de guerre de por
ter l'épée , & de fe fervir d'autres armes
offenfives . L'Auteur finit fon Livre , en
fouhaitant qu'il ait le même effet fur les
Lecteurs , qu'un Sermon de M. le Fau
cheur fur le Maréchal de la Force. Cet
illuftro
$34 MERCURE DE FRANCE.
illuftre Seigneur , après avoit entendu ce
Sermon , déclara qu'il ne donneroit &
n'accepteroit jamais aucun déf.
SUJET proposé par l'Academie des
Sciences & des beaux Arts , établie à
Pau. Pour le Prix de l'Année 1729.
L'Est
Es Etats Generaux de Bearn , toujouts attentifs
à ce qui peut procurer quelque utilité
ou quelque ornement à la Province , ont
bien voulu concourir au zele des Meffieurs qui
ont formé l'Académie , en contribuant avec
eux d'une fomme annuelle , aux frais neceffaires
pour l'entretien de cet établiſſement.
Cette liberalité a engagé Meffieurs de l'Académie
a employer une partie de cet argent à un
Prix qu'ils donnent chaque année.
Ce Prix eft une Médaille d'or , où font
gra
vées d'un côté les Armes de la Province, & de
l'autre , la devife de l'Académie.
M. Tricoys , fils du Doyen des Profeffeurs
de l'Univerfité d'Orleans , a remporté le Prix
de l'année 1728.
Celui de cette année eft deftiné à une Piece
Eloquence , dont le fujet fera cette penſée.
LA BIRNSE ANCE EST UNE LOX
DANS TOUS LES ETATS.
Les perfonnes de tout fexe , de toute condition
& de tous les Pais , pourront prétendre
au Prix.
Comme l'Académie veut ignorer les noms
des Auteurs dont les Ouvrages auront été
jugez les moins dignes ; on les avertit de
mettre
MARS. 1729
538
mettre une Sentence au bas de la Piece , &
leur nom féparément dans un billet cacheté ,
fur le dos duquel ils mettront auffi la méme
Sentence. Par ce moyen on trouvera d'abord
le billet où fera le nom de l'Auteur , & loin
den ouvrir aucun autre , on les brûlera tous
en.public.
Le Prix fera donné pendantle mois de Novembre.
Comme il faut un certain tems pour exami、
ner les Ouvrages , les Auteurs feront tenus
de les envoyer avant le quinziéme du mois
d'Aouft 1729. Ceux qui n'arriveront pas dans
le tems marqué , ne leront pas reçûs.
On pourra addreffer les Ouvrages à M. de
Courreges , Secretaire de l'Academie ; ou à
quelqu'autre des Académiciens ; & l'on aura
foin d'affranchir les Paquets qu'on envoyera
par la Pofte.
Signé , COURREGES.
On apprend de Londres que M.....
a fait imprimer chez E. Cwll , in - 8 .
fa Traduction Angloife du Traité François
, de M. de la Jonchere , Ingenieur ;
fur l'Immobilité de la Terre , démontrée
par des argumens , tirez des Regles & des
Principes de la Phyſique , de la Méchanique
& des Mathématiques . L'Auteur
prétend prouver que la Terre eft dans le
centre de l'Univers,& que tous les Corps
celeftes font leurs mouvemens journaliers
autour d'elle , & non autour du Soleil ,
A.J.
36 MERCURE DE FRANCE .
A. J. Caon , Libraire à Anvers , près la
Bourfe , avertit qu'à commencer du premier
de ce mois , il donnera une Gazette.
des Sçavans , qui contiendra une Relation
des Livres qui paroîtront dans toute
l'Europe. Cette Gazette paroîtra le pres
mier & le quinze de chaque mois .
On apprend de Florence , que M. Martinengo
, celebre Avocat de Plaiſance, &
P'un des plus fçavans hommes de l'Europe
, a obtenu la permiffion de tenir des
Conferences publiques dans l'appartement
de la Grande Princeffe , Douairiere
de Tofcane,où il confultera, gratis , deux
fois la femaine , pour tous ceux qui auront
des questions de Droit à lui propofer.
On mande auffi de la même Ville , que
Le Banquier Lopez , y étoit arrivé de Rome
, avec plufieurs Membres de l'Académie
d'Architecture de Lisbonne , & qu'ils
ont apporté avec eux les modeles des
principaux Edifices de Rome , ' en l'état
qu'ils fe font trouvez lorfqu'ils ont été
obligez de partir , pour obéir aux ordres .
du Koy de Portugal.
· On a découvert depuis peu à Sienne ,
en fouillant la terre dans un champ de
M. Thommaffi , une voute fouterraine
affez fpacieuſe , avec des Infcriptions en
caracte
MARS. 1729. 537
caracteres Etruriens , furtout au- deffus
de la porte , & ornée de Vafes & d'Urnes
qu'on a envoyez aux Académiciens de
Florence .
ALLIANCE de la Maifon de Villages
avec celle de Fortia . Extrait d'une
Lettre écrite de Marseille le 1. Mars
1729 .
A rigueur de l'Hyver qui dure encore
› a interrompu , Monfieur , no-
Tre commerce Litteraire ; mais rien ne
fçauroit jamais diminuer mon attention
pour tout ce qui peut meriter votre curiofité
en ce pays-ci . Je croyois pouvoir
vous apprendre quelque nouveauté au fujet
de l'Académie de Marfeille , quoique
cela regarde l'Académie même , laquelle ,
à l'exemple des autres Corps Académiques
, doit prendre foin d'inftruire le Pu
blic de fes operations par moyen des
differents Journaux qui s'impriment dans
le Royaume. Je n'ai cependant rien à
vous dire là deffus , fi ce n'eft que
le 15.
Janvier dernier elle tint unè Séance dans
le Palais Epifcopal , pour la diftribution du
Prix accoûtumé ; mais ces Meffieurs
n'ayant pas jugé à propos de faire imprimer,
comme dans les deux années précédentes
, ce qui s'y cft lû & paffé , je ne
le
F m'ex
$ 38 MERCURE DE FRANCE .
in'expoferai pas à vous faire un narré de
ce qui eft venu à ma connoiffance , parce
que je ne fçai pas les chofes par moi - même
& > que je ne veux rien vous mander
que d'exact & de bien certain . En revanche
je vous apprendrai un mariage de
diftinction qui vous fera plaifir par l'interêt
que je fçai que vous prenez aux
deux Mailons qui viennent de s'allier .
Il y a préciſement un an que je vous mandai
la mort de Jean - Baptifte de Villages ,
Seigneur de la Salle , arrivée le 2. Mars ,
prefqu'à la fin de la centiéme année de
fon âge , j'ai aujourd'hui la fatisfaction
de vous marquer le mariage de Jean - Baptifte
de Villages , fon petit- fils ,
D. Elifabeth de Fortia de Pilles , qui a
été celebré avec beaucoup d'éelat , &
avec l'applaudiffement du Public le 20 .
du mois de Septembre dernier. Je n'étois
pas alors en état de vous en donner
avis.
avec
L'Epoux eft fils d'Arnaud de Villages ,
Marquis de la Salle , Seigneur de Ville-
Vieille , & de Dame Marianne Aſtouaud
de Mus , &c. & la nouvelle Epouſe , eft
fille d'Alfonfe de Fortia , Marquis de
Pilles , Gouverneur , Viguier de Marfeille
, &c. & de Dame Elifabeth de
Flotte.
Je ne vous dirai rien de l'ancienneté
&
MARS. 1729 .
139
& des illuftrations de ces deux Maifons
parce que je ne vous apprendrois rien làdeffus.
Ceux qui feront bien aifes d'en
être inftruits , pourront lire d'une part
le Mémoire imprimé dans le Mercure de
France , Juin 1726. p . 1181. au ſujet
de la réception de M. le Marquis de Pilles,
à la Charge de Capitaine , Gouverneur
Viguier de Marſeille , en furvivance de
M. fon pere , & de l'autre ma Lettre du
3. Mars 1728. fur la mort de M. le Marquis
de la Salle , imprimée dans le Mer
cure du même mois de Mars, p . 639.
Qu'il me foit permis cependant de rectifier
à cette occafion l'endroit de la
Lettre que je viens de citer , où il eft parlé
des deux freres Thomas & Nicolas ,
de Villages , Commandeurs de Malte ,
oncles paternels du Marquis de la Salle
mort il y a un an. Je devois dire qu'ils
étoient fils de Céfar de Villages , Premier
Conful de Marfeille en 1599. &.
de Magdelaine de Cauvet , fille de Jean
de Cauvet , Baron de Trets , &c . lequel
eut une nombreuſe famille ; & ajoûter
que de neuf garçons , quatre furent Chevaliers
de Malte & tous quatre Commandeurs
, du nombre defquels font Thomas
& Nicolas de Villages , qui fe fignalerent
tous deux dans le fameux Combat
des Galeres en 1638. l'un commandant
Fij
la
$ 40 MERCURE DE FRANCE .
la Generale , & l'autre la Capitane de
France.
Michel - Gafpar , & Jean - Baptifte de
Villages , leurs ainez , ayant été mariez ,
ont fait diverfes branches .
Il eft bon encore de corriger une faute
de l'Imprimeur du Mercure de Mars
1728. où eft ma Lettre fur la mort de
M. de la Salle , c'eft au fujet de Madame
de Venel , Sous - Gouvernante des Enfans
de France , qui étoit fille de Marquile de
Villages , & non pas de la Marquile de
Villages , comme on l'a imprimé p. 642 .
faute de fçavoir que Marquife eft là un
nom de baptême. Cette Dame étoit un
des Enfans de Céfar de Villages , & foeur
de Louiſe de Villages , époufe d'Antoine
de Lenche.
Enfin , trouvez bon , Monfieur , que
jajoûte ce que j'ignorois en vous écrivant
l'année paffée la mort de M. de la Salle , &
ce que j'ai appris depuis des grands exemples
de Religion, de conftance , de fermeré
& de charité qu'il a donnez durant la
derniere contagion ; je dis la derniere
car à l'âge de près de cent ans , M. de la
Salle avoit vu plus d'une fois Marſeille
affligée de la pefte . Retiré à fa Maifon de
la Gratiane , dans le Territoire , avec fa
nombreuſe famille , il vit mourir plus de
la moitié des habitans des Villages & des
Ha
MAR S. 1729. 341
Hameaux voifins , après les avoir affiftez
dans leurs befoins , & par cette mortalité
il yit encore périr toute l'efperance des ,
grands Vignobles qu'il poffedoit dans ces
quartiers ; enforte qu'on voyoit encore
au tems qu'on taille la Vigne , les grap
pes toutes fannées attachées à leurs feps.
Un jour M. de Villages , l'un de fes neyeux
, ayant été bleffé à la jambe , M. de
la Salle ne fit point de difficulté de prier
le Medecin du Roy ; qui avoit ce département
, d'entrer chez lui pour voir fon
neveu , après avoir raffuré toute fa famille
fur le danger qu'il pouvoit y avoi
de donner l'entrée à une perfonne qui
voyoit à tous moments des peftiferez. >
Ce Medecin eft M. Poyer , aujourd'hui
Medecin de la Faculté de Paris , que le
Roy avoit envoyé à Marſeille au tems de
la pefte , & qui après avoir travaillé dans
la Ville & fes Hôpitaux , alla donner fes
fecours dans le Territoire , il vous con
firmera lui- même ce fait , & plufieurs au
tres circonstances dont il a été le témoin
qui marquent l'intrépidité & les autres
belles qualitez de cet incomparable Vieil
lard .
NOUVEAU PLAN DE PARIS , &c
Ce Plan que l'on attendoit depuis longtems
a paru au commencement de l'année
Fiij chez
342 MERCURE DE FRANCE.
chez le fieur de la Borde , Graveur , rue
S. Jacques , près des Mathurins , où il fe
débite.. Il eft compofé de fix feüilles , qui
étant réurries enfemble font une Carte de
fix pieds de longueur fur cinq de hauteur ,
qui reprefentent toute la Ville & les Fauxbourgs
de Paris . C'eft M. l'Abbé de la
Grive qui l'a levé & dreffé avec beaucoup
d'exactitude fur la Meridienne de Mrs de
P'Obfervatoire.
Cer Ouvrage contient les Plans particuliers
des Hôtels , des Maiſons Religieu
fes , & d'une grande quantité de Maifons
diftinguées , & de beaux Edifices . Les
veues & élevations des plus riches morceaux
d'Architecture , qui font l'ornement
de cette grande Ville , occupent les marges
de la Carte. On voit au haut le Portrait
du Roi très -bien gravé par le même
fieur de la Borde. Il paroît que ceux qui
ont fouferit pour ce Plan , en font fatisfaits
, ainfi que les Connoiffeurs qui l'ont
examiné. Le prix eft de 16. livres .
Il paroît une nouvelle Eftampe de Watteau
, fous le titre de la Mariée de Village.
C'eft une des plus belles & des plus
grandes Compofitions qui ayent été gravéès
d'après cet habile Maître. Elle ſe
vend rue S.Jacques, aux deux Pilliers d'or,
chez François Chereau , Graveur.
Deux
MARS. 1729 : 543
Deux autres Eftampes du même Auteur
, qui fe vendent au même endroit
viennent de paroître , l'une en hauteur
intitulée la Cafcade , gravée par le fieur
G. Scotin. La feconde , en large , intitu
lée , la Chute d'eau , & gravée par le fieur
J. Moyreau .
Il paroît auffi depuis peu une très belle
Eftampe , en hauteur , gravée par le fieur
Cars , d'après un très -beau Tableau de
M. de Troy le fils , reprefentant Bethfabée
fortant du Bain , vûë par David. On
fait très-grand cas de cette Eftampe , ou
Phabile Graveur a fçû conferver toutes
Fes beautez de fon Original . Elle fe vend
chez l'Auteur , ruë neuve des petits
Champs , vis-à-vis la ruë Vivienne , &
chez le fieur Duchange , Graveur , ruë
S. Jacques.
Les talens du fieur Cars , dont on vient
de parler , & ceux du fieur Cochin , auffi
très- habile Graveur , ont été reconnus
par l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , où ils ont été reçûs tous deux ,
d'une voix unanime , fur la fin du mois
dernier.
Les S Dumont , de Bar , Chardin
Pater , & le Bouteux , qui ont beaucoup
de talens pour la Peinture , ont auffi été
reçûs dans la méme Académie.
F iiij On
544 MERCURE DE FRANCE.
On écrit d'Espagne que le fieur Ranc
Peintre François , de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture de Paris , qui eft
a Madrid depuis plufieurs années , ayant
fuivi la Cour à Badajoz , eft allé à Lisbonne
par ordre du Roi d'Espagne , pour
y peindre L. M.Port, & la Famille Royale
; après quoi il peindra la Cerémonie
de l'échange des Princeffes , dont il fera:
deux Tableaux , l'un pour la Cour d'Ef
pagne , l'autre
l'autre pour celle de Portugal.
On a appris de Rome que le Dimanche
30. Janvier , le Pape fit la cerémonie de
recevoir Chevalier de l'Ordre de l'Eperon
d'or , M. Sebaftien Conca , fameux
Peintre , élu depuis peu Prince de l'Académie
de Peinture & Sculpture.
PROPRIETEZ d'un nouvel échappe
• ment de Montre , faitpar le fitur Thiout ,
Horlogeur à Paris , au coin du Grand
-Châtelet.
Et échappement a une telle proprie-
Cé,quel on double la force du reffort
, la Montre ne paroît ni accelerée ni
retardée ; on y a appliqué des poids differens
, fans qu'elle ait paru changer de regularité.
On a fait ces experiences à une
Montre ordinaire , elle a avancé jufqu'à
cinq
MARS. 1729.
545
cinq & fix minutes par heures.
Par ces experiences on peut conclure
sûrement que l'inégalité qui fe trouve au
reffort , les inégalitez de la fufée , ceux
qui proviennent de toutes les parties qui
compofent la Montre , ne cauferont aucun
changement fenfble à la regularité.
Il n'y peut avoir de conte-battemens ,
d'accrochemens , ni de renversemens .
Les révolutions d'un rouage , caufées par
les inégalitez , ne cauferont aucune préci
pitation au balancier ; fa conftruction eft
plus jufte , & promet plus de durée qu'aux
Montres ordinaires ; en un mot , elle fuit
pendant le cours de fes 30. heures , régulierement
une bonne Pendule , fans y
pouvoir remarquer aucune irregularité ;
on peut dire auffi que les differentes pofitions
& fecouffes ne lui feront pas fi
fenfibles qu'à l'échappement ordinaire .
C'eft une découverte qui augmentera
confiderablement la perfection des Montres.
Cet échappement qui paroît exempt de
critique , a été inventé par un François ,
nommé Painel de Flamanville , Secreraire
de fon Excellence M. le Comte de
Colovin , Envoyé de Ruffie à la Cour de
Suede.
Ev EX546
MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'A
miens le 4. Mars 1729 .
L
E fieur Lagache d'Amiens , prétend
avoir fait la découverte de la Quadrature
du Cercle par une régle fimple &
naturelle qui ne fe trouve dans aucuns
Livres de Mathématique ni de Géometrie.
Cette Quadrature fe peut faire géometriquement
felon lui , dans le moment ,
avec la preuve fur toutes fortes de Cercles
grands & petits, & par fractions ; elle
fe trouve jufte à la fuperficie du Cercle
en quatre parties égales, ce qui fe rappor
te auffi au Globe du Cercle en huit parties
égales , fans s'amufer au point & à la ligne
Philofophique , dont la divifion va à
l'infini.
L'Auteur fe foumettra à la décifion de
Meffieurs de l'Académie Royale des
Sciences.
Le fieur Baradelle ; Fabricateur d'inſtru
ment de Mathématique demeurant à
Paris fur le Quay de l'Horloge du Palais ,
à l'enfeigne de l'Obfervatoire , donne avis
au Public qu'il continue de débiter la
Jauge nouvellement inventée& approuvée
par l'Académie Royale des Sciences , que
c'eft lui qui a l'inftrument original avec
les
MARS. 1729. 547
les Tables qui ont fervi à le conftruire ;
que cette Jauge eft non -feulement univer.
felle , & la feule avec laquelle on puiffe
déterminer au jufte & géometriquement
la capacité des tonneaux , mais que fon
ufage eft beaucoup plus fimple & plus
facile que celui de tous les inftrumens qui
ont été inventez jufqu'à préfent pour le
jaugeage.
Il a pareillement conftruit un original
de la Jauge diagonale , communément appellée
Vergue , parce qu'on a remarqué
que ces inftrumens qui ont été fucceflivement
copiez les uns fur les autres , font
à la fin devenus très- défectueux ; cellequ'il
débite eft divifée même en pintes .
Ces Jauges donnent les capacitez des
tonneaux en feptiers ou veltes de 384-
pouces cubes , mefure la plus en ufage en
France , & à laquelle on peut facilement
rapporter les autres . Néanmoins fi on
vouloit de pareils inftrumens pour déterminer
les capacitez des tonneaux en mefures
particulieres , à un pays où les mefures
feroient differentes à celles de France
, le fieur Baradelle en conftruira exprès
par le moyen de la méthode dont il s'eft
fervi , & cela pourvû qu'on lui indique
au jufte la continence de ces mesures.
foit en pouces cubes , foit par le poids
·F vj
du
$48 MERCURE DE FRANCE.
du vin ou cau de vie qu'elles contiennent..
On affûre que le fieur Thomas , Ingé
nieur , a fait un modele d'une machinequ'il
a inventée , dont on pourra fe fervir
dans les Siéges & à l'Armée , par le
moyen de laquelle quatre Canoniers.
pourront charger & tirer des piéces de
24. livres de balles , fans s'expofer à être
tuez ou bleffez . On doit examiner cette
Machine ..
On affûre auffi qu'on travaille au Fauxbourg
S. Antoine à la conſtruction d'un.
Moulin d'une nouvelle invention , qui ,
pourra moudre 30. feptiers de bled en
24. heures , fans le fecours du vent ni
de l'eau ..
M. Pierre - François Delatre d'Oby ;
Chevalier , Confeiller du Roi , &c . premier
Avocat General de Sa Majefté au-
Grand Confeil , mourut à Chooz , près .
de Givet fous Charlemont , le 10. Mars ,.
âgé d'environ 32. ans.
Il fut reçû Avocat General leg . Novembre
1722. & le diftingua par un
grand nombre de Plaidoyers également
folides & éloquens . On a fur tout admiré
les Difcours qu'il a eu l'honneur de faire
au Roi & à la Reine , en differentes occafions.
On
MARS. 1729. $49
On peut dire que c'étoit un génie univerfel
, bon Philofophe , & excellent :
Critique. Rien n'échappoit à fa pénétration
& à fon goût pour les Sciences.
Dès fon enfance il s'appliqua à culti
ver les Beaux Arts , & y réuffit ; mais
dans un âge plus avancé , il fixa toute
fon application à l'étude des Loix , & à
Le fournir en ce genre une Bibliotheque
accomplie .
La douceur & l'integrité de fes moeurs
lui gagnoient le coeur de toutes les perfonnes
qui l'approchoient ; ceux même
qui dans leurs procès n'obtenoient pas
des conclufions favorables , étoient forcez
de convenir de fon amour pour la verité
& pour la juftice .
Quoiqu'il ait été enlevé à la fleur de
fon âge , fa mémoire ne mourra point
au Grand- Confeil. Il a été le pere & l'ami
des Avocats , le Protecteur & le modele
des Gens de Lettres . On peut enfin
lui appliquer avec juftice ce beau mot de
l'Ecriture : Confummatus in brevi implevit.
tempora multa .
Il portoit coupé d'azur & d'or , à trois
Ecuffons de l'un en l'autre...
Bonts
350 MERCURE DE FRANCE .
Bouts- Rimez qui ont un fens complet
SONNET A REMPLIR .
Voilà
Isabelle
- LA
Belle.
Déja
Etincelle
Sa
Prunelle.
Offre ,
Coffre
Plein.
Pucele,
Soudain
Chancele
Par Brevet de M. le Premier Medecin du
Koi Turben , pour le veritable Suc, de Regliffe
& de Guimauve , examiné & approuvé
par M. Geoffroy , Marchand Apotiquaire,
approuvé parM. le's Medecins de la Facultéde
Paris , lefquels s'en font fervis & s'en fervent
actuellement pour toutes les fluxions de poitrine
, chaleurs de gorge , rhumes & ames ,
cracheTA
he.
MARS
. 1729 552
crachement de fang , &c. détache le flegme
de la poitrine , fait cracher , adoucit la pituite ,
& fortifie la poitrine . Il eft propre auffi pour
les poulmoniques. Il fe porte par tout fans
rien perdre de fa qualité. On le vend cent
fols la livre , rue des vieilles Etuves , proche
l'Hôtel de Soiffons , chez un Menuifier , visà-
vis un Chirurgien .
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue avec fuccès de diftribuer fon
Remede pour préferver les dents de fe gâter
& de tomber . Il donne la maniere facile de
s'en fervir , & met fon nom & le prix fur
fes boëtes . Il en a depuis 40. fals juſqu'à 4. liv.
Sa demeure eft à Paris au grand Cloître
fainte Oportune.
Le fieur Fagnany donne avis au Public que
la vente de fes Planches , Eftampes , Tableaux
& autres chofes curieufes & rares , qui fe de-*
voit faire le 20. Mars 1729. ne fe fera que le
25. Avril fuivant , lendemain de la Quafimodo
, fans remife.
CHANSON.
N'Eftes - vous point cette Armide ,
Qui fçavoit fi bien charmer ?
Eft-ce en vous aimant qu'Ovide ,
Compofa fon art d'aimer
Quand Zephire fut fidelle,
D'uze
MERCURE DE FRANCE ..
D'une tendreffe fi belle ,
N'êtiez -vous pas l'aimable objet ? -
Un enfant qui fuit vos traces ,
Cent fois m'a dit en fecret ,
Tout ce qui te peint les Graces ,
De Clarice eft le portrait..
Paftorale.
TIrcis difoit à la jeune Liſette , -
Gruelle , vous fuyez mes yeux ;
Sans ceffe votre ame inquiette ,
Rebute mes foins & mes voeux.
Amour , eft ce là là conftance ,
Dont tu flattois mon efperance.
Lorfque je viens au jour de voftre fete .
Vous faire hommage de ces fleurs ,
A l'inftant vous tournez la tête ,
Et me payez par des rigueurs:
Amour , elt- ce là , &c.
Tous mes defirs fe bornent à vous plaire;
Ne me l'avez- vous pas permis ?
Mon coeur eft fidele & finceres
A vos ordres il eft foumis :
Amour , eft- ce là , & c.
Je n'aurois pas dans mon bonheur extrême
Changé
MARS.
553 1729 .
Changé mon fort contre les Dieux ,
Quand vous m'avez donné vous - même
Un bracelet de vos cheveux :
Amour , eft- ce là , & c.
Que faifois- tu , lui répond la Bergere
Un matin auprès d'Ifabeau ?
Ingrat , tu ne m'attendois guere .
Pour témoin de ce feu nouveau i
Amour , eft- ce là , & c.
Vous fçavez bien qu'Hylas porte fa chaîne
N'étoit- il pas auprès de vous ?
Je vous attendois inhumaines
Mais attendois - je ce courroux ?
Amour , eft - ce là , & c.
En même tems il regarda la Belle ,.
Et laiffa couler quelques pleurs ;
Un fouris finit la querelle ;
C'eft-là le langage des coeurs.
Amour , reconnois la conftance
Dont tu flattois leur efperance.
Berger , dit elle , helas faut-il te croire ?
J'ai trop de foibleffe pour toi :
Mon dépit couronne ta gloise ;
Du
334 MERCURE DE FRANCE.
Du moins n'aime jamais que moi ,
Amour ce fera ta conſtance
Qui comblera notre eſperance.
Loin de ces lieux , affreuſe jaloufie ,
Ne trouble plus de fi beaux noeuds;
Ne nous occupons dans la vie
Que du foin de nous rendre heureux ;
Amour , ce fera ta conſtance
Qui comblera notre eſperance.
鸡鸡鸡
SPECTACLES.
E de ce mois , les Comediens Fran
Lois remirent au Théatre la Tragedie
d'Edipe , de P.Corneille , qui n'avoit pas
été jouée depuis tres-long - temps . Le fieur
Sarrazin , qui a beaucoup de talent pour
la Comédie , & qui ne l'a jamais joüće
fur aucun Theatre public , y reprefenta le
principal Rôle , & fut extrémement applaudi
par une tres grande affemblée . On
lui trouve de la voix , de l'intelligence &
du fentiment . Il a paru plufieurs fois dans
le niême Rôle , & on a été encore plus
content de lui . La Dlie Balicour fait grand
plaifiz
MARS. 558 1729.
plaifir dans le Rôle de Jacafte, quoiqu'elle
ne l'ait jamais joüé.
Le 8 Mars , les mêmes Comédiens reprefenterent
à la Cour , la Comédie de la
Mere Coquette , & pour petite piece , le
Florentin. La Dlle Sallé , & le fieur Laval,
de l'Académie Royale de Mufique , danferent
les Caracteres de la Danfe entre les
deux Pieces , & reçurent des applaudiffemens
bien meritez .
Le 10 , on joua fur le même Théatre la
Tragedie d'Edipe , de Corneille, dans la
quelle le fieur Sarrazin joüa le principal
Rôle , avec beaucoup d'applaudiffements
& on jugea qu'il rempliroit bien les Rôles
de Roy . On reprefenta enfuite la petite
Comédie de la Famille extravagante , du
feu fieur le Grand , où le petit d'Angeville
, qui n'a guére plus de fix ans , fit
beaucoup de plaifir dans le Rôle de Bazoche.
Le 14 , le Bourgeois Gentilhomme fut
joué à la Cour avec tous les agrémens.
Le principal Rôle étant rempli par le fieur
de la Thorilliere ; ceux de Cleonte , de
Covielle , de Dorante , du Maître de Mufique
, du Maître à Danfer , du Maître
d'Arme , du Maître de Philofophie & du
Mufti,étoient remplis par les Sieurs Quinaut
, Armand , Dubreuil , Legrand, Dumirail
, Dufrefne & Dangeville.Les Sieurs
Quinaut
556 MERCURE DE FRANCE.
Quinaut & du Frefne , jouerent auffi les
Rôles de l'Eleve du Maître de Mufique ,
& le Mufti ; & les Rôles de Mad: Jourdain
, Lucile , Nicole & Dorimene , par
les Diles Dubreuil , Dufrefne , Quinaut &
Lamotte . Le Chant & la Danfe des Inter
medes fut executé par les Acteurs de l'Opera
.
Le 17 , le fieur Sarrazin joua à Verfailles
le Rôle d'Agamemnon , dans la
Tragedie d'Iphigenies & on en parut trescontent.
Le 21 , le fieur de Berci , qui fe prefent
te auffi pour remplir les Rôles de Roy ;
joua à la Cour le Rôle de Felix , dans la
Tragedie de Polyeucte ; il fut tres-applau
di , ainfi que dans la petite Comedie du
Denil , où il joua le Rôle du Payfan,
Les feurs Sarrazin & Berci , ont été reçus
dans la Troupe du Roy , fur le pied de
demi part chacun.
- La Comédie nouvelle de l'Impertinent
malgré lui , fera reprefentée après la quinzaine
de Pâques .
On répete une petite Comédie nouvelle ,
qui a pour titre: La Boëtte de Pandore, en
vers, avec un Prologue. Elle eft du S Poif
fon l'aîné , Auteur du Procureur Arbitre.
Le 26. Février, l'Opera Comique donma
la premiere reprefentation d'une Piece
nouvelle en trois Actes , ornée de Chants
.
&
MARS. 1729. 597
& de Danfes , intitulée : Argenie . La Mufique
des Divertiffemens, qui eft du ficur
Gilliers , a été tres -goûtée.
Le 10. de ce mois , la même Troupe
donna une petite Piece nouvelle , d'un
Acte , intitulée : Pierrot Tancrede. C'eſt
une Parodie de l'Opera , que l'Académie
Royale de Mufique a remis au Théatre
le 3. de ce mois, & qui a un tres- grand
fuccès. Nous en parlerons plus au long le
anois prochain.
On jouë à Bruxelles avec beaucoup de
fuccès l'Opera de Merope , & celui de
Pharnace .On a joué auffi à Florence, avec
beaucoup de fuccès , le nouvel Opera de
Caton d'Utique. On a auffi joué à Venife,
fir le Théatre de S. Jean Chryfoftome , le
Louvel Opera de Semiramis , qui a été
univerfellement applaudi..
On a appris de Londres , qu'on y avoir
reprefenté fur plufieurs Théatres, devant
le Roy & la Famille Royale, diverſes Piéces
; fçavoir , Theodofe , ou la Force de
Amour. Tragedie.
La Mere en détreffe. Tragedie.
Proferpine. Tragedie.
Henry IV. Tragedie.
La Princeffe de l'Ifle enchantée . Opéra,
Les Cocus de Londres . Comédie .
LETTRE
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE du Marquis de ..... à la
Comteffe de ... au fujet de la Mere coquette,
où les Amans. Comedie de Quinault.
A
Voüez , Madame , qu'il faut que
vous ayiez bien du pouvoir fur moi.
Vous ne vous êtes pas contentée de m'arracher
aux douceurs de la folitude , dont
je jouis depuis neuf ou dix ans , pour me
faire voir une Comedie dont vous avez
été charmée ; vous avez encore voulu
voir fi ma docilité iroit jufqu'à faire une
Differtation critique fur une Piece qui ne
m'a pas fait moins de plaifir qu'à vous .
Eh bien ? toute la répugnance que j'avois
à critiquer un Auteur que j'eftime infiniment,
n'a pû m'empêcher de vous obeïr ;
n'êtes- vous pas pleinement fatisfaite ?
Je confefle , avec ma fincerité ordinaire
, que je ne croyois pas pouvoir trouver
dequoi remplir la Loy que vous m'aviez
impofée ; la Mere coquette me parut.
fi parfaite à la reprefentation , & j'en fortis
fi pénétré que les armes me tomberent
de la main ; mais ce charme s'étant
diffipé à la lecture que j'en fis dès que je
fus rentré chez moy , je reconnus avec
une espece de honte combien les Ac-
Leurs m'en avoient impofé, & j'admirai le
preſtige
MARS. 1729. 559
preftige de leur Art. Adieu ne plaife que
je veuille vous dire par là que la Piece
n'eſt pas bonne ; je veux feulement vous
faire entendre, qu'il n'y a rien où l'on ne
puiffe trouver à mordre quand on l'examine
avec beaucoup d'attention ; permettez
, Madame , que je commence par -
vous remettre devant les yeux le fujet de
la Pieces après quoi j'en ferai l'examen,
SUJET.
pas
Un Bourgeois de Paris , dont l'Auteur
ne dit pas le nom , étant allé s'embarquer
pour l'interêt de la fortune , fut pris par
des Corfaires & yendu en Turquie. Ifme
ne , fa femme , n'en fut bien affligée ;
elle fe flatta même d'un veuvage , qui la
remettant en liberté , lui donneroit lieu'à
faire un choix plus agréable ; la douce
efperance à laquelle fon coeur fe livra tout
entier , lui fit negliger le foin de s'informer
du lieu où fon mari pouvoit être captif;
mais l'amitié fit ce que le devoir n'avoit
daigné entreprendre. Cremante , ancien
ami de l'Epoux oublié , fit partir un
de fes domeftiques pour la Turquie, avec
ordre de chercher par tout ce malheu--
reux efclave. Ce domeftique qui s'appel-.
loit Champagne , ne fut gueres plus fide le
à fon maître, qu'ifmene l'étoit à fon mari;
les orages qu'il effuya pour aller feulemen
60 MERCURE DE FRANCE .
ment jufqu'à Malthe le découragerent ,
il n'acheva pas fon voyage , & revint à
Paris avec un Vieillard caffé , qui s'étoit
trouvé fur un Vaiffeau qu'on avoit pris
fur les Turcs ; ce Vieillard lui ayant fait
un myftere de fon nom , & lui ayant feulement
déclaré qu'il étoit Parifien , il le
tamena charitablement dans fa Patrie.
Ce même Vieillard fe fit reconnoître
pour le mari de la Mere coquette , dans
le temps qu'elle le faifoit paffer pour
mort , & qu'elle étoit prête à fe marier
en fecondes nôces.
ACTE I.
La premiere Scene fe paffe en expofition
, entre Champagne, Valet d'Acante ,
& Laurette , fuivante d'Ifabelle . Champagne
qui l'aime , lui avoue qu'il n'a point
été en Turquie , quoiqu'il ait fait entendre
le contraire. Il parle du Vieillard qu'il
a ramené à Paris , par une tendreffe naturelle
de compatriote . Laurette ne lui laiffe
rien entrevoir des projets qu'elle a formés
pour fervir la mere de fa jeune Maîtreffe,
auprès d'Acante , Amant de cette
coquette qui donne le Titre à la Piece .
Dans la feconde Scene , Acante vient..
Il eft l'Amant aimé de la jeune Iſabelle ,
Fille d'Ifmene ; Laurette , qui les a déja“
broüilleg
MARS. 1729 561
broüillez par de faux rapports , continue
à l'irriter contre fa Prétendue infidele
. Un Marquis , coufin d'Acante , arrive
à la troifiéme Scene ; il feint de fervir
Acante auprès de Cremante fon pere , &
ne fonge à rien moins qu'à cela ; Acante
le retire fans voir Ifabelle , parce que
Laurette lui a annoncé que Cremante fon
pere eft auprès d'elle ; il ne fçait pas encore
que fon pere eft fon Rival. Le Marquis
acheve d'étaller tout fon caractere ,
dans une converfation qu'il a avec , Crémante.
Ce caractere eft fans contredit le
plus deffectueux de la Piece . On paffe bien
des folies à ces fortes de Marquis qui
n'ont que trop d'imitateurs dans le monde
; mais il me femble que cela ne doit
pas aller jufqu'à choquer la vrai-femblance
; car eft il naturel qu'ils fe deshonorent
eux-mêmes gratuitement ? c'eſt pourtant
ce que fait le Marquis de la Comédie
en queſtion : Voici fes propres paroles
, au fujet de deux cens Louis que Crémante
lui avoit prêtés.
Admirez l'induſtrie .
L'honneur vient de bravoure & de galanterie
,
Si j'ai fçu trouver l'art d'être enſemble eftimé
Et galant de fortune , & brave confirmé ;
G Moyennant
562 MERCURE DE FRANCE.
Moyennant cent Louis que j'ai donnez d'avan
ce ,
Un Marquis des plus gueux , mais brave à
toute outrance ,
M'a feint une querelle ; & d'abord prenant
fèu ,
M'a donné fur la joue un coup plus fort que
j'eu , & c.
J'ai fait rage auffi- tôt ; j'ai ferraillé , paré ,
Et me fuis fait tenir , pour être féparé.
Voilà qui m'établit pour brave , fans conteffe,
& c.
L'emploi des autres cent Louis n'eft
pas contre la vrai - femblance ; mais l'aveu
qu'il en fait le déclare fat & malhonnête
homme ; puifqu'il dit qu'après avoir perdu
fon argent au jeu chez une Comteffe ,
il s'en eft dédommagé , en fe faifant paffer
pour homme à bonne fortune auprès
d'ellè ; c'eſt- à -dire , à deshonorer une
femme qu'il dit vertueufe. Après cela
Cremante peut- il fe réfoudre à prêter encore
cent Louis à un faquin qui a fait un
fi mauvais ufage des deux cens qu'il lui a
déja prêtez ? Cependant Cremante ne laiffe
pas
de lui prêter cette derniere fomme.
Le vieillard amoureux eft plus excufable,
parce que le Marquis lui promet de fervir
fon amour ; mais le Marquis ne l'eft
point du tout de s'y prendre fi mal. Au
refte
MARS. 1729. 563
refte il y a d'excellentes tirades dans ce
premier Acte, auffi- bien que dans les autres
: En voici un échantillon. C'eft Crémante
qui parle.
Enfin donc , par un feu , dont tout mon fang
s'allume ›
Eveillé ce matin , plutôt que de coûtume
J'ai familierement ufé de mon crédit ,
Et furpris Ifabelle au fortir de fon lit.
Je ne fentis jamais mon ame plus émuë;
Sa beauté négligée , en fembloit être accruë
Son defordre charmoit, un long & doux ſom❤
meil
Avoit rendu fon tein plus vif& plus vermeil,
Rallumé fes regards & jetté fur fa bouche
Du plus vif incarnat , une nouvelle couche ;
Sans art , fans ornemens , fans attraits empruntez
Elle étoit belle enfin de fes propres beautez,
& c.
Quelle peinture ! ne reconnoit - on pas
dans cette Defcription le germe des excellens
morceaux qui devoient un jour
fortir de la pluie de Quinault ?
ACTE II.
Ifmene commence cet Acte avec Ifabelle
fa fille, qu'elle traite avec trop de ri
Gij gueur
564 MERCURE DE FRANCE .
gueur. Cette lévérité tranche un peu trop
par cet hemiftiche :
Je ne vous puis fouffrir.
Je fouhaiterois des raifons & non pas
des injures .
La feconde Scene entre Ifmene & Laurette
eft infiniment plus raifonnable . Ifmene
fe plaint d'avoir une fille trop aimable
, qui l'oblige d'avouer au moins
trente ans ; & fur le confeil que Laurette
lui donne de la mettre en penſion dans un
Convent , elle répond que n'ayant plus
fa fille , elle ne pourroit plus voir le beau
monde,& feroit obligée de fe reduire à la
retraite que le veuvage exige : Voici comme
elle s'explique.
C'eft dans l'état de veure , où je dois me réduire
,
Un prétexte aux plaifirs , qu'une fille à conduire.
Je puis fous la couleur d'un ſoin fi ſpécieux ,
Prétendre fans fcrupule , à paroître en tous
lieux ;
A jouir des douceurs du Cours , des promenades
,
A voir les Jeux publics , Bals , Balets , Mafcarades
;
Et n'ayant plus de Fille à mener avec moi ,
Je dois vivre autrement , & c'eft - là mon effroi.
Le
MARS. 1729 .
5.65
Le grand monde me plaît ; je hais la folitude ;
Il n'eſt point à mon gré de fupplice plus rude;
Et j'aime mieux encore voir ma fille à regret
Qu'à voir à ce prix le tort qu'elle me fait.
Voilà ce qu'on appelle des raifons ; elles
font d'autant meilleures , qu'elles font
tirées du caractere de la Coquette . Voici
proprement où le noeud de la Piece commence.
Ifmene aime Acante , amant de fa
Fille ; ce n'eft point affez qu'elle les ait
broüillez par les foins de Laurette , que
fes liberalitez ont mife dans fes interêts ;
pour pouvoir époufer Acante , il faut être
veuve , & le pouvoir prouver. Laurette y
pourvoit , elle promet à fa maîtreffe de
fuborner deux témoins ; fçavoir , Champagne
& le Vieillard que ce Valet a amené
avec lui. Ifimene lui promet de ne rien
épargner pour les obliger à dépofer que
fon mari eft mort . Elle fe retire à l'approche
de Champagne. Laurette lui fait la
propofition ; Champagne l'accepte pour
le Vieillard ; mais il y réfifte par rapport
à lui-même. Laurette n'en demeure point
lastout irréfolu qu'il eft encore lorfqu'Ifmene
revient , elle ne laiffe pas de l'engager
, malgré lui- même , à dire ce qu'elle
exige de lui . Elle pleures elle dit à lſmene
que fon mari eft mort ; Ifmene fe jetre

G iij dans
566 MERCURE DE FRANCE .
dans un Fauteuil & fe lamente . Champa
gne a beau lui dire qu'il n'en eft rien ; il
n'en eft pas cru : un Diamant que Laurette
lui fait donner par Ifmene , pour prix
de fon dernier voyage , le détermine enfin
à dire tout ce qu'on veut.Laurette le congédie
promptement , depeur qu'il ne fe retracte
encore ; il dit avant que de fortir
en regardant le Diamant :
Enfin , s'il n'eſt pas bon , le défunt n'eft pas
mort.
Cette Scene eft des plus comiques , &
gagne infiniment à être jouée . Celle qui
fuit n'eft guére moins théatrale. Cremante
vient , Ifmene ſe remet dans fon Fauteuil.
Laurette redouble fes cris doulou
reux ; elle inftruit Cremante du prétendu
veuvage de fa maîtreffe ; Cremante , pour
confoler Ifmene , lui propofe un nouvel
Epoux ; Ifmene croyant qu'il va s'offrir
lui - même , n'en veut point entendre parler
; mais apprenant enfin que l'Hymen
propofé , regarde le Fils & non le Pere ;
elle change de ton ; te Vieillard amoureux
lui demande fa Fille pour lui - même . Ifmene
paroît ſurpriſe & fait naître des difficultez
du côté d'Ifabelle ; Cremante en
fait naître à fon tour du côté d'Acan te ;
ils s'accordent enfin, & fe promettent réciproquement
tout de l'authorité qu'ils ont
fur leurs enfans . ACTE
+
MARS. 1729. 567
ACTE III.
Ifabelle & Laurette commencent ce
troifiéme Acte. Laurette pour achever de
l'irriter contre Acante , lui dit qu'elle l'a
vû, & qu'il ne lui a parlé que de fa mere ,
dont les richeffes ont ébloui fes yeux . Ifabelle
fait connoître à Laurette que l'amour
est encore plus fort dans fon coeur
que le dépit.Voicy comment elle exprime
eet amour qu'elle ne peut furmonter.
Notre Sexe à fon gré n'eft pas toujours
volage ;
Et , comme par pudeur , une fille d'abord
Naime ordinairement qu'après beaucoup
d'effort ,
Quand l'Amour , une fois, a fait prendre une
chaîne ,
Elle n'en fort auffi qu'avec beaucoup de peine
Sur tout les premiers feux font toujours les
plus doux ;
Ceux d'Acante & les miens font nez prefqu'avec
nous.
Nos peres qui s'aimoient , fembloient dès la
naiffance ,
"Avoir fait pour s'aimer , nos coeurs d'intelligence
;
Tout enfant que j'étois , fans nul difcernement,
Je cherchois à lui plaire avec empreffement
Giiij Cent
$ 68 MERCURE DE FRANCE :
Cent petits foins auffi m'exprimoient fa ten
dreffe ,
Nous nous voyions fouvent & nous cherchions
fans ceffe ;
Sans lui , j'étois chagrine , ainfi que lui fans
moi ;
Parfois nous foupirions , fans bien fçavoir
pourquoi :
Et nos coeurs ignorans quel mal ce pouvoit
être ,
Scurent fentir l'Amour plutôt que le connoître.
Quelle douceur d'expreffions ! quelle
élegance ! quelle délicateffe de fentimens !
Ifabelle ne peut fe perfuader qu'un amour
fi tendre de part & d'autre , foit abfolument
banni du coeur d'Acante ; elle ne
veut s'en rapporter qu'à fon propre aveu ;
elle dit à Laurette qu'elle vient d'écrire
un billet qu'il faut qu'on lui faffe tenir.
Laurette a trop d'interêt qu'il ne foit pas.
rendu, pour fouffrir que quelqu'autre s'en
charge. Ifabelle a oublié d'y mettre le
deffus & veut réparer cette faute ; Laurette
s'y oppofe , elle dit qu'elle doit bien
s'en garder , de peur qu'Acante ne s'envante
& ne le montre par tout comme
font la plupart des Amans volages ; &
que n'y ayant point de deffus , elle fer
en droit de dire que ce n'étoit pas à luiqu'il
s'adreffoit. Ifabelle confent à ce que
LauMAR
S. 1729. 569
Laurette lui confeille , & fe retire.
Laurette ne fe contente pas de détourner
un éclairciffement entre Ifabelle &
Acante , elle fe propofe quelque chofe
de plus ; c'eft de les brouiller plus que
jamais , en faifant croire à Acante que le
billet dont elle eft chargée , s'adreffe à un
Rival ; cela lui paroît d'autant plus facile
que le billet en queftion n'a point de fufcription
, comme je viens de le marquer ;
mais cela ne doit pas fuffire à une intrigante
auffi déliée que Laurette ; il faudroit
qu'elle eût lû le billet en queſtion.
pour pouvoir & s'affurer du fuccès ; c'eſt
pourtant ce qu'elle ne fait pas ; l'Auteur
n'en a rien marqué dans fa Piece ; cette
petite circonftance lui eft échappée , &.
ce qu'il y a de furprenant , c'eft que ce
n'eft que d'aujourd'hui qu'on a fait cette
attention . L'Actrice qui joue avec un extrême
fagacité , le Rôle de Laurette , a
été la premiere qui a jetté les yeux furt
cette Lettre , avant que de l'employer à
l'ufage qu'elle s'eft propofé..
On pourroit dire pour juftifier l'Auteur
de la Piece , qu'après la reflexion que
Laurette à fait faire à Ifabelle fur l'indifcretion
des Amans , reflexion qui l'oblige
à ne point mettre de deffus à la Lettre
qu'elle écrit à Acante , on doit préfumer
qu'il n'y a rien dans cette Lettre qui dé-
G. v. figne
$70 MERCURE DE FRANCE .
figne Acante , & fur tout qu'il n'y eft
point nommé ; c'eft quelque chofe que
cela , mais ce n'eſt point affez pour la
rufée Laurette , qui doit tout craindre d'une
Amante qui vient de lui dire qu'elle
avoit toûjours penfé autrement d'Acante
que du refte des hommes . Ils fontfi vains,
dit Laurette , j'ai crû qu'ils ne l'étoient pas
tous , répond Ifabelle."
A cette petite équivoque près , le piege
eft tendu d'une maniere à y faire donner
un homme plus rufé que Champagne .
Après un jeu de Théatre des plus plaifans
de la part de Laurette , qui feint de cacher
une Lettre dont elle feroit très - fâchée
qu'on ne s'apperçût pas , Champagne
ouvre enfin les yeux , & lui demande quel
eft ce papier qu'elle cache dans fon fein ;
il devine même que c'est un Billet doux
& qu'il s'adreffe au Marquis ; je dis qu'il
le devine , car il n'a point de raifon de
le nommer plutôt que tout autre ; c'eft
encore une bagatelle qu'il ne faut pas
relever. Laurette lui avoue qu'il a deviné
juſte , & lui dit d'un ton ironique :
Mon Dieu que tu vois clair !
Et un peu plus bas :
Ah ! que les gens fi fins font quelquefois fâcheux
!
Elle connoît trop bien Champagne pour
douter
MARS. 1729. 571
douter qu'il ne faffe part de cette découverte
à fon Maître ; ce qu'elle a prévû
arrive bientôt ; Acante vient , Champagne
lui dit tout bas qu'on le trahit & que
le Marquis eft fon Rival ; il le prouve par
la Lettre qu'il arrache à Laurette. En voici
le contenu :
Je voudrois vous parler & nous voir feuls tous
deux ;
Je ne conçois pas bien pourquoi je le defire :
Je ne fçai ce que je vous veux :
Mais n'auriez-vous rien à me dire ?
Laurette avoue que c'eft au Marquis
que cette Lettre s'addreffe. Cet aveu eft
un coup mortel pour Acante ; Ifabelle
furvient. Cet amant irrité , déchire le fatal
billet à fes yeux & le retire . Quel mépris
pour Ifabelle ? Elle ne peut le digerer.
Laurette profite de ce moment de dépit
& lui dit , que puifque heureufement i!
n'y a point de deffus à ce biller , elle eft
en droit de dire qu'il s'addreffoit à un
autre; au premier venu, pourfuit Laurette,
par exemple , au Marquis. Ifabelle approuve
ce confeil , qui n'eft pourtant bon
que d'Ifabelle à Acante ; puifque le billet
a été déchiré ; mais c'eft toujours beaucoup
pour la gloire d'une Amante offenfée
, de pouvoir dire à fon infidele que
G vi c'étoit
372 MERCURE DE FRANCE .
c'étoit un autre que lui qu'elle favorifoit
d'un rendez- vous. Dans la précédente
Scene Laurette a fait entendre à Acante.
qu'il ne fçauroit mieux fe venger de l'inconftance
d'Ifabelle , qu'en époufant Ifmene;
tout cela prépare de nouveaux ins
cidens dans l'Acte fuivant.
ACTE IV.
Dans la premiere Scene de cet Acte
Laurette fait entendre à Champagne qu'Ifabelle
eft :fi amoureufe du Marquis , qu'elle
vient de lui donner un rendez - vous .
chez elle à l'entrée de la nuit ; elle le prie.
de n'en rien dire à fon Maître , quoiqu'elle
fouhaite qu'il faffe tout le contraire
, & qu'elle foit perfuadée d'un babil qui .
aura le fuccès qu'elle en attend , pour..
achever de brouiller Acante & Ifabelle.
Je dis qu'elle en eft perfuadée , & l'on
peut en juger par le portrait qu'elle en
va faire dans la Scene fuivante , parlant
au Marquis Le voicy.
C'eft un Valet zelé , mais à tromper facile ,
Et duppe, d'autant plus qu'il fé croit plus ha
bile,
Et qui croit m'attrapper , lors même qu'il me
fert ,
Bien mieux que s'il étoit avec moy s'il étoit avec moy de concert
ChampaMARS.
1729. 5733
Champagne eft déja forti pour aller
avertir fon Maître du rendez- vous donné
au Marquis. Ce dernier arrive inftruit de
tout . Laurette lui apprend que ce rendezvous
eft même du confentement d'Ifabelle
, à qui elle a fait croire qu'Acante devoit
fe battre avec lui ; elle ajoute qu'Ifa--
belle a donné dans le piege , & que trem--
blante pour Acante , elle a confenti de récevoir
fon Rival chez elle & de l'y amufer
, tandis qu'on avertiroit les parens -depart
& d'autre du deffein qu'ils ont de fe
battre. Le Marquis approuve tout , au
combat près , dont la feule fuppofition lui
fait peine. Il eft introduit par Laurette
dans la Chambre d'Iſabellė .
Acante averti par Champagne , arrive
affez-tôt pour en être témoin . Il veut aller
chercher fon Rival jufques chez fa Maî
treffe ; il heurte,& comme , il voit qu'on
n'ouvre pas , il regarde par le trou de laferrure,
& apperçoit , pour furcroît de malheur
, Ifabelle toute interdite , enfermant
le Marquis dans un Cabinet , à côté de
fon lit. Voilà bien des incidens , coup fur:
coup , qui méritent un peu d'examen .
Ifabelle ne rifque- t - elle rien pour fa ré--
putation de recevoir un homme auffi décrié
que le Marquis dans fa chambre , à?
une heure induë ? Elle veut empêcher un
combat ; mais ne le peut- elle pas par des
4
voyes
$74 MERCURE DE FRANCE.
voyes moins irrégulieres , & qui donnent
moins de priſe à la médifance ? car enfin
il faut fuppofer que le rendez - vous eft
nocturne ; fans quoi Acante feroit mal
fondé dans fes foupçons jaloux ; & n'auroit-
il pas tort de faire un crime à Ifabelle
, d'avoir reçu dans fa chambre,un homme
qui vrai - femblablement a tout accès
dans la maifon de fa mere ? Voicy une
autre remarque.
L'Auteur a établi pour lieu de la Scene
une Sale dans la maifon d'Ifmene ; cela
fuppofé , Acante tirera - t - il l'épée dans
cette Sale , comme on le verra à la fin de
l'autre Acte ? Je n'appuye pas fur cette
derniere difficulté, parce qu'elle ne regarde
que l'unité du lieu , dont il ne faut pas
juger avec trop de rigueur; nos meilleures
Piéces n'en fçauroient foutenir l'examen .
Revenons à l'action théatrale.
Laurette fort au bruit redoublé que fair
Acante ; elle nie tout , mais ce n'est que
pour fe laiffer mieux convaincre. Elle empêche
Acante d'aller chercher fon Rival
chez une fille dont il doit ménager l'honneur
. Ifabelle vient enfin ; il l'accable de
reproches. Elle n'a garde de s'en deffendre
étant convenue avec Laurette qu'elle diroit
que la lettre qu'il a déchirée , s'adreffoit
au Marquis ; elle n'avoue pas pourtant
que ce dernier foit venu chez elle.
Voicy comment elle parle.
Il
MARS. 1729. 575
Il y pouvoit venir, s'il vous eut plut permettre,
Que jufqu'entre fes mains ont eu porté ma
Lettre ;
Mais l'ayant déchirée , il n'en a rien appris.
Il faut avouer que jamais fourberie n'a
été conduite avec plus d'art que celle de
Laurette. Acante peut- il ne pas foupçonner
Ifabelle d'infidelité , quand fon propre
aveu confirme tout ce qu'il vient de
voir. C'est alors que fe livrant tout entier
à fon dépit , il la prie de ne l'a pas deffervir
, dans le deffein qu'il a d'époufer fa
mere. Ifabelle piquée au vif , lui dit qu'il
-peut tout attendre d'elle , & fe retire .
·
Laurette ne laiffe pas échapper cette occafion
de propoſer à Acante une vengeance
utile à Ifmene ; c'eft de l'époufer , pour
devenir le beau pere de fon infidelle.
Acante fe livre d'abord à fon dépit ; il
femble goûter ce genre de vengeance ,
mais l'amour eft bien-tôt le plus fort. Ifmene
vient finir ce quatriéme Acte , par
une Scene avec Acante , qui fait une fufpenfion
des plus théatrales . En voici quel
ques Vers. C'eft Acante qui parle :
J'en fais juge Madame , & veux bien qu'elle
die
S'il eft rien de plus noir que cette perfidie ;
Après tant de fermens & fi tendrement faits ,
De
$76 MERCURE DE FRANCE
De nous aimer toûjours , de ne changer jas
mais ,
Ifabelle aujourd'hui , cette même Ifabelle...
Madame, obligez- moi, ne me parlez plus d'elle.
Acante dit encore quelque chofe d'approchant
& fe retire . Ifmene ne feroit pas
plus avancée, malgré les rufes de Laurertes
mais elle ne perd pas encore efperance.
On fait entendre à la fin de cet Acte
que le Marquis n'eft pas encore forti . Cela
prépare de nouveaux incidens pour l'Ac
te fuivant .
ACTE V.
Je ne m'arreterai pas beaucoup à examiner
ce dernier Acte ; tout le monde
convient qu'il pouvoit être mieux ; le
vieil efclave annoncé dans tous les Actes
précedents ne paroît point , & l'on n'eſt
pas trop fatisfait de voir dénouer la Piéce
par un récit, quand on a été préparé à une
action des plus Théatrales . Cela n'empê
che pas que ce dénouement ne foit régulier
, mais on s'attendoit à quelque chofe
de plus picquant.
Laurette fait fortir le Marquis ; Acante
l'arrête & met l'épée à la main pour l'obliger
à lui faire raifon de l'infidelité d'Ifabelle.
Cremante fürvient & s'emporte
contre
·
MARS. 1729. 5.77
contre fon fils. Le Marquis fe retire ; Ïſabelle
arrive un moment après ; Cremante
lui parle de fon Hymen prochain ; Iſabelle
& Acante , mécontens l'un de l'autre
, femblent pourtant ne chercher qu'à
fe réunir. On vient avertir Cremante
qu'Ifmene le demande. Il quitte à regret
Ifabelle . Les deux Amans font mine de:
fe, retirer, & ne laiffent pas de demeurer.
Its commencent enfin à fe parler . Voici
une partie de leur Dialogue..
Acante.
L'ingrate encor ne s'eft pas retiréé !!
Ifabelle.
-Vous n'êtes pas forti ?
Acante.
Vous n'êtes point rentrée ?
Qui vous peut retenirą
Ifabelle.
Qui vous peut arrêter ?-
Acante..
Moi rien , je vais fortir.
Isabelle.
Je vais auffi rentrera-
Acante.
Quoi ?vous me fuyez donc avec un foin extrême
?
Ifabelle..
$78 MERCURE DE FRANCE.
Ifabelle.
Moi point ; c'eft vous , Monfieur , qui me
fuyez vous- même..
Acante.
C'eftvous faire plaifir; au moins je l'ai pensé.
Ifabelle.
Vous fçavez qu'autrefois ; mais laiffons le
paffé .
Acante.
Vous allez donc enfin être ma belle-mere ?
Isabelle.
Vous allez donc auffi devenir mon beau- pere
Acante.
Si j'ai changé, du moins mon coeur, quoiqu'inconftant
Ne s'eft guere éloigné de vous en vous quittant
;
N'a paflé qu'à la mere, échappé de la fille ,
Et n'a pas même ofé fortir de la famille !
Ifabelle.
Vous voyez bien qu'auſſi prenant un autre
Epoux ,
Je tâche , en changeant même , à m'approcher
de vous ;
Il eft vrai qu'on y peut voir cette difference ,
Que vous changez par choix , moi par obéif-
Lance.
Acante.
MARS.
$79 1729.
Acante.
Mais vous obéirez fans un effort bien grand.
Ifabelle.
Cela vous eft , je penſe , affez indifferent.
Acante.
Il me devroit bien l'être après l'injufte flamme
Qu'un indigne Rival a furpriſe en votre ame,
Le Marquis...
Ifabelle.
Vous pourriez croire mon coeur fi bas !
Si lâche !
Acante.
Eh ! quel moyen de ne le croire pas ?
Ifabelle.
Il ne falloit avoir pour moi qu'un peu d'ef
time.
Suivez , Monfieur , fuivez l'ardeur qui vous
anime ;
Rompez l'attachement dont nous fùmes charmez
;
Brifez les plus beaux noeuds que l'Amour ait
formez ;
Puifqu'il vous plaît enfin , trahiſſez ſans fcrupule
.
Ces fermens fi trompeurs , oùje fus fi crédule;
Portez ailleurs des voeux qui m'ont été fi doux;
Mais épargnez au moins un coeur qui fut à
vous ;
Un
180 MERCURE DE FRANCE.
Un coeur , qui trop content de fa premiere
chaîne ,
La voit rompre à regret & n'en fort qu'avec.
peine ,
Un coeur trop foible encor pour qui l'ofe
trahir ,
Et qui n'étoit pas fait enfin pour vous hair, & c.
Combien d'Opera nous, promet une
Scene fi tendre ? J'avoue qu'elle doit dédommager
les Spectateurs d'un dénouement
mis en action comique ; nos Amans
prêts à s'éclaircir , achevent de fe réunir ;
& Laurette qui a fait tout le mal , vient
le réparer en leur annonçant que le vieil
Efclave n'eft autre que le Pere d'Ifabelle.
Après cette heureufe nouvelle , rien n'eſt
plus aifé que de les rendre heureux, & les
Spectateurs font tout-à - fait tranquilles
fur leur fort.
Voilà , Madame , tout ce que j'ai pû
remarquer fur cette Comedie. Le titre
de Mere Rivale lui conviendroit mieux
que celui de Mere Coquette , ou plutôt
on feroit mieux de s'en tenir à celui des
Amans brouillez , que l'Auteur ne lui a
donné qu'en fecond.
Au reste le fuccès de cette Piece a été
plus éclatant en cette derniere repriſe
qu'à toutes les précedentes, auffi n'a - t - ellè
jamais été mieux reprefentée qu'aujour
d'hui.
MARS. 1729. 58r
d'hui. Je ne prétens rien lui dérober par
là de fon propre merite , & je crois que
Moliere n'auroit pas rougi de l'avoir
faite.
Le 23. Mars on donna à Verſailles une
fecondeReprefentation de la Comédie , Balet
du Bourgeois Gentilhomme.
Pour Prologue , on joüa l'Entrée du
Donneur de Livres , dans laquelle les
Srs Boutelou & le Prince , Muficiens du
Roi , firent avec fuccès les Rôles du Gafcon
& de la Vieille Bourgeoife . Le fieur
Boutelou fit au commencement de la
Piéce , le Rôle du Compofiteur de Mufique
, d'une maniere fi fine , qu'il s'attira
les applaudiffemens de toute la Cour.
La Dile Antier & la Dile le Nair , fe
diftinguerent dans les Intermedes. Le fieur
Chalé , dans l'Acte du Feftin , chanta un
Air à boire , dont la prodigieufe étenduë
fit infiniment briller la belle voix qu'il a
reçûë de la nature. -
Le Ballet , de la compofition du fieur
Balon , Intendant des Balets du Roi , fut
executé par ce qu'il y a de plus illuftre
dans la Danfe . Les Srs Blondi , du Moulin ,
Laval , Maltaire , & le Dlles Prevost , Ca.
margot & Salé , s'y furpafferent & meriterent
les loüanges du Roi & de la Reine,
qui en témoignerent leur fatisfaction .
382 MERCURE DE FRANCE .
&
A cette feconde Repreſentation , le fieur
Poiffon , pere , joia par ordre du Roi le
Rôle du Bourgeois Gentilhomme ,
malgré la timidité que lui caufoit fa répugnance
à remonter fur le Théatre après
une Ketraite de plufieurs années , il donna
encore des preuves d'un talent qui lui
a fait une fi grande réputation . Le fieur de
la Thorilliere reprit fes anciens Rôles ,
du Maître à Danfer , de Covielle & du
Mufci , qu'il joua avec les graces & la
legereté que tout le monde lui connoît.
On écrit d'Anjou que le Jeudy dix - feptiéme
Mars , une Societé aimable & illuftre
, reprefenta à la Fléche une Tragé
die de l'Abbé Auvé , déja connu par plu
fieurs Ouvrages d'efprit. Cette Tragédie
eft intitulée : Maxuel : le Sujet eft Anglois
. Cette Piéce fut reçûë la troifiéme
fois , avec autant de fatisfaction & d'applaudiffement
que les deux premieres fois
qu'elle avoit été reprefentée. Les Rôles
en furent remplis avec beaucoup de goût,
& de nobleffe . Ceux du Comte Maxuel
& de la Comteffe fa femme , plûrent infiniment
. Madle de Ruigny, qui reprefentoit
la Comteffe , chanta dans les Intermedes
un petit Opera en cinq Actes , mêlé
de Choeurs , & le fit d'une maniere qui
enleva toure l'Affemblée , où il y avoit
nombre de Connoiffeurs . Elle joint à une.
fort
MARS. 1729. 5.88
·
fort belle voix un grand goût de chant &
une très- aimable vivacité . La Mufique
des Intermedes fut auffi admirée . Les
paroles
tirées du Sujet de la Piéce , & qui furent
trouvées très - lyriques , font du même
Auteur que la Tragédie.
Il a établi à la Fléche une Societé de
Mufique , formée des perfonnes de la
Ville les plus diftinguées , qui fans aucun
fond fe maintient fur un bon pied depuis
long - tems. On y faifoit de jolis Concerts
plus de dix ans avant l'établiffement des
Académies de Mufique dans les Provinces.
C'est dans cette Societé qu'il a trouvé
les Acteurs de fa Tragédie & des Intermedes
.
Outre plufieurs morceaux de la Piéce
qui ont été applaudis , on a fur tout été
charmé de la maniere vraie , noble &
précife avec laquelle le caractere & les
moeurs des Anglois y font dépeints .
NOUVELLES DU TEMPS.
AFRIQUE.
N a appris par le Secretaire du Pacha de
Tanger , arrivé à Gibraltar au commencement
du mois dernier , que la Ville de Fez
& le Château s'étoient rendus au Roi Muley-
Hamet
384 MERCURE DE FRANCE .
Hamet-Debi , après un bombardement de 24 .
heures , qui avoit ruiné de fond en comble les
maifons de feize des principales rues de la
Ville , que Muley- Abdemelec , qui s'étoit fauvé
avec fon fils dans une Mofquée voisine
privilegiée & fortifiée , avoit été obligé de fe
retirer dans les Montagnes , pour ne pas tomber
entre les mains de fon frere , qui avoit juré
de le faire mourir , comme le feul auteur
des divifions de l'Etat & des Guerres civiles ,
qui ont rendu le pays fi miferable.
On écrit de Tetouan que l'Ambaffadeur du
Roi de Portugal avoit traité avec Muley- Hamet-
Debi , du rachat des efclaves de fa Nation
, qu'il avoit payé 400. Piaſtres pour chacun
, & que le Roi de Maroc avoit accordé
gratis la liberté à douze efclaves de differentes
Nations , à l'occafion de fon rétabliffement
fur le Trône .
>
On a appris par un Vaiffeau Anglois arrivé
à Livourne, que le 13. du mois de Decembre
dernier , le Dey d'Alger avoit aſſemblé le Divan
, & qu'on y avoit ratifié le Traité conclu
entre cette Regence & le Roi de Suede
que fuivant les conditions de ce Traité , S. M.
Suedoife devoit faire préfent à la Régence de
800. Quintaux de poudre , de so. grands
Mats , de 40. piéces de Canon de different calibre
, de 8000. boulets , de 8. cables de 130.
braffes de longueur & de 800. fufils.
RUSSIE
E froid exceffif & la grande quantité de
Leifery exceffat la LⓇneige ayant été caufe que les Loups & les
Ours ont fait des ravages très- confiderables
dans l'Ingermanie , la Livōnie & la Finlande ,
on a envoyé ordre aux Gouverneurs des Pla-
COS
MARS. 1729 585
as de ces Provinces de fournir des armes aux
Payfans pour détruire ces animaux .
Les Mines découvertes depuis fix ou fept
ans , ayant confiderablement augmenté les
revenus du Czar , on a pris la réfolution de
faire ouvrir encore quelques Montagnés , dans
lefquelles on efpere de découvrir de nouvelles
Mines, & on va établir un Confeil particulier,
compofé de perfonnes experimentées dans
ces fortes de recherches. On va faire venir
des Pays Etrangers des ouvriers experts pour
diriger le travail des criminels qu'on enverra
dorénavant, aux Mines , fuivant l'ufage d'Efpagne.
Le Czar a fait expedier des ordres pour lever
encore 45000. hommes dans toutes les Provinces
de cette Monarchie.
POLOGNE.
Es Payfans de la Volhynie & de la Podolie
ont été obligez de quitter leurs maiſons,
& de fe retirer dans les Villes & dans les
Bourgs fermez , pour éviter les Loups qui
pendant les rigueurs du froid , couroient en
troupes dans ces deux Provinces , où ils ont
fait des ravages extraordinaires.
>
On apprend de Drefde que le Baron de
Raicknitz , Grand- Ecuier du Roi de Pologne ,
y étoit mort depuis peu , & que S. M. Polonoife
avoit rappellé le Comte d'Hoyms , fon
Ambaffadeur à la Cour de France , pour le
faire Prefident de fes Finances.
Malgré les deffenfes du Roi , on a recommencé
de pourfuivre les Proteftans dans quelques
Palatinats , on ne leur permet plus le libre
exercice de leur Religion , mais on leu
Η `ac
386 MERCURE DE FRANCE,
accorde aifément la permiffion de vendre leurs
effets & de fe retirer.
DANNEMAR C,
LEfieur Meyer, qui a mal verfé dans les
Finances du Roi , a été condamné à être
mis au Pilory , marqué au front , & envoyé
enfuite en Norvegue pour y travailler aux for
tifications.
On a reçû avis des Frontieres de Norvegue ,
qu'il étoit tombé près du Village de Tarveras
ane fi grande quantité de neige en moins de
deux heures de tems , qu'elle avoit couvert
plus de 40. habitations , & étouffé tous les
Payfans & beftiaux qui y étoients
SUED E.
E Roi a déclaré aux Senateurs , que les
Lfubfides qu'il reçoit des Cours de France
& d'Angleterre , conformement aux derniers
Traitez , ne feroient employez qu'au rétabliffement
de la Marine. On travaille avec toute
la diligence poffible à mettre la Flote de S. M.
en état de fortir des Ports au mois de Juin
prochain.
#
Le bruit court à Dantzic que le Duc de
Meckelbourg a réfolu d'écrire encore une fois.
à l'Empereur , pour obtenir quelque moderation
à la rigueur du Decret du Confeil Aulique
, & en cas de refus , de publier un Manifefte
pour demander l'affiftance des autres
Princes de l'Empire , contre l'execution de ce
Decret qui le dépoffede de fes Etats , fans les
avoir confultez , & fans avoir obfervé à fon
égard les anciens ufages du Corps Germani-,
que. On dit auffi que ce Prince doit rappeller
quޕ
м.
#
MARS. 1729 587
1
M. Schroder , fon Miniftre à Vienne , pour
Penvoyer au Congrès de Soiffons.
ALLEMAGNE.
L.
Es Etats du Duché de Meckelbourg one
été difpenfez par le dernierDecret du Confeil
Aulique , du Serment de fidelité qu'ils
ont prêté au Duc Charles Léopold. Ils ont été
fommés en même tems de fe trouver au premier
Mars prochain à Sternberg , pour y être
inftruits de la réfolution finale de l'Empereur
par rapport à l'adminiftration de ce Duché
par
le Comte de Metfch , Miniftre Plénipotentiaire
de S. M. Imp . doit affifter à cette Affemblée
generale en qualité de fon Commiffaire.
On mande de Cinq Eglifes dans le Royaume
d'Hongrie , que le 4. Février on y avoit rompu
vifs quatre Rafciens , du nombre des
meurtriers qui affaffinerent le 19 Septembre
1727. avec une cruauté inouie , M. Jacques
Ferdinand Jani , Evêque de Semendria dans
la Servie , qui étoit alors à Battafec , fa maifon
de Campagne , où ils entrerent vers les 9.
heures du foir au nombre de plus de so. Après
avoir tué & bleffé plufieurs de fes Heyduques ,
ils forcerent les portes de l'appartement de ce
Prélat , tuerent fon Valet de chambre , briferent
la porte de la chambre où l'Evêque s'étoit
retiré , lui tirerent un coup de fufil dans
la cuiffe & après lui avoir brûlé la plante
des pieds pour lui faire déclarer où étoit fon
argent , ils lui couperent la tête d'un coup de
fabre & le dépouillerent , fans qu'il pût être
fecouru par les Payfans des environs qui n'oferent
paroître , parce qu'ils n'étoient pas fuf
fifamment armez pour attaquer ces voleurs. On
a arrêté rêté 86. de leurs complices qui feront in-
Hij ceffam
488 MERCURE DE FRANCE:
ceffamment executez ; & l'on a apporté à Bele
grade les têtes de quatre autres qui ont été
ruez par les Payfans , aufquels le Magiftrat
avoit promis des récompenfes.
On apprend de Vienne que plufieurs jeunes
Seigneurs de la Cour de l'Empereur , ont ob
tenu la permiffion d'accompagner le Comte de
Kinski , qui doit partir à la fin de ce mois pour
fon Ambaffade Extraordinaire à la Cour du
RoiT. Ch .
ITALIE.
E 6. du mois dernier , le Chevalier de
S. George arriva à Rome de Bologne , &
il alla defcendre chez la Princeffe Piombino.
On a appris depuis que la Princeffe Clementine
Sobiefka , qui eft reftée à Bologne , ira inceffamment
joindre fon époux.
Le Cardinal Cienfuegos , chargé des affaires
de l'Empereur , a fait fçavoir à tous les
Feudataires de la Maifon d'Autriche que S.M.I.
leur deffendoit , fous peine de défobéiffance ,
d'entretenir aucune liaiſon avec le Cardinal
Barberin , la Princeffe Carbognano , Dom Céfar
Colonne , fon fils , & l'époufe de ce dernier.
Le bruit fe répandit le inême jour à Rome
que Dom Maffée Barberin , qui eft allé à
Vienne , devoit y époufer la fille du Comte
Stella .
Le Neveu de l'Archevêque de Saltzbourg ,
a obtenu du Pape la permiffion de retourner
en Allemagne fans avoir fini le cours de fes
Etudes , porté par la Bulle de Gregoire XIII.
Il a obtenu en même tems de S. S. celle de dire
fa premiere Meffe à l'âge de 21 ans , & le
pouvoir de donner aux malades l'abfolution
in articulo mortis , avec la même autorité que
les Souverains Pontifes-
Le
MARS. 1729. 589
Le Duc de Gravina , Neveu du Pape , a reçû
de Vienne un Diplome , par lequel l'Empereur
le fait Prince de l'Empire.
On mande de Milan que le Comte Charles
Borromée , Plénipotentiaire de l'Empereur en
Italie , a fait prendre poffeffion , au nom de
S. M. Imp . du Fiefde Novellara , fous prétexte
qu'il eft dévolu à la Chambre Imperiale par le
décès du Prince de ce nom , mort fans Succeffeur
mâle.
Le bruit court à Rome que le Pape a réfola
de deffendre par une Bulle , aux Cardinaux tirez
des Ordres Reguliers , de difpofer de leurs
biens par Teftament , afin que leurs Ordres
ne foient pas privez de leurs fucceffions.
Le 24. Février , jour de Jeudy gras , on fig
dans la Place de S. Marc à Venife , la Fête qui
eft d'ufage tous les ans , en memoire de la
Victoire que la République remporta autrefois
fur Ulrick , Patriarche d'Aquilée. Le
Doge , la Seigneurie , les Ambaffadeurs &
les Miniftres Etrangers fe mirent aux fenêtres
du Palais , & virent paffer tous les Bouchers
habillez & armez d'une façon bizarre
On amena un Taureau auquel un Boucher abbatit
la tête d'un feul coup de fabre . On tira
enfuite un feu d'artifice , & l'on vit un homme
à cheval s'élever le long d'une corde jufqu'au
haut de la Tour de S. Marc , & fe plonger enfuite
dans la Mer.
Le 2. Mars , jour des Cendres , les Prédica
teurs de Venifé fe rendirent au Palais de la
Nonciature , dans la Salle de l'Inquifition
où le Nonce du Pape fe trouva ; il leur fit
un Difcours pour les exhorter à prêcher d'une
maniere édifiante , & à éviter les jeux d'ef
prit & toute éloquence affectée .
On apprend de Gênes que le Grand Con-
Hiij
feil
590 MERCURE DE FRANCE."
feil de cette Ville a réfolu , après plufieurs
déliberations , de donner la franchiſe du Pors
de cette Ville , pendant cinq années , avec fa
culté de pouvoir continuer ce Privilege
tous les cinq ans , s'il le juge à propos. Il a
aboli en même tems les droits d'Entrée qui
étoient de dix pour cent.
PORTUGAL .
E Roi a nommé pour fon Ambaffadeur
Plénipotentiaire à la cour du Roi d'Efpa
gneDom Pierre Alvarès Calral, Grand- Alcaide
de Bilmonte , & Seigneur d'Azurada.
Le Cardinal de Mota & Silva n'a pas eu
l'adminiftration des Affaires pendant l'abfence
de la Cour , comme on l'avoit écrit. Le Gou
vernement Politique a été donné au Confeil
Privé du Roi , le Militaire , au Colonel d'un
des Regimens de la Garnifon de Lisbonne
& le Regidor a été chargé de donner fes or
dres à la Tour de Belem pour l'entrée & la
fortie des Bâtimens Etrangers.
Le 16 Janvier , le Roi & la Reine , la Prin
cèffe des Afturies , le Prince du Brefil & les
Infans , arriverent à Elvas entre quatre & cinq
heures après midy. L. M. furent reçûës par le
Senat en Corps & les Communautez ; & après
qu'elles eurent fait leur priere dans l'Eglife
Cathedrale elles fe rendirent au Palais Epifco
pal , préparé pour loger la Cour.
L'échange des Princeffes fe fit le 19. Le Roi
& la Reine étant retournez à Elvas avec tou
te la Cour , L. M. allerent auffi tôt à l'Eglife
Cathedrale . où le Patriarche de Lisbonne donna
la Benediction Nuptiale au Prince & à la
Princeffe du Brefil , enfuite on chanta le Te
Deum au bruit des Salyes réïterées de l'Artillerie
MARS. 19297 341
lerie de la Ville. Les Magiftrats & les habitans
ant celebré cette Fête pendant trois jours par
des Feux d'Artifice , des illuminations & d'autres
marques de réjouiffance.
Le 20. au matin , les Grands du Royaume
& les Seigneurs de la Cour , eurent l'honneur
de baifer la main au Roi & à la Reine , au
Prince & à la Princeffe du Brefil. Enfuite les
Infans Dom Pierre , Dom François & Dom
Antoine , firent leurs prefens à cette Prin
ceffe qui dîna en public avec L. M. & les Prins
ces de la Famille Royale . Le foir il y eut dans
Appartement du Roi , un Concert de voix
& d'Inftrumens , qui fut fuivi d'un feu d'ar
tifice.
La Cour de Portugal arriva à Villaviciofa
le 27. Janvier au foir , & le lendemain matin.
la Reine alla vifiter les Monafteres des Reli
gieufes , où la Princeffe du Brefil ne put l'ac
compagner , parce qu'elle étoit fatiguée du
voyage & un peu indifpofée , ce qui l'empêcha
de fe trouver aux Battues qui fe font faites aux
environs de cette Ville ; mais cette Princeffe
étant parfaitement rétablie , L. M. partirent de
Villaviciofa le 31. Leur fuite s'étant féparée
en deux , une partie fuivit le Roi , la Reine
& les Princes & Princeffes de la Famille Roya
le , qui coucherent à Eftremos & l'autre par
tie alla coucher à Redondo .
Le premier Fevrier , le Roi accompagné du
Prince du Brefil & de l'Infant Dom Antoine ,
partit incognito d'Eftremos, & il arriva à Evora
vers le midy. S. M. après avoir entendu les
Vêpres dans l'Eglife Cathedrale , alla au-devant
de la Reine & de la Princeffe du Brefil;
& toute la fuite de la Cour ayant rejoint L. M,
à une demie lieuë d'Evora , elles firent leur
Entrée falemnelle dans cette Ville , où les Sol-
Hiiij dats
392 MERCURE DE FRANCE.
dats de la Garniſon étoient en haye & fous
les armes, dans toutes les rues de leur paffage.
L.M. allerent defcendre à l'Eglife Cathedrale,
à la porte de laquelle elles furent reçûë par
le Chapitre en corps ; après avoir affifté au
Te Deum qui fut chanté par les Muficiens de
la Chapelle Royale , elles fe rendirent au
Palais.
Le z. Fête de la Purification de la Vierge ,
toute la Cour , excepté la Princeffe du Brefil
qui étoit un peu fatiguée , affifta à la Benediction
des Cierges & à la grande Meffe qui
fut celebrée pontificalement par le Patriarche
de Lifbonne. Le Roi accorda le fur-lendemain
aux Jefuites, la permiffion de profeffer le Droit
Canon & le Droit Civil dans l'Univerfité
d'Evora.
Le Roi , accompagné du Prince du Brefil &
des Infans Dam Antoine & Dom François ,
partit d'Evora le 9. Fevrier, de grand matin, &
arriva vers le midi à Monte- Mayor. S. M. mit
pied à terre à l'entrée du Château , où l'on
avoit évé un Arc de Triomphe . Enfuite elle
alla à l'Eglife de N. Dame , où elle vit la Cuve
dans laquelle le Bienheureux Jean de Dieu a
été baptifé. Le Roi vifita enfuite le Convent
des Freres Hofpitaliers , la Maiſon où leur
Fondateur eft né , & les Eglifes de la Mifericorde,
de S. Dominique, & de S. François , d'où
S. M. alla avec le Prince du Brefil & les Infans
, à la Maifon du Capitaine General, qui
leur avoit été préparée.
La Reine & la Princeffe du Brefil arriverent
vers les quatre heures après midi chez Dom
Jean d'Acunha , dont la Maifon joint celle du
Capitaine General , & l'on avoit percé une
communication .
Toute la Cour partit le 10. & alla coucher
au
f
MARS. 1729 593
au Palais de Vendafnovas & arriva le 11. à
Aldea- Galega , d'où elle partit le 12. au matin
dans les Brigantins Royaux qui étoient accompagnez
de plufieurs Frégates & Barques ornées
de Banieres & de Flammes. L. M. remonterent
le Tage & pafferent à la vûë de Lisbonne. Elles
furent faluées, en paffaut, de trois falves generales
de l'Artillerie du Château , des Forts &
de tous les Vaiffeaux du Port. Elles allerent
defcendre près de la Tour de Belem , au magnifique
Pont que le Roi avoit fait conftruire
exprès devant les Maifons de Plaifance de L.M..
Le Roi , la Reine , le Prince , la Princeffe du
Brefil & les Infans , monterent en Caroffe à la
fortie du Port , & ce fut en cet endroit que
commença la marche de l'Entrée de L. M. quidefcendirent
de leur Caroffe devant l'Eglife de
N. D. des Remedes , où elles allerent faire leur
priere , après quoi elles y furent complimen
tées par le Sénat , le plus ancien du Corps
portant la parole. Elles trouverent dans les
autres rues de leur paffage vingt Arcs de
Triomphe dont les Négocians Etrangers en
avoient fait dreffer cinq. L. M. allerent defcendre
à l'Eglife Patriarchale , où elles furent reçues
par le Patriarche à la tête de fon Chapi
tre ; & après avoir fait leurs prieres , elles fe
rendirent au Palais.
Le 13. le Patriarche eut une Audience publique
du Roi & de la Reine , du Prince & de
la Princeffe du Brefil qui donnerent cejour là
leur main à baifer à la principale Nobleffe , &
le lendemain aux Tribunaux .
La nuit du 12. & les deux nuits fuivantes
toutes les maifons de Lisbonne furent illumi
nées, & on y tira divers feux d'artifice.
Hv
Es
594 MERCURE DE FRANCE
E
3 .
ESPAGNE.
Février , le Roi & la Reine , le Prince
& la Princeffe des Afturies, les Infans Dom-
Carlos & Dom Philippe arriverent un peu
avant la nuit à Séville , Capitale de l'Anda
loufie : L. M. allerent defcendre à l'Alcaçar ,
qui étoit le Palais des anciens Rois Maures
que la Régence de cette Ville avoit fait meubler
magnifiquement. Le Roi & la Reine entrerent
dans la Ville par la grande Porte du
Fauxbourg de Triana , où il y avoit un trèsbel
Arc de Triomphe , & elles en trouverent
deux autres à la pointe du Barcos qui divife
la Ville ; un à Almona ; un autre à la Croix de
la Carrageria ; un 6 dans la rue de la Sierp
& le dernier , qui étoit le plus magnifique ,
l'entrée de la Place de S. François.
Toutes les rues qui étoient tenduës de riches-
Tapifferies , étoient remplies d'une multitudeprodigieufe
de Peuple qui témoignoit fa joye
par des acclamations réiterées .
Le même jour , le Chapitre de l'Eglife Mé
tropolitaine fit tirer un très beau feu d'artifice
fur la grande Tour de cette Eglife.
Les après midy , le Roi & la Reine , les
Princes & Princeffes de la Famille Royale ,
allerent à la même Eglife , & L. M. defcendirent
de Caroffe à la porte de la Cour , afine
que le Peuple eût la fatisfaction de les voir
paffer. Elles furent reçûes par l'Archevêque
de Seville à la tête de fon Clergé , qui les
conduifit au principal Autel où elles firent
leur priere. Enfuite L.M.allerent vifiter la Cha--
pelle dans laquelle on conferve le Corps du:
Roi S. Ferdinand , & la Mufique de la Chapelle
du Roiy chanta le Te Deum. Le foir on
tira
MARS. 1729. 595
tira devant le Palais plufieurs feux d'artifice ,
& la Jeuneffe de la Ville , mafquée & déguifée,
vint en Cavalcade dans la Cour.
Le 9% le Roi , la Reine & la Famille Royale,
allerent voir l'Hôtel des Monnoyes & la Fonderie
de l'Artillerie
Le 13. L. M. retournerent, fans fuite, à l'E
glife Métropolitaine , dont on ferma les portes
après qu'elles furent entrées. Elles en examinerent
la magnifique Architecture & les riches
Ornemens de la Sacriftie après quoi on leur
fit voir le Corps entier de S. Ferdinand.
;
Le 24. la Cour alla prendre le divertiffe--
ment de la Chaffe du Loup dans la Montagne
de la Corchucla , à deux lieues de Seville . Le
rs. & le 16. elle prit le même divertiffement
dans les Bois du Palais du Roi.
Le Roi & la Reine ayant reçû avis que les
Gallions & les autres Vaiffeaux qui ont porté
le vif- argent à la nouvelle Efpagne , avoient
paru à quelque diftance des Côtes du Royaume,
L. M. partirent le 21. Fevrier de Seville ,
elles arriverent le même jour au foir dans l'Ifle
de Leon , qui eft près du Port de Cadiz , &
Je lendemain , elles virent entrer dans le Port
les Vaiffeaux de la Flote , à l'exception de
trois qui ont abordé dans d'autres Ports d'Ef
pagne.
3
Le bruit qui fe répandit generalement dans
le moment de l'arrivée des Gallions , fut que
le chargement confiftoit en 32 milions de
Piaftres fans les Marchandifes. On prétend
cependant qu'il n'eft pas fi confiderable qu'on
Fa publié d'abord, parce que quelques Vaiffeaux
qui n'étoient pas en état de partir avec
ceux qui font arrivez , font demeurez à la
Havane,
Le Prince des Afturies , la Princeffe fon
"
Hvj Epoufe:
$96 MERCURE DE FRANCE:
à
Époufe & les Infans , n'arriverent à Cadix que
le 22. 4. heures du matin. Toute la Cour
qui jouit d'une parfaite fanté , malgré le froid
extraordinaire , partira inceffamment pour retourner
à Seville .
Le Roi & la Reine quitterent le 27. Fevrier,
la Maifon de Campagne qu'ils occupoient dans
Ifle de Leon , & L. M. firent leur Entrée publique
à Cadiz au bruit de trois falves Royales
de tout le Canon des Forts , des Remparts
& des Vaiffeaux qui étoient dans le Port , depuis
la Porte de Seville , par laquelle le Roi
& la Reine entrerent, accompagnez du Prince ,
de la Princeffe des Afturies & des Infans Dom
Carlos & Dom Philippe , jufqu'au Palais qu'on
leur avoit préparé, L. M. trouverent fept Arcs
de Triomphe magnifiques , & toutes les ruës
tendues de riches Tapifferies .
A l'entrée de la grande Place , il y avoit une
Galerie faite de branches d'arbres , de fleurs ,
& au- deffus un Amphithéatre rempli de Mufi
ciens.
Les Regimens d'Infanterie d'Espagne , de
Valladolid , de Naples , de Sicile , de Corcega
& des Canaries , étoient dans toutes les ruës
de leur paffage , en haye & fous les armes . Les
Compagnies des Grenadiers de ces Regimens,.
les Dragons , les Bataillons de la Marine & le
Regiment de Cavalerie de Farnefe , étoient en
bataille dans la Place .
La même nuit & les deux fuivantes , toutes
les maifons de Cadiz furent illuminées , & on
tira dans la Place du Palais trois Feux d'artifice
differens , & d'une conftruction extraordinaire.
Le 28. L. M. allerent avec le Prince , la
Princeffe des Afturies & les Infants vifiter les
Boulevarts & les Forts de la Ville; & le 1. Mars
elles virent des balcons de l'Hôtel de Ville la
Com
MAR S.- 1729 507
Compagnie des Chevaliers Gardes marine faire
l'exercice dans la grande Place ; après quoy
elles allerent à l'Académie des Gardes mar
ne , qui furent examinez en leur préfence fur
la Cofinographie , la Navigation , & fur d'au
tres parties des Mathématiques .
GRANDE BRETAGNE. ~.
Lcomité ,
E 18. Février , les Communes en grand
Comité , refolurent d'accorder au Roy
241259 liv. fterl . pour la paye & entretien de
12000. hommes de troupes du Landgrave de
Heffe- Caffel , qui font à la folde de S. M. pendant
la préfente année , soooo. liv. fterl . pour
une année du fubfide dû au Roy de Suede, con
formément aux derniers Traitez , & 25000. liv.
fterl. pour l'année échue du fubfide promis au
Duc de Brunfwick Wolfembutel
On a lancé à l'eau à Wolwich un vaiffeau de
800. tonneaux qu'on croit y avoir été conftruir
pour le compte du Roy d'Espagne , ainfi que
le Neptune , le S. François , le S Bruno , & le
S. Philippe , qui en partirent l'année derniere
pour Cadiz.
Il a été propofé au Parlement de paffer un-
Acte pour donner la liberté aux prifonniers in
folvables qui font en état de fervir , à condition
qu'ils prendront parti dans les troupes da
Roy ou fur les vaiffeaux de S. M. & que ceux
dont les dettes n'excedent pas 100. livres fterl
feront mis en liberté.
Le Duc de Riperda , qui eft à Londres inco
gnito , fous le nom de Comte de Stirum , eft
malade de la goute .
Le Royal Souverain , vaiffeau de guerre du
premier rang , de cent pieces de canon & de
780, hommes d'équipage , auquel on travail
loit
398 MERCURE DE FRANCE .
foit depuis fix ans dans les Chantiers de Chatam
, fut lancé à l'eau le 28. du mois dernier.
C'est le plus beau Vaiffeau de la Flote du Roy.
HOLLANDE , PAYS - BAS .
N a appris de Mayence , que le feu Electeur
avoit été inhumé le 21. du mois dernier
; qu'on n'y attendoit fon fucceffeur que
vers le mois prochain , & que le Prince Theodore
de Baviere , Evêque de Ratisbonne , & le
Comte de Schomborn , Prevôt de l'Eglife Metropolitaine
de Tréves , étoient fur les rangs
pour fucceder à l'Archevêque de Tréves ,
prefent Electeur de Mayence.
L'Empereur ayant porté fes plaintes au Pape,
de ce que les Ecclefiaftiques Seculiers & Reguliers
des Pays- Bas retiroient dans leurs Eglifes
& dans leurs Maiſons les deſerteurs des troupes
de S. M. Imp. Sa Sainteté a permis par un
Decret aux Officiers d'enlever ces déferteurs
des Eglifes des Reguliers , & elle a défendu au
Clergé Seculier de leur donner aucune retraite,
fous peine de confiſcation de ſes revenus.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
N mande de Copenhague , qu'on y a reçu
ONplufieurs
Lettres
de Konigsberg
, qui font
mention de la mort d'un homme dans la Com
munauté de Frederickhoff , âgé de 150 ans ,
lequel voyoit 113. de fes defcendans actuelle
ment vivans.
Frere Antoine des Fourneaux , Chevalier
Profez de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem ,
Grande
MARS. 1729- 199
Grand- Prieur de Champagne , Commandeur
de la Brague en Brabant , mourut à Bruxelles
le 28. du mois dernier , âgé de 71. ans.
Le Prince hereditaire de Saxe- Meiningen
mourut à Francfort le 24. Mars , de la petiteverole
, âgé d'environ 20. ans.
XXX:XXXX :XXXXXXXX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &6;
LE
E 24. du mois dernier , les Religieux
Auguftins du Fauxbourg S. Ger
main , célebrerent dans leur Eglife , la
Fête de la découverte du corps de S. Auguftin
; l'Abbé de Roye , nommé à l'Arg
chevêché de Bourges , y officia..
Le 15. du mois dernier M. de la Sône
Medecin de Montpellier , prêta Serment
de fidelité , pour la Charge de Confeiller
& Medecin ordinaire du Roi , cidevant
occupée par M. Sidobre , aujour
d'hui Medecin Confultant de S. M.
Le 18. Février, le Roi nomma au Prieu
ré de S. Loup de Naud , près Provins
Diocèle de Sens , Ordre de S. Benoît
Claude - Augufte Tiffart de Rouvre , Ba
chelier de la Maifon & Societé de Navarre
.
On éleve actuellement dans l'Eglife de
la
Too
MERCURE DE FRANCE .
la Maiſon Profeffe des Jefuites un Mau
folée magnifique pour y dépofer le coeur
de Louis LE GRAND. Il y entre 475.
marcs d'argent , tout l'ouvrage coûtera
600000. liv. au Roi.
Le 14. M. Thiery , Docteur de Sorbonne
, nouveau Profeffeur Royal à la
place de M. le Roux , fit un Difcours public
, auquel affifterent les Cardinaux de
Noailles , de Rohan & de Biffy , le Nonce
du Pape & plufieurs autres Prélats ; il
parla fur ce fujet ce que l'amour de la verité
doit à la Religion & à la Patrie , dont
il fit l'application à l'obéiffance due à
l'Eglife & au Roi.
Le 8. de ce mois la Lotterie pour le
remboursement des Rentes de l'Hôtel de
Ville , fut tirée en préſence du Prévot des
Marchands & des Echevins en la maniere
accoûtumée. Le fonds pour le mois de
Mars s'eft trouvé monter à la fomme de
771133. liv. laquelle a été diftribuée aux
Rentiers pour les Lots qui leur font échûs ,
conformement à la Lifte generale qui a
été rendue publique . Le Lot le plus confiderable
de ce mois qui eft de 20000. liv.
eft écheu au N ° 148482.
Le r3 . M. de Montholon , Premier
Prefident du Parlement de Metz , &
M. Gaubert , Premier Prefident du Parlement
de Pau , prêterent Serment de fideli
M.AR S. 1729. 601

?
delité entre les mains du Roi.
Le 15. le Comte d'Avejan , Capitaine
Lieutenant de la premiere Compagnie des
Moufquetaires de la Garde, fut reçû par
le Roi à la tête de cette Compagnie .
Ange Sextius de Ricard Baillif
Grand - Croix de l'Ordre de S. Jean de
Jerufalem , & Commandeur de Caftel
Sarrazin , dans le grand Prieuré de Toulouze
, s'eft retiré depuis peu au Seminaire
de S. Sulpice , dans l'intention d'embraffer
l'Etat Ecclefiaftique , après avoir
mené une vie fort édifiante dans fa premiere
Profeffion. Il a fait à cette occafion
plufieurs liberalitez aux pauvres , &
diftribué jufqu'à fes habits. Il a laiffé fa
Croix , que fon nouvel état le difpenfera
de porter , & fon épée à l'Image de la
fainte Vierge qui eft dans la Chapelle de
Notre - Dame de Lorette , à la maiſon du
Seminaire d'Iffy.
M. de Ricard eft ' né à Aix en Proven
ce ; il eft fils de Jules de Ricard , Confeiller
au Parlement , & de Dame Louiſe
de Piolenc , & frere de J. Paul de Ricard
, auffi Confeiller au même Parlement.
Il fut reçû Chevalier de Malte vers
la fin du dernier fiécle avec deux de fes
freres. Il étoit un des Principaux Officiers
qui commandoient l'Eſcadre de Malte
en 1701. lorfque cette Efcadre rencontra
602 MERCURE DE FRANCE.
contra fur les côtes de Barbarie la Sulta
ne Beninghem , gros Vaiffeau Tripolin , de
80. Piéces de Canon , & de 300. hom .
mes d'armes. Le Combat fut long , & la
perte confiderable de part & d'autre ; mais
il ſe termina à l'avantage des Chevaliers
qui conduisirent le Vaiffeau à Malte . Le
Grand- Maître comme le rapporte
M. l'Abbé de Vertot , fit placer dans
Eglife de S. Jean d'Aix , lieu de la
naiffance du Chevalier de Ricard , l'Etendart
de ce Vaiffeau pour honorer la valeur
ece Religieux , qui avoit le plus contribué
à cette Victoire . Le Grand- Maître
Dom Raimond Perellos , lui donna en
1703.la Commanderie de Caftel Sarrazin
de
>
Outre les differentes gratifications que
le Roi a faites à M. Pellas de Maillane
General des Monnoyes de Provence , en
confideration des fervices qu'il rend dans -
les Monnoyes , Sa Majesté vient encore
de l'honorer de la Croix de l'Ordre de
Chevalier de S. Michel.
Le 5. de ce mois , le Roi & la Reine rea
vinrent du Château de Marly à Versailles.
Le G. premier Dimanche de Carême
le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château , la Meffe chantée
par la Mufique , & l'après midi L. M.
Hiftoire de Malte , p. 220. Edit in-4.
accom
MARS. 1729.
603
accompagnées du Duc d'Orleans , affifterent
à la Prédication du P. Boyer , Reli
gieux Théatin.
Le 1 1. la Reine entendit la Meffe dans
la même Chapelle , & S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Chevriers , fon
Aumônier en quartier. L'après- midi le
Roi & la Reine entendirent le Sermon
du P. Boyer.
Le Dimanche 13. L. M. entendirent la
Meffe chantée par la Mufique , & l'après
midi le Sermon du même Prédicateur.
Le Roy a accordé à M. de Montef
quiou , Brigadier de fes Armées , & c . le
Commandement de la Ville & Citadelle
de Perpignan.
S. M. a donné l'Abbaye des Ifles à
Auxerre , à Madame le Duc , Religieufe
de la Conception de Paris.
M. Hocart de Champigny , Commif
faire de la Marine à Rochefort , a été
nommé à l'Intendance de Canada ' , à la
place de M. Dupuy qui en eft de retour . '
Le 6. Mars les Députés des Etats de
Bourgogne,eurent audience du Roy,étant
conduits à la maniere accoûtumée par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies
, & par M. Defgranges , Maître
dés Cérémonies. Ils furent prefentés à S.
M. par le Duc de Bourbon , Gouverneuf
de la Province, & par le Comte de faint
Flor
604 MERCURE DE FRANCE.
Florentin , Secretaire d'Etat. La députa
tion étoit compofée de l'Abbé de Perigny
pour le Clergé, du Marquis de Saulx
pour la Nobleffe , & de M. Baudeffon ,
Maire de la Ville d'Auxerre,pour le Tiers
Etat , & de M. Rigolette de Mypon , Secretaire
des Etats , de M. Chartraire ,
Treforier general , de M. Rouget , Procureur
Syndic des Etats . & de M. Ribouft
, Syndic de la Breffe. Ces Députés
eurent le même jour audience de la Reine
, & ils rendirent leurs reſpects à Mefdames
de France .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Marfeille le 1. Mars .
N
Ous avons appris depuis peu de
jours , que deux Barques Françoifes
ont été attaquées près de l'Ile de la Lampedouze
par un Brigantin de Tripoli ,
mais que nos gens ont fait une fi bonne
défenfe , qu'ils ont pris enfin le Brigan
tin , & ont obligé les Corfaires de defcendre
à terre pour fe fauver dans les bois
de cette Ile . Ils en ont pris quatorze ,
dont quatre font déja arrivez ici , & les
autres font attendus avec les Bâtimens
qui font fur nos coftes qui doivent arriver
à tout moment . Avant que de partir
de la Lampedouze , les Patrons des Bar
ques
MARS. 1729. 3ος
ques ont trouvé moyen de donner avis à
Malte de cette defcente , afin qu'on puiffe
faifir tous les autres Corfaires qui font
reftés dans cette Ile .
Le Capitaine Augier de cette Ville qui
a armé une groffe Barque de 1 8. piéces de
canon & de 24. pierriers , avec 20.ra
mes , & cent quarante hommes d'équi
page , doit partir au premier jour pour
aller fur les côtes de Barbarie.
On apprend de Toulon que M. de Ro
bertot , Lieutenant- Colonel du Régimen
d'Infanterie Dauphin , qui y eft en quartier
, a donné , à l'occafion de la groffeffe
de la Reine , & pour lui ſouhaitet une heu
reufe délivrance , dans l'Hôtel de Ville
de Toulon, le Jeudy gras dernier , un trèsbeau
bal , qui dura depuis fix heures du
fair, jufqu'à fix heures du matin , & qui ne
fut interrompu que par un grand repas ,
où plufieurs perfonnes . fe trouverent . Les
Commandans de laVille & de la Marine ,
& tous les Officiers y affifterent .
Le 7. de ce mois il y eut à Verfailles
grand Apartement . M. Deftouches , Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , fit
chanter , en prefence de la Reine , le Prologue
& le premier Acte de Phaeton ; on
continua le fecond & le troifiéme Acte du
même Opera le 9 .
Le 16. on chanta dans le grand Apar
608 MERCURE DE FRANCE .
tement le quatriéme & le cinquiéme Acte .
La Dlle le Nair fit avec fuccès le Rôlé
de Lybie , de -même que le fieur Chaffe
celui d'Epaphus . Ce Concert fut terminé
par une Cantate chantée par la Dile Hermance.
Le 19. la Reine entendit dans fon Sa
lon une fuite de Symphonie , & une Cantate
de la compofition de M. de Blamont,
Sur-Intendant de la Muſique du Roy.
Le 22. ily eut Symphonie dans le Salon
de la Reine.
Le 2. Mars le Concert recommença
au Château des Tuilleries ; on y executa
pour la premiere fois un Divertiffement
nouveau , intitulé l'Automne ou le Triomphe
de-Bachus , mis en Mufique par M.
le Maire , lequel a été très- gouté. Cet
Ouvrage qui eft imprimé , & qu'on trouve
chez Montalant , Quay des Auguftins ,
eft dédié à la Ducheffe de la Tremoille.
La Dile le Maure chanta la Cantate de
Leandre & Hero , & la Dile Herman
une Cantatille ; on finit le Concert par le
Miferere de M. de la Lande .
Le 7. on donna le même Divertiffe
ment , & la Cantate d'Orphée chantée
par la Dilele Maure , &c. "
Le g. on chanta le Divertiffement de
Amour guéri par l'Amour & la Cantare
de la Mufique. / Le
MAR S. 1729. 60%
Le14. le 16 , & le 21. on donna un
Divertiffement qui a pour titre , les Titans
vaincus par Apollon , mis en Mufique
par M. Paulin , Maître de Mufique du
Chapitre de S. Honoré, qui fut très - goûté,
La Dile le Maure chanta les Cantates du
Printemps , de Leandre & Hero , & de
PEté , & la De Hermance, une Cantatille
nouvelle de M. le Maire , qui fut très
aplaudie.
Le 2 3. on chanta le Divertiffement de
la Fauffe Indifference , par M. Daguin
dont on a déja parlé , & la Cantate d'Or
phée de M. Clerambaut, Les paroles des
Divertiffemens dont on vient de parler
& de la Cantatille intitulée Endimion ,
font de M. Carolet ,
Le 25. Fête de l'Annonciation , il y eus
Concert Spirituel. Le Geur Mouret fit
chanter deux Motets de M. de la Lande ,
Credidi propter , & Cantate Domino , qui
firent beaucoup de plaifir ; on joüa auparavant
des Concerto & quelques autres piéces
de Symphonies choifies . Les Diles Hermance
& le Maure chanterent un petit
Motet à deux voix , avec beaucoup de
jufteffe , & qui fut très- aplaudi par une
grande Affemblée.
Le Goût , ou plutôt le Démon de la
Mutique n'eft pas feulement en France &
dans toute l'Europe , à fon plus haut dégré
608 MERCURE DE FRANCE:
gré de chaleur , mais il a pénetré juſques
dans le fond du Nord ; car on apprend
de Ruffie qu'on a donné ordre d'engager
des Muficiens dans plufieurs Cours d'Allemagne
, pour aller s'établir à Peterfbourg,
où le Czar veut avoir des Concerts
deux ou trois fois la femaine .
CEREMONIE faite à Auxerre , à
Poccafion de la découverte du Corps de
S. Auguftin. Extrait d'une Lettre écrite
de cette Ville le 16. Mars 1729 .
L
Es Auguftins Déchauffez de la Ville
d'Auxerre ayant prié M. l'Evêque
d'Auxerre & M du Chapitre de la Cathedrale
, de leur faire l'honneur de
choifir leur Eglife nouvellement bâtie ,
pour y rendre graces à Dieu de l'heureuſe
Découverte du Corps de S. Auguftin, faite
à Pavie ; le fecond Dimanche de Carême ,
treiziéme du mois de Mars fut indiqué
pour cette céremonie. Ce jour étant venu
les Religieux Auguftins fe rendirent pro
ceffionnellement à la Cathedrale , pour
conduire chez eux la Proceffion de cette
Eglife. Après l'Office , Mrs du Chapitre
partirent , étant revêtus de leurs foutanes
violettes , au moins les Officiers de la
Cérémonie , & M. l'Evêque terminoit la
Proceffion en habit de choeur ordinaire .
Les
MARS. 1729. 609
Les Religieux de la Maifon s'arrêterent
à l'entrée de leur Eglife , & fe mirent en
ligne , pour y recevoir le corps de la Cathedrale
. A l'inftant on entendit une décharge
de l'Artillerie que les Religieux
avoient fait préparer dans leur jardin . Il
y avoit grande illumination dans l'Eglife,
dont le fond de l'Apfide qui fert de
choeur , fut rempli par le Clergé ; elle
étoit autant ornée que fa petiteffe peut le
permettre , & la grande Cour qui y conduit
, étoit toute tapiffée.
La Grande Meffe en l'honneur du Saint
fut chantée en Mufique , comme dans les
grandes folemnitez . Elle fut célebrée par
M. de Neufville , Chanoine & Treforier
de la Cathedrale , ayant outre les Diacre
& Sous - Diacre Majeurs , les Induts ou
précédens , ainfi qu'aux Fétes folemnelles
. On s'y fervit des beaux ornemens
qui ont été donnez depuis peu à la Cathedrale
par M. l'Evêque. Ce Prélat monta
en Chaire immédiatement après l'Evangile
& y prêcha en Habits Pontificaux
fur le fujet de la Solemnité. Il fit fentir
aux Fideles avec l'éloquence qui lui eft
ordinaire , la véneration qu'ils doivent
porter aux Reliques de S. Auguftin , à
caufe des bienfaits fpirituels & temporels
qu'ils peuvent obtenir par fon interceffion
, fuivant que S. Auguſtin lui- même
I affûre
610 MERCURE DE FRANCE.
affûre que les Fideles de fon temps en reçûrent
par leur dévotion envers les Reliques
des faints Martyrs découverts de
fon vivant . L'Auditoire étoit compofé
pour ce qui eft du Clergé , non - feulement
de tous MM. du Chapitre qui font en
grand nombre à Auxerre ; mais encore
des autres Ecclefiaftiques
, de là Ville , des
Religieux de tous les Ordres qui y font
établis , & même de plufieurs autres accourus
des Abbayes de la Campagne &
des Diocèles voifins. On y vit auffi toutes
les perfonnes diftinguées
du pays, autant
que la capacité d'une petite Eglife en
peut contenir.
Après la Meffe , l'Evêque reparut avec
fes Habits Pontificaux , & entonna le Te
Deum , qui fut chanté en Mufique au
bruit réïteré de l'Artillerie. Après quoi
on s'en retourna comme on étoit venu ,
au bruit d'une troifiéme décharge , les
Peres Auguftins précedant toujours le
Clergé jufques dans la Nef de la Cathedrále
, où étant , ils fe mirent en une double
haye , pour remercier l'Evêque &
Mrs du Chapitre , & fe retirerent enfuite
: très -fatisfaits de la joye publique marquée
en cette occafion par le Clergé &
par le Peuple .
MODES
MARS
1729. 611
·
MODE S.
Es Dames n'en veulent pas démordre
; les Paniers , plus grands qu'ils
n'ont encore été , quoiqu'auffi embarraf- 1
fans pour celles qui les portent , qu'incommodes
& choquans pour les autres ,
font toûjours fort à leur gré ; elles les cheriffent
extrêmement , & il n'y a pas jufqu'aux
Servantes qui ne fçauroient aller
au Marché fans panier. Les Robes volantes
font auffi univerfellement en regne.
On ne voit prefque plus d'autre habit
; on les a portés l'Eté dernier , le plus
grand nombre de taffetas blanc ou couleur
de rofe , fur-tout pour les jeunes perfonnes
, qui portoient auffi des robes de
gaze ou de mouffeline brodée fur un taffetas
, dont la couleur paroît au travers .
Les Dames du bel air ont des juppes
de cette maniere ; mais au lieu de gaze
ou de mouſſeline , c'eſt un grand raiſeau
de point.
>
On a porté auffi des robes de toile de
coton ou petit bazin des Indes blanc
tout uni ou brodé en foye & en laine de
diverfes couleurs. Les Robes de taffetas
en plain ont auffi beaucoup regné , ainfi
que de taffetas d'une couleur très - foncée
I ij
comme
612 MERCURE DE FRANCE .

comme canelle & caffé. Il a paru d'autres
robes de taffetas à très - grandes rayes de
diverfes couleurs qui font bien extraordinaires
, pour ne pas dire rudes & peu
agréables. On en voit d'autres petites
étoffes de foye à grands compartimens ,
grands fleurons & très grandes fleurs :
Les couleurs les plus mornes font les
plus à la mode . On porte des taffetas
peints qui imitent très - bien la façon des
Indes. Les manches font toûjours en pagodes
& fort plates ; les robes font fort
amples & traînantes : c'eſt le bon air.
Les paremens de ces robes en devant ,
auffi -bien que le retrouffi des manches
font ornez de broderie d'or, d'argent ou de
foye , ou faits d'une autre étoffe tranchante
. On en a vû plufieurs en taffetas
découpez avec des efpeces de petits
falbalas piquez ou marelaffez en agrémens
on brandebourgs , pour les robes legeres ,
faits de Blondes , qui eft une efpece de
dentelle , de fil ou de foye , fraifée , &c.
On voit quelques Dames porter des
corcets avec des boutons & des boutonnieres
comme une vefte d'homme , de
qui elles empruntent auffi la chemiſe par
raport aux manches , avec des poignets &
des manchettes qui defcendent prefque
auffi bas que celles des hommes.
Les
MARS. 17298 613
Les étoffes les plus à la mode que les
Dames ont porté cet hyver , font les velours
, l'hermine & autres fourrures
le damas appellé de mille- fleurs , où
fleurs fans nombre. Il y en a de toutes
couleurs , à très- grandes rayes à fleurons
& compartimens , & c . des rats de Cipre à
fond brun avec des fleurs aurore.
Les rubans font toûjours fort étroits ,
on en porte de peints à jour , dentelez , de
foye , de laine & de gaze , en or ou en
argent , & meflez avec des couleurs auff
bizarement afforties que celles des taffetas
.
Les bagnolettes ne font plus fi à la mode;
on n'en porte guere qu'en negligé. En
Eté de gaze ou de mouffeline , & en hiver
de fatin , & c.
Les petits éventails ne font plus à la
mode , onles porte prefque une fois auffi
grands que l'année paffée . On fçait que
depuis bien des années les Dames en portent
l'Hyver comme l'Eté.
On porte toûjours des palatines de
blonde , avec des fleurs artificielles & des
rubans peints , de chenilles, & de plufieurs
autres efpeces . On garnit de ces petites
fleurs toutes fortes d'ajuftemens galans ,
paremens , tabliers , barbes de cornettes
même les mantilles.
Les gants & mitaines qu'on fait
I iij.
at614
MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui prefque tout de taffetas , dou
blez d'une peau fine , font de la couleur
de la palatine , de l'habit , des paremens
ou du tablier. On ne porte plus guere de
mitaines , mais des gants de fil de Cologne
blancs. On en porte de foye blanche
en hyver.
Les Mantilles n'ont jamais été fi à la
mode , ni fi magnifiques. On y employe ,
le velours , l'écarlate & le fatin , avec.
dés broderies & des glands très - riches
qui terminent les deux pointes qu'on
noue par derrière , comme dans l'eftampe
cy-jointe, où l'on voit auffi un homme de
qualité en fur-tout fourré de marte. On
a vû aufli bien des Mantilles d'hermine
ou doublées d'autres fourures.
Les Dames n'ont rien ajoûté à leur
coëffure , & il n'eft guere poffible d'en .
diminuer quelque chofe ; car il n'y refteroit
plus rien. On continue de porter,.
de petites coëffures de gaze brodée , ornée
de jayet blanc qui imite les perles , avec
des rubans à jour & des foucis d'Aneton;
on met du jayet noir & blanc , quand on
eft en deüil. Les aigretes font redevenues.
à la mode , ainfi que les pointes de cheveux
, quoiqu'on dégage beaucoup le
front. On porte toûjours des rubans
peints dans les coëffures avec des mouliners
, des cornets ou pompons & des
fleurs.
VILL
THEONE
DC
LVON
BIBLIO
!

MARS 1729 . 615)
fleurs , le tout en petite quantité .
Ces differentes manieres de fe coëffer
font toûjours très - baffes , & elles ont di-›
vers noms ; en Dormeufe , avec défeft
poir , en negligé , en Papillon , en équivoque
, dont les barbes font retrouffées
à quatre boucles pendantes , & c. Certe
derniere maniere convient aux habits de
Cour avec des diamans . On les monte
fur un petit bonnet qui paroît peu , ou
point du tout , avec une très petite pointe
ajoûtée , qui eft pour l'ordinaire faire
avec une petite dentelle , mignonette ou
blonde de foye ; le fond du bonnet eft
le plus fouvent de marly ou de gaze
brodée .
Les gazes rayées , brochées en Mofaïque
ou à petites mouches , fleurs ou bouquets
brodez , font toujours en regne
pour les garnitures ou cornettes. On n'employe
jamais la gaze unie fans broderie ,
ou au moins fans une bordure , non plus
que le Marly , auquel on met volontiers
une mignonette en campane autour , de
fil ou blonde de foye , où bien on échancre
les bords , & on les brode , ce qui
fait le même effer. Ces garnitures ne font
pas cheres ; les plus ornées ne fe vendent
pas au -deffus de 12. liv. & on en trouve
à 20. fols . On ne s'avile guere de les
faire laver , par la raifon qu'elles ne peu-
I iiij -vent
616 MERCURE DE FRANCE.
vent pas fouftenir plufieurs blanchiffages ,
& qu'il en coûteroit prefque le prix
de la garniture pour la blanchir ; d'ailleurs
on les porte très long- temps .
On voit toûjours aux oreilles des pendeloques
en girandole & de plufieurs autres
manieres beaucoup variées , & des
coliers de grenats à trois rangs. Dans les
cheveux & au haut de la tefte on place des
diamans & autres pierres de couleurs afforties
en papillon , en girandoles & autres
formes agréables qui font un effet
bien galant . On porte des bagues qu'on
appelle des Quadrilles compofées de
quatre ou d'un plus grand nombre de
diamans brillans , qui , à la moindre diſrance
font l'effet des plus groffes pierres.
On en monte auffi en parterre , en rocher,&
c . où l'on mefle des pierres de couleurs
qui font extrêmement jolies , fans.
être d'un grand prix . Il femble que les.
perles veulent redevenir à la mode , furtout
en bracelets. Les Montres qui étoient.
fort groffes , foit pour les hommes , foit.
pour les femmes , font aujourd'hui trèspetites
, quoique prefque toutes à répetition
. Toutes les Dames en ont , mais.
elles ne fervent plus à les parer. Car on.
ne fçauroit les porter que fous la robe.
Les Dames portent depuis quelques .
temps des noeuds de rubans en guife de
bouMARS.
1729. 617
bouquets d'une feule couleur , & tour
nouvellement elles portent des bouquets
de taffetas taillez en fleurs , ce qui fait un
effet fort fingulier. Cela n'empêche pas
qu'elles ne portent leplus fouvent des bouquets
de fleurs naturelles & artificielles &
fort amples.
On ne porte prefque plus d'écharpes &
fort peu d'engageantes. Les manches des
robes fe portent plus longues, & la pagore"
plus ample ; enforte que le bout de la
manche en pagote , ainfi que partie du
bras & du coude , porte fur le panier
qu'on fait aujourd'hui fort large par
haut , au lieu que l'année paffée ils n'étoient
bien larges que par le bas .
le
Quelques jeunes perfonnes portent des
tabliers de raiſeau d'or , d'argent ou de
foye de diverſes couleurs ; mais les Dames
en general ne portent plus de tabliers.
Les échelles de ruban ne font plus guere
à la mode , quoyque cet ajustement foit
fort parant & avantageux à plufieurs Dames:
On voit plus de fouliers blancs ou d'une
autre couleur claire que de foncez , ou
de quelque autre couleur brune , on en
fait depuis peu qu'on appelle de quart à
Angloife , qui font beaucoup moins
pointus. La piéce fe porte toûjours renverfée
Iy
618 MERCURE DE FRANCE .
verfée , mais la boucle qu'on porte ordi
nairement de diamans , n'eft plus cachée.
Elle paroît au -deffue de la piéce qui eft
percée à l'endroit des deux courroyes ..
Cette mode qui n'eft point du tout gene-,
rale , a pris fa naiffance fur le Théatre de
POpera.
Beaucoup de Dames qui ne veulent
point s'affujettir à fe faire frifer , ou qui
n'en ont pas le temps & la commodité
trouvent un grand fecours dans des tours
& des chignons de cheveux , qu'on fait:
exprès pour toutes fortes de coeffures &
groffeurs de têtes , imitant parfaitement
le naturel , & collant bien fur le vifage ,,
fans faire aucune groffeur à nul endroit ;
on les coeffe fur une poupée , avec la garniture
, & tous les accompagnemens
; .
après quoi une femme n'a guere plus de
peine à fe coëffer , qu'un homme à mettre
fa peruque,
La Demoiſelle Peronet qui fait ces
tours de cheveux avec beaucoup d'art ,
& qui en a un grand débit , en fait pour
des Princeffes de France & des Cours,
étrangeres. Elle demeure Cour Abbatiale,
de S. Germain des Prez , rue Furftemberg,,
à Paris.
Les hommes n'ont rien changé à leur
habit. Ceux qui ont paru l'Eté dernier
en étoffes de foye , étoient prefque tous
en
MARS. 1729. 619
en couleur de maron foncé. Les poches <
en travers font toujours fort hautes , les
boutons un peu plus gros & plats. On vo.c
autant de manches ouvertes que fermées ,
& on les fait plus grandes. Les veftes
d'étoffes d'or & d'argent font beaucoup :
moins à la mode , fi ce n'eft avec les paremens
des manches du jufte- au- corps de
la même étoffe que la vefte qui à un
pouce près eft auffi longue que le jufteau
corps. On n'y porte plus de frange à
graine d'Epinars .
Les Tailleurs employent toujours beaucoup
d'étoffe pour les habits ; les plis
des côtez font très amples & au nombre
de s . ou 6. & pour en augmenter le vo
lume on les garnit en dedans de crin ,
de flanel , de papier , &c . le tout pour
donner de la grace , dit & faire le pánfer.
on,
La couleur de maron a plus dominé que
les autres fur le choix des étoffes , le gris
& couleur d'Agate eft auffi fort en regne.
Avant l'hyver on a preferé les Camelors
de Bruxelles , & les gros de Naples aux
autres étoffes ; & avant l'Automne on a
và bien des habits de la même étoffe dont
lés robbes des Dames étoient faites , comme
Droguets de foye , d'or & d'argent , en
pluye , ou en étoiles , en petits carreaux
en fleurs des Camelots d'argent , &c..
I. vjavec
.
J
{
6-20 MERCURE DE FRANCE .
avec un noeud d'épaule , convenable au
jufte- au- corps & à la vefte , compolé.
d'un large & riche ruban bordé d'un raifeau
avec des franges ou cartifannes au
bout,qui tombe jufqu'au deffousdu coude .
Ce noeud, pour le dire en paffant , fervoit
vraisemblablement autrefois à attacher le
Baudrier fur l'épaule droite..
Les hommes ont porté beaucoup d'habits
de velours cet hyver , doublez de
marte , de petit gris & autres fourures
avec les paremens de même , & des furtouts
de velours pluché , pour la plupart
ledeffus noir,& le dedans où eft la pluche ,.
couleur de feu . Le grand froid de cet
hyver a introduit une mode dont les .
hommes fe font bien trouvez ; ce font des
guêtres de drap de la couleur de l'habit ,
qu'on mettoit par deffus les bas , boutonnées
par le côté. La rigueur du froid a.
été fi grande & a duré fi long- tems , qu'au
31. de ce mois on n'a pas encore quitté
les furtouts , les Robbes fourrées, lesMantilles
ni les gros manchons.
MANDEMENTdu Card. de Noailles
Archevêque de Paris, pour ordonner des
Prieres pendant le Carême.
Des
Des raifons importantes , examinées & pefés
avec beaucoup de maturités nous onten

gagé
MARS. 1729. 621
gagé à differer jufqu'à la quatrième Semaine de
Carème , comme en l'année 1702. la publication
& l'ouverture du Jubilé de l'année Sainte
, que nous avions refolu d'abord de commencer
avec le Carême. Ce délai , pendant lequel
nous continuons la permiffion de le faire
gagner aux malades en danger de mort , donnera
moyen de préparer les Fideles à recevoir
avec plus de fruit les graces & les biens qui y
font attachez; & nous croyons devoir faire de
notre part tout ce qui eft de notre miniftere
pour leur procurer un auffi grand bien.
A ces caufes , Nous ordonnons que dans
toutes les Paroiffes , tant de la Ville , Fauxbourgs
& Banlieuë , que du refte du Diocèfe ,
il fe fera tous les jours du prochain Carême ,
à commencer le Mercredy des Cendres , une
Priere en forme d'Inftruction , à l'heure du foir
qui fera jugée la plus convenable & la plus
propre à raffembler les Fideles ; Nous defirons'
que cette Inftruction foit une explication des
Commandemens de Dieu , des autres devoirs
du. Chrétien , & principalement de ce qui regarde
la Confeffion , la Communion & l'In
dulgence du Jubilé . Mandons que dans les Pa--
roiffes dont les Curez ne jugeront pas à propos
de donner une Inftruction de vive voix
ils la donnent par la lecture de quelque livre
approuvé de Nous , à laquelle ils pourront
joindre un mot d'explication ou de reflexion
très-fimple & familiere à la portée de ceux
qui l'entendront. Pourquoi nous leur indi
quons la conduite pour la Confeffion & la
Communion , & l'Inftruction pour le Jubile
imprimées par notre ordre.
Exhortons à faire auffi dans les grandes Pa
roiffes , au moins de la Ville , une Priere & une
Kiltration femblable les matins avant l'heurs
que
622 MERCURE DE FRANCE,
que les Ouvriers commencent à travailler.
Permettons de donner la Benediction du
Très-faint Sacrement dans le Ciboire à la
fin de chacune des Prieres , Inftructions ou
Lectures , à la charge qu'elle fera accompa- .
gnée de Cierges allumez , d'encenfemens , &
autres folemnitez prefcrites , & qu'exige lerefpect
envers le Très - faint Sacrement de nos
Autels . Nous ordonnons en outre à tous Cu-'
rez , Vicaires , Predicateurs , & c. d'inviter les
Fideles à approcher des Sacremens , & fur-)
tout de celui de la penitence , dès le commencement
du Carême , & de paffer tout ce faint
temps dans un entier éloignement , non- feulement
des fpectacles & autres divertiflemens
défendus en tout tems , mais encore des jeux
& recréations qui pourroient être permifes en
elles -mêmes ; & de fe donner tout entiers aux
bonnes oeuvres , & aux pieux exercices de la.
Penitence & de la pieté Chrétienne. Si dorimons
, &c .
XXXXXXX :XXXXXX :XX
D
MORTS , BAP TEMES
& Mariages.
Ame Marie - Marguerite Durey ;
époufe de M. René Herault , Chevalier
, Seigneur de Fontaine - l'Abbé
Confeiller d'honneur au Grand- Confeil ,
Maître des Requêtes , Lieutenant General
de Police , mourut à Paris le premier
de ce mois , âgée de 25. ans prefque accomplis.
Le
MARS. 1729.
613
Le 2. de ce mois , Timoleon de Gouffier
, Marquis de Thoy , ci - devant Gouverneur
du pays Blaifois , mourut à Paris.
âgé de 84. ans .
M. Jean- Antoine Bonenfant , Ecuyer ,
Seigneur de Peray , la Rotterie , des trois
Maifons , &c. Confeiller , Secretaire du
Roi , mourut à Paris le même jour , âgéde
70. ans.
M. Michel Guerapin de Vaureal , ancien
Capitaine du Regiment des Gardes .
Françoiles , Seigneur de Belleval , Lieutenant
de Roi au Gouvernement de Champagne
, mourut le 6. Mars âgé de 82. ans
3. mais.
Le R. P. Simon Gourdan , Chanoine :
Regulier de l'Abbaye Royale de S. Victor
, mourut leto . de ce mois âgé de
83. ans. Il a édifié le Public par la fainte-.
té de fa vie , qu'il a paffée dans les aufteritez
, dans l'exacte obfervation de fa Régle
, & dans une pratique continuelle des
vertus Chrétiennes .
Pierre Charles - Lambert d'Herbigni
Confeiller d'Etat , Marquis de Thibouville
, mourut à Paris le 15. de ce mois
dans la 7. année de fon âge .
Dame Magdelaine Charlotte Voilin
époufe de Louis le Goux de la Berchere
Chevalier , Comte de la Rochepot , Marquis
de Lantenay , Baron de Toily , Seigneur:
624 MERCURE DE FRANCE.

gneur de la Berchere , & c . Confeiller d'E
tat ordinaire , ci - devant Chancelier de
feu Monfeigneur le Duc de Berry , Fils
de France , mourut le 16. Mars âgée de
43.ans environ .
Le même jour , Dame Marie Raguier
de Pouffe , Abbeffe de l'Abbaye de Notre-
Dame de Sezane en Brie , mourut âgée de
87. ans. Elle étoit Abbeffe depuis le mois
d'Août 1667 .
Pierre Pioger , Ecuier , Confeiller ,
Secretaire du Roi , Maiſon Couronne de
France & de fes Finances , Seigneur de
Broffe , Château- Larcher , &c. mourut le
17. Mars âgé de 72. ans .
Le même jour, Dame Jeanne Emilie de
Barnier,époufe de M. deBonnail, Seigneur
du Fefquet , Chevalier des Ordres Militaires
de S. Louis & de S. Lazare , Gen--
tilhomme de S. A. S. Madame la Ducheffe
Doüairiere , mourut au Palais de
Bourbon , âgée de 18. ans .
Le même jour , Dame Marie- Anne de
Laubefpine , veuve de M. Louis du Har-
Jay , Marquis de Chanvallon , feul Cornette
des Chevaux Legers de la Garde du
Roi , mourur dans la 87. année de fon
âge.
Dame Marie Jofephine de Boufflers ,
époufe de François Camille de Neufville
de Villeroy , Marquis d'Alincour ,
Meftre
MARS. 1729. 625
Meftre de Camp de Cavalerie , accoucha
d'un fils le 28. Février , lequel fut tenu fur
les Fonts & nommé Charles Nicolas-
Jofeph , par Jofeph- Marie Duc de Bouf-
Hers , Pair de France , Comte d'Etauges
& c. Gouverneur & Lieutenant General
pour le Roi , des Provinces de Flandres
& de Hainaut , Gouverneur des Ville &
Citadelles de Lille , &c . Meftre de Camp
d'Infanterie , & par Dame Magdelaine
Charlotte le Tellier de Louvois , veuve
de François Duc de la Rochefoucault
l'air de France , Chevalier des Ordres du
Roi,Grand- Maître de la Garde - Robe , & c.
Le 4. Mars , à une heure après minuit ,
Dame Anne- Charlotte de Montargis ,
Marquise d'Arpajón , Dame du Palais de
la Reine d'Espagne , époufe de M. Louis
Marquis d'Arpajon , Lieutenant General.
des Armées du Roi , Grand- Bailly , Gouverneur
pour S. M. de la Province & Du
ché du haut & bas Berry , Gouverneur
particulier des Villes de Bourges & d'Ifoudun
, Chevalier de l'Ordre Militaire.
de S. Louis & de la Toifon d'or , accoucha
d'une fille , qui fut nommée Anne-
Claude.
Le 8. Dame Marie - Sophie Colhert
de Seignelay , époufe de Charles-
François de Montmorency , Duc de Luxembourg
, Pair & Premier Baron Chré.
tien
16 MERCURE DE FRANCE.
tien de France , Gouverneur de Norman
die , & c. étant accouchée d'une fille au
mois de Février , elle fut ondoyée par la
permiffion de S. E. M. le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris .
3
Jean-Baptifte Bochart de Sarron , Confeiller
au Parlement , fils d'Etienne Bochart
, Prefident aux Enquêtes , & de feuë
Dame Jeanne -Philiberte Camus de Pontcarré
, époufa te 15. Mars Dame Marie-
Anne Brayer , fille de Gafpar Brayer ,
Confeiller en la Grande Chambre du Parlement
, & de Dame Elifabeth de Chen -T
neviere .
M. Pierre Dupré de S. Maur , Confeil- .
Ier au Parlement , & Commiffaire aux
Requêtes du Palais , fils de Nicolas Dupré
de S. Maur , Correcteur en la Chambre
des Comptes , & de Dame Marie-
Anne Fruchet , époufa le 24. Mars Dame
Marie Magdelaine Bellanger , fille de
Paul Bellanger , Vicomte d'Autel , Seigneur ,
de Nanteuil , & c. Confeiller du Roi en
fes Confeils , & Avocat General de la
Cour des Aides , & de feue Louife - Mag
delaine Charpentier
.
ARREST
MAR S. 1729. 62
XXXXXXXXXXXXXXXXXX
ARREST
DE LA COUR DE PARLEMENT.
Cour
E jour , les Gens du Roi font entreż , &
Maître Pierre Gilbert de Voifins , Avocat
dudit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
Qu'après avoir crû devoir méprifer un fi
grand nombre de Libelles , que les affaires de
I'Eglife ont fait éclore dépuis quelque temps ,
ils font forcez d'avouer qu'on abuſe de leur
filence , & qu'aujourd'hui plus que jamais ,
L'autorité de la Cour devient neceffaire , pour
arrêter une licence capable de caufer les plus
grands maux ; que plus leurs voeux & leur
conduite tendent à l'affutance de la paix , defirable
pour l'Eglife , fi importante au repos
public ; plus ils s'apperçoivent qu'on s'empreffe
de la traverfer par ces Libelles , & qu'on '
choifit pour les répandre les conjectures ou
ils peuvent en être les plus dangereux que tel
eft entr'autres l'Imprimé qu'ils ont à la main,
& dont ils font avertis qu'on fe fert actuellement
comme d'un flambeau de difcorde , toit
pour fomenter des divifions & des troubles
qu'il eft fi important de calmer , foit pour rallumer
des emportemens féditieux dont le fcandale
fut condamné par la Cour dès l'année 1726 .
Que ce Libelle eft en apparence de l'année
fuivante , mais que ce n'eft que depuis peu
qu'il a paru fous leurs yeux ; foit que l'au
torité de l'Arrêt de la Cour l'ait retenu quel
que temps dans l'obfcurité , fait peut être
qu'on ait affecté de déguifer l'année de l'impreffion
.
Que
18 MERLUKE DE FRANCE.
Que n'auroient-ils point à dire de ce qu'il
contient de contraire à l'ordre public & aux
maximes les plus inviolables du Royaumé ?
fon venin fe manifefte par le titre feul. C'eft
une Refutation de l'opinion de plufieursCatholiques
de France , qu'on peut toujours commaniquer
licitement , quant au fpirituel , avec
les ennemis de la Conftitution Unigenitus , tant
qu'ils font confervez dans la Jurifdiction ,
solerez de l'Eglife ( ainfi qu'ils le fuppofent )
qu'ils n'en font pas feparez , ni nommément
excommuniez : Réfutation que l'on affecte
d'attribuer par ce même titre à un Avocat.
Que pour faire fentir les excès où fe porte le
corps de l'ouvrage , c'eft affez de dire qu'entre
les effets du zele de nos Peres contre l'Herefie
, il celebre une funefte journée qu'il feroit
à fouhaiter qu'on pût effacer pour jamais
de nos Annales.
Qu'à cet Ouvrage criminel ils croyent devoir
en joindre un d'un autre caractere non
moins condamnable. Que c'eft un Imprimé
en forme de Lettre , qu'on a la témerité d'adreffer
aux Miniftres étrangers affemblez à
Soiffons pour les interêts de l'Europe. Que
les Auteurs inconnus de cette Lettre ſemblent
adopter un nom de parti , & que foumis aux
Loix de l'Etat par le titre de Sujets du Roi
ils ne craignent point de reclamer des Puiffances
étrangeres par un Libelle anonyme &
fcandaleux . Que ç'en eft affez pour exciter la
jufte féverité de la Cour , & pour la porter à
renouveller les précautions néceffaires , prifes
contre de femblables excès par la Déclaration
du 4. Août 1720. enregistrée en la Cour. Que
c'eft auffi le motif des conclufions qu'ils ont
prifes & qu'ils laiffent à la Cour avec les imprimez
des deux Libelles qu'ils croyent devoir
lui déferer.
MARS. 17197 619
Les Gens du Roy retirez : vû le Libelle intitulé
: Réfutation de l'opinion de plufieurs Catholiques
de France qu'on peut toujours communiquer
licitement , quant au ſpirituel , avee
les ennemis de la Conftituion Unigenitus , tant
qu'ils font confervez dans la Jurifdiction, &
tolerez de l'Eglife ( ainfi qu'ils le fuppofent >
& qu'ils n'en font pas féparez , ni nommémens
excommuniez par un Avocat 1727. Enſem-.
ble un autre Libelle intitulé , à Noſſeigneurs
les Plenipotentiaires du Congrez aſſemblez à
Soiffons , en leur adreffant la dénonciation des
Jefuites de leur doctrine . Vû auffi-les Ordonnances
, Edits & Déclarations du Roy
enregistrées en la Cour , & notamment la Dé
claration du 4. Août 1720 enregistrée en
la Cour le 4 Décembre audit an ; enſemble
les Conclufions par écrit du Procuteur General
du Roy.La matiere mife en déliberation .
La Cour a ordonné & ordonne , que lesdits
Libelles feront lacerez & brûlez en la Cour
du Palais , au pied du grand Efcalier d'icelui ,
par l'Executeur de la Haute Juftice : fait trèsexpreffes
inhibitions & défenfes à tous Imprimeurs
& Libraires , Colporteurs & autres
de les imprimer , vendre & débiter ou autrement
diftribuer : enjoint à tous ceux qui en
auroient des Exemplaires , de les apporter inceffamment
au Greffe de la Cour , pour y être
fupprimez ; ordonne qu'à la Requête du Procureur
General du Roi , il fera informé pardevant
Me Louis de Vienne , Confeiler , que
la Cour a commis pour les témoins qui pourroient
être entendus dans cette Ville , & à la
pourfuite & diligence des Subftituts du Procureur
General du Roi , pardevant les Lieutenans
Criminels ou autres Officiers des Bailliages
& Sénéchauffées des lieux , pour les tés
moins
630 MERCURE DE FRANCE .
..

moins qui pourroient être entendus contre les
Auteurs defdits Libelles , & ceux qui les autoient
imprimez , vendus , debitez ou autrement
diſtribuez , pour les informations faites ,
rapportées & communiquées au Procureur
General du Roi , être ordonné ce que de raifon:
ordonne que la Déclaration du Roi du
4. Août 1720. & Arrêt d'enregistrement d'icelle
en la Cour du 4. Décembre audit an ,
feront executez felon leur forme & teneur; fait
défenfe à toutes perfonnes d'y contrevenir fous
les peines y contenues ordonne en outre que
copies collationnées du prefent Arrêt feront
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
Reffort , pour y être lûës , publiées & enregiſtrées
; enjoint aux Subftituts du Procureur General
du Roy d'y tenir la main, & d'en certifier
la Cour dans un mois . FAIT en Parlement le 8 .
Mars 1729. Signé , YS A BEAU.
Et le huitiéme Mars 1729. à la levée de la
Cour, en execution du fufdit Arrêt , les Libelles
yg mentionnez ont été laceréz & jettez au feu
par l'Executeur de la Haute Justice , au bas
du grand Efcalier du Palais , en prefence de
nous Marie Dagobert Yfabeau , l'un des trois
principaux Commis pour la Grand-Chambre
affifté de deux Huiffiers de ladite Cour , Signé
YS ABEAU.
TABLE .
Pleces Fugitives , Ode en l'honneur du Roi , 417
>
Seconde Lettre fur les Sels contenus dans l'air,
& c. 422
Le Teftament Enigmatique , Conte , 435
Lettre , Replique au P. C. fur fon Paradoxe ,
445
·
449 Sentimens chrétiens , Poëme ,
Réponse aux objections contre le nouveau
Systême du flux & reflux de la Mer , & c. 453
Orailon Funebre de Robin , Poëme .
Lettre fur la Tranfmutation des Métaux , 465
Fête des Rois , Ode ,
461
470
Réponse au fujet de la datte de l'impreffion de
deux Bibles ,
Ode ,
,
472
473
478
Conjectures fur une pierre gravée antique , 476
La Verité , Ode
Obfervations fur l'Infcription des Reliques de
S Clement ,
Imitation du Prologue de - Perfe , Stances à
Mercure ,
483
488
Lettre fur les Poëfies de l'Abbé de Villiers , 491
Logogrifes Arithmetiques , & c.
Enigmes & Logogrife en Vers ,
505
507
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , & c.511
Comparaifon entre la Déclamation & la Poëfie
, & c.
Almanach de Table ,
$ 14
521
Ibid.
Reflexions fur le Livre de l'art de connoître &
de parler , & c.
Nouv. Edit. des Oeuvres de Sannazar, & c. $24
Quatriéme vol. du Gallia Chriftiana , & c. 516
Mémoires Litt . de la Grande-Bretagne , &c.
Hiftoire & Examen des Duels , & c. 528
Sujet & Prix propofé par l'Académie de Pau
pour 1729.
Alliance de la Maifon de Villages , & c.
Nouveau Plan de Paris en fix morceaux ,
Estampes nouvelles ,
Nouvel échapement de Maître , & c.
Lettre fur la Quadrature du Cercle ,
134
537
541
542
544
546
La Jauge ou Vergue , nouvel Inftrument , $47
Mort de M. d'Obi ,
Bouts- Rimez , Sonnet ,
Chanfon & Couplets notez ,
$48
350
ގ
Spectacles , &c.
556
558
Lettre & Diflertation fur la Comédie de la mere
Coquette ,
Repreſentation du Bourgeois Gentilhomme à
la Cour , 581.Tragédie.de Manuel reprefen
tée à la Flèche ,
Nouvelles d'Affrique , de Ruffie
5.820
583
Pologne, Dannemarc,Suede & Allemagne, 585
Italie , Portugal & Eſpagne , $88
Grande- Bretagne , Hollande , Pays- bas , 197
Morts des Pays Etrangers , Ibid.
France, Nouvelles de la Cour, de Paris, & c.599 ...
Concerts de la Reine & des Thuilleries ,
Cerémonie faite à Auxerre , & c.
Modes ,
605
608
612
Mandement de M. le Cardinal de Noailles , 620
Morts , Batêmes & Mariages ,
Arreft ,
Errata de Février.
622
627
Page 337. ligne . 17. 12c . Planches , lifex 125
P. 388. 1. 19. N. Barbery , 1. Felix Aubery ,
Marquis de Vaftan.
P. 408. l. 16. morte , l. mort.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 441. l. 2. du bas , de , ôtez ce mot.
P 442. l. 23 duits , lifez durs.
1.
P. 444 1. ro. vous , l. pour vous.
P. 465. l. 14. Boulduc , 1. Bolduc .
P. 468. 1. 3. pefant , 1, periffant,
P. 494. l. 4. du bas , furchargez , / furchargée.
P. 498. l. 19. c'eft , l, cher.
P. 558 1.3. les Amans , . les Amans broüillez.'
P. 562. l. 11. Conteffe , 1. contefte.
L'Air noté doit regarder la page
Modes en Taille- douce ,
551
614
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
AVRIL. 1729 .
E
COLLI
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , në
S. Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quayde Conty,
à la deſcente du Pont Neuf, au coin
de la ruë de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. D C C. XXIX .
Avec Approbation & Privilege du Roys
A VIS .

LAD
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU .
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir fain d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui
non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Mefageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. BOL'S, th
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV Ror
AVRIL. 1729 .
XXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'ATHE ' E ,
O D E.
Uelle noble fureur m'infpire ?
C'eft un feu facré ; je le fens :
L'Efprit Saint lui-même à ma Lyre
Tranſporté dans le féjour même ,
Va prêter de nouveaux accens.
Où la Divinité fuprême
A ij
Balance
632 MERCURE DE FRANCE,
Balance nos jours dans fes mains ;
Je les vois ces mains toutes prêtes
A brifer les fuperbes têtes
De mille coupables Humains .
Où font ceux qui fur leurs feuls doutes ,
Fondent un orgueilleux fçavoir ?
A peine des Celeſtes voûtes ,
L'oeil peut- il les appercevoir :
Ces beaux efprits que l'on refpecte ,
Plus abjets que le moindre infecte ,
D'un feul jour ne peuvent joüir !
Informes avortons de l'Etre ,
Le même éclair qui les voit naître ,
Les voit encor s'évanouir.
Dites - moi , fublimes Génies ,
Docteurs vains , impofteurs pervers ,
Dont les déteftables manies
Rempliffent d'horreurs l'Univers ;
C'est donc vous , vil tas de Pigmées ,
Qui contre le Dieu des Armées ,
Mont fur mont oſez entaſſer !}
Déja comme un autre Encelade ,
Chacun de vous grimpe , efcalade ,
Et des Cieux prétend le chaffer.
Que dis-je la rage Atheiſte
Rens
AVRIL. 1729. 633
Renverfant fes facrez Autels ,
Va jufqu'à nier qu'il exifte
Ce Dieu redoutable aux Mortels :
Quel est donc votre fanatifme ,
Dans les fources du Paganiſme
Puifez- vous ces noirs attentats ?}
Non les Bracmanes & les Mages ,
Ont fçû rendre de faints hommages
A l'Arbitre des Potentats.
Dans ces Philofophes celebres
Le coeur , exempt de paſſion
N'étoit point atteint des tenebres ',
Que répand la prévention :
Libres de la nuit de l'enfance ,
Leurs ames , d'une intelligence ,
Ont fenti la neceffité :
Et fur les bords du Nil , les Pâtres
Se font vus plutôt Idolatres ,
Que privez d'une Déité.
Prodigue envers ces premiers homines
Le Ciel a- t- il changé pour vous ?
Ou moins fages que nous ne fommes ,
Avoient- ils d'autres yeux que nous ?
Si les Thalès , les Zoroaftres ,
Ont crû voir jadis dans les Aftres ,
Les veftiges d'un Dieu tracez ,
A iij Quelles
634 MERCURE DE FRANCE.
Quelles maximes témeraires ,
Quels Dogmes , quels Démons contraires.
A vos yeux les ont effacez ?
Vous croyez qu'au milieu du monde ,
L'Aftre qui partage nos jours ,
Cette lumiere vagabonde ,
D'elle- même ait reglé fon cours !
Oui , la Nature feule dicte
Au Hun, au Visigot , au Picte ,
Des fentimens plus éclairez :
On les a vûs dans leurs Ecoles ,
Soumettre vos difcours frivoles ,
Au bon fens que vous ignorez.
Mais non , d'une Mere Orthodoxe ,
Ce ne font point là les leçons :
Jamais à l'air d'un Paradoxe ,
On ne connût fes Nourriffons.
Formez dans fes entrailles faintes ,
L'Athée yeçut les empreintes
D'un Dieu qu'on lui vit avoüer ;
Malgré lui fa raiſon le guide ,
Il la fent , mais fon coeur perfide
Voudroit pouvoir la fecoüer.
Ainfi la Nation chérie .
L'infidelle Jerufalem
Dans
AVRIL. 1729.
635
Voit naître le Fils de Marie ,
Dans la Cité de Betléem :
Pourra-t-elle le méconnoître ?
Sur lui , pour contempler leur Maître ,
Les Cieux s'ouvrent de toutes parts ;
Tout fléchit fous fa main puiffante ,
Et la Nature obéiffante
Tremble au moindre de fes regards .
Oui, ce Peuple a l'ame endurcie ,
Sous les fauffes Traditions :
Il n'eft point pour lui de Meſſie ,
S'il ne flatte fes paffions :
En vain d'une voix douce & tendre ,
Le nouveau Chrift fe fait entendre ,
Et veut être fon Rédempteur :
L'ingrat qu'il eft , le calomnie ,
Le perfecute , le renie ,
Et le traite de Séducteur.
Arrête , Juifimpie , arrête :
C'eft braver ton Dieu trop long - tems ;
Ne crois pas dérober ta tête
Au coup mortel où je t'attends :
Si malgré ta fuperbe audace ,
Aux feux dont l'Enfer te menace
Je te vois fier d'être échappé :
C'en eft fait : j'apperçois la foudre ;
A iiij
Mais
636 MERCURE DE FRANCE.
Mais toi- même réduit en poudre .
Connois enfin qui t'a frappé.
Par D. TOUSSAINTS DU PLESSIS ,
Benedictin de S. Maur.
akakakaka
SECONDE PARTIE de la Réponse
du P. Dom Jaques Alexandre , Religieux
Benedictin , aux Objections du
R. P. Aubert , Jefuite , contre le nouveau
Systême du Flux & Reflux de
la Mer , inféré dans les Mémoires de
Trévoux , au mois de Novembre 1727.
Xe Ob-
La
Terre für fon Axe , die
E mouvement
journalier
de
la
jection .
le P. Alexandre , oblige les eaux à s'éloigner
des Poles pour tendre vers l'Equateur,
& contribuer ainfi à augmenter l'enflure
des eaux ; en verité j'aurois conclu
tout le contraire du mouvement journalier
de la Terre , & c.
Réponse. Quand on confond les choſes,
& que de deux mouvemens on n'en fait
qu'un , on fe forme à foi-même des difficultez
aufquelles on s'imagine qu'il eft
impoffible de répondre . J'ai déja remarqué
que
la Terre tournant fur fon Axe
en éloigne les eaux , parce que dans tout
mouAVRIL.
1729. 637
mouvement circulaire les parties qui fe
peuvent détacher , s'éloignent du centre
pour tendre vers la circonference.Ce mouvement
éloignant donc les eaux du Pole
les pouffe vers l'Equateur. Le fecond mouvement
des eaux d'Orient en Occident ,
& qui eft très fenfible aux Navires qui
vont du Cap de bonne Efperance à la
Chine , puifqu'il leur faut pour y aller ,
prefque une fois plus de temps qu'il ne
leur en faut pour revenir ; ce fecond mouvement
, dis - je , vient de la peſanteur &
de la fluidité des eaux , comme il eft expliqué
dans la Réponſe précedente . Les
eaux qui font fous l'Equateur , aidées de
celles qui viennent des Poles , ont plus
de facilité à former l'Anneau Aquatique
qui eft la cauſe formelle du Flux.
XI Objection. Les eaux qui ont de la
fluidité , doivent fe retirer vers les endroits
où il y a moins de mouvement , c'est- àdire
vers les Poles.
Réponse. Cela n'eft vrai que dans le
mouvement direct , & eft très - faux dans
le mouvement circulaire. Comme dans
une Riviere le mouvement eft plus rapide
dans le milieu , les corps qui y nâgent ,
fe rangent fur les bords , à caufe de l'in
égalité du rivage , & des finuofitez où l'eau
eft preſque en repos , il en eſt tout autrement
du mouvement circulaire , comme
il fera expliqué cy - après. A v XIL
638 MERCURE DE FRANCE .
XII . Objection Il me paroît affez diffi
cile de comprendre dans le nouveau Systême,
par quelle raifon les eaux s'abbaiffent
anffi -bien dans la partie pofterieure que
dans l'anterieure de la Terre.
Réponse . La Terre emportée par la mariere
étherée ne ceffe point d'être accompagnée
de fon athmofphere dont elle occupe
le milieu. Elle prend avec facilité
la même difpofition que nous voyons dans
les corps. Les eaux qui tendent à former
l'Anneau Aquatique autour de la Terre ,
y concourent également de toutes parts.
& autant de la partie pofterieure que de
la partie anterieure , parce que l'athmofphere
qui environne la Terre , eft également
preffée de toutes parts par la matiere
étherée , & que cetre preflion fe communique
aux caux qui compofent en partie:
la Terre ..
XIII . Objection . Si on a égard au mouvement
de la Terre fur fon Axe , les eaux:
doivent fe retirer vers les Poles , & fi on
confidere le mouvement Lunaire .... les
eaux doivent fe retirer vers l'athmosphere:
pofterieure.
Réponse. Ces confequences
font auffi
mal tirées que contraires à l'experience ,
& ne donnent aucune atteinte à mon Syftême.
N'eft il pas viſible qu'en tout corps
qui fe meut en rond , les parties qui peuvent
AVRIL. 1729. 639
entre par
vent s'en détacher fe portent vers la circonference
, c'eft ainfi que le grain qui
le centre d'une Meule de Moulin
, étant réduit en farine , en fort par la
circonference . Si on met une boule fur
une meule qui tourne horizontalement ,
en la voit tendre vers la circonference &
s'éloigner du centre.
L'eau jettée fur une meule en mouvement
, s'éloigne du cantre ; & fi le mouvement
de la meule eft rapide , l'eau fe
répand bien loin. Si on agite circulairement
l'eau d'un baffin rempli d'eau à
moitié , l'eau eft plus élevée vers les bords:
& plus baffe dans le milieu . Il est donc
faux que par le mouvement propre de
la Terre , les eaux doivent fe retirer vers
les Poles , elles doivent au contraire s'en
éloigner.
XIV. Objection . Il eft clair comme le
jour que fi la ligne diametrale qui paſſe
par la plus haute élevation des eaux eft
indiftincte de la ligne tirée de la Lune à
la Terre , l'elevation des eaux doit toûjours
étre fous la Zone Torride où la Lune eft
toujours, Donc le grand diametre paffant
neceſſairement par l'élevation des eaux , ne
peut point paffer par les Poles: Cela eft
fans réplique.
Réponse. Cette Objection ne paroît fans
réplique au P. Aubert , que parce qu'il
A vj
ne
640 MERCURE
DE FRANCE:
s'eft pas donné la peine de faire atten
tion à ce que j'ai dit en plufieurs endroits,
& qu'il me contraint de repeter . La Terre
par fon mouvement autour de la Lune ,
eft obligée de mettre fon grand diametrede
travers fur la ligne de direction du
que les eaux for- mouvement ; ce qui fait
ment comme un Anneau Aquatique autour
de la Terre . Ainfi il faut confiderer
ce grand diametre , non comme uneſeule
ligne qui paffe d'un Pole à l'autre , mais
comme une infinité de grands diametres.
qui aboutiffent de part & d'autre à l'Anneau
Aquatique qu'ils forment. Tous les
diametres ont un même rapport à la Lune ,
étant tous fur un même plan qui paffe
par les Poles du Monde , & fur lequel la
Lune fe trouve toûjours. Ces grands diametres
font inégaux ; le plus grands fur
lequel la Terre a fon mouvement d'Occident
en Orient en 24. heures , eft celui
qui parle d'un Pole à l'autre. Par là la
difficulté eft applanie. De plus comme cet
Anneau Aquatique eft toûjours fous les
deux Poles , il ne peut y avoir de Flux ,
l'eau de la Mer y étant toûjours également
élevée.
XV. Objection . Venons maintenant à
examiner la conformité de ce nouveau Syftême
avec les Loix de la Nature obfervées
dans tous les Corps Celeftes , & nous verrons
AVRIL. 1729 64
avec étonnement qu'il eft contraire à toutes
ces Loix.
Réponse. La contrarieté aux Loix de la
Nature , que le P. Aubert trouve dans
mon Systême , ne vient que de la mauvaife
application qu'il en fait . S'il veut
bien me permettre d'en faire un meilleur
ufage , j'efpere que cette prétendue contrarieté
s'évanouira.
XVI. Objection. Dans le nouveau Syftême
nulle loi de mouvement n'eft gardée.
La Terre n'eft point emportée autour de
la Lune par la matiere étherée.
Réponse. La matiere étherée qui tourne:
autour du Soleil , emporte le Tourbillon
commun à la Terre & à la Lune. Le Tourbillon
de la Terre & de la Lune imprime
à la Terre le mouvement autour de la Lu
ne, & ce mouvement fubfiftera autant qu'il
plaira à l'Auteur de la Nature de le confer
ver , fans qu'il foit à craindre qu'il foit arrêté.
En un mot, je fais feulement changer
de place à la Terre, à cela près , je conſerve
le Systême de Defcartes dans fon entier.
XVII. Objecttion . La Lune qui eft aus
centre du Tourbillon , devroit faire plus de
tours fur fon Axe , cependant nous ne
voyons jamais qu'un de fes côte ; enforte
que la Terre qui eft à l'extremité du Tours
billon . fait autant de tours autour die
centre du Tourbillon que la Lune même 5.
....
6C
642 MERCURE DE FRANCE.
ce qui eft manifeftement contre toutes les
Loix de la Nature.
Réponse. Je donne la même raifon qu'a
donné Descartes , pourquoi la Lune ne
tourne pas fur fon centre , fçavoir qu'elle
n'eft pas de même poids dans toutes les
parties , & que la partie la plus éloignée.
du Soleil , centre de fon mouvement
étant plus pefante , cela l'empêche de tourner
fur fon centre .
XVIII Objection. Que peut- on penſer.
du Tourbillon de la Lune par rapport
au Cercle qu'il décrit autour du Soleil ?
Comment donc ce Systême peut- il ne fe pas
détruire en un inftant .... Voilà des Miracles
à expliquer pour le P. Alexandre.
Réponse. C'eft un vrai miracle à expliquer
pour le P. Alexandre , que l'Objection
du Pere Aubert. Elle m'étonneroit
fi je ne fçavois.de quoi on eft capable ,
quand on eft chagrin de n'avoir pas réüffi.
Les Tourbillons dans le Systême de Def
cartes , pour lequel le P. Aubert eft fi zelé,
n'ont point befoin de Miracle pour fubfifter
comment en auroient- ils befoindans
le mien qui eft abſolument le même
à cet égard ?
J'ai mis dans le Chapitre VI . du
Traité du Flux , mes Objections & difficultez
contre le Systême de Defcartes ,
aufquelles le R. P. Aubert répond dans la
fuite
AVRIL. 1729. 6437
fuite , & je fais voir l'infuffifance de fes
réponſes.
XIX. Le P. Alexandre n'auroit - il pas
fujet d'être content , fi on répondoit à fa
premiere difficulté , ( fçavoir , que la Lune
comprimant la matiere étherée, doit faire
monter le Mercure dans un Tube fcellé
hermetiquement , & c . ) Que la matiere:
étherée , qui pendant le paffage de la Lune
preffe fur les Mers & rend l'air plus pefant
, augmente auſſi à proportion la pefanteur
du Mercure fufpendu dans le Ba
rometre , & qu'ainfi Péquilibre n'est point
troublé.
Réponse . Je ne fuis point du tout content
de cette réponſe. La matiere éthérée
ne peut augmenter la pefanteur du Mercure
dans la même proportion qu'elle aug
mente la pefanteur de l'air.Si cela étoit , le
Mercure demeureroit toujours immobile
dans le tuyau , & on ne le verroit jamais
ni hauffer ni baiffer ; car le Mercure ne
hauffe ni ne baiffe , que
, que felon que l'air
eft plus ou moins pefant : or il s'enfuit de
ce que dit le P. Aubert , que la pefanteur
de l'air ne peut augmenter , que la pefanteur
du Mercure n'augmente dans la même
proportion ; donc le Mercure devroit être
immobile dans le Tube ; & puifqu'il ne
P'eft pas & qu'il hauffe ou baiffe felon que
Fair eft plus ou moins pefant ; il faut que
le
644 MERCURE DE FRANCE :
le P. Aubert me permette de ne me pas
contenter de fa réponſe à la difficulté
contre le Syftême de Defcartes .
XX. Pour la troifiéme Objection ( ſçavoir
fi la Lune paffant fur la Mer, la preffe
de telle maniere qu'elle la faffe gonfler
jufques fur nos côtes , ce gonflement
d'eau doit venir plutôt à nous , quand la
Lune eft dans les fignes
Septentrionaux
que quand elle eſt dans les fignes Méridionaux
; ce qui n'eft pas ) elle renferme une
très -grande difficulté ; on y a répondu affez
au long dans les Memoires de Trévoux
de 17 13 .
Réponfe . Je n'ai pas les Memoires qu'on
me cite. Si cette réponſe étoit excellente,
apparemment le P. Aubert ne l'auroit pas
fupprimée. Cette réticence eft fort fufpecte.
Quoi qu'il en ſoit , je ne puis en
parler ne l'ayant pas vûë.
XXI. On dira pour répondre à la quatriéme
difficulté , ( qui eft que les Marées
font plus fortes aux nouvelles & pleines
Lunes , à caufe que la Lune fe trouve
pour lors dans fon petit diametre, & que la
place qu'elle y occupe fait une augmentation
de preffion . Cette explication eft.
contraire aux Obfervations Aftronomiques,
la Lune étant pour lors dans fon plus
grand diametre , & c. ) que la Lune , pour
être plus proche de la Terre dans les Quadratures
AVRIL 1729. 645
dratures , n'eft pas pour cela dans le petit
diametre du Tourbillon.
Réponse. Pour moi je ne puis conce
voir d'autre raison de ce que la Lune eſt
plus proche de la Terre dans les Quadratures.
Il eſt fûr que la Terre & la
Lune ne changent point de place dans le
Tourbillon du Soleil. Il eft encore fûr que
ces deux Planettes gardent une même
proportion de diftance entre elles dans le
Tourbillon qui leur eft propre. Comment
donc peuvent-elles paroître plus ou moins
éloignées à l'égard l'une de l'autre ? Qu'on
fuppofe qu'aux Quadratures la Lune eft
dans le petit diametre du Tourbillon , il
eft clair qu'elle fera plus proche de la
Terre que lorfqu'elle fera dans le grand
diametre du Tourbillon.
XXXXX:XXXXXXX :XXX
REGARD DE TABLEAUX.
VERS LIBRES.
LA Fortune à fe faire rire ,
Paffe d'agréables momens ,
Et ne fait pas toûjours fes divertiffemens ,
De couler à fond un Navire ,
Ou bouleverser un Empire ,
Ebranlé par les fondemens :
Souven
646 MERCURE DE FRANCE.
Souvent elle veut qu'on admire ,
En fiecles éloignez pareils évenemens ,
Qu'elle fe plaît quelquefois à produite
Pour fignaler fes enjouëmens.
Tels font les deux que je vais vous décrire.
Philopomon fut un homme
De grande diftinction ;
Son courage long - temps de la fuperbe Rome »
Encloüa l'ambition ,
Et fi de quelque main la valeur ou l'adreffe ,
Avoir pû des deftins faire diverfion.
La fienne eût fufpendu la perte de la Grece
Mais cependant cette valeur ,
Etoit par famine trahie ,
Elle n'impofoit point : enfin pour fon malheur,
C'étoit le Luxembourg des Troupes d'Achaïe.
Un jour qu'il alloit en parti ,
Menant des Soldats bien alerte ,
Pour tenir fa marché couverte ,
Il s'étoit déguifé d'un Surtout de Couti
Paffez- moi le Couti , car comme je préfume ,.
( Quoique le cas ne foit bien éclairci );
Si les Grecs avoient Lit de plume ,
Couti parmi les Grecs fut en uſage auffi .
Quoiqu'il en foit , márchant en tête ,
Comme il faifoit allant aux coups ,
Il devance fes gens d'un bon trait d'Arbalête
Ec
AVRIL. 1729. 647
Et le premier arrive au rendez- vous.
Ce rendez-vous étoit une Maifon Champêtre
Où tout étoit en mouvement ,
Et fur tout la femme du Maître ,
Qui fe débatoit fortement.
Pour faire les honneurs plus méthodiquement,
Elle le prit fort bonnement .
Pour un Goujat qu'il fembloit être »
Et lui dit : mon pauvre garçon ,
Quitte-moi là ta Hongreline ,
Et viens avec moi fans façon ,
Porter du bois dans -ma Cuifine :
Aujourd'hui notre General
Me fait l'honneur d'être mon Hôte ,
Et fi tu me fers bien , fans faute ,
A table , de mes Gens tu feras commenfal
Philopomon fourit & l'enviſage ,
Met bas fa houpelande & fans dire un feul mot,
Il charge fur fon dos pour fon apprentiffage .
Deux buches avec un fagot.
Tandis que fous le faix il applatit fa boffe ,
Ses Gens arrivent tous ,
Et furpris du Spectacle atroce ,
Chacun d'eux s'écrie en courroux ;
Seigneur , que faites- vous ?
Quoi? ces épaules , dont la force ,
De l'état chancelant doit foûtenir le poids ,
Quoi ces pieds délicats , au hazard d'une en-.
torfe ,
Plien
648 MERCURE DE FRANCE .
Plier indignement fous leur charge de bois ?
Alors , Philopomon marchant vers la cuiſine ,
Amis , obéiffons , leur dit- il , à l'Arrêt
De l'Etoile qui me domine ;
Laiffez-moi payer l'interêt
De ma mauvaiſe mine .
Pour la femme , que fit pécher
Un zele peu difcret , contre un homme de
marque ,
Tel regret elle en eur , qu'elle fut fe cacher
Dans le Cabinet de Plutarque ,
D'où deux mille ans après j'eus peine à l'arracher.
L'autre exemple qu'ici j'affemble ,
Eft d'un modele plus nouveau ;
Dire qu'à l'autre il reffemble ,
Ainfi que deux gouttes d'eau ,
Seroit donner dans l'hyperbole ,
Mais prenez - le fur ma parole ,
Comme, en matiere de Tableau ,
Vous feriez deux regards d'une fçavanteEcole
Ferdinand , ce Roy Catholique ,
Sous qui Grenade enfin plia ,
Et dont le bras humilia
L'orgueil bazanné de l'Afrique ,
De Naples amplifia ,
Son Domaine defpotique :
De
AVRIL. 1729 .
64
De fçavoir fi ce fut ou valeur ou hazard ,
Ou fila perfidie y mêla quelque doſe ,
C'est une affaire à part ;
Je laiffe à Louis XII. à démêler la chofe :
Avec Philopomon ce qu'il eut de commun ,
C'eft qu'il étoit d'une figure
Oppofée à la Mignature ,
Et ne fentoit pas bon à jeun.
De juger comme il a pû faire
Pour laiffer, pour tranfmettre à fa Pofterité
Cet air de grace & de beauté ,
Ce grand air , cet air Militaire ,
Qui convient à la Majefté ,
Et dont notre Louis , notre Ange Tutelaire ,
Sur tout autre est doté ,
Ce n'est pas choſe claire :
Qu'il fallut de beaux jours & de charmantes
nuits ,
Pour dégroffir cette matiere !
• Qu'il fallut la couler par de divers conduits ,
D'Autriche & Portugal , de Savoye & Baviere
!
Mais revenons au fait.
Ferdinand étoit laid.
Des chauffes à la Martingale ,
Plume de coq fur fon bonnet ,
Et bien fouvent en linge fale.
Tout tel que je vous l'ai décrit.
Un jour qu'il alloit à Capouë ,
Fortune
650 MERCURE DE FRANCE.
Fortune qui des Rois fe joüe ,
Dans certain Hameau le furprit ,
Environné d'eaux & de boüe .
La nuit étoit obfcure & les chemins mauvais ;
Que faire , dit- il à ſa Troupe ?
Cette Chaumiere à tous fervira de Palais ,
Ne duffions -nous ici trouver ni pain ni ſoupe.
On fait alte : on defcend d'affez mauvaiſe humeur
,
Et la Royale Caravane ,
Se difpofe à fouper par coeur ,
Dans la miferable Cabane ;
Lorfqu'un jeune Pêcheur chargé d'un gros
Poiffon
Qu'il venoit de prendre à la ligne .
( Sannazar le nomme un Saumon ,
Mariana de foi plus digne ,
Veut que ce fut un Eturgeon )
Enfin foit Eturgeon , foit Saumon , il n'importe
:
Faites moi voir le Roi , dit le Pêcheur prudent,
De ce Poiffon que j'apporte ,
Je veux lui faire preſent.
D'abord s'avance Ferdinand :
Donne. Quelle énorme Sardine !
Donne l'ami. Quel beau Poiffon !
Je fuis le Roi . Tu m'as la mine
De n'être que fon Marmiton ,
Répond le Pêcheur en colere ,
EftAVRIL.
Gja
1729.
Elt-ce ainfi que des pauvres gens
Se fagottent les Courtisans ,
Pour leur efcroquer leur falaire !
Non ; je te jure fur ma foi ,
Que c'est bien moi qui fuis le Roi.
Mais bien , dit le Pêcheur , le Diable qui t'emporte
:
porte A ces mots , il gagne la
Et plein d'un dépit
ferpentin ,
Remporte
fon butin.
Emerveillé de cette fcene ,
Le Roi riant du bout des dents ,
Dit à fes Courtifans ;
Il faut de ma laideur que je porte la peine.
Courez attefter à ce fot ,
Que je fuis bien le Roi, que c'eft choſe averée;
Ou , fi je pers cette curée,
Vous en ferez pour votre écot .
A ces mots , la troupe animée ,
Court ainfi que gens forcenez,
Faire plus de fermens que n'en font à l'armée
Les plus déterminez.
Le Pêcheur, le Poiffon enfin font ramenez.
Et le Banquet joyeux fe fait fous la Ramée.
Le Poiffon fut fort mal payé ;
Le Roi n'étoit pas magnifique ;
Mieux eût fait le Pêcheur, de la belle moitié,
S'il l'eût gardé dans fa Boutique.
DE SENECE'.
652 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Caufe plaidée par
les Rhetoriciens du College de Louis
le Grand , le 5. Decembre 1728.
I
Ly a quelques mois que nous devons
au Public un Extrait des Plaidoyers qui
fe font faits par les Rhétoriciens du College
de Louis le Grand , fous la direction
du P. de la Sante , Jefuite , Profeffeur de
Rhétorique , devant une illuftre & nombreuſe
Affemblée, qui applaudit juftement
àcette forte d'exercices ,fi propres à former
la Jeuneffe à parler noblement & avec grace.
On peut affurer que ceux qui ont eûì
part aux Plaidoyers dont nous donnons
P'Extrait , ont parfaitement foutenu le
fuccès qui femble attaché à ce genre
d'Ouvrage. Voici quel en eft le fujet.
>> Un riche & vertueux Magiftrat , Ayeul
paternel de Philodrame , d'Automole
& de Plutophage , tous trois fils d'un
»pere mort dans la fleur de l'âge , eut
>>lieu d'être mécontent de la conduite
qu'avoient tenuë fes petits- fils pendant
» leur jeuneffe. Philodrame , l'aîné, s'étoit
fait Poëte Comique & Satyrique , mal-
» gré les remontrances de fon Ayeul , qui
par une difpofition teftamentaire , le réduifit
AVRIL: 1729. 653
duifit à fa légitime , vû fa Profeffion de
Poëte, qui le rendoit inhabile à la Magif-
» trature. Automole , élevé dans des principes
contraires à la vraye Religion , avoit
»fait une Profeſſion ouverte du Calvinif-
» me. L'Ayeul indigné le desherita. Quant
à Plutophage , qui prodiguoit fon bien en
» folles dépenfes, il le traita en diffipateur ,
>> & fit en faveur des enfans de ce prodigue
Dune fubftitution de la quotte- part des
D biens qu'il lui laiffoit . Pour ce qui eft
» de la Charge dont il privoit l'aîné de les
» petits - fils , & des biens dont il dépouilloir
le premier Cadet , il en fit donation
Ȉ Meliffe , fon neveu , qui par des ma-
" nieres douces & infinuantes , avoit ga-
» gné l'affection du Vieillard. De plus les
> enfans de ce même Meliffe furent fub-
» rogez à ceux de Plutophage , fuppofé
>> que ceux - ci ne puffent jouir de la fub-
»ftitution.
»Cependant les trois difgraciez , après
» de férieufes réflexions , rentrerent peu
» à-peu dans le devoir, & regagnerent par
des fervices confiderables les bonnes
>>graces de leur Ayeul , qui fongeoit à
révoquer un Teftament qui leur étoit h
préjudiciable. Mais étant dans cette dif
pofition d'efprit , il fut tout à coup furpris
de la mort. Le neveu fut le feul à
qui cette mort fit plaifir . Point de deüil,
»point B
654 MERCURE DE FRANCE.
1
>> point d'obfeques dignes du rang de fon:
» Bienfaicteur. Les trois autres y fupplée
rent autant que leur fortune le leur
» permit.
» Ils intentent procès pour être rétablis
chacun dans leurs droits le neveu y
»met oppofition . Telle eft la Caufe dont
" on entreprend la décision .
M. le Boulanger faifoit le perfonnage
de Juge. Il propofa d'abord ce fujet en
peu de mots , & avertit les Plaideurs de
bannir de leurs Difcours cette aigreur qui
regne d'ordinaire dans les Procès. D'où
il prit occafion d'établir des maximes propres
à infpirer des fentimens d'honneur
& de probité.
» C'eft à vous , leur dit - il , de faire
>> valoir vos droits fans autre paffion
que celle de la juftice & de la verité.
>> L'équité n'emprunte jamais le langage de
» l'emportement. N'obéiffez qu'aux no
» bles fentimens que vous infpirent la
naiffance & l'éducation . Le Plaideur a
fes Loix , comme le Juge a les fiennes ;
>> elles doivent regler les paroles de l'uns
» comme elles reglent les Jugemens de
» l'autre. C'eſt ſe rendre favorable le ven-
» geur des Loix , que de les refpecter en
»fa prefence ; c'eft l'irriter que de les vio
»ler fous fes yeux , & c.
Dès que le Juge cut ainfi propofé, les
regles
AVRIL. 1729 .
regles du combat , l'Avocat de Meliffe fe
leva pour difputer la victoire.
Plaidoyer pour Meliffe.
On fuppofe que Meliffe occupé à recueillir
une riche fucceffion , n'avoit eû
ni le temps ni la volonté , ni peut - être
la capacité de plaider lui -même la Cauſe.
Il avoit remis fes droits entre les mains
d'un Avocat. M. Moreau foutint ce perfonnage
avec tout le feu & toute la vivacité
qu'on devoit attendre ; il paroît même
qu'il pouffa un peu loin le zele qu'il
devoit avoir pour fon Client , & qu'en'
fa faveur il déguifa un peu lá verité ,
en faifant entendre que Meliffe accablé
de trifteffe ne pouvoit pas même veiller
à fes propres interêts , & que fa douleur
l'avoit contraint d'emprunter une voix
étrangere. » Quel contrafte ! s'écrie - t - il ,
» des fils ingrats & dénaturez s'élevent
» aujourd'hui contre le Teftament de leur
>> pere; ils viennent attaquer fes difpofitions
»les plus autentiques ; difpofitions refpectées
chez les Peuples les plus barbares
» un neveu reconnoiffant venge la querelle
de fon oncle, & foutient la juftice de ſes
» dernieres volontez ; quoi de plus décifif
» en fa faveur. Un Difcours fi artificieux
Convient affez au caractere d'Orateur.
Bij
L'A6.56
MERCURE DE FRANCE .
L'Avocat ayant ainfi prévenu fes Juges,
entreprend de prouver qu'on a tort de
difputer à Meliffe des biens fur lesquels
il a un droit évident & certain. Il prétend
1. que les trois Coufins de Meliffe
n'ont été privez des biens de leur Ayeul
que pour de juftes raiſons énoncées dans
le Teftament . 2 °. Que les Coufins étant
légitimement exclus , c'étoit Méliffe que
les Loix inftituoient Legataire.
Premiere Partie.
Il fuffit , dit l'Avocat , d'expofer les
raifons d'exhéredation énoncées dans le
Teftament , pour en faire voir la folidité.
Philodrame eft privé de la Charge de fon
Ayeul pour avoir embraffé la Profeffion
de Poëte Comique. La Loi Romaine exelud
de la Magiftrature les Enfans de famille
qui exercent le vil métier de Comedien.
Peut- on croire en effet qu'un
homme ait des moeurs , quand il s'affocie
à des gens , qui pour l'ordinaire n'en ont
point & dont la Profeffion eft fouvent par
elle-même l'écueil de l'innocence ?
Philodrame ne peut fe difculper qu'en
mettant une difference chimerique entre
les Auteurs & les Acteurs. Mais y auroit
il des Acteurs s'il n'y avoit des Aufeurs
occupez à leur fournir des Pieces
conformes
AVRIL. 1729 . 659
>
conformes à leur génie & à leur caractere?
Eft- ce la voix , eft - ce le geſte ſeul du Comedien
qui fait le danger des Spectacles ?
Ne font- ce pas plutôt les idées , les fer
timens & les paffions que leur prête l'imagination
de l'Ecrivain ?
Automole avoit abandonné la Religion
de fes peres en fe faifant Calvinifte . N'eftce
pas lui-même qui a dicté fon Arrêt, en
fuivant par entêtement une Doctrine profcrite
& deffendue dans le Royaume ?
N'eft- il pas jufte de retrancher un membre
corrompu qui peut porter l'infection
& la mort dans toutes les parties du corps?
Quel defordre , quelle divifion , quels
éclats auroit produit un efprit vain & entêté
de fes propres idées , furtout en ma
tiere de Religion ? Il ne peut fe réfoudre
à penfer comme le vulgaire , il veut ſe
démêler de la foule , en difant ce que nut
autre n'a dit , ou ce que peu d'autres ont
hazardé , &c. Un ton hardi & décifif
tient lieu de raifon. Cet air de confiance.
impofe aux efprits fuperficiels . Ils embraffent
par vanité des fentimens aufquels
ils n'ofent renoncer par mauvaiſe honte.
Le fage Magiftrat prévit ces maux. Il ne
voulut point attendre que l'autorité publique
armât les Loix contre l'Apoftat.
Il crut fauver l'honneur de la Religion de
fa famille , en exerçant fur lui la rigueur
"
B iij
des
658 MERCURE DE FRANCE :
(
des Edits , &c. & de la Novelle 115 , qui
ordonnent expreffement de desheriter
ceux qui abandonnent la foi de leurs Pexes.
Avita religionis transfuga exheres efto.
Le dernier Prétendant étoit un diffipateur.
Plutophage s'étoit déja ruiné par fa
prodigalité. Dès la jeuneffe il s'étoit épuisé
en folles dépenfes. Il avoit perdu tout
crédit , & il n'attendoit plus que les hor
reurs d'une trifte & honteufe indigence.
N'étoit- ce pas un avertiffement pour
l'Ayeul de pourvoir à la feureté des biens.
d'une famille honorable ? Pouvoit- il les
lui affurer plus fagement que par la voye
de fubftitution ? La Loi ne l'a établie que
pour foutenir les familles , & les mettre à
couvert du danger où les expofent la pro
digalité & la diffiparion .
Tous ont donc été légitimement exclus
de la fucceffion . Il ne reste plus qu'à prou
ver qu'au défaut des petits- fils , Meliffe
eft devenu légitime heritier du Teftateur..
Seconde Partie.
» Meliffe étoit neveu du Teftateur. Il
lui avoit tenu lieu de fils , il l'avoit feul
dédommagé de tous les chagrins que lui
»caufoient des Enfans rebelles & indoci
les. Seul il merita fa tendreffe , feul il
dut en avoir les gages les plus précieux.
Par où peut- on lui difputer un droit f
a bien
AVRIL. 17297 % 659
»
» bien établi ? Il faut neceffairement atta
» quer le Teftament , en difant , ou qu'il n'a
» pas été regulier , ou qu'il a été révoqué
» par un Codicile ou Teftament poſterieur.
>>> Or ces deux moyens ne peuvent avoir
» de force dans la Caufe dont il s'agit.
» point d'Acte plus régulier que le Tefta
» ment du fage Magiftrat ; revêtu de tou-
» tes les formes juridiques , il eft entiere
Danent hors d'atteinte. Un Acte informe
auroit- il pû partir d'une main habile &
experimentée ? Un efprit verfé dans l'é
tude des Loix , accoûtumé à réfléchir
"fur les Uz & Coûtumes , fe feroit - il dé-
>imenti dans un Acte fi important ? D'ail
e leurs il le fit jouiffant d'une fanté par
faite,dans cet âge où le bons fens meuri
" par une verte vieilleffe & fortifié par
Dune longue experience , préfide au juge-
» ment des hommes . Pourra - t- on dire que
le Teftament a été révoqué ? qu'on mon
» tré donc un Codicile ou un autre Tef
tament; qu'on nous oppofe Acte à Acte,
» Ecrit à Ecrit. On fera valoir des projets ,
» des confidences faites à des amis , des
» promeffes peut - être & des paroles équi
» voques . Mais des preuves fi foibles pourroient
- elles préjudicier à un Acte authen
» tique ? non fans doute . Il ne reste done
» qu'à confirmer le Teftament . En agir au
trement ce feroit inquiéter les cendres
B iiij » d'un
660
MERCURE DE FRANCE.
» d'un homme , qui pendant ſa vie affura
» le repos des familles , & ne pas rendre
>>juſtice à un illuftre Magiftrat qui fe fir
>>toûjours un devoir de la rendre au pu-
>> blic .
Ce Difcours foutenu de tant de preuves,
& prononcé avec beaucoup de force &
de vivacité , devoit faire une grande impreffion
fur l'efprit du Juge. Les Parties
n'en devinrent que plus animées à ſe deffendre
, &
Philodrame
commença le premier
fon Apologic.
Plaidoyé de Philodrame.
Il falloit détruire les fâcheufes impreffions
qu'avoient dû faire les accufations.
de l'Avocat. On avoit taxé
d'ingratitude
la demande que les Prétendans
faifoient
aux Juges ; on ne vouloit pas même qu'il
leur fût permis de fe plaindre & de faire
produire leurs moyens de deffenfe . Philodrame
protefte qu'il
garderoit encore
un profond filence , & qu'il n'auroit ofé
attaquer le Teftament d'un Ayeul , qu'il
refpecta toûjours , s'il n'étoit für des
difpofitions de fon coeur. Soumis à toutes
les volontez d'une perfonne fi chere , quelques
funeftes qu'elles puffent lui être , il
s'y
conformeroit encore , s'il ne fçavoit
fûrement les deffeins qu'une mort trop
promte l'empêcha
d'executer. M. de la
Borde ,
AVRIL. 1729 661
Borde , fous le nom de Philodrame , prononça
cet Exorde avec beaucoup de grace .
Le ton , le gefte , l'air de l'Orateur , faifoient
fentir que ce Difcours étoit une expreffion
fidele de fes fentimens & de fon
'heureux naturel. Il entra enfuite en matiere
, & propofa ainfi fa divifion . 1º. La
Poëfie , bien loin de rendre un Sujet inhabile
à la Magiftrature, lui donne des avantages
pour l'exercer dignement.
2 °.Quand la Poëfie feroit une raifon
abfolue d'exclufion , cette raiſon ne fubfifte
plus depuis qu'il s'eft appliqué conftamment
à l'étude de la Jurifprudence .
Premiere Partie.
Quelque divorce qu'on ait fait avec la
Poëfie,elle laiffe tojours de profondes traces
dans une imagination dont elle s'eft
une fois emparée ; ainfi il n'eft pas éton
nant que le Difcours de Philodrame emprunte
quelque chofe de fes ornemens &
de les figures hardies . Il affura que Thémis
& Apollon ont enſemble plus de conformité
qu'on ne l'imagine d'ordinaire . Il
fit un parallele de ces deux Divinitez ,
lequel n'avoit rien de ferieux , que la maniere
noble dont il étoit manié ; puis il
entra dans le fonds de fa preuve, en montrant
qu'en effet la Poëfie peut être trèsutile
à un Magiftrat.
Bv » Si
#62 MERCURE DE FRANCE
» Si le Magiftrat , comme il arrive fou
» vent , eft obligé de ſignaler fon éloquen-
» ce dans quelque occaſion éclatante , quel
fecours ne trouvera- t- il pas dans l'ufage
» de la Poëfie ? C'est elle qui orne , polit,
n égaye , fertilile , élevé l'eſprit : c'eft elle
qui l'enrichit de traits brillans , de nobles
widées , de grandes images ; elle rend le
ftyle vif , animé , fublime , fécond en
>> caracteres & en expreffions , tantôt rian-
» tes , tantôt naturelles , tantôt fines & de-
»licates , tantôt fortes & magnifiques; fans
» elle le difcours devient froid , l'éloquence
languit , l'Orateur n'a plus cet agré
» ment , cette vivacité , ce beau feu , ces
»heureufes faillies & ces graces touchan-
»tes qui chatment , qui enchantent , qui
tranfportent , qui raviffent , & qui enle .
vent de gré ou de force les fuffrages de:
PAffemblée . On a tort de confondre un
Poëte celebre avec de vils Comediens..
Scipion , le grand Scipion , ne fe crut pas
dégradé pour avoir aidé Terence de fes:
Junieres & de fes avis judicieux ; on crut
même que non content de lui communiquer
les propres penfées , il travailla de
Concert avec lui . Fut il pour cela deshonoré
, fut il banni du Sénat ? Sa réputation
, bien loin de recevoir aucune atteinte
, n'en devint que plus éclarante .
Cependant on avoue que la Poëfie , fu
jetre
AVRIL. 1729. 663
jette à des fougues bizares , ne convient
pas affez à la gravité d'un Magiftrat ; &
Philodrame fonde fes prétentions principalement
fur l'heureux changement qui
le fit renoncer aux caprices & aux rêveries
du Parnaffe , pour fe foumettre à l'empire
honorable de la juftice , de la raiſon & du
bon fens.
Seconde Partie.
Philodrame , après avoir expofé modeftement
les progrès qu'il fit dans l'étude
du Droit , paffe aux avantages qu'il en re
tira & dont les prémices furent confacrées
à fon Ayeul. On lui avoit fait un de ces
procès critiques , où l'honneur & les biens
font également intereffez. Philodrame,
étoit à l'Audience tandis qu'on plaidoit
la Caufe. Il s'apperçut que l'Avocat la
deffendoit mal , & que fon Ayeul couroit
rifque d'être condamné. Il prend la parole .
il faifit fi bien l'affaire , qu'il emporte les
fuffrages de tous les Juges. L'Ayeul furpris
& charmé , lui fit l'accueil du monde
le plus gracieux , il femble oublier la
Poëfie qui avoit été Poccafion fatale de
Les mécontentemens , & Paffure qu'il révoquera
le lendemain ce Teftament injurieux
dont on demande la caffation .
Si le Vieillard eût vêcu , on peut croire
qu'il auroit executé fa promeffe. Un
Bvj Acte
664 MERCURE DE FRANCE .
}
Acte authentique termineroit aujourd'hui
la conteftation . Mais dans le temps même
qu'il affuroit Philodrame d'une parfaite
réconciliation , une mort prématurée l'enleve
à fes yeux . On peut juger combien
il fut fenfible au coup funefte qui tranchoit
fes plus cheres efperances. Meliffe
étoit auffi prefent à ce trifte fpectacle ,
mais il témoigna affez, par fa conduite que
l'idée d'une riche fucceffion étouffoit dans
lui les fentimens que la Nature & la reconnoiffance
auroient dû lui inipirer. C'en
eft affez pour détruire les Eloges dont fon
Avocat l'avoit comblé ; mais le Teftament
fubfifte encore , & la décifion dépend encore
de la fageffe & de la penetration du
Juge.
Plaidoyé d'Automole.
2
M. Durant , qui récita , le Plaidoyé , fit
fentir que le perfonnage convenoit bien
à fa douceur & à fa docilité naturelle .
Tout y répondoit ; un ton de voix infi
nuant , un air modefte , des mouvemens
fouples & aifez , propres à intereffer en
fa faveur. Dans un Exorde fimple il fit
l'expofition de fa malheureufe fortune . 11
avoüa qu'après avoir perdu la foi , il méritoit
de tout perdre . Il convint que fa
révolte opiniâtre contre les autoritez les
plus refpectables , étoit une jufte raison de
le
AVRIL 1729. 669
le desheriter ; mais enfin étant rentré dans
la Religion de fes Peres , il prétend rentrer
dans fes droits , fondé fur deux raifons
, 19. fon erreur fut des plus excufables.
2 °. Son retour fut des plus éclatans.
Premiere Partie.
Automole appelle une erreur excufable
celle que l'on embraffe par une espece
de contrainte , & à laquelle on demeure
attaché plutôt par les liens d'une forte
conviction, que par ceux d'un entêtement
volontaire. L'erreur dont Automole fut
imbu dès l'enfance , porte ces deux caracteres.
A peine fa raifon commença - t - elle
à fe développer , que l'on confia fon éducation
à un Calvinifte déguifé , nouvellement
arrivé d'Angleterre . Cet habile impofteur
avoit tout ce qu'il faut pour féduire
l'innocence de fon Eleve. Il le gagna
par des manieres douces , infinuantes,
modeftes & réfervées . Par fes dogmes
pernicieux fur la liberté de l'homme , il
fe précautionnoit infenfiblement contre
les plus juftes remords . Enfin il fçut lui
infpirer un fouverain mépris pour tout
ce qui pouvoit le détromper. Eft il étonnant
qu'un Enfant incapable d'artifice &
de défiance , fe foit laiffé abuſer par un
hommé qu'on lui avoit ordonné de croire
comme un Oracle ? Doit- on lui faire un
crime
666 MERCURE DE FRANCE.
crime d'avoir écouté avec docilité un Maître
qu'on lui avoit repreſenté comme un
homme defcendu du Ciel ? Le fourbe le fit
enfin connoître . On le chaffa ; mais il ne
fut pas ailé de détruire les impreffions que
fes leçons avoient faites dans l'eſprit d'Automole.
Il auroit crû faire un crime s'il
en avoit reçû de contraires ; la confcience
allarmée le rendit inflexible. La vûë même
de l'exhéredation ne peut l'ébranler.
N'étoit- il pas plus malheureux que cou
pable ? La Loi a - t - elle prétendu traiter de
rebellion une conduite fondée fur tant de
droiture & de conftance ? Quoiqu'il en
foit il a pleuré fon erreur , & fon retour
éclatant doit parfaitement le jultifier.
S.conde Partie.
Automole apprit que fon Docteur And
glois n'avant plus d'interêt à fe déguifer,
s'humanifoir beaucoup dans la pratique ,
malgré son apparente feverité. La conduite
irréguliere du Maitre , donna lieu à de
fages reflexions , & difpofa le D.fciple à
écouter les avis judicieux de tes amis. Il
lûr les Livres propres à le faire revenir do
fes préjugez Une férieule méditation diffipa
le nuage que l'impofteur avoit formé
dans l'efprit de fon Eleve. Automote confus
, vint lui -même abjurer Phérefie aux
pieds
AVRIL. 1729. 667
pieds de fon Ayeul . Le fage Magiftrat ,
pour s'affurer de fa perfeverance differa
encore quelque temps à le rétablir dans
fes droits & tint fecrette la réfolution qu'il
en avoit prife. Ces mêmes amis qui l'avoient
engagé à donner à fon fils le Maî
tre qui l'avoit perverti , voulurent encore
s'entremettre pour la réconciliation.
d'Automole . Ils tâcherent de perfuader
PAyeul que les points conteftez étoient
plutôt des objets de difpute , que des ar
ticles de foi ; que dans ces fortes de querelles
les honnêtes gens prenoient le parti
d'une fage indifference . L'Ayeul fe laiffoit
ébranler ; Automole entrevit le piege &
faifit cette occafion de témoigner fon zele
& fa fermeté. Il fit entendre à fon tour
que l'indifference approche fort de l'in
credulité , que fe taire en certaines rencontres
, c'eft confentir , c'eft prévatiquer,
c'eft trahir. Ces difcours jettez à propos
& foutenus avec force, affermirent l'A yeul
& l'empêcherent de ceder au torrent . Il
fentit l'importance du fervice qu'on lui
avoit rendu , &c. & en preſence de fes
veritables amis , il protefta qu'il avoit
rendu fon amitié à Auromole , & qu'il
vouloit révoquer fon Teftament. Un trépas
imprévû la empêché de mettre le fceau.
à une promeffe fi raifonnable . C'eſt aux
Juges à interpreter des volontez fi conformes
668 MERCURE DE FRANCE.
formes à la nature , à l'équité & aux insentions
d'un fage Pere de famille ,
Plaidoyé de Plutophage.
Plutophage étoit celui des trois prérendans
dont la conduite fembloit la plus
difficile à excufer. M. Riquet de Bonrepos
, étoit chargé de cette Caufe , il la
plaida avec tout l'agrément que peut donneur
une aimable gayeté , foutenuë d'un
efprit vif & ailé. La fubftitution , dit -il ,
n'a été établie que pour la gloire & l'avantage
des familles. Ainfi dès qu'une
fubftitution eft contraire à l'un ou à l'autre
de ces deux points , elle doit être cenfée
faite contre les Loix . Celle dont il s'agit
eft contraire à tous les deux , elle bleffe
mon honneur , elle ruine ma fortune , elle
eft tout-à- la fois infamante & préjudicia
ble au bien de ma famille.
Premiere Partie.
Les motifs énoncez dans le Teftament
impriment une tache ineffaçable à la réputation
de Plutophage ; voici les termesexprès.
En outre, ne voulant que Pluto-
» phage diffipe les biens qui lui reviendront
» de ma fucceffion , comme il a follement
dépenfé ceux qu'il tenoit de feu fon pere
» & de feue fa mere ; je veux & prétends
que les fonds qu'il heritcra de moi foient
» fub-
"
»
AVRIL. 1729: 669
»ſubſtituez à ſes enfans , & à leur deffaus
>> aux enfans de Meliffe mon neveu bien
>> aimé. On ne peut pas mieux marquer
un diffipateur. Ici Plutophage développe
fort au long les idées qu'on a attachées à
ce nom odieux , il en fait fentir les confequences
fâcheufes , & demande après
tout à quoi le réduit cette prodigalité dont
on lui fait un crime. Etoit - il de ces Joueurs
déclarez , qui expofent fur une carte , &
à un coup de dez le revenu de plufieurs
années ? L'a- t - on vû donner des feftins
fomptueux où regnent la licence & le libertinage,
plutôt que le plaifir & la joye ?
Etoit-il de ces hommes fantafques , que
l'on voit fans ceffe occupez à démolir &
à bâtir fans pouvoir fatisfaire leur goût
bizarre & leur inquiete vanité ? Non , fes
dépenfes furent toûjours honnêtes . Il aimoit
à fe divertir avec les amis & à les
aider dans leurs befoins . Il a été payé d'in- `
gratitude. Pour comble de malheur , l'Intendant
de fa maiſon le réduifit bientôt à
voir fes Terres en decret. Le perfide les
achetoit fous main . La génerolité feule à
empêché Plutophage de lui faire payer la
peine de la friponnerie . Voilà les fautes
qu'on peut reprocher à fa prodigalité; méritent-
elles d'être punies par un châtiment
dont l'infamie rejaillira fur toute fa pofterité?
Refte àprouver que la fubftitution n'eft
pas
670 MERCURE DE FRANCE .
pas moins préjudiciable à fa fortune qu'à
fon honneur.
Seconde Partie .
La fubftitution met un homme hors
d'état d'augmenter la fortune , il n'a nul
fonds fur lequel il puiffe comprer . Peut- il
faire de nouveaux acquets ? Les Terres i
les Charges , tout ce qui peut illuftrer la
Maifon , lui échappe des mains. Dans ces
triftes conjonctures il faudroit emprunter ;
mais où trouver du crédit pour des eme
prunts quand on eft chargé d'une ſubſti
tution ? en trouvât - on ? il faudroir s'affujet
à un gros interêt , au péril de fe ruiner
Il est vrai que Putophage trouva un ami
fidele , qui à fa confideration , fit un prêt
confiderable à fon Ayeul , fans exiger au
cun interêt ; mais trouve- t on fouvent de
pareils amis ? Sans doute cet ami fage ,
prévoyoit que le Vieillard charmé , rendroit
les bonnes graces à Plutophage . Il
ne fut pas trompé dans fon attente. Le
Vieillard comprit que fon petit- fils ayant
des reffources fi fûres , n'étoit pas inca
pable d'apprendre à ménager fon bien ,
puifqu'il fçavoit fe ménager de tels amis.
ille rappella , il l'admit dans la confidenee
de les plus intimes fecrets , il le char
gea même de l'adminiſtration de les af
faires domeftiques . Peut- on raiſonnablement
AVR IS. 1729. 677
mentcroire que fi lamort ne l'eût prévenu ,
fl eût tardé à révoquer cet Acte injurieux
que l'avidité de Meliffe avoit furpris , & c .
Plutophage a déja facrifié une année du
revenu qu'il attend de la fucceffion de fon
Ayeul , pour lui faire élever un fuperbe
Maufolée , parce qu'il a cru ne pouvoir
faire un meilleur ufage d'un bien que l'é
quité des Juges ne peut manquer de lui
attribuer , & c.
Replique de l'Avocat de Méliffe.
La caufe étoit, fans doute, fuffifamment
examinée ; mais Méliffe avoit choifi un
Avocat zélé. Dès qu'un Orateur a épousé
les interêts d'un Client , il n'a coutume de
ceder qu'à la derniere extrémité. La repli
que eft le trait qu'il tient en réſerve , & le
dernier coup qu'il porte à fes adverfaires
eft fouvent le plus dangereux . L'Avocat
de Méliffe entreprend de le juftifier des
differentes accufations dont on l'avoit
chargé dans le cours du procès . On a pré
tendu , dit -il , que la tendreffe de Méliffe
pour fon ayeul étoit feinte . Si l'on fe
per
met de fonder les coeurs , ne peut-on pas
interpréter malignement le changement
dont les trois intéreffez le font gloire ? Bien
plus , dans les difcours même qu'ils vien
nent de prononcer , on a remarqué les dé
fauts qui leur attirent l'indignation du
Magiſtrat
672 MERCURE DE FRANCE.
Magiftrat. Philodrame a parlé en Poëte f
Plutophage a fait l'éloge & l'apologie de
la Diffipation. Automole feroit bien malheureux
, fi l'on pouvoit conclure de fes
paroles , qu'il n'eft pas fincerement converti
; on ne peut fe permettre un tel ſoupçon.
Mais s'il a droit d'exiger qu'on juge
de lui favorablement , qu'il refpecte à fon
tour les fentimens de Meliffe , & qu'il ne
le taxe pas de diffimulation . Enfuite on
reprefente cet heureux heritier dans la trif
teffe & la douleur la plus vive , &c . Par
malheur , Plutophage avoit en main de
quoi confondre une Apologie hazardée &
qui n'avoit nul fondement. Il produifit'
une Lettre de Méliffe qui lui étoit tombée
entre les mains . Cette Lettre certainement
n'avoit point été dictée par la douleur ni
par la reconnoiffance que lui fuppofoit
fon Avocat. Elle étoit écrite à un ami
pour lui faire part de l'agréable nouvelle
qui le délivroit d'un Vieillard incommode
, dont la vie mettoit obſtacle à fes plaifirs
. Il deffend, avec un ſtile railleur, qu'on
faffe avec éclat les funerailles d'un homme
modefte , qui ménagea toujours la dépen
fe. Enfin il invite fon ami à venir au plu
tôt dans la belle Maiſon qu'il tient du Teftateur
, pour y noyer fon chagrin dans le
vin……… . .. O l'affligé ! ô l'inconfolable
légataire !
Lo
AVRIL. 1729. 675
JUGEMENT.
Le Juge établit d'abord quelques prineipes
fur lefquels devoit rouler fa déciſion,
Ce perfonnage demandoit plus de gravité
que de feu , & ne fut pas moins bien foutenu
que ceux qui avoient précédez . 11
pola pour principe , 1 ° . que toute difpofition
teftamentaire , qui exclud les heritiers
naturels , doit être légitime & ap
puyée fur les Loix ; 2 ° . que cette difpoition
n'eft valide qu'autant qu'elle eft fixe ,
permanente & non révoquée par un acte
pofterieur ou exprès ou équivalent.
On ne peut
difconvenir
que l'exhéréda
tion n'ait été légitime
dans fon principe
.
Philodrame
par fa profeffion
de Poëte Comique
& Satirique
s'étoit
rendu
indigne
de la Magiftrature
. Automole
allegue
envain
la féduction
. Son entêtement
a duré
trop long-tems , & étoit trop dangereux
,
pour ne pas mériter
un châtiment
exemplaire.
Plutophage
ne peut fe plaindre
que
de lui -même ; fes dépenfes
étoient
nobless
mais enfin fon bien s'eft trouvé
dépenfé
Il falloit
affurer à fes enfans une fubfiftance
honorable
. Le fage pere de famille
ne
pouvoit
mieux
y pourvoir
que par une
fubftitution
. Il n'eft pas moins
évident
,
qu'au défaut des enfans de Plutophage
, la
fubftitution
devoit
paffer à ceux de Meliffe
;
674 MERCURE DE FRANCE .
}
liffe ; parce que la ligne directe s'excluant
elle- même par fon mauvais procédé, l'héritage
doit être tranféré à la ligne collótérale
.
Examinons fi la volonté du Teftateur a
été fixe & permanente. Plufieurs témoins
dignes de foy , dépofent qu'il avoit changé
de volonté , & qu'il s'étoit hautement
expliqué fur ce changement . Les fervices
fignalez que lui avoient rendus les trois
freres ; les marques de réconciliation qui
fe font données de part & d'autre, en font
des preuves inconteftables. La conftance
qui a fuivi le repentir qu'ont fait paroître
les prétendans , eft encore , pour eux ,
un préjugé favorable . Nul d'entr'eux ne
s'eft démenti , &c . Plutophage même a
marqué fa tendreffe d'une maniere bien
louable , en faifant élever un Tombeau
magnifique à fon Ayeul . Par là il a fuppléé
au défaut de Meliffe , dont l'ingratirude
eft trop évidente pour qu'on en puiffe
douter. Trop coupable, pour n'être pas .
punic.
A ces caufes , faifant droit aux Parties,
&c. Ordonnons que ladite difpofition teftamentaire
, faite en faveur de Meliffe , foit
& demeure infirmée , révoquée , annullée
& caffée par rapport à fes prétentions fur
la Charge , fur les biens de l'exheredé &
fur la fubftitution deſtinée à fes enfans, au
défaut
AVRIL. 1729. 675
défaut des hoirs de Plutophage ; la fauffe
tendreffe dudit Meliffe pour fon grand
oncle vivant , fon ingratitude prouvée en
vers ce même teftateur mort,méritant une
punition exemplaire , & fondant une forte
préfomption de ce que feroit le donateur
, contre l'ingrat , s'il voyoit ce que
nous voyons, & c . Ratifions & confirmons
par cet Arrêt , la fubftitution des biens de
Plutophage à fes enfans , & ne lui en laiflons
que l'ufufruit , de peur qu'il n'aliéne
les fonds , & c. Voulons en outre que les
freres dudit Plutophage le dédommagent
des frais qu'il a genereufement avancez
pour les funerailles , & qu'au cas qu'il
meure fans pofterité, il difpofe de fes biens
par teftament , fans que lefdits biens puif
fent échoir aux enfans de Meliffe , que
nous déboutons de toutes les demandes
faites par fon Avocat. Dépens compenfez.
Le Juge termina la Seance en compli
mentant les Plaideurs ; fes louanges fines
& délicates lui mériterent à lui-même les
éloges & les applaudiffemens de toute l'affemblée.
Nous fommes mortifiez de ne
pouvoir donner qu'un précis imparfait de
ces plaidoyers , dont on ne peut faire fentir
toute la force qu'en leur donnant une
jufte étenduë.
A
LE
676 MERCURE DE FRANCE.
XXX:XXXXXX :XXXXXX
LE MARECHAL DE VILLARS
ODE
Toi , qui fous le nom d'Horace ,
Chantas les Heros & les Dieux ,
Mufe , de ma lyrique audace ,
Conduis l'effor ambitieux.
En proye au plus charmant délire,
Je vais celebrer fur ma Lyre ,
Des combats , des Explois divers ;
Des vertus toûjours triomphantes ,
Et de ces couleurs éclatantes ,
Peindre Villars à l'Univers .
Jeune encor, ce nouvel Alcide ,
Dédaignant d'un honteux repos ,
Va montrer un coeur intrépide ,
Dans la carriere des Héros.
Hector François , foudre de guerre ,
Il étonne toute la Terre ,
Au bruit de fes fameux Exploits ;
Auffi furpriſe que charmée ,
Pour lui l'active Renommée ,
N'a pas affez de fes cent voix,

Déja
AVRIL. 1729 677
Deja , conduits par la Victoire,
L'Aigle voit flotter fes drapeaux ;
Une riche moiffon de gloire ,
Suit les efforts de ce Héros .
Là d'un ennemi ( a ) domeſtique ,
Domptant la fureur fanatique .
Il lui porte le coup fatal ;
L'Anglois ( 6) ailleurs perd fon audace ,
Ce nouveau Marcellus efface ,
Les premiers fuccès d'Annibal.
Il marche armé de fon Tonnerre ;
La terreur annonce fes coups .
Auteurs d'une fanglante guerre ,
Redoutez fon jufte courroux .
Il vient ; tout fuit , déja la Flandre ,
N'offre que des Villes en cendre
Un Pays de fang inondé :
A la noble ardeur qui l'entraîne ,
Le Germain reconnoît Turenne ,
Le Flamand croit revoir Condé.
Mais que vois - je ? aux yeux de Bellone;
Après tant de fuccès divers ,
La Fortune qui l'abandonne
Nous fait éprouver des revers ;
(a ) Il réduifit les Fanatiques aux Cevennes,
( b) Marlborough,
C Conftant
678 MERCURE DE FRANCE .
Conftant à braver fes caprices , (a)
Ce n'eft point par des Sacrifices
Qu'il fixe fa legereté ;
L'effort de fa paifible audace ,
Du fein même de la difgrace ,
Fait naître la profperité.
Ici s'offre un jour mémorable ,
Mufe , ranime mes accords ;
Nouveau Gerion de la Fable ,
Il femble animer plufieurs corps .
D'un coup il garantit la France ,
Landrecy voit fa délivrance ,
Marchienne fes murs foudroyez ;
C'en eft fait , Dénain nous étale
Dans une peinture fatale ,
Cent Peuples dans leur fang noyer,
Peuples, oubliez vos allarmes ,
Du repos goûtez les attraits ,
Villars , Maître du fort des Armes ,
Devient Miniftre de la Paix.
Son bras qui lançoit le Tonnerre ,
Eteint le flambeau de la guerre (6)
Dans les flots orgueilleux du Rhin ;
(a) Bataille de Malplaqué.
(b) il fit la Paix en Allemagne.
Qüi
AVRIL.
679 1729
Oui, la difcorde fe retire ,
Et les trois Soeurs du fombre Empire
Nous filent un heureux deftin.
C'eft peu de cette ardeur guerriere ,
Et de ce courage indompté ,
Son nom par une autre carriere ,
Parvient à l'immortalité .
Je vois les mains des doctes Fées , (*)
Lui dreffer d'immortels Trophées
Dans le Champ des paifibles Arts ;
Tel que le Vainqueur de Carthage ,
Villars , par un noble affemblage ,
Joint l'Olive aux Lauriers de Mars.
M
Triomphez , Filles de Mémoire :
Votre fidele Nourriffon ,
Toûjours foigneux de votre gloire ,
Eft devenu votre Apollon.
Au fein de l'Emule d'Athénes ,
Pour former des Lyres Thébaines ,
Il vous fait naître un Mont (d) facré ;
Epuifez vos fons Pindariques ,
( a ) Il est un des Quarante de l'Académie.
Françoise.
· (b) Académie de Marseille dont il eft Prote&
eur.
C ij Et
680 MERCURE DE FRANCE.
Et que dans vos Concerts Lyriques
Villars foit toûjours celebré.
Quis potis eft dignum pollenti pectore carmen
Condere pro rerum majeftate . Lucret .
P. L. P.R. D. L.
Le fujet de cette Ode a été propofé par
l'Académie de Marſeille , pour le Prix de
cette année 1728 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
aux REPONSE de M. de Mos
Remarques critiques , faites fur le nouveau
fyftême de Chant.
P
Our ne laiffer aucun doute au public
fur les avantages du nouveau fyftême
de Chant, & pour en bien affurer Noffeigneurs
les Evêques pour l'Impreffion des
Livres d'Eglife dans leur Diocèſe, on établit
icy tous ces avantages,& on offre d'en
démontrer les preuves , même de pratique
, devant Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences.
Et afin que tous les Muficiens puiffent
facilement propofer leurs objections , M*
l'Abbé Bignon , qui a permis les Experiences
qu'on fouhaitera de faire là -deffus,
veut bien avoir la bonté de recevoir toutes
les Critiques manufcrites qu'on voudra
communiquer à l'Académie, pour que
l'Auteur donne la folution à toutes les dif
ficulAVRIL:
1729. 681
ficultez , non feulement par des preuves
de raiſon , mais encore de pratique. Les
Muficiens , fur tout ceux qui font attachez
aux Eglifes , ont trop de zele pour
ce qui peut contribuer au Chant des louanges
de Dieu , pour ne pas communiquer
leurs lumieres dans cette occafion. Afin
de ne point laiffer M M. les Evêques en
doute du parti qu'ils doivent prendre ,
dans un tems ou plufieurs Prélats font à la
veille de faire imprimer leurs Livres d'Eglife
en Plein -Chant. L'Auteur du ſyſtême
les prie de lui faire cette grace dans
ce tems- ci , parce qu'il ne pourra pas toujours
être à portée de répondre aux objec
tions qu'on pourra former dans la fuite .
1. Art. Le nouveau fyftême de Chant
conftitue la diftance des tons , femi- tons
& les differens intervalles , d'une maniere
beaucoup plus facile , plus fenfible , plus
jufte, plus égale, & moins changeante que
les autres.
Cet Article eft le feul qui ait été com
batu par les Critiques. Ils ont crû que les
Notes étant imprimées en ligne directe
elles n'avoient pas l'avantage de l'échelle
du fyftême de Guy Aretin , pour la diftance
qui fe doit trouver entre les tons
& les intervalles .
Je réponds qu'ils ont plus fait d'attention
au materiel de la Note, qu'à fon effet,
C iij qui
682 MERCURE DE FRANCE.
qui eft le principe de ce fyftême.Car quoique
les Notes foient imprimées en ligne
directe , & qu'il n'y ait point de diſtance
de haut & de bas entr'elles , il fuffit qu'il
y en ait dans leurs difpofitions. Ce n'eft
pas la Note qui forme le ton , mais l'angle
de la page où elle eft tournée ; parconfequent
ce n'eft pas à la Note à former
la diftance des tons & des intervalles
, parce qu'elle n'eft en cela que comme
une main qui du doigt montre le ton &
fa diftance dans l'angle de la page où elle
eft tournée . Cela étant , la diſtance d'un
ton ou d'un intervalle , confiftant dans les
angles d'une page , elle eft certainement
plus vifible & plus fenfible , & c . que celle
d'une corde à une eſpace , & d'une eſpace
à une corde , qui eft prefque impercep
tible .
II. Il fournit aux élevations & abbaiffemens
doubles des fons ,fans aucun changement
, confufion , ni bouleverfement de
Notes qui font tres -fréquentes dans l'ancien
fyftême , par la quantité de tranſpofitions
, qu'on ne peut éviter.
III. Il facilite plus que tous les autres
toutes les regles neceffaires pour apprendre
la Mufique en tres- peu de tems.
IV. Il fatigue beaucoup moins le jugement
, la mémoire , la vuë & l'attention
que tous les autres.
V.
AVRIL. 1729. 689
V. De tous les ſyſtèmes il eft celui qui
change le moins dans celui de Guy Aretin
, univerfellement reçu .
VI. Il eft plus facile , plus sûr & plus
court à imprimer, à apprendre & à mettre
en pratique , que tous les autres .
VII. Il procure des Livres plus.commodes
, plus complets & à meilleur marché
que les autres.
VIII. Il a tous les avantages des autres
fans avoir aucun de leurs défauts .
IX. Il s'oublie beaucoup moins faciles
ment que tous les autres ; & il eſt à la
portée de l'ignorant & du fçavant.
X. Il donne enfin une connoiffance de
la Note, plus fimple, plus aifée , plus jufte
& plus naturelle que les autres.
Dans ce nouveau fyftême on connoît
les Notes par elles - mêmes , comme on
connoît un B. un C. un D. par leur propre
difpofition & figure , & chaque Note
a toujours la même direction vers l'angle
de la page qui lui donne fon nom, dans
toutes les octaves ; fuppofé même qu'il
y en eut cent. De plus il n'y a que fept
difpofitions de Notes à apprendre , leſquelles
onfe peut fixer dans l'idée de plu
fieurs manieres , par un feul acte de conception
; & quiconque fçait l'ordre des
Notes de cette Gamme , pour le Plein-
Chant , le fait auffi pour la Mufique .
Ciiij Voyez
684 MERCURE DE FRANCE.
Voyez les Méthodes imprimées.
Dans le fyftême d'aujourd'hui les Clefs
qui peuvent être tranfpofées fur toutes les
Cordes , felon le caprice des Compofiteurs
, font de la Gamme une efpece de
Labyrinte,dont il eft tres - difficile de trouver
Piffuë ; on paffe fubitement de la
Clef d'Ut , fur la premiere Corde , à la
même Clef fur la deuxième ou la troifié
me ; auffi-tôt l'on revient à la premiere ,
& puis la Clef change ; ce n'eft que par
cette multitude de tranfpofitions qu'on
conftitue les élevations & les abbaiffemens
doubles des fons . Or quel embarras
de connoître les Notes dans ce fyftême ,..
qu'on ne connoît que par conjecture ;
fçavoir , par le moyen de la Clef , la Cor
de , l'efpace & la Note même , trois chofes
qui concourrent à fa connoiffance. Quel
embarras , dis- je , & combien cela ne fatigue-
t il pas le jugement , la mémoire , la
vue & l'attention ! On vient de dire la ,fur
une corde , il faut dire fur cette mêmecorde
, ut , ou re , ou my , & c. felon la
Clef qui a changé. On fçait l'ordre des
Notes felon une tranfpofition ; lorsqu'on
apprend la 2 ou la 3e , on oublie la premiere
; ainfi des autres , au nombre de
dix dans le Plein - Chant , & de quarante
dans la Mufique ; chaque Clef pouvant
être tranfpofée fur toutes les cordes en b
mol, & en b carre.
AVRIL 1729. 685
Il arrive fouvent des irrégularitez par
des Notes douteufes qui fe trouvent plus
dans l'efpace que fur la corde , ou fur 11
corde que dans l'efpace ; ce qui cauſe tou
jours des cacophonies.
Il arrive encore ſouvent que deux Notes
qui conſtituent une tierce ou une quarre,&
c . font infailliblement mal difpofées,
quant à la diftance qui doit frapper les
yeux , en fe trouvant toutes deux fur une
même corde dans le tems des tranfpofi--
tions ; ce qui applique extraordinairement
, trompe les plus habiles & rebute
tous ceux qui apprennent à chanter . Tous
ces inconveniens ne peuvent arriver dans
le nouveau fyftême par la grande ftabilité
de la Note..
Enfin quelle difference entre la quantité
de volumes , extraordinairement gros,
incommodes & incomplets que conftitue
l'ancien fyftême de Chant , & celui que
conftitue le nouveau ſyſtême ! On a renfermé
dans la premiere Edition tout le
Chant Romain , dans un in- douze d'Hol
lande.
Quelle difference pour la facilité ! prefque
tout le monde fe rebute d'apprendre
l'ancien fyftême , à cauſe de ſes difficultez;
& aujourd'hui on voit par experience ,
des enfans , qui felon le nouveau fyftême ,
chantent la Note fans hefiter , ni fe trom
Cv pers
686 MERCURE DE FRANCE .
1
per dans la plus difficile piece de Mufique
, à la troifiéme leçon , avant même
qu'ils fçachent lire.
Quelle difference , dis - je , de dépenfer
dans un Diocèfe quatre cens mille livres,
pour fournir aux Diocezains les Livres
qui leur font néceffaires , imprimez ſelon
Fancien fyftême de Chant , & de donner
à chaque fidele tout le Chant de l'Eglife ,
dans un feul volume, pour 4 livres !
Quelle difference enfin de pouvoir avoir
pour cent écus une Bibliotheque parfaite
de Mufique , qu'on ne fe procureroit pas
aujourd'hui pour deux mille écus !
En un mot , quelle difproportion de
voir un petit nombre de Chantres dans
quelques endroits feulement qui fe crévent
à chanter tout feuls l'ancienChant & d'entendre
dans la fuite chanter par tout tous
les fideles d'une maniere édifiante & toute
naturelle !
Les objections qu'on pourra faire làdeffus
, donneront occafion dans la fuite ,
d'expofer tous ces avantages dans une
plus grande étenduë.
A
AVRIL 1729. 687
XXXX :XXXXXXXX
A MA D .. •
Le jour de fainte Geneviève , fa fête.
Q
BOUQUET.
Uel bouquet vous ferai- je ? on ne voit
plus de fleurs
Que fur les vifages des Belles.
Vous en êtes du nombre , & vos vives cou
leurs ,
En tout tems paroiffent nouvelles .
Mais les fleurs que je veux , où les prendrai
je , Iris ?
L'hyver n'a rien laiffé dans ce trifte Païs ,
Il a tout ravagé , jufques aux Immortelles.
Flore , tirez - moi d'embaras ,
Pour répondre à mes voeux , daignez faire un
miracle ;
Paroiffez , & qu'il naiffe aujourd'hui fous vos
pas ,
Des Roſes , malgré les frimats .
Vous m'exaucez ; quel aimable fpectacle
Aux charmans regards de vos yeux
J'aperçois mille fleurs éclore ;.
Plus d'un tendre Zéphirvous fuit & vous adore,
C vj Mille
688 MERCURE DE FRANCE:
Mille amours , mille ris embelliffent ces lieux
Et les rendent dignes des Dieux ...
Mais c'eft Iris , & je croyois voir Flore.
"
PAY M. L'AFFICHA RD , Chevalier
de l'Ordre. Social.
3787878787
MEMOIRE fur la Vie & fur les
Ouvrages du R. P. Sebaftien Truchet,
Religieux Carme , Académicien Hono
raire de l'Academie Royale des Sciences.-
E Pere Sebaftien Truchet , nâquit àà
LELyon, en pannéeToys, d'unebonne
famille de la même Ville , & de parenss
pieux. Il perdit fon pere dans fa premie
re jeuneffe , mais fa mere n'ayant que cet
enfant , n'oublia rien pour lui donner une
bonne éducation ..
A peine avoit - il douze ans , qu'on s'ap
perçût de fon penchant pour les Mécaniques,
il examinoit dèflors , avec foin ,
toutes les Machines qui s'offroient à fa
vûë, & il prenoit plaifir à entendre parler
les habiles gens fur ce fujet
A feize ans , il découvrit à fa mere le:
deffein que Dieu lui infpiroit de fe confacrer
à fon fervice , dans la Religion ; &
après quelque réfiftance de la part de
cettee
AVRIL. 17297
68
cette mere , il entra dans l'Ordre des Car
mes , en prenant l'habit au Monaftere de
la Rochette , en Savoye ; où il fit profeſ
fion une année après.
Peu de tems après fon Noviciat , il fit:
connoiffance avec le fameux M.de Servie
res de Lyon , & gagna fon amitié ; ce qui
lui fervit beaucoup pour fon avancement:
dans la connoiffance & la perfection des
Mécaniques. M. de Servieres avoit en ce
genre un des plus curieux Cabinets de :
l'Europe ; le jeune Religieux ne ceffoit:
d'en étudier toutes les Piéces , de les imiter
, même par des ouvrages de fa façon.
aufquels il ajoutoit fouvent des chofes de
fon invention..
→ Ses Superieurs l'envoyerent enfuite ài
Paris , au Convent de la Place Maubert ,,
pour yfaire les études.On remarqua bientôt
qu'il n'avoit de gout que pour l'inven
tion des Machines , & qu'après les de--
voirs de fon état , il en faifoit l'objet de fa
plus grande application. L'année qu'il étu
dia en Phyfique fût pour lui un tems éga
lement précieux & agréable..

Il fe fit dèflors connoître dans le monepour
un grand Machiniſte. M. Martinot
, Horlogeur du Roy , parla de lui à
M. Colbert , à l'occafion que voici : Le Roi
d'Angleterre avoit envoyé au feu Roi deux
Montres à répétition , les premieres qu'on
cût
690 MERCURE DE FRANCE.
eût encore vû en France de cette eſpece .
Il arriva à ces Montres quelque dérangement
, qui obligea de les mettre entre
les mains de l'Horlogeur du Roy, mais
celui - ci ne put jamais les ouvrir à caufe
du fecret de la fermeture, qu'il lui fut impoffible
de découvrir . Il dit là deffus à
M.Colbert qu'il ne connoiffoit que le jeune
F. Sebaftien , Carme de Paris , capable
d'en venir à bout. En effet , il découvrit
bien -tôt non feulement le fecret reffort
qui fermoit ces Montres , mais il remedia
à leur dérangement ; & les rendit dans
leur premier état au fieur Martinot , qui
déclara la chofe au Miniftre.
Le F. Sebaſtien reçût quelques jours
après un ordre pour le rendre le matin
d'un jour marqué, à la Bibliotheque de M.
Colbert, où fe trouverent auffi par un ordre
particulier MrsAmoutons & Mariotte.
Le Miniftre remercia d'abord le jeune Religieux,
au fujet des Montres du Roy ; il l'exhorta
enfuite de s'apliquer uniquement aux
Mathématiques , ajoûtant que le Roy lui
donnoit une penfion de 600 l . il ordonna
en même tems à Mrs Amoutons & Mariotte
, de lui rendre compte des progrès
qu'il feroit dans cette Science , & de l'aider
de leurs lumieres , fur tout ce qui regarderoit
l'Hydraulique , avec promeffe
de payer tous les frais des Experiences ; de
celles
AVRIL. 1729 в діт
celles même qui n'auroient aucun fuccès.
C'étoit dans le tems que le Roy avoit
befoin de pareils fujets pour les Ouvrages
que S. M. faifoit faire à Verſailles , à
Marly , & c .
Il n'en fallut pas davantage pour engager
le F. Sébastien , qui n'avoit alors que
19. ans , à redoubler toute fon application
pour produire des chofes utiles &
toutes nouvelles ; en forte que fouvent il
furpaffoit l'attente de ces deux Meffieurs,
qui l'ont depuis tendrement aimé & fort
confideré.
Dans la fuite il travailla avec eux & avec
les Commiffaires de l'Académie Royale
des Sciences , aux proportions des caracteres
de l'Imprimerie , dont les Planches
ont été gravées & les Matrices fondues
fuivant les mêmes proportions . Il a auffi
travaillé à la defcription des Arts , dont
les Planches ont été pareillement gravées,
par ordre du feu Roy.
Tout le monde a vû, avec éronnement,.
fon invention des Pigeons artificiels ; c'eſt
à cette occafion qu'il apprit de M.du Vernay
la Miologie. Cet habile homme luiprêta
auffi des Squelettes pour qu'il étudiat
les mouvemens naturels , afin de former
fon idée pour les imiter par la Machine
, qui devoit donner le mouvement:
aux aîles , & c.
M
692 MERCURE DE FRANCE:
M. Baillif, Entrepreneur des Bâtimens
du Roy , ayant reçu ordre de conftruire la
grande Cafcade de Marly , fur le deflein
du F. Sébaſtien ; il fupplia S.› M. d'ordonner
à ce Religieux de demeurer fur les
lieux , non feulement pour l'ayder de fes
confeils dans l'exécution , mais encore
pour
la conftruction des Machines néceffaires
à la fourniture des matériaux dans
tous les Ateliers, avec la précaution par
ticuliere de ne pas endommager les Bofquets
qui étoient à côté des bords de las
Cafcade ; ce que le Roy avoit expreffé
ment recommandé.
Pour y réüffir , le P. Sébastien fit placer
fur la longueur des bords de l'ouverture
de la Caſcade , des Madriers avec des Re
nures , dans lesquelles des Roulettes , fur
lefquelles étoient attachez des Traineaux,
montoient generalement tous les Materiaux
; & cela par le moyen d'un Tour
niquer que deux hommes faifoient jouer
avec facilité , & qui faifoit defcendre
alternativement les Traineaux d'un côté
tandis que de l'autre , d'autres Traineaux
remontoient.Le Roy qui vit l'effet de cette
Machine en fut tres- fatisfait , & donna
des louanges à l'Inventeur.
Il fit peu de tems après une autre Ma
chine pour le tranfport des Arbres , qu'on
vouloit tranfplanter , & on s'en eſt ſervi
depuis tres-utilement.. Mon
AVRIL. 1729. 699
MONSIEUR , Frere unique du Roy ,
honora le P. Sébaſtien d'une eftime particuliere,
jufqu'à lui confier les Etudes de
Mathématiques du Duc de Chartres , fon
Fils unique , depuis Duc d'Orleans , & c.
Ces Etudes finies , MONSIEUR lui ordonna
d'aller diriger les réparations de
fon Canal d'Orleans ; ce qui fut exécuté
à la fatisfaction de S. A. R. qui le gratifia
à fon retour de trois mille liv. fomme que:
le P. Sébastien employa à bâtir un lieu
pour
fon Cabinet des Machines , & en
bons Livres .
M. Henaut , Premier Valet de Chambre
de ce Prince , qui avoit accompagné le
P. Sebaſtien , en qualité de Tréforier des
Réparations du Canal d'Orleans , pria ce
Pere de lui donner un Deffein pour la
conftruction d'une Maifon, à la place d'un
ancien Bâtiment qu'il avoit dans la Forêts.
ce fut là qu'il trouva ces petits Carreaux
mi- partis, dont on parla beaucoup dans ce
temps -là , & qu'il fit les Deffeins qui furent
approuvez de l'Académie , gravez
& inferez dans fon Hiftoire . Il fit
par or
dre de la même Académie , la Machine
de l'acceleration du mouvement , qui eft
auffi gravée dans l'Hiftoire.
Lorfque le Roi eut nommé M. Sauveur
pour Maître des Etudes de Mathématiques
des Princes fes petits- fils , le P. Sébaſtien
fur
694 MERCURE DE FRANCE
fut demandé pour Adjoint par M. Sauveur.
Il conftruifoit les Machines & le
Maître faifoit aux Princes l'explication
des principes.
Il partit peu de temps après par ordre
du Roi,pour executer le Projet de rendre
la Dordogne navigable, & en état de tranfporter
les Mâts de Navire & les bois de
conftruction des Forêts d'Auvergne, qu'une
Compagnie s'engageoit de fournir au
Roy, & de les rendre par ce moyen jufques
dans les Ports de Mer.
Pendant ce Voyage , une petite Riviere
fur laquelle eft fituée la Ville de Borde ,
où étoient toutes les Manufactures & Fabriques
de Coutellerie , & c. emporta par
une grande & fubite inondation tous les
Bâtimens de ces Fabriques , ce qui réduifit
tout le peuple de ce canton dans une grande
calamité.M.le Blanc, alors Intendant en
Auvergne , engagea le P. Sébaſtien à aller
fur les lieux defolez , pour le rétabliffement
de ces Fabriques , lefquelles par
l'application de ce Pere , furent réparées
en huit jours de temps. On vit en effet
dix- huit petites Manufactures rétablies ,
& fur les Deffeins on continua & on acheva
heureuſement le refte de ces réparations
, ce qui redonna , pour ainſi dire ;
la vie à ces pauvres Habitans .
Il profita de ce voyage pour faire fur
la
AVRIL. 1729 693
la fameufe Montagne , dite le Mont d'Or,
où font les fources de la Dordogne , les
mêmes experiences du Barometre fur lequel
M. Pafcal avoit fait les premieres
Obfervations .
A fon retour , il trouva à Paris le Grand-
Chambellan du Roy de Suede , qui ayant
eu les deux bras emportez d'un boulet de
canon au - deffous du coude , étoit paffé
en Angleterre , pour chercher quelque habile
Artifte qui pût lui fabriquer des mains
artificielles qu'on feroit mouvoir machinalement
, & c. mais les Anglois les plus
experts en ce genre , le renvoyerent au
P. Sebaftien , qui imagina & conftruifit
en effet une Machine propre à faire mouvoir
le poignet & les doigts d'une main
artificielle , & cela par le moyen des Refforts
cachez dans un bras pareillement
artificiel qui s'appliquoit artiſtement à ce
qui reftoit de moignon du bras emporté.
Toute l'Académie a été témoin de cette
invention finguliere ; le P. Sébastien ayant
porté ces Bras artificiels dans une Affemblée
publique , & démontré que tous les
mouvemens de cette Machine imitoient
les mouvemens naturels .
Le Roi lui ordonna peu de jours après
de rétablir la Pendule qui fe voit aujourd'hui
dans le Cabinet de S.M. ce qui ayant
été executé avec beaucoup de fuccès ; ce
grand
"
696 MERCURE DE FRANCE.
grand Prince fouhaita que le P.Sebaftiert
ravaillât à l'ouvrage fingulier des Tabicaux
mouvans & changeans. Il en prefenta
au Roi au moins douze , dont les
uns changeoient jufqu'à fix fois , & les
autres avoient toutes les figures mouvantes.
Ils font à Marly , ou S. M. les fit pla
cer : cer Ouvrage eut un fuccès furprenant
; le Roi l'appelloit fon petit Opera ,
parce qu'en effet dans l'épaiffeur de la
Bordure , l'habile Artifte faifoit voir cinq
Scenes & cinq Décorations differentes
fuivies d'an dernier Spectacle nommé l'Apotheofe.
Les mouvemens de toutes les Fi
gures des differentes Scenes, paroiffoient fi
naturels , que tout le monde les regarda
comme un chef- d'oeuvre de délicateffe &
d'invention. La Defcription de tous ces
Tableaux fe trouve dans les Manufcrits
de l'Auteur .
Après la mort du Roy , le P. Sébaſtien
travailla à plufieurs Ouvrages particuliers
par l'ordre de M. le Duc d'Orleans Régent.
Il fit les Pompes portatives pour les
incendies , qui font actuellement au Palais
Royal ; il fit enfuite monter dans fes
juftes proportions , le fameux Miroir ardent
, qu'un Gentilhomme Suedois apporta
à ce Prince , dont le diametre eft
de quatre à cinq pieds & la matiere d'un
rès-beau Criſtal. Ce Miroir fut enfuite
envoyé
AVRIL. 1729.
697
envoyé à M. Pajot d'Ozembray , pour en
faire , conjointement avec le P. Sébastien ,
les Experiences dont on devoit rendre
compte à fon A. R. & après plufieurs
épreuves on en fit une devant le Roy à
Meudon , en preſence de toute la Cour.
Il fit par les mêmes ordres , le modele
de la Machine inventée pour deffaler les
eaux de la Mer par M. du Four , laquelle
fut enfuite executée en grand , & ce Pere
en fit des Experiences à la Raquette dans
lá Maiſon de M. le Duc de Noailles , en
prefence de M. le Regent.
Il trouva par le même principe la ma
niere de faire du Salpêtre , en épargnant
la moitié de la dépenfe du bois que l'on
employe ordinairement. On n'avoit be
foin que d'un feul homme pour fervir à
l'évaporation de plufieurs Chaudieres , &
on pouvoit faire en un jour ce qui ne fe
fait ordinairement qu'en quatre,
Le Czar étant venu à Paris , voulut voir
le Cabinet des Machines dont il avoit
tant entendu parler , & fur tout les Plans
de Navigation , les Etudes fur les canons
& mortiers du P. Sébaffien . Ce Prince y
employa trois heures de temps , examinant
avec beaucoup de fatisfaction toutes
ces chofes , dont il fouhaita même avoir
des copies que le P. eut l'honneur de lui
prefenter dans la fuite . Avant que de fortir
898 MERCURE DE FRANCE .
tir de ce Cabinet , ce Prince par bonté &
pour marque de confiance , témoigna au
P. Sébastien qu'il fouhaitoit de fe rafraîchir
& qu'il lui feroit plaifir de lui preſenter
du pain & du vin du Convent , ce qui
fut executé ; le Czar trouva tout bon , enfin
ayant agréé que le P. lui versât d'une
bouteille d'un vin exquis dont M. d'Ozembray
lui avoit fait prefent , ce Prince
but à razade à fa fanté , & voulut que le
Pere en fit autant à la fienne & dans lo
même verre , que le Czar remplit luimême
; & après que le P. eut bû , le Czar
but encore une fois dans le même verre.
Durant le féjour que fit à Paris S.A.R.
M. le Duc de Lorraine , ce Prince honora
d'une vifite le P. Sebaſtien , & après avoir
admiré les Pieces de fon Cabinet , il
voulut l'engager à faire le voyage de
Lorraine pour travailler à des Ouvrages
importans qui regardoient fon fervice . Ce
Prince étant de retour dans les Etats ,
écrivit à M. le Duc d'Orleans Regent ,
pour le prier de lui envoyer le P.Sébastien ,
ce que M. le Regent lui promit . Dès que
le Duc de Lorraine fut affuré du voyage ,
il fit partir M. de Bavilliers , Maître de
Mathématiques des Princes de Lorraine ,
dans un Carroffe à fix chevaux pour conduire
le Fere à Nancy ; il fut reçû d'une
maniere diftinguée ; il avoit l'honneur de
dîner
#
AVRIL:
TREQUE
ANOPREADE
LYON
1729.
dîner tous les jours avec S. A. R. &
avoir executé tout ce que ce Prince a
fouhaité de lui , il le renvoya à Paris avec
le même Conducteur
& dans le même
équipage , après lui avoir fait des prefens
dignes de la liberalité d'un Prince de fon
rang ; de quoi le Pere a confervé toute fa
vie une vive & parfaite reconnoiffance
.
Madame d'Orleans , Abbeffe de Chelles
, ayant fait entreprendre de nouveaux
Bâtimens dans fon Abbaye , & trouvant de
la difficulté pour y faire conduire des eaux,
employa utilement pendant deux années le
Pere Sébastien pour la direction de ces
Travaux , & cette Princeffe en fut fi contente
, qu'après lui avoir fait des liberalitez
particulieres , elle lui obtint du Roi
une penfion de mille livres .
Lorfque M. le Duc de Noailles.commandoit
en Catalogne , le P. Sébaſtien lui
donna des Deffeins de certains Canons
propres à être tranfportez fur des Mulets
dans les Montagnes où il y avoit des Forts
à réduire, ce qui réüffit parfaitement , ainſi
que la maniere que ce Pere inventa dans
le même temps , de faire porter fur les
épaules des Soldats les plus gros Canons ,
comme les moindres , foit en montant
foit en marchant en Plaine , en diftribuant
le fardeau également à tous les Porteurs .
De plus l'ame de ces Canons étant de fi
gure
DL
700 MERCURE DE FRANCE .
gure paraboloide , il ne leur falloit que
la moitié de la charge de Poudre des au
tres.
On execute actuellement le Projet agréé
par le Roy & formé par M. le Duc de
Chaulnes , de rendre navigable la Riviere
de Somme , depuis Amiens jufqu'à Peronne
, pour contribuer à entretenir l'abondance
dans Paris , & pour le bien general
du Pays . Le P. Sébaſtien alla par
ordre de S. M. faire le Nivelement de
cette Riviere , examiner le terrain , & c.
fur quoi il dreffa les Plans convenables
fouvent avec le Duc de Chaulnes , qui lui
fit vifiter tous les endroits de la Duché
qui font arrofez par cette Riviere , pour
rendre plus parfaite l'execution du Projet.
Ce Seigneur l'a fouvent confulté fur dif
ferentes Machines , & en particulier fur
le Cadran qu'il a fait faire pour connoître
au lever de chaque Etoile fixe l'heure précife
pendant la nuit.
On excederoit les bornes d'un fimple
Memoire fi on entreprenoit d'y faire entrer
tout ce que le P. Sébastien a projetté,
fait & executé en qualité de Membre de
l'Académie Royale des Sciences. Lorsqu'il
plut au Roi d'en approuver les Reglemens,
qui contenoient les noms de chaque Ordre
d'Académiciens , le P. S. fut mis le
cinquiéme dans le rang des Honoraires ,
&
AVRIL. 1719. 701
& peu de temps après S. M. lui accorda
une penfion de mille livres , quoique par
les mêmes Reglemens , les Académiciens
honoraires n'ayent pas de penfion : mais
le Roi voulut bien qu'on y dérogeât en
faveur du mérite & de l'état Religieux
du fujet.
M. le Cardinal de Polignac étant Préfident
de l'Académie , voulut verifier les
Experiences faites fur les couleurs par le
celebre M. Newton , dans la vûë de lui
rendre juſtice ; les principes de ce fçavant
homme ayant été attaquez par un fçavant
François , il choifit pour cela le P. S. qui
fit tous les Prifines de chaque efpece , &
de differens angles , les petits miroits de
reflexion & les autres inftrumens neceſſaires.
Il fit enfuite les experiences en prefence
de S. E. & de plufieurs fçavans qui
conclurent tous avec notre Académicien
que les Experiences de M. Newton , fondées
fur ces principes , étoient vrayes .
L'Académie lui faifoit fouvent l'honneur
de le nommer Commiffaire, lorſqu'il
'agiffoit d'examiner & d'approuver les
nouvelles Machines que des Particuliers
prefentoient à l'Académie.
Il a fait , comme Académicien , un trèsgrand
nombre de Modeles pour differentes
Manufactures , & en particulier pour
les proportions des Filieres des Tireurs
Dd'or
702 MERCURE
DE FRANCE
.
d'or de Lyon , pour les Machines des
Monnoyes de France , pour la Manufacture
de blanchiffage de Senlis , &c.
Mrs Caffini & du Verney , fçavent les
particularitez des Ouvrages aufquels il a
travaillé , tant à l'Obfervatoire , qu'au Jardin
Royal des Plantes , où il a fait conftruire
les Pompes qui fourniffent de l'eau
à toutes les Planches dans lefquelles font
diftribuées les Plantes Medicinales .
Il a fait auffi plufieurs Ouvrages par
l'ordre de M. l'Abbé Bignon , & en particulier
des Plans pour des Pompes , dont
les Deffeins ont été executez à Paffy , à
la Maiſon du feu Duc de Laufun .
Le Pere Sébaſtien a encore aidé de fes
confeils les Entrepreneurs des Canaux de
Maintenon & de Provence , & il a laiffé
de fort bons Deffeins pour executer un
jour le Projet d'un Canal autour de la
Ville de Paris.
Ce fçavant Artifte ne travailloit jamais
avec plus d'application & de plaifir
que quand il s'agiffoit du bien public, &
en particulier du fervice du Roi. Le Maréchal
de Vauban a rendu fouvent ce témoignage
, qu'en travaillant aux Plans des
Fortifications des Places , il fe fervoit utilement
de fes confeils , l'envoyant ſouvent
chercher , pour paffer des journées entieres
dans fon Cabinet à conferer for cette
matiere
AVRIL. 1729. 703-
matiere importante , comptant bien fur
fa difcretion & fur fon fidele attachement
aux interêts du Roi.
Enfin le P. S. confulté par des Corps
entiers , par des Communautez & par des
Particuliers , a donné une infinité de
Plans , de Deffeins , de Memoires , & a
fait quantité d'Ouvrages pour l'utilité publique
& particuliere ; il communiquoit
agréablement les lumieres & tous les loins
qu'on attendoit de la capacité , & on ne
fçauroit croire combien d'excellens Ou
vriers il a formé en toutes fortes d'Arts ,
par fes confeils & par la direction .
On ne pourroit oublier fans injuftice
le fecours qu'il a procuré à plufieurs perfonnes
fourdes , par l'invention d'une
Oreille artificielle , compofée fur le principe
de la Parabole, par laquelle l'air agité
produifoit un fon au foyer par lui difpofé,
fur le tambour naturel de l'oreille , ainfi
qu'il l'avoit auparavant démontré dans
une Affemblée de l'Académie.
*
- Mais la plus belle louange qu'on puiffe
donner aui Pere Sébastien & la plus folide,
c'eſt la vie réguliere & édifiante qu'il a
toûjours menée au milieu de toutes les
occupations , & en particulier fa grande
frugalité & fon efprit de defintereffements
enforte qu'il n'a jamais rien demandé pour
pour fon Monaftere , qui eft affez
Dij pauvre.
lui ni
+
704 MERCURE DE FRANCE.
pauvre. Il accepta feulement de la libe
ralité du feu Roi , pendant qu'il travailloit
à Marly aux Tableaux mouvans , qua
rante pieds de Marbre , qu'il a fait travailler
& employer pour la décoration du
grand Autel de l'Eglife de ce Monaftere ,
aux dépens d'une partie de fa penfion.
·
Après une courte maladie il eft mort
dans le même Convent le 5.Fevrier 1729 .
avec les fentimens de Religion & de pieté
qui lui avoient attiré une eftime univerfelle
, âgé de 74 ans
Tout le monde fçait que le P.S.a laiſſé
un Cabinet des plus curieux & des plus
eſtimez en fon genre qu'il y ait peut-être
dans le Monde , par le nombre infini de
Machines de toute efpece , & d'autres Cu
riofitez de Mécanique qu'on y trouve ,
qui marquent fon profond fçavoir dans
tous les genres des Mathématiques & fon
application infatigable au travail.
C'eft auffi à ce Pere que d'autres Cabinets
de Paris , & en particulier celui de
M. Pajot d'Ozembray , admiré avec raifon
de tous les Curieux , doivent l'ar
rangement & la décoration qu'on y remarque
par rapport aux Sciences & aux
differens Arts dont ces Cabinets renfer
ment des Monumens,
LES
AVRIL. 1729. 705
XXXXXXXX XXX :XXXX
LES ABEILLES ,
Fable imitée de la Fable Latine du R. P.
Sautel , Jefuite.
E Printemps commençoit fa brillante car-
Lriere,
Et toute la Nature éprouvoit fes bienfaits ;
Le Soleil répandoit fa plus pure lumiere ,
Il ranimoit les fleurs , il doroit nos guerets ;
De leurs Maiſons artiftement bâties ,
Pour faire un innocent butin ,
Les Abeilles étoient forties ;
Leurs Effains bourdonnants voltigeoient fur le
Thin ;
Une charmante Perspective ,
Arrêta quelque temps notre Troupe attentives
Le Peintres agreable impofteur ,
Avoit entre autres chofes ,
Semédans ce Tableau des Jafmins & des Rofes
Avec un Art fi naturel ,
Que jamais mieux n'auroit fait Raphaël ; *
Où courez - vous , jeunes Abeilles ,
Tournez vos pas ailleurs ,
Ne vous fiez point à ces fleurs.
Pour mes leçons vous n'avez point d'oreilles ;
Un innombrable Effain vole en foule au Tableau
;
* Peintre.
D iij Sur
706 MERCURE DE FRANCE.
Sur ces fleurs point de fuc ; Abeilles , quelle
honte ?
Si pour avoir été les dupes d'un Pinceau ,
Le couroux vous faifit, le dépit vous furmonte,
Si rien ne peut vous confoler ;
Ah ! que ne pouvez -vous parler ! ..
Plus imprudens que vous , nous aimons le
menfonge
Et nous fuyons la verité ,
Nous nous laiffons charmer par un aimable
fonge ,
Dont pourtant notre efprit connoît la vanité ,
Nous prenons comme vous l'ombre pour la
figure ,
Et malgré la raiſon , malgré nos longs dif
cours ,
Vils efclaves des fens , nous donnons tous les
jours
Dans la même impofture.
J. B. Poncy , Jefuite.
****
***
LETTRE
AVRIL. 1729. 707
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite de Bordeaux , le 1 .
Mars 1729. au fujet de l'Affemblée
publique de l'Academie Royale des
Sciences de cette Ville , tenue après la
S. Martin.
E 25. de Novembre 1728. l'Acadé
Lmic
mie fit celebrer par M. Bellet , un de
fes membres , une Meffe folemnelle du
S. Efprit, qui fut chantée par la Mufique ;
on y chanta le Pfeaume 56. mis en Mufique
par M. Bernier , & enfuite le verfet,
Domine,falvum fac Regem , de la compo
fition de M. Sarrau , Sécretaire de la mê¬
me Académie.
L'après midi l'Académie tint fon Afs
femblée publique , à laquelle préfida M.
de Caupos , Confeiller au Parlement. M.
Grégoire , Docteur en Medecine , ouvrit
la feance par un Difcours fur le vomiffement
périodique d'un homme qui en devint
éthique , & mourut enfuite. Ce vo
miffement le faifoit fentir trois ou quatre
heures après les repas. M. Gregoire crut
d'abord que ces retours reguliers dépen .
doient de l'état du Pilor , qui repouffoit
les alimens vers l'Orifice fuperieur ; mais
il changea de fentiment après avoir dé.
couvert une tumeur dans les entrailles du
Diiij malade
708 MERCURE DE FRANCE.
malade & dans la place de l'Inteftin Iléon.
Sur cette idée il donna au malade dix dragmes
de Mercure crud , qui ne firent aucun
effet , il en donna enfuite une livre ,
qui fe fit un paffage , & le ventre fit fes
fonctions ; mais le malade ayant voulu
fuivre fon apetit , le vomiffement recommença
fans rien vuider par le bas ; ce qui
l'épuia & lui caufa enfin là mort.
L'ouverture du Cadavre fit connoître
que la caufe du mal étoit dans le Pilore ;
dont la fituation avoit changé par l'alongement
de l'eftomach, & par l'Orifice qui
étoit fort refferré par l'épaiffiffement des
fibres de cette partie. Car, comme M. Gregoire
le fit remarquer , les fibres de l'eftomach
étoient devenuës fort épaiffes ,au lieu
de devenir plus minces par cet allongement,
ce qui n'eft pas difficile à comprendre,
fi le vomiffement arrête ou retarde le
mouvement des liqueurs qui coulent dans
les interftices de ces fibres . On ne fçauroit
marquer icy toutes les obfervations que
ce fçavant Médecin fit à ce fujet , tirées
de la Phyfique & de l'Anatomie.
M. l'Abbé Bellet lut enfuite un Mémoire
fur les Moeurs , les Coutumes & les
Modes anciennes de Bordeaux . Il divifa
fon Difcours en deux parties.La premiere
regardoit les Cérémonies facrées , la feconde
contenoit les profanes. M. l'Abbé Bellet
AVRIL. 1729. 709
let commença par cette feconde partie . Il
parla des anciens Statuts , au nombre defquels
le trouvent quelques Loix , qui font
auffi féveres que certaines Loix Grecques
& Romaines. De - là il paffa à certains
droits Seigneuriaux ; parmi lefquels fe trouve
le droit de Marquete , ou demi- marc
d'argent que le nouvel Epoux étoit obligé
de donner au Seigneur du lieu , pour racheter
la premiere nuit de fes nôces & la
virginité de la nouvelle mariée. Le Captal
de Buch a encore joüi de ce droit , mais
il en fut privé par un Arrêt du Parlement,
rendu en 1468. On explique enfuite ce
que c'eft que Captal , Maire , Jurat ou
Echevin de Ville , Prevôt & Prevôté. Le
droit de Prevôt de Lombiere ( c'eſt le nom
du Palais où le tient le Parlement) eft encore
reclamé par les criminels qu'on exécute
dans la place de ce Palais ; & c'eſt
par la même raifon qu'en Normandie on
reclame de nom le Haro. Cet article eft
curieux , & il nous rappelle l'origine des
Appels , qui font d'un ufage tres-ancien.
Les Coutumes populaires & les peines
impofées pour chaque crime font mifes
dans leur jour.
Des Cérémonies profanes l'Auteur paffa
aux Cérémonies facrées ; & il parla de la
coutume des Ducs de Guienne de prendre
l'Etendardbeni fur l'Autel de l'Eglife Col-
D v legiale
10 MERCURE DE FRANCE:
légiale de S.Severin , avant que de ſe met
tre à la tête de leurs armées.
Il parla de trois Eglifes de Bordeaux , qui
ont feules le droit d'avoir des Fonts baptilmaux
& de baptifer , à l'exclufion des
autres Paroiffes , tous les enfans de la Ville,
de la cérémonie de l'Atto lite portas, que·
les Jurats vont faire le jour des Rameaux
à une des anciennes Portes de la Ville , &
que les Chanoines du Chapitre de S. Severin
font aufli obligez de faire . Il parla
du Baptême de S. Jean , qu'une certaine
Confrairie imitoit, mais qui fut fupprimée
par un Arrêt du Parlement , à caufe de
certains jeux comiques qu'on y mêloit .
M. l'Abbé Bellet paffa enfuite aux Mo
des des habits des Ecclefiaftiques , des
Magiftrats , hommes , femmes , & enfin
aux meubles ; tels font les Caroffes , les
Parafols & même les Coffres forts. L'Académicien
s'eft réfervé à parler dans un
autre mémoire de la Langue du Parlement,,
qui étoit autrefois la Latine ,& qui eft aujourd'hui
la Françoife. Il fera voir auffi .
l'origine de la langue Gafconne , qui fort
peut-être de la Latine.
M. de Caupos réfuma ce Difcours , & fic
remarquer que la plupart des Coutumes
prennent leur origine des paffions & des
divers temperamens des hommes , des rais
fons de fanté , de plaifir , d'interêt , de né
ceffité
2
*
AVRIL. 1729. 711
ceffité , de l'humeur du Prince ou du Magiftrat
qui gouverne , du climat chaud ou
froid , gras ou maigre , & c.
و ت
M. Sarrau , Sécretaire de l'Académie
lut enfuite un Projet d'Histoire du Chant.
dans l'Eglife Chrétienne . Il croit qu'on
chanta les louanges deDieu auffi- tôt qu'on
invoqua fon faint Nom , c'eft - à - dire ,
du temps d'Enos , comme l'Ecriture femble
le dire.Moyfe introduifit dans l'Eglife
des Juifs les Coûtumes de fes Peres , &
celles de prefque tous les peuples qui rendoient
un culte public. On chanta dans
le Tabernacle bien avant David , & en
fuite dans le Temple de Salomon . Cependant
M. Sarrau ne croit pas que le Chant
ait été introduit dans l'Egliſe Chrétienne
par les Juifs convertis , mais par les Grecs:
d'Antioche, qui furent les premiers Chrétiens
; ceux-cy le tirerent de l'Orchestre
de leurs Théatres , ou des ceremonies do
la Religion des Payens , pour plaire aux
Empereurs Chrétiens ; & c'eft au fujet de
cette origine que quelques Peres de l'Egli
fe , entr'autres S. Athanafe, étoient fi op
pofez au Chant de l'Eglife . S. Ambroile
l'établit dans fon Eglife de Milan , delà
il fut porté à Rome par le Pape S. Grégoire
, auteur du Chant Grégorien , qui eſt
beaucoup plus agréable que le Chant de
Milan. Delà il paffa en France ,fous les
Dvj Regnes
712 MERCURE DE FRANCE:
Regnes des Rois Pepin & Charlemagne.
Depuis ce temps- là les Maîtres de Chapelle
y firent quelques changemens , mais
la Mufique des Opera a prefque effacé ce
Chant qui étoit devenu fi mélodieux , fi
grave & fi convenable à la majeſté du Culte
Divin . Cette Hiftoire fera fuivie de celle
des Inftrumens de Mufique.
Extrait d'une autre Lettre , écrite de
Bordeaux , & c.
Il fe tient en cette Ville un Concert públic
, le lieu deſtiné à cet ufage eft un ancien
Jeu-de- Paume , qui eft éclairé par
fept grands Vitraux. On y eft affis commodément
; les Galleries font fort commodes.
Les Concertans font au nombre de
trois cens , qui payent par an dix - huit
mille francs , & non pas dix- huit cens livres
, comme on l'a imprimé , par erreur ,
dans le Mercure de France. On ne peut
rien voir de mieux conduit que ce Divertiffement
.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LE SACRIFICE D'ABRAHAM .
Q
SONNET.
Uel étrange ſpectacle à mes yeux fe préfente
!
Ciel ! un pere immolant fon fils à l'Immortel !
Tout
AVRIL. 1729. 718
Tout eft prêt , la victime , & le bois & l'Autel
Déja je vois briller la lame menaçante.
Pour détourner le coup,la nature tremblante
Fait retentir la voix de l'amour paternel ;
Mais la foy du Heros foumis à l'Eternel,
Le preffe d'en donner une marque éclatante.
Abraham , arrêtez , & n'allez pas en vain
Sur un Enfant fi cher étendre votre main ;
Le Seigneur eft content de votre obéiffance.
Un fang plus précieux , un fang forti de
yous
Doit de l'homme tombé réparer l'innocences
Un Dieu fur une Croix le répandra pour tous.
BOUCHET , Chanoine de Sens.
AYAYAYAYAYAYA YA YA YA YA
SOLUTION des trois fameux Problêmes
de la Quadrature du Cercle , de la Trifection
de l'Angle & de la Duplication
du Cube.
LES
Es Géometres conviennent qu'Archi .
mede a trouvé que le circuit du Polygone
de 96. côtez inferit au Cercle , eft
à fon diametre comme 223. à 7 1. & que
celui
714 MERCURE DE FRANCE.
celui du circonfcrit d'autant de côtez eft
comme 22. à 7. aufquelles raifons donnant
un même conféquent , on les réduit
pour les circonferences à 1561. & à 1562 .
dont le diametre commun eft 497.
La difficulté qui refte eft donc de fça
voir quelle part doit avoir le Polygone
inferit 1561. à cette partie de plus 156 2 .
du Poligone circonfcrit , afin de rendre
chacun égal à la circonference du Cercle
qu'ils renferment , ce qui me paroît facile-
& démonftratif , en accordant trois feptiêmes
de cette partie au Poligone infcrit,
& en ôtant quatre au circonfcrit ; car il
eſt clair , il eſt viſible que les deux lignes
dont chaque Angle du Poligone circonfcrit
eft formé , font enfemble plus grandes
que leurs hypothenuſes , qui eft la cor
de du Cercle & le côté corefpondant du
Polygone inferit .
Pour rendre ces veritez plus fenfibles ,
je confidere chaque triangle du Polygone
circonfcrit fur le Polygone inferit , fous
la forme d'un Triangle ifofcele rectangle ,
& en faifant valoir deux , chacun de ces
côtez égaux , je donne trois à ſa baſe , qui
eft toûjours une corde du Cercle & un
côté du Polygone infcrit. Ce n'eft pas que
je ne m'apperçoive qu'on va m'objecter
que je contreviens à ce Théorême : que
dans tout Triangle rectangle le quarré de
Phy
AVRIL. 17297 715
Phypothenule est égal aux deux quarrez
des deux autres côtez , & que deux fois
deux faifant quatre, & encore quatre pour
deux fois deux , étant huit pour les deux
quarrez des deux côtez , cependant j'aurai
neuf de trois fois trois , fomme du
quarré de la corde & hypothenuſe trois ,
par l'augmentation que je lui donne. C'eft
on myftere de la Géometric , quơn rẻ-
foudra aifément , fi l'on obferve que cette
parrie de trop pour des lignes droites , eft
indifpenfablement neceffaire pour la courbure
de l'Arc & en eſt une proprieté. Ce
qui eft plus évidemment vrai , que les démonstrations
qu'on en peut donner : car
qui ne fçait, qui ne voit que l'Arc eft plus
grand que fa corde. D'où il réfulte auffi
évidemment que le vrai rapport du diametre
à la circonference de fon Cercle ,
eft comme 497 à 1562. moins quatrefeptièmes
d'une 1562. ou comme 7.à 22 ..
moins quatre feptiémes d'une 1562 .
C'eſt depuis la corde de 60ª & au- deffous
qu'on trouvera la verité du théoreme
que je viens d'établir : que trois parties de
quatre égales que donnent enfemble les 2 .
Côtez égaux du Triangle ifofcele rectangle
formé fur la corde dont elle eft l'hypothenufe
, eft la mefure de l'Arc dont elle!
eft la corde , fur quoi il eft important de
remarquer que la petite portion dont trois
de:
716 MERCURE DE FRANCE .
de ces parties égales excedent la corde de
foixante degrez qu'on fçait être elle -même
égale au demi diametre de fon Cercle;
que cette portion , dis -je , excedente , prife
fix fois , compofe cette défectueule
22e partie du rapport de 7. à 2 2. du diametre
du Cercle à fa circonference , dont
la confequence eft , que fix cordes de 60%
chacune avec les petites portions excedentes
, lefquelles enfemble font même
fomme , même longeur que feroit l'addition
de neuf fois un des deux côtez égaux
du même Triangle ifofcele rectangle C.
D. B. donnent la rectification du Cercle,
en faifant une ligne droite égale à fa Courbe
, à la circonference. Voyez les figures
1. & 2.
Deux autres avantages réfultent de l'égalité
de ces lignes ou parties égales. Le
premier eft de donner la trifection de
P'Arc ; dont la corde eft la bafe du Triangle
ifofcele rectangle , qui fera formé deffus
; car fi de chaque extremité de cet Arc,
on porte une de ces quatre parties égales
pour être d'un côté & de l'autre , une
corde d'une partie de cet Arc , & qu'après
on pofe également au milieu de ces deux
petites cordes , une troifiéme de ces quatre
parties égales , pour être une troifiéme corde
à cet Arc. Alors on verra que cette troifiéme
petite corde par fes petites interfections
AVRIL 1729. 717
fig.2.
A
BA
718 MERCURE DE FRANCE.
tions avec celle qu'elle joint à droite & à
gauche , divife cet Arc en trois parties.
égales. Voyez les figures 1. & 2 .
Le fecond avantage eft de contribuer à la
duplication du Cube. Voyez la figure 3 .
A. E. F. eft un Triangle ifofcele rectangle .
fig.4
Fig.3
B
D
AVRIL. 1729. 719
A. B. eft la moitié du côté A. E. où l'on
voit que A. B. eft à A. C. comme A. C. eft
à A. D. & A. D. à A. E. ce qui fait quatre
lignes continuellement proportionnelles
, dont les deux moyennes font entre
un & deux. Et comme A. C. eft la diagonale
du quarré de A.B. & auffi le côté d'un
Cube quadruple du Cube de A.B. cela me
fait connoître que pour trouver le côté
d'un Cube qui ne foit que double du Cube
de A. B. figure 3 ° , il n'y a qu'à prendre
A. C. pour le côté d'un Triangle ilofcele
rectangle , comme on le peut voir , figure
4 ſemblable à celui de la figure 3º , &
proceder de même , & on trouvera que la
ligne A. D. de cette quatrième figure , fera
le côté du Cube feulement double du Cube
de A.B. de la figure 3 & de A.C. fon égale
de la figure 4 ce qui eft fi visiblement
vrai , qu'il fuffit de confiderer les figures.
& les étudier un peu , pour être convaincu
de ces veritez , fans autre démonſtration.
que le procedé géometrique que j'y obferve.
ROMUALDE LE MUET , Religieux
de la Charité Provincial & Vicaire
general.
BOUTS
720 MERCURE DE FRANCË .
XXXXXXX : XXXXXX : XX
BOUTS - RIMEZ REMPLIS.
SONNET
Uel fujet peut caufer le trouble où vous
Quel voilà?
Difoit un jour Acanthe à l'aimable fabelle 5
Ce réduit eft fecret. Arrêtez. Oüi , c'eſt là
Qu'Amour doit couronner la flamme la plus
belle.
Rendez - vous donc. Mais quoi ! vous rougiffez
déja ,
Le feu de toutes parts dans vos yeux étincelle :
Pour calmer fon courroux , Achante l'embraf-
Sa
Mais ne put l'obliger qu'à baiffer la prunelle.
D'un coeur fincere & tendre elle dédaigne
1 offre
Que fait notre Galant ? Il lui préfente un
coffre ,
Des plus rares bijoux , de Louis preſque plein.
A ce charmant afpect la févere Pucelle
Ne fçauroit plus combattre , elle fe rend
foudain ,
La vertu la plus rare en pareil cas chancelle
REAVRIL.
1729.
721
REPONSE par une Dame.
Tout beau , Meffieurs , tout beau ; les rimes
que voilà
Vous fervent à choquer bien plus d'une fa-
C
A vos refléxions , s'il vous plaît , alte
Et refpectez la Sage auffi - bien que la
belle i
là?
Belle,
Près d'elles quelques- uns font mal venus
déja ,
De courroux contre vous la moins prude
étincelle :
Croyez- moi , s'il en fut que l'argent terraf-fa ,
Il en eft qui de lui détournent la prunelle,
Quoique faffe un Amant , quoiqu'il tente
ou qu'il offre
Quand même de Plutus il ouvriroit le coffre ,
Et qu'il pourroit l'offrir en partie ou tout plein,
Le piége eft trop groffier pour la fage Fu-
La folide vertu qui le connoît
Meprife les tréfors , & jamais ne
celle
foudain ,
chancelli.
AUTRE SONNET.
Sur les mêmes Rimes.
Thémis avoit des yeux , Plutus les lui voila
luizoil
Ou l'Amour ; delà vient que la jeune Isabelle,
Comp
722 MERCURE DE FRANCE .
Comptant fur fes attraits un matin s'en al- la
Chez fon Juge , homme aimant & l'argent &
la Belle.
+ Il entend fes raifons , les approuve & déja ,
L'ardeur de fes defirs dans fes yeux étincelles
On ne fait fi plus loin l'affaire fe pouf-
Mais la fille en fortant baiffoit fort la prunelle,
Sa.
L'autre partie arrive , & fait mieux , car
Welle offre
Dès le premier abord, au lieu de fille, un coffre,
Non de papier timbré mais d'efpeces tout
plein.
L'Amour combat envain pour la pauvre
Pucelle
Près du Juge , l'argent en triompha foudain ,
Juſtice , honneur , amour , devant l'or tout
chancelle.
AUTRE.
Dieux , l'étrange Amant que
voilà !
Difoit la fenfible Isabelle ;
Depuis qu'avec lui je fuis là.
C'est envain qu'il me trouve
belle
Dans fon coeur je croyois
Avoir fait naître une
déja ,
étincelle
Du
AVRIL. 1729. 723:
Du feu qui dans le mien ,
Mais il n'en a qu'en la
Je m'étois renduë à fon
Sans qu'il tirât rien de fon
De defirs mon coeur étoit
Pourquoi tenter une
Quand on ne peut uſer
Du moment où fon coeur
раба
prunelle ,
offre
coffre ,
plein.
Pucelle
foudain,
chancelle.
AUTRE.
Il faut donc faire auffi mon Sonet ? le voilà :
Le vieux Lucas époux de la jeune Ifabelle .
S'il entendoit un chat , demandoit qui va là :
Craignant à tout moment qu'on lui ravît fa
Belle ,
Mais qu'en arriva t'il ? On s'en doute déja.
Le dépit de la femme en fes yeux étincelle.
Un Galant en fecret chez elle fe glif- fa
Et du jaloux Argus éluda la prunelle.
L'Amant , grace au mari , quand un pareil
cas
s'offre ,
Pour avoir des faveurs ne vuide point fon
coffre
Amour fait plus lui feul qu'un fac d'écus tout
plein.
Laiffez
724 MERCURE DE FRANCE .
Laiffez en liberté l'épouse & la
Pucelle
La contrainte eft l'écüeil de l'honneur , &
Soudain ,
Dès que vous le gênez, le voilà qui chancelle.
AUTRE.
Trop d'amour a caufé l'état où me voilà .
Il n'eft plus de Tircis pour la trifte Isabelle
Pour prix de fon bonheur l'ingrat me laiſſe là¸
Ainfi finit toujours la flamme la plus belle.
Je n'avois pas quinze ans que je l'aimois déja ,
Mais ce feu qui d'abord n'étoit qu'une étincelle
S'accrut de jour en jour ; ma vertu fe laf- fa ,
Et je laiffai parler ma trop vive prunelle.
Le coeur a des momens où de lui- même il
s'offre ;
Loin de fe vendre alors on donneroit fon
coffre ,
Pour infpirer l'ardeur dont foi-même on eſt
plein.
J'ai perdu mon Amant & ne fuis plus Pucelle
:
L'Amour eft-il content ? Il s'envole foudain,
Qui foutient les rigueurs , dans les faveurs
chancelle.
AUTRE.
AVRIL. 1729. 726
AUTRE.
Veut-on me demander qui j'aime le voilà.
De ce divin objet le nom eft Ifabelle:
Elle compte d'Aïeux mille ans & par de- là ,
Mais c'eft peu d'être Noble, elle eft encor plus
betle
Sur fon fein raviffant , globes naiffent déja .
Auffi- bien que fes yeux , fon efprit étincelle
Elle graffaïe un peu , pour cha prononce fa ,
Et labouche mignarde ôte l'r à I prunelle.
Il n'eft point d'agrémens que fa perfonne
n'
offre
Pour elle le Mogol voudroit vuider fon coffre :
D'elle feule un Sultan croiroit fon Serrail
plein.
Mais pour peindre d'un trait la charmante
Pucelle,
Elle marche , elle parle , elle rit , & Joudain
Succombent tous les coeurs fans que le fien
chaneelle.
AUTRE,
Veut-on favoir les loix du Sonnet ? les voilà :
Il celebre un Heros , ou vante une fabelle ;
Quatrains , Tercets fermés , qu'on fe repoſe là;
Que le fujet foit un , que la rime foit belle.
E I
26 MERCURE DE FRANCE :
Il faut dès le début qu'il attache
Et que jufqu'à la fin le génie
déja s
étincelle
Que tout y foit raiſon . Jadis on s'en paf fa
Mais Phébus la cherit autant que fa prunelle.
Par tout , dans un beau choix, que là nature
s'
offre ,
Que jamais un mot bas , tel que cuifine ou
N'avilifle le Vers majestueux &
coffre ,
plein.
Le Lecteur chafte y veut une Mufe pucelle,
Et veut qu'au dernier Vers brille un éclat
foudain
Sans ce vain jeu de mots , où le bon fens chancelles
AUTRE Logogryphe à expliquer.
Pourriez-vous deviner l'Enigme que voilà ?
J'honnore Jupiter ou bien quelque Isabelle :
Le degré de l'Amour fe meſure par
là i
On m'obtient d'autant mieux que l'on eft jeune
& belle,
Vous pourriez me nommer. Je me fuis peint
déja s
De fillabes j'en ai tout autant qu'
étincelle
J'enferme encor trois mots en me retranchant
Sa ,
Pourvu qu'à part chacun frappe votre prus
nelle
l'on
a VRI L.
1729. 727
'un d'eux dans la furpriſe ou dans la douleur
s'
lirai le fecond ou du vuide d'un
offre
coffre,
d'un mets dégoutant , ou d'un verre d'eau ,
plein
Le troifiéme démontre. Ainfi qu'une Pucelle ;
Seul il ne fert de rien . Mariez - le
Sur fon utilité perſonne ne
foudain
chancelle
XXX:XXXXX:
XXXXXXX
ENIGME fur l'air :
Reveillez - vous
Belle endormie.
'Ai certains beaux jours dans l'année ,
Dont tout le monde fait état .
Et mon illuftre deſtinée
Eft d'y paroître avec éclat.
Je fuis un temps dans le filence !
Pour ne pas dire dans l'oubli ;
Mais quelle eft ma magnificence ,
Quand ce trifte temps eft fini
Avec moi tout fe renouvelle ,
Tout reprend un air de gayeté ,
Et ma voix alorseft fi belle ,
Que chacun en eft enchanté.
E ij
728 MERCURE DE FRANCE
يف
Il n'eft dévôt , Prêtre , ni Moine ,
Qui ne brûlent de m'écouter.
Et le plus auftere Chanoine
Se plaît à m'entendre chanter.
EXPLICATION des deux Enigmes ·
& du Logogryphe du Mercure de Mars.
Par MM. d'Orvilliers.
A Rofe , felon moi , jette une bonne
Lodeur ,
Elle eft utile à mainte chofe ;
J'en aime beaucoup la couleur ,
Et ne prife pas moins le Roman de la Rofe
M
Ces deux freres fi fort égaux ,
Et dont parfaitement l'un à l'autre reffemble ,
Sont certainement les Cizeaux.
Que l'art pour divifer a réunis enſemble.
Rouen eft Ville affez fameufe ,
Qui n'eftfur Loire ni fur Meufe ,
Mais fur la Seine , cependant
Tranchant fa tête , dans l'inftant
Je lui trouve un autre merite ,
Je vois Saint Ouen tout de fuite ,
Sans l'autre bout , la Rože , utile aux Voyageurs
,
Et le dernier écueil des plus fameux Voleurs.
SUITE
AVRIL. 1729. 729
SUITE DES REFLEXIONS
fur les Logogryphes.
N l'a dit bien des fois , il ne fuffit pas
d'avoir raifon pour être goûté , il faut
un certain tems , & quelquefois une fuite de
fiécles , ou la parfaite maturité pour faire
adopter une nouvelle Méthode , la nouveauté
ne plaît en general que dans des chofes indifferentes
& de pur goût. La Table des fons de
la Langue Françoife , a été donnée dans le
Mercure du mois de Septembre , pour les Au
teurs des Logogrifes en Vers ; il femble qu'on
a fait voir qu'il y a plus d'efprit , plus de verité
, plus de jufteffe , & plus d'utilité à confulter
l'oreille , qu'à ne confulter que les yeux ..
Cependant aucun Poëte n'a encore ofé donner
un Logogrife remarquable felon la Table des
fons de notre Langue .
Peu d'Auteurs ont acquis la pratique de
connoître , de fentir , & d'exprimer les fons
qui compofent un mot ; les Poëtes , dont l'o
reille fait métier de rimer , ne s'attachent guére
qu'à la connoiffance des fons de la derniere
& de la penultiéme fillabe.des mots ; on ne
doit donc pas être furpris de voir la plûpart'
des Poëtes ignorer l'Analife , & le rapport
des fons avec les lettres , ou les caracteres de
chaque fillabe , & de chaque mot ; mais on
doit être furpris qu'à l'exemple des Muficiens
perfonne n'ait encore voulu apprendre à noter
exactement les fons de notre Langue . Bien
des Auteurs à Paris & en Province ignorent
l'art de parler de loin aux yeux & aux oreilles
des perfonnes abfentes ; cet art néan-
I-iij moins
730 MERCURE DE FRAN
moins feroit très -propre à corriger br
fautes de prononciation , & à fixer l'uf des
fons fur lefquels on doute , ainfi qu'on l'a fait
remarquer dans les Mercures des derniers
mois.
Le jeu des Logogrifes donne un moyen sûr
de déterminer & de fixer les fons fur le papier,
& de les communiquer de la Capitale dans
les Provinces , & dans toute l'Europe ; les
Etrangers, à notre exemple , ne manqueroient
pas d'en faire autant de forte que peu à peu
on auroit la Table des fons de toutes les Langues
vivantes de l'Europe. Cette Table des
fons feroit , pour ainfi dire , l'Echometre univerfel,
ou la régle generale & propre à commu.
niquer le fon , & la prononciation des caracte
res fimples , ou compofez : pour lors ceux
qui s'amuferoient à des Logogrifes , auroient
foin d'avoir devant les yeux la Table des fons,
donnée dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , en attendant une Table plus exacte ,.
& approuvée par l'Académie Françoife.
On doute,par exemple , fi le fon de la lettre &
eft mouillé dans le mot Avril , ou s'il eft fecs
celui qui le croit fec trouvera dans ce mot
les cinq fons répon- A -vyj l
dant aux cinq nombres; 20---7--- 16--22--13
& celui au contraire qui le croit moüillé , trouvera
les cinq fons répon- SA - v— y — j— Ih
dant aux cinq nombres. 20 -7- - - 16--22--18
Or comme les nombres 13. & 18. dans la Table
des fons du mois de Septembre , donnent
les exemples de Mule & de Fille qu'on fuppofe
connus , on a par-là le moyen d'indiquer
de loin le veritable fon demandé.
73
AVRIL. 1729. 731
43. Logogrife de cing nombres ou de cinq
fons , répond ans à la Table donnée dans
le Mercure du mois de Septembre dernier.
Le rer plus un égale trois fois le za.
Le quarré du 2d. ... moins un égale trois fois
le 3e.
Le 3. plus fix égale le 4 .
e
Le 4 moins quatre égale le se.
Le se égale lede deux fois la fomme du ger
& du 24 .
74. Logogrife de trois fons , ou de trois
nombres.
La Rq du er égale la partie du za.
Le 2d plus 1. égale le 3 .
Le 3. égale deux fois le xer , moins trois.
KAYAYAYAYAYAY :AYAGAYATAK
NOUVELLES LITTERAIR ES
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L
ES MALHEURS DES ENFANS DU
PARNASSE
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E iiij Ma
732 MERCURE DE FRANCE.
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la Géographie , où l'on décrit
la forme du gouvernement de chaque
Pays , fes qualitez , les moeurs de fes habitans
, & ce qu'il y a de plus remarquable
, avec un Abregé de la Sphere , & une
Table des Longitudes & Latitudes des
principales Villes du monde , conforme
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l'Académie Royale des Sciences , des
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& augmentée. A Paris , Place de Sorbonne,
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in 12. de 457. pages , fans l'Epitre , l'Avertiffement,
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LETTRES fur divers Sujets , divifées
par correfpondances . Par M. de Grima
retz . Tome II . A Paris , ruë S. Jacques
Quai de Coni , chez Robuſtel , J. L.
Nyon , & la veuve Piffot. 1729. in- 12.
de 324. pages . Prix , 4. liv. les 2. vol.
Ce fecond Volume eft tout different
du premier , dans lequel l'Auteur n'avoit
eu en vûë que de donner aux Etrangers
les moyens de faire des progrès dans le
ftile Epiftolaire. Ses vues ont été plus
étendues dans celui - ci. M. de Grimareft
a eu intention d'amufer d'intereffer &
d'inftruire. Ila mêlé dans fes Lettres des
Caracteres
>
AVRIL. 1729.1 733
Caracteres, des Hiftoriettes , des fentimens,
& des maximes . Ces Lettres font divifées
en quatorze correfpondances , de douze
chacune , & une de vingt-fept.
La premiere correfpondance eft entre
deux Amis , dont l'un voyage , & l'autrè
refte à Paris ; ce qui donne occafion au
premier de faire une petite Defcription
des Provinciaux , & de dépeindre le caráctere
des Etrangers avec qui il fe trouve.
Le Parifien répond à cela par une
ébauché du Petit- Maître de la Coquette.
La feconde eft entre une Demoiſelle
d'un âge avancé , retirée dans la Province;
& un de fes amis à Paris . Cette correfpondance
est mêlée de Profe & de Poëfie
marotique.
La troifiéme eft entre un pere & un fils.
Elle eft remplie de folides confeil's & de
faines maximes de la part du pere , & de
réconnoiffance & de foumiffion de la part
du fils .
La quatriéme eft entre deux amis , dont
l'un eft à la Campagne , & l'autre à la
Ville . Ils fe font un jeu de tout pour s'a
mufer , & fe communiquent diverfes
avantures .”
La cinquiéme eft entre deux nouveaux
Mariez . D'un côté on voit un caractere
de jaloux , & de l'autre une raifon foli-
Ev dej
734 MERCURE DE FRANCE.
de , fortifiée par un état heureux , & done:
on fe fert pour ramener le jaloux à luimême.
La fixiéme eft d'un Officier à un de fes:
Amis à Paris. Elle contient des relations
de tout ce qui fe paffe à l'Armée ; & elle
peut faire juger que les leçons de l'Auteur
font auffi fieres pour le génie que
le ftile Epiftolaire.
pour
La feptiéme eft entre un Petit - Maître
& une Demoiselle. Quand il n'y auroitpoint
de titre à celle ci , on ne pourroit ſe
méprendre fur le caractere de ceux qui y
parlent.
La huitiéme eft entre un Gentilhomme:
& un Seigneur de la Cour , fon Protec
teur .
J
La 9 eft entre un jeune homme de :
quatorze ans , & une Demoifelle de treize
ans . L'embarras de ces deux jeunes gens
pour démêler les fentimens qui les occu
pent , y eft exprimé avec naïveté.
La 10 eft entre une Dame & une Demoiſelle.
C'eſt un commerce d'amitié &
de politeffe , dont une partie eft en Profe ,
& l'autre en Vers Marotiques.
La 11 eft entre un Petit -Maître & un
Homme d'Etude. L'Auteur y dépeint l'ex -- >
travagance d'un homme qui n'eft jamais
forti de fon pays..
L'a:
AVRIL. 17296 735
La 12 roule fur l'Amour & fur le Jeu .
La difpute dure long - tems , & après bien
des difcuffions , les Parties s'accordent en
avoüant , que c'est dans un amour bien dirigé
qu'on prend les premieres femences
de politeffe , de complaifance , de focieté :
& qu'un jeu moderé entretient cette focieté
dans les intervales qui ne peuvent être don
nez au ferieux.:
La 13 eft entre deux Amis , dont l'un
eft accufé d'infidelité par l'autre . Cette
matiere eft traitée avec beaucoup de menagement.
La 14 eft entre deux Amies , fur l'efperance
d'un mariage . L'ambition ordinaire
aux jeunes perfonnes fait le fond
de cette correfpondance d'un côté ; & de
l'autre , une fage prévoyance produit des
confeils , qu'on feroit heureux de trouver
en pareille occafion .
La Is eft entre un Amant & une Maî--
treffe. Elle contient vingt-fept Lettres.
LETTRE de M. Petit , Docteur en
Medecine, de l'Académie Royale des Sciences
, dans laquelle il démontre que le
Cristallin eft fort près de l'Uvée , & rapporte
de nouvelles preuves qui concernent
l'operation de la Cataracte. A Paris
, Quai des Auguftins , chez Chaubert ,,
E vj 17296
736 MERCURE DE FRANCE:
1729. Brochure in 4. de 12. pages. avec
figures.
LES PARITEZ EN BANQUE , ou l'é
galité des Changes de l'Europe , démontrées
par des principes,à la portée de toutes
fortes de perfonnes . Ouvrage utile à
tous les Banquiers , Negociants , Agens
de change, & teneurs de livres , tant François
qu'Etrangers , dediées à M. le Pelletier
, Controleur general des Finances ,
par le Sieur Giraudeau Neveu . A Paris ,
rue S. Jacques & Quai des Auguftins .,
chez Etienne & chez Bauche: 1729. Brochure
in 12 ..
LE GEOMYLER , traduit de l'Arabe :
deux volumes in - 12 . A Paris , chez G.
Martin , rue S. Jacques & chez les freres
Guerin . 1729.de 400.pp. les 2.volumes.
LES MEMOIRES de M. L. . . contenant
ce qui s'eft paffé dans la Guyenne
& autres Provinces du Royaume, depuis
1649. jufqu'en 1653. 2. vol. in- 12. A
Paris , chez les mêmes Libraires.
LA CONVERSION de l'Angleterre au
Chriftianifme,comparée avec fa prétenduë
Réformation , Quvrage Traduit de l'Anglois
par le R. P. Niceron , Barnabite. A
Paris
AVRIL 1729. 737
Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques , à
la Science 1729. in 8. p. 444. fans une
curieufe Préface de 8 8. pages.
G. Martin imprime le Catalogue de la
Bibliotheque du feu fieur Abbé Brochard ,
compofée de Livres choifis & rares en
tout genre & bien conditionnez , la vente
en doit être faite en détail après Pâques,
fuivant les intentions du deffunt .
Oeuvres de M. Couperin , Compofiteur-
Organiſte de la Chapelle du Roi , & Ordinaire
de la Mufique de la Chambre de
S. M. pour le Clavecin , donnez au Public
jufqu'à cette année 1729. confil
tent , fçavoir :
Premier Livre de Clavecin , 1713. en
blanc. 16. liv.
L'art de toucher le Clavecin , y compris
huit Préludes , 1716. 10. liv.
> Second Livre de Clavecin 1717.
18. liv.
Troifiéme Livre de Clavecin , à la fuite
duquel il y a quatre Concerts , à l'uſage
de toutes fortes d'Inftrumens , 1722 .
20. liv.
Les Goûts- réunis , ou nouveaux Concerts
, augmentez de l'Apotheofe de Corelli
, on Trio , 1724. 15. liv .
L'Apotheofe de Lulli, 1725 , 6. liv.
*Les
738 MERCURE DE FRANCE .
.
Les Trio , en 4. Livres féparez , fças
voir , premier & fecond Deffus de Violon..
Baffe d'archet , & Baffe chiffrée , 1726.
Io. liv.
-Pieces pour deux Violles , dont l'une
eft chiffrée , 1725. 6. liv.
Tous ces Ouvrages fe vendent à Paris
chez l'Auteur , proche la Place des Victoires.
Chez Boivin , rue S. Honoré , à la
Régle d'or, chez le Clerc , Marchand ,
à la Croix d'or , rue du Roulle.
On imprime ici une Verfion Françoile
en Profe , du fameux Poëme heroique ,
Anglois de Milton , intitulé le Paradis
perdu , qu'on compare aux plus grands
Poëmes Epiques de l'Antiquité , 2. vol .
in- 12 . Il fe vendra le mois prochain chez
Rollin , Quai des Auguftins , Bordelet &
Henri , rue S. Jacques..
Le Public eft averti que la Bibliothe
que de feu M. Delauriere , Avocat en
Parlement , & Penfionnaire du Roi , fera
en vente le 25. de ce mois au plus of--
frant & dernier encheriffeur.
Cette Bibliotheque eft compofée de
Bibles , d'Interprétes fur la Bible , de Livres
de Théologie , de Liturgie , de Peress
de l'Eglife , de Concile , de Droit Canonique
& Civil , d'Hiftoires Ecclefiaftiques
,
AVRIL 1729″
1729. 739
ques , de Belles Lettres , tant en Ora
teurs qu'en Poëtés , de Romans , de Chronologie
, d'Aftronomie & Medecine , le:
tout d'une très-belle condition .
Le Catalogue fe vend chez Pierre Gille
le Mercier , fils , & André Morin , rue
S. Jacques , & chez les Freres Ofmont , à
l'entrée du Quai des Auguftins , an So
leil d'or.
On a réimprimé à Rome le Difcours
ou Mémoire du Promoteur de la Foy
adreffé à la facrée Congregation des Ritz ,
fur la question fi l'on donneroit une place:
à S. Jofeph dans les grandes Litanies de
l'Eglife , & quelle place on lui donneroit,
grand in- 4. de 27. pages ..
On mande de la même Ville que le 12 .
du mois dernier , les Auditeurs des Cardinaux
de Polignac , Alexandre Albani ,.
Pipia & Banchieri , s'étant affemblez chez :
le Cardinal Porzia , on y brûla en leur
préfence tous les Exemplaires du Livre du
Marquis Ottiery , intitulé : Hiftoire des
Guerres arrivées en Europe , & c..

On mande de Lisbonne , que vers la
fin de Février, le P. Emanuel de Figuereido
, Jefuite , ci- devant Miffionnaire à
Agra , eut une audience particuliere du
Roi ,
740 MERCURE DE FRANCE .
Roi , auquel il préfenta des Lettres de
Savay - Jaffing , Roy d'Amber dans les
Indes Orientales ; après quoi il fit part
à S. M. des propofitions dont il eft char
gé de la part de ce Prince & du Grand-
Mogol Mahamad - Xée , Empereur de l'Indoftan
. Ce Miffionaire eft arrivé avec deux
Nobles du Mogol , l'un nommé Pierre
Gy , Catholique , & l'autre Xeque Gy » ,
Mahometan . Ils ont été chargez l'un & -
l'autre par le Roi Savay Jaffing de confronter
les Tables Aftronomiques dont
on fe fert en Portugal , avec celles de fon
pays , & d'examiner les Inftrumens anciens
& modernes , dont les Aftronomes ·
font ufage pour leurs obfervations .
On apprend de Petersbourg , que la Bibliotheque
du Prince Menzikoff , dont le
Czar n'avoit pas encore difpofé , a été
tranfportée par fes ordres dans le Convent
de S. Michel , près de Mofcou. Elle
eft compofée de 12. à 13000. volumes,
dont il y en a environ 3000. de très - rares
, qu'il avoit fait venir de Perfe , d'Armenie
& de Conftantinople..
METHODE NOUVELLE , abregée & figurée ,
pour apprendre ,à l'aide du François & par principes
, le Latin à toute forte de perfonnes , en
moins d'un an. Avis que donne au Public le
Siour Montet de Collonge , demeurant à Pa- -
ris
AVRIL 1729 749
vis rue S. Chriftophe , joignant la grande porte
du Cloitre Notre Dame , chez Madame de
Quainfy.
Il n'eft prefque perfonne qui ne voulût fçavoir
le Latin , fi huit ou dix ans qu'il faut y
facrifier , & la crainte de l'oublier , comme il
arrive , prefqu'auffitôt qu'on le perd de vie ,
n'en detournoient ceux mêmes qui par raifon
ou par inclination , fe fentent les mieux difpofés
à l'apprendre.
C'est donc pour encourager les uns & les
autres , que je me fuis propofé de faire une
methode , par le fecours de laquelle on pût
apprendre cette langue auffi promptement qu'-
aucune autre ; & d'y joindre certaine pratique
fi fure & fi aifée à fuivre , qu'il fût comme impoffible
d'oublier , ce qu'une fois on en auroit
appris.
Pour fçavoir fi j'ai reuffi , il n'y auroit , ce
femble , qu'à examiner les Eleves que j'ai formés,
& queje m'offre de produire : mais , comme
on ne perfuade point qu'une chofe eft , fi
auparavant on ne fait voir comment elle peut
être , j'ai crû devoir donner ici une idée de ma
methode & des moyens que j'y employe.
Je commence par le François . J'y fais d'abord
une fenfible application des regles & des préceptes
de la Grammaire : c'eft - à- dire , que je
diftingue les mots ; j'en découvre la nature &
les proprietés , je fais voir les differens raports
que renferment le nom & leverbe ; en combien
de parties fe peut divifer la phrafe ; en
quoi & comment , chacune de ces parties bien
entendue & mife en place , concourt à cet enchainement
merveilleux , qui fert à exprimer
nos penfées & à nous faire entendre. En un
mot,je raffemble ce qu'il y a de commun entre
le François & le Latin. J'en fais un corps d'inf
truction
742 MERCURE DE FRANCE .
>
truction , & afin qu'on ne perde point de vue
ces notions fondamentales je les réduis en
pratique par un exercice fimple & familier . Je
fais plus , c'eft que pour en fixer l'ufage , j'y
joins certains caracteres fignificatifs , qui fans
caufer de confufion , conduifent , pour ainfi
dire , le travail au doigt & à l'oeil .
J'accompagne cette étude de celle d'un pe
tit Rudiment , renfermé dans une demi feuille
de papier , & qui n'eft autre chofe qu'une expofition
fimple , mais methodique des diverfes
terminaifons imaginées par les Latins , pour
former leurs differences grammaticales.
Après avoir montré ce qu'il y a de commun
entre le François & le Latin , je fais voir en quoi
ils different foit en expreffions , façons de
parler , tours de phrafe , & c. mais pour le faire
plus aifément , j'ufe de toute forte de précautions
: c'eft-à-dire , que je vais toujours du
connu à l'inconnu ; commençant par le plus
facile ,, pour voir enfuite & comme par degrés
à ce qu'il y a de plus compofé & de plus dif
ficile.
L'inverfion & la tranfpofition latine , étant
le plus grand obftacle qui fe prefente dans la
traduction , i'y fubftitue une conftruction plus
fimple & plus à portée de notre langue. Or
cette conftruction ou arrangement qui jufqu'ici
ne s'eft fait qu'à la faveur du François , & qui
ne fe develope aux yeux des commençans
qu'à mesure qu'ils cherchent la fignification
des mots , eft le même dont je pretends faire
unmoyen , non feulement pour prévenir cette
recherche , mais même y fuppléer d'une ma
niere plus aifée & plus prompte à trouver ce
que la plupart des mots fignifient.
Il me fuffit pour cela de faire une feconde
application de ma methode , & que, comme je
m'en
AVRIL. 1729 743
in'en fuis fervi dans le François, pour y frayer
un chemin à la compofition latine , elle me
ferve pareillement à former fur le latin un ar
rangement qui conduife à la traduction Fran
goife. Je trouve au furplus dans cette difpofi
tion nombre de moyens pour la faciliter. Moyens. Le premier confifte dans le mêmearrangement
, qui met d'abord devant les yeux
certain affemblage
de mots ou plutôt d'idées
propres à former tel, ou tel fens.
Le deuxième , dans le frequent exercice de
la Verfion, pour pouvoir mieux s'inculquer les
mots les plus ufités dans le difcours . Le troifiéme , dans le raport étimologique
des deux langues , qui fait qu'à l'aide du
fens & d'un peu d'attention , on parvient à
expliquer la plus grande partie des mots. Le quatrième , dans la jufte application
, qui
par ce moyen fe fait d'une langue à une autre
de toutes les parties , dont la phrafe peut être
compofée. Je laiffe à penfer maintenant
, fi étant com > me rempli , d'une maniere claire , diftincte & pratique des préceptes de la grammaire
; con- duit , pour ainfi dire,par la main , dans la com- pofition des Themes & dans la Traduction
des
Auteurs ; guidé methodiquement
dans les dé- tours de l'inverfion
& de la tranfpofition
la- tine ; foulagé dans la memoire , & delivré en partie de cette recherche
ennuyeuſe
qui ſe faic de la fignification
des mots. Je demande , dis- je , fi l'on ne peut pas avec de tels fecours
joints à d'autres , abreger confiderablement
le cours de cette étude.
Le 14. Mars , M. Thierry, jeune Docteur
de la Maifon & Societé de Sorbone
qui
144 MERCURE DE FRANCE .
qui vient d'être nommé Profeffeur Royal
en Theologie à la fin de fa Licence , prononça
dans les Ecoles de Sorbone , une
Harangue publique fur l'amour de la verité
; où il fit voir ce que l'amour de la verité
doit à là Religion & à l'Etat. Le fujet
étoit délicat ; mais il fut traité avec beau
coup de fageffe & de moderation . L'affem
blée étoit des plus nombreuſes & des plus
auguftes . Les Cardinaux de Noailles , de
Rohan , & de Biffy s'y trouverent , avec
grand nombre d'Archevêques & d'Evêques.
On y vit auffi M. le Nonce du Pape,
qui n'avoit point encore paru en Sorbone ,
depuis qu'il eft en France.
Un Valet de chambre de M. le Comte
'de Grancey mourut à Paris il y a environ
deux mois , après quelques jours d'une
maladie qui parut extraordinaire. On ou
vrit fon cadavre , & à l'ouverture du bas
ventre on trouva le foye du côté gauche ,
le coeur & la rate du côté droit ; l'orifice
de l'eftomach , qui eft la continuité de
l'ofophage , à droire , & le Pilore du côté
gauche le rein gauche plus bas
que lè
droit , & en general la poſition de toutes
les parties contenues dans cette cavité
étoit changée , de même que la pofition de
toutes les parties que la poitrine contient;
la pointe du coeur fe trouvoit à droite , &
2
la1
AVRIL . 1729- 745
la baze du coté gauche ; le poulmon droit
échancré & plus petit que le gauche ; la
croffe de l'aorte à droite; les veines- caves
fuperieures & inferieures à gauche , de
même que l'Azigoz : les gens du métier
trouvent que ce changement de poſition ,
n'eft pas auffi rare qu'on pourroit fe l'imaginer.
On a veu à la foire S. Germain derniere,
un garçon âgé de neuf ans, dont la configuration
monftrueufe a excité la curiofité de
tout Paris. De la region epigastrique entre
l'extremité Xifoide & Lombilic , on voyoit
fortir la moitié du corps d'un autre enfant
de la ceinture en bas. On y diftinguoit
l'os Sacrum, le Coxis , les osinominés , avec -
les deux extremités inferieures ; les feffes
font tournées vers le haut ; il n'y a point
d'anus , & en écartant les cuiffes on aper
cevoit le Scrotum , fans tefticules.
Cette maffe n'eft jointe à l'enfant que
par des chairs qui en font l'union . A l'égard
des articulations des extremités infe-
-rieures de ce nouveau corps , elles font
fans mouvement & le fentiment y eft fort
obfcur. Cet enfant eft fort grand pour fon
âge , mange beaucoup , & ne paroilt ce
pendant pas jouir d'une bonne fanté,
Leta
746 MERCURE DE FRANCE.
Lettre de M. le Roy l'aîné , Horloger, a
M. Thiou,Horloger, écrite le 20. Avril
1729. fur un article du Mercure ( du
mois de Mars dernier ) qui a pour titre
Propriete d'un nouvel échapement de
Montre , &c.
Orfque vous vous êtes determiné ,
Monfieur , à donner au public une
idée avantageufe des proprietez de l'écha
pement de M. de Flamanville , vous ignoriez
aparamment que la plupart des Horlogers
de Londres l'ont mis en ufage dès
le commencement de l'année 1717. &
l'ont totalement abandonné vers la fin de
la même année .
Il y a tout lieu de préfumer , M. que
vous ferez dans le même cas que les Hor
logers Anglois , lefquels après avoir exageré
precipitamment les proprietez de cet
échapement, ont été obligez de l'abandonner,
& de remettre toutes leurs Montres à
l'échapement ordinaire. J'ay pour garants
de ce que j'avance plufieurs Horlogers venus
de Londres depuis ce tems là , & de
plus une lettre que M. David Marie , Horloger,
établi à Londres , m'a écrite , dont
voici l'extrait mot à mot.
Au fujet des nouveaux échapemens , cela
eft bien tombé ; il n'y a plus que deux on
trois
AVRIL. 1729 .
747
;
trois François qui enfont , & ils ne font pas
fürs de ce qu'ils font. J'ay vû hier une dou-
Zaine de cesMontres qui alloientpartirpour
Lisbonne à les voir marcher cela va fort
bien , il n'y a point de Montre de l'autre
maniere que l'on puiffe faire branler fi
biens il y en a eu qui ont été fort bien un
mois entier , minute pour minute , feconde
pour feconde, & après ce tems là elles ont
varié d'une demie heure parjour fans pou
voir les regler.
J'ajouteray , Monfieur , que ce même
M. Marie étoit à Paris au mois d'Aouf
dernier. Il m'a confirmé tout ce qu'il m'avoit
écrit à ce fujet ; voici fon adreſſe en
Anglois ; vous en ferez l'uſage qu'il vous
plaira. M. Marie Watch Maker next .
door to the Queens head in Water Lane
Blackfryers , London.
Quoiqu'un échapement ait cette proprieté
, que fi on double la force du refſort,
la Montre n'eft ni accelerée ni retardée
il ne s'enfuit pas toujours que ce foit une
preuve de la bonté, c'eſt ſouvent la preuve
qu'il a beaucoup de Frotement ; par exem
ple , celui que feu M. Suly a inventé , a
cette propriété dans un degré éminent s
cependant il n'a pas réuffi à caufe qu'il y
a trop de frotement ; M. Suly en eft conyenu
lui-même. Il eftoit trop habile &
trop
r
748 MERCURE DE FRANCE.
trop intelligent dans fon Art pour s'y être
arrêté trop long-tems.
Au furplus , Monfieur , permettezmoi
de prévenir vos objections . Vous me
direz peut - être que vous avez été plus
heureux que les Horlogers de Londres &
que vous avez fait cet échapement d'une
maniere differente & plus parfaite qu'eux;
je vous l'accorde ; il n'eft nullement impoffible
que cela ne puiffe être; cependant
ils l'ont tourné de tous les cotez , ils ont
fendu les roues de rencontre à droite & à
gauche , ils ont fait deux dents de rouës
de rencontre en étoille ; ils ont fait les palettes
entaillées au centre & au deffus du
centre ; ils ont fait les circonferences des
palettes cilindriques & en developée de
cercle ; ils ont effayé même de differents
diamettres & de toutes les differentes ouvertures
de palettes ; & après toutes ces
recherches ils ont abandonné les échapemens
à palettes rondes ou à boule ; c'eft
ainfi que les Horlogers de Londres ont
nommé cet échapement qu'ils ont aban
donné il y a 15. ou 18. mois.
Comme vous pouvez , M. être peu
informé
de ce qui fe paffe àLondres touchant
cette matiere , je fuis bien aife de trouver
l'occafion de vous avertir que depuis ce
tems là M. Gream , celebre Horloger &
Membre
AVRIL 1729 749
Membre de la Societé Royale, a appliqué à
ces Montres un nouvel échapement qui eft
incomparablement meilleur,& qui a beau
coup moins de frottement que celui- ci
je vous confeille de lui donner la preference
qu'il merite à tous egards ; je vous
en communiquerai la conftruction quand
il vous plaira. Je fuis , M. votre , &c.
Julien le Roy.
On affure que la Manufacture pour la
tranfmutation du fer en cuivre rouge , établie
à Villeneuve S. George fur les bords
de la Riviere de Seine près Paris , continue
fes operations avec fuccès , & qu'elle a un
grand débit ; le Comte de Salvagnac , qui
a trouvé ce fecret , qui eu a fait diverſes
experiences , qui a obtenu le privilege du
Roy pour cet Etabliffement, & fous la di
rection duquel on travaille , a établi plufleurs
autres Endroits dans le Royaume, &
on prétend qu'il continuera d'en établir
jufqu'à ce qu'il y en ait fuffisamment pour
fournir du cuivre à toute la France , afin.
qu'on ne foit pas obligé d'en tirer des Pays
étrangers On dit que le cuivre provenant
de cette tranſmutation , produit à Montpellier
un ver de gris infiniment plus beau
& en plus grande quantité que celui qu'on
y tire du cuivre ordinaire, & que la couleur
on eft & vive qu'elle égale prefque celle de
F l'ou
50 MERCURE DE FRANCE;
pour
Poutremer , foit la teinture ou pour
la peinture ; que contre l'ordinaire des
cuivres rouges qui ne fe peuvent filer , celui-
là , quoique rouge , eft fi pur & fi
doux , qu'il fe file auffi fin que l'or & l'ar
gent , qu'il a l'éclat , la couleur & la
malleabilité de ces métaux fans aucune
mauvaiſe odeur .
Le Sieur Gerfaint voyant que les Cu
rieux recevoient favorablement les morceaux
d'ornemens qu'il a fait graver , d'après
les Tableaux & Deffeins originaux
faits par VATTEAU , a été encouragé de
faire continuer les autres ouvrages du même
Auteur qu'il avoit entre les mains , &
il efpere qu'on les recevra avec le même
empreffement que ceux qui font en vente
depuis quelque tems , & que nous avons
annoncez ; en effet ils font tous compofez
d'un goût fi nouveau & fi varié , que l'on
ne peut s'empêcher d'admirer le genic
étendu & profond de leur Auteur .
Ornemens gravés d'après Vattean.
Un livre en 4. feuilles de differens Su
jets , renfermés dans des fleurs & autres
ornemens , dont les titres font. 1. Le Ber
ger content. 2. Le Marchand d'Orvietan.
3. La favorite de Flore. 4. L'heureux
moment. Il y en a deux gravés par Louis
Crepy
AVRIL. 17298 752
Crepy , fils. Et les deux autres par Jean
Moyreau.
Un morceau en hauteur , intitulé les
Singes de Mars , orné de differentes
pieces d'artillerie , accompagnées de finges
qui par leurs actions répondent au Su
jet gravé, par le même J.Moyreau .
Un idem , dont le titre eft Colombine
Arlequin ; il eft de la même grandeur
que l'Eſcarpolete que nous avons annoncé
il y a plus d'un an , & y peut fervir de
pendant . Il est gravé encore par Jean
Moyreau.
Deux autres grands morceaux en trawers
, dont les titres font 1. La Caufe
badine. 2. Les Enfans de Momus . Le premier
reprefente une espece de Plaidoyer ,
fait par de petits enfans qui fe difputent ,
&c. Et l'autre une efpece de Bacanale ,
dans lequel chacun des enfans a pris un
déguiſement different. Ces deux morceaux
font compofés d'un gout particu
lier & nouveau ; ils font gravés par le
même.
Le dernier morceau eft une petite Ve
nus fur un Trône , en hauteur , retouchée
au burin
pour L. Crepy.
Voici encore quelques autres Eftampes
que le même Marchand a mis au jour d'a
près Vatteau ; mais dans lefquelles il n'y
a point d'ornemens.
- Fij Diang
75 MERCURE DE FRANCE;
Diane fortant du bain , gravée par
Pierre Aveline ; c'eft une femme feule qui
fe lave les pieds à une fontaine , le Sujet
en eft fort piquant , & la maniere vague
dont il eft traité donne parfaitement l'idée
de l'original , & rend une belle lumiere.
Deux autres pendans à figure feule, dont
Pun eft intitulé l'Amante inquietes Et l'autre
la Rêveuse , tous les deux gravés par
P. Aveline , en hauteur. Une autre intitulée
le Galant Jardinier gravée par
Jacques de Favannes,
و

Pont
Toutes ces Eftampes fe vendent chez
ledit Sieur Gerfaint , Marchand
N. D. à l'enseigne du grand Monarque
du petit Pont , & chez le Sieur Surugue
Graveur , rue Defnoyers .
Le Sieur Gerfaint fait travailler actuel
lement à des Sujets d'une grande compofition
, auffi d'après Vatteau , que nous annoncerons
à mesure qu'ils paroîtront,
(Le Sieur Crepy fils , Graveur, rue S. Jac
ques,a gravé depuis peu un fort joly Sujet,
intitulé la Joye du Theatre, d'après un petit
ableau, enlarge, de M. Lanerer , compofé
de 8. figures , avec un fond de paylage.
Il vient de paroître encore deux noữ-
velles Eftampes d'une compofition admirable
, toutes deux en large ; la premiere
qui
AVRÍL. 1729. 753
qui eft la plus grande , gravée d'après un
Tableau de Watteau, de la même grandeur,
du cabinet de M. Pouroy , par le Sieur
Crepy , intitulée le Triomphe de Cerés . Eu
la feconde le Paffe - tems , gravée auffi d'après
un Tableau de Watteau , de la même
grandeur, du cabinet de M. du Pille, par
le Sieur B. Audran . Elles fe vendent chez
F. Chereau , Graveur du Roy , rue S. Jac
ques , & chez Surugue , Graveur du Roy ,
rue Defnoyers.
Pendant le féjour de la Cour à Marly ,
M. Rigaud, Peintre du Roy , Profeffeur de
l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture
, a travaillé au Portrait du Roy avee
fuccès durant plufieurs féances que Sa Majefté
lui a accordées. La reputation qu'il
s'eft acquife ne permet pas de douter que
ce ne foit un ouvrage parfait.
Le Duc d'Antin , toujours attentif à
perfectionner les Arts , fçachant de quelle
confequence il eft que fur les Medaillesdu
Roy , la tefte fuive les differens âges ,
& qu'elle foit noble & reffemblante , a ju
gé à propos de faire modeler en cire un
Bufte d'après Sa Majefté , pour le fuivre
dans l'execution des poinçons & quarrez
des nouvelles Medailles.
M. Duvivier , de l'Académie Royale de
Peinture & de Sculpture, Graveur des Me
Fiij dailles
Øj4 MERCURE DE FRANCE .
dailles de l'Hiftoire du Roy , a été nommé
pour cet ouvrage , & a travaillé fept ou
huit féances d'après Sa Majefté , dans le
même temps que M. Rigaud le peignoit.
Comme les belles Teftes Grecques & Ro
maines ont toujours été connues pour de
très-beaux ouvrages, le Graveur,felon l'intention
du Duc d'Antin , s'y eft conformé
& a fçû habilement accorder les traits fideles
de l'Augufte Vilage du Roy, avec les
nobles proportions d'une Tefte Romaine
telle que celle d'Augufte. Il s'eft donné
feulement la liberté d'augmenter un peu
la chevelure à l'endroit des tempes , ce
qui donne plus de grace & contribue davantage
à la reffemblance.
Quoique cette Tefte foit dénuée des ornemens
ordinaires , le profil du Roy eft
fi heureuſement faifi , qu'il frappe fur le
champ ; de forte qu'oubliant l'ajuſtement,
on ſe figure n'avoir jamais vû le Roy autrement.
Le Duc d'Antin a eu la fatisfaction de
voir ce Portrait en cire , univerfellement.
reconnu & applaudi de toute la Cour , &
de faire convenir , malgré les préjugez ,
que le goût imité des Medailles Antiques ,
quand il eft fidelement uni à la reffemblance
, donne à une Médaille toute une
autre nobleffe, que ne fait pas l'ajuftement
du goût moderne . Cette forte de Tefte ferai
de
AVRIL 1729% 759
de la mode de tous les temps , & diftinguera
de tous les autres l'Augufte Por
trait de Sa Majesté.
Cet ouvrage fait d'autant plus d'honneur
à l'Artiſte , qu'il n'eft pas facile d'atteindre
à cette verité naive ; car rien ne
favorife ce travail. C'eft un Bufte qu'il
faut former avec une cire d'une fimple
couleur . Il faut y faire fentir tout ce qui
n'y eft pas les fourcils & les paupieres
le brillant & l'ame dans les yeux , la vie fur
les levres , & enfin les moleffes de la carna
tion : que fi on fuprime encore ces ajuſte
mens connus , tout l'Art alors eft effrayé
& deconcerté, n'ayant d'autre appuy qu'un
ébauchoir pour animer une cire ingrate &
muerte .
Le Sieur Duvivier va graver inceffament
les poinçons & quarrés de Médailles
d'après fon modele. On laiſſe au public à
reconnoître fur les nouveaux Monumens
qui paroîtront , la fimplicité & la reffem
-blance que fon art a fçû réunis.
François Boutart , Abbé du Bois - Gro
land , Prieur de Chateau -Renard , Commandeur
de l'Ordre de S. Lazare , & Penfionnaire
Veteran de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles - Lettres , mourut
à Paris le 9. Mars , âgé de 75. ans .
F iiij Il
758 MERCURE DE FRANCE:
Il vaque une place à l'Académie Fran
soife par la mort de Simon de la Loubere,
l'un des quarante & Penfionnaire Veteran
de celle des Infcriptions & Belles- Lettres
, mort en Languedoc le 26. du mois
dernier , dans la 87. année de fon âge.
AŸ¿ YAYAYA YAYA YAY!
CHANSON.
Ans l'amoureux Printems la perfide Cli
mene ,
M'avoit faté d'un doux eſpoir :
Helas ! ne pouvois- je prévoir ,
Que l'ingrate augmentoit ma peine à
Avec un air badin & doux ,
Elle me donne un rendez- vous ;
J'y cours transporté pour la Belle ;
Je n'en reçois point de nouvelle , '
J'enrage , & je voudrois affronter tout péril
Mais je ne prens , morbleu, qu'un vrai Poiffon
d'Avril.
Par M. d'Orvilliers de Vernon.
Autre du même Auteur.
Lorfque je fis prefent à la jeune Liſette ,
D'un beau Bouquet de Violette ,
J'allois lui voler un baiſer ¿
I
AVRIL
757
1729.
Elle voulut me refufer ;
Faut- il que j'aime une cruelle !
Revenez demain , me dit- elle ,
J'y cours fans craindre aucun péril.
Je ne la trouve point , c'eft un Poiſſon d'Avril,
Ces Paroles ont été mises en Muſique
par le fieur Adnin.
***:******:******
SPECTACLES.
L
E
3. de Mars , premier Jeudy de Carême
, l'Académie Royale de Mufique
rémit au Théatre Tancrede , Tragedie
de M. Danchet , un des Quarante de
l'Académie Françoife , mife en Mufique
par M. Campra , Maître de Mufique de
Já Chapelle du Roi ; cette derniere repriſe
n'a pas démenti les précedentes , & comme
les bons fujets n'ont jamais été plus
nombreux fur ce Théatre & plus judicieuſement
employez , on n'a pas été furpris
du fuccès d'un Opera fi digne de reüffir
par fon
propre
fond
. En voici
l'Extrait
pour en donner une idée à ceux qui ne
font pas à portée d'en voir les Repreſen
sations.
PROLOGUE
..
Le Theatre reprefente un Palais élevé
F.V.
15
21 !
758 MERCURE DE FRANCE.
au pied du Mont Liban , par un ſage Enchanteur
du parti de Tancrede .
Ce Prologue a rapport au temps où il a
été donné. Ce fut l'an 1702. qu'il parut
pour la premiere fois . Un fage Enchanreur
, aprés avoir invité la Paix à defcendre
, & à choisir pour azile un Palais qu'il
vient de faire élever pour elle , fe livre
tout-à- coup à un enthoufiafme prophetique
, qui lui fait prévoir ce qui doit ſe
paffer fous le Regne de LOUIS
GRAND ; il celebre l'avenement de PH1-
LIPPE V. au Trône d'Efpagne par ces
Vers :
Sous l'Empire d'un Roi toûjours victorieux ,
Je vois dans l'avenir ces Peuples glorieux ,
Et dans la Paix & dans la Guerre :
Ils étendent par tout leurs Loix ...
Je les voi qui donnent des Rois
Aux autres Peuples de la Terre.
LE
Après ce premier enthouſiaſme , la Paix
fe flatte de regner fur la Terre par les foins
des Héros que l'Enchanteur vient de lui
annoncer; ce qui donne lieu à de nouvelles
Danfes. Les Auteurs ont ajoûté une nouvelle
Prédiction qui regarde LOUIS XV .
Nous avons crû que le Public verroit
avec plaifir une addition qui a pour objet
un Roi adoré de fes Peuples & cher
à toute l'Europe. La voici ,
L'EnAVRIL.
1729.
759
L'Enchanteur.
D'un Empire toûjours favorifé des Cieux ,
Divers évenemens fe montrent à mes yeux.
Sous un Roi belliqueux , quelles moiſſons de
gloire !
Je vois à fes côtez Pallas & la Victoire.
La Foudre arme fon bras.
Aprés ce Regne mémorable ,
Je vois , heureuſe Paix , triompher vos appas.
Les Plaifirs volent fur vos pas ,
Sous l'Empire naiffant du Roi le plus aimable,
Ses Sujets dans le fein de la tranquillité ,
Pour ces jours précieux n'ont que des voeux à
faire :
Ciel , conferve toûjours une Tête fi chere
C'eft combler leur felicité.
La Paix & l'Enchanteur.
Trompettes & Tambours ne caufez plus d'allarmes
Ceffez de vous prêter à la fureur de Mars ;
Rappellez les plaifirs , ranimez les beaux Arts,
Annoncez des jours pleins de charmes.
Ce Duo eft répeté par le Choeur.
ACTE I.
Le Théatre reprefente une Foreft , ou
on
font les Tombeaux des Rois Sarrazins .
Cette Décoration eft du fieur Servandoni
F vj
760 MERCURE DE FRANCE.
& fait un effet admirable. Elle eft com
pofée d'un gout bizarre , avec differens
Arbres & troncs ifolez. La haute Futaye
fur le devant a plus de 30. pieds d'éleva
tion , par le moyen des Toiles qui tombent
du haut , & qui viennent fe joindre
aux Chaffis des Couliffes ; ce qui n'avoit
pas encore été imaginé , & ce qui donne
an air de grandeur & de verité dont les
Spectateurs ont été charmez . Entre les
Arbres , on voit plufieurs Tombeaux
de differentes formes , des Piramides
des Urnes , des Trophées d'Armes , &
autres Ornemens auffi riches que conve
mables. Le fond eft terminé par des ruines
dans le lointain. La diftribution des jours
& des ombres y eft admirable , & le tout
enſemble a un air agrefte & frais , capable :
de fatisfaire les yeux les plus pictorefques,
& qu'on ne trouve que dans la belle Na
ture.
Argant ouvre la Scene par un ordre
qu'il donne de raffembler fes Guerriers-
Il eft Roi de Circaffie & Chef de l'armée
Sarrazine ; il témoigne à Herminie ,
fille de Caffan , Roi d'Antioche , le dépit
qu'il a de la victoireque Tancrede vient de
remporter fur lui , & fur tout de ce que
Clorinde, qu'il aime, eft tombée en la puif
fance du Vainqueur ; au nom de Tanerede
menacé par le furieux Argant ,
Hete
·
AVRIL 1729 768
Herminie paroît allarmée , & fon trouble
commence à découvrir l'interêt qu'elle
prend dans les jours d'un fi aimable ennemijelle
ne dit d'abord que ces quatre Vers
Je dois redouter fa valeur ;
En vain , je voudrois vous le feindre ;
Ah ! je fçais trop, pour mon malheur
Combien ce Guerrier eft à craindre.
7
Argant ne penetre pas le fens de ces
paroles ; il continue à jurer la morr des
Tancrede;& dit à Herminie qu'il n'affem--
ble les . Chefs de fon armée que pour les
engager par un ferment horrible , à fe--
conder fa fureur . La frayeur d'Herminie.
s'augmentant, ne lui permet plus de cacher
fa foibleffe , le fecret de fon coeur .
lui échappe ; elle dit enfin :
L'horreur , l'épouvante , les cris
La mort dont je voyois regner par tout l'î
mage ,
Dans un defordre affreux jetterent mes efprits :
On me chargea de fers ; dans mon trifte efclavage
,
Tancrede vint s'offrir à mes regards furpris :
Helas ! en le voyant ma colere fut vaine.
Heureuſe fi fa main m'eût arraché le jour ?
Contre lui dans mon coeur je cherchai de la
haîne ,
Je n'y trouvai que de l'amour.
Argint
962 MERCURE DE FRANCE .
Argant condamne un amour fi contraire
aux interêts de fa vengeance ; il exhorte
Herminie , à qui le fang l'unit , d'écouter
la raiſon ; elle lui répond :
En vain dans un coeur amoureux
'La raifon veut fe faire entendre,
Lorſque l'Amour vint me furprendre ,
Contre un penchant fi dangereux ,
Elle n'ofa rien entreprendre :
Pourroit- elle brifer des noeuds
Dont elle n'a pû me deffendre ?
En va'n dans un coeur amoureux ,
La raifon veut fe faire entendre.
La honte de l'aveu de fa foibleffe , oblige
Herminie à fe retirer.
Ifmenor fon Amant vient offrir le fecours
de fon Art magique à Argant . Ils
s'animent à la vengeance par un Duo fi
beau , qu'on peut dire que le Muficien eft
devenu Poëte par la tournure qu'il a donnée
aux paroles ; les voici :
Suivons la fureur & la rage ;
Vengeons - nous , vengeons- nous ; nous fommes
outragez ;
L'Univers a vû notre outrage :
Quelle honte pour nous de n'être pas vengez.
La troupe des Guerriers d'Argant vient
fe
AVRIL 1729. 763
fe joindre à lui ; ce qui donne lieu à um
Choeur qui ne frappe pas moins que le
Duo. Ifmenor appelle à fon tour les Magiciens
& les Magiciennes , qui lui obéïffent
, ce qui fait encore un beau Choeur
mais dans un autre genre pour faire varieté.
L'Acte finit par un coup de foudre
qui met en poudre les Tombeaux des Rois
Sarrafins , dont on vient de conjurer les
Manes terribles . Ifmenor n'en est pas
épouventé , & veut recourir à des charmes
plus forts , mais Argant ne compte
que fur fon bras & lui dit :
Laiffons- là vos enchantemens ;
Il fuffit de notre courage.
Nous nous fommes beaucoup étendus
fur le premier Acte , parce que tout le
mende l'a trouvé le plus beau ; ce qui
n'empêche pas qu'il n'y ait de grandes
beautez dans les Actes fuivans.
ACTE I.I.
Le Théatre reprefente le Camp de Tancrede
. Clorinde , Princeffe guerriere , que
Tancrede vient de faire Prifonniere , déplore
fon double esclavage , ce n'eft qu'avec
honte qu'elle reconnoît qu'elle aime
Tancrede ; voici comme elle s'explique :
Je l'ai vu tout brillant de gloire ,
Sortir
764 MERCURE DE FRANCE.
Sortir de ce dernier combat ;
C'eft peu que Mars lui donne un immorsel
éclat ;
L'Amour acheve fa victoire .
J
Dans la feconde Scene de cet A&tex
Tancrede annonce ce qui en doit faire la
- fête. On auroit fouhaité que ce Héros ne
fut pas un Amant ordinaire , & qu'il ne
parlât pas d'abord de vouloir mourir par
la feule raifon qu'il aime Clorinde : voici
l'aveu de fon amour.
Belle Clorinde ..... helas ! quel aveu viens - je
faire ;
Je vais vous offenfer ; ne vous en plaignezpas :
Bientôt mon malheureux trépas
Defarmera votre colere .
Au refte il y a dans cette Scene dé gran
des beautez de détail ; on en va juger par
ees morceaux :
Il eft trop vrai j'adore vos appas
Prête à tomber dans l'esclavage ,
Vous cherchiez dans nos rangs à vous faire un
paffage :
Vos efforts étonnoient nos plus vaillans Soldats
;
Airé par leurs cris , honteux de leurs allarmes
,
J'allois ranimer leur valeurs
Mess
AVRIL 1729 789
Mes yeux furpris virent vos charmes ,
Je fentis que l'Amour feroit feul le vainqueurs
Lorfque vous me rendiez vos armes ,
Ce Dieu vous foumettoit mon coeur , & Go
Tant de valeur & tant de charmes
Doivent vaincre tout l'Univers :.
Votre beauté met dans les fers ,
Les coeurs échappez à vos armes , &
Je fuis foumis à votre Empire .
Vous m'accablez d'un courroux rigoureux
Bans efpoir d'être aimé , je languis , je ſoupire 3
Eft- il un deftin plus affreux è
On trouve que fi Tancrede ne parloit
de mourir qu'après ces derniers Vers , la
Scene feroit parfaite ; elle finit par ces
quatre Vers :
Clorinde.
Aux yeux de vos Captifs fongez à vous con
traindre ;
Cachez un trouble fi honteux.
Tancrede.
Non , je n'en rougis point , il eft ſouvent des
feux
Dont la gloire n'ofe fe plaindre,
La fête qui fuit cette belle Scene eft
des
766 MERCURE DE FRANCE
des plus galantes ; elle eft composée des
Captifs Sarrazins & des Captives , à qui
Tancrede rend la liberté en faveur de
Clorinde ; cette fiere Amante la refuſe
d'une maniere à faire naître des foupçons
jaloux dans le coeur de Tancrede ; voici
comment elle parle à fon Vainqueur :
Je ne veux point devoir ma délivrance ,
A l'Amour dont pour moi vous vous fenter
toucher ;
Si je fuis en votre puiſſance ,
Argant fçaura m'en arracher.
Le jaloux Tancrede ne réfpire que
vengeance contre Argant. Un Guerier de
fa fuite vient lui annoncer qu'un cruel
Enchanteur fait périr tous fes Soldats
qu'il a attirez dans la Forêt prochaine.
Tancrede ofe défier les Puiffances Infernales
& court fecourir les fiens , il témoigne
fon intrepidité par ces deux Vers qui
finiffent l'Acte :
Plus le péril eft redoutable ,
Plus il m'eft doux de le tenter.
ACTE III.
Le Théatre reprefente la Forêt en
chantée.
Ce qui a rendu Tancrede Jaloux , pro
duit
AVRIL. 1729 787
duit le même effet dans les coeurs d'Ar
gant & d'Herminie qui commencent ce
troifiéme Acte ; ils ne doutent plus que
Clorinde n'aime Tancrede , puifqu'elle
n'a pas voulu fe prévaloir de l'offre qu'il
lui a faite de fa liberté: cette jaloufie donne
lieu à un Duo très- vif , dont voici las
Vers :
Ah ! quels funeftes coups !
Quel tourment pour nos coeurs jaloux ?
Le Muficien à fi bien mis, en oeuvre ce
que le Poëte lui a fourni , qu'il a jugé à propos
de faire revenir ce même Duo , après
quelques Vers qui l'amenent naturelle
ment.
Argant quitte Herminie pour
aller tout
préparer pour fa vengeance ; c'eft bien
dommage qu'il difparoiffe pour toûjours ;
il le fait regretter aux Spectateurs.
Herminie aime trop Tancrede pour l'abandonner
aux fureurs de fon Rival ; elle
reſte ſeule , & ſe plaint de fon fort par un
Monologue des plus touchants, dont voici
les Vers :
Ceffez mes yeux , ceffez de contraindre vos larmes
;
Soulagez mes vives douleurs ;
Pour toucher un ingrat , vous n'avez point de
charmes ;
Occuppez- vous du moins à pleurer mes malheurs.
L'A
768 MERCURE de France .
L'Amour me fait fentir de mortelles allarmes s
Les regrets & les plaintes ,
Bont d'un coeur fans efpoir les uniques plaifirs
Je puis dans ces fombres retraites ,
Laiffer éclater mes foupirs :
Je n'ai pour Confidens de mes peines fecrettes,
Que les Echos & les Zéphirs.
Ceffez mes yeux , &e.
Des Vers fi lyriques & qui ſemblent ſe
placer d'eux- mêmes fous la note , ne peuvent
que produire une touchante mélo
die , quand ils font mis en chant par un
auffi habile Muficien que M. Campra ,
qu'on peut regarder comme l'Inventeur de
ce genre , dans lequel peu de Maîtres
Pont égalé.
Cette plaintive & tendre Elegie d'Her
minie ne lui fait pas perdre de vûë le
péril de fon Amant ; à peine elle le vois
venir qu'elle fe retire en difant :
Allons tout entreprendre ;
Des charmes les plus forts empruntons le fe
cours ;
Je veux au moins me rendre
Maîtreffe de fes jours.
A peine Tancrede a - t- il approché de la
forêt , enchantée par les charmes d'Ifmemor,
qu'il commence à frémir. Des flammes
AVRIL 1 1729 : 764
mes fe répandent par tout ; des Démons
volent dans les airs , des Arbres ſe plaignent
& gémiffent ; Tancrede ne doute
point que ce ne foit un enchantement; il fe
prépare à le furmonter ; des Arbres naiffent
tout à coup , & lui ferment l'entrée de la
Forêt. Des Démons transformez en Bergers
& Bergeres , Faunes & Driades , fe
prefentent enfin à fes yeux , & font la fête
de cet Acte. Elle fait beaucoup de plaifir,
tant par les Danfes que par les Chants .
Pendant la fête , Tancrede difparoît , il
eft cenfé avoir été attiré malgré lui par
le piege fatal qu'lfmenor lui a dreffé ,
Après la fête , Clorinde , inftruite de
péril de fon Amant , vient pour le fecoutir.
Herminie lui fait entendre qu'elle eft
venue trop tard , & qu'elle vient de le
voir perir, Clorinde s'abandonne à fa
douleur mortelle , & fait connoître fon
amour pour Tancrede par ces Vers :
Differe d'un moment, chere Ombre que j'e
dore ;
Attends , ne defcends pas encore
Sur les Rivages tenebreux .
Un cruel ennemi t'ofe arracher la vie;
Je punirai fa barbarie ,
Par le trépas le plus affreux , & c.
Herminie ne peut plus diffimuler ; elle
dic
770 MERCURE DE FRANCE .
dit à Clorinde que Tancrede n'eft pas
mort , mais qu'on va l'immoler à fes yeux.
Clorinde veut l'arrêter , mais elle reconnoît
qu'elle n'eft pas la plus forte dans
ces lieux par les ravages que les Démons
y exercent. Elle finit cet Acte par une
ferme réfolution de fecourir Tancrede ,
ou de périr elle-même fi elle ne peut le
fauver.
Nous pafferons legerement fur les deux
derniers Actes quelques beautez qui y
foient répandues , ils n'ont pas été auffi
goûtez que les premiers ; peut- être eft - cela
faute du Sujet ; il en eft qui ne peuvent
toucher vivement que jufqu'à un certain
point .
ACTE IV.
La Décoration de cet Acte , qui eft
auffi du fieur Servandoni , reprefente un
lieu affreux de la Forêt enchantée . Il contient
toute la hauteur & plus de la moitié
de la profondeur du Théatre ; on y
voit des Rochers efcarpez qui forment
plufieurs Antres fombres par des pointsde-
vûë irreguliers & très- artiftement mémagez
. Ils ont des ouvertures de formes
convenables que la Nature femble avoir
faites , par où il vient des échappées de
lumieres d'un goût très - picquant , qui
feules éclairent le dedans de ces Antres
par
AVRIL. 1729. 775
par lefquels fortent , on doivent fortir , la
uite de la haine & de la vengeance . Le
tout forme un Spectacle admirable dans
fon genre.
Tancrede defarmé & dénué de toute
efperance , ne fonge qu'à finir fa déplorable
vie. 11 apperçoit Herminie . Il lui
demande fi elle vient s'unir aux Enfers
pour le faire périr . Herminie lui fait
entendre que fa vengeance a toute autre
cauſe que le meurtre de fes parens immolez
de fa main , & après quelques mots
de tendreffe qui lui échappent , voyant
qu'il ne l'entend pas , elle fe détermine à
le faire périr , en lui difant :
Ah! c'eftm'en dire affez que ne me point entendre.
Herminie appelle Ifmenor , & lui dit qu'il
peut la venger. Ifmenor d'un coup de
baguette rend Tancrede immobile. Il évo
que la vengeance & la haine , qui avec
leur fuite font une fête dans le genre terrible.
On a trouvé cette fête fuperfluë ,
& on a crû que la plus prompte vengeance
étoit la plus convenable contre un Rival
aimé . Après la fête , Ifmenor armé
d'un poignard que la Vengeance lui a apporté
des Enfers , rend la raifon à Tancrede.
Ce raffinement de vengeance a
paru être dans le même cas dont on vient
de
72 MERCURE DE FRANCE.
de parler ; cependant il faut avouer qu'il
eft neceffaire , & que le fecours de Clozinde
feroit inutile à Tancrede , s'il étoit
toujours enchanté , d'autant qu'un charme
ne peut le détruire que par un autre ; Herminie
fauvant fon Amant de la fureur de
fon Rival , a fait une fituation touchante ;
mais qui n'a été que momentanée . Ifmenor
pour la mieux punir , favorife le deffein
de Clorinde qui veut fecourir Tanerede
& lui rendre fes armes : il dit à
Herminie :
Le bonheur de votre Rivale ,
Suffit pour me venger & vous faire fouffrir.
Herminie s'écrie en s'en allant :
Quelle peine fatale !
Je devois le laiffer périr.
La Scene entre Tancrede & Clorinde
Convient parfaitement au caractere de
cette derniere ; mais ces fortes de caracteres
ne font pas fortune à l'Opera ; la
foibleffe y eft plus heureuſe que la vertu.
Clorinde déclare fon amour à Tancrede ,
mais elle lui ôte toute efperance de fe
prévaloir d'un aveu fi favorable . Elle
Pinvite à fuivre fon exemple en fe rendant
tout entier à la gloire. Tancrede
obeït malgré lui , & dit à ſon Amante en
La quittant :
Dans
'A VRIL 1729. + . 773
Dans le defefpoir qui me preſſe ,
Jen'aurai pas long-temps à gémir loin de vous.
Clorinde finit cet Acte par une ferme
réfolution de réparer le tort que l'aveu
de fa foibleffe a fait à fa gloire.
ACTE V.
Le Théatre reprefente un Camp , &
dans l'éloignement les Remparts d'une
Ville. Une partie de la Scene ſe paffe dans
la nuit.
Herminie , tremblante pour les jours de
Tancrede qu'elle aime encore , tout ingrat
qu'il eft , commence ce dernier Ace
au bruit des Trompettes . Le combat fe
donne derriere le Théatre. Le jour naiffant
découvre l'avantage des Troupes que
Tancrede commande. Il n'eft pas moins
furpris que les Spectateurs , de trouver
Herminie dans ces lieux ; mais elle excufe
cette petite indécence , par ces mots qu'el
le répond à Tancrede.
Pouvez- vous encor l'ignorer ?
Ingrat , ce même amour , cet amour qui vous
gêne ,
A fçû dans ces lieux m'attirer.
Pour vos jours tremblante , incertaine ...
Tancrede interrompt ce diſcours dont il
G eft
774 MERCURE DE FRANCE .
eft embaraffé ; il lui fait entendre qu'il
vient d'immoler Argant , il n'en eft pas
pourtant trop feur ; un attendriffement
qu'il dit avoir fenti pendant qu'il l'immofoit,
& qui ne fçauroit être pour un Rival,
lui fait fufpendre fon jugement juſqu'au
moment qu'il verra les armes de fon ennemi
qu'on doit lui apporter . Ce font veritablement
les armes d'Argant qu'on vient
étaler à les yeux. Ses Guerriers viennent
celebrer leur victoire ; mais ce triomphe
eft bien -tôt changé en deuil ; Clorinde
mourante eft amenée devant lui ; il jure
la mort de fon meurtrier quel qu'il foit ;
Clorinde lui parle ainfi :
Tancrede , c'est pour lui que je viens vous
calmer ;
Je le veux ; refpectez fa vie:
Si votre ame à mes loix fut jamais affervie ,
Au nom d'un noeud fibeau ,
Souffrez que cet efpoir m'accompagne au tombeau.
Tancrede .
Vous voulez que j'épargne un cruel , un barbare
!
Il doit éprouver mon courroux.
Clorinde.
Je ne pouvois vivre pour vous ;
Je ne murmure point du coup qui nous fépare :
Celui
AVRIL. 1729.
775
Celui qui finit mon deſtin ,
Sous les armes d'Argant n'a pû me reconnoître.
Tancrede.
Ciel !je fuis ce cruel ! je fuis cet inhumain !
A vos yeux puis -je encor paroître !
Clorinde.
Ala clarté du jour mes yeux vont fe fermers
L'Amour feul qui pour vous avoit fçû m'enflammer
,
Pour vous le dire encor femble arrêter mon
ame ;
Vivez , c'eſt un effort que j'exige de vous ;
Cher Tancrede , oubliez que je meurs par vos
coups ;
Mais n'oubliez jamais ma flamme.
Tout le monde convient que cette, ca
tastrophe doit être intereffante ; mais cependant
elle ne produit pas ce qu'elle femble
promettre ; foit à caufe de l'obſcurité
qui regne dans cet évenement , foit que
Clorinde ne nous attendriffe pas par un
malheur qu'elle s'eft attiré elle - même ; ainfi
tout l'intérêt doit tomber fur Tancrede ,
qui a eu le malheur d'immoler tout ce
qu'il avoit de plus cher. A la premiere
repréſentation de cet Opera qui fut mis
au Théatre en 1702. c'étoit Argant qui
venoit mourir , & apprenoit à Tancrede
Gij qu'il
776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il avoit auffi tué Clorinde. Cette fin paroiffoit
plus raifonnable, mais comme elle
n'avoit pas fatisfait les Spectateurs , l'Auteur
crut y fuppléer par une fituation plus
touchante ; nous laiffons le Lecteur en
liberté de juger fur ces deux denouemens.
Ce dernier deffaut , quel qu'il foit , n'empêche
pas que Tancrede ne foit une des
plus belles Pieces qui ayent paru fur la
Scene Lyrique.
Le 26. & le 27. Mars on joua à l'Opera
, après Tancrede , une Piéce de fimphorie
du fieur Rebel le pere ,
intitulée
la Fantaisie , fur laquelle les Srs Blondy &
Laval , & la De Camargo , danferent
un pas de Trois qui a été extrêmement applaudi
toutes les fois qu'il a été executé.
Le 28. & le 30.on donna deux Repréfentations
d'Alceste pour les Acteurs
comme cela fe pratique toutes les années ,
Cette Piéce fut fuivie du Carifelli , Divertiffement
Comique de M. de Lully
& des Caracteres de la Danfe , danſez par
le fieur Laval , & la Dlle Salé.
Le 29. Mars , on reprefenta Tancrede ;
le Roi , qui étoit parti de Verfailles avant
quatre heures , en vit la Repréfentation ,
placé dans la premiere Lóge , à droite , &
S. M. en parut très -fatisfaite. Elle étoit
accompagnée du Comte de Toulouſe , du
Duc
AVRIL. 1729. 777
Duc de Noailles , Capitaine des Gardes
du Corps en quartier , du Duc de Mortemart
, Premier Gentilhomme de la
Chambre , & de plufieurs autres Seigneurs.
L'Opera fut joué dans fa plus
grande perfection . Tous les Acteurs , animez
par la préſence du Roi , qui a beaucoup
de goût pour les beaux Arts , ayant
voulu fignaler leur zele & M. Deftouches
, Directeur General de l'Académie
Royale de Mufique , n'ayant rien oublié
pour faire voir à S. M. ce magnifique
Spectacle dans tout fon luftre. Il fut terminé
par le pas de Trois dont on vient
de parler.
Le Roi avoit vû l'Opera de Phaeton pour
la premiere fois au mois de Novembre
1721. lorfque S. M. faifoit fon féjour au
Château des Tuilleries , & celui de Renaud
, ou la Suite d'Armide , au mois
de Mars 1722. Depuis ce temps - là le Roi
-n'étoit point venu à l'Opera.
Le 31. on donna pour la clôture du
Théatre Tancrede , & le pas de Trois.
Le fameux Pecourt , un des plus grands
Danfeurs de fon tems , qui avoit extrêmément
brillé dans tous les Balets de la
Cour du tems du feu Roi , & fur le Théatre
de l'Opera , mourut à Paris le 11.de
ce mois , âgé de 78. ans. Il avoit fucce
G iij

778 MERCURE . DE FRANCE.
dé à feu M. de Beauchamp dans la Com
pofition des Balets de l'Académie Royale
Mufique, qu'il a faits pendant très - longavec
un génie , une fécondité &
une varieté admirable. Il ne danſoit plus.
depuis près de 30. ans.
de
tems ,
Le 10. Mars , l'Opera Comique donna
la premiere Repréfentation de PierotTancrede
, Parodie en un Acte, qui a été goû
tée du Public jufqu'à la clôture du
Théatre.
Le badinage de cette Piéce renferme plus
d'une Critique jufte & fenfée de l'Opera
Parodié. Cette façon de Parodie , qui
inftruit en réjouiffant , a toujours fait
plaifir au Public .
Le Théatre repréfente d'abord la Tente
d'une Vivandiere de l'Armée des Sarrazins
, où l'on voit une Table chargée
d'un baril d'eau- de - vie , entouré de faiffeaux
, de Pipes & de rouleaux deTabac..
Argant donne ordre à Jolicoeur , qui, fume
dans le Lointain , de raffembler , les
Grivois de l'Armée ; il fait fentir qu'ils
feront plus gayement au milieu des verres
& des bouteilles , que parmi les Tonbeaux
des Rois Sarrazins . Enfuite il aprend à
Herminie qu'il va tenter un nouveauCombat
pour délivrer Clorinde des fers de-
Tancrede. Herminie de fon côté l'inf
truic
AVRIL. 1729.2 779
leur truit de l'Amour qu'elle reffent pour
ennemi commun. Argant lui répond fur
le chant de l'Opera , & fans en alterer
prefque les Vers.
Vous aimez , Ciel ! eft- il poffible ?
Et ! quoi , ne vous fouvient- il pas
D'avoir vû vos Coufins dévoüez au trépas ,
Par l'effort de fon bras terrible.
Herminie.
C'eft en les égorgeant qu'il me rendit fenfible.
L'Enchanteur Imenor attive , & déclare
à Argant qu'il aime Herminie , & qu'à fa
confideration il lui offre tout le fecours
de fon Art Magique . Les Grenadiers de
l'Armée paroiffent , & jurent, le fabre à la
main , d'immoler Tancrede aux reffentimens
de leur General. Le Tonnere gronde
, les Soldats & les Magiciens , appellez
par Ifmenor , tombent de frayeur &
s'enfuient. L'intrépide Argant fait la refléxion
fuivante , far l'air des Folies d'Efpagne.
En cas pareil , au Théatre lirique , “
L'affreux Tonnere exerce fes fureurs ,
Sur des Tombeaux où l'on jure en Mufique,
Mais il ne fait point de mal aux jureurs.
Le Théatre change & reprefente la Fo-
Giiij reft
780 MERCURE DE FRANCE .
reft enchantée . Herminie dità Argant qu'Ifmenor
vient d'enchanter la Foreft , &
qu'il a promis d'y furprendre Tancrede.
Argant répond qu'il ne fe fie pas à la Baguette
magique d'Ifmenor , qu'elle rate
quelquefois , & qu'il va fe difpofer au
Combat. Herminie fe retire avec inquiétude
au fujet des perils que Tancrede va
courir... Ce Heros avance lentement &
débute ainfi en examinant la Foreft enchantée.
Voici de l'Enchanteur la fatale retraite ,
D'où vient que je frémis... quelle frayeur ſex
Crette
S'empare de mes fens ?
Quelle métamorphofe , &c. Air.
Tantôt on m'entendoit chanter ;
Plus le péril eft redoutable ,
Plus il m'eft doux de le tenter.
En partant je faifois le Diable ,
Pata pan pan pan pan pan pan pan ,
En arrivant , je fais l'enfant.
Ce brave Paladin eft épouventé d'entendre
les gémiffemens des arbres : Ciel , s'écrie
il , d'où naiffent ces plaintes ? Enfin
il fe raffure un peu, & dit :
Baniffons ces indignes craintes.
Et dans le tems qu'il va tenter le genereux
AVRIL. 1729. 781
reux effort d'entrer feul dans un Bois
touffu , il en fort une jolie Troupe de jeunes
Bergeres , ce qui lui rend fa tranquil,
lité.
Il difparoît pendant leur divertiffement,
fans qu'on fçache pourquoi . Herminie
inftruit le Spectateur de la détention de
Tancrede , mais fuccinctement , & fans
éclaircir les détails . Elle apperçoit Clorinde
, & lui fignifie qu'elle eft la Rivale .
Clorinde veut trancher de l'Amazone
Herminie fe raille de fa fureur , & lui dit
en riant , fur l'air : Non, je ne ferai pas .
Ainfi qu'à l'Opera ta bîle envain s'échauffe ;
Je pourrois te montrant de quel bois je me
chauffe ,
Ordonner aux Démons d'éloigner ces Forêts..
On diroit que pour rien j'aime à faire des
frais.
Clorinde fort avec une colere impuiffante
, après avoir pourtant pris la réfolution
de délivrer Tancrede , dans le moment
où elle ne peut pas feulement fe venger
d'une fille qui l'infulte ; Tancrede reparoît
defarmé , & commence un Monologue
qu'il n'acheve pas ; en voyant approcher
Herminie , il lui reproche fa rigueur;
elle lui débite un tendre galimatias.
Ifmenor en arrivant l'interrompt ; Herminie
outrée lui propofe d'égorger Tan-
Gy crede ,
782 MERCURE DE FRANCE .
crede , qu'il voit fans deffenfe. Oh , lai
dit Ifmenor , cela ne va pas fi vîte , nous
autres Enchanteurs , nous ne tuons les Heros
qu'avec cerémonie . Enfuite il fait fes
Lazzis magiques : la Vengeance fort des
Enfers, & lui apporte un poignard : Tancrede
s'écrie fur l'air : Non,je ne ferai pas..
Me voilà défarmé : quoi , pour m'arracher
l'ame .
Falloit- il des Enfers apporter une lame ?
Vous pouviez épargner cette dépense - la
Et le moindre couteau fuffifoit pour cela.
Ifmenor picqué veut frapper Tancrede
Herminie l'arrête , & faifit habilement co
moment pour publier qu'elle aime le Paladin.
Tancrede indigné de fon indiſcretion
, lui dit ironiquement ; vous prenez
bien votre tems pour m'avouer que vous
m'aimez , tandis que mon Rival me tient:
le couteau à la gorge . Ifmenor veut encore
frapper Tancrede ; mais appercevant
Clorinde , il le livre à l'Amazone pour
punir Herminie . Tancrede veut cajoler
Clorinde , mais elle lui oppofe la gloire:
& le quitte brufquement.
Le Théatre change & repréfente dans
le fond les Remparts d'une Ville , la nuit
eft prête à finir ; on entend le bruit des
Tambours & des Trompettes . Herminie
fort
AVRIL. 1729. 783
fort de la Ville , & vient chanter un Monologue
au point du jour , dans une caipagne
jonchée de morts & de mourans.
Tancrede eft furpris de la trouver là , &
lui fait fort à propos le récit de la Bataillet
qu'il vient de gagner contre l'Armée de
fon parti. Herminie fe retire en apprenant
la mort d'Argant .
On a fuivi apparemment , en faifant cette
Parodie , la premiere Edition de l'Opera
de Tancrede ; car il s'y trouve des traits.
de Critique qui n'ont rapport qu'à cette
Edition .
Les Soldats victorieux paffent en revuë
devant Tancrede , & poftent en Trophée
la dépouille prétendue d'Argant . Tancre
de chante en faifant la revifion de fes nipes
, fur l'air : Du Regiment de la Calott.
Je goûte un bonheur fans égal ,
Plus d'ennemi , plus de Rival ;
Je vois fon habit d'Ordonnance ;
Son Cafque , fon Sabre & fa Lance ,
Voilà , ma foi , tout ce qu'au Camp
Poffedoit le feu fieur Argant ,
Car j'en ai pris la note...
Et plan plan plan ……………
Il manque pourtant
Là , fa Culote.
Cette remarque lui donne de violens
Gvj foupçons
784 MERCURE DE FRANCE :
J
foupçons de fon malheur qui eft bientôt
confirmé par Argant bleffé.
Tancrede.
·
Quelle apparition Argant eft il
reffufcité ?
Argant.
Sur l'air : Quand le peril eft agréable.
Je vais redoubler ta furpriſe ;
Pauvre Tancrede , fans détour ,
Je te dirai que ton Amour
A fait une mépriſe.
Tancrede. Air : Lanturelu
Quel trouble m'accable
Parlés clairement.
Amant miferable ,
Argant.
Tu crois bonnement ,
Tantot , comme un Diable ,
Contre moi t'être battu
Lanturelu , lanturelu.
Tancrede.
Je ne vous entens pas encore.
Argant.
Eh ! bien entens- moi , voici du plus clair.
Sup
AVRIL.
-789 1729
Sur l'air : Le joli Jeu d'Amour.
Tu penfois m'arracher la vie ;
A Clorinde tu l'as ravie ,
Tancrede patetiquement .
Quoy , mon bras a fait dans ce jour ,
Un quiproquo fi lourd !
Mais cependant j'ai reconnu vos nipes.
Argant.
Et c'eft là le fin de l'intrigue.
Il chante fur l'air de Joconde.
Clorinde dans la nuit • ·
Tancrede.
Argant.
Sans trop y prendre garde ,
A mis mon habit pour le fien.
Tancrede
La mépriſe eft gaillarde !
J'en augure mal pour mes feux.
Oui ce troc m'épouvante
Eh ! bien
Vous dormiés donc alors tous deux >
Sous une même Tente ?
On emmene Argant preft à mourir ;
Tancrede fait femblant de vouloir fe tuer;
des
786 MERCURE DE FRANCE.
des Soldats faififfent fon bras & fon épées
le Heros fenfé les regarde en fouriant &
leur dit fur l'air : J'ai fait à ma maîtreffe.
Laiffés-moi mon épée ,
Je ne me tuerai
pas ;
Mon ame détrompée,
Ne veut plus du trépas ;
Ne craignés rien , mes Gardes ,-
Je n'ay plus de fureur ,
Le changement de hardes
Vient de changer mon coeur..
Male pefte la jolie fille que j'aimois !
il chante fur l'air : Prenés garde à votre
Cotillon.
Eh ! quoy , Clorinde , mon bouchon.
La nuit avec un gros garçon ,
Vous troqués d'habits fans façon ,
Vous preniés donc bien peu garde
A votre Cotillon ....
D
Cette Parodie finiffoit d'abord par un
Divertiffement compofé des Habitans de la
Paleſtine , des Soldats victorieux , & c. mais
lesComédiens françois aïant donnéfur leur
Théatre laComédie de la Boette de Pandore,
on ajouta à l'Opera Comique une Scene
critique fur cette nouvelle Piece, intitulée
Anour,
AVRIL , 1729 . 787
l'Amour, & la Neceffité , qui fut fuivie
d'un Ballet compofé de toutes les differentes
fièvres , d'un pas de Deux de la
Migraine & de la Paralifie , le Tranſport:
au cerveau , &c.
Le 11. Mars , les Comédiens Italiens.
donnerent la premiere Repréfentation
d'une Comedie en trois Actes , qui a pour
titre les Effets du Jeu & de l'Amour. Cette
Piéce a été affez bien recuë du Public . On
l'a trouvée bien écrite & femée de traitsingenieux
; l'action n'a pas paru comporter
trois Actes ; nos lecteurs en vont ju
ger par ce petit Extrait.
13
Lelio , jeune Cavalier , ayant vû une
aimable Fille , appellée Sylvia , dans un
Bal où il ne s'étoit pas demafqué , & en
étant devenu amoureux , fut obligé de s'éloigner
du lieu où il l'avoit vue pour
premiere fois. Ily revint quelques années .
après , & occupé de la charmante image.
qu'il s'en étoit faite , il s'informa de fon
fort. Il apprit qu'elle s'étoit mariée par
des raifons d'interêt de famille , avec un
homme avancé en âge , dont elle étoit devenue
veuve peu de tems après ; onlui dit
même que depuis fon veuvage elle s'étoit .
livrée au jeu d'une maniere à en faire fon,
unique paffion. Il entreprit de la guerir
d'un penchant qui feroit trop de diverfion
à l'amour qu'il vouloit lui infpirer , pour
executer:
(
788 MERCURE DE FRANCE.
executer un deffein que la raifon & l'amour
lui fuggeroient en même tems ; il ſe
traveftit en Femme de chambre , & entra
chez Sylvia en cette qualité , par l'entremife
de Scapin fon ancien Domeftique &
à prefent Valet de fon aimable Joueule
qu'il a placé auprès d'elle , & il paffe pour
être fon frere . C'est ici que l'action théa
trale commence
.
Lelio , fous le nom de Marthon , s'acquiert
la confiance de Sylvia ; fa Maîtreffe
reçoit avec plaifir les confeils qu'il
lui donne de fe défaire d'une paſſion qui
l'obligeant à des veilles continuelles , altere
fa fanté , & pourroit enfin détruire
des appas qui la font adorer de tous ceux
qui l'approchent. Elle eft aimée , entr'autres
, d'un Financier , & d'un Chevalier
Gafcon. Elle dédaigne également l'une &
Pautre conquefte. Cependant malgré les
confeils de la fauffe Marthon , elle joue
avec le Gafcon , & perd mille piſtoles fur
fa parole ; fenfible à cette perte , elle ne
cherche qu'à s'acquiter d'une fomme qu'-
elle ne pourra que difficilement trouver ;
Lelio , qui s'eft déja déterminé fecrettement
à y pourvoir à fon infcu , groffit les difficultés
à fes yeux , pour lui faire mieux
concevoir à quoi l'a réduite cette maudite
paffion , à laquelle fes confeils l'avoient
follicitée de renoncer. Cela ne l'empêche
pas
AVRIL. 1729. 789
L
pas de recevoir un Bal chez elle . Marthon ,
redevenue Lelio , trouve le fecret d'y venir
danfer avec elle , mafquée avec Arlequin
fon Valet , & Scapin Valet de fa
chere Sylvia ; foit que Lelio fe montre à
elle tel qu'il a paru autrefois à fes yeux ,
ou que fon air & fa maniere de danfer lui
en rapellent l'idée , elle forme quelques legers
foupçons , qui font fortifiés par le
nom de Lelio qu'Arlequin fait entendre à
deffein trois ou quatre fois , felon qu'il en
eft convenu avec fon Maître . Lelio s'étant
retiré , Sylvia ne peut réfifter à l'impatience
qu'elle a de s'éclaircir fur un nom
qui lui a rappellé un fouvenir flatteur ;
elle propofe une partie de jeu au Maſque
qui a prononcé le nom de Lelio ; Arlequin
follicité par Scapin qui lui prête huit
Louis , accepte le parti ; il joue aux trois
dés avec elle , & perd non-feulement les
huit Louis de Scapin , mais mille piftoles
de plus fur fa parole. Sylvia eft confolée
par ce gain du filence que fon Joueur s'eft
obſtiné à garder au fujet de Lelio ; ce dernier
revient fous les habits de Marthon ;
Sylvia lui fait part de fa bonne fortune ,
qui va l'acquiter envers le Chevalier Gaf
con la fauffe Marthon rabbat fa joie en
demafquant Arlequin ; elle lui fait con
noître à quoi le jeu n'eft pas capable de
l'expofer , puifqu'il l'a portée à jouer contre
790 MERCURE DE FRANCE.
1
tre un Valet . Sylvia fent toute la force de
cette leçon qui ne fert qu'à redoubler fon
mortel ennui. Pour achever de la defefperer
, le Chevalier Gafcon lui envoye demander
les mille piftoles qu'il lui a gagnées
fur fa parole ; elle preffe Marthon d'aller
chercher cette fomme dans la bourſe de
fes amis ; Marthon obéit à fes ordres . Cependant
le Financier , rival du Chevalier
Gafcon , a deja remis une bourſe de mille
piftoles entre les mains de Scapin , afin
que Sylvia les trouve fur fa toilette , fans
fçavoir de quelle main lui vient un tel fecours,
Mais Scapin pour le dédommager
des huit Louis qu'Arlequin lui a fait perdre
au jeu , a gardé ces mille piftoles ..
Au lieu de cette fomme en efpeces fonnantes
, Sylvia reçoit une lettre , dans la
quelle on a mis un Billet de change pour
la même fomme ; loin de vouloir l'accepter
d'un inconnu qui fe dit Capitaine Anglois
fans fe nommer , elle charge Marthon
de s'informer d'où part cette injurieufe
generofité, & de rendre ce Billet de
change qui la deshonoreroit . Marthon
n'a gardede lui obéir ; elle donne ce Billet
de change au Chevalier Gafcon en paye
ment ; Scapin rend au Financier les mille
piftoles qu'il lui avoit fi imprudemment
confiées , & Marthon fe prefentant aux
yeux de Sylvia fous le nom du prétendu
Capitaine
AVRIL. 1729. 79D
Capitaine qui lui a envoyé le Billet de
change qui a fervi à payer le Chevalier
Gafcon , fe fait connoître à elle pour la
fauffe Marthon & pour le veritable Lelio.
Sylvia touchée d'un procedé fi genereux ;
lui promet de renoncer à la paffion du jeu ,
pour faire place à celle de l'amour qui lui
parle fi éloquemment en faveur du plus.
fage & du plus tendre de tous les Amants.
Dans la fête du fecond Acte , pour donner
le temps à Marthon de ſe traveftir
on chante une Cantate dont voici les pa
roles.
LE BAL.
CANT AT E.
Venus dit un jour à l'Amour ;
Tu te crois le Maître du monde ;
Tu regnes dans les Cieux , fur la Terre &
dans l'Onde ;
Mais tu n'y regnes que le jour.
Un Dieu te difpute l'Empire.
Les pavots de Morphée ont émouffé tes traits..
Peux-tu dans la nuit fans regrets
Voir ce Dieu triompher de tout ce qui refpire
L'Amour n'eft jamais endormi ;
Il va de victoire en victoire.
S'il lui reftoit un Ennemi ,
Il croiroit manquer à fa gloire.
Le
791 MERCURE DE FRANCE .
Le fommeil le glace d'ennui ;
Jufqu'au filence ; tout le bleffe ,
Et ce Dieu qui veille fans ceffe ,
Veut que tout veille comme lui.
L'Amour , & c.
Le fils de Venus en fureur ,
Jure à Morphée une éternelle haine ;
Il parcourt la celeſte plaine ,
Et reveille les Dieux , qui , faifis de terreur ,
Crurent que les Titans les attaquoient encore
Mais ils virent l'Amour , fuivi de Terpicore.
La Mufe danfoit au doux fon ,
D'un Luth que touchoit Cupidon ;
Et pour mieux éclairer cette danſe legere ,
Un jeune Amour portoit le flambeau de fon
frere.
Par ce plaifir nouveau les Dieux furent féduits:
Plus d'une fois on écarta Morphée ,
Et Cupidon pour marquer fon Trophée ,
Donna le nom de Bal à ces charmantes nuits.
Vous , dont le coeur eft tendre ,
Conduifez en ces lieux l'objet qui fçut vous
prendre :
Le jeune Amour vous eft garant ,
Que
AVRIL.
1729 793
Que la Bergere ,
N'y fera pas long- temps fevere ,
Ni le Berger long- temps indifferent.
Ici l'Amour fait briller tous fes charmes ;
Les pas enchanteurs ,
Les fons flateurs ,
Forment les armes
Dont il bleffe les coeurs.
Un doux poifon ,
Reveille la tendreffe ;
Et ce vainqueur du fommeil ne lui laiffe
Que le foin d'endormir la raiſon,
Le 21. Mars , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Repréfentation
d'Arlequin Tancrede , Parodie nouvelle
des Sieurs Dominique & Romagneſi , qui
fut reçue favorablement du Fublic ; clle
a été jouée jufqu'à la clôture du Theatre.
L'abondance des matieres nous empêche
de donner l'Extrait de cette Parodie ,
la trouvera dans le prochain Mercure .
on
Le Sieur Lelio le fils , fit le compliment
qu'on a accoutumé de faire toutes les années
, qui fut aplaudi du Public.
Le 20. du mois dernier , les Comediens
François donnerent la petite Piece nouvelle
794 MERCURE DE FRANCE .
velle de la Boënte de Pandore , en un Acte,
en vers , avec un Prologue , qui n'a eu que
trois Repréfentations .
Le 25. ils remirent au Theatre la Tragedie
d'Athalie , dont la Dlle Balicour
joua le principal rôle . Ceux de Jofabet
du Grand Prêtre , d'Abner , de Matan ,
&c. étoient remplis par la De Duclos ,
& par les Srs Baron , du Freſne , le Grand,
&c. La petite Dle du Breuil y joua trèsbien
le rôle de Joas.
On repréſenta la même Piece le lendemain
à Verſailles , où la Dlle le Couvreur
joua le rôle d'Athalie ; & le 30. on y reprefenta
l'Ecole des Femmes .
Le Jeudi 31. Mars , les mêmes Comediens
jouerent à Paris pour la clôture.
du Theatre , la même Tragedie d'Athalie
qui fut fuivie des Précieufes Ridicules . Le
Sr de Montmenil fit entre les deux Riéces
, un Compliment au Public , au nom
de la Troupe qui fut fort bien receu .
NOUVELLES
AVRIL. 1729. 725
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Les a
Es nouvelles qu'on a reçûës tant de Conftantinople
que de Perfe , font croire que
le Grand Seigneur n'eft pas fi difpoté à la paix
qu'on l'avoit crû. S. H. continue d'armer , &
le bruit court qu'elle a deffein de s'emparer
de toutes les Conquêtes que le feu Czar à fai
tes en Perfe. Les janniffaires & le peuple demandent
la continuation de la Guerre , &
pour les contenter on fait divers armemens :
mais le Grand Vifir ne voulant rien entreprendre
de confiderable fans l'avis du Diyan ,
on en doit affembler un inceffamment . On
fond actuellement & avec beaucoup d'em
preffement , une grande quantité de Canons
dans les Arcenaux du G. S.
Ces Lettres ajoûtent , que la maladie contagieufe
avoit recommencé à Conftantinople
dans quelques endroits écartez , mais que la
mortalité n'étoit pas confiderable , & que le
Gr. V. dont la fanté commence à s'affoibir , a
demandé à fe démettre de cette premiere Charge
de l'Empire en faveur de fon fils qui a épou-
Té une des filles du G. S. & qui eft fort aimé
des Janniffaires , parce qu'ils l'ont vû fervir
dans plufieurs Campagnes.
On aprend d'Ifpaham que les Soldats Perfans
de l'une & de l'autre faction, commettoienttous
les jours de nouveaux défordres dans la Ville
parce que leurs Chefs ne leur faifoient obfer,
ver aucune difcipline pour prévenir leur dé
fertioni
796 MERCURE DE FRANCE .
1
fertion , & qu'un parti d'entre eux avoit pendu
fon Commandant , parce qu'il avoit refufé
de lui payer le prêt échû , dont les fonds ne
lui avoient pas éte remis par le Gouverneur de
la Ville.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
, que tout s'y préparoit à une nouvelle
Guerre , & qu'on ne doutoit plus que le G. S.
ne s'unit avec le Sultan Acheraf ,
parer des conquêtes faites en Perfe par le feu
Czar.
NOUVELLES
pour s'em-
DE PERSE
& du Levant ; Extrait d'une Lettre
écrite de Conftantinople , le 15. Janvier
1729.

A Porte a envoyé il y a deux mois & demi
à Van , Ville de Perfe , un homme de confiance
& de beaucoup de capaciré , nommé
Suleiman Effendi , avec ordre d'examiner dans
quel état fe trouvent les affaires de Perfe , &
d'en informer le Grand Vizir , cet Effendy qui
eft arrivé à Van depuis le premier d'Octobre
a écrit que le parti du Prince Tamas fe renforçoit
dejour en jour , & qu'il y avoit aparence
qu'il auroit à la fin le deffus fur Acheraf,
qui fe trouvoit enfermé dans Ifpaham avec
une poignée de Troupes, toutfecours lui ayant
manqué , à caufe que la Province de Candahar
s'étoit revoltée contre lui , & avoit reconnu
pour fon legitime Souverain un des Neveux
de Mitiveits , Ennemi juré d'Acheraf. Ce même
Effendy adjoute que le Prince Tamas avoit expedié
un Ambaffadeur au Grand Seigneur ,
lequel étoit arrivé auffi - tôt que lui a Van ,
avec lequel il avoit eu diverfes conferences ;
&
AVRIL 17295
797
& que fur le refus qu'il lui avoit fait de le
laiffer paffer plus avant,fans qu'il lui eût communiqué
les ordres dont il étoit chargé, l'Ambaffadeur
, après bien des difficultés , lui avoit
donné copie de la Lettre de créance dont il étoit
chargé , & dont voici la traduction.
LETTRE DE SCHAH THAM AS ,
fils de Schah -Uffein, au Sultan Achmet
III. arrivée à Conftantinople le fecond
de la Lune de Dgemazil Euvel , l'An de
Legire 1141. qui revient au dix Decembre
1728 .
Lest fort étonnant que Votre Majefté , an
Ipréjudice de l'amitié qui a étéfans interrup
tion entre les Ancêtres de ma famille & ceux de
la vôtre , & qui devoit en confideration de
cette même amitié fecourir les amis de fes amis ,
fe ligue contre eux en faveur d'une perfonne
inconnue & traître à ſon Souverain ; cette conduite
eft non -feulement contre les regles naturelles
, mais contre les loix divines ; car comme
les Roys font l'ombre de Dieu fur Terre , c'eft
s'en prendre à Dieu même , que d'ofer porter
les mains fur leurs Sacrées Perfonnes . Je me
trouve aujourd'hui le veritable & legitime he
ritier de la Famille des Roys de Perfe , & fils du
Roy Uffein , qui par une faveur toute particu
liere du Ciel n'ait point été compris dans le
massacre qui a étéfait du Roy mon pere , & de
prefque toute la Famille Royalesje fais tous mes
efforts pour pouvoir rentrer dans les Etats de
mes Ayeuls , & retirer le Trône des mains d'un
ufurpateur qui l'a envahi ; & comme ma caufe
eft jufte & lonable , je ne doute nullement que
H Dic
798 MERCURE DE FRANCE:
Dieu me m'aide , puiſque je combats pour fa
caufa puifqu'il eft le protecteur des oppreſſez
it animera de nouvelles forces ceux qui prenment
ma deffenfe , l'injufte fera puni comme il
le merite après moi il y a encore des Princes
de ma famille à qui le Royaume de Perſe doit
paffer fucceffivement , & il faut que je ne laiffe
pas ignorerà Vôtre Majefté, qu'il nous refte encore
des Sujets affez fideles & affez puiſſans
pour pouvoir me rétablir dans mon Patrimoine;
Votre Hauteſe peut être persuadée que les
Princes de ma Maijonfont encore en aſſez grande
veneration parmi eux , pour que tant qu'il
en restera , tout ce qu'il y a de Perfans fe faffe
un devoir & une obligation de facrifier leurs
biens & leurs vies pour leurfervice ; ainfi c'eft
Votre Hauteffe à examiner s'il y a plus de
grandeur d'ame de fecourir un Prince oppreffé
legitime heritier du Trône qui a été occupé par
des Roys amis & alliez à la Maiſon Ottomanne .
que

de fe liguer contre fes interefts avec un
Tigre , un Monstre , qui n'eft connu dans le
monde que par des perfidies & des attentats
qui feront horreur aux fiêcles à venir. Si Vôtre
Majefté ne veut pas feconder la justice de mes
droits , qu'elle demeure au moins neutre dans
ee differend ; car quoique l'on publie , je ne
fçaurois jamais me perfuader , que Vo re Hauteffe
puiffe agir contre mes interêts en faveur
Acheraf qui ne vous eft connu que par des
androits qui doivent vous le faire abhorrer &
detefter.
D'abord après la reception de cette Lettre ,
le G. S. donna des ordres pour que l'on renforçat
les garnifons de Tauris & de Ghendgé;
& comme vingt jours auparavant la Porte
avoit fait congedier les Troupes des Fronsieres
, le G. Vizir a expedié à la hafte trois
principaux
THECUE
DE
AVRIL 1729.
principaux Officiers du Corps des Janiffs
pour les y faire retourner.
LYON
Les Turcs & les Ruffiens ont tous les jours
des conteftations fur les limites des conquêtes
reciproques.
Ily a eu une grande révolte à Tauris contre
le Pacha & le Gouvernement , auquel les Perfans
ont bien de la peine à s'accoutumer. Enfin
il s'en faut beaucoup que les Turcs ne foient
tranquilles dans leurs Conquêtes , & il y a
apparence qu'ils ne le feront pas de long- tems.
Les Nouvelles du Caire , arrivées ici le 250
Decembre 1728. font que le nouveau Pacha
Bekir , Pacha qui avoit été ci - devant Chaouch
Bachy , y étoit arrivé de fon gouvernement de
Gilda ; & qu'ayant conduit avec lui fix perfonnes
, créatures du fameux Cherketh , Mehemet
Bey , dans l'intention de les proteger ,
les Habitans du Caire l'ayant appris , ils
avoient été tumultueufement dans la maifon du
Pacha , en avoient enfoncé les portes ; & fans
aucun égard pour fon autorité , leur avoient
fait couper la tête ; mais que cependant l'on
n'avoit rien fait au Pacha , qui fe trouvoit fort
embaraffé de fa perfonne , l'émeute n'étant pas
encore calmée .
Adgy Muftapha Effendy d'Efterminy , qui
avoit paffé par toutes les Charges les plus confiderables
de cet Empire,, ayant été d'Eftedar ,
Reis Effendy , & c. qui avoit une connoiffance
parfaite des affaires de l'Europe , eft mort le
10. Novembre fort regretté du G. S. qui lui
avoit accordé toute fa confiance , Il donnoit
beaucoup d'ombrage aux Miniftres de la Porte
qui le craignoient , plus qu'ils ne l'aimoient ,
comme ils l'ont fait affez voir après la mort ,
ayant confifqué à leur profit la plus grande
partie de fes biens , Adgi Moustapha Effendy ,
Hij haiffoit
800 MERCURE DE FRANCE:
haiffoit generalement tous les Chrétiens , mais
moins les François que les autres Nations.
Le G. S. vient de donner un ordre en
conformité d'un Fetfa ou décifion du Moufty ,
par lequel il ordonne qu'à l'avenir on ne pourra
faire aucun Perfan efclave , de quelque Religion
que ce foit , & que tous ceux qui feront
pris après la publication de cet ordre , feront
mis en liberté & renvoyez chez eux .
Cet ordre a été donné , parce que les Gene
raux & les Officiers qui commandent en Perſe
ont informé la Porte que les Troupes y dépeuplent
& defolent le pays , & que les Habitans
voifins , pour éviter l'efclavage', défertent & fe
retirent dans le pays de la domination d'Acheraf.
Il eft porté auffi que tous ceux qui auront
des Efclaves Perfans ne pourront les vendre
fous quelque pretexte que ce foit , mais il leur
elt permis de les garder feulement pour leur
fervice.
On écrit de Baffora du s . Octobre dernier ,
que les Portugais ayant fait un grand armement
à Goa , avoient été à Mombaz , place
qui leur apartenoit autrefois, & qu'ils l'avoient
prife , que le General de la Flotte Portugaiſe
étoit venu dans le Golfe de Baffora , qu'il avoit
enlevé tout ce qu'il avoit trouvé, & qu'il avoit
fait contribuer fur la Côte de Perfe jufqu'à
Couge ; qu'il avoit pillé l'Ifle de Keskmy , &
s'étoit emparé de celle d'Ormuz par compofition
avec ceux qui la gardoient , qui n'avoient
pas encore reconnu les Aghuans , mais qu'on
coyoit qu'ils ne la garderoient pas , parce qu'il
leur en couteroit trop.
Toute la Natolie , le Diarberquir , & le
pays d'Alep font affligez de la famine ; & comme
ily a encore bien du tems d'ici à la récolte,
од
AVRIL. 1729. 801
on craint l'augmentation de ce fleau à Conftantinople
, le bled y avoit augmenté de 30.
pour cent , mais 80. bâtimens arrivés depuis
peu de la mer noire , en ont fait bailler le
prix.
Les mécontens de Tartarie fe font ajuftez
avec la Porte ; Deli Sultan s'eft retiré ; le
Kam qui regne à prefent a été confirmé , &
les Tartares du Budziac font reftez en poffeffion
du pays oùils étoient , & duquel le Prince
de Moldavie prétendoit de les chaffer ; ainſi
tout eft tranquille de ce côté là .
Le 13. Decembre , le G. S. a marié deux
de fes filles , l'une avec le Selictar & l'autre
avec fon Kutehukimroker ; il a accordé à chaeun
de fes gendrés trois Queux de chevaux ,
qui font les plus grandes marques de dignité
que fa Hauteffe puifle accorder à des Particuliers
, le G. Vizir n'en ayant pas davantage.
Ces mariages fe font faits avec peu de pompe
& d'éclat.
On vient d'apprendre dans le moment , que
l'Ambaffadeur que le Prince Thamas envoyoit
au G. S. & qui avoit été retenu à Van , avoit
eu la permiffion de venir à la Porte : Il doit y
arriver tous les jours avec Solyman Effendy.
L
RUSSIE .
E Czar a donné un Edit , par lequel
il accorde dix années de franchiſe aux
Etrangers qui voudront s'aller établir à Mofcou.
S. M. Cz. a confervé au Duc d'Holftein
fa Charge de Lieutenant Colonel des Gardes
de Preobazinski , avec une penfion de 6000.
Roubles par an. Le Czar lui a fait dire qu'on
leveroit inceffamment un Regiment d'Infanterie
H iij qui
802 MERCURE DE FRANCE:
qui porteroit fon nom , & dont il pourroit
nommer les Officiers.
On prend toutes les mefures neceffaires
pour s'oppofer aux entreprifes du G. S. avec
lequel il n'y a prefque plus d'efperance de
convenir d'un Traité de pacification , par raport
aux conquêtes que le feu Czar a faites en Perfe,
& l'on a appris par un Courier dépêché de
Derbent , que les Tartares de Crimée avoient
reçu ordre de S. H. de fe tenir prêts à marchez
au premier commandement.
L
POLOGNE .
E Duc Charles Leopold de Meckelbourg
a tenu à Dantzic plufieurs Conferences
au fujet du rapport que le General Vittinghoff
a fait à ce Prince des difpofitions peu avantageufes
du Roy de Pruffe à fon égard ; & il a
dépêché un nouveau Courier à Mofcou pour
demander à S. M. Cz. les fecours d'argent &
de Troupes qui lui ont été promis par le feu
Czar. Ce Prince a auffi envoyé dans plufieurs
Cours d'Allemagne un fecond manifefte , par
lequel il répond à toutes les accufations énoncées
dans le dernier Decret du Confeil Aulique
, qui , felon fon Mémoire , ne doit point
avoir d'execution , fi l'on veut avoir quelque
égard aux droits des Princes d'Allemagne .
établis par le Traité de Weftphalie.
On apprend de Roftock qu'on y devoit publier
le 16 Mars , le Decret du Confeil Aulique
pour la nouvelle adminiſtration du Duché
de Meckelbourg , mais qu'on n'efperoit pas
de pouvoir le faire publier à Domitz , parce
que le Gouverneur de cette Place eſt toujours
dans les interêts du Duc Charles.
Le bruit couroit à Vienne , felon les Lettres
du
AVRIL. 1729. 80%
du zo. de Mars , que l'Empereur a refolu de
confirmer le Duc Chrétien Louis , dans l'adminiſtration
du Duché de Mecxelbourg , & de
faire affieger la fortereffe de Domitz .
On apprend de Dantzic , qu'il y étoit arrivé
fix jeunes Seigneurs Mofcovites qui vont
voyager dans les Pays Etrangers par ordre du
Czar , qui a déclaré qu'il n'éleveroit dorénavant
aux principales Charges que ceux qui
feroient inftruits des maximes des Cours Etran
geres , & qui en fçauroient la langue .
Les Lettres de Czenftochow , Ville fituée à
20. lieues de Cracovie , portent que plufieurs
Seigneurs Polonois , du nombre defquels eft let
Vaivode de Potocff , y avoient tenu une affemblée
particuliere , dans laquelle ils avoient figné
un Acté pour s'unir enfemble , afin de conferver
, même aux dépens de leurs vies , le droit
d'Election de leurs Rois . Par cet Acte ils déclarent
qu'ils traitteront comme Rebelles &
Ennemis de la Patrie , ceux qui par leurs confeils
, ou par quelque moyen que ce puiffe être,
favoriferont l'execution de quelques projets
contraires à ce droit d'Election.
ALLEMA G N E.
LE Duc de Modene a perdu le procès qu'il
avoit pour la fucceffion du feu Prince det
Forefte. Le Confeil Aulique ajugé que les Princeffes
de Carignan étoient legitimes heritieres
de ce Prince , & le Duc de Modene a été
Condamné à la reftitution des fruits.
Il arriva à Vienne au commencement du
mois dernier , quatre jeunes Turcs de diftinction
, aufquels le G. S. a accordé 6000. Ducats
pour les frais de leur voyage dans differentes
Cours de l'Europe. Ils ont été prefentez au
Hiiij Prince
804 MERCURE DE FRANCE:
Prince Eugene , qui leur auroit procuré une
Audience de l'Empereur , s'ils avoient voula
fe refoudre à y paroître la tête découverte. Ils
partirent le 10. pour Prague , après avoir veu
les principales Bibliotheques de Vienne. Ils
iront enfuite à Leipfic , à Wolfembutel , en
Hollande , en Angleterre & en France ; après
quoi ils retourneront à Conftantinople par
l'Italie.
Le bruit court à Vienne que le Chapitre de
Tréves a refolu de fuivre l'exemple de ceux
de Liege , de Wirtzbourg & d'Eichtedt , & de
choifir un de fes Membres pour l'élever à la
dignité d'Electeur .
On a appris de cinq Eglifes en Hongrie ,
qu'on y avoit executé 19. Voleurs , complices
du meurtre dont on a déja parlé , commis en
1727. en la perfonne de l'Evêque de Semandrie
, dont quatre furent roués vifs , après les
avoir été tenaillez à diverfes repriſes : 14. furent
decapitez & le 19 pendu. Il y a encore
dans les Prifons de la même Ville 62. compli-.
ces qui doivent être jugez & executez inceffamment.
L
Les Lettres de Vienne portent, que la gelée y
avoit recommencé vers le 20. du mois dernier ,
& que le Danube étoit pris pour la troifiéme
fois de l'Hiver.
ESPAGNE.
E 3. Mars , le Roi , la Reine , le Prince &
la Princeffe des Afturies, & les Infans Dom
Carlos & Dom Philippe , partirent à dix heures
du matin de Cadix pour retourner à la
Maifon de Campagne qui eft dans l'Ile de
S. Leon .
Le 6. l'Efcadre des Galeres du Roi , commandée
AVRIL. 1729- 805
mandée par Dom Jofeph de Los Rios , qui
étoit entrée à Cadiz le 2. paffa après midi à
la pointe de Suazo , qui fépare cette Ifle da
Continent , en prefence de L. M. & de la Famille
Royale , qui s'étoient embarquez fur la
magnifique Gondole que la Ville de Cadiz
fait conftruire pour L. M.
Le 7. le Roi & la Reine prirent le divertiffement
de la Pêche dans un Parage de l'Ifle de
Leon , où il y a une très - grande quantité de
Poiffon.
Le 8. L. M. & les Princes & Princeffes de
la Famille Royale , allerent à bord du Vaiffeau
le S. Philippe , & c.
La Ville de Cadiz a fait un prefent de 50000
Piaftres au Roi , un de 20000. à la Reine , un
de 10000 au Prince des Afturies , & d'autant
à la Princeffe fon Epouſe.
Selon la Lifte qu'on a publiée du chargement
des Gallions & des autres Vaiſleaux revenus
des Indes Occidentales , leur cargaifon confifte
, fçavoir :
1244136. Piaftres pour le compte du Roi.
12538136. Piaftres pour les Particuliers.
4054841. Piaftres en piftoles d'or.
464585. Piaftres en matieres d'argent non
monnoyé.
Les Marchandifes font du Tabac en poudre ,
en feüille & en rouleaux, des Cochenilles fines
& fauvages , de l'Indigo , du Cacao , de la
Vanille , du Quinquina , de la Salfepareille ,
des Laines , des Ecailles de Caret , des Baumes,
des Cuirs crus & tannez & des Bois de Teinture.
La groffeffe de la Reine eft déclarée , & on
dit que S. M. s'en retournera à Madrid en
Chaile à Porteurs.
On mande de cette Capitale qu'il y eft more
MY pendang
805 MERCURE DE FRANCE.
pendant cet hyver 14000. perfonnes , ce qu'on
attribue au grand froid qu'il a fait & auquel on
n'eft point accoutumé.
Les Lettres de Lisbonne portent , qu'on y
avoit appris par les Lettres de Mazagaon , que
les Religieux Trinitaires , dépofitaires des aumônes
du Royaume de Portugal , pour le rachat
des Captifs Portugais , étoient arrivez le
18. Novembre dernier à Azamor ; que les
pluyes continuelles les avoient obligez d'y de
meurer pendant douze jours , & qu'ils n'avoient
pû arriver à Miquenez que le 25. du
mois de Décembre fuivant ; qu'ils avoient logé
dans la Maifon d'un des principaux Pachas ,
que le Roi Muley- Hamet- Debi leur avoit fait
préparer , & dans laquelle il avoit fait garder
jufqu'à ce jour Muley- Abdemelec fon frere
& fon concurrent , qui lui avoit été livré par
les habitans de Tafilet ; que ces Religieux
après avoir racheté 113.Captifs de leur Nation ,.
étoient revenus à Mazagaon le 8. du mois de
Fevrier dernier , mais qu'ils avoient été volez
fur la route par des Arabes de Daquela , &
que l'Alcaide de cette Ville leur avoit donné
pour Interprete un Renegat Eſpagnol , qu'ils .
avoient déterminé par leurs exhortations à
abjurer le Mahometime.
2
On a appris par les Lettres de Ceuta , du-
25 Mars dernier , la nouvelle de la mort du
Roi de Maroc Muley Hamet. Debi , qui avoit
été rétabli depuis quelques mois fur le Trône
de fon Pere, Єes Lettres ajoûtent que ce Prince
étant à l'extremité , avoit fait étrangler par les
Maures de fa Faction Muley- Abdemelec fon
frere qu'il tenoit prifonniers & qu'après la
mort de ces deux Princes , les Maures avoient .
élevé un de leurs freres fur le Trone.
ITALIE
AVRIL. 1729. 807,
La
ITALIE.
E Comte Cerezani ayant fait connoître au
Pape qu'il n'avoit pas de quoi fubfifter , &
que fon frere , qui feul pouvoit lui être de
quelque fecours , avoit donné tout fon bien
a l'Eglife de S. Barthelemy , pour y fonder
un College en faveur des Enfans de Bergame ,
S. S. a eu la bonté de lui affigner le tiers du
revenu des biens du deffunt pour fa fubfiftance ,
malgré les oppofitions de l'Ambaffadeur de
Venile.
M. Jean Mocenigo a été élû par le Grand-
Confeil de Venife , Ambaffadeur à la Cour de
France , à la place du Chevalier Zacharie Canale
, dont les trois années d'Ambaſſade font
prefque finies.
Le 9. Mars , les Cardinaux ne purent tenir
la Chapelle Pontificale accoûtumée dans l'Eglife
des Religieux de la Congrégation du
Mont Olivet , à caufe de la neige qui tomba
ce jour- là avec une telle abondance , qu'on ne
fe fouvient pas d'en avoir vû une auffi grande
quantité depuis très - long- temps.
Le lendemain il y eut un Confiftoire fefret
, dans lequel le Pape donna au Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , le Titre
de S.Sixte le vieux, à la place de celui de fainte
Marie fur la Minerve , que S. S. a donné au
Cardinal Pipia.
L'Empereur vient d'ajouter aux Dignitez
qu'il a accordées depuis peu au Duc de Gravina
, le Titre d'Alteffe , & le Privilege de faire
battre Monnoye dans toute l'étendue des Fiefs
qu'il poffede dans le Royaume de Naples.
Le 19. du mois dernier , le Pape fit dans l'Eglife
de S.Jean de Latran , la Céremonie de la
H vj Ca808
MFRCURE DE FRANCE:
Canonifation de S. Jean Nepomucene , avec la
folemnité accoûtumée. S.S. y fut accompagnée
de 30. Cardinaux & de tous les Patriarches
Archevêques , Evêques & autres Prélats qui fe
trouvoient à Rome ; le Chevalier de S. Georgey
affifta , ainfi que les Ambafladeurs & Miniftres
Etrangers , & la principale Nobleffe.
Après le Te Deum , cette Canóniſation fut annoncée
au Peuple par le bruit des Trompettes
& des Timbales , par le fon de toutes les Cloches
de la Ville , & par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange. Le foir & la
nuit fuivante il y eut des Illuminations dans
toutes les ruës.
Dans le Confiftoire que le Pape tint le 23 .
Mars , M. Cibo , neveu du Cardinal Pamphile ,.
cy-devant Patriarche de Conftantinople & Majordome
de S. S. fut fait Cardinal. Le foir il y
eut felon la coûtume, des Illuminations dans
toutes les rues de Rome. Le même jour le
Pape nomma M. Borghefe pour fon Majordome
.
Le 24. au matin , la Ceremonie de la Beatification
du P. Fidele de Simering , Capucin ,
fut faite avec beaucoup de folemnité , & le
Cardinal Cienfuegos envoya aux Religieux de
cet Ordre , 400. livres de Poiffon , 400. livres
de Pain , 8. Bariques de Vin, du Ris, des Fruits
fecs , & de l'Huile.
Le 27. le Baron Scarlatti , Miniftre des Electeurs
de Cologne & de Baviere , reçut des Dépêches
de Munich , avec ordre de folliciter
un Brefd'Eligibilité en faveur du Prince Theo.
dore de Baviere , Evêque de Ratibonne , l'un
des principaux Concurrens pour l'Archevêché
vacant de Tréves.
Le 28. le Pape entendit la Meffe de grand
matin , enfuire il tint Confiftoire , dans lequel
il
AVRIL: 17297 809
il donna le Chapeau au nouveau Cardinal
Cibo , avec le Titre de S. Etienne le Rond.
Le même jour au matin , le Pape monta en
Caroffe , & fortit par la Porte de S. Jean , fans
Gardes, & prefque fans fuite, pour fe rendre à
Benevent.S.S.coucha ce jour- là auConvent des
Auguftins de Marino , où il fut reçû par le
Connétable Colonne. Le 29. le Pape en partit
pour Velletri , où il entendit la Meffe & le
Sermon de l'Abbé Mancini.
RELATION du Combat rendu le 29.
du mois dernier , entre le S. Vincent ,
Vaiffeau de l'Efcadre de Malthe , commandé
par le Chevalier de Deoulx
percé pour 40. Canons , & de 250 .
hommes d'Equipage , & un Vaiffean
d'Alger appellé la Gazelle.
E 22. Mars , nous trouvant à 40. lieuës der
LTripoly Nord & Sud , fur le foir ayant eu
le vent au Sud Sudoueft, nous primes le parti,
ne pouvant plus aller attendre à l'Eft , de garder
la Côte de l'Oueft : fur le foir nous filmes
route pour nous trouver au point du Jour à
l'Eft de la Lampedoufe , pour faire la découverte
avant refté aux baffes voiles , jufques
à deux heures après midy , à laquelle heure
nous découvrîmes un Vaiffeau au Sud , qui
faifoit le Nord , nous le times pour fufpect
& le chaffames , ayant le vent Nordoueft
frais , dans l'efperance qu'il nous prendroit
pour un Vaiffeau François ; nous arrivâmes.
fur lui avec nos quatre corps de Voiles & la
Sivadiere , les ris largues , fans qu'il difcon
tinuât fa route.
Aquatre heures & demie il nous fit Pavillon
Hol
1
Fro MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , & nous celui d'Angleterre ; peu
de temps après il arbora celui d'Alger. L'ayant
approché à une diſtance à bien voir le corps
du Bâtiment , il commença à fe méfier , & força
de Voile dans cet inftant.Alors nous mîmes
notre grand Perroquet & Pavillon de Malthe,
Faffurant d'un coup de canon. A cinq heures
l'Algerien démâta de fon grand Mât de Hune ,
& nous nous préparâmes pour le combat . A
cinq heures & demie , étant par fon travers ,
à demy portée de fufil , il commença à faire
feu fur nous de fa feconde Batterie & Moufqueterie
, ne pouvant fe fervir de la premiere.
Nous lui répondîmes par un femblable feu ,
& après plufieurs décharges il fut démâté de.
fon Perroquet de Fougue , & eut quantité de
fes manoeuvres coupées , il reſta toûjours avec
fon petit hunier tout bas. Nous continuâmes
jufqu'à onze heures du foir de le battre , lui
ayant fait plufieurs paffades & mis en panne ,
pour refter par fon travers à petite portée de
piftolet. Alors nous voyant , pour ainfi -dire ,
Maîtres de l'Ennemi , ayant toûjours notre
mature en bon état & très - beau temps , le
Ciel fans nuages , fans pouvoir nous fervir de
la premiere Batterie ni des Canons de l'arriere,
& de ceux de l'avant , nous prîmes le parti
d'attendre le point du-jour pour nous emparer
du Corfaire. Cependant nous fifmes monter
tout notre monde fur le Pont , & raiffraichir
l'Equipage , voyant toûjours le corps du Bâtiment
qui ne pouvoit plus nous échapper.
Le 24. au point - du - jour , nous eûmes un
petit vent variable & brouillard , à fept heu--
res il changea à l'Oueft , petit frais . Alors
nous fimes fervir pour nous en approcher &
à huit heures , étant par fon travers , à demi
portée de moufquer , nous nous canonâmes ,
nous
AVRIL 1729. SIN
nous fervant de notre premiere Batterie comme
il faifoit de fon côté, A la feconde bordée nous
le démâtâmes de fon petit Mât de Hune , &.
fes baffes Voiles furent defemparées. Nous ne
l'avions pas plutôt dépaffé que nous revenions
à la même portée. A dix heures , il fut démâté
de fon Mât de Mizaine & d'Artimont. Une
heure après , étant à portée du piftolet , nous
lui criâmes que s'il ne fe rendoit , nous l'al
lions couler à fond ; & ne faifant aucun cas de
ces menaces, nous filmes pointer à couler bas.
Il effuya trois bordées haut & bas ; & l'ayant
enfuite dépaffé , nous virâmes vent d'Avant •
pour nous trouver à la même diſtance , afin de
continuer notre feu . Peu de temps après il fut
démâté du grand Mât & du Bafton de Pavillon.
Quoique réduit dans cet état, & ne voulant
point fe rendre , nous continuâmes de le bat--
tre ; mais fe voyant fur le point d'être tous
noyez , les Esclaves Chrétiens étant venus de
PAvant avec le Rays ou Capitaine & les autres
Officiers , ils crierent qu'ils étoient rendus,
faifant figne avec un Mouchoir. Dans le même
inftant notre feu difcontinua ; mais le Corfaire
ayant encore tiré un coup de canon , nous recommençâmes
par quelques coups de canon .
de l'Avant. Alors les Chrétiens crierent mifericorde
, ce qui nous fit entierement retirer
nos Batteries dans le Bord , & nous travaillâ
mes à mettre notre Chalouppe & notre Canot
à la Mer pour aller amariner la prife . Avant
la nuit nous eûmes tous les Efclaves à notre
Bord , & on fit travailler avec diligence tous
nos Maîtres Calfats & Charpentiers , pour
mettre le Vaiffeau Corfaire en feureté , étangen
très - mauvais état . C'eſt ainfi que nous nous
en fommes rendus les maîtres , après l'avoir
battu onze heures par un feu continuel d'Artillerie
Sr2 MERCURE DE FRANCE:
tillerie & de Moufquetterie , auquel il a rá
pondu avec toute la vigueur poffible jufques
au dernier moment.
Pendant ce combat nous avons tiré 1164 .
coups de canon , il s'eſt donné à 36. lieuës du
Goże de Malthe Nordeft & Sudoueft. Nous
avons auffi -tôt après fait route pour nous rendre
à notre Port , prenant à la remorque la
Prife nommée la Gazelle , armée de quarante
canons. Suivant le rapport des Chrétiens
délivrez , qui font au nombre de 25. du nombre
defquels il y en avoit quatre faits Efclaves
depuis la guerre de Tripoly , l'Equipage étoit
de 357. Turcs, defquels nous en avons à bord
178. parmi lesquels il y en a 34. de bleffez ,
tout le reste a été tué. Quant à nous , nous n'avons
perda que 4. hommes avec 14. bleffez ,
ayant été defemparés de tous nos agrez , à quoi
nous avons remedié du mieux qu'il nous a été
poffible , & pour ne pas perdre un moment de
temps nous n'avons changé aucune Voile .
GRANDE BRETAGNE.-
Odernier,la conftruction du nouveau Pont
N commença à Londres le 22. du mois
fur la Tamife auprés du Fulham.
1
Sur les plaintes portées par le Comte de
Broglio, Ambaffadeur de France , de la violence
exercée dans le Port de Plimouth , contre
la Frégate du Roi T. Ch. la Gironde , comman
dé par M. de Joyeux , Capitaine de Vaiffeau , le
Roi a envoyé à Plimouth le 22 de ce mois ,
F'ordre de faire caffer le Capitaine Anglois
qui avoit été l'Auteur de cette infulte , & S. M.
a en m me temps fait affurer qu'elle en uferoit
de même toutes les fois que les Officiers fur
Mer ou fur Te.re , s'écarteroient de leur de
voir..
AVRIL 1729. 813
Quelques Lords de la Chambre des Pairs
ayant propofé d'engager le Roi a exiger du Roi
d'Efpagne que S. M. Cath. renonçât en termes
formels à tous droits & prétention fur Gibral
tar & Port de Mahon : cetre propofition fur
rejettée à la pluralité de 84. voix contre 31 .
La réfolution de la Chambre fut portée enfuite
à la Chambre des Communes , où elle donna
lieu à de grands debats ; mais enfin elle fut approuvée
à la pluralité de 267. voix contre 111.
Le 4. de ce mois , les deux Chambres curent
une Conference
dans laquelle elles réfolurent
de prefenter au Roi une Adreffe commune . pour le prier de prendre foin des interêrs de la
Nation dans le prochain Traité de Pacification
, & de faire valoir fes droits fur Gibraltar & fur Pifle de Minorque
.
HOLLANDE PAYS - BAS .
Es Directeurs de la Compagnie d'Oftende
Layant promis de payer aus intereffez une
répartition de 30. pour cent à la Fête de ſaint
Jean prochain , les Actions de cette Compas
gnie font montées à 207.
ᎣᎣᎣᏥᏛ ᎣᏪ
MORTS , MARIAGES
Des Pays Etrangers .
Eburel , veuve du Duc de Saxe-Meiningen ,
Lizabeth Sophie de Brunfwick , Wolfemmourut
le 15.Mars à Meiningen dans la 71 année
de fon âge , étant née le 30. Septembre
1658. Cette Princeffe étoit veuve en premieres
Noces du Duc George de Meckelbourg.
M
814 MERCURE DE FRANCE.
M. Jean Laws, qui avoit été Controlleur Ge
neral des Finances en France , mourut à Venife
le 21. du mois dernier , âgé de 61. ans ,
avec de grandes marques de réfignation , &
après avoir reçû tous fes Sacremens.
"On écrit d'Angleterre , que deux freres Jumeaux
, âgez de 95. ans , moururent à Chichefter
le 26. du mois dernier , à dix minutes
l'un de l'autre.
Le 27. du mois dernier au foir , Leopol I.
Duc de Lorraine & de Bar , mourut à Luneville
, dans la soe année de fon âge , étant né le
1. Septembre 1679. Ce Prince étoit fils de
Charles V. Duc de Lorraine , & c. & de Marie-
Eleonore d'Autriche , foeur de l'Empereur Leopold
, & veuve de Michel Wifnowinski , Roi
de Pologne. Il avoit époufé Elizabeth - Charlotte
d'Orleans , née le 13. Septembre 1676.
Mariage qui a donné naiffance à plufieurs Princes
& Princeffes , dont il refte François , Prince
hereditaire de Lorraine , né le 8. Decembre
1708. Charles , Prince de Lorraine , né le 12.
Decembre 1712. Elifabeth , Princeffe de Lorraine
, née le Is. Octobre 1711. & Charlotte ,
Princeffe de Lorraine , née le 4. Mai 1714.
On apprend de Drefde , que la jeune Comteffe
de Coffel doit époufer le Comte Mou
chinski ; fes Tuteurs ont déja reçû pour elle
les cent mille écus que le Roi de Pologne donne
en dot à toutes fes filles naturelles.
FRANCE
AVRIL. 1729
FRANCE
Nouvelles de la Cour , de Paris , &s.
L
E 30. du mois dernier , on mena
promener pour la premiere fois Mefdames
de France à Trianon . Elles étoient
dans les Carroffes du Roy , avec la Ducheffe
de Vantadour , Gouvernante des
Enfans de France , Mefdames la Marquife
de Villefort & de la Lande , Sous - Gouvernantes
des Princeffes , & les Nourrices
& Femmes de Chambre , & fuivies de
quatre Gardes du Corps .
M. d'Hericourt , Commiffaire General
de la Marine , a été nommé par le Roy,
Intendant des Galeres à Marſeille , à la
place de M. Blondel , qui vient de mourir.
On écrit de Touloufe que l'Evêque de
Cifteron y a prêché le Carême dans l'Eglife
de la Daurade , avec un fuccès &
un concours fi étonnant , que l'Eglife ,
quoique vafte , ne fe trouvant pas affez
grande , on a été obligé de conftruire des
Echaffauts qui regnoient tout autour.
On mande auffi d'Aix en Provence ,
que le P. Surian de l'Oratoire , Evêque
de Graffe , a prêché le Carême dans l'Eglife
816 MERCURE DE FRANCÉ
glife des Dominicains , avec un grand
fuccès & un concours extraordinaire.
Le Commandeur d'Orvillé de Vignacour
, eft entré au Séminaire de S. Sulpice
pour y prendre les Ordres.
Le Pape ayant accordé aux prieres du
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris , par fa Bulle du 13. Novembre
1728. que tous les Fideles de fon Diocèfe
, difpenfez d'aller à Rome , pour par
ticiper aux celeftes Tréfors de l'Année
Sainte , pourront gagner le Grand Jubilé
dans la Ville & Diocèfe de Paris , S. E.
donna fon Mandement le 15. Mars dernier
, en vertu duquel l'ouverture du Jubilé
de l'Année Sainte , qui doit durer
deux mois , ſe fit à Paris le premier Avril ,
par une Meffe folemnelle du S. Efprit , qui
fut celebrée dans l'Eglife Métropolitaine
par l'Abbé de Gontaut , Doyen du Chapitre.
Le Cardinal de Noailles entonna le
Veni Creator , & donna la Benediction .
Il y a eu tous les jours depuis dans cette
Eglife plufieurs Proceffions de toutes les
Paroiffes , ainfi que de tout le Clergé Séculier
& Régulier de la Ville & de la Banlieuë
, lefquelles étoient fuivies d'un grand
concours de peuple , ainfi que de gens
de tous Etats , & même par quantité de
perfonnes de la premiere diftinction , ce
qui a été d'une grande édification.
Le
AVRIL. 1729. 817
Le Roi , qui avoit gagné le Jubilé de
l'Année Sainte en 1726. pendant fon féjour
à Fontainebleau , ayant eu la dévotion
de le gagner une feconde fois , S.M.
a donné dans cette occafion de grands
exemples de pieté & de Religion .
Le 5. de ce mois , après midi , le Roi fe
rendit du Château de Verfailles à l'Eglife
de la Paroiffe pour la premiete Station
du Jubilé. S. M. fuivit la Proceffion qui
alla à l'Eglife des Récolets , à la Chapelle
du Château & à l'ancienne Eglife
de la Paroiffe , où il y cut Salut .
Le 6. après avoir entendu dans la Chapelle
du Château , le Sermon du P. Boyer,
Le Roi alla faire les Stations dans l'Egli
fe de la nouvelle Paroiffe de S. Louis du
Parc- aux -Cerfs , & S. M. fuivit la Proceffion
, malgré la pluye continuelle .
Le 7. le Roi continuant fes Stations ;
alla à la Proceffion , nonobftant la pluye
alla à pied & nuë tête , & au retour
S. M. affifta au Salut dans l'Eglife de la
Paroiffe avec la pieté & fa dévotion ordinaire.
Le 8. le Roi entendit la Meffe à neuf
heures dans la Chapelle du Château , enfuite
S. M. accompagnée des Officiers de
fa Maiſon , alla faire fes Stations dans
les trois Eglifes dont on vient de parler ,
& rentra au Château.
Le
€ 15 MERCURE DE FRANCE .
Le 19. de ce mois , le Roi fit dans la
Plaine des Sablons , près Paris , vers les
trois heures après midy , la Revûë du Ré
giment des Gardes Françoifes & Suiffes.
S. M. paffa dans les rangs , leur fit faire
l'exercice & les vit défiler , fort fatisfaite
de la beauté de ces Troupes , qui étoient
en bataille fur deux lignes , avec les Officiers
à la tête. Ce Spectacle brillant , &
plus encore l'envie de voir le Roi , avoit
attiré une fi prodigieufe foule de Spectateurs,
de tout âge , de tout fexe & de tous
états , à pied , à cheval , en Chaife & en
Carroffe , qu'il fembloit que perfonne n'étoit
resté dans Paris . Le Roi , qui étoit
accompagné de plufieurs Princes & de
quantité de Seigneurs , arriva , & s'en retourna
après la Revûë , aux acclamations
de tout ce peuple.
Le Roi a donné au Duc de Chaunes
le Gouvernement de la Ville & Citadelle
d'Amiens .
Le Marquis de Montboiffier , qui étoit
premier Sous -Lieutenant de la feconde
Compagnie des Moufquetaires de la Garde
du Roi , en a été nommé par S. M. Capitaine
- Lieutenant , à la place du feu
Comte de Canillac .
Le premier de ce mois , jour de l'ouverture
du Jubilé , tous les Théatres de
Paris ayant été fermés la veille , il y eut
Concert
AVRIL. 1729. 819
Concert spirituel au Château des Tuilleries
, lequel a continué tous les jours
pendant ce mois . Il a été composé de
deux Motets de feu M. de la Lande , ou
d'autres Maîtres , d'un petit Motet ,à voix
feule,avec fymphonie , & d'un autre Motet,
à deux & trois voix , avec la même fymphonie
; tous ces Motets ont toujours
été précedés, de plufieurs Pieces de fymphonies
& des Concerto executés fur le
Violon & la Flute , par les Sieurs Blaver ,
Guignon , Aubert & Senaillier.
Le 6. la De Lenner , de la Mufique
du Roy , chanta feule pour la premiere
fois un petit Motet avec fymphonie , &
fut très - applaudie , elle a chanté depuis
differens morceaux dans les grands Motets
& autres récits .
Le Dimanche des Rameaux , on chanta
le Miferere de M. de la Lande , & d'autres
Motets choifis les autres jours de la femaine.
Le Samedi Saint ô Filii & Filia , & le
Regina Coeli , furent chantez par les Des
Hermance , & le Maure , & parfaitement
bien executés , de même que tous les au
tres differents petits Motets , de la com
pofition de differents Auteurs de réputation
.
Le jour de Pâques , on chanta le Dixit
Dominus de M. de la Lande , le Regina
Cali
$20 MERCURE DE FRANCE.
Cali , & un petit Motet de la compofition
de M. le Maire , chanté par la Dlle
Hermance , avec beaucoup de gout & de
juſteffe.
Le 19. & le 21. les Dlles Lenner , &
Bourbonnois chanterent féparément un
petit Motet du même Auteur qui fit
beaucoup de plaifir ; le Concert de ces
2. jours fut terminé par le Te Deum de
M.de la Lande, & par Exaltabo te , Deus.
On a executé d'autres differents Motets
choifis le refte de la femaine jufqu'au premier
Mai.
› en
M. le Maire , Me de Mufique , qui eft
l'Auteur des trois petits Motets dont on
vient de parler , a donné au Public un
Ouvrage de fa compoſition , qui a pour
titre , Concert fpirituel ou Recueil d'Airs fur
routes fortes de Sujets de pieté , fur les plus
Auguftes Myfteres de la Religion , & une
Cantatille fur la Naiffance du Sauveur :
Ces airs font dans le gout gracieux
duo & en récits , & très -utiles aux Religieufes
qui ne fe fervent point des Airs
d'Opera ni des Recueils des mois . On
trouvera cet Ouvrage ( qui eſt dédié à
Madame l'Abbeffe de S. Antoine ) chez
Ballard , Boivin , le Cler , & chez l'Auteur
, rue de la vieille Bouclerie , près le
Palais. Le prix eft de 3. liv . M. Ĉarolet
eft l'Auteur des paroles Françoifes de ce
Recueil
AVRIL. 1729. © 821
Recueil , auffi bien que des paroles des
trois petits Motets Latins , chantez au
Concert dans la femaine de Pâques .
Le 24. Avril , Dimanche de la Quasimodo
, les Chevaliers Palmiers Confreres,
& Soeurs de l'Archiconfrairie Royale du
S. Sepulchre de Jerufalem , établie dans
l'Eglife des RR. PP. Cordeliers du grand
Couvent de Paris , délivrerent proceffionnellement
des Prifons de cette Ville ,
3
vingt - quatre Prifonniers pour dettes qui
fe trouverent entre les deux Guichets du
grand Châtelet , & affifterent à la Proceffion
depuis ce lieu jufqu'à l'Eglife du
Saint Sepulchre , rue S. Denis , & delà
aux Cordeliers où ils entendirent la
Meffe & le Sermon .
Du Syndicat de M. Delamare , & de
l'adminiſtration des Sieurs Calluaut ,
Jacques , Rozé & Chabonet.
Ce pieux établiffement , applaudi des
Magiftrats , fut fait l'année 1727. par
les foins de M. Louis Polycarpe Jarry ,
Md Epicier , Juré Controlleur de la Marchandiſe
de Foin , ancien Guidon de ladite
Confrairie , des Queftes faites chez
les Confreres & Soeurs , par les Sieurs
Boucher , Salvia , le Vaffeur , & David
Legros , Notables Bourgeois de ladite
Confrairie , choifis par ledit S Jarry ,
Inſtituteur de cette utile charité & reçu
I pardevant
822 MERCURE DE FRANCE.
pardevant M le Lieutenant Civil .
Le nombre des Prifonniers ne fut la
premiere année 1727. que de fix ; en
1728. de quinze. On efpere que les charitez
augmenteront pour en délivrer un
plus grand nombre dans la fuite.
Au retour de la Proceffion dans l'Eglife
des Cordeliers , on chanta la grande Meffe
en Grec ,& le Sermon dont le Texte fut en
Grec. , fut prononcé par l'Abbé de Laiffe.
On a remarqué dans le précedent Mercure
, que l'Hyver duroit encore à la fin
du mois dernier. Nous remarquerons ici
avec encore plus de raifon , que le froid a
toujours continué depuis , & qu'aujourd'hui
30. Avril , on n'a point quitté les
habits de Velours , & que les Surtouts &
les Mantilles font encore fort en regne.
MORTS , NAISSANCES
Mon
& Mariages,
Onfieur Blondel de Jouvaucour, cidevanr
Intendant de la Martinique,
& actuellement Intendant de la Marine à
Marſeille,y mourut âgé d'environ 62. ans,
le 28. du mois dernier, beaucoup regretté.
Le 28. Mars , Dame Claire de Cullembourg
, veuve de Louis Gamart ,
Ecuyer , Confeiller , Secretaire du Roy ,
&c. Greffier en Chef de la Chambre des
Comptes , & Tréforier de S. A. S. Madame
AVRIL. 1729. 8.23
dame la Princeffe de Conti , premiere
Douairiere, mourut âgée d'environ7 2.ans.
Dame Charlotte Anne Françoife Pouffepin
de Montbrun , Epoufe de Louis
Armand Baudon , Chevalier , Seigneur
de Neufville Ferriares , &c . Confeiller au
Parlement , mourut le 30. Mars , âgée
de vingt - deux ans.
>
Le trente - un Louife
Philippe de
Coetlogon
veuve de Louis d'Oger de
Cavoye , Grand-Maréchal
des Logis de la
Maifon du Roy , mourut à Paris , âgée
d'environ
88. ans . Elle a nommé les Pauvres
de la Paroiffe S. Sulpice fes Légataires
univerfels
; elle a fait plufieurs legs
confiderables
& a fondé à perpetuité
dans l'Eglife de la même Paroiffe un Service
annuel pour le feu Roy Louis XIV.
- pour la Reine Marie Therefe , & pour
Monſeigneur
le Dauphin
leur fils , en
reconnoiffance
desBienfaits que fon époux
& elle en avoient reçus . Elle donne auffi
40000.
livres ponr le bâtiment
de
P'Eglife , &c.
Le de ce mois , Marie Magdelaine
'de Laval , Dame d'honneur de S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans , & veuye
de Louis Armand d'Allogny , Marquis de
Rochefort , Maréchal de France , Capitaine
des Gardes du Corps du Roy ,. &
Gouverneur de Lorraine , mort à Nancy
I ij
le
824 MERCURE
DE FRANCE
.
le 27. Mai 1676. mourut à Paris dans
la 83. année de fon âge.
? Le 5. de ce mois , Nicolas Charles
Huguet de Semonville , Doyen du Parlement
, mourut âgé d'environ 89. ans.
Par cette mort M. Brayer eft prefentement
Doyen du Parlement.
M. de Corberon , cy-devant Premier
Préſident du Confeil Superieur d'Alface
mourut à Colmar le 1 Avril , âgé de 7.8 .
ans. Il y a quelques années qu'il s'étoit
démis de cette Charge en faveur de M. de
Corberon fon fils , Avocat General du
même Confeil , à qui le Roy en avoit
accordé la furvivance au mois d'Avril
1718.

Le 3. Jean de Maffol , Chevalier
Marquis de Garennes , Seigneur d'Acherres
, Fremainville , Rebets & c . Confeiller
du Roy en fes Conſeils , feul Avocat
General de S. M. en fa Chambre des
Comptes , Premier Préfident du Bureau
des Finances Chambre du Domaine &
Tréfor à Paris , mourut âgé de 63. ans.
>
Jacques de Jaucourt , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis , Lieutenant d'Artillerie
au département d'Alface , Brigadier
des Armées du Roy , mourut le 6. Avril ,
âgé de 58. ans. M. de Malezieu , Brigadier
, lui fuccode .
Dame Jeanne Pinon , veuve de Michel
Vialard ,
AVRIL. 17298
825
Vialard , Chevalier , Seigneur de Herce
& de la Foreft de Civry , mourut le 7 .
Avril , âgée de 7 4. ans .
Etienne Landais , Confeiller du Roy ,
Tréforier General de l'Artillerie de France
, mourut à Paris le 10. Avril , âgé
de 67. ans.
Jacques Charles de Raucourt , Clerc
du Diocéfe de Perigueux , Prieur de
Donchery , Diocéfe de Reims & de Saint
Nicolas de Bar -fur - Aube , mourut le 11 .
âgé de 80. ans .
Dame Marthe Marguerite de Valois de
Murfey , veuve de Jean Anne de Tubieres
de Grimoard de Peftel & de Levi
Chevalier , Comte de Caylus , Menin de
feu Monfeigneur le Dauphin , Lieutenant
General des Armées du Roy , mourut
à Paris le 15. Avril , dans la 57 année
de fon âge , generalement regretée .
с
M. du Poirier de Vallois , Prêtre Doc
teur , Abbé Commandataire de Montierneuf
de Poitiers , Prieur & Seigneur de
la Foye- Montjaut , Prieur de Mefle , Vicaire
Géneral de Clugny , Grand-Vicaire
de Poitiers , Prédicateur ordinaire dufen
Roy , mourut à Tours le 15e de ce mois,
âgé de 78 ans . Il étoit fils aîné de M.
Jacques du Poirier , Chevalier , Seigneur
de Villomer & Delaunay , Maître d'Hôtel
ordinaire du feu Roy , & Lieutenant Co-
Iiij lonel
826 MERCURE DE FRANCE:
lonel en fon Régiment de Touraine ;
mort après 5o . années de fervices.
Le 15. eft mort dans fa 80 année
Dom Jacques Moreau , Abbé de Hautefeille
, Ordre de Citeaux , Diocéfe de Toul.
Il a poffedé cette Abbaye près de 37.ans.
>
Le Roy en 1692. étant au fiége de
Namur , le Chevalier Moreau , de l'Ordré
de S. Lazare , Capitaine dans le Régiment
Royal des Vaiffeaux , & frere de
M. Moreau de Mautour montant la
tranchée en preſence de Sa Majefté , eur
l'honneur de préfenter un Placet pour
la
fupplier d'accorder cette Abbaye , qui
étoit vaquante , à Dom Moreau fon frere,
pour Tors Sous - Prieur de l'Abbaye de
Chalis. Quelques jours après le Pere de
la Chaife qui étoit alors au Camp , ayant
préfenté au Roy un Mémoire de Bénefices
à remplir , & en même tems le Procès
Verbal de l'élection de l'Abbaye de Hautefeille
, contenant trois Sujets élus , du
nombre defquels étoit Dom Moreau , Sa
Majefté ayant eu la bonté de fe reffouvenir
du Placet , le nomma le 17. Juin de
ladite année 1692 .
>
L'Abbaye de Hautefeille eft fituée à
une lieuë de Blamont au fond d'une
Fongue Prairie , fur la petite Riviere de
Vezouze , qui prend la fource dans les
Montagnes de Vôges , dont elle n'eſt dif
tante
AVRIL 1729. 827
tante que d'une lieuë . Elle a été fondée en
1140. Dom Moreau étoit frere de Dom
Jean Baptiſte Moreau , ancien Prieur de
Citeaux , & Vicaire General de l'Ordre ,
dont il eft fait mention dans le Mercure du
mois d'Avril 1726 .
Michel François Louis Carpot, Ecuier ,
Confeiller Secretaire du Roy , Maiſon
Couronne de France & de fes Finances en
la grande Chancellerie , ancien Officier
Syndic de la Compagnie , mourut le 17.
Avril , âgé de 68. ans .
Dame Anne Marie Thérefe de Rabutin
, veuve de Louis Madaillan de Lefpare,
Chevalier , Marquis de Montarerre,
Maréchal des Camps , &c. mourut le
18. Avril , âgée de 76. ans.
Le 20. Antoine de Hem , Ecuyer, Con
feiller Secretaire du Roy, &c . Honoraire
Seigneur de Vieux- villers , Sanguine ,
&c. mourut âgée de 84. ans.
Le 3. Avril, la Ducheffe d'Aumont acu
coucha d'un fils , qui fut baptifé le même
jour dans l'Eglife Paroiffiale de laMadelai
ne , du Fauxbourg S.Honoré,& fur nommé
Louis par le Duc d'Humieres& la Ducheffe
de Duras . La joye a été très grande dans les
2. Maifons , dont quelques Domeftiques
ontfignalé leur zele par une fête qu'ils don
nerent le 24. de ce mois , & qui fut aplau-
I v die
828 MERCURE DE FRANCE.
die par quantité de gens de diftinction :
qui s'y trouverent. Elle commença par
une triple décharge de quantité de boëtes,
entremêlée de Fanfares, de Trompettes ,
Timbales , Hautbois & Violons. Enfuite.
on commença un Bal , ou rien ne fut,
épargné pour les rafraichiffemens de toute
efpéce , avec un buffet dreffé avec art , &
orné avec beaucoup de gout & de propreté.
A l'entrée de la nuit ils firent tirer:
un beau feu d'Artifice dans le jardin de.
l'Hôtel , & on recommença le Bal qui
continua juſques bien avant dans la nuit..
,
Dame Marguerite Ferrand de S. Dizant
, Epoufe de Raoul Antoine de Saint-
Simon Comte de Courtaumer , &c.
Capitaine au Régiment des Gardes Françoiſes
, accoucha le 6. Avril d'un fils qui
fut nommé Antoine Jean François par
Jean - Ant.François de S. Simon , Chevalier
de Courtaumer, &c . Officier au même
Régiment & par Dame Marie Françoiſe
Ferrand , veuve de Michel le Bel , Baron
de Vaureal , & c..
Dame Marie Voifin , Epoufe de Louis
Thomas du Bois de Fienne , Marquis de
Leuville , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , Baillif du Duché de Tou
raine , accoucha d'un fils le 22. qui fut
nommé Alexandre Henri , par Alexandre
Thomar
AVRIL 1729. 829
Thomas du Bois de Fienne de Givry ,
Chevalier de Malte , Maréchal des Camps
& Armées de S. M & par Dame Henriette
Magdelaine Defmaretz de Vaubourg
veuve de Charles Comte d'Angennes
Brigadier des Armées du Roy , Colonel
du Régiment Royal de la Marine.
#
Louis , Comte de Loftange , époufa le 23:
Dame MarieCharlotte du Maine duBourg,
fille de feu Claude Leonor du Maine , Marquis
du Bourg, Baron des Etats de Languedoc
, & de Dame MarieJofeph de Rebé .
Le 30. du mois dernier , le Roy figna
le Contrat de Mariage de M. d'Aguef
féau Avocat General du Parlement
fils du Chancelier de France , avec Mademoiſelle
de Noland .

Leon Louis Potiers ; Comte de Trêmes
, Marquis de Gandelu , Mestre de
Camp de Cavalerie , frere du Duc de
Gefvres , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy & Gouverneur de Paris
, en furvivance du Duc de Trêmes fon
pere , époufa le de ce mois , au Châ--
teau de Beaumont ; Diocéfe de Beauvais
D. Eleonor Marie Montmorency Luxem →
bourg , fille du Prince de Tingri , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
de Dame N. de Coetjenval. L'Evefque
Comte de Beauvais , Pair de France , frere
du nouveau marié , donna la bénediction
mupţiale.
I LETTRE
$ 30 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Danchet , de l'Acadé
mie Françoife , à M. le Duc de Gefures,
fur leMariage de M. le Comte de Tref
mes , avec Mader " de Tingri.
MONSTIGE ONSEIGNEUR ,
Vous m'ordonnez de celebrer un Mariage
qui forme l'heureufe alliance à laquelle
toute la France ne fçauroit trop
applaudir. Quel fujet plus fufceptible des
vrais ornemens de la Poëfie ! Mais , Monfeigneur
pour le remplir dignement , il
faudroit un genie , que les Muſes fe fiffent
un plaifir de favorifer .
Les chaftes Nymphes du Permeſſe ,
Malgré le titre de fageffe ,
Que leur donnent les beaux efprits
Suivent l'exemple de Cypris ,
Que l'Amour jamais n'intereffe ,
Que pour de jeunes Favoris.
Leur feu divin , dans ma jeuneffe ,
Pouvoit échauffer més Ecrits ,
Aujourd'hui je fens ma foibleffe ,
Je n'ofe avec mes cheveux gris ,
Suivre la Troupe Enchantereffe
Des Amours , des Graces , des Ris ,
Et chanter l'Hymen qui s'empreſſe
AVRIL. 1719 %
A préparer le digne prix
D'une mutuelle tendreffe .
Il ne convient qu'au feul Anacreon de
cacher l'outrage des ans fous des Couronnes
de Myrthe , de mêler fa voix aux
doux Concerts de la Jeuneffe, & de badiner
avec les Graces. Pour moi que l'âge
rend plus timide , je n'ofe , Monfeigneur ,
entreprendre ce que vous defirez , & je
me borne à vous faire part d'une avanture
: G je n'ai pas l'avantage de vous
amufer un moment par la maniere de la
raconter , du moins le fouvenir des lieux
où elle m'eft arrivée , doit vous être
agreable.
Non, loin de ces Coteaux charmans ,
Où vos foins ont orné la retraite chérie
Qui vous fait quelquefois paffer de doux mey
mens ,
Je rêvois l'autre jour au bord d'une Prairies
Les Sujets d'Apollon , ainfi que les Amans ,
Se plaifent dans la rêverie.
Une Nymphe vint s'offrir à mes regards,
aux traits riants de fa naïve beauté , je n'eus
pas de peine à reconnoître celle qui préfide
aux Jardins délicieux de S. Ouen . Jaloufe
que les Divinitez champêtres de Beaumont
fuffent honorées du foin de faire
Ivi tous
1
832 MERCURE DE FRANCE.
tous les apprêts d'un Mariage dont elle
ne pouvoit être témoin , elle ſe plaignit
ainfi de fon infortune.
Après les maux que j'ai foufferts ,.
De voir les Maîtres que je fers.
Si long- temps accablez d'une langueur mor
telle ,,
Quand le Ciel protege leurs jours ,
Et de mes triftes pleurs a fait ceffer le cours ,
Faut- il que je reffente une peine nouvelle ?
Un Hymen , l'objet de mes voeux ,
Un Hymen glorieux s'apprête ,
Et lorfqu'il allume fes feux ,
1
Je n'ai point la douceur d'en préparer la fête !!
De la jeune beauté qu'il foumet à l'Amour ,
On vante les vertus autant que la naiffance
Quand pourrai je dans ce féjour
Jouir enfin de fa preſence ?.
?
Venez , illuftre Sang de tant de demi Dieux ..
Venez faire briller & l'Efprit & les Graces,
Avec des fentimens dignes de vos Ayeux ,
Bien mieux que le Printemps vous ornerez cess
lieux ;
Les Fleurs y naîtront fur vos traces ,
Au premier regard de vos yeux..
Je vous avoue, Monfeigneur , que fes
plaintes & fes defirs me parurent legiti
mes ; je la confolai le mieux qu'il me fut
poffible
AVRIL 1729. 833
poffible , & j'oſai l'afſurer que fon attente
feroit bien-tôt remplie ; fur une promeffe
fi flatcufe , elle fe prépare , de concert,
avec le Printemps , à recevoir avec pompe
les nouveaux Mariez.
Les Zéphirs , d'une aîle legere ,
Viennent dans vos Jardins établir leur féjour ,
Moins pour y revoir Flore & lui faire la cour
Que dans le deffein de vous plaire ,
Par les mains du Printemps les Enfans de Cy
there +
Y dreffent avec art les pieges les plus doux ,
Des ombrages épais pour le Dieu du Myſtere ,
Et des Gazons fleuris pour les heureux Epoux.
Si par d'aimables chants vous voulez de leur
flamme .
Faire celebrer les douceurs ,
Les tendres Roffignols bien mieux que les neuf
Soeurs ,
Prépareront l'Epithalame.
De nouveaux Epoux , qui par l'ordre
des Dieux , font deftinez à vivre toûjours
Amans , entendent auffi bien qu'Apollo
nius de Tyane , le langage des Oiſeaux ,
furtout quand ces petits Chantres des Bois
font infpirez par le Printemps & par l'Amour.
Je fuis avec un profond reſpect, &c.
AR
834 MERCURE DE FRANCE.
ARREST, DECLARATION,
ORDONNANCE , & c.
ORD
RDONNANCE du Roi du 25. Janvier
pour établir deux Cornettes dans chacun
des Régimens de Cavalerie Françoife , & dans
ceux de Dragons , par laquelle S. M. ordonne
qu'il fera inceffamment établi un Cornette dans
chacune des deux premieres Compagnies des
Régimens de Cavalerie Françoiſe , des Brigades
du Régiment Royal des Carabiniers , &
des Régimens de Dragons , à la réſerve neanmoins
des Régimens des Etats Majors de la Cavalerie
& des Dragons , où les deux Cornettes
feront placez dans les Compagnies qui marchent
après celles où il y en a déja : fon intention
étant que lefdits nouveaux Cornettes
foient payez de leurs Appointemens , à com
mencer du premier du mois d'Avril prochain
fuivant les Revûes ; fçavoir , ceux de la Cavalerie
, à raison de quatre cens livres par an ;
& ceux de Dragons , à raifon de trois cens
vingt livres. Entend Sa Majefté que les Lieutenances
qui vaqueront deformais dans les Régimens
de Cavalerie,dans lesBrigades de Carabiniers
& dans les Dragons, foient exactement
remplies par les Lieutenans réformez , foit
qu'ils foient attachez au même Régiment où
l'emploi vaquera , ou à un autre dans le même
Corps , & c.
ARREST du 8. Février , qui réitere les
deffenfes de faire Commerce , Port & ufage
des
AVRIL. 1729. 834
des Etoffes & Toiles peintes des Indes , de la
Chine & du Levant.
AUTRE du 12. Février , qui confirme le
Droit attaché à la dignité de l'Office de Monfeigneur
le Garde des Sceaux de France , de
faire vendre & adjuger devant lui , le Sceau
tenant , tous les Offices des Secretaires du Roi
& autres Officiers de la grande Chancellerie
de France & des Chancelleries près les Cours
& Confeils Superieurs & Provinciaux du
Royaume , & de faire faire la diftribution du
prix en provenant.
DECLARATION DU ROY , concernant
le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de
Ville aux Procureurs ou Adminiftrateurs des
Communautez , aux Tuteurs , Maris ou autres,
à la déduction des quinze pour cent. Donnée
à Verfailles le 6. Mars 1729. Regiltrée en Parlement
le 11.
ARREST du Confeil du 8. Mars 1729. &
Lettres Patentes fur icelui , du 20. dudit mois
de Mars 1729. Lües & publiées le Sceau tenant
le 24. du même mois. Et registrées ès Regiftres
de l'Audience de France lesdits jour &
an ; qui déclarent les Officiers principaux de
la grande Chancellerie de France non compris.
dans l'execution de la Déclaration du 27. Septembre
1723. concernant le Droit de Confir
mation pour le joyeux avenement du Roi à la
Couronne, & n'être point fujets au payement
de ce Droit par la nature de leurs Offices.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
les Fermiers , Oeconomes , Receveurs & Regifleurs
des biens des Gentilshommes & Privilegica
836 MERCURE DE FRANCE.
vilegiez , ne pourront payer les prix de leurs
Fermes , ni le montant de leurs Recettes ou
Regies , qu'il ne leur foit juftifié du payement
de la Capitation defdits Gentilshommes &
Privilegiez.
AUTRE du 22. Mars , portant Reglement
pour le Droit de Centiéme Deniers des ufu-.
fruits de Biens immeubles , par lequel S. M.
ordonne qu'il ne fera payé que le Droit de
Centiéme denier pour les ufufruirs des Biens
immeubles à quelques Titres qu'ils foient donnez
ou acquis , fur le pied de l'évaluation qui
fera faite du fonds de l'ufufruit , à raifon du
denier dix.
AUTRE du 27 Mars , qui réitére les deffenfes
faites d'expofer , donner ou recevoir en
payement les Liards de Lorraine ou d'autres
Fabriques Etrangeres ; condamne le nommé
Claude Galant & Anne Defprets , trouvez
en contravention audit Arrêt à 5oo. liv . d'amende
chacun , & les Liards faifis fur ladite
Delprets , confifquez , &c.
ARREST de la Tournelle Criminelle , qui
condamne un Particulier qui a offenſé une Dame
, à lui demander pardon & à faire amande,
honorable feche , tête nuë, & à genoux , avec
deffenſe de le trouver jamais ès lieux où elle
fera , de fe retirer où il pourroit la trouver &
de fortir de ceux où elle pourra aller auffi - tôt
qu'il la verra , fous peine de punition corporelle
, 2000. ivres de réparations civiles & en
tous les dépens avec permiffion de faire imprimer
publier l'Arrêt du 31 Mars 1729. A
Paris , chez Mefnier , rue S. Severin , au Soleil
d'or & Grande Sale du Palais , vis-à- vis la
Cour des Aydes.
AVRIL. 1729.
8324
Get Arreft a été rendu entre D. Magdelaine
Maréchal , Epoufe feparée de corps & de biens,
de Jean de la Broffe Morlay , Ecuyer , & Nicolas
Aujay de la Buxerolle , prifonnier en la
Conciergerie du Palais , Appellant de la Sentence
du Lieutenant Criminel de Moulins du
25. Janvier 1629. l'Arreft prouve d'un coté
les lumieres , & la jufte feverité des premiers
Magiftrats dans une affaire auffi extraordinaire
qu'embrouillée par les artifices de la chicane ,
& de l'autre que quelques, couleurs qu'on
puiffe donner à une mauvaife affaire , elle
refte toujours telle dans le fonds , & que la
verité triomphe enfin comme dans le cours de
l'inftance le Sieur de la Buxerolle Partie accufée
, avoit fait imprimer un Mémoire fort
licentieux , qui par l'évenement ne contenoit
rien moins que la verité , la Cour par le même
Arreft a ordonné que l'original & la copie de
ce Mémoire & tous les Exemplaires feront &
demeureront fupprimez , & renvoye le Prifon
nier pardevant le Lieutenant Criminel de Mou
lins pour l'execution de l'Arreft.
ADDITION..
E 22. de ce mois , le Marquis de Stainville,
LEnvoyédu Duc de Lorraine , eut, en long
Manteau de deüil , une Audience particuliere
du Roy, dans laquelle if donna part à S. M. de
la more du Duc de Lorraine Leopold I. enfuite
il eut Audience publique de la Reine. Il fut
conduit à ces deux Audiences par le Comte de
Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs,
Le même jour , vers les 8. heures du matin
le Roi partit de Verfailles pour aller coucher
au
838 MERCURE DE FRANCE.
au Château de Compiegne , où S. M. doit
paaffer quelque temps .
Le 24 le Roi prit le deuil pour la mort du
Duc de Lorraine.
PRIX propofe par l'Academie Royale
des Sciences , pour l'année 173 1 .
Eu M. Rouillé de Meffay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu
le noble deffein de contribuer au progrès des
Sciences , & à l'utilité que le public en doit
retirer , a legué à l'Académie Royale des
Sciences un fonds pour deux Prix , qui feront
diftribuez à ceux , qui au jugement de cette
Compagnie auront le mieux reuffi fur deux
differentes fortes de Sujets , qu'il a indiquez
dans fon Teftament , & dont il a donné des
exemples.
B
Les Sujets du premier Prix regardent le Siféme
general du Monde , & l'Aftronomie Phifique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux
termes du Teftament , & fe diftribuer tous les
ans. Mais la diminution des Rentes a obligé
de ne le donner que tous les deux ans , afin
de le rendre plus confiderable , & il fera de
2500. livres.
Les Sujets du fecond Prix regardent la Na
vigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , &
fera de 2000. livres.
L'Académie fe conformant aux vues & aux
intentions du Teftateur , propoſe pour ſujet
du fecond Prix qui tombe dans l'année 1731 .
La meilleure maniere d'obſerver la déclinaiſon
de l'Aiguille aimantée ſur Mer.
AVRIL 1729. 839
Les Sçavants de toutes les Nations font in
vitez à travailler fur ces Sujets , & même les
Affociez Etrangers de l'Académie. Elle s'eft
fait la Loi d'exclurre les Académiciens regni
coles de prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire
en François , ou en Latin , mais fans aucune
obligation. Ils pourront écrire en telle Langue
qu'ils voudront , & l'Académie fera traduire
leurs Ouvrages .
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles
, fur- tout quand il y aura des Calcula
d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
, mais feulement une Sentence ou Devife.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à
leur Ecrit un Billet féparé & cacheté par eux ,
où feront avec cette même Sentence leur
nom , leurs qualitez & leur adreffe , & ce
Billet ne fera ouvert par l'Académie , qu'en
cas que la Piece ait remporté le Prix .
>
?
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie ou les lui feront remettre
entre les mains. Dans ce fecond - cas le
Secretaire en donnera en même temps à celui
qui les lui aura remis fon Recepiflé , où fera
marquée la Sentence de l'Ouvrage & fon numero
felon l'ordre ou le temps dans lequel il
aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que juſqu'au
premier Septembre 1730. exclufivement.
L'Académie à fon Affembiće publique d'a
près Pâques 173 r. proclamera la Pièce qui
aura ce Prix .
S'il y a un Recepiffé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Tréforier
de l'Académie délivrera la fomme du Prix à
celui
$40 MERCURE DE FRANCE:
celui qui lui rapportera ce Recepiffé. Il n'y
aura à cela nulle autre formalité.
S'il n'y a pas Recepiflé du Secretaire , le-
Fréforier ne délivrera pas le Prix qu'à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou au Poreur
d'une Procuration de fa part.
Les Libraires d'Hollande , accoutumez
contrefaire la plufpart des meilleurs livres
de France , fe plaignent de ce qu'on leur rend
la pareille. Le Sieur Rogiffart , Libraire de
la Haye , chagrin de ce que l'on a imprimé à
Trevoux , l'Histoire d'Angleterre de Rapin
Thoiras , in-quarto 10. vot. répand dans plufieurs
Gazettes d'Hollande , que l'édition de
Trevoux eft tronquée , cequi eft manifeftement
faux , on le défie de le prouver ; bien loin qu'on
y ait retranché la moindre chofe , on l'a augmentée
des Extraits des Actes de Rymer , faits
par le même Auteur , & on y a corrigé les
fautes qui fe font trouvées dans l'Edition
d'Hollande , le Public peut s'en convaincre
aifément.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois
Avril, & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le premier May
17296
HARDION.
PE
LYON
VILLE
TABLE .
TABLE.
leces Fugitives. L'Athée , Ode, Plece

4631
Seconde Partie de la Réponse aux Objections
du Pere Aubert , & c.
Regard de Tableaux , Vers libres ,
Caufe Plaidée par les Rhétoriciens du
lege des Jefuites ,
Jugement ,
Le Maréchal de Villars , Ode,
636
645
Col-
652
673
67.6
Réponſe de M. de Mos , fur le nouveau Syſtême
du Chant ,
Bouquet à Mad....
680
687
Mémoire fur la Vie & fur les Ouvrages du
feu P. Sebaftien , Carme , +688
705
Lettre de Bordeaux fur l'Académie de cette
Les Abeilles , Fable ,"
Ville ,
Le Sacrifice d'Abraham , Sonnet ,
Solution de trois Problêmes ,
Bouts- Rimez remplis , Sonnets ,
707
712
713
720
Logogriphe, Enigmes & Explication , &c.726
Reflexions fur les Logogryphes , 729
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , & c.731
Lettres fur divers Sujets , & c.
732
Nouvelle Méthode pour apprendre le Latin ,
740
Cadavre ouvert & trouvé avec le coeur du
côté droit , & c . "
Enfant monftrueux ,
744
745
Lettre de M. le Roy , fur les proprietez d'un
nouvel échappement de Montres
Nouvelles Eftampes ,
Nouveau Portrait du Roi ,
Chanfons notées ,
Spectacles. Tancrede , Extrait ,
Pierrot Tangrede , Parodio ,
746
750
753
756
757
778
Les
Les Effets du Jeu & de l'Amour , Extrait, 787
Le Bal , Cantate , 791
795
Nouvelle du Temps. De Turquie , de Perſe ,
སྐྱུ་ & du Levant , Lettre écrite , & c.
Lettre de Schaf-Tamas , Sultan Acmet III. 797
De Ruffie , de Pologne , d'Allemagne , d'Efpagne
, d'Italie ,
801
Combat entre deux Vaiffeaux , Relation , 809
Grande-Bretagne & Hollande ,
Morts , Mariages des Pays Etrangers ,
812
813
France. Nouvelles de la Cour, de Paris,& c.815
Morts , Naiffances & Mariages ,
822
Lettre en Profe & en Vers de M. Danchet ,
830
Arrefts , Déclaration & Ordonnance , &c. 834
Prix pour l'Académie Royale des Sciences ,
pour l'année 1731 .
PA
Errata de Mars.
Age 473. ligne 16. 1536, lifez 1436.
P. 6c6. 1. derniere , Mufique , 1. Muſette.
P. 627. l. 16. conjectures , I. conjonctures.
Ibid. ligne 17. en , ôtez ce mot.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 676. ligne 14. d'un , lifex un.
P. 734. 1. 8 fures , 1. fûres.
P. 768. 1. 1. allarmes , l. atteintes .
838
La Chanfon note op
garder la page
la page 756
BIBLIO
LYON
VILL
LISTE DES
LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouſe , chez Enaut & Foreft.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à- vis la Bourfe
, chez Etienne Labottiere , & chez Chapui
, fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Jofeph & Guillaume Vattar.
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maffon.
Rouen , chez Herault.
Idem , chez la veuve Vaultier.
Châlons-fur- Marne , chez Seneuze
Amiens, chez François, Godard & Redé le file.
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verfailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Charmet.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard.
A Vitry-le -François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval .
Charleville , chez P. Thefin.
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à preſent.
J
Uin & Juillet 1721. 2. vol.
Aouft , Septembre , Octobre ,
Novembre & Decembre
Janvier & Fevrier 1722.
5. vol.
2. vol.
Mars
1722. 2. vol.
Avril. 1. vol.
Mai.
2. vol.
Juin , Juillet & Aouft .
Septembre.
3. vol.
2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre.
2. vol.
Decembre.
1. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
'Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre doubles .
13. vol.
14. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
de Septembre & de Decembre
doubles.
Js. vol.
'Année 1726. les mois de Juin
& de Decembre doubles. 14. val.
Année 1727. les mois de Juin
& de Décembre doubles. 14. vol.
Année 1728. les mois de Juin
& de Décembre doubles 14. vol.
107.vǝl
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le