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Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
*DM
Mercy
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT,
Chez
AVRIL.
1728.
QUE
COLLIGIT
STARGITE
A PARIS , IR
GUILLAUME CAVELIER , ruë
S.Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conti,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roië
THE NEW YORKI
PUBLICI
35454
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS .
1905 ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ;
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
9
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
jageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
}
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY.
AVRIL. 1728 .
XXXXXXXX **************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O D E.
Sur la verité de la Religion Chrétienne .
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort
Lamaury.
Efcends des demeures Celeftes ,
D Aimable & fainte Verité ;
Des préjugez les plus funeftes .
Viens découvri tla fauffeté.
A ij Qu'aux
652 MERCURE DE FRANCE ,
Qu'aux accens que ma Lyre enfante ,
L'impieté pâle & tremblante ,
N'ofe plus élever fa voix.
C'eſt l'efprit divin qui m'inſpire :
Que l'Incrédule écoute , admire ,
Et ne fuiye point d'autres loix .
Mortels , dans la vafte Carriere ,
Qu'il faut ici bas parcourir ,
De la Foi fuivez la lumiere ,
Qui s'offre pour vous fecourir :
Que Jeſus foit feul votre guide ,
D'une Religion folide ,
Lui feul pofa les fondemens.
Foibles humains , la raifon même ,
Ne fait , fans un fecours fuprême ,
Qu'augmenter vos égaremens.
On vit tous les Peuples celebres ›
De la payenne Antiquité ,
Livrez à d'épaiffes ténebres ,
Chercher en vain la verité .
L'Egypte , de qui la ſageſſe ,
Paffa
AVRIL. 1728.
653
Paffa chez la fuperbe Grece ,
Aux bêtes dreffoit des Autels ;
Les Grecs attribuoient des vices ,
Des foibleffes & des caprices ,
A leurs prétendus Immortels .
En vain , ceux qu'ils appelloient Sages ,
Frappez de tant d'abfurdité ,
Ont , comme au travers des nuages ,
Entrevû la Divinité ;
Leurs foibles & fombres lumieres ,
N'ont pû de tant d'erreurs groffieres ,
Faire revenir l'Univers .
Vous feul , éternelle Sageffe ,
Pouviez diffiper notre yvreffe ,
Et nous délivrer de nos fers.
219
Par vous tout a changé de face ;
Les faux Dieuxfont abandonnez ;
Que de coeurs cedent à la Grace ',
Qui dompte les fens mutinez !
Les maximes les plus feveres ,
Ni l'obscurité des Myfteres ,
A iij Ne
654 MERCURE DE FRANCE .
Ne rebutent plus les Mortels .
Jufqu'au milieu de Rome même ,
Je vois au feul Etre fuprême ,
Elever de nouveaux Autels.
讚
Où fuis-je ! quels nouveaux prodiges ,
Trappent & raviffent mes fens !
Les démons , peres des preftiges ,
Tentent des efforts impuiffants.
Tel qu'on voit tomber fur la terre ,
Un Aigle frappé du Tonnerre ,
Simon tombe aux yeux des Romains,
Loin de courir à la vengeance ,
Néron reconnoît la puiffance ,
Du Maître abfolu des Humains.
讚
En vain pour dompter le courage ,
Des Adorateurs de Jefus ,
Les Tyrans tranfportez de rage ,
Cherchent des tourmens inconnus.
Le fer , l'activité des flammes ,
Ne peuvent effrayer leurs ames ,
Grand Dieu , c'est toi qui les foutiens ;
Ils
AVRIL. 655 1728 .
Ils refteront inébranlables ,
Et de leurs cendres refpectables ,
Renaîtront de nouveaux Chrétiens.
Du Ciel , la lumiere éclatante,
Eclaire enfin les Empereurs ;
Affez l'Eglife gémiſſante ,
A fouffert d'injuftes fureurs .
Conftantin , avec confiance ,
Du fuperbe Tiran Maxence ,
Vient réprimer les attentats :
Les temps font venus de connoître ,
Que le Dieu dés Chrétiens eft Maître
Du fort de tous les Potentats ,
Sectateurs des affreux fyftêmes ,
D'un Monftre en tous lieux déteſté ,
Ne croyez pas par des blafphêmes ,
Mettre en fuite la vérité .
Malgré vous , fa clarté vous preffe ;
Votre ame elle -même fans ceffe ,
Vous annonce un Etre Eternel ;
On ne tâche d'être incrédule ,
A iiij Que
656 MERCURE DE FRANCE :
Que pour s'affranchir du fcrupule ,
Qui tourmente un coeur criminel.
Seigneur , que tes Loix font aimables !
Que j'y découvre de beauté !
De tes jugemens redoutables ,
Qu'ils me prouvent bien l'équité ! .
Comment ofez-vous , fecte inique ;
Publier que la politique
A feule élevé nos Autels?
Eût-elle inventé des Myſteres ,
Et des maximes fi contraires
Aux préventions des Mortels ?
XX
SUITE
DE LA TRAHISON PUNIE ,
V
Alere n'avoit jamais vû l'aimable
Laure ; à peine fut- il arrivé à Ca-
'dix , que le fort la prefenta à fes yeux
avec tous les charmes . L'arrivée de la.
Flote avoit attiré tous les Habitans fur
le Port ; les fenêtres des maifons les plus
yoifines étoient ornées de tout ce que la
beauté
AVRIL 1728. 657
beauté
peut étaler de plus flateur. Valere
parcourut des yeux toutes les Dames que
la curiofité y avoit raffemblées ; mais une
feule lui parut avoir tant d'avantage fur
toutes les autres , qu'il fentit naître dès
ce moment une paffion qui ne devoit finir
qu'avec fa vie. L'interêt que fon coeur
prenoit à cette charmante perfonne , le
porta à demander qui elle étoit : que devint-
il ? ou plutôt de quel coup de foudre
ne fe fentit-il pas frappé au nom de Laure !
une fueur froide s'empara de fon corps :
O fortune , dit- il en foupirant tout bas ,
où m'as -tu conduit ? il voulut ſe retirer ,
pour prévenir une défaite qui n'étoit déja
que trop avancée ; mais l'Amour arrêta
fes pas malgré lui ; des regards qu'il détournoit
aufli- tôt qu'ils s'étoient échap
pez vers l'objet aimé , lui faifoient boire
à longs traits le fatal poifon qui le dévoroit.
Il eut enfin recours à la fuite ,
mais ce ne fut pas fans emporter avec lui
le trait mortel dont Laure l'avoit bleffé .
Il paffa trois ou quatre jours dans une
perplexité la plus cruelle qui fût jamais.
Son coeur balançoit entre l'amour & l'amitié
; mais il s'appercevoit malgré lui que
l'amour étoit toûjours le plus fort . Il
avoit d'abord gagné fur fa paffion de ne
point voir l'aimable ennemie de fon repos
; il s'étoit même flaté d'en triompher
A v en
658 MERCURE DE FRANCE .
en la fuyant. Foibles réfolutions qui ne
fervirent qu'à irriter fes defirs !
Il ceda enfin à fa foibleffe ; il ne regarda
plus fon ami qu'avec des yeux de
Rival ; fous ce nom fatal , ce même Octave
qu'il avoit tant aimé lui devint odieux ;
il oublia qu'il lui avoit fauvé la vie , &
ne fongea plus qu'à lui difputer la poffeffion
d'un objet qui pouvoit feul le rendre
heureux. Dans cette réfolution , il appuya
les bruits qui s'étoient répandus fur
le mariage d'Octave . Dom Pedro ne concevoit
point par quelle efpece de miracle
une fable qu'il avoit inventée étoit
devenue une verité ; mais outre que ce
pouvoit être un effet du hazard , il n'eut
pas beaucoup de peine à croire ce qu'il
fouhaitoit , & ne prit nul foupçon fur le
veritable motif qui faifoit agir Valere .
Revenons à la trifte Laure. Elle avoit
appris l'arrivée de Valere , elle s'étoit flattée
que ce fidele ami de fon Amant viendroit
aufli -tôt la raffurer contre de faux
bruits qu'elle imputoit toûjours au lâche
Dom Pedro ; cependant ces bruits s'augmentoient
tous les jours , & Valere ne fe
montroit point à fes yeux : que de raifons
pour croire Octave infidele ! elle
paffa trois ou quatre jours dans une
cruelle incertitude ; mais ne pouvant la
foutenir plus long- temps , elle fit dire à
Valere
A V.RI L. 1728. 659
Valere qu'elle fouhaitoit lui parler chez
elle. Valere qui bruloit d'impatience de
la voir , fe rendit auffi - tôt à fes ordres .
J'aurois à rougir , Madame , lui dit- il en
l'abordant , de ne vous rendre que par
obéiffance un devoir indifpenfable ; mais
la douleur mortelle où ma préſence devoit
vous plonger , m'a fouftrait à vos
yeux. Eh ! comment pouvois- je me réfoudre
à vous déclarer que vous n'aimez
qu'un infidele ? O ciel ! s'écria Laure ,
il est donc vrai ! Octave m'a trahie ! A
ces mots elle tomba évanouie dans un
fauteuil ; un cri que fit Valere , attira quelques
Domestiques de Laure dans fa Chambre
: ce ne fut pas fans peine qu'on la fit
revenir de fa pamoifon ; mais elle ne recouvra
l'ufage de fes fens que pour fouffrir
tout ce qu'on peut éprouver de plus cruel
dans une fituation auffi douloureufe . Valere
affecta d'excufer fon ami fur la néceffité
où il s'étoit trouvé réduit d'époufer
une riche Veuve qui pouvoit feule
relever fa fortune. Je n'ofe , ajoûta -t il
m'acquitter d'un emploi dont il m'a chargé.
Et quel eft cet emploi , répondit Laure
? pouvez - vous épargner une malheufe
à qui vous avez déja donué la mort ?
Valere, après s'être long-temps fait preffer,
lui remit entre les mains la Lettre dont
Octave l'avoit chargé pour un ufage bien
A vj
different.
660 MERCURE DE FRANCE :
Votre infidele Amant , lui dit - il , vous
quitte du ferment que vous lui fîtes à fon
départ , de n'être jamais qu'à lui ; ce papier
en eft dépofitaire , & il fe rend affez
de juftice pour fe croire indigne de votre
amour. Cette infultante reftitution d'une
Lettre que l'Amour même avoit dictée ,
remplit le coeur de Laure d'une jufte indignation
; elle déchira en mille pieces
ce honteux témoin de fa foibleffe , & rappellant
toute fa fierté : » Octave , dit - elle ,
»n'avoit pas befoin de prendre cette in-
» jurieufe précaution pour remettre en
» pleine liberté un coeur que fa trahison
»n'a que trop dégagé. Ce coeur qui s'é-
» toit attaché à lui ,tout profcrit qu'il étoit,
»rentre heureufement dans fes droits ;
» & s'il peut le fouvenir encore qu'il l'a
aimé , ce ne fera que pour le haïr da-
» vantage. A ces mots , elle pria Valere
» de fe retirer.
Il ne fut pas plutôt forti de chez Laure,
qu'il courut chez lui pour confommer fa
trahifon. Il écrivit à Octave , il lui confirma
par fa Lettre le malheur qu'il avoit
craint, & lui apprit que Laure avoit épousé
le parent du Gouverneur. A quel defefpoir
ne s'abandonna pas le malheureux
Otave , à cette funefte nouvelle . Il fe
feroit donné la mort , fi tout ce qu'il avoit
d'amis dans les Indes ne fe fuffent oppo-
Lez
AVRIL 1728. Gor
fez à la fureur ; ils lui firent entendre que
1 la perte d'un coeur ingrat ne méritoit pas
un fi fanglant facrifice . Il paffa quelques
jours dans une cruelle irréfolution ; mais
enfin le dépit l'emporta fur une foibleffe
e qu'on ne ceffoit de lui reprocher , il ne
refpira plus que vengeance ; & comme
fon injufte Patrie l'avoit plongé dans le
malheureux état où il fe voyoit , il lui
déclara une haine mortelle .
Plein d'un reffentiment dont la colere
lui cachoit l'injuftice , il vendit toutes les
poffeffions qu'il avoit acquifes dans le lieu
de fon exil ; il arma quelques Vaiffeaux &
fit voile vers les Royaumes de Fés & de
Maroc , pour y être plus à portée de fignaler
fa vengeance contre fes compatriotes.
Laiffons - le voguer au gré des vents
pour revoir une Amante , qui , malgré
La trahifon prétenduë , ne lui étoit que
trop fidelle.
Dom Pedro renouvella fes perfécutions,
fondé fur l'infidelité d'Octave ; le Gouverneur
redoubla fes follicitations en fa
faveur auprès du pere de Laure , qui
voyant le plus grand obftacle levé , fe
flatta d'y réfoudre fa fille . Valere commença
de craindre d'avoir fait un crime
infructueux ; mais fa crainte étoit mal
fondée : Laure fut fi ferme dans l'averfion
qu'elle avoit conçue pour l'indigne Dom
Pedro
662 MERCURE DE FRANCE.
1
Pedro , que tout ce que l'Auteur de fes
jours put obtenir d'elle , fut qu'à l'exclufion
de ce monftre , il pouvoit difpofer
de fa main pour tout autre. Cette rélolution
de Laure fit naître quelque rayon
d'efperance dans le coeur du traître Valere
; il rendit quelques vifites à Laure ,
dans lesquelles il ne laiffa appercevoir que
des civilitez de bienféance ; il fçut fi
bien fe contraindre à fes yeux , qu'elle
ne crut voir en lui qu'un ami fincere ,
au lieu d'un Amant ; la diffimulation de
ce perfide , alla fi loin , qu'il s'infinua
dans fa confidence ; mais il paya cher
cet avantage . Laure lui laiffoit toûjours
voir à travers la colere qui l'animoit contre
fon infidele , des reftes de flammes
mal éteintes . Il fe flatta pourtant que s'il
étoit jamais affez heureux pour devenir
fon époux , elle facrifieroit enfin fon
amour à fon devoir.
Soutenu d'un fi doux espoir , il continua
fes affiduitez auprès d'elle , il s'attacha
fur tout à faire fa cour à fon pere , qui
n'ayant rien de plus à coeur que l'établiſſement
d'une fille unique , auffi tendrement
aimée qu'elle méritoit de l'être , lui fit
connoître un jour qu'il fe croiroit trèsheureux
de faire un Gendre d'un ami auf
attaché à fa maifon qu'il le paroiffoit.
Valere reçut cette propofition avec beaucoup
AVRIL 1728. 662
Coup de fenfibilité pour l'honneur que fon
alliance lui feroit ; mais il lui dit que
l'attachement que fa fille confervoit encore
pour Octave , oppofoit un obſtacle
invincible à un projet fi glorieux pour
lui. Le pere de Laure lui promit de lever
ces difficultez qui lui paroiffoient infurmontables
, & lui apprit que fa fille
l'avoit rendu arbitre de fon fort fur le
choix d'un époux , pourvû que ce ne fût
pas Dom Pedro. Valere feignit toûjours
beaucoup d'indifference pour un Hymen
qu'il n'acceptoit ni ne refufoit ; il remit
tout entre les mains du pere , fans témoigner
ni penchant ni averfion pour la fille.
Dom Alonfe ne perdit pas un feul
moment pour executer un projet qui lui
paroiffoit fi avantageux pour Laure . I
commanda qu'on la fit venir dans fa
Chambre Ma fille , lui dit-il en l'embraffant
avec beaucoup de tendreffe
>> voulez -vous me priver de la douce con-
»folation de vous voir établie pendant
>>le pcu de jours qu'il me reste à vivre ?
Je ne vous preffe plus fur l'Hymen de
»Dom Pedro ; l'averfion que vous avez
» pour lui n'eft que trop jufte , & je ſe-
» rois le premier à vous détourner du choix
» d'un mari fi indigne de vous , fi votre
>> coeur avoit pû le faire fans mon aveu .
» Les débauches qui le deshonorent tous
»les
664 MERCURE DE FRANCE.
de
>>la
>>in
he
ref
>>m
»au
do
»ric
c'e
≫p
»tre
Сс
»po
les jours , me font remercier le Ciel
» des obſtacles que vous avez apportez à
» une alliance à laquelle j'avois d'abord
>> eu la foibleffe de confentirs mais après
» l'infidelité d'Octave , il y va de votre
>> gloire de prendre un nouvel engage-
>>ment ; voulez - vous qu'il fe vante d'être
» toûjours aimé de vous , tandis qu'il eft
entre les bras d'une autre. Ne le laiffez
» pas joüir plus long- temps d'un avantage
»fi flatteur pour fa vanité , & ne balancez le
» plus à accepter un époux de la main
>> d'un pere qui vous aime. Eh ! qui vou-
» droit , lui répondit elle , s'attacher au
» fort d'une infortunée , dont le coeur a
» brulé pour un ingrat qu'elle ne fçau- &
roit oublier, malgré l'exemple de la plus
» noire de toutes les perfidies ? C'eſt cette
» même raiſon , reprit Dom Alonſe , qui
>> droit vous déterminer à accepter le parti
>> que je viens vous offrir. Vos premiers
>> engagemens n'ont fait que trop de bruit; fe
» aucun n'ofe plus vous rechercher , quoi- je
» que votre beauté & vos richeffes vous » (e
»donnent lieu de prétendre à la gloire de
>> vous voir entourée d'une foule d'Ado-
>> rateurs , on ne veut pas fe rendre mals22aheureux
par la poffeffion d'une femme
>> qui feroit le bonheur d'un époux , ſi ſon
»coeur n'étoit point prévenu pour un
Amant indigne d'y regner. Il eft temps
» de
Den
ce
»m
"9
p
» હિં
V
t
» I
ใน
1
AVRIL: 1728.
669
>>
de m'épargner le regret mortel de vous
» laiffer fans établiffement . Le Ciel m'a
>> infpiré un choix qui peut vous rendre
»heureuſe , & vous ne pouvez vous y
»refufer fans trahir la promefle que vous
>> m'avez faite d'accepter de ma main tout
» autre époux que Dom Pedro. Le choix
dont je vous parle , continua - t- il , n'a
»rien qui ne doive vous plaire , puifque
»c'eft Valere que je vous deftine. Va-
» lere , s'écria Laure toute furprife , fe .
>> pourroit - il qu'il eût pour moi d'au-
>>tres fentimens que ceux d'une amitié
compatiffante : Il ne t'aime point , ré-
» pondit Dom Alonfe , mais il t'eſtime ,
»& les noeuds de l'Hymen acheveront
>> entre vous cette union des coeurs fi né-
» ceffaire à la félicité du mariage . Ah !
>> mon pere , répondit Laure en foupirant ,
"que m'ordonnez - vous ? Valere n'ignore
>> point les tendres fentimens que je con-
»ferve encore pour l'infidele Octave ;
» je lui ai fait des ouvertures de coeur qui
»feroient toûjours prefentes à fon fou-
» venir , & quand je pourrois l'aimer au-
>> tant que j'ai aimé fon indigne ami , il ne
» m'en croiroit pas , & s'abandonneroit à
une jaloufie qui me rendroit encore plus
» malheureufe que l'infidelité d'Octave .
Dom Alonfe n'oublia rien pour la raffurer.
Il lui fit un portrait avantageux
de
666 MERCURE DE FRANCE.
de fon futur époux ; il lui dit qu'il avoit
déja fa parole , & qu'il alloit l'affurer de
fon confentement .
Laure n'eut pas la force de réfifter davantage
à la volonté d'un pere qui n'a- ·
voit rien de plus cher que fon bonheur ,
dans le temps même qu'il travailloit à la
rendre malheureuſe .
Valere n'eut pas plutôt appris ce que Dom
'Alonfe avoit fait en fa faveur , qu'il cou
rut à l'Appartement de fon aimable fille ,
pour l'affurer qu'il ne prétendoit pas faire
la moindre violence au panchant de lon
coeur . Il lui protefta qu'il n'avoit pù ſe
deffendre d'accepter l'honneur que Dom
Alonfe lui avoit bien voulu faire , mais
qu'il l'avoit prié de ne la point contraindre.
» Je fçais , lui répondit la trifte
Laure , qué vous en avez agi en galant
» homme , & je n'ai aucun fujet de me
>> plaindre ni d'un pere qui n'a que mes
» interêts en vûë , ni d'un ami qu'une,
pitié genereufe a attaché à mon fort ;
»j'obéis à l'un par devoir , & je confens
à être à l'autre fans répugnance : mais
» promettez - moi , Valere , que vous ou-
>> blierez pour toujours que j'ai aimé Oc-
"tave , & que peut être je l'aime encore.
C'est pour la derniere fois que je
>> vous fais un aveu qui vient d'échapper
» à ma fincerité , & j'efpere que je n'au
-
>> rai
AVRÍL. 1728. 667
rai plus lieu de vous le faire ; le foin de
> mon devoir où je vais me livrer toute
» entiere , arrachera , fans doute , de mon
»coeur une image qui blefferoit ma gloire;
j'acheverai d'étouffer les reftes d'une
>>flamme incompatible avec la fidelité que
je dois à celui à qui le ciel a réſolu de
m'unir pour jamais . Elle n'en dit pas
davantage , & Valere la quitta après lui
»avoir affuré qu'il étoit trop perfuadé de
»> fa vertu , pour former jamais le moin-
» dre foupçon dont elle pût s'offenfer.
ود
Le bruit de ce mariage fut bientôt divulgué.
Dom Pedro n'en apprit la nouvelle
qu'avec rage ; il commença à foup-
Conner quelque chofe de la verité . Quoique
Valere n'eût jamais paffé pour Amant
de Laure , Dom Pedro s'imagina qu'il
auroit bien pû cacher le plus ardent amour
fous une feinte indifference , & trahir, fon
ami Octave , en confirmant la prétendue
infidelité dont il avoit trouvé le bruit
établi à fon retour des Indes. Il jura d'en
prendre vengeance ; on ne parloit plus
d'Octave depuis qu'il s'étoit embarqué ,
il fe flatta qu'il auroit péri fous les flots ,
& crut n'avoir point d'autre Rival à s'immoler
, que celui qui alloit lui ravir le
fruit de fon impofture ; c'eft ainfi que le
Ciel fe fert des traîtres mêmes pour punir
les traîtres , & qu'il deftine ces for
tes
668 MERCURE DE FRANCE.
tes de monftres à s'entre- détruire .
Les menaces que Dom Pedro faifoit avec
éclat , jointes à la colere du Gouver
neur , qui ne pouvoit fouffrir qu'on préferât
Valere à fon Parent , au mépris des
follicitations qu'il avoit faites ch fa faveur
, déterminerent Dom Alonfe à faire.
le Mariage de Valere & de fa fille hors
de Cadix.
que
nee
que
devi
tes
clan
D
Ton
avan
onde
le je
Cu'il
mes.
Vitu
atrol
tpot
reip
rate
Un Château fitué fur le Rivage de la
Mer fut choifi pour cette augufte ceremonie
. Tous les Parens de Valere & de
Laure furent priez de la Nôce ; la compagnie
fut des plus nombreuſes , & compolée
des perfonnes les plus diftinguées
de l'un & l'autre fexe . Une Chapelle du
Château fut magnifiquement ornée , ce
fut là que Laure fut conduite au pied de
l'Autel , comme une victime qui ſe ſacrifioit
volontairement à fon devoir , &
qui ne laiffoit pas de gémir du facrifice ,
tout volontaire qu'il étoit. Valere s'ap- Ed
perçut de la douleur de fon époufe , &
commença dèslors à fentir les premiers le
traits d'une jaloufie à laquelle il avoit
promis de ne jamais ouvrir . fon coeur . Il
diffimula le chagrin que lui caufoit la
douleur fecrette de Laure , il reçut fes facrez
fermens avec des tranfports de joye
apparents ; les Affiftans en reçurent une
fatisfaction generale , & l'on n'auguroit Bi
que
les
d'ur
Riv
Ten
A V RI L. 1728. 669
que plaifir & que félicité d'une union qu'une
eftime réciproque formoit, en attendant
que l'Amour y mît le dernier fçeau ,
devint enfant du devoir ; lorfque les voutes
de la Chapelle retentirent d'horribles
clameurs .
&
Deux Brigantins , que la fécurité où
l'on étoit , avoit empêché de découvrir
avant qu'ils abordaffent le Rivage , l'in-
' onderent tout à coup de Corfaires , qui
fe jettant en foule , le fabre à la main , dans
la Chapelle où Laure venoit d'engager
fa foi à Valere , firent autant d'Eſclaves
qu'ils y trouverent de Cavaliers & de Dames.
Le feul Valere fe garantit de la fervitude
par une honteufe fuite , & n'ofa
affronter la mort pour deffendre fon
époufe ; la vieilleffe de Dom Alonſe fut
refpectée ou plutôt méprifée de ces Pirates
qui ne voulurent pas fe charger d'un
Efclave inutile .
Quelle fut la douleur de Laure , quand
elle le vit arracher avec violence d'entre
les bras d'un pere tendrement aimé , &
d'un époux que le devoir commençoit à
lui rendre cher ; elle fut traînée jufqu'au
Rivage , au milieu des clameurs de toutes
les autres proyes de ces inhumains raviffeurs.
On les embarqua dans les deux
Brigantins , qui à force de Rames , eurent
bientôt joint un Vaiffeau de haut,
bord
370 MERCURE DE FRANCE.
bord qui les attendoit en pleine Mer
Dans ce Vaiffeau étoit le Chef de ces
Pirates , qui s'appelloit Marat - Raya , nom
redoutable par une infinité de prifes que
ce fameux Corfaire avoit déja faites dans
le Détroit de Gibraltar. Tous les Efclaves
furent amenez dans fon bord. Sa
Chambre étoit tenduë de noir , pour marquer
la profonde trifteffe qui regnoit dans
fon coeur quel trifte préfage pour ceux
le fort venoit de faire tomber dans
fes fers ! Ce fut devant lui que Laure fut
amenée , réſoluë à fe donner la mort plutôt
que de fe voir expoſée à la moindre
indignité .
que
De quel étonnement ne fut - il pas frappé
à la vûë ! fon nom qu'il avoit déja
entendu prononcer, & qui ne
& qui ne lui étoit pas
inconnu , lui avoit caufé un trouble que
fa prefence redoubla ; elle ne s'en apperçût
pas d'abord , parce que la frayeur dont
elle étoit faifie , lui faifoit baiffer les yeux
devant celui que la fortune cruelle venoit
de rendre arbitre de fon fort ; mais
rappellant toute fa fermeté , elle ofa enfin
l'envifager par un effet de la prévention ,
elle ne vit en lui qu'une férocité qui acheva
de l'allarmer . Ses yeux où étoit peint
le defefpoir qui regnoit dans fon ame
n'annoncoient rien que de finiftre ; une
barbe négligée qu'il avoit laiffé croître
>
depuis
AVRIL. 1728. 67F
depuis qu'il avoit embraffé le métier de
Corfaire , couvroit une partie des traits
de fon vifage ; fon front ,dont une espece
de Turban rouge , fymbole de fon humeur
fanguinaire , déroboit la moitié aux
regards de ceux qui ofoient foutenir les
Tens empruntoit de la fureur des rides
que l'âge ne lui avoit pas encore donnez .
Tel parut d'abord Marat- Raya aux yeux
de la tremblante Laure ; mais rappellant
peu- à - peu des traits qu'elle croyoit avoir
vûs autrefois.; » Où fuis - je , s'écria - t- elle ?
» Où fuis - je moi- même , s'écria t - il en
» même- temps ? O fortune , cft-ce pour
me venger d'une infidelle que tu la fais
tomber en ma puiffance.
A ces mots Laure ne put plus méconnoître
Octaves elle voulut fe retirer dans
la jufte indignation que fes reproches lui
voient caufée : », Fuyez , lui répondit Ocatave
, tout arbitre que je fuis de votre
fort , je ne fçaurois porter la violence
jufqu'à vous condamner à foutenir la
prefence d'un objet d'autant plus odieux ,
qu'il vous reproche la plus noire de
toutes les perfidies. Quoi ? dit - elle ,
c'eft un monftre d'infidelité qui m'appelle
perfide : Moi infidele ! répondit
Octave , de quel nom m'accablez - vous,
après m'avoir fi indignement manqué
de foy un figne qu'il fit de la main ,
>> obligeant
672 MERCURE DE FRANCE,
"obligeant tous les gens de fe retirer :
>>Pouvez- vous nier , pourfuivit- il , que
» vous ne vous foyez donnée à un autre
» après m'avoir juré de n'être jamais qu'à
"moi? Lâche , lui répondit Laure , de
» quel front ofes -tu m'accufer d'une infi-
» delité dont tu as été le premier à me
»tracer le chemin ? je ne t'ai été que trop
» fidelle, malgré ton inconftance , puifque
" ce n'eft que d'aujourd'hui que je me
»fuis donnée à Valere. A valere ! reprit
» Octave avec précipitation ! quoi ! ce
» n'eft pas Dom Pedro qui eft votre
époux jufte Ciel ! que vous me fai-
»tes entrevoir de perfidie dans l'ami le
» plus lâche & le plus indigne qui fût ja-
»mais : Ah ! cruel , répliqua Laure , juf-
» qu'où va ta tyrannie ? tu voulois done
» pour rendre ton triomphe plus parfait
» me rendre efclave de ma foi , après avoir
» violé la tienne , & te vanter dans les
» bras de ma fuperbe Rivale , d'être en-
» core l'arbitre de mon deftin , après
» m'avoir fi indignement abandonnée ?
mais non, pourfuivit elle ; tu as été plus
» équitable , tu as mieux ufé de la vic-
"toire , & tu as bien voulu me permettre
» de difpofer de moi , en me renvoyant
» par Valere la Lettre qui étoit dépofitaire
»de mes fermens. Ne m'en dites pas davantage
, dit Octaye , nous avons été
» égaleAVRIL.
1728. 673
"
Ȏgalement trahis , mais avec cette difference
que je vous ai gardé ma foy ,
malgré votre inconftance prétenduë , &
» que la vôtre n'eft plus à vous : Quoi !
» s'écria douloureulement Laure : Valere
» m'a donc trompée , & je viens de lui
» engager ma foi ! que je fuis malheureu-
» fe ! C'eſt à moi , répondit Octave , à fi-
» nir le cours de vos malheurs , en tran-
"chant les jours d'un perfide , indigne de
» jouir de la lumiere , c'eſt dans fon fang
» que je dois expier fa trahiſon , & je
»jure .. Arrêtez , lui dit Laure , n'ache-
»vez pas un ferment dont l'execution
» vous rendroit execrable aux yeux de la
plus tendre Amante qui fût jamais : Val
» lere vous à trahi : Valere m'a trompée ,
»>il eft indigne de vivre ; mais tout noirci
» qu'il eft par une perfidie qui doit me le
>> rendre odieux , il eft mon époux , & je
dois regarder comme mes plus mor-
» tels ennemis tous ceux qui attenteront
>> fur les jours .
"3
Cette converfation qui devenoit toûjours
plus affligeante & plus tendre d'une
& d'autre part , auroit duré plus long - tems,
fi Laure n'eût fait appercevoir Octave
qu'elle ne pouvoit la prolonger fans expofer
fa gloire. Octave ne put blâmer
une précaution qui lui rendoit fa verru
toûjours plus chere , quoiqu'elle le pri-
B vât
674 MERCURE DE FRANCE:
vât de la vûë de tout ce qu'il adoroit : il
confentit à une fi trifte féparation ; mais
ce ne fut qu'en lui cedant fa Chambre
& en y appellant toutes les Dames qui
avoient été prises avec elles . Il les affura
d'une prochaine liberté , & fortit pour donner
ordre à les faire fervir avec tout le
refpect que leur fexe & leur qualité de
mandoient.
Elles ne fçavoient que penfer d'un changement
auquel elles s'étoient fi peu atten,
duës ; elles rendirent graces à Laure de
la liberté dont le Pirate venoit de les
flatter: » N'en préfumez rien , leur répon-
» dit Laure , qui bleffe ma gloire , je ne
>> puis vous en dire davantage , vous ferez
>> mieux inftruites quelques jours ; qu'il
» vous fuffife de fçavoir que vous n'avez
»rien à craindre des Barbares qui vous
» ont enlevées ; je rends graces au Ciel
>> d'avoir contribué au recouvrement d'une
>> liberté que vous n'avez perdue que pour
>> moi.
On ne tarda pas à leur apporter des
rafraîchiffemens dont elles avoient grand
befoin , après les vives allarmes que leur
efclavage leur avoit caufées ; on leur fervit
enfuite à fouper , & Octave fut affez
difcret pour ne s'y point trouver , de peur
que quelques regards ne trahiffent le fe .
cret de fon amour pour Laure.
Il
AVRIL. 1718. 975
Il paffa toute la nuit à penfer à ce qui lui
étoit arrivé dans une journée fi affligeante
& fi confolante pour fa tendreffe . Quoiqu'il
fût déja préparé au malheur de fçavoir
la chere Laure au pouvoir d'un époux,
fa douleur s'étoit renouvellée à la vue de
fon Amante ; il ne l'avoit jamais trouvée
fi belle , & c'étoit la perdre doublement
que de la perdre fidelle ; mais cette même
fidelité adouciffoit fon malheur ; il
en étoit toûjours aimé ; Valere ne l'avoit
point encore poffedée , & il fe Aattoit
qu'un mariage fondé fur la plus indigne
fupercherie , feroit d'autant plus facile à
caffer , qu'il n'avoit pas été conformé.
Mille pallions differentes qui l'agitoient
tour- à- tour , ne lui permirent pas de goûter
un moment de repos. Laure ne fut
guere plus tranquille ; quel combat ne ſe
fit-il pas dans fon coeur entre fon devoir
& fon amour ? Elle avoit retrouvé fon
cher Octave plus fidele qu'elle n'auroit olé
le prétendre , après la perfidie dont on
Pavoit noirci auprès de lui . Cette hor
rible tromperie étoit l'ouvrage de Valere.
Que de raifons pour le hair ! mais ce
même Valere étoit fon époux que les
loix ne lui impofoit pas fon devoir ? Il
eft temps de finir des peines que ces
fideles Amans n'ont pas méritées , &
de punir les traitres qui ont mis leur
Bij conf676
MERCURE DE FRANCE .
;
conftance à de fi cruelles épreuves .
Octave ſe leva dès qu'il fut jour , & fit affembler
le Confeil. Tous les Officiers fe
rendirent à fes ordres . Il en étoit également
aimé & refpecté il les avoit choifis luimême
en partant des Indes ; fa valeur &
fon exactitude à partager avec eux tout
le butin que le fort mettoit en fa puiffance
, lui avoient acquis leur confiance . Il
leur dit en peu de mots que la Dame avec
qui il avoit eu un entretien , lui avoit révelé
des fecrets qu'il lui importoit d'ap
profondir , & qu'il ne le pouvoit qu'en
Pallant remettre lui - même à fon pere , qui
étoit un des principaux de Cadix . Cette
propofition fit trembler tous fes Officiers ;
ils parurent prêts à lui defobéir pour la
premiere fois , à la vûë du péril où il alloit
s'expofer ; mais il leur fit bien entendre
que tous les prifonniers qu'il leur
laifferoit entre les mains , feroient des
ôtages plus que fuffifans pour leur répondre
de fa vie , & leur fit efperer une rançon
fi confiderable les foins qu'il prendroit
de la proportionner aux facultez
de leurs Efclaves , qu'ils fe rendirent à
tout ce qu'il exigea de leur zele & de leur
bienveillance .
par
Il s'informa auffi - tôt de ceux qu'il avoit
commis à la garde des Dames , fi elles
étoient vifibles ; on l'affura de leur part
qu'elles
AVRIL. 1728. 677
!
qu'elles recevroient fa vifite quand il le
jugeroit à propos . Il entra dans leur
Chambre ; & après leur avoir demandé
pardon de la mauvaife nuit qu'il leur avoit
fait paffer , il s'approcha de Laure , & lui
communiqua tout bas la réfolution qu'il
avoit formée de la ramener lui -même à
Cadix.
>>
>
»Qu'olez - vous entreprendre , lui répondit
Laure , quand fes Compagnes ſe,
furent retirées pour les laiffer parler en
>> en liberté ? Vous voulez me remettre
» vous- même entre les mains de mon
époux ? Que n'ais - je pas à craindre d'un
» deffein fi fufpect à fes yeux ! Non , re
» prit Octave , ne croyez pas que je vous
» Îivre moi - même à mon indigne Rival ?
» toute ma vertu ne vous répondroit pas
d'une vie qui vous eft devenue chere ,
» depuis que l'Hymen a uni fon deſtin
» au vôtre. C'eft à votre pere que je veux
>> confier un tréfor auquel tout le bonheur
>> de mes jours eft attaché ; je prétens lui
>> apprendre la tromperie de Valere ; c'eft
» à lui à m'en faire raiſon , & à prendre
» avec moi de juftes mesures pour rom-
» pre des noeuds formez par le crime &
» la trahifon.
Laure trouva tant de fageffe & tant de
juſtice dans la réfolution d'Octave , qu'elle
n'eut pas la force d'y réfifter ; elle con-
Biij fentit
A
678 MERCURE DE FRANCE.
fentit à tout , après lui avoir fait juter
que , quoiqu'il arrivât , il refpecteroit les
jours d'un homme , qui tout méchant &
tout traître qu'il étoit , n'en portoit pas
moins un titre que la fcrupuleufe vertu
dont elle faifoit profeffion , lui rendoit
refp cable. Après qu'ils furent convenus
de tout ce qu'il faudroit faire pour parvenir
à fe voir dans un état moins trifte
que celui où le deftin les avoit condamnez,
ils fe rendirent un compte exact de
ċe qu'il leur étoit arrivé depuis leur ſéparation.
Octave lui apprit , entre autres
chofes , qu'il n'avoit quitté fon nom que
pour fe rendre inconnu au refte des hommes
, & qu'il n'avoit pris celui de Marat-
Raya , que pour devenir plus redoutable
à fon ingrate Patrie , à qui ce nom avoit
été fi fatal , par la valeur du fameux Pirate
qui l'avoit porté avant lui.
Cependant une Chaloupe avoit été préparée
par les ordres du faux Marat -Raya.
Laure y defcendit avec Octave , au grand
regret de tous les autres Prifonniers à qui
elle dit pour les confoler , qu'ils pouvoient
compter fur leur prochaine liberté,
& qu'elle alloit y travailler efficacement
avec leur commun Protecteur .
Quelle fut la furpriſe des Habitans de
Cadix , quand la Chalouppe fut affez près
du Rivage pour pouvoir faire reconnoître
AVRIL. 1728. 679
fes
tre Laure. Pour Octave , il étoit fi bien
déguifé , par la maniere dont il étoit vétu
& par la longueur de la barbe , que perfonne
ne s'avila de le prendre pour un Ef
pagnol . Il fit entendre au Gouverneur le
deffein qui l'avoit amené , qui n'étoit que
de rendre Laure à fon pere & de traiter
amiablement de la rançon des autres El
claves que gens avoient faits . Le Gou
verneur , forcé de lui jurer une foi invioble,
attendu les ôtages que fes gens avoient
retenus , lui permit de s'acheminer- avec
Laure vers le Palais de Dom Alonfe.
Quel plaifir pour ce trifte Vieillard , d'em
braffer une fille qu'il n'efperoit plus revoir
; mais quelle fut fa furprife quand
il reconnut Octave dans fon liberateur.
Inftruit de fa fidelité & de la trahison de
Octave , il promit au fidele & genereux
Valere , de ne rien oublier pour faire déclarer
nul un mariage où la bonne foi
avoit été fi indignement violée .
On fçut bientôt par tout Cadix que le
prétendu Corfaire étoit ce malheureux
Octave , dont la profcription avoit fait
gémir tous les gens de bien. Quels furent
les remords de Valere , quand il
fçût que cet ami qu'il avoit fi honteufement
trahi , étoit enfermé avec lui
dans une même enceinte de murailles.
Il fe crut perdus il prévit que fon ma-
Biiij riage
680 MERCURE DE FRANCE.
riage feroit caffé ; il craignoit la mort ,
il aimoit Laure. Pour éviter l'une & pour
fe conferver l'autre , il aſſembla une troupe
de couppe- jarets pour faire affalliner celui
qui lui avoit fauvé la vie .
Le Ciel étoit trop jufte pour laiffer plus
long- temps triompher le crime. Dans le
temps que Valere fe préparoit à faire
rir Octave , Dom Pedro faifoit un complot
pour le faire périr lui-même ; de
deux Rivaux qu'il haïffoit également
le plus heureux lui paroiffoit la victime
la plus digne de tomber fous fes coups :
voici ce qui fit tomber ces deux méchans
hommes dans le piege qu'ils tendoient à
un autre .
Laure , après avoir promis à Octave
qu'elle fe retireroit dans un Convent , jufqu'à
ce que des Juges defintereffez euffent
ordonné de fon fort , le pria de retourner
dans fon Vaiffeau, pour y traiter avec une
plus entiere fûreté pour fa perfonne.Dom
Alonfe lui promit de mettre dans fes interêts
tous les parens des Prifonniers &
des Prifonnieres qu'il avoit fur fon bord.
Sur ces affurances Octave prit congé de
fon Amante. A peine fut- il defcendu , qu'il
entendit un grand tumulte à la porte du
Palais de Dom Alonfe..
C'étoit Dom Pedro , qui à la tête d'un
grand nombre d'Affaffins, venoit de tomber
AVRIL 1728. " 681
ber fur Valere , foutenu d'un nombre inferieur
, & conduit par un même deffein
d'affaffinat. Les gens de ce dernier l'ayant
nommé , pour attirer à fon fecours tous
les Domestiques d'une maison à laquelle
il venoit de s'allier. Octave , par une
generofité fans exemple , y accourut luimême
. Il craignoit d'être accufé d'une
mort à laquelle il avoit tant d'interêt ,
& de fe rendre par-là indigne de poſfeder
la vertueufe Laure. Cette derniere
réflexion acheva de le déterminer . Il joi
gnit le perfide Valere , fuivi de deux ou
trois de fes plus braves Officiers qui
n'avoient pas voulu l'abandonner. Il fe
fit jour à coups de fabre jufqu'au lâche
Dom Pedro , à qui il ôta la vie , après
avoir mis en fuite tous les complices de
fon crime.
Il ne daignoit point aborder Valere ,
& vouloit lui épargner la honte de fçavoir
à qui il devoit une feconde fois la
vie ; mais ce rival confondu , & qui venoit
de recevoir un coup mortel d'une
autre main , le fit prier de venir recevoir
fes derniers foupirs avec fes juftes remords.
Octave ne put le voir mourant fans
s'attendrir ; il le fit porter dans l'Appartement
de Laure , dont le coeur agité
d'une frayeur mortelle , étoit partagé en-
B.v tre
682 MERCURE DE FRANCE.
T
tre fon Epoux & fon Amant. Le mou
rant Valere demanda pardon à fon Rival
& à fon Epouſe de la tromperie qu'il leur
avoit faite , & pria Dom Alonſe de vouloir
bien ne difpofer de fa fille qu'en faveur
du feul Amant digne d'elle . A peine
eut-il achevé ces mots qu'il expirá entre
les bras de Laure , baignée de pleurs.
Le fecond meurtre d'un parent du Gouverneur
, donnant tout à craindre pour
Octave , il ne put réfifter à la priere que
lui firent le Pere & la fille de regagner
à fon Vaiffeau avant qu'on lui en fermât
le chemin. Il fe retira fans perdre de tems
& s'embarqua dans la Chaloupe qui l'attendoit.
Sa caufe étoit trop bonne pour être
long - temps balancée . Le Gouverneur mê
me qui commençoit à fe repentir de tout
ce qu'il avoit fait contre lui , ſe joignit à
ceux qui avoient interêt à demander fa
grace pour obtenir la liberté des ôtages
qu'il avoit en fon pouvoir. La grace ne
tarda pas d'arriver ; il fut remis en poffeffion
des biens dont on l'avoit fi injuſtement
dépouillé; & après avoir dédommagé
fon Equipage de la perte du butin
qu'ils avoient fait fous fes ordres , il revint
à Cadix dans une espece de triomphe
, amenant avec lui tous les Prifonniers
qu'il avoit retenus fur fon bord , &
dont
AVRIL 1728. 683
dont il avoit adouci l'efclavage par les
bons traitemens qu'ils avoient reçûs par
fes ordres jufqu'au moment de leur liberté.
Laure n'eut pas plutôt achevé fon
deüil pour un mari qui ne l'avoit point
poffedée, qu'elle obéit fans répugnance au
doux commandement que fon pere luf
fit d'executer la derniere volonté de fon
premier époux : ainfi on vit bien tôt
la fidelité fut récompenfée dans la perfonne
d'Octave , & la trahifon punie danscelles
de Dom Pedro & de Valere .
que
*******
AVIS de l'Hermite de Radofto en
Romanie , à ceux qui doivent venir à
Conftantinople avec M. l'Ambaffadeur
de France.
SONNET EN BOUTS- RIMEZ.
IL faut dans la Turquie être prudent & ſage ,
Et ne s'y point mêler de l'amoureux micmac.
( Là, toucher une Dame eft bien bis qu'au
Trictrac
On y rifque encor plus qu'un Coq qu'on met
en Cage . )
Parler peu , rire moins , compofer
fon Vifage
Avec Meffieurs
les Turcs tirer fouvent
du Sac.
( Cet article eft fur tout le meilleur Almanac "
B vj Qu'on
684 MERCURE DE FRANCE:
Qu'on puiffe confulter par fon propre avant-
Etre fobre , fumer , s'accoûtumer àl'
Age :
Ail;
Dans les grandes chaleurs s'armer d'un Even
tail,
Avoir toûjours au guet , l'oeil , ainfi que l'-
Oreille ,
Au temps de la récolte , imiter la Fourmi ,
Et n'y fonger enfin qu'à remplir ſa Bouteille ,
Pour la boire au retour avec un bon
D.
Amie
LA nouvelle Lettre Paftorale de S. E.
M. Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , qui vient de paroître
aufujet du Fr. le Courayer , Auteur de
la Differtation fur la Validité de l'Ordination
des Anglois , & de la Deffenſe
de cette Differtation , cenfurée par le
Mandement de S. E. du 18. Août, & par
fon Inftruction Paftorale du 3 1. Octobre
dernier , nous a paru fi importante que
nous avons crû la devoir donner ici dans
fon entier.
OUIS ANTOINE DE NOAILLES , & c.
Liefcandale que le Fr. le Courayer,Auteur
des deux Ouvrages que nous avons cenfurés ,
vient
AVRIL 1728.
685
vient de caufer par fa retraite en Angleterre
nous a pénétrez de douleur.
D'
Notre confolation , Mes très - chers Freres ,
dans ce trifte évenement , eft d'avoir rempli
tout ce que notre miniftere pouvoit exiger.
Nous avons profcrit l'erreur , nous avons
ménagé celui qui s'étoit égaré , ce font les
deux regles que S. Auguftin enfeigne aux Pafteurs
, & qu'il a pratiquées lui- même.
33
52
" Dieu fe fert de fes ferviteurs , dit ce Saint ,
»pour détruire & pour renverfer l'empire de
l'erreur ; mais il leur commande en même
» temps de ménager les hommes , & de tra-
»vailler non pour les perdre , mais pour les
corriger ; c'eft dans cette vûe qu'écrivant
»contre les Manichéens , il demandoit à Dieu
"un efprit calme & tranquille , plus occupé
de les convertir que de les confondre ; Que
» ceux - là , dit - il encore à ces mêmes Hereti-
»tiques , vous traitent avec rigueur , qui ne
fçavent pas par quelles peines & par quels
travaux on parvient à découvrir la verité ,
& combien il eft difficile d'éviter l'erreur.
15
30
Saint Auguftin fuivit ces faintes maximes à
Fégard du Moine Leporius. Dès que la Foi
fur en fureté par la condamnation prononcée
contre les erreurs que Leporius avoit répan
dues fur le Myftere de l'Incarnation , le Saint
Docteur s'appliqua tout entier à l'inftruire dans
un efprit de douceur , il lui infpira des fentimens
d'humilité & de défiance de fes propres
penſées , il profita du trouble falutaire où il
étoit , pour le porter à un repentir fincere ; par
cette conduite charitable & compatiffante
ik parvint à le ramener & à le guérir , & l'on
peut voir dans la Lettre qu'il écrivit aux Evêques
d'Afrique à ce fujet , quelle fut fa confolation
& fa joye de ce que l'erreur étoit condamnée
7
686 MERCURE DE FRANCE .
damnée & le coupable converti. Il reconnoft
que la condamnation de l'erreur étoit dûë à
la force du miniftere Epifcopal , que la douceur
de ce miniftere avoit operé le retour , &
la converfion du coupable , & que la même
charité avoit pris des formes differentes pour
produire ces heureux effets.
Si notre conduite à l'égard du Fr. le Courayer
n'a pas eû le même ſuccès , nous avons
fuivi les mêmes maxiines , nous avons eu les
mêmes intentions que S. Auguftin , nous avons
voulu , comme lui , remplir ce double devoir ;
profcrire l'erreur , ç'a été l'objet de notre Mandement
du 18. Août , & de notre Inftruction
Paftorale du 31. Octobre 1727. rappeller par
la d uceur à la verité celui qui s'en étoit écarté
, c'eft la fin que nous nous fommes propo
fée , dans les ménagemens & la condefcendan
ce dont nous avons ufé.
ཚ
Animez de cet efprit , nous ne crûmes pas
devoir nommer le Fr. le Courayer dans notre
Inftruction Paftorale , pour lui adoucir, autang
qu'il étoit en nous , l'amertume de la condamnation
qu'il avoit méritée : Nous tâchámes
d'excufer fes intentions lorfque nous étions
forcez de condamner fes paroles ; obligez de
relever fes infidelitez dans les citations des
Peres , & des Controverfiites , nous les attribuâmes
à négligence & à prévention , plutôt
qu'à mauvaile foi & à un deffein d'impofer à
fes Lecteurs ; enfin , après l'avoir convaincu
d'avoir enfeigné des erreurs que l'on ne pouvoit
diffimuler , nous lui donnâmes les avis
paternels dont il avoit befoin : Que pouvionsnous
faire de plus pour gagner un de nos
Freres qui étoit tombé dans l'égarement ?
Ne pouvant nous difpenfer d'exiger du Fr. le
Courayer, qu'il fe foumit & qu'il rétractát fes
erreurs
AVRIL. 1718.
687
erreurs , nous étions réfolus , s'il l'avoir re
fufé , de proceder contre lui felon la rigueur
des Canons : mais avant que d'en venir à des
procodures juridiques , nous choisîmes la voye
qui nous parut la plus propre pour l'inftruire
pour le convaincre , afin de rendre fa foumiffion
d'autant plus utile & plus édifiante
qu'elle feroit plus libre & plus volontaire.
&
Ce fut donc dans ces vues de ménagemens
& de charité , que nous voulûmes bien lur
communiquer notre Inftruction Paftorale ,
avant que de la rendre publique , nous la remimes
entre les mains de fon Superieur Régulier
, qui la lui fit lire en prefence de quelques
Théologiens de fa Congrégation : à la premiere
lecture il parut condamner les erreurs cenfurées
dans l'Inſtruction , mais il voulut fur
quelques articles juftifier fes Ouvrages : Les
Théologiens qui conferoient avec lui , le convainquirent
par les textes de fes propres Livres
, que nous ne lui avions rien imputé qu'il
n'eût foutenu , & il ne put rien répondre : c'eft
un fait que ces Confreres qui avoient affifté à
cette Conference nous ont attefté. Le F. le Courayer
defira de lire une feconde fois en particulier
notre Inftruction Paftorale , on le lui
permir : c'eft après cette feconde lecture qu'il
nous écrivit la Lettre dont nous avons fait
mention dans notre Inftruction , & que nous
croyons inferer ici toute entiere.
57
MONSEIGNEUR ,
» Je reçois avec la plus refpectueufe reconnoiffance
les marques de bonté dont Votre
»Em. a bien voulu m'honorer , en me faifant
communiquer l'Inftruction Paftorale qu'elle
ya donner à ſon Diocèſe , au ſujet de mes
57
» deux
698 MERCURE DE FRANCE .
1
» deux Ouvrages , fur la validité des Ordinations
des Anglois.
52
Rien n'eft plus confolant pour moi , que
» de trouver dans la perfonne de mon veritable
Juge , la charité d'un Pere , & digne d'un
Pafteur des premiers fiecles de l'Eglife.
» Penetré de ces fentimens , je fatisfaits au-
» jourd'hui avec foumiffion & fincerité à ce
que j'ai eu l'honneur de promettre à V. Em .
par mes Lettres du 15. Mars & du 25. Août
» dernier, que j'acquiefcerois fans réserve à la
» condamnation des erreurs qui pourroient alterer
la foi, des expreffions qui pourroient
fcandalifer.
» J'attens de l'équité naturelle de V. Em.
qu'elle me permette , en lui donnant des
" preuves de mon obéiflance , de juftifier mes
intentions , & de lui protefter que je n'ai
jamais eu le deffein d'enſeigner aucune erreur
, ni en particulier rien de contraire aux
"décifions du Concile de Trente.
Mais pour ne laiffer aucun doute fur ma
conduite & fur mes veritables fentimens , je
»déclare à Votre Eminence ,
و ر
Que j'acquiefce de tout mon coeur à la
Doctrine Catholique , que V. Em. expofe fur
"les differens Chefs qui font l'objet de fon
Inftruction .
30
و ر
Que je condamne très fincerement toutes
» les erreurs contraires qu'elle condamne dans
fon Inftruction Paftorale, & qu'elle y cenfure ,
» auffi bien que toutes les expreffions qui con-
» tre mon intention expriment ou favorifent
les mêmes erreurs dans mes Ouvrages. Do
30
Que je fuis auffi très mortifié du fcandale
que mes Livres ont excité.
35
Après une déclaration fi précife & fi conforme
aux veritables difpofitions de mon
coeur
A VRI L.
689
1728 .
" coeur , qu'il me foit permis , Monfeigneur ,
d'efperer de trouver toûjours dans V. Em. les
❤mêmes bontez , de lui demander fa protection
, & de l'affurer que je fuis avec venera-
»tion & avec refpect ,
ל כ
MONSEIGNEUR ,
DE VOTRE EMINENCE ,
Le très-humble très- obéiffant
Serviteur , Signé FR . PIERRE
FRANÇ LE COURAYER .
La charité , dit l'Apôtre , ne foupçonne
point le mal , elle croit & elle efpere ailement
le bien. Le Superieur Géneral de fainte Geneviéve
, en nous envoyant la Lettre de fon Religieux
, nous affura qu'il l'avoit trouvé dans
tous les fentimens qu'il attendoit de fa docilité
& de fa pieté. Sur ce témoignagne , & fur
la maniere dont le Fr le Courayer s'expliquoit
lui- même , nous crûmes qu'il acquiefçoit de
tout fon coeur à la Doctrine Catholique expofée
dans notre Inftruction , qu'il condamnoit
très -fincerement les erreurs qui font cenfuréés,
& les expreffions de fes Ouvrages qui expriment
ou qui favorisent ces mêmes erreurs , &
qu'il étoit en effet très- touché du fcandale que
fes Livres avoient excité. Satisfait d'une déclaration
fi précife , nous ne voulûmes point
lui ôter la confolation d'excufer fes intentions;
ç'en étoit une pour nous - mêmes de pouvoir
penfer , que dans le temps qu'il s'étoit le plus
mal exprimé , fon coeur avoit toûjours été
Catholique.
Nous rendîmes avec joye un témoignage public
de fa foumiffion que nous croyions fincere.
Nous recommandâmes très-particulierement à
fon Superieur General de l'affermir dans les
ben
690 MERCURE DE FRANCE .
bons fentimens où il nous paroiffoit être , dé
veiller fur toutes les démarches , & fur tout de
rompre les liaifons qui pourroient le détourher
de la verité , & le précipiter dans l'erreur.
Mais le jugement favorable que nous avions
porté de la foumiffion du Fr. le Courayer , la
confolation qu'elle nous avoit donnée , fe font
évanouies à la lecture de fa Lettre , dattée de
Paris du 12. Janvier dernier , & qui ne nous
a été renduë que le 29. de ce même mois , par
laquelle il nous apprend la démarche fcandaleufe
qu'il alloit faire , & que nous voudrions
enfevelir dans un éternel oubli.
Nous ne revelons point ici l'air de hauteur
& de mépris avec lequel il traite les Evêques ,
les Théologiens Catholiques , & en general
tous ceux qui font oppofez à fes fentimens.
Le principal objet de fa Lettre eft de défavouer
le témoignage que nous avons rendu de
fa foumiffion » pour nous faire honneur , ditail
,de fa converfion .
Il eft vrai , Mes trés chers Freres , que nous
n'avons pas foupçonné le Fr le Courayer de
vouloir nous furprendre , dans une déclaration
qu'il nous prefentoit avec des proteftations de
la foumiffion la plus fincere.
Perfuadez donc , comme il nous en afſuroit,
qu'il condamnoit avec fincerité toutes les erreurs
que nous avions condamnées , & les expreffions
de fes Ouvrages qui expriment ou
qui favorisent ces mêmes erreurs , nous l'avons
crû revenu de fes égaremens , & nous en
avons rendu témoignage , non pour nous faire
honneur de fa converfion , mais pour lui faire
honneur à lui -même d'une foumifion , qui réparoit
le fcandale qu'il reconnoiffoir que fes
Livres avoient excité , & dontil nous marquoit
fa douleur.
AuAVRIL.
1728 691
"
Aujourd'hui qu'il découvre fon peu de fincerité
, qu'il ne fe contente pas , comme il
avoit fait dans fa premiere Lettre , d'excufer
fes intentions , qui n'ont point été l'objet de
notre cenfure ; mais qu'il entreprend de juftifier
fes Ouvrages fi juftement condamnez : que
contre les termes de fa déclaration , il dit qu'il
n'a point connoiffance de s'être fervi d'expreffions
favorables à l'erreur , qu'il prétend n'avoir
rien avancé dans fes écrits que de vrai ,
d'orthodoxe ,, que de conforme à la fainte
Théologie , & à toute l'antiquité ; & que
» s'il a parlé du fcandale que fes Livres ont ex-
» cité , c'eft un fcandale pris & non un ſcandale
donné : Nous avoüons avec la même fimplicité
qu'il nous a trompez , & que nous avons
eu trop bonne opinion de lui , en croyant & en
atteftant qu'il étoit veritablement foumis.
» que
Il fe plaint encore , que pour lui attribuer
des erreurs qu'il n'a jamais foutenues , nous
avons tronqué fes paffages , détourné leur vrai
fens , expofe fes opinions fans exactitude .
Pour le confondre , il n'y a qu'à lire fes Livres
; auffi notre confolation eft que tous les
Théologiens , que les propres Confreres de ce
Religieux qui ont lû fes Ouvrages & notre
Inftruction , ont vu par eux - mêmes qu'il n'y a
pas un feul de fes paffages qui ait été tronqué
ou pris dans un fens détourné , qu'il n'y a pas
une de fes propofitions qui ne foit expofée
dans fes propres termes & avec une exacte
fidelité.
Enfin il protefte encore qu'il condamne les
erreurs que nous avons cerfurées mais comment
concilier cette condamnation avec l'opiniâtreté
qu'il fait paroître pour deffendre des
Ouvrages qui enfeignent fi clairement ces mêmes
erreurs , & qui ont excité par cette raifon
le
692 MERCURE DE FRANCE.
le zele des Evéques , & l'indignation de tous
les Théologien Catholiques ?
S'il s'agiffoit en effet de quelque propofition
qui lui fût échappée , d'expreffions obf
cures , équivoques , entendues differemment
par les Lecteurs , en reconnoiffant qu'il s'eft
mal expliqué , il auroit un prétexte pour dire,
que fi l'on a cenfuré fes propofitions dans un
mauvais fens , il ne s'en eft jamais fervi que
dans un fens orthodoxe ; mais les erreurs que
Pon reprend dans les Ouvrages du Fr. le Courayer
, & qu'il renouvelle en partie dans fa
derniere Lettre , font- elles de cette nature ?
Il s'agit d'un fyftême lié & fuivi , de propo ,
fitions énoncées clairement , repetées plus d'u.
ne fois , établies en Thefes , qu'il tâche de
prouver dans des chapitres entiers . Il s'agit
d'erreurs évidentes , prifes & entendues dans
le même fens par tous ceux qui ont lû ſes Ouvrages
, erreurs fi palpables , que tant qu'il
voudra juftifier les Livres qui les enfeignent ,
perfonne ne pourra penfer qu'il condamne ces
erreurs de bonne foi , & qu'il ne les croit pas
dans fon coeur.
Plaife à Dieu que la premiere chûte de ce
Religieux ne foit pas fuivie d'une feconde encore
plus funefte ; & qu'après avoir abandonné
fa Profeffion , il ne foit pas aflez malheureux
pour renoncer à fa Religion. Mais après la démarche
qu'il a faite , & le defaveu qu'il vient
de donner de fa foumiffion , ne devons - nous
pas être plus allarmez fur fon état , qu'il ne
Peft lui-méme ? Pouvons nous être raflurez
par la parole qu'il donne de demeurer inviolablement
attaché à l'unité Catholique ? La terre
qu'il habite , l'attachement qu'il conferve pour
des Ouvrages remplis d'erreurs , fes préventions
en faveur de la Doctrine des Anglois ,
le
AVRIL. 1728. 693
le titre d'Eglife de Jefus Chrift qu'il paroît
donner encore à celle d'Angleterre , féparée de
l'Eglife Romaine par le Schifme & par l'He
refie , font appréhender avec raiſon qu'il ne
foit prêt de s'y unir tout- à-fait.
Plus il eft expofé , plus nous craignons pour
lui , plus il doit être l'objet de nos prieres &
des vôtres .
Mais en priant pour lui , Mes très - chers
Freres , nous vous conjurons de faire de férieufes
réflexions fur un fi trifte exemple : Que
ceux donc d'entre vous qui font les plus éclairez
& les plus inftruits tremblent pour euxmêmes
, felon le précepte de S. Paul , qu'il fe
défient de leurs propres lumieres , qu'ils craignent
les routes nouvelles , & les opinions
fingulieres , mais fur tout qu'ils foient en garde
contre le deffaut de fubordination , & la licence
qui regnent aujourd'hui dans les efprits,
fource funefte des plus grands malheurs, & des.
excès qu'un Théologien Catholique doit le
plus redouter. DONNE à Paris en notre Pa
lais Archiepifcopal le 15. Février 1728. & c.
A S. A. S. MADAME LA PRINCESSE
DE CONTY , la jeune.
Illuftre rejetton des plus Auguſtes Rois ,
En qui mille vertus éclatent à la fois ;
Digne objet de nos voeux , vertueufe Princeffe,
Quijoins à la naiſſance une rare fageffe ,
694 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peus te vanter de devoir ta grandeur ,
Moins à l'éclat du fang , qu'aux fentimens du
coeur ,
Déja prêt à tracer d'un pinceau témeraire ,
De ces hautes vertus un éloge fincere ,
Je fens ma main tremblante , & c'eſt avec
raiſon :
Un tel honneur n'eft dû qu'aux enfans d'Apollon.
Il faudroit pour répondre à l'ardeur qui m'entraîne
>
C'être abrevé long- temps des Eaux de l'Hipo
crene.
Jeune & trop foible encor , l'Aiglon audacieux
,
Doit -il du premier vol fe guinder vers les
Cieux ;
Il faut regler fes pas avec plus de prudence ,
Et ne fe perdre point par trop de confiance.
Mais pourquoi m'effrayer ? quel que foit mon
projet ,
Le fuccès elt certain dans un fi beau fujet.
Ne vous allarmez plus , Mufe ingrate & tremblante
;
Le Champ eft des plus beaux , la moiffon abon-
* dante ;
Vous n'avezpas befoin de former par vos traits
Un
AVRIL. 1728. 695
Un Tableau de Vertus qui n'exiſta jamais ;
Emprunte qui voudra des couleurs étrangeres ,
Pour étaler aux yeux des brillantes chimeres ,
Je ne veux rien devoir à l'éclat d'un grand
nom ,
La vertu que je change eft mon feul Apollon .
Oui , Princeſſe, en toi feule il faut chercher ta
gloire ,
Pourquoi de tes Ayeux rappeller l'hiftoire ?
Et louer un mérite où tu n'as point de part :
L'éclat de la naiffance eft l'effet du hazard.
Ces Eloges forcez n'ont rien que d'infipide ,
Pour un coeur où l'on voit un mérite ſolide,
Ainfi fans m'arrêter à des objets divers ,
A tes feules vertus je confacre mes Vers.
Mais prêt à commencer , je fens que je ba,
lance ,
Le refpect malgré moi , vient m'impoſer ſi
lence ,
Et je vois à regret que mon foible Pinceau ,
N'eft pas fait pour tracer un fi riche Tableau.
Allez , ma Mufe , allez , laiffez croître vos
forces ,
Réfiftez pour un temps à ces douces amorces ;
Ne pouvant rien de plus , bornez- vous à des
voeux ;
L'objet
1
696 MERCURE DE FRANCE :
L'objet qui les reffent eft un coeur genereux
Quel azile eft plus feur cette augufte Prin
cefle ,
En faveur d'un grand zele , excufe la foibleffe
;
Elle fupplée à tout , & des voeux impuiffants ,
Dans fes adorateurs lui tiennent lieu d'encens,
Cabane an
Comme
Omme l'on a été averti que les Procès
Verbaux d'Autun , au ſujet defquels il
y a eû des Remarques imprimées dans le
premier volume du Mercure du mois de
Décembre dernier , ont été envoyées dans
toutes les principales Villes du Royaume
on n'a pas crû devoir les réimprimer dans
le Mercure ; mais au lieu de cela on a
srû devoir communiquer au Public la copie
d'une Lettre d'un des plus celebres
Ecrivains de Bourgogne , touchant les difcultez
qui fe font élevées autrefois fur les
Reliques de S. Lazare. L'Auteur qui eft
encore plein de vie n'en a pas donné la
date ; mais il paroît l'avoir écrite peu de
temps après que le fecond volume des Memoires
de M. de Tillemont parût , c'est- àdire
l'an 1695 .
LETTRE
AVRIL. 1728. 697
LETTRE de M. Bocquillot , Chanoine
de l'Eglife d'Avallon , à M. de Tillemont
, Auteur des Memoires für l' Hiftoire
Ecclefiaftique.
E vous ai écrit , Monfieur , qu'on ne
prétend point avoit dans l'Églife Cathedrale
d'Autun , toutes les Reliques
de S. Lazare , comme vous l'avez dit
dans votre Hiftoire , * fur la foi de M. de
Launoy , que nous prétendions avoir dans
notre Eglife Collegiale d'Avallon , une
partie du Crâne , & que ce qu'on avoit du
Chef à Autun étoit une autre partie que
celle-là. J'ai prié depuis M. notre Grand-
Vicaire , qui eft auffi Grand- Archidiacre
d'Autun , de me dire quelle eft la partie
du Chef de S. Lazare qu'ils ont à leur Cathedrale.
Voici fa réponſe : La partie du
Chef de S. Lazare que nous avons dans
la Cathedrale , eft tout le devant de la
tête jufqu'au fommet. C'eſt donc un fait
certain que celui que je vous ai avancé
dans ma Lettre , que notre Relique de
S. Lazare ne fe contrarie pas avec celle
d'Autun.
Je voudrois bien pouvoir vous donner
des preuves auffi certaines que celle - là de
la verité de notre Relique , & de celle
* Tom. 2. P. 37.
C d'Au698
MERCURE DE FRANCE
d'Autun. Mais bien loin d'en trouver de
certaines , je n'en ai pû trouver de probables
jufqu'à prefent , finon la Tradition
de nos Eglifes depuis fix fiecles au moins .
J'efperois trouver quelque Titre parmi
les Papiers du Procès que nos Prédeceffeurs
ont eu fur ce fujet avec le Chapitre
de la Cathédrale d'Autun , mais je n'y ai
rien trouvé qui me contente . Je ne laifferai
pas neanmoins , Monfieur, de vous écrire
tout ce que j'ai appris de cette affaire par
la lecture de toutes les Pieces du Procès ,
excepté de quelques-unes qui font rongées
& déchirées , de telle forte qu'il n'eſt
pas poffible de les déchiffrer .
Louis XI . étant tombé malade , eut
recours , comme on fçait , à tous les Saints
dont les Reliques étoient celebres de fon
temps pour obtenir fa guérifon . Il fiț
quelques prefens à notre Eglife d'Avallon ,
à caufe de la Relique de S. Lazare que
nous y avons , & qu'on y venoit revérer
de fort loin en ce temps - là. Le Chapitre
d'Autun en eut de la jaloufie , & commença
à publier qu'il n'y avoit de Relique
de S. Lazare que dans leur Eglife
Cathedrale, & que le Chef que difoit avoir
le Chapitre d'Avallon ,n'étoit pas le Chef
de S.Lazare.Le Roi ayant appris cette conreftation
, ordonna aux Grands - Vicaires
d'Autun d'éclaircir cette affaire. Le Cardinal
AVRIL. 1728. 699
pour dinal Rolin , Evêque d'Autun , étoit
lors à Rome : Ces deux Vicaires Generaux
, dont l'un étoit Evêque d'Avennes ,
& l'autre Official , partirent d'Autun le
24. Juin 1482. pour venir à Avallon
vifiter la Relique de S. Lazare , & les titres
fur lefquels on pouvoit croire qu'elle
fût de S. Lazare. Le 2. Juillet fuivant
ils retournent à Autun pour y faire la
même chofe. Cette vifite faite , ils affignent
les Chanoines d'Autun & ceux
d'Avallon , à comparoir devant eux dans
le Château de Lucenay , ( à trois lieuës
d'Aurun , & à 13. d'Avallon , ) le 12. du
mois de Juillet , pour y apporter les Titres
& Papiers concernant ledit Procès , &
être jugez définitivement . Ceux d'Autun
comparoiffent à jour nommé , par leur
Chantre & plufieurs Chanoines ; & ceux
d'Avallon , par un Clerc de leur Eglife ,
chargé de leur Procuration , pour demander
qu'il fût furfis à une affaire fi importante
, & tout le temps dont ils avoient
befoin pour chercher les Titres , Papiers ,
ou autres enfeignemens qu'il leur étoit
impoffible de trouver , & de fournir en
fi peu de temps , ou pour s'oppofer à
ce qui fe feroit fi précipitamment à leur
préjudice , pour en appeller enfuite.
Les Commiffaires preffez , comme ils
le difent , par les Chanoines d'Autun ,
Cij n'eurent
25010
700 MERCURE DE FRANCE .
n'eurent aucun égard aux remontrances
des Chanoines d'Avallon . Ils donnerent
une Sentence définitive , dans laquelle ils
déclarent que le Chef de S. Lazare repofe
tout entier dans l'Eglife Cathedrale d'Autun
, à la réſerve de la mâchoire inferieure
qu'ils n'y ont point trouvée , & non
pas dans l'Eglife d'Avallon ; deffendant
aux fieurs Chanoines du Chapitre d'Avallon
, fur peine de fufpenfe & d'interdit
, d'expofer à l'avenir leur Relique prétendue
, d'en parler en public ou en fecret
comme d'un os de la tête de S. Lazare ;
& au Peuple dudit Avallon & d'ailleurs ,
de réverer cette Relique prétenduë , fous
peine d'excommunication. Il femble que
dans l'énoncé de la Sentence , les Juges
oublient ce qu'ils viennent de dire dans
le Procès Verbal de vifite qui l'a precedé;
fçavoir , qu'ayant vifité à nud la Relique
d'Autun , ils avoient vû & montré aux
affiftans la face entiere , les troux où
étoient les yeux , les narines , neuf dents
dans la mâchoire d'enhaut & la nuque
du coû.Pourquoi ne pas montrer le crâne
s'il y étoit , ou n'en pas faire mention
comme du reste ? C'étoit de cela qu'il
s'agiffoit principalement ; il falloit donc
le faire remarquer plus que le reste , &
ne pas fe contenter de dire en gros que
la tête y étoit entiere , & entrer enfuite
dans un détail qui en fait douter.
AVRIL. 1728 . 701
>
'Appel de la Sentence au Parlement de
Bourgogne par le Chapitre & les Habitans
d'Avallon . La raison de cet appel au
Tribunal Laïque , fut que Jean Babillein ,
Evêque d'Avennes, le premier des Grands-
Vicaires , difoit avoir agi par ordre du
Roy. Soit que le Cardinal Rollin , notre
Evêque abfent , n'approuvât point ce qui
s'étoit fait fous fon nom , foit pour d'autres
raifons que j'ignore , cette Sentence
ne fut pas executée tant qu'il vécut. Au
contraire , le 15. Février 1483. les Chanoines
d'Autun & d'Avallon firent une
tranfaction dans le Chapitre même d'Autun
, par laquelle ceux d'Avallon comparant
par leur Doyen & un Chanoine
chargez de Procuration , reconnoiffent
avoir eu tort d'appeller de la fufdite Sentence
au Tribunal Laïque , offrent de
payer à M" d'Autun cent livres pour le
frais de l'appel , & les décharger de tou
évenement, moyennant quoi lesdits fieur
d'Autun confentent que chacune des Par
tiesdemeurera paifible dans fes droits , com
me ils étoient avant la Sentence . Il pa
roit par un Acte donné par un Notair
du même jour , depuis la tranfaction , que
lefdites Parties avoient témoigné récipro
quement du chagrin de ce qui s'étoit paffé
qu'ils s'en repentoient , & vouloient vivre
à l'avenir en paix & en concorde , com-
C iij me
S
S
702 MERCURE DE FRANCE .
-
me ils avoient fait auparavant , fans rien
innover. Après quoi Jean Rollin , Chanoine
d'Autun , & d'autres de fes Confreres
, dirent : Maudit foit le premier qui
encommencera tel Procès , & tous les autres,
tant d'Autun que d'Avallon , répondirent,
Amen , amen ; de quoi ceux d'Avallon
demanderent Acte.
Le Cardinal , tant qu'il vécut , ne fit
point executer lá Sentence de fes Vicaires
Generaux , foit qu'il defapprouvât ce qu'ils
avoient fait , comme il y a beaucoup d'apparence
, foit à caufe de la tranſaction
paffée depuis. Bien - loin de punir notre
Chapitre , comme il l'auroit dû faire , s'il
l'avoit cru coupable , il fit une fondation
très-confiderable avant fa mort . Mais
après fon décès , arrivé en 1483. un Official
d'Autun , ( il n'eſt pas dit fi c'eſt le
Siege vacant , & l'Evêque n'eft point nommé
, ) un Official d'Autun , dis - je , rendit
une Sentence , par laquelle il déclaroit les
Chanoines d'Avallon avoir encouru la
fufpenfe & l'interdit , & les Habitans de
ce lieu l'excommunication , pour avoir
contrevenu à la premiere Sentence rendue
contre eux . Cette feconde Sentence
eft du 26. Août 1489. Elle fut fignifiée
& affichée à Avallon le 29. du même
mois. Le Chapitre y fit oppofition , & en
appella à la Métropole. Aubert de Jaucourt
AVRIL. 1728. 703
court , Seigneur du voifinage , dont les
Ancêtres & lui - même ont fait de gran- '
des fondations dans notre Eglife , & tous
les Habitans d'Avallon en appellerent au
Parlement de Bourgogne. L'appel des uns
& des autres fut reçû dans les deux Cours.
Nous avons des Enquêtes faites par des
Confeillers du Parlement de Dijon , fur
les lieux & dans le voisinage. Mais les dépofitions
qu'elles contiennent n'aboutiffent
qu'à dire , que de toute ancienneté on a
réveré à Avallon le Chef de S. Lazare ,
que le jour de la Fête de S. Lazare , le
premier Septembre , & celui de la Tranflation
de fa Relique le 30. Avril , ont toûjours
été celebres par le concours des
Peuples , non-feulement des environs ,
mais encore des Provinces éloignées .
Les deux Chapitres plaidoient cependant
à la Cour Métropolitaine . Je ne vois
dans toutes les Ecritures produites de part
& d'autre , que des preuves pareilles : Le
Portail de leurs Eglifes , des Tapifferies ,
leurs Legendes , leurs Martyrologes . Je
ne vois pas même que les Chanoines d'Autun
ayent marqué l'époque de leurs Reliques
, ni de qui ils les avoient reçuës .
Ceux d'Avallon marquent ces deux chofes
. C'eft en l'an 1000.qu'ils l'ont reçuë,
& c'eft . Henry I. Duc de Bourgogne qui
la leur a donnée ,
C iiij
11
704 MERCURE DE FRANCE :
J
Il eft vrai qu'ils font de cet Henry un Em
pereur : mais cette confufion eft pardonnable
, parce que Henry I. Empereur étoit
proche de ce temps-là ,& poffedoit leComté
de Bourgogne & la Bourgogne Transjurane
; ce que nos vieux Chanoines ne diftinguoient
pas bien. Moi-même je m'y
étois auffi trompé d'abord dans la derniere
Lettre que je me fuis donné l'honneur
de vous écrire ; mais une lecture plus
exacte de notre Hiftoire de Bourgogne ,
m'a redreffé fur cela.
Depuis la lecture que j'ai faite des Pieces
dont je viens de vous parler , j'ai parcouru
plufieurs de nos anciennes fondations.
Dans la plupart de celles que j'ai
vûës depuis l'an 1482. en remontant jufqu'à
1173. notre Chapitre & notre Egliſe
fe font toûjours nominez , le Chapitre &
l'Eglife N. D. & S. Lazare d'Avallon...
Il y a une pierre au Frontifpice de notre
Eglife qui le fait de l'an mil , fans chiffres .
Mais je ne fuis pas affez bon connoiffeur
pour ofer affurer que la Figure de S. Lazare
en Evêque , qui eft au - deffus de cetre
pierre, foit de cette date . Elle paroît neanmoins
auffi ancienne que le refte du Portail
. La Remarque de M. de Launoy , fur
Honorius , Prêtre d'Autun , qui dans un
Sermon fur les Rameaux , donne la qualité
d'Evêque de Cypre à S. Lazare , & ne
parle
AVRIL. 1728. 705
parle d'aucune Relique de lui dans ce
Difcours , me retient tout court. Cependant
cela porte à conclure plutôt contre
Autun que contre Avallon . Car le Diocèſe
d'Autun étant d'une grande étenduë,
il n'eft pas étonnant qu'un Solitaire comme
Honorius , ( c'est le feul nom qu'il fe
donne ) ignorât ce qui étoit à Avallon
& il feroit ridicule d'imaginer qu'il ignorât
ce qui étoit dans la Cathedrale d'Autun
même , & encore moins le Titre de
cette Eglife , fi dés- lors elle avoit porté le
nom de S. Ladre ou Lazare . Honorius
vivoit en 112 0. Jufqu'ici c'eft la Lettre de
M. Bocquillot.
Les conteftationsfur les Reliques des Saints
ne fontpas rares dans l'Hiftoire Ecclefiafque.
Sans fortir de la France , on en a vû de
nos jours à Amiens , fur S. Firmin le Confeßeur
, en Auvergne , fur la Relique de
S" Thecle : anciennement à Lyon , fur le
Corps de S. Chaumond , Archevêque , à
Bourges & à Lizieux , fur celui de S.Vrfin.
A Auxerre , fur les Reliques de S. Amateur
, Evêque , à Noyon ,fun celles de faint
Eloy , &c. Ces Procés ne fe terminent ordinairement
qu'après de longues recherches,
aufquelles il est bon d'inviter le Public
éclairé , en lui donnant communication de
toutes les Pieces produites pour & contre
Cy LA
706 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMM&MMMMMM
LA MUSE RE'ELLE ,
à Made Chevalier.
Jufques à quand chez la Gent poëtique ,
Mufes & Dieux feront- ils en crédit ,
Et verrons - nous leur culte chimérique ,
Soüiller les Vers qu'enfante notre eſprit ?
L'erreur chez- nous a - t- elle donc preſcrit
Lorſqu'à rimer , notre cerveau s'applique ,
Faut- il congé de ces Dieux expirans ?
Et tout Poëte , en Chevaliers Errans
Doit- il créer dans fa verve inſenſée ,
Dames en l'air pour guider ſa penſée ?
D'un joug fi vain je prétens m'affranchir .
Sous le vrai feul mon efprit veut fléchir.
Mais , dira-t- on , c'eft un antique ufage ,
D'invoquer Mufe en poëtique Ouvrage ,
Qui par ce tour , prénd foin de s'annoncer.
Ufage foit ; je n'y veux renoncer.
En mes Ecrits , Mufe fera fêtée ,
Non , Muſe vaine , à plaifir inventée ,
Mais , Mufe enfin , habitant ces Climats ,
Et
AVRIL: 1728. 707
Mufe brulant d'une celefte flamme ,
Et dont l'oeil peut contempler les appas.
C'eft-là l'objet que ma verve reclame :
C'est vous , Iris , vous qui des doctes Soeurs ,
Réüniffez les charmantes douceurs.
Mufes , dit- on , font jeunes , chaftes , belles :
En tous ces points vous cadrez avec elles ,
En tous ces points , comme dans le fçavoir,
Que d'inspirer on leur donne pouvoir.
Certes en vous , comme en un fûr azile ,
L'Art & le Goût ont élû domicile ;
Et pour jamais à vos loix font foumis :
Car tout ainfi qu'aux filles de Mémoire ,
Au temps jadis Jupin les a tranfmis ,
Un Pere illuftre & jaloux de leur gloire .
A votre zele , Iris , les a commis :
Or faites donc que chacun d'eux m'éclaire ,
Durant le cours d'un fentier épineux ,
Et montrez-vous en couronnant mes voeux »
De mes Ecrits la Mufe Tutelaire.
Tanevot.
C vj
CE
708 MERCURE DE FRANCE:
ᎣᎣ
CEREMONIE faite à Neufchâtel ,
& Difcours prononcez , &c.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville ;
le 12. Février 1728.
No
Ous voyons fouvent, Meffieurs , dans
vos Mercures , diverfes Relations
de Reception & d'Inſtallation , & c . Si
vous croyez que nous n'ayons pas ici nost
ceremonies , vous vous trompez , & vous
ferez peut- être bien aifes de détromper le
Public , en lui apprenant que parmi les
Suiffes & leurs Alliez , il у a des gens
d'efprit & de goût , lefquels fans un grand
apparat de paroles , ont une éloquence
fimple & naturelle , dont ils fçavent faire
ufage dans les occafions . Les Difcours
que je vous envoye , précedez d'une petite
Relation , ont été prononcez par des
perfonnes très - eftimables par leur mérite
perfonnel : leur réputation ne fe borne
pas dans l'étroite étendue de notre Etat ,
elle eft connue en France & très-bien
foutenuë par M. Chambrier , aujourd'hui
Miniftre du Roi de Pruffe , auprès du
Roi . C'eſt le digne fils de M. le Maire-
Chambrier , qui vient de quitter volontairement
fa Charge , de la maniere &
avec
AVRIL 1728. 709
avec les céremonies que vous allez voir.
Hier fur les II . heures du matin
M. de Froment , notre Gouverneur , à
la tête du Confeil d'Etat , s'étant rendu
dans le grand Poële de notre Château ,
où étoit prefque toute la Ville & plufieurs
perfonnes, de la Campagne ; M. Brun
d'Oleyre , accompagné de fes Parens , &
à la tête du Confeil de Ville , qui s'y étoit
rendu en Corps , dit à M. le Gouverneur ,
que le Roy de Pruffe , fon Maître , l'ayant
honoré d'un Brevet de Maire , il le fupplioit
d'en ordonner la lecture , ce qui
ayant été fait , on fit la lecture du ferment
accoûtumé , qu'il prêta entre les mains de
M. le Gouverneur , après lequel il fit fon
Compliment , qui fut fuivi de celui de
M. le Banneret , au nom du Confeil de
Ville ; après quoi M. d'Oleyre , accompagné
de deux Confeillers d'Etat &
de fes principaux Parens , fe rendit en
fa Maiſon , au - devant de laquelle il
trouva la Compagnie des Grenadiers de
cette Ville , qui le falua par differentes
décharges & par d'autres marques d'honneur.
M. d'Oleyre donna enfuite un fuperbe
dîner au Confeil de Ville , dans l'Hôtel
de Ville même , où fe trouverent avec
fes principaux Parens , M. le Gouverneur
& les plus confiderables perfonnes de
l'Etat
710 MERCURE DE FRANCE.
P'Etat ; pendant que l'on buvoit les fantez,
les Grenadiers faifoient des décharges.
Après le dîner , qui dura juſqu'à cinq
heures du foir , la Compagnie fe rendit
chez M. d'Oleyre , qui fit fervir du
Caffé , &c .
Sur les fept heures , les Grenadiers monterent
fur le Lac , dans une Barque , qui
moüilla à la demi -portée du fufil du Port ,
vis-à - vis la Maifon de M. d'Oleyre :
il y avoit dans la Barque une bande de
Violons , des Joueurs de Cors & d'autres
Inftrumens , lefquels alternativement
avec les Tambours , fe firent entendre &
ne furent interrompus que par plufieurs
décharges des Grenadiers , pendant que
dans deux autres Bateaux , on tira un
Feu d'artifice . Ce Divertiffement finit à
dix heures du foir , & les Grenadiers fe
retirerent après avoir falué leur Banneret
par une décharge. Les Violons fe rendirent
chez M. d'Oleyre , où le gros des
Conviez jouoit , & le refte danfoit avec
les Dames ; la Compagnie ne fe fépara
qu'à deux heures du matin.
DIS
AVRIL. 717 1728.
"
DISCOURS de M. Chambrier , Maire
de Neufchâtel , au Confeil de Ville.
MESSIEURS ESSIEURS de ce noble & vertueux Confeil,
» J'ai prié M. le Maître , Bourgeois , de
yous faire affembler ce matin pour un
fujet que je ne puis vous exprimer fans
»douleur. Je viens vous apprendre qu'au
» fortir d'ici , je vais dépofer ma Charge
de Maire de cette Ville , & vous faire
à cette occafion mes plus tendres adieux ,
» vous renouveller les affurances de mon
attachement conftant aux légitimes in-
>>terêts de la Bourgeoifie, de ma plus par-
» faite eftime pour ce Corps en géneral ,
>> & de mon amitié la plus fincere pour
>> chacun de vous , Meffieurs , en parti-
>> culier.
» Quand je fais reflexion que j'ai paffé
» plus des deux tiers de ma vie avec vous
» & dans vos Affemblées ; que j'ai con-
>> tribué à vous placer tous dans ce Corps,
>>fi j'en excepte M. le Maître, Bourgeois,
>>Varnod ; que j'ai paffé par vos principales
Charges avec beaucoup d'agré-
>>mens pour moi ; que j'ai exercé parmi
»vous pendant vingt - lept ans entiers qui
» expirent aujourd'hui , la Charge de Maire
» de cette Ville , fans que durant tout ce
» temps
12 MERCURE DE FRANCE.
៦
» temps - là il foit arrivé par moi aucun
incident qui ait troublé l'union entre
» la Seigneurie & vous ; & enfin que j'ai
>> eu part à votre eftime , à votre confiance
» & à votre affection . Tout cela me lie
"à vous d'une maniere G intime & fi
» forte , que je ne puis aujourd'hui m'en
» féparer fans en être touché jufques an
» fond du coeur,
Je vous avouerai que j'ai eu beaucoup
» de peine à m'y réfoudre , & qu'il a fallu
» des motifs bien preffants pour m'y déter.
>>miner ; mais , Meffieurs , ayant fait at-
»tention fur mon âge déja avancé ; &
» qu'il eft de la prudence chrétienne de
>> mettre quelque intervalle entre les affai-
>> res du fiecle & la mort , j'ai crû devoir
» me décharger de mon emploi de Maire
»de cette Ville , à quoi j'y ai été d'ailleurs
>> puiffamment porté par la confideration
du digne Succeffeur qu'il a plû au Roi , à
» ma très- humble priere , de nommer , en
»la perfonne de M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre , Succeffeur , felon mon coeur ,
» un autre moi - même , & qui a toutes
les qualitez néceffaires pour remplir di-
»gnement la Charge que je vais lui re-
>> mettre. Vous connoiffez , Meffieurs , les
>>fentimens pour la Ville & la Bourgeoisie :
>> il en a foutenu les droits avec tant de
zele , de capacité & de réputation , que
5
>>
A V RIL. 1728. 713
»je ne crois pas que Sa Majefté eût pû
» choifir une perfonne qui vous foit plus
» agréable & plus chere que M.le Confeil-
>> ler Brun d'Oleyre . Aimez - le donc , Mef-
»>,fieurs , donnez - lui toute votre confiance
>> & vous le trouverez de fon côté le mê-
>> me qu'il a toûjours été à votre égard.
» Rien de plus convenable au bien de la
»Ville & à votre mutuelle fatisfaction
» que cette bonne intelligence . Il est très-
»>> aifé de concilier les interêts du Roi avec
» ceux de la Ville , il ne faut pour cela
» que rendre à chacun ce qui lui appar-
>> tient .
>>
› Je ne m'apperçois pas , Meffieurs , que
» je vous entretiens peut -être trop long-
» temps , mais vous parlant aujourd'hui
»pour la derniere fois en qualité de Mai-
» re , j'ai de la peine à me féparer de vous ;
»je finis donc en vous rendant mille &
»mille graces des fentimens d'eftime , de
>> confiance & d'amitié que vous m'ayez
marquez pendant tout le temps de mon
» Miniſtere , je n'en perdrai jamais le fou-
>> venir , & je vous en demande très- inftamment
la continuation , comptez fur un
retour fincere dema part : que fi je ne me
»trouve plus deformais dans vos Affem-
>> blées , mon coeur y fera toûjours prefents
>> & mes voeux pour l'heureux fuccès de
vos déliberations & pour la profperité
→
>> de 3
714 MERCURE DE FRANCE .
» de la Bourgeoisie , ne finiront qu'avec
» ma vie.
» Recevez enfin , Meffieurs , d'auffi bon
» coeur que je vous les donne , les affurances
de ma plus parfaite confideration ,
>>> de toute mon eftime & de mes très-
» humbles fervices .
"
DISCOURS de M. Brun d'Oleyre ,
prononcé après avoir prêté ferment de
Maire de la Ville de Neufchâtel.
adreßé à M. le Gouverneur.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Il feroit peut- être plus à propos de
» reconnoître par un refpectueux filence
» que par des paroles ,l'honneur qu'il a plû
»à Sa Majefté de me faire ; mais je ne puis
» refufer à la plénitude de ma reconnoif-
» fance la très-humble proteftation que
» j'ai l'honneur de faire à V. G. & à
>> Mrs du Confeil d'Etat , que je nè ceffe-
» rai jamais d'être, animé du defir de rem-
» plir dignement la Charge qui m'eft con-
» fiée , que mon zele pour le fervice du
>>Roi & pour le bien public , fera toû-
»jours la regle de mes actions , & pour
>> tout dire , en un mot , que je ne né-
» gligerai rien pour marcher fur les tra-
» ces de l'excellent & très -digne Magiftrat
» dont
AVRIL. 1728. 715
» dont je dois remplir la place . C'eft dans
» ces difpofitions , M. d'un attachement
>> inviolable à mes devoirs & à mes obligations
, que j'entrerai dans les fonctions
»de la Charge dont je viens d'être revê-
» tu , quelques pénibles qu'elles foient ,
aidé des vives lumieres de V. G. & de
»Mrs du Confeil d'Etat ; fecondé du zele
» éclairé du Corps fur lequel je dois
»préfider , j'ofe me flatter de remplir heu-
>> reuſement ma carriere , & de mériter
>>Papprobation de notre Augufte Souve-
>>rain , en faveur duquel je fais les mê-
»mes voeux , que les Romains faifoient
»pour leurs Empereurs , en fouhaitant
»que fes jours foient heureux , & que le
»Ciel veuille les prolonger , même aux
» dépens des nôtres.
DISCOURS de M. le Banneret ,
adreffe à M. le Gouverneur , au nom
du 'Confeil de la Ville de Neufchâtel.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Nous fommes agitez dans cette occa-
>> fion de mouvemens differens , en confi-
»derant d'un côté que M. le Maire Cham-
>> brier , par l'abdication qu'il a faite de
>>la Charge de Maire , ne fiegera plus à la
»tête de la Juftice ni dans le Confeil de
≫ cette
716 MERCURE DE FRANCE .
» cette Ville , nous fommes penetrez d'u
>> ne vive douleur ; mais quand nous ré-
» flechiffons , que M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre vient de prendre fa place , &
» que c'étoit là le moyen le plus propre
» pour réparer notre perte , s'il étoit poffi-
» ble , nous fentons le même plaifir que
l'on trouve lorfqu'il fe prefente un fe-
»cours dans un mal qui paroiffoit fans
>> remede .
» Ces differentes impreffions , M. font
bien juſtes & bien naturelles .
>> Nous perdons un grand Magiftrat
>> dont les lumieres , la droiture , la fermeté
& le defintereffement nous fer-
» voient de modele & de flambeau dans
»l'adminiftration de la Juftice .
"
>> Pleins de reconnoiffance & de reſpec
» pour lui , nous fouhaitions que fa Char-
>> ge ne finît qu'avec fa vie ; il nous quitte
»> & c'est là ce qui fait le fujet de nos
>> regrets.
و ر
"Dans cette fituation , rien n'auroit été
capable de nous confoler , fi nous ne
>> trouvions dans M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre , une nouvelle fource , dans
>> laquelle nous pourrons puifer tous les
»fecours que l'on peut attendre d'un Chef
>> qui fera la gloire & le bonheur du Corps
>>fur lequel il doit préfider . Nous avons
» éprouvé la pénetration & fa fagacité dans
>> les
AVRIL. 1728. 717
» les affaires les plus difficiles , nous avons
toûjours admiré dans fa conduite la can-
>>deur & l'intégrité qui ne l'abandonnent
» jamais , & nous fçavons , par une heu-
»> reufe experience , que nous avons part
» à ſon affection . Ce font- là les fujets de
» notre joye & de nos efperances.
>>
» Qüi , M. le Maire , nous ofons nous
» flatter que vous allez fuivre les traces de
» M. le Confeiller Chambrier , votre Pré-
"deceffeur , & que dans ces difpofitions
nvous contribuerez efficacement à nous
» conferver la bienveillance Royale , dont
» Sa Majesté nous honore , à maintenir
cetteVille dans fes Privileges & dans fes
franchifes , & à faire enfin regner parnmi
nous les loix & la justice . De notre
» côté , M. nous vous demandons la grace
» d'être perfuadé que nous faifons des voeux
» très -finceres pour votre confervation &
pour votre profperité dans le poste que
» vous devez occuper , que nous ne man-
"querons jamais à la confideration & au
»refpect qui font dûs à votre perfonne &
» à votre caractere ; & que nous ne ceſſe-
» rons point enfin de faire nos efforts pour
» mériter votre eftime & votre confiance,
que nous vous prions très - humblement
» de nous accorder.
M
>>
» C'eſt ainfi , M. qu'en nous acquittant
» de tous nos devoirs à l'égard de M. le
» Maire
718 MERCURE DE FRANCE.
·
» Maire , nous pourrons par - là même
donner des preuves à S. M. de la par-
>> faite reconnoiffance avec laquelle nous
>> recevons ce qui nous eft aujourd'hui
» donné de fa part, auffi -bien que de notre
>> fidelité fon ſervice & de notre pro-
»fond refpect pourV.G . & pour Meffieurs
» du Confeil d'Etat.
pour
*************XXXX
L'AMANT JALOUX RASSURE'.
Nfin , après deux ans de troubles & d'al-
Elarmes ,
Amour , charmant Amour , tu viens tarir mes
larmes ;
Ou du moins , en ce jour , au comble de mes
voeux ,
Je n'en verferai plus qu'à force d'être heureux.
Aux pieds de ma Cloris , mon coeur , hélas !
trop tendre ,
Doutoit de fon bonheur , ne pouvoit le comprendre
,
Et chaque jour en proye à de nouveaux defirs,
J'étois à plaindre encor dans le fein des plaifirs.
Jaloux de mes bienfaits , jaloux de ma conftance
,
J'ai craint de tout devoir à la reconnoiffance.
Fuyez
AVRIL. 1728. 719
Fuyez , foupçons cruels , & fuyez fans retour ,
Mon triomphe eft certain , je dois tout à l'Amour.
Non , je n'en doute plus , les yeux de cette
Belle ,
Brillent des mêmes feux dont je brule pour
elle :
Son trouble , fes foupirs , fes tranſports , fa
langueur ,
Bien plus que fes fermens , m'affurent de fon
coeur .
Vous qui m'avez ofé difputer la victoire ,
Fiers Rivaux , devenez les témoins de ma
gloire !
Mais non , de mon bonheur je fens affez le
prix ,
Je n'en veux pour témoins que mon coeur &
Cloris.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
MALADIE EXTRAORDINAIRE
par le grand nombre de Saignées .
M
R Theveneau , Seigneur de Palmery
, Docteur en Medecine , demeurant
à S. Sauge , Ville du Nivernois ,
dont il eft parlé à la page 1789. du Mercure
du mois d'Août 1727. eft bien aiſe
de détailler un peu plus au long , quoique
fuc720
MERCURE DE FRANCE.
fuccinctement , la maladie extraordinaire
& nouvelle qui lui eft tombée à traiter :
il le fait d'autant plus volontiers , que le
Public paroît avide de fçavoir les fuites
d'une maladie qui femble unique dans
fon efpece. Il feroit charmé d'apprendre
de fçavans Medecins , s'ils ont jamais vû
quelque chofe de femblable , & les fecours
qu'on pourroit donner à cette maladie.
Ceux qui fouhaiteront s'inftruire plus
à fond , ou faire quelques queftions fur
cette maladie , n'auront qu'à s'adreffer audit
fieur Theveneau , il les fatisfera le moins
mal qu'il lui fera poffible. Voici les termes
dont il fe fert :
t
Le 6. Septembre 1726. je fus appellé
pour voir Marie Pannetier , femme d'Anne
Gignol , Notaire & Huifler , demeu
rant à S. Sauge. Cette femme , âgée de
24. ans , étoit tombée dans un affoupiffement
letargique , avec privation de
tous les fens. Je lui fis donner le Tartre
Emetique , qui une heure après fit fon
effet ; pendant les vomiffemens , la Malade
revint à elle , & je la crus guérie .
Deux heures après elle retomba dans
le même affoupiffement , dont elle ne put
être tirée ni par une feconde prife de
Tartre Emetique , ni par les Ventouſes
appliquées fur les épaules avec de profondes
0
AVRIL. 1728. 721
fondes fcarifications , arrofées avec le
vinaigre , dans lequel on avoit diffout le
fel avec le poivre. Je lui fis rafer la tête
à fec , & appliquer une calotte de Veficatoires
, qui ne fit rien , non plus que deux
lavemens avec la décoction de Nicotiane .
Dans cette extrémité , je lui fis ouvrit
la veine du bras , & la faignée n'étant
point achevée , la Malade qui étoit privée
de l'ufage de tous les fens , revint à
elle , & dit , qu'on la foulageoit beaucoup
de la faigner.
Depuis cette premiere atraque d'affou
piffement létargique , elle en eut encore
plufieurs autres jufqu'au 1 se jour de fa maladie
; & elle fut toûjours foulagée par lafaignée
& par l'ufage de la barbe d'une plume
à écrire , qu'on lui introduifoit , après l'avoir
trempée dans l'huile d'olive , dans
l'ofophage , ce qui lui fit rendre une quantité
prodigieufe d'une pituite très -épaiffe
& gluante , qu'on entendoit fe précipiter
avec bruit du cerveau , dans le temps de
l'accès .
Le 15 jour de la maladie , il parut des
convulfions qui ont duré jufqu'à prefent,
& dont l'ufage de tous les Remedes que
j'ai crù néceffaires , n'a pû la tirer ; la
feule faignée m'a toûjours réüffi , & c'eft
depuis un an le feul fecours qu'on donne
à la malade.
D Les
722 MERCURE DE FRANCE .
Les convulfions dont je parle , ne durent
( comme il eft dit dans le Mercure
cité ) qu'un moment , & font fuivies d'un
fommeil létargique qui ne dure auffi qu'un
moment. Après reviennent les convul
fions , qui alternativement avec le fommeil
, durent juſqu'à ce qu'on ouvre la
veine la veine ouverte cet accident fe
paffes la Malade revient à elle , & refte
plus ou moins de temps dans cet état
de tranquillité.
:
de
J'ai crû qu'une maladie auffi extraor
dinaire , & dont je n'ay vû nulle part
defcriptions, méritoit un nom particulier ;
je l'ai appellée , Spafmodi -foporeufe , nom
tiré de la qualité de la maladie .
Les convulfions font plus ou moins
fortes , & lorfqu'elles font violentes , le
fommeil qui les entrecoupe eft auffi plus
profond , & il faut plus de fang pour faire
revenir la Malade qu'à l'ordinaire . Ces
convulfions ne font qu'au bras , aux muſcles
du col & de la tête , qui fe meut
toûjours de gauche à droite. Les muſcles
intercoftaux & ceux du bas-ventre , font
auffi de la partie , & quelquefois dans le
temps de l'accès , le ventre de la Malade
fe gonfle confiderablement , quoiqu'il n'y
ait rien à foupçonner d'hyfterique .
La Malade dans le temps de l'accès
ne fait aucunes contorfions , & les parties
baffles
AVRIL. 1728. 723
-S
S
baffes n'entrent point en convulfion ; elle
n'a point d'écume à côté de la bouche
comme ceux qui font travaillez de l'E
pilepfie.
La Malade vit toûjours & eft journellement
faignée , & je fuis fort difpofé à
la faire faigner tant que durera la Malade
& la maladie ; à moins que je ne fois
affez heureux pour découvrir , foit par
moi-même , foit par quelques Sçavans ',
un remede propre , fi ce n'eft à guérir ,
du moins à éloigner les accès d'une telle
maladie .
Si on laiffe la Malade dans fon accès
long-temps fans la faigner , elle fe trouve
fatiguée à proportion du temps qu'elle a
refté en cet état ; les convulfions vont
toûjours en augmentant , & après la veine
ouverte , elle n'eft pas fi
promptement
fevenue que quand on la laiffe peu de
temps fans la faigner , & il faut plus de
fang. Il eft même arrivé qu'ayant refté
long-temps fans être faignée , elle a rendu
du fang par une oreille , & plufieurs fois
par la bouche , en vomiffant après être
revenue ; ce qui vient d'un gonflement
confiderable qui fe fait des vaiffeaux fanguins
du cerveau , dont quelques- uns par
ce trop long gonflement , avoient crevé
dans ce temps- là.
La Malade depuis le 6. Septembre 1726 .
Dij jufqu'au
724 MERCURE
DE FRANCE .
jufqu'au
premier Mars 1728. a été fai◄ .
gnée par le fieur François de la Veine des
Bordes , fon Chirurgien
, & quelques
autres
en fon abfence , 10199. fois . Je joins ici un mémoire du nombre des faignées
qui ont été faites chaque jour. Si
je me fuis trompé dans l'addition
que j'en
ai faite,je certifie du moins ne m'être point
trompé au nombre de chaque jour .
Il est jufte de dire qu'une feule goute
de fang fortie de la veine , fuffit quelquefois
pour faire revenir la Malade ; &
comme le fang ne jaillit plus que trèsrarement
, il n'eft pas difficile de comprendre
qu'on foit maître d'en tirer auffi
peu qu'on veut. Si -tôt que le Chirurgien
a fait une ouverture à la veine du bras
de la Malade , ceux qui font auprès d'elle
lui font la ligature , fi - tôt qu'elle eft tombée
dans fon accès fpafmodi -foporeux ; &
ouvrant la playe , en tirent le fang néceffaire
la faire revenir ; tant que pour
dure cette ouverture , on n'en fait point
d'autre .
Le fang qu'on tite à la Malade , qui
a été faignée par tout où on peut faigner ,
eft très-épais , très - gluant , & il ne s'en
fepare que peu d'une férofité laiteufe &
verjurée , fouvent il ne s'en fépare aucune;
il arrive pourtant quelquefois que le fang
est très-fluide, & paroît comme une férofité
fanz
1727.
1728
.
1728.
1728
.
Decembre Janvier Fevrier
I 26 I 33
I 28
2 35
2 36 2 18
3 50 3 532 1
3
20
456789
26 4 24 4 32
28 S 38
-S 40
24
6 29 6 ss
14 7
28 7 26
47
8 32 8 28
22 9 SI ୨ 38
ΙΟ 26 ΙΟ 21 ΙΟ 22
1
II 40 II 26 II 27
12 22 12 32
12 28
13 26
13 40 13 31
14 IS 14 50
14
20
IS 36 IS 36 IS 30
16 20 16 24 16 45
17 IS 17 37 17 17
18 17 18 60 18
19
19 37 19 61 19 25
20 32
20 20 20 37
21
44
21 32
21 30
22 34
22 7 22 44
23 26 23 20
24 24 24 32
22
23 45
24 55
25
28 25 26 25 29
26 22 26 28
27 18
27
23
00 m
26 35
27 40
28 36 28 40 28 30
29 36 29 32 29 43
30
31
35 30 31
31 31 40
2 892
1021
des Saignées 101-99 fois.
837
IBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
一
n
( I
C
I
AVRIL. 1728. 725
fanguinolente, mais cela arrive rarement .
Pour donner une idée plus jufte de la
quantité du fang que j'ai fait tirer à la
Malade , je l'ai fait pefer devant moi chaque
fois qu'on en a tiré , je l'ai peſé pendant
trois mois de fuite, & j'ai trouvé que
la quantité de fang tiré eft montée l'un des
mois à une livre & un gros ; le fecond
mois , à une livre & une once ; & le troifiéme
mois , à une livre & demie ; ce qui
fait en tout trois livres neuf onces & un
gros : la livre dont je parle , eft de feize
onces. Cela enfuite divifé également à
chaque mois , fait pour chacun une livre
trois onces & un fcrupule.
Suppofant pareille quantité de fang tirée
chaque mois ( ce que je crois affez juſte )
je trouve par cette fupputation qu'on a
tiré à la Malade en dix - huit mois vingt
une livres , fix onces & fix gros de fang.
La Malade prévoit de quelques inftans
fes accès , & cela par un gonflement confiderable
des vaiffeaux du cerveau qu'elle
fent , & par un bouleverfement de toutes
fes parties.
La Malade dort très - rarement & mange
très- peu ; il faut dire qu'en fanté elle dormoit
& mangeoit peu , & dans l'état oùì
elle eft , cela a encore diminué .
Le 9. Octobre 1727. la Malade fut
attaquée de Catalepfie. C'eft une Mala-
D iij
die
726 MERCURE DE FRANCE.
die rare , mais dont on trouve la defcription
dans les Auteurs : en cela bien differente
de celle dont je parle , que je n'ai
vûë décrite nulle part.
Notre Malade , privée de l'ufage de tous
fes fens , les yeux ouverts , la vûë fixe &
la paupiere immobile , étoit dans fon
lit comme une ftatue couchée , le corps
& les extrémitez étoient d'une tenſion
confiderable. Je lui levai un bras qui refa
dans l'attitude où je le mis ; ce qui m'engagea
à en donner differentes à fes bras & à
fes doigts & qu'ils conferverent longtemps
, fans que j'apperçûffe le moindre
mouvement non plus que dans une automate
ou manequin de Peintre .
Je fis lever la Malade , & elle reſta
fur fes pieds , fans appui , dans l'attitude
que je lui donnai , dont je fus le maître,
parce que les articulations pouvoient ,
quoiqu'avec force , être muës.
Je la fis bien frotter avec des linges
chauds & enfuite avec un mêlange d'efprit
de vin , d'Eau de la Reine de Hongrie
, d'efprit de Lavande & d'huile d'olive
; pendant qu'on la frottoit , arriva
fon accès fpafmodi - foporeux , & la faignée
, remede ordinaire , rendit à la Malade
la connoiffance & la voix ; elle n'a
cû qu'un accès de Catalepfie ; fes bras
deviennent pourtant quelquefois tendus , &
reftent
AVRIL.
1728. 727
reftent dans l'attitude où ils fe trouvent :
en lui tirant les bras & les doigts , cela fe
paffe.
On inftruira le Public des fuites de cene
maladie & de ce qui arrivera de nouveau.
XXXXX:XXXX :XXXXX**
SUR la femme d'un Officier , qui faifoit
des Recrues en l'absence de fon mari.
Ous faites des Soldats au Roy,
Iris , eft-ce là votre employ
Pour vous en épargner les peines ,
Qu'Amour raffemble feulement ,
Tous ceux qu'il a mis dans vos chaines ,
Il va vous faire un Régiment.
J'y veux entrer ,
mais
que l'argent
T
Nefoit pas mon
engagement;
Je n'ai pas l'ame mercenaire :
D'un feul baifer faites les frais.
Enrôlé par ce doux falaire ,
Je ne deferterai jamais,
Mais n'allez pas pour m'accepter ,
D iiij
728 MERCURE DE FRANCE .
A la taille vous arrêter :
Petit ou grand , cet avantage ,
A la valeur n'ajoûte rien.
C'eft du coeur que part le courage ;
Quand on aime , on fert toûjours bien.
L
E Roy fait faire beaucoup de réparations
& quelques changemens à Marly.
On abat le vieux Chenil qu'on appelloit
la Seigneurie de Marly , & on en
bâtit un autre. On détruit ce qui s'appelle
la Riviere de Marly , c'eft - à - dire ,
la grande Caſcade qui eft vis - à - vis le
Château, compofée de 63. degrez de Marbre
, mais on conferve le bas avec toutes
les Figures , Animaux & Jets d'eau , &
on met un gazon à la place , ce qui remediera
à l'inconvenient de la trop grande
humidité que cette prodigieufe abondance
d'eaux , & leur écoulement communiquoient
au Château .
Comme cette Riviere ne fubfiftera plus
que dans quelques Monumens confacrez
' à la gloire du feu Roy , qu'il nous ſoit
permis de placer ici un morceau capable
d'en éternifer la mémoire , & qui n'eſt
pas commun ; quoiqu'il ne foit pas nouveau
;
AVRIL. 1728. 729
veau ; il intereffera fans doute tous les
Lecteurs d'un certain goût. Cette Piece
fut d'abord compofée en Vers Latins &
elle tient un des premiers rangs dans les
Oeuvres de M. l'Abbé Boutard , qui excelle
en ce genre , & qui la traduifit enfuite
en notre Langue , au temps de la
paix de Rifwick . Elle fut fort applaudie
du feu Roy & de toute la Cour.
ODE ,
Sur la Riviere de Marly ,
Ambitieufe
AU ROY.
Mbitieufes Nayades ,
Qui regnez dans ces beaux lieux ,
Par vos brillantes Cafcades ,
Ceffez d'enchanter mes yeux ;
Ceffez d'occuper ma Lyre :
A la Seine qui m'inſpire ,
Je veux confacrer mes Vers
Et celebrer la puiffance
De l'Hercule de la France ,
Qui l'éleve dans les airs.
Par une énorme Machine , *
* La Machine de Marly.
Dy Forc
730 MERCURE DE FRANCE.
Forcé de changer fon cours ,
Le Fleuve monte & domine
Sur les plus fuperbes Tours.
Mais des Cieux quittant la voute >
D'un Roi qui regle fa route ,
Il fuit l'ordre fouverain ;
Et dans le fer qui l'enchaîne ,
Tel qu'Alphée , il fe promene,
Par un chemin fouterrain..
Quand d'une Montagne aride ,
L'Onde fort à gros boüillons ,
J'admire un argent liquide ,
Qui rejaillit des fillons :
Le fein de la terre enfante
Une moiffon plus brillante
Que les Epics de Cérès .
Dėja les vagues fuperbes ,
Groffiffent comme les Gerbes
Que produifent nos guerets.
De fes gazons dépouillée ,
Les Gerbes quifont la tête de la Riviere.
La
AVRIL.
1728.
La Colline offre fon dos ,
Et fur la Roche taillée ,
Reçoit l'écume des fots.
Dans cette route preſcrite ,
La Seine fe précipite.
Tel le Nil majeſtueux .7
Sur les prochaines Campagnes ,
Roule du haut des Montagnes ,
Ses torrens impetueux.
M
Il femble que la Nature ,
Sur le penchant du Côteau .
Dreffe parmi la verdure ,
* Un riche Théatre d'eau :
Où s'élevant par étage,
Les Ormeaux de leur feüillage ,
Etalent les ornemens ;
Où la Nymphe ingenieufe
D'une Scene ambitieuſe ,
Forme les enchantemens,
**
Là fufpendue elle admire ,
* Le Peristile.
D vj
Ces
732 MERCURE DE FRANCE .
Ces Jardins délicieux ,
Où Flore tient fon Empire ,
Où fe raffemblent les Dieux .
Elle y voit créer les Arbres ,
Les Moiffons de Fleurs , les Marbres
Dont les yeux font éblouis :
Et croit que ces beaux Spectacles
Sont les étonnans miracles ,
Ou des Dieux , ou de Louis..
Elle paroît plus contente
Dans ces Vallons enchantez ,
Que de marcher triomphante,
Dans * la Reine des Citez :
Que de voir ces murs antiques :
Ces auguftes Bafiliques ,
Sieges des Arts & des Loix ;
Et cent Monumens de gloire ,
Que la Paix & la Victoire
Ont confacrez à nos Rois.
SYC
Là du plus grand Roi du monde ,
* Parise
T#
AVRIL. 1728 . 733
Tu fecondes les defirs ;
Là tu fais fervir ton Onder
A fes innocens plaifirs...
Soit que les Eaux fouterraines ,
Se transformant en Fontaines ,
Animent ces Bois fleuris ,
Soit que dans l'air fufpenduës ,
Elles imitent les nuës ,
Et les couleurs de l'Iris.
Mais ta liqueur argentine ,-
Offre à mes yeux plus d'appasɔ-
Quand du haut de la Colline ,
Elle defcend à grands pas.
Jamais le limon , l'arene ,
Ni des vents la froide haleine
Ne troublent ton pur criſtal.
Une lumineufe glace ,
Semble couvrir la furface.
De ton fuperbe Canal
M
Le Soleil fur ton rivage ,
Se repofe pour te voir ,
E
734 MERCURE DE FRANCE.
Et retrace * fon image
Dans ton liquide miroir.
Là cet Aftre aime à paroître ,
Tel que Thétis le voit naître
De l'humide fein des Mers ,
Lorfqu'il ouvre fa carriere
Et partage fa lumiere
Aux Peuples de l'Univers.
諾
O Seine trop fortunée ,.
Qui des rayons du Soleil ,
Eft richement couronnée ,
Triomphe en cet appareil.
Toutes les Nymphes , fans peine,
Te reconnoiffent pour Reine,
Et par le bruit des Ruiffeaux ,
Que tant de * Monftres vomiffent ,
On diroit qu'ils applaudiſſent
A la Déeffe des Eaux.
>
Le Gange , l'Inde & le Tage ,
* Le Parelie .
Les Monftres Marins de la grande Piece
Rocaillée
Qus
AVRIL. 1728. 739
Qui roule l'or fur leurs bords ;
N'ont plus fur toi l'avantage ,
Par l'éclat de leurs tréfors .
Le Roi des Fleuves lui-même ,
Orné de fon Diadême ,
L'Eridan eft moins pompeux ;
Et dans la voute azurée ,
Jamais fa tête dorée ,
Ne brilla de tant de feux.
Fidele dépofitaire ,
Du brillant flambeau du jour ,
C'eft toi, de qui l'Onde éclaire
Ce délicieux féjour.
Là du pere de l'Aurore ,
Sur les richeffes de Flore ,
Ton criſtal répand les traits .
Les vifs rayons qu'il renvoye
Et de lumiere & de joye ,
Rempliffent tout le Palais.
M
Mais tu dois être plus fiere ,
Des honneurs dont tu joùis ,
Ta
736 MERCURE DE FRANCE.
Tu plais , heureuſe Riviere ,.
Moins au Soleil qu'à Louis.
Dès qu'en étouffant la
guerre ,
Cet Arbitre de la Terre ,
A terminé fes travaux :
Le front couronné d'Olive ,
Il vient goûter fur ta Rive ›
Les doux charmes du repos .
PRINCIPES pour tranfpofer toute forte
de Mufique , fans être obligé de connoître
ni le ton ni le mode.
Un Diefis ?
Un Bmol précedant
la note l'éleve
:{ la baiffe
d'un demi ton ; donc le Diefis & le Binol
fe détruifent l'un l'autre .
27.
S7. Diefis
Imaginez
Biede
plus après la
Cléde laMufique
à tranfpofer
pour chaque
demi ton de tranſpofition
plus haut
plus bas S L'octave
entiere
reçoit la valeur
de
'S 12. Diefis
12 Bmol pour chaque degré que la Clé
defcendz donc pour détruire
12, Bmol } 12. Diens ?
S baiffer
il n'y a qu'à ver la Clé d'un degré. élever
Donc toute tranfpofition de Mufique
Le
Po
1
2
3
4+
5-
6.
7
∞
***
mu
19
10
11
12
THE NEW YOK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
PUBLIC
LI
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
:
AVRIL. 1728. 737
fe fait par l'adition ou par la fouftraction
des Diefis & des Bmol , ou par le changement
des Clés.
Table pour trouver ,
&c.
BIGRAO CAO RAO BAORADRAD : RAM RAM ZADRAD ZADRAD SAO CLÍSLO SŁO
CHANSON impromptu , faite à Barfac,
fur des paroles qu'avoit données à l'AuteurMadame
la Marquise du Roure .
UN jour Cytherée ,
S'en alloit toute éplorée ,
En cherchant fon fils ;
Je le perds , dit- elle ;
Ce petit Rebelle
Eft fourd à mes cris ;
O Nymphes des Fontaines ,
Parlez , qu'eft- il devenu
Vous riez de mes peines ;
Inhumaines ,
L'auriez -vous retenu ;
Un jour Cytherée , & c .
bis.
Tous les jours il me quitte ,
Il n'eft point aux Cieux ,
Biron , vient , Grands Dieux !
Mad la Marquise du Roure eft fille de M. l'e
Duc de Biron.
Biron ,
738
MERCURE DE FRANCE .
J'hefite ,
Tout
m'agite ;
Je vois mon fils dans fes yeux.
Un Jour Cytherée , &c.
J. B. P.
kjkjkjkjkak
ENIGM E.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
EXPLICATION des deux Enigmes
du Mercure de Mars .
Non , oui, nenny, fi-fait , ah ! parbleu m'y voilà ,
L'Enigme enfin à mes yeux fe débrouille :
C'eſt le Chanvre. Qu'il eft bon là ;
Nous en coëfferons la Quenoüille.
LOS
740 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Ils de fept foeurs , par moi l'on brave les
hazards. Fils
Le cou me fert de tête , & quoique redou
table ,
Quand on me l'a tranché , mon fort eft déplo
rable.
La premiere de mes deux parts ,
Auprès des Grands, lorfqu'elle eft la plus
forte ,
Brille en France , en Eſpagne , à la Chine , à
la Porte ,
Et près de leurs Iris eft d'uſage aux Amans ;
L'autre convient à certains temps.
En y joignant le chefde la premiere ,
De quelques innocens elle devient prifon .
Avec chef de métail , en me cachant ... der
riere ,
Du Ciel j'exprime la colere ,
Et fais jurer ou mettre en oraifon.
Transformé de cette maniere ,
Sans le milieu je ne ferois qu'un grain.
Les deux chefs découverts , étant unis fou
dain,
On
AVRIL.
741 1728.
On trouve un inftrument , qui dans certaine
guerre ,
N'eft employé que pour le fon .
De tout mon corps fupprimez une Ville ,
Et rapprochez mes débris fans façon ,
Des gens qui de Paſteurs fe font donner le
nom ,
Je fuis l'emploi , le bien , le domicile ,
Et pourrois faire encore honneur aux Charlatans.
Mes membres dépecez , que d'objets differens !
A réduire déja , quoiqu'affez difficiles ,
Oedipe , à regret je me rends . 3
AUTRE EXPLICATION
du Logogryphe , inferée dans le fecond
volume du Mercure du mois de Dé
cembre 1727 .
D
Un Logogryphe obfcur pour percer le
nuage ,
Je parcourus d'abord deux Royaumes divers ,
Qui font énoncez dans ces Vers :
Je traverfai le Po , je remontai le Tage ,
Mais bientôt dégoûté d'un malheureux
voyage ,
Cherchant
742 MERCURE DE FRANCE.
Cherchant au fond d'un Pot à noyer mon chas
grin ,
Helas ! à mes dépens j'apperçus que le vin ,
Ruinoit d'un beuveur le bien , la force , l'Age ,
Cette réflexion m'ayant rendu plus fage ,
Je trouvai dans l'Hiſtoire un doux amuſement,
Du malheureux Geta , le funefte accident ,
Me tomba fous les yeux à la premiere page :
Loin qu'un fitriſte objet abattît mon courage ,
Je fentis redoubler un noble empreffement ,
A parcourir les Mers : ce fut imprudemment ;
Car j'en fis à mon dan ,un rude apprentiffage ,
Embarqué ſur les flots , fous un Pilote fage ,
Je voyois de Goa , paroître le toupet ;
Quand la voile rompant , fit un horrible Pet ,
Qui menaçoit la Nef d'un dangereux naufrage.
Dieux ! m'écriay- je alors , le dégoûtantPorage !
Préſervez- moi d'en boire & je jure ma foi ,
De n'y plus revenir , dûffai - je être élû Roi ;
Daignez- en recevoir mon ferment pour ôtage:
La crainte d'avaler d'un fifalé breuvage ,
Me fit tout oublier Geta , le Po , le Pot ,
Et je conclus enfin que j'étois un vrai fot,
D'entreprendre à mon Age un fi pénible ouvrage.
LES
AVRIL. 1728 743
********************
LES Bouts- Rimez à remplir , imprimez
dans le Mercure du mois dernier
page 1. ne font pas dans l'ordre
qu'il faut. Ils ont été inferez par inadvertance.
En voici de plus réguliers.
Puiffante
Victorieux ,
Odieux ,
Reffente.
Innocentes
Lieux ,
Dieux ,
Naiffante ,
Recours
Secours
Charnelle.
Douleur ,
Couleur ,
Criminelle.
NOU744
MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES
A
LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS & c.
BREGE' de l'Hiftoire & de la
Morale de l'ancien Teftament , où
l'on a confervé , autant qu'il a été poffible
, les propres paroles de l'Ecriture
Sainte. vol . in 12. divifé en deux parties
. Premiere partie , 460 pages . Seconde
partie , 216. fans la Préface &
la Table . Seconde Edition , augmentée
de près de cent pages ; A Paris , chez
Jean Defaint , ruëfaint Jean de Beauvais
vis-à - vis le College ; ce Livre fe vend
40 fols relié.
1.
Le prompt débit de la premiere Edition
de cet Ouvrage en marque affez l'utilité
en effet on peut dire qu'il convient
à toutes fortes de perfonnes. Ceux
qui peuvent faire une étude fuivie de
l'ancien Teftament , font bien aifes de retrouver
de fuite dans ce Livre les faits
Hiftoriques , rangés felon l'ordre Chronologique
, afin de fe rappeller fans peine
ce qui eft répandu dans les differents Livres
de l'ancien Teftament. Pour tous
ceux qui ne font pas en état d'approfondir
l'Ecriture Sainte , on ne craint -
point
AVRIL. 1728. 745
point d'affurer que le Livre dont nous
parlons leur fuffit . Ils y trouvent le Texte
même de l'Ecriture , débarraffé de ce qui
ne leur convient pas ; ou éclairci dans
tous les endroits un peu importans , &
qui ont befoin d'explication .
L'ESPRIT DES PSEAUMES DE DAVID
en Vers François , avec le Latin à côté ,
par le fieur Florimons de Saint - Amour ,
Dédié à la Reine , premiere partie ; à
Paris , rue de la Harpe , chez L. D.
Delatour , 1728. in 8. de 117. pages ,
fans l'Epître , l'Avertiffement , & la Ta-
Fble , prix 24 fols.
15
C'est un bel Ouvrage , dit M. A.
Lemoine , Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Chanoine de faint
Benoît,dans fon Approbation ; & fi l'Auteur
y fuit plus fouvent l'efprit que la
lettre , & s'il ne s'affujettit pas toûjours
à rendre les Pleaumes, verfet par verfet,
dans la plus grande exactitude , il n'omet
rien néanmoins de tout ce qui peut en
faire fentir l'efprit . Les penfées font nobles
& fublimes , les affections picules
& édifiantes , le ftile pur & correct , les
vers beaux & touchans . Il eft digne de
l'impreffion , & on le lira avec fruit &
plaifir , & dans l'impatience de l'avoir
complet & achevé , c'est mon avis . En
E
746 MERCURE DE FRANCE .
Sorbonne ce 26 Juin 1727..
NOUVEAU TRAITE' D'ARITHMETIQUE
, de Blainville , mis dans la perfection
, contenant une ample explication
de fes principes , tant en nombres
entiers qu'en fractions , fuivi de
quantité de Queftions curieufes , avec
plufieurs Tarifs , tant pour l'aunage des
Toiles & des Draps , des Villes & Bourgs
où il y a Manufactures , que pour les
réductions des aulnes , des vares & des.
verges des villes de France ,de Hambourg
, d'Angleterre , de Hollande , d'Efpagne
& de Flandre . La maniere de faire
toutes fortes de Calculs pour les Rentes ,
depuis le denier dix , jufqu'au denier
trente. Enſemble une Table pour connoître
par an ce que l'on dépenfe par
jour le tout par des Regles que l'on
peut apprendre de foy-même , & fans
Maître , à Rouen , chez J. B. Befogne,
rue Ecuyere , 1728. in 12. de 3 1 2 pa
ges , fans les Tables & l'Avertiffement ,
prix 2 livres.
On trouvera le mois prochain , chez
le même Libraire , une nouvelle Edition
du Traité du Négoce de France's avec un
Traité des Changes , & le Traité de la
Jauge de la Marine. Le tout revû & augmenté
par M. de Blainville , 2 vol. in 12,
Examen
AVRIL. 1728 . 747
EXAMEN fur toutes les Cartes
générales des quatre parties de la terre ,
mifes au jour par feu M. Delille , depuis
l'année 1700. jufqu'en 1725. pour
fervir d'éclairciffement fur la Geographie ;
à Paris , rue de la vicille Bouclerie, &
ruëfaint Jacques, chez Lamefle & Briaffon
1728. in 8. Broch . de 25. pages ,
par M. Vincent Touret.
L'ECOLE DES ARPENTEURS,
où l'on enfeigne toutes les Pratiques de
Géometrie qui font néceffaires à un
Arpenteur , par M. de la Hire , troifiéme
Edition . On y a ajoûté un Abregé
du Nivellement , avec les proprietez
des Eaux , & la maniere de les jauger ou
mefurer ; on y trouvera auffi une Méthode
fort courte pour faire des Toifez
pour toifer la folidité des terres , &
jauger les tonneaux ; enfin on y raporte
les Ordonnances fur l'arpentage , &c.
à Paris , Quay des Auguftins , chez F.
Montalant , in 12. de 354 pages , prix
40 fols, broché.
METHODE pour apprendre l'Orthographe
par principe, fans fçavoir le
Latin , & fans être obligé d'étudier de
mémoire , feconde Edition revuë , corrigée
&augmentée de plús d'un tiers , par M.
Eij Jacquier,
748 MERCURE DE FRANCE .
>
Jacquier le prix eft de trois livres ,
reliée. A Paris , chez Nicolas le Clerc ,
ruëde la vieille Bouclerie , àfaint Lambert :
Joffe,ruefaintJacques , à la Colombe Royale :
le Gras au Palais , à L. Couronnée , & la
veuve Piffot , Quay de Conty , à la Croix
d'Or , 1728. 1 vol . in 8 °. de 342 pages,
fans compter l'Epître à Mademoiſelle
de Baujollois , & l'Avertiffement .
C'eft un préjugé favorable pour ce
Livre , que d'en avoir fi -tôt une feconde
Edition . Nous avons parlé de la premiere
dans notreJournal du mois d'Avril 1726.
celle-cy eft augmentée de plus d'un tiers,
& ces augmentations n'ont rien que d'avantageux
pour ceux qui fe ferviront
d'une Méthode qui nous a paru claire
aifée & fondée für les meilleurs Principes
; enforte qu'on peut affurer après
l'approbation de Monfieur de Fontenelle ,
que le Public continuera d'en tirer de
P'utilité : il ne faut pas oublier qu'à la
fin de tout l'Ouvrage , on en trouve un
abregé qui a coûté beaucoup de peine à
l'Auteur , & qui tend à en faciliter la
pratique aux Ecoliers les plus foibles &
les plus dépourvus de mémoire .
ESSAY d'une nouvelle Traduc
tion d'Horace , en vers , François ,,
par
divers Auteurs ; avec un difcours fur les
Satyres
AVRIL. 1728. 749
Satyres & les Epîtres , à Amfterdam , &
fe vend à Paris , ruë jaint Jacques , chez
Briaßon.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS,
nouvelle Edition , revue , corrigée &
augmentée de plufieurs Piéces détachées ,
écrites dans le même goût , par M. de
Marivaux à Paris , Quai de Gefores , chez
P. Prault. 1728. 2 vol . in 12 .
LE TOUR DU CARNAVAL
Comedie en un Acte , repréfentée fur le
Théatre de l'Hôtel de Bourgogne , par
les Comédiens Italiens , Ordinaires du
Roy , par M. d'Allinval : à Paris , Quay
des Auguftias , chez Langlois 1728 .
Brochure in 12. prix 15 fols .
, CANTATES à une & à deux
voix , les unes fans Symphonie , & les
autres avec Symphonie , compofées par
M. Monteclair : Troifiéme Livre qui
contient 8 Cantates Françoifes & une
Italienne ; Dédiées à Madame la Ducheffe
de Duras : à Paris , rue S. Honoré ,
à la Regle d'Or , chez Boivin , 1728 .
prix 9 liv.
MENUETS NOUVEAUX , qui
fe danfent aux Bals de l'Opera , 4. Re-
E iij
cüeil
750 MERCURE DE FRANCE.
cueil , prix 3 liv. 15 fols
même.
CONTRE · DANSES
chez le
> qui fe
danfent aux Bals de l'Opera , 2. Recueil
, gravé par L. Hue , prix 2 liv.
10 1. chez le même.
LA DE VIE DE S. LoüiS
GONZAGUE , de la Compagnie de
Jefus , par le P. Pierre Jaliph d'Orleans ,
de la même Compagnie , nouvelle Edition
, revue & augmentée d'un quatriéme
Livre , par le P *** de la même Compagnie
à Paris ,rue S. Jacques , chez M.
Bordelet , 1727. in 12 .
LA VIE DE S. STANISLAS
KOSTKA , Novice de la Compagnie
de Jefus , par le même P. d'Orleans
nouvelle Edition , revue & augmentée ,
chez le même , 1727. in 12 .
ME' MOIRES pour fervir à l'Hiltoire
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres , avec un Catalogue
raifonné de leurs Ouvrages , 4
Tome : rue S. Jacques , chez Briaffon ,
1728. in 12 .
SENTIMENS NOUVEAUX
A VRIL. 1728. 751
1
ou Préceptes fur la Grammaire , la Rhé
torique , la Poëtique & la Philofophie
ruë de la Harpe , chez la veuve de Nicolas
Oudot , 1728. in 12. de 158 pages
, prix 25 1. broché.
L'Auteur le propoſe dans ce petit Ouvrage
, de donner à ceux qui aiment la.
lecture , & qui ne font pas profeffion
d'Etude , des Regles fixes & certaines ,
tirées de la raifon , pour juger des Ouvrages
d'efprit .
Il va paroître inceffamment chez.
Jean - Mariette , rue S. Jacques , un Livre
qui a pour Titre , le Chirurgien
Dentiste , &c. par M. Fauchard , 2 vol.
in 12. enrichis de 40 Planches en taille
douce.
Cet Ouvrage eft le fruit d'une longue
expérience & d'une étude éxacte &
judicieuſe on y a approfondi toutes les
matieres qui regardent cette partie de
la Chirurgie : on y trouvera quantité de
remedes très utiles , avec la Defcription
de plufieurs manieres d'opérer , & de
plufieurs Machines & Inftrumens inventez
par l'Auteur.
M. Fauchard très- connu par fon habileté
, eft d'autant plus digne de loüanges
, qu'il n'a point eû d'Original à imiter
; les Anciens & les Modernes ayant
E iiij en752
MERCURE DE FRANCE. '
entierement négligé la partie qui concerne
la bouche , & n'en ayant parlé
dans leurs Ouvrages que très - fuperficiellement
il y a beaucoup d'apparence
que ce nouveau Traité fera très utile au
Public.
:
Il paroît un nouveau Difcours Latin ,
où le R. P. de la Sante ,Jefuite , Profeffeur
de Rhétorique au College de Louis-
LE - GRAND , examine files François
l'emportent fur les autres Peuples de
l'Europe , en fait de genie & de goût
pour les belles Lettres . Ce Difcours dédié
à S. E. Monfeigneur le Cardinal de
Fleury , fe vend chez les Freres Barbou ,
près la Fontaine S. Benoît , ruë S. Jacques,
aux Cicognes. Nous en donnerons
un Extrait inceffamment.
On nous écrit de Province que le P.
Panelle, Jeſuite , travaille , depuis quelques
années , à executer le deffein que M.
Morel avoit entrepris fur les Médailles.
,
M. Capperon , Ancien Doyen de Saint
Maxen , qui continue de s'appliquer utilement
à l'Etude de la Nature nous
écrit de la ville d'Eu , qu'il a trouvé
>> une nouvelle Méthode facile & trèsfimple
pour voir & connoître quelle
» eft la figure des parties de tous les
"
Sels
AV RIL. 1728. 753
» Sels répandus dans l'Air , dans les
>> Eaux , dans les Terres , dans le Sang ,
» & dans les humeurs , fans avoir re-
>> cours aux Opérations de la Chymie ,
» & aux Mélanges faits fur diverfes Li-
>> queurs : ce qui peut être très utile pour
» connoître aifément leurs qualitez &
» les différens effets qu'ils peuvent pro-
» duire . Ce fera , dit - il , auffi la matiere
de quelques Differtations qu'il ; nous
communiquera , pour en faire part au
Public.
Le Livre fingulier que nous avons
déja annoncé fous le Titre de Recherches
fur la Nature du feu de l'Enfer , & du
lieu où il eft fitué , fe débite à Amfterdam
, chez les Vverffteins & Smith. C'eſt
un grand in 8. de 222 pages. Le
Docteur Swinden , Curé de Curton , dans
la Province de Kent , en eft l'Auteur ; le
Traducteur eft M. Brion , Miniftre Anglican
. L'opinion de ce Théologien
dans ce Traité paroîtra , fans doute , extraordinaire.
Il commence par établir
qu'il y a une autre vie , & des peines dans
cette vie pour les méchans ; il établit
auffi l'éternité de ces peines que les méchans
fouffriront dans l'Enfer. La prin
cipale de ces peines , felon lui , fera - le
feu ; mais un feu réel , ce qu'il établit
E v fur
754 MERCURE DE FRANCE .
fur l'Ecriture & fur fes raifons : il fixe
le lieu où eft l'Enfer , & où il fera éternellement.
Ce lieu , felon lui , eft le Soleil
. Sur cette propofition , l'Auteur , pour
prévenir les objections qu'on pourroit
lui faire , s'en fait lui -même cinq ou fix
affez foibles qu'il tire de l'Ecriture Sainte
, & aufquelles il ne répond pas même
directement.
HISTOIRE des Grands Chemins de
l'Empire Romain , contenant l'origine , progrès
& étendue quafi incroyable des che
mins militaires , pavez depuis la Ville de Rome
jufqu'aux extrémitez de fon Empire , où
fe voit la grandeur & la puiffance des Romains;
enfemble l'éclairciffement de l'Itineraire d'Antonin
& de la Carte de Peutinger , par Nicolas
Bergier , Avocat au Siege Préfidial de Reims ;
nouvelle Edition , revue & corrigée , enrichie
des Cartes qui repréfentent les grands Chemins
de l'Empire, propofée par Soufcriptions,
deux volumes in quarto , A Bruxelles
Chez Jean Leonard , Libraire - Imprimeur , ruë
de la Cour 1727:
·
La néceffité de faire de grands Chemins &
de les entretenir , a fait le foin de toutes les
Nations ; mais il n'y en a point qui ayent fi
bien reconnu cette utilité que celles dont les
Etats étoient d'une vafte étendue , à caufe du
Camnerce qu'elles ont été obligées d'avoir
avec les peuples des Provinces les plus réculées
ainfi les Romains , qui étendoient leur Domination
jufqu'au bout de l'Univers , ſe font
aufli appliquez à faire de grands Chemins , &
des
AVRIL. 1728. 755
des routes les plus aifées qu'ils ont pû , tant
pour le foulagement des hommes, que pour
épargner de la fatigue aux animaux qui fervent
dans les voyages . Les nombreufes Armées
que ces Maîtres du Monde mettoient
fur pied , & qu'ils faifoient marcher de toutes
parts , étoient encore une des raifons les
plus fortes qui les portoient à faire ces grands
Chemins auffi leur donnoient- ils le nom
de Via Militares.
:
*
Perfonne n'a écrit avec plus d'exactitude
l'Hiftoire des grands Chemins de ce vafte Empire
, que NICOLAS BERGIE R. Son
Livre qui ett d'une profonde Erudition , &
qui d'ailleurs contient tout ce qu'il y a de
plus curieux dans la belle Antiquité , a
merité des Eloges & l'Approbation de tous les
Sçavans , & comme il eft devenu très - rare , &
d'une grande cherté, des Perfonnes Sçavantes
m'ont excité,dit l'Editeur, à en faire une Edition
nouvelle , & même m'ont aidé de leurs
foins pour la rendre très correcte . On n'a rien
changé au Langage de BERGIER , perfuade
qu'il y a des Livres aufquels on ne peut
retoucher fans les gâter , & que le moindre
refpect qu'on doit aux Auteurs de réputa
tion , eft de les imprimer comme ils le font
fait imprimer eux- mêmes .
Les Edificesfacrez & profanes , publics &
privez , les Palais les Maisons de Campagne
les Temples les Sepulcres , l'étendue &
les Limites de l'Empire Romain , les Routes
les Etaples pour la marche & le Logement des
Troupes les Poftes , les Couriers & les Voitures
; les Rivieres navigables , les anaux &
les Ports de Mer, & plufieurs autres recherches
très-intereffantes, E V.j
Conditions
756 MERCURE DE FRANCE .
CONDITIONs propofées aux Soufcrip
teurs. 1. Cet Ouvrage fera imprimé en deux
Volumes in quarto , fur de très beau Papier ,
& d'un Caractere neuf de Cicero . On joindra
à cette Edition des Cartes & des Figures .
2. On le donnera à ceux qui voudront
foufcrire , pour fix florins de change en blanc ,
dont on payera la moitié en foufcriyant , &
l'autre moitié en fournillant ledit Livre imprimé.
Ceux qui n'auront pas foufcrit , en
payeront neuf florins de change , fuppofé
que la foufcription ne foit pas remplie , dautant
qu'on n'en imprimera que quatre cens
Exemplaires.
3. Quoique le Papier far lequel on l'imprime
foit affez grand , on en imprimera encore
deux cens en grand Papier Royal ; les
Soulcripteurs en payeront neuf florins de
Change , la moitié en foufcrivant , & l'autre
moitié en recevant l'Exemplaire , & ceux
qui n'auront pas foufcrit , douze florins de
change de chaque Exemplaire en blanc , s'il
en refte au - delà des Soufcriptions .
4. On ne recevra les Soufcriptions que
jufqu'à la fin de Février 1728. Et l'Ouvrage
fera achevé vers le mois d'Août prochain ,
& peut- être plutôt.
5. On inferera une Lifte des Noms de tous
ceux qui auront foufcrit .
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
, Tom. 7. 1724.
LES LOIX
SALIQUES
de
France , & celles des Ripuavions , avec
les diverfes
Additions
qui y ont été faites
par
AVRIL. 1728. 757
par les Rois & les Empereurs, revûës, corrigées
& augmentées fur les Manufcrits ,
&c. avec des Notes de M. J. G. Eccard ,
&c. Latin.
DISSERTATION fur Sainte
"
Genevieve , Patrone de Paris & de toute
la France , par George Vuallin le fils
1723. in 4. de 275. pages , à Vvittemberg,
Latin,
HISTOIRE du Chriftianifme des
Indes , par M. de la Crofe , Bibliothecaire
du Roy de Pruffe , à la Haye ,
chez P. Vaillant. 1724. 8. de 570. p .
SISTEME A BRE G E' du
Droit public , par M. Struve , à Jene ,
1722. in 8. de 748. pages , Latin.
On apprend de Stokol , que le Baron
de Duben , Secretaire d'Etat du Roy de
Suede , a entrepris la Traduction des Ouvrages
de Boileau en Vers Suedois .
Erneft Jean Ludicer , eft le nom d'un
Enfant de 6. à 7. ans , qu'on voit avec
étonnement à la Cour de Suede depuis un
an , qui a fait des progrez très-furprenans
dans la Mufique ; non - feulement il joiie
parfaitement de divers inftrumens ; mais
il est très- habile dans la Théorie .
De
758 MERCURE DE FRANCE.
De Lucerne , que le Docteur Maurice
Antoine Cappeler , Medecin , a deffein
de publier une Cryftallographie ou Hiftoire
des Cristaux.
De Vienne , qu'on y a vû une nouvelle
Machine fort curieufe , c'eft un petit Bateau
fait d'une peau fortement enduite
d'huile ; fi leger , qu'un homme le porte
aifément fur la tête , & pourtant affez
fort pour porter une perfonne , & traverfer
un fleuve tel que le Danube. C'eſt
de quoi tout Vienne a été témoin .
M. Jean George de Bemmel , trèshabile
Peintre , fils de Guillaume Bemmel
, d'Utrecht , fameux Peintre de Païfages
, mourut à Nuremberg le 23. Juin
1723. Il excelloit principalement dans
les Batailles.
Les Vendanges Litteraires de l'Abbé
Schaunat , parurent vers la fin de 1723 .
Fulle , c'eft un Recueil de Monumens
qui contiennent l'Hiftoire Ecclefiaftique
d'Allemagne , renfermez dans un petit
in - folio.
M. Petzel , Peintre , cy- devant Officier
dansles Troupes du Czar , qui a parcou
ru toute l'Europe , toûjours appliqué à
fe
AVRIL. 1728. 759
1
fe perfectionner dans l'Art de la Peinture,
eft prêt à donner, à Jene , un Ouvrage
important fur l'excellence & les principes
de cet Art ; la compofition , le mêlange
des couleurs &c.
Une Payfane du Village de Ahorn ,
près de Coburg , a eû d'une même couche
4. Garçons , le premier , le troifiéme
& le quatriéme avoient 18. pouces de
long , & vinrent vivans ; mais ils moururent
peu de tems après leur naiffance .
Le premier avoit 6 doigts à la main droite ;
le fecond n'étoit qu'un Embrion d'un
demi pied ; le troifiéme avoit un bec de
Liévre.
M. Schurig, Medecin , a publié à Drefde
, un Ouvrage in 4. fur la Salive
humaine ; où l'on examine les queſtions
que la Médecine & le Barreau préfentent
fur cette matiere .
Le Corps du Droit Militaire de Monfieur
Lunig , paroît à Leipfig.
M. le Confeiller Berger a fait imprimer
à Vvittemberg , un Livre fur les
Mafques, où il examine ce fujet en Critique,
en Hiftorien , enJurifconfulte , &
en Philofophe. C'eſt un Ouvrage de plus
de
760 MERCURE DE FRANCE .
-
de 400. pages in 4. orné de quantité
de Figures quirepréfentent les Maſques
des Anciens. Il est dédié au Roy de
Pologne .
M. Luderrig publia fur la fin de l'année
derniere , à Hale , une Piéce Curicule
de Nexu Scripture , & Subfcriptionis
. Il y examine les differentes manieres
dont les Anciens Romains 50-
bligeoient par écrit .
Le Confeiller Schneider a fait imprimer
au même endroit , une Differtation
, où il prouve que felon les principes
du Droit Naturel il faut garder
la foy , même aux perfides.
Il doit paroître à volfembuttel un
Ecrit fur les effets Muficaux des Vents ,
de Flatuum ac Ventorum Operatione Mufica.
C'est l'Ouvrage d'un Moine du
treize ou quatorziéme Siècle .
Il y a deux ou trois ans qu'on trouva
à Gandersheim, dans des oeufs de poule ,
quelques pois & quelques lentilles. Il y
en avoit quatre , cinq , & jufqu'à fix
dans chacun. La plupart ont germé &
porté du fruit . Ces pois & ces lentilles
étoient juftement entre le blanc & le jaune
1
I
AVRIL. 1728. 761
ne de l'oeuf. Quelques Sçavans confultez
fur ce Phénomene , croyent que ces
graines fe font infinuées dans les Poules
pendant l'accouplement , qu'ils fuppofent
s'être fait dans un endroit où il y avoit
beaucoup de pois & de lentilles . D'autres
difent qu'ils font entrez du jabot dans
l'Ovaire.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
& c . 1724. Tome VIII .
MISCELLANEA , &c . Mélanges de
la Societé Royale de Berlin , tirez des Memoires
de cette Académie , & c. A Berlin,
1724. in 4. de 188. pages.
On voit dans ce Volume le Projet fingulier
d'une Ecriture univerfelle à l'ufage
de toutes les Nations , par M. Solbrig ,
lequel également perfuadé de l'utilité d'une
Langue univerfelle & de l'imperfection
des ouvertures qu'on a données julqu'ici
là- deffus , a crû devoir s'exercer
fur ce fujet , & faire part à la Société
Royale de ce que fes Réflexions lui
ont découvert . Il annonce une écriture
lifible & intelligible à tous les Peuples
du Monde , & une Méthode de l'enfcigner
, qui joint à l'avantage de la brieveté
celui de la facilité.
On apprend par une Lettre de M. Delcartes
762 MERCURE DE FRANCE :
cartes au Pere Merfene , qu'on avoit for
mé de fon temps le Projet d'une nouvelle
Langue . Ce Projet étoit renfermé
dans 5. ou 6. propofitions . Celui qui en
étoit l'Auteur , propofoit de faire une
Grammaire generale , & qu'on auroit pû
apprendre en fix heures de temps ; il
vouloit de plus qu'on regardât toutes les
Langues comme des Dialectes de la nouvelle
, qu'il avoit , fans doute , dégagée de
toutes les irrégularitez qui fe trouvent
dans les autres . Il parloit enfuite de faire
un Dictionnaire dont on fe ferviroit pour
compofer ou pour interpreter ce que d'autres
auroient écrit . Ce Projet ne parut
pas à M. Defcartes affez bien imaginé
pour pouvoir réüffir , &c . Peu fatisfait de
fes vûës , il indique celle qu'il croit qu'on
pourroit fuivre. Il voudroit qu'on mît
entre les penfées de l'efprit le même ordre
, la même enchainure , que celle qui
fe remarque entre les nombres . Qu'on fit
le dénombrement de toutes les idées fimples
qui entrent dans la compofition des
idées complexes : qu'on diftinguât celles
qui font claires d'avec celles qui ne le
font pas en un mot , qu'on fuivît tellement
l'efprit dans fes opérations , qu'on
vit fes idées naître les unes des autres ,
& fe ranger d'elles -mêmes dans diverfes
claffes. Une Langue qui feroit ainfi formée
AVRIL. 1728. 763
mée fous les aufpices de la Philofophie ,
dont tous les mots réveilleroient des
idées diftinctes , & qui dirigeroit l'efprit
dans fes jugemens , ne tarderoit pas
à devenir la Langue commune de tous
les hommes. On fçait que rien ne facilite
davantage la mémoire que l'ordre
dans les idées qu'on veut lui confier , &
qu'il n'eft perfonne qui ne puiffe apprendre
en un jour , à écrire & à compter
tous les nombres à l'infini , dans
une Langue inconnue , quelque grande
que foit la diverfité des mots qui les dé
fignent. On pourroit donc efperer le même
fuccès à l'égard de ceux qui expriment
les autres objets de la penfée. Cependant
, quoique M. Defcartes mette
cette Langue & la Théorie dont elle dépend
, au rang des chofes poffibles , il
avertit qu'on ne doit pas s'attendre à la
voir jamais établie. Elle demanderoit des
Difciples qui fuffent Philofophes , & ces
Difciples ne fe trouvent que dans la République
de Platon .
On voit par là que tout ce qui eft confacré
à un ufage general , doit moins être
marqué au coin de l'invention , qu'à celui
de la fimplicité. Ce qui eft ingénieux &
imaginé avec efprit , n'eft entendu que d'un
petit nombre de perfonnes ; & il ne faut
pas qu'une découverte qui intereffe tous
lea
764 MERCURE DE FRANCE.
les hommes , foit miſe à un prix audeffus
de leurs Facultez . De tous ceux
qui ont travaillé fur cette matiere , M. Solbrig
n'en connoît point qui ait fait paroître
plus de génie & de pénetration que
le fçavant Wilkins . Cependant rien ne
prouve mieux la verité qu'on vient d'avancer
, que les fçavantes recherches de
cet habile homme. Elles brillent certainement
d'efprit & d'invention ; mais on
n'y remarque point , non plus que dans
celles des autres , cette fimplicité qui feulepeut
en affurer le fuccès.
Voici le Projet & le précis du Mémoire
de M. Solbrig . D'abord il examine
quels doivent être les caracteres
d'une écriture univerfelle , & qui puiffe
exprimer clairement nos penfées & les
expliquer facilement aux autres . Il ne
croit pas que perfonne lui contefte que
pour être tels , il faut qu'ils ayent les
conditions fuivantes. 1. Qu'ils foient
en affez grand nombre pour fuffire à cette
prodigieufe quantité d'idées que nous
pouvons communiquer aux autres . 29 .
Qu'ils n'ayent rien d'abfurde ou de fufpect
qui puiffe les faire rejetter . 3 ° . Qu'ils
foient tellement diftincts , qu'il n'y ait
entre eux aucune confufion à craindre.
4°. Qu'ils puiffent s'écrire facilement.
5. Qu'ils foient propres à exprimer tout
се
AVRIL. 1728. 765
ce qu'on voudra. Enfin , ce qui eft une des
principales conditions , qu'ils fe puiffent
apprendre fans peine & fans fatiguer la
memoire.
Un Lecteur un peu intelligent , comprend
bien que ces conditions ne fe pouvant
trouver que difficilement dans des
caracteres nouveaux , on ne les doit chercher
que dans ceux qu'un long uſage a
rendu familiers. Auffi eft- ce la conféquence
à laquelle elles ont conduit l'Auteur.
Quoiqu'il foit facile d'inventer de
nouveaux caracteres , & d'en inventer un
grand nombre , il n'eft point d'avis qu'on
s'en ferve ; l'experience qui eft là - deffus
plus à croire que tous les raifonnemens
nous apprenant que la memoire ne s'apprivoile
que difficilement avec eux.
Remarquant donc que les Chiffres de
notre Arithmetique , font de tous les caracteres
connus , ceux qui ont dans le
plus haut degré , les conditions requifes ,
M. Solbrig n'a point balancé fur le choix ,
il leur a donné la préference. En effet il
eft plus facile de faire voir que ces conditions
s'y trouvent réunies , qu'il ne l'eft
d'indiquer des caracteres où elles foient
avec plus d'avantage. Rien ne peut épuifer
les nombres , ils font fufceptibles d'additions
& de multiplications à l'infini . Ils
n'ont rien dans leur figure qui puiffe choquer
766 MERCURE DE FRANCE.
quer la vûë ou révolter l'imagination . Ils
font fi diftincts les uns des autres , que la
moindre attention en découvre la difference.
Leurs traits font fimples & faciles
à tracer. Il n'eft point de penſée dont ils
ne puiffent être l'expreffion & le figne.
Enfin ils font fi faciles que la moindre
peine fuffit pour les apprendre , & qu'il
n'eftpoint d'efprit fi bouché , qui ne puiffe
en moins de deux heures , en porter la
valeur jufqu'à celle de plufieurs millions.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE de
la Doctrine des Idées , où l'on rend compte
des fentimens des Philofophes , tant
anciens que modernes. A Augsbourg ,
1723. Latin.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
& c. 1725. Tome IX.
1 LETTRE de M. Breyn , Docteur en
Medecine à Dantzick , à un Théologiende
la même Ville , concernant les Melons
pétrifiez , traduite du Latin .
On mande de Stockolm , que l'inconvenient
auquel l'Yvoire eft fujet de jaunir
au bout de quelques années , a donné lieu
à des Ouvriers de cette Ville , de travailler
des Os d'Elan , & on s'eft convaincu
par
5
AVRIL. 1728. 757
par experience que cette matiere , qui eft
beaucoup plus belle que l'Yvoire , conferve
fa blancheur fans altération .
M. Reimmann a donné à Hildesheim ,
fon Hiſtoire Univerſelle de l'Athéilme &
& des Athées , tant des veritables que de
ceux qu'on foupçonne injuftement de l'être
, parmi les Juifs , les Payens , les Chré
tiens & les Mahometans .
M. , Richter a donné à Leipfick une
Brochure de 7. feüilles , fur l'origine de
la Foudre ; De Natalibus Fulminum. Il
embraffe l'opinion du Comte Maffei , qui
croit que l'Eclair s'allume , non dans la
nuë , mais plus bas & affez près de la
Terre .
Dans la même Ville de Leipfick , M. le
Docteur Platner , a commencé de profeffer
la Phifiologie , par une Harangue
fur quelques erreurs ordinaires , & par
un Programe fur la Gymnastique des Anciens.
M. Weiff a fait imprimer à Chemnits ,
une Brochure Latine in 8 fur l'origine des
Saxons. Il croit après Ammien - Marcellin
, que les Saxons étoient un ramas de
gens de diverfes Nations qui s'établirent
les uns après les autres le long de la Mer
Baltique
768 MERCURE DE FRANCE .
Baltique , où ils exercerent le métier de
Pirate. Ce qui rend cette opinion bien
vrai -femblable , c'eft que le mot de Saxe
fignifie en vieux Allemand , Brigand ou
Pirate .
M. Gundling a publié à Berlin une
Brochure en Latin , de 6. pages in fol.
fur une Médaille de Vizon , Roi des Obo-,
trites , qui fe trouve dans le Cabinet de
M. Rau. Ce Vizon étoit Allié de Charlemagne
, dans le parti duquel il demeura
conftamment jufqu'à la fin de fa vie . Il
fut tué par les Saxons fes voifins , qui l'avoient
attiré dans une embufcade . Eginhart
fait mention plus d'une fois de ce
Prince.
On a appris de Wezel , que M. Paul de
Rapin Toiras , mourut le 16. May dernier.
Il étoit né à Caftres le 25. Mars 1661 .
On a imprimé à Mofcou , en Latin &
en Ruffien , deux Catalogues des Manufcrits
Grecs de la Bibliotheque Synodale
de cette Ville . C'eft M. Athanafe Chiada ,
Profeffeur en Langue Grecque , qui les
a publiez . Le premier contient cinquante
Manufcrits , dans lefquels on trouve le
temps où ils ont été écrits ; & l'autre 304 .
fur l'ancienneté defquels M. Chiada propofe
AVRIL. 1728. 769
pofe fes conjectures . A ces deux Catalogues
l'Auteur en joint un troifiéme de 93 .
Manufcrits qui font dans la Bibliotheque
de l'Imprimerie de Mofcou. M. Kapp a
fait réimprimer ces trois Catalogues à
Leipfick , parce qu'on n'en a imprimé que
so . Exemplaires à Mofcou . De tous ces
Manufcrits , le plus remarquable eft celui
des quatre Evangiles , qu'on croit être
du fixiéme fiécle , & qui ne differe du fameax
Manufcrit d'Alexandrie , confervé
en Angleterre , qu'en ce que les caracteres
de celui-cy font un peu plus gros . Il
y a auffi parmi ces Manufcrits quelques
Ouvrages des Auteurs Prophanes , tant
en Vers qu'en Profe : celui qui mérite le
plus d'attention , eft un Homere du dixiéme
fiecle. On y trouve auffi les Oeuvres
de Philon le Juif. Ce Manufcrit cft du
douziéme fiecle.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
Tome X. 1725.
TRAITE' DU PYRRHONISME hiftorique
, &c. A Leipfic , 1724. in 8 .
de 272. pages , en Latin.
L'Ouvrage eft partagé en cinq Chapitres.
On traite dans le premier du Pyrrhonifme
en general , & enfuite du Pyrrhonifme
Hiftorique. Dans le fecond , on éxamine
F les
770 MERCURE DE FRANCE .
les qualitez neceffaires pour faire un bon
Hiftorien. Dans le troifiéme , on traite
des obftacles à la certitude & à la verité
de l'Hiftoire. Dans le quatrième , on examine
quel fond on peut faire fur les Monumens
qui fervent à écrire l'Histoire ;
& dans le cinquième , on établit les regles
d'un Pyrrhonifime raiſonnable en matiere
d'Hiftoire .
DISSERTATION de M. Joffe Chriftofle
Dithmar , Profeffeur , &c . touchant
l'abdication des Royaumes & des autres
grandes Dignitez , tant Séculieres qu'Ecclefiaftiques.
A Francfort , 1724. in 4 .
de 36. pages.
RELATION de ce qui s'eft paffé dans
la Ville de Thorn , en l'année 1724 par
M. Jablonski . A Berlin , 1725. in 4.
de 112. pages en Allemand . On a réimprimé
cette Relation en François à Amfterdam
, in 8 .
On écrit de Berlin , qu'un Sçavant de
ce Pays a formé le projet de publier un
petit Ouvrage Allemand , en forme de
Journal , dans lequel il rendra compte
au Public de tout ce qui fe paffera d'intereffant
dans l'Electorat de Brandebourg
& dans les Provinces voilines .
Haude ,
}
AVRIL 1728. 771
Haude , Libraire , de cette même Ville ,
débite une Traduction Allemande de
l'Ouvrage de M. Petit , fameux Chirur-,
gien de Paris , fur les Maladies des Os,
in 8. & Rudiger , une feconde Edition
de l'Hiftoire des Juifs de M. Prideaux .
La Vente de la Bibliotheque de M.Colbert
, qui devoit commencer le 3. May
1728. eft remife au 24. du même mois.
Le Catalogue imprimé en trois volumes
in 12. fe vend chez G.Martin , Libraire ,
rue S.Jacques, à l'Etoile , & chez F. Montalant
, Libraire , Quay des Auguftins.
On trouve chez ledit Martin & chez
les freres Guerin , un Roman nouveau ,
intitulé , Diane de Caftro ; & la nouvelle
Traduction de l'Hiftoire Romaine , traduite
de l'Anglois , de Laurent Echard ,
en 6. vol. in 12.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1730.
Feu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçû
le noble deffein de contribuer au progrès
des Sciences , & à l'utilité que le Public
en doit retirer , a légué à l'Académie
Royale des Sciences un fonds pour deux
Prix , qui feront diftribuez à ceux qui ,
Fij
au
772 MERCURE DE FRANCE:
au jugement de cette Compagnie , auront
le mieux réuffi fur deux differentes fortes
de Sujets , qu'il a indiquez dans fon Teſtament
, & dont il a donné des exemples .
Les Sujets du premier Prix regardent
le Siftême general du Monde , & l'Aftronomie
Phyfique .
Ce Prix devroit être de 2000. livres ,
aux termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans . Mais la diminution des Rentes
a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confideble
, & il fera de 2500. livres.
Les Sujets du fecond Prix regardent la
Navigation & le Commerce.
11 ne fe donnera que tous les deux ans
& fera de 2000. livres .
L'Académie fe conformant aux vûës &
aux intentions du Teftateur , propoſe pour
fujet du premier Prix ,qui tombe dans l'année
1730.
Quelle est la caufe de la figure Elliptique
des Orbites des Planetes , & pourquoi
le grand axe de ces Ellipfes change de pofition
, ou , ce qui revient au même , pourquoi
leur Aphelie ou leur Apogée répond
fucceffivement à differents points du Ciel.
Les Sçavans de toutes les Nations font
invitez à travailler fur ces Sujets , & même.
les Affociez Etrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la loi d'exclure les Académiciens
A VRI L. 1728.. 773
miciens regnicoles de prétendré aux Prix .
Ceux qui compoferont, font invitez à
écrire en François ou en Latin , mais fans
aucune obligation . Ils pourront écrire en
telle Langue qu'ils voudront , & l'Académie
fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort
lifibles , fur- tout quand il y aura des Calculs
d'Algebre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou Devife . Ils pourront , s'ils veulent , attacher
à leur Ecrit un Billet féparé & cacheté
par eux , où feront, avec cette même
Sentence , leur nom , leurs qualitez & leur
adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
adrefferont leurs Ouvrages à Paris au Secretaire
perpetuel de l'Académie , ou les
lui feront remettre entre les mains . Dans
ce fecond cas le Secretaire en donnera en
même-temps ,à celui qui les lui aura remis
fon Récipiffé, où fera marquée la Sentence ,
de l'Ouvrage & fon numero, felon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au
premier Septembre 1729. exclu
fivement .
L'Académie , à fon Affemblée publique
Fiij d'après
774 MERCURE DE FRANCE.
d'après Pâques 1730. proclamera la Piece
qui aura ce Prix.
S'il y a un Récepiffé du Secretaire pour
la Piece qui aura remporté le Prix , les
Tréforier de l'Académie délivrera la fomme
du Prix à celui qui lui rapportera ce
Récepiffé. Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire,
le Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou au
Porteur d'une Procuration de fa part.
M. de Courreges , Confeiller au Parle
ment de Navarre , & Secretaire Perpetuel de
l'Academie de Pau , nous a fait l'honneur
de nous envoyer le Programe qui fuit ,
auquel toute la République des Lettres
nous paroît intereffée.
SUJETproposé par l'Académie desSciences
& des Beaux Arts , établie à Pau.
Pour le Prix de l'année 1728.
LES
Es Etats Géneraux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer quelque
utilité ou quelque ornement à la Province
, ont bien voulu concourir au zele
des Meffieurs qui ont formé l'Académie ,
en contribuant avec eux d'une fomme annuelle
, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiſſement.
Cette
AVRIL. 1728 . 775
Cette liberalité a engagé Mrs de l'Académie
à employer une partie de cet argent
à un Prix , qu'ils donnent chaque année.
Ce Prix eft une Médaille d'Or , où font
gravées d'un côté les Armes de la Province
, & de l'autre la Devife de l'Académie.
On le deſtine pour l'année prochaine
1728. à une Piece d'Eloquence , dont le
fujet fera cette penſée :
Il eft moins difficile de bien critiquer ,
que de bien compofer.
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition & de tous les Païs , pourront
prétendre au Prix .
Comme l'Académie veut ignorer les noms
des Auteurs dont les Ouvrages auront été
jugez les moins dignes , on les avertit de
mettre une Sentence au bas de leur Piece,
& leur nom féparément , dans un Billet
cacheté , fur le dos duquel ils mettront
aufli la même Sentence . Par ce moyen
on trouvera d'abord le Billet où fera le
nom de l'Auteur ; & loin d'en ouvrir aucun
autre , on les brulera tous en public.
Le Prix fera donné pendant le mois de
Novembre.
Comme il faut un certain temps pour
examiner les Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le quinziéme
du mois d'Août 1728. Ceux qui n'atri-
Fij veront
776 MERCURE DE FRANCE .
veront pas dans le temps marqué , neferont
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M. de
Courreges , Secretaire de l'Académie , ou
à quelqu'autres des Meffieurs les Académiciens
& l'on aura foin d'affranchir les
paquets qu'on envoyera par la Pofte.
L'Académie des Belles- Lettres de Marfeille
, avertit le Public , que le premier
Mercredi de l'année 1729. elle adjugera
le Prix que M. le Maréchal Duc de Villars
, fon Protecteur , veut bien donner
tous les ans , qui eft une Médaille d'or
de la valeur de 300. livres , à une Piece
de Poëfie de 100. Vers au plus , & de
8o. au moins , qui fera un Poëme à rimes
plattes , ou une Ode à la loüange de
fon Protecteur.
On adreffera les Ouvrages deftinez au
concours à M. de Chalamont de la Vifclede
, Secretaire perpetuel de l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille , ruë de
l'Evêché. On affranchira les Paquets à la
Pofte,fans quoi ils ne feront point retirez;
ils ne feront reçûs que jufqu'au premier
Novembre inclufivement. Les Auteurs ne
mettront point leur nom au bas de leur
Ouvrage , mais une Sentence de l'Ecriture
, des Peres ou des Auteurs Profanes.
On aura la bonté, en les envoyant, de marquer
AVRIL. 1728. 777
quer à M. le Secretaire une adreffe à laquelle
il enverra fon Récepiffé.
L'Auteur qui aura remporté le Prix viendra
le recevoir lui - même dans la Salle de
l'Académie , le premier Mercredy de Janvier
,s'il eft à Marfeille , & s'il n'y eft pas ,
il enverra à une perfonne domiciliée dans
cette Ville , une Procuration qui fera remife
à M. le Secretaire , avec le Récepiffé
de l'Ouvrage , moyennant quoi on lui
remettra le Prix.
Le Mardy 6. Avril , jour de la Séance
publique de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à laquelle préfidoit
M. l'Abbé Bignon , M. l'Abbé
Bonamy , Bibliothequaire de M. le Controlleur
General , ouvrit la Séance par
une Differtation fur la conformité & le
rapport de la Magie des Anciens avec la
Théologie Payenne . M Racine lût enfuite
un Difcours fur la comparaifon de l'Iphigenie
d'Euripide ,avec celle de feu l'illuftre
M. Racine , fon pere. Après lui , M. de
Mautour donna la Notice d'un Manufcrit
ancien & curieux de fon Cabinet , lequel
comprend d'abord le détail des Officiers ,
avec leurs noms & leurs Blazons qui compofoient
une espece de Societé galante ,
nommée la Cour amoureufe du Roi Charles
VI . qui en étoit le Souverain : un Traité
F v très778
MERCURE DE FRANCE.
très -ample de toutes les Regles de l'Arr
Heraldique , rempli d'Ecuffons , peints
& blazonnez la Defcription d'un Tournois
, fait à Tournay en 1330. accompagnée
des Blazons des Villes de France , de
Flandres & d'Artois , qui avoient envoyé
des Combattans , & de tous ceux qui
avoient comparu & remporté des Prix ;
& enfin ce qui a paru plus intereffant , la
Defcription , l'origine & le détail de la
Fête & des Ceremonies des Rois de l'Epinette
, établis à Lille en Flandres par le
Roi S. Louis & par Baudoliin , Comte de
Flandres , continuez fous nos Rois , fous
les Comtes de Flandres & les Ducs de
Bourgogne de la feconde Race Royale ,
pendant l'efpace de 200. ans , dont quelques
uns ont honoré ces Jeux de leur
prefence ; le tout orné des Ecuffons de
chaque Roi de l'Epinette , qui étoit élû
tous les ans , avec fon nom . Ce qui fut
accompagné , ainfi que tout le refte , de
Reflexions Hiftoriques , par M. de Mautour
, qui depuis a donné ce Manufcrit à
la Bibliotheque du Roi.
La Séance fut terminée par un Difcours
de M. P'Abbé Sallier , fur la Perſpective
dans la Sculpture & dans la Peinture des
Anciens.M . l'Abbé Bignon réfuma chaque
Difcours avec cette Eloquence qui lui eft
fi naturelle .
M.
AVRIL. 1728.
772
M. Secouffe , Membre de cette Académie
, a été nommé par le Roi , pour remplacer
feu M. de Lauriers , Avocat , concernant
le Recueil des Ordonnances de
nos Rois.
Le Mercredy 7. Avril , l'Académie
Royale des Sciences tint fon Affemblée publique,
à laquelle préfida M. le Comte de
Maurepas , Secretaire d'Etat . M. de Fontenelle
, ouvrit la Séance, en annonçant que
le Prix de cette année fur la cause generale
de la pefanteur , a été remporté par
M. Bulfinger , Profeffeur en Physique , de
l'Académie Royale de Pétersbourg . M. de
Fontenelle lût enfuite l'Eloge du P. Rey..
naut , Prêtre de l'Oratoire , & Affocié libre
de cette Académie , mort depuis peu.
M. Duhamel lût une Differtation fur
une maladie à laquelle la Plante du Safran
eft fujette , cette maladie eft caufée par
une petite Plante parafite qui s'établit fur
l'Oignon de Safran , s'y nourrit & le détruit
à la fin . Cette Plante jette des filets
en rayons , qui vont s'attacher aux Oignons
voisins du premier , & de cette façon
porte la contagion de proche- en - pro.
che à tous les Oignons de Safran qui fe
trouvent dans le même Champ. M. Duhamel
enfeigne les moyens de remedier à
› cette contagion .
F vj
M.
780 MERCURE DE FRANCE .
M. du Fay lût enfuite un Memoire ;
dans lequel il enfeigne plufieurs moyens
de colorer toutes les elpeces differentes
d'Agathes & les differens Marbres ; il
donne auffi la maniere de graver le Marbre
, ſuivant tel deffein qu'on veut , en fe
fervant pour cela de matiere corrofive .
M. Geofroy le Cadet, lût auffi un Memoire
, dans lequel il examine la nature
des differens Vitriols & Aluns , & fait
voir en plufieurs manieres comment on
peut tirer du Vitriol , les parties de Cuivre
qui y font contenuës .
M. de Reaumur finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur l'efpece de Ver ,
nommé Tigne . Cet Infecte vient d'un
Papillon qui dépofe les oeufs fur toutes
les Etoffes de Laine & de Soye , d'où réfulte
ce Ver , qui en croiffant , fe nourrit
& fe vétit des brins de Laine & de Soye
qu'il arrache des Etoffes aufquelles il eft
attaché.M.de Reaumur ne put lire qu'une
partie de ce Memoire , parce que la Seance
qui ne devoit être que de deux heures,
ne lui permit pas d'en achever la lecture .
Le Samedi 10. M. le Conte de Maurepas
écrivit à l'Académie, que le Roy avoit choifi
M. l'Abbé de Bragelogne, pour remplir
la place d'Affocié libre , vacante par la
mort du P. Reynaut. Les deux Sujets qui
avoient été élûs par l'Académie , pour
remplir
AVRIL. 1728. 781
remplir cette place , étoient M. l'Abbé de
Bragelogne & M. de Gamache , Chanoine
Régulier de fainte Croix de la Bretonnerie
.
On donnera des Extraits de ces Differtations
.
L'Académie des Sciences de Peterfbourg
, tint le 13. du mois dernier une
Affemblée génerale , à laquelle le Comte
de Munich affifta , accompagné de l'Amiral
Sivers & de plufieurs autres perfonnes
de diftinction. Le Préfident y rendit
compte des progrès qu'elle a faits depuis
fon établiſſement , & on y lut quelquesuns
des principaux Memoires dont on
affure qu'elle donnera inceffamment un
premier volume.
La magnifique Tenture des Tapifferies
avec de très riches Bordures , reprefentant
les principaux évenemens du regne de
Louis XIV. executée d'après les Deffeins
& fous la conduite du celebre le Brun
a toûjours fait l'empreffement, & flatté le
goût du Public & des Connoiffeurs , lorſqu'elle
eft expofée . Cinq Sujets en ont déja
été gravez ( trois en entier par l'illuftre
le Clerc & les deux autres en partie ) &
ont été reçûs fi favorablement , que le
fieur Jeaurat a crû ne pouvoir mieux faire
que
782 MERCURE DE FRANCE .
que d'en entreprendre la continuation .
Il vient de graver l'Entrevûë qui fe fit
dans l'ifle des Faifans , le Dimanche 6 .
Juin 1660. entre Louis XIV. Roy de
France & de Navarre , & Philippe IV.
Roy d'Espagne , pour la Ratification de
la Paix & pour l'accompliffem nt du Mariage
de S. M. Tr . Chr. avec Marie-
Therefe d'Autriche , Infante d'Espagn?.
Cette Eftampe , de la grandeur & de la
forme des cinq qui ont déja parû , a 20.
pouces de large fur 15. de haut : on la
vend à Paris , chez Jeaurat , au bas des
Foffez S.Victor.
Une ceremonie auffi augufte , des Portraits,
des expreflions & des habits fi differens
& fi oppofez que le font ceux des
deux Rois & des deux Cours , tout cela
joint au mérite du fameux Peintre , ne
peut qu'exciter la curiofité , non - feulement
des Amateurs d'Estampes , mais
même des perfonnes qui ne cherchent qu'à
orner un Cabinet de Pieces amufantes ,
inftructives & intereffantes .
Le même Graveur travaille actuellement
à un Sujet qui fervira de pendant
à celui que nous annonçons prefentement .
Il reprefente la Celebration du Mariage
de Lo is XIV. avec l'Infante d'Espagne.
Il y a tout lieu de croire que cette fuite fera
beaucoup de plaifir & fera recherchée avec
ardeur. Le
AVRIL. 1728. 783
Le fieur Jeaurat , eft connu par plufieurs
Ouvrages qui ont paru de lui , &
qui lui ont donné de la réputation . Il eft
gendre du fameux le Clerc , & il nous
prie d'avertir les Curieux des Ouvrages
de fon beau - pere , qu'ils en trouveront la
meilleure partie chez lui & bien condi
tionnée . Cet Avertiffement eft d'autant
plus néceffaire , que les Marchands d'Eftampes
, chargez la plupart de Planches,
copies de celles de le Clerc , & interreffez
par confequent à leur vente ,
les font paffer pour Originales ; ou infinuent
que celles du fieur Jeaurat ne
font plus en état de bien tirer.
Nous annonçons avec plaifir trois autres
Eftampes qui certainement en feront
aux Curieux ; elles font nouvellement
gravées par M. Cars , d'après les Tableaux
originaux de M. François Lemoine
l'une eft fon - Hercule qui file auprès
de la Reine Omphale , qu'il a peint à
Rome ; l'autre repréfente Perfee qui combar
le monftreprêt à dévorer Andromede :
& la troifiéme est une Annonciation . Les
deux premiers Tableaux font connus de
tous les Curieux , & ont été expofez au
Salon de la Reine , au vieux Louvre , en
17 S
le dernier a été fait recemment .
pour l'Angleterre , avec tout le foin dont
M.
784 MERCURE DE FRANCE :
M. Lemoine a coûtume de travailler fes
Ouvrages .
Il est inutile de chercher à prévenir le
Public en faveur du Graveur , par les
louanges que nous pourrions lui donner
; il fuffit de laiffer parler les Maîtres
de l'Art , & les connoiffeurs qui les
ont depuis quelque tems entre les mains.
Le jugement avantageux qu'ils en ont
porté , eft un. Eloge auquel nous ne
pouvons rien ajoûter.
Ces Estampes fe vendent chez le
Graveur , rue S. Jacqnes , vis - à - vis le
College Dupleffis. Le prix de l'Annonciation
eft de 3 liv. 10 fols. Celuy des
deux autres , de 3. livres piéces. On trou
vera chez le même , une Eftampe gravée
par M. Silvestre , d'après l'Efquiffe
du Plafon , de M. François Lemoine
dont le fujet eft une Allegorie au Commerce
2 liv . Io fols . Le même Graveur
vient de finir le Portrait de M. le
Duc d'Orleans , d'après M. le Bel , le
prix eft d'une liv.
›
>
Les fieurs Slodtz , Sculpteurs du Roy ,
qui font trois freres extrémement habiles
dans leur Profeffion , ont attiré au Louvre
où eft leur Attelier , un très grand
concours de Gens de diftinction & de
Curieux , pour y voir un Ouvrage trèsbeau
AVRIL. 1728. 785
beau & très riche , qui vient de fortir
de leurs mains , & qui a été applaudi des
Gens du meilleur goût . C'est une magnifique
Pendule d'une Compofition trèsélegante
, faite pour le Roi de Portugal ,
où l'on voit des Allégories au fujet du
Mariage du Prince du Brezil avec l'Infante
d'Espagne.
Tout le corps de l'Ouvrage qui a onze
pieds de haut , eft compofé de Lapis , de
Marbre & d'Ecaille , & enrichi de figures
& d'ornemens de bronze doré d'or
moulu. Le Scabellon qui fert comme de
piédeftal, & qui a fix pieds de haut , eft
pofé fur un Socle de marbre d'Ecoffe
très précieux & très- convenable par fa
couleur & fon union avec le refte de
l'Ouvrage.
Pour défigner le Brezil , on a mis deux
Negres en Termes, qui paroiffent fuppor
ter la Compofition qui eft au - deffus. Ils
fe terminent en Confoles , d'où pendent
quatre Médaillons dans lefquels on voit
les Symboles des quatre Parties du Monde
, où le Roi de Portugal poffede des
Etats .
'Au- deffus du Scabellon on voit un Trône
élevé fur plufieurs marches , où l'Hymenée
tenant fon flambeau , femble conduire
la Princeffe du Brezil , caracteriſée
par leLion d'Efpagne qui eft à côté d'elle.
Le
785 MERCURE DE FRANCE.
Le Portugal , fous la figure d'une belle
femme , avec le Manteau Royal , chargé
des attributs convenables à ce Royaume
, & ayant la main gauche appuyée fur
un Globe , reçoit cette Princeffe & l'invite
à monter fur le Trône . Toutes ces
figures font de ronde boffe , d'une proportion
convenable & de bronze doré ,
comme les autres figures & les ornemens.
Le Cadran de la Pendule , auffi riche
que bien imaginé , eft placé au - deffus
du Trône , & furmonté par les Armes
de Portugal en émail , dont une Renommée
foûtient le Cartouche , & femble publier
cette nouvelle & augufte Alliance .
Sur le fronton qui fert de Couronnement
, on a placé des Amours qui badinent
avec des Feftons & des Guirlandes
de fleurs. Ils en forment une espece de
Couronne en haut , & conduisent le reſte
de la Guirlande tout autour du Sujet ,
formant en quelque façon une bordure
dont les deux extrémitez viennent aboutir
aux deux Termes qui en tiennent les
bouts .
entre ces Au milieu du Scabellon
deux Termes , on a ingénieufement placé
fur un fond de marbre , un Termometre
& un Barometre ; & au bas un Cartel ,
renfermant un grand morceau d'émail ,
fur
AVRIL. 1728. 787
7
"
fur lequel on lit ces fix Vers Latins ,
compofez par un des Membres de l'Academie
de Lisbonne.
Cernis ut , indigetat tempus qua machina ,fignes
Hefperii , ac lifii regia vincla tori :
Que difcors tandem concors dat Machina
tempus,
Difcordes populos foedera facra ligant .
Hoc difta nt: rurfum infequitur difcordia motuss
Eternamfirmant regia vincla fidem.
Le mouvement de cette admirable Pendule
, eft auffi d'une conftruction nouvelle
, inventé , & fait par le Sr Thiout ,
Horloger à Paris , demeurant ruể đe
Gelvres . Il marque le tems vrai & le tems
moyen , & fonne les heures & les quart
d'heures du tems vrai ; & cela , d'une
maniere fimple , facile , & des plus parfaites
qu'on puiffe imaginer . Meffieurs
de l'Academie Royale des Sciences qui
ont examiné avec plaifir plufieurs Ouvrages
de cet Auteur , ayant vû celuy-
ci , en ont rendu un Jugement des
plus avantageux. C'est le deuxième qu'il
fait pour le Roi de Portugal , qui eft
très content du premier ; il y a lieu de
croire que dans peu ces fortes de Pendule
788 MERCURE DE FRANCE.
f
dules feront beaucoup recherchées , parce
qu'elles ont une grande perfection & des
commoditez que toutes les autres n'ont
pas. Il y a auffi à ce mouvement un échapement
, que la même Academie a trouvé
nouveau & des mieux imaginés qui
aïent parû jufqu'à préfent, comme il pale
Certificat du zo . par
roît
1727.
Mars
M. Defchamps , Inventeur des Carabines
qui portent 1200. pas , a trouvé le
Secret de faire tirer jufte les Mortiers à
bombes, & les plus groffes piéces d'Artillerie
, malgré l'agitation de la Mer. Il
doit en faire l'épreuve . On affure qu'il
va faire d'autres Carabines qui porteront
auffi loin que les Canons , & dont il
prétend fe fervir avec tant d'adreffe & de
facilité , qu'il tirera 1000 coups dans
une heure , fans manquer fon but . Il doit
faire auffi une épreuve de bales d'une
nouvelle compofition , qui percent une
plaque de fer d'un demi pouce d'épaiffeur,
fans rien perdre de leur rondeur.
On a fait aux Invalides l'épreuve d'une
nouvelle poudre , qui porte plus loin de
17. toifes que la poudre ordinaire : le
boulet entre de 4 pieds plus avant dans
la terre.
M.
~
AVRIL. 1728 789
•
M. de Woolhoufe , Gentilhomme Anglois
, Membre de la Societé Royale de
Londres , Affocié à celle de Berlin & Académicien
de l'Académie Impériale des
Curieux de la nature d'Allemagne , vient
nouvellement de recevoir la Patente d'Académicien
de l'Académie de l'Inftitut
des Sciences de la République de Bo
logne en Italie , eft connu par toute l'Europe
pour être un très- habile Oculifte.
On écrit de Mayence , que la nuit du
24 au 25 du mois de Janvier dernier , on
- entendit à Epſtain en Veteravie , un bruit
fourd , femblable à celui de plufieurs décharges
de Canon qu'on auroit tiré à
deux ou trois lieuës ; & le lendemain on
s'apperçut qu'une partie de la Montagne
de Stenkling avoit été tranfportée avec les
arbres qui font à fa cime , dans un étang
fitué entre deux montagnes , & éloigné de
300 pas Geométriques , où cette partie de
Montagne écroulée , forme à préfent une
petite Ifle dont les bords peuvent avoir
un pied ou deux de hauteur. Plufieurs
perfonnes étant allées depuis voir la Montagne
de Steinkling , y ont trouvé une
cavité de 27 pieds de profondeur & d'autanr
de largeur , d'où couloient d'abord à
la çime deux Sources d'une eau tiede &
d'une faveur extraordinaire qui coulent
à préfent à 20 pieds plus bas ; diverles
perfonnes
790 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes attaquées de differentes maladies
, ont bû de cette eau avec tant de
fuccès , que le proprietaire de cette partie
de la Montagne , s'eft déterminé à y
faire conftruire des Baffins & une maifon
de retraite pour les malades qui continuent
d'y venir en foule.
Le 2. de ce mois , depuis fept heures
du foir jufqu'à minuit , on vit à Hambourg
, une Aurore Boréale , formée par
une infinité de rayons , partant prefque
tous d'un centre commun & prefque
auffi lumineux que des nuages éclairés par
la Lune.
>
On aprend de Rome que M. Crefcenbone
, Secretaire en Chef de l'Académie
des Arcadi , y eft mort depuis peu ; que
M. Jean - Baptifte Della Ciaia , célebre
Antiquaire de Florence , y eft mort auffi
fur la fin du mois dernier. Ces Lettres
ajoûtent que le grand Duc de Toſcane
l'Academie Royale de Lisbonne , & le
Grand Prizur Vaini , ont mis à l'enchere
le beau Médaillier du Comte Marius Picolomini
, qu'on dit être un des plus
complets de l'Europe .
M. Bellofte , Confeiller & premier
Chirurgien de feuë Madame Royale de
Savoye ,
7
AVRIL. 1718. 791.
Savoye , avoit promis au Public dans
fon Livre intitulé le Chirurgien d'Hôpital
, imprimné à Paris en 1595. de lui
faire part d'une compofition de pilules
mercuriales de fa façon , par le moyen
defquelles il a fait un très - grand nombre
de Cures furprenantes de plufieurs fortes
- de maladies differentes , dont il a mis
une de chaque efpece dans fon fecond
Tome de 1725. dans lequel il allegue
les raifons qui l'ont empêché de
tenir fa parole : Cependant l'amour qu'il
a toûjours confervé pour fa Patrie , * fait
qu'il ne veut pas priver entierement le
Public de l'avantage qu'il peut retirer
d'un auffi bon remede , qui eft approuvé
par les premiers Medecins du Roy de
France , & du Roy de Sardaigne , dont
l'ufage eft d'autant plus commode , qu'il
n'oblige à garder ni la chambre ni le
lit , ni à obferver une diete rigoureufe.
On employera toûjours avec fuccés
ces pilules dans les fciatiques , rhumatifmes
, goutes naiffantes , vertiges , &
oppreffions d'eftomac ; dans les opilations
, obftructions , les tumeurs du fein
des femmes & des autres parties du
corps : elles tuent les vers & détruifent
leurs femences ; elles guériffent la lépre ,
la vieille galle , les dartres , & toutes fortes
de maux veneriens : Rien n'eft plus
*Paris,
falutaire
792 MERCURE DE FRANCE .
falutaire que ce remede pour la colique ,
la gravelle & difficulté d'uriner ; l'hipocondrie
& la mélancolie font détruites
par leur ufage : comme auffi les écroüelles
qui font les plus longues à guérir .
En un mot , elles font un très- bon diffolvant
& abforbant ; & par confequent
elles guériffent toutes les maladies produites
par l'épaiffiffement & l'âcreté du
fang & des autres humeurs ; elles excitent
l'appetit , & provoquent un doux
fommeil: elles ne fe gâtent jamais pourvû
qu'on les tienne dans une boete.
Ceux qui en fouhaiteront , n'auront
qu'à s'adreffer à M. Bellofte , Confeiller
& Premier Chirurgien de feuë Madame
Royale à Turin , ou à M. fon fils
qui eft à Paris , à la fuite de M. l'Ambaſſadeur
de Sardaigne ; il demeure ruë de la
Mortellerie , au petit Hôtel d'Aumont ;
on le trouve le matin depuis huit heures
jufqu'à onze , & le foir depuis deux
jufqu'à cinq : il fait des boëtes de 24 .
livres & de 48 liv . pour les Provinces
, & fournit des mémoires pour la
maniere de s'en fervir.
BRIART , continue avec fuccès à faire .
& à débiter une très bonne Effence à la
Bergamotte & autres odeurs douces dont
on le fert pour le faire la barbe , au lieu
de
M
CUS NOW
FUBLIC LIBRARY.
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
ASTOR
,LENOX, AND TILDEN
FOUNDATIONS
AVRIL. 1.728. 793
de favonette : les Dames s'en fervent auffi
pour fe laver le vifage , les bras & les
mains , il en a à 5. & à 8. f. l'once.
Il fait aufli des Cuirs excellens , avec
lefquels on peut fe paffer de pierre à repaffer
les rafoirs , qu'il vend depuis 40 f.
jufqu'à 8 liv. BRIART , demeure Cour
Abbatiale de S , Germain des Prez , ruë
Cardinale , vis - à - vis le Bailliage .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXCHANSON
DE TABLE.
Oin de ces lieux , vaine Philofophie ,
LQui placez le vrai Bien dans l'auftere
vertu :
Ce Systême , ennemi des plaiſirs de la vie ,
Par un fage Mortel fût toûjours combattu.
Pour vivre heureux,il faut aimer & boire:
Le vrai bonheur confifte dans ces biens ;
Difciple d'Epicure, aujourd'hui je foutiens ,
Que c'eſt- là le chemin qui conduit à la gloire.
Bacchus , Amour , aimable volupté ,
Sans vous, helas ! la vie eft languiffante :
Venez , volez , rendez cette Troupe charmanto
Digne de l'immortalité.
Par M. Hardouin.
G SPEC794
MERCURE DE FRANCE.
La
SPECTACLES.
1
E 6 de ce mois , l'Académie Royale
de Mufique remit au Théatre la
Tragedie de Bellerophon , qui n'avoit pas
été jouée depuis 1718. Avant que d'en
donner un Extrait , nous avons crû que
le public ne nous fçauroit pas mauvais
gré de lui faire part de quelques Anecdotes
qui méritent mieux ce nom , que
celles que le Libraire veut bien appeller
ainli , dans fa derniere Edition .
T. Corneille , rebuté par le peu de fuccès
de Pfiché , dont il étoit l'Autheur , avoit
renoncé au Théatre Lyrique , pour s'attacher
uniquement auDramarique du Théatre
François , où il étoit plus fûr de la
réüffite . Defpreaux & Racine qui n'avoient
rien oublié pour décrier Quinault,
n'oublierent rien non plus pour ranimer
T. Corneille à faire des Opera ; & ne
le flatant pas d'en pouvoir venir à bout
par eux - mêmes , ils firent fi bien , que
Louis XIV. lui fit l'honneur de lui témoigner
qu'il le fouhaitoit ; il n'en falloit
pas moins pour le rembarquer fur une mer
qui lui paroiffoit trop orageufe.
choifie le fujer de Bellerophon ; il en
fic
AVRIL. 1728. 795
fit le premier Acte avec beaucoup de
facilité ; il le montra à Lully , à qui il
déclara qué le plan de fon quatrième &
cinquiéme Acte étoit tracé ; mais qu'il
ne fçavoit comment difpofer le fecond &
le troifiéme . Lully lui dit de conſulter
Quinault. Ce dernier s'y prêta de bonne
grace ; mais il penfa le défefperer par la
rigueur avec laquelle il fit main- baſſe
fur les deux tiers de fes vers qu'il ne
trouvoit pas affez Lyriques : il le tira
enfin d'embarras ; Bellerophon fut achevé
, & les repréfentations emporterent
également les fuffrages de la Cour &
de la Ville la premiere fut donnée Pan
1679. & en Janvier de l'année fuivante ,
à S. Germain en Laye , à l'arrivée de
Madame la Dauphine
Cet Opera fut joué à Paris pendant
neuf mois entiers avec un fuccès des
plus éclatans. Tout Paris , dit M. de
Vifé , Mercure de Janvier 1680. eft
demeuré d'accord qu'on y trouve ce qui est
tres-rare dans un Opera ; c'est - à- dire , un
fujet conduit , qui attache par lui- même ,
qui a toutes les parties de la Tragedie
& dans lequel tous les divertiffemens
naißent du corps de l'Ouvrage, fans qu'on
lesy amene par des incidents forcez ,
Pexception de la Scene des Nappées c
des Faunes , qui a été faite contre le
Gij fentiment
>
à
796 MERCURE DE FRANCE.
fentiment de l'Auteur , & feulement pour
fournir des vers à la Musique.
Cependant malgré toutes ces beautez ,
les reprifes de cet Opera n'ont jamais ré
pondu à de fi heureux commencemens ;
il faut efperer que cette derniere remiſe au
Théatre lui rendra fa premiere gloire. Les
premiers Rôlles font parfaitement bien
remplis par les Demoifelles Antier & Pellifier
, & par les fieurs Dun , Tribou &
Chaffé ; & s'il n'a pas le fuccès qu'il
mérite , on ne pourra l'imputer qu'au
changement de goût. 11 eft tems de paffer
à l'Extrait que le public attend de
nous.
1
PROLOGUE.
E Roi ayant donné la paix à l'Eu-
Lrope , l'Académie Royale de Mufique
fe crut indifpenfablement
obligée d'en
marquer fa reconnoiffance à cet Augufte
Protecteur des beaux Arts . Apollon
invite les Mufes à chanter les avantages
que la Paix leur procure. Bacchus
& Pan viennent fe joindre au Parnaffe
, pour en rendre les Concerts plus
doux & plus variez ; ils chantent tous
la Gloire d'un Roy qui fait le bonheur
du monde ; & pour mettre la derniere
main à cette grande Fête , Apollon ordonne
aux Filles de Mémoire de fe
tranf
AVRIL.. 1728. 797
transformer , pour reprefenter l'heureux
évenement qui donna autrefois la naiſfance
au Parnaffe.
felon
On fçait que la fontaine d'Hypocrene
fut ouverte d'un coup de pied du cheval
Pegafe : Ce cheval aiflé , fils de Neptune ,
& de Medufe , felon quelques Auteurs
& formé du fang de Meduſe
quelques autres , fervit à Bellerophon ,
pour combattre la Chimere : c'eſt - là ce
qui donne lieu à la Tragedie que les
Mufesfont chargées de repréfenter : Voici
les Vers qui lient le Prologue à la Piéce :
c'eft Apollon qui parle :
Transformons-nous en ce moment ,
Et dans un Spectacle charmant
Célébrons à fes yeux l'heureux évenement ,
Qui jadis au Parnaffe , a donné la naiffance.
Argument de la Piéce .
Bellerophon étoit fils de Glaucus , Roi
d'Ephyre , aujourd'hui Corinthe. Il eut le
malheur de tuer fon frere : ce meurtre
quoi qu'involontaire , l'obligea à fe réfugier
dans la Cour de Pretus, Roi d'Argos .
Par un nouveau malheur , il fe fit aimer
de Stenobée , femme de fon Protecteur
laquelle ne pouvant lui infpirer un
coupable amour , fut la premiere à l'ac-
>
fi
G iij. cufer
798 MERCURE DE FRANCE.
cufer d'avoir voulu la féduire . Pretus
irrité , l'envoya chez fon gendre Jobate,
Roi de Lycie , où il auroit péri , ſi ſa valeur
ne l'eut fauvé de tous les perils où
il fut expofé. Son dernier Combat fut
contre la Chimere , monftre formé de
trois monftres enfemble : fçavoir , d'un
Lion , d'un Dragon & d'un Bouc . Il en
triompha ; & cette victoire détermina
Jobate à lui donner fa fille en Mariage .
Cet hymen portant le défeípoir dans le
coeur de Stenobée , elle fe tua elle - même.
L'Auteur de la Tragedie a conſervé le
fond de l'Hiftoire autant que le Théatre
le lui a permis , & l'on doit convenir que
ce qu'il a ajouté ou retranché , a prêté de
nouvelles beautez au fujet. L'amour adultere
de Stenobée n'eſt que dans l'expofition
de ce qui s'eft paffé avant l'action
Théatrale ; deforte que cette paffion criminelle
, qui blefferoit les bonnes moeurs
fur un Théatre auffi épuré que le nôtre,
devient légitime par la mort de Pretus
qu'on annonce dès la premiere Scene.
Stenobée n'eft fille de Jobate dans
pas
la Tragedie , comme elle l'eft dans l'Hiftoire
; & par là l'Autheur la met en liberté
de parler avec hauteur à ce Roy
de Lycie ce qui choqueroit la bienféance
, s'il étoit fon Pere . Le Combat
de Bellerophon contre la Chimere n'eſt
pas
A VR IL. 1728. 799
pas ordonné par Jobate ; Bellerophon
s'y expofe volontairement, & même contre
l'intention de Jobate , qui l'a déja choifi
pour fon gendre , en récompenfe des
autres victoires qu'il a remportées fur fes
ennemis. Amifodar eft un perfonnage épifodique.
Ce qui a donné lieu à l'Auteur
de l'employer dans fa Piece , c'eft que la
Fable fait mention d'un Amifodar , Roi de
Lycie , qui époufa une femme nommée
Chimere : on le fait ici Prince Lycien , &
d'ailleurs Magicien . L'Auteur avoit befoin
de cette derniere qualité pour lui faire
évoquer le triple Monftre , auquel on a
donné le nom de Chimere ; mais ce qu'il
a le plus heureuſement inventé , c'eſt l'Oracle
qui annonce qu'un fils de Neptune
doit triompher du Monftre , & que lä
Princeffe doit être le prix de cette victoire .
Cette fituation eft des plus intereffantes par
elle- même ; il ne tient qu'à l'Auteur d'en
tirer parti. L'explication de l'Oracle fait
la Peripetie,& Bellerophon paffe du defef.
poir à la parfaite felicité , dès que Neptu
ne le reconnoît pour fon fils , au lieu qu'il
avoit toûjours reconnu Glaucus pour fon
pere.
Voila quelle eft la difpofition de la Piece
; il ne nous refte plus pour en donner
une intelligence plus diftincte , qu'à la parcourir
Acte par Acte & Scene par Scene.
G iiij ACTE
800 MERCURE DE FRANCE.
ACTE I.
L'expofition que Stenobée fait dans la
premiere Scene a toûjours paffé pour la
plus belle du Théatre Lyrique : on la verra
ici avec plaifir.
Non les foulevemens d'une Ville rebelle ,
Ne m'ont point fait quitter Argos .
C'est l'Amour feul , fatal à mon repos ;
C'eft le cruel Amour qui dans ces lieux m'appelle.
Prétus n'eft plus , & deformais fa mort
Me rend maîtreffe de mon fort ,
Je puis donner un Diadême ;
Et viens dans cette Cour faire un dernier
effort
Sur le coeur d'un ingrat que j'aime.
Par l'aveu que Stenobée fait à fa Confidente
, on doit préfumer que ce n'eft pas
la premiere fois qu'elle lui parle de fon
coupable amour ; auffi n'eft - ce que par une
efpece de reproche qu'elle fe fait à ellemême
, qu'elle dit :
Helas ! à quel excès je portai ma vengeance !
Je l'accufai malgré fon innocence ,
De vouloir m'infpirer une coupable ardeur.
Ce
AVRIL. 1728. 801
Ce fut pour lui ravir & l'honneur & la vie ,
Que Pretus l'envoya chez le Roi de Lycie ,
Eh ! quels troubles alors ne fentit point mon
coeur , & c.
Dans la feconde Scene , Philonoé , fille
deJobate,vient implorer l'appui de Stenobée
auprès du Roi fon pere , pour lui
faire obtenir pour époux ce même Bellerophon
, fi tendrement aimé de l'une &
de l'autre Rivale : quelle fituation pour
Stenobée ! voici comment elle exprime
fa jalouſe rage après la fortie de la Princeffe
.
"
C'en eft fait , l'outrage eft trop grand ;
Si fes cruels refus faifoient tort à ma gloire ,
Du moins il m'étoit doux de croire
Que mon coeur foupiroit pour un indifferent :
Mais il aime , & c'eſt- là ce qui me defefpere ;
Une autre a fait ce que je n'ai pû faire :
Venez, haine , vengeance , & verfez dans mon
coeur
Votre poifon le plus funefte ;
Vous ne fçauriez m'inspirer trop d'horreur
Pour un ingrat que je détefte , & c.
Ce nouvel outrage détermine Stenobée
à fe venger avec éclat par le fecours d'AG
v mifodar
802 MERCURE DE FRANCE:
mifodar , dont elle eft aimée ; le deffein
que le Roi a formé de donner la Princeffe
fa fille à Bellerophon pour prix de ſes victoires
, redouble la fureur d'une Rivale
déja affez irritée ; on vient celebrer une
Fête , qui eft une efpece de triomphe
pour Bellerophon fur les Amazones & les
Solymes qu'il a vaincus . Jobate rend la
liberté à ces Peuples captifs , qui en témoignent
leur reconnoiffance par leurs
chants & par leurs danfes.
ACTE II.
De tous les Actes de cette Piece , c'eft
celui cy qui prête le plus au Muficien ,
par le moyen de la Magie , qui eft fans
contredit la plus frappante qu'on ait jamais
vûë au Théatre ; les premieres Scenes
ne font pas bien animées ; deux Amans
qui fe croient heureux , ne fçauroient
étaler que des fentimens ordinaires , &
tout fe réduit entre eux à fe dire : Je vous
aime , & à fe le dire cent fois . On a retranché
de la premiere Scène les deux
Amazones , Confidentes de Philonoé , &
l'on a trouvé qu'on a bien fait . L'approche
de Stenobée réchauffe la Scene qui commençoit
à languir. La Princeffe fe retire
en difant à Bellerophon qu'elle ne croit
pas aimé de la Reine d'Argos :
Je
A VRIL. 1728. 803
Je vous laiffe le foin d'entretenir la Reine.
La Scene entre Bellerophon & Stenobée
eft trés-vive de part & d'autre ; voici
comme lui parle cette Amante mépriſée :
S'il te fouvient des maux que je t'ai faits ,
Qu'il te fouvienne auffi de ma tendreffe extréme
;
Ne me reproche point , ingrat , que je te haïs,
Où reproche-moi que je t'aime.
J'ai tâché de te perdre & j'ai crû le vouloir ;
J'ai fuivi les tranſports d'une aveugle vengeance
:
Mais plus à mon amour j'ai fait de violence ,
Plus fur mon coeur il a pris de pouvoir ,
Et je ne t'ai jamais haï qu'en apparence.
La Réponſe de Bellerophon n'eft pas
moins vive :
Vous m'avez fans relâche accablé de malheurs;
Je n'ai point reconnu l'Amour dans vos fureurs
.
Si l'Amourquelquefois s'abandonne à la rage ,
Il eft toûjours Amour , même quand il outrage
:
Mais vous , toûjours conftante à me perfe
cuter ,
G vj
Vous
804 MERCURE DE FRANCE .
Vous n'avez épargné ma gloire ni ma vie ,
Et je ne dois rien écouter
De ma plus mortelle ennemie.
Sténobée s'abandonne toute entiere à fa
rage ; elle charge Amifodar du foin de fa
vengeance ; Amifodar arme les Enfers ; il
en évoque trois Monftres qu'il réunit en
un feul
pour mieux ravager la Lycie. Il
y a une fingularité à obferver dans cette
Magie ; c'eft qu'elle eft toute verfifiée en
rimes plattes , c'est - à - dire , en rimes non
croifées ; le hazard ne fçauroit avoir produit
cela pendant trenteVers de fuite ; nous
ignorons les raifons qui peuvent avoir
porté le Poëte à s'impofer cette loi : paffons
au troifiéme Acte.
ACTE III.
Les ravages que la Chimere exerce dans
la Lycie , ne vengent qu'imparfaitement
Sténobée ; elle le fait connoître dès la
premiere Scene par ces fix Vers qui ont
paru des plus beaux de la Piece .
Lieux defolez & remplis de carnage ,
Campagnes , où le Monftre a ſemé tant d'horreur
,
Ne me reprochez point la jalouſe fureur
Do nt
AVRIL 8.05 1728.
Dont votre embrafement eft le fatal ouvrage :
L'Amour defefperé qui regne dans mon coeur,
Vous venge affez de ce ravage.
En voicy encore huit qui ne cedent
point en beauté aux fix précedens .
Impuiffante vengeance ! inutile fecours !
De quoi peux- tu fervir , quand on aime tou
jours ?
Les plus cruels tranfports que la fureur infpire
Confolent mal un Amour outragé :
Ce malheureux Amour , après s'être vengé ,
N'en fait pas moins fentir fon tyrannique empire.
Impuiffante vengeance , & c .
Le Roi vient ; il déplore les malheurs
dont fes Sujets font accablez . Stenobée
lui dit que les Dieux vengent Pretus à
fon deffaut ; & que puifque le crime de
Bellerophon a attiré ce Monftre furieux
qui ravage fes Etats , c'eft à fa valeur
à les en délivrer. Bellerophon veut
combattre le Monftre , mais ni la Princeffe,
ni le Roi n'y veulent confentir. Ils
ont recours à Apollon pour fçavoir les
volontez du Ciel. Le facrifice qu'on offre
à ce Dieu , Protecteur de la Lycie , forme
la
}
806 MERCURE DE FRANCE
la Fête de ce troifiéme Acte ; on l'a trou
vée trop longue ; les airs ont paru très
beaux , mais quelquefois déplacez par
rapport à la fituation. L'Oracle d'Apollon
fait le principal noeud de la Piece :
on croit Bellerophon fils de Glaucus , &
fur ce fondement, l'Oracle ne peut que le
defefperer : voici en quels termes il eft
conçû :
Que votre crainte ceffe ,
Un des fils de Neptune appaifera pour vous
Le Celeſte couroux :
Pour l'en récompenſer il faut que la Princeffe
Le prenne pour Epoux.
La Scene qui fuit ce fatal Oracle eft
très-intereffante ; mais on auroit fouhaité
qu'elle fût renvoyée dans le quatrième
Acte , attendu que le troifiéme eft affez
rempli , & même trop long , & que le
quatriéme eft un peu vuide d'action : c'eft
ce que nous allons voir .
ACTE IV.
Amifodar commence cet Acte par un
Monologue également beau par la verfification
& par la Mufique ; le Lecteur en
va juger.
Quel
t
+
མ
AVRIL. 1728 807
Quel fpectacle charmant pour mon coeus
amoureux !
Ces, Morts de tous côtez étendus dans les
Plaines ,
Mefont de fûrs garants de la fin de mes peines;
Tout périt pour me rendre heureux.
Fontaines tariffez, embrafez - vous , Montagnes;
Brulez Forêts , fechez Campagnes :
Toutes les horreurs que je voi ,
Sont autantde fujets de triomphe pour moi.
Quand on obtient ce qu'on aime ,
3
Qu'importe à quel prix ?
Que tout l'Univers furpris ,
Condamne l'amour extrême
Qui coûte tant de fang , de larmes & de cris
Quand on obtient ce qu'on aime , & c.
Dans la Scene fuivante , la Confidente
de Stenobée vient prier Amifodar de rendre
le Monftre à l'éternelle nuit ; la raifon
qu'elle en donne de la part de ſa Maîtreffe,
c'eft que Bellerophon qui veut combattre
le Monftre , & qui doit périr dans
une entrepriſe fi témeraire , ne feroit pas
affez puni , s'il ne vivoit plus long- temps
dans la mortelle douleur de voir fon Amante
au pouvoir d'un Rival . On auroit voulu
$ 08 MERCURE DE FRANCE .
lu que cette Scene eût été entre la Reine
même & Amifodar ; elle auroit pû finir par
un Duo de fureur qui l'auroit renduë plus
vive. Après cette Scene , Bellerophon
veut combattre le Monftre , le Roi s'y
oppofe & l'en conjure par la Princeße
même ; on a crû qu'il auroit mieux valu
que ce fût Philonoé qui fût venuë avec
lui pour le détourner d'un combat fi funefte
: cette Scene auroit tenu lieu de celle
-qu'on a trouvée de trop à la fin du troifiéme
Acte . Pallas vient offrir fon fecours
à Bellerophon , elle l'invite à monter dans
un Char , & à s'abandonner aux Dieux .
Bellerophon obéit à la Déeffe ; monté fur
Pégafe, il fond fur le Monftre du milieu des
airs & le tue. On a ajoûté une Fête nouvelle
; les Peuples de la Campagne viennent
fe réjouir de la défaite du Monftre ,
cela a paru très - bien imaginé & beaucoup
plus fatisfaifant que ces Faunes & ces Nappées
que l'Auteur avoit mifes autrefois.
contre fon fentiment, comme nous l'avons
déja remarqué.
ACTE V.
Le Roi annonce à fes Peuples que Neptune
vient de reconnoître Bellerophon
pour fon fils, & que Pallas va bientôt ramener
ce Heros . Il celebre la gloire du
vainqueur
4
C
AVRIL. 1728.
809
vainqueur avec fa fille ; Stenobée vient
mourir empoisonnée ; Pallas ramene Bellerophon
; les Peuples témoignent leur joye
par leurs chants & par leurs danfes ; voilà
comment finit cette excellente Tragedie .
Le morceau le plus frappant de ce dernier
Acte eft la mort de Stenobée. Comme on
l'a toûjours trouvée trop longue , nous
n'en mettons ici que les huit derniers Vers
qui ont paru très - pathétiques .
Et toi , cruel Amour , reçois une Victime ,
Que tu cherchois à t'immoler ;
Je meurs pour expier le crime
Des feux dont tu m'as fait bruler :
Je n'ay pû m'affranchir de ton barbare Empire
Qu'en renonçant au jour ;
Voi mes derniers foupirs , impitoyable Amour,
J'expire.
On auroit fouhaité que la Piece finît
par là . La Fête a parû hors de faifon après
une cataſtrophe fi tragique . Quelques
Connoiffeurs ont crû que Neptune interrogé
par Jobate , auroit pû fournir une
Fête de Matelots , après laquelle ce Dieu
des Mers auroit reconnu Bellerophon pour
fon fils ; nous laiffons aux Lecteurs la liberté
de juger fi cela auroit été mieux ;
quoi
810 MERCURE DE FRANCE:
quoi qu'il en foit , on ne peut refufer à ce
Poëme les éloges qui lui font dûs.
Le mardi 6 de ce mois , les Comediens
François firent l'ouverture de leur Théatre
par la reprefentation de la Tragedie de
Polyeucte , qui fut fuivie de la petite Co
medie du Procureur arbitre, que le Public.
ne ceffe de goûter. Le freur Dubreuil fit un
compliment qui fut fort bien reçû & applaudi.
Le 8 ils reprefenterent la Tragedie de
Mythridate, & la petite Comedie du Deüil .
Le fieur de Berci , nouveau Comedien , qui
s'étoit prefenté pour remplacer le feu fieur
le Grand, joua le principal Rôle dans la
premiere piece, & celui de Nicodeme dans
Eautre.
Le 12 on donna la Tragedie d'lphigenie,
dans laquelle le fieur du May, nouveau
Comedien , reprefenta Agamemnon
Il a rempli depuis le principal role dans la
Comedie de Démocrite amoureux . Celui
de l'Empereur dans Andronic , & celui de
Tartuffe, dans la Comedie qui porte ce
titre. Le public qui lui a trouvé des talens
l'a applaudi.
Sur la fin de ce mois les mêmes Comediens
remirent au Théatre la Tragedie
d'Athalie , de M. de Racine , qui fait un
tres grand plaifir au public , non feulement
Par fes propres beautez , & par l'art inimitablo
AVRIL. 1728. 811
table que l'Auteur a fçû y mettre mais encore
par la juſteffe & la fineffe de la déclamation
des Acteurs. Les Demoifelles le
Couvreur & Duclos y rempliffent les rôles
d'Athalie & ' de Jofabet; ceux de Joab
Grand- Prêtre ; de Zacharie, fils du Grand-
Prêtre & de Jofabet ; d'Abner deMathan,
Sacrificateur de Baal , y font remplis par
les fieurs Baron , du Chemia fils , du Freſ
ne & Fontenay. La petite Demoiſelle du
Breuil , âgée de 19 ans , y jouë le rôle de
Joas , avec beaucoup de graces & d'intelligence
, & y eft fort applaudie .
On pourra voir aux Mercures de Sep- .
tembre & d'Octobre 1722. pages 69 &
10. une lettre critique fur les fpectacles
en general , & fur la Tragedie d'Athalie
en particulier.
Le 6 Avril , les Comediens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la
Comedie du Dedain affecté, Piece en trois
actes , qui fut fuivie de celle d'Arlequin
dans l'Ifle de Ceylan. Le fieur Lélio le fils ,
fit le compliment , felon la coûtume , qui
fut goûté & applaudi.
Le 22. les mêmes Comediens donnerent
la premiere reprefentation d'une petite
Fiece nouvelle, en un Acte, en profe ,
avec un divertiffement de chants & de
danfes, & un Vaudeville : Elie a pour titre,
le
812 MERCURE DE FRANCE .
le Triomphe de Platus. La Mufique eft
de M. Mouret , qui a fait grand plaifir.
L'Auteur de ce petit ouvrage ne fe nom
me point .
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE .
Na appris par plufieurs Lettres du
Levant que le Grand- Seigneur avoit
remis trois années de tribut à fes fujets
Afiatiques , & une année feulement aux
Européens , afin de leur donner le moyen
de réparer les pertes qu'ils ont faites à
l'occafion de la derniere guerre contre
les Perfans .
•
On a auffi appris par la voye de Ruffie ,
que l'armée des Turcs continuoit de s'affembler
dans la Georgie , & qu'il n'y avoit
prefque plus lieu de douter qu'elle ne fe
joignît aux Perfans dans quelque temps .
L
RUSSIE.
E 14 de Fevrier, le Czar fit fon entrée
publique à Mofcou , où S. M. Cz.fut
reçûë aux acclamations de joye des habitans,
qui avoient fait des préparatifs d'une
magnificence
AVRIL 1728. 813
magnificence extraordinaire pour le recevoir.
La marche commença par un détachement
des Grenadiers à Cheval , fuivis de
25 Caroffes à fix Chevaux , appartenans
aux principaux Seigneurs de la Cour; fept
Caroffes du Czar marchoient à quelque
diſtance ; les quatre premiers étoient vuides
; les Gentils- hommes de la Chambre
rempliffoient les trois autres . Les Palefreniers
de S.M.Cz.tenant en main des Chevaux
magnifiquement harnachez , marchoient
après ces Caroffes ; ils étoient ſuivis
des Officiers de la maifon de ce Prince,
de 12 Colonels à Cheval , de la Compagnie
des 60 Chevaliers, Gardes du Corps ,
des Pages du Czar, & de fes Maîtres d'Hô ,
tel , tous à Cheval .
Le Clergé & les Prélats en habits Pontificaux
, étoient auffi à Cheval , à, quelque
diftance du premier cortege , ayant
au milieu d'eux l'Archevêque de Novogrod
, Primat de Mofcovie. S. M. Cz . les
fuivoit dans un Caroffe à huit Chevaux ,
ayant des Houffes de peaux de Léopard ; il
avoit à côté de lui le Baron d'Ofterman
Vice-Chancelier ; le General Jagozinski,
Grand Ecuyer , & le General Soltikof
Lieutenant Colonel des Gardes à pied ,
étoient à Cheval aux portieres du Caroffe,
Le Comte Apraxin , Grand Amiral ,
L
le
Comte
814 MERCURE DE FRANCE .
Comte de Golofskin Grand - Chancelier ,
le Prince Demetrius Gallitzin , le Pr.Circaski
& le General Gunther fuivoient le
Czar , chacun dans un Caroffe . Le Czar
› defcendit à l'Eglife Métropolitaine, pour
Y faire la priere , après quoi il remonta en
Caroffe,& il fe rendit au Château de Kremel,
où il reçut les complimens de la principale
Nobleffe & des Chefs des Tribunaux.
S. M. Cz . alla après cela avec la
Princeffe Natalie , rendre vifite à la Princeffe
fon Ayeule, & la pria de venir faire
fon féjour au Château , pendant que la
Cour refteroit à Mofcou .
Le Couronnement du Czar le fit en
cette Ville le 7 Mars avec une tres -gran .
de magnificence . S. M. Cz. fe rendit le
matin du Château de Kremel à l'Eglife Cathedrale
dans l'ordre fuivant.
Un détachement de la Compagnie des
Chevaliers, Gardes , commençoit la marche
; il étoit fuivi des Pages du Czar, avec
leur Gouverneur à la tête , du Baron de
Hadicheftal, Grand - Maître des Ceremonies
, accompagné du Colonel Lickzin &
de M. André Meliamenow , fes Lieutenans
dans la ceremonie , des Députez de
toutes les Provinces , des Brigadiers , des
Majors generaux , des Lieutenans generaux
, des Conſeillers privez , des Confeillers
d'Erat ordinaires , des Felts Maréchaux
AVRIL. 1728. 815
1
haux des armées du Czar , des Brigadiers
Plefchtfcheiew & Pufchkaw , Heraults
d'armes de Mofcovie , du General Matufchin
& du Pr. Jufupow , Lieutenant
general, qui portoit fur deux Carreaux le
Manteau de ceremonie de S. M. Cz. du
General Gunther , portant le Globe ; du
General Bonn , tenant le Sceptre ; du Pr.
Trubetzkoy portant la Couronne , & du
Pr. Gallitzin Feldt Maréchal , faiſant la
fonction de Grand- Maréchal dans la ceremonie.
Le Czar marchoit enſuite , ayant à fes
cotez le Baron d'Ofterman , faifant les
fonctions de Grand-Maître de fa Maiſon,
& le Prince Alexis Dolhorucki ; le grand
Confeil privé, les Grands Chambellans &
les autres Chambellans de S.M. Cz . marchoient
après ce Prince , & ils étoient fuivis
des Colonels & autres Officiers , de
plufieurs Gentilshommes Mofcovites , invitez
à la ceremonie , & du fecond détachement
de la Compagnie des Chevaliers
Gardes qui fermoit la marche .
Après la ceremonie du Couronnement
qui fe fit avec la même pompe & la même
folemnité que celle du Couronnement
de la feuë Czarine , le Czar remonta à
Cheval & retourna au Château , marchant
Lous un Dais magnifique , qui étoit foûtenu
par fix Majors Generaux de fes
troupes .
Le
816 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour au foir il y eut des feux,
des illuminations & d'autres marques de
réjouiffance dans toutes les rues de la
Ville. Les Miniftres étrangers firent illuminer
leurs Hôtels , & le Duc de Liria
Ambaffadeur Extraordinaire du Roy d'Efpagne
, fit couler pendant toute la nuit
deux Fontaines de vin & deux Fontaines
d'eau-de- vie pour le peuple.
Le 9 au foir il y eut un Bal magnifique
au Kremel , qui fut précedé d'un tresbeau
Feu d'artifice qu'on tira dans une
grande Prairie , qui eft de l'autre côté de
la Riviere .
Le 14 , il y eut encore un Bal tres - magnifique
au Palais , qui dura depuis cinq
heures du foir jufqu'à minuit . Les Miniſtres
Etrangers y furent invitez , & ils eurent
l'honneur de danfer avec les Prin
ceffes Czariennes. Il y eut de tres -belles
illuminations par toute la Ville.
Le même jour l'Ambaffadeur d'Eſpagne
fit chanter un Te Deum dans l'Eglife
Catholique de Mofcou , à l'occafion du
rétabliffement de la fante du Roy fon Maître
, & donna enfuite un magnifique repas
à quantité de Seigneurs & de Dames de la
Cour. Ce Miniftre vit en Ruffic avec une
grande magnificence , & il s'attire par fes
bienfaits la confideration & l'eftime de
toute la Cour. Le Czar lui fit l'honneur
le
AVRIL . 1728. 817
le lendemain de fon Couronnement de
fouper chez lui . Il y avoit trois tables de
20. couverts chacune , fervies dans la plus
grande délicateffe.
L'Epoufe du Prince Menzikoff & fa famille,
qui font toûjours à Oraniembourg,
ont obtenu la permiffion de fe promener
dans les environs de ce Château , mais
leurs gardes ont ordre de ne les pas quitter
. On a envoyé depuis peu à fon Epoux
un Memoire , contenant 8o articles , fur
lefquels il a ordre de répondre : il eft menacé
, en cas de refus , d'y être contraint
par la peine du Knout.
On mande des Frontieres , que l'armée
du Sultan Acheraf avoit pris fes quartiers
à douze lieuës de Derbent ; mais qu'on
n'avoit pas encore reçu avis que les Turcs
euffent fait aucun mouvement pour les
joindre.
Le Czar a donné depuis peu une augmentation
de penfion de 60000 Roubles par
an à laCzarine Ottokefa fon Ayeule, pour
laquelle on prépare à Mofcou un appartement
dans le Château de Kremel. Les
ordres font donnez à Petersbourg pour
meubler dans le Palais d'Eté , un appartement
qui lui eft deſtiné . Cette Princeffe
eft nommée prefentement , immédiatement
après S.M.Cz.dans les Prieres publiques
qu'on fait pour le Czar & pour fa famille.
H On
818 MERCURE DE FRANCE.
"
On a reçû à Petersbourg de Mofcou, le
7 du mois dernier , la ratification du Traité
de commerce que le Duc de Liria , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Efpagne
, a conclu depuis peu avec les Commiffaires
de l'Amirauté & du College de
commerce.
On travaille avec beaucoup de diligen
ce à l'équipement de la Flote ,tant à Cronf
loot qu'à Revel . Elle fera compofée de so
à 60 Vaifleaux de guerre , & de près de
500 Galeres ou autres Bâtimens plats .
On a reçu avis qu'il étoit arrivé à Tobolka
un Miniftre du Prince Thamas, fils
du Roy de Perle détrôné , pour propofer
au Czar une alliance offenfive & deffenfive
contre le Sultan Acheraf , qui continue
de raffembler fes Troupes à 10 ou 1 2
lieuës de Derbent , dont on croit qu'il a
deffein de former le fiege , aufli - tôt que
toute fon artillerie fera arrivée .
On a accepté les offres de fecours que
les Députez des Cofaques & des Tartares
ont fait faire au Czar, & on les a engagez
à tenir leurs Troupes prêtes à marcher au
premier ordre, en leur promettant de leur
fournir toutes les provifions & munitions
de guerre qui leur font neceffaires pour fc
mettre en campagne .
L'affaire du Prince Menzikoff fera jugée
en l'état qu'elle fe trouvera après le retour
du
AVRIL. 1728. 819
du Czar à Petersbourg, car il a été impoffible
jufqu'à prefent d'avoir des preuves
de toutes les malverfations dont il a été
accufé ; ainfi l'on croit que fon ambition
fera fon principal crime , & qu'il fuffira
pour juftifier la confifcation de fes biens.
I
POLOGNE.
Left arrivé à Szagrod , petite ville de la
Frontiere de ce Royaume, 8 à 9000 Tartares,
divifez par bandes , fous prétexte de demander
la protection de la Republique, contre les mauvais
traitemens du Sultan Deli ; mais comme
leur nombre augmente tous les jours , & qu'il
y a lieu de craindre que fous ce faux prétexte
ils ne cachent d'autres defleins dangereux , le
Grand- General de l'armée de la Couronne a
fait approcher les Compagnies franches qui
étoient en quartier dans les environs de Var
fovie , pour les obferver.
Le Duc Ferdinand de Curlande a proteſté
dans tous les Tribunaux du grand Duché de
Lithuanie , contre les Actes , par lefquels la
Commiffion Polonoife qui s'eft affemblée à
Mittau , a établi de nouveaux Tribunaux & une
nouvelle forme de Gouvernement dans fon
Duché.
E
DANNEM ARC.
enfin à les
tres Patentes qui confirment l'ancien Octroi
de la Compagnie des Indes Orientales , établie
à Copenhague en 1616. Les Directeurs ont fait
publier leur projet , fuivant lequel ils veulent
étendre leur commerce , par voye de foufcriptien
Hij Suede
820 MERCURE DE FRANCE .
LFU
SUEDE.
E Roy a accordé la grace aux Etudians de
l'Univerfité d'Abo , qui y ont été condamnez
à avoir la tête tranchée , pour avoir excité
une émotion populaire dans la Ville , la peine
de mort a été changée en une prifon de trois
ans.
LEO
ALLEMAGNE.
E bruit court à Berlin que vers la fin du
mois prochain , le Roy de Pruffe y recevra
le Roy & la Reine d'Angleterre , le Prince de
Galles , le Roy & la Reine de Suede , le Roy
de Pologne , le Prince Electoral de Saxe fon
fils , & peut- être le Roy de Dannemarc.
M. Dierling , Réfident de l'Empereur à Conftantinople
, a écrit à la Cour de Vienne , que le
Grand Seigneur avoit donné la liberté à cent
Efclaves Chrétiens , & l'argent neceffaire pour
retourner dans leurs pays, en reconnoiffance de
ce que S.M.I.avoit accordé la grace à un Turc.
convaincu d'avoir tué un Chrétien dans ce
pays.
Le bruit s'eft répandu fur la fin du mois dernier
, à Vienne , que le Czar y viendroit de
Mofcou, après la ceremonie de fon couronnement,
pour époufer la fille aînée du Duc de.
Beveren.
Le Comte Hercule Pie Montecuculli , Confeiller
au Confeil d'Etat & au Confeil de Guerre
, a obtenu de l'Empereur le Commandement
general de fes Troupes dans le Duché de Milan.
La Chambre des Finances à Vienne , a eu ordre
de payer au Comte de Sinzendorf , Grand-
Chancelier de la Cour & premier Plenipotentiaire
de S. M. I. au prochain Congrès , 25000
Florins ૨
AVRIL. 1728. 821
Florins , pour les frais de fon voyage , & soco 5000
Florins par mois pendant la tenue du Congrès.
On a reçû avis d'Infpruck que le feu avoit
pris la nuit du 15 au 16 du mois dernier,au Château
de cette Ville , qu'en moins de trois heures
il avoit été confumé par les flammes ; qu'il
étoit péri plufieurs perfonnes dans cet incendie,
& que le Comte de Kunugel , Commandant
de ce Château & le Comte fon fils , avoient
eu beaucoup de peine à fe fauver.
On mande de Berlin , que le Roy de Pruffe
avoit ordonné à tous les Miniftres , pendant le
féjour du Roy de Pologne , d'avoir chacun une
table de 12 couverts , & les Confeillers privez
une de 8. Le feul Baron d'Ilgen a été excepté
de cet ordre , à caufe de fon grand âge.
-
Le 25 du mois dernier , jour du Jeudy Saint ,
l'Empereur communia à Vienne ,par les mains
du Nonce du Pape ; il lava enfuite les pieds à
1e pauvres vieillards , qu'il fervit à table , &
aufquels on diftribua des aumônes . L'Imperatrice
n'étant pas encore affez bien rétablie pour
faire la même ceremonie , l'Archiduchefle Marie-
Magdelaine la fit en fon nom .
I Le de ce mois au foir , M. Daniel Braga
dino , nouvel Ambaffadeur de la Republique
de Venife , arriva à Vienne avec toute fa fuite.
On a interrompu depuis peu la levée de
3000. hommes que le Duc de Bournonville
avoit eu la permiffion de faire enrôler dans
l'Empire pour le fervice du Roi d'Eſpagne.
Le bruit court qu'on va mettre un nouvel
Impôt d'un Florin par aune fur les draps
d'Angleterre , afin de procurer un plus grand
débit de ceux des Manufactures de
Pays.
ce
M. Dierling , Réfident de l'Empereur à la
Cour du Grand- Seigneur , a écrit que dans
Hij
une
822 MERCURE DE FRANCE .
une Audience qu'il avoit eue du Grand-
Vizir , ce premier Miniftre lui avoit dit que
S.H. ne pouvoit fe difpenfer de remplir fes
Engagemens avec le Sultan Acheraf; qu'Elle
ne pouvoit refufer aux Perfans les fecours
dont ils avoient befoin pour reprendre fur
les Mofcovites les Places conquifes par le
feu Czar , du côté de la Mer Cafpienne ;
mais qu'érant prefque affurée qu'ils borneroient
là leurs conquêtes , fans rien entreprendre
de plus fur les Terres de l'ancienne
Domination de S M. Czarienne , Elle efperoit
que ces fecours fournis aux Ennemis du
Czar ne pourroient être regardez comme
une Infraction au Traité de Paffarowitz, &
que la Porte étant toujours dans la difpofition
de vivre en bonne intelligence avec
l'Empereur , le G. S. enverroit inceffamment
un Aga à Vienne , pour en donner de nou
velles affurances à S. M. Imper.
L
ITALI E.
E bruit court à Bologne , que le Pape
doit s'y rendre pour affiſter au Chapitre General
de l'Ordre des Dominicains , qui doit
s'y tenir ce mois cy .
Le 8. du mois dernier , le Pape tint un
Confiftoire fecret , dans lequel S. S. propofa
l'Abbaye de Sainte Marie de l'Abondance ,
dans le Diocefe de Genéve , pour l'Arche
vêque d'Ambrun.
Le Cardinal Ottoboni , Protecteur des
Affaires de France , propofa l'Evêché de S.
Brieux , pour l'Abbé de Montclus , Grand-
Vicaire de l'Evêque de Langres ; & il préconifa
le P. Surian , Prêtre de l'Oratoire
pour l'Evêché de Vence.
ม
A V RIL. 1728. 829
Il y eut au commencement du mois dernier
, une Congregation de Cardinaux au
Palais du Vatican , au fujet de M. Bichy :
le Cardinal Corradini parla avec beaucoup
de fermeté contre la Promotion que le Roi
de Portugal demande en fa faveur ; & fon
avis ayant été approuvé , il fut réfolu qu'on
feroit part de cette décifion à Dom André
Mello de Caftro , Ambaffadeur de Portugal,
auprès du S. Siége , depuis le 29. Septembre
1721. qu'il eut fa premiere Audience publique
, lequel partit le 20. Mars , pour retourner
à Lifbonne , avec une fuite de trois caroffes
à fix chevaux , & de cinq caleches.
Le 17. du même mois , l'Ambaffadeur de
Bologne eut une Audiance particuliere du
Pape , auquel il repréfenta de la part de fa
République , que le Magiftrat étoit extremément
irrité contre la conduite du Cardinal
Legat de cette Ville , qui fans avoir égard
au caractere particulier de l'Affeffeur du
Tribunal qu'il lui avoit député pour des affaires
publiques , l'avoit fait arrefter. & conduire
en prifon , fans obferver aucune formalité.
Que cette violence avoit tellement
animé le Peuple , que s'étant attroupé , il
étoit allé aux prifons du Légat , & en avoit
tiré le prifonnier. Il pria S. S. de prévenir
de pareils défordres à l'avenir , & de faire
donner au Magiftrat une fatisfaction convenable.
Le Pape lui promit de faire exami
ner cette affaire ; & l'on croit que S. S.
nommera une Congregation particuliere à
ce fujet.
On areçu avis que la Gondole de Savone',
qui fut prife l'année derniere par un Corfaire
de Tunis , & qui a depuis été armée en courſe,
étoit arrivée depuis peu dans le Port de
Hiiij Meffing
824 MERCURE DE FRANCE .
" Meffine fous le Commandement d'un
Renegar Sicilien , qui auffi - tôt qu'il eût jerté
l'ancre , découvrit au Capitaine du Port ,
que fon deffein étoit de rentrer dans le fein
del Eglife, dont il s'étoit feparé en fe faifant
Mahometan que 25. hommes de fon Equipage
avoient pris la même refolution › &
qu'il le prioit d'en avertir l'Evêque & l'Inquifition.
Ces Lettres ajoutent que le 2 da
mois dernier , ces Renegats avoient debarqué
leurs Effets ; qu'ils s'étoient mis entre les
mains des Miffionnaires , pour fe preparer à
leur abjuration , & que le refte de l'Equipage,
qui n'a pas voulu changer de Religion , avoit
eu la liberté de retourner à Tunis.
On a imprimé à Naples , fur la fin du mois .
dernier , des Lettres Patentes de l'Empereur ,
pour l'établiffement d'une nouvelle Banque ,
dans cette Capitale ; & l'on croit qu'elle fera
ouverte au commencement du mois prochain.
On écrit de Bologne du 12. Mars , que le
Bailly de Ferety , ci- devant Grand- Prieur
d'Angleterre,y étoit arrivé ; qu'il a accepté le
Grand-Prieuré de Crémone , vacant par la
mort du Bailly Doria , & s'eft démis du
Grand- Prieuré d'Angleterre , en faveur du
Chevalier Geraldin , qui en avoit eu depuis
deux ans un Bref d'Expectative.
Le Patron d'une Barque arrivée fur la fin
du mois dernier , de Tunis à Naples , arapporté
que le 29. de Février au foir , le reveu
du Bey, qui étoit un des Principaux de la
Regence , étoit forti à cheval de la Ville ,
avec un de fes fils & trois Negres , & qu'il
s'étoit retiré fur le Mont Anfolette , où rous
les Mécontens du Pays l'avoient joint avec
des armes & des provifions. Que le 22 du
même mois , le nommé Benmitrifia , Commandant
A VRIL. 1728. 825
mandant de la Ville , en étoit auffi forti ,
accompagné de deux de fes fils , & d'un Renegat
Sicilien , fon gendre , & qu'il étoit allé
joindre le neveu du Bey ; que le lendemain
on avoit été obligé de fermer les portes de
la Ville , pour empêcher les autres Habitans
d'en fortir, & que le Bey avoit fait fabrer
tous ceux qui avoient voulu forcer la Garde.
Que le 24 on avoit reçû avis que le nombre
des Mécontens s'étoit fi fort augmenté , qu'ils
fe difpofoient à venir forcer la Ville , pour en
déposer le Bey ; que la Régence avoit fait
venir de la Cavalerie , & obligé les Habitans à
prendre les armes. Que le 25. il s'étoit tenu
un Confeil extraordinaire , dans lequel le
neveu du Bey & ceux de fon party , avoient
été déclarez Rebelles , & leurs biens confif
quez ; & que le 26. le Bey étoit forti de la
Ville , à la tête de 2500. hommes , pour aller
attaquer les Mécontens .
Le 25. du mois dernier, le Pape , après toutes
les Cérémonies du Jeudy Saint , lava les pieds
à douze Prêtres Etrangers , & les fervit à
table.
Le Prince Borghefe a fait préfent d'un
Calice & d'une Patene d'or au Pape , qui lui
avoit accordé la permiffion d'avoir un Four
dans fon Palais , en payant les droits ordinaires
.
ESPAGNE.
N écrit de Madrid que le Marquis de la
Paz, Secretaire d'Etat, & M. Knen , char-;
gé des affaires du Roi d'Angleterre , ont dépêché
un Courier à Gibraltar , pour y donner
avis que toutes les difficultez qui avoient re
tardé l'ouverture du Congrès , avoient été le
Hv vées
826 MERCURE DE FRANCE.
vées le 6. de Mars par un Acte figné à Madrid
par les Miniftres Plénipotentiaires de l'Empe
reur , du Roide France , du Roi d'Eſpagne , du
Roi d'Angleterre , & des Etats Generaux des
Provinces - Unies.
GRANDE BRETAGNE.
N mande d'Edimbourg , que Jean Currie ,
Relieur , convaincu d'avoir contrefait des
Billets de Banque , fut condamné par les Lords
de la Seffion , à être fuftigé par la ville le 7.
d'Avril , à être mis 8. jours après au Pilori ,
l'oreille cloüée, & être tranfporté enſuite dans
les Colonies
La Marquifé de la Vrilliere & la Comteffe de
S. Florentin , arriverent à Londres le 13 du
mois dernier . Elles allerent deſcendre chez le
Comte de Broglio , Ambaffadeur de France.
Le 17. elles allerent avec cet Ambaſſadeur au
Palais de S. James , où le Duc de Newcaſtle ,
Secretaire d'Etat , les prefenta au Roi & à la
Reine , qui les reçurent très- gracieuſement .
On fir le mois dernier l'inoculation pour la
petite verole à Mylady Camille Bennet , fille
du Comte de Tancarville.
Le 15. du mois dernier , le Comte de Welderen
& M. Silvius , Ambaffadeurs des Etats
Generaux des Provinces - Unies , firent leur Entrée
publique à Londres , avec une très -grande
magnificence. Le Comte de Radnor & le Chevalier
Clement , Maître des Ceremonies , allerent
avec les Barges du Roi , les prendre à
Greenwich , & les conduifirent à la Tour , où
cinq Caroffes du Roi les attendoient. Les Ambaffadeurs
furent faluez du Drapeau par la
Garnifon de la Tour. Ils monterent enfuite
dans un des Caroffes de S. M. & la marche
com
AVRIL 1728% 8 27
commença par celui du Comte de Radnor. Ik
furent fuivis de 46. Gens de Livrée , marchant
deux - à- deux , de deux Ecuyers à cheval , en
habits de velours noir, avec des Plumets noirs,
de 8. Pages auffi à cheval & en habits de ve
lours noir , avec des veftes de brocard blanc
& des plumets blancs . Les cinq Caroffes du
Roi venoient enfuite , fuivis de cinq Caroffes
des Ambaffadeurs , à 8. chevaux , richement
harnachez , dans lefquels étoient leurs Gentils
hommes & Officiers , 26. autres Caroffes à 6.
chevaux . appartenans à divers Seigneurs , fermoient
la marche. Les Ambaffadeurs defcendirent
au Palais de Somerfet , où ils furent traitez
pendant trois jours aux dépens du Roi. Ils
fe rendirent le Jeudy ſuivant au Palais de Saint
James , où ils eurent Audience publique de
S M.
Le Colonel Guillaume Stanhope & Mrs
Etienne Points & Jean Edge , Miniftres Plenipotentiaires
du Roi au futur Congrès qui fe
doit tenir à Soiffons au commencement du mois
de Juin , fe préparent pour s'y rendre.
On dépêcha de Londres , fur la fin du mois
dernier , un Exprès au Contre Amiral Hopfon,
qui commande l'Efcadre Angloife en Amerique
, avec des inftructions fur la conduite qu'il
doit tenir avec les Efpagnols , & l'ordre de fe
retirer de devant le Port de Carthagene , &
d'en laiffer fortir librement les Gallions.
Le g. de ce mois , le Roi figna la Commiffion
par laquelle S. M. a donné le Gouvernement
des Ifles Angloifes fous le vent en Amerique ,
au Lord Londonderry , qui doit s'y rendre inceffamment
avec toute fa famille.
H vj Hol
828 MERCURE DE FRANCE .
I
HOLLANDE , PAYS - BAS.
Ls'eft tenu à Anvers une Affemblée Generalè
des Intereflez de la Compagnie du Cammerce
, dans laquelle on a fait la lecture du Decret
de l'Empereur , qui ordonne la fufpenfion du
Commerce de cette Compagnie . Ce Decret
porte en ſubſtance qu'on rendra aux Intereſſez
les trois quarts de leur principal , avec une répartition
de 25. pour cent , le tout en Billets
de Change , payables dans trois mois , qui feront
pris pour argent comptant dans la prochaine
vente des Marchandiſes arrivées des
Indes. L'autre quart demeurera en caiffe pour
en faire un commerce qu'on n'a pas jugé à
propos de communiquer à l'Affemblée.
M. de la Baune , Gentilhomme ordinaire du
Roi de France , arriva à la Haye fur la fin du
mois dernier, chargé des affaires de S. M.T.Ch.
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
R Soufin , ancien Capitaine de Dragons ,
Mmourutà Bruxelles le 13. du mois dernier
âgé de 109. ans ; il avoit fait 60. Campagnes.
Le Prince Jofeph Augufte , fils aîné du Prince
Electoral de Saxe , mourut à Drefde de la
petite verole , le 14. du même mois , âgé de
6. ans & quelques mois. Son corps fut porté
le 16. par 4. Gentilshommes , accompagnez
d'un Détachement des Gardes de la Chapelle
Catholique , où il fut inhumé. Le jeune Prince
fon frere , qui eft prefentement le feul fils
AVRIL. 1728. 829
du Prince Ejectoral , eft auffi attaqué de la petite
verole.
Le Cardinal Ulyffe - Jofeph Gozzadini , Cardinal
Prêtre du titre de Sainte Croix en Jerufalem
, & Evêque d'Imola dans les Etats du
Pape , y mourut le 20. du mois dernier dans la
78e année de fon âge , étant né à Bologne le 10
Octobre 1650. Il avoit été Secretaire des Brefs
aux Princes , fous le Pontificat d'Innocent XII .
& il étoit Archevêque titulaire de Théodofie ,
lorfque le Pape Clement XI . le nomma Cardi
nal le 15. Avril 1706.
On mande de Lisbonne qu'on y avoit reçû
avis de Vifeu , qu'une Religieufe du Monaſtere
des Benedictines de cette Ville , nommée Sour
Françoife-Baptifte , y étoit morte le mois dernier
âgée de 120 ans accomplis.
Le 28. Février , la Princeffe de Piémont accoucha
à Turin d'une Princeffe .
Le 2. du mois dernier , vers les fix heures du
matin , Dona Catherine Zephirina Salviati
épouſe du Connétable Colonne , accoucha à
Rome d'une fille qui fut baptifée l'après midi
dans l'Eglife des Apôtres , & nommée Marie-
Ifabelle-Anne- Claire- Therefe - Gertrude - Secondille-
Janviere- Hieronime.
Le 21. du même mois , le fils nouveau- né du
Duc de Guadoglono Conti , fut baptifé à Rome
par l'Archevêque Titulaire de Theffalonique,
& tenu fur les Fonts par le Cardinal Conti
fon grand oncle , qui le nomma Felix - Jofeph-
Marie-Innocent - François - André- Hiacinthe-
Longin-Gafpar- Melchior- Baltafar.
FRANCE
830 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
La
E Vendredi de la femaine de Pâques,
ainfi qu'il le pratique tous les ans , le
Parlement & la Chambre des Comptes ,
precedez de leurs Huiffiers , & invitez par
Meffieurs les Prévôt & Echevins de la Ville
de Paris , aflifterent, en Robes ordinaires,
dans l'Eglife de Notre - Dame , à une Meffe
folemnelle , celebrée à l'Autel de la Vierge ,
en memoire de l'Expulfion des Anglois
hors de Paris & du Royaume de France .
Meffieurs du Parlement & de la Chambre
des Comptes étoient placez fur un même
banc, & tenant une même ligne où chaque
Officier du Parlement étoit croifé par un
Officier de la Chambre ; enforte que ces
deux Compagnies , qui avoient à leur tête
un réfident à Mortier & un Préfident de
la Chambre, étoient terminez par un Confeiller
de la Cour , & un Auditeur des
Comptes , le nombre fe trouvant égal de
part & d'autre.
L'origine & la raifon de cette Ceremonie
font fondées fur ce que la nouvelle de
l'expulfion & deffaite des Anglois s'étant
répandue dans Paris le Vendredi d'après
Pâques
AVRIL. 1728 83 1
Pâques de l'année 1436. fous le Regne
de Charles VII . tous les Officiers du Parlement
& de la Chambre des Comptes ,
au milieu des acclamations du Peuple , fe
rendirent confufément, fans garder ni pas,
ni rang , dans l'Eglife N. D. pour y rendre
graces à Dieu devant l'Autel de la
Vierge , de l'heureuſe nouvelle que l'on
venoit d'apprendre. Meffieurs les Prévôt
des Marchands & Echevins , en Robes de
Ceremonie, & les Officiers de Ville ,furent
placez à gauche , vis- à -vis du Parlement
& de la Chambre. La Cour des Aydes
n'y affifte pas , parce qu'alors elle n'étoit
pas encore établie .
7
La Ceremonie qui s'obferve tous les
ans le 22. Mars en memoire de la Réduction
de Paris.fous l'obéïffance de Henry
IV. ayant été remife au Vendredy 9 .
de ce mois , Meffieurs du Parlement & de
la Chambre des Comptes , de la Cour des
Aydes , les Prévôt des Marchands & Echevins
, tous en Robes de Ceremonie , fe
rendirent dans l'Eglife des Grands Auguftins
, où on celebra une Meffe folemnelle
chantée par la Mufique de N. D.
Il eſt à remarquer que dans cette occafion,
comme en toutes les autres , où le Parlement
& la Chambre des Comptes font invitez
par le Roi , attendu le differend qui
furvint pour le pas dans l'Eglife N D.
entrs
832 MERCURE DE FRANCE .
entre ces deux Compagnies , à l'occafion
du Voeu de Louis XIII . Sa Majefté , dans
fa Lettre de Cachet qu'elle leur adreffe
par le Grand -Maître des Ceremonies ,
coutume de leur marquer leur marche en
public , leur place dans le Choeur de l'Eglife
& leur fortie ; enforte néanmoins
que le Parlement eft à la droite , & la
Chambre des Comptes à la gauche ; ce
qui fe pratique dans toutes les occafions
publiques.
Le même jour 9 Avril , M. le Marquis
de Vaubonois , Premier Prefident de
la Chambre des Comptes de Grenoble ,
dont il eft parlé dans le Mercure précedent
, a été agréé par le Roi , & reçû
dans l'Académie des belles Lettres , en
qualité d'Académicien correfpondant honoraire
, auquel on doit en envoyer les
Patentes.
COMMISSION de M. le Duc
d'Orleans , adressée au Chevalier de Mantour,
pour la Réception de M. de la
Rochette Defcombes , dans l'Ordre de
N. D. du Mont- Carmel & de S. Lazare
de Jérufalem .
OUIS D'ORLEANS Premier Prince
Ldu Sang , Duc d'Orleans , de Valois
de Chartres , de Nemours & de
Montpenfier ,
AVRIL. 1728. 831
A
Montpenfier , Commandeur des Ordres
du Roi , Colonel General de l'Infanterie
Françoife & Etrangere , Gouverneur &
Lieutenant General pour fa Majefté en fa
Province de Dauphiné, & GRAND - MAITRE
GENERAL , tant au Spirituel qu'au
Temporel des Ordres Royaux , Militaires
& Hofpitaliers de Notre - Dame du
Mont-Carmel & de S. Lazare de Jérufalem,
Béthléem & Nazareth , tant deçà que
delà les Mers . A notre cher & bien amé
frere Charles Moreau de Mautour, Capitaine
auRegiment d'Infanterie de Touloufe
,& Chevalier de nofd . Ordres , SALUT :
Ayant agréé l'humble priere qui nous a
été faite par Claude de la Rochette Def
combes , Chevalier Seigneur de Bonneville
, de Bobignion , de Crofet & autres
lieux , Capitaine au Regiment d'Infanterie
de Ponthieu , à ce qu'il nous
plût le recevoir Chevalier de Juftice dans
nofdits Ordres ; & fur les raifons valables
qu'il nous a fait reprefenter qui l'empêchent
de fe rendre auprès de Nous pour
y être reçû ; Nous voulant le traiter favo
rablement , étant bien informé d'ailleurs
de fes bonnes vie , moeurs , Religion
Catholique , Apoftolique & Romaine ,
Naiffance légitime , & Nobleffe : Nous
vous avons commis & député , commertons
& députons par ces Preſentes , pour
que
834 MERCURE DE FRANCE:
que vous ayez à l'y recevoir en notre
lieu & place avec les ceremonies accoutumées
& prefcrites dans le mémoire
qui vous en fera envoyé , figné de notre
frere Chevalier , Commandeur , Greffier
& Secretaire General de nofdits Ordres ,
& lui en donner la Croix avec un Ruban
tanné amarante , & le Livre des Régles
& Statuts d'iceux ; & en confequence
de l'Acte de reception , que vous nous
envoyerez dans le terme d'un an , ledit
Acte figné de vous & de quelques_témoins
, nous ferons expedier audit fieur
de la Rochette Defcombes nos Lettres &
Provifions fur ce néceffaires ; à faute de
quoi Nous voulons & entendons que la
prefente Commiffion , & la Réception
foient nulles & de nul effet : CARTELLE
EST NOTRE INTENTION . En foi
dequoi Nous avons figné ces Prefentes
de notre main , icelles fait contrefigner
par notre frere Chevalier , Commandeur
Greffier & Secretaire General defdits
Ordres , & fceller du fceau de nos Armes.
DONNE' à Paris le vingt -uniéme jour du
mois de Février mil fept cens vingt -huit ,
figné LOUIS D'ORLEANS , & plus bas
par Monfeigneur , figné BOULARD.
A
INSTRUCTION
T
AVRIL. 1728. 839
INSTRUCTION envoyée en confequence
de la Commiffion ci - deffus , contenant
l'Ordre du Cérémonial.
M. le Chevalier Moreau de Mautour
recevra le Prefenté , après la Meffe dite
dans telle Eglife ou Chapelle qu'il lui
plaira de choifir ; à la fin de laquelle
Meffe le Prefenté fera exhorté de communier
, en cas qu'il ne l'ait pas fait ce
matin - là même , avant que de venir à la
´ceremonie , ainfi qu'il faut avoir foin de
l'en avertir . Il faudra préparer au milieu
de la Chapelle ou de l'Eglife un Prié - Dieu
couvert d'un Tapis , avec un Carreau &
Fauteuil de même , & proche de l'Autel ,
du côté de l'Evangile , & un autre Fauteüil
& un Carreau .
Lorfque la Meffe commencera , un
Aumonier , ou celui qui reprefentera le
Maître des Ceremonies , mettra la Croix
& le Livre des Prieres & des Statuts de
l'Ordre fur la Credence du même côté de
l'Evangile , & fera un figne au Preſenté ,
qui l'avertira de fe lever , & de venir , tenant
dans la main fon Epée haute , &
couverte de fon fourreau , faire une reve
rence à l'Autel , puis une à M. le Chevalier
de Mautour , & mettre enfuite fon
Epée fur cette même Credence.
M
836 MERCURE DE FRANCE .
T
M. le Chevalier de Mautour , en arrivant
à la Chapelle ou à l'Eglife , fe mettra
fur le premier Prié- Dieu , pour entendre
la Meffe , que le Prefenté entendra
auffi à genoux , étant placé trois ou quatre
pas devant lui à droit ou à gauche .
La Meffe étant finie , M. le Chevalier
'de Mautour ira s'affeoir dans le Fauteuil
qui aura été mis du côté de l'Evangile ,
où il demeurera pendant que l'Officiant ,
revêtu d'une Chape fera la Benediction
de la Croix & de l'Epée.
Après quoi l'Aumônier ou le Maître
des Ceremonies fera un figne de la main
au Prefenté , lequel fe levera & viendra
fe mettre à genoux fur le Carreau qui
aura été preparé aux pieds de M. le Chevalier
de Mautour , qui le recevra fuivant
le Ceremonial ordinaire.
Enfuite M. le Chevalier de Mautour
retournera à fa place , & le nouveau Chevalier
à la fienne, après avoir figné la Profeffion
. On chantera enfuite le TE DEUM ,
qui finira cette Ceremonie .
Le Prefenté pourra inviter ceux de fes
parens ou amis qu'il lui plaira pour affifter
à la Réception .
La Ceremonie de cette Reception s'eft
faite au mois de Mars dernier , dans une
Paroiße du voisinage de Montbriffon.
On mande de Metz , que le 25 du
mois
AVRIL. 1728. 837
mois dernier , le Duc de Coiflin , Evêque
de cette Ville , remit entre les mains de
l'Intendant de la Province & des Maire
& Echevins de Metz , les clefs des Corps
' de Cazernes qu'il vient de faire conſtruire
, tant pour le foulagement des pauvres
Bourgeois , fujets aux logemens des gens
de guerre , que pour éviter les défordres
que la trop grande familiarité des Soldats
avec le fexe , occafionnoit par ces
logemens . Que les Bourgeois & les Corps
de Métiers , dans les remercimens qu'ils
firent quelques jours après à ce Prélat ,
lui demanderent la permiffion de nommer.
cet édifice , Cazernes de Coiflin , pour
marque de leur reconnoiffance , & pour
en conferver la mémoire à la pofterité.
Ces bâtimens placez fur la plus grande &
la principale place de cette Ville , à laquelle
ils fervent d'un grand ornement
confiftent en un Corps deſtiné pour le
logement des Soldats , lequel remplit
une des quatre faces de la place ; il y a
quarante fept toifes & demie de longueur
, fur fept toiles de largeur. La face
du côté de la place eft réguliere , ornée
d'un fronton , foutenu par deux pilaftres
faillans ; elle eft percée de foixante & dix
croifées ,tant pour le rés - de - chauffée que
pour les deux étages au - deffus , & de cinq.
grandes portes
à deux battans .
Cet
838 MERCURE DE FRANCE .
Cet édifice renferme foixante chambres
de Soldats , de 22 pieds de long chacune
fur 18 de large , dans lefquelles on fe
rend fans aucune communication par dix
efcaliers très- commodes. Toutes les
chambres du rés- de -chauffée font en
voute d'arête. Aux deux côtez de ce
grand Corps , & à une diſtance de quinze
pieds , deux grands pavillons en forment
les aîles ; ils ont été conſtruits pour fervir
de logement aux Officiers. Chacun
de ces pavillons a 18 toiſes de longueur ,
fur fept & demie de largeur , & contient
22 chambres de 20 pieds de longueur ,
dont les unes ont 12 & les autres as pieds
de largeur. Chacune defquelles a fon cabinet
ou garde - robe ; la plupart avec
des cheminées . Il y a auffi fix cuiſines &
une écurie de 45 pieds de long fur 15 de
large dans chaque pavillon. Les faces fur
la place font percées de 30 croifées , pour
le rés - de - chauffée & les deux étages , compris
les deux grandes portes d'entrée .
Ces trois corps font couverts d'ardoiſe .
Le digne Prélat s'eft porté à cette
conſtruction avec tant de zele & de vigilance
, que la même année qui en a vû
ouvrir les fondations,en a vû la perfection
entiere . On croit que ces bâtimens lui
coutent plus de cinquante mille écus . On
a fait plufieurs pieces de vers à l'occafion
2
de
'A V RI L. 1728 . 839%
de cet édifice : en voici une en forme d'infcription
, qui en peu de mots exprime les
intentions qu'a eu cet illuftre Evêque ,
en faifant élever ce monument éternel de
fa pieté, & de fa magnificence.
COISLINI Domus hac , Urbi adificata ;
Deoque
Militis Hofpitium fimul eft , Civifque levamen
DECOUVERTE d'une impofture finguliere.
Extrait d'une Lettre écrite de Strasbourg
le 6. Mars 1728.
Ien de plus vrai , Monfieur , que la nou-
Rvelledont vous me demandez la confirmation.
La fille en queftion eft morte fubitement
le 24. du mois paffé, âgée de près de 6. ans , &
ayant porté dès l'âge de vingt ans un ventre
extraordinaire , lequel groffiffant peu à peu
étoit enfin devenu monftrueux . Cette fille pauvre
d'ailleurs , excitoit la compaffion de tout
le monde ; l'Ecole de Medecine l'affiftoit charitablement
, en attendant de voir à ſa mort ce
qui avoit pû caufer une enflure fi énorme.
Ce moment étant enfin arrivé le jour que je
viens de dire , & tout étant prêt pour l'ouverture
, on fut faifi d'étonnement de ne
trouver qu'un ventre ordinaire ; mais on fut
encore plus frappé , lorfqu'à force de chercher
la caufe d'un effet fi peu attendu , on
trouva fous le petit grabas de la défunte , une
efpece de cuiraffe ou de machine , remplie de
haillons , de filaffe , & c. que la prétenduë
malade avoit eû l'adreffe de fe faire & la paience
de porter pendant près de 40. ans , en
obfervant
840 MERCURE DE FRANCE.
obfervant de groffir peu à peu le volume ,
mefure que la compaffion & les aumônes augmentoient.
Cette machine pefoit environ 20.
livres . Enfin , Monfieur, on ne parle ici d'autre
chofe, & on ne sçauroit revenir de l'étonnement
& d'une espece de honte que caufe à tout le
public ce ventre poftiche. La fille , pour ne
rien omettre , avoit eu grand foin de ne
le laiffer tâter ni voir à perfonne , feignant ,
outre la pudeur , de grandes douleurs que l'at
touchement augmentoit , &c. Nous avons bien
ri de la Fable du Serpent trouvé dans ce ventre,
felon le Nouvelifte de Paris , copié par le Gazetier
d'Hollande. On a gravé ici la figure de
cette fille , & fon ventre à côté d'elle , tel qu'on
l'a trouvé. Je fuis , &c.
Le 25 du mois paffé , M. de Villeneuve
, Lieutenant General de la Senechauffée
de Marſeille , nommé à l'Ambaffade
de la Porte , eut l'honneur de
faluer le Roi , & fa Majefté le reçût
très-favorablement. Il eft fils de François
de Villeneuve , Confeiller au Parlement
de Provence , & de Magdelaine de
Fourbin Sainte- Croix , proche parente
de M. le Comte du Luc , Chevalier des
Ordres du Roi , & c . M. de Villeneuve
( Louis Sauveur ) a quatre freres ; ſçavoir
, François Renaud de Villeneuve
Evêque de Viviers , auparavant nommé
à l'Evêché de Marfeille , lorfque M. de
Belzunce fût nommé à l'Evêché de Laon ;
deux autres freres Capitaines d'Infanterie
dans
AVRIL. 1728. 841
dans les Regimens du Roi , & du Maine ,
& le quatriéme Lieutenant des Galeres ,
fervant actuellement fur la Réale .
Il a époufé Dame - Anne de Bauffet ,
fille de Pierre de Bauffet , ci- devant Lieutenant
General , Civil & Criminel de
Marfeille , & de Dame Théodore Daudiffret.
La Maiſon de Bauffet eft fort
ancienne , & a donné des perfonnages
illuftres dans l'Eglife , dans la Robe , &
dans l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ,
qui compte plufieurs Chevaliers & Conmandeurs
de ce nom . La mémoire du
celebre Nicolas de Bauffet ne mourra
jamais dans Marfeille . Il fût un des principaux
inftrumens de la délivrance de
cette Ville , de fa réduction à l'obéiffance
du Roi Henri le Grand , dans le temps
orageux de la Ligue , & de l'ufurpation
tyrannique de Charles de Cafaux .
On écrit de Marfeille que quelque
regret qu'on ait de perdre un Officier de
Justice de fon caractere , qui depuis
plus de vingt années y exerce la premiere
Magiftrature , avec autant de lumiere
que de défintereffement & d'integrité
tout le monde a applaudi au digne choix
de fa Majefté , perfuadé qu'il poffede
toutes les qualitez néceffaires pour
s'acquitter dignement d'un miniftere fi
confiderable ; & que dans fon éloigne-
Ι ment
842 MERCURE DE FRANCE.
ment même , il fera rendu en quelque
façon à Marſeille par la protection qu'il
voudra bien accorder à fon commerce du
Levant par l'application furtout qu'on
fe promet d'un génie auffi éclairé que le
fien , à réprimer les abus que l'avidité de
quelques particuliers voudroient introduire
, & c'eſt en partie ce qui peut dédommager
cette Ville de la perte qu'elle
fait de fon Magiftrat .
On a formé une Compagnie de 200
Invalides pour fervir de Garde aux Miniftres
Plénipotentiaires du Congrès qui
doit fe tenir à Soiffons & commencer
Les féances le fix Juin.
>
Le 26 du mois dernier , jour du Vendredi-
Saint , le Roi entendit le Sermon
de la Paffion de l'Abbé Couturier , Chanoine
de l'Eglife de S. Germain l'Auxerrois
; S. M. affifta enfuite à l'Office & à
l'Adoration de la Croix . La Reine affifta
à l'Office dans la Tribune. Le foir ,
L. M. entendirent l'Office des Tenebres
chantées par la Mufique .
Le Samedi- Saint , le Roi revêtu du
grand Collier de l'Ordre du S. Efprit ,
le rendit en ceremonie à l'Eglife de la
Paroiffe de Verfailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains
du Cardinal de Rohan , Grand Aumonier
de France. Enfuite S. M. toucha
un
६
C
C
AVRIL. 1728.
843
un grand nombre de malades. Le même
jour , la Reine alla à la Chapelle du
Château , où S. M. entendit la Meffe , &
communia par les mains du Cardinal de
Fleury , fon Grand- Aumonier. Le foir ,
le Roi & la Reine affifterent dans la
même Chapelle aux Complies & au Salut,
& entendirent l'O Filii chanté par la
Mufique.
Le jour de Pâques , le Roi accompagné
du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , entendit la grande Meffe , celebrée
pontificalement par l'Evêque de Sarepte ,
& chantée par la Mufique . L'après- midi
le Roi affifta à la Prédication de l'Abbé
Couturier ; enfuite L. M. entendirent les
Vêpres, aufquelles le même Prélat officia .
il a
Au commencement de ce mois ,
couru aux environs de Dreux , quelques
Loups enragez qui ont mordu cinq ou
fix perfonnes , lefquelles font devenues
enragées & font mortes dans la rage ,
malgré les remedes ordonnez par les Médecins
, & même l'eau de la Mer où quelques
-uns ont été . C'eſt un Médecin de
Dreux qui a mandé cette nouvelle .
Le 4 de ce mois , les Chevaliers Palmiers
, Confreres & Soeurs de l'Archiconfrerie
Royal du S. Sepulcre de Jérufalem
, établie dans l'Eglife des RR. PP .
Cordeliers du Grand Convent de Paris ,
I ij
deli
44 MERCURE DE FRANCE .
délivrerent proceffionellement des Prifons
de cette Ville , quinze Priſonniers
pour dettes , qui fe trouvoient entre les
deux Guichets du grand Châtelet , & qui
affifterent à la Proceffion depuis ce lieu
jufqu'à l'Eglife du S. Sepulcre , ruë faint
Denis , & de là aux Cordeliers où ils
entendirent la Meffe & le Sermon , du
Syndicat de M. de Neumaifon , & de
l'Administration des Sieurs Jacob , Razoir
, Cailleau & Jacques.
Ce pieux établiffement , favorifé des
Magiftrats , fût fait l'année derniere par
les foins du fieur Louis Policarpe Jarry ,
Marchand Epicier , Juré Controlleur de
la marchandife de Foin , Ancien Guidon
de ladite Confrerie , des Quêtes faites
chez les Confreres & Soeurs , par les Srs
Salvia , Preyoft , Bouché , & David le
Gros , norables Bourgeois , de ladite
Confrerie , choifis par ledit fieur Jarry.
Inftituteur.
Le nombre des Prifonniers qui ne fût
l'année derniere que de fix , fe trouvant
celle- ci de quinze , on efpere que les
charitez augmenteront pour en délivrer
un plus grand nombre dans la fuite.
Le 4. le Roi tint un Chapitre de l'Ordre
du S. Efprit , dans lequel l'Abbé de
Pomponne , Chancelier de cet Ordre ,
fit
AVRIL. 1728. 843
fit le rapport des preuves du Duc de
Richelieu , qui avoit été nommé pour
être Chevalier , dans le Chapitre du premier
du mois de Janvier. Après qu'elles
eurent été admifes , le Roi accorda à ce
Duc la permiffion de porter la Croix & le
Cordon, jufqu'à ce qu'il ait prêté ferment
& reçû le Collier des mains de S. M.
Le 7. la Reine fe rendit dans la Chapelle
du Château de Verſailles , où S. M.
entendit la Meffe & communia par les
mains de l'Abbé de Ste Hermine , fon
Aumonier en quartier.
M. d'Orgeville , Maître des Requêtes ,
a été nommé par le Roy à l'Intendance
de la Martinique .
Le 21 de ce mois , le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château
de Verſailles , la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté
par la Mufique , pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur , Ayeul de fa Majefté .
Le Mardy 6. de ce mois , il y eut dans
l'Eglife de S. Sulpice une nouvelle Cereinonie
, à l'occafion de la repriſe des
travaux de cette Eglife . La Ceremonie
commença par une Meffe du S. Efprit ,
qui fut celebrée avec folemnité par M.
le Curé , & à laquelle tous les Ouvriers
affifterent. Après la Meffe , le Clergé
ayant à la tête M. le Curé , fuivi des
I iij Mar
(
846 MERCURE DE FRANCE .
Marguilliers & c. travailla à remuer la
terre pour creufer les fondemens des
quatre pilliers qui restent à édifier dans
la Nef de cette Eglife : le même Clergé
ayant pris des hottes , porta à pluſieurs
reprifes la terre qu'on venoit de remuer ,
de la même maniere que cela s'étoit
fait au mois de Decembre 1723. à l'ocafion
de la Benediction Solemnelle d'une
Chapelle baffe , & de l'ouverture de la
Terre , comme nous l'avons rapporté
dans notre Journal du mois de Decembre
de la même année .
> Le 1. de ce mois , M. Van- Hoey
Ambaffadeur Ordinaire des Etats Generaux
des Provinces - unies , fit fon entrée
publique à Paris . Le Maréchal d'Alegre
& le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs , allerent le prendre
dans les caroffes du Roy & de la
Reine , dans la rue de Charonne , à la
maifon de la Marquife de Mortagne
d'où la Marche fe fit en cet ordre."
Le caroffe de l'Introducteur , celui du
Maréchal d'Alegre , précedé de fon
Ecuyer & de deux Pages , à cheval : la
Livrée de l'Ambaffadeur à pied , quatre
Officiers à cheval , deux Ecuyers & qua
tre Pages à cheval : le caroffe du Roi ,
aux coftez duquel marchoient la livrée
du Maréchal d'Alegre , & celle du Comte
de
AVRIL. 1728. 847
de Monconfeil : le caroffe de la Reine ,
celui de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
Douairiere , ceux du Duc d'Orleans , de
la Ducheffe de Bourbon , Douairiere ,
du Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty Douairiere
, de la Princeffe de Conty feconde
Douairiere , de la Princeffe de Conty
troifiéme Douairiere du Duc & de la
Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte & de
la Comteffe de Touloufe , & celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : & à
une distance de 30 à 40 pas , les deux
Suiffes de l'Ambaffadeur à cheval , à la
teſte de les quatre caroffes.
il Après qu'il fût arrivé à fon Hôtel ,
fut complimenté de la part du Roy , par
le Duc d'Aumont , premier Gentilhomme
de la Chambre de la part de la
Reine , par le Comte de Teffé , fon premier
Ecuyer de la part de Madame la
Ducheffe d'Oleans Douairiere › par le
Marquis de Crevecoeur fon premier
Ecuyer.
:
>
Le 13. le Prince de Pons & le Comte
de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel , dans les caroffes du
I iiij
Roi
848 MERCURE DE FRANCE .
Roi & de la Reine , & ils le condui
firent à Versailles , où il eut fa premiere
Audience publique du Roi . Il trouva à
fon paffage dans l'avant- Cour du Château
, les Compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes fous les armes , les
Tambours appellant ; dans la Cour les
Gardes de la Porte & ceux de la Prevôté
fous les armes , à leurs poftes ordinaires
; & fur l'efcalier , les Cent - Suiffes
en habits de Ceremonie , la hallebarde
à la main . Il fut reçu en dedans de la
Salle des Gardes , par le Duc de Bethune
, Capitaine des Gardes - du - Corps
qui étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roi l'Ambaffadeur
fut conduit à celle de la Reine ,
par le Prince de Pons & le Comte de
Monconfeil : & après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris par le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les
caroffes de L. M. avec les Ceremonies
accoûtumées.
>
Le 27. de ce mois , le Roy quitta le
deüil que S. M. avoit pris pour la mort
de la Princeffe de Saltzbach.
Le Roy a accordé le Gouvernement
de Bergue au Duc de Levi , Pair de
France ; & celui de Mezieres que ce
Duc avoit , a été donné au Marquis de
la
AVRIL. 1728. 849
la Mothe - Houdancour , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie.
Le premier de ce mois , le Roi partit
de Verſailles pour aller au Château de
Rambouillet , & en revint le 3. S. M.
y retourna le 6. & Elle y a fait divers
voyages pendant le cours de ce mois .
Le Comte de Cambis , Ambaffadeur du Roy,
auprès du Roy de Sardaigne, a été nommé par
S. M. fon Miniftre Plenipotentiaire à la Cour
l'Empereur.
Le 25 de ce mois , le Roy prit le deuil pour
la mort du Prince Jofeph Augufte , fils aîné du
Prince Electoral de Saxe.
PROMOTION.
Des Officiers Generaux de la Marine .
Du 27 Mars 1728.
Lieutenans Generaux .
Meffieurs Duguay- Troüin .
de Cours de la Bruyere.
Chefs d'Efcadres.
Meffieurs Grandpré.
Benneville .
Le Chevalier de Broglio.
Le Comte de Chavagnac.
Le Commandeur de Vattan .
Chefs d'Efcadres furnumeraires .
Meffieurs le Chevalier de la Rochalar ,
Gouverneur de S.Domingue.
Roquefeüil .
I v Le
$ 50 MERCURE DE FRANCE .
Remplacement dans l'Ordre de S. Louis .
Meffieurs de Sainte- Maure , Lieutenant
General , Grand Croix .
!
De la Rochalar , Chef d'Eſcadre
, Commandeur.
Le Comte de Bethune , auffi
Chef d'Efcadre, Expectative
de Commandeur.
Chef d'Efcadre des Galeres ,
par Expectative.
Le Chevalier de Valence...
BENEFICES DONNEZ.
'Evêché de Beauvais , vacant par la
L'dominion de M. de Beauvilliers de
S. Aignan , a été donné à M. l'Abbé de
Gefvres , Prêtre , Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bourges .
L'Abbaye commandataire de S. Victor
de Marfeille , de l'Ordre de S. Benoît , vacante
par le décès de M. de Matignon ,
ancien Evêque de Condom , en faveur de
M. de Beauvilliers de S. Aignan , ancien
Evêque de Beauvais.
L'Evêché de Digne, vacant par le décès
de M. de Puget , en faveur de M. l'Abbé
Dyfe de Saleon , Prêtre , Docteur en
Théologie .
L'Abbaye reguliere de S. Martin de
Canigoux , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Perpignan,vacante par le décès de Dom
'Emby,
AVRIL. 1728. 851
l'Emby, en faveur de Dom Ighace de Valls,
Prêtre , Religieux du même Ordre.
L'Office Clauftral de l'Abbaye de S. Michel
en Rouffillon , vacant par la nomination
de Dom Ignace de Valls à l'Abbaye
de Canigoux , en faveur de Dom de Cahors
, Religieux de l'Ordre de S. Benoît.
L'Office Clauftral , fous le titre de faint
Jacques de Calahons en Rouffillon , va
cant par la nomination de Dom de Cahors
, à l'Office Clauftral de la Sacriftie -
majeure de l'Abbaye de S. Michel , en faveur
de Dom Thomas Malle , Prêtre, Religieux
de l'Ordre de S. Benoît.
Le Doyenné de l'Eglife Cathedrale de
S. Omer , vacant par l'incompatibilité de
M. de Valbelle , à prefent Evêque de ſaint
Omer, qui en étoit titulaire , en faveur de
l'Abbé Lyot , Prêtre , Chan . de lad . Eglife.
L'Evêché de Bayonne , vacant par le
décès de M. de Dreuillet , en faveur de
l'Abbé de la Vieuxville , Prêtre , Doyen &
Grand- Vicaire de la Cathedrale de Nantes
L'Evêché de Seez , vacant par le décès
de M. Turgot , en faveur de l'Abbé Lallemant
de Bez .
L'Abbaye commandataire des Alleuds ,
Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Poitiers ,
vacante par le décès de M.de Fiennes , en
faveur de M. de Vacon , Evêque d'Apt .
L'Abbaye commandataire de Pontrom ,
Ordre
I vj
852 MERCURE DE FRANCE .
Ordre de Citeaux , Diocèfe d'Angers ,
vacante par le décès de M. de Valbelle
Evêque de S. Omer , en faveur de M. du
Doucet , Evêque de Belley.
L'Abbaye commandataire de S. Vincent,
dans la Ville de Befançon , de l'Ordre de
S. Benoît , vacante par le décès de M. de
Grammont , Evêque d'Arethufe , en faveur
de M. du Ding , Evêque de Lauzanne
en Suiffe.
>
L'Abbaye commandataire d'Olivet
Ordre de Cîteaux , Diocèle de Bourges ,
vacante par le décès de M. de Fiennes , en
faveur de M.l'Abbé de Polaftron , Prêtre ,
Docteur en Théologie .
L'Abbaye commandataire de Notre-
Dame de Champagne , Ordre de Cîteaux,
Diocèle du Mans , vacante par le décès de
M. de Fiennes , en faveur de l'Abbé de
Luppé du Garané.
Le Canónicat de l'Eglife Royale &
Collegiale de la Sainte Chapelle de Vincennes
, vacant par le 'décès de M. Jourdain
, en faveur de l'Abbé de Leftang ,
Prêtre du Diocèle de Paris & Vicaire de
la même Eglife .
Le premier Mars , le Concert recon
mença au Château des Tuilleries , où l'on
chanta une Idyle héroique , intitulée : Les
prefens des Dieux , chantée devant leurs
MaAVRIL.
1728 . 853
Majeftez à Versailles , le 1 Decembre dernier
, pour celebrer l'heureufe naiffance
de Meldames de France. On a donné l'extrait
du Poëme dans le premier volume de
Decembre ; les Demoifelles Antier & le
Maure y ont chanté des morceaux qui ont
été tres-applaudis , de même qu'au Moter,
Magnus Dominus, qui termina le concert .
Le 6.on repeta le même divertiffement ;
la Demoiſelle Dellebare chanta une Ariete
Italienne avec une jufteffe admirable ;
le Concert finit par le motet : Dominus regnavit
, de M. de la Lande .
Le 14 , Dimanche de la Paffion , on recommença
le Concert fpirituel , qu'on a
coûtume de donner pendant les trois femaines
de Pâques . On y chanta deux Motets
de M.de la Lande , Confitebor & Miferere
mei , & on jota plufieurs pieces de
fimphonie , qui firent beaucoup de plaifir .
Le 15 , la Demoiſelle le Maure chanta
la Cantate de Léandre & Hero , mile en
mufique par M. Clerambault . Le Concert
fut terminé par le Cantate Domino ,
de M. de la Lande.
La Cantate de la Mufette , de la compofition
du même Auteur, fut chantée le 16.
par la Demoiſelle le Maure . Le 17 & le
18 on chanta un Motet à grands choeurs ,
de la compofition de M. de la Croix , qui
commence par Jubilate Deo , &c . La Demoi54
MERCURE DE FRANCE.
moiſelle Antier chanta enfuite la Cantate
de Didon , mife en Mufique , par M. de
Blamon ; on finit par le Dixit Dominus ,
de M. de la Lande.
Le 19 & le 20 , on chanta le Te Deum
de M. de la Lande , qui fut parfaitement
bien, executé & tres- applaudi , de même
qu'un autre Motet de M. Bernier ; la Demoiſelle
Antier avoit chanté auparavant 、
la Cantate d'Enone , mile en mufique
par M. Deftouches , Sur - Intendant de la
Mufique du Roy & Directeur General
de l'Académie Royale de Mufique.
Le 21 , 22 & 23 , on chanta differents
Motets de M. de la Lande , & quelques
Arietes Italiennes , chantées par la Demoiſelle
Dellebare , avec une grande précifion.
On donna ce dernier jour un Concerto
de Trompetes, Cors de Chaffe , Hautbois
& Tymbales , avec les choeurs de tou
te la fymphonie, qui fit beaucoup de plai
fir.Il eft de la compofition du Signor An- \
tonio.
Le 24,25 & 26 , jours des Tenebres , on.
chanta à la fin de chaque Concert le Miferere
de M.de la Lande , dans lequel la Demoifelle
le Maure reçut de grands applau
diffemens dans les Verfets qu'elle chanta.
Le Samedy Saint 27 , on chanta le Regina
cæli . O Filii , & Filia , & le Motet,
Lauda Jerufalem.
Le
AV RI L. 1728. 85$
}
•
(
Le 28, jour de Pâques , les deux Fêtes
fuivantes , & le Mecredy dernier jour du
mois , on chanta les meilleurs Motets de
M.de la Lande : Exaltabo te . Confitemini.
Exurgat Deus, & le Te Deum, avec Trompettes
& Tymbales , que le fieur Philidor
fit executer avec une grande préciſion &
au contentement general de la nombreuſe
affemblée qui s'y trouva.
Le premier de ce mois , on chanta un
nouveau Motet : Laudate Dominum , de la
compofition de M. Renier. Les Damoifelles
Antier & Minier chanterent des Duo ,
morceaux détachez , qui firent beaucoup
de plaifir.Le S Guignon , fameux joueur
de Violon , dont on a déja parlé avec éloge
, joua un Concerto , dont l'execution parut
tres - furprenante.
Le 2 , on chanta deux Motets de M. de
la Lande ; la Demoiſelle Droüin , de la Mufique
de la Reine , chanta la Cantate de la
Paix , mife en mufique par M. du Tartre.
Le 3 ,,.on chanta un nouveau Motet , de
la compofition de M. Dornel ; la Damoifelle
le Maure chanta la Cantate de la
Mufette , de M. Clerambault , & on finit
par le Confitebor de M. de la Lande .
Le 4. Dimanche de la Quafimodo , &
le lendemain Fête de l'Annonciation , on
chanta le Te Deum de M. de la Lande ,
dans lequel les Demoiselles Antier , Minier
56 MERCURE DE FRANCE.
"
nier & le Maure , chanterent avec beaucoup
d'applaudiffement ; le fieur Guignon
joua les Sonnates du Printemps & de l'Eté,
qui charmerent la nombreuſe affemblée
que le Concert avoit attiré.
Le 10 & le 12 , le Concert recommença
à l'ordinaire ; on y chanta le divertif
fement de M. de Blamont ; la Demoiſelle
le Maure , chanta une Cantate , & on finit
par un Moret de M. Bernier .
Le 17 & le 19 , elle chanta la Cantate
d'Orphée ; le fieur le Clerc fameux Violon
, joira une Sonnate , qui fut generalement
& tres vivement applaudie , de
même que le Motet , Omnes gentes, de M.
Courtois .
Le 24 & le 26 , on chanta differents
Motets de M. de la Lande ; la Demoifelle
le Maure chanta la Cantate de la Mufette
, & celle de la Toilete de Venus , de M.
de Blamont. Le freur le Clerc joua deux
Sonnates qui furent extrêmement goûtées
& generalement applaudies par les meilleurs
connoiffeurs.
MORTS ,
NAISSANCES
& Mariages.
E15 Mars fe fit le Convoi de M.Viel, Recteur
de l'Univerfité , mort deux jours au-
LE
paravant
AVRIL.
857
172-8.
paravant au College du Pleffis , où il demeuroit,
& où il avoit autrefois profeffé l'Eloquence ...
Comme le Recteur n'eft ordinairement en
charge que pendant un an , & quelquefois /
moins, il eft affez rare d'en voir mourir en
place. La chofe n'étoit point arrivée depuis l'an
1659. Voici ce qui s'eft fait aux obfeques de
M. Viel.
Le jour même du décès l'Ex- Recteur par un
Mandement publié & affiché aux lieux accoûtumez
, annonça la mort du Recteur , ordonna
en confequence une ceffation de tout exercice
fcolaftique pendant ce jour - là & les deux fuivans
, & indiqua le jour du Convoi , avec ordre
à tous les Suppôts de l'Univerfité d'y affilter
en habits de ceremonies.
Le même jour les Chefs des fept Compagnies
qui compofent l'Univerfité, ayant à leur
fête l'Ex- Recteur. allerent en habit de ceremonies
jetter de l'Eau-benite fur le corps.
Le Lundi fuivant toute l'Univerfité s'affembla
au College du Pleffis , à neufheures du matin
, pour le Convoi . Voici quel en fut l'ordre.
A la tête étoit le Clergé en furplis , compofé
de plus de deux cens Ecclefiaftiques.
Le Corps venoit enfuite; les quatre coins du
Poële étant portez par les quatre plus anciens
Recteurs , en Robe de ceremonie . Sur le Poële
étoit l'Epomide & la Ceinture Rectorale.
Immédiatement après le Corps marchoit
le premier Officier de la Nation de Normandie
en Robe noire , portant fur un Carreau de velours
violet un Livre & le Bonnet Rectoral ,
couvert d'un Crêpe.
Enfuite M. l'Ex- Recteur , en Robe violete &
Mantelet Royal , avec la Bourfe ou Efcarcelle
de velours violet , garni de glans & galons
d'or , & le Bonnet noir , précedé des quatre
pre858
MERCURE DE FRANCE .
premiers Maffiers des quatre Nations en Robes
noires , ayant leurs Malles couvertes de crêpes.
Après l'Ex - Recteur , marchoit le Doyen de
Théologie avec les Docteurs de fa Faculté ,
en fourure , ornée d'un Collier , en Robes noires
ou violetes , avec un Bonnet de même ,
précedez de leur premier Appariteur , ayant
une Robe de drap violet , fourée de blanc.
Le Doyen de la Faculté des Droits avec fes
Docteurs en Robes rouges & Chaperons rouges
bordez d'hermine , précedez de leur Maffier
, habillé de violet .
Le Doyen de Medecine avec les Docteurs de
cette Faculté , en foutanes noires , fous leurs
Chapes rouges , recouvertes d'hermine.comme
celles des Cardinaux , précedez de leur premier
Maffier, vétu d'une Robe bleüe fourée de blanc.
Les quatre Procureurs , Chefs des quatre Nations
, France , Picardie , Normandie & Germanie
, en Robes herminées blanc & gris ,
comme celle des Electeurs de l'Empire, précedez
chacun du fecond Maffier de leur Nation
en Robes noires , ayant leurs Maffes couvertes
de crêpes.
Les Régens d'honneur en la Faculté des Arts,
vétus comme les quatre Procureurs.
Les Bacheliers de Licence en Théologie, en
foutane , & long Manteau recouvert d'une fou
rure , fans colier , précedez du fecond Appariteur
de leur Faculté en Robe noire.
Les Bacheliers en la Faculté des Droits.
Les Bacheliers en Medecine en Robes noires
, avec un Mantelet noir frangé d'hermine ,
précedez du fecond Maffier de leur Faculté en
Robe noire.
Les Religieux Benedictins du Prieuré Royal
de S. Martin des Champs ; & ceux de Clugny.
Les Maîtres en Robes noires , avec leurs
Chaperons de même. Les
AVRIL. 1728.
859
Les Jacobins.
Les Carmes.
Les Auguftins.
Les Cordeliers .
Les Libraires- Imprimeurs , en habit & mana
teau noir & en rabat, précedez de leurs Officiers.
Les Papetiers , Parcheminiers , Ecrivains ,
Relieurs & Enlumineurs Jurez de l'Univerfité.
Les Grands Meffagers Jurez de l'Univerfité ,
en habit & manteau noir & en rabat , précedez
de leur Clerc en Robe de couleur de roſe
feche & une Tunique , fur laquelle font les
Armes des l'Univerfité , en forme de Heraut
d'Armes , ayant un Bâton Royal d'azur , fené
de Fleur de Lys d'or.
Le Convoi marcha en cet ordre jufqu'à l'Eglife
de S. Etienne du Mont , où le corps fut
dépofé au milieu du Choeur fous un Dais de
velours noir.
La Meffe fut celebrée par M. le Curé , qui eft
l'un des deux Chanceliers de l'Univerfité , &
chantée enMufique; enfuite le corps fut inhumé.
Le Jeudi fuivant , les Libraires - Imprimeurs
firent faire un Service folemnel dans l'Eglife
des Mathurins , où affifta l'Univerfité.
Le Vendredy , les Grands Meffagers Jurez de
l'Univerfité , firent de même , dans la même
Eglife & avec la même magnificence.
Les Compagnies qui compofent l'Univerfité
, doivent immédiatement après la Quinzaine
de Pâques , s'acquiter chacune en particulier
de ce pieux devoir à l'égard de leur
Chef commun , auffi bien que tous les Colleges
féparément , ainfi qu'il leur eft ordonné par
un fecond Mandement de l'Ex - Recteur.
Le 20. l'Univerfité choifit pour Recteur
M. Benet , Profeffeur de Philofophie au College
de Beauvais ,
Le
$60 MERCURE DE FRANCE .
·
Le 15. du mois dernier , Dame Jacqueline-
Marguerite Gobillon , Abbeffe de l'Abbaye de
S. Etienne de Reims , y mourut, âgée de 74 ans.
Il y a déja quelques années que la Dame Thibergeau
en avoit été nommée Coadjutrice.
Le 17 Jean Martin , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel des Galiotes , Commandant
du Canal de Verfailles , Chevalier de S. Louis
& de S. Lazare, mourut à Paris, âgé de 78 ans .
Vincent Maynon , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roi , Maiſon , Couronne de France
& de fes Finances , cy- devant Sur- Intendant
des Maiſons & Finances de Monfeigneur le Duc
de Berry , mourut le 21. Mars âgé de 83. ans.
Le 24. du même mois , Claude - Leon Cornuel
de Villepion , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , mourut à Paris dans la 90
année de fon âge.
Camille , Duc d'Hoftun , Comte de Talfard
, Baron d' Arlan , du Poet & d'Arzeliers ,
Seigneur des Duchez de Lefdiguieres & de
Champfaur , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Gouverneur &
Lieutenant General du Comté de Bourgogne ,
Gouverneur Particulier des Villes & Citadelle
de Befançon , General des Armées du Roy ,
Miniftre d'Etat , & Honoraire de l'Academie
Royale des Sciences , mourut à Paris , le
du mois dernier , dans la 77. année de fon
âge. Le Duc de Tallard fon fils unique , avoit
la furvivance du Gouvernement de Franche-
Comté
9
Dame Marie de Mouy , veuve de M.
François de Souvelle , Seigneur de Pruflay
Dame d'honneur de S. A. S. Madame la
Ducheffe de Brunfwik, mourut le 31.Mars âgée
de 60 ans ou environ
Dame Claude de Fabert , Marquife d'Efternay
,
AVRIL . 1728. 861
hay en Brie , veuve de M. Charles Henry de
Thubieres, de Grimoard , de Pettel, de Levy ,
Chevalier, Marquis de Caylus , mourut à Paris
le premier de ce mois , âgée de 82 ans.
Son corps fut depofé le trois dans l'Eglife de
S.Sulpice , fa Paroifle , & tranfporté le quatre
dans celle d'Efternay , l'une de fes Terres
au Diocete de Troyes. Si- tôt que M. Moreau
, Doyen de l'Eglife d'Auxerre eut appris
cette mort , il en fit part au Chapitre affemblé
, qui voulant témoigner ion refpect à
M. l'Evêque d'Auxerre , conclud d'une voix
unanime qu'il feroit celebré inceffamment dans
l'Eglife Cathedrale , un Service le plus folemnel
que faire ce pourroit , pour le repos de
l'ame de Madame la Marquife de Caylus , fa
mere. Ce Service fut fait le huit de ce mois :
les quatre Filles de la Cathedrale y affifterent ;
MM. les Curez & Communautez , tant feculieres
que regulieres de la Ville & des
Fauxbourgs. MM. du Baillage & du Prefidial.
MM.les Maire, Gouverneur du Fait - Commun,
Echevins, Juges Confuls & autres Magiftrats
s'y trouverent auffi , y ayant été invitez par les
- Deputez du Chapitre. Chacune des Paroiffes
& Communautez de la Ville & des Fauxbourgs
, a auffi celebré un Service le plus
folemnel qu'il a été poflible , à l'exemple de
la Cathedrale. Les perfonnes les plus qualifiées
de la Ville ont affifté à ces Services
particuliers : les Dames en grand dueil ont
fait paroître beaucoup de pieté & de zele,
Charles Roullin , Ecuyer fieur Delaunay
cy-devant Secretaire d'Ambaffade du feu
Roi , fon Réfident à la Cour de Dannemark ,
= & chargé des Affaires de France auprès des
Princes du Nord , mourut à Paris , le
Avril , âgé de 85 ans. Il avoit épousé Ma-
>
vie
862 MERCURE DE FRANCE .
rie Henriette du Poirier , fille de M. Jacques
du Poirier , Chevalier , Seigneur de Villomer
, mort Maître d'Hôtel Ŏrdinaire du feu
Roi , & Lieutenant Colonel de fon Regiment
de Touraine.
Dame Françoife Geré de Laubepine de
Rancé , veuve de François de Beauvilliers ,
Duc de S. Aignan , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General
de fes Armées , premier Gentilhomme
de fa Chambre , Confeiller en fes Confeils
d'Etat & privé, Gouverneur des Villes &
Citadelle du Havre de Grace , & Pais en dépendans
, & des Villes & Châteaux de Loches
& de Beaulieu , mort le 16 Juin 1687.
mourut en cette Ville le 3. de ce mois dans
la 86 année de fon âge. Sa mort a été auffi
édifiante que fa vie , pendant laquelle on lui
a vû donner les plus grands exemples de vertu
, de Charité & de Religion.
Michel Begou , Ecuyer beaupere de M. Berthelot
de Montchene , Confeiller au Parlement
de Paris , & oncle de M. l'Evêque de
Toul , mourut le 5. âgé de 73 ans.
Le 6. Avril , M. de la Salle , Maistre des
Comptes , mourut âgé d'environ 70 ans.
Charles de Diane de Cheladet , Lieutenant
General des Armées du Roi , Lieutenant de la
premiere Compagnie des Gardes du Corps de
S. M. & Gouverneur de la Ville d'Agde , &
du Fort de Brefcou mourut le rò. de ce
mois , âgé de 70 ans.
>
Le 22 Avril , François , Duc de la Rochefoucault
, Pair de France , Prince de Marillac ,
Ufufruitier du Duché de la Rocheguyon ,
Marquis de Barbefieux , Comte de Durtal ,
Baron de Cahuzac , d'Eſtiffac , de Monclard ,
de Noyen , de Pilmil , de la Fouriere , & e,
CheA
VRIL. 863
1728.
Chevalier des Ordres du Roi , Grand- Maître
de la Garderobe de S. M. & ci- devant
Grand-Veneur de France , mourut à Paris ,
âgé de 64 ans.
La Maifon de la Rochefoucault , tient rang
entre les plus nobles & les plus anciennes du
Royaume. Elle a produit diverfes branches
toutes fécondes en hommes illuftres .
Foucault I, du nom , fieur de la Roche en
Angoumois , vivoit fous le Regne du Roi Robert
, vers l'an 1026. Il eft qualifié dès ce tempslà
de Seigneur très - Noble, dans divers Titres , &
il s'acquit une fi grande réputation, que fes fucceffeurs
ont tenu à honneur de porter fon nom .
Parmi un grand nombre de perfonnes de méritede
cette Maifon , qui ont paru depuis , l'on
remarque entre autres un François I. du nom ,
Comte de la Rochefoucault , Prince de Marfillac
, & c. qui fut Chambellan des Rois Charles
VIII. & Louis XII . Ce même Comte eut
auffi l'honneur de tenir fur les Fonts en 1494
le Roi François I. qui eut beaucoup de
confideration pour fon mérite , le fit Chambellan
ordinaire, & lui érigea l'an 1515.la Baronie
de la Rochefoucault en Comté. Ce Prince témoigne
auffi dans les Lettres de cette Erection,
que c'étoit en mémoire des grands , vertueux
très-bons & très - recommandables fervices qu'ýcelui
François , fon très - cher Parrain & amé
Coufin & Parent, avoit faits à fes Prédeceffeurs
à la Couronne de France & à lui.
François V. du nom , & arriere - petit fils de
celui dont on vient de parler , prit la qualité
de Duc de la Rochefoucault , fut Chevalier des
Ordres du Roi en 1619. Gouverneur & Lieutenant
de Roi en Poitou. Le Roi Louis XIII.
lui érigea le Comté de la Rochefoucault en
Duché Pairie , par Lettres données en 1622. Il
fus
864 MERCURE DE FRANCE .
fut reçu au Parlement de Paris en 1637.Il mourut
dans fon Château de la Rochefoucault le
8. Fevrier 1650. dans la 62 ° année de fon âge.
Celui qui vient de mourir , étoit François de
la Rochefoucault , VIII . du nom , Duc de la
Rocheguyon , Pair de France , Grand Maître
de la Garderobe , en furvivance de fon pere ,
prêta le ferment de cette Charge entre les mains
du Roi le 20. Novembre 1679. C'eſt dans le
même temps que la Terre de la Rocheguyon ,
dans le Vexin , a été érigée de nouveau en Duché
Pairie , pour les enfans mâles & femelles ,
dont les Lettres font enregistrées au Parlement
le 27. Mars 1681. Il fut fait Colonel du Regiment
de Navarre en 1683. qu'il a commandé
jufques à ce qu'il ait été fait Maréchal de Camp.
1la fervi au Siege de Luxembourg , en 1688.
s'eft fignalé à la Bataille de Fleurus en 1690.
fous le Maréchal Duc de Luxembourg , au
Combat de Stenkerque en 1692. & à la Bataille
de Nervinde 1693. où il fut bleffé dangereufement.
Il s'eft encore trouvé aux Sieges de Mons
& de Namur , & a commandé à la priſe de plufieurs
Places dans le Palatinat .
Il étoit fils aîné de François , VII. du nom ,
Duc de la Rochefoucault , Pair & Grand - Veneur
de France , & de Jeanne - Charlotte du
Pleffis Liancour , & avoit époufé en 1679. Magdeleine
- Charlotte le Tellier , fille aînée de François
-Michel le Tellier , Marquis de Louvois ,
Miniftre de la Guerre & Secretaire d'Etat , &
en a eu plufieurs enfans , dont il ne refte que
trois , fçavoir , Alexandre , aujourdhui Duc de
la Rochefoucault , & c. Guy , cy devant Chevalier
de Malthe , puis Commandeur de Pefenas
, à prefent Comte de Durtal , & N. de la
Rochefoucault , époufe de N. Duc de Cruffol,
Pair de France , & c. L'aîné , Duc de la RochefouAVRIL
1728 . 865
foucault , &c. a époufé N. Danbijou , dont il
n'a encore que des filles.
Ce Seigneur , plus diftingué par fon mérite
perionnel que par fa haute naiffance , eft regreté
generalement à la Cour & à la Ville.Son corps
a été expofé pendant trois jours fur un lit de
parade , dans fon Hôtel , & le 25 il fut porté
en grand Convoi dans l'Eglife Paroiffiale de
S. Sulpice , pour être transporté enfuite à la
Rochefoucault , où eft le Tombeau des aînez
de cette illuftre Maifon . Son coeur a été porté
à Verteüil , & fes entrailles à S. Sulpice , fuivant
fes dernieres difpofitions. La Rochefoucault
, Verteüil & Marfillac , font trois grandes
Terres dans la Province d'Angoumois.
La Rochefoucault porte , Burelé d'argent ,
d'azur, de dix pieces , chargées de trois chevrons
de gueulle , & le premier ayant la pointe
brifée.
Dame Catherine- Pauline Colbert de Croiffi,
épouſe de M. Louis du Pleffis Chatillon , Marquis
de ce Lieu & de Nonant , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , accoucha le 13.
d'Avril , d'une fille qui fut tenue fur les Fonts
& nommée Pauline- Guillemétte, par M. Guillaume
François Joli de Fleury , Chevalier ,
Confeiller ordinaire du Roi en fon Confeil d'Etat,
& fon Procureur General au Parlement, &
par Dame Françoife Colbert, épouse de M.André
- Jofeph d'Ancezune , Marquis de Caderouffe
, Meſtre de Camp de Cavalerie.
Dame Marie- Catherine Pichon , époufe de
M. Pierre Barthelemy Rolland , Confeiller du
Roy en fa Cour de Parlement , Seigneur de
Chambeudoin , Charmont , & c. accoucha le 8.
de ce mois d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts,
& nommé Barthelemy- Denis , par M. Denis
Pichon , Confeiller du Roi & Maître Ordinaire
K en
866 MERCURE DE FRANCE .
en fa Chambre des Comptes, & par Dame Cas
therine- Agnès Langlois , veuve de M. Barthelémi
Rolland , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roy.
Louis Royer , Marquis d'Eftampes , Seigneur ,
de Manny, & c. l'un des Moufquetaires du Roi,
fils de Royer , Marquis d'Eftampes , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes d'Orleans , & de
Dame Marie- Eliſabeth d'Iſek Dangret , époufe
en fecondes Nôces de Jean Guy , Comte de
S. Gilles , époufa le 8. Avril Angelique - Elifabeth
d'Eftampes de Valançay , fille de François-
Henry d'Estampes , & de Dame Françoife-Angelique
Remond.
Le 7. de ce mois , M. Nicolas Daine , Premier
Secretaire de M. le Blanc , Secretaire d'Etat
au Département de la Guerre , fut marié
dans l'Eglife de S. Euftache , avec Demoiselle
Sufanne Wefterbourg de Holback , Niece de
M. le Baron de Holback. M. le Blanc , & la
Marquife de Traifnel & plufieurs perfonnes de
confideration , affifterent à la ceremonie qui
fut faite par M. l'Evêque d'Avranches , & au
repas que M. le Blanc donna à toute l'affemblée.
Ps
TABLE .
Ieces Fugitives , Ode fur la Religion , 647
Suite de la trahifon punie , Hiftoire ,
Sonnet de l'Hermite de Rodoſto ,
- Retraite du P. le Courayer ,
651
683
Lettre Paftorale du Card. de Noailles , fur la
684
Vers à Madame la Princeffe de Conty , 693
706
cez , 708)
(L'Amant
Lettre fur les Reliques de S. Lazare , &c.
La Mufe Réelle,
Cérémonie à Neufchatel & Difcours prononL'Amant
jaloux raffuré , Poëme 713
Maladie extraordinaire par le nombre des faignées
, & c. 719
Vers à une Dame qui faifoit des recruës , 727
Sur la Riviere de Marly , &c . Ode , 728
Principes pour tranfpofer la Mufique , & Table
gravée ,
Chanfon impromptu , & c.
Enigme ,
Logogriphe ,
736
737
738
740
Explication du dernier Logogryphe donné, 741
Bouts-Rimez , 743
Nouvelles Litteraires des beaux Arts,&c. 744
L'efprit des Pfeaumes de David , & c. 745
Méthode pour apprendre l'Ortographe , 747
Sentimens nouveaux en Préceptes fur la Grammaire
, la Rhéthorique , la Poëtique & la
Philofophie , & c.
Le Chirurgien Dentiste , &c.
Hiftoire des grands Chemins , &c.
Bibliotheque Germanique , & c.
Enfant très - habile en Mufique ,
Bateau fingulier ,
Femme accouchée de quatre garçons ,
Pois & Lentilles dans des oeufs ,
Projet d'une Ecriture univerfelle , & c.
Traité du Pyrrhoniſme ,
Vente de la Bibliotheque Colberte ,
750
751'
754
756
757
758
759
760
761
769
773
Ibid.
Prix propofé pour l'année 1730. par l'Académie
des Sciences ,
774
Sujet proposé pour le Prix de 1728. par l'Académie
de Pau ,
Affemblée publique de l'Académie Royale des
Belles Lettres , & c . 777
Memoires fur la Societé galante , ou Cour
amoureufe de Charles VI. & fur les ceremonies
des Rois de l'Epinette
t
Ouverture de l'Acad. R. des Sciences ,
778
779
ELEstampes
nouvellement gravées ,
781
Defcription d'une Pendule magnifique , faite
pour le Roi de Portugal,
Phenomene , Montagne tranſportée ,
Chanfon de Table notée ,
Spectacles , Bellerophon , &c.
ހ
784
789
793
794
Nouvelles du tems , de Turquie, & Ruffie , 812
Pologne, Danemarc, Suede , & Allemagne , 8 19
Italie, d'Espagne, Angleterre & Hollande, 822
Morts , Naiffances des Pays Etrangers ,
France,Nouvelles de la Cour , de Paris , & c . 830
Commiffion & inftruction pour la Réception
d'un Chevalier de S. Lazare ,
Promotion d'Officiers de Marine ,
Benefices donnez ,
Concert public aux Thuilleries ,
Morts , Naiflances & Mariages ,
Errata de Mars.
828
832
849
850
852
856
Age 479. lig. 9.he pourquoi,lifez Pourquoi.
P. 640. 1. 5. marquable , 1. remarquable.
P. 641. 1. 9. Mauvo , 1. Chriftophle Mauro.
P. 642. l. 24. de la Marquife , 1. de Marquife.
P. 646. l. 11. Siro , l. Sire. II.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Prod. 1720. Valere , l. Octave . P. 680. l . 9.
Age 679. ligne 19. Octave , lifez Valere
rir , l . périr . P. 682. l . 13 , à fon l. fon. P. 684.
I. 1. par , 1. pour. P. 687. l . 30. croyons inferer
1. croyons devoir inferer. P.694 1. 12.c'être , l,
stre.P. 695. 1. 9. rapeller, 1. te rapeller . P.7 ; s .
11.roule,/.roulent. P 783.1 . 11.copies ,l.copiées.
P. 811.L. 11. 19. l . 9. P. 8 16. 1. 2. du bas , bienfaits
, 1. manieres .
La Table de chriffes doit regarder la page 724
La Table gravée de la Mufique à lapage 736
Chanfon notée à la page 793
K
MERCURE
་་་་
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROY,
Chez
MAY.
1728 .
QUE
COLLIGIT
SPARGITS
IR
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , më
S.Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conti,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roie
LAD
A VIS.
ADRESSE gencrale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
sachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir dé
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à Ma
Moreau, qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
Ror.
MA Y. 1728.
.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX**
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LE ZELE
ODE ..
Au Reverend Pere Segaud , Prédicateur
de la Compagnie de Jefus,
Uelle ardens brille en ton vifage .
Miniftre facré des Autels ?
Par un formidable étalage ,
Viens- tu confterner les Mortelsa ogiba
A ij
Prétens
868 MERCURE DE FRANCE.
Prétens-tu nous réduire en poudre ?
Ton bras menace de la foudre ;
Ta bouche porte des Arrêts :
Tes yeux enflamez de colere ,
Contre le Pécheur témeraire ,
Lancent d'inévitables traits.
Parle enfin le Dieu fecourable , :
Qui pour nouss'offrit à la mort ,
Veut- il que contre le coupable ,
On s'anime de ce tranſport ?
Des fcelerats qui l'outragerent ,
Des Bourreaux qui le déchirerent ,
Preffa-t- il donc le châtiment ?
Que dis -je ? Pour eux fa tendreffe,
Contre lui-même l'intereffe ;
Il pleure leur aveuglement,
Non , les trefors de fa clémence
Ne peuvent être limitez :
Qu'on mette offenſe ſur offenſe ,
Il mettra bontez fur bontez
O prodige ! notre malice
Proj
MAY. 869 1728.
Provoque- t- elle fa juftice ,
A le venger de nos forfaits
Sa Mifericorde interpofe ,
Un fang dont l'Egliſe diſpoſe ,
Et fait avec lui notre paix.
Mais jentends ce que votre zele
Allegue à ma foible raiſon ,
Miniftres que ce Dieu fidele ,
Chargea de notre guériſon.
Vos effrayantes invectives ,
De nos lumieres fugitives ,
Rappellent en nous le flambeau' :
Hélas ! vous chériffez nos ames ,
Pendant qu'aux defordres infâmes ,
Vous oppofez un feu fi beau.
Flatté par une douce amorce ,
Etu ppe de fes voluptez ,
Le Pécheur s'arrête à l'écorce
Des plus terribles veritez ;
On le voit d'une ame infenfée .
Se dérober à la penſée
A iij
D'un
870 MERCURE DE FRANCE.
D'un avenir inquiétant ;
Il rit , loin de verfer des larmes ;
Il court , enyvré de faux charmes
Au précipice qui l'attend.
Dans le calme de cette yvreffe ,
Semblable à l'imprudent Nocher >>
Que la Sirene enchantereffe ,
Attire au bord de fon Rocher :
Les fens captifs , l'ame déçûë .
Il goûte un plaifir qui le tuë ,
Le péril échappe à fon oeit :
Nous le voyons d'un pas rapide ,
Se livrer au Monftre perfide :
Il échoüe au funefte écueil.
M
Nos crimes , préfages finiftres ,
Annoncent un malheur égal :
Allarmez- vous, zelez Miniftres ,
D'un égarement fi fatal .
Criez , tonnez à nos oreilles :
Qu'un heureux effroi nous réveille :
Faites-nous fentir le danger.
A iiij Preflez ,
MAY.
871 1728.
Preffez , priez: qu'à la priere ,
Succede la rigueur d'un Pere,
Qui menace pour corriger.
諾
Tel autrefois le grand Elie ,
Organe du Ciel irrité ,
D'un Roi fuperbe autant qu'impie ,
Defarma l'aveugle fierté .
Il fulmine : à'fa voix terrible ,
Achab jufqu'alors inflexible ,
Se trouble , foupire , gémit.
Prince , tu fufpends la tempête ;
Dieu , fous qui tu courbe la tête ,
1.
Exauce un coeur humble & contrit
龍
Tet de l'orgueil pharifaïque ,
Voilé par d'impofans dehors ,
Jefus , à la clarté publique ,
Expofe les fubtils refforts .
Les fourbes frappez d'anathêmes ,
Exhalent leur rage en blafphêmes ;
Ils jurent tous de fe venger ;
Qu'importe le Cenfeur propice ,
A iiij Qui
#72 MERCURE DE FRANCE.
Qui dans eux , ne hait que leur vice ,
Ne ceffe de les corriger.
A cette ardeur noble & divine,
Qu'ici je viens de mettre au jour ,
N'affignons point d'autre origine ,
Qu'un coeur brulant d'un faint amour
Je vois que mon frere s'égare ;
Puis- je alors , fans être barbare ,
Epargner de tendres avis ›
Sa pénitence eft ma victoire :
Je fonde une folide gloire
1
Sur mes confeils qu'il a fuivis.
Elias , dum zelat zelum Legis , receptus of
in Cælum . 1. Machab . 2 .
********************
EXTRAIT d'un Memoire qui a pour titre:
Explication Phyfique d'uneMaladie qui
fait périr plufieurs Plantes dans le Gâtinois
, & particulierement le Saffran .
Lû à la derniere Affemblée publique de
l'Académie Royale des Sciences , par
M. du Hamel.
E Safran eft une Plante bulbeufe ou
Li Oignon,qui pouffe dans l'Automne
une fleur femblable en quelque maniere
à
MAY. 1718.
873
à la Tulipe , dans le centre de laquelle
F'on trouve trois petits brins rouges , ou
fuivant le langage des Botaniftes, un piſtile
divifé en trois . C'eft cette partie qui
rend principalement cette Plante précieufe
, foit à caufe de fa bonne odeur , qui
fait que dans quelques païs on l'employe
dans les cuifines , foit à cauſe de fa belle
couleur qui le rend utile aux Peintres &
aux Teinturiers ; foit enfin à cauſe de ſes
qualitez falutaires , qui lui font tenir un
rang diftingué dans la matiere Medicale.
On peut juger avec quel foin les Habitans
du Gâtinois cultivent cette Plantes
mais quelque précaution qu'ils prennent
pour la confervation , elle ne laiffe pas
d'être attaquée de plufieurs maladies , qui
toutes tendent à la détruire.
De toutes celles aufquelles cette Plante
eft fujette , il n'y en a point qui lui foit
plus nuifible que celle que les Habitans
du Païs appellent la Mort.
Cette maladie eft contagieufe & femblable
à la pefte des animaux , deforte que
les Oignons attaquez, gâtent leurs voisins,
& de cette maniere la contagion le porte
dans toute l'étendue du champ .
On voit affez que la confervation d'une
Plante précieufe & la connoiffance d'une
maladie fi extraordinaire , ont été les motifs
d'une fuite d'obfervations , dont le
A v détail
874 MERCURE DE FRANCE.
détail ne peut être réduit dans les bornes
d'un Extrait . Ces obfervations ont fait
connoître à M. du Hamel , qu'une Plante
paraſite , inconnuë jufqu'alors , étoit la
caufe des defaftres que fouffre le Safran,
Après avoir expofé les raifons qu'on a
eu de les attribuer à cette Plante , il en
donne la Defcription fuivante.
Elle eft fort femblable à la Truffe de
Mathiole , tant par la folidité de fa chair
& fa figure irréguliere , que par fa ma
niere de vegeter dans l'interieur de la ter
re fans paroître au- dehors , mais la fuperficie
en efe velue , & de couleur rouge
brun ; fa groffeur n'excede pas celle d'une
aveline , fon goût tient de celui du Cham,
pignon & a un retour terreux . Quelques
uns de ces corps glanduleux font adhé
Fans aux régumens de l'Oignon de Safran ,
& les autres en font éloignez de deux ou
Trois pouces. Cette Plante pouffe des fi
lets ou racines de la groffeur d'un fil , de
couleur violette , & velus comme le corps
glanduleux quelques uns s'étendent
d'un corps à un autre , & quelques - uns
• vont s'inferer entre les régumens de l'Oi
gnon de Safran , fe partagent en plufieurs
rainifications , & penetrent jufqu'au corps
du bulbe , fans paroître fenfiblement
entrer its forment dans cette route une
infinité d'Anaftomofes , & font parfemez
de
MAY. 1728. 875
24
quantité de petits noeuds ou ganglions ,
qui ne paroiffent autre chofe qu'un amas
de laine qui couvre les corps glanduleux
& les filets .
缄
L'Académicien entre enfuite dans le dé
tail de plufieurs experiences qui ont fait
connoître que la Plante fe trouve days
des endroits où il n'y a jamais eu de Safran
, & qu'elle s'y nourrit d'autres Planves
dont elle caufe également la perte.
Ces mêmes experiences ont fait comnoître
de plus que cette Plante n'endommageoit
point les Plantes annuelles &
qui n'ont leurs racines qué fur la fuperficie
de la terre , comme le Bled , l'Orge,
le Mouron & autres . Ce qui a donné lieu de
conjecturer qu'on pourroit l'employer utilement
dans les terres à grain pour.
dé
truire les hiebles & les autres Plantes incommodes
qui fervent de pâture à la nouvelle
Truffe.
Si fuivant cette idée , dit - on , elle peut être
de quelque utilité dans les terres à grain ,
fuivant les Obfervations , elle doit être
bien incommode dans quantité d'autres en
droits. Quel defaftre ne cauferoit elle point
dans un Jardin fleurifte , où en moins
de deux ans elle peut détruire une plan
the entiere de Plantes rares & précieufes.
Après le détail des defordres que caufer
la nouvelle Plante , M. du Hamel continue
ainf :
A vj
On
876 MERCURE DE FRANCE .
On ne peut gueres être témoin de ces
maux fans en chercher le remede. Auffi
à peine eut-on connu cette efpece de
Truffe , qu'on chercha les moyens de la
détruire ; mais on n'a pû encore avoir
cette fatisfaction , parce que fe plaiſant
principalement dans les terres graveleufes,
feches & arides , & ne fe trouvant
que rarement dans les terres graffes &
humides , les labours fervent plutôt à la
multiplier qu'à la détruire.
Mais fil'on n'a pas de moyens pour s'en
débaraffer totalement , du moins en a-t'on
pour le mettre à l'abri de ſes defordres
car fon progrès fe faifant par l'alongement
des racines , il faut pour garantir les
Oignons fains , empêcher la communication
par une profonde tranchée.
SONNET SUR UN ADIEU.
'N te difant adieu , c'en étoit fait , Cloris ,
EN
J'étois prêt de defcendre au tenebreux Rivage
,
Et loin de tes beaux yeux dont je fens trop le
prix ,
Les miens de la lumiere alloient perdre l'u
fage.
De
MAY. 1728. 877
De con retour, en vain , tu flatois mes efprits ;
Ton départ me frappoit mille fois davantage ;
Et fi dans mon eſpoir l'un me peignoit les ris
L'autre d'un prompt trépas m'offroit déja l'i
mage ;
Quand tes tendres regards conduits par la pu
deur.
Verferent dans mon fein une divine ardeur ,
Et rendirent mon ame en extaſe ravie.
Ah ! ma chere Cloris , arbitre de monfort ,
Tant que tu m'aimeras je craindrai peu la
mort ,
Puifque tu fçais fi bien me conferver la vie.
Saxirupe. P. D.
*********** :*****
MEMOIRE là à la derniere Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences.
MR
R Geoffroy le cadet lut un Memoire
contenant quelques effais
d'Analife des Vitriols, & quelques procedez
pour former par art la Couperofe
blanche & l'Alun . Cet Academicien s'étant
appliqué particulierement à connoître
la quantité de fer qui eft renfermée
dans
$78 MERCURE DE FRANCE.
dans le Vitriol verd ; celle du cuivre que
contient le Vitriol bleu , dit de Chipre
& celle du cuivre & de fer contenue dans
le Vitriol verd -bleuâtre qui participe de
ces deux Métaux ; nous avons choiſi ſeş
experiences fur le Vitriol bleu pour les
communiquer à nos Lecteurs.
M. Geoffroy a pris quatre livres de
Vitriol bleu ; & après les avoit fait mettre
en poudre , il les a jettées dans une
marmite de plomb , pofée fur un fourneau,
& dans laquelle il y avoit dix pintes d'eau
bouillante. Auffi - tôt que le Vitriol a été
totalement diffous , il a mis dans la marmite
un panier d'ozier , dans lequel il y
voit vingt onces de Tole de fer , coupée
par morceaux. Il a retiré ce panier douze
ou quinze minutes après , & il a trouvé
Ges morceaux de Tole , couverts d'un limon
rouge , qui s'en eft détaché , en les
agitant dans une terrine pleine d'eau fraî
che. Il a remis le panier avec les lames de
Tole dans la marmite elles s'y font rechargées
d'un femblable limon rouge qu'il
a fait tomber dans l'eau fraîche , comme la
premiere fois . Enfin il a continué de plonger
ces lames de Tole dans la diffolution
du Vitriol , & de les laver autant de fois
qu'il a crû neceffaire pour retirer tout le
euivre de cette diffolution ; & pour être
bien affuré qu'elle ne contenois plus de ce
Métal ,
.).
MAY. 1728. 879
Métal , il y a fait tremper pendant quelque
temps une lame de fer poli qu'il en a reti
rée auffi nette qu'il y avoit mife , & fans
qu'elle eût reçû aucune alteration fenfible.
Il a laffé précipiter le limon rouge qu'il
avoit raffemblé dans la terrine pleine d'eau
fraîche ; il a verfé cette eau par inclina
tion ; il a fait fecher ce limon dans un
vaiffeau de fer , à feu doux , & il a trouvé
une poudre de couleur de Caffé , qui pe
foit 16. onces 6. gros. Cette poudre mife
dans un creufet au fourneau de fonte ,
avec 6. onces de Tartre crud rouge en
poudre & du Borax en quantité fuffifante,
lui a donné un lingot de cuivre rouge trèsbeau
, qui peloit 14. onces un gros.
Les vingt onces de lames de Tole qui
avoient fervi à l'opération , étoient dini
nuées de 14. onces un gros. Comme c'eft
précisément le poids du cuivre qu'il a retiré,
ce changement paroîtroit favorable aux
vaines déclamations d'un Alchimiste , fi
P'Académicien n'avoir démontré que ce
qui pourroit paffer ici pour une tranfmu
tation , n'eft qu'une diffolution réelle du
fer, & une précipitation du cuivre , conte.
nu dans le Vitriol bleu
En effet , le Vitriol diffous dans l'eau
n'eft qu'un mélange de cuivre & de fels
acides, qui letiennent en diffolution.Lorfqu'on
y plonge le fer , les Sels acides , qui
tenoient
180 MERCURE DE FRANCE .
tenoient les particules de cuivre fufpen
dues dans la liqueur , les abandonnent ,
& par une affinité , qu'il eft affez difficile
de rejetter , ils s'attachent à ce fer qu'ils
corrodent avec une ébulition très - ſenſtble
, & à mesure qu'ils en diffolvent des
parties , ils y dépolent autant de parcelles
de cuivre.
Il est même inutile de fe fervir du fer
pour retirer le cuivre qui eft dans le Vitriol
bleu , puifque par le moyen du Sel de
Tartre , fubftitué au fer , M. Geoffroy a
retiré trois gros & demi de cuivre de deux
onces du même Vitriol .
Il feroit peut-être de notre devoir de
faire voir par un calcul qu'il n'y a que de
la perte à faire dans ces opérations ; mais
comme l'Académicien a gardé fur cela un
profond filence , nous nous contenterons
de dire avec lui, que le Vitriol bleu , chargé
de cuivre, qu'il a employé pour l'ope
ration , fe vend fur le pied de i so. livres
le cent , à Paris , & que le Vitriol verd",
ou chargé de fer , qui rette après l'opération
, ne vaut que 7. livres le cent.
M. Geoffroy a traité le Vitriol verdbleuâtre
comme le Vitriol bleu , & par le
moyen du fer ; mais il n'en a retiré de
quatre livres , qu'une once demi gros de
cuivre : ainfi ce Vitriol contient beaucoup
plus de fer que de l'autre Métal .
1
Nous
MAY. 1728. 881
Nous ne pouvons nous étendre autant
que nous le fouhaiterions fur les autres
parties du Mémoire qui concernent la
Couperofe blanche & l'Alun : ce font des
procedez de détail dont il n'eft pas toû
jours ailé de fe reffouvenir : tout ce que
nous en avons retenu , c'eft que la Pierre
calaminaire eft une des matieres qui enplus
grande quantité dans la compofition
du Vitriol blanc ; que l'efprit de
Soufre agit fur elle , qu'elle Aleurit à l'air
quand elle eft impregnée de cet efprit ,
& qu'elle fournit un Sel ftiptique , affez
femblable à celui de la Couperofe blanche.
A l'égard de la formation artificielle de
l'Alun , M. Geoffroy a trouvé que toutes
les terres bolaires , principalement celles
qui font cuites , comme nos poteries tendres
non verniffées , les Pipes de Hollande,
&c. fourniffent avec l'acide du Soufre,
des Criftaux , alumineux après une digeftion
longue.
EPITHALAME
A M. Pré..... an , fur fon Mariage
avec M B .... et.
Jufqu'ici , cher ami , vous avez combattu ,
Non pas l'Amour , mais l'Hymenées
Mais
882 MERCURE DE FRANCE.
Mais enfin , la raifon jointe à votre vertu ,
Va fixer votre destinée.
D'une chere famille enfin comblant les voeux,
Vous allez lui donner des heritiers heureux.
Vos fils fuivront vos pas , & ceux qu'un temdre
pere ,
Vous a marquez fi noblement ,
Et qu'un fonds de droiture , un fage caractere
Vous a fait fuivre conftamment.
Vos filles auront de leur mere ,
La fageffe , l'efprit , les graces , la douceur g
Cette prudente Ménagere .
Leurapprendra des biens & l'ufage &l'honneur.
Sous ces augures favorables ,
Hâtez- vous de former les liens les plus doux
Preffez ces momens defirables ,
Qui vont faire un heureux Epoux.
Un fi parfait affortiment ,
Vous affure des jours filez d'Or & de Soye ,
Que vous coulerez doucement
Dans les fages plaifirs d'une tranquille joye.
L'HyMAY.
1728. 883
L'Hymen vous uniroit envain ,
Si vous en féparez le Dieu de la tendreffe.
Ces deux Divinitez doivent joindre fans ceffe ,
Un coeur tendre au don de la main ;
C'est ainsi qu'il faut qu'on fe lie ,
C'estpar là des Epoux que l'attente eft remplie
Cette douce & rare union ,
Ne vous fera point étrangere.
Chez vous , chez votre Epoufe elle eft heredi
taire ;
Sa famille & la vôtre en font profeffion.
De cette heureufe intelligence ,
Cher ami , joüiffez long- temps ;
Elle fera regner la paix & l'opulence
Vivez toujours unis , & vous vivrez contens.
Veünle le Ciel verfer fur vos longues années ,
Mille profperitez l'une à l'autre enchaînées.
Mais à quoi bon par ces difcours
Irriter vos defirs , enflâmer vos amours?
De la Fête déja la pompe eft préparée ;
Déja votre Epoule eft parčej
884 MERCURE DE FRANCE:
Et le feu de fon coeur qui brille dans fes yeux,
Vous promet , vous annonce un fort délicieux.
L'Hymen joyeux paroît ; & fon flambeau s'allume
,
De l'encens le plus pur déja fon Temple fume ;
Ne tardez plus. Allez par des noeuds folemnets
Confacrer à l'Amour vos fermens mutuels.
La jeune & chere foeur de votre aimable-
Epoufe ,
De fon fort justement jaloufe ,
Fera bientôt fervir à fes voeux innocens ,
Le même Autel , le même encens.
L'Hymen n'offre à fes yeux nn fi flatteur
exemple ,
Que pour l'attirer dans fon Temple ;
Puiffe-t- elle à fon tour poffeder un Epoux ,
Auffi fage , auffi tendre , auffi parfait que 、
Yous !
Cependant , n'allez pas , enchanté des careffes
Qui vous attendent en ce jour ,
De la douce amitié négliger les tendreffes .
Pour ne vous donner qu'à l'Amour.
Votre
MAY. 1728. 885
Votre amitié m'eft toûjours chere ,
Et la mienne pour vous eft fidele & fincere,
Je ne vous verrai point pendant tout l'ems
barras ,
Des vifites & des repas ,
De mille autres ceremonies ,
Qui pour notre repos devroient être bannies ;
Mais lorsque vous ferez dans un calme pro
fond ,
Gardez-vous d'oublier votre ami de B ...ont,
A Paris , ce 3. Avril 1728 ,
のの
EXTRAIT d'un Memoire fur la Teinture
& diffolution de plufieurs efpeces de
Pierres, lû à la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences,
M
R. Dufay lûr un Memoire fur la
Teinture & la diffolution du plu
fieurs efpeces de Pierres ; il le divifa en
trois parties ; dans la premiere , il donne
la maniere de faire penetrer plufieurs
couleurs dans l'Agathe & dans quelques
autres Pierres dures ; dans le fecond , il
donne celle de teindre le Marbre affez
pro
38% MERCURE DE FRANCE.
profondément ; & dans la troifiéme , il
détaille la maniere de faire fur le Marbre
des ornemens en relief , tels qu'on en à
vû plufieurs depuis quelques années , &
qui demanderoient un travail immenfe fi
on étoit obligé de les faire avec les inftrumens
ordinaires .
M. D. choifit entre les Agathes celle
qui eft nommée Calcedoine, comme étant
compofée de parties plus homogenes , &
n'ayant point de veines qui interrompent
les deffeins qu'on y veut tracer ; les diffolutions
d'or & d'argent , feules ou mêlées
avec quelques autres matieres , comme la
Suye , le Tartre , l'Alun de plume , font
les liqueurs qui teignent les Agathes &
y penetrent quelquefois jufqu'à la profondeur
de deux lignes. Il y a une circonftance
neceffaire à obferver , qui eft
d'expofer au Soleil les Pierres fur lef
quelles on a mis de ces diffolutions . Les
couleurs qui en réfultent font le violet ou
pourpre , le brun , le noir velouté . On
peut par ce moyen rendre plus régulieres
& par confequent plus fingulieres , des
veines qui fe rencontrent ordinairement
dans l'Agathe ; mais comme ce feroit là
une façon de tromper , M. D. donne en
inême-temps deux moyens de reconnoître
les taches artificielles d'avec les naturelles.
Le premier eft en chauffant un
peu
(
M* A Y. 1728. 887
1
peu vivement l'Agathe , elle perd alors
fa couleur , fi elle est artificielle ; & le fecond
, en mettant deffus de l'eau forte ou
de l'efprit de Nitre , la couleur artificielle
fe perd de même ; mais on peut la lui redonner
en l'expofant au Soleil pendant
quelques jours.
M.D. paffe enfuite à la teinture du Marbre.
Outre les diffolutions métalliques qui
le penetrent & le teignent très - profondément
, il a remarqué que les matieres
qui font en même temps fulphureuſes &
fpiritueules , font très-propres à tirer les
teintures de plufieurs matieres , & à porter
dans le Marbre la couleur dont elles
Le font chargées . Les Teintures de Cor
chenille , de Brefil , de bois de Campeche,
de Roucou , de Terramerifa , &c , faites
avec l'efprit de vin ou l'efprit de Therebentine
, teignent le Marbre de couleurs
qui né penetrent pas auffi profondément
les unes que les autres , mais dont quelques-
unes vont jufques à 3. ou 4. lignes.
La cire bouillie avec le verder gris ,
fournit un verd d'Emeraude & une cou .
leur de Jade , fuivant le different degré de
chaleur car pour toutes ces operations
il faut chauffer le Marbre , ce qui fe fait
en le mettant fur une plaque de Tole couverte
de fable. Le fang de Dragon & la
Gommegutte , teignent auffi le Marbre ,
le
388 MERCURE DE FRANCE .
de premier de rouge ,& le fecond de jaune .
Ces couleurs font même plus durables
que les autres , dont quelques-unes s'affoibliffent
avec le temps . M.D. promet un
plus grand détail fur la maniere d'employer
ces Couleurs l'une auprès de l'autre ; &
fuivant un Deffein affez délicat , il a
fait voir en effet un morceau de Marbre
fur lequel étoit un Deffein formé de plufieurs
couleurs.
La troisième partie renferme , comme
nous l'avons dit , la Méthode de graver
le Marbre , & d'y faire des reliefs par le
moyen des acides . M. D. après avoir tenté
inutilement plufieurs acides , qui tous jau
niffoient le Marbre blanc , en a enfin
trouvé un qui n'endommage point fa
couleur. C'est un mêlange de parties égales
d'efprit de fel & de vinaigre diſtilé .
L'enduit qui réüffit le mieux pour couvrir
les parties du Deffein qui doivent
refter en relief, eft un Vernis fait avec
l'efprit de vin , la Gomme lacque , & du
Noir de fumée ou du Vermillon . On met
délicatement ce Vernis avec un Pinceau
fur les endroits qui doivent être épargnez
; & lorfqu'il eft fec , ce qui arrive
au bout de deux heures , on verfe deffus
le Marbre le diffolvant dont nous
avons parlé. M. D. ajoûte quelques détails
pour les parties du Deffein , qui doivent
MAY. 1728. 889
vent être plus délicates que le refte ; &
comme les fonds feroient difficiles à
polir , il propofe de les pointiller avec
differentes couleurs délayées dans le même
Vernis de Gomme lacque.
M. D. a fait voir des échantillons de
tous ces Ouvrages , un carreau de Marbre
blanc , peint de diverfes couleurs ,
comme nous l'avons déja dit ; un autre
gravé , fuivant un Deffein de Broderie
affez délicat , & 25. autres petits morceaux
d'un pouce & demi en quarré ,
teints de differentes couleurs . Il a fait
voir auffi des Agathes colorées de la maniere
décrite dans la premiere partie de
fon Memoire.
XX :XXXXXX)
EN
N donnant dans le Mercure du mois.
de May 1727 , l'Ode de M. du Belis ,
intitulée , les Spectacles , qui fut couronnée
par l'Académie de Marfeille le 23 .
Avril précedent , nous avons dit que d'un
grand nombre de Pieces envoyées , quatre
feulement concoururent avec l'Ode
qui remporta le Prix . Nous avons fçû
depuis que de ces quatre Pieces aucune
ne mérita plus ce concours , & ne balança
davantage la décifion que celle- cy.
B ODE.
890 MERCURE DE FRANCE.
OD E.
La gloire de S. François Xavier , Apôtre
des Indes.
Faux éclat que le monde priſe ,
Brillante & vaine illuſion ,
Dont notre aveuglement déguiſe
La vanité fous un grand nom ;
Gloire , Héroïsme , Renommée ,
Vous n'êtes qu'un peu de fumée,
Dont notre erreur fait tout le prix :
Heureux qui perçant l'imposture,
A la gloire folide & pure ,
Sçait s'élever fur vos debris,
M
Il eft une fainte vaillance :
Ennemi du láche repos ,
Malgré fa timide apparence ,
Le nom Chrétien a fes Héros.
Oui , l'eſpoir de ton heritage ,
Grand Dieu ! fait naître le courage ,
En t'affujettiffant les coeurs ;
Et cette immortelle couronne ,
Que
MAY. 1728. 891
Que ta main liberale donne ,
Te fait d'illuftres ferviteurs,
Où m'emporte une ardeur foudaine
Est- ce un Mortel que j'apperçois ?
Mes yeux ne le fuivent qu'à peine,
Il eſt en cent lieux à la fois :
Quel Heros ! quelle ame fublime ! ...
Du feu celefte qui l'anime ,
Je reconnois le grand Xavier ;
Il vole où la Grace l'appelle ,
Et l'immenfité de fon zele ,
Embraffe l'Univers entier.
St
Ouvrez-vous , fauvages Contrées,
A l'afpect de ce Conquerant :
Vous , Mers , jufqu'alors ignorées ,
Calmez vos flots pour un moment :
Ce n'eſt point un vainqueur barbare ,
Dont la cruauté vous prépare
Un dur esclavage & des fers ;
Brulant pour vous d'un zele extrême ,
Il vient à vos Peuples qu'il aime .
Apprendre à vaincre les Enfers.
Bij Quei
892 MERCURE DE FRANCE.
Quoi ! fourds à la voix d'un Apôtre ,
Coeurs endurcis , vous réfiftez !
Quel aveuglement eſt le vôtre !
C'est le Ciel que vous combattez,
Ah ! je vois l'Erebe en furie ,
Pour foutenir l'idolâtrie ,
Armer cent Monftres inhumains
Toute leur rage fe déploye ,
En voyant échapper la proye ,
Qu'on arrache d'entre leurs mains :
Impieté , foible Rivale ,
Tous tes efforts font confondus ;
Retourne à la Rive infernale ,
Et va pleurer tes droits perdus ;
Enflammé d'une ardeur divine ,
Déja Xavier fur ta ruine ,
Eleve à fon Dieu mille Autels ;
Il détruit ton regne profane ,
Et fon triomphe te condamne ,
A des opprobres éternels.
Tardez-vous encore à vous rendre ?
FautMAY.
1728 . 893
Faut- il des coups plus éclatans ?
Ingrats , fa voix ſe fait entendre ,
Aux infenfibles Elemens .
Il commande ; les Flots tranquilles .
Les vents , les animaux dociles ,
Lui font un hommage nouveau ;
La mort même à fes loix foumife ,
Se laiffe vaincre & rend fa prife ,
Du fond tenebreux du Tombeau.
M
Que ta fageffe eft adorable ,
O Dieu ! Protecteur de Xavier a
Par quelle route impenetrable ,
As-tu conduit ce faint Guerrier ?
Grand , mais toûjours humble & modefte ,
Sa valeur n'eut rien de funefte ,
Aux climats dont il fut vainqueur :
Heros , trop fiers d'un vain courage ,
Venez , reconnoiffez l'image ,
De la veritable grandeur.
Il meurt ; Dieu prend foin de fa gloire :
Pour confondre l'orgueil humain
Biij
Il
894 MERCURE DE FRANCE. ·
Il éternife fa mémoire ,
Sans employer for & l'airain.
Difpenfé de la loi fevere , *
Qui réduit nos corps en pouffiere 3
Xavier furvit même à fa mort ;
On voit les venerables reftes ,
Digne objet des faveurs celeftes ,
Triompher des ans & du fort.
Nimis honorificati funt amici tui Deus.
Pfalm . 138.
Par le R. P. Dom Antoine Prévost,
Benedictin de S. Germain des Prez.
XXXXX:XX **:******
HARANGUE prononcée au College
de Louis le Grand, le 28. Janvier 172.8.
par le R. P. de la Sante , Jefuite , Profeffeur
de Rhétorique.
'Orateur le propofe pour but , d'e-
Lxxaminer dans ce Difcours fi les François
peuvent , à juſte titre , s'attribuer la
gloire de l'emporter fur les autres Peuples
de l'Europe , dans ce qui concerne
-
Le Corps de S. François Xavier fe conferve
fans corruption à Goa , Ville d'Afie dans les
Indos.
les
MAY. 1723. 899
攀
les Ouvrages de Litterature ; & dès l'Exorde
il fe déclare pour l'affirmative. Un
Livre intitulé : Lettre fur les Anglois &
Les François , qui parut il y a deux ans ,
& dont l'Auteur femble décider contradictoitement
la queftion prefente , infpira
au P. de la Sante , le deffein de traiter à
fond ce fujet , & de venger fa Patrie d'un
Arrêt qui lui parut injufte & peu fondé.
Ce projet deinandoit , fans doute , une
main habile pour l'executer. Il prefente .
d'abord une matiere extrémement vafte وت
& par là même difficile à renfermer dans
les bornes d'un Difcours . L'abondance
du fujer ne fert fouvent qu'à gêner l'Orateur
; au lieu qu'une matiere moins fertile
d'elle - même , laiffe du moins plus de
jeu à l'efprit & à l'éloquence.
D'ailleurs , le grand nombre d'Auteurs
dés diverſes Nations qui méritent d'entrer
fur les rangs , fuppofe non- feulement une
connoiffance exacte de leurs Ouvrages ,
mais encore un efprit jufte & penetrant,
pour faifir le caractere propre & particulier
du ftyle & du génie de tant d'Ecri
vains ; une critique fine & exacte pour
difcerner avec goût ce qu'ils peuvent avoir
d'excellent ou de vicieux ; un jugement
folide & précis pour les rapprocher l'un
de l'autre , les comparer , les confronter ,
ainfi dire , & ne déterminer la ba-
Biiij ance
pour
896 MERCURE DE FRANCE .
lance qu'après l'avoir tenue long- temps
dans un jufte équilibre. Enfin une plume
legere , capable de fe prêter à tous les
ftyles , fuivant les divers Auteurs qui fe
prefentent tour -à tour , pour ne pas peindre
avec les mêmes couleurs des objets
tout differens .
Il est vrai que le fujet eft fufceptible
par lui-même de beaucoup d'agrément ,
& qu'il devoit naturellement intereffer
l'Auditeur , furtout étant traité en France
à l'avantage des François . On voit avec
plaifir triompher fa Nation , & un triomphe
tel que celui dont il s'agit ici , ne
flatte gueres moins qu'une victoire remportée
dans le Champ de Mars . On aime
prefque autant avoir de l'avantage fur les
Etrangers par l'efprit que par les armes .
Mais peut-être auffi n'eft - il
pas moins
vrai que cette inclination naturelle qui
prévient le commun des hommes en faveur
de leur Pays , fe change fouvent en
une difpofition toute contraire dans l'efprit
de certaines gens prévenus , pour ainfi
parler , contre la prévention même des .
perfonnes de ce caractere , appréhendant
de fe laiffer trop aller au préjugé , fe mettront
d'abord en garde contre l'Orateur ,
dans la crainte qu'il ne veuille profiter de
cette difpofition favorable qu'il compte de
trouver dans ceux qui l'écoutent pour
furprendre
MAY. 1728. 897
furprendre leur jugement & leurs fuffrages
. Ils fe demanderont à eux-mêmes fi
quelque Etranger , quelque Italien , par
exemple , ne pourroit pas à Rome entreprendre
de traiter la même queſtion ;
& la décidant en faveur de l'Italie , ranger
avec quelque fondement nos Ecrivains
François fous la loi des Auteurs
Ultramontains . Par là , ce qui paroît du
premier coup d'oeil , devoit tourner à l'avantage
de l'Orateur , lui devient en
quelque forte defavantageux , & lui prefente
un obſtacle que la force de la
verité, expofée dans tout fon jour , ne peut
vaincre qu'à peine.
Le Public a rendu juftice au P. de la-
Sante , fur la maniere dont il a fçû profiter
de ce que fon fujet lui offroit de favorable
, & le tirer de ce qu'il pouvoit
avoir d'épineux & de difficile ; l'Affemblée
, à là tête de laquelle fe trouverent
un grand nombre de Prélats & de perfonnes
de la premiere confideration , témoigna
plus d'une fois , en interrompant
l'Orateur par fes applaudiffemens , combien
elle étoit fatisfaite de fon Difcours .
Sur tout , il eft certain qu'il s'eft fait un
devoir de rendre juftice aux Auteurs Etrangers.
L'envie de faire paroître meilleure
la caufe qu'il deffendoit , ne l'a poine- engagé
à déguifer l'avantage qu ils peuvent
Bv avoir
898 MERCURE DE FRANCE .
avoir fur les François en certains genres
d'Ouvrages ; & lorfque l'interêt de la verité
a demandé qu'il leur donnât du deſfous
, loin d'infulter aux vaincus , il n'a
jamais manqué de leur accorder des éloges
proportionnez à leur mérite.
Nous allons effayer de donner l'idée
la plus exacte qu'il nous fera poffible de
cette Piece d'Eloquence . Ceux qui par
la lecture du Difcours même voudront
fuppléer à ce qu'un Extrait peut laiffer
à defirer , le trouveront imprimé , chez
Barbou , rue Saint Jacques , aux Cigo--
gnes.
A confiderer les divers Ouvrages de
Litterature par le ftyle qui leur eft propre
, & qui leur convient effentiellement ,
on peut les ranger fous deux titres
ou deux efpeces differentes. Les uns demandent
un ſtyle plus pompeux & plus
relevé , des idées plus grandes , des expreffions
plus nobles & plus magnifiques .
Les autres , au contraire , ne veulent rien
que de fimple & de naturel , une plume.
legere & élegante , des images gracieufes ,
une expreffion douce & polie en un mot ,
la délicateffe eft le propre de ceux- cy ,
le fublime caracterife ceux- là ..
Telle eft la divifion du Difcours dont
nous parlons. Sans rien confondre , elle
renferme tout ce qu'il eft poffible de dire
fur
MAY. 1728. 899
far le fujet , & le prefente dans un jour
qui difpofe l'efprit de l'Auditeur à fe laiffer
conduire pas - à- pas dans une route facile
qu'il voit en deux traits tracée devant lui ,
& dans laquelle il n'a point à craindre de
s'égarer ou de s'embaraffer .
PREMIERE PARTIE . Pour comparer
des Auteurs qui ont écrit dans le genre
fublime , il faut d'abord connoître ce que
c'eft que le fublime , & en quoi il confifte.
L'Orateur commence donc par en
donner une idée précife & exacte . Il fes
déclare pour le fentiment de ceux qui regardent
comme fublime toute penfée frape
pante d'elle-même , qui excite dans l'ame
une espece d'étonnement & d'admiration
fubite , quand même cette penfée ne porteroit
pas avec elle une idée auffi grande ,
peut- être , & auffi magnifique que l'exigent
ceux qui n'admettent de fublime que
ce qui eft extrêmement pompeux & élevé..
Voici ce qu'il en dit , rendu auffi fidele
ment que le tour & le goût du Latin nousl'a
pû permettre.
» Je regarde le fublime comme un de
»ces prodiges , pour la production def
» quels la Nature & l'Art uniffant leurs
>>efforts , doivent concourir également ..
» C'eſt un trait d'éloquence vif & animé ,
>> qui partant avec la vîteffe de l'éclair ,
frappe , émeut , perce & triomphant en
B vj
>> vain.
{
900 MERCURE DE FRANCE .
» vainqueur , ravit l'ame d'admiration &
»la tranfporte hors d'elle- même .. Tantôt
» comme un tourbillon , il enleve les ef-
»prits & les tourne à fon gré , ou les
»frappe & les éblouit comme la foudre ,
>> ou les entraîne de vive force comme un
>> torrent . Tantôt il eft femblable à une
» douce lumiere , dont les rayons vifs
» mais temperez , fe développent en un
"inftant , & prefentent tout- à coup la
» plus brillante clarté. Il enchante , il
» maîtriſe les coeurs , & par des refforts &
» des charmes fecrets , les conduifant im-
>> perceptiblement d'une paffion à l'autre ,
» il les engage dans la route qu'il veut
» leur faire fuivre , & en Maître égale-
>> ment doux & efficace , les amene invin-
» ciblement au but qu'il leur a fixé . Će
»fublime , ce merveilleux dans le Dif-
» Cours , ne peut partir que d'un génie na-
» turellement ferme & élevé , qui penfe
heureufement , noblement , avec grace
» & avec dignité ; qui par la magnificence
& la majesté de l'élocution , fçait don-
» ner à fes pensées une force & un éclat ,
dont l'impreffion fubite & inévitable
» ravit & enleve l'efprit de quiconque l'é-
» Coute ; ou qui prefente ce qu'il veut dire
» dans un jour fi gracieux & fi féduiſant ,
» que fans penfer même à fe deffendre de
» la furprife & du plaifir que caufe fon
55
>>
>>
» DifMA
Y. 1728. gor
» Difcours , on fe livre de foi -même aux
» chaînes de fon vainqueur , & l'on fe
» laiffe conduire à fon gré.
Le fublime a trois qualitez effentielles
qui le diftinguent & le caracterilent , il
demande d'abord de la force dans le génie ,
foutenue d'une heureufe hardieffe , il veut
de l'éclat & de la vivacité dans les penſées,
de la nobleffe & de la magnificence dans
l'expreffion . On oppofe à ces trois qualitez
principales , une fougue mal entenduë
qui n'eft point guidée par le jugement
& la raifon ; un faux brillant qui éblouit
l'efprit plutôt qu'il ne l'éclaire ; une vaise
enflure qui fans folidité n'a que de faux
dehors & une apparence trompeufe.
Il eft conftant que l'on a toûjours beau
coup moins reproché ces défauts aux Auteurs
François qu'aux Ecrivains des autres
Nations . On trouve au contraire
dans leurs Ouvrages beaucoup de nobleffe
& de naturel tout à la fois. Ces deux
qualitez femblent former le caractere propre
du génie de la Nation . C'eſt auffi ce
qui fonde fon principal avantage , & ce
qui lui affure la victoire .
L'Orateur examinant quelle peut être la
caufe de cette heureufe trempe d'efprit ,
en marque deux principales , la jufte temperature
de l'air & du climat , le foin de
fe former le goût par la lecture des anciens
902 MERCURE DE FRANCE.
ciens Auteurs de Rome & de la Grece ; il
paroît , à la verité , moins appuyer fur la
premiere de ces deux caufes ; c'eft cependant
celle fur laquelle il s'étend davantage,
& il en prend occafion de faire quelques
reflexions fur le génie particulier des
Peuples de chaque Province plus confiderable
de la France qu'il peint en peu de
mots par les traits les plus marquez &
qui ont plus de rapport à fon fujet.
Après ces efpeces de Préliminaires tous
effentiels à la matiere qu'il traite , il ran-
'ge fous le genre fublime , comme par une
efpece de fubdivifion , les Pieces d'Eloquence
pour la Chaire & pour le Bareau,
les Poëfies lyriques , les Tragédies & les
Poëmes Epiques .
Boffuet , Fléchier , Bourdalouë , paroiffent
les premiers fur les rangs . Qui leur
oppofera-t-on ? L'Efpagne produira Grenade
, l'Italie , Seigneri , l'un & l'autre
eftimable , fans doute ; mais au jugement
de tous les Connoiffeurs , beaucoup audeffous
des trois Orateurs François pour
l'ordre , le tour , l'expofition des preuves,
& ce que l'on peut appeller , en deux mots,
la conftruction du corps d'un Difcours.
Quant à l'éloquence du Barreau , trouvera-
t- on quelqu'un à mettre en parallele
avec le Maître & Patru ? non , fans doute.
Affez de gens en France entendent les
Langues
MÁY: 1728% 903
Langues de nos voisins , & connoiffenc
leurs Auteurs , pour fçavoir qu'ils n'enont
point en ce genre qui mérite d'entrer
en comparaifon avec ceux-cy.
Du féjour de Thémis paffons fur les
Parnaffe. L'enthoufiafme outré de Gongora
, l'affectation fouvent puerile du Teſ--
ti , valent- ils la nobleffe & le naturel de
Malherbe
pour le Lyrique ?
C'eft affurément dans le tragique moins
que dans tout autre genre que les Etrangers
peuvent efperer quelque avantage fur
les Poëtes François . Corneille & Racine
font deux adverſaires redoutables.Ni l'Hé--
roïfme guindé des Efpagnols , ni les langueurs
doucereufes des Italiens , ni la
Scene prefque toûjours enfanglantée des
Anglois , n'offrent rien qui puiffe difputer
la victoire à ces deux Heros du Théatre
François . L'Orateur ne manque pas cependant
de rendre juftice à quelques Auteurs
d'Efpagne & d'Italie , dont les Pieces
approchent davantage du veritable goût
de la Tragedie , & même dans un paral
lele qu'il fait de Racine & de Corneille ;
s'il releve avec raifon le mérite de l'un &
de l'autre , il ne cherche point à les juftifier
de quelques deffauts affez confiderables
qu'on leur a reprochez avec fondement.
Il avoue avec la même ingenuité que
tout
904 MERCURE DE FRANCE.
tout ce que nous avons de Poëmes Epia
ques en France eft beaucoup au- deffous
de la Jerufalem délivrée du Taffe , du Rolland
de l'Ariofte , du Poëme Anglois de
Millon ; & il convient volontiers que nous
ferions abfolument obligez de ceder fur
cet article , fi nous n'avions à oppoſer le
Telemaque de feu M. de Cambray , auquel
il ne manque de toutes les graces
de la Poëfie que la feule verfification
pour pouvoir le mettre avec juſtice audeffus
de tout ce qui a paru de Poëmes.
Epiques depuis Virgile . L'Eloge & le caractere
de l'illuftre Auteur de cet Ouvrage,
termine la premiere partie du Difcours .
SECONDE PARTIE . Comme le genre
délicat a beaucoup plus d'étenduë que
. le fublime , l'Orateur le partage en trois
efpeces ou trois branches differentes , à.
chacune defquelles fe rapportent naturellement
diverfes fortes d'Ouvrages . Il
en cft , en effet , dont tout le mérite doit
confifter dans un naturel fimple & gracieux
, d'autres dont le caractere propre
eft une critique fine & piquante ; quelques
autres , enfin , ne demandent qu'un
enjoüement plaifant & badin .
Les Lettres , les Fables , les Poëfies Paftorales
, ainfi que l'Hiftoire , ne veulent
d'ornemens & de graces que celles de la
Nature même . Or on peut avancer fans
préMAY.
1728. 905
prévention que cette fimplicité gracieufe
qui forme ce qu'on appelle un ftyle naturel
, fe trouve plus communément dans
nos Auteurs François que chez la plupart
des Étrangers . Madame de Sevigné, Buffi ,
Voiture , font les Ecrivains fur lefquels
l'Orateur s'appuye pour ce qui regarde
les Lettres. Voici ce qu'il en dit & ce que
nous avons effayé de traduire.
»Je puis citer pour garants de ce que
j'avance , les Lettres tant de fois admi-
»rées de l'illuftre Madame de Sevigné.Si ,
» à ne confiderer que l'élegance & la pu-
>> reté qui y regne , on eft tenté quelque-
»fois de les regarder comme le fruit d'un
>> travail férieux & appliqué , bientôt l'air
» naturel & ailé dont elles font écrites ,
» fçait perfuader qu'elles ne font l'ouvrange
ni de l'Art ni de l'étude , & on de-
>> meure convaincu que la Nature elle-
»même n'eût pù écrire autrement . On
» me fçauroit, fans doute , mauvais gré de
" ne pas joindre ici à Madame de Sevigné
>> l'illuftre Buffi : la conformité de leur ftyle
>>fi plein d'agrément & de délicateffe , l'é-
> troit commerce de Lettres & d'amitié
»qui les unit toûjours , font des liens refpectables
qui ne permettent pas de fé-
"parer leurs Eloges. Je crois même de-
»voir encore leur affocier Voiture . Les
» graces qu'il fait répandre fur les plus
» legeres
22
06 MERCURE DE FRANCE.
»legeres bagatelles , le rapproche d'affez
» près de celle - cy , la maniere noble &
lenlée dont il traite des fujets , plus fé-
> rieux , lui donne affez de rapport à celui
»là , pour réunir trois Auteurs , qui malgré
la difference fenfible du caractere
>> fingulier de leurs Ouvrages , fe reffem-
» blent de fi beaux endroits . On troupar
>>ve , en effet , dans tous également , beau
coup d'efprit , plus de graces encore &
>> furtout une douceur & une amenité in-
>> finie. Cependant une fimplicité plus ai-
» mable dans l'une , une élegance un peu
» plus recherchée dans l'autre ; dans le
» dernier , enfin, un enjoüment un peu plus
» étudié , font , fi je ne me trompe , les
>> traits dominans & les plus marquez
» de leurs Ecrits . On trouve dans celle - cy
>>plus de naturel , dans celui - là plus de
» force , plus d'art dans le troifiéme.
» Voiture femble courir après les fleurs,
» Buffi fe contente de les choifir avec goût.
» Madame de Sevigné les fait naître en
foule fous fa plume ; & ce qui fait , à
» mon gré , la plus belle partie de fon élo-
» ge , on diroit que contente d'une beauté
mais raviffante , elle femble fimple , mais raviffante ,
avoir abandonné le peu qui fe trouve
de fard & d'ornement affectez dans ces
» Auteurs , à ceux à qui leur fexe paroilfoit
moins permettre de l'employer.
»
>>
»
L'O-
1
1
MAY. 1728. 907
L'Orateur s'étend enfuite fur les Lettres
du Cardinal Bentivoglio , dont il parle
avec éloge , quoique d'ailleurs il ne juge
pas qu'il égale pour le naturel qui convient
au ſtyle épiſtolaire , les Auteurs François
dont nous venons de parler. Les Lettres
de fainte Therefe , celles de Balzac &c.
de Pafchal , ont auffi leur place dans cet
endroit , mais on les y caracterife avec
des traits bien differens ..
Il est incontestable que l'on ne trouvera
point hors de France des Fables com
parables à celles de la Fontaine . Pour ce
qui eft des Poëfies paftorales , il eft vrai
que les Italiens produiront avec avantage
Guarini & quelques autres contre Racan
& Segrais. Mais peut - être auffi cet avantage
feroit-il beaucoup moins grand, fi ces
Poëtes de delà les Monts n'euffent traité
les paffions les plus dangereuſes avec une
liberté , ou , pour mieux dire , une licenceque
la modeftie de notre Langue ne ſouffre
pas.
Ce qui regarde l'Hiftoire comprend
un trop grand nombre d'Auteurs , pour
que nous puiffions ici l'expofer en détail.
Il fuffira de dire en general que l'Orateur
cite parmi les Ecrivains François des
Hiftoriens capables de balancer au moins.
ceux que peuvent vanter les Flamands ,
les Italiens , les Efpagnols & les autres
Etran
908 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , & que fi nous n'avons pas
peut- être en ce genre l'avantage , nous
n'avons pas non plus la honte de la défaite.
La feconde espece de ce que l'on nom
me ftyle délicat , demande une critique
fine & piquante . Elle comprend les Satyres
, les Ouvrages de Morale & de Philofophie.
Boileau l'emportera fans contredit fur
tout ce que nos voifins peuvent avoir de
Satyriques . L'Aretin ni le Franco d'Ita
lie , n'oferont certainement pas fe mefurer
avec lui . La Hollande . pourra vanter
Baile , fans que la France foit tentée de
le revendiquer . Ses vaines déclamations
tiffues de raifonnemens & de railleries ·
impies , font plus de tort à fon efprit &
à la probité , que le tour artificieux qu'il
leur a donné ne doit attirer de louanges
à l'Auteur , & de crédit à fon Livre.
Quant aux Ouvrages de Morale , je ne
vois que Gracien qui puiffe entrer en
concurrence avec les caracteres de la
Bruyere & les Reflexions de la Rochefoucault
; encore faut - il convenir que
l'obscurité qui regne dans les Ecrits du Moralifte
Espagnol ne laiffera pas long -temps.
la balance incertaine . Madame Deshoulieres
, S.Evremont , Bouhours , n'ont certainement
pas d'égaux hors de France ; & par
mi
MAY. 1728 . 909
mi les Philofophes Modernes , Descartes ,
Gaffendi , Malebranche , font d'autant
plus fûrs de la victoire , que tous les Etrangers
, fans même en excepter Newton , ſe
font fait honneur de penfer d'après eux &
de fuivre la veine que ceux- ci avoient ouverte
les premiers & déja pouffée bien
loin.
Enfin les Ouvrages qui demandent de
l'enjoüement & de la plaifanterie , fe bornent
aux Comedies , aufquelles on peut
ajoûter les Chanfons . C'eft dans ces fortes
de Pieces que le naturel doit furtout
dominer. Où en trouvera- t- on plus que
dans Moliere ?
Lope de Végue , ce Heros du Théatre
Efpagnol , chauffe fouvent le Cothurne
au milieu d'une Scene comique. On fçait
que la plaifanterie outrée des Italiens dégenere
dans prefque tous leurs Auteurs ,
en farce, & en bouffonnerie ; perfonne n'ignore
les deffauts qu'un Anglois même
reproche aux Comédiens de fa Nation ,
dans un Livre imprimé depuis peu d'ang
nées .
11 eft vrai que les Chanfons en ellesmêmes
font quelque chofe d'affez peu
conderable Un trait plaifant , un tour
naïf , en fort d'ordinaire tout le mérite.
Cependant le caractere ingénieux & na-
Surel qui leur eft propre , forme en faveur
d'une
S
10 MERCURE DE FRANCE.
.
d'une Nation qui y réüffit conftaminent ,
un préjugé très avantageux. Or il eſt aſſez
difficile que les Etrangers puiffent prétendre
l'emporter en ce genre fur les François
, ou même le leur difputer. Coulange
& plufieurs autres avec lui ne leur céderont
pas ailément , & ne croiront pas
même leur faire une injuftice en s'attribuant
la victoire .
Il eft aifé de voir par l'expofé que nous
venons de faire , quel eft le fonds & le
corps du Difcours dont nous donnons un
Extrait. Tous les membres en font liez &
rangez avec ordre dans leur place natu
relle . La matiere eft difcutée à fond ; d'ailleurs
les caracteres des Ecrivains les plus
confiderables font expofez dans un jour
à n'être pas méconnus par quiconque a
la moindre idée de leurs Ouvrages. Les
traits font marquez , il n'en eft pas un
qui ne porte & qui ne mette fous les yeux
celui qu'il peint par ce qu'il a de plus fingulier
& de plus frappant. On reconnoît
par tout un Pinceau habile , également
jufte & délicat. Malgré la comparaiſon
prefque continuelle des divers Auteurs
oppofez les uns aux autres , qui feroit
craindre naturellement une efpece d'uniformité
& de monotonie fatiguante , on
trouve par tout une varieté infinie de
tours qui ne le repetent jamais & qui con .
duifant
MAY. 1728.
911
duifant imperceptiblement d'un pas à l'au
tre, amufent l'efprit , le tiennent fans ceffe
en haleine & le foutiennent par leur agrément
enfin l'expreffion eft par tour proportionnée
aux idées qu'elle exprime ,
noble & magnifique , délicate ou gracieufe
, fuivant que la matiere l'exige ; & l'on
peut dire en deux mots , que l'Orateur ,
fans rien omettre d'effentiel à fon fujet , a
fçû choisir ce qu'il pouvoit avoir de plus
gracieux , & l'a traité avec tout le fuccès
qu'on avoit droit d'attendre d'une main
également habile & experimentée .
SONNET EN BOUTS-RIMEZ
AU
Pour le mois de May.
U mois de May , belle
Vous propofez de certains
Sçavez- vous que l'Amour
En allumant de nouveaux
Dorine ,
Jeuxs
Badine ,
Feux.
Je le connois , il me
Domine p
Je n'en fuis que plus
Malheureux,
Ce Dieu me tire à la Sourdine
Des Traits qui font trop Dangereux.
Plus
912 MERCURE DE FRANCE.
Plus je vous vois , plus je Soupire ,
Je n'ofe expliquer mon Martire ,
Ma chere liberté fe Perd.
Oui , Dorine , j'ai le coeur
Tendre ,
Vous ne me prendrez point fans
Vert,
Mais je voudrois bien vous y
Prendre.
Des Palmeux.
LETTRE de M. Bouillet , écrite
de Beziers le 20. Février 1728.
V
Oici , Monfieur , la premiere Piece
d'un Recueil qui contiendra tout ce
qui s'eft paffé dans notre Académie de
Beziers , dont j'ai l'honneur d'être Secretaire
depuis fa naiffance . On donnera inceffamment
les Difcours qui furent lûs à
notre premiere Affemblée publique le 29.
Août 1726. & ce fera la feconde Piece
de ce Recueil. Ces Difcours feront ſuivis
de quelques Lettres contenant des Raifonnemens
Phyfiques , des Obfervations
Anatomiques , Aftronomiques & Métheorologiques
, faites en 172 6. & d'un
Extrait fort abregé de nos Regiftres pour
l'année
MAY. 1728.
1913
P'année 1727 : Vous pourrez , Monfieur ,
en informer le Public , & lui apprendre
même que nous avons fait jufqu'ici deux
Affemblées publiques chaque année , où
l'on a lû à chacune quatre Difcours : deux
fur la Phyfique & deux d'Eloquence ou
de Litterature , & qu'on continuera d'en
fire autant à l'avenir. Si le premier effai
elt de votre goût , je ne manquerai pas ,
Monfieur , de vous communiquer les fuivans
. J'ai l'honneur d'être , & c .
Nous fommes fort fenfibles à l'honneur
que nous fait M. Bouillet ; nous nous
ferons toûjours un grand plaifir de publier
les productions de l'Académie Royale
de Beziers , propres à exciter l'amour
& l'émulation pour les Sciences & les
Arts , & nous fommes perfuadez que le
Lecteur nous en fçaura bon gré. Les Pieces
contenues dans ce Recueil , auroient
déja parû, fi elles nous avoient été remifes
plutôt.
C LET914
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite le 1. Janvier 1726.
à M. Penna , Premier Medecin de
S. A. S. M. le Prince de Monaco , Par
M. Bouillet , de l'Académie des Belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux,
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier , Profeßeur des Mathématiques
, & c. Sur l'Origine & les occupations
de l'Académie de Beziers .
Сра
Omme j'ai eû , Monfieur , un peu de
part à l'Inftitution de notre Académie
, je ne m'étendrai pas beaucoup
fur les circonstances qui la précederent ; je
me contenterai feulement de vous dire
qu'ayant eu l'honneur d'être en liaifon
avec M. de Mairan , pendant fon féjour à
Beziers , & en commerce de Lettres avec
lui (a ) depuis fon entrée à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , je crûs devoir
profiter d'un voyage qu'il fit (b) peu
de temps après en cette Ville , pour affocier
à l'étude , & unir plus étroitement par
( a) M. de Mairan partit de Beziers vers le
milieu de l'année 1718. & il fut reçû à l'Académie
Royale des Sciences , d'abord après
fon arrivée à Paris .
(b) M. de Mairan revint à Beziers vers la fin
de juillet 1723. & ne s'en retourna à Paris
qu'au commencement de Novembre de la même
année,
C
MAY. 1728 .
915
que
ce lien quelques -uns de mes Concitoiens,
dont les talens & les difpofitions m'étoient
déja connuës . Je communiquai d'abord
ce deffein à M. de Mairan ; je lui
nommai même les perfonnes que j'avois
en vûë , qui étoient la plupart de fes anciens
amis ; & j'eus la fatisfaction de voir
non-feulement M. de Mairan n'étoit ,
pas éloigné de cette penfée , mais qu'il ne
fouhaitoit même rien tant que de voir
naître en cette Ville ( a ) une Societé fçavante
, & d'en jetter lui- même les premiers
fondemens. C'étoit lui prefenter une occafion
de fignaler fon zele pour les Sciences
& fon amour pour fa Patrie : Aufli
embraffa- t-il ce projet avec joye , & ne
fongea- t-il plus qu'aux moyens de le faire
réüffir . Ses premiers foins furent d'en par
ler à M. notre Evêque , & d'en donner
avis à M. l'ancien Evêque (b) de Fréjus ,
& à M. l'Abbé Bignon , & fes démarches
eurent tout le fuccès que l'on pouvoit at-
(a) M. de Mairan eft né à Beziers , ily a paffé
fes plus tendres années dans l'étude de la Phyfique
& des Mathématiques , & il n'en eft parti
qu'après avoir remporté trois fois le Prix propofé
par l'Académie de Bordeaux , d'abord
après fon établiffement , & avoir été prié par
cette Académie de n'entrer plus en lice ,
ne pas décourager les autres Sçavans.
( 6 ) Aujourd'hy Monseigneur le Cardinal de
Fleury.
Cij tendre.
pour
916 MERCURE DE FRANCE .
tendre. Une réputation brillante , un mérite
bien reconnu ,
un caractere tout - à fait
aimable , aident beaucoup dans de pareilles
entrepriſes.
En attendant l'agrément de la Cour
pour les Affemblées de la future Académie
, M. notre Evêque nous ménagea
celui de M. l'Intendant de cette Province ;
il ne fe contenta pas même de nous procurer
cet avantage , il voulut être du nombre
des Académiciens , & nous nous glorifions
de voir dans nos Regiftres fon
nom confondu avec les nôtres . Quelques
jours après , M. l'ancien Evêque de Frejus
eut la bonté d'écrire à M. de Mairan que
rien ne pouvoit lui faire plus d'honneur
l'établiffement d'une Académie à Beziers
, & que M. le Duc d'Orleans approuvoit
fort ce deffein . M. l'Abbé Bignon
lui fit aufli à ce fujet une réponſe fort
gracieúfe.
que
Notre premiere Séance s'étoit tenuë le
19. Août 1723. Plus de vingt perſonnes
de cette Ville , diftinguées par leur naiffance
, leur rang , leur efprit , s'y étoient rendues
à la fuite de M. notre Evêque ; & il
y avoit été arrêté , qu'on continueroit
fous le bon plaifir du Roy , de s'affembler
régulierement une fois chaque femaine ,
fçavoir , le Jeudy , pour conferer pendant
deux heures fur tout ce qui peut apparte .
nir
MAY. 1728. 917
>
·
nir à la Phyfique , à la Medecine , aux Mathématiques
, aux Belles Lettres & aux
Arts. On avoit nommé d'abord un Directeur
, un fous- Directeur , un Secretaire
& un Syndic , & l'on avoit réfolu qu'il
n'y auroit que le Secretaire qui feroit perpétuel
& . que les autres Officiers feroient
changez chaque année . M. de Mairan
, en qualité de Directeur , avoit exhorté
tous fes Confreres à être fermes
dans la réfolution qu'il venoit de prendre,
& M. Maffip avoit lu un Difcours fort
éloquent fur l'utilité des Aflemblées Académiques.
Dès la feconde Séance , M. de Clapiés
avoit déterminé la hauteur du Pole de
Beziers , la difference du Méridien de
cette Ville avec celui de l'Obfervatoire
de Paris , & il avoit laiffé là - deffus , auffibien
que dans les Latitudes & les Longitudes
d'Agde & de Sette , un Mémoire
fort utile pour les Aftronomes de la nouvelle
Societé. M. notre Evêque nous avoit
honorés plufieurs fois de fa prefence , &
encouragés par fon exemple.
fi
Je vous laiffe à penfer , Monfieur ,
les Lettres dont je vous ai déja parlé , &
dont M. de Mairan voulut bien nous faire
part , acheverent de ranimer notre zele
& notre ferveur pour l'étude . Pouvionsnous
ne pas reconnoître notre bonheur
de
918 MERCURE DE FRANCE .
de commencer notre carriere fous de f
favorables aufpices ? Chacun s'empreffa
de fe rendre affidu aux Affemblées .
MM. Barbier , Caillé , Cros , Jalabert &
plufieurs autres Membres parlerent chacun
à leur tour ( car on s'étoit rangé par
ordre alphabetique , ) les uns fur les Sciences
, les autres fur les Belles - Lettres . On
fongea auffi à fe munir d'inftrumens néceffaires
pour mefurer la quantité d'eau de
pluye qui tombe chaque année fur cette
Ville , pour obferver le chaud , le froid ,
les variations qui arrivent à la pefanteur
de l'Athmoſphere , & c .
Cependant après qu'on eut dreffé quelques
Reglemens , après qu'on eut réſolu
de fe conformer, autant qu'on pourroit , aux
Statuts des autres Académies Royales , &
furtout de l'Académie Royale des Scien
ces de Paris , & qu'on eut fixé le nombre
des Académiciens ordinaires à trente , &
celui des Adjoints à fix , M. de Mairan
confeilla fort à tous fes Confreres de ne
pas fe hâter de compofer des Ouvrages ,
de fonger plutôt à faire une ample provifion
d'idées , de principes , de faits , d'experiences
, & de fe fortifier principalement
dans les Mathématiques . Pour cette
raifon il fut arrêté qu'à chaque Affemblée
on liroit un Article de l'Hiftoire ou des
Memoires de l'Académie Royale des
Sciences.
C
M A Y. 1728 . 919
Sciences. J'avois alors commencé des Leçons
publiques de Mathématique : je les
continuai , & elles furent bien - tôt après
autorifées & récompenfées par Sa Majesté ,
fur la repréſentation de M. l'ancien Evêque
de Frejus.
On n'a pas manqué de fe conformer en
partie au fentiment de M. de Mairan : On
continue encore de lire à chaque Séance
quelque morceau de cet excellent Livre ,
tantôt fur la Phyfique generale , tantôt
fur l'Anatomie , tantôt fur la Chimie , & c .
( car vous fçavez fort bien , Monfieur ,
que ce Livre embraffe , pour ainfi dire ,
la Nature toute entiere ) & celui qui lit
ne manque pas d'éclaircir les doutes qu'on
lui propofe . On a même trouvé à propos
depuis quelque temps de joindre à cette
lecture quelque article de l'Hiftoire ou
des Memoires de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles -Lettres , afin de ne
pas rebuter ceux qui ne s'accommodent
pas volontiers des Sciences abftraites , &
de leur fournir dequoi s'inftruire & fe
perfectionner dans la belle Litterature.
On divifa pour lors la Compagnie en deux
Claffes , fçavoir , en Académiciens pour
les Sciences , & en Académiciens pour
les Belles-Lettres , & l'on nomma un Secretaire
pour cette derniere Claffe , afin
de décharger d'autant le Secretaire pour
C iiij
les
920 MERCURE DE FRANCE .
les Sciences, qui avoit fait jufqu'alors l'une
& l'autre fonction .
Car ne croyez pas , Monfieur , que l'on
fe contente d'une fimple lecture , qui paroîtroit
, fans doute, feche & infructueufe
à bien des perfonnes. On tâche de faire
comprendre aux autres ce qu'on lit ; on
prend les chofes d'auffi loin qu'on le peut,
& l'on fupplée bien des connoiffances que
MM . de Fontenelle & de Boze fuppofent,
& que l'on a foin de chercher ou dans le
Memoire qui a rapport à ce qu'on lit , ou
dans d'autres Livres. Par là chacun eſt
obligé d'étudier , & l'on profite ainfi du
travail les uns des autres . Voici à peu
près de quelle maniere les chofes fe paffent.
On lût un jour dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences 1707. Il
a déja été dit dans l'Hiftoire de 1702.que
le Reffort de l'Air eft le principe des plus
furprenans effets de la Poudre à Canon. D'abord
on rappella ce qui avoit été lû longtems
auparavant fur ce fujet , & parce
qu'il n'y avoit que dix jours qu'un vent
impetueux , accompagné de pluye de
grefle, de tonnerres & d'éclairs, avoit emporté
le toit de la Tour de l'Evêché , où
nous avions placé quelques Inftrumens
Aftronomiques , qui nous avoient été
prêtez par M. de Clapiés , pour obfer .
>
yer
MAY. 1728. 921
ver la derniere Eclipfe de Lune , on s'arrêta
fur-tout à ces paroles de M. de Fontenelle.
Le Tonnerre n'eft lui -même qu'une
efpece de Poudre à Canon enflammée , &
les Hommes peuvent fans présomption fe
vanter de l'avoir imité. C'est un mélange
de Soulphre , de Salpêtre , ou de quelquesautres
matieres qui leur reffemblent fort ,
l'air mis en reßort par
reßort par leur inflammation
, fait les principaux Phenomenes du
Tonnerre. J'avois ébauché autrefois une
efpece de Commentaire fur cet endroit ,
& je ne fis alors que confirmer par de
nouvelles obfervations ce que j'avois dit
à la Compagnie dans quelqu'une des
Séances précedentes .
Mais pour vous donner une idée plus
exacte de ces deux conferences , je vais
vous en faire ici le précis. Je priai d'abord
mes Confreres de fe reprefenter les
principaux effets de la Poudre à Canon ,
& de remarquer leur Analogie avec ceux
du Tonnerre & de la Poudre. Puis pour
leur faire mieux comprendre la nature de
ce terrible Metéore je leur expliquai
celle de la Poudre à Canon . Je leur fis
l'Analife des Ingrediens qui compofent
ce Tonnerre artificiel , je leur expliquai
la maniere dont ils y font arrangez , &
je leur rapportai tout ce que j'avois lú
Cv fur
922 MERCURE DE FRANCE :
fur cette matiere dans Descartes , ( a ) Roª
bault(b) , Boyle (c ) , Regis ( d ) , Bayle (e) ,
Barchufen (f) , Lemery ( g ) , Wolfius (h) ,
Poliniere ( i ) , &c. & dans les Hiftoires
& Memoires de l'Académie de 1700 .
1702. 1707. 1708. & fuivantes .
Enfuite je leur fis voir que toutes les
préparations de la Poudre à Canon n'aboutiffent
qu'à mêler de telle forte tous
les principes qui la compofent ; les Sels ,
les Soulphres , les Particules terreftres ,
avec l'air & la matiere Etherée ; qu'il en
réfulte des grains qui font autant de petits
Ballons comprimez & capables par conféquent
de fe dilater avec un effort prodigieux
: Que le feu agit fur ces Ballons de la
maniere que l'explique le P. Malebranche
dans les Memoires de l'Académie de 1699 .
& dans fes Eclairciffemens fur la Recherche
de la Verité ; & qu'ainfi c'eft un Ferment,
felon l'idée que j'ay donnée de ce terme ,
(a ) Princip. Philof. part. 4. N. 109. & f.
(6) Traité de Phyfique ,part. 3. Ch. 9. N °. 13
(c) Nov. Exprim . Phyfico Mechan. Tentam.
circa part. Nitr. & c. (d) La Phyfique , liv . 4.
part. 4. Chap. 4. (c) Phyfic. Part. 1. 3. fect 1.
difp . 4. fect. 3. difp . 4. & fect. 4. (f) Pyrofoph,
1, 3. fect . 2. cap. s . & fect . s . cap . z.
(g) Cours de Chymie , part. 1. Ch . 16. & 20.
(b) Elemen. Pyrotechn. cap. 1. Probl. 1. & feq.
exper. 1. & feq. (i) Experiences de Phyfique ,
exper. 39. 71.& fuiy.
dans
MAY 1728. 923
dans une (a ) de mes Differtations . Je
leur expliquai auffi la nature de plufieurs
autres , compofitions qui ont quelque
rapport avec la Poudre à Canon
, & dont il eft parlé dans prefque
tous les Livres de Phyſique , ou de Chimie.
Delà j'inferay que la Foudre étoit une
matiere nitreufe & fulphureufe , & je crus
être d'autant plus en droit de le conclure ,
que j'avois déja fait remarquer qu'il n'y
avoit que les Soulphres qui fuffent inflammables
, & que leur inflammabilité
s'augmentoit confiderablement par le mêlange
des Sels nitreux ; mais je crus aufli
devoir avertir , que le Tonnerre n'étoit
pas toûjours produit par l'inflammation
, l'exploſion ou la détonation d'une
femblable matiere qu'un Air é
chauffé , refferré entre les vapeurs d'une
Nuë , & fortement comprimé , pouvoit
fe dilater avec affez de force , & choquer
avec affez de violence les vapeurs
qui le contraignent , & l'Air qui environne
ces vapeurs , pour caufer ce
bruit eclatant qu'on entend dans les
Nuës.
J'ajoûtai que les Arquebufes à vent ,
(a) Differt.fur la caufe de la multiplication
des Fermens , imprimée à Bordeaux en 1719 &
à Beziers en 1720. avec des Eclairciffemens .
Cvj
les
924 MERCURE DE FRANCE.
les petites Boules de verre qui petent dans
le feu , &c. aidoient affez à comprendre
cette théorie ; & que l'obfervation que
j'avois faite avec beacoup d'attention ,
de plufieurs coups de Tonnerre affez
bruyans , & dont l'un fendit la Nuë que
j'avois fur la tête , un jour que je revenois
de la Campagne , fans qu'il cût paru
aucun éclair : Que cette obfervation
dis -je , ne permettoit pas de douter du
Fait que je tâchois d'expliquer.
Enfin , je leur dif auffi que j'avois remarqué
pendant le dernier Orage , dont j'ay
parlé ci - deffus , que tous les Eclairs n'étoient
pas fuivis de Tonnerre , & qu'ainfi
il y avoit des Tonneres fans . Eclair , &
des Eclairs fans Tonnerre ; vous en comprenez
affez la raifon , fans qu'il foit befoin
que je m'étende ici davantage.
Je ne finirois point , Monfieur , fi je
voulois vous donner ici un Extrait de
toutes nos Conferences fur les fujets traitez
dans l'Hiftoire de l'Académie Royale
des Sciences , & dans celle de l'Académie
Royale des Infcriptions , je viens aux
travaux particuliers de la Compagnie , car
elle ne s'abftenoit pas tout -à- fait de produire
quelque chofe de fon fonds . Il ne
fe prefentoit rien de nouveau , dont elle
ne voulût être informée , & furquoi elle
ne crut être obligée de s'exercer.
M
MAY 1728. 925
>
M. Maffip , donna la defcription d'un
Echo fort particulier ; il lût auffi un Memoire
fur une Urne antique trouvée depuis
peu à S. Thyberi , petite Ville du
Diocèfe d'Agde ; il parla encore au fujer
du Cristal qu'on tire d'une Montagne près
de Cabreiroles , petit Village du Diocèle
de Beziers . Le P. Dufefc , donna un Memoire
fur la caufe du Bruit ( le Picqueur )
qu'on entend à Maffane , près de Montelimart
en Dauphiné , & un autre ſur la
Grêle , où il expliquoit ce Metéore d'une
maniere fort ingenieufe & affez nouvelle.
M. Portalon , l'aîné , fit part à la Compagnie
de fes Réflexions fur la Maladie
(le Guam ) qui avoit enlevé tant de Moutons
& de Brebis en 1722. & 1723 .
dans les Diocèfes de Beziers & d'Agde .
M. l'Abbé Chauchard lût un difcours
très - propre à encourager tous fes Confreres
dans leurs travaux Académiques ,
en leur faiſant voir que la Gloire dédommage
bien avantageufement de la peine.
qu'elle coûte à acquerir . Quelque tems
après il confirma fes preuves par l'exemple
d'Homere , dont il donna la vie d'après
un Auteur très - ancien , que quelques-
uns ont crû être Herodote . M. Caillé
expliqua quelques Phénomenes concernant
le Feu , la Lumiere , &c . M. Berti
avoit lù une Ode intitulée l'Académie.
J'avois
926 MERCURE DE FRANCE .
J'avois aufli donné quelque chofe fur la
maniere dont le fait la Digeſtion des Alimens
, & c.
On avoit obfervé le paffage de Mercure
fur le Soleil , & il avoit été dit que
Fon regarderoit déformais cet évenement
comme l'Epoque de la fondation de
nôtre Académie. On a fait depuis toutes
les autres Obſervations Aftronomiques.
que le tems & le peu d'Inftrumens dont
on s'étoit pourvût , ont permis de faire.
Mais ce qui occupa le plus la Compagnie
peu de tems après la naiffance , ce
fut la queftion de la nature du mouvement
, fur laquelle feu M. l'Abbé
Portalon , M. Caillé , le P. Dufefc &
moi , étions fort partagez. Voici en peu
de mots le refultat de cette difpute , &
Fordre qu'on croit devoir y garder.
On commença par s'aflurer du fentiment
de prefque tous les Phyficiens qui
ont écrit fur cette matiere . L'on expoſa
ce que M. Descartes (a ) & les anciens
Difciples , MM Robault ( b) , Regis ( c) ,
Bayle ( d) , avoient penfé là- deffus . L'autre
rapporta ce que M. de Gamaches (e)
venoit d'avancer dans fon fyftême du mou-
(a) Princip. Philof. p. z n. xxv. & feq.
( b ) Traité de Phyfique , part. 1. Ch. x. & f.
(c) La Phyfique, 1. r . p.2 . (d) Inft . Phyſ. part.
1. difp. vi. ( e ) Syft. du mouv . Paris , 1721.
vement
MA Y. 1728 . 927
vement. Un troifiéme donna un abregé
du Difcours de M. de Crouzas (f) fur le
même fujet. Chacun faifoit là - deffus fes
réflexions , & à mesure qu'il fe prefentoit
quelque queftion incidente , commet
l'effence de la matiere , l'existence des
corps , l'inefficacité des caufes fecondes ,
on ne manquoit pas de les traiter par provifion
, fur-tout après avoir confulté le
plus grand Metaphyficien de nos jours ,
je veux dire , après avoir lû & relû les
Ecrits (g) du P. Malebranche.
Vous comprenez déja , Monfieur , que
l'un vouloit que le mouvement ne fût
qu'un fimple changement de rapport de
diſtance , ou, pour mieux dire , un fimple
changement de contact des parties de la
matiere ; car on ne prit pas l'idée de M.
de Gamaches dans toute fon étenduë ; &
l'autre , que le mouvement n'étoit pas
fimplement un mode exterieur , relatif &
reciproque , mais qu'il y avoit quelque
chofe d'interieur dans le corps mû actuellement
, qui n'eft point dans les corps qui:
le touchent immédiatement , & aufquels
la cauſe motrice occafionelle n'eft pas ap
(f) Difcours fur le principe , la nature , & e.
du mouv. qui a remporté le Prix proposé par
Académie Royale des Sciences , pour l'année
1720. (g) Recherche de la Verité, Meditat..
Entret. fur la Metaphyfique.
pliquée .
28 MERCURE DE FRANCE .
›
pliquée. Mais ce qu'il y eut de plus fingulier
dans cette occafion , & qui vous
paroîtra fans doute un peu extraordinaire
c'eſt qu'un troifiéme piétendoit que
le mouvement n'eft ni un mode interieur,
car on ne fçait veritablement ce que c'eſt ,
ni un mode commun au corps & à l'efpace
dans lequel le corps eft mû . Hé !
quelle étoit donc , me direz vous , fon
idée fur ce fujet ? Il ne feroit guere ailé de
le deviner à ceux qui font profeffion du
Carthefianifme.
Cet Académicien foûtenoit 1. que le
total de l'Univers eft borné , qu'il a
une furface , & que cette furface eft en
repos . 2. Qu'aucun corps ne peut le remuer
, fans que fes parties ne changent
de relation avec les parties de cette furface
immobile. D'où il concluoit que le
mouvement et bien un mode exterieur
& relatif , mais non pas reciproque. Un
quatrième cut beau lui objecter que, felon
les idées de la nouvelle Philofophie , l'Etenduë
(a ) ou la Matiere dans fa totalité
étoit imm nfe , qu'elle ne pouvoit être
épuisée par aucune mefure finie , & qu'elle
n'avoit , en un fens , d'autres bornes que
Dieu même , qui par fa toute- Puiffance
la foûtient & la conferve : qu'ainfi le
monde entier ne pouvoit être borné
(a) Phyfique de Regis , liv. 1. P. 1. Ch . v.
&
MAY. 1728. 929
& que quand même il le feroit , fa furface
exterieure ne pouvoit être fuppofée
plutôt en repos qu'en mouvement ,
puifque de fon aveu il n'y avoit rien de
materiel au dehors avec quoi elle peut
être en relation . Ces raifons ne furent pas
capables de l'ébranler , & il feroit trop
long de vous rapporter ici tout ce qui fut
allegué de part & d'autre à ce propos .
Il fuffira de vous dire que l'un prétendoit,
que s'il étoit de l'effence de l'Etenduë
d'être immenfe , toute Etenduë devoit
être immenfe. Un pied cube , par ex . de
Marbre , devoit être immenfe , ou n'étoit
pas
de l'Etenduë
, &c . A quoi l'autre répondoit
que l'effence du Tout & de fes
parties n'étoit pas à cet égard la même ,
autrement il faudroit dire qu'un pouce cube,
& 1728. pouces cubes , ou un pied cube
de Marbre, n'ont qu'une même effence,
ou ne font qu'une même chofe ; ce qui
feroit ridicule , il fut dit auffi que chaque
partie du monde pouvoit être mefurée , &
qu'en les mefurant toutes, on mefureroit
le
monde ; ce qui ne s'accorde pas avec ſon
immenfité
. Mais on oppofa , qu'outre qu'on
neconnoît
point encore de mefure abſoluë,
il faudroit , pour mefurer toutes les parties
du Monde , que le nombre de ces parties
fût fini ; ce qui eft manifeftement
fuppofer
la queftion . Au refte l'Académie
fe
garda
}
936 MERCURE DE FRANCE:
garda bien de rien décider , & felon tou
tes les apparences elle ne décidera rien de
longtems fur cette matiere .
On avoit déja propofé quelques Devifes
pour l'Académie naiffante , on
en porta de nouvelles , des Etrangers même
nous firent l'honneur de nous en per
fenter : On les examina , on critiqua celles
qui ne paroiffoient pas faites felon les
regles , on applaudit à quelques- autres ;
mais on ne trouva pas à propos d'en adopter
aucune jufqu'à ce qu'il eût plû au
Roi de nous accorder desLettres patentes.
M. Lautrec traita de l'Origine des
Académies. M. Maflip lût un Difcours
fur l'utilité de la Critique . M. Cros entreprit
un Cours d'Anatomie raiſonnée ,
il en donna même quelques Effais , parriculierement
fur les Os & fur l'Organe
de l'Odorat. Je propofay quelques doutes
fur l'Existence des Elprits Animaux ,& c .
On confera fouvent fur differens Articles
d'Aftronomie. On obferva l'Eclipfe
de Soleil du 22. de May 1724. M. Andoque
calcula les hauteurs de cet Aftre
fur nôtre Horizon de demi heure en demi
heure , & de dix en dix degrez de l'Ecliptique
, & il en donna une Table avec
fon ufage. M. de Guibal fut prié par la
Compagnie de traduire en François l'Aftronomie
du P. Tacquet , & il y fut mê
ine
MAY . 1728. 931
me invité bientôt après par M. de Mairan
, qui approuva fort cette penfée . M.
de Clapiés donna le calcul de l'Eclipfe
de Lune du 21. Octobre 1725. &c.
Enfin , je traitai l'autre jour de l'action
de l'Air fur le corps Humain : Et à cette
occafion M. Aftier mefura exactement la
furface du corps d'un homme d'une groffeur
mediocre , & de cinq pieds trois pouces
de hauteur , & c.
Je paffe , Monfieur , bien des chofes
fous filence , pour ne pas groffir extrémement
cette Lettre . D'ailleurs ce que
j'ai dit jufqu'ici , me paroît fuffifant pour
vous mettre au fait de nos Reglemens &
de nos Occupations. J'ajoûterai ſeulement
qu'on ne manque pas de faire l'Elege
de ceux qui meurent parmi nous :
que c'est ainsi qu'on en a déja ufé à l'égard
de M. l'Abbé Portalon ( a ) M. Maſ
fip lui ayant rendu cet honneur : qu'on
(a) Jofeph François Portalon , nâquit à Beziers
le 15. Fevrier 1669. de Jacques Portalon,
fameux Avocat , & de Françoife de Barthelemy
de Prades. Il s'engagea fort jeune dans l'état
Ecclefiaftique , prit fes degrez en Theologie à
Touloufe , rechercha toûjours l'amitié des gens
de Lettres , fit des Conferences particulieres
fur les Poetes Grecs & Latins , fur la Philofophie
, fur les Mathématiques , fut élu en 1710.
Député du Clergé de ce Diocèfe , fe trouva à
la premiere Séance de nôtre Académie , & c.
Il mourut en cette Ville le 30. May 1724.
en
932 MERCURE DE FRANCE .
en ufera de même à l'égard de M. l'Abbé
d'Arnoye que nous venons de perdre,
M. Racolis s'étant chargé d'en faire inceffamment
l'Eloge : que ceux qu'on reçoit
maintenant , lifent un Difcours le
jour de leur Reception , auquel le Directeur
eft obligé de répondre ; & c.
Je finis , Monfieur , après vous avoir
appris toutefois que Monfeigneur l'ancien
Evêque de Frejus , a eu la bonté de nous
obtenir du Roy la permiffion de faire chaque
année deux Affemblées publiques ,
& qu'il vient de nous le faire fçavoir par
M. de Mairan. Je fuis , & c .
La fuite pour le Mercure prochain.
OD E.
En l'honneur de l'Immaculée Conception
de la fainte Vierge.
Le fujet eft l'OBIL qui ne fouffre point
d'impureté.
OU tend cet effor fi rapide ,
Que j'ofe prendre vers les Cieux ?
Quel génie , ou quel Dieu me guide
Dans ce projet audacieux ?
Si c'est vous , Nymphes du Parnaffe ,
Je
MAY.
1728. 933
Je vais du Chantrede la Thrace ,
Surpaffer les divins tranfports ;
Et dans ce raviffant délire .
De ma voix jointe avec ma Lyre',
Immortalifer les accords.
Oui , c'eſt vous ,
M
Filles de Memoire ,
Qui m'infpirez les plus beaux Vers.
Echo , pour rehauffer leur gloire ,
Porte au loin ma voix dans les airs.
Vents & Ruiffeaux , faites filence :
Oifeaux , refpectez la cadence ,
De mes inimitables fons :
L'OEIL , fource en merveilles féconde ,
Chef-d'oeuvre du Maître du Monde ,
Eft peint en mes doctes Chanſons.
Toi , Pere & Dieu de la lumiere ,
Prodigue en miracles divers ,
Et dont la courſe journaliere
Recrée , anime l'Univers ;
Si fous les Climats de l'Aurore ,
Jadis le Perfan & le More ,
Te
934 MERCURE DE FRANCE.
Te confacrerent des Autels ;
De beaux YEUX , ta vivante image .
Méritoient bien le tendre hommage .
Que leur rendoient les Immortels.
Le Dieu , qui lance le tonnerre ,
Souvent pour eux s'eſt deſarmé :
Pour eux il parut fur la terre
En cent figures transformé :
Et toi , brillant Fils de Latonne ,
On vit l'éclat qui t'environne
Céder à leurs attraits vainqueurs :
L'Amour d'eux feuls tient tous fes charmes ,
Et n'a point de plus fortes armes ,
Pour triompher de tous les coeurs.
Ils font les charmantes retraites ,
Des Graces , des Jeux & des Ris ,
Et quelquefois les interpretes
Des foins , des chagrins , des foucis ,
En eux l'affurance , la crainte ,
La complaifance , la contrainte ,
Se font remarquer tour- d- tours
Et
*
935
MAY.
1728.
Et fi quelque objet nous enflamme ,
Ils font , & les miroirs de l'ame ,
Et les Confidens de l'Amour.
Qui n'admireroit leur ftructure?
Elle eft du Ciel le vrai tableau :
Leur lumiere éclatante & pure ,
Nous fert de guide & de flambeau
L'Arc celefte , qui fur la nuë
Frappe agréablement la vûë ,
N'a point de plus vives couleurs :
Comme ils font l'image riante
De l'Aurore au matin naiſſante ,
Comme elle , ils répandent des pleurs.
Où fuis-je ? par quelle avanture
M'élevai -je au féjour des Dieux !
D'un premier coup d'OEIL je mefure
La Terre , les Mers & les Cieux.
Combien fur la Voute azurée
D'Aftres fuperbement parée
Vois - je de prodiges divers !
Eft- ce donc que l'Etre fuprême
XING
936 MERCURE DE FRANCE .
Ne donne à l'OEIL , comme à lui-même ,
D'autres bornes que l'Univers !
Mais quoi ! le Maître de la Lyre ,
Ce Dieu , qui m'agite à fon gré ,
M'aborde avec un doux fourire .
Et m'introduit au Mont facré !
En main il tient une couronne ;
Reçois ce prix , je te le donne ,
Dit- il , tu l'as trop mérité :
L'OEIL fur la terre eft ma figure ,
Et comme moi dans la nature
Ne peut fouffrir d'impureté .
A ce difcours , la Renommée
Part & s'élance dans les airs ,
Et d'un zele ardent animée ,
Cent fois applaudit à mes Vers :
Au bruit de fa voix éclatante ,
Du couchant à l'Aurore on vante
Le brillant portrait que je peins ;
Et tout l'Univers rend hommage
MA Y.
937
1728.
A POEIL, le plus parfait ouvrage
Du Dieu , qui créa les Humains .
ALLUSION.
Avec les couleurs de la Fable ,
J'ai peint librement mon Sujet :
Dans ce portrait inéfaçable ,
VIERGE , toi feule eft mon objet :
Adam commit le premier crime ;
Sa race en devint la victime ,
Et tout Mortel en eſt taché ;
Mais l'OEIL , ta vivante peinture,
Te reprefente toute pure ,
Et feule exemte de peché.
CEtte
AVERTISSEMENT.
Ette Ode a été prefentée pour le Prix
du Palinod de Caën , dès le 8. de Decembre
1727. Nous voici au mois de
Mars 1728. fans qu'il y ait eu de Jugement
rendu fur la Piece , qui doit remporter
le Prix. Ce délai a donné lieu à
quantité d'abus. C'est ce qui oblige l'Auteur
de fortir de la Lice , & de prendre
pour Juge le Public , dont les décificns
font promptes & certaines.
·
Quelques prétendus connoißeurs fe fon
D imaginez
938 MERCURE DE FRANCE .
imaginez que l'Auteur de cette Ode fe
donnoit trop de louanges ; mais pour les
détromper , qu'ils fe donnent la peine de
lire ce que le celebre M. Menage dit dans
fes Obfervations , fur le Sonnet de Malherbe
, qui finit par ce Vers :
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
Voici comme il parle : Il fied bien aux
Poëtes de fe loüer, la bonne opinion qu'ils
ont d'eux- mêmes , étant un effet de leur
Anthoufiafme . Tous les Poëtes géneralement
de tous les fiecles , & de toutes les
Nations en ont ufé de la forte , &c. Il
cite pour exemples , Virgile , Horace &
Ovide il rapporte plufieurs endroits de
Malherbe , & de nos Poëtes modernes
tant Latins que François ; Il adjoute qua.
la Poëfie aime l'hyperbole , qu'elle fait tous
les braves , plus vaillans que Mars ; toutes
les belles , plus belles que Venus ; &
tous les Poëtes , plus fçavans qu'Apollon.
Par M. de la Douëpe , Avocat à Caën.
********************
܀܀
܀܀܀܀
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montpellier
le 20. Avril 1728 .
LR
E 17. de ce mois d'Avril la Societé
Royale des Sciences de Montpellier
tint fon Affemblée publique dans la Salle
>
MAY. 1728. 939
le de la Maifon de M. de Plantade ,
Avocat General de la Cour des Aydes , &
Directeur de l'Académie .
M. Bon , Premier Prefident de la Cour
des Aydes & de la Chambre des Comptes
, l'un des Académiciens Honoraires ,
préfidoit à l'Affemblée . M. l'Evêque de
Montpellier , & M. de Bernage de Saint
Maurice , Intendant de Languedoc , y
occupoient chacun leur place d'Académicien
Honoraire.
M. de Plantade lût un Difcours Altronomique
& Phyfique fur la lumiere
Boreale , qui parut à Montpellier la nuit
du 19. Octobre 1726. Il prouva dans
fon Difcours que cette lumiere n'étoit pas
un effet du hazard , mais un Phénomene
dépendant du fyftême du monde ; c'eſtà-
dire, de la matiere magnetique qui fort
des poles de la terre , & qui entraîne
avec foi des Parties fulphureufes & ferrugineufes
qui s'enflamment au -deffus de
I'Athmoſphere , & que ce font toûjours
les differentes difpofitions de l'air ou nôtre
inattention qui nous empechent de nous
appercevoir de la régularité de cette efpece
d'Aurore. Il a déterminé la fituation
des colomnes lumineufes qui parurent
alors , par les Etoiles fixes auíquelles elles
répondoient , & que cette lumiere
n'empêchoit pas de voir.
Dij M.
940 MERCURE DE FRANCE .
M. Caumette qui a l'art de faire parler
fon pinceau , & qui avoit fait un tableau
de cette nuit éclairée , comme il en avoit
fait une autre fois de l'Eclipfe totale du
Soleil qui fit voir en 1706.une espece de
nuit pendant le plus beau jour du monde ,
avoit eu le foin de mettre ce Tableau &
celui de l'Eclipfe totale dans la Sale de
l'Affemblée , ce qui faifoit un contraſte
fort fingulier , & occupoit agréablement
les yeux des Spectateurs . On voyoit dans
le Tableau de la lumiere Boreale le Phénomene
, tel que M. Plantade le décrivoit
dans fon Difcours , c'est - à - dire , une nuit
éclairée & plufieurs colomnes de lumiere
qui s'élevoit à une hauteur confiderable ,
& qui paroiffoit appuyée fur un Arc lumineux
, & l'on voyoit en même- temps
dans le Tableau de l'Eclipfe ce jour tenebreux
ou cette nuit effrayante pour le
Peuple , & fi agréable pour les Aftronomes ,
que l'Eclipfe totale du 12. May 1706 ,
avoit répandue fur la terre .
M. de Plantade ajoûte qu'il croyoit
avoir vu une pareille lumiere vers le Pole
Auftral , mais qu'il ne vouloit rien aſſurer
là deffus qu'il n'eût fait des Obfervations
plus exactes . On verra dans ce Memoire
, quand il fera rendu public , les
raifons Phyfiques fur lesquelles fon Syfême
magnétique eft appuyé , & les con
féquences
MAY. 1728. 941
féquences qu'il en tire pour expliquer la
direction , la rétrogradation & la ftatión
de l'aiguille aimantée , qu'on ne fçauroit
expliquer d'une maniere fatisfaifante par
la maniere magnétique , telle que M. Defcartes
l'a imaginée. Il a ajoûté de plus
que cette lumiere qu'on peut appeller Polaire
, doit être d'un grand fecours aux
Peuples qui habitent vers les Poles pour
rendre plus fupportable la longueur de
leurs nuits , & peut- être le grand froid
aufquels ces Pays glacez font expofez.
M. Gauteron lût enfuite un Memoire
fur la neceffité de la refpiration & fur la
caufe de la mort de ceux qui fe noyent .
Il avoit vû depuis très - long- temps que
deux hommes qu'on avoit tirez de l'eau
à demi morts , avoient repris leurs efprits
fans avoir rendu une feule goute d'eau ,
& M. Gauteron avoit foutenu depuis ce
temps- là que les noyez ne boivent point,
& qu'ils meurent fuffoquez comme ceux
à qui on a bouché les conduits de la refpiration
; & pour confirmer ces Obfervations
qu'on pourroit foupçonner , ditil
, de peu d'exactitude , il a muzelé un
chien uniquement pour l'empêcher de
mordre & non d'avaller , il a fait une ouverture
entre deux anneaux de la trachéeartere
de cet animal , il a adapté à cettè
ouverture un tuyau d'argent qui ſe joj-
Diij gnoit
942 MERCURE DE FRANCE .
>
gnoit avec un autre tuyau de même efpece
, par une bonne vis à écrouë . Ces
deux tuyaux joints enſemble , faifoient
environ quinze pouces de hauteur , on
a plongé le chien ainfi accommodé a
fond d'une Cuve pleine d'eau , enforte
que le tuyau furmontoit l'eau de quelques
pouces. Le chien a refté plus
d'un quart d'heure dans cet état , refpirant
toûjours par le tuyau qui étoit adapté
à fa trachée- artere , après quoi il a été
délié & mis en liberté. Le chien alors
a paru un peu étourdi par l'humidité &
la froideur qu'il avoit contractée , mais
peu de temps après il a fecoüé les oreilles,
& s'eft fauvé, en courant , dès qu'il a fenti
qu'il étoit libre.
Cette experience qui a été répetée plufieurs
fois a toûjours réüffi de même , ce
qui prouve démonftrativement que l'animal
n'a pû être noyé , c'est - à - dire , qu'il
n'a pû mourir dans l'eau , tant que la refpiration
a été un peu libre.
Un autre chien qu'on a jetté dans l'eau
fans aucune précaution , y eft mort dans
trois minutes ; & ayant été ouvert , on n'a
trouvé qu'environ deux cuillerées d'eau
dans fon eftomach , mais on a trouvé ſon
poulmou gonflé & enflammé par le fang
qui s'y étoit arrêté , ce qui l'avoit fait
mourir bien vîte.
M.
MAY. 1728 .
943
M. Gauteron conclut de toutes les raifons
& de toutes les experiences qu'il
avoit rapportées , qu'il ne faut jamais fufpendre
par les pieds ceux que l'on tire de
l'eau à demi morts , que cette mauvaiſe
maniere peut éteindre le peu de vie qui
leur refte ; mais qu'il faut les réchauffer ,
leur donner des potions fpiritueufes & les
faigner , quand la chaleur eft revenue , &
que c'eft là le plus fûr moyen de les rappeller
à la vie .
M. Matte termina la Séance par la Def
cription exacte qu'il a donnée des Salins
Pequais & de la maniere dont on y fabrique
le Sel ; il a remarqué que l'eau de la Mer
que l'on fait paffer fur un terrain falé , fe
charge d'une plus grande quantité de Sel
que l'eau douce qui paffe fur le même
terrain. Il a trouvé qu'une peinte d'eau
de la Mer , qu'il a pefée exactement , pefoit
une once & demie de plus que l'eau
des puits ordinaires . En effet , il a tiré
d'une pinte d'eau de la Mer , deux onces
de Sel & une eau tout-à-fait infipide ,
laquelle eau privée de fon Sel , a été de
la même pefanteur que l'eau commune .
M. Matte expliqua dans fon Memoire
la caufe de l'amertume & de l'odeur de
Violette que le goût & l'odorat trouvent
dans le Sel nouvellement fabriqué , &
finit en faifant voir par des experiences
D iiij
non
944 MERCURE DE FRANCE :
non équivoques que le Sel de Pequais fale
beaucoup plus que les Sels de Pairiac ,
de Sigean , & autres Salins de la Province
de Languedoc .
M. Bon réfuma tous ces Memoires , &
annonça la premiere Affemblée publique
après les vacances de l'Académie , c'eſtà-
dire , après la S. Martin de cette année
1728.
EXPLICATION du Logogryphe propofe
dans le fecond volume du Mercure
du mois de Decembre dernier.
*
U Spinx audacieux je ne crains plus la
griffe ;
J'ai pénetré le fens de l'obfcur Logogryphe ,
Quefous millecouleurs on cachoit à mes yeux.
Je ne fuis point ambitieux ;
Mercure , pour prix de ma peine ,
Je ne demande point des tréfors par centaine ,
Tu fçais toûjours qu'avec mépris ,
J'ai regardé des biens le dangereux partage ;
Monftre , qui , felon la Fable , propofoit des
Enigmes aux Paffans près de Thebes , qui les
dévoroit quand ils n'avoient pas le bonheur de
les deviner.
Je
(
MAY.
945
1728.
Je fuis content ,
fi tu m'obtiens d'Iris
Un doux baifer pour tout POTAGE.
R. de R. de Dijon.
XXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
ຈ
ENIGM E.
On habit eft des plus minces ,
Monhabit
Mais on m'eftime en tous lieux.
J'aime à courir les Provinces ,
Pour charmer les Sçavans & plaire aux curieux.
Je fçais tout'; la paix & la guerre ,
Ce qu'on fait aux Cieux , fur la Terre ,
Ce qui fe paffe nuit & jour ,
A la Ville comme à la Cour.
Je fuis le confident des peines
Que
' MA Y. 947 1728 .
Que font fouffrir les inhumaines ;
Quand un Amant , d'une infidelle Iris ,
A reffenti les coups , effuyé les mépris ,
Dans mon fein il répand ſes larmes.
Quand Amyntas dans un fatal inftant ,
Voit partir un ami conſtant ,
Il me fait part de fes allarmes.
Cependant fans être indifcret ,
Je prône par tout leur fecret.
Aux beaux efprits, fur tout, je fers d'azile ,
Pour eux mes foins ne font pas fuperflus ;
Sans leur fecours je ferois inutile ,
Sans moi , peut - être , ils feroient moins
connus.
J'en ai trop dit ; Lecteur , fi tu veux me connoître
,
Promene autour de toi tes regards incertains ;
A tes yeux tu me vois paroître ,
Et je fuis peut-être en tes mains .
On a dû expliquer l'Enigme du mois
dernier par la Cire , & le Logogryphe
par Courage . Voici comment le Chevalier
de Bonoeil , qui en eft l'Auteur , en
juftifie les combinaiſons .
D vj Pour
48 MERCURE DE FRANCE.
Pour déchiffrer le nouveau Logogryphe ,
Oedipe , allons , il faut prendre courage ;
Sois feulement un moment attentif,
Et tout paroîtra fans nuage.
Courage donc , c'eſt le mot juſtement.
Sa tête eft Con , tranchez- le , c'eft la Rage.
Partages- le differemment ,
Tu trouves Cour , tu trouves Age.
Joins à ce dernier mot un C , le chef de cour
Cela ne produit- t- il pas Cage ?
Les autres mots vont venir à leur tour.
A Cu derriere eſt ſynonyme ;
Cu n'eft pas propre à mettre au jour-;
C'est pour cela qu'on les fupprime
Caches- le donc , lors un chef d'or ,
Se montre pour former Orage.
Orage fans A fait Orge , & pas davantage.
Les deux chefs en queſtion , étant unis , font
Cor :
Cela s'entend , l'un lit C , l'autre lit Or.
Paffons.De tout mon corps fuprimez une Ville,
catera. Voici l'endroit le moins facile
Nous en viendrons pourtant à bout.
Otons Goa , refte Gure ; c'eſt tout.
LETTRE
MA Y. 1728. 949
AUTRE Explication du même
Logogriphe. par M. ***
Sans fe rompre le cou culbuter d'un étages
Se faire de fa femme aimer jufqu'à la Rage i
Sans baffeffe avancer à la Cour,près des Grands.
A quelqu'Iris de Quarante ans ,
Faire au jufte accufer fon Age ;
En Cage de bon gré faire entrer les Oiseaux ,
Dormir dans un Vaifleau que tourmente l'Orage
;
Au pain d'Orge réduire un Moine de Cîteaux
Tenir au fon du Cor une Meutte en repos ;
De Goa , ( fi l'on n'a les aîles de Mercure ),
Faire en quatre heures le chemin
Sans la courir , attraper une Cure ;
Faire gratis , entreprendre une Cure
A quelque Medecin .
Oui , tout cela , quoiqu'aſſez difficile ,
Me paroît vingt fois plus facile ,
Que de développer ce Logogryphe obſcur.
Pour éclaircir fon ténebreux langage ,
Apparemment j'ai le crâne trop dur.
Je le laiffe & ne veux y rêver davantage.
Mais quoi ! prefqu'à moitié j'abandonne l'ouvrage
!
Après
950 MERCURE DE FRANCE.
Après tant de tourments j'en demeurerois là !
Crevons plutôt
point cela.
....
• j'y fuis .... non , ce n'eſt
Ne nous rebutons point .... allons ....ferme
Courage ;
Pour le coup m'y voilà.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE Sur les Logogryphes.
MONSIEUR ,
Je me trouvai il y a quelque temps
dans une maiſon, où faute de vouloir s'entendre
, on difputa beaucoup fur les Logogryphes;
obligé de parler à mon tour , je
tâchai de faire voir qu'à certains égards ,
chacun pouvoit avoir raiſon & tort .
Je dis que le Mercure de France , fait
pour toutes fortes d'efprits , pouvoit & devoit
même être varié de toutes les Pieces
amufantes , dont le goût n'étoit pas encore
abfolument hors de mode ; je le prouvai
de mon mieux en donnant lieu de faire
les petites réfléxions fuivantes .
Tout le monde fçait qu'il y a un efprit
de fiecle , de pays , de nation , d'ufage &
de mode, qui fe communique jufques dans
les Solitudes ; qu'il y a des raifonnemens
bons pour trois ou quatre perfonnes , &
'autres pour tous les hommes ; qu'il y a
auffi
•
- MAY.
1728. 9ft
auffi un efprit de tout temps,de tout pays ,
& de tout le monde. Un Auteur doit opter
entre ces differentes fortes d'efprits.
Chacun veut lire , peu de gens veulent
étudier ; les Livres les plus fçavans & les
plus profonds reftent ordinairement
longtemps
dans les Magazins des Libraires ; ils
ne font lûs & connus que de tres-peu de
perfonnes ; on pourroit même peut- être
comparer les Livres de ces Sçavans à un
Banquet , où le plus grand nombre mouroit
de faim, & comparer le Livre du Mercure
à un feftin , où chacun trouveroit
quelques mets de fon goût. Je n'ignore
pas qu'il y a des morceaux riches & exquis
pour les bouches délicates , mais il
faut que le peuple vive .
Il feroit à fouhaiter que des bagatelles
ne fuffent jamais la ferieufe occupation
des hommes ; cependant on peut dire en
quelque maniere , que nous ne pouvons
gueres nous paffer des amuſemens de l'enfance
; les objets grandiffent avec l'âge , &
les mêmes jeux reftent fous differens noms.
Les hommes fe conduifent moins par
raifon que par goût , ou par inftinct ; la
diverfité des goûts fait dans le genre humain
la varieté morale , que l'on y admi-
& que la pure raifon ne pourroit
re ,
jamais produire elle feule .
L'efprit eft peu cultivé , parce qu'on eft
plus
952 MERCURE DE FRANCE .
plus fenfible que raiſonnable
: on aime paſfionément
le plaifir , & l'on voudroit
que
Putile fut toujours fous la forme de l'agréable
. C'eft prefque toûjours malgré foi
qu'on fouffre une opération
douloureuſe
pour conferver
fa vie ; & l'efprit ne peut
avoir, pour ainfi dire , de la bonne & de la veritable
nourriture
qu'en prenant
la peine
de fe l'affaifonner
lui- même .
A force d'argent le public eft à notre
fervice ; mais quand il faut payer d'efprit
& de fa perfonne , malgré les millions , on
peut fe trouver court , il faut de l'acquit ;
le merite perfonnel eft fans prix; malheur
à qui en eft privé... Ces réfléxions , quoique
generales , pourront faire voir à la jeuneffe
bien intentionnée, qu'il ne fuffit
pas
de chercher le fimple & le fterile plaifir
de la lecture ; quelque amufante qu'elle
paroiffe , l'efprit doit agir & réfléchir fur
chaque chofe , afin de trouver la liaiſon
& le rapport neceffaire entre le Livre du
Mercure & les Livres de toute fcience.
Fatigué des lectures les plus relevées ,
on paffe avec plaifir & par curiofité à celle
de ce Journal ; on ne fçauroit donc trop
le varier & le rendre trop intereffant pour
le grand nombre des Lecteurs ; c'eft pourquoi
, à l'inſtar des Logogryphes en vers ,
on a cru qu'il ne feroit peut - être pas mal
d'en donner d'une efpece propre à exercer
agréablement
MAY. 1728. 953
agréablement & utilement la jeuneffe qui
s'attache à la fcience des nombres.
Par ces jeux ingenieux , on fe rendra
l'Arithmetique familiere ; ce qui fera de
quelque utilité pour les principes des Arts
& des Sciences. Les Parens & les Maîtres
pourront juger de la capacité de leurs enfans
, par la folution de ces petits Problêmes
en Logogryphes.Cet exercice pourra
les animer & fournir quelquefois matiere
inftructive à leur converfation .
J'indique la nouvelle efpece de Logo .
gryphes ; d'autres plus au fait que moi ,
dans les nombres & dans le ftyle des Problêmes,
pourront mieux fatisfaire la louable
curiofité des jeunes gens . Je fuis , &c.
De ...Logogryphe huitiéme.
Date .... Logogryphe deuxième &
vingt uniéme .
Votre, &c.... Logogryphe dix - huitiéme.
Nota. Les premiers Logogryphes arithmetiques
, & ceux qui feront compofez
de plus de fept lettres , feront ordinairement
les plus faciles ; & au contraire ,
quand il y aura peu de lettres dans les mots
à deviner , on les donnera plus difficiles .
On propofera en Logogryphes arithmetiques
les mots des Enigmes , & des Lo
gogryphes en vers du Mercure François ;
ce qui pourra fervir à livrer de petits af
faurs
954 MERCURE DE FRANCE.
fauts literaires entre les Poëtes & les Arithméticiens
; les premiers cherchent & devinent
au hazard & à tâton , au lieu que
les autres cherchent & trouvent par démonſtration
.
Ceux qui devineront les Logogryphes
pourront donner en Logogryphes arithmétiques
leur nom & le nom du Pays , de
la Ville & du lieu d'où ils écrivent; ce qui
fournira chaque mois un petit exercice aux
jeunes amateurs de la ſcience des nombres.
Les perfonnes qui voudront s'exercer à
ce jeu litteraire & numerique , & donner
des Logogryphes au public , auront foin
de choisir des noms , ou des mots illuftres
& connus dans l'Hiftoire , dans les Arts
ou dans les Sciences. On entend par Mot
ou par Nom , fans l'article ou avec l'article
, la totalité & la fuite des Lettres qui
compofent celui du Logogryphe arithmétique
propofé.
Il fera mieux d'écrire tout au long les
nombres entiers , ou leurs fractions , que
de les mettre en chiffes & en abregé , de
peur que les erreurs & les fautes d'impreffion
ne rendent les Logogryphes indéchifrables
ou impoffibles .
Le mois d'après on donnera les noms
& les mots des Logogryphes arithmétiques
qu'on avoit propofez dans le mois
précedent ; & les premiers Problêmes
pourront
MAY. 1728. 955
pourront fervir de regle & de modele pour
les autres.
Voici l'a , b , c, fur lequel on doit travailler
, fans oublier l'j & l'v confonnes ,
non plus que le k dont on peut avoir befoin,
en voulant operer fur certains mots.
On écrit tout de fuite les lettres de l'a , b, c,
enforte que la fuite naturelle des nombres
, 1 , 2 , 3 , 4 , &c. réponde aux lettres
de l'a , b , c , &c . fans y entendre aucun
myftere des nombres Pithagoriques
de lettres chifrées avec fuperftition .
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14.
a. b. c. d. e. f. g. h. i . j . k. 1. m. n.
15. 16. 17. 18, 19 , 20. 21. 22. 23. 24. 25.
o . p. q. r. 1. t. u. v. x. y . z.
Quelque Ortographe que l'on fuive
dans les mots , ou dans les noms des Logogryphes
arithmétiques , la folution du
Problême rendra le nom , ou le mot , en
même Ortographe . Exemple.
Logogryphe de quatre lettres , ou de
nombres .
quatre
Le nombre répondant à la premiere
lettre du mot eft deux.
Le nombre répondant à la feconde lettre
du mot eft égal au premier nombre ,
plus trois.
Le
256 MERCURE DE FRANCE .
Le nombre répondant à la troifiéme
lettre , eft la moitié du premier nombre .
Le nombre répondant à la 4 lettre eft
trois fois la fomme du premier & du fecond
nombre.
Donc le premier nombre eft deux , ou
la lettre b. 2 .
Le ſecond nombre eft deux, plus trois ,
ou cinq , ou la lettre e. 5 .
Le troifiéme nombre eft la moitié du
premier , ou un , ou
•
a. I.
Le quatriéme nombre eft trois fois fept,
ou vingt & un , ou
Donc le mot Beau eft celui du
Logogryphe propofé felon
l'orthographe ordinaire .
· U. 21 .
beau
2.5.1.21
Logogryphe de deux lettres ou de deux
nombres.
Le nombre répondant à la premiere
lettre eft la feptiéme partie du fecond
nombre moins un.
Et le nombre répondant à la feconde
lettre , plus le premier nombre font dix-
Lept.
Donc la huitième partie de dixfept
moins un , ou de feize , pour
la premiere lettre eft deux , ou
Et le fecond ou dernier nombre
eft dix-fept moins deux , ou quinze
, ou la lettre
b. 2.
0.15
Done
MAY . 1728 .
957
Donc le mot Bo , eft celui du
Logogryphe propoſé ſelon l'Ortographe
vicieufe , & contraire à B. o.
22.15p
celle des yeux , quoiqu'affez conforme
à celle des fons ou de l'oreille.
On a crû cette remarque neceffaire
pour prévenir les petites difficultez qu'on
pourroit faire fur la difference des Orto
graphes.
LOGOGRYPHES ARITHMETIQUES .
1. Logogryphe compofe de quatre Lettres ,
on de quatre Nombres.
Le nombre répondant à la feconde lettre
, eft égal à celui qui répond à la
premiere lettre ; plus trois.
Le nombre répondant à la troifiéme lettre
, eſt égal au double de celui qui répond
à la premiere ; moins un.
Le nombre répondant à la 4 ° . lettre , eft
la valeur de treize fois la re.
La fomme des quatre valeurs eft dix- neuf.
2. Logogryphe composé de cing Lettres.
La valeur de la 2. lettre ; eft moins deux
2 fois la valeur de la se.
La valeur de la 3. lettre ; eft moins fix
2 fois la valeur de la s .
La
958 MERCURE DE FRANCE.
La valeur de la 4. lettre , eft moins trois ,
la valeur de la 5 .
La valeur de la ire lettre , eft le
la se . moins huit.
Somme totale foixante- deux.
quart
de
3. Logogryphe compofé de cing Lettres.
La valeur de la 2. lettre , eft moins onze,
égale à la re .
La 3. lettre ou valeur , eſt égale à la 1º .
plus un.
re
La 4. eft égale à la 1. moins fept.
La se . eft égale à la moins neuf.
Somme totale trente quatre.
4. Logogryphe defept Lettres.
La te doublée , plus deux , donne la 2º.
valeur.
La 3 valeur , eft égale à la 1. moins
deux .
La 4 valeur eft quatre fois la 1re. plus
deux .
La se eft fept fois la 1re . plus un.
La 6e eft fix fois la 1re.
e
La 7 eft égale à la 1re . plus deux.
Somme totale foixante & onze.
5. Logogryphe de fept Lettres.
La valeur de la 2º. eſt égale à la 1. moins
"
onze.
La 3º. eſt égale à la 1º , plus fix.
La
MAY . 1728.
959
La 4. eft égale à la íre , plus trois.
La s . eft égale à la 1. plus cinq .
La 6. eft comme la 1. plus neuf.
La 7. eft égale à la 1re.moins fept.
La fomme totale eft quatre- vingt neuf.
6. Logogryphe de dix Lettres.
re .
La 2. eft égale à la plus trois .
La 3. eft comme la 1. moins cinq
La 4 comme la 1re . plus trois.
La s . comme la 1. moins cinq.
La 6º. comme la 1. plus fix.
La 7 eft égale au double de la 1 " .
La 8. eft comme la ire . plus quatre
La 9. comme la 1re . moins quatre.
La 10. comme la 1re . moins fept.
Somme totale cent vingt-fept .
re
7. Logogryphe de dix Lettres .
La 2º eſt égale à la 1. plus quatre.
La 3. eft égale à la 1. moins douze
La 4. comme la 1re . moins trois .
La s . eft égale à trois fois la 1. moi
trente - fix.
La 6. comme la 1re. plus quatre.
La 7º. comme la 1re. moins huit .
La 8. comme la 1re . moins cinq .
La 9º. comme la 1. moins cinq .
La 10. comme la re. moins douze .
Somme totale cent trente & un.
8.
960 MERCURE DE FRANCE.
1.
8. Logogryphe de 5. Lettres.
La 1. plus la 2º. font dix fept.
La 2º. plus la 3º . font dix- neuf.
La 3 plus la 4. font vingt - fept.
La 4. plus la 5. font vingt - huit.
Somme totale foixante-trois.
9. Logogryphe de fept Lettres.
La 1. & la 2°. font dix huit.
La 2. & la 3. font vingt - trois .
La 3. & la 4. font vingt -un.
La 4. & la se . font vingt - quatre.
La se. & la 6°. font trente-neuf.
La 6. & la 7. font vingt -trois .
Somme des 7.lettres quatre vingt trois.
10. Logogryphe de fisc Lettres .
La- 1 , eft le quart de la fomme des 6. let.
La 2. eft le tiers de la 3 *.
La 3. eft le tiers de la 4°.
La 4. eft la moitié de la se.
La 5. plus fix , égale d'une fois la 1º .
Somme totale eft quarante - huit.
11. Logogryphe de fix Lettres.
La 1r . eft le tiers des cinq dernieres .
La 2. eft la cinquième partie de la 6º.
La 3. eft le quart de la 1 .
La 4 °. eft le tiers de la fomme des 4º &
5.e.
La 5. eft fix fois la 3. ou les trois huit.
La
་
Μ Α' Υ.
961 1728.
de la fomme totale .
La 6. eſt le nombre cinq.
Somme totale quarante-huit.
12. Logogryphe de fix Lettres.
La ire . plus la fixiéme , font les deux tiers
de la 2e.
La 2. plus la premiere , font trois fois
la 6e .
La 3. eft le tiers de la re
La 4 eft les trois quarts de la 2º.
La se . eft trois fois la fomme des 3º. & ·
6e.
La 6. plus la troifiéme , font les deux
tiers de la 4 .
Somme totale quarante - huit.
13. Logogryphe de neuf Lettres .
La 1. eft double de la 2º . & 3º. ou de
la feule 4°.
La 2. eft le tiers de la 7 °.
La 3. plus un , égale à la 9º .
La 4.eft égale à la moitié de la 1re .
La 5. double de la 6°.
La 6. égale la moitié de la 7º, moinš
un.
La 7. égale aux trois quarts de la 8°.
La 8. égale à la 2 °. plus trois fois la 9 °.
La 9º . eſt égale à la 2º.
Somme totale quatre-vingt dix - fept .
E 140
62 MERCURE DE FRANCE.
14. Logogryphe de fept Lettres.
La 1. eft arithmétiquement à la s .
comme la 6º . à la 7º.
La 2 eft arithmétiquement à la 4°.
comme la 4 °. dix - huit , l'eſt à la 3º.
La 3. eft géométriquement à la 2º. comme
la 6. à la 7º.
Le produit de la 4. par la 1. égale la
fomme des 2º. 3 °. & 4°.
La racine cube de la 5. égale le tiers de
la re
Le quarré de la 6 ° . plus la racine moins
deux , égale le produit de la 1. par
la 4
15. Logogryphe de trois Lettres.
La racine du quarré de la moitié de la  .
égale la 5º , partie de la 2º.
La racine quarrée de la 2 ° . plus un , égale
la 6 partie de la 3º.
La racine quarrée de la 3. plus un , égala
le tiers de la 2º.
16. Logogryphe defept Lettres ,
Sept fois la . plus fon quarré égalent
dix fois la fomme des 2. 3. & 4 ° .
Le cube de la 2. moins la fomme des 3 ,
4. 5. égale la fomme totale quatrevingt
trois..
La 3. eft la moitié des trois res,
La
MAY. 17281963-
La 4. égale la 6. partie de la 6 lettre,
ou trois.
La 5 plus la quatriéme , égale le tiers de
quatre fois la 3 .
La 6. plus le quarré de la 2 égale le
quarré de la 4. plus la fomme des 1 .
.3c. 4€..
e.
La 7. ou cinq, plus la 4. donnent la racine
quarrée de la fomme des s moyennes
moins un .
17. Logogryphe de fix Lettres.
Le produit de la re. par la 3. égale le
quarré de la moitié de la re
e .
I
La 2 eft géométriquement à la 3 , comme
la 3 ° . à la 4°.
La
e. eft égale à la difference de la 1 .
3c.
& 4°.
La 4 plus la cinquiéme égalent le produit
de la 3e par la 4° DD
re
La 5. eft arithmétiquement à la 1. comme
la 4. à la 3 .
La 3. plus la fixiéme , qui eft cinq , multipl.
par deux fois la 3. égalent la fom-r
me totale quarante-huit
9781
18. Logogryphe de cing Lettres.
Le quarré de la 5 plus cinq fois fa raci
ne , égalent la totale cinquante - huit
plus trois cens quatre-vingt dix-huit.
Le cube de la 4. égale la moitié de la
E ij
racine
༽
964 MERCURE DE FRANCE:
racine quarrée de la re
La 3 plus un, égale les deux tiers de laze .
La 2. moins un égale la fomme de la 4°.
& de la se.
La 1. eft la s . partie des deux dernieres .
19. Logogryphe de cing Lettres.
La rre. lettre ou 12. eft le tiers de la fomme
des deux fuivantes .
La 2. eft la moitié des deux fuivantes enfemble.
La 3 ° . eft les trois quarts des fuivantes ,
4 & 5. enſemble .
e.
La 4° . eft le quart de la 2º . & de la 3ª enfemble
La se . eft égale à la 3. moins deux.
La fomme totale plus cinq, eft un quarré,
dont la 4. eft la racine.
-20. Logogryphe de fix Lettres .
La 1. moins quatre , eft la racine du
quarré de la 4º .
La 2. eft la cinquième partie de la fome
de la 1. & de la 3 .
La3 . eft la moitié de la fomme des trois
Ires.
La 4 ° . plus la troifiéme , eft le quarré de
la 2. & de moins deux .
Lase . eft un quarré,dont la feconde moins
cinq eft la racine.
La 6. plus la feconde , eft un cube dont
la quatrième moins neu feft la racine ,
211
MAY. 1728
965
21. Logogryphe de trois Lettres .
La racine quarrée de la 1 re, moins
eft égale à trois fois la 2 * .
quatre,
La 2. eft arithm . à la ire . comme la 1º .
moins un , à la 3º .
La racine quarrée de la fomme des 2º, &
3. eft égale à cinq fois la 2º .
22. Logogryphe de cing Lettres.
La racine quarrée de la 1re . moins deux ,
eft égale à la racine quarrée de la 2 °.
plus un .
La 2. eft arithmétiquement à la 3 ° .comme
la 1. eft arithmétiquement à la 3º•
plus neuf.
Le quarré de la 3. égale la fomme des
2. 4. moins cinq .
Le quarré du tiers de la 4.égale la fomme
des trois dernieres .
La racine quarrée de la derniere, plus deux ,
égale la fomme totale des cinq lettres
moins un , divifée par trois fois la 3 .
23. Logogryphe de cing Lettres.
La 1. égale la racine quarrée de la fomme
des 2. 3. & 4°.
La 2. moins un , égale la partie de la
fomme totale, 70.
La 3. moins un , égale à de la fomme des
quatre dernieres.
E ij
La
966 MERCURE DE FRANCE.
La 4. plus trois , égale la 3. moins
un .
Le quarré de la de la 5. égale la 3 °. 12
3. plus
le quarré du de la 2 *. plus fa Ra
cine.
24. Logogryphe de cing Lettres
Le quarré de la 1. plus un , égale le du
quarré de la 2. plus un .
Le quarré du de la 2º égale la 3º .
Le quarré de la 3. égale le quart de la 4 .
plus 10. fois les 3 ° . 4°.
3
Le quarré de la 4 °.égale le quarré de la 5º.
plus la fomme des 4°. 5 .
La se . plus un , égale la de la fomme
totale , moins un.
Somme totale égale à celle de 76.
25. Logogryphe de deux Lettres.
La Racine quarrée de la Racine quarrée
de la re, moins trois , ajoûtée à 3.égale
Racine quarrée de la 2 plus cinq.
Le quarré de la 2. égale le quarré de la
1. plus la fomme des deux.
La fomme des deux , plus un , égale la
du quarré de la 2º .
NOU
MAY. 1728. 967
XXXXXXXX: XXXX : XXX*
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
A RELIGION CHRETIENNE ,
Latourée par l'accompliffement des
Propheties de l'Ancien & du Nouveau-
Teftament , fuivant la Méthode des
SS. PP. A Paris , ruë de la Harpe &
ruë Galande , chez Billiot , & Quillan ,
in 4. de 386. pages. 7. livres.
HISTOIRE de la Ville & des Seigneurs
de Coucy , avec les Pieces juftificatives,
enrichie d'un grand nombre de Notes en
Differtations , très- intereffantes , non feulement
pour l'Hiftoire de France , mais
encore pour celle d'Allemagne , d'Angleterre
, d'Ecoffe , & c . Dédiée à S. A. S.
M. le Duc d'Orleans , Sire de Coucy
Premier Prince du Sang . Par Dom Touf
faints du Pleffis , Benedictin de la Congré
gation de S. Maur. Ruë S. Jacques , chez
Babuti , 1728. in 4. avec fig.
ET COMMENTAIRE LITTERAL
ABREGE', fur la Geneſe, l'Exode , le Levitique
, les Nombres & le Deuteronome,
avec la Verfion Françoife . Par le R. P.
E inj Dom
و
68 MERCURE DE FRANCE.
Dom Pierre Guillemin , Religieux Benedictin
de la Congrégation de S. Vanne &
de S. Hydulphe , Profeffeur en Théologie,
& Sous-Prieur de Châtenoix . A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Emery , Saugrain
, pere , & Martin , 1728. 3. vol .
in 8. reliez 9. livres.
LETTRES CRITIQUES fur les Voyages
de Cyrus , à M. le Marquis de ***
Par *** A Paris , Quay des Auguftins,
chez Rollin , 1728 .
ARGENIS , Roman Heroïque . A Paris
, Quay de Gefures , chez Prault , 1728.
2. vol. in 12 .
OSTEOLOGIE , ou Suite du Guidon
de S. Côme , qui enfeigne en peu de tems
les premiers élemens de l'Anatomie , en
développant fans peine ce que les os ont
de plus utile & de plus neceffaire à leur
connoiffance , & pour l'inteiligence des
autres parties du corps humain. ParNicolas
de Janfon , Maître Chirurgien Juré
à Paris , rue des Petits - Champs. Dedié
à M. le Duc d'Orleans. A Paris , Place
de Sorbonne & Quay des Auguftins , chez
Hortemels , André Cailleau , & Bauche ,
1728. in 12. Prix 2. liv. 10. fols , avec
des Planches.
HIS
MAY . 1728 . 969
HISTOIRES CHOISIES , ou Livres
d'Exemples tirés de l'Ecriture , des Peres
& des Auteurs Ecclefiaftiques , les
mieux averez ; avec quelques Reflexions
morales fuivant l'ordre des matieres
dont on traite dans les Cathechifmes.
Nouvelle Edition. A Paris , ruë Galande,
chez Jacques Quillan , in 12. de 562 .
pages; Prix 35. fols .
,
HISTOIRE DE POLYBE , nouvellement
traduite du Grec , par Dom Vincent
Tuillier , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur . Avec un Commentaire ou
un Corps de Science Militaire , enrichi
de Notes Critiques & Hiftoriques , où
toutes les grandes parties de la guerre ,
foit pour l'offenfive , foit pour la deffenfive
, font expliquées , démontrées & réprefentées
en figures. Ouvrage très - urile,
non-feulement aux Officiers Generaux ,
mais même à tous ceux qui fuivent le
parti des Armes . Par M. de Folard , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
Meftre de Camp d'Infanterie . 8. volumes
in 4. propafez par Soufcription. A Paris ,
chez les Gandoin , Giffart & Armand ,
Quay des Auguftins , Quay de Conty &
rue S. Jacques , 1728. On délivre le
troifiéme volume.
"
E v DISL
970 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS de la Réformation "de
l'Homme interieur , où font établis les
veritables fondemens des Vertus Chrétiennes
felon la doctrine de S. Auguftin . A Paris
, rue S. Jacques , chez Fr. Babuti ,in 12.
'de 216. pages. Prix 30. fols.
<
INSTRUCTIONS ET PRIERES pour
la fainte Meffe , la Confeffion & Communion
, & pour rendre à J. C. prefent
au S. Sacrement de l'Autel , les adorations
qui lui font dûës . Chez le même
in 12. de 352. pages . 30. fols .
ELEVATIONS DU COEUR , & Prieres.
à N. S. J. C. fur les Mysteres de la Paffion
, &c. propres pour chaque jour de
la femaine . Chez le même , in 18. de 3 22
pages. 25. fols.
EXPLICATION Courte & inftructive
de l'Oraiſon Dominicale & de la Salutation
Angelique , contenant une Paraphra
fe en forme de Priere fur chaque demande
, &c. Chez le même , in 18. de 283 .
pages , 25. fols .
RELATION HISTORIQUE d'Abiffinie
, du R. P. Jerôme Lobo , de la Compagnie
de Jefus , traduite du Portugais ,
continuée & augmentée de plufieurs DiffertaMAY.
1728. 971
fertations , Lettres & Memoires. A Paris,
Quay des Auguftins , chez la veuve Coû
telier & Jacques Guerin , 1728. in 4.
INSTRUCTIONS ET PRATIQUES.
DE PIETE' pour faire faintement la premiere
Communion , &c . Exercices pour
la Confeffion & pour la Communion ,
& un Reglement de vie qui peut fervir
à toutes fortes de perfonnes . Ruë faini
Jacques , chez Lottin , in 18. de 112 .
pages , prie 1. livre.
PSEAUTIER , diftribué felon la femaine
avec les Hymnes , les Verfets & les Profes
qui fe chantent à l'Eglife
pendant
toute l'année , & l'Ordinaire
de la Meſſe,
Latin & François. 1726. A Paris , rue
S. Victor, chez G. Ch. Berton , in 16.
& in 24.
CANTIQUES SPIRITUELS d'un So
litaire , compofez fur divers Chants &
Airs nouveaux , à l'ufage des Miffions ,
& Catéchifmes. Chez le même , in 12 .
LA JOURNE'S CHRETIENNE
contenant les Prieres & les moyens propres
pour fanctifier la journée. Avec
Ï'Ordinaire de la Meffe , Latin - François.
Nouvelle Edition revûë , corrigée &
augmentée. Chez le même , in 24.
Evj RE'
,
972 MERCURE DE FRANCE.
REFLEXIONS pour chaque jour du
mois , fur les principales qualitez de J.C.
dans l'Euchariftie ; pour fervir aux Prêtres
de préparation & d'actions de graces,
devant & après la fainte Meffe , de fujer
d'exhortation dans l'adminiſtration du
S. Viatique ; & aux Fideles , d'Entretien
pendant le S. Sacrifice de la Meffe
avant & après la Communion , & dans
l'Adoration du S. Sacrement . Troifiéme
Edition , revûë , corrigée & augmentée
par M. G. Docteur en Théologie , Archidiacre
& Théologal de *** Chez lë
même , in 24.
LA SPECTATRICE , premiere Semaine
, petite Brochure de 28. pages ,
qu'on doit donner deux fois par mois.
A Paris, Quay de Conty , & au Palais
chez la veuve Piffot , & J. Nully , 1728
Prix 6. fols .
LA CLE DU RUDIMENT , ou les
premiers Elemens de la Langue Latine ,
par demandes & par réponſes , pour les
Enfans qui commencent à lire & à parler
; Ouvrage divifé en deux parties.
A Orleans , ruë de Bourgogne , chez la
veuve Jacob , 1728. Brochure in 8. de
56. pages , fans la Préface & l'Avis du
Libraire.
NouMAY.
1728.
973
NOUVELLES DECOUVERTES EN
MEDECINE , très - utiles pour le Service
du Roy & du Public . Par le fieur Thiers
de Marconnay , Docteur-Medecin. Nouvelle
Edition . A Paris , ruë de la Harpe,
chez la veuve d'Houry , 1728. Brochure
in 12. de 46. pages , compris l'Epitre
à M. le Blanc , l'Approbation & le Privilege
.
La premiere Partie de ce petit Ouvrage
porte pour titre : Systême nouveau qui
prouve par des experiences certaines &
réiterées , les vertus des Remedes qu'on extrait
des Métaux & des Mineraux ‡
qu'ils doivent être preferez à tous ceux
qu'on tire des Vegetaux & des Animaux;
qu'ils produifent des effets qui tiennent
du merveilleux , & qui guériffent en trèspeu
de temps , comme il eft prouvé par des
raisonnemens fans réplique.
Après , une Differtation fur les Eaux
Minerales , fuit le Memoire d'une partie
des Cures que le fieur de Marconnai a
faites à Mer pendant plus de rs . ans
qu'il a exercé la Medecine avec fes Remedes
, lefquelles Cures font fi furprenantes ,
qu'on les a publiées comme prefque merveilleuses.
Un fecond Memoire des Cures
faites à Paris , finit l'Ouvrage.
TRAITE DE LA TAILLE au haut
appareil ,2
974 MERCURE DE FRANCE
appareil , où l'on a raffemblé tout ce qu'on
a écrit de plus intereffant fur cette Opération;
avec une Differtation de M. Mo
rand , Chirurgien. Et une Lettre de
M. Winflow , Medecin , fur la même matiere.
A Paris , ruë S. Jacques , chez
Guillaume Cavelier , 1728. vol . in 12 .
de 34-2 . pages , fans l'Epitre à M. Winf
low, l'Avant- propos , & une Table Alphabetique
des Matieres.
Deux motifs bien preffans nous enga
gent à publier cet Ouvrage. Le premier
c'eſt le bien public , dont l'habileté & la
réputation de l'Auteur , nous font garants.
Le fecond, qui eft prefque auffi intereffant
pour nos Lecteurs & pour nous- mêmes ,
c'eft
l'éclairciffement d'un fait que nous
avons avancé fur de faux Memoires , &
cependant point trop legerement , à ce
qu'il nous paroît. On en va juger par la
page 302. & fuivantes da Livre que nous
annonçons.
ECLAIRCISSEMENT fur une hiftoire
de la Taille au haut appareil , annoncée
dans deux Mercures de France.
Dans le Mercure d'Avril 1725. il y a
une Lettre écrite de Lauzanne , qui contient
des Nouvelles Litteraires de Suiffe ,
à la fin defquelles on lit ce qui fuit.
Je
MAY. 1728. 975
Je nepuis m'empêcher de vous faire part
d'un cas bien extraordinaire , arrivé dans
se Canton , lequel donnera fans doute de
l'exercice aux Anatomistes.
Un homme qui travailloit aux vignes ,
fefentant pressé tout à coup des douleurs les
plus violentes de la Pierre , & voulant s'en
délivrer , s'affit tranquillement , & d'un
coûteau en ferpette dont il travailloit , il
s'ouvrit le venire , chercha fa veffie , qu'il
ouvrit de même , s'arrachant la Pierre, retourna
enfuite à ſa maiſon , cù ſe faisant
panferpar des remedes affez communs, l'une
& l'autre playefurent confolidées.
Dans le Mercure de Novembre de la
même année , il y a une autre Lettre d'un
Confeiller au Confeil de Lauzanne , dans
Jaquelle on lit :
L'avanture du Payfan eft averée , avec
cette difference , que ce ne fut pas lui- même
qui fe fit l'opération ,mais un autre Paysan,
qui avoit été Sergent dans les Troupes Suiffes
en Hollande , & s'étoit trouvé prefent a
une operation pareille , fans avoir eu aucun
principe ni legen d'aucun Chirurgien : il
fit cependant avec une Serpette l'opération
du Haut Appareil , fans les précautions
accoûtumées , tira une groffe Pierre de la
veffie , & guéritfon malade par des applications
fort fimples . Ce malade qui s'appelle
976 MERCURE DE FRANCE :
pelle Bulart de Gimel , eft encore vivant au
Village de Burfins , à une lieuë de Role ,
du Lac Léman.
Cette opération étoit trop favorable
au Haut Appareil , pour ne m'en pas fervir
, dit M. Morand ; cependant je n'ai
point voulu en faire ufage fans en être
bien sûr ; & bien m'en a pris , car M. le
Résident de France en Suiffe , qui a été
prié d'éclaircir ce fait fingulier , en a envoyé
un détail bien different de celui qui
eft énoncé dans les Mercures d'Avril & de
Novembre 1725.
M. de la Martiniere a écrit de Soleure
à M. le Blanc , une Lettre du 18 Aouft
1727 , qui m'a été renvoyée par ce Miniftre
, auquel il mande , qu'afin de pouvoir
verifier avec plus d'exactitude & de
diligence le fait énoncé dans le Memoire
qui lui a été envoyé , il s'eft adreffé à
M. le General d'Erlach , Envoyé du Canton
de Berne , lequel lui a envoyé par un
Exprès la réponſe de M. Fiſcher , Baillif
d'Aubonne , à qui il s'étoit informé du
fait.Voici cette Réponfe, copiée mot pour
mor.
REPONSE
MAY. 1728. 977
RE'PONSE au Mémoire du fieur
Morand,fur ce qui eft contenu en deux
Mercures de 1725 , touchant l'operation
de la Pierre , faite par un Paylan,
au Canton de Berne , en 1717.
Le Suiffe taillé , ne fe nomme pas Bulart,
ni par équivoque Billiart , mais Jacques
Beney , de Gimel , Village dépendant du
Bailliage d'Aubonne, au Canton de Berne,
garçon alors âgé d'environ 48 ans , pauvre
& manouvrier, qui a été travaillé de la
Pierre pendant 8 ans.
Le premierjour d' Avril 1717 , fouffrant
de grandes douleurs , il pria Jean- Marc
de Bonneville , dudit Village de Gimel, de
l'en délivrer, ce que ce dernier lui accorda
après quelque résistance , n'étant pas Operateur
, mais s'étant de lui- même adonné à
faigner & razers pour cet effet ledit Jean-
Marc de Bonneville le fit coucher fur un
fiege à bras,& lui fendit laVerge avec une
Lancette ; en commençant au deſſous vers le
bout du gland où la Pierre étoit ; laquelle le
patient voyoit paroître au bout de la verge,
lequel vouloit effayer de la fortir avec une
halcine.
Ledit de Bonneville , en faisant l'opération
fendit auffi ladite Pierre en deux , &
la fortit avec les doigts . Elle étoit de la
groffeur d'une groffe féve.
L'Operation
978 MERCURE DE FRANCE .
L'Operation fe fit tres - heureufement ; le
patient ne perdant pas d'abord extraordinairementdefang,
& l'Operateur Payfan,
mit d'abord un emplâtre fur la playe, tant
pour arrêter le fang, que pour la confolider;
après quoi le patientfortit de chez fon Ope
rateur pour s'en aller chez lui ; enfuite le
fang qui s'émut a été entierement arrêté par
du charpi d'écarlate ,que la femme du fieur
Bulard, Miniftre audit Gimel , lui envoya
chez lui.Le lendemain d'après l'Operation,
ledit Beney fut à la Charuë & n'a plus
fenti d'incommodité de la Pierre.
Ce
que 1
devant m'a été relaté au Château
d'Aubonne , parledit Jean- Marc de Bonneville,
& à Gimel par ledit Jacques Beney,
qui eft en fanté & dans fa 58 année . Fait
audit Château d'Aubonne , les ro & ri
d'Aouft 1727. Signé N. F1s CHER ,
Baillif d'Aubonne.
TRAITEZ PHILOSOPHIQUES &
Pratiques d'Eloquence & de Poëfie, contenant
des exemples de chaque forte d'Eloquence
& de Poëfie ; fuivis de Réflé
xions critiques. Par le P. Buffier , de la
Comp . de Jefus. A Paris , chez le Clerc ,
ruë de la vieille Bouclerie. Chez Mufier
Quay des Auguftins , & chez Thiboult ,
Place de Cambrai . 1728. 2. vol . in 12.
prix , 3 liv. 10 f. reliez.
Ce
MAY. 1728. 979
Cet Ouvrage eft celui que nous annonçâmes
dans le Mercure du mois de Février
dernier. Il eft comme d'autres , du
même Auteur , fur un Plan affez noùveau.
Il donne à entendre que l'on n'a
pas communément une idée affez exacte
de l'Eloquence ; qu'on la confond avec
ce qu'on doit appeller ou Rhétorique ou
Logique , qui donnent un fecours neceffaire
à l'Eloquence , mais qui ne font pas
l'Eloquence même. L'Auteur diftingue un
Difcours éloquent d'avec ce qui eft feulement
un Difcours difert , & il en marque
des traits differens. Il montre d'ailleurs
qu'il ne faut pas moins de talens naturels
pour l'Eloquence que pour la Poëfie ;
auffi ne trouve t- il pas que l'Art & les regles
puiffent plus fervir à former un Orateur
qu'un Poëte .
Il reconnoît cependant que le talent na
turel pour l'Eloquence peut & doit même
être aidé par la lecture frequente & ré-
Alechie des pieces excellentes d'Eloquence
, & par l'exercice d'en travailler foimême
, fur tout fi un ami ou un Maître
habile prend foin de corriger les endroits
où l'on auroit moins réüffi.
Touchant l'inutilité d'une partie des
regles ordinaires , il commence à la montrer
dans ce qu'on prefcrit communément
pour l'Exorde ; fçavoir, qu'il y faut
attirer
980 MERCURE DE FRANCE.
attirer l'attention & la bien-veillance de
l'Auditeur , & qu'on y doit uſer d'un ſtile
periodique , &c . comme fi l'Orateur ne
devoit pas attirer l'attention dans toute la
fuite du diſcours , & encore plus fur la fin
que dans l'Exorde ; d'ailleurs la regle du
ftile periodique peut avoir lieu dans les
Difcours Latins ; mais on apporte ici un
exemple d'une tres longue & tres - nombreufe
periode en François , laquelle produit
un effet moins bon que fi on eut exprimé
le fens dans un tour moins périodique.
Il juftifie les reflexions dans les refle
xions critiques qu'il ajoûte aux diverfes
Pieces d'Eloquence qu'il rapporte .
Sur l'exemple de deux Plaidoyers , tirez
de Tite- Live;fçavoir , ceux des deux Princes
de Macedoine , qui s'accufoient mutuellement
d'attentat devant le Roy Philippes
Dozon leur pere . On obferve que
l'Exorde y eft contenu en deux ou trois
lignes.Ce ne font pas là de longues périodes
; on n'y diftingue point non plus la
partie du difcours appellée d'ordinaire
Confirmation , d'avec celle qui s'appelle
Contention ou Mouvement ; parceque dans
un diſcours , dit l'Auteur, fouvent il s'agit
moins de rien prouver que de rendre fenfible
une chofe affez connue , d'ailleurs à
quoi il faut affectionner l'Auditeur.
Sur
MAY. 1728. 98r
Sur l'exemple du beau Plaidoyer de
M. Patru , en faveur des Religieux de la
Trinité & des Captifs de Barbarie , le P.
Buffier obſerve encore combien l'Exorde
a peu beſoin de periodes ; il fait diftinguer
en ce Plaidoyer les différentes parties du
difcours , & en relevé les beautez d'une
maniere utile pour la pratique , montrant
comment on y trouve par tout ordre, fuite
, jugement , netteté d'expreffion , juſteffe
d'efprit , foin de prévenir ou d'éclaircir
les difficultez , & c .
€
Şur l'exemple de Sermons & de Morale
, de Panegyriques des Saints , d'Oraifons
Funebres , tirées du P. Cheminais ,
du P.Bourdaloue, de M. Maſſillon , Evêque
de Clermont & autres ; on entre de même
dans un grand détail , par rapport à la pratique
des divifions, pour faire un Sermon
plus ou moins étendu , pour tirer une motale
convenable dans un Panegyrique de
Saint , & dans une Oraifon Funebre
pour faire fervir à l'édification des fideles
les traits éclatans du Héros qu'on veut
lover.
Le Traité de la Poëfie en ce qui regarde
la Théorie & la Pratique , eft dans le
même goût & fur le même plan que les
Traits d'Eloquence. A la fin de la Tragedie
de Silla on met fix articles de Réflé
xions critiques & pratiques . 1 ° .Par rap
port
6
982 MERCURE DE FRANCE .
port à l'expreffion , au noeud ,au dénoument
de la Tragedie , à la maniere dont les paf--
fions y font maniées , aux trois unitez ,à la
liaifon des Scenes , à la fiction , & c . ce
qui fait comme un Traité abregé du Poëme
dramatique , touchant la Tragedie même
de Silla , qui fe trouve icy imprimée
toute entiere ; fi quelqu'un n'étoit pas
inftruit de fes beautez , il fuffiroit peutêtre
pour lui en donner une idée , de rapporter
l'endroit où Sylla apprenant que fa
propre fille, avec d'autres Romaines, ont
confpiré contre lui , & fe reprochant les
crimes qu'il a faits contre fa Patrie , entre
dans une forte de fureur qu'il exprime en
ces termes:
` Que Cefar , m'a- t'il fit , ma fille m'aſſaffine ,
Lorfque pour l'élever mon amitié s'obſtine .
Ingrate ! ah ,juftes Dieux ,quels bras choiſiſſezvous
,
Pour faire à mes pareils fentir votre couroux ?
Ne les épargnez- vous au milieu des batailles ,
Que pour leur réferver d'indignes funerailles ;
Et n'ai- je tant vécu que pour voir à la fin ,
Mes ennemis éteints , renaître dans mon
fein , &c.
Sur la difpofition où Sylla paroiffoit être
de fe venger , fon Confident lui repreſen
tant
MAY. 1728 .
983
tant que
de lui ; Sylla reprend ;
la vengeance feroit peu digne
Faux amis , eft- il temps d'étouffer la fureur ,
Que vos lâches confeils nourriffoient dans
mon coeur ,
Quand du débris fanglant des Nations entieres
Je couvrois l'Italie & comblois les Rivie-
Ies , & c.
Qu'amis , parens , enfans , tremblant fous.
mes faiffeaux ,
Contre eux - mêmes portez me fervoient de
bourreaux :
Quand aux creux des tombeaux , jufqu'au fein
de la terre ,
A leur cendre , à leurs os , j'allois porter la
guerre ;
Alors
pour retenir mon bras trop emporté ,
Que ne me parlois - tu ? je t'aurois écouté.
Dis- moi pour empêcher la mort de nos Rebelles
,
Que le cruel Sylla l'a merité plus qu'elles ,
Et qu'il faut , fi les Dieux prennent foin des
humains ,
Qu'un affaffin public trouve fes affaffins,
Le Confident lui difant que la fortune
purgera la terre de fes ennemis. Sylla
reprend :
11
984 MERCURE DE FRANCE .
Il faut donc que l'Uunivers périffe :
Mais,le fort à mes voeux fut- il toûjours propice,
Puis -je , haï de tous , demeurer fans effroy ;
Tandis qu'il refte au monde un feul homme
avec moi ?.
Si tout le genre humain me déclare la guerre,
Il faut pour me deffendre en dépeupler la terre
Sur les cendres du monde établir mon repos :
Digne couronnement des exploits d'un Héros!
Tyran, quitte la vie avant qu'on te l'arrache ,
Hâte- toi dans ton fang , d'en effacer la tache ,
Fais un coup de juftice , au moins en expi
rant , & c.
Je ne fçais dans laquelle de nos plus
belles Tragedies il fe trouve une paffion
& un remords d'une peinture plus naturelle
avec plus d'énergie & plus de beauté
de verfification ; d'autres endroits de certe
Piece font à proportion de la même
force , fi l'Ouvrage du P. Buffier n'avoit
pas par lui- même de l'utilité & de l'agré
ment, on peut dire que cette Tragedie feu
le feroit rechercher fon livre .
On ajoûte un exemple de petite Piece
Comique , dont le fujet eft fingulier auffibien
M-A Y. 1728.985
bien que le goût.Elle eft intitulée : Le Philofophe
Roy. C'est un Philofophe qui s'étant
plaint fouvent que l'Etat étoit mal
gouverné , parce qu'il ne l'étoit pas felon
les fpécieufes idées d'une Philofophie
fpeculative , fe trouve lui - même, chargé
du gouvernement , & il compte de ces
belles idées faire des merveilles , & de
rendre tous les peuples contents , mais tantôt
une occafion , & tantôt une autre l'oblige
par néceffité à gouverner, comme le
font ordinairement les autres Souverains
fice n'eft qu'à force de vouloir bien faire
il renverfe tout.11 fe trouve dans les troi
Actes de cette petite piece des traits plai
fans , & d'ailleurs inftructifs ; ce qui eft le
but de la Comédie . Les Réfléxions critiques
fuivent encore icy pour faire un
précis des regles d'une Comédie judicieufe
, où les moeurs n'ayent aucun rifque à
courir.
Nous voudrions pouvoir indiquer les
réfléxions de l'Auteur , fur chacune des
pieces du P. Buffier , & autres efpeces de
Poëmes . Celles qu'il fait en particulier fur
l'Ode & fur le Poëme Epique , attireront
apparemment l'attention de ceux qui aiment
la Poëfie.
MEMOIRES CURIEUX d'un Miniftre,
concernant l'état prefent de la Ruffie , pré-
F cedé
986 MERCURE DE FRANCE .
1
€
cedé de deux Lettres , qui contiennent le
caractere du feu Czar, & de fes Miniftres;
avec la vie & le caractere du Prince Menzicoff.
A la Haye , 1728 .
LES VIES de S. Jacques de la Marche
& de S. François Solano , Religieux de
P'Ordre de S.François, miſes au Catalogue
des Saints , par le Pape Benoît XIII . A
Lille , rue neuve , chez la veuve Moire
mont , 1727 .
ruë
LES VIES DES PEINTRES , ouvrage fort
rare,de M.Bellory , fe réimpriment à Naples
, avec des Additions , & enrichie de
Portaits en Taille -douce, en un vol. in 4
M. Nicolo Crefcenzo , Medecin & Profeffeur
de la Philofophie Morale , dans le
College Royal de Naples, a fait imprimer
& a dédié à M.Nicolo Pio Garelli ,Medecin
de l'Empereur & fon premier Bibliothecaire
: Ragionamenti intorno alla nuova
Medicina dell' Acqua , e come la prima
volta introdotta , ella foſſe difeſa e foftenuta
in Napoli , ed intorno al vero ftudio
della Medicina¸e alla più ficura maniera
di Medicare, coll'aggiunto d'un breveMetodo
di pratticarfi l'acqua anche da coloro,
che non fon Medici.
La
MAY. 1728.
987
La Traduction en Italien des Oraiſons
de Ciceron , avec une vie abregée de l'Auteur
, par M. Louis Dolcés fe vend chez
François Ricciardi , qui a fait la dépenſe
de l'impreffion. 3. vol. in 4°. à Naples.
1727.
LIVRES nouvellement reçûs des Pays
Etrangers , en ce mois de May 1728 .
qui fe trouvent chez CAVELIER, Librat.
re , ruë S. Jacques , an Lys d'or.
GRAVESON , ( Hiac . Ord. Præd. )
Hiftoria Ecclefiaftica variis Colloquiis
digeſta , in-fol. 9. vol. Augufta Vindelicorum
, 1727 .
L'ENFANT , Hiftoire du Concile de
Conftance , nouvelle Edition , augmentće
, 2. vol in- 4 ° . fig. Amfterdam , 1727.
HISTORIA Mediani Monafterii in
monte Vaſaco , Ord . S. Bened . in-4 °.
fig. Argentina , 1724 .
SFONDRATI , ( Cardinalis , ) Nodus
Prædeftinationis diffolutus . in - 4 ° . Venetiis
, 1698 .
ANIMADVERSIONES , in Nodum
Prædeftinat , in 4º . Colonie , 1707 .
SHERLOCK , de la Mort & du Jugement
dernier , traduit de l'Anglois de
Mazel , 2. vol . in - 8 ° . Amfterdam , 1712 .
MEMORIE Hiftoriche , de la Valte-
Fij
lina .
988 MERCURE DE FRANCE .
{
lina , de Lavizari , in - 4 ° . Coira , 1716 .
DELL'EPISTOLA di Senaca , della
Providenza de Dio , in -4 . Firenze ,
1717.
> ANNATI ( Petr . ) Apparatus ad
Theologiam Pofitivam , 2 , vol . in - 4 ° .
1726.
BELIUS , ( Mat ) Hungariæ Antiquæ
& Nova Prodomus. in -fol . c. fig.
Norimb , 1723.
MISCELLANEA Berolinenfia ad incrementum
Sientiarum , Continuatio 1 1 .
in-49. c. figuris , 1727.
AMOENITATES Litterariæ . Tomus .
4.5.6 & 7. in - 80 . Francofurti , 1727 .
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
année 1727 Tome 13. in- 89 . Amft.
1727 .
Locke : Effay Philofophique , concernant
l'Entendement humain traduit
de Anglois , par Cofte , in- 4ª,
1723:
›
ANCILLON , Mélanges Critiques
de Litterature , 3 vol . in 12. Bafle ,
1698.
·
RECUEIL de voyages au Nord , Tome
8. avec figures . in 12. Amfterdam ,
1727 .
CONCILIUM ROMA NUM , fub Benedicto
XIII. Anno 1725. in - 8o. Brus
xelles , 1726,
Du
MAY. 1728 . 989
Du VERGER , Traité des Liqueurs ,
& la maniere de s'en fervir utilement.
in- 80. Louvain , 1728 .
IMHOF , ( Vielh ) Notitia Proc erum .
Imperii Germanici , in -fol. Sungardia
1699 .
IMHOF Genealogie XX. Hifpania
Familiarum , in fol . Lipfia , 1712 .
TER ZE RIME , di Giovanni della
Cafa , in - 8 ° . Benevento , 1727 .
ALCORANI , Textus univerfus , cum
Refutatione Maraccii Arab . lat . in fol .
2. vol. Patavii , 1698 .
TRANCI , ( Ant. ) Synopfis Annalium
Societatis Jefu , in Lufitania , ab
Anno 1540. ad . 1725. in -fol . Aug.
Vindel , 1726.
MEICHELBECk , ( Carol . Ord . Sancti
Bened . ) Hiftoria Frifingenfis , in fol . 2 .
vol. Aug. Vindelicorum , 1724:
SYLVESTII , ( Camil ) Chronologia ,
in 40. Leipfia , 1726.
Q. Horatii Flacci Carmina , ad ufum
ordinem ac Nitorem revocata , ftudio &
opera Sanadonis , è S. J. in - 18 . Parifiis
apud Cavelier , 1728. L'on a joint à la
fin de ce Livre la Traduction d'une
ancienne Hymne , fur les Fêtes de Venus
, avec des Remarques critiques fur la
même Piece , avec le Latin à côté , qui
eft Pervigilinm Veneris .
Fiij
Cavelier
990 MERCURE DE FRANCE .
Cavelier à auffi tous les Auteurs Claffiques
de Maiffaire complets , Latins &
Grecs , imprimés à Londres depuis peu ,
chez Thomſon , faifant 31. vol . in- 12 .
Il paroît à Lille , chez Danel , Libraire
, & à Paris chez Cavelier , Libraire
, rue S. Jacques , un in - douze anonime
intitulé Précis du Droit Belgi
que , par rapport au reffort du Parlement
de Flandre , qui eft fort goûté ; il feroit
à fouhaiter pour le public que l'on pût
porter l'Auteur à donner l'Ouvrage dans
toute fon étenduë .
VOICI la Traduction d'un Programa
imprimé en Anglois , qui nous a été
envoyé de Londres.
On propoſe une réimpreffion du grand
Recueil de Rymer , en dix -fept volumes
in folio.
Cet Ouvrage à été collationné & corrigé
fur les Actes Originaux , conſervés
à la Tour de Londres , & par ce moyen
on a remedié à toutes les omiffions &
méprifes qui ont échappé dans la précedente
édition. Il fera imprimé, page pour
page , fuivant le modele de la premiere
édition .
Ceux qui voudront foufcrire pour les
dix fept volumes en blanc , payeront sa
Guinées
ΜΑΥ . 128. 9.919
Guinées ; fçavoir , dix Guinées en foufcrivant
; 20 Guinées en délivrant aux Soufcripteurs
les premiers huit volumes , & le
refte en retirant les derniers neuf volumes.
Et afin d'accelerer l'impreffion de cet
Ouvrage , on l'imprimera dans quatre Imprimeries
differentes , qui ont toutes les
mêmes caracteres .
Comme on n'imprimera qu'un petit nom
bre d'Exemplaires , s'il en refte quelques
uns pour lesquels on n'ait point foufcric
ils feront vendus 70 Guinées chacun en
feuille , & on ne recevra plus de ſouſcrip
tions après le 28. de Juin 1728.
Nouvelles Litteraires écrites de Suiffe an
commencement d'Avril 1728 .
avec
Il paroît un Programe de la nouvelle
Edition de la Bible des Septante ,
les Pieces ou Differtations pour & contre
les divers Manufcrits , & les précedentes.
Editions.Le Texte Grec eft d'après le Co
de Alexandrin , avec toutes les Variantes.
que fournit le Manuferit du Vatican , &
les Reftitutions que procurent deux autres
Manuferits qui n'ont jamais paru ;
fçavoir , un de la Biblioteque de Zurich
auffi ancien le moins que
pour celui
du Vatican , & qui contient le Livre.
' F iiij des
992 MERCURE DE FRANCE.
#
des Pleaumes ; l'autre de la Biblioteque .
de Bâle du X. fiecle , qui renferme des
Leçons variantes fur l'Octateuque . On y
voit auffi les Notes & les Differtations du
fameux D. Grabe , d'Ifaac Voffius , de Serrarius
' , Mentel , & c . Meffieurs Heidegger
& Compagnie , qui ont foin de cette
Edition , fous la direction de quelques.
Sçavans diftinguez , prétendent la rendre
très-fuperieuré aux deux meilleures qu'on
ait ; fçavoir , celles d'Oxford & de Frane
quer. Tout l'Ouvrage donnera huit volumes
in 8 °. On en tirera mille Exemplaires
par Soufcriptions , qui porteront le
feing du. Libraire , & il s'engage de n'en
vendre pas un au delà du nombre foufcrit
: Le prix fera de huit florins, ou quatre
écus ; fçavoir,deux florins , & 30 Creuz
en foufcrivant ; 3 florins en recevant les
deux premiers Tomes ; deux florins & 30
Creuz en recevant les trois fuivans ; & on
ne donnera rien à la reception des der-'
niers . Les Soufcriptions feront ouvertes
jufqu'au premier jour de May prochain ;
on promet de mettre tout en oeuvre pour
furpaffer en cette entreprife l'attente du
Publico , & cela Helveta fide . Foy de
Suiffe .
ས
On apprend d'Amfterdam que M. le
Clerc a pris congé du Public pour la Biblioteque
ancienne & moderne , & cela
2.
dans
MAY. 1728. 993
› Auteur
dans la vue de s'appliquer entierement à
fes Commentaires fur l'Ecriture Sainte .
On compte que M. Vaneffer
d'un nouveau Journal , intitulé , Hiftoire
Litteraire de l'Europe , y fuppléra par cet
Ouvrage , dont il donne une partie tous
les mois & chaque mois des nouvelles
litteraires . Il en a déja quatre gros volu
mes in 8°. Le Public eft très content de
l'entrepriſe de cet Hollandois,jeune homme
de beaucoup d'efprit . On trouve dans
ces nouvelles diverfes Pieces fugitives de
tous les Païs .
On ya imprimer en Hollande les Satires
del Cavalier Dotte, qu'on dit auffi parfaites
dans leur genre, que celles de Boileau dans
le leur . Ce fera un in 4 ° avec des Notes ,
comme dans les bonnes éditions de Boileau
.
M. Bourguet , homme de merite , &
très -fçavant , fera dans peu imprimer à
Bafle fes Lettres , écrites à M. de Scheuchzer
fur le Mecanifme Organique de la
terre , & d'autres fur les pierres Bellenites .
C'est lui qui s'eft chargé de tout le gros
-de l'execution de la Bibliotheque Italique..
Lepremier volume de ce nouveau Journal
, eft fous preffe , à l'inftar des Bibliotheques
Angloife &. Allemansde . Les
Pieces qui la compofent font une belle
Differtation fur les Métaux ; un Extrait de
Fy l'Hiftoire
994 MERCURE DE FRANCE.
l'Hiftoire célebre de Naples , de Capicel
latro ; un commencement d'Extrait de
Rerum Italicarum fcriptores ; Le Difcours
Académique de M. Maffei , Dei Migliori
Poëti Italiani ; & une cinquiéme Piece ,
dont je ne me fouviens pas , avec Préface ;
& une Epitre au Marquis de Ste Croix ,
dont le Portrait fera à la tête du Livre ,
&c.
L'Ouvrage magnifique du celebre M.
Scheuchzer , intitulé Phyfica Sacra , eſt
digne à toutes fortes d'égards , d'avoir
place dans les plus fuperbes Biblioteques.
Je ne vous détaille rien là deffus , parce
que je me propofe de vous faire part de
Féchantillon joint au Programe que m'en
a envoyé l'Auteur .
Je pourrai auffi vous envoyer un morceau
très curieux du même Auteur ; c'eſt
fa Differtation furHomo ante Diluvianus,
ou Diluvii Teftis . Mon illuftre ami , M.
Scheuchzer , eft l'homme de la Suiffe ,
qui a le plus approfondi les preuves d'un
déluge univerfel , & qui a la plus belle
Collection de Pieces parlantes en ce
genre. Son Iter Alpinum , fon Herbarium
diluvianum , & plufieurs autres Pieces que
le Public a reçues avec un égal applau
diffement , en font des preuves folides.
Cette empreinte d'homme , rapportée dans
- la Differtation , s'eft trouvée fur un ftra-
$um
MAY. 1728. 995
tum , ou lit en feuilles de pierre . L'efpece
a péri par diffolution & tranfpiration ;
mais la forme empreinte fur un de ces lits
limoneux , que faifoient les eaux en fe retirant
, eft demeurée confervée ppaarr des lits
ou couches fuperieures , que le temps a
pétrifiées. Ce que fournit en ce genre nonòtre
fçavant Suiffe , eft bien folide , eu
égard à l'élevation extraordinaire de notre
Pais. Ce monument unique jufqu'à prefent
en fon genre, a été levé dans la carriere
d'Oenindguen , au Diocéfe de Conftance.
Voici le Titre de cette Differtation.
1
ΣΥΝΘΕΩ ΗOMO DILUVII TES .
TIS ET ΘΕΟΣΚΟΠΟΣ Publicæ συζητήσει
expofitus àJOH.JACOBO SCHEUCHZERO
, Med. D. Math. P. Acad. Imperialis
Carolina & Societ. Regg. Anglica
ac Prufficæ Membro. Refpp. pro Examine
Philofophico confequendo , &c. In
AuditorioAftivo ad diem Junii H.L.Q.S.
Tiguri Typis JOH. HENRICI BIRGKLINI
. Anno M. DCC. XXVI.
On nous écrit d'Aix en Provence, que
le deffein que feu M. Morel avoit entrepris
fur les Médailles , ne tardera
être executé.
pas
के
Le P. Panel , Jefuite , travaille depuis
F.vj quelques
996 MERCURE DE FRANCE .
quelques années à donner au Public un
Recueil exact de toutes les Médailles qui
font parvenues jufqu'à nous, foit de Rois,
de Villes , Confulaires, Imperiales , Latines
, Grecques, Egyptiennes , Arabes , &c.
avec des Notes courtes & curieufes .
On nous marque auffi que le P. Poncy,
Jefuite , doit donner inceffamment au Public
, un nouveau Recueil d'Hiftoire , de
Fieté & de Morale , fur le Projet qu'en
avoit dreffé M. l'Abbé de Choify.
On écrit d'Allemagne , que M. Kocler,
qui publia en 1725. à Altorf, un Ouvrage
Genealogique fur la famille de Charleniagne
, en donne un prefentement fur la
vraie origine de l'Imprimerie.
La Vie de Madame Guyon s'imprime à
Leipfick , traduite en Allemand , avec plufeurs
de fes Ouvrages , par les foins de
Valther..
On mande de Rome , que les Ouvriers
qui travaillent pour le Cardinal Albani ,
auprès de Ponte Mole , y trouverent fur
la fin du mois dernier , en creufant la terre
, deux Statues d'un Marbre très rare , &
d'une couleur extraordinaire , avec la
Garde d'une épée antique , d'argent , fur
lacuelle
2
MAY 1728 . 997
}
claquelle on lit des Infcriptions que les Antiquaires
n'ont encore pû interpreter .
On a appris auffi de Rome , que Don
Soufa , Agent general des Académiciens
Portugais de cette Capitale , en étoit parti
pour Livourne , afin d'y faire préparer
un Navire pour le transport des Effets de
ces Académiciens à Lifbonne , parmi lefquels
il y a entr'autres choſes , un Modele
de bois de toute l'Eglife de S. Pierre ,
tant du dedans , que du dehors , & qui ,
dit-on , a coûté plus de cinquante mille
écus.
On a appris de Conftantinople , qu'il y
avoit paru depuis peu plufieurs feuilles
de la nouvelle Imprimerie , établie dans
le Serail , fous la direction du Grand Vizir
le Papier en eft fort beau , & les Ca
racteres affez réguliers.
:
M. Dulis , prétend avoir découvert une
maniere fûre pour trouver les Longitudes
fur Mer, & prouver par de nouvelles Cartes
qu'il donnera , la fauffeté de tous les
fyftêmes qui ont paru jufqu'à prefent fur
ce fujet.
On mande de Londres , que le Vicomte
de Malden , fils unique du Comte d'Ef .
fex , à qui on avoit fait il y a quelques
jou rs
998 " MERCURE DE FRANCE.
jours , l'inoculation de la petite verole ;
en mourut le 28. du mois dernier , &
que le fils de M. Heathcote , auquel on a
fait la même operation , eft à l'extrémité.
Quoique M. Defchamps ait fait avec
fuccès l'épreuve des Balles de plomb d'une
nouvelle compofition , qui percent
une plaque de fer d'un demi pouce d'épaiffeur
, fans rien perdre de leur rondeur
, M. le Comte de Maurepas a renvoyé
à l'Académie Royale des Sciences ,
l'examen de ces Balles , pour fçavoir s'il
n'entre rien dans leur compofition qui
puiffe envenimer les playes.
La Differtation que M. l'Abbé Sallier
lût dans l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres , avoit
pour objet de prouver que les anciens
Peintres & Sculpteurs avoient connu la
perspective.
Il y établit par quelques paffages qu'ils
étoient inſtruits dans l'Art de dégrader les
figures , ou de les augmenter , fuivant la
difference des plans où elles étoient po
fées ; il montre par d'autres témoignages,
que les anciens Peintres avoient eu le fecret
de reprefenter dans leurs Tableaux le
lointain , & des objets qui fuyoient dans
CO
MAY. 1728. 999
ce lointain, tandis que d'autres ſembloient
ſe rapprocher ; enfin , il fit voir que M.
Perrault a trop hazardé , en foûtenant que
les anciens n'avoient point d'idée de la
perſpective , parce qu'on n'en voit aucune
marque dans la Colomne Trajane ; ils
l'avoient négligée à deffein dans cette Colomne
, pour mieux réüffir à rendre plus
palpables des objets qui n'auroient pas été
apperçus autrement.
Le Roi a chargé M. Secouffe , Avocat
au Parlement , & affocié de l'Académie
Royale des Infcriptions de Belles Lettres ,
de continuer le Recueil Chronologique
des Ordonnances des Rois de France , de
la troifiéme Race . M. de Lauriere , ancien
Avocat au Parlement , qui a commencé
ce Recueil , en publia en 1723. le premier
volume , qui contient ce qu'on a trouvé
d'Ordonnances depuis Hugues Caper,
jufqu'à la fin du Regne de Charles le Bel.
M. de Lauriere étoit près de publier un
fecond volume , qui comprendra les Ordonnances
de Philippes de Valois , & une
partie de celles du Roy Jean, Il paroîtra
dans le cours de cette année.
11 vaque une place à l'Académie Françoife,
par la mort de l'Abbé Claude- François
Fraguier, Prêtre, l'un des Quarante ,
arrivée
1000 MERCURE DE FRANCE:
rivée à Paris le 3 de ce mois , à l'âge d'en
viron 63 ans . Il étoit aufli Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres.
Le Samedi 8. May , M. le Chancelier
prit féance à l'Académie Royale des
Sciences , en qualité d'Honoraire de certe
Académie ; place à laquelle il avoit
été élû le 28. Avril , & qui étoit vacan-
те par la mort du Maréchal de Tallard .
Les premiers Apoticaires du Corps du Roy ,
ayant refolu de compofer publiquement la
Theriaque à Verfailles , ils ont exposé pendant
plufieurs jours toutes les drogues qui entrent
dans cette celefte compofition : tous les Curieux
ont été les voir , & ont avoué qu'on n'a
jamais rien vû de mieux choifi , ni de plus parfait
que tout ce qui a été expofé. Cette réputation
de tant de belles drogues , recueillies
avec beaucoup de foín , a excité la curiofité du
Roy. Sa Majesté voulut bien fe donner la peine
de fe tranfporter le 25. Avril dans le Laboratoire
où étoit cette magnifique préparation ,
-Elle en parut très contente , ainfi que tous les
Seigneurs qui l'accompagnoient.
לכ
M. Biet , prenant la parole , dit au Roy ,
Vôtre Majefté voit devant Elle la difpenfation
d'un des plus fameux Antidotes de l'Antiquité
, & que de Grands Empereurs Romains
faifoient compofer en leur prefence.
L'Hiftoire rapporte que l'Empereur Severe
avoit tant de confiances aux grondes vertus
dla Theriaque , qu'il n'en peimettoit a
compofition
MAY 1001 1728.
compofition à aucun particulier ; il prenoit
»lui-même le foin de recueillir toutes les dro-
"gues les plus rares & les plus précieuſes qui
" entrent dans cette fameufe compofition , tant
" il étoit perfuadé que fans cette précaution , ce
précieux remede deviendroit inutile , conme
en effet cela eft arrivé dans la fuite par l'ava
rice des fourbes & des Charlatans , qui en
font tous lds jours un commerce honteux
»jufques dans les Foires & les Lieux publics ,
laquelle fauffe & indigne Theriaque n'a d'au
tre merite que le nom & la couleur de la véritable.
Après ce petit difcours , M. Biet prépara des
Viperes vivantes devant le Roy , & expliqua
à Sa Majesté la difference qu'il y a entre la Vipere
& les autres Serpens , & en quoi confiftoit
fon venin , & les précautions qu'il y avoit
à prendre quand on étoit mordu de cet animals
il expliqua auffi ce que c'étoit que le veritable
Baune de Jericho ou de Judée , très connu
à prefent fous le nom de Baume blanc de la
Mecque , & en fit l'épreuve fur le champ, pour
démontrer que c'étoit du vrai , & bien diffe
rent de celui que plufieurs particuliers diftribuent
pour du veritable Baume , fous le même
nom.
Meffieurs de la Serre & Boulogne, expliquequerent
au Roy toutes les autres drogues , avec
beaucoup de capacité, & à la fatisfaction de Sa
Majefté , & toute l' Affemblée convint qu'on ne
pouvoit jamais compofer une Theriaque, dont
les drogues fuffent plus belles & mieux choifies
; & que s'il y en avoit jamais eu une qui
eût mieux répondu à celles des Anciens , c'étoit
celle que ces Meffieurs préparoient , & fur
la vertu de laquelle on pouvoit compter.
M. Boulduc fit devant le Roy l'experience de
La
1002 MERCURE DE FRANCE.
la converfion du fer en cuivre ; c'est- à- dire ,
qu'il prouva que ce n'étoit qu'une fuppofition,
pour ne pas dire une friponnerie de la part de
ceux qui vouloient en impofer au Public ; en
un mot , il fit voir que de tirer du cuivre du
vitriol bleu , c'étoit tirer du cuivre du cuivre
même,puifque ce vitriol n'eft proprement que
ce même métail , diffous par une liqueur aci
de , qui le réduit en vitriol tel que nous la
voyons .
Nous ne croyons pas rifquer la moindre
chofé d'être garants , non feulement du plais
fir que fera à tous les amateurs des beaux Arts,
le grand Ouvrage que nous allons annoncer ,
mais encore de l'émulation , du goût & de
l'amour , que ce Recueil excitera , fans doute,
dans tous les efprits éclairez & amateurs des
belles chofes . On en a l'obligation à M. deCrozat
le Cadet , célebre Curieux ,toûjours attentif
& plein de zele pour l'avancement des Arts du
Deffein. Son Cabinet , connu par tous les Artiftes
& les Amateurs , eft un des plus riches
de l'Europe en Tableaux Etrangers , Bronzes ,
Marbres , Modeles exquis , & fur-tout en Defdeins
Originaux , & très recherchez des plus
grands Maîtres. Voici le Programe en quef
tion.
RECUEIL D'ESTAMPES des plus beaux
Tableaux qui font en France , dans le Cabinet
du Roy , dans celui de Monfeigneur le Duc
d'Orleans , & dans ceux des Particuliers , divifé
fuivant les differentes Ecoles , avec un
abregé de la Vie des Peintres , & une Deſcrip
tion hiftorique de chaque Tableau.
On eft prefentement fi perfuadé de l'utilité
des Eftampes que jamais elles n'ont éré recherchées
MAY 1728 . 1003
chées avec plus d'enpreffement ; & le Public
a fi ben reçû les Recueils qu'on en a formez
en divers temps , que c'eſt later extrêmement
fon gout que de lui en propofer de nouveaux.
Cet amas d'Estampes de differens Maiftres , &
fur differens fujets , devient d'autant plus in
teffant , qu'il divertit & qu'il inftruit tout à la
fois ony apprend à connoiftre le caractere &
la maniere de chaque Mailtre ; & fans qu'il
en coûte beaucoup , on fe forme un Cabinet
complet , dans lequel on réunit ce qui fait
l'ornement de plufieurs autres , & qui n'y a
été placé qu'avec des foins & des dépenfes immenfes.
Un autre avantage pour les Eftrangers
, eft de fe trouver comme tranfportez
dans les plus beaux Cabinets qui font hors de
leurs pays , avec infiniment plus de fruit & de
fatisfaction que s'ils en lifoient les fimples def
criprions .
On a toûjours reçû avec plaifir ces fortes de
Recueils ; & fans parler de ceux qui ont paru
cy- devant; avec quelle avidité n'a - t -on pas recherché
ce que le Roy a fait graver d'Eftampes
d'après les Tableaux de fon Cabinet , tout
incomplet qu'eftoit cet ouvrage ? Interrompu
par la mort de M. Colbert , fous les ordres duquel
il avoit été entrepris , on a defiré pen
dant long temps que ce grand deffein fût fuivi;
on fe propofe aujourd'huy de l'accomplir .
& même avec beaucoup plus d'eftendue . Non
feulement l'on fera graver tous les Tableaux
que le Roy a dans fon Cabinet , Sa Majefté en
ayant accordé la permiffion , & M. le Duc
d'Antin , naturellement porté à tout ce qui
peut contribuer à l'avancement des beaux
Arts , ayant donné tous les ordres neceffaires
pour faciliter l'execution de ce deffein ; mais
en donnera auffi les Tableaux que feu S. A. R.
Monfeigneur
1004 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Duc d'Orleans avoit recueil
lis de divers Cabinets , & fur- tout de celui de
la Reine Chriftine de Suede , qui ont rendu le
fien un des plus nombreux & des mieux choifis
de l'Europe , & tel qu'on le devoit attendre
d'un Prince qui s'y connoiffoit parfaitement :
l'approbation dont il avoit honoré cette entreprife
qu'il avoit fait naiftre , & qu'il avoit
favorifée , eft le plus grand éloge qu'elle puiffe
recevoir. On eft pareillement entré dans les
principaux Cabinets des Particuliers , & on
en a pris les Tableaux les plus eftimez ; il n'y
a gueres eu de perfonnes qui ne fe foient fait
honneur de contribuer à cet ouvrage . Si l'on
pouvoit efperer de trouver les mêmes fecours
dans les Pays eftrangers , on recevroit fort volontiers
les deffeins des excellens Tableaux qui
y font repandus en divers endroits ; & l'on fe
feroit d'autant plus de plaifir de les faire graver
, & de les inferer dans ce Recueil , qu'on
le regarde dès à prefent comme l'ouvrage dé
toutes les Nations ; & qu'on n'a rien de plus
à coeur que de le rendre accompli
Dans cette vûë , pour ne rien obmettre
de tout ce qui peut l'enrichir & le rendre
plus intereffant , & donner en même temps
une idée plus complette de la maniere de chaque
Maître , on a jugé à propos de faire gra
ver quelques -uns de leurs deffeins qu'on mettra
à la fuite des Eftampes qui auront été
gravées d'après leurs Tableaux . Les deffeins
font , pour ainfi parler , la pierre de touche
pour parvenir à la connoiffance du degré de
merite de chaque Autheur ; cha cun s'y donne
pour ce qu'il eft , fans pouvoir fe déguifer :
Et comme ce font pour l'ordinaire des premieres
idées conçues dans le temps que les
efprits font plus en mouvement , & qu'ils
n'ont
MAY . 1728.
1005
ver
९
n'ont point encore été affoiblis par des fecon
des réflexions , le Peintre habile y répand davantage
de cet efprit , & de ce beau feu qui eft
comme la vie & l'ame des ouvrages , au lieu
qu'un genie plus borné fe fauye à la faveur
d'un travail fervile , où la main a plus de part
que l'efprit. Il faut ajouter qu'on ne fera graque
des deffeins averez & du premier or
dre, ainfi le jugement qu'on en portera fera
plus certain. On les tirera , ou du Cabinet du
Roy , ou de celui de M. Crozat , fi abondant
dans ce genre de curiofitez. Parmi ces deffeins
il y en aura plufieurs qui font d'une compofition
magnifique , qui n'ont jamais été peints ;
il s'y en trouvera auffi de plufieurs excellens
Peintres dont on n'a point de Tableaux ; car
fans parler de Pilodore de Caravage , de Jean
de Uline , combien y a t - il de Peintres illuf
tres qui ne font connus hors de leurs Pays que
par leurs deffeins ? les ouvrages de peinture
qu'ils ont fait fur les murailles , ou pour des
fieux publics , na'yant pû ſe tranſporter ail
-leurs.
Par ce moyen on pourra parler de tous les
Maiftres fans exception ; autrement il en eust
fallu obmettre plufieurs , faute de pouvoir produire
de leurs ouvrages . On a cru qu'un nouyel
abregé de la vie des Peintres feroit reçû
favorablement , dans la perfuafion que ceux
qui regarderont leurs ouvrages , feront bien
aifes de lire les circonftances de leur vie , &
de reconnoiftre l'un par l'autre . Ces Vies ont
été composées avec beaucoup d'exactitude fur
tout ce qui en a été dit par les Auteurs , ou
qu'on a pû apprendre par d'autre voyes ; Et fi
l'on s'eft quelquefois trouvé obligé d'entrer
dans des difcuffions de critique , on l'a fait le
plus
1006 MERCURE DE FRANCE.
plus briévement qu'il a été poffible , & feulement
pour éclaircir des faits conteftez , ou
détruire de faux préjugez . On a ajouté à ces
Vies une defcription fuccincte des Tableaux
& des Delfeins dont on donne les Etampes ,
fuivie des noms de ceux qui les ont fucceffi
vement poffedez , pour en établir & coníta er
plus autentiquement l'originalité.
Tel eft le plan que l'on s'eft formé ; & pour
achever de donner l'ordre à cet Ouvrage , on
l'a divifé en huit parties ,par rapport aux differentes
Ecoles , qui font , la Romaine , la Florentine
, la Venitienne , la Lombarde , la Bolognoife
, la Flamande , fous laquelle font ,
J'Allemande , la Françoife , & l'Espagnole.
Il a paru que cette divifion eftoit la plus fimple
& la plus méthodique : mais comme parmi
ces Ecoles il y en a qui ne fourniffent pas
tant que les autres , on fera quelquefois obligé
d'en joindre plufieurs enfemble pour former
un volume raifonnable, pendant qu'il y en
aura d'autres qui demanderont plus d'un volume:
on compte cependant que le tout ne pourra
compofer que huit ou neuf Volumes au plus ,
d'une égale groffeur.
Le premier qui contient l'Ecole Romaine ,
qui, fans doute , eft la premiere & la plus illuftre
des Ecoles , puifque Raphaël en fait le
principal ornement , eft prefque en état de
paroiltre ; & l'on jugera par cet effay , fi l'on
2 juftement rempli l'attente du Public. On eft
d'autant mieux fondé à fe le perfuader , qu'on
n'a épargné ni foins ni dépenfes pour l'execution
de ce projet : on a fait des deffeins très
finis & très arreftez de la plus grande partie
des Tableaux , & l'on a employé pour les executer
les plus habiles Graveurs , en forte qu'il
MAY. 1728. 1007
a fallu des avances très- confiderables pour ce
premier Volume. On les a bien voulu faire en
faveur du Public , afin qu'il fût plutôt en état
de jouir d'un Ouvrage fi fort attendu , &
qui autrement couroit rifque de ne jamais paroître.
Mais comme en continuant fur le même
pied pour les Volumes fuivans , les avantes
deviendroient très - confiderables , & que
le manque de fonds pourroit retarder l'accompliffement
d'un projet qui eft fi utile , on
a cru que rien n'étoit plus convenable que de
propofer la voye des Soufcriptions , ce moyen
paroiffant le plus facile & le moins onereux
il eft connu des Eftrangers , & il a été adopté
en France. Cette affociation , fi elle eft nombreufe
, affurera bien - tôt les fonds necellaires.
pour la continuation de l'ouvrage : on a même
déja commencé à préparer les Deffeins , & à
graver quelques Planches d'après les Tableaux
de l'Ecole Venitienne , qu'on fe propofe de
mettre au jour enfuite du premier Volume ;
les fujets en font encore plus avantageux pour
la gravure , que ceux de l'Ecole Romaine ,
Les conditions fuivantes , par rapport au
premier Volume , ferviront pour les autres.
1. Le premier Volume fera compofé de
cent vingt Planches , fçavoir , quatre- vingt- dixhuit
, gravées d'après les Tableaux , parmi
lefquelles il s'en trouve feize grandes , imprimées
fur la feuille entiere de papier du Combier
: toutes les autres font fur la demi feuille
de même que les vingt- deux Eftampes gravées
d'après les deffeins . Les Difcours qui feront
à la tête de chaque Volume , feront imprimez
à l'Imprimerie Royale , en beaux caracteres &
de groffeur convenable .
2º. Chaque Soufcripteur payera dès - à - préfent
la fomme de quatre- vingt livres pour fa
moitié
1008 MERCURE DE FRANCE.
moitié des cent foixante livres , prix du premier
Volume ; & il lui en fera fourni une Reconnoiffance.
3. Il fera délivré dans le mois de Septembre
1728. à chaque Soufcripteur , les foixante
Eftampes de la premiere partie du premier Volume.
4. Au mois de Mars 1729. on délivrera les
foixante Eftampes de la feconde partie du premier
Volume , avec l'Imprimé de l'abregé de
la vie des Peintres , & l'explication des Tableaux
, en payant les quatre- vingt livres ref
tant du prix de ce premier Volume.
. Chaque Reconnoiffance qui fera délivrée
aux Soufcripteurs, fera fignée de M. Crozat
, qui veut bien veiller à l'execution de cette
entreprife , & y donner tous fes foins . Et afin
que les Soufcripteurs puiffent être affurez du
nombre de ceux qui auront foufcrit , chaque
foufcription fera numerotée , le nom de chaque
Soufcripteur y fera fpecifié , & l'on en
imprimera relativement la Lifte à la tefte de
Ouvrage. Ainfi ceux qui prendront des Souf
criptions , feront priez de donner leurs noms
& leurs qualités, afin qu'on ne puiffe faire au
cune méprife en les imprimant à la tefte de
l'ouvrage.
6. Les Soufcripteurs qui defireront avoir
leurs Eftampes imprimées fur du grand papier
tel que le grand Aigle , payeront dix livres de
plus pour chaque Volume , pour la plus valuë
du papier; dont fera fait mention dans la Reconnoiffance
de Soufcription qui leur fera délivrée.
7. Ceux qui, avant que de s'intereffer dans
cette entrepriſe , voudront s'affûrer de la verité
de ce qu'on leur avance , & juger par euxmêmes
fi les Planches font auffi bien executées
qu'on
MAY. 1728 . 1009
qu'on le leur promet , trouveront dans les
lieux ci- après défignez , des épreuves de toutes
les Planches qui font en eftat de paroître.
>
8. En cas que cette entreprife réüliffe
comme on ofe s'en flater , ceux qui auront
foufcrit pour la premiere partie de ce premier
Volume , feront obligez de retirer leurs Exemplaires
dans l'efpace d'une année , à compter
du jour que la diftribution en aura cominencé.
9. Comme on n'a en vûë dans cette entreprife
que le feul avantage des Soufcripteurs ,
on s'eftoit propofé de rompre les Planches
après qu'elles auroient tiré fix cens Exemplaires
, qui , à raifon de cent foixante livres chacun
, auroient remboursé les frais qui ont elté
faits ou qui restent à faire pour chaqueVolume:
Mais le Roi ayant voulu acquerir cent Exeinplaires
pour joindre aux Eftampes de fa Bibl.othe
que , le nombre de fix cens feroit par là
réduit à celui de cinq cens , qui ne fuffiroit pas
pour fatisfaire le Public ; d'autant plus que M.
Crozat , pour favorifer cette entreprife , en
retient deux cens. On a donc crû devoir porter
le nombre des épreuves de chaque Planche,
à huit cens , afin de pouvoir diffribuer cinq
cens Soufcriptions.
10. Si la diftribution s'en fait , ainfi qu'on
n'en peut douter, on réduira le prix de la Soufcription
à cent vingt livres , au lieu des cent
foixante livres , aufquelles chacune des fix cens
avoit êté fixée . Le premier payement fera toujours
de quatre- vingt livres ; mais le fecond ,
qui fera fait pour la derniere partie du premier
volume , ne fera en ce cas que de quarante
livres.
11. Quoiqu'on foit perfuadé que l'impref
fion des dernieres centaines fera auſſi parfaite
que celle des premieres , par la grande atten-
G tion
1010 MERCURE DE FRANCE.
tion qu'auront les Graveurs à entretenir leurs
Planches ; cependant , pour conferver plus
d'égalité dans la diftribution des huit cens
Exemplaires , on obfervera de prendre également
dans les dernieres & dans les premieres
de quoy fournir au Roy & à M. Crozat les
trois cens Exemplaires pour leſquels ils ont
foufcript.
12. Afin que l'on ne puiffe pas tirer au delà
de huit cens épreuves de chaque Planche , elles
refteront en la poffeffion de M. Crozat, juſques
à ce qu'il les ait fait rompre en prefence des
Commiffaires que le Roy fera fupplié de nommer
à cet effet , qui feront tenus de recevoir le
ferment de M Crozat & des Imprimeurs qui
auront efté employez pour cet Ouvrage.
130. En délivrant au mois de Mars 1729,
la derniere partie du premier Volume , on-informera
les Soufcripteurs du progrès de cette
entrepriſe , & des avances qu'il y aura à faire
pour mettre les Graveurs en eltat de travailler
au fecond Volume,
Noms & demeurs des perfonnes chez qui
on trouvera les Estampes qui font
en eftat de paroître.
A PARIS , chez M, Crozat , rue de Ri
chelieu.
A LONDRES , chez M. la Pautre, Banquier.
A ROME , chez M. le Chevalier Vleughels,
Dire& eur General de l'Academie de France.
A VENISE , chez M Antoine Maria Zanetti.
A AMSTERDAM , chez M. Leon de
Moracin , Banquier.
EXTRAIT
t
MAY. 1728. 1011
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Paris , le
28 Avril 1728 , par M. Crozat , à Milord ,
Duc ***
J'avouë de bonne foy , Milord , que la protection
finguliere que vous daignez accorder
à mon Ouvrage , m'a encouragé de maniere
que fon fecours & celui que je trouve jen la
perfonne de M. le Cardinal de Fleury, & de nos
autres Miniftres, ne me laiffent plus douter de
la réüflite de cette entrepriſe.
J'ai joint aux 91 Eftampes que j'ai l'honneur
de vous envoyer , des 120 qui doivent compofer
le premier volume , le Catalogue de celles
qui manquent, lefquelles font actuellement entre
les mains des Graveurs.
dans
Parmi ces Eftampes,vous en trouverez qui ne
fe foûtiennent pas avec les plus belles , mais il
faut les regarder comme un effay qui m'a fait
connoître les Graveurs dont j'étois dans la néceffité
de me fervir pour aller en avant ,
l'efperance qu'on m'avoit donnée que les Ou
vrages des médiocres pourroient fe racommoder
par les plus habiles. C'eft bien le parti que
j'ai pris ; mais l'experience m'a fait connoître
qu'il y a eu telle planche fi défectueufe qu'on
n'a pu la racommoder & que j'ai été obligé de
fupprimer.
A l'avenir on fera en état de n'occuper que
les meilleurs Graveurs , fur tout après qu'ils
auront fini les Eftampes qu'ils achevent de graver
d'après des Defleins qui reprefentent le Sacre
du Roy. On compte que cesEftampes feront
terminées à la fin de l'année. Cette entrepriſe
pourra retarder de quelque mois la diftribution
de la feconde partie de notre Ouvrage , à
caufe qu'il y a une demie douzaine de nos Planches
entre les mains de ces Graveurs .
Gij Après
1012 MERCURE DE FRANCE.
Après cela j'efpere que nos meilleurs Graveurs
étant plus libres, ils s'addonneront entierement
à la continuation de cet Ouvrage , qui
fera celui du Roy , par l'interêt confiderable
qu'il veut bien y prendre, & il leur fera agréable
par la protection que Sa Majefté veut bien accorder
à ceux qui y travailleront ; outre qu'il
leur fera utile, il y a lieu de préfumer que beaucoup
de jeunes gens qui ont dutalent pour le
Deffein & pour la Peinture, s'addonneront entierement
à & graver ; que ne travaillant que
d'après d'excellens Tableaux , conduits d'ailleurs
par nos meilleurs Peintres , ils pourront
porter encore plus loin l'Art de la gravûre.
Vous fçavez , Milord, que mon deffein étoit
de ne compofer chaque volume que de cent
Eftampes. Ce qui m'a déterminé à en mettre
cent vingt dans ce premier volume, c'eſt la facilité
de M.le Comte de C... qui , comme vous
fçavez , fe fait un amufement de graver les
beaux Deffeins . Il a commencé & il veut bien
faire la plus grande partie de ceux des Peintres
dont on n'a point de Tableaux en France ; ce
qui me donne occafion de pouvoir parler
d'eux. Je donne ces Eftampes gravées d'après
des Deff ins, auffi gratuitement que M.leComte
de C... les grave. Les frais qu'il y a à faire
pour les planches & pour celles en bois , afin
de mieux imiter ces Deffeins , à l'exemple des
Eftampes en clair obfcur d'Hugues de Carpi
& de M. Zanetti , compenferont les foibles
Planches qui dans l'Ecole Romaine, ne font pas
fi chargées que le feront, par exemple, celles de
Ecole Venitienne , dont les fujets feront pour
plupart de grandes compofitions .
Les Arts ont grande obligation à M.le Comte
de C... qui par fon application eft parvenu
à uniter les Deffeins, mieux que ne feroient les
gens
MAY. 1728. 1103
gens de la profeffion , entrant dans le veritable
caractere de chaque Maître fans nulle maniere.
Vous remarquerez auffi , Milord , le progrès
confiderable qu'il fait tous les jours par
les dernieres Eftampes qu'il vient de graver ,
qui font bien fuperieures à celles qu'il avoit
fait il y a un an. #
Tous nos Amateurs des beaux Arts le font
un plaifir de m'aider pour compofer la vie des
Peintres , & pour l'explication des Tableaux.
Je me flatte que vous voudrez bien , Milord ,
m'accorder la même grace,& demander pour
moi le fecours des Amateurs de l'Angleterre ,
& c.
16
M. Robert , Peintre de M. le Cardinal de
Rohan , a fait ufage de la nouvelle maniere de
gravure fur une Planche préparée en maniere
noire. J'ai l'honneur de vous envoyer une Eftampe
qu'il a faite d'après un de fes Tableaux ,
qui a tres- bien réüffi . Je m'en fervirois volontiers
fi les Planches pouvoient tirer les huit
cens Epreuves dont nous avons befoin. Il eft
vrai que cette maniere eft fi facile qu'on pourroit
aisément & à peu de frais faire graver
deux ou trois Planches d'un même fujer, pour
tirer les Epreuves dont nous avons befoin.
Je vous remercie auffi , Milord , de la peine
que vous voulez bien vous donner auprès du
Roy & des Seigneurs qui ont de beaux Tableaux
, de les laiffer copier pour les graver ;
à quoi on reüffiroit en prenant les mêmes précautions
que j'ai obfervées pour le Tableau de
Raphaël du Duc de Grafton , qui d'abord a été
gravé fur un deffein que j'en avois , & la Planche
n'a été finie que fur une contre - Epreuve
que le Chevalier Dorigny , qui étoit encore à
Londres, fe donna la peine de retoucher fur
l'Original du Tableau . Vous verrez , Milord ,
Giij que
1014 MERCURE DE FRANCE.
que c'eft une des meilleures Planches qui ait été
gravée .
C'eft ainfi qu'il fera bon d'en ufer, en cas que
l'Empereur & le Roy d'Efpagne veuillent bien
nous accorder les mêmes facilitez , en prenant
la précaution d'employer fur les lieux de bons
Deffinateurs , qui foient en état de retoucher
fur les Originaux , les contre-Epreuves tirées
fur les Planches qui feront gravées fur leurs
-deffeins , & c.
Il paroît deux nouvelles Eftampes , gravées
d'après deux Tableaux de M. Noël- Nicolas
Coypel. La premiere eft d'une forme ovale
dans un quarré , & reprefente une Nymphe de
Diane , fatiguée de la Chaffe , & qui s'eſt endormie
à l'abri d'un Pavillon. Un Genie de
l'Amour à fes pieds en fait remarquer la beauté.
L'on voit dans le haut à côté de la Nymphe,
un Satyre qui releve un des coins du Pavillon
pour la regarder ; fon gefte marque de la furprife
& de l'admiration . On lit au bas les Vers
fuivans.
Qu'il eft doux d'admirer l'éclat de la
beauté !
Mais qu'elle est dangereufe à voir même endormie
!
Un feul regard nous a fouvent coûté ,
Ces biens fi précieux, les feuls biens de la
vie ,
Le repos & la liberté.
-Le fens de ces Vers eft relatif à un autre fu
jet de la même grandeur qui eft la fuite de
celui- cy , & dont l'Eſtampe paroîtra bien.
têc.
MAY. 1728. 1015
tôt. Il reprefente le même Satyre , lié & maltraité
par l'ordre de cette Nymphe , image de
l'état honteux où nous réduit la brutalité de
l'anour, reprefentée par ce Satyre.M.Coypel a
gravé lui-même , à l'eau - forte , la plus grande
partie de cette Eftampe , qui a été finie au Burin
, par le fieur Trochon. On nomme ce fujet:
La Chaffeufe endormie.
Le fujet de la feconde Eftampe qui eft une
Charité Romaine , eft fort connuë ; il a été
traité par la plupart des grands Peintres. Il est
tiré de Valere Maxime , où on lit , qu'un Romain
, nommé Cimon , condamné à périr en
prifon , échappa à fon fupplice par l'addreffe
de fa fille qui trouva le moyen de le nourrir de
fon propre lait. Les Juges touchez d'un trait de
tendreffe fi admirable , rendirent ce Romain à
cette illuftre fille . Ces Vers - cy font gravez au
bas de l'Eftampe.
Que! Spectacle touchant ! Quel merveilleux
Tableau !
Chargé d'ans & de fers , Cimon prefque au
tombeau ,
Trouve au fein de fa Fille une nouvelle vie ;
O ! Vieillard trop heureux dont le fort fait
envie !
Tu renais de ton Sang , & ta Fille à fon tour
Eft Mere de celui qui lui donna le jour.
Ces Vers & ceux de l'autre Eftampe font de
M. de la Font de S. Yenne , & la Gravûre de
cette derniere- cy eft d'un jeune homme nommé
le Baſt , dont le Burin & la correction du
Deffein promettent beaucoup . Le Public en
G iiij jugera.
1016 MERCURE DE FRANCE.
jugera. On trouvé ces deux Estampes chez le
fieur Duchange , Graveur du Roy , ruë faint
Jacques.
Le Sieur Chevillard , Hiftoriographe de
France , & Génealogifte du Roy , qui demeure
au coin de la rue neuve Nôtre Dame , avertit
le Public , que quoique l'on ait fait courir
le bruit qu'il étoit mort , parce qu'il ne fort
plus à caufe de fes incommodités , il travaille
cependant à fon ordinaire,& qu'il vient de faire
les Additions des Chevaliers Commandeurs de
l'Ordre du Saint Efprit , que le Roi Louis XV.
a faits dans les fix derniers Chapitres , depuis la
grande Promotion de 1724. Ce Graveur a
recueilli tous les Chapitres de cet Ordre depuis
que le Roi Henri III en a fait l'Inftitution en
1578. jufques à prefent , ce qu'il avoit fait par
ordre du Roi Louis le Grand ; cela fut achevé
fous fon Regne , en 1699. & il eut l'honneur
de le prefenter à fa Majefté , qui lui accorda
une gratification.
›
Le Sieur Chevillard voudroit bien donner
au Public avant fa mort les deux volumes infolio
de la Science des Herauts - d'Armes , ou
Methode parfaite du Blafon à laquelle il
travaille depuis so ans , & dont il a le Privilege
qui lui a été accordé depuis plus de deux
ans ; mais comme c'eft un ouvrage de grande
dépenfe , dans lequel il y aura plus de cinq
cens planches , il demande du fecours pour
pouvoir fournir à cette dépenfe qui eft fort audeffus
de fes forces.
On trouve actuellement chez cet Auteur ,
une très-grande Eftampe, contenant les Noms,
Qualités , Armes & Blafons de tous les Chevaliers
, Commandeurs de l'Ordre du Saint Efprit,
crées par Louis XV. du nom Roi de France
›
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY .
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
MAY . 17 : 8. 1017
de Navarre , cinquième Chef & Grand.
Maiftre de l'Ordre .
AIR.
E Printemps revient tous les ans ;
LE
A fon retour tout renouvelle;
Cette Saifon eft la plus belle
Pour les Bergers & les Amans.'"
Mais l'heureux tems de la vendange ,
Eft pour moi le plus précieux ,
Et je ne m'aperçois que la nature change ,
Que quand le vin nouveau prend la place du
vieux.
Autre Air.
Ans vous il n'eft point de Fêtes , SA
Pour qui connoît vos appas;
Les plaifirs font où vous eſtes ;
Les regrets où vous n'eftes pas.
Abfent de vous , mon malheur eft extrême,
Que je vous plains , fi vous m'aimez de même
Que je me plains , fi vous ne m'aimez pas !
Gy
SPEC1018
MERCURE DE FRANCL.
܀܀********************
SPECTACLES.
Lediensfrançois remitent au Theatre une
E premier jour du mois de Mai , les Copetite
Comédie en vers , tout à fait convenable
au tems , fous le titre de , Je vous prends
fans vert , qu'on n'avoit pas jouée depuis 15
ans. Elle eft du feu Sieur de Champmellé, Comédien
du Roi , & l'on croit que feu M de
la Fontaine y a beaucoup de part Ce petit
ouvrage orné de chants & de danfes fut donné
dans fa nouveauté le premier de Mai 1693 .
& eut un fort grand fuccès.
Le 4. Académie Royale de Mufique, donna
par extraordinaire une repreſentation de l'O
pera de Roland , le concours fut prodigieux ,
& de long- tems on n'y avoit vû une plus
nombreuſe affemblée. S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans l'honora de fa prefence
avec les deux Princeffes fes filles . On fupprima
le cinquiéme Acte de cet Opera qui a toujours
paru trop long & déplacé, quoique la Mufique
foit d'une excellente beauté. Les Des. Antier,
Hermence & Peliffier , chanterent à la place
plufieurs morceaux choifis , détachés de differens
Opera , qui furent très- applaudis.
On y joignit auffi les Intermedes qui furent
danfés à la Cour le 10 Mars cn prefence de
leurs Majeftés , dans la Comédie de Pourceaugnac
, comme il a été dit dans le Mercure de
Mars , pag. 19. Les Diles, Prevoft & Sallé y
danferent avec toute la fineffe & les graces
imaginables , & la Dile. Camargo termina le
divertiffement par les caracteres de la danfe ,
qu'elle danfa avec toute la vivacité & la juftele
MAY. - 1728. 1019
teffe que tout le monde lui connoît.
Le jeudi 20 de ce mois , on ceffa les reprefentations
de Bellerophon , pour reprendre
Roland , avec les agrémens dont on vient de
parler , & on en continuera les repreſentations
jufqu'au premier Juin qu'on remettra au Théatre
l'Opera d'Hypermneftre , dont nous parle
rons le mois prochain.
Le 7. de ce mois , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Repreſentation d'une
Parodie nouvelle intitulée , Arlequin Bellerophon
, en un Acte & en Vaudeville. Cette Piece
qui a été reçue favorablement du Public, eft
de la compofition des Sieurs Dominique & Rom
magnefy En voici l'Extrait.
Le Roy.
Stenobée
.
ACTEURS.
Philonoé , fille du Roy.
Bellerophon.
Amifodar.
Le Sacrificateur.
Un Poëte.
Le Sieur Paquety .
Le Chanteur.
La Di Thomaffin,
Le Sieur Thomaffin
}
Le Sieur Romagnefy.
La Pithie.
Le Sieur Dominique .
Le Sieur Mario.
Deux Amazones . Pantalon & Scaramouche.
Troupe de Sorciers & de Lutins , chantans &
danfans.
Miniftres , Prêtreffes , & Choeurs de Peuples.
Le Theatre reprefente un Jardin délicieux
Philonoé confie aux deux Amazones , la tendreffe
que Bellerophon lui a infpirée ; elle vante
fort fa valeur , & les invite même à chan-
G vj ter
1020 MERCURE DE FRANCE :
ter la gloire de fon Amant. Une des Amazo
nes répond qu'il ne convient point à des captifs
de chanter la gloire de leur vainqueur ; elles
ne laiffent pas que de chanter les Exploits
de Bellerophon , pour contenter la Princeffe
La premiere Amazone chante ſur l'Air , Reveillez-
vous, belle endormie.
Sa brûlante ardeur pour la gloire »
En lui ne peut fc moderer.
La feconde Amazone .
Avec ce Gaillard , la Victoire
N'a pas le tems de refpirer.
Les Amazones fe retirent , voyant approcher
Bellerophon , qui aborde la Princeffe , & lui
témoigne la joye que lui caufe fa preſence ;
elle lui répond par ce Couplet en Rondeau,fur
l'Air de la Baronne .
Comme vos peines
Caufoient autrefois mes foupirs ,
Liez tous deux des mêmes chaînes,
Je dois partager vos plaiſirs ,
Comme vos peines.
Ils chantent enfuite un Duo à l'imitation des
paroles de l'Opera , fur l'Air , Ilfaut que je
file.
Qu'ici notre amour extrême
Chante comme à l'Opera i
Détonnons
MAY. 1021 1728.
Détonnons tous deux de même
Qu'on détonne en ce lien là ,
1
Et difons-nous fans emblème
Je vous aime en a mi la.
Je vous aime , je vous aime
Le beau Duo que voilà.
La Princeffe fe retire , voyant paroître la
Reine. Bellerophon veut l'éviter aufli , mais il
refte pour lui reprocher qu'elle l'a fait bannir
d'Argos , & c. La Reine lui répond , fur l'Air
de la Ceinture.
<
Je fais les maux que je t'ai faits ,
Mais malgré ma rigueur extrême ,
Ne me dis plus que je te hais :
Ou reproche-moi queje t'aime..
Bellerophon la quitte brufquement. Stenobée
chante fur l'Air , Je ne fuis né ni Roy ni
Frince .
Tu me quittes , Barbare , arrête .
Mais par ma foy sje fuis bien bête
D'aimer un traître qui me fuit ;
Telle eft nôtre ardeur imprudente ,
L'amour trop heureux s'affoiblit ,
Et l'amour malheureux s'augmente
с
Amifoday
1622 MERCURE DE FRANCE.
Amifodar furvient ; Stenobée le prie de fervir
fon courroux ; Amifodar lui promet de
mettre tout en ufage pour la fatisfaire. Troublons
, continuë- t - elle , par une vengeance barbare
, le mariage de Bellerophon avec la Princeffe.
Amifodar chante fur l'Air des Trem3-
bleurs,
Mon pouvoir que rien n'égale ,
Peut de la nuit infernale,
Evoquer la mortfatale ,
Et la répandre en ces lieux.
Je puis , armé du Tonnerre ,
Aux Mortels livrerlaguerre ,
Et défoler cette Terre ,
Par un Monstrefurieux »
Non , non , point de Tonnerre , répondStenobée
, le Monftre me divertira davantage.
Amifodar l'affure qu'il va la fervir comme il
faut , & laprie de s'éloigner.
Amifodar refte feul & chante , à l'imitation
de l'Opera :
Que ce Jardin fe change en unDefert affreux.
Le Theatre change , & reprefente une
Caverne effroyable Amifodar chante fur
Air , De neceffité neceffitante.
Accourez , Sorciers & Sorcieres ,
Joignez à mon Art vos noirs myfteres ,
Es
MAY. 1023 1728.
Et furtout mettez de la partie ,
Les Diables de baffe Normandie.
Une troupe de Sorciers s'avance ; Amifodar
leur propofe de faire fortir des Enfers un Monftre
furieux ; ils fe profternent , & font leur
évocation en chantant en Choeurs , fur l'Air
de Ramplan
Par ce commandement
Ramplan ,
Que le Tenare s'ouvre ,
Ramplan , pataplan ,
Ramplan , promptement ♪
Que l'Enferfe découvre
Dans ce même moment
Ramplan.
bis
Amifodar eft fort content du zele de ces Sorciers
, il continue l'évocation , & chante ce
Coupler , fur l'Air , Paffant fur le Pont
Neuf.
Noires Filles du Stix Hecate , Erebe
Averne
>
Nuit , Mort , Chien des Enfers que la fireur
gouverne ,
Que l'on travaille
A défoler cette canaille.
Entendez nos clamours; c'est pour vous que
Pon braille.
909
1024 MERCURE DE FRANCE.
Il fort des Enfers trois Monftres , qui font ,
un Procureur , un Medecin & un Maltotier i
Amifodar chante fur l'Air , Allons à la Guin
guette.
1
Le charme eft fait , remercions Hecates
Ah ! les voilà.
Quels Monftresfont - ce là t
Un Procureur , un fuivant d'Hipocrate
Avec un Maltotier
Meffieurs , vous fçavez bien votre métier.
Voilà , dit Amifodar , trois Monftres bient
complets ; quel ravage ne vont - ils pas faire è
il pourfuit fur l'Air du Confiteor.
Allons ne perdons point de temps ,
Aux Enfers defcendons ensemble ;
Il faut des charmes plus puiſſans y
Pourfaire qu'un corps les raffemble.
Un des Sorciers à Amifodar.
Pour affouvir votre fureur ,
C'étoit affez du Procureur.
Comme la Parodie n'eft qu'en un Acte , il
faut fuppofer que le Monftre qu'Amifodar a
fait fortir des Enfers , a déja ravagé le Païs.
Le Roy qui furvient , craint lui - même d'être
l'objet de fa fureur , & Stenobée qui vient
joindre
MAY 1728. 1025
joindre le Roy , lui dit d'un ton ironique , que
Bellerophon vaincra fans beaucoup de peine
le Monftre qui caufe tant d'allarmes , & c. Bellerophon
qui furvient , après que la Reine
s'eft retirée , demande au Roy , s'il vient confulter
l'Oracle d'Apollon. Le Roy lui répond
que ce Dieu eft Tutelaire de fes Etats , & qu'il
fonde en lui toutes fes efperances . Bellerophon
dit qu'Apollon ne fçauroit lui rendre de
grands fervices, & qu'il ne doit pas beaucoup
compter fur lui , puifqu'il eft le Dieu des Poëtes.
La Princeffe arrive pendant cet entretien ,
toute confternée , en déplorant les malheurs
des Sujets du Roy fon Pere. Celui - ci veut la
raffurer, en lui difant que Bellerophon va combattre
le Monftre, mais la Princeffe , qui craint
que fon Amant ne perde la vie dans ce combat
, chante far l'Air , Prens-moi pour tow
Jardinier.
Tout prêt d'être mon Epoux ,
Quoi vous expoſeriez - vous ?
Non , demeurez- là.
Bellerophon.
Ilfuccombera ,
Et je brave fa rage.
Ah! fans ce chien de Monftre là ,
Nous ferions en ménage ,
Lon la ,
Nous ferions en ménage .
Le Temple d'Apollon s'ouvre ; la Statuë de
1026 MERCURE DE FRANCE.
ce Dieu paroît dans le fond , avec le Sacrifi
cateur , les Miniftres & les Prêtreffes. Les Peu
ples chantent en Choeur :
Ah! Grand Apollon ,
Délivre- nous donc Y
D'une affreufe Bête ,
Par ton divin nom ;
De plus par la tête
Du Serpent Pithon.
On allume le feu facré fur l'Autel ; le Sacri
ficareur verfe du vin dans le feu , tandis que
Bellerophon le prie de ne pas tout répandre ,
& d'en garder un peu pour lui. Les Miniftres
immolent la victime , qui eft un Beuf, prefentent
le coeur au Sacrificateur , lequel
après l'avoir examiné , raffure le Peuple , &
Jui ordonne pour marquer fa joye , de danfer
autour du feu . Bellerophon mene le branle , en
chantant une Chanfon Comique. La Pithie
fort enfuite de fon Antre , & chante ſur l'Air,
Pierre Bagnolet.
Je n'étois pas fort neceſſaire
Pour vous annoncer Apollons
Mais dans une importante affaire,
Il faut toujours du Carillon.
Eh bien ! l'on va vous fatisfaire ,
Et tonner fur unjoli ton .
bis.
Le Tonnere fe fait entendre , la Pithie
continue
MAY. 1728. 1027
continue ainfi, le Soleil va parler,que le Theatre
sobfcurciffe , & reprefente la nuit, Bellero
phon chante cet Air :
Quoi ! nousfaire voir dans un Four
Le Dieu du jour :
Ah! le beau tour ;
Nous nefouffrirons point cela ;
Cette fottife ,
N'étoit permife ,
Qu'à l'Opera.
Apollon prononce l'Oracle fur l'Air des
Flons Flons.
Un des fils de Neptune
Apaifera , dit- on ,
La Celeste rancune ,
Mais il luifaut Fanchon
Le Roy fort tout confterné , après l'Oracle
prononcé. Bellerophon refte avec la Princeffe,
& lui demande qui eft cette Fanchon . Elle lui
répond que c'eft elle- même , & qu'elle portoit
ce nom étant encore petite fille ; Bellerophon
en paroît tout étonné. ils finiffent la
fcéne par un duo , & promettent de s'aimer
toûjours malgré l'oracle. Ici le Théatre change
, & reprefente une vafte Campagne , on
entend la voix des Peuples épouvantés qui
craignent l'aproche du Monftre. Une petite
fille qui fuit avec fa mere , chante fur l'air
voici les Dragons.
Que
1028 MERCURE DE FRANCE .
Que le monftre eft en colere i
Vite , fauvons nous ;
Il a mangé ma grand mere
Il vous mangera ma mere ,
Et moi itou.
Bellerophon furvient en
bis.
3
Courant fur le
Théatre , il temoigne fa frayeur d'une maniere
comique , & craint que le Monftre ne
le gobe : cependant , réfléchiffant fur le peril
que court la Princefle , il dit qu'il ne fe
roit pas honnête de la laiffer perir , & que
c'eft ici le plus intereffant de la Piece. Il for.
me le deffein de combattre la Chimere , mais
il est arrêté un moment après par la crainte ;
& par un jeu de Théâtre très - plaifant . Le
Poëte paroît dans ce moment qui , voyant
Bellerophon fort intrigué & dans l'embarras
s'offre de l'en tirer , en lui difant qu'il peut
difpofer à fon gré de Pegafe , qu'il a en fon
pouvoir dans fon écurie , il chanté fur l'air de
la Ceinture.
Le Poëte .
De moi feul ilreçoit la loy ,
Je le tiens dans mon écurie.
Bellerophon.
La pauvre bête par ma foy
Il doit être bien mal nourri.
Le Poëte lui dit de le fuivre , & de mon
ter hardiment fur Pegafe ; qu'il lui répond
de la victoire , Bellerophon confent & chante
He las !
C
MAY. 1728 . 1029
Helas ! mon cher Poëte ,
Quandje l'aurai monté ,
Je crains qu'il ne me traite
Comme il vous a traité,
E flon flon larira dondaine ,
Et guay guay , la lirondondé.
La Chimere paroît ; Bellerophon monté fur
un Ane aiflé , la combat comiquement , &
enfin la tuë d'un coup de piftolet.
Le Roy & la Princeffe furviennent après le
combats le premier apprend à fa fille que Bellerophon
à tué le Monftre , & qu'il eſt fils de
Neptune , il chante fur l'air de joconde.
D'une Nymphe ce Dieu craignit
La Jaloufe colere ,
Et quand Bellerophon naquit
Il cacha ce miftere.
La Belle n'eût aucun soupçon
De cette manigance ,
Et Glaucus lui prêta fon nom
Comme on le fait en France.
La Reine arrive , & trouve le Roy qui
eroit qu'elle vient prendre part à la joye publique
Elle lui fait entendre tout le contraire
, en lui avoüant que c'eft elle qui a engagé
Amifodar d'évoquer des Enfers ce Monitre
horrible qui a fait de fi grands ravages dans
fes Etats Le Roy ordonne qu'on cherche
Amifodar , & qu'on l'arrête , mais la Reine
l'affûre qu'il eft déja bien loin . Eh bien ! feelerates
7
1030 MERCURE DE FRANCE.
lerate tu vas payer pour lui (répond le Roy) .
La Reine chante fur l'air Charmante Gabrielle.
Je ne crains point ta haine .
J'ai par précaution ,
Pour foulager ma peine.
Sçu prendre du poiſon.
En ce moment je cede
A fes effets.
Ah! l'excellent remede
Pour les forfaits.'
Les Gardes emportent Stenobée qui vient
de mourir. L'on entend un bruit de timballes
& de trompettes qui annoncent l'arrivée
de Bellerophon qui revient tout triomphant
du combat. Le Roy lui préfente la
Princeffe pour récompenfé , & chante fur
Fair , Marié , marié moi.
Le Roy.
Allons , dennez vous la main ;
Je couronne votre flame.
Bellerophon.
Non , remettons à demain ,
Carj'ai mes raisons , Madame.
La Princeffe .
Expliquez , expliquez vous fans détour. ]
Bellerophon.
Vaincre un Monftre , &prendre femme.
Parfemblew
MAY. T038 1728.
Palfembleu , mon petit coeur mon Amour
>
Ce feroit trop pour un jour.
Le 8 , les mêmes Comediens remirent au Théa
tre, les Amans réžnis ; Comedie de M de Beauchamp
, reprefentée avec grand fuccès l'année
paffée , dont on peut voir l'Extrait dans le premier
vol. de Decembre de la même année.
La Dule Silvia qui n'avoit pas joué depuis fix
femaines , reparut au grand contentement du
public,dans le Rôle de Leonor , qu'elle y avoit
joué. Le Sr Dominique y remplit celui du Pere
de Leonor , en abicence du S Lelio,
Le 14 , les Comediens François remirent au.
Theatre , la petite Comedie de Colinmaillard ,
du feu fieur Daucourt , qui fait beaucoup de
plaifir. La Mufique Du divertiffement eft du
feur Giltier.
Le 17. les mêmes Comédiens lûrent à leur
affemblée, & reçurent une Comédie nouvelle
en Vers & en trois Actes , de M, Dalinyal, qui
a pour titre; l'Ecole des Bourgeois.
Le 18 le fieur de Montmefnil.qui avoit joué
avec fuccès fur ce Théatre il y a quelques années,
y reprefenta le Rôle du Valet dans la Comédie
du joueur, & y fut tres- bien reçû & generaleinent
applaudi.
Le 24 , le même Acteur joüa le Rôle de
Dave , dans la Comédie de Landrienne , avec
plus de fuccès encore. Cette Piece eſt tres- bien
reprefentée d'ailleurs . Le fieur Baron , Auteur
de cette Comedie , y joue le Rôle de Cimon
d'une maniere inimitable, & le Rôle du Fils eft
joué par le fieur du Frefne , dont les talens font
affez connus.
Quelques jeunes gens de Paris , qui ont des
talens pour la déclamation, & beaucoup de difpofition
1032 MERCURE DE FRANCE.
pofition & de goût pour le Théatre , s'amufent
agréablement depuis quelques temps à
reprefenter dans une Maiſon convenable du
Village de Clignancour , diverfes Tragedies &
Comédies , dont l'exécution merite l'applaudiffement
de quantité de gens de merite que
cette nouveauté attire . Le Spectacle eft ordinairement
fuivi d'un Bal.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Na reçûavis que le Roy de Perſe détrôné
Scha- Huſſain , étoit mort dans la
66 année de fon âges que fa fille qui a époufé
le Sultan Acheraf , étoit groffe ; qu'un parent
de feu Miri Mamouth , Chef des Rebelles de
Perfe , s'étoit mis à la tête des Mécontens ; &
qu'ayant raffemblé un Corps de Troupes de
près de 40000 hommes, s'étoit rendu Maître du
Candahar , où il s'étoit fait proclamer Souverain
, indépendant de la Couronne de Perfe ;
qu'il avoit dépêché un Exprès au Sultan Acherafpour
lui en donner part, & lui propofer fon
alliance , à condition de le laiffer jouir de la
Province dont il venoit de s'emparer ; qu'en
cas qu'il acceptat fes offres , il s'engageoit de
marcher à fon fecours pour l'aider à reprendre
fur les Mofcovites les Provinces conquifes
par le feu Czar ; mais que s'il les refufoit ,
il entreroit en Perfe avec fon armée & fe joindroit
au Prince Thamas , pour le rétablir fur
le Trône de fes Ayeux.
Les mêmes Lettres portent que le Seraskier
Achmet Pacha , qui a commandé les Troupes
du Gr. S. en Perfe, pendant les deux dernieres
Campagnes , avoit obtenu pour lui le Gouvernement
MAY. 1728 .
1033
nement general de la Bofnie , & pour fon fils
une pention confiderable fur les revenus de
cette Province.
On apprend par les Lettres de Tetuan , que
le 27 Mars il y étoit arrivé deux Exprès , par
lefquels on avoit reçû avis que Muley - Hamet .
Roy de Miquenez , s'étant livré à toutes fortes
de débauches depuis les victoires qu'il a
remportées fur les freres , avoit excité l'indignation
de fes fujets à un tel point , que les
Négres de Sibuljari , qu'il avoit auprès de lui
pour fa garde , l'avoit enlevé yvre dans fon
Palais ; & qu'après l'avoir mis dans un lieu
de sûreté, ils avoient proclamé pour leur Roy,
Muley- Abdemelec , qui s'étoit retiré à Sus, &
qu'en attendant fon arrivée , ils avoient mis
fur le Trône un de fes fils qui étoit prifonnier
à Miquenez . Ce Prince a aufli été proclamé à
Tetuan..
On mande de Tunis que le Bey qui en étoit
forti pour aller combattre fon neveu rebelle ,
l'avoit obligé de prendre la fui e après un leger
combat, & qu'il étoit rentré dans la Ville , ou
il avoit fait mourir cinq ou fix Chefs des mécontens
. Cependant on vient d'apprendre que
malgré cet avantage , le nombre des Mécontens
s'étoit confiderablement augmenté , &
que la plupart des habitans des Montagnes s'é
tant joints au parti du neveu du Bey , on le
croyoit prefentement en état de venir attaquer
la Ville , & de forcer fon oncle à accepter les
conditions qu'il a jufqu'à prefent refufées . Ces
Lettres ajoûtent qu'un Armateur François s'étoit
emparé depuis peu d'un Vaiffeau Corfaire
de la même Ville.
Les Lettres de Smyrne portent que les Janiffaires
s'y étoient foulevez , & qu'ils avoient
menacé de réduire la Ville en cendres , plutôt
H
1034 MERCURE DE FRANCE .
que d'y laiffer entrer Abdala Pacha , qui étoit
auprès avec un Corps de Troupes pour les réduire
, mais que ce Pacha étant entré dans la
Vilie par furprife , avec une partie de fes Soldats
, s'étoit faifi des Chefs des Rebelles , qu'il
avoit difperfé les autres avec affez de facilité ,
& qu'il avoit établi un fi bon ordre, que la plûpart
des Négocians qui s'étoient fauvez à bord
de leurs Vaiffeaux , étoient rentrez dans la Ville,
& que le commerce s'y faifoit comme à l'ordinaire.
RUSSIE.
Na appris que les Perfans & les Tartares
avoient commencé à commettre quelques
hoftilitez aux environs de Derbent, & que
dans une rencontre , les Tartares avoient été
battus par les Troupes Mofcovites.
Le 28 de Mars , le Czar donna le Cordon de
S. André au Duc de Liria , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy d'Espagne,
Quelques Seigneurs de la Cour , jaloux du
grand credit du Baron d'Ofterman , ayant formé
divers complots contre ce Miniftre & contre
les autres Allemands qu'il employe , viennent
d'être découverts , & condamnez à paffer
le refte de leurs jours en Siberie.
Le 29 Mars le Czar alla à la Fonderie des
Canons à Moscou , & on fondit en fa préſence
20 pieces de Campagne à fes Armes.
On affure qu'un Courier arrivé depuis peu ,
a apporté la nouvelle que les Commiffaires du
Gr . S. avoient reglé avec ceux de S. M, Cz . les
limites des conquêtes faites par le feu Czar &
par S. H. du côtéde la Mer Cafpienne ; ( cette
nouvelle merite confirmation ) que les préparatifs
de guerre qu'on fait dans ce pays avoient
déterminé les Turcs à figner cet accommodement
MAY. 1728. 1035
ment,& qu'on ne croyoit pas qu'ils, euffent deffein
de rien entreprendre cette année contre
les Mofcovites .
On mande de Mofcou qu'on y attendoit vers
le milieu du mois dernier , un Envoyé du Prince
Thamas , fils du feu Roy de Perfe ; ce Miniftre
étant déja arrivé à Tobolskoy , on lui a
envoyé plufieurs Chevaux de felle , avec une
efcorte de 160 Colaques qui doivent l'accompagner.
Le bruit court qu'il vient faire part au Czar
du mariage du PrinceThamas avec une fille de
l'Empereur de la Chine , qui a promis de lui
fournir tous les fecours néceffaires pour le rétablir
fur le Trône de fes Ancêtres.
D'autres avis de Perfe portent que les Perfans
ayant fait un détachement de leur armée
du côté de Derbent , & qu'ayant attaqué les
Mofcovites, le Sabre à la main, ceux- ci s'étoient
deffendus fi vigoureufement , que plus de 700
Perfans furent tuez , 27 faits prifonniers , & le
refte fut mis en fuite . Les Ruffiens de leur côté
I n'ont perdu que 6 ou 7 hommes .
Le Baron d'Ofterman qui a la principale adminiftration
des affaires , eft toûjours engrand
crédit ; quelques Seigneurs qui s'étoient déclaré
contre lui trop ouvertement , ayant été ou
exilez en Siberie , ou éloignez de la Cour.
Il eft prefentement prefque le feul Miniftre
que le Czar confulte fur les affaires les plus
importantes.
On a appris en dernier lieu de Conftantinople
que le Gr. Viz . avoit déclaré à M. Dierling
, Refident de l'Empereur , que S. H. avoit
pris la réfolution d'envoyer une Ambaffade folemnelle
au Sultan Acheraf, pour le porter à
terminer à l'amiable les differends qu'il peut
avoir avec les Mofcovites, que le Sultan Emir,
coufia
Hij
103.6 MERCURE DE FRANCE .
coufin de ce nouveau Souverain , qui eft ac
tuellement à Conftantinople , travailloit à détourner
le Gr. S. de cette réfolution , en lui demandant
l'execution des promeffes qu'il a faites
au Sultan Acheraf, par le dernier Traité
qui a été conclu entre eux,
SUEDE.
E Roy a choifi un des Gentilshommes de
La Chambre , pour aller à Kiel porter un
Service de Vaiffelle d'argent de 100 mille Rifdales
, dont la Reine fait prefent au jeune Prince
, dont la Princeffe , époufe du Duc d'Holftein
eft accouchée.
On a reçu avis de Dantzic , que le Comte
Maurice de Saxe y étoit arrivé depuis peu , &
que le bruit couroit qu'il en partiroit avec le
Comte de Wratiflaw , pour fe rendre à Petersbourg.
Les Barons de Ghedda & de Spaar , Envoyez
du Roy dans les Cours de France &
d'Angleterre , ont été nommez par S. M. &
par le Senat , pour être Miniftres Plenipotentiaires
de cette Couronne au prochain Congrès
.
1
Quoique la Flote du Roy foit en état de
fortir des Ports , il a été réfolu dans le Confeil
de ne la faire mettre à la voile que lors
qu'on aura des avis certains de la fortie de
celle du Czar.
I
DANNEMARC .
L a été réfolu dans le Confeil du Roy , de
fupprimer entierement le commerce du
papier.
On brûla au commencement du mois dernier
MAY. 1728 . 1037
hier devant l'Hôtel de Ville de Copenhague
pour 30000 écus de billets autorifez , que le
Roy a fait retirer des mains des Négocians ,
aufquels on fait efperer qu'on leur rembourfera
inceffamment tous les autres papiers
Royaux dont ils font porteurs.
Le 16 du mois dernier , le Roy donna l'Or
dre de Dannebrock à M. Raben , Grand- Maitre
de la Maifon de la Princeffe Royale.
O
ALLEMAGNE
N apprend de Berlin que 200 Ouvriers
étoient employez à préparer les Feux d'artifice
qu'on doit tirer à Charlottembourg ,pendant
le féjour du Roy de Pologne , qui a envoyé
depuis peu an Roy de Pruffe un magnifique
Service de Porcelaine, de la Manufacture
de Drefde.
Le 9 Avril , l'Empereur donna à la Maiſon
d'Autriche l'Inveftiture des Fiefs Imperiaux
qu'elle poffede tant en Allemagne , qu'en Italie
& dans le Cercle de Bourgogne. Elle fut
reçue par quatre Députez ; fçavoir , pour la
Bohéme , par le Comte de Sinzendorff, Grand
Chambellan de S. M. I. pour l'Autriche , par
le Comte de Sinzendorff , Chancelier de l'Empereur
pour les Pays -Bas ,par le Comte Gundacre
de Staremberg , à la place du Prince de
Cardone , Préfident du Confeil de Flandres, qui
eft indifpofé ; & pour le Duché de Milan , par
le Comte de Monte - Santo , Préfident du Confeil
, dit d'Espagne. Le Duc de Saxe- Meiningen
, le Prince de Beveren , le Duc d'Holftein
, le Prince Eugene de Savoye, le Prince de
Schwartzémberg , le Prince Jofeph de Lichtenftein
& le Comte de Wurinbrand, Prefident
du Confeil Aulique, étoient prefens à cette ce-
Hiij remonie
1038 MERCURE DE FRANCE .
remonie , qui ne s'étoit pas faite depuis le Regne
de l'Empereur Charlequint.
La Cour Imperiale a envoyé de nouveaux
Ordres à M. Dierling , Refident de l'Empereur
à Conftantinople , de déclarer au Grand Seigneur
, en termes exprès , qu'en cas que la
Porte vint à donner du fecours aux Perfans.
contre les Mofcovites , directement ou indirectement
, S. M. I. regarderoit cette entre
prife comme une rupture ouverte avec la Chrê
tienté.
Le Cardinal de Sinzendorff doit aller à
Drefde pour remercier le Roi de Pologne du
Chapeau de Cardinal qu'il lui a procuré par fa
nomination.
L'Aga Turc qui faifoit à Vienne la fonction
de Conful de fa Nation , ayant été rappellé
pour avoir ouvert une Lettre que le Pacha du
Grand Caire , retiré à Triefte , écrivoit au
Prince Eugene de Savoye , a été confervé dans
cet employ, à la recommandation de ce Prince,
qui a écrit en fa faveur au Grand Vizir.
Le Comte d'Arrach , Confeiller d'Etat ordinaire
& Maréchal de la Baffe- Autriche , fut
nommé le 30 Avril , Viceroi de Naples , à la
place du Cardinal d'Althan.
Le Duc de Richelieu qui a pris congé de
l'Empereur , a dû partir de Vienne le premier
de ce mois pour aller à Venife , d'où il retoure
nera en France.
ITALIE.
E 29 Mars , le Cardinal Pereira & l'Envoyé
de Portugal firent demander au Pape
leur audience de congé ; mais n'ayant pû l'obtenir
, ils congedient leurs Dom eftiques & fe
préparent à partir inceffamment. r
Le 10 du mois dernier , il arriva à Rome de ΙΟ
Lisbonne ,
MAY. 1728 . 1039
Liſbonne , un Courier avec des dépêches pour
l'Ambaffadeur de Portugal. Le Cardinal Pereira
le fit partir le même jour pour Livourne,
où l'Ambaffadeur attend les derniers ordres
du Roy fon Maître. Ce même Cardinal fe
-rendit le 18. en grand Cortege à l'Eglife de
Saint Pierre ; & après avoir fait fa priere devant
l'Autel , dit de la Confeffion des Saints
Apôtres , il monta au Palais du Vatican pour
prendre congé du Pape , ayant reçû des ordres
réiterés d'aller joindre l'Ambaffadeur du Roi
de Portugal à Livourne. Le 23. P'Envoyé de
Portugal partit avec la plupart des Portugais
qui eftoient établis à Rome.
Il y a eû depuis peu une Congrégation particuliere
chez le Cardinal Imperiali , au fujet
de la reftitution de plufieurs Navires que les
Chevaliers de Malte ont pris fur les Grecs du
Levant, & il fut décidé que les Armateurs
Maltois feroient obligés de rendre ces Bâtimens
avec les Marchandifes dont ils eftoient
chargés , attendu que les Grecs eftant Sujets
du Grand Seigneur , ils ne peuvent naviger
que fous le Pavillon de Sa Hauteffe & de conferve
avec les Vaiffeaux Turcs.
Le Pape ayant été averti qu'il fe formoit
divers partis dans le Chapitre general des
Carmes , qui eft affemblé pour l'Election
d'un General , Sa Sainteté a nommé ce General
par un Bref , & elle a fait dire à
tous les Religieux députés pour l'Election de
partir dans trois jours pour retourner chez
eux , fous peine d'encourir les cenfures de
l'Eglife , & même des peines arbitraires . Le
12 du mois dernier , le Pape tint un Confiftoire
fecret , dans lequel le Cardinal Ottoboni, Protecteur
des affaires de France , préconifa
l'Abbé de Gefyres pour l'Evêché - Pairie de
Hiiij. Beauvais
1040 MERCURE DE FRANCE .
Beauvais & pour l'Abbaye d'Orcamp , Ordre
de Citeaux , Diocéfe de Noyon.
On apprend de Venife que l'Ile de Zante eft
infectée de la Maladie contagieuse , & qu'elle
y faifoit beaucoup de ravage, ainfi qu'à "Confrantinople
, à Smyrne & dans plufieurs des
Ifles de l'Archipel."
On a reçû avis de Milan , que les Clercs
Reguliers de Saint Paul, dits Barnabites , y tenoient
leur Chapitre général, & qu'ils avoient
confirmé d'une voix unanime Dom Charles-
Augufte Capitain , Général de leur Congregation.
C'eft le premier Religieux François
qui en ait été Général.
Le 30 du mois dernier , le Pape tint un Confiftoire
, dans lequel il déclara que les Cardinaux
refervés in petto dans la Promotion du 9
Décembre 1726. étoient Mrs. Anfidei , Lam
bertini, Banchieri , Colligola , & le Pere Selleri
Le lendemain S. S. fit une Promotion
de deux Cardinaux , qui font le Pere Gotti ,
Dominicain , & le P. Porzia , de l'Ordre de
S. Benoift.
:
PORTUGAL.
B Roi a fait écrire à M. Firrao Nonce
>
L du Pape , à M. Bichi qui avoit ci- devant
le même caractere , & à l'Auditeur de la Nonciature
, de fortir dans cinq jours de Lisbonne,
avec ordre au premier & à l'Auditeur , d'être
hors du Royaume en dix jours .
On a appris depuis que M. Firrao n'eſtant
pas forti de la Ville après les cinq jours , &
qu'ayant répondu au Secretaire d'Etat qu'il
n'avoit d'ordre de recevoir que du Pape dont
il étoit Miniftre , le Secretaire d'Etat lui avoit
fait dire que S M. ne lui donnoit que 24 heures
pour fortir de Lisbonne, & huit jours pour
fortir
MAY. 1728. 1041
fortir du Royaume ; que s'il s'opiniatroit à ne
pas obéir , le Roi fe ferviroit de fon autorité
pour l'y contraindre . On ajoûte que M. Firrao
avoit menacé d'excommunication ceux qui
voudroient executer les ordres que le Roi donneroit
contre lui ; mais voyant que fes menaces
ne faifoient aucune impreffion , il avoit prie
le parti de fe retirer .
GRANDE BRETAGNE.
Esde ce mois , la Reine accompagnée du
Prince Guillaume , de la Princeffe Royale
& des autres Princeffes , alla voir le cabinet
des curiofités naturelles du Chevalier Hans.
Sloane , Préfident de la Societé Royale de
Londres , chez lequel S. M. dîna .
Le 6 , le Roi fe rendit à Cambridge , où
S. M. fut reçue par le Duc de Somerſet , Chancelier
de cette Univerfité à la tefte des Chefs
des Colleges ; elle fut complimentée par le
Maire , accompagné des Aldermans , qui porta
enfuite la Maffe devant le Roi jufqu'à la Salle
da College de la Trinité , où S. M. dîna. Le
Roiy nomma so Docteurs en Théologie , 58 .
en Medecine , & 34 en Droit ; après quoi
S. M. retourna à Newmarket , ou elle avoit
vû la veille la courfe des chevaux , elle y vie
ce jour là la courfe des juments : Celle du Colonel
Howard remporta le prix.
PAYS - BAS .
E 14. du mois dernier , M. d'Acunha ,
Ambaffadeur de Portugal , donna à Bruxelles
une très belle Fête à l'occafion du double
Mariage du Prince & de la Princeffe d'Eſ--
pagne , avec le Prince & la Princ.ff . de Por--
HAY tugal
}
1042. MERCURE DE FRANCE .
tugal. Le feftin commença à trois heures après
midy. Il fut des plus magnifiques & fuivi .
d'une Cantate Italienne , convenable au fujet
de la Fête. Le foir , la façade de l'Hôtel d'Egmont
où elle fe paffoit , fut illuminée d'une
infinité de Lampions , repréfentant plufieurs
ordres d'architecture & les chiffres des Illuf
tres Epoux . On fit couler trois fontaines de
vin , pendant qu'on tiroic , avec des, fufées
volantes , à un oifeau rempli d'artifice , élevé
fur une haute perche. Un Cordonnier y
mit le feu , & remporta le prix de 1200. écus.
Un fomptueux foupé , fuivi d'un bal qui dura
jufqu'au lendemain , termina la Fête.
Le 27. Avril , le Comte Golofskin , Miniftre
Plenipotentiaire du Czar à la Haye ,
donna une Fête magnifique à l'occafion du
Couronnement de S. M. Czarienne . Environ
foo. perfonnes du premier rang & autres
, furent invitez par des billets . A neufheuheures
du foir , cinq tables de 66. pieds de
longueur & de 6. de largeur , formant un fer
à cheval , furent couvertes de 155. plats rangez
fur trois files . Il y avoit fur celle du milieu
27. baffins remplis de confitures , de
pieces de four & de fruits dreffez en piramide.
Le baffin du milieu contenoit une efpece
d'Arc de triomphe , furmonté d'une Couronne
Imperiale , fous laquelle on avoit placé
la Statue du CzarPietre II . fur un Trône.
24. Muficiens placez fur un Theatre dans la
même Salle , formoient un concert melodieux.
Le bal fucceda à ce feftin. L'illumination
du dehors étoit très- belle. Les Armes de
Ruffie , environnées du Collier de S. André ,
& furmontées d'une Couronne Imperiale
couvroient prefque toute la façade qui éto it
ora ée de feftons , de verdure & de fruits.
MAY. 1718. 1043
Deux fontaines de vin coulerent pour le peuple.
9
ᎣᎣᎣᎣ
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ddes Ducs de Milito , mourut à Naples
Ona Hippolite Mufceftola , de la famille
au commencement du mois dernier , âgée de
98. ans , laiffant une pofterité très nombreufe
, dans laquelle on compte plus de cent de fés
fils , ou petit - fils .
Le Cardinal Philippe- Antoine Gualterio
eut le 19. du mois dernier , à Rome , une
nouvelle attaque d'Apoplexie dont il mourut
le 20. au foir dans la foixante- neuviéme année
de fon âge , étant né à Saint Quirice de
Fermo , dans les Etats du Pape , le 24. Mars
1660. Il fut nommé Vice- Légat d'Avignon ,
le 7. Juin 1696 & il l'étoit encore au mois
de Février 1700 , lorfqu'il fut envoyé Nonce
en France . Le Pape Clement XI. le fit Cardinal
de l'Ordre des Prétres , le 17. May 1706 .
& il a eu fucceffivement les Titres de S. Chryfogone
, de fainte Cecile & de fainte Praxede .
Il étoit auffi Evêque de Todi. A fon départ
de Paris , le Roy lui donna l'Abbaye de faine
Remi de Reims au mois de Fevrier
1716. celle de S. Victor de Paris , & S. M.
Très-Chrétienne l'ayant nommé Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit , il fut admis le 3.
Juin 1724. Il étoit Honoraire Etranger de
l'Academie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres de Paris . Le Corps de ce Cardinal
fera tranſporté à l'Eglife Cathedrale d'Or
H vj viete ,
1044 MERCURE DE FRANCE
viete , pour être inhumé dans le tombeau de
fes Ancetres.
Le Comte Jacques Henry de Flemming-
Felt - Maréchal des Armées du Roi de Pologne
, General de fa Cavalerie , Colonel du
Regiment Royal des Dragons de S. M. Pol. &
de celui du Prince Electoral de Saxe , Confeiller
Privé & Principal Miniftre du Roi de Pologne
, mourut le 30 Avril à Vienne , vers les
dix heures du ſoir , dans la foixante - deuxième
année de fon âge , étant né le 3. Mars 1667 .
Il avoit épousé en premieres nôces la Princeffe
Douariere de Radzivil , de la famille des
Princes Sapieha , & en fecondes , la fille du
Prince de Radzivil , Grand-Chancelier de Lituanie
, dont il laiffe un fils unique âgé de
deux ans.
XX :XXXXXXXXXXX : XX
FRANCE
,
de Paris , &c. Nouvelles de la Cour , de Paris ',
E 13 du mois dernier , lorfque M.
Vanhoey, Ambaffadeur de Hollande ,
eut fa premiere audience publique du Roi,.
ce Miniftre prononça cette Harangue ::
SIRE ,
Leurs Hautes Puiffances , les Etats Gene--
raux des Provinces- unies , Mes - Seigneurs &
Maîtres , ne pouvoient m'honorer d'un caractere
qui me fut plus glorieux que celui deleur
.
MAY. 1728.
1045
feur Ambaffadeur auprès d'un Monarque
encore moins refpectable par les forces de for
vafte Empire que par l'éclat de fes Royales
vertus .
Toute l'Europe , SIRE , confidere avec
étonnement la juftice & la moderation , la
fermeté & la condefcendance , la prudence &
la candeur , fi heureufement réunies dans la
Perfonne facrée de V. M.
Toute l'Europe , SIRE , voit encore avec
une profonde admiration , la pieté fervir de
noeud commun à des qualités fi excellentes
en elles - mêmes , & fi rares dans leur union .
Toute l'Europe , SIR E , applaudit à la fageffe
de V. M. qui brille dans toutes fes démarches
, & qui fe fignale particulierement
dans le choix de fon Confeil . Mais c'eft avec
la plus vive reconnoiffance , SIRE , que toute
l'Europe doit fentir combien elle eft redevable
cet amour pour la paix , fur lequel V. M.
établit la gloire de fon Regne , & qui vient
d'éteindre l'embrafement general , prêt à dé-
Vorer les Nations.
Le Ciel voulant affûrer lè repos des Peuples ,
a rendu V. M. le dépofitaire en mêmetems,
& de la pleine confiance de toutes les Puiffan--
ces intereffées , & du Sceptre le plus éminent
de l'Univers.
Quel bonheur pour le genre humain que
V. M. répond fi parfaitement aux vües de la
Divinité ! Oui , SIRE , V. M. dans la ferveur ´
de l'âge le plus bouillant , a compris une
maxime que les Princes les plus éclairés n'ont
fçû fe perfuader que fort tard , & après une
longue experience ; c'eft , SIRE , que la:
grandeur des Rois & la felicité des Etats con--
tent moins à pouvoir fe vanter des plus ra
rapidess
1048 MERCURE DE FRANCE .
pides conquêtes , que dans le maintien & la
jouiffance d'une paix appuyée ſur des folides
fondemens.
Des difpofitions fi pacifiques dans un Roifi
puiffant , engagent bien naturellement l'Europe
entiere de fouhaiter à V. M. le Regne le
plus floriffant, le plus heureux & le plus long.
Les voeux de mes Maîtres , SIRE , ont
d'autant plus de fincerité & d'ardeur , que la
confervation de la paix eft le but conſtant &
invariable de leur Gouvernement , & que V.
M. les honore d'une affection diftinguée.
C'eft , SIRE , à cultiver cette affection
précieufe, que mon Miniftere eft deftiné: Puiffet'il
avoir tout le fuccès que les ſentimens les
plus refpectueux dont mon coeur eft rempli
pour V. M. me font efperer.
Le Roi répondit très - obligeamment
à M. Vanhoey, lui témoignant que fa
fonne lui étoit fort agréable.
per-
A l'Audience de la Reine le même
Ambaffadeur prononça cette Harangue.
MADAME ,
·
La profonde veneration & l'inviolable attachement
de L. H. P. au Roi très chrêtien ,
leur refpect infini pour V. M.qu'elles regardent
comme le prefent le plus fignalé que le Ciel
ait fait dans fon amour au Roi & à fon Peuple.
Leurs voeux ardens pour la confervation
de Mefdames de France , & pour l'heureuſe .
Naiffance d'un Dauphin , qui mettent le comble
à la joie de Vos Majeftés & à la felicité
de ce Royaume.
L'affection
MAY. 1728: 1047.
L'affection marquée dont le Roi votre Augufte
Epoux , veut bien honorer leur Etat ,
tout femble , Madame , leur permettre d'af
pirer à la bienveillance Royale de V. M.
S'ils la demandent , Madame , très - inftamment
à V. M. par mon miniftere , c'est qu'ils
la mettent au plus haut prix , & qu'elle ne
fçauroit manquer de leur affurer l'amitié du
plus grand des Rois.
Penetré des mêmes fentimens que mes Maîtres
, & formant les mêmes fouhaits , oferoisje
bien , Madame , élever mes penſées jufqu'à
me flatter de quelque attention de la part de
V. M. fur mes foins empreffez & refpectueux.
La Reine fit une réponſe très- obligeante
à Mr. Vanhoey.
Le 22. du mois dernier , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Verfailles , la Meffe de Requiem
, pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Mufique pour l'Anniverfaire
de Madame la Dauphine , Epoufe
de Monfeigneur , Ayeul de S M.
Le 30. du mois dernier , le Roi revine
ǎ Verfailles du Château de Rambouillet ;
S. M. y retourna le 2. de ce mois & y
a fait depuis divers voyages pour y prendre
le divertiffement de la chaffe.
Le s . de ce mois , la Reine, accompagnée
pour la premiere fois de Madame
de France l'aînée , entendit dans la Chapelle
Yo 48 MERCURE DE FRANCE :
pelle du Château , la Meſſe chantée par
la Mufique.
Le To . vers les deux heures après
midi , le Roi fit dans les avenues du
Château de Verſailles la revue des Regimens
des Gardes Françoifes & Suiffes,
& S. M. les fit défiler . Ces deux Régimens
pafferent enfuite dans la Cour du
Château devant la Reine qui étoit accompagnée
de Mefdames de France .
Le 18. M. Horace -Walpool , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il prefenta
à S. M. M. Stanhope & M. Pointz ,
Miniftres Plenipotentiaires du Roi d'Angleterre
au futur Congrès. Il les préfenta
enfuite à la Reine , & il fut conduit à
ces deuxAudiences par le Comte de Monconfeil
, Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi a donné le Régiment Suiffe ,
vacant par la mort du Marquis de Villars-
Chandieu , Maréchal de Camp , à M.
Mely qui en étoit Lieutenant - Colonel.
Le 9. de ce mois , l'Abbé de Montclus
, Evêque de Saint Brieu , fut facré
dans l'Eglife Cathedrale de Senlis , par
l'Evêque de Senlis , affifté des Evêques de
Saint Omer & de Sarepte .
Le 25. du mois dernier, le P. Pernault,
originaire de Dijon , Religieux Bernardin
, nommé Abbé de Câteaux, & General
de
MAY. 1728.
1049
de l'Ordre , prêta ferment entre les mains
du Roi : C'est le feul Abbé Régulier du
Royaume qui ait cet honneur.
Le nombre des Morts à Paris pendant
l'année 1727. a été de 18952. celui des
Baptêmes 18715. & il y a eû 3753. Mariages
, & 2302. Enfans trouvés .
Le 30 du mois dernier , veille de la fefte
de S. Jacques , les Ecoliers Penfionnaires
de Mr. Vray , Principal des Philofophes
du College Royal de Navarre , celebrerent
fa fefte par une trés - agréable fymphonie,
& par un beau feu d'artifice .
Le premier de ce mois , après la Meſſe
du Roi , les Tambours des Régimens des
Gardes Françoifes & Suiffes , donnerent.
des Aubades au Roi & à la Reine . Le
Roi dîna à fon petit couvert ; il y eut
pendant ce tems là une magnifique fimphonie
dans l'anti - chambre . Le foir L. M..
fouperent à leur grand couvert , & après
le fouper on vit une grande quantité de
fufées volantes , tirées du Parterre qui fait
face à l'appartement de la Reine.
Le Roi fe plaît beaucoup à jouer à un
nouveau Jeu d'Echecs , dont l'Echiquier
eft de l'invention du Duc de Chaulnes ,
qui en a fait preſent à S. M. Il eſt diſpoſé
de maniere que trois Seigneurs peuvent
jouer au même Jeu avec le Roi.
La Comteffe d'Egmont , Dame du Palais
1050
MERCURE DE FRANCE .
lais de la Reine , ayant demandé la permiffion
de fe retirer , le Roi a nommé la
Marquife de Refnel pour la remplacer.
PROCESSION SEPTENAIRE faite
J
le premier jour de May , de l'Abbaye
Saint Denis à Montmartre . Extrait
d'une Lettre écrite le 12 du même mois,
par le R. P. Dom Jean Baptifte de
BOURNEUF , Maître des Ceremonies de
cette Abbaye.
-
E fatisfais , Monfieur , avec plaifir à ce
que vous fouhaitez de moi ,au ſujet de
lagrande Proceffion que l'Abbaye de ſaint
Denys fait tous les y ans à celle de Montmarrre.
Vous fçavez , fans doute , qu'il y
a eu des temps que les grandes Procef
fions faifoient une partie de la pieté & de
la Religion des Fideles . L'efprit de Penitence
qui les accompagnoit , les fit multiplier
, & il y eut peu d'Eglifes confidérables
qui n'en fit quelqu'une d'extraordinaire
. L'Abbaye de S. Denys fuivit cet
exemple , en établiffant une grande & folemnelle
Proceffion tous les ans , entre les
Fêtes de Pâques & de Pentecôte . Cette
Proceffion alloit une année à la Chapelle
, une autre année à Aubervilliers , une
autre fois à Montmartre & dans d'autres
lieux déterminez , au nombre de fept .
Mais dans la fuite ces grandes Proceffions
MAY . 1728 . 1051
fons ayant dégénéré en parties de diffipation
& de plaifir , on les a abolies , à l'exception
de celle de Montmartre , qu'on
n'a continuée ,felon toutes les apparences ,
qu'à la priere des Religieufes de cette ancienne
Abbaye , qui n'ont pû ſouffrir d'être
privées de la confolation de voir une
fois en fept ans le Chef de leur S. Patron .
Avant la Reforme des deux Monafteres
de S. Denis & de Montmartre , les Religieufes
donnoient à dîner aux Religieux
dans leur Refectoire , & ils dînoient tous
enfemble . Mais la Réforme a aboli cet ufage
, & les Religieux de l'Abbaye faint
Denis font porter à Montmartre ce qui
eft neceffaire pour leur repas,qui ne confifte
qu'en Beure frais , en Raves , deux
oeufs & un morceau de Pâté de Poiffon .
Ils donnent la même chofe aux Chanoi
nes , aux Curez & Clergé, aux Recolets ,
aux Officiers de Justice & de la Ville de S.
Denys ; fans parler des Arquebufiers , des
Suiffes , Bedeaux & autres perfonnes qui
faire fe trouvent à la Proceffion pour y
quelques fonctions . Les Religieufes ne
fourniffent que les logemens néceffaires ,
les Tables & les Couverts .
Voici quel est l'ordre & la ceremonie
de cette Proceffion . Les Dames de Montmartre
envoyent à une heure marquée tout
leur Clergé audevant de la Proceffion de
S.
1652 MERCURE DE FRANCE.
S. Denis , jufqu'au Village de Clignancourt,
où étant arrivée, on fait une Station ,
& le Clergé de Montmartre , auquel préfide
toûjours un Abbé de diftinction ,
comme l'a fait plufieurs fois M. l'Abbé de
Monaco ; c'étoit cette année M. l'Abbé de
Roye. Ce Clergé , dis - je , s'étant avancé
jufqu'au milieu des Religieux de Saint
Denis , l'Abbé préfidant , revêtu de Chape
, auffi - bien que fes deux Affiftans , fe
place devant le Chef de S. Denys & l'encenfe
; il encenfe enfuite le Religieux qui
doit celebrer la Meffe . Cependant les Religieux
chantent l'Antienne O beate Dionifi
, &c. après laquelle le Celebrant
chante le Verfet & l'Oraifon ordinaire.
Pendant ce temps l'Abbé encenſe tout
du long de la Proceffion de S. Denis .
Le Clergé de Montmartre , fuivi de l'Abbé
préfidant & de la Juftice de cette Abbaye,
avance en même temps pour pren
dre fa place à la tête de la Procellion de
S. Denis , & enfuite on continue la marche
vers l'Eglife de Montmartre. Loríque
le Clergé eft arrivé, il fe met en haye au
bas de cette Eglife , & les deux Affiftans
encenfent toute la Proceffion . Lorfque
fe Chef arrive , ceux qui le portent s'arrêtent
, & M. l'Abbé l'encenfe trois fois
& fe retire avec le Clergé de Montmartre.
Tous les Religieux étant entrez dans le
Choeur.
MA Y. 1728 . 1053
Choeur exterieur , chantent un Réponds
de S. Denis , & enfuite les Religieufes ,
qui font toutes devant la grille , chantent
une Antienne, après laquelle le Celebrant
chante le Verfet & l'Oraifon , & tout de
fuite on va fe préparer pour la grande
Meffe,qui eft celebrée par le Grand- Prieur
de l'Abbaye de S.Denys, affifté de fes Religieux.
Cependant tous les autres Religieux
de la Proceffion entrent dans le
Choeur interieur des Religieufes , par la
porte dite des Sacremens , felon la peimiffion
de S. E. M. le Cardinal de Noailles ,
donnée en 1721. & les cinq Chantres
revêtus de Chappes , commencent folemnellement
la Meffe qué les Religieux pourfuivent
avec l'Orgue & les ceremonies accoûtumées.
Cette Meffe étant finie , le P. Sou-
Prieur affifté de tous les Officiers Religieux
, ſe diſpoſe à dire la feconde Meffe,
que les Dames Religieufes chantent , pendant
laquelle la Communauté de S. Denys
& les autres Corps ' qui ont accompagné
la Proceffion , vont prendre leur repas.
Après la feconde Melle les Officiers
qui y ont affifté , font la même chofe ; &
enfuite on fe difpofe pour le retour de la
Proceffion en cette maniere . Les Religieux
étant affemblez dans le Choeur exterieur,
le Grand- Prieur , le P.Sous - Prieur
&
1054 MERCURE DE FRANCE .
& le P. Doyen de l'Abbaye de S. Denys
s'y rendent , & le Grand - Prieur ayant entonné
le Te Deum devant l'Autel , cet
Hymne eft continué par l'Orgue. Cependant
ces trois Religieux montent à la
grille , & la Tréforiere met entre les mains
du Grand Prieur un Ange de vermeil doré
, qui porte un Reliquaire d'or , enrichi
de Pierreries , dans lequel eft une Relique
de S. Denis , & la prefente à baifer à
Abbeffe & à toutes les Religieufes , qui
chantent un Motet & une Antienne .
L'Abbeffe dit enfuite un Verfer & und
Oraifon , & prefente au Grand- Prieur
quelque meuble d'Eglife , comme Voile
de Calice ou autre ouvrage de broderie.
Elle a prefenté cette année un Legile
de Velours cramoifi , enrichi d'une belle
broderie , eftimé environ deux cens écus .
Deux Chantres commencent tout de fuite
les grandes Litanies , & le Clergé de Mont
martre s'étant raffemblé, reconduit la Proceffion
hors de l'Eglife . L'Abbé & fes Affiftans
font à la porte en dehors & l'encenfent
pour la derniere fois . Enfin lorfque
le Chef de S. Denis elt prêt à fortin
les Porteurs s'arrêtent un moment , &
*
Legile , Echarpe , ou piéce d'érofe dont
on couvre le Pupitre fur lequel on chante l'Evangile
aux Meffes folemnelles.
l'Abba
MAY. 1728.
1055
Abbé l'encenſe trois fois , & encenſe auffi
le Superieur en paffant.
Voilà , Monfieur , tout ce qui s'eft paffé
le premier jour de ce mois , à l'occaſion
de la Proceffion que l'Abbaye de S. Denis
fait tous les fept ans à l'Abbaye de
Montmartre ; furquoi je vous dirai que
ces Dames y ont tant de dévotion & y font
fi attachées, que fi on refuſoit de la faire ,
elles emploiroient toutes fortes de
pour y obliger les Religieux de S. Denis.
moyens
C'est ce que Madame d'Harcourt témoigna
il y a 42 ans à un Prieur de cette
Abbaye , qui alla lui reprefenter la grande
fatigue & la dépense que cette ceremonie
caufoit à la Communauté .
Il y a donc grande apparence que pendant
que les deux Abbayes fubfifteront ,
on procurera ce fpectacle au public qui y
accourt , les uns par dévotion , les autres
par curiofité , avec tant de concours &
d'empreffement , que la Montagne & les
chemins par où l'on paffe font tout remplis
de monde , comme on l'a vû particulierement
cette année , que le temps étoit
parfaitement beau . Je fuis , Monfieur ,
& c .
Le 8. May , le Maréchal Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Chevalier , Commandeur
des Ordres du Roi , fit dans fon Hôtel ,
en vertu des pouvoirs & commiffions de
Sa
Tos6 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté , la ceremonie de recevoir
Chevaliers de S. Michel , M. Morel de
Thoify , Gentilhomme du Pays Bléfois ,
& M. Provoft de Boifbilly , Gentilhomme
Breton , en leur donnant un coup d'épée
fur chaque épaule , avec la Croix &
le Cordon dudit Ordre , & l'Accolade ,
conformément à l'article IX. des Statuts
de 1665. & aux Inftructions particulieres
de S. M.
Nous dirons à cette occafion , que le
le Roi a fait un nouveau Reglement en
date du 25. Avril dernier,pour rétablir les
Chapitres & les Affemblées de l'Ordre de
S. Michel , qui fe tiendront à l'avenir deux
fois par an , dans une Sale du Convent
des Religieux Cordeliers de Paris , en prefence
d'un Chevalier- Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
fçavoir , le 8. May , Fête de l'Apparition
de S. Michel , après une grande Meffe
folemnelle qui fera celebrée dans l'Eglife
des Cordeliers pour le Roy , Chef &
Souverain Grand- Maître des Ordres de
S. Michel & du S. Efprit , les Chevaliers
& Officiers vivans ; & le premier Lundy
de l'Avent de chacune année , après
un Service qui fera folemnellement
chanté dans la même Eglife , pour le repos
des ames des Rois , Chefs & Sou-,
verains Grands - Maîtres , & des Chevaliers
MAY. 1718. 1057
liers & Officiers morts , & en cas d'enpêchement
, tels autres jours qui feront
reglez par le Chevalier - Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
On veillera dans ces Chapitres & Affemblées
à la pleine & entiere execution des
Statuts & Reglemens que S. M. veut être
inviolablement obfervez , & on y déliberera
fur les moyens de maintenir & accroître
l'honneur & la dignité de l'Ordre.
Tous les Chevaliers de S. Michel feront
tenus de fe trouver à ces Affemblées &
ceremonies , en habit convenable , avec le
grand Cordon noir ondé , par deffus l'habit
, & nul ne pourra s'en difpenfer qu'en
écrivant les excufes & les raifons de fon
abfence au Chevalier Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
On diftribuera à tous les Chevaliers prefens
des Médailles d'argent , qui auront
rapport à quelque évenement marqué de
la Vie du Roi Regnant .
Le 15. veille de la Pentecôte , le Roy
revêtu du grand Colier de l'Ordre du
S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains de
l'Abbé de Pezé , Aumônier du Roy en
quartier : enfuite le Roy toucha un grand
nombre de malades.
Le même jour , la Reine entendit la
I Meffe
1058 MERCURE DE FRANCE .
Meffe dans la Chapelle du Château , &
S. M. communia par les mains de l'Abbé
de Sainte Hermine , fon Aumônier en
quartier.
L'après-midi , L. M. affifterent aux premieres
Vêpres, qui furent chantées par la
Mufique.
Le 16. jour de la Fête , les Chevaliers
Commandeurs & Officiers des Ordres du
Roy , s'étant rendus vers les dix heures
dans le Cabinet de S. M. le Roy tint un
Chapitre dans lequel les huit Chevaliers
qui avoient été propofez le 2. du mois
de Février dernier , furent admis , après
que l'Abbé de Pompone , Chancelier des
Ordres du Roy , eut rapporté qu'ils avoient
fatisfait à ce qui eft preſcrit par les Statuts
. Le Roy propofa enfuite pour être
Prélat Commandeur de l'Ordre du S.Efprit
, le Cardinal de Polignac , Archevêque
d'Auch , chargé des affaires de S.M.
à Rome. Après que le Rôle figné par le
Roy , eut été proclamé en la maniere ordinaire
, les huit Chevaliers qui venoient
d'être admis , & qui s'étoient rendus dans
l'Appartement du Roy , en habit de Novice
, furent introduits dans le Cabinet
où S. M. les fit Chevaliers de l'Ordre de
S. Michel. Le Roy fortit enfuite de fon
Appartement pour aller à la Chapelle :
Sa Majesté étoit précedée du Duc d'Orleans
MAY. 1728. 1059
leans , du Duc de Bourbon , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont, du
Duc du Maine , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu , du Comte de Toulouze , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre : les Novices marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Le
Roi , devant lequel les deux Huffiers de
la Chambre portoient leurs Maffes , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
deffus , ainfi que les Chevaliers & le Cardinal
de Biffy , Prélat - Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , marchoit derriere
S. M. Après la grande Meffe qui fut célebrée
par l'Abbé Tefnieres , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Mufique , le
Roy quitta fon Prie-Dieu , & monta fur
fon Trône auprès de l'Autel , où S. M.
reçût les nouveaux Chevaliers , deux- àdeux
, avec les ceremonies ordinaires. Le
Prince Charles de Lorraine & le Duc de
Brancas furent Parains du Prince de Lixin
& du Duc de la Rochefoucault : le Duc
de S. Aignan & le Duc de Noailles , du
Duc de Grammont & du Duc de Gefvres :
le Maréchal Duc de Villars & le Duc
d'Antin , du Duc de Béthune & du Duc
d'Arcourt : le Duc de Chaulnes & le Duc
de Talard , du Comte de Teffé & du Marquis
de Nangis. Les Chevaliers qui venoient
d'être reçus , ayant pris leur place,
›
I ij fuivant
1060 MERCURE DE FRANCE:
fuivant leurs rangs , le Roy fortit de la
Chapelle , & fut reconduit dans fon Appartement
. La Reine s'étoit rendue avec
les Dames de fa Cour dans la Tribune
où elle avoit entendu la grande Meſſe .
L'après midi , le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc du Maine , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du
Comte & de la Comteffe de Toulouze , entendit
le Sermon de l'Abbé Eftor : enfuite
le Roy & la Reine affifterent aux Vêpres
chantées par la Mufique.
>
M. d'Angervilliers , Confeiller d'Etat
& Intendant de la Géneralité de Paris
à qui le Roy a donné la Charge de Secretaire
d'Etat , avec le Département de
la Guerre , vacante par la mort de M. le
Blanc , prêta ferment de fidelité entre les
mains de S. M. le 23. de ce mois.
Le 27. Fête du S. Sacrement , le Roy
accompagné du Prince de Dombes & du
Comte d'Eu , fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe de Verſailles , où S. M. entendit
la grande Meffe , après avoir affifté à la
Proceffion , qui alla , ſuivant la coûtume ,
à la Chapelle du Château . la Reine n'étant
point allée à la Paroiffe , à cauſe de
fa groffeffe , entendit la Meffe dans la Tribune
de la Chapelle , où S. M. s'étoit
rendue après avoir vû paffer la Proceffion
, étant accompagnée de Mefdames
de France. Од
MAY. 1728 . 1061
On a reçu avis d'Espagne que le 8.
du mois dernier , le Prince des Afturies
ayant eu à Buen - Retiro , un accès de
fiévre , accompagné de quelques taches
fur la peau qui pouvoient faire craindre
la petite verole , le Roy en partie le 9 .
au matin pour Madrid avec la Reine , la
Princeffe du Brefil , les Infants & l'Infante.
L. M. ont laiffé le Prince des
Afturies au Buen- Retiro avec les Officiers
, & les dernieres nouvelles qu'on a
reçûës de l'état dans lequel il eft depuis
l'éruption de la petite verole font auffi
bonnes qu'on puiffe le fonhaiter .
Le 1. & le 3. de ce mois , le Concert continua
au Château des Tuilleries . On y chanta
un nouveau Motet Lauda Jerufalem , de la
compofition de M. Niel , qui fut fort goûté ;
dans lequel les Demoifelles Antier , Minier
& le Maure y chanterent avec beaucoup
d'applaudiffement . Le fieur Le Clerc joua un
Concerto qui fit extrême plaifir. La Demoifelle
le Maure chanta la Cantate de la
Toillete de Venus , & la Demoiſelle Minier
celle de la Paix .
Le 6. jour de l'Afcenfion , on chanta deux
Motets de feu M. de la Lande , & le fieur Le
Clerc joüa deux Sonnates qui furent très - applaudies.
Le 8. & le 10. on chanta un Divertiſſement
François , de la compofition de M. Battiſtin.
La Demoiſelle Antier chanta la Cantate de
Semelé , mife en Mufique par M. Deftouche ,
Directeur General de l'Académie Royale de
Iiij Mufiq - >
1062 MERCURE DE FRANCE.
Mufique , & la Demoiſelle le Maure celle de
la Mufette.
Le 15. veille de la Pentecôte , le jour de la
Fête & le lendemain , on executa differents
Motets choifis , de M. de laLande. LaDemoiſelle
Antier chanta une Cantate, de la compofition
du même Auteur , tirée du fecond Ballet danfé
par le Roi dans fon Château des Tuilleries
au mois de Decembre 1720.
Le 22. la Demoifelle leMaure chantala Cantate
de la Toillete de Venus. Le Concert fut
terminé par le Nifi Dominus de M. de la
Lande.
Le 24. la Demoiſelle le Maure chanta la
Cantate intitulée les Bains de Tomery , mife
en Mufique par M. Battiftin ; on finit le Concert
par un Moret de M. de la Lande.
Le 27. jour de la Fête- Dieu , la Demoiſelle
Antier chanta un Motet à grands Choeurs qui
commence par O Dulcis Jefus , mis en Mufique
par M. Deftouches Sur- Intendant de la Mufique
du Roi. Deux autres Motets furent
chantez le même jour. Sacris Solemnis , &
Benedictus Dominus , de la compofion de M,
de la Lande.
BENEFICES DONNEZ.
I
Abbaye de Baulme , Diocèse de Befançon
, de l'Ordre de S. Benoist , vacante
par le décès de Madame de Thiard de Biffy ,
à été donnée à Madame Marie- Françoife Dachey
, Doyenne de cette Abbaye.
L'Abbaye de S. Remy , près Villers - Cotterets
, Ordre de S. Benoit , Diocèfe de
Soiffons , vacante par la demiffion de Madame
de la Tour-d'Auvergne , en faveur de Madame
MAY 1728 .
1063
dame Charlotte de Mongault de Nerfac , Abbeffe
de l'Abbaye des Illes près d'Auxerre .
L'Abbaye Reguliere de S. André de Villeneuve-
lès - Avignon , Ordre de S. Benoift ,
vacante par le décès de M. duRoure, en faveur
du Pere Thomas -Guillaume Jofeph Southkoot
, Prêtre Anglois , naturalifé François ,
& General des Benedictins Anglois .
Le Prieuré Régulier Conventuel & Electif
de Nôtre-Dame du Bois d'Alonne , Diocèſe
de Poitiers , Ordrede Grammont , vacant
par le décès de Frere Robert Thomas ,
dernier Titulaire , en faveur de Frere Etienne
Pihery , Prêtre , Religieux Profez de cette
Maiſon.
L'Abbaye Commandataire
de S. Polycarpe
, Ordre de S. Benoift , Diocèfe de Narbonne
, vacante par le décès de M. de la Fitte-
Maria , en faveur de M. l'Abbé de Befcheran
, Prêtre - Chanoine de la Cathedrale de
Montpellier.
>
MORTS , NAISSANCES
Dame Gdeview Montour ,Con-
Ame Geneviève - Jacqueline le Nain ,
feiller -Secretaire du Roi , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , mourut en cette
Ville le 12. du mois d'Avril , agée de 68 ans.
Elle laiffe pour fils unique , Mr. Morlar de
Montour , Maître des Requêtes .
Gafpard d'Estaing , Marquis du Terrail ,
mourut le 24 du mois dernier , agé d'environ
78 ans .
·
Dame Marie Charlote de Salligne de la
Chaife , Epoufe de Jean Baptifle Charon
I iiij
· >
Che1064
MERCURE DE FRANCE .
Chevalier , Marquis de Menars , Gouverneur
du Château de Blois , Capitaine des Chaffes
Royales du Comté de Blois , & Brigadier des
Armées du Roi , mourut le 26. du mois dernier
, dans la cinquantiéme année de fon âge.
Le même jour Pierre Roland , Chevalier de
l'ordre de Notre- Dame de Mont- Carmel & de
Saint Lazare de Jerufalem, Seigneur des Grand
& Petit- Bout, Auditeur des Comptes , mourut
âgé de 66. ans.
›
Dame Catherine - Angelique Foncault
Epoufe de Claude Therphile de Beziades Marquis
d'Avaray , Lieutenant General des Armées
du Roi , Grand- Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , Lieutenant General du
Pays de Santerre & Peronnois , Gouverneur
& Gran Bailly des Villes de Peronne , Roye &
Mondidier , & ci- devant Ambaffadeur du Roi
en Suife , mourut le 27 Avril, âgée d'environ
66. ans .
Jean Pontas , Prêtre Docteur en Droit Canon
de la faculté , Sous- Penitencier de l'Eglife
de Paris , mourut le 28. du même mois , âgé
de 89. ans & 4. mois . Après avoir été porté à
l'Eglife de Saint Sulpice fa Paroiffe , il fur
tranfporté & inhumé en celle des Auguftins .
réformés du Fauxbourg Saint Germain,fuivant
fes dernieres difpofitions. Il étoit très connu
par l'édification de fa vie & par fon Dictionnaire
des Cas de Confcience ; dont il y a eû
plufieurs Editions.
Eftienne de Meuves , Ecuyer , Seigneur de
la Trimouille , mourut à Paris le 28. Avril
dernier , âgé de 86. ans.
Le 29. du même mois , Dame Marie Daverdouin
, Veuve de M. Jean Baptifle Tenfard ,
Auditeur des Comptes , mourut âgée de 70 ans.
Nicolas Regnault , Chevalier de Malthe ,
Capitaine
MAY. 1728. 1065
Capitaine au Régiment Meftre de Camp general
de Dragons, Seigneur de Lifort en Normandie
, mourut le premier de Mai âgé de 30. ans.
Le Comte de Lifle , Lieutenant General des
Armées du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , & Commandant
dans la Ville de Lille , y mourut au
commencement de ce mois .
Le Comte de Chamillart , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , mourut le 7.
Dame Marie- Catherine Roffignol , Epoufe
de Mr. Louis- Alexandre Croifet , Confeiller
du Roi en fes Confeils , & d'Honneur en fes
Cours , Préfident honoraire au Parlement ,
mourut le 7. Mai , âgée de 77. ans .
Dame Marie- Louife de Rouxel de Médavid
de Grancey , Veuve de Jofeph Rouxel de Médavid
, Comte de Marey , & c. ci - devant Gouvernante
des enfans de feu S. A. R. Monfieur,
Frere unique du Roi Louis XIV . & de feu
S. A. R. M, le Duc d'Orleans , mourut au Palais
du grand Luxembourg le 9 Mai , âgée de
80.ans & quelques mois .
Dame Jeanne du Tillet , âgée de 89. ans ,
Veuve de Mr. Antoine Turgot Chevalier
Seigneur de Saint Clair , Confeiller du Roi en
tous fes Confeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hotel,mourut le 12. Mai.
Loüife - Madelaine d'Orleans , Princeffe du
Sang , fille du Duc d'Orleans , premier Prince'
du Sang , & de feuë Augufte- Marie - Jeanne de'
Bade Baden , mourut au Château de Saint
Cloud le 14. du même mois , âgée de 2 I. mois
& 9. jours , étant née le 5. Août 1726. Le len
demain le corps de cette Princeffe fut porté à
-
Abbaye Royale du Val de Grace , où ilfut
mit dans le caveau de la Chapelle de la Reine
Anne d'Autriche. Letranfport fe fit avec plu-
I v fieurs
1066 MERCURE DE FRANCE:
fieurs Carroffes à fix chevaux , dans lefquels
étoient la Marquife de Pons & la Marquife de
Caftelane , des Aumoniers , &c. des Pages à
cheval & des Valets de pieds portant des flambeaux.
L'Eglife étoit tendue en blanc.
Dame Marie Cecile Moufle de Champigny
Epouse de Mr. François Guillaume Briçonnet,
Comte d'Anteuil , Préfident au Parlement en
la troifiéme Chambre des Enqueftes , mourut
le 15 Mai , âgée de 22. ans .
Claude Le Blanc, Secretaire d'Etat , ayant let
département de la Guerre , & Grand- Croix ,
Prevoft & Maître des Cérémonies de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , mourut à
Verſailles le 19. Mai dans la cinquante- neuviéme
année de fon âge. Il fut pouvû par le
Roi le 15. Juin 1726. de la Charge de Secretaire
d'Etat qu'il avoit exercée ci - devant par
commiffion , & dont il s'eft acquité à la fatiffaction
de S. M. étant incommodé d'une tumeur
qui s'étoit formée au haut de la cuiffe ,
on lui fit une operation le 17. du mois dernier,
& on en fit une feconde au commencement de
ce mois. Il fut confeffé quelques jours avant
fa mort par le Curé des Invalides , & le Curé
de Versailles lui adminiftra le Viatique. Son
corps fut tranfporté la nuit du zo . au 21. à
l'Hoftel Royal des Invalides , & après les
Vigiles chantées , il fut tranfporté à N. D. de
Paris , où il fut inhumé auprès de fon Epoufe
dans le tombeau de la Chapelle des Urfins . Ce
Miniftre eft generalement regretté .
C'eftfur unfaux Mémoire qu'on a inferé dans
le Mercure du mois dernier , entre les noms de
feue Madame la Ducheffe de Saint Aignan ,
celui de l'aubefpine.
D. Marguerite Flory de Leffart , Epoufe de
Louis - Charles le Boulanger , Chevalier , Seigneur
MAY . 1728. 1067
gneur de Chaumont , Confeiller du Roi , Maître
ordinaire enfa Chambre des Comptes , accoucha
le 30. Avril d'un fils , qui fut tenu fur
les fonts,& nommé Jofeph par Jofeph Flory
de Leffart, Ecuyer , Licentié en Théologie de
la Maifon de Navarre , & par Jeanne - Marie
Gallois , Epoufe de Thomas Barthelemi le
Boulanger de Boisfremont , Confeiller du
Roi,Maître ordinaire en fa Cour des Comptes,
Aides & Finances de Normandie.
Gabrielle Farel , Epoufe de J. Pierre du Moutier
, Chef de Fruiterie de la Reine , accoucha
le premier de Mai d'une fille, qui fut tenuë fur
les fonts & nommée Charlotte- Albertine par
Jean Albert , Prince Rhingraye de Salme , &
par Marie- Charlote Sobieska née Princeffe de
Pologne , Epoufe de Jofeph- Charles Godefroy
de la Tour d'Auvergne , Prince de Bouillon ,
&c.
2
Dame Charlote Therefe de Grammont
Epoufe de Jacques- Louis de Saint Simon, Duc
de Ruffec , Pair de France , Chevalier de la
Toifon d'Or , Vidame de Chartres , Meftre de
Camp de Cavalerie , accoucha le 7. Mai d'une
fille qui fut nommée Marie- Chriftine , Chrêtienne
, par M. Louis Duc de Saint Simon
Pair de France , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier des Ordres du Roi
Gouverneur des Ville , Citadelle , & Comté
de Blaye , Grand-Bailli & Gouverneur de Sen--
lis , Capitaine du Pont Saint Maixance , & c. &
par Dame Chriftine , Chrêtienne de Noailles,
Veuve d'Antoine Duc de Grammont , Pair &
Maréchal de France , Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes , Gouverneur & Lieu
tenant General de Bearn , de Navarre , & c.
Lvj EDIT ,
1068 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX ****
EDIT , ARRESTS ,
DECLARATIONS , & c.
AR
RREST du 30 Decembre 1727. portant
Reglement pour la fabrique des Papiers de
la Province d'Auvergne ; enfuite duquel eft le
Tarifdu poids que S. M. veut que pefent les
Rames de papier fervant à l'impreffion , &
celles de papier fervant à écrire ; & ce fur le
pied de la livre pefant 14 onces , dont voici la
teneur :
Chaque Rame de Papier, appellé grand Raifin
& moyen , pefera trente à trente - deux liv .
& celle de Bule vingt- huit à trente livres , &
celle des extraordinaires trente-deux à trentecinq
livres .
Celle des grands Raifins fins doubles ou
moyens doubles , quarante- deux à quarantecinq
livres.
Celle des Lombards , vingt - deux à vingttrois
livres.
Celle des Cavaliers carrez & Ecus fins &
moyens , 18 à 19 liv .& les Bules , 17 à 18 liv..
Celle des Carrez fins doubles ou moyens
doubles , vingt huit à trente livres .
Celle des Ecus fins & moyens , doubles
vingt- deux à vingt - trois livres.
Celle des Couronnes larges , dix- huit à dixneuf
livres .
Celle des Couronnes ordinaires , Cadrans
fins , moyens , ou Bules , douze à treize livres.
Celle des Couronnes doubles , Tellieres fines
ou moyennes , quatorze à quinze livres.
Celle du Bâtor Royal ou petit Raiſin moyen
eu Bule , dix à onze lives .
Celle
*
M A Y. 1728. 1069
Celle des Romaines fines & moyennes , dix
à onze livres.
Celle du grand Aigle fin , cent cinquante à
cent, cinquante-cinq ; & celle du Bule , cent
trente- cinq à cent quarante livres.
Celle du Colombier , cent à cent cinq livres.
Celle du Chapelet , fin & moyen , foixantequinze
à quatre- vingt livres ; celle du Bule
foixante- douze à foixante - quinze livres .
Celle des grands Jefus , foixante à foixantecinq
livres ; celle du petit Jefus moyen , neuf
à dix livres .
La grande Rame du Pesit à la main, quinze
à feize livres .
Et celle du Cartier fin ſervant aux Cartes à
joüer , douze à treize livres .
DECLARATION du Roy en faveur des
Receveurs generaux , au fujet de la fourniture
des Etapes ,& des autres affaires dont ils pourront
être chargez . Donnée à Marly le 20 Janvier
1728. Regiftrée en la Chambre des Comptes
le 19 Fevrier .
DECLARATION du Roy , concernant.
les Droits de nouvel Acqueft , & ceux fur les
Huiles & Savons. Donnée à Marly le 3 Février
1728 Regiftrée en la Chambre des Comptes ,
le 18 Mars.
ARREST du 3 Mars 1728. qui ordonne que
les Proprietaires des Droits établis fur les Sels
des Provinces de Xaintonge & d'Aunis , rap--
porteront les Titres en vertu defquels ils jouif-
Tent defdits Droits , pardevant les Commiffaires
nommez par Arreſt du 17 Decembre 1726.
ARREST du même jour , pour la Liquidation
,
1070 MERCURE DE FRANCE:
tion , tant des Offices de Secretaires du Roy &
autres près les Chancelleries Prefidiales du
Royaume , fupprimez par Edit du mois de Decembre
1727. que de tous les autres Offices &
Droits qui pourront être fupprimez à l'avenir.
DECLARATION DU ROY , concernant
les Taillables qui exploitent des biens
dans differentes Paroiffes d'une même Election,
Donnée à Verſailles le 17. Fevrier 1728 .
Regiſtrée en la Cour des Aydes , le 20. Mars.
ARREST du 20. Mars. Portant deffenfes
d'expofer ou recevoir dans les Provinces de
l'obéiffance de Sa Majeſté en Europe , aucunes
Efpeces de Cuivre deftinées pour les Colonies
de l'Amerique.
ARREST du 22. Mars . Qui proroge juf
qu'au premier d'Octobre prochain les deffenfes
cy-devant faites de faire fortir du
Royaume des Verres à vitre.
EDIT DU ROY , portant fuppreffion des
Offices de Controlleurs Provinciaux des Poftes
& Relais de France . Donné à Verfailles au
mois de Mars 1728. Registré en Parlement le
14. Avril 1728.
DECLARATION DU ROY , concernant
le Port des Armes. Donnée à Versailles
le 23. Mars 1728. Regiftrée en Parlement le
20. Avril 1728. Par laquelle S. M. ordonne
qu'à l'avenir toute fabrique , commerce , vente
, débit , achat , port & ufage des Poignards ,
Coûteaux en forme de Poignards , foit de
poche , folt de fufil , des Bayonnettes , Piftolets
de poche , Epées en bâtons , Bâtons à
ferrements , autres que ceux qui font ferrezpar
MAY 1728 : 1071
par le bout , & autres Armes offenfives , cachées
& fecrettes , foient & demeurent pour
toûjours generalement abolis & deffendus ;
Enjoint à tous Coûteliers , Fourbiffeurs , Armuriers
& Marchands , de les rompre & brifer
inceffamment après l'enregistrement des Prefentes
, fi mieux ils n'aiment faite rompre &
arrondir la pointe des Coûteaux , enforte qu'il
n'en puiffe arriver , d'inconveniens , à peine
contre les Armuriers , Coûteliers , Fourbiſfeurs
& Marchands trouvezen contravention ,
de confifcation pour la premiere fois , d'amende
de cent livres , & interdiction de leur
Maîtriſe pour un an , & de privation d'icelle
en cas de recidive , même de peine corporelle
s'il y échet; & contre les Garçons qui travailleroient
en Chambre , d'être fuftigez & flétris
pour la premiere fois , & pour la feconde
d'être condamnez aux Galeres ; & à l'égard
de ceux qui porteront fur eux lefdits Coûteaux
, Bayonnettes , Piftolets & autres Armes
offenfives , cachées & fecrettes, ils feront
condamnez en fix mois de prifon , & en cinq
cens livres d'amende , & c.
ARREST du même jour qui proroge en
faveur du Clergé les délais portez par l'Arrêt
du 31. Mars 1727. pour fournir les hommages
& leurs Déclarations du Temporel , qui doi
vent fervir d'aveux & dénombremens .
97
ARREST du 30. Mars , qui accorde un
nouveau délay de trois mois aux Bénéficiers
& Communautez Eccléfiaftiques , pour la paffarion
des Baux pardevant Notaires , de leurs
Biens & revenus , jufques & compris le dernier
Juin prochain incluſivement .
ARREST
1072 MERCURE DE FRANCE .
ARREST de la Cour de Parlement du 28.
Avril. Ce jour , les Gens du Roy font entrez ,
& Maître Pierre Gilbert de Voifins , Avocat
dudit Seigneur Roi , portant la parole , ont
dit :
Que le Roi leur a fait l'honneur depuis
quelques jours , de leur faire remettre un Libelle
manufcrit qui s'eft répandu dans fa Cour,
& dont ils apprennent que les copies courent
de main en main dans le public , Qu'on ne
peut affez s'étonner de la temerité de cet ouvrage
anonime , & que fa lecture fait fentir
par elle- même combien il eft jufte de le repri
mer.
Qu'on y voit un Ecrivain fans caractere ,
& fans nom , fe livrer aux égaremens de fon
efprit , iur des faits qui fe font paffez à la
Cour fous les yeux même du Roi , & qui intereffent
les Princes de fon fang : franchir
toutes les bornes du refpect qui leur eft dû ;
& prêter à celui qu'il affecte de défendre ,
une Apologie indécente , dont ils ont vû le
défaveu le plus folemnel de fa part.
Qu'indépendament de l'alteration & du déguifement
des faits dont ils pourroient s'expliquer
fur la foi des témoignages les plus refpectables
, on aperçoit par tout dans ce Libelle
une malignité audacieuſe , un jeu crimi
nel , dont la licence ne pourroit être excufée
quand elle n'attaqueroit que des perfonnes
d'un ordre inferieur.Mais ce qui peut - être n'eût
jamais d'exemple , c'eft qu'il porte fa temerité
fur ce que Nous avons en France de plus élevé
& de plus augufte : fur le fang de nos Rois, qui
nous infpire une veneration fi profonde , &
dont le reſpect eſt naturellement gravé dans
tous les coeurs .
Que la Cour animée de ces fentimens dont
elle
MAY . 1728. 1073
elle donne l'exemple à toute la France ne fouffrira
pas qu'on les oublie impunément : &
qu'en flétrillant des dernieres peines un pareil
Libelle , elle témoignera de plus en plus fon
zele pour la Majefté Royale , & pour la dignité
inviolable des perfonnes qui ont l'honneur
de participer à fon éclat.
Qu'ils ont pris à ce fujet les conclufions par
écrit qu'ils laiffent à la Cour , avec deux copies
du Libelle dont ils lui demandent la condamnation.
Eux retirez : Vû les deux Copies dudit Libelle
manufcrit , intitulé Memoire , commençant
par ces mots , Avant que d'entrer en matiere
, & finiffant par ceux- ci ; Au jugement
de ceux qui liront ce Memoire , dont lecture a
été faite enfemble les conclufions par écrit
du Procureur Général du Roi , La matiere fur
ce miſe en déliberation.
La Cour failant droit fur les conclufions du
Procureur Général du Roi , ordonne que ledit
Libelle fera laceré & brûlé en la Cour du Palais
, au pied du grand Efcalier d'icelui , par.
l'Executeur de laHaute Juftice. Fait inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes d'écrire , publier
, débiter ou diftribuer ledit Libelle , foit
en entier , ou par extrait , ni pareillement d'en
compofer , écrire , debiter ou publier de femblables
: & notamment à tous Imprimeurs &
Libraires d'en imprimer ou faire imprimer ,
vendre , débiter ou diftribuer ; & à tous Colporteurs
& autres de les publier , débiter ou
autrement diftribuer le tout fous peine de
punition corporelle. Enjoint à tous ceux qui en
auroient des Copies , foit manufcrites ou imprimées
, de les apporter inceffamment au
Greffe de la Cour pour y étre fupprimées.
Permet au Procureur Général du Roi d'informer
1074 MERCURE DE FRANCE :
mer pardevant M. Loüis de Vienne Confeiller
, contre les Auteurs dudit Libelle , & ceux
qui l'auroient écrit , publié , debité ou diftribué
, même contre les Imprimeurs ou Libraires
qui pourroient l'avoir imprimé ou fair
imprimer, pour les informations faites , rapportées
& communiquées au Procureur General
du Roy , être par la Cour ftatué ce qu'il
appartiendra . Et qu'à cet effet un double dudit
Libelle fera & demeurera déposé au Greffe
de la Cour , procez verbal d'icelui pràalablement
dreffé par ledit Confeiller commis , en
prefence de l'un des Subftituts du Procureur
Général du Roy , pour fervir à l'inftruction.
Ordonne en outre que le prefent Arrêt fera
lû , publié & affiché par tout où befoin fera.
FAIT en Parlement le trente Avril mil fept
cent vingt- huit. Signé , DuFRANC.
Et ledit jour Vendredi trente. Avril mil fept
cent vingt-huit , à l'heure de midi , en execution
de l'Arrêt cy- deffus , ledit Libelle y
mentionné , a été laceré & jetté au feu au bas
du grand Escalier du Palais , par Executeur
de la Haute Justice , en prefence de Nous Louis
Dufranc , l'un des trois premiers & principaux
Commis pour la Grande Chambre , effifté de
deux Huiffiers de ladite Cour. Signé , Du-
FRANC.
La plupart des Procurations que les Rentiers
des Provinces ont envoyées à Paris , n'ayant
pas été trouvées conformes à ce qui eft dit par
la Déclaration du Roy du 27 Decembre dernier
, imprimée dans le Mercure de Janvier ;
nous avons crû faire plaifir à tous les Rentiers
de rentes viageres d'inferer icy le Modele
des Procurations & Certificats de vie qu'ils
doivent
MA Y. 1728 . 1075
doivent fournir, pour parvenir à recevoir leurs
rentes viageres.
MODELE DE PROCURATION.
PARDEVANT les Notaires , &c . fut
prefent
(icy les
nom's & qualitez ) demeurant en cette Ville de
Paroiffe Saint ruë
lequel a fait & conftitué fon Procureur General
& Special
auquel il donne pouvoir de pour lui & en fon
nom recevoir des Sieurs Payeurs des Rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris, les arrérages échus
& qui écheront à l'avenir des Rentes Viageres
affignées fur les Revenus du Roy , qui appartiennent
audit Sieur Conftituant ; du reçû en
donner les Quittances & Décharges neceffaires
, & generalement , &c. Promettant , &c,
Obligeant , &c. Fait & paffé à
l'an mil fept cent
jour de
le
& a figné.
MODELE DE CERTIFICAT DE VIE.
à mettre par le Juge Royal enfuite de la Procuration
cy-deffus.
NOUS ( un tel ) noms & qualitez ,
certifions & atteſtons à tous
qu'il appartiendra que M
&
qui ont reçû & figné la Prokuration
cy- deffus font Notaires Royaux en
cette Jurifdiction , que foy doit être adjoutée
leurs fignatures , & que ledit Sieur
Conftituant denommé & qualifié
en ladite Procuration demeurant en cette
Ville de
Paroiffe Saint
rue
eft actuellement
vivant , & s'eft cejourd'hui repreſenté
pardevant
1076 MERCURE DE FRANCE .
pardevant nous , en foi de quoi nous avons
figné ces Prefentes , que nous avons fait contrefigner
par notre Greffier & y appofer le
Sceau de cette Jurifdiction . Donné à
ce jour d
fept cent vingt-huit.
mil
Les Procurations paffées par le Proprietaire
ayant droit de jouir fur la tête d'autres perfonnes
, feront faites dans cette forme.
PARDEVANT les Notaires , &c. fut pre
( ici les noms
qualitez ) demeurant en cette Ville de
Saint
rue Paroiffe
ayant droit de jouir des
Rentes Viageres cy-après fur les teftes &
(noms , qualitez
& demeures) (par rue & paroiffe) lequel a
fait & conftitué fon Procureur general & fpecia
vies de
1
auquel il donne pouvoir de pour lui & audit
nom recevoir des Sieurs Payeurs des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , les arrerages échus
& qui écheront à l'avenir des Rentes Viageres
affignées fur les revenus duRoy, & qui appartiennent
audit fieur Conftituant comme ayant
droit d'en jouirfur les teftes & vies desdits
( Repeter ici les noms & qualitez feulement
du reçu en donner les Quittances & Décharges
neceffaires , & generalement, & c . Promettant
, &c. Obligeant , &c . Fait & paflé , & c.
[ Même Legalifation par le Juge pour certi
fier que lesNotaires qui ont reçu la Procuration
font Notaires en fa Jurifdiction , que foy doi
être adjoutée à leur Signature .
Et même Certification de la vie de ceux de
quel
MAY 1728 1077
ommez en la Procuration fur les têtes defquels
les Rentes Viageres ont été conftituées ,
bfervant toujours d'en repeter les noms , furoms
, qualitez & demeures , & qu'ils se font
prefentez devant lui , faisant auffi contrefgner
fa Legalisation par le Greffier de fa Jufdiction.
]
On donnera le mois prochain deux
olumes du Mercure de France , à cause
de l'abondance des matieres .
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois
Je May , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
impreffion . A Paris , le 2. Juin 1728 .
HARDION.
Jkakak kakakakak
TABLE .
867
Explication d'une maladie qui fait périr
Ieces fugitives , Ode , le Zele ,
plufieurs Plantes ,
onnet ,
872
876
881
Memoire fur les Vitriols, la Couperoze ,& c.877
pithalame ,
Memoire fur la Teinture & diffolution de plufieurs
efpeces de Pierres ,
885
de , à la gloire de S. François Xavier , 899
Harangue
Harangue prononcée au College des Jeſuites
Sonnet ,
3
894
911
Lettre fur l'Académie de Beziers , les occupations
des Académiciens , & c.
Ode ,
Lettre fur l'Académie de Montpellier ,
Explication du Logogryphe , &c.
Nouveau Logogryphe .
Enigme ,
Explication du Logogryphe d' Avril ,
Lettres fur les Logogryphes , &c.
Logogryphes Arithmetiques ,
912
932
938
944
945
946
948
950
917
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts, &c. 967
Traité de la Taille au haut appareil , &c. 973
Traitez Philofophiques & Pratiques , &c. 978
Reimpreffion du grand Recueil de Rymer, &c.
୨୨୮
Nouvelle Edition de la Bible des Septante.
en Suiffe , & autres Nouvelles Littéraires
& c.
991
Compofition de la Thériaque à Verfailles , 1000
Programme pour un nouveau Recueil d'Ef
tampes , & c. 1002
Autres Eftampes nouvellement gravées , 1014
Airs notez ,
Spectacles ,
Parodie de Bellerophon , Extrait .
Nouvelles du Temps , de Turquie ,
De Ruffie ,
De Suede , Dannemarc ,
D'Italie ,
D'Allemagne ,
De Portugal ,
Grande Bretagne , Pays-Bas ,
1017
1018
1019
1032
1034
1036
1037
1038
1040
1041
1043
Morts des Pays Etrangers ,
France Nouvelles de la Cour, de Paris, & c. 104
Proceffion Septenaire de S. Denis , IOSO
Morts ,
Morts , Naiffances
1063
Arrêts , Edits , Déclarations , 1071
Errata d'Avril.
Age 741. ligne 15. inferée , lifez , inſeré.
P.755.1. 15. Etaples , 1. Etapes.
P. 856. 1. 16. Courtois , l . Courbois .
P. 862..1. 5. du bas , Marillac , l. Marcillac.
Ibid. 1. 21. Begou , l . Begon.
P. 866. 1. 15. Mauni , 1. Moni.
P. 904. 1. 5. Millon , ↳ Milton.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Pl. 24. les , l. ces .
Age 869. ligne 17. Etu pp , lifez , Et duppe.
P. 948.1 . 1. Logogryphe , l. Logogrif.
P. 925. 1. 13. l'acquit , 1. l'acquis.
P. 1000. 1. 2. du bas , grondes , l . grandes.
P. rocz. 1. 23. Tableaux Etrangers, 1. Eftampes.
1005. 1 18. Uline , 1. Udine. P.
P. 1007. 1. 30. Combier , I. Colombier.
L'Air noté doit regarder la page
1013
CA1274
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à preſent .
Jouft ,
Uin & Juillet 1721 .
2. vol
Novembre & Decembre
Aouft Septembre , Octobre ,
Janvier & Fevrier 1722 .
5.
vol
2. vol.
Mars 1722.
Avril.
2. vol
1. vol.
Mai . 2. vol
Juin , Juillet & Aouſt.
Septembre .
3. vol
2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre. 2. vol.
Decembre. I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre doubles.
13.
vol
.
Année 1725. les mois de Juin ,
14.
vol.
de Septembre & de Decembre
doubles .
Année 1726. les mois de Juin
15. vol.
& de Decembre doubles.
Année 1727. les mois de Juin
14.
vol.
& de Décembre doubles .
Les cinq mois de 1728 .
14.
vol
S. vol.
98.
vol.
John
Bigelow
to the
Century
Association
*DM
Mercy
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT,
Chez
AVRIL.
1728.
QUE
COLLIGIT
STARGITE
A PARIS , IR
GUILLAUME CAVELIER , ruë
S.Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conti,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roië
THE NEW YORKI
PUBLICI
35454
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS .
1905 ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ;
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
9
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
jageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
}
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY.
AVRIL. 1728 .
XXXXXXXX **************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O D E.
Sur la verité de la Religion Chrétienne .
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort
Lamaury.
Efcends des demeures Celeftes ,
D Aimable & fainte Verité ;
Des préjugez les plus funeftes .
Viens découvri tla fauffeté.
A ij Qu'aux
652 MERCURE DE FRANCE ,
Qu'aux accens que ma Lyre enfante ,
L'impieté pâle & tremblante ,
N'ofe plus élever fa voix.
C'eſt l'efprit divin qui m'inſpire :
Que l'Incrédule écoute , admire ,
Et ne fuiye point d'autres loix .
Mortels , dans la vafte Carriere ,
Qu'il faut ici bas parcourir ,
De la Foi fuivez la lumiere ,
Qui s'offre pour vous fecourir :
Que Jeſus foit feul votre guide ,
D'une Religion folide ,
Lui feul pofa les fondemens.
Foibles humains , la raifon même ,
Ne fait , fans un fecours fuprême ,
Qu'augmenter vos égaremens.
On vit tous les Peuples celebres ›
De la payenne Antiquité ,
Livrez à d'épaiffes ténebres ,
Chercher en vain la verité .
L'Egypte , de qui la ſageſſe ,
Paffa
AVRIL. 1728.
653
Paffa chez la fuperbe Grece ,
Aux bêtes dreffoit des Autels ;
Les Grecs attribuoient des vices ,
Des foibleffes & des caprices ,
A leurs prétendus Immortels .
En vain , ceux qu'ils appelloient Sages ,
Frappez de tant d'abfurdité ,
Ont , comme au travers des nuages ,
Entrevû la Divinité ;
Leurs foibles & fombres lumieres ,
N'ont pû de tant d'erreurs groffieres ,
Faire revenir l'Univers .
Vous feul , éternelle Sageffe ,
Pouviez diffiper notre yvreffe ,
Et nous délivrer de nos fers.
219
Par vous tout a changé de face ;
Les faux Dieuxfont abandonnez ;
Que de coeurs cedent à la Grace ',
Qui dompte les fens mutinez !
Les maximes les plus feveres ,
Ni l'obscurité des Myfteres ,
A iij Ne
654 MERCURE DE FRANCE .
Ne rebutent plus les Mortels .
Jufqu'au milieu de Rome même ,
Je vois au feul Etre fuprême ,
Elever de nouveaux Autels.
讚
Où fuis-je ! quels nouveaux prodiges ,
Trappent & raviffent mes fens !
Les démons , peres des preftiges ,
Tentent des efforts impuiffants.
Tel qu'on voit tomber fur la terre ,
Un Aigle frappé du Tonnerre ,
Simon tombe aux yeux des Romains,
Loin de courir à la vengeance ,
Néron reconnoît la puiffance ,
Du Maître abfolu des Humains.
讚
En vain pour dompter le courage ,
Des Adorateurs de Jefus ,
Les Tyrans tranfportez de rage ,
Cherchent des tourmens inconnus.
Le fer , l'activité des flammes ,
Ne peuvent effrayer leurs ames ,
Grand Dieu , c'est toi qui les foutiens ;
Ils
AVRIL. 655 1728 .
Ils refteront inébranlables ,
Et de leurs cendres refpectables ,
Renaîtront de nouveaux Chrétiens.
Du Ciel , la lumiere éclatante,
Eclaire enfin les Empereurs ;
Affez l'Eglife gémiſſante ,
A fouffert d'injuftes fureurs .
Conftantin , avec confiance ,
Du fuperbe Tiran Maxence ,
Vient réprimer les attentats :
Les temps font venus de connoître ,
Que le Dieu dés Chrétiens eft Maître
Du fort de tous les Potentats ,
Sectateurs des affreux fyftêmes ,
D'un Monftre en tous lieux déteſté ,
Ne croyez pas par des blafphêmes ,
Mettre en fuite la vérité .
Malgré vous , fa clarté vous preffe ;
Votre ame elle -même fans ceffe ,
Vous annonce un Etre Eternel ;
On ne tâche d'être incrédule ,
A iiij Que
656 MERCURE DE FRANCE :
Que pour s'affranchir du fcrupule ,
Qui tourmente un coeur criminel.
Seigneur , que tes Loix font aimables !
Que j'y découvre de beauté !
De tes jugemens redoutables ,
Qu'ils me prouvent bien l'équité ! .
Comment ofez-vous , fecte inique ;
Publier que la politique
A feule élevé nos Autels?
Eût-elle inventé des Myſteres ,
Et des maximes fi contraires
Aux préventions des Mortels ?
XX
SUITE
DE LA TRAHISON PUNIE ,
V
Alere n'avoit jamais vû l'aimable
Laure ; à peine fut- il arrivé à Ca-
'dix , que le fort la prefenta à fes yeux
avec tous les charmes . L'arrivée de la.
Flote avoit attiré tous les Habitans fur
le Port ; les fenêtres des maifons les plus
yoifines étoient ornées de tout ce que la
beauté
AVRIL 1728. 657
beauté
peut étaler de plus flateur. Valere
parcourut des yeux toutes les Dames que
la curiofité y avoit raffemblées ; mais une
feule lui parut avoir tant d'avantage fur
toutes les autres , qu'il fentit naître dès
ce moment une paffion qui ne devoit finir
qu'avec fa vie. L'interêt que fon coeur
prenoit à cette charmante perfonne , le
porta à demander qui elle étoit : que devint-
il ? ou plutôt de quel coup de foudre
ne fe fentit-il pas frappé au nom de Laure !
une fueur froide s'empara de fon corps :
O fortune , dit- il en foupirant tout bas ,
où m'as -tu conduit ? il voulut ſe retirer ,
pour prévenir une défaite qui n'étoit déja
que trop avancée ; mais l'Amour arrêta
fes pas malgré lui ; des regards qu'il détournoit
aufli- tôt qu'ils s'étoient échap
pez vers l'objet aimé , lui faifoient boire
à longs traits le fatal poifon qui le dévoroit.
Il eut enfin recours à la fuite ,
mais ce ne fut pas fans emporter avec lui
le trait mortel dont Laure l'avoit bleffé .
Il paffa trois ou quatre jours dans une
perplexité la plus cruelle qui fût jamais.
Son coeur balançoit entre l'amour & l'amitié
; mais il s'appercevoit malgré lui que
l'amour étoit toûjours le plus fort . Il
avoit d'abord gagné fur fa paffion de ne
point voir l'aimable ennemie de fon repos
; il s'étoit même flaté d'en triompher
A v en
658 MERCURE DE FRANCE .
en la fuyant. Foibles réfolutions qui ne
fervirent qu'à irriter fes defirs !
Il ceda enfin à fa foibleffe ; il ne regarda
plus fon ami qu'avec des yeux de
Rival ; fous ce nom fatal , ce même Octave
qu'il avoit tant aimé lui devint odieux ;
il oublia qu'il lui avoit fauvé la vie , &
ne fongea plus qu'à lui difputer la poffeffion
d'un objet qui pouvoit feul le rendre
heureux. Dans cette réfolution , il appuya
les bruits qui s'étoient répandus fur
le mariage d'Octave . Dom Pedro ne concevoit
point par quelle efpece de miracle
une fable qu'il avoit inventée étoit
devenue une verité ; mais outre que ce
pouvoit être un effet du hazard , il n'eut
pas beaucoup de peine à croire ce qu'il
fouhaitoit , & ne prit nul foupçon fur le
veritable motif qui faifoit agir Valere .
Revenons à la trifte Laure. Elle avoit
appris l'arrivée de Valere , elle s'étoit flattée
que ce fidele ami de fon Amant viendroit
aufli -tôt la raffurer contre de faux
bruits qu'elle imputoit toûjours au lâche
Dom Pedro ; cependant ces bruits s'augmentoient
tous les jours , & Valere ne fe
montroit point à fes yeux : que de raifons
pour croire Octave infidele ! elle
paffa trois ou quatre jours dans une
cruelle incertitude ; mais ne pouvant la
foutenir plus long- temps , elle fit dire à
Valere
A V.RI L. 1728. 659
Valere qu'elle fouhaitoit lui parler chez
elle. Valere qui bruloit d'impatience de
la voir , fe rendit auffi - tôt à fes ordres .
J'aurois à rougir , Madame , lui dit- il en
l'abordant , de ne vous rendre que par
obéiffance un devoir indifpenfable ; mais
la douleur mortelle où ma préſence devoit
vous plonger , m'a fouftrait à vos
yeux. Eh ! comment pouvois- je me réfoudre
à vous déclarer que vous n'aimez
qu'un infidele ? O ciel ! s'écria Laure ,
il est donc vrai ! Octave m'a trahie ! A
ces mots elle tomba évanouie dans un
fauteuil ; un cri que fit Valere , attira quelques
Domestiques de Laure dans fa Chambre
: ce ne fut pas fans peine qu'on la fit
revenir de fa pamoifon ; mais elle ne recouvra
l'ufage de fes fens que pour fouffrir
tout ce qu'on peut éprouver de plus cruel
dans une fituation auffi douloureufe . Valere
affecta d'excufer fon ami fur la néceffité
où il s'étoit trouvé réduit d'époufer
une riche Veuve qui pouvoit feule
relever fa fortune. Je n'ofe , ajoûta -t il
m'acquitter d'un emploi dont il m'a chargé.
Et quel eft cet emploi , répondit Laure
? pouvez - vous épargner une malheufe
à qui vous avez déja donué la mort ?
Valere, après s'être long-temps fait preffer,
lui remit entre les mains la Lettre dont
Octave l'avoit chargé pour un ufage bien
A vj
different.
660 MERCURE DE FRANCE :
Votre infidele Amant , lui dit - il , vous
quitte du ferment que vous lui fîtes à fon
départ , de n'être jamais qu'à lui ; ce papier
en eft dépofitaire , & il fe rend affez
de juftice pour fe croire indigne de votre
amour. Cette infultante reftitution d'une
Lettre que l'Amour même avoit dictée ,
remplit le coeur de Laure d'une jufte indignation
; elle déchira en mille pieces
ce honteux témoin de fa foibleffe , & rappellant
toute fa fierté : » Octave , dit - elle ,
»n'avoit pas befoin de prendre cette in-
» jurieufe précaution pour remettre en
» pleine liberté un coeur que fa trahison
»n'a que trop dégagé. Ce coeur qui s'é-
» toit attaché à lui ,tout profcrit qu'il étoit,
»rentre heureufement dans fes droits ;
» & s'il peut le fouvenir encore qu'il l'a
aimé , ce ne fera que pour le haïr da-
» vantage. A ces mots , elle pria Valere
» de fe retirer.
Il ne fut pas plutôt forti de chez Laure,
qu'il courut chez lui pour confommer fa
trahifon. Il écrivit à Octave , il lui confirma
par fa Lettre le malheur qu'il avoit
craint, & lui apprit que Laure avoit épousé
le parent du Gouverneur. A quel defefpoir
ne s'abandonna pas le malheureux
Otave , à cette funefte nouvelle . Il fe
feroit donné la mort , fi tout ce qu'il avoit
d'amis dans les Indes ne fe fuffent oppo-
Lez
AVRIL 1728. Gor
fez à la fureur ; ils lui firent entendre que
1 la perte d'un coeur ingrat ne méritoit pas
un fi fanglant facrifice . Il paffa quelques
jours dans une cruelle irréfolution ; mais
enfin le dépit l'emporta fur une foibleffe
e qu'on ne ceffoit de lui reprocher , il ne
refpira plus que vengeance ; & comme
fon injufte Patrie l'avoit plongé dans le
malheureux état où il fe voyoit , il lui
déclara une haine mortelle .
Plein d'un reffentiment dont la colere
lui cachoit l'injuftice , il vendit toutes les
poffeffions qu'il avoit acquifes dans le lieu
de fon exil ; il arma quelques Vaiffeaux &
fit voile vers les Royaumes de Fés & de
Maroc , pour y être plus à portée de fignaler
fa vengeance contre fes compatriotes.
Laiffons - le voguer au gré des vents
pour revoir une Amante , qui , malgré
La trahifon prétenduë , ne lui étoit que
trop fidelle.
Dom Pedro renouvella fes perfécutions,
fondé fur l'infidelité d'Octave ; le Gouverneur
redoubla fes follicitations en fa
faveur auprès du pere de Laure , qui
voyant le plus grand obftacle levé , fe
flatta d'y réfoudre fa fille . Valere commença
de craindre d'avoir fait un crime
infructueux ; mais fa crainte étoit mal
fondée : Laure fut fi ferme dans l'averfion
qu'elle avoit conçue pour l'indigne Dom
Pedro
662 MERCURE DE FRANCE.
1
Pedro , que tout ce que l'Auteur de fes
jours put obtenir d'elle , fut qu'à l'exclufion
de ce monftre , il pouvoit difpofer
de fa main pour tout autre. Cette rélolution
de Laure fit naître quelque rayon
d'efperance dans le coeur du traître Valere
; il rendit quelques vifites à Laure ,
dans lesquelles il ne laiffa appercevoir que
des civilitez de bienféance ; il fçut fi
bien fe contraindre à fes yeux , qu'elle
ne crut voir en lui qu'un ami fincere ,
au lieu d'un Amant ; la diffimulation de
ce perfide , alla fi loin , qu'il s'infinua
dans fa confidence ; mais il paya cher
cet avantage . Laure lui laiffoit toûjours
voir à travers la colere qui l'animoit contre
fon infidele , des reftes de flammes
mal éteintes . Il fe flatta pourtant que s'il
étoit jamais affez heureux pour devenir
fon époux , elle facrifieroit enfin fon
amour à fon devoir.
Soutenu d'un fi doux espoir , il continua
fes affiduitez auprès d'elle , il s'attacha
fur tout à faire fa cour à fon pere , qui
n'ayant rien de plus à coeur que l'établiſſement
d'une fille unique , auffi tendrement
aimée qu'elle méritoit de l'être , lui fit
connoître un jour qu'il fe croiroit trèsheureux
de faire un Gendre d'un ami auf
attaché à fa maifon qu'il le paroiffoit.
Valere reçut cette propofition avec beaucoup
AVRIL 1728. 662
Coup de fenfibilité pour l'honneur que fon
alliance lui feroit ; mais il lui dit que
l'attachement que fa fille confervoit encore
pour Octave , oppofoit un obſtacle
invincible à un projet fi glorieux pour
lui. Le pere de Laure lui promit de lever
ces difficultez qui lui paroiffoient infurmontables
, & lui apprit que fa fille
l'avoit rendu arbitre de fon fort fur le
choix d'un époux , pourvû que ce ne fût
pas Dom Pedro. Valere feignit toûjours
beaucoup d'indifference pour un Hymen
qu'il n'acceptoit ni ne refufoit ; il remit
tout entre les mains du pere , fans témoigner
ni penchant ni averfion pour la fille.
Dom Alonfe ne perdit pas un feul
moment pour executer un projet qui lui
paroiffoit fi avantageux pour Laure . I
commanda qu'on la fit venir dans fa
Chambre Ma fille , lui dit-il en l'embraffant
avec beaucoup de tendreffe
>> voulez -vous me priver de la douce con-
»folation de vous voir établie pendant
>>le pcu de jours qu'il me reste à vivre ?
Je ne vous preffe plus fur l'Hymen de
»Dom Pedro ; l'averfion que vous avez
» pour lui n'eft que trop jufte , & je ſe-
» rois le premier à vous détourner du choix
» d'un mari fi indigne de vous , fi votre
>> coeur avoit pû le faire fans mon aveu .
» Les débauches qui le deshonorent tous
»les
664 MERCURE DE FRANCE.
de
>>la
>>in
he
ref
>>m
»au
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»ric
c'e
≫p
»tre
Сс
»po
les jours , me font remercier le Ciel
» des obſtacles que vous avez apportez à
» une alliance à laquelle j'avois d'abord
>> eu la foibleffe de confentirs mais après
» l'infidelité d'Octave , il y va de votre
>> gloire de prendre un nouvel engage-
>>ment ; voulez - vous qu'il fe vante d'être
» toûjours aimé de vous , tandis qu'il eft
entre les bras d'une autre. Ne le laiffez
» pas joüir plus long- temps d'un avantage
»fi flatteur pour fa vanité , & ne balancez le
» plus à accepter un époux de la main
>> d'un pere qui vous aime. Eh ! qui vou-
» droit , lui répondit elle , s'attacher au
» fort d'une infortunée , dont le coeur a
» brulé pour un ingrat qu'elle ne fçau- &
roit oublier, malgré l'exemple de la plus
» noire de toutes les perfidies ? C'eſt cette
» même raiſon , reprit Dom Alonſe , qui
>> droit vous déterminer à accepter le parti
>> que je viens vous offrir. Vos premiers
>> engagemens n'ont fait que trop de bruit; fe
» aucun n'ofe plus vous rechercher , quoi- je
» que votre beauté & vos richeffes vous » (e
»donnent lieu de prétendre à la gloire de
>> vous voir entourée d'une foule d'Ado-
>> rateurs , on ne veut pas fe rendre mals22aheureux
par la poffeffion d'une femme
>> qui feroit le bonheur d'un époux , ſi ſon
»coeur n'étoit point prévenu pour un
Amant indigne d'y regner. Il eft temps
» de
Den
ce
»m
"9
p
» હિં
V
t
» I
ใน
1
AVRIL: 1728.
669
>>
de m'épargner le regret mortel de vous
» laiffer fans établiffement . Le Ciel m'a
>> infpiré un choix qui peut vous rendre
»heureuſe , & vous ne pouvez vous y
»refufer fans trahir la promefle que vous
>> m'avez faite d'accepter de ma main tout
» autre époux que Dom Pedro. Le choix
dont je vous parle , continua - t- il , n'a
»rien qui ne doive vous plaire , puifque
»c'eft Valere que je vous deftine. Va-
» lere , s'écria Laure toute furprife , fe .
>> pourroit - il qu'il eût pour moi d'au-
>>tres fentimens que ceux d'une amitié
compatiffante : Il ne t'aime point , ré-
» pondit Dom Alonfe , mais il t'eſtime ,
»& les noeuds de l'Hymen acheveront
>> entre vous cette union des coeurs fi né-
» ceffaire à la félicité du mariage . Ah !
>> mon pere , répondit Laure en foupirant ,
"que m'ordonnez - vous ? Valere n'ignore
>> point les tendres fentimens que je con-
»ferve encore pour l'infidele Octave ;
» je lui ai fait des ouvertures de coeur qui
»feroient toûjours prefentes à fon fou-
» venir , & quand je pourrois l'aimer au-
>> tant que j'ai aimé fon indigne ami , il ne
» m'en croiroit pas , & s'abandonneroit à
une jaloufie qui me rendroit encore plus
» malheureufe que l'infidelité d'Octave .
Dom Alonfe n'oublia rien pour la raffurer.
Il lui fit un portrait avantageux
de
666 MERCURE DE FRANCE.
de fon futur époux ; il lui dit qu'il avoit
déja fa parole , & qu'il alloit l'affurer de
fon confentement .
Laure n'eut pas la force de réfifter davantage
à la volonté d'un pere qui n'a- ·
voit rien de plus cher que fon bonheur ,
dans le temps même qu'il travailloit à la
rendre malheureuſe .
Valere n'eut pas plutôt appris ce que Dom
'Alonfe avoit fait en fa faveur , qu'il cou
rut à l'Appartement de fon aimable fille ,
pour l'affurer qu'il ne prétendoit pas faire
la moindre violence au panchant de lon
coeur . Il lui protefta qu'il n'avoit pù ſe
deffendre d'accepter l'honneur que Dom
Alonfe lui avoit bien voulu faire , mais
qu'il l'avoit prié de ne la point contraindre.
» Je fçais , lui répondit la trifte
Laure , qué vous en avez agi en galant
» homme , & je n'ai aucun fujet de me
>> plaindre ni d'un pere qui n'a que mes
» interêts en vûë , ni d'un ami qu'une,
pitié genereufe a attaché à mon fort ;
»j'obéis à l'un par devoir , & je confens
à être à l'autre fans répugnance : mais
» promettez - moi , Valere , que vous ou-
>> blierez pour toujours que j'ai aimé Oc-
"tave , & que peut être je l'aime encore.
C'est pour la derniere fois que je
>> vous fais un aveu qui vient d'échapper
» à ma fincerité , & j'efpere que je n'au
-
>> rai
AVRÍL. 1728. 667
rai plus lieu de vous le faire ; le foin de
> mon devoir où je vais me livrer toute
» entiere , arrachera , fans doute , de mon
»coeur une image qui blefferoit ma gloire;
j'acheverai d'étouffer les reftes d'une
>>flamme incompatible avec la fidelité que
je dois à celui à qui le ciel a réſolu de
m'unir pour jamais . Elle n'en dit pas
davantage , & Valere la quitta après lui
»avoir affuré qu'il étoit trop perfuadé de
»> fa vertu , pour former jamais le moin-
» dre foupçon dont elle pût s'offenfer.
ود
Le bruit de ce mariage fut bientôt divulgué.
Dom Pedro n'en apprit la nouvelle
qu'avec rage ; il commença à foup-
Conner quelque chofe de la verité . Quoique
Valere n'eût jamais paffé pour Amant
de Laure , Dom Pedro s'imagina qu'il
auroit bien pû cacher le plus ardent amour
fous une feinte indifference , & trahir, fon
ami Octave , en confirmant la prétendue
infidelité dont il avoit trouvé le bruit
établi à fon retour des Indes. Il jura d'en
prendre vengeance ; on ne parloit plus
d'Octave depuis qu'il s'étoit embarqué ,
il fe flatta qu'il auroit péri fous les flots ,
& crut n'avoir point d'autre Rival à s'immoler
, que celui qui alloit lui ravir le
fruit de fon impofture ; c'eft ainfi que le
Ciel fe fert des traîtres mêmes pour punir
les traîtres , & qu'il deftine ces for
tes
668 MERCURE DE FRANCE.
tes de monftres à s'entre- détruire .
Les menaces que Dom Pedro faifoit avec
éclat , jointes à la colere du Gouver
neur , qui ne pouvoit fouffrir qu'on préferât
Valere à fon Parent , au mépris des
follicitations qu'il avoit faites ch fa faveur
, déterminerent Dom Alonfe à faire.
le Mariage de Valere & de fa fille hors
de Cadix.
que
nee
que
devi
tes
clan
D
Ton
avan
onde
le je
Cu'il
mes.
Vitu
atrol
tpot
reip
rate
Un Château fitué fur le Rivage de la
Mer fut choifi pour cette augufte ceremonie
. Tous les Parens de Valere & de
Laure furent priez de la Nôce ; la compagnie
fut des plus nombreuſes , & compolée
des perfonnes les plus diftinguées
de l'un & l'autre fexe . Une Chapelle du
Château fut magnifiquement ornée , ce
fut là que Laure fut conduite au pied de
l'Autel , comme une victime qui ſe ſacrifioit
volontairement à fon devoir , &
qui ne laiffoit pas de gémir du facrifice ,
tout volontaire qu'il étoit. Valere s'ap- Ed
perçut de la douleur de fon époufe , &
commença dèslors à fentir les premiers le
traits d'une jaloufie à laquelle il avoit
promis de ne jamais ouvrir . fon coeur . Il
diffimula le chagrin que lui caufoit la
douleur fecrette de Laure , il reçut fes facrez
fermens avec des tranfports de joye
apparents ; les Affiftans en reçurent une
fatisfaction generale , & l'on n'auguroit Bi
que
les
d'ur
Riv
Ten
A V RI L. 1728. 669
que plaifir & que félicité d'une union qu'une
eftime réciproque formoit, en attendant
que l'Amour y mît le dernier fçeau ,
devint enfant du devoir ; lorfque les voutes
de la Chapelle retentirent d'horribles
clameurs .
&
Deux Brigantins , que la fécurité où
l'on étoit , avoit empêché de découvrir
avant qu'ils abordaffent le Rivage , l'in-
' onderent tout à coup de Corfaires , qui
fe jettant en foule , le fabre à la main , dans
la Chapelle où Laure venoit d'engager
fa foi à Valere , firent autant d'Eſclaves
qu'ils y trouverent de Cavaliers & de Dames.
Le feul Valere fe garantit de la fervitude
par une honteufe fuite , & n'ofa
affronter la mort pour deffendre fon
époufe ; la vieilleffe de Dom Alonſe fut
refpectée ou plutôt méprifée de ces Pirates
qui ne voulurent pas fe charger d'un
Efclave inutile .
Quelle fut la douleur de Laure , quand
elle le vit arracher avec violence d'entre
les bras d'un pere tendrement aimé , &
d'un époux que le devoir commençoit à
lui rendre cher ; elle fut traînée jufqu'au
Rivage , au milieu des clameurs de toutes
les autres proyes de ces inhumains raviffeurs.
On les embarqua dans les deux
Brigantins , qui à force de Rames , eurent
bientôt joint un Vaiffeau de haut,
bord
370 MERCURE DE FRANCE.
bord qui les attendoit en pleine Mer
Dans ce Vaiffeau étoit le Chef de ces
Pirates , qui s'appelloit Marat - Raya , nom
redoutable par une infinité de prifes que
ce fameux Corfaire avoit déja faites dans
le Détroit de Gibraltar. Tous les Efclaves
furent amenez dans fon bord. Sa
Chambre étoit tenduë de noir , pour marquer
la profonde trifteffe qui regnoit dans
fon coeur quel trifte préfage pour ceux
le fort venoit de faire tomber dans
fes fers ! Ce fut devant lui que Laure fut
amenée , réſoluë à fe donner la mort plutôt
que de fe voir expoſée à la moindre
indignité .
que
De quel étonnement ne fut - il pas frappé
à la vûë ! fon nom qu'il avoit déja
entendu prononcer, & qui ne
& qui ne lui étoit pas
inconnu , lui avoit caufé un trouble que
fa prefence redoubla ; elle ne s'en apperçût
pas d'abord , parce que la frayeur dont
elle étoit faifie , lui faifoit baiffer les yeux
devant celui que la fortune cruelle venoit
de rendre arbitre de fon fort ; mais
rappellant toute fa fermeté , elle ofa enfin
l'envifager par un effet de la prévention ,
elle ne vit en lui qu'une férocité qui acheva
de l'allarmer . Ses yeux où étoit peint
le defefpoir qui regnoit dans fon ame
n'annoncoient rien que de finiftre ; une
barbe négligée qu'il avoit laiffé croître
>
depuis
AVRIL. 1728. 67F
depuis qu'il avoit embraffé le métier de
Corfaire , couvroit une partie des traits
de fon vifage ; fon front ,dont une espece
de Turban rouge , fymbole de fon humeur
fanguinaire , déroboit la moitié aux
regards de ceux qui ofoient foutenir les
Tens empruntoit de la fureur des rides
que l'âge ne lui avoit pas encore donnez .
Tel parut d'abord Marat- Raya aux yeux
de la tremblante Laure ; mais rappellant
peu- à - peu des traits qu'elle croyoit avoir
vûs autrefois.; » Où fuis - je , s'écria - t- elle ?
» Où fuis - je moi- même , s'écria t - il en
» même- temps ? O fortune , cft-ce pour
me venger d'une infidelle que tu la fais
tomber en ma puiffance.
A ces mots Laure ne put plus méconnoître
Octaves elle voulut fe retirer dans
la jufte indignation que fes reproches lui
voient caufée : », Fuyez , lui répondit Ocatave
, tout arbitre que je fuis de votre
fort , je ne fçaurois porter la violence
jufqu'à vous condamner à foutenir la
prefence d'un objet d'autant plus odieux ,
qu'il vous reproche la plus noire de
toutes les perfidies. Quoi ? dit - elle ,
c'eft un monftre d'infidelité qui m'appelle
perfide : Moi infidele ! répondit
Octave , de quel nom m'accablez - vous,
après m'avoir fi indignement manqué
de foy un figne qu'il fit de la main ,
>> obligeant
672 MERCURE DE FRANCE,
"obligeant tous les gens de fe retirer :
>>Pouvez- vous nier , pourfuivit- il , que
» vous ne vous foyez donnée à un autre
» après m'avoir juré de n'être jamais qu'à
"moi? Lâche , lui répondit Laure , de
» quel front ofes -tu m'accufer d'une infi-
» delité dont tu as été le premier à me
»tracer le chemin ? je ne t'ai été que trop
» fidelle, malgré ton inconftance , puifque
" ce n'eft que d'aujourd'hui que je me
»fuis donnée à Valere. A valere ! reprit
» Octave avec précipitation ! quoi ! ce
» n'eft pas Dom Pedro qui eft votre
époux jufte Ciel ! que vous me fai-
»tes entrevoir de perfidie dans l'ami le
» plus lâche & le plus indigne qui fût ja-
»mais : Ah ! cruel , répliqua Laure , juf-
» qu'où va ta tyrannie ? tu voulois done
» pour rendre ton triomphe plus parfait
» me rendre efclave de ma foi , après avoir
» violé la tienne , & te vanter dans les
» bras de ma fuperbe Rivale , d'être en-
» core l'arbitre de mon deftin , après
» m'avoir fi indignement abandonnée ?
mais non, pourfuivit elle ; tu as été plus
» équitable , tu as mieux ufé de la vic-
"toire , & tu as bien voulu me permettre
» de difpofer de moi , en me renvoyant
» par Valere la Lettre qui étoit dépofitaire
»de mes fermens. Ne m'en dites pas davantage
, dit Octaye , nous avons été
» égaleAVRIL.
1728. 673
"
Ȏgalement trahis , mais avec cette difference
que je vous ai gardé ma foy ,
malgré votre inconftance prétenduë , &
» que la vôtre n'eft plus à vous : Quoi !
» s'écria douloureulement Laure : Valere
» m'a donc trompée , & je viens de lui
» engager ma foi ! que je fuis malheureu-
» fe ! C'eſt à moi , répondit Octave , à fi-
» nir le cours de vos malheurs , en tran-
"chant les jours d'un perfide , indigne de
» jouir de la lumiere , c'eſt dans fon fang
» que je dois expier fa trahiſon , & je
»jure .. Arrêtez , lui dit Laure , n'ache-
»vez pas un ferment dont l'execution
» vous rendroit execrable aux yeux de la
plus tendre Amante qui fût jamais : Val
» lere vous à trahi : Valere m'a trompée ,
»>il eft indigne de vivre ; mais tout noirci
» qu'il eft par une perfidie qui doit me le
>> rendre odieux , il eft mon époux , & je
dois regarder comme mes plus mor-
» tels ennemis tous ceux qui attenteront
>> fur les jours .
"3
Cette converfation qui devenoit toûjours
plus affligeante & plus tendre d'une
& d'autre part , auroit duré plus long - tems,
fi Laure n'eût fait appercevoir Octave
qu'elle ne pouvoit la prolonger fans expofer
fa gloire. Octave ne put blâmer
une précaution qui lui rendoit fa verru
toûjours plus chere , quoiqu'elle le pri-
B vât
674 MERCURE DE FRANCE:
vât de la vûë de tout ce qu'il adoroit : il
confentit à une fi trifte féparation ; mais
ce ne fut qu'en lui cedant fa Chambre
& en y appellant toutes les Dames qui
avoient été prises avec elles . Il les affura
d'une prochaine liberté , & fortit pour donner
ordre à les faire fervir avec tout le
refpect que leur fexe & leur qualité de
mandoient.
Elles ne fçavoient que penfer d'un changement
auquel elles s'étoient fi peu atten,
duës ; elles rendirent graces à Laure de
la liberté dont le Pirate venoit de les
flatter: » N'en préfumez rien , leur répon-
» dit Laure , qui bleffe ma gloire , je ne
>> puis vous en dire davantage , vous ferez
>> mieux inftruites quelques jours ; qu'il
» vous fuffife de fçavoir que vous n'avez
»rien à craindre des Barbares qui vous
» ont enlevées ; je rends graces au Ciel
>> d'avoir contribué au recouvrement d'une
>> liberté que vous n'avez perdue que pour
>> moi.
On ne tarda pas à leur apporter des
rafraîchiffemens dont elles avoient grand
befoin , après les vives allarmes que leur
efclavage leur avoit caufées ; on leur fervit
enfuite à fouper , & Octave fut affez
difcret pour ne s'y point trouver , de peur
que quelques regards ne trahiffent le fe .
cret de fon amour pour Laure.
Il
AVRIL. 1718. 975
Il paffa toute la nuit à penfer à ce qui lui
étoit arrivé dans une journée fi affligeante
& fi confolante pour fa tendreffe . Quoiqu'il
fût déja préparé au malheur de fçavoir
la chere Laure au pouvoir d'un époux,
fa douleur s'étoit renouvellée à la vue de
fon Amante ; il ne l'avoit jamais trouvée
fi belle , & c'étoit la perdre doublement
que de la perdre fidelle ; mais cette même
fidelité adouciffoit fon malheur ; il
en étoit toûjours aimé ; Valere ne l'avoit
point encore poffedée , & il fe Aattoit
qu'un mariage fondé fur la plus indigne
fupercherie , feroit d'autant plus facile à
caffer , qu'il n'avoit pas été conformé.
Mille pallions differentes qui l'agitoient
tour- à- tour , ne lui permirent pas de goûter
un moment de repos. Laure ne fut
guere plus tranquille ; quel combat ne ſe
fit-il pas dans fon coeur entre fon devoir
& fon amour ? Elle avoit retrouvé fon
cher Octave plus fidele qu'elle n'auroit olé
le prétendre , après la perfidie dont on
Pavoit noirci auprès de lui . Cette hor
rible tromperie étoit l'ouvrage de Valere.
Que de raifons pour le hair ! mais ce
même Valere étoit fon époux que les
loix ne lui impofoit pas fon devoir ? Il
eft temps de finir des peines que ces
fideles Amans n'ont pas méritées , &
de punir les traitres qui ont mis leur
Bij conf676
MERCURE DE FRANCE .
;
conftance à de fi cruelles épreuves .
Octave ſe leva dès qu'il fut jour , & fit affembler
le Confeil. Tous les Officiers fe
rendirent à fes ordres . Il en étoit également
aimé & refpecté il les avoit choifis luimême
en partant des Indes ; fa valeur &
fon exactitude à partager avec eux tout
le butin que le fort mettoit en fa puiffance
, lui avoient acquis leur confiance . Il
leur dit en peu de mots que la Dame avec
qui il avoit eu un entretien , lui avoit révelé
des fecrets qu'il lui importoit d'ap
profondir , & qu'il ne le pouvoit qu'en
Pallant remettre lui - même à fon pere , qui
étoit un des principaux de Cadix . Cette
propofition fit trembler tous fes Officiers ;
ils parurent prêts à lui defobéir pour la
premiere fois , à la vûë du péril où il alloit
s'expofer ; mais il leur fit bien entendre
que tous les prifonniers qu'il leur
laifferoit entre les mains , feroient des
ôtages plus que fuffifans pour leur répondre
de fa vie , & leur fit efperer une rançon
fi confiderable les foins qu'il prendroit
de la proportionner aux facultez
de leurs Efclaves , qu'ils fe rendirent à
tout ce qu'il exigea de leur zele & de leur
bienveillance .
par
Il s'informa auffi - tôt de ceux qu'il avoit
commis à la garde des Dames , fi elles
étoient vifibles ; on l'affura de leur part
qu'elles
AVRIL. 1728. 677
!
qu'elles recevroient fa vifite quand il le
jugeroit à propos . Il entra dans leur
Chambre ; & après leur avoir demandé
pardon de la mauvaife nuit qu'il leur avoit
fait paffer , il s'approcha de Laure , & lui
communiqua tout bas la réfolution qu'il
avoit formée de la ramener lui -même à
Cadix.
>>
>
»Qu'olez - vous entreprendre , lui répondit
Laure , quand fes Compagnes ſe,
furent retirées pour les laiffer parler en
>> en liberté ? Vous voulez me remettre
» vous- même entre les mains de mon
époux ? Que n'ais - je pas à craindre d'un
» deffein fi fufpect à fes yeux ! Non , re
» prit Octave , ne croyez pas que je vous
» Îivre moi - même à mon indigne Rival ?
» toute ma vertu ne vous répondroit pas
d'une vie qui vous eft devenue chere ,
» depuis que l'Hymen a uni fon deſtin
» au vôtre. C'eft à votre pere que je veux
>> confier un tréfor auquel tout le bonheur
>> de mes jours eft attaché ; je prétens lui
>> apprendre la tromperie de Valere ; c'eft
» à lui à m'en faire raiſon , & à prendre
» avec moi de juftes mesures pour rom-
» pre des noeuds formez par le crime &
» la trahifon.
Laure trouva tant de fageffe & tant de
juſtice dans la réfolution d'Octave , qu'elle
n'eut pas la force d'y réfifter ; elle con-
Biij fentit
A
678 MERCURE DE FRANCE.
fentit à tout , après lui avoir fait juter
que , quoiqu'il arrivât , il refpecteroit les
jours d'un homme , qui tout méchant &
tout traître qu'il étoit , n'en portoit pas
moins un titre que la fcrupuleufe vertu
dont elle faifoit profeffion , lui rendoit
refp cable. Après qu'ils furent convenus
de tout ce qu'il faudroit faire pour parvenir
à fe voir dans un état moins trifte
que celui où le deftin les avoit condamnez,
ils fe rendirent un compte exact de
ċe qu'il leur étoit arrivé depuis leur ſéparation.
Octave lui apprit , entre autres
chofes , qu'il n'avoit quitté fon nom que
pour fe rendre inconnu au refte des hommes
, & qu'il n'avoit pris celui de Marat-
Raya , que pour devenir plus redoutable
à fon ingrate Patrie , à qui ce nom avoit
été fi fatal , par la valeur du fameux Pirate
qui l'avoit porté avant lui.
Cependant une Chaloupe avoit été préparée
par les ordres du faux Marat -Raya.
Laure y defcendit avec Octave , au grand
regret de tous les autres Prifonniers à qui
elle dit pour les confoler , qu'ils pouvoient
compter fur leur prochaine liberté,
& qu'elle alloit y travailler efficacement
avec leur commun Protecteur .
Quelle fut la furpriſe des Habitans de
Cadix , quand la Chalouppe fut affez près
du Rivage pour pouvoir faire reconnoître
AVRIL. 1728. 679
fes
tre Laure. Pour Octave , il étoit fi bien
déguifé , par la maniere dont il étoit vétu
& par la longueur de la barbe , que perfonne
ne s'avila de le prendre pour un Ef
pagnol . Il fit entendre au Gouverneur le
deffein qui l'avoit amené , qui n'étoit que
de rendre Laure à fon pere & de traiter
amiablement de la rançon des autres El
claves que gens avoient faits . Le Gou
verneur , forcé de lui jurer une foi invioble,
attendu les ôtages que fes gens avoient
retenus , lui permit de s'acheminer- avec
Laure vers le Palais de Dom Alonfe.
Quel plaifir pour ce trifte Vieillard , d'em
braffer une fille qu'il n'efperoit plus revoir
; mais quelle fut fa furprife quand
il reconnut Octave dans fon liberateur.
Inftruit de fa fidelité & de la trahison de
Octave , il promit au fidele & genereux
Valere , de ne rien oublier pour faire déclarer
nul un mariage où la bonne foi
avoit été fi indignement violée .
On fçut bientôt par tout Cadix que le
prétendu Corfaire étoit ce malheureux
Octave , dont la profcription avoit fait
gémir tous les gens de bien. Quels furent
les remords de Valere , quand il
fçût que cet ami qu'il avoit fi honteufement
trahi , étoit enfermé avec lui
dans une même enceinte de murailles.
Il fe crut perdus il prévit que fon ma-
Biiij riage
680 MERCURE DE FRANCE.
riage feroit caffé ; il craignoit la mort ,
il aimoit Laure. Pour éviter l'une & pour
fe conferver l'autre , il aſſembla une troupe
de couppe- jarets pour faire affalliner celui
qui lui avoit fauvé la vie .
Le Ciel étoit trop jufte pour laiffer plus
long- temps triompher le crime. Dans le
temps que Valere fe préparoit à faire
rir Octave , Dom Pedro faifoit un complot
pour le faire périr lui-même ; de
deux Rivaux qu'il haïffoit également
le plus heureux lui paroiffoit la victime
la plus digne de tomber fous fes coups :
voici ce qui fit tomber ces deux méchans
hommes dans le piege qu'ils tendoient à
un autre .
Laure , après avoir promis à Octave
qu'elle fe retireroit dans un Convent , jufqu'à
ce que des Juges defintereffez euffent
ordonné de fon fort , le pria de retourner
dans fon Vaiffeau, pour y traiter avec une
plus entiere fûreté pour fa perfonne.Dom
Alonfe lui promit de mettre dans fes interêts
tous les parens des Prifonniers &
des Prifonnieres qu'il avoit fur fon bord.
Sur ces affurances Octave prit congé de
fon Amante. A peine fut- il defcendu , qu'il
entendit un grand tumulte à la porte du
Palais de Dom Alonfe..
C'étoit Dom Pedro , qui à la tête d'un
grand nombre d'Affaffins, venoit de tomber
AVRIL 1728. " 681
ber fur Valere , foutenu d'un nombre inferieur
, & conduit par un même deffein
d'affaffinat. Les gens de ce dernier l'ayant
nommé , pour attirer à fon fecours tous
les Domestiques d'une maison à laquelle
il venoit de s'allier. Octave , par une
generofité fans exemple , y accourut luimême
. Il craignoit d'être accufé d'une
mort à laquelle il avoit tant d'interêt ,
& de fe rendre par-là indigne de poſfeder
la vertueufe Laure. Cette derniere
réflexion acheva de le déterminer . Il joi
gnit le perfide Valere , fuivi de deux ou
trois de fes plus braves Officiers qui
n'avoient pas voulu l'abandonner. Il fe
fit jour à coups de fabre jufqu'au lâche
Dom Pedro , à qui il ôta la vie , après
avoir mis en fuite tous les complices de
fon crime.
Il ne daignoit point aborder Valere ,
& vouloit lui épargner la honte de fçavoir
à qui il devoit une feconde fois la
vie ; mais ce rival confondu , & qui venoit
de recevoir un coup mortel d'une
autre main , le fit prier de venir recevoir
fes derniers foupirs avec fes juftes remords.
Octave ne put le voir mourant fans
s'attendrir ; il le fit porter dans l'Appartement
de Laure , dont le coeur agité
d'une frayeur mortelle , étoit partagé en-
B.v tre
682 MERCURE DE FRANCE.
T
tre fon Epoux & fon Amant. Le mou
rant Valere demanda pardon à fon Rival
& à fon Epouſe de la tromperie qu'il leur
avoit faite , & pria Dom Alonſe de vouloir
bien ne difpofer de fa fille qu'en faveur
du feul Amant digne d'elle . A peine
eut-il achevé ces mots qu'il expirá entre
les bras de Laure , baignée de pleurs.
Le fecond meurtre d'un parent du Gouverneur
, donnant tout à craindre pour
Octave , il ne put réfifter à la priere que
lui firent le Pere & la fille de regagner
à fon Vaiffeau avant qu'on lui en fermât
le chemin. Il fe retira fans perdre de tems
& s'embarqua dans la Chaloupe qui l'attendoit.
Sa caufe étoit trop bonne pour être
long - temps balancée . Le Gouverneur mê
me qui commençoit à fe repentir de tout
ce qu'il avoit fait contre lui , ſe joignit à
ceux qui avoient interêt à demander fa
grace pour obtenir la liberté des ôtages
qu'il avoit en fon pouvoir. La grace ne
tarda pas d'arriver ; il fut remis en poffeffion
des biens dont on l'avoit fi injuſtement
dépouillé; & après avoir dédommagé
fon Equipage de la perte du butin
qu'ils avoient fait fous fes ordres , il revint
à Cadix dans une espece de triomphe
, amenant avec lui tous les Prifonniers
qu'il avoit retenus fur fon bord , &
dont
AVRIL 1728. 683
dont il avoit adouci l'efclavage par les
bons traitemens qu'ils avoient reçûs par
fes ordres jufqu'au moment de leur liberté.
Laure n'eut pas plutôt achevé fon
deüil pour un mari qui ne l'avoit point
poffedée, qu'elle obéit fans répugnance au
doux commandement que fon pere luf
fit d'executer la derniere volonté de fon
premier époux : ainfi on vit bien tôt
la fidelité fut récompenfée dans la perfonne
d'Octave , & la trahifon punie danscelles
de Dom Pedro & de Valere .
que
*******
AVIS de l'Hermite de Radofto en
Romanie , à ceux qui doivent venir à
Conftantinople avec M. l'Ambaffadeur
de France.
SONNET EN BOUTS- RIMEZ.
IL faut dans la Turquie être prudent & ſage ,
Et ne s'y point mêler de l'amoureux micmac.
( Là, toucher une Dame eft bien bis qu'au
Trictrac
On y rifque encor plus qu'un Coq qu'on met
en Cage . )
Parler peu , rire moins , compofer
fon Vifage
Avec Meffieurs
les Turcs tirer fouvent
du Sac.
( Cet article eft fur tout le meilleur Almanac "
B vj Qu'on
684 MERCURE DE FRANCE:
Qu'on puiffe confulter par fon propre avant-
Etre fobre , fumer , s'accoûtumer àl'
Age :
Ail;
Dans les grandes chaleurs s'armer d'un Even
tail,
Avoir toûjours au guet , l'oeil , ainfi que l'-
Oreille ,
Au temps de la récolte , imiter la Fourmi ,
Et n'y fonger enfin qu'à remplir ſa Bouteille ,
Pour la boire au retour avec un bon
D.
Amie
LA nouvelle Lettre Paftorale de S. E.
M. Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , qui vient de paroître
aufujet du Fr. le Courayer , Auteur de
la Differtation fur la Validité de l'Ordination
des Anglois , & de la Deffenſe
de cette Differtation , cenfurée par le
Mandement de S. E. du 18. Août, & par
fon Inftruction Paftorale du 3 1. Octobre
dernier , nous a paru fi importante que
nous avons crû la devoir donner ici dans
fon entier.
OUIS ANTOINE DE NOAILLES , & c.
Liefcandale que le Fr. le Courayer,Auteur
des deux Ouvrages que nous avons cenfurés ,
vient
AVRIL 1728.
685
vient de caufer par fa retraite en Angleterre
nous a pénétrez de douleur.
D'
Notre confolation , Mes très - chers Freres ,
dans ce trifte évenement , eft d'avoir rempli
tout ce que notre miniftere pouvoit exiger.
Nous avons profcrit l'erreur , nous avons
ménagé celui qui s'étoit égaré , ce font les
deux regles que S. Auguftin enfeigne aux Pafteurs
, & qu'il a pratiquées lui- même.
33
52
" Dieu fe fert de fes ferviteurs , dit ce Saint ,
»pour détruire & pour renverfer l'empire de
l'erreur ; mais il leur commande en même
» temps de ménager les hommes , & de tra-
»vailler non pour les perdre , mais pour les
corriger ; c'eft dans cette vûe qu'écrivant
»contre les Manichéens , il demandoit à Dieu
"un efprit calme & tranquille , plus occupé
de les convertir que de les confondre ; Que
» ceux - là , dit - il encore à ces mêmes Hereti-
»tiques , vous traitent avec rigueur , qui ne
fçavent pas par quelles peines & par quels
travaux on parvient à découvrir la verité ,
& combien il eft difficile d'éviter l'erreur.
15
30
Saint Auguftin fuivit ces faintes maximes à
Fégard du Moine Leporius. Dès que la Foi
fur en fureté par la condamnation prononcée
contre les erreurs que Leporius avoit répan
dues fur le Myftere de l'Incarnation , le Saint
Docteur s'appliqua tout entier à l'inftruire dans
un efprit de douceur , il lui infpira des fentimens
d'humilité & de défiance de fes propres
penſées , il profita du trouble falutaire où il
étoit , pour le porter à un repentir fincere ; par
cette conduite charitable & compatiffante
ik parvint à le ramener & à le guérir , & l'on
peut voir dans la Lettre qu'il écrivit aux Evêques
d'Afrique à ce fujet , quelle fut fa confolation
& fa joye de ce que l'erreur étoit condamnée
7
686 MERCURE DE FRANCE .
damnée & le coupable converti. Il reconnoft
que la condamnation de l'erreur étoit dûë à
la force du miniftere Epifcopal , que la douceur
de ce miniftere avoit operé le retour , &
la converfion du coupable , & que la même
charité avoit pris des formes differentes pour
produire ces heureux effets.
Si notre conduite à l'égard du Fr. le Courayer
n'a pas eû le même ſuccès , nous avons
fuivi les mêmes maxiines , nous avons eu les
mêmes intentions que S. Auguftin , nous avons
voulu , comme lui , remplir ce double devoir ;
profcrire l'erreur , ç'a été l'objet de notre Mandement
du 18. Août , & de notre Inftruction
Paftorale du 31. Octobre 1727. rappeller par
la d uceur à la verité celui qui s'en étoit écarté
, c'eft la fin que nous nous fommes propo
fée , dans les ménagemens & la condefcendan
ce dont nous avons ufé.
ཚ
Animez de cet efprit , nous ne crûmes pas
devoir nommer le Fr. le Courayer dans notre
Inftruction Paftorale , pour lui adoucir, autang
qu'il étoit en nous , l'amertume de la condamnation
qu'il avoit méritée : Nous tâchámes
d'excufer fes intentions lorfque nous étions
forcez de condamner fes paroles ; obligez de
relever fes infidelitez dans les citations des
Peres , & des Controverfiites , nous les attribuâmes
à négligence & à prévention , plutôt
qu'à mauvaile foi & à un deffein d'impofer à
fes Lecteurs ; enfin , après l'avoir convaincu
d'avoir enfeigné des erreurs que l'on ne pouvoit
diffimuler , nous lui donnâmes les avis
paternels dont il avoit befoin : Que pouvionsnous
faire de plus pour gagner un de nos
Freres qui étoit tombé dans l'égarement ?
Ne pouvant nous difpenfer d'exiger du Fr. le
Courayer, qu'il fe foumit & qu'il rétractát fes
erreurs
AVRIL. 1718.
687
erreurs , nous étions réfolus , s'il l'avoir re
fufé , de proceder contre lui felon la rigueur
des Canons : mais avant que d'en venir à des
procodures juridiques , nous choisîmes la voye
qui nous parut la plus propre pour l'inftruire
pour le convaincre , afin de rendre fa foumiffion
d'autant plus utile & plus édifiante
qu'elle feroit plus libre & plus volontaire.
&
Ce fut donc dans ces vues de ménagemens
& de charité , que nous voulûmes bien lur
communiquer notre Inftruction Paftorale ,
avant que de la rendre publique , nous la remimes
entre les mains de fon Superieur Régulier
, qui la lui fit lire en prefence de quelques
Théologiens de fa Congrégation : à la premiere
lecture il parut condamner les erreurs cenfurées
dans l'Inſtruction , mais il voulut fur
quelques articles juftifier fes Ouvrages : Les
Théologiens qui conferoient avec lui , le convainquirent
par les textes de fes propres Livres
, que nous ne lui avions rien imputé qu'il
n'eût foutenu , & il ne put rien répondre : c'eft
un fait que ces Confreres qui avoient affifté à
cette Conference nous ont attefté. Le F. le Courayer
defira de lire une feconde fois en particulier
notre Inftruction Paftorale , on le lui
permir : c'eft après cette feconde lecture qu'il
nous écrivit la Lettre dont nous avons fait
mention dans notre Inftruction , & que nous
croyons inferer ici toute entiere.
57
MONSEIGNEUR ,
» Je reçois avec la plus refpectueufe reconnoiffance
les marques de bonté dont Votre
»Em. a bien voulu m'honorer , en me faifant
communiquer l'Inftruction Paftorale qu'elle
ya donner à ſon Diocèſe , au ſujet de mes
57
» deux
698 MERCURE DE FRANCE .
1
» deux Ouvrages , fur la validité des Ordinations
des Anglois.
52
Rien n'eft plus confolant pour moi , que
» de trouver dans la perfonne de mon veritable
Juge , la charité d'un Pere , & digne d'un
Pafteur des premiers fiecles de l'Eglife.
» Penetré de ces fentimens , je fatisfaits au-
» jourd'hui avec foumiffion & fincerité à ce
que j'ai eu l'honneur de promettre à V. Em .
par mes Lettres du 15. Mars & du 25. Août
» dernier, que j'acquiefcerois fans réserve à la
» condamnation des erreurs qui pourroient alterer
la foi, des expreffions qui pourroient
fcandalifer.
» J'attens de l'équité naturelle de V. Em.
qu'elle me permette , en lui donnant des
" preuves de mon obéiflance , de juftifier mes
intentions , & de lui protefter que je n'ai
jamais eu le deffein d'enſeigner aucune erreur
, ni en particulier rien de contraire aux
"décifions du Concile de Trente.
Mais pour ne laiffer aucun doute fur ma
conduite & fur mes veritables fentimens , je
»déclare à Votre Eminence ,
و ر
Que j'acquiefce de tout mon coeur à la
Doctrine Catholique , que V. Em. expofe fur
"les differens Chefs qui font l'objet de fon
Inftruction .
30
و ر
Que je condamne très fincerement toutes
» les erreurs contraires qu'elle condamne dans
fon Inftruction Paftorale, & qu'elle y cenfure ,
» auffi bien que toutes les expreffions qui con-
» tre mon intention expriment ou favorifent
les mêmes erreurs dans mes Ouvrages. Do
30
Que je fuis auffi très mortifié du fcandale
que mes Livres ont excité.
35
Après une déclaration fi précife & fi conforme
aux veritables difpofitions de mon
coeur
A VRI L.
689
1728 .
" coeur , qu'il me foit permis , Monfeigneur ,
d'efperer de trouver toûjours dans V. Em. les
❤mêmes bontez , de lui demander fa protection
, & de l'affurer que je fuis avec venera-
»tion & avec refpect ,
ל כ
MONSEIGNEUR ,
DE VOTRE EMINENCE ,
Le très-humble très- obéiffant
Serviteur , Signé FR . PIERRE
FRANÇ LE COURAYER .
La charité , dit l'Apôtre , ne foupçonne
point le mal , elle croit & elle efpere ailement
le bien. Le Superieur Géneral de fainte Geneviéve
, en nous envoyant la Lettre de fon Religieux
, nous affura qu'il l'avoit trouvé dans
tous les fentimens qu'il attendoit de fa docilité
& de fa pieté. Sur ce témoignagne , & fur
la maniere dont le Fr le Courayer s'expliquoit
lui- même , nous crûmes qu'il acquiefçoit de
tout fon coeur à la Doctrine Catholique expofée
dans notre Inftruction , qu'il condamnoit
très -fincerement les erreurs qui font cenfuréés,
& les expreffions de fes Ouvrages qui expriment
ou qui favorisent ces mêmes erreurs , &
qu'il étoit en effet très- touché du fcandale que
fes Livres avoient excité. Satisfait d'une déclaration
fi précife , nous ne voulûmes point
lui ôter la confolation d'excufer fes intentions;
ç'en étoit une pour nous - mêmes de pouvoir
penfer , que dans le temps qu'il s'étoit le plus
mal exprimé , fon coeur avoit toûjours été
Catholique.
Nous rendîmes avec joye un témoignage public
de fa foumiffion que nous croyions fincere.
Nous recommandâmes très-particulierement à
fon Superieur General de l'affermir dans les
ben
690 MERCURE DE FRANCE .
bons fentimens où il nous paroiffoit être , dé
veiller fur toutes les démarches , & fur tout de
rompre les liaifons qui pourroient le détourher
de la verité , & le précipiter dans l'erreur.
Mais le jugement favorable que nous avions
porté de la foumiffion du Fr. le Courayer , la
confolation qu'elle nous avoit donnée , fe font
évanouies à la lecture de fa Lettre , dattée de
Paris du 12. Janvier dernier , & qui ne nous
a été renduë que le 29. de ce même mois , par
laquelle il nous apprend la démarche fcandaleufe
qu'il alloit faire , & que nous voudrions
enfevelir dans un éternel oubli.
Nous ne revelons point ici l'air de hauteur
& de mépris avec lequel il traite les Evêques ,
les Théologiens Catholiques , & en general
tous ceux qui font oppofez à fes fentimens.
Le principal objet de fa Lettre eft de défavouer
le témoignage que nous avons rendu de
fa foumiffion » pour nous faire honneur , ditail
,de fa converfion .
Il eft vrai , Mes trés chers Freres , que nous
n'avons pas foupçonné le Fr le Courayer de
vouloir nous furprendre , dans une déclaration
qu'il nous prefentoit avec des proteftations de
la foumiffion la plus fincere.
Perfuadez donc , comme il nous en afſuroit,
qu'il condamnoit avec fincerité toutes les erreurs
que nous avions condamnées , & les expreffions
de fes Ouvrages qui expriment ou
qui favorisent ces mêmes erreurs , nous l'avons
crû revenu de fes égaremens , & nous en
avons rendu témoignage , non pour nous faire
honneur de fa converfion , mais pour lui faire
honneur à lui -même d'une foumifion , qui réparoit
le fcandale qu'il reconnoiffoir que fes
Livres avoient excité , & dontil nous marquoit
fa douleur.
AuAVRIL.
1728 691
"
Aujourd'hui qu'il découvre fon peu de fincerité
, qu'il ne fe contente pas , comme il
avoit fait dans fa premiere Lettre , d'excufer
fes intentions , qui n'ont point été l'objet de
notre cenfure ; mais qu'il entreprend de juftifier
fes Ouvrages fi juftement condamnez : que
contre les termes de fa déclaration , il dit qu'il
n'a point connoiffance de s'être fervi d'expreffions
favorables à l'erreur , qu'il prétend n'avoir
rien avancé dans fes écrits que de vrai ,
d'orthodoxe ,, que de conforme à la fainte
Théologie , & à toute l'antiquité ; & que
» s'il a parlé du fcandale que fes Livres ont ex-
» cité , c'eft un fcandale pris & non un ſcandale
donné : Nous avoüons avec la même fimplicité
qu'il nous a trompez , & que nous avons
eu trop bonne opinion de lui , en croyant & en
atteftant qu'il étoit veritablement foumis.
» que
Il fe plaint encore , que pour lui attribuer
des erreurs qu'il n'a jamais foutenues , nous
avons tronqué fes paffages , détourné leur vrai
fens , expofe fes opinions fans exactitude .
Pour le confondre , il n'y a qu'à lire fes Livres
; auffi notre confolation eft que tous les
Théologiens , que les propres Confreres de ce
Religieux qui ont lû fes Ouvrages & notre
Inftruction , ont vu par eux - mêmes qu'il n'y a
pas un feul de fes paffages qui ait été tronqué
ou pris dans un fens détourné , qu'il n'y a pas
une de fes propofitions qui ne foit expofée
dans fes propres termes & avec une exacte
fidelité.
Enfin il protefte encore qu'il condamne les
erreurs que nous avons cerfurées mais comment
concilier cette condamnation avec l'opiniâtreté
qu'il fait paroître pour deffendre des
Ouvrages qui enfeignent fi clairement ces mêmes
erreurs , & qui ont excité par cette raifon
le
692 MERCURE DE FRANCE.
le zele des Evéques , & l'indignation de tous
les Théologien Catholiques ?
S'il s'agiffoit en effet de quelque propofition
qui lui fût échappée , d'expreffions obf
cures , équivoques , entendues differemment
par les Lecteurs , en reconnoiffant qu'il s'eft
mal expliqué , il auroit un prétexte pour dire,
que fi l'on a cenfuré fes propofitions dans un
mauvais fens , il ne s'en eft jamais fervi que
dans un fens orthodoxe ; mais les erreurs que
Pon reprend dans les Ouvrages du Fr. le Courayer
, & qu'il renouvelle en partie dans fa
derniere Lettre , font- elles de cette nature ?
Il s'agit d'un fyftême lié & fuivi , de propo ,
fitions énoncées clairement , repetées plus d'u.
ne fois , établies en Thefes , qu'il tâche de
prouver dans des chapitres entiers . Il s'agit
d'erreurs évidentes , prifes & entendues dans
le même fens par tous ceux qui ont lû ſes Ouvrages
, erreurs fi palpables , que tant qu'il
voudra juftifier les Livres qui les enfeignent ,
perfonne ne pourra penfer qu'il condamne ces
erreurs de bonne foi , & qu'il ne les croit pas
dans fon coeur.
Plaife à Dieu que la premiere chûte de ce
Religieux ne foit pas fuivie d'une feconde encore
plus funefte ; & qu'après avoir abandonné
fa Profeffion , il ne foit pas aflez malheureux
pour renoncer à fa Religion. Mais après la démarche
qu'il a faite , & le defaveu qu'il vient
de donner de fa foumiffion , ne devons - nous
pas être plus allarmez fur fon état , qu'il ne
Peft lui-méme ? Pouvons nous être raflurez
par la parole qu'il donne de demeurer inviolablement
attaché à l'unité Catholique ? La terre
qu'il habite , l'attachement qu'il conferve pour
des Ouvrages remplis d'erreurs , fes préventions
en faveur de la Doctrine des Anglois ,
le
AVRIL. 1728. 693
le titre d'Eglife de Jefus Chrift qu'il paroît
donner encore à celle d'Angleterre , féparée de
l'Eglife Romaine par le Schifme & par l'He
refie , font appréhender avec raiſon qu'il ne
foit prêt de s'y unir tout- à-fait.
Plus il eft expofé , plus nous craignons pour
lui , plus il doit être l'objet de nos prieres &
des vôtres .
Mais en priant pour lui , Mes très - chers
Freres , nous vous conjurons de faire de férieufes
réflexions fur un fi trifte exemple : Que
ceux donc d'entre vous qui font les plus éclairez
& les plus inftruits tremblent pour euxmêmes
, felon le précepte de S. Paul , qu'il fe
défient de leurs propres lumieres , qu'ils craignent
les routes nouvelles , & les opinions
fingulieres , mais fur tout qu'ils foient en garde
contre le deffaut de fubordination , & la licence
qui regnent aujourd'hui dans les efprits,
fource funefte des plus grands malheurs, & des.
excès qu'un Théologien Catholique doit le
plus redouter. DONNE à Paris en notre Pa
lais Archiepifcopal le 15. Février 1728. & c.
A S. A. S. MADAME LA PRINCESSE
DE CONTY , la jeune.
Illuftre rejetton des plus Auguſtes Rois ,
En qui mille vertus éclatent à la fois ;
Digne objet de nos voeux , vertueufe Princeffe,
Quijoins à la naiſſance une rare fageffe ,
694 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peus te vanter de devoir ta grandeur ,
Moins à l'éclat du fang , qu'aux fentimens du
coeur ,
Déja prêt à tracer d'un pinceau témeraire ,
De ces hautes vertus un éloge fincere ,
Je fens ma main tremblante , & c'eſt avec
raiſon :
Un tel honneur n'eft dû qu'aux enfans d'Apollon.
Il faudroit pour répondre à l'ardeur qui m'entraîne
>
C'être abrevé long- temps des Eaux de l'Hipo
crene.
Jeune & trop foible encor , l'Aiglon audacieux
,
Doit -il du premier vol fe guinder vers les
Cieux ;
Il faut regler fes pas avec plus de prudence ,
Et ne fe perdre point par trop de confiance.
Mais pourquoi m'effrayer ? quel que foit mon
projet ,
Le fuccès elt certain dans un fi beau fujet.
Ne vous allarmez plus , Mufe ingrate & tremblante
;
Le Champ eft des plus beaux , la moiffon abon-
* dante ;
Vous n'avezpas befoin de former par vos traits
Un
AVRIL. 1728. 695
Un Tableau de Vertus qui n'exiſta jamais ;
Emprunte qui voudra des couleurs étrangeres ,
Pour étaler aux yeux des brillantes chimeres ,
Je ne veux rien devoir à l'éclat d'un grand
nom ,
La vertu que je change eft mon feul Apollon .
Oui , Princeſſe, en toi feule il faut chercher ta
gloire ,
Pourquoi de tes Ayeux rappeller l'hiftoire ?
Et louer un mérite où tu n'as point de part :
L'éclat de la naiffance eft l'effet du hazard.
Ces Eloges forcez n'ont rien que d'infipide ,
Pour un coeur où l'on voit un mérite ſolide,
Ainfi fans m'arrêter à des objets divers ,
A tes feules vertus je confacre mes Vers.
Mais prêt à commencer , je fens que je ba,
lance ,
Le refpect malgré moi , vient m'impoſer ſi
lence ,
Et je vois à regret que mon foible Pinceau ,
N'eft pas fait pour tracer un fi riche Tableau.
Allez , ma Mufe , allez , laiffez croître vos
forces ,
Réfiftez pour un temps à ces douces amorces ;
Ne pouvant rien de plus , bornez- vous à des
voeux ;
L'objet
1
696 MERCURE DE FRANCE :
L'objet qui les reffent eft un coeur genereux
Quel azile eft plus feur cette augufte Prin
cefle ,
En faveur d'un grand zele , excufe la foibleffe
;
Elle fupplée à tout , & des voeux impuiffants ,
Dans fes adorateurs lui tiennent lieu d'encens,
Cabane an
Comme
Omme l'on a été averti que les Procès
Verbaux d'Autun , au ſujet defquels il
y a eû des Remarques imprimées dans le
premier volume du Mercure du mois de
Décembre dernier , ont été envoyées dans
toutes les principales Villes du Royaume
on n'a pas crû devoir les réimprimer dans
le Mercure ; mais au lieu de cela on a
srû devoir communiquer au Public la copie
d'une Lettre d'un des plus celebres
Ecrivains de Bourgogne , touchant les difcultez
qui fe font élevées autrefois fur les
Reliques de S. Lazare. L'Auteur qui eft
encore plein de vie n'en a pas donné la
date ; mais il paroît l'avoir écrite peu de
temps après que le fecond volume des Memoires
de M. de Tillemont parût , c'est- àdire
l'an 1695 .
LETTRE
AVRIL. 1728. 697
LETTRE de M. Bocquillot , Chanoine
de l'Eglife d'Avallon , à M. de Tillemont
, Auteur des Memoires für l' Hiftoire
Ecclefiaftique.
E vous ai écrit , Monfieur , qu'on ne
prétend point avoit dans l'Églife Cathedrale
d'Autun , toutes les Reliques
de S. Lazare , comme vous l'avez dit
dans votre Hiftoire , * fur la foi de M. de
Launoy , que nous prétendions avoir dans
notre Eglife Collegiale d'Avallon , une
partie du Crâne , & que ce qu'on avoit du
Chef à Autun étoit une autre partie que
celle-là. J'ai prié depuis M. notre Grand-
Vicaire , qui eft auffi Grand- Archidiacre
d'Autun , de me dire quelle eft la partie
du Chef de S. Lazare qu'ils ont à leur Cathedrale.
Voici fa réponſe : La partie du
Chef de S. Lazare que nous avons dans
la Cathedrale , eft tout le devant de la
tête jufqu'au fommet. C'eſt donc un fait
certain que celui que je vous ai avancé
dans ma Lettre , que notre Relique de
S. Lazare ne fe contrarie pas avec celle
d'Autun.
Je voudrois bien pouvoir vous donner
des preuves auffi certaines que celle - là de
la verité de notre Relique , & de celle
* Tom. 2. P. 37.
C d'Au698
MERCURE DE FRANCE
d'Autun. Mais bien loin d'en trouver de
certaines , je n'en ai pû trouver de probables
jufqu'à prefent , finon la Tradition
de nos Eglifes depuis fix fiecles au moins .
J'efperois trouver quelque Titre parmi
les Papiers du Procès que nos Prédeceffeurs
ont eu fur ce fujet avec le Chapitre
de la Cathédrale d'Autun , mais je n'y ai
rien trouvé qui me contente . Je ne laifferai
pas neanmoins , Monfieur, de vous écrire
tout ce que j'ai appris de cette affaire par
la lecture de toutes les Pieces du Procès ,
excepté de quelques-unes qui font rongées
& déchirées , de telle forte qu'il n'eſt
pas poffible de les déchiffrer .
Louis XI . étant tombé malade , eut
recours , comme on fçait , à tous les Saints
dont les Reliques étoient celebres de fon
temps pour obtenir fa guérifon . Il fiț
quelques prefens à notre Eglife d'Avallon ,
à caufe de la Relique de S. Lazare que
nous y avons , & qu'on y venoit revérer
de fort loin en ce temps - là. Le Chapitre
d'Autun en eut de la jaloufie , & commença
à publier qu'il n'y avoit de Relique
de S. Lazare que dans leur Eglife
Cathedrale, & que le Chef que difoit avoir
le Chapitre d'Avallon ,n'étoit pas le Chef
de S.Lazare.Le Roi ayant appris cette conreftation
, ordonna aux Grands - Vicaires
d'Autun d'éclaircir cette affaire. Le Cardinal
AVRIL. 1728. 699
pour dinal Rolin , Evêque d'Autun , étoit
lors à Rome : Ces deux Vicaires Generaux
, dont l'un étoit Evêque d'Avennes ,
& l'autre Official , partirent d'Autun le
24. Juin 1482. pour venir à Avallon
vifiter la Relique de S. Lazare , & les titres
fur lefquels on pouvoit croire qu'elle
fût de S. Lazare. Le 2. Juillet fuivant
ils retournent à Autun pour y faire la
même chofe. Cette vifite faite , ils affignent
les Chanoines d'Autun & ceux
d'Avallon , à comparoir devant eux dans
le Château de Lucenay , ( à trois lieuës
d'Aurun , & à 13. d'Avallon , ) le 12. du
mois de Juillet , pour y apporter les Titres
& Papiers concernant ledit Procès , &
être jugez définitivement . Ceux d'Autun
comparoiffent à jour nommé , par leur
Chantre & plufieurs Chanoines ; & ceux
d'Avallon , par un Clerc de leur Eglife ,
chargé de leur Procuration , pour demander
qu'il fût furfis à une affaire fi importante
, & tout le temps dont ils avoient
befoin pour chercher les Titres , Papiers ,
ou autres enfeignemens qu'il leur étoit
impoffible de trouver , & de fournir en
fi peu de temps , ou pour s'oppofer à
ce qui fe feroit fi précipitamment à leur
préjudice , pour en appeller enfuite.
Les Commiffaires preffez , comme ils
le difent , par les Chanoines d'Autun ,
Cij n'eurent
25010
700 MERCURE DE FRANCE .
n'eurent aucun égard aux remontrances
des Chanoines d'Avallon . Ils donnerent
une Sentence définitive , dans laquelle ils
déclarent que le Chef de S. Lazare repofe
tout entier dans l'Eglife Cathedrale d'Autun
, à la réſerve de la mâchoire inferieure
qu'ils n'y ont point trouvée , & non
pas dans l'Eglife d'Avallon ; deffendant
aux fieurs Chanoines du Chapitre d'Avallon
, fur peine de fufpenfe & d'interdit
, d'expofer à l'avenir leur Relique prétendue
, d'en parler en public ou en fecret
comme d'un os de la tête de S. Lazare ;
& au Peuple dudit Avallon & d'ailleurs ,
de réverer cette Relique prétenduë , fous
peine d'excommunication. Il femble que
dans l'énoncé de la Sentence , les Juges
oublient ce qu'ils viennent de dire dans
le Procès Verbal de vifite qui l'a precedé;
fçavoir , qu'ayant vifité à nud la Relique
d'Autun , ils avoient vû & montré aux
affiftans la face entiere , les troux où
étoient les yeux , les narines , neuf dents
dans la mâchoire d'enhaut & la nuque
du coû.Pourquoi ne pas montrer le crâne
s'il y étoit , ou n'en pas faire mention
comme du reste ? C'étoit de cela qu'il
s'agiffoit principalement ; il falloit donc
le faire remarquer plus que le reste , &
ne pas fe contenter de dire en gros que
la tête y étoit entiere , & entrer enfuite
dans un détail qui en fait douter.
AVRIL. 1728 . 701
>
'Appel de la Sentence au Parlement de
Bourgogne par le Chapitre & les Habitans
d'Avallon . La raison de cet appel au
Tribunal Laïque , fut que Jean Babillein ,
Evêque d'Avennes, le premier des Grands-
Vicaires , difoit avoir agi par ordre du
Roy. Soit que le Cardinal Rollin , notre
Evêque abfent , n'approuvât point ce qui
s'étoit fait fous fon nom , foit pour d'autres
raifons que j'ignore , cette Sentence
ne fut pas executée tant qu'il vécut. Au
contraire , le 15. Février 1483. les Chanoines
d'Autun & d'Avallon firent une
tranfaction dans le Chapitre même d'Autun
, par laquelle ceux d'Avallon comparant
par leur Doyen & un Chanoine
chargez de Procuration , reconnoiffent
avoir eu tort d'appeller de la fufdite Sentence
au Tribunal Laïque , offrent de
payer à M" d'Autun cent livres pour le
frais de l'appel , & les décharger de tou
évenement, moyennant quoi lesdits fieur
d'Autun confentent que chacune des Par
tiesdemeurera paifible dans fes droits , com
me ils étoient avant la Sentence . Il pa
roit par un Acte donné par un Notair
du même jour , depuis la tranfaction , que
lefdites Parties avoient témoigné récipro
quement du chagrin de ce qui s'étoit paffé
qu'ils s'en repentoient , & vouloient vivre
à l'avenir en paix & en concorde , com-
C iij me
S
S
702 MERCURE DE FRANCE .
-
me ils avoient fait auparavant , fans rien
innover. Après quoi Jean Rollin , Chanoine
d'Autun , & d'autres de fes Confreres
, dirent : Maudit foit le premier qui
encommencera tel Procès , & tous les autres,
tant d'Autun que d'Avallon , répondirent,
Amen , amen ; de quoi ceux d'Avallon
demanderent Acte.
Le Cardinal , tant qu'il vécut , ne fit
point executer lá Sentence de fes Vicaires
Generaux , foit qu'il defapprouvât ce qu'ils
avoient fait , comme il y a beaucoup d'apparence
, foit à caufe de la tranſaction
paffée depuis. Bien - loin de punir notre
Chapitre , comme il l'auroit dû faire , s'il
l'avoit cru coupable , il fit une fondation
très-confiderable avant fa mort . Mais
après fon décès , arrivé en 1483. un Official
d'Autun , ( il n'eſt pas dit fi c'eſt le
Siege vacant , & l'Evêque n'eft point nommé
, ) un Official d'Autun , dis - je , rendit
une Sentence , par laquelle il déclaroit les
Chanoines d'Avallon avoir encouru la
fufpenfe & l'interdit , & les Habitans de
ce lieu l'excommunication , pour avoir
contrevenu à la premiere Sentence rendue
contre eux . Cette feconde Sentence
eft du 26. Août 1489. Elle fut fignifiée
& affichée à Avallon le 29. du même
mois. Le Chapitre y fit oppofition , & en
appella à la Métropole. Aubert de Jaucourt
AVRIL. 1728. 703
court , Seigneur du voifinage , dont les
Ancêtres & lui - même ont fait de gran- '
des fondations dans notre Eglife , & tous
les Habitans d'Avallon en appellerent au
Parlement de Bourgogne. L'appel des uns
& des autres fut reçû dans les deux Cours.
Nous avons des Enquêtes faites par des
Confeillers du Parlement de Dijon , fur
les lieux & dans le voisinage. Mais les dépofitions
qu'elles contiennent n'aboutiffent
qu'à dire , que de toute ancienneté on a
réveré à Avallon le Chef de S. Lazare ,
que le jour de la Fête de S. Lazare , le
premier Septembre , & celui de la Tranflation
de fa Relique le 30. Avril , ont toûjours
été celebres par le concours des
Peuples , non-feulement des environs ,
mais encore des Provinces éloignées .
Les deux Chapitres plaidoient cependant
à la Cour Métropolitaine . Je ne vois
dans toutes les Ecritures produites de part
& d'autre , que des preuves pareilles : Le
Portail de leurs Eglifes , des Tapifferies ,
leurs Legendes , leurs Martyrologes . Je
ne vois pas même que les Chanoines d'Autun
ayent marqué l'époque de leurs Reliques
, ni de qui ils les avoient reçuës .
Ceux d'Avallon marquent ces deux chofes
. C'eft en l'an 1000.qu'ils l'ont reçuë,
& c'eft . Henry I. Duc de Bourgogne qui
la leur a donnée ,
C iiij
11
704 MERCURE DE FRANCE :
J
Il eft vrai qu'ils font de cet Henry un Em
pereur : mais cette confufion eft pardonnable
, parce que Henry I. Empereur étoit
proche de ce temps-là ,& poffedoit leComté
de Bourgogne & la Bourgogne Transjurane
; ce que nos vieux Chanoines ne diftinguoient
pas bien. Moi-même je m'y
étois auffi trompé d'abord dans la derniere
Lettre que je me fuis donné l'honneur
de vous écrire ; mais une lecture plus
exacte de notre Hiftoire de Bourgogne ,
m'a redreffé fur cela.
Depuis la lecture que j'ai faite des Pieces
dont je viens de vous parler , j'ai parcouru
plufieurs de nos anciennes fondations.
Dans la plupart de celles que j'ai
vûës depuis l'an 1482. en remontant jufqu'à
1173. notre Chapitre & notre Egliſe
fe font toûjours nominez , le Chapitre &
l'Eglife N. D. & S. Lazare d'Avallon...
Il y a une pierre au Frontifpice de notre
Eglife qui le fait de l'an mil , fans chiffres .
Mais je ne fuis pas affez bon connoiffeur
pour ofer affurer que la Figure de S. Lazare
en Evêque , qui eft au - deffus de cetre
pierre, foit de cette date . Elle paroît neanmoins
auffi ancienne que le refte du Portail
. La Remarque de M. de Launoy , fur
Honorius , Prêtre d'Autun , qui dans un
Sermon fur les Rameaux , donne la qualité
d'Evêque de Cypre à S. Lazare , & ne
parle
AVRIL. 1728. 705
parle d'aucune Relique de lui dans ce
Difcours , me retient tout court. Cependant
cela porte à conclure plutôt contre
Autun que contre Avallon . Car le Diocèſe
d'Autun étant d'une grande étenduë,
il n'eft pas étonnant qu'un Solitaire comme
Honorius , ( c'est le feul nom qu'il fe
donne ) ignorât ce qui étoit à Avallon
& il feroit ridicule d'imaginer qu'il ignorât
ce qui étoit dans la Cathedrale d'Autun
même , & encore moins le Titre de
cette Eglife , fi dés- lors elle avoit porté le
nom de S. Ladre ou Lazare . Honorius
vivoit en 112 0. Jufqu'ici c'eft la Lettre de
M. Bocquillot.
Les conteftationsfur les Reliques des Saints
ne fontpas rares dans l'Hiftoire Ecclefiafque.
Sans fortir de la France , on en a vû de
nos jours à Amiens , fur S. Firmin le Confeßeur
, en Auvergne , fur la Relique de
S" Thecle : anciennement à Lyon , fur le
Corps de S. Chaumond , Archevêque , à
Bourges & à Lizieux , fur celui de S.Vrfin.
A Auxerre , fur les Reliques de S. Amateur
, Evêque , à Noyon ,fun celles de faint
Eloy , &c. Ces Procés ne fe terminent ordinairement
qu'après de longues recherches,
aufquelles il est bon d'inviter le Public
éclairé , en lui donnant communication de
toutes les Pieces produites pour & contre
Cy LA
706 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMM&MMMMMM
LA MUSE RE'ELLE ,
à Made Chevalier.
Jufques à quand chez la Gent poëtique ,
Mufes & Dieux feront- ils en crédit ,
Et verrons - nous leur culte chimérique ,
Soüiller les Vers qu'enfante notre eſprit ?
L'erreur chez- nous a - t- elle donc preſcrit
Lorſqu'à rimer , notre cerveau s'applique ,
Faut- il congé de ces Dieux expirans ?
Et tout Poëte , en Chevaliers Errans
Doit- il créer dans fa verve inſenſée ,
Dames en l'air pour guider ſa penſée ?
D'un joug fi vain je prétens m'affranchir .
Sous le vrai feul mon efprit veut fléchir.
Mais , dira-t- on , c'eft un antique ufage ,
D'invoquer Mufe en poëtique Ouvrage ,
Qui par ce tour , prénd foin de s'annoncer.
Ufage foit ; je n'y veux renoncer.
En mes Ecrits , Mufe fera fêtée ,
Non , Muſe vaine , à plaifir inventée ,
Mais , Mufe enfin , habitant ces Climats ,
Et
AVRIL: 1728. 707
Mufe brulant d'une celefte flamme ,
Et dont l'oeil peut contempler les appas.
C'eft-là l'objet que ma verve reclame :
C'est vous , Iris , vous qui des doctes Soeurs ,
Réüniffez les charmantes douceurs.
Mufes , dit- on , font jeunes , chaftes , belles :
En tous ces points vous cadrez avec elles ,
En tous ces points , comme dans le fçavoir,
Que d'inspirer on leur donne pouvoir.
Certes en vous , comme en un fûr azile ,
L'Art & le Goût ont élû domicile ;
Et pour jamais à vos loix font foumis :
Car tout ainfi qu'aux filles de Mémoire ,
Au temps jadis Jupin les a tranfmis ,
Un Pere illuftre & jaloux de leur gloire .
A votre zele , Iris , les a commis :
Or faites donc que chacun d'eux m'éclaire ,
Durant le cours d'un fentier épineux ,
Et montrez-vous en couronnant mes voeux »
De mes Ecrits la Mufe Tutelaire.
Tanevot.
C vj
CE
708 MERCURE DE FRANCE:
ᎣᎣ
CEREMONIE faite à Neufchâtel ,
& Difcours prononcez , &c.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville ;
le 12. Février 1728.
No
Ous voyons fouvent, Meffieurs , dans
vos Mercures , diverfes Relations
de Reception & d'Inſtallation , & c . Si
vous croyez que nous n'ayons pas ici nost
ceremonies , vous vous trompez , & vous
ferez peut- être bien aifes de détromper le
Public , en lui apprenant que parmi les
Suiffes & leurs Alliez , il у a des gens
d'efprit & de goût , lefquels fans un grand
apparat de paroles , ont une éloquence
fimple & naturelle , dont ils fçavent faire
ufage dans les occafions . Les Difcours
que je vous envoye , précedez d'une petite
Relation , ont été prononcez par des
perfonnes très - eftimables par leur mérite
perfonnel : leur réputation ne fe borne
pas dans l'étroite étendue de notre Etat ,
elle eft connue en France & très-bien
foutenuë par M. Chambrier , aujourd'hui
Miniftre du Roi de Pruffe , auprès du
Roi . C'eſt le digne fils de M. le Maire-
Chambrier , qui vient de quitter volontairement
fa Charge , de la maniere &
avec
AVRIL 1728. 709
avec les céremonies que vous allez voir.
Hier fur les II . heures du matin
M. de Froment , notre Gouverneur , à
la tête du Confeil d'Etat , s'étant rendu
dans le grand Poële de notre Château ,
où étoit prefque toute la Ville & plufieurs
perfonnes, de la Campagne ; M. Brun
d'Oleyre , accompagné de fes Parens , &
à la tête du Confeil de Ville , qui s'y étoit
rendu en Corps , dit à M. le Gouverneur ,
que le Roy de Pruffe , fon Maître , l'ayant
honoré d'un Brevet de Maire , il le fupplioit
d'en ordonner la lecture , ce qui
ayant été fait , on fit la lecture du ferment
accoûtumé , qu'il prêta entre les mains de
M. le Gouverneur , après lequel il fit fon
Compliment , qui fut fuivi de celui de
M. le Banneret , au nom du Confeil de
Ville ; après quoi M. d'Oleyre , accompagné
de deux Confeillers d'Etat &
de fes principaux Parens , fe rendit en
fa Maiſon , au - devant de laquelle il
trouva la Compagnie des Grenadiers de
cette Ville , qui le falua par differentes
décharges & par d'autres marques d'honneur.
M. d'Oleyre donna enfuite un fuperbe
dîner au Confeil de Ville , dans l'Hôtel
de Ville même , où fe trouverent avec
fes principaux Parens , M. le Gouverneur
& les plus confiderables perfonnes de
l'Etat
710 MERCURE DE FRANCE.
P'Etat ; pendant que l'on buvoit les fantez,
les Grenadiers faifoient des décharges.
Après le dîner , qui dura juſqu'à cinq
heures du foir , la Compagnie fe rendit
chez M. d'Oleyre , qui fit fervir du
Caffé , &c .
Sur les fept heures , les Grenadiers monterent
fur le Lac , dans une Barque , qui
moüilla à la demi -portée du fufil du Port ,
vis-à - vis la Maifon de M. d'Oleyre :
il y avoit dans la Barque une bande de
Violons , des Joueurs de Cors & d'autres
Inftrumens , lefquels alternativement
avec les Tambours , fe firent entendre &
ne furent interrompus que par plufieurs
décharges des Grenadiers , pendant que
dans deux autres Bateaux , on tira un
Feu d'artifice . Ce Divertiffement finit à
dix heures du foir , & les Grenadiers fe
retirerent après avoir falué leur Banneret
par une décharge. Les Violons fe rendirent
chez M. d'Oleyre , où le gros des
Conviez jouoit , & le refte danfoit avec
les Dames ; la Compagnie ne fe fépara
qu'à deux heures du matin.
DIS
AVRIL. 717 1728.
"
DISCOURS de M. Chambrier , Maire
de Neufchâtel , au Confeil de Ville.
MESSIEURS ESSIEURS de ce noble & vertueux Confeil,
» J'ai prié M. le Maître , Bourgeois , de
yous faire affembler ce matin pour un
fujet que je ne puis vous exprimer fans
»douleur. Je viens vous apprendre qu'au
» fortir d'ici , je vais dépofer ma Charge
de Maire de cette Ville , & vous faire
à cette occafion mes plus tendres adieux ,
» vous renouveller les affurances de mon
attachement conftant aux légitimes in-
>>terêts de la Bourgeoifie, de ma plus par-
» faite eftime pour ce Corps en géneral ,
>> & de mon amitié la plus fincere pour
>> chacun de vous , Meffieurs , en parti-
>> culier.
» Quand je fais reflexion que j'ai paffé
» plus des deux tiers de ma vie avec vous
» & dans vos Affemblées ; que j'ai con-
>> tribué à vous placer tous dans ce Corps,
>>fi j'en excepte M. le Maître, Bourgeois,
>>Varnod ; que j'ai paffé par vos principales
Charges avec beaucoup d'agré-
>>mens pour moi ; que j'ai exercé parmi
»vous pendant vingt - lept ans entiers qui
» expirent aujourd'hui , la Charge de Maire
» de cette Ville , fans que durant tout ce
» temps
12 MERCURE DE FRANCE.
៦
» temps - là il foit arrivé par moi aucun
incident qui ait troublé l'union entre
» la Seigneurie & vous ; & enfin que j'ai
>> eu part à votre eftime , à votre confiance
» & à votre affection . Tout cela me lie
"à vous d'une maniere G intime & fi
» forte , que je ne puis aujourd'hui m'en
» féparer fans en être touché jufques an
» fond du coeur,
Je vous avouerai que j'ai eu beaucoup
» de peine à m'y réfoudre , & qu'il a fallu
» des motifs bien preffants pour m'y déter.
>>miner ; mais , Meffieurs , ayant fait at-
»tention fur mon âge déja avancé ; &
» qu'il eft de la prudence chrétienne de
>> mettre quelque intervalle entre les affai-
>> res du fiecle & la mort , j'ai crû devoir
» me décharger de mon emploi de Maire
»de cette Ville , à quoi j'y ai été d'ailleurs
>> puiffamment porté par la confideration
du digne Succeffeur qu'il a plû au Roi , à
» ma très- humble priere , de nommer , en
»la perfonne de M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre , Succeffeur , felon mon coeur ,
» un autre moi - même , & qui a toutes
les qualitez néceffaires pour remplir di-
»gnement la Charge que je vais lui re-
>> mettre. Vous connoiffez , Meffieurs , les
>>fentimens pour la Ville & la Bourgeoisie :
>> il en a foutenu les droits avec tant de
zele , de capacité & de réputation , que
5
>>
A V RIL. 1728. 713
»je ne crois pas que Sa Majefté eût pû
» choifir une perfonne qui vous foit plus
» agréable & plus chere que M.le Confeil-
>> ler Brun d'Oleyre . Aimez - le donc , Mef-
»>,fieurs , donnez - lui toute votre confiance
>> & vous le trouverez de fon côté le mê-
>> me qu'il a toûjours été à votre égard.
» Rien de plus convenable au bien de la
»Ville & à votre mutuelle fatisfaction
» que cette bonne intelligence . Il est très-
»>> aifé de concilier les interêts du Roi avec
» ceux de la Ville , il ne faut pour cela
» que rendre à chacun ce qui lui appar-
>> tient .
>>
› Je ne m'apperçois pas , Meffieurs , que
» je vous entretiens peut -être trop long-
» temps , mais vous parlant aujourd'hui
»pour la derniere fois en qualité de Mai-
» re , j'ai de la peine à me féparer de vous ;
»je finis donc en vous rendant mille &
»mille graces des fentimens d'eftime , de
>> confiance & d'amitié que vous m'ayez
marquez pendant tout le temps de mon
» Miniſtere , je n'en perdrai jamais le fou-
>> venir , & je vous en demande très- inftamment
la continuation , comptez fur un
retour fincere dema part : que fi je ne me
»trouve plus deformais dans vos Affem-
>> blées , mon coeur y fera toûjours prefents
>> & mes voeux pour l'heureux fuccès de
vos déliberations & pour la profperité
→
>> de 3
714 MERCURE DE FRANCE .
» de la Bourgeoisie , ne finiront qu'avec
» ma vie.
» Recevez enfin , Meffieurs , d'auffi bon
» coeur que je vous les donne , les affurances
de ma plus parfaite confideration ,
>>> de toute mon eftime & de mes très-
» humbles fervices .
"
DISCOURS de M. Brun d'Oleyre ,
prononcé après avoir prêté ferment de
Maire de la Ville de Neufchâtel.
adreßé à M. le Gouverneur.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Il feroit peut- être plus à propos de
» reconnoître par un refpectueux filence
» que par des paroles ,l'honneur qu'il a plû
»à Sa Majefté de me faire ; mais je ne puis
» refufer à la plénitude de ma reconnoif-
» fance la très-humble proteftation que
» j'ai l'honneur de faire à V. G. & à
>> Mrs du Confeil d'Etat , que je nè ceffe-
» rai jamais d'être, animé du defir de rem-
» plir dignement la Charge qui m'eft con-
» fiée , que mon zele pour le fervice du
>>Roi & pour le bien public , fera toû-
»jours la regle de mes actions , & pour
>> tout dire , en un mot , que je ne né-
» gligerai rien pour marcher fur les tra-
» ces de l'excellent & très -digne Magiftrat
» dont
AVRIL. 1728. 715
» dont je dois remplir la place . C'eft dans
» ces difpofitions , M. d'un attachement
>> inviolable à mes devoirs & à mes obligations
, que j'entrerai dans les fonctions
»de la Charge dont je viens d'être revê-
» tu , quelques pénibles qu'elles foient ,
aidé des vives lumieres de V. G. & de
»Mrs du Confeil d'Etat ; fecondé du zele
» éclairé du Corps fur lequel je dois
»préfider , j'ofe me flatter de remplir heu-
>> reuſement ma carriere , & de mériter
>>Papprobation de notre Augufte Souve-
>>rain , en faveur duquel je fais les mê-
»mes voeux , que les Romains faifoient
»pour leurs Empereurs , en fouhaitant
»que fes jours foient heureux , & que le
»Ciel veuille les prolonger , même aux
» dépens des nôtres.
DISCOURS de M. le Banneret ,
adreffe à M. le Gouverneur , au nom
du 'Confeil de la Ville de Neufchâtel.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Nous fommes agitez dans cette occa-
>> fion de mouvemens differens , en confi-
»derant d'un côté que M. le Maire Cham-
>> brier , par l'abdication qu'il a faite de
>>la Charge de Maire , ne fiegera plus à la
»tête de la Juftice ni dans le Confeil de
≫ cette
716 MERCURE DE FRANCE .
» cette Ville , nous fommes penetrez d'u
>> ne vive douleur ; mais quand nous ré-
» flechiffons , que M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre vient de prendre fa place , &
» que c'étoit là le moyen le plus propre
» pour réparer notre perte , s'il étoit poffi-
» ble , nous fentons le même plaifir que
l'on trouve lorfqu'il fe prefente un fe-
»cours dans un mal qui paroiffoit fans
>> remede .
» Ces differentes impreffions , M. font
bien juſtes & bien naturelles .
>> Nous perdons un grand Magiftrat
>> dont les lumieres , la droiture , la fermeté
& le defintereffement nous fer-
» voient de modele & de flambeau dans
»l'adminiftration de la Juftice .
"
>> Pleins de reconnoiffance & de reſpec
» pour lui , nous fouhaitions que fa Char-
>> ge ne finît qu'avec fa vie ; il nous quitte
»> & c'est là ce qui fait le fujet de nos
>> regrets.
و ر
"Dans cette fituation , rien n'auroit été
capable de nous confoler , fi nous ne
>> trouvions dans M. le Confeiller Brun
» d'Oleyre , une nouvelle fource , dans
>> laquelle nous pourrons puifer tous les
»fecours que l'on peut attendre d'un Chef
>> qui fera la gloire & le bonheur du Corps
>>fur lequel il doit préfider . Nous avons
» éprouvé la pénetration & fa fagacité dans
>> les
AVRIL. 1728. 717
» les affaires les plus difficiles , nous avons
toûjours admiré dans fa conduite la can-
>>deur & l'intégrité qui ne l'abandonnent
» jamais , & nous fçavons , par une heu-
»> reufe experience , que nous avons part
» à ſon affection . Ce font- là les fujets de
» notre joye & de nos efperances.
>>
» Qüi , M. le Maire , nous ofons nous
» flatter que vous allez fuivre les traces de
» M. le Confeiller Chambrier , votre Pré-
"deceffeur , & que dans ces difpofitions
nvous contribuerez efficacement à nous
» conferver la bienveillance Royale , dont
» Sa Majesté nous honore , à maintenir
cetteVille dans fes Privileges & dans fes
franchifes , & à faire enfin regner parnmi
nous les loix & la justice . De notre
» côté , M. nous vous demandons la grace
» d'être perfuadé que nous faifons des voeux
» très -finceres pour votre confervation &
pour votre profperité dans le poste que
» vous devez occuper , que nous ne man-
"querons jamais à la confideration & au
»refpect qui font dûs à votre perfonne &
» à votre caractere ; & que nous ne ceſſe-
» rons point enfin de faire nos efforts pour
» mériter votre eftime & votre confiance,
que nous vous prions très - humblement
» de nous accorder.
M
>>
» C'eſt ainfi , M. qu'en nous acquittant
» de tous nos devoirs à l'égard de M. le
» Maire
718 MERCURE DE FRANCE.
·
» Maire , nous pourrons par - là même
donner des preuves à S. M. de la par-
>> faite reconnoiffance avec laquelle nous
>> recevons ce qui nous eft aujourd'hui
» donné de fa part, auffi -bien que de notre
>> fidelité fon ſervice & de notre pro-
»fond refpect pourV.G . & pour Meffieurs
» du Confeil d'Etat.
pour
*************XXXX
L'AMANT JALOUX RASSURE'.
Nfin , après deux ans de troubles & d'al-
Elarmes ,
Amour , charmant Amour , tu viens tarir mes
larmes ;
Ou du moins , en ce jour , au comble de mes
voeux ,
Je n'en verferai plus qu'à force d'être heureux.
Aux pieds de ma Cloris , mon coeur , hélas !
trop tendre ,
Doutoit de fon bonheur , ne pouvoit le comprendre
,
Et chaque jour en proye à de nouveaux defirs,
J'étois à plaindre encor dans le fein des plaifirs.
Jaloux de mes bienfaits , jaloux de ma conftance
,
J'ai craint de tout devoir à la reconnoiffance.
Fuyez
AVRIL. 1728. 719
Fuyez , foupçons cruels , & fuyez fans retour ,
Mon triomphe eft certain , je dois tout à l'Amour.
Non , je n'en doute plus , les yeux de cette
Belle ,
Brillent des mêmes feux dont je brule pour
elle :
Son trouble , fes foupirs , fes tranſports , fa
langueur ,
Bien plus que fes fermens , m'affurent de fon
coeur .
Vous qui m'avez ofé difputer la victoire ,
Fiers Rivaux , devenez les témoins de ma
gloire !
Mais non , de mon bonheur je fens affez le
prix ,
Je n'en veux pour témoins que mon coeur &
Cloris.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
MALADIE EXTRAORDINAIRE
par le grand nombre de Saignées .
M
R Theveneau , Seigneur de Palmery
, Docteur en Medecine , demeurant
à S. Sauge , Ville du Nivernois ,
dont il eft parlé à la page 1789. du Mercure
du mois d'Août 1727. eft bien aiſe
de détailler un peu plus au long , quoique
fuc720
MERCURE DE FRANCE.
fuccinctement , la maladie extraordinaire
& nouvelle qui lui eft tombée à traiter :
il le fait d'autant plus volontiers , que le
Public paroît avide de fçavoir les fuites
d'une maladie qui femble unique dans
fon efpece. Il feroit charmé d'apprendre
de fçavans Medecins , s'ils ont jamais vû
quelque chofe de femblable , & les fecours
qu'on pourroit donner à cette maladie.
Ceux qui fouhaiteront s'inftruire plus
à fond , ou faire quelques queftions fur
cette maladie , n'auront qu'à s'adreffer audit
fieur Theveneau , il les fatisfera le moins
mal qu'il lui fera poffible. Voici les termes
dont il fe fert :
t
Le 6. Septembre 1726. je fus appellé
pour voir Marie Pannetier , femme d'Anne
Gignol , Notaire & Huifler , demeu
rant à S. Sauge. Cette femme , âgée de
24. ans , étoit tombée dans un affoupiffement
letargique , avec privation de
tous les fens. Je lui fis donner le Tartre
Emetique , qui une heure après fit fon
effet ; pendant les vomiffemens , la Malade
revint à elle , & je la crus guérie .
Deux heures après elle retomba dans
le même affoupiffement , dont elle ne put
être tirée ni par une feconde prife de
Tartre Emetique , ni par les Ventouſes
appliquées fur les épaules avec de profondes
0
AVRIL. 1728. 721
fondes fcarifications , arrofées avec le
vinaigre , dans lequel on avoit diffout le
fel avec le poivre. Je lui fis rafer la tête
à fec , & appliquer une calotte de Veficatoires
, qui ne fit rien , non plus que deux
lavemens avec la décoction de Nicotiane .
Dans cette extrémité , je lui fis ouvrit
la veine du bras , & la faignée n'étant
point achevée , la Malade qui étoit privée
de l'ufage de tous les fens , revint à
elle , & dit , qu'on la foulageoit beaucoup
de la faigner.
Depuis cette premiere atraque d'affou
piffement létargique , elle en eut encore
plufieurs autres jufqu'au 1 se jour de fa maladie
; & elle fut toûjours foulagée par lafaignée
& par l'ufage de la barbe d'une plume
à écrire , qu'on lui introduifoit , après l'avoir
trempée dans l'huile d'olive , dans
l'ofophage , ce qui lui fit rendre une quantité
prodigieufe d'une pituite très -épaiffe
& gluante , qu'on entendoit fe précipiter
avec bruit du cerveau , dans le temps de
l'accès .
Le 15 jour de la maladie , il parut des
convulfions qui ont duré jufqu'à prefent,
& dont l'ufage de tous les Remedes que
j'ai crù néceffaires , n'a pû la tirer ; la
feule faignée m'a toûjours réüffi , & c'eft
depuis un an le feul fecours qu'on donne
à la malade.
D Les
722 MERCURE DE FRANCE .
Les convulfions dont je parle , ne durent
( comme il eft dit dans le Mercure
cité ) qu'un moment , & font fuivies d'un
fommeil létargique qui ne dure auffi qu'un
moment. Après reviennent les convul
fions , qui alternativement avec le fommeil
, durent juſqu'à ce qu'on ouvre la
veine la veine ouverte cet accident fe
paffes la Malade revient à elle , & refte
plus ou moins de temps dans cet état
de tranquillité.
:
de
J'ai crû qu'une maladie auffi extraor
dinaire , & dont je n'ay vû nulle part
defcriptions, méritoit un nom particulier ;
je l'ai appellée , Spafmodi -foporeufe , nom
tiré de la qualité de la maladie .
Les convulfions font plus ou moins
fortes , & lorfqu'elles font violentes , le
fommeil qui les entrecoupe eft auffi plus
profond , & il faut plus de fang pour faire
revenir la Malade qu'à l'ordinaire . Ces
convulfions ne font qu'au bras , aux muſcles
du col & de la tête , qui fe meut
toûjours de gauche à droite. Les muſcles
intercoftaux & ceux du bas-ventre , font
auffi de la partie , & quelquefois dans le
temps de l'accès , le ventre de la Malade
fe gonfle confiderablement , quoiqu'il n'y
ait rien à foupçonner d'hyfterique .
La Malade dans le temps de l'accès
ne fait aucunes contorfions , & les parties
baffles
AVRIL. 1728. 723
-S
S
baffes n'entrent point en convulfion ; elle
n'a point d'écume à côté de la bouche
comme ceux qui font travaillez de l'E
pilepfie.
La Malade vit toûjours & eft journellement
faignée , & je fuis fort difpofé à
la faire faigner tant que durera la Malade
& la maladie ; à moins que je ne fois
affez heureux pour découvrir , foit par
moi-même , foit par quelques Sçavans ',
un remede propre , fi ce n'eft à guérir ,
du moins à éloigner les accès d'une telle
maladie .
Si on laiffe la Malade dans fon accès
long-temps fans la faigner , elle fe trouve
fatiguée à proportion du temps qu'elle a
refté en cet état ; les convulfions vont
toûjours en augmentant , & après la veine
ouverte , elle n'eft pas fi
promptement
fevenue que quand on la laiffe peu de
temps fans la faigner , & il faut plus de
fang. Il eft même arrivé qu'ayant refté
long-temps fans être faignée , elle a rendu
du fang par une oreille , & plufieurs fois
par la bouche , en vomiffant après être
revenue ; ce qui vient d'un gonflement
confiderable qui fe fait des vaiffeaux fanguins
du cerveau , dont quelques- uns par
ce trop long gonflement , avoient crevé
dans ce temps- là.
La Malade depuis le 6. Septembre 1726 .
Dij jufqu'au
724 MERCURE
DE FRANCE .
jufqu'au
premier Mars 1728. a été fai◄ .
gnée par le fieur François de la Veine des
Bordes , fon Chirurgien
, & quelques
autres
en fon abfence , 10199. fois . Je joins ici un mémoire du nombre des faignées
qui ont été faites chaque jour. Si
je me fuis trompé dans l'addition
que j'en
ai faite,je certifie du moins ne m'être point
trompé au nombre de chaque jour .
Il est jufte de dire qu'une feule goute
de fang fortie de la veine , fuffit quelquefois
pour faire revenir la Malade ; &
comme le fang ne jaillit plus que trèsrarement
, il n'eft pas difficile de comprendre
qu'on foit maître d'en tirer auffi
peu qu'on veut. Si -tôt que le Chirurgien
a fait une ouverture à la veine du bras
de la Malade , ceux qui font auprès d'elle
lui font la ligature , fi - tôt qu'elle eft tombée
dans fon accès fpafmodi -foporeux ; &
ouvrant la playe , en tirent le fang néceffaire
la faire revenir ; tant que pour
dure cette ouverture , on n'en fait point
d'autre .
Le fang qu'on tite à la Malade , qui
a été faignée par tout où on peut faigner ,
eft très-épais , très - gluant , & il ne s'en
fepare que peu d'une férofité laiteufe &
verjurée , fouvent il ne s'en fépare aucune;
il arrive pourtant quelquefois que le fang
est très-fluide, & paroît comme une férofité
fanz
1727.
1728
.
1728.
1728
.
Decembre Janvier Fevrier
I 26 I 33
I 28
2 35
2 36 2 18
3 50 3 532 1
3
20
456789
26 4 24 4 32
28 S 38
-S 40
24
6 29 6 ss
14 7
28 7 26
47
8 32 8 28
22 9 SI ୨ 38
ΙΟ 26 ΙΟ 21 ΙΟ 22
1
II 40 II 26 II 27
12 22 12 32
12 28
13 26
13 40 13 31
14 IS 14 50
14
20
IS 36 IS 36 IS 30
16 20 16 24 16 45
17 IS 17 37 17 17
18 17 18 60 18
19
19 37 19 61 19 25
20 32
20 20 20 37
21
44
21 32
21 30
22 34
22 7 22 44
23 26 23 20
24 24 24 32
22
23 45
24 55
25
28 25 26 25 29
26 22 26 28
27 18
27
23
00 m
26 35
27 40
28 36 28 40 28 30
29 36 29 32 29 43
30
31
35 30 31
31 31 40
2 892
1021
des Saignées 101-99 fois.
837
IBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
一
n
( I
C
I
AVRIL. 1728. 725
fanguinolente, mais cela arrive rarement .
Pour donner une idée plus jufte de la
quantité du fang que j'ai fait tirer à la
Malade , je l'ai fait pefer devant moi chaque
fois qu'on en a tiré , je l'ai peſé pendant
trois mois de fuite, & j'ai trouvé que
la quantité de fang tiré eft montée l'un des
mois à une livre & un gros ; le fecond
mois , à une livre & une once ; & le troifiéme
mois , à une livre & demie ; ce qui
fait en tout trois livres neuf onces & un
gros : la livre dont je parle , eft de feize
onces. Cela enfuite divifé également à
chaque mois , fait pour chacun une livre
trois onces & un fcrupule.
Suppofant pareille quantité de fang tirée
chaque mois ( ce que je crois affez juſte )
je trouve par cette fupputation qu'on a
tiré à la Malade en dix - huit mois vingt
une livres , fix onces & fix gros de fang.
La Malade prévoit de quelques inftans
fes accès , & cela par un gonflement confiderable
des vaiffeaux du cerveau qu'elle
fent , & par un bouleverfement de toutes
fes parties.
La Malade dort très - rarement & mange
très- peu ; il faut dire qu'en fanté elle dormoit
& mangeoit peu , & dans l'état oùì
elle eft , cela a encore diminué .
Le 9. Octobre 1727. la Malade fut
attaquée de Catalepfie. C'eft une Mala-
D iij
die
726 MERCURE DE FRANCE.
die rare , mais dont on trouve la defcription
dans les Auteurs : en cela bien differente
de celle dont je parle , que je n'ai
vûë décrite nulle part.
Notre Malade , privée de l'ufage de tous
fes fens , les yeux ouverts , la vûë fixe &
la paupiere immobile , étoit dans fon
lit comme une ftatue couchée , le corps
& les extrémitez étoient d'une tenſion
confiderable. Je lui levai un bras qui refa
dans l'attitude où je le mis ; ce qui m'engagea
à en donner differentes à fes bras & à
fes doigts & qu'ils conferverent longtemps
, fans que j'apperçûffe le moindre
mouvement non plus que dans une automate
ou manequin de Peintre .
Je fis lever la Malade , & elle reſta
fur fes pieds , fans appui , dans l'attitude
que je lui donnai , dont je fus le maître,
parce que les articulations pouvoient ,
quoiqu'avec force , être muës.
Je la fis bien frotter avec des linges
chauds & enfuite avec un mêlange d'efprit
de vin , d'Eau de la Reine de Hongrie
, d'efprit de Lavande & d'huile d'olive
; pendant qu'on la frottoit , arriva
fon accès fpafmodi - foporeux , & la faignée
, remede ordinaire , rendit à la Malade
la connoiffance & la voix ; elle n'a
cû qu'un accès de Catalepfie ; fes bras
deviennent pourtant quelquefois tendus , &
reftent
AVRIL.
1728. 727
reftent dans l'attitude où ils fe trouvent :
en lui tirant les bras & les doigts , cela fe
paffe.
On inftruira le Public des fuites de cene
maladie & de ce qui arrivera de nouveau.
XXXXX:XXXX :XXXXX**
SUR la femme d'un Officier , qui faifoit
des Recrues en l'absence de fon mari.
Ous faites des Soldats au Roy,
Iris , eft-ce là votre employ
Pour vous en épargner les peines ,
Qu'Amour raffemble feulement ,
Tous ceux qu'il a mis dans vos chaines ,
Il va vous faire un Régiment.
J'y veux entrer ,
mais
que l'argent
T
Nefoit pas mon
engagement;
Je n'ai pas l'ame mercenaire :
D'un feul baifer faites les frais.
Enrôlé par ce doux falaire ,
Je ne deferterai jamais,
Mais n'allez pas pour m'accepter ,
D iiij
728 MERCURE DE FRANCE .
A la taille vous arrêter :
Petit ou grand , cet avantage ,
A la valeur n'ajoûte rien.
C'eft du coeur que part le courage ;
Quand on aime , on fert toûjours bien.
L
E Roy fait faire beaucoup de réparations
& quelques changemens à Marly.
On abat le vieux Chenil qu'on appelloit
la Seigneurie de Marly , & on en
bâtit un autre. On détruit ce qui s'appelle
la Riviere de Marly , c'eft - à - dire ,
la grande Caſcade qui eft vis - à - vis le
Château, compofée de 63. degrez de Marbre
, mais on conferve le bas avec toutes
les Figures , Animaux & Jets d'eau , &
on met un gazon à la place , ce qui remediera
à l'inconvenient de la trop grande
humidité que cette prodigieufe abondance
d'eaux , & leur écoulement communiquoient
au Château .
Comme cette Riviere ne fubfiftera plus
que dans quelques Monumens confacrez
' à la gloire du feu Roy , qu'il nous ſoit
permis de placer ici un morceau capable
d'en éternifer la mémoire , & qui n'eſt
pas commun ; quoiqu'il ne foit pas nouveau
;
AVRIL. 1728. 729
veau ; il intereffera fans doute tous les
Lecteurs d'un certain goût. Cette Piece
fut d'abord compofée en Vers Latins &
elle tient un des premiers rangs dans les
Oeuvres de M. l'Abbé Boutard , qui excelle
en ce genre , & qui la traduifit enfuite
en notre Langue , au temps de la
paix de Rifwick . Elle fut fort applaudie
du feu Roy & de toute la Cour.
ODE ,
Sur la Riviere de Marly ,
Ambitieufe
AU ROY.
Mbitieufes Nayades ,
Qui regnez dans ces beaux lieux ,
Par vos brillantes Cafcades ,
Ceffez d'enchanter mes yeux ;
Ceffez d'occuper ma Lyre :
A la Seine qui m'inſpire ,
Je veux confacrer mes Vers
Et celebrer la puiffance
De l'Hercule de la France ,
Qui l'éleve dans les airs.
Par une énorme Machine , *
* La Machine de Marly.
Dy Forc
730 MERCURE DE FRANCE.
Forcé de changer fon cours ,
Le Fleuve monte & domine
Sur les plus fuperbes Tours.
Mais des Cieux quittant la voute >
D'un Roi qui regle fa route ,
Il fuit l'ordre fouverain ;
Et dans le fer qui l'enchaîne ,
Tel qu'Alphée , il fe promene,
Par un chemin fouterrain..
Quand d'une Montagne aride ,
L'Onde fort à gros boüillons ,
J'admire un argent liquide ,
Qui rejaillit des fillons :
Le fein de la terre enfante
Une moiffon plus brillante
Que les Epics de Cérès .
Dėja les vagues fuperbes ,
Groffiffent comme les Gerbes
Que produifent nos guerets.
De fes gazons dépouillée ,
Les Gerbes quifont la tête de la Riviere.
La
AVRIL.
1728.
La Colline offre fon dos ,
Et fur la Roche taillée ,
Reçoit l'écume des fots.
Dans cette route preſcrite ,
La Seine fe précipite.
Tel le Nil majeſtueux .7
Sur les prochaines Campagnes ,
Roule du haut des Montagnes ,
Ses torrens impetueux.
M
Il femble que la Nature ,
Sur le penchant du Côteau .
Dreffe parmi la verdure ,
* Un riche Théatre d'eau :
Où s'élevant par étage,
Les Ormeaux de leur feüillage ,
Etalent les ornemens ;
Où la Nymphe ingenieufe
D'une Scene ambitieuſe ,
Forme les enchantemens,
**
Là fufpendue elle admire ,
* Le Peristile.
D vj
Ces
732 MERCURE DE FRANCE .
Ces Jardins délicieux ,
Où Flore tient fon Empire ,
Où fe raffemblent les Dieux .
Elle y voit créer les Arbres ,
Les Moiffons de Fleurs , les Marbres
Dont les yeux font éblouis :
Et croit que ces beaux Spectacles
Sont les étonnans miracles ,
Ou des Dieux , ou de Louis..
Elle paroît plus contente
Dans ces Vallons enchantez ,
Que de marcher triomphante,
Dans * la Reine des Citez :
Que de voir ces murs antiques :
Ces auguftes Bafiliques ,
Sieges des Arts & des Loix ;
Et cent Monumens de gloire ,
Que la Paix & la Victoire
Ont confacrez à nos Rois.
SYC
Là du plus grand Roi du monde ,
* Parise
T#
AVRIL. 1728 . 733
Tu fecondes les defirs ;
Là tu fais fervir ton Onder
A fes innocens plaifirs...
Soit que les Eaux fouterraines ,
Se transformant en Fontaines ,
Animent ces Bois fleuris ,
Soit que dans l'air fufpenduës ,
Elles imitent les nuës ,
Et les couleurs de l'Iris.
Mais ta liqueur argentine ,-
Offre à mes yeux plus d'appasɔ-
Quand du haut de la Colline ,
Elle defcend à grands pas.
Jamais le limon , l'arene ,
Ni des vents la froide haleine
Ne troublent ton pur criſtal.
Une lumineufe glace ,
Semble couvrir la furface.
De ton fuperbe Canal
M
Le Soleil fur ton rivage ,
Se repofe pour te voir ,
E
734 MERCURE DE FRANCE.
Et retrace * fon image
Dans ton liquide miroir.
Là cet Aftre aime à paroître ,
Tel que Thétis le voit naître
De l'humide fein des Mers ,
Lorfqu'il ouvre fa carriere
Et partage fa lumiere
Aux Peuples de l'Univers.
諾
O Seine trop fortunée ,.
Qui des rayons du Soleil ,
Eft richement couronnée ,
Triomphe en cet appareil.
Toutes les Nymphes , fans peine,
Te reconnoiffent pour Reine,
Et par le bruit des Ruiffeaux ,
Que tant de * Monftres vomiffent ,
On diroit qu'ils applaudiſſent
A la Déeffe des Eaux.
>
Le Gange , l'Inde & le Tage ,
* Le Parelie .
Les Monftres Marins de la grande Piece
Rocaillée
Qus
AVRIL. 1728. 739
Qui roule l'or fur leurs bords ;
N'ont plus fur toi l'avantage ,
Par l'éclat de leurs tréfors .
Le Roi des Fleuves lui-même ,
Orné de fon Diadême ,
L'Eridan eft moins pompeux ;
Et dans la voute azurée ,
Jamais fa tête dorée ,
Ne brilla de tant de feux.
Fidele dépofitaire ,
Du brillant flambeau du jour ,
C'eft toi, de qui l'Onde éclaire
Ce délicieux féjour.
Là du pere de l'Aurore ,
Sur les richeffes de Flore ,
Ton criſtal répand les traits .
Les vifs rayons qu'il renvoye
Et de lumiere & de joye ,
Rempliffent tout le Palais.
M
Mais tu dois être plus fiere ,
Des honneurs dont tu joùis ,
Ta
736 MERCURE DE FRANCE.
Tu plais , heureuſe Riviere ,.
Moins au Soleil qu'à Louis.
Dès qu'en étouffant la
guerre ,
Cet Arbitre de la Terre ,
A terminé fes travaux :
Le front couronné d'Olive ,
Il vient goûter fur ta Rive ›
Les doux charmes du repos .
PRINCIPES pour tranfpofer toute forte
de Mufique , fans être obligé de connoître
ni le ton ni le mode.
Un Diefis ?
Un Bmol précedant
la note l'éleve
:{ la baiffe
d'un demi ton ; donc le Diefis & le Binol
fe détruifent l'un l'autre .
27.
S7. Diefis
Imaginez
Biede
plus après la
Cléde laMufique
à tranfpofer
pour chaque
demi ton de tranſpofition
plus haut
plus bas S L'octave
entiere
reçoit la valeur
de
'S 12. Diefis
12 Bmol pour chaque degré que la Clé
defcendz donc pour détruire
12, Bmol } 12. Diens ?
S baiffer
il n'y a qu'à ver la Clé d'un degré. élever
Donc toute tranfpofition de Mufique
Le
Po
1
2
3
4+
5-
6.
7
∞
***
mu
19
10
11
12
THE NEW YOK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
PUBLIC
LI
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
:
AVRIL. 1728. 737
fe fait par l'adition ou par la fouftraction
des Diefis & des Bmol , ou par le changement
des Clés.
Table pour trouver ,
&c.
BIGRAO CAO RAO BAORADRAD : RAM RAM ZADRAD ZADRAD SAO CLÍSLO SŁO
CHANSON impromptu , faite à Barfac,
fur des paroles qu'avoit données à l'AuteurMadame
la Marquise du Roure .
UN jour Cytherée ,
S'en alloit toute éplorée ,
En cherchant fon fils ;
Je le perds , dit- elle ;
Ce petit Rebelle
Eft fourd à mes cris ;
O Nymphes des Fontaines ,
Parlez , qu'eft- il devenu
Vous riez de mes peines ;
Inhumaines ,
L'auriez -vous retenu ;
Un jour Cytherée , & c .
bis.
Tous les jours il me quitte ,
Il n'eft point aux Cieux ,
Biron , vient , Grands Dieux !
Mad la Marquise du Roure eft fille de M. l'e
Duc de Biron.
Biron ,
738
MERCURE DE FRANCE .
J'hefite ,
Tout
m'agite ;
Je vois mon fils dans fes yeux.
Un Jour Cytherée , &c.
J. B. P.
kjkjkjkjkak
ENIGM E.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
EXPLICATION des deux Enigmes
du Mercure de Mars .
Non , oui, nenny, fi-fait , ah ! parbleu m'y voilà ,
L'Enigme enfin à mes yeux fe débrouille :
C'eſt le Chanvre. Qu'il eft bon là ;
Nous en coëfferons la Quenoüille.
LOS
740 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Ils de fept foeurs , par moi l'on brave les
hazards. Fils
Le cou me fert de tête , & quoique redou
table ,
Quand on me l'a tranché , mon fort eft déplo
rable.
La premiere de mes deux parts ,
Auprès des Grands, lorfqu'elle eft la plus
forte ,
Brille en France , en Eſpagne , à la Chine , à
la Porte ,
Et près de leurs Iris eft d'uſage aux Amans ;
L'autre convient à certains temps.
En y joignant le chefde la premiere ,
De quelques innocens elle devient prifon .
Avec chef de métail , en me cachant ... der
riere ,
Du Ciel j'exprime la colere ,
Et fais jurer ou mettre en oraifon.
Transformé de cette maniere ,
Sans le milieu je ne ferois qu'un grain.
Les deux chefs découverts , étant unis fou
dain,
On
AVRIL.
741 1728.
On trouve un inftrument , qui dans certaine
guerre ,
N'eft employé que pour le fon .
De tout mon corps fupprimez une Ville ,
Et rapprochez mes débris fans façon ,
Des gens qui de Paſteurs fe font donner le
nom ,
Je fuis l'emploi , le bien , le domicile ,
Et pourrois faire encore honneur aux Charlatans.
Mes membres dépecez , que d'objets differens !
A réduire déja , quoiqu'affez difficiles ,
Oedipe , à regret je me rends . 3
AUTRE EXPLICATION
du Logogryphe , inferée dans le fecond
volume du Mercure du mois de Dé
cembre 1727 .
D
Un Logogryphe obfcur pour percer le
nuage ,
Je parcourus d'abord deux Royaumes divers ,
Qui font énoncez dans ces Vers :
Je traverfai le Po , je remontai le Tage ,
Mais bientôt dégoûté d'un malheureux
voyage ,
Cherchant
742 MERCURE DE FRANCE.
Cherchant au fond d'un Pot à noyer mon chas
grin ,
Helas ! à mes dépens j'apperçus que le vin ,
Ruinoit d'un beuveur le bien , la force , l'Age ,
Cette réflexion m'ayant rendu plus fage ,
Je trouvai dans l'Hiſtoire un doux amuſement,
Du malheureux Geta , le funefte accident ,
Me tomba fous les yeux à la premiere page :
Loin qu'un fitriſte objet abattît mon courage ,
Je fentis redoubler un noble empreffement ,
A parcourir les Mers : ce fut imprudemment ;
Car j'en fis à mon dan ,un rude apprentiffage ,
Embarqué ſur les flots , fous un Pilote fage ,
Je voyois de Goa , paroître le toupet ;
Quand la voile rompant , fit un horrible Pet ,
Qui menaçoit la Nef d'un dangereux naufrage.
Dieux ! m'écriay- je alors , le dégoûtantPorage !
Préſervez- moi d'en boire & je jure ma foi ,
De n'y plus revenir , dûffai - je être élû Roi ;
Daignez- en recevoir mon ferment pour ôtage:
La crainte d'avaler d'un fifalé breuvage ,
Me fit tout oublier Geta , le Po , le Pot ,
Et je conclus enfin que j'étois un vrai fot,
D'entreprendre à mon Age un fi pénible ouvrage.
LES
AVRIL. 1728 743
********************
LES Bouts- Rimez à remplir , imprimez
dans le Mercure du mois dernier
page 1. ne font pas dans l'ordre
qu'il faut. Ils ont été inferez par inadvertance.
En voici de plus réguliers.
Puiffante
Victorieux ,
Odieux ,
Reffente.
Innocentes
Lieux ,
Dieux ,
Naiffante ,
Recours
Secours
Charnelle.
Douleur ,
Couleur ,
Criminelle.
NOU744
MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES
A
LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS & c.
BREGE' de l'Hiftoire & de la
Morale de l'ancien Teftament , où
l'on a confervé , autant qu'il a été poffible
, les propres paroles de l'Ecriture
Sainte. vol . in 12. divifé en deux parties
. Premiere partie , 460 pages . Seconde
partie , 216. fans la Préface &
la Table . Seconde Edition , augmentée
de près de cent pages ; A Paris , chez
Jean Defaint , ruëfaint Jean de Beauvais
vis-à - vis le College ; ce Livre fe vend
40 fols relié.
1.
Le prompt débit de la premiere Edition
de cet Ouvrage en marque affez l'utilité
en effet on peut dire qu'il convient
à toutes fortes de perfonnes. Ceux
qui peuvent faire une étude fuivie de
l'ancien Teftament , font bien aifes de retrouver
de fuite dans ce Livre les faits
Hiftoriques , rangés felon l'ordre Chronologique
, afin de fe rappeller fans peine
ce qui eft répandu dans les differents Livres
de l'ancien Teftament. Pour tous
ceux qui ne font pas en état d'approfondir
l'Ecriture Sainte , on ne craint -
point
AVRIL. 1728. 745
point d'affurer que le Livre dont nous
parlons leur fuffit . Ils y trouvent le Texte
même de l'Ecriture , débarraffé de ce qui
ne leur convient pas ; ou éclairci dans
tous les endroits un peu importans , &
qui ont befoin d'explication .
L'ESPRIT DES PSEAUMES DE DAVID
en Vers François , avec le Latin à côté ,
par le fieur Florimons de Saint - Amour ,
Dédié à la Reine , premiere partie ; à
Paris , rue de la Harpe , chez L. D.
Delatour , 1728. in 8. de 117. pages ,
fans l'Epître , l'Avertiffement , & la Ta-
Fble , prix 24 fols.
15
C'est un bel Ouvrage , dit M. A.
Lemoine , Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Chanoine de faint
Benoît,dans fon Approbation ; & fi l'Auteur
y fuit plus fouvent l'efprit que la
lettre , & s'il ne s'affujettit pas toûjours
à rendre les Pleaumes, verfet par verfet,
dans la plus grande exactitude , il n'omet
rien néanmoins de tout ce qui peut en
faire fentir l'efprit . Les penfées font nobles
& fublimes , les affections picules
& édifiantes , le ftile pur & correct , les
vers beaux & touchans . Il eft digne de
l'impreffion , & on le lira avec fruit &
plaifir , & dans l'impatience de l'avoir
complet & achevé , c'est mon avis . En
E
746 MERCURE DE FRANCE .
Sorbonne ce 26 Juin 1727..
NOUVEAU TRAITE' D'ARITHMETIQUE
, de Blainville , mis dans la perfection
, contenant une ample explication
de fes principes , tant en nombres
entiers qu'en fractions , fuivi de
quantité de Queftions curieufes , avec
plufieurs Tarifs , tant pour l'aunage des
Toiles & des Draps , des Villes & Bourgs
où il y a Manufactures , que pour les
réductions des aulnes , des vares & des.
verges des villes de France ,de Hambourg
, d'Angleterre , de Hollande , d'Efpagne
& de Flandre . La maniere de faire
toutes fortes de Calculs pour les Rentes ,
depuis le denier dix , jufqu'au denier
trente. Enſemble une Table pour connoître
par an ce que l'on dépenfe par
jour le tout par des Regles que l'on
peut apprendre de foy-même , & fans
Maître , à Rouen , chez J. B. Befogne,
rue Ecuyere , 1728. in 12. de 3 1 2 pa
ges , fans les Tables & l'Avertiffement ,
prix 2 livres.
On trouvera le mois prochain , chez
le même Libraire , une nouvelle Edition
du Traité du Négoce de France's avec un
Traité des Changes , & le Traité de la
Jauge de la Marine. Le tout revû & augmenté
par M. de Blainville , 2 vol. in 12,
Examen
AVRIL. 1728 . 747
EXAMEN fur toutes les Cartes
générales des quatre parties de la terre ,
mifes au jour par feu M. Delille , depuis
l'année 1700. jufqu'en 1725. pour
fervir d'éclairciffement fur la Geographie ;
à Paris , rue de la vicille Bouclerie, &
ruëfaint Jacques, chez Lamefle & Briaffon
1728. in 8. Broch . de 25. pages ,
par M. Vincent Touret.
L'ECOLE DES ARPENTEURS,
où l'on enfeigne toutes les Pratiques de
Géometrie qui font néceffaires à un
Arpenteur , par M. de la Hire , troifiéme
Edition . On y a ajoûté un Abregé
du Nivellement , avec les proprietez
des Eaux , & la maniere de les jauger ou
mefurer ; on y trouvera auffi une Méthode
fort courte pour faire des Toifez
pour toifer la folidité des terres , &
jauger les tonneaux ; enfin on y raporte
les Ordonnances fur l'arpentage , &c.
à Paris , Quay des Auguftins , chez F.
Montalant , in 12. de 354 pages , prix
40 fols, broché.
METHODE pour apprendre l'Orthographe
par principe, fans fçavoir le
Latin , & fans être obligé d'étudier de
mémoire , feconde Edition revuë , corrigée
&augmentée de plús d'un tiers , par M.
Eij Jacquier,
748 MERCURE DE FRANCE .
>
Jacquier le prix eft de trois livres ,
reliée. A Paris , chez Nicolas le Clerc ,
ruëde la vieille Bouclerie , àfaint Lambert :
Joffe,ruefaintJacques , à la Colombe Royale :
le Gras au Palais , à L. Couronnée , & la
veuve Piffot , Quay de Conty , à la Croix
d'Or , 1728. 1 vol . in 8 °. de 342 pages,
fans compter l'Epître à Mademoiſelle
de Baujollois , & l'Avertiffement .
C'eft un préjugé favorable pour ce
Livre , que d'en avoir fi -tôt une feconde
Edition . Nous avons parlé de la premiere
dans notreJournal du mois d'Avril 1726.
celle-cy eft augmentée de plus d'un tiers,
& ces augmentations n'ont rien que d'avantageux
pour ceux qui fe ferviront
d'une Méthode qui nous a paru claire
aifée & fondée für les meilleurs Principes
; enforte qu'on peut affurer après
l'approbation de Monfieur de Fontenelle ,
que le Public continuera d'en tirer de
P'utilité : il ne faut pas oublier qu'à la
fin de tout l'Ouvrage , on en trouve un
abregé qui a coûté beaucoup de peine à
l'Auteur , & qui tend à en faciliter la
pratique aux Ecoliers les plus foibles &
les plus dépourvus de mémoire .
ESSAY d'une nouvelle Traduc
tion d'Horace , en vers , François ,,
par
divers Auteurs ; avec un difcours fur les
Satyres
AVRIL. 1728. 749
Satyres & les Epîtres , à Amfterdam , &
fe vend à Paris , ruë jaint Jacques , chez
Briaßon.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS,
nouvelle Edition , revue , corrigée &
augmentée de plufieurs Piéces détachées ,
écrites dans le même goût , par M. de
Marivaux à Paris , Quai de Gefores , chez
P. Prault. 1728. 2 vol . in 12 .
LE TOUR DU CARNAVAL
Comedie en un Acte , repréfentée fur le
Théatre de l'Hôtel de Bourgogne , par
les Comédiens Italiens , Ordinaires du
Roy , par M. d'Allinval : à Paris , Quay
des Auguftias , chez Langlois 1728 .
Brochure in 12. prix 15 fols .
, CANTATES à une & à deux
voix , les unes fans Symphonie , & les
autres avec Symphonie , compofées par
M. Monteclair : Troifiéme Livre qui
contient 8 Cantates Françoifes & une
Italienne ; Dédiées à Madame la Ducheffe
de Duras : à Paris , rue S. Honoré ,
à la Regle d'Or , chez Boivin , 1728 .
prix 9 liv.
MENUETS NOUVEAUX , qui
fe danfent aux Bals de l'Opera , 4. Re-
E iij
cüeil
750 MERCURE DE FRANCE.
cueil , prix 3 liv. 15 fols
même.
CONTRE · DANSES
chez le
> qui fe
danfent aux Bals de l'Opera , 2. Recueil
, gravé par L. Hue , prix 2 liv.
10 1. chez le même.
LA DE VIE DE S. LoüiS
GONZAGUE , de la Compagnie de
Jefus , par le P. Pierre Jaliph d'Orleans ,
de la même Compagnie , nouvelle Edition
, revue & augmentée d'un quatriéme
Livre , par le P *** de la même Compagnie
à Paris ,rue S. Jacques , chez M.
Bordelet , 1727. in 12 .
LA VIE DE S. STANISLAS
KOSTKA , Novice de la Compagnie
de Jefus , par le même P. d'Orleans
nouvelle Edition , revue & augmentée ,
chez le même , 1727. in 12 .
ME' MOIRES pour fervir à l'Hiltoire
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres , avec un Catalogue
raifonné de leurs Ouvrages , 4
Tome : rue S. Jacques , chez Briaffon ,
1728. in 12 .
SENTIMENS NOUVEAUX
A VRIL. 1728. 751
1
ou Préceptes fur la Grammaire , la Rhé
torique , la Poëtique & la Philofophie
ruë de la Harpe , chez la veuve de Nicolas
Oudot , 1728. in 12. de 158 pages
, prix 25 1. broché.
L'Auteur le propoſe dans ce petit Ouvrage
, de donner à ceux qui aiment la.
lecture , & qui ne font pas profeffion
d'Etude , des Regles fixes & certaines ,
tirées de la raifon , pour juger des Ouvrages
d'efprit .
Il va paroître inceffamment chez.
Jean - Mariette , rue S. Jacques , un Livre
qui a pour Titre , le Chirurgien
Dentiste , &c. par M. Fauchard , 2 vol.
in 12. enrichis de 40 Planches en taille
douce.
Cet Ouvrage eft le fruit d'une longue
expérience & d'une étude éxacte &
judicieuſe on y a approfondi toutes les
matieres qui regardent cette partie de
la Chirurgie : on y trouvera quantité de
remedes très utiles , avec la Defcription
de plufieurs manieres d'opérer , & de
plufieurs Machines & Inftrumens inventez
par l'Auteur.
M. Fauchard très- connu par fon habileté
, eft d'autant plus digne de loüanges
, qu'il n'a point eû d'Original à imiter
; les Anciens & les Modernes ayant
E iiij en752
MERCURE DE FRANCE. '
entierement négligé la partie qui concerne
la bouche , & n'en ayant parlé
dans leurs Ouvrages que très - fuperficiellement
il y a beaucoup d'apparence
que ce nouveau Traité fera très utile au
Public.
:
Il paroît un nouveau Difcours Latin ,
où le R. P. de la Sante ,Jefuite , Profeffeur
de Rhétorique au College de Louis-
LE - GRAND , examine files François
l'emportent fur les autres Peuples de
l'Europe , en fait de genie & de goût
pour les belles Lettres . Ce Difcours dédié
à S. E. Monfeigneur le Cardinal de
Fleury , fe vend chez les Freres Barbou ,
près la Fontaine S. Benoît , ruë S. Jacques,
aux Cicognes. Nous en donnerons
un Extrait inceffamment.
On nous écrit de Province que le P.
Panelle, Jeſuite , travaille , depuis quelques
années , à executer le deffein que M.
Morel avoit entrepris fur les Médailles.
,
M. Capperon , Ancien Doyen de Saint
Maxen , qui continue de s'appliquer utilement
à l'Etude de la Nature nous
écrit de la ville d'Eu , qu'il a trouvé
>> une nouvelle Méthode facile & trèsfimple
pour voir & connoître quelle
» eft la figure des parties de tous les
"
Sels
AV RIL. 1728. 753
» Sels répandus dans l'Air , dans les
>> Eaux , dans les Terres , dans le Sang ,
» & dans les humeurs , fans avoir re-
>> cours aux Opérations de la Chymie ,
» & aux Mélanges faits fur diverfes Li-
>> queurs : ce qui peut être très utile pour
» connoître aifément leurs qualitez &
» les différens effets qu'ils peuvent pro-
» duire . Ce fera , dit - il , auffi la matiere
de quelques Differtations qu'il ; nous
communiquera , pour en faire part au
Public.
Le Livre fingulier que nous avons
déja annoncé fous le Titre de Recherches
fur la Nature du feu de l'Enfer , & du
lieu où il eft fitué , fe débite à Amfterdam
, chez les Vverffteins & Smith. C'eſt
un grand in 8. de 222 pages. Le
Docteur Swinden , Curé de Curton , dans
la Province de Kent , en eft l'Auteur ; le
Traducteur eft M. Brion , Miniftre Anglican
. L'opinion de ce Théologien
dans ce Traité paroîtra , fans doute , extraordinaire.
Il commence par établir
qu'il y a une autre vie , & des peines dans
cette vie pour les méchans ; il établit
auffi l'éternité de ces peines que les méchans
fouffriront dans l'Enfer. La prin
cipale de ces peines , felon lui , fera - le
feu ; mais un feu réel , ce qu'il établit
E v fur
754 MERCURE DE FRANCE .
fur l'Ecriture & fur fes raifons : il fixe
le lieu où eft l'Enfer , & où il fera éternellement.
Ce lieu , felon lui , eft le Soleil
. Sur cette propofition , l'Auteur , pour
prévenir les objections qu'on pourroit
lui faire , s'en fait lui -même cinq ou fix
affez foibles qu'il tire de l'Ecriture Sainte
, & aufquelles il ne répond pas même
directement.
HISTOIRE des Grands Chemins de
l'Empire Romain , contenant l'origine , progrès
& étendue quafi incroyable des che
mins militaires , pavez depuis la Ville de Rome
jufqu'aux extrémitez de fon Empire , où
fe voit la grandeur & la puiffance des Romains;
enfemble l'éclairciffement de l'Itineraire d'Antonin
& de la Carte de Peutinger , par Nicolas
Bergier , Avocat au Siege Préfidial de Reims ;
nouvelle Edition , revue & corrigée , enrichie
des Cartes qui repréfentent les grands Chemins
de l'Empire, propofée par Soufcriptions,
deux volumes in quarto , A Bruxelles
Chez Jean Leonard , Libraire - Imprimeur , ruë
de la Cour 1727:
·
La néceffité de faire de grands Chemins &
de les entretenir , a fait le foin de toutes les
Nations ; mais il n'y en a point qui ayent fi
bien reconnu cette utilité que celles dont les
Etats étoient d'une vafte étendue , à caufe du
Camnerce qu'elles ont été obligées d'avoir
avec les peuples des Provinces les plus réculées
ainfi les Romains , qui étendoient leur Domination
jufqu'au bout de l'Univers , ſe font
aufli appliquez à faire de grands Chemins , &
des
AVRIL. 1728. 755
des routes les plus aifées qu'ils ont pû , tant
pour le foulagement des hommes, que pour
épargner de la fatigue aux animaux qui fervent
dans les voyages . Les nombreufes Armées
que ces Maîtres du Monde mettoient
fur pied , & qu'ils faifoient marcher de toutes
parts , étoient encore une des raifons les
plus fortes qui les portoient à faire ces grands
Chemins auffi leur donnoient- ils le nom
de Via Militares.
:
*
Perfonne n'a écrit avec plus d'exactitude
l'Hiftoire des grands Chemins de ce vafte Empire
, que NICOLAS BERGIE R. Son
Livre qui ett d'une profonde Erudition , &
qui d'ailleurs contient tout ce qu'il y a de
plus curieux dans la belle Antiquité , a
merité des Eloges & l'Approbation de tous les
Sçavans , & comme il eft devenu très - rare , &
d'une grande cherté, des Perfonnes Sçavantes
m'ont excité,dit l'Editeur, à en faire une Edition
nouvelle , & même m'ont aidé de leurs
foins pour la rendre très correcte . On n'a rien
changé au Langage de BERGIER , perfuade
qu'il y a des Livres aufquels on ne peut
retoucher fans les gâter , & que le moindre
refpect qu'on doit aux Auteurs de réputa
tion , eft de les imprimer comme ils le font
fait imprimer eux- mêmes .
Les Edificesfacrez & profanes , publics &
privez , les Palais les Maisons de Campagne
les Temples les Sepulcres , l'étendue &
les Limites de l'Empire Romain , les Routes
les Etaples pour la marche & le Logement des
Troupes les Poftes , les Couriers & les Voitures
; les Rivieres navigables , les anaux &
les Ports de Mer, & plufieurs autres recherches
très-intereffantes, E V.j
Conditions
756 MERCURE DE FRANCE .
CONDITIONs propofées aux Soufcrip
teurs. 1. Cet Ouvrage fera imprimé en deux
Volumes in quarto , fur de très beau Papier ,
& d'un Caractere neuf de Cicero . On joindra
à cette Edition des Cartes & des Figures .
2. On le donnera à ceux qui voudront
foufcrire , pour fix florins de change en blanc ,
dont on payera la moitié en foufcriyant , &
l'autre moitié en fournillant ledit Livre imprimé.
Ceux qui n'auront pas foufcrit , en
payeront neuf florins de change , fuppofé
que la foufcription ne foit pas remplie , dautant
qu'on n'en imprimera que quatre cens
Exemplaires.
3. Quoique le Papier far lequel on l'imprime
foit affez grand , on en imprimera encore
deux cens en grand Papier Royal ; les
Soulcripteurs en payeront neuf florins de
Change , la moitié en foufcrivant , & l'autre
moitié en recevant l'Exemplaire , & ceux
qui n'auront pas foufcrit , douze florins de
change de chaque Exemplaire en blanc , s'il
en refte au - delà des Soufcriptions .
4. On ne recevra les Soufcriptions que
jufqu'à la fin de Février 1728. Et l'Ouvrage
fera achevé vers le mois d'Août prochain ,
& peut- être plutôt.
5. On inferera une Lifte des Noms de tous
ceux qui auront foufcrit .
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
, Tom. 7. 1724.
LES LOIX
SALIQUES
de
France , & celles des Ripuavions , avec
les diverfes
Additions
qui y ont été faites
par
AVRIL. 1728. 757
par les Rois & les Empereurs, revûës, corrigées
& augmentées fur les Manufcrits ,
&c. avec des Notes de M. J. G. Eccard ,
&c. Latin.
DISSERTATION fur Sainte
"
Genevieve , Patrone de Paris & de toute
la France , par George Vuallin le fils
1723. in 4. de 275. pages , à Vvittemberg,
Latin,
HISTOIRE du Chriftianifme des
Indes , par M. de la Crofe , Bibliothecaire
du Roy de Pruffe , à la Haye ,
chez P. Vaillant. 1724. 8. de 570. p .
SISTEME A BRE G E' du
Droit public , par M. Struve , à Jene ,
1722. in 8. de 748. pages , Latin.
On apprend de Stokol , que le Baron
de Duben , Secretaire d'Etat du Roy de
Suede , a entrepris la Traduction des Ouvrages
de Boileau en Vers Suedois .
Erneft Jean Ludicer , eft le nom d'un
Enfant de 6. à 7. ans , qu'on voit avec
étonnement à la Cour de Suede depuis un
an , qui a fait des progrez très-furprenans
dans la Mufique ; non - feulement il joiie
parfaitement de divers inftrumens ; mais
il est très- habile dans la Théorie .
De
758 MERCURE DE FRANCE.
De Lucerne , que le Docteur Maurice
Antoine Cappeler , Medecin , a deffein
de publier une Cryftallographie ou Hiftoire
des Cristaux.
De Vienne , qu'on y a vû une nouvelle
Machine fort curieufe , c'eft un petit Bateau
fait d'une peau fortement enduite
d'huile ; fi leger , qu'un homme le porte
aifément fur la tête , & pourtant affez
fort pour porter une perfonne , & traverfer
un fleuve tel que le Danube. C'eſt
de quoi tout Vienne a été témoin .
M. Jean George de Bemmel , trèshabile
Peintre , fils de Guillaume Bemmel
, d'Utrecht , fameux Peintre de Païfages
, mourut à Nuremberg le 23. Juin
1723. Il excelloit principalement dans
les Batailles.
Les Vendanges Litteraires de l'Abbé
Schaunat , parurent vers la fin de 1723 .
Fulle , c'eft un Recueil de Monumens
qui contiennent l'Hiftoire Ecclefiaftique
d'Allemagne , renfermez dans un petit
in - folio.
M. Petzel , Peintre , cy- devant Officier
dansles Troupes du Czar , qui a parcou
ru toute l'Europe , toûjours appliqué à
fe
AVRIL. 1728. 759
1
fe perfectionner dans l'Art de la Peinture,
eft prêt à donner, à Jene , un Ouvrage
important fur l'excellence & les principes
de cet Art ; la compofition , le mêlange
des couleurs &c.
Une Payfane du Village de Ahorn ,
près de Coburg , a eû d'une même couche
4. Garçons , le premier , le troifiéme
& le quatriéme avoient 18. pouces de
long , & vinrent vivans ; mais ils moururent
peu de tems après leur naiffance .
Le premier avoit 6 doigts à la main droite ;
le fecond n'étoit qu'un Embrion d'un
demi pied ; le troifiéme avoit un bec de
Liévre.
M. Schurig, Medecin , a publié à Drefde
, un Ouvrage in 4. fur la Salive
humaine ; où l'on examine les queſtions
que la Médecine & le Barreau préfentent
fur cette matiere .
Le Corps du Droit Militaire de Monfieur
Lunig , paroît à Leipfig.
M. le Confeiller Berger a fait imprimer
à Vvittemberg , un Livre fur les
Mafques, où il examine ce fujet en Critique,
en Hiftorien , enJurifconfulte , &
en Philofophe. C'eſt un Ouvrage de plus
de
760 MERCURE DE FRANCE .
-
de 400. pages in 4. orné de quantité
de Figures quirepréfentent les Maſques
des Anciens. Il est dédié au Roy de
Pologne .
M. Luderrig publia fur la fin de l'année
derniere , à Hale , une Piéce Curicule
de Nexu Scripture , & Subfcriptionis
. Il y examine les differentes manieres
dont les Anciens Romains 50-
bligeoient par écrit .
Le Confeiller Schneider a fait imprimer
au même endroit , une Differtation
, où il prouve que felon les principes
du Droit Naturel il faut garder
la foy , même aux perfides.
Il doit paroître à volfembuttel un
Ecrit fur les effets Muficaux des Vents ,
de Flatuum ac Ventorum Operatione Mufica.
C'est l'Ouvrage d'un Moine du
treize ou quatorziéme Siècle .
Il y a deux ou trois ans qu'on trouva
à Gandersheim, dans des oeufs de poule ,
quelques pois & quelques lentilles. Il y
en avoit quatre , cinq , & jufqu'à fix
dans chacun. La plupart ont germé &
porté du fruit . Ces pois & ces lentilles
étoient juftement entre le blanc & le jaune
1
I
AVRIL. 1728. 761
ne de l'oeuf. Quelques Sçavans confultez
fur ce Phénomene , croyent que ces
graines fe font infinuées dans les Poules
pendant l'accouplement , qu'ils fuppofent
s'être fait dans un endroit où il y avoit
beaucoup de pois & de lentilles . D'autres
difent qu'ils font entrez du jabot dans
l'Ovaire.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
& c . 1724. Tome VIII .
MISCELLANEA , &c . Mélanges de
la Societé Royale de Berlin , tirez des Memoires
de cette Académie , & c. A Berlin,
1724. in 4. de 188. pages.
On voit dans ce Volume le Projet fingulier
d'une Ecriture univerfelle à l'ufage
de toutes les Nations , par M. Solbrig ,
lequel également perfuadé de l'utilité d'une
Langue univerfelle & de l'imperfection
des ouvertures qu'on a données julqu'ici
là- deffus , a crû devoir s'exercer
fur ce fujet , & faire part à la Société
Royale de ce que fes Réflexions lui
ont découvert . Il annonce une écriture
lifible & intelligible à tous les Peuples
du Monde , & une Méthode de l'enfcigner
, qui joint à l'avantage de la brieveté
celui de la facilité.
On apprend par une Lettre de M. Delcartes
762 MERCURE DE FRANCE :
cartes au Pere Merfene , qu'on avoit for
mé de fon temps le Projet d'une nouvelle
Langue . Ce Projet étoit renfermé
dans 5. ou 6. propofitions . Celui qui en
étoit l'Auteur , propofoit de faire une
Grammaire generale , & qu'on auroit pû
apprendre en fix heures de temps ; il
vouloit de plus qu'on regardât toutes les
Langues comme des Dialectes de la nouvelle
, qu'il avoit , fans doute , dégagée de
toutes les irrégularitez qui fe trouvent
dans les autres . Il parloit enfuite de faire
un Dictionnaire dont on fe ferviroit pour
compofer ou pour interpreter ce que d'autres
auroient écrit . Ce Projet ne parut
pas à M. Defcartes affez bien imaginé
pour pouvoir réüffir , &c . Peu fatisfait de
fes vûës , il indique celle qu'il croit qu'on
pourroit fuivre. Il voudroit qu'on mît
entre les penfées de l'efprit le même ordre
, la même enchainure , que celle qui
fe remarque entre les nombres . Qu'on fit
le dénombrement de toutes les idées fimples
qui entrent dans la compofition des
idées complexes : qu'on diftinguât celles
qui font claires d'avec celles qui ne le
font pas en un mot , qu'on fuivît tellement
l'efprit dans fes opérations , qu'on
vit fes idées naître les unes des autres ,
& fe ranger d'elles -mêmes dans diverfes
claffes. Une Langue qui feroit ainfi formée
AVRIL. 1728. 763
mée fous les aufpices de la Philofophie ,
dont tous les mots réveilleroient des
idées diftinctes , & qui dirigeroit l'efprit
dans fes jugemens , ne tarderoit pas
à devenir la Langue commune de tous
les hommes. On fçait que rien ne facilite
davantage la mémoire que l'ordre
dans les idées qu'on veut lui confier , &
qu'il n'eft perfonne qui ne puiffe apprendre
en un jour , à écrire & à compter
tous les nombres à l'infini , dans
une Langue inconnue , quelque grande
que foit la diverfité des mots qui les dé
fignent. On pourroit donc efperer le même
fuccès à l'égard de ceux qui expriment
les autres objets de la penfée. Cependant
, quoique M. Defcartes mette
cette Langue & la Théorie dont elle dépend
, au rang des chofes poffibles , il
avertit qu'on ne doit pas s'attendre à la
voir jamais établie. Elle demanderoit des
Difciples qui fuffent Philofophes , & ces
Difciples ne fe trouvent que dans la République
de Platon .
On voit par là que tout ce qui eft confacré
à un ufage general , doit moins être
marqué au coin de l'invention , qu'à celui
de la fimplicité. Ce qui eft ingénieux &
imaginé avec efprit , n'eft entendu que d'un
petit nombre de perfonnes ; & il ne faut
pas qu'une découverte qui intereffe tous
lea
764 MERCURE DE FRANCE.
les hommes , foit miſe à un prix audeffus
de leurs Facultez . De tous ceux
qui ont travaillé fur cette matiere , M. Solbrig
n'en connoît point qui ait fait paroître
plus de génie & de pénetration que
le fçavant Wilkins . Cependant rien ne
prouve mieux la verité qu'on vient d'avancer
, que les fçavantes recherches de
cet habile homme. Elles brillent certainement
d'efprit & d'invention ; mais on
n'y remarque point , non plus que dans
celles des autres , cette fimplicité qui feulepeut
en affurer le fuccès.
Voici le Projet & le précis du Mémoire
de M. Solbrig . D'abord il examine
quels doivent être les caracteres
d'une écriture univerfelle , & qui puiffe
exprimer clairement nos penfées & les
expliquer facilement aux autres . Il ne
croit pas que perfonne lui contefte que
pour être tels , il faut qu'ils ayent les
conditions fuivantes. 1. Qu'ils foient
en affez grand nombre pour fuffire à cette
prodigieufe quantité d'idées que nous
pouvons communiquer aux autres . 29 .
Qu'ils n'ayent rien d'abfurde ou de fufpect
qui puiffe les faire rejetter . 3 ° . Qu'ils
foient tellement diftincts , qu'il n'y ait
entre eux aucune confufion à craindre.
4°. Qu'ils puiffent s'écrire facilement.
5. Qu'ils foient propres à exprimer tout
се
AVRIL. 1728. 765
ce qu'on voudra. Enfin , ce qui eft une des
principales conditions , qu'ils fe puiffent
apprendre fans peine & fans fatiguer la
memoire.
Un Lecteur un peu intelligent , comprend
bien que ces conditions ne fe pouvant
trouver que difficilement dans des
caracteres nouveaux , on ne les doit chercher
que dans ceux qu'un long uſage a
rendu familiers. Auffi eft- ce la conféquence
à laquelle elles ont conduit l'Auteur.
Quoiqu'il foit facile d'inventer de
nouveaux caracteres , & d'en inventer un
grand nombre , il n'eft point d'avis qu'on
s'en ferve ; l'experience qui eft là - deffus
plus à croire que tous les raifonnemens
nous apprenant que la memoire ne s'apprivoile
que difficilement avec eux.
Remarquant donc que les Chiffres de
notre Arithmetique , font de tous les caracteres
connus , ceux qui ont dans le
plus haut degré , les conditions requifes ,
M. Solbrig n'a point balancé fur le choix ,
il leur a donné la préference. En effet il
eft plus facile de faire voir que ces conditions
s'y trouvent réunies , qu'il ne l'eft
d'indiquer des caracteres où elles foient
avec plus d'avantage. Rien ne peut épuifer
les nombres , ils font fufceptibles d'additions
& de multiplications à l'infini . Ils
n'ont rien dans leur figure qui puiffe choquer
766 MERCURE DE FRANCE.
quer la vûë ou révolter l'imagination . Ils
font fi diftincts les uns des autres , que la
moindre attention en découvre la difference.
Leurs traits font fimples & faciles
à tracer. Il n'eft point de penſée dont ils
ne puiffent être l'expreffion & le figne.
Enfin ils font fi faciles que la moindre
peine fuffit pour les apprendre , & qu'il
n'eftpoint d'efprit fi bouché , qui ne puiffe
en moins de deux heures , en porter la
valeur jufqu'à celle de plufieurs millions.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE de
la Doctrine des Idées , où l'on rend compte
des fentimens des Philofophes , tant
anciens que modernes. A Augsbourg ,
1723. Latin.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
& c. 1725. Tome IX.
1 LETTRE de M. Breyn , Docteur en
Medecine à Dantzick , à un Théologiende
la même Ville , concernant les Melons
pétrifiez , traduite du Latin .
On mande de Stockolm , que l'inconvenient
auquel l'Yvoire eft fujet de jaunir
au bout de quelques années , a donné lieu
à des Ouvriers de cette Ville , de travailler
des Os d'Elan , & on s'eft convaincu
par
5
AVRIL. 1728. 757
par experience que cette matiere , qui eft
beaucoup plus belle que l'Yvoire , conferve
fa blancheur fans altération .
M. Reimmann a donné à Hildesheim ,
fon Hiſtoire Univerſelle de l'Athéilme &
& des Athées , tant des veritables que de
ceux qu'on foupçonne injuftement de l'être
, parmi les Juifs , les Payens , les Chré
tiens & les Mahometans .
M. , Richter a donné à Leipfick une
Brochure de 7. feüilles , fur l'origine de
la Foudre ; De Natalibus Fulminum. Il
embraffe l'opinion du Comte Maffei , qui
croit que l'Eclair s'allume , non dans la
nuë , mais plus bas & affez près de la
Terre .
Dans la même Ville de Leipfick , M. le
Docteur Platner , a commencé de profeffer
la Phifiologie , par une Harangue
fur quelques erreurs ordinaires , & par
un Programe fur la Gymnastique des Anciens.
M. Weiff a fait imprimer à Chemnits ,
une Brochure Latine in 8 fur l'origine des
Saxons. Il croit après Ammien - Marcellin
, que les Saxons étoient un ramas de
gens de diverfes Nations qui s'établirent
les uns après les autres le long de la Mer
Baltique
768 MERCURE DE FRANCE .
Baltique , où ils exercerent le métier de
Pirate. Ce qui rend cette opinion bien
vrai -femblable , c'eft que le mot de Saxe
fignifie en vieux Allemand , Brigand ou
Pirate .
M. Gundling a publié à Berlin une
Brochure en Latin , de 6. pages in fol.
fur une Médaille de Vizon , Roi des Obo-,
trites , qui fe trouve dans le Cabinet de
M. Rau. Ce Vizon étoit Allié de Charlemagne
, dans le parti duquel il demeura
conftamment jufqu'à la fin de fa vie . Il
fut tué par les Saxons fes voifins , qui l'avoient
attiré dans une embufcade . Eginhart
fait mention plus d'une fois de ce
Prince.
On a appris de Wezel , que M. Paul de
Rapin Toiras , mourut le 16. May dernier.
Il étoit né à Caftres le 25. Mars 1661 .
On a imprimé à Mofcou , en Latin &
en Ruffien , deux Catalogues des Manufcrits
Grecs de la Bibliotheque Synodale
de cette Ville . C'eft M. Athanafe Chiada ,
Profeffeur en Langue Grecque , qui les
a publiez . Le premier contient cinquante
Manufcrits , dans lefquels on trouve le
temps où ils ont été écrits ; & l'autre 304 .
fur l'ancienneté defquels M. Chiada propofe
AVRIL. 1728. 769
pofe fes conjectures . A ces deux Catalogues
l'Auteur en joint un troifiéme de 93 .
Manufcrits qui font dans la Bibliotheque
de l'Imprimerie de Mofcou. M. Kapp a
fait réimprimer ces trois Catalogues à
Leipfick , parce qu'on n'en a imprimé que
so . Exemplaires à Mofcou . De tous ces
Manufcrits , le plus remarquable eft celui
des quatre Evangiles , qu'on croit être
du fixiéme fiécle , & qui ne differe du fameax
Manufcrit d'Alexandrie , confervé
en Angleterre , qu'en ce que les caracteres
de celui-cy font un peu plus gros . Il
y a auffi parmi ces Manufcrits quelques
Ouvrages des Auteurs Prophanes , tant
en Vers qu'en Profe : celui qui mérite le
plus d'attention , eft un Homere du dixiéme
fiecle. On y trouve auffi les Oeuvres
de Philon le Juif. Ce Manufcrit cft du
douziéme fiecle.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
Tome X. 1725.
TRAITE' DU PYRRHONISME hiftorique
, &c. A Leipfic , 1724. in 8 .
de 272. pages , en Latin.
L'Ouvrage eft partagé en cinq Chapitres.
On traite dans le premier du Pyrrhonifme
en general , & enfuite du Pyrrhonifme
Hiftorique. Dans le fecond , on éxamine
F les
770 MERCURE DE FRANCE .
les qualitez neceffaires pour faire un bon
Hiftorien. Dans le troifiéme , on traite
des obftacles à la certitude & à la verité
de l'Hiftoire. Dans le quatrième , on examine
quel fond on peut faire fur les Monumens
qui fervent à écrire l'Histoire ;
& dans le cinquième , on établit les regles
d'un Pyrrhonifime raiſonnable en matiere
d'Hiftoire .
DISSERTATION de M. Joffe Chriftofle
Dithmar , Profeffeur , &c . touchant
l'abdication des Royaumes & des autres
grandes Dignitez , tant Séculieres qu'Ecclefiaftiques.
A Francfort , 1724. in 4 .
de 36. pages.
RELATION de ce qui s'eft paffé dans
la Ville de Thorn , en l'année 1724 par
M. Jablonski . A Berlin , 1725. in 4.
de 112. pages en Allemand . On a réimprimé
cette Relation en François à Amfterdam
, in 8 .
On écrit de Berlin , qu'un Sçavant de
ce Pays a formé le projet de publier un
petit Ouvrage Allemand , en forme de
Journal , dans lequel il rendra compte
au Public de tout ce qui fe paffera d'intereffant
dans l'Electorat de Brandebourg
& dans les Provinces voilines .
Haude ,
}
AVRIL 1728. 771
Haude , Libraire , de cette même Ville ,
débite une Traduction Allemande de
l'Ouvrage de M. Petit , fameux Chirur-,
gien de Paris , fur les Maladies des Os,
in 8. & Rudiger , une feconde Edition
de l'Hiftoire des Juifs de M. Prideaux .
La Vente de la Bibliotheque de M.Colbert
, qui devoit commencer le 3. May
1728. eft remife au 24. du même mois.
Le Catalogue imprimé en trois volumes
in 12. fe vend chez G.Martin , Libraire ,
rue S.Jacques, à l'Etoile , & chez F. Montalant
, Libraire , Quay des Auguftins.
On trouve chez ledit Martin & chez
les freres Guerin , un Roman nouveau ,
intitulé , Diane de Caftro ; & la nouvelle
Traduction de l'Hiftoire Romaine , traduite
de l'Anglois , de Laurent Echard ,
en 6. vol. in 12.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1730.
Feu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçû
le noble deffein de contribuer au progrès
des Sciences , & à l'utilité que le Public
en doit retirer , a légué à l'Académie
Royale des Sciences un fonds pour deux
Prix , qui feront diftribuez à ceux qui ,
Fij
au
772 MERCURE DE FRANCE:
au jugement de cette Compagnie , auront
le mieux réuffi fur deux differentes fortes
de Sujets , qu'il a indiquez dans fon Teſtament
, & dont il a donné des exemples .
Les Sujets du premier Prix regardent
le Siftême general du Monde , & l'Aftronomie
Phyfique .
Ce Prix devroit être de 2000. livres ,
aux termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans . Mais la diminution des Rentes
a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confideble
, & il fera de 2500. livres.
Les Sujets du fecond Prix regardent la
Navigation & le Commerce.
11 ne fe donnera que tous les deux ans
& fera de 2000. livres .
L'Académie fe conformant aux vûës &
aux intentions du Teftateur , propoſe pour
fujet du premier Prix ,qui tombe dans l'année
1730.
Quelle est la caufe de la figure Elliptique
des Orbites des Planetes , & pourquoi
le grand axe de ces Ellipfes change de pofition
, ou , ce qui revient au même , pourquoi
leur Aphelie ou leur Apogée répond
fucceffivement à differents points du Ciel.
Les Sçavans de toutes les Nations font
invitez à travailler fur ces Sujets , & même.
les Affociez Etrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la loi d'exclure les Académiciens
A VRI L. 1728.. 773
miciens regnicoles de prétendré aux Prix .
Ceux qui compoferont, font invitez à
écrire en François ou en Latin , mais fans
aucune obligation . Ils pourront écrire en
telle Langue qu'ils voudront , & l'Académie
fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort
lifibles , fur- tout quand il y aura des Calculs
d'Algebre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou Devife . Ils pourront , s'ils veulent , attacher
à leur Ecrit un Billet féparé & cacheté
par eux , où feront, avec cette même
Sentence , leur nom , leurs qualitez & leur
adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
adrefferont leurs Ouvrages à Paris au Secretaire
perpetuel de l'Académie , ou les
lui feront remettre entre les mains . Dans
ce fecond cas le Secretaire en donnera en
même-temps ,à celui qui les lui aura remis
fon Récipiffé, où fera marquée la Sentence ,
de l'Ouvrage & fon numero, felon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au
premier Septembre 1729. exclu
fivement .
L'Académie , à fon Affemblée publique
Fiij d'après
774 MERCURE DE FRANCE.
d'après Pâques 1730. proclamera la Piece
qui aura ce Prix.
S'il y a un Récepiffé du Secretaire pour
la Piece qui aura remporté le Prix , les
Tréforier de l'Académie délivrera la fomme
du Prix à celui qui lui rapportera ce
Récepiffé. Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire,
le Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou au
Porteur d'une Procuration de fa part.
M. de Courreges , Confeiller au Parle
ment de Navarre , & Secretaire Perpetuel de
l'Academie de Pau , nous a fait l'honneur
de nous envoyer le Programe qui fuit ,
auquel toute la République des Lettres
nous paroît intereffée.
SUJETproposé par l'Académie desSciences
& des Beaux Arts , établie à Pau.
Pour le Prix de l'année 1728.
LES
Es Etats Géneraux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer quelque
utilité ou quelque ornement à la Province
, ont bien voulu concourir au zele
des Meffieurs qui ont formé l'Académie ,
en contribuant avec eux d'une fomme annuelle
, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiſſement.
Cette
AVRIL. 1728 . 775
Cette liberalité a engagé Mrs de l'Académie
à employer une partie de cet argent
à un Prix , qu'ils donnent chaque année.
Ce Prix eft une Médaille d'Or , où font
gravées d'un côté les Armes de la Province
, & de l'autre la Devife de l'Académie.
On le deſtine pour l'année prochaine
1728. à une Piece d'Eloquence , dont le
fujet fera cette penſée :
Il eft moins difficile de bien critiquer ,
que de bien compofer.
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition & de tous les Païs , pourront
prétendre au Prix .
Comme l'Académie veut ignorer les noms
des Auteurs dont les Ouvrages auront été
jugez les moins dignes , on les avertit de
mettre une Sentence au bas de leur Piece,
& leur nom féparément , dans un Billet
cacheté , fur le dos duquel ils mettront
aufli la même Sentence . Par ce moyen
on trouvera d'abord le Billet où fera le
nom de l'Auteur ; & loin d'en ouvrir aucun
autre , on les brulera tous en public.
Le Prix fera donné pendant le mois de
Novembre.
Comme il faut un certain temps pour
examiner les Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le quinziéme
du mois d'Août 1728. Ceux qui n'atri-
Fij veront
776 MERCURE DE FRANCE .
veront pas dans le temps marqué , neferont
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M. de
Courreges , Secretaire de l'Académie , ou
à quelqu'autres des Meffieurs les Académiciens
& l'on aura foin d'affranchir les
paquets qu'on envoyera par la Pofte.
L'Académie des Belles- Lettres de Marfeille
, avertit le Public , que le premier
Mercredi de l'année 1729. elle adjugera
le Prix que M. le Maréchal Duc de Villars
, fon Protecteur , veut bien donner
tous les ans , qui eft une Médaille d'or
de la valeur de 300. livres , à une Piece
de Poëfie de 100. Vers au plus , & de
8o. au moins , qui fera un Poëme à rimes
plattes , ou une Ode à la loüange de
fon Protecteur.
On adreffera les Ouvrages deftinez au
concours à M. de Chalamont de la Vifclede
, Secretaire perpetuel de l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille , ruë de
l'Evêché. On affranchira les Paquets à la
Pofte,fans quoi ils ne feront point retirez;
ils ne feront reçûs que jufqu'au premier
Novembre inclufivement. Les Auteurs ne
mettront point leur nom au bas de leur
Ouvrage , mais une Sentence de l'Ecriture
, des Peres ou des Auteurs Profanes.
On aura la bonté, en les envoyant, de marquer
AVRIL. 1728. 777
quer à M. le Secretaire une adreffe à laquelle
il enverra fon Récepiffé.
L'Auteur qui aura remporté le Prix viendra
le recevoir lui - même dans la Salle de
l'Académie , le premier Mercredy de Janvier
,s'il eft à Marfeille , & s'il n'y eft pas ,
il enverra à une perfonne domiciliée dans
cette Ville , une Procuration qui fera remife
à M. le Secretaire , avec le Récepiffé
de l'Ouvrage , moyennant quoi on lui
remettra le Prix.
Le Mardy 6. Avril , jour de la Séance
publique de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à laquelle préfidoit
M. l'Abbé Bignon , M. l'Abbé
Bonamy , Bibliothequaire de M. le Controlleur
General , ouvrit la Séance par
une Differtation fur la conformité & le
rapport de la Magie des Anciens avec la
Théologie Payenne . M Racine lût enfuite
un Difcours fur la comparaifon de l'Iphigenie
d'Euripide ,avec celle de feu l'illuftre
M. Racine , fon pere. Après lui , M. de
Mautour donna la Notice d'un Manufcrit
ancien & curieux de fon Cabinet , lequel
comprend d'abord le détail des Officiers ,
avec leurs noms & leurs Blazons qui compofoient
une espece de Societé galante ,
nommée la Cour amoureufe du Roi Charles
VI . qui en étoit le Souverain : un Traité
F v très778
MERCURE DE FRANCE.
très -ample de toutes les Regles de l'Arr
Heraldique , rempli d'Ecuffons , peints
& blazonnez la Defcription d'un Tournois
, fait à Tournay en 1330. accompagnée
des Blazons des Villes de France , de
Flandres & d'Artois , qui avoient envoyé
des Combattans , & de tous ceux qui
avoient comparu & remporté des Prix ;
& enfin ce qui a paru plus intereffant , la
Defcription , l'origine & le détail de la
Fête & des Ceremonies des Rois de l'Epinette
, établis à Lille en Flandres par le
Roi S. Louis & par Baudoliin , Comte de
Flandres , continuez fous nos Rois , fous
les Comtes de Flandres & les Ducs de
Bourgogne de la feconde Race Royale ,
pendant l'efpace de 200. ans , dont quelques
uns ont honoré ces Jeux de leur
prefence ; le tout orné des Ecuffons de
chaque Roi de l'Epinette , qui étoit élû
tous les ans , avec fon nom . Ce qui fut
accompagné , ainfi que tout le refte , de
Reflexions Hiftoriques , par M. de Mautour
, qui depuis a donné ce Manufcrit à
la Bibliotheque du Roi.
La Séance fut terminée par un Difcours
de M. P'Abbé Sallier , fur la Perſpective
dans la Sculpture & dans la Peinture des
Anciens.M . l'Abbé Bignon réfuma chaque
Difcours avec cette Eloquence qui lui eft
fi naturelle .
M.
AVRIL. 1728.
772
M. Secouffe , Membre de cette Académie
, a été nommé par le Roi , pour remplacer
feu M. de Lauriers , Avocat , concernant
le Recueil des Ordonnances de
nos Rois.
Le Mercredy 7. Avril , l'Académie
Royale des Sciences tint fon Affemblée publique,
à laquelle préfida M. le Comte de
Maurepas , Secretaire d'Etat . M. de Fontenelle
, ouvrit la Séance, en annonçant que
le Prix de cette année fur la cause generale
de la pefanteur , a été remporté par
M. Bulfinger , Profeffeur en Physique , de
l'Académie Royale de Pétersbourg . M. de
Fontenelle lût enfuite l'Eloge du P. Rey..
naut , Prêtre de l'Oratoire , & Affocié libre
de cette Académie , mort depuis peu.
M. Duhamel lût une Differtation fur
une maladie à laquelle la Plante du Safran
eft fujette , cette maladie eft caufée par
une petite Plante parafite qui s'établit fur
l'Oignon de Safran , s'y nourrit & le détruit
à la fin . Cette Plante jette des filets
en rayons , qui vont s'attacher aux Oignons
voisins du premier , & de cette façon
porte la contagion de proche- en - pro.
che à tous les Oignons de Safran qui fe
trouvent dans le même Champ. M. Duhamel
enfeigne les moyens de remedier à
› cette contagion .
F vj
M.
780 MERCURE DE FRANCE .
M. du Fay lût enfuite un Memoire ;
dans lequel il enfeigne plufieurs moyens
de colorer toutes les elpeces differentes
d'Agathes & les differens Marbres ; il
donne auffi la maniere de graver le Marbre
, ſuivant tel deffein qu'on veut , en fe
fervant pour cela de matiere corrofive .
M. Geofroy le Cadet, lût auffi un Memoire
, dans lequel il examine la nature
des differens Vitriols & Aluns , & fait
voir en plufieurs manieres comment on
peut tirer du Vitriol , les parties de Cuivre
qui y font contenuës .
M. de Reaumur finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur l'efpece de Ver ,
nommé Tigne . Cet Infecte vient d'un
Papillon qui dépofe les oeufs fur toutes
les Etoffes de Laine & de Soye , d'où réfulte
ce Ver , qui en croiffant , fe nourrit
& fe vétit des brins de Laine & de Soye
qu'il arrache des Etoffes aufquelles il eft
attaché.M.de Reaumur ne put lire qu'une
partie de ce Memoire , parce que la Seance
qui ne devoit être que de deux heures,
ne lui permit pas d'en achever la lecture .
Le Samedi 10. M. le Conte de Maurepas
écrivit à l'Académie, que le Roy avoit choifi
M. l'Abbé de Bragelogne, pour remplir
la place d'Affocié libre , vacante par la
mort du P. Reynaut. Les deux Sujets qui
avoient été élûs par l'Académie , pour
remplir
AVRIL. 1728. 781
remplir cette place , étoient M. l'Abbé de
Bragelogne & M. de Gamache , Chanoine
Régulier de fainte Croix de la Bretonnerie
.
On donnera des Extraits de ces Differtations
.
L'Académie des Sciences de Peterfbourg
, tint le 13. du mois dernier une
Affemblée génerale , à laquelle le Comte
de Munich affifta , accompagné de l'Amiral
Sivers & de plufieurs autres perfonnes
de diftinction. Le Préfident y rendit
compte des progrès qu'elle a faits depuis
fon établiſſement , & on y lut quelquesuns
des principaux Memoires dont on
affure qu'elle donnera inceffamment un
premier volume.
La magnifique Tenture des Tapifferies
avec de très riches Bordures , reprefentant
les principaux évenemens du regne de
Louis XIV. executée d'après les Deffeins
& fous la conduite du celebre le Brun
a toûjours fait l'empreffement, & flatté le
goût du Public & des Connoiffeurs , lorſqu'elle
eft expofée . Cinq Sujets en ont déja
été gravez ( trois en entier par l'illuftre
le Clerc & les deux autres en partie ) &
ont été reçûs fi favorablement , que le
fieur Jeaurat a crû ne pouvoir mieux faire
que
782 MERCURE DE FRANCE .
que d'en entreprendre la continuation .
Il vient de graver l'Entrevûë qui fe fit
dans l'ifle des Faifans , le Dimanche 6 .
Juin 1660. entre Louis XIV. Roy de
France & de Navarre , & Philippe IV.
Roy d'Espagne , pour la Ratification de
la Paix & pour l'accompliffem nt du Mariage
de S. M. Tr . Chr. avec Marie-
Therefe d'Autriche , Infante d'Espagn?.
Cette Eftampe , de la grandeur & de la
forme des cinq qui ont déja parû , a 20.
pouces de large fur 15. de haut : on la
vend à Paris , chez Jeaurat , au bas des
Foffez S.Victor.
Une ceremonie auffi augufte , des Portraits,
des expreflions & des habits fi differens
& fi oppofez que le font ceux des
deux Rois & des deux Cours , tout cela
joint au mérite du fameux Peintre , ne
peut qu'exciter la curiofité , non - feulement
des Amateurs d'Estampes , mais
même des perfonnes qui ne cherchent qu'à
orner un Cabinet de Pieces amufantes ,
inftructives & intereffantes .
Le même Graveur travaille actuellement
à un Sujet qui fervira de pendant
à celui que nous annonçons prefentement .
Il reprefente la Celebration du Mariage
de Lo is XIV. avec l'Infante d'Espagne.
Il y a tout lieu de croire que cette fuite fera
beaucoup de plaifir & fera recherchée avec
ardeur. Le
AVRIL. 1728. 783
Le fieur Jeaurat , eft connu par plufieurs
Ouvrages qui ont paru de lui , &
qui lui ont donné de la réputation . Il eft
gendre du fameux le Clerc , & il nous
prie d'avertir les Curieux des Ouvrages
de fon beau - pere , qu'ils en trouveront la
meilleure partie chez lui & bien condi
tionnée . Cet Avertiffement eft d'autant
plus néceffaire , que les Marchands d'Eftampes
, chargez la plupart de Planches,
copies de celles de le Clerc , & interreffez
par confequent à leur vente ,
les font paffer pour Originales ; ou infinuent
que celles du fieur Jeaurat ne
font plus en état de bien tirer.
Nous annonçons avec plaifir trois autres
Eftampes qui certainement en feront
aux Curieux ; elles font nouvellement
gravées par M. Cars , d'après les Tableaux
originaux de M. François Lemoine
l'une eft fon - Hercule qui file auprès
de la Reine Omphale , qu'il a peint à
Rome ; l'autre repréfente Perfee qui combar
le monftreprêt à dévorer Andromede :
& la troifiéme est une Annonciation . Les
deux premiers Tableaux font connus de
tous les Curieux , & ont été expofez au
Salon de la Reine , au vieux Louvre , en
17 S
le dernier a été fait recemment .
pour l'Angleterre , avec tout le foin dont
M.
784 MERCURE DE FRANCE :
M. Lemoine a coûtume de travailler fes
Ouvrages .
Il est inutile de chercher à prévenir le
Public en faveur du Graveur , par les
louanges que nous pourrions lui donner
; il fuffit de laiffer parler les Maîtres
de l'Art , & les connoiffeurs qui les
ont depuis quelque tems entre les mains.
Le jugement avantageux qu'ils en ont
porté , eft un. Eloge auquel nous ne
pouvons rien ajoûter.
Ces Estampes fe vendent chez le
Graveur , rue S. Jacqnes , vis - à - vis le
College Dupleffis. Le prix de l'Annonciation
eft de 3 liv. 10 fols. Celuy des
deux autres , de 3. livres piéces. On trou
vera chez le même , une Eftampe gravée
par M. Silvestre , d'après l'Efquiffe
du Plafon , de M. François Lemoine
dont le fujet eft une Allegorie au Commerce
2 liv . Io fols . Le même Graveur
vient de finir le Portrait de M. le
Duc d'Orleans , d'après M. le Bel , le
prix eft d'une liv.
›
>
Les fieurs Slodtz , Sculpteurs du Roy ,
qui font trois freres extrémement habiles
dans leur Profeffion , ont attiré au Louvre
où eft leur Attelier , un très grand
concours de Gens de diftinction & de
Curieux , pour y voir un Ouvrage trèsbeau
AVRIL. 1728. 785
beau & très riche , qui vient de fortir
de leurs mains , & qui a été applaudi des
Gens du meilleur goût . C'est une magnifique
Pendule d'une Compofition trèsélegante
, faite pour le Roi de Portugal ,
où l'on voit des Allégories au fujet du
Mariage du Prince du Brezil avec l'Infante
d'Espagne.
Tout le corps de l'Ouvrage qui a onze
pieds de haut , eft compofé de Lapis , de
Marbre & d'Ecaille , & enrichi de figures
& d'ornemens de bronze doré d'or
moulu. Le Scabellon qui fert comme de
piédeftal, & qui a fix pieds de haut , eft
pofé fur un Socle de marbre d'Ecoffe
très précieux & très- convenable par fa
couleur & fon union avec le refte de
l'Ouvrage.
Pour défigner le Brezil , on a mis deux
Negres en Termes, qui paroiffent fuppor
ter la Compofition qui eft au - deffus. Ils
fe terminent en Confoles , d'où pendent
quatre Médaillons dans lefquels on voit
les Symboles des quatre Parties du Monde
, où le Roi de Portugal poffede des
Etats .
'Au- deffus du Scabellon on voit un Trône
élevé fur plufieurs marches , où l'Hymenée
tenant fon flambeau , femble conduire
la Princeffe du Brezil , caracteriſée
par leLion d'Efpagne qui eft à côté d'elle.
Le
785 MERCURE DE FRANCE.
Le Portugal , fous la figure d'une belle
femme , avec le Manteau Royal , chargé
des attributs convenables à ce Royaume
, & ayant la main gauche appuyée fur
un Globe , reçoit cette Princeffe & l'invite
à monter fur le Trône . Toutes ces
figures font de ronde boffe , d'une proportion
convenable & de bronze doré ,
comme les autres figures & les ornemens.
Le Cadran de la Pendule , auffi riche
que bien imaginé , eft placé au - deffus
du Trône , & furmonté par les Armes
de Portugal en émail , dont une Renommée
foûtient le Cartouche , & femble publier
cette nouvelle & augufte Alliance .
Sur le fronton qui fert de Couronnement
, on a placé des Amours qui badinent
avec des Feftons & des Guirlandes
de fleurs. Ils en forment une espece de
Couronne en haut , & conduisent le reſte
de la Guirlande tout autour du Sujet ,
formant en quelque façon une bordure
dont les deux extrémitez viennent aboutir
aux deux Termes qui en tiennent les
bouts .
entre ces Au milieu du Scabellon
deux Termes , on a ingénieufement placé
fur un fond de marbre , un Termometre
& un Barometre ; & au bas un Cartel ,
renfermant un grand morceau d'émail ,
fur
AVRIL. 1728. 787
7
"
fur lequel on lit ces fix Vers Latins ,
compofez par un des Membres de l'Academie
de Lisbonne.
Cernis ut , indigetat tempus qua machina ,fignes
Hefperii , ac lifii regia vincla tori :
Que difcors tandem concors dat Machina
tempus,
Difcordes populos foedera facra ligant .
Hoc difta nt: rurfum infequitur difcordia motuss
Eternamfirmant regia vincla fidem.
Le mouvement de cette admirable Pendule
, eft auffi d'une conftruction nouvelle
, inventé , & fait par le Sr Thiout ,
Horloger à Paris , demeurant ruể đe
Gelvres . Il marque le tems vrai & le tems
moyen , & fonne les heures & les quart
d'heures du tems vrai ; & cela , d'une
maniere fimple , facile , & des plus parfaites
qu'on puiffe imaginer . Meffieurs
de l'Academie Royale des Sciences qui
ont examiné avec plaifir plufieurs Ouvrages
de cet Auteur , ayant vû celuy-
ci , en ont rendu un Jugement des
plus avantageux. C'est le deuxième qu'il
fait pour le Roi de Portugal , qui eft
très content du premier ; il y a lieu de
croire que dans peu ces fortes de Pendule
788 MERCURE DE FRANCE.
f
dules feront beaucoup recherchées , parce
qu'elles ont une grande perfection & des
commoditez que toutes les autres n'ont
pas. Il y a auffi à ce mouvement un échapement
, que la même Academie a trouvé
nouveau & des mieux imaginés qui
aïent parû jufqu'à préfent, comme il pale
Certificat du zo . par
roît
1727.
Mars
M. Defchamps , Inventeur des Carabines
qui portent 1200. pas , a trouvé le
Secret de faire tirer jufte les Mortiers à
bombes, & les plus groffes piéces d'Artillerie
, malgré l'agitation de la Mer. Il
doit en faire l'épreuve . On affure qu'il
va faire d'autres Carabines qui porteront
auffi loin que les Canons , & dont il
prétend fe fervir avec tant d'adreffe & de
facilité , qu'il tirera 1000 coups dans
une heure , fans manquer fon but . Il doit
faire auffi une épreuve de bales d'une
nouvelle compofition , qui percent une
plaque de fer d'un demi pouce d'épaiffeur,
fans rien perdre de leur rondeur.
On a fait aux Invalides l'épreuve d'une
nouvelle poudre , qui porte plus loin de
17. toifes que la poudre ordinaire : le
boulet entre de 4 pieds plus avant dans
la terre.
M.
~
AVRIL. 1728 789
•
M. de Woolhoufe , Gentilhomme Anglois
, Membre de la Societé Royale de
Londres , Affocié à celle de Berlin & Académicien
de l'Académie Impériale des
Curieux de la nature d'Allemagne , vient
nouvellement de recevoir la Patente d'Académicien
de l'Académie de l'Inftitut
des Sciences de la République de Bo
logne en Italie , eft connu par toute l'Europe
pour être un très- habile Oculifte.
On écrit de Mayence , que la nuit du
24 au 25 du mois de Janvier dernier , on
- entendit à Epſtain en Veteravie , un bruit
fourd , femblable à celui de plufieurs décharges
de Canon qu'on auroit tiré à
deux ou trois lieuës ; & le lendemain on
s'apperçut qu'une partie de la Montagne
de Stenkling avoit été tranfportée avec les
arbres qui font à fa cime , dans un étang
fitué entre deux montagnes , & éloigné de
300 pas Geométriques , où cette partie de
Montagne écroulée , forme à préfent une
petite Ifle dont les bords peuvent avoir
un pied ou deux de hauteur. Plufieurs
perfonnes étant allées depuis voir la Montagne
de Steinkling , y ont trouvé une
cavité de 27 pieds de profondeur & d'autanr
de largeur , d'où couloient d'abord à
la çime deux Sources d'une eau tiede &
d'une faveur extraordinaire qui coulent
à préfent à 20 pieds plus bas ; diverles
perfonnes
790 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes attaquées de differentes maladies
, ont bû de cette eau avec tant de
fuccès , que le proprietaire de cette partie
de la Montagne , s'eft déterminé à y
faire conftruire des Baffins & une maifon
de retraite pour les malades qui continuent
d'y venir en foule.
Le 2. de ce mois , depuis fept heures
du foir jufqu'à minuit , on vit à Hambourg
, une Aurore Boréale , formée par
une infinité de rayons , partant prefque
tous d'un centre commun & prefque
auffi lumineux que des nuages éclairés par
la Lune.
>
On aprend de Rome que M. Crefcenbone
, Secretaire en Chef de l'Académie
des Arcadi , y eft mort depuis peu ; que
M. Jean - Baptifte Della Ciaia , célebre
Antiquaire de Florence , y eft mort auffi
fur la fin du mois dernier. Ces Lettres
ajoûtent que le grand Duc de Toſcane
l'Academie Royale de Lisbonne , & le
Grand Prizur Vaini , ont mis à l'enchere
le beau Médaillier du Comte Marius Picolomini
, qu'on dit être un des plus
complets de l'Europe .
M. Bellofte , Confeiller & premier
Chirurgien de feuë Madame Royale de
Savoye ,
7
AVRIL. 1718. 791.
Savoye , avoit promis au Public dans
fon Livre intitulé le Chirurgien d'Hôpital
, imprimné à Paris en 1595. de lui
faire part d'une compofition de pilules
mercuriales de fa façon , par le moyen
defquelles il a fait un très - grand nombre
de Cures furprenantes de plufieurs fortes
- de maladies differentes , dont il a mis
une de chaque efpece dans fon fecond
Tome de 1725. dans lequel il allegue
les raifons qui l'ont empêché de
tenir fa parole : Cependant l'amour qu'il
a toûjours confervé pour fa Patrie , * fait
qu'il ne veut pas priver entierement le
Public de l'avantage qu'il peut retirer
d'un auffi bon remede , qui eft approuvé
par les premiers Medecins du Roy de
France , & du Roy de Sardaigne , dont
l'ufage eft d'autant plus commode , qu'il
n'oblige à garder ni la chambre ni le
lit , ni à obferver une diete rigoureufe.
On employera toûjours avec fuccés
ces pilules dans les fciatiques , rhumatifmes
, goutes naiffantes , vertiges , &
oppreffions d'eftomac ; dans les opilations
, obftructions , les tumeurs du fein
des femmes & des autres parties du
corps : elles tuent les vers & détruifent
leurs femences ; elles guériffent la lépre ,
la vieille galle , les dartres , & toutes fortes
de maux veneriens : Rien n'eft plus
*Paris,
falutaire
792 MERCURE DE FRANCE .
falutaire que ce remede pour la colique ,
la gravelle & difficulté d'uriner ; l'hipocondrie
& la mélancolie font détruites
par leur ufage : comme auffi les écroüelles
qui font les plus longues à guérir .
En un mot , elles font un très- bon diffolvant
& abforbant ; & par confequent
elles guériffent toutes les maladies produites
par l'épaiffiffement & l'âcreté du
fang & des autres humeurs ; elles excitent
l'appetit , & provoquent un doux
fommeil: elles ne fe gâtent jamais pourvû
qu'on les tienne dans une boete.
Ceux qui en fouhaiteront , n'auront
qu'à s'adreffer à M. Bellofte , Confeiller
& Premier Chirurgien de feuë Madame
Royale à Turin , ou à M. fon fils
qui eft à Paris , à la fuite de M. l'Ambaſſadeur
de Sardaigne ; il demeure ruë de la
Mortellerie , au petit Hôtel d'Aumont ;
on le trouve le matin depuis huit heures
jufqu'à onze , & le foir depuis deux
jufqu'à cinq : il fait des boëtes de 24 .
livres & de 48 liv . pour les Provinces
, & fournit des mémoires pour la
maniere de s'en fervir.
BRIART , continue avec fuccès à faire .
& à débiter une très bonne Effence à la
Bergamotte & autres odeurs douces dont
on le fert pour le faire la barbe , au lieu
de
M
CUS NOW
FUBLIC LIBRARY.
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
ASTOR
,LENOX, AND TILDEN
FOUNDATIONS
AVRIL. 1.728. 793
de favonette : les Dames s'en fervent auffi
pour fe laver le vifage , les bras & les
mains , il en a à 5. & à 8. f. l'once.
Il fait aufli des Cuirs excellens , avec
lefquels on peut fe paffer de pierre à repaffer
les rafoirs , qu'il vend depuis 40 f.
jufqu'à 8 liv. BRIART , demeure Cour
Abbatiale de S , Germain des Prez , ruë
Cardinale , vis - à - vis le Bailliage .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXCHANSON
DE TABLE.
Oin de ces lieux , vaine Philofophie ,
LQui placez le vrai Bien dans l'auftere
vertu :
Ce Systême , ennemi des plaiſirs de la vie ,
Par un fage Mortel fût toûjours combattu.
Pour vivre heureux,il faut aimer & boire:
Le vrai bonheur confifte dans ces biens ;
Difciple d'Epicure, aujourd'hui je foutiens ,
Que c'eſt- là le chemin qui conduit à la gloire.
Bacchus , Amour , aimable volupté ,
Sans vous, helas ! la vie eft languiffante :
Venez , volez , rendez cette Troupe charmanto
Digne de l'immortalité.
Par M. Hardouin.
G SPEC794
MERCURE DE FRANCE.
La
SPECTACLES.
1
E 6 de ce mois , l'Académie Royale
de Mufique remit au Théatre la
Tragedie de Bellerophon , qui n'avoit pas
été jouée depuis 1718. Avant que d'en
donner un Extrait , nous avons crû que
le public ne nous fçauroit pas mauvais
gré de lui faire part de quelques Anecdotes
qui méritent mieux ce nom , que
celles que le Libraire veut bien appeller
ainli , dans fa derniere Edition .
T. Corneille , rebuté par le peu de fuccès
de Pfiché , dont il étoit l'Autheur , avoit
renoncé au Théatre Lyrique , pour s'attacher
uniquement auDramarique du Théatre
François , où il étoit plus fûr de la
réüffite . Defpreaux & Racine qui n'avoient
rien oublié pour décrier Quinault,
n'oublierent rien non plus pour ranimer
T. Corneille à faire des Opera ; & ne
le flatant pas d'en pouvoir venir à bout
par eux - mêmes , ils firent fi bien , que
Louis XIV. lui fit l'honneur de lui témoigner
qu'il le fouhaitoit ; il n'en falloit
pas moins pour le rembarquer fur une mer
qui lui paroiffoit trop orageufe.
choifie le fujer de Bellerophon ; il en
fic
AVRIL. 1728. 795
fit le premier Acte avec beaucoup de
facilité ; il le montra à Lully , à qui il
déclara qué le plan de fon quatrième &
cinquiéme Acte étoit tracé ; mais qu'il
ne fçavoit comment difpofer le fecond &
le troifiéme . Lully lui dit de conſulter
Quinault. Ce dernier s'y prêta de bonne
grace ; mais il penfa le défefperer par la
rigueur avec laquelle il fit main- baſſe
fur les deux tiers de fes vers qu'il ne
trouvoit pas affez Lyriques : il le tira
enfin d'embarras ; Bellerophon fut achevé
, & les repréfentations emporterent
également les fuffrages de la Cour &
de la Ville la premiere fut donnée Pan
1679. & en Janvier de l'année fuivante ,
à S. Germain en Laye , à l'arrivée de
Madame la Dauphine
Cet Opera fut joué à Paris pendant
neuf mois entiers avec un fuccès des
plus éclatans. Tout Paris , dit M. de
Vifé , Mercure de Janvier 1680. eft
demeuré d'accord qu'on y trouve ce qui est
tres-rare dans un Opera ; c'est - à- dire , un
fujet conduit , qui attache par lui- même ,
qui a toutes les parties de la Tragedie
& dans lequel tous les divertiffemens
naißent du corps de l'Ouvrage, fans qu'on
lesy amene par des incidents forcez ,
Pexception de la Scene des Nappées c
des Faunes , qui a été faite contre le
Gij fentiment
>
à
796 MERCURE DE FRANCE.
fentiment de l'Auteur , & feulement pour
fournir des vers à la Musique.
Cependant malgré toutes ces beautez ,
les reprifes de cet Opera n'ont jamais ré
pondu à de fi heureux commencemens ;
il faut efperer que cette derniere remiſe au
Théatre lui rendra fa premiere gloire. Les
premiers Rôlles font parfaitement bien
remplis par les Demoifelles Antier & Pellifier
, & par les fieurs Dun , Tribou &
Chaffé ; & s'il n'a pas le fuccès qu'il
mérite , on ne pourra l'imputer qu'au
changement de goût. 11 eft tems de paffer
à l'Extrait que le public attend de
nous.
1
PROLOGUE.
E Roi ayant donné la paix à l'Eu-
Lrope , l'Académie Royale de Mufique
fe crut indifpenfablement
obligée d'en
marquer fa reconnoiffance à cet Augufte
Protecteur des beaux Arts . Apollon
invite les Mufes à chanter les avantages
que la Paix leur procure. Bacchus
& Pan viennent fe joindre au Parnaffe
, pour en rendre les Concerts plus
doux & plus variez ; ils chantent tous
la Gloire d'un Roy qui fait le bonheur
du monde ; & pour mettre la derniere
main à cette grande Fête , Apollon ordonne
aux Filles de Mémoire de fe
tranf
AVRIL.. 1728. 797
transformer , pour reprefenter l'heureux
évenement qui donna autrefois la naiſfance
au Parnaffe.
felon
On fçait que la fontaine d'Hypocrene
fut ouverte d'un coup de pied du cheval
Pegafe : Ce cheval aiflé , fils de Neptune ,
& de Medufe , felon quelques Auteurs
& formé du fang de Meduſe
quelques autres , fervit à Bellerophon ,
pour combattre la Chimere : c'eſt - là ce
qui donne lieu à la Tragedie que les
Mufesfont chargées de repréfenter : Voici
les Vers qui lient le Prologue à la Piéce :
c'eft Apollon qui parle :
Transformons-nous en ce moment ,
Et dans un Spectacle charmant
Célébrons à fes yeux l'heureux évenement ,
Qui jadis au Parnaffe , a donné la naiffance.
Argument de la Piéce .
Bellerophon étoit fils de Glaucus , Roi
d'Ephyre , aujourd'hui Corinthe. Il eut le
malheur de tuer fon frere : ce meurtre
quoi qu'involontaire , l'obligea à fe réfugier
dans la Cour de Pretus, Roi d'Argos .
Par un nouveau malheur , il fe fit aimer
de Stenobée , femme de fon Protecteur
laquelle ne pouvant lui infpirer un
coupable amour , fut la premiere à l'ac-
>
fi
G iij. cufer
798 MERCURE DE FRANCE.
cufer d'avoir voulu la féduire . Pretus
irrité , l'envoya chez fon gendre Jobate,
Roi de Lycie , où il auroit péri , ſi ſa valeur
ne l'eut fauvé de tous les perils où
il fut expofé. Son dernier Combat fut
contre la Chimere , monftre formé de
trois monftres enfemble : fçavoir , d'un
Lion , d'un Dragon & d'un Bouc . Il en
triompha ; & cette victoire détermina
Jobate à lui donner fa fille en Mariage .
Cet hymen portant le défeípoir dans le
coeur de Stenobée , elle fe tua elle - même.
L'Auteur de la Tragedie a conſervé le
fond de l'Hiftoire autant que le Théatre
le lui a permis , & l'on doit convenir que
ce qu'il a ajouté ou retranché , a prêté de
nouvelles beautez au fujet. L'amour adultere
de Stenobée n'eſt que dans l'expofition
de ce qui s'eft paffé avant l'action
Théatrale ; deforte que cette paffion criminelle
, qui blefferoit les bonnes moeurs
fur un Théatre auffi épuré que le nôtre,
devient légitime par la mort de Pretus
qu'on annonce dès la premiere Scene.
Stenobée n'eft fille de Jobate dans
pas
la Tragedie , comme elle l'eft dans l'Hiftoire
; & par là l'Autheur la met en liberté
de parler avec hauteur à ce Roy
de Lycie ce qui choqueroit la bienféance
, s'il étoit fon Pere . Le Combat
de Bellerophon contre la Chimere n'eſt
pas
A VR IL. 1728. 799
pas ordonné par Jobate ; Bellerophon
s'y expofe volontairement, & même contre
l'intention de Jobate , qui l'a déja choifi
pour fon gendre , en récompenfe des
autres victoires qu'il a remportées fur fes
ennemis. Amifodar eft un perfonnage épifodique.
Ce qui a donné lieu à l'Auteur
de l'employer dans fa Piece , c'eft que la
Fable fait mention d'un Amifodar , Roi de
Lycie , qui époufa une femme nommée
Chimere : on le fait ici Prince Lycien , &
d'ailleurs Magicien . L'Auteur avoit befoin
de cette derniere qualité pour lui faire
évoquer le triple Monftre , auquel on a
donné le nom de Chimere ; mais ce qu'il
a le plus heureuſement inventé , c'eſt l'Oracle
qui annonce qu'un fils de Neptune
doit triompher du Monftre , & que lä
Princeffe doit être le prix de cette victoire .
Cette fituation eft des plus intereffantes par
elle- même ; il ne tient qu'à l'Auteur d'en
tirer parti. L'explication de l'Oracle fait
la Peripetie,& Bellerophon paffe du defef.
poir à la parfaite felicité , dès que Neptu
ne le reconnoît pour fon fils , au lieu qu'il
avoit toûjours reconnu Glaucus pour fon
pere.
Voila quelle eft la difpofition de la Piece
; il ne nous refte plus pour en donner
une intelligence plus diftincte , qu'à la parcourir
Acte par Acte & Scene par Scene.
G iiij ACTE
800 MERCURE DE FRANCE.
ACTE I.
L'expofition que Stenobée fait dans la
premiere Scene a toûjours paffé pour la
plus belle du Théatre Lyrique : on la verra
ici avec plaifir.
Non les foulevemens d'une Ville rebelle ,
Ne m'ont point fait quitter Argos .
C'est l'Amour feul , fatal à mon repos ;
C'eft le cruel Amour qui dans ces lieux m'appelle.
Prétus n'eft plus , & deformais fa mort
Me rend maîtreffe de mon fort ,
Je puis donner un Diadême ;
Et viens dans cette Cour faire un dernier
effort
Sur le coeur d'un ingrat que j'aime.
Par l'aveu que Stenobée fait à fa Confidente
, on doit préfumer que ce n'eft pas
la premiere fois qu'elle lui parle de fon
coupable amour ; auffi n'eft - ce que par une
efpece de reproche qu'elle fe fait à ellemême
, qu'elle dit :
Helas ! à quel excès je portai ma vengeance !
Je l'accufai malgré fon innocence ,
De vouloir m'infpirer une coupable ardeur.
Ce
AVRIL. 1728. 801
Ce fut pour lui ravir & l'honneur & la vie ,
Que Pretus l'envoya chez le Roi de Lycie ,
Eh ! quels troubles alors ne fentit point mon
coeur , & c.
Dans la feconde Scene , Philonoé , fille
deJobate,vient implorer l'appui de Stenobée
auprès du Roi fon pere , pour lui
faire obtenir pour époux ce même Bellerophon
, fi tendrement aimé de l'une &
de l'autre Rivale : quelle fituation pour
Stenobée ! voici comment elle exprime
fa jalouſe rage après la fortie de la Princeffe
.
"
C'en eft fait , l'outrage eft trop grand ;
Si fes cruels refus faifoient tort à ma gloire ,
Du moins il m'étoit doux de croire
Que mon coeur foupiroit pour un indifferent :
Mais il aime , & c'eſt- là ce qui me defefpere ;
Une autre a fait ce que je n'ai pû faire :
Venez, haine , vengeance , & verfez dans mon
coeur
Votre poifon le plus funefte ;
Vous ne fçauriez m'inspirer trop d'horreur
Pour un ingrat que je détefte , & c.
Ce nouvel outrage détermine Stenobée
à fe venger avec éclat par le fecours d'AG
v mifodar
802 MERCURE DE FRANCE:
mifodar , dont elle eft aimée ; le deffein
que le Roi a formé de donner la Princeffe
fa fille à Bellerophon pour prix de ſes victoires
, redouble la fureur d'une Rivale
déja affez irritée ; on vient celebrer une
Fête , qui eft une efpece de triomphe
pour Bellerophon fur les Amazones & les
Solymes qu'il a vaincus . Jobate rend la
liberté à ces Peuples captifs , qui en témoignent
leur reconnoiffance par leurs
chants & par leurs danfes.
ACTE II.
De tous les Actes de cette Piece , c'eft
celui cy qui prête le plus au Muficien ,
par le moyen de la Magie , qui eft fans
contredit la plus frappante qu'on ait jamais
vûë au Théatre ; les premieres Scenes
ne font pas bien animées ; deux Amans
qui fe croient heureux , ne fçauroient
étaler que des fentimens ordinaires , &
tout fe réduit entre eux à fe dire : Je vous
aime , & à fe le dire cent fois . On a retranché
de la premiere Scène les deux
Amazones , Confidentes de Philonoé , &
l'on a trouvé qu'on a bien fait . L'approche
de Stenobée réchauffe la Scene qui commençoit
à languir. La Princeffe fe retire
en difant à Bellerophon qu'elle ne croit
pas aimé de la Reine d'Argos :
Je
A VRIL. 1728. 803
Je vous laiffe le foin d'entretenir la Reine.
La Scene entre Bellerophon & Stenobée
eft trés-vive de part & d'autre ; voici
comme lui parle cette Amante mépriſée :
S'il te fouvient des maux que je t'ai faits ,
Qu'il te fouvienne auffi de ma tendreffe extréme
;
Ne me reproche point , ingrat , que je te haïs,
Où reproche-moi que je t'aime.
J'ai tâché de te perdre & j'ai crû le vouloir ;
J'ai fuivi les tranſports d'une aveugle vengeance
:
Mais plus à mon amour j'ai fait de violence ,
Plus fur mon coeur il a pris de pouvoir ,
Et je ne t'ai jamais haï qu'en apparence.
La Réponſe de Bellerophon n'eft pas
moins vive :
Vous m'avez fans relâche accablé de malheurs;
Je n'ai point reconnu l'Amour dans vos fureurs
.
Si l'Amourquelquefois s'abandonne à la rage ,
Il eft toûjours Amour , même quand il outrage
:
Mais vous , toûjours conftante à me perfe
cuter ,
G vj
Vous
804 MERCURE DE FRANCE .
Vous n'avez épargné ma gloire ni ma vie ,
Et je ne dois rien écouter
De ma plus mortelle ennemie.
Sténobée s'abandonne toute entiere à fa
rage ; elle charge Amifodar du foin de fa
vengeance ; Amifodar arme les Enfers ; il
en évoque trois Monftres qu'il réunit en
un feul
pour mieux ravager la Lycie. Il
y a une fingularité à obferver dans cette
Magie ; c'eft qu'elle eft toute verfifiée en
rimes plattes , c'est - à - dire , en rimes non
croifées ; le hazard ne fçauroit avoir produit
cela pendant trenteVers de fuite ; nous
ignorons les raifons qui peuvent avoir
porté le Poëte à s'impofer cette loi : paffons
au troifiéme Acte.
ACTE III.
Les ravages que la Chimere exerce dans
la Lycie , ne vengent qu'imparfaitement
Sténobée ; elle le fait connoître dès la
premiere Scene par ces fix Vers qui ont
paru des plus beaux de la Piece .
Lieux defolez & remplis de carnage ,
Campagnes , où le Monftre a ſemé tant d'horreur
,
Ne me reprochez point la jalouſe fureur
Do nt
AVRIL 8.05 1728.
Dont votre embrafement eft le fatal ouvrage :
L'Amour defefperé qui regne dans mon coeur,
Vous venge affez de ce ravage.
En voicy encore huit qui ne cedent
point en beauté aux fix précedens .
Impuiffante vengeance ! inutile fecours !
De quoi peux- tu fervir , quand on aime tou
jours ?
Les plus cruels tranfports que la fureur infpire
Confolent mal un Amour outragé :
Ce malheureux Amour , après s'être vengé ,
N'en fait pas moins fentir fon tyrannique empire.
Impuiffante vengeance , & c .
Le Roi vient ; il déplore les malheurs
dont fes Sujets font accablez . Stenobée
lui dit que les Dieux vengent Pretus à
fon deffaut ; & que puifque le crime de
Bellerophon a attiré ce Monftre furieux
qui ravage fes Etats , c'eft à fa valeur
à les en délivrer. Bellerophon veut
combattre le Monftre , mais ni la Princeffe,
ni le Roi n'y veulent confentir. Ils
ont recours à Apollon pour fçavoir les
volontez du Ciel. Le facrifice qu'on offre
à ce Dieu , Protecteur de la Lycie , forme
la
}
806 MERCURE DE FRANCE
la Fête de ce troifiéme Acte ; on l'a trou
vée trop longue ; les airs ont paru très
beaux , mais quelquefois déplacez par
rapport à la fituation. L'Oracle d'Apollon
fait le principal noeud de la Piece :
on croit Bellerophon fils de Glaucus , &
fur ce fondement, l'Oracle ne peut que le
defefperer : voici en quels termes il eft
conçû :
Que votre crainte ceffe ,
Un des fils de Neptune appaifera pour vous
Le Celeſte couroux :
Pour l'en récompenſer il faut que la Princeffe
Le prenne pour Epoux.
La Scene qui fuit ce fatal Oracle eft
très-intereffante ; mais on auroit fouhaité
qu'elle fût renvoyée dans le quatrième
Acte , attendu que le troifiéme eft affez
rempli , & même trop long , & que le
quatriéme eft un peu vuide d'action : c'eft
ce que nous allons voir .
ACTE IV.
Amifodar commence cet Acte par un
Monologue également beau par la verfification
& par la Mufique ; le Lecteur en
va juger.
Quel
t
+
མ
AVRIL. 1728 807
Quel fpectacle charmant pour mon coeus
amoureux !
Ces, Morts de tous côtez étendus dans les
Plaines ,
Mefont de fûrs garants de la fin de mes peines;
Tout périt pour me rendre heureux.
Fontaines tariffez, embrafez - vous , Montagnes;
Brulez Forêts , fechez Campagnes :
Toutes les horreurs que je voi ,
Sont autantde fujets de triomphe pour moi.
Quand on obtient ce qu'on aime ,
3
Qu'importe à quel prix ?
Que tout l'Univers furpris ,
Condamne l'amour extrême
Qui coûte tant de fang , de larmes & de cris
Quand on obtient ce qu'on aime , & c.
Dans la Scene fuivante , la Confidente
de Stenobée vient prier Amifodar de rendre
le Monftre à l'éternelle nuit ; la raifon
qu'elle en donne de la part de ſa Maîtreffe,
c'eft que Bellerophon qui veut combattre
le Monftre , & qui doit périr dans
une entrepriſe fi témeraire , ne feroit pas
affez puni , s'il ne vivoit plus long- temps
dans la mortelle douleur de voir fon Amante
au pouvoir d'un Rival . On auroit voulu
$ 08 MERCURE DE FRANCE .
lu que cette Scene eût été entre la Reine
même & Amifodar ; elle auroit pû finir par
un Duo de fureur qui l'auroit renduë plus
vive. Après cette Scene , Bellerophon
veut combattre le Monftre , le Roi s'y
oppofe & l'en conjure par la Princeße
même ; on a crû qu'il auroit mieux valu
que ce fût Philonoé qui fût venuë avec
lui pour le détourner d'un combat fi funefte
: cette Scene auroit tenu lieu de celle
-qu'on a trouvée de trop à la fin du troifiéme
Acte . Pallas vient offrir fon fecours
à Bellerophon , elle l'invite à monter dans
un Char , & à s'abandonner aux Dieux .
Bellerophon obéit à la Déeffe ; monté fur
Pégafe, il fond fur le Monftre du milieu des
airs & le tue. On a ajoûté une Fête nouvelle
; les Peuples de la Campagne viennent
fe réjouir de la défaite du Monftre ,
cela a paru très - bien imaginé & beaucoup
plus fatisfaifant que ces Faunes & ces Nappées
que l'Auteur avoit mifes autrefois.
contre fon fentiment, comme nous l'avons
déja remarqué.
ACTE V.
Le Roi annonce à fes Peuples que Neptune
vient de reconnoître Bellerophon
pour fon fils, & que Pallas va bientôt ramener
ce Heros . Il celebre la gloire du
vainqueur
4
C
AVRIL. 1728.
809
vainqueur avec fa fille ; Stenobée vient
mourir empoisonnée ; Pallas ramene Bellerophon
; les Peuples témoignent leur joye
par leurs chants & par leurs danfes ; voilà
comment finit cette excellente Tragedie .
Le morceau le plus frappant de ce dernier
Acte eft la mort de Stenobée. Comme on
l'a toûjours trouvée trop longue , nous
n'en mettons ici que les huit derniers Vers
qui ont paru très - pathétiques .
Et toi , cruel Amour , reçois une Victime ,
Que tu cherchois à t'immoler ;
Je meurs pour expier le crime
Des feux dont tu m'as fait bruler :
Je n'ay pû m'affranchir de ton barbare Empire
Qu'en renonçant au jour ;
Voi mes derniers foupirs , impitoyable Amour,
J'expire.
On auroit fouhaité que la Piece finît
par là . La Fête a parû hors de faifon après
une cataſtrophe fi tragique . Quelques
Connoiffeurs ont crû que Neptune interrogé
par Jobate , auroit pû fournir une
Fête de Matelots , après laquelle ce Dieu
des Mers auroit reconnu Bellerophon pour
fon fils ; nous laiffons aux Lecteurs la liberté
de juger fi cela auroit été mieux ;
quoi
810 MERCURE DE FRANCE:
quoi qu'il en foit , on ne peut refufer à ce
Poëme les éloges qui lui font dûs.
Le mardi 6 de ce mois , les Comediens
François firent l'ouverture de leur Théatre
par la reprefentation de la Tragedie de
Polyeucte , qui fut fuivie de la petite Co
medie du Procureur arbitre, que le Public.
ne ceffe de goûter. Le freur Dubreuil fit un
compliment qui fut fort bien reçû & applaudi.
Le 8 ils reprefenterent la Tragedie de
Mythridate, & la petite Comedie du Deüil .
Le fieur de Berci , nouveau Comedien , qui
s'étoit prefenté pour remplacer le feu fieur
le Grand, joua le principal Rôle dans la
premiere piece, & celui de Nicodeme dans
Eautre.
Le 12 on donna la Tragedie d'lphigenie,
dans laquelle le fieur du May, nouveau
Comedien , reprefenta Agamemnon
Il a rempli depuis le principal role dans la
Comedie de Démocrite amoureux . Celui
de l'Empereur dans Andronic , & celui de
Tartuffe, dans la Comedie qui porte ce
titre. Le public qui lui a trouvé des talens
l'a applaudi.
Sur la fin de ce mois les mêmes Comediens
remirent au Théatre la Tragedie
d'Athalie , de M. de Racine , qui fait un
tres grand plaifir au public , non feulement
Par fes propres beautez , & par l'art inimitablo
AVRIL. 1728. 811
table que l'Auteur a fçû y mettre mais encore
par la juſteffe & la fineffe de la déclamation
des Acteurs. Les Demoifelles le
Couvreur & Duclos y rempliffent les rôles
d'Athalie & ' de Jofabet; ceux de Joab
Grand- Prêtre ; de Zacharie, fils du Grand-
Prêtre & de Jofabet ; d'Abner deMathan,
Sacrificateur de Baal , y font remplis par
les fieurs Baron , du Chemia fils , du Freſ
ne & Fontenay. La petite Demoiſelle du
Breuil , âgée de 19 ans , y jouë le rôle de
Joas , avec beaucoup de graces & d'intelligence
, & y eft fort applaudie .
On pourra voir aux Mercures de Sep- .
tembre & d'Octobre 1722. pages 69 &
10. une lettre critique fur les fpectacles
en general , & fur la Tragedie d'Athalie
en particulier.
Le 6 Avril , les Comediens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par la
Comedie du Dedain affecté, Piece en trois
actes , qui fut fuivie de celle d'Arlequin
dans l'Ifle de Ceylan. Le fieur Lélio le fils ,
fit le compliment , felon la coûtume , qui
fut goûté & applaudi.
Le 22. les mêmes Comediens donnerent
la premiere reprefentation d'une petite
Fiece nouvelle, en un Acte, en profe ,
avec un divertiffement de chants & de
danfes, & un Vaudeville : Elie a pour titre,
le
812 MERCURE DE FRANCE .
le Triomphe de Platus. La Mufique eft
de M. Mouret , qui a fait grand plaifir.
L'Auteur de ce petit ouvrage ne fe nom
me point .
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE .
Na appris par plufieurs Lettres du
Levant que le Grand- Seigneur avoit
remis trois années de tribut à fes fujets
Afiatiques , & une année feulement aux
Européens , afin de leur donner le moyen
de réparer les pertes qu'ils ont faites à
l'occafion de la derniere guerre contre
les Perfans .
•
On a auffi appris par la voye de Ruffie ,
que l'armée des Turcs continuoit de s'affembler
dans la Georgie , & qu'il n'y avoit
prefque plus lieu de douter qu'elle ne fe
joignît aux Perfans dans quelque temps .
L
RUSSIE.
E 14 de Fevrier, le Czar fit fon entrée
publique à Mofcou , où S. M. Cz.fut
reçûë aux acclamations de joye des habitans,
qui avoient fait des préparatifs d'une
magnificence
AVRIL 1728. 813
magnificence extraordinaire pour le recevoir.
La marche commença par un détachement
des Grenadiers à Cheval , fuivis de
25 Caroffes à fix Chevaux , appartenans
aux principaux Seigneurs de la Cour; fept
Caroffes du Czar marchoient à quelque
diſtance ; les quatre premiers étoient vuides
; les Gentils- hommes de la Chambre
rempliffoient les trois autres . Les Palefreniers
de S.M.Cz.tenant en main des Chevaux
magnifiquement harnachez , marchoient
après ces Caroffes ; ils étoient ſuivis
des Officiers de la maifon de ce Prince,
de 12 Colonels à Cheval , de la Compagnie
des 60 Chevaliers, Gardes du Corps ,
des Pages du Czar, & de fes Maîtres d'Hô ,
tel , tous à Cheval .
Le Clergé & les Prélats en habits Pontificaux
, étoient auffi à Cheval , à, quelque
diftance du premier cortege , ayant
au milieu d'eux l'Archevêque de Novogrod
, Primat de Mofcovie. S. M. Cz . les
fuivoit dans un Caroffe à huit Chevaux ,
ayant des Houffes de peaux de Léopard ; il
avoit à côté de lui le Baron d'Ofterman
Vice-Chancelier ; le General Jagozinski,
Grand Ecuyer , & le General Soltikof
Lieutenant Colonel des Gardes à pied ,
étoient à Cheval aux portieres du Caroffe,
Le Comte Apraxin , Grand Amiral ,
L
le
Comte
814 MERCURE DE FRANCE .
Comte de Golofskin Grand - Chancelier ,
le Prince Demetrius Gallitzin , le Pr.Circaski
& le General Gunther fuivoient le
Czar , chacun dans un Caroffe . Le Czar
› defcendit à l'Eglife Métropolitaine, pour
Y faire la priere , après quoi il remonta en
Caroffe,& il fe rendit au Château de Kremel,
où il reçut les complimens de la principale
Nobleffe & des Chefs des Tribunaux.
S. M. Cz . alla après cela avec la
Princeffe Natalie , rendre vifite à la Princeffe
fon Ayeule, & la pria de venir faire
fon féjour au Château , pendant que la
Cour refteroit à Mofcou .
Le Couronnement du Czar le fit en
cette Ville le 7 Mars avec une tres -gran .
de magnificence . S. M. Cz. fe rendit le
matin du Château de Kremel à l'Eglife Cathedrale
dans l'ordre fuivant.
Un détachement de la Compagnie des
Chevaliers, Gardes , commençoit la marche
; il étoit fuivi des Pages du Czar, avec
leur Gouverneur à la tête , du Baron de
Hadicheftal, Grand - Maître des Ceremonies
, accompagné du Colonel Lickzin &
de M. André Meliamenow , fes Lieutenans
dans la ceremonie , des Députez de
toutes les Provinces , des Brigadiers , des
Majors generaux , des Lieutenans generaux
, des Conſeillers privez , des Confeillers
d'Erat ordinaires , des Felts Maréchaux
AVRIL. 1728. 815
1
haux des armées du Czar , des Brigadiers
Plefchtfcheiew & Pufchkaw , Heraults
d'armes de Mofcovie , du General Matufchin
& du Pr. Jufupow , Lieutenant
general, qui portoit fur deux Carreaux le
Manteau de ceremonie de S. M. Cz. du
General Gunther , portant le Globe ; du
General Bonn , tenant le Sceptre ; du Pr.
Trubetzkoy portant la Couronne , & du
Pr. Gallitzin Feldt Maréchal , faiſant la
fonction de Grand- Maréchal dans la ceremonie.
Le Czar marchoit enſuite , ayant à fes
cotez le Baron d'Ofterman , faifant les
fonctions de Grand-Maître de fa Maiſon,
& le Prince Alexis Dolhorucki ; le grand
Confeil privé, les Grands Chambellans &
les autres Chambellans de S.M. Cz . marchoient
après ce Prince , & ils étoient fuivis
des Colonels & autres Officiers , de
plufieurs Gentilshommes Mofcovites , invitez
à la ceremonie , & du fecond détachement
de la Compagnie des Chevaliers
Gardes qui fermoit la marche .
Après la ceremonie du Couronnement
qui fe fit avec la même pompe & la même
folemnité que celle du Couronnement
de la feuë Czarine , le Czar remonta à
Cheval & retourna au Château , marchant
Lous un Dais magnifique , qui étoit foûtenu
par fix Majors Generaux de fes
troupes .
Le
816 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour au foir il y eut des feux,
des illuminations & d'autres marques de
réjouiffance dans toutes les rues de la
Ville. Les Miniftres étrangers firent illuminer
leurs Hôtels , & le Duc de Liria
Ambaffadeur Extraordinaire du Roy d'Efpagne
, fit couler pendant toute la nuit
deux Fontaines de vin & deux Fontaines
d'eau-de- vie pour le peuple.
Le 9 au foir il y eut un Bal magnifique
au Kremel , qui fut précedé d'un tresbeau
Feu d'artifice qu'on tira dans une
grande Prairie , qui eft de l'autre côté de
la Riviere .
Le 14 , il y eut encore un Bal tres - magnifique
au Palais , qui dura depuis cinq
heures du foir jufqu'à minuit . Les Miniſtres
Etrangers y furent invitez , & ils eurent
l'honneur de danfer avec les Prin
ceffes Czariennes. Il y eut de tres -belles
illuminations par toute la Ville.
Le même jour l'Ambaffadeur d'Eſpagne
fit chanter un Te Deum dans l'Eglife
Catholique de Mofcou , à l'occafion du
rétabliffement de la fante du Roy fon Maître
, & donna enfuite un magnifique repas
à quantité de Seigneurs & de Dames de la
Cour. Ce Miniftre vit en Ruffic avec une
grande magnificence , & il s'attire par fes
bienfaits la confideration & l'eftime de
toute la Cour. Le Czar lui fit l'honneur
le
AVRIL . 1728. 817
le lendemain de fon Couronnement de
fouper chez lui . Il y avoit trois tables de
20. couverts chacune , fervies dans la plus
grande délicateffe.
L'Epoufe du Prince Menzikoff & fa famille,
qui font toûjours à Oraniembourg,
ont obtenu la permiffion de fe promener
dans les environs de ce Château , mais
leurs gardes ont ordre de ne les pas quitter
. On a envoyé depuis peu à fon Epoux
un Memoire , contenant 8o articles , fur
lefquels il a ordre de répondre : il eft menacé
, en cas de refus , d'y être contraint
par la peine du Knout.
On mande des Frontieres , que l'armée
du Sultan Acheraf avoit pris fes quartiers
à douze lieuës de Derbent ; mais qu'on
n'avoit pas encore reçu avis que les Turcs
euffent fait aucun mouvement pour les
joindre.
Le Czar a donné depuis peu une augmentation
de penfion de 60000 Roubles par
an à laCzarine Ottokefa fon Ayeule, pour
laquelle on prépare à Mofcou un appartement
dans le Château de Kremel. Les
ordres font donnez à Petersbourg pour
meubler dans le Palais d'Eté , un appartement
qui lui eft deſtiné . Cette Princeffe
eft nommée prefentement , immédiatement
après S.M.Cz.dans les Prieres publiques
qu'on fait pour le Czar & pour fa famille.
H On
818 MERCURE DE FRANCE.
"
On a reçû à Petersbourg de Mofcou, le
7 du mois dernier , la ratification du Traité
de commerce que le Duc de Liria , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Efpagne
, a conclu depuis peu avec les Commiffaires
de l'Amirauté & du College de
commerce.
On travaille avec beaucoup de diligen
ce à l'équipement de la Flote ,tant à Cronf
loot qu'à Revel . Elle fera compofée de so
à 60 Vaifleaux de guerre , & de près de
500 Galeres ou autres Bâtimens plats .
On a reçu avis qu'il étoit arrivé à Tobolka
un Miniftre du Prince Thamas, fils
du Roy de Perle détrôné , pour propofer
au Czar une alliance offenfive & deffenfive
contre le Sultan Acheraf , qui continue
de raffembler fes Troupes à 10 ou 1 2
lieuës de Derbent , dont on croit qu'il a
deffein de former le fiege , aufli - tôt que
toute fon artillerie fera arrivée .
On a accepté les offres de fecours que
les Députez des Cofaques & des Tartares
ont fait faire au Czar, & on les a engagez
à tenir leurs Troupes prêtes à marcher au
premier ordre, en leur promettant de leur
fournir toutes les provifions & munitions
de guerre qui leur font neceffaires pour fc
mettre en campagne .
L'affaire du Prince Menzikoff fera jugée
en l'état qu'elle fe trouvera après le retour
du
AVRIL. 1728. 819
du Czar à Petersbourg, car il a été impoffible
jufqu'à prefent d'avoir des preuves
de toutes les malverfations dont il a été
accufé ; ainfi l'on croit que fon ambition
fera fon principal crime , & qu'il fuffira
pour juftifier la confifcation de fes biens.
I
POLOGNE.
Left arrivé à Szagrod , petite ville de la
Frontiere de ce Royaume, 8 à 9000 Tartares,
divifez par bandes , fous prétexte de demander
la protection de la Republique, contre les mauvais
traitemens du Sultan Deli ; mais comme
leur nombre augmente tous les jours , & qu'il
y a lieu de craindre que fous ce faux prétexte
ils ne cachent d'autres defleins dangereux , le
Grand- General de l'armée de la Couronne a
fait approcher les Compagnies franches qui
étoient en quartier dans les environs de Var
fovie , pour les obferver.
Le Duc Ferdinand de Curlande a proteſté
dans tous les Tribunaux du grand Duché de
Lithuanie , contre les Actes , par lefquels la
Commiffion Polonoife qui s'eft affemblée à
Mittau , a établi de nouveaux Tribunaux & une
nouvelle forme de Gouvernement dans fon
Duché.
E
DANNEM ARC.
enfin à les
tres Patentes qui confirment l'ancien Octroi
de la Compagnie des Indes Orientales , établie
à Copenhague en 1616. Les Directeurs ont fait
publier leur projet , fuivant lequel ils veulent
étendre leur commerce , par voye de foufcriptien
Hij Suede
820 MERCURE DE FRANCE .
LFU
SUEDE.
E Roy a accordé la grace aux Etudians de
l'Univerfité d'Abo , qui y ont été condamnez
à avoir la tête tranchée , pour avoir excité
une émotion populaire dans la Ville , la peine
de mort a été changée en une prifon de trois
ans.
LEO
ALLEMAGNE.
E bruit court à Berlin que vers la fin du
mois prochain , le Roy de Pruffe y recevra
le Roy & la Reine d'Angleterre , le Prince de
Galles , le Roy & la Reine de Suede , le Roy
de Pologne , le Prince Electoral de Saxe fon
fils , & peut- être le Roy de Dannemarc.
M. Dierling , Réfident de l'Empereur à Conftantinople
, a écrit à la Cour de Vienne , que le
Grand Seigneur avoit donné la liberté à cent
Efclaves Chrétiens , & l'argent neceffaire pour
retourner dans leurs pays, en reconnoiffance de
ce que S.M.I.avoit accordé la grace à un Turc.
convaincu d'avoir tué un Chrétien dans ce
pays.
Le bruit s'eft répandu fur la fin du mois dernier
, à Vienne , que le Czar y viendroit de
Mofcou, après la ceremonie de fon couronnement,
pour époufer la fille aînée du Duc de.
Beveren.
Le Comte Hercule Pie Montecuculli , Confeiller
au Confeil d'Etat & au Confeil de Guerre
, a obtenu de l'Empereur le Commandement
general de fes Troupes dans le Duché de Milan.
La Chambre des Finances à Vienne , a eu ordre
de payer au Comte de Sinzendorf , Grand-
Chancelier de la Cour & premier Plenipotentiaire
de S. M. I. au prochain Congrès , 25000
Florins ૨
AVRIL. 1728. 821
Florins , pour les frais de fon voyage , & soco 5000
Florins par mois pendant la tenue du Congrès.
On a reçû avis d'Infpruck que le feu avoit
pris la nuit du 15 au 16 du mois dernier,au Château
de cette Ville , qu'en moins de trois heures
il avoit été confumé par les flammes ; qu'il
étoit péri plufieurs perfonnes dans cet incendie,
& que le Comte de Kunugel , Commandant
de ce Château & le Comte fon fils , avoient
eu beaucoup de peine à fe fauver.
On mande de Berlin , que le Roy de Pruffe
avoit ordonné à tous les Miniftres , pendant le
féjour du Roy de Pologne , d'avoir chacun une
table de 12 couverts , & les Confeillers privez
une de 8. Le feul Baron d'Ilgen a été excepté
de cet ordre , à caufe de fon grand âge.
-
Le 25 du mois dernier , jour du Jeudy Saint ,
l'Empereur communia à Vienne ,par les mains
du Nonce du Pape ; il lava enfuite les pieds à
1e pauvres vieillards , qu'il fervit à table , &
aufquels on diftribua des aumônes . L'Imperatrice
n'étant pas encore affez bien rétablie pour
faire la même ceremonie , l'Archiduchefle Marie-
Magdelaine la fit en fon nom .
I Le de ce mois au foir , M. Daniel Braga
dino , nouvel Ambaffadeur de la Republique
de Venife , arriva à Vienne avec toute fa fuite.
On a interrompu depuis peu la levée de
3000. hommes que le Duc de Bournonville
avoit eu la permiffion de faire enrôler dans
l'Empire pour le fervice du Roi d'Eſpagne.
Le bruit court qu'on va mettre un nouvel
Impôt d'un Florin par aune fur les draps
d'Angleterre , afin de procurer un plus grand
débit de ceux des Manufactures de
Pays.
ce
M. Dierling , Réfident de l'Empereur à la
Cour du Grand- Seigneur , a écrit que dans
Hij
une
822 MERCURE DE FRANCE .
une Audience qu'il avoit eue du Grand-
Vizir , ce premier Miniftre lui avoit dit que
S.H. ne pouvoit fe difpenfer de remplir fes
Engagemens avec le Sultan Acheraf; qu'Elle
ne pouvoit refufer aux Perfans les fecours
dont ils avoient befoin pour reprendre fur
les Mofcovites les Places conquifes par le
feu Czar , du côté de la Mer Cafpienne ;
mais qu'érant prefque affurée qu'ils borneroient
là leurs conquêtes , fans rien entreprendre
de plus fur les Terres de l'ancienne
Domination de S M. Czarienne , Elle efperoit
que ces fecours fournis aux Ennemis du
Czar ne pourroient être regardez comme
une Infraction au Traité de Paffarowitz, &
que la Porte étant toujours dans la difpofition
de vivre en bonne intelligence avec
l'Empereur , le G. S. enverroit inceffamment
un Aga à Vienne , pour en donner de nou
velles affurances à S. M. Imper.
L
ITALI E.
E bruit court à Bologne , que le Pape
doit s'y rendre pour affiſter au Chapitre General
de l'Ordre des Dominicains , qui doit
s'y tenir ce mois cy .
Le 8. du mois dernier , le Pape tint un
Confiftoire fecret , dans lequel S. S. propofa
l'Abbaye de Sainte Marie de l'Abondance ,
dans le Diocefe de Genéve , pour l'Arche
vêque d'Ambrun.
Le Cardinal Ottoboni , Protecteur des
Affaires de France , propofa l'Evêché de S.
Brieux , pour l'Abbé de Montclus , Grand-
Vicaire de l'Evêque de Langres ; & il préconifa
le P. Surian , Prêtre de l'Oratoire
pour l'Evêché de Vence.
ม
A V RIL. 1728. 829
Il y eut au commencement du mois dernier
, une Congregation de Cardinaux au
Palais du Vatican , au fujet de M. Bichy :
le Cardinal Corradini parla avec beaucoup
de fermeté contre la Promotion que le Roi
de Portugal demande en fa faveur ; & fon
avis ayant été approuvé , il fut réfolu qu'on
feroit part de cette décifion à Dom André
Mello de Caftro , Ambaffadeur de Portugal,
auprès du S. Siége , depuis le 29. Septembre
1721. qu'il eut fa premiere Audience publique
, lequel partit le 20. Mars , pour retourner
à Lifbonne , avec une fuite de trois caroffes
à fix chevaux , & de cinq caleches.
Le 17. du même mois , l'Ambaffadeur de
Bologne eut une Audiance particuliere du
Pape , auquel il repréfenta de la part de fa
République , que le Magiftrat étoit extremément
irrité contre la conduite du Cardinal
Legat de cette Ville , qui fans avoir égard
au caractere particulier de l'Affeffeur du
Tribunal qu'il lui avoit député pour des affaires
publiques , l'avoit fait arrefter. & conduire
en prifon , fans obferver aucune formalité.
Que cette violence avoit tellement
animé le Peuple , que s'étant attroupé , il
étoit allé aux prifons du Légat , & en avoit
tiré le prifonnier. Il pria S. S. de prévenir
de pareils défordres à l'avenir , & de faire
donner au Magiftrat une fatisfaction convenable.
Le Pape lui promit de faire exami
ner cette affaire ; & l'on croit que S. S.
nommera une Congregation particuliere à
ce fujet.
On areçu avis que la Gondole de Savone',
qui fut prife l'année derniere par un Corfaire
de Tunis , & qui a depuis été armée en courſe,
étoit arrivée depuis peu dans le Port de
Hiiij Meffing
824 MERCURE DE FRANCE .
" Meffine fous le Commandement d'un
Renegar Sicilien , qui auffi - tôt qu'il eût jerté
l'ancre , découvrit au Capitaine du Port ,
que fon deffein étoit de rentrer dans le fein
del Eglife, dont il s'étoit feparé en fe faifant
Mahometan que 25. hommes de fon Equipage
avoient pris la même refolution › &
qu'il le prioit d'en avertir l'Evêque & l'Inquifition.
Ces Lettres ajoutent que le 2 da
mois dernier , ces Renegats avoient debarqué
leurs Effets ; qu'ils s'étoient mis entre les
mains des Miffionnaires , pour fe preparer à
leur abjuration , & que le refte de l'Equipage,
qui n'a pas voulu changer de Religion , avoit
eu la liberté de retourner à Tunis.
On a imprimé à Naples , fur la fin du mois .
dernier , des Lettres Patentes de l'Empereur ,
pour l'établiffement d'une nouvelle Banque ,
dans cette Capitale ; & l'on croit qu'elle fera
ouverte au commencement du mois prochain.
On écrit de Bologne du 12. Mars , que le
Bailly de Ferety , ci- devant Grand- Prieur
d'Angleterre,y étoit arrivé ; qu'il a accepté le
Grand-Prieuré de Crémone , vacant par la
mort du Bailly Doria , & s'eft démis du
Grand- Prieuré d'Angleterre , en faveur du
Chevalier Geraldin , qui en avoit eu depuis
deux ans un Bref d'Expectative.
Le Patron d'une Barque arrivée fur la fin
du mois dernier , de Tunis à Naples , arapporté
que le 29. de Février au foir , le reveu
du Bey, qui étoit un des Principaux de la
Regence , étoit forti à cheval de la Ville ,
avec un de fes fils & trois Negres , & qu'il
s'étoit retiré fur le Mont Anfolette , où rous
les Mécontens du Pays l'avoient joint avec
des armes & des provifions. Que le 22 du
même mois , le nommé Benmitrifia , Commandant
A VRIL. 1728. 825
mandant de la Ville , en étoit auffi forti ,
accompagné de deux de fes fils , & d'un Renegat
Sicilien , fon gendre , & qu'il étoit allé
joindre le neveu du Bey ; que le lendemain
on avoit été obligé de fermer les portes de
la Ville , pour empêcher les autres Habitans
d'en fortir, & que le Bey avoit fait fabrer
tous ceux qui avoient voulu forcer la Garde.
Que le 24 on avoit reçû avis que le nombre
des Mécontens s'étoit fi fort augmenté , qu'ils
fe difpofoient à venir forcer la Ville , pour en
déposer le Bey ; que la Régence avoit fait
venir de la Cavalerie , & obligé les Habitans à
prendre les armes. Que le 25. il s'étoit tenu
un Confeil extraordinaire , dans lequel le
neveu du Bey & ceux de fon party , avoient
été déclarez Rebelles , & leurs biens confif
quez ; & que le 26. le Bey étoit forti de la
Ville , à la tête de 2500. hommes , pour aller
attaquer les Mécontens .
Le 25. du mois dernier, le Pape , après toutes
les Cérémonies du Jeudy Saint , lava les pieds
à douze Prêtres Etrangers , & les fervit à
table.
Le Prince Borghefe a fait préfent d'un
Calice & d'une Patene d'or au Pape , qui lui
avoit accordé la permiffion d'avoir un Four
dans fon Palais , en payant les droits ordinaires
.
ESPAGNE.
N écrit de Madrid que le Marquis de la
Paz, Secretaire d'Etat, & M. Knen , char-;
gé des affaires du Roi d'Angleterre , ont dépêché
un Courier à Gibraltar , pour y donner
avis que toutes les difficultez qui avoient re
tardé l'ouverture du Congrès , avoient été le
Hv vées
826 MERCURE DE FRANCE.
vées le 6. de Mars par un Acte figné à Madrid
par les Miniftres Plénipotentiaires de l'Empe
reur , du Roide France , du Roi d'Eſpagne , du
Roi d'Angleterre , & des Etats Generaux des
Provinces - Unies.
GRANDE BRETAGNE.
N mande d'Edimbourg , que Jean Currie ,
Relieur , convaincu d'avoir contrefait des
Billets de Banque , fut condamné par les Lords
de la Seffion , à être fuftigé par la ville le 7.
d'Avril , à être mis 8. jours après au Pilori ,
l'oreille cloüée, & être tranfporté enſuite dans
les Colonies
La Marquifé de la Vrilliere & la Comteffe de
S. Florentin , arriverent à Londres le 13 du
mois dernier . Elles allerent deſcendre chez le
Comte de Broglio , Ambaffadeur de France.
Le 17. elles allerent avec cet Ambaſſadeur au
Palais de S. James , où le Duc de Newcaſtle ,
Secretaire d'Etat , les prefenta au Roi & à la
Reine , qui les reçurent très- gracieuſement .
On fir le mois dernier l'inoculation pour la
petite verole à Mylady Camille Bennet , fille
du Comte de Tancarville.
Le 15. du mois dernier , le Comte de Welderen
& M. Silvius , Ambaffadeurs des Etats
Generaux des Provinces - Unies , firent leur Entrée
publique à Londres , avec une très -grande
magnificence. Le Comte de Radnor & le Chevalier
Clement , Maître des Ceremonies , allerent
avec les Barges du Roi , les prendre à
Greenwich , & les conduifirent à la Tour , où
cinq Caroffes du Roi les attendoient. Les Ambaffadeurs
furent faluez du Drapeau par la
Garnifon de la Tour. Ils monterent enfuite
dans un des Caroffes de S. M. & la marche
com
AVRIL 1728% 8 27
commença par celui du Comte de Radnor. Ik
furent fuivis de 46. Gens de Livrée , marchant
deux - à- deux , de deux Ecuyers à cheval , en
habits de velours noir, avec des Plumets noirs,
de 8. Pages auffi à cheval & en habits de ve
lours noir , avec des veftes de brocard blanc
& des plumets blancs . Les cinq Caroffes du
Roi venoient enfuite , fuivis de cinq Caroffes
des Ambaffadeurs , à 8. chevaux , richement
harnachez , dans lefquels étoient leurs Gentils
hommes & Officiers , 26. autres Caroffes à 6.
chevaux . appartenans à divers Seigneurs , fermoient
la marche. Les Ambaffadeurs defcendirent
au Palais de Somerfet , où ils furent traitez
pendant trois jours aux dépens du Roi. Ils
fe rendirent le Jeudy ſuivant au Palais de Saint
James , où ils eurent Audience publique de
S M.
Le Colonel Guillaume Stanhope & Mrs
Etienne Points & Jean Edge , Miniftres Plenipotentiaires
du Roi au futur Congrès qui fe
doit tenir à Soiffons au commencement du mois
de Juin , fe préparent pour s'y rendre.
On dépêcha de Londres , fur la fin du mois
dernier , un Exprès au Contre Amiral Hopfon,
qui commande l'Efcadre Angloife en Amerique
, avec des inftructions fur la conduite qu'il
doit tenir avec les Efpagnols , & l'ordre de fe
retirer de devant le Port de Carthagene , &
d'en laiffer fortir librement les Gallions.
Le g. de ce mois , le Roi figna la Commiffion
par laquelle S. M. a donné le Gouvernement
des Ifles Angloifes fous le vent en Amerique ,
au Lord Londonderry , qui doit s'y rendre inceffamment
avec toute fa famille.
H vj Hol
828 MERCURE DE FRANCE .
I
HOLLANDE , PAYS - BAS.
Ls'eft tenu à Anvers une Affemblée Generalè
des Intereflez de la Compagnie du Cammerce
, dans laquelle on a fait la lecture du Decret
de l'Empereur , qui ordonne la fufpenfion du
Commerce de cette Compagnie . Ce Decret
porte en ſubſtance qu'on rendra aux Intereſſez
les trois quarts de leur principal , avec une répartition
de 25. pour cent , le tout en Billets
de Change , payables dans trois mois , qui feront
pris pour argent comptant dans la prochaine
vente des Marchandiſes arrivées des
Indes. L'autre quart demeurera en caiffe pour
en faire un commerce qu'on n'a pas jugé à
propos de communiquer à l'Affemblée.
M. de la Baune , Gentilhomme ordinaire du
Roi de France , arriva à la Haye fur la fin du
mois dernier, chargé des affaires de S. M.T.Ch.
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
R Soufin , ancien Capitaine de Dragons ,
Mmourutà Bruxelles le 13. du mois dernier
âgé de 109. ans ; il avoit fait 60. Campagnes.
Le Prince Jofeph Augufte , fils aîné du Prince
Electoral de Saxe , mourut à Drefde de la
petite verole , le 14. du même mois , âgé de
6. ans & quelques mois. Son corps fut porté
le 16. par 4. Gentilshommes , accompagnez
d'un Détachement des Gardes de la Chapelle
Catholique , où il fut inhumé. Le jeune Prince
fon frere , qui eft prefentement le feul fils
AVRIL. 1728. 829
du Prince Ejectoral , eft auffi attaqué de la petite
verole.
Le Cardinal Ulyffe - Jofeph Gozzadini , Cardinal
Prêtre du titre de Sainte Croix en Jerufalem
, & Evêque d'Imola dans les Etats du
Pape , y mourut le 20. du mois dernier dans la
78e année de fon âge , étant né à Bologne le 10
Octobre 1650. Il avoit été Secretaire des Brefs
aux Princes , fous le Pontificat d'Innocent XII .
& il étoit Archevêque titulaire de Théodofie ,
lorfque le Pape Clement XI . le nomma Cardi
nal le 15. Avril 1706.
On mande de Lisbonne qu'on y avoit reçû
avis de Vifeu , qu'une Religieufe du Monaſtere
des Benedictines de cette Ville , nommée Sour
Françoife-Baptifte , y étoit morte le mois dernier
âgée de 120 ans accomplis.
Le 28. Février , la Princeffe de Piémont accoucha
à Turin d'une Princeffe .
Le 2. du mois dernier , vers les fix heures du
matin , Dona Catherine Zephirina Salviati
épouſe du Connétable Colonne , accoucha à
Rome d'une fille qui fut baptifée l'après midi
dans l'Eglife des Apôtres , & nommée Marie-
Ifabelle-Anne- Claire- Therefe - Gertrude - Secondille-
Janviere- Hieronime.
Le 21. du même mois , le fils nouveau- né du
Duc de Guadoglono Conti , fut baptifé à Rome
par l'Archevêque Titulaire de Theffalonique,
& tenu fur les Fonts par le Cardinal Conti
fon grand oncle , qui le nomma Felix - Jofeph-
Marie-Innocent - François - André- Hiacinthe-
Longin-Gafpar- Melchior- Baltafar.
FRANCE
830 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
La
E Vendredi de la femaine de Pâques,
ainfi qu'il le pratique tous les ans , le
Parlement & la Chambre des Comptes ,
precedez de leurs Huiffiers , & invitez par
Meffieurs les Prévôt & Echevins de la Ville
de Paris , aflifterent, en Robes ordinaires,
dans l'Eglife de Notre - Dame , à une Meffe
folemnelle , celebrée à l'Autel de la Vierge ,
en memoire de l'Expulfion des Anglois
hors de Paris & du Royaume de France .
Meffieurs du Parlement & de la Chambre
des Comptes étoient placez fur un même
banc, & tenant une même ligne où chaque
Officier du Parlement étoit croifé par un
Officier de la Chambre ; enforte que ces
deux Compagnies , qui avoient à leur tête
un réfident à Mortier & un Préfident de
la Chambre, étoient terminez par un Confeiller
de la Cour , & un Auditeur des
Comptes , le nombre fe trouvant égal de
part & d'autre.
L'origine & la raifon de cette Ceremonie
font fondées fur ce que la nouvelle de
l'expulfion & deffaite des Anglois s'étant
répandue dans Paris le Vendredi d'après
Pâques
AVRIL. 1728 83 1
Pâques de l'année 1436. fous le Regne
de Charles VII . tous les Officiers du Parlement
& de la Chambre des Comptes ,
au milieu des acclamations du Peuple , fe
rendirent confufément, fans garder ni pas,
ni rang , dans l'Eglife N. D. pour y rendre
graces à Dieu devant l'Autel de la
Vierge , de l'heureuſe nouvelle que l'on
venoit d'apprendre. Meffieurs les Prévôt
des Marchands & Echevins , en Robes de
Ceremonie, & les Officiers de Ville ,furent
placez à gauche , vis- à -vis du Parlement
& de la Chambre. La Cour des Aydes
n'y affifte pas , parce qu'alors elle n'étoit
pas encore établie .
7
La Ceremonie qui s'obferve tous les
ans le 22. Mars en memoire de la Réduction
de Paris.fous l'obéïffance de Henry
IV. ayant été remife au Vendredy 9 .
de ce mois , Meffieurs du Parlement & de
la Chambre des Comptes , de la Cour des
Aydes , les Prévôt des Marchands & Echevins
, tous en Robes de Ceremonie , fe
rendirent dans l'Eglife des Grands Auguftins
, où on celebra une Meffe folemnelle
chantée par la Mufique de N. D.
Il eſt à remarquer que dans cette occafion,
comme en toutes les autres , où le Parlement
& la Chambre des Comptes font invitez
par le Roi , attendu le differend qui
furvint pour le pas dans l'Eglife N D.
entrs
832 MERCURE DE FRANCE .
entre ces deux Compagnies , à l'occafion
du Voeu de Louis XIII . Sa Majefté , dans
fa Lettre de Cachet qu'elle leur adreffe
par le Grand -Maître des Ceremonies ,
coutume de leur marquer leur marche en
public , leur place dans le Choeur de l'Eglife
& leur fortie ; enforte néanmoins
que le Parlement eft à la droite , & la
Chambre des Comptes à la gauche ; ce
qui fe pratique dans toutes les occafions
publiques.
Le même jour 9 Avril , M. le Marquis
de Vaubonois , Premier Prefident de
la Chambre des Comptes de Grenoble ,
dont il eft parlé dans le Mercure précedent
, a été agréé par le Roi , & reçû
dans l'Académie des belles Lettres , en
qualité d'Académicien correfpondant honoraire
, auquel on doit en envoyer les
Patentes.
COMMISSION de M. le Duc
d'Orleans , adressée au Chevalier de Mantour,
pour la Réception de M. de la
Rochette Defcombes , dans l'Ordre de
N. D. du Mont- Carmel & de S. Lazare
de Jérufalem .
OUIS D'ORLEANS Premier Prince
Ldu Sang , Duc d'Orleans , de Valois
de Chartres , de Nemours & de
Montpenfier ,
AVRIL. 1728. 831
A
Montpenfier , Commandeur des Ordres
du Roi , Colonel General de l'Infanterie
Françoife & Etrangere , Gouverneur &
Lieutenant General pour fa Majefté en fa
Province de Dauphiné, & GRAND - MAITRE
GENERAL , tant au Spirituel qu'au
Temporel des Ordres Royaux , Militaires
& Hofpitaliers de Notre - Dame du
Mont-Carmel & de S. Lazare de Jérufalem,
Béthléem & Nazareth , tant deçà que
delà les Mers . A notre cher & bien amé
frere Charles Moreau de Mautour, Capitaine
auRegiment d'Infanterie de Touloufe
,& Chevalier de nofd . Ordres , SALUT :
Ayant agréé l'humble priere qui nous a
été faite par Claude de la Rochette Def
combes , Chevalier Seigneur de Bonneville
, de Bobignion , de Crofet & autres
lieux , Capitaine au Regiment d'Infanterie
de Ponthieu , à ce qu'il nous
plût le recevoir Chevalier de Juftice dans
nofdits Ordres ; & fur les raifons valables
qu'il nous a fait reprefenter qui l'empêchent
de fe rendre auprès de Nous pour
y être reçû ; Nous voulant le traiter favo
rablement , étant bien informé d'ailleurs
de fes bonnes vie , moeurs , Religion
Catholique , Apoftolique & Romaine ,
Naiffance légitime , & Nobleffe : Nous
vous avons commis & député , commertons
& députons par ces Preſentes , pour
que
834 MERCURE DE FRANCE:
que vous ayez à l'y recevoir en notre
lieu & place avec les ceremonies accoutumées
& prefcrites dans le mémoire
qui vous en fera envoyé , figné de notre
frere Chevalier , Commandeur , Greffier
& Secretaire General de nofdits Ordres ,
& lui en donner la Croix avec un Ruban
tanné amarante , & le Livre des Régles
& Statuts d'iceux ; & en confequence
de l'Acte de reception , que vous nous
envoyerez dans le terme d'un an , ledit
Acte figné de vous & de quelques_témoins
, nous ferons expedier audit fieur
de la Rochette Defcombes nos Lettres &
Provifions fur ce néceffaires ; à faute de
quoi Nous voulons & entendons que la
prefente Commiffion , & la Réception
foient nulles & de nul effet : CARTELLE
EST NOTRE INTENTION . En foi
dequoi Nous avons figné ces Prefentes
de notre main , icelles fait contrefigner
par notre frere Chevalier , Commandeur
Greffier & Secretaire General defdits
Ordres , & fceller du fceau de nos Armes.
DONNE' à Paris le vingt -uniéme jour du
mois de Février mil fept cens vingt -huit ,
figné LOUIS D'ORLEANS , & plus bas
par Monfeigneur , figné BOULARD.
A
INSTRUCTION
T
AVRIL. 1728. 839
INSTRUCTION envoyée en confequence
de la Commiffion ci - deffus , contenant
l'Ordre du Cérémonial.
M. le Chevalier Moreau de Mautour
recevra le Prefenté , après la Meffe dite
dans telle Eglife ou Chapelle qu'il lui
plaira de choifir ; à la fin de laquelle
Meffe le Prefenté fera exhorté de communier
, en cas qu'il ne l'ait pas fait ce
matin - là même , avant que de venir à la
´ceremonie , ainfi qu'il faut avoir foin de
l'en avertir . Il faudra préparer au milieu
de la Chapelle ou de l'Eglife un Prié - Dieu
couvert d'un Tapis , avec un Carreau &
Fauteuil de même , & proche de l'Autel ,
du côté de l'Evangile , & un autre Fauteüil
& un Carreau .
Lorfque la Meffe commencera , un
Aumonier , ou celui qui reprefentera le
Maître des Ceremonies , mettra la Croix
& le Livre des Prieres & des Statuts de
l'Ordre fur la Credence du même côté de
l'Evangile , & fera un figne au Preſenté ,
qui l'avertira de fe lever , & de venir , tenant
dans la main fon Epée haute , &
couverte de fon fourreau , faire une reve
rence à l'Autel , puis une à M. le Chevalier
de Mautour , & mettre enfuite fon
Epée fur cette même Credence.
M
836 MERCURE DE FRANCE .
T
M. le Chevalier de Mautour , en arrivant
à la Chapelle ou à l'Eglife , fe mettra
fur le premier Prié- Dieu , pour entendre
la Meffe , que le Prefenté entendra
auffi à genoux , étant placé trois ou quatre
pas devant lui à droit ou à gauche .
La Meffe étant finie , M. le Chevalier
'de Mautour ira s'affeoir dans le Fauteuil
qui aura été mis du côté de l'Evangile ,
où il demeurera pendant que l'Officiant ,
revêtu d'une Chape fera la Benediction
de la Croix & de l'Epée.
Après quoi l'Aumônier ou le Maître
des Ceremonies fera un figne de la main
au Prefenté , lequel fe levera & viendra
fe mettre à genoux fur le Carreau qui
aura été preparé aux pieds de M. le Chevalier
de Mautour , qui le recevra fuivant
le Ceremonial ordinaire.
Enfuite M. le Chevalier de Mautour
retournera à fa place , & le nouveau Chevalier
à la fienne, après avoir figné la Profeffion
. On chantera enfuite le TE DEUM ,
qui finira cette Ceremonie .
Le Prefenté pourra inviter ceux de fes
parens ou amis qu'il lui plaira pour affifter
à la Réception .
La Ceremonie de cette Reception s'eft
faite au mois de Mars dernier , dans une
Paroiße du voisinage de Montbriffon.
On mande de Metz , que le 25 du
mois
AVRIL. 1728. 837
mois dernier , le Duc de Coiflin , Evêque
de cette Ville , remit entre les mains de
l'Intendant de la Province & des Maire
& Echevins de Metz , les clefs des Corps
' de Cazernes qu'il vient de faire conſtruire
, tant pour le foulagement des pauvres
Bourgeois , fujets aux logemens des gens
de guerre , que pour éviter les défordres
que la trop grande familiarité des Soldats
avec le fexe , occafionnoit par ces
logemens . Que les Bourgeois & les Corps
de Métiers , dans les remercimens qu'ils
firent quelques jours après à ce Prélat ,
lui demanderent la permiffion de nommer.
cet édifice , Cazernes de Coiflin , pour
marque de leur reconnoiffance , & pour
en conferver la mémoire à la pofterité.
Ces bâtimens placez fur la plus grande &
la principale place de cette Ville , à laquelle
ils fervent d'un grand ornement
confiftent en un Corps deſtiné pour le
logement des Soldats , lequel remplit
une des quatre faces de la place ; il y a
quarante fept toifes & demie de longueur
, fur fept toiles de largeur. La face
du côté de la place eft réguliere , ornée
d'un fronton , foutenu par deux pilaftres
faillans ; elle eft percée de foixante & dix
croifées ,tant pour le rés - de - chauffée que
pour les deux étages au - deffus , & de cinq.
grandes portes
à deux battans .
Cet
838 MERCURE DE FRANCE .
Cet édifice renferme foixante chambres
de Soldats , de 22 pieds de long chacune
fur 18 de large , dans lefquelles on fe
rend fans aucune communication par dix
efcaliers très- commodes. Toutes les
chambres du rés- de -chauffée font en
voute d'arête. Aux deux côtez de ce
grand Corps , & à une diſtance de quinze
pieds , deux grands pavillons en forment
les aîles ; ils ont été conſtruits pour fervir
de logement aux Officiers. Chacun
de ces pavillons a 18 toiſes de longueur ,
fur fept & demie de largeur , & contient
22 chambres de 20 pieds de longueur ,
dont les unes ont 12 & les autres as pieds
de largeur. Chacune defquelles a fon cabinet
ou garde - robe ; la plupart avec
des cheminées . Il y a auffi fix cuiſines &
une écurie de 45 pieds de long fur 15 de
large dans chaque pavillon. Les faces fur
la place font percées de 30 croifées , pour
le rés - de - chauffée & les deux étages , compris
les deux grandes portes d'entrée .
Ces trois corps font couverts d'ardoiſe .
Le digne Prélat s'eft porté à cette
conſtruction avec tant de zele & de vigilance
, que la même année qui en a vû
ouvrir les fondations,en a vû la perfection
entiere . On croit que ces bâtimens lui
coutent plus de cinquante mille écus . On
a fait plufieurs pieces de vers à l'occafion
2
de
'A V RI L. 1728 . 839%
de cet édifice : en voici une en forme d'infcription
, qui en peu de mots exprime les
intentions qu'a eu cet illuftre Evêque ,
en faifant élever ce monument éternel de
fa pieté, & de fa magnificence.
COISLINI Domus hac , Urbi adificata ;
Deoque
Militis Hofpitium fimul eft , Civifque levamen
DECOUVERTE d'une impofture finguliere.
Extrait d'une Lettre écrite de Strasbourg
le 6. Mars 1728.
Ien de plus vrai , Monfieur , que la nou-
Rvelledont vous me demandez la confirmation.
La fille en queftion eft morte fubitement
le 24. du mois paffé, âgée de près de 6. ans , &
ayant porté dès l'âge de vingt ans un ventre
extraordinaire , lequel groffiffant peu à peu
étoit enfin devenu monftrueux . Cette fille pauvre
d'ailleurs , excitoit la compaffion de tout
le monde ; l'Ecole de Medecine l'affiftoit charitablement
, en attendant de voir à ſa mort ce
qui avoit pû caufer une enflure fi énorme.
Ce moment étant enfin arrivé le jour que je
viens de dire , & tout étant prêt pour l'ouverture
, on fut faifi d'étonnement de ne
trouver qu'un ventre ordinaire ; mais on fut
encore plus frappé , lorfqu'à force de chercher
la caufe d'un effet fi peu attendu , on
trouva fous le petit grabas de la défunte , une
efpece de cuiraffe ou de machine , remplie de
haillons , de filaffe , & c. que la prétenduë
malade avoit eû l'adreffe de fe faire & la paience
de porter pendant près de 40. ans , en
obfervant
840 MERCURE DE FRANCE.
obfervant de groffir peu à peu le volume ,
mefure que la compaffion & les aumônes augmentoient.
Cette machine pefoit environ 20.
livres . Enfin , Monfieur, on ne parle ici d'autre
chofe, & on ne sçauroit revenir de l'étonnement
& d'une espece de honte que caufe à tout le
public ce ventre poftiche. La fille , pour ne
rien omettre , avoit eu grand foin de ne
le laiffer tâter ni voir à perfonne , feignant ,
outre la pudeur , de grandes douleurs que l'at
touchement augmentoit , &c. Nous avons bien
ri de la Fable du Serpent trouvé dans ce ventre,
felon le Nouvelifte de Paris , copié par le Gazetier
d'Hollande. On a gravé ici la figure de
cette fille , & fon ventre à côté d'elle , tel qu'on
l'a trouvé. Je fuis , &c.
Le 25 du mois paffé , M. de Villeneuve
, Lieutenant General de la Senechauffée
de Marſeille , nommé à l'Ambaffade
de la Porte , eut l'honneur de
faluer le Roi , & fa Majefté le reçût
très-favorablement. Il eft fils de François
de Villeneuve , Confeiller au Parlement
de Provence , & de Magdelaine de
Fourbin Sainte- Croix , proche parente
de M. le Comte du Luc , Chevalier des
Ordres du Roi , & c . M. de Villeneuve
( Louis Sauveur ) a quatre freres ; ſçavoir
, François Renaud de Villeneuve
Evêque de Viviers , auparavant nommé
à l'Evêché de Marfeille , lorfque M. de
Belzunce fût nommé à l'Evêché de Laon ;
deux autres freres Capitaines d'Infanterie
dans
AVRIL. 1728. 841
dans les Regimens du Roi , & du Maine ,
& le quatriéme Lieutenant des Galeres ,
fervant actuellement fur la Réale .
Il a époufé Dame - Anne de Bauffet ,
fille de Pierre de Bauffet , ci- devant Lieutenant
General , Civil & Criminel de
Marfeille , & de Dame Théodore Daudiffret.
La Maiſon de Bauffet eft fort
ancienne , & a donné des perfonnages
illuftres dans l'Eglife , dans la Robe , &
dans l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ,
qui compte plufieurs Chevaliers & Conmandeurs
de ce nom . La mémoire du
celebre Nicolas de Bauffet ne mourra
jamais dans Marfeille . Il fût un des principaux
inftrumens de la délivrance de
cette Ville , de fa réduction à l'obéiffance
du Roi Henri le Grand , dans le temps
orageux de la Ligue , & de l'ufurpation
tyrannique de Charles de Cafaux .
On écrit de Marfeille que quelque
regret qu'on ait de perdre un Officier de
Justice de fon caractere , qui depuis
plus de vingt années y exerce la premiere
Magiftrature , avec autant de lumiere
que de défintereffement & d'integrité
tout le monde a applaudi au digne choix
de fa Majefté , perfuadé qu'il poffede
toutes les qualitez néceffaires pour
s'acquitter dignement d'un miniftere fi
confiderable ; & que dans fon éloigne-
Ι ment
842 MERCURE DE FRANCE.
ment même , il fera rendu en quelque
façon à Marſeille par la protection qu'il
voudra bien accorder à fon commerce du
Levant par l'application furtout qu'on
fe promet d'un génie auffi éclairé que le
fien , à réprimer les abus que l'avidité de
quelques particuliers voudroient introduire
, & c'eſt en partie ce qui peut dédommager
cette Ville de la perte qu'elle
fait de fon Magiftrat .
On a formé une Compagnie de 200
Invalides pour fervir de Garde aux Miniftres
Plénipotentiaires du Congrès qui
doit fe tenir à Soiffons & commencer
Les féances le fix Juin.
>
Le 26 du mois dernier , jour du Vendredi-
Saint , le Roi entendit le Sermon
de la Paffion de l'Abbé Couturier , Chanoine
de l'Eglife de S. Germain l'Auxerrois
; S. M. affifta enfuite à l'Office & à
l'Adoration de la Croix . La Reine affifta
à l'Office dans la Tribune. Le foir ,
L. M. entendirent l'Office des Tenebres
chantées par la Mufique .
Le Samedi- Saint , le Roi revêtu du
grand Collier de l'Ordre du S. Efprit ,
le rendit en ceremonie à l'Eglife de la
Paroiffe de Verfailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains
du Cardinal de Rohan , Grand Aumonier
de France. Enfuite S. M. toucha
un
६
C
C
AVRIL. 1728.
843
un grand nombre de malades. Le même
jour , la Reine alla à la Chapelle du
Château , où S. M. entendit la Meffe , &
communia par les mains du Cardinal de
Fleury , fon Grand- Aumonier. Le foir ,
le Roi & la Reine affifterent dans la
même Chapelle aux Complies & au Salut,
& entendirent l'O Filii chanté par la
Mufique.
Le jour de Pâques , le Roi accompagné
du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , entendit la grande Meffe , celebrée
pontificalement par l'Evêque de Sarepte ,
& chantée par la Mufique . L'après- midi
le Roi affifta à la Prédication de l'Abbé
Couturier ; enfuite L. M. entendirent les
Vêpres, aufquelles le même Prélat officia .
il a
Au commencement de ce mois ,
couru aux environs de Dreux , quelques
Loups enragez qui ont mordu cinq ou
fix perfonnes , lefquelles font devenues
enragées & font mortes dans la rage ,
malgré les remedes ordonnez par les Médecins
, & même l'eau de la Mer où quelques
-uns ont été . C'eſt un Médecin de
Dreux qui a mandé cette nouvelle .
Le 4 de ce mois , les Chevaliers Palmiers
, Confreres & Soeurs de l'Archiconfrerie
Royal du S. Sepulcre de Jérufalem
, établie dans l'Eglife des RR. PP .
Cordeliers du Grand Convent de Paris ,
I ij
deli
44 MERCURE DE FRANCE .
délivrerent proceffionellement des Prifons
de cette Ville , quinze Priſonniers
pour dettes , qui fe trouvoient entre les
deux Guichets du grand Châtelet , & qui
affifterent à la Proceffion depuis ce lieu
jufqu'à l'Eglife du S. Sepulcre , ruë faint
Denis , & de là aux Cordeliers où ils
entendirent la Meffe & le Sermon , du
Syndicat de M. de Neumaifon , & de
l'Administration des Sieurs Jacob , Razoir
, Cailleau & Jacques.
Ce pieux établiffement , favorifé des
Magiftrats , fût fait l'année derniere par
les foins du fieur Louis Policarpe Jarry ,
Marchand Epicier , Juré Controlleur de
la marchandife de Foin , Ancien Guidon
de ladite Confrerie , des Quêtes faites
chez les Confreres & Soeurs , par les Srs
Salvia , Preyoft , Bouché , & David le
Gros , norables Bourgeois , de ladite
Confrerie , choifis par ledit fieur Jarry.
Inftituteur.
Le nombre des Prifonniers qui ne fût
l'année derniere que de fix , fe trouvant
celle- ci de quinze , on efpere que les
charitez augmenteront pour en délivrer
un plus grand nombre dans la fuite.
Le 4. le Roi tint un Chapitre de l'Ordre
du S. Efprit , dans lequel l'Abbé de
Pomponne , Chancelier de cet Ordre ,
fit
AVRIL. 1728. 843
fit le rapport des preuves du Duc de
Richelieu , qui avoit été nommé pour
être Chevalier , dans le Chapitre du premier
du mois de Janvier. Après qu'elles
eurent été admifes , le Roi accorda à ce
Duc la permiffion de porter la Croix & le
Cordon, jufqu'à ce qu'il ait prêté ferment
& reçû le Collier des mains de S. M.
Le 7. la Reine fe rendit dans la Chapelle
du Château de Verſailles , où S. M.
entendit la Meffe & communia par les
mains de l'Abbé de Ste Hermine , fon
Aumonier en quartier.
M. d'Orgeville , Maître des Requêtes ,
a été nommé par le Roy à l'Intendance
de la Martinique .
Le 21 de ce mois , le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château
de Verſailles , la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté
par la Mufique , pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur , Ayeul de fa Majefté .
Le Mardy 6. de ce mois , il y eut dans
l'Eglife de S. Sulpice une nouvelle Cereinonie
, à l'occafion de la repriſe des
travaux de cette Eglife . La Ceremonie
commença par une Meffe du S. Efprit ,
qui fut celebrée avec folemnité par M.
le Curé , & à laquelle tous les Ouvriers
affifterent. Après la Meffe , le Clergé
ayant à la tête M. le Curé , fuivi des
I iij Mar
(
846 MERCURE DE FRANCE .
Marguilliers & c. travailla à remuer la
terre pour creufer les fondemens des
quatre pilliers qui restent à édifier dans
la Nef de cette Eglife : le même Clergé
ayant pris des hottes , porta à pluſieurs
reprifes la terre qu'on venoit de remuer ,
de la même maniere que cela s'étoit
fait au mois de Decembre 1723. à l'ocafion
de la Benediction Solemnelle d'une
Chapelle baffe , & de l'ouverture de la
Terre , comme nous l'avons rapporté
dans notre Journal du mois de Decembre
de la même année .
> Le 1. de ce mois , M. Van- Hoey
Ambaffadeur Ordinaire des Etats Generaux
des Provinces - unies , fit fon entrée
publique à Paris . Le Maréchal d'Alegre
& le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs , allerent le prendre
dans les caroffes du Roy & de la
Reine , dans la rue de Charonne , à la
maifon de la Marquife de Mortagne
d'où la Marche fe fit en cet ordre."
Le caroffe de l'Introducteur , celui du
Maréchal d'Alegre , précedé de fon
Ecuyer & de deux Pages , à cheval : la
Livrée de l'Ambaffadeur à pied , quatre
Officiers à cheval , deux Ecuyers & qua
tre Pages à cheval : le caroffe du Roi ,
aux coftez duquel marchoient la livrée
du Maréchal d'Alegre , & celle du Comte
de
AVRIL. 1728. 847
de Monconfeil : le caroffe de la Reine ,
celui de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
Douairiere , ceux du Duc d'Orleans , de
la Ducheffe de Bourbon , Douairiere ,
du Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty Douairiere
, de la Princeffe de Conty feconde
Douairiere , de la Princeffe de Conty
troifiéme Douairiere du Duc & de la
Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte & de
la Comteffe de Touloufe , & celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : & à
une distance de 30 à 40 pas , les deux
Suiffes de l'Ambaffadeur à cheval , à la
teſte de les quatre caroffes.
il Après qu'il fût arrivé à fon Hôtel ,
fut complimenté de la part du Roy , par
le Duc d'Aumont , premier Gentilhomme
de la Chambre de la part de la
Reine , par le Comte de Teffé , fon premier
Ecuyer de la part de Madame la
Ducheffe d'Oleans Douairiere › par le
Marquis de Crevecoeur fon premier
Ecuyer.
:
>
Le 13. le Prince de Pons & le Comte
de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel , dans les caroffes du
I iiij
Roi
848 MERCURE DE FRANCE .
Roi & de la Reine , & ils le condui
firent à Versailles , où il eut fa premiere
Audience publique du Roi . Il trouva à
fon paffage dans l'avant- Cour du Château
, les Compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes fous les armes , les
Tambours appellant ; dans la Cour les
Gardes de la Porte & ceux de la Prevôté
fous les armes , à leurs poftes ordinaires
; & fur l'efcalier , les Cent - Suiffes
en habits de Ceremonie , la hallebarde
à la main . Il fut reçu en dedans de la
Salle des Gardes , par le Duc de Bethune
, Capitaine des Gardes - du - Corps
qui étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roi l'Ambaffadeur
fut conduit à celle de la Reine ,
par le Prince de Pons & le Comte de
Monconfeil : & après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris par le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les
caroffes de L. M. avec les Ceremonies
accoûtumées.
>
Le 27. de ce mois , le Roy quitta le
deüil que S. M. avoit pris pour la mort
de la Princeffe de Saltzbach.
Le Roy a accordé le Gouvernement
de Bergue au Duc de Levi , Pair de
France ; & celui de Mezieres que ce
Duc avoit , a été donné au Marquis de
la
AVRIL. 1728. 849
la Mothe - Houdancour , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie.
Le premier de ce mois , le Roi partit
de Verſailles pour aller au Château de
Rambouillet , & en revint le 3. S. M.
y retourna le 6. & Elle y a fait divers
voyages pendant le cours de ce mois .
Le Comte de Cambis , Ambaffadeur du Roy,
auprès du Roy de Sardaigne, a été nommé par
S. M. fon Miniftre Plenipotentiaire à la Cour
l'Empereur.
Le 25 de ce mois , le Roy prit le deuil pour
la mort du Prince Jofeph Augufte , fils aîné du
Prince Electoral de Saxe.
PROMOTION.
Des Officiers Generaux de la Marine .
Du 27 Mars 1728.
Lieutenans Generaux .
Meffieurs Duguay- Troüin .
de Cours de la Bruyere.
Chefs d'Efcadres.
Meffieurs Grandpré.
Benneville .
Le Chevalier de Broglio.
Le Comte de Chavagnac.
Le Commandeur de Vattan .
Chefs d'Efcadres furnumeraires .
Meffieurs le Chevalier de la Rochalar ,
Gouverneur de S.Domingue.
Roquefeüil .
I v Le
$ 50 MERCURE DE FRANCE .
Remplacement dans l'Ordre de S. Louis .
Meffieurs de Sainte- Maure , Lieutenant
General , Grand Croix .
!
De la Rochalar , Chef d'Eſcadre
, Commandeur.
Le Comte de Bethune , auffi
Chef d'Efcadre, Expectative
de Commandeur.
Chef d'Efcadre des Galeres ,
par Expectative.
Le Chevalier de Valence...
BENEFICES DONNEZ.
'Evêché de Beauvais , vacant par la
L'dominion de M. de Beauvilliers de
S. Aignan , a été donné à M. l'Abbé de
Gefvres , Prêtre , Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bourges .
L'Abbaye commandataire de S. Victor
de Marfeille , de l'Ordre de S. Benoît , vacante
par le décès de M. de Matignon ,
ancien Evêque de Condom , en faveur de
M. de Beauvilliers de S. Aignan , ancien
Evêque de Beauvais.
L'Evêché de Digne, vacant par le décès
de M. de Puget , en faveur de M. l'Abbé
Dyfe de Saleon , Prêtre , Docteur en
Théologie .
L'Abbaye reguliere de S. Martin de
Canigoux , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Perpignan,vacante par le décès de Dom
'Emby,
AVRIL. 1728. 851
l'Emby, en faveur de Dom Ighace de Valls,
Prêtre , Religieux du même Ordre.
L'Office Clauftral de l'Abbaye de S. Michel
en Rouffillon , vacant par la nomination
de Dom Ignace de Valls à l'Abbaye
de Canigoux , en faveur de Dom de Cahors
, Religieux de l'Ordre de S. Benoît.
L'Office Clauftral , fous le titre de faint
Jacques de Calahons en Rouffillon , va
cant par la nomination de Dom de Cahors
, à l'Office Clauftral de la Sacriftie -
majeure de l'Abbaye de S. Michel , en faveur
de Dom Thomas Malle , Prêtre, Religieux
de l'Ordre de S. Benoît.
Le Doyenné de l'Eglife Cathedrale de
S. Omer , vacant par l'incompatibilité de
M. de Valbelle , à prefent Evêque de ſaint
Omer, qui en étoit titulaire , en faveur de
l'Abbé Lyot , Prêtre , Chan . de lad . Eglife.
L'Evêché de Bayonne , vacant par le
décès de M. de Dreuillet , en faveur de
l'Abbé de la Vieuxville , Prêtre , Doyen &
Grand- Vicaire de la Cathedrale de Nantes
L'Evêché de Seez , vacant par le décès
de M. Turgot , en faveur de l'Abbé Lallemant
de Bez .
L'Abbaye commandataire des Alleuds ,
Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Poitiers ,
vacante par le décès de M.de Fiennes , en
faveur de M. de Vacon , Evêque d'Apt .
L'Abbaye commandataire de Pontrom ,
Ordre
I vj
852 MERCURE DE FRANCE .
Ordre de Citeaux , Diocèfe d'Angers ,
vacante par le décès de M. de Valbelle
Evêque de S. Omer , en faveur de M. du
Doucet , Evêque de Belley.
L'Abbaye commandataire de S. Vincent,
dans la Ville de Befançon , de l'Ordre de
S. Benoît , vacante par le décès de M. de
Grammont , Evêque d'Arethufe , en faveur
de M. du Ding , Evêque de Lauzanne
en Suiffe.
>
L'Abbaye commandataire d'Olivet
Ordre de Cîteaux , Diocèle de Bourges ,
vacante par le décès de M. de Fiennes , en
faveur de M.l'Abbé de Polaftron , Prêtre ,
Docteur en Théologie .
L'Abbaye commandataire de Notre-
Dame de Champagne , Ordre de Cîteaux,
Diocèle du Mans , vacante par le décès de
M. de Fiennes , en faveur de l'Abbé de
Luppé du Garané.
Le Canónicat de l'Eglife Royale &
Collegiale de la Sainte Chapelle de Vincennes
, vacant par le 'décès de M. Jourdain
, en faveur de l'Abbé de Leftang ,
Prêtre du Diocèle de Paris & Vicaire de
la même Eglife .
Le premier Mars , le Concert recon
mença au Château des Tuilleries , où l'on
chanta une Idyle héroique , intitulée : Les
prefens des Dieux , chantée devant leurs
MaAVRIL.
1728 . 853
Majeftez à Versailles , le 1 Decembre dernier
, pour celebrer l'heureufe naiffance
de Meldames de France. On a donné l'extrait
du Poëme dans le premier volume de
Decembre ; les Demoifelles Antier & le
Maure y ont chanté des morceaux qui ont
été tres-applaudis , de même qu'au Moter,
Magnus Dominus, qui termina le concert .
Le 6.on repeta le même divertiffement ;
la Demoiſelle Dellebare chanta une Ariete
Italienne avec une jufteffe admirable ;
le Concert finit par le motet : Dominus regnavit
, de M. de la Lande .
Le 14 , Dimanche de la Paffion , on recommença
le Concert fpirituel , qu'on a
coûtume de donner pendant les trois femaines
de Pâques . On y chanta deux Motets
de M.de la Lande , Confitebor & Miferere
mei , & on jota plufieurs pieces de
fimphonie , qui firent beaucoup de plaifir .
Le 15 , la Demoiſelle le Maure chanta
la Cantate de Léandre & Hero , mile en
mufique par M. Clerambault . Le Concert
fut terminé par le Cantate Domino ,
de M. de la Lande.
La Cantate de la Mufette , de la compofition
du même Auteur, fut chantée le 16.
par la Demoiſelle le Maure . Le 17 & le
18 on chanta un Motet à grands choeurs ,
de la compofition de M. de la Croix , qui
commence par Jubilate Deo , &c . La Demoi54
MERCURE DE FRANCE.
moiſelle Antier chanta enfuite la Cantate
de Didon , mife en Mufique , par M. de
Blamon ; on finit par le Dixit Dominus ,
de M. de la Lande.
Le 19 & le 20 , on chanta le Te Deum
de M. de la Lande , qui fut parfaitement
bien, executé & tres- applaudi , de même
qu'un autre Motet de M. Bernier ; la Demoiſelle
Antier avoit chanté auparavant 、
la Cantate d'Enone , mile en mufique
par M. Deftouches , Sur - Intendant de la
Mufique du Roy & Directeur General
de l'Académie Royale de Mufique.
Le 21 , 22 & 23 , on chanta differents
Motets de M. de la Lande , & quelques
Arietes Italiennes , chantées par la Demoiſelle
Dellebare , avec une grande précifion.
On donna ce dernier jour un Concerto
de Trompetes, Cors de Chaffe , Hautbois
& Tymbales , avec les choeurs de tou
te la fymphonie, qui fit beaucoup de plai
fir.Il eft de la compofition du Signor An- \
tonio.
Le 24,25 & 26 , jours des Tenebres , on.
chanta à la fin de chaque Concert le Miferere
de M.de la Lande , dans lequel la Demoifelle
le Maure reçut de grands applau
diffemens dans les Verfets qu'elle chanta.
Le Samedy Saint 27 , on chanta le Regina
cæli . O Filii , & Filia , & le Motet,
Lauda Jerufalem.
Le
AV RI L. 1728. 85$
}
•
(
Le 28, jour de Pâques , les deux Fêtes
fuivantes , & le Mecredy dernier jour du
mois , on chanta les meilleurs Motets de
M.de la Lande : Exaltabo te . Confitemini.
Exurgat Deus, & le Te Deum, avec Trompettes
& Tymbales , que le fieur Philidor
fit executer avec une grande préciſion &
au contentement general de la nombreuſe
affemblée qui s'y trouva.
Le premier de ce mois , on chanta un
nouveau Motet : Laudate Dominum , de la
compofition de M. Renier. Les Damoifelles
Antier & Minier chanterent des Duo ,
morceaux détachez , qui firent beaucoup
de plaifir.Le S Guignon , fameux joueur
de Violon , dont on a déja parlé avec éloge
, joua un Concerto , dont l'execution parut
tres - furprenante.
Le 2 , on chanta deux Motets de M. de
la Lande ; la Demoiſelle Droüin , de la Mufique
de la Reine , chanta la Cantate de la
Paix , mife en mufique par M. du Tartre.
Le 3 ,,.on chanta un nouveau Motet , de
la compofition de M. Dornel ; la Damoifelle
le Maure chanta la Cantate de la
Mufette , de M. Clerambault , & on finit
par le Confitebor de M. de la Lande .
Le 4. Dimanche de la Quafimodo , &
le lendemain Fête de l'Annonciation , on
chanta le Te Deum de M. de la Lande ,
dans lequel les Demoiselles Antier , Minier
56 MERCURE DE FRANCE.
"
nier & le Maure , chanterent avec beaucoup
d'applaudiffement ; le fieur Guignon
joua les Sonnates du Printemps & de l'Eté,
qui charmerent la nombreuſe affemblée
que le Concert avoit attiré.
Le 10 & le 12 , le Concert recommença
à l'ordinaire ; on y chanta le divertif
fement de M. de Blamont ; la Demoiſelle
le Maure , chanta une Cantate , & on finit
par un Moret de M. Bernier .
Le 17 & le 19 , elle chanta la Cantate
d'Orphée ; le fieur le Clerc fameux Violon
, joira une Sonnate , qui fut generalement
& tres vivement applaudie , de
même que le Motet , Omnes gentes, de M.
Courtois .
Le 24 & le 26 , on chanta differents
Motets de M. de la Lande ; la Demoifelle
le Maure chanta la Cantate de la Mufette
, & celle de la Toilete de Venus , de M.
de Blamont. Le freur le Clerc joua deux
Sonnates qui furent extrêmement goûtées
& generalement applaudies par les meilleurs
connoiffeurs.
MORTS ,
NAISSANCES
& Mariages.
E15 Mars fe fit le Convoi de M.Viel, Recteur
de l'Univerfité , mort deux jours au-
LE
paravant
AVRIL.
857
172-8.
paravant au College du Pleffis , où il demeuroit,
& où il avoit autrefois profeffé l'Eloquence ...
Comme le Recteur n'eft ordinairement en
charge que pendant un an , & quelquefois /
moins, il eft affez rare d'en voir mourir en
place. La chofe n'étoit point arrivée depuis l'an
1659. Voici ce qui s'eft fait aux obfeques de
M. Viel.
Le jour même du décès l'Ex- Recteur par un
Mandement publié & affiché aux lieux accoûtumez
, annonça la mort du Recteur , ordonna
en confequence une ceffation de tout exercice
fcolaftique pendant ce jour - là & les deux fuivans
, & indiqua le jour du Convoi , avec ordre
à tous les Suppôts de l'Univerfité d'y affilter
en habits de ceremonies.
Le même jour les Chefs des fept Compagnies
qui compofent l'Univerfité, ayant à leur
fête l'Ex- Recteur. allerent en habit de ceremonies
jetter de l'Eau-benite fur le corps.
Le Lundi fuivant toute l'Univerfité s'affembla
au College du Pleffis , à neufheures du matin
, pour le Convoi . Voici quel en fut l'ordre.
A la tête étoit le Clergé en furplis , compofé
de plus de deux cens Ecclefiaftiques.
Le Corps venoit enfuite; les quatre coins du
Poële étant portez par les quatre plus anciens
Recteurs , en Robe de ceremonie . Sur le Poële
étoit l'Epomide & la Ceinture Rectorale.
Immédiatement après le Corps marchoit
le premier Officier de la Nation de Normandie
en Robe noire , portant fur un Carreau de velours
violet un Livre & le Bonnet Rectoral ,
couvert d'un Crêpe.
Enfuite M. l'Ex- Recteur , en Robe violete &
Mantelet Royal , avec la Bourfe ou Efcarcelle
de velours violet , garni de glans & galons
d'or , & le Bonnet noir , précedé des quatre
pre858
MERCURE DE FRANCE .
premiers Maffiers des quatre Nations en Robes
noires , ayant leurs Malles couvertes de crêpes.
Après l'Ex - Recteur , marchoit le Doyen de
Théologie avec les Docteurs de fa Faculté ,
en fourure , ornée d'un Collier , en Robes noires
ou violetes , avec un Bonnet de même ,
précedez de leur premier Appariteur , ayant
une Robe de drap violet , fourée de blanc.
Le Doyen de la Faculté des Droits avec fes
Docteurs en Robes rouges & Chaperons rouges
bordez d'hermine , précedez de leur Maffier
, habillé de violet .
Le Doyen de Medecine avec les Docteurs de
cette Faculté , en foutanes noires , fous leurs
Chapes rouges , recouvertes d'hermine.comme
celles des Cardinaux , précedez de leur premier
Maffier, vétu d'une Robe bleüe fourée de blanc.
Les quatre Procureurs , Chefs des quatre Nations
, France , Picardie , Normandie & Germanie
, en Robes herminées blanc & gris ,
comme celle des Electeurs de l'Empire, précedez
chacun du fecond Maffier de leur Nation
en Robes noires , ayant leurs Maffes couvertes
de crêpes.
Les Régens d'honneur en la Faculté des Arts,
vétus comme les quatre Procureurs.
Les Bacheliers de Licence en Théologie, en
foutane , & long Manteau recouvert d'une fou
rure , fans colier , précedez du fecond Appariteur
de leur Faculté en Robe noire.
Les Bacheliers en la Faculté des Droits.
Les Bacheliers en Medecine en Robes noires
, avec un Mantelet noir frangé d'hermine ,
précedez du fecond Maffier de leur Faculté en
Robe noire.
Les Religieux Benedictins du Prieuré Royal
de S. Martin des Champs ; & ceux de Clugny.
Les Maîtres en Robes noires , avec leurs
Chaperons de même. Les
AVRIL. 1728.
859
Les Jacobins.
Les Carmes.
Les Auguftins.
Les Cordeliers .
Les Libraires- Imprimeurs , en habit & mana
teau noir & en rabat, précedez de leurs Officiers.
Les Papetiers , Parcheminiers , Ecrivains ,
Relieurs & Enlumineurs Jurez de l'Univerfité.
Les Grands Meffagers Jurez de l'Univerfité ,
en habit & manteau noir & en rabat , précedez
de leur Clerc en Robe de couleur de roſe
feche & une Tunique , fur laquelle font les
Armes des l'Univerfité , en forme de Heraut
d'Armes , ayant un Bâton Royal d'azur , fené
de Fleur de Lys d'or.
Le Convoi marcha en cet ordre jufqu'à l'Eglife
de S. Etienne du Mont , où le corps fut
dépofé au milieu du Choeur fous un Dais de
velours noir.
La Meffe fut celebrée par M. le Curé , qui eft
l'un des deux Chanceliers de l'Univerfité , &
chantée enMufique; enfuite le corps fut inhumé.
Le Jeudi fuivant , les Libraires - Imprimeurs
firent faire un Service folemnel dans l'Eglife
des Mathurins , où affifta l'Univerfité.
Le Vendredy , les Grands Meffagers Jurez de
l'Univerfité , firent de même , dans la même
Eglife & avec la même magnificence.
Les Compagnies qui compofent l'Univerfité
, doivent immédiatement après la Quinzaine
de Pâques , s'acquiter chacune en particulier
de ce pieux devoir à l'égard de leur
Chef commun , auffi bien que tous les Colleges
féparément , ainfi qu'il leur eft ordonné par
un fecond Mandement de l'Ex - Recteur.
Le 20. l'Univerfité choifit pour Recteur
M. Benet , Profeffeur de Philofophie au College
de Beauvais ,
Le
$60 MERCURE DE FRANCE .
·
Le 15. du mois dernier , Dame Jacqueline-
Marguerite Gobillon , Abbeffe de l'Abbaye de
S. Etienne de Reims , y mourut, âgée de 74 ans.
Il y a déja quelques années que la Dame Thibergeau
en avoit été nommée Coadjutrice.
Le 17 Jean Martin , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel des Galiotes , Commandant
du Canal de Verfailles , Chevalier de S. Louis
& de S. Lazare, mourut à Paris, âgé de 78 ans .
Vincent Maynon , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roi , Maiſon , Couronne de France
& de fes Finances , cy- devant Sur- Intendant
des Maiſons & Finances de Monfeigneur le Duc
de Berry , mourut le 21. Mars âgé de 83. ans.
Le 24. du même mois , Claude - Leon Cornuel
de Villepion , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , mourut à Paris dans la 90
année de fon âge.
Camille , Duc d'Hoftun , Comte de Talfard
, Baron d' Arlan , du Poet & d'Arzeliers ,
Seigneur des Duchez de Lefdiguieres & de
Champfaur , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Gouverneur &
Lieutenant General du Comté de Bourgogne ,
Gouverneur Particulier des Villes & Citadelle
de Befançon , General des Armées du Roy ,
Miniftre d'Etat , & Honoraire de l'Academie
Royale des Sciences , mourut à Paris , le
du mois dernier , dans la 77. année de fon
âge. Le Duc de Tallard fon fils unique , avoit
la furvivance du Gouvernement de Franche-
Comté
9
Dame Marie de Mouy , veuve de M.
François de Souvelle , Seigneur de Pruflay
Dame d'honneur de S. A. S. Madame la
Ducheffe de Brunfwik, mourut le 31.Mars âgée
de 60 ans ou environ
Dame Claude de Fabert , Marquife d'Efternay
,
AVRIL . 1728. 861
hay en Brie , veuve de M. Charles Henry de
Thubieres, de Grimoard , de Pettel, de Levy ,
Chevalier, Marquis de Caylus , mourut à Paris
le premier de ce mois , âgée de 82 ans.
Son corps fut depofé le trois dans l'Eglife de
S.Sulpice , fa Paroifle , & tranfporté le quatre
dans celle d'Efternay , l'une de fes Terres
au Diocete de Troyes. Si- tôt que M. Moreau
, Doyen de l'Eglife d'Auxerre eut appris
cette mort , il en fit part au Chapitre affemblé
, qui voulant témoigner ion refpect à
M. l'Evêque d'Auxerre , conclud d'une voix
unanime qu'il feroit celebré inceffamment dans
l'Eglife Cathedrale , un Service le plus folemnel
que faire ce pourroit , pour le repos de
l'ame de Madame la Marquife de Caylus , fa
mere. Ce Service fut fait le huit de ce mois :
les quatre Filles de la Cathedrale y affifterent ;
MM. les Curez & Communautez , tant feculieres
que regulieres de la Ville & des
Fauxbourgs. MM. du Baillage & du Prefidial.
MM.les Maire, Gouverneur du Fait - Commun,
Echevins, Juges Confuls & autres Magiftrats
s'y trouverent auffi , y ayant été invitez par les
- Deputez du Chapitre. Chacune des Paroiffes
& Communautez de la Ville & des Fauxbourgs
, a auffi celebré un Service le plus
folemnel qu'il a été poflible , à l'exemple de
la Cathedrale. Les perfonnes les plus qualifiées
de la Ville ont affifté à ces Services
particuliers : les Dames en grand dueil ont
fait paroître beaucoup de pieté & de zele,
Charles Roullin , Ecuyer fieur Delaunay
cy-devant Secretaire d'Ambaffade du feu
Roi , fon Réfident à la Cour de Dannemark ,
= & chargé des Affaires de France auprès des
Princes du Nord , mourut à Paris , le
Avril , âgé de 85 ans. Il avoit épousé Ma-
>
vie
862 MERCURE DE FRANCE .
rie Henriette du Poirier , fille de M. Jacques
du Poirier , Chevalier , Seigneur de Villomer
, mort Maître d'Hôtel Ŏrdinaire du feu
Roi , & Lieutenant Colonel de fon Regiment
de Touraine.
Dame Françoife Geré de Laubepine de
Rancé , veuve de François de Beauvilliers ,
Duc de S. Aignan , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General
de fes Armées , premier Gentilhomme
de fa Chambre , Confeiller en fes Confeils
d'Etat & privé, Gouverneur des Villes &
Citadelle du Havre de Grace , & Pais en dépendans
, & des Villes & Châteaux de Loches
& de Beaulieu , mort le 16 Juin 1687.
mourut en cette Ville le 3. de ce mois dans
la 86 année de fon âge. Sa mort a été auffi
édifiante que fa vie , pendant laquelle on lui
a vû donner les plus grands exemples de vertu
, de Charité & de Religion.
Michel Begou , Ecuyer beaupere de M. Berthelot
de Montchene , Confeiller au Parlement
de Paris , & oncle de M. l'Evêque de
Toul , mourut le 5. âgé de 73 ans.
Le 6. Avril , M. de la Salle , Maistre des
Comptes , mourut âgé d'environ 70 ans.
Charles de Diane de Cheladet , Lieutenant
General des Armées du Roi , Lieutenant de la
premiere Compagnie des Gardes du Corps de
S. M. & Gouverneur de la Ville d'Agde , &
du Fort de Brefcou mourut le rò. de ce
mois , âgé de 70 ans.
>
Le 22 Avril , François , Duc de la Rochefoucault
, Pair de France , Prince de Marillac ,
Ufufruitier du Duché de la Rocheguyon ,
Marquis de Barbefieux , Comte de Durtal ,
Baron de Cahuzac , d'Eſtiffac , de Monclard ,
de Noyen , de Pilmil , de la Fouriere , & e,
CheA
VRIL. 863
1728.
Chevalier des Ordres du Roi , Grand- Maître
de la Garderobe de S. M. & ci- devant
Grand-Veneur de France , mourut à Paris ,
âgé de 64 ans.
La Maifon de la Rochefoucault , tient rang
entre les plus nobles & les plus anciennes du
Royaume. Elle a produit diverfes branches
toutes fécondes en hommes illuftres .
Foucault I, du nom , fieur de la Roche en
Angoumois , vivoit fous le Regne du Roi Robert
, vers l'an 1026. Il eft qualifié dès ce tempslà
de Seigneur très - Noble, dans divers Titres , &
il s'acquit une fi grande réputation, que fes fucceffeurs
ont tenu à honneur de porter fon nom .
Parmi un grand nombre de perfonnes de méritede
cette Maifon , qui ont paru depuis , l'on
remarque entre autres un François I. du nom ,
Comte de la Rochefoucault , Prince de Marfillac
, & c. qui fut Chambellan des Rois Charles
VIII. & Louis XII . Ce même Comte eut
auffi l'honneur de tenir fur les Fonts en 1494
le Roi François I. qui eut beaucoup de
confideration pour fon mérite , le fit Chambellan
ordinaire, & lui érigea l'an 1515.la Baronie
de la Rochefoucault en Comté. Ce Prince témoigne
auffi dans les Lettres de cette Erection,
que c'étoit en mémoire des grands , vertueux
très-bons & très - recommandables fervices qu'ýcelui
François , fon très - cher Parrain & amé
Coufin & Parent, avoit faits à fes Prédeceffeurs
à la Couronne de France & à lui.
François V. du nom , & arriere - petit fils de
celui dont on vient de parler , prit la qualité
de Duc de la Rochefoucault , fut Chevalier des
Ordres du Roi en 1619. Gouverneur & Lieutenant
de Roi en Poitou. Le Roi Louis XIII.
lui érigea le Comté de la Rochefoucault en
Duché Pairie , par Lettres données en 1622. Il
fus
864 MERCURE DE FRANCE .
fut reçu au Parlement de Paris en 1637.Il mourut
dans fon Château de la Rochefoucault le
8. Fevrier 1650. dans la 62 ° année de fon âge.
Celui qui vient de mourir , étoit François de
la Rochefoucault , VIII . du nom , Duc de la
Rocheguyon , Pair de France , Grand Maître
de la Garderobe , en furvivance de fon pere ,
prêta le ferment de cette Charge entre les mains
du Roi le 20. Novembre 1679. C'eſt dans le
même temps que la Terre de la Rocheguyon ,
dans le Vexin , a été érigée de nouveau en Duché
Pairie , pour les enfans mâles & femelles ,
dont les Lettres font enregistrées au Parlement
le 27. Mars 1681. Il fut fait Colonel du Regiment
de Navarre en 1683. qu'il a commandé
jufques à ce qu'il ait été fait Maréchal de Camp.
1la fervi au Siege de Luxembourg , en 1688.
s'eft fignalé à la Bataille de Fleurus en 1690.
fous le Maréchal Duc de Luxembourg , au
Combat de Stenkerque en 1692. & à la Bataille
de Nervinde 1693. où il fut bleffé dangereufement.
Il s'eft encore trouvé aux Sieges de Mons
& de Namur , & a commandé à la priſe de plufieurs
Places dans le Palatinat .
Il étoit fils aîné de François , VII. du nom ,
Duc de la Rochefoucault , Pair & Grand - Veneur
de France , & de Jeanne - Charlotte du
Pleffis Liancour , & avoit époufé en 1679. Magdeleine
- Charlotte le Tellier , fille aînée de François
-Michel le Tellier , Marquis de Louvois ,
Miniftre de la Guerre & Secretaire d'Etat , &
en a eu plufieurs enfans , dont il ne refte que
trois , fçavoir , Alexandre , aujourdhui Duc de
la Rochefoucault , & c. Guy , cy devant Chevalier
de Malthe , puis Commandeur de Pefenas
, à prefent Comte de Durtal , & N. de la
Rochefoucault , époufe de N. Duc de Cruffol,
Pair de France , & c. L'aîné , Duc de la RochefouAVRIL
1728 . 865
foucault , &c. a époufé N. Danbijou , dont il
n'a encore que des filles.
Ce Seigneur , plus diftingué par fon mérite
perionnel que par fa haute naiffance , eft regreté
generalement à la Cour & à la Ville.Son corps
a été expofé pendant trois jours fur un lit de
parade , dans fon Hôtel , & le 25 il fut porté
en grand Convoi dans l'Eglife Paroiffiale de
S. Sulpice , pour être transporté enfuite à la
Rochefoucault , où eft le Tombeau des aînez
de cette illuftre Maifon . Son coeur a été porté
à Verteüil , & fes entrailles à S. Sulpice , fuivant
fes dernieres difpofitions. La Rochefoucault
, Verteüil & Marfillac , font trois grandes
Terres dans la Province d'Angoumois.
La Rochefoucault porte , Burelé d'argent ,
d'azur, de dix pieces , chargées de trois chevrons
de gueulle , & le premier ayant la pointe
brifée.
Dame Catherine- Pauline Colbert de Croiffi,
épouſe de M. Louis du Pleffis Chatillon , Marquis
de ce Lieu & de Nonant , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , accoucha le 13.
d'Avril , d'une fille qui fut tenue fur les Fonts
& nommée Pauline- Guillemétte, par M. Guillaume
François Joli de Fleury , Chevalier ,
Confeiller ordinaire du Roi en fon Confeil d'Etat,
& fon Procureur General au Parlement, &
par Dame Françoife Colbert, épouse de M.André
- Jofeph d'Ancezune , Marquis de Caderouffe
, Meſtre de Camp de Cavalerie.
Dame Marie- Catherine Pichon , époufe de
M. Pierre Barthelemy Rolland , Confeiller du
Roy en fa Cour de Parlement , Seigneur de
Chambeudoin , Charmont , & c. accoucha le 8.
de ce mois d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts,
& nommé Barthelemy- Denis , par M. Denis
Pichon , Confeiller du Roi & Maître Ordinaire
K en
866 MERCURE DE FRANCE .
en fa Chambre des Comptes, & par Dame Cas
therine- Agnès Langlois , veuve de M. Barthelémi
Rolland , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roy.
Louis Royer , Marquis d'Eftampes , Seigneur ,
de Manny, & c. l'un des Moufquetaires du Roi,
fils de Royer , Marquis d'Eftampes , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes d'Orleans , & de
Dame Marie- Eliſabeth d'Iſek Dangret , époufe
en fecondes Nôces de Jean Guy , Comte de
S. Gilles , époufa le 8. Avril Angelique - Elifabeth
d'Eftampes de Valançay , fille de François-
Henry d'Estampes , & de Dame Françoife-Angelique
Remond.
Le 7. de ce mois , M. Nicolas Daine , Premier
Secretaire de M. le Blanc , Secretaire d'Etat
au Département de la Guerre , fut marié
dans l'Eglife de S. Euftache , avec Demoiselle
Sufanne Wefterbourg de Holback , Niece de
M. le Baron de Holback. M. le Blanc , & la
Marquife de Traifnel & plufieurs perfonnes de
confideration , affifterent à la ceremonie qui
fut faite par M. l'Evêque d'Avranches , & au
repas que M. le Blanc donna à toute l'affemblée.
Ps
TABLE .
Ieces Fugitives , Ode fur la Religion , 647
Suite de la trahifon punie , Hiftoire ,
Sonnet de l'Hermite de Rodoſto ,
- Retraite du P. le Courayer ,
651
683
Lettre Paftorale du Card. de Noailles , fur la
684
Vers à Madame la Princeffe de Conty , 693
706
cez , 708)
(L'Amant
Lettre fur les Reliques de S. Lazare , &c.
La Mufe Réelle,
Cérémonie à Neufchatel & Difcours prononL'Amant
jaloux raffuré , Poëme 713
Maladie extraordinaire par le nombre des faignées
, & c. 719
Vers à une Dame qui faifoit des recruës , 727
Sur la Riviere de Marly , &c . Ode , 728
Principes pour tranfpofer la Mufique , & Table
gravée ,
Chanfon impromptu , & c.
Enigme ,
Logogriphe ,
736
737
738
740
Explication du dernier Logogryphe donné, 741
Bouts-Rimez , 743
Nouvelles Litteraires des beaux Arts,&c. 744
L'efprit des Pfeaumes de David , & c. 745
Méthode pour apprendre l'Ortographe , 747
Sentimens nouveaux en Préceptes fur la Grammaire
, la Rhéthorique , la Poëtique & la
Philofophie , & c.
Le Chirurgien Dentiste , &c.
Hiftoire des grands Chemins , &c.
Bibliotheque Germanique , & c.
Enfant très - habile en Mufique ,
Bateau fingulier ,
Femme accouchée de quatre garçons ,
Pois & Lentilles dans des oeufs ,
Projet d'une Ecriture univerfelle , & c.
Traité du Pyrrhoniſme ,
Vente de la Bibliotheque Colberte ,
750
751'
754
756
757
758
759
760
761
769
773
Ibid.
Prix propofé pour l'année 1730. par l'Académie
des Sciences ,
774
Sujet proposé pour le Prix de 1728. par l'Académie
de Pau ,
Affemblée publique de l'Académie Royale des
Belles Lettres , & c . 777
Memoires fur la Societé galante , ou Cour
amoureufe de Charles VI. & fur les ceremonies
des Rois de l'Epinette
t
Ouverture de l'Acad. R. des Sciences ,
778
779
ELEstampes
nouvellement gravées ,
781
Defcription d'une Pendule magnifique , faite
pour le Roi de Portugal,
Phenomene , Montagne tranſportée ,
Chanfon de Table notée ,
Spectacles , Bellerophon , &c.
ހ
784
789
793
794
Nouvelles du tems , de Turquie, & Ruffie , 812
Pologne, Danemarc, Suede , & Allemagne , 8 19
Italie, d'Espagne, Angleterre & Hollande, 822
Morts , Naiffances des Pays Etrangers ,
France,Nouvelles de la Cour , de Paris , & c . 830
Commiffion & inftruction pour la Réception
d'un Chevalier de S. Lazare ,
Promotion d'Officiers de Marine ,
Benefices donnez ,
Concert public aux Thuilleries ,
Morts , Naiflances & Mariages ,
Errata de Mars.
828
832
849
850
852
856
Age 479. lig. 9.he pourquoi,lifez Pourquoi.
P. 640. 1. 5. marquable , 1. remarquable.
P. 641. 1. 9. Mauvo , 1. Chriftophle Mauro.
P. 642. l. 24. de la Marquife , 1. de Marquife.
P. 646. l. 11. Siro , l. Sire. II.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Prod. 1720. Valere , l. Octave . P. 680. l . 9.
Age 679. ligne 19. Octave , lifez Valere
rir , l . périr . P. 682. l . 13 , à fon l. fon. P. 684.
I. 1. par , 1. pour. P. 687. l . 30. croyons inferer
1. croyons devoir inferer. P.694 1. 12.c'être , l,
stre.P. 695. 1. 9. rapeller, 1. te rapeller . P.7 ; s .
11.roule,/.roulent. P 783.1 . 11.copies ,l.copiées.
P. 811.L. 11. 19. l . 9. P. 8 16. 1. 2. du bas , bienfaits
, 1. manieres .
La Table de chriffes doit regarder la page 724
La Table gravée de la Mufique à lapage 736
Chanfon notée à la page 793
K
MERCURE
་་་་
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROY,
Chez
MAY.
1728 .
QUE
COLLIGIT
SPARGITS
IR
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , më
S.Jacques , au Lys d'Or.
LA VEUVE PISSOT, Quay de Conti,
à la defcente du Pont Neuf , au coin
de la rue de Nevers , à la Croix d'Or.
JEAN DE NULLY , au Palais,
à l'Ecu de France & à la Palme.
M. DC C. XXVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roie
LAD
A VIS.
ADRESSE gencrale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
sachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir dé
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à Ma
Moreau, qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
Ror.
MA Y. 1728.
.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX**
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LE ZELE
ODE ..
Au Reverend Pere Segaud , Prédicateur
de la Compagnie de Jefus,
Uelle ardens brille en ton vifage .
Miniftre facré des Autels ?
Par un formidable étalage ,
Viens- tu confterner les Mortelsa ogiba
A ij
Prétens
868 MERCURE DE FRANCE.
Prétens-tu nous réduire en poudre ?
Ton bras menace de la foudre ;
Ta bouche porte des Arrêts :
Tes yeux enflamez de colere ,
Contre le Pécheur témeraire ,
Lancent d'inévitables traits.
Parle enfin le Dieu fecourable , :
Qui pour nouss'offrit à la mort ,
Veut- il que contre le coupable ,
On s'anime de ce tranſport ?
Des fcelerats qui l'outragerent ,
Des Bourreaux qui le déchirerent ,
Preffa-t- il donc le châtiment ?
Que dis -je ? Pour eux fa tendreffe,
Contre lui-même l'intereffe ;
Il pleure leur aveuglement,
Non , les trefors de fa clémence
Ne peuvent être limitez :
Qu'on mette offenſe ſur offenſe ,
Il mettra bontez fur bontez
O prodige ! notre malice
Proj
MAY. 869 1728.
Provoque- t- elle fa juftice ,
A le venger de nos forfaits
Sa Mifericorde interpofe ,
Un fang dont l'Egliſe diſpoſe ,
Et fait avec lui notre paix.
Mais jentends ce que votre zele
Allegue à ma foible raiſon ,
Miniftres que ce Dieu fidele ,
Chargea de notre guériſon.
Vos effrayantes invectives ,
De nos lumieres fugitives ,
Rappellent en nous le flambeau' :
Hélas ! vous chériffez nos ames ,
Pendant qu'aux defordres infâmes ,
Vous oppofez un feu fi beau.
Flatté par une douce amorce ,
Etu ppe de fes voluptez ,
Le Pécheur s'arrête à l'écorce
Des plus terribles veritez ;
On le voit d'une ame infenfée .
Se dérober à la penſée
A iij
D'un
870 MERCURE DE FRANCE.
D'un avenir inquiétant ;
Il rit , loin de verfer des larmes ;
Il court , enyvré de faux charmes
Au précipice qui l'attend.
Dans le calme de cette yvreffe ,
Semblable à l'imprudent Nocher >>
Que la Sirene enchantereffe ,
Attire au bord de fon Rocher :
Les fens captifs , l'ame déçûë .
Il goûte un plaifir qui le tuë ,
Le péril échappe à fon oeit :
Nous le voyons d'un pas rapide ,
Se livrer au Monftre perfide :
Il échoüe au funefte écueil.
M
Nos crimes , préfages finiftres ,
Annoncent un malheur égal :
Allarmez- vous, zelez Miniftres ,
D'un égarement fi fatal .
Criez , tonnez à nos oreilles :
Qu'un heureux effroi nous réveille :
Faites-nous fentir le danger.
A iiij Preflez ,
MAY.
871 1728.
Preffez , priez: qu'à la priere ,
Succede la rigueur d'un Pere,
Qui menace pour corriger.
諾
Tel autrefois le grand Elie ,
Organe du Ciel irrité ,
D'un Roi fuperbe autant qu'impie ,
Defarma l'aveugle fierté .
Il fulmine : à'fa voix terrible ,
Achab jufqu'alors inflexible ,
Se trouble , foupire , gémit.
Prince , tu fufpends la tempête ;
Dieu , fous qui tu courbe la tête ,
1.
Exauce un coeur humble & contrit
龍
Tet de l'orgueil pharifaïque ,
Voilé par d'impofans dehors ,
Jefus , à la clarté publique ,
Expofe les fubtils refforts .
Les fourbes frappez d'anathêmes ,
Exhalent leur rage en blafphêmes ;
Ils jurent tous de fe venger ;
Qu'importe le Cenfeur propice ,
A iiij Qui
#72 MERCURE DE FRANCE.
Qui dans eux , ne hait que leur vice ,
Ne ceffe de les corriger.
A cette ardeur noble & divine,
Qu'ici je viens de mettre au jour ,
N'affignons point d'autre origine ,
Qu'un coeur brulant d'un faint amour
Je vois que mon frere s'égare ;
Puis- je alors , fans être barbare ,
Epargner de tendres avis ›
Sa pénitence eft ma victoire :
Je fonde une folide gloire
1
Sur mes confeils qu'il a fuivis.
Elias , dum zelat zelum Legis , receptus of
in Cælum . 1. Machab . 2 .
********************
EXTRAIT d'un Memoire qui a pour titre:
Explication Phyfique d'uneMaladie qui
fait périr plufieurs Plantes dans le Gâtinois
, & particulierement le Saffran .
Lû à la derniere Affemblée publique de
l'Académie Royale des Sciences , par
M. du Hamel.
E Safran eft une Plante bulbeufe ou
Li Oignon,qui pouffe dans l'Automne
une fleur femblable en quelque maniere
à
MAY. 1718.
873
à la Tulipe , dans le centre de laquelle
F'on trouve trois petits brins rouges , ou
fuivant le langage des Botaniftes, un piſtile
divifé en trois . C'eft cette partie qui
rend principalement cette Plante précieufe
, foit à caufe de fa bonne odeur , qui
fait que dans quelques païs on l'employe
dans les cuifines , foit à cauſe de fa belle
couleur qui le rend utile aux Peintres &
aux Teinturiers ; foit enfin à cauſe de ſes
qualitez falutaires , qui lui font tenir un
rang diftingué dans la matiere Medicale.
On peut juger avec quel foin les Habitans
du Gâtinois cultivent cette Plantes
mais quelque précaution qu'ils prennent
pour la confervation , elle ne laiffe pas
d'être attaquée de plufieurs maladies , qui
toutes tendent à la détruire.
De toutes celles aufquelles cette Plante
eft fujette , il n'y en a point qui lui foit
plus nuifible que celle que les Habitans
du Païs appellent la Mort.
Cette maladie eft contagieufe & femblable
à la pefte des animaux , deforte que
les Oignons attaquez, gâtent leurs voisins,
& de cette maniere la contagion le porte
dans toute l'étendue du champ .
On voit affez que la confervation d'une
Plante précieufe & la connoiffance d'une
maladie fi extraordinaire , ont été les motifs
d'une fuite d'obfervations , dont le
A v détail
874 MERCURE DE FRANCE.
détail ne peut être réduit dans les bornes
d'un Extrait . Ces obfervations ont fait
connoître à M. du Hamel , qu'une Plante
paraſite , inconnuë jufqu'alors , étoit la
caufe des defaftres que fouffre le Safran,
Après avoir expofé les raifons qu'on a
eu de les attribuer à cette Plante , il en
donne la Defcription fuivante.
Elle eft fort femblable à la Truffe de
Mathiole , tant par la folidité de fa chair
& fa figure irréguliere , que par fa ma
niere de vegeter dans l'interieur de la ter
re fans paroître au- dehors , mais la fuperficie
en efe velue , & de couleur rouge
brun ; fa groffeur n'excede pas celle d'une
aveline , fon goût tient de celui du Cham,
pignon & a un retour terreux . Quelques
uns de ces corps glanduleux font adhé
Fans aux régumens de l'Oignon de Safran ,
& les autres en font éloignez de deux ou
Trois pouces. Cette Plante pouffe des fi
lets ou racines de la groffeur d'un fil , de
couleur violette , & velus comme le corps
glanduleux quelques uns s'étendent
d'un corps à un autre , & quelques - uns
• vont s'inferer entre les régumens de l'Oi
gnon de Safran , fe partagent en plufieurs
rainifications , & penetrent jufqu'au corps
du bulbe , fans paroître fenfiblement
entrer its forment dans cette route une
infinité d'Anaftomofes , & font parfemez
de
MAY. 1728. 875
24
quantité de petits noeuds ou ganglions ,
qui ne paroiffent autre chofe qu'un amas
de laine qui couvre les corps glanduleux
& les filets .
缄
L'Académicien entre enfuite dans le dé
tail de plufieurs experiences qui ont fait
connoître que la Plante fe trouve days
des endroits où il n'y a jamais eu de Safran
, & qu'elle s'y nourrit d'autres Planves
dont elle caufe également la perte.
Ces mêmes experiences ont fait comnoître
de plus que cette Plante n'endommageoit
point les Plantes annuelles &
qui n'ont leurs racines qué fur la fuperficie
de la terre , comme le Bled , l'Orge,
le Mouron & autres . Ce qui a donné lieu de
conjecturer qu'on pourroit l'employer utilement
dans les terres à grain pour.
dé
truire les hiebles & les autres Plantes incommodes
qui fervent de pâture à la nouvelle
Truffe.
Si fuivant cette idée , dit - on , elle peut être
de quelque utilité dans les terres à grain ,
fuivant les Obfervations , elle doit être
bien incommode dans quantité d'autres en
droits. Quel defaftre ne cauferoit elle point
dans un Jardin fleurifte , où en moins
de deux ans elle peut détruire une plan
the entiere de Plantes rares & précieufes.
Après le détail des defordres que caufer
la nouvelle Plante , M. du Hamel continue
ainf :
A vj
On
876 MERCURE DE FRANCE .
On ne peut gueres être témoin de ces
maux fans en chercher le remede. Auffi
à peine eut-on connu cette efpece de
Truffe , qu'on chercha les moyens de la
détruire ; mais on n'a pû encore avoir
cette fatisfaction , parce que fe plaiſant
principalement dans les terres graveleufes,
feches & arides , & ne fe trouvant
que rarement dans les terres graffes &
humides , les labours fervent plutôt à la
multiplier qu'à la détruire.
Mais fil'on n'a pas de moyens pour s'en
débaraffer totalement , du moins en a-t'on
pour le mettre à l'abri de ſes defordres
car fon progrès fe faifant par l'alongement
des racines , il faut pour garantir les
Oignons fains , empêcher la communication
par une profonde tranchée.
SONNET SUR UN ADIEU.
'N te difant adieu , c'en étoit fait , Cloris ,
EN
J'étois prêt de defcendre au tenebreux Rivage
,
Et loin de tes beaux yeux dont je fens trop le
prix ,
Les miens de la lumiere alloient perdre l'u
fage.
De
MAY. 1728. 877
De con retour, en vain , tu flatois mes efprits ;
Ton départ me frappoit mille fois davantage ;
Et fi dans mon eſpoir l'un me peignoit les ris
L'autre d'un prompt trépas m'offroit déja l'i
mage ;
Quand tes tendres regards conduits par la pu
deur.
Verferent dans mon fein une divine ardeur ,
Et rendirent mon ame en extaſe ravie.
Ah ! ma chere Cloris , arbitre de monfort ,
Tant que tu m'aimeras je craindrai peu la
mort ,
Puifque tu fçais fi bien me conferver la vie.
Saxirupe. P. D.
*********** :*****
MEMOIRE là à la derniere Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences.
MR
R Geoffroy le cadet lut un Memoire
contenant quelques effais
d'Analife des Vitriols, & quelques procedez
pour former par art la Couperofe
blanche & l'Alun . Cet Academicien s'étant
appliqué particulierement à connoître
la quantité de fer qui eft renfermée
dans
$78 MERCURE DE FRANCE.
dans le Vitriol verd ; celle du cuivre que
contient le Vitriol bleu , dit de Chipre
& celle du cuivre & de fer contenue dans
le Vitriol verd -bleuâtre qui participe de
ces deux Métaux ; nous avons choiſi ſeş
experiences fur le Vitriol bleu pour les
communiquer à nos Lecteurs.
M. Geoffroy a pris quatre livres de
Vitriol bleu ; & après les avoit fait mettre
en poudre , il les a jettées dans une
marmite de plomb , pofée fur un fourneau,
& dans laquelle il y avoit dix pintes d'eau
bouillante. Auffi - tôt que le Vitriol a été
totalement diffous , il a mis dans la marmite
un panier d'ozier , dans lequel il y
voit vingt onces de Tole de fer , coupée
par morceaux. Il a retiré ce panier douze
ou quinze minutes après , & il a trouvé
Ges morceaux de Tole , couverts d'un limon
rouge , qui s'en eft détaché , en les
agitant dans une terrine pleine d'eau fraî
che. Il a remis le panier avec les lames de
Tole dans la marmite elles s'y font rechargées
d'un femblable limon rouge qu'il
a fait tomber dans l'eau fraîche , comme la
premiere fois . Enfin il a continué de plonger
ces lames de Tole dans la diffolution
du Vitriol , & de les laver autant de fois
qu'il a crû neceffaire pour retirer tout le
euivre de cette diffolution ; & pour être
bien affuré qu'elle ne contenois plus de ce
Métal ,
.).
MAY. 1728. 879
Métal , il y a fait tremper pendant quelque
temps une lame de fer poli qu'il en a reti
rée auffi nette qu'il y avoit mife , & fans
qu'elle eût reçû aucune alteration fenfible.
Il a laffé précipiter le limon rouge qu'il
avoit raffemblé dans la terrine pleine d'eau
fraîche ; il a verfé cette eau par inclina
tion ; il a fait fecher ce limon dans un
vaiffeau de fer , à feu doux , & il a trouvé
une poudre de couleur de Caffé , qui pe
foit 16. onces 6. gros. Cette poudre mife
dans un creufet au fourneau de fonte ,
avec 6. onces de Tartre crud rouge en
poudre & du Borax en quantité fuffifante,
lui a donné un lingot de cuivre rouge trèsbeau
, qui peloit 14. onces un gros.
Les vingt onces de lames de Tole qui
avoient fervi à l'opération , étoient dini
nuées de 14. onces un gros. Comme c'eft
précisément le poids du cuivre qu'il a retiré,
ce changement paroîtroit favorable aux
vaines déclamations d'un Alchimiste , fi
P'Académicien n'avoir démontré que ce
qui pourroit paffer ici pour une tranfmu
tation , n'eft qu'une diffolution réelle du
fer, & une précipitation du cuivre , conte.
nu dans le Vitriol bleu
En effet , le Vitriol diffous dans l'eau
n'eft qu'un mélange de cuivre & de fels
acides, qui letiennent en diffolution.Lorfqu'on
y plonge le fer , les Sels acides , qui
tenoient
180 MERCURE DE FRANCE .
tenoient les particules de cuivre fufpen
dues dans la liqueur , les abandonnent ,
& par une affinité , qu'il eft affez difficile
de rejetter , ils s'attachent à ce fer qu'ils
corrodent avec une ébulition très - ſenſtble
, & à mesure qu'ils en diffolvent des
parties , ils y dépolent autant de parcelles
de cuivre.
Il est même inutile de fe fervir du fer
pour retirer le cuivre qui eft dans le Vitriol
bleu , puifque par le moyen du Sel de
Tartre , fubftitué au fer , M. Geoffroy a
retiré trois gros & demi de cuivre de deux
onces du même Vitriol .
Il feroit peut-être de notre devoir de
faire voir par un calcul qu'il n'y a que de
la perte à faire dans ces opérations ; mais
comme l'Académicien a gardé fur cela un
profond filence , nous nous contenterons
de dire avec lui, que le Vitriol bleu , chargé
de cuivre, qu'il a employé pour l'ope
ration , fe vend fur le pied de i so. livres
le cent , à Paris , & que le Vitriol verd",
ou chargé de fer , qui rette après l'opération
, ne vaut que 7. livres le cent.
M. Geoffroy a traité le Vitriol verdbleuâtre
comme le Vitriol bleu , & par le
moyen du fer ; mais il n'en a retiré de
quatre livres , qu'une once demi gros de
cuivre : ainfi ce Vitriol contient beaucoup
plus de fer que de l'autre Métal .
1
Nous
MAY. 1728. 881
Nous ne pouvons nous étendre autant
que nous le fouhaiterions fur les autres
parties du Mémoire qui concernent la
Couperofe blanche & l'Alun : ce font des
procedez de détail dont il n'eft pas toû
jours ailé de fe reffouvenir : tout ce que
nous en avons retenu , c'eft que la Pierre
calaminaire eft une des matieres qui enplus
grande quantité dans la compofition
du Vitriol blanc ; que l'efprit de
Soufre agit fur elle , qu'elle Aleurit à l'air
quand elle eft impregnée de cet efprit ,
& qu'elle fournit un Sel ftiptique , affez
femblable à celui de la Couperofe blanche.
A l'égard de la formation artificielle de
l'Alun , M. Geoffroy a trouvé que toutes
les terres bolaires , principalement celles
qui font cuites , comme nos poteries tendres
non verniffées , les Pipes de Hollande,
&c. fourniffent avec l'acide du Soufre,
des Criftaux , alumineux après une digeftion
longue.
EPITHALAME
A M. Pré..... an , fur fon Mariage
avec M B .... et.
Jufqu'ici , cher ami , vous avez combattu ,
Non pas l'Amour , mais l'Hymenées
Mais
882 MERCURE DE FRANCE.
Mais enfin , la raifon jointe à votre vertu ,
Va fixer votre destinée.
D'une chere famille enfin comblant les voeux,
Vous allez lui donner des heritiers heureux.
Vos fils fuivront vos pas , & ceux qu'un temdre
pere ,
Vous a marquez fi noblement ,
Et qu'un fonds de droiture , un fage caractere
Vous a fait fuivre conftamment.
Vos filles auront de leur mere ,
La fageffe , l'efprit , les graces , la douceur g
Cette prudente Ménagere .
Leurapprendra des biens & l'ufage &l'honneur.
Sous ces augures favorables ,
Hâtez- vous de former les liens les plus doux
Preffez ces momens defirables ,
Qui vont faire un heureux Epoux.
Un fi parfait affortiment ,
Vous affure des jours filez d'Or & de Soye ,
Que vous coulerez doucement
Dans les fages plaifirs d'une tranquille joye.
L'HyMAY.
1728. 883
L'Hymen vous uniroit envain ,
Si vous en féparez le Dieu de la tendreffe.
Ces deux Divinitez doivent joindre fans ceffe ,
Un coeur tendre au don de la main ;
C'est ainsi qu'il faut qu'on fe lie ,
C'estpar là des Epoux que l'attente eft remplie
Cette douce & rare union ,
Ne vous fera point étrangere.
Chez vous , chez votre Epoufe elle eft heredi
taire ;
Sa famille & la vôtre en font profeffion.
De cette heureufe intelligence ,
Cher ami , joüiffez long- temps ;
Elle fera regner la paix & l'opulence
Vivez toujours unis , & vous vivrez contens.
Veünle le Ciel verfer fur vos longues années ,
Mille profperitez l'une à l'autre enchaînées.
Mais à quoi bon par ces difcours
Irriter vos defirs , enflâmer vos amours?
De la Fête déja la pompe eft préparée ;
Déja votre Epoule eft parčej
884 MERCURE DE FRANCE:
Et le feu de fon coeur qui brille dans fes yeux,
Vous promet , vous annonce un fort délicieux.
L'Hymen joyeux paroît ; & fon flambeau s'allume
,
De l'encens le plus pur déja fon Temple fume ;
Ne tardez plus. Allez par des noeuds folemnets
Confacrer à l'Amour vos fermens mutuels.
La jeune & chere foeur de votre aimable-
Epoufe ,
De fon fort justement jaloufe ,
Fera bientôt fervir à fes voeux innocens ,
Le même Autel , le même encens.
L'Hymen n'offre à fes yeux nn fi flatteur
exemple ,
Que pour l'attirer dans fon Temple ;
Puiffe-t- elle à fon tour poffeder un Epoux ,
Auffi fage , auffi tendre , auffi parfait que 、
Yous !
Cependant , n'allez pas , enchanté des careffes
Qui vous attendent en ce jour ,
De la douce amitié négliger les tendreffes .
Pour ne vous donner qu'à l'Amour.
Votre
MAY. 1728. 885
Votre amitié m'eft toûjours chere ,
Et la mienne pour vous eft fidele & fincere,
Je ne vous verrai point pendant tout l'ems
barras ,
Des vifites & des repas ,
De mille autres ceremonies ,
Qui pour notre repos devroient être bannies ;
Mais lorsque vous ferez dans un calme pro
fond ,
Gardez-vous d'oublier votre ami de B ...ont,
A Paris , ce 3. Avril 1728 ,
のの
EXTRAIT d'un Memoire fur la Teinture
& diffolution de plufieurs efpeces de
Pierres, lû à la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences,
M
R. Dufay lûr un Memoire fur la
Teinture & la diffolution du plu
fieurs efpeces de Pierres ; il le divifa en
trois parties ; dans la premiere , il donne
la maniere de faire penetrer plufieurs
couleurs dans l'Agathe & dans quelques
autres Pierres dures ; dans le fecond , il
donne celle de teindre le Marbre affez
pro
38% MERCURE DE FRANCE.
profondément ; & dans la troifiéme , il
détaille la maniere de faire fur le Marbre
des ornemens en relief , tels qu'on en à
vû plufieurs depuis quelques années , &
qui demanderoient un travail immenfe fi
on étoit obligé de les faire avec les inftrumens
ordinaires .
M. D. choifit entre les Agathes celle
qui eft nommée Calcedoine, comme étant
compofée de parties plus homogenes , &
n'ayant point de veines qui interrompent
les deffeins qu'on y veut tracer ; les diffolutions
d'or & d'argent , feules ou mêlées
avec quelques autres matieres , comme la
Suye , le Tartre , l'Alun de plume , font
les liqueurs qui teignent les Agathes &
y penetrent quelquefois jufqu'à la profondeur
de deux lignes. Il y a une circonftance
neceffaire à obferver , qui eft
d'expofer au Soleil les Pierres fur lef
quelles on a mis de ces diffolutions . Les
couleurs qui en réfultent font le violet ou
pourpre , le brun , le noir velouté . On
peut par ce moyen rendre plus régulieres
& par confequent plus fingulieres , des
veines qui fe rencontrent ordinairement
dans l'Agathe ; mais comme ce feroit là
une façon de tromper , M. D. donne en
inême-temps deux moyens de reconnoître
les taches artificielles d'avec les naturelles.
Le premier eft en chauffant un
peu
(
M* A Y. 1728. 887
1
peu vivement l'Agathe , elle perd alors
fa couleur , fi elle est artificielle ; & le fecond
, en mettant deffus de l'eau forte ou
de l'efprit de Nitre , la couleur artificielle
fe perd de même ; mais on peut la lui redonner
en l'expofant au Soleil pendant
quelques jours.
M.D. paffe enfuite à la teinture du Marbre.
Outre les diffolutions métalliques qui
le penetrent & le teignent très - profondément
, il a remarqué que les matieres
qui font en même temps fulphureuſes &
fpiritueules , font très-propres à tirer les
teintures de plufieurs matieres , & à porter
dans le Marbre la couleur dont elles
Le font chargées . Les Teintures de Cor
chenille , de Brefil , de bois de Campeche,
de Roucou , de Terramerifa , &c , faites
avec l'efprit de vin ou l'efprit de Therebentine
, teignent le Marbre de couleurs
qui né penetrent pas auffi profondément
les unes que les autres , mais dont quelques-
unes vont jufques à 3. ou 4. lignes.
La cire bouillie avec le verder gris ,
fournit un verd d'Emeraude & une cou .
leur de Jade , fuivant le different degré de
chaleur car pour toutes ces operations
il faut chauffer le Marbre , ce qui fe fait
en le mettant fur une plaque de Tole couverte
de fable. Le fang de Dragon & la
Gommegutte , teignent auffi le Marbre ,
le
388 MERCURE DE FRANCE .
de premier de rouge ,& le fecond de jaune .
Ces couleurs font même plus durables
que les autres , dont quelques-unes s'affoibliffent
avec le temps . M.D. promet un
plus grand détail fur la maniere d'employer
ces Couleurs l'une auprès de l'autre ; &
fuivant un Deffein affez délicat , il a
fait voir en effet un morceau de Marbre
fur lequel étoit un Deffein formé de plufieurs
couleurs.
La troisième partie renferme , comme
nous l'avons dit , la Méthode de graver
le Marbre , & d'y faire des reliefs par le
moyen des acides . M. D. après avoir tenté
inutilement plufieurs acides , qui tous jau
niffoient le Marbre blanc , en a enfin
trouvé un qui n'endommage point fa
couleur. C'est un mêlange de parties égales
d'efprit de fel & de vinaigre diſtilé .
L'enduit qui réüffit le mieux pour couvrir
les parties du Deffein qui doivent
refter en relief, eft un Vernis fait avec
l'efprit de vin , la Gomme lacque , & du
Noir de fumée ou du Vermillon . On met
délicatement ce Vernis avec un Pinceau
fur les endroits qui doivent être épargnez
; & lorfqu'il eft fec , ce qui arrive
au bout de deux heures , on verfe deffus
le Marbre le diffolvant dont nous
avons parlé. M. D. ajoûte quelques détails
pour les parties du Deffein , qui doivent
MAY. 1728. 889
vent être plus délicates que le refte ; &
comme les fonds feroient difficiles à
polir , il propofe de les pointiller avec
differentes couleurs délayées dans le même
Vernis de Gomme lacque.
M. D. a fait voir des échantillons de
tous ces Ouvrages , un carreau de Marbre
blanc , peint de diverfes couleurs ,
comme nous l'avons déja dit ; un autre
gravé , fuivant un Deffein de Broderie
affez délicat , & 25. autres petits morceaux
d'un pouce & demi en quarré ,
teints de differentes couleurs . Il a fait
voir auffi des Agathes colorées de la maniere
décrite dans la premiere partie de
fon Memoire.
XX :XXXXXX)
EN
N donnant dans le Mercure du mois.
de May 1727 , l'Ode de M. du Belis ,
intitulée , les Spectacles , qui fut couronnée
par l'Académie de Marfeille le 23 .
Avril précedent , nous avons dit que d'un
grand nombre de Pieces envoyées , quatre
feulement concoururent avec l'Ode
qui remporta le Prix . Nous avons fçû
depuis que de ces quatre Pieces aucune
ne mérita plus ce concours , & ne balança
davantage la décifion que celle- cy.
B ODE.
890 MERCURE DE FRANCE.
OD E.
La gloire de S. François Xavier , Apôtre
des Indes.
Faux éclat que le monde priſe ,
Brillante & vaine illuſion ,
Dont notre aveuglement déguiſe
La vanité fous un grand nom ;
Gloire , Héroïsme , Renommée ,
Vous n'êtes qu'un peu de fumée,
Dont notre erreur fait tout le prix :
Heureux qui perçant l'imposture,
A la gloire folide & pure ,
Sçait s'élever fur vos debris,
M
Il eft une fainte vaillance :
Ennemi du láche repos ,
Malgré fa timide apparence ,
Le nom Chrétien a fes Héros.
Oui , l'eſpoir de ton heritage ,
Grand Dieu ! fait naître le courage ,
En t'affujettiffant les coeurs ;
Et cette immortelle couronne ,
Que
MAY. 1728. 891
Que ta main liberale donne ,
Te fait d'illuftres ferviteurs,
Où m'emporte une ardeur foudaine
Est- ce un Mortel que j'apperçois ?
Mes yeux ne le fuivent qu'à peine,
Il eſt en cent lieux à la fois :
Quel Heros ! quelle ame fublime ! ...
Du feu celefte qui l'anime ,
Je reconnois le grand Xavier ;
Il vole où la Grace l'appelle ,
Et l'immenfité de fon zele ,
Embraffe l'Univers entier.
St
Ouvrez-vous , fauvages Contrées,
A l'afpect de ce Conquerant :
Vous , Mers , jufqu'alors ignorées ,
Calmez vos flots pour un moment :
Ce n'eſt point un vainqueur barbare ,
Dont la cruauté vous prépare
Un dur esclavage & des fers ;
Brulant pour vous d'un zele extrême ,
Il vient à vos Peuples qu'il aime .
Apprendre à vaincre les Enfers.
Bij Quei
892 MERCURE DE FRANCE.
Quoi ! fourds à la voix d'un Apôtre ,
Coeurs endurcis , vous réfiftez !
Quel aveuglement eſt le vôtre !
C'est le Ciel que vous combattez,
Ah ! je vois l'Erebe en furie ,
Pour foutenir l'idolâtrie ,
Armer cent Monftres inhumains
Toute leur rage fe déploye ,
En voyant échapper la proye ,
Qu'on arrache d'entre leurs mains :
Impieté , foible Rivale ,
Tous tes efforts font confondus ;
Retourne à la Rive infernale ,
Et va pleurer tes droits perdus ;
Enflammé d'une ardeur divine ,
Déja Xavier fur ta ruine ,
Eleve à fon Dieu mille Autels ;
Il détruit ton regne profane ,
Et fon triomphe te condamne ,
A des opprobres éternels.
Tardez-vous encore à vous rendre ?
FautMAY.
1728 . 893
Faut- il des coups plus éclatans ?
Ingrats , fa voix ſe fait entendre ,
Aux infenfibles Elemens .
Il commande ; les Flots tranquilles .
Les vents , les animaux dociles ,
Lui font un hommage nouveau ;
La mort même à fes loix foumife ,
Se laiffe vaincre & rend fa prife ,
Du fond tenebreux du Tombeau.
M
Que ta fageffe eft adorable ,
O Dieu ! Protecteur de Xavier a
Par quelle route impenetrable ,
As-tu conduit ce faint Guerrier ?
Grand , mais toûjours humble & modefte ,
Sa valeur n'eut rien de funefte ,
Aux climats dont il fut vainqueur :
Heros , trop fiers d'un vain courage ,
Venez , reconnoiffez l'image ,
De la veritable grandeur.
Il meurt ; Dieu prend foin de fa gloire :
Pour confondre l'orgueil humain
Biij
Il
894 MERCURE DE FRANCE. ·
Il éternife fa mémoire ,
Sans employer for & l'airain.
Difpenfé de la loi fevere , *
Qui réduit nos corps en pouffiere 3
Xavier furvit même à fa mort ;
On voit les venerables reftes ,
Digne objet des faveurs celeftes ,
Triompher des ans & du fort.
Nimis honorificati funt amici tui Deus.
Pfalm . 138.
Par le R. P. Dom Antoine Prévost,
Benedictin de S. Germain des Prez.
XXXXX:XX **:******
HARANGUE prononcée au College
de Louis le Grand, le 28. Janvier 172.8.
par le R. P. de la Sante , Jefuite , Profeffeur
de Rhétorique.
'Orateur le propofe pour but , d'e-
Lxxaminer dans ce Difcours fi les François
peuvent , à juſte titre , s'attribuer la
gloire de l'emporter fur les autres Peuples
de l'Europe , dans ce qui concerne
-
Le Corps de S. François Xavier fe conferve
fans corruption à Goa , Ville d'Afie dans les
Indos.
les
MAY. 1723. 899
攀
les Ouvrages de Litterature ; & dès l'Exorde
il fe déclare pour l'affirmative. Un
Livre intitulé : Lettre fur les Anglois &
Les François , qui parut il y a deux ans ,
& dont l'Auteur femble décider contradictoitement
la queftion prefente , infpira
au P. de la Sante , le deffein de traiter à
fond ce fujet , & de venger fa Patrie d'un
Arrêt qui lui parut injufte & peu fondé.
Ce projet deinandoit , fans doute , une
main habile pour l'executer. Il prefente .
d'abord une matiere extrémement vafte وت
& par là même difficile à renfermer dans
les bornes d'un Difcours . L'abondance
du fujer ne fert fouvent qu'à gêner l'Orateur
; au lieu qu'une matiere moins fertile
d'elle - même , laiffe du moins plus de
jeu à l'efprit & à l'éloquence.
D'ailleurs , le grand nombre d'Auteurs
dés diverſes Nations qui méritent d'entrer
fur les rangs , fuppofe non- feulement une
connoiffance exacte de leurs Ouvrages ,
mais encore un efprit jufte & penetrant,
pour faifir le caractere propre & particulier
du ftyle & du génie de tant d'Ecri
vains ; une critique fine & exacte pour
difcerner avec goût ce qu'ils peuvent avoir
d'excellent ou de vicieux ; un jugement
folide & précis pour les rapprocher l'un
de l'autre , les comparer , les confronter ,
ainfi dire , & ne déterminer la ba-
Biiij ance
pour
896 MERCURE DE FRANCE .
lance qu'après l'avoir tenue long- temps
dans un jufte équilibre. Enfin une plume
legere , capable de fe prêter à tous les
ftyles , fuivant les divers Auteurs qui fe
prefentent tour -à tour , pour ne pas peindre
avec les mêmes couleurs des objets
tout differens .
Il est vrai que le fujet eft fufceptible
par lui-même de beaucoup d'agrément ,
& qu'il devoit naturellement intereffer
l'Auditeur , furtout étant traité en France
à l'avantage des François . On voit avec
plaifir triompher fa Nation , & un triomphe
tel que celui dont il s'agit ici , ne
flatte gueres moins qu'une victoire remportée
dans le Champ de Mars . On aime
prefque autant avoir de l'avantage fur les
Etrangers par l'efprit que par les armes .
Mais peut-être auffi n'eft - il
pas moins
vrai que cette inclination naturelle qui
prévient le commun des hommes en faveur
de leur Pays , fe change fouvent en
une difpofition toute contraire dans l'efprit
de certaines gens prévenus , pour ainfi
parler , contre la prévention même des .
perfonnes de ce caractere , appréhendant
de fe laiffer trop aller au préjugé , fe mettront
d'abord en garde contre l'Orateur ,
dans la crainte qu'il ne veuille profiter de
cette difpofition favorable qu'il compte de
trouver dans ceux qui l'écoutent pour
furprendre
MAY. 1728. 897
furprendre leur jugement & leurs fuffrages
. Ils fe demanderont à eux-mêmes fi
quelque Etranger , quelque Italien , par
exemple , ne pourroit pas à Rome entreprendre
de traiter la même queſtion ;
& la décidant en faveur de l'Italie , ranger
avec quelque fondement nos Ecrivains
François fous la loi des Auteurs
Ultramontains . Par là , ce qui paroît du
premier coup d'oeil , devoit tourner à l'avantage
de l'Orateur , lui devient en
quelque forte defavantageux , & lui prefente
un obſtacle que la force de la
verité, expofée dans tout fon jour , ne peut
vaincre qu'à peine.
Le Public a rendu juftice au P. de la-
Sante , fur la maniere dont il a fçû profiter
de ce que fon fujet lui offroit de favorable
, & le tirer de ce qu'il pouvoit
avoir d'épineux & de difficile ; l'Affemblée
, à là tête de laquelle fe trouverent
un grand nombre de Prélats & de perfonnes
de la premiere confideration , témoigna
plus d'une fois , en interrompant
l'Orateur par fes applaudiffemens , combien
elle étoit fatisfaite de fon Difcours .
Sur tout , il eft certain qu'il s'eft fait un
devoir de rendre juftice aux Auteurs Etrangers.
L'envie de faire paroître meilleure
la caufe qu'il deffendoit , ne l'a poine- engagé
à déguifer l'avantage qu ils peuvent
Bv avoir
898 MERCURE DE FRANCE .
avoir fur les François en certains genres
d'Ouvrages ; & lorfque l'interêt de la verité
a demandé qu'il leur donnât du deſfous
, loin d'infulter aux vaincus , il n'a
jamais manqué de leur accorder des éloges
proportionnez à leur mérite.
Nous allons effayer de donner l'idée
la plus exacte qu'il nous fera poffible de
cette Piece d'Eloquence . Ceux qui par
la lecture du Difcours même voudront
fuppléer à ce qu'un Extrait peut laiffer
à defirer , le trouveront imprimé , chez
Barbou , rue Saint Jacques , aux Cigo--
gnes.
A confiderer les divers Ouvrages de
Litterature par le ftyle qui leur eft propre
, & qui leur convient effentiellement ,
on peut les ranger fous deux titres
ou deux efpeces differentes. Les uns demandent
un ſtyle plus pompeux & plus
relevé , des idées plus grandes , des expreffions
plus nobles & plus magnifiques .
Les autres , au contraire , ne veulent rien
que de fimple & de naturel , une plume.
legere & élegante , des images gracieufes ,
une expreffion douce & polie en un mot ,
la délicateffe eft le propre de ceux- cy ,
le fublime caracterife ceux- là ..
Telle eft la divifion du Difcours dont
nous parlons. Sans rien confondre , elle
renferme tout ce qu'il eft poffible de dire
fur
MAY. 1728. 899
far le fujet , & le prefente dans un jour
qui difpofe l'efprit de l'Auditeur à fe laiffer
conduire pas - à- pas dans une route facile
qu'il voit en deux traits tracée devant lui ,
& dans laquelle il n'a point à craindre de
s'égarer ou de s'embaraffer .
PREMIERE PARTIE . Pour comparer
des Auteurs qui ont écrit dans le genre
fublime , il faut d'abord connoître ce que
c'eft que le fublime , & en quoi il confifte.
L'Orateur commence donc par en
donner une idée précife & exacte . Il fes
déclare pour le fentiment de ceux qui regardent
comme fublime toute penfée frape
pante d'elle-même , qui excite dans l'ame
une espece d'étonnement & d'admiration
fubite , quand même cette penfée ne porteroit
pas avec elle une idée auffi grande ,
peut- être , & auffi magnifique que l'exigent
ceux qui n'admettent de fublime que
ce qui eft extrêmement pompeux & élevé..
Voici ce qu'il en dit , rendu auffi fidele
ment que le tour & le goût du Latin nousl'a
pû permettre.
» Je regarde le fublime comme un de
»ces prodiges , pour la production def
» quels la Nature & l'Art uniffant leurs
>>efforts , doivent concourir également ..
» C'eſt un trait d'éloquence vif & animé ,
>> qui partant avec la vîteffe de l'éclair ,
frappe , émeut , perce & triomphant en
B vj
>> vain.
{
900 MERCURE DE FRANCE .
» vainqueur , ravit l'ame d'admiration &
»la tranfporte hors d'elle- même .. Tantôt
» comme un tourbillon , il enleve les ef-
»prits & les tourne à fon gré , ou les
»frappe & les éblouit comme la foudre ,
>> ou les entraîne de vive force comme un
>> torrent . Tantôt il eft femblable à une
» douce lumiere , dont les rayons vifs
» mais temperez , fe développent en un
"inftant , & prefentent tout- à coup la
» plus brillante clarté. Il enchante , il
» maîtriſe les coeurs , & par des refforts &
» des charmes fecrets , les conduifant im-
>> perceptiblement d'une paffion à l'autre ,
» il les engage dans la route qu'il veut
» leur faire fuivre , & en Maître égale-
>> ment doux & efficace , les amene invin-
» ciblement au but qu'il leur a fixé . Će
»fublime , ce merveilleux dans le Dif-
» Cours , ne peut partir que d'un génie na-
» turellement ferme & élevé , qui penfe
heureufement , noblement , avec grace
» & avec dignité ; qui par la magnificence
& la majesté de l'élocution , fçait don-
» ner à fes pensées une force & un éclat ,
dont l'impreffion fubite & inévitable
» ravit & enleve l'efprit de quiconque l'é-
» Coute ; ou qui prefente ce qu'il veut dire
» dans un jour fi gracieux & fi féduiſant ,
» que fans penfer même à fe deffendre de
» la furprife & du plaifir que caufe fon
55
>>
>>
» DifMA
Y. 1728. gor
» Difcours , on fe livre de foi -même aux
» chaînes de fon vainqueur , & l'on fe
» laiffe conduire à fon gré.
Le fublime a trois qualitez effentielles
qui le diftinguent & le caracterilent , il
demande d'abord de la force dans le génie ,
foutenue d'une heureufe hardieffe , il veut
de l'éclat & de la vivacité dans les penſées,
de la nobleffe & de la magnificence dans
l'expreffion . On oppofe à ces trois qualitez
principales , une fougue mal entenduë
qui n'eft point guidée par le jugement
& la raifon ; un faux brillant qui éblouit
l'efprit plutôt qu'il ne l'éclaire ; une vaise
enflure qui fans folidité n'a que de faux
dehors & une apparence trompeufe.
Il eft conftant que l'on a toûjours beau
coup moins reproché ces défauts aux Auteurs
François qu'aux Ecrivains des autres
Nations . On trouve au contraire
dans leurs Ouvrages beaucoup de nobleffe
& de naturel tout à la fois. Ces deux
qualitez femblent former le caractere propre
du génie de la Nation . C'eſt auffi ce
qui fonde fon principal avantage , & ce
qui lui affure la victoire .
L'Orateur examinant quelle peut être la
caufe de cette heureufe trempe d'efprit ,
en marque deux principales , la jufte temperature
de l'air & du climat , le foin de
fe former le goût par la lecture des anciens
902 MERCURE DE FRANCE.
ciens Auteurs de Rome & de la Grece ; il
paroît , à la verité , moins appuyer fur la
premiere de ces deux caufes ; c'eft cependant
celle fur laquelle il s'étend davantage,
& il en prend occafion de faire quelques
reflexions fur le génie particulier des
Peuples de chaque Province plus confiderable
de la France qu'il peint en peu de
mots par les traits les plus marquez &
qui ont plus de rapport à fon fujet.
Après ces efpeces de Préliminaires tous
effentiels à la matiere qu'il traite , il ran-
'ge fous le genre fublime , comme par une
efpece de fubdivifion , les Pieces d'Eloquence
pour la Chaire & pour le Bareau,
les Poëfies lyriques , les Tragédies & les
Poëmes Epiques .
Boffuet , Fléchier , Bourdalouë , paroiffent
les premiers fur les rangs . Qui leur
oppofera-t-on ? L'Efpagne produira Grenade
, l'Italie , Seigneri , l'un & l'autre
eftimable , fans doute ; mais au jugement
de tous les Connoiffeurs , beaucoup audeffous
des trois Orateurs François pour
l'ordre , le tour , l'expofition des preuves,
& ce que l'on peut appeller , en deux mots,
la conftruction du corps d'un Difcours.
Quant à l'éloquence du Barreau , trouvera-
t- on quelqu'un à mettre en parallele
avec le Maître & Patru ? non , fans doute.
Affez de gens en France entendent les
Langues
MÁY: 1728% 903
Langues de nos voisins , & connoiffenc
leurs Auteurs , pour fçavoir qu'ils n'enont
point en ce genre qui mérite d'entrer
en comparaifon avec ceux-cy.
Du féjour de Thémis paffons fur les
Parnaffe. L'enthoufiafme outré de Gongora
, l'affectation fouvent puerile du Teſ--
ti , valent- ils la nobleffe & le naturel de
Malherbe
pour le Lyrique ?
C'eft affurément dans le tragique moins
que dans tout autre genre que les Etrangers
peuvent efperer quelque avantage fur
les Poëtes François . Corneille & Racine
font deux adverſaires redoutables.Ni l'Hé--
roïfme guindé des Efpagnols , ni les langueurs
doucereufes des Italiens , ni la
Scene prefque toûjours enfanglantée des
Anglois , n'offrent rien qui puiffe difputer
la victoire à ces deux Heros du Théatre
François . L'Orateur ne manque pas cependant
de rendre juftice à quelques Auteurs
d'Efpagne & d'Italie , dont les Pieces
approchent davantage du veritable goût
de la Tragedie , & même dans un paral
lele qu'il fait de Racine & de Corneille ;
s'il releve avec raifon le mérite de l'un &
de l'autre , il ne cherche point à les juftifier
de quelques deffauts affez confiderables
qu'on leur a reprochez avec fondement.
Il avoue avec la même ingenuité que
tout
904 MERCURE DE FRANCE.
tout ce que nous avons de Poëmes Epia
ques en France eft beaucoup au- deffous
de la Jerufalem délivrée du Taffe , du Rolland
de l'Ariofte , du Poëme Anglois de
Millon ; & il convient volontiers que nous
ferions abfolument obligez de ceder fur
cet article , fi nous n'avions à oppoſer le
Telemaque de feu M. de Cambray , auquel
il ne manque de toutes les graces
de la Poëfie que la feule verfification
pour pouvoir le mettre avec juſtice audeffus
de tout ce qui a paru de Poëmes.
Epiques depuis Virgile . L'Eloge & le caractere
de l'illuftre Auteur de cet Ouvrage,
termine la premiere partie du Difcours .
SECONDE PARTIE . Comme le genre
délicat a beaucoup plus d'étenduë que
. le fublime , l'Orateur le partage en trois
efpeces ou trois branches differentes , à.
chacune defquelles fe rapportent naturellement
diverfes fortes d'Ouvrages . Il
en cft , en effet , dont tout le mérite doit
confifter dans un naturel fimple & gracieux
, d'autres dont le caractere propre
eft une critique fine & piquante ; quelques
autres , enfin , ne demandent qu'un
enjoüement plaifant & badin .
Les Lettres , les Fables , les Poëfies Paftorales
, ainfi que l'Hiftoire , ne veulent
d'ornemens & de graces que celles de la
Nature même . Or on peut avancer fans
préMAY.
1728. 905
prévention que cette fimplicité gracieufe
qui forme ce qu'on appelle un ftyle naturel
, fe trouve plus communément dans
nos Auteurs François que chez la plupart
des Étrangers . Madame de Sevigné, Buffi ,
Voiture , font les Ecrivains fur lefquels
l'Orateur s'appuye pour ce qui regarde
les Lettres. Voici ce qu'il en dit & ce que
nous avons effayé de traduire.
»Je puis citer pour garants de ce que
j'avance , les Lettres tant de fois admi-
»rées de l'illuftre Madame de Sevigné.Si ,
» à ne confiderer que l'élegance & la pu-
>> reté qui y regne , on eft tenté quelque-
»fois de les regarder comme le fruit d'un
>> travail férieux & appliqué , bientôt l'air
» naturel & ailé dont elles font écrites ,
» fçait perfuader qu'elles ne font l'ouvrange
ni de l'Art ni de l'étude , & on de-
>> meure convaincu que la Nature elle-
»même n'eût pù écrire autrement . On
» me fçauroit, fans doute , mauvais gré de
" ne pas joindre ici à Madame de Sevigné
>> l'illuftre Buffi : la conformité de leur ftyle
>>fi plein d'agrément & de délicateffe , l'é-
> troit commerce de Lettres & d'amitié
»qui les unit toûjours , font des liens refpectables
qui ne permettent pas de fé-
"parer leurs Eloges. Je crois même de-
»voir encore leur affocier Voiture . Les
» graces qu'il fait répandre fur les plus
» legeres
22
06 MERCURE DE FRANCE.
»legeres bagatelles , le rapproche d'affez
» près de celle - cy , la maniere noble &
lenlée dont il traite des fujets , plus fé-
> rieux , lui donne affez de rapport à celui
»là , pour réunir trois Auteurs , qui malgré
la difference fenfible du caractere
>> fingulier de leurs Ouvrages , fe reffem-
» blent de fi beaux endroits . On troupar
>>ve , en effet , dans tous également , beau
coup d'efprit , plus de graces encore &
>> furtout une douceur & une amenité in-
>> finie. Cependant une fimplicité plus ai-
» mable dans l'une , une élegance un peu
» plus recherchée dans l'autre ; dans le
» dernier , enfin, un enjoüment un peu plus
» étudié , font , fi je ne me trompe , les
>> traits dominans & les plus marquez
» de leurs Ecrits . On trouve dans celle - cy
>>plus de naturel , dans celui - là plus de
» force , plus d'art dans le troifiéme.
» Voiture femble courir après les fleurs,
» Buffi fe contente de les choifir avec goût.
» Madame de Sevigné les fait naître en
foule fous fa plume ; & ce qui fait , à
» mon gré , la plus belle partie de fon élo-
» ge , on diroit que contente d'une beauté
mais raviffante , elle femble fimple , mais raviffante ,
avoir abandonné le peu qui fe trouve
de fard & d'ornement affectez dans ces
» Auteurs , à ceux à qui leur fexe paroilfoit
moins permettre de l'employer.
»
>>
»
L'O-
1
1
MAY. 1728. 907
L'Orateur s'étend enfuite fur les Lettres
du Cardinal Bentivoglio , dont il parle
avec éloge , quoique d'ailleurs il ne juge
pas qu'il égale pour le naturel qui convient
au ſtyle épiſtolaire , les Auteurs François
dont nous venons de parler. Les Lettres
de fainte Therefe , celles de Balzac &c.
de Pafchal , ont auffi leur place dans cet
endroit , mais on les y caracterife avec
des traits bien differens ..
Il est incontestable que l'on ne trouvera
point hors de France des Fables com
parables à celles de la Fontaine . Pour ce
qui eft des Poëfies paftorales , il eft vrai
que les Italiens produiront avec avantage
Guarini & quelques autres contre Racan
& Segrais. Mais peut - être auffi cet avantage
feroit-il beaucoup moins grand, fi ces
Poëtes de delà les Monts n'euffent traité
les paffions les plus dangereuſes avec une
liberté , ou , pour mieux dire , une licenceque
la modeftie de notre Langue ne ſouffre
pas.
Ce qui regarde l'Hiftoire comprend
un trop grand nombre d'Auteurs , pour
que nous puiffions ici l'expofer en détail.
Il fuffira de dire en general que l'Orateur
cite parmi les Ecrivains François des
Hiftoriens capables de balancer au moins.
ceux que peuvent vanter les Flamands ,
les Italiens , les Efpagnols & les autres
Etran
908 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , & que fi nous n'avons pas
peut- être en ce genre l'avantage , nous
n'avons pas non plus la honte de la défaite.
La feconde espece de ce que l'on nom
me ftyle délicat , demande une critique
fine & piquante . Elle comprend les Satyres
, les Ouvrages de Morale & de Philofophie.
Boileau l'emportera fans contredit fur
tout ce que nos voifins peuvent avoir de
Satyriques . L'Aretin ni le Franco d'Ita
lie , n'oferont certainement pas fe mefurer
avec lui . La Hollande . pourra vanter
Baile , fans que la France foit tentée de
le revendiquer . Ses vaines déclamations
tiffues de raifonnemens & de railleries ·
impies , font plus de tort à fon efprit &
à la probité , que le tour artificieux qu'il
leur a donné ne doit attirer de louanges
à l'Auteur , & de crédit à fon Livre.
Quant aux Ouvrages de Morale , je ne
vois que Gracien qui puiffe entrer en
concurrence avec les caracteres de la
Bruyere & les Reflexions de la Rochefoucault
; encore faut - il convenir que
l'obscurité qui regne dans les Ecrits du Moralifte
Espagnol ne laiffera pas long -temps.
la balance incertaine . Madame Deshoulieres
, S.Evremont , Bouhours , n'ont certainement
pas d'égaux hors de France ; & par
mi
MAY. 1728 . 909
mi les Philofophes Modernes , Descartes ,
Gaffendi , Malebranche , font d'autant
plus fûrs de la victoire , que tous les Etrangers
, fans même en excepter Newton , ſe
font fait honneur de penfer d'après eux &
de fuivre la veine que ceux- ci avoient ouverte
les premiers & déja pouffée bien
loin.
Enfin les Ouvrages qui demandent de
l'enjoüement & de la plaifanterie , fe bornent
aux Comedies , aufquelles on peut
ajoûter les Chanfons . C'eft dans ces fortes
de Pieces que le naturel doit furtout
dominer. Où en trouvera- t- on plus que
dans Moliere ?
Lope de Végue , ce Heros du Théatre
Efpagnol , chauffe fouvent le Cothurne
au milieu d'une Scene comique. On fçait
que la plaifanterie outrée des Italiens dégenere
dans prefque tous leurs Auteurs ,
en farce, & en bouffonnerie ; perfonne n'ignore
les deffauts qu'un Anglois même
reproche aux Comédiens de fa Nation ,
dans un Livre imprimé depuis peu d'ang
nées .
11 eft vrai que les Chanfons en ellesmêmes
font quelque chofe d'affez peu
conderable Un trait plaifant , un tour
naïf , en fort d'ordinaire tout le mérite.
Cependant le caractere ingénieux & na-
Surel qui leur eft propre , forme en faveur
d'une
S
10 MERCURE DE FRANCE.
.
d'une Nation qui y réüffit conftaminent ,
un préjugé très avantageux. Or il eſt aſſez
difficile que les Etrangers puiffent prétendre
l'emporter en ce genre fur les François
, ou même le leur difputer. Coulange
& plufieurs autres avec lui ne leur céderont
pas ailément , & ne croiront pas
même leur faire une injuftice en s'attribuant
la victoire .
Il eft aifé de voir par l'expofé que nous
venons de faire , quel eft le fonds & le
corps du Difcours dont nous donnons un
Extrait. Tous les membres en font liez &
rangez avec ordre dans leur place natu
relle . La matiere eft difcutée à fond ; d'ailleurs
les caracteres des Ecrivains les plus
confiderables font expofez dans un jour
à n'être pas méconnus par quiconque a
la moindre idée de leurs Ouvrages. Les
traits font marquez , il n'en eft pas un
qui ne porte & qui ne mette fous les yeux
celui qu'il peint par ce qu'il a de plus fingulier
& de plus frappant. On reconnoît
par tout un Pinceau habile , également
jufte & délicat. Malgré la comparaiſon
prefque continuelle des divers Auteurs
oppofez les uns aux autres , qui feroit
craindre naturellement une efpece d'uniformité
& de monotonie fatiguante , on
trouve par tout une varieté infinie de
tours qui ne le repetent jamais & qui con .
duifant
MAY. 1728.
911
duifant imperceptiblement d'un pas à l'au
tre, amufent l'efprit , le tiennent fans ceffe
en haleine & le foutiennent par leur agrément
enfin l'expreffion eft par tour proportionnée
aux idées qu'elle exprime ,
noble & magnifique , délicate ou gracieufe
, fuivant que la matiere l'exige ; & l'on
peut dire en deux mots , que l'Orateur ,
fans rien omettre d'effentiel à fon fujet , a
fçû choisir ce qu'il pouvoit avoir de plus
gracieux , & l'a traité avec tout le fuccès
qu'on avoit droit d'attendre d'une main
également habile & experimentée .
SONNET EN BOUTS-RIMEZ
AU
Pour le mois de May.
U mois de May , belle
Vous propofez de certains
Sçavez- vous que l'Amour
En allumant de nouveaux
Dorine ,
Jeuxs
Badine ,
Feux.
Je le connois , il me
Domine p
Je n'en fuis que plus
Malheureux,
Ce Dieu me tire à la Sourdine
Des Traits qui font trop Dangereux.
Plus
912 MERCURE DE FRANCE.
Plus je vous vois , plus je Soupire ,
Je n'ofe expliquer mon Martire ,
Ma chere liberté fe Perd.
Oui , Dorine , j'ai le coeur
Tendre ,
Vous ne me prendrez point fans
Vert,
Mais je voudrois bien vous y
Prendre.
Des Palmeux.
LETTRE de M. Bouillet , écrite
de Beziers le 20. Février 1728.
V
Oici , Monfieur , la premiere Piece
d'un Recueil qui contiendra tout ce
qui s'eft paffé dans notre Académie de
Beziers , dont j'ai l'honneur d'être Secretaire
depuis fa naiffance . On donnera inceffamment
les Difcours qui furent lûs à
notre premiere Affemblée publique le 29.
Août 1726. & ce fera la feconde Piece
de ce Recueil. Ces Difcours feront ſuivis
de quelques Lettres contenant des Raifonnemens
Phyfiques , des Obfervations
Anatomiques , Aftronomiques & Métheorologiques
, faites en 172 6. & d'un
Extrait fort abregé de nos Regiftres pour
l'année
MAY. 1728.
1913
P'année 1727 : Vous pourrez , Monfieur ,
en informer le Public , & lui apprendre
même que nous avons fait jufqu'ici deux
Affemblées publiques chaque année , où
l'on a lû à chacune quatre Difcours : deux
fur la Phyfique & deux d'Eloquence ou
de Litterature , & qu'on continuera d'en
fire autant à l'avenir. Si le premier effai
elt de votre goût , je ne manquerai pas ,
Monfieur , de vous communiquer les fuivans
. J'ai l'honneur d'être , & c .
Nous fommes fort fenfibles à l'honneur
que nous fait M. Bouillet ; nous nous
ferons toûjours un grand plaifir de publier
les productions de l'Académie Royale
de Beziers , propres à exciter l'amour
& l'émulation pour les Sciences & les
Arts , & nous fommes perfuadez que le
Lecteur nous en fçaura bon gré. Les Pieces
contenues dans ce Recueil , auroient
déja parû, fi elles nous avoient été remifes
plutôt.
C LET914
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite le 1. Janvier 1726.
à M. Penna , Premier Medecin de
S. A. S. M. le Prince de Monaco , Par
M. Bouillet , de l'Académie des Belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux,
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier , Profeßeur des Mathématiques
, & c. Sur l'Origine & les occupations
de l'Académie de Beziers .
Сра
Omme j'ai eû , Monfieur , un peu de
part à l'Inftitution de notre Académie
, je ne m'étendrai pas beaucoup
fur les circonstances qui la précederent ; je
me contenterai feulement de vous dire
qu'ayant eu l'honneur d'être en liaifon
avec M. de Mairan , pendant fon féjour à
Beziers , & en commerce de Lettres avec
lui (a ) depuis fon entrée à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , je crûs devoir
profiter d'un voyage qu'il fit (b) peu
de temps après en cette Ville , pour affocier
à l'étude , & unir plus étroitement par
( a) M. de Mairan partit de Beziers vers le
milieu de l'année 1718. & il fut reçû à l'Académie
Royale des Sciences , d'abord après
fon arrivée à Paris .
(b) M. de Mairan revint à Beziers vers la fin
de juillet 1723. & ne s'en retourna à Paris
qu'au commencement de Novembre de la même
année,
C
MAY. 1728 .
915
que
ce lien quelques -uns de mes Concitoiens,
dont les talens & les difpofitions m'étoient
déja connuës . Je communiquai d'abord
ce deffein à M. de Mairan ; je lui
nommai même les perfonnes que j'avois
en vûë , qui étoient la plupart de fes anciens
amis ; & j'eus la fatisfaction de voir
non-feulement M. de Mairan n'étoit ,
pas éloigné de cette penfée , mais qu'il ne
fouhaitoit même rien tant que de voir
naître en cette Ville ( a ) une Societé fçavante
, & d'en jetter lui- même les premiers
fondemens. C'étoit lui prefenter une occafion
de fignaler fon zele pour les Sciences
& fon amour pour fa Patrie : Aufli
embraffa- t-il ce projet avec joye , & ne
fongea- t-il plus qu'aux moyens de le faire
réüffir . Ses premiers foins furent d'en par
ler à M. notre Evêque , & d'en donner
avis à M. l'ancien Evêque (b) de Fréjus ,
& à M. l'Abbé Bignon , & fes démarches
eurent tout le fuccès que l'on pouvoit at-
(a) M. de Mairan eft né à Beziers , ily a paffé
fes plus tendres années dans l'étude de la Phyfique
& des Mathématiques , & il n'en eft parti
qu'après avoir remporté trois fois le Prix propofé
par l'Académie de Bordeaux , d'abord
après fon établiffement , & avoir été prié par
cette Académie de n'entrer plus en lice ,
ne pas décourager les autres Sçavans.
( 6 ) Aujourd'hy Monseigneur le Cardinal de
Fleury.
Cij tendre.
pour
916 MERCURE DE FRANCE .
tendre. Une réputation brillante , un mérite
bien reconnu ,
un caractere tout - à fait
aimable , aident beaucoup dans de pareilles
entrepriſes.
En attendant l'agrément de la Cour
pour les Affemblées de la future Académie
, M. notre Evêque nous ménagea
celui de M. l'Intendant de cette Province ;
il ne fe contenta pas même de nous procurer
cet avantage , il voulut être du nombre
des Académiciens , & nous nous glorifions
de voir dans nos Regiftres fon
nom confondu avec les nôtres . Quelques
jours après , M. l'ancien Evêque de Frejus
eut la bonté d'écrire à M. de Mairan que
rien ne pouvoit lui faire plus d'honneur
l'établiffement d'une Académie à Beziers
, & que M. le Duc d'Orleans approuvoit
fort ce deffein . M. l'Abbé Bignon
lui fit aufli à ce fujet une réponſe fort
gracieúfe.
que
Notre premiere Séance s'étoit tenuë le
19. Août 1723. Plus de vingt perſonnes
de cette Ville , diftinguées par leur naiffance
, leur rang , leur efprit , s'y étoient rendues
à la fuite de M. notre Evêque ; & il
y avoit été arrêté , qu'on continueroit
fous le bon plaifir du Roy , de s'affembler
régulierement une fois chaque femaine ,
fçavoir , le Jeudy , pour conferer pendant
deux heures fur tout ce qui peut apparte .
nir
MAY. 1728. 917
>
·
nir à la Phyfique , à la Medecine , aux Mathématiques
, aux Belles Lettres & aux
Arts. On avoit nommé d'abord un Directeur
, un fous- Directeur , un Secretaire
& un Syndic , & l'on avoit réfolu qu'il
n'y auroit que le Secretaire qui feroit perpétuel
& . que les autres Officiers feroient
changez chaque année . M. de Mairan
, en qualité de Directeur , avoit exhorté
tous fes Confreres à être fermes
dans la réfolution qu'il venoit de prendre,
& M. Maffip avoit lu un Difcours fort
éloquent fur l'utilité des Aflemblées Académiques.
Dès la feconde Séance , M. de Clapiés
avoit déterminé la hauteur du Pole de
Beziers , la difference du Méridien de
cette Ville avec celui de l'Obfervatoire
de Paris , & il avoit laiffé là - deffus , auffibien
que dans les Latitudes & les Longitudes
d'Agde & de Sette , un Mémoire
fort utile pour les Aftronomes de la nouvelle
Societé. M. notre Evêque nous avoit
honorés plufieurs fois de fa prefence , &
encouragés par fon exemple.
fi
Je vous laiffe à penfer , Monfieur ,
les Lettres dont je vous ai déja parlé , &
dont M. de Mairan voulut bien nous faire
part , acheverent de ranimer notre zele
& notre ferveur pour l'étude . Pouvionsnous
ne pas reconnoître notre bonheur
de
918 MERCURE DE FRANCE .
de commencer notre carriere fous de f
favorables aufpices ? Chacun s'empreffa
de fe rendre affidu aux Affemblées .
MM. Barbier , Caillé , Cros , Jalabert &
plufieurs autres Membres parlerent chacun
à leur tour ( car on s'étoit rangé par
ordre alphabetique , ) les uns fur les Sciences
, les autres fur les Belles - Lettres . On
fongea auffi à fe munir d'inftrumens néceffaires
pour mefurer la quantité d'eau de
pluye qui tombe chaque année fur cette
Ville , pour obferver le chaud , le froid ,
les variations qui arrivent à la pefanteur
de l'Athmoſphere , & c .
Cependant après qu'on eut dreffé quelques
Reglemens , après qu'on eut réſolu
de fe conformer, autant qu'on pourroit , aux
Statuts des autres Académies Royales , &
furtout de l'Académie Royale des Scien
ces de Paris , & qu'on eut fixé le nombre
des Académiciens ordinaires à trente , &
celui des Adjoints à fix , M. de Mairan
confeilla fort à tous fes Confreres de ne
pas fe hâter de compofer des Ouvrages ,
de fonger plutôt à faire une ample provifion
d'idées , de principes , de faits , d'experiences
, & de fe fortifier principalement
dans les Mathématiques . Pour cette
raifon il fut arrêté qu'à chaque Affemblée
on liroit un Article de l'Hiftoire ou des
Memoires de l'Académie Royale des
Sciences.
C
M A Y. 1728 . 919
Sciences. J'avois alors commencé des Leçons
publiques de Mathématique : je les
continuai , & elles furent bien - tôt après
autorifées & récompenfées par Sa Majesté ,
fur la repréſentation de M. l'ancien Evêque
de Frejus.
On n'a pas manqué de fe conformer en
partie au fentiment de M. de Mairan : On
continue encore de lire à chaque Séance
quelque morceau de cet excellent Livre ,
tantôt fur la Phyfique generale , tantôt
fur l'Anatomie , tantôt fur la Chimie , & c .
( car vous fçavez fort bien , Monfieur ,
que ce Livre embraffe , pour ainfi dire ,
la Nature toute entiere ) & celui qui lit
ne manque pas d'éclaircir les doutes qu'on
lui propofe . On a même trouvé à propos
depuis quelque temps de joindre à cette
lecture quelque article de l'Hiftoire ou
des Memoires de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles -Lettres , afin de ne
pas rebuter ceux qui ne s'accommodent
pas volontiers des Sciences abftraites , &
de leur fournir dequoi s'inftruire & fe
perfectionner dans la belle Litterature.
On divifa pour lors la Compagnie en deux
Claffes , fçavoir , en Académiciens pour
les Sciences , & en Académiciens pour
les Belles-Lettres , & l'on nomma un Secretaire
pour cette derniere Claffe , afin
de décharger d'autant le Secretaire pour
C iiij
les
920 MERCURE DE FRANCE .
les Sciences, qui avoit fait jufqu'alors l'une
& l'autre fonction .
Car ne croyez pas , Monfieur , que l'on
fe contente d'une fimple lecture , qui paroîtroit
, fans doute, feche & infructueufe
à bien des perfonnes. On tâche de faire
comprendre aux autres ce qu'on lit ; on
prend les chofes d'auffi loin qu'on le peut,
& l'on fupplée bien des connoiffances que
MM . de Fontenelle & de Boze fuppofent,
& que l'on a foin de chercher ou dans le
Memoire qui a rapport à ce qu'on lit , ou
dans d'autres Livres. Par là chacun eſt
obligé d'étudier , & l'on profite ainfi du
travail les uns des autres . Voici à peu
près de quelle maniere les chofes fe paffent.
On lût un jour dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences 1707. Il
a déja été dit dans l'Hiftoire de 1702.que
le Reffort de l'Air eft le principe des plus
furprenans effets de la Poudre à Canon. D'abord
on rappella ce qui avoit été lû longtems
auparavant fur ce fujet , & parce
qu'il n'y avoit que dix jours qu'un vent
impetueux , accompagné de pluye de
grefle, de tonnerres & d'éclairs, avoit emporté
le toit de la Tour de l'Evêché , où
nous avions placé quelques Inftrumens
Aftronomiques , qui nous avoient été
prêtez par M. de Clapiés , pour obfer .
>
yer
MAY. 1728. 921
ver la derniere Eclipfe de Lune , on s'arrêta
fur-tout à ces paroles de M. de Fontenelle.
Le Tonnerre n'eft lui -même qu'une
efpece de Poudre à Canon enflammée , &
les Hommes peuvent fans présomption fe
vanter de l'avoir imité. C'est un mélange
de Soulphre , de Salpêtre , ou de quelquesautres
matieres qui leur reffemblent fort ,
l'air mis en reßort par
reßort par leur inflammation
, fait les principaux Phenomenes du
Tonnerre. J'avois ébauché autrefois une
efpece de Commentaire fur cet endroit ,
& je ne fis alors que confirmer par de
nouvelles obfervations ce que j'avois dit
à la Compagnie dans quelqu'une des
Séances précedentes .
Mais pour vous donner une idée plus
exacte de ces deux conferences , je vais
vous en faire ici le précis. Je priai d'abord
mes Confreres de fe reprefenter les
principaux effets de la Poudre à Canon ,
& de remarquer leur Analogie avec ceux
du Tonnerre & de la Poudre. Puis pour
leur faire mieux comprendre la nature de
ce terrible Metéore je leur expliquai
celle de la Poudre à Canon . Je leur fis
l'Analife des Ingrediens qui compofent
ce Tonnerre artificiel , je leur expliquai
la maniere dont ils y font arrangez , &
je leur rapportai tout ce que j'avois lú
Cv fur
922 MERCURE DE FRANCE :
fur cette matiere dans Descartes , ( a ) Roª
bault(b) , Boyle (c ) , Regis ( d ) , Bayle (e) ,
Barchufen (f) , Lemery ( g ) , Wolfius (h) ,
Poliniere ( i ) , &c. & dans les Hiftoires
& Memoires de l'Académie de 1700 .
1702. 1707. 1708. & fuivantes .
Enfuite je leur fis voir que toutes les
préparations de la Poudre à Canon n'aboutiffent
qu'à mêler de telle forte tous
les principes qui la compofent ; les Sels ,
les Soulphres , les Particules terreftres ,
avec l'air & la matiere Etherée ; qu'il en
réfulte des grains qui font autant de petits
Ballons comprimez & capables par conféquent
de fe dilater avec un effort prodigieux
: Que le feu agit fur ces Ballons de la
maniere que l'explique le P. Malebranche
dans les Memoires de l'Académie de 1699 .
& dans fes Eclairciffemens fur la Recherche
de la Verité ; & qu'ainfi c'eft un Ferment,
felon l'idée que j'ay donnée de ce terme ,
(a ) Princip. Philof. part. 4. N. 109. & f.
(6) Traité de Phyfique ,part. 3. Ch. 9. N °. 13
(c) Nov. Exprim . Phyfico Mechan. Tentam.
circa part. Nitr. & c. (d) La Phyfique , liv . 4.
part. 4. Chap. 4. (c) Phyfic. Part. 1. 3. fect 1.
difp . 4. fect. 3. difp . 4. & fect. 4. (f) Pyrofoph,
1, 3. fect . 2. cap. s . & fect . s . cap . z.
(g) Cours de Chymie , part. 1. Ch . 16. & 20.
(b) Elemen. Pyrotechn. cap. 1. Probl. 1. & feq.
exper. 1. & feq. (i) Experiences de Phyfique ,
exper. 39. 71.& fuiy.
dans
MAY 1728. 923
dans une (a ) de mes Differtations . Je
leur expliquai auffi la nature de plufieurs
autres , compofitions qui ont quelque
rapport avec la Poudre à Canon
, & dont il eft parlé dans prefque
tous les Livres de Phyſique , ou de Chimie.
Delà j'inferay que la Foudre étoit une
matiere nitreufe & fulphureufe , & je crus
être d'autant plus en droit de le conclure ,
que j'avois déja fait remarquer qu'il n'y
avoit que les Soulphres qui fuffent inflammables
, & que leur inflammabilité
s'augmentoit confiderablement par le mêlange
des Sels nitreux ; mais je crus aufli
devoir avertir , que le Tonnerre n'étoit
pas toûjours produit par l'inflammation
, l'exploſion ou la détonation d'une
femblable matiere qu'un Air é
chauffé , refferré entre les vapeurs d'une
Nuë , & fortement comprimé , pouvoit
fe dilater avec affez de force , & choquer
avec affez de violence les vapeurs
qui le contraignent , & l'Air qui environne
ces vapeurs , pour caufer ce
bruit eclatant qu'on entend dans les
Nuës.
J'ajoûtai que les Arquebufes à vent ,
(a) Differt.fur la caufe de la multiplication
des Fermens , imprimée à Bordeaux en 1719 &
à Beziers en 1720. avec des Eclairciffemens .
Cvj
les
924 MERCURE DE FRANCE.
les petites Boules de verre qui petent dans
le feu , &c. aidoient affez à comprendre
cette théorie ; & que l'obfervation que
j'avois faite avec beacoup d'attention ,
de plufieurs coups de Tonnerre affez
bruyans , & dont l'un fendit la Nuë que
j'avois fur la tête , un jour que je revenois
de la Campagne , fans qu'il cût paru
aucun éclair : Que cette obfervation
dis -je , ne permettoit pas de douter du
Fait que je tâchois d'expliquer.
Enfin , je leur dif auffi que j'avois remarqué
pendant le dernier Orage , dont j'ay
parlé ci - deffus , que tous les Eclairs n'étoient
pas fuivis de Tonnerre , & qu'ainfi
il y avoit des Tonneres fans . Eclair , &
des Eclairs fans Tonnerre ; vous en comprenez
affez la raifon , fans qu'il foit befoin
que je m'étende ici davantage.
Je ne finirois point , Monfieur , fi je
voulois vous donner ici un Extrait de
toutes nos Conferences fur les fujets traitez
dans l'Hiftoire de l'Académie Royale
des Sciences , & dans celle de l'Académie
Royale des Infcriptions , je viens aux
travaux particuliers de la Compagnie , car
elle ne s'abftenoit pas tout -à- fait de produire
quelque chofe de fon fonds . Il ne
fe prefentoit rien de nouveau , dont elle
ne voulût être informée , & furquoi elle
ne crut être obligée de s'exercer.
M
MAY 1728. 925
>
M. Maffip , donna la defcription d'un
Echo fort particulier ; il lût auffi un Memoire
fur une Urne antique trouvée depuis
peu à S. Thyberi , petite Ville du
Diocèfe d'Agde ; il parla encore au fujer
du Cristal qu'on tire d'une Montagne près
de Cabreiroles , petit Village du Diocèle
de Beziers . Le P. Dufefc , donna un Memoire
fur la caufe du Bruit ( le Picqueur )
qu'on entend à Maffane , près de Montelimart
en Dauphiné , & un autre ſur la
Grêle , où il expliquoit ce Metéore d'une
maniere fort ingenieufe & affez nouvelle.
M. Portalon , l'aîné , fit part à la Compagnie
de fes Réflexions fur la Maladie
(le Guam ) qui avoit enlevé tant de Moutons
& de Brebis en 1722. & 1723 .
dans les Diocèfes de Beziers & d'Agde .
M. l'Abbé Chauchard lût un difcours
très - propre à encourager tous fes Confreres
dans leurs travaux Académiques ,
en leur faiſant voir que la Gloire dédommage
bien avantageufement de la peine.
qu'elle coûte à acquerir . Quelque tems
après il confirma fes preuves par l'exemple
d'Homere , dont il donna la vie d'après
un Auteur très - ancien , que quelques-
uns ont crû être Herodote . M. Caillé
expliqua quelques Phénomenes concernant
le Feu , la Lumiere , &c . M. Berti
avoit lù une Ode intitulée l'Académie.
J'avois
926 MERCURE DE FRANCE .
J'avois aufli donné quelque chofe fur la
maniere dont le fait la Digeſtion des Alimens
, & c.
On avoit obfervé le paffage de Mercure
fur le Soleil , & il avoit été dit que
Fon regarderoit déformais cet évenement
comme l'Epoque de la fondation de
nôtre Académie. On a fait depuis toutes
les autres Obſervations Aftronomiques.
que le tems & le peu d'Inftrumens dont
on s'étoit pourvût , ont permis de faire.
Mais ce qui occupa le plus la Compagnie
peu de tems après la naiffance , ce
fut la queftion de la nature du mouvement
, fur laquelle feu M. l'Abbé
Portalon , M. Caillé , le P. Dufefc &
moi , étions fort partagez. Voici en peu
de mots le refultat de cette difpute , &
Fordre qu'on croit devoir y garder.
On commença par s'aflurer du fentiment
de prefque tous les Phyficiens qui
ont écrit fur cette matiere . L'on expoſa
ce que M. Descartes (a ) & les anciens
Difciples , MM Robault ( b) , Regis ( c) ,
Bayle ( d) , avoient penfé là- deffus . L'autre
rapporta ce que M. de Gamaches (e)
venoit d'avancer dans fon fyftême du mou-
(a) Princip. Philof. p. z n. xxv. & feq.
( b ) Traité de Phyfique , part. 1. Ch. x. & f.
(c) La Phyfique, 1. r . p.2 . (d) Inft . Phyſ. part.
1. difp. vi. ( e ) Syft. du mouv . Paris , 1721.
vement
MA Y. 1728 . 927
vement. Un troifiéme donna un abregé
du Difcours de M. de Crouzas (f) fur le
même fujet. Chacun faifoit là - deffus fes
réflexions , & à mesure qu'il fe prefentoit
quelque queftion incidente , commet
l'effence de la matiere , l'existence des
corps , l'inefficacité des caufes fecondes ,
on ne manquoit pas de les traiter par provifion
, fur-tout après avoir confulté le
plus grand Metaphyficien de nos jours ,
je veux dire , après avoir lû & relû les
Ecrits (g) du P. Malebranche.
Vous comprenez déja , Monfieur , que
l'un vouloit que le mouvement ne fût
qu'un fimple changement de rapport de
diſtance , ou, pour mieux dire , un fimple
changement de contact des parties de la
matiere ; car on ne prit pas l'idée de M.
de Gamaches dans toute fon étenduë ; &
l'autre , que le mouvement n'étoit pas
fimplement un mode exterieur , relatif &
reciproque , mais qu'il y avoit quelque
chofe d'interieur dans le corps mû actuellement
, qui n'eft point dans les corps qui:
le touchent immédiatement , & aufquels
la cauſe motrice occafionelle n'eft pas ap
(f) Difcours fur le principe , la nature , & e.
du mouv. qui a remporté le Prix proposé par
Académie Royale des Sciences , pour l'année
1720. (g) Recherche de la Verité, Meditat..
Entret. fur la Metaphyfique.
pliquée .
28 MERCURE DE FRANCE .
›
pliquée. Mais ce qu'il y eut de plus fingulier
dans cette occafion , & qui vous
paroîtra fans doute un peu extraordinaire
c'eſt qu'un troifiéme piétendoit que
le mouvement n'eft ni un mode interieur,
car on ne fçait veritablement ce que c'eſt ,
ni un mode commun au corps & à l'efpace
dans lequel le corps eft mû . Hé !
quelle étoit donc , me direz vous , fon
idée fur ce fujet ? Il ne feroit guere ailé de
le deviner à ceux qui font profeffion du
Carthefianifme.
Cet Académicien foûtenoit 1. que le
total de l'Univers eft borné , qu'il a
une furface , & que cette furface eft en
repos . 2. Qu'aucun corps ne peut le remuer
, fans que fes parties ne changent
de relation avec les parties de cette furface
immobile. D'où il concluoit que le
mouvement et bien un mode exterieur
& relatif , mais non pas reciproque. Un
quatrième cut beau lui objecter que, felon
les idées de la nouvelle Philofophie , l'Etenduë
(a ) ou la Matiere dans fa totalité
étoit imm nfe , qu'elle ne pouvoit être
épuisée par aucune mefure finie , & qu'elle
n'avoit , en un fens , d'autres bornes que
Dieu même , qui par fa toute- Puiffance
la foûtient & la conferve : qu'ainfi le
monde entier ne pouvoit être borné
(a) Phyfique de Regis , liv. 1. P. 1. Ch . v.
&
MAY. 1728. 929
& que quand même il le feroit , fa furface
exterieure ne pouvoit être fuppofée
plutôt en repos qu'en mouvement ,
puifque de fon aveu il n'y avoit rien de
materiel au dehors avec quoi elle peut
être en relation . Ces raifons ne furent pas
capables de l'ébranler , & il feroit trop
long de vous rapporter ici tout ce qui fut
allegué de part & d'autre à ce propos .
Il fuffira de vous dire que l'un prétendoit,
que s'il étoit de l'effence de l'Etenduë
d'être immenfe , toute Etenduë devoit
être immenfe. Un pied cube , par ex . de
Marbre , devoit être immenfe , ou n'étoit
pas
de l'Etenduë
, &c . A quoi l'autre répondoit
que l'effence du Tout & de fes
parties n'étoit pas à cet égard la même ,
autrement il faudroit dire qu'un pouce cube,
& 1728. pouces cubes , ou un pied cube
de Marbre, n'ont qu'une même effence,
ou ne font qu'une même chofe ; ce qui
feroit ridicule , il fut dit auffi que chaque
partie du monde pouvoit être mefurée , &
qu'en les mefurant toutes, on mefureroit
le
monde ; ce qui ne s'accorde pas avec ſon
immenfité
. Mais on oppofa , qu'outre qu'on
neconnoît
point encore de mefure abſoluë,
il faudroit , pour mefurer toutes les parties
du Monde , que le nombre de ces parties
fût fini ; ce qui eft manifeftement
fuppofer
la queftion . Au refte l'Académie
fe
garda
}
936 MERCURE DE FRANCE:
garda bien de rien décider , & felon tou
tes les apparences elle ne décidera rien de
longtems fur cette matiere .
On avoit déja propofé quelques Devifes
pour l'Académie naiffante , on
en porta de nouvelles , des Etrangers même
nous firent l'honneur de nous en per
fenter : On les examina , on critiqua celles
qui ne paroiffoient pas faites felon les
regles , on applaudit à quelques- autres ;
mais on ne trouva pas à propos d'en adopter
aucune jufqu'à ce qu'il eût plû au
Roi de nous accorder desLettres patentes.
M. Lautrec traita de l'Origine des
Académies. M. Maflip lût un Difcours
fur l'utilité de la Critique . M. Cros entreprit
un Cours d'Anatomie raiſonnée ,
il en donna même quelques Effais , parriculierement
fur les Os & fur l'Organe
de l'Odorat. Je propofay quelques doutes
fur l'Existence des Elprits Animaux ,& c .
On confera fouvent fur differens Articles
d'Aftronomie. On obferva l'Eclipfe
de Soleil du 22. de May 1724. M. Andoque
calcula les hauteurs de cet Aftre
fur nôtre Horizon de demi heure en demi
heure , & de dix en dix degrez de l'Ecliptique
, & il en donna une Table avec
fon ufage. M. de Guibal fut prié par la
Compagnie de traduire en François l'Aftronomie
du P. Tacquet , & il y fut mê
ine
MAY . 1728. 931
me invité bientôt après par M. de Mairan
, qui approuva fort cette penfée . M.
de Clapiés donna le calcul de l'Eclipfe
de Lune du 21. Octobre 1725. &c.
Enfin , je traitai l'autre jour de l'action
de l'Air fur le corps Humain : Et à cette
occafion M. Aftier mefura exactement la
furface du corps d'un homme d'une groffeur
mediocre , & de cinq pieds trois pouces
de hauteur , & c.
Je paffe , Monfieur , bien des chofes
fous filence , pour ne pas groffir extrémement
cette Lettre . D'ailleurs ce que
j'ai dit jufqu'ici , me paroît fuffifant pour
vous mettre au fait de nos Reglemens &
de nos Occupations. J'ajoûterai ſeulement
qu'on ne manque pas de faire l'Elege
de ceux qui meurent parmi nous :
que c'est ainsi qu'on en a déja ufé à l'égard
de M. l'Abbé Portalon ( a ) M. Maſ
fip lui ayant rendu cet honneur : qu'on
(a) Jofeph François Portalon , nâquit à Beziers
le 15. Fevrier 1669. de Jacques Portalon,
fameux Avocat , & de Françoife de Barthelemy
de Prades. Il s'engagea fort jeune dans l'état
Ecclefiaftique , prit fes degrez en Theologie à
Touloufe , rechercha toûjours l'amitié des gens
de Lettres , fit des Conferences particulieres
fur les Poetes Grecs & Latins , fur la Philofophie
, fur les Mathématiques , fut élu en 1710.
Député du Clergé de ce Diocèfe , fe trouva à
la premiere Séance de nôtre Académie , & c.
Il mourut en cette Ville le 30. May 1724.
en
932 MERCURE DE FRANCE .
en ufera de même à l'égard de M. l'Abbé
d'Arnoye que nous venons de perdre,
M. Racolis s'étant chargé d'en faire inceffamment
l'Eloge : que ceux qu'on reçoit
maintenant , lifent un Difcours le
jour de leur Reception , auquel le Directeur
eft obligé de répondre ; & c.
Je finis , Monfieur , après vous avoir
appris toutefois que Monfeigneur l'ancien
Evêque de Frejus , a eu la bonté de nous
obtenir du Roy la permiffion de faire chaque
année deux Affemblées publiques ,
& qu'il vient de nous le faire fçavoir par
M. de Mairan. Je fuis , & c .
La fuite pour le Mercure prochain.
OD E.
En l'honneur de l'Immaculée Conception
de la fainte Vierge.
Le fujet eft l'OBIL qui ne fouffre point
d'impureté.
OU tend cet effor fi rapide ,
Que j'ofe prendre vers les Cieux ?
Quel génie , ou quel Dieu me guide
Dans ce projet audacieux ?
Si c'est vous , Nymphes du Parnaffe ,
Je
MAY.
1728. 933
Je vais du Chantrede la Thrace ,
Surpaffer les divins tranfports ;
Et dans ce raviffant délire .
De ma voix jointe avec ma Lyre',
Immortalifer les accords.
Oui , c'eſt vous ,
M
Filles de Memoire ,
Qui m'infpirez les plus beaux Vers.
Echo , pour rehauffer leur gloire ,
Porte au loin ma voix dans les airs.
Vents & Ruiffeaux , faites filence :
Oifeaux , refpectez la cadence ,
De mes inimitables fons :
L'OEIL , fource en merveilles féconde ,
Chef-d'oeuvre du Maître du Monde ,
Eft peint en mes doctes Chanſons.
Toi , Pere & Dieu de la lumiere ,
Prodigue en miracles divers ,
Et dont la courſe journaliere
Recrée , anime l'Univers ;
Si fous les Climats de l'Aurore ,
Jadis le Perfan & le More ,
Te
934 MERCURE DE FRANCE.
Te confacrerent des Autels ;
De beaux YEUX , ta vivante image .
Méritoient bien le tendre hommage .
Que leur rendoient les Immortels.
Le Dieu , qui lance le tonnerre ,
Souvent pour eux s'eſt deſarmé :
Pour eux il parut fur la terre
En cent figures transformé :
Et toi , brillant Fils de Latonne ,
On vit l'éclat qui t'environne
Céder à leurs attraits vainqueurs :
L'Amour d'eux feuls tient tous fes charmes ,
Et n'a point de plus fortes armes ,
Pour triompher de tous les coeurs.
Ils font les charmantes retraites ,
Des Graces , des Jeux & des Ris ,
Et quelquefois les interpretes
Des foins , des chagrins , des foucis ,
En eux l'affurance , la crainte ,
La complaifance , la contrainte ,
Se font remarquer tour- d- tours
Et
*
935
MAY.
1728.
Et fi quelque objet nous enflamme ,
Ils font , & les miroirs de l'ame ,
Et les Confidens de l'Amour.
Qui n'admireroit leur ftructure?
Elle eft du Ciel le vrai tableau :
Leur lumiere éclatante & pure ,
Nous fert de guide & de flambeau
L'Arc celefte , qui fur la nuë
Frappe agréablement la vûë ,
N'a point de plus vives couleurs :
Comme ils font l'image riante
De l'Aurore au matin naiſſante ,
Comme elle , ils répandent des pleurs.
Où fuis-je ? par quelle avanture
M'élevai -je au féjour des Dieux !
D'un premier coup d'OEIL je mefure
La Terre , les Mers & les Cieux.
Combien fur la Voute azurée
D'Aftres fuperbement parée
Vois - je de prodiges divers !
Eft- ce donc que l'Etre fuprême
936 MERCURE DE FRANCE .
Ne donne à l'OEIL , comme à lui-même ,
D'autres bornes que l'Univers !
Mais quoi ! le Maître de la Lyre ,
Ce Dieu , qui m'agite à fon gré ,
M'aborde avec un doux fourire .
Et m'introduit au Mont facré !
En main il tient une couronne ;
Reçois ce prix , je te le donne ,
Dit- il , tu l'as trop mérité :
L'OEIL fur la terre eft ma figure ,
Et comme moi dans la nature
Ne peut fouffrir d'impureté .
A ce difcours , la Renommée
Part & s'élance dans les airs ,
Et d'un zele ardent animée ,
Cent fois applaudit à mes Vers :
Au bruit de fa voix éclatante ,
Du couchant à l'Aurore on vante
Le brillant portrait que je peins ;
Et tout l'Univers rend hommage
MA Y.
937
1728.
A POEIL, le plus parfait ouvrage
Du Dieu , qui créa les Humains .
ALLUSION.
Avec les couleurs de la Fable ,
J'ai peint librement mon Sujet :
Dans ce portrait inéfaçable ,
VIERGE , toi feule eft mon objet :
Adam commit le premier crime ;
Sa race en devint la victime ,
Et tout Mortel en eſt taché ;
Mais l'OEIL , ta vivante peinture,
Te reprefente toute pure ,
Et feule exemte de peché.
CEtte
AVERTISSEMENT.
Ette Ode a été prefentée pour le Prix
du Palinod de Caën , dès le 8. de Decembre
1727. Nous voici au mois de
Mars 1728. fans qu'il y ait eu de Jugement
rendu fur la Piece , qui doit remporter
le Prix. Ce délai a donné lieu à
quantité d'abus. C'est ce qui oblige l'Auteur
de fortir de la Lice , & de prendre
pour Juge le Public , dont les décificns
font promptes & certaines.
·
Quelques prétendus connoißeurs fe fon
D imaginez
938 MERCURE DE FRANCE .
imaginez que l'Auteur de cette Ode fe
donnoit trop de louanges ; mais pour les
détromper , qu'ils fe donnent la peine de
lire ce que le celebre M. Menage dit dans
fes Obfervations , fur le Sonnet de Malherbe
, qui finit par ce Vers :
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
Voici comme il parle : Il fied bien aux
Poëtes de fe loüer, la bonne opinion qu'ils
ont d'eux- mêmes , étant un effet de leur
Anthoufiafme . Tous les Poëtes géneralement
de tous les fiecles , & de toutes les
Nations en ont ufé de la forte , &c. Il
cite pour exemples , Virgile , Horace &
Ovide il rapporte plufieurs endroits de
Malherbe , & de nos Poëtes modernes
tant Latins que François ; Il adjoute qua.
la Poëfie aime l'hyperbole , qu'elle fait tous
les braves , plus vaillans que Mars ; toutes
les belles , plus belles que Venus ; &
tous les Poëtes , plus fçavans qu'Apollon.
Par M. de la Douëpe , Avocat à Caën.
********************
܀܀
܀܀܀܀
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montpellier
le 20. Avril 1728 .
LR
E 17. de ce mois d'Avril la Societé
Royale des Sciences de Montpellier
tint fon Affemblée publique dans la Salle
>
MAY. 1728. 939
le de la Maifon de M. de Plantade ,
Avocat General de la Cour des Aydes , &
Directeur de l'Académie .
M. Bon , Premier Prefident de la Cour
des Aydes & de la Chambre des Comptes
, l'un des Académiciens Honoraires ,
préfidoit à l'Affemblée . M. l'Evêque de
Montpellier , & M. de Bernage de Saint
Maurice , Intendant de Languedoc , y
occupoient chacun leur place d'Académicien
Honoraire.
M. de Plantade lût un Difcours Altronomique
& Phyfique fur la lumiere
Boreale , qui parut à Montpellier la nuit
du 19. Octobre 1726. Il prouva dans
fon Difcours que cette lumiere n'étoit pas
un effet du hazard , mais un Phénomene
dépendant du fyftême du monde ; c'eſtà-
dire, de la matiere magnetique qui fort
des poles de la terre , & qui entraîne
avec foi des Parties fulphureufes & ferrugineufes
qui s'enflamment au -deffus de
I'Athmoſphere , & que ce font toûjours
les differentes difpofitions de l'air ou nôtre
inattention qui nous empechent de nous
appercevoir de la régularité de cette efpece
d'Aurore. Il a déterminé la fituation
des colomnes lumineufes qui parurent
alors , par les Etoiles fixes auíquelles elles
répondoient , & que cette lumiere
n'empêchoit pas de voir.
Dij M.
940 MERCURE DE FRANCE .
M. Caumette qui a l'art de faire parler
fon pinceau , & qui avoit fait un tableau
de cette nuit éclairée , comme il en avoit
fait une autre fois de l'Eclipfe totale du
Soleil qui fit voir en 1706.une espece de
nuit pendant le plus beau jour du monde ,
avoit eu le foin de mettre ce Tableau &
celui de l'Eclipfe totale dans la Sale de
l'Affemblée , ce qui faifoit un contraſte
fort fingulier , & occupoit agréablement
les yeux des Spectateurs . On voyoit dans
le Tableau de la lumiere Boreale le Phénomene
, tel que M. Plantade le décrivoit
dans fon Difcours , c'est - à - dire , une nuit
éclairée & plufieurs colomnes de lumiere
qui s'élevoit à une hauteur confiderable ,
& qui paroiffoit appuyée fur un Arc lumineux
, & l'on voyoit en même- temps
dans le Tableau de l'Eclipfe ce jour tenebreux
ou cette nuit effrayante pour le
Peuple , & fi agréable pour les Aftronomes ,
que l'Eclipfe totale du 12. May 1706 ,
avoit répandue fur la terre .
M. de Plantade ajoûte qu'il croyoit
avoir vu une pareille lumiere vers le Pole
Auftral , mais qu'il ne vouloit rien aſſurer
là deffus qu'il n'eût fait des Obfervations
plus exactes . On verra dans ce Memoire
, quand il fera rendu public , les
raifons Phyfiques fur lesquelles fon Syfême
magnétique eft appuyé , & les con
féquences
MAY. 1728. 941
féquences qu'il en tire pour expliquer la
direction , la rétrogradation & la ftatión
de l'aiguille aimantée , qu'on ne fçauroit
expliquer d'une maniere fatisfaifante par
la maniere magnétique , telle que M. Defcartes
l'a imaginée. Il a ajoûté de plus
que cette lumiere qu'on peut appeller Polaire
, doit être d'un grand fecours aux
Peuples qui habitent vers les Poles pour
rendre plus fupportable la longueur de
leurs nuits , & peut- être le grand froid
aufquels ces Pays glacez font expofez.
M. Gauteron lût enfuite un Memoire
fur la neceffité de la refpiration & fur la
caufe de la mort de ceux qui fe noyent .
Il avoit vû depuis très - long- temps que
deux hommes qu'on avoit tirez de l'eau
à demi morts , avoient repris leurs efprits
fans avoir rendu une feule goute d'eau ,
& M. Gauteron avoit foutenu depuis ce
temps- là que les noyez ne boivent point,
& qu'ils meurent fuffoquez comme ceux
à qui on a bouché les conduits de la refpiration
; & pour confirmer ces Obfervations
qu'on pourroit foupçonner , ditil
, de peu d'exactitude , il a muzelé un
chien uniquement pour l'empêcher de
mordre & non d'avaller , il a fait une ouverture
entre deux anneaux de la trachéeartere
de cet animal , il a adapté à cettè
ouverture un tuyau d'argent qui ſe joj-
Diij gnoit
942 MERCURE DE FRANCE .
>
gnoit avec un autre tuyau de même efpece
, par une bonne vis à écrouë . Ces
deux tuyaux joints enſemble , faifoient
environ quinze pouces de hauteur , on
a plongé le chien ainfi accommodé a
fond d'une Cuve pleine d'eau , enforte
que le tuyau furmontoit l'eau de quelques
pouces. Le chien a refté plus
d'un quart d'heure dans cet état , refpirant
toûjours par le tuyau qui étoit adapté
à fa trachée- artere , après quoi il a été
délié & mis en liberté. Le chien alors
a paru un peu étourdi par l'humidité &
la froideur qu'il avoit contractée , mais
peu de temps après il a fecoüé les oreilles,
& s'eft fauvé, en courant , dès qu'il a fenti
qu'il étoit libre.
Cette experience qui a été répetée plufieurs
fois a toûjours réüffi de même , ce
qui prouve démonftrativement que l'animal
n'a pû être noyé , c'est - à - dire , qu'il
n'a pû mourir dans l'eau , tant que la refpiration
a été un peu libre.
Un autre chien qu'on a jetté dans l'eau
fans aucune précaution , y eft mort dans
trois minutes ; & ayant été ouvert , on n'a
trouvé qu'environ deux cuillerées d'eau
dans fon eftomach , mais on a trouvé ſon
poulmou gonflé & enflammé par le fang
qui s'y étoit arrêté , ce qui l'avoit fait
mourir bien vîte.
M.
MAY. 1728 .
943
M. Gauteron conclut de toutes les raifons
& de toutes les experiences qu'il
avoit rapportées , qu'il ne faut jamais fufpendre
par les pieds ceux que l'on tire de
l'eau à demi morts , que cette mauvaiſe
maniere peut éteindre le peu de vie qui
leur refte ; mais qu'il faut les réchauffer ,
leur donner des potions fpiritueufes & les
faigner , quand la chaleur eft revenue , &
que c'eft là le plus fûr moyen de les rappeller
à la vie .
M. Matte termina la Séance par la Def
cription exacte qu'il a donnée des Salins
Pequais & de la maniere dont on y fabrique
le Sel ; il a remarqué que l'eau de la Mer
que l'on fait paffer fur un terrain falé , fe
charge d'une plus grande quantité de Sel
que l'eau douce qui paffe fur le même
terrain. Il a trouvé qu'une peinte d'eau
de la Mer , qu'il a pefée exactement , pefoit
une once & demie de plus que l'eau
des puits ordinaires . En effet , il a tiré
d'une pinte d'eau de la Mer , deux onces
de Sel & une eau tout-à-fait infipide ,
laquelle eau privée de fon Sel , a été de
la même pefanteur que l'eau commune .
M. Matte expliqua dans fon Memoire
la caufe de l'amertume & de l'odeur de
Violette que le goût & l'odorat trouvent
dans le Sel nouvellement fabriqué , &
finit en faifant voir par des experiences
D iiij
non
944 MERCURE DE FRANCE :
non équivoques que le Sel de Pequais fale
beaucoup plus que les Sels de Pairiac ,
de Sigean , & autres Salins de la Province
de Languedoc .
M. Bon réfuma tous ces Memoires , &
annonça la premiere Affemblée publique
après les vacances de l'Académie , c'eſtà-
dire , après la S. Martin de cette année
1728.
EXPLICATION du Logogryphe propofe
dans le fecond volume du Mercure
du mois de Decembre dernier.
*
U Spinx audacieux je ne crains plus la
griffe ;
J'ai pénetré le fens de l'obfcur Logogryphe ,
Quefous millecouleurs on cachoit à mes yeux.
Je ne fuis point ambitieux ;
Mercure , pour prix de ma peine ,
Je ne demande point des tréfors par centaine ,
Tu fçais toûjours qu'avec mépris ,
J'ai regardé des biens le dangereux partage ;
Monftre , qui , felon la Fable , propofoit des
Enigmes aux Paffans près de Thebes , qui les
dévoroit quand ils n'avoient pas le bonheur de
les deviner.
Je
(
MAY.
945
1728.
Je fuis content ,
fi tu m'obtiens d'Iris
Un doux baifer pour tout POTAGE.
R. de R. de Dijon.
XXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
ຈ
ENIGM E.
On habit eft des plus minces ,
Monhabit
Mais on m'eftime en tous lieux.
J'aime à courir les Provinces ,
Pour charmer les Sçavans & plaire aux curieux.
Je fçais tout'; la paix & la guerre ,
Ce qu'on fait aux Cieux , fur la Terre ,
Ce qui fe paffe nuit & jour ,
A la Ville comme à la Cour.
Je fuis le confident des peines
Que
' MA Y. 947 1728 .
Que font fouffrir les inhumaines ;
Quand un Amant , d'une infidelle Iris ,
A reffenti les coups , effuyé les mépris ,
Dans mon fein il répand ſes larmes.
Quand Amyntas dans un fatal inftant ,
Voit partir un ami conſtant ,
Il me fait part de fes allarmes.
Cependant fans être indifcret ,
Je prône par tout leur fecret.
Aux beaux efprits, fur tout, je fers d'azile ,
Pour eux mes foins ne font pas fuperflus ;
Sans leur fecours je ferois inutile ,
Sans moi , peut - être , ils feroient moins
connus.
J'en ai trop dit ; Lecteur , fi tu veux me connoître
,
Promene autour de toi tes regards incertains ;
A tes yeux tu me vois paroître ,
Et je fuis peut-être en tes mains .
On a dû expliquer l'Enigme du mois
dernier par la Cire , & le Logogryphe
par Courage . Voici comment le Chevalier
de Bonoeil , qui en eft l'Auteur , en
juftifie les combinaiſons .
D vj Pour
48 MERCURE DE FRANCE.
Pour déchiffrer le nouveau Logogryphe ,
Oedipe , allons , il faut prendre courage ;
Sois feulement un moment attentif,
Et tout paroîtra fans nuage.
Courage donc , c'eſt le mot juſtement.
Sa tête eft Con , tranchez- le , c'eft la Rage.
Partages- le differemment ,
Tu trouves Cour , tu trouves Age.
Joins à ce dernier mot un C , le chef de cour
Cela ne produit- t- il pas Cage ?
Les autres mots vont venir à leur tour.
A Cu derriere eſt ſynonyme ;
Cu n'eft pas propre à mettre au jour-;
C'est pour cela qu'on les fupprime
Caches- le donc , lors un chef d'or ,
Se montre pour former Orage.
Orage fans A fait Orge , & pas davantage.
Les deux chefs en queſtion , étant unis , font
Cor :
Cela s'entend , l'un lit C , l'autre lit Or.
Paffons.De tout mon corps fuprimez une Ville,
catera. Voici l'endroit le moins facile
Nous en viendrons pourtant à bout.
Otons Goa , refte Gure ; c'eſt tout.
LETTRE
MA Y. 1728. 949
AUTRE Explication du même
Logogriphe. par M. ***
Sans fe rompre le cou culbuter d'un étages
Se faire de fa femme aimer jufqu'à la Rage i
Sans baffeffe avancer à la Cour,près des Grands.
A quelqu'Iris de Quarante ans ,
Faire au jufte accufer fon Age ;
En Cage de bon gré faire entrer les Oiseaux ,
Dormir dans un Vaifleau que tourmente l'Orage
;
Au pain d'Orge réduire un Moine de Cîteaux
Tenir au fon du Cor une Meutte en repos ;
De Goa , ( fi l'on n'a les aîles de Mercure ),
Faire en quatre heures le chemin
Sans la courir , attraper une Cure ;
Faire gratis , entreprendre une Cure
A quelque Medecin .
Oui , tout cela , quoiqu'aſſez difficile ,
Me paroît vingt fois plus facile ,
Que de développer ce Logogryphe obſcur.
Pour éclaircir fon ténebreux langage ,
Apparemment j'ai le crâne trop dur.
Je le laiffe & ne veux y rêver davantage.
Mais quoi ! prefqu'à moitié j'abandonne l'ouvrage
!
Après
950 MERCURE DE FRANCE.
Après tant de tourments j'en demeurerois là !
Crevons plutôt
point cela.
....
• j'y fuis .... non , ce n'eſt
Ne nous rebutons point .... allons ....ferme
Courage ;
Pour le coup m'y voilà.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE Sur les Logogryphes.
MONSIEUR ,
Je me trouvai il y a quelque temps
dans une maiſon, où faute de vouloir s'entendre
, on difputa beaucoup fur les Logogryphes;
obligé de parler à mon tour , je
tâchai de faire voir qu'à certains égards ,
chacun pouvoit avoir raiſon & tort .
Je dis que le Mercure de France , fait
pour toutes fortes d'efprits , pouvoit & devoit
même être varié de toutes les Pieces
amufantes , dont le goût n'étoit pas encore
abfolument hors de mode ; je le prouvai
de mon mieux en donnant lieu de faire
les petites réfléxions fuivantes .
Tout le monde fçait qu'il y a un efprit
de fiecle , de pays , de nation , d'ufage &
de mode, qui fe communique jufques dans
les Solitudes ; qu'il y a des raifonnemens
bons pour trois ou quatre perfonnes , &
'autres pour tous les hommes ; qu'il y a
auffi
•
- MAY.
1728. 9ft
auffi un efprit de tout temps,de tout pays ,
& de tout le monde. Un Auteur doit opter
entre ces differentes fortes d'efprits.
Chacun veut lire , peu de gens veulent
étudier ; les Livres les plus fçavans & les
plus profonds reftent ordinairement
longtemps
dans les Magazins des Libraires ; ils
ne font lûs & connus que de tres-peu de
perfonnes ; on pourroit même peut- être
comparer les Livres de ces Sçavans à un
Banquet , où le plus grand nombre mouroit
de faim, & comparer le Livre du Mercure
à un feftin , où chacun trouveroit
quelques mets de fon goût. Je n'ignore
pas qu'il y a des morceaux riches & exquis
pour les bouches délicates , mais il
faut que le peuple vive .
Il feroit à fouhaiter que des bagatelles
ne fuffent jamais la ferieufe occupation
des hommes ; cependant on peut dire en
quelque maniere , que nous ne pouvons
gueres nous paffer des amuſemens de l'enfance
; les objets grandiffent avec l'âge , &
les mêmes jeux reftent fous differens noms.
Les hommes fe conduifent moins par
raifon que par goût , ou par inftinct ; la
diverfité des goûts fait dans le genre humain
la varieté morale , que l'on y admi-
& que la pure raifon ne pourroit
re ,
jamais produire elle feule .
L'efprit eft peu cultivé , parce qu'on eft
plus
952 MERCURE DE FRANCE .
plus fenfible que raiſonnable
: on aime paſfionément
le plaifir , & l'on voudroit
que
Putile fut toujours fous la forme de l'agréable
. C'eft prefque toûjours malgré foi
qu'on fouffre une opération
douloureuſe
pour conferver
fa vie ; & l'efprit ne peut
avoir, pour ainfi dire , de la bonne & de la veritable
nourriture
qu'en prenant
la peine
de fe l'affaifonner
lui- même .
A force d'argent le public eft à notre
fervice ; mais quand il faut payer d'efprit
& de fa perfonne , malgré les millions , on
peut fe trouver court , il faut de l'acquit ;
le merite perfonnel eft fans prix; malheur
à qui en eft privé... Ces réfléxions , quoique
generales , pourront faire voir à la jeuneffe
bien intentionnée, qu'il ne fuffit
pas
de chercher le fimple & le fterile plaifir
de la lecture ; quelque amufante qu'elle
paroiffe , l'efprit doit agir & réfléchir fur
chaque chofe , afin de trouver la liaiſon
& le rapport neceffaire entre le Livre du
Mercure & les Livres de toute fcience.
Fatigué des lectures les plus relevées ,
on paffe avec plaifir & par curiofité à celle
de ce Journal ; on ne fçauroit donc trop
le varier & le rendre trop intereffant pour
le grand nombre des Lecteurs ; c'eft pourquoi
, à l'inſtar des Logogryphes en vers ,
on a cru qu'il ne feroit peut - être pas mal
d'en donner d'une efpece propre à exercer
agréablement
MAY. 1728. 953
agréablement & utilement la jeuneffe qui
s'attache à la fcience des nombres.
Par ces jeux ingenieux , on fe rendra
l'Arithmetique familiere ; ce qui fera de
quelque utilité pour les principes des Arts
& des Sciences. Les Parens & les Maîtres
pourront juger de la capacité de leurs enfans
, par la folution de ces petits Problêmes
en Logogryphes.Cet exercice pourra
les animer & fournir quelquefois matiere
inftructive à leur converfation .
J'indique la nouvelle efpece de Logo .
gryphes ; d'autres plus au fait que moi ,
dans les nombres & dans le ftyle des Problêmes,
pourront mieux fatisfaire la louable
curiofité des jeunes gens . Je fuis , &c.
De ...Logogryphe huitiéme.
Date .... Logogryphe deuxième &
vingt uniéme .
Votre, &c.... Logogryphe dix - huitiéme.
Nota. Les premiers Logogryphes arithmetiques
, & ceux qui feront compofez
de plus de fept lettres , feront ordinairement
les plus faciles ; & au contraire ,
quand il y aura peu de lettres dans les mots
à deviner , on les donnera plus difficiles .
On propofera en Logogryphes arithmetiques
les mots des Enigmes , & des Lo
gogryphes en vers du Mercure François ;
ce qui pourra fervir à livrer de petits af
faurs
954 MERCURE DE FRANCE.
fauts literaires entre les Poëtes & les Arithméticiens
; les premiers cherchent & devinent
au hazard & à tâton , au lieu que
les autres cherchent & trouvent par démonſtration
.
Ceux qui devineront les Logogryphes
pourront donner en Logogryphes arithmétiques
leur nom & le nom du Pays , de
la Ville & du lieu d'où ils écrivent; ce qui
fournira chaque mois un petit exercice aux
jeunes amateurs de la ſcience des nombres.
Les perfonnes qui voudront s'exercer à
ce jeu litteraire & numerique , & donner
des Logogryphes au public , auront foin
de choisir des noms , ou des mots illuftres
& connus dans l'Hiftoire , dans les Arts
ou dans les Sciences. On entend par Mot
ou par Nom , fans l'article ou avec l'article
, la totalité & la fuite des Lettres qui
compofent celui du Logogryphe arithmétique
propofé.
Il fera mieux d'écrire tout au long les
nombres entiers , ou leurs fractions , que
de les mettre en chiffes & en abregé , de
peur que les erreurs & les fautes d'impreffion
ne rendent les Logogryphes indéchifrables
ou impoffibles .
Le mois d'après on donnera les noms
& les mots des Logogryphes arithmétiques
qu'on avoit propofez dans le mois
précedent ; & les premiers Problêmes
pourront
MAY. 1728. 955
pourront fervir de regle & de modele pour
les autres.
Voici l'a , b , c, fur lequel on doit travailler
, fans oublier l'j & l'v confonnes ,
non plus que le k dont on peut avoir befoin,
en voulant operer fur certains mots.
On écrit tout de fuite les lettres de l'a , b, c,
enforte que la fuite naturelle des nombres
, 1 , 2 , 3 , 4 , &c. réponde aux lettres
de l'a , b , c , &c . fans y entendre aucun
myftere des nombres Pithagoriques
de lettres chifrées avec fuperftition .
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14.
a. b. c. d. e. f. g. h. i . j . k. 1. m. n.
15. 16. 17. 18, 19 , 20. 21. 22. 23. 24. 25.
o . p. q. r. 1. t. u. v. x. y . z.
Quelque Ortographe que l'on fuive
dans les mots , ou dans les noms des Logogryphes
arithmétiques , la folution du
Problême rendra le nom , ou le mot , en
même Ortographe . Exemple.
Logogryphe de quatre lettres , ou de
nombres .
quatre
Le nombre répondant à la premiere
lettre du mot eft deux.
Le nombre répondant à la feconde lettre
du mot eft égal au premier nombre ,
plus trois.
Le
256 MERCURE DE FRANCE .
Le nombre répondant à la troifiéme
lettre , eft la moitié du premier nombre .
Le nombre répondant à la 4 lettre eft
trois fois la fomme du premier & du fecond
nombre.
Donc le premier nombre eft deux , ou
la lettre b. 2 .
Le ſecond nombre eft deux, plus trois ,
ou cinq , ou la lettre e. 5 .
Le troifiéme nombre eft la moitié du
premier , ou un , ou
•
a. I.
Le quatriéme nombre eft trois fois fept,
ou vingt & un , ou
Donc le mot Beau eft celui du
Logogryphe propofé felon
l'orthographe ordinaire .
· U. 21 .
beau
2.5.1.21
Logogryphe de deux lettres ou de deux
nombres.
Le nombre répondant à la premiere
lettre eft la feptiéme partie du fecond
nombre moins un.
Et le nombre répondant à la feconde
lettre , plus le premier nombre font dix-
Lept.
Donc la huitième partie de dixfept
moins un , ou de feize , pour
la premiere lettre eft deux , ou
Et le fecond ou dernier nombre
eft dix-fept moins deux , ou quinze
, ou la lettre
b. 2.
0.15
Done
MAY . 1728 .
957
Donc le mot Bo , eft celui du
Logogryphe propoſé ſelon l'Ortographe
vicieufe , & contraire à B. o.
22.15p
celle des yeux , quoiqu'affez conforme
à celle des fons ou de l'oreille.
On a crû cette remarque neceffaire
pour prévenir les petites difficultez qu'on
pourroit faire fur la difference des Orto
graphes.
LOGOGRYPHES ARITHMETIQUES .
1. Logogryphe compofe de quatre Lettres ,
on de quatre Nombres.
Le nombre répondant à la feconde lettre
, eft égal à celui qui répond à la
premiere lettre ; plus trois.
Le nombre répondant à la troifiéme lettre
, eſt égal au double de celui qui répond
à la premiere ; moins un.
Le nombre répondant à la 4 ° . lettre , eft
la valeur de treize fois la re.
La fomme des quatre valeurs eft dix- neuf.
2. Logogryphe composé de cing Lettres.
La valeur de la 2. lettre ; eft moins deux
2 fois la valeur de la se.
La valeur de la 3. lettre ; eft moins fix
2 fois la valeur de la s .
La
958 MERCURE DE FRANCE.
La valeur de la 4. lettre , eft moins trois ,
la valeur de la 5 .
La valeur de la ire lettre , eft le
la se . moins huit.
Somme totale foixante- deux.
quart
de
3. Logogryphe compofé de cing Lettres.
La valeur de la 2. lettre , eft moins onze,
égale à la re .
La 3. lettre ou valeur , eſt égale à la 1º .
plus un.
re
La 4. eft égale à la 1. moins fept.
La se . eft égale à la moins neuf.
Somme totale trente quatre.
4. Logogryphe defept Lettres.
La te doublée , plus deux , donne la 2º.
valeur.
La 3 valeur , eft égale à la 1. moins
deux .
La 4 valeur eft quatre fois la 1re. plus
deux .
La se eft fept fois la 1re . plus un.
La 6e eft fix fois la 1re.
e
La 7 eft égale à la 1re . plus deux.
Somme totale foixante & onze.
5. Logogryphe de fept Lettres.
La valeur de la 2º. eſt égale à la 1. moins
"
onze.
La 3º. eſt égale à la 1º , plus fix.
La
MAY . 1728.
959
La 4. eft égale à la íre , plus trois.
La s . eft égale à la 1. plus cinq .
La 6. eft comme la 1. plus neuf.
La 7. eft égale à la 1re.moins fept.
La fomme totale eft quatre- vingt neuf.
6. Logogryphe de dix Lettres.
re .
La 2. eft égale à la plus trois .
La 3. eft comme la 1. moins cinq
La 4 comme la 1re . plus trois.
La s . comme la 1. moins cinq.
La 6º. comme la 1. plus fix.
La 7 eft égale au double de la 1 " .
La 8. eft comme la ire . plus quatre
La 9. comme la 1re . moins quatre.
La 10. comme la 1re . moins fept.
Somme totale cent vingt-fept .
re
7. Logogryphe de dix Lettres .
La 2º eſt égale à la 1. plus quatre.
La 3. eft égale à la 1. moins douze
La 4. comme la 1re . moins trois .
La s . eft égale à trois fois la 1. moi
trente - fix.
La 6. comme la 1re. plus quatre.
La 7º. comme la 1re. moins huit .
La 8. comme la 1re . moins cinq .
La 9º. comme la 1. moins cinq .
La 10. comme la re. moins douze .
Somme totale cent trente & un.
8.
960 MERCURE DE FRANCE.
1.
8. Logogryphe de 5. Lettres.
La 1. plus la 2º. font dix fept.
La 2º. plus la 3º . font dix- neuf.
La 3 plus la 4. font vingt - fept.
La 4. plus la 5. font vingt - huit.
Somme totale foixante-trois.
9. Logogryphe de fept Lettres.
La 1. & la 2°. font dix huit.
La 2. & la 3. font vingt - trois .
La 3. & la 4. font vingt -un.
La 4. & la se . font vingt - quatre.
La se. & la 6°. font trente-neuf.
La 6. & la 7. font vingt -trois .
Somme des 7.lettres quatre vingt trois.
10. Logogryphe de fisc Lettres .
La- 1 , eft le quart de la fomme des 6. let.
La 2. eft le tiers de la 3 *.
La 3. eft le tiers de la 4°.
La 4. eft la moitié de la se.
La 5. plus fix , égale d'une fois la 1º .
Somme totale eft quarante - huit.
11. Logogryphe de fix Lettres.
La 1r . eft le tiers des cinq dernieres .
La 2. eft la cinquième partie de la 6º.
La 3. eft le quart de la 1 .
La 4 °. eft le tiers de la fomme des 4º &
5.e.
La 5. eft fix fois la 3. ou les trois huit.
La
་
Μ Α' Υ.
961 1728.
de la fomme totale .
La 6. eſt le nombre cinq.
Somme totale quarante-huit.
12. Logogryphe de fix Lettres.
La ire . plus la fixiéme , font les deux tiers
de la 2e.
La 2. plus la premiere , font trois fois
la 6e .
La 3. eft le tiers de la re
La 4 eft les trois quarts de la 2º.
La se . eft trois fois la fomme des 3º. & ·
6e.
La 6. plus la troifiéme , font les deux
tiers de la 4 .
Somme totale quarante - huit.
13. Logogryphe de neuf Lettres .
La 1. eft double de la 2º . & 3º. ou de
la feule 4°.
La 2. eft le tiers de la 7 °.
La 3. plus un , égale à la 9º .
La 4.eft égale à la moitié de la 1re .
La 5. double de la 6°.
La 6. égale la moitié de la 7º, moinš
un.
La 7. égale aux trois quarts de la 8°.
La 8. égale à la 2 °. plus trois fois la 9 °.
La 9º . eſt égale à la 2º.
Somme totale quatre-vingt dix - fept .
E 140
62 MERCURE DE FRANCE.
14. Logogryphe de fept Lettres.
La 1. eft arithmétiquement à la s .
comme la 6º . à la 7º.
La 2 eft arithmétiquement à la 4°.
comme la 4 °. dix - huit , l'eſt à la 3º.
La 3. eft géométriquement à la 2º. comme
la 6. à la 7º.
Le produit de la 4. par la 1. égale la
fomme des 2º. 3 °. & 4°.
La racine cube de la 5. égale le tiers de
la re
Le quarré de la 6 ° . plus la racine moins
deux , égale le produit de la 1. par
la 4
15. Logogryphe de trois Lettres.
La racine du quarré de la moitié de la  .
égale la 5º , partie de la 2º.
La racine quarrée de la 2 ° . plus un , égale
la 6 partie de la 3º.
La racine quarrée de la 3. plus un , égala
le tiers de la 2º.
16. Logogryphe defept Lettres ,
Sept fois la . plus fon quarré égalent
dix fois la fomme des 2. 3. & 4 ° .
Le cube de la 2. moins la fomme des 3 ,
4. 5. égale la fomme totale quatrevingt
trois..
La 3. eft la moitié des trois res,
La
MAY. 17281963-
La 4. égale la 6. partie de la 6 lettre,
ou trois.
La 5 plus la quatriéme , égale le tiers de
quatre fois la 3 .
La 6. plus le quarré de la 2 égale le
quarré de la 4. plus la fomme des 1 .
.3c. 4€..
e.
La 7. ou cinq, plus la 4. donnent la racine
quarrée de la fomme des s moyennes
moins un .
17. Logogryphe de fix Lettres.
Le produit de la re. par la 3. égale le
quarré de la moitié de la re
e .
I
La 2 eft géométriquement à la 3 , comme
la 3 ° . à la 4°.
La
e. eft égale à la difference de la 1 .
3c.
& 4°.
La 4 plus la cinquiéme égalent le produit
de la 3e par la 4° DD
re
La 5. eft arithmétiquement à la 1. comme
la 4. à la 3 .
La 3. plus la fixiéme , qui eft cinq , multipl.
par deux fois la 3. égalent la fom-r
me totale quarante-huit
9781
18. Logogryphe de cing Lettres.
Le quarré de la 5 plus cinq fois fa raci
ne , égalent la totale cinquante - huit
plus trois cens quatre-vingt dix-huit.
Le cube de la 4. égale la moitié de la
E ij
racine
༽
964 MERCURE DE FRANCE:
racine quarrée de la re
La 3 plus un, égale les deux tiers de laze .
La 2. moins un égale la fomme de la 4°.
& de la se.
La 1. eft la s . partie des deux dernieres .
19. Logogryphe de cing Lettres.
La rre. lettre ou 12. eft le tiers de la fomme
des deux fuivantes .
La 2. eft la moitié des deux fuivantes enfemble.
La 3 ° . eft les trois quarts des fuivantes ,
4 & 5. enſemble .
e.
La 4° . eft le quart de la 2º . & de la 3ª enfemble
La se . eft égale à la 3. moins deux.
La fomme totale plus cinq, eft un quarré,
dont la 4. eft la racine.
-20. Logogryphe de fix Lettres .
La 1. moins quatre , eft la racine du
quarré de la 4º .
La 2. eft la cinquième partie de la fome
de la 1. & de la 3 .
La3 . eft la moitié de la fomme des trois
Ires.
La 4 ° . plus la troifiéme , eft le quarré de
la 2. & de moins deux .
Lase . eft un quarré,dont la feconde moins
cinq eft la racine.
La 6. plus la feconde , eft un cube dont
la quatrième moins neu feft la racine ,
211
MAY. 1728
965
21. Logogryphe de trois Lettres .
La racine quarrée de la 1 re, moins
eft égale à trois fois la 2 * .
quatre,
La 2. eft arithm . à la ire . comme la 1º .
moins un , à la 3º .
La racine quarrée de la fomme des 2º, &
3. eft égale à cinq fois la 2º .
22. Logogryphe de cing Lettres.
La racine quarrée de la 1re . moins deux ,
eft égale à la racine quarrée de la 2 °.
plus un .
La 2. eft arithmétiquement à la 3 ° .comme
la 1. eft arithmétiquement à la 3º•
plus neuf.
Le quarré de la 3. égale la fomme des
2. 4. moins cinq .
Le quarré du tiers de la 4.égale la fomme
des trois dernieres .
La racine quarrée de la derniere, plus deux ,
égale la fomme totale des cinq lettres
moins un , divifée par trois fois la 3 .
23. Logogryphe de cing Lettres.
La 1. égale la racine quarrée de la fomme
des 2. 3. & 4°.
La 2. moins un , égale la partie de la
fomme totale, 70.
La 3. moins un , égale à de la fomme des
quatre dernieres.
E ij
La
966 MERCURE DE FRANCE.
La 4. plus trois , égale la 3. moins
un .
Le quarré de la de la 5. égale la 3 °. 12
3. plus
le quarré du de la 2 *. plus fa Ra
cine.
24. Logogryphe de cing Lettres
Le quarré de la 1. plus un , égale le du
quarré de la 2. plus un .
Le quarré du de la 2º égale la 3º .
Le quarré de la 3. égale le quart de la 4 .
plus 10. fois les 3 ° . 4°.
3
Le quarré de la 4 °.égale le quarré de la 5º.
plus la fomme des 4°. 5 .
La se . plus un , égale la de la fomme
totale , moins un.
Somme totale égale à celle de 76.
25. Logogryphe de deux Lettres.
La Racine quarrée de la Racine quarrée
de la re, moins trois , ajoûtée à 3.égale
Racine quarrée de la 2 plus cinq.
Le quarré de la 2. égale le quarré de la
1. plus la fomme des deux.
La fomme des deux , plus un , égale la
du quarré de la 2º .
NOU
MAY. 1728. 967
XXXXXXXX: XXXX : XXX*
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
A RELIGION CHRETIENNE ,
Latourée par l'accompliffement des
Propheties de l'Ancien & du Nouveau-
Teftament , fuivant la Méthode des
SS. PP. A Paris , ruë de la Harpe &
ruë Galande , chez Billiot , & Quillan ,
in 4. de 386. pages. 7. livres.
HISTOIRE de la Ville & des Seigneurs
de Coucy , avec les Pieces juftificatives,
enrichie d'un grand nombre de Notes en
Differtations , très- intereffantes , non feulement
pour l'Hiftoire de France , mais
encore pour celle d'Allemagne , d'Angleterre
, d'Ecoffe , & c . Dédiée à S. A. S.
M. le Duc d'Orleans , Sire de Coucy
Premier Prince du Sang . Par Dom Touf
faints du Pleffis , Benedictin de la Congré
gation de S. Maur. Ruë S. Jacques , chez
Babuti , 1728. in 4. avec fig.
ET COMMENTAIRE LITTERAL
ABREGE', fur la Geneſe, l'Exode , le Levitique
, les Nombres & le Deuteronome,
avec la Verfion Françoife . Par le R. P.
E inj Dom
و
68 MERCURE DE FRANCE.
Dom Pierre Guillemin , Religieux Benedictin
de la Congrégation de S. Vanne &
de S. Hydulphe , Profeffeur en Théologie,
& Sous-Prieur de Châtenoix . A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Emery , Saugrain
, pere , & Martin , 1728. 3. vol .
in 8. reliez 9. livres.
LETTRES CRITIQUES fur les Voyages
de Cyrus , à M. le Marquis de ***
Par *** A Paris , Quay des Auguftins,
chez Rollin , 1728 .
ARGENIS , Roman Heroïque . A Paris
, Quay de Gefures , chez Prault , 1728.
2. vol. in 12 .
OSTEOLOGIE , ou Suite du Guidon
de S. Côme , qui enfeigne en peu de tems
les premiers élemens de l'Anatomie , en
développant fans peine ce que les os ont
de plus utile & de plus neceffaire à leur
connoiffance , & pour l'inteiligence des
autres parties du corps humain. ParNicolas
de Janfon , Maître Chirurgien Juré
à Paris , rue des Petits - Champs. Dedié
à M. le Duc d'Orleans. A Paris , Place
de Sorbonne & Quay des Auguftins , chez
Hortemels , André Cailleau , & Bauche ,
1728. in 12. Prix 2. liv. 10. fols , avec
des Planches.
HIS
MAY . 1728 . 969
HISTOIRES CHOISIES , ou Livres
d'Exemples tirés de l'Ecriture , des Peres
& des Auteurs Ecclefiaftiques , les
mieux averez ; avec quelques Reflexions
morales fuivant l'ordre des matieres
dont on traite dans les Cathechifmes.
Nouvelle Edition. A Paris , ruë Galande,
chez Jacques Quillan , in 12. de 562 .
pages; Prix 35. fols .
,
HISTOIRE DE POLYBE , nouvellement
traduite du Grec , par Dom Vincent
Tuillier , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur . Avec un Commentaire ou
un Corps de Science Militaire , enrichi
de Notes Critiques & Hiftoriques , où
toutes les grandes parties de la guerre ,
foit pour l'offenfive , foit pour la deffenfive
, font expliquées , démontrées & réprefentées
en figures. Ouvrage très - urile,
non-feulement aux Officiers Generaux ,
mais même à tous ceux qui fuivent le
parti des Armes . Par M. de Folard , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
Meftre de Camp d'Infanterie . 8. volumes
in 4. propafez par Soufcription. A Paris ,
chez les Gandoin , Giffart & Armand ,
Quay des Auguftins , Quay de Conty &
rue S. Jacques , 1728. On délivre le
troifiéme volume.
"
E v DISL
970 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS de la Réformation "de
l'Homme interieur , où font établis les
veritables fondemens des Vertus Chrétiennes
felon la doctrine de S. Auguftin . A Paris
, rue S. Jacques , chez Fr. Babuti ,in 12.
'de 216. pages. Prix 30. fols.
<
INSTRUCTIONS ET PRIERES pour
la fainte Meffe , la Confeffion & Communion
, & pour rendre à J. C. prefent
au S. Sacrement de l'Autel , les adorations
qui lui font dûës . Chez le même
in 12. de 352. pages . 30. fols .
ELEVATIONS DU COEUR , & Prieres.
à N. S. J. C. fur les Mysteres de la Paffion
, &c. propres pour chaque jour de
la femaine . Chez le même , in 18. de 3 22
pages. 25. fols.
EXPLICATION Courte & inftructive
de l'Oraiſon Dominicale & de la Salutation
Angelique , contenant une Paraphra
fe en forme de Priere fur chaque demande
, &c. Chez le même , in 18. de 283 .
pages , 25. fols .
RELATION HISTORIQUE d'Abiffinie
, du R. P. Jerôme Lobo , de la Compagnie
de Jefus , traduite du Portugais ,
continuée & augmentée de plufieurs DiffertaMAY.
1728. 971
fertations , Lettres & Memoires. A Paris,
Quay des Auguftins , chez la veuve Coû
telier & Jacques Guerin , 1728. in 4.
INSTRUCTIONS ET PRATIQUES.
DE PIETE' pour faire faintement la premiere
Communion , &c . Exercices pour
la Confeffion & pour la Communion ,
& un Reglement de vie qui peut fervir
à toutes fortes de perfonnes . Ruë faini
Jacques , chez Lottin , in 18. de 112 .
pages , prie 1. livre.
PSEAUTIER , diftribué felon la femaine
avec les Hymnes , les Verfets & les Profes
qui fe chantent à l'Eglife
pendant
toute l'année , & l'Ordinaire
de la Meſſe,
Latin & François. 1726. A Paris , rue
S. Victor, chez G. Ch. Berton , in 16.
& in 24.
CANTIQUES SPIRITUELS d'un So
litaire , compofez fur divers Chants &
Airs nouveaux , à l'ufage des Miffions ,
& Catéchifmes. Chez le même , in 12 .
LA JOURNE'S CHRETIENNE
contenant les Prieres & les moyens propres
pour fanctifier la journée. Avec
Ï'Ordinaire de la Meffe , Latin - François.
Nouvelle Edition revûë , corrigée &
augmentée. Chez le même , in 24.
Evj RE'
,
972 MERCURE DE FRANCE.
REFLEXIONS pour chaque jour du
mois , fur les principales qualitez de J.C.
dans l'Euchariftie ; pour fervir aux Prêtres
de préparation & d'actions de graces,
devant & après la fainte Meffe , de fujer
d'exhortation dans l'adminiſtration du
S. Viatique ; & aux Fideles , d'Entretien
pendant le S. Sacrifice de la Meffe
avant & après la Communion , & dans
l'Adoration du S. Sacrement . Troifiéme
Edition , revûë , corrigée & augmentée
par M. G. Docteur en Théologie , Archidiacre
& Théologal de *** Chez lë
même , in 24.
LA SPECTATRICE , premiere Semaine
, petite Brochure de 28. pages ,
qu'on doit donner deux fois par mois.
A Paris, Quay de Conty , & au Palais
chez la veuve Piffot , & J. Nully , 1728
Prix 6. fols .
LA CLE DU RUDIMENT , ou les
premiers Elemens de la Langue Latine ,
par demandes & par réponſes , pour les
Enfans qui commencent à lire & à parler
; Ouvrage divifé en deux parties.
A Orleans , ruë de Bourgogne , chez la
veuve Jacob , 1728. Brochure in 8. de
56. pages , fans la Préface & l'Avis du
Libraire.
NouMAY.
1728.
973
NOUVELLES DECOUVERTES EN
MEDECINE , très - utiles pour le Service
du Roy & du Public . Par le fieur Thiers
de Marconnay , Docteur-Medecin. Nouvelle
Edition . A Paris , ruë de la Harpe,
chez la veuve d'Houry , 1728. Brochure
in 12. de 46. pages , compris l'Epitre
à M. le Blanc , l'Approbation & le Privilege
.
La premiere Partie de ce petit Ouvrage
porte pour titre : Systême nouveau qui
prouve par des experiences certaines &
réiterées , les vertus des Remedes qu'on extrait
des Métaux & des Mineraux ‡
qu'ils doivent être preferez à tous ceux
qu'on tire des Vegetaux & des Animaux;
qu'ils produifent des effets qui tiennent
du merveilleux , & qui guériffent en trèspeu
de temps , comme il eft prouvé par des
raisonnemens fans réplique.
Après , une Differtation fur les Eaux
Minerales , fuit le Memoire d'une partie
des Cures que le fieur de Marconnai a
faites à Mer pendant plus de rs . ans
qu'il a exercé la Medecine avec fes Remedes
, lefquelles Cures font fi furprenantes ,
qu'on les a publiées comme prefque merveilleuses.
Un fecond Memoire des Cures
faites à Paris , finit l'Ouvrage.
TRAITE DE LA TAILLE au haut
appareil ,2
974 MERCURE DE FRANCE
appareil , où l'on a raffemblé tout ce qu'on
a écrit de plus intereffant fur cette Opération;
avec une Differtation de M. Mo
rand , Chirurgien. Et une Lettre de
M. Winflow , Medecin , fur la même matiere.
A Paris , ruë S. Jacques , chez
Guillaume Cavelier , 1728. vol . in 12 .
de 34-2 . pages , fans l'Epitre à M. Winf
low, l'Avant- propos , & une Table Alphabetique
des Matieres.
Deux motifs bien preffans nous enga
gent à publier cet Ouvrage. Le premier
c'eſt le bien public , dont l'habileté & la
réputation de l'Auteur , nous font garants.
Le fecond, qui eft prefque auffi intereffant
pour nos Lecteurs & pour nous- mêmes ,
c'eft
l'éclairciffement d'un fait que nous
avons avancé fur de faux Memoires , &
cependant point trop legerement , à ce
qu'il nous paroît. On en va juger par la
page 302. & fuivantes da Livre que nous
annonçons.
ECLAIRCISSEMENT fur une hiftoire
de la Taille au haut appareil , annoncée
dans deux Mercures de France.
Dans le Mercure d'Avril 1725. il y a
une Lettre écrite de Lauzanne , qui contient
des Nouvelles Litteraires de Suiffe ,
à la fin defquelles on lit ce qui fuit.
Je
MAY. 1728. 975
Je nepuis m'empêcher de vous faire part
d'un cas bien extraordinaire , arrivé dans
se Canton , lequel donnera fans doute de
l'exercice aux Anatomistes.
Un homme qui travailloit aux vignes ,
fefentant pressé tout à coup des douleurs les
plus violentes de la Pierre , & voulant s'en
délivrer , s'affit tranquillement , & d'un
coûteau en ferpette dont il travailloit , il
s'ouvrit le venire , chercha fa veffie , qu'il
ouvrit de même , s'arrachant la Pierre, retourna
enfuite à ſa maiſon , cù ſe faisant
panferpar des remedes affez communs, l'une
& l'autre playefurent confolidées.
Dans le Mercure de Novembre de la
même année , il y a une autre Lettre d'un
Confeiller au Confeil de Lauzanne , dans
Jaquelle on lit :
L'avanture du Payfan eft averée , avec
cette difference , que ce ne fut pas lui- même
qui fe fit l'opération ,mais un autre Paysan,
qui avoit été Sergent dans les Troupes Suiffes
en Hollande , & s'étoit trouvé prefent a
une operation pareille , fans avoir eu aucun
principe ni legen d'aucun Chirurgien : il
fit cependant avec une Serpette l'opération
du Haut Appareil , fans les précautions
accoûtumées , tira une groffe Pierre de la
veffie , & guéritfon malade par des applications
fort fimples . Ce malade qui s'appelle
976 MERCURE DE FRANCE :
pelle Bulart de Gimel , eft encore vivant au
Village de Burfins , à une lieuë de Role ,
du Lac Léman.
Cette opération étoit trop favorable
au Haut Appareil , pour ne m'en pas fervir
, dit M. Morand ; cependant je n'ai
point voulu en faire ufage fans en être
bien sûr ; & bien m'en a pris , car M. le
Résident de France en Suiffe , qui a été
prié d'éclaircir ce fait fingulier , en a envoyé
un détail bien different de celui qui
eft énoncé dans les Mercures d'Avril & de
Novembre 1725.
M. de la Martiniere a écrit de Soleure
à M. le Blanc , une Lettre du 18 Aouft
1727 , qui m'a été renvoyée par ce Miniftre
, auquel il mande , qu'afin de pouvoir
verifier avec plus d'exactitude & de
diligence le fait énoncé dans le Memoire
qui lui a été envoyé , il s'eft adreffé à
M. le General d'Erlach , Envoyé du Canton
de Berne , lequel lui a envoyé par un
Exprès la réponſe de M. Fiſcher , Baillif
d'Aubonne , à qui il s'étoit informé du
fait.Voici cette Réponfe, copiée mot pour
mor.
REPONSE
MAY. 1728. 977
RE'PONSE au Mémoire du fieur
Morand,fur ce qui eft contenu en deux
Mercures de 1725 , touchant l'operation
de la Pierre , faite par un Paylan,
au Canton de Berne , en 1717.
Le Suiffe taillé , ne fe nomme pas Bulart,
ni par équivoque Billiart , mais Jacques
Beney , de Gimel , Village dépendant du
Bailliage d'Aubonne, au Canton de Berne,
garçon alors âgé d'environ 48 ans , pauvre
& manouvrier, qui a été travaillé de la
Pierre pendant 8 ans.
Le premierjour d' Avril 1717 , fouffrant
de grandes douleurs , il pria Jean- Marc
de Bonneville , dudit Village de Gimel, de
l'en délivrer, ce que ce dernier lui accorda
après quelque résistance , n'étant pas Operateur
, mais s'étant de lui- même adonné à
faigner & razers pour cet effet ledit Jean-
Marc de Bonneville le fit coucher fur un
fiege à bras,& lui fendit laVerge avec une
Lancette ; en commençant au deſſous vers le
bout du gland où la Pierre étoit ; laquelle le
patient voyoit paroître au bout de la verge,
lequel vouloit effayer de la fortir avec une
halcine.
Ledit de Bonneville , en faisant l'opération
fendit auffi ladite Pierre en deux , &
la fortit avec les doigts . Elle étoit de la
groffeur d'une groffe féve.
L'Operation
978 MERCURE DE FRANCE .
L'Operation fe fit tres - heureufement ; le
patient ne perdant pas d'abord extraordinairementdefang,
& l'Operateur Payfan,
mit d'abord un emplâtre fur la playe, tant
pour arrêter le fang, que pour la confolider;
après quoi le patientfortit de chez fon Ope
rateur pour s'en aller chez lui ; enfuite le
fang qui s'émut a été entierement arrêté par
du charpi d'écarlate ,que la femme du fieur
Bulard, Miniftre audit Gimel , lui envoya
chez lui.Le lendemain d'après l'Operation,
ledit Beney fut à la Charuë & n'a plus
fenti d'incommodité de la Pierre.
Ce
que 1
devant m'a été relaté au Château
d'Aubonne , parledit Jean- Marc de Bonneville,
& à Gimel par ledit Jacques Beney,
qui eft en fanté & dans fa 58 année . Fait
audit Château d'Aubonne , les ro & ri
d'Aouft 1727. Signé N. F1s CHER ,
Baillif d'Aubonne.
TRAITEZ PHILOSOPHIQUES &
Pratiques d'Eloquence & de Poëfie, contenant
des exemples de chaque forte d'Eloquence
& de Poëfie ; fuivis de Réflé
xions critiques. Par le P. Buffier , de la
Comp . de Jefus. A Paris , chez le Clerc ,
ruë de la vieille Bouclerie. Chez Mufier
Quay des Auguftins , & chez Thiboult ,
Place de Cambrai . 1728. 2. vol . in 12.
prix , 3 liv. 10 f. reliez.
Ce
MAY. 1728. 979
Cet Ouvrage eft celui que nous annonçâmes
dans le Mercure du mois de Février
dernier. Il eft comme d'autres , du
même Auteur , fur un Plan affez noùveau.
Il donne à entendre que l'on n'a
pas communément une idée affez exacte
de l'Eloquence ; qu'on la confond avec
ce qu'on doit appeller ou Rhétorique ou
Logique , qui donnent un fecours neceffaire
à l'Eloquence , mais qui ne font pas
l'Eloquence même. L'Auteur diftingue un
Difcours éloquent d'avec ce qui eft feulement
un Difcours difert , & il en marque
des traits differens. Il montre d'ailleurs
qu'il ne faut pas moins de talens naturels
pour l'Eloquence que pour la Poëfie ;
auffi ne trouve t- il pas que l'Art & les regles
puiffent plus fervir à former un Orateur
qu'un Poëte .
Il reconnoît cependant que le talent na
turel pour l'Eloquence peut & doit même
être aidé par la lecture frequente & ré-
Alechie des pieces excellentes d'Eloquence
, & par l'exercice d'en travailler foimême
, fur tout fi un ami ou un Maître
habile prend foin de corriger les endroits
où l'on auroit moins réüffi.
Touchant l'inutilité d'une partie des
regles ordinaires , il commence à la montrer
dans ce qu'on prefcrit communément
pour l'Exorde ; fçavoir, qu'il y faut
attirer
980 MERCURE DE FRANCE.
attirer l'attention & la bien-veillance de
l'Auditeur , & qu'on y doit uſer d'un ſtile
periodique , &c . comme fi l'Orateur ne
devoit pas attirer l'attention dans toute la
fuite du diſcours , & encore plus fur la fin
que dans l'Exorde ; d'ailleurs la regle du
ftile periodique peut avoir lieu dans les
Difcours Latins ; mais on apporte ici un
exemple d'une tres longue & tres - nombreufe
periode en François , laquelle produit
un effet moins bon que fi on eut exprimé
le fens dans un tour moins périodique.
Il juftifie les reflexions dans les refle
xions critiques qu'il ajoûte aux diverfes
Pieces d'Eloquence qu'il rapporte .
Sur l'exemple de deux Plaidoyers , tirez
de Tite- Live;fçavoir , ceux des deux Princes
de Macedoine , qui s'accufoient mutuellement
d'attentat devant le Roy Philippes
Dozon leur pere . On obferve que
l'Exorde y eft contenu en deux ou trois
lignes.Ce ne font pas là de longues périodes
; on n'y diftingue point non plus la
partie du difcours appellée d'ordinaire
Confirmation , d'avec celle qui s'appelle
Contention ou Mouvement ; parceque dans
un diſcours , dit l'Auteur, fouvent il s'agit
moins de rien prouver que de rendre fenfible
une chofe affez connue , d'ailleurs à
quoi il faut affectionner l'Auditeur.
Sur
MAY. 1728. 98r
Sur l'exemple du beau Plaidoyer de
M. Patru , en faveur des Religieux de la
Trinité & des Captifs de Barbarie , le P.
Buffier obſerve encore combien l'Exorde
a peu beſoin de periodes ; il fait diftinguer
en ce Plaidoyer les différentes parties du
difcours , & en relevé les beautez d'une
maniere utile pour la pratique , montrant
comment on y trouve par tout ordre, fuite
, jugement , netteté d'expreffion , juſteffe
d'efprit , foin de prévenir ou d'éclaircir
les difficultez , & c .
€
Şur l'exemple de Sermons & de Morale
, de Panegyriques des Saints , d'Oraifons
Funebres , tirées du P. Cheminais ,
du P.Bourdaloue, de M. Maſſillon , Evêque
de Clermont & autres ; on entre de même
dans un grand détail , par rapport à la pratique
des divifions, pour faire un Sermon
plus ou moins étendu , pour tirer une motale
convenable dans un Panegyrique de
Saint , & dans une Oraifon Funebre
pour faire fervir à l'édification des fideles
les traits éclatans du Héros qu'on veut
lover.
Le Traité de la Poëfie en ce qui regarde
la Théorie & la Pratique , eft dans le
même goût & fur le même plan que les
Traits d'Eloquence. A la fin de la Tragedie
de Silla on met fix articles de Réflé
xions critiques & pratiques . 1 ° .Par rap
port
6
982 MERCURE DE FRANCE .
port à l'expreffion , au noeud ,au dénoument
de la Tragedie , à la maniere dont les paf--
fions y font maniées , aux trois unitez ,à la
liaifon des Scenes , à la fiction , & c . ce
qui fait comme un Traité abregé du Poëme
dramatique , touchant la Tragedie même
de Silla , qui fe trouve icy imprimée
toute entiere ; fi quelqu'un n'étoit pas
inftruit de fes beautez , il fuffiroit peutêtre
pour lui en donner une idée , de rapporter
l'endroit où Sylla apprenant que fa
propre fille, avec d'autres Romaines, ont
confpiré contre lui , & fe reprochant les
crimes qu'il a faits contre fa Patrie , entre
dans une forte de fureur qu'il exprime en
ces termes:
` Que Cefar , m'a- t'il fit , ma fille m'aſſaffine ,
Lorfque pour l'élever mon amitié s'obſtine .
Ingrate ! ah ,juftes Dieux ,quels bras choiſiſſezvous
,
Pour faire à mes pareils fentir votre couroux ?
Ne les épargnez- vous au milieu des batailles ,
Que pour leur réferver d'indignes funerailles ;
Et n'ai- je tant vécu que pour voir à la fin ,
Mes ennemis éteints , renaître dans mon
fein , &c.
Sur la difpofition où Sylla paroiffoit être
de fe venger , fon Confident lui repreſen
tant
MAY. 1728 .
983
tant que
de lui ; Sylla reprend ;
la vengeance feroit peu digne
Faux amis , eft- il temps d'étouffer la fureur ,
Que vos lâches confeils nourriffoient dans
mon coeur ,
Quand du débris fanglant des Nations entieres
Je couvrois l'Italie & comblois les Rivie-
Ies , & c.
Qu'amis , parens , enfans , tremblant fous.
mes faiffeaux ,
Contre eux - mêmes portez me fervoient de
bourreaux :
Quand aux creux des tombeaux , jufqu'au fein
de la terre ,
A leur cendre , à leurs os , j'allois porter la
guerre ;
Alors
pour retenir mon bras trop emporté ,
Que ne me parlois - tu ? je t'aurois écouté.
Dis- moi pour empêcher la mort de nos Rebelles
,
Que le cruel Sylla l'a merité plus qu'elles ,
Et qu'il faut , fi les Dieux prennent foin des
humains ,
Qu'un affaffin public trouve fes affaffins,
Le Confident lui difant que la fortune
purgera la terre de fes ennemis. Sylla
reprend :
11
984 MERCURE DE FRANCE .
Il faut donc que l'Uunivers périffe :
Mais,le fort à mes voeux fut- il toûjours propice,
Puis -je , haï de tous , demeurer fans effroy ;
Tandis qu'il refte au monde un feul homme
avec moi ?.
Si tout le genre humain me déclare la guerre,
Il faut pour me deffendre en dépeupler la terre
Sur les cendres du monde établir mon repos :
Digne couronnement des exploits d'un Héros!
Tyran, quitte la vie avant qu'on te l'arrache ,
Hâte- toi dans ton fang , d'en effacer la tache ,
Fais un coup de juftice , au moins en expi
rant , & c.
Je ne fçais dans laquelle de nos plus
belles Tragedies il fe trouve une paffion
& un remords d'une peinture plus naturelle
avec plus d'énergie & plus de beauté
de verfification ; d'autres endroits de certe
Piece font à proportion de la même
force , fi l'Ouvrage du P. Buffier n'avoit
pas par lui- même de l'utilité & de l'agré
ment, on peut dire que cette Tragedie feu
le feroit rechercher fon livre .
On ajoûte un exemple de petite Piece
Comique , dont le fujet eft fingulier auffibien
M-A Y. 1728.985
bien que le goût.Elle eft intitulée : Le Philofophe
Roy. C'est un Philofophe qui s'étant
plaint fouvent que l'Etat étoit mal
gouverné , parce qu'il ne l'étoit pas felon
les fpécieufes idées d'une Philofophie
fpeculative , fe trouve lui - même, chargé
du gouvernement , & il compte de ces
belles idées faire des merveilles , & de
rendre tous les peuples contents , mais tantôt
une occafion , & tantôt une autre l'oblige
par néceffité à gouverner, comme le
font ordinairement les autres Souverains
fice n'eft qu'à force de vouloir bien faire
il renverfe tout.11 fe trouve dans les troi
Actes de cette petite piece des traits plai
fans , & d'ailleurs inftructifs ; ce qui eft le
but de la Comédie . Les Réfléxions critiques
fuivent encore icy pour faire un
précis des regles d'une Comédie judicieufe
, où les moeurs n'ayent aucun rifque à
courir.
Nous voudrions pouvoir indiquer les
réfléxions de l'Auteur , fur chacune des
pieces du P. Buffier , & autres efpeces de
Poëmes . Celles qu'il fait en particulier fur
l'Ode & fur le Poëme Epique , attireront
apparemment l'attention de ceux qui aiment
la Poëfie.
MEMOIRES CURIEUX d'un Miniftre,
concernant l'état prefent de la Ruffie , pré-
F cedé
986 MERCURE DE FRANCE .
1
€
cedé de deux Lettres , qui contiennent le
caractere du feu Czar, & de fes Miniftres;
avec la vie & le caractere du Prince Menzicoff.
A la Haye , 1728 .
LES VIES de S. Jacques de la Marche
& de S. François Solano , Religieux de
P'Ordre de S.François, miſes au Catalogue
des Saints , par le Pape Benoît XIII . A
Lille , rue neuve , chez la veuve Moire
mont , 1727 .
ruë
LES VIES DES PEINTRES , ouvrage fort
rare,de M.Bellory , fe réimpriment à Naples
, avec des Additions , & enrichie de
Portaits en Taille -douce, en un vol. in 4
M. Nicolo Crefcenzo , Medecin & Profeffeur
de la Philofophie Morale , dans le
College Royal de Naples, a fait imprimer
& a dédié à M.Nicolo Pio Garelli ,Medecin
de l'Empereur & fon premier Bibliothecaire
: Ragionamenti intorno alla nuova
Medicina dell' Acqua , e come la prima
volta introdotta , ella foſſe difeſa e foftenuta
in Napoli , ed intorno al vero ftudio
della Medicina¸e alla più ficura maniera
di Medicare, coll'aggiunto d'un breveMetodo
di pratticarfi l'acqua anche da coloro,
che non fon Medici.
La
MAY. 1728.
987
La Traduction en Italien des Oraiſons
de Ciceron , avec une vie abregée de l'Auteur
, par M. Louis Dolcés fe vend chez
François Ricciardi , qui a fait la dépenſe
de l'impreffion. 3. vol. in 4°. à Naples.
1727.
LIVRES nouvellement reçûs des Pays
Etrangers , en ce mois de May 1728 .
qui fe trouvent chez CAVELIER, Librat.
re , ruë S. Jacques , an Lys d'or.
GRAVESON , ( Hiac . Ord. Præd. )
Hiftoria Ecclefiaftica variis Colloquiis
digeſta , in-fol. 9. vol. Augufta Vindelicorum
, 1727 .
L'ENFANT , Hiftoire du Concile de
Conftance , nouvelle Edition , augmentće
, 2. vol in- 4 ° . fig. Amfterdam , 1727.
HISTORIA Mediani Monafterii in
monte Vaſaco , Ord . S. Bened . in-4 °.
fig. Argentina , 1724 .
SFONDRATI , ( Cardinalis , ) Nodus
Prædeftinationis diffolutus . in - 4 ° . Venetiis
, 1698 .
ANIMADVERSIONES , in Nodum
Prædeftinat , in 4º . Colonie , 1707 .
SHERLOCK , de la Mort & du Jugement
dernier , traduit de l'Anglois de
Mazel , 2. vol . in - 8 ° . Amfterdam , 1712 .
MEMORIE Hiftoriche , de la Valte-
Fij
lina .
988 MERCURE DE FRANCE .
{
lina , de Lavizari , in - 4 ° . Coira , 1716 .
DELL'EPISTOLA di Senaca , della
Providenza de Dio , in -4 . Firenze ,
1717.
> ANNATI ( Petr . ) Apparatus ad
Theologiam Pofitivam , 2 , vol . in - 4 ° .
1726.
BELIUS , ( Mat ) Hungariæ Antiquæ
& Nova Prodomus. in -fol . c. fig.
Norimb , 1723.
MISCELLANEA Berolinenfia ad incrementum
Sientiarum , Continuatio 1 1 .
in-49. c. figuris , 1727.
AMOENITATES Litterariæ . Tomus .
4.5.6 & 7. in - 80 . Francofurti , 1727 .
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
année 1727 Tome 13. in- 89 . Amft.
1727 .
Locke : Effay Philofophique , concernant
l'Entendement humain traduit
de Anglois , par Cofte , in- 4ª,
1723:
›
ANCILLON , Mélanges Critiques
de Litterature , 3 vol . in 12. Bafle ,
1698.
·
RECUEIL de voyages au Nord , Tome
8. avec figures . in 12. Amfterdam ,
1727 .
CONCILIUM ROMA NUM , fub Benedicto
XIII. Anno 1725. in - 8o. Brus
xelles , 1726,
Du
MAY. 1728 . 989
Du VERGER , Traité des Liqueurs ,
& la maniere de s'en fervir utilement.
in- 80. Louvain , 1728 .
IMHOF , ( Vielh ) Notitia Proc erum .
Imperii Germanici , in -fol. Sungardia
1699 .
IMHOF Genealogie XX. Hifpania
Familiarum , in fol . Lipfia , 1712 .
TER ZE RIME , di Giovanni della
Cafa , in - 8 ° . Benevento , 1727 .
ALCORANI , Textus univerfus , cum
Refutatione Maraccii Arab . lat . in fol .
2. vol. Patavii , 1698 .
TRANCI , ( Ant. ) Synopfis Annalium
Societatis Jefu , in Lufitania , ab
Anno 1540. ad . 1725. in -fol . Aug.
Vindel , 1726.
MEICHELBECk , ( Carol . Ord . Sancti
Bened . ) Hiftoria Frifingenfis , in fol . 2 .
vol. Aug. Vindelicorum , 1724:
SYLVESTII , ( Camil ) Chronologia ,
in 40. Leipfia , 1726.
Q. Horatii Flacci Carmina , ad ufum
ordinem ac Nitorem revocata , ftudio &
opera Sanadonis , è S. J. in - 18 . Parifiis
apud Cavelier , 1728. L'on a joint à la
fin de ce Livre la Traduction d'une
ancienne Hymne , fur les Fêtes de Venus
, avec des Remarques critiques fur la
même Piece , avec le Latin à côté , qui
eft Pervigilinm Veneris .
Fiij
Cavelier
990 MERCURE DE FRANCE .
Cavelier à auffi tous les Auteurs Claffiques
de Maiffaire complets , Latins &
Grecs , imprimés à Londres depuis peu ,
chez Thomſon , faifant 31. vol . in- 12 .
Il paroît à Lille , chez Danel , Libraire
, & à Paris chez Cavelier , Libraire
, rue S. Jacques , un in - douze anonime
intitulé Précis du Droit Belgi
que , par rapport au reffort du Parlement
de Flandre , qui eft fort goûté ; il feroit
à fouhaiter pour le public que l'on pût
porter l'Auteur à donner l'Ouvrage dans
toute fon étenduë .
VOICI la Traduction d'un Programa
imprimé en Anglois , qui nous a été
envoyé de Londres.
On propoſe une réimpreffion du grand
Recueil de Rymer , en dix -fept volumes
in folio.
Cet Ouvrage à été collationné & corrigé
fur les Actes Originaux , conſervés
à la Tour de Londres , & par ce moyen
on a remedié à toutes les omiffions &
méprifes qui ont échappé dans la précedente
édition. Il fera imprimé, page pour
page , fuivant le modele de la premiere
édition .
Ceux qui voudront foufcrire pour les
dix fept volumes en blanc , payeront sa
Guinées
ΜΑΥ . 128. 9.919
Guinées ; fçavoir , dix Guinées en foufcrivant
; 20 Guinées en délivrant aux Soufcripteurs
les premiers huit volumes , & le
refte en retirant les derniers neuf volumes.
Et afin d'accelerer l'impreffion de cet
Ouvrage , on l'imprimera dans quatre Imprimeries
differentes , qui ont toutes les
mêmes caracteres .
Comme on n'imprimera qu'un petit nom
bre d'Exemplaires , s'il en refte quelques
uns pour lesquels on n'ait point foufcric
ils feront vendus 70 Guinées chacun en
feuille , & on ne recevra plus de ſouſcrip
tions après le 28. de Juin 1728.
Nouvelles Litteraires écrites de Suiffe an
commencement d'Avril 1728 .
avec
Il paroît un Programe de la nouvelle
Edition de la Bible des Septante ,
les Pieces ou Differtations pour & contre
les divers Manufcrits , & les précedentes.
Editions.Le Texte Grec eft d'après le Co
de Alexandrin , avec toutes les Variantes.
que fournit le Manuferit du Vatican , &
les Reftitutions que procurent deux autres
Manuferits qui n'ont jamais paru ;
fçavoir , un de la Biblioteque de Zurich
auffi ancien le moins que
pour celui
du Vatican , & qui contient le Livre.
' F iiij des
992 MERCURE DE FRANCE.
#
des Pleaumes ; l'autre de la Biblioteque .
de Bâle du X. fiecle , qui renferme des
Leçons variantes fur l'Octateuque . On y
voit auffi les Notes & les Differtations du
fameux D. Grabe , d'Ifaac Voffius , de Serrarius
' , Mentel , & c . Meffieurs Heidegger
& Compagnie , qui ont foin de cette
Edition , fous la direction de quelques.
Sçavans diftinguez , prétendent la rendre
très-fuperieuré aux deux meilleures qu'on
ait ; fçavoir , celles d'Oxford & de Frane
quer. Tout l'Ouvrage donnera huit volumes
in 8 °. On en tirera mille Exemplaires
par Soufcriptions , qui porteront le
feing du. Libraire , & il s'engage de n'en
vendre pas un au delà du nombre foufcrit
: Le prix fera de huit florins, ou quatre
écus ; fçavoir,deux florins , & 30 Creuz
en foufcrivant ; 3 florins en recevant les
deux premiers Tomes ; deux florins & 30
Creuz en recevant les trois fuivans ; & on
ne donnera rien à la reception des der-'
niers . Les Soufcriptions feront ouvertes
jufqu'au premier jour de May prochain ;
on promet de mettre tout en oeuvre pour
furpaffer en cette entreprife l'attente du
Publico , & cela Helveta fide . Foy de
Suiffe .
ས
On apprend d'Amfterdam que M. le
Clerc a pris congé du Public pour la Biblioteque
ancienne & moderne , & cela
2.
dans
MAY. 1728. 993
› Auteur
dans la vue de s'appliquer entierement à
fes Commentaires fur l'Ecriture Sainte .
On compte que M. Vaneffer
d'un nouveau Journal , intitulé , Hiftoire
Litteraire de l'Europe , y fuppléra par cet
Ouvrage , dont il donne une partie tous
les mois & chaque mois des nouvelles
litteraires . Il en a déja quatre gros volu
mes in 8°. Le Public eft très content de
l'entrepriſe de cet Hollandois,jeune homme
de beaucoup d'efprit . On trouve dans
ces nouvelles diverfes Pieces fugitives de
tous les Païs .
On ya imprimer en Hollande les Satires
del Cavalier Dotte, qu'on dit auffi parfaites
dans leur genre, que celles de Boileau dans
le leur . Ce fera un in 4 ° avec des Notes ,
comme dans les bonnes éditions de Boileau
.
M. Bourguet , homme de merite , &
très -fçavant , fera dans peu imprimer à
Bafle fes Lettres , écrites à M. de Scheuchzer
fur le Mecanifme Organique de la
terre , & d'autres fur les pierres Bellenites .
C'est lui qui s'eft chargé de tout le gros
-de l'execution de la Bibliotheque Italique..
Lepremier volume de ce nouveau Journal
, eft fous preffe , à l'inftar des Bibliotheques
Angloife &. Allemansde . Les
Pieces qui la compofent font une belle
Differtation fur les Métaux ; un Extrait de
Fy l'Hiftoire
994 MERCURE DE FRANCE.
l'Hiftoire célebre de Naples , de Capicel
latro ; un commencement d'Extrait de
Rerum Italicarum fcriptores ; Le Difcours
Académique de M. Maffei , Dei Migliori
Poëti Italiani ; & une cinquiéme Piece ,
dont je ne me fouviens pas , avec Préface ;
& une Epitre au Marquis de Ste Croix ,
dont le Portrait fera à la tête du Livre ,
&c.
L'Ouvrage magnifique du celebre M.
Scheuchzer , intitulé Phyfica Sacra , eſt
digne à toutes fortes d'égards , d'avoir
place dans les plus fuperbes Biblioteques.
Je ne vous détaille rien là deffus , parce
que je me propofe de vous faire part de
Féchantillon joint au Programe que m'en
a envoyé l'Auteur .
Je pourrai auffi vous envoyer un morceau
très curieux du même Auteur ; c'eſt
fa Differtation furHomo ante Diluvianus,
ou Diluvii Teftis . Mon illuftre ami , M.
Scheuchzer , eft l'homme de la Suiffe ,
qui a le plus approfondi les preuves d'un
déluge univerfel , & qui a la plus belle
Collection de Pieces parlantes en ce
genre. Son Iter Alpinum , fon Herbarium
diluvianum , & plufieurs autres Pieces que
le Public a reçues avec un égal applau
diffement , en font des preuves folides.
Cette empreinte d'homme , rapportée dans
- la Differtation , s'eft trouvée fur un ftra-
$um
MAY. 1728. 995
tum , ou lit en feuilles de pierre . L'efpece
a péri par diffolution & tranfpiration ;
mais la forme empreinte fur un de ces lits
limoneux , que faifoient les eaux en fe retirant
, eft demeurée confervée ppaarr des lits
ou couches fuperieures , que le temps a
pétrifiées. Ce que fournit en ce genre nonòtre
fçavant Suiffe , eft bien folide , eu
égard à l'élevation extraordinaire de notre
Pais. Ce monument unique jufqu'à prefent
en fon genre, a été levé dans la carriere
d'Oenindguen , au Diocéfe de Conftance.
Voici le Titre de cette Differtation.
1
ΣΥΝΘΕΩ ΗOMO DILUVII TES .
TIS ET ΘΕΟΣΚΟΠΟΣ Publicæ συζητήσει
expofitus àJOH.JACOBO SCHEUCHZERO
, Med. D. Math. P. Acad. Imperialis
Carolina & Societ. Regg. Anglica
ac Prufficæ Membro. Refpp. pro Examine
Philofophico confequendo , &c. In
AuditorioAftivo ad diem Junii H.L.Q.S.
Tiguri Typis JOH. HENRICI BIRGKLINI
. Anno M. DCC. XXVI.
On nous écrit d'Aix en Provence, que
le deffein que feu M. Morel avoit entrepris
fur les Médailles , ne tardera
être executé.
pas
के
Le P. Panel , Jefuite , travaille depuis
F.vj quelques
996 MERCURE DE FRANCE .
quelques années à donner au Public un
Recueil exact de toutes les Médailles qui
font parvenues jufqu'à nous, foit de Rois,
de Villes , Confulaires, Imperiales , Latines
, Grecques, Egyptiennes , Arabes , &c.
avec des Notes courtes & curieufes .
On nous marque auffi que le P. Poncy,
Jefuite , doit donner inceffamment au Public
, un nouveau Recueil d'Hiftoire , de
Fieté & de Morale , fur le Projet qu'en
avoit dreffé M. l'Abbé de Choify.
On écrit d'Allemagne , que M. Kocler,
qui publia en 1725. à Altorf, un Ouvrage
Genealogique fur la famille de Charleniagne
, en donne un prefentement fur la
vraie origine de l'Imprimerie.
La Vie de Madame Guyon s'imprime à
Leipfick , traduite en Allemand , avec plufeurs
de fes Ouvrages , par les foins de
Valther..
On mande de Rome , que les Ouvriers
qui travaillent pour le Cardinal Albani ,
auprès de Ponte Mole , y trouverent fur
la fin du mois dernier , en creufant la terre
, deux Statues d'un Marbre très rare , &
d'une couleur extraordinaire , avec la
Garde d'une épée antique , d'argent , fur
lacuelle
2
MAY 1728 . 997
}
claquelle on lit des Infcriptions que les Antiquaires
n'ont encore pû interpreter .
On a appris auffi de Rome , que Don
Soufa , Agent general des Académiciens
Portugais de cette Capitale , en étoit parti
pour Livourne , afin d'y faire préparer
un Navire pour le transport des Effets de
ces Académiciens à Lifbonne , parmi lefquels
il y a entr'autres choſes , un Modele
de bois de toute l'Eglife de S. Pierre ,
tant du dedans , que du dehors , & qui ,
dit-on , a coûté plus de cinquante mille
écus.
On a appris de Conftantinople , qu'il y
avoit paru depuis peu plufieurs feuilles
de la nouvelle Imprimerie , établie dans
le Serail , fous la direction du Grand Vizir
le Papier en eft fort beau , & les Ca
racteres affez réguliers.
:
M. Dulis , prétend avoir découvert une
maniere fûre pour trouver les Longitudes
fur Mer, & prouver par de nouvelles Cartes
qu'il donnera , la fauffeté de tous les
fyftêmes qui ont paru jufqu'à prefent fur
ce fujet.
On mande de Londres , que le Vicomte
de Malden , fils unique du Comte d'Ef .
fex , à qui on avoit fait il y a quelques
jou rs
998 " MERCURE DE FRANCE.
jours , l'inoculation de la petite verole ;
en mourut le 28. du mois dernier , &
que le fils de M. Heathcote , auquel on a
fait la même operation , eft à l'extrémité.
Quoique M. Defchamps ait fait avec
fuccès l'épreuve des Balles de plomb d'une
nouvelle compofition , qui percent
une plaque de fer d'un demi pouce d'épaiffeur
, fans rien perdre de leur rondeur
, M. le Comte de Maurepas a renvoyé
à l'Académie Royale des Sciences ,
l'examen de ces Balles , pour fçavoir s'il
n'entre rien dans leur compofition qui
puiffe envenimer les playes.
La Differtation que M. l'Abbé Sallier
lût dans l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres , avoit
pour objet de prouver que les anciens
Peintres & Sculpteurs avoient connu la
perspective.
Il y établit par quelques paffages qu'ils
étoient inſtruits dans l'Art de dégrader les
figures , ou de les augmenter , fuivant la
difference des plans où elles étoient po
fées ; il montre par d'autres témoignages,
que les anciens Peintres avoient eu le fecret
de reprefenter dans leurs Tableaux le
lointain , & des objets qui fuyoient dans
CO
MAY. 1728. 999
ce lointain, tandis que d'autres ſembloient
ſe rapprocher ; enfin , il fit voir que M.
Perrault a trop hazardé , en foûtenant que
les anciens n'avoient point d'idée de la
perſpective , parce qu'on n'en voit aucune
marque dans la Colomne Trajane ; ils
l'avoient négligée à deffein dans cette Colomne
, pour mieux réüffir à rendre plus
palpables des objets qui n'auroient pas été
apperçus autrement.
Le Roi a chargé M. Secouffe , Avocat
au Parlement , & affocié de l'Académie
Royale des Infcriptions de Belles Lettres ,
de continuer le Recueil Chronologique
des Ordonnances des Rois de France , de
la troifiéme Race . M. de Lauriere , ancien
Avocat au Parlement , qui a commencé
ce Recueil , en publia en 1723. le premier
volume , qui contient ce qu'on a trouvé
d'Ordonnances depuis Hugues Caper,
jufqu'à la fin du Regne de Charles le Bel.
M. de Lauriere étoit près de publier un
fecond volume , qui comprendra les Ordonnances
de Philippes de Valois , & une
partie de celles du Roy Jean, Il paroîtra
dans le cours de cette année.
11 vaque une place à l'Académie Françoife,
par la mort de l'Abbé Claude- François
Fraguier, Prêtre, l'un des Quarante ,
arrivée
1000 MERCURE DE FRANCE:
rivée à Paris le 3 de ce mois , à l'âge d'en
viron 63 ans . Il étoit aufli Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres.
Le Samedi 8. May , M. le Chancelier
prit féance à l'Académie Royale des
Sciences , en qualité d'Honoraire de certe
Académie ; place à laquelle il avoit
été élû le 28. Avril , & qui étoit vacan-
те par la mort du Maréchal de Tallard .
Les premiers Apoticaires du Corps du Roy ,
ayant refolu de compofer publiquement la
Theriaque à Verfailles , ils ont exposé pendant
plufieurs jours toutes les drogues qui entrent
dans cette celefte compofition : tous les Curieux
ont été les voir , & ont avoué qu'on n'a
jamais rien vû de mieux choifi , ni de plus parfait
que tout ce qui a été expofé. Cette réputation
de tant de belles drogues , recueillies
avec beaucoup de foín , a excité la curiofité du
Roy. Sa Majesté voulut bien fe donner la peine
de fe tranfporter le 25. Avril dans le Laboratoire
où étoit cette magnifique préparation ,
-Elle en parut très contente , ainfi que tous les
Seigneurs qui l'accompagnoient.
לכ
M. Biet , prenant la parole , dit au Roy ,
Vôtre Majefté voit devant Elle la difpenfation
d'un des plus fameux Antidotes de l'Antiquité
, & que de Grands Empereurs Romains
faifoient compofer en leur prefence.
L'Hiftoire rapporte que l'Empereur Severe
avoit tant de confiances aux grondes vertus
dla Theriaque , qu'il n'en peimettoit a
compofition
MAY 1001 1728.
compofition à aucun particulier ; il prenoit
»lui-même le foin de recueillir toutes les dro-
"gues les plus rares & les plus précieuſes qui
" entrent dans cette fameufe compofition , tant
" il étoit perfuadé que fans cette précaution , ce
précieux remede deviendroit inutile , conme
en effet cela eft arrivé dans la fuite par l'ava
rice des fourbes & des Charlatans , qui en
font tous lds jours un commerce honteux
»jufques dans les Foires & les Lieux publics ,
laquelle fauffe & indigne Theriaque n'a d'au
tre merite que le nom & la couleur de la véritable.
Après ce petit difcours , M. Biet prépara des
Viperes vivantes devant le Roy , & expliqua
à Sa Majesté la difference qu'il y a entre la Vipere
& les autres Serpens , & en quoi confiftoit
fon venin , & les précautions qu'il y avoit
à prendre quand on étoit mordu de cet animals
il expliqua auffi ce que c'étoit que le veritable
Baune de Jericho ou de Judée , très connu
à prefent fous le nom de Baume blanc de la
Mecque , & en fit l'épreuve fur le champ, pour
démontrer que c'étoit du vrai , & bien diffe
rent de celui que plufieurs particuliers diftribuent
pour du veritable Baume , fous le même
nom.
Meffieurs de la Serre & Boulogne, expliquequerent
au Roy toutes les autres drogues , avec
beaucoup de capacité, & à la fatisfaction de Sa
Majefté , & toute l' Affemblée convint qu'on ne
pouvoit jamais compofer une Theriaque, dont
les drogues fuffent plus belles & mieux choifies
; & que s'il y en avoit jamais eu une qui
eût mieux répondu à celles des Anciens , c'étoit
celle que ces Meffieurs préparoient , & fur
la vertu de laquelle on pouvoit compter.
M. Boulduc fit devant le Roy l'experience de
La
1002 MERCURE DE FRANCE.
la converfion du fer en cuivre ; c'est- à- dire ,
qu'il prouva que ce n'étoit qu'une fuppofition,
pour ne pas dire une friponnerie de la part de
ceux qui vouloient en impofer au Public ; en
un mot , il fit voir que de tirer du cuivre du
vitriol bleu , c'étoit tirer du cuivre du cuivre
même,puifque ce vitriol n'eft proprement que
ce même métail , diffous par une liqueur aci
de , qui le réduit en vitriol tel que nous la
voyons .
Nous ne croyons pas rifquer la moindre
chofé d'être garants , non feulement du plais
fir que fera à tous les amateurs des beaux Arts,
le grand Ouvrage que nous allons annoncer ,
mais encore de l'émulation , du goût & de
l'amour , que ce Recueil excitera , fans doute,
dans tous les efprits éclairez & amateurs des
belles chofes . On en a l'obligation à M. deCrozat
le Cadet , célebre Curieux ,toûjours attentif
& plein de zele pour l'avancement des Arts du
Deffein. Son Cabinet , connu par tous les Artiftes
& les Amateurs , eft un des plus riches
de l'Europe en Tableaux Etrangers , Bronzes ,
Marbres , Modeles exquis , & fur-tout en Defdeins
Originaux , & très recherchez des plus
grands Maîtres. Voici le Programe en quef
tion.
RECUEIL D'ESTAMPES des plus beaux
Tableaux qui font en France , dans le Cabinet
du Roy , dans celui de Monfeigneur le Duc
d'Orleans , & dans ceux des Particuliers , divifé
fuivant les differentes Ecoles , avec un
abregé de la Vie des Peintres , & une Deſcrip
tion hiftorique de chaque Tableau.
On eft prefentement fi perfuadé de l'utilité
des Eftampes que jamais elles n'ont éré recherchées
MAY 1728 . 1003
chées avec plus d'enpreffement ; & le Public
a fi ben reçû les Recueils qu'on en a formez
en divers temps , que c'eſt later extrêmement
fon gout que de lui en propofer de nouveaux.
Cet amas d'Estampes de differens Maiftres , &
fur differens fujets , devient d'autant plus in
teffant , qu'il divertit & qu'il inftruit tout à la
fois ony apprend à connoiftre le caractere &
la maniere de chaque Mailtre ; & fans qu'il
en coûte beaucoup , on fe forme un Cabinet
complet , dans lequel on réunit ce qui fait
l'ornement de plufieurs autres , & qui n'y a
été placé qu'avec des foins & des dépenfes immenfes.
Un autre avantage pour les Eftrangers
, eft de fe trouver comme tranfportez
dans les plus beaux Cabinets qui font hors de
leurs pays , avec infiniment plus de fruit & de
fatisfaction que s'ils en lifoient les fimples def
criprions .
On a toûjours reçû avec plaifir ces fortes de
Recueils ; & fans parler de ceux qui ont paru
cy- devant; avec quelle avidité n'a - t -on pas recherché
ce que le Roy a fait graver d'Eftampes
d'après les Tableaux de fon Cabinet , tout
incomplet qu'eftoit cet ouvrage ? Interrompu
par la mort de M. Colbert , fous les ordres duquel
il avoit été entrepris , on a defiré pen
dant long temps que ce grand deffein fût fuivi;
on fe propofe aujourd'huy de l'accomplir .
& même avec beaucoup plus d'eftendue . Non
feulement l'on fera graver tous les Tableaux
que le Roy a dans fon Cabinet , Sa Majefté en
ayant accordé la permiffion , & M. le Duc
d'Antin , naturellement porté à tout ce qui
peut contribuer à l'avancement des beaux
Arts , ayant donné tous les ordres neceffaires
pour faciliter l'execution de ce deffein ; mais
en donnera auffi les Tableaux que feu S. A. R.
Monfeigneur
1004 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Duc d'Orleans avoit recueil
lis de divers Cabinets , & fur- tout de celui de
la Reine Chriftine de Suede , qui ont rendu le
fien un des plus nombreux & des mieux choifis
de l'Europe , & tel qu'on le devoit attendre
d'un Prince qui s'y connoiffoit parfaitement :
l'approbation dont il avoit honoré cette entreprife
qu'il avoit fait naiftre , & qu'il avoit
favorifée , eft le plus grand éloge qu'elle puiffe
recevoir. On eft pareillement entré dans les
principaux Cabinets des Particuliers , & on
en a pris les Tableaux les plus eftimez ; il n'y
a gueres eu de perfonnes qui ne fe foient fait
honneur de contribuer à cet ouvrage . Si l'on
pouvoit efperer de trouver les mêmes fecours
dans les Pays eftrangers , on recevroit fort volontiers
les deffeins des excellens Tableaux qui
y font repandus en divers endroits ; & l'on fe
feroit d'autant plus de plaifir de les faire graver
, & de les inferer dans ce Recueil , qu'on
le regarde dès à prefent comme l'ouvrage dé
toutes les Nations ; & qu'on n'a rien de plus
à coeur que de le rendre accompli
Dans cette vûë , pour ne rien obmettre
de tout ce qui peut l'enrichir & le rendre
plus intereffant , & donner en même temps
une idée plus complette de la maniere de chaque
Maître , on a jugé à propos de faire gra
ver quelques -uns de leurs deffeins qu'on mettra
à la fuite des Eftampes qui auront été
gravées d'après leurs Tableaux . Les deffeins
font , pour ainfi parler , la pierre de touche
pour parvenir à la connoiffance du degré de
merite de chaque Autheur ; cha cun s'y donne
pour ce qu'il eft , fans pouvoir fe déguifer :
Et comme ce font pour l'ordinaire des premieres
idées conçues dans le temps que les
efprits font plus en mouvement , & qu'ils
n'ont
MAY . 1728.
1005
ver
९
n'ont point encore été affoiblis par des fecon
des réflexions , le Peintre habile y répand davantage
de cet efprit , & de ce beau feu qui eft
comme la vie & l'ame des ouvrages , au lieu
qu'un genie plus borné fe fauye à la faveur
d'un travail fervile , où la main a plus de part
que l'efprit. Il faut ajouter qu'on ne fera graque
des deffeins averez & du premier or
dre, ainfi le jugement qu'on en portera fera
plus certain. On les tirera , ou du Cabinet du
Roy , ou de celui de M. Crozat , fi abondant
dans ce genre de curiofitez. Parmi ces deffeins
il y en aura plufieurs qui font d'une compofition
magnifique , qui n'ont jamais été peints ;
il s'y en trouvera auffi de plufieurs excellens
Peintres dont on n'a point de Tableaux ; car
fans parler de Pilodore de Caravage , de Jean
de Uline , combien y a t - il de Peintres illuf
tres qui ne font connus hors de leurs Pays que
par leurs deffeins ? les ouvrages de peinture
qu'ils ont fait fur les murailles , ou pour des
fieux publics , na'yant pû ſe tranſporter ail
-leurs.
Par ce moyen on pourra parler de tous les
Maiftres fans exception ; autrement il en eust
fallu obmettre plufieurs , faute de pouvoir produire
de leurs ouvrages . On a cru qu'un nouyel
abregé de la vie des Peintres feroit reçû
favorablement , dans la perfuafion que ceux
qui regarderont leurs ouvrages , feront bien
aifes de lire les circonftances de leur vie , &
de reconnoiftre l'un par l'autre . Ces Vies ont
été composées avec beaucoup d'exactitude fur
tout ce qui en a été dit par les Auteurs , ou
qu'on a pû apprendre par d'autre voyes ; Et fi
l'on s'eft quelquefois trouvé obligé d'entrer
dans des difcuffions de critique , on l'a fait le
plus
1006 MERCURE DE FRANCE.
plus briévement qu'il a été poffible , & feulement
pour éclaircir des faits conteftez , ou
détruire de faux préjugez . On a ajouté à ces
Vies une defcription fuccincte des Tableaux
& des Delfeins dont on donne les Etampes ,
fuivie des noms de ceux qui les ont fucceffi
vement poffedez , pour en établir & coníta er
plus autentiquement l'originalité.
Tel eft le plan que l'on s'eft formé ; & pour
achever de donner l'ordre à cet Ouvrage , on
l'a divifé en huit parties ,par rapport aux differentes
Ecoles , qui font , la Romaine , la Florentine
, la Venitienne , la Lombarde , la Bolognoife
, la Flamande , fous laquelle font ,
J'Allemande , la Françoife , & l'Espagnole.
Il a paru que cette divifion eftoit la plus fimple
& la plus méthodique : mais comme parmi
ces Ecoles il y en a qui ne fourniffent pas
tant que les autres , on fera quelquefois obligé
d'en joindre plufieurs enfemble pour former
un volume raifonnable, pendant qu'il y en
aura d'autres qui demanderont plus d'un volume:
on compte cependant que le tout ne pourra
compofer que huit ou neuf Volumes au plus ,
d'une égale groffeur.
Le premier qui contient l'Ecole Romaine ,
qui, fans doute , eft la premiere & la plus illuftre
des Ecoles , puifque Raphaël en fait le
principal ornement , eft prefque en état de
paroiltre ; & l'on jugera par cet effay , fi l'on
2 juftement rempli l'attente du Public. On eft
d'autant mieux fondé à fe le perfuader , qu'on
n'a épargné ni foins ni dépenfes pour l'execution
de ce projet : on a fait des deffeins très
finis & très arreftez de la plus grande partie
des Tableaux , & l'on a employé pour les executer
les plus habiles Graveurs , en forte qu'il
MAY. 1728. 1007
a fallu des avances très- confiderables pour ce
premier Volume. On les a bien voulu faire en
faveur du Public , afin qu'il fût plutôt en état
de jouir d'un Ouvrage fi fort attendu , &
qui autrement couroit rifque de ne jamais paroître.
Mais comme en continuant fur le même
pied pour les Volumes fuivans , les avantes
deviendroient très - confiderables , & que
le manque de fonds pourroit retarder l'accompliffement
d'un projet qui eft fi utile , on
a cru que rien n'étoit plus convenable que de
propofer la voye des Soufcriptions , ce moyen
paroiffant le plus facile & le moins onereux
il eft connu des Eftrangers , & il a été adopté
en France. Cette affociation , fi elle eft nombreufe
, affurera bien - tôt les fonds necellaires.
pour la continuation de l'ouvrage : on a même
déja commencé à préparer les Deffeins , & à
graver quelques Planches d'après les Tableaux
de l'Ecole Venitienne , qu'on fe propofe de
mettre au jour enfuite du premier Volume ;
les fujets en font encore plus avantageux pour
la gravure , que ceux de l'Ecole Romaine ,
Les conditions fuivantes , par rapport au
premier Volume , ferviront pour les autres.
1. Le premier Volume fera compofé de
cent vingt Planches , fçavoir , quatre- vingt- dixhuit
, gravées d'après les Tableaux , parmi
lefquelles il s'en trouve feize grandes , imprimées
fur la feuille entiere de papier du Combier
: toutes les autres font fur la demi feuille
de même que les vingt- deux Eftampes gravées
d'après les deffeins . Les Difcours qui feront
à la tête de chaque Volume , feront imprimez
à l'Imprimerie Royale , en beaux caracteres &
de groffeur convenable .
2º. Chaque Soufcripteur payera dès - à - préfent
la fomme de quatre- vingt livres pour fa
moitié
1008 MERCURE DE FRANCE.
moitié des cent foixante livres , prix du premier
Volume ; & il lui en fera fourni une Reconnoiffance.
3. Il fera délivré dans le mois de Septembre
1728. à chaque Soufcripteur , les foixante
Eftampes de la premiere partie du premier Volume.
4. Au mois de Mars 1729. on délivrera les
foixante Eftampes de la feconde partie du premier
Volume , avec l'Imprimé de l'abregé de
la vie des Peintres , & l'explication des Tableaux
, en payant les quatre- vingt livres ref
tant du prix de ce premier Volume.
. Chaque Reconnoiffance qui fera délivrée
aux Soufcripteurs, fera fignée de M. Crozat
, qui veut bien veiller à l'execution de cette
entreprife , & y donner tous fes foins . Et afin
que les Soufcripteurs puiffent être affurez du
nombre de ceux qui auront foufcrit , chaque
foufcription fera numerotée , le nom de chaque
Soufcripteur y fera fpecifié , & l'on en
imprimera relativement la Lifte à la tefte de
Ouvrage. Ainfi ceux qui prendront des Souf
criptions , feront priez de donner leurs noms
& leurs qualités, afin qu'on ne puiffe faire au
cune méprife en les imprimant à la tefte de
l'ouvrage.
6. Les Soufcripteurs qui defireront avoir
leurs Eftampes imprimées fur du grand papier
tel que le grand Aigle , payeront dix livres de
plus pour chaque Volume , pour la plus valuë
du papier; dont fera fait mention dans la Reconnoiffance
de Soufcription qui leur fera délivrée.
7. Ceux qui, avant que de s'intereffer dans
cette entrepriſe , voudront s'affûrer de la verité
de ce qu'on leur avance , & juger par euxmêmes
fi les Planches font auffi bien executées
qu'on
MAY. 1728 . 1009
qu'on le leur promet , trouveront dans les
lieux ci- après défignez , des épreuves de toutes
les Planches qui font en eftat de paroître.
>
8. En cas que cette entreprife réüliffe
comme on ofe s'en flater , ceux qui auront
foufcrit pour la premiere partie de ce premier
Volume , feront obligez de retirer leurs Exemplaires
dans l'efpace d'une année , à compter
du jour que la diftribution en aura cominencé.
9. Comme on n'a en vûë dans cette entreprife
que le feul avantage des Soufcripteurs ,
on s'eftoit propofé de rompre les Planches
après qu'elles auroient tiré fix cens Exemplaires
, qui , à raifon de cent foixante livres chacun
, auroient remboursé les frais qui ont elté
faits ou qui restent à faire pour chaqueVolume:
Mais le Roi ayant voulu acquerir cent Exeinplaires
pour joindre aux Eftampes de fa Bibl.othe
que , le nombre de fix cens feroit par là
réduit à celui de cinq cens , qui ne fuffiroit pas
pour fatisfaire le Public ; d'autant plus que M.
Crozat , pour favorifer cette entreprife , en
retient deux cens. On a donc crû devoir porter
le nombre des épreuves de chaque Planche,
à huit cens , afin de pouvoir diffribuer cinq
cens Soufcriptions.
10. Si la diftribution s'en fait , ainfi qu'on
n'en peut douter, on réduira le prix de la Soufcription
à cent vingt livres , au lieu des cent
foixante livres , aufquelles chacune des fix cens
avoit êté fixée . Le premier payement fera toujours
de quatre- vingt livres ; mais le fecond ,
qui fera fait pour la derniere partie du premier
volume , ne fera en ce cas que de quarante
livres.
11. Quoiqu'on foit perfuadé que l'impref
fion des dernieres centaines fera auſſi parfaite
que celle des premieres , par la grande atten-
G tion
1010 MERCURE DE FRANCE.
tion qu'auront les Graveurs à entretenir leurs
Planches ; cependant , pour conferver plus
d'égalité dans la diftribution des huit cens
Exemplaires , on obfervera de prendre également
dans les dernieres & dans les premieres
de quoy fournir au Roy & à M. Crozat les
trois cens Exemplaires pour leſquels ils ont
foufcript.
12. Afin que l'on ne puiffe pas tirer au delà
de huit cens épreuves de chaque Planche , elles
refteront en la poffeffion de M. Crozat, juſques
à ce qu'il les ait fait rompre en prefence des
Commiffaires que le Roy fera fupplié de nommer
à cet effet , qui feront tenus de recevoir le
ferment de M Crozat & des Imprimeurs qui
auront efté employez pour cet Ouvrage.
130. En délivrant au mois de Mars 1729,
la derniere partie du premier Volume , on-informera
les Soufcripteurs du progrès de cette
entrepriſe , & des avances qu'il y aura à faire
pour mettre les Graveurs en eltat de travailler
au fecond Volume,
Noms & demeurs des perfonnes chez qui
on trouvera les Estampes qui font
en eftat de paroître.
A PARIS , chez M, Crozat , rue de Ri
chelieu.
A LONDRES , chez M. la Pautre, Banquier.
A ROME , chez M. le Chevalier Vleughels,
Dire& eur General de l'Academie de France.
A VENISE , chez M Antoine Maria Zanetti.
A AMSTERDAM , chez M. Leon de
Moracin , Banquier.
EXTRAIT
t
MAY. 1728. 1011
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Paris , le
28 Avril 1728 , par M. Crozat , à Milord ,
Duc ***
J'avouë de bonne foy , Milord , que la protection
finguliere que vous daignez accorder
à mon Ouvrage , m'a encouragé de maniere
que fon fecours & celui que je trouve jen la
perfonne de M. le Cardinal de Fleury, & de nos
autres Miniftres, ne me laiffent plus douter de
la réüflite de cette entrepriſe.
J'ai joint aux 91 Eftampes que j'ai l'honneur
de vous envoyer , des 120 qui doivent compofer
le premier volume , le Catalogue de celles
qui manquent, lefquelles font actuellement entre
les mains des Graveurs.
dans
Parmi ces Eftampes,vous en trouverez qui ne
fe foûtiennent pas avec les plus belles , mais il
faut les regarder comme un effay qui m'a fait
connoître les Graveurs dont j'étois dans la néceffité
de me fervir pour aller en avant ,
l'efperance qu'on m'avoit donnée que les Ou
vrages des médiocres pourroient fe racommoder
par les plus habiles. C'eft bien le parti que
j'ai pris ; mais l'experience m'a fait connoître
qu'il y a eu telle planche fi défectueufe qu'on
n'a pu la racommoder & que j'ai été obligé de
fupprimer.
A l'avenir on fera en état de n'occuper que
les meilleurs Graveurs , fur tout après qu'ils
auront fini les Eftampes qu'ils achevent de graver
d'après des Defleins qui reprefentent le Sacre
du Roy. On compte que cesEftampes feront
terminées à la fin de l'année. Cette entrepriſe
pourra retarder de quelque mois la diftribution
de la feconde partie de notre Ouvrage , à
caufe qu'il y a une demie douzaine de nos Planches
entre les mains de ces Graveurs .
Gij Après
1012 MERCURE DE FRANCE.
Après cela j'efpere que nos meilleurs Graveurs
étant plus libres, ils s'addonneront entierement
à la continuation de cet Ouvrage , qui
fera celui du Roy , par l'interêt confiderable
qu'il veut bien y prendre, & il leur fera agréable
par la protection que Sa Majefté veut bien accorder
à ceux qui y travailleront ; outre qu'il
leur fera utile, il y a lieu de préfumer que beaucoup
de jeunes gens qui ont dutalent pour le
Deffein & pour la Peinture, s'addonneront entierement
à & graver ; que ne travaillant que
d'après d'excellens Tableaux , conduits d'ailleurs
par nos meilleurs Peintres , ils pourront
porter encore plus loin l'Art de la gravûre.
Vous fçavez , Milord, que mon deffein étoit
de ne compofer chaque volume que de cent
Eftampes. Ce qui m'a déterminé à en mettre
cent vingt dans ce premier volume, c'eſt la facilité
de M.le Comte de C... qui , comme vous
fçavez , fe fait un amufement de graver les
beaux Deffeins . Il a commencé & il veut bien
faire la plus grande partie de ceux des Peintres
dont on n'a point de Tableaux en France ; ce
qui me donne occafion de pouvoir parler
d'eux. Je donne ces Eftampes gravées d'après
des Deff ins, auffi gratuitement que M.leComte
de C... les grave. Les frais qu'il y a à faire
pour les planches & pour celles en bois , afin
de mieux imiter ces Deffeins , à l'exemple des
Eftampes en clair obfcur d'Hugues de Carpi
& de M. Zanetti , compenferont les foibles
Planches qui dans l'Ecole Romaine, ne font pas
fi chargées que le feront, par exemple, celles de
Ecole Venitienne , dont les fujets feront pour
plupart de grandes compofitions .
Les Arts ont grande obligation à M.le Comte
de C... qui par fon application eft parvenu
à uniter les Deffeins, mieux que ne feroient les
gens
MAY. 1728. 1103
gens de la profeffion , entrant dans le veritable
caractere de chaque Maître fans nulle maniere.
Vous remarquerez auffi , Milord , le progrès
confiderable qu'il fait tous les jours par
les dernieres Eftampes qu'il vient de graver ,
qui font bien fuperieures à celles qu'il avoit
fait il y a un an. #
Tous nos Amateurs des beaux Arts le font
un plaifir de m'aider pour compofer la vie des
Peintres , & pour l'explication des Tableaux.
Je me flatte que vous voudrez bien , Milord ,
m'accorder la même grace,& demander pour
moi le fecours des Amateurs de l'Angleterre ,
& c.
16
M. Robert , Peintre de M. le Cardinal de
Rohan , a fait ufage de la nouvelle maniere de
gravure fur une Planche préparée en maniere
noire. J'ai l'honneur de vous envoyer une Eftampe
qu'il a faite d'après un de fes Tableaux ,
qui a tres- bien réüffi . Je m'en fervirois volontiers
fi les Planches pouvoient tirer les huit
cens Epreuves dont nous avons befoin. Il eft
vrai que cette maniere eft fi facile qu'on pourroit
aisément & à peu de frais faire graver
deux ou trois Planches d'un même fujer, pour
tirer les Epreuves dont nous avons befoin.
Je vous remercie auffi , Milord , de la peine
que vous voulez bien vous donner auprès du
Roy & des Seigneurs qui ont de beaux Tableaux
, de les laiffer copier pour les graver ;
à quoi on reüffiroit en prenant les mêmes précautions
que j'ai obfervées pour le Tableau de
Raphaël du Duc de Grafton , qui d'abord a été
gravé fur un deffein que j'en avois , & la Planche
n'a été finie que fur une contre - Epreuve
que le Chevalier Dorigny , qui étoit encore à
Londres, fe donna la peine de retoucher fur
l'Original du Tableau . Vous verrez , Milord ,
Giij que
1014 MERCURE DE FRANCE.
que c'eft une des meilleures Planches qui ait été
gravée .
C'eft ainfi qu'il fera bon d'en ufer, en cas que
l'Empereur & le Roy d'Efpagne veuillent bien
nous accorder les mêmes facilitez , en prenant
la précaution d'employer fur les lieux de bons
Deffinateurs , qui foient en état de retoucher
fur les Originaux , les contre-Epreuves tirées
fur les Planches qui feront gravées fur leurs
-deffeins , & c.
Il paroît deux nouvelles Eftampes , gravées
d'après deux Tableaux de M. Noël- Nicolas
Coypel. La premiere eft d'une forme ovale
dans un quarré , & reprefente une Nymphe de
Diane , fatiguée de la Chaffe , & qui s'eſt endormie
à l'abri d'un Pavillon. Un Genie de
l'Amour à fes pieds en fait remarquer la beauté.
L'on voit dans le haut à côté de la Nymphe,
un Satyre qui releve un des coins du Pavillon
pour la regarder ; fon gefte marque de la furprife
& de l'admiration . On lit au bas les Vers
fuivans.
Qu'il eft doux d'admirer l'éclat de la
beauté !
Mais qu'elle est dangereufe à voir même endormie
!
Un feul regard nous a fouvent coûté ,
Ces biens fi précieux, les feuls biens de la
vie ,
Le repos & la liberté.
-Le fens de ces Vers eft relatif à un autre fu
jet de la même grandeur qui eft la fuite de
celui- cy , & dont l'Eſtampe paroîtra bien.
têc.
MAY. 1728. 1015
tôt. Il reprefente le même Satyre , lié & maltraité
par l'ordre de cette Nymphe , image de
l'état honteux où nous réduit la brutalité de
l'anour, reprefentée par ce Satyre.M.Coypel a
gravé lui-même , à l'eau - forte , la plus grande
partie de cette Eftampe , qui a été finie au Burin
, par le fieur Trochon. On nomme ce fujet:
La Chaffeufe endormie.
Le fujet de la feconde Eftampe qui eft une
Charité Romaine , eft fort connuë ; il a été
traité par la plupart des grands Peintres. Il est
tiré de Valere Maxime , où on lit , qu'un Romain
, nommé Cimon , condamné à périr en
prifon , échappa à fon fupplice par l'addreffe
de fa fille qui trouva le moyen de le nourrir de
fon propre lait. Les Juges touchez d'un trait de
tendreffe fi admirable , rendirent ce Romain à
cette illuftre fille . Ces Vers - cy font gravez au
bas de l'Eftampe.
Que! Spectacle touchant ! Quel merveilleux
Tableau !
Chargé d'ans & de fers , Cimon prefque au
tombeau ,
Trouve au fein de fa Fille une nouvelle vie ;
O ! Vieillard trop heureux dont le fort fait
envie !
Tu renais de ton Sang , & ta Fille à fon tour
Eft Mere de celui qui lui donna le jour.
Ces Vers & ceux de l'autre Eftampe font de
M. de la Font de S. Yenne , & la Gravûre de
cette derniere- cy eft d'un jeune homme nommé
le Baſt , dont le Burin & la correction du
Deffein promettent beaucoup . Le Public en
G iiij jugera.
1016 MERCURE DE FRANCE.
jugera. On trouvé ces deux Estampes chez le
fieur Duchange , Graveur du Roy , ruë faint
Jacques.
Le Sieur Chevillard , Hiftoriographe de
France , & Génealogifte du Roy , qui demeure
au coin de la rue neuve Nôtre Dame , avertit
le Public , que quoique l'on ait fait courir
le bruit qu'il étoit mort , parce qu'il ne fort
plus à caufe de fes incommodités , il travaille
cependant à fon ordinaire,& qu'il vient de faire
les Additions des Chevaliers Commandeurs de
l'Ordre du Saint Efprit , que le Roi Louis XV.
a faits dans les fix derniers Chapitres , depuis la
grande Promotion de 1724. Ce Graveur a
recueilli tous les Chapitres de cet Ordre depuis
que le Roi Henri III en a fait l'Inftitution en
1578. jufques à prefent , ce qu'il avoit fait par
ordre du Roi Louis le Grand ; cela fut achevé
fous fon Regne , en 1699. & il eut l'honneur
de le prefenter à fa Majefté , qui lui accorda
une gratification.
›
Le Sieur Chevillard voudroit bien donner
au Public avant fa mort les deux volumes infolio
de la Science des Herauts - d'Armes , ou
Methode parfaite du Blafon à laquelle il
travaille depuis so ans , & dont il a le Privilege
qui lui a été accordé depuis plus de deux
ans ; mais comme c'eft un ouvrage de grande
dépenfe , dans lequel il y aura plus de cinq
cens planches , il demande du fecours pour
pouvoir fournir à cette dépenfe qui eft fort audeffus
de fes forces.
On trouve actuellement chez cet Auteur ,
une très-grande Eftampe, contenant les Noms,
Qualités , Armes & Blafons de tous les Chevaliers
, Commandeurs de l'Ordre du Saint Efprit,
crées par Louis XV. du nom Roi de France
›
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY .
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
MAY . 17 : 8. 1017
de Navarre , cinquième Chef & Grand.
Maiftre de l'Ordre .
AIR.
E Printemps revient tous les ans ;
LE
A fon retour tout renouvelle;
Cette Saifon eft la plus belle
Pour les Bergers & les Amans.'"
Mais l'heureux tems de la vendange ,
Eft pour moi le plus précieux ,
Et je ne m'aperçois que la nature change ,
Que quand le vin nouveau prend la place du
vieux.
Autre Air.
Ans vous il n'eft point de Fêtes , SA
Pour qui connoît vos appas;
Les plaifirs font où vous eſtes ;
Les regrets où vous n'eftes pas.
Abfent de vous , mon malheur eft extrême,
Que je vous plains , fi vous m'aimez de même
Que je me plains , fi vous ne m'aimez pas !
Gy
SPEC1018
MERCURE DE FRANCL.
܀܀********************
SPECTACLES.
Lediensfrançois remitent au Theatre une
E premier jour du mois de Mai , les Copetite
Comédie en vers , tout à fait convenable
au tems , fous le titre de , Je vous prends
fans vert , qu'on n'avoit pas jouée depuis 15
ans. Elle eft du feu Sieur de Champmellé, Comédien
du Roi , & l'on croit que feu M de
la Fontaine y a beaucoup de part Ce petit
ouvrage orné de chants & de danfes fut donné
dans fa nouveauté le premier de Mai 1693 .
& eut un fort grand fuccès.
Le 4. Académie Royale de Mufique, donna
par extraordinaire une repreſentation de l'O
pera de Roland , le concours fut prodigieux ,
& de long- tems on n'y avoit vû une plus
nombreuſe affemblée. S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans l'honora de fa prefence
avec les deux Princeffes fes filles . On fupprima
le cinquiéme Acte de cet Opera qui a toujours
paru trop long & déplacé, quoique la Mufique
foit d'une excellente beauté. Les Des. Antier,
Hermence & Peliffier , chanterent à la place
plufieurs morceaux choifis , détachés de differens
Opera , qui furent très- applaudis.
On y joignit auffi les Intermedes qui furent
danfés à la Cour le 10 Mars cn prefence de
leurs Majeftés , dans la Comédie de Pourceaugnac
, comme il a été dit dans le Mercure de
Mars , pag. 19. Les Diles, Prevoft & Sallé y
danferent avec toute la fineffe & les graces
imaginables , & la Dile. Camargo termina le
divertiffement par les caracteres de la danfe ,
qu'elle danfa avec toute la vivacité & la juftele
MAY. - 1728. 1019
teffe que tout le monde lui connoît.
Le jeudi 20 de ce mois , on ceffa les reprefentations
de Bellerophon , pour reprendre
Roland , avec les agrémens dont on vient de
parler , & on en continuera les repreſentations
jufqu'au premier Juin qu'on remettra au Théatre
l'Opera d'Hypermneftre , dont nous parle
rons le mois prochain.
Le 7. de ce mois , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Repreſentation d'une
Parodie nouvelle intitulée , Arlequin Bellerophon
, en un Acte & en Vaudeville. Cette Piece
qui a été reçue favorablement du Public, eft
de la compofition des Sieurs Dominique & Rom
magnefy En voici l'Extrait.
Le Roy.
Stenobée
.
ACTEURS.
Philonoé , fille du Roy.
Bellerophon.
Amifodar.
Le Sacrificateur.
Un Poëte.
Le Sieur Paquety .
Le Chanteur.
La Di Thomaffin,
Le Sieur Thomaffin
}
Le Sieur Romagnefy.
La Pithie.
Le Sieur Dominique .
Le Sieur Mario.
Deux Amazones . Pantalon & Scaramouche.
Troupe de Sorciers & de Lutins , chantans &
danfans.
Miniftres , Prêtreffes , & Choeurs de Peuples.
Le Theatre reprefente un Jardin délicieux
Philonoé confie aux deux Amazones , la tendreffe
que Bellerophon lui a infpirée ; elle vante
fort fa valeur , & les invite même à chan-
G vj ter
1020 MERCURE DE FRANCE :
ter la gloire de fon Amant. Une des Amazo
nes répond qu'il ne convient point à des captifs
de chanter la gloire de leur vainqueur ; elles
ne laiffent pas que de chanter les Exploits
de Bellerophon , pour contenter la Princeffe
La premiere Amazone chante ſur l'Air , Reveillez-
vous, belle endormie.
Sa brûlante ardeur pour la gloire »
En lui ne peut fc moderer.
La feconde Amazone .
Avec ce Gaillard , la Victoire
N'a pas le tems de refpirer.
Les Amazones fe retirent , voyant approcher
Bellerophon , qui aborde la Princeffe , & lui
témoigne la joye que lui caufe fa preſence ;
elle lui répond par ce Couplet en Rondeau,fur
l'Air de la Baronne .
Comme vos peines
Caufoient autrefois mes foupirs ,
Liez tous deux des mêmes chaînes,
Je dois partager vos plaiſirs ,
Comme vos peines.
Ils chantent enfuite un Duo à l'imitation des
paroles de l'Opera , fur l'Air , Ilfaut que je
file.
Qu'ici notre amour extrême
Chante comme à l'Opera i
Détonnons
MAY. 1021 1728.
Détonnons tous deux de même
Qu'on détonne en ce lien là ,
1
Et difons-nous fans emblème
Je vous aime en a mi la.
Je vous aime , je vous aime
Le beau Duo que voilà.
La Princeffe fe retire , voyant paroître la
Reine. Bellerophon veut l'éviter aufli , mais il
refte pour lui reprocher qu'elle l'a fait bannir
d'Argos , & c. La Reine lui répond , fur l'Air
de la Ceinture.
<
Je fais les maux que je t'ai faits ,
Mais malgré ma rigueur extrême ,
Ne me dis plus que je te hais :
Ou reproche-moi queje t'aime..
Bellerophon la quitte brufquement. Stenobée
chante fur l'Air , Je ne fuis né ni Roy ni
Frince .
Tu me quittes , Barbare , arrête .
Mais par ma foy sje fuis bien bête
D'aimer un traître qui me fuit ;
Telle eft nôtre ardeur imprudente ,
L'amour trop heureux s'affoiblit ,
Et l'amour malheureux s'augmente
с
Amifoday
1622 MERCURE DE FRANCE.
Amifodar furvient ; Stenobée le prie de fervir
fon courroux ; Amifodar lui promet de
mettre tout en ufage pour la fatisfaire. Troublons
, continuë- t - elle , par une vengeance barbare
, le mariage de Bellerophon avec la Princeffe.
Amifodar chante fur l'Air des Trem3-
bleurs,
Mon pouvoir que rien n'égale ,
Peut de la nuit infernale,
Evoquer la mortfatale ,
Et la répandre en ces lieux.
Je puis , armé du Tonnerre ,
Aux Mortels livrerlaguerre ,
Et défoler cette Terre ,
Par un Monstrefurieux »
Non , non , point de Tonnerre , répondStenobée
, le Monftre me divertira davantage.
Amifodar l'affure qu'il va la fervir comme il
faut , & laprie de s'éloigner.
Amifodar refte feul & chante , à l'imitation
de l'Opera :
Que ce Jardin fe change en unDefert affreux.
Le Theatre change , & reprefente une
Caverne effroyable Amifodar chante fur
Air , De neceffité neceffitante.
Accourez , Sorciers & Sorcieres ,
Joignez à mon Art vos noirs myfteres ,
Es
MAY. 1023 1728.
Et furtout mettez de la partie ,
Les Diables de baffe Normandie.
Une troupe de Sorciers s'avance ; Amifodar
leur propofe de faire fortir des Enfers un Monftre
furieux ; ils fe profternent , & font leur
évocation en chantant en Choeurs , fur l'Air
de Ramplan
Par ce commandement
Ramplan ,
Que le Tenare s'ouvre ,
Ramplan , pataplan ,
Ramplan , promptement ♪
Que l'Enferfe découvre
Dans ce même moment
Ramplan.
bis
Amifodar eft fort content du zele de ces Sorciers
, il continue l'évocation , & chante ce
Coupler , fur l'Air , Paffant fur le Pont
Neuf.
Noires Filles du Stix Hecate , Erebe
Averne
>
Nuit , Mort , Chien des Enfers que la fireur
gouverne ,
Que l'on travaille
A défoler cette canaille.
Entendez nos clamours; c'est pour vous que
Pon braille.
909
1024 MERCURE DE FRANCE.
Il fort des Enfers trois Monftres , qui font ,
un Procureur , un Medecin & un Maltotier i
Amifodar chante fur l'Air , Allons à la Guin
guette.
1
Le charme eft fait , remercions Hecates
Ah ! les voilà.
Quels Monftresfont - ce là t
Un Procureur , un fuivant d'Hipocrate
Avec un Maltotier
Meffieurs , vous fçavez bien votre métier.
Voilà , dit Amifodar , trois Monftres bient
complets ; quel ravage ne vont - ils pas faire è
il pourfuit fur l'Air du Confiteor.
Allons ne perdons point de temps ,
Aux Enfers defcendons ensemble ;
Il faut des charmes plus puiſſans y
Pourfaire qu'un corps les raffemble.
Un des Sorciers à Amifodar.
Pour affouvir votre fureur ,
C'étoit affez du Procureur.
Comme la Parodie n'eft qu'en un Acte , il
faut fuppofer que le Monftre qu'Amifodar a
fait fortir des Enfers , a déja ravagé le Païs.
Le Roy qui furvient , craint lui - même d'être
l'objet de fa fureur , & Stenobée qui vient
joindre
MAY 1728. 1025
joindre le Roy , lui dit d'un ton ironique , que
Bellerophon vaincra fans beaucoup de peine
le Monftre qui caufe tant d'allarmes , & c. Bellerophon
qui furvient , après que la Reine
s'eft retirée , demande au Roy , s'il vient confulter
l'Oracle d'Apollon. Le Roy lui répond
que ce Dieu eft Tutelaire de fes Etats , & qu'il
fonde en lui toutes fes efperances . Bellerophon
dit qu'Apollon ne fçauroit lui rendre de
grands fervices, & qu'il ne doit pas beaucoup
compter fur lui , puifqu'il eft le Dieu des Poëtes.
La Princeffe arrive pendant cet entretien ,
toute confternée , en déplorant les malheurs
des Sujets du Roy fon Pere. Celui - ci veut la
raffurer, en lui difant que Bellerophon va combattre
le Monftre, mais la Princeffe , qui craint
que fon Amant ne perde la vie dans ce combat
, chante far l'Air , Prens-moi pour tow
Jardinier.
Tout prêt d'être mon Epoux ,
Quoi vous expoſeriez - vous ?
Non , demeurez- là.
Bellerophon.
Ilfuccombera ,
Et je brave fa rage.
Ah! fans ce chien de Monftre là ,
Nous ferions en ménage ,
Lon la ,
Nous ferions en ménage .
Le Temple d'Apollon s'ouvre ; la Statuë de
1026 MERCURE DE FRANCE.
ce Dieu paroît dans le fond , avec le Sacrifi
cateur , les Miniftres & les Prêtreffes. Les Peu
ples chantent en Choeur :
Ah! Grand Apollon ,
Délivre- nous donc Y
D'une affreufe Bête ,
Par ton divin nom ;
De plus par la tête
Du Serpent Pithon.
On allume le feu facré fur l'Autel ; le Sacri
ficareur verfe du vin dans le feu , tandis que
Bellerophon le prie de ne pas tout répandre ,
& d'en garder un peu pour lui. Les Miniftres
immolent la victime , qui eft un Beuf, prefentent
le coeur au Sacrificateur , lequel
après l'avoir examiné , raffure le Peuple , &
Jui ordonne pour marquer fa joye , de danfer
autour du feu . Bellerophon mene le branle , en
chantant une Chanfon Comique. La Pithie
fort enfuite de fon Antre , & chante ſur l'Air,
Pierre Bagnolet.
Je n'étois pas fort neceſſaire
Pour vous annoncer Apollons
Mais dans une importante affaire,
Il faut toujours du Carillon.
Eh bien ! l'on va vous fatisfaire ,
Et tonner fur unjoli ton .
bis.
Le Tonnere fe fait entendre , la Pithie
continue
MAY. 1728. 1027
continue ainfi, le Soleil va parler,que le Theatre
sobfcurciffe , & reprefente la nuit, Bellero
phon chante cet Air :
Quoi ! nousfaire voir dans un Four
Le Dieu du jour :
Ah! le beau tour ;
Nous nefouffrirons point cela ;
Cette fottife ,
N'étoit permife ,
Qu'à l'Opera.
Apollon prononce l'Oracle fur l'Air des
Flons Flons.
Un des fils de Neptune
Apaifera , dit- on ,
La Celeste rancune ,
Mais il luifaut Fanchon
Le Roy fort tout confterné , après l'Oracle
prononcé. Bellerophon refte avec la Princeffe,
& lui demande qui eft cette Fanchon . Elle lui
répond que c'eft elle- même , & qu'elle portoit
ce nom étant encore petite fille ; Bellerophon
en paroît tout étonné. ils finiffent la
fcéne par un duo , & promettent de s'aimer
toûjours malgré l'oracle. Ici le Théatre change
, & reprefente une vafte Campagne , on
entend la voix des Peuples épouvantés qui
craignent l'aproche du Monftre. Une petite
fille qui fuit avec fa mere , chante fur l'air
voici les Dragons.
Que
1028 MERCURE DE FRANCE .
Que le monftre eft en colere i
Vite , fauvons nous ;
Il a mangé ma grand mere
Il vous mangera ma mere ,
Et moi itou.
Bellerophon furvient en
bis.
3
Courant fur le
Théatre , il temoigne fa frayeur d'une maniere
comique , & craint que le Monftre ne
le gobe : cependant , réfléchiffant fur le peril
que court la Princefle , il dit qu'il ne fe
roit pas honnête de la laiffer perir , & que
c'eft ici le plus intereffant de la Piece. Il for.
me le deffein de combattre la Chimere , mais
il est arrêté un moment après par la crainte ;
& par un jeu de Théâtre très - plaifant . Le
Poëte paroît dans ce moment qui , voyant
Bellerophon fort intrigué & dans l'embarras
s'offre de l'en tirer , en lui difant qu'il peut
difpofer à fon gré de Pegafe , qu'il a en fon
pouvoir dans fon écurie , il chanté fur l'air de
la Ceinture.
Le Poëte .
De moi feul ilreçoit la loy ,
Je le tiens dans mon écurie.
Bellerophon.
La pauvre bête par ma foy
Il doit être bien mal nourri.
Le Poëte lui dit de le fuivre , & de mon
ter hardiment fur Pegafe ; qu'il lui répond
de la victoire , Bellerophon confent & chante
He las !
C
MAY. 1728 . 1029
Helas ! mon cher Poëte ,
Quandje l'aurai monté ,
Je crains qu'il ne me traite
Comme il vous a traité,
E flon flon larira dondaine ,
Et guay guay , la lirondondé.
La Chimere paroît ; Bellerophon monté fur
un Ane aiflé , la combat comiquement , &
enfin la tuë d'un coup de piftolet.
Le Roy & la Princeffe furviennent après le
combats le premier apprend à fa fille que Bellerophon
à tué le Monftre , & qu'il eſt fils de
Neptune , il chante fur l'air de joconde.
D'une Nymphe ce Dieu craignit
La Jaloufe colere ,
Et quand Bellerophon naquit
Il cacha ce miftere.
La Belle n'eût aucun soupçon
De cette manigance ,
Et Glaucus lui prêta fon nom
Comme on le fait en France.
La Reine arrive , & trouve le Roy qui
eroit qu'elle vient prendre part à la joye publique
Elle lui fait entendre tout le contraire
, en lui avoüant que c'eft elle qui a engagé
Amifodar d'évoquer des Enfers ce Monitre
horrible qui a fait de fi grands ravages dans
fes Etats Le Roy ordonne qu'on cherche
Amifodar , & qu'on l'arrête , mais la Reine
l'affûre qu'il eft déja bien loin . Eh bien ! feelerates
7
1030 MERCURE DE FRANCE.
lerate tu vas payer pour lui (répond le Roy) .
La Reine chante fur l'air Charmante Gabrielle.
Je ne crains point ta haine .
J'ai par précaution ,
Pour foulager ma peine.
Sçu prendre du poiſon.
En ce moment je cede
A fes effets.
Ah! l'excellent remede
Pour les forfaits.'
Les Gardes emportent Stenobée qui vient
de mourir. L'on entend un bruit de timballes
& de trompettes qui annoncent l'arrivée
de Bellerophon qui revient tout triomphant
du combat. Le Roy lui préfente la
Princeffe pour récompenfé , & chante fur
Fair , Marié , marié moi.
Le Roy.
Allons , dennez vous la main ;
Je couronne votre flame.
Bellerophon.
Non , remettons à demain ,
Carj'ai mes raisons , Madame.
La Princeffe .
Expliquez , expliquez vous fans détour. ]
Bellerophon.
Vaincre un Monftre , &prendre femme.
Parfemblew
MAY. T038 1728.
Palfembleu , mon petit coeur mon Amour
>
Ce feroit trop pour un jour.
Le 8 , les mêmes Comediens remirent au Théa
tre, les Amans réžnis ; Comedie de M de Beauchamp
, reprefentée avec grand fuccès l'année
paffée , dont on peut voir l'Extrait dans le premier
vol. de Decembre de la même année.
La Dule Silvia qui n'avoit pas joué depuis fix
femaines , reparut au grand contentement du
public,dans le Rôle de Leonor , qu'elle y avoit
joué. Le Sr Dominique y remplit celui du Pere
de Leonor , en abicence du S Lelio,
Le 14 , les Comediens François remirent au.
Theatre , la petite Comedie de Colinmaillard ,
du feu fieur Daucourt , qui fait beaucoup de
plaifir. La Mufique Du divertiffement eft du
feur Giltier.
Le 17. les mêmes Comédiens lûrent à leur
affemblée, & reçurent une Comédie nouvelle
en Vers & en trois Actes , de M, Dalinyal, qui
a pour titre; l'Ecole des Bourgeois.
Le 18 le fieur de Montmefnil.qui avoit joué
avec fuccès fur ce Théatre il y a quelques années,
y reprefenta le Rôle du Valet dans la Comédie
du joueur, & y fut tres- bien reçû & generaleinent
applaudi.
Le 24 , le même Acteur joüa le Rôle de
Dave , dans la Comédie de Landrienne , avec
plus de fuccès encore. Cette Piece eſt tres- bien
reprefentée d'ailleurs . Le fieur Baron , Auteur
de cette Comedie , y joue le Rôle de Cimon
d'une maniere inimitable, & le Rôle du Fils eft
joué par le fieur du Frefne , dont les talens font
affez connus.
Quelques jeunes gens de Paris , qui ont des
talens pour la déclamation, & beaucoup de difpofition
1032 MERCURE DE FRANCE.
pofition & de goût pour le Théatre , s'amufent
agréablement depuis quelques temps à
reprefenter dans une Maiſon convenable du
Village de Clignancour , diverfes Tragedies &
Comédies , dont l'exécution merite l'applaudiffement
de quantité de gens de merite que
cette nouveauté attire . Le Spectacle eft ordinairement
fuivi d'un Bal.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Na reçûavis que le Roy de Perſe détrôné
Scha- Huſſain , étoit mort dans la
66 année de fon âges que fa fille qui a époufé
le Sultan Acheraf , étoit groffe ; qu'un parent
de feu Miri Mamouth , Chef des Rebelles de
Perfe , s'étoit mis à la tête des Mécontens ; &
qu'ayant raffemblé un Corps de Troupes de
près de 40000 hommes, s'étoit rendu Maître du
Candahar , où il s'étoit fait proclamer Souverain
, indépendant de la Couronne de Perfe ;
qu'il avoit dépêché un Exprès au Sultan Acherafpour
lui en donner part, & lui propofer fon
alliance , à condition de le laiffer jouir de la
Province dont il venoit de s'emparer ; qu'en
cas qu'il acceptat fes offres , il s'engageoit de
marcher à fon fecours pour l'aider à reprendre
fur les Mofcovites les Provinces conquifes
par le feu Czar ; mais que s'il les refufoit ,
il entreroit en Perfe avec fon armée & fe joindroit
au Prince Thamas , pour le rétablir fur
le Trône de fes Ayeux.
Les mêmes Lettres portent que le Seraskier
Achmet Pacha , qui a commandé les Troupes
du Gr. S. en Perfe, pendant les deux dernieres
Campagnes , avoit obtenu pour lui le Gouvernement
MAY. 1728 .
1033
nement general de la Bofnie , & pour fon fils
une pention confiderable fur les revenus de
cette Province.
On apprend par les Lettres de Tetuan , que
le 27 Mars il y étoit arrivé deux Exprès , par
lefquels on avoit reçû avis que Muley - Hamet .
Roy de Miquenez , s'étant livré à toutes fortes
de débauches depuis les victoires qu'il a
remportées fur les freres , avoit excité l'indignation
de fes fujets à un tel point , que les
Négres de Sibuljari , qu'il avoit auprès de lui
pour fa garde , l'avoit enlevé yvre dans fon
Palais ; & qu'après l'avoir mis dans un lieu
de sûreté, ils avoient proclamé pour leur Roy,
Muley- Abdemelec , qui s'étoit retiré à Sus, &
qu'en attendant fon arrivée , ils avoient mis
fur le Trône un de fes fils qui étoit prifonnier
à Miquenez . Ce Prince a aufli été proclamé à
Tetuan..
On mande de Tunis que le Bey qui en étoit
forti pour aller combattre fon neveu rebelle ,
l'avoit obligé de prendre la fui e après un leger
combat, & qu'il étoit rentré dans la Ville , ou
il avoit fait mourir cinq ou fix Chefs des mécontens
. Cependant on vient d'apprendre que
malgré cet avantage , le nombre des Mécontens
s'étoit confiderablement augmenté , &
que la plupart des habitans des Montagnes s'é
tant joints au parti du neveu du Bey , on le
croyoit prefentement en état de venir attaquer
la Ville , & de forcer fon oncle à accepter les
conditions qu'il a jufqu'à prefent refufées . Ces
Lettres ajoûtent qu'un Armateur François s'étoit
emparé depuis peu d'un Vaiffeau Corfaire
de la même Ville.
Les Lettres de Smyrne portent que les Janiffaires
s'y étoient foulevez , & qu'ils avoient
menacé de réduire la Ville en cendres , plutôt
H
1034 MERCURE DE FRANCE .
que d'y laiffer entrer Abdala Pacha , qui étoit
auprès avec un Corps de Troupes pour les réduire
, mais que ce Pacha étant entré dans la
Vilie par furprife , avec une partie de fes Soldats
, s'étoit faifi des Chefs des Rebelles , qu'il
avoit difperfé les autres avec affez de facilité ,
& qu'il avoit établi un fi bon ordre, que la plûpart
des Négocians qui s'étoient fauvez à bord
de leurs Vaiffeaux , étoient rentrez dans la Ville,
& que le commerce s'y faifoit comme à l'ordinaire.
RUSSIE.
Na appris que les Perfans & les Tartares
avoient commencé à commettre quelques
hoftilitez aux environs de Derbent, & que
dans une rencontre , les Tartares avoient été
battus par les Troupes Mofcovites.
Le 28 de Mars , le Czar donna le Cordon de
S. André au Duc de Liria , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy d'Espagne,
Quelques Seigneurs de la Cour , jaloux du
grand credit du Baron d'Ofterman , ayant formé
divers complots contre ce Miniftre & contre
les autres Allemands qu'il employe , viennent
d'être découverts , & condamnez à paffer
le refte de leurs jours en Siberie.
Le 29 Mars le Czar alla à la Fonderie des
Canons à Moscou , & on fondit en fa préſence
20 pieces de Campagne à fes Armes.
On affure qu'un Courier arrivé depuis peu ,
a apporté la nouvelle que les Commiffaires du
Gr . S. avoient reglé avec ceux de S. M, Cz . les
limites des conquêtes faites par le feu Czar &
par S. H. du côtéde la Mer Cafpienne ; ( cette
nouvelle merite confirmation ) que les préparatifs
de guerre qu'on fait dans ce pays avoient
déterminé les Turcs à figner cet accommodement
MAY. 1728. 1035
ment,& qu'on ne croyoit pas qu'ils, euffent deffein
de rien entreprendre cette année contre
les Mofcovites .
On mande de Mofcou qu'on y attendoit vers
le milieu du mois dernier , un Envoyé du Prince
Thamas , fils du feu Roy de Perfe ; ce Miniftre
étant déja arrivé à Tobolskoy , on lui a
envoyé plufieurs Chevaux de felle , avec une
efcorte de 160 Colaques qui doivent l'accompagner.
Le bruit court qu'il vient faire part au Czar
du mariage du PrinceThamas avec une fille de
l'Empereur de la Chine , qui a promis de lui
fournir tous les fecours néceffaires pour le rétablir
fur le Trône de fes Ancêtres.
D'autres avis de Perfe portent que les Perfans
ayant fait un détachement de leur armée
du côté de Derbent , & qu'ayant attaqué les
Mofcovites, le Sabre à la main, ceux- ci s'étoient
deffendus fi vigoureufement , que plus de 700
Perfans furent tuez , 27 faits prifonniers , & le
refte fut mis en fuite . Les Ruffiens de leur côté
I n'ont perdu que 6 ou 7 hommes .
Le Baron d'Ofterman qui a la principale adminiftration
des affaires , eft toûjours engrand
crédit ; quelques Seigneurs qui s'étoient déclaré
contre lui trop ouvertement , ayant été ou
exilez en Siberie , ou éloignez de la Cour.
Il eft prefentement prefque le feul Miniftre
que le Czar confulte fur les affaires les plus
importantes.
On a appris en dernier lieu de Conftantinople
que le Gr. Viz . avoit déclaré à M. Dierling
, Refident de l'Empereur , que S. H. avoit
pris la réfolution d'envoyer une Ambaffade folemnelle
au Sultan Acheraf, pour le porter à
terminer à l'amiable les differends qu'il peut
avoir avec les Mofcovites, que le Sultan Emir,
coufia
Hij
103.6 MERCURE DE FRANCE .
coufin de ce nouveau Souverain , qui eft ac
tuellement à Conftantinople , travailloit à détourner
le Gr. S. de cette réfolution , en lui demandant
l'execution des promeffes qu'il a faites
au Sultan Acheraf, par le dernier Traité
qui a été conclu entre eux,
SUEDE.
E Roy a choifi un des Gentilshommes de
La Chambre , pour aller à Kiel porter un
Service de Vaiffelle d'argent de 100 mille Rifdales
, dont la Reine fait prefent au jeune Prince
, dont la Princeffe , époufe du Duc d'Holftein
eft accouchée.
On a reçu avis de Dantzic , que le Comte
Maurice de Saxe y étoit arrivé depuis peu , &
que le bruit couroit qu'il en partiroit avec le
Comte de Wratiflaw , pour fe rendre à Petersbourg.
Les Barons de Ghedda & de Spaar , Envoyez
du Roy dans les Cours de France &
d'Angleterre , ont été nommez par S. M. &
par le Senat , pour être Miniftres Plenipotentiaires
de cette Couronne au prochain Congrès
.
1
Quoique la Flote du Roy foit en état de
fortir des Ports , il a été réfolu dans le Confeil
de ne la faire mettre à la voile que lors
qu'on aura des avis certains de la fortie de
celle du Czar.
I
DANNEMARC .
L a été réfolu dans le Confeil du Roy , de
fupprimer entierement le commerce du
papier.
On brûla au commencement du mois dernier
MAY. 1728 . 1037
hier devant l'Hôtel de Ville de Copenhague
pour 30000 écus de billets autorifez , que le
Roy a fait retirer des mains des Négocians ,
aufquels on fait efperer qu'on leur rembourfera
inceffamment tous les autres papiers
Royaux dont ils font porteurs.
Le 16 du mois dernier , le Roy donna l'Or
dre de Dannebrock à M. Raben , Grand- Maitre
de la Maifon de la Princeffe Royale.
O
ALLEMAGNE
N apprend de Berlin que 200 Ouvriers
étoient employez à préparer les Feux d'artifice
qu'on doit tirer à Charlottembourg ,pendant
le féjour du Roy de Pologne , qui a envoyé
depuis peu an Roy de Pruffe un magnifique
Service de Porcelaine, de la Manufacture
de Drefde.
Le 9 Avril , l'Empereur donna à la Maiſon
d'Autriche l'Inveftiture des Fiefs Imperiaux
qu'elle poffede tant en Allemagne , qu'en Italie
& dans le Cercle de Bourgogne. Elle fut
reçue par quatre Députez ; fçavoir , pour la
Bohéme , par le Comte de Sinzendorff, Grand
Chambellan de S. M. I. pour l'Autriche , par
le Comte de Sinzendorff , Chancelier de l'Empereur
pour les Pays -Bas ,par le Comte Gundacre
de Staremberg , à la place du Prince de
Cardone , Préfident du Confeil de Flandres, qui
eft indifpofé ; & pour le Duché de Milan , par
le Comte de Monte - Santo , Préfident du Confeil
, dit d'Espagne. Le Duc de Saxe- Meiningen
, le Prince de Beveren , le Duc d'Holftein
, le Prince Eugene de Savoye, le Prince de
Schwartzémberg , le Prince Jofeph de Lichtenftein
& le Comte de Wurinbrand, Prefident
du Confeil Aulique, étoient prefens à cette ce-
Hiij remonie
1038 MERCURE DE FRANCE .
remonie , qui ne s'étoit pas faite depuis le Regne
de l'Empereur Charlequint.
La Cour Imperiale a envoyé de nouveaux
Ordres à M. Dierling , Refident de l'Empereur
à Conftantinople , de déclarer au Grand Seigneur
, en termes exprès , qu'en cas que la
Porte vint à donner du fecours aux Perfans.
contre les Mofcovites , directement ou indirectement
, S. M. I. regarderoit cette entre
prife comme une rupture ouverte avec la Chrê
tienté.
Le Cardinal de Sinzendorff doit aller à
Drefde pour remercier le Roi de Pologne du
Chapeau de Cardinal qu'il lui a procuré par fa
nomination.
L'Aga Turc qui faifoit à Vienne la fonction
de Conful de fa Nation , ayant été rappellé
pour avoir ouvert une Lettre que le Pacha du
Grand Caire , retiré à Triefte , écrivoit au
Prince Eugene de Savoye , a été confervé dans
cet employ, à la recommandation de ce Prince,
qui a écrit en fa faveur au Grand Vizir.
Le Comte d'Arrach , Confeiller d'Etat ordinaire
& Maréchal de la Baffe- Autriche , fut
nommé le 30 Avril , Viceroi de Naples , à la
place du Cardinal d'Althan.
Le Duc de Richelieu qui a pris congé de
l'Empereur , a dû partir de Vienne le premier
de ce mois pour aller à Venife , d'où il retoure
nera en France.
ITALIE.
E 29 Mars , le Cardinal Pereira & l'Envoyé
de Portugal firent demander au Pape
leur audience de congé ; mais n'ayant pû l'obtenir
, ils congedient leurs Dom eftiques & fe
préparent à partir inceffamment. r
Le 10 du mois dernier , il arriva à Rome de ΙΟ
Lisbonne ,
MAY. 1728 . 1039
Liſbonne , un Courier avec des dépêches pour
l'Ambaffadeur de Portugal. Le Cardinal Pereira
le fit partir le même jour pour Livourne,
où l'Ambaffadeur attend les derniers ordres
du Roy fon Maître. Ce même Cardinal fe
-rendit le 18. en grand Cortege à l'Eglife de
Saint Pierre ; & après avoir fait fa priere devant
l'Autel , dit de la Confeffion des Saints
Apôtres , il monta au Palais du Vatican pour
prendre congé du Pape , ayant reçû des ordres
réiterés d'aller joindre l'Ambaffadeur du Roi
de Portugal à Livourne. Le 23. P'Envoyé de
Portugal partit avec la plupart des Portugais
qui eftoient établis à Rome.
Il y a eû depuis peu une Congrégation particuliere
chez le Cardinal Imperiali , au fujet
de la reftitution de plufieurs Navires que les
Chevaliers de Malte ont pris fur les Grecs du
Levant, & il fut décidé que les Armateurs
Maltois feroient obligés de rendre ces Bâtimens
avec les Marchandifes dont ils eftoient
chargés , attendu que les Grecs eftant Sujets
du Grand Seigneur , ils ne peuvent naviger
que fous le Pavillon de Sa Hauteffe & de conferve
avec les Vaiffeaux Turcs.
Le Pape ayant été averti qu'il fe formoit
divers partis dans le Chapitre general des
Carmes , qui eft affemblé pour l'Election
d'un General , Sa Sainteté a nommé ce General
par un Bref , & elle a fait dire à
tous les Religieux députés pour l'Election de
partir dans trois jours pour retourner chez
eux , fous peine d'encourir les cenfures de
l'Eglife , & même des peines arbitraires . Le
12 du mois dernier , le Pape tint un Confiftoire
fecret , dans lequel le Cardinal Ottoboni, Protecteur
des affaires de France , préconifa
l'Abbé de Gefyres pour l'Evêché - Pairie de
Hiiij. Beauvais
1040 MERCURE DE FRANCE .
Beauvais & pour l'Abbaye d'Orcamp , Ordre
de Citeaux , Diocéfe de Noyon.
On apprend de Venife que l'Ile de Zante eft
infectée de la Maladie contagieuse , & qu'elle
y faifoit beaucoup de ravage, ainfi qu'à "Confrantinople
, à Smyrne & dans plufieurs des
Ifles de l'Archipel."
On a reçû avis de Milan , que les Clercs
Reguliers de Saint Paul, dits Barnabites , y tenoient
leur Chapitre général, & qu'ils avoient
confirmé d'une voix unanime Dom Charles-
Augufte Capitain , Général de leur Congregation.
C'eft le premier Religieux François
qui en ait été Général.
Le 30 du mois dernier , le Pape tint un Confiftoire
, dans lequel il déclara que les Cardinaux
refervés in petto dans la Promotion du 9
Décembre 1726. étoient Mrs. Anfidei , Lam
bertini, Banchieri , Colligola , & le Pere Selleri
Le lendemain S. S. fit une Promotion
de deux Cardinaux , qui font le Pere Gotti ,
Dominicain , & le P. Porzia , de l'Ordre de
S. Benoift.
:
PORTUGAL.
B Roi a fait écrire à M. Firrao Nonce
>
L du Pape , à M. Bichi qui avoit ci- devant
le même caractere , & à l'Auditeur de la Nonciature
, de fortir dans cinq jours de Lisbonne,
avec ordre au premier & à l'Auditeur , d'être
hors du Royaume en dix jours .
On a appris depuis que M. Firrao n'eſtant
pas forti de la Ville après les cinq jours , &
qu'ayant répondu au Secretaire d'Etat qu'il
n'avoit d'ordre de recevoir que du Pape dont
il étoit Miniftre , le Secretaire d'Etat lui avoit
fait dire que S M. ne lui donnoit que 24 heures
pour fortir de Lisbonne, & huit jours pour
fortir
MAY. 1728. 1041
fortir du Royaume ; que s'il s'opiniatroit à ne
pas obéir , le Roi fe ferviroit de fon autorité
pour l'y contraindre . On ajoûte que M. Firrao
avoit menacé d'excommunication ceux qui
voudroient executer les ordres que le Roi donneroit
contre lui ; mais voyant que fes menaces
ne faifoient aucune impreffion , il avoit prie
le parti de fe retirer .
GRANDE BRETAGNE.
Esde ce mois , la Reine accompagnée du
Prince Guillaume , de la Princeffe Royale
& des autres Princeffes , alla voir le cabinet
des curiofités naturelles du Chevalier Hans.
Sloane , Préfident de la Societé Royale de
Londres , chez lequel S. M. dîna .
Le 6 , le Roi fe rendit à Cambridge , où
S. M. fut reçue par le Duc de Somerſet , Chancelier
de cette Univerfité à la tefte des Chefs
des Colleges ; elle fut complimentée par le
Maire , accompagné des Aldermans , qui porta
enfuite la Maffe devant le Roi jufqu'à la Salle
da College de la Trinité , où S. M. dîna. Le
Roiy nomma so Docteurs en Théologie , 58 .
en Medecine , & 34 en Droit ; après quoi
S. M. retourna à Newmarket , ou elle avoit
vû la veille la courfe des chevaux , elle y vie
ce jour là la courfe des juments : Celle du Colonel
Howard remporta le prix.
PAYS - BAS .
E 14. du mois dernier , M. d'Acunha ,
Ambaffadeur de Portugal , donna à Bruxelles
une très belle Fête à l'occafion du double
Mariage du Prince & de la Princeffe d'Eſ--
pagne , avec le Prince & la Princ.ff . de Por--
HAY tugal
}
1042. MERCURE DE FRANCE .
tugal. Le feftin commença à trois heures après
midy. Il fut des plus magnifiques & fuivi .
d'une Cantate Italienne , convenable au fujet
de la Fête. Le foir , la façade de l'Hôtel d'Egmont
où elle fe paffoit , fut illuminée d'une
infinité de Lampions , repréfentant plufieurs
ordres d'architecture & les chiffres des Illuf
tres Epoux . On fit couler trois fontaines de
vin , pendant qu'on tiroic , avec des, fufées
volantes , à un oifeau rempli d'artifice , élevé
fur une haute perche. Un Cordonnier y
mit le feu , & remporta le prix de 1200. écus.
Un fomptueux foupé , fuivi d'un bal qui dura
jufqu'au lendemain , termina la Fête.
Le 27. Avril , le Comte Golofskin , Miniftre
Plenipotentiaire du Czar à la Haye ,
donna une Fête magnifique à l'occafion du
Couronnement de S. M. Czarienne . Environ
foo. perfonnes du premier rang & autres
, furent invitez par des billets . A neufheuheures
du foir , cinq tables de 66. pieds de
longueur & de 6. de largeur , formant un fer
à cheval , furent couvertes de 155. plats rangez
fur trois files . Il y avoit fur celle du milieu
27. baffins remplis de confitures , de
pieces de four & de fruits dreffez en piramide.
Le baffin du milieu contenoit une efpece
d'Arc de triomphe , furmonté d'une Couronne
Imperiale , fous laquelle on avoit placé
la Statue du CzarPietre II . fur un Trône.
24. Muficiens placez fur un Theatre dans la
même Salle , formoient un concert melodieux.
Le bal fucceda à ce feftin. L'illumination
du dehors étoit très- belle. Les Armes de
Ruffie , environnées du Collier de S. André ,
& furmontées d'une Couronne Imperiale
couvroient prefque toute la façade qui éto it
ora ée de feftons , de verdure & de fruits.
MAY. 1718. 1043
Deux fontaines de vin coulerent pour le peuple.
9
ᎣᎣᎣᎣ
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Ddes Ducs de Milito , mourut à Naples
Ona Hippolite Mufceftola , de la famille
au commencement du mois dernier , âgée de
98. ans , laiffant une pofterité très nombreufe
, dans laquelle on compte plus de cent de fés
fils , ou petit - fils .
Le Cardinal Philippe- Antoine Gualterio
eut le 19. du mois dernier , à Rome , une
nouvelle attaque d'Apoplexie dont il mourut
le 20. au foir dans la foixante- neuviéme année
de fon âge , étant né à Saint Quirice de
Fermo , dans les Etats du Pape , le 24. Mars
1660. Il fut nommé Vice- Légat d'Avignon ,
le 7. Juin 1696 & il l'étoit encore au mois
de Février 1700 , lorfqu'il fut envoyé Nonce
en France . Le Pape Clement XI. le fit Cardinal
de l'Ordre des Prétres , le 17. May 1706 .
& il a eu fucceffivement les Titres de S. Chryfogone
, de fainte Cecile & de fainte Praxede .
Il étoit auffi Evêque de Todi. A fon départ
de Paris , le Roy lui donna l'Abbaye de faine
Remi de Reims au mois de Fevrier
1716. celle de S. Victor de Paris , & S. M.
Très-Chrétienne l'ayant nommé Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit , il fut admis le 3.
Juin 1724. Il étoit Honoraire Etranger de
l'Academie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres de Paris . Le Corps de ce Cardinal
fera tranſporté à l'Eglife Cathedrale d'Or
H vj viete ,
1044 MERCURE DE FRANCE
viete , pour être inhumé dans le tombeau de
fes Ancetres.
Le Comte Jacques Henry de Flemming-
Felt - Maréchal des Armées du Roi de Pologne
, General de fa Cavalerie , Colonel du
Regiment Royal des Dragons de S. M. Pol. &
de celui du Prince Electoral de Saxe , Confeiller
Privé & Principal Miniftre du Roi de Pologne
, mourut le 30 Avril à Vienne , vers les
dix heures du ſoir , dans la foixante - deuxième
année de fon âge , étant né le 3. Mars 1667 .
Il avoit épousé en premieres nôces la Princeffe
Douariere de Radzivil , de la famille des
Princes Sapieha , & en fecondes , la fille du
Prince de Radzivil , Grand-Chancelier de Lituanie
, dont il laiffe un fils unique âgé de
deux ans.
XX :XXXXXXXXXXX : XX
FRANCE
,
de Paris , &c. Nouvelles de la Cour , de Paris ',
E 13 du mois dernier , lorfque M.
Vanhoey, Ambaffadeur de Hollande ,
eut fa premiere audience publique du Roi,.
ce Miniftre prononça cette Harangue ::
SIRE ,
Leurs Hautes Puiffances , les Etats Gene--
raux des Provinces- unies , Mes - Seigneurs &
Maîtres , ne pouvoient m'honorer d'un caractere
qui me fut plus glorieux que celui deleur
.
MAY. 1728.
1045
feur Ambaffadeur auprès d'un Monarque
encore moins refpectable par les forces de for
vafte Empire que par l'éclat de fes Royales
vertus .
Toute l'Europe , SIRE , confidere avec
étonnement la juftice & la moderation , la
fermeté & la condefcendance , la prudence &
la candeur , fi heureufement réunies dans la
Perfonne facrée de V. M.
Toute l'Europe , SIRE , voit encore avec
une profonde admiration , la pieté fervir de
noeud commun à des qualités fi excellentes
en elles - mêmes , & fi rares dans leur union .
Toute l'Europe , SIR E , applaudit à la fageffe
de V. M. qui brille dans toutes fes démarches
, & qui fe fignale particulierement
dans le choix de fon Confeil . Mais c'eft avec
la plus vive reconnoiffance , SIRE , que toute
l'Europe doit fentir combien elle eft redevable
cet amour pour la paix , fur lequel V. M.
établit la gloire de fon Regne , & qui vient
d'éteindre l'embrafement general , prêt à dé-
Vorer les Nations.
Le Ciel voulant affûrer lè repos des Peuples ,
a rendu V. M. le dépofitaire en mêmetems,
& de la pleine confiance de toutes les Puiffan--
ces intereffées , & du Sceptre le plus éminent
de l'Univers.
Quel bonheur pour le genre humain que
V. M. répond fi parfaitement aux vües de la
Divinité ! Oui , SIRE , V. M. dans la ferveur ´
de l'âge le plus bouillant , a compris une
maxime que les Princes les plus éclairés n'ont
fçû fe perfuader que fort tard , & après une
longue experience ; c'eft , SIRE , que la:
grandeur des Rois & la felicité des Etats con--
tent moins à pouvoir fe vanter des plus ra
rapidess
1048 MERCURE DE FRANCE .
pides conquêtes , que dans le maintien & la
jouiffance d'une paix appuyée ſur des folides
fondemens.
Des difpofitions fi pacifiques dans un Roifi
puiffant , engagent bien naturellement l'Europe
entiere de fouhaiter à V. M. le Regne le
plus floriffant, le plus heureux & le plus long.
Les voeux de mes Maîtres , SIRE , ont
d'autant plus de fincerité & d'ardeur , que la
confervation de la paix eft le but conſtant &
invariable de leur Gouvernement , & que V.
M. les honore d'une affection diftinguée.
C'eft , SIRE , à cultiver cette affection
précieufe, que mon Miniftere eft deftiné: Puiffet'il
avoir tout le fuccès que les ſentimens les
plus refpectueux dont mon coeur eft rempli
pour V. M. me font efperer.
Le Roi répondit très - obligeamment
à M. Vanhoey, lui témoignant que fa
fonne lui étoit fort agréable.
per-
A l'Audience de la Reine le même
Ambaffadeur prononça cette Harangue.
MADAME ,
·
La profonde veneration & l'inviolable attachement
de L. H. P. au Roi très chrêtien ,
leur refpect infini pour V. M.qu'elles regardent
comme le prefent le plus fignalé que le Ciel
ait fait dans fon amour au Roi & à fon Peuple.
Leurs voeux ardens pour la confervation
de Mefdames de France , & pour l'heureuſe .
Naiffance d'un Dauphin , qui mettent le comble
à la joie de Vos Majeftés & à la felicité
de ce Royaume.
L'affection
MAY. 1728: 1047.
L'affection marquée dont le Roi votre Augufte
Epoux , veut bien honorer leur Etat ,
tout femble , Madame , leur permettre d'af
pirer à la bienveillance Royale de V. M.
S'ils la demandent , Madame , très - inftamment
à V. M. par mon miniftere , c'est qu'ils
la mettent au plus haut prix , & qu'elle ne
fçauroit manquer de leur affurer l'amitié du
plus grand des Rois.
Penetré des mêmes fentimens que mes Maîtres
, & formant les mêmes fouhaits , oferoisje
bien , Madame , élever mes penſées jufqu'à
me flatter de quelque attention de la part de
V. M. fur mes foins empreffez & refpectueux.
La Reine fit une réponſe très- obligeante
à Mr. Vanhoey.
Le 22. du mois dernier , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Verfailles , la Meffe de Requiem
, pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Mufique pour l'Anniverfaire
de Madame la Dauphine , Epoufe
de Monfeigneur , Ayeul de S M.
Le 30. du mois dernier , le Roi revine
ǎ Verfailles du Château de Rambouillet ;
S. M. y retourna le 2. de ce mois & y
a fait depuis divers voyages pour y prendre
le divertiffement de la chaffe.
Le s . de ce mois , la Reine, accompagnée
pour la premiere fois de Madame
de France l'aînée , entendit dans la Chapelle
Yo 48 MERCURE DE FRANCE :
pelle du Château , la Meſſe chantée par
la Mufique.
Le To . vers les deux heures après
midi , le Roi fit dans les avenues du
Château de Verſailles la revue des Regimens
des Gardes Françoifes & Suiffes,
& S. M. les fit défiler . Ces deux Régimens
pafferent enfuite dans la Cour du
Château devant la Reine qui étoit accompagnée
de Mefdames de France .
Le 18. M. Horace -Walpool , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il prefenta
à S. M. M. Stanhope & M. Pointz ,
Miniftres Plenipotentiaires du Roi d'Angleterre
au futur Congrès. Il les préfenta
enfuite à la Reine , & il fut conduit à
ces deuxAudiences par le Comte de Monconfeil
, Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi a donné le Régiment Suiffe ,
vacant par la mort du Marquis de Villars-
Chandieu , Maréchal de Camp , à M.
Mely qui en étoit Lieutenant - Colonel.
Le 9. de ce mois , l'Abbé de Montclus
, Evêque de Saint Brieu , fut facré
dans l'Eglife Cathedrale de Senlis , par
l'Evêque de Senlis , affifté des Evêques de
Saint Omer & de Sarepte .
Le 25. du mois dernier, le P. Pernault,
originaire de Dijon , Religieux Bernardin
, nommé Abbé de Câteaux, & General
de
MAY. 1728.
1049
de l'Ordre , prêta ferment entre les mains
du Roi : C'est le feul Abbé Régulier du
Royaume qui ait cet honneur.
Le nombre des Morts à Paris pendant
l'année 1727. a été de 18952. celui des
Baptêmes 18715. & il y a eû 3753. Mariages
, & 2302. Enfans trouvés .
Le 30 du mois dernier , veille de la fefte
de S. Jacques , les Ecoliers Penfionnaires
de Mr. Vray , Principal des Philofophes
du College Royal de Navarre , celebrerent
fa fefte par une trés - agréable fymphonie,
& par un beau feu d'artifice .
Le premier de ce mois , après la Meſſe
du Roi , les Tambours des Régimens des
Gardes Françoifes & Suiffes , donnerent.
des Aubades au Roi & à la Reine . Le
Roi dîna à fon petit couvert ; il y eut
pendant ce tems là une magnifique fimphonie
dans l'anti - chambre . Le foir L. M..
fouperent à leur grand couvert , & après
le fouper on vit une grande quantité de
fufées volantes , tirées du Parterre qui fait
face à l'appartement de la Reine.
Le Roi fe plaît beaucoup à jouer à un
nouveau Jeu d'Echecs , dont l'Echiquier
eft de l'invention du Duc de Chaulnes ,
qui en a fait preſent à S. M. Il eſt diſpoſé
de maniere que trois Seigneurs peuvent
jouer au même Jeu avec le Roi.
La Comteffe d'Egmont , Dame du Palais
1050
MERCURE DE FRANCE .
lais de la Reine , ayant demandé la permiffion
de fe retirer , le Roi a nommé la
Marquife de Refnel pour la remplacer.
PROCESSION SEPTENAIRE faite
J
le premier jour de May , de l'Abbaye
Saint Denis à Montmartre . Extrait
d'une Lettre écrite le 12 du même mois,
par le R. P. Dom Jean Baptifte de
BOURNEUF , Maître des Ceremonies de
cette Abbaye.
-
E fatisfais , Monfieur , avec plaifir à ce
que vous fouhaitez de moi ,au ſujet de
lagrande Proceffion que l'Abbaye de ſaint
Denys fait tous les y ans à celle de Montmarrre.
Vous fçavez , fans doute , qu'il y
a eu des temps que les grandes Procef
fions faifoient une partie de la pieté & de
la Religion des Fideles . L'efprit de Penitence
qui les accompagnoit , les fit multiplier
, & il y eut peu d'Eglifes confidérables
qui n'en fit quelqu'une d'extraordinaire
. L'Abbaye de S. Denys fuivit cet
exemple , en établiffant une grande & folemnelle
Proceffion tous les ans , entre les
Fêtes de Pâques & de Pentecôte . Cette
Proceffion alloit une année à la Chapelle
, une autre année à Aubervilliers , une
autre fois à Montmartre & dans d'autres
lieux déterminez , au nombre de fept .
Mais dans la fuite ces grandes Proceffions
MAY . 1728 . 1051
fons ayant dégénéré en parties de diffipation
& de plaifir , on les a abolies , à l'exception
de celle de Montmartre , qu'on
n'a continuée ,felon toutes les apparences ,
qu'à la priere des Religieufes de cette ancienne
Abbaye , qui n'ont pû ſouffrir d'être
privées de la confolation de voir une
fois en fept ans le Chef de leur S. Patron .
Avant la Reforme des deux Monafteres
de S. Denis & de Montmartre , les Religieufes
donnoient à dîner aux Religieux
dans leur Refectoire , & ils dînoient tous
enfemble . Mais la Réforme a aboli cet ufage
, & les Religieux de l'Abbaye faint
Denis font porter à Montmartre ce qui
eft neceffaire pour leur repas,qui ne confifte
qu'en Beure frais , en Raves , deux
oeufs & un morceau de Pâté de Poiffon .
Ils donnent la même chofe aux Chanoi
nes , aux Curez & Clergé, aux Recolets ,
aux Officiers de Justice & de la Ville de S.
Denys ; fans parler des Arquebufiers , des
Suiffes , Bedeaux & autres perfonnes qui
faire fe trouvent à la Proceffion pour y
quelques fonctions . Les Religieufes ne
fourniffent que les logemens néceffaires ,
les Tables & les Couverts .
Voici quel est l'ordre & la ceremonie
de cette Proceffion . Les Dames de Montmartre
envoyent à une heure marquée tout
leur Clergé audevant de la Proceffion de
S.
1652 MERCURE DE FRANCE.
S. Denis , jufqu'au Village de Clignancourt,
où étant arrivée, on fait une Station ,
& le Clergé de Montmartre , auquel préfide
toûjours un Abbé de diftinction ,
comme l'a fait plufieurs fois M. l'Abbé de
Monaco ; c'étoit cette année M. l'Abbé de
Roye. Ce Clergé , dis - je , s'étant avancé
jufqu'au milieu des Religieux de Saint
Denis , l'Abbé préfidant , revêtu de Chape
, auffi - bien que fes deux Affiftans , fe
place devant le Chef de S. Denys & l'encenfe
; il encenfe enfuite le Religieux qui
doit celebrer la Meffe . Cependant les Religieux
chantent l'Antienne O beate Dionifi
, &c. après laquelle le Celebrant
chante le Verfet & l'Oraifon ordinaire.
Pendant ce temps l'Abbé encenſe tout
du long de la Proceffion de S. Denis .
Le Clergé de Montmartre , fuivi de l'Abbé
préfidant & de la Juftice de cette Abbaye,
avance en même temps pour pren
dre fa place à la tête de la Procellion de
S. Denis , & enfuite on continue la marche
vers l'Eglife de Montmartre. Loríque
le Clergé eft arrivé, il fe met en haye au
bas de cette Eglife , & les deux Affiftans
encenfent toute la Proceffion . Lorfque
fe Chef arrive , ceux qui le portent s'arrêtent
, & M. l'Abbé l'encenfe trois fois
& fe retire avec le Clergé de Montmartre.
Tous les Religieux étant entrez dans le
Choeur.
MA Y. 1728 . 1053
Choeur exterieur , chantent un Réponds
de S. Denis , & enfuite les Religieufes ,
qui font toutes devant la grille , chantent
une Antienne, après laquelle le Celebrant
chante le Verfet & l'Oraifon , & tout de
fuite on va fe préparer pour la grande
Meffe,qui eft celebrée par le Grand- Prieur
de l'Abbaye de S.Denys, affifté de fes Religieux.
Cependant tous les autres Religieux
de la Proceffion entrent dans le
Choeur interieur des Religieufes , par la
porte dite des Sacremens , felon la peimiffion
de S. E. M. le Cardinal de Noailles ,
donnée en 1721. & les cinq Chantres
revêtus de Chappes , commencent folemnellement
la Meffe qué les Religieux pourfuivent
avec l'Orgue & les ceremonies accoûtumées.
Cette Meffe étant finie , le P. Sou-
Prieur affifté de tous les Officiers Religieux
, ſe diſpoſe à dire la feconde Meffe,
que les Dames Religieufes chantent , pendant
laquelle la Communauté de S. Denys
& les autres Corps ' qui ont accompagné
la Proceffion , vont prendre leur repas.
Après la feconde Melle les Officiers
qui y ont affifté , font la même chofe ; &
enfuite on fe difpofe pour le retour de la
Proceffion en cette maniere . Les Religieux
étant affemblez dans le Choeur exterieur,
le Grand- Prieur , le P.Sous - Prieur
&
1054 MERCURE DE FRANCE .
& le P. Doyen de l'Abbaye de S. Denys
s'y rendent , & le Grand - Prieur ayant entonné
le Te Deum devant l'Autel , cet
Hymne eft continué par l'Orgue. Cependant
ces trois Religieux montent à la
grille , & la Tréforiere met entre les mains
du Grand Prieur un Ange de vermeil doré
, qui porte un Reliquaire d'or , enrichi
de Pierreries , dans lequel eft une Relique
de S. Denis , & la prefente à baifer à
Abbeffe & à toutes les Religieufes , qui
chantent un Motet & une Antienne .
L'Abbeffe dit enfuite un Verfer & und
Oraifon , & prefente au Grand- Prieur
quelque meuble d'Eglife , comme Voile
de Calice ou autre ouvrage de broderie.
Elle a prefenté cette année un Legile
de Velours cramoifi , enrichi d'une belle
broderie , eftimé environ deux cens écus .
Deux Chantres commencent tout de fuite
les grandes Litanies , & le Clergé de Mont
martre s'étant raffemblé, reconduit la Proceffion
hors de l'Eglife . L'Abbé & fes Affiftans
font à la porte en dehors & l'encenfent
pour la derniere fois . Enfin lorfque
le Chef de S. Denis elt prêt à fortin
les Porteurs s'arrêtent un moment , &
*
Legile , Echarpe , ou piéce d'érofe dont
on couvre le Pupitre fur lequel on chante l'Evangile
aux Meffes folemnelles.
l'Abba
MAY. 1728.
1055
Abbé l'encenſe trois fois , & encenſe auffi
le Superieur en paffant.
Voilà , Monfieur , tout ce qui s'eft paffé
le premier jour de ce mois , à l'occaſion
de la Proceffion que l'Abbaye de S. Denis
fait tous les fept ans à l'Abbaye de
Montmartre ; furquoi je vous dirai que
ces Dames y ont tant de dévotion & y font
fi attachées, que fi on refuſoit de la faire ,
elles emploiroient toutes fortes de
pour y obliger les Religieux de S. Denis.
moyens
C'est ce que Madame d'Harcourt témoigna
il y a 42 ans à un Prieur de cette
Abbaye , qui alla lui reprefenter la grande
fatigue & la dépense que cette ceremonie
caufoit à la Communauté .
Il y a donc grande apparence que pendant
que les deux Abbayes fubfifteront ,
on procurera ce fpectacle au public qui y
accourt , les uns par dévotion , les autres
par curiofité , avec tant de concours &
d'empreffement , que la Montagne & les
chemins par où l'on paffe font tout remplis
de monde , comme on l'a vû particulierement
cette année , que le temps étoit
parfaitement beau . Je fuis , Monfieur ,
& c .
Le 8. May , le Maréchal Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Chevalier , Commandeur
des Ordres du Roi , fit dans fon Hôtel ,
en vertu des pouvoirs & commiffions de
Sa
Tos6 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté , la ceremonie de recevoir
Chevaliers de S. Michel , M. Morel de
Thoify , Gentilhomme du Pays Bléfois ,
& M. Provoft de Boifbilly , Gentilhomme
Breton , en leur donnant un coup d'épée
fur chaque épaule , avec la Croix &
le Cordon dudit Ordre , & l'Accolade ,
conformément à l'article IX. des Statuts
de 1665. & aux Inftructions particulieres
de S. M.
Nous dirons à cette occafion , que le
le Roi a fait un nouveau Reglement en
date du 25. Avril dernier,pour rétablir les
Chapitres & les Affemblées de l'Ordre de
S. Michel , qui fe tiendront à l'avenir deux
fois par an , dans une Sale du Convent
des Religieux Cordeliers de Paris , en prefence
d'un Chevalier- Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
fçavoir , le 8. May , Fête de l'Apparition
de S. Michel , après une grande Meffe
folemnelle qui fera celebrée dans l'Eglife
des Cordeliers pour le Roy , Chef &
Souverain Grand- Maître des Ordres de
S. Michel & du S. Efprit , les Chevaliers
& Officiers vivans ; & le premier Lundy
de l'Avent de chacune année , après
un Service qui fera folemnellement
chanté dans la même Eglife , pour le repos
des ames des Rois , Chefs & Sou-,
verains Grands - Maîtres , & des Chevaliers
MAY. 1718. 1057
liers & Officiers morts , & en cas d'enpêchement
, tels autres jours qui feront
reglez par le Chevalier - Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
On veillera dans ces Chapitres & Affemblées
à la pleine & entiere execution des
Statuts & Reglemens que S. M. veut être
inviolablement obfervez , & on y déliberera
fur les moyens de maintenir & accroître
l'honneur & la dignité de l'Ordre.
Tous les Chevaliers de S. Michel feront
tenus de fe trouver à ces Affemblées &
ceremonies , en habit convenable , avec le
grand Cordon noir ondé , par deffus l'habit
, & nul ne pourra s'en difpenfer qu'en
écrivant les excufes & les raifons de fon
abfence au Chevalier Commandeur des
Ordres du Roi , Commiffaire de S. M.
On diftribuera à tous les Chevaliers prefens
des Médailles d'argent , qui auront
rapport à quelque évenement marqué de
la Vie du Roi Regnant .
Le 15. veille de la Pentecôte , le Roy
revêtu du grand Colier de l'Ordre du
S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains de
l'Abbé de Pezé , Aumônier du Roy en
quartier : enfuite le Roy toucha un grand
nombre de malades.
Le même jour , la Reine entendit la
I Meffe
1058 MERCURE DE FRANCE .
Meffe dans la Chapelle du Château , &
S. M. communia par les mains de l'Abbé
de Sainte Hermine , fon Aumônier en
quartier.
L'après-midi , L. M. affifterent aux premieres
Vêpres, qui furent chantées par la
Mufique.
Le 16. jour de la Fête , les Chevaliers
Commandeurs & Officiers des Ordres du
Roy , s'étant rendus vers les dix heures
dans le Cabinet de S. M. le Roy tint un
Chapitre dans lequel les huit Chevaliers
qui avoient été propofez le 2. du mois
de Février dernier , furent admis , après
que l'Abbé de Pompone , Chancelier des
Ordres du Roy , eut rapporté qu'ils avoient
fatisfait à ce qui eft preſcrit par les Statuts
. Le Roy propofa enfuite pour être
Prélat Commandeur de l'Ordre du S.Efprit
, le Cardinal de Polignac , Archevêque
d'Auch , chargé des affaires de S.M.
à Rome. Après que le Rôle figné par le
Roy , eut été proclamé en la maniere ordinaire
, les huit Chevaliers qui venoient
d'être admis , & qui s'étoient rendus dans
l'Appartement du Roy , en habit de Novice
, furent introduits dans le Cabinet
où S. M. les fit Chevaliers de l'Ordre de
S. Michel. Le Roy fortit enfuite de fon
Appartement pour aller à la Chapelle :
Sa Majesté étoit précedée du Duc d'Orleans
MAY. 1728. 1059
leans , du Duc de Bourbon , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont, du
Duc du Maine , du Prince de Dombes , du
Comte d'Eu , du Comte de Toulouze , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre : les Novices marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Le
Roi , devant lequel les deux Huffiers de
la Chambre portoient leurs Maffes , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
deffus , ainfi que les Chevaliers & le Cardinal
de Biffy , Prélat - Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , marchoit derriere
S. M. Après la grande Meffe qui fut célebrée
par l'Abbé Tefnieres , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Mufique , le
Roy quitta fon Prie-Dieu , & monta fur
fon Trône auprès de l'Autel , où S. M.
reçût les nouveaux Chevaliers , deux- àdeux
, avec les ceremonies ordinaires. Le
Prince Charles de Lorraine & le Duc de
Brancas furent Parains du Prince de Lixin
& du Duc de la Rochefoucault : le Duc
de S. Aignan & le Duc de Noailles , du
Duc de Grammont & du Duc de Gefvres :
le Maréchal Duc de Villars & le Duc
d'Antin , du Duc de Béthune & du Duc
d'Arcourt : le Duc de Chaulnes & le Duc
de Talard , du Comte de Teffé & du Marquis
de Nangis. Les Chevaliers qui venoient
d'être reçus , ayant pris leur place,
›
I ij fuivant
1060 MERCURE DE FRANCE:
fuivant leurs rangs , le Roy fortit de la
Chapelle , & fut reconduit dans fon Appartement
. La Reine s'étoit rendue avec
les Dames de fa Cour dans la Tribune
où elle avoit entendu la grande Meſſe .
L'après midi , le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc du Maine , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du
Comte & de la Comteffe de Toulouze , entendit
le Sermon de l'Abbé Eftor : enfuite
le Roy & la Reine affifterent aux Vêpres
chantées par la Mufique.
>
M. d'Angervilliers , Confeiller d'Etat
& Intendant de la Géneralité de Paris
à qui le Roy a donné la Charge de Secretaire
d'Etat , avec le Département de
la Guerre , vacante par la mort de M. le
Blanc , prêta ferment de fidelité entre les
mains de S. M. le 23. de ce mois.
Le 27. Fête du S. Sacrement , le Roy
accompagné du Prince de Dombes & du
Comte d'Eu , fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe de Verſailles , où S. M. entendit
la grande Meffe , après avoir affifté à la
Proceffion , qui alla , ſuivant la coûtume ,
à la Chapelle du Château . la Reine n'étant
point allée à la Paroiffe , à cauſe de
fa groffeffe , entendit la Meffe dans la Tribune
de la Chapelle , où S. M. s'étoit
rendue après avoir vû paffer la Proceffion
, étant accompagnée de Mefdames
de France. Од
MAY. 1728 . 1061
On a reçu avis d'Espagne que le 8.
du mois dernier , le Prince des Afturies
ayant eu à Buen - Retiro , un accès de
fiévre , accompagné de quelques taches
fur la peau qui pouvoient faire craindre
la petite verole , le Roy en partie le 9 .
au matin pour Madrid avec la Reine , la
Princeffe du Brefil , les Infants & l'Infante.
L. M. ont laiffé le Prince des
Afturies au Buen- Retiro avec les Officiers
, & les dernieres nouvelles qu'on a
reçûës de l'état dans lequel il eft depuis
l'éruption de la petite verole font auffi
bonnes qu'on puiffe le fonhaiter .
Le 1. & le 3. de ce mois , le Concert continua
au Château des Tuilleries . On y chanta
un nouveau Motet Lauda Jerufalem , de la
compofition de M. Niel , qui fut fort goûté ;
dans lequel les Demoifelles Antier , Minier
& le Maure y chanterent avec beaucoup
d'applaudiffement . Le fieur Le Clerc joua un
Concerto qui fit extrême plaifir. La Demoifelle
le Maure chanta la Cantate de la
Toillete de Venus , & la Demoiſelle Minier
celle de la Paix .
Le 6. jour de l'Afcenfion , on chanta deux
Motets de feu M. de la Lande , & le fieur Le
Clerc joüa deux Sonnates qui furent très - applaudies.
Le 8. & le 10. on chanta un Divertiſſement
François , de la compofition de M. Battiſtin.
La Demoiſelle Antier chanta la Cantate de
Semelé , mife en Mufique par M. Deftouche ,
Directeur General de l'Académie Royale de
Iiij Mufiq - >
1062 MERCURE DE FRANCE.
Mufique , & la Demoiſelle le Maure celle de
la Mufette.
Le 15. veille de la Pentecôte , le jour de la
Fête & le lendemain , on executa differents
Motets choifis , de M. de laLande. LaDemoiſelle
Antier chanta une Cantate, de la compofition
du même Auteur , tirée du fecond Ballet danfé
par le Roi dans fon Château des Tuilleries
au mois de Decembre 1720.
Le 22. la Demoifelle leMaure chantala Cantate
de la Toillete de Venus. Le Concert fut
terminé par le Nifi Dominus de M. de la
Lande.
Le 24. la Demoiſelle le Maure chanta la
Cantate intitulée les Bains de Tomery , mife
en Mufique par M. Battiftin ; on finit le Concert
par un Moret de M. de la Lande.
Le 27. jour de la Fête- Dieu , la Demoiſelle
Antier chanta un Motet à grands Choeurs qui
commence par O Dulcis Jefus , mis en Mufique
par M. Deftouches Sur- Intendant de la Mufique
du Roi. Deux autres Motets furent
chantez le même jour. Sacris Solemnis , &
Benedictus Dominus , de la compofion de M,
de la Lande.
BENEFICES DONNEZ.
I
Abbaye de Baulme , Diocèse de Befançon
, de l'Ordre de S. Benoist , vacante
par le décès de Madame de Thiard de Biffy ,
à été donnée à Madame Marie- Françoife Dachey
, Doyenne de cette Abbaye.
L'Abbaye de S. Remy , près Villers - Cotterets
, Ordre de S. Benoit , Diocèfe de
Soiffons , vacante par la demiffion de Madame
de la Tour-d'Auvergne , en faveur de Madame
MAY 1728 .
1063
dame Charlotte de Mongault de Nerfac , Abbeffe
de l'Abbaye des Illes près d'Auxerre .
L'Abbaye Reguliere de S. André de Villeneuve-
lès - Avignon , Ordre de S. Benoift ,
vacante par le décès de M. duRoure, en faveur
du Pere Thomas -Guillaume Jofeph Southkoot
, Prêtre Anglois , naturalifé François ,
& General des Benedictins Anglois .
Le Prieuré Régulier Conventuel & Electif
de Nôtre-Dame du Bois d'Alonne , Diocèſe
de Poitiers , Ordrede Grammont , vacant
par le décès de Frere Robert Thomas ,
dernier Titulaire , en faveur de Frere Etienne
Pihery , Prêtre , Religieux Profez de cette
Maiſon.
L'Abbaye Commandataire
de S. Polycarpe
, Ordre de S. Benoift , Diocèfe de Narbonne
, vacante par le décès de M. de la Fitte-
Maria , en faveur de M. l'Abbé de Befcheran
, Prêtre - Chanoine de la Cathedrale de
Montpellier.
>
MORTS , NAISSANCES
Dame Gdeview Montour ,Con-
Ame Geneviève - Jacqueline le Nain ,
feiller -Secretaire du Roi , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , mourut en cette
Ville le 12. du mois d'Avril , agée de 68 ans.
Elle laiffe pour fils unique , Mr. Morlar de
Montour , Maître des Requêtes .
Gafpard d'Estaing , Marquis du Terrail ,
mourut le 24 du mois dernier , agé d'environ
78 ans .
·
Dame Marie Charlote de Salligne de la
Chaife , Epoufe de Jean Baptifle Charon
I iiij
· >
Che1064
MERCURE DE FRANCE .
Chevalier , Marquis de Menars , Gouverneur
du Château de Blois , Capitaine des Chaffes
Royales du Comté de Blois , & Brigadier des
Armées du Roi , mourut le 26. du mois dernier
, dans la cinquantiéme année de fon âge.
Le même jour Pierre Roland , Chevalier de
l'ordre de Notre- Dame de Mont- Carmel & de
Saint Lazare de Jerufalem, Seigneur des Grand
& Petit- Bout, Auditeur des Comptes , mourut
âgé de 66. ans.
›
Dame Catherine - Angelique Foncault
Epoufe de Claude Therphile de Beziades Marquis
d'Avaray , Lieutenant General des Armées
du Roi , Grand- Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , Lieutenant General du
Pays de Santerre & Peronnois , Gouverneur
& Gran Bailly des Villes de Peronne , Roye &
Mondidier , & ci- devant Ambaffadeur du Roi
en Suife , mourut le 27 Avril, âgée d'environ
66. ans .
Jean Pontas , Prêtre Docteur en Droit Canon
de la faculté , Sous- Penitencier de l'Eglife
de Paris , mourut le 28. du même mois , âgé
de 89. ans & 4. mois . Après avoir été porté à
l'Eglife de Saint Sulpice fa Paroiffe , il fur
tranfporté & inhumé en celle des Auguftins .
réformés du Fauxbourg Saint Germain,fuivant
fes dernieres difpofitions. Il étoit très connu
par l'édification de fa vie & par fon Dictionnaire
des Cas de Confcience ; dont il y a eû
plufieurs Editions.
Eftienne de Meuves , Ecuyer , Seigneur de
la Trimouille , mourut à Paris le 28. Avril
dernier , âgé de 86. ans.
Le 29. du même mois , Dame Marie Daverdouin
, Veuve de M. Jean Baptifle Tenfard ,
Auditeur des Comptes , mourut âgée de 70 ans.
Nicolas Regnault , Chevalier de Malthe ,
Capitaine
MAY. 1728. 1065
Capitaine au Régiment Meftre de Camp general
de Dragons, Seigneur de Lifort en Normandie
, mourut le premier de Mai âgé de 30. ans.
Le Comte de Lifle , Lieutenant General des
Armées du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , & Commandant
dans la Ville de Lille , y mourut au
commencement de ce mois .
Le Comte de Chamillart , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , mourut le 7.
Dame Marie- Catherine Roffignol , Epoufe
de Mr. Louis- Alexandre Croifet , Confeiller
du Roi en fes Confeils , & d'Honneur en fes
Cours , Préfident honoraire au Parlement ,
mourut le 7. Mai , âgée de 77. ans .
Dame Marie- Louife de Rouxel de Médavid
de Grancey , Veuve de Jofeph Rouxel de Médavid
, Comte de Marey , & c. ci - devant Gouvernante
des enfans de feu S. A. R. Monfieur,
Frere unique du Roi Louis XIV . & de feu
S. A. R. M, le Duc d'Orleans , mourut au Palais
du grand Luxembourg le 9 Mai , âgée de
80.ans & quelques mois .
Dame Jeanne du Tillet , âgée de 89. ans ,
Veuve de Mr. Antoine Turgot Chevalier
Seigneur de Saint Clair , Confeiller du Roi en
tous fes Confeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hotel,mourut le 12. Mai.
Loüife - Madelaine d'Orleans , Princeffe du
Sang , fille du Duc d'Orleans , premier Prince'
du Sang , & de feuë Augufte- Marie - Jeanne de'
Bade Baden , mourut au Château de Saint
Cloud le 14. du même mois , âgée de 2 I. mois
& 9. jours , étant née le 5. Août 1726. Le len
demain le corps de cette Princeffe fut porté à
-
Abbaye Royale du Val de Grace , où ilfut
mit dans le caveau de la Chapelle de la Reine
Anne d'Autriche. Letranfport fe fit avec plu-
I v fieurs
1066 MERCURE DE FRANCE:
fieurs Carroffes à fix chevaux , dans lefquels
étoient la Marquife de Pons & la Marquife de
Caftelane , des Aumoniers , &c. des Pages à
cheval & des Valets de pieds portant des flambeaux.
L'Eglife étoit tendue en blanc.
Dame Marie Cecile Moufle de Champigny
Epouse de Mr. François Guillaume Briçonnet,
Comte d'Anteuil , Préfident au Parlement en
la troifiéme Chambre des Enqueftes , mourut
le 15 Mai , âgée de 22. ans .
Claude Le Blanc, Secretaire d'Etat , ayant let
département de la Guerre , & Grand- Croix ,
Prevoft & Maître des Cérémonies de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , mourut à
Verſailles le 19. Mai dans la cinquante- neuviéme
année de fon âge. Il fut pouvû par le
Roi le 15. Juin 1726. de la Charge de Secretaire
d'Etat qu'il avoit exercée ci - devant par
commiffion , & dont il s'eft acquité à la fatiffaction
de S. M. étant incommodé d'une tumeur
qui s'étoit formée au haut de la cuiffe ,
on lui fit une operation le 17. du mois dernier,
& on en fit une feconde au commencement de
ce mois. Il fut confeffé quelques jours avant
fa mort par le Curé des Invalides , & le Curé
de Versailles lui adminiftra le Viatique. Son
corps fut tranfporté la nuit du zo . au 21. à
l'Hoftel Royal des Invalides , & après les
Vigiles chantées , il fut tranfporté à N. D. de
Paris , où il fut inhumé auprès de fon Epoufe
dans le tombeau de la Chapelle des Urfins . Ce
Miniftre eft generalement regretté .
C'eftfur unfaux Mémoire qu'on a inferé dans
le Mercure du mois dernier , entre les noms de
feue Madame la Ducheffe de Saint Aignan ,
celui de l'aubefpine.
D. Marguerite Flory de Leffart , Epoufe de
Louis - Charles le Boulanger , Chevalier , Seigneur
MAY . 1728. 1067
gneur de Chaumont , Confeiller du Roi , Maître
ordinaire enfa Chambre des Comptes , accoucha
le 30. Avril d'un fils , qui fut tenu fur
les fonts,& nommé Jofeph par Jofeph Flory
de Leffart, Ecuyer , Licentié en Théologie de
la Maifon de Navarre , & par Jeanne - Marie
Gallois , Epoufe de Thomas Barthelemi le
Boulanger de Boisfremont , Confeiller du
Roi,Maître ordinaire en fa Cour des Comptes,
Aides & Finances de Normandie.
Gabrielle Farel , Epoufe de J. Pierre du Moutier
, Chef de Fruiterie de la Reine , accoucha
le premier de Mai d'une fille, qui fut tenuë fur
les fonts & nommée Charlotte- Albertine par
Jean Albert , Prince Rhingraye de Salme , &
par Marie- Charlote Sobieska née Princeffe de
Pologne , Epoufe de Jofeph- Charles Godefroy
de la Tour d'Auvergne , Prince de Bouillon ,
&c.
2
Dame Charlote Therefe de Grammont
Epoufe de Jacques- Louis de Saint Simon, Duc
de Ruffec , Pair de France , Chevalier de la
Toifon d'Or , Vidame de Chartres , Meftre de
Camp de Cavalerie , accoucha le 7. Mai d'une
fille qui fut nommée Marie- Chriftine , Chrêtienne
, par M. Louis Duc de Saint Simon
Pair de France , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier des Ordres du Roi
Gouverneur des Ville , Citadelle , & Comté
de Blaye , Grand-Bailli & Gouverneur de Sen--
lis , Capitaine du Pont Saint Maixance , & c. &
par Dame Chriftine , Chrêtienne de Noailles,
Veuve d'Antoine Duc de Grammont , Pair &
Maréchal de France , Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes , Gouverneur & Lieu
tenant General de Bearn , de Navarre , & c.
Lvj EDIT ,
1068 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX ****
EDIT , ARRESTS ,
DECLARATIONS , & c.
AR
RREST du 30 Decembre 1727. portant
Reglement pour la fabrique des Papiers de
la Province d'Auvergne ; enfuite duquel eft le
Tarifdu poids que S. M. veut que pefent les
Rames de papier fervant à l'impreffion , &
celles de papier fervant à écrire ; & ce fur le
pied de la livre pefant 14 onces , dont voici la
teneur :
Chaque Rame de Papier, appellé grand Raifin
& moyen , pefera trente à trente - deux liv .
& celle de Bule vingt- huit à trente livres , &
celle des extraordinaires trente-deux à trentecinq
livres .
Celle des grands Raifins fins doubles ou
moyens doubles , quarante- deux à quarantecinq
livres.
Celle des Lombards , vingt - deux à vingttrois
livres.
Celle des Cavaliers carrez & Ecus fins &
moyens , 18 à 19 liv .& les Bules , 17 à 18 liv..
Celle des Carrez fins doubles ou moyens
doubles , vingt huit à trente livres .
Celle des Ecus fins & moyens , doubles
vingt- deux à vingt - trois livres.
Celle des Couronnes larges , dix- huit à dixneuf
livres .
Celle des Couronnes ordinaires , Cadrans
fins , moyens , ou Bules , douze à treize livres.
Celle des Couronnes doubles , Tellieres fines
ou moyennes , quatorze à quinze livres.
Celle du Bâtor Royal ou petit Raiſin moyen
eu Bule , dix à onze lives .
Celle
*
M A Y. 1728. 1069
Celle des Romaines fines & moyennes , dix
à onze livres.
Celle du grand Aigle fin , cent cinquante à
cent, cinquante-cinq ; & celle du Bule , cent
trente- cinq à cent quarante livres.
Celle du Colombier , cent à cent cinq livres.
Celle du Chapelet , fin & moyen , foixantequinze
à quatre- vingt livres ; celle du Bule
foixante- douze à foixante - quinze livres .
Celle des grands Jefus , foixante à foixantecinq
livres ; celle du petit Jefus moyen , neuf
à dix livres .
La grande Rame du Pesit à la main, quinze
à feize livres .
Et celle du Cartier fin ſervant aux Cartes à
joüer , douze à treize livres .
DECLARATION du Roy en faveur des
Receveurs generaux , au fujet de la fourniture
des Etapes ,& des autres affaires dont ils pourront
être chargez . Donnée à Marly le 20 Janvier
1728. Regiftrée en la Chambre des Comptes
le 19 Fevrier .
DECLARATION du Roy , concernant.
les Droits de nouvel Acqueft , & ceux fur les
Huiles & Savons. Donnée à Marly le 3 Février
1728 Regiftrée en la Chambre des Comptes ,
le 18 Mars.
ARREST du 3 Mars 1728. qui ordonne que
les Proprietaires des Droits établis fur les Sels
des Provinces de Xaintonge & d'Aunis , rap--
porteront les Titres en vertu defquels ils jouif-
Tent defdits Droits , pardevant les Commiffaires
nommez par Arreſt du 17 Decembre 1726.
ARREST du même jour , pour la Liquidation
,
1070 MERCURE DE FRANCE:
tion , tant des Offices de Secretaires du Roy &
autres près les Chancelleries Prefidiales du
Royaume , fupprimez par Edit du mois de Decembre
1727. que de tous les autres Offices &
Droits qui pourront être fupprimez à l'avenir.
DECLARATION DU ROY , concernant
les Taillables qui exploitent des biens
dans differentes Paroiffes d'une même Election,
Donnée à Verſailles le 17. Fevrier 1728 .
Regiſtrée en la Cour des Aydes , le 20. Mars.
ARREST du 20. Mars. Portant deffenfes
d'expofer ou recevoir dans les Provinces de
l'obéiffance de Sa Majeſté en Europe , aucunes
Efpeces de Cuivre deftinées pour les Colonies
de l'Amerique.
ARREST du 22. Mars . Qui proroge juf
qu'au premier d'Octobre prochain les deffenfes
cy-devant faites de faire fortir du
Royaume des Verres à vitre.
EDIT DU ROY , portant fuppreffion des
Offices de Controlleurs Provinciaux des Poftes
& Relais de France . Donné à Verfailles au
mois de Mars 1728. Registré en Parlement le
14. Avril 1728.
DECLARATION DU ROY , concernant
le Port des Armes. Donnée à Versailles
le 23. Mars 1728. Regiftrée en Parlement le
20. Avril 1728. Par laquelle S. M. ordonne
qu'à l'avenir toute fabrique , commerce , vente
, débit , achat , port & ufage des Poignards ,
Coûteaux en forme de Poignards , foit de
poche , folt de fufil , des Bayonnettes , Piftolets
de poche , Epées en bâtons , Bâtons à
ferrements , autres que ceux qui font ferrezpar
MAY 1728 : 1071
par le bout , & autres Armes offenfives , cachées
& fecrettes , foient & demeurent pour
toûjours generalement abolis & deffendus ;
Enjoint à tous Coûteliers , Fourbiffeurs , Armuriers
& Marchands , de les rompre & brifer
inceffamment après l'enregistrement des Prefentes
, fi mieux ils n'aiment faite rompre &
arrondir la pointe des Coûteaux , enforte qu'il
n'en puiffe arriver , d'inconveniens , à peine
contre les Armuriers , Coûteliers , Fourbiſfeurs
& Marchands trouvezen contravention ,
de confifcation pour la premiere fois , d'amende
de cent livres , & interdiction de leur
Maîtriſe pour un an , & de privation d'icelle
en cas de recidive , même de peine corporelle
s'il y échet; & contre les Garçons qui travailleroient
en Chambre , d'être fuftigez & flétris
pour la premiere fois , & pour la feconde
d'être condamnez aux Galeres ; & à l'égard
de ceux qui porteront fur eux lefdits Coûteaux
, Bayonnettes , Piftolets & autres Armes
offenfives , cachées & fecrettes, ils feront
condamnez en fix mois de prifon , & en cinq
cens livres d'amende , & c.
ARREST du même jour qui proroge en
faveur du Clergé les délais portez par l'Arrêt
du 31. Mars 1727. pour fournir les hommages
& leurs Déclarations du Temporel , qui doi
vent fervir d'aveux & dénombremens .
97
ARREST du 30. Mars , qui accorde un
nouveau délay de trois mois aux Bénéficiers
& Communautez Eccléfiaftiques , pour la paffarion
des Baux pardevant Notaires , de leurs
Biens & revenus , jufques & compris le dernier
Juin prochain incluſivement .
ARREST
1072 MERCURE DE FRANCE .
ARREST de la Cour de Parlement du 28.
Avril. Ce jour , les Gens du Roy font entrez ,
& Maître Pierre Gilbert de Voifins , Avocat
dudit Seigneur Roi , portant la parole , ont
dit :
Que le Roi leur a fait l'honneur depuis
quelques jours , de leur faire remettre un Libelle
manufcrit qui s'eft répandu dans fa Cour,
& dont ils apprennent que les copies courent
de main en main dans le public , Qu'on ne
peut affez s'étonner de la temerité de cet ouvrage
anonime , & que fa lecture fait fentir
par elle- même combien il eft jufte de le repri
mer.
Qu'on y voit un Ecrivain fans caractere ,
& fans nom , fe livrer aux égaremens de fon
efprit , iur des faits qui fe font paffez à la
Cour fous les yeux même du Roi , & qui intereffent
les Princes de fon fang : franchir
toutes les bornes du refpect qui leur eft dû ;
& prêter à celui qu'il affecte de défendre ,
une Apologie indécente , dont ils ont vû le
défaveu le plus folemnel de fa part.
Qu'indépendament de l'alteration & du déguifement
des faits dont ils pourroient s'expliquer
fur la foi des témoignages les plus refpectables
, on aperçoit par tout dans ce Libelle
une malignité audacieuſe , un jeu crimi
nel , dont la licence ne pourroit être excufée
quand elle n'attaqueroit que des perfonnes
d'un ordre inferieur.Mais ce qui peut - être n'eût
jamais d'exemple , c'eft qu'il porte fa temerité
fur ce que Nous avons en France de plus élevé
& de plus augufte : fur le fang de nos Rois, qui
nous infpire une veneration fi profonde , &
dont le reſpect eſt naturellement gravé dans
tous les coeurs .
Que la Cour animée de ces fentimens dont
elle
MAY . 1728. 1073
elle donne l'exemple à toute la France ne fouffrira
pas qu'on les oublie impunément : &
qu'en flétrillant des dernieres peines un pareil
Libelle , elle témoignera de plus en plus fon
zele pour la Majefté Royale , & pour la dignité
inviolable des perfonnes qui ont l'honneur
de participer à fon éclat.
Qu'ils ont pris à ce fujet les conclufions par
écrit qu'ils laiffent à la Cour , avec deux copies
du Libelle dont ils lui demandent la condamnation.
Eux retirez : Vû les deux Copies dudit Libelle
manufcrit , intitulé Memoire , commençant
par ces mots , Avant que d'entrer en matiere
, & finiffant par ceux- ci ; Au jugement
de ceux qui liront ce Memoire , dont lecture a
été faite enfemble les conclufions par écrit
du Procureur Général du Roi , La matiere fur
ce miſe en déliberation.
La Cour failant droit fur les conclufions du
Procureur Général du Roi , ordonne que ledit
Libelle fera laceré & brûlé en la Cour du Palais
, au pied du grand Efcalier d'icelui , par.
l'Executeur de laHaute Juftice. Fait inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes d'écrire , publier
, débiter ou diftribuer ledit Libelle , foit
en entier , ou par extrait , ni pareillement d'en
compofer , écrire , debiter ou publier de femblables
: & notamment à tous Imprimeurs &
Libraires d'en imprimer ou faire imprimer ,
vendre , débiter ou diftribuer ; & à tous Colporteurs
& autres de les publier , débiter ou
autrement diftribuer le tout fous peine de
punition corporelle. Enjoint à tous ceux qui en
auroient des Copies , foit manufcrites ou imprimées
, de les apporter inceffamment au
Greffe de la Cour pour y étre fupprimées.
Permet au Procureur Général du Roi d'informer
1074 MERCURE DE FRANCE :
mer pardevant M. Loüis de Vienne Confeiller
, contre les Auteurs dudit Libelle , & ceux
qui l'auroient écrit , publié , debité ou diftribué
, même contre les Imprimeurs ou Libraires
qui pourroient l'avoir imprimé ou fair
imprimer, pour les informations faites , rapportées
& communiquées au Procureur General
du Roy , être par la Cour ftatué ce qu'il
appartiendra . Et qu'à cet effet un double dudit
Libelle fera & demeurera déposé au Greffe
de la Cour , procez verbal d'icelui pràalablement
dreffé par ledit Confeiller commis , en
prefence de l'un des Subftituts du Procureur
Général du Roy , pour fervir à l'inftruction.
Ordonne en outre que le prefent Arrêt fera
lû , publié & affiché par tout où befoin fera.
FAIT en Parlement le trente Avril mil fept
cent vingt- huit. Signé , DuFRANC.
Et ledit jour Vendredi trente. Avril mil fept
cent vingt-huit , à l'heure de midi , en execution
de l'Arrêt cy- deffus , ledit Libelle y
mentionné , a été laceré & jetté au feu au bas
du grand Escalier du Palais , par Executeur
de la Haute Justice , en prefence de Nous Louis
Dufranc , l'un des trois premiers & principaux
Commis pour la Grande Chambre , effifté de
deux Huiffiers de ladite Cour. Signé , Du-
FRANC.
La plupart des Procurations que les Rentiers
des Provinces ont envoyées à Paris , n'ayant
pas été trouvées conformes à ce qui eft dit par
la Déclaration du Roy du 27 Decembre dernier
, imprimée dans le Mercure de Janvier ;
nous avons crû faire plaifir à tous les Rentiers
de rentes viageres d'inferer icy le Modele
des Procurations & Certificats de vie qu'ils
doivent
MA Y. 1728 . 1075
doivent fournir, pour parvenir à recevoir leurs
rentes viageres.
MODELE DE PROCURATION.
PARDEVANT les Notaires , &c . fut
prefent
(icy les
nom's & qualitez ) demeurant en cette Ville de
Paroiffe Saint ruë
lequel a fait & conftitué fon Procureur General
& Special
auquel il donne pouvoir de pour lui & en fon
nom recevoir des Sieurs Payeurs des Rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris, les arrérages échus
& qui écheront à l'avenir des Rentes Viageres
affignées fur les Revenus du Roy , qui appartiennent
audit Sieur Conftituant ; du reçû en
donner les Quittances & Décharges neceffaires
, & generalement , &c. Promettant , &c,
Obligeant , &c. Fait & paffé à
l'an mil fept cent
jour de
le
& a figné.
MODELE DE CERTIFICAT DE VIE.
à mettre par le Juge Royal enfuite de la Procuration
cy-deffus.
NOUS ( un tel ) noms & qualitez ,
certifions & atteſtons à tous
qu'il appartiendra que M
&
qui ont reçû & figné la Prokuration
cy- deffus font Notaires Royaux en
cette Jurifdiction , que foy doit être adjoutée
leurs fignatures , & que ledit Sieur
Conftituant denommé & qualifié
en ladite Procuration demeurant en cette
Ville de
Paroiffe Saint
rue
eft actuellement
vivant , & s'eft cejourd'hui repreſenté
pardevant
1076 MERCURE DE FRANCE .
pardevant nous , en foi de quoi nous avons
figné ces Prefentes , que nous avons fait contrefigner
par notre Greffier & y appofer le
Sceau de cette Jurifdiction . Donné à
ce jour d
fept cent vingt-huit.
mil
Les Procurations paffées par le Proprietaire
ayant droit de jouir fur la tête d'autres perfonnes
, feront faites dans cette forme.
PARDEVANT les Notaires , &c. fut pre
( ici les noms
qualitez ) demeurant en cette Ville de
Saint
rue Paroiffe
ayant droit de jouir des
Rentes Viageres cy-après fur les teftes &
(noms , qualitez
& demeures) (par rue & paroiffe) lequel a
fait & conftitué fon Procureur general & fpecia
vies de
1
auquel il donne pouvoir de pour lui & audit
nom recevoir des Sieurs Payeurs des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , les arrerages échus
& qui écheront à l'avenir des Rentes Viageres
affignées fur les revenus duRoy, & qui appartiennent
audit fieur Conftituant comme ayant
droit d'en jouirfur les teftes & vies desdits
( Repeter ici les noms & qualitez feulement
du reçu en donner les Quittances & Décharges
neceffaires , & generalement, & c . Promettant
, &c. Obligeant , &c . Fait & paflé , & c.
[ Même Legalifation par le Juge pour certi
fier que lesNotaires qui ont reçu la Procuration
font Notaires en fa Jurifdiction , que foy doi
être adjoutée à leur Signature .
Et même Certification de la vie de ceux de
quel
MAY 1728 1077
ommez en la Procuration fur les têtes defquels
les Rentes Viageres ont été conftituées ,
bfervant toujours d'en repeter les noms , furoms
, qualitez & demeures , & qu'ils se font
prefentez devant lui , faisant auffi contrefgner
fa Legalisation par le Greffier de fa Jufdiction.
]
On donnera le mois prochain deux
olumes du Mercure de France , à cause
de l'abondance des matieres .
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois
Je May , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
impreffion . A Paris , le 2. Juin 1728 .
HARDION.
Jkakak kakakakak
TABLE .
867
Explication d'une maladie qui fait périr
Ieces fugitives , Ode , le Zele ,
plufieurs Plantes ,
onnet ,
872
876
881
Memoire fur les Vitriols, la Couperoze ,& c.877
pithalame ,
Memoire fur la Teinture & diffolution de plufieurs
efpeces de Pierres ,
885
de , à la gloire de S. François Xavier , 899
Harangue
Harangue prononcée au College des Jeſuites
Sonnet ,
3
894
911
Lettre fur l'Académie de Beziers , les occupations
des Académiciens , & c.
Ode ,
Lettre fur l'Académie de Montpellier ,
Explication du Logogryphe , &c.
Nouveau Logogryphe .
Enigme ,
Explication du Logogryphe d' Avril ,
Lettres fur les Logogryphes , &c.
Logogryphes Arithmetiques ,
912
932
938
944
945
946
948
950
917
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts, &c. 967
Traité de la Taille au haut appareil , &c. 973
Traitez Philofophiques & Pratiques , &c. 978
Reimpreffion du grand Recueil de Rymer, &c.
୨୨୮
Nouvelle Edition de la Bible des Septante.
en Suiffe , & autres Nouvelles Littéraires
& c.
991
Compofition de la Thériaque à Verfailles , 1000
Programme pour un nouveau Recueil d'Ef
tampes , & c. 1002
Autres Eftampes nouvellement gravées , 1014
Airs notez ,
Spectacles ,
Parodie de Bellerophon , Extrait .
Nouvelles du Temps , de Turquie ,
De Ruffie ,
De Suede , Dannemarc ,
D'Italie ,
D'Allemagne ,
De Portugal ,
Grande Bretagne , Pays-Bas ,
1017
1018
1019
1032
1034
1036
1037
1038
1040
1041
1043
Morts des Pays Etrangers ,
France Nouvelles de la Cour, de Paris, & c. 104
Proceffion Septenaire de S. Denis , IOSO
Morts ,
Morts , Naiffances
1063
Arrêts , Edits , Déclarations , 1071
Errata d'Avril.
Age 741. ligne 15. inferée , lifez , inſeré.
P.755.1. 15. Etaples , 1. Etapes.
P. 856. 1. 16. Courtois , l . Courbois .
P. 862..1. 5. du bas , Marillac , l. Marcillac.
Ibid. 1. 21. Begou , l . Begon.
P. 866. 1. 15. Mauni , 1. Moni.
P. 904. 1. 5. Millon , ↳ Milton.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Pl. 24. les , l. ces .
Age 869. ligne 17. Etu pp , lifez , Et duppe.
P. 948.1 . 1. Logogryphe , l. Logogrif.
P. 925. 1. 13. l'acquit , 1. l'acquis.
P. 1000. 1. 2. du bas , grondes , l . grandes.
P. rocz. 1. 23. Tableaux Etrangers, 1. Eftampes.
1005. 1 18. Uline , 1. Udine. P.
P. 1007. 1. 30. Combier , I. Colombier.
L'Air noté doit regarder la page
1013
CA1274
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à preſent .
Jouft ,
Uin & Juillet 1721 .
2. vol
Novembre & Decembre
Aouft Septembre , Octobre ,
Janvier & Fevrier 1722 .
5.
vol
2. vol.
Mars 1722.
Avril.
2. vol
1. vol.
Mai . 2. vol
Juin , Juillet & Aouſt.
Septembre .
3. vol
2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre. 2. vol.
Decembre. I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre doubles.
13.
vol
.
Année 1725. les mois de Juin ,
14.
vol.
de Septembre & de Decembre
doubles .
Année 1726. les mois de Juin
15. vol.
& de Decembre doubles.
Année 1727. les mois de Juin
14.
vol.
& de Décembre doubles .
Les cinq mois de 1728 .
14.
vol
S. vol.
98.
vol.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères