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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROY.
SEPTEMBRE . 1727 .
QUE
COLLIGIT
SPARGITS
Chez
A PARIS ,
(LA VEUVE CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruč
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT,QuaydeConti,à la deſcente
du Pont-Neuf, au coin de la ruede
Nevers , à la Croix d'Or.
M. DCC. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
AVIS .
L'ADRESSE generale pour toutes
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoise , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent ſe ſervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment , quand on
adreſſe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir ſoin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaisir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'aurons qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura ſoin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterſur l'heure à la Poſte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eſt de 30, fols.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
SEPTEMBRE . 1727 .
XXXXXXX XXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA MEDECINE ,
ODE.
SAINTE
GENER
AM. Daniel le Clerc , D. M. Conseiller
d'Etat , & Commis ſur le Corps
P
de laMedecine a Geneve.
Ar toi , Dieu de la Medecine
Par toi font prolongez nos jours ;
Au fortir des bras de Lucine ,
C'eſt toi qui prends ſoin de leur cours ;
Aij Tu
1938 MERCURE DE FRANCE.
1
Tu régis auſſi le Permeſſe ,
C'eſt toi ... mais quelle eſt cette yvreffet
Que j'en goute le doux effort ! ...
Viens . Prête- moi ton aſſiſtance ;
C'eſt à celebrer ta Science ,
Que je conſacre mon tranſport.
Mais toi , que ce Dieu confidere ,
Comme l'Arbitre de ſes Loix ;
Le Clerc , voudras-tu bien te plaire ,
Aux foibles accens de ma voix ?
Des Princes de la Medecine ,
Tu fis revivre la Doctrine ,
Tu nous en réſolus les noeuds ;
Et je vois ton nom mémorable ,
Par cet Ouvrage incomparable ,
Paffer à nos derniers neveux.
Sçavant, judicieux , modeſte ,
Tel tu parois dans tes Ecrits ;
L'Eloge le plus manifeſte ,
N'en ſçauroit rehauffer le prix.
Mais , fouffre au moins que je m'acquitte ,
Du
SEPTEMBRE. 1727. 1939.
Du tribut qu'on doit au mérite ,
Qu'orne , chez toi , tant de ſçavoir .
De ce grand Art que tu profeſſes ,
Qui poſſeda mieux les Richeſſes ?
Qui ſçut mieux les faire valoir ?
Au ſeul poids de l'experience ,
Le ſçavoir doit ſe meſurer .
Et fans elle , nulle ſcience ,
Du vrai , n'a droit de ſe parer.
D'elle , les enfans d'Eſculape ,
De fixer l'ame qui s'échape ,
Apprirent le merveilleux Art.
Et les Preceptes qu'il nous donne ,
Ni le ſuccès qui les couronne ,
Ne font point l'effet du hazard.
Quelle eft cette vapeur cruelle ,
Qui vient s'emparer de vos ſens ?
Votre oeil fuit , votre corps chancelle !
Apeine on entend vos accens t
Je ſens votre coeur qui palpite ! ...
Ciel ! du trouble qui vous agite ,
Aiij Chaque
1940 MERCURE DE FRANCE.
Chaque inſtant redouble le cours !
Viens , accours , ô fage Hippocrate ! ...
Que dit- il ? ...Au Pouls qu'il vous tate ,
C'étoit le dernier de vos jours,
Mais foudain votre voix annonce ,
Que vous relevez du tombeau ;
Deux mots que ſa bouche prononce ,
Ont caufé ce charme nouveau .
Sur nous , Dieux ! quel eſt ſon Empire !
La Nature manque , on expire
Par l'excès d'un mal inhumain ;
Nul retour , ſans lui , nul remede ;
Mais , vient- il ? la Parque lui cede ,
Nous ſommes ſauvez par ſa main.
Ovous , Auteurs de ces ſyſtèmes ,
Que l'experience combat ?
Ne vous abuſez plus vous-mêmes ,
Par le faux jour de leur éclat.
Loin de foulager la Nature ,
En ſuivant votre idée obſcure ,
Nos maux font pouſſez à l'excès .
Sçachez
SEPTEMBRE. 1727. 1941
Sçachez faire un plus juſte uſage ,
D'une ſcience utile & fage ,
Et foutenez- en les ſuccès.
Ouvrez , confultez les Viſceres
D'un corps que le mal a détruit ,
Par ces recherches neceſſaires ,
L'habile Medecin s'inſtruit.
Mais , grands Dieux ! quel eſt le ravage ,
Quedans ſon plus ſuperbe Ouvrage ,
La Nature montre à nos yeux !
C'eſt vous qu'elle en rend reſponſables ;
De ce defordre ſont coupables ,
Vos Syſtêmes pernicieux.
Penſe-t-on que les connoiſſances ,
Qui diſtinguent le Medecin ,
Puiffent, fans des peines immenfes ,
Naître & s'accroître dans ſon ſein ?
Non , non , fans beaucoup de culture ,
Les hommes n'ont de la Nature ,
Jamais rien puiſé , rien acquis.
Ceux qui ravirent ſes richeſſes,
1
Aiiij Jadis ,
1942 MERCURE DE FRANCE.
1
Jadis , de Dieux, & de Déeſſes ,
N'obtinrent le nom qu'à ce prix.
De tant de Mineraux , de Plantes .
Parcourez les diverſitez :
Quelles routes ſont ſuffiſantes ,
Pour penetrer leurs qualitez ?
Ce n'eſt qu'à force d'Analiſe ,
Que les Mixtes qu'on fubtiliſe ,
Laiſſent découvrir leurs fecrets ;
Et ce n'eſt que par leur reſſource
Qu'on peut de nos maux , dès leur ſource ,
Borner , prévenir les progrès.
(
Je tremble , ... bientôt dans mes veines .
S'éleve un feu ſéditieux ;
Pour furcroît encor de mes peines,
Tout mets me devient odieux.
Vous , Miniftres de la Nature,
A qui de nos corps la ftructure
N'a rien qui vous ſoit inconnu ;
Vous , qui pour nous , de ſes Ouvrages ,
Sçavez
SEPTEMBRE . 1727. 1943
Sçavez varier les uſages.
Mon dernier jour est- il venu ?
Non , par votre aide que j'implore ,
Déja s'eſt paſſé mon dégoût ;
Fidele à vos conſeils encore ,
De mon mal vous viendrez à bout ...
Déja ... quelle vertu puiſſante .
A cette Poudre bienfaiſante ,
Qui ſuit de ſi près votre Loy ?
Mon mal commence à diſparoître ,
Ma vigueur s'empreſſe à renaître ,
Et vos ſoins me rendent à moy.
Que l'homme aux douleurs eft en proye !
Qu'il est malheureux ici bas !
Qui le prive ainſi de la joye ?
Qui peut avancer ſon trépas ?
Son coeur en fournit l'origine,
La paffion qui le domine ,
Seule excite tous ces fleaux,
Et jamais autrefois Pandore ,
Av De
1944 MERCURE DE FRANCE.
De ſa Boëte ne fit éclore ,
Un fi nombreux eſſain de maux.
De là , cette horrible cohorte
D'infirmitez & de douleurs :
Du fouci mortel qui l'eſcorte ,
Se compoſent tous nos malheurs.
Il n'eſt rien qu'elle n'empoiſonne ;
Votre corps de fievre friſſonne ,
Vos Membres deviennent perclus ;
A la Goutte , à l'Hydropifie ,
Se joint l'Afthme , l'Apoplexie ,
Vous viviez , & vous n'êtes plus.
Amille périls afſervie ,
Objet de nos voeux , ô ſanté?
Unique tréſor de la vie !
Sans toi , nulle felicité.
De l'homme tu fais les délices ,
Mais livrée à tous les caprices ,
Ton fort dépend de ſes plaiſirs,
Maître de fon intemperance ,
Que
SEPTEMBRE. 1727.. 1.945
Que ne leur fait-il réſiſtance !
Tu ſeconderois ſes deſirs.
Pour vous , Mortels , qui voulez vivre .
Et compter un grand nombre d'ans ;
Ne vous obſtinez plus à ſuivre
Le Méandre de vos penchants.
Quelle est la fureur inhumaine ,
Qui vers le tombeau vous entraîne ,
Avant l'heure de votre mort ?
Loin de précipiter ſon âge ,
Sçavoit en diriger l'uſage ,
C'eſt ſçavoir prolonger ſon ſort.
M. B. D. en M. à Geneve.
※
ENIGMES.
L'Explication ordinaire des Enigmes College de Loüis le Grand ,
le 6. Juillet. L'Aſſemblée qui étoit compoſée
d'un nombre confiderable de perſonnes
de distinction , anima d'abord par
ſa prefence , & bientôt après par ſes applaudiſſemens
les jeunes Oedipes. La
Avj bonne
1946 MERCURE DE FRANCE:
1:
bonne grace , la maniere libre & aifé
avec laquelle ils parlerent , fut goûtée de
tous leurs Auditeurs , & ne contribua pas
moins à leur gagner les fuffrages , que les
choſes qu'ils avoient à dire .
LE TABLEAU de Rhétorique réprefentoit
J. C. dans la Synagogue de Nazareth
, développant le ſens des Propheties
d'Iſaïe à pluſieurs Docteurs de la Loy.
Le fils de M. Gaudion de la Grange, qui
l'expliqua , prit pour mot d'Enigme ,
l'Enigme même . La Divinité de J. C. cachée
ſous les dehors de l'humanité , repreſente
parfaitement le ſens myſterieux
d'uneEnigme couverte d'un voile obfcur.
Cette même Divinité qui perce & fe laiffe
voir au travers de l'humanité , donna occafion
au fils du Marquis de la Salle ,
d'appliquer au même Tableau l'Enigme
fans Enigme ou le ſecretfansfecret; l'oppoſition
de ces deux mots fourniffoit un
jeu très - agréable & tres - avantageux ,
l'Auteur de ces deux Pieces ſçut en tirer
toutceque l'on en pouvoit attendre.Comme
nous ne prétendons faire ici qu'un
Extrait , nous nous contenterons de citer
de ces deux Enigmes , auſi-bien que des
autres dont nous parlerons enſuite , les.
endroits qui furent les mieux reçûs &
les plus applaudis.
Le premier Acteur, après avoir propofe
SEPTEMBRE . 1727. 1947
poſé le mot qu'il vouloit adapter au Tableau
le juftifia par ces Vers :
Une Enigme eſt un ſens obſcur , myſterieux,
Qui ſous les traits de l'écriture ,
Ou les couleurs de la Peinture ,
Pour picquer davantage un eſprit curieux ,
Se montre & ſe dérobe aux yeux.
Le Tableau qu'ici je contemple ,
Nous en fournit plus d'un exemples
Il ſemble offrir à nos regards
Des Enigmes de toutes parts.
Le ſecond Acteur s'efforça à ſon tour
de justifier par ces Vers le mot qu'il
avoit choiſi.
Pour dévoiler le ſens , qu'un habile Pinceau
Aprétenda cacher fous les traits d'un Tableau
,
Il me ſuffit de voir le port & la figure.
Quand je vois dans cette Peinture ,
Un caractere de bonté ,
De ſageſſe , de Majesté ,
Qui furpaffe notre Natures
La verité n'eſt plus obfcure.
Au travers de l'humanité ,
J'en
1
1948 MERCURE DE FRANCE.
t
J'entrevois la Divinité ;
Ainſi le ſens Enigmatique ,
S'offre de lui-même & s'explique.
On a beau ſe cacher , toûjours par quelque
endroit ,
L'homme peint , ou vivant , aux yeux ſe manifeſte
;
Et par le peu que l'on en voit ,
On devine aisément le reſte.
Après avoir parlé des deux eſpeces
differentes d'Enigmes , peinte & écrite ,
à l'occaſion de quelques caracteres de
Langues étrangeres qui ſe trouvoient dans
le Tableau , le premier Oedipe ajoûta.
Toute Langue aujourd'hui devient Enigmatique;
Onn'entend plus le Grec , affez peu le Latin :
Je crains pour le François un ſemblable deſtin.
Aforce de chercher quelque choſe qui pique,
Dunouveau, du brillant ou bien du gracieux,
On donne dans l'obſcur , le faux , le précieux,
Et ſouvent l'Orateur , plus ſouvent le Poete ,
Dans fon propre Païs a beſoin d'Interprete ,
Qui puiſſe expliquer au Lecteur ,
Ce qu'a vou lu dire l'Auteur.
Les
!
SEPTEMBRE. 1727. 1949
Les deux Acteurs pourſuivant enfuite
leur premiere pointe , s'efforcerent l'un
de trouver dans le Tableau differentes
fortes d'Enigmes , & l'autre de les réfoudre.
La capacité vraye ou prétenduë des
Docteurs aſſemblez autour de J. C. leurs
ſentimens ſur ſa perſonne , fourniffoient
une ample matiere. Comme le ſecond
Oedipe perſiſtoit toûjours à ne reconnoître
d'Enigme nulle part , du moins qui
ne fût aiſée à expliquer , le premier commença
ce Dialogue dans lequel il ſera
aifé de diftinguer ce que dit chacun des
deux interlocuteurs.
Dans le Moral & le Phyſique ,
Rien ne vous ſemble énigmatique ,
Nous ſommes ſur cela d'avis bien different.
J'en conviens. Cen'eſt point par une humeur
critique ,
Montre-moi quelque Enigme , auſſi-tôt je me
rends.
L'Enigme, en fait de mooeurs, eſt choſe ſi commune
,
Que j'en puis , s'il le faut , propoſer vingt
pour une.
Propoſez les moi , j'y conſens .
Sans aller au Devin , j'en trouverai le ſens.
Tout
1950 MERCURE DE FRANCE.
1
Tout eſt myſterieux dans le fiecle où nous
ſommes.
Legrand Art de ce fiecle , est l'Art de rafiner,
Ce que font aujourd'hui , ce que diſent les
hommes ,
Eſt une Enigme à deviner.
Dès là que je ſçais qu'on rafine,
Je ſuis en garde , j'examine.
Ce que je ne vois pas , au moins je l'entrevoi.
L'artifice n'eſt point une Enigme pour moi.
Avare en toute choſe, on n'en prodigue
qu'une ,
C'eſt le doux nom d'ami. Que dois-je imaginera
L'amitié parmi nous eſt-elle ſi commune ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Jetrouve des amis ſans nombre,
Qui de l'amitié n'ont que l'ombre.
Diſcours étudiez , beaux dehors. Je le voi.
Mais le fond , ce n'eſt point une Enigme pour
moi.
D'un voiſin l'onm'apprend la faute ou la folie.
C'eſt
SEPTEMBRE. 1727. 1951
C'eſt un ſecret , dit - on , n'allez pas le prôner.
Veut- on que je le taiſe , ou que je le publie
C'eſt une Enigme à deviner.
Quiconque me fait un myſtere ,
D'une choſe qu'il n'a pû taire ,
Veut que j'en ſois l'écho . C'eſt aſſez. Je le voi.
Ce myſtere n'eſt point une Enigme pour moi.
Dans ſes âpres diſcours , j'entens ou tel , ou
telle ,
Qui contre le Quadrille aime à ſe déchaîner ;
D'où vient cette Morale ? Est- ce humeur , eftcc
zele?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si tel homme , ou fi telle femme ,
Contre le Quadrille déclame ,
Après avoir perdu , c'eſt chagrin , je le voi.
Son faux zele n'eſt point une Enigme pour
moi.
Onfonge à s'allier avec riche famille ;
L'affaire eft avancée , on va la terminer.
Cherche
1
1952 MERCURE DE FRANCE.
Cherche-t on le bonheur du fils? ou de la fille?
C'eſt une Enigme à deviner.
Quand on fonge à riche alliance ,
Vous demandez à quoi l'on penſe ?
Au bonheur des enfans ? helas non. Je le voi.
C'eſt au bien. Ce n'eſt point une Enigme pour
moi.
On vient de faire éclore une nouvelle mode .
L'ancienne déplaît, il faut la condamner ;
L'autre eſt-elle en effet plus belle ou plus commode
?
C'eſt une Enigme à deviner.
Dès là qu'une mode eſt nouvelle ,
Commode ou non , elle eſt plus belle ;
Mais bientôt ſa beauté paſſera : je le voi ;
Le gout françois n'eſt point une Enigme pour
moi.
Ondonne à des Chrétiens un ſpectacle idolâtre
,
Où les coeurs ſçavent- ils mieux ſe paſſionner ?
Eft- ce dans le Parterre? eft-ce ſur le Théatre ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Au
SEPTEMBRE. 1727. 1953
ه
?
Au Théatre on fair perſonnage ,
Au Parterre le coeur s'engage ;
La paſſion s'y donne & s'y prend : je le voi ;
Cet échange n'eſtpoint une Enigme pour moi.
On entend une Piece ; on en dit des merveilles,
Elle eft chez l'Imprimeurion va nous la donner.
Les yeux jugeront ils comme ont fait les
oreilles ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si les Acteurs font le merite
De la Piece que l'on récite ,
Les yeux décideront de ſon fort : je le voi ;
Et fa chute n'eſt point une Enigme pour moi
Pour guérir de tous maux, le Tabac eſt d'ulage;
S'en abſtenir un jour, feroit pis que jeûner;
Mais en retirons-nous un ſi grand avantage !
C'eſt une Enigme à deviner,
Le Tabac eſt un Specifique ,
Contre l'humeur ſoporifique.
Sans
1954 MERCURE DE FRANCE.
Sans lui, tel qui m'entend dormiroit : je le voi.
Cette vertu n'eſt point une Enigme pour moi.
On ouvre un teſtament fait pardevant Notaire :
Voyez-vous cette Veuve aux pleurs s'abang
donner ,
Sa douleur paroît vive , eſt-elle bien fincere ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si la Veuve eſt mal partagée ,
La Veuve eſt vraiment affligée ;
Mais ſi le lot eſt bon , elle rit : je le voi ,
Etſes pleurs ne font point une Enigme pour
moi.
<
Dans un certain Contrat fait pour toute la vies
Aprononcer un owi , on ſe laiſſe emmener .
Entend- on bien ce mot? qu'est- ce qu'il fignifier
C'eſt une Enigme à deviner.
Dans une alliance forcée ,
La bouche dément la penſée ;
Un oisi veut dire non. Quel contrat ! je le voi.
Le repentir n'eſt point une Enigme pour moi.
Le
SEPTEMBRE. 1727. 1955
fhe
bi.
oi
Le
}
1
Le TABLEAU de Seconde , repreſentoit
Orphée prêt de fortir des Enfers ,& fuivi
d'Euridice , dans le moment où Pluton
la fait enlever à ſes yeux , lorſqu'il veut
s'aſſurer ſi elle le ſuit en effet. Il fut expliqué
par le fils de M. de Levignen ,
Intendant duCommerce , & par le fils du
Marquis de Langhac . Le premier Oedipe
trouva dans Euridice qui diſparoît aux
yeux d'Orphée , lorſqu'il eſt ſur le point
de la recouvrer , la Pierre Philofophale ,
qui échappe au ſouffleur,quand aprèsbien
des travaux , il s'imagine l'avoir enfin
trouvée. Le ſecond , enviſageant par un
autre endroit l'avanture peinte dans le
Tableau , prit pour mot , le Tour de
Paffe-passe. En effet , Orphée , victime
de ſa vaine curioſité, ſe trouve duppé
par Pluton qui lui enleve Euridice , lorfqu'il
a eu à peine le temps de l'appercevoir
, & de s'aſſurer s'il la vûë ou non.
Le fort du Souffleur qui par bien des travaux
inutiles , ne trouve d'ordinaire que
le ſecret de ſe ruiner , oppoſé à celui du
Charlatan , qui par des tours de ſoupleſſe
ſçait s'enrichir à peu de frais , formoit un
contraſte qui fourniſſoit beaucoup pour
les moeurs. Cependant , comme ces deux
mots n'ont point entre eux de liaiſon.
eſſentielle , nous les prendrons ici ſéparément
pour donner une idée plus nette
de
1956 MERCURE DE FRANCE.
la maniere dont ils furent traitez .
Le premier Oedipe , avant de propoſer
ſon mot, le donna d'abord à deviner à -
l'Aſſemblée dans cette Piece de Vers
François.
C'eſt un tréſor tout auſſi vain qu'une
ombre ;
Affronter les horreurs de l'antre le plus fombre,
S'enſevelir tout vif dans le fond des Enfers ,
Braver le feu , la flamme & cent ſpectres di
vers ,
Rien ne coute à quiconque a ſçû ſe mettre en
tête ,
Qu'il peut venir à bout d'en faire la conquête.
Mais après bien des ſoins , des travaux & des
frais,
Ce tréſor dont l'eſpoir tient ſon ame charmées
Au même inſtant qu'il croit ſes defirs fatisfaits
,
S'évanoüit & s'exhale en fumée.
Orphée plein de l'eſperance de recouvrer
Euridice , penetre fans crainte aux
Enfers , & ne s'effraye point des dangers
d'un voyage ſi extraordinaire ; ainſi le
Souffleur abuſé par une vaine confiance
ne ſe rebute point d'un travail dur &
opiniâtre.
Au
SEPTEMBRE . 1727. 1957
s
i
en
te.
tes des
ées
isouaux
gers
le
nce
!
&
Au
Au fond d'un antre obfcur un Souffleur con
finé ,
Y vit à la lueur de ſon fourneau Chymique ,
Et fondé ſur l'eſpoir d'un tréſor chimerique .
Ne ſe rebute point d'un travail obſtiné.
Tel Auteur croit marcher ſur les pas des
Corneilles ;
Et releguédans un fombre réduit ,
Paſſe à rimer & le jour & la nuit.
Il ſe promet pour le fruit de ſes veilles ,
Un gain qui ſelon lui doit combler ſes fouhaits
;
Un gain qu'au premier Acte emportent les
fifflets.
,
Orphée , qui après bien des dangers
&des travaux effuyez avec conſtance ,
voit tout à coup diſparoître Euridice
donna occaſion de parler de l'inutilité
des efforts du Souffleur & de ceux qui
comme lui travaillent beaucoup pour ne
rien obtenir.
Tel d'un riche vieillard, par de feintes careſſes
,
s'imaginant gagner & l'eſprit & le coeur ,
Croit ſeul après ſa mort partager ſes richeſſes ;
: Le
1958 MERCURE DE FRANCE.
Le Teſtament ouvert lui fait voir fon erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
Tel autre affez ſouvent , qui n'a pour tout
merite ,
Que d'être complaifant , fouple , rufé , flatteur
,
Croit par ce dehors hypocrite ,
D'un Miniſtre éclairé , ſurprendre la faveur.
Un Placet rebuté lui fait voir ſon erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
1
Uu Joüeur que pourſuit la fortune traitreſſe ,
Au fond de fon cornet , croit malgré ſon malheur
,
Pouvoir enfin fixer cette aveugle Déeſſe.
Le dez part , & bientôt lui fait voir fon
erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
Tel que l'amour du gain traîne au-delà des
Mers ,
Aprèsbien des travaux, bien des périls divers,
Dans lefonddu Perou trouve enfin la fortune;
Mais les vents au retour cauſeront fon malheur
,
Et
SEPTEMBRE., 1727. 1959
alfon
des
vers,
unes
mal-
Et
Et ſes tréſors enrichiront Neptune.
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur .
Enfin Orphée vécut malheureux après
avoir perdu Euridice pour la ſeconde fois .
De même le Souffleur vit & meurt d'ordinaire
miferable , après avoir perdu ſes
peines , & dépensé ſon bien à chercher
inutilement la Pierre Philofophale.
Après bien des efforts d'un travail indifcret ,
Un Souffleur ſçait trouver le merveilleux
fecret,
De convertir tous ſes biens en fumée ,
Etvoit ſa bourſe enfin vainement confumée.
Le ſecret , ſans doute , eft charmant !
Pour diffiper ſes biens faut-il tant de myſtere ?
Sans Alambic, fans feu de reverbere ,
Mille gens dans Paris ſçavent en faire autant.
Le ſecond Oedipe , avant d'appliquer
aucun mot au Tableau , en expoſa d'abord
le ſujet dans les Vers ſuivans , d'une
maniere qui amenoit naturellement
celui auquel il vouloit s'arrêter.
Orphée impatient de revoir Euridice ,
Enfin ne retient plus ſes regards curieux ;
B Et
1
1960 MERCURE DE FRANCE.
Et craignant que d'ailleurs Pluton ne le trahiffe,
1
Il veut s'aſſurer par ſes yeux.
Quel avantage lui procure
Sa vaine curiofité.
Il apperçoit l'objet dont il eſt enchanté ;
Il le voit , & déja fon eſprit ſe raſſure ;
Mais dans le même inſtant il le voit s'échaper ,
Et Pluton qui rappelle Euridice au Tartare ,
Le laiſſant interdit d'un deſtin ſi bizare ,
S'applaudit en ſecret d'avoir ſçû le dupper.
Orphée , qui eſt , pour ainſi dire , nouveau
débarqué aux Enfers , repreſente
ceux qui font les plus propres à être duppez
par des tours de foupleſſe.
Ainſi tel à Paris , & tel autre à la Cour ,
Débarqué de nouveau , franc & fans défiance,
Jugedes gens ſur la ſeule apparence ,
Et ſe trouve bientôt duppé par plus d'un tour.
Détrompé par ces traits de ſon erreur profonde,
Il reconnoît ce qui fut de tout temps ,
Qu'en ces païs il eſt des Charlatans ,
Plus fins , plus déliez , qu'en aucun lieu du
monde.
Après
SEPTEMBRE. 1727. 1961
Après avoir parlé des differentes perſonnes
qui ſe laiſſent dupper par les Charlatans
, & des tours que ceux-cy employent
pour réüffir , l'Auteur finit par
ces Couplets qui déſignent quelques-uns
de ceux qui dans leur conduite , imitent
en quelque façon par leur adreſſe celle
des Charlatans même.
Un Parafite , en vains diſcours fertile ,
Par ſes bons mots ſçait amuſer les gens ;
Mais auſſi du plaiſant il ſçait tirer l'utile ,
Et s'il les divertit , il vit à leurs dépens.
C'eft à peu près ainſi que font les Charlatans.
Four ſe faire un renom parmi les vrais Sçavans
,
Tel décide fur tout en ſouverain arbitre ,
Il critique au hazard cent livres differens ,
Dont à peine il a lû le titre ;
Et par ces faux dehors fçait impoſer aux gens:
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans.
Un Orateur dans un Panegyrique ,
Tombe ſur un endroit délicat & critique :
S'il ne peut l'éluder , un tour de Rhétorique
r
Bij Viendra
1962 MERCURE DE FRANCE.
Viendra tout à propos pour ébloüir les gens:
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans,
Un Grand , pour foutenir l'éclat de ſa naiffance
,
Au défaut du mérite employant la dépenſe ,
Sçait par les beaux dehors en impoſer aux
gens :
C'eſt à peu près ainſi que font lesCharlatans.
Pour vous donner un Vernis de Nobleffe,
Favoris de Plutus , fiers de votre richeſſe ,
Vous arborez des noms pompeux & trioms
pliants :
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans.
Enfin pour abreger ; car cette ample matiere ,
Nous offriroit encore une vaſte carriere ;
Diſons en general & fans nommer les gens :
Que dans tous les états il eſt des Charlatans.
Le TABLEAU de Troiſième réprefentoit
Abigail , s'efforçant de fléchir la colere
de David , par ſes prieres & par
des preſens qu'elle lui offre. Il fut expliqué
par le fils aîné de M. Boula de
Quincy , auquel ſe joignit le ſecond fils
du
:
SEPTEMBRE. 1727. 1963
Marquis de Polignac. La fureur impétueuſe
de David qui s'avance d'abord, les
armes à la main,& ſe calme bientôt après,
engagea le premier Oedipe à prendre
pour mot d'Enigme le Vent : & le ſecond
à qui ſon âge ne permettoir gueres que
de badiner , choiſit la Giron tte .
Differens perſonnages du Tableau ,
portez en differentes attitudes , reprefentoient
les differens Vents ; ils donnerent
occafion à cette alluſion morale .
Tout eft opinion , tout eft vent dans le monde;
Aujourd'hui Sud , & demain Nord ;
Nul homme avec ſoi n'eſt d'accord.
C'eſt de cette ſource féconde ,
Que fortent toutes nos erreurs :
Singes des Vents , volages que nous ſommes ,
Le matin nous loüons , prêts à blâmer le foir.
Voila les jugemens des hommes ;
Paffants toûjours du blanc au noir.
C'eſt la paſſion qui décide ;
On fuit ſon attrait ſéducteur ;
Elle eſt le ſeul Vent qui nous guide ,
Etl'eſprit juge en nous beaucoup moins que
le coeur.
David irrité & boüillant de colere,
Biij c'eſt
1964 MERCURE DE FRANCE .
c'eſt le vent qui ſouffle avec impétuofité.
Ce rapport de David & d'un vent impétueux
amenoit naturellement l'allégorie
ſuivante , dont l'Oedipe ſe ſervit pour
féliciter le jeune Marquis de Polignac ,
& le Chevalier ſon cadet , fur la ſanté
qu'ils avoient recouvert heureuſement
l'un& l'autre depuis peu , après une maladie
qui les avoit mis en danger.
Dans un Jardin rempli des fleurs les plus brillantes,
Nous avons vû croître deux tendres fleurs,
Qui par leur vif éclat & leurs graces charmantes
,
Etoient l'honneur de Flore & l'amour des neuf
Soeurs. 1
Un jour ( quelle horrible tempête :)
Un Aquilon forti de ſa noire priſon ,
Répand fur ces deux fleurs fon funeſte poifon,
Leur éclat ſe ternit , elles panchent la tête ;
Atteintes du ſouffle malin ,
Elles ſemblent toucher à leur derniere fin ;
Quand le Dieu des Jardins , au fort de nos
allarmes,
Sans s'arrêter à d'inutiles larmes ,
D'une ſçavante main empruntant le ſecours ,
De la contagion fait ſuſpendre le cours.
Ses
SEPTEMBRE. 1727. 1965
Ses foins , ſa vigilance & les pleurs de l'Aurore
,
Les font revivre enfin & les rendent à Flore ;
Souffrez qu'on applaudiſſe à leur heureux
deftın.
Le mot du ſecond Oedipe étoit traité
d'une maniere moins férieuſe. Abigail ,
felon lui , repreſentoit la Giroüette , dont
l'inconſtante mobilité lui donna occafion
de plaiſanter fut la legereté que l'on reproche
d'ordinaire aux femmes , & d'excuſer
celle qui eſt naturelle à la jeuneſſe .
Quel prodigeque dans l'enfance ,
L'homme ſoit toûjours inégala
Apas lents ſa raiſon s'avance ,
Peut- elle alors guérir ce mal !
On ne dira pas que je brode;
Car pour la femme c'eſt un fait .
Dans l'enfance elle ſuit la mode ,
Dans l'âge mûr elle la fait.
Je ſuis enfant , leger , volage ,
Je pleure aifément & je ris ;
La legereté dans mon âge ,
Souvent en fait le plus grand prix.
Biiij
Dans
1966 MERCURE DE FRANCE
Dans l'homme on la voit diſparoître ,
Dès que la raiſon le conduit ;
C'eſt l'enfance qui la fait naître ,
C'eſt la raiſon qui la détruit.
Dans la femme on la voit s'accroître ,
Dès que la raiſon ſe produit ;
C'eſt l'enfance qui la voit naître ,
C'eſt la raiſon qui l'affermit.
L'air fuppliant & affligé d'Abigail qui
employe les larmes pour fléchir David ,
c'eſt la Girouette à la pluïe. Un autre
perſonnage du Tableau , dont le viſage
paroîffoit plus ferein ,la Giroüette au beau
temps.
Si la Giroüette docile ,
Annonce l'eſpoir du beau temps ,
Le Nautonier devient tranquille ,
Il ne craint plus l'effort des Vents .
Ainſi quand notre coeur soupire ,
Et nous force à verſer des pleurs ,
Un mot, un gefte , un doux fourire ,
Suffit pour calmer nos douleurs.
Un
1
'SEPTEMBRE. 1727. 1967
Un enfant veut-il de fa mere ,
Sans peine appaiſer le courroux ?
Il foûrit , il a l'art de plaire :
Quelle mere tiendroit contre un charme fi
doux ?
Dans les attitudes de quelques autres
figures , étoit repreſentée la Giroüette
qui toûjours en mouvement , tourne ſans
ceffe.
Il eſt plus d'une Giroüette ,
Qui ſans ceſſe tourne & revient ,
Et je vois par tout fans lunette ,
Plus d'une tête à qui ce que je dis convient.
La mode , fille du caprice,
Regne fi ſouverainement ,
Qu'il n'eſt cerveau qui n'obéifle ,
Au fouffle de ce leger vent.
Toûjours nouveauxhabits & nouvelle parure;
On ne cherche aujourd'huy qu'à farder laNa
ture;
Et je ne ſçache qu'un ſeul point
Sur lequel par malheur on ne changera point
On veut malgré nos dents , de la Litterature:
Nous faire prendre une teinture :
By Que
1968 MERCURE DE FRANCE.
Que je benirois le deſtin ,
Si la mode pafſoit d'apprendre le Latin !
※
※※※※
EXAMEN d'un Paſſage de Plutarque.
Par M. Deſlandes .
fait un Traité des Cauſes
Naturelles , où l'on trouve un grand
nombre d'Obſervations & d'Experiences
au ſujet de l'eau de la Mer. Les unes
ſont propoſées avec beaucoup d'adreſſe ,
mais plus à la maniere d'un Hiſtorien
que d'un Philoſophe. Les autres paroiffent
obfcures & difficiles à croire. Parmi
ces dernieres j'en ai remarqué une qui
a dû foulever tous les Lecteurs intelligens
, & qui m'a moi-même beaucoup
furpris la premiere fois que je l'ai lûë.
Plutarque fait d'abord cette queſtion :
Pourquoi dans les viodentes tempêtes ,
quand on arrofe d'huile la ſurface de la
Mer, s'appaise-t- elle tout d'un coup devient-
elle unie & transparente ? Il recherche
enſuite quelle peut être la caufe d'un
effet ſi extraordinaire & fi peu attendu.
J'avoue qu'au premier coup d'oeil cette
queſtion offre je ne ſçai quoi d'abſurde
& de ridicule. Un Philofophe eſt preſque
tentéde la mettre au rang des fables. Cependant
i
SEPTEMBRE. 1727 1969
pendant, à l'examiner de près , on découvre
dans la Navigation quelques uſages
qui y ont rapport, & que perſonne n'a
encore expliquez . Peut- être me ſçaurat-
on gré d'entrer ici dans un détail qui
n'eſt gueres connu que de ceux qui vont
à la Pêche des Morues & des Baleines.
Voici le fait : Je m'étendrai le moins que
je pourrai.
Quand un Navire à la Mer eit attaqué
par un vent forcé & très-violent , il n'a
que deux manoeuvres à faire. L'une eſt
de ferrer toutes les Voiles ; & demeurant
ainſi à mâts & à cordes , de preſenter le
côté au vent. Dans cette ſituation , le
Navire avance affez pour éviter les
coups de Mer : & comme ſes deux côtez
font paralleles l'un à l'autre,& folidement
attachez par le moyen des Baux & des
Courbes , on peut regarder ce Navire
comme une ſimple muraille , que le vent
pouſſe avec d'autant plus de force que fa
furface eſt plus grande. Car pour la réſiſtance
de l'eau de la Mer , elle doit être
ici comptée pour peu de choſe. En effet
plus la Mer eſt mue & foulevée , plus elle
ſe laiſſe diviſer facilement , plus le Navire
fait de chemin .
L'autre manoeuvre a quelque choſe qui
frappe davantage : mais elle eſt au même
temps plus délicate & plus épineuſe dans
Bvj l'exe
1970 MERCURE DE FRANCE.
l'execution . Il s'agit de faire vent arriere
avec la Miſaine ſeule ou la grande Voile
dont on aura pris auparavant les ris . Mais
dans ce cas , il y a deux précautions indiſpenſables
à obſerver : la premiere , que
cette Voile faffe toûjours des angles droits
avec la quille du Navire ; & la ſeconde ,
que le Gouvernail ſoit aſſujetti de maniere
que la route ne ſoit point chan
gée.De-là, furtout, dépend toute la ſureté
du Navire.
Cela étant pofé, je vais rendre raiſon
de cette double manoeuvre .
Quand un Vaiſſeau eſt aſſailli d'un coup
de vent tel que je viens de le repreſenter;
ce qu'il y a de plus à craindre , ce font
les coups de mer qui , ſe dépliant avec
violence , & ſe ſuccedant les uns aux autres
, pourroient enfoncer à la fin ou fon
arcaffe , ou un de les côtez. De pareils accidens
font arrivez en pluſieurs occafions,
& depuis peu au Vaffeau du Roy , l'Elifabeth
& à la Flute l'Elephant. La ſeule
maniere de les éviter , c'eſt de faire enforte
que le Vaiſſeau foit toujours, fuivi
d'une Mer battue , & non d'une Mer
neuve.
Je donne le nom de battuë à la Mer
par deſſus laquelle le Navire a paffé , &
qui retient encore la trace de ſon cours.
Cette Mer eſt blanchâtre , pleine d'écu-
1. me
2
4-
SEPTEMBRE. 1727. 1971
!
me , mais toujours,affez unie. On l'appelle
autrement l'eau ou le fillage du Navire
: & ce fillage eſt d'autant plus remarquable
, que le Navire eſt plus peſant&
plus enfoncé dans la Mer.
On voit par l'explication que je viens
de donner d'une Mer battuë , ce que c'eſt
qu'une Mer neuve.De plus longs difcours
ne feroient qu'embrouiller la chofe .
Or un Vaiſſeau qui eſt poursuivi par
un vent forcé , doit toujours mettre après
lui une Mer battue , une Mer qu'il a luimême
applanie par ſon poids & par les
efforts redoublez qu'il a faits en marchant .
Ce qui ne peut arriver que par les deux
manoeuvres que je viens de propoſer : la
premiere , lorſque le Vaiſſeau preſente le
côté au vent ,& que ſon ſillage eſt égal à
toute fa longueur ; la ſeconde , lorſqu'il
fait vent arriere ,& que fon ſillage eſt juftement
égal à ſa largeur .
Cette derniere manoeuvre eſt certainement
la plus difficile dans la pratique ,
parce qu'il faut gouverner très juſte. Un
coup de Gouvernail donné mal à propos
retire le Navire de ſon eau , &
P'expoſe à toute la violence d'une Mer
neuve : c'eſt ce qui a été malheureuſement
éprouve par des Navigateurs pew
habiles ou peu précautionnez. L'un ou
P'autre de ces deffauts cauſe à peu près
les
۱
1972 MERCURE DE FRANCE:
ةب
les mêmes diſgraces & les mêmes accidens
à la Mer.
Ily a des cas où l'on ne peut point ſe
ſervir des deux manoeuvres précedentes :
& ces cas arrivent ſouvent aux petits Navires
qui vont dans le Nord , & fur le
banc de Terre-Neuve. Quand une fois
ils ont commencé leur Pêche , ils ne peuvent
la quitter ni la ſurſeoir ſans un dommage
confiderable & fans s'incommoder
les uns les autres : & alors quand ils font
furpris par quelque coup de vent plus
fort qu'à l'ordinaire , voici le ſeul expedient
auquel ils ont recours. On laiſſe
écouler par l'arriere une certaine quantité
d'huile , preſque à fleur d'eau. Cette
huile s'étend en un moment , forme une
eſpece de nappe autour de chaque Navire,
produit enfin le même effet que ſi toute
la Mer dont il eſt environné avoit été
battuë.
Cet uſage est très-ancien dans la Navigation
: & ce qui y donne lieu , à mon
avis , c'eſt la remarque ſuivante,
Dans le temps que le Poiſſon fraye ,
quelque vent qu'il faffe , la Mer n'eſt
preſque point agitée. On en attribuë la
cauſe à la grande quantité de fray qui
nage ſur ſa ſurface ; & qui venant à ſe
corrompre , produit inſenſiblement une
matiere graffe & huileuſe , dont le principal
SEPTEMBRE . 1727. 1973
pal effet eſt de rendre cette ſurface calme
&unie. Comme la fécondité des Poiffons
eſt incompréhenſible , & qu'elle furpaffe
même tout ce qui peut s'en imaginer ,
il n'eſt pas étonnant qu'une grande partie
des oeufs , & ce qu'on nomme ſur les
differentes Côtes Fretin , Blacquer , Melie
, Manne & Menuſſe , ſe perde & ſe
détruiſe . Tout cela détrempé par l'eau de
laMer, & amolli par les rayons du Soleil,
ſe répand de proche en proche , &
cauſe une altération generale. On s'apperçoit
alors que l'eau de la Mer eſt trouble
, & qu'elle file comme de l'huile .
Pendant les mois que cette matiere
étrangere flotte & ſe conſerve, la Mer
eſt toûjours applanie & tranquille. On
y éprouve cependant des coups de vent
auffi furieux qu'en toute autre ſaiſon. Tel
eſt celui de l'Equinoxe du Printemps ,
celui de la Fête de S. Jean , celui de la
Fête de S. Laurent , &c. Car l'experience
a appris que ces Fêtes font toûjours précedées
ou ſuivies de quelque ouragan terrible
: & moi même je l'ai obſervé pendant
neuf ans de ſuite , que j'ay demeuré
à Breſt. Les Navigateurs ne manquent
point alors de prendre leurs précautions .
La plupart des faits que j'ai rapportez
juſqu'ici , font fondez ſur l'experience ,
& l'on peut en general ſe confier à ce
que
1974 MERCURE DE FRANCE.
que diſent les gens de Mer , à cauſe des
périls & des hazards où les expoſeroit le
plus petit mécompte. Mais la raiſon de
ces faits ne ſe découvre point fi aifément.
Tout ce que j'en puis dire , c'eſt qu'outre
les vents , il faut encore admettre quelque
cauſe intérieure qui faſſe ſoulever les
eaux de la Mer. On la voit quelquefois
s'enfler & ſe heriffer en Montagnes , qu'il
n'y a encore aucun ſouffle de vent ; & il
eſt pour le moins deux ou trois jours à
ſe lever. Quelquefois auſſi la ſurface de
la Mer eſt à peine agitée , qu'il fait des
coups de vent terribles , que tout l'air eft
en mouvement & en agitation. Les Navigateurs
ne ſont point étonnez de ces
bizarreries ; ils s'y apprivoiſent tous les
jours. Mais les Phyſiciens les doivent regarder
comme un des plus farprenans
effets de la nature , & celui peut-être
auquel on a fait le moins d'attention.
BOUQUET
SEPTEMBRE . 1727. 1975
BOUQUET ,
A S. A.S. Madame la Comteſſe de Toulouſe
, en tui preſentant un petit Panier
de paille à faire des noeuds , le jour
de la Notre- Dame d'Août , par Mlle
Antier , premiere Actrice de l'Académie
Royale de Musique.
ENN vain , genereuſe Princeffe ,
Pour vous faire un Bouquet aux Muſes je
m'adreſſe :
Dans un pareil deſſein nous craignons d'échoüer
,
Répond le Parnaſſe rebelle ,
Que veux- ru que nous diſions d'elle ?
Elle deffend de la loüer.
Quel filence penible& quelle loi fatale !
Quoi donc ? voir cent vertus dont on n'ofe
parler ?
Sentir mille agrémens qu'il faut diſſimuler ? ...
C'eſt le fupplice de Tantale !
Mais quel defir vient t'agiter ?
Toulouſe aime ta voix; que rien ne t'inquiete,
Ton zele peut s'acquitter
Avec
1976 MERCURE DE FRANCE .
Avec une Chanſonnette.
Ace petit Concert ſi tu veux joindre un don ,
Contente toi d'offrir quelque Panier de jon.
Mortels , c'eſt là votre avantage ,
Vos finceres reſpects rendent tout précienx ;
/
Car le prix des preſens que vous portez aux
Dieux ,
Eſt toujours dans vos coeurs & jamais dans
l'Ouvrage.
EXPLICATION naturelle & Geométrique
des Miroirs ardens d' Archimede
& d'une nouvelle Lunette d'approche ,
par M. Clairaut.
Q
Uelques Hiſtoriens rapportent qu'Archimede
brula une Flotte par le
moyen de ſes Miroirs ardens ; mais fans
rechercher ſi cela est bien veritable , il
ſuffira de faire voir comment on pourroit
raffembler les rayons du Soleil &les faire
réflechir très loin. Voici l'idée .
Soit imaginé une eſpece d'Anneau ou
Zone circulaire , par exemple , de vingt
pieds de rayon & d'un pied de large dans
ſa ſurface interieure ; pour l'épaiffeur elle
dépend de la force du métal ou de la matiere
SEPTEMBRE. 1727. 1977
tiere dont il ſera compoſé , il faut ſeulement
que par le moyen de quelque Machine
, cet Anneau puiffe être tourné de
tous ſens , enforte que le plan de ſon cercle
reçoive toûjours les rayons du Soleil
perpendiculairement ; & que l'interieur de
l'Anneau qui recevra auſſi les rayons ſoit
une zone de Miroir parabolique ; on la
formera avec un arc de parabole d'un
pied , & d'un pied de parametre attaché
à l'extremité d'une Regle de vingt pieds ,
mobile autour d'un point fixe ſur un plan
& on la polira. Cet Anneau , ou plutôt
ce Miroir , aura par conſequent deux cercles
inégaux : le plus grand fera prefenté
aux rayons du Soleil ,& l'on connoîtra
par quelque index quand ſon axe
concourra directement avec les rayons ,
pour l'arrêter auffitôt fixement , en ſe
fervant des Pivots & Machines neceſſaires
; alors les rayons ſe reflechiront du
côté du plus petit cercle & ſe rendront au
foyer de la parabole , où ils pourront brûler
à quatre cens pieds de diſtance avec
autant de force qu'un Miroir parabolique
d'un pied de diametre , outre que les
rayons d'incidence feront encore aidez
après la reflexion de ceux du Soleil qui
ne ſe réflechiffent point. Enfin toutes ces
meſures ſe pourront changer aisément,ſelon
qu'on voudra le foyer plus loin ou
plus ardent.
11
1978 MERCURE DE FRANCE.
Il ſemble qu'on ne devroit pas négliger
l'utilité qu'on retireroit d'un ſemblable
Anneau , pris neanmoins fur d'autres
proportions , c'eſt à-dire , d'une furface
parabolique tronquée vers le foyer , en
P'appliquant à l'extremité d'un tuyau de
Lunette d'approche à la maniere de
M. Newton ; car les rayons d'incidence
& les reflechis ne ſeroient point mêlez
enſemble , ce qui eft ici de conſequence ;
on attacheroit de même un Miroir elliptique
plat de biais près du foyer , & l'on
diftingueroit clairement les objets & les
Aſtres mêmes , avec un verre de Microfcope
, comme M. Newton. Tout ceci eſt
fi évident & fi géométrique , que de plus
longues démonstrations ſeroient fuperflues.
L'Auteur qui s'eſt appliquédepuis vingtdeux
ans qu'il enſeigne les Mathématiques
, à ſe pouvoir proportionner à toutes
fortes de diſpoſitions d'eſprit , avertit
ceux qui ont quelque inclination pour ces
ſciences , qu'il a trouvé des voyes nouvelles
& faciles qu'il ne peut expliquer
que de bouche ; & qu'il leur déclarera
après quelques leçons , le temps qu'il leur
faudra pour entendre ces ſciences , &
même fera un prix à fort- fait avec ceux
qui le ſouhaiteront après s'être expliqué
du degréde force qu'il leur pourra donner
1
SEPTEMBRE. 1727. 1979
ner ſur ce qu'ils voudront apprendre ;
comme s'il s'agit de l'Arithmetique à
fond , de l'Algebre , de la Géométrie ,
des Méchaniques , de la Sphere & Navigation
, des Fortifications , &c . Ce qui
ſe fera bien plus promptement qu'on ne
penſe , parce que l'Auteur a un de fes
fils très-capable , au rapport de 'Mrs de
l'Académie Royale des Sciences , de le
ſeconder : il prend auſſi des Penſionnaires ,
& il oſe dire qu'on ne craigne point de
lui donner de la jeuneſſe ; car il a eu le
plaiſir de réüſſir ſur des écoliers de fix
ans , & on peut compter qu'il donnera
ſes ſoins pour qu'ils puiffent apprendre
tout ce qui leur ſera neceſſaire d'ailleurs
avec tout le ſuccès poſſible. Il demeure
Fauxbourg S. Germain , rue du Four , à
l'Hôtel Imperial .
********************
BOUQUET DE M. D. S **
A MADEMOISELLE LE VIEUX ,
En lui envoyant une Rame de Papier
à Lettres..
TOi , dont la Plume ſans égale ,
A ſouvent enchanté Pâris ,
Olinde
1980 MERCURE DE FRANCE .
Olinde, de nos beaux eſprits *
L'Amour , l'Eleve , & la Rivale ,
Fille digne du fiecle d'Or ,
Modele de vertu dès la plus tendre enfance ,
Qui joint à l'âge de Neftor ,
La douceur de ſon éloquence ;
Charmez de te faire leur cour ;
Tes amis vont t'offrir mille fleurs dans ce jour:
Mais , Olinde ,de moi tu n'en dois point attendre
,
Je m'acquitte autrement d'un aimable devoir ;
Je te veux aujourd'hui mettre en état d'en
rendre
Plus que tu n'en peux recevoir :
Non , jamais la feconde Flore ,
Avec tous les Zephirs dût- elle ſe lier ,
Ne ſçauroit dans nos champs en faire tant
éclore ,
Que ta Plume en fera naître ſur ce papier.
*Mademoiselle le Vieux étoit en commerce
avec les plus grands génies du fiecle paffé , &
particulierement avec Mrs d'Ablancourt &
Patrû. Ce dernier lui a écrit pluſieurs Lettres
qu'on trouve imprimées à la fin de ſes Plaidoyers
, fous le titre de Lettres à la Belle
Olinde . Elle a plus de quatre-vingt- quatorze
ans , & à cet âge là , parle & écrit avec autant
de feu que de folidité. ELOGE
SEPTEMBRE 1727. 1981
*******************
ELOGE du R. P. Sicard . Extrait d'une
Lettre écrite parle Superieur General
des Miſſions de la Compagnie de Jeſus ,
en Syrie & en Egypte, au R.P. Fleuriau.
Ous ne doutons point , M. R. P.
Nous vous prenantdepart
à notre douleur que nous en prenons à
celle que vous aurez en ouvrant nos Lettres
, par leſquelles vous apprendrez la
perte que nos Miſſions viennent de faire
du P. Claude Sicard.
La peſte qui déſole preſentement cet
Empire , s'eſt vivement allumée au grand
Caire. Notre Miſſionnaire , le P. Sicard ,
continuellement occupé des oeuvres de
charité , a ſaintement fini ſes jours dans
l'exercice de cette excellente vertu de la
maniere dont je vais vous l'expoſer .
Le Seigneur qui avoit deſtiné le P.
Sicard à la vie Evangelique , l'avoit appellé
à nos Miſſions en Syrie , après avoir
enfeigné les Humanitez dans la Province
de Lyon , & y avoir achevé ſes études de
Théologie.
Il quitta la France pour venir en Syrie
, & il y arriva au mois de Decembre
1706. Ceux qui firent avec lui le voyage
par
1982 MERCURE DE FRANCE .
par Mer , conçurent dès lors une haute
idée de notre Mitſionnaire ; ils t'annoncerent
à toute la Ville d'Alep où il
fit ſa premiere demeure. Ils racontoient
volontiers tous les fruits de ſes inftructions
& de ſes converſations avec l'Equipage
du Vaiſſeau , les grands exemples
qu'il leur avoit donnez de charité , de patience
, d'humilité & de mortification .
Notre nouveau Miſſionnaire ne ſe fut
pas plutôt remis des fatigues de fon voyage
, qu'il ne fongea qu'à ſe mettre en état
de commencer les oeuvres de la Miſſion .
Il comprit d'abord que l'étude de la
Langue Arabe devoit faire ſa premiere
&plus importante occupation. Il s'y appliqua
totalement. Comme il y trouva
plus de facilité qu'il ne ſe l'étoit imaginé,
il en ſçut en peu de temps ſuffiſam nent
pour entendre & pour parler cette Langue.
Mais pour s'en fervir avec fruit , il
étudia en même-temps le caractere des
Peuples qu'il auroit à cultiver. Il ſçût
que parmi les Schifmatiques & les Heretiques
du Pays , il y en avoit qui paffoient
pour ſçavans , & qui ſe donnoient
pour tels , & que d'autres au contraire
étoient gens groſſiers & ignorans , tels
qu'il y en a dans toutes les Nations.
Pour ſe rendre utile aux premiers , il
avoit compofé deux petits Livres en Arabe
,
SEPTEMBRE. 1727. 1083
be , où il avoit ramaſſé toutes les erreurs
des Schifmatiques & des Heretiques &
les mauvaiſes raiſons avec lesquelles ils
prétendoient ſe bien deffendre contre les
Catholiques . Comme il avoit l'eſpritMathématicien
, il avoit arrangé par ordre
Géométrique les autoritez tirées des ſaintes
Ecritures & des Saints Peres de l'Eglife
, & tous les Argumens que la Théologie
enſeigne , pour conclure contre le
Dogme heretique , & pour établir folidement
les veritez Catholiques.
Avec ces armes en main , il cherchoit
les occafions de lier converſation avec
ces prétendus Docteurs de chaque Secte .
Lorſqu'il ſe trouvoit avec eux , il leur
donnoit lieu d'avancer leurs- mauvaiſes
_interpretations des Saintes Ecritures &
des Saints Peres, leur laiſſant dire tout
ce qu'ils vouloient. Mais lorſqu'ils étoient
au bout de toute leur ſcience , il leur preſentoit
les deux petits Livres Arabes , &
il leur en donnoit l'explication. Cette explication
étoit une réfutation ſi nette &
ſi ſenſible de ce qu'ils venoient d'avancer
, que ceux qui étoient de bonne
foi , ſe rendoient à la verité & ſe mettoient
au nombre de ſes Diſciples .
Le P. Sicard travailloit aſſidûment à
leur défiller les yeux , lorſque la Miffion
du Caire venant de perdre ſon Su-
C perieur,
1984 MERCURE DE FRANCE .
ة
Perieur , on jugea à propos d'y envoyer
le P. Sicard pour la gouverner .
Elle devoit ſon établiſſement à la pieté
& au zele de Loüis XIV. pour la propagation
de notre ſainte Foi. Ce grand
& Religieux Prince avoit jugé cette
Miſſion digne de ſa protection Royale .
L'ordre du Superieur ne fut pas plutôt
intimé au P. Sicard , que ſans écouter
l'attachement qu'il devoit naturellement
avoir pour la Miſſion qu'il avoit établie
avec tant de peine & de fruit dans le
Fauxbourg d'Alep , il ſacrifia ſon inclination
, & partit pour ſe rendre en cette
Capitale de l'Egypte .
Il s'agiffoit d'y travailler à la converfion
des Coptes , qui ſont Egyptiens Jacobites .
Pour juger des difficultez que le P. Sicard
devoit trouver àleur converſion , il ſuffit
de rapporter ici ce qu'il nous en écrivit il
y a quelques années , après avoir vécu &
converſé quelque temps avec eux. Jufqu'à
preſent , nous mandoit-il : quelques
moyens que j'aye employez pour gagner
les Coptes , ces moyens m'ont été inutine
vous étonnez pas , s'il vous
plaît, car il faut commencer par les faire
hommes avant que d'entreprendre de les
faire bons Chrétiens . C'eſt en effet une
Nation qui ſemble faire profeſſion d'ignorance
& de groffiereté,
les :&
Nous
SEPTEMBRE. 1727. 1985
1 Nous devons ajoûter ici , M. R. P.
qu'à toutes les vertus il joignoit une
litterature & une érudition peu commune
. Il l'avoit apportée de la Province de
Lyon , dans laquelle il avoit paffé ſes
premieres années de la Compagnie. Comme
il avoit d'ailleurs un goût fingulier
pour les Belles-Lettres & un juſte difcernement
pour en faire un bon uſage , il
avoit pris ſoin de recueillir depuis plufieurs
années ce qui lui avoit paru digne
d'être remarqué dans ces Monumens de
l'Antiquité , que l'Egypte aconſervés juſ
qu'à preſent.
Vous avez reçû , M. R. P. ſes premie
res obſervations , & vous les avez jugées
dignes d'être imprimées . Vous nous avez
même fait l'honneur de nous mander
qu'elles avoient eu l'approbation des perſonnes
les plus capables d'en bien juger ,
& que ces perſonnes en defiroient la
continuation .
En effet vous envoyâtes au P. Sicard
P'ordre de feu M. le Duc d'Orleans , alors
Régent du Royaume , pour faire une recherche
éxacte des anciens Monumens
qu'il trouveroit en Egypte , & pour en
faire dreſſer des Plans par le Definateur
qu'on devoit lui envoyer: ce fut pour
obéir à des ordres ſi reſpectables , que le
P. Sicard , ſans interrompre ſes occupa-
Cij tions
986 MERCURE DE FRANCE .
ions de Millionnaire , prit ſon temps
pour mettre par ordre les découvertes
qu'il avoit déja faites , & pour en faire de
nouvelles ; il crut devoir encore examiner
plus ſoigneuſement celles qu'il avoit
déja obſervées . Pour cet effet il ſe dreffa
un Itineraire des Miſſions qu'il avoit à
faire. Il fit cet Itineraire de maniere qu'il
pût ſe tranſporter aifément dans les lieux
qu'il vouloit obſerver de plus prés. Tels
furent ſes voyages à Thebes , au Delta
à la Mer- Rouge , au Mont Sinaï , aux
Cataractes.C'eſt après ſes obſervations ſur
ſes découvertes , qu'il a compoſé ſon Qu
vrage de l'Egypte ancienne & moderne ,
avec des Cartes Géographiques & des figures
de pluſieurs Monumens antiques
qui y doivent être deſſinées. Il a eu l'honneur
de vous en envoyer le Plan , diviſé
en autant de Chapitres qu'il y a eu de
differens ſujets à traiter.
Au reſte le P. Sicard a l'avantage de
ne rien avancer dans ſon Ouvrage qu'il
n'ait vû , comme l'on dit , de ſes propres
yeux.
Il revenoit de la haute Egypte , où il
étoit allé, dans le deſſein d'examiner quelques
Antiquitez dont on lui avoit parlé ,
lorſqu'il apprit que le feu de la peſte s'allumoit
de plus en plus au grand Caire. Il
crut qu'il étoit de ſon premier devoir de
courir
د
SEPTEMBRE. 1727. 1987
courir au ſecours des Catholiques. Il ne
fut pas plutôt arrivé en cette Ville , qu'après
avoir offert à Dieu le ſacrifice de ſa
vie , il ſe livra au ſervice des Peftiferez ;
pluſieurs expirerent entre ſes bras. Il ſçut
que le Superieur de Terre- Sainte , Retigieux
de S. François , étoit attaqué de ce
venin mortel. Il alla auſſi -tôt le viſiter
pour lui offrir ſes ſervices ; il en revint
lui-même frappé , il combattit contre ce
mal pendant deux jours , continuant ſes
affiduitez auprès des malades .
Il fallut enfin ſe rendre à la violence
du mal. Le preſſentiment qu'il eut de ſa
mort , lui fit demander les derniers Sacremens
; il les reçut avec les ſaintes difpoſitions
, qu'une vie conſacrée & employée
uniquement au ſervice de Dieu
& du prochain lui avoit obtenues de la
mifericorde divine. Après cinq jours de
maladie , il nous fut enlevé le 12. du mois
d'Avril 1726.
La part que les Fideles & les Infideles
nous ont témoigné prendre à notre perte ,
eſt une preuve peu commune de l'eſtime,
de la conſideration & de l'affection qu'ils
avoient pour le P. Sicard. Les anciens
Catholiques & les nouveaux qui ont reçû
ſes Inſtructions , le pleurent comme leur
Pere , & l'appelloient leur Apôtre.
7
Ciij LET1988
MERCURE DE FRANCE.
1
:
LETTRE de M. Rigord , écrite de
Marseille , à M. D. L. R. le 28. Février
1727. fur les Ouvrages du R. P.
Sicard , c .
J
E n'ai pas oublié , Monfieur , ce que
vous m'avez demandé il y a déja bien
du temps ; mais le peu de loiſir que j'ai
m'a empêché de vous faire un état de
mes Médailles Egyptiennes , tel que vous
le ſouhaitez . Depuis ce temps-là , mon
Cabinet entier eſt paffé dans celui de
M. le Bret , Premier Preſident & Intendant
de cette Province. Ce ſcavant Magiftrat
a plus fait là-deſſus que je n'aurois
ofé entreprendre ; car il a fait faire
fous ſes yeux un Inventaire exact de
tout ce qu'il y avoit d'Egyptien dans les
deux ſuites du grand& du moyen Bronze ,
& il a eu la bonté de m'en donner une
copie , laquelle je me fais un plaifir
de vous envoyer. Je ſuis ravi que cela
puiffe convenir à vos deffeins.
Les divers Nomes que vous trouverez
dans ces Médailles Egyptiennes , pourroient
être rapportez aux Chapitres de
l'Ouvrage du R. P. Sicard , qui regarde
les Nomes d'Egypte. le ne ſçai ſi l'Ouvragede
ce ſçavant homme, annoncé dans
le Mercure de France , étoit entierement
fini
SEPTEMBRE. 1727. 1989
fini quand il a ceſſé de vivre : je ne vois
perſonne qui puiſſe remplir un ſi grand
projet , & je croi qu'il ſera difficile de
remplacer le vuide que la mort met &
dans les Miſſions d'Egypte & dans ſes
Ouvrages litteraires. Il avoit une parfaite
connoiſſance des langues du Pays ,
tant anciennes que modernes ; il avoit
toute la ſanté qu'il falloit ; il vivoit comme
les Arabes & avec eux ; & en faiſant
ſes fonctions de Miſſionnaire , il remplifſoit
auſſi parfaitement le métier de curieux
&d'homme intelligent ; vous aurez fans
doute remarqué cela dans les divers campemens
de Moyfe , lors de la fortie des
Enfans d'Ifrael , de l'Egypte , par les
noms des lieux qu'ils occuperent , & qui
font aujourd'hui ſi bien marquez par ceux
qu'ils portent encore actuellement.
Je ne ſçai ſi on aurabien tous ſes Ecrits;
je ſçai que dema part je lui ai envoyé
pluſieurs Livres , que je lui avois prêtés .
Je lui avois auſſi envoyé divers Recueils
que j'avois faits ſur l'Egypte ancienne &
moderne : ces Papiers qui contenoient en
volume une Rame entiere , conſiſtoient
en diverſes Relations, qui m'avoient été
envoyées par les Confuls d'Egypte , par
des Marchands & par divers Miſſionnaires
établis ſur les lieux, en réponſe des
doutes que je leur avois propoſes , & qui
Ciiij m'étoient
1990 MERCURE DE FRANCE.
m'étoient venus de la lecture d'Hérodote;
de Diodore de Sicile , de Paufanias , de
Strabon , & c . & avant que d'envoyer tous
ces Memoires au P. Sicard , je les avois
communiquez à M. Paulian de Niſmes ,
homme très- fçavant , pour aſſembler les
matieres , & pour diriger tout l'Ouvrage
que j'avois entrepris ,& qui avoit pour
titre: l'Egypte ancienne & moderne , ce
qu'il fit. J'envoyai enſuite cet Ouvrage
& tous les materiaux au P. Sicard pour
verifier toutes chofes & les arranger .
Il paroît en effet par la diviſion des
Chapitres qu'il a faite , ſelon le projet
donné dans le Mercure du mois de Janvier
dernier , que le P. Sicard a mieux
arrangé les choſes , & qu'il a amplifié de
beaucoup mes idées ; mais je crains que
nous n'ayons pas tout l'Ouvrage fini de
ſa façon ,& que tout ce qu'il a fait ne
nous revienne pas, ou en corps d'Ouvrage,
ou en corps de Memoires (éparez ; car
peut- être ceux qui en prendront le ſoin ,
n'ayant pas le goût & le difcernement
neceſſaires , négligeront les petits morceaux
qu'une habile main ſçait inſerer
en ſa place ; il faut pour cela un certain
goût , & ce goût n'eſt pas commun.
Je ne ſuis pas cependant ſans eſperance ,
fondée ſur la prudence & le zele pour
l'avancement des Lettres , des Superieurs
de
SEPTEMBRE . 1727. 1991
۱
de l'Homme Evangelique , & du ſçavant
Religieux dont on ne sçauroit trop regretter
la perte. Je ſuis , Monfieur , &c .
********** ...........
TRIOLETS ,
Aux Dames qui entrent dans les disputes
de Religion , &c.
Beau Sexe, taiſez-vous ici ,
Et fourniſſez votre fuſée !
Cé point eſt aſſez éclairci ,
Beau Sexe , taiſez-vous ici :
En lice vous entrez auſſi ,
Filer eſt choſe plus aifée :
Beau Sexe , taiſez-vous ici ,
Et fourniſſez votre fufée.
Pour vous avoir dit de filer ,
Beau Sexe , ai-je commis un crime ?
Pourquoi vouloir me flageller ?
Pour vous avoir dit de filer :
Ah ! duffiez - vous m'écarteler ,
Je ne puis changer ma maxime :
Cv Pour
1992 MERCURE DE FRANCE.
:
Pour vous avoir dit de filer ,
Beau Sexe , ai - je commis un crime ?
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sevir avec plus de juſtice;
Il dit un mot trop criminel ;
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sans être injuſte ni cruel ,
Du foüet ordonner le fupplice;
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sevir avec plus de juſtice.
0.6
Vous dire , tournez le fuſeau ,
Cela s'appelle- t- il médire ?
Ne peut-on ſans riſquer ſa peau ,
Vous dire , tournez le fuſeau ?
Juvenal & notre Boileau ,
Ont pouffé plus loin la Satyre :
Vous dire , tournez le fuſeau ,
Cela s'appelle t-il médire ?
Omphale filoit autrefois ,
D'une main charmante & legere ,
Le
SEPTEMBRE . 1727. 1993
Le fuſeau brilloit ſous ſes doigts ,
Omphale filoit autrefois :
Deſarmé , ſoumis à ſes Loix ,
Un Heros fila pour lui plaire:
Omphale filoit autrefois ,
D'une main charmante & legere.
L'Epouſe d'Uliſſe brodois ,
Brodez donc , ou filez , mes Dames :
La troupe d'Amans en grondoit;
L'Epouſe d'Uiffe brodoit ,
Et toûjours brodans attendoit
L'objet illuftre de ſes flammes;
L'Epouſe d'Uliſſe brodoit :
Brodez donc, ou filez , mes Dames.
Vous avez reçû la beauté ,
Contentez-vous de ce partage ;
Pour regner ſur l'homme enchanté,
Vous avez reçû la beauté :
La douceur & l'urbanité ,
Sont auſſi de votre apanage:
Cvj Vous
1994 MERCURE DE FRANCE
Vous avez reçû la beauté ,
Contentez-vous de ce partage.
Filez dans un repos heureux ;
Laifſez la ſcience & les armes ;
Fuyez des talens dangereux ;
Filez dans un repos heureux :
Contre les Mortels amoureux ,
N'employez jamais que vos charmes ;
Filez dans un repos heureux ;
Laiſſez la ſcience & les armes.
Le mieux pour vous eſt de filer ,
Filez donc , je vous y convie ;
Je ne puis le diſſimuler ,
Le mieux pour vous eſt de filer :
Bien que vous puiſſiez exceller .
Dans les beaux Arts , en Poëfie
Le mieux pour vous eft de filer :
Filez donc , je vous y convie.
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Eve perdit toute fa race :
Le
SEPTEMBRE. 1727. 1995
-
Le fruit qu'elle voulut avoir ,
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Ouvrit fes yeux , la fit trop voir ,
Et de là vint notre diſgrace :
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Eve perdit toute fa race.
Si Pallas paiſible eût filé ,
Eût-on mis Ilion en cendre ?
Tant de fang auroit- il coulé ,
Si Pallas paiſible eût filé ?
Le Grec auroit - il deſolé
Les Champs qu'arroſe le Scamandre ?
Si Pallas paiſible eût filé ,
Eût-on mis Ilion en cendre ?
Par M. L. B. C. D. S.
LETTRE
1996 MERCURE DE FRANCE.
********************
LETTRE deM. Desforges-Maillard ,
fuite de la Differtation fur les Bons-
Mots , dans laquelle il répond à une
Lettre écrite de Dreux,fur le mêmeſujet.
MESSIEURS ,
Cadimus inque vicem , prabemus crura ſagittis.
Perf. Sat. 9 .
Quand je me fuis donné la liberté de
critiquer , j'ay prévû que bien ou mal il
m'en faudroit payer la façon. Mais il
faut avoüer que je comptois qu'on s'y
prendroit avec plus de politeffe , ut convenerat
effe delicatum . J'eſperois qu'on garderoit
pour moi les mêmes ménagemens
que j'avois eû foin d'obſerver ; & je ne
croyois pas qu'on dût avoir recours à des
termes peu reflechis , que tous ceux qui
ont là ma Differtation * connoiffent que
je n'ai point merités .
Si le deffaut de délicateſſe étoit réparé
par la juſteſſe de l'eſprit , ſi l'on avoit
entendu ma Differtation , ſi l'on y avoit
repon lu , je garderois le filence que l'Anonyme
m'impoſe impérieuſement à la
* Imprimée dans le Mercure de France du
mois d'Octobre 1726.
fin
SEPTEMBRE. 1727. 1997
fin de ſa Lettre. * Mais point du tout.
Chez lui la politeſſe & la folidité ſont
proſcrites. Il blâme & il condamne ſans
en donner de raiſon .
S'il s'étoit donné la peine de lire, à tête
repoſée , ce que j'ay écrit , il eût compris
que je n'ai prétendu rien autre choſe
finon que les Bons- Mots étant ſatyriques
& mordans , ils ſont par conféquent plus
préjudiciables qu'utiles dans le commerce
de la vie ; que leur licence qui
n'eſt preſque jamais meſurée , engendre
fouvent des querelles & des haines ; que
de là il s'enfuit neceſſairement qu'il les
faut exclure de la converſation ; puiſque ,
commeje l'ai prouvé , elle peut être amufante
, gentille , agréable , ſans le fecours
des Bons- Mots.
Voila à peu près à quoi ſe réduit la Differtation
imprimée dans le Mercure d'Octobre
1726. Voilà ce que j'ay foutenu
& ce que je ſoutiens encore aujourd'huis
voilà ce que l'Anonyme devoit attaquer
s'il avoit envie de faire la critique de
ma Piece . Cependant il n'en a rien faits
& croyant enfanter des prodiges , il a fait
comme la Jument qui étoit dans l'Armée
de Xerxès , qui , ſuivant ce que rapporte
Valere-Maxime , Liv. 1. Ch . 8. ne
produiſit qu'un Lievre. Je pourrois auffi ,
)
*Voyezle Mercure du mois de Février 1727-
ce
1998 MERCURE DE FRANCE.
ce me ſemble , lui appliquer cet endroit
du celebre Abelard , mon compatriote :
Cum ignem accenderet , domum fuam fumo
implebat , non luce illuftrabat.
Ses raiſons tombant d'elles- mêmes , je
pourrois me diſpenſer d'y répliquer ; mais
comme je ſuis bien aiſe de me juſtifier
au Tribunal du Public , je vais répondre
le plus fuccinctement qu'il me ſera poffible
aux differens chefs d'accufation , ſans
uſer, à ſon exemple, d'une Procedure bruf
que, pour me ſervir d'une expreſſion tirée
de ſa Lettre.
PREMIÉREMENT , il me fait un crime
d'avoir parlé dans ma Differtation de
la nature de la Sentence , & d'en avoir
cité des exemples. Ce font , à fon avis,
des hors- d'oeuvre , & c. c'est m'écarter de
mon sujet , l'abandonner même.
Je réponds , 1 °. qu'on ne sçauroit nier
qu'il n'y ait beaucoup de rapport entre
les Sentences & les Bons- Mots , pour la
vivacité , le tour & la laconicite ; mais
que la difference que j'y remarque , c'eſt
que dans les Sentences il y a plus de nobleffe
, de juſteſſe & de gravité, que dans
lesBons-Mots , qui pour la plupart manquent
de ces folides agrémens .
Si , comme l'Anonyme l'avance , on a
ri chez lui de mon long préambule , je
lui avourai debonne foi qu'en notre Bre
tagne
1
SEPTEMBRE 1727. 1999
tagne , fi l'on a été touché du fien , ce
n'a été que de pitié ; car ſa Lettre entiere
n'eſt qu'un Exorde ; & après s'être longtemps
étendu en ſuperfluitez , il place un,
por arriver au but que vous allezvoir,
qui n'eſt ſuivi d'aucune preuve.
20. Qu'il m'étoit permis de parler de
tout ce qui avoit du rapport à la matiere
que je traitois, n'ayant pas ſimplement intitulé
cette Piece : Réponſe à la Lettre de
Mile de *** , mais , Differtation sur les
Bons Mots au sujet d'une Lettre , &c .
3 ° . Que le genre d'écrire admet l'érudition
; qu'il paroît même l'exiger.
4°. Que les Sentences & les Bons-
Mots que j'ai citez ſont moins furannez
que ceux qu'il rapporte , & fur tout que
le mot Eſpagnol qui fut dit , je crois , par
la premiere femme qui alla à confeffe. Je
n'entrevois pas d'où vient que l'Anonyme
ſe ſert de la Langue Eſpagnole pour exprimer
ce Bon-Mot dont l'ancienneténous
empêche de connoître la Patrie.
Smirna , Rhodos , Colophon , Salamin ,
Chius , Argos , Athena ,
Septem urbes certant de ſtirpe infignis
Homeri .
Plus de ſept Royaumes ſe diſputeroient
l'avantage d'avoir produit l'Auteur de
cette ripoſte. Il dit au commencement de
ſa Lettre que j'affecte de l'érudition . Ne
peut
2000 MERCURE DE FRANCE.
peut-on pas lui répliquer que c'eſt luimême
qui affecte de montrer au Public
qu'il eſt expert dans pluſieurs Idiomes.
SECONDEMENT , l'Anonime voudroit
verſer du ridicule ſur une comparaiſon
que j'ai employée au commencement de
ma Differtation .
Il faudroit , dit-il , que tous les Rochers
n'eußent rien d'épouventable & de terrible,
ou que tous les Bons- Mots fuffent Satiriques
& mordans . Voila , ce me ſemble ,
une penſée qui n'eſt pas trop bien déve .
loppée ; cependant tâchons d'entrer dans
ce qu'il a eu intention d'exprimer. Je
répons :
i°. Qu'il ne s'agit point ici d'un Vaifſeau
qui va ſe brifer contre les écueils ,
qu'au contraire les Rochersy doivent être
regardez comme un Port pour ces Oi
ſeaux fatiguez , qui perdroient la vie en
tombant dans les Hots , s'ils ne trouvoient
où ſe repoſers ainſi, bien-loin que les Rochers
ayent rien d'effrayant dans cette
comparaiſon , je crois qu'ils y peuvent
produire un effet gracieux. Je n'explique
point à l'Anonyme que ſes Lecteurs font
ici les Oiseaux , que les Bons -Mots y font
les Rochers .
2 °. Que les Bons- Mots , quoiqu'extremement
mordans & fatiriques , ne laifſent
pas de plaire beaucoup dans un Livre,
&
SEPTEMBRE. 1727. 2001
& de récréer l'eſprit du Lecteur , qui
n'eſt point partie intereſſée ; que c'eſt même
par leur mordacité qu'ils plaiſent davantage
; au lieu que dans la converfationcelui
ſur qui tombe le coup ,ne ſouffre
qu'impatiemment , comme je l'ai déja dit,
qu'il devienne un ſujet de rifée.
3 °. Que je n'ai pas prétendu , comme
l'Anonyme voudroit l'infinuer , qu'il n'y
ait pas de Bons- Mors indifferens . On n'a
qu'à lire ma Differtation , on y trouvera
ces mêmes termes : Ilpeut encore y avoir
de Bons - Mots qui ne roulent que sur des
matieres indifferentes ; mais comme il est
extremement difficile qu'ils reviennent bien
au sujet; qu'il faut beaucoup d'art pour
les en chaffer, que c'est beaucoup à un homme
d'en avoir mis au jour gu lques- uns
en sa vie ; je ne vois pas que la converfation
puiffe les approprier. Dailleurs ces
pensées excellentés doivent plutôt être appellées,
Sentences que Bons-Mots.
Le Public a lieu de voir combien l'A .
nonyme m'en impoſe. Je ſuis bien aiſe
auſſi de lui déclarer à quel point je me
ſens glorieux de m'être rencontré avec
le celebre M. de la Bruiere , à qui l'on
ne peut refuſer le titre de juſte appréciateur
du coeur & de l'eſprit. C'eſt
dans le Chapitre de la converſation . Ily
a beaucoup d'esprits obscenes , dit cet Auteur
,
2002 MERCURE DE FRANCE .
1
teur , encore plus de mediſans & de fatiriques
peu délicats . Pour badiner avec
grace , & rencontrer heureusement sur les
plus petits sujets , il faut trop de manieres,
trop de potit ff , & c'est créer que de railler
ainsi , & faire quelque choſe de rien.
Doit-on après cela s'indigner contre
moi , fi j'ai combattu la neceſſité des Bons-
Mots , dont la Lettre de Mlle prétend que
la converſation peut être ornée. Qu'ai- je
dit autre choſe que ce qu'a dit la Bruiere?
TROISIEMEMENT , l'Anonyme eft
en peine , ſi je ne m'apperçois pas qu'en
tournant comme j'ai fait , le Bon Mot de
Pic de la Mirandole , je lui ôte toute fa
force & tout son mérite. Je lui demande
pardon , je m'en fuis fort apperçû , & je
ne l'ai tourné de cette maniere , que pour
montrer la fauſſeté d'un Bon-Mot en vogue
depuis fi long temps , &pour juftifier
le ſentiment de M.Bayle,ſur les excellentes
penſées que le vrai défigure , &
qui ne font belles qu'autant que le faux
les pare en les déguiſant.
QUATRIEMEMENT , le Critique me
fourniroit des armes contre lui-même ,
ſi d'ailleurs je n'en avois de reſte. Après
avoir dit d'un ton fier : Ignore-t- il que
les Sentences doivent toujours avoir du
férieux , ce qui ne convient pas dans les
conversations dont il est queſtion dans la
Lettre
SEPTEMBRE . 1727. 2003
Lettre de Mle de *** ? Il s'en vient tout
naïvement citer le Bon- Mot de celui
qui avoit appris en prison à n'y plus retourner
, & celui de la femme qui n'avoit
pas follicité pour fon mari . Peut- on nier
de quelque côté qu'on regarde ces penſées,
qu'elles ne foient extrêmement ſérieuſes
? par conſequent je pourrois rétorquer
fon argument, & dire que ſes Bons -Mots
font enuerement hors- d'oeuvre & gratuits..
Enfin pour détruire les raiſonnemens,
ſophiſtiquez de l'Anonyme & l'opinion de
tous les Partiſans des ſaillies pointuës ,
je leur oppoſe encore le ſentiment du
Théophrafte moderne. C'eſt dans le Chapitre
de la Cour , Diſeurs de Bons- Mots ,
mauvais caracteres , je le dirois s'il n'avoit
été dit dans le Chapitre de la ſociété
&de la converſation , la moqueric eft jouvent
indigente d'esprit; & plus bas , l'on
né peut pas aller loin dans l'amitie , si l'on
n'est pas dispose à fe pardonner les uns aux
autres les petits deffants .
On peut appliquer aux diſeurs des
Bons - Mots , ce que Balzac , Lettre 5 .
du Liv. 5. dit de Caſtelvetro , qu'il péchoit
par trop de fubtilité , & qu'au reſte c'étoit
un ennemi public qui ne pouvoit fouffrir
le mérite & la réputation de personne.
Nous ſommes nez hommes , & pour
vivre avec des hommes , ſoyons donc hu
mains
2004 MERCURE DE FRANCE .
mains, & cultivons ces devoirs civils par
où les hommes s'attachent les uns aux
autres & ſe reconnoiſſent. Il n'appartient
qu'aux bêtes farouches , aux animaux furieux
de ſe faire apprehender. Dum inter
homines fumus colamus humanitatem , non
timori , non periculo cuiquam fimus. Seneca
1. 11. de ira. On a vû de ces génies
trop aiguiſez , qui , manquant de matiere
pour fatiriſer autrui , comme Archiloque
ou Cardan , ont tourné leur rage contre
eux-mêmes. Et c'eſt dans ce ſens que Pittacus,
dans Diogene - Laërce , dit : Sumpto
arcu &jaculis ,ſagittis , feraque pharetra
impetendum hominem improbum,nam fidum
nihil linguâ loqui valet. Mais de toutes
les belles penſées de ce Philoſophe , il n'y
en a point , ſelon moi, qui ne cede à celle.
cy ,& c'eſt dans cet endroit qu'on peut
dire qu'il a penſé chrétiennement. Amico
noli maledicere , acne inimico quidem.
Je le repete encore , je n'ai jamais prétendu
qu'il n'y ait pas quelques Bons Mots
indifferens ; mais ils font en ſi petit nombre
, qu'on ne ſçauroit dire qu'il faut
que la converſation languiſſe abſolument
dès que cette forte d'eſprit ceſſe de l'affai
fonner.
Pour un Bon-Mot indifferent que citeroit
l'Anonyme , j'en rapporterois cent ,
tous ſatiriques , inſultans , impies , cruels
où
SEPTEMBRE . 1727. 2005
où dont une fade équivoque , ou bien
une poliffonnerie fait toute la pointe.
Il y a d'autres Bons-Mots , dont l'impieté
fait tout le ſel , je compare ces difeurs
de faillies aux anciens Thraces , dont
l'inſolence criminelle alloit juſqu'à tirer
des fleches contre le ciel.
Le talent de dire des Bons- Mots eft
pour plufieurs l'interprete de leur ame ,
on y découvre leur caractere comme dans
un Miroir. Le mot que je vais rapporter
fait voir la dureté du coeur,
Un méchant plaiſant , parlant de ſon
pere , qui , quoique ſujet à la goutte &
à la gravelle , vivoit trop long- temps pour
lui , à ce qu'il ſembloit à ſon penchant
pour le libertinage , diſoit qu'il étoit bâti
à chaux &à fable.
Beaucoup d'autres Bons-Mots ne roulent
que fur des équivoques , la plupart
froides ou forcées , ou bien fur des bagatelles
libres ou inciviles.
M. Patin , dit l'Auteur de ſon Portrait
Hiſtorique, plaida pour la Faculté de Medecine
contre le ſieur Renaudot , Docteur
de Montpellier. M. Patin eut l'avanrage
, mais il confola ſa Partie en fortant
de l'Audiance . M. lui dit- il , vous avez
gagné en perdant ; comment donc , reprit
Renaudot ; c'eft , repliqua M. Patin , que
vous étiez camus quand vous êtes entré
au
2006 MERCURE DE FRANCE.
au Palais , mais vous en ſortez avec un
pied de nez .
Le Prince de ** voyant un homme ,
c'étoit M. des Vallées , avec un haut-dechauffe
tout déchiré , entrer dans la Chambre
de Madame la Princeſſe de ** lui
demanda un jour ce qu'il y venoit faire ,
elle lui dit , il me montre l'Hébreu , il
vous montrera bientôt le derriere , lui répondit-
il .
Ces Bons- Mots , quoiqu'en puiſſe dire
l'Anonyme, ne furent jamais de mon goût,
&je ne sçaurois me réfoudre à louer tout
ce qu'il lui plaira de couronner en ce genre
, à moins que le délicat , l'honnêteté
& le vrai- femblable ne s'y rencontrent.
Pitagore dit * quel'esprit qui nous fait ,
pour ainfi-parler, converſer avec les Dieux,
la bonté du coeur qui nous rend communicatifs
aux hommes ,font les plus nobles
qualitez de la Nature humaine. Par
la premiere nous approchons de plus près
de la divinité , mais peut- être lui reffemblons-
nous mieux par la seconde : l'éloge
de très - bon que nous lui donnons précede
celui de très grand.
J'eſpere , Meſſieurs , que vous voudrez
bien me faire l'honneur d'imprimer cette
Lettre dans votre Mercure , vous ne me
refuſerez pas ce que vous avez accordé
* Hift. des Sept - Sages , par Larrey , tom. 20
SEPTEMBRE 1727.2007
àl'Anonyme; & fi je me suis acquis quelque
réputation par le moyen de votre
Journal, je me flatte que vous permettrez
que ce même moyen ſerve auffi à me la
conferver. Je ſuis , &c.
※※※※ ※
CURTIUS,
6.1
:
Poëme qui a remporté le Prix cette année
1727. à l'Acad.mie des Jeux Floraux
de Toulouse...
JEE chante Curtius ,, ce Romain genereux ,
VI.CO
Qui bravant les horreurs d'un gouffre ténebreux
,
S'y plongea tout armé pour ſauver ſa Patrie ,
Et fatisfit l'Oracle aux dépens de ſa vię ;
LOV
L'épouvante, le deüil, regnent de toutes parts,
Les Romains conſternez , tremblent ſur leurs
Ramparts ;
1
La terre ſous leurs pas entr'ouvre ſes entrailles
:
Rome, de ſes Enfans , pleure les funérailles ,
Son Capitole auguſte & ſes murs menacez ,
Dans un abyme affreux vont être renverſez ;
L'Enfer dans ſon couroux , creuſa ce ſombre
abimes
1.
D On
2008 MERCURE DE FRANCE.
On voit le châtiment , on ignore le crime.
De ſes bords redoutez l'effroyable grandeur ,
Egale de fon fein , la vaſte profondeur ;
Il s'étend chaque jour , & fes progrès funeftes,
Préfages malheureux des vengeances celeftes ,
Engloutiſſent déja les plus ſuperbes tours ,
Et tel qu'un fier Torrent , rien n'arrête ſon
cours.
Ici l'on faitdes voeux au Maître du Tonnerre ,
On implore à grands cris Mars , Minerve , la
Terre ;
Là dans un antre obfcur , voifin du Phlegeton ,
On fait coulerdu ſang pour appaiſer Pluton ;
On facrifie aux morts ,& loin des yeux profanes
,
Du ſeindes monumens on evoque les Manes ,
Par de nouveaux efforts l'Enfer elt conjuré,
Au milieu des horreurs d'un filence ſacré ,
Une finiſtre voix tout- à-coup entenduë ,
De nouvelles terreurs remplit Rome éperduë.
Les Augures tremblants annoncent auxRomains
......
De l'Enfer en couroux les ordres ſouverains ;
Mais ſous le voile épaix d'une Enigme fatale ,
Demaux embarraſſans , myſterieux Dédale.
Romains
SEPTEMBRE . 1727. 2009
Romains dans cet abîmeen trouver à vosyeux,
Jettez tout ce que Rome a de plus précieux ,
Tout ce qui fait la force , & l'Enfer implacable
Avos gémiſſemens deviendra favorable :
Tel eſt Arrêt du fort. Les cris & les ſanglots ,
De ce terrible Arrêt , font les triſtes échos.
On cherche , mais fans fruit , le vrai fens de
l'Oracle ,
Curtius eft leſeul qui n'yvoit point d'obſtacle,
Et prétend l'expliquer en formant un deſſein
Digne de ſa naiſſance & digne d'un Romain.
Les rayons du Soleil déja brillent dans l'Onde,
Et d'une nuit funeſte en ruines féconde ,
Son flambeau rallumé découvre les malheurs ;
Curtius vient , ſa vûë adoucit les douleurs :
De ſes armes les uns contemplent la richeſſe ,
Les autres de ſon air admirent la nobleſſe ,
Sur un Courſier fougueux ſuperbement orné ,
Il s'offre tel queMars , au peuple conſterné ,
Il en a tous les traits ,& fa taille divine ,
Ne démentiroit pas cette illuftre origine.
Cedez, fils de Romule, aux volontez des Dieux ,
Tout ce que notre Rome a de plus précieux ,
Et tout ce qui lui donne un ſi grand avantage ,
Dij Sur
V
۱
2010 MERCURE DE FRANCE.
Sur cent Peuples divers qu'aſſervit ſon cou
rage:
Ce font , dit ce Heros , les armes , les vertus ,
Au travers des Romains en foule répandus.
Curtius à ces maux , s'ouvre un paſſage libre ;
Il adreſſe ſes voeux tantôt au Dieu du Tibre ,
21
Tantôt aux noirs Tyrans de ces lieux abhorrez
,
Ala mort , à la nuit , à l'horreur conſacrez .
O yous dit Curtius , qui regnez ſur les
Ombres ,
11
Daignez me recevoir dans vos demeures fombres,
Et fur votre victime épuifer tous les coups ,
¿Que prépare aux Romains votre juſte cour-
4
:
roux ;
C'eſt ainſi qu'au trépas Curtius ſe dévoué ;
Mais il forme des voeux que Rome deſavoüe ,
Sa tendreſſe refuſe un ſi cuel ſecours ,
Rome entiere s'obſtine à deffendre ſes jours :
Il ne l'écoute pas. Cytoyen magnanime ,
D'un Peuple qui gémit , l'interêt ſeul l'anime :
On lit dans ſes regards une noble fierté ;
Il excite au péril ſon Courſier indompté ,
Preſſe ſes flancs poudreux , & d'un air intrépide
,
Vers
SEPTEMBRE. 1.727. JOLI
Vers le gouffre infernal prend un effort rapide,
S'élance , tombe , fond , diſparoît & périt ,
De ſa chûte long temps l'abyſme retentit ;
Mille cris redoublez perce ſoudain la nuë ,
Telle de tous les coeurs eſt l'allarme imprévuë,
Quand aux flancs eſcarpez du Caucaſe orgueilleux
,
Le temps arrache enfin un Rocher ſourcilleux ;
De ſon immenſe poids la terre eſt éblanlée ,
Il roule en bondiſfant de Vallée en Vallée ;
L'Echo répete au loin un bruit fourd & confus,
L'abyſme ſe renferme , & déja Curtius
Reçoit le prix du ſang qu'a répandu ſon zele.
Tout change , tout reprend une forme nouvelle
;
Lesmaux ceſſent, l'hymen rallume ſes flam
beaux , ove
:
Le Soleil fort plus pur du vaſte ſein des Eaux ,
Sur le front des Romains qu'avoit glacé la
crainte ,
L'allegreſſe renaît , la confiance eſt peinte.
Crédule dans ſa joye & ſuperſtitieux , :
Le Peuple voit , dit- il, s'élever dans les Cieux,
L'Ombre de Curtius , de ſplendeur revétuë,
De nouveaux Phidias animent ſa Statuë ,
D iij On
2012 MERCURE DE FRANCE .
On l'érige avec pompe ,& le facré Vallon ,
Forme pour lui des Chants avouez d'Apollon.
Par le R. P. Poncy , Jefuite.
********* *
NOUVEAU MEMOIRE
de M. du Quet , fur les effets des
DE
Courans des Rivieres , &c .
un temps confiderable on
fait des propoſitions & des expefiences
pour parvenir à procurer au Commerce
l'avantage de profiter du Courant,
pour diminuer les frais du tranſport des
Marchandiſes fur les Rivieres rapides .
Toutes les voyes que l'on a tentées julqu'à
preſent , ne font point les veritables,
il n'y en a qu'une feule & unique , par
laquelle on peut arriver à faire ſervir le
Courant à remonter les Sels & autres
Marchandiſes plus vite que par le ſecours
desChevauxou des Boeufs,&avec l'avantage
encore de les remonter de haute &
de baffe eau. Mais tant que l'on voudra
monter les Machines avec les Bateaux de
charge , on ne pourra jamais les faire remonter
avec profit , ſoit parce que les
Marchandises monteront plus lentement
qu'avec les chevaux , foit à cauſe qu'à
chaque
SEPTEMBRE. 1727. 2013
chaque voyage , les Machines feront
obligées de faire deux fois le chemin.
Voici la preuve qu'il n'y auroit point
de profit en faiſant monter les Machines
avec le Bateau de charge.
Suppofé , par exemple , que la Machine
foit obligée de faire monter un Bateau de
24. pieds de large par le milieu , qui s'enfonce
dans l'eau par fa charge de 6.pieds,
il preſentéra au Courant une ſuperficie
de 144. pieds ; d'ailleurs fi le Bateau qui
porte la Machine a 12. pieds de large
& qu'il s'enfonce dans l'eau de 3 pieds ,
il oppoſe encore une ſuperficie de 36.
pieds.Voilàdone 180.pieds qu'il faut que
la Machine furmonte. Or le Bateau qui
porte la Machine , ne tirant que 3. pieds
d'eau , on ne peut pas faire enfoncer les
Vannesdans l'eau plus de 3. pieds ſans les
expoſer à être caffées lorſqu'elles ſeroient
àbaffe eau.
Par quel moyen peut- on donner 144 .
pieds aux Vannes pour vaincre la réfiftance
du Bateau de charge avec celle que
le Bateau de la Machine preſente ? On
doit avoir égard au paſſage des Ponts ;
c'eſt pourquoi on ne peut pas donner aux
Vannes plus que la largeur de l'Arche la
plus étroite , ainſi en la ſuppoſant de 36 .
pieds de large , on n'en peut donner que
30. aux Vannes , afin qu'il reſte 3. pieds
Diiij de
2014 MERCURE DE FRANCE .
chaque côté; mais le Bateau de la Machine
ayant 12. pieds de large , il n'en
reſte que 16. pour les Vannes , à cauſe
qu'il faut un pied de jeu entre le Bateau
& elles . Ces Vannes ne pouvant s'enfoncer
que 3. pieds dans l'eau , elles ne prefenteront
au Courant qu'une ſuperficie de
48. pieds contre 144. que le Bateau de
charge & de la Machine oppoſent. On
ne peut moins donner aux Vannes , qu'un
diametreide 9. pieds ; ainſi il faut
compter que l'on dépenfera environ 26.
à 27. pieds du Courant à chaque révolutionedes
Vannes . Par ces meſures le
Tambour fur lequel la corde fera le tirage
one pourta avoir que le quart du
diametre des Vanness ainſi le remontage
ne ſera que du quart de la vîteſſe du Courant
, encore faut-il que la Machine foit
fans frottemens , car alors ce ſeroit une
diminution fur la viteſſe.
SEPTEMBRE. 1727. 2015
A MADAME LA BARONNE D'IGE' ,
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
Dv Le
2016 MERCURE DE FRANCE
: LE VENDANGEUR.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
XXXXXXXXXXX
NOUVEAU ROUET à filer.
0
N apprend par un Memoire qui
nous a été communiqué , que le
fieur Defplaces -le- Miere , Ingenieur &
Capitaine
SEPTEMBRE. 1727. 2023 .
Capitaine de Milices Bourgeoiſes de Vannes
en Bretagne , a nouvellement inventé
un Rouet à filer , d'une finguliere commodité.
Une ſeule Manivelle ( à la main
ou au pied) fait mouvoir autant de fuſeaux
qu'on en diſpoſe ſur la Machine :
La matiere étant placée dans une eſpece
de refervoir , l'on ferre & l'on relâche
l'ouverture par où le fil doit paffer , &
l'on n'a ſoin que de faire agir la Manivelle;
le fil ſe façonne ſeul, ſans le ſe.
cours de la main ; ainſi une ſeule perfonne
peut filer autant que vingt , ou que
trente , & peut en même-temps lire ou
avoir quelque autre legere occupation .
L'uſage de ce Roiet n'est que pour le
Coton & la Laine ; l'Auteur travaille à
le rendre propre pour la Soye & les Filaffes.
Il a auſſi inventé deux differentes Machines
propres à nettoyer les Ports , les
Rivieres & les Etangs , de leurs vaſes ,
fables & autres obſtructions . Ces Machines
ont cet avantage au-deſſus de celles
qui ont paru juſqu'à preſent , qu'outre
qu'elles font infiniment plus commodes
&plus promptes , elles ſont d'une beaucoup
moindre dépenſe : on peut multiplier
à tel nombre qu'on veut les capacitez
des obſtructives , dont chacune emportera
à chaque fois autant d'immondices
2024 MERCURE DE FRANCE .
cesqu'un fort Porte-Faix en pourroit porter.
Elles ont cela de particulier , que
faiſant leur effet dans un temps où la
marée & les Etangs ſont pleins , elles ne
tirent pas une goute d'eau .
Le même ſieur Deſplaces a trouvé l'invention
d'une Pompe , d'un ſecours merveilleux
dans les incendies : un homme
ſeul peut faire joüer fans beaucoup d'efforts
, juſqu'à 48. de ces Pompes qui
jettent l'eau à la groffeur de la cuiffe , à
tellehauteur qu'on en a beſoin , avec une
impétuoſité & une promptitude ſurprenante.
Ceux qui feront curieux de ces Machines
, pourront s'adreſſer à l'Auteur ,
qui leur marquera l'experience qu'il en
a faite.
PREMIERE ENIGME.
JE porte
cequ'on veut , jene refuſe rien ;
Soit par devant , ſoit par derriere ;
Je ſuis propre à montrer & le mal& le bien ,
La joye & la mifere ,
LeParadis , l'Enfer , les Saints&lesDémons,
Et le Ciel & la Terre ,
Les Princes & les Rois , avec leurs Ecuſſons ,
Leş
SEPTEMBRE. 1727. 2025
Et la Paix & la Guerre.
Mes parens pour moi ſans amour ,
Si-tôt que je fuis née ,
M'expoſent aux rigueurs des faifons , nuit &
jour ;
Voila ma deſtinée.
Quoique facile à voir , on me cherche avec
foin ,
Sans faire de bévûë ,
Et l'on trouve ſouvent ce dont on a beſoin ,
Si tôt que l'on m'a vûë.
SECONDE ENIGME.
HEureux fecours d'une foibleſſe humaine ,
Et l'unique par mon talent ,
Je ſers au pauvre , ainſi qu'à l'opulent ,
Et rarement ſans m'attirer leur haine.
De memontrer on ſe fait une peine ;
Mais le temps met à la raiſon ,
Celui qui voit en venir la ſaiſon:
Lors fans m'aimer , par tout on me promenes
AlaVille &dans la maiſon :
On a bien vû que j'étois néceſſaire ,
Depuisquedans lemonde onm'a fait recevoirs
Auffi
2026 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi par tout j'ay le pouvoir ,
D'être utile à plus d'une affaire.
Je fais plaifir aux Artiſans ;
J'ay les Sages pour partiſans ,
Et cependant je ne puis plaire ,
Quoiqu'on ne vienne à moi qu'à fon corps
deffendant:
On perd beaucoup en me perdant.
TROISIΕΜΕ ΕNIG ME.
Difficilement on m'évite ,
Rien n'eſt plus importun que moy ;
Je ſuis de figure petite ;
Mais mon nom fait honneur dans la bouche
du Roy.
La Chaise &le Panier , ſont les mots
des deux Enigmes d'Août.
****** 北北北北北北彩
NOUVELLES LITTERAIRES
!
DES BEAUX ARTS , &c.
HEART OF SHOOTING FLYING,
ou iArt de tirer en volant : Poëme THE
Anglois de M.Markland, Londres, 1727 .
in 8. de 32. pages . DISSEPTEMBRE.
1727. 2027
هللا
DISCOURS où l'on examine la force
de l'imagination des Femmes groſſes. Par
un Membre du College des Medecins.
Londres 1727. in 8. de 106. pages.
On aſſure qu'il y a beaucoup d'élégance
& d'érudition dans cet Ouvrage ,
& qu'on y prouve démonstrativement ,
que l'opinion qui attribue à cette cauſe
- les marques & les difformitez des enfans,
eſt une erreur vulgaire.
LA MONARCHIE DES HEBREUX ,
&c. par le Marquis de S. Philippe. A
la Haye, chez Albert & Vander Kloot ,
1727. 4. vol in 12 .
MEMOIRES du Regne de la Czarine
Catherine Alexiewna , avec des Cartes
&des Figures. Vol. in 1 2. Chez les mêmes
Libraires .
MEMOIRES du Regne de George I.
Roi de la Grande-Bretagne , 2. vol. in 8 .
HISTOIRE DE LA PROVINCE
D'ALSACE , depuis Jules- Cefar juſqu'au
Mariage de Louis XV . A Strasbourg.
1727. 2. vol. in fol. avec fig.
DISSERTATIONS Hiſtoriques &
Critiques contre le P. Daniel & l'Abbé
de
2028 MERCURE DE FRANCE.
de Vertot, Par M. Rival , Chapelain du
Roi de la Grande- Bretagne . 3. vol. in 12 .
1727 .
LE MENTOR MODERNE. Amſterdam
, chez P. Humbert. 4. vol . in 12 .
1727.
On a publié à Londres un Livre in 4..
avec figures , contenant les Cérémonies
qui s'obſervent aux Couronnemens des
Rois & des Reines d'Angleterre. On s'y
étend d'abord ſur le Couronnement du
feu Roy Jacques II. & de la Reine Marie
ſon épouſe , parce que ce couronnement
doit fervir de modele à celui du Roy
George II. & de la Reine Caroline , &
l'on rapporte enſuite en abregé les Céremonies
obfervées aux Couronnemens
des feus Rois Guillaume & Reine Marie ,
Reine Anne & George I.
DISSERTATIO DE ARTHRITIDE ,
&c. c'est-à-dire , Differtation fur la Goute,
où l'on examine ſi pour guerir cette maladie
il faut chercher un topique Lithontripique
? Par M. A. Deidier , Docteur
en Medecine de la Faculté de Montpellier.
A Montpellier , chez J. Martel ,
1727. Brochure de 25. pages in 12 .
2
On mande de Londres , qu'il paroît
chez
SEPTEMBRE. 1727. 2029
chez Jean Roberts une Hiſtoire des Révolutions
arrivées en Perſe en 1722 .
23. 24. & 25. & une Deſcription du
Siege d'Iſpaham. Cet Ouvrage paffe
pour être traduit du François , & pris
dans les Mercures de France des mois de
Septembre , Octobre , Novembre , Decembre
1726. Janvier 1727. &c . où
ces grands évenemens ont paru pour la
premiere fois en Europe. L'Auteur du
Mercure en avoit reçû les Memoires de
M. le Maire , Conſul de France à Tripoli
de Syrie , lequel avoit été inſtruit par
un témoin oculaire , Miſſionnaire en
Perſe. Le même Auteur du Mercure attend
inceſſamment la ſuite de ces Révolutions
, qu'il donnera ſans perdre de
temps , pour fatisfaire le juſte empreſſement
du Public.
LIVRES que le ſieur Cavelier, Libraire,
ruë faint Jacques , a nouvellement reçû
desPays Etrangers.
Ovidii Opera omnia, cum integris Notis
variorum, ſtudio Burmanni. 4. vol. in
4. Amst. 1727.
Quintiliani , Oratoria & Declamationes
cum Notis Doct. Virorum per Burmannum.
2. vol. in 4. Lug. Bat. 1715 .
Terentii Comoediæ , Phædri Fabulæ , &
Syri
2030 MERCURE DE FRANCE.
1
Syri Sententiæ , cum Notis Bentley.
in 4. Amst. 1727 .
Lettres fur les Anglois , les François &
les Voyages . Seconde Edition augmentée.
in 12. Cologne. 1727 .
Avantures ſurprenantes de Robinfon
Cruſoë. 3. vol. in 12. Fig. Amst.
1727 .
Memoires de Loüis XIV. par M. Choify.
12. Utrecht. 1727 .
Recüeil des Epigrammiſtes François , Anciens
& Modernes . 2. vol. in 12 .
Amst. 1720 .
Terentius Commentario perpetuo Annotationibus
Lindenbrochii , curante
Weſterhovio . 2. vol. in 4. Hage .
1726.
Bibliotheque Hiſtorique & Critique des
Auteurs de la Congregation de ſaint
Maur. in 12. La Haye. 1726 . 4
Batailles gagnées par le Prince Eugene
de Savoye , gravées en Taille douce
par Huihlenburg , avec des Explications
Hiſtoriques de Dumont. Grand
infol. Fig. La Hayer 1723 .
Il Decamerone di Boccaccio. 2. vol. in
12. in Londra . 17 27 .
La Terſe Rime di Giovanni della Caſa .
in 8. Benevento. 1727 .
Joſephi , Opera Gr. Lat . cum Notis
Hudſonii ,& aliorum , collegit Havercampius.
SEPTEMBRE. 1727. 2031
-
campius . in fol . 2. vol. Amst. 1726.
Canifii , Thefaurus Monumentorum Ecclef.
& Hiftoricorum , Lectiones Antiquæ
ad fæculorum ordinem digeſtæ
à Jac . Baſnage. in fol . 6. vol. Antuerpia
. 1725 .
Dictionnaire François-Anglois , & Anglois
- François . Par Boyer.
NOUVEAU VOYAGE AUTOUR DU
MONDE . Par M. le Gentil , enrichi de
pluſieurs Vûës & Perſpectives des principales
Villes & Ports du Perou , Chily ,
Brefil , & de la Chine ; avec une Defcription
de l'Empire de la Chine beaucoup
plus ample & beaucoup plus circonſtanciée
que celles qui ont paru jufqu'à
préſent , où il eſt traité des Moeurs ,
Religion , Politique , Education & Commerce
des Peuples de cet Empire. Trois
volumes in 12. A Paris , Quai des Augustins
, chez Flahault. 1727.
Le Public connoît déja le mérite du
premier volume de cet Ouvrage , qui a
été imprimé dès l'année 1725. Il eſt parfaitement
bien écrit , & on y reconnoît
le caractere d'un habile Voyageur ; un
air de verité regne par tout. L'Auteur
judicieux dans ſes Obſervations , fait voir
preſque à chaque page ſon érudition , &
une recherche infatigable.
E Nous
2032 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous contenterons de quelques
endroits , d'où l'on pourra juger du reſte
du Livre , & qui feront connoître que
M. le Gentil n'eſt pas moins habile dans
la Morale que dans la Phyſique , même
dans la Theologie & dans la Juriſprudence.
Le premier eſt à la page 28. de ce
premier Tome. Le Vaiſſeau ſur lequel
l'Auteur étoit embarqué étant prêt de
périr par une tourmente : voici quelles
ſont ſes penſées & fes expreſſions ſur ce
triſte évenement .
ร
On a beau dire que la mort eſt toûjours
la même de quelque maniere
qu'elle arrive. Je vous avoue que tout
autre genre de mort m'auroit paru fupportable.
Je ſuis du ſentiment du pieux
Enée , qui dans une occaſion ſemblable
regretoit de n'être pas mort parmi ſes
Dieux Penates. Je peſtois interieurement
contre nos Pilotes , qui aimoient mieux
périr en mer que ſur la pointe de quelque
rocher. La terre , que je voyois fr
proche , nourriffoit une eſperance que
j'aimois à conſerver. Je ne craignois
point les Antropophages , parce qu'il me
ſembloit que j'avois quelque choſe de
plus funeſte à craindre ,& qu'une crainte
chaffe l'autre .
La mifericorde Divine nous ayant préſervez
d'une mort que j'avois regardé
comme
SEPTEMBRE. 1727. 2033
&
comme inévitable , j'admirai l'effet que
produiſent les paffions ſur le coeur des
hommes : les plus intrépides de nos Matelots
avoient la crainte de la mort
la mort même peinte ſur leurs viſages .
Ils étoient abbatus , & fi certains du
naufrage , qu'ils n'oſoient pas même jurer
ni blafphemer. Apeine le calme fucceda
à l'orage , que je vis renaître dans
leurs yeux la joye , & certain petit air
brutal qui eſt inſéparable de leur perfonne
: chacun déploya fon éloquence ruftique
ſur le péril paſſé. Ce qui me divertit
le plus , fut que nos Officiers , que j'avois
vû conſternez , jurerent qu'ils avoient été
tranquiles dans ce danger , & attribuerent
à un deffaut d'experience une partie
de mes frayeurs. Je fus le ſeul homme de
bonne foi ; mais mon amour propre trouvoit
peut - être autant ſon compte dans
l'aveu fincere & ingénu que je faifois de
mes allarmes , que la vanité des autres
étoit fatisfaite en vantant une intrépidité
imaginaire. Je conſiderois la peur , dans
ces fortes d'occaſions , comme un effet de
la raiſon , & leur courage , vrai ou faux ,
comme une inſenſibilité qui naît le plus
ſouvent d'un défaut de jugement.
L'Auteur remarque dans un autre endroit
, que lorſque la peur eſt venuë à un
certain point , elle produit les mêmes effetsque
la témerité. E ij
2034 MERCURE DE FRANCE .
Quelques jours après mon arrivée à
Arica , (dit M. le Gentil, p. 91. du même
vol . ) je reconnus la verité du Prover
be , qui dit , que les plus hautes Montagnes
ne font pas à couvert de la chute ,
& la fauffeté de celui qui dit , que les
Montagnes ne ſe rencontrentjamais. Ily
eut un tremblement de terre fi extraordinaire
, qu'il ſe fit ſentir à 200. lieuës à
la ronde. Arica , Ylo , Tobija , Arreguipa
, Tagna , Mochegoa , & autres Villes
&Bourgs furent renverſez : les Montagnes
s'écroulerent , ſe joignirent , & engloutirent
les Villages ſituez , ou ſur les
Colines , ou dans les Vallées .
Ce deſordre dura pendant deux mois
entiers , par intervalles ; les ſecouffes
étoient fi violentes , qu'on ne pouvoit ſe
tenir debout ; cependant peu de perſonnes
périrent ſous les ruines des maiſons ,
parce qu'elles ne ſont bâties que de roſeaux
revêtus d'une terre fort legere.
Nous fûmes obligez pendant un mois de
vivre en raſe campagne , &de camper
fous des tentes .
Quelque temps après cet accident , la
femme d'un Eſpagnol accoucha à terme
d'un enfant mâle , & fix ſemaines après
elle en mit un autre au monde , qui étoit
noir , comme le font tous les Eſclaves de
Guinée. Elle confeſſa , ſans beaucoup de
façons2
SEPTEMBRE . 1727 . 2035
1 façons , que s'étant reconnu enceinte du
faitde ſon mari , elle s'étoit abandonnée
àun de ſes Eſclaves noirs , qui ſans doute
étoit le pere de ce ſecond enfant. Je laiſſe
aux Phyſiciens à donner la raiſon d'un
fait qui eſt auſſi certain qu'extraordinaire.
On ne peut rien lire de plus touchant
que la Deſcription que fait l'Auteur d'un
autre tremblement de terre arrivé à Pifco
, dans le Perou , le 3. Fevrier 1716 .
dont il fut témoin oculaire : elle commence
à la page 167. & finit à la page
175. Nous y renvoyons nos Lecteurs .
Nous le ſuivrons à la Chine , toûjours
occupé de recherches également curieufes&
ſcavantes , foit ſur la Religion ,
l'Antiquité , les Sciences & les Arts des
Chinois ; mais nous ne nous arrêterons
gueres fur toutes ces chofes , la matiere
étant d'une trop vaſte étenduë .
M. le Gentil , dans ſon ſecond volume
, commence par nous faire admirer
la fertilité de ce beau Pays , &
les ſoins que ſe donnent les Habitans
pour le cultiver juſqu'aux endroits les
plus impraticables , enſuite il paſſe à leur
nourriture. Outre la chair de Pourceau ,
dit-il , qui eſt la plus eſtimée , & qui eft
comme la baſe des meilleurs repas , on
trouve des Chevres , des Poules , des
Enj Oyes ,
3
2036 MERCURE DE FRANCE.
Oyes , des Canards , des Perdrix , des
Faifans , & d'autre Gibier inconnu en
Europe. Ils expoſent auſſi dans les Marchez
de la chair de Cheval , de Bourique ,
& même de Chien. Ce n'est pas qu'il n'y
ait des Buffles &des Boeufs ; mais dans la
plupart des Provinces , la ſuperſtition ou
le beſoin de l'Agriculture empêche qu'on
ne les tuë.
De là l'Auteur paſſe à leur maniere
d'apprêter leurs mets , enſuite il nous fait
le portrait de ces Peuples , ſuivant les
differentes Provinces qu'ils habitent ; il
nous fait voir en quoi conſiſte la beauté
& la bonne grace parmi eux : nous
voyons que les ongles les plus longs font
les plus beaux chez eux; qu'ils ſe contentent
ſeulement de les tailler , & que
c'eſt une marque de distinction que de
les porter bien longs , parce que cela dénote
qu'ils ne font point obligez par la
neceffité de s'appliquer au travail des
mains .
On voit enſuite quels font leurs Habits
, leurs Complimens & leurs Noms.
M. le Gentil n'oublie pas de dire quelle
eſt la place d'honneur chez eux , ( ce qui
varie, felon les differentes Provinces , )
de parler des Ceremonies qu'ils obſervent
lorſqu'ils invitent quelqu'un à dîner , &
de leur Muſique.
Voici
SEPTEMBRE . 1727. 2037
Voici comme il s'exprime à l'égard de
leur caractere d'eſprit , page 53. tom. 2 ,
Quoique les Chinois foient très - poltrons
, & que l'uſage des armes leur foit
interdit , la Populace ne laiſſe pas d'avoir
des Academies où l'on enſeigne l'art de
ſe battre méthodiquement à coups de
poings. Ils font très -vindicatifs , mais ils
ſont ſouvent les premieres victimes de
leur vengeance. Quand ils ne peuvent
faire à leur ennemi le mal qu'ils voudroient
lui faire , leur deſeſpoir les porte
à s'aller tuer à ſa porte , ou à y expirer
, après avoir avalé du poiſon , parce
que les Magiſtrats ont coutume de punir
rigoureuſement ceux qui par leurs inimitiez
ont réduit leurs ennemis à cet affreux
deſeſpoir.
Ils aiment le jeu juſqu'à l'aveuglement
&à la fureur ; & pour ſatisfaire à cette
violente paſſion , ils vendent ſouvent
leurs Enfans , leurs Femmes , leurs Concubines
, &c . On voit par la Relationde
M. le Gentil , que les Femmes ne font
pas fort heureuſes à la Chine , ſurtout à
en juger ſuivant nos préjugez : elles font ,
pour ainſi dire , eſclaves , bannies de la
ſocieté civile , obligées de complaire à un
Mari ſouvent dégoûtant , & toûjours jaloux
, qu'elles ne voyent ordinairement
pour la premiere fois que le jour de leur
E iiij ma2038
MERCURE DE FRANCE.
mariage. Elles vivent dans une retraite
continuelle.
Une des beautez eſſentielles parmi les
Dames Chinoiſes , eſt d'avoir des petits
pieds. Pour y réuffir , quand une fille a
paffé l'âge de trois ans , on lui caffe le
pied , enſorte que les doigts font rabbatus
fous la plante. On y applique une eau
forte qui brûle les chairs , & on l'enveloppe
de pluſieurs bandages juſqu'à ce
qu'il ait pris ſon pli. Les femmes reſſentent
cette douleur pendant toute leur
vie ; elles peuvent à peine marcher , &
rien n'eſt plus déſagréable que leur démarche.
Outre cet agrément fingulier , elles ont
ſoin d'empêcher que leurs yeux ne croiffent
& ne deviennent grands. Les jeunes
filles inſtruites par leurs meres , ſe tirent
continuellement les paupieres , afin d'avoir
les yeux petits & longs , ce qui ,
joint à un nez écrafé , les rend des beautez
parfaites.
Il eſt rare , comme on l'a déja fait entendre
, qu'avant la ceremonie du mariage
, le mari ait vû ſa femme, les queſtions
qu'il fait faire par ſon Entremetteur au
pere de la fille lui ſuffiſent. On demande
d'abord quelles font les perfections de la
fille , ſon âge , ſon nom , ſi elle a le pied
long de deux pouces tout au plus , les
cheveux
SEPTEMBRE. 1727. 2039
cheveux longs , les yeux petits , les oreilles
longues , larges , ouvertes & pendantes
; ( car c'eſt là encore une perfection )
fi la fille a toutes ces qualitez , le marché
eſt à moitié conclu .
La ſuite du Livre explique les ceremo
nies des mariages des Chinois , les adoptions
& les avantages des enfans adoptez.
Enſuite. l'Auteur parle de leursArts ,
de leur Architecture , qui n'eſt pas fort
confiderable , non plus que la Medecine ,
qui n'eſt pas eſtimée chez eux , ſans doute
, à cauſe de l'ignorance de leurs Medecins
, qui n'ont ni Ecoles , ni aucune autre
eſpece d'Academie pour s'inſtruire
dans cette Science .
Voici de quelle maniere ſe communique
parmi eux la petite verole. Lorſqu'ils
éprouvent que l'air eſt temperé , que le
temps des pluyes ne regne point , & que
cette maladie ne peut être par confequent
dangereuſe , ils ſe ſervent d'une
poudre , qui n'eſt autre choſe qu'une pellicule
qu'ils tirent du viſage d'une perſonne
attaquée de cette maladie, & qu'ils
ſoufflent dans les narines de ceux à qui
ils veulent la communiquer.La fievre furvient
peu de temps après , le venin fort ,
&le mal ſe guerit ſans aucun accident.
M. le Gentil n'a rien omis de ce qu'un
Lecteur curieux peut deſirer ſur les En-
Ev terey
2040 MERCURE DE FRANCE.
terremens , la Langue & la Religion plei
ne de ſuperſtitions des Chinois. Comme
nous craindrions de trop allonger cet Extrait
, ſi nous parlions de toutes ces choſes
en détail, on renvoye au Livre même.
Dans le troifiéme volume , l'Auteur rapporte
tous les differens contre-temps qui
lui font arrivez pour retarder ſon retour
en France , après en avoir déja beaucoup
fouffert de la part des Chinois. Ce qui
n'empêche pas notre Voyageur , toûjours
attentif à ce qui peut inſtruire ou divertir
le Lecteur , de s'étendre ſur ce qui
peut fatisfaire ſa curioſité.
Le Coco eſt un arbre , dont le fruit de
même nom a été ſi géneralement vanté
, que l'on a fouvent douté s'il n'entroit
rien de fabuleux dans ce que l'on en a
publié : voici ce qu'en penſe M. le Gentil
: Si je voulois , dit-il , faire ce que
font tous les Voyageurs dans leurs Relations
, je ferois ici l'éloge du Coco ,
je rapporterois toutes ſes proprietez , dont
la principale , & qui renferme toutes les
autres, eſt de fournir à tous les beſoins
de la vie ; mais je vous renvoye aux Hiftoires
& aux Relations des Hollandois ,
& generalement de tous les Voyageurs
qui ont écrit des Indes. Les loüanges outrées
qu'on donne à ce fruit , lui ont fait
tort dans mon opinion , & s'il fournit à
tous
SEPTEMBRE. 1727. 2041
tous les beſoins de la vie , ce ſera ſans
doute aux beſoins d'un Singe ou d'un
Hermite .
Les Remarques de notre Auteur ſur
la Tortuë ne ſont pas moins curieuſes :
La Tortie eſt un Animal Amphibie . La
femelle va tous les mois pondre ſes oeufs
fur le Rivage , & ſe retire le matin dans
la Mer.Quoiqu'elle faſſe un nombre prefqu'infini
d'oeufs , il eſt rare neanmoins
qu'elle puiſſe d'une couvée conſerver plus
de quatre ou cinq petits , encore que le
Soleil les faſſe tous éclore ; car lorſque
toutes ces petites Tortuës ſe ſont retirées
dans la Mer , elles ſurnagent & ne peuvent
aller au fond. Les Oiseaux de Mer
les enlevent & les briſent en les laiſſant
tomber fur des Rochers , de la même maniere
que les Corneilles briſent les Coquillages
ſur les Côtes maritimes de Bretagne.
Onprend auſſi quelquefois la Tortue
de Mer ſur terre , c'est- à-dire , lorſqu'elle
y va pondre ſes oeufs. On examine ſes
traces fur le fable , & on la fuit à la piſte.
Si-tôt qu'elle entend le bruir , elle court
(mais comme une Tortuë telle qu'elle eſt)
vers le Rivage ; alors on lui coupe le
chemin de la Mer , & on eſſaye avec des
harpons de la tourner fur le dos. Il ne
faut pas la pourſuivre de près , parce
Evj qu'elle
2042 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'elle jette avec ſes nageoires une fi
grande quantité de ſable , qu'on pourroit
en être aveuglé.
Il y a lieu d'être fatisfait de la Relation
de tout ce que M. le Gentil a vû dans
l'Ile de Java , mais la matiere eſt trop
étenduë pour un Extrait , nous nous contenterons
de rapporter un trait qui fait
voir que le vin eſt une Monnoye ( s'il eſt
permis de parler ainſi ) encore plus géneralement
reçûë que l'or, & l'argent, c'eſt à
la page 88. de ce troiſfiéme Tome. Lorſque
la Compagnie , dit l'Auteur , dans laquelle
j'étois , eut rencontré une Troupe d'Indiens
& qu'elle ſe fut mêlée avec eux ;
le Chef de cette Troupe répondit à nos
civilitez d'une maniere embarraffée &
timide : un des nôtres lui ayant offert du
vin , il en but & fit figne qu'on en donnât
à ſes Compagnons. Je jugeai par- là
que le vin eſt de toutes les Religions ,
&s'accommode même avec le Mahométifme.
Cette Liqueur les ayant mis de
bonne humeur , nous leur fiſmes entendre
que nous ſouhaitions acheter quelques
Boeufs , mais quoiqu'ils euſſent bien compris
notre demande , ils feignirent de ne
nous point entendre & ſe retirerent l'un
après l'autre dans les bois .
Le reſte du Livre n'eſt pas moins curieux
que divertiſſant. On y trouve une
peinture
SEPTEMBRE. 1727. 2043
peinture naïve des moeurs des Eſpagnols
du Brefil , & une Differtation de l'Auteur
fur l'utilité des Voyages ; mais comme il
eſt impoffible de nous étendre ſur toutes
ces choſes , nous renvoyons le Lecteus
au Livre même.
NOUVEL EXAMEN de l'uſage general
des Fiefs en France , pendant le 1F.
12. 1,3 . & 14. fiecles , pour ſervir à l'intelligence
des plus anciens Titres du Domaine
de la Couronne. Par M. Bruffel ,
Conſeiller du Roy, Auditeur ordinaire de
fes Comptes . A Paris , au Palais & ruë
S. Jacques , chez Cl. Prud'home , & Cl.
Robustel , 1727. 2. vol in 4.
HISTOIRE ET EXPLICATION du
Calendrier des Hébreux , des Romains
& des François. Dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury. A Paris , ruë de la
Harpe , chez P. Simon , 1727. in 12.de
276. pages .
EXPLICATION des Qualitez ou des
Caracteres que S. Paul donne à la Charité.
AParis , ruë S. Jacques , chez Cl. Labottiere
, 1727. in 8. de 456. pages.
A LA REINE , Ode ſur le ſacré Coeur
de Jeſus. A Paris , chez la veuve Ma
Zieres
2044 MERCURE DE FRANCE.
Zieres & Jean Baptiste Garnier, ruë faint
Jacques , Brochure in 8.1727 .
0
Nous pouvons dire avec l'Approbateur
de cette Ode , qu'elle mérite l'impreffion :
elle eſt de M. Desjardins , Prêtre , Docteur
de Sorbonne. Elle finit par cette
Strophe , qui pourra faire juger du reſte .
Dans le culte que l'on doit rendre
A ce Coeur , notre ferme appui ,
Quel heureux guide peut on prendre ,
Qui conduiſe nos pas vers lui ?.
A exemple de votre Reine ,
Peuple françois , je vous ramene .
Quelle gloire de l'imiter ?
Je vois dans la flamme fincere
De cette auguſte Tributaire ,
Le tribut qu'il faut lui porter .
COUTUME DE NORMANDIE , expli
quée par M. Peſnelle , Avocat au Parlement.
Seconde Edition , corrigée & augmentée
par l'Auteur , avec un Recueil
d'Arrêts & Reglemens , tant du Conſeilque
de la Cour , donnez la plupart ſur la
Coûtume , ainſi qu'ils font rangez à la
fuite de la Table des Chapitres . A Rouen,
chez Besogne , fils , 1727. in 4.
Оп
SEPTEMBRE. 1727. 2045
-
On vient d'imprimer à Paris pour la
troifiéme fois le Livre des Experiences
de M. Poliniere. Le mérite de cet Ouvrage
eſt déja connu , tant par les Editions
précedentes , que par les Démonftrations
publiques de ce qui eſt y contenu,
que l'Auteur a faites dans l'Univerſité de
cette Ville , depuis plus de trente ans.
Cette nouvelle Edition , qui a été retouchée
d'un bout à l'autre , augmentée &
perfectionnée en beaucoup d'endroits ,
Tera lûë avec plaifir par ceux qui aiment
la belle Phyſique.
1
و
Le fecond Volume de l'Histoire de Polybe
, nouvellement traduite du Grec , &c.
Par le R. P. Dom Vincent Thuillier
avec un Commentaire & un Corps , de
Science Militaire, par M. le Chevalier
de Follard , paroît depuis le commencement
de ce mois chez les St Michel-
& Julien Gandoin , Giffart & Armand ,
Libraires Affociez. Nous n'ajoûterons
rien à ce que nous avons déja dit de
ce grand Ouvrage , qui mérite autant
qu'aucun autre de ce genre , l'attention
du Public éclairé. Le troifiéme Volume
eſt ſous la preſſe ,& les Auteurs travaillent
ſans relâche à la ſuite , &c.
BREVIAIRE ROMAIN , NOTE', ſelon
2046 MERCURE DE FRANCE.
lon un nouveau ſyſtême de Chant , trèscourt
, très- facile & très-sûr ; approuvé
par Mrs de l'Académie Royale des Sciences
, & par les plus habiles Muſiciens de
Paris . Par M... Prêtre , contenant l'Exercice
du Chrétien , un Extrait des Rubriques
, des Ceremonies & du Rituel ,
la Méthode pour apprendre ce nouveau
ſyſtême , le Pſeautier , l'Antiphonier ,
le Proceffional , les Meſſes de toute l'année
, & les plus belles & plus curieuſes
Pieces de Chant. A Paris , ruë Galande ,
chez Quillau , fils , 1727. in 12. de plus
de 1500. pages. Prix 5. livres , on peut
le matre en deux volumes.
Cet Ouvrage qui paroit très-utile &&
très-ingénieuſement inventé pour faciliter
le Chant , eſt dédié à M. Languet de
Gergi , Curé de S. Sulpice. On y trouvera
une Méthode courte & facile pour
être en état de chanter les Pieces des
Chants les plus difficiles , le Syſtême ne
demandant , ſelon l'Auteur , qu'une connoiffance
exacte de la Gamme. Il aſſure
que ceux qui le liront ſans prévention
y trouveront des ſecours qui les conduiront
à ſurmonter toutes les difficultez de
cet Art. Cette nouvelle Méthode ne peinant
ni la vûë ni l'attention , on la retient
facilement ; de plus elle leve toutes les
difficultez qui ſe trouvoient dans l'ancienne
SEPTEMBRE. 1727. 2047
cienne maniere d'apprendre le Chant. On
diminue par là les dépenses exceſſives
qu'il falloit faire pour avoir des Livres
de Chant exacts , & on a la commodité
de pouvoir porter dans la poche tout le
Chant de l'Eglife , puiſque ce volume
n'eſt pas plus gros que le Breviaire Romain
, malgré la quantité de Livres qui y
font renfermez , qui dans l'ancien Syſtême
étoient répandus en pluſieurs volumes
d'une groffeur énorme. Par ce moyen les
femmes , qui ont plus de temps que les
hommes , pourront aſſiſter aux Offices &
ſuivre les Eccleſiaſtiques , &c.
On travaille actuellement à une nouvelle
Méthode de Muſique , felon le nouveau
Syſteme de Chant de M. Demos ,
Prêtre du Diocèſe de Geneve , par le
moyen de laquelle , même les plus petits
enfans & les Payfans , pourront chanter
les plus difficiles Pieces de Muſique. On
trouvera dans cette Méthode toutes fortes
de Leçons , commençant par les airs
les plus faciles juſqu'aux plus difficiles .
Les Airs font des Airs à boire , & autres
ſemblables , propres à récréer l'eſprit &
l'inviter a apprendre plus volontiers le
nouveau Syſtême . Ceux qui auront appris
la Gamme du Plein- Chant dans
le Livre du même Auteur , qui eſt invente
2048 MERCURE DE FRANCE.
venté depuis peu& dont on vient de par
ler , auront l'avantage de la ſçavoir déja
pour la Muſique , lorſque la Méthode
paroîtra , & il ne leur reſtera plus qu'à
forimer leurs voix. Un fameux Muficien
fera executer dans la ſuite toutes fortes
de Pieces de Muſique , ſelon ce Syſtême ,
pour la fatisfaction du Public .
HISTOIRE DES PAPES , &c. Ouvrage
posthume du R. P. Pagi. Extrait
d'une Lettre écrite de Provence fur ce
Sujet le 6. Août 1727 .
Nous venons de recevoir un Livre qui
nous regarde en quelque maniere , c'eſt
le quatriéme volume de l'Hiſtoire des Papes
du feu P. Pagi : en voici le titre .
BREVIARIUM Historico Chronologico
Criticum , illuftriora Pontificum RomanorumGesta
, Conciliorum Generalium Acta,
necnon complura cum Sacrorum Rituum
tum Antique Ecclefia Diſciplina Capita
complectens . Auctore R. P. FRANCISCO
PAGI , Ord. Minorum Conventualium
S. Francifci S. T. D. TOMUS QUARTUS
. Opus Posthumum. Studio & labore
R. P. Antonii Pagi , Auctoris Nepotis
ejusdem Ordinis S. T. D. continuatum.
Antuerpia , apud Joannem Van de Hart ,
1727. ou plutôt à Geneve , chez les
Freres
SEPTEMBRE . 1727. 2049
Freres de Tournes , in 4. pages 692 .
Cette Hiſtoire comprend la Vie de
quinze Papes depuis Clement V. juſques
à la mort d'Eugene IV. ou depuis l'année
1305. juſques en 1447. On a mis
à la tête une Differtation critique ſur
S. Denis , Evêque de Paris. Le P. Antoine
Pagi , neveu de l'Auteur , qui a eu
foin de cette Edition ,àdonné du ſien l'Hiftoire
du Concile de Bâle , & ce qui fuit
cette Hiſtoire , & il fait efperer qu'il donnera
la continuation de cet Ouvrage ,
qui a fait honneur à ſon Oncle , & qui
eſt très -utile. L'Avis au Lecteur contient
un abregé fort court de ſa vie. Vous en
avez donné un Eloge un peu plus étendu
dans un de vos Journaux. J'en trouve
un aurre dans le troifiéme Tome de
la Bibliotheque Germanique de l'année
1721. p. 267. avec une faute bien effentielle.
On le fait mourir à Geneve .
Il eſt certain que le P. Pagi eſt mort à
Orange dans fon Monaftere .
LA DEFENSE des Ordinations Anglicanes
, réfutée par le R. P. Hardoüin ,
de la Compagnie de Jeſus. A Paris ,
QuaydesAugustins , chezChaubert,1727.
2. vol. in 12. 4. liv.
OEUVRES DIVERSES de M. Roy ,
conte .
2050 MERCURE DE FRANCE .
contenant des Eglogues , des Pieces mê
lées ou galantes , des Odes , des Poëmes,
Avec des Reflexions ſur l'Ode & fur
l'Eglogue , & des Difcours fur differentes
matieres de Morale & de Religion .
AParis , chez Robustel , Piſſot , Chaubert,
c . 1727. 2. vol. in 8. s . liv .
HISTOIRE des Chevaliers Hoſpita
liers de S. Jean de Jerufalem , appellez
depuis Chevaliers de Rhodes , & aujourd'hui
Chevaliers de Malthe . Par M. l'Abbé
de Vertot , de l'Académie des Belles-
Lettres , Secretaire des Commandemens
de S. A. S. feuë Madame la Ducheffe
d'Orleans , troiſieme Edition . A Paris ,
chez Rollin , Quillan & Desaint , 1727 .
5. vol. in 12. prix 10. liv.
ABREGE HISTORIQUE DE LA
BIBLE , avec des Notes Litterales & de
courtes Explications pour en faciliter l'intelligence
& aider la mémoire à la faveur
d'un Diſtique exprimant en ſubſtance
le contenu de chaque Chapitre. Nouvelle
Méthode pour apprendre avec facilité
à la retenir fidelement. Par le R.P.
de S. André, Religieux Minime.A Rouen ,
& se vend à Paris , Quay des Augustins ,
chez Jacques Langlois , 1727.4. vol.
in 12. 8. livres .
On prétend qu'un Mathématicien a
On
SEPTEMBRE. 1727. 2051
projetté une maniere de Carroſſe pour
quatre perſonnes , qui avec les ſeules forcesdesmouvemens
qu'il a inventez, pourra
faire fix lieuës dans l'eſpace d'une heure
, même dans les ſables.
On mande de Londres , qu'il y eut
fur la fin du mois de Juillet dernier , un
Tremblement très-confiderable à Morgan
dans le Pays de Galles , qui fut precedé
d'un bruit ſous- terrain du côté de
l'Eſt. Les murailles du Parc & les Maiſons
voiſines furent renverſées , quelques
Arbres abattus , & l'eau de la Riviere ſe
troubla . Ce Tremblement de Terre a été
très-violent dans pluſieurs autres endroits
du Koyaume , principalement d'Edimbourg
où la Terre appellée Stonelant , qui
couvroit le Banc de Cloſe-Head , a changé
de place en un inſtant.
Par un Memoire qui concerne le progrès
des Operations de Chirurgie les
plus importantes , on apprend que le
ſieur Gerard, Chirurgien Juré à Paris ,
ordinaire du Roi en ſa Cour de Parlement
, Demonftrateur en Anatomie &
Chirurgie au Jardin Royal , & Chirurgien
de l'Hôpital de la Charité des Hommes
, continue de faire avec ſuccès l'operation
de la Taille. Après avoir heureuſement
taillé , le mois de Mars dernier M.
Hen
2052 MERCURE DE FRANCE.
Hennin , Conſeiller au Grand-Conſeil ;
âgé de 74. ans , il a taillé , le 22. Juillet
dernier , le ſieur Germain Boudin , Maître
Chandelier , ruë du Temple , âgé de
68. ans . L'Operation fut faite en moins
de deux minutes , & fi heureuſement
que le Malade s'eſt trouvé entierement
gueri le 15. d'Août.
Le 25. Août , jour de la Fête de ſaint
Loüis , Roi de France , l'Academie Françoiſe
la folemniſa , ſelon ſa coutume ,
dans la Chapelle du Vieux Louvre . L'Evêque
de Soiffons, l'un des Quarante de
l'Academie , celebra la Meſſe , pendant
laquelle on chanta un fort beau Moret
en Muſique de la compoſition du ſieur
Dornel . Après la Meſſe , l'Abbé Couturier
, Chanoine de ſaint Germain l'Auxerrois
, prononça le Panegyrique de ſaint
Loüis , avec beaucoup d'éloquence .
Le même jour , l'Academie Royale des
* `Belles Lettres , & celle des Sciences , ſolemniſerent
auſſi la Fête du même Saint ,
dans l'Egliſe des Peres de l'Oratoire. Il y
eut pendant la Meſſe un Motet en Muſique
de la compoſition du ſieur du Boufſet
, après laquelle le R. P. Cyrille , Augustin
Dechauffé de la Place des Victoires
, prononça très- éloquemment le Panegyrique
de ſaint Loüis .
L'après
SEPTEMBRE. 1727. 2053
L'après midi , M. Amelot de Chaillou ,
Intendant des Finances , qui avoit été élt
pour remplir la place vacante dans l'Academie
Françoiſe par la mort de l'Archevêque
de Toulouſe , y prit féance. Il fit un
beau Diſcours , auquel M. Adam , Directeur
de l'Academie , répondit.
L'Academie donna enſuite le Prix
d'Eloquence à M. de Farcy , & celui de
- Poësie à M. Bouret , Lieutenant General
deGifors.
Nous dirons à cette occaſion quelque
choſe.de ces Prix , en faveur de pluſieurs
perſonnes qui nous ont paru peu inftruites
de l'inſtitution des Prix , & des Ceremonies
qui s'obſervent le jour qu'on les
donne .
Il y en a deux de la valeur de trente
piſtoles chacun , conſiſtant en deux Medailles
d'or , dont la face droite repreſente
toujours le Portrait du Roi , avec
des revers qui marquent quelque évenement
memorable de fon regne .
Le Prix de la Proſe a été fondé par
l'illustre M. de Balzac , qui étoit , à bien
juſte titre , de cet illuſtre Corps ; mais
comme le fonds qu'il a laiffé pour cela
ne produit pas chaque année un interêt
affez fort pour remplir la valeur du Prix ,
on ne le donne que tous les deux ans .
M. de Clermont - Tonnerre , Evêque
&
:
4
2054 MERCURE DE FRANCE.
& Comte de Noyon , Pair de France , a
fondé le Prix de la Poësie , qu'on diſtribue
tous les ans. L'Academie en choiſit le
Sujet , auffi - bien que de la Proſe. On
avertit le Public plus de fix mois auparavant
par un Memoire imprimé. Ceux
qui travaillent pour concourir, font obligez
d'envoyer leurs Pieces dès le mois de
Mai, fans ſe nommer , afin d'éviter toute
partialité.
Les Prix ſe donnent publiquement le
jour de faint Loüis ; & pour augmenter
la folemnité de cette Fête, depuis l'année
1677. on fait chanter une Meſſe en Muſique
,& on prononce le Panegyrique du
Saint dans la Chapelle du Louvre. L'après
midi on tient l'Affemblée publique ,
le Directeur lit les Pieces qui ont merité
le Prix , qu'on diſtribue ſur le champ aux
Auteurs , s'ils ſe préfentent.
PROGRAMME de lAcademie Royale
des Belles Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux.
L'Academie propoſe à tous les Sçavans
un Prix fondé par feu M. LE DUC
DE LA FORCE . C'eſt une Medaille d'or
de la valeur de trois cens livres .
Elle eſt deſtinée à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la cause de la
Salûre
1 SEPTEMBRE. 1727. 2055
Salûre de la Mer. Ce Prix fera diſtribué
le 25. d'Août de l'année 1728. jour de la
Féte de faint Loüis .
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin , mais elles ne
feront reçûës pour le concours que juſqu'au
1. Mai prochain incluſivement.
Aubas des Differtations il y aura une
Sentence , & l'Auteur mettra dans un
Billet ſéparé & cacheté , la même Sentence,
avec ſon nom & fon adreſſe .
Les Paquetsferont affranchis de port , &
adreffez à M. Sarrau, Secretaire de l'Academie,
ruë de Gourgues , ou au Sieur Brun ,
Imprimeur de l'Académie , rue S. Fâmes.
L'Academie Royale de Peinture & de
Sculpture , a perdu un Conſeiller Amateur
honoraire d'un grand merite , par la
mort de M. de Launay , Secretaire du
Roi , & Directeur de la Monnoye des
Medailles & de l'Orfevrerie de Sa Majefté.
Labeauté de fon genie , &l'excellence -
de fon goût l'avoient fait atteindre de
bonne heure à la perfection de fon Art,
&l'ont rendu celebre en France & dans
les Pays Etrangers pendant plus de cinquante
ans , par une infinité d'Ouvrages
admirables d'Or & d'Argent , par tous
les embelliſſemens qu'il a faits à la Monnoye
des Medailles , & par le nombre
E pro
}
2056 MERCURE DE FRANCE.
:
prodigieux de Poinçons & de Quarrez qui
ont été gravez ſous ſa conduite , & dont
il a formé un des plus curieux & des plus
rares Cabinets de l'Europe , joignant à
tous ſes talens une probité , un caractere
obligeant , & une politeſſe qui lui avoient
acquis l'eſtime & la confideration de tous
les honnêtes gens. Il étoit de Paris , &
mourut le 19. d'Août âgé de plus de 80 .
ans.
L'Academie a choiſi , pour remplir fa
place , M. le Febvre , Intendant& Controlleur
des Affaires de la Chambre &
Menus Plaiſirs de Sa Majesté , Garde des
Pierreries de la Couronne , Treforier
General de la Maiſon de la Reine , & cydevant
Greffier de l'Ordre Militaite de
Saint Loüis . ;
Le Sieur Briart , qui demeure à préſent
dans la Cour Abbatiale de Saint Germain
des Prez , vis-à-vis le Bailliage , continue
avec grand ſuccès le debit des Cuirs à
repaſſer les Razoirs , avec le fecours defquels
on peut ſe paſſer de Pierre à aiguiſer;
on en reconnoît de plus en plus l'utilité.
Il en a de pluſieurs grandeurs & de differens
prix , depuis 40. fols juſqu'à 8. liv.
Il debite auffi depuis peu une Effence
de Savon, à la Bergamote,& autres Odeurs
douces , dont on ſe ſert au lieu de Savon
nette.
SEPTEMBRE. 1727. 2057
nette. Une petite cueillere à Caffé pleine
de cette Liqueur , miſe dans le Baffin ,
fuffit pour produire une groſſe mouffle
blanche , beaucoup plus propre à ramollir
le poil que les meilleures Savonnettes.
Cette Effence rend la peau unie , & ôte
toute forte de boutons , de dartres &
d'échauboulures. Les Dames s'en ſervent
pour ſe laver le viſage , les bras & les
mains. Il y en a de deux prix , à 5. fols
&à 8. fols l'once. La même Effence ſe
debite auffi chez le Sieur Huet , dans la
même Cour , vis- à-vis la ruë Cardinale .
Nous n'avons garde de negliger un
Avis important aux amateurs de la bonne
chere , qu'on nous prie d'inſerer ici.
C'eſt au ſujet des friands Patez de Perdrix
rouges , garnis de Truffes , du Sieur
Villereynier de la Gatine , fameux Patiffier
à Perigueux. Il les compofe depuis
long - temps à la grande fatisfaction des
gens les plus delicats & les plus difficiles.
Il donne avis qu'il a trouvé le ſecretde
les conſerver pendant plus de deux mois ,
* & qu'il en envoye non ſeulement dans
toutes les Villes du Royaume , mais encore
en Eſpagne , en Italie , en Allemagne
, en Flandres & en Angleterre . Le
prix de chaque Perdrix eſt de 10. liv. pour
le Royaume , &de 15. liv. pour les Pays
Fij Etran2058
MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , tous frais faits , & les Pâtez
rendus francs de port. Ceux qui voudront
faire uſage de ce mets exquis , n'auront
qu'à écrire au Sieur Pierre Villereynier de
la Gatine , Maître Patiſfier ordinaire du
Roi , à la Tête Noire , à Perigueux.
LE
AIR.
E Lys par ſa blancheur efface
Les plus brillantes couleurs ,
Etl'on ne voit point de fleurs ,
Que ſa tige ne furpaſſe.
Qu'il regne dans ces cantons ,
Et que ſa tige féconde ,
Bien- tôt rempliffe le monde ,
De ſes nouveaux rejettons.
-1
Ces Vers allegoriques , très-convenables
au temps préſent , ont été mis en
Muſique par M. Mouret , & chantez par
une Bergeree, ſur le Theatrede l'Hôtel de
Bourgogne , dans le Divertiſſement de
la Comedie de Zephire & Flore .
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SEPTEMBRE. 1727. 2059
ON
VAUDEVILLE .
N donne gratis l'Opera ,
La Comedie , & catera ,
Pour la naiſſance des Princeſſes .
Mais partout , à mon grand regret,
On ne fait pas mêmes largeſſes :
Point de gratis au Cabaret .
SPECTACLES.
JONATHAS LE MACHABEE,
Tragédie , répreſentée au College de
Louisle Grand , pour la diftribution
des Prix , fondezpar S.M. le 5. diu
mois d'Août.
1
SUJET.
TRiphon , General des Troupes de Syrie,voulant
détrôner Demetrius , fon Roy , & mettre
en ſa place le jeune Antiochus , dont il prétendoit
envahir la Couronne , craignit d'être
traverſé en cettedouble entrepriſe par Jonathas
Prince d'Iſraël , frere & fucceſſeur du brave
Judas Machabée. Pour ſe defaire d'un ennemi
ſi formidable , il réſolut d'abord de l'attaquer
avec une nombreuſe armée qu'il fit avancer vers
Fiij Jeru
2060 MERCURE DE FRANCE .
Jerufalem Mais comme il vit le General Iſrae
lite diſpoſe à le bien recevoir avec des Troupes
aguerries , il feignit de vouloir la paix , engagea
Jonathas par de belles promeffes à congedier
fes Troupes ,&l'attira dans la Ville de Prolemaïde
, où il fit égorger preſque toute l'Ef
corte qu'il s'étoit réſervée , le fit priſonnier lui .
même , demanda cent talens pour ſa rançon ,
& ſes deux enfans pour ôtages. Simon , frere de
Jonathas , découvrit l'artifice ; il ne laiſſa pas
d'envoyer au perfide Tryphon la ſomme d'ar.
gent avec ſes neveux , pour ne pas s'atrirer la
haine du Peuple d'Iſraël , qui ne manqueroit pas
d'interpreter malignement ſon refus ,&de dire
hautement qu'il laiſſoit languir ſon frere dans
les fers , afin de commander en ſa place. Tryphon
retint l'argent avec les Captifs ; & ſçachant
que Simon venoit avec une armée pour
les délivrer , Il fit inhumainement maſſacrer Jonathas
& ſes enfans , &défiler ſes Troupes vers
ta Syrie.
Jofeph rapporte que Triphon avoit auprès de
lui , en qualité d'homme de confiance , un certain
Arabe , Gouverneur du jeune Anthiochus ,
& que ce Confident lui avoit mis entre les mains
le Prince ſon Eleve , pour ſervir de prétexte à
la guerre contre Démetrius . 1. Liv. des Machab.
Joseph , &c.
La Scene eft dans le Camp de Triphon ,
fous les Murs de Ptolémaïde.
ACTE I.
Tryphon ouvre la Scene avec Phegor fon
Confident à qui il découvre tous ſes ambisieux
projets ,dont il attend un ſuccés heureux-
Joadab
1
SEPTEMBRE. 1727. 2061
Joadab fon Emiſſaire ſecret , quoi qu'Iſraëlite ,
arrive de Jerufalem & lui apprend que Simon ,
frere de Jonathas , s'eſt ſoumis aux conditions
qu'il lui a impoſées pour la rançon de ce Chef
des Ifraëlites . Il ajoute que Nabal eſt déja ar
rivé à une Place Frontiere à un mille du Camp
avec les ôtages qui doivent être remis entre les
mains du vainqueur ; mais qu'il a ordre de ne
point paſſer outre , & d'y attendre Simon , qui
doit accompagner les ôtages avec de bonnes
Troupes. Tryphon ordonne au traître Joadab
d'aller dire de ſa part à Nabal , que c'eſt fair
de Jonathas , s'il ne vient fur le champ &fans
attendre Simon , avec les ôtages qui font lesdeux
fils de Jonathas. Joadab ſe diſpoſe à obéir au
cruel Tryphon . Jonathas qui ne le ſoupçonne
d'aucune perfidie , & àqui ce traître , pour le
mieux tromper , fait confidence de l'ordre qu'il a
d'aller preffer Nabal de veniravec les ôtages,ſans
attendre Simon , le conjure d'avertir Nabal de
ne point ſe fier aux belles promeſſes de Try
phon & d'attendre la nombreuſe eſcorte qui doit
pourvoir à la sûreté des ôtages . Joadab lui promet
tout pour ne lui rien tenir , & fe retire. Nachor,
Ifraëlite, fait prisonnier avec Jonathas , le
priede ſe défier deJoadab ; mais c'eſt inutilement
; Jonathas le ſoupçonne d'autant moins
qu'il lui a ſauvé la vie. Jarbas , frere de Tryphon,
& pourtant vertueux , vient fortifier les
juſtes craintes de Nachor. Il inſtruit Jonathas
des intrigues ſecretes de Joadab avec Phégor ,
auſſi méchants l'un que l'autre , quoi qu'ayant
differentes vues. Il lui offre ſes bons offices auprès
de ſon frere Tryphon , en reconnoiffance
des bons traitemens qu'il a reçûs de lui , pendant
ſa priſon dans Jerufalem. Jonathas remercie
ce genereux ennemi & s'en va concerter
avec Nachor les moyens de ſo tirer d'un pas fi
dangereux. ACTE
2062 MERCURE DE FRANCE.
ACTE II.
Les Enfans deJonathas arriventdans leCamp
&font preſentez à Jonathas ; quel ſpectacle pour
un pere de voir ſes deux fils dans un lieu fi fatal
& quelle douleur pour ces fils inforrunez de retrouver
leur pere chargé de chaines ! Jonathas
ſe plaint à Nabal de ce qu'il n'a pas attendu l'efcorte,
qui devoit pourvoir à leur sûreté ; Nabal
s'excuſe du péril des enfans ſur celui qui menaçoit
le pere même , s'il n'eût pas obéi au cruel
Tryphon . Ce barbare vient ; il propoſe un Traité
de Paix qu'il ſçait bien ne pouvoir être accepté :
en voici les conditions. I °. Que Jonathas ni
fes enfans ne porteront jamais les armes contre
les Syriens. 2 °. Que les Juifs payeront un
tribut annuel au Roy de Syrie. 3 °. Que la Statuë
de Jupiter Olympien , abbatuë par les Mac
chabées , lera relevée dans Jerufalem. aux dépens
même de Jonathas : Tryphon ſe retire. Jonathas
déteſte ſa mauvaiſe foi. Joadab vient
avec un faux reſpect lui offrir le Traité à ſigner ,
&fait avancer un Autel de Jupiter Olympien ,
fur lequel il prétend que Jonathas prête ferment;
ce Prince regrette de n'avoir point d'épée pour
percer le coeur à l'indigne Miniſtre de l'impieté
de Tryphon , mais ſes deux enfans , qu'on n'a
point encore defarmez , ſuppléent à fon deffaut;
J'un renverſe l'Image de Jupiter & l'autre fond
l'épée à la main ſur le lâche Joadab qui s'enfuit.
Nabal allarmé de cet incident , va trouver
Tryphon pour défarmer ſa colere , & Nachor , à
force de prieres , engage Jonathas & fes enfans
àſe retirer avec leur pere dans la Tente de
I'Ambaſladeur , dont il ſe flatte qu'on n'ofera pas
violer les droits .
ACTE
SEPTEMBRE. 1727. 2063
(
ACTE III.
Triphon furieux , malgré les inſtances queNabal
lui a faites , vient juger le crime des deux
fils de Jonathas dans le même lieu où il avoit
été commis. Joadab eſt l'accuſateur , le Conſeil
n'eſt compoſé que de Tryphon , de Phégor &
de Jarbas . Phégor opine à la mort & Jarbas au
pardon . Tryphon croit faire un Acte de clémence
, en ne condamnant à la mort que l'un des
deux coupables ; il en laiffe le choix à Jonathas.
Cette ſituation eſt des plus interreſſantes. Le pere
ne peut ſe réfoudre à opter entre des victimes
ſi cheres , il s'offre à mourir pour ſes enfans ,
qui lui diſputent un ſacrifice qui les doit combler
de gloire . Tryphon ſe réſerve le choix , &
ayant mis les coupables entre les mains de ſes
Gardes , il ſe retire pour aller ordonner de leur
fort, Jarbas prévoyant qu'Achimas , fils aîné de
Jonathas , fera condamné comme plus coupable
que Mafias ſon frere , conſeille à Jonathas de
ceder au temps , & de diffimuler ſon zele pour
ſa Religion ; Jonathas lui répond que la veritable
Religion n'eſt point eſclave des temps. Nabal
tour éperdu vient avertir Jonathas que fon
fils aîné va être condamné,&que fon cadet court
le même riſque , ſi l'on ne ſe hâte de fléchis
Tryphon . Jarbas va ſe jetter aux pieds de fon
frere pour tâcher de le porter à la clémence ; it
entraine Jonathas avec lui.
ACTE IV .
Tryphon n'ayant condamné que l'aîné des fils
de Jonathas ,& ayant rendu le cadet à ce pere infortuné
, Joadab & Phégor , plus cruels que leur
Maître , expoſent les dépouilles de ce filsdeſtiné
Fy
(
2064 MERCURE DE FRANCE.
a bien
à la mort , aux yeux de Jonathas , afin que par
ſes emportemens contre Tryphon il porte ce
Tyran
àà faire périr encore le fils qu'il
voulu lui laiffer. Leur artifice leur fuccede au gré
de leurs voeux. Jonathas ne peut voir le barbare
ſpectacle qu'on oſe étaler à ſes yeux, fans en
venirà des menaces contre ſon cruel ennemi.
Tryphon en eſt inſtruit. Jarbas fait un nouvel
effort pour porter Jonathas à ſouſcrire au Traité
que Tryphon exige de lui ; mais ce fidele Ifraë--
lite conferve ſa premiere fermeté. Le fils imite le
pere, ils font tous deux invincibles ; le pere eſt
faifi tout à coup d'un ſaint enthouſiaſme ; il lit
dans l'avenir , & voit par avance tout ce que le
Defiré des Nations doit ſouffrir, vendu par un
traître ,comme Jonathas l'eſt par le perfide Joadab.
Le fils prend de nouvelles forces dans le
fouvenir des merveilles que Dieu a operées pour
fon Peuple choiſi ; mais Nabal n'oſant compter
fur des miracles , penſe aux ſecours humains ;
il propoſe la fuite à Jonathas & à Mafias ſous
un traveſtiſſement quipeut les favorifer. Ni le
pere ni le fils n'y veulent conſentir par grandeur
d'ame ; mais enfin Mafias ſe détermine
à fuir par l'interêt qu'il prend en la vie de fon
pere , & n'entreprend de s'évader que pour aller
hater la marche de l'armée qui doit venir à leur
fecours.
ACTE V.
Jonathas incertain du ſuccès que peut avoir l'évafion
de ſon fils Mafias , eſt ſaiſi d'une frayeur
mortelle queNachor ne peut diffiper. Ses preflentimens
ne font que trop juſtifiez par l'évenement.
On lui amene cecher fils chargéde chaînes, qui lui
raconte comment il a été furpris par leurs communs
ennemis. Tryphon vient & menace Jonathas
des plus affreux fupplices , s'il ne lui décou
t yre
SEPTEMBRE. 1727. 2065
vre tout le complot de la fuite de Mafias Ce
qui l'irrite encore plus , c'eſt que Nabal, compagnon
de cette entrepriſe , a échappé à ceux
qui ont arrêté Mafias. Ses menaces , loin d'ébranler
Jonathas , l'animent d'une noble fierté.
Il menace à ſon tour ce même Tryphon qui
le brave. Tryphon le fait mettre aux fers. Joadab
le preffe de lui faire donner la mort , mais
il reçoit bien-tôt le prix de ſa perfidie. Jarbas
montre à Tryphon des Lettres qui prouvent une
funeſte intelligence entre ce traître & Démetrus.
Tryphon furieux le livre aux ficches des
Soldats. Cependant un Courier vient annoncer
l'approche de l'armée Ifraëlite , dont Nabal a
preffé la marche, le cruel Tryphon ordonne à
Phégor de faire poignarder Jonathas avec ſon
fils,&d'expoſer leurs corps au paſſage des Troupes
qui viennent àleeuurr fecours. Il n'a pas le
courage de les attendre , & fait honteuſement
retirer ſon armée dans Ptolemaïde. On apporte
Jonathas & Mafias , tous deux expirans. Simon
irrité par cet affreux ſpectacle , s'en fert
pour animer les Ifraëlites à la vengeance. Il finit
la Tragedie par des imprécations qui annoncent
le châtiment que le Ciel réſerve àtant de
crimes.
L'AMBITION , Ballet , danſé à la
Tragedie de Jonathas.
Deffein &Divifion du Ballet.
Comme on choiſit pour ſujet de la Tragedie ,
la mort du grand Jonathas Machabée , facrifié
auxdeffeins ambitieux de Tryphon , General de
Syrie , on s'eſt crû autoriſé par- là à faire danſer
le Ballet de l'Ambition, pour ſervir d'intermede à
a Piece Tragique , avec laquelle il a une liaiſon
Fvj natu
2066 MERCURE DE FRANCE.
naturelle. Ony répreſente l'Ambition ſous quatre
rapports differens qui renferment ce qu'il
y a d'eflentiel en cette paffion. On y peint ,
1 °. Ses déguisemens . 2° . Ses attentats . 3 ° . Ses
fuccès. 4° . Ses desastres . Ainſi l'Ambition masquée
, l'Ambition ouvertement criminelle
IAmbition triomphante , l'Anbition confonduë ,
fournifient les quatre Parties de ce Ballet; chacune
de ces Parties eſt compoſée de quatre Entrées
.
د
Dans la premiere Entrée , la Fortune paroît
élevée fur un Globe Terrefſtre . A fa droite elle a
une Corne d'abondance , & à ſa gauche des Lauriers
, des Sceptres , des Couronnes , qu'elle difpenſe
à fon gré. Le Globe s'ouvre ; on en voit
fortir les quatre Parties du Monde , au milieu
deſquelles ſe va placer l'Ambition , comme pour
leur donner la loi : mais elle la reçoit elle même
de la Fortune,devant laquelle elle rampe avec
ſes Compagnes. Bien-tôt après elle fait effort
pour s'élever au faîte de la Roüe , & ſe voit fecondée
d'un grand nombre de perſonnes de tout
âge & de toute condition.
Dans la feconde Entrée pluſieurs Heros viennent
fe ranger fous l'Etendart de l'Ambition.
Dans la troiſieme , des gens de toutes fortes
decondition, depuis le Guerrier juſqu'a l'Artilan,
s'enrålent dans la même Brigade.
Dans la quatrième ,une foule de Courtiſans ,
tâchent de ſurprendre la Fortune par des hommages
auffi refpectueux qu'intereffez , n'ofant
l'attaquer à guerre ouverte. Cettepremiere Partie
finit par une Danfe generale de tous ceux
qui ont compoſé les quatre Entrées. Voilà ce
qui concerne la Divifion du Ballet ; pafions aux
quatre Partics , avec les Entrées qui leur font
fubordonnées.
PRESEPTEMBRE
. 1727. 2067 1
PREMIERE PARTIE .
Les Déguisemens de l'Ambition.
Dans la premiere Entrée , Mahomet ſe couvre
d'un maſque qui lui eſt preſenté par l'Hypocrifie ,
revêtue du Manteau de la Pieté . Il contrefait
l'homme inſpiré. Il n'inftruit d'abord que des
Payſans & de ſimpies Bergers ,dont il fait enſuite
des Soldats propres à ſeconder ſes projets
ambitieux.
Dans la ſeconde , Antonin Caracalle feint de
vouloir épouſer la fille d'un Roy des Parthes , ce
qui donne lieu aux Romains de ſa ſuite de poignarder
quelques uns des Sujets de ce Roy, dont
il veut envahir les Etats , fous ce prétexte
d'hymen.
Dans la troiſiéme , deux jeunes Seigneurs Eleves
de la Politique , prennent deux viſages par
ſes confeils. Elle leur fait entendre qu'il faut,
felon l'occurrence , être tantôt ami , & tantôt
ennemi , fi l'on veut aller loin dans la carriere
de l'Ambition . Ils font mille careſſes à ceux de
leurs concurrens qui veulent tromper ; mais ces
derniers reconnoiffent bien- tôt qu'on doit peu
compter ſur de pareils amis .
Dans la quatriéme Entrée , des Sages tirent la
Verité du fond d'un Puits , où le Menfonge l'avoit
précipitée , ils l'oppoſent aux tromperies des
ambitieux maſquez. Elle tient un Soleil à la
main ; pluſieurs Génies la ſuivent , portant des
flambeaux. La Maſquarade eſt diſſipée; le Puits
ſe comble & diſparoît.
S
2968 MERCURE DE FRANCE
SECONDE PARTIE .
Les Atentats de l'Ambition .
Dans la premiere Entrée , la Difcorde arme
Théodoric & fon frere , Princes Vifigots , l'un
contre l'autre , par le moyen d'un Sceptre &d'une
Couronne qu'elle leur preſente à tous deux .
l'Ambition déchaîne contre eux les Furies qui les
portent à ſe battre en duel. Théodoric eſt vain .
queur, il s'empare du Sceptre & de la Couronne ,
&s'applaudit d'une victoire qu'il a achetée du
fangde fon propre frere.
Dans la deuxième , l'ambitieux Egyſthe s'étant
emparé du Trône d'Agamemnon , donne une
Fête à la cour. Agamemnon revenant du Siege
de Troye , & débarqué au Port , ſurvient avec
quelques Officiers de ſes Vaifſeaux. Des Affaffins
P'attaquent , le chargent de fers & l'emmenent
dans fon Palais pour y être égorgé.
Dans la troiſieme , Cefar & Pompée font voir
dans les Champs de Pharſale , juſqu'où peut aller
l'ambition de deux Citoyens , dont l'un ne
veut point d'égal , & l'autre point de Maître .
Dans la quatriéme Entrée , S. P. Melius ; dans
la Fête de Cybele , donne des Jeux , & des Spectacles
au Peuple , dont il veut s'attirer les fuffrages
pour parvenir à la Royauté , & fait voir par
là qu'il facrifie moins à cette Déeſſe qu'à fon
ambition .
TROISIE'ME PARTIE .
Les Sucès de l'Ambition.
4
Dans la premiere Entrée , Sylla , vainqueur de
Mithridate , ſe fait trainer ſur un Char triomphal,
SEPTEMBRE. 1727. 2069
phal, ſuivi des Guerriers & des Matelots qui l'ont
ſuivi dans cette expedition. Enflé de les premiers
fuccès , il s'oublie juſqu'à profcrire pluſieurs Officiers
jaloux de ſa gloire & fait préfager par-là
toutes les cruautez , où le porteraun jour ſon am -
bition démeſurée.
Dans la ſeconde , Alexandre après avoir prefque
conquis toute la Terre , s'afflige en voyant
Ariftote, Diogene & quelques autres Philofophes
de ſon temps , diſcourir ſur l'existence d'un
ſeul Monde, comme ſi ſon ambition étoit refferrée
dans des bornes trop étroites .
Dans la troifiéme, Ninus aveuglé par ſes proſperitez
, loin de remercier les Dieux &de leur
en attribuer la gloire , prétend s'élever à leur
condition, & commence par faire dreſſer des Autels
à ſon Pere Bélus , ſous le nom de Jupiter .
Dans la quatriéme Entrée , un Tyran de l'Inde
, par un excès de cruauté que fes victoires lui
ont infpiré, à condamné ſes Captifs à étre
broyez dans un Mortier , comme pour les anéantir
devant lui. Bacchus ayant triomphe de ce Barbare
, ne croit pas le pouvoir mieux punir , qu'en
faiſant revivre ces malheureux ; mais la preffion
violente qu'ils ont foufferte , fait qu'il n'en peur
faire que des Pigmées . Ces petits Peuples doivent
leur nom & leur origine à cette réſurrection.
QUATRIE'ME PARTIE .
Les Desastres de IAmbition .
Dans la premiereEntrée, Capanée, ne croyant
tien d'impoſſible à ſon ambition , eſcalade la
plus haute Tour de la Ville de Thebes ; il brave
juſqu'à la Foudre de Jupiter ; mais ce Dieu le
terraffe & le met en poudre
Dans la ſeconde , Bajazet vaincu parTamerlan,
2070 MERCURE DE FRANCE.
lan , eſt enfermé dans une Cage de fer , où il fert
de jouet aux Soldats , en punition de ſon extrême
ambition .
Dans la troifiéme , on renverſe les Statuës de
Séjan , Favori de Tibere. Les débris de ces Statues
forme comme un Trophée érigé à la haine
publique ; fa diſgrace n'afflige que des ambitieux
comme lui , qui font entrainez dans ſa chute.
Dans la quatriéme Entrée , Cornelius Gallus
fait élever de nouvelles Pyramides en Egypte ,
non-plus au nom d'Auguſte , mais au fien même .
Cette fuperbe Fête eſt troublée par un ordre imprévû
de cet Empereur , juſtement irrité , qui le
prive de fon Gouvernement. L'ambitieux Gouverneur
en eſt fi accablé ,qu'il ſe tuë lui-même ,
pour point ſurvivre à ne fonmalheur.
Ballet General .
Pour ne pas confondre l'Ambition loüable avec
l'Ambition criminelle , on répreſente dans ce
Ballet General , le Palais de l'Honneur , où paroiffent
des Héros de tous les genres , le front
orné de Lauriers . On voit accourir vers ce Palais
une Troupe d'illuſtres Rivaux , dont chacun eft
récompensé à proportion de ſon mérite. Il n'en
eſt pas de même des Partiſans de l'Ambition criminelle
, on les chaffe du Palais de l'Honneur ,
comme de vils Etclaves, indignes d'y être admis ,
& même d'en approcher.
Le Lundiır. Août , on repreſenta fur le
Théatre du College Mazarin , pour la D.ftribution
des Prix , Jaddus , Grand- Prêtre des
Juifs , ou Alexandre le Grand devant ferusalem,
Tragélie , dont voici le ſujet.
Alexandre étant allé afſieger la Ville de
Tyren Syrie , auſſi tôt qu'il eut gagné
contre
AOUT . 1727. 201
contre Darius la bataille de l'Iſſe , il écrivit à
Jaddus, Grand-Prêtre des Juifs , pour lui demander
du ſecours , un commerce libre avec
fon armée , & les mêmes aſſiſtances qu'il donnoit
àDarius. Jaddus lui fit réponſe que les
Juifs avoient promis à Darius avec ferment
de ne jamais porter les armes contre lui , tandis
qu'il feroit en vie. Alexandre irrité de
ce refus , n'eût pas plutôt emporté la Ville de
Tyr , qu'il s'avança avec ſon armée vers Jerufalem.
Jaddus craignant , non ſeulement
pour lui , mais encore pour la Ville , qu'il
voyoit dans un danger évident , eût recours
àDieu ; & étant allé par fon ordre trouver
Alexandre , fon aſpect déſarma tout à coup ce
Prince qui le reconnut pour l'avoir vû en
fonge deux ans auparavant , & le reçut favorablement
, au grand étonnement de tour
le monde. Joseph , Antiq. Judaïques , liv. 2 .
chap.7.
La Scene est à l'entrée du Camp d'Alexandre
à l'aspect de Jerufal.m.
ARGUMENT.
ACTE I.
Cet Acte commence par les expoſitions .
neceffaires à l'intelligence de l'action principale,
dont nous venons de parler. Epheſtion ,
Parmenion & Cratere qui font les premieres
Scenes , font entendre qu'Alexandre arrivera
inceſſamment , & qu'il ne donne qu'un jour à
Jaddus , Grand- Prêtre des Juifs , pour déliberer
fur les ſecours qu'il doit lui envoyer
contre Darius. Cratere qui arrive le dernier.
dans le Camp , près de Jerufalem , raconte
une
1
2072 MERCURE DE FRANCE .
une avanture qui fait un incident affez touchant
dans la Piece ; c'eſt la priſe d'un Captif
fait à la priſe de Tyr. Ce Captif interrogé par
Alexandre n'a jamais voulu dire fon nom , il
s'eſt contenté de témoigner une tendre frayeur
à la vûë des malheurs qui menacentJerufalem.
Cette déplorable Ville eſt dans une confternation
generale à l'approche d'Alexandre . Le
Grand Prêtre vient dans le Camp ſuivi d'Abner,
pour implorer la clemence du Vainqueur;
il prend Parmenion pour Alexandre. Parmenion
le détrompe , lui confirme les ordres du
Roi ſon Maître , & le laiſſe pour déliberer
promptemen: là-deſſus. Abner panche du côté
d'une obeiflance qui lui paroît d'une neceffité
indiſpenſable; mais Jaddus demeure ferme dans
la réſolution d'obſerver le traité fait entre les.
Juifs & Darius , qui engage le Peuple de
Dieu à ne rien faire contre les interêts des
Perfans . Cet Acte finit par une derniere réfolution
, qui eſt d'aller appaiſer le courroux
de Dieu , & implorer ſon aſſiſtance par des
Sacrifices & des voeux redoublez .
ACTE II .
Sanabaleth , Gouverneur de Samarie , &
par confequent ennemi morteldu Peuple Juif ,
commence ce ſecond Acte , il s'applaudit des
malheurs qui vont tomber ſur Jerufalem , il
apprend à Parmenion qu' Alexandre vient d'arriver.
Ils veulent tous deux aller au devant de
lui ; mais il les prévient. Parmenion lui rend
compte de l'inflexibilité de Jaddus ; Alexandre
en fremit de courroux ; Sanabaleth attiſe
ce feu qui doit dévorer Jerufalem. Il fonde
l'efperance de la perte de cette Ville ennemie
fur la rapidité des nombreuſes victoires que
ce
SEPTEMBRE. 1727. 2073
ce
ce vainqueur de l'Afie a déja remportées , &
ne doute pointque le Ciel ne ſoit abſolument
déclaré pour lui. Alexandre appuye le ſentiment
de par le récit d' flatteur d'un fonge
qu'il a fait autrefois. Il a vû dans ce fongeun
venerable Prêtre dont les traits ſont fortement
tracez dans ſa memoire. Ce Prêtre revêtu de
fes habits Sacerdotaux l'anima dans ce fonge
àpaffer l'Helleſpont ,& à marcher contreDarius
, lui promettant la victoire , au nom du
Dieu qui l'inſpiroit ; Parmenion va chercher
Cratere de la part d'Alexandre. Ce Prince
écoute avec plaiſir tout ce que lui dit encore
le perfide Sanabaleth ; ce dernier l'entretient
des raiſons qu'ila de hair les Juifs , & fur tout
Jaddus qui l'avoit maltraité en la perfonne
de Manaffé , ſon gendre & frere de Jaddus
même , l'ayant obligé de fortir de Jerufalem ,
parce qu'il avoit épousé une femme étrangere.
Cratere arrive ; Alexandre lui parle du jeune
Captif qu'il a pris à Tyr. Sur l'obſtination avec
laquelle ce Prifonnier cache ſon nom ; Cratere
le croit d'une naiſſance diftinguée. Epheftion
de retour de Jerufalem , vient annoncer au
Roi que Jaddus ne veut donner de réponſe
poſitive qu'après avoir conſulté ſon Dieu . Ce
ſecond Acte finit par une Deſcription des allarmes
de Jerufalem.
ACTE III .
Dieu touché des malheurs de ſon Peuple ,
a répondu favorablement au Grand- Prêtre ,
& lui a fait entendre qu'il n'a qu'à ſe preſenter
aux yeux d'Alexandre 'Alexandre , pour obtenir de
ce Prince tout ce qu'il lui demandera. Il lui
a ordonné en même temps de faire ouvrir les
portes de Jerufalem , & joncher les chemins
de
2074 MERCURE DE FRANCE .
de Fleurs. Jaddus a chargé Abner d'aller demander
au Vainqueur la permiffion de ſe prefenter
devant lui. Abner arrivé dans le Camp,
cherche à expliquer l'Oracle Divin , & ne
peut comprendre comment un Vainqueur auffi
fier qu'Alexandre ſera défarmé à la vue d'un
Prêtre ; cependant il ne laiſſe pas , malgré
tous fes doutes , de tout eſperer du Seigneur.
Il ſe préſente à Alexandre qui conſent que
Jaddus vienne vers lui.Parmenion&Epheftion
paroiſſent perfuadez que le Grand-Prêtre nedemande
l'honneur de ſaluer leur Maître , que
pour lui rendre une entiere obéiffance. Sanabaleth
qui ne le ſouhaite pas , penſe tout autrement.
Alexandre charge Cratere du ſoin
d'interroger le jeune Captif , & fort pour aller
donner ordre aux travaux qu'il a déja fait
commencer pour le fiege de Jerufalem. Le
Captifvient , Cratere ne peut le faire refoudre
àdire fon nom &fa condition , tout ce qu'il
tire de lui , ce font de profonds foupirs qui lui
échappent , quand il apprend le traitement
qu'on prépare à Jerufalem, Cratere le remene
dans fa prifon.
ACTE IV.
Alexandre eſt très- irrité d'apprendre de
Cratere que le jeune Captif s'obſtine à garder
le fecret ſur ſa naiſſance. Sanabaleth fondé
fur quelques conjectures , vient annoncer à
Alexandre que ce Captif eft fils de Jaddus ;
comme il n'en donne pas des preuves tout-àfaitconvaincantes
, il conſeille au Roi de le
faire amener quand Jaddus fera arrivé devant
lui, ne doutant point que les ſentimens de la
nature ne trahiffent le fils & le pere. Ce que
Sanabaleth a prévû arrive. Alexandre n'est pas
préfent
SEPTEMBRE. 1727. 2075
préſent à cette entrevue ; quelques foupçons
que Sanabaleth lui a inſinuez fur le Grand-
Prêtre l'ont determiné à ne lui permettrede ſe
préſenter à ſes yeux qu'après qu'Epheſtion
Pauroit interrogé. La ſituation entre le pere
le fils eſtdes plus touchantes , ils reffentent
es malheurs l'un de l'autre ; mais ceux qui
nenacent Jerufalem , leur chere Patrie , les
ouchent encore davantage. Onias conſole
on pere , & Jaddus conſole ſon fils , par la
onfiance qu'ils ont tous deux dans les proheſſes
du. Dieu de leurs Peres. Cependant
pheſtion voyant que Jaddus ne veut s'expliquer
qu'en préſence d'Alexandre , lui deffend
'avancer plus loin , & ſe retire. Cratere
amene Onias au grand regret de fon pere.
Abner qui voit que l'accompliſſement de l'Oracle
dépend de voir Alexandre , conſeille à
addus de ne point retourner àJerufalem qu' il
e ſe ſoit montré à ce Prince ; Jaddus eſt trop
dele aux ordres de Dieu, pour ne pas aprouver
le ſentiment d'Abner.
ACTE V.
Epheſtion rend compte à Alexandre de ce
qui s'eſt paſſé entre Jaddus , Onias & lui. Ce
Prince ſent redoubler ſa colere , quand Ephefion
lui apprend avec quelle fermeté le fils a
xhorté le pere à obſerver leſerment qu'il a fait
Darius de ne jamais employer les armes des
uifs contre lui. Il en veut punir Onias , &
envoye chercher. Parmenion qui eft chargé
e cet ordre l'amene devant lui; il interroge
on Captif , qui lui répond avec toute la liberé
qu'un grand courage conferve dans les plus
grands revers . Sanabaleth pour achever d'iriter
le Vainqueur , vient lui apprendre que
ferufalem a infolemment ouvert ſes portes .
&
1
2076 MERCURE DE FRANCE .
4
1
&que tous les chemins quiy conduiſent ſont
jonchez de fleurs. Alexandre ne balance plus
àperdre ces témeraires ; il ordonne à Sanabaleth
de les aller obſerver ; il veut tout mettre
à feu & à fang , & n'exempte dans ce carnage
que le Grand-Prêtre qu'il veut qu'on lui amene
vivant pour le faire mourir dans les fupplices.
Jaddus effrayé du ravage prochain de
Jerufalem , fe préſente à lui , &lui parle en
homme percé de douleur. Alexandre eft frappé
à ſon aſpect ; il le reconnoît pour ce même
Prêtre qui lui eſt autrefois apparu en fonge.
Ses habits Sacerdotaux , ſa Thiare , le ton de
ſa voix , les traits de fon viſage , tour lui rappelle
celui qui l'a exhorté de la part du Ciel
paffer l'Helleſpont ,, & à commencer
Conquêtes par la défaite de Darius. Il eſt pénetré
d'un ſi profond reſpect à ſa vië , qu'il
baife le Nom de Dieu tracé ſur ſon front. II
lui tend une main favorable , & loin d'éxigerde
lui les ſecours qu'il lui avoit demandez
contre Darius , il le laiſſe auffh-bien que rout
le Peuple Juifdans une entiere liberté de Religion.
Il fait plus , il va avec ce Grand-Prêtreoffrir
des Sacrifices au vraiDieu fur les Autels
de Jerufalem.
à fes
Le Dimanche 14. Septembre , l'Aca
démie Royale de Muſique donna la premiere
repreſentation des Amours des
Dieux , Ballet Héroïque , compoſé de
quatre Entrées & d'un Prologue. Les paroles
font de M. Fuzelier , & la Muſique
de M. Mouret : Cet Ouvrage a été reçû
du Public avec une ſatisfaction generale
& très-marquée.
PROSEPTEMBRE.
1727 , 1077
PROLOGUE .
Le Théatre répreſente le Temple de
l'Amour de la Ville de Tomes , lieu de
l'éxil d'Ovide ; ſon Mauſolée paroît placé
au fond de ce Temple. L'Hiſtoire nous
apprend que les Sarmates y celebroient
tous les ans des Jeux funebres à l'honneur
de ce fameux Poëte , qui avoit porté
fur les bords glacez du Danube , l'Art
d'aimer , ce talent dangereux qui l'avoit
fait exiler loin des Rivages du Tibre. La
Prêtreffe Scithe,& le Chefdes Sarmates,
conduiſent cette Fête & invitent tous
les Amans des anciens Peuples du Nord
à s'y trouver.
Ne tardez pas , ſuivez le devoir qui vous
preffe,
Venez, tendresAmans , venez, accourez tous ;
Votre encensdans ces lieuxdevroitbruler fans
ceffe ,
.'
Et le tombeau d'Ovide eſt un Autel pour vous.
Pour terminer les jeux avec éclat , ils
appellent les plaiſirs , & les chargent de
répreſenter les Amours des Dieux , chantez
autrefois par la Muſe galante d'Ovide.
PREMIERE ENTREE .
Le Theatre offre aux yeux des Spectateurs
2078 MERCURE DE FRANCE .
J
teur la Mer & un Rivage ſemé de Rochers.
Amymone , Nymphe , & une des
filles de Danaus, y vient déclarer dans un
Monologue , la ſituation de ſon coeur.
Elle aime Neptune qui l'ignore , & eft
aimée par un Faune , qui l'interrompt
dans ſa rêverie ; après des reproches réïterez
, il lui veut arracher un aveu favorable
qu'il ne mérite pas. La Nymphe
allarmée , implore le ſecours de Neptune.
Le Dieu des Mers paroît , ordonne aux
Tritons de punir le Faune , & dit à la
jeune Amymone.
Il vous aime , quel crime ! &qu'il eſt pardonnable
!
Ah ! quand je punis ce coupable ,
Je ſuis plus criminel que lui.
Jeune Beauté , vos yeux vainqueurs
Se font rendre fans ceſſe un tribut légitime ;
Si l'amour vous paroît un crime ,
Vous ne verrez jamais que de coupables
coeurs,
La déclaration de Neptune eſt écoutée
favorablement , il eſt inſtruit de ſon bonheur
,& il invite les Divinitez de la Mer
& les Matelots à le celebrer. La Dile Camargo
danſe dans le Divertiſſementun pas
de deux avec le St Laval, qui eſt univerſellement
SEPTEMBRE . 1727. 2079
lement applaudi . Le Faune eſt repreſenté
par le St Tribou , Neptune par le S'Tevenar
, & Amymone par la Dile Peliffier .
On nous diſpenſera de louer dans cet
Extrait des Acteurs trop connus & trop
eſtimez , pour nous laiſſfer rien de nou.
veau àdire fur leur chapitre. On ne donnera
pas auſſi trop de morceaux détachez
des Scenes ; ces morceaux , quoique goûtez
, ont beſoin d'être vûs dans leur place
, pour ne rien perdre de leur agrément.
Nous nous contenterons de mettre dans
cet Ate un Air parodié que chante Mlle
Minier , en Matelotte.
Jeunes coeurs , quittez le Rivage ,
Embarquez-vous avec l'Amour.
Souvent il nous fait dans l'orage ,
Gouter les douceurs d'un beau jour.
Partez , qu'à vos voeux tout réponde ,
Vous allez voir voler ſur l'Onde ,
Autant de Jeux que de Zéphirs :
N'allez pas conſulter la Raiſon ſur la route ;
On s'égare, lorſqu'on l'écoute ;
Elle épouvante les Plaiſirs .
Dans lePort du bonheur ſuprême ,
Si l'on veut arriver ;
G Qu'il
2080 MERCURE DE FRANCE.
P
C'eſtdans les yeux de ce qu'on aime ,
Qu'il faut apprendre à le trouver .
SECONDE ENTREʼE .
Caliſto , fille de Licaon , Roy d'Arcadie
, paroît ſeule dans le Palais des Rois
d'Argos , & inftruit les Spectateurs qu'elle
eſt inconnue dans la Cour de la Reine
Niobé , qui lui a donné un azile dans
fes Etats. Elle a été aimée & abandonnée
par Jupiter. Niobé arrive , & Caliſto
la félicite ſur ce qu'elle va remplir
le Trône d'Argos , vacant par la mort
du Roy Phoronée ſon pere , & époufer
Phorcas , Roy de Thraces. Nicobé répond
qu'elle n'aimepoint Phorcas, & que
c'eſt Jupiter qui occupe ſon coeur. Caliſto
étonnée de trouver une Rivale dans
une Protectrice , dit à Niobé qu'elle doit
craindre Phorcas, ſi elle ne l'aime point ;
que les Guerriers , compagnons de ſes
Conquêtes , l'ont ſuivi dans Argos ; &
enfin ne pouvant ni la détourner de fon
deſſein ni l'intimider , elle ſollicite le
Roy de Thrace pour entreprendre leur
commune vengeance. Niobé reſte ſeule
& fonge à ſa gloire nouvelle: elle chante .
Le Souverain des Dieux me cede la victoire ,
Il me rend ſonhommage, ainſi queles Mortels;
Des
SEPTEMBRE. 1727.2081
Deshonneurs éclatans aſſurent ma memoire ,
Je monte ſur le Trône & j'attends des Autels.
Phorcas ſurvient & déguiſe d'abord fa
fureur ; enſuite il éclate & menace Niobé
de l'eſclavage ; il fort & fa menace
ſuivie d'un prompt effet , eft executée par
Caliſto , qui fait arrêter la Reine dans
ſon propre Palais. Niobé implore le ſecours
de Jupiter qui fait éclater ſon Ton.
nerre pendant que les Argiens combattent
la ſuite de Phorcas , lequel expire
enfin,puni de fon audace.Jupiter deſcend
des Cieux & les Argiens , témoins de
ſon amour , celebrent ſa prefence & leur
victoire par des chants & des danſes .
La Dille Lambert remplit le Rôle de
Caliſto , le St Chaffé celui de Phorcas ,
le St le Mire celui de Jupiter , & la
Dile Antier ſe fait admirer dans celui
de Niobé , & dans un air accompagné
de Trompettes d'un goût nouveau &
fingulier qui plaît infiniment. Le St Blondy
danſe une Chaconne guerriere avec
despas&des attitudes qui expriment parfaitement
la joye & la fierté d'un Héros
vainqueur.
TROISIEME ENTRE'E.
Le Théatre repreſente un Hameau de la
Gij Theffa-
L
5
2082 MERCURE DE FRANCE.
Theffalie. Coronis , Bergere , aimée d'Apollon
, y paroît d'abord avec Iſmene ſa
Confidente. Cette Scene apprend qu'Apollon
n'eſt plus aimé de Coronis &qu'elle
l'a facrifié à Iphis , Pasteur Etranger
& aimable ; elle apprend auſſi qu'Apollon
n'eſt connu pour Dieu que de Coronis
, & qu'exilé des Cieux par Jupiter ,
il eſt réduit à garder les Troupeaux d'Admette
. La ſeconde Scene ſe paſſe entre
Apollon &Coronis ; elle eſt interrompuë
par l'arrivée de Mercure qui vient annoncer
au Diett traveſti que Jupiter le
rappelle dans les Cieux. Apollon eſt chagrin
d'une nouvelle qui lui rend les honneurs
de la Divinité, en l'éloignant de
ce qu'il aime. Il entend des Muzettes &
s'écarte pour chercher Coronis. Ces Muzettes
annoncent Iphis ſur le Théatre ,
avec les Bergers qui ſe réjoüiffent
de ſon bonheur ; il vient d'obtenir
du pere de Coronis la promeſſe de
l'épouſer. Il annonce cette promeſſe à la
Bergere qui vient de recevoir les adieux
d'Apollon . On continue la Fête. La
Dile Cartou , jeune Chanteuſe , nouvellement
reçûë à l'Opera , y chanta avec applaudiſſement
un Air Champêtre , ſuivi
d'une Parodie ſur une Muzette , dont'
voici les paroles ;
Dans
SEPTEMBRE. 1727. 2083
Dans nos Champs s'il coule des larmes ,
Des ingrats
Ne nous les arrachent pas.
Nous pouvons aimer fans allarmes ;
Ici tous les coeurs ,
1
Ne font jamais vains ni trompeurs :
La Bergere ignore ſes charmes ,
Et l'art de changer ,
N'eſt pas ſçû du Berger.
La Dlle Sallé, jeune Danſeuſe, qui vient
de la Cour d'Angleterre , où elle a extrémement
brillé , danse dans la Fête
avec le St Dumoulin, & occupe la place
de la Dile Prévôt , qui eſt indiſpoſée ; elle
compte cependant de reprendre bientôt
les Entrées qu'elle devoit danſer. La
Dile Sallé a été fort goûtée. Le St Dun
execute le Rôle d'Iphnis ; le St Tribou
celui d'Apollon , qu'il finit par un Monologue
pathetique , rendu avec un feu qui
touche & qui intereſſe fort. La Dile Peliffier
repreſente Coronis. Il eſt inutile de
dire qu'elle le repreſente bien. Revenons
au Divertiſſement ; il eſt troublé par Apollon
, qui prêt à monter aux Cieux , entend
le Concert des Bergers , & furpris
& picqué de l'infidelité de Coronis ; il
३
1
veut
2084 MERCURE DE FRANCE.
veut l'immoler la premiere à ſa vengeance
; ileſt retenu par Iphnis qui ne le croit
qu'un Berger. Coronis plus épouvantée
du péril d'Iphis , que du ſien , l'entraîne
dans la Couliffe où Apollon outré lance
fon Javelot , & fait périr du même coup
fon Rival & l'inconſtante qui l'a trahi .
Voici quelques -uns des Vers qui expri
ment les regrets d'Apollon .
Qu'ais- je fait ? Coronis ! .. quoi , ma barbare
main,
A donc lancé le trait qui vous perce le ſein ..
OCiel ! vous deſcendez ſur le Rivage ſombre ,
Etmon Rival vous ſuit dans l'Empire des Ombres
...
Coronis , vous mourez ... O deſtin trop cruel...
Coronis , vous mourez ... & je ſuis immortel.
QUATRIE ' ME ENTRE' E.
Le Théatre repreſente un Rivage ſolitaire
de l'Ifle de Naxos ; on voit dans
le lointain le Vaiſſeau de Théſée qui fuit
à pleine voile. Ariane ouvre la Scene
par des plaintes . A la fin de fon Monologue
la Décoration change ; la Mer &
les Rochers diſparoiſſent ; on voit de
toutes parts des côteaux chargez de vignes
& peuplez de Bacchantes & des Satires
envoyez par Bacchus , pour préparer
Ariane
SEPTEMBRE. 1727. 2085
Ariane à changer en ſa faveur. Le Dieu
arrive bien -tôt lui-même , déclare ſon
amour à la Princeſſe , & l'invite à oublier
Théfée ; la fille de Minos , loin de
répondre aux ſoupirs du Dieu , en fait
entendre de nouveaux pour ſon Amant
volage . Ah ! s'écrie-t-elle avec tranfport.
Pour le ſuivre , l'ingrat , j'abandonnois des
lieux
Commandez par un Roi formé du Sang des
Dieux ;
Vainement le devoir ſevere ,
Rappelloit dans mon coeur les vertus de mon
pere ,
Et les droits du ſéjour de mes facrez Ayeux ;
Amour , je n'écoutois que ton ordre ſuprême;
Tu me difois , helas ! dans ces tendres momens
,
Fuis , Ariane , fuis , je te conduis moi-même,
Accompagne un Heros qu'engagent ſes ſer.
mens ;
Qu'importe quels climats habitent les Amans?
La Patrie eſt toûjours où l'on voit ce qu'on
aime.
Enfin Ariane vaincuë par les emprefſemens
de Bacchus , & par un juſte dé-
Giiij pit,
2086 MERCURE DE FRANCE.
pit , accepte la main & l'empire que lui
offre le Vainqueur de l'Inde. La Dile Antier
jouë le Rôle d'Ariane avec ſon intelligence
& fon goût ordinaire , & le
SrTevenart remplit celui de Bacchus avec
grace & dignité. La Dlle Camargo danſe
ſeule dans le Divertiſſement , la fineſſe
& la legereté de ſes pas ne laiſſent rien
à défirer.
On apprend de Vienne qu'à l'occaſion
de l'Anniverſaire de la naiſſance de l'Imperatrice
, on repréſenta en plein air
dans les Jardins du Château de la Favorite
, devant toute la Cour , le nouvel
Opera de l'Hymen , qui fit un fort grand
plaiſir. Les paroles font de M. Apoftolo
Zeno , Poëte & Hiſtoriographe de l'Empereur
, & la Muſique de M. Caldara
Sous-Maître de la Chapelle de S. M. I.Les
Décorations avoient été ordonnées par
M. Joſeph Galli Bibiena , premier Ingenieur&
Architecte des Théatres de l'Empereur
, & par M. Antonio ſon frere
ſecond Ingenieur.
د
Les Comediens François donnerent le
11. Septembre la premiere repreſentation
, des petits Hommes , ou l'ifle de la
Raifon , de M. de Marivaux. Comedie
en trois Actes , en Profe, avec un Prologue
SEPTEMBRE. 1727. 2087
gue & des Vaudevilles à la fin , qui quoique
pleine d'eſprit , ne parût pas être
goûtée du Public. Elle a été jouée quatre
+ fois.
Les mêmes Comediens ont reçu une
autre Comedie en trois Actes & en Proſe
, avec des Divertiſſemens , qui a pour
titre , les Amazones Modernes
Cos Comediens redonneront au mois
de Novembre la Tragedie d'Alceste de
M. de Boiffy , à laquelle l'Auteur a beaucoup
travaillé.
Les Comediens Italiens, ont donne le
24. de ce mois , l'Iſle de la Folie , Comedie
en un Acte , des Sts Dominique
& Romagneſi , Comediens de l'Hôtel
de Bourgogne , qui a une grande réuffite.
On en parlera plus au long le mois prochain
, où l'on eſt obligé de renvoyer
l'Extrait de la Pastorale de Zephire &
Flore , par l'abondance des matieres .
Le 28. Août , l'Opera Comique donna
la premiere repreſentation d'une Piece
nouvelle en deux Actes , précedée d'un
Prologue , ornée de chants & de danſes,
qui a pour titre , La Bagatelle ou Sancho
Pança , Gouverneur. La Muſique des
Divertiſſemens & des Vaudevilles qui eſt
du Sr Gilliers , a été fort goutée.
Gy La
2088 MERCURE DEF RANCE.
La Troupe des Danſeurs de Corde a
fait beaucoup de plaifir au Public . On
y a vu un Sauteur Anglois , d'une taille
fort avantageuſe & très bien priſe , âgé
de 24. ans , qui fait des ſauts perillenx
d'une force & d'une adreſſe admirable ;
Un autre danſe ſur la corde avec des fabots
ou des bottes , y bat le Tambour
en cadence , & y fait l'exercice du Drapeau.
Une femme Italienne nommée Violente
, danſe les Folies d'Eſpagne ſur une
planche de 8. pouces de large , fimplement
poſée ſur la corde , & fait divers
autres tours très-ſurprenans , avec beaucoup
de juſteſſe , de grace& de hardieffe .
L'Anglois fait le ſaut perilleux pardeffus
14. hommes , rangez de bout , fans en
toucher aucun , avec une extrême legereté.
*****
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE .
Naffure que
Opret de former le
le Pacha de Babylone étant
Siege d'Iſpaham, avoit
eu une entrevûë avec le Sultan Acheraf, qu'ils
étoient convenus d'une fufpenfion d'armes , &
qu'on ne doutoit pas qu'il n'y eut bien- tôt un
accommodement entre les deux Nations.
On a appris de Tunis , qu'un Armateur
Malthois
SEPTEMBRE. 1727. 2089
Malthois y étoit entré fans pavillon au commencement
du mois dernier ; que l'équipage
de ceNavire s'étant foulevé dans l'Archipel ,
contre ſon Commandant , l'avoit maſſacré, &
s'étoit determiné enſuite àcourir ſur les Chrétiens
; que le premier Bâtiment qu'il avoit rencontré
, étoit la Barque du Patron Comel ,
François , qu'il avoit égorgé avec tous les Matelots
; que le ſecond étoit encore un autre
Bâtiment François , commandé par le Capitaine
Simian , duquel il avoit enlevé 6000. Ducats
, 1000. Sequins, tous les Agrez , le Canon
& les vivres : cet Armateur étoit venu enfuite
fe mettre ſous la protection du Dey , qu'il
s'étoit fait Mahometan , & qu'il avoit mis aux
fers tous ceux de ſon équipage, qui n'avoient
pas voulu ſuivre ſon exemple.
La maladie contagieuſe fait de grands ravages
à Smyrne , ainſi que dans pluſieurs autres
Echelles du Levant .
Onmande deConſtantinople , que le Divan
avoit pris la reſolution , malgré l'avis du Mufti,
de traiter avec le Sultan Acheraf, & qu'on
avoit fait partirun Aga , avec des pleins pouvoirs
, pour ſigner un accommodement avec
lui.
Les Lettres de Bender portent que ſur les
plaintes réïterées des Habitans de cette Ville ,
contre les exactions du Pacha , le G. S. avoit
envoyé ordre de l'étrangler ; ce qui avoit été
executé au commencement du mois de Juillet ,
enprefence de l'Officier chargé de cet ordre.
Selon ces Lettres , l'Hoſpodar de Volhinie
ſe voyaanntt accusé de diverſes concuffions , &
principalement d'avoir , contre le Droit des
Gens , chaffé le Réſident des Tartares de Crimée
, qui lui reprochoit ſes malverſations , il
avoit envoyé un Deputé au Kandes Tartares ,
Gvj ayec
2090 MERCURE DE FRANCE.
avec 250. bourſes de soo. Sequins chacune ;
mais le Kan ayant pris l'argent , & fait mourir
le Deputé , il avoit dépêché un Exprès à
laPorte, avec un mémoire contenant les plainres
des Négocians Turcs & Etrangers , contre
lui.
On a reçû avis d'Alger , qu'il y étoit arrivé
de Conſtantinople un Capigi Bacha avec un
Traité de Paix conclu entre l'Empereur & la
Regence ,lequel a été ſigné par le Refident de
S. M. I. à la Porte , & par le Capigi-Bacha
au nom du G. S. que le Divan s'étoit affemblé
à cette occaſion , & qu'il avoit refuſé de ratifier
ce Traité ; mais qu'il avoit été réſolu que
par déference pour S. H on expedieroit fix
Paſſeports pour autant de Vaiſſeaux portant
pavillon de l'Empereur , fans admettre à Alger
aucunConfulde ſa part.
Les dernieres Lettres de Conſtantinople portentque
l'armée du G. S. qui étoit en quartier
de rafraîchiffement entre Erivan & Ifpaham .
avoit été battuë par un corps de Troupes du
Sultan Acheraf, & que les Janiſſaires& les
'artares s'étoient rendus Priſonniers de guerre
, intimidés par les Propheties que ce Chef
des Rebeles avoit fait publier par ſes Emiſſaires.
Ces Lettres ajoûtent que les frequentes pertes
fouffertes par les Turcs depuis qu'ils ont porté
la guerre en Perſe , & en dernier lieu le naufrage
du convoy qu'on y envoyoit par la Mer
Noire , avoient fi fort découragé les Peuples ,
que le Grand Vizir étoit perfuadé qu'il n'en
pourroit plus tirer aucun ſecours , que le Divan
avoit pris la réſolution de terminer cette
guerre par un accommodement , & que pour
cet effet on avoit rétabli la Charge de Juge des
Troupes; qu'on en avoit revêtu Bethullah Effendi
,homme d'unegrande capacité , &qu'on
lui
SEPTEMBRE. 1727. 2001
•
lui avoitdonné les inſtructions & les pouvoirs
néceſſaires pour aller traiter avec le Sultan
Acheraf.
Nouvelles de Perſe , de Zulfa le 28 .
Août 1726.
Es choſes ſont broüillées que ja-
Lmais.Onparled'Armées de trois ou quatre
côtés qui doivent attaquer les Aghuanis. La
plus formidable eſt celle qu'on dit être du côté
d'Hamadan de deux centmille Turcs. Tout le
monde craint le changement , quoique tous le
ſouhaitent ; parce que les Aghuanis ne font ni
affez forts , ni en affez grand nombre pour pouvoir
tenir contre cette puiffante armée. Ils n'ont
combattu juſques àpreſent que contre la foibleſſe
Perſienne: voyant donc la néceſſité du
changement , on ſouhaite qu'il ſe faffe au plûtôt
, efperant de trouver mieux :mais on craint
tout des Ofmanlics , qui , à ce qu'on affure ,
ne laiſſeront la vie qu'à ceux qu'ils daigneront
faire leurs eſclaves. La grande politique des
Aghuanis , c'eſt de fi bien fermer les chemins ,
qu'il ne vienne aucune nouvelle de ce qui ſe
paffe dehors. Ils ont fait une choſe qui paroîtroit
impoffible , ſi nous ne l'avions vuë de nos
yeux, c'eſt qu'en moins de trois mois , ils fe
font faits au milieu d'Iſpaham même, une Ville
gu'ils ont entourée d'une muraille , haute d'environ
40. pieds ,& foûtenuë de so. en so. pas
par des tours , & ils ont creuſé tout autour
un grand & large foffé ; de façon que cette
Ville ett plus forte qu'elle n'a jamais été. L'enceinte
peut être de deux heures de chemin.
RUSSIE
2092 MERCURE DE FRANCE.
L
RUSSIE .
E Czar a donné ordre à tous ſes Miniſtres
dans les Cours Etrangeres , d'y demander
qu'on luiaccorde le titre d'Empereur de toutes
les Ruffies , que quelques Puiſſances n'ont pas
fait de difficulté de donner au feu Czar fon
ayeul.
S. M. Cz doit nommer le P. Menzikoff, LieutenantGeneral
de fes Etats , & lui donner une
garde compofée de Cavalerie & d'Infanterie.
On a reçû avis que le General des Turcs qui
commande en Georgie , avoit fait dire au MajorGeneral
Romanshoff, que les Commiſſai.
res du G. S. avoient reçu ordre de ne rien figoer
, par rapport au Reglement des Limites ,
qu. Diéalablement le Czar n'eût fourni un ſecours
de Troupes à S. H. pour l'aider à chaffer
celles SultanAcheraf, des Provinces qui font
à l'Occident & au Midy de la Mer Caſpienne.
L'Empereur a donné au Prince Menzikoff le
Duché de Cofel en Silefie , & le Czar a donné
au Comte de Rabntiu , Ambaſſadeur de l'Empereur
, le Palais de Kikin , où l'Academie des
Sciences établie à Petersbourg , s'aſſembloit ,
avec tous les meubles qui étoientdedans.
Lerr . Aouſt vers les trois heures du matin,
le feu prit à un des Magazins de Chanvre qui
font le long de la Neva , d'où il ſe communiqua
aux autres tout remplis de lin, de goudron,
de fuif& d'autres matieres combustibles . Ils
furent tous confumés en moins de deux heures
,&le vent ayant pouffé les flammes du cô
té des vaiſſeaux qui étoient dans la riviere , il y
en eût 32. de brûlez avec toutes les marchandifes
dont ils étoient chargez. Une Barque fur laquelle
pluſieurs perſonnes s'étoient jettées pour
ſe ſauver à travers de ces bâtimens enflammés ,
eut
SEPTEMBRE. 1727. 2093
eutauſſi le malheur de perir , ainſi que la plûpartdes
hommes qui avoient pris le parti de
paffer la Riviere à la nage. On compte qu'il
a péri près de soo. perfonnes. Tout a été
brûlé depuis l'Hôpital juſqu'à la Sucrerie , ce
qui faifoit une fuitede bâtimens de plus d'une
demi- lieuë de long. Le dommage eſt eſtimé
trois millions de Roubles. La Ville de Peterf-
*bourg a été en très-grand danger ; mais par les
bons ordres donnés , on a prévenu la communication
de l'Incendie. Dans le nombre des-Navires
qui ontperi par les flammes , il y en avoit
3. Anglois , 2. Hollandois , 1. Hambourgeois
&unBâtimentde Lubec .
Le Pr . Gallitzin quí commande en chefdans
les Provinces conquiſes par le feu Czar ſur les
frontieres de Perſe, a donné avisqu'un corps
deTroupes Turques&Georgiennes avoit fait
diverſes tentatives pour furprendre la Forterefle
d'Andreof& un autre Fort qui eſt ſur le bord
de la Mer Cafpienne ; mais que ces Troupes
n'avoient pû réüffir dans leurs entrepriſes.
Lemême Prince a écrit depuis au Czar , qu il
avoit reçu avis d'Iſpaham qu'il y avoit un Traité
de Paix conclu entre le G. S. & le Sultan
Acheraf; que S. H. lui cédoit toutes les conquêtes
faites les années précedentes par les
Turcs , à la réſerve de la Ville de Tauris&d'un
certain District de 40. lieuës d'étendue : que le
bruit couroit que ce Chefdes Rebelles avoit
pris la réſolution de tourner toutes fes forces
contre lesMoscovites ,& de les chaffer de toutes
leurs Conquêtes .
S. M. Cz. a augmenté de sooo. Roubles la
penfion annuelle de la Czarine fon ayeule , qui
elt fortidepuis un mois du Monaftere deSleutelbourg
, rour fe retirer dans une autre MaifonReligieu'e
près de Mofcou.Cette Princeffe
ayant
2094 MERCURE DE FRANCE .
ayant pris le partide finir ſes jours dans la re
traite , elle n'ira pas à la Cour , comme on l'avoit
crû.
L'Empereur & l'Imperatrice ont envoyé des
prefens magnifiques au Czar leur neveu , & à
la filledu Pr.Menzikoff qu'il doit épouſer ; il y
a auſſi un diamant de 6000. Roubles pour la
foeurde cette Princeſſe.
POLOGNE .
LETTRE du Comte Maurice de Saxe
au Roy de Pologne , écrite de Conigfberg
le 14. Juillet .
SIRE ,
Je suis contraint par une neceſſité fatale de
défobeir aux ordres ſi ſouvent reïterez par V. M.
que son Miniſtre le Comte de Watzdorff me
declara encore en dernier lieu , de ne plus fonger
àla Curlande. Je ne puis que me jetter
aux pieds de V. M. par cette derniere instance,
pour la supplier avec toute la soumiſſion poſſible
, desuspendre pour un moment les confiderations
relatives au Decret de la Diette de
Grodno , pour envisager mes Engagemens du
côté de l'honneur & de la reputation qui me
touche en particulier.
Je dois tout à V M. & ma vie est le moindre
Sacrifice que je puiſſe lui faire : mais , Sire ,
des sentimens d'honneur me lient bien plus
étroitement à l'obligation de ne jamais faire
aucune demarche indigne de ma naiſſance. Je
ne suis plus à moi-méme ; je ne puis plus abandonner
un party honorable , ni me dedire &
manquer à ma parole ; ce qui entraineroit un
blame
SEPTEMBRE. 1727. 2005
blâme & des reflexions que tout honnête horsmene
peut concevoirſans fremir.
J'occupe un Employ distingué dans les armées
du Roy Tr. Ch. où la lâcheté & la trahison ne
Louffrent ni interpretation ni deguisement ,
je do's m'appliquer à en meriter encore de plus
éminens : mais, Sire , quand je voudrois paſſer
fur toutes ces confiderations eſſentielles.pourrois-
je évi er le reproche continuel de ma propre
conscience , & me resoudre à finir mes jours
dans un mépris manifeſte ?
ne
Je n'ai rien de plus profondement gravé dans
mon coeur qu'une entiere resignation aux ordres
de V. M : mais la reputation , Sire ,
peut reconnoître que foi- même ; j'en dois répon
dre ſeul ; &fi je suis jamais capable de m'écarter
un instant de ce principe , je ne suis plus
digne de vos bontez . Ce n'est ni par caprice ni
par legereté que j'ai donné les mains à mon
Election : j'ai été unanimement choisi par cette
Nation illustre , par ce Corps de Nobleſſe , qui
s'est signalé depuis plusieurs fiecles par son
attachement pour la Pologne , qui a plus d'une
fois contribué àſa gloire &àſes avantages,qui
ne cherche , ne demande & n'aspire à autre
chose qu'à perſiſter dans la fidelité de leurs
Ancêtres , & qui ne s'en departira jamais , à
moins que d'y être forcé.
On nous a condamné à Grodno , Sire : mais
nonobstant toute la cabale il y a eu des avis
justes qui vouloient qu'on nous écoutât. On ne
l'a point fait : c'est le fondement de la juste
crainte des Curlandois , & la cause de la fituation
amere où je me trouve. On veut établir un
Tribunal d' Inquisition en Curlande , comme on
a fait en d'autres lieux : je l'attendrai avec
toutes les diſpoſitions d'une ame ferme & inébranlable
fur tout ce que la prudence preſcrit
62
(
2006 MERCURE DE FRANCE.
en pareille rencontre : mais je ne pourrois,Sire,
qu'être inconsolable pour jamais , fi ces diſpofitions
me privoient des bontez & des graces
de V. M.
Daignez , Sire , faire quelque attention aux
veritez que j'oſe vous exposer , & qui doivent
me rendre plus digne de votre pitié que de vο-
tre colere .
Les Lettres de notification concernant la
Commiffionde Curlande , ont été envoyées
dans ce Duché par les Avocats de la Couronne
, & elles y ont été admiſes avec promeſſe
de les publier inceſſamment , malgré l'oppofitiondes
Gentilshommes qui ont eu plus de
part à l'élection eventuelle du Comte Maurice
de Saxe. Ce Seigneur n'a pû faire venir à
Mittau les armes qu'il avoit achetées à Dantzic
pour les mille hommes qu'il devoit prendre à
fa folde. LeDuc Ferdinand les a fait arrêter par
lesMagiftrats , qui n'ont pas jugé à propos de
lui refufer cette fatisfaction , dans la crainte de
ſe broüiller avec la République.
LaDucheffe Doüairiere de Curlande eſt allée
à Petersbourg poury folliciter les ſecours que
le Confeil de Regence paroiffoit diſpoſéd'accorder
au ComteMaurice: la République s'eſt
déterminée à faire approcher des frontieres du
Duché , les Troupes qui y doivent refter pendant
le tempsque durera la commiffion pour
la fûreté des Députés.Ces Troupes ont eu ordre
d'entrer dans ce Duché , depuis qu'on a eu
des avis certains que les 10000. Moſcovites qui
font enquartier auxenvirons de Mittau, avoient
des ordres fecrets de foûtenir le party quidoit
propofer dans l'Aſſemblée des Etats , de faire
unenouvelle électionen faveur du fils duPrince
Menzikoff , & de déclarer nulle celle qu'ils ont
faite en faveur du Comte Maurice qui s'eſt retiré
SEPTEMBRE. 1727. 2097
tirédans une Iſle du Lac d'Ufmeitz . Le Sous-
General de l'armée de la Couronne,& le GeneralMazura
partirent fur la fin du mois dernier,
pour ſe mettre à la tête des Troupesde laRepublique
,& faciliter l'ouverture de la Com-.
miffion.
Le 26. du même mois ; les Commiſſaires du
Roy &de la Republique de Pologne , firent
leur Entrée dans Mittau ,dont les Bourgeois
étoient en haye & fous les armes . Après avoir
entendu dans l'Egliſe des Catholiques , laMefſe
célebrée pontificalement par l'Évêque d'Ermerland
, ils ſe rendirent à l'Hôtel de Ville, où
ils firent lecture des Conſtitutions Royales qui
établiſſent leur Jurisdiction.Enfuite cePrélat expoſadans
une harangue les raiſons qui avoient
porté le Roy & la République à envoyer une
Commiſſiondans le Duché de Curlande,& perſonne
n'y ayant répondu, les Conſeillers& les
Deputez de la Nobleſſe , qui étoient prefens,
fe retirerent & rentrerent dans la Salle une
heure aprés , pour entendre la lecture de l'Acte
d'établiſſement de la Jurisdiction qui avoit été
dreffé par un Notaire. Dans les autres Séances,
on a lû feulement ce que les Generaux Mofcovites
qui font dans le Duché , ont iugé à pro-.
posde communiquer de leurs inſtructions.
Les Troupes Polonoiſes qui fervent d'eſcorte
aux Commiffaires , ont été augmentées de
trois Efcadrons & de quelques Compagnies
d'Infanterie , qui arriverent le 28. Août avec
le Sous-General de l'Armée de la Couronne.
CesTroupes montent la Garde dans la Place ,
&occupent les principauxpoſtes de laVille.
Les Generaux Moſcovites ont fait arrêter le
Lieutenant General Belling , le Comte Cronhielm,
Suedois , le Chambellan Dashali , les
Lieutenans Brink & Brunau , quelques Gentilshommes
2098 MERCURE DE FRANCE.
J
tilshommes de Curlande , & pluſieurs Officiers
du party du Comte Maurice. On a reçû avis
depuis peu que ce Comte ayant refuſé de fortir
du Château de Grovinie , où il s'étoit retiré
avec soo. hommes , y avoit été attaqué par les
Mofcovites ; & qu'après une vigoureuſe deffenſe
, il avoit été obligé de ſe ſauver.
E
ALLEMAGNE.
L
6. Août , l'Empereur nomma pour ſecond
& troifiéme Miniſtres Plenipotentiaires au
futur Congrès , le Comte de Winditſchgrats ,
&le Baron de Penterieder , Conſeiller d'Etat
ordinaire. S. M. I. a nommé depuis le Comte
de Zinzendorff , ſon Grand Chancelier ,pour
premier Plenipotentiaire.
Il paroît que l'Empereur a pris la réſolution
de tenir toutes ſes Troupes fur pied juſqu'à la
fin du Congrès: on continue de faire des Recruës
, & d'acheter des Chevaux pour la Cavalerie.
Le 26. du moisdernier , entre s . & 6. heures
du foir ,le Duc & la Ducheſſe d'Holſtein ,
firent , au fon des Trompettes & autres Inftrumens,
leurEntrée à Kiel, Ville conſiderable du
Duché d'Holſtein , ſituée ſur la Mer Baltique.
Tous les Vaiſſeaux de Guerre & les autres Batimens
qui étoient dans la Riviere , & qui parurent
tous illuminés, les ſaluerent par des décharges
réïterées de toute leur Artillerie . Les
ponts de la Ville étoient tapiffés de drap bleu ,
& toutes les maiſons ornées en dehors avec
beaucoup de magnificence. Ily eut le foir , à
l'Hôtel de Ville & au Château, 4. tablesde 50.
couverts chacune , où toute la Nobleſſe parut
avecdeshabits ſuperbes. Toute la Ville fut illuminée
pendant la nuit , & on fit à diverſes
repriſes
SEPTEMBRE. 1727. 2099
repriſes des décharges generales de l'Artillerie
des remparts. Le Duc d'Holſtein ayant apporté
dePetersbourg, d'où il étoit parti le 5. quelques
Cordons de l'Ordre de S. André , dont le Czar
lui avoit permis de diſpoſer en faveur des Seigneurs
de fa Cour ; ce Prince en a donné un à
M. Frederic de Wederkop , beau- frere de M.
Wich , Envoyé Extraordinaire du Roy d'Angleterre.
Lebruit court que l'Electeur Palatin a conſentique
le Roy d'Angleterre , comme Electeur
d'Hanover , demeurât poffeffeur de la dignité
d'Archi - Tréſorier de l'Empire , à conditionqu'on
lui endonnat un autre , & qu'il
s'en remettoit fur cela à la décision de l'Empereur.
Onmande de Zamoſck , que la Synagogue
de cette Ville ayant obtenu la permiffion de
faire enterrer un Juif qui avoit été executé à
mort avec un Chrétien ſon complice , à conditiond'enterrer
le Chrétien avant le Juif, elle
avoit été contrainte de déterrer le Juif , & de
lependrede nouveau , pour n'avoir pas executé
les conditions qui lui avoient été impoſées.
Le 6. de ce mois , le Duc de Richelieu , Ambaſſadéur
Extraordinaire du Roi T. C. à Vienne
,ſe rendit en grand cortege au Palais ; où il
eut ſonAudience publique de congé de l'Empereur
qui lui fit preſent de ſon portrait enrichide
Probi
diamans.
১
Le bruit court que S. M. I. a accordé au
PrinceRagotski une penſionannuelle de20000.
florins , à condition qu'il n'entreprendra rien
contre les interêts de la Maiſon d'Autriche.
ITALIE
2100 MERCURE DE FRANCE .
ITALIE.
1
Es grandes chaleurs qu'on a reflenties au
LRoyaume de Naples ,pendant deux mois,
ont fait périr tous les Vers à foye dans plufieurs
Provinces , principalement dans la
Calabre; ce qui a fait rencherir les Soyesprès
de 30. pour cent. On attribue aux mêmes
chaleurs diverſes maladies qui font mourir
beaucoup de monde à la Campagne & même
dans les Villes. On écrit de Naples que les
Hôpitaux ne pouvant plus contenir les pau--
vres qu'on y amene de tous côtez , on a été
obligé d'en mettre une partie ſous des Tentes
aux portes de la Ville. Tous ceux qui ont eû
affez de force pour être tranſportés aux Bains
de l'Iſle d'Iſchia & à ceux d'Agnano & de
Pozzuoło , y ont trouvé un prompt foulagement
; mais la ſaiſon de prendre ces Bains
eft paffée.
,
Le Chevalier d'Orleans , Grand-Prieur de
France , & General des Galeres du Roi T. C.
ayant pris congé du Pape , partit de Rome
le 9. Août vers les s. heures du ſoir pour
aller rejoindre fon Eſcadre à Civita Vecchia.
Les Cardinaux de Polignac , Ottoboni , &
Gualterio , le Connétable Colonne & l'Ambaffadeur
de la Religionde Malthe, lui envoyerent
leurs Caroſſes avec leurs Gentilshommes,
pour lui faire Cortege juſqu'à une lieuë de la
Ville.
Le Pape a déclaré qu'il réſervoit au Pere
Gotti,Dominicain , la riche Abbaye de Bologne
, dont le feu Cardinal Patrizii étoit Titu
laire ; ce qui fait croire que ce Religieux ſera
compris dans la prochaine Promotion de
Cardinaux.
Les
SEPTEMBRE . 1727. 2101
Les Chartreux ont obtenu de S. S. la permiſſion
de fortir de leur Cloître & d'aller en
Caroffe voir les curiofitez de Rome.
Ona publié en cette Ville une Bulle d'excommunication
contre tous ceux qui prendront
part aux jeux ou Loteriedite de Genes :
les Grands - Penitenciers ont ſeuls le droit
d'en relever.
Le Chevalier d'Orleans étant arrivé le 13 .
Août à Livourne avec ſon Eſcadre , en partit
le lendemain & paſſa par Florence , allant à
Reggio, pour rendre vifite à la Princefle ,
épouſe du Prince Héréditaire de Modene , &
il fut de retour à Livourne le 28. pour ſe rembarquer
ſur l'Eſcadre des Galeres de France
qu'il commande.
Les differends du Duc de Parme avec le
Gouverneur & la Régence du Milanez , au
ſujet des Limites des deux Etats , ne doivent
être reglés qu'après qu'il ſe ſera déterminé à
recevoir l'inveſtiture de ſes Duchés des mains
de l'Empereur.
La plupart des habitans des Villages qui
font à 3. ou 4. lieuës à la ronde du Mont Veſuve
, ont abandonné leurs maiſons , & ſe ſont
retiré plus loin , parce que cette Montagne
continue de jetter , preſque ſans interruption,
une grande quantité de matieres bitumineuſes
&de pierres embraſées.
On écritde Rome que le Cardinal Albani
a fait éxecuter depuis peu une Sentence prononcée
contredeux Bourgeois de Corinaldo ,
dans l'Ombrie , convaincus d'avoir affaffiné
une femme & fon fils pour s'emparer de leur
bien. Ces deux hommes ont été pendus
leurs maiſons raſées , leurs vignes arrachées ,
& leurs arbres fruitiers coupés dans leurs
Vergers.
ESPAGN
2102 MERCURE DE FRANCE.
1
L
ESPAGNE .
E II. du mois dernier , il arriva à Madrid
un Courier de France , chargé des
Dépêches pour le Nonce du Pape , avec lefquelles
ily avoit deux Lettres du Roi T. C.
Pune pour le Roi , & l'autre pour la Reine.
Le Nonce en donna part auſſi tốt au Marquis
de la Paz , Secretaire d'Etat , qui alla prendre
l'heure du Roi pour l'audience que le Nonce
demandoit. S. M. donna cette audience le
lendemain à 6. heures du foir , étant accompagné
du Duc Del-Arco , & des Marquis de
Sainte Croix & de Valouſe. Le Roi ayant fait
lecture de la Lettre de S. M. T. C. parut trèsattendri
, & dit à haute voix : C'est une Lettre
du Roi mon Neveu , qui fait compliment
fur l'heureux accouchement de la Reine ,
& nôtre réconciliation est faite. La Reine en
témoigna une grande fatisfaction , & tous
les Seigneurs de la Cour eurent l'honneur de
baifer la main de L. M. à l'occaſion de cette
nouvelle , qui fut aunoncée ſur le champ au
Prince des Afturies , aux Infants & à l'Infante,
auſquels les Seigneurs de la Cour eurent
auſſi l'honneur de baiſer la main. Cette nouvelle
a beaucoup contribué au rétabliſſement
de la ſanté de S. M. qui dort mieux qu'elle
n'avoit fait depuis fon retour du Château
d'Aranjuez .
me
Le 7. de ce mois , les Jeſuites de Madrid
firent l'ouverture de l'Octave de la Canoniſation
de S. Louis Gonzague & de S. Staniflas
Kottska , par une Proceſſion folemnelle
qui fortit du College Imperial vers les 4. heures
après midy. Toutes les rues ſur ſon paſſage,
étoient ornées de Tapiſſeries &de Tableaux ,
&
SEPTEMBRE. 1727. 2103
& il y avoit des Autels dreſſés de diftance
en diſtance. Les Buſtes des Saints , nouvellement
canoniſés , étoient fur un Char de
Triomphe , tiré par des enfans Nobles , vêtus
en Anges. On portoit enſuite les Statuës de
S. Ignace de Loyola , de S. François Xavier .
de S. François de Borgia , & de l'Apôtre
S. Jacques , qui étoient ſuivies par le Clergé
Seculier , par le Coadjuteur de l'Evêque de
Laren, en habits Pontificaux , & par le Corps
de Ville , ayant à ſa tête , le Corregidor Dom
François-Antoine Salcedo.
2 GRANDE - BRETAGNE .
ADRESSE préſentée au Roy d'An
gleterre , le 26. de Juillet , par M. Joseph
Wyeth , au nom des Quakers ,
on Trembleurs .
A George I I. Roi de la Grande-Breta-
:
gne , &c. Très-humble Adreſſe du
peuple appellé les Trembleurs.
GRACIEUX SOUVERAIN ,
Comme il a plu au Tout -Puissant , qui
tient enſa main le ſouffle des plus grandsMonarques
, de retirer par la mort feu notre
gracieux Roi , ton pere Royal , Nous , tes
humbles sujets , prenons d'autant plus depart
acette affliction , que son Regne a été une
bénediction continuelle pour tous ſes Peuples
ſous lequel nous avons non seulement jovi des
les ,
Indulgences qui nous ont été accordées par
H fea
2104 MERCURE DE FRANCE.
Jes Prédeceſſeurs Royaux , mais aussi obtenis
des marques éclatantes de ſa clémence &
bénignité , ce qui fait que nous avons une
grande &juste raiſon de déplorer la perte d'un
Prince fi gracieux & fi bien faisant.
Mais lorsque nous confiderons que la main
mifericordieuse de la Providence Divine a paifiblement
placé sur le Trône un fils fucceßeur
de ses vertus Royales , dont nous avons viử
avec plaisir un échantillon pendant la courte
experience de ta pradente administration ,
lorſque tu étois Regent. C'est une raiſonſuffi.
Sante pour diminuer notre triſteſſe , & adoucir
notre chagrin. Les esperances que nous
eûmes alors , ſont pleinement confirmées par
ta gracieuse Déclaration de deſſus le Trône ,
de rendre tous tes ſujets heureux , & de leur
aſſurer l'entière joüiſſance de leurs droits Religieux
& Civils.
C'est pourquoi , Grand Prince , Nous , quoiqu'une
petite partie de tes obéïſſans ſujets ,
demandons humblement la permission de nous
approcher de ta présence Royale avec de finceres
& cordiales félicitations sur ton avènement
au Trône Britannique dans une parfaite
tranquillité , pour déclarer notre entiere affec
zion & notre obéiſſance respectueuse pour ta
Perſonne Royale & pour ton Gouvernement
ainsi que notre principe chrétien & pacifique
nous y engage. Nous esperons grandement que
ta main sera l'heureux instrument qui finira
cet excellent ouvrage , commencé par ton pere
Royal , pour calmer & appaiser les differends
de l'Europe , & pour prévenir les miſeres de
la Guerre , dont on étoit menacé , il n'y a pas
long-temps.
Nous demandons aussi très-humblement la
permission d'exprimer les sentimens de joye
dons
SEPTEMBRE. 1727 . 2105
, ta
dont nous sommes penetrés à la veže des vertus
eminentes de notre gracieuse Reine
Compagne Royale , & des esperances que nous
fondons sur ta nombreuſe lignée , dont les
Membres , comme autant de brillans & illuftres
ornemens autour du Trône , ſont de précieux
gages de la paix & de la tranquillité
future pour ces Royaumes.
Qu'il plaiſe à Dieu Tout- Puiſſant & tour
Sage, faire pleuvoir abondamment sur ta Tête
Royale &fur ta famille , ſes benedictions divines
& temporelles ! Que ſaſageſſe dirge tes
conſeils , pour l'avancement de la Religion &
de la Vertu , pour leſoûtien de la cauſe Protestante
en general , & pour l'avantage de
tous tes ſujers ! Qu'enfin le poids de la Couronne
& les soins qui l'accompagnent ordinairement
, deviennent legers & plus aisés àſupporter
, par la respectueuse & joyeuse obéissance
d'un grand & libre Peuple !
Signé en faveur du peuple ſuſdit , à Londres ,
le 23. du 5. mois appelléJuillet , 1727 .
Le Roi reçut leur Adreſſe très gracieuſement
, & répondit : Cette respectueuse &fidelle
Adresse m'est très- agréable , & vous pouvez
étre aſſurés de ma protection .
Ils allerent enſuite rendre leurs devoirs à la
Reine , à qui M. Jean Eccleſton fit le Diſcours
ſuivant:
Avec la permiſſion de notre Gracieuſe
Reine ,
Comme nous avons été famorisés de la liberté
de nous présenter à notre Gracieux Roi , pour
lui témoigner notre doutear fur la mort de fon
Pere pour le feliciter fur son avenement
au Trône Britannique , & pour lui donner
des affſurances de notre affection & de notre
fidelité pourfa Perſonne Royale & pour fon
Royal ,
Hij Gou2106
MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement . Nous demandons avec beau
coup de soumiſſion , la permiſſion de nous approcher
humblement de ta Perſonne Rovale ,
dans cette occaſion ſolemnelle , ainsi que nous
le faisons à present avec toute l'affection &
tous les égards qui conviennent à des sujets refpectueux
& obéisfans.
Gracieuse Reine , puiſſe ta joviſſance de la
Dignité Royale être longue & heureuse , &
puiſſe notre Gracieux Roi poſſederlong-temps
en paix le Trône Britannique , jusqu'à ce que
le temps à venir & la maturité des années le
transferent en sûreté à tes Rejettons Royaux a
qui font le sujet de nos esperances , étant formés
& élevés au Gouvernement par tes foins.
vertueux , pour ſervir un jour d'éxemples excellens
aux Princes à venir , pour être une
bénediction à la Poſterité la plus reculée ,
pour être une aſſurance effective , ſous la Providence
Divine de notre heureuse Constitution
préſente.
La Reine répondit auſſi très favorablement
à ce Diſcours .
Tout le monde ſçait que la Secte des Quakers
ou Trembleurs commença à s'établir en
Angleterre dans le 17. fiecle ; ils furent ainſi
nommez du mot Anglois quake , qui fignifie
trembler , parce qu'ils affectent de trembler,
quand ils prophetiſent ou qu'ils prient : ils
reduiſent toute la Religion aux moeurs , à la
charité mutuelle , à l'amour de Dieu , & à
une obſervation attentive des mouvemens interieurs
& fecrets de l'Eſprit. Leur culte eft
très fimple , fans ceremonie ni appareil : tout
confifte dans un filence triſte & religieux , en
attendant l'effuſion du S. Eſprit qui croyent
qui les excite à parler ; & ces prétenduës infpirations
ſubites aboutiſſent d'ordinaire à des
exliore
SEPTEMBRE. 1727. 2107
exhortations qui portent à la repentance &
la concorde. Ils affectent une droiture incor
ruptible dans le commerce , & une probité
à toute épreuve ; de plus , un viſage grave
&fevere ,un parler froid & une lenteur qui
les empêche de rien dire avec précipitation ;
beaucoup de modeftie dans leurs habits , &
une grande frugalité ſur leur table. Nulle forte
de ferment n'eſt en uſage chez eux. Leur débonnaireté
, la fimplicité de leurs manieres ,
la communication de leurs richeſſes , & la
pureté exterieure de leur vie , leur ont attiré
à pluſieurs égards l'amitié du Peuple , qui
d'un autre côté les a ſouvent tourne en ridicule,
en contrefaiſant leurs foupirs , leurs fanglots
leur exterieur reformé & mortifié ,
leur contenance grave & compofée, leur obftination
bizarre à ne mettre aucunedistinction
entre les hommes , & à les traiter tous avec
une égale incivilité.
د
Ils reconnoiffent George Fox pour leur
- Chef & Inſtituteur , & le qualifient de Grand
Apôtre & de glorieux Inſtrumentdans la main
de Dieu .
Les principaux points de leur créance font,
que Dieu donne à tous les hommes , fans en
excepter aucun , les lumieres furnaturelles
qui les peuvent fauver ; qu'il faut vivre ſelon
ces lumieres , fans leſquelles on n'eſt pas capable
d'entendre l'Ecriture , qu'il fautbannir
toutes ceremonies de la religion & de la focieté
civile ,juſqu'à celle de ſe ſaluer les uns
les autres en orant fon chapeau & de ſe dire
vous au lieu de toi.
Pour montrer de quelle maniere les Quakers
traitant les Puiſſances , nous rapporterons
ici l'Adreſſe qu'ils préſenterent en 1685.
au Roi Jacques II. fur ſon avenement à la
Hiij Cou2108
MERCURE DE FRANCE.
Couronne : elle eſt courte , familiere & fans
ornement quelconque , la voici :
Nous venons Te témoigner la douleur que
nous ressentons de la mort de notre bon ami
Charles , & la joye que tu fois devenu notre
Gouverneur. Nous avons appris que Tu n'es
pas-dans les Sentimens de l'Eglise Anglicane ,
non plus que nous . C'est pourquoi nous Te demandons
la même liberté que tu prends pour
Toi même , en quoi faiſant , nous Te souhaitons
touteforte de prosperité. Adieu .
Le 28. Juillet , le Roi d'Angleterre fit
le Diſcours ſuivant aux deux Chambres
du Parlement .
MYLORDS ET MESSIEURS .
Je. ne sçaurois afſſez veus exprimer l'extrême
Satisfaction que je reſſens , &c.
Meſſieurs de la Chambre des Communes ,
je dois vous remercier en particulier de l'unanimité
& de l'expedition avec laquelle vous
m'avez accordé les revenus neceſſaires pour le
foutien de ma famille , & pour les besoins de
mon Gouvernement Civil ; ce que vous avez
fait d'une maniere si agreable to avec de fi
justes égards pour l'honneur & la dignité de
la Couronne , que si quelque chose pouvoit augmonter
l'inclination naturelle que j'ai de faire
mon principal ſoin & toute mon étude du bonheur
de mes Sujets ; cette marque de la confiance
particuliere que vous avez en moi ,
'engageroit encore plus fortement à me servir
du pouvoir que vous m'avezdonné de faire de
bien
SEPTEMBRE. 1727. 2109
bien , pour avancer l'honneur & l'interêt de
mon Peuple.
L'ample provision que vousavez faite pour
la Reine , est une autre marque des égards
que vous avez pour moi : jesuis sûr qu'elle la
meritera bien , & j'en aurai toujours de la
reconnoissance.
MYLYOLORRDS ET MESSIEURS ,
Comme l'expiration de ce Parlement est prochaine
, je donneray les ordres neceſſaires pour
l'expedition des Lettres circulaires , afin d'en
convoquer un nouveau auffi- tôt qu'il sera poffible.
Je me persuade que l'envie & l'émulation
generale à témoigner de la fidelité & de
l'affection pour ma Personne , ( que j'ai remarqué
àma grande satisfaction , être univerſelle
) paroîtront encore davantage , par le shoix
d'un Parlement bien affectionné pour notre
préſent heureux établiſſement dans la fucceffion
Protestante répondrai de mon côté
par tout ce qui pourra contribuer à augmenter
une bonne correspondance & harmonie en
tre moi & mon Peuple , & tendre à perfectionner
&àperpetuer la felicité de la Grande- Bretagne.
: &j'y
Le Capitaine d'un Navire Anglois arrivé
d'Afrique , a rapporté qu'un Roi de la côte
s'étoit emparé à la fin du mois de Fevrier
dernierde la petite Ville de Whydah , du Fort
duRoi , du Comptoir Anglois & de tous les
Magazins de la Nation , qu'il avoit mis le
feu à toutes les habitations,& qu'il avoit fait
maſſacrer preſque tous les Européens qui y
étoient établis.
Hiiij Le
2110 MERCURE DE FRANCE .
Le Vice- Amiral Norris arriva le 17. du
mois dernier au ſoir à la Buoy de Nore , avec
tous les Vaiſſeaux de l'Eſcadre que le feu Roi
avoit envoyée à la Mer Baltique.
Trois Vaiſſeaux de Guerre du Roi font partis
de Plimouth , pour aller au détroit renforcer
l'Efcadre du Vice- Amiral Wager ; mais
on ne croit pas que les autres Vaifleaux qui
ont une ſemblable deſtination , mettent à la
voile , parce qu'on a reçû des Lettres de Lifbonne
, qui portent que les Eſpagnols avoient
commencé à retirer leur artillerie de devant
Gibraltar , & qu'on croyoit qu'il étoit arrivé
au Camp des ordres de la Cour d'Eſpagne ,
pour lever le ſiege , conformément au Préliminaire.
Le Colonel Stanhope , Vice - Chambellan
de la Maiſon du Roi , a été nommé ſon
premier Ambaſfadeur Plenipotentiaire au futur
Congrez .
Le4. de ce mois , entre 10. & 11. heures du
foir , le feu prit à Graveſend , ſitué à l'embouchure
de la Tamiſe , dans une Grange où s'étoient
retirez des gens qui faisoient la récolte
du houblon : l'incendie fut fi violent , qu'en
moins de 6. heures toute la Ville fut confumée
, à la réſerve de 12 , ou 13. maiſons ; mais
heureuſement le feu ne ſe porta point du côté
des Magazins des Vaiſſeaux qui n'ont fouffert
aucun dommage .
Le 6. au foir , il y eut à Londres dans la
ruë nommée Dirty Lane , près Long-Acre ,
un autre incendie qui conſuma ou endommagea
30. ou 35. maiſons.
On a reçû avis par le Hayman Galley qui
eſt arrivé de la Jamaïque à Bristol , qu'un
Vaiffeaude Guerre du Roi avoit pris dans les
Indes Occidentales un Navire Eſpagnol de
16
SEPTEMBRE. 1727. 21
16. Canons , qui avoit à bord 45000. pieces
de huit , une grande quantité de Tabac en
poudre & autres marchandiſes.
Le General Wade qui commande en Ecofſe
, poſa le 19. du mois dernier la premiere
pierre des nouvelles fortifications qu'on ajoute
au FortGuillaume, pour contenir lesMontagnards
de ce Royaume dans leur devoir.
On fait de grands préparatifs pour le Couronnement
du Roi d'Angleterre , la Couronne
dont le Roi eſt couronné le jour de fon
Sacre, eft eftimée à 160. mille liv. fterl. &
celle de la Reine à 112. mille.
On a reglé le nombre des plats dont les
Tables feront couvertes le jour qu'on fera le
grand feſtin dans la Sale de Westminster , après
La Ceremonie du Sacre .
La Table du milieu pour le Roi & la Reine
fera couverte de 175. plats. Les trois tables
au côté Occidental , de 639. plats ; & les trois
autres au côté Oriental de 631. enſorte qu'il
yaura en tout 1445. plats.
Le 28. Août , les Rois & les Herauts d'Armes
à cheval & en habits de ceremonie , accompagnez
des Trompettes , des Timbales &
des Hautbois de la Couronne , firent à Londres
, dans les lieux accoutumez , la lecture de
la Proclamation pour le Couronnement dit
Roi & de la Reine , fixé au 15. d'Octobre prochain.
LeRoi a écrit en conſequence des Lettres
Circulaires à tous les Pairs & Faireffes
d'Angleterre , afin qu'aucune raiſon ne puiſſe
les diſpenſer de ſe trouver à cette ceremonie,
avec tout ce qui leur eft neceſſaire pour faire
leur fervice , fuivant leurs titres , rangs &
qualitez.
On frappe à la Tour de Londres 1500..
Medailles , ſcavoir , 200, en or , & 800. en
Hv argent.
2112 MERCURE DE FRANCE.
argent , qui ont d'un côté le Portrait du Roi
&au revers , S. M. aſſiſe dans la chaiſe du
Roi Edouard , & près d'elle , la figure de la
Concorde , tenant en main une corne d'abondance
avec ces mots pour Legende ; Volentes
per Populos , & dans l'Exergue , Inaugurat.
4. Octobre 1727. Les foo. autres Médailles
qui ſont pour la Reine , & dont il y en a
1oo. en or, &400. en argent , ont d'un côté
fon Portrait , & de l'autre l'Effigie de S. M.
étendant un bras vers une figure qui reprefente
la Religion Proteftante , avec cette Legende
; Hic amor , & vis-à-vis l'autre bras ,
étendu à la gauche, ily a ces mots,HecPatria.
L
HOLLANDE , PAYS - BAS .
Es Etats Generaux ont nommé M. Abraham
Van Hey , Maître des Comptes des
Domaines d'Hollande , pour leur Ambaffadeur
à la Cour de France ; le Baron de Welderen
, M. Corneille Silvius , Bourguemeftre
de la Ville d'Harlem , pour leurs Ambaffadeurs
Extraordinaires auprès du Roi d'Angleterre
, &le Baron deHop, ci-devant Ambafladeur
à la Cour du Roi T. C. pour premie
MiniftrePlenipotentiaire au prochainCongrès,
L. H. P. ont auſſi nommé pour leur fecond
& troifiéme Plenipotentiaires , M. Frederic
Adrien de Rheedede Renſwoud,Député à l'Afſemblée
pour la Province d'Utrecht , &M.de
Goflinga , Député pour la Province de Friſe.
On a appris de Bruxelles qu'on y avoit
reçu avis que le Chevalierde S. George avoit
demeuré quelques jours à Nancy , & qu'il en
étoit parti depuis peu fans qu'on ſçache quelle
route il avoit prife.
Le 25. du mois dernier , le Marquis de Fenelon
, Ambaſſadeur de France à la Haye >
donna
SEPTEMBRE. 1727. 2113
donna un repas magnifique aux Miniftres
Etrangers , & à pluſieurs Députez de l'Afſemblée
des Etats Generaux , à l'occaſion de
la Fête de S. Louis , dont S. M. T. Ch. porte
le nom. Le 27. au foir , cet Ambaſſadeur
donna une grande Fête , avec feſtin & bal
pour la naiſſance des deux Princeſſes dont la
Reine de France eſt accouchée. On tira devant
fon Hôtel qui étoit magnifiquement illuminé
, un très beau feu d'artifice , & l'on fit
couler pendant toute la nuit des fontaines de
vin pour le Peuple.
On publia à Mons ſur la fin du mois dernier
, que ceux qui voudroient porter des vivres
auCamp , que les François doivent former
aux environs de Maubeuge , pourroient
le faire , fans payer aucuns Droits.
06900000
MORTS , MARIAGES DES PAYS
Etrangers.
Convoy & Funerailles du Roy
d'Angleterre.
Iqui étoiten depot Palais Epifco
E Corps du Roy d'Angleterre George I.
pal d'Ofnabruck , ayant été remis la nuitdu
3. au 4. de ce mois , aux Officiers du Royde
IaGrande Bretagne, ſon fils, fut porté àHanöver
en quatre nuits , & conduit par divers
Detachemens. Il fut reçu la nuit du 8. au 9. à
quelque diſtance de la Ville , par 60. Gardes
du Corps à Cheval , ayant à leur tête leBaron
deGortz , Commandant du Château, qui avoit
été nommé pour avoir la direction de la Pompe
funebre.
Hvj Le
2114 MERCURE DE FRANCE.
Le Convoi entra àune heure après minuit,
&la Marche ſe fit dans l'ordre ſuivant.
,
Deux Palfreniers à cheval , tenant des flambeaux
;unTrompette à cheval en grand deüil;
un Caroffe à fix chevaux dans lequel étoient
les Valets de Chambre & le Chirurgien du
feuRoy; un Officier & 30. Gardes à Cheval ,
l'épée nuë , la pointe en bas ; dix Valets de
Pied en deüil marchant deux à deux ; le Caroffe
du Corps à fix chevaux, conduits par autant
de Palefreniers ,& entouré de pluſieurs
Pages à pied , deuxTrompettes à cheval ; un
Officier& 30. Gardes à cheval , marchant
comme les premiers ; trois Pages à cheval ;
deux Officiers des Gardes du Corps à cheval,
engrandmanteau de deüil ;le Comte deGortz,
auffi en grandmanteau de deüil , monté fur un
cheval blanc; deux Chambellans à cheval en
long manteau de deüil ; deux Gentilshommes
de la Chambre , auffi en grand manteau ; deux
Gentilshommes de la Cour ; pluſieurs Valets
de Pied & Palefreniers portantdes flambeaux ,
&environ centBourgeois en deüil , qui marchoient
aux côtez du Convoy.
Lorſque leCorps fut arrivé à la premiere
Cour du Château 16. Colonels ou Lieute .
nans- Colonels prirent le cercueil & le porterent
au tombeau deſtiné pour ſa fepulture ,
qui étoit éclairé par un grand nombre de lumieres
, ainſi que l'Eglife & les Cours du
Château.
Le Cardinal Jean Patrizii , Legat de Ferrare
, y est mort le 29 Juillet , dans la 69° annae
de fon âge, Il jouiffoit de l'Abbaye de S.
Etienne, qui eft de 26. à 27000. écus de reven
. Il vacque par ſa mort un 3. lieu dans le
S cré College , le Pape ayantrempli tousteux
qui étoient vacans lors de la derniere promo
tica
SEPTEMBRE . 1727. 2115
tion de 9. Cardinaux dont S S. en a reſervé
7. in petto .
La Comteffle Magdelaine-Françoiſe de Tferclaesde
Tilly , Grande d'Eſpagne , mourut
le 16. du mois dernier dans ſon Château de
Tilly. Elle étoit veuve du feu Prince Tferclaes
de Tilly, Grand d'Eſpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toiſon d'Or. Elle.
étoit la derniere de la branche de ce nom , établie
dans les Pas-Bas.
La Princeffe Guiellmine- Henriete de Naffau
Dillebourg , mourut le 29. du mois dernier
à Francfort .
La Reine de Pologne mourut le s. de ce
mois dans ſon Chateau de Pretſch , âgée de
ss . ans , huit mois & dix jours. Cette Princeffe
qui ſe nommoit Chriſtine Everhardine , étoit
'fille aînée de feu Chriſtian Ernest , Margrave
deBrandebourg Culmbach- Bareith , mort le
10. May 17 12.&de Sophie Louiſe de Wirtemberg
, ſa ſeconde femme. Elle avoit été mariée
le 10. Janvier 1693. à Frederic Auguſté , Electeur
de Saxe , élu Roi de Pologne le 17. Juin
1697. Frederic Augufte , Prince Electoral de
Saxe , leur fils unique , né le 7. Octobre 1696..
épousa à Vienne le 20. Août 1719. Marie-Jofephe
, Archiducheffe d'Autriche , fille de
l'Empereur Jofeph , dont il a deux Princes &
une Princeffe.
Le Comte de Sutherland , Ecoffois , qui à
près de 70. ans , épouſa ſur la fin du mois dernier
à Londres, la veuve du Chevalier Jean
Travel, qui lui apporte en mariage autant de
mille livres fterl. qu'elle a d'années; c'est- àdire
, 4.5 . Le principal motifde la Dame dans
ce mariage , eft d'avoir l'honneur d'affifter , fe
lon le rangde fon époux , au Couronnement.
du Roy & dela Reine d'Angleterre.
Le
1
2116 MERCURE DE FRANCE .
Le bruit court à Londres , que le mariage
du Prince de Galles avec la Princeſſe Royale
dePruffe ,fa coufine germaine , eft conclu , &
que la celebration s'en fera dans deux mois.
********************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , c.
E 27. Août , les Députés des Etats
Lde Languedoc , rendirent viſite au
Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat,
dans le Département duquel eſt cette Province.
L'Evêque de Mirepoix , Membre
des Etats , & Député pour le Clergé , lui
fit un très beau Diſcours , dans lequel il
rappella les ſervices que les ancêtres de ce
Miniſtre rendent ſucceſſivement à l'Etat
depuis trois fiecles ; il parla de leur zele
& de leur attachement à la gloire des
Rois , & au bien des Peuples . Il fit connoître
que le Comte de S. Florentin répond
dignement à la gloire de fes Ayeux.
Ce Miniftre répondit d'une maniere convenable
; & après avoir donné aux Députés
de nouvelles aſſurances de ſon attention
pour ce qui regarde la Province de
Languedoc , il les invita à dîner.
Le Jeudy 4. Septembre , la Muſique
du Roi chanta un Te Deum en action de
grace de l'heureux accouchement de la
Reine ,
SEPTEMBRE. 1727. 2117
Reine , dans la Paroiſſe Royale de Verſailles
, de la compoſition de M. Collin
de Blamon , Sur- Intendant & Maître de
la Muſique de la Chambre du Roi. Le
Maréchal de Bouflers y aſſiſta accompagnée
des Ducheſſes de Gonteau & de
Bouflers, des Marquiſes de Nifle,de Revel
& autres Dames & Seigneurs de la Cour;
il y eût grande illumination dans l'Eglife,
&l'on donna la benediction au ſon des
Trompettes & Timballes , & au bruit
d'une très-grandes quantité de boëtes .
Ce même Te Deum a été chanté pluſieurs
fois auConcert Spirituel avec beaucoupde
fuccès.
د
M. Cheron , connu par differens Ouvrages
de Muſique qu'il a donnés au Public,
fit chanter le 3. de ce mois dans la
Chapelle du Roy à Verfailles , devant Sa
Majesté , un Motet de ſa compoſition ,
qui commence par ces mots Cantate
Domino canticum novum , & il fut trouvé
i beau , qu'il fut encore chanté le
lendemain avec les mêmes applaudiffemens
. M. Cheron n'eſt âgé que de 25 .
ans ; c'eſt un éleve de M. Bernier , Sur-
Intendant de la Muſique du Roy.
Le Roi a accordé au Comte de Morville
, outre la penſion de 20000 liv . l'agrément
du premier Regiment vacant
pour fon fils ,& un Appartement à Verfailles.
Les
IIS MERCURE DE FRANCE .
Les Etapes retablies dans le Royaume ,
parune Ordonnance du Roy du 13. Juillet
, auront lieu , à commencer du 1. Janvier
prochain .
On apprend de preſque toutes les Provinces
, que la recolte du vin eſt trèsabondante
, & que l'on y fait plus d'un
tiers de vin au delà de ce qu'on croyoit en
avoir. La premiere voiture de vin nouveau,
qui felon la coûtume ne paye point
d'entrée , arriva à Paris le 3. de ce mois.
Le premier de Septembre le Roi ſoupa au
Château de la Muette , avec divers Seigneurs.
S. M. vit avant la nuit les ſauts
périlleux & les tours d'équilibre du ſieur
Mignard , dont on a déja parlé , qui furprirent
& divertirent beaucoup le Roy .
Le 5. les Députez des Etats de Languedoc
eurent Audience de la Reine , avec
les mêmes cérémonies qui avoient été
obſervées , lorſqu'ils furent admis à celle
du Roy.
Le 11. le Chapitre General des Chanoines
Reguliers de la Congrégation de
France , élut pour Abbé de Sainte Genevieve
de Paris , & Superieur General de
cette Congrégation , le Pere Gabriel de
Riberolles.
Le 2 1. la Reine ſe rendit àla Chapel
Le du Château de Versailles , où S. M..
après avoir entendu la Meſſe célebrée par
PE
SEPTEMBRE. 1727. 2119
l'Evêque Comte de Châlons , fon premier
Aumonier , fut relevée de ſes couches ,
avec les Cérémonies ordinaires .
L'après midi la Reine alla voir Mefdames
de France dans leur appartement .
LETTRE écrite de Marseille le 14 .
Septembre 1727. fur la Campagne des
Galeres , armées ſous les ordres de M. le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de
France & General des Galeres .
N
Os Galeres , Monfieur , font rentrées
dans ce Port le 10. de cemois
en fort bon état ; je veux bien ſatisfaire
votre curioſité en vous mandant ce que
j'ai appris de leur Campagne ſur leJournal
d'un Officier de l'Eſcadre.
Elle étoit fortie d'ici le 22. May , partant
le 4. Juin des Iftes d'Hieres , elle
quitta les Côtes , & ſe mit en Canal pour
Calvi ; c'eſt un Port de l'iſſe de Corſe ,
qui appartient aux Genois ; on y arriva le
5. ſur le ſoir: leGouverneur n'ayant pû ,
à ce qu'il dit , démêler laqualité de l'Elcadre
, ne fit ſaluer que de 8. coups de canon,
on n'y répondit point : il envoya fon
fils à bord , où ayant reconnu que la Reale
y étoit , commandée par le General , il
fit le lendemain tirer 13. autres coups ,
qui avec les 8. de la veille firent un falut
Royal de 21. coups.
On
2120 MERCURE DE FRANCE .
On ſe mit en Canal le 15. pour Civita-
Vecchia. On y arriva le 17. La Reale en
entrant falua le Pavillon du Pape de 4 .
coups ; le Château en rendit autant à l'Etendart
Real des Galeres ; enſuite leGouverneur
fit ſaluer de 12. coups la perſonne
de M. le Grand- Prieur , quien fit rendre
4 .
Les ſaluts pour la perſonne n'étant que
des devoirs de politeffe , ſans conſequence
, les Commandans de part & d'autre
les font tels qu'il leur plaît , & ſuivant
les témoignages de confideration qu'ils
veulent reciproquement ſe donner.
L'Eſcadre partit de Civita-Vecchia le
21. pour Palerme , paſſant par l'iſle de
Ponce ; elle appartient au Duc de Parme ,
ſous la protection de l'Empereur , qui y
tient une Garniſon de 25. à 30. hommes
dans un vieux Château à l'entrée du
Port. Le Commandant , faute de canons
& de poudre , ne put ſaluer que de 4.
coups.
L'Eſcadre continuant ſa route , arriva
le 26. au matin à Palerme . Comme on
n'y avoit point vû de Galeres de France ,
depuis que la Sicileeſt à l'Empereur , on
n'y ſçavoit d'abord que penſer de cette
apparition ; cependant tout s'y paſſa comme
on le pouvoit défirer. La Reale en entrant
dans le Port , ſalua de 4. coups le
PavilSEPTEMBRE.
1727 . 2121
Pavillon de l'Empereur ; la Fortereſſe en
rendit pareil nombre .
Le General Wales , qui commande
toutes les Troupes Allemandes dans cette
Ifle , reprefentant à Palerme , en l'abſence
du Vice-Roy , qui étoit pour lors à
Meſſine , vint l'après-dîner avec le Prinçede
Reſultano , Préteur de la Ville , faire
viſite à M. le Grand- Prieur ſur la Reale
: on s'y fit des deux côtez toutes les
politeffes poſſibles ; on les ſalua en entrant
& en fortant , deux fois de la voix , & de
4. coupsde canon.
M. le Grand Prieur alla le lendemain
leur rendre viſite chez eux : ces Comman- .
dants en étant prévenus , envoyerent au
débarquement des Caroffes pour lui &
pour toute ſa ſuite , il fut falué en y allant
du canon de la Fortereffe & de la
Ville.
Une des deux grandes ruës qui font la
principale beauté de Palerme, aboutit à la
Marine : c'eſt par où M. le Grand-Prieur
entra , le General Walles logeant à l'antre
extremité. La Marche fut fort longue;
M. le Grand- Prieur la fit à pied ;
les Caroſſes ſuivoient ; il étoit accompagné
de la plupart des Officiers des Galeres
, & des Gardes de l'Erendart. Ce
cortege noble , leſte & nombreux , que
M. le Grand- Prieur ſoûtenoit avec digni-
τέ,
2122 MERCURE DE FRANCE.
té , formoit un coup d'oeil reſpectable. Le
General Walles reçut M. le Grand-Prieur
avec toute forte de diſtinction , lui fit rendre
en entrant & en ſortant par les Troupes
de Garde , les honneurs militaires ,
les Soldats preſentant les armes , leurs Officiers
à leur tête , & les Tambours battant
aux champs . M. le Grand - Prieur
alla tour de ſuite chez le Préteur , où il
fut reçû de même .
Les jours fuivans ſe paſfferent en Fêtes
reciproques , à la Ville & ſur les Galeres.
Quelques Princes & Seigneurs du Païs y
prirent part , & on ſe quitta fort fatisfaits
des deux côtez .
L'Eſcadre partit de Palerme le 9. Juillet
de grand matin pour Naples. Le 10.
fur le foir on en découvrit les reconnoifſances
indubitables par les flâmes du Mont
Veſuve qui en eſt voiſin ; on jugea à propos
de s'arrêter à l'Iſle Procita, qui en eſt
à 15. milles. Il étoit nuit ; les Habitans
toujours en crainte des Corſaires Turcs ,
qui croiſent ſouvent aux environs , ne
pouvant dans l'obſcurité reconnoître nos
Galeres , prirent l'allarme , fonnerent le
Tocfin&le mirent en deffenſe ; on détacha
un Officier pour les raffurer .
Le 12. on fut moüiller à Pouſſole ,
doù étant convenus par l'entremiſe du
Conſul François à Naples , de la manie-
د
re
SEPTEMBRE. 1727. 2123
1
re qu'on s'y traiteroit de part & d'autre ,
l'Eſcadre y aborda le 1 4 .
Après les ſaluts rendus aux Pavillons
comme à Palerme, M.le Grand- Prieur alla
faire viſite à M. le Cardinal Daltan,Vice-
Roy ,qui le fit ſaluer en mettant pied à terre
, de tout le canon des Forts de la Ville,
de trois Vaiſſeaux & de deux Galeres qui
étoient dans le Port. Il avoit envoyé tous
ſes Caroffes au débarquement . M. le
Grand- Prieur ſe mit en marche avec le
même cortége d'Officiers qu'il avoit à Palerme.
Son Eminence ne laiſſa rien à defirer
au bon accueil qu'elle lui fit ; elle le
priaà dîner pour le lendemain.
La table étoit de 30. couverts ; les principaux
Officiers des Troupes Imperiales
y étoient invitez avec ceux des Galeres.
LeRepas fut ſomptueux & fplendide, avec
profuſion de toutes fortes de liqueurs.
Deux jours après , ſon Eminence vint
avec ces mêmes Officiers dîner ſur la Réale
, où Elle fut ſaluée en entrant & en
fortant , de l'Artillerie des 6. Galeres. Il
y eut deux Tables de 15. couverts chacune
, très -bien ſervies , autant qu'il eſt poſfible
de le faire , dans le reduit d'une Galere.
M. le Cardinal avoit bû chez lui la
ſanté du Roy , découvert & debout ; M. le
Grand- Prieur bût de même ſur la Réale ,
la ſanté de l'Empereur.
:
Le
2124 MERCURE DE FRANCE.
Le Théatre de l'Opera étoit fermé à
cauſe des chaleurs ; fon Eminence le fit
ouvrir pour en donner une repreſentation
à M. le Grand- Prieur , & concourut avec
empreſſement aux honneurs & tous les
agrémens qu'il pouvoit defirer parmi ce
qu'il y avoit de Grands dans Naples .
L'Eſcadre en partit le 21. Juillet pour
Civita-Véchia ; les Galeres avoient beſoin
d'être eſpalmées , & l'on avoit à y embarquer
enſuite un Convoi de Vivres
qui les y attendoit. M. le Grand- Prieur
profita de ce temps pour aller à Rome ; il y
defcendit chez le M.Cardinal de Polignac,
qui l'en avoit inftamment prié. M. le
Grand-Prieur y reçut des viſites de pluſieurs
Cardinaux. Deux jours après ſon
arrivée , il eut une Audiance particuliere
du Pape , à la fin de laquelle les Offi
ciers des Galeres qui l'accompagnoient ,
furent admis à baifer les pieds de Sa
Sainteté , qui le lendemain envoya à M. le
Grand-Prieur un Régal magnifique de
toutes fortes de rafraîchiſſemens , portez
par 30. Eftafiers , précedez d'un Carroffe
avec un Maître d'Hôtel pour les preſenter.
Il y avoit tous les ſoirs Converſation
chez quelque Princes . Les premieres Dames
de Rome s'y trouvoient ; ces Converſations
commençoient par un Concert
d'un grand nombre d'Inſtrumens avec
quel :
SEPTEMBRE. 1727. 2125
- quelques voix excellentes; enſuite on y
danfoit& M. le Grand- Prieur étoit toûjours
prié d'ouvrir le Bal.Pendant qu'il fut
à Rome , M. le Cardinal de Polignac tint
une table ouverte exquiſe & abondante
pour les Officiers des Galeres , & il leur
fourniſſoit ſes Carroſſes pour les viſites
de céremonie .
M. le Grand Prieur vint ſe rembarquer
àCivita -Vecchia le 10. Août, & les Galeres
en partirent le 12.pour revenir ici le
long des Côtes , ſuivant leur Navigation
ordinaire .
Je me fuis , Monfieur , renfermé dans
cette Lettre à ne vous mander que ce qui
regarde le corps des Galeres , je pourrai
dans une autre vous faire part de quantité
d'obſervations curieuſes quej'ay vûës dans
le même Journal , ſur ce qu'il y a de beau
&de rare dans les Païs où elles ont paffé.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les ceremonies accoûtumées , dans l'Egliſe
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les
ans pour le repos de l'ame du feu Roy
Loüis XIV . l'Evêque d'Avranche y officia
pontificalement & le Duc du Maine ,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu &
le Comte de Toulouſe y aſſiſterent , ainſi
que pluſieurs Seigneurs de la Cour.
Le
2126 MERCURE DE FRANCE.
Le Comte de Caſteja , Enſeigne de la
Compagnie des Gendarmes de Bretagne,
frere du Gouverneur de Toul , a été
nommé par le Roi , ſon Miniſtre Plenipotentiaire
auprès du Roi de Suede .
M. de la Beaune , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi , qui a
déja eu pluſieurs Commiffions dont il s'eſt
bien acquitté , a été nommé par le Roi
pour aller à la Haye & y faire les fonctions
de M.de Fenelon , Ambaſſadeur de
France auprès des Etats Generaux , qui
a été nommé Plenipotentiaire au prochain
Congrez de Cambray.
M. Robin , Comte de Caſtille , qui a
été en Eſpagne , chargé des affaires de
France , a été nommé Secretaire de ce
Congrez .
Le Reine continue à jouir d'une parfaite
ſanté , ainſi que les deux Princeſſes.
On trouve que l'aînée reſſemble au Roi,
& l'autre à la Réine .
ACTIONS DE GRACES , & Rejouis-
Sances sur l'heureux accouchement de
la Reine. Extrait d'un Lettre écrite
d'Auxerre.
Mis R l'Evêque d'Auxerre ayant appris
dans le cours des viſites de
fon Dioceſe , l'heureux accouchement de
la
SEPTEMBRE . 1727. 2127
la Reine , eſt venu à Pontigny , pour
en rendre ſes actions de graces à Dieu ,
&chanter lui-même le Te Deum dans
l'Egliſe de Saint- Edme. C'eſt ce qui a
été executé le Dimanche 31. du mois
d'Août , avec les mêmes ſolemnitez qu'on
obſerve en pareil cas dans l'Eglife Cathedrale.
Il y eut le ſoir au milieu du
Jardin Abbatial un grand feu de joye
que M. l'Evêque alluma en ceremonie.
On tira des fufées , & il y eut des illuminations
à toutes les fenêtres du Logis
Abbatial , qui eſt bâti à l'endroit où logeoient
autrefois les Comtes de Champagne.
fe
Quoiqu'il foit vrai que parmi les Religieux
de cet Ordre , il ne ſe voyoit au
commencement qu'une grande ſimplicité
dans le culte Divin , l'Abbaye de Pontigny
, qui en eſt la ſeconde mere ,
trouve exceptée en pluſieurs articles des
uſages communs , depuis l'an 124 1. que
le corps de S.Edme , Archevêque de Cantorbery
, y fut inhumé. Le concours à fon
tombeau , celui qui ſe fit à ſa Châffe dès
que le Corps eut été élevé , la dévotion
qu'on a eu à fon bras miraculeux qui y
eſt encore conſervé , couvert de ſa peau ;
toutes ces chofes , dis-je , ont contribué
à donner certaines diſtinctions à cette
Maiſon. L'entrée du Sanctuaire où la
I Chaffe
*2128 MERCURE DE FRANCE.
:
Châſſe eſt élevée , n'eſt fermée à perſonne.
On y accourt de tout le Royaume
poury obtenir , par l'interceſſion du Saint,
la poſterité dans les familles , & l'heureuſe
délivrance des femmes enceintes.
L'antiquité de cette dévotion ſe remarque
dans les Archives des lieux voiſins ,
où il eſt ſouvent fait mention du paffage
des Princeffes & des Comteffes , qui alloient
en pelerinage aux Reliques de faint
Edme , pour obtenir l'effet de leurs voeux ,
Notre auguſte & pieuſe Reine informée
de cette dévotion ,& perfuadée de la puif-
-ſance du Saint Archevêque auprès de
Dieu , avoit auſſi fait faire des prieres à
Pontigny pour ſon heureux accouchement.
Le 9. de ce mois , le Roi partit de Verfailles
à 6. heures du matin , après avoir
entendu la Meſſe dans la Chapelle du
Château , pour aller coucher à Fontainebleau
, où il reſtera quelque temps. La
weille , S. M. avoit ſoupé avec la Reine,
à fon petit couvert .
BENEFICES DONNEZ.
E Roi a nommé l'Evêque de Saintà
l'Archevêché LPons de Toulouze ,
&S. M. a nommé à l'Evêché de Saint-
Pons , l'Abbé Guenet , Grand-Vicaire de
l'Evêque de Chartres .
L'Ab
SEPTEMBRE. 1727. 2129
>
L'Abbaye de Charroux , Ordre de
S. Benoît , Diocèſe de Poitiers , a été
donnée à l'Abbé de Cruffol .
Celle de S. Sever de Roſtaing , même
Ordre , Diocèſe de Tarbe , à l'Abbé
d'Arboucave.
Celle de S. Amant de Coly , Ordre de
S. Auguſtin , Diocèſe de Sarlat , à l'Abbé
de la Coſte , Grand-Vicaire de Lavaur.
Celle de Maimac , Ordre de Saint
Benoît , Diocèse de Limoges , à l'Abbé
Ozenné.
Celle de Silly , Ordre de Prémontré,
Diocèſe de Seez , à l'Evêque de Seez .
Celle de S. Rigaud , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Mâcon , à l'Abbé de
Clermont-Tonnerre .
Celle du Mas - Garnier , même Or
dre , Diocèſe de Toulouze , à l'Abbé de
Sorbs.
Celle du Loc- Dieu , Ordre de Citeaux
, Diocèse de Rhodez , à l'Evêque
d'Alet.
Le Prieuré de N. D. de Salles , Ordre
de S. Auguſtin , Diocèſe de Limoges ,
à l'Abbé de Saluces.
L'Abbaye Reguliere de Loos , Ordre
de Citeaux , Diocèſe de Tournay , au
Pere du Beron .
L'Abbaye Reguliere de la Trape , mê.
Lij me
2130 MERCURE DE FRANCE .
me Ordre , Diocèse de Seez , au Pere
François - Augustin Gouche , Religieux
de la même Abbaye.
Σ
Le 28. du Mois dernier , les Députez
des Etats de Languedoc , eurent Audianée
du Roi , étant conduits en la maniere
accoutumée , par le Marquis de Dreux ,
Grand Maître des Ceremonies , & par
M. Deſgranges , Maître des Ceremonies.
Ils furent préſentez à S. M. par le Prince
de Dombes , Gouverneur de la Province
, en ſurvivance du Duc du Maine ,
fon pere ,& par le Comte de S. Florentin
, Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée de l'Evêque de Mirepoix pour
le Clergé , du Baron de Sorgues , pour
la Nobleffe , de Ms Bouffac , Capitoul
de Toulouſe , & de la Broffe , premier
Conful de Narbonne , pour le Tiers-Etat,
&de M. de Montferrier , Syndic General
de la Province .
Le Cardinal de Fleury , Miniſtre d'Etat
, le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur
de France à la Haye , & le Comte
de Cereſt-Brancas , Miniſtre I lenipotentiaire
auprès du Roi de Suede , ont été
nommez par le Roi , Ambaſſadeurs Plenipotentiaires
au Congrez qui doit ſe
tenir à Cambrai.
:
Le Roi reçut à Verſailles , la veille de
fon
I
SEPTEMBRE. 1727. 2131
fon départ pour Fontainebleau , les ré
ponſes de L. M. Catholiques aux Lettres
que S. M. leur avoit écrites , au ſujet
de leur reconciliation avec elle , &
de la naiſſance de Meſdames de France.
Le Roy paffa auffi- tôt dans l'appartement
de la Reine pour lui en donner communication
: toute la Cour fut témoin de
la fatisfaction & de la joye de L. M. à
cette occafion .
On écrit de Roüen , que le Monitoire
qu'on y avoit publié au ſujet de l'affaire
du St Lavoilé , a obligé pluſieurs
perſonnes à dépoſer contre les accuſez , &
l'on croit que le pere & la ſervante , qui
n'avoient été condamnez qu'à un plus
amplement informé & à garder priſon
pendant un an , feront jugez de nouveau.
On a plus de ſoin qu'on n'en avoit
eu il y a quelque temps de peupler la
menagerie de Verſailles d'Oiseaux &
d'Animaux rares & finguliers. Avant le
départ du Roi pour Fontainebleau , on
y a mis une Autruche , deux Aiglons
&un Duc.
L'on a fait à Lunel , Ville du Languedoc
, Diocèſe de Montpellier , le
Dimanche 7. Septembre des grandes réjouiſſances
, au ſujet de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiſſance
des Princeſſes ; le Te Deum fut chanté ,
I iij toute
2132 MERCURE DE FRANCE.
toute la Ville parut illuminée avec un
feu de joye , & trois décharges de toute
la Mouſqueterie des Troupes de la Garniſon
qui étoient ſous les armes.
Ces réjouiſſances furent précedées par des
joutes ou combatſur l'eau, dont vingtjeunes
garçons donnerent le Divertiſſement
dans le Baffin du Canal au pied des murs,
contre vingt mariez , armez les uns &
les autres de Lances& Parois . Ils étoient
élevez fur l'extremité de deux Bateaux à
douze pieds de l'eau. Leurs habillemens
uniformes étoient très-propres & trèsleftes
, differentiez ſeulement par les Rubans,
que la troupe des mariez portoit
rouges, & que la jeuneſſe portoit bleus ;
ce qui faifoit un effet admirable ſur les
habits des jouteurs qui étoient d'un grand
blanc ; fur tout le ſoir de la veille , que
les deux troupes qui marcherent enſemble
fur deux lignes , firent le guet , éclairées
par vingt- quatre flambeaux de cire
blanche , & animées par un grand nombre
d'inſtrumens , qui faiſantune ſimphonie
fort réjouiſſante , & qui étoit encore
animée par les cris de joye du peuple .
Le combat commença à deux heures
après midi , & ne fut interrompu que fur
les ſept heures. Il fut executé avec beaucoup
d'adreſſe de part & d'autre , à la
fatisfaction de tous les Spectateurs qui
étoient
SEPTEMBRE. 1727. 2135
étoient en très -grand nombre , ce qui
formoit le plus beau coup d'oeil que l'on
puiffe imaginer , par la commodité du
lieu,lequelforme un Amphithéatre autour
du Baffin , qui ſemble fait exprès pour un
pareil exercice.
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
E 16. du mois dernier , M. Etienne
Lede Ponte , Comte d'Albaret , Premier
Préſident du Conſeil Superieur de Rouffillon
, mourut à Perpignan dans la 75.
année de ſon âge. Le Roi avoit accordé
à ſon fils la ſurvivance de cette Charge,
& la permiffion de l'exercer conjointement
avec fon pere.
Le 26. du même mois , Thimoleon
Teſtu de Balincourt , Chevalier , de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commanderie d'Eſtrepignie ,
mourut âgé de 70. ans .
Dame Françoiſe- Marie Henault, épouſe
de M. Louis Pierre-Jofeph d'Eſparvez
de Luffan d'Aubeterre , Comte de Jonfac ,
Marquis d'Ofillac , Champagnac , Bonne
, &c. Capitaine Lieutenant des Gen-
. darmes Dauphins , Lieutenant General
de Saintonge & Angoumois , mourut à
Paris le 28. du mois dernier , âgée d'en
I iiij viron
2134 MERCURE DE FRANCE.
viron 32. ans : elle laiſſe cinq enfans .
Dame Marie-Jeanne Voifin , veuve de
M. Chrétien François de Lamoignon ,
Marquis de Baſville , Baron de S. Yon, &c.
Préſident à Mortier , mourut le 1er, de ce
mois , dans la 735 année de fon âge.
Le 4. Septembre , Dame Anne Pallu,
veuvede M. le Clerc de Leſſeville,Confeiller
à la Cour des Aydes , mourut à Paris
, âgée de 63. ans .
Genevieve de Fremont , veuve de Guy
Aldonce de Durfort , Duc de Quintin ,
Comre de Lorges , Maréchal de France,
General des Armées du Roy , Chevalier
de fes Ordres,Capitaine de l'une des qua--
tre Compagnies des Gardes du Corps de
S. M. & qui avoit été Gouverneur de
Loraine & Barois , mourut le 6. de ce
mois à la Ferté Vidame , chez le Duc de
S. Simon , ſon gendre , agée de 68. ans.
M. Charles Puchot des Alleurs , Brigadier
des Armées du Roy , Capitaine au
Regiment des Gardes Françoiſes , mourut
le 6. à Montigny , près de Diepe ,
dans la 53. annéede fon âge.
,
Dame Marie- Anne Bertrand de la Bazinieres
veuve de M. Claude-Antoine
de Dreux , Marquis de Nancré , LieutenantGeneral
des Armées du Roi,Gouverneur
des Ville & Citadelle d'Aras,& Lieutenant
General de la Province d'Artois ,
mouSEPTEMBRE.
1727. 2135
mourut à Paris le 9. âgée de 80.ans .
M. Pierre - Guillaume de la Vieuville ,
Evêque de S. Brieux , & Abbé de Carnoiet
, eſt mort dans ſon Dioceſe.
Coſme- Maximilien de Valbelle , Marquis
de Rians , Lieutenant de Roy en Provence
, mourut aux Eaux de Balaru le 16.
de ce mois , âgé de 63. ans.
Le 19. M. Leopold , Interprete du Roi
pour les Langues Etrangeres , Chevalier
de l'Ordre de S. Lazare , mourut à Paris,
âgé d'environ 75. ans.
Le Baron d'Affi , Gouverneur de la Citadelle
de Besançon , ci-devant Capitaine
au Regiment des Gardes Françoiſes , eft
mort dans un âge fort avancé.
Le Marquis de Villeneuve , d'une des
plus anciennes &plus illuſtres Maiſons de
Provence , qui depuis plus de deux cent.
ans tient le premier rang dans cette Province
, dans les Aſſemblées de la Nobleffe
&des Etats,à cauſeduMarquiſat de Trans,
le plus ancien de France , épouſa le 2.de
ce mois la veuve du Préſident de Fortia,
riche de plus de quarante mille livres de
rente. Il s'eſt depuis peu retiré de chez
S. A. S. Madame la Ducheffe , où il étoit
attachédepuis ſon enfance .
La Maiſon de Villeneuve s'eſt toûjours
diftinguée par les grandes alliances , par
Iv les
2136 MERCURE DE FRANCE.
lės terres confiderables qu'elle a poffedé
par ſa fidelité au ſervice de ſes Princes , &
par les perſonnes illuſtres qu'elle a pro
duit. St Thomas de Villeneuve , Arche
vêque de Valence en 1532. St Elfeas ,
Evêque de Digne , en 1334. & Ste Roffoline
, Religieufe de l'Ordre de Cîteaux ,
dont le corps en entier ſe conſerve dans
l'egliſe des Arcs en Provence , étoient de
cette Maiſon , dans laquelle on compte .
des Cardinaux , pluſieurs Archevêques ;
Evêques , Abbez & Abbeffes , des Con
nétables de Provence ,des Generaux d'Armée
, des Lieutenans Generaux ,des Gouverneurs
de Place , de Grands Sénéchaux ,
un Chancelier de l'Empereur , un Grand-
Maître de Khôdes ; Helion de Villeneuve,,
celebre dans l'Histoire des Chevaliers des
Ordres du Roy , & un nommé à celui du
S. Efprit, dont la mort prévint le ferment.
Les Rois de Naples ont donné à cette
Maiſon la Deviſe glorieuſe de Liberalité,
qui a toûjours étécomme le caractere de
cette Famille , & nos Rois les Armes &
Suports de France. Romieu de Villeneuve,
furnommé le Grand Connétable &
Miniſtre d'Etat,tuteur de Beatrix de Provence
, fille & principale heritiere deRaymond
Beranger , 11. du nom, Comte de
Provence & de Forcalquier , & de Beatrix
de Savoye , procura le mariage de
cette
1
SEPTEMBRE. 1727. 2137
cette heritiere , ſa pupille , avec Charles
de France , Comte d'Anjou , Roi de Naples
, de Sicile & de Jerufalem , &c. freře
de S. Louis , & feptiéme fils de Louis
VIII . du nom. Il refuſa les grands avantages
que lui offroit le Duc de Savoye fon
parent , pour la marier avec ſon fils , qui
ſe trouvoit couſin germain de cette riche
heritiere , de forte que la principale gloire
de la réünion de la Provence à la Couronne
de France , eſt dûë au Grand Romieu
de Villeneuve , qui ſelon les Hiſtoriens
, a été fi illuſtre , & fes actions & la
bonne conduite ont fi fort ſurpaffé le
vrai-ſemblable, qu'on a fait un Roman de
ſa vie ; ils ajoûrent qu'il y a tant de marques
de grandeur dans cette Maiſon , &
qu'elle a été fi nombreuſe , que ſi l'on.
vouloit en déduire tous les degrez , marquer
toutes les alliances qu'elle a faites ,
&fairemention de tous les Emplois qu'elaeu
, il faudroit un volume entier. Le
Marquis de Villeneuve , qui par ſon mariage
nous donne aujourd'hui occafion de¹
parler de la Maiſon , ne dégenere en rien
de la vertu ,& des grandes qualitez de ſes
ayeux. Crainte debleſſer ſa modeſtie,nous
n'en ferons pas un éloge plus long , quoi
que ſa tendreſſe&fon zele pour l'éducation&
l'élevation de ſa Famille , dans un
âge , où à peine penſe -t-on à foi-même ,
Ivj en
2138 MERCURE DE FRANCE
en meritent un particulier , & lui ont acquis
avec juſtice , le furnom d'un de fes
Ancètres, Louis de Villeneuve, zelé comme
lui pour fa Maiſon , Pere de Famille ,
Riche d'Honneur.
Jacques- Marin -Alexandre Perachon
de Varax , Chevalier , Comte de Bury ,
Meſtre de Camp de Dragons , époufa le
27. Août Dile Marie Elifabeth Frotier
fille de feu- Alexandre Frotier,Chevalier ,
Seigneur , Marquis de la Meſſelliere ,
Chamouſeaux , la Buffiere , Epinay , &c.
Capitaine de laGendarmerie,Maréchaldes
Camps & Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis,& de Dame
Anne-Marie Foreſts .
François Bernard Boulin , Conſeiller à
la Cour des Aydes , épouſa le 11. Septembre
Anne Radegonde Henin , fille de
Nicolas Henin , Conſeiller au Grand-
Conſeil , & de Anne-Henriete Brice.
Dame Louiſe Olive Frotier de la Cofte,
épouſe de M. Samuel-Jacques Bernard,
Chevalier , Conſeiller du Royen fes
Conſeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel, Sur-Intendant des Finances,
Domaines & Maiſon de la Reine, Seigneur
de Gros - Bois -le-Roy , d'Iſancy, &c . accoucha
le 14. Août d'une fille,qui futnomméeMarie
Olive ſur lesFonts de Baptême .
M. de Ponti , Gentilhomme ordinaire
du
SEPTEMBRE. 1727. 2139
du Roy,& Madame Mercier, Nourrice de
S. M. ont tenu au nom du Roy & de la
Reine, à S. Germain-en- Laye , le 19. du
même mois l'enfant dont Madame Antoine,
épouſe de M.Antoine, Ecuyer,Garçon
ordinaire de la Chambre du Roi, eft accouchée.
Il fut nommé Louis - Marie Joſeph .
Dame Marguerite Françoiſe de Jauffen
de la Periere , épouſe de M. Loüis- François
Martial des Montiers,Chevalier, Seigneur
, Comte de Merinville , Mestre de
Camp de Cavalerie Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de la Reine , accouchale
28. du même mois , d'un fils qui fut tenu
fur les Fonts ,& nommé Auguſtin-François
Marie , par M. François - Armand
des Montiers de Merinville, Capitainede
Cavalerie, Gouverneur de Narbonne , &
par Dame Marie de Lignerac , veuve de
M. Louis Marie de Soudeilles , Lieutenant
de Roy de la Province de Limofin.
Dame Françoiſe Anne , Agathe , Marguerite
de la Riviere , épouſe de M. Etiene
Rivié , Ecuyer Seigneur de Liancourt,
Bayancourt , &c . Conſeiller du Roy en
fes Conſeils , Grand-Maître des Eaux &
Forêts de France , au Département de
l'ifle de France , Soiffonnois , &c. accouchale
30. du même mois , d'un fils
qui fut tenu ſur les Fonts , & nommé
Thomas-Etienne, par.M. Thomas Rivié ,
Ecuyer,
2840 MERCURE DE FRANCE.
Ecuyer, Baronde Chara & de Reffons
Seigneur de Marinnet , Etouy , Riquebourg
, &c . & par Dame Louiſe Julie de
Barberin de Reignac , Dame du Palais de
laReine, ſeconde Douairiere d'Eſpagne ,
épouſe de Charles -Yves Thibault de la
Riviere , Marquis de Paulmy &de Verti.
gny , Meſtre de Camp de Cavalerie , &
Enſeigne de la ſeconde Compagnie des
Moufquetairesdu Roy.
ORDONNANCE.
RDONNANCE DU ROY , du premier
Juillet 1727. concernant les Crimes&Dépits
Militaires , qui ordonne ce qui ſuit.
ARTICLE PREMIER.
Tous Soldats , Cavaliers & Dragons feront
renus, fous peine de la vie , d'obéir aux Officiers
des Regimens& Compagnies dont ils feront, en
tout ce qui leur fera par eux ordonné pour le ſervice
de Sa Majesté,ſoit dans les Armées en Koute,
dans les Quartiers & dans les Garniſons .
II . Vout Sa Maj eſté qu'ils foient tenus ſous la
même peine de vie , d'obéir à tous Officiers des
autres Compagnies ou Regimens qui feront dans
ieursQuartiers ou dans leursGarniſon l'intention
de Sa Majesté étant, que vingt quatre heures après
P'arrivée d'un Officier dans leflits Quartiers our
Garnifon , il foit reputé connu des Cavaliers .
Dragons & Soldats qui s'y trouveront .
II. Ordonne Sa Majesté auldits Officiers , de
terhin
SEPTEMBRE. 1727. 214 1
1
tenir lamain à ce que les Soldats , Cavaliers&
Dragons obéiflent aux Maréchaux des Logis , &
Sergens de leurs Compagnies & Regimens avec
leſquels ils feront en garniton ; voulant Sa Ma
jeſtéque ceux qui leur déſobéironten chofes concernant
ſon ſervice , foient punis corporellemene
ou de mort , ſuivant la nature & la circonstance
de leur déſobéiflance .
IV. Tous Cavaliers , Dragons & Soldats qui
mettront l'épée à la main contre des Officiers ,
foit de leur Regiment ou des autres Troupes de'
leur Quartier ou Garniſon , qui les frapperont
de quelque manière que ce puifle être , ou qui
les menaceront , ſoit en portant la main à la garde
de l'épée , ou enfaifant quelque mouvement
pour mettre leur fufil en joüe , quand meme ils
auroient été frappez & maltraitez par leſdits Officiers
, auront le poing coupé , & feront enſuite
pendus & étranglez .
V. Le Cavalier , Dragon ou Soldat qui frapperaun
Maréchal des Logis ou un Sergent , tanr
de fon Regiment que des autres Troupes dr
Quartier oude la Garniſon, étant de garde cude
ſervice actuel avec lui, fera puni de mort: & hors
le cas du ſervice actuel, celui qui fra erra un Sergent
ou unMarechal des Logis , ſoit de ſon Regiment
ou de la même Garnifon ouqui mettra
contre lui l'épée à lamain , ſera.condamné aux
galeres perpetuelles .
VI. Celui qui frappera un Caporal ou Brigadier
avec lequel il ſera de Garde , de Détach ment
cu autre ſervice actuel , ſoit que I dit Frigadier
ou Caporal ſoit du meme Regiment cu d'une
autre Troupe du Quartier ou de la Garniſon ſera
pareillement condamné aux galares per etuelles ..
VII. Tout Soldat qui dé our ou de nuit , après
avoir été pofé en fentinelle , qu'ttera fon Poſte
Ens avoir été relevé par un Sergent , Caporal cur
Anſpeſfade , fera punide mort. VUI..
\
2142 MERCURE DE FRANCE.
VIII. LesCavaliers & Dragons qui quitteront
le lieu où ils auront été mis en vedette , or
donnance ou autre faction , ſans avoir été relevez
par leurs Officiers , feront condamnez à la
même peine.
IX. Tout Soldat ou Cavalier étant en ſentinelle
ou faction , qui ſe trouvera endormi pendant
la nuit , fera pareillement puni de mort.
X. Lorſque laGarde de nuit aura été poſée
dans une Place de guerre , celui qui tirerades
armes à feu , ou qui fera du bruit ou autre choſe
capable de cauſer quelque allarme dans une Place
deguerre , ſera mis fur le cheval de bois chaque
jour pendant un mois à l'heure de la Garde montante.
XI. Sera condamné à la même peine celui
qui s'enyvrera pendant le jour qu'il ſera de
garde.
XII. Quiconque donnera ou fera connoître
l'ordre àl'ennemi , ou à aucun autre qu'à ceux
à qui il doit être donné , ſera pendu & étranglé .
XIII. Tour Soldat , Cavalier ou Dragon qui
mettra l'épée à la main dans un Camp ou dans
une Place de guerre , étant aggreſſeur, ſeracondamné
aux Galeres perpetuelles : voulant Sa Majeſté,
quedans le cas où deux Soldats,Cavaliers ou
Dragons mettroient l'épée à la main l'un contre
l'aurre volontairement, & fans que l'un des deux
y eut été forcé pour la défenſe de ſa vie , ils ſu
biffent tousdeux la même peine desGaleres perpetuelles..
XIV . Tout Cavalier ,Dragon ou Soldat qui aura
été offenſé par un autre , ſoit de paroles ou de
de fait s'adreſſera à l'Officier commandant dans
laPlace ou dans le Quartier , lequel après avoir
oui les raiſons des Parties , fera faire a l'offenfé
telle réparation qu'il jugera convenable , & impoſera
à l'offenfeur le châtiment que le cas lui
paroîtra meriter. XV.
:
SEPTEMBRE . 1727. 2143
XV Lorſque des Soldats , Cavaliers ou Dragons
auront l'épée à la main pour ſe batre , &
qu'un de leurs Officiers , ou autre de la Garniſon,
furvenant , leur crierade ſe ſéparer , ils feront
tenus de lui obéïr ſur le champ , fans pouvoir
pouffer un ſeul coup , à peine d'étre pafiez par
les Armes.
XVI . Celui qui inſultera & attaquera un Soldat
, Cavalier ou Dragon , étanten ſentinelle ,
ordonnance ou faction , ſoit l'épée à la main , le
fuſil en joüe , ou à coups de bâton ou de pierre ,
ſera paſſé par les Armes
XVII. Tous Cavaliers , Dragons ou Soldats
qui exciteront quelque ſed tion , revolte ou mutinerie
, ou qui feront aucune aflemblee illicite,
pour quelque cauſe & fous quelque prétexte que
cepuifle être,feront pendus & étranglez.
XVIII. Subiront la même peine ceux qui ſe
trouveront en pareilles aſſemblées , ou qui auront
appellé , excité , ou exhorté quelqu'un à s'y
trouver.
XIX. Seront pareillement punis depeinecorporelleou
de mort , ſuivant l'exigence des cas,
ceux qui auront dit quelques paroles tendantes à
fédition , mutinerie , ou rebellion , ou qui les
auront entenduës fans en avertir ſur le champ
leursCapitaines ou Officiers ſuperieurs .
XX. Celui qui étant engagédans quelque querelle
, combat , ou autre occafion , appellera ceux
de ſaNation ,de ſon Regiment , ou de fa Compagnie
à ſon ſecours,ou formera quelque attrou.
pement, ſera paffé par les armes.
XXI . Ceux qui auront fait quelque entrepriſe
ou confpiration contre le ſervice du Roy , & la
fûreté des Villes , Places& Pays de fa domination
, contre les Gouverneurs & Commandans
deſdites Places , ou contre leurs Officiers ; comme
auſſi ceux qui y autontconſenti , ou qui en
ayant
2144, MERCURE DE FRANCE.
ayant eu connoiffance, n'en auront pas averti
leurs Capitaines ou Meſtres de Camp , feront
rompus vifs
XXII. Défend Sa Majeſté,ſous peine de la vie ,
à tous Soldats , Cavaliers & Dragons , de voler
ou piller les Vivandiers , ou Marchands venant
dans les Villes ou dans les Camps , & de prendre
par force & fans payement , foit pain , vin, viande
, biere , brandevin , ou autres denrées &
marchandiſes,tant dans les Marchez des Villes &
dans les boutiques , que dans les Camps ou en
route .
XXIII . Leur défend pareillement Sa Majesté ,
à peined'être paſlez par les verges , d'aller hors
du Camp ou de la Garmilon , au- devant de ceux
qu apportentdes vivres ,pour en acheter, quand
même ce ſeroit de gré à gré , & fans aucune vioence.
XXIV. Leur défend Sa Majesté , ſous peine de
la vie , de voler les meubles ou uſtenſiles des
maiſons où ils ſeront logez , ſoit en route ,
en garnifon,
ou
XXV. Tout Soldat , Cavalier , ou Dragon,
qui de guet-appens, méchamment, & avec avantage
, en bleflera ou tuera un autre , fera pendu
&étrangle.
XXVI . Quiconque aura pillé , voléou dérobé
en temps de paix , ou pendant la guere , foit dans
leRoyaume , ou en Pays ennemi , Calices , Ciboires
, ou autres biens d'Egliſe , ſera pendu &
étranglé : Et fi par les circonstances du vol , il ſe
trouvoity avoir eu profanation des choſes ſacrées
, il ſera condamné au feu.
XXVII. Celui qui derobera les armes de fon
camarade, on autre Soldat , en quelque lieu que
ce foit , fera pendu & étrangle : & celui qui dérobera
dans les chambres des cazernes leur linge,
habit ou équipages , ainſi que le prêt ou pain de.
:
১ ceux
SEPTEMBRE . 1727. 2145
ceux de la chambrée , ſera condamné à mort , ou
aux Galeres perpetuelles , ſuivant les circonftancesdu
cas .
XXVIII . Celui qui vendra ſa poudre & fon
plomb , ſera mis pendant quinze jours ſur le cheval
de bois à l'heure de la Garde , s'il eſt en Garniſon;
fi c'eſt dans un Camp , il ſera mis au piquet
pendant le même temps.
XXIX. Perſonne , de quelque condition , grade,
ou caractere que ce ſoit ne pourra, ſous peine de
la vie , avoir correſpondance en temps de guerre
avec l'ennemi , par aucune voye que ce puiffe
être , ſans la permiſſion du General , fi c'eſt à
F'Armée , ou du Commandant de la Province ou
de la Place , fi c'eſt dans les Quartiers , ou dans
les Garniſons .
XXX. Deffend Sa Majeſté à toutes perſonnes
que ce puiffe être , à peine de punition corpo
relle , ou de la vie , ſuivant l'exigence du cas ,
d'attenter ou d'entreprendre rien contre les perfonnes
, Villes , Bourgs , Villages , Châteaux ,
Hameaux , ou autres biens & lieux auſquels Sa
Majefté aura accordé Sauvegarde.
XXXI.Quiconque ſans permiſſion de ſon Com
mandant , fortira d'une Place ou Fort affiegez ,
ou s'écartera au- delà des limites d'un Camp,pour
quelque prétexte que ce puiffe être , ſera pendu
&étranglé.
XXXII. Tout Soldat , Cavalier ou Dragon qui
ſo tira d'un Camp retranché , Ville de guerre ,
ou Fort , ou qui y rentrera par quelque détour ,
par eſcalade , ou autrement que par les portes &
chemins ordinaires , ſera pendu & étranglé.
XXXIII . Le Cavalier , Soldat ou Dragon ,
qui étant dans le Camp ou dans la Garniſon
ne ſuivra pas fon Drapeau ou ſon Etendart ,
dans une allarme , chaimp de bataille , ou autre
affaire , ſera , comme deſerteur , paflé par les
armes. XXXIV.
2146 MERCURE DE FRANCE.
XXXIV. Chacun fecourra & deffendra les
Drapeaux ou Erendarts de fon Regiment , foit
de tour , ou de nuit , & s'y rendra au premier
avis ſans le quitter , uſqu'à ce qu'ils soient
portez &mis en fureté , fous peine de punition
corporelle , ou de mort , ſuivant l'exigence du
€35.
XXXV . Tous Cavaliers, Dragons ou Soldats
en faction , comme aussi les brigadiers commandant
la garde des Erendarts , qui laiſſerone
fauver les Prionniers qui leur fer nt confignez ,
& à la garde deſquels ils auront été établis , feront
condamnez af vir comme Forçats ſur les
Galeres pendant trois années , Enjoignant
S. Maux Officiers de garde , de veiller & tenir
la main à l'execution du preſent Article , à peine
d'enêtre refponfables en leurs propres&privez
noms .
XXXVI. Deffend S. M. en conformité de l'Ordonnance
du 20. Mai 1686. à tous Cavaliers ,
Dragons & Soldats , de jurer & blafphemer le
faint nom de Dieu , de la fainte Vierge ni des
Saints , fur peine , à ceux qui tomberont dans
ee crime, d'avoir la langue percée d'un fer
chaud; voulant Sa Majefté qquuee les Officiers de
la Troupe dont ils feront , foient tenus , auffitôt
qu'ils en auront connoiffance , de les remettre
au Prevôt étant à la ſuite d'icelle , ou au
Major du Regiment pour leur faire ſubir la peine
fufdite. 1
XXXVII . Tout Officier qui ofera inſulter un
Commiffaire des Guerres dans ſes fonctions ,
ſera ſur le champ envoyé en priſon par le Commandant
du Corps dont ſera ledit Officier , ou
par ordre du Commandant de la Place où l'in
ſulte aura été commiſe; leſquels en informeront
fur le champ le Secretaire d'Etat de la Guerre ,
pour, ſur le compte qui en fera rendu à Sa Majeté,
SEPTEMBRE . 1727. 2147
jeſté , être ledit Officier puni , ainſi qu'il fera par
Elle ordonné , ſuivant les circonſtances du cas,
XXXVIII. A l'égard des Cavaliers , Dragons
&Soldats qui feront affez temeraires pour attenter
à la perſonne deſdits Commiflaires , ſoit en
les frappant ou ſe mettant en poſtute de les frapper
; veut Sa Majesté qu'ils foient jugez par le
Conſeil de Guerre , & condamnez a étre pendus
& étranglez
Con .
:
XXXIX. Deffend ties-expreſſement Sa Majeſté
auſdits Cavaliers , Dragons & Soldats , de
frapper ou infulter les Maires Echevins
fuls , Juges & autres Magiſtrats des lieux où ils
feront en garnison , ou par lesquels ils paſteront
lorſqu'ils feront en route , Voulant Sa Marſté ,
que fur la requifition deſdits Magiſtrats , les acculez
foient mis en priſon pour être jugez
par les Prévôts des Maréchaux , ou par les Jus
ges des lieux , ſuivant la nature & les circonf
tances du délit.
XL Dans le cas où leſdits Magiſtrats ou Officiers
Municipaux auroient été frappez ou infultez
par des Officiers des Troupes de Sa Ma cité,
is en adrefleront leurs plaintes & Procès ver
baux au Secretaire d'état de la Guerre , pour ,
fur le compte qui en ſera par lui rendu à Sa Majeſté
,yétre par Elle pourvû, felon & ainſi qu'il
appartiendra.
XLI. Lor que les Prévôts , Archers , ou autres
prépoſez par les Juges ordinaires , arrêteront
priſonniers des Soldats ou autres accuſez, aucun
Cavalier , Dragon ni Soldat ne pourra s'y oppoſer
, les leur öter de force, ni ſe mettre en
devoir de les leur ôter , à peine de la vie.
XLII. Doffend Sa Majesté à tous Soldats , Cawaliers
& Dragons , d'aller ni envoyer couper,
abbatte & dégrader aucun bois dans ſes Forêts,
Bois , Buiſſons & Domaines , ni dans ceux des
Parti2148
MERCURE DE FRANCE .
Particuliers , de chaffer ni pêcher dans les terres
des Seigneurs: comme auſſi de tirer ſur les pigeons
, poules , poulets , lapins & autres animaux
domeftiques : & d'endommager les Mou
lins , Viviers & Etangs ; le tout à peine de punition
corporelle .
XLIII. Tout Soldat , Cavalier ou Dragon
qui trichera ou pipera au jeu , ſera puni corporellement.
Veut Sa Majesté que fi dans les Camps
ou dans les Places il s'établiſloit des Jeux de hazard
, & capables d'engendrer querelle , les Commandans
ou Gouverneurs faffent ro pre les tables
, machines & uftenfiles ſervant auſdits Jeux ;
&qu'ils fallent mettre en prifon ceux qui tiendront
leſdits Jeux .
XLIV. Deffend Sa Majeſté à tous Officiers
Cavaliers , Dragons & Soldats , d'avoir & entretenir
à leur fuite aucune fille débauchée , à peine
auſdits Officiers d'être caſſez , audits Soldats,
Cavaliers & Dragons de trois mois de prifon ,
&auſdites filles d'avoir le foüet , & d'être chaffées
des Armées ou des Places .
,
XLV. Veut au ſurplus Sa Majeſté , que les
Ordonnances renduës parle feu Roi fon Biſayeul
contre les deſerteurs , fuborneurs & féducteurs ,
Paſſe- volans , Faux- Sauniers , Contrebandiers
contre ceux qui auront vendu ou acheté des outils
,habillemens , armes & chevaux des Troupes
de Sa Majefté , ou des métaux , poudres , pieces&
munitions d'artillerie , & generalement
toutes autres Ordonnances auſquelles il n'eſt
point dérogé par la préſente , ſoient exequtées
felon leur forme & teneur.
TABLE
1 TABLE .
P
Ieces Fugitives , la Medecine , Ode. 1937
Enigmes , expliquées au College des Jefuites.
1945
Examen d'un Paſſage de Plutarque. 1968
Bouquet à la Comteſſe de Toulouze. 1975
Explication des Miroirs ardens , &c, 1976
Bouquet à Madile le Vieux . 1977
Eloge du P. Sicard Jeſuite. 1981
Lettre fur les Ouvrages du P. Sicard, 1988
Triolets aux Dames ,&c .
1991
Lettre fur les bons mots , &c. 1996
Poëme qui a remporté le prix des Jeux floraux.
2007
Memoire fur les effets des courrans des rivieres
.
2012
Madrigal à la Baronne d'I . 2015
Triolets pour le mois de Septembre 2016
NouveauRouer à filer, & autres machines.2022
Enigmes. 2024
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , & c.
2026
Hiſtoire des révolutions de Perſe. 2028
Nouveau Voyage autour du monde , &C. 2031
Second Volume de l'Hiftoire de Polybe. 2045
Breviaire Romain noté , & c. ibid.
Hiſtoire des Papes du P. Pagi , & c . 2048
Prix donnez à l'Academie Françoiſe ,&c. 2053
Programme de l'Académie de Bordeaux. 2054
Mort de M. de Launay.
Avis donnez.
Chanfon & Vaudeville notez .
Spectacles . Jonathas , Tragedie.
L'Ambition , Ballet ,
Les Amours des Dieux , Ballet .
2055
2056
2058
2059
2065
Jaddus,Grand Prêtre des Juifs,Tragedie . 2070
2076
Dile
2150
Diſcours du Roi d'Angleterre.
Préparatifs pour le Couronnement.
Hollande & Pays Bas.
Morts &Mariages , Convois & Funerailles
2108
2111
2112
du Roi George I, 2113
France , nouvelles de la Cour , &c. 2116
Lettre ſur la Campagne des Galeres. 2119
Nouvelles du temps ,de Turquie & de Perſe.
2091
DeRuffie & de Pologne , Lettre du Comte
de Saxe. 2092
Allemagne , Italie , &c 2098
Grande Bretagne , Adreſſe des Quakers , &c.
2103
Benefices donnez , 2128
Morts , Naiſſances , Mariages , 2133
Ordonnance , 2140
Errata d'Août.
age 1776. ligne 14. Monthulon , lifezMa-
Palon P. 1880. 1. 24. nos 1. vos. P. 1916
1. 20. Tremeaux , 1. Trumeaux.
Fautes à corriger dans ce Livre.
ligne १. portez , lifez poſez.
P.1999. 1 13. que le , I que ce. P. 2011.
1. 4. perce 1. percent. Ibid. 1. 9. éblanlée. 1.
ébranlée. ibid. 1. 12. renferme , 1. referme. P.
2023. 1. 2. du bas obſtructives , 1. obſtructions .
P. 2024. 1. 11. à la , 1.de la. P. 2030. 1. 4. du
bas, la l. le.
L'Air noté doit regarder la page
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROY.
SEPTEMBRE . 1727 .
QUE
COLLIGIT
SPARGITS
Chez
A PARIS ,
(LA VEUVE CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruč
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT,QuaydeConti,à la deſcente
du Pont-Neuf, au coin de la ruede
Nevers , à la Croix d'Or.
M. DCC. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
AVIS .
L'ADRESSE generale pour toutes
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoise , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent ſe ſervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment , quand on
adreſſe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir ſoin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaisir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'aurons qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura ſoin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterſur l'heure à la Poſte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eſt de 30, fols.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
SEPTEMBRE . 1727 .
XXXXXXX XXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA MEDECINE ,
ODE.
SAINTE
GENER
AM. Daniel le Clerc , D. M. Conseiller
d'Etat , & Commis ſur le Corps
P
de laMedecine a Geneve.
Ar toi , Dieu de la Medecine
Par toi font prolongez nos jours ;
Au fortir des bras de Lucine ,
C'eſt toi qui prends ſoin de leur cours ;
Aij Tu
1938 MERCURE DE FRANCE.
1
Tu régis auſſi le Permeſſe ,
C'eſt toi ... mais quelle eſt cette yvreffet
Que j'en goute le doux effort ! ...
Viens . Prête- moi ton aſſiſtance ;
C'eſt à celebrer ta Science ,
Que je conſacre mon tranſport.
Mais toi , que ce Dieu confidere ,
Comme l'Arbitre de ſes Loix ;
Le Clerc , voudras-tu bien te plaire ,
Aux foibles accens de ma voix ?
Des Princes de la Medecine ,
Tu fis revivre la Doctrine ,
Tu nous en réſolus les noeuds ;
Et je vois ton nom mémorable ,
Par cet Ouvrage incomparable ,
Paffer à nos derniers neveux.
Sçavant, judicieux , modeſte ,
Tel tu parois dans tes Ecrits ;
L'Eloge le plus manifeſte ,
N'en ſçauroit rehauffer le prix.
Mais , fouffre au moins que je m'acquitte ,
Du
SEPTEMBRE. 1727. 1939.
Du tribut qu'on doit au mérite ,
Qu'orne , chez toi , tant de ſçavoir .
De ce grand Art que tu profeſſes ,
Qui poſſeda mieux les Richeſſes ?
Qui ſçut mieux les faire valoir ?
Au ſeul poids de l'experience ,
Le ſçavoir doit ſe meſurer .
Et fans elle , nulle ſcience ,
Du vrai , n'a droit de ſe parer.
D'elle , les enfans d'Eſculape ,
De fixer l'ame qui s'échape ,
Apprirent le merveilleux Art.
Et les Preceptes qu'il nous donne ,
Ni le ſuccès qui les couronne ,
Ne font point l'effet du hazard.
Quelle eft cette vapeur cruelle ,
Qui vient s'emparer de vos ſens ?
Votre oeil fuit , votre corps chancelle !
Apeine on entend vos accens t
Je ſens votre coeur qui palpite ! ...
Ciel ! du trouble qui vous agite ,
Aiij Chaque
1940 MERCURE DE FRANCE.
Chaque inſtant redouble le cours !
Viens , accours , ô fage Hippocrate ! ...
Que dit- il ? ...Au Pouls qu'il vous tate ,
C'étoit le dernier de vos jours,
Mais foudain votre voix annonce ,
Que vous relevez du tombeau ;
Deux mots que ſa bouche prononce ,
Ont caufé ce charme nouveau .
Sur nous , Dieux ! quel eſt ſon Empire !
La Nature manque , on expire
Par l'excès d'un mal inhumain ;
Nul retour , ſans lui , nul remede ;
Mais , vient- il ? la Parque lui cede ,
Nous ſommes ſauvez par ſa main.
Ovous , Auteurs de ces ſyſtèmes ,
Que l'experience combat ?
Ne vous abuſez plus vous-mêmes ,
Par le faux jour de leur éclat.
Loin de foulager la Nature ,
En ſuivant votre idée obſcure ,
Nos maux font pouſſez à l'excès .
Sçachez
SEPTEMBRE. 1727. 1941
Sçachez faire un plus juſte uſage ,
D'une ſcience utile & fage ,
Et foutenez- en les ſuccès.
Ouvrez , confultez les Viſceres
D'un corps que le mal a détruit ,
Par ces recherches neceſſaires ,
L'habile Medecin s'inſtruit.
Mais , grands Dieux ! quel eſt le ravage ,
Quedans ſon plus ſuperbe Ouvrage ,
La Nature montre à nos yeux !
C'eſt vous qu'elle en rend reſponſables ;
De ce defordre ſont coupables ,
Vos Syſtêmes pernicieux.
Penſe-t-on que les connoiſſances ,
Qui diſtinguent le Medecin ,
Puiffent, fans des peines immenfes ,
Naître & s'accroître dans ſon ſein ?
Non , non , fans beaucoup de culture ,
Les hommes n'ont de la Nature ,
Jamais rien puiſé , rien acquis.
Ceux qui ravirent ſes richeſſes,
1
Aiiij Jadis ,
1942 MERCURE DE FRANCE.
1
Jadis , de Dieux, & de Déeſſes ,
N'obtinrent le nom qu'à ce prix.
De tant de Mineraux , de Plantes .
Parcourez les diverſitez :
Quelles routes ſont ſuffiſantes ,
Pour penetrer leurs qualitez ?
Ce n'eſt qu'à force d'Analiſe ,
Que les Mixtes qu'on fubtiliſe ,
Laiſſent découvrir leurs fecrets ;
Et ce n'eſt que par leur reſſource
Qu'on peut de nos maux , dès leur ſource ,
Borner , prévenir les progrès.
(
Je tremble , ... bientôt dans mes veines .
S'éleve un feu ſéditieux ;
Pour furcroît encor de mes peines,
Tout mets me devient odieux.
Vous , Miniftres de la Nature,
A qui de nos corps la ftructure
N'a rien qui vous ſoit inconnu ;
Vous , qui pour nous , de ſes Ouvrages ,
Sçavez
SEPTEMBRE . 1727. 1943
Sçavez varier les uſages.
Mon dernier jour est- il venu ?
Non , par votre aide que j'implore ,
Déja s'eſt paſſé mon dégoût ;
Fidele à vos conſeils encore ,
De mon mal vous viendrez à bout ...
Déja ... quelle vertu puiſſante .
A cette Poudre bienfaiſante ,
Qui ſuit de ſi près votre Loy ?
Mon mal commence à diſparoître ,
Ma vigueur s'empreſſe à renaître ,
Et vos ſoins me rendent à moy.
Que l'homme aux douleurs eft en proye !
Qu'il est malheureux ici bas !
Qui le prive ainſi de la joye ?
Qui peut avancer ſon trépas ?
Son coeur en fournit l'origine,
La paffion qui le domine ,
Seule excite tous ces fleaux,
Et jamais autrefois Pandore ,
Av De
1944 MERCURE DE FRANCE.
De ſa Boëte ne fit éclore ,
Un fi nombreux eſſain de maux.
De là , cette horrible cohorte
D'infirmitez & de douleurs :
Du fouci mortel qui l'eſcorte ,
Se compoſent tous nos malheurs.
Il n'eſt rien qu'elle n'empoiſonne ;
Votre corps de fievre friſſonne ,
Vos Membres deviennent perclus ;
A la Goutte , à l'Hydropifie ,
Se joint l'Afthme , l'Apoplexie ,
Vous viviez , & vous n'êtes plus.
Amille périls afſervie ,
Objet de nos voeux , ô ſanté?
Unique tréſor de la vie !
Sans toi , nulle felicité.
De l'homme tu fais les délices ,
Mais livrée à tous les caprices ,
Ton fort dépend de ſes plaiſirs,
Maître de fon intemperance ,
Que
SEPTEMBRE. 1727.. 1.945
Que ne leur fait-il réſiſtance !
Tu ſeconderois ſes deſirs.
Pour vous , Mortels , qui voulez vivre .
Et compter un grand nombre d'ans ;
Ne vous obſtinez plus à ſuivre
Le Méandre de vos penchants.
Quelle est la fureur inhumaine ,
Qui vers le tombeau vous entraîne ,
Avant l'heure de votre mort ?
Loin de précipiter ſon âge ,
Sçavoit en diriger l'uſage ,
C'eſt ſçavoir prolonger ſon ſort.
M. B. D. en M. à Geneve.
※
ENIGMES.
L'Explication ordinaire des Enigmes College de Loüis le Grand ,
le 6. Juillet. L'Aſſemblée qui étoit compoſée
d'un nombre confiderable de perſonnes
de distinction , anima d'abord par
ſa prefence , & bientôt après par ſes applaudiſſemens
les jeunes Oedipes. La
Avj bonne
1946 MERCURE DE FRANCE:
1:
bonne grace , la maniere libre & aifé
avec laquelle ils parlerent , fut goûtée de
tous leurs Auditeurs , & ne contribua pas
moins à leur gagner les fuffrages , que les
choſes qu'ils avoient à dire .
LE TABLEAU de Rhétorique réprefentoit
J. C. dans la Synagogue de Nazareth
, développant le ſens des Propheties
d'Iſaïe à pluſieurs Docteurs de la Loy.
Le fils de M. Gaudion de la Grange, qui
l'expliqua , prit pour mot d'Enigme ,
l'Enigme même . La Divinité de J. C. cachée
ſous les dehors de l'humanité , repreſente
parfaitement le ſens myſterieux
d'uneEnigme couverte d'un voile obfcur.
Cette même Divinité qui perce & fe laiffe
voir au travers de l'humanité , donna occafion
au fils du Marquis de la Salle ,
d'appliquer au même Tableau l'Enigme
fans Enigme ou le ſecretfansfecret; l'oppoſition
de ces deux mots fourniffoit un
jeu très - agréable & tres - avantageux ,
l'Auteur de ces deux Pieces ſçut en tirer
toutceque l'on en pouvoit attendre.Comme
nous ne prétendons faire ici qu'un
Extrait , nous nous contenterons de citer
de ces deux Enigmes , auſi-bien que des
autres dont nous parlerons enſuite , les.
endroits qui furent les mieux reçûs &
les plus applaudis.
Le premier Acteur, après avoir propofe
SEPTEMBRE . 1727. 1947
poſé le mot qu'il vouloit adapter au Tableau
le juftifia par ces Vers :
Une Enigme eſt un ſens obſcur , myſterieux,
Qui ſous les traits de l'écriture ,
Ou les couleurs de la Peinture ,
Pour picquer davantage un eſprit curieux ,
Se montre & ſe dérobe aux yeux.
Le Tableau qu'ici je contemple ,
Nous en fournit plus d'un exemples
Il ſemble offrir à nos regards
Des Enigmes de toutes parts.
Le ſecond Acteur s'efforça à ſon tour
de justifier par ces Vers le mot qu'il
avoit choiſi.
Pour dévoiler le ſens , qu'un habile Pinceau
Aprétenda cacher fous les traits d'un Tableau
,
Il me ſuffit de voir le port & la figure.
Quand je vois dans cette Peinture ,
Un caractere de bonté ,
De ſageſſe , de Majesté ,
Qui furpaffe notre Natures
La verité n'eſt plus obfcure.
Au travers de l'humanité ,
J'en
1
1948 MERCURE DE FRANCE.
t
J'entrevois la Divinité ;
Ainſi le ſens Enigmatique ,
S'offre de lui-même & s'explique.
On a beau ſe cacher , toûjours par quelque
endroit ,
L'homme peint , ou vivant , aux yeux ſe manifeſte
;
Et par le peu que l'on en voit ,
On devine aisément le reſte.
Après avoir parlé des deux eſpeces
differentes d'Enigmes , peinte & écrite ,
à l'occaſion de quelques caracteres de
Langues étrangeres qui ſe trouvoient dans
le Tableau , le premier Oedipe ajoûta.
Toute Langue aujourd'hui devient Enigmatique;
Onn'entend plus le Grec , affez peu le Latin :
Je crains pour le François un ſemblable deſtin.
Aforce de chercher quelque choſe qui pique,
Dunouveau, du brillant ou bien du gracieux,
On donne dans l'obſcur , le faux , le précieux,
Et ſouvent l'Orateur , plus ſouvent le Poete ,
Dans fon propre Païs a beſoin d'Interprete ,
Qui puiſſe expliquer au Lecteur ,
Ce qu'a vou lu dire l'Auteur.
Les
!
SEPTEMBRE. 1727. 1949
Les deux Acteurs pourſuivant enfuite
leur premiere pointe , s'efforcerent l'un
de trouver dans le Tableau differentes
fortes d'Enigmes , & l'autre de les réfoudre.
La capacité vraye ou prétenduë des
Docteurs aſſemblez autour de J. C. leurs
ſentimens ſur ſa perſonne , fourniffoient
une ample matiere. Comme le ſecond
Oedipe perſiſtoit toûjours à ne reconnoître
d'Enigme nulle part , du moins qui
ne fût aiſée à expliquer , le premier commença
ce Dialogue dans lequel il ſera
aifé de diftinguer ce que dit chacun des
deux interlocuteurs.
Dans le Moral & le Phyſique ,
Rien ne vous ſemble énigmatique ,
Nous ſommes ſur cela d'avis bien different.
J'en conviens. Cen'eſt point par une humeur
critique ,
Montre-moi quelque Enigme , auſſi-tôt je me
rends.
L'Enigme, en fait de mooeurs, eſt choſe ſi commune
,
Que j'en puis , s'il le faut , propoſer vingt
pour une.
Propoſez les moi , j'y conſens .
Sans aller au Devin , j'en trouverai le ſens.
Tout
1950 MERCURE DE FRANCE.
1
Tout eſt myſterieux dans le fiecle où nous
ſommes.
Legrand Art de ce fiecle , est l'Art de rafiner,
Ce que font aujourd'hui , ce que diſent les
hommes ,
Eſt une Enigme à deviner.
Dès là que je ſçais qu'on rafine,
Je ſuis en garde , j'examine.
Ce que je ne vois pas , au moins je l'entrevoi.
L'artifice n'eſt point une Enigme pour moi.
Avare en toute choſe, on n'en prodigue
qu'une ,
C'eſt le doux nom d'ami. Que dois-je imaginera
L'amitié parmi nous eſt-elle ſi commune ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Jetrouve des amis ſans nombre,
Qui de l'amitié n'ont que l'ombre.
Diſcours étudiez , beaux dehors. Je le voi.
Mais le fond , ce n'eſt point une Enigme pour
moi.
D'un voiſin l'onm'apprend la faute ou la folie.
C'eſt
SEPTEMBRE. 1727. 1951
C'eſt un ſecret , dit - on , n'allez pas le prôner.
Veut- on que je le taiſe , ou que je le publie
C'eſt une Enigme à deviner.
Quiconque me fait un myſtere ,
D'une choſe qu'il n'a pû taire ,
Veut que j'en ſois l'écho . C'eſt aſſez. Je le voi.
Ce myſtere n'eſt point une Enigme pour moi.
Dans ſes âpres diſcours , j'entens ou tel , ou
telle ,
Qui contre le Quadrille aime à ſe déchaîner ;
D'où vient cette Morale ? Est- ce humeur , eftcc
zele?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si tel homme , ou fi telle femme ,
Contre le Quadrille déclame ,
Après avoir perdu , c'eſt chagrin , je le voi.
Son faux zele n'eſt point une Enigme pour
moi.
Onfonge à s'allier avec riche famille ;
L'affaire eft avancée , on va la terminer.
Cherche
1
1952 MERCURE DE FRANCE.
Cherche-t on le bonheur du fils? ou de la fille?
C'eſt une Enigme à deviner.
Quand on fonge à riche alliance ,
Vous demandez à quoi l'on penſe ?
Au bonheur des enfans ? helas non. Je le voi.
C'eſt au bien. Ce n'eſt point une Enigme pour
moi.
On vient de faire éclore une nouvelle mode .
L'ancienne déplaît, il faut la condamner ;
L'autre eſt-elle en effet plus belle ou plus commode
?
C'eſt une Enigme à deviner.
Dès là qu'une mode eſt nouvelle ,
Commode ou non , elle eſt plus belle ;
Mais bientôt ſa beauté paſſera : je le voi ;
Le gout françois n'eſt point une Enigme pour
moi.
Ondonne à des Chrétiens un ſpectacle idolâtre
,
Où les coeurs ſçavent- ils mieux ſe paſſionner ?
Eft- ce dans le Parterre? eft-ce ſur le Théatre ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Au
SEPTEMBRE. 1727. 1953
ه
?
Au Théatre on fair perſonnage ,
Au Parterre le coeur s'engage ;
La paſſion s'y donne & s'y prend : je le voi ;
Cet échange n'eſtpoint une Enigme pour moi.
On entend une Piece ; on en dit des merveilles,
Elle eft chez l'Imprimeurion va nous la donner.
Les yeux jugeront ils comme ont fait les
oreilles ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si les Acteurs font le merite
De la Piece que l'on récite ,
Les yeux décideront de ſon fort : je le voi ;
Et fa chute n'eſt point une Enigme pour moi
Pour guérir de tous maux, le Tabac eſt d'ulage;
S'en abſtenir un jour, feroit pis que jeûner;
Mais en retirons-nous un ſi grand avantage !
C'eſt une Enigme à deviner,
Le Tabac eſt un Specifique ,
Contre l'humeur ſoporifique.
Sans
1954 MERCURE DE FRANCE.
Sans lui, tel qui m'entend dormiroit : je le voi.
Cette vertu n'eſt point une Enigme pour moi.
On ouvre un teſtament fait pardevant Notaire :
Voyez-vous cette Veuve aux pleurs s'abang
donner ,
Sa douleur paroît vive , eſt-elle bien fincere ?
C'eſt une Enigme à deviner.
Si la Veuve eſt mal partagée ,
La Veuve eſt vraiment affligée ;
Mais ſi le lot eſt bon , elle rit : je le voi ,
Etſes pleurs ne font point une Enigme pour
moi.
<
Dans un certain Contrat fait pour toute la vies
Aprononcer un owi , on ſe laiſſe emmener .
Entend- on bien ce mot? qu'est- ce qu'il fignifier
C'eſt une Enigme à deviner.
Dans une alliance forcée ,
La bouche dément la penſée ;
Un oisi veut dire non. Quel contrat ! je le voi.
Le repentir n'eſt point une Enigme pour moi.
Le
SEPTEMBRE. 1727. 1955
fhe
bi.
oi
Le
}
1
Le TABLEAU de Seconde , repreſentoit
Orphée prêt de fortir des Enfers ,& fuivi
d'Euridice , dans le moment où Pluton
la fait enlever à ſes yeux , lorſqu'il veut
s'aſſurer ſi elle le ſuit en effet. Il fut expliqué
par le fils de M. de Levignen ,
Intendant duCommerce , & par le fils du
Marquis de Langhac . Le premier Oedipe
trouva dans Euridice qui diſparoît aux
yeux d'Orphée , lorſqu'il eſt ſur le point
de la recouvrer , la Pierre Philofophale ,
qui échappe au ſouffleur,quand aprèsbien
des travaux , il s'imagine l'avoir enfin
trouvée. Le ſecond , enviſageant par un
autre endroit l'avanture peinte dans le
Tableau , prit pour mot , le Tour de
Paffe-passe. En effet , Orphée , victime
de ſa vaine curioſité, ſe trouve duppé
par Pluton qui lui enleve Euridice , lorfqu'il
a eu à peine le temps de l'appercevoir
, & de s'aſſurer s'il la vûë ou non.
Le fort du Souffleur qui par bien des travaux
inutiles , ne trouve d'ordinaire que
le ſecret de ſe ruiner , oppoſé à celui du
Charlatan , qui par des tours de ſoupleſſe
ſçait s'enrichir à peu de frais , formoit un
contraſte qui fourniſſoit beaucoup pour
les moeurs. Cependant , comme ces deux
mots n'ont point entre eux de liaiſon.
eſſentielle , nous les prendrons ici ſéparément
pour donner une idée plus nette
de
1956 MERCURE DE FRANCE.
la maniere dont ils furent traitez .
Le premier Oedipe , avant de propoſer
ſon mot, le donna d'abord à deviner à -
l'Aſſemblée dans cette Piece de Vers
François.
C'eſt un tréſor tout auſſi vain qu'une
ombre ;
Affronter les horreurs de l'antre le plus fombre,
S'enſevelir tout vif dans le fond des Enfers ,
Braver le feu , la flamme & cent ſpectres di
vers ,
Rien ne coute à quiconque a ſçû ſe mettre en
tête ,
Qu'il peut venir à bout d'en faire la conquête.
Mais après bien des ſoins , des travaux & des
frais,
Ce tréſor dont l'eſpoir tient ſon ame charmées
Au même inſtant qu'il croit ſes defirs fatisfaits
,
S'évanoüit & s'exhale en fumée.
Orphée plein de l'eſperance de recouvrer
Euridice , penetre fans crainte aux
Enfers , & ne s'effraye point des dangers
d'un voyage ſi extraordinaire ; ainſi le
Souffleur abuſé par une vaine confiance
ne ſe rebute point d'un travail dur &
opiniâtre.
Au
SEPTEMBRE . 1727. 1957
s
i
en
te.
tes des
ées
isouaux
gers
le
nce
!
&
Au
Au fond d'un antre obfcur un Souffleur con
finé ,
Y vit à la lueur de ſon fourneau Chymique ,
Et fondé ſur l'eſpoir d'un tréſor chimerique .
Ne ſe rebute point d'un travail obſtiné.
Tel Auteur croit marcher ſur les pas des
Corneilles ;
Et releguédans un fombre réduit ,
Paſſe à rimer & le jour & la nuit.
Il ſe promet pour le fruit de ſes veilles ,
Un gain qui ſelon lui doit combler ſes fouhaits
;
Un gain qu'au premier Acte emportent les
fifflets.
,
Orphée , qui après bien des dangers
&des travaux effuyez avec conſtance ,
voit tout à coup diſparoître Euridice
donna occaſion de parler de l'inutilité
des efforts du Souffleur & de ceux qui
comme lui travaillent beaucoup pour ne
rien obtenir.
Tel d'un riche vieillard, par de feintes careſſes
,
s'imaginant gagner & l'eſprit & le coeur ,
Croit ſeul après ſa mort partager ſes richeſſes ;
: Le
1958 MERCURE DE FRANCE.
Le Teſtament ouvert lui fait voir fon erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
Tel autre affez ſouvent , qui n'a pour tout
merite ,
Que d'être complaifant , fouple , rufé , flatteur
,
Croit par ce dehors hypocrite ,
D'un Miniſtre éclairé , ſurprendre la faveur.
Un Placet rebuté lui fait voir ſon erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
1
Uu Joüeur que pourſuit la fortune traitreſſe ,
Au fond de fon cornet , croit malgré ſon malheur
,
Pouvoir enfin fixer cette aveugle Déeſſe.
Le dez part , & bientôt lui fait voir fon
erreur :
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur.
Tel que l'amour du gain traîne au-delà des
Mers ,
Aprèsbien des travaux, bien des périls divers,
Dans lefonddu Perou trouve enfin la fortune;
Mais les vents au retour cauſeront fon malheur
,
Et
SEPTEMBRE., 1727. 1959
alfon
des
vers,
unes
mal-
Et
Et ſes tréſors enrichiront Neptune.
Autant de l'Alambic en tire le Souffleur .
Enfin Orphée vécut malheureux après
avoir perdu Euridice pour la ſeconde fois .
De même le Souffleur vit & meurt d'ordinaire
miferable , après avoir perdu ſes
peines , & dépensé ſon bien à chercher
inutilement la Pierre Philofophale.
Après bien des efforts d'un travail indifcret ,
Un Souffleur ſçait trouver le merveilleux
fecret,
De convertir tous ſes biens en fumée ,
Etvoit ſa bourſe enfin vainement confumée.
Le ſecret , ſans doute , eft charmant !
Pour diffiper ſes biens faut-il tant de myſtere ?
Sans Alambic, fans feu de reverbere ,
Mille gens dans Paris ſçavent en faire autant.
Le ſecond Oedipe , avant d'appliquer
aucun mot au Tableau , en expoſa d'abord
le ſujet dans les Vers ſuivans , d'une
maniere qui amenoit naturellement
celui auquel il vouloit s'arrêter.
Orphée impatient de revoir Euridice ,
Enfin ne retient plus ſes regards curieux ;
B Et
1
1960 MERCURE DE FRANCE.
Et craignant que d'ailleurs Pluton ne le trahiffe,
1
Il veut s'aſſurer par ſes yeux.
Quel avantage lui procure
Sa vaine curiofité.
Il apperçoit l'objet dont il eſt enchanté ;
Il le voit , & déja fon eſprit ſe raſſure ;
Mais dans le même inſtant il le voit s'échaper ,
Et Pluton qui rappelle Euridice au Tartare ,
Le laiſſant interdit d'un deſtin ſi bizare ,
S'applaudit en ſecret d'avoir ſçû le dupper.
Orphée , qui eſt , pour ainſi dire , nouveau
débarqué aux Enfers , repreſente
ceux qui font les plus propres à être duppez
par des tours de foupleſſe.
Ainſi tel à Paris , & tel autre à la Cour ,
Débarqué de nouveau , franc & fans défiance,
Jugedes gens ſur la ſeule apparence ,
Et ſe trouve bientôt duppé par plus d'un tour.
Détrompé par ces traits de ſon erreur profonde,
Il reconnoît ce qui fut de tout temps ,
Qu'en ces païs il eſt des Charlatans ,
Plus fins , plus déliez , qu'en aucun lieu du
monde.
Après
SEPTEMBRE. 1727. 1961
Après avoir parlé des differentes perſonnes
qui ſe laiſſent dupper par les Charlatans
, & des tours que ceux-cy employent
pour réüffir , l'Auteur finit par
ces Couplets qui déſignent quelques-uns
de ceux qui dans leur conduite , imitent
en quelque façon par leur adreſſe celle
des Charlatans même.
Un Parafite , en vains diſcours fertile ,
Par ſes bons mots ſçait amuſer les gens ;
Mais auſſi du plaiſant il ſçait tirer l'utile ,
Et s'il les divertit , il vit à leurs dépens.
C'eft à peu près ainſi que font les Charlatans.
Four ſe faire un renom parmi les vrais Sçavans
,
Tel décide fur tout en ſouverain arbitre ,
Il critique au hazard cent livres differens ,
Dont à peine il a lû le titre ;
Et par ces faux dehors fçait impoſer aux gens:
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans.
Un Orateur dans un Panegyrique ,
Tombe ſur un endroit délicat & critique :
S'il ne peut l'éluder , un tour de Rhétorique
r
Bij Viendra
1962 MERCURE DE FRANCE.
Viendra tout à propos pour ébloüir les gens:
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans,
Un Grand , pour foutenir l'éclat de ſa naiffance
,
Au défaut du mérite employant la dépenſe ,
Sçait par les beaux dehors en impoſer aux
gens :
C'eſt à peu près ainſi que font lesCharlatans.
Pour vous donner un Vernis de Nobleffe,
Favoris de Plutus , fiers de votre richeſſe ,
Vous arborez des noms pompeux & trioms
pliants :
C'eſt à peu près ainſi que font les Charlatans.
Enfin pour abreger ; car cette ample matiere ,
Nous offriroit encore une vaſte carriere ;
Diſons en general & fans nommer les gens :
Que dans tous les états il eſt des Charlatans.
Le TABLEAU de Troiſième réprefentoit
Abigail , s'efforçant de fléchir la colere
de David , par ſes prieres & par
des preſens qu'elle lui offre. Il fut expliqué
par le fils aîné de M. Boula de
Quincy , auquel ſe joignit le ſecond fils
du
:
SEPTEMBRE. 1727. 1963
Marquis de Polignac. La fureur impétueuſe
de David qui s'avance d'abord, les
armes à la main,& ſe calme bientôt après,
engagea le premier Oedipe à prendre
pour mot d'Enigme le Vent : & le ſecond
à qui ſon âge ne permettoir gueres que
de badiner , choiſit la Giron tte .
Differens perſonnages du Tableau ,
portez en differentes attitudes , reprefentoient
les differens Vents ; ils donnerent
occafion à cette alluſion morale .
Tout eft opinion , tout eft vent dans le monde;
Aujourd'hui Sud , & demain Nord ;
Nul homme avec ſoi n'eſt d'accord.
C'eſt de cette ſource féconde ,
Que fortent toutes nos erreurs :
Singes des Vents , volages que nous ſommes ,
Le matin nous loüons , prêts à blâmer le foir.
Voila les jugemens des hommes ;
Paffants toûjours du blanc au noir.
C'eſt la paſſion qui décide ;
On fuit ſon attrait ſéducteur ;
Elle eſt le ſeul Vent qui nous guide ,
Etl'eſprit juge en nous beaucoup moins que
le coeur.
David irrité & boüillant de colere,
Biij c'eſt
1964 MERCURE DE FRANCE .
c'eſt le vent qui ſouffle avec impétuofité.
Ce rapport de David & d'un vent impétueux
amenoit naturellement l'allégorie
ſuivante , dont l'Oedipe ſe ſervit pour
féliciter le jeune Marquis de Polignac ,
& le Chevalier ſon cadet , fur la ſanté
qu'ils avoient recouvert heureuſement
l'un& l'autre depuis peu , après une maladie
qui les avoit mis en danger.
Dans un Jardin rempli des fleurs les plus brillantes,
Nous avons vû croître deux tendres fleurs,
Qui par leur vif éclat & leurs graces charmantes
,
Etoient l'honneur de Flore & l'amour des neuf
Soeurs. 1
Un jour ( quelle horrible tempête :)
Un Aquilon forti de ſa noire priſon ,
Répand fur ces deux fleurs fon funeſte poifon,
Leur éclat ſe ternit , elles panchent la tête ;
Atteintes du ſouffle malin ,
Elles ſemblent toucher à leur derniere fin ;
Quand le Dieu des Jardins , au fort de nos
allarmes,
Sans s'arrêter à d'inutiles larmes ,
D'une ſçavante main empruntant le ſecours ,
De la contagion fait ſuſpendre le cours.
Ses
SEPTEMBRE. 1727. 1965
Ses foins , ſa vigilance & les pleurs de l'Aurore
,
Les font revivre enfin & les rendent à Flore ;
Souffrez qu'on applaudiſſe à leur heureux
deftın.
Le mot du ſecond Oedipe étoit traité
d'une maniere moins férieuſe. Abigail ,
felon lui , repreſentoit la Giroüette , dont
l'inconſtante mobilité lui donna occafion
de plaiſanter fut la legereté que l'on reproche
d'ordinaire aux femmes , & d'excuſer
celle qui eſt naturelle à la jeuneſſe .
Quel prodigeque dans l'enfance ,
L'homme ſoit toûjours inégala
Apas lents ſa raiſon s'avance ,
Peut- elle alors guérir ce mal !
On ne dira pas que je brode;
Car pour la femme c'eſt un fait .
Dans l'enfance elle ſuit la mode ,
Dans l'âge mûr elle la fait.
Je ſuis enfant , leger , volage ,
Je pleure aifément & je ris ;
La legereté dans mon âge ,
Souvent en fait le plus grand prix.
Biiij
Dans
1966 MERCURE DE FRANCE
Dans l'homme on la voit diſparoître ,
Dès que la raiſon le conduit ;
C'eſt l'enfance qui la fait naître ,
C'eſt la raiſon qui la détruit.
Dans la femme on la voit s'accroître ,
Dès que la raiſon ſe produit ;
C'eſt l'enfance qui la voit naître ,
C'eſt la raiſon qui l'affermit.
L'air fuppliant & affligé d'Abigail qui
employe les larmes pour fléchir David ,
c'eſt la Girouette à la pluïe. Un autre
perſonnage du Tableau , dont le viſage
paroîffoit plus ferein ,la Giroüette au beau
temps.
Si la Giroüette docile ,
Annonce l'eſpoir du beau temps ,
Le Nautonier devient tranquille ,
Il ne craint plus l'effort des Vents .
Ainſi quand notre coeur soupire ,
Et nous force à verſer des pleurs ,
Un mot, un gefte , un doux fourire ,
Suffit pour calmer nos douleurs.
Un
1
'SEPTEMBRE. 1727. 1967
Un enfant veut-il de fa mere ,
Sans peine appaiſer le courroux ?
Il foûrit , il a l'art de plaire :
Quelle mere tiendroit contre un charme fi
doux ?
Dans les attitudes de quelques autres
figures , étoit repreſentée la Giroüette
qui toûjours en mouvement , tourne ſans
ceffe.
Il eſt plus d'une Giroüette ,
Qui ſans ceſſe tourne & revient ,
Et je vois par tout fans lunette ,
Plus d'une tête à qui ce que je dis convient.
La mode , fille du caprice,
Regne fi ſouverainement ,
Qu'il n'eſt cerveau qui n'obéifle ,
Au fouffle de ce leger vent.
Toûjours nouveauxhabits & nouvelle parure;
On ne cherche aujourd'huy qu'à farder laNa
ture;
Et je ne ſçache qu'un ſeul point
Sur lequel par malheur on ne changera point
On veut malgré nos dents , de la Litterature:
Nous faire prendre une teinture :
By Que
1968 MERCURE DE FRANCE.
Que je benirois le deſtin ,
Si la mode pafſoit d'apprendre le Latin !
※
※※※※
EXAMEN d'un Paſſage de Plutarque.
Par M. Deſlandes .
fait un Traité des Cauſes
Naturelles , où l'on trouve un grand
nombre d'Obſervations & d'Experiences
au ſujet de l'eau de la Mer. Les unes
ſont propoſées avec beaucoup d'adreſſe ,
mais plus à la maniere d'un Hiſtorien
que d'un Philoſophe. Les autres paroiffent
obfcures & difficiles à croire. Parmi
ces dernieres j'en ai remarqué une qui
a dû foulever tous les Lecteurs intelligens
, & qui m'a moi-même beaucoup
furpris la premiere fois que je l'ai lûë.
Plutarque fait d'abord cette queſtion :
Pourquoi dans les viodentes tempêtes ,
quand on arrofe d'huile la ſurface de la
Mer, s'appaise-t- elle tout d'un coup devient-
elle unie & transparente ? Il recherche
enſuite quelle peut être la caufe d'un
effet ſi extraordinaire & fi peu attendu.
J'avoue qu'au premier coup d'oeil cette
queſtion offre je ne ſçai quoi d'abſurde
& de ridicule. Un Philofophe eſt preſque
tentéde la mettre au rang des fables. Cependant
i
SEPTEMBRE. 1727 1969
pendant, à l'examiner de près , on découvre
dans la Navigation quelques uſages
qui y ont rapport, & que perſonne n'a
encore expliquez . Peut- être me ſçaurat-
on gré d'entrer ici dans un détail qui
n'eſt gueres connu que de ceux qui vont
à la Pêche des Morues & des Baleines.
Voici le fait : Je m'étendrai le moins que
je pourrai.
Quand un Navire à la Mer eit attaqué
par un vent forcé & très-violent , il n'a
que deux manoeuvres à faire. L'une eſt
de ferrer toutes les Voiles ; & demeurant
ainſi à mâts & à cordes , de preſenter le
côté au vent. Dans cette ſituation , le
Navire avance affez pour éviter les
coups de Mer : & comme ſes deux côtez
font paralleles l'un à l'autre,& folidement
attachez par le moyen des Baux & des
Courbes , on peut regarder ce Navire
comme une ſimple muraille , que le vent
pouſſe avec d'autant plus de force que fa
furface eſt plus grande. Car pour la réſiſtance
de l'eau de la Mer , elle doit être
ici comptée pour peu de choſe. En effet
plus la Mer eſt mue & foulevée , plus elle
ſe laiſſe diviſer facilement , plus le Navire
fait de chemin .
L'autre manoeuvre a quelque choſe qui
frappe davantage : mais elle eſt au même
temps plus délicate & plus épineuſe dans
Bvj l'exe
1970 MERCURE DE FRANCE.
l'execution . Il s'agit de faire vent arriere
avec la Miſaine ſeule ou la grande Voile
dont on aura pris auparavant les ris . Mais
dans ce cas , il y a deux précautions indiſpenſables
à obſerver : la premiere , que
cette Voile faffe toûjours des angles droits
avec la quille du Navire ; & la ſeconde ,
que le Gouvernail ſoit aſſujetti de maniere
que la route ne ſoit point chan
gée.De-là, furtout, dépend toute la ſureté
du Navire.
Cela étant pofé, je vais rendre raiſon
de cette double manoeuvre .
Quand un Vaiſſeau eſt aſſailli d'un coup
de vent tel que je viens de le repreſenter;
ce qu'il y a de plus à craindre , ce font
les coups de mer qui , ſe dépliant avec
violence , & ſe ſuccedant les uns aux autres
, pourroient enfoncer à la fin ou fon
arcaffe , ou un de les côtez. De pareils accidens
font arrivez en pluſieurs occafions,
& depuis peu au Vaffeau du Roy , l'Elifabeth
& à la Flute l'Elephant. La ſeule
maniere de les éviter , c'eſt de faire enforte
que le Vaiſſeau foit toujours, fuivi
d'une Mer battue , & non d'une Mer
neuve.
Je donne le nom de battuë à la Mer
par deſſus laquelle le Navire a paffé , &
qui retient encore la trace de ſon cours.
Cette Mer eſt blanchâtre , pleine d'écu-
1. me
2
4-
SEPTEMBRE. 1727. 1971
!
me , mais toujours,affez unie. On l'appelle
autrement l'eau ou le fillage du Navire
: & ce fillage eſt d'autant plus remarquable
, que le Navire eſt plus peſant&
plus enfoncé dans la Mer.
On voit par l'explication que je viens
de donner d'une Mer battuë , ce que c'eſt
qu'une Mer neuve.De plus longs difcours
ne feroient qu'embrouiller la chofe .
Or un Vaiſſeau qui eſt poursuivi par
un vent forcé , doit toujours mettre après
lui une Mer battue , une Mer qu'il a luimême
applanie par ſon poids & par les
efforts redoublez qu'il a faits en marchant .
Ce qui ne peut arriver que par les deux
manoeuvres que je viens de propoſer : la
premiere , lorſque le Vaiſſeau preſente le
côté au vent ,& que ſon ſillage eſt égal à
toute fa longueur ; la ſeconde , lorſqu'il
fait vent arriere ,& que fon ſillage eſt juftement
égal à ſa largeur .
Cette derniere manoeuvre eſt certainement
la plus difficile dans la pratique ,
parce qu'il faut gouverner très juſte. Un
coup de Gouvernail donné mal à propos
retire le Navire de ſon eau , &
P'expoſe à toute la violence d'une Mer
neuve : c'eſt ce qui a été malheureuſement
éprouve par des Navigateurs pew
habiles ou peu précautionnez. L'un ou
P'autre de ces deffauts cauſe à peu près
les
۱
1972 MERCURE DE FRANCE:
ةب
les mêmes diſgraces & les mêmes accidens
à la Mer.
Ily a des cas où l'on ne peut point ſe
ſervir des deux manoeuvres précedentes :
& ces cas arrivent ſouvent aux petits Navires
qui vont dans le Nord , & fur le
banc de Terre-Neuve. Quand une fois
ils ont commencé leur Pêche , ils ne peuvent
la quitter ni la ſurſeoir ſans un dommage
confiderable & fans s'incommoder
les uns les autres : & alors quand ils font
furpris par quelque coup de vent plus
fort qu'à l'ordinaire , voici le ſeul expedient
auquel ils ont recours. On laiſſe
écouler par l'arriere une certaine quantité
d'huile , preſque à fleur d'eau. Cette
huile s'étend en un moment , forme une
eſpece de nappe autour de chaque Navire,
produit enfin le même effet que ſi toute
la Mer dont il eſt environné avoit été
battuë.
Cet uſage est très-ancien dans la Navigation
: & ce qui y donne lieu , à mon
avis , c'eſt la remarque ſuivante,
Dans le temps que le Poiſſon fraye ,
quelque vent qu'il faffe , la Mer n'eſt
preſque point agitée. On en attribuë la
cauſe à la grande quantité de fray qui
nage ſur ſa ſurface ; & qui venant à ſe
corrompre , produit inſenſiblement une
matiere graffe & huileuſe , dont le principal
SEPTEMBRE . 1727. 1973
pal effet eſt de rendre cette ſurface calme
&unie. Comme la fécondité des Poiffons
eſt incompréhenſible , & qu'elle furpaffe
même tout ce qui peut s'en imaginer ,
il n'eſt pas étonnant qu'une grande partie
des oeufs , & ce qu'on nomme ſur les
differentes Côtes Fretin , Blacquer , Melie
, Manne & Menuſſe , ſe perde & ſe
détruiſe . Tout cela détrempé par l'eau de
laMer, & amolli par les rayons du Soleil,
ſe répand de proche en proche , &
cauſe une altération generale. On s'apperçoit
alors que l'eau de la Mer eſt trouble
, & qu'elle file comme de l'huile .
Pendant les mois que cette matiere
étrangere flotte & ſe conſerve, la Mer
eſt toûjours applanie & tranquille. On
y éprouve cependant des coups de vent
auffi furieux qu'en toute autre ſaiſon. Tel
eſt celui de l'Equinoxe du Printemps ,
celui de la Fête de S. Jean , celui de la
Fête de S. Laurent , &c. Car l'experience
a appris que ces Fêtes font toûjours précedées
ou ſuivies de quelque ouragan terrible
: & moi même je l'ai obſervé pendant
neuf ans de ſuite , que j'ay demeuré
à Breſt. Les Navigateurs ne manquent
point alors de prendre leurs précautions .
La plupart des faits que j'ai rapportez
juſqu'ici , font fondez ſur l'experience ,
& l'on peut en general ſe confier à ce
que
1974 MERCURE DE FRANCE.
que diſent les gens de Mer , à cauſe des
périls & des hazards où les expoſeroit le
plus petit mécompte. Mais la raiſon de
ces faits ne ſe découvre point fi aifément.
Tout ce que j'en puis dire , c'eſt qu'outre
les vents , il faut encore admettre quelque
cauſe intérieure qui faſſe ſoulever les
eaux de la Mer. On la voit quelquefois
s'enfler & ſe heriffer en Montagnes , qu'il
n'y a encore aucun ſouffle de vent ; & il
eſt pour le moins deux ou trois jours à
ſe lever. Quelquefois auſſi la ſurface de
la Mer eſt à peine agitée , qu'il fait des
coups de vent terribles , que tout l'air eft
en mouvement & en agitation. Les Navigateurs
ne ſont point étonnez de ces
bizarreries ; ils s'y apprivoiſent tous les
jours. Mais les Phyſiciens les doivent regarder
comme un des plus farprenans
effets de la nature , & celui peut-être
auquel on a fait le moins d'attention.
BOUQUET
SEPTEMBRE . 1727. 1975
BOUQUET ,
A S. A.S. Madame la Comteſſe de Toulouſe
, en tui preſentant un petit Panier
de paille à faire des noeuds , le jour
de la Notre- Dame d'Août , par Mlle
Antier , premiere Actrice de l'Académie
Royale de Musique.
ENN vain , genereuſe Princeffe ,
Pour vous faire un Bouquet aux Muſes je
m'adreſſe :
Dans un pareil deſſein nous craignons d'échoüer
,
Répond le Parnaſſe rebelle ,
Que veux- ru que nous diſions d'elle ?
Elle deffend de la loüer.
Quel filence penible& quelle loi fatale !
Quoi donc ? voir cent vertus dont on n'ofe
parler ?
Sentir mille agrémens qu'il faut diſſimuler ? ...
C'eſt le fupplice de Tantale !
Mais quel defir vient t'agiter ?
Toulouſe aime ta voix; que rien ne t'inquiete,
Ton zele peut s'acquitter
Avec
1976 MERCURE DE FRANCE .
Avec une Chanſonnette.
Ace petit Concert ſi tu veux joindre un don ,
Contente toi d'offrir quelque Panier de jon.
Mortels , c'eſt là votre avantage ,
Vos finceres reſpects rendent tout précienx ;
/
Car le prix des preſens que vous portez aux
Dieux ,
Eſt toujours dans vos coeurs & jamais dans
l'Ouvrage.
EXPLICATION naturelle & Geométrique
des Miroirs ardens d' Archimede
& d'une nouvelle Lunette d'approche ,
par M. Clairaut.
Q
Uelques Hiſtoriens rapportent qu'Archimede
brula une Flotte par le
moyen de ſes Miroirs ardens ; mais fans
rechercher ſi cela est bien veritable , il
ſuffira de faire voir comment on pourroit
raffembler les rayons du Soleil &les faire
réflechir très loin. Voici l'idée .
Soit imaginé une eſpece d'Anneau ou
Zone circulaire , par exemple , de vingt
pieds de rayon & d'un pied de large dans
ſa ſurface interieure ; pour l'épaiffeur elle
dépend de la force du métal ou de la matiere
SEPTEMBRE. 1727. 1977
tiere dont il ſera compoſé , il faut ſeulement
que par le moyen de quelque Machine
, cet Anneau puiffe être tourné de
tous ſens , enforte que le plan de ſon cercle
reçoive toûjours les rayons du Soleil
perpendiculairement ; & que l'interieur de
l'Anneau qui recevra auſſi les rayons ſoit
une zone de Miroir parabolique ; on la
formera avec un arc de parabole d'un
pied , & d'un pied de parametre attaché
à l'extremité d'une Regle de vingt pieds ,
mobile autour d'un point fixe ſur un plan
& on la polira. Cet Anneau , ou plutôt
ce Miroir , aura par conſequent deux cercles
inégaux : le plus grand fera prefenté
aux rayons du Soleil ,& l'on connoîtra
par quelque index quand ſon axe
concourra directement avec les rayons ,
pour l'arrêter auffitôt fixement , en ſe
fervant des Pivots & Machines neceſſaires
; alors les rayons ſe reflechiront du
côté du plus petit cercle & ſe rendront au
foyer de la parabole , où ils pourront brûler
à quatre cens pieds de diſtance avec
autant de force qu'un Miroir parabolique
d'un pied de diametre , outre que les
rayons d'incidence feront encore aidez
après la reflexion de ceux du Soleil qui
ne ſe réflechiffent point. Enfin toutes ces
meſures ſe pourront changer aisément,ſelon
qu'on voudra le foyer plus loin ou
plus ardent.
11
1978 MERCURE DE FRANCE.
Il ſemble qu'on ne devroit pas négliger
l'utilité qu'on retireroit d'un ſemblable
Anneau , pris neanmoins fur d'autres
proportions , c'eſt à-dire , d'une furface
parabolique tronquée vers le foyer , en
P'appliquant à l'extremité d'un tuyau de
Lunette d'approche à la maniere de
M. Newton ; car les rayons d'incidence
& les reflechis ne ſeroient point mêlez
enſemble , ce qui eft ici de conſequence ;
on attacheroit de même un Miroir elliptique
plat de biais près du foyer , & l'on
diftingueroit clairement les objets & les
Aſtres mêmes , avec un verre de Microfcope
, comme M. Newton. Tout ceci eſt
fi évident & fi géométrique , que de plus
longues démonstrations ſeroient fuperflues.
L'Auteur qui s'eſt appliquédepuis vingtdeux
ans qu'il enſeigne les Mathématiques
, à ſe pouvoir proportionner à toutes
fortes de diſpoſitions d'eſprit , avertit
ceux qui ont quelque inclination pour ces
ſciences , qu'il a trouvé des voyes nouvelles
& faciles qu'il ne peut expliquer
que de bouche ; & qu'il leur déclarera
après quelques leçons , le temps qu'il leur
faudra pour entendre ces ſciences , &
même fera un prix à fort- fait avec ceux
qui le ſouhaiteront après s'être expliqué
du degréde force qu'il leur pourra donner
1
SEPTEMBRE. 1727. 1979
ner ſur ce qu'ils voudront apprendre ;
comme s'il s'agit de l'Arithmetique à
fond , de l'Algebre , de la Géométrie ,
des Méchaniques , de la Sphere & Navigation
, des Fortifications , &c . Ce qui
ſe fera bien plus promptement qu'on ne
penſe , parce que l'Auteur a un de fes
fils très-capable , au rapport de 'Mrs de
l'Académie Royale des Sciences , de le
ſeconder : il prend auſſi des Penſionnaires ,
& il oſe dire qu'on ne craigne point de
lui donner de la jeuneſſe ; car il a eu le
plaiſir de réüſſir ſur des écoliers de fix
ans , & on peut compter qu'il donnera
ſes ſoins pour qu'ils puiffent apprendre
tout ce qui leur ſera neceſſaire d'ailleurs
avec tout le ſuccès poſſible. Il demeure
Fauxbourg S. Germain , rue du Four , à
l'Hôtel Imperial .
********************
BOUQUET DE M. D. S **
A MADEMOISELLE LE VIEUX ,
En lui envoyant une Rame de Papier
à Lettres..
TOi , dont la Plume ſans égale ,
A ſouvent enchanté Pâris ,
Olinde
1980 MERCURE DE FRANCE .
Olinde, de nos beaux eſprits *
L'Amour , l'Eleve , & la Rivale ,
Fille digne du fiecle d'Or ,
Modele de vertu dès la plus tendre enfance ,
Qui joint à l'âge de Neftor ,
La douceur de ſon éloquence ;
Charmez de te faire leur cour ;
Tes amis vont t'offrir mille fleurs dans ce jour:
Mais , Olinde ,de moi tu n'en dois point attendre
,
Je m'acquitte autrement d'un aimable devoir ;
Je te veux aujourd'hui mettre en état d'en
rendre
Plus que tu n'en peux recevoir :
Non , jamais la feconde Flore ,
Avec tous les Zephirs dût- elle ſe lier ,
Ne ſçauroit dans nos champs en faire tant
éclore ,
Que ta Plume en fera naître ſur ce papier.
*Mademoiselle le Vieux étoit en commerce
avec les plus grands génies du fiecle paffé , &
particulierement avec Mrs d'Ablancourt &
Patrû. Ce dernier lui a écrit pluſieurs Lettres
qu'on trouve imprimées à la fin de ſes Plaidoyers
, fous le titre de Lettres à la Belle
Olinde . Elle a plus de quatre-vingt- quatorze
ans , & à cet âge là , parle & écrit avec autant
de feu que de folidité. ELOGE
SEPTEMBRE 1727. 1981
*******************
ELOGE du R. P. Sicard . Extrait d'une
Lettre écrite parle Superieur General
des Miſſions de la Compagnie de Jeſus ,
en Syrie & en Egypte, au R.P. Fleuriau.
Ous ne doutons point , M. R. P.
Nous vous prenantdepart
à notre douleur que nous en prenons à
celle que vous aurez en ouvrant nos Lettres
, par leſquelles vous apprendrez la
perte que nos Miſſions viennent de faire
du P. Claude Sicard.
La peſte qui déſole preſentement cet
Empire , s'eſt vivement allumée au grand
Caire. Notre Miſſionnaire , le P. Sicard ,
continuellement occupé des oeuvres de
charité , a ſaintement fini ſes jours dans
l'exercice de cette excellente vertu de la
maniere dont je vais vous l'expoſer .
Le Seigneur qui avoit deſtiné le P.
Sicard à la vie Evangelique , l'avoit appellé
à nos Miſſions en Syrie , après avoir
enfeigné les Humanitez dans la Province
de Lyon , & y avoir achevé ſes études de
Théologie.
Il quitta la France pour venir en Syrie
, & il y arriva au mois de Decembre
1706. Ceux qui firent avec lui le voyage
par
1982 MERCURE DE FRANCE .
par Mer , conçurent dès lors une haute
idée de notre Mitſionnaire ; ils t'annoncerent
à toute la Ville d'Alep où il
fit ſa premiere demeure. Ils racontoient
volontiers tous les fruits de ſes inftructions
& de ſes converſations avec l'Equipage
du Vaiſſeau , les grands exemples
qu'il leur avoit donnez de charité , de patience
, d'humilité & de mortification .
Notre nouveau Miſſionnaire ne ſe fut
pas plutôt remis des fatigues de fon voyage
, qu'il ne fongea qu'à ſe mettre en état
de commencer les oeuvres de la Miſſion .
Il comprit d'abord que l'étude de la
Langue Arabe devoit faire ſa premiere
&plus importante occupation. Il s'y appliqua
totalement. Comme il y trouva
plus de facilité qu'il ne ſe l'étoit imaginé,
il en ſçut en peu de temps ſuffiſam nent
pour entendre & pour parler cette Langue.
Mais pour s'en fervir avec fruit , il
étudia en même-temps le caractere des
Peuples qu'il auroit à cultiver. Il ſçût
que parmi les Schifmatiques & les Heretiques
du Pays , il y en avoit qui paffoient
pour ſçavans , & qui ſe donnoient
pour tels , & que d'autres au contraire
étoient gens groſſiers & ignorans , tels
qu'il y en a dans toutes les Nations.
Pour ſe rendre utile aux premiers , il
avoit compofé deux petits Livres en Arabe
,
SEPTEMBRE. 1727. 1083
be , où il avoit ramaſſé toutes les erreurs
des Schifmatiques & des Heretiques &
les mauvaiſes raiſons avec lesquelles ils
prétendoient ſe bien deffendre contre les
Catholiques . Comme il avoit l'eſpritMathématicien
, il avoit arrangé par ordre
Géométrique les autoritez tirées des ſaintes
Ecritures & des Saints Peres de l'Eglife
, & tous les Argumens que la Théologie
enſeigne , pour conclure contre le
Dogme heretique , & pour établir folidement
les veritez Catholiques.
Avec ces armes en main , il cherchoit
les occafions de lier converſation avec
ces prétendus Docteurs de chaque Secte .
Lorſqu'il ſe trouvoit avec eux , il leur
donnoit lieu d'avancer leurs- mauvaiſes
_interpretations des Saintes Ecritures &
des Saints Peres, leur laiſſant dire tout
ce qu'ils vouloient. Mais lorſqu'ils étoient
au bout de toute leur ſcience , il leur preſentoit
les deux petits Livres Arabes , &
il leur en donnoit l'explication. Cette explication
étoit une réfutation ſi nette &
ſi ſenſible de ce qu'ils venoient d'avancer
, que ceux qui étoient de bonne
foi , ſe rendoient à la verité & ſe mettoient
au nombre de ſes Diſciples .
Le P. Sicard travailloit aſſidûment à
leur défiller les yeux , lorſque la Miffion
du Caire venant de perdre ſon Su-
C perieur,
1984 MERCURE DE FRANCE .
ة
Perieur , on jugea à propos d'y envoyer
le P. Sicard pour la gouverner .
Elle devoit ſon établiſſement à la pieté
& au zele de Loüis XIV. pour la propagation
de notre ſainte Foi. Ce grand
& Religieux Prince avoit jugé cette
Miſſion digne de ſa protection Royale .
L'ordre du Superieur ne fut pas plutôt
intimé au P. Sicard , que ſans écouter
l'attachement qu'il devoit naturellement
avoir pour la Miſſion qu'il avoit établie
avec tant de peine & de fruit dans le
Fauxbourg d'Alep , il ſacrifia ſon inclination
, & partit pour ſe rendre en cette
Capitale de l'Egypte .
Il s'agiffoit d'y travailler à la converfion
des Coptes , qui ſont Egyptiens Jacobites .
Pour juger des difficultez que le P. Sicard
devoit trouver àleur converſion , il ſuffit
de rapporter ici ce qu'il nous en écrivit il
y a quelques années , après avoir vécu &
converſé quelque temps avec eux. Jufqu'à
preſent , nous mandoit-il : quelques
moyens que j'aye employez pour gagner
les Coptes , ces moyens m'ont été inutine
vous étonnez pas , s'il vous
plaît, car il faut commencer par les faire
hommes avant que d'entreprendre de les
faire bons Chrétiens . C'eſt en effet une
Nation qui ſemble faire profeſſion d'ignorance
& de groffiereté,
les :&
Nous
SEPTEMBRE. 1727. 1985
1 Nous devons ajoûter ici , M. R. P.
qu'à toutes les vertus il joignoit une
litterature & une érudition peu commune
. Il l'avoit apportée de la Province de
Lyon , dans laquelle il avoit paffé ſes
premieres années de la Compagnie. Comme
il avoit d'ailleurs un goût fingulier
pour les Belles-Lettres & un juſte difcernement
pour en faire un bon uſage , il
avoit pris ſoin de recueillir depuis plufieurs
années ce qui lui avoit paru digne
d'être remarqué dans ces Monumens de
l'Antiquité , que l'Egypte aconſervés juſ
qu'à preſent.
Vous avez reçû , M. R. P. ſes premie
res obſervations , & vous les avez jugées
dignes d'être imprimées . Vous nous avez
même fait l'honneur de nous mander
qu'elles avoient eu l'approbation des perſonnes
les plus capables d'en bien juger ,
& que ces perſonnes en defiroient la
continuation .
En effet vous envoyâtes au P. Sicard
P'ordre de feu M. le Duc d'Orleans , alors
Régent du Royaume , pour faire une recherche
éxacte des anciens Monumens
qu'il trouveroit en Egypte , & pour en
faire dreſſer des Plans par le Definateur
qu'on devoit lui envoyer: ce fut pour
obéir à des ordres ſi reſpectables , que le
P. Sicard , ſans interrompre ſes occupa-
Cij tions
986 MERCURE DE FRANCE .
ions de Millionnaire , prit ſon temps
pour mettre par ordre les découvertes
qu'il avoit déja faites , & pour en faire de
nouvelles ; il crut devoir encore examiner
plus ſoigneuſement celles qu'il avoit
déja obſervées . Pour cet effet il ſe dreffa
un Itineraire des Miſſions qu'il avoit à
faire. Il fit cet Itineraire de maniere qu'il
pût ſe tranſporter aifément dans les lieux
qu'il vouloit obſerver de plus prés. Tels
furent ſes voyages à Thebes , au Delta
à la Mer- Rouge , au Mont Sinaï , aux
Cataractes.C'eſt après ſes obſervations ſur
ſes découvertes , qu'il a compoſé ſon Qu
vrage de l'Egypte ancienne & moderne ,
avec des Cartes Géographiques & des figures
de pluſieurs Monumens antiques
qui y doivent être deſſinées. Il a eu l'honneur
de vous en envoyer le Plan , diviſé
en autant de Chapitres qu'il y a eu de
differens ſujets à traiter.
Au reſte le P. Sicard a l'avantage de
ne rien avancer dans ſon Ouvrage qu'il
n'ait vû , comme l'on dit , de ſes propres
yeux.
Il revenoit de la haute Egypte , où il
étoit allé, dans le deſſein d'examiner quelques
Antiquitez dont on lui avoit parlé ,
lorſqu'il apprit que le feu de la peſte s'allumoit
de plus en plus au grand Caire. Il
crut qu'il étoit de ſon premier devoir de
courir
د
SEPTEMBRE. 1727. 1987
courir au ſecours des Catholiques. Il ne
fut pas plutôt arrivé en cette Ville , qu'après
avoir offert à Dieu le ſacrifice de ſa
vie , il ſe livra au ſervice des Peftiferez ;
pluſieurs expirerent entre ſes bras. Il ſçut
que le Superieur de Terre- Sainte , Retigieux
de S. François , étoit attaqué de ce
venin mortel. Il alla auſſi -tôt le viſiter
pour lui offrir ſes ſervices ; il en revint
lui-même frappé , il combattit contre ce
mal pendant deux jours , continuant ſes
affiduitez auprès des malades .
Il fallut enfin ſe rendre à la violence
du mal. Le preſſentiment qu'il eut de ſa
mort , lui fit demander les derniers Sacremens
; il les reçut avec les ſaintes difpoſitions
, qu'une vie conſacrée & employée
uniquement au ſervice de Dieu
& du prochain lui avoit obtenues de la
mifericorde divine. Après cinq jours de
maladie , il nous fut enlevé le 12. du mois
d'Avril 1726.
La part que les Fideles & les Infideles
nous ont témoigné prendre à notre perte ,
eſt une preuve peu commune de l'eſtime,
de la conſideration & de l'affection qu'ils
avoient pour le P. Sicard. Les anciens
Catholiques & les nouveaux qui ont reçû
ſes Inſtructions , le pleurent comme leur
Pere , & l'appelloient leur Apôtre.
7
Ciij LET1988
MERCURE DE FRANCE.
1
:
LETTRE de M. Rigord , écrite de
Marseille , à M. D. L. R. le 28. Février
1727. fur les Ouvrages du R. P.
Sicard , c .
J
E n'ai pas oublié , Monfieur , ce que
vous m'avez demandé il y a déja bien
du temps ; mais le peu de loiſir que j'ai
m'a empêché de vous faire un état de
mes Médailles Egyptiennes , tel que vous
le ſouhaitez . Depuis ce temps-là , mon
Cabinet entier eſt paffé dans celui de
M. le Bret , Premier Preſident & Intendant
de cette Province. Ce ſcavant Magiftrat
a plus fait là-deſſus que je n'aurois
ofé entreprendre ; car il a fait faire
fous ſes yeux un Inventaire exact de
tout ce qu'il y avoit d'Egyptien dans les
deux ſuites du grand& du moyen Bronze ,
& il a eu la bonté de m'en donner une
copie , laquelle je me fais un plaifir
de vous envoyer. Je ſuis ravi que cela
puiffe convenir à vos deffeins.
Les divers Nomes que vous trouverez
dans ces Médailles Egyptiennes , pourroient
être rapportez aux Chapitres de
l'Ouvrage du R. P. Sicard , qui regarde
les Nomes d'Egypte. le ne ſçai ſi l'Ouvragede
ce ſçavant homme, annoncé dans
le Mercure de France , étoit entierement
fini
SEPTEMBRE. 1727. 1989
fini quand il a ceſſé de vivre : je ne vois
perſonne qui puiſſe remplir un ſi grand
projet , & je croi qu'il ſera difficile de
remplacer le vuide que la mort met &
dans les Miſſions d'Egypte & dans ſes
Ouvrages litteraires. Il avoit une parfaite
connoiſſance des langues du Pays ,
tant anciennes que modernes ; il avoit
toute la ſanté qu'il falloit ; il vivoit comme
les Arabes & avec eux ; & en faiſant
ſes fonctions de Miſſionnaire , il remplifſoit
auſſi parfaitement le métier de curieux
&d'homme intelligent ; vous aurez fans
doute remarqué cela dans les divers campemens
de Moyfe , lors de la fortie des
Enfans d'Ifrael , de l'Egypte , par les
noms des lieux qu'ils occuperent , & qui
font aujourd'hui ſi bien marquez par ceux
qu'ils portent encore actuellement.
Je ne ſçai ſi on aurabien tous ſes Ecrits;
je ſçai que dema part je lui ai envoyé
pluſieurs Livres , que je lui avois prêtés .
Je lui avois auſſi envoyé divers Recueils
que j'avois faits ſur l'Egypte ancienne &
moderne : ces Papiers qui contenoient en
volume une Rame entiere , conſiſtoient
en diverſes Relations, qui m'avoient été
envoyées par les Confuls d'Egypte , par
des Marchands & par divers Miſſionnaires
établis ſur les lieux, en réponſe des
doutes que je leur avois propoſes , & qui
Ciiij m'étoient
1990 MERCURE DE FRANCE.
m'étoient venus de la lecture d'Hérodote;
de Diodore de Sicile , de Paufanias , de
Strabon , & c . & avant que d'envoyer tous
ces Memoires au P. Sicard , je les avois
communiquez à M. Paulian de Niſmes ,
homme très- fçavant , pour aſſembler les
matieres , & pour diriger tout l'Ouvrage
que j'avois entrepris ,& qui avoit pour
titre: l'Egypte ancienne & moderne , ce
qu'il fit. J'envoyai enſuite cet Ouvrage
& tous les materiaux au P. Sicard pour
verifier toutes chofes & les arranger .
Il paroît en effet par la diviſion des
Chapitres qu'il a faite , ſelon le projet
donné dans le Mercure du mois de Janvier
dernier , que le P. Sicard a mieux
arrangé les choſes , & qu'il a amplifié de
beaucoup mes idées ; mais je crains que
nous n'ayons pas tout l'Ouvrage fini de
ſa façon ,& que tout ce qu'il a fait ne
nous revienne pas, ou en corps d'Ouvrage,
ou en corps de Memoires (éparez ; car
peut- être ceux qui en prendront le ſoin ,
n'ayant pas le goût & le difcernement
neceſſaires , négligeront les petits morceaux
qu'une habile main ſçait inſerer
en ſa place ; il faut pour cela un certain
goût , & ce goût n'eſt pas commun.
Je ne ſuis pas cependant ſans eſperance ,
fondée ſur la prudence & le zele pour
l'avancement des Lettres , des Superieurs
de
SEPTEMBRE . 1727. 1991
۱
de l'Homme Evangelique , & du ſçavant
Religieux dont on ne sçauroit trop regretter
la perte. Je ſuis , Monfieur , &c .
********** ...........
TRIOLETS ,
Aux Dames qui entrent dans les disputes
de Religion , &c.
Beau Sexe, taiſez-vous ici ,
Et fourniſſez votre fuſée !
Cé point eſt aſſez éclairci ,
Beau Sexe , taiſez-vous ici :
En lice vous entrez auſſi ,
Filer eſt choſe plus aifée :
Beau Sexe , taiſez-vous ici ,
Et fourniſſez votre fufée.
Pour vous avoir dit de filer ,
Beau Sexe , ai-je commis un crime ?
Pourquoi vouloir me flageller ?
Pour vous avoir dit de filer :
Ah ! duffiez - vous m'écarteler ,
Je ne puis changer ma maxime :
Cv Pour
1992 MERCURE DE FRANCE.
:
Pour vous avoir dit de filer ,
Beau Sexe , ai - je commis un crime ?
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sevir avec plus de juſtice;
Il dit un mot trop criminel ;
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sans être injuſte ni cruel ,
Du foüet ordonner le fupplice;
Vous pouviez contre Clopinel ,
Sevir avec plus de juſtice.
0.6
Vous dire , tournez le fuſeau ,
Cela s'appelle- t- il médire ?
Ne peut-on ſans riſquer ſa peau ,
Vous dire , tournez le fuſeau ?
Juvenal & notre Boileau ,
Ont pouffé plus loin la Satyre :
Vous dire , tournez le fuſeau ,
Cela s'appelle t-il médire ?
Omphale filoit autrefois ,
D'une main charmante & legere ,
Le
SEPTEMBRE . 1727. 1993
Le fuſeau brilloit ſous ſes doigts ,
Omphale filoit autrefois :
Deſarmé , ſoumis à ſes Loix ,
Un Heros fila pour lui plaire:
Omphale filoit autrefois ,
D'une main charmante & legere.
L'Epouſe d'Uliſſe brodois ,
Brodez donc , ou filez , mes Dames :
La troupe d'Amans en grondoit;
L'Epouſe d'Uiffe brodoit ,
Et toûjours brodans attendoit
L'objet illuftre de ſes flammes;
L'Epouſe d'Uliſſe brodoit :
Brodez donc, ou filez , mes Dames.
Vous avez reçû la beauté ,
Contentez-vous de ce partage ;
Pour regner ſur l'homme enchanté,
Vous avez reçû la beauté :
La douceur & l'urbanité ,
Sont auſſi de votre apanage:
Cvj Vous
1994 MERCURE DE FRANCE
Vous avez reçû la beauté ,
Contentez-vous de ce partage.
Filez dans un repos heureux ;
Laifſez la ſcience & les armes ;
Fuyez des talens dangereux ;
Filez dans un repos heureux :
Contre les Mortels amoureux ,
N'employez jamais que vos charmes ;
Filez dans un repos heureux ;
Laiſſez la ſcience & les armes.
Le mieux pour vous eſt de filer ,
Filez donc , je vous y convie ;
Je ne puis le diſſimuler ,
Le mieux pour vous eſt de filer :
Bien que vous puiſſiez exceller .
Dans les beaux Arts , en Poëfie
Le mieux pour vous eft de filer :
Filez donc , je vous y convie.
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Eve perdit toute fa race :
Le
SEPTEMBRE. 1727. 1995
-
Le fruit qu'elle voulut avoir ,
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Ouvrit fes yeux , la fit trop voir ,
Et de là vint notre diſgrace :
Curieuſe de trop ſçavoir ,
Eve perdit toute fa race.
Si Pallas paiſible eût filé ,
Eût-on mis Ilion en cendre ?
Tant de fang auroit- il coulé ,
Si Pallas paiſible eût filé ?
Le Grec auroit - il deſolé
Les Champs qu'arroſe le Scamandre ?
Si Pallas paiſible eût filé ,
Eût-on mis Ilion en cendre ?
Par M. L. B. C. D. S.
LETTRE
1996 MERCURE DE FRANCE.
********************
LETTRE deM. Desforges-Maillard ,
fuite de la Differtation fur les Bons-
Mots , dans laquelle il répond à une
Lettre écrite de Dreux,fur le mêmeſujet.
MESSIEURS ,
Cadimus inque vicem , prabemus crura ſagittis.
Perf. Sat. 9 .
Quand je me fuis donné la liberté de
critiquer , j'ay prévû que bien ou mal il
m'en faudroit payer la façon. Mais il
faut avoüer que je comptois qu'on s'y
prendroit avec plus de politeffe , ut convenerat
effe delicatum . J'eſperois qu'on garderoit
pour moi les mêmes ménagemens
que j'avois eû foin d'obſerver ; & je ne
croyois pas qu'on dût avoir recours à des
termes peu reflechis , que tous ceux qui
ont là ma Differtation * connoiffent que
je n'ai point merités .
Si le deffaut de délicateſſe étoit réparé
par la juſteſſe de l'eſprit , ſi l'on avoit
entendu ma Differtation , ſi l'on y avoit
repon lu , je garderois le filence que l'Anonyme
m'impoſe impérieuſement à la
* Imprimée dans le Mercure de France du
mois d'Octobre 1726.
fin
SEPTEMBRE. 1727. 1997
fin de ſa Lettre. * Mais point du tout.
Chez lui la politeſſe & la folidité ſont
proſcrites. Il blâme & il condamne ſans
en donner de raiſon .
S'il s'étoit donné la peine de lire, à tête
repoſée , ce que j'ay écrit , il eût compris
que je n'ai prétendu rien autre choſe
finon que les Bons- Mots étant ſatyriques
& mordans , ils ſont par conféquent plus
préjudiciables qu'utiles dans le commerce
de la vie ; que leur licence qui
n'eſt preſque jamais meſurée , engendre
fouvent des querelles & des haines ; que
de là il s'enfuit neceſſairement qu'il les
faut exclure de la converſation ; puiſque ,
commeje l'ai prouvé , elle peut être amufante
, gentille , agréable , ſans le fecours
des Bons- Mots.
Voila à peu près à quoi ſe réduit la Differtation
imprimée dans le Mercure d'Octobre
1726. Voilà ce que j'ay foutenu
& ce que je ſoutiens encore aujourd'huis
voilà ce que l'Anonyme devoit attaquer
s'il avoit envie de faire la critique de
ma Piece . Cependant il n'en a rien faits
& croyant enfanter des prodiges , il a fait
comme la Jument qui étoit dans l'Armée
de Xerxès , qui , ſuivant ce que rapporte
Valere-Maxime , Liv. 1. Ch . 8. ne
produiſit qu'un Lievre. Je pourrois auffi ,
)
*Voyezle Mercure du mois de Février 1727-
ce
1998 MERCURE DE FRANCE.
ce me ſemble , lui appliquer cet endroit
du celebre Abelard , mon compatriote :
Cum ignem accenderet , domum fuam fumo
implebat , non luce illuftrabat.
Ses raiſons tombant d'elles- mêmes , je
pourrois me diſpenſer d'y répliquer ; mais
comme je ſuis bien aiſe de me juſtifier
au Tribunal du Public , je vais répondre
le plus fuccinctement qu'il me ſera poffible
aux differens chefs d'accufation , ſans
uſer, à ſon exemple, d'une Procedure bruf
que, pour me ſervir d'une expreſſion tirée
de ſa Lettre.
PREMIÉREMENT , il me fait un crime
d'avoir parlé dans ma Differtation de
la nature de la Sentence , & d'en avoir
cité des exemples. Ce font , à fon avis,
des hors- d'oeuvre , & c. c'est m'écarter de
mon sujet , l'abandonner même.
Je réponds , 1 °. qu'on ne sçauroit nier
qu'il n'y ait beaucoup de rapport entre
les Sentences & les Bons- Mots , pour la
vivacité , le tour & la laconicite ; mais
que la difference que j'y remarque , c'eſt
que dans les Sentences il y a plus de nobleffe
, de juſteſſe & de gravité, que dans
lesBons-Mots , qui pour la plupart manquent
de ces folides agrémens .
Si , comme l'Anonyme l'avance , on a
ri chez lui de mon long préambule , je
lui avourai debonne foi qu'en notre Bre
tagne
1
SEPTEMBRE 1727. 1999
tagne , fi l'on a été touché du fien , ce
n'a été que de pitié ; car ſa Lettre entiere
n'eſt qu'un Exorde ; & après s'être longtemps
étendu en ſuperfluitez , il place un,
por arriver au but que vous allezvoir,
qui n'eſt ſuivi d'aucune preuve.
20. Qu'il m'étoit permis de parler de
tout ce qui avoit du rapport à la matiere
que je traitois, n'ayant pas ſimplement intitulé
cette Piece : Réponſe à la Lettre de
Mile de *** , mais , Differtation sur les
Bons Mots au sujet d'une Lettre , &c .
3 ° . Que le genre d'écrire admet l'érudition
; qu'il paroît même l'exiger.
4°. Que les Sentences & les Bons-
Mots que j'ai citez ſont moins furannez
que ceux qu'il rapporte , & fur tout que
le mot Eſpagnol qui fut dit , je crois , par
la premiere femme qui alla à confeffe. Je
n'entrevois pas d'où vient que l'Anonyme
ſe ſert de la Langue Eſpagnole pour exprimer
ce Bon-Mot dont l'ancienneténous
empêche de connoître la Patrie.
Smirna , Rhodos , Colophon , Salamin ,
Chius , Argos , Athena ,
Septem urbes certant de ſtirpe infignis
Homeri .
Plus de ſept Royaumes ſe diſputeroient
l'avantage d'avoir produit l'Auteur de
cette ripoſte. Il dit au commencement de
ſa Lettre que j'affecte de l'érudition . Ne
peut
2000 MERCURE DE FRANCE.
peut-on pas lui répliquer que c'eſt luimême
qui affecte de montrer au Public
qu'il eſt expert dans pluſieurs Idiomes.
SECONDEMENT , l'Anonime voudroit
verſer du ridicule ſur une comparaiſon
que j'ai employée au commencement de
ma Differtation .
Il faudroit , dit-il , que tous les Rochers
n'eußent rien d'épouventable & de terrible,
ou que tous les Bons- Mots fuffent Satiriques
& mordans . Voila , ce me ſemble ,
une penſée qui n'eſt pas trop bien déve .
loppée ; cependant tâchons d'entrer dans
ce qu'il a eu intention d'exprimer. Je
répons :
i°. Qu'il ne s'agit point ici d'un Vaifſeau
qui va ſe brifer contre les écueils ,
qu'au contraire les Rochersy doivent être
regardez comme un Port pour ces Oi
ſeaux fatiguez , qui perdroient la vie en
tombant dans les Hots , s'ils ne trouvoient
où ſe repoſers ainſi, bien-loin que les Rochers
ayent rien d'effrayant dans cette
comparaiſon , je crois qu'ils y peuvent
produire un effet gracieux. Je n'explique
point à l'Anonyme que ſes Lecteurs font
ici les Oiseaux , que les Bons -Mots y font
les Rochers .
2 °. Que les Bons- Mots , quoiqu'extremement
mordans & fatiriques , ne laifſent
pas de plaire beaucoup dans un Livre,
&
SEPTEMBRE. 1727. 2001
& de récréer l'eſprit du Lecteur , qui
n'eſt point partie intereſſée ; que c'eſt même
par leur mordacité qu'ils plaiſent davantage
; au lieu que dans la converfationcelui
ſur qui tombe le coup ,ne ſouffre
qu'impatiemment , comme je l'ai déja dit,
qu'il devienne un ſujet de rifée.
3 °. Que je n'ai pas prétendu , comme
l'Anonyme voudroit l'infinuer , qu'il n'y
ait pas de Bons- Mors indifferens . On n'a
qu'à lire ma Differtation , on y trouvera
ces mêmes termes : Ilpeut encore y avoir
de Bons - Mots qui ne roulent que sur des
matieres indifferentes ; mais comme il est
extremement difficile qu'ils reviennent bien
au sujet; qu'il faut beaucoup d'art pour
les en chaffer, que c'est beaucoup à un homme
d'en avoir mis au jour gu lques- uns
en sa vie ; je ne vois pas que la converfation
puiffe les approprier. Dailleurs ces
pensées excellentés doivent plutôt être appellées,
Sentences que Bons-Mots.
Le Public a lieu de voir combien l'A .
nonyme m'en impoſe. Je ſuis bien aiſe
auſſi de lui déclarer à quel point je me
ſens glorieux de m'être rencontré avec
le celebre M. de la Bruiere , à qui l'on
ne peut refuſer le titre de juſte appréciateur
du coeur & de l'eſprit. C'eſt
dans le Chapitre de la converſation . Ily
a beaucoup d'esprits obscenes , dit cet Auteur
,
2002 MERCURE DE FRANCE .
1
teur , encore plus de mediſans & de fatiriques
peu délicats . Pour badiner avec
grace , & rencontrer heureusement sur les
plus petits sujets , il faut trop de manieres,
trop de potit ff , & c'est créer que de railler
ainsi , & faire quelque choſe de rien.
Doit-on après cela s'indigner contre
moi , fi j'ai combattu la neceſſité des Bons-
Mots , dont la Lettre de Mlle prétend que
la converſation peut être ornée. Qu'ai- je
dit autre choſe que ce qu'a dit la Bruiere?
TROISIEMEMENT , l'Anonyme eft
en peine , ſi je ne m'apperçois pas qu'en
tournant comme j'ai fait , le Bon Mot de
Pic de la Mirandole , je lui ôte toute fa
force & tout son mérite. Je lui demande
pardon , je m'en fuis fort apperçû , & je
ne l'ai tourné de cette maniere , que pour
montrer la fauſſeté d'un Bon-Mot en vogue
depuis fi long temps , &pour juftifier
le ſentiment de M.Bayle,ſur les excellentes
penſées que le vrai défigure , &
qui ne font belles qu'autant que le faux
les pare en les déguiſant.
QUATRIEMEMENT , le Critique me
fourniroit des armes contre lui-même ,
ſi d'ailleurs je n'en avois de reſte. Après
avoir dit d'un ton fier : Ignore-t- il que
les Sentences doivent toujours avoir du
férieux , ce qui ne convient pas dans les
conversations dont il est queſtion dans la
Lettre
SEPTEMBRE . 1727. 2003
Lettre de Mle de *** ? Il s'en vient tout
naïvement citer le Bon- Mot de celui
qui avoit appris en prison à n'y plus retourner
, & celui de la femme qui n'avoit
pas follicité pour fon mari . Peut- on nier
de quelque côté qu'on regarde ces penſées,
qu'elles ne foient extrêmement ſérieuſes
? par conſequent je pourrois rétorquer
fon argument, & dire que ſes Bons -Mots
font enuerement hors- d'oeuvre & gratuits..
Enfin pour détruire les raiſonnemens,
ſophiſtiquez de l'Anonyme & l'opinion de
tous les Partiſans des ſaillies pointuës ,
je leur oppoſe encore le ſentiment du
Théophrafte moderne. C'eſt dans le Chapitre
de la Cour , Diſeurs de Bons- Mots ,
mauvais caracteres , je le dirois s'il n'avoit
été dit dans le Chapitre de la ſociété
&de la converſation , la moqueric eft jouvent
indigente d'esprit; & plus bas , l'on
né peut pas aller loin dans l'amitie , si l'on
n'est pas dispose à fe pardonner les uns aux
autres les petits deffants .
On peut appliquer aux diſeurs des
Bons - Mots , ce que Balzac , Lettre 5 .
du Liv. 5. dit de Caſtelvetro , qu'il péchoit
par trop de fubtilité , & qu'au reſte c'étoit
un ennemi public qui ne pouvoit fouffrir
le mérite & la réputation de personne.
Nous ſommes nez hommes , & pour
vivre avec des hommes , ſoyons donc hu
mains
2004 MERCURE DE FRANCE .
mains, & cultivons ces devoirs civils par
où les hommes s'attachent les uns aux
autres & ſe reconnoiſſent. Il n'appartient
qu'aux bêtes farouches , aux animaux furieux
de ſe faire apprehender. Dum inter
homines fumus colamus humanitatem , non
timori , non periculo cuiquam fimus. Seneca
1. 11. de ira. On a vû de ces génies
trop aiguiſez , qui , manquant de matiere
pour fatiriſer autrui , comme Archiloque
ou Cardan , ont tourné leur rage contre
eux-mêmes. Et c'eſt dans ce ſens que Pittacus,
dans Diogene - Laërce , dit : Sumpto
arcu &jaculis ,ſagittis , feraque pharetra
impetendum hominem improbum,nam fidum
nihil linguâ loqui valet. Mais de toutes
les belles penſées de ce Philoſophe , il n'y
en a point , ſelon moi, qui ne cede à celle.
cy ,& c'eſt dans cet endroit qu'on peut
dire qu'il a penſé chrétiennement. Amico
noli maledicere , acne inimico quidem.
Je le repete encore , je n'ai jamais prétendu
qu'il n'y ait pas quelques Bons Mots
indifferens ; mais ils font en ſi petit nombre
, qu'on ne ſçauroit dire qu'il faut
que la converſation languiſſe abſolument
dès que cette forte d'eſprit ceſſe de l'affai
fonner.
Pour un Bon-Mot indifferent que citeroit
l'Anonyme , j'en rapporterois cent ,
tous ſatiriques , inſultans , impies , cruels
où
SEPTEMBRE . 1727. 2005
où dont une fade équivoque , ou bien
une poliffonnerie fait toute la pointe.
Il y a d'autres Bons-Mots , dont l'impieté
fait tout le ſel , je compare ces difeurs
de faillies aux anciens Thraces , dont
l'inſolence criminelle alloit juſqu'à tirer
des fleches contre le ciel.
Le talent de dire des Bons- Mots eft
pour plufieurs l'interprete de leur ame ,
on y découvre leur caractere comme dans
un Miroir. Le mot que je vais rapporter
fait voir la dureté du coeur,
Un méchant plaiſant , parlant de ſon
pere , qui , quoique ſujet à la goutte &
à la gravelle , vivoit trop long- temps pour
lui , à ce qu'il ſembloit à ſon penchant
pour le libertinage , diſoit qu'il étoit bâti
à chaux &à fable.
Beaucoup d'autres Bons-Mots ne roulent
que fur des équivoques , la plupart
froides ou forcées , ou bien fur des bagatelles
libres ou inciviles.
M. Patin , dit l'Auteur de ſon Portrait
Hiſtorique, plaida pour la Faculté de Medecine
contre le ſieur Renaudot , Docteur
de Montpellier. M. Patin eut l'avanrage
, mais il confola ſa Partie en fortant
de l'Audiance . M. lui dit- il , vous avez
gagné en perdant ; comment donc , reprit
Renaudot ; c'eft , repliqua M. Patin , que
vous étiez camus quand vous êtes entré
au
2006 MERCURE DE FRANCE.
au Palais , mais vous en ſortez avec un
pied de nez .
Le Prince de ** voyant un homme ,
c'étoit M. des Vallées , avec un haut-dechauffe
tout déchiré , entrer dans la Chambre
de Madame la Princeſſe de ** lui
demanda un jour ce qu'il y venoit faire ,
elle lui dit , il me montre l'Hébreu , il
vous montrera bientôt le derriere , lui répondit-
il .
Ces Bons- Mots , quoiqu'en puiſſe dire
l'Anonyme, ne furent jamais de mon goût,
&je ne sçaurois me réfoudre à louer tout
ce qu'il lui plaira de couronner en ce genre
, à moins que le délicat , l'honnêteté
& le vrai- femblable ne s'y rencontrent.
Pitagore dit * quel'esprit qui nous fait ,
pour ainfi-parler, converſer avec les Dieux,
la bonté du coeur qui nous rend communicatifs
aux hommes ,font les plus nobles
qualitez de la Nature humaine. Par
la premiere nous approchons de plus près
de la divinité , mais peut- être lui reffemblons-
nous mieux par la seconde : l'éloge
de très - bon que nous lui donnons précede
celui de très grand.
J'eſpere , Meſſieurs , que vous voudrez
bien me faire l'honneur d'imprimer cette
Lettre dans votre Mercure , vous ne me
refuſerez pas ce que vous avez accordé
* Hift. des Sept - Sages , par Larrey , tom. 20
SEPTEMBRE 1727.2007
àl'Anonyme; & fi je me suis acquis quelque
réputation par le moyen de votre
Journal, je me flatte que vous permettrez
que ce même moyen ſerve auffi à me la
conferver. Je ſuis , &c.
※※※※ ※
CURTIUS,
6.1
:
Poëme qui a remporté le Prix cette année
1727. à l'Acad.mie des Jeux Floraux
de Toulouse...
JEE chante Curtius ,, ce Romain genereux ,
VI.CO
Qui bravant les horreurs d'un gouffre ténebreux
,
S'y plongea tout armé pour ſauver ſa Patrie ,
Et fatisfit l'Oracle aux dépens de ſa vię ;
LOV
L'épouvante, le deüil, regnent de toutes parts,
Les Romains conſternez , tremblent ſur leurs
Ramparts ;
1
La terre ſous leurs pas entr'ouvre ſes entrailles
:
Rome, de ſes Enfans , pleure les funérailles ,
Son Capitole auguſte & ſes murs menacez ,
Dans un abyme affreux vont être renverſez ;
L'Enfer dans ſon couroux , creuſa ce ſombre
abimes
1.
D On
2008 MERCURE DE FRANCE.
On voit le châtiment , on ignore le crime.
De ſes bords redoutez l'effroyable grandeur ,
Egale de fon fein , la vaſte profondeur ;
Il s'étend chaque jour , & fes progrès funeftes,
Préfages malheureux des vengeances celeftes ,
Engloutiſſent déja les plus ſuperbes tours ,
Et tel qu'un fier Torrent , rien n'arrête ſon
cours.
Ici l'on faitdes voeux au Maître du Tonnerre ,
On implore à grands cris Mars , Minerve , la
Terre ;
Là dans un antre obfcur , voifin du Phlegeton ,
On fait coulerdu ſang pour appaiſer Pluton ;
On facrifie aux morts ,& loin des yeux profanes
,
Du ſeindes monumens on evoque les Manes ,
Par de nouveaux efforts l'Enfer elt conjuré,
Au milieu des horreurs d'un filence ſacré ,
Une finiſtre voix tout- à-coup entenduë ,
De nouvelles terreurs remplit Rome éperduë.
Les Augures tremblants annoncent auxRomains
......
De l'Enfer en couroux les ordres ſouverains ;
Mais ſous le voile épaix d'une Enigme fatale ,
Demaux embarraſſans , myſterieux Dédale.
Romains
SEPTEMBRE . 1727. 2009
Romains dans cet abîmeen trouver à vosyeux,
Jettez tout ce que Rome a de plus précieux ,
Tout ce qui fait la force , & l'Enfer implacable
Avos gémiſſemens deviendra favorable :
Tel eſt Arrêt du fort. Les cris & les ſanglots ,
De ce terrible Arrêt , font les triſtes échos.
On cherche , mais fans fruit , le vrai fens de
l'Oracle ,
Curtius eft leſeul qui n'yvoit point d'obſtacle,
Et prétend l'expliquer en formant un deſſein
Digne de ſa naiſſance & digne d'un Romain.
Les rayons du Soleil déja brillent dans l'Onde,
Et d'une nuit funeſte en ruines féconde ,
Son flambeau rallumé découvre les malheurs ;
Curtius vient , ſa vûë adoucit les douleurs :
De ſes armes les uns contemplent la richeſſe ,
Les autres de ſon air admirent la nobleſſe ,
Sur un Courſier fougueux ſuperbement orné ,
Il s'offre tel queMars , au peuple conſterné ,
Il en a tous les traits ,& fa taille divine ,
Ne démentiroit pas cette illuftre origine.
Cedez, fils de Romule, aux volontez des Dieux ,
Tout ce que notre Rome a de plus précieux ,
Et tout ce qui lui donne un ſi grand avantage ,
Dij Sur
V
۱
2010 MERCURE DE FRANCE.
Sur cent Peuples divers qu'aſſervit ſon cou
rage:
Ce font , dit ce Heros , les armes , les vertus ,
Au travers des Romains en foule répandus.
Curtius à ces maux , s'ouvre un paſſage libre ;
Il adreſſe ſes voeux tantôt au Dieu du Tibre ,
21
Tantôt aux noirs Tyrans de ces lieux abhorrez
,
Ala mort , à la nuit , à l'horreur conſacrez .
O yous dit Curtius , qui regnez ſur les
Ombres ,
11
Daignez me recevoir dans vos demeures fombres,
Et fur votre victime épuifer tous les coups ,
¿Que prépare aux Romains votre juſte cour-
4
:
roux ;
C'eſt ainſi qu'au trépas Curtius ſe dévoué ;
Mais il forme des voeux que Rome deſavoüe ,
Sa tendreſſe refuſe un ſi cuel ſecours ,
Rome entiere s'obſtine à deffendre ſes jours :
Il ne l'écoute pas. Cytoyen magnanime ,
D'un Peuple qui gémit , l'interêt ſeul l'anime :
On lit dans ſes regards une noble fierté ;
Il excite au péril ſon Courſier indompté ,
Preſſe ſes flancs poudreux , & d'un air intrépide
,
Vers
SEPTEMBRE. 1.727. JOLI
Vers le gouffre infernal prend un effort rapide,
S'élance , tombe , fond , diſparoît & périt ,
De ſa chûte long temps l'abyſme retentit ;
Mille cris redoublez perce ſoudain la nuë ,
Telle de tous les coeurs eſt l'allarme imprévuë,
Quand aux flancs eſcarpez du Caucaſe orgueilleux
,
Le temps arrache enfin un Rocher ſourcilleux ;
De ſon immenſe poids la terre eſt éblanlée ,
Il roule en bondiſfant de Vallée en Vallée ;
L'Echo répete au loin un bruit fourd & confus,
L'abyſme ſe renferme , & déja Curtius
Reçoit le prix du ſang qu'a répandu ſon zele.
Tout change , tout reprend une forme nouvelle
;
Lesmaux ceſſent, l'hymen rallume ſes flam
beaux , ove
:
Le Soleil fort plus pur du vaſte ſein des Eaux ,
Sur le front des Romains qu'avoit glacé la
crainte ,
L'allegreſſe renaît , la confiance eſt peinte.
Crédule dans ſa joye & ſuperſtitieux , :
Le Peuple voit , dit- il, s'élever dans les Cieux,
L'Ombre de Curtius , de ſplendeur revétuë,
De nouveaux Phidias animent ſa Statuë ,
D iij On
2012 MERCURE DE FRANCE .
On l'érige avec pompe ,& le facré Vallon ,
Forme pour lui des Chants avouez d'Apollon.
Par le R. P. Poncy , Jefuite.
********* *
NOUVEAU MEMOIRE
de M. du Quet , fur les effets des
DE
Courans des Rivieres , &c .
un temps confiderable on
fait des propoſitions & des expefiences
pour parvenir à procurer au Commerce
l'avantage de profiter du Courant,
pour diminuer les frais du tranſport des
Marchandiſes fur les Rivieres rapides .
Toutes les voyes que l'on a tentées julqu'à
preſent , ne font point les veritables,
il n'y en a qu'une feule & unique , par
laquelle on peut arriver à faire ſervir le
Courant à remonter les Sels & autres
Marchandiſes plus vite que par le ſecours
desChevauxou des Boeufs,&avec l'avantage
encore de les remonter de haute &
de baffe eau. Mais tant que l'on voudra
monter les Machines avec les Bateaux de
charge , on ne pourra jamais les faire remonter
avec profit , ſoit parce que les
Marchandises monteront plus lentement
qu'avec les chevaux , foit à cauſe qu'à
chaque
SEPTEMBRE. 1727. 2013
chaque voyage , les Machines feront
obligées de faire deux fois le chemin.
Voici la preuve qu'il n'y auroit point
de profit en faiſant monter les Machines
avec le Bateau de charge.
Suppofé , par exemple , que la Machine
foit obligée de faire monter un Bateau de
24. pieds de large par le milieu , qui s'enfonce
dans l'eau par fa charge de 6.pieds,
il preſentéra au Courant une ſuperficie
de 144. pieds ; d'ailleurs fi le Bateau qui
porte la Machine a 12. pieds de large
& qu'il s'enfonce dans l'eau de 3 pieds ,
il oppoſe encore une ſuperficie de 36.
pieds.Voilàdone 180.pieds qu'il faut que
la Machine furmonte. Or le Bateau qui
porte la Machine , ne tirant que 3. pieds
d'eau , on ne peut pas faire enfoncer les
Vannesdans l'eau plus de 3. pieds ſans les
expoſer à être caffées lorſqu'elles ſeroient
àbaffe eau.
Par quel moyen peut- on donner 144 .
pieds aux Vannes pour vaincre la réfiftance
du Bateau de charge avec celle que
le Bateau de la Machine preſente ? On
doit avoir égard au paſſage des Ponts ;
c'eſt pourquoi on ne peut pas donner aux
Vannes plus que la largeur de l'Arche la
plus étroite , ainſi en la ſuppoſant de 36 .
pieds de large , on n'en peut donner que
30. aux Vannes , afin qu'il reſte 3. pieds
Diiij de
2014 MERCURE DE FRANCE .
chaque côté; mais le Bateau de la Machine
ayant 12. pieds de large , il n'en
reſte que 16. pour les Vannes , à cauſe
qu'il faut un pied de jeu entre le Bateau
& elles . Ces Vannes ne pouvant s'enfoncer
que 3. pieds dans l'eau , elles ne prefenteront
au Courant qu'une ſuperficie de
48. pieds contre 144. que le Bateau de
charge & de la Machine oppoſent. On
ne peut moins donner aux Vannes , qu'un
diametreide 9. pieds ; ainſi il faut
compter que l'on dépenfera environ 26.
à 27. pieds du Courant à chaque révolutionedes
Vannes . Par ces meſures le
Tambour fur lequel la corde fera le tirage
one pourta avoir que le quart du
diametre des Vanness ainſi le remontage
ne ſera que du quart de la vîteſſe du Courant
, encore faut-il que la Machine foit
fans frottemens , car alors ce ſeroit une
diminution fur la viteſſe.
SEPTEMBRE. 1727. 2015
A MADAME LA BARONNE D'IGE' ,
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
Dv Le
2016 MERCURE DE FRANCE
: LE VENDANGEUR.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
XXXXXXXXXXX
NOUVEAU ROUET à filer.
0
N apprend par un Memoire qui
nous a été communiqué , que le
fieur Defplaces -le- Miere , Ingenieur &
Capitaine
SEPTEMBRE. 1727. 2023 .
Capitaine de Milices Bourgeoiſes de Vannes
en Bretagne , a nouvellement inventé
un Rouet à filer , d'une finguliere commodité.
Une ſeule Manivelle ( à la main
ou au pied) fait mouvoir autant de fuſeaux
qu'on en diſpoſe ſur la Machine :
La matiere étant placée dans une eſpece
de refervoir , l'on ferre & l'on relâche
l'ouverture par où le fil doit paffer , &
l'on n'a ſoin que de faire agir la Manivelle;
le fil ſe façonne ſeul, ſans le ſe.
cours de la main ; ainſi une ſeule perfonne
peut filer autant que vingt , ou que
trente , & peut en même-temps lire ou
avoir quelque autre legere occupation .
L'uſage de ce Roiet n'est que pour le
Coton & la Laine ; l'Auteur travaille à
le rendre propre pour la Soye & les Filaffes.
Il a auſſi inventé deux differentes Machines
propres à nettoyer les Ports , les
Rivieres & les Etangs , de leurs vaſes ,
fables & autres obſtructions . Ces Machines
ont cet avantage au-deſſus de celles
qui ont paru juſqu'à preſent , qu'outre
qu'elles font infiniment plus commodes
&plus promptes , elles ſont d'une beaucoup
moindre dépenſe : on peut multiplier
à tel nombre qu'on veut les capacitez
des obſtructives , dont chacune emportera
à chaque fois autant d'immondices
2024 MERCURE DE FRANCE .
cesqu'un fort Porte-Faix en pourroit porter.
Elles ont cela de particulier , que
faiſant leur effet dans un temps où la
marée & les Etangs ſont pleins , elles ne
tirent pas une goute d'eau .
Le même ſieur Deſplaces a trouvé l'invention
d'une Pompe , d'un ſecours merveilleux
dans les incendies : un homme
ſeul peut faire joüer fans beaucoup d'efforts
, juſqu'à 48. de ces Pompes qui
jettent l'eau à la groffeur de la cuiffe , à
tellehauteur qu'on en a beſoin , avec une
impétuoſité & une promptitude ſurprenante.
Ceux qui feront curieux de ces Machines
, pourront s'adreſſer à l'Auteur ,
qui leur marquera l'experience qu'il en
a faite.
PREMIERE ENIGME.
JE porte
cequ'on veut , jene refuſe rien ;
Soit par devant , ſoit par derriere ;
Je ſuis propre à montrer & le mal& le bien ,
La joye & la mifere ,
LeParadis , l'Enfer , les Saints&lesDémons,
Et le Ciel & la Terre ,
Les Princes & les Rois , avec leurs Ecuſſons ,
Leş
SEPTEMBRE. 1727. 2025
Et la Paix & la Guerre.
Mes parens pour moi ſans amour ,
Si-tôt que je fuis née ,
M'expoſent aux rigueurs des faifons , nuit &
jour ;
Voila ma deſtinée.
Quoique facile à voir , on me cherche avec
foin ,
Sans faire de bévûë ,
Et l'on trouve ſouvent ce dont on a beſoin ,
Si tôt que l'on m'a vûë.
SECONDE ENIGME.
HEureux fecours d'une foibleſſe humaine ,
Et l'unique par mon talent ,
Je ſers au pauvre , ainſi qu'à l'opulent ,
Et rarement ſans m'attirer leur haine.
De memontrer on ſe fait une peine ;
Mais le temps met à la raiſon ,
Celui qui voit en venir la ſaiſon:
Lors fans m'aimer , par tout on me promenes
AlaVille &dans la maiſon :
On a bien vû que j'étois néceſſaire ,
Depuisquedans lemonde onm'a fait recevoirs
Auffi
2026 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi par tout j'ay le pouvoir ,
D'être utile à plus d'une affaire.
Je fais plaifir aux Artiſans ;
J'ay les Sages pour partiſans ,
Et cependant je ne puis plaire ,
Quoiqu'on ne vienne à moi qu'à fon corps
deffendant:
On perd beaucoup en me perdant.
TROISIΕΜΕ ΕNIG ME.
Difficilement on m'évite ,
Rien n'eſt plus importun que moy ;
Je ſuis de figure petite ;
Mais mon nom fait honneur dans la bouche
du Roy.
La Chaise &le Panier , ſont les mots
des deux Enigmes d'Août.
****** 北北北北北北彩
NOUVELLES LITTERAIRES
!
DES BEAUX ARTS , &c.
HEART OF SHOOTING FLYING,
ou iArt de tirer en volant : Poëme THE
Anglois de M.Markland, Londres, 1727 .
in 8. de 32. pages . DISSEPTEMBRE.
1727. 2027
هللا
DISCOURS où l'on examine la force
de l'imagination des Femmes groſſes. Par
un Membre du College des Medecins.
Londres 1727. in 8. de 106. pages.
On aſſure qu'il y a beaucoup d'élégance
& d'érudition dans cet Ouvrage ,
& qu'on y prouve démonstrativement ,
que l'opinion qui attribue à cette cauſe
- les marques & les difformitez des enfans,
eſt une erreur vulgaire.
LA MONARCHIE DES HEBREUX ,
&c. par le Marquis de S. Philippe. A
la Haye, chez Albert & Vander Kloot ,
1727. 4. vol in 12 .
MEMOIRES du Regne de la Czarine
Catherine Alexiewna , avec des Cartes
&des Figures. Vol. in 1 2. Chez les mêmes
Libraires .
MEMOIRES du Regne de George I.
Roi de la Grande-Bretagne , 2. vol. in 8 .
HISTOIRE DE LA PROVINCE
D'ALSACE , depuis Jules- Cefar juſqu'au
Mariage de Louis XV . A Strasbourg.
1727. 2. vol. in fol. avec fig.
DISSERTATIONS Hiſtoriques &
Critiques contre le P. Daniel & l'Abbé
de
2028 MERCURE DE FRANCE.
de Vertot, Par M. Rival , Chapelain du
Roi de la Grande- Bretagne . 3. vol. in 12 .
1727 .
LE MENTOR MODERNE. Amſterdam
, chez P. Humbert. 4. vol . in 12 .
1727.
On a publié à Londres un Livre in 4..
avec figures , contenant les Cérémonies
qui s'obſervent aux Couronnemens des
Rois & des Reines d'Angleterre. On s'y
étend d'abord ſur le Couronnement du
feu Roy Jacques II. & de la Reine Marie
ſon épouſe , parce que ce couronnement
doit fervir de modele à celui du Roy
George II. & de la Reine Caroline , &
l'on rapporte enſuite en abregé les Céremonies
obfervées aux Couronnemens
des feus Rois Guillaume & Reine Marie ,
Reine Anne & George I.
DISSERTATIO DE ARTHRITIDE ,
&c. c'est-à-dire , Differtation fur la Goute,
où l'on examine ſi pour guerir cette maladie
il faut chercher un topique Lithontripique
? Par M. A. Deidier , Docteur
en Medecine de la Faculté de Montpellier.
A Montpellier , chez J. Martel ,
1727. Brochure de 25. pages in 12 .
2
On mande de Londres , qu'il paroît
chez
SEPTEMBRE. 1727. 2029
chez Jean Roberts une Hiſtoire des Révolutions
arrivées en Perſe en 1722 .
23. 24. & 25. & une Deſcription du
Siege d'Iſpaham. Cet Ouvrage paffe
pour être traduit du François , & pris
dans les Mercures de France des mois de
Septembre , Octobre , Novembre , Decembre
1726. Janvier 1727. &c . où
ces grands évenemens ont paru pour la
premiere fois en Europe. L'Auteur du
Mercure en avoit reçû les Memoires de
M. le Maire , Conſul de France à Tripoli
de Syrie , lequel avoit été inſtruit par
un témoin oculaire , Miſſionnaire en
Perſe. Le même Auteur du Mercure attend
inceſſamment la ſuite de ces Révolutions
, qu'il donnera ſans perdre de
temps , pour fatisfaire le juſte empreſſement
du Public.
LIVRES que le ſieur Cavelier, Libraire,
ruë faint Jacques , a nouvellement reçû
desPays Etrangers.
Ovidii Opera omnia, cum integris Notis
variorum, ſtudio Burmanni. 4. vol. in
4. Amst. 1727.
Quintiliani , Oratoria & Declamationes
cum Notis Doct. Virorum per Burmannum.
2. vol. in 4. Lug. Bat. 1715 .
Terentii Comoediæ , Phædri Fabulæ , &
Syri
2030 MERCURE DE FRANCE.
1
Syri Sententiæ , cum Notis Bentley.
in 4. Amst. 1727 .
Lettres fur les Anglois , les François &
les Voyages . Seconde Edition augmentée.
in 12. Cologne. 1727 .
Avantures ſurprenantes de Robinfon
Cruſoë. 3. vol. in 12. Fig. Amst.
1727 .
Memoires de Loüis XIV. par M. Choify.
12. Utrecht. 1727 .
Recüeil des Epigrammiſtes François , Anciens
& Modernes . 2. vol. in 12 .
Amst. 1720 .
Terentius Commentario perpetuo Annotationibus
Lindenbrochii , curante
Weſterhovio . 2. vol. in 4. Hage .
1726.
Bibliotheque Hiſtorique & Critique des
Auteurs de la Congregation de ſaint
Maur. in 12. La Haye. 1726 . 4
Batailles gagnées par le Prince Eugene
de Savoye , gravées en Taille douce
par Huihlenburg , avec des Explications
Hiſtoriques de Dumont. Grand
infol. Fig. La Hayer 1723 .
Il Decamerone di Boccaccio. 2. vol. in
12. in Londra . 17 27 .
La Terſe Rime di Giovanni della Caſa .
in 8. Benevento. 1727 .
Joſephi , Opera Gr. Lat . cum Notis
Hudſonii ,& aliorum , collegit Havercampius.
SEPTEMBRE. 1727. 2031
-
campius . in fol . 2. vol. Amst. 1726.
Canifii , Thefaurus Monumentorum Ecclef.
& Hiftoricorum , Lectiones Antiquæ
ad fæculorum ordinem digeſtæ
à Jac . Baſnage. in fol . 6. vol. Antuerpia
. 1725 .
Dictionnaire François-Anglois , & Anglois
- François . Par Boyer.
NOUVEAU VOYAGE AUTOUR DU
MONDE . Par M. le Gentil , enrichi de
pluſieurs Vûës & Perſpectives des principales
Villes & Ports du Perou , Chily ,
Brefil , & de la Chine ; avec une Defcription
de l'Empire de la Chine beaucoup
plus ample & beaucoup plus circonſtanciée
que celles qui ont paru jufqu'à
préſent , où il eſt traité des Moeurs ,
Religion , Politique , Education & Commerce
des Peuples de cet Empire. Trois
volumes in 12. A Paris , Quai des Augustins
, chez Flahault. 1727.
Le Public connoît déja le mérite du
premier volume de cet Ouvrage , qui a
été imprimé dès l'année 1725. Il eſt parfaitement
bien écrit , & on y reconnoît
le caractere d'un habile Voyageur ; un
air de verité regne par tout. L'Auteur
judicieux dans ſes Obſervations , fait voir
preſque à chaque page ſon érudition , &
une recherche infatigable.
E Nous
2032 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous contenterons de quelques
endroits , d'où l'on pourra juger du reſte
du Livre , & qui feront connoître que
M. le Gentil n'eſt pas moins habile dans
la Morale que dans la Phyſique , même
dans la Theologie & dans la Juriſprudence.
Le premier eſt à la page 28. de ce
premier Tome. Le Vaiſſeau ſur lequel
l'Auteur étoit embarqué étant prêt de
périr par une tourmente : voici quelles
ſont ſes penſées & fes expreſſions ſur ce
triſte évenement .
ร
On a beau dire que la mort eſt toûjours
la même de quelque maniere
qu'elle arrive. Je vous avoue que tout
autre genre de mort m'auroit paru fupportable.
Je ſuis du ſentiment du pieux
Enée , qui dans une occaſion ſemblable
regretoit de n'être pas mort parmi ſes
Dieux Penates. Je peſtois interieurement
contre nos Pilotes , qui aimoient mieux
périr en mer que ſur la pointe de quelque
rocher. La terre , que je voyois fr
proche , nourriffoit une eſperance que
j'aimois à conſerver. Je ne craignois
point les Antropophages , parce qu'il me
ſembloit que j'avois quelque choſe de
plus funeſte à craindre ,& qu'une crainte
chaffe l'autre .
La mifericorde Divine nous ayant préſervez
d'une mort que j'avois regardé
comme
SEPTEMBRE. 1727. 2033
&
comme inévitable , j'admirai l'effet que
produiſent les paffions ſur le coeur des
hommes : les plus intrépides de nos Matelots
avoient la crainte de la mort
la mort même peinte ſur leurs viſages .
Ils étoient abbatus , & fi certains du
naufrage , qu'ils n'oſoient pas même jurer
ni blafphemer. Apeine le calme fucceda
à l'orage , que je vis renaître dans
leurs yeux la joye , & certain petit air
brutal qui eſt inſéparable de leur perfonne
: chacun déploya fon éloquence ruftique
ſur le péril paſſé. Ce qui me divertit
le plus , fut que nos Officiers , que j'avois
vû conſternez , jurerent qu'ils avoient été
tranquiles dans ce danger , & attribuerent
à un deffaut d'experience une partie
de mes frayeurs. Je fus le ſeul homme de
bonne foi ; mais mon amour propre trouvoit
peut - être autant ſon compte dans
l'aveu fincere & ingénu que je faifois de
mes allarmes , que la vanité des autres
étoit fatisfaite en vantant une intrépidité
imaginaire. Je conſiderois la peur , dans
ces fortes d'occaſions , comme un effet de
la raiſon , & leur courage , vrai ou faux ,
comme une inſenſibilité qui naît le plus
ſouvent d'un défaut de jugement.
L'Auteur remarque dans un autre endroit
, que lorſque la peur eſt venuë à un
certain point , elle produit les mêmes effetsque
la témerité. E ij
2034 MERCURE DE FRANCE .
Quelques jours après mon arrivée à
Arica , (dit M. le Gentil, p. 91. du même
vol . ) je reconnus la verité du Prover
be , qui dit , que les plus hautes Montagnes
ne font pas à couvert de la chute ,
& la fauffeté de celui qui dit , que les
Montagnes ne ſe rencontrentjamais. Ily
eut un tremblement de terre fi extraordinaire
, qu'il ſe fit ſentir à 200. lieuës à
la ronde. Arica , Ylo , Tobija , Arreguipa
, Tagna , Mochegoa , & autres Villes
&Bourgs furent renverſez : les Montagnes
s'écroulerent , ſe joignirent , & engloutirent
les Villages ſituez , ou ſur les
Colines , ou dans les Vallées .
Ce deſordre dura pendant deux mois
entiers , par intervalles ; les ſecouffes
étoient fi violentes , qu'on ne pouvoit ſe
tenir debout ; cependant peu de perſonnes
périrent ſous les ruines des maiſons ,
parce qu'elles ne ſont bâties que de roſeaux
revêtus d'une terre fort legere.
Nous fûmes obligez pendant un mois de
vivre en raſe campagne , &de camper
fous des tentes .
Quelque temps après cet accident , la
femme d'un Eſpagnol accoucha à terme
d'un enfant mâle , & fix ſemaines après
elle en mit un autre au monde , qui étoit
noir , comme le font tous les Eſclaves de
Guinée. Elle confeſſa , ſans beaucoup de
façons2
SEPTEMBRE . 1727 . 2035
1 façons , que s'étant reconnu enceinte du
faitde ſon mari , elle s'étoit abandonnée
àun de ſes Eſclaves noirs , qui ſans doute
étoit le pere de ce ſecond enfant. Je laiſſe
aux Phyſiciens à donner la raiſon d'un
fait qui eſt auſſi certain qu'extraordinaire.
On ne peut rien lire de plus touchant
que la Deſcription que fait l'Auteur d'un
autre tremblement de terre arrivé à Pifco
, dans le Perou , le 3. Fevrier 1716 .
dont il fut témoin oculaire : elle commence
à la page 167. & finit à la page
175. Nous y renvoyons nos Lecteurs .
Nous le ſuivrons à la Chine , toûjours
occupé de recherches également curieufes&
ſcavantes , foit ſur la Religion ,
l'Antiquité , les Sciences & les Arts des
Chinois ; mais nous ne nous arrêterons
gueres fur toutes ces chofes , la matiere
étant d'une trop vaſte étenduë .
M. le Gentil , dans ſon ſecond volume
, commence par nous faire admirer
la fertilité de ce beau Pays , &
les ſoins que ſe donnent les Habitans
pour le cultiver juſqu'aux endroits les
plus impraticables , enſuite il paſſe à leur
nourriture. Outre la chair de Pourceau ,
dit-il , qui eſt la plus eſtimée , & qui eft
comme la baſe des meilleurs repas , on
trouve des Chevres , des Poules , des
Enj Oyes ,
3
2036 MERCURE DE FRANCE.
Oyes , des Canards , des Perdrix , des
Faifans , & d'autre Gibier inconnu en
Europe. Ils expoſent auſſi dans les Marchez
de la chair de Cheval , de Bourique ,
& même de Chien. Ce n'est pas qu'il n'y
ait des Buffles &des Boeufs ; mais dans la
plupart des Provinces , la ſuperſtition ou
le beſoin de l'Agriculture empêche qu'on
ne les tuë.
De là l'Auteur paſſe à leur maniere
d'apprêter leurs mets , enſuite il nous fait
le portrait de ces Peuples , ſuivant les
differentes Provinces qu'ils habitent ; il
nous fait voir en quoi conſiſte la beauté
& la bonne grace parmi eux : nous
voyons que les ongles les plus longs font
les plus beaux chez eux; qu'ils ſe contentent
ſeulement de les tailler , & que
c'eſt une marque de distinction que de
les porter bien longs , parce que cela dénote
qu'ils ne font point obligez par la
neceffité de s'appliquer au travail des
mains .
On voit enſuite quels font leurs Habits
, leurs Complimens & leurs Noms.
M. le Gentil n'oublie pas de dire quelle
eſt la place d'honneur chez eux , ( ce qui
varie, felon les differentes Provinces , )
de parler des Ceremonies qu'ils obſervent
lorſqu'ils invitent quelqu'un à dîner , &
de leur Muſique.
Voici
SEPTEMBRE . 1727. 2037
Voici comme il s'exprime à l'égard de
leur caractere d'eſprit , page 53. tom. 2 ,
Quoique les Chinois foient très - poltrons
, & que l'uſage des armes leur foit
interdit , la Populace ne laiſſe pas d'avoir
des Academies où l'on enſeigne l'art de
ſe battre méthodiquement à coups de
poings. Ils font très -vindicatifs , mais ils
ſont ſouvent les premieres victimes de
leur vengeance. Quand ils ne peuvent
faire à leur ennemi le mal qu'ils voudroient
lui faire , leur deſeſpoir les porte
à s'aller tuer à ſa porte , ou à y expirer
, après avoir avalé du poiſon , parce
que les Magiſtrats ont coutume de punir
rigoureuſement ceux qui par leurs inimitiez
ont réduit leurs ennemis à cet affreux
deſeſpoir.
Ils aiment le jeu juſqu'à l'aveuglement
&à la fureur ; & pour ſatisfaire à cette
violente paſſion , ils vendent ſouvent
leurs Enfans , leurs Femmes , leurs Concubines
, &c . On voit par la Relationde
M. le Gentil , que les Femmes ne font
pas fort heureuſes à la Chine , ſurtout à
en juger ſuivant nos préjugez : elles font ,
pour ainſi dire , eſclaves , bannies de la
ſocieté civile , obligées de complaire à un
Mari ſouvent dégoûtant , & toûjours jaloux
, qu'elles ne voyent ordinairement
pour la premiere fois que le jour de leur
E iiij ma2038
MERCURE DE FRANCE.
mariage. Elles vivent dans une retraite
continuelle.
Une des beautez eſſentielles parmi les
Dames Chinoiſes , eſt d'avoir des petits
pieds. Pour y réuffir , quand une fille a
paffé l'âge de trois ans , on lui caffe le
pied , enſorte que les doigts font rabbatus
fous la plante. On y applique une eau
forte qui brûle les chairs , & on l'enveloppe
de pluſieurs bandages juſqu'à ce
qu'il ait pris ſon pli. Les femmes reſſentent
cette douleur pendant toute leur
vie ; elles peuvent à peine marcher , &
rien n'eſt plus déſagréable que leur démarche.
Outre cet agrément fingulier , elles ont
ſoin d'empêcher que leurs yeux ne croiffent
& ne deviennent grands. Les jeunes
filles inſtruites par leurs meres , ſe tirent
continuellement les paupieres , afin d'avoir
les yeux petits & longs , ce qui ,
joint à un nez écrafé , les rend des beautez
parfaites.
Il eſt rare , comme on l'a déja fait entendre
, qu'avant la ceremonie du mariage
, le mari ait vû ſa femme, les queſtions
qu'il fait faire par ſon Entremetteur au
pere de la fille lui ſuffiſent. On demande
d'abord quelles font les perfections de la
fille , ſon âge , ſon nom , ſi elle a le pied
long de deux pouces tout au plus , les
cheveux
SEPTEMBRE. 1727. 2039
cheveux longs , les yeux petits , les oreilles
longues , larges , ouvertes & pendantes
; ( car c'eſt là encore une perfection )
fi la fille a toutes ces qualitez , le marché
eſt à moitié conclu .
La ſuite du Livre explique les ceremo
nies des mariages des Chinois , les adoptions
& les avantages des enfans adoptez.
Enſuite. l'Auteur parle de leursArts ,
de leur Architecture , qui n'eſt pas fort
confiderable , non plus que la Medecine ,
qui n'eſt pas eſtimée chez eux , ſans doute
, à cauſe de l'ignorance de leurs Medecins
, qui n'ont ni Ecoles , ni aucune autre
eſpece d'Academie pour s'inſtruire
dans cette Science .
Voici de quelle maniere ſe communique
parmi eux la petite verole. Lorſqu'ils
éprouvent que l'air eſt temperé , que le
temps des pluyes ne regne point , & que
cette maladie ne peut être par confequent
dangereuſe , ils ſe ſervent d'une
poudre , qui n'eſt autre choſe qu'une pellicule
qu'ils tirent du viſage d'une perſonne
attaquée de cette maladie, & qu'ils
ſoufflent dans les narines de ceux à qui
ils veulent la communiquer.La fievre furvient
peu de temps après , le venin fort ,
&le mal ſe guerit ſans aucun accident.
M. le Gentil n'a rien omis de ce qu'un
Lecteur curieux peut deſirer ſur les En-
Ev terey
2040 MERCURE DE FRANCE.
terremens , la Langue & la Religion plei
ne de ſuperſtitions des Chinois. Comme
nous craindrions de trop allonger cet Extrait
, ſi nous parlions de toutes ces choſes
en détail, on renvoye au Livre même.
Dans le troifiéme volume , l'Auteur rapporte
tous les differens contre-temps qui
lui font arrivez pour retarder ſon retour
en France , après en avoir déja beaucoup
fouffert de la part des Chinois. Ce qui
n'empêche pas notre Voyageur , toûjours
attentif à ce qui peut inſtruire ou divertir
le Lecteur , de s'étendre ſur ce qui
peut fatisfaire ſa curioſité.
Le Coco eſt un arbre , dont le fruit de
même nom a été ſi géneralement vanté
, que l'on a fouvent douté s'il n'entroit
rien de fabuleux dans ce que l'on en a
publié : voici ce qu'en penſe M. le Gentil
: Si je voulois , dit-il , faire ce que
font tous les Voyageurs dans leurs Relations
, je ferois ici l'éloge du Coco ,
je rapporterois toutes ſes proprietez , dont
la principale , & qui renferme toutes les
autres, eſt de fournir à tous les beſoins
de la vie ; mais je vous renvoye aux Hiftoires
& aux Relations des Hollandois ,
& generalement de tous les Voyageurs
qui ont écrit des Indes. Les loüanges outrées
qu'on donne à ce fruit , lui ont fait
tort dans mon opinion , & s'il fournit à
tous
SEPTEMBRE. 1727. 2041
tous les beſoins de la vie , ce ſera ſans
doute aux beſoins d'un Singe ou d'un
Hermite .
Les Remarques de notre Auteur ſur
la Tortuë ne ſont pas moins curieuſes :
La Tortie eſt un Animal Amphibie . La
femelle va tous les mois pondre ſes oeufs
fur le Rivage , & ſe retire le matin dans
la Mer.Quoiqu'elle faſſe un nombre prefqu'infini
d'oeufs , il eſt rare neanmoins
qu'elle puiſſe d'une couvée conſerver plus
de quatre ou cinq petits , encore que le
Soleil les faſſe tous éclore ; car lorſque
toutes ces petites Tortuës ſe ſont retirées
dans la Mer , elles ſurnagent & ne peuvent
aller au fond. Les Oiseaux de Mer
les enlevent & les briſent en les laiſſant
tomber fur des Rochers , de la même maniere
que les Corneilles briſent les Coquillages
ſur les Côtes maritimes de Bretagne.
Onprend auſſi quelquefois la Tortue
de Mer ſur terre , c'est- à-dire , lorſqu'elle
y va pondre ſes oeufs. On examine ſes
traces fur le fable , & on la fuit à la piſte.
Si-tôt qu'elle entend le bruir , elle court
(mais comme une Tortuë telle qu'elle eſt)
vers le Rivage ; alors on lui coupe le
chemin de la Mer , & on eſſaye avec des
harpons de la tourner fur le dos. Il ne
faut pas la pourſuivre de près , parce
Evj qu'elle
2042 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'elle jette avec ſes nageoires une fi
grande quantité de ſable , qu'on pourroit
en être aveuglé.
Il y a lieu d'être fatisfait de la Relation
de tout ce que M. le Gentil a vû dans
l'Ile de Java , mais la matiere eſt trop
étenduë pour un Extrait , nous nous contenterons
de rapporter un trait qui fait
voir que le vin eſt une Monnoye ( s'il eſt
permis de parler ainſi ) encore plus géneralement
reçûë que l'or, & l'argent, c'eſt à
la page 88. de ce troiſfiéme Tome. Lorſque
la Compagnie , dit l'Auteur , dans laquelle
j'étois , eut rencontré une Troupe d'Indiens
& qu'elle ſe fut mêlée avec eux ;
le Chef de cette Troupe répondit à nos
civilitez d'une maniere embarraffée &
timide : un des nôtres lui ayant offert du
vin , il en but & fit figne qu'on en donnât
à ſes Compagnons. Je jugeai par- là
que le vin eſt de toutes les Religions ,
&s'accommode même avec le Mahométifme.
Cette Liqueur les ayant mis de
bonne humeur , nous leur fiſmes entendre
que nous ſouhaitions acheter quelques
Boeufs , mais quoiqu'ils euſſent bien compris
notre demande , ils feignirent de ne
nous point entendre & ſe retirerent l'un
après l'autre dans les bois .
Le reſte du Livre n'eſt pas moins curieux
que divertiſſant. On y trouve une
peinture
SEPTEMBRE. 1727. 2043
peinture naïve des moeurs des Eſpagnols
du Brefil , & une Differtation de l'Auteur
fur l'utilité des Voyages ; mais comme il
eſt impoffible de nous étendre ſur toutes
ces choſes , nous renvoyons le Lecteus
au Livre même.
NOUVEL EXAMEN de l'uſage general
des Fiefs en France , pendant le 1F.
12. 1,3 . & 14. fiecles , pour ſervir à l'intelligence
des plus anciens Titres du Domaine
de la Couronne. Par M. Bruffel ,
Conſeiller du Roy, Auditeur ordinaire de
fes Comptes . A Paris , au Palais & ruë
S. Jacques , chez Cl. Prud'home , & Cl.
Robustel , 1727. 2. vol in 4.
HISTOIRE ET EXPLICATION du
Calendrier des Hébreux , des Romains
& des François. Dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury. A Paris , ruë de la
Harpe , chez P. Simon , 1727. in 12.de
276. pages .
EXPLICATION des Qualitez ou des
Caracteres que S. Paul donne à la Charité.
AParis , ruë S. Jacques , chez Cl. Labottiere
, 1727. in 8. de 456. pages.
A LA REINE , Ode ſur le ſacré Coeur
de Jeſus. A Paris , chez la veuve Ma
Zieres
2044 MERCURE DE FRANCE.
Zieres & Jean Baptiste Garnier, ruë faint
Jacques , Brochure in 8.1727 .
0
Nous pouvons dire avec l'Approbateur
de cette Ode , qu'elle mérite l'impreffion :
elle eſt de M. Desjardins , Prêtre , Docteur
de Sorbonne. Elle finit par cette
Strophe , qui pourra faire juger du reſte .
Dans le culte que l'on doit rendre
A ce Coeur , notre ferme appui ,
Quel heureux guide peut on prendre ,
Qui conduiſe nos pas vers lui ?.
A exemple de votre Reine ,
Peuple françois , je vous ramene .
Quelle gloire de l'imiter ?
Je vois dans la flamme fincere
De cette auguſte Tributaire ,
Le tribut qu'il faut lui porter .
COUTUME DE NORMANDIE , expli
quée par M. Peſnelle , Avocat au Parlement.
Seconde Edition , corrigée & augmentée
par l'Auteur , avec un Recueil
d'Arrêts & Reglemens , tant du Conſeilque
de la Cour , donnez la plupart ſur la
Coûtume , ainſi qu'ils font rangez à la
fuite de la Table des Chapitres . A Rouen,
chez Besogne , fils , 1727. in 4.
Оп
SEPTEMBRE. 1727. 2045
-
On vient d'imprimer à Paris pour la
troifiéme fois le Livre des Experiences
de M. Poliniere. Le mérite de cet Ouvrage
eſt déja connu , tant par les Editions
précedentes , que par les Démonftrations
publiques de ce qui eſt y contenu,
que l'Auteur a faites dans l'Univerſité de
cette Ville , depuis plus de trente ans.
Cette nouvelle Edition , qui a été retouchée
d'un bout à l'autre , augmentée &
perfectionnée en beaucoup d'endroits ,
Tera lûë avec plaifir par ceux qui aiment
la belle Phyſique.
1
و
Le fecond Volume de l'Histoire de Polybe
, nouvellement traduite du Grec , &c.
Par le R. P. Dom Vincent Thuillier
avec un Commentaire & un Corps , de
Science Militaire, par M. le Chevalier
de Follard , paroît depuis le commencement
de ce mois chez les St Michel-
& Julien Gandoin , Giffart & Armand ,
Libraires Affociez. Nous n'ajoûterons
rien à ce que nous avons déja dit de
ce grand Ouvrage , qui mérite autant
qu'aucun autre de ce genre , l'attention
du Public éclairé. Le troifiéme Volume
eſt ſous la preſſe ,& les Auteurs travaillent
ſans relâche à la ſuite , &c.
BREVIAIRE ROMAIN , NOTE', ſelon
2046 MERCURE DE FRANCE.
lon un nouveau ſyſtême de Chant , trèscourt
, très- facile & très-sûr ; approuvé
par Mrs de l'Académie Royale des Sciences
, & par les plus habiles Muſiciens de
Paris . Par M... Prêtre , contenant l'Exercice
du Chrétien , un Extrait des Rubriques
, des Ceremonies & du Rituel ,
la Méthode pour apprendre ce nouveau
ſyſtême , le Pſeautier , l'Antiphonier ,
le Proceffional , les Meſſes de toute l'année
, & les plus belles & plus curieuſes
Pieces de Chant. A Paris , ruë Galande ,
chez Quillau , fils , 1727. in 12. de plus
de 1500. pages. Prix 5. livres , on peut
le matre en deux volumes.
Cet Ouvrage qui paroit très-utile &&
très-ingénieuſement inventé pour faciliter
le Chant , eſt dédié à M. Languet de
Gergi , Curé de S. Sulpice. On y trouvera
une Méthode courte & facile pour
être en état de chanter les Pieces des
Chants les plus difficiles , le Syſtême ne
demandant , ſelon l'Auteur , qu'une connoiffance
exacte de la Gamme. Il aſſure
que ceux qui le liront ſans prévention
y trouveront des ſecours qui les conduiront
à ſurmonter toutes les difficultez de
cet Art. Cette nouvelle Méthode ne peinant
ni la vûë ni l'attention , on la retient
facilement ; de plus elle leve toutes les
difficultez qui ſe trouvoient dans l'ancienne
SEPTEMBRE. 1727. 2047
cienne maniere d'apprendre le Chant. On
diminue par là les dépenses exceſſives
qu'il falloit faire pour avoir des Livres
de Chant exacts , & on a la commodité
de pouvoir porter dans la poche tout le
Chant de l'Eglife , puiſque ce volume
n'eſt pas plus gros que le Breviaire Romain
, malgré la quantité de Livres qui y
font renfermez , qui dans l'ancien Syſtême
étoient répandus en pluſieurs volumes
d'une groffeur énorme. Par ce moyen les
femmes , qui ont plus de temps que les
hommes , pourront aſſiſter aux Offices &
ſuivre les Eccleſiaſtiques , &c.
On travaille actuellement à une nouvelle
Méthode de Muſique , felon le nouveau
Syſteme de Chant de M. Demos ,
Prêtre du Diocèſe de Geneve , par le
moyen de laquelle , même les plus petits
enfans & les Payfans , pourront chanter
les plus difficiles Pieces de Muſique. On
trouvera dans cette Méthode toutes fortes
de Leçons , commençant par les airs
les plus faciles juſqu'aux plus difficiles .
Les Airs font des Airs à boire , & autres
ſemblables , propres à récréer l'eſprit &
l'inviter a apprendre plus volontiers le
nouveau Syſtême . Ceux qui auront appris
la Gamme du Plein- Chant dans
le Livre du même Auteur , qui eſt invente
2048 MERCURE DE FRANCE.
venté depuis peu& dont on vient de par
ler , auront l'avantage de la ſçavoir déja
pour la Muſique , lorſque la Méthode
paroîtra , & il ne leur reſtera plus qu'à
forimer leurs voix. Un fameux Muficien
fera executer dans la ſuite toutes fortes
de Pieces de Muſique , ſelon ce Syſtême ,
pour la fatisfaction du Public .
HISTOIRE DES PAPES , &c. Ouvrage
posthume du R. P. Pagi. Extrait
d'une Lettre écrite de Provence fur ce
Sujet le 6. Août 1727 .
Nous venons de recevoir un Livre qui
nous regarde en quelque maniere , c'eſt
le quatriéme volume de l'Hiſtoire des Papes
du feu P. Pagi : en voici le titre .
BREVIARIUM Historico Chronologico
Criticum , illuftriora Pontificum RomanorumGesta
, Conciliorum Generalium Acta,
necnon complura cum Sacrorum Rituum
tum Antique Ecclefia Diſciplina Capita
complectens . Auctore R. P. FRANCISCO
PAGI , Ord. Minorum Conventualium
S. Francifci S. T. D. TOMUS QUARTUS
. Opus Posthumum. Studio & labore
R. P. Antonii Pagi , Auctoris Nepotis
ejusdem Ordinis S. T. D. continuatum.
Antuerpia , apud Joannem Van de Hart ,
1727. ou plutôt à Geneve , chez les
Freres
SEPTEMBRE . 1727. 2049
Freres de Tournes , in 4. pages 692 .
Cette Hiſtoire comprend la Vie de
quinze Papes depuis Clement V. juſques
à la mort d'Eugene IV. ou depuis l'année
1305. juſques en 1447. On a mis
à la tête une Differtation critique ſur
S. Denis , Evêque de Paris. Le P. Antoine
Pagi , neveu de l'Auteur , qui a eu
foin de cette Edition ,àdonné du ſien l'Hiftoire
du Concile de Bâle , & ce qui fuit
cette Hiſtoire , & il fait efperer qu'il donnera
la continuation de cet Ouvrage ,
qui a fait honneur à ſon Oncle , & qui
eſt très -utile. L'Avis au Lecteur contient
un abregé fort court de ſa vie. Vous en
avez donné un Eloge un peu plus étendu
dans un de vos Journaux. J'en trouve
un aurre dans le troifiéme Tome de
la Bibliotheque Germanique de l'année
1721. p. 267. avec une faute bien effentielle.
On le fait mourir à Geneve .
Il eſt certain que le P. Pagi eſt mort à
Orange dans fon Monaftere .
LA DEFENSE des Ordinations Anglicanes
, réfutée par le R. P. Hardoüin ,
de la Compagnie de Jeſus. A Paris ,
QuaydesAugustins , chezChaubert,1727.
2. vol. in 12. 4. liv.
OEUVRES DIVERSES de M. Roy ,
conte .
2050 MERCURE DE FRANCE .
contenant des Eglogues , des Pieces mê
lées ou galantes , des Odes , des Poëmes,
Avec des Reflexions ſur l'Ode & fur
l'Eglogue , & des Difcours fur differentes
matieres de Morale & de Religion .
AParis , chez Robustel , Piſſot , Chaubert,
c . 1727. 2. vol. in 8. s . liv .
HISTOIRE des Chevaliers Hoſpita
liers de S. Jean de Jerufalem , appellez
depuis Chevaliers de Rhodes , & aujourd'hui
Chevaliers de Malthe . Par M. l'Abbé
de Vertot , de l'Académie des Belles-
Lettres , Secretaire des Commandemens
de S. A. S. feuë Madame la Ducheffe
d'Orleans , troiſieme Edition . A Paris ,
chez Rollin , Quillan & Desaint , 1727 .
5. vol. in 12. prix 10. liv.
ABREGE HISTORIQUE DE LA
BIBLE , avec des Notes Litterales & de
courtes Explications pour en faciliter l'intelligence
& aider la mémoire à la faveur
d'un Diſtique exprimant en ſubſtance
le contenu de chaque Chapitre. Nouvelle
Méthode pour apprendre avec facilité
à la retenir fidelement. Par le R.P.
de S. André, Religieux Minime.A Rouen ,
& se vend à Paris , Quay des Augustins ,
chez Jacques Langlois , 1727.4. vol.
in 12. 8. livres .
On prétend qu'un Mathématicien a
On
SEPTEMBRE. 1727. 2051
projetté une maniere de Carroſſe pour
quatre perſonnes , qui avec les ſeules forcesdesmouvemens
qu'il a inventez, pourra
faire fix lieuës dans l'eſpace d'une heure
, même dans les ſables.
On mande de Londres , qu'il y eut
fur la fin du mois de Juillet dernier , un
Tremblement très-confiderable à Morgan
dans le Pays de Galles , qui fut precedé
d'un bruit ſous- terrain du côté de
l'Eſt. Les murailles du Parc & les Maiſons
voiſines furent renverſées , quelques
Arbres abattus , & l'eau de la Riviere ſe
troubla . Ce Tremblement de Terre a été
très-violent dans pluſieurs autres endroits
du Koyaume , principalement d'Edimbourg
où la Terre appellée Stonelant , qui
couvroit le Banc de Cloſe-Head , a changé
de place en un inſtant.
Par un Memoire qui concerne le progrès
des Operations de Chirurgie les
plus importantes , on apprend que le
ſieur Gerard, Chirurgien Juré à Paris ,
ordinaire du Roi en ſa Cour de Parlement
, Demonftrateur en Anatomie &
Chirurgie au Jardin Royal , & Chirurgien
de l'Hôpital de la Charité des Hommes
, continue de faire avec ſuccès l'operation
de la Taille. Après avoir heureuſement
taillé , le mois de Mars dernier M.
Hen
2052 MERCURE DE FRANCE.
Hennin , Conſeiller au Grand-Conſeil ;
âgé de 74. ans , il a taillé , le 22. Juillet
dernier , le ſieur Germain Boudin , Maître
Chandelier , ruë du Temple , âgé de
68. ans . L'Operation fut faite en moins
de deux minutes , & fi heureuſement
que le Malade s'eſt trouvé entierement
gueri le 15. d'Août.
Le 25. Août , jour de la Fête de ſaint
Loüis , Roi de France , l'Academie Françoiſe
la folemniſa , ſelon ſa coutume ,
dans la Chapelle du Vieux Louvre . L'Evêque
de Soiffons, l'un des Quarante de
l'Academie , celebra la Meſſe , pendant
laquelle on chanta un fort beau Moret
en Muſique de la compoſition du ſieur
Dornel . Après la Meſſe , l'Abbé Couturier
, Chanoine de ſaint Germain l'Auxerrois
, prononça le Panegyrique de ſaint
Loüis , avec beaucoup d'éloquence .
Le même jour , l'Academie Royale des
* `Belles Lettres , & celle des Sciences , ſolemniſerent
auſſi la Fête du même Saint ,
dans l'Egliſe des Peres de l'Oratoire. Il y
eut pendant la Meſſe un Motet en Muſique
de la compoſition du ſieur du Boufſet
, après laquelle le R. P. Cyrille , Augustin
Dechauffé de la Place des Victoires
, prononça très- éloquemment le Panegyrique
de ſaint Loüis .
L'après
SEPTEMBRE. 1727. 2053
L'après midi , M. Amelot de Chaillou ,
Intendant des Finances , qui avoit été élt
pour remplir la place vacante dans l'Academie
Françoiſe par la mort de l'Archevêque
de Toulouſe , y prit féance. Il fit un
beau Diſcours , auquel M. Adam , Directeur
de l'Academie , répondit.
L'Academie donna enſuite le Prix
d'Eloquence à M. de Farcy , & celui de
- Poësie à M. Bouret , Lieutenant General
deGifors.
Nous dirons à cette occaſion quelque
choſe.de ces Prix , en faveur de pluſieurs
perſonnes qui nous ont paru peu inftruites
de l'inſtitution des Prix , & des Ceremonies
qui s'obſervent le jour qu'on les
donne .
Il y en a deux de la valeur de trente
piſtoles chacun , conſiſtant en deux Medailles
d'or , dont la face droite repreſente
toujours le Portrait du Roi , avec
des revers qui marquent quelque évenement
memorable de fon regne .
Le Prix de la Proſe a été fondé par
l'illustre M. de Balzac , qui étoit , à bien
juſte titre , de cet illuſtre Corps ; mais
comme le fonds qu'il a laiffé pour cela
ne produit pas chaque année un interêt
affez fort pour remplir la valeur du Prix ,
on ne le donne que tous les deux ans .
M. de Clermont - Tonnerre , Evêque
&
:
4
2054 MERCURE DE FRANCE.
& Comte de Noyon , Pair de France , a
fondé le Prix de la Poësie , qu'on diſtribue
tous les ans. L'Academie en choiſit le
Sujet , auffi - bien que de la Proſe. On
avertit le Public plus de fix mois auparavant
par un Memoire imprimé. Ceux
qui travaillent pour concourir, font obligez
d'envoyer leurs Pieces dès le mois de
Mai, fans ſe nommer , afin d'éviter toute
partialité.
Les Prix ſe donnent publiquement le
jour de faint Loüis ; & pour augmenter
la folemnité de cette Fête, depuis l'année
1677. on fait chanter une Meſſe en Muſique
,& on prononce le Panegyrique du
Saint dans la Chapelle du Louvre. L'après
midi on tient l'Affemblée publique ,
le Directeur lit les Pieces qui ont merité
le Prix , qu'on diſtribue ſur le champ aux
Auteurs , s'ils ſe préfentent.
PROGRAMME de lAcademie Royale
des Belles Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux.
L'Academie propoſe à tous les Sçavans
un Prix fondé par feu M. LE DUC
DE LA FORCE . C'eſt une Medaille d'or
de la valeur de trois cens livres .
Elle eſt deſtinée à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la cause de la
Salûre
1 SEPTEMBRE. 1727. 2055
Salûre de la Mer. Ce Prix fera diſtribué
le 25. d'Août de l'année 1728. jour de la
Féte de faint Loüis .
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin , mais elles ne
feront reçûës pour le concours que juſqu'au
1. Mai prochain incluſivement.
Aubas des Differtations il y aura une
Sentence , & l'Auteur mettra dans un
Billet ſéparé & cacheté , la même Sentence,
avec ſon nom & fon adreſſe .
Les Paquetsferont affranchis de port , &
adreffez à M. Sarrau, Secretaire de l'Academie,
ruë de Gourgues , ou au Sieur Brun ,
Imprimeur de l'Académie , rue S. Fâmes.
L'Academie Royale de Peinture & de
Sculpture , a perdu un Conſeiller Amateur
honoraire d'un grand merite , par la
mort de M. de Launay , Secretaire du
Roi , & Directeur de la Monnoye des
Medailles & de l'Orfevrerie de Sa Majefté.
Labeauté de fon genie , &l'excellence -
de fon goût l'avoient fait atteindre de
bonne heure à la perfection de fon Art,
&l'ont rendu celebre en France & dans
les Pays Etrangers pendant plus de cinquante
ans , par une infinité d'Ouvrages
admirables d'Or & d'Argent , par tous
les embelliſſemens qu'il a faits à la Monnoye
des Medailles , & par le nombre
E pro
}
2056 MERCURE DE FRANCE.
:
prodigieux de Poinçons & de Quarrez qui
ont été gravez ſous ſa conduite , & dont
il a formé un des plus curieux & des plus
rares Cabinets de l'Europe , joignant à
tous ſes talens une probité , un caractere
obligeant , & une politeſſe qui lui avoient
acquis l'eſtime & la confideration de tous
les honnêtes gens. Il étoit de Paris , &
mourut le 19. d'Août âgé de plus de 80 .
ans.
L'Academie a choiſi , pour remplir fa
place , M. le Febvre , Intendant& Controlleur
des Affaires de la Chambre &
Menus Plaiſirs de Sa Majesté , Garde des
Pierreries de la Couronne , Treforier
General de la Maiſon de la Reine , & cydevant
Greffier de l'Ordre Militaite de
Saint Loüis . ;
Le Sieur Briart , qui demeure à préſent
dans la Cour Abbatiale de Saint Germain
des Prez , vis-à-vis le Bailliage , continue
avec grand ſuccès le debit des Cuirs à
repaſſer les Razoirs , avec le fecours defquels
on peut ſe paſſer de Pierre à aiguiſer;
on en reconnoît de plus en plus l'utilité.
Il en a de pluſieurs grandeurs & de differens
prix , depuis 40. fols juſqu'à 8. liv.
Il debite auffi depuis peu une Effence
de Savon, à la Bergamote,& autres Odeurs
douces , dont on ſe ſert au lieu de Savon
nette.
SEPTEMBRE. 1727. 2057
nette. Une petite cueillere à Caffé pleine
de cette Liqueur , miſe dans le Baffin ,
fuffit pour produire une groſſe mouffle
blanche , beaucoup plus propre à ramollir
le poil que les meilleures Savonnettes.
Cette Effence rend la peau unie , & ôte
toute forte de boutons , de dartres &
d'échauboulures. Les Dames s'en ſervent
pour ſe laver le viſage , les bras & les
mains. Il y en a de deux prix , à 5. fols
&à 8. fols l'once. La même Effence ſe
debite auffi chez le Sieur Huet , dans la
même Cour , vis- à-vis la ruë Cardinale .
Nous n'avons garde de negliger un
Avis important aux amateurs de la bonne
chere , qu'on nous prie d'inſerer ici.
C'eſt au ſujet des friands Patez de Perdrix
rouges , garnis de Truffes , du Sieur
Villereynier de la Gatine , fameux Patiffier
à Perigueux. Il les compofe depuis
long - temps à la grande fatisfaction des
gens les plus delicats & les plus difficiles.
Il donne avis qu'il a trouvé le ſecretde
les conſerver pendant plus de deux mois ,
* & qu'il en envoye non ſeulement dans
toutes les Villes du Royaume , mais encore
en Eſpagne , en Italie , en Allemagne
, en Flandres & en Angleterre . Le
prix de chaque Perdrix eſt de 10. liv. pour
le Royaume , &de 15. liv. pour les Pays
Fij Etran2058
MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , tous frais faits , & les Pâtez
rendus francs de port. Ceux qui voudront
faire uſage de ce mets exquis , n'auront
qu'à écrire au Sieur Pierre Villereynier de
la Gatine , Maître Patiſfier ordinaire du
Roi , à la Tête Noire , à Perigueux.
LE
AIR.
E Lys par ſa blancheur efface
Les plus brillantes couleurs ,
Etl'on ne voit point de fleurs ,
Que ſa tige ne furpaſſe.
Qu'il regne dans ces cantons ,
Et que ſa tige féconde ,
Bien- tôt rempliffe le monde ,
De ſes nouveaux rejettons.
-1
Ces Vers allegoriques , très-convenables
au temps préſent , ont été mis en
Muſique par M. Mouret , & chantez par
une Bergeree, ſur le Theatrede l'Hôtel de
Bourgogne , dans le Divertiſſement de
la Comedie de Zephire & Flore .
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MmBL
SEPTEMBRE. 1727. 2059
ON
VAUDEVILLE .
N donne gratis l'Opera ,
La Comedie , & catera ,
Pour la naiſſance des Princeſſes .
Mais partout , à mon grand regret,
On ne fait pas mêmes largeſſes :
Point de gratis au Cabaret .
SPECTACLES.
JONATHAS LE MACHABEE,
Tragédie , répreſentée au College de
Louisle Grand , pour la diftribution
des Prix , fondezpar S.M. le 5. diu
mois d'Août.
1
SUJET.
TRiphon , General des Troupes de Syrie,voulant
détrôner Demetrius , fon Roy , & mettre
en ſa place le jeune Antiochus , dont il prétendoit
envahir la Couronne , craignit d'être
traverſé en cettedouble entrepriſe par Jonathas
Prince d'Iſraël , frere & fucceſſeur du brave
Judas Machabée. Pour ſe defaire d'un ennemi
ſi formidable , il réſolut d'abord de l'attaquer
avec une nombreuſe armée qu'il fit avancer vers
Fiij Jeru
2060 MERCURE DE FRANCE .
Jerufalem Mais comme il vit le General Iſrae
lite diſpoſe à le bien recevoir avec des Troupes
aguerries , il feignit de vouloir la paix , engagea
Jonathas par de belles promeffes à congedier
fes Troupes ,&l'attira dans la Ville de Prolemaïde
, où il fit égorger preſque toute l'Ef
corte qu'il s'étoit réſervée , le fit priſonnier lui .
même , demanda cent talens pour ſa rançon ,
& ſes deux enfans pour ôtages. Simon , frere de
Jonathas , découvrit l'artifice ; il ne laiſſa pas
d'envoyer au perfide Tryphon la ſomme d'ar.
gent avec ſes neveux , pour ne pas s'atrirer la
haine du Peuple d'Iſraël , qui ne manqueroit pas
d'interpreter malignement ſon refus ,&de dire
hautement qu'il laiſſoit languir ſon frere dans
les fers , afin de commander en ſa place. Tryphon
retint l'argent avec les Captifs ; & ſçachant
que Simon venoit avec une armée pour
les délivrer , Il fit inhumainement maſſacrer Jonathas
& ſes enfans , &défiler ſes Troupes vers
ta Syrie.
Jofeph rapporte que Triphon avoit auprès de
lui , en qualité d'homme de confiance , un certain
Arabe , Gouverneur du jeune Anthiochus ,
& que ce Confident lui avoit mis entre les mains
le Prince ſon Eleve , pour ſervir de prétexte à
la guerre contre Démetrius . 1. Liv. des Machab.
Joseph , &c.
La Scene eft dans le Camp de Triphon ,
fous les Murs de Ptolémaïde.
ACTE I.
Tryphon ouvre la Scene avec Phegor fon
Confident à qui il découvre tous ſes ambisieux
projets ,dont il attend un ſuccés heureux-
Joadab
1
SEPTEMBRE. 1727. 2061
Joadab fon Emiſſaire ſecret , quoi qu'Iſraëlite ,
arrive de Jerufalem & lui apprend que Simon ,
frere de Jonathas , s'eſt ſoumis aux conditions
qu'il lui a impoſées pour la rançon de ce Chef
des Ifraëlites . Il ajoute que Nabal eſt déja ar
rivé à une Place Frontiere à un mille du Camp
avec les ôtages qui doivent être remis entre les
mains du vainqueur ; mais qu'il a ordre de ne
point paſſer outre , & d'y attendre Simon , qui
doit accompagner les ôtages avec de bonnes
Troupes. Tryphon ordonne au traître Joadab
d'aller dire de ſa part à Nabal , que c'eſt fair
de Jonathas , s'il ne vient fur le champ &fans
attendre Simon , avec les ôtages qui font lesdeux
fils de Jonathas. Joadab ſe diſpoſe à obéir au
cruel Tryphon . Jonathas qui ne le ſoupçonne
d'aucune perfidie , & àqui ce traître , pour le
mieux tromper , fait confidence de l'ordre qu'il a
d'aller preffer Nabal de veniravec les ôtages,ſans
attendre Simon , le conjure d'avertir Nabal de
ne point ſe fier aux belles promeſſes de Try
phon & d'attendre la nombreuſe eſcorte qui doit
pourvoir à la sûreté des ôtages . Joadab lui promet
tout pour ne lui rien tenir , & fe retire. Nachor,
Ifraëlite, fait prisonnier avec Jonathas , le
priede ſe défier deJoadab ; mais c'eſt inutilement
; Jonathas le ſoupçonne d'autant moins
qu'il lui a ſauvé la vie. Jarbas , frere de Tryphon,
& pourtant vertueux , vient fortifier les
juſtes craintes de Nachor. Il inſtruit Jonathas
des intrigues ſecretes de Joadab avec Phégor ,
auſſi méchants l'un que l'autre , quoi qu'ayant
differentes vues. Il lui offre ſes bons offices auprès
de ſon frere Tryphon , en reconnoiffance
des bons traitemens qu'il a reçûs de lui , pendant
ſa priſon dans Jerufalem. Jonathas remercie
ce genereux ennemi & s'en va concerter
avec Nachor les moyens de ſo tirer d'un pas fi
dangereux. ACTE
2062 MERCURE DE FRANCE.
ACTE II.
Les Enfans deJonathas arriventdans leCamp
&font preſentez à Jonathas ; quel ſpectacle pour
un pere de voir ſes deux fils dans un lieu fi fatal
& quelle douleur pour ces fils inforrunez de retrouver
leur pere chargé de chaines ! Jonathas
ſe plaint à Nabal de ce qu'il n'a pas attendu l'efcorte,
qui devoit pourvoir à leur sûreté ; Nabal
s'excuſe du péril des enfans ſur celui qui menaçoit
le pere même , s'il n'eût pas obéi au cruel
Tryphon . Ce barbare vient ; il propoſe un Traité
de Paix qu'il ſçait bien ne pouvoir être accepté :
en voici les conditions. I °. Que Jonathas ni
fes enfans ne porteront jamais les armes contre
les Syriens. 2 °. Que les Juifs payeront un
tribut annuel au Roy de Syrie. 3 °. Que la Statuë
de Jupiter Olympien , abbatuë par les Mac
chabées , lera relevée dans Jerufalem. aux dépens
même de Jonathas : Tryphon ſe retire. Jonathas
déteſte ſa mauvaiſe foi. Joadab vient
avec un faux reſpect lui offrir le Traité à ſigner ,
&fait avancer un Autel de Jupiter Olympien ,
fur lequel il prétend que Jonathas prête ferment;
ce Prince regrette de n'avoir point d'épée pour
percer le coeur à l'indigne Miniſtre de l'impieté
de Tryphon , mais ſes deux enfans , qu'on n'a
point encore defarmez , ſuppléent à fon deffaut;
J'un renverſe l'Image de Jupiter & l'autre fond
l'épée à la main ſur le lâche Joadab qui s'enfuit.
Nabal allarmé de cet incident , va trouver
Tryphon pour défarmer ſa colere , & Nachor , à
force de prieres , engage Jonathas & fes enfans
àſe retirer avec leur pere dans la Tente de
I'Ambaſladeur , dont il ſe flatte qu'on n'ofera pas
violer les droits .
ACTE
SEPTEMBRE. 1727. 2063
(
ACTE III.
Triphon furieux , malgré les inſtances queNabal
lui a faites , vient juger le crime des deux
fils de Jonathas dans le même lieu où il avoit
été commis. Joadab eſt l'accuſateur , le Conſeil
n'eſt compoſé que de Tryphon , de Phégor &
de Jarbas . Phégor opine à la mort & Jarbas au
pardon . Tryphon croit faire un Acte de clémence
, en ne condamnant à la mort que l'un des
deux coupables ; il en laiffe le choix à Jonathas.
Cette ſituation eſt des plus interreſſantes. Le pere
ne peut ſe réfoudre à opter entre des victimes
ſi cheres , il s'offre à mourir pour ſes enfans ,
qui lui diſputent un ſacrifice qui les doit combler
de gloire . Tryphon ſe réſerve le choix , &
ayant mis les coupables entre les mains de ſes
Gardes , il ſe retire pour aller ordonner de leur
fort, Jarbas prévoyant qu'Achimas , fils aîné de
Jonathas , fera condamné comme plus coupable
que Mafias ſon frere , conſeille à Jonathas de
ceder au temps , & de diffimuler ſon zele pour
ſa Religion ; Jonathas lui répond que la veritable
Religion n'eſt point eſclave des temps. Nabal
tour éperdu vient avertir Jonathas que fon
fils aîné va être condamné,&que fon cadet court
le même riſque , ſi l'on ne ſe hâte de fléchis
Tryphon . Jarbas va ſe jetter aux pieds de fon
frere pour tâcher de le porter à la clémence ; it
entraine Jonathas avec lui.
ACTE IV .
Tryphon n'ayant condamné que l'aîné des fils
de Jonathas ,& ayant rendu le cadet à ce pere infortuné
, Joadab & Phégor , plus cruels que leur
Maître , expoſent les dépouilles de ce filsdeſtiné
Fy
(
2064 MERCURE DE FRANCE.
a bien
à la mort , aux yeux de Jonathas , afin que par
ſes emportemens contre Tryphon il porte ce
Tyran
àà faire périr encore le fils qu'il
voulu lui laiffer. Leur artifice leur fuccede au gré
de leurs voeux. Jonathas ne peut voir le barbare
ſpectacle qu'on oſe étaler à ſes yeux, fans en
venirà des menaces contre ſon cruel ennemi.
Tryphon en eſt inſtruit. Jarbas fait un nouvel
effort pour porter Jonathas à ſouſcrire au Traité
que Tryphon exige de lui ; mais ce fidele Ifraë--
lite conferve ſa premiere fermeté. Le fils imite le
pere, ils font tous deux invincibles ; le pere eſt
faifi tout à coup d'un ſaint enthouſiaſme ; il lit
dans l'avenir , & voit par avance tout ce que le
Defiré des Nations doit ſouffrir, vendu par un
traître ,comme Jonathas l'eſt par le perfide Joadab.
Le fils prend de nouvelles forces dans le
fouvenir des merveilles que Dieu a operées pour
fon Peuple choiſi ; mais Nabal n'oſant compter
fur des miracles , penſe aux ſecours humains ;
il propoſe la fuite à Jonathas & à Mafias ſous
un traveſtiſſement quipeut les favorifer. Ni le
pere ni le fils n'y veulent conſentir par grandeur
d'ame ; mais enfin Mafias ſe détermine
à fuir par l'interêt qu'il prend en la vie de fon
pere , & n'entreprend de s'évader que pour aller
hater la marche de l'armée qui doit venir à leur
fecours.
ACTE V.
Jonathas incertain du ſuccès que peut avoir l'évafion
de ſon fils Mafias , eſt ſaiſi d'une frayeur
mortelle queNachor ne peut diffiper. Ses preflentimens
ne font que trop juſtifiez par l'évenement.
On lui amene cecher fils chargéde chaînes, qui lui
raconte comment il a été furpris par leurs communs
ennemis. Tryphon vient & menace Jonathas
des plus affreux fupplices , s'il ne lui décou
t yre
SEPTEMBRE. 1727. 2065
vre tout le complot de la fuite de Mafias Ce
qui l'irrite encore plus , c'eſt que Nabal, compagnon
de cette entrepriſe , a échappé à ceux
qui ont arrêté Mafias. Ses menaces , loin d'ébranler
Jonathas , l'animent d'une noble fierté.
Il menace à ſon tour ce même Tryphon qui
le brave. Tryphon le fait mettre aux fers. Joadab
le preffe de lui faire donner la mort , mais
il reçoit bien-tôt le prix de ſa perfidie. Jarbas
montre à Tryphon des Lettres qui prouvent une
funeſte intelligence entre ce traître & Démetrus.
Tryphon furieux le livre aux ficches des
Soldats. Cependant un Courier vient annoncer
l'approche de l'armée Ifraëlite , dont Nabal a
preffé la marche, le cruel Tryphon ordonne à
Phégor de faire poignarder Jonathas avec ſon
fils,&d'expoſer leurs corps au paſſage des Troupes
qui viennent àleeuurr fecours. Il n'a pas le
courage de les attendre , & fait honteuſement
retirer ſon armée dans Ptolemaïde. On apporte
Jonathas & Mafias , tous deux expirans. Simon
irrité par cet affreux ſpectacle , s'en fert
pour animer les Ifraëlites à la vengeance. Il finit
la Tragedie par des imprécations qui annoncent
le châtiment que le Ciel réſerve àtant de
crimes.
L'AMBITION , Ballet , danſé à la
Tragedie de Jonathas.
Deffein &Divifion du Ballet.
Comme on choiſit pour ſujet de la Tragedie ,
la mort du grand Jonathas Machabée , facrifié
auxdeffeins ambitieux de Tryphon , General de
Syrie , on s'eſt crû autoriſé par- là à faire danſer
le Ballet de l'Ambition, pour ſervir d'intermede à
a Piece Tragique , avec laquelle il a une liaiſon
Fvj natu
2066 MERCURE DE FRANCE.
naturelle. Ony répreſente l'Ambition ſous quatre
rapports differens qui renferment ce qu'il
y a d'eflentiel en cette paffion. On y peint ,
1 °. Ses déguisemens . 2° . Ses attentats . 3 ° . Ses
fuccès. 4° . Ses desastres . Ainſi l'Ambition masquée
, l'Ambition ouvertement criminelle
IAmbition triomphante , l'Anbition confonduë ,
fournifient les quatre Parties de ce Ballet; chacune
de ces Parties eſt compoſée de quatre Entrées
.
د
Dans la premiere Entrée , la Fortune paroît
élevée fur un Globe Terrefſtre . A fa droite elle a
une Corne d'abondance , & à ſa gauche des Lauriers
, des Sceptres , des Couronnes , qu'elle difpenſe
à fon gré. Le Globe s'ouvre ; on en voit
fortir les quatre Parties du Monde , au milieu
deſquelles ſe va placer l'Ambition , comme pour
leur donner la loi : mais elle la reçoit elle même
de la Fortune,devant laquelle elle rampe avec
ſes Compagnes. Bien-tôt après elle fait effort
pour s'élever au faîte de la Roüe , & ſe voit fecondée
d'un grand nombre de perſonnes de tout
âge & de toute condition.
Dans la feconde Entrée pluſieurs Heros viennent
fe ranger fous l'Etendart de l'Ambition.
Dans la troiſieme , des gens de toutes fortes
decondition, depuis le Guerrier juſqu'a l'Artilan,
s'enrålent dans la même Brigade.
Dans la quatrième ,une foule de Courtiſans ,
tâchent de ſurprendre la Fortune par des hommages
auffi refpectueux qu'intereffez , n'ofant
l'attaquer à guerre ouverte. Cettepremiere Partie
finit par une Danfe generale de tous ceux
qui ont compoſé les quatre Entrées. Voilà ce
qui concerne la Divifion du Ballet ; pafions aux
quatre Partics , avec les Entrées qui leur font
fubordonnées.
PRESEPTEMBRE
. 1727. 2067 1
PREMIERE PARTIE .
Les Déguisemens de l'Ambition.
Dans la premiere Entrée , Mahomet ſe couvre
d'un maſque qui lui eſt preſenté par l'Hypocrifie ,
revêtue du Manteau de la Pieté . Il contrefait
l'homme inſpiré. Il n'inftruit d'abord que des
Payſans & de ſimpies Bergers ,dont il fait enſuite
des Soldats propres à ſeconder ſes projets
ambitieux.
Dans la ſeconde , Antonin Caracalle feint de
vouloir épouſer la fille d'un Roy des Parthes , ce
qui donne lieu aux Romains de ſa ſuite de poignarder
quelques uns des Sujets de ce Roy, dont
il veut envahir les Etats , fous ce prétexte
d'hymen.
Dans la troiſiéme , deux jeunes Seigneurs Eleves
de la Politique , prennent deux viſages par
ſes confeils. Elle leur fait entendre qu'il faut,
felon l'occurrence , être tantôt ami , & tantôt
ennemi , fi l'on veut aller loin dans la carriere
de l'Ambition . Ils font mille careſſes à ceux de
leurs concurrens qui veulent tromper ; mais ces
derniers reconnoiffent bien- tôt qu'on doit peu
compter ſur de pareils amis .
Dans la quatriéme Entrée , des Sages tirent la
Verité du fond d'un Puits , où le Menfonge l'avoit
précipitée , ils l'oppoſent aux tromperies des
ambitieux maſquez. Elle tient un Soleil à la
main ; pluſieurs Génies la ſuivent , portant des
flambeaux. La Maſquarade eſt diſſipée; le Puits
ſe comble & diſparoît.
S
2968 MERCURE DE FRANCE
SECONDE PARTIE .
Les Atentats de l'Ambition .
Dans la premiere Entrée , la Difcorde arme
Théodoric & fon frere , Princes Vifigots , l'un
contre l'autre , par le moyen d'un Sceptre &d'une
Couronne qu'elle leur preſente à tous deux .
l'Ambition déchaîne contre eux les Furies qui les
portent à ſe battre en duel. Théodoric eſt vain .
queur, il s'empare du Sceptre & de la Couronne ,
&s'applaudit d'une victoire qu'il a achetée du
fangde fon propre frere.
Dans la deuxième , l'ambitieux Egyſthe s'étant
emparé du Trône d'Agamemnon , donne une
Fête à la cour. Agamemnon revenant du Siege
de Troye , & débarqué au Port , ſurvient avec
quelques Officiers de ſes Vaifſeaux. Des Affaffins
P'attaquent , le chargent de fers & l'emmenent
dans fon Palais pour y être égorgé.
Dans la troiſieme , Cefar & Pompée font voir
dans les Champs de Pharſale , juſqu'où peut aller
l'ambition de deux Citoyens , dont l'un ne
veut point d'égal , & l'autre point de Maître .
Dans la quatriéme Entrée , S. P. Melius ; dans
la Fête de Cybele , donne des Jeux , & des Spectacles
au Peuple , dont il veut s'attirer les fuffrages
pour parvenir à la Royauté , & fait voir par
là qu'il facrifie moins à cette Déeſſe qu'à fon
ambition .
TROISIE'ME PARTIE .
Les Sucès de l'Ambition.
4
Dans la premiere Entrée , Sylla , vainqueur de
Mithridate , ſe fait trainer ſur un Char triomphal,
SEPTEMBRE. 1727. 2069
phal, ſuivi des Guerriers & des Matelots qui l'ont
ſuivi dans cette expedition. Enflé de les premiers
fuccès , il s'oublie juſqu'à profcrire pluſieurs Officiers
jaloux de ſa gloire & fait préfager par-là
toutes les cruautez , où le porteraun jour ſon am -
bition démeſurée.
Dans la ſeconde , Alexandre après avoir prefque
conquis toute la Terre , s'afflige en voyant
Ariftote, Diogene & quelques autres Philofophes
de ſon temps , diſcourir ſur l'existence d'un
ſeul Monde, comme ſi ſon ambition étoit refferrée
dans des bornes trop étroites .
Dans la troifiéme, Ninus aveuglé par ſes proſperitez
, loin de remercier les Dieux &de leur
en attribuer la gloire , prétend s'élever à leur
condition, & commence par faire dreſſer des Autels
à ſon Pere Bélus , ſous le nom de Jupiter .
Dans la quatriéme Entrée , un Tyran de l'Inde
, par un excès de cruauté que fes victoires lui
ont infpiré, à condamné ſes Captifs à étre
broyez dans un Mortier , comme pour les anéantir
devant lui. Bacchus ayant triomphe de ce Barbare
, ne croit pas le pouvoir mieux punir , qu'en
faiſant revivre ces malheureux ; mais la preffion
violente qu'ils ont foufferte , fait qu'il n'en peur
faire que des Pigmées . Ces petits Peuples doivent
leur nom & leur origine à cette réſurrection.
QUATRIE'ME PARTIE .
Les Desastres de IAmbition .
Dans la premiereEntrée, Capanée, ne croyant
tien d'impoſſible à ſon ambition , eſcalade la
plus haute Tour de la Ville de Thebes ; il brave
juſqu'à la Foudre de Jupiter ; mais ce Dieu le
terraffe & le met en poudre
Dans la ſeconde , Bajazet vaincu parTamerlan,
2070 MERCURE DE FRANCE.
lan , eſt enfermé dans une Cage de fer , où il fert
de jouet aux Soldats , en punition de ſon extrême
ambition .
Dans la troifiéme , on renverſe les Statuës de
Séjan , Favori de Tibere. Les débris de ces Statues
forme comme un Trophée érigé à la haine
publique ; fa diſgrace n'afflige que des ambitieux
comme lui , qui font entrainez dans ſa chute.
Dans la quatriéme Entrée , Cornelius Gallus
fait élever de nouvelles Pyramides en Egypte ,
non-plus au nom d'Auguſte , mais au fien même .
Cette fuperbe Fête eſt troublée par un ordre imprévû
de cet Empereur , juſtement irrité , qui le
prive de fon Gouvernement. L'ambitieux Gouverneur
en eſt fi accablé ,qu'il ſe tuë lui-même ,
pour point ſurvivre à ne fonmalheur.
Ballet General .
Pour ne pas confondre l'Ambition loüable avec
l'Ambition criminelle , on répreſente dans ce
Ballet General , le Palais de l'Honneur , où paroiffent
des Héros de tous les genres , le front
orné de Lauriers . On voit accourir vers ce Palais
une Troupe d'illuſtres Rivaux , dont chacun eft
récompensé à proportion de ſon mérite. Il n'en
eſt pas de même des Partiſans de l'Ambition criminelle
, on les chaffe du Palais de l'Honneur ,
comme de vils Etclaves, indignes d'y être admis ,
& même d'en approcher.
Le Lundiır. Août , on repreſenta fur le
Théatre du College Mazarin , pour la D.ftribution
des Prix , Jaddus , Grand- Prêtre des
Juifs , ou Alexandre le Grand devant ferusalem,
Tragélie , dont voici le ſujet.
Alexandre étant allé afſieger la Ville de
Tyren Syrie , auſſi tôt qu'il eut gagné
contre
AOUT . 1727. 201
contre Darius la bataille de l'Iſſe , il écrivit à
Jaddus, Grand-Prêtre des Juifs , pour lui demander
du ſecours , un commerce libre avec
fon armée , & les mêmes aſſiſtances qu'il donnoit
àDarius. Jaddus lui fit réponſe que les
Juifs avoient promis à Darius avec ferment
de ne jamais porter les armes contre lui , tandis
qu'il feroit en vie. Alexandre irrité de
ce refus , n'eût pas plutôt emporté la Ville de
Tyr , qu'il s'avança avec ſon armée vers Jerufalem.
Jaddus craignant , non ſeulement
pour lui , mais encore pour la Ville , qu'il
voyoit dans un danger évident , eût recours
àDieu ; & étant allé par fon ordre trouver
Alexandre , fon aſpect déſarma tout à coup ce
Prince qui le reconnut pour l'avoir vû en
fonge deux ans auparavant , & le reçut favorablement
, au grand étonnement de tour
le monde. Joseph , Antiq. Judaïques , liv. 2 .
chap.7.
La Scene est à l'entrée du Camp d'Alexandre
à l'aspect de Jerufal.m.
ARGUMENT.
ACTE I.
Cet Acte commence par les expoſitions .
neceffaires à l'intelligence de l'action principale,
dont nous venons de parler. Epheſtion ,
Parmenion & Cratere qui font les premieres
Scenes , font entendre qu'Alexandre arrivera
inceſſamment , & qu'il ne donne qu'un jour à
Jaddus , Grand- Prêtre des Juifs , pour déliberer
fur les ſecours qu'il doit lui envoyer
contre Darius. Cratere qui arrive le dernier.
dans le Camp , près de Jerufalem , raconte
une
1
2072 MERCURE DE FRANCE .
une avanture qui fait un incident affez touchant
dans la Piece ; c'eſt la priſe d'un Captif
fait à la priſe de Tyr. Ce Captif interrogé par
Alexandre n'a jamais voulu dire fon nom , il
s'eſt contenté de témoigner une tendre frayeur
à la vûë des malheurs qui menacentJerufalem.
Cette déplorable Ville eſt dans une confternation
generale à l'approche d'Alexandre . Le
Grand Prêtre vient dans le Camp ſuivi d'Abner,
pour implorer la clemence du Vainqueur;
il prend Parmenion pour Alexandre. Parmenion
le détrompe , lui confirme les ordres du
Roi ſon Maître , & le laiſſe pour déliberer
promptemen: là-deſſus. Abner panche du côté
d'une obeiflance qui lui paroît d'une neceffité
indiſpenſable; mais Jaddus demeure ferme dans
la réſolution d'obſerver le traité fait entre les.
Juifs & Darius , qui engage le Peuple de
Dieu à ne rien faire contre les interêts des
Perfans . Cet Acte finit par une derniere réfolution
, qui eſt d'aller appaiſer le courroux
de Dieu , & implorer ſon aſſiſtance par des
Sacrifices & des voeux redoublez .
ACTE II .
Sanabaleth , Gouverneur de Samarie , &
par confequent ennemi morteldu Peuple Juif ,
commence ce ſecond Acte , il s'applaudit des
malheurs qui vont tomber ſur Jerufalem , il
apprend à Parmenion qu' Alexandre vient d'arriver.
Ils veulent tous deux aller au devant de
lui ; mais il les prévient. Parmenion lui rend
compte de l'inflexibilité de Jaddus ; Alexandre
en fremit de courroux ; Sanabaleth attiſe
ce feu qui doit dévorer Jerufalem. Il fonde
l'efperance de la perte de cette Ville ennemie
fur la rapidité des nombreuſes victoires que
ce
SEPTEMBRE. 1727. 2073
ce
ce vainqueur de l'Afie a déja remportées , &
ne doute pointque le Ciel ne ſoit abſolument
déclaré pour lui. Alexandre appuye le ſentiment
de par le récit d' flatteur d'un fonge
qu'il a fait autrefois. Il a vû dans ce fongeun
venerable Prêtre dont les traits ſont fortement
tracez dans ſa memoire. Ce Prêtre revêtu de
fes habits Sacerdotaux l'anima dans ce fonge
àpaffer l'Helleſpont ,& à marcher contreDarius
, lui promettant la victoire , au nom du
Dieu qui l'inſpiroit ; Parmenion va chercher
Cratere de la part d'Alexandre. Ce Prince
écoute avec plaiſir tout ce que lui dit encore
le perfide Sanabaleth ; ce dernier l'entretient
des raiſons qu'ila de hair les Juifs , & fur tout
Jaddus qui l'avoit maltraité en la perfonne
de Manaffé , ſon gendre & frere de Jaddus
même , l'ayant obligé de fortir de Jerufalem ,
parce qu'il avoit épousé une femme étrangere.
Cratere arrive ; Alexandre lui parle du jeune
Captif qu'il a pris à Tyr. Sur l'obſtination avec
laquelle ce Prifonnier cache ſon nom ; Cratere
le croit d'une naiſſance diftinguée. Epheftion
de retour de Jerufalem , vient annoncer au
Roi que Jaddus ne veut donner de réponſe
poſitive qu'après avoir conſulté ſon Dieu . Ce
ſecond Acte finit par une Deſcription des allarmes
de Jerufalem.
ACTE III .
Dieu touché des malheurs de ſon Peuple ,
a répondu favorablement au Grand- Prêtre ,
& lui a fait entendre qu'il n'a qu'à ſe preſenter
aux yeux d'Alexandre 'Alexandre , pour obtenir de
ce Prince tout ce qu'il lui demandera. Il lui
a ordonné en même temps de faire ouvrir les
portes de Jerufalem , & joncher les chemins
de
2074 MERCURE DE FRANCE .
de Fleurs. Jaddus a chargé Abner d'aller demander
au Vainqueur la permiffion de ſe prefenter
devant lui. Abner arrivé dans le Camp,
cherche à expliquer l'Oracle Divin , & ne
peut comprendre comment un Vainqueur auffi
fier qu'Alexandre ſera défarmé à la vue d'un
Prêtre ; cependant il ne laiſſe pas , malgré
tous fes doutes , de tout eſperer du Seigneur.
Il ſe préſente à Alexandre qui conſent que
Jaddus vienne vers lui.Parmenion&Epheftion
paroiſſent perfuadez que le Grand-Prêtre nedemande
l'honneur de ſaluer leur Maître , que
pour lui rendre une entiere obéiffance. Sanabaleth
qui ne le ſouhaite pas , penſe tout autrement.
Alexandre charge Cratere du ſoin
d'interroger le jeune Captif , & fort pour aller
donner ordre aux travaux qu'il a déja fait
commencer pour le fiege de Jerufalem. Le
Captifvient , Cratere ne peut le faire refoudre
àdire fon nom &fa condition , tout ce qu'il
tire de lui , ce font de profonds foupirs qui lui
échappent , quand il apprend le traitement
qu'on prépare à Jerufalem, Cratere le remene
dans fa prifon.
ACTE IV.
Alexandre eſt très- irrité d'apprendre de
Cratere que le jeune Captif s'obſtine à garder
le fecret ſur ſa naiſſance. Sanabaleth fondé
fur quelques conjectures , vient annoncer à
Alexandre que ce Captif eft fils de Jaddus ;
comme il n'en donne pas des preuves tout-àfaitconvaincantes
, il conſeille au Roi de le
faire amener quand Jaddus fera arrivé devant
lui, ne doutant point que les ſentimens de la
nature ne trahiffent le fils & le pere. Ce que
Sanabaleth a prévû arrive. Alexandre n'est pas
préfent
SEPTEMBRE. 1727. 2075
préſent à cette entrevue ; quelques foupçons
que Sanabaleth lui a inſinuez fur le Grand-
Prêtre l'ont determiné à ne lui permettrede ſe
préſenter à ſes yeux qu'après qu'Epheſtion
Pauroit interrogé. La ſituation entre le pere
le fils eſtdes plus touchantes , ils reffentent
es malheurs l'un de l'autre ; mais ceux qui
nenacent Jerufalem , leur chere Patrie , les
ouchent encore davantage. Onias conſole
on pere , & Jaddus conſole ſon fils , par la
onfiance qu'ils ont tous deux dans les proheſſes
du. Dieu de leurs Peres. Cependant
pheſtion voyant que Jaddus ne veut s'expliquer
qu'en préſence d'Alexandre , lui deffend
'avancer plus loin , & ſe retire. Cratere
amene Onias au grand regret de fon pere.
Abner qui voit que l'accompliſſement de l'Oracle
dépend de voir Alexandre , conſeille à
addus de ne point retourner àJerufalem qu' il
e ſe ſoit montré à ce Prince ; Jaddus eſt trop
dele aux ordres de Dieu, pour ne pas aprouver
le ſentiment d'Abner.
ACTE V.
Epheſtion rend compte à Alexandre de ce
qui s'eſt paſſé entre Jaddus , Onias & lui. Ce
Prince ſent redoubler ſa colere , quand Ephefion
lui apprend avec quelle fermeté le fils a
xhorté le pere à obſerver leſerment qu'il a fait
Darius de ne jamais employer les armes des
uifs contre lui. Il en veut punir Onias , &
envoye chercher. Parmenion qui eft chargé
e cet ordre l'amene devant lui; il interroge
on Captif , qui lui répond avec toute la liberé
qu'un grand courage conferve dans les plus
grands revers . Sanabaleth pour achever d'iriter
le Vainqueur , vient lui apprendre que
ferufalem a infolemment ouvert ſes portes .
&
1
2076 MERCURE DE FRANCE .
4
1
&que tous les chemins quiy conduiſent ſont
jonchez de fleurs. Alexandre ne balance plus
àperdre ces témeraires ; il ordonne à Sanabaleth
de les aller obſerver ; il veut tout mettre
à feu & à fang , & n'exempte dans ce carnage
que le Grand-Prêtre qu'il veut qu'on lui amene
vivant pour le faire mourir dans les fupplices.
Jaddus effrayé du ravage prochain de
Jerufalem , fe préſente à lui , &lui parle en
homme percé de douleur. Alexandre eft frappé
à ſon aſpect ; il le reconnoît pour ce même
Prêtre qui lui eſt autrefois apparu en fonge.
Ses habits Sacerdotaux , ſa Thiare , le ton de
ſa voix , les traits de fon viſage , tour lui rappelle
celui qui l'a exhorté de la part du Ciel
paffer l'Helleſpont ,, & à commencer
Conquêtes par la défaite de Darius. Il eſt pénetré
d'un ſi profond reſpect à ſa vië , qu'il
baife le Nom de Dieu tracé ſur ſon front. II
lui tend une main favorable , & loin d'éxigerde
lui les ſecours qu'il lui avoit demandez
contre Darius , il le laiſſe auffh-bien que rout
le Peuple Juifdans une entiere liberté de Religion.
Il fait plus , il va avec ce Grand-Prêtreoffrir
des Sacrifices au vraiDieu fur les Autels
de Jerufalem.
à fes
Le Dimanche 14. Septembre , l'Aca
démie Royale de Muſique donna la premiere
repreſentation des Amours des
Dieux , Ballet Héroïque , compoſé de
quatre Entrées & d'un Prologue. Les paroles
font de M. Fuzelier , & la Muſique
de M. Mouret : Cet Ouvrage a été reçû
du Public avec une ſatisfaction generale
& très-marquée.
PROSEPTEMBRE.
1727 , 1077
PROLOGUE .
Le Théatre répreſente le Temple de
l'Amour de la Ville de Tomes , lieu de
l'éxil d'Ovide ; ſon Mauſolée paroît placé
au fond de ce Temple. L'Hiſtoire nous
apprend que les Sarmates y celebroient
tous les ans des Jeux funebres à l'honneur
de ce fameux Poëte , qui avoit porté
fur les bords glacez du Danube , l'Art
d'aimer , ce talent dangereux qui l'avoit
fait exiler loin des Rivages du Tibre. La
Prêtreffe Scithe,& le Chefdes Sarmates,
conduiſent cette Fête & invitent tous
les Amans des anciens Peuples du Nord
à s'y trouver.
Ne tardez pas , ſuivez le devoir qui vous
preffe,
Venez, tendresAmans , venez, accourez tous ;
Votre encensdans ces lieuxdevroitbruler fans
ceffe ,
.'
Et le tombeau d'Ovide eſt un Autel pour vous.
Pour terminer les jeux avec éclat , ils
appellent les plaiſirs , & les chargent de
répreſenter les Amours des Dieux , chantez
autrefois par la Muſe galante d'Ovide.
PREMIERE ENTREE .
Le Theatre offre aux yeux des Spectateurs
2078 MERCURE DE FRANCE .
J
teur la Mer & un Rivage ſemé de Rochers.
Amymone , Nymphe , & une des
filles de Danaus, y vient déclarer dans un
Monologue , la ſituation de ſon coeur.
Elle aime Neptune qui l'ignore , & eft
aimée par un Faune , qui l'interrompt
dans ſa rêverie ; après des reproches réïterez
, il lui veut arracher un aveu favorable
qu'il ne mérite pas. La Nymphe
allarmée , implore le ſecours de Neptune.
Le Dieu des Mers paroît , ordonne aux
Tritons de punir le Faune , & dit à la
jeune Amymone.
Il vous aime , quel crime ! &qu'il eſt pardonnable
!
Ah ! quand je punis ce coupable ,
Je ſuis plus criminel que lui.
Jeune Beauté , vos yeux vainqueurs
Se font rendre fans ceſſe un tribut légitime ;
Si l'amour vous paroît un crime ,
Vous ne verrez jamais que de coupables
coeurs,
La déclaration de Neptune eſt écoutée
favorablement , il eſt inſtruit de ſon bonheur
,& il invite les Divinitez de la Mer
& les Matelots à le celebrer. La Dile Camargo
danſe dans le Divertiſſementun pas
de deux avec le St Laval, qui eſt univerſellement
SEPTEMBRE . 1727. 2079
lement applaudi . Le Faune eſt repreſenté
par le St Tribou , Neptune par le S'Tevenar
, & Amymone par la Dile Peliffier .
On nous diſpenſera de louer dans cet
Extrait des Acteurs trop connus & trop
eſtimez , pour nous laiſſfer rien de nou.
veau àdire fur leur chapitre. On ne donnera
pas auſſi trop de morceaux détachez
des Scenes ; ces morceaux , quoique goûtez
, ont beſoin d'être vûs dans leur place
, pour ne rien perdre de leur agrément.
Nous nous contenterons de mettre dans
cet Ate un Air parodié que chante Mlle
Minier , en Matelotte.
Jeunes coeurs , quittez le Rivage ,
Embarquez-vous avec l'Amour.
Souvent il nous fait dans l'orage ,
Gouter les douceurs d'un beau jour.
Partez , qu'à vos voeux tout réponde ,
Vous allez voir voler ſur l'Onde ,
Autant de Jeux que de Zéphirs :
N'allez pas conſulter la Raiſon ſur la route ;
On s'égare, lorſqu'on l'écoute ;
Elle épouvante les Plaiſirs .
Dans lePort du bonheur ſuprême ,
Si l'on veut arriver ;
G Qu'il
2080 MERCURE DE FRANCE.
P
C'eſtdans les yeux de ce qu'on aime ,
Qu'il faut apprendre à le trouver .
SECONDE ENTREʼE .
Caliſto , fille de Licaon , Roy d'Arcadie
, paroît ſeule dans le Palais des Rois
d'Argos , & inftruit les Spectateurs qu'elle
eſt inconnue dans la Cour de la Reine
Niobé , qui lui a donné un azile dans
fes Etats. Elle a été aimée & abandonnée
par Jupiter. Niobé arrive , & Caliſto
la félicite ſur ce qu'elle va remplir
le Trône d'Argos , vacant par la mort
du Roy Phoronée ſon pere , & époufer
Phorcas , Roy de Thraces. Nicobé répond
qu'elle n'aimepoint Phorcas, & que
c'eſt Jupiter qui occupe ſon coeur. Caliſto
étonnée de trouver une Rivale dans
une Protectrice , dit à Niobé qu'elle doit
craindre Phorcas, ſi elle ne l'aime point ;
que les Guerriers , compagnons de ſes
Conquêtes , l'ont ſuivi dans Argos ; &
enfin ne pouvant ni la détourner de fon
deſſein ni l'intimider , elle ſollicite le
Roy de Thrace pour entreprendre leur
commune vengeance. Niobé reſte ſeule
& fonge à ſa gloire nouvelle: elle chante .
Le Souverain des Dieux me cede la victoire ,
Il me rend ſonhommage, ainſi queles Mortels;
Des
SEPTEMBRE. 1727.2081
Deshonneurs éclatans aſſurent ma memoire ,
Je monte ſur le Trône & j'attends des Autels.
Phorcas ſurvient & déguiſe d'abord fa
fureur ; enſuite il éclate & menace Niobé
de l'eſclavage ; il fort & fa menace
ſuivie d'un prompt effet , eft executée par
Caliſto , qui fait arrêter la Reine dans
ſon propre Palais. Niobé implore le ſecours
de Jupiter qui fait éclater ſon Ton.
nerre pendant que les Argiens combattent
la ſuite de Phorcas , lequel expire
enfin,puni de fon audace.Jupiter deſcend
des Cieux & les Argiens , témoins de
ſon amour , celebrent ſa prefence & leur
victoire par des chants & des danſes .
La Dille Lambert remplit le Rôle de
Caliſto , le St Chaffé celui de Phorcas ,
le St le Mire celui de Jupiter , & la
Dile Antier ſe fait admirer dans celui
de Niobé , & dans un air accompagné
de Trompettes d'un goût nouveau &
fingulier qui plaît infiniment. Le St Blondy
danſe une Chaconne guerriere avec
despas&des attitudes qui expriment parfaitement
la joye & la fierté d'un Héros
vainqueur.
TROISIEME ENTRE'E.
Le Théatre repreſente un Hameau de la
Gij Theffa-
L
5
2082 MERCURE DE FRANCE.
Theffalie. Coronis , Bergere , aimée d'Apollon
, y paroît d'abord avec Iſmene ſa
Confidente. Cette Scene apprend qu'Apollon
n'eſt plus aimé de Coronis &qu'elle
l'a facrifié à Iphis , Pasteur Etranger
& aimable ; elle apprend auſſi qu'Apollon
n'eſt connu pour Dieu que de Coronis
, & qu'exilé des Cieux par Jupiter ,
il eſt réduit à garder les Troupeaux d'Admette
. La ſeconde Scene ſe paſſe entre
Apollon &Coronis ; elle eſt interrompuë
par l'arrivée de Mercure qui vient annoncer
au Diett traveſti que Jupiter le
rappelle dans les Cieux. Apollon eſt chagrin
d'une nouvelle qui lui rend les honneurs
de la Divinité, en l'éloignant de
ce qu'il aime. Il entend des Muzettes &
s'écarte pour chercher Coronis. Ces Muzettes
annoncent Iphis ſur le Théatre ,
avec les Bergers qui ſe réjoüiffent
de ſon bonheur ; il vient d'obtenir
du pere de Coronis la promeſſe de
l'épouſer. Il annonce cette promeſſe à la
Bergere qui vient de recevoir les adieux
d'Apollon . On continue la Fête. La
Dile Cartou , jeune Chanteuſe , nouvellement
reçûë à l'Opera , y chanta avec applaudiſſement
un Air Champêtre , ſuivi
d'une Parodie ſur une Muzette , dont'
voici les paroles ;
Dans
SEPTEMBRE. 1727. 2083
Dans nos Champs s'il coule des larmes ,
Des ingrats
Ne nous les arrachent pas.
Nous pouvons aimer fans allarmes ;
Ici tous les coeurs ,
1
Ne font jamais vains ni trompeurs :
La Bergere ignore ſes charmes ,
Et l'art de changer ,
N'eſt pas ſçû du Berger.
La Dlle Sallé, jeune Danſeuſe, qui vient
de la Cour d'Angleterre , où elle a extrémement
brillé , danse dans la Fête
avec le St Dumoulin, & occupe la place
de la Dile Prévôt , qui eſt indiſpoſée ; elle
compte cependant de reprendre bientôt
les Entrées qu'elle devoit danſer. La
Dile Sallé a été fort goûtée. Le St Dun
execute le Rôle d'Iphnis ; le St Tribou
celui d'Apollon , qu'il finit par un Monologue
pathetique , rendu avec un feu qui
touche & qui intereſſe fort. La Dile Peliffier
repreſente Coronis. Il eſt inutile de
dire qu'elle le repreſente bien. Revenons
au Divertiſſement ; il eſt troublé par Apollon
, qui prêt à monter aux Cieux , entend
le Concert des Bergers , & furpris
& picqué de l'infidelité de Coronis ; il
३
1
veut
2084 MERCURE DE FRANCE.
veut l'immoler la premiere à ſa vengeance
; ileſt retenu par Iphnis qui ne le croit
qu'un Berger. Coronis plus épouvantée
du péril d'Iphis , que du ſien , l'entraîne
dans la Couliffe où Apollon outré lance
fon Javelot , & fait périr du même coup
fon Rival & l'inconſtante qui l'a trahi .
Voici quelques -uns des Vers qui expri
ment les regrets d'Apollon .
Qu'ais- je fait ? Coronis ! .. quoi , ma barbare
main,
A donc lancé le trait qui vous perce le ſein ..
OCiel ! vous deſcendez ſur le Rivage ſombre ,
Etmon Rival vous ſuit dans l'Empire des Ombres
...
Coronis , vous mourez ... O deſtin trop cruel...
Coronis , vous mourez ... & je ſuis immortel.
QUATRIE ' ME ENTRE' E.
Le Théatre repreſente un Rivage ſolitaire
de l'Ifle de Naxos ; on voit dans
le lointain le Vaiſſeau de Théſée qui fuit
à pleine voile. Ariane ouvre la Scene
par des plaintes . A la fin de fon Monologue
la Décoration change ; la Mer &
les Rochers diſparoiſſent ; on voit de
toutes parts des côteaux chargez de vignes
& peuplez de Bacchantes & des Satires
envoyez par Bacchus , pour préparer
Ariane
SEPTEMBRE. 1727. 2085
Ariane à changer en ſa faveur. Le Dieu
arrive bien -tôt lui-même , déclare ſon
amour à la Princeſſe , & l'invite à oublier
Théfée ; la fille de Minos , loin de
répondre aux ſoupirs du Dieu , en fait
entendre de nouveaux pour ſon Amant
volage . Ah ! s'écrie-t-elle avec tranfport.
Pour le ſuivre , l'ingrat , j'abandonnois des
lieux
Commandez par un Roi formé du Sang des
Dieux ;
Vainement le devoir ſevere ,
Rappelloit dans mon coeur les vertus de mon
pere ,
Et les droits du ſéjour de mes facrez Ayeux ;
Amour , je n'écoutois que ton ordre ſuprême;
Tu me difois , helas ! dans ces tendres momens
,
Fuis , Ariane , fuis , je te conduis moi-même,
Accompagne un Heros qu'engagent ſes ſer.
mens ;
Qu'importe quels climats habitent les Amans?
La Patrie eſt toûjours où l'on voit ce qu'on
aime.
Enfin Ariane vaincuë par les emprefſemens
de Bacchus , & par un juſte dé-
Giiij pit,
2086 MERCURE DE FRANCE.
pit , accepte la main & l'empire que lui
offre le Vainqueur de l'Inde. La Dile Antier
jouë le Rôle d'Ariane avec ſon intelligence
& fon goût ordinaire , & le
SrTevenart remplit celui de Bacchus avec
grace & dignité. La Dlle Camargo danſe
ſeule dans le Divertiſſement , la fineſſe
& la legereté de ſes pas ne laiſſent rien
à défirer.
On apprend de Vienne qu'à l'occaſion
de l'Anniverſaire de la naiſſance de l'Imperatrice
, on repréſenta en plein air
dans les Jardins du Château de la Favorite
, devant toute la Cour , le nouvel
Opera de l'Hymen , qui fit un fort grand
plaiſir. Les paroles font de M. Apoftolo
Zeno , Poëte & Hiſtoriographe de l'Empereur
, & la Muſique de M. Caldara
Sous-Maître de la Chapelle de S. M. I.Les
Décorations avoient été ordonnées par
M. Joſeph Galli Bibiena , premier Ingenieur&
Architecte des Théatres de l'Empereur
, & par M. Antonio ſon frere
ſecond Ingenieur.
د
Les Comediens François donnerent le
11. Septembre la premiere repreſentation
, des petits Hommes , ou l'ifle de la
Raifon , de M. de Marivaux. Comedie
en trois Actes , en Profe, avec un Prologue
SEPTEMBRE. 1727. 2087
gue & des Vaudevilles à la fin , qui quoique
pleine d'eſprit , ne parût pas être
goûtée du Public. Elle a été jouée quatre
+ fois.
Les mêmes Comediens ont reçu une
autre Comedie en trois Actes & en Proſe
, avec des Divertiſſemens , qui a pour
titre , les Amazones Modernes
Cos Comediens redonneront au mois
de Novembre la Tragedie d'Alceste de
M. de Boiffy , à laquelle l'Auteur a beaucoup
travaillé.
Les Comediens Italiens, ont donne le
24. de ce mois , l'Iſle de la Folie , Comedie
en un Acte , des Sts Dominique
& Romagneſi , Comediens de l'Hôtel
de Bourgogne , qui a une grande réuffite.
On en parlera plus au long le mois prochain
, où l'on eſt obligé de renvoyer
l'Extrait de la Pastorale de Zephire &
Flore , par l'abondance des matieres .
Le 28. Août , l'Opera Comique donna
la premiere repreſentation d'une Piece
nouvelle en deux Actes , précedée d'un
Prologue , ornée de chants & de danſes,
qui a pour titre , La Bagatelle ou Sancho
Pança , Gouverneur. La Muſique des
Divertiſſemens & des Vaudevilles qui eſt
du Sr Gilliers , a été fort goutée.
Gy La
2088 MERCURE DEF RANCE.
La Troupe des Danſeurs de Corde a
fait beaucoup de plaifir au Public . On
y a vu un Sauteur Anglois , d'une taille
fort avantageuſe & très bien priſe , âgé
de 24. ans , qui fait des ſauts perillenx
d'une force & d'une adreſſe admirable ;
Un autre danſe ſur la corde avec des fabots
ou des bottes , y bat le Tambour
en cadence , & y fait l'exercice du Drapeau.
Une femme Italienne nommée Violente
, danſe les Folies d'Eſpagne ſur une
planche de 8. pouces de large , fimplement
poſée ſur la corde , & fait divers
autres tours très-ſurprenans , avec beaucoup
de juſteſſe , de grace& de hardieffe .
L'Anglois fait le ſaut perilleux pardeffus
14. hommes , rangez de bout , fans en
toucher aucun , avec une extrême legereté.
*****
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE .
Naffure que
Opret de former le
le Pacha de Babylone étant
Siege d'Iſpaham, avoit
eu une entrevûë avec le Sultan Acheraf, qu'ils
étoient convenus d'une fufpenfion d'armes , &
qu'on ne doutoit pas qu'il n'y eut bien- tôt un
accommodement entre les deux Nations.
On a appris de Tunis , qu'un Armateur
Malthois
SEPTEMBRE. 1727. 2089
Malthois y étoit entré fans pavillon au commencement
du mois dernier ; que l'équipage
de ceNavire s'étant foulevé dans l'Archipel ,
contre ſon Commandant , l'avoit maſſacré, &
s'étoit determiné enſuite àcourir ſur les Chrétiens
; que le premier Bâtiment qu'il avoit rencontré
, étoit la Barque du Patron Comel ,
François , qu'il avoit égorgé avec tous les Matelots
; que le ſecond étoit encore un autre
Bâtiment François , commandé par le Capitaine
Simian , duquel il avoit enlevé 6000. Ducats
, 1000. Sequins, tous les Agrez , le Canon
& les vivres : cet Armateur étoit venu enfuite
fe mettre ſous la protection du Dey , qu'il
s'étoit fait Mahometan , & qu'il avoit mis aux
fers tous ceux de ſon équipage, qui n'avoient
pas voulu ſuivre ſon exemple.
La maladie contagieuſe fait de grands ravages
à Smyrne , ainſi que dans pluſieurs autres
Echelles du Levant .
Onmande deConſtantinople , que le Divan
avoit pris la reſolution , malgré l'avis du Mufti,
de traiter avec le Sultan Acheraf, & qu'on
avoit fait partirun Aga , avec des pleins pouvoirs
, pour ſigner un accommodement avec
lui.
Les Lettres de Bender portent que ſur les
plaintes réïterées des Habitans de cette Ville ,
contre les exactions du Pacha , le G. S. avoit
envoyé ordre de l'étrangler ; ce qui avoit été
executé au commencement du mois de Juillet ,
enprefence de l'Officier chargé de cet ordre.
Selon ces Lettres , l'Hoſpodar de Volhinie
ſe voyaanntt accusé de diverſes concuffions , &
principalement d'avoir , contre le Droit des
Gens , chaffé le Réſident des Tartares de Crimée
, qui lui reprochoit ſes malverſations , il
avoit envoyé un Deputé au Kandes Tartares ,
Gvj ayec
2090 MERCURE DE FRANCE.
avec 250. bourſes de soo. Sequins chacune ;
mais le Kan ayant pris l'argent , & fait mourir
le Deputé , il avoit dépêché un Exprès à
laPorte, avec un mémoire contenant les plainres
des Négocians Turcs & Etrangers , contre
lui.
On a reçû avis d'Alger , qu'il y étoit arrivé
de Conſtantinople un Capigi Bacha avec un
Traité de Paix conclu entre l'Empereur & la
Regence ,lequel a été ſigné par le Refident de
S. M. I. à la Porte , & par le Capigi-Bacha
au nom du G. S. que le Divan s'étoit affemblé
à cette occaſion , & qu'il avoit refuſé de ratifier
ce Traité ; mais qu'il avoit été réſolu que
par déference pour S. H on expedieroit fix
Paſſeports pour autant de Vaiſſeaux portant
pavillon de l'Empereur , fans admettre à Alger
aucunConfulde ſa part.
Les dernieres Lettres de Conſtantinople portentque
l'armée du G. S. qui étoit en quartier
de rafraîchiffement entre Erivan & Ifpaham .
avoit été battuë par un corps de Troupes du
Sultan Acheraf, & que les Janiſſaires& les
'artares s'étoient rendus Priſonniers de guerre
, intimidés par les Propheties que ce Chef
des Rebeles avoit fait publier par ſes Emiſſaires.
Ces Lettres ajoûtent que les frequentes pertes
fouffertes par les Turcs depuis qu'ils ont porté
la guerre en Perſe , & en dernier lieu le naufrage
du convoy qu'on y envoyoit par la Mer
Noire , avoient fi fort découragé les Peuples ,
que le Grand Vizir étoit perfuadé qu'il n'en
pourroit plus tirer aucun ſecours , que le Divan
avoit pris la réſolution de terminer cette
guerre par un accommodement , & que pour
cet effet on avoit rétabli la Charge de Juge des
Troupes; qu'on en avoit revêtu Bethullah Effendi
,homme d'unegrande capacité , &qu'on
lui
SEPTEMBRE. 1727. 2001
•
lui avoitdonné les inſtructions & les pouvoirs
néceſſaires pour aller traiter avec le Sultan
Acheraf.
Nouvelles de Perſe , de Zulfa le 28 .
Août 1726.
Es choſes ſont broüillées que ja-
Lmais.Onparled'Armées de trois ou quatre
côtés qui doivent attaquer les Aghuanis. La
plus formidable eſt celle qu'on dit être du côté
d'Hamadan de deux centmille Turcs. Tout le
monde craint le changement , quoique tous le
ſouhaitent ; parce que les Aghuanis ne font ni
affez forts , ni en affez grand nombre pour pouvoir
tenir contre cette puiffante armée. Ils n'ont
combattu juſques àpreſent que contre la foibleſſe
Perſienne: voyant donc la néceſſité du
changement , on ſouhaite qu'il ſe faffe au plûtôt
, efperant de trouver mieux :mais on craint
tout des Ofmanlics , qui , à ce qu'on affure ,
ne laiſſeront la vie qu'à ceux qu'ils daigneront
faire leurs eſclaves. La grande politique des
Aghuanis , c'eſt de fi bien fermer les chemins ,
qu'il ne vienne aucune nouvelle de ce qui ſe
paffe dehors. Ils ont fait une choſe qui paroîtroit
impoffible , ſi nous ne l'avions vuë de nos
yeux, c'eſt qu'en moins de trois mois , ils fe
font faits au milieu d'Iſpaham même, une Ville
gu'ils ont entourée d'une muraille , haute d'environ
40. pieds ,& foûtenuë de so. en so. pas
par des tours , & ils ont creuſé tout autour
un grand & large foffé ; de façon que cette
Ville ett plus forte qu'elle n'a jamais été. L'enceinte
peut être de deux heures de chemin.
RUSSIE
2092 MERCURE DE FRANCE.
L
RUSSIE .
E Czar a donné ordre à tous ſes Miniſtres
dans les Cours Etrangeres , d'y demander
qu'on luiaccorde le titre d'Empereur de toutes
les Ruffies , que quelques Puiſſances n'ont pas
fait de difficulté de donner au feu Czar fon
ayeul.
S. M. Cz doit nommer le P. Menzikoff, LieutenantGeneral
de fes Etats , & lui donner une
garde compofée de Cavalerie & d'Infanterie.
On a reçû avis que le General des Turcs qui
commande en Georgie , avoit fait dire au MajorGeneral
Romanshoff, que les Commiſſai.
res du G. S. avoient reçu ordre de ne rien figoer
, par rapport au Reglement des Limites ,
qu. Diéalablement le Czar n'eût fourni un ſecours
de Troupes à S. H. pour l'aider à chaffer
celles SultanAcheraf, des Provinces qui font
à l'Occident & au Midy de la Mer Caſpienne.
L'Empereur a donné au Prince Menzikoff le
Duché de Cofel en Silefie , & le Czar a donné
au Comte de Rabntiu , Ambaſſadeur de l'Empereur
, le Palais de Kikin , où l'Academie des
Sciences établie à Petersbourg , s'aſſembloit ,
avec tous les meubles qui étoientdedans.
Lerr . Aouſt vers les trois heures du matin,
le feu prit à un des Magazins de Chanvre qui
font le long de la Neva , d'où il ſe communiqua
aux autres tout remplis de lin, de goudron,
de fuif& d'autres matieres combustibles . Ils
furent tous confumés en moins de deux heures
,&le vent ayant pouffé les flammes du cô
té des vaiſſeaux qui étoient dans la riviere , il y
en eût 32. de brûlez avec toutes les marchandifes
dont ils étoient chargez. Une Barque fur laquelle
pluſieurs perſonnes s'étoient jettées pour
ſe ſauver à travers de ces bâtimens enflammés ,
eut
SEPTEMBRE. 1727. 2093
eutauſſi le malheur de perir , ainſi que la plûpartdes
hommes qui avoient pris le parti de
paffer la Riviere à la nage. On compte qu'il
a péri près de soo. perfonnes. Tout a été
brûlé depuis l'Hôpital juſqu'à la Sucrerie , ce
qui faifoit une fuitede bâtimens de plus d'une
demi- lieuë de long. Le dommage eſt eſtimé
trois millions de Roubles. La Ville de Peterf-
*bourg a été en très-grand danger ; mais par les
bons ordres donnés , on a prévenu la communication
de l'Incendie. Dans le nombre des-Navires
qui ontperi par les flammes , il y en avoit
3. Anglois , 2. Hollandois , 1. Hambourgeois
&unBâtimentde Lubec .
Le Pr . Gallitzin quí commande en chefdans
les Provinces conquiſes par le feu Czar ſur les
frontieres de Perſe, a donné avisqu'un corps
deTroupes Turques&Georgiennes avoit fait
diverſes tentatives pour furprendre la Forterefle
d'Andreof& un autre Fort qui eſt ſur le bord
de la Mer Cafpienne ; mais que ces Troupes
n'avoient pû réüffir dans leurs entrepriſes.
Lemême Prince a écrit depuis au Czar , qu il
avoit reçu avis d'Iſpaham qu'il y avoit un Traité
de Paix conclu entre le G. S. & le Sultan
Acheraf; que S. H. lui cédoit toutes les conquêtes
faites les années précedentes par les
Turcs , à la réſerve de la Ville de Tauris&d'un
certain District de 40. lieuës d'étendue : que le
bruit couroit que ce Chefdes Rebelles avoit
pris la réſolution de tourner toutes fes forces
contre lesMoscovites ,& de les chaffer de toutes
leurs Conquêtes .
S. M. Cz. a augmenté de sooo. Roubles la
penfion annuelle de la Czarine fon ayeule , qui
elt fortidepuis un mois du Monaftere deSleutelbourg
, rour fe retirer dans une autre MaifonReligieu'e
près de Mofcou.Cette Princeffe
ayant
2094 MERCURE DE FRANCE .
ayant pris le partide finir ſes jours dans la re
traite , elle n'ira pas à la Cour , comme on l'avoit
crû.
L'Empereur & l'Imperatrice ont envoyé des
prefens magnifiques au Czar leur neveu , & à
la filledu Pr.Menzikoff qu'il doit épouſer ; il y
a auſſi un diamant de 6000. Roubles pour la
foeurde cette Princeſſe.
POLOGNE .
LETTRE du Comte Maurice de Saxe
au Roy de Pologne , écrite de Conigfberg
le 14. Juillet .
SIRE ,
Je suis contraint par une neceſſité fatale de
défobeir aux ordres ſi ſouvent reïterez par V. M.
que son Miniſtre le Comte de Watzdorff me
declara encore en dernier lieu , de ne plus fonger
àla Curlande. Je ne puis que me jetter
aux pieds de V. M. par cette derniere instance,
pour la supplier avec toute la soumiſſion poſſible
, desuspendre pour un moment les confiderations
relatives au Decret de la Diette de
Grodno , pour envisager mes Engagemens du
côté de l'honneur & de la reputation qui me
touche en particulier.
Je dois tout à V M. & ma vie est le moindre
Sacrifice que je puiſſe lui faire : mais , Sire ,
des sentimens d'honneur me lient bien plus
étroitement à l'obligation de ne jamais faire
aucune demarche indigne de ma naiſſance. Je
ne suis plus à moi-méme ; je ne puis plus abandonner
un party honorable , ni me dedire &
manquer à ma parole ; ce qui entraineroit un
blame
SEPTEMBRE. 1727. 2005
blâme & des reflexions que tout honnête horsmene
peut concevoirſans fremir.
J'occupe un Employ distingué dans les armées
du Roy Tr. Ch. où la lâcheté & la trahison ne
Louffrent ni interpretation ni deguisement ,
je do's m'appliquer à en meriter encore de plus
éminens : mais, Sire , quand je voudrois paſſer
fur toutes ces confiderations eſſentielles.pourrois-
je évi er le reproche continuel de ma propre
conscience , & me resoudre à finir mes jours
dans un mépris manifeſte ?
ne
Je n'ai rien de plus profondement gravé dans
mon coeur qu'une entiere resignation aux ordres
de V. M : mais la reputation , Sire ,
peut reconnoître que foi- même ; j'en dois répon
dre ſeul ; &fi je suis jamais capable de m'écarter
un instant de ce principe , je ne suis plus
digne de vos bontez . Ce n'est ni par caprice ni
par legereté que j'ai donné les mains à mon
Election : j'ai été unanimement choisi par cette
Nation illustre , par ce Corps de Nobleſſe , qui
s'est signalé depuis plusieurs fiecles par son
attachement pour la Pologne , qui a plus d'une
fois contribué àſa gloire &àſes avantages,qui
ne cherche , ne demande & n'aspire à autre
chose qu'à perſiſter dans la fidelité de leurs
Ancêtres , & qui ne s'en departira jamais , à
moins que d'y être forcé.
On nous a condamné à Grodno , Sire : mais
nonobstant toute la cabale il y a eu des avis
justes qui vouloient qu'on nous écoutât. On ne
l'a point fait : c'est le fondement de la juste
crainte des Curlandois , & la cause de la fituation
amere où je me trouve. On veut établir un
Tribunal d' Inquisition en Curlande , comme on
a fait en d'autres lieux : je l'attendrai avec
toutes les diſpoſitions d'une ame ferme & inébranlable
fur tout ce que la prudence preſcrit
62
(
2006 MERCURE DE FRANCE.
en pareille rencontre : mais je ne pourrois,Sire,
qu'être inconsolable pour jamais , fi ces diſpofitions
me privoient des bontez & des graces
de V. M.
Daignez , Sire , faire quelque attention aux
veritez que j'oſe vous exposer , & qui doivent
me rendre plus digne de votre pitié que de vο-
tre colere .
Les Lettres de notification concernant la
Commiffionde Curlande , ont été envoyées
dans ce Duché par les Avocats de la Couronne
, & elles y ont été admiſes avec promeſſe
de les publier inceſſamment , malgré l'oppofitiondes
Gentilshommes qui ont eu plus de
part à l'élection eventuelle du Comte Maurice
de Saxe. Ce Seigneur n'a pû faire venir à
Mittau les armes qu'il avoit achetées à Dantzic
pour les mille hommes qu'il devoit prendre à
fa folde. LeDuc Ferdinand les a fait arrêter par
lesMagiftrats , qui n'ont pas jugé à propos de
lui refufer cette fatisfaction , dans la crainte de
ſe broüiller avec la République.
LaDucheffe Doüairiere de Curlande eſt allée
à Petersbourg poury folliciter les ſecours que
le Confeil de Regence paroiffoit diſpoſéd'accorder
au ComteMaurice: la République s'eſt
déterminée à faire approcher des frontieres du
Duché , les Troupes qui y doivent refter pendant
le tempsque durera la commiffion pour
la fûreté des Députés.Ces Troupes ont eu ordre
d'entrer dans ce Duché , depuis qu'on a eu
des avis certains que les 10000. Moſcovites qui
font enquartier auxenvirons de Mittau, avoient
des ordres fecrets de foûtenir le party quidoit
propofer dans l'Aſſemblée des Etats , de faire
unenouvelle électionen faveur du fils duPrince
Menzikoff , & de déclarer nulle celle qu'ils ont
faite en faveur du Comte Maurice qui s'eſt retiré
SEPTEMBRE. 1727. 2097
tirédans une Iſle du Lac d'Ufmeitz . Le Sous-
General de l'armée de la Couronne,& le GeneralMazura
partirent fur la fin du mois dernier,
pour ſe mettre à la tête des Troupesde laRepublique
,& faciliter l'ouverture de la Com-.
miffion.
Le 26. du même mois ; les Commiſſaires du
Roy &de la Republique de Pologne , firent
leur Entrée dans Mittau ,dont les Bourgeois
étoient en haye & fous les armes . Après avoir
entendu dans l'Egliſe des Catholiques , laMefſe
célebrée pontificalement par l'Évêque d'Ermerland
, ils ſe rendirent à l'Hôtel de Ville, où
ils firent lecture des Conſtitutions Royales qui
établiſſent leur Jurisdiction.Enfuite cePrélat expoſadans
une harangue les raiſons qui avoient
porté le Roy & la République à envoyer une
Commiſſiondans le Duché de Curlande,& perſonne
n'y ayant répondu, les Conſeillers& les
Deputez de la Nobleſſe , qui étoient prefens,
fe retirerent & rentrerent dans la Salle une
heure aprés , pour entendre la lecture de l'Acte
d'établiſſement de la Jurisdiction qui avoit été
dreffé par un Notaire. Dans les autres Séances,
on a lû feulement ce que les Generaux Mofcovites
qui font dans le Duché , ont iugé à pro-.
posde communiquer de leurs inſtructions.
Les Troupes Polonoiſes qui fervent d'eſcorte
aux Commiffaires , ont été augmentées de
trois Efcadrons & de quelques Compagnies
d'Infanterie , qui arriverent le 28. Août avec
le Sous-General de l'Armée de la Couronne.
CesTroupes montent la Garde dans la Place ,
&occupent les principauxpoſtes de laVille.
Les Generaux Moſcovites ont fait arrêter le
Lieutenant General Belling , le Comte Cronhielm,
Suedois , le Chambellan Dashali , les
Lieutenans Brink & Brunau , quelques Gentilshommes
2098 MERCURE DE FRANCE.
J
tilshommes de Curlande , & pluſieurs Officiers
du party du Comte Maurice. On a reçû avis
depuis peu que ce Comte ayant refuſé de fortir
du Château de Grovinie , où il s'étoit retiré
avec soo. hommes , y avoit été attaqué par les
Mofcovites ; & qu'après une vigoureuſe deffenſe
, il avoit été obligé de ſe ſauver.
E
ALLEMAGNE.
L
6. Août , l'Empereur nomma pour ſecond
& troifiéme Miniſtres Plenipotentiaires au
futur Congrès , le Comte de Winditſchgrats ,
&le Baron de Penterieder , Conſeiller d'Etat
ordinaire. S. M. I. a nommé depuis le Comte
de Zinzendorff , ſon Grand Chancelier ,pour
premier Plenipotentiaire.
Il paroît que l'Empereur a pris la réſolution
de tenir toutes ſes Troupes fur pied juſqu'à la
fin du Congrès: on continue de faire des Recruës
, & d'acheter des Chevaux pour la Cavalerie.
Le 26. du moisdernier , entre s . & 6. heures
du foir ,le Duc & la Ducheſſe d'Holſtein ,
firent , au fon des Trompettes & autres Inftrumens,
leurEntrée à Kiel, Ville conſiderable du
Duché d'Holſtein , ſituée ſur la Mer Baltique.
Tous les Vaiſſeaux de Guerre & les autres Batimens
qui étoient dans la Riviere , & qui parurent
tous illuminés, les ſaluerent par des décharges
réïterées de toute leur Artillerie . Les
ponts de la Ville étoient tapiffés de drap bleu ,
& toutes les maiſons ornées en dehors avec
beaucoup de magnificence. Ily eut le foir , à
l'Hôtel de Ville & au Château, 4. tablesde 50.
couverts chacune , où toute la Nobleſſe parut
avecdeshabits ſuperbes. Toute la Ville fut illuminée
pendant la nuit , & on fit à diverſes
repriſes
SEPTEMBRE. 1727. 2099
repriſes des décharges generales de l'Artillerie
des remparts. Le Duc d'Holſtein ayant apporté
dePetersbourg, d'où il étoit parti le 5. quelques
Cordons de l'Ordre de S. André , dont le Czar
lui avoit permis de diſpoſer en faveur des Seigneurs
de fa Cour ; ce Prince en a donné un à
M. Frederic de Wederkop , beau- frere de M.
Wich , Envoyé Extraordinaire du Roy d'Angleterre.
Lebruit court que l'Electeur Palatin a conſentique
le Roy d'Angleterre , comme Electeur
d'Hanover , demeurât poffeffeur de la dignité
d'Archi - Tréſorier de l'Empire , à conditionqu'on
lui endonnat un autre , & qu'il
s'en remettoit fur cela à la décision de l'Empereur.
Onmande de Zamoſck , que la Synagogue
de cette Ville ayant obtenu la permiffion de
faire enterrer un Juif qui avoit été executé à
mort avec un Chrétien ſon complice , à conditiond'enterrer
le Chrétien avant le Juif, elle
avoit été contrainte de déterrer le Juif , & de
lependrede nouveau , pour n'avoir pas executé
les conditions qui lui avoient été impoſées.
Le 6. de ce mois , le Duc de Richelieu , Ambaſſadéur
Extraordinaire du Roi T. C. à Vienne
,ſe rendit en grand cortege au Palais ; où il
eut ſonAudience publique de congé de l'Empereur
qui lui fit preſent de ſon portrait enrichide
Probi
diamans.
১
Le bruit court que S. M. I. a accordé au
PrinceRagotski une penſionannuelle de20000.
florins , à condition qu'il n'entreprendra rien
contre les interêts de la Maiſon d'Autriche.
ITALIE
2100 MERCURE DE FRANCE .
ITALIE.
1
Es grandes chaleurs qu'on a reflenties au
LRoyaume de Naples ,pendant deux mois,
ont fait périr tous les Vers à foye dans plufieurs
Provinces , principalement dans la
Calabre; ce qui a fait rencherir les Soyesprès
de 30. pour cent. On attribue aux mêmes
chaleurs diverſes maladies qui font mourir
beaucoup de monde à la Campagne & même
dans les Villes. On écrit de Naples que les
Hôpitaux ne pouvant plus contenir les pau--
vres qu'on y amene de tous côtez , on a été
obligé d'en mettre une partie ſous des Tentes
aux portes de la Ville. Tous ceux qui ont eû
affez de force pour être tranſportés aux Bains
de l'Iſle d'Iſchia & à ceux d'Agnano & de
Pozzuoło , y ont trouvé un prompt foulagement
; mais la ſaiſon de prendre ces Bains
eft paffée.
,
Le Chevalier d'Orleans , Grand-Prieur de
France , & General des Galeres du Roi T. C.
ayant pris congé du Pape , partit de Rome
le 9. Août vers les s. heures du ſoir pour
aller rejoindre fon Eſcadre à Civita Vecchia.
Les Cardinaux de Polignac , Ottoboni , &
Gualterio , le Connétable Colonne & l'Ambaffadeur
de la Religionde Malthe, lui envoyerent
leurs Caroſſes avec leurs Gentilshommes,
pour lui faire Cortege juſqu'à une lieuë de la
Ville.
Le Pape a déclaré qu'il réſervoit au Pere
Gotti,Dominicain , la riche Abbaye de Bologne
, dont le feu Cardinal Patrizii étoit Titu
laire ; ce qui fait croire que ce Religieux ſera
compris dans la prochaine Promotion de
Cardinaux.
Les
SEPTEMBRE . 1727. 2101
Les Chartreux ont obtenu de S. S. la permiſſion
de fortir de leur Cloître & d'aller en
Caroffe voir les curiofitez de Rome.
Ona publié en cette Ville une Bulle d'excommunication
contre tous ceux qui prendront
part aux jeux ou Loteriedite de Genes :
les Grands - Penitenciers ont ſeuls le droit
d'en relever.
Le Chevalier d'Orleans étant arrivé le 13 .
Août à Livourne avec ſon Eſcadre , en partit
le lendemain & paſſa par Florence , allant à
Reggio, pour rendre vifite à la Princefle ,
épouſe du Prince Héréditaire de Modene , &
il fut de retour à Livourne le 28. pour ſe rembarquer
ſur l'Eſcadre des Galeres de France
qu'il commande.
Les differends du Duc de Parme avec le
Gouverneur & la Régence du Milanez , au
ſujet des Limites des deux Etats , ne doivent
être reglés qu'après qu'il ſe ſera déterminé à
recevoir l'inveſtiture de ſes Duchés des mains
de l'Empereur.
La plupart des habitans des Villages qui
font à 3. ou 4. lieuës à la ronde du Mont Veſuve
, ont abandonné leurs maiſons , & ſe ſont
retiré plus loin , parce que cette Montagne
continue de jetter , preſque ſans interruption,
une grande quantité de matieres bitumineuſes
&de pierres embraſées.
On écritde Rome que le Cardinal Albani
a fait éxecuter depuis peu une Sentence prononcée
contredeux Bourgeois de Corinaldo ,
dans l'Ombrie , convaincus d'avoir affaffiné
une femme & fon fils pour s'emparer de leur
bien. Ces deux hommes ont été pendus
leurs maiſons raſées , leurs vignes arrachées ,
& leurs arbres fruitiers coupés dans leurs
Vergers.
ESPAGN
2102 MERCURE DE FRANCE.
1
L
ESPAGNE .
E II. du mois dernier , il arriva à Madrid
un Courier de France , chargé des
Dépêches pour le Nonce du Pape , avec lefquelles
ily avoit deux Lettres du Roi T. C.
Pune pour le Roi , & l'autre pour la Reine.
Le Nonce en donna part auſſi tốt au Marquis
de la Paz , Secretaire d'Etat , qui alla prendre
l'heure du Roi pour l'audience que le Nonce
demandoit. S. M. donna cette audience le
lendemain à 6. heures du foir , étant accompagné
du Duc Del-Arco , & des Marquis de
Sainte Croix & de Valouſe. Le Roi ayant fait
lecture de la Lettre de S. M. T. C. parut trèsattendri
, & dit à haute voix : C'est une Lettre
du Roi mon Neveu , qui fait compliment
fur l'heureux accouchement de la Reine ,
& nôtre réconciliation est faite. La Reine en
témoigna une grande fatisfaction , & tous
les Seigneurs de la Cour eurent l'honneur de
baifer la main de L. M. à l'occaſion de cette
nouvelle , qui fut aunoncée ſur le champ au
Prince des Afturies , aux Infants & à l'Infante,
auſquels les Seigneurs de la Cour eurent
auſſi l'honneur de baiſer la main. Cette nouvelle
a beaucoup contribué au rétabliſſement
de la ſanté de S. M. qui dort mieux qu'elle
n'avoit fait depuis fon retour du Château
d'Aranjuez .
me
Le 7. de ce mois , les Jeſuites de Madrid
firent l'ouverture de l'Octave de la Canoniſation
de S. Louis Gonzague & de S. Staniflas
Kottska , par une Proceſſion folemnelle
qui fortit du College Imperial vers les 4. heures
après midy. Toutes les rues ſur ſon paſſage,
étoient ornées de Tapiſſeries &de Tableaux ,
&
SEPTEMBRE. 1727. 2103
& il y avoit des Autels dreſſés de diftance
en diſtance. Les Buſtes des Saints , nouvellement
canoniſés , étoient fur un Char de
Triomphe , tiré par des enfans Nobles , vêtus
en Anges. On portoit enſuite les Statuës de
S. Ignace de Loyola , de S. François Xavier .
de S. François de Borgia , & de l'Apôtre
S. Jacques , qui étoient ſuivies par le Clergé
Seculier , par le Coadjuteur de l'Evêque de
Laren, en habits Pontificaux , & par le Corps
de Ville , ayant à ſa tête , le Corregidor Dom
François-Antoine Salcedo.
2 GRANDE - BRETAGNE .
ADRESSE préſentée au Roy d'An
gleterre , le 26. de Juillet , par M. Joseph
Wyeth , au nom des Quakers ,
on Trembleurs .
A George I I. Roi de la Grande-Breta-
:
gne , &c. Très-humble Adreſſe du
peuple appellé les Trembleurs.
GRACIEUX SOUVERAIN ,
Comme il a plu au Tout -Puissant , qui
tient enſa main le ſouffle des plus grandsMonarques
, de retirer par la mort feu notre
gracieux Roi , ton pere Royal , Nous , tes
humbles sujets , prenons d'autant plus depart
acette affliction , que son Regne a été une
bénediction continuelle pour tous ſes Peuples
ſous lequel nous avons non seulement jovi des
les ,
Indulgences qui nous ont été accordées par
H fea
2104 MERCURE DE FRANCE.
Jes Prédeceſſeurs Royaux , mais aussi obtenis
des marques éclatantes de ſa clémence &
bénignité , ce qui fait que nous avons une
grande &juste raiſon de déplorer la perte d'un
Prince fi gracieux & fi bien faisant.
Mais lorsque nous confiderons que la main
mifericordieuse de la Providence Divine a paifiblement
placé sur le Trône un fils fucceßeur
de ses vertus Royales , dont nous avons viử
avec plaisir un échantillon pendant la courte
experience de ta pradente administration ,
lorſque tu étois Regent. C'est une raiſonſuffi.
Sante pour diminuer notre triſteſſe , & adoucir
notre chagrin. Les esperances que nous
eûmes alors , ſont pleinement confirmées par
ta gracieuse Déclaration de deſſus le Trône ,
de rendre tous tes ſujets heureux , & de leur
aſſurer l'entière joüiſſance de leurs droits Religieux
& Civils.
C'est pourquoi , Grand Prince , Nous , quoiqu'une
petite partie de tes obéïſſans ſujets ,
demandons humblement la permission de nous
approcher de ta présence Royale avec de finceres
& cordiales félicitations sur ton avènement
au Trône Britannique dans une parfaite
tranquillité , pour déclarer notre entiere affec
zion & notre obéiſſance respectueuse pour ta
Perſonne Royale & pour ton Gouvernement
ainsi que notre principe chrétien & pacifique
nous y engage. Nous esperons grandement que
ta main sera l'heureux instrument qui finira
cet excellent ouvrage , commencé par ton pere
Royal , pour calmer & appaiser les differends
de l'Europe , & pour prévenir les miſeres de
la Guerre , dont on étoit menacé , il n'y a pas
long-temps.
Nous demandons aussi très-humblement la
permission d'exprimer les sentimens de joye
dons
SEPTEMBRE. 1727 . 2105
, ta
dont nous sommes penetrés à la veže des vertus
eminentes de notre gracieuse Reine
Compagne Royale , & des esperances que nous
fondons sur ta nombreuſe lignée , dont les
Membres , comme autant de brillans & illuftres
ornemens autour du Trône , ſont de précieux
gages de la paix & de la tranquillité
future pour ces Royaumes.
Qu'il plaiſe à Dieu Tout- Puiſſant & tour
Sage, faire pleuvoir abondamment sur ta Tête
Royale &fur ta famille , ſes benedictions divines
& temporelles ! Que ſaſageſſe dirge tes
conſeils , pour l'avancement de la Religion &
de la Vertu , pour leſoûtien de la cauſe Protestante
en general , & pour l'avantage de
tous tes ſujers ! Qu'enfin le poids de la Couronne
& les soins qui l'accompagnent ordinairement
, deviennent legers & plus aisés àſupporter
, par la respectueuse & joyeuse obéissance
d'un grand & libre Peuple !
Signé en faveur du peuple ſuſdit , à Londres ,
le 23. du 5. mois appelléJuillet , 1727 .
Le Roi reçut leur Adreſſe très gracieuſement
, & répondit : Cette respectueuse &fidelle
Adresse m'est très- agréable , & vous pouvez
étre aſſurés de ma protection .
Ils allerent enſuite rendre leurs devoirs à la
Reine , à qui M. Jean Eccleſton fit le Diſcours
ſuivant:
Avec la permiſſion de notre Gracieuſe
Reine ,
Comme nous avons été famorisés de la liberté
de nous présenter à notre Gracieux Roi , pour
lui témoigner notre doutear fur la mort de fon
Pere pour le feliciter fur son avenement
au Trône Britannique , & pour lui donner
des affſurances de notre affection & de notre
fidelité pourfa Perſonne Royale & pour fon
Royal ,
Hij Gou2106
MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement . Nous demandons avec beau
coup de soumiſſion , la permiſſion de nous approcher
humblement de ta Perſonne Rovale ,
dans cette occaſion ſolemnelle , ainsi que nous
le faisons à present avec toute l'affection &
tous les égards qui conviennent à des sujets refpectueux
& obéisfans.
Gracieuse Reine , puiſſe ta joviſſance de la
Dignité Royale être longue & heureuse , &
puiſſe notre Gracieux Roi poſſederlong-temps
en paix le Trône Britannique , jusqu'à ce que
le temps à venir & la maturité des années le
transferent en sûreté à tes Rejettons Royaux a
qui font le sujet de nos esperances , étant formés
& élevés au Gouvernement par tes foins.
vertueux , pour ſervir un jour d'éxemples excellens
aux Princes à venir , pour être une
bénediction à la Poſterité la plus reculée ,
pour être une aſſurance effective , ſous la Providence
Divine de notre heureuse Constitution
préſente.
La Reine répondit auſſi très favorablement
à ce Diſcours .
Tout le monde ſçait que la Secte des Quakers
ou Trembleurs commença à s'établir en
Angleterre dans le 17. fiecle ; ils furent ainſi
nommez du mot Anglois quake , qui fignifie
trembler , parce qu'ils affectent de trembler,
quand ils prophetiſent ou qu'ils prient : ils
reduiſent toute la Religion aux moeurs , à la
charité mutuelle , à l'amour de Dieu , & à
une obſervation attentive des mouvemens interieurs
& fecrets de l'Eſprit. Leur culte eft
très fimple , fans ceremonie ni appareil : tout
confifte dans un filence triſte & religieux , en
attendant l'effuſion du S. Eſprit qui croyent
qui les excite à parler ; & ces prétenduës infpirations
ſubites aboutiſſent d'ordinaire à des
exliore
SEPTEMBRE. 1727. 2107
exhortations qui portent à la repentance &
la concorde. Ils affectent une droiture incor
ruptible dans le commerce , & une probité
à toute épreuve ; de plus , un viſage grave
&fevere ,un parler froid & une lenteur qui
les empêche de rien dire avec précipitation ;
beaucoup de modeftie dans leurs habits , &
une grande frugalité ſur leur table. Nulle forte
de ferment n'eſt en uſage chez eux. Leur débonnaireté
, la fimplicité de leurs manieres ,
la communication de leurs richeſſes , & la
pureté exterieure de leur vie , leur ont attiré
à pluſieurs égards l'amitié du Peuple , qui
d'un autre côté les a ſouvent tourne en ridicule,
en contrefaiſant leurs foupirs , leurs fanglots
leur exterieur reformé & mortifié ,
leur contenance grave & compofée, leur obftination
bizarre à ne mettre aucunedistinction
entre les hommes , & à les traiter tous avec
une égale incivilité.
د
Ils reconnoiffent George Fox pour leur
- Chef & Inſtituteur , & le qualifient de Grand
Apôtre & de glorieux Inſtrumentdans la main
de Dieu .
Les principaux points de leur créance font,
que Dieu donne à tous les hommes , fans en
excepter aucun , les lumieres furnaturelles
qui les peuvent fauver ; qu'il faut vivre ſelon
ces lumieres , fans leſquelles on n'eſt pas capable
d'entendre l'Ecriture , qu'il fautbannir
toutes ceremonies de la religion & de la focieté
civile ,juſqu'à celle de ſe ſaluer les uns
les autres en orant fon chapeau & de ſe dire
vous au lieu de toi.
Pour montrer de quelle maniere les Quakers
traitant les Puiſſances , nous rapporterons
ici l'Adreſſe qu'ils préſenterent en 1685.
au Roi Jacques II. fur ſon avenement à la
Hiij Cou2108
MERCURE DE FRANCE.
Couronne : elle eſt courte , familiere & fans
ornement quelconque , la voici :
Nous venons Te témoigner la douleur que
nous ressentons de la mort de notre bon ami
Charles , & la joye que tu fois devenu notre
Gouverneur. Nous avons appris que Tu n'es
pas-dans les Sentimens de l'Eglise Anglicane ,
non plus que nous . C'est pourquoi nous Te demandons
la même liberté que tu prends pour
Toi même , en quoi faiſant , nous Te souhaitons
touteforte de prosperité. Adieu .
Le 28. Juillet , le Roi d'Angleterre fit
le Diſcours ſuivant aux deux Chambres
du Parlement .
MYLORDS ET MESSIEURS .
Je. ne sçaurois afſſez veus exprimer l'extrême
Satisfaction que je reſſens , &c.
Meſſieurs de la Chambre des Communes ,
je dois vous remercier en particulier de l'unanimité
& de l'expedition avec laquelle vous
m'avez accordé les revenus neceſſaires pour le
foutien de ma famille , & pour les besoins de
mon Gouvernement Civil ; ce que vous avez
fait d'une maniere si agreable to avec de fi
justes égards pour l'honneur & la dignité de
la Couronne , que si quelque chose pouvoit augmonter
l'inclination naturelle que j'ai de faire
mon principal ſoin & toute mon étude du bonheur
de mes Sujets ; cette marque de la confiance
particuliere que vous avez en moi ,
'engageroit encore plus fortement à me servir
du pouvoir que vous m'avezdonné de faire de
bien
SEPTEMBRE. 1727. 2109
bien , pour avancer l'honneur & l'interêt de
mon Peuple.
L'ample provision que vousavez faite pour
la Reine , est une autre marque des égards
que vous avez pour moi : jesuis sûr qu'elle la
meritera bien , & j'en aurai toujours de la
reconnoissance.
MYLYOLORRDS ET MESSIEURS ,
Comme l'expiration de ce Parlement est prochaine
, je donneray les ordres neceſſaires pour
l'expedition des Lettres circulaires , afin d'en
convoquer un nouveau auffi- tôt qu'il sera poffible.
Je me persuade que l'envie & l'émulation
generale à témoigner de la fidelité & de
l'affection pour ma Personne , ( que j'ai remarqué
àma grande satisfaction , être univerſelle
) paroîtront encore davantage , par le shoix
d'un Parlement bien affectionné pour notre
préſent heureux établiſſement dans la fucceffion
Protestante répondrai de mon côté
par tout ce qui pourra contribuer à augmenter
une bonne correspondance & harmonie en
tre moi & mon Peuple , & tendre à perfectionner
&àperpetuer la felicité de la Grande- Bretagne.
: &j'y
Le Capitaine d'un Navire Anglois arrivé
d'Afrique , a rapporté qu'un Roi de la côte
s'étoit emparé à la fin du mois de Fevrier
dernierde la petite Ville de Whydah , du Fort
duRoi , du Comptoir Anglois & de tous les
Magazins de la Nation , qu'il avoit mis le
feu à toutes les habitations,& qu'il avoit fait
maſſacrer preſque tous les Européens qui y
étoient établis.
Hiiij Le
2110 MERCURE DE FRANCE .
Le Vice- Amiral Norris arriva le 17. du
mois dernier au ſoir à la Buoy de Nore , avec
tous les Vaiſſeaux de l'Eſcadre que le feu Roi
avoit envoyée à la Mer Baltique.
Trois Vaiſſeaux de Guerre du Roi font partis
de Plimouth , pour aller au détroit renforcer
l'Efcadre du Vice- Amiral Wager ; mais
on ne croit pas que les autres Vaifleaux qui
ont une ſemblable deſtination , mettent à la
voile , parce qu'on a reçû des Lettres de Lifbonne
, qui portent que les Eſpagnols avoient
commencé à retirer leur artillerie de devant
Gibraltar , & qu'on croyoit qu'il étoit arrivé
au Camp des ordres de la Cour d'Eſpagne ,
pour lever le ſiege , conformément au Préliminaire.
Le Colonel Stanhope , Vice - Chambellan
de la Maiſon du Roi , a été nommé ſon
premier Ambaſfadeur Plenipotentiaire au futur
Congrez .
Le4. de ce mois , entre 10. & 11. heures du
foir , le feu prit à Graveſend , ſitué à l'embouchure
de la Tamiſe , dans une Grange où s'étoient
retirez des gens qui faisoient la récolte
du houblon : l'incendie fut fi violent , qu'en
moins de 6. heures toute la Ville fut confumée
, à la réſerve de 12 , ou 13. maiſons ; mais
heureuſement le feu ne ſe porta point du côté
des Magazins des Vaiſſeaux qui n'ont fouffert
aucun dommage .
Le 6. au foir , il y eut à Londres dans la
ruë nommée Dirty Lane , près Long-Acre ,
un autre incendie qui conſuma ou endommagea
30. ou 35. maiſons.
On a reçû avis par le Hayman Galley qui
eſt arrivé de la Jamaïque à Bristol , qu'un
Vaiffeaude Guerre du Roi avoit pris dans les
Indes Occidentales un Navire Eſpagnol de
16
SEPTEMBRE. 1727. 21
16. Canons , qui avoit à bord 45000. pieces
de huit , une grande quantité de Tabac en
poudre & autres marchandiſes.
Le General Wade qui commande en Ecofſe
, poſa le 19. du mois dernier la premiere
pierre des nouvelles fortifications qu'on ajoute
au FortGuillaume, pour contenir lesMontagnards
de ce Royaume dans leur devoir.
On fait de grands préparatifs pour le Couronnement
du Roi d'Angleterre , la Couronne
dont le Roi eſt couronné le jour de fon
Sacre, eft eftimée à 160. mille liv. fterl. &
celle de la Reine à 112. mille.
On a reglé le nombre des plats dont les
Tables feront couvertes le jour qu'on fera le
grand feſtin dans la Sale de Westminster , après
La Ceremonie du Sacre .
La Table du milieu pour le Roi & la Reine
fera couverte de 175. plats. Les trois tables
au côté Occidental , de 639. plats ; & les trois
autres au côté Oriental de 631. enſorte qu'il
yaura en tout 1445. plats.
Le 28. Août , les Rois & les Herauts d'Armes
à cheval & en habits de ceremonie , accompagnez
des Trompettes , des Timbales &
des Hautbois de la Couronne , firent à Londres
, dans les lieux accoutumez , la lecture de
la Proclamation pour le Couronnement dit
Roi & de la Reine , fixé au 15. d'Octobre prochain.
LeRoi a écrit en conſequence des Lettres
Circulaires à tous les Pairs & Faireffes
d'Angleterre , afin qu'aucune raiſon ne puiſſe
les diſpenſer de ſe trouver à cette ceremonie,
avec tout ce qui leur eft neceſſaire pour faire
leur fervice , fuivant leurs titres , rangs &
qualitez.
On frappe à la Tour de Londres 1500..
Medailles , ſcavoir , 200, en or , & 800. en
Hv argent.
2112 MERCURE DE FRANCE.
argent , qui ont d'un côté le Portrait du Roi
&au revers , S. M. aſſiſe dans la chaiſe du
Roi Edouard , & près d'elle , la figure de la
Concorde , tenant en main une corne d'abondance
avec ces mots pour Legende ; Volentes
per Populos , & dans l'Exergue , Inaugurat.
4. Octobre 1727. Les foo. autres Médailles
qui ſont pour la Reine , & dont il y en a
1oo. en or, &400. en argent , ont d'un côté
fon Portrait , & de l'autre l'Effigie de S. M.
étendant un bras vers une figure qui reprefente
la Religion Proteftante , avec cette Legende
; Hic amor , & vis-à-vis l'autre bras ,
étendu à la gauche, ily a ces mots,HecPatria.
L
HOLLANDE , PAYS - BAS .
Es Etats Generaux ont nommé M. Abraham
Van Hey , Maître des Comptes des
Domaines d'Hollande , pour leur Ambaffadeur
à la Cour de France ; le Baron de Welderen
, M. Corneille Silvius , Bourguemeftre
de la Ville d'Harlem , pour leurs Ambaffadeurs
Extraordinaires auprès du Roi d'Angleterre
, &le Baron deHop, ci-devant Ambafladeur
à la Cour du Roi T. C. pour premie
MiniftrePlenipotentiaire au prochainCongrès,
L. H. P. ont auſſi nommé pour leur fecond
& troifiéme Plenipotentiaires , M. Frederic
Adrien de Rheedede Renſwoud,Député à l'Afſemblée
pour la Province d'Utrecht , &M.de
Goflinga , Député pour la Province de Friſe.
On a appris de Bruxelles qu'on y avoit
reçu avis que le Chevalierde S. George avoit
demeuré quelques jours à Nancy , & qu'il en
étoit parti depuis peu fans qu'on ſçache quelle
route il avoit prife.
Le 25. du mois dernier , le Marquis de Fenelon
, Ambaſſadeur de France à la Haye >
donna
SEPTEMBRE. 1727. 2113
donna un repas magnifique aux Miniftres
Etrangers , & à pluſieurs Députez de l'Afſemblée
des Etats Generaux , à l'occaſion de
la Fête de S. Louis , dont S. M. T. Ch. porte
le nom. Le 27. au foir , cet Ambaſſadeur
donna une grande Fête , avec feſtin & bal
pour la naiſſance des deux Princeſſes dont la
Reine de France eſt accouchée. On tira devant
fon Hôtel qui étoit magnifiquement illuminé
, un très beau feu d'artifice , & l'on fit
couler pendant toute la nuit des fontaines de
vin pour le Peuple.
On publia à Mons ſur la fin du mois dernier
, que ceux qui voudroient porter des vivres
auCamp , que les François doivent former
aux environs de Maubeuge , pourroient
le faire , fans payer aucuns Droits.
06900000
MORTS , MARIAGES DES PAYS
Etrangers.
Convoy & Funerailles du Roy
d'Angleterre.
Iqui étoiten depot Palais Epifco
E Corps du Roy d'Angleterre George I.
pal d'Ofnabruck , ayant été remis la nuitdu
3. au 4. de ce mois , aux Officiers du Royde
IaGrande Bretagne, ſon fils, fut porté àHanöver
en quatre nuits , & conduit par divers
Detachemens. Il fut reçu la nuit du 8. au 9. à
quelque diſtance de la Ville , par 60. Gardes
du Corps à Cheval , ayant à leur tête leBaron
deGortz , Commandant du Château, qui avoit
été nommé pour avoir la direction de la Pompe
funebre.
Hvj Le
2114 MERCURE DE FRANCE.
Le Convoi entra àune heure après minuit,
&la Marche ſe fit dans l'ordre ſuivant.
,
Deux Palfreniers à cheval , tenant des flambeaux
;unTrompette à cheval en grand deüil;
un Caroffe à fix chevaux dans lequel étoient
les Valets de Chambre & le Chirurgien du
feuRoy; un Officier & 30. Gardes à Cheval ,
l'épée nuë , la pointe en bas ; dix Valets de
Pied en deüil marchant deux à deux ; le Caroffe
du Corps à fix chevaux, conduits par autant
de Palefreniers ,& entouré de pluſieurs
Pages à pied , deuxTrompettes à cheval ; un
Officier& 30. Gardes à cheval , marchant
comme les premiers ; trois Pages à cheval ;
deux Officiers des Gardes du Corps à cheval,
engrandmanteau de deüil ;le Comte deGortz,
auffi en grandmanteau de deüil , monté fur un
cheval blanc; deux Chambellans à cheval en
long manteau de deüil ; deux Gentilshommes
de la Chambre , auffi en grand manteau ; deux
Gentilshommes de la Cour ; pluſieurs Valets
de Pied & Palefreniers portantdes flambeaux ,
&environ centBourgeois en deüil , qui marchoient
aux côtez du Convoy.
Lorſque leCorps fut arrivé à la premiere
Cour du Château 16. Colonels ou Lieute .
nans- Colonels prirent le cercueil & le porterent
au tombeau deſtiné pour ſa fepulture ,
qui étoit éclairé par un grand nombre de lumieres
, ainſi que l'Eglife & les Cours du
Château.
Le Cardinal Jean Patrizii , Legat de Ferrare
, y est mort le 29 Juillet , dans la 69° annae
de fon âge, Il jouiffoit de l'Abbaye de S.
Etienne, qui eft de 26. à 27000. écus de reven
. Il vacque par ſa mort un 3. lieu dans le
S cré College , le Pape ayantrempli tousteux
qui étoient vacans lors de la derniere promo
tica
SEPTEMBRE . 1727. 2115
tion de 9. Cardinaux dont S S. en a reſervé
7. in petto .
La Comteffle Magdelaine-Françoiſe de Tferclaesde
Tilly , Grande d'Eſpagne , mourut
le 16. du mois dernier dans ſon Château de
Tilly. Elle étoit veuve du feu Prince Tferclaes
de Tilly, Grand d'Eſpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toiſon d'Or. Elle.
étoit la derniere de la branche de ce nom , établie
dans les Pas-Bas.
La Princeffe Guiellmine- Henriete de Naffau
Dillebourg , mourut le 29. du mois dernier
à Francfort .
La Reine de Pologne mourut le s. de ce
mois dans ſon Chateau de Pretſch , âgée de
ss . ans , huit mois & dix jours. Cette Princeffe
qui ſe nommoit Chriſtine Everhardine , étoit
'fille aînée de feu Chriſtian Ernest , Margrave
deBrandebourg Culmbach- Bareith , mort le
10. May 17 12.&de Sophie Louiſe de Wirtemberg
, ſa ſeconde femme. Elle avoit été mariée
le 10. Janvier 1693. à Frederic Auguſté , Electeur
de Saxe , élu Roi de Pologne le 17. Juin
1697. Frederic Augufte , Prince Electoral de
Saxe , leur fils unique , né le 7. Octobre 1696..
épousa à Vienne le 20. Août 1719. Marie-Jofephe
, Archiducheffe d'Autriche , fille de
l'Empereur Jofeph , dont il a deux Princes &
une Princeffe.
Le Comte de Sutherland , Ecoffois , qui à
près de 70. ans , épouſa ſur la fin du mois dernier
à Londres, la veuve du Chevalier Jean
Travel, qui lui apporte en mariage autant de
mille livres fterl. qu'elle a d'années; c'est- àdire
, 4.5 . Le principal motifde la Dame dans
ce mariage , eft d'avoir l'honneur d'affifter , fe
lon le rangde fon époux , au Couronnement.
du Roy & dela Reine d'Angleterre.
Le
1
2116 MERCURE DE FRANCE .
Le bruit court à Londres , que le mariage
du Prince de Galles avec la Princeſſe Royale
dePruffe ,fa coufine germaine , eft conclu , &
que la celebration s'en fera dans deux mois.
********************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , c.
E 27. Août , les Députés des Etats
Lde Languedoc , rendirent viſite au
Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat,
dans le Département duquel eſt cette Province.
L'Evêque de Mirepoix , Membre
des Etats , & Député pour le Clergé , lui
fit un très beau Diſcours , dans lequel il
rappella les ſervices que les ancêtres de ce
Miniſtre rendent ſucceſſivement à l'Etat
depuis trois fiecles ; il parla de leur zele
& de leur attachement à la gloire des
Rois , & au bien des Peuples . Il fit connoître
que le Comte de S. Florentin répond
dignement à la gloire de fes Ayeux.
Ce Miniftre répondit d'une maniere convenable
; & après avoir donné aux Députés
de nouvelles aſſurances de ſon attention
pour ce qui regarde la Province de
Languedoc , il les invita à dîner.
Le Jeudy 4. Septembre , la Muſique
du Roi chanta un Te Deum en action de
grace de l'heureux accouchement de la
Reine ,
SEPTEMBRE. 1727. 2117
Reine , dans la Paroiſſe Royale de Verſailles
, de la compoſition de M. Collin
de Blamon , Sur- Intendant & Maître de
la Muſique de la Chambre du Roi. Le
Maréchal de Bouflers y aſſiſta accompagnée
des Ducheſſes de Gonteau & de
Bouflers, des Marquiſes de Nifle,de Revel
& autres Dames & Seigneurs de la Cour;
il y eût grande illumination dans l'Eglife,
&l'on donna la benediction au ſon des
Trompettes & Timballes , & au bruit
d'une très-grandes quantité de boëtes .
Ce même Te Deum a été chanté pluſieurs
fois auConcert Spirituel avec beaucoupde
fuccès.
د
M. Cheron , connu par differens Ouvrages
de Muſique qu'il a donnés au Public,
fit chanter le 3. de ce mois dans la
Chapelle du Roy à Verfailles , devant Sa
Majesté , un Motet de ſa compoſition ,
qui commence par ces mots Cantate
Domino canticum novum , & il fut trouvé
i beau , qu'il fut encore chanté le
lendemain avec les mêmes applaudiffemens
. M. Cheron n'eſt âgé que de 25 .
ans ; c'eſt un éleve de M. Bernier , Sur-
Intendant de la Muſique du Roy.
Le Roi a accordé au Comte de Morville
, outre la penſion de 20000 liv . l'agrément
du premier Regiment vacant
pour fon fils ,& un Appartement à Verfailles.
Les
IIS MERCURE DE FRANCE .
Les Etapes retablies dans le Royaume ,
parune Ordonnance du Roy du 13. Juillet
, auront lieu , à commencer du 1. Janvier
prochain .
On apprend de preſque toutes les Provinces
, que la recolte du vin eſt trèsabondante
, & que l'on y fait plus d'un
tiers de vin au delà de ce qu'on croyoit en
avoir. La premiere voiture de vin nouveau,
qui felon la coûtume ne paye point
d'entrée , arriva à Paris le 3. de ce mois.
Le premier de Septembre le Roi ſoupa au
Château de la Muette , avec divers Seigneurs.
S. M. vit avant la nuit les ſauts
périlleux & les tours d'équilibre du ſieur
Mignard , dont on a déja parlé , qui furprirent
& divertirent beaucoup le Roy .
Le 5. les Députez des Etats de Languedoc
eurent Audience de la Reine , avec
les mêmes cérémonies qui avoient été
obſervées , lorſqu'ils furent admis à celle
du Roy.
Le 11. le Chapitre General des Chanoines
Reguliers de la Congrégation de
France , élut pour Abbé de Sainte Genevieve
de Paris , & Superieur General de
cette Congrégation , le Pere Gabriel de
Riberolles.
Le 2 1. la Reine ſe rendit àla Chapel
Le du Château de Versailles , où S. M..
après avoir entendu la Meſſe célebrée par
PE
SEPTEMBRE. 1727. 2119
l'Evêque Comte de Châlons , fon premier
Aumonier , fut relevée de ſes couches ,
avec les Cérémonies ordinaires .
L'après midi la Reine alla voir Mefdames
de France dans leur appartement .
LETTRE écrite de Marseille le 14 .
Septembre 1727. fur la Campagne des
Galeres , armées ſous les ordres de M. le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de
France & General des Galeres .
N
Os Galeres , Monfieur , font rentrées
dans ce Port le 10. de cemois
en fort bon état ; je veux bien ſatisfaire
votre curioſité en vous mandant ce que
j'ai appris de leur Campagne ſur leJournal
d'un Officier de l'Eſcadre.
Elle étoit fortie d'ici le 22. May , partant
le 4. Juin des Iftes d'Hieres , elle
quitta les Côtes , & ſe mit en Canal pour
Calvi ; c'eſt un Port de l'iſſe de Corſe ,
qui appartient aux Genois ; on y arriva le
5. ſur le ſoir: leGouverneur n'ayant pû ,
à ce qu'il dit , démêler laqualité de l'Elcadre
, ne fit ſaluer que de 8. coups de canon,
on n'y répondit point : il envoya fon
fils à bord , où ayant reconnu que la Reale
y étoit , commandée par le General , il
fit le lendemain tirer 13. autres coups ,
qui avec les 8. de la veille firent un falut
Royal de 21. coups.
On
2120 MERCURE DE FRANCE .
On ſe mit en Canal le 15. pour Civita-
Vecchia. On y arriva le 17. La Reale en
entrant falua le Pavillon du Pape de 4 .
coups ; le Château en rendit autant à l'Etendart
Real des Galeres ; enſuite leGouverneur
fit ſaluer de 12. coups la perſonne
de M. le Grand- Prieur , quien fit rendre
4 .
Les ſaluts pour la perſonne n'étant que
des devoirs de politeffe , ſans conſequence
, les Commandans de part & d'autre
les font tels qu'il leur plaît , & ſuivant
les témoignages de confideration qu'ils
veulent reciproquement ſe donner.
L'Eſcadre partit de Civita-Vecchia le
21. pour Palerme , paſſant par l'iſle de
Ponce ; elle appartient au Duc de Parme ,
ſous la protection de l'Empereur , qui y
tient une Garniſon de 25. à 30. hommes
dans un vieux Château à l'entrée du
Port. Le Commandant , faute de canons
& de poudre , ne put ſaluer que de 4.
coups.
L'Eſcadre continuant ſa route , arriva
le 26. au matin à Palerme . Comme on
n'y avoit point vû de Galeres de France ,
depuis que la Sicileeſt à l'Empereur , on
n'y ſçavoit d'abord que penſer de cette
apparition ; cependant tout s'y paſſa comme
on le pouvoit défirer. La Reale en entrant
dans le Port , ſalua de 4. coups le
PavilSEPTEMBRE.
1727 . 2121
Pavillon de l'Empereur ; la Fortereſſe en
rendit pareil nombre .
Le General Wales , qui commande
toutes les Troupes Allemandes dans cette
Ifle , reprefentant à Palerme , en l'abſence
du Vice-Roy , qui étoit pour lors à
Meſſine , vint l'après-dîner avec le Prinçede
Reſultano , Préteur de la Ville , faire
viſite à M. le Grand- Prieur ſur la Reale
: on s'y fit des deux côtez toutes les
politeffes poſſibles ; on les ſalua en entrant
& en fortant , deux fois de la voix , & de
4. coupsde canon.
M. le Grand Prieur alla le lendemain
leur rendre viſite chez eux : ces Comman- .
dants en étant prévenus , envoyerent au
débarquement des Caroffes pour lui &
pour toute ſa ſuite , il fut falué en y allant
du canon de la Fortereffe & de la
Ville.
Une des deux grandes ruës qui font la
principale beauté de Palerme, aboutit à la
Marine : c'eſt par où M. le Grand-Prieur
entra , le General Walles logeant à l'antre
extremité. La Marche fut fort longue;
M. le Grand- Prieur la fit à pied ;
les Caroſſes ſuivoient ; il étoit accompagné
de la plupart des Officiers des Galeres
, & des Gardes de l'Erendart. Ce
cortege noble , leſte & nombreux , que
M. le Grand- Prieur ſoûtenoit avec digni-
τέ,
2122 MERCURE DE FRANCE.
té , formoit un coup d'oeil reſpectable. Le
General Walles reçut M. le Grand-Prieur
avec toute forte de diſtinction , lui fit rendre
en entrant & en ſortant par les Troupes
de Garde , les honneurs militaires ,
les Soldats preſentant les armes , leurs Officiers
à leur tête , & les Tambours battant
aux champs . M. le Grand - Prieur
alla tour de ſuite chez le Préteur , où il
fut reçû de même .
Les jours fuivans ſe paſfferent en Fêtes
reciproques , à la Ville & ſur les Galeres.
Quelques Princes & Seigneurs du Païs y
prirent part , & on ſe quitta fort fatisfaits
des deux côtez .
L'Eſcadre partit de Palerme le 9. Juillet
de grand matin pour Naples. Le 10.
fur le foir on en découvrit les reconnoifſances
indubitables par les flâmes du Mont
Veſuve qui en eſt voiſin ; on jugea à propos
de s'arrêter à l'Iſle Procita, qui en eſt
à 15. milles. Il étoit nuit ; les Habitans
toujours en crainte des Corſaires Turcs ,
qui croiſent ſouvent aux environs , ne
pouvant dans l'obſcurité reconnoître nos
Galeres , prirent l'allarme , fonnerent le
Tocfin&le mirent en deffenſe ; on détacha
un Officier pour les raffurer .
Le 12. on fut moüiller à Pouſſole ,
doù étant convenus par l'entremiſe du
Conſul François à Naples , de la manie-
د
re
SEPTEMBRE. 1727. 2123
1
re qu'on s'y traiteroit de part & d'autre ,
l'Eſcadre y aborda le 1 4 .
Après les ſaluts rendus aux Pavillons
comme à Palerme, M.le Grand- Prieur alla
faire viſite à M. le Cardinal Daltan,Vice-
Roy ,qui le fit ſaluer en mettant pied à terre
, de tout le canon des Forts de la Ville,
de trois Vaiſſeaux & de deux Galeres qui
étoient dans le Port. Il avoit envoyé tous
ſes Caroffes au débarquement . M. le
Grand- Prieur ſe mit en marche avec le
même cortége d'Officiers qu'il avoit à Palerme.
Son Eminence ne laiſſa rien à defirer
au bon accueil qu'elle lui fit ; elle le
priaà dîner pour le lendemain.
La table étoit de 30. couverts ; les principaux
Officiers des Troupes Imperiales
y étoient invitez avec ceux des Galeres.
LeRepas fut ſomptueux & fplendide, avec
profuſion de toutes fortes de liqueurs.
Deux jours après , ſon Eminence vint
avec ces mêmes Officiers dîner ſur la Réale
, où Elle fut ſaluée en entrant & en
fortant , de l'Artillerie des 6. Galeres. Il
y eut deux Tables de 15. couverts chacune
, très -bien ſervies , autant qu'il eſt poſfible
de le faire , dans le reduit d'une Galere.
M. le Cardinal avoit bû chez lui la
ſanté du Roy , découvert & debout ; M. le
Grand- Prieur bût de même ſur la Réale ,
la ſanté de l'Empereur.
:
Le
2124 MERCURE DE FRANCE.
Le Théatre de l'Opera étoit fermé à
cauſe des chaleurs ; fon Eminence le fit
ouvrir pour en donner une repreſentation
à M. le Grand- Prieur , & concourut avec
empreſſement aux honneurs & tous les
agrémens qu'il pouvoit defirer parmi ce
qu'il y avoit de Grands dans Naples .
L'Eſcadre en partit le 21. Juillet pour
Civita-Véchia ; les Galeres avoient beſoin
d'être eſpalmées , & l'on avoit à y embarquer
enſuite un Convoi de Vivres
qui les y attendoit. M. le Grand- Prieur
profita de ce temps pour aller à Rome ; il y
defcendit chez le M.Cardinal de Polignac,
qui l'en avoit inftamment prié. M. le
Grand-Prieur y reçut des viſites de pluſieurs
Cardinaux. Deux jours après ſon
arrivée , il eut une Audiance particuliere
du Pape , à la fin de laquelle les Offi
ciers des Galeres qui l'accompagnoient ,
furent admis à baifer les pieds de Sa
Sainteté , qui le lendemain envoya à M. le
Grand-Prieur un Régal magnifique de
toutes fortes de rafraîchiſſemens , portez
par 30. Eftafiers , précedez d'un Carroffe
avec un Maître d'Hôtel pour les preſenter.
Il y avoit tous les ſoirs Converſation
chez quelque Princes . Les premieres Dames
de Rome s'y trouvoient ; ces Converſations
commençoient par un Concert
d'un grand nombre d'Inſtrumens avec
quel :
SEPTEMBRE. 1727. 2125
- quelques voix excellentes; enſuite on y
danfoit& M. le Grand- Prieur étoit toûjours
prié d'ouvrir le Bal.Pendant qu'il fut
à Rome , M. le Cardinal de Polignac tint
une table ouverte exquiſe & abondante
pour les Officiers des Galeres , & il leur
fourniſſoit ſes Carroſſes pour les viſites
de céremonie .
M. le Grand Prieur vint ſe rembarquer
àCivita -Vecchia le 10. Août, & les Galeres
en partirent le 12.pour revenir ici le
long des Côtes , ſuivant leur Navigation
ordinaire .
Je me fuis , Monfieur , renfermé dans
cette Lettre à ne vous mander que ce qui
regarde le corps des Galeres , je pourrai
dans une autre vous faire part de quantité
d'obſervations curieuſes quej'ay vûës dans
le même Journal , ſur ce qu'il y a de beau
&de rare dans les Païs où elles ont paffé.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les ceremonies accoûtumées , dans l'Egliſe
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les
ans pour le repos de l'ame du feu Roy
Loüis XIV . l'Evêque d'Avranche y officia
pontificalement & le Duc du Maine ,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu &
le Comte de Toulouſe y aſſiſterent , ainſi
que pluſieurs Seigneurs de la Cour.
Le
2126 MERCURE DE FRANCE.
Le Comte de Caſteja , Enſeigne de la
Compagnie des Gendarmes de Bretagne,
frere du Gouverneur de Toul , a été
nommé par le Roi , ſon Miniſtre Plenipotentiaire
auprès du Roi de Suede .
M. de la Beaune , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi , qui a
déja eu pluſieurs Commiffions dont il s'eſt
bien acquitté , a été nommé par le Roi
pour aller à la Haye & y faire les fonctions
de M.de Fenelon , Ambaſſadeur de
France auprès des Etats Generaux , qui
a été nommé Plenipotentiaire au prochain
Congrez de Cambray.
M. Robin , Comte de Caſtille , qui a
été en Eſpagne , chargé des affaires de
France , a été nommé Secretaire de ce
Congrez .
Le Reine continue à jouir d'une parfaite
ſanté , ainſi que les deux Princeſſes.
On trouve que l'aînée reſſemble au Roi,
& l'autre à la Réine .
ACTIONS DE GRACES , & Rejouis-
Sances sur l'heureux accouchement de
la Reine. Extrait d'un Lettre écrite
d'Auxerre.
Mis R l'Evêque d'Auxerre ayant appris
dans le cours des viſites de
fon Dioceſe , l'heureux accouchement de
la
SEPTEMBRE . 1727. 2127
la Reine , eſt venu à Pontigny , pour
en rendre ſes actions de graces à Dieu ,
&chanter lui-même le Te Deum dans
l'Egliſe de Saint- Edme. C'eſt ce qui a
été executé le Dimanche 31. du mois
d'Août , avec les mêmes ſolemnitez qu'on
obſerve en pareil cas dans l'Eglife Cathedrale.
Il y eut le ſoir au milieu du
Jardin Abbatial un grand feu de joye
que M. l'Evêque alluma en ceremonie.
On tira des fufées , & il y eut des illuminations
à toutes les fenêtres du Logis
Abbatial , qui eſt bâti à l'endroit où logeoient
autrefois les Comtes de Champagne.
fe
Quoiqu'il foit vrai que parmi les Religieux
de cet Ordre , il ne ſe voyoit au
commencement qu'une grande ſimplicité
dans le culte Divin , l'Abbaye de Pontigny
, qui en eſt la ſeconde mere ,
trouve exceptée en pluſieurs articles des
uſages communs , depuis l'an 124 1. que
le corps de S.Edme , Archevêque de Cantorbery
, y fut inhumé. Le concours à fon
tombeau , celui qui ſe fit à ſa Châffe dès
que le Corps eut été élevé , la dévotion
qu'on a eu à fon bras miraculeux qui y
eſt encore conſervé , couvert de ſa peau ;
toutes ces chofes , dis-je , ont contribué
à donner certaines diſtinctions à cette
Maiſon. L'entrée du Sanctuaire où la
I Chaffe
*2128 MERCURE DE FRANCE.
:
Châſſe eſt élevée , n'eſt fermée à perſonne.
On y accourt de tout le Royaume
poury obtenir , par l'interceſſion du Saint,
la poſterité dans les familles , & l'heureuſe
délivrance des femmes enceintes.
L'antiquité de cette dévotion ſe remarque
dans les Archives des lieux voiſins ,
où il eſt ſouvent fait mention du paffage
des Princeffes & des Comteffes , qui alloient
en pelerinage aux Reliques de faint
Edme , pour obtenir l'effet de leurs voeux ,
Notre auguſte & pieuſe Reine informée
de cette dévotion ,& perfuadée de la puif-
-ſance du Saint Archevêque auprès de
Dieu , avoit auſſi fait faire des prieres à
Pontigny pour ſon heureux accouchement.
Le 9. de ce mois , le Roi partit de Verfailles
à 6. heures du matin , après avoir
entendu la Meſſe dans la Chapelle du
Château , pour aller coucher à Fontainebleau
, où il reſtera quelque temps. La
weille , S. M. avoit ſoupé avec la Reine,
à fon petit couvert .
BENEFICES DONNEZ.
E Roi a nommé l'Evêque de Saintà
l'Archevêché LPons de Toulouze ,
&S. M. a nommé à l'Evêché de Saint-
Pons , l'Abbé Guenet , Grand-Vicaire de
l'Evêque de Chartres .
L'Ab
SEPTEMBRE. 1727. 2129
>
L'Abbaye de Charroux , Ordre de
S. Benoît , Diocèſe de Poitiers , a été
donnée à l'Abbé de Cruffol .
Celle de S. Sever de Roſtaing , même
Ordre , Diocèſe de Tarbe , à l'Abbé
d'Arboucave.
Celle de S. Amant de Coly , Ordre de
S. Auguſtin , Diocèſe de Sarlat , à l'Abbé
de la Coſte , Grand-Vicaire de Lavaur.
Celle de Maimac , Ordre de Saint
Benoît , Diocèse de Limoges , à l'Abbé
Ozenné.
Celle de Silly , Ordre de Prémontré,
Diocèſe de Seez , à l'Evêque de Seez .
Celle de S. Rigaud , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Mâcon , à l'Abbé de
Clermont-Tonnerre .
Celle du Mas - Garnier , même Or
dre , Diocèſe de Toulouze , à l'Abbé de
Sorbs.
Celle du Loc- Dieu , Ordre de Citeaux
, Diocèse de Rhodez , à l'Evêque
d'Alet.
Le Prieuré de N. D. de Salles , Ordre
de S. Auguſtin , Diocèſe de Limoges ,
à l'Abbé de Saluces.
L'Abbaye Reguliere de Loos , Ordre
de Citeaux , Diocèſe de Tournay , au
Pere du Beron .
L'Abbaye Reguliere de la Trape , mê.
Lij me
2130 MERCURE DE FRANCE .
me Ordre , Diocèse de Seez , au Pere
François - Augustin Gouche , Religieux
de la même Abbaye.
Σ
Le 28. du Mois dernier , les Députez
des Etats de Languedoc , eurent Audianée
du Roi , étant conduits en la maniere
accoutumée , par le Marquis de Dreux ,
Grand Maître des Ceremonies , & par
M. Deſgranges , Maître des Ceremonies.
Ils furent préſentez à S. M. par le Prince
de Dombes , Gouverneur de la Province
, en ſurvivance du Duc du Maine ,
fon pere ,& par le Comte de S. Florentin
, Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée de l'Evêque de Mirepoix pour
le Clergé , du Baron de Sorgues , pour
la Nobleffe , de Ms Bouffac , Capitoul
de Toulouſe , & de la Broffe , premier
Conful de Narbonne , pour le Tiers-Etat,
&de M. de Montferrier , Syndic General
de la Province .
Le Cardinal de Fleury , Miniſtre d'Etat
, le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur
de France à la Haye , & le Comte
de Cereſt-Brancas , Miniſtre I lenipotentiaire
auprès du Roi de Suede , ont été
nommez par le Roi , Ambaſſadeurs Plenipotentiaires
au Congrez qui doit ſe
tenir à Cambrai.
:
Le Roi reçut à Verſailles , la veille de
fon
I
SEPTEMBRE. 1727. 2131
fon départ pour Fontainebleau , les ré
ponſes de L. M. Catholiques aux Lettres
que S. M. leur avoit écrites , au ſujet
de leur reconciliation avec elle , &
de la naiſſance de Meſdames de France.
Le Roy paffa auffi- tôt dans l'appartement
de la Reine pour lui en donner communication
: toute la Cour fut témoin de
la fatisfaction & de la joye de L. M. à
cette occafion .
On écrit de Roüen , que le Monitoire
qu'on y avoit publié au ſujet de l'affaire
du St Lavoilé , a obligé pluſieurs
perſonnes à dépoſer contre les accuſez , &
l'on croit que le pere & la ſervante , qui
n'avoient été condamnez qu'à un plus
amplement informé & à garder priſon
pendant un an , feront jugez de nouveau.
On a plus de ſoin qu'on n'en avoit
eu il y a quelque temps de peupler la
menagerie de Verſailles d'Oiseaux &
d'Animaux rares & finguliers. Avant le
départ du Roi pour Fontainebleau , on
y a mis une Autruche , deux Aiglons
&un Duc.
L'on a fait à Lunel , Ville du Languedoc
, Diocèſe de Montpellier , le
Dimanche 7. Septembre des grandes réjouiſſances
, au ſujet de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiſſance
des Princeſſes ; le Te Deum fut chanté ,
I iij toute
2132 MERCURE DE FRANCE.
toute la Ville parut illuminée avec un
feu de joye , & trois décharges de toute
la Mouſqueterie des Troupes de la Garniſon
qui étoient ſous les armes.
Ces réjouiſſances furent précedées par des
joutes ou combatſur l'eau, dont vingtjeunes
garçons donnerent le Divertiſſement
dans le Baffin du Canal au pied des murs,
contre vingt mariez , armez les uns &
les autres de Lances& Parois . Ils étoient
élevez fur l'extremité de deux Bateaux à
douze pieds de l'eau. Leurs habillemens
uniformes étoient très-propres & trèsleftes
, differentiez ſeulement par les Rubans,
que la troupe des mariez portoit
rouges, & que la jeuneſſe portoit bleus ;
ce qui faifoit un effet admirable ſur les
habits des jouteurs qui étoient d'un grand
blanc ; fur tout le ſoir de la veille , que
les deux troupes qui marcherent enſemble
fur deux lignes , firent le guet , éclairées
par vingt- quatre flambeaux de cire
blanche , & animées par un grand nombre
d'inſtrumens , qui faiſantune ſimphonie
fort réjouiſſante , & qui étoit encore
animée par les cris de joye du peuple .
Le combat commença à deux heures
après midi , & ne fut interrompu que fur
les ſept heures. Il fut executé avec beaucoup
d'adreſſe de part & d'autre , à la
fatisfaction de tous les Spectateurs qui
étoient
SEPTEMBRE. 1727. 2135
étoient en très -grand nombre , ce qui
formoit le plus beau coup d'oeil que l'on
puiffe imaginer , par la commodité du
lieu,lequelforme un Amphithéatre autour
du Baffin , qui ſemble fait exprès pour un
pareil exercice.
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
E 16. du mois dernier , M. Etienne
Lede Ponte , Comte d'Albaret , Premier
Préſident du Conſeil Superieur de Rouffillon
, mourut à Perpignan dans la 75.
année de ſon âge. Le Roi avoit accordé
à ſon fils la ſurvivance de cette Charge,
& la permiffion de l'exercer conjointement
avec fon pere.
Le 26. du même mois , Thimoleon
Teſtu de Balincourt , Chevalier , de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commanderie d'Eſtrepignie ,
mourut âgé de 70. ans .
Dame Françoiſe- Marie Henault, épouſe
de M. Louis Pierre-Jofeph d'Eſparvez
de Luffan d'Aubeterre , Comte de Jonfac ,
Marquis d'Ofillac , Champagnac , Bonne
, &c. Capitaine Lieutenant des Gen-
. darmes Dauphins , Lieutenant General
de Saintonge & Angoumois , mourut à
Paris le 28. du mois dernier , âgée d'en
I iiij viron
2134 MERCURE DE FRANCE.
viron 32. ans : elle laiſſe cinq enfans .
Dame Marie-Jeanne Voifin , veuve de
M. Chrétien François de Lamoignon ,
Marquis de Baſville , Baron de S. Yon, &c.
Préſident à Mortier , mourut le 1er, de ce
mois , dans la 735 année de fon âge.
Le 4. Septembre , Dame Anne Pallu,
veuvede M. le Clerc de Leſſeville,Confeiller
à la Cour des Aydes , mourut à Paris
, âgée de 63. ans .
Genevieve de Fremont , veuve de Guy
Aldonce de Durfort , Duc de Quintin ,
Comre de Lorges , Maréchal de France,
General des Armées du Roy , Chevalier
de fes Ordres,Capitaine de l'une des qua--
tre Compagnies des Gardes du Corps de
S. M. & qui avoit été Gouverneur de
Loraine & Barois , mourut le 6. de ce
mois à la Ferté Vidame , chez le Duc de
S. Simon , ſon gendre , agée de 68. ans.
M. Charles Puchot des Alleurs , Brigadier
des Armées du Roy , Capitaine au
Regiment des Gardes Françoiſes , mourut
le 6. à Montigny , près de Diepe ,
dans la 53. annéede fon âge.
,
Dame Marie- Anne Bertrand de la Bazinieres
veuve de M. Claude-Antoine
de Dreux , Marquis de Nancré , LieutenantGeneral
des Armées du Roi,Gouverneur
des Ville & Citadelle d'Aras,& Lieutenant
General de la Province d'Artois ,
mouSEPTEMBRE.
1727. 2135
mourut à Paris le 9. âgée de 80.ans .
M. Pierre - Guillaume de la Vieuville ,
Evêque de S. Brieux , & Abbé de Carnoiet
, eſt mort dans ſon Dioceſe.
Coſme- Maximilien de Valbelle , Marquis
de Rians , Lieutenant de Roy en Provence
, mourut aux Eaux de Balaru le 16.
de ce mois , âgé de 63. ans.
Le 19. M. Leopold , Interprete du Roi
pour les Langues Etrangeres , Chevalier
de l'Ordre de S. Lazare , mourut à Paris,
âgé d'environ 75. ans.
Le Baron d'Affi , Gouverneur de la Citadelle
de Besançon , ci-devant Capitaine
au Regiment des Gardes Françoiſes , eft
mort dans un âge fort avancé.
Le Marquis de Villeneuve , d'une des
plus anciennes &plus illuſtres Maiſons de
Provence , qui depuis plus de deux cent.
ans tient le premier rang dans cette Province
, dans les Aſſemblées de la Nobleffe
&des Etats,à cauſeduMarquiſat de Trans,
le plus ancien de France , épouſa le 2.de
ce mois la veuve du Préſident de Fortia,
riche de plus de quarante mille livres de
rente. Il s'eſt depuis peu retiré de chez
S. A. S. Madame la Ducheffe , où il étoit
attachédepuis ſon enfance .
La Maiſon de Villeneuve s'eſt toûjours
diftinguée par les grandes alliances , par
Iv les
2136 MERCURE DE FRANCE.
lės terres confiderables qu'elle a poffedé
par ſa fidelité au ſervice de ſes Princes , &
par les perſonnes illuſtres qu'elle a pro
duit. St Thomas de Villeneuve , Arche
vêque de Valence en 1532. St Elfeas ,
Evêque de Digne , en 1334. & Ste Roffoline
, Religieufe de l'Ordre de Cîteaux ,
dont le corps en entier ſe conſerve dans
l'egliſe des Arcs en Provence , étoient de
cette Maiſon , dans laquelle on compte .
des Cardinaux , pluſieurs Archevêques ;
Evêques , Abbez & Abbeffes , des Con
nétables de Provence ,des Generaux d'Armée
, des Lieutenans Generaux ,des Gouverneurs
de Place , de Grands Sénéchaux ,
un Chancelier de l'Empereur , un Grand-
Maître de Khôdes ; Helion de Villeneuve,,
celebre dans l'Histoire des Chevaliers des
Ordres du Roy , & un nommé à celui du
S. Efprit, dont la mort prévint le ferment.
Les Rois de Naples ont donné à cette
Maiſon la Deviſe glorieuſe de Liberalité,
qui a toûjours étécomme le caractere de
cette Famille , & nos Rois les Armes &
Suports de France. Romieu de Villeneuve,
furnommé le Grand Connétable &
Miniſtre d'Etat,tuteur de Beatrix de Provence
, fille & principale heritiere deRaymond
Beranger , 11. du nom, Comte de
Provence & de Forcalquier , & de Beatrix
de Savoye , procura le mariage de
cette
1
SEPTEMBRE. 1727. 2137
cette heritiere , ſa pupille , avec Charles
de France , Comte d'Anjou , Roi de Naples
, de Sicile & de Jerufalem , &c. freře
de S. Louis , & feptiéme fils de Louis
VIII . du nom. Il refuſa les grands avantages
que lui offroit le Duc de Savoye fon
parent , pour la marier avec ſon fils , qui
ſe trouvoit couſin germain de cette riche
heritiere , de forte que la principale gloire
de la réünion de la Provence à la Couronne
de France , eſt dûë au Grand Romieu
de Villeneuve , qui ſelon les Hiſtoriens
, a été fi illuſtre , & fes actions & la
bonne conduite ont fi fort ſurpaffé le
vrai-ſemblable, qu'on a fait un Roman de
ſa vie ; ils ajoûrent qu'il y a tant de marques
de grandeur dans cette Maiſon , &
qu'elle a été fi nombreuſe , que ſi l'on.
vouloit en déduire tous les degrez , marquer
toutes les alliances qu'elle a faites ,
&fairemention de tous les Emplois qu'elaeu
, il faudroit un volume entier. Le
Marquis de Villeneuve , qui par ſon mariage
nous donne aujourd'hui occafion de¹
parler de la Maiſon , ne dégenere en rien
de la vertu ,& des grandes qualitez de ſes
ayeux. Crainte debleſſer ſa modeſtie,nous
n'en ferons pas un éloge plus long , quoi
que ſa tendreſſe&fon zele pour l'éducation&
l'élevation de ſa Famille , dans un
âge , où à peine penſe -t-on à foi-même ,
Ivj en
2138 MERCURE DE FRANCE
en meritent un particulier , & lui ont acquis
avec juſtice , le furnom d'un de fes
Ancètres, Louis de Villeneuve, zelé comme
lui pour fa Maiſon , Pere de Famille ,
Riche d'Honneur.
Jacques- Marin -Alexandre Perachon
de Varax , Chevalier , Comte de Bury ,
Meſtre de Camp de Dragons , époufa le
27. Août Dile Marie Elifabeth Frotier
fille de feu- Alexandre Frotier,Chevalier ,
Seigneur , Marquis de la Meſſelliere ,
Chamouſeaux , la Buffiere , Epinay , &c.
Capitaine de laGendarmerie,Maréchaldes
Camps & Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis,& de Dame
Anne-Marie Foreſts .
François Bernard Boulin , Conſeiller à
la Cour des Aydes , épouſa le 11. Septembre
Anne Radegonde Henin , fille de
Nicolas Henin , Conſeiller au Grand-
Conſeil , & de Anne-Henriete Brice.
Dame Louiſe Olive Frotier de la Cofte,
épouſe de M. Samuel-Jacques Bernard,
Chevalier , Conſeiller du Royen fes
Conſeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel, Sur-Intendant des Finances,
Domaines & Maiſon de la Reine, Seigneur
de Gros - Bois -le-Roy , d'Iſancy, &c . accoucha
le 14. Août d'une fille,qui futnomméeMarie
Olive ſur lesFonts de Baptême .
M. de Ponti , Gentilhomme ordinaire
du
SEPTEMBRE. 1727. 2139
du Roy,& Madame Mercier, Nourrice de
S. M. ont tenu au nom du Roy & de la
Reine, à S. Germain-en- Laye , le 19. du
même mois l'enfant dont Madame Antoine,
épouſe de M.Antoine, Ecuyer,Garçon
ordinaire de la Chambre du Roi, eft accouchée.
Il fut nommé Louis - Marie Joſeph .
Dame Marguerite Françoiſe de Jauffen
de la Periere , épouſe de M. Loüis- François
Martial des Montiers,Chevalier, Seigneur
, Comte de Merinville , Mestre de
Camp de Cavalerie Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de la Reine , accouchale
28. du même mois , d'un fils qui fut tenu
fur les Fonts ,& nommé Auguſtin-François
Marie , par M. François - Armand
des Montiers de Merinville, Capitainede
Cavalerie, Gouverneur de Narbonne , &
par Dame Marie de Lignerac , veuve de
M. Louis Marie de Soudeilles , Lieutenant
de Roy de la Province de Limofin.
Dame Françoiſe Anne , Agathe , Marguerite
de la Riviere , épouſe de M. Etiene
Rivié , Ecuyer Seigneur de Liancourt,
Bayancourt , &c . Conſeiller du Roy en
fes Conſeils , Grand-Maître des Eaux &
Forêts de France , au Département de
l'ifle de France , Soiffonnois , &c. accouchale
30. du même mois , d'un fils
qui fut tenu ſur les Fonts , & nommé
Thomas-Etienne, par.M. Thomas Rivié ,
Ecuyer,
2840 MERCURE DE FRANCE.
Ecuyer, Baronde Chara & de Reffons
Seigneur de Marinnet , Etouy , Riquebourg
, &c . & par Dame Louiſe Julie de
Barberin de Reignac , Dame du Palais de
laReine, ſeconde Douairiere d'Eſpagne ,
épouſe de Charles -Yves Thibault de la
Riviere , Marquis de Paulmy &de Verti.
gny , Meſtre de Camp de Cavalerie , &
Enſeigne de la ſeconde Compagnie des
Moufquetairesdu Roy.
ORDONNANCE.
RDONNANCE DU ROY , du premier
Juillet 1727. concernant les Crimes&Dépits
Militaires , qui ordonne ce qui ſuit.
ARTICLE PREMIER.
Tous Soldats , Cavaliers & Dragons feront
renus, fous peine de la vie , d'obéir aux Officiers
des Regimens& Compagnies dont ils feront, en
tout ce qui leur fera par eux ordonné pour le ſervice
de Sa Majesté,ſoit dans les Armées en Koute,
dans les Quartiers & dans les Garniſons .
II . Vout Sa Maj eſté qu'ils foient tenus ſous la
même peine de vie , d'obéir à tous Officiers des
autres Compagnies ou Regimens qui feront dans
ieursQuartiers ou dans leursGarniſon l'intention
de Sa Majesté étant, que vingt quatre heures après
P'arrivée d'un Officier dans leflits Quartiers our
Garnifon , il foit reputé connu des Cavaliers .
Dragons & Soldats qui s'y trouveront .
II. Ordonne Sa Majesté auldits Officiers , de
terhin
SEPTEMBRE. 1727. 214 1
1
tenir lamain à ce que les Soldats , Cavaliers&
Dragons obéiflent aux Maréchaux des Logis , &
Sergens de leurs Compagnies & Regimens avec
leſquels ils feront en garniton ; voulant Sa Ma
jeſtéque ceux qui leur déſobéironten chofes concernant
ſon ſervice , foient punis corporellemene
ou de mort , ſuivant la nature & la circonstance
de leur déſobéiflance .
IV. Tous Cavaliers , Dragons & Soldats qui
mettront l'épée à la main contre des Officiers ,
foit de leur Regiment ou des autres Troupes de'
leur Quartier ou Garniſon , qui les frapperont
de quelque manière que ce puifle être , ou qui
les menaceront , ſoit en portant la main à la garde
de l'épée , ou enfaifant quelque mouvement
pour mettre leur fufil en joüe , quand meme ils
auroient été frappez & maltraitez par leſdits Officiers
, auront le poing coupé , & feront enſuite
pendus & étranglez .
V. Le Cavalier , Dragon ou Soldat qui frapperaun
Maréchal des Logis ou un Sergent , tanr
de fon Regiment que des autres Troupes dr
Quartier oude la Garniſon, étant de garde cude
ſervice actuel avec lui, fera puni de mort: & hors
le cas du ſervice actuel, celui qui fra erra un Sergent
ou unMarechal des Logis , ſoit de ſon Regiment
ou de la même Garnifon ouqui mettra
contre lui l'épée à lamain , ſera.condamné aux
galeres perpetuelles .
VI. Celui qui frappera un Caporal ou Brigadier
avec lequel il ſera de Garde , de Détach ment
cu autre ſervice actuel , ſoit que I dit Frigadier
ou Caporal ſoit du meme Regiment cu d'une
autre Troupe du Quartier ou de la Garniſon ſera
pareillement condamné aux galares per etuelles ..
VII. Tout Soldat qui dé our ou de nuit , après
avoir été pofé en fentinelle , qu'ttera fon Poſte
Ens avoir été relevé par un Sergent , Caporal cur
Anſpeſfade , fera punide mort. VUI..
\
2142 MERCURE DE FRANCE.
VIII. LesCavaliers & Dragons qui quitteront
le lieu où ils auront été mis en vedette , or
donnance ou autre faction , ſans avoir été relevez
par leurs Officiers , feront condamnez à la
même peine.
IX. Tout Soldat ou Cavalier étant en ſentinelle
ou faction , qui ſe trouvera endormi pendant
la nuit , fera pareillement puni de mort.
X. Lorſque laGarde de nuit aura été poſée
dans une Place de guerre , celui qui tirerades
armes à feu , ou qui fera du bruit ou autre choſe
capable de cauſer quelque allarme dans une Place
deguerre , ſera mis fur le cheval de bois chaque
jour pendant un mois à l'heure de la Garde montante.
XI. Sera condamné à la même peine celui
qui s'enyvrera pendant le jour qu'il ſera de
garde.
XII. Quiconque donnera ou fera connoître
l'ordre àl'ennemi , ou à aucun autre qu'à ceux
à qui il doit être donné , ſera pendu & étranglé .
XIII. Tour Soldat , Cavalier ou Dragon qui
mettra l'épée à la main dans un Camp ou dans
une Place de guerre , étant aggreſſeur, ſeracondamné
aux Galeres perpetuelles : voulant Sa Majeſté,
quedans le cas où deux Soldats,Cavaliers ou
Dragons mettroient l'épée à la main l'un contre
l'aurre volontairement, & fans que l'un des deux
y eut été forcé pour la défenſe de ſa vie , ils ſu
biffent tousdeux la même peine desGaleres perpetuelles..
XIV . Tout Cavalier ,Dragon ou Soldat qui aura
été offenſé par un autre , ſoit de paroles ou de
de fait s'adreſſera à l'Officier commandant dans
laPlace ou dans le Quartier , lequel après avoir
oui les raiſons des Parties , fera faire a l'offenfé
telle réparation qu'il jugera convenable , & impoſera
à l'offenfeur le châtiment que le cas lui
paroîtra meriter. XV.
:
SEPTEMBRE . 1727. 2143
XV Lorſque des Soldats , Cavaliers ou Dragons
auront l'épée à la main pour ſe batre , &
qu'un de leurs Officiers , ou autre de la Garniſon,
furvenant , leur crierade ſe ſéparer , ils feront
tenus de lui obéïr ſur le champ , fans pouvoir
pouffer un ſeul coup , à peine d'étre pafiez par
les Armes.
XVI . Celui qui inſultera & attaquera un Soldat
, Cavalier ou Dragon , étanten ſentinelle ,
ordonnance ou faction , ſoit l'épée à la main , le
fuſil en joüe , ou à coups de bâton ou de pierre ,
ſera paſſé par les Armes
XVII. Tous Cavaliers , Dragons ou Soldats
qui exciteront quelque ſed tion , revolte ou mutinerie
, ou qui feront aucune aflemblee illicite,
pour quelque cauſe & fous quelque prétexte que
cepuifle être,feront pendus & étranglez.
XVIII. Subiront la même peine ceux qui ſe
trouveront en pareilles aſſemblées , ou qui auront
appellé , excité , ou exhorté quelqu'un à s'y
trouver.
XIX. Seront pareillement punis depeinecorporelleou
de mort , ſuivant l'exigence des cas,
ceux qui auront dit quelques paroles tendantes à
fédition , mutinerie , ou rebellion , ou qui les
auront entenduës fans en avertir ſur le champ
leursCapitaines ou Officiers ſuperieurs .
XX. Celui qui étant engagédans quelque querelle
, combat , ou autre occafion , appellera ceux
de ſaNation ,de ſon Regiment , ou de fa Compagnie
à ſon ſecours,ou formera quelque attrou.
pement, ſera paffé par les armes.
XXI . Ceux qui auront fait quelque entrepriſe
ou confpiration contre le ſervice du Roy , & la
fûreté des Villes , Places& Pays de fa domination
, contre les Gouverneurs & Commandans
deſdites Places , ou contre leurs Officiers ; comme
auſſi ceux qui y autontconſenti , ou qui en
ayant
2144, MERCURE DE FRANCE.
ayant eu connoiffance, n'en auront pas averti
leurs Capitaines ou Meſtres de Camp , feront
rompus vifs
XXII. Défend Sa Majeſté,ſous peine de la vie ,
à tous Soldats , Cavaliers & Dragons , de voler
ou piller les Vivandiers , ou Marchands venant
dans les Villes ou dans les Camps , & de prendre
par force & fans payement , foit pain , vin, viande
, biere , brandevin , ou autres denrées &
marchandiſes,tant dans les Marchez des Villes &
dans les boutiques , que dans les Camps ou en
route .
XXIII . Leur défend pareillement Sa Majesté ,
à peined'être paſlez par les verges , d'aller hors
du Camp ou de la Garmilon , au- devant de ceux
qu apportentdes vivres ,pour en acheter, quand
même ce ſeroit de gré à gré , & fans aucune vioence.
XXIV. Leur défend Sa Majesté , ſous peine de
la vie , de voler les meubles ou uſtenſiles des
maiſons où ils ſeront logez , ſoit en route ,
en garnifon,
ou
XXV. Tout Soldat , Cavalier , ou Dragon,
qui de guet-appens, méchamment, & avec avantage
, en bleflera ou tuera un autre , fera pendu
&étrangle.
XXVI . Quiconque aura pillé , voléou dérobé
en temps de paix , ou pendant la guere , foit dans
leRoyaume , ou en Pays ennemi , Calices , Ciboires
, ou autres biens d'Egliſe , ſera pendu &
étranglé : Et fi par les circonstances du vol , il ſe
trouvoity avoir eu profanation des choſes ſacrées
, il ſera condamné au feu.
XXVII. Celui qui derobera les armes de fon
camarade, on autre Soldat , en quelque lieu que
ce foit , fera pendu & étrangle : & celui qui dérobera
dans les chambres des cazernes leur linge,
habit ou équipages , ainſi que le prêt ou pain de.
:
১ ceux
SEPTEMBRE . 1727. 2145
ceux de la chambrée , ſera condamné à mort , ou
aux Galeres perpetuelles , ſuivant les circonftancesdu
cas .
XXVIII . Celui qui vendra ſa poudre & fon
plomb , ſera mis pendant quinze jours ſur le cheval
de bois à l'heure de la Garde , s'il eſt en Garniſon;
fi c'eſt dans un Camp , il ſera mis au piquet
pendant le même temps.
XXIX. Perſonne , de quelque condition , grade,
ou caractere que ce ſoit ne pourra, ſous peine de
la vie , avoir correſpondance en temps de guerre
avec l'ennemi , par aucune voye que ce puiffe
être , ſans la permiſſion du General , fi c'eſt à
F'Armée , ou du Commandant de la Province ou
de la Place , fi c'eſt dans les Quartiers , ou dans
les Garniſons .
XXX. Deffend Sa Majeſté à toutes perſonnes
que ce puiffe être , à peine de punition corpo
relle , ou de la vie , ſuivant l'exigence du cas ,
d'attenter ou d'entreprendre rien contre les perfonnes
, Villes , Bourgs , Villages , Châteaux ,
Hameaux , ou autres biens & lieux auſquels Sa
Majefté aura accordé Sauvegarde.
XXXI.Quiconque ſans permiſſion de ſon Com
mandant , fortira d'une Place ou Fort affiegez ,
ou s'écartera au- delà des limites d'un Camp,pour
quelque prétexte que ce puiffe être , ſera pendu
&étranglé.
XXXII. Tout Soldat , Cavalier ou Dragon qui
ſo tira d'un Camp retranché , Ville de guerre ,
ou Fort , ou qui y rentrera par quelque détour ,
par eſcalade , ou autrement que par les portes &
chemins ordinaires , ſera pendu & étranglé.
XXXIII . Le Cavalier , Soldat ou Dragon ,
qui étant dans le Camp ou dans la Garniſon
ne ſuivra pas fon Drapeau ou ſon Etendart ,
dans une allarme , chaimp de bataille , ou autre
affaire , ſera , comme deſerteur , paflé par les
armes. XXXIV.
2146 MERCURE DE FRANCE.
XXXIV. Chacun fecourra & deffendra les
Drapeaux ou Erendarts de fon Regiment , foit
de tour , ou de nuit , & s'y rendra au premier
avis ſans le quitter , uſqu'à ce qu'ils soient
portez &mis en fureté , fous peine de punition
corporelle , ou de mort , ſuivant l'exigence du
€35.
XXXV . Tous Cavaliers, Dragons ou Soldats
en faction , comme aussi les brigadiers commandant
la garde des Erendarts , qui laiſſerone
fauver les Prionniers qui leur fer nt confignez ,
& à la garde deſquels ils auront été établis , feront
condamnez af vir comme Forçats ſur les
Galeres pendant trois années , Enjoignant
S. Maux Officiers de garde , de veiller & tenir
la main à l'execution du preſent Article , à peine
d'enêtre refponfables en leurs propres&privez
noms .
XXXVI. Deffend S. M. en conformité de l'Ordonnance
du 20. Mai 1686. à tous Cavaliers ,
Dragons & Soldats , de jurer & blafphemer le
faint nom de Dieu , de la fainte Vierge ni des
Saints , fur peine , à ceux qui tomberont dans
ee crime, d'avoir la langue percée d'un fer
chaud; voulant Sa Majefté qquuee les Officiers de
la Troupe dont ils feront , foient tenus , auffitôt
qu'ils en auront connoiffance , de les remettre
au Prevôt étant à la ſuite d'icelle , ou au
Major du Regiment pour leur faire ſubir la peine
fufdite. 1
XXXVII . Tout Officier qui ofera inſulter un
Commiffaire des Guerres dans ſes fonctions ,
ſera ſur le champ envoyé en priſon par le Commandant
du Corps dont ſera ledit Officier , ou
par ordre du Commandant de la Place où l'in
ſulte aura été commiſe; leſquels en informeront
fur le champ le Secretaire d'Etat de la Guerre ,
pour, ſur le compte qui en fera rendu à Sa Majeté,
SEPTEMBRE . 1727. 2147
jeſté , être ledit Officier puni , ainſi qu'il fera par
Elle ordonné , ſuivant les circonſtances du cas,
XXXVIII. A l'égard des Cavaliers , Dragons
&Soldats qui feront affez temeraires pour attenter
à la perſonne deſdits Commiflaires , ſoit en
les frappant ou ſe mettant en poſtute de les frapper
; veut Sa Majesté qu'ils foient jugez par le
Conſeil de Guerre , & condamnez a étre pendus
& étranglez
Con .
:
XXXIX. Deffend ties-expreſſement Sa Majeſté
auſdits Cavaliers , Dragons & Soldats , de
frapper ou infulter les Maires Echevins
fuls , Juges & autres Magiſtrats des lieux où ils
feront en garnison , ou par lesquels ils paſteront
lorſqu'ils feront en route , Voulant Sa Marſté ,
que fur la requifition deſdits Magiſtrats , les acculez
foient mis en priſon pour être jugez
par les Prévôts des Maréchaux , ou par les Jus
ges des lieux , ſuivant la nature & les circonf
tances du délit.
XL Dans le cas où leſdits Magiſtrats ou Officiers
Municipaux auroient été frappez ou infultez
par des Officiers des Troupes de Sa Ma cité,
is en adrefleront leurs plaintes & Procès ver
baux au Secretaire d'état de la Guerre , pour ,
fur le compte qui en ſera par lui rendu à Sa Majeſté
,yétre par Elle pourvû, felon & ainſi qu'il
appartiendra.
XLI. Lor que les Prévôts , Archers , ou autres
prépoſez par les Juges ordinaires , arrêteront
priſonniers des Soldats ou autres accuſez, aucun
Cavalier , Dragon ni Soldat ne pourra s'y oppoſer
, les leur öter de force, ni ſe mettre en
devoir de les leur ôter , à peine de la vie.
XLII. Doffend Sa Majesté à tous Soldats , Cawaliers
& Dragons , d'aller ni envoyer couper,
abbatte & dégrader aucun bois dans ſes Forêts,
Bois , Buiſſons & Domaines , ni dans ceux des
Parti2148
MERCURE DE FRANCE .
Particuliers , de chaffer ni pêcher dans les terres
des Seigneurs: comme auſſi de tirer ſur les pigeons
, poules , poulets , lapins & autres animaux
domeftiques : & d'endommager les Mou
lins , Viviers & Etangs ; le tout à peine de punition
corporelle .
XLIII. Tout Soldat , Cavalier ou Dragon
qui trichera ou pipera au jeu , ſera puni corporellement.
Veut Sa Majesté que fi dans les Camps
ou dans les Places il s'établiſloit des Jeux de hazard
, & capables d'engendrer querelle , les Commandans
ou Gouverneurs faffent ro pre les tables
, machines & uftenfiles ſervant auſdits Jeux ;
&qu'ils fallent mettre en prifon ceux qui tiendront
leſdits Jeux .
XLIV. Deffend Sa Majeſté à tous Officiers
Cavaliers , Dragons & Soldats , d'avoir & entretenir
à leur fuite aucune fille débauchée , à peine
auſdits Officiers d'être caſſez , audits Soldats,
Cavaliers & Dragons de trois mois de prifon ,
&auſdites filles d'avoir le foüet , & d'être chaffées
des Armées ou des Places .
,
XLV. Veut au ſurplus Sa Majeſté , que les
Ordonnances renduës parle feu Roi fon Biſayeul
contre les deſerteurs , fuborneurs & féducteurs ,
Paſſe- volans , Faux- Sauniers , Contrebandiers
contre ceux qui auront vendu ou acheté des outils
,habillemens , armes & chevaux des Troupes
de Sa Majefté , ou des métaux , poudres , pieces&
munitions d'artillerie , & generalement
toutes autres Ordonnances auſquelles il n'eſt
point dérogé par la préſente , ſoient exequtées
felon leur forme & teneur.
TABLE
1 TABLE .
P
Ieces Fugitives , la Medecine , Ode. 1937
Enigmes , expliquées au College des Jefuites.
1945
Examen d'un Paſſage de Plutarque. 1968
Bouquet à la Comteſſe de Toulouze. 1975
Explication des Miroirs ardens , &c, 1976
Bouquet à Madile le Vieux . 1977
Eloge du P. Sicard Jeſuite. 1981
Lettre fur les Ouvrages du P. Sicard, 1988
Triolets aux Dames ,&c .
1991
Lettre fur les bons mots , &c. 1996
Poëme qui a remporté le prix des Jeux floraux.
2007
Memoire fur les effets des courrans des rivieres
.
2012
Madrigal à la Baronne d'I . 2015
Triolets pour le mois de Septembre 2016
NouveauRouer à filer, & autres machines.2022
Enigmes. 2024
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , & c.
2026
Hiſtoire des révolutions de Perſe. 2028
Nouveau Voyage autour du monde , &C. 2031
Second Volume de l'Hiftoire de Polybe. 2045
Breviaire Romain noté , & c. ibid.
Hiſtoire des Papes du P. Pagi , & c . 2048
Prix donnez à l'Academie Françoiſe ,&c. 2053
Programme de l'Académie de Bordeaux. 2054
Mort de M. de Launay.
Avis donnez.
Chanfon & Vaudeville notez .
Spectacles . Jonathas , Tragedie.
L'Ambition , Ballet ,
Les Amours des Dieux , Ballet .
2055
2056
2058
2059
2065
Jaddus,Grand Prêtre des Juifs,Tragedie . 2070
2076
Dile
2150
Diſcours du Roi d'Angleterre.
Préparatifs pour le Couronnement.
Hollande & Pays Bas.
Morts &Mariages , Convois & Funerailles
2108
2111
2112
du Roi George I, 2113
France , nouvelles de la Cour , &c. 2116
Lettre ſur la Campagne des Galeres. 2119
Nouvelles du temps ,de Turquie & de Perſe.
2091
DeRuffie & de Pologne , Lettre du Comte
de Saxe. 2092
Allemagne , Italie , &c 2098
Grande Bretagne , Adreſſe des Quakers , &c.
2103
Benefices donnez , 2128
Morts , Naiſſances , Mariages , 2133
Ordonnance , 2140
Errata d'Août.
age 1776. ligne 14. Monthulon , lifezMa-
Palon P. 1880. 1. 24. nos 1. vos. P. 1916
1. 20. Tremeaux , 1. Trumeaux.
Fautes à corriger dans ce Livre.
ligne १. portez , lifez poſez.
P.1999. 1 13. que le , I que ce. P. 2011.
1. 4. perce 1. percent. Ibid. 1. 9. éblanlée. 1.
ébranlée. ibid. 1. 12. renferme , 1. referme. P.
2023. 1. 2. du bas obſtructives , 1. obſtructions .
P. 2024. 1. 11. à la , 1.de la. P. 2030. 1. 4. du
bas, la l. le.
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