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1727, 07
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
JUILLET.
17270
QUE
COLLIGIT
STARGIT
JR
Chez
A PARIS ,
( LA VEUVE CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVFLIER , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti,al . defcente
du Pont Neuf au coin de la rue de
Nevers , à la Croix d'Or.
M. D C C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi
A VIS.
L'A
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter & à ceux qui les envoyent
celui non - feulement de ne pas voir
paraître leurs Ouvrages ; mais même de
les. perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
>
Le prix eft de 30 , fols .
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU R Or
JUILLET.
1727 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE.
Sur la Colique.
Ruel bourreau de ma famille ,
C Tyran fougueux , Hydre inteſtin ;
Colique , inexorable fille
De la triſteſſe & du chagrin ;
Faut il qu'une innocente vie ,
Sans ceffe à ta rage affervie ,"
Succombe enfin fous ton effort ;
A ij Qu
1
1498 MERCURE DE FRANCE ,
Ou pour quelque affreux facrilege ,
Suis- je indigne du privilege
De mourir d'une feule mort ?
A peine je vis la lumiere ,
Que j'éprouvai tes traits perçans ;
Barbare , tu fus la premiere ,
Pour qui j'eus un corps & des fens.
A peine j'eus commencé d'être ,
Que la Parque me fit connoître
Les maux qui m'étoient deſtinez ;
Et ma fin qui fembloit prochaine
Montra de quels doigts l'Inhumaine
Filoir mes jours infortunez.
Impitoyables Eumenides ,
Dont la main fatale aux pervers ,
Va pourfuivre leurs parricides
Sur le Trône & dans les Deferts.
Au prix de ce Monftre funefte ,
Vos Serpens , la terreur d'Orefte ,
Rendoient fes regards affurez ;
Et les feux que vous allumâtes
Au
JUILLET 1727. 1499
Au fein des Turnus , des Amates ,
Caufoient des tranſports moderez.
52
Quel bras contre moi fe déploye
Quel Dieu s'arme contre mes jours ?
Mes flancs deviennent- ils la proye ,
Ou des Corbeaux , ou des Vautours >
Dans la douleur qui me poffede ,
Je ne trouve point de remede ,
Que les cris & le deſeſpoir ,
Et mettre un frein à leur licence ,
Eft tout ce que ma patience
Ofe entreprendre & croit pouvoir.
Acheve , homicide Furie ,
Pourfuis l'objet de ton courroux ;
Sur ce qui me reſte de vie ,
Epuife tes traits & tes coups.
Que ta dure perfeverance
Hâte enfin , pour ma délivrance ,
Le fatal cifeau d'Atropos ;
Mais , aprés des tourmens fans nombre ,
Daigne au moins refpecter mon Ombre ,
Ne viens plus troubler mon repos.
R. J. R. A iij
LET
1500 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure,
fur un Amphithéatre qui fe vois
dans le Gâtinois , accompagnée de quelques
Remarques Géographiques. Par
M. le Beuf, Chanoine & Sous - Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre .
Orfque les befoins de la fanté ou
d'autres fujets exigent de moi quelques
voyages , je fais enforte que la vifite
des lieux qui fe rencontrent fur ma route
puiffe être de quelque utilité à mes amis
ou au Public , perfuadé de ce qu'a dit
M. Guib , dont je viens de lire la vie
dans votre dernier Journal ; que lorfqu'on
voyage avec connoiffauce & goût , l'on
profite plus en chemin qu'en reftant dans
fon lieu : Qui fapienter peregrinatur , plus
proficit in via quàm in Patria.
Déterminé à aller paffer quelque temps
dans le Gâtinois , je tournai ma marche
du côté de la Riviere de Lou - ain , où j'avois
lû qu'il reste une Antiquité Romaine
affez confiderable. C'eft un Amphithéatre
qui paroît encore fuffifamment confervé
, malgré le grand nombre de fiecles
écoulez depuis fa conftruction , & où l'on.
remarque encore le lieu qu'on appelloit
PArene.
JUILLET. 1727. 1501
l'Arene. A Dieu ne plaiſe , que je fois de
ces gens qui s'attribuent des découvertes
que d'autres ont faites avant eux . Cer
Amphithéatre a dû toûjours être expofé
aux yeux des paffans , de - même que la
Colomne de Cuffi en Bourgogne ; mais
il n'y a guéres d'apparence qu'on y ait
pris garde de fort près : Il n'eft point fur
une route de carroffes ou d'autres voitures
publiques ; c'eft dans une campagne peu
frequentée fur le bord d'un chemin où il
ne paffe prefque que des gens de Riviere
ou quelques Marchands , qui attentifs à
d'autres chofes qu'aux Antiquitez , ont pû
prendre cet Edifice pour des reftes d'une
Tour qui auroit été d'une groffeur prodigieufe
: en un mot , c'eft à cinquante
pas du Canal de Briare , qui n'eft qu'un
paffage de Commerçans , & à quatre ou
cinq pas du chemin qui cotoye ce Canal
du côté de l'Occident : le grand chemin
de Paris à Lyon eft éloigné de là d'une
lieuë ou environ , aufli du côté du Couchant.
Avant que de vous faire la Deſcription
de ce refte d'Amphithéatre , je crois devoir
d'abord vous marquer ce que j'en ai
lû dans l'Hiftoire du Gâtinois , donnée
en 1630. par Dom Guillaume Morin ,
Prieur de l'Abbaye de Ferrieres , quoique
j'aye reconnu par experience qu'on ne peut
A iiij gueres
1502 MERCURE DE FRANCE.
gueres compter fur les faits avancez par
cet Auteur. Vous en jugerez par les Réflexions
que je fais fur ce lambeau de la
page 51. de fon Livre. Crenfant les Transhies
, dit-il , entre Montbuis & Montcriffon
fur le rivage de la Riviere de Loin,
en un lieu appellé Seviniere , furent trouvezfur
une Colline plufieurs veftiges &
vieux Bâtimens à la Romaine , avec les
ruines d'un Amphithéatre : & fouillant
plus bas furent trouvez dans un champ
des Pilaftres & quantité de vieux fondemens
, encore en ce champ fe trouva
un Lavoir à la Mosaïque & plufieurs
Médailles portant cette Infcription : Antoninus
Aug. Pius Conf.IIII . & d'autres
où étoit écrit autour : Ant . Imperator . End'autres
étoit l'Effigie d'une Imperatrice
avec cette Infcription , Fauftina Antonini
Imp. uxor. & plufieurs autres en fi grande
quantité, qu'un Fourbiſſeur nommé Courtois
les achepta à la livre. L'Hiftorien
parle des Pionniers qui firent les creusées
pour le lit du Canal de Briare vers l'an
1607. mais à confiderer l'éloignement
dont cet Amphithéatre eft de la ligne
prefque droite qu'on vouloit former pour
le Canal , il n'y a aucune apparence qu'il
fe foit trouvé fous les mains des Ouvriers .
D'ailleurs il est élevé fur une petite Colline
, & fes murs excedent encore à prefent
JUILLET. 1717. 1503
י
fent la fuperficie de la terre à la hauteur
de trois ou quatre toifes. Je lui accorderai
neanmoins les trouvailles qu'il dit
avoir été faites au - deffous , à l'exception
de la Légende des Médailles de l'Imperatrice
Fauftine , fur laquelle il y a apparence
qu'il s'étoit fié à la mémoire , ou
qu'il avoit mal lû . Le Pavé qu'il appelle
à la Mofaïque , n'eft pas à prefent tout
à - fait inconnu en ces quartiers -là ; puifque
l'an paffé on en découvrit à quatre
lieues plus bas du côté de Paris dans le
Village appellé Cepoy , proche Montargis
. Cette nouvelle parut fi extraordinaire
au Peuple qui n'en avoit jamais vû ,
que plufieurs des Habitans de Montargis
en emporterent des quartiers confiderables
dans leur Ville . Au refte il paroît
par ce qui fe lit dans la page fuivante ,
qu'on n'étoit pas fort difficile du temps.
de Guillaume Morin. Cet Hiftorien y
apporte la Harangue qu'il dit avoit été
faite à Henri IV . lorfqu'il arriva à Monttargis.
Elle roule fur ce que le Canal
auquel on travailloit pour joindre la Seine
avec la Loire , devoit former dans let
terrain du Roy la ligne tranfverfale de:
la lettre H. premiere lettre du nom d'Henry
, dont les deux Rivieres feroient comme
les lignes collaterales , & elle ajoûtoit
que pour augmentation de bonheur ,,
A v Mon
1504 MERCURE DE FRANCE .
Montargis fe trouvoit au milieu de cette
ligne tranfverfale . La fpiritualité de cette
rencontre qui pouvoit être placée ailleurs.
que dans une Harangue, ou être entierement
paffée fous filence , n'empêche point
qu'on ne foit redevable au Père Morin ,
d'avoir donné , quoique d'une maniere
très-imparfaite , la connoiffance de l'Amphithéatre
dont je vous parle & de plufieurs
autres particularitez du Gâtinois
& païs Senonois.
Une autre perfonne du même païs qui
avoit été fur les lieux exprès pour vifiter
cet Amphithéatre , en fit vingt ans
après un détail un peu plus circonſtancié
. Je fuis bien aife de rapporter auffi
les propres paroles de fa Lettre , afin que
vous jugiez des Traditions populaires
qui fe formoient touchant cet Amphithéatre.
Pour ct Amphithéatre , vous
fçaurez que c'est un lieu qui eft à une
lieue & demie de Châtillon fur Loin,
Paroiffe de Montbouy , qui fe nomme à
prefent le Château de Chenevielle . Vous
y voyez encore maintenant beaucoup de
vieilles mazures de Bâtimens à l'antique.
Les Habitans difent que cela a été bâti
du temps de Cefar. Vous y voyez le lieu
-où l'on faifoit battre les bêtes , le lieu où
étoient les Juges, fort élevé , lenrs Sieges :
le tout bâti dans la muraille & bâti fort
bien
JUILLET. 1727. 1505
bien de petites pierres quarrées , & Jans
mentir , vous diriez qu'on les a rabotées ,
tant elles font unies . Il est fait en ovale &
a bien foixante pieds de long & fix- vingt
en rondeur. Et pour affurance qu'il eft du
temps de Cefar , c'est qu'il a été trouvé
grande quantité de Monnoye fort épaiffe.
dans lesquelles l'on dit que l'image de
Cefar étoit gravée. Il y a plus de foixante
& dix ans que cette Lettre a été écrite
par un Religieux , qui , comme vous
voyez, n'y entendoit pas grande fineffe. 11
expofa feulement ce qu'on difoit dans le
pais. Je fais témoin qu'on y dit encore
les mêmes chofes aujourd'hui : mais il.
faut à prefent vous marquer ce qu'il y
a d'exactement vrai dans ce que portent
tes deux Relations .
Cette Antiquité eft veritablement dans
la Paroiffe de Montbouy , entre Montbouy
& Montcreffon , à une lieuë &
demie de Châtillon fur Lou - ain , fur le
penchant d'une petiteColline qui regarde
POrient , dans un lieu appellé aujourd'hui
communément Cheneviere , appartenant
au Seigneur de la Buffiere , autre
Paroiffe éloignée de quatre lieuës . Mais
la feconde Relation ne paroît pas s'exprimer
exactement fut les dimenſions de
l'Amphitheatre ; puiſqu'ayant fait le tour
de ce quart de cercle à l'exterieur , au-
A vi tant
1506 MERCURE DE FRANCE.
>
tant que les épines & les ronces permet
tent d'en approcher , c'eft à -dire , à trois
pas de diftance du mur , j'ay compté
cent foixante & neuf de mes pas , chaque
pas de la longueur de deux pieds
felon laquelle fupputation , en déduifant
à proportion de l'éloignement où j'étois ,
le contour exterieur,de cet Amphitheatre
peut être de trois cens pieds , ou environ.
Je remarquai que l'épaiffeur des
murs vers les bouts du quart de cercle
eft de cinq pieds , & que le mur diminue
en épaiffeur en approchant du milieu.
Cent cinquante perfonnes pouvoient
tenir à leur aife dans le premier
rang & dans les autres, qui vont en defcendant
& retréciffant , à proportion ;
ce qui étoit fuffifant pour contenir les
Notables du Païs qui n'étoit pas alors fi
peuplé qu'aujourd'hui. Quoique ces dégrez
inferieurs ne foient pas vifibles à
caufe de la terre & des décombren ans qui
les couvrent , on ne laiffe pas de l Appercevoir
fuffifamment à la faveur des fillons
que forme la charuë de ceux qui y
labourent. Tout au bas de l'endroit où
étoient les dernieres places , eft un creux
de figure à peu près ovale , dont les murs.
du côté de l'Amphitheatre ont trois toifes
de hauteur , ou environ , & du côté de
l'Orient ou du chemin où ils font à rezde
:
JUILLET. 1727 1507
de chauffée , ces murs ont encore environ
une toife & demi de profondeur. C'étoit
dans ce fond que fe donnoit le combat
des bêtes , c'étoient- là proprement les
Arenes , ainfi nommées à caule de l'Arene
ou fable dont on parfemoit la place pour la
facilité des combatans. Je me fuis fervi
du terme de quart de cercle pour donner
une notion exacte de la figure de cet Amphitheatre
; il n'y a en effet que le quart
d'un cercle qui foit bâti en rond : les deux
extrémitez du mur qui viennent aboutir
aux pointes de l'ovale des Arenes font en
lignes à peu près collaterales , & qui
forment chacune un Angle à l'endroit où
elles fe joignent au quart de cercle ; ce
qui n'empêche pas que cet édifice ne foit :
un veritable Amphitheatre , ou autrement
un double Theatre , felon l'expreffion
de Caffiodore : Amphitheatrum quass
in unum junta duo viforia. ( a )
Vous exigez , fans doute , Monfieur ,
que je vous marque fous quel Empereur
on peut croire qu'a été bâti cet Amphitheatre
: c'est ce qu'on ne peut dire fansvouloir
deviner. Quoique , felon Jules
Capitolin , le neveu d'Antonin , adopté
par lui dès fon fecond Confulat , ait aimé
( a ) Lib. 5. Ep. 42. Ce mot Viforium,quoique
de baffe Latinité, ne fe trouve pas dans le
Gloffaire de M. du Cange,
les
%
1508 MERCURE DE FRANCE
les combats des Athletes , lorfqu'il étoit
jeune , (a ) & qu'on ait trouvé un grand
nombre de Médailles d'Antonin le Pieux
dans le champ qui eft entre ce monument
& le cours du canal ; je n'en voudrois
pas conclure qu'il n'eut été bâti
que de fon temps , à moins qu'on ne
veuille dire que cet Empereur en auroit
fait conftruire en differents endroits de
l'Empire Romain pour l'année feculaire
de la fondation de Rome qui arriva de
fon vivant , & qui répondoit à l'an 147.
ou 148. de Notre Seigneur , felon les
differents calculs. C'étoit la fin du neuviéme
fiecle de la fondation de la Capitale
de l'Empire . Mais il eft difficile de
prouver qu'on ait donné à cette occafion
des jeux ou des Spectacles extraordinaires
dans l'étendue de l'Empire Romain ,
puifqu'on voit même qu'à la milliéme
année qui arriva fous le regne de Philip
pe , & qui fut plus célebre que toutes les
années feculaires précedentes , ces Spectacles
ne furent donnez qu'à Rome . Ceux
qui ont étudié plus que moi les Etymologies
locales pourront nous apprendre
pourquoi Montcreffon & Montbouy qui
(a ) Amavit Pugilantium luctamina ,
curfum aucupatus : & pila lufit apprime &
venatus eft. Ces deux derniers divertiffemens
font ceux de notre Pays.
ne
JUILLET.- 1727.
1509
ne font point fituez fur des Montagnes ,
portent cependant ce nom . Je puis dire
feulement à l'égard de Montbouy dont
l'Amphitheatre eft plus voifin que de
Montcreffon , que la derniere fyllabe
de fon nom vient du mot Boia , qui fignifioit
anciennement des Fers ou des
Chaînes felon Plaute & Feftus . Ce nom
étoit affez commun parmi ceux des
Bourgs , Villages ou Châteaux. Nous
avons prefque dans le centre de notre
Diocèle un lieu appellé Bouy , qui étoit
ainfi nommé au moins dès le troifiéme
fiecle , & qui fûrement fervoit alors de
prifons. Il reste encore dans un endroit
de ce Village de Bouy ces prifons fouterraines
, faites en forme de Galeries , trèsobfcures
& ténebreufes , dans lesquelles
on enfermoit les criminels , & peut- être
auffi à certaine diftance , les bêtes qu'on
deftinoit pour combattre avec eux . Le
lieu où elles font , s'appelle Côme , & a
été long-temps embelli d'un Château des
Comtes de Nevers , qui pouvoit avoir
été bâti fur les fondemens de l'édifice où
s'étoient donnez les Spectacles & autres
plaifirs du Paganifme , que le nom de
Côme défigne affez à ceux qui ont lû la
51. Lettre du quatriéme Livre de Caffio .
dore , & une Differtation qui a paru en
1720 .
7510 MERCURE DE FRANCE
1720. fur le Dieu Comus . ( a ) La Colline
de Côme & celle de Montbouy regardent
également l'Orient , de même quecelle
où étoient les Amphitheatres d'Autun
& de Lyon. Comme ces fortes de
Spectacles le donnoient le foir , il étoit
convenable que les Spectateurs fuffent
tournez vers l'Orient pour n'être pas offufquez
par la lumiere du Soleil couchant.
Au refte , je ne vous donne point
P'Amphitheatre de Montbouy comme
quelque chofe d'approchant de celui de
Nimes , ni même de celui de Doué en
Anjou , dont on voit la reprefentation
dans le Voyage Liturgique du fieur de
Moleon , imprimé en 1718. Au moins
Vous pouvez juger qu'il fubfifte en plus
grande partie que celui de Lyon , dont
le même Voyageur a reprefenté les foibles
veftiges après la page14 8. de fon Ouvrage .
(a ) On eft furpris en lifant cette Differtation
, imprimée à Paris avec le nom de l'Auteur
, qui eft un Avocat en Parlement , &
munie de l'Approbation d'un Cenfeur Royal,
qu'au bas de la page 58. où l'Auteur parle de
la brieveté de la vie , felon le Syftême, des
Payens , on voit une Note où il eft dit qu'il
femble que l'opinion d'un autre monde n'ait
pris faveur que du temps de Socrate , & qu'il
n'y en a aucun vefige dans l'Ecriture même.
Propofition également hardie & dangereufe.
(a)
JUILLET. 1727. 1511
(a) Il ne dépendroit que de vous , Mrs
d'inviter les Curieux de fe detourner un
peu de la grande route de Paris à Lyon
pour voir ces reftes d'Antiquité ; & fi la
noble paffion qu'infpire la curiofité ne
conduifoit point à certaines formalitez ni
à certaines dépenfes , je ne doute pas
qu'il n'y eût des perfonnes affez agiffantes
pour faire fouiller autour de cet Amphitheatre
, comme on a fait proche la
colomne de Cuffi , afin de s'affurer s'il
n'y auroit point là d'autres antiquitez du
Paganifme enfouies en terre.
Il reſteroit à examiner pour quoi cer
Amphitheatre eft dans une campagne
éloignée de toutes les grandes Villes anciennes
; car ni Montargis ni Chaſtillon
fur Lou - ain , entre lesquelles il eft fitué ,
ne font point des Villes d'une date bien
reculée , & qu'on puiffe dire avoir été
(a) Doué eft à quatre lieues de Saumur ›
vers l'Occident d'hiver. Son Amphitheatre
étoit encore entouré il y a cent ans d'un treillis
de fer autour de l'endroit des Arenes. On
affure que les Echevins le vendirent pour
payer une taxe de la Ville . Avant ce temps - là
on fe fervoit encore de cet Amphitheatre
pour reprefenter quelques Points de l'Hiftoire
Sainte , & on accouroit même d'Angers à
ces fortes de reprefentations . On prétend dans
le Pays que cet Ouvrage , taillé dans le roc,
fut fait par uhe Colonie de Soldats que Jules-
Cefar y employa
dee
112 MERCURE DE FRANCE
des Citez Romaines . Il n'y a que Gien
dans ces quartiers- là qui paffe pour être
de la premiere Antiquité , & que plufieurs
prennent pour le Genabum de
Cefar ; mais cette derniere Ville eft éloignée
de cinq ou fix lieuës de cet Amphitheatre.
On peut dire abfolument qu'il
y auroit eu dans les environs quelque
Ville qui a été depuis entierement détruite
, ou qui fe trouve reduite à un
fimple Bourg : felon cette opinion je ne
jetterois point la vie fur d'autre Bourg que
fur celui de Noyen qu'on affure avoir été
originairement appellé Noviodunum , qui
n'eft éloigné de l'Amphitheatre que d'une
lieuë , & où la pierre eft plus commune
, auffi -bien qu'à Montcreffon , que
dans le reste du Senonois ou haut Gâtinois
, dont le terrain ne fournit prefque
que du caillou.
Il paroît que chacune des Villes qui
étoient autrefois fous la domination des
Romains , avoit fes Arenes : on en trouve
appellées indifferemment ou Arena , ou
locus Arenarum , ou Caftrum Arenarum ,
ou bien Campus Arenarum. Il en eft fait
fi fouvent mention dans les Hiftoires
ou vieux Titres , que la confequence peut
être tirée fans témerité à l'égard de celles
dont on ne trouve point de vestiges
pourvû que ce foient des Villes anciennes.
JUILLET. 1727 . 1513
nes. Outre les Arenes de Verone , nommées
dans les écrits de Rathier , Evêque
de cette Ville , & celles de Tréves dont
il eft fait mention dans Aimoin , on
trouve differens enfeignemens fur celles
de plufieurs Villes du Royaume. Les
Arenes de Perigueux font nommées dans
la Chronique des Evêques de ce lieu à
l'an 1157. celles de Marfeille dans une
Charte de l'an 1152. Celles de Paris
étoient à l'endroit qui fait face à l'Abbaye
de Saint Victor , du côté de l'Occident
, felon un Acte de l'an 1284. cité
dans l'Hiftoire de l'Univerfité. Elles regardoient
par conféquent l'Orient. Marlot
parle amplement du Mont des Arenes
, proche Reims , dans fon Hiſtoire
de cette Metropole. La Coutume de
Bourges nous apprend auffi qu'il y a cû
des Arenes proche cette Ville. Les Arenes
de Metz fe trouvent défignées dans
des Titres du onzième fiecle . Certains
Mémoires de vers l'an 1450. que j'ai
entre mes mains , énoncent pareillement
un Champ des Arenes , à un quart de lieüe
d'ici , fur la route de Paris ; mais il n'y
refte aujourd'hui nul veftige d'Amphitheatre
ni d'aucun édifice. Il eft à croire
qu'il en a été de ces Monumens comme
de quantité de murs des anciennes.
Citez dont on ne voit aucune marque
hors
1514 MERCURE DE FRANCE
hors de la terre , parce qu'ils ont été détruits
comme incommodes , ou afin qu'on
en put employer les materiaux à conſtruire
de nouvelles enceintes de Villes .
Quelques Geographes pourroient être
furpris de ce que je me fuis fervi ici de
fix Lettres pour défigner la riviere fur
le bord de laquelle eft l'Amphitheatre de
Montbouy ; & de ce qu'au lieu d'écrive
Loin comme le commun , j'ai écrit d'une
maniere plus étendue , Louain : mais
je prétends être legitimement fondé fur
P'Etymologie de tous les noms de Rivieres
, finiffant en ain , parce que cette
terminaiſon vient fûrement du latin Amnis
& ainfi elle ne fait point partie des
noms particuliers de chaque Riviere
n'en étant que le nom general. L'Hiſtorien
du Gâtinois a écrit Louain avant
moi , & il feroit à fouhaitter qu'il eut
toujours été auffi exact à tranfmettre les
Etymologies des noms propres par une
ortographe conforme aux Titres primor
diaux : mais fans me fonder fur fon exemple
, je puis dire que j'ai vû de très - anciens
Titres qui nomment cette Riviere
fimplement Lupa , duquel mot a été formée
la fyllabe Lou . C'eft conformément
à cette origine que le Pont qui eft fur
cette Riviere , au bas de Moret , proche
Fontainebleau , s'appelle Pont -Lou . Selon
JUILLET. 1727. 1515
lon ce Systême Etymologique , la Riviere
d'Ozain qui paffe dans le Diocèle de
Troyes eft appellée régulierement Oza
amnis , & un Prieuré qui eft fitué fur
cette Riviere porte le nom de Chapelle
fur Oze , en ne retenant que le nom radical
d'Oze , comme celui de Lou à Pont-
Lou. Je pourrois alléguer piufieurs autres
exemples de petites Rivieres de notre
voifinage qui font dans le même cas . Telle
eft celle de Coufain , qui prend fa fource
proche Avallon , & que les Titres Latins
appellent fimplement Cufa, celle de Noain
qui fe jette dans la Loire à Cône , dont
le nom eft Noda , ou Noa. Les Rivieres
d'Aubetain , Morain & Terain , auffibien.
que celles d'Orpain & d'Ornain en
Champagne , font nommées felon ces
principes , par ceux qui font exacts , Albeta-
Amnis , Mucra- Amnis , Tara - Amnis
, Odoana- Amnis , Urba- Amnis . Et
il eft fi veritable que la terminaiſon en
ain , lorfqu'il s'agit de Riviere , vient du
Latin Amnis ; qu'une petite Ville qui eſt
à dix lieues d'ici , ne s'appelle Entrains
en François , que parce que
dans les premiers
temps , lorfque le Latin étoit la
Langue vulgaire , on l'appella Inter- Amconformément
à fa fituation.
nes ,
Je fuis , & c .
A Auxerre , le 7. Mars 1727.
EGLOGUE
1416 MERCURE DE FRANCE .
XXXXX:XX XX XXXXXX
EGLOGUE.
Prefentée par M. V ... à Madame
la Marquise de S ....
Licidas & Tircis.
Licidas.
Ue cherches -tu ; Tircis , fur ces Rives
Que
fleuries?
Tircis .
Laiffe-moi , Licidas , rêver dans ces Prairies.
Licidas.
Quoi tu me fuis encor , où porte- tu tes pas ,
As- tu quelque fecret pour ton cher Licidas ?
Ah je vois le deffein qui dans ces lieux t'amene
,
C'est l'amour & tu viens rêver à Celimene ;
Quel plaifir, quel bonheur d'aimer & d'être
aimé !
De tes foins affidus fon tendre coeur charmé ,
Souvent de ces tranfports ne peut être le
maître ;
Son amour eft extrême, & je l'ai dû connoître.
Un jour je l'apperçûs au pié de ce Côteau ;
C'en
JUILLET. 1727. 1577
C'en eft fait , difoit - elle , allez mon cher
Troupeau ,
Que le Loup affamé , par un trifte carnage ,
M'enleve mes Brebis , je mépriſe ſa rage ,
Dans mon heureux état je ne crains plus les
Loups ,
Je m'abandonne enfin aux tranſports les plus
doux .
Tircis ; le fier Tircis eft touché de mes charmes
,
A mes foibles attraits il a rendu les armes ,
Vallon, Forêt, je fuis au comble de mes voeux.
Voilà ce que j'appris , Tircis eft trop heureux.
Tircis.
Que dis- tu , Licidas , j'aimerois Celimene !
Non, non , cette Bergere eft l'objet de ma
haine ;
L'ingrate m'abandonne , elle ne m'aime plus ,
Et j'étouffe à la fin des foupirs fuperflus.
Mais apprens le projet qui dans ces lieux m'attire
;
Si je pouvois répondre au zele qui m'infpire ,
Je voudrois d'Apollon implorer le ſecours ,
Licidas.
Seroit- ce pour chanter de nouvelles amours ?
Dis- moi , de grace , à quoi ta verve fe deftine,
Apprens
A
1518 MERCURE DE FRANCE.
Tircis .
Apprens donc ce fecret , tu connois bien
Pauline ,
Son pere, du Hameau fit jadis le bonheur ,
ri fçut du Grand Loüis meriter la faveur.
Licidas.
Quoi ! fi je la connoîs , cher Tircis , quelles
graces !
L'on croit voir les Amours voltiger fur fes ',
traces,
Tircis .
Je venois l'autre jour conduifant mon Troupeau
,
Je rencontrai Pauline auprès de ce Ruiffeau ;
Qui l'auroit crû , grands Dieux ! elle étoit
atentive
A ramaffer les fleurs qui bordent cette Rive ;
J'approche, elle daigna me prefenter ces fleurs .
Berger , aurois - je dû m'attendre à ces faveurs ?
Licidas.
Que ne lui montres- tu quelque reconnoiffance,
Et qui peut t'arrêter ?
Tircis.
Ma jufte défiance.
* M. le Comte de G .... Lieutenant Gene
tal en Provence.
Je
JUILLET. 1727 . 1519
Je voudrois la loüer , mais ma timidité
Vient m'offrir fon courroux , par mes Vers
excité ;
Ah je ne fçai que trop qu'elle fuit la loüange ;
Je ne tenterai pas …………..
Licidas.
Ton foupçon eft étrange ,
Tu voudrois la loüer , & tu crains qu'un mépris
De ta témerité ne fût bientôt le prix !
Qu'elle ait moins de vertu , qu'elle fache
moins plaire,
Tircis , ou qu'elle fouffre un Eloge fincere.
Ofe ,que tardes- tu ; doit- elle s'irriter
D'un tribut que fans ceffe elle ſçait mériter ?
Tircis.
Ami , fi j'écoutois le zele qui m'anime ,
Mes foibles Vers pourroient me ravir fon
eftime :
Elle fçait décider du mérite des Vers ,
Pauline joint l'efprit à ſes charmes divers.
Si le Ciel qui forma cet affemblage rare ,
Se fût en ma faveur déclaré moins avare ,
S'il m'eut , comme à Pauline , ouvert tous fes
tréfors ,
Je verrois le fuccés répondre à mes efforts.
B Que
1520 MERCURE DE FRANCE .
Que dis-je ? c'eft en vain que je voi ma foibleffe
,
Je ne puis réfiſter à l'ardeur qui me preffe .
L'adorable Pauline , ornement de ces lieux ,
Semble feule ignorer le pouvoir de fes yeux.
Les graces
& l'efprit brillent dans fa famille ;
Licidas , tu connois Dorimene fa fille ; *
Quel coeur peut réfifter à ſes puiffans attraits ?
L'Amour dans fes beaux yeux a dépofé fes
traits.
Fiere,mais fans orgueil, dans fa tendre jeuneſſe
Elle montre toûjours une mure ſageſſe.
Vous qui pour plaire enfin femblez vous exa
citer ,
Belles , pour réüffir vous devez l'imiter.
Licidas.
Loüons dans un feul Vers tous fes appas en
femble ,
La fille de Pauline , à Pauline reffemble.
Tircis.
C'eſt affez , & la nuit nous chaffe de ce lieu ,
Ramenons nos Troupeaux :
1
Licidas.
Mon cher Tircis , adieu .
Madame la Marquise de C ....
HISJUILLET.
1727. 1521
KMMMMMMM WXXXXXXXXX
HISTORIETTE.
Ans doute la beauté a de puiffans charmes
pour infpirer de l'amour ;
mais elle ne fuffit pas toûjours pour toucher
un coeur délicat . Il faut qu'elle foit
foutenue par la douceur de l'efprit &
de l'humeur , par la complaifance & la
politeffe. Une Beauté fiere & fans efprit ,
non feulement ne fait prefque jamais un
bon ufage des agrémens de fa perfonne ,
mais elle excite le dégoût & le mépris.
Une jeune perfonne nommée Belife
fe feroit épargné de grands chagrins , fi
elle s'étoit appliquée avec autant de foin
à fe rendre aimable , qu'il fembloit que .
la Nature en eût pris de lui prodiguer
fes dons les plus précieux. Elle avoit toute
la vivacité & tout le brillant qu'on
peut fouhaiter dans un beau vifage ; fes
yeux étoient vifs , fon nez bien fait , fa
bouche petite & tous les traits fort réguliers
; mais tous ces avantages lui
avoient donné un orgueil infupportable ;
elle y étoit entretenue par une mere , qui
n'ayant point de naiffance , avoit fait une
fortune confiderable en fe mariant. C'étoit
une femme imperieufe & altiere , qui
Bij avoit
#522 MERCURE DE FRANCE .
avoit abfolument ceffé de fe connoître
en changeant d'état. La profperité ne
manque gueres d'aveugler les gens de peu
de naiffance ; ils ne font occupez que de
ce qu'ils font , & ne détournent jamais la
vûë fur ce qu'ils ont été.
Cette mere , telle qu'on vient de la dépeindre,
avoit des adorations pour fa fille,
& la croyoit d'autant plus parfaite , qu'elle
remarquoit que fa fille l'avoit parfaite
ment bien copiée dans fes manieres & fes
airs impertinens. Elle lui trouvoit un mérite
au- deffus de tout, & elles comptoient toutes
deux fur les plus illuftres conquêtes.Sur
ce fondement il n'y avoit point de parti,
quelque relevé qu'il pût être , auquel la
Damoifelle ne pût prétendre , & les affurances
que fon Miroir lui donnoit de fa
beauté , fe joignant à la fotte vanité que
lui permettoit fa mere , il ne faut pas
s'étonner
fi la tête
lui tourna
, & fi un excès
de présomption
lui
fit regarder
les
premiers
hommages
qu'on
lui rendit
comime
des
chofes
qui
lui étoient
abfolument
dûës
& qu'elle
recevoit
comme
par grace
.
Elle
avoit
une
cadette
qui n'en
recevoit
que
du mépris
, parce
que
bien
loin
de vouloir
l'imiter
dans
fes airs
, elle
fe
mocquoit
de fon
ridicule
entêtement
à fe
croire
fans
deffaut
, & lui reprochoit
fes
hauteurs
qui
ne pouvoient
être
propres
qu'à
JUILLET. 1727. 1523
qu'à rebuter ceux qu'elle penfoit éblouir.
Comme la mere n'avoit jamais eu des
yeux que pour l'aînée , qu'elle s'étoit attachée
à former felon fon goût , heureufement
pour cette cadette elle l'avoit négligée
; & l'abandonnant à elle - même
elle l'avoit laiffé profiter d'un bon naturel
, qui feul lui avoit fait éviter avec
grand foin tout ce qui lui paroiffoit condamnable
dans fa foeur . Elle avoit deux
ans moins qu'elle; & quoique jolie & fort
aimable , elle lui cedoit l'avantage de la
beauté & des agrémens perfonnels ; mais
fi ces traits étoient moins picquans ,
elle avoit en récompenfe toute la raifon
qu'on peut ſouhaiter dans une jeune
perfonne. Elle avoit l'humeur douce &
toûjours égale , polie & prévenante autant
que la bienféance le permettoit , & rien
ne lui faifoit un plus grand plaifir que
de s'appercevoir qu'on fut content d'elle .
Belife & fa foeur Leonor , étant d'une
âge à mériter qu'on leur fit la cour , elles
s'attirerent beaucoup de foupirans . Les
premiers voeux alloient à l'aînée , qui les
recevant d'un air de dédain & du haut
de fon mérite , croyoit faire grace de
fouffrir qu'on lui applaudît fur fes belles
qualitez. Leonor avoit une conduite toute
oppofée. Elle répondoit obligeamment
aux honnêtetez qu'on lui faifoit ; & ne
B iij difant
1524 MERCURE DE FRANCE.
difant rien qu'avec efprit , elle y mêloit
toûjours tant de modeftie, qu'avec le coeur
elle gagnoit l'eftime de tout le monde.
C'étoit pour fa foeur un fujet de jaloufie.
Elle fouffroit avec peine qu'on jettât
les yeux fur elle , & traitoit de mauvais
goût ceux qui lui difoient quelque
chole de flateur. Quand ils revenoient
à Belife , elle les payoit d'un certain fourire
amer , qui leur marquoit qu'elle les
croyoit indignes de lui offrir des hommages
déja offerts à fa cadette. Le dépit
qu'elle en avoit augmentoit fa fierté , &
la rendoit fouvent fi inſupportable , que
cela caufoit la défertion de quelques uns de
fes Amans. Alors elle fe croyoit bien
vangée en feignant de ne s'en pas mettre
en peine , & en difant qu'elle ne perdoit
jamais que ce qui ne méritoit pas
qu'on prît foin de garder.
Cependant comme perfonne ne lui en
contoit qui ne fit paroître en même- temps
quelque eftime pour fa foeur , elle conçut
pour la cadette une averfion qu'on ne ſçauroit
exprimer. La mere entra dans fes fentimens
, & la pauvre Leonor devinant
aifément ce qui la faifoit haïr , ne ſe
montroit que le moins qu'elle pouvoit
pour éviter des mortifications ; elle fe
retiroit dans fa chambre & elle alloit chez
une Dame de ſes voifines , qui fçachant
ce
JUILLET. 1727. 1525
Ce qu'elle avoit à fouffrir , tâchoit de la
confoler par les marques d'une veritable
amitié. Sa foeur qui vouloit regner feule ,
voyoit avec joye qu'elle allât chez cette
Dame , & fa mere ravie de lui plaire en
toutes chofes , ne manquoit pas de l'y
envoyer fouvent.
Les choſes en cet état , un jeune Marquis
fort bien fait fe laiffa toucher
de la beauté de l'aînée . Il donnoit
dans les grands airs , & fe faifoit diſtinguer
par fon équipage & par fon train.
Son caractere ayant du rapport avec celui
de Belife , elle eut pour lui des égards
particuliers , & fe contraignit à s'humanifer
d'abord , pour ne pas l'effaroucher ;
mais lorsqu'après deux mois d'affiduitez ,
elle le vit bien engagé , elle rentra dans
fon naturel , il n'y eut point de bizarres
traitemens & point de caprices qu'elle
ne lui fit effuyer. Il fe brouilloit affez
fouvent avec elle ; mais fi fon reffentiment
le faifoit quelquefois éclater . en
plaintes elle fçavoit fi bien le réduire
, qu'il devenoit plus foumis qu'auparavant.
>
Il ne laiffoit pas cependant de faire
connoître que les hauteurs de la Damoiſelle
ne pouvoient l'accommoder ; &
trouvant l'occafion de parler à Leonor ,
il ne pouvoit lui donner affez de loüan-
Biiij ges
1526 MERCURE DE FRANCE .
ges fur fes manieres douces & unies qu'il
fouhaitoit à fa four , fans lefquelles il
étoit perfuadé qu'elle ne pourroit le rendre
heureux . Cette ouverture de coeur qu'il
eut avec elle , le conduifit infenfiblement
à lui faire entendre , que fi elle fe lentoit
difpofée à l'écouter , il n'auroit aucune
peine à la preferer à fon aînée. Leonor
rejetta cette propofition comme injurieufe
, par la trahifon qu'elle feroit ; & prepant
enfuite les interêts de fa foeur , après
avoir exageré les avantages que Belife
avoit fur elle du côté de la beauté , elle
adoucit adroitement tous les deffauts dont
il fe plaignoit , l'affurant que fa foeur ne
feroit pas plutôt mariée , que n'ayant plus
que fon feul devoir en vûë , elle ne chercheroit
qu'à lui plaire , & qu'elle feroit
très -docile fur tout ce que fa tendreſſe
l'engageroit à lui prefcrire. Un procedé fi
plein de fageffe & de bonté , charma le
Marquis. Ce foin d'excufer fa foeur le
convainquit de la beauté de l'ame de cette
jeune perfonne , & il en fut fi touché ,
que fans lui faire une plus ample décla
ration , il la pria feulement de ne ſe pas
oppofer à l'efperance qu'il pourroit avoir,
s'il venoit à bout de mettre les chofes
dans un état qui lui permît de répondre
à fon amour. Leonor le pria tout de nouveau
de ne point fonger à elle ; & en lui
marquant
JUILLET 1727 .
1527
marquant beaucoup de reconnoiffance
pour les fentimens qu'il lui témoignoit
elle ajoûta que fi elle y répondoit , il en
coûteroit trop cher à l'un & à l'autre .
Le Marquis ne voulut pas l'en croire , &
les attentions qu'il eut enfuite pour elle
ayant choqué Belife , elle fit éprouver
plus d'un mauvais traitement à fa foeur ,
& même jufqu'à lui dire qu'elle ne la
croyoit pas affez fotte pour ofer s'imaginer
qu'on pût la trouver aimable où elle
feroit. Leonor répondit avec cet air
de douceur qui faifoit fon caractere ,
qu'elle fçavoit fe rendre juſtice , & qu'elle
fe connoiffoit affez peu de merite pour
s'infatuer d'élevation ni de grandeur , &
que s'il lui arrivoit jamais quelque fortune
, elle lui viendroit fans qu'elle eûr
pris ſoin de la mandier. Son attention
à ne donner aucun fujet de plainte à fa
foeur , ne guérit point fon inquiétude . Il
eft vrai que le Marquis contribuoit à l'entretenir
, il ne voyoit jamais Leonor qu'il
ne lui dît quelque politeffe , & en lui
lant , il avoit des yeux fi vifs , que l'amour
y étoit peint. Belife & fa mere lui en firent
des reproches ; il s'en deffendit , en
leur difant, qu'il croyoit leur faire plaifir:
en marquant de l'eftime pour une perfonne
qui les touchoit de fi près . On
l'auroit difpenfé d'en tant marquer ; mais.
By quel
par1528
MERCURE DE FRANCE
quelque effort qu'il fit pour ſe contrain
dre , il lui échapoit toujours quelque
chofe qui découvroit ce qu'il vouloit cacher.
Belife en prit d'autant plus d'allarmes
, que malgré fes complaifances plus
fortes qu'à l'ordinaire , elle reconnut que
le Marquis n'avoit plus pour elle une ardeur
fi empreffée .
Ce fut alors que la mere qui fentoit
fort vivement tout ce qui bleffoit la vanité
de fa fille aînée , mit tout en uſage
pour lui épargner l'affront qu'elle appréhendoit
. Elle fit à fa cadette de rigoureufes
deffenfes d'avoir aucun entretien
avec le Marquis ; & pour lui en ôter les
moyens , dès qu'il entroit , elle avoit
quelque ordre à donner qui la faifoit difparoître
; & s'il lui arrivoit d'en écouter
quelque compliment en paffant , elle
étoit fûre d'être grondée à l'excès. On
l'accufoit de tous les deffauts qui peuvent
rendre une Demoifelle méprifable , nonfeulement
on lui difoit qu'elle avoit tort
de prétendre qu'un homme d'efprit & de
qualité put jamais avoir pour elle aucuns
fentimens favorables , mais qu'elle ne devoit
pas même le flatter de pouvoir faire
la moindre conquête.
Après que cette aimable perfonne eut
écouté plufieurs fois toutes ces choſes
fans répondre un feul mot , indignée enfin
JUILLET. 1727. 1529
fin de l'injuftice de fa mere & de fa foeur ,
elle ne put s'empêcher de leur dire que
fi on vouloit lui laiffer la liberté de recevoir
les voeux du Marquis , elle étoit
fûre qu'il feroit fon bonheur de l'époufer ,
& que fon aînée , toute parfaite qu'elle
étoit , pourroit avoir de la peine à l'obliger
de conclure . Cette prédiction redoubla
l'averfion qu'on avoit pour elle ;
fa foeur feignit de n'en faire nul cas ,
mais elle ne laiffa pas d'en profiter . Elle
tâcha de s'accommoder à l'humeur du
Marquis , en diminuant beaucoup de fa
fierté. Ce changement lui eut donné de
la joye , s'il fut arrivé moins tard ; mais
il remarqua qu'on éloignoit Leonor , &
il fouffroit de ne la point voir. C'étoit
inutilement , puifqu'elle avoit engagé fon
coeur.
En ce temps -là , un Gentilhomme d'un
très - grand merite , ami de la Dame chez
laquelle on a dit que Leonor étoit fouvent
envoyée par ordre de fa mere , avoit
pris plaifir d'entretenir cette aimable
fille ; & à force d'approfondir fes fentimens
, il avoit été charmé de la moderation
avec laquelle elle s'exprimoit quand
on lui parloit des injuftices qu'on lui faifoit
dans fa famille . Cette fage retenüe
& l'égalité de fon humeur lui avoient fait
concevoir beaucoup d'eftime pour elle ,
B vj
&
1530 MERCURE DE FRANCE
& l'amour étoit né de cette eftime. H
s'en étoit expliqué , & la jeune perſonne
n'avoit pû fe garentir d'y être fenfible.
La Dame qui le faifoit un fort grand
plaifir de contribuer à la fortune de la
Demoiſelle avoit reçû le fecret des .
deux Amans , & il s'agiffoit de les favorifer
dans leurs projets . La choſe étoit
affez difficile. Il falloit tromper la mere
& la foeur de Leonor , qui la haïffoient -
affez pour renverfer tout ce qu'elles auroient
crû qui eut dû lui être avantageux..
Ils raifonnerent long - temps tous trois
& après divers moyens propofés , on prit
des mefures pour le perfonnage que chacun
devoit jouer..
Le Gentilhomme étoit d'un de ces caracteres
, dont l'air uni & fimple a toujours
déplû aux fieres & aux coquettes.-
Quoiqu'il fut fort riche & peu attaché
au bien , il ne s'étoit jamais diftingué ni
par ſes habits ni par fon train. Son plaifir
le plus fenfible étoit celui de donner ,
il n'avoit nul gout pour les folles dépenfes.
Il étoit d'une Province éloignée &
d'une Nobleffe des plus anciennes ; mais
comme c'étoit un avantage qu'il devoir
à fes Ancêtres , il ne s'en eftimoit pas
davantage ; il fe piquoit feulement d'avoir
l'efprit droit & le coeur genereux.
Comme il étoit propre à prendre tous .
les
JUILLET. 11772277.. 1537
י
fes caracteres qu'il vouloit , il fut arrêté
que lorfque la mere & la foeur de fa maî
treffe viendroient chez la Dame , on le
feroit avertir , & qu'il agiroit comme il
avoit été convenu entr'eux . Il s'en acquita
admirablement en fe montrant charmé
de l'aînée , & lui demandant la permiffion
de la voir chez elle. Cet empreffe
ment pouvant être pris pour un commencement
de conquête , Belife en fentit
fa gloire flattée , & confentit à le rece
voir. Il lui rendit vifite dès le lendemain ,
& il continua de le faire quelque - temps
avec affez d'affiduité. Il ne lui laiffoit
prefque pas tomber la vue fur fa cadette ,
& bien fouvent elle ne fe montroit point.
Les tranfports d'amour qu'il affecta de
faire paroître à fa foeur d'une maniere
affez dégoûtante , fut regardée comme
les égaremens d'un Provincial qui ne
fçavoit pas le monde. Elle lui trouva l'air
bas , & le peu d'efprit & de difcernement
qu'il feignit d'avoir fur bien des
chofes , lui donna pour lui les fentimens
qu'il avoit envie de lui infpirer.
Elle en parloit devant fa cadette avec
un mépris extraordinaire , ce qui fit dire
' un jour à la mere qu'il falloit le marier
avec Leonor , & que l'affortiment feroit
parfait . Leonor répondit d'un ton dédaigneux
& réfolu , que ce qui n'étoit pas .
boa
1432 MERCURE DE FRANCE
bon pour fa foeur , n'étoit pas meilleur
pour elle , & qu'il fuffifoit que l'on eut
mis fi bon ordre pour l'empêcher de fe
faire aimer du Marquis . Cette réponſe
fut traitée d'impertinente , & l'on n'oublia
rien de ce qui pouvoit lui faire fentir
que fon peu de merite ne pouvoit lui
faire efperer aucune fortune..
>
Les chofes en cet état , la Dame voifine
vint jouer fon rôle. Elle prit la mere
en particulier , pour lui déclarer que
le Gentilhomme étant devenu éperdument
amoureux de fon aînée l'avoit
priée de lui venir propofer un mariage.
La mere ne voulut rien écouter de plus .
Elle lui dit auffi - tôt qu'étant perfuadée
de fon amitié , elle croyoit qu'elle ne
s'étoit chargée de cette propofition qu'en
cédant aux importunitez du Provincial
& qu'elle la croyoit trop dans fes intêrets
, pour lui confeiller de donner à un
homme tel que lui , une fille auffi aimable
& auffi parfaite que fon aînée . Elle
la pria cependant de lui accorder juſqu'au
lendemain pour la réponſe qu'il
lui falloit faire . La raifon de ce délai
vint de la penſée qui lui vint de le marier
avec fa cadette . Deux chofes la portoient
à le fouhaitter ; l'une , que la
haïffant , & croyant le Gentilhomme un
parti fort peu confiderable , elle étoit
.
bienJUILLET.
1727. 1533
bien- aiſe de lui donner le chagrin de le
voir dans un état bien inferieur à celui où
elle efperoit mettre fon aînée ; & l'autre ,
que l'ôtant entierement au Marquis ,
qu'elle foupçonnoit avoir du goût pour
elle , il devoit plus ailément le rendre au
point où elle vouloit le conduire . Elle
en confera avec Belife , qui applaudit
fans hésiter à ce projet , dans lequel
tous fes defirs étoient flattés ; enforte
qu'il ne fut plus queftion que d'en hâter
le fuccès. La mere pria la Dame de bien
faire entendre au Gentilhomme qu'on
étoit bien fâché de ne pouvoir répondre
à fes empreffemens ; que l'engagement
que l'on avoit avec le Marquis en étoit
la feule caufe ; mais que pour lui témoigner
combien on faifoit de cas de fon
alliance , on étoit prêt de lui donner
Leonor . La Dame feignit de craindre de
ne pouvoir réuffir à ce changement , promettant
cependant de s'y employer avec
chaleur. A l'égard de fon bien , cette Dame
ajoûta qu'elle lui connoiffoit une Terre
en Province , qui pouvoit le faire vivre
à fon aife. La mere qui fe laiff it conduire
par fa paffion , paffion , lui dit qu'elle fit le
mariage , & que pourvû qu'il la débaraffât
de fa cadette , il auroit affez de
bien.
Il eft aifé de s'imaginer le tour que la
chofe
1534 MERCURE DE FRANCE
choſe prit . On fit des façons ; le Gentil
homme feignit une grande peine de renoncer
à l'aînée ; & enfin , par l'attachement
qu'il avoit pour la famille , il

fe réfolut à faire ce qu'on vouloit. La
Comedie fut jouée entière comme on l'avoit
projetté , mais il n'y eut point de
meilleure fcene que celle de Leonor . Elle
fit . voir un chagrin inconcevable , qui
fembloit être le triomphe de Belife ; & en
feignant de réfilter à fa mere qui lui
commandoit abfolument & avec autorité
d'époufer le Gentilhomme , ou d'entrer
dans un Convent , elle pouffa l'artince
jufqu'aux larmes . Elle demandoit
qu'on laiffat le Marquis libre dans fon
choix , & promettoit qu'après qu'il au
roit époulé la foeur , fi elle pouvoit l'y
engager , elle épouferoit fans peine le
Gentilhomme . C'étoit affez en dire , pour
faire réiterer le commandement avec les
plus terribles menaces. Sa préfomption:
qui bleffoit Belife jufqu'au vif , étoit un
crime qui ne pouvoit être pardonné. Pendant
que la mere s'emportoit avec fureur
contre Leonor , la Dame voifine étoit du:
même parti . Elle difoit que jamais on
n'avoit vû de filles bien nées , défobéir
à leurs parens qui connoiffoient mieux
que perfonne ce qui leur étoit avantageux
qu'après tout , elle n'avoit que
le:
JUILLET. 1727. 153
fé Convent à choifir ; & qu'on y fouffroit
toute la vie quand on n'avoit point
de vocation .
La neceffité du choix parut faire effet ,
& après quantité de petites fcenes plaifantes
& une réſiſtance de trois jours
qui fit encore plus fouhaitter la chofe
elle dit enfin comme par défefpoir qu'on
la facrifiât donc , puiſqu'on en avoit tant
d'envie , & qu'elle figneroit tout.
On ne perdit point de temps , on fir
dreffer le Contract ; & comme on ne
vouloit pas que le Marquis fut inftruit
de ce mariage , tout fe paffa chez la
Dame dans une maifon qu'elle avoit à
la campagne . On s'y rendit fous prétexte
d'aller prendre l'air pendant quelques
jours , & tout fut conduit avec une adreffe
admirable. Leonor faifoit toujours paroître
le plus noir chagrin , & marquoit
fa contrainte pour le mieux déguifer
quand le Gentilhomme approchoit d'elle.
C'étoit une leçon qu'on lui avoit donnée
, par la crainte où l'on étoit
que fa méchante humeur ne le dégoutât.
Le mariage fe fit , & la nouvelle mariée
déclara d'abord après , que puiſque
-c'étoit une affaire faite , elle alloit tâcher
de fe rendre heureufe . On retourna
à Paris , & le Marquis fut fort furpris
1536 MERCURE DE FRANCE
pris en apprenant ce qui venoit de fe
paffer. I reprocha avec quelque émotion
à Belife le fecret qu'on lui en avoit
fait , & de fon côté elle s'échapa à de
froides railleries fur l'intêret qu'il fembloit
y prendre. Cela mit entr'eux de
la brouillerie , & par les manieres du
Marquis , elle eut lieu d'en appréhender
les fuites ; mais ce ne fut pas fon plus
grand chagrin .
>
Le Gentilhomme qui étoit encore de
meilleure Maifon que le Marquis , & qui
avoit plus de 25000. livres de rente ,
voulant obliger fa femme , & la vanger
des mépris qu'on avoit eu pour elle
commença à faire une dépenfe proportionnée
à fon bien & à fa qualité ; on
vit prefque tout d'un coup , habits magnifiques
, bijoux de prix , Maiſon richement
meublée , Caroffe magnifique
grand nombre de domeftiques. La mere
étonnée , demanda ce que tout cela vouloit
dire , le Gentilhomme répondit
qu'ayant de quoi foûtenir cette dépenfe
, & étant d'une naiffance qui pouvoit
la lui permettre , perfonne ne devoit
y trouver à redire , qu'il n'avoit
point voulu employer ces avantages pour
éblouir Belife , afin de ne devoir qu'à
lui-même , ce qui lui auroit été honteux
de n'obtenir que par la vue de fon
bien
JUILLET. 1727. 1537
bien , & qu'il étoit charmé que les chofes
euffent tourné de la forte pour la fatisfaction
de Leonor & de lui . Cette déclaration
fut comme un coup de foudre
pour la mere & pour Belife. La premiere
en parut inconfolable , & l'autre s'imaginant
qu'il n'avoit tenu qu'à elle de fe
voir à la place de fa foeur , entra dans un
défefpoir qu'on ne fçauroit exprimer . Le
Marquis qu'elle commença à regarder
comme la caufe de fon malheur , en effuya
de houveaux caprices . Cela acheva
de les mettre mal enſemble , & fes chagrins
la laifferent fi peu en état de chercher
à le ramener , qu'enfin rebuté de
fon humeur imperieufe , il rompit entierement.
Sa perte lui eut été encore plus
fenfible , fi elle n'eut été occupée de réfléxions
qui lui faifoient fouffrir un fupplice
cruel .
L'extrême tendreffe que fa foeur avoit
pour fon mari , lui paroiffoit trop naturelle
pour lui laiffer croire qu'elle eut jamais eu
de répugnance à l'époufer. Les biens du
Gentilhomme cachés avec foin , auffi bien
que fa naiffance , l'affectation de faire paroître
beaucoup moins d'efprit qu'il n'en
avoit , fa prompte condefcendance à tourner
fon coeur du côté de fa cadette , tout
lui fit voir qu'elle avoit été leur dupe : le
chagrin qu'elle en fentit fut fi violent , que
ne
1538 MERCURE DE FRANCE
ne pouvant foutenir la vuë de l'étatheureux
où le trouvoit fa foeur , elle alla de
rage s'enfermer dans un Convent .
****
***
LA
ISAAC.
IDILLE SACRE' E.
A nuit couvroit déja le Ciel , la Terre &
P'Onde
Abraham penetré d'une douleur profonde,
S'avance en foupirant vers le Mont où fon bras
Afon fils Iſaac doit donner le trépas ;
Dieu l'ordonne , il fuffit ; Abraham eft fidele ,
Loin de lui , vains retours d'une foi qui chan
celle.
La Nature gémit , il fçaura l'étouffer ,
Et le devoir plus fort le fera triompher »
De ce devoir jaloux la rigueur inflexible ,
Ne rend pas cependant Abraham infenfible.
Son fils ignore encor où fe tournent ſes pas ,
Et ne fçauroit penfer qu'on le mene au trépas.
Un foin bien different tour à tour les
agite ;
Le pere fouffre un mal que la contrainte irrite;
Heureux de le cacher dans l'ombre de la nuit !.
Le
JUILLET. 1727
1539
Le jour renaît trop tôt & fon éclat lui nuit ,
Abraham à regret voit paroître l'Aurore ,
La cruelle trahit l'ennui qui le devore ;
Ifaac qui ne peut penetrer fes deffeins ,
La voit avec plaifir blanchir les Monts voifins;
Mon pere , pardonnez à l'ardeur qui m'anime
;
Voici l'Autel , dit- il , mais quelle eft la Victime?
Le Ciel la doit choifir , Iſaac , ſuivez- moi ,
Lui répond Abraham ; ces mots font une loi
Qui réprime foudain fa jufte impatience ;
Le pere défolé , garde un fombre filence ;
Une chaîne de Monts fe prefente à fes yeux ,
C'eft-là qu'il doit remplir les volontez des
Cieux ;
Par des fignes certains le Tout- Puiffant revele
Sur quel Mont Abraham lui marquera fon
zele .
Le docile Ifaac , loin de prévoir fon
fort ,
Se hâte de dreffer l'appareil de fa mort ;
Dans ce Defert où femble efpirer la Nag
ture ,
D'impetueux Torrens font un affreux murmure
;
De ces fauvages lieux, la tenebreuſe horreur ,
Ce
#
Is to MERCURE DE FRANCE .
Cet Autel qu'Ifaac prépare avec ardeur ,
L'afpect de ce Bucher , ce Glaive , cette flâme ,
Tout accable Abraham, tout déchire fon ame;
Et d'un fils trop aimé prêt à trancher les jours,
Les yeux baignez de pleurs , il lui tient ce
difcours :
» Ce n'eft point un vil fang que le Seigneur
demande ,
Non , fa grandeur merite une plus digne offrande;
»De fes fuprêmes Loix, efclave infortuné ,
» A te percer le fein, mon bras eft condamné ,
• Dieu le veut , j'accomplis fon ordre irrevocable
;
35
» Jamais tu ne parus à mes yeux plus aimable.
55
Frappez , dit Ifaac , mon coeur cherit
Vos coups ;
J'étois à Dieu , mon pere, avant que d'être à
vous ,
Rendez-lui tout mon fang , puifqu'il veut le
reprendre ;
» Ah ! pour lui que n'en ai-je encor plus à répandre
,
Un autre fucceffeur remplira vos defirs ,
» Je ne mérite pas de fi tendres foupirs ,
» Qu'une conftante paix regne dans votre race;
Abraham
JUILLET. 1727 1541
Abraham à ces mots l'interrompt & l'embraffe
.
Quel fpectacle ! tous deux rougiffant de leurs
pleurs ,
Voudroient également fe cacher leurs douleurs
;
Même amour les unit , & même zele anime
Le Prêtre obéiffant & la tendre Victime.
Le pere prend le fer , le fils vole à l'Autel ,
Et là d'un front ferain attend le coup mortel ;
Abraham éperdu , tremble , pâlit , chancelle ;
Le glaive quelque temps dans fa main étine
celle ,
Il va frapper fon fils , on arrête fon bras ,
» C'eſt un Ange : Abraham , dit-il , ne frap
pe pas,
» L'Eternel le deffend , de ton obéiffance
» Reçois dès ce moment la juſte récompenſe ;
» Il te rend ce cher fils que malgré ton amour ,
» Ta main obéiffante alloit priver du jour ;
Autant que dans les Cieux on voit briller
d'Etoiles ,
" Quand la nuit fur la terre étend fes fombres
voiles ,
» Qu'il eft de grains de fable autour des vaſtes
Mers ,
Autant
1542 MERCURE DE FRANCE.
Autant de tes neveux peupleront l'Univers
Il dit & dans le fein d'une éclatante nuë ,
L'Ange s'ouvre une route aux Mortels in-
S
connue.
Seigneur , dit Abraham , quels voeux & quel
encens ,
Pourront jamais t'offrir nos coeurs reconnoiflans
?
Tu m'as rendu mon fils , tu nous combles de
gloire ,
Que toûjours tes bontez vivent dans ma mémoire
;
» Solitaires Vallons , Rochers , Monts or
gueilleux ,
20 Qui portez jufqu'au Ciel votre front
fourcilleux ,
» Confidens des ennuis dont mon coeur fur
la proye ,
» Et témoins en ce jour de l'excès de ma
joye ,
Du Dieu de l'Univers , exaltez les bienfaits
;
Qui n'efpere qu'eh lui , ne périra jamaiş,
RE-
4
JUILLET 1727. 1
1543
CEL
Jakk:jkjkjkakakakak
REFLEXIONS.
Elui qui eft prodigue de fon bien ,
ne fera pas avare de celui d'autrui.
Il y a des gens qui jettent leur bien
plutôt qu'ils ne le donnent. On ne doit
pas appeller liberal celui qui fe met en
colere contre fon argent,
La prodigalité a pour compagne l'avarice
; car qui eft prodigue eſt neceffairement
avare. Plerique tamen prodigui
funt, etiam unde non oportet accipiunt ,
atque in hoc funt illiberales , Arift .
Qui donne
trop à fes plaifirs , s'ôte le moyen de fournir à fes befoins.
Qui nous fait du bien fans raiſon , peut
nous faire du mal fans ſujet.
Il y a des hommes à qui les voluptez
font ce que les plus cruels ennemis qu'ils
fçauroient avoir , ne feroient peut - être
pas capables de leur faire. Ils font en
quelque maniere pardonnables ; car ou .
tre que le peché ne va jamais fans pe-
C nitence
1544 MERCURE DE FRANCE .
nitence , il leur rette toûjours quelques
remords , qui peſent bien autant que le
plaifir qu'ils ont eu .
Nemo fecurè gaudet , nifi bona confcientia
in fe teftimonium habeat.
Un méchant homme peut fe cacher
mais il ne peut fe croire caché ; le remords
de la confcience le penetre toûjours.
Ceux qui reviennent à nous -mêmes
de bonne foi , après nous avoir mortellement
offenfez , nous choquent toûjours
la vûë. C'est bien affez de ce qu'on a
fouffert d'eux , fans être obligé en quelque
maniere de partager encore la douleur
de leur repentir.
Non fano i Principe maggior mancanzaį
che quando mostrano creder poter effer offfi.
Pour l'ordinaire celui qui a offenſé eſt
plus irreconciliable que cceelluuii qquuii: a reçû
l'offenfe. Chi tha offefo , non ti pardona
mai , difent les Italiens ,
Un homme à qui on reproche quelque
chofe qu'il n'a pas fait , ne doit non plus
s'en offenfer que fi on lui difoit qu'il eſt
malade quand il fe porte bien,
Les
JUILLET. 1727. 1546
Les plaintes & les reproches ne guériffent
de rien , & ne fervent , pour l'ordinaire
, qu'à faire méprifer ceux qui les
font.
L'oubli des injures reçûës eft le fus
prême degré de la valeur , & le plus
éclatant caractere de la vraye magnanimité.
On tire plus de fervices par les promeffes
que par les prefens , parce qu'on
fe met en état de mériter par les fervices
ce qu'on efpere ; au lieu qu'on ne fçait
ordinairement gré qu'à foi-même de ce
qu'on reçoit , & qu'on le fait paffer pour
une récompenfe des peines qu'on a prifes.
Les promeffes font agir , les prefens
font fouvent ceffer d'agir.
Gratia que tarda eft , ingrata eſt gratia,
namque cum fieri properat , gratia grata
magis. Mart.
Quelle difference on doit mettre parmi
les hommes , entre faire le bien ou
promettre. le
Nous promettons felon nos efperances ,
& nous tenons felon nos craintes.
Cij
On
1546 MERCURE DE FRANCE .
On ne peut s'affurer de la fidelité qui
n'a point été à l'épreuve . Non eft certa
fides , quàm non injuria verfat,
Alfonfe d'Aragon , Roi de Naples , difoit
que la parole d'un Prince doit au
moins avoir autant de force que le ferment
d'un particulier.
La veritable bonté n'eft pas fi commune
qu'on s'imagine , la complaiſance
& la foibleffe en tiennent prefque toûjours
lieu . La Pierre de touche eſt d'avoir la
force & la hardieffe d'être méchant.
Il faut mettre une grande difference
entre la bonté & la douceur.
L'efprit fans bonté , n'eft propre qu'à
faire du mal , du moins la bonté fans
efprit ne peut jamais nuire.
Il faut être bon , mais de telle manicre
que les autres n'en prennent pas oce
cafion d'être méchans.
Defcendre jufqu'aux petits , dit le Car
dinal de Retz eft le plus für moyen
pour s'égaler aux Grands.
>
EPI
JUILLET 1717. 1547
*******************
EPITHALAM E.
Sur le Mariage de M. B .... avėč
Mademoiselle C....
LE plus petit & le plus grand des Dieux ,
Depuis long-temps troubloit toute la terre ,
Et bien qu'aveugle il voloit en tous lieux
Pour y femer l'épouvente & la guerre .
Tant faifoit bruit , qu'il n'étoit plus de coeur ,
Si fier qu'il fût , qui ne lui fit hommage ,
Hymen voyoit ce petit Fourageur ,
Sans nul fujet lui porter grand dommage ;
Car nuit & jour par maints joyeux exploits ,
Il fe mocquoit d'empiéter fur fes droits ;
Il s'en fâcha , menaça , fit des plaintes :
Mais temps perdu ; qui ne fçait que l'amour ,
Point n'eft craintif , bien qu'il caufe des
craintes ?
Or voyant donc'qu'il lui faudroit un jour
S'en plaindre aux Dieux , il y court , on l'écoute
,
Il avoit droit , l'Amour fut condamné
Tel fut l'Arrêt contre lui fulminé
Ciij Nous
1548 MERCURE DE FRANCE.
Nous , Habitans de la celefte Voûte ,
Voulons qu'il donne à l'hymen fon Carquois.
Lors rendant graces à la Troupe facrée ,
Je vais , dit- il , faire adorer mes Loix
Dans la Cité de fa belle contrée .
C'eft- là parmi tant d'aimables Mortels
Qu'il en eft un doux , affable & fincere ,
Qui ne vient point encenſer mes Autels ,
Mieux fait fa cour à l'Enfant de Cythere ;
Maisde ce Dieu j'ai la Trouffe & les Traits ,
Bien-tôt je veux qu'il dife , quand on s'aime
Que l'hymenée eft un plaifir extrême.
J'y fçais encor , Brune , dont les attraits ,
N'ont rien qui cede à ceux d'une Déeffe ,
L
Tant brille en elle efprit , grace , vertu .
Lançons un Trait. Il part , l'atteint , le bleffe ,
Long temps il fut fous ce coup abattu ,
Mais las ! voyant que fa bleffure empire .
Il va trouver cette chafte Beauté ,
La voit , lui parle , exprime fon martire ,
L'Amant parloit , il ne fut écouté ;
Bien tôt je veux qu'il dife , quand on s'aime ,
Que l'hymenée eft un plaifir extrême.
* Paris.
Hymen
JUILLET. 1727.1549.
Hymen lui dit , je pourrois d'un feul dard ,
En ta faveur attendrir cette Belle ;
Mais c'eft en vain que l'on brûle pour elle ,
Si l'on n'arbore ici mon Etendard.
Ily foufcrit ; le Dieu lui tient parole ,
Dans le moment prend le fatal Carquois ,
Vife. Le trait bleffe auffi - tôt qu'il vole ;
Puis en riant il dit à haute voix :
Bien-tôt je veux qu'il dife , quand on s'aime ,
Que l'hymenée eft un plaifir extrême.
Point ne mentoit ; car la belle à l'inftant
S'émeut , fentit je ne fçais quoi de tendre ,
Si bien qu'enfin fut contrainte à fe rendre ;
De ce fuccès Hymen fut fi content ,
Que voyant lors Amour qui pleuroit tant ,
Paix , lui dit- il , qu'ici ta Cour s'affemble ,
Reprend ta Trouffe , allume ton flambeau.
Comme je crois , les voila bien enſemble
Beau couple , ainfi je tire le rideau ;
Permis à vous de dire , quand on s'aime ,
Que l'hymenée eft un plaifir extrême.
Le Chevalier de Belleville :
Cij
MO1550
MERCURE DE FRANCE .

XXXXXXXXXXXXXXXXXHF મુ
L'E
MONOLOGUE.
SUJET.
'Empereur Conrad troifiéme , ayant
réduit à fon obéiffance la Ville de
Veinberg qui s'étoit révoltée contre lui,
ordonna qu'on fit paffer au fil de l'épée
tous les Habitans , à l'exception des femmes
aufquelles il permit de fortir de la
Ville. Ces femmes prierent l'Empereur
qu'il leur accordât de pouvoir emporter
avec elles leurs biens les plus précieux.
Elles obtinrent l'effet de leur demande ;
mais abufant de cette permiffion , elles
prirent chacune leurs maris fur leur dos
& fortirent avec eux. On en vint annoncer
la nouvelle à Conrad. Auffi - tôt tranfporté
de fureur , il ordonne qu'on aille
promptement les arrêter , & qu'on les lui
amene , afin qu'il prononce lui- même le
jugement qui devoit punir une fi grande
fupercherie. Mais dans cet intervale
étant revenu à lui , il admira l'amour de
ces femmes , & fut fi touché de pitié
qu'en faveur de leur action genereufe il
pardonna à elles & à leurs maris .
C'eſt Conrad lui - même qu'on fait parler
ici , tandis qu'on lui prefente ces Fugitifs
à qui il deſtine la mort.
JUILLET. 1727. 1551
O trahison indigne ! ô noire perfidie !
Quoi ! lorfque ma bonté leur conferve la vie ;
Des femmes , à leur Maître ofant manquer
de foi ,
De mes propres faveurs s'armeront contre
moi !
Aurai-je donc envain remporté la victoire ›
Non , il faut qu'à mes yeux leur fang vange
ma gloire.
Je ne puis balancer , & dans un Empereur
La pitié pafferoit pour foibleffe de coeur.
Frappons, uniffons - les à leurs Epoux rebelles,
Puifqu'elles m'ont trahi pour leur être fideles.
Ingrates , périfiez vos pleurs font fuper
Aues ;
Etouffez des foupirs que je n'écoute plus :
Le fang de mes Soldats , le bien de mon Em
pire
Ma gloire , mon repos , tout enfin y conſpire….
Mais quel affreux projet me dicte la fureur?
Et comment fans fremir , en foutenir l'horreur ?
Quoi ! pourrois je ordonner un fi cruel carnage
!
Quel forfait ont commis ces objets de ma rages
Ah ! puis - je confentir qu'on leur donne l'a
Cv Lorfque
mort ?
1552 MERCURE
DE FRANCE .
Lorfque de leur vertu je dois loüer l'effort ?
Elles ont trop aimé ; l'amour fait tous leurs
crimes ;
Faut-ilque de l'Amour elles foient les victimes ?
L'Amour est un vainqueur dont chacun fuit
les loix ;
Je ne puis refufer de lui ceder mes droits ;
Il faut qu'en fa faveur je pardonne l'injure ;
Ma colere s'éteint ; la voix de la Nature ,
Qui feule en ce moment fert de regle à mon
coeur ,
Veut que j'agiffe en pere , & non pas en vain
queur.
Femmes , fur votre fort diffipez vos allarmes
Et fur vos chers Epoux ne verfez plus de
larmes ,
Je leur donne la vie avec la libertés
Qu'ils vivent avec vous pour louer ma bonté.
EXTRAIT d'une Lettre écrite le 12 .
Décembre 1726. fur une découverte
de Médailles.
N Chartier de la Paroiffe de Neu-
Uville , Diocèle d'Evreux , labourant
dans un champ éloigné d'une demie lieuë
ou environ de toute maifon , de l'Eglife ,
& c.
JUILLET. 1727. 7553
&c. dans lequel il ne paroît aucun veftige
de Château , de Fortereffe , de Murailles
, &c. déterra avec le Soc de fa
Charruë , un Couvercle de terre cuite &
plus de cent Médailles de cuivre . Le
Couvercle caffé en plufieurs morceaux ,
ne parut pas digne d'attention au Chartier
, mais il prit grand foin de ramaffer
les Médailles , fans cependant vouloir
fouiller plus avant , de peur , difoit - il ,

de mourir dans l'année . Il continua de
labourer fuffifamment fatisfait de ce
qu'il avoit trouvé. Le lendemain le Berger
de la maiſon fe rendit au même lieu
& moins fcrupuleux, ou, pour mieux dire ,
moins fuperftitieux que le Laboureur , il
fe mit à fouiller dans la terre , & trouva
la moitié plus de Médailles que fon camarade
n'avoit fait le jour précedent .
Enfin , le Maître de ces deux Domeſtiques
, Proprietaire du champ , attiré par
l'idée qu'il s'étoit faite d'un tréfor confiderable
, vint auffi fur les lieux , & fit
creufer jufqu'à cinq ou fix pieds dans la
terre, & enleva tout ce qui reftoit du pot,
dont on avoit d'abord trouvé le couvercle.
Il étoit rempli de Médailles , dont le nombre
total peut aller à quatre mille au
moins , &c. le tout de grand & de moyen
bronze , & quelques - unes d'argent.
Vous n'exigez pas , je croi , que j'entre
C vj dans
1554 MERCURE DE FRANCE .
dans le détail de la maniere dont toutes
ces Médailles ont été difperfées dans les
Villages circonvoiſins , avant que la connoiffance
en foit venue dans notre Ville.
Ces bonnes gens ayant apporté leur Marchandiſe
à Evreux , & voyant le peu de
cas qu'on faifoit de ces Médailles , ils
les ont enfin vendues à la livre pour la
fonte. J'entrevois , Monfieur , qu'au mot
de fonte , vous regrettez la perte de tant.
de Médailles , & que vous plaignez l'ignorance
de ceux qui les poffedoient ,
mais raffurez - vous , le nauffrage n'eft pas
de confequence , ce font toutes Médailles
des plus communes , & à la réſerve d'un
nombre fort médiocre qui mérite l'artention
des Antiquaires , elles ne font
gueres propres qu'à des Chaudronniers.
Elles font la plupart de Tacite , d'Aurelien
, de Probus , &c. & les feules qui
m'ont paru mériter place dans les Cabinets
des Curieux , font d'abord une Mêdaille
de Pofthume , d'une efpece particuliere.
La face de cette Médaille eft , à
la verité , comme on la voit dans les autres
de cet Empereur , mais le Revers réprefente
une jeune tête prefqu'en relief
avec une Couronne radiale , qui fort du
milieu de la Médaille , & pour Legende ,
Pacator orbis. Il y en a encore quelques
autres de Tacite , au Revers , Victoria Gothica.
Le
·
JUILLET. 1727 ISSF
Le pot dans lequel ces Médailles étoient
renfermées avoit deux pieds de hauteur
& prefque un de diametre , plus étroit
par en bas que par en haut : outre fon
Couvercle naturel il avoit encore une
groffe brique fur le tout , laquelle étoit
d'un pied & demi de longueur & d'un
pied de largeur , & fous le pot étoit une
autre brique femblable à la premiere.
Le Prieur des Celeſtins de Rouen , qui
a une fuite très curieufe de Médailles ,
eft du nombre des Curieux qui en onr
recueilli de celles dont je viens de vous
parler .
XXXXX:XXXX :XXXXXX
U
Ne fort aimable & fort fpirituelle
Dame, ayant dit à l'Auteur de l'Epitre
fuivante , qu'elle avoit autrefois pris
quelques Leçons d'Italien , pour fonder
fa capacité , il lui écrivit un Billet Galant
en cette Langue , auquel après un affez
long délai , elle répondit d'un ftyle &
d'un caractere emprunté , ce qui donna
occafion aux Vers qui fuivent .
EPITRE.
Dans votre Lettre ingenieuſe ,
L'Illuftriffimę ma- flatté a
1556 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en avois jamais tâté :
Je l'ai trouvé viande affez creufe.
Démafquons- nous , aimable Iris ,
Et fans tant de magnificence ,
Souffrez qu'on vous conte fa chance
En bon langage de Paris.
Pourvoyez-vous d'un Secretaire ,
Qui s'explique plus nettement ,
Et qui fans air de compliment ,
Aille droit au noeud de l'affaire ;
Qui n'offufque pas du grand jour ,
De fa fécondité trop riche ;
Enfin , qui ſoit un peu plus chiche
De fon Eau-Benite de Cour.
Que vous parliez mieux que Boccace ,
Ou que ce foit couffi , couffi ,
Qu'importe un oui de bonne grace ;
De votre part vaut bien un fi .
-
La Langue Toſcane eft fort belle ;
J'admire fes charmes divers :
Mais
JUILLET. 1727. 1557 , -
Mais je parlois flâmes & fers :
C'est une Langue univerſelle .
Lorfque Nembroth fut confondu ,
Par cent jargons de toute efpece ,
Refta celui de la tendreffe ;
Il fubfifte & n'eſt point perdu.
Il ne faut pour cette éloquence ,
Qu'avoir un coeur , qu'avoir des yeux ;
Et même elle s'énonce mieux
Par un refpectueux filence.
Par tout où vous voudrez aller ,
Vers le couchant , ou vers l'Aurore ,
Au Nord , fur le Rivage More ,
Par figne on l'entend fans parler.
J'attendois qu'on dût me répondre ,
Mais plus cathégoriquement ;
Tant de grands mots , tant d'ornemens ;
Tout cela ne fert qu'à confondre.
Pour retourner à nos Moutons ,
Permettez que fans préambule ,
Indigne
1558 MERCURE DE FRANCE.
Indigne Eleve de Tibulle ,
Je traite la matiere à fonds.
De tous les âges de la vie ,
Celui de quatre-vingt paſſez
Eft l'âge des efprits ſenſez ,
Pour primer en galanterie.
On peut coquetter fans façon
Avec une Médaille antique ;
Elle a la vertu ſpecifique
De garantir de tout foupçon.
Dans l'endroit le plus folitaire ,
D'ofer s'écarter du reſpect ;
Jamais un Vieillard n'eſt ſuſpect ;
Il craint trop qu'on le laiffât faire.
De ces jeunes effeminez ,
Jamais il ne fuivra les traces ,
Pour fuppofer faveurs ou graces ;
Il fçait qu'on lui riroit au nez-
Antipode à cette Marmaille
Qui de trotter ne peut finir,
Sa
JUILLET. 1727 . Issa
Sa Dame le feroit tenir
Trois jours dans un trou de muraille.
Tel qu'un enfant , ſa paſſion
S'appaife avec une dragée ;
La Belle n'eſt jamais chargée
D'une plus groffe penfion.
Son affiduité n'offenſe
Ni les voifins ni les Epoux
Il ne peut faire de jaloux ,
Ni fufciter la médifance .
Il ne court point au changement ;
C'eſt un modele de conftance ,
Fixé par l'heureuſe impuiſſance
De fe donner du mouvement>>
Ses beaux difcours vous font renaître ;
፡፡
Tout en eft fage & compaffé ,
Et dans les Prez du temps paffé ,
Sa Morale vous mene paître.
Il conte fur le bout du doit ,
Comment par cauteleuſe playe ,
Jarnac
1560 MERCURE DE FRANCE
Jarnac fur Châteigneraye ,
En champ clos foûtint ſon bon droit.
Profond en Chronique Gauloife ,
Il fçait comment , il fçait l'endroit ,
Du coup de langue mal à - droit ,
Qui fit périr Buffy - d'Amboiſe.
Tout ce qu'un jeune fou pourra ,
C'eſt payer d'une pirouette ,
D'un battement de Caſtagnette
Ou d'une Chanſon d'Opera.
L'entretien doit bien plus vous plaire ,
D'un bon - homme qui vient de loin ;
Il peut vous fervir au beſoin
D'une potion fomnifere.
Pour Dame qui veut fommeiller ,
Par lui les reffources font promptes ,
Et s'il ne l'endort de fes contes ,
Du moins la fera - t-il bâiller.
On fait tant de cas de vieux Livres ,
De vieux Ecus , vieux Diamants ,
Vieux
JUILLET. 1727. 1561
Vieux titres d'ennobliffemens ,
Et de vin vieux , qui moins enyvre.
Pourquoi ne mettre en rang pareil .
Ou qui tour au moins en approche ,
Un Amant de la vieille Roche ,
Ne fut- ce que pour le Confeil ?
Il n'eft plus queſtion , la Belle ,
D'Italien ni d'Allemand ,
On s'explique plus rondement
En franche Langue maternelle.
Des avantages des vieux ans ,
Je n'ay montré que la lifiere ;
Voulez-vous voir la piece entiere?
Cela demande un peu de temps.
Ce qu'il vous faut eft dans ma manche
Et je connoîs certain Neftor ....
Mais , bafte , il vaut fon pefant d'or ,
Je veux vous le mener Dimanche.
Sur quatre-vingt ans révolus ,
Il m'a juré fon grand Mercure,
Qu'il
1562 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il peut , pour la bonne mefure ,
Vous en fournir quatre de plus.
En voulez- vous ma garantie ?
J'y mets tout ce que j'ai vaillant;
Iris , avec un tel Galant ,
O que vous ferez bien fottie !
D. S.
PRIX DE PEINTURE
Donnez par le Roy,
biffenement coin Royale de
Out le monde fçait combien l'éta-
Peinture & Sculpture à Paris , eft utile
pour l'avancement & la perfection des
beaux Arts . Le Duc d'Antin , Sur Intendant
des Bâtimens du Roy , & Protecteur
de l'Académie , qui n'oublie rien
pour la mettre dans tout l'éclat qu'elle
peut avoir , lui fit annoncer l'année paffée
qu'il avoit obtenu de la bonté de
S. M. une fomme de sooo . livres pour
récompenfer ceux des Peintres de l'Académie
qui feroient les deux plus beaux Tableaux
JUILLET. 1727. 1563
bleaux,& pour exciter entr'eux une noble
émulation. Chacun eut la liberté de choifir
le Sujet qu'il devoit traiter , enforte
cependant que deux Peintres ne priffent
pas le même Sujet. Les grandeurs furent
déterminées à 6. pieds de large fur 4 .
pieds & demi de haut.
Animez d'un beau zele , douze Peintres
de l'Académie travaillerent en concours
avec beaucoup d'ardeur , & leurs
Tableaux furent finis au mois d'Avril
dernier. Les 12. Tableaux furent expofez
aux yeux du Public , par ordre du
Duc d'Antin , dans la Galerie d'Apollon
au Louvre , pendant le mois de May , &
prefque tout le mois de Juin , avec un
très grand concours de gens de diſtinction
& de peuple. Ils étoient expoſez
dans l'ordre fuivant.
REPOS DE DIAN E,
Meth. Liv, 3.
De M. de Troy , le fils.
Aux environs de Thébes , proche d'une
belle vallée couverte de Cyprès , il y avoit
un autre agréable , formé par la feul
nature , avec une fontaine qui couloit
fur le gravier entre des rives femées de
fleurs. C'eft dans ce lieu charmant que
Diane
1564 MERCURE DE FRANCE.
Diane venoit le repofer au retour de la
chaffe.
Le Peintre a repreſenté cette Déeſſe ;
fervie par fes Nymphes. Une tient fon
Javelot , une autre , qui eft fa favorite
Tui baiſe la main , l'adroite Crotale , fille
du fleuve Ifmene , la décoëfe , & une
quatrième lui ôte fes Brodequins , & c.
LE TRIOMPHE DE VENUS .
Heliode .
De M. Cazes,
C'eſt le moment qui fuivit la naiffance
de la Mere des Graces , lorfqu'elle parut
avec tout l'éclat de la beauté , fur une
Conque Marine en fortant de la mer. Les
Pigeons , que tient un des Amours qui
l'accompagnent , & les Perles avec le
Corail que lui préfentent les Nereïdes ,
caracteriſent cette Déeffe , dont deux Tritons
célebrent la naiffance avec leurs
Conques , &c.
ANDROMED E.
Hipgin . ch . 64 .
De M. Charles Coypel.
Caffiope , femme de Céphée , Roi d'Ethiopie,
JUILLET. 1727. 1565
thiopie , & mere d'Andromede , avoit
eu la préfomption de préferer la beauté
de fa fille à celle des Néreïdes , & ces
Déeffes de la mer , offenfées d'un tel mépris
, obtinrent de Neptune , qu'il envoyeroit
ravager le Païs par un Monftre
Marin. L'Oracle ayant été confulté , la
réponſe fut , qu'on ne pourroit en être
délivré , qu'en expofant la fille de Caffiope
, pour être dévorée par le Monſtre :
mais Perfée , touché du malheur de cette
Princeffe , le combattit & fauva Andromede.
C'est ce que repréfente ce Tableau , où
l'on voit la fille de Caffiope , attachée à
un Rocher. Le Monftre s'eſt avancé , &
fe fentant bleffé par Perfée , il tourne fa
fureur contre le fils de Jupiter. Le Roi
& la Reine font fur le rivage qui implorent
la clémence des Dieux . Dans le
lointain on voit le peuple monté fur les
murailles de la Ville qui encourage Perfée
fes acclamations.
par
LA TENDRESSE FILIALE
D'HERODE.
Jofephe , liv . 14. ch. 25 .
De M. de Favanne .
L'accident qui arriva à Herode , lorfqu'il
566 MERCURE DE FRANCE.
qu'il fuïoit de Jerufalem par la trahison
des Parthes , fait le Sujet de ce Tableau .
Le Chariot où étoit la mere d'Herode
ayant verſé , elle paroît dangereufement
bleffée , & la douleur qu'en reffent ſon
fils , avec l'appréhenfion d'être joint par
les ennemis dans ce retardement , le porte
à un tèl déſeſpoir , qu'il veut le percer
de fon épée , mais on l'en empêche , &c .
LA CONTINENCE DE SCIPION
Titelive , liv. 26. ch . 50 .
De M. le Moine.
Après la prise de Carthage , par P;
Cornelius Scipion , qui n'avoit que vingtquatre
ans , on lui amena une jeune captive
d'une grande beauté . Ayant ſcû qu'elle
étoit promiſe à un Seigneur Celtiberien
, nommé Allucius , il le fit venir
avec les Parens de la fille , & la leur
remit , faifant don à fon Amant de l'or
qu'ils lui apportoient pour fa rançon.
C'est le moment que le Peintre a choifi.
On voit à la gauche du General des
Romains , cette charmante Captive
accompagnée de fa mere , & à fa droite
Allucius incliné , qui prend la main du
Vainqueur pour lui marquer fa reconnoiffance
, &c.
L'ADIEU
JUILLET. 1727. 1567,
L'ADIEU D'HECTOR..
Iliade , Liv. 6.
De M. Reftout.
Hector & Andromaque ayant fini leurs
triftes adieux , ce General des Troyens
s'approcha de fon fils ; mais cet enfant
éfraïé des armes de fon pere , & furtout
du panache de fon Cafque , fe jetta entre
les bras de fa nourrice : ce que voyant
Hector , il ôta fon Cafque , prit fon
fils , l'éleva vers le Ciel ; & après une
courte Priere aux Dieux , il le remit à
Andromaque , qui le reçut avec un fou.
rire mêlé de larmes. Tel eft le Sujet de
ce Tableau que le Peintre a accommodé à
fa maniere.
Andromaque a fon fils fur fon fein.
Hector adreffe fa priere au Ciel , un Page
tient fon Cafque , & fon Char attelé de
Chevaux bondiffans eft tout proche .
ANTIOCHUS AMOUREUX
DE SA BELLE - MERE.
Plutarque, dans la vie de Démétrius.
De M. Collin,
La beauté de Stratonice , femme de
D See
1568 MERCURE DE FRANCE .
Seleucus Nicator , Roi de Syrie , & pere
d'Antiochus , ayant infpiré à ce dernier
une violente pallion , qu'il ne lui fut
pas poffible de vaincre , il tomba dans unę
langueur qui fit craindre pour la vie ;
mais la préfence de la Reine , fa bellemere
, qui le vint voir , ayant fait connoitre
à Erafiftrate , Medecin du Roi ,
que la maladie de ce Prince étoit caufée
par fon amour pour Stratonice , Seleucus
la ceda à fon fils .
On voit Antiochus , à qui Erafiftrate
tâte le poux , dans le tems dans le tems que la Reine
paroît , &c .
L'ENLEVEMENT D'EUROPE
Metam . L. 3 .
De M. Noël Coypel.
Jupiter devenu amoureux d'Europe , fe
transforma en Taureau pour l'enlever.
La Scene du Tableau eft une mer agitée.
La fille d'Agenor , Roi de Phénicie , eft
aflife fur le Taureau qui nâge au milieu
des ondes . Neptune & Amphitrite font
à droite , qui admirent ce prodige , &
fur le devant on voit un Triton qui contrefait
avec la Conque le mugiffement dų
Taureau , & c ,
JU
JUILLET. 1727 . 1569
x
JUNON ET EOLE,
Virg. 2. Liv. de l'En .
De M. Maffe.
On voit Junon qui vient prier Eole
de faire périr la Flote d'Enée , lui promettant
pour récompenfe Dyopée , la
plus belle de fes Nymphes. Ce Dieu frape
fon antre de fa pique , & les vents en
fortent , &c .
PAN ET SYRINX.
Metam . Liv. I. f. XII .
De M. Courtin.
Cette belle Hamadryade ayant été rencontrée
par le Dieu Pan, il voulut s'en faire
aimer ; elle prit la fuite , & étant arrivée
jufqu'au fleuve Ladon , les Nymphes fes
foeurs , la changerent en rofeaux à fa
priere. Le Tableau repréfente cette Métamorphofe.
HIPPOMENE ET ATALANTE.
Metam . Liv . x. f. xı .
De M. Galloche.
Atalante , effrayée de la réponſe de
Dij ΤΟ-
1570 MERCURE DE FRANCE .
l'Oracle , qui lui difoit qu'elle ne devoit
point fe marier , déclara qu'elle n'épouſeroit
que celui qui la furpafferoit à la courfe
, & que la mort feroit le prix de ceux
qu'elle vaincroit . Hyppomene qui avoit
conçu une grande paffion pour elle, inyoqua
Venus qui lui donna trois pommes
d'or. Le Peintre a choifi le moment où il
vient de jetter la derniere .
Hyppomene , fe recommandant à Venus
qui n'eft vûë que de lui , & accompagné
d'un Amour devance Atalante
qui veut ramaffer la troifiéme pomme ,
ayant les deux autres dans fon écharpe.
Le but d'où ils font partis paroît dans
le lointain , & le peuple qui fait des acclamations
, remplit fa Scene des deux
côtés.
HORATIUS COCLES.
Tite- Live , Liv. 2.
De M. Dieu .
Porfenna , Roi d'Etrurie , preffé par
les Tarquins de les rétablir , étant venų
affiéger Rome , s'empara d'abord du Janicule
, & étoit prêt d'entrer dans la
Ville , qui n'en étoit féparée que par un
Pont de bois : mais il fut arrêté par Ho-
Fatius Cocles , qui foûtint feul les efforts
des
JUILLET. 1727. 1571
des ennemis , jufqu'à ce que le Pont fut
rompu.
Ce moment eft repréfenté dans le Tableau
, où lon voit cet intrépide Romain
qui fait tête aux Etruriens , en ayant tué
un grand nombre , pendant que l'on abbat
le Pont , &c.
Le Duc d'Antin ayant choisi le Lundy
30. de Juin pour faire la diftribution des
deux Prix , l'Académie s'affembla extraordinairement.
M. de Boullogne ,
Chevalier de S. Michel , Premier Peintre
du Roi , & Directeur , accompagné
des Principaux Officiers , alla recevoir
le Duc d'Antin à la décente de fon Caroffe
, & le conduifit dans la grande Sale ,
où l'Académie affemblée l'attendoit . Lorfqu'il
eût pris féance , il fut complimenté
au nom de la Compagnie , par M. de
Saint Gelais , * Secretaire de l'Académie
, qui prononça le Difcours fuivant .
MONSEI ONSEIGNEUR ,
Lorfque vous prifidez dans ce lieu ;
qu'on peut appeller le Temple des Arts ,
* C'eſt celui qui a fait la Defcription des
Tableaux du Palais Royal , dont nous avons
parlé dans les deux derniers Mercures .
Diij PA1572
MERCURE DE FRANCE .
nez , ,
l'Academie fint toute fa gloire ; mais le
fujet auquel elle doit celle de ce jour , n'y
en ajoûte- t-il pas une nouvelle ? Vous ve-
MONSEIGNEUR Couronner la
Peinture , vous venez faire voir à quel
degré elle fe foûtient en France. Jamais
cette Compagnie n'a reçû un honneur plus
éclatant ; jamais auffi fa réconnoiffance
n'a été plus vive ! Son zele , fon respect ,
fes voeux l'acquitteroient foiblement, fi fa
gloire ne devenoit pas la vôtre ; car est- il
rien de plus glorieux que d'aimer & de
proteger les Arts ? Quelle marque plus
sûre de l'excellence du goût de la beauté
de l'ame ? Mécéne , ce Romain ſi vanté ,
d'une fi noble extraction , d'un génie fi
élevé , enfin ce Favori d'Augufte , s'eft
moins immortalife par toutes ces qualitez ,
que par fon amour pour la Poëfie , dont il
étoit le Protecteur.
La Peinture , MONSEIGNEUR , eft
foeur de la Poefie , elle tient le même rang.
Votre affection pour elle , tous les bienfaits
, tous les honneurs qu'elle vous doit ,
formeront dans l'Histoire des Arts , une
époque célebre qui confervera votre illuftre
Nom jufqu'aux derniers temps.
Enfuite , le Duc d'Antin dit à l'Académie
, que , quoiqu'il eût laiffé longtems
les Tableaux expofés pour confulter le
goût
JUILLET. 1727. 1373
goût du Public , & qu'il eût demandé
par écrit le fentiment particulier de chacun
de la Compagnie , il s'étoit cependant
trouvé , à caufe du merite égal de
plufieurs de ces Tableaux , dans un embarras
qui faifoit l'éloge de l'Académie ; en
forte qu'il étoit faché que n'y ayant de
Prix que pour deux Tableaux , il ne pût
en donner à un plus grand nombre : mais
que dans la néceffité de s'arrêter feule--
ment à deux , il avoit pris le parti de
rendre les deux Prix égaux , confiftant
en deux bourfes de deux mille cinq cens
livres chacune , & s'étoit déterminé
pour les Tableaux de Mrs de Troy & le
Moine.
Auffi-tôt on les fit appeller , ( car aucun
des prétendans n'étoit préfent à l'Affemblée
) mais comme une indifpofi
tion avoit empêché M. de Troy de venir ,
le Duc d'Antin remit fon Prix à M.
de Boullogne pour le lui donner : ainfi
M. le Moine eût feul l'honneur de recevoir
le fien de la main de cet Illuftre Protecteur
, qui accompagna cette gratification
de termes remplis de bonté , & dit
en même tems à M. de Boullogne de retenir
auffi pour le Roi le Tableau d'Andromede
, de M. Charles Coypel : après
quoi , s'adreffant à la Compagnie , il
ajoûta qu'il en feroit autant dans deux
Diiij ou
J
7574 MERCURE DE FRANCE:
ou trois ans , & qu'il n'oublieroit pas
Sculpteurs .
les
Après la Séance , le Duc d'Antin fut
reconduit de la même maniere qu'il avoit
été reçû.
Le 5. de ce mois , l'Académie Royale
'de Peinture & Sculpture nomma M. le
Moine pour remplir la place d'Adjoint
à Profeffeurs , vacante par la mort de
M. Dieu.
XXXXXXXX :XXXX : XXX
A M. DE SENECE'.
TRIOLET S.
Que vos Triolets font jolis !
Senecé, qu'ils ont de juſteſſe !
Galants , enjoüez & polis ,
Que vos Triolets font jolis !
Par les graces tous embellis ,
Ils n'ont point l'air de la vieilleffe :
Que vos Triolets font jolis !
Senecé , qu'ils ont de jufteſſe !
SYG
Ces Triolets fi bien tournez ,
Coulent d'une fertile veine ,
D'Apollon
JUILLET. 1727 .
1575
D'Apollon ils font émanez ,
Ces Triolets fi bien tournez ;
L'heureux Auteur dont ils font nez ,
Sans doute boit à l'hypocrene ;
Ces Triolets fi bien tournez ,
Coulent d'une fertile veine.

Vous montrez qu'on ne vieillit pas
Sur les bords fleuris du Permeffe ;
Par ces Triolets délicats ,
Vous montrez qu'on ne vieillit pás ;
Quand des Muſes fuivant les pas ,
On fçait fuir l'oiſive moleffe ;
Vous montrez qu'on ne vieillit pas
Sur les bords fleuris du Permeffe.
Puiffiez- vous achever vos mois ,
D'une plume toûjours legere ;
Tel qu'aujourd'hui , tel qu'autrefois ,
Puiffiez- vous achever vos mois :
Comme l'illuftre Marſeillois ,
M. le Marquis de la Salle , âgé de cent
ans.
D v Puiffiez1576
MERCURE DE FRANCE .
Puiffiez - vous être centenaire :
Puiffiez vous achever vos mois ,
D'une plume toûjours legere.
Bouchet.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne,
le 15. Avril 1727. für la découverte
du Squelete d'un Geant.
LA
A découverte dont vous me parlez ,
Monfieur , n'eft pas tout à fait nouvelle
, mais elle n'eſt pas moins vraye &
moins finguliere : Voici précisément en
quoi elle confifte .
On trouva il y a déja quelque temps
dans un Village de la Macedoine , nommé
Caloubella , à fix lieuës de Salonique ,
le Sépulchre d'un Geant qui étoit caché
fous une vieille muraille que l'eau creufoit
peu à peu , & qui par une très grande
pluye vint enfin à s'écrouler : on vit
par cette chute la chofe du monde la plus
étonnante , en fait de prodigieufe grandeur
; ce qui fe prouve par les Pieces ou
Offemens que M. Quenet , qui étoit alors
Conful pour le Roy en cette Ville , en
conferva pour les envoyer en France ; je
Vous
JUILLET. 1727. 1577
vous décrirai fidellement celles que
j'ay vûës dont quelques- unes font encore
à Smirne.
Une dent qui tient à un morceau de
la mâchoire , peſe fix Oques , c'eſt - àdire
, dix -huit livres de France .
Le Crâne , qui s'eft trouvé tout entier ,
mais qui depuis a été rompu , contenoit
fix Quintaux de bled , pefant 84. Oques
chacun , ce qui fait plus de 15. Quintaux
de cent livres chacun.
Une autre dent détachée de la mâchoire
inferieure , a un pan ou dix pouces de
longueur , & pefe une Oque ou 3. livres.
Une troifiéme dent pefe trois cens cinquante
dragmes , & une autre trois cens
foixante .
La derniere falange du petit doigt a
prefqu'un pan ou neuf à dix pouces de
longueur ; un os du bras , quatre pans ,
ou environ 3. pieds & demi.
de
Par la fupputation qui a été faite , &
par la mefure de l'efpace qu'occupoit ce
Squelete , on croit que ce corps monftrueux
avoit cent foixante & dix
hauteur ; c'est -à- dire , vingt- une Canes
de huit pans chacune , chaque pan d'environ
dix pouces .
pans
M. Le Conful fit dreffer un procès
verbal en bonne forme de cette découverte
, lequel plufieurs témoins , perfon-
D vi
nes
1578 MERCURE DE FRANCE.
nes de caractere & dignes de foi , avec
quantité d'autres Spectateurs , fignerent .
Voilà , Monfieur , tout ce que je vous
puis dire & certifier de cette découverte ,
je laiffe les reflexions aux Phyficiens , aux
Hiftoriens & aux Critiques ..
EXPLICATION des deux Enigmes du
premier Volume du Mercure de Juin .
Ouvrage
noble & merveilleux
,
Que l'Art d'un fouffle ingenieux ,
Tire du fein de la Nature.
Envain de nos buffets vous faites la parure :
Verres brillants , charmans Criſtaux ,
Si le Ciel infenfible à nos vives allarmes 2:
Refufe d'arrofer nos arides Côteaux.
Bacchus vous doit au moins la moitié de fes
charmes .
C'est par vous que fon jus a de doubles attraits
,
Qu'il flatte également les yeux & le palais;
Mais vaine & fterile louange !
Verres brillans , charmants Criſtaux »
Si le Ciel eft toûjours infenfible à nos maux ,
Vous perdrez vos attraits , nous perdrons la
vendange.
PREJUILLET.
1727:
1579
***********
PREMIERE ENIGME.
Toûjours inconftante & legere ,
Je me fais aimer ardemment ,
Et le plus agréable Amant ,
Sans moi n'auroit pas l'art de plaire.
De la Dame & du Cavalier ,
Tour-à-tour je reçois l'hommage ;
Je fuis folle & commande au fage ,
Je ne fais rien & fuis de tout Métier ,
La raifon contre moi n'eft jamais la plus fortes
Les Rois même à leur tour réverent mon
pouvoir.
Je décide à la Cour de tout , fans rien fçavoir ,
Et malgré les Sçavans mon fuffrage l'emporte
DEUXIE'ME ENIG ME.
E fuis de la focieté
JE
L'ame, le lien & la vie ;
Une nombreuſe Cour à mes loix affervie,
De mon Regne fait la beauté ;
Tous les jours je vois la Coquette ,
Abandonner pour moi jufques à fa Toilette ;
Que
1580 MERCURE DE FRANCE:
Que dis- je ? même fon miroir ;
Jugez par- là de mon pouvoir.
Si vous voulez fçavoir quelle eft mon origine,
Je ne fuis qu'un nouveau venu ,
Depuis dix ou douze ans connu ;
C'eft au plaifir qu'on me deſtine ;
Eft- il un plus charmant emploi ?
Tous les Sujets de mon Empire ,
Ne font pas fatisfaits de vivre fous ma loi ,
Car à quelqu'un d'entre eux tous les jours
j'entens dire ,
» D'où vient qu'au feul nom de mon Roi ,
» Soit qu'il me plaife ou me déplaife ,
» On m'appelle au combat ? quelquefois j'en
fuis aife ,
» Mais bien fouvent c'eſt malgré moi,
Voilà les plaintes ordinaires
De ceux qui font mes tributaires ;
Voici ce que je crains le plus ,
Dans la plupart de mes féances ,
Je ne puis retrancher l'abus
Des fecrettes intelligences ,
Ce qui fait dire à tous que mon Prédeceffeur
Redeviendra mon fucceffeur,
Les
JUILLET. 1727. 1581
Les trois Enigmes du fecond Volume
du Mercure du mois de Juin dernier ,
doivent être expliquées par l'Eclair , la
Bourfe & le Blanc , pris dans le fens
naturel & allégorique
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
OUVEAUX Mémoires des Miffions
Nue la Compagnie de Jefus dans le de
Levant , Tome VI . A Paris , chez Pißot,
Quay de Conty , à la defcente du Pont
Neuf, au coin de la rue de Nevers , à
la Croix d'Or , & Briaffon , rue S. Jacruë
ques , à la Science , 1727 .
Ce dernier Recueil , qui eft auffi édifiant
, auffi curieux & auffi intereffant
qu'aucun de ceux qui ont précedé , contient
les Piéces fuivantes .
I. Lettre Préliminaire du R. P. Superieur
Général des Miffions de la Compagnie
de Jefus en Syrie , au R. P. Fleu
riau , de la même Compagnie .
II. Lettre du P. Sicard , Miffionnaire
de la Compagnie de Jefus en Egypte , au
1682 MERCURE DE FRANCE.
R. P. Fleuriau , de la même Compagnie ,
fur le Paffage des Ifraëlites à travers la
Mer Rouge.
III . Textes de l'Ecriture Sainte , citez
par le P. Sicard , dans fa Differtation
par laquelle il prouve clairement , &c .
IV. Memoire fur la Ville de Damas
& fes environs.
V. Memoires fur la Ville d'Alep &
fes environs .
VI. Lettre du P. Sicard â M *** fur
les diverfes pêches qui fe font en Egypte.
VII . Lettre du P. Supérieur General des
Miffions de la Compagnie de Jefus , en
Syrie & en Egypte , au R. P. Fleuriau ,
de la même Compagnie.
VIII . Memoire fur les Coptes .
Il faudroit rapporter dans notre Journal
prefque tout le Livre entier , fi les
bornes aufquelles nous fommes affujettis ,
nous permettoient d'en extraire tout ce
qui nous a paru digne de l'attention du
Public éclairé. Car , comme l'a remarqué
M. l'Abbé Raguet dans fon Approbation ,
on y trouve un mêlange agréable d'inſtructions
& de découvertes utiles ; les
Sçavans , fur tout ceux qui ont fagement
tourné leurs études du côté des connoiffances
folides , fentiront tout le prix des
Obfervations du P. Sicard , fur la route
que tinrent les Ifraëlites en traverfant miracuJUILLET.
1727. 1583
raculeusement la Mer Rouge . L'Ecriture
& l'examen actuel des lieux mêmes , les
fourniffent toutes à fon heureufe fagacité.
Dans une fi grande abondance de belles
& de bonnes chofes , nos Lecteursnous
fçauront , fans doute bon gré fi
nous choififfons les Memoires qui regardent
les Villes de Damas & d'Alep , pour
leur en faire part ; perfuadez qu'ils les recevront
auffi favorablement qu'ils ont
fait celui que nous avons donné depuis
peu fur la Ville de Tripoly de Syrie &
les environs ; ces Memoires font remplis
de chofes qui ont été omifes par le commun
des Voyageurs.
Memoire fur la Ville de Damas & fes
Environs.
Damas eft la Capitale de Syrie. Elle a l'avantage
de s'être confervé ce titre honorable
, quoiqu'elle ne foit plus aujourd'hui
cette Ville ancienne , bâtie par Hus, petitfils
de Sem , augmentée enfuite & embellie
par Damas , Intendant de la Maifon d'Abraham
, qui lui fit porter fon nom.
Les Arabes la nomment Cham - Eldeméchy.
Cham fignifie Sem , grand- pere
de Hus , qui fut fon premier Fondateur .
Deméchy fignifie en Hébreu , beuvant le
fang: nom qui lui fut donné, parce qu'elle
eft fituée près de la Montagne où Cain
tua ſon frere Abel .
Ifaïe
1584 MERCURE DE FRANCE .
Ifaïe vit en efprit la ruine future de
cetre Ville , 65. ans avant fa deftruction .
Il prédit qu'elle ceff.roit d'être Ville , &
deviendroit femblable à un amas de pierres.
L'évenement a juſtifié la Prédiction .
En effet cette fameufe Ville n'eft aujourd'hui
qu'un amas de Maifons & de
murs à demy ruinés . On nomme ce qui
en reste Sabié , c'eſt - à - dire Village . Le
refte à peine mérite - t - il ce nom.
Ce fut Nabuchodonofor qui réduifit
Damas en cet état . S. Jerôme dit que
les Macedoniens entreprirent de le rebâtir
, non pas fur les mêmes fondemens ,
mais un peu plus loin . La raifon qu'ils
eurent de l'éloigner de fes anciens murs,
fut , parce que la Ville étoit alors trop
dominée par des Montagnes . Ils aimerent
micux placer la nouvelle dans la grande
& belle Plaine , où elle eft aujourdhui ,
près de plufieurs Rivieres , qui lui donnent
autant de commodité , que d'agrément
.
Les Rois Ptolomées charmez de fon
heureufe fituation , prirent plaifir à la
décorer & à l'enrichir ; mais ayant eu
enfuite le malheur de changer fouvent de
Maître , elle a eu celui de perdre beaucoup
de fa beauté.
Ses premiers ennemis furent les Romains
du temps de Pompée. Ils s'en
ren .
JUILLET. 1727. 1589
rendirent les Maîtres . Les Sarazins à
leur tour en chafférent les Romains.
Vinrent après eux nos Princes Chrétiens
qui l'afliégerent . Les Affiegez étoient
fur le point de fe rendre , lorsqu'un
Grec , gagné par les Sarrazins , fit fi bien
qu'il perfuada aux Chefs de l'Armée
Chrétienne qu'il ne leur feroit pas poffible
de prendre la Ville du côté dont
ils l'affiégeoient . Il s'offrit de leur découvrir
l'endroit de la Place le plus foible
par lequel il leur feroit aifé de s'ouvrir
un paffage pour y entrer victorieux .
Le Grec fut crû fur la parole : l'Armée
Chrétienne décampa , & paffa de
l'Occident de la Ville à fon Orient.
Les Affiegez n'attendoient que ce mouvement
des Affiégeans pour faire à propos
une fortie. Elle fe fit : les Sarazins fe
faifirent des meilleurs poftes , & détournerent
tous les canaux qui auroient porté
de l'eau à leurs ennemis .
Les chaleurs étoient exceffives dans cette
failon : les Officiers & les Soldats
François fouffroient une foif mortelle.
Le mal étoit fans remede : ce fut donc
une neceffité de lever le Siege .
Le Siege levé , les Sarrazins demeurerent
les maîtres de leur Ville ; mais ce
ne fut que pour quelque temps , & jufqu'à
ce que le fameux Tamerlan les en
chaffa
1586 MERCURE DE FRANCE:
"
&
chaffa . Les Mammelus , maîtres de l'Egypte
, l'enleverent aux Tartares
ceux- cijoüirent paifiblement de leur conquête
jufqu'en 1517. Au bout de ce
temps , Selim , Empereur des Turcs
fe mit à la tête d'une nombreuſe Armée
& en fit le Siege . La Ville fe rendit , &
depuis cette année les Empereurs , ſucceffeurs
de Selim , l'ont confervée dans
leur Empire.
Damas avoit autrefois trois enceintes
de murs pour fa défenfe . Le mur qui
l'environnoit de plus près , étoit le plus
élevé. Un grand & profond foffé défendoit
le fecond mur. Le troifiéme qui
étoit rias haut que lés autres ,
étoit ap
puyé fur la Contrefcarpe.
Ces trois murs étoient défendus par des
Tours bâties affez près l'une de l'autre.
Les unes étoient rondes , les autres quarrées.
Celles que le temps n'a pas encore
détruites , ont leurs Crenaux , leurs Embrafures
& leurs Parapets. Pour ce qui
eft des murs , ils font prefque tous rui
nés.
La Ville fait un quarré prefque parfait
. Ses côtés ont une demi- lieuë de longueur
. De plufieurs Faubourgs qu'elle
avoit , il ne lui en reftoit qu'un feul : ce
Faubourg s'étend du Nord à l'Occident ,
&
JUILLET. 1727. 1587
& peut avoir une lieue de longueur , ou
environ .
La beauté & la commodité de la Ville'
viennent de fept petites riviéres qui
font , pour ainfì dire , à ſon commande:
ment.
Ces petites riviéres traverfent la plaine
de Damas. Elles y entretiennent la ver
dure & la fertilité. Les Jardins qui environnent
la Ville & qui lui donnent abondamment
les fruits & les légumes dont
elle a befoin , en font continuellement arrofés
. La Ville reçoit de ces riviéres fes
Fontaines publiques. Il n'y a prefque pas
une ruë qui n'ait la fienne. Les Maifons
même , pour peu confiderables qu'elles
foient , en ont une particuliere , qui fort
d'un baffin de marbre , d'où l'on peut ju
ger de la propreté de cette Ville.
La plus confiderable des riviéres dont
nous venons de parler , eft celle qu'on
nomme Barrada . Elle coule près du grand
Hôpital , où logent les Caravannes. Elle
donne de l'eau à un baffin de marbre qui
eft placé au milieu d'une grande cour
quarrée , toute pavée d'un marbre de differentes
couleurs.Cet Hôpital a l'air d'un
Monaftere fon premier étage contient
de longues Galeries . Les Chambres y
font placées , comme dans un Dortoir ,
les unes après les autres. Les portes des
:
cham
# 588 MERCURE DE FRANCE .
chambres font ornées de plufieurs petires
pierres de diverfes couleurs , & rangées
à la Mofaïque. Ces Galeries font foutenuës
par des piliers de marbre .
Ce que cet Hôpital a de plus fingùlier
, c'eſt ſa Moſquée avec fon Dôme .
Elle est parfaitement bien bâtie , ornée
en dedans de plufieurs colomnes des plus
beaux marbres . Il y en a quatre , entr'autres
, très remarquables , qui ſoutiennent
un veſtibule qui est à l'entrée de la
Molquée. Ces quatre colomnes , quoique
d'une groffeur & d'une hauteur furprenante
, ne font cependant chacune
que d'un feul morceau de marbre.
La riviere de Barrada dont nous avons
parlé , & qui paffe près de cet Hôpital ,
s'approche enfuite du Château de Damas
.
Ce Château eft comme une petite Ville
, qui a fes rues & fes maiſons particulieres.
Il eft deffendu par cinq Tours ,
dont les pierres font taillées en face de
diamant. On y confervoit autrefois ce
fameux acier de Damas dans un magazin ,
dont l'entrée étoit fermée à toute perfonne
de quelque qualité qu'elle pût être.
Je n'affurerai pas qu'il y ait encore aujourd'hui
des reftes de cet ancien acier
comme quelques - uns le difent.
Pour ce qui eft des maifons de la Ville ,
elles
JUILLET. 1727. 1589
elles ne font bâties que de bois , & n'ont
nulle beauté à l'exterieur. Leurs veues ne
font que fur des cours interieures . Au
dehors on ne voit que de grands murs
& fans fenêtres. Mais autant que les maifons
paroiffent peu confiderables à l'exterieur
, autant en dedans font elles riches
en peintures , dorures , meubles &
porcelaines , rangées avec art fur des
tablettes , qui font le tour des chambres
.
Chaque maifon a fon Divan , c'eſt - àdire
, un lieu où l'on reçoit les perfonnes
du dehors , & où les Officiers rendent
juftice , & tiennent Confeil. Elles ont
pour la plupart des jardins qui n'ont que
des arbres fruitiers .
Les Moſquées font les plus beaux édifices
de la Ville . On en compte environ
200. dans Damas. La plus belle de toutes
, eft celle qui porte le nom de S. Jean ,
c'étoit anciennement une illuftre Eglife
dédiée à S. Zacharie , pere de S. Jean-
Baptifte.
On dit même qu'il y a été enterré. Les
Turcs fe vantent qu'ils ont confervé fon
Chef , dans un baffin d'or , placé fous la
youte d'une Grotte , qui eft dans la Mofquée
; mais ils ne le font voir à qui que
ce foit.
Cette Moſquée eft précedée d'une vaſte
COUE
#590 MERCURE DE FRANCE .
cour fermée d'une galerie , fous laquelle
on en fait le tour. Les Chrétiens n'y entrent
point : mais toutes les parties de
cet édifice font conftruites avec une telle
proportion & un tel art , que lorſque les
grandes portes font ouvertes , on voit
du premier coup d'oeil tout l'interieur de
la Mofquée . Alors on eft charmé du
bel ordre des colomnes qui foûtiennent
la voute , de la beauté de leurs Chapiteaux
, de la riche Corniche qui regne
le long de la Nef , & des dorurés qui leur
donnent de l'éclat.
Mais nos Catholiques , à la veüe de ce
Monument élevé autrefois par la pieté &
la liberalité de leurs Ancêtres , fe rappellent
avec des larmes le trifte fouvenir
que ce Temple qui retentiffoit autrefois
de l'éloquente voix de S. Jean de Darney ,
n'eft plus aujourd'hui que l'écho des prieres
des Turcs .
Après avoir parlé de la Mofquée de S.
Jean de Damas , je ne vois rien dans cette
Ville qui mérite avoir ici place , finon
la grande ruë , dont il eft fait mention
dans les Actes des Apôtres. Cette ruë fe
nomme en latin via recta ; elle s'étend
depuis la porte Orientale jufqu'à la porte
Occidentale , & traverſe en droiture toute
la Ville & fon Faubourg. Sa longueur
eft d'environ une lieüe. Elle a à droit &
JUILLET 1727. 1594
à gauche de grandes boutiques , où l'on
vend toutes les richeffes que les Caravanes
apportent chaque année d'Europe ,
d'Armenie , de l'Afrique , de la Perfe &
des Indes.
Il faut convenir que toutes ces diver
fes marchandiſes , arrangées avec art , inf
pirent le defir d'acheter.
Près de la porte Orientale il y a une
maiſon , qu'on dit être celle de Juda
où S. Paul fut reçû après la converfion .
Cette maiſon a un petit cabinet qui n'a
que quatre pieds de large & deux de long.
La Tradition porte , que ce fut dans ce
cabinet que S. Paul paffa trois jours entiers
fans aucune nourriture : & elle ajoûte
, que l'Apôtre y eût cette admirable
vifion , dont il nous fait la Defcription
dans fa feconde Lettre aux Galates ; ce
fut encore dans ce cabinet , dit - on , qu'il
recouvra la veue par l'impofition des
mains du Diſciple Ananias .
A 40. pas de la maifon de Juda , ily a
une petite Mofquée . C'eft -là où l'on prétend
qu'Ananias fut inhumé. Ce Diſciple
qui avoit reçû de Dieu l'ordre d'aller chercher
Paul de Tarfe , logeoit dans la grande
ruë , près d'une fontaine , dont il prit
de l'eau pour baptifer le futur Apôtre des
Gentils .
Les Chrétiens prévenus de cette opi-
E nion
2
1592 MERCURE DE FRANCE .
nion , boivent de cette eau par dévotion ,
& en emportent dans leurs maiſons . Leurs
Ancêtres ont bâti une petite Eglife au
lieu même où étoit la maifon d'Ananie ;
j'y fuis fouvent entré. Les Turcs voulant
en faire une Mofquée , ont plus d'une
fois tâché d'y élever une Tour felon leur
ufage mais l'ouvrage du jour le trouvant
détruit le lendemain matin , ils ont
été forcez d'abandonner à la pieté des Fideles
ce lieu faint , fi évidemment protegé
de Dieu.
Dans la même ruë , près de la Porte
Orientale & à fon côté Meridional , on
voit encore aujourd'hui une espece de
fenêtre , qui fervit aux Difciples de l'Apôtre
S. Paul , pour le tirer des mains
des Juifs , & lui fauver la vie .
Un Soldat Chrétien , Abyffin de Nation
, étoit de garde avec fa Compagnie
à la Porte Orientale .
Il n'ignoroit pas que le deffein des Magiftrats
étoit de fe rendre Maîtres de faint
Paul & de le livrer aux Juifs. Il fit remarquer
à quelques- uns de fes Difciples
une efpece de fenêtre en maniere d'embrafure
, qui donnoit fur le Parapet de
la grande muraille : les Difciples de
Paul profiterent de cette découverte. Ils
defcendirent leur Maître hors de la Ville
par cet endroit , & le mirent en liberté.
Les
UILLET. 1727. 1593
Les Juifs apprirent l'évasion de celui
qu'ils croyoient déja entre leurs mains.
Déchus de leur efperance , ils firent toutes
fortes de perquifitions pour le retrouver
on leur dit qu'entre les Gardes de
la Ville il y avoit un Soldat Chrétien .
Il ne leur en fallut pas davantage pour
ne pas douter que ce Soldat ne fut d'intelligence
avec ceux qui avoient fait évader
leur prifonnier . Ils découvrirent ce
Soldat , ils demanderent fa mort . Elle
fut accordée à leur argent , & avec le
même argent , ils obtinrent du Gouverneur
de la Ville , que cette fauffe fenêtre
fut murée , pour être , difoient - ils
un témoignage public de l'infidelité du
Soldat . Mais dans l'ordre de Dieu elle
devoit être une preuve fenfible de la
tection divine fur fon Apôtre.
Les Chrétiens enleverent le corps du
Soldat , & lui éleverent un tombeau environné
d'une balustrade qui foûtient un
petit toit , dont le tombeau eft couvert.
Les Chrétiens & ( ce qui eft de fur prenant
) les Infideles le vifitent avec refpect
.
pro-
La Ville de Damas ne me fourniffant
rien de plus , pour vous entretenir , je
m'étendrai prefentement fur fes dehors;
ils méritent qu'on enparle.
Eij Près
1594 MERCURE DE FRANCE.
Près de Damas , & fur le chemin qui
conduit au tombeau des Turcs , on trouve
un Bâtiment , qu'on dit avoir été la
Maifon de Naaman , furnommé le Lépreux
, & qui étoit General des Armées
de Benadad . Les Turcs en ont fait un
Hôpital pour ceux qui font attaqués de
la lépre. Cet Hôpital a fa Mofquée , qui
compoſe un de fes corps de logis . La cour
eft grande & remplie de Figuiers & de
Palmiers. On y conferve un tombeau
qu'on dit être celui de Giezi , domeſtique
d'Elizée , qui fe retira à Damas , après
fa difgrace , & où il mourut .
Les deux Fleuves , Abana & Pharphar ;
dont parle l'Ecriture , font à 200. pas de
cet Hôpital.
Ces deux rivieres donnent naiffance à
une troifiéme , qu'on nomme Sionf : &
plus bas elles fe divifent en trois autres
rivieres qui font aller des moulins . Les
eaux de ces rivieres font excellentes pour
teindre en toutes fortes de couleurs . Ces
rivieres vont le précipiter dans un grand
Etang , que les Arabes appellent Oradis
Goutha , qui veut dire , engouffrement
des eaux .
Cet Etang eft à trois lieues de Damas ,
& à fon Orient. Il a dix à douze lieües
de longueur , & cinq ou fix de largeur.
Le poiffon y eft excellent. On voit beau-
Coup
JUILLET. 1717. 2595
coup de gibier dans des bois taillis qui l'en
vironnent.
Ce qui eft de furprenant dans cet Etang ,
c'eft que , quoiqu'il reçoive continuellement
les eaux de toutes ces rivieres , &
plufieurs eaux fauvages , on ne le voit
cependant jamais débordé , d'où l'on juge
qu'il fe décharge ailleurs par des canaux
fouterains . Je rapporterai à ce fujet ce
que l'on dit en ce païs , & ce que j'en ai
connu moi- même fur les lieux.
A une lieue ou environ de notre Miffion
à Antoura , il y a une riviere qu'on
nomme le Fleuve du Chien . Ce que j'en
ai entendu raconter m'a fait prendre le
deffein d'aller jufqu'à fa fource. 4
Je fus furpris à mon arrivée de voir
fortir de deffous un gros Rocher taillé
en voute par la nature , une fi grande
abondance d'eau , qu'à peine plufieurs
fources jointes enfemble pourroient- elles
ordinairement fournir.
Cette voute m'a paru avoir 20. ou 25.
pieds de large , fur 12. ou 15. de hau
teur ; c'eft de cette voute que fort le
Fleuve du Chien. L'opinion commune
eft que cette abondance d'eau vient du
grand Etang dont nous venons de parler.
Si cela eft ainsi , il faut que fes eaux
pour fortir de leur Etang , & venir jufqu'ici
, fe foient creufé un canal fouterain
,
E iij
196 MERCURE DE FRANCE
rain , qui ait plus de 30. lieues de longueur
.
-
Ce qui confirme cette opinion , c'eſt
que les eaux du Canal du Chien , ont la
même qualité que celles du grand Etang.
Elles font également froides , dures &
mal- faines , & de plus on trouve les mêmes
efpeces de Poiffons dans l'un & dans
l'autre.
Près du grand Canal fouterain , dont
nous venons de parler , il y a plufieurs
Grottes , dont quelques - unes ont plus de
80. pieds en longueur. La nature a formé
dans l'une de ces Grottes une colomne
de cristal & d'autres figures ,qui ne feroient
pas mieux faites , fi elles avoient été taillées
au cizeau.
Aú refte , il ne faut pas s'approcher de
trop près de ces Grottes , fi on ne veut
pas être affailli tout à coup d'une multitude
de petits dards que des Porcs : épics
vous lancent de toutes parts.
Le cours du Chien n'a pas plus d'une
lieue . Il coule entre deux montagnes trèsefcarpées.
Ces montagnes font d'un fol
fi folide , qu'elles vous paroiffent n'être
que d'un feul Rocher depuis le haut juſ
qu'en bas.
J'obfervai ce que l'on m'avoit dit , qui
eft que les eaux de ce Fleuve étant forties
de leur canal , ſe divifent en deux bras
que
JUILLET 1727. 1597
que l'un des deux rentre quelques pas plus
loin fous terre , & fous des Rochers , &
ne fe fait plus voir ; & que l'autre forme
le Fleuve du Chien , & fépare le Quefroan
du païs des Drules.
Ce Fleuve s'appelloit anciennement
Lycus on le nomme aujourd'hui le
Chien , parce qu'à fon embouchure on
adoroit autrefois une Idole , qui avoit la
figure d'un Chien ou d'un Loup.
Les gens du Pays tiennent pour conftant
, que cette Idole rendoit autrefois
des Oracles ; qu'il les faifoit entendre
jufqu'en Chypre . Le temps l'a précipitée
du haut de fon pied d'eftal . La maffe du
corps a été enfevelie dans les eaux de la
mer , & la tête a été , dit - on , portée à
Venife. Voilà ce que j'en ai vâ , & ce
qu'on m'en a dit . Je réponds de ce que
j'ai vû , fans être caution de la verité du
rapport d'autrui.
Le Pont qui eft fur ce Fleuve du Chien,
conduit le Voyageur fur un grand chemin
qui eft taillé dans le roc . L'Infcrip
tion fuivante , qui eft gravée à l'entrée
du Pont fur une table de pierre , nous
apprend qu'il a été conftruit par l'ordre
de l'Empereur Antonin. Cette Infcription
eft conçûë en ces termes :
Imp. Caf. M. Aurelius Antoninus Pius
Felix Auguftus. Parth. Max. Brit.
E iiij Germ
1598 MERCURE DE FRANCE
Gerin. maximus , Pontifex maximus montibus
imminentibus Lyco flumini coefis ,
viam dilatavit per ...... Antonianam
fuam. Un peu plus bas dans une autre ta
ble , on lit ce qui fuit :
Invite Imperator p. Felix Aug multis
annis impera.
A deux lieues de ce Pont , on commence
à découvrir la Montagne d'Abel .
Cette Montagne a fur fa croupe deux co-
Jomnes avec leurs pieds d'eftaux , & une
elpece d'Architrave au deffus de leurs
chapiteaux. Si on en croit la tradition , ce
fut dans cet endroit que Caïn & Abel
offrirent à Dieu leurs facrifices ; & qu'un
peu plus loin , l'impie Caïn facrifia l'innocent
Abel fon frere à fa jaloufie.
Sainte Helene fit bâtir une Egliſe dans
l'endroit où le trouva fon tombeau. Il
n'en refte que trois colomnes : mais le
temps , qui les a reſpectées , les a laiffé
entieres.
Le tombeau de Cain eft à trois lieuës
de Damas , fur le chemin de Seyde .
Lorfqu'on revient de la Montagne
'd'Abel à Damas , on paffe par un Lac qui
a demie lieuë en quarré. Le fond de ce .
Lac eft d'une pierre blanche , âcre & falée.
L'eau qui y féjourne pendant l'Hyver
& le Printemps , contracte les qualitez
de cette pierre. Les chaleurs de l'Eté
l'épaifJUILLET.
1727. 1599
Pépaiffiffent , & font évaporer peu à peu
fes parties les plus humides. Les groffieres
demeurent , & forment un fel blanc
& luifant , qu'on enleve aiſément par
' morceaux.
A deux lieues de ce Lac , & à for
Nord, & à cinq lieuës de Damas , il y a
deux celebres Monafteres ; l'un de Religieux
, & l'autre de Religieufes : l'un &
l'autre font Grecs . Ces deux Monafteres
font fur la Montagne Sajednaja . Le Monaftere
des Religieufes eft , quant à préfent,
d'environ quarante filles . Elles obéïffent
à une Superieure , qui prend la qua
lité d'Abbeffe.
On ne fera point furpris en France
d'apprendre que cette Abbeffe eft également
Superieure des deux Monafteres
d'hommes & de filles , & que les uns &
les autres lui obéïffent.
Les Religieux chantent au Choeur
POffice Divin , & adminiftrent aux Religieufes
les Sacremens. Leurs Freres fervans
ont foin du temporel des deux Mo
nafteres.
Celui des Religieufes eft très - riches
Elles doivent l'hofpitalité à tous les Paffans
, & elles s'acquittent exactement de
cette obligation .
La dévotion à la fainte Vierge y eft
E y ccès
1600 MERCURE DE FRANCE.
très fervente . Elle attire dans les jours de
fes Fêtes une affluence étonnante de Pelerins
, qui y viennent de toutes parts .
Cette dévotion eft fondée fur un fait miraculeux,
que le P. Maimbourg rapporte
dans fon Hiftoire des Croiſades .
Ce fait eft , qu'un tableau qui reprefentoit
la fainte Vierge , & qui étoit placé
dans l'Eglife de ce Monaftere , parut
autrefois aux yeux des Afliftans , non
plus avec fes peintures ordinaires , mais
étant revêtu d'une veritable carnation.
La renommée d'un fi grand prodige m'a
fait naître le defir de m'y tranfporter .
On m'y fit voir une Châffe , pofée dans
une niche , fermée de toutes parts par
des grilles de fer , qui mettent la Chaffe
en fureté. On me dit que cette Châſſe
renfermoit l'image miraculeufe de la
fainte Vierge mais je n'y vis rien de
plus.
La Chapelle eft ornée des préfens magnifiques
que les Fideles y apportent ou
y envoyent. Elle est éclairée d'un grand
nombre de lampes enrichies de plufieurs
pierres précieufes de toutes couleurs. Le
refpect des Chrétiens pour cette Chapelle
eft fi grand , qu'ils n'y entrent que nuds
pieds , & en filence.
La plaine de Damas eft au pied de
cette Montagne de Sajednaja , où les
deux
JUILLET. 1727.
1601
deux Monafteres Grecs font fituez . Le
Village de Barfé fe trouve à l'entrée de la
plaine on le nommoit anciennement
Noba. Ce fut jufqu'à ce Village qu'Abraham
pourfuivit les cinq Rois , qui
avoient enlevé Loth avec tous fes Effets .
Près de ce Village il y a une Grotte ,
où l'on croit par tradition que ce faint
Patriarche offrit à Dieu un facrifice en
action de graces de fa victoire.
A une demie lieuë de Barfé , les Juifs ont
une Synagogue dans le Village de Yaubar.
Je demandai à quelques - uns d'eux
depuis quand cette Synagogue avoit été
bâtie. Ils me dirent que leurs Anciens
ayant trouvé en ce lieu la Grotte du Prophete
Elie , y avoient bâti cette Synagogue
, à deffein d'y mettre en fureté les
Saints Livres qu'ils avoient enlevé à la
hâte du Temple de Salomon , lorfque les
Empereurs Tite & Vefpafien entreprirent
de faccager Jerufalem.
Quoiqu'il en foit de ce fait , il eſt certain
qu'il y a en ce lieu une Synagogue ;
qu'à fon Orient elle a trois petites Chapelles
; que dans celle du milieu , les
Juifs y renferment le Pentateuque , &
quelques autres Livres écrits à la main en
caracteres Hebraïques.
Ces Livres ne font point dans la forme
des nôtres . Ce font des rouleaux de plu-
E vj
fieurs
1602 MERCURE DE FRANCE
fieurs parchemins colez enfemble bout à
bout, & qui ont autant de longueur qu'en
demande le Texte écrit . Les parchemins
fe roulent les uns fur les autres , & forment
un gros volume rond . Celui qui
contient le Pentateuque , eft renfermé dans
un coffre de bois précieux , & couvert
d'une riche étoffe .
La Grotte d'Elie eft dans la Chapelle à
droite , & à fon midi . Sa figure eft quarrée.
On y defcend par deux marches . Elle
eft éclairée de plufieurs lampes , qui brûlent
en l'honneur du faint Prophéte .
Les Juifs appellent cette Grotte , la
Grotte d'Elie ; parce que , difent - ils , ce
fut en ce lieu que le Prophete facra Hazaël
, par ordre de Dieu , pour fucceder à
Benadab , Roi de Syrie ; & ils ajoûtent ,
qu'après avoir facré ce nouveau Roi , il
fut obligé de fe cacher dans cette Grotte ,
pour éviter les fureurs de Benadab , qui le
pourfuivoit.
On donnera la fuite le Mois prochain.
LES PSEAUMES DE DAVID , felon
l'Efprit , ou les Pleaumes en forme de
Prieres Chrétiennes , dédiez à la Reine .
Par M. J. B. Vaffoult , Confeffeur &
Prédicateur ordinaire de la Maifon du
Roy. A Paris , ruë S. Jacques , de l'Imprimeris
JUILLET 1727. 1603
primerie de J. Collombat , Imprimeur or
dinaire du Roi , Maifon & Bâtimens de
Sa Majefté , in- 12 . de 483. pages , fans.
l'Epître, l'Avertiffement & la Table. Prix
2. liv. 10. f. 1726 .
Ce n'eft point la Lettre des Pfeaumes
de David qu'on donne ici ; c'en eft l'efprit
, c'en font les fentimens . La plupart
des Fideles , dit l'Auteur dans l'Avertiffement
, euffent fait un meilleur & plus
fréquent ufage d'un fi faint Livre , fi on
en eut trouvé la Lettre plus fuivie , moins
obfcure & plus intereffante.
Quoique les Pleaumes ne foient pas
tous des Prieres , pourfuit l'Auteur , &
qu'il y en ait beaucoup d'Hiftorique ,
de Dogmatique & de Morale , j'ai appliqué
l'Hiſtoire , le Dogme & la Morale
à celui qui le prononce. Je lui ai fait
trouver le défaut ou la rectitude de fa conduite
dans l'Hiftoire , fa foy dans le Dogme
, fes vices & fes vertus dans la Morale
; en lui rendant propre & particulies
se que le Prophete dit de lui-même , ou
des autres en general.
Ces Paraphrafes des Pfeaumes , dit M.
de Villiers , qui a approuvé cet Ouvra
ge ,
m'ont paru propres à donner l'idée
& à infpirer le goût de la fublimité de ce
Livre divin ; & d'autant plus utiles , que
la plupart de ceux qui lifent & qui récipent
1604 MERCURE DE FRANCE .
tent les Pleaumes , les recitent & les lifent
fans goût , faute de comprendre les
touchantes veritez , & les faintes & hum
bles prieres qui y font renfermées .
Cet Ouvrage est très - correctement imprimé
fur du beau papier , & en beaux
caracteres.
EPHEMERIDES DES MOUVEMENS
CELESTES , pour les années 1725. jufqu'en
1735. où l'on trouve les mouvemens
diurnes des Planettes en longitude ,
leurs latitudes , afpects & médiations ;
celles des Etoiles , leur lever , coucher ,
apparitions & occultations ; les immerfions
& émerfions du premier Satellite de
Jupiter pour les mêmes années avec
une Table des afcenfions droites du Soleil
en degrez & en temps . Pour le Meridien
de la Ville de Paris . Par le fieur Defplaces.
Tome fecond . A Paris , chez le même.
1727. In 4. de 342. pages. Prix s
8. liv. relié.
,
L'impatience du Public pour avoir le
fecond Tome des Ephemerides , dit - on
dans l'Avertiffement , n'a pas donné le
temps d'y joindre plufieurs Problêmes
qu'on avoit promis : il auroit fallu pour
cela encore plufieurs mois pour les im
primer ; mais on ne veut pas attendre. La
difficulté des Tables , & les grandes occupations
JUILLET. 1717. 1609
>
cupations de l'Imprimeur , ont obligé de
differer à un autre temps ou pour les
donner féparément , ou pour les joindre
au troifiéme volume . Ceux qui connoiffent
parfaitement l'Art de l'Imprimerie ,
fçavent la longueur du temps , & les difficultez
qu'il y a dans l'impreffion des
chiffres & des Tables ; tous n'y font pas
propres , & à moins que l'on ne fçache .
& que l'on ne foit un peu verfé dans
l'Aftronomie , on ne peut y réüffir qu'imparfaitement
; il vaut donc beaucoup
mieux differer que de fe précipiter au rifque
de faire mal. Car malgré toutes les
attentions que l'on peut avoir, & que l'on
a prifes dans l'impreffion de celui - ci , il
fe gliffe toûjours des fautes ; on en trouvera
à la fin de ce volume un Errata . Le
Public entre rarement dans toutes ces
confiderations.
LE NOUVEAU TESTAMENT DE N.
S. J. C. Traduit felon la Vulgate. A Paris
, ruë Galande , chez Quillan , 1727 .
In 12. de 702. pages .
QUESTIONS fur les démiffions des
biens , avec deux Differtations ; l'une en
la Queſtion 6. fur les Statuts perfonnels ,
réels & mixtes . L'autre en la Queſtion
19. fur les impenfes & améliorations.
Par
1606 MERCURE DE FRANCE .
Par M. Louis Boulenois , Avocat au Par
tement. A Paris , chez le même , 1727 .
in 8. de 313. pages.
REMARQUES SUR LA NAVIGA
TION , & fur la maniere d'en perfectionner
la pratique. Par M. de Radoйay ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de faint
Louis , & Capitaine des Vaiffeaux du
Roi , avec des figures en taille douce de
quelques mouvemens d'armée , & manoeuvre
de Vaiffeau à Vaiffeau . L'on y a
joint la reprefentation de plufieurs nouveaux
Inftrumens propres à perfectionner
la navigation. A Paris , ruëfaintJacques ,
chez F. Fournier 1727. In 4. de 142 .
pages , fans les planches .
OEUVRES de M. Chalamont de la
Vifclede , Secretaire perpetuel de l'Academie
Royale des Belles Lettres établis à
Marfeille. A Paris , Quai de Gevres ,
chez P. Prault,1727. 2. vol . in 12 .
L'ELOGE DE LA GOUTE. Brochure
in 12. A Paris , au Palais , chez Prue
d'homme. 1727: 29. pages.
PATHOLOGIE DE CHIRURGIE
dans laquelle on explique toutes les maladies
externes du corps humain , leurs
Gaufes ,
JUILLET. 1727. 1607 .
Gaufes , leurs fignes & leurs remedes ,
felon les principes de la Phyfique moderne.
Par J. B. Verduc , Docteur en Medecine
. Nouvelle Edition , revûë & augmentée
de quelques Remarques de Prati
que , par un ancien Maître Chirurgien de
Paris. A Paris , chez la Veuve d'Houry
2. vol. in 12 .
NOUVELLES DE COUVERTES , concernant
la fanté , & les maladies les plus
fréquentes ; leurs caufes & leurs reme
des , avec des Obfervations fur les maladies
, & des Eclairciffemens fur les grands
médicamens , fur la volatiliſation du fel
fixe , & fur le diffolvant univerfel natu-,
rel. Par M. de Saulx , Docteur en Medecine
, & c. A Paris , rue faint Jacques ,
chez la Veuve Delaulne. 1727. In 12 .
de 328. pages.
BREVIAIRE ROMAIN , noté felon
un nouveau fyftême de Chant , trèscourt
, très -facile & très - sûr , approuvé
par l'Academie Royale des Sciences , &
par les plus habiles Muficiens de Paris .
Par M*** Prêtre , contenant l'Exercice
du Chrétien , un Extrait des Rubriques ,
des Ceremonies & du Rituel ; la Méthode
pour apprendre le nouveau Syftême ,
le Pfeautier , l'Antiphonier , le Proceffionel

1608 MERCURE DE FRANCE
fionel , les Meffes de toute l'année , &
les plus belles & plus curieufes Pieces de
Chant, A Paris , ruë Galande , chez Quillau
, fils. 1727. Vol . in 12. 4. liv. en
blanc , & s . liv . relié.
Cet Ouvrage , dont nous avons déja
parlé , fera en vente au commencement
du mois d'Août prochain , avec la Réponfe
de l'Auteur à une Critique , & c.
CRITIQUE DE LA CHARLATANERIE
,divifée en plufieurs Difcours , en forme
de Panegyriques , faits & prononcez
par elle -même. Second Difcours . AParis ,
chez la Veuve Mergé , ruë faint Jacques
au Cog , 1727. Brochure in 12. de 180 .
pages . Prix 30. fols .
>
L'Auteur paroît avoir affez bien réüffr
dans le but qu'il s'eft propofé , de tourner
en ridicule tout ce qui fent le pedantifme
. On voit dans fon Livre lorsqu'il
s'y agit de les peindre , ces mots , fi heureufement
inintelligibles ces magnifiques
riens en belles paroles artifſtement
placées ; mais ne s'arrêtant à cette matiere
qu'autant que le lui peut permettre
le deffein qu'il a d'inftruire , il paffe aux
differentes définitions de l'Eloquence
qui confifte à dire tout ce qu'il faut , & à
ne point dire tout ce qu'il ne faut pas.
En faifant fentir le veritable caractere de
l'EloJUILLET.
1727 .
1609
'Eloquence , il parle auffi de l'éloquence
de ces perfonnes qui croiroient n'avoir
rien dit de beau & d'éloquent , fi on avoit
pû les comprendre : voici quelle eft la définition
de cette Eloquence. L'Eloquence
eft un art de faire des Difcours fi éloquens
& fi fublimes , qu'on les entende
auffi peu que des Lettres écrites en chiffres
, dont on n'a pas la clef.
Voici comme le même Auteur s'explique
fur les effets admirables de l'Eloquence
: c'est la Charlatanerie elle - même
qui parle. Vous ignorez peut - être les réglemens
& les ufages de mon Empire ; le
bien & le mal y font regardez affez indifferemment
. Le vice & la vertu font
continuellement confondus , les crimes
atroces & les actions heroïques paffent
pour la même chofe. Mes Orateurs rapportent
tout à leur interêt , fans s'embarraffer
du refte. Lors donc qu'ils vous parlent
de quelque Monarque à détrôner , ils
vous font comprendre que ce n'eſt pas un
Prince légitime , que c'eft un ufurpateur ,
un tyran , un monftre , un fleau , & l'execration
du genre humain , dont il faut
fe défaire comme d'un mal contagieux ,
& que celui qui s'y employe eft un vrai
Heros un vrai Citoyen , un veritable
ami de la Patrie . Voilà ce crime atroce ,
cette action noire & déteftable évanouie.
Lorfqu'il
1610 MERCURE DE FRANCE
Lorſqu'il y a une Nation à foulever , mes
Orateurs lui font voir une oppreffion ,
qu'il eft impoffible de fouffrir plus longtemps
, & c. Il eft neceffaire , pour bien
entendre cet Auteur , de lire fon Livre en
entier , les matieres étant tellement liées
enfemble , qu'on ne peut pas les détacher
fans leur ôter une partie de leur beauté.
On ne laiffera pas que de donner encore
un petit trait de ce Livre . Cet Auteur
voulant nous faire connoître ce que c'eft
que le jugement ou le bon fens dans tous
fes hommes , qu'il appelle la langue univerfelle
, s'exprime ainfi : Un arbre , une
pierre , une pomine , ne font pas une autre
impreffion dans l'efprit d'un Iroquois
que dans celui d'un François , quoique le
François donne d'autres noms à ces chofes
que l'Iroquois. Lors donc que le
François , l'Allemand , l'Eſpagnol & l'Iroquois
regardent & examinent la difference
d'un arbre d'avec une pomme , ils
Je font par un même langage , ou par une
même maniere de parler interieurement.
Suppofé que l'Iroquois , dans ce langa
ge , obferve promptement & exactement
toutes les differences de l'arbre d'avec la
pomme , on dit qu'il penfe judicieufement.
Quand le François , l'Allemand &
l'Espagnol n'en remarquent point du
tout , ou en très - petit nombre , on dir :
c'eft
JUILLET. 1717. 1611
c'eft une bête , ou il n'a pas de jugement.
L'ETAT DE LA FRANCE , contenant
les Princes , le Clergé , les Ducs & Pairs ,
les Maréchaux de France , & les Grands.
Officiers de la Couronne & de la Mailon
du Roi les Chevaliers des Ordres : les
Officiers d'Armée , tant fur Terre que
fur Mer les Confeils , les Gouverneurs
des Provinces toutes les Cours Superieures
du Royaume : les Generaliteż &
Intendances les Univerfitez & Academies
, avec les noms des Officiers de la
Maifon du Roi , leurs fonctions , gages
& Privileges . La Maifon de la Reine :
celles de S. A. R. Madame la Ducheffe
d'Orleans , & de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orleans. Nouvelle Edition
corrigée & augmentée . A Paris , au Pa-
Jais & ruë faint Jacques , Quai des Auguftins
, chez Cavelier , Ofmont , David,
c . I727 . 5. vol . in I 2. 2. liv . ro . fols
relié.
Le Public eft redevable des premieres
Editions de cet Ouvrage , qui parurent
en 1699. 1702.1708 . 1712. & 1718.
à Louis Trabouillet , Chapelain du Roi ,
& Chanoine de Meaux. Après la mort
le P. Ange , Religieux Auguftin Déchauf
fé, fe chargea de ce travail, Il en donną
en
1612 MERCURE DE FRANCE
en 1722. une Edition en s . volumes
in 12. qu'il enrichit de Recherches curieutes
fur les qualitez & les prérogatives
de nos Rois , fur leur Sacre , leur
Couronnement & leurs Armoiries ; fur
les Minoritez , les Régences , & c . Il y
joignit un Abregé Hiftorique des trois
Races Royales , & de la Branche de Bourbon
. Il infera dans le corps de l'Ouvrage
plufieurs Additions importantes , princi
palement fur l'origine des Charges de la
Maifon du Roi
Par le moyen de ce Livre , on ne connoît
pas feulement le nombre & les differens
Officiers de Sa Majeſté , mais encore
leurs fonctions les plus particulie
res , & c . L'Edition dont nous parlons
aujourd'hui en cinq vol. in 12. eſt faite
fur le plan de celle du P. Ange , les
changemens furvenus depuis y ont été
marquez le plus exactement qu'on a pû ,
elle feroit encore plus exacte fi les perfonnes
qui y font intereffées avoient eu
foin de donner leurs Memoires , comme
elles en ont été priées. Le Public eft redevable
de cette Edition aux foins du
R.P. Simplicien, Religieux Auguftin Déchauffé
, lequel avoit travaillé avec le
P. Ange , fon Confrere , & qui après ſa
mort , arrivée le 4. Janvier 1726. s'eft
chargé de continuer les Ouvrages qu'il
avoit commencez
, Nous
JUILLET . 1727 1613
Nous avertiffons le Public d'une faute
d'impreffion confiderable qu'on doit corriger
dans le nouvel Etat de la France ,
qui fut prefenté au Roy & à la Reine
le 20. May dernier par le R. P. Simplicien
. C'eſt au ſujet de la Maiſon de S.A.R ,
Madame la Ducheffe d'Orleans . Dans le
titre du Livre , qui eft à la tête du premier
volume , en parlant de la Maiſon de cette
Princeffe,on a mis de S. A.S. au lieu d'Alteffe
Royale , qui eft le veritable titre qui
eft dû à certe Princeffe. On a eu le foin
de corriger cette faute dans les Affiches
de Paris & dans les feuilles qui ont été
tirées enfuite .
PRIERE A JESUS - CHRIST , ou
Poëme fur l'efperance qu'on doit avoir en
lui.EtReflexions fur les principales veritez
Chrétiennes , contenues dans ce Poëme,
A Paris , rue S. Jacques , ches J. Colombat.
in 12. de 407. pages , prix
40. fols relié , 1725. Cet Ouvrage eft
de M. l'Abbé de Villiers . Nous ne dirons
rien davantage pour en donner une
haute idée ; mais nous ne pouvons nous
refufer d'inferer ici les fentimens de M.
P'Abbé Raguer , Cenfeur de ce Livre.
L'un & l'autre Ouvrage , dit- il , m'ont
paru tels qu'on a dû les attendre d'un
Auteur accoûtumé à penfer jufte , & à
com1614
MERCURE DE FRANCE
combattre , en quelque genre que ce foit,
les vices & l'illufion , fans le fecours d'un
faux brillant , qu'on ne fçauroit confiderer
que comme une affectation également
puerile & méprifable. Ce caractere folide
dont l'Auteur , dans fes Ouvrages même
les moins férieux en apparence , ne
s'eft jamais écarté , doit faire efperer le
fruit qu'il s'eft propofé dans ce dernier
Livre , où il tâche d'exciter le repentir
& l'efperance des pecheurs , par des Vers
propres à faire goûter jufqu'aux veritez
qui effrayent , & de découvrir par des
Reflexions prifes du fond de la Religion
& du bon fens , les fources fecrettes du
libertinage , du délai de la penitence &
du faux Chriftianifme .
TRAITE ' du legitime ufage de la rais
fon , principalement fur les objets de la
Foy. Par feu M. Brueys , Ecclefiaftique
de Montpellier. A Paris , ruë S. Jacques ,
chez Coignard , fils , 1727. in 16. de
169. pages.
HERMANNI BOERHAAVE , Phil.
& Med. Doctoris , Med. Botan . Chem.
& Colleg. Pract . Lugduni- Batavorum ,
Profefforis Tractatus de Viribus Medicamentorum
, Editio nova , Priori longe
limatior , & auctior ; ut pote fedulò recognita
JUILLET. 1727.
1615
cognita , ab innumeris mendis expurgata,
necnon Additamentis atque Rerum Indice
locupletata , ftudio & operâ B B ** M D.
Parifiis , apud. Guill. Čavelier , via Jacobea
, 1727. 460. pages, fans la Préfaço
& les Tables .
Cette nouvelle Edition a été revûë trèsexactement
, comme le titre le porte , &
non -feulement purgée d'un nombre infini
de fautes , mais encore augmentée
en plufieurs endroits , fur un Manufcrit
beaucoup plus exact que celui fur lequel
ce Livre avoit été imprimé la premiere
fois : & à l'égard de quelques Additions
fort utiles qu'on a inferées dans le Texte
entre deux Crochets , elles ont auffi été
tirées d'un autre Manufcrit de l'Auteur .
Enfin pour rendre le Traité entierement
complet , l'Editeur a eu foin d'y joindre
une Table alphabetique des Matieres &
une Préface où l'on voit en détail les raifons
des Additions & des changemens
qu'on a cru devoir faire à cette nouvelle
Edition , dont on fe flatte que M. Boerhaave
( qui s'étoit plaint publiquement
du grand nombre de fautes de la premiere
) aura fujet d'être content , aulfi
bien que le Public , à qui l'on ne doute
point que cet Ouvrage ne foit à prefent
beaucoup plus agréable & plus utile . Son
prix eft de 3. livres relié ,
F Nou
1
1616 MERCURE DE FRANCE .
」NOUVEAU COMMENTAIRE fur la
Coûtume de la Prévôté & Vicomté de
Paris . Par M. de Ferriere. Nouvelle
Edition augmentée par M. Daramon . 2 .
vol. in 8. A Paris , chez Cavelier , rus
S. Jacques , au Lys d'Or , 1727.5 . livres
relié.
PIECE qui a remporté le Prix de l'AcadémieRoyale
des Sciences, propofé pour
l'année 1726. felon la fondation faite
par feu M. Rouillé de Meflay , ancien
Confeiller au Parlement , laquelle a pour
titre Les Loix du choc des Corps à reffort
parfait ou imparfait , déduite d'une
Explication probable de la caufe Phyfique
du reffort. Par le P. Maziere , Prêtre de
l'Oratoire . AParis , ruë S. Jacques , chez
Cl. Jombert , 1727. brochure in 4. de
57. pages,
DISCOURS fur les Loix de la communication
du mouvement , qui a meritó
les éloges de l'Académie Royale des Sciences
, aux années 1724. & 1726 , & qui
a concouru à l'occafion des Prix diftri
buez aufdites années. Par M. Jean Bernouilly
, Profeffeur de Mathématique à
Bafle , & Membre des Académies Royales
de France , d'Angleterre & de Pruffe. A
Paris , chez le même , 1727. in 4. de
108. pages.
JOAN
JUILLET. 1727 .
16171
nes ,
JOANNIS JACOBI MANGETI , Medicine
Doctoris & Sereniff. ac Potentiffimi
Regis Pruffie Archiatri. Bibliotheca
Scriptorum Medicorum veterum & recentiorum
. In qua fub eorum omnium
qui à Mundi primordiis ad ufque Æra
Chriftianæ XVIII . Seculi initia vixerunt,
Nominibus Ordine Alphabetico adfcriptis
; vitæ compendio enarrantur ; Opinio-
& Scripta , modeftâ fubinde adjectâ
i recenfentur , ac Sectæ fubinde
præcipuæ , fub quârumque propriâ appellatione
explicantur : ficque Hiftoria
Medica verè univerfalis exhibetur Opus
Doctis omnibus , maximéque Medicis
utile , ac perjucundum . Pro quo concinnando
, neceffaria undique : Sive ex ipfis
Scriptoribus Medicis antiquis , quorum
Opera ad noftra ufque tempora pervenerunt
; aut aliis , tùm iifdem contemporaneis
, tùm etiam fubfequentibus , qui
de illis verba fecerunt : Sive variis Dictionariorum
Compilatoribus , & Scriptorum
Medicorum Catalogis ; Mifcellaneis ,
præterea , Germanorum Curiofis ; Actis
Bartholinianis ; Actis Lipfienfibus ; Ephemeritibus
, per totam Europam jam à
multis annis , variis linguis emiffis , & c.
non mediocri labore ac curâ , funt exquifita
. In Duos Tomos Divifa Folio . Geneva
, Sumptibus Perachon & Cramer ,
1726.
Fij
Ad
1618 MERCURE DE FRANCE,
Ad clariffimos quofcumque Viros
Medicos. Auctor.
Hic Medicæ Artis Cultores omnes ;
five qui illam totam ; five qui aliquam
tantùm ejus partem , edocent , aut exercent
, obnixè rogantur , Commentarios
latinè confcriptos , de Suâ , Suorumque
Vitâ , perbreves : Fufiores verò de Scriptis
, à Se ac Suis editis , aut edendis ,
impertire velint : Ut illa , convenienti
quæque loco , cum debito elogio inferi
queant. Ac propterea omnia Sua , illis
quibus id negotii à Bibliopolis noftris ,
Dominis D. Perachon & Cramer , demandatum
fuerit tradant ; vel ad eofdem ,
propriis fumptibus , aut per Sibi oblatas
occafiones , quamprimùm id ipfis commodum
fuerit , perhumaniter tranfmittere
non recufent : Nominibus , magnâ
curâ , & nitidiffimè adfcriptis , ne aliquis.
in corum impreffione committatur error,
HISTORIA dell'orrendo Tremuoto
accaduto in Palermo , &c . Hiftoire du
Tremblement de Terre arrivé à Palerme
le Dimanche premier Septembre 1726 .
Par le Pere Ruffo , du Tiers - Ordre de
S. François. A Palerme , chez Felicella.
in 4.
EBAUCHA
JUILLET. 1727. 1619
.
EBAUCHE DE LA RELIGION NATURELLE
. Par M. Wolafton , traduite
de l'Anglois , avec un Supplement &
autres Additions confiderables . A la
Haye , chez Jean Svvart , 1726. in 4 .
de 442. pages.
RISCHIO , che fi corre nell'ufcir di
Carrozza mentre i cavalli fono in fuga .
Le Danger que l'on court à vouloir fortir
d'un Carroffe quand les chevaux ont
pris le mords aux dents . A Milan , chez
D. Bellagatta , 1726. Brochure in 12 .
de 26. pages.
Le P. Ceva , Auteur de ce petit Ouvrage
, montre combien il eft dangereux
de le livrer à la crainte , & de fe jetter
hors du Carroffe , lorfqu'il arrive que les
chevaux prennent le mords aux dents . 11
démontre que l'impreffion du Carroffe &
celle du faut , formant un mouvement
mitoyen , qui néceffairement devient irregulier
, on court rifque de fe tuer ou
de s'eftropier , &c. Il conclut qu'il vaut
beaucoup mieux refter dans le Carroffe.
L'HISTOIRE des Fêtes & des Dimanches
. Par M. l'Abbé Schmidt , a été imprimé
in 8. à Helmftadt , peu de temps
avant la mort du fçavant Auteur .
F iij ABRE1620
MERCURE DE FRANCE .
ABREGE DE MEDECINE ET CHIRURGIE
PRATIQUE , nouvellement
tirée des principes de la Nature ; avec
un petit Traité de la Pefte & autres accidens
fâcheux : Ouvrage très- important
au Public , & à tous Medecins & Chirur
giens de bonne foi . Par Michel Renuart,
Docteur en Medecine de l'Univerfité de
Padouë. A Nancy , chez J. de la Rivierė.
in 8. de 220. pages.
On écrit de Rome que des trois éditions
promiſes du Plan de l'Hypogée des
Affrancis & Officiers de la famille d'Augufte
, nouvellement découvert , la premiere
, en grand in-fol. fe debite chez Salviani
Camera ed infcrizioni fepulcrali de
libertifervi ed Ufficiali della cafa di Augufto
, &c. 1727. pages 87. fans la Préface.
Aux cinq Planches , d'une feuille
chacune , qui réprefentenr la Chambre
& les Infcriptions , M. Bianchini , qui
a enrichi cette Edition de fçavantes Notes
, en a joint une 6e & une 7º de même
grandeur pour Tabula Antiatina , qu'il
publia en 173. & que le Pere Volpi a
reimprimée trois ans après , & pour le
Théatre d'Antium ou de Nettuno , où cette
Table a été trouvée.
Une autre Edition étoit attendue de
Florence
JUILLET. 1727. 1621
Florence par les foins de M. Vittori , avec
les Remarques de M. Salvini , & on en
attend une de M. le Chevalier Ghezzi ,
qui fait graver 15. Planches , & promet
la plus grande exactitude. Envain auroiton
efperé de perfuader au Public qu'un
Edifice fi confiderable , avec les belles
Urnes , les Bas - Reliefs d'une main excellente,
& plus de 1000. Infcriptions arrangées
dans un bel ordre , avec les Niches
& les Urnes de terre qui y répondoient
, eft un Ouvrage fait exprès par
des Modernes , pour impofer à la Poſterité.
Les Médailles n'ont rien affurément
de plus indubitable. M. Bianchini ne rapporte
que 220. Infcriptions qu'il a copiées
lui-même fur le lieu , ou qu'il a
trouvées chez M. le Cardinal Alexandre
Albani. L'impreffion , la graveure , le
papier , la correction , ne laiffent rien à
defirer.
La même Lettre écrite de Rome , porte
que l'Original d'un morceau des Faftes
des Magiftrats Romains , imprimé au Tome
XI. du Thefaurus Antiquitatum Romanarum
de Gravius , a été trouvée dans
cette Ville , chez un Marbrier . C'eſt un
Bloc de 5. pouces d'épaiffeur & de 14 .
pouces en quarré. Un des bouts eft
un peu écorné . Pighius qui l'a trouvé en
cet état , a fupplée ce qu'il a jugé à pro-
F iiij pos
1622 MERCURE DE FRANCE.
pos. Il contient 20. lignes , qui font dans
Gravius , les dix dernieres de la page 231 .
& les dix premieres de la
page fuivante
.
Simon vient de reimprimer & vend la
Differtation du R. P. Dufefc , Profeffeur
Royal de Mathématiques à Perpignan ,
fur le Tonnerre , la Foudre , les Eclairs
& la plupart des Meteores qui s'y rapportent.
Cette Piece dont nous avons déja
parlé, avoit remporté le Prix à Bordeaux ,
& elle le meritoit bien ; mais ce qu'elle
ne méritoit pas , elle avoit été fort défigurée
par l'impreffion . On a donc fouhaité
qu'elle fût imprimée à Paris en
meilleur papier , meilleur caractere , &
furtout avec plus de correction . Simon
s'en eft fort bien acquitté, & laPiece fe lit
deformais avec autant de plaifir qu'il y
a eu d'abord d'empreffement pour la lire.
L'empreffement vient fur tout de la part
de ceux qui craignent ces terribles Meteores
, & qui ne font pas fâchez de connoître
au moins ce qui les fait trembler ,
& s'il eft poffible de le précautionner un
peu contre ces funeftes effets. Le plaifir
de la lecture eft pour les Phyficiens &
pour les Curieux ; car le R. P. Dufefc a
épuilé la matiere , foit du côté de l'Hiftoire
naturelle , foit du côté de la Phyfique
; & il feroit à fouhaiter que nous
euffions
JUILLET. 1727. 1623
cuffions toutes les queftions de Phyfique
traitées auffi à fond que celle - là l'eft dans
cette Differtation , en 100. pages in 12.
- Pour l'Hiftorique , on peut dire que
l'Auteur y fait voir à l'oeil & prefque
toucher du doigt la matiere du Tonnerre
& de la Foudre. Il rapporte les Obfervations
de pluſieurs perfonnes , & furtout
d'une qui s'eft trouvée au milieu de la
nuée dans le temps du plus grand fracas .
Pour le Phyfique , le P. Dufefc fuit de
près le fyftême des petits Tourbillons du
celebre P.Malbranche, & on peut dire que
cet ingenieux Systême n'a jamais été élevé
à un plus haut point de vrai- femblan
ce & de folidité.
Simon vient auffi d'imprimer in Iz
la Vie de Jean de Brienne , Roy de Jerufalem
& Empereur de Conftantinople. C'eft
un morceau curieux de l'Hiftoire des
Croifades : on le trouve écrit avec feu &
d'un bon ftile .
Le même vient de reimprimer & diftribuë
le Plan d'une Mathématique à l'u
fage à la portée de tout le monde , &c.
dont on avoit d'abord tiré un médiocre
nombre d'Exemplaires pour les faire courir.
Mais l'empreffement de ceux qui ont
voulu garder ce Plan après l'avoir lû
a obligé de le reimprimer. On y a joint:
des Eclairciffemens qui répondent à la
Ey plûpato
1624 MERCURE DE FRANCE .
plupart des objections des Critiques. Le
point qu'on y a diſcuté le plus à fond , eſt
celui de l'attention médiocre que le Plan
exige de ceux qui liront l'Ouvrage annoncé.
Cette médiocrité d'attention fembloit
Paradoxe à bien des gens ; mais le
Paradoxe & le vrai ne font pas toûjours
incompatibles , & un Auteur qui ne parle
qu'après avoir penfé , mérite qu'on ſuſpende
au moins fon jugement , & qu'on
écoute fes raifons. On trouve auffi dans
ces nouveaux Eclairciffemens un petit
Plan abregé ou le Principe general de la
Géometrie , & on y apprend que l'Ouvrage
annoncé par ce Plan s'imprime actuellement
, & qu'il pourra paroître dans
les mois de Septembre ou d'Octobre.
Il doit paroître dans quelque temps un
Ouvrage fort interreffant fur les Spectacles
; il eft intitulé : Hiftoire du Theatre
Italien , depuis la décadence de la Comedie
Latine , avec un Catalogue des
Tragedies & Comedies imprimées depuis
l'an 1550. jufques à l'an 1660. Et une
Differtation fur la Tragedie Moderne .
Par le fieur LOUIS RICCOBONI , dit
LELIO , Comedien Italien Ordinaire du
Roy de France
DISJUILLET.
1727 1625
DISPOSITION DE L'OUVRAGE.
Chapitre 1.
De la Décadence de la Comedie des
Latins , & de ce qui nous eft reſté de
cette Comedie.
Chapitre
II.
De la fignification du mot Zanni , &
de l'Origine de la Comedie Italienne .
Chapitre III.
De quel temps la Comedie Italienne
a pris une forme , & pourquoi cette Comedie
a été appellée Hiftrionatus Ars .
Chapitre IV.
De quelle efpece de Comedie on faifoit
ufage dans le dixiéme , onzième &
douziéme fiecle . Comedie écrite du 1300 %
& du 1400 Tragedies & Comedies écri
tes du feiziéme fiecle.
Chapitre V.
De quelle efpece de Comedie les Comediens
mercenaires faifoient ufage dans
le feiziéme fiécle . Décadence des Belles
Lettres en Italie. Corruption de la bonne
Tragedie , & de la bonne Comedie .
Chapitre VI.
De l'Introduction des differens Dialectes
des Acteurs mafquez de la Comedie
Italienne . Des excellens Comediens de
ce temps -là. De la façon de jouer la
F vj
Come1626
MERCURE DE FRANCE.
Comedie à l'impromptu . A la fin du
Chapitre il y aura quatorze Planches gravées
avec les deffeins des Habits de tous
les Alteurs mafquez du Theatre Italien ,
depuis l'an 1500. jufqu'à prefent.
Chapitre VII.
Nouvelle décadence de la Comedie Italienne
depuis l'an 1600. des tentatives.
que l'on a faites pour la relever . Introduction
de la Tragedie fur la Scene..
Chapitre VIII.
Le Theatre remis dans le bon goût à
l'égard de la Tragedie. Nouvelle Comedie
introduite. Effai de la bonne Comedie
en Vers du 1500. De la fignification
du mot Lazzi.
Après l'Hiftoire du Theatre fuivra le
Catalogue des Tragedies & Comedies
imprimées depuis l'an 1500. juſques à
Pan 1600.avec des Remarques.
DISSERTATION
SUR LA TRAGEDIE MODERNE.
Chapitre I.
De l'Intention des Tragedies Greques.
Du commencement , du progrès & de
la décadence de la Tragedie Italienne.
De la nouvelle Tragedie Italienne.
ChaJUILLET.
1727 1627
-
Chapitre 11.
De l'Origine de la Tragedie Françoife .
De la Réforme de cette Tragedie.
Chapitre III.
Des effets que produit l'Amour dans la
Tragedie Françoife. Du retranchement
des Choeurs & des Confidens introduits.
Chapitre IV.
De l'unité de lieu de la Tragedie Françoiſe.
Chapitre V.
De l'unité de temps , & de l'unité d'action
dans les Tragedies Françoifes.
Chapitre VI.
Des Caracteres de la Tragedie Fran
çoife.
Chapitre VII.
De la Sentence de la Tragedie Fran
çoile.
Chapitre VIII.
De l'Intention des Poëtes Tragiques
François. Quelques . Remarques fur la
Fragedie Angloife ..
Nous ne doutons pas que cet Ouvrage
n'excite la curiofité du Public , la matiere
nous paroiffant intereffante & agréable.
On affure d'ailleurs que l'Auteur entre
dans un plus grand détail & donne beaucoup
plus que le Projet ne promet . Il feroit
à fouhaiter que M. Riccoboni voulot
1628 MERCURE DE FRANCE .
lut auffi donner au Public un Traité de
l'Art de la représentation des Poëmes Dramatiques
, que nous fçavons qu'il a compofé
en vers Italiens . Un Ouvrage d'une
auffi -bonne main , & fur un fujet aufli
curieux que nouveau , feroit fans doute
beaucoup de plaifir aux amateurs du
Théatre , & feroit fort utile aux perſonnes
qui font de la profeffion de l'Auteur.
DESCRIPTION DU PARNASSE
FRANÇOIS , éxecuté en bronze ; fuivie
d'une Lifte alphabétique des Poëtes &
des Muficiens raffemblés fur ce Parnaffe.
Dédiée au Roy , volume in - 12 . Le prix
eft de 2. liv . relié en veau . A Paris
chez la veuve Cavelier , au Palais , &
chez Noël Piffot , au bout du Pont- Neuf ,
au coin de la ruë de Nevers , 1727 .
DISCOURS prononcez dans l'Académie
Françoiſe le Lundy 30. Juin 1727 .
à la Réception de M. le Préfident Bouhier.
A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard , fils .
Le Difcours que le Préfident Bouhier
prononça en prenant féance à l'Acadé
mie Françoiſe , commençoit ainfi.
MEST
JUILLET. 1727. 1629
=
MESSIEURS ,
Quelque flateuse que foit pour moi l'unanimité
de vos fuffrages , je fens combien
il m'eft difficile de juftifier les heureux
préjugez qui vous ont déterminez en ma
faveur.
Le nouvel Académicien paffe peu de
tems après par une tranfition ingenieuſe ,
à l'éloge de M. de Malezieu dont il remplit
la place. La carriere immenfe des Belles-
Lettres , de l'Hiftoire , de la Philofophie
, dit-il , lui parut trop étroite pour
s'y renfermer. Il entreprit de pénetrer dans
toutes les parties des Mathematiques , &
ily égala les plus grands Maîtres .
Ce jufte Eloge qu'il fait des divers talens
de M. de Malezieu , le conduit naturellement
au choix glorieux que Louis
XIV. fit de lui pour l'éducation du jeune
Prince en qui nous admirons tous les
jours l'heureuſe main qui l'a formé ; il
paffe finement à l'Augufte Epoufe de fon
illuftre Eleve. Il la guida , pourfuit- il
dans la même route. Il l'aida à perfectionner
ce génie fublime , qu'elle avoit reçû de
la nature , & lui infpira ce goût épuré, ce
fçavoir délicat , P'étonnement de tous ceux
qui
1630 MERCURE DE FRANCE.
qui ont l'honneur de l'approcher.
Après avoir parlé du génie ſuperieur de
M. de Malezieu , il le fait defcendre au
plus galant badinage où il ſe plaît à ſe
délaffer. Vrai Protée , dit il , fon efprit
prenoit toutes les formes qui lui paroiffoient
propres à l'inſtruction , ou à l'amufement
des autres . C'étoit l'homme de tous
les talents , de toutes les focietez , de toutes
les beures .
L'Eloge de l'Académicien auquel i
fuccede , eft fuivi de celui de l'Illuftre
Fondateur de l'Académie , dont il eft devenu
Membre. Voici comme il parle de
ce grand Cardinal. On fait que Richelieu
, dans le temps même qu'il travailloit
fi efficacement à faire redouter l'Empire
François , n'étoit pas moins occupé du foin
de le faire aimer. Au milieu de ces réfolutions
fi hardies qui portoient l'effroi chez
nos voisins , il fongeoit à leur faire goûter
l politeff: de nos moeurs , & à les attirer
à nous par la douceur de notre commerce
, par les charmes de nos Spectacles ,
& par le goût xquis de la Nation pour
ces Arts , dont le but est de rendre l'homme
, en quelque maniere , plus humain.
Il infinue adroitement que ce fut là le
principal motif qui engagea le Grand Armind
à fonder l'Académie Françoiſe ; il
buf-falloit , dit- il , des efprits propres à (e-
ن م
>
conder
JUILLET. 1727. 1631
conder ce nobie projet. La France en poffedoit
plufieurs ; mais ils étoient épars. Ils
n'avoient entr'eux que pen de liaison. Ils
n'étoient point excitez par cette louable
émulation , qui feule fait entreprendre les
grandes chofes. Chacun cultivoit à part
un petit canton de Litterature. Faute d'un
fecours mutuel , le reste demeureit inculte
& abandonné.
Attaché fcrupuleufement au Plan , où
l'Académie a restraint dans ces fortes de
Difcours , tous les Orateurs qu'elle affocie
à fa gloire, M. Bouhier prend occafion , en
parlant du Chancelier Seguier , fecond
Protecteur de cet illuftre Corps , de parler
de lui -même avec beaucoup de modeftie .
Voici le tour ingenieux qu'il donne à cer
endroit de fon Difcours Votre premier
Protectear fut heureusement remplacé par
un illuftre Chancelier , qui fçût concilier
l'amour des Lettres avec celui de la juftice.
Sous lui Thémis fit une alliance éternelle
avec les Mufes . Dès - lors on jugea
que le Senas n'étoit point incompatible
avec le Lycée dès -lors on reconnut que
la gravité de la Magiftrature pouvoit être
utilement temperée par l'agrément de vos
exercices. Animé par les exemples que j'en
ai devant les yeux , ne fuis -je pas excufable
, de vouloir du moins les imiter , quoiqueje
ne puiffe efperer d'y atteindre.
De
1632 MERCURE DE FRANCE.
De là il paffe par une efpece d'enthoufiafme
aux temps heureux , où le plus
grand des Rois daigna prendre l'Académie
fous fa protection ; il exhorte fes illuftres
Confreres à continuer de marcher
fur les pas de leurs Prédéceffeurs , en célebrant
les actions immortelles de cet
Augufte Heros ; il les convie à partager
leur jufte reconnoiffance avec le bifayeul
& le petit - fils . Avec quelle joye , ajoûte-
t -il , en parlant de notre jeune Monarque
: N'admirons - nous pas les heureufes
difpofitions de ce Prince pour la pieté , pour
la justice , pour l'humanité. Il'a fait ſentir
un peu auparavant , que les vertus
le Ciel a femées dans fon coeur , ont
été heureufement cultivées par l'excellent
Miniftre à qui la France doit fa felicité
préfente ; je ne fçais , dit- il , quel démon
jaloux de la paix dont jouit l'Europe
s'étoit flatté de la troubler. Envain toutes
les Nations témoignoient un fincere éloignement
pour la Guerre. La difcorde formoit
de toutes parts d'affreux nuages , affembloit
des Armées formidables , & les
faifoit marchercomme malgré elles . Louis
auffi- tot fe prépare à l'enchaîner. Déja le
fang bouillonne dans les veines de cejeune
Lion . Déja nos Frontieres font couvertes
defes bataillons nombreux. Déjanos Guerriers
brûlent d'impatience de courir fous
que
>
Jes
UILLET. 17276 1633
fes ordres dans la carriere de la gloire.
Quel appas pour un Heros à qui tout fem
ble promettre les fuccès les plus éclatans.
Ce Tableau , qui femble forti des mains
de la Poëfie , prête un nouveau luftre à
la moderation du digne Héritier du
Thrône de Louis le Grand : au milieu
de ces préparatifs , pourfuit l'habile Orateur
, l'interêt de fon Peuple défarme fon
bras. Touché pour nous des horreurs de la
guerres il écoute des paroles de paix. Il
faifit par bonté l'heureux moment de nous
la procurer. Il ne pouvoit mieux terminer
fon Difcours , que par ce trait qui
doit pénetrer de joye tous les fideles fujets
d'un fi bon Maître. Un feul point
manquoit à la fatisfaction publique . Nous
demandions au Ciel de récompenfer tant
de vertus par une nombreuſepofterité : nos
voeux , Meffieurs , feront bien- tôt exaucer
, &c.
Après que M. le Préfident Bouhier eut
parlé , M. le Préſident Henault lui répondit
par un Difcours également folide
& brillant , & où il a fçû allier parfaitement
le Magiftrat & l'Académicien. On
peut y confiderer trois parties principales .
La premiere qui contient l'éloge de M. de
Malezieu & de ce qui y a rapport , prefente
des idées riantes & gracieufes , tel .
les que le fujet le demandoit. Dans la
feconde
1634 MERCURE DE FRANCE .
feconde qui regarde M. le Préfident Bouhier
, l'Orateur prend une maniere plus
féricule ; c'est un Magiftrat qui loüe un
autre Magiftrat avec toute la dignité convenable
; il paffe de là à l'éloge de M. le
Cardinal de Fleury , & il y raffemble tout
ce que le coeur peut infpirer de fentimens
délicats ; ces trois morceaux placez avec
art , & bien amenez , forment un tiffu
qui par fa beauté & par fa varieté , excite
une attention vive & continuelle dans
l'ame des Lecteurs . C'est ce que nous
allons tâcher de faire voir autant que le
peuvent permettre les bornes d'un Extrait.
M. le Préfident Henault commence
l'éloge de M. de Malezieu par fes Ou
vrages de Mathématiques ; il renvoye
modeftement ce fujet à une main plus
fçavante ; ( c'eft à M. de Fontenelle qui
eft chargé de ce même éloge à l'Académie
des Sciences . ) Il pourfuit par la
Poëfie : Poëte , dit-il , dont les Ouvrages
fe reffentoient de fon amour pour les grands
modeles & femblable en cela à ces
oifeaux , qui après avoir volé fur le tombeau
d'Orphée , en avoient plus de douceur
dans la voix. Il parcourt enfuite les
differents genres de connoiffances que
raffembloit M. de Malezieu , & finit
dire : Il fembloit que la nature eut voulu
récon-
>
par
JUILLET 1727. 1635
réconcilier la Geometrie avec la Poësie ,
La Philofophie avec l'érudition , les talens
avec les connoiffances , & faire voir en
réunissant en lui tous ces dons , qu'ils ne
s'excluent pas les uns les autres , & c . Cer
Eloge le mene à celui du Prince auprès
duquel M. de Malezieu fut placé de la
main même de Louis XIV. Il y paffe par
une heureuſe tranſition , & par une louanextrêmement
délicate . Je n'éxige pas ,
dit-il , que l'on juge du mérite du Maître
par les éminentes qualitez de cet illuftre
Eleves je fçais qu'il eft difficile de faire
honneur à l'art de ce que la nature feule
a pris fein de former ; mais qu'on en juge
au moins par les marques de bonté
qu'il en a reçues jusqu'à fa mort , & c.
ge
L'Eloge de ce Prince conduit naturellement
à celui de fon augufte Epoufe . M. le
Préfident Henault fait voir quelles difpofitions
M. de Malezieu trouva dans
fon efprit pour le faire jour dans les
Sciences même les plus abftraites . Cette
Princeße , dit -il , avonoit timidement que
ces matieres ne lui étoient pas étrangeres
& laiffoit voir malgré elle qu'elle en pénétroit
toute l'étenduë. De ces matieres fublimes
M. de Malezieu la faifoit paſſer à
de fimples jeux d'efprit. Ainfi , pourfuit-
il , raffemblant tant de dons differents
il faifoit tour à tour , les amusements &
l'infa
1636 MERCURE DE FRANCE,
Pinftruction d'une Cour où les Lettres font
en honneur , où les noms marchent après
Les talents , où on ne craint pas la fcience ,
parce que la fcience y habite . Après avoir
loué fi ingénieufement M. de Malezieu
en la perfonne de fes illuftres Eleves
M. le Préfident Henault fait l'Eloge de
M. le Préfident Bouhier en s'adreffant à
lui- même. Je ne parle , lui dit -il , que
d'après vous vous m'avez prévenu ſur
ce que je viens de dire , & un témoignage
comme le vôtre , eft d'autant moins fufpect
, que vos occupations ont été bien
differentes. Né dans le fein de la Magiftrature
, l'étude des loix a fait votre principal
objet ; mais comme les hommes audeffus
des autres tournent bien-tôt au profit
géneral les connoiffances que les hommes
ordinaires & timides , faute de veuës
fe contentent de rapporter à leurs fonctions.
Vous ne vous êtes pas regardé comme chargé
feulement de rendre la juftice aux hommes
, mais comme chargé d'inftruire les
Juges mêmes , & vous avez fenti que
vos lumieres devoient s'étendrefur toute la
nature & leur devenir utiles. C'est ici que
M. le Préfident Henault propoſe à M. le
Préfident Bouhier un Projet vraiment
digne d'un grand Magiftrat ; & que quittant
le ton de la loüange , il en prend
un plus férieux , & parle une Langue qui
doit
JUILLET. 1727.
1637
doit leur être commune à l'un & à l'autre.
C'est ce qui nous a valu , lui dit- il ,
ces fcavantes Differtations , où vous avez
fait voir l'Analyfe & la précision avec
laquelle vous êtes capable de traiter les
queftions les plus abftraites de nôtre Jurif
prudence , où vous remarquez avec tant
de raifon, que fouvent il est arrivé que des
interêts particuliers ont donné occafion à
des décifions génerales qui ont fervi de
principes dans la fuite , & où enfin vous
faites toujours marcher l'histoire à côté des
loix , modele fi utile , projet tant de fois
propofé. Puiffiez - vous , Monfieur , lefuivre
dans toute fon étenduë ; & mettant à
profit le loifir que vos travaux vous ont
juftement acquis , nous donner une histoire
de France relativement aux Coutumes &
aux Ordonnances du Royaume , & conronner
ainfi tous les genres d'érudition qui
vous ont fait entrer en lice avec les plus
fameux Critiques du dernier fiecle.
La modeftie du nouvel Académicien
lui impofant filence , il paffe à l'Eloge
de cette même vertu , ce qui lui fert de
tranſition à celui du grand Cardinal à qui
la France doit fon bonheur. C'eft la derniere
Partie de ce Difcours qui eft ame
née avec tant de délicateffe , & fi remplie
de fentimens , que le Lecteur n'en
doit rien perdre. Après avoir dit à M. le
Pré
1638 MERCURE DE FRANCE .
Préfident Bouhier que l'Académie a été
d'autant plus touchée de trouver en lui
cette vertu ( la modeſtie ) qu'elle n'accompagne
pas toujours les autres perfections,
c'eft ainfi qu'il finit. Il est vrai que fi jamais
elle fut d'ufage , c'eft dans un temps
où les exemples en font auffi folides qu'éclatans
, où nous la voyons récompen
fée des dignitez les plus éminentes dans
un Miniftre qui ne s'étoit point empreſſé
pour les obtenir. C'est une belle leçon pour
ceux à qui il ne manqueroit pour aimer
la vertu , que de croire qu'elle pourroit
leur être utile. On n'étoit point accoutimé
à voir les Dignités chercher un homme
qui les regardoit avec indifference ; encore
moins à voir la jaloufie qu'excitent ordinairement
les honneurs , diminuer toujours
à proportion de ceux aufquels il
étoit élevé. Apprenons à être jufte , en
voyant laJustice fi honorée.
Non-content de nous inftruire , ce Miniftre
s'occupe uniquement du foin de nous
rendre heureux . Son Miniftere commence
fous le regne de Louis XV. comme finis
fi heureufement celui d'un grand Cardınal
fous le regne de fon augufte Bifayeul :
& l'estime qu'il a fçû obtenir de toutes les
Nations , rend fon Maître l'arbitre de la
tranquillité de l'Europe. Qui le croiroit !
Sa fidélité à obferver des Traités , qui
рона
JUILLET. 1727. 1639
bles › a
pouvoient gêner des Puißances refpectaété
un nouveau motif pour ces mêmes
Puißances de fe fier à lui , parce que
s'eft le droit de la verité de tout réunir.
Joignons-nous , Meffieurs , aux voeux
de toute l'Europe . On ne nous accufera pas
de ne fuivre que notre penchant. Célébrons
tant de vertus , elles font toutes du goût
des Mufes , qui ignorent la violence , la
fraude , les intrigues , les cabales , & qui
fe plaisent à chanter la douceur , la modération
& le défintéreßement. Puiße le Ciel
égaler fes jours à l'amitié dont l'honore
notre jeune Monarque , & nous conferver
un exemple unique d'un Miniftre fidele ,
aimé tendrement deſon Roy.
Les Affemblées de l'Académie des
Sciences établie à Villefranche en Beaujolois
il y a environ cinquante ans , & confirmée
par Lettres Patentes de Louis XIV.
fous le nom d'Académie Royale, & fous la
protection de feu MONSIEUR , fiere du
Roi , ayant été fufpendues pendant quelques
années , & plufieurs Gens de Lettres
de cette Ville & des environs ayant depuis
peu formé le deffein d'en renouveller
les conferences , toûjours fous la protection
des illuftres Defcendans de feu
MONSIEUR ,leur premier Protecteur. M.
Janfon Deroffray , Lieutenant Particulier
G &
1640 MERCURE DE FRANCE .
& Lieutenant de Roi de Villefranche
à l'un des Académiciens , fut préfenté
M. le Duc d'Orleans par M. le Comte
Dargenfon , fon Chancelier , le quatre
Juillet , pour lui demander d'agréer le
nom de Protecteur de cette Compagnie :
ce qui fut accepté par ce Prince › qui
pour marque de vraie protection , fit
préfent de fon portrait à cette Académie,
,
Le Geur Jacquier continue d'enſeigner
avec fuccès l'Orthographe à toutes fortes
de perfonnes par principes certains , & en
peu de temps. Les Etrangers auront la
même facilité , pour peu qu'ils entendent
le François ceux dont les Emplois exigent
neceffairement cet Art , pourront à
plus forte raifon l'apprendre en moins de
temps par l'habitude & la pratique. Il ne
veut pas qu'on étudie de memoire , ne
demandant que du jugement & de la pratique
. Il n'avance rien dont l'experience
ne l'en ait déja convaincu , & cela par le
moyen d'un Abregé de fa Methode , qui
fe vend à Paris chez Jacques Joffe , ruë
faint Jacques , le Gras au Palais , Noël
Piffot, & Bienvenu , à la defcente du Pont-
Neuf. Elle a pour titre : Methode très aifée
pour apprendre l'Orthographe par principes.
Il demeure ruë faint Denis , à côtẻ la
Fontaine
JUILLET. 1727 .
1645
Fontaine faint Innocent, aux trois Pucelles.
11 y a en vente à Paris chez le fieur
Tocquiny , Chandelier , ruë neuve des
Petits Champs , près celle de Richelieu ,
un nouvel Athlas univerfel de 45. volumes
in folio , de Cartes , des principaux
Plans de Villes , d'Edifices , &c. tant en
élevation qu'autrement , avec les Defcriptions
des meilleurs Auteurs. On y a évité
le défaut de la plupart de pareils Ouvrages
, de la veritable idée defquels leurs
Auteurs fe font écartez pour devenir Hiftoriens
, Antiquaires , Médailliftes , & c .
L'on n'y a point perdu de vûë la Geogra
phie , & l'on y a renfermé toutes les utilitez
qu'elle peut avoir , en y donnant les
differentes Divifions du Monde , Ecclefiaftiques
& Militaires , Civiles & Politiques,
de tous les temps connus dans l'Hif
toire , & du temps préfent.
On ne fçait pas encore quand on commencera
à executer le projet formé pour
l'établiffement d'une Imprimerie à Conftantinople
, dont l'un des deux Directeurs
n'eft pas un Moine Renegat , comme le
bruit en avoit couru , mais un Socinien
de Tranfylvanie , qui a embraffé la Religion
Mahometane. L'autre Directeur eft
Zaïd Aga , fils de Mehemet Effendi , cy-
Gij devant
1642 MERCURE DE FRANCE .
devant Ambaffadeur de la Porte à la Cour
de France , ainfi qu'on l'a déja écrit .
>
Le fieur Guillermié , Machiniſte du
Roi , qui a inventé le Mouvement Phyfique
dont nous avons parlé a encore inventé
depuis peu un Serein artificiel ,
parfaitement bien imité. Ses plumes font
blanches panachées. Il paroît obéïr au
commandement. On le voit fortir de fa
cage , & y rentrer après avoir chanté un
air. Il a le regard , la pofture & les mouvemens
très -naturels .
Frere Paul de Merci , Hermite près
Nanci , au Diocèle de Toul , qui a déja
fait plufieurs cures furprenantes , & même
fur fa propre fille * , petite niece du
feu Maréchal de Vauban , Marie - Thereſe
de Merci , qui étoit née fourde & muette ,
& qu'il a parfaitement guérie. Il vient de
faire une femblable cure à Toul , dans le
Convent du Tiers Ordre de faint Dominique
, fur la perfonne de Mile Marguerite
de Levifton , âgée de 9. ans , née auffi
fourde & muctte , dont le pere , Capitaine
de Cavalerie au Regiment de Rotembourg
, écrit en ces termes à un de fes
oncles à Paris ; fa Lettre eft datée du 3.
Il n'eft pas rare au Diocèfe de Toul de
yoir des Hermites mariez,
Juillets
JUILLET . 1727. 1643
Juillet. Ma fille a été traitée par Frere
Paul , qui lui a coupé d'abord le filet en
préfence de toutes les Religieufes de la
Communauté , & lui a appliqué à diverfes
repriſes des remedes fur les oreilles ,
enforte qu'elle entend préfentement fort
bien , commence à prononcer les mots ,
& tous les jours elle en apprend de nouveaux
.
Par un petit Memoire qui nous a été
adreffé , on apprend que le fieur Lyvernette
, Maître Chirurgien - Juré à Paris ,
continue de donner avec beaucoup de
fuccès fon remede particulier contre les
Rétentions d'Urine & les Carnofitez . Un
grand nombre de perfonnes qui en ont
été guéries en font foi , & depuis peu M.
Barberin , de l'illuftre Maifon de ce nom ,
lequel étoit attaqué depuis près de 30 .
ans de cette maladie , M. de Romay , Préfident
à Mortier du Parlement de Normandie
, attaqué depuis 12. ans , & M.
d'Aigremont , Huiffier de l'Anti- chambre
de la Reine , & Valet - de - Chambre de
la Ducheffe de Bourbon , qui fouffroit
auffi depuis 12. années ce dernier fut
adreffé au fieur Lyvernette par M. de la
Peyronie. Il vient d'être guéri , & renvoyé
pour fervir fon quartier de Juillet.
G iij Prix
1644 MERCURE DE FRANCE.
L
Prix de l'Académie de Marseille.
'Académie des Belles - Lettres de Marfeille
avertit le Public que le premier
Mercredi de l'année 1728. elle adjugera
le prix que le Maréchal Duc de Villars ,
fon Protecteur , veut bien lui fournir , à
un Ouvrage de Profe d'un quart d'heure ,
ou tout au plus d'une demie heure de
lecture , dont le fujet fera que LE SECRET
EST UNE DES VERTUS LES
PLUS NECESSAIRES A UN ROI..
On adreffera les Ouvrages deſtinez au
concours à M. de Chalamont de la Vifclede
, Secretaire perpetuel de l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille , ruë de
l'Evêché.
On affranchira les paquets à la poſte ,
fans quoi ils ne feront point retirez ; ils
ne feront reçûs que jufqu'au 1. Novembre
inclufivement . Les Auteurs ne mettront
point leur nom au bas de leurs Ouvrages
, mais une Sentence de l'Ecriture
des Peres , ou des Auteurs prophanes . On
aura la bonté en les envoyant de marquer
à M. le Secretaire une adreffe à laquelle
il enverra fon Recepiffe.
On prie les Auteurs de prendre les mefures
neceffaires pour n'être point connus
avant le jour auquel le prix doit être
adjugé .
JUILLET. 1727.
1645
adjugé : elles ont été affez mal prifes cette
année . On veut croire que le retardement
de l'ouverture de l'Académie a donné
lieu à cet inconvenient. Comme la
même raiſon ne fubfiftera plus l'année
prochaine , on avertit les Auteurs que dès
qu'ils feront connus par leur faute , ils feront
exclus du concours .
On avertit encore que tout Ouvrage
qui aura été imprimé , ou dont il aura
couru des copies manufcrites , ne concourront
point.
Les Auteurs doivent éviter avec foin
tout ce qui peut bleffer les moeurs & la
bienféance ; l'Académie leur déclare
qu'elle fera inflexible fur ce point. Elle
vient de donner à regret un exemple de
fa féverité à l'égard d'une Piece de Poëfie
, où elle a trouvé beaucoup d'efprit ,
beaucoup de Poëfie , & une élegante imitation
des Anciens , & qui auroit tenu le
Prix en fufpens dans un fiecle où les
principes de la Morale auroient été moins
épurez .
Les Auteurs qui auront remporté le
Prix viendront le recevoir eux - mêmes
dans la Salle de l'Académie le premier
Mercredi de Janvier , s'ils font à Marfeille
; & s'ils n'y font point , ils enverront
à une perfonne domiciliée dans cette
Ville une Procuration , qui fera remife à
G iiij M.
1646 MERCURE DE FRANCE.
M. le Secretaire , avec le Recepiffé qu'il
aura fait de l'Ouvrage.
*******************
E
JE
CHANSON.
ne foûpire plus pour les yeux d'une Ingrate
;
Je cours au Vin , & méprife l'Amour.
Iris n'a plus rien qui me flatte ,
Je veux dormir la nuit , & boire tout le jour.
J'ai vaincu l'Enfant de Cythere .
Je prends fes traits , je perce mon tonneau ;
Pour coëffer ma bouteille il prête fon bandeau
,
Et fon carquois me fert de verre.
のよ
SPECTACLES.
E 3. le 5. les Comediens Italiens
Lrepréfenterent Sanfon , Tragi -Comedie
, qui n'avoit pas été jouée depuis cinq
ou fix ans . Le Public a revû , à cette occafion
, avec plaifir , le fieur Lelio le pere ,
après une abfence d'environ trois mois.
Cet excellent Acteur joue le rôle de Sanfon.
LET,
1647
1727 ¡ .
Mrdet•
Lentement
anime'.
Jete,
Je cours au
X
vin j
d.
veud
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1646 MERCURE
DE FRANCE .
M
au
riffé qu'il
J
Je
Je
Je
Po
1
I
di
ou
ca
ар
C

JUILLET. 1727.
1647
fon. Il faifit avec tant d'ame & de nobleffe
l'efprit du Sujet , qu'il s'empare de
la bienveillance des Spectateurs , & perfonne
ne fçauroit lui refufer les juftes applaudiffemens
qu'il mérite . Comme cette
Piece a été traduite & imprimée en
1717. chez Coutelier , & qu'elle peut
être entre les mains de tout le monde
nous n'en dirons rien de plus.
Le 6. les mêmes Comediens donnerent
la premiere repréſentation de l'Horoscope
accompli , petite Piece d'un Acte en Profe
, avec un Divertiffement & un Vaudedeville
, dont la Mufique , qui a été fort
goûtée , eft de M. Mouret. Cette Piece
eft de M. Gueulletre , Auteur de plufieurs
autres qui ont eu du fuccés fur le Théatre
Italien. La petite Piece qu'on vient de
donner fut précedée de l'Amour Précepteur
, Comedie en trois Actes du même
Auteur , qui fut joliée dans fa nouveauté
le 25. Juillet de l'année derniere . Cet
Auteur n'a jamais exigé de part d'Auteur
de toutes les Pieces qu'il a données au
Théatre Italien. Il a fait préfent à Mile Silvia
, fi goûtée & fi cherie du Public , du
profit qui reviendra de fa derniere Piece
, auffi- bien que de l'impreffion , fi elle
juge à propos de la faire imprimer. Es
voici l'Extrait.
?
Gy AC
1648 MERCURE DE FRANCE:
ACTEURS.
Pantalon .
Silvia.
Lifette .
Arlequin.
Leandre.
Mle Lalande.
Le fieur Lelio le fils.
Trivelin , Valet de Leandre . Le fieur Domique.
Efclaves danfans & chantans .
Pantalon eft amoureux d'une jeune
fille appellée Silvia , qu'il a fait élever depuis
l'âge de deux ans dans un appartement
fecret de fa maifon . Il eft fort inquiet
de fçavoir s'il en eft aimé , & dir
que pour s'en éclaircir , il a envoyé tirer
fon horofcope par le Docteur Lanternon
, fameux Aftrologue. Arlequin arrive
de fa commiffion avec l'horoſcope
de Pantalon , par lequel il apprend que
fes froides careffes feront peu d'impreffion
fur la perfonne qu'il aime , & que
fon neveu lui enleverà cette même perfonne
dont il eft amoureux , & qu'il l'époufera.
Pantalon s'écrie fur la fauffeté
de la prédiction , & dit que comme il n'a
point de neveu , le Docteur n'eft qu'un
ignorant. Il eft bien vrai , dit - il , que j'ai
eu autrefois une foeur , mais elle périt
fort
JUILLET. 1729. 1649
fort jeune il y a environ vingt - cinq ans
fur les côtes de Livourne dans un petit
Bâtiment fur lequel elle alloit le promener.
Il fait enfuite confidence à Arlequin
de fa paffion pour Silvia , & Arlequin lui
apprend auffi qu'il eft devenu amoureux de
fa Suivante , en la voyant par la ferrure de
l'appartement où elle eft enfermée avec fa
Maîtreffe. Pantalon lui promet de lui
faire époufer cette jeune Paylane , & de
la lui faire voir de plus près. Il paffe dans
fon cabinet pour prendre des mesures
pour fon futur mariage. Le Théatre change
, & repréfente l'appartement de Silvia.
Elle fe plaint amérement à Lifette , fa Suivante
, de la dure captivité où elle eft retenue
, & lui apprend en même - temps
qu'elle eft moins ignorante que Pantalon
ne le croit , ( quoiqu'elle n'ait jamais vậ
d'autre homme que lui ) & dit à Liſette
qu'elle a trouvé des Livres dans une petite
armoire derriere la tapifferie de fa chambre
, dont elle fait toute fon occupation .
Ces Livres font les Romans d'Aftrée &
de Celadon , d'Amadis & d'Oriane , de
Daphnis & de Chloé , &c . Elle fait entendre
à Lifette que toutes ces Hiſtoires
fe terminent toûjours par s'époufer ;
qu'elle ignore ce que cela fignifie , mais
qu'il faut que ce foit quelque chofe de
bien charmant , puifque c'eft là le but &
G vj le
1650 MERCURE DE FRANCE.
le dénouement de tous les perfonnages
de ces Romans. Pantalon & Arlequin
qui furviennent , interrompent cette converfation
; Silvia en témoigne autant de
chagrin que Lifette fait paroître de joya
de voir Arlequin , qu'elle trouve à fon
gré , & qu'il lui fait toutes fortes de careffes.
Pantalon reproche à Silvia fa mauvaiſe
humeur ; elle lui répond qu'elle
n'eft caufée que par l'esclavage où il la
retient , & qu'il n'y a rien qu'elle ne tente
pour en fortir. Pantalon lui dit qu'elle
fera libre quand elle voudra , pourvû
qu'elle veuille l'époufer. Arlequin fait entendre
à ces deux femmes ce que c'eft
que le mariage , d'une maniere comique ;
cela n'empêche pas que Silvia ne laiffe
entrevoir à Pantalon la haine qu'elle a
pour lui : cependant elle prend le parti de
diffimuler & lui fait efpeter qu'elle
pourra fe laiffer toucher par fes bonnes
manieres. Il en eft tranfporté de joye ', &
fort

pour aller acheter des bijoux dont
il veut faire préfent à Silvia , & des efclaves
pour la divertir. La Scene , qui
change ici , repréfente le Salon de la maifon
de Pantalon . Leandre y arrive avec
Trivelin , & lui apprend de quelle maniere
il eft devenu amoureux
d'une aimable
fille enfermée
dans un appartement
de cette maifon , lui ordonne
de fçavoir
qui
JUILLET. 1727. 1651
qui elle eft , & de faire enforte de lui
procurer un entretien avec elle . Il fe retire
de peur d'être rencontré par Pantalon
, à qui il a une lettre de crédit à rendre
de la part de fon Correfpondant de
Venife. Trivelin feul , après quelques teflexions
fur l'amour de fon Maître , apperçoit
Arlequin qui apporte des bijoux
à Silvia , & qui a la clef de fon appartement.
Trivelin s'éloigne pour écouter
Arlequin ; il apprend par fes difcours balourds
tout ce qu'il veut fçavoir , & furtout
l'amour que Pantalon a pour Silvia ,
de la maniere qu'il l'a tient enfermée, & c.
Trivelin aborde Arlequin , feignant de le
connoître , & d'être de fon Pays . Ils
s'embraffent , & deviennent les meilleurs
amis du monde. Trivelin profitant de la
balourdife d'Arlequin , lui fait accroire
que Leandre , fon Maître , eft frere de
cette jeune fille Silvia , & qu'il arrive à
Livourne exprès pour la déterminer au
mariage ; & que comme elle n'a jamais
vû d'autre homme que Pantalon & lui ,
il faudroit par plaifanterie , & à l'infçû de
Pantalon , introduire Leandre dans l'appartement
de Silvia , & que cette entre
vûë feroit un effet fort comique. Arlequin
, qui trouve cela bouffon , y donne
les mains . Leandre ( à qui Trivelin fait
entendre ce qu'il vient de faire ) furvient
AL1652
MERCURE DE FRANCE:
Arlequin lui ouvre la porte de l'apparte
ment de Silvia , & s'y cache tandis qu'elle
s'entretient encore avec Lifette de tous
les Heros des Romans qu'elle a lûs , & lui
dit qu'il y en a entr'autres d'une espece
qu'elle fouhaiteroit fort de voir . Leandre
paroît devant elle dans ce moment ; elle
eft tranfportée de joye de voir devant fes
yeux ce qu'elle cherche depuis fi longtemps
, & d'apprendre ce que c'eſt qu'un
Amant. La fimplicité de Silvia lui fait re
cevoir avec plaifir la déclaration que
Leandre lui fait de fon amour , & luifait
entendre que fa vûë a fait fur fon coeur
une impreffion très - vive ; mais elle lui
témoigne en même - temps l'inquiétude
qu'elle a qu'il ne devienne infidele , comme
elle a lû dans des Livres. Leandre la
raffure contre fes craintes , & lui offre de
l'époufer , & de l'arracher des bras d'un
vieillard indigne de la poffeder. Elle l'accepte
pour Epoux ; & au moment qu'ils
fe difpofent à partir , Pantalon furvient ,
qui eft bien furpris de trouver Silvia avec
un Cavalier prêt à l'emmener. Il eft tranfporté
de rage en apprenant de Silvia
qu'elle vient de prendre Leandre pour
fon Mari. Pantalon le reconnoît pour l'avoir
vû roder depuis quelques jours autour
de fa maifon . Il le traite de fourbe
& d'impofteur , & lui dit que la Lettre
qu'il
JUILLET. 1727. 1653
qu'il fuppofoit d'avoir pour lui rendre de
la part du Signor Stephano , fon Correfpondant
, n'étoit qu'un prétexte . Leandre
lui fait entendre qu'il fe trompe luimême
, & lui remet cette Lettre , qui apprend
à Pantalon que Leandre eft fon neveu
; que fa foeur , qu'il croyoit morte, ne
l'étoit pas , & qu'elle avoit épousé depuis
le Signor Stephano , & que Leandre
étoit le fruit de leurs amours . Enfin Pantalon
convaincu de la prédiction du Docteur
, qui portoit que fon neveu épouſeroit
fa Maîtreffe , donne fon confentement
pour le mariage de Leandre avec
Silvia , & leur donne tout fon bien . Arlequin
époufe auffi fa chere Lifette . Les
Efclaves , dont Pantalon a fait préfent à
Silvia forment le Divertiffement qui
termine la Piece . Silvia leur donne la liberté
en faveur de fon mariage.
>
VAUDEVILLE.
D'Un jeune Plumet vif & tendre ,
Philis youlant combler les voeux ,
Fut à l'Oracle pour apprendre
S'il auroit toûjours mêmes feux ;
On lui dit que fuivant l'ufage ,
Son bonheur le rendroit volage ;
Beautez
1654 MERCURE DE FRANCE.
Beautez fenfibles , fongez- y >
Cet horoscope eft accompli

Un Mari languiffant , débile ,
D'heritiers étant dépourvû ,
Pour en avoir , vit la Sibille ,
Voici ce qu'il fut répondu :
Le grand air te feroit utile ,
Pour quelques mois quitte la Ville.
Il eft fix jours hors de chez lui ,
Et I horofcope eſt accompli
L'Epoux d'une femme jolie ,
Dans l'embarras d'un gros procès ,
Eut recours à l'Aftrologie ,
Pour en apprendre le fuccès ;
On lui prédit victoire entiere ,
Si Madame fuivoit l'affaire ;
Il le permet en bon Mari ,
Et l'horofcope eft accompli
On prédit à certaine Prude ,
Que l'Amour vaincroit fa rigueur ;
Elle
JUILLET. 1727 . 1655
Elle redouble fon étude ,
Pour que l'Oracle foit menteur ;
Gens d'élite viennent chez elle ,
Aucun ne fléchit la cruelle ;
Il fe prefente un étourdi ,
Voilà l'horofcope accompli
M
L'Epoux d'une belle Joueufe ,
Chez le Devin apprit un jour ,
Que d'une carte malheureuſe ,
Il devoit craindre un mauvais tour ,
Quelques jours après une perte ,
Un Sous-Fermier fringant , alerte »>
Vint du matin avant midy ,
L'horofcope étoit accompli
Un vieux & gravé Perfonnage ,
Dans l'hymen voulant s'engager
L'Oracle lui dit qu'à fon âge ,
On doit craindre certain danger ;
Toûjours rempli de fa folie ,
Un beau matin il fe marie ,
Helas avant le jour fini ,
L'ho1656
MERCURE DE FRANCE.
L'horoſcope étoit accompli ,
M
Sur le point de faire un voyage ,
Damon voulut être éclairci ,
Si l'objet de fon tendre hommage ,
Ne le mettroit point en oubli ;
On lui prédit que fa Climene ,
L'oubliroit ayant la quinzaine ,
Il part Dimanche , & le Lundy ,
L'horoſcope étoit accompli.
Arlequin au Parterre.
Quand on nous fit venir en France ,
L'Oracle nous dit qu'en ces lieux ,
Rien n'échappe à la connoiſſance
Des Spectateurs judicieux ;
Mais que fouvent votre indulgence ,
Ranimeroit notre eſperance ,
Puiffions - nous encor aujourd'hui ,
Voir cet horoſcope accompli
On trouvera l'Air noté de ce Vaudeville
avec la Chanson , à la page 1646.
EXJUILLET
1727. 1657
EXTRAIT de la nouvelle Comedie
du François à Londres .
LE
E Marquis de Polinville , jeune Scigneur
Francois ouvre la Scene avec
le Baron de Polinville fon parent , & lui
témoigne combien il eft mécontent de
Londres . Il lui fait des reproches fur ce
qu'il lui a fait quitter Paris , le centre
de la politeffe , pour venir dans une Ville
où l'on ne fent pas le prix d'un joli hom .
me , & où il trouye que tous les Habitans
ont l'air étranger. Le Baron lui répond
en riant , qu'en effet Meffieurs les Anglois
ont tort d'avoir l'air Anglois chez eux,
& le raille fur l'amour aveugle qu'il a
pour les manieres françoifes. C'eſt pourtant
à ces manieres , interrompt le Marquis
, que j'ai l'obligation d'une conquête
brillante : il apprend en même- temps
à fon Coufin qu'il aime , ou plutôt qu'il
eft aimé d'une jeune Veuve de Cantorberi
, fille d'un Milord qui eft à Londres
pour affaire , & qu'il eft venu loger
dans le même Hôtel garni où elle demeure
depuis huit jours qu'elle a changé de
quartier. Le Baron lui demande le nom
de la Dame . Il lui dit que fon nom eft
Eliante ; & fur l'aveu que lui fait le même
Baron , qu'il la connoît , qu'il eft
penetré
1553 MERCURE DE FRANCE .
4
penetré d'eftime pour elle , & qu'il n'attend
que l'occafion de lui témoigner. Le
Marquis lui répond d'un air de confiance
qu'il veut la lui procurer lui- même & le
prefenter familierement à Eliante , qui entre
dans ce moment là , en lui apprenant
que ce Gentilhomme François eft ſon rival
& fon parent tout enfemble. Qu'elle
a fait fa conquête fans le fçavoir . Prenez
garde , ajoûte - t -il , fous un air timide &
difcret , c'eft un Garçon dangereux , il
veut me fupplanter , Madame , il veut
me fupplanter. Le Baron prend la parole
& dit à Eliante qu'il mérite la plaifanterie
qu'on lui fait , & qu'il n'a pû s'empêcher
d'avouer au Marquis qu'il n'avoit
rien vû de fi adorable qu'elle ; & de lui
témoigner une furprife mêlée de dépit
fur ce qu'il lui avoit fait entendre qu'il
avoit le bonheur d'être aimé d'elle . Eliante
fe fâche là- deffus contre le Marquis ,
qui la quitte , en lui difant : Oh , je vois
pour le coup que vous êtes picquée , mais
pour vouspunir je vous laiffe avec le Baron ;
qu'il vous entretienne , Madame , je n'y
perdrai rien , vous m'en goûterez mieux
tantôt. Le Baron a une courte converfation
avec Eliante , dans laquelle il lui
fait poliment la guerre fur l'amour qu'elle
a pour le Marquis. Elle s'en deffend , &
pouffe la chofe jufqu'à lui dire qu'elle
prenJUILLET.
1727. 1659
prendra le parti d'en époufer un autre . Le
Baron tâche de lui faire entendre adroitement
qu'elle ne fçauroit fe vanger plus
noblement du Marquis , qu'en faifant
tomber ce choiffeur lui , ni faire en même
temps le boneur d'un homme dont
elle fût plus tendrement aimée . Elle demande
du temps pour y penfer . Le Baron
fe retire. Finette , Servante Françoile ,
entre & remet à Eliante , ſa Maîtreffe, une
Lettre de Milord Craff , fon pere , dans
laquelle il lui marque qu'il arrive inceffamment
à Londres , pour aller de là à
la Jamaïque ; & qu'ayant appris que fon
fils fréquentoit mauvaile compagnie dans
cette Ville, & qu'il avoit fait connoiffance
avec un Marquis François qui ache--
voit de le gâter , il avoit réfolu d'emmemer
ce petit libertin avec lui , & de la
marier avant fon départ avec un riche Négociant
nommé Jacques Rofbif , fa grande
jeuneffe ne lui permettant pas de refter
veuve. Finette fe récrie au feul nom
de Rofbif, & exhorte fa Maîtreffe à mon
trer la noble fermeté d'une veuve , & à
perfifter dans la réfolution où elle étoit
d'époufer le Marquis de Polinville , ajoûtant
que les François font la meilleure
pâte de Maris qu'il y ait au monde , que
d'ailleurs Milord Craff fon pere eft un
komme fenfé , & qu'il ne fera pas difficile
1660 MERCURE DE FRANCE
cile de lui faire entendre raifon . Eliante
témoigne qu'elle a lieu de fe plaindre ellemême
de l'étourderie du Marquis. Finette
lui répond qu'il faut lui pardonner
en faveur de la jeune des graces.
Milord Houzei arrive . Eliante fa foeur
lui fait des reproches fur ce qu'il ne vient
plus la voir. Houzei s'excuſe ſur ce qu'il
ignoroit la nouvelle demeure , & fur ce
qu'il a fait connoiffance avec un Marquis
François , le plus aimable & le plus gracieux
de tous les hommes. Ah , s'écrietil
, qu'il m'a appris de chofes en cinq
on fix converfations , & que je me fuis
façonné avec lui en quatre jours de temps ..
Tien , ma petite soeur, je veux te le faire
connoître. Il me vient une idée ; je dois
lui donner à fouper ce foir au Lion
rouge , il faut que tu fois des nôtres &
Finette auſſi.Je le veux bien, répond Elian .
te , mais à condition que mon pere qui
arrive aujourd'hui , fera de la partie. A
ce difcours Milord Houzei fort brufquement
, en difant que fon pere vient bien
mal à propos , & qu'il va contremander
le fouper. Eliante qui apperçoit venir
Jacques Rofbif, rentre un moment
après , & laiffe à Finette le foin de le recevoir
pour elle .
*
Rofbif entre fans ôter fon chapeau . Finette
lui fait plufieurs réverences , Rofbif
JUILLET. 1727. 1661
bif lui dit de finir toutes ces politeffes
qui ne menent à rien , & de lui aprendre
où eft Eliante . Finette lui répond qu'elle
n'eft pas vifible. Elle doit l'être pourfon
Prétendu , réplique Rofbif. Vous fon Prétendu
, interrompt Finette , en éclatant
de rire. Vous n'êtes ni aſſez bien-mis pour
être prefenté à la fille d'un Milord , ni
affez aimable pour être fon Epoux ; je
veux vous faire voir un jeune Marquis
de chez moi : c'eft - là ce qu'on appelle
un joli homme. Le Marquis furvient ,
& Finétte le laiffe avec Rofbif, en lui
difant , voilà un homme que je vous donne
à décraffer; fon nom est Jacques Rofbif,
ne l'oubliez pas,
Le Marquis & Rofbif font quelque
temps à fe confiderer l'un l'autre , & fe
trouvent également ridicules. Le Marquis
eft le premier à rompre le filence & à
demander à l'autre , qui eft - ce qui lui
procure de fa part l'honneur d'une attention
fi particuliere ? La curiofité , répond
P'Anglois taciturne . Allons , courage ,
donnez- vous des airs , ayez des façons ,
dites - nous de jolies chofes , je vous regarde
, je vous écoute. Eh comment Jacques
Robif, mon ami , vous raillez , je
penfe , vous tire für moi , replique le
Marquis picqué. Enfuite il l'agace par
vingt traits qu'il lui décoche coup -furcoup
,
1662 MERCURE DE FRANCE.
1
coup , mais inutilement . Robif le confidere
toûjours avec de grands yeux , fans
lui rien dire . Le Marquis impatienté , va
s'affeoir vis à -vis de lui , & fait une converſation
à l'Angloiſe , c'eſt à - dire qu'il
eft long temps fans parler . Enfuite il demande
à Rofbif où il prend toutes les
belles chofes qu'il dit . A votre place ,
ajoûte-il , j'aurois toûjours à mes côtezun
homme qui écriroit toutes mes reparties.
Cela feroit un beau Livre , au moins. IL
n'ennuiroit pas le Public , interrompt brufquement
l'Anglois , Adieu. J'ai voulu
voir fi vous étiez auffi ridicule qu'on me
Pavoit dits il faut vous rendre justice ,
vous paẞez votre renommée . Vous avez
tort de vous laiffer voir pour rien , vous
êtes un fort joli bouffon , & vous valez
bien trois fchelins . Milord Houzei entre
& dit au Marquis qu'il eft fâché de ne
pouvoir pas lui donner à fouper , que
fon
pere doit arriver , & qu'il le prie de remettre
la partie à une autre fois . C'eſt
dans cette Scene que le Marquis déploye
toute la gentilleffe Françoife , & qu'il
donne à fon Eleve des leçons de politeffe
& de fatuité. Sur ce que le
jeune Milord lui témoigne qu'il aime les
airs , les manieres , les façons , notre pe
tit-Maître François l'arrête en l'avertiffant
d'aller bride en main . Les airs , lui
dit il ,
JUILLET. 1727. 1663
dit-il , font diftinguez des manieres & les
manieres des façons ; on a des manieres ,
on fait des façons , on fe donne des airs .
Un homme du monde a des manieres par
attention & par égard pour les autres . Un
Provincial fait des façons par une politeffe
mal entendues un joli homme fe donne
des airs par complaifance pour luimême.
Milord Craff , pere de Milord
Houzei , entre au milieu de cette converſation
; & voyant fon fils qu'il cherche
par tout , avec le Marquis , il écoute leur
entretien juftement dans le temps que ce
dernier dit à Milord Houzei , que rien
n'orne plus un difcours qu'un menfonge
fait à propos , ou qu'un ferment fair
en temps & lieu ; & qu'il veut lui faire
prefent d'un recueil d'imprécations & de
fermens nouvellement inventez par unCapitaine
de Dragons , revûs par un Officier
de Marine , & augmentez par un
Abbé Gaſcon qui avoit perdu fon argent
au Trictrac. Milord Craff les interrompt
& remercie d'un air ironique le Marquis
des bonnes inſtructions qu'il donne
afon fils ; il dit en même-temps à Milord
Houzei de fe retirer , & qu'il lui donnera
d'autres leçons . Parbleu , reprend le
Marquis , je vous défie de lui donner
dans toute votre vie autant d'efprit que
je viens de lui en donner en un quart.
H₁ d'heure
1664 MERCURE DE FRANCE .
d'heure de temps . Milord Craff P'arrête
fur ce mot d'efprit , & lui demande ce
qu'il entend par là . Le Marquis lui répond
qu'il fait confifter l'efprit à dire de
jolies choles. Le Milord veut combattre
ce fentiment par un difcours raifonné ;
mais le Marquis que la differtation ennuie
, chante un air d'Opera ; ce qui
choque le Milord qui le traite de Calotin .
A cette injure notre François veut mettre
l'épée à la main ; mais le Baron qui furvient
l'en empêche, & lui reprefente qu'il·
eft deffendu à Londres de tirer l'épée . Le
Marquis fe retire en difant , adieu Monfieur
de l'Angleterre , fi vous avez du
coeur, nous nous verrons hors la Ville.
Le Baron fait des excufes à Milord Craff
pour le Marquis fon parent. Ce dernier
paroît d'abord étonné ; l'autre lui en demande
la raiſon . Vous êtes François , répond
le Milord , & vous êtes raifonnable
Le Baron, lui parle là - deffus avec
tant de bon fens & de politeffe , qu'il le
fait revenir de fon préjugé , & qu'ils finiffent
par s'embraffer & être bons amis.
L'étourderie & la vivacité du Marquis
font caufe qu'il a une affaire avec le pere
d'Eliante , qu'il devoit époufer , & lui
font perdre par là fa Maîtreffe , juftement
indignée du procedé qu'il a eu avec fon
pere , tandis que la fageffe du Baron lui
attire
JUILLET. 1727 .. 1665
attire l'eftime du Milord Craff , & lui ob
tient la poffeffion de fa fille. Ce vieux
Milord qui le préfete au Marquis & à
Rofbif même , s'en juſtifie en ces termes :
Monfieur le Marquis , vous êtes un fort·
joli Cavalier, mais vous faites trop peu
de cas de la raifon. Pour vous , Monfieur,
( s'adreffant à Rofbif ) vous avez un fond
de raifon admirable , mais vous negligez
trop la politeffe ; vous ne trouverez donc
mauvais , Meffieurs , que je donne la
préference à M. le Baron , qui réunit l'un
& l'autre , il a tout ce qu'il faut pour faire
le bonheur de ma fille. Le Baron dit à
Milord Craff qu'il vient de le convaincre
que rien n'approche d'un Anglois poli ,
& Milord Craff lui répond qu'il lui a
fait connoître que rien n'eft au - deffus
d'un François raisonnable ; ce qui finit la
pas
Piece.
- Au reste cette Comedie , qui eft trèsbien
reprefentée , a un fort grand fuccès
depuis le commencement de ce mois qu'on
la joue. Elle est très- bien écrite , & M. de
Boiffy , qui en eft l'Auteur , y foutient la
réputation que les autres Ouvrages lui
⚫ont acquife. .
Le 13. de ce mois , l'Académie Roya
te de Mufique joua pour la derniere fois
P'Opera de Médée & Jason , après en
Hij avoir
1866 MERCURE DE FRANCE
avoir donné 31. repréfentations confécus
tives. Le 17. on remit au Théatre le Jus
gement de Paris , Paitorale Heroïque ,
qui avoit été repreſentée dans fa nouveauté
au mois de Juin 1718. Les paroles
font de Mlle Barbier , & la Mufique de
M. Bertin . On peut voir un Extrait de
cette Piece dans le Mercure de Juin dẹ
la même année , page 98 .
Le 23. l'Opera Comique fit l'ouverture
de fon Théatre de la Foire S. Laurent
, par une Piece nouvelle en trois
Actes , ornée de Chants en Vaudevilles ,
& de Danfes , intitulée les Mécontens , &c,
On Mande de Boulogne , qu'on y a
ouvert au commencement du mois dernier
le Théatre Malvezzi , & qu'on y
reprefente un Opera dont les décorations
font fi magnifiques , fi furprenan ,
tes , & d'un goût fi nouveau , qu'elles attirent
un concours prodigieux .
NOUVELLES DU TEMPS,
LES
TURQUIE .
Es Lettres de Conftantinople du mois
de Mai , portent que deux des Sultanes
qui tranfportoient des Troupes à
AleJUILLET.
1727 .
1667
Alexandrie , avoient fait nauffrage ; qu'Aly-
Murfa , qu'on envoyoit en Perfe avec
des inftructions & des pleins- pouvoirs
pour traiter de quelque accommodement,
avoit peri avec fa fuite & fes équipages ,
& que le Sultan Deli , qui avoit pris
parti pour le Sultan Acheraf , Chef des
Rebelles de Perfe , avoit bloqué les Tartares
de Crimée dans leur Camp , & les
empêchoit de fe mettre en marché pour
aller joindre l'armée du Grand Seigneur.
On ajoûte que le bruit fe répandoit à
Conftantinople que quatre des Generaux
Turcs qui s'étoient avancez du côté d'Iſpaham
avec un Détachement de 18000 .
Janniffaires & de 4000. Spahis , avoient
été coupez par une partie de l'armée des
Rebelles; & qu'ayant perdu toute efperance
de fe réunir ou d'être fecourus , ils
s'étoient rendus au Sultan Acheraf avec
leurs Armes , leurs Bagages & leurs Munitions.
On a appris par des Nouvelles venuës
d'Afrique , que les Guerres Civiles des
Etats du feu Roy de Maroc , avoient
obligé la Régence d'Alger , de faire marcher
des Troupes pour la garde de fes
Frontieres.
On apprend auffi de Tetouan , que le
Gouverneur de Fez avoit donné avis à
Muley- Hamet , que le Royaume fe dé-
H iij
claroit
1668 MERCURE DE FR ANCE.
.
claroit pour Muley Abdelmalec fon frere
puîné , qu'il l'avoit exhorté d'envoyer au
plutôt des Troupes & de l'argent dans
le pays , afin de ranger les Rebelles à leur
devoir ; que les Habitans des deux Pro
vinces qui avoient pris les armes , brûloient
les Villes & les Villages qui refufoient
de reconnoître pour Souverain le
Prince dont ces Séditieux fuivoient le
parti ; que lui- même ne fe croyant pas
en fureté dans la Ville de Fez , il s'étoit
renfermé dans le Château avec les plus
fideles Soldats de la Garniſon , & qu'il
s'attendoit de fe voir affiegé à chaque
inftant.
On a fçû en même temps que Muley-
Hamet avoit envoyé dans le Royaume
de Fez un Train d'Artillerie avec 15000.
hommes , commandez par le Pacha Mafael
; mais que les Rebelles ayant eu avis de
fon arrivée , l'avoient furpris pendant la
la nuit , & qu'ils avoient taillé en pieces
ce Détachement , pris les Bagages , l'Artillerie
& les Munitions de guerre ; que
cette nouvelle ayant été porté à Miquenez
, Muley - Hamet en étoit forti pour
fe mettre à la tête de fon Armée , afin
d'aller à la rencontre de fon frere & lui
livrer bataille.
RusJUILLET.
1727. 1669
O
RUSSIE.
Na réfolu dans le Confeil de Regence
d'envoyer des Ambaſſadeurs ,
non feulement dans les principales Cours
de l'Europe , mais à Conftantinople , à
Peckin & auprès du Grand- Mogol , pour
y renouveller les anciens Traités d'alliance
& de commerce .
Ce Confeil a fait publier un Manifeſte
concernant le dernier projet des criminels
d'Etat qui ont été exilés en Siberie
& l'on croit que le Czar fera punir de
mort deux ou trois des principaux auteurs
, afin de tenir les Peuples dans
leur devoir , par cet exemple de ſévérité
.
La Céremonie du Couronnement du
Czar qui devoit le faire à Moſcou dans
deux ou trois mois , a été retardée julqu'au
Printemps prochain , parce que le
Confeil a trouvé à propos de déclarer ce
Prince Majeur vers ce temps -là.
Tous les Vaiffeaux de la Flote font défarmés
, à la réserve de 20. qui croiferont
du côté de Revel , jufqu'à ce que
les Efcadres d'Angleterre & de Dannemarc
foient rentrées dans leurs Ports..
On doit publier inceffamment un Edit
pour la fabrication d'une certaine quan-
Hiiij tité
1670 MERCURE DE FRANCE..
1
tité de nouvelles efpeces , qui auront
d'un côté le Portrait du Czar , Pierre II.
La Charge de Grand - Maître d'Hôtel du
Czar , qui étoit vacante depuis plufieurs
années , a été donnée au Prince Menzikoff.
La Belle-foeur de ce Seigneur a été nommée
Gouvernante & premiere Dame
d'Honneur de la jeune Princeffe Marie-
Alexandrowna , qui fut fiancée avec le
Czar le 6. du mois dernier.
La Princeffe Nathalie , foeur du Czar
a été fiancée au fils du Prince Menzikoff ,
qui a pris le titre de Duc. Le Comte
Sapieha , qui devoit époufer la Princeffe
Menzikoff, fiancée à S. M. Cz. époufera
la Comteffe Marie , fille d'un frere
de la feue Czarine , laquelle a été élevée
avec la Ducheffe d'Holftein & la Princeffe
Elifabeth , fa foeur.
La Garde du Czar a été augmentée de
200. Gentilshommes , dont un détachement
l'eſcortera toujours.
DECLARATION du Czar publiée
à Petersbourg le 6. Juin Traduction.
>
Nous Pierre II. par la grace de Dieu ,
Ruffies , & c. Il eft fuffisamment connu à un
chacun, de quelle maniere l'Empereur Pierre
JUILLET. 1727. 1671
re 1. notre très cher Seigneur & Ayeul , de
glorieufe mémoire , a fait dans l'année 1722.
par un foin paternel pour le bien de l'Empire
de Ruffie , un Reglement ferme & ftable
touchant la fucceffion au Thrône de Ruffie ;
fçavoir , que le choix d'un Succeßeur à l'Empire
dépendra uniquement de la volonté du
Monarque régnant. Ce Réglement fut confirmé
en 1726. par l'Impératrice , notre trèschere
Ayeule , qui ordonna en même temps ,
que l'on rendit public par l'impreffion , nonfeulement
ledit Réglement & le Formulaire du
ferment y joint , mais encore le Livre imprimé
, avec l'Approbation des Principaux
Seigneurs Eccléfiaftiques & Séculiers , ayant
pour titre : Le Droit d'un Monarque par rapport
à lafucceffion à l'Empire. Enjoignant , que
ceux qui découvriroient des gens affez hardis
que de tenir , en compagnie , ou autrement
, des difcours préjudiciables audit Réglement
, ou par lefquels on pourroit y donner
une fauffe interprétation , feroient tenus
de les dénoncer fans fcrupule , avec promeffe
d'une récompenfe Imperiale en faveur du Dé-
' nonciateur.
En vertu de ces ordres , ceux qui en 1726.
eurent la hardieffe de faire répandre en fecret
des Ecrits , contenant des réfléxions injurieufes
fur cette affaire , furent déclarés Rebelles
& Fauffaires , & mis au Ban de l'Eglife.
Nonobftant cet exemple , on a découvert
pendant la maladie de la feuë Imperatrice ,
quelques Chefs de Rebelles , qui avoient cabalé
en fecret contre les ordres , & contre
l'intention de S. M. I. qui étoit de nous nommer
à la fucceffion : ce complot tendoit nonfeulement
à nous fruftrer de cette légitime
fucceffion , mais auffi à nous éloigner de no
Hv tre
1672 MERCURE DE FRANCE.
tre Patrie , & à nous envoyer dans des Pays
Etrangers , afin d'établir enfuite un Succeffeur
- felon leur defir.
-
Les Complices de ce complot étoient , Antoine
- Devier , Pierre-Tolstoy , Jean - Butturlin
, Gregoire - Skorniakow - Piffarew , & le
Lieutenant General André Ufchaskoff; lequel
dernier ayant entendu des difcours fufpects
de Piffarew , touchant la fucceffion à l'Empire
, & ne les ayant point déclaré felon fon
devoir , s'étoit par - là rendu lui - même fufpect.
De plus , non- feulement lefdits Devier
Tolstoy , Butturlin , & Piffarew , mais auff
Alêxandre-Nariskin , & le Prince Jean - Dolgorukki
, ont tâché , depuis le temps qu'ils
nous étoient mal affectionnés , de détourner
S. M. Imp. de l'affection maternelle qu'elle
avoit pour nous , particulierement par rapport
à notre mariage avec la Princeffe Menzikoff
, que nous avons choifie pour notre
Epoufe , au nom de Dieu , & de notre propre
& libre volonté , fuivant l'intention de
Sad. M. Imp. fur quoi ils ont voulu caufer
des inquiétudes à S. M. I. en infinuant que
les fuites pourroient lui en être fatales. Ils
ont auffi tenté d'engager S. M. I. par fuper-
- cherie & tromperie , de nous envoyer au
de-là de la mer , pour nous couper par- là
le chemin à la fucceffion au Thrône de Ruffie .
Mais dès que S. M. I. tuivant fon affection
& amitié pour nous & pour tout l'Empire
, eut découvert ce complot , Elle ordonna
d'examiner cette affaire , & établit
pour cet effet un Tribunal particulier , qui
donna enfuite une Sentence , portant :
Que lefdites perfonnes , conformément aux
fuflits Ordres & Droits Impériaux , feroient
regarJUIN.
1727. 1673
regardées comme ennemis de S. M. I. & de
la Famille Impériale , & commne Perturbateurs
du repos public : & qu'en conféquence ,
Antoine- Devier , & Pierre -Tolstoy , feroient
punis de mort , comme Chefs des Rebelles ;
Jean - Butturlin feroit démis de toutes ces Di.
gnités , privé de tous les biens dont on lui a
fait préfent , & relegué à l'endroit le plus
éloigné de fes Terres , Gregoire Skorniakow-
Piffarew , démis de fa Charge , dépouillé de
fes honneurs & de fes biens , & banni ; le
Prince Jean- Dolgorukki , exilé de la Cour ,
& obligé d'éxercer une moindre Charge dans
les Troupes ; Alexandte Nariskin , privé de
fes Emplois , & éxilé à la campagne ; &
André Uichaskoff , pourvû d'un autre Commandement
, ainfi qu'on le trouvera à propos.
Cette Sentence , que S. M. I. avoit confirmée
par la fignature de fa propre main , a
enſuite été adoucie de la maniere fuivante.
La peine de mort infligée tant à Antoine-
Devier , qu'à Pierre Tolstoy , eft commuée
en celle qui fuit : le premier fera dégradé
de tous fes honneurs & dignités , dépouillé
des biens dont on lui a fait préfent , battu
du Knot , & envoyé en Siberie : & Pierre-
Tolstoy fera dépouillé de fes biens & honneurs
, & envoyé au Cloître de Solowetzkow ,
de même que Jean- Tolltoy fon fils . Butturlin
confervera fes biens , mais fera dégradé
de toutes Dignités , & banni. Piffarew fera
dépouillé de fa Charge , de fes honneurs &
des biens dont on lui a fait préfent ; outre
cela battu du Knot , & envoyé en éxil. Le
Prince Jean - Dolgorukki , Alexandre- Nariskin
, & le Lieutenant General Ufchakoff
fubiront le contenu de la fufdite Sentence.
H vj
Mais
1674 MERCURE DE FRANCE
Mais d'autant que cette grace procede d'u
ne clémence particuliere de S. M. quoiqu'ils
euffent merité une plus rigoureufe punition ,
perfonne ne devra à l'avenir fe repoſer làdeffus
.
Au contraire , il eft déclaré par les Prefentes
, que fi quelqu'un s'oppofe dans la
fuite au fufdit Réglement de l'Empereur notre
très- cher Seigneur & Ayeul , aux ordres
de S. M. I. & à l'Ordonnance du Synode ;
s'il agit contre fon devoir ; s'il décide felon
fon propre fens touchant la fucceffion à
l'Empire de Ruffie ; s'il interprete fauffement
les Mandemens Impériaux , ou s'il tient de
mauvais difcours contre Nous & notre Famille
, il fera puni , fans aucune grace , dès
qu'il en aura été convaincu , comme rebelle
& fauffaire perturbateur de la Paix , & ennemi
du Public , & fera mis au Ban de l'Eglife.
>
On en agira de la même maniere envers
ceux qui ayant écouté de pareils difcours
jugemens & interprétations , ne les déclareront
pas fur le champ : mais ceux qui en
donneront d'abord connoiffance , obtiendront
une particuliere faveur & récompenſe.
Donné à Saint Petersbourg le 6. Juin 1727.
SUEDE.
E 20. du mois dernier il arriva à
Stockolm un Aga Ture avec une
fuite de 20. perfonnes . Quelques uns
croyent qu'il vient pour régler les dettes
contractées en Turquie par le feu Roy
Charles XII.
On
JUILLET. 1727. 1675
On apprend par les Lettres de Copenhague
du 1. de ce mois , que le Major
Finboé y étoit arrivé d'Hanover le 28.
du mois dernier , avec la nouvelle de
la mort du Roy d'Angleterre ; que le
lendemain , à la pointe du jour , le
Vice- Amiral Norris , Commandant ` de
l'Efcadre Angloife , avoit fait tirer à cette
occafion , deux coups de Canon de minute
en minute , jufqu'à l'heure de midy ,
& que vers ce temps- là il avoit fait une
décharge generale de toute fon Artillerie
pour la Proclamation du Roy George
II.
On écrit de Warfovie , que le Duc
Ferdinand de Curlande a été invité par
I'Evêque de Warmie , Préſident de la
Commiffion qui doit aller dans ce Duché ,
de fe trouver à Mittau le 28. du mois
prochain ; & les dernieres Lettres de
Léopole portent que M. de Meden
Député des Etats de Curlande , n'a été
mis en liberté qu'à condition de demeurer
auprès du Grand - General de l'armée
de la Couronne , juſqu'à jufqu'à ce que ce que l'affaire
de l'Election éventuelle du Comte Maurice
de Saxe ait été terminée.

Le Comte de Welling partit le 1. de
ce mois de Stokolm pour le Château de
Jonkoping , fous une eſcorte de 12. Cavaliers.
Il eft condamné à y paffer le
refte
1676 MERCURE DE FRANCE
refte de les jours , mais tous fes biens
n'ont pas été confifqués comme fa Sentence
le portoit .
Tous les Vaiffeaux de l'Eſcadre du Roy
de Dannemarc ont été défappareillés , à
la réferve du Slefwich , & du Laland.
Le Vice -Amiral Norris a fait prêter à
tous les Officiers de fon Efcadre le Serment
de fidelité accoutumé , au Roy d'Agleterre
George II . en préfence du Lord
Glenorchi , & du Baron de Bothmar >
Miniftres de S. M. Britannique .
ALLEMAGNE.
N mande d'Hanover du 3o . du
mois
dernier , que le corps du feu
Roy d'Angleterre ayant été mis dans un
Cercueil de plomb fans être embaumé ,
ainſi qu'il l'avoit ordonné quelque temps
avant fa mort a été expofé & mis en dé
pôt dans la Chapelle du Palais , en attendant
qu'on ait reçû les ordres neceffaires
pour le tranfporter en Angleterre.
On écrit de Vienne que le Comte
Etienne de Kinski , nommé à l'Ambaffade
de France , eft allé faire un tour en Bohëme
pour quelques affaires particulieres
, après quoi il partira pour Paris .
On mande d'Aix la Chapelle , que
plus de 400. Pelerins de Hongrie & des
autres
JUILLET. 1727. 1677
autres Pays Héréditaires de l'Empereur
Y font arrivez pour voir les Reliques
qu'on y expole tous les fept ans ; qu'ils
ont été défrayés par le Magiftrat de Cologne
pendant le féjour qu'ils y ont fait
& qu'ils le feront pareillement par le
Magiftrat d'Aix la Chapelle , fuivant la
coûtume.
ITALI E.
Loulagement des Pauvres le produit
E Pape ayant résolu d'employer au
de tous les préfens qu'on fait à S. S. de
quelque part qu'ils viennent , les Chanoines
de l'Eglife de S. Jean de Latran
ont été obligez d'acheter la Croix & les
fix Chandeliers d'argent , que le Roy
de Sardaigne a donné depuis peu au Saint
Siege.
On écrit de Rome , qu'après avoir
fouillé pendant long - temps aux environs
de l'Eglife de S. Clement , on avoit enfin
trouvé le corps de ce Pape avec celui
de S. Ignace , Martyr , & que la Tranflation
de ces deux corps fe doit faire inceffamment
aux dépens du Cardinal Albani
, Titulaire de cette Eglife.
Le Marquis Gaddi eft venu de Florence
à Rome pour remercier le Pape , au nom
de la Grande - Princeffe Douairiere de Tofcane
,
1678 MERCURE DE FRANCE .
cane , de la Rofe d'or dont S. S. lui a fait
préſent.
Le Pape a envoyé à Padoue une Commiffion
Apoftolique , pour faire l'Enquête
de la vic & des miracles du feu Cardinal
Gregoire Barbarigo , Evêque de
Padoüe , & Oncle du Cardinal de ce
nom , qui eft actuellement Evêque de la
même Ville. Les Evêques de Famagofte
& de Bellano , qui font nommés pour
cette Enquête , ont commencé d'y travailler
le 13. du mois dernier , jour au
quel on célébre l'Anniverfaire de ce Cardinal
, qui eft mort il y a environ 30. ans.
Le Cardinal Barbarigo , neveu du défunt
, fait tous les frais de cette Commif
fion. *
Le 24. du mois dernier, le Grand - Duc
de Toſcane , accompagné des Princeffes ,
fes Soeur & Belle - Soeur , fe rendit au
Cours de Florence avec la principale Nobleffe
pour voir la courfe des Barbes
qui s'y fait tous les ans le jour de S. Jean.
Un des Chevaux de l'Ecurie du Grand-
Duc , remporta le prix .
,
On écrit de Bologne que le Chevalier
de S. George a confiderablement diminué
le nombre de fes Officiers & de fes Domeftiques
, & qu'il a retranché une partie
des appointemens de ceux qu'il a confervés.
On
JUILLET. 1727. 1679
1
On mande de Florence que le Prince
de Bade y arriva de Pife le 23. du mois
dernier au matin . Le Grand Duc lui envoya
vers les onze heures vingt - deux
corbeilles de fruits crus & confits , &
d'autres pleines de toutes fortes de gibier.
L'après midi ce Prince , accompagné du
Comte Pefenti , alla faluer le Grand Duc
& les deux Princeffes , fes foeur & bellefoeur.
On croit qu'il partira dans peu
pour aller achever fes Etudes à Sienne ,
d'où il ira enfuite paffer quelque temps à
Rome avant que de retourner en Allemagne
.
"
Dans le Confiftoire que le Pape tint le
26. du mois dernier , le Cardinal Ottoboni
, Protecteur des Affaires de France ,
propofa l'Abbaye de faint Crefpin le
Grand pour l'Abbé Balingam , cy- devant
Chanoine de l'Eglife de faint Germain de
l'Auxerrois de Paris , & celle de faint Vincent
de Neole pour l'Abbé Gautier de
Montreville. Il préconifa enfuite l'Archevêque
de Tours pour celle de la Trinité
de Vendôme , l'Evêque de Luçon pour
celle de faint Pierre de Flavigni ; Dom
Jacques Noüel , Religieux de l'Ordre de
Citeaux , & Abbé de Charmoye , pour
l'Abbaye Réguliere de N. D. de Pieres ;
l'Abbé d'Albert , fils du Duc de Chaunes
, Pair de France , pour celle de faint
Vigor
1680 MERCURE DE FRANCE .
Vigor de Cerify ; l'Abbé du Bellay , pour
celle de faint Melaindraines ; l'Abbé de
Foucaud - Sabateri , pour celle de Candeil
; l'Abbé de Charpin de Saint Romain,
pour celle de N. D. de Sauve - Majeur ;
l'Abbé de Mouchy , Clerc de la Chapelle
du Roi T. Ch . pour celle de faint Pierre
de Solognac ; l'Abbé de Durfort - Deymé ,
pour celle d'Aigues- Belles ; l'Abbé de Sefmaifons
, Aumônier du Roi T. C. pour
celle de faint Clement de Mets ; l'Abbé
de Lair , pour celle d'Iffoiiar , & l'Abbé
de Montferrand de Saint Orze , pour
celle de N. D. de Perouſe .
Sur la fin du mois dernier il arriva de
Turin à Rome un Courier , avec la ratification
de l'Accommodement conclu
depuis quelques mois entre le Saint Siege
& le Roi de Sardaigne , touchant la
nomination aux Benefices Confiftoriaux
du Duché de Savoye , & de la Principauté
de Piémont , fur lefquels le Pape n'a
réfervé pour le S. S. qu'une rente annuelle
de 2500. écus .
Le même jour , les Miniftres du Roi
de Portugal eurent une longue Conference
avec le Cardinal Ottoboni , à l'occafion
de l'avis qu'il venoit de recevoir
que S. S. avoit accordé pour les Miniftres
du Roi de Sardaigne les mêmes Privileges
& Prérogatives dont joüiffent à
Rome
JUILLET. 1727. 1681
Rome ceux de l'Empereur , du Roi de
France & du Roi d'Elpagne.
ESPAGNE.
Na eu avis de Cadix , que l'Efcadre
avis
des Vaiffeaux du Roi de France
étoit partie du Port de cette Ville le 21 .
du mois dernier pour aller dans la Méditerranée.
Les Lettres du Camp devant Gibraltar
, portent qu'il y arriva de Madrid le
23. du mois dernier un Courier extraordinaire
avec plufieurs dépêches ; entr'autres
, une Lettre pour le Comte de Portmore
, Gouverneur de la Place , auquel
on la fit rendre. Ce Gouverneur envoya
auffi -tôt au Camp de Saint Roch, un Colonel
& un autre Officier de diſtinction ,
qui confererent quelque temps avec le
Comte de Las - Torres , Capitaine Gene .
ral de l'armée d'Andaloufie. Ils convinrent
enſemble d'une Suſpenſion d'Armes,
dont voici les principaux Articles.
-
Il y aura Sufpenfion d'Armes réciproque
entre l'Armée Espagnole & la Garniſon
de Gibraltar , jufqu'à ce que les Préliminaires
d'une Pacification generale , qu'on
efpere de conclure , ayent été ratifiez.
La Garnifon fe tiendra dans la Place ,
fans communiquer avec les Troupes de
l'Ar
4682 MERCURE DE FRANCE .
Armée , qui continueront jufqu'à nouvel
ordre de monter la tranchée , mais fans com
mettre d'hoftilitez.
Le Colonel de tranchée qui fera de garde,
aura la liberté d'entrer dans la Place ,
pour empêcher que pendant la Sufpenfion
on ne faffe aucune réparation aux défenfes
détruites , ni aucun retranchement nouveau.
Un Officier de la Place aura pareillement
la liberté de vifiter les tranchées , lef
quelles resteront dans l'état où elles font actuellement.
Aucune perfonne ne pourra aller à la
côte de Pugin ; & s'il y en alloit , on tirera
deffus , tant des Forts de la Montagne que
de la Tranchée .
Il ne fera permis à qui que ce foit d'aller
à la Langue de Terre fans Paffeport du
Capitaine General de l'Armée Espagnole ,
ou du Lieutenant General de Tranchée , &
tout commerce fera interdit , tant par Mer
que par Terre.
Le 1. de ce mois , il arriva de Vienne à
Madrid un Courier Extraordinaire dépêché
par le Duc de Bournonville , Ambaffadeur
Extraordinaire de S. M. Cat. à la
Cour de l'Empereur , avec la nouvelle
que le 13. du mois dernier , ce Miniftre
avoit figné au nom du Roi les Articles
PréJUILLET.
1717 .
1683
Préliminaires de la Pacification generale
de l'Europe , conjointement avec le Duc
de Richelieu , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roi T. C. & de l'Envoyé Extraordinaire
de la République d'Hollande ;
que ces Actes ainfi fignez avoient été
échangez entre ces Miniftres , & que de
la part du Duc de Bournonville il avoit
été figné un Acte obligatoire au nom de
S. M. C. en préſence des Miniftres de
l'Empereur , du Roi de France , & de la
République d'Hollande , lequel avoit été
pareillement échangé avec un autre Acte
en original , figné à Paris le 31. May dernier
par M. Horace Walpool , Ambaffadeur
Extraordinaire, & Plénipotentiaire du Roi
d'Angleterre , au nom de S. M. Brit.
Le Roi a envoyé ordre aux Commandans
de fes Places maritimes , d'admettre
dans les Ports d'Eſpagne tous les Vaiſfeaux
Anglois qui fe préfenteront pour y
entrer.
On a commercé les Prieres publiques
ordinaires pour l'heureux accouchement
de la Reine , qui eft entrée dans le neuviéme
mois de fa groffeffe , & qui jouit
d'une parfaite fanté...
GRANDE
1684 MERCURE DE FRANCE
GRANDE- BRETAGNE .
Proclamation du Roy d'Angletere
George II. dunom .
Omme il a plû à Dieu tout-puiffant de
Cretirer en
retirer en la grace notre dernier Souve
rain & Seigneur , le Roy George , de benite
memoire ; par le decès duquel les Couronnes
imperiales de la Grande Bretagne , de France
& d'Irlande , font échuës uniquement & de
plein droit au Haut & Puiffant Prince George
, Prince de Galles ; A CES CAUSES , Nous
les Lords fpirituels & teinporels de ces
Royaumes , affiftés des Confeillers Privés de
S. M. défunte , & d'un nombre d'autres principaux
Gentils-hommes , avec le Lord Maire ,
les Aldermans & Citoyens de Londres , publions
, & proclamons d'unanimité de voix ,
de confentement de bouche & de coeur , que
le Haut & Puiffant Prince George , Prince
de Galles , par la mort de notre dernier Souverain
, d'heureufe memoire , eft devenu notre
unique , legitime & veritable Souverain George
II. par la grace de Dieu , Roi de la Grande-
Bretagne , de France & d'Irlande , défenſeur
de la Foy , & c. Auquel nous promettons hommage
, entiere fidelité , & obeiffance conftante
, avec une affection cordiale & foumife
priant Dieu , par lequel les Rois & les Reines
regnent , de benir S. M. le Roi George II. d'un
long & heureux regne fur nous . Donné au Palais
de Leiceſter , le 25. de Juin 1727 Dieu beniffe
le Roi, signé , W. Cant. King . C. , Trevor
C. P.S. , Grafton , Queensberry & Dover ,
Bathurst, Delawarre , Cadogan , Will . Manners
>
JUILLET. 1727. 1985
ners , Dunmore , G. Cook , Robert , Corker,
J. Pendelbury, Harrington , Daniel Lamy, Th.
Pelham , Fran . Hill , C. Frewen , R. Cochrane
, Rich. Ingoldsby , Argyll & Greenwich ,
Kent , Lincoln , Holles , Newcaſtle , Sutherland
, Pembroke , Nottingham , Stair , Falmouth
, Lonsdale , Carteret , Lechmere , Sp.
Compton , P. Methuen , D. Finch , W. Stanhope
, R. Walpole , R. Raymond , J. Jekyll ,
R. Eyre , H. Pelham , Rob, Sutton , W. Pulteney
, T. Jenkins , P. York,C. Talbot , Edward
Southwell , W. Cary , Ch. Greenwood , William
Sharp , Thomas Beake , Denbigh , Albemarle
, Gage , Tadcaster , T. Woodcock ,
W. Wilmer , Lovett , R. Arnold , Th . Colby ,
Alex. Abercromby , Th, Say , Patr. Ward , J.
Macarteney , In. Savage , Jos. Ferrers , W.
Compton , Dan. Dering , Richard Lilly ,
Sam . Hetherington , John. Armſtrong , Peterborow
, Sufsex , Cheſterfield , Effex , Macclesfield
, Scarborough , Cardigan , Grantham ,
de Lorraine , Bridgewater Ashburnham
Radnor , Harborough, Will . Powlett , Cholmondeley
, John. Effington , John. Eyles
Mayor , John. Camp , Th. Benfon , William
Wynn , P. Felan , Fran. Blake , W. Cleveland.
J. Hayne , H. Bendish , H. Bendish, Jun.
Th. Wetham , Pet. Cambel , Ant. La Melonune,
H. Weſton ,Th . Smith, J. Rushout . Th. Lit
tleton , Th. Coplefton , Adolphus Oughton ,
Edward Southwell, Th. Clements, Tyrconnel ,
Th. Martin, Fran, North,John. Lambert, John,
Jocelyn , Cl. Amyand , Ph. Crefpigny , Th.
Sadler , Geor. Lochman, Ph. Journeaulx, Edw.
Godfrey , Fr. Whitworth , John Mohum, Na,
Huffey , G. Harvey , P., Bertesworth , James.
Trymmer , Th. Lambert,Rob. Whatley , Henry
de Saunieres , Will , Lewis le Grand , Fr.
Burtons
1686 MERCURE DE FRANCE .
Burton , Rob. Nefbit , Richard Plumer , Th.
Sidney , Tyrawly , Montgomerie , Rob. Sourbee,
Hub. Marchall , Roger Martin , J. Jones,
Rob. Corbet , Will. Corbet , Wriothsley ,
Betton , Char. Lumlay , T. Salt. Charles Lucas
, Hen. Holcombe , Th. Cartwright , Abel
Stibbs , W. Shaw , Edward Brown , Ben.
Whiten, Dun. Forbes , Aug. Schutz , V. Cornewall
, Charles Stanhope , J. Stevens , Ch.
De la Faye , Th. Bevois , T. Needham , Ra.
Jephfon .
Le cinq de te mois , vers les huit heures
du foir , L. M. revinrent de Kenſington
au Palais de Saint James , où il y avoit
un concours prodigieux de Nobleffe . Les
appartemens du Roi font tendus en violet
, & ceux de la Reine en blanc , fuivant
l'ancien uſage.
Le Roy fe rendit le 8. à la Chambre
des Pairs , avec les ceremonies accoutumées;
& ayant mandé la Chambre des
Communes S, M. prononça de fon
Trône le Difcours fuivant , en prefencee
de la Reine , & des trois Princeffes aînées ,
qui étoient placées à côté du Trône.

MILILLLOORRDDS ET MESSIEURS.
Je fuis perfuadé que vous partagés avec
moi ma douleur & mon affliction de la mort
du feu Roi mon Pere , laquelle eſt beaucoup
augmentée par le poids du Gouvernement dont
je me trouve chargé , dans la crainte où je fuis
de
JUILLET. 1727. 1687
de n'avoir pas , malgré mes efforts , tout le
fuccés que je fouhaite pour rendre ce peuple
puiffant & heureux. Je défire de tout mon
coeur que cette premiere & folemnelle declaration
de mes fentimens , puiffe fuffitamment
les exprimer & rendre le véritable & jufte
fens de la ferme réfolution que j'ai prife de
meriter , par tous les moyens poffibles , l'amour
& l'affection de mon peuple , queje regarderai
toujours comme le meilleur foutien
& comme la fûreté de ma Couronne : &
comme la Religion , la liberté , & l'execution
des Loix font le bonheur le plus eftimable d'un
peuple libre , ainfi que les privileges particuliers
de cette Nation , ce fera toujours auffi
mon principal foin que celui de maintenir inviolable,
dans toutes fes parties , la conftitution
de ce Royaume , telle qu'elle eft aujourd'hui
heureufement établie , tant dans l'Eglife que
dans l'Etat , & d'affûrer à tous mes Sujets la
joüiffance de leurs droits , tant par rapport à
la Religion qu'au Gouvernement Civil. Je vois
avec beaucoup de plaifir les heureux effets de
cette vigueur & de cette réfolution qui a paru
dans la derniere Séance du Parlement , pour la
défenfe des droits & poffeffions de cette Nation
, & pour entretenir la tranquillité & l'équilibre
de puiffance dans l'Europe. L'étroite
union & l'harmonie qui ont fubfifté jufqu'à
prefent entre les Puiffances alliées du Traité
d'Hanover , ont principalement contribué à la
prochaine apparence d'une Pacification generale
; c'est pourquoi j'ai donné à tous mes
Alliés les plus fortes affùrances de fuivre les
mêmes mefures , & de faire valoir les engagemens
dans lefquels la Couronne de la Grande-
Bretagne eft entrée. La promptitude avec laquelle
les fubfides neceffaires ont été levés
I pour
1388 MERCURE DE FRANCE

pour continuer ce grand ouvrage , exigeant
avec juftice que les dépenfes publiques foient
diminuées , auffi -tôt que l'occurrence des
affaires le permettra , j'ai déja donné des ordres
pour renvoyer quelques - uns des Regimens
qui étoient venus d'Irlande , & je continuerai
de réduire mes forces , tant par mer
que par terre , auffi- tôt que cela pourra fe faire
, fans porter préjudice à la caufe commune
& que cela conviendra à l'interêt de mon
Royaume. Meffieurs de la Chambre des Communes
, vous 1çavés fort bien que l'octroi de
la plus grande partie des revenus de la Lifte
civile finit à la mort du Roy , & qu'il eft
neceffaire pour vous de faire une nouvelle deftination
de fonds pour l'entretien de ma perfonne
& de ma famille ; je fuis affuré qu'il eft
inutile de recommander à vos foins d'une maniere
particuliere la confideration de ce qui me
concerne perfonnellement , & je fuis perfuadé
que l'évènement du paffé & un jufte égard
à l'honneur & à la dignité de la Couronne
vous porteront à me donner cette premiere
preuve de votre zele & de votre affection d'une
maniere qui réponde aux neceffités de mon
-Gouvernement. Mylords & Meffieurs , je vous
recommande d'expedier le plus promptement
qu'il fera poffible , les affaires qui feront portées
devant vous : la faifon & les autres circonftances
du temps requiérent votre préſence
dans les Provinces , & ne permettent pas que
cette Séance foit longue.
Après que le Roi fut parti pour retourner
à fon Palais , les Seigneurs refolurent de
prefenter une Adreffe à S. M. mais les
Communes ne firent autre chofe alors
que
JUILLET. 1727. 1639
que de lui prêter ferment de fidelité. L'Adreffè
de la Chambre haute contient des
complimens de condoléance fur la mort
du feu Roi , & de felicitation fur l'avene-
'ment de S. M. à la Couronne , des temoignages
de zele & d'affection pour la
perfonne du Roi , pour la Famille Royale,
& pour le gouvernement de S. M. Le 9 .
les Communes refolurent unanimement
de prefenter aufi une Adreffe au Roi.
Il a été refolu que le Prince Frederic
fils aîné de S. M. qui eft toûjours resté
à Hanover , feroit créé Prince de Galle
& qu'on le feroit venir inceffamment en
Angleterre.
Il a auffi été réfolu que l'on prieroit à
l'avenir dans toutes les Eglifes pour la
Reine , fous le nom de Caroline .
Le Lord Maior & la Cour des Aldermans
fe rendirent en grand cortege au Palais de
Leicefter le 27. du mois dernier , le Baron.
Tompfon, Greffier de la Ville de Londres,
fit ce compliment au Roi en leur nom .
SIRE .
La Cour du Lord Maire & des Aldermans
de la ville de Londres , fupplient très humblement
V. M. de leur permettre de témoigner
leur affliction du decés de leur dernier Souverain
, & de feliciter V. M. fur fon avenement à
la Couronne Imperiale de ces Royaumes .
Lorfqu'ils rappellent dans leur efprit avec
quelle valeur intrepide V. M. fe fignala de fi
Iij bonne
1690 MERCURE DE FRANCE.
bonne heure dans la défenfe de la Religion
Proteftante & des libertés de l'Europe ; quand
ils fe remettent dans la memoire avec quelle
douceur & quelle prudence V. M tint les rênes
du Gouvernement , lors qu'elle avoit la
Regence de ces Royaumes , & que dans ce petit
efpace de tems V. M. gagna univerfellement
les coeurs & les affections des peuples ;
quand il contemple les vertus Royales & inherentes
qui ont rendu la perfonne de V. M.
veritablement illuftre . Toutes ces agreables &
confolentes réflexions , d'où réfultent des efperances
confirmées par la gracieufe Declaration
de V. M. comblent de joye & de fatisfaction
ces très fideles & très foumis Sujets de
V. M. & leur donnent une ferme confiance
que V. M. reparera la perte qu'ils ont faite du
Roi votre Predeceffeur ; que vous ferés le pere
benin de vos peuples ; que V. M. les protegera
dans la jouiffance de leur Religion , de
leurs loix & de leurs libertés , & que vous ferés
vos délices de procurer leur bien & leur
profperité.
De leur côté , ils viennent en toute foumiffion
offrir à V. M. les voeux les plus ardens
pour la fanté & longue vie de votre Per
fonne Royale ; & V. M. peut s'affurer que
dans leur Sphere ils feront avec fincerité &
avec ardeur , tous leurs efforts pour le main
tien de V. M. & de fon gouvernement ; qu'ils
veilleront & apporteront leurs foins à affermir
& à établir le zele & l'affection des Sujets de
V. M. & qu'ils feront tout ce qui dependra
d'eux pour rendre le regne de V. M. heureux
& floriffant.
Le Roi répondit à ce compliment par
ces mots : Je vous remercie des promptes
marques
JUILLET. 1727.
1691
marques que vous me donnés en cette occas
fion de votre zele & de votre affection.
Le Lord Mayor & les Aldermans allerent
enfuite rendre leurs refpects à la Reine , à
qui le même Baron parla en ces termes :
M ADAME.
La Cour du Lord Mayor & des Aldermans
de la Ville de Londres , prennent en toute humilité
la liberté de vous marquer leur douleur
de la mort de leur dernier Souverain , & leur
joye de l'avenement de S. M. le Roi votre
Epoux à la Couronne Imperiale de ces Royaumes.
C'eft avec une grande fatisfaction qu'ils
voyent que la Providence donne une Couronne
à V.M. à la place de celle que vous voulutes
bien refufer pour l'amour de la verité & de la
Religion ; & ils préfument de pouvoir s'affurer
que cette Couronne fera d'autant plus agreable
à V. M. qu'elle la mettra en état de faire
du bien.
Ils font très fenfibles aux grandes obligations
qu'ils ont déja à V. M. fur tout par rapport
au grand foin que V. M. a pris de fa Lignée
Royale , qui remplit déja leurs veües les
plus éloignées d'une agréable peripective de
felicité.
Ils font avec foumiffion des voeux très ardens
pour la fanté & longue vie de V. M. que
vous foyés toûjours le foulagement & les délices
du Roi votre Epoux , & que vous ayés
le plaifir de procurer un grand nombre de felicité
à fes Sujets .
La Cour eft toûjours trés - nombreuſe à
Kensington ; l'on a remarqué que la Du-
I iij cheffe
1692 MERCURE DE FRANCE .
cheffe de Marlborough , le Duc de Somerlet
, les Comtes de Strafford , d'Arran
, Scardale , & quantité d'autres Seigneurs
qui n'alloient point à la Cour du
feu Roi , ont été rendre leurs refpects à L.
M. & en ont été très favorablement reçûs .
Le Roi a non feulement réfolu de ne
recevoir aucune Requête qu'en Anglois ;
mais S. M. a encore ordonné qu'on ne
parleroit que cette langue à fa Cour.
Les réjouiffances ont été fi extraordinaires
à Oxford à l'occafion de la Proclamation
du Roi , qu'on n'en a point vû
d'exemple depuis le rétabliffement de
Charles I I.
Reglement du Lord Maréchal pour le
deuil general
.
En conformité de l'ordre de S. M.
regnante donné le 27. Juin , qu'il foit
notoire à un chacun , qu'on s'attend que
toutes perfonnes auront à prendre le plus
grand deüil , excepté de longs manteaux , à
l'occafion de la mort du feu Roi,de benite
memoire , ce deuil devant commencer le
6. Juillet . Que tous les Lords , auffi bien
que les Confeillers Privés , & les Officiers
de la Maifón de S. M. draperont leur
caroffes , chaifes & autres voitures , &
mettront leurs domeftiques de livrées en
drap noir . Durant les fix premiers mois ,
il
JUILLET. 1727. 1693
il ne fera permis à qui que ce foit de porter
des Ecuffons , ou Armoiries peintes
fur les caroffes & c. ni de fe fervir fur ces
voitures d'aucuns clous vernis ou de metal.
S. M. permettant néanmoins à fes Officiers
militaires de paroître à la Cour en
rouge avec garniture noir . Ceux qui ont
ordre de mettre leur livrée en drap noir
auront auffi à leur faire porter fur l'épaule
des noeuds de rubans de la couleur de
leur livrée .
La Chambre du lit du Roi eft tendue
de drap violet , celle de la Reine de drap
blanc , & les autres appartemens de drap
noir. L'habit du Roi eft de drap violet ,
& celui de la Reine de bazin noir . Les
Confeillers Privés n'ont que trois boutons
à leur habit , les autres Seigneurs &
Gentils -hommes en ont jufqu'au milieu
du jufte- au- corps.
Adriffe du Clergé de Londres prefentée
au Roy.
TRIS RES GRACIEUX SOUVERAIN.
Nous les très humbles & très fideles Sujets
de V. M. l'Evêque de Londres , le Doyen
& le Chapitre de l'Eglife Cathedrale de S ..
Paul , & le Clergé des Villes de Londres & de
Weſtminſter, prenons la liberté de lui témoigner
combien nous fommes fenfibles à la mort du
feu Roi fon Pere , notre gracieux Souverain ,
dont les foins paternels pour fon peuple , &
I iiij
los
1994 MERCURE DE FRANCE .
les peines également heureufes & affidues, pour
nous affurer notre Religion & nos libertés ,
contre les differentes entreprifes qui ne tendoient
qu'à nous en priver , nous doivent rendre
fa memoire chere , à nous & à notre Pofterité
.
par
Nous offrons à V. M. comme le premier
Tribut de notre devoir , notre très fincere felicitation
fur fa paifible & heureufe fucceffion
au Trône de fes ancêtres ; & nous reconnoif-
1 fons , de très humbles actions de graces ,
cet e preuve fignalée de la bonté de Dieu envers
nous , qui a bien voulu le remplir par un
Prince , dont la benignité , la clemence & les
autres vertus Royales le porteront toûjours à
travailler de tout fon coeur au bonheur de -
fes peuples , & dont l'experience , la conduite
, la vigilance & la fermeté accompliront ,
fans doute , fes défirs , moyennant la direction
& l'affiftance du Tout-puiflant , que nous ne
manquerons point de lui demander continuellement
dans nos prieres.
La prompte Declaration qu'il a plu à V. M.
de faire , que la confervation de la Conftitution
telle qu'elle eft aujourd'hui heureuſement établie
, dans l'Eglife & dans l'Etat , fera votre
premier , & toûjours votre principal foin , de- s
mande une reconnoiffance toute particuliere
de vos Evêques & de votre Clergé . Nous promettons
fincerement à V. M. que nous travaillerons
toujours à l'avancement de ces grandes
fins , & que dans nos differents états nous
tâcherons de rendre votre adminiftration aifée,
& votre regne heureux .
Dieu veuille diriger tous vos Confeils à fa
gloire & au bien de ces Nations que fa fage &
& bonne Providence a confiées à vos foins !
Puiffent les benedictions divines defcendre
conriJUILLET.
1727. 1695
Continuellement fur V. M. fur votre augufte
Compagne , notre gracieufe Reine , & fur votre
Famille Royale ! Puiffe la juftice , la verité
& la Paix être le foutien de votre Regne !
Puiffions - nous enfin demeurer long- tems un
peuple heureux & floriffant fous le favorable
& fage gouvernement de V. M.
Réponſe du Roi .
L'empressement que vous marqués à me.
donner un temoignage de votre devoir & de votre
fidelité , & le jufte fentiment que vous avés
de mon affection pour l'Eglife établie & de mon
défir à faire le bonheur de mes peuples , me donment
beaucoup de joye & de fatisfaction. Vous
pouvés être très affurés que la protection de l'Eglife
& du Clergé , dans la joüiffance de leurs
droits & privileges , fera mon join particulier
pendant tout le cours de mon Regne.
Extrait du Difcours fait à la Reine par
l'Evéque de Londres au nom du
même Clergé.
Le Clergé de Londres & c. vient d'offrir fa
Lordiale felicitation au Roi fur fon paisible &
heureux avenement au Trône , & il fouhaite de
s'acquitter du même devoir envers V. M. &
de lui demander la permiffion de fe recommander
à fa protection Royale , convaincu ( par
votre attachement inebranlable à la Religion
Proteftante , même contre les tentations d'une
Couronne qui vous a été offerte autrefois
& par les égards que vous avés toûjours eu
depuis pour la Conftitution de notre Eglife , )
que cette même Eglife & fon Clergé trouveront
enV M. dans toutes fortes d'occafions ,
une veritable amie & une puiffante Avocate.

Iv De
1696 MERCURE DE FRANCE:
De notre côté nous ne cefferons point de
prier Dieu &c.
Adreffe de la Ville d'Exeter préfentée au
Roi parM. Samuel Molyneux , le
3. de Juillet à Kensington.
TRRES GRACIEUX SOUVERAIN.
Nous les très humbles & très fideles Sujets
de V. M. le Maire , les Echevins , les Membres
de la Juftice & les principaux Habitans
de votre Ville d'Exeter ( que fous le Regne
de votre glorieux Pere , notre dernier Souverain
, d'heureufe memoire , vous , feul heritier
prefomptif des Couronnes Imperiales de ces
Royaumes , aviés gracieufement prifes fous votre
protection immediate ) nous trouvons
doublement obligés , & plus particulierement
que tous les autres Sujets de V. M. de participer
à la douleur & à la furprife que lui a caufé
un evenement auffi grand & auffi trifte que
celui de la mort inopinée & imprevue du Roy
Votre Pere.
Si la providence , en nous privant d'un
Roi fage , nous avoit expoté aux difficul
qui accompagnent ordinairement une minorité,
la perte que nous venons de faire feroit
infupportable à la Nation ; mais comme en
nous raviffant un Prince auffi avancé en âge
& auffi près de la foffe qu'il étoit comblé de
gloire , elle nous en donne un autre qui ef
dans toute fa vigueur , & dont nous avons autant
experimenté la fageffe que fon affection
pour la Grande- Bretagne nous eft connue ,
nous
nous foumettons avec refignation &
avec une gayeté chrétienne à fa divine volonsé
, dans l'efperance où nous fommes que fous
l'heu
(
JUILLET. 1727. 1697
l'heureux Regne de V. M. la Nation , loin de
diminuer , augmentera au contraire en pouvoir
au-dedans , & en influence & en credit au
dehors.
Vos Peuples auroient pû être perfuadés , même
fans les affurances de votre parole Royale
, de la fûreté de leur Religion , de leurs loix ,
de leurs libertés & de la confervation de leur
Conftitution , telle qu'elle eft établie aujourd'hui
, & dans l'Eglife & dans l'Etat , fous un
Prince qui a toujours fait profeffion de notre
fainte Religion , & dont la principale occupation
a été de fe trouver conftamment aux
grands débats qui font arrivés dans le Parlement
, afin d'apprendre notre Conſtitution & c.
Puiffe V. M. que nous les Habitans de cette
Ville avons le bonheur de voir , de Protecteur
benin & gracieux qu'il a toujours été pour
nous , aujourd'hui notre Roi , Haut & Puif
fant , à qui , comme à notre legitime & fou
verain Seigneur , nous promettons toute fidelité
& ´obeiffance de coeur & d'affection ; puiffe
V M. accomplir & achever le grand ouvrage
qui a été fi bien commencé par le feu Roi fon
Pere , de glorieufe memoire, pour le rétabliffeent
de la tranquillité & pour le maintien de
la balance en Europe , que Dieu a refervé au
bonheur de votre Regne. Puiffe ce Regne être
long & heureux fur nous , pour la gloire &
l'honneur de vous même & pour l'avantage &
la fureté de vos peuples.
On a reçu avis d'Edimbourg & de Dublin
que le Roi y avoit été proclamé le
30. du mois dernier avec de très grandes
acclamations & autres demonftrations de
joye. On reçoit tous les jours des Rela-
1 vj
tions
1998 MERCURE DE FRANCE.
tions de ce qui s'eft paffé à cette occafion
dans les principales Villes & Communautés
d'Angleterre.

Le 3. Juillet Mylord Gerard de Coucy
Signeur de Kingfale , dans le Royaume
d'Irlande , fut preſenté au Roi au Château
de Kenſington , par Mylord Carteret , Vice
Roi du même Royaume , pour revendiquer
l'ancien droit que fa famille a de fe
couvrir devant le Roi . S. M. le reçut
très gracieufement , & lui fit l'honneur de
lui donner fa main à baiſer , & elle eut la
bonté de lui continuer ce droit dont fa famille
eft en poffeffion .
On affure que Mrs. Horace Walpole &
Etienne Poynts , font nommés Miniftres
Plenipotentiaires au Congrés d'Aix la
Chapelle.
On a expedié des ordres pour faire revenir
en Angleterre les Regimens de Ker ,
Biffet , earce , & Egerton qui font en
gruifon à Gibraltar.
Le 14. de ce mois , les Communes en
Grand-Comité réfolurent de continuer
au Roy George II . actuellement régnant
, les mêmes revenus dont joüif--
foit le feu Roy fon pere , & elles ont
pris depuis en confideration le Meffage
du Roy , par lequel S. M. leur demande
une augmentation de revenu pour la
Reine fon Epoufe , en cas qu'elle la forvive
,
JUILLET. 1727. 1699
vive ,,
parce que les penfions affurées par
le Parlement ne font pas fuffifantes pour
foûtenir la Dignité Royale dont cette
Princeffe eft prefentement revêtuë.
Le Major Oneby , qui avoit été condamné
à mort , pour un meurtre commis
il y a quelque- temps , n'ayant pû
obtenir du Roy les Lettres de répit qu'il
fit demander à S. M. le 13. fe coupa la
nuit fuivante les veines du bras gauche
avec un Ganif, fans pouffer le moindre.
cri , & fut trouvé mort dans la priſon de
Newgate. Les Juges l'ayant déclaré homic
de volontaire de lui- même , fon cadavre
a été enterré fur le grand chemin
avec un pieu paffé au travers..
EXTRAIT de l'Addreſſe des Com
munes , préſentée au Roy d'Angleterre.

TRES - GRACIEUX SOUVERAIN
Nous.....
La très gracieufe Harangue que V. M. a
prononcée de deffus le Throne , demande des
témoignages extraordinaires de refpect & de
reconnoidances , fur le foin tendre & paternel
qu'il lui a plû d'exprimer pour notre
Religion , pour nos loix & pour nos libertés ;
& fur les amples affurances qu'elle nous a
données , de conferver inviolablement la
Conftitution de ces Royaumes , telle qu'elle
eft aujourd'hui heureufement établie dans l'Eglife
1700 MERCURE DE FRANCE .
glife & dans l'Etat , & d'affurer à tous vos
Sujets Pentiere jouiffance de leurs droits religieux
& civils . Comme ces bénedictions font
ce qu'un peuple libre peut avoir de plus cher
& de plus précieux , & que ce font des Privileges
particuliers à cette Nation , nous ne
fçaurions affez admirer la bonté de V. M. ni
exprimer la fatisfaction que nous avons de la
réfolution qu'elle a prife , dans cette déclaration
folemnelle , de faire confifter fon principal
foin à procurer le bonheur de fon peuple.
Ces differentes & grandes preuves de la bonté
de V. M. & fon attachement au bonheur &
à la profperité de fes peuples , demandent de
nous les retours les plus éclatans de reſpect ,
de zele & d'affection pour fa perfonne & pour
fon Gouvernement. Comme nous fommes
entierement convaincus que notre confervation
& nos interêts font inséparables de ceux
de V. M. nous demandons la permiffion de
l'affurer que nous maintiendrons & foutiendrons
, au péril de nos vies & de nos biens
le droit & le titre inconteftable de V. M. à la
Couronne Impériale de ces Royaumes , & à
tous fes autres Domaines , contre toutes fortes
d'entreprifes de quelque nature qu'elles puiffent
être.
Enfin , lorfque nous réflechiffons fur les
vertus Royales de V. M. qui nous promettent
toutes les bénedictions qui peuvent proceder
d'un coeur veritablement grand : lorf
que nous confiderons le caractere diftingué
de la Reine , votre Royale Compagne , & le
furcroit de bonheur qui réfulte de fes auguf
tes qualitez fur votre peuple : lorfque nous
jettons les yeux fur votre nombreuſe Poftéritéqui
fait le fujet de notre efperance , &
que
JUILLET. 1727. 1701
que nous regardons comme des gages affurés
de la durée de votre heureux établiflement ,
pour rendre le poids de la Couronne plus
leger & plus glorieux entre les mains de V. M.
nous nous fentons indifpenfablement obligés
de l'aflurer que nous établirons un tel revenu
pour les dépenses du Gouvernement civil de
V. M. qu'il fera fuffifant pour foutenir l'honneur
de la dignité de la Couronne dans tout
fon luftre.
HOLLANDE - PAYS- BA s .
E 26. du mois dernier , l'Archi-
Ducheffe , Gouvernante des Pays-
Bas , prit pour la derniere fois le divertiffement
de la chaffe du Heron , qui finit
ordinairement à la S. Jean. Cette Princeffe
prit ce jour là le douziéme Heron
de l'année ; elle lui fit attacher au pied un
anneau avec la datte de l'année , & le
chiffre de fon nom . On lui donna enfuite
la liberté connme on avoit fait à plufieurs
autres , fuivant l'Etiquette de la Cour de
Vienne.
Entre les Projets qui ont été préfentez
à l'Empereur , il y en a un pour l'établiffement
d'une Banque dans les Pays-
Bas Autrichiens ; mais fur un fondement
tout different de celles de Londres , de
Venife , de Genes & de Hambourg.
9 La veuve de M. Guillaume Boréel
Ambaffadeur d'Hollande auprès du Roy
TI.
1702 MERCURE DE FRANCE .
Tr. Ch. arriva à la Haye le 17. de ce
mois , avec le corps de fon époux .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Reine qui avance heureufement dans fa
Lgroffeffe, quendit la Melle dans la Chapelle
du Château de Verfailles le 2. de ce mois , &
S. M. communia par les mains de l'Abbé de
Pontac , fon Aumônier en quartier.
Le Gouvernement des Ville & Château de
S. Malo & Forts adjacens , vacant par la mort
du Marquis de Coetquen , a été donné au
Comte d'Hautefort - Bofen , Maréchal des
Camps & Armées de S. M.
Le Roy a accordé en même- temps celui de
Guife,vaquant par la mort du Marquis d'Hautefort
, à M. de Contade , Lieutenant General
de fes Armées , Grand - Croix de l'Ordre de
S. Louis & Majör du Régiment des Gardes
Françoifes. Le Gouvernement de Sceleftad ,
qu'avoit M. de Contade , a été donné à M. de
Saint Pater , Lieutenant General des Armées
du Roy.
S. M. a accordé au Duc de Coeflin Evêque
de Metz , la permiffion de faire couper du
bois dans les Forêts dépendantes des trois
Evêchez , la quantité qu'il en faudra pour bâtir
un Palais Epifcopal , dont on a fait faire
un Modele & un Devis.
Pour hâter les réparations de la Tour de
Cordouan & pourvoir à fon entretien , on a
ordonné qu'il feroit levé 5. fols par tonneau
fur
JUILLET. 1727.. 1703
fur tous les Vaiffeaux qui entrent & quifortent
de la Riviere de Bordeaux , tant François qu'étrangers.
La Compagnie des Indes a eu nouvelle de
l'arrivée en France de trois de fes Vailleaux revenans
des Indes i fçavoir , le Triton, la Vierge
de Grace & le Jafon . Onen attend encore deux
autres dans le mois d'Août.
Le 19. de ce mois le Roy quitta le deüil que
S M. avoit porté pendant trois temaines pour
la mort de la Czarine , & le lendemain le Roy
prit le deuil du Roy d'Angleterre.
On aflure que les Garnifons de l'Ile de Ré
& de la Rochelle doivent ſe rendre à la Plaine
de Moret , à trois lieues de Toulouze , où l'on
doit former un Camp de 25600. hommes , qui
feront commandez par le Duc de Duras.
Le Comte de Monconfeil , introducteur des
Ambaffadeurs , alla le 27. du mois dernier chez
Made Boréel , veuve de l'Ambaffadeur d'Hollande
, qu'il complimenta de la part du Roy &
de la Reine , fur la mort de l'Ambaffadeur fon
Epoux.
Le 22. de ce mois , la Reine fut encore faignée
par précaution , & S M. garda la chambre
pendant quelques jours.
Le 23. les Demoifelles de la Communauté
de l'Enfant Jefus , dirigée par M. le Curé de
S. Sulpice , reprefenterent fur un Théatre dans
Cour de leur maifon , la Tragedie d'Athalie
, devant une nombreufe Affemblée , où il y
avoit beaucoup de gens de diftinction , qui en
parurent fort fatisfaits.
Le 25. un Voleur nommé l'Allemand
âgé de 17. ans , ayant fait plufieurs vols au
Château des Thuilleries , & fe voyant pourfuivi
fe fauva dans la Salle des Machines & fe
cacha dans un coffre qu'il trouva ouvert ; mais
il
1704 MERCURE DE FRANCE.
il s'y enferma trop bien ; car ne trouvant
aucun moyen- de l'ouvrir après y avoir retté
quelque temps , il fut obligé de faire du bruit
& d'appeller . On le tira de fa prifon , & l'ayant
trouvé chargé de plufieurs chofes volées , il
fut pendu quatre jours après.
Le 29 le Pere Bertrand Monfinat , General
des Minimes , accompagné de fes Affiftans &
de plufieurs Religieux de fon Ordre , eut Audiance
publique du Roy & de la Reine . Il y
fut conduit avec les ceremonies accoûtumées
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs , qui étoit allé le prendre à Paris
dans les Carroffes de L. M ; & après avoir été
traité par les Officiers du Roy, il fut reconduit
dans les mêmes Carroffes .
Le 30. le Roy entendit dans la Chapelle du
Château de Rambouillet , la Meffe de Requiem ,
pour l'anniverfaire de la feüe Reine , Marie-
Therefe d'Autriche , époufe de Louis XIV.
Le même jour la Reine entendit à Verfailles
dans la Chapelle du Château , la Mefle de
Requiem , pour le même Anniverfaire.
La Reine donna une éclatante marque de fa
pieté en faifant rendre les Pains - Benis avec
beaucoup de pompe & de magnificence le jour
de fainte Marguerite dans l'Eglife des RR . PP.
Feuillans de la rue S. Honoré.
Le R. P. Dom . Jerôme , Feüillant , prêcha
l'après dînée , & voici comment il finit fon
Difcours .
Mais , grande Sainte , quoique vous fovez
maintenant en poffeffion de la gloire , ne laiffez
pas de jetter des yeux de compaffion fur nous
qui fommes expofez à tant de perils & à tant
de dangers.Continuez à favorifer de votre protection
tous ceux qui viennent vous honorer
dans cetteEglife oùvos précieufes Reliques repofent
JUILLET. 1727 .
1705
pofent.Accordez- la furtout à notre augufte Reine
qui a recours à vos prieres , & qui dans la
folemnité de ce jour confacré à votre honneur,
vient de nous donner des marques fi éclatantes
de fa pieté ; employez votre interceffion pour
l'heureux accouchement de cette pieufe Princeffe
; obtenez - nous l'heureux fuccès d'un
évenement fi utile à l'Etat ; demandez enfin à
Dieu que l'Augufte Pere foit auffi heureux
qu'il nous eft neceffaire ; que l'illuftre Mere foit
la fource d'une fainte & nombreufe pofterité ;
que le précieux enfant que nous attendons
puiffe dans la fuite des temps foutenir la gloire
de fes illuftres Ayeux ; c'eft la grace que nous
vous demandons avec celle de pouvoir imiter
vos vertus dans ce monde, afin de pouvoir jouir
un jour de la gloire que vous poffedez dans le
Ciel , c'eft ce que je vous fouhaite , & c.
FESTE donnée à Forges , Extrait d'une
Lettre écrite de ce lieu le 21. Juillet.
E vous ai parlé , Madame , il y a quelques
jours d'une Fête qui devoit fe donner ici
à l'occafion de la convalefcence de Made la
Maréchalle de Villars ; le projet en avoit été
fufpendu ; mais il fut avant hier remis fur le
tapis chez Made de Moras où Mefde de
Villars dînoient avec Made de Rupelmonde.
M. le Chevalier Defalleur qui y étoit auffi ,
fut chargé de l'éxecution. On dépêcha d'abord
un homme à Rouen pour faire venir ici
un Artificier avec tout ce qui pourroit fe
trouver dans cette Ville de Boëtes , de Fufées
volantes , Pots à feu , Lampions , & c.
Hier Dimanche , la Fête fut annoncée de
grand matin à la Fontaine , ce qui attira un
Concours prodigieux d'habitans des Villages
& Hameaux circonvoifins. Toute la compagnie
1706 MERCURE DE FRANCE.
-
gnie des buveurs d'eau avoit été invitée de
fe rendre de bonne heure l'après dînée du même
jour aux Capucins , où devoit fe paffer
la céremonie. Il y eut d'adlord une table de
Pharaon établie dans un des Bofquets du Jardin
, avec une Banque de 300. Louis , & quantité
de Tables de Quadrille & de Piquet dans
d'autres Bofquets. Dans le même temps
la Marquife de Villars fit l'ouverture d'un Bal
champêtre ; & après avoir danfé une demieheure
, on laila le Champ libre à tous les
Paifans , Domeftiques , & femmes de Chambre
, qui compoferent cinq ou fix danfes en
differents endroits du Jardin , au fon des Aubois
, Violons , Mufettes , Vielles , & c. Sur
les fix heures on fe rendit à l'Eglife pour af
fifter au Te Deum qui fut folemnellement
chanté . Après le Te Deum , les Capucins
fuivis de toute la nombreufe compagnie, fe
rendirent dans une Allée où étoit dreffé un
grand Bucher , auquel le R. P. Gardien mit
Te feu , au fon de tous les Inftrumens . On fit
enfuite défoncer plufieurs Tonneaux de Cidre
pour le peuple. Sur les fept heures & demie
on alluma tous les Pots à feu , Terrines &
Lampions que l'on avoit diftribuez dans toutes
les Allées du Jardin avec beaucoup d'ordre
& de goût : & toute la compagnie s'étant
renduë fur la Terraffe vers les 8. heures , on
tira un Feu d'artifice qui commença par un
grand nombre de Fufées volantes , & finit par
le bruit de beaucoup de Boetes , & c. La Fête
fut terminée par plufieurs danſes en rond , où
toutes les Dames de Forges & des environs
danferent. Cette Fête a été trouvée des plus galantes
& très - bien ordonnée , & pour tout dire,
digne de la perfonne qui en faifoit le fujet.
MORTS
JUILLET. 1717. 1707
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
ArmandJofephle Grange & de FourLiilelevr, em,oMuarruqtuiàsPdaerilsa
le.2. Juillet , âgé de 68. ans.
Le 6. M. Jofeph-Jacques de Pelluys , Maître
des Comptes , mourut âgé de 70. ans.
Le 7. M. Alexandre le Grand , Comte de
Saulon , âgé de 19. ans , fils de défunt M. Bernard
le Grand , Comte de Saulon , Préfident
à Mortier au Parlement de Bourgogne , &
de Dame Marie Gagne , mourut à Paris.
>

François- Marie , Marquis de Hautefort
Comte de Montignac , Baron de Thenon
Vicomte de Segur , Seigneur de Juliac , & c.
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Chevalier des Ordres de S. M. Gouverneur
des Ville & Château de Guiſe , mourut à Paris
le 8 de ce mois âgé de 73. ans. Il a été
inhumé en l'Eglife des Jacobins de la rue
S. Honoré .
Dame Marie Loüife - Adelaide Durey ,
époufe de M. Etienne - Claude - d'Aligre ,
Préfident à Mortier au Parlement de Paris ,
accoucha le 27. Juillet d'un fils qui fut tenu
fur les Fonts le même jour , & nommé Etienne-
François , par M. François - Michel de Verthamon
, Chevalier , Confeiller ordinaire du
Roy en fon Confeil d'Etat , & Premier Préfident
du Grand - Confeil , Commandeur des
Ordres du Roy ; & par Dame Loüife le
Gendre , époufe de M. Jean - Baptifle Durey ,
Chevalier Seigneur de Mefnieres Bourneville ,
&c.
1708 MERCURE DE FRANCE.
& c. Confeiller du Roy en fes Confeils , Préfident
en fon Grand Confeil.
Le 17. de ce mois , Dame N. Gardien
époufe de M. François - Elie de Chatenai , Chevalier
Marquis de Lanti , premier Capitaine
dans le Régiment du Mettre de Camp Géneral
Cavalerie , Chevalier de S. Louis , accoucha
d'une fille , qui fut nommée Iſabelle- Madelaine
le 22. par M. le Blanc , Miniftre & Secretaire
d'Etat , & par Dame Ifabelle d'Harville
, veuve de M. François- Eleonor , Comte
Palatin de Dio , Marquis de Monperous , Lieutenant
Géneral des Armées du Roy , Meſtre
de Camp General de la Cavalerie Legere.
Le pere & la mere de cet enfant furent mariez
l'année derniere , la nuit du 14. au 15. Octobre.
N. Gardien eft fille de François - Vatte-
Gardien , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre de
S. Lazare , Capitaine dans le Régiment de
Vaubecour , & Commiffaire des Guerres , &
de Dame Jeanne- Françoiſe de Bufon.
Louis - Engelbert , Comte de la Marck
Marquis de Vardes , Colonel d'Infanterie
fils de Louis- Pierre Comte de la Marck , de
Icheidem , Baron de Lumay , &c . Comte du
S. Empire , Lieutenant Géneral des Armées
du Roy , Chevalier de fes Ordres : & de
feue Dame Marie- Marguerite- Françoiſe de
Rohan Chabot , époufa le 30. Juin , Marie-
Anne-Hyacinthe Vildelou , Comteffe de Biennaffis
, fille de feu René François Vifdelou ,
Comte de Biennaffis , & de Marguerite Gris de
Poys , aujourd'hui époufe de Jean- Baptifte ,
Marquis de Monteffon , Brigadier des Armées
du Roy , Chevalier de S. Louis , Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Dauphin .
TABLE
JUILLET. 1727 .
1709
TABLE .
IECES FUGITIVES . Ode ,fur la Colique , 1495
Lettre fur un Amphithéatre qu'on voit
dans le Gâtinois ,
1498
Eglogue 1514
Hittoriette ,
1521
Ifaac , Idyle facrée ,
1538 Reflexions , 1543
Epithalame , 1547
Monologue , Vers , & c. 1550
Découverte de Médailles antiques , 1552
Epitre de M. D. S.
1555
Prix de Peinture, donnez par le Roi , & c. 1562
Triolets , à M. de Senecé , 1574
1576
1578
1579
Lettre fur le Squelette d'un Geant ,
Explication des Enigmes ,
Enigmes à deviner ,
Nouvelles Litteraires , & c . Nouveaux Mémoires
des Miffions de la Compagnie de Jeſus ,
&c. Extrait ,
Les Pleaumes de David , & c.
1581
1602
Ephemerides des mouvemens celeftes , &c. 1604
Critique de la Charlatannerie , & c.
L'Etat de la France , & c.
1608
1611
Bibliotheque des Ecrits des Medecins anciens
& Modernes , & c.
Hiftoire du Théatre Italien , & c.
1617
1624
1628
Difcours prononcez à l'Académie Françoife ,
Prix de l'Academie de Marfeille pour 1728 .
Chanfon nottée , & c.
Spectacles ,
1644
1646
ibid.
1647
L'Horoſcope accompli , Comedie nouvelle ,
1710
Le François à Londres , idem. Extrait , 1657
Nouvelles du Temps , de Turquie , & c , 1666
De Ruffie , & Déclaration du Czar , 1667
De Suede , d'Allemagne , d'Italie & d'Eſpagne
, 1674
D'Angleterre, Proclamation du Roi , &c. 1684
Compliment du Lord Maïor , &c.
Reglement pour le deuil ,
1689
1692
Adreffe du Clergé de Londres , au Roy , 1693
Adreffe de la Ville d'Exeter prefentée au
1696 Roy ,
Extrait de l'Adreffe des Communes , &c. 1700
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , 1702
Panegirique prêché par Dom Jerôme , 1705
Fête donnée à Forges , & c.
Morts , Naiffances & Mariages ,
1706
1707
Errata du 2. Volume de Juin.
Page 1315. 1. 14. Pril , lifez , Bril . P. 1366 .
PA
14. ce mot , lifez ce grand mot P. 1387 .
1. derniere i Loes , lifez , fi loes . P. 1426. l . 10 .
Karlin , lifez , Kaolin , partout . P. 1456. l . 16 .
quarre , lifez, quarreau . P. 1473. 1. 2. Cozzovi,
lifez Cozzoni,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1518. ligne 7. quoi, lifez moi . P. 15397
1.5. du b. efpirer , lifez expirer. P. 1560.
1. 1. fur , lifez fur la. P. 1564. 1. 23. Hipgin ,
lifez Hygin. P. 1590. 1. 19. de Dernay , lifez
de Damas. P. 1611. 1. 22. 2. liv . 10. fols , lifez
12. liv. 1o. fols. P. 1622. 1. 22. font lifez feront.
P. 1675. 1. 21. Leopole , lifez Leopold,
L'Air noté regarde la page 3840
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