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1727, 06, vol. 2
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
JUIN. 1727.
SECOND VOLUME
QUE
E
COLLIGIT
Chez
A PARIS ,
( LA VEUVE CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti, à la defcente
du Pont- Neuf, au coin de la rue de
Nevers , à la Croix d'Or.
M. DC C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
**
เด็ก กาง
L'A
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis -à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV ΟΥ.
JUIN. 1727.
XXXXXXXXXXXXXX ********
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
OD E.
Sur ces paroles du fecond Livre des Rois.
Deducit ad inferos & reducit.
A Madame de GRIGNAN , Religieufe
au premier Monaftere de la Vifitation
de la Ville d'Aix en Provence .
L
fpectacle !
A mort ne trouve aucun obftacle ,
Il eft temps de fubir ſa loy ,
Je meurs ..... mais quel affreux
L'Univers périt avec moi ,
2. vol.
A ij Fuyons
1290 MERCURE DE FRANCE.
Fuyons. Où fera ma retraite ?
J'entends le fon d'une Trompette :
Quels cris ! ô funeſte moment !
Soleil , tu finis ta carriere ;
C'en eft fait : la Nature entiere
Rentre dans fon premier neant.
M
Le voici donc ce jour terrible
Qui donne la vie & la mort ;
De mes forfaits l'image horrible
M'annonce quel fera mon fort ;
A des tréfors inestimables ,
Préferant des biens périffables
Je doutois de l'Eternité ;
Je traitois même de chimeres
Nos plus grands , nos plus faints Myfteres ;
J'en vois trop tard la verité.
Seigneur , un remords inutile ,
Trop tard vient déchirer mon coeur :
Où puis - je trouver un azile
Pour me fouftraire à ta fureur ?
C'étoit en vain que fur la terre ,
2. vol . Tu
JUIN. 1727. 1291
Tu faifois gronder ton tonnerre
Pour m'exciter au repentir ;
Je bravois alors ta puiffance ,
Mais deformais de ta vengeance .
Rien ne fçauroit me garantir
Voici ton jour... quel bruit étrange
Tout-à-coup fait fremir les airs !
Il redouble ! je vois un Ange
Defcendre environné d'éclairs :
Miniftre d'un Dieti redoutable ,
Il fçait d'une main équitable ,
Séparer l'Elû du Pecheur ;
Bientôt le Seigneur va paroître ,
Il vient peut-on le méconnoître ,
:
Entouré de tant de grandeur ?
Allez , trop coupables victimes ,
Dit-il dans fon jufte courroux ,
Long- temps excité par vos crimes
Mon bras s'appefantit fur vous :
Une Eternité de fouffrances .
Eft destinée à vos offenfes.
2. vol.
A iij Quels
1292 MERCURE DE FRANCE.
Quels cris ! que de monftres hideux !
Les pleurs , le defeſpoir , la rage ;
Voilà quel eft votre partage ;
Tombez dans le féjour affreux .
Vous , qui loin de fuivre le vice,
Avez fçû détefter ſa voix ,
Qui par un heureux facrifice
N'avez embraffé que ma Croix :
Venez , Troupe chere & choifie
Dans votre celefte Patrie ,
Gouter la douceur du repos ;
Après une longue mifere ,
Venez recevoir le falaire
Que j'ai promis à vos travaux.
M
De frayeur mon ame faiſie ,
Dans ce moment infortuné ,
A crû qu'avec la Troupe impie ,
Grand Dieu, tu m'avois condamné ;
Auffi-tôt pour punir mes crimes ,
J'ai cru voir s'ouvrir les abîmes
Que je puis encore éviter :
1
2.vol.
Daigne
JUIN. 17276
1293
-
Daigne fufpendre ta colere ,
Je fens un regret falutaire ,
Fais que j'en puiffe profiter.

Monde , tes faveurs dangereufes
Ne fervent qu'à nous tourmenter :
Va , fuy, partes douceurs trompeufes
Tu ne fçaurois plus me tenter ;
Les Sectateurs de tes délices ,
Trouveront enfin leurs fupplices
Parmi les gênes & les feux ;
Je ne te prendrai plus pour guide >
Tes plaifirs n'ont rien de folide ,
Ils ne fçauroient nous rendre heureux.
M
Toi , qui méprifant l'avantage
Que t'offroit un illuftre Sang ,
Cherchas un Port contre l'orage ,
Suite funefte d'un haut rang :
Quelque objet que le monde étale ,
Tu le fuis en fage Veſtale ,
Tu ne daignes pas l'écouter.
2. vol.
Pour A iiij
1294 MERCURE DE FRANCE.
Pour Dieu feul ton coeur eft fenfible ,
GRIGNAN , dans ce jour fi terrible ,
Qu'aurois- tu donc à redouter ?
Vi
7Oici une Lettre , ou plutôt une
Differtation très - circonftanciée &
très inftructive , qui nous eft tombée entre
les mains ; nous la publions avec confiance
, perfuadez du plaifir qu'elle fera
aux Amateurs de tous les Beaux Arts
& des belles productions de la Nature ,
aux Antiquaires & autres Curieux de
belles chofes . Celui qui l'a écrite joint
à la pratique des beaux Arts & de la
Peinture , une collection confiderable de
Tableaux , d'Eftampes & de Deffeins de
grands Maîtres , avec un choix de Médailles
, de Coquilles , & d'autres Curiofitez
dont il a formé un Cabinet qui
eft en réputation depuis long-tems . Nous
l'avons parcouru plufieurs fois avec grand
plaifir , & nous pouvons affurer que le
Maître , qui a autant de politeffe que de
goût , fera toûjours charmé de le communiquer
aux Connoiffeurs , & particulierement
aux Etrangers , envers lefquels
il fe croit engagé à cette reconnoiffance
pour lui avoir ouvert les plus beaux Cabinets
de l'Europe . LETJUIN
1727:
1295
LETTRE fur le choix & l'arrangement
d'un Cabinet curieux , écrite par M.
Des-Allier d'Argenville , Secretaire du
Roy en la Grande Chancellerie , à M. de
Fougeroux , Treforier-Payeur des Rentes
de l'Hôtel de Ville.
MONSIEUR,
Il y a long-temps que vous me demandez
mon fentiment fur le choix &
l'arrangement d'un Cabinet de Tableaux,
d'Eftampes , de Deffeins , de Livres , de
Médailles & d'autres Curiofitez : quoique
vous foyez plus capable de décider
fur ce fujet que tout autre , je ne puis cependant
refufer à notre amitié ce que vous
exigez d'elle en cette occafion. Ce fera
à vous , Monfieur , d'en juger ? Connoiffeur
comme vous êtes & homme de bon
goût , c'eft à vos lumieres que je foumets
ce Projet. Quoique chacun range
fon Cabinet à fa maniere & prétende
qu'elle foit toûjours la meilleure , il eft
bien fûr cependant que c'eft le bon goût
qui doit en décider. J'ay lû , Monfieur ,
le peu que l'on a écrit (a) fur cette ma-
(a ) L'Abbé de Marolles dans fes deux Casalogues.
2. vol. A v. tiere
1296 MERCURE DE FRANCE.
1
tiere , & j'ai remarqué foigneufement la
maniere dont jufqu'ici les Curieux du
meilleur goût en ufoient ; c'eft fur ces
remarques que je me fuis formé l'idée
d'un Cabinet curieux , rempli de tout ce
qui peut amufer un honnête homme ,
fans le jetter dans une dépenſe extraor
dinaire.
Vous fçavez , Monfieur , la relation
que j'ay eûë autrefois avec Mrs de Montarcis
, de Pilles , de Ganieres , Boucot ,
Logé , le Riche , Lottier , Clement , &
le commerce que j'entretiens actuellement
avec nos plus grands Curieux ; je
ne vous parle point des principaux Cabinets
(a) de l'Europe que mes voyages
m'ont mis à portée de vifiter. Ce font .
là les fources où j'ay puifé la matiere
de cette Lettre .
Les Tableaux feront d'abord le premier
objet de notre Cabinet , quoiqu'on
ne puiffe là- deffus rien déterminer ; c'eſt
aux facultez du Curieux & à des hazards
très- rares que l'on doit la découverte des
bons Tableaux , dont le nombre monte à
de fi grandes fommes , qu'il n'y a que les
Le Comte dans fon Cabinet d'Architecture ,
Peinture & Gravure.
De Pilles , dans fon Abregé de la Vie des
Peintres.
(a) Ces Cabinets font citez au bas des pages.
2. vol.
Princes
JUIN. 1727. 1297
Princes ou gens d'une très groffe fortune
qui y puiffent afpirer. En fait de Cabinet
, il faut opter , ou Tableaux , ou
Eftampes , ou Deffeins , ou Médailles ,
ou Livres ; je dis pour en avoir en grand
nombre ; cependant on pourroit avoir de
tout , en ſe bornant dans chaque genre ,
mais il y a toujours l'efpece dominante ,
qui eft celle qui fuit le plus l'inclination
du Curieux .
Un Particulier peut fort bien avoir un
amas de bons Tableaux Flamans & François
, mêlé de quelques Italiens. Je fouhaiterois
pour cet effet qu'il fût exempt
de deux deffauts effentiels . Le premier ,
c'eft d'avoir trop de prévention pour un
pays plutôt que pour un autre : je
veux parler , Monfieur , d'un certain venin
Italien qui a faifi quelques - uns de
nos Curieux, & qui leur fait méprifer les
bonnes chofes qui naiffent chez eux &
dans les autres pays. Tout ce qui ne vient
point d'Italie , ne vaut rien felon eux :
Tableaux , Eftampes , Deffeins , Mufique,
il n'importe . L'autre deffaut eft de mêler
de la partialité dans fon goût , en n'eſ,
timant & ne voulant avoir des Tableaux
que d'un feul Maître , qu'on éleve infiniment
au-deffus des autres , aux dépens
de la juftice qui eft due à tant d'habiles
gens .
2. vol.
On A vj
1298 MERCURE DE FRANCE.
On peut dire en general , que les vrais
Peintres font les Flamans , & que s'ils
avoient la partie du Deffein auffi accomplie
que celle du Coloris , ils feroient les
premiers Peintres de l'Univers. Les Italiens
, excepté le Giorgion , le Titien , le
Palme , Paul Veroneſe , Tintoret , le Correge
,le Guerchin , le Dominiquain , le Parmefan
, l'Albane & Lanfranc font ordinairement
de foibles Colorifies . Michelange
, Raphaël , Jules Romain , Polidor &
les Caraches , n'ont eu que la correction ,
le beau génie , les grandes ordonnances &
l'expreffion en partage ; c'eft la diftinction
que tous les bons connoiffeurs en
font.
Tableaux.
Voici les Maîtres Flamans , à qui je
voudrois donner entrée dans notre Cabinet
. Albertdure , Holbeins , Lucas de
Leïde , le Breugle , Porbus , Paul Bril ,
Adam Elfeymer , Rothenamer , Rubens
Stenu k , Vandeik , Jacques Jordans a
Diepenbec, Corneille , Polemburg , Braur,
David Theniers , Fouquieres , Bamboche,
Both , Herman Suanefeld , Rembran , Girardeau,
Miris , Scalque , Netscher , Sneydre
, Bar clomé , Jean Mielle , Wauvremans
, Berghem , Van - Oftade , Vendermeulen
, Vandercabel , Vanderméer , Genoëls
& Layreffe La
JUIN. 1727. 1299
La France fourniroit des Tableaux de
Vouet , Blanchart , Pouffin , Valentin ,
Loir , Stella , le Sueur , Bourdon , Champagne
, le Brun , Guafpre- Pouffin , Mignart
, Claude le Lorain , Corneille, la
Foffe , Jouvenet , Boulogne , Cheron ,
Coypel , Santerre , Francifque , Foreſt ,
Baptifte , Fontenay , Parroffel , Boyer &
Wateau. ( a ) .
L'on pourroit y joindre quelques Tableaux
Italiens des Maîtres fuivans ;
d'André del Sarte , Polidor de Caravage,
Jacques Baffan , Mutian , Baroche , Michelange
de Caravage , Guerchin , Molle ,
Francifque Bolognefe , Andrea Sacchi ,
Pierre de Cortonne, Romanelli , Ciroferri,
Salvator Rofe , Michelange des Batailles,
Benedetto Caftiglione , Léfpagnolet ou
Ribera , Lucas Jordans de Naples , Civo
li , Feti , Cigniani , Bourguignon , Carlo-
Marati , Sebaftien Ricci & Solimene.
Je n'y admets point de Tableaux des
premiers Maîtres , comme de Leonard
de Vicini , Michelange , Raphaël , Giorgion
, Titien , Parmefan , Paul Veronefe ,
Tintoret , Correge , les Caraches , Guide ,
Dominiquain , Lanfranc & l'Albane , com-
(a) On n'a pas jugé à propos de nommer
ici les bons Peintres vivans , de même que
dans la fuite on a obmis les Sculpteurs & les
bons Graveurs du temps.
2. vol.
me
1300 MERCURE DE FRANCE.
me étant hors de la portée d'un Particulier
, s'ils font Originaux , & je ne fais
pas grand cas des copies , quelques belles
qu'elles foient.
Voilà , Monfieur, tout ce que nous di
rons au fujet des Tableaux , dont je n'ai
point deffein de donner ici la maniere
d'en connoître le beau , l'originalité & le
nom des Maîtres . Je fuppofe dans un
Amateur cette connoiffance toute acquife ,
& de plus un peu de pratique (a) dans
cet Art. Quant aux Eftampes & aux
Deffeins de grands Maîtres , qui font le
principal objet de nos Cabinets , j'en par-
Terai plus amplement , m'ayant paru que
c'étoit fur cet article précisément que
vous fouhaitiez que je m'étendiffe , fans
cependant entrer dans la maniere d'y devenir
connoiffeur.
Estampes.
Les Eftampes ont un merite fingulier :
elles portent par tout , comme autant de
Renommées , l'idée des bons Tableaux &
Deffeins des grands Maîtres , dont on feroit
privé fans leur fecours . Leur nom-
( a) De Piles prétend dans fon Abregé de la
vie des Peintres , que pour connoître le beau
& l'originalité d'un Tableau , il faut un peu
de pratique dans la Peinture. Le nom des
Maîtres s'acquiert par une grande routine.
2. vol.
bre
JUIN. 1727. 1308
bre , ainfi que des Graveurs , étant immenſe
, on ne devroit s'attacher qu'à recueillir
dix ou douze morceaux de chaque
Maître , fur tout des Anciens dont
la maniere de graver n'eft pas celle qui
plaît le plus à tout le monde , quoique
(a ) les contours en foient fort corrects .
Ces morceaux qu'on fuppofe choifis entre
les meilleurs & les plus eftimez de
chaque Maître , fuffiroient pour en faire
connoître la maniere. A l'égard des Maîtres
modernes , dont la gravure eft
plus fçavante & plus agréable aux
yeux , on pourroit recueillir une plus
grande quantité de leurs morceaux , fans
s'entêter de faire des (b) Oeuvres complettes
de chaque Maître , ce qui oblige à
rechercher les méchantes pieces comme les
bonnes ; & ces méchantes pieces font ordinairement
les plus cheres , & celles qui
donnent le plus de peine à trouver par
leur rareté.
On pourroit faire des Recueils particuliers
de chaque Maître , en ne mettant
dans un même Volume que les plus belles
pieces de ce Maître , fans y mêler rien
des autres par exemple , un Volume des
(4) Raphaël faifoit lui-même le trait des
Planches de Marc- Antoine , fameux Graveur
contemporain .
(b ) Terme ufité parmi les Curieux. 2. vol.
Ca
1302 MERCURE DE FRANCE .
Caraches , un du Titien , un de Rubens ,
de Vandeik , de le Brun , de Callot , de
la Belle , de le Clerc , & autres ; ce qui
fe foutiendroit mieux que de voir les
bonnes pieces d'un Maître effacées par ce
qu'il a fait de médiocre. Mais quoiqu'on
pût fe borner dans cette entrepriſe à ne
faire des Recueils que des Maîtres les
plus connus, & pour lefquels on a le plus
d'inclination , cette idée ne laifferoit pas
que de mener fort loin ; quelques belles
même que foient les Estampes , il eft ennuyeux
dans un Volume , de n'en voir
toûjours que de la même main , au lieu
qu'étant rempli de pieces de differents
Maîtres qu'on fuppofe choifies , l'oeil en
eft plus fatisfait & plus en état de juger
de leur merite par le parallele qu'il peut
faire des unes avec les autres .
Quoique ce foit la coûtume de la plûpart
des ( a ) Curieux , de rangér les EL
tampes par Maîtres , ainfi que le font
tous les Marchands , & de faire des Oeuvres
féparées de chacun , prétendant par
là être plus fatisfaits en voyant le progrès
d'un habile homme par la comparaifon
de fes premieres pieces avec les
dernieres : il paroît cependant qu'il y a
plus de vanité de leur part que de fcience
& que c'eft pour groffir les Volumes . ,
(a ) Le Cabinet de M. le Premier.
2. vol .
Ils
JUIN. 1727. 1303
Ils perdent dans cet arrangement , l'ordie
hiftorique & chronologique , & confondent
les matieres enſemble , je veux dire
le Portrait avec l'Hiftoire & avec le Payfage
, l'Hiftoire Sainte avec la Profane ,
le grotefque avec le férieux ; ce qui ne
fatisfait pas le Curieux fçavant, qui veut,
outre le plaifir de voir de belles Eſtampes
, en pouvoir tirer quelqu'avantage.
Je m'attens bien Monfieur , à voir
beaucoup de gens , qui fuivant l'ancien
ufage de faire des Oeuvres , s'oppoferont
à mon fentiment ; mais je vous prie de
faire attention que vous m'avez fait
l'honneur de me le demander , & que
je ne prétens nullement y contraindre
perfonne.
3
par-
On ne peut gueres décider fur l'arrangement
des Estampes ; car pour concilier
tous les projets dont nous venons de
ler , il faudroit avoir une piece juſqu'à
trois & quatre fois , & par differentes
collections , les ranger dans plufieurs
elaffes , en mettant premierement un Portrait
dans l'Oeuvre du Peintre d'après
lequel il eft gravé . 2 ° . Dans l'Oeuvre
du Graveur. 3 ° . Dans la fuite Chronoque
des Princes , Cardinaux , Evêques
dont fait partie la perfonne qui eft gravée
, & 4 ° . dans la fuite des Rois , Pa-
Cardinaux ou autres personnages re- pes ,
2. vol.
mar
1304 MERCURE DE FRANCE .
marquables d'un tel pays ; diftinctions ,
parmi les Eftampes , qui fatisfont beaucoup
l'efprit , mais qui menent très - loin.
Comme cet ordre eft infini & furpalle
de beaucoup la portée d'un Particulier
qui veut faire une certaine dépenſe pour
contenter ſa curiofité ; voici le plan qu'on
s'eft propofé , en s'écartant des (a) Catalogues
immenfes que l'Abbé de Maroles
a donnez au Public , & du grand projet de
Cabinet inferé dans le Livre du fieur le
Comte , lefquels font très- capables de dégouter
les Curieux .
On mettroit
premierement à part tou
tes les anciennes Eftampes dont on feroit
des Recueils féparez & mêlez de
differens fujets.
A l'égard des modernes qui font en plus
grand nombre , on diſpoſeroit par matieres
tout ce qui regarde l'Hiſtoire , la Sacrée
à part , la Profane , la groteſque de
même.
Les
Portraits
feroient rangez par conditions
, & l'on n'y
admettroit que ceux
qui font gravez par les grands Peintres
ou par d'excellens
Graveurs , ou enfin
les
perfonnes très - illuftres les mieux
gravées qu'on pourroit
trouver ; furquoi
il eft bon de faire
remarquer qu'un Cu-
(4) Son premier
Catalogue va à soo. Volumes
& le fecond à 237.
2. vol.
rieux
JUIN . 1727. 1305
rieux ne doit pas fe picquer d'avoir tous
les Portraits qui ont été gravez jufqu'à
prefent , mais feulement les meilleurs de
chaque Pays : different en cela d'un Hiftorien
exact , à qui il n'eft pas permis
de negliger le moindre trait d'Hiftoire.
On rangeroit les Pay fages par Pays :
ce qui met chaque Maître dans fon rang,
& vous réprefente fi bien le (a) Site
naturel d'un Pays , que vous croyez encore
y voyager.
j
Quant aux morceaux d'Architecture
Ornemens , Décorations de Théatre , Animaux
, Chaffes , Marines , de la Géographie
, Topographie , des Habillemens des
differentes Nations , des Pieces ( b ) noires
& des Petits Maîtres modernes , on
en fera des Volumes féparez , comme il
fera expliqué dans la fuite .
Ce font donc trois ordres principaux
que l'on fe propofe dans l'arrangement
de ce Cabinet ; l'Hiftoire par matieres , le
Portrait par Conditions , & le Paysage
par Pays .
C'eft de cette maniere, qu'en s'amusant
à regarder des Eftampes , on peut en tirer
(a) Terme de Peinture.
(6) On appelle Pieces noires , des Eftampes
qui n'étant point gravées à l'ordinaire, paroiffent
enfumées & comme layées à l'encre de
la Chine.
2. vol. quelque
1306 MERCURE DE FRANCE .
quelque utilité : rien n'eft plus capable
d'imprimer facilement dans l'efprit , P'Hif
toire , la Fable , la Chronologie , la Géographie
& une connoiffance generale des
Sciences & des Beaux - Arts ; cet ordre même
fuffit pour vous faire trouver fur le
champ une piece que vous voulez voir
fans le fecours d'aucune Table : on pour
roit encore y obſerver un ordre hiftorique
& chronologique , en mettant, par exemple
, les Portraits des Empereurs ou des
Papes , fuivant le temps qu'ils ont vécu ,
& les morceaux d'Hiftoire , fuivant l'époque
de leur avenement ; mais à moins
que l'on en ait un grand nombre , cet
ordre devient gênant & impoffible dans
plufieurs morceaux , fur tout dans les pieces
allegoriques.
Il faudroit éviter dans ces Recueils ,
de faire ce que faifoient Mrs de Garnieres
, Clement & Lottier , qui , plutôt en
Hiftoriens qu'en vrais connoiffeurs , mettoient
parmi de belles Eftampes , les morceaux
les plus communs jufqu'aux Almanachs
. On voyoit dans leurs Recueils
de Portraits , ceux de Larmeffin & de
Montcornet , mêlez avec les Portaits de
Nanteuil & d'Edelink , ils ne fe donnoient
pas même la peine de s'informer fi la
perfonne qu'avoit gravé Larmeffin ou
Montcornet , n'étoit pas gravée par une
2. vol .
meilleure
JUIN. 1727.
1307

meilleure main ; il fuffifoit qu'ils l'euflent
dans leurs Recueils, fans s'embarraffer du
choix ; c'eft ce que je leur ai fouvent reproché.
Eloignez de l'idée de tous ces
Curieux nous fuivrons celle de notre
Cabinet , qui , comme vous voyez , Monfieu
r, eft bien différentes elle embraffe
tout au plus cinquante volumes d'Eftampes
& une quinzaine de volumes de deffeins
, qui étant remplis de morceaux
choifis , fatisferont plus que ces grands
Recueils , où il faut feuilleter long- tems
pour trouver du bon.
J'ai détaillé ici les *noms des meilleurs
Maîtres dans chaque genre , fur -tout ceux
dont les ouvrages méritent le plus d'être
recherchez.
On feroit trois portes - feuilles d'anciennes
Eftampes ; le premier , des (a) vieux
Maîtres ; le fecond,des anciens Maîtres , &
le troifiéme, de ceux qu'on appelle petits
Maîtres. Les vieux Maîtres , comme André
Manteigne , Alberdure , Lucas de
(a) Différence entre vieux Maîtres & anciens
Maîtres ; on entend par vieux Maîtres
les pieces gothiques faites en 1490. dans l'origine
de la Gravure ; au lieu que les anciens
Maîtres font ceux qui ont travaillé depuis le
rétabliffement de la bonne Gravure , comme
Marc- Antoine , Auguftin Venitien , &c. On
appelle petits- Maîtres ceux qui n'ont travaillé
qu'en petit.
2. vol.
Leyde
1308 MERCURE DE FRANCE :
Leyde -Jean Holbeins , Hans-Brefanc K
Hans-Bofamer , Sebalde Béems , Cormet
, Hopfer , &c. Les anciens Maîtres
comme Leonard de Vinci , le Georgion ,
le Titien, Michel- Ange , Raphaël , Jules-
Romain , Polidor de Caravage , Perin
Delvaga , André Delfarte , le Pordenone,
le Primatice ou S. Martin de Boulogne ,
Daniel de Volterre , le Parmeſan , les
Palmes , Frederic Zuccharo , le Mutian
les Baffans , Stradan , Spranger , Charles
Vermander & Martin de Vos , gravez en
partie par ces Peintres & par Marc - Antoine
, Auguſtin Venitien , Sylveftre de
Ravennes , Jules Bonafone ou Bolognefe,
Eneas Vicus ,Suavius , Corneille Cort, Auguftin
Carache, François Villamene, Martin
Rotta, Georges Mantuan , Diana Mantuana
,Nicolas Beatricius , Dominique Cuf
tos ,Caraglius ,Simon Frifius , Leon Daven ,
Lucas Chiamberlanus , Virgilius folis
Cherubin Albert , Theodore Matham
Hierôme Cock , Lucas Kilian , & Crifpin
de Paffe . Les petits Maîtres comme
de Georges Pents , Hifbins , Henry Aldegraëf
, Maître Etienne de Lône , Jacques
de Geyn , Theodore de Brie , Thomas
de Leu , Adrien Collaert , Adreas
Adreaffi ou le petit Albert , le petit Bernard
, & plufieurs autres .
>
Six portes feuilles de fujets concernant
2.vol.
l'Hiftoire
UIN. 1727. 1309
?
1'Hiftoire Sacrée , mêlez des meilleurs
Maîtres qui ont fuivi les Anciens ; comme
de Paul Veronefe , Tintoret , Baroche
, le Correge , Joſeph Pin , les Caraches
, le Guerchin , l'Albane , le Môle,
le Guide , le Dominiquain , Lanfranc
Andrea Sacchi , Pietre de Cortone , Romanelli
, Cyroferri , le Calabrois , Cave,
done , Schedone , Ribera ou Léfpagnolet ,
Salvator Rofa , Benedette Caftiglione ,
Lucas Jordans de Naples , le Feti , Civoļi
, Cigniani , Carlomarati , Sebaſtien
Ricci , Solimene de Naples , Otto Venius ,
Rothenamer , Rubens , Vandeik , A.
Bloemart, Diepenbex , Van- Tulden , Corneille
Chut , Eraſme Quellinus , Jacques
Jordans de Flandres , Layreffe , Vouet
Blanchart , Pouffin , Bourdon , le Valentin
, Loir, Champagne , Bertolet , Stella ,
la Hyre , le Sueur , le Brun , Mignart ,
Cotelle , Cheron , les Corneilles , les
Coypels , les Boulognes , Jouvenet , & la
Foffe , gravez en partie par ces Maîtres.
& par Corneille & Frederic , Bloemart
Henry Goltius , les Gallé , les Wirix ,
Bolfevert , Paul Pontius , Witdouc , Hollart
, Perrier , Spierre , Natalis , Chapron
, Carlo Cæfius , Wofterman , Sarendam
, Suyderhof, Swanenburg , Coëlemans
, le Févre de Venife , Jean Raphael
, Jufte , & Gilles Sadeler , Pierre
Voüet ,

2. vol.
Lom
1310 MERCURE DE FRANCE:
>
Lombart,Jean Pefne, Pietro- Santi - Bartoli,
Muller , les de Iode , Jean Couvay
Charles David , l'Alleman , Tempeſte
Greuter , Melan , Hainzelman , Louvemont
, Vouillemont , Chatillon , Baudet ,
Michel-Lafne, Farjat , Rouffelet , Claudine
Stella , Chauveau , les Poilly , les
Audran , l'Enfant , Daret , Dorigny ,
Boulanger , Regneflon , Edelink , Vermeulen
, Pitau , Roullet , Maffon , Valet,
Natalis & Château.
Six autres porte- feuilles de Sujets touchant
l'Hiftoire profane , compofez de
tous les Maîtres ci - deffus nommez , tant
des morceaux gravez de leur main , que
de ceux qu'on a gravez d'après eux.
Deux volumes de pieces noires gra
vées d'après Kneller , T. Murrey Saleman
, Scalque , Clofterman , Dahll , H.
Voreft , Maès , David Teniers , Van-
Oftade , Girardau , Miris , Coypel
Gillot , Netfcher, Santerre, Vau Haeften,
A. de Gelder , gravées la plupart par
Smith , Botteling, W. Faithorne, Schenk,
Golle , Van- Bruge , Zeigler , Rugendas,
Sarrabat , Collemans , Picart , Bernard
Vaillant , & G. Whithe.
Deux volumes de Grotefques , Bacchanales
, Bambochades , Carmeffes , Paftorales
, de différents Maîtres ; comme
Polidor de Caravage , Michel - Ange de
2. vol.
Cara
JUIN. 1727 . 1311
Caravage , Annibal Carrache , Michel-
Ange des Batailles , Manfredi, Pietre - Teſte,
Pafquolino de Venife , Martin Hemfkerk ,
Breugle , David & Abraham Teniers
Braure , Guillaume Baur , Pierre de Lâart
dit Bamboche , Jean Mielle , Girardau
Miris , Berghem , P. Boot , Wauvreman ,
Scalque , Rembran , Van- Vlief, Livens,
Van Velde , Van- Oftade , Netſcher , Bega
, Van-Affen , C. du Sart , Theodore
Layreffe , Pouffin , Valentin Freminet ,
Brebiette , la Fage , Stella , le Nain , Gillot
, Wateau , gravez en partie par ces
Peintres & par Auguſtin Carrache , Vilamene
, Chapron , Perrier , Bloëmart ,
Goltius , Melchior Kuffel , Bollevert
Vofterman , Saërendam , Danchers , les
Viſcher , Romain de Hogue , Botteling ,
Schenk , Pietro - Sancti , C. Cæfius , Hollar
, Ertinger , & le Pôtre.
Dix volumes de Portraits rangez par
conditions , deux de gens d'Eglife , deux
de gens d'Epée , deux de gens de Robbe ,
deux pour les Sciences , un pour les Arts,
& le dixiéme concernant les Femmes Illuftres,
gravez d'après differents Maîtres,
comme le Giorgion , le Titien , le Tintoret
, le Padoüan , Holbeins , Rubens
Vandeix , Porbus , Rembran , Jufte , Ferdinand
, A. Vanderverff , Mirevelt
Kneller , Lelii , le Févre , Janet , Petitot,
2. vol.
B San
1312 MERCURE DE FRANCE .
Santerre , Jouvenet , gravez par les Sa,
deler , les Viſcher , les Bloëmart , Vofters
man , Delphius , Muller , Suanenburg ,
Suiderhof , Crifpin de Pas , Souteman ,
Sandrat , Boteling , Goltius , G. Valch
J. Burghart , J. Tourneyfer , P. Lom
bart , Lucas , Wolf , & Barthelemy Kis
lian , Thomas de Leu , Matham , Sarendam
, Hollar, Van -dalen , Bolfuert, Pierre
de Jode , Paul Pontius , Corneille , Philippe
& Theodore Galle , Spiere , Van-
Gunft, Michel- l'Afne , Maſſon , Nanteuil,
Rouffelet , Grignon , Melan , l'Enfant ,
Morin , Poully , Pitaut , Edelink , Vermeulen,
Vanfcupen , & les Audrans , &c,
Quatre Portes feuilles remplis de petits
morceaux fur toutes fortes de matieres
qu'on colleroit en compartiment fur chaque
feuille , en laiffant des marges & efpaces
agréables aux yeux , & le plus que
P'on pourroit en forme de cul- de- lampe ,
c'eft-à- dire , les plus grandes au haut de
la page , qui fe termineroit par une ou
plufieurs petites. C'eft où l'on ramafferoit
ce qu'ont fait de meilleur , ( a) Rembran
, Hollart , Wirix , Galle , Callot ,
la Belle , le Clerc , les Audrans , Chauveau
, les le Pôtre , Roullet , Boffe , &
Gillot.
(a ) On les peut appeller petits Maîtres modernes.
3. vol.
Six
JUIN. 1727. 1313
>
Six volumes de Payfages , rangez par
pays , deux volumes d'Italie , deux de
Flandre , Hollande , Allemagne , & deux
de France , d'après le Giorgion , le Titien ,
les Doffes , le Mutian , les Baffans , les
Caraches , Campagnole , Francefco - Grimaldi
Bolognefe , Ludovico Pozzo , le
Guerchin , le Mole , Salvator - Roza
Vanude Romain , Crefcentius , Francifque
de Neve , les Breugles , les Paul Pril ,
Adam Elfeimer , Corneille Polemburg,
Monpre , Herman Suanevelt , Roland
Savery , Fouquier , P. Stephani , Hans-
Bol , Rubens , Abraham Bloëmart , D.
Teniers , Van - Axen , Jean Wildens
Meyeringh , Vanderhorft , Van- Velde
Hondius , les Boot , Corneille Vieringen
Louis Van - Artois , Verfcure
Vandercabel, Roland Rogman , le Pouffin ,
Guafpre du Guet , Bourdon , la Hire
Claude Lorain , Francifque Milet, Genoels
Focus , Guillerot , Collandon , Foreſt
gravez en partie par ces Peintres & par
Goltius , Jean Valdor , du Perac , Frederic
Scalberge , Londerfeel , les Sadeler ,
Hondius , Nicolas de Bruyn , Dominique
Barrieres , Melchior Kuffel , Morin
Waterlo , Mauperché , Pieter- Nolpe ,
du Jardin , les Vilchers, Danchers , Nieullan
, Goyrand , de Ligny , Cochin , le
Pôtre , Moyfe Fouard , Goudt , Pefne ,
,
>
2. vol. Bij Hie1314
MERCURE DE FRANCE,
Hierôme Cock , Collignon , Châtillon ;
Bonnart , Baudouin , Rouleau , Macé ,
Corneille , Ilaac Major , Jean Piſcator ,
Simon Frifius , Merian , Schenk , Prou ,
Perelle , & Sylveftre .
Un Porte - feuille de Décorations de
Theatre , Perſpectives , Ballets , Caroufels
, Entrées , Tournois , Triomphes ,
Catafalques , & autres Fêtes publiques ,
de Torelli , Canta Gallina , Jules Parigi ,
Bibiena , Stenuix , Pieter- noëfs , Rouſſeau ,
Philippes Juvara , Berrain , & Teffin
Suedois , gravez par la Belle , Callot
Chauveau , le Fôtre , Collignon , Marot
, Dolivart , & Scotin .
>
Un volume de Batailles , Marches d'armée
, Chaffes & Animaux d'après Stra
dan , Tempefte , Guillaume Baure , Bourgignon
Jefuite , Rubens , Bamboche , les
Boot , Sneydre , Kerinx , Wauvreman
Berghem , Pooter , Stroope , Vandermeër
le jeune , du Jardin , Flamen , Vanboucle,
Boulle, DavidVinc- Boons ,Vanden - Heche,
Rugendas , Vandermeulen , & Parozel ,
gravez en partie par ces Peintres & par
les Collaërt , les Galle , les Wifcher ,
Soutman , W Peeur , Melchior Kuffel
Hollart , Baudouin , & Cochin.
Un volume d'Architecture , Ornemens
, Fleurs , Fruits , Vafes , Tapis
Parterres , Fontaines , d'après Jean d'UI
2, vol.
diné
JUIN. 1727. 1315
diné Perin Del - Vaga , Mario de Fiori ,
le Maltois , le Breugle , Daniel Segers
Jefuite , Sneydre , Mignon , Baptifte , le
Moine , la Fleur , Brebiette , Teftelin ,
Charmeton , Cotelle , Marot , Berrin ,
la Belle , le Pôtre , Fontenay , Audran , le
Blond , & Toro , gravez en partie par ces
Maîtres & par Auguftin Venitien , Eneas
Vicus , Corneille Cort , Perrier , Scotin
Daigremont , Dolivart , & c .
Un volumè de Veiies de Mer ou Marines
, de Fabriques, & de Ruines , d'après
Philippes Napolitain , Jacinte Lupreffi ,
Borfoni , Breugle , Paul Pril , Guillaume
Baur , Corneille Polemburg , Boot d'Italie,
Herman d'Italie , Bartholomé , Séeman,
Vandercabel , Vandermeer , Claude Lorain
, Jean Affelin , Montagne , Vanbecq
& Puget , gravez en partie par ces Maîtres
& par du Perac , les Sadeler , Bronchorft
, Jerôme Cock , Baptifte Mercati ,
Hondius , Melchior , Kuffel , Dominique
Barrieres, Schenk , Goyran , Prou , Moyfe
Fouard , Perelle , Sylveftre & Flamen .
Quatre volumes concernant la Topographie
des principales Villes du monde ,
tirez de Marius Mercator , Melchior ,
Merian , Hoffnagle , Châtillon , Teffin ,
Beaulieu ; les Délices de l'Europe , les
Vûes de Suede , celles d'Allemagne , &
d'Hollande par Schenk ; les Vûes d'Italie
2.vol.
Biij par
1316 MERCURE DE FRANCE.
par Falda , Venturini , Specchi , Guillaume
Baur; les Vûes de France par Perelle ,
Sylveftre , Marot , Cruyl , Prou , de Fer,
& les Figures tirées de plufieurs Livres
& Voyages.
Un Volume de Geographie compofé
des meilleures Cartes de Sanfon , de Duval,
de Fer, de Lifle, & Beaulieu ; ces cinq
volumes rappellent aux Voyageurs en un
moment tous les pays qu'ils ont parcouru.
Trois volumes contenant les habillemens
& modes des differentes Nations
du monde ; le premier renfermeroit l'Europe
; le deuxième l'Afie ; le troifiéme
l'Affrique & l'Amerique . On y trouveroit
les Modes du Titien, les Charges du
Carache, les Modes de S. Igny , de Boffe,
de Callot , de Saint - Jean , d'Arnoult
celles de Picart , de Wateau , Giffart >
Trouvain , les Suites de Vanderaà , le volume
du Levant de le Haye, & quantité de
Modes d'Angleterre , d'Hollande , d'Allemagne
, d'Italie & de France, qui font parcourir
toutes les Nations du monde fans
fortir de fon cabinet .
Deffeins .
Les Deffeins , Monfieur , ont quelque
chofe de fuperieur aux Eftampes , quoique
moins terminez ; ce font les premieres
idées d'un Peintre où l'on décou-
2. vol.
vre
JUI N. 1727. 1317
vie tout le feu de l'imagination & l'efprit
de fa touche . Cette curiofité demande
beaucoup plus de fçavoir que les Eftampes ,
puifqu'il s'agit de juger , ainfi que dans les
Tableaux, de la bonté d'un deffein , de fon
originalité, & de connoître la maniere d'un
Maître d'avec un autre , fa touche particuliere,
qui eft comme un caractere d'écritu
re fingulier à un chacun, lequel fait recon
noître l'Auteur du deffein . Un beau Recueil
de Deffeins des meilleurs Maîtres eft
une vraie école de Peinture. ( a) Comme
on n'en polfede pas un fi grand nombre
que d'Eftampes , on les diviferoit feulement
par matieres & par pays tout enſem
ble , en la maniere fuivante.
Six volumes concernant l'Hiftoire en
general , & la Figure , deux des meilleurs
Maîtres d'Italie , deux volumes des meilleurs
Maîtres François , & deux autres
volumes fur la même matiere , des Maîtres
Flamands , Hollandois , Allemands,
& Anglois.
Six volumes de Payfages , Marines
Animaux , Grotesques & autres, partagez
par pays , deux d'Italie , deux de Flandre,
Hollande , Allemagne , & deux de France .
(a) Le Cabinet du Roy , le Cabinet du
Grand Duc à Florence , le Cabinet de Sacredo
à Venife , celui de Magnavaccha à Boulogne,
celui de M. Crozat à Paris .
2. vol.
Um
1318 MERCURE DE FRANCE.
Un volume de petits Deffeins à la plume
très-finis .
Un volume de Vûes, Efquiffes, & Croquis
faits d'après nature.
Un volume d'études de grands Maîtres ,
& de figures appellées Academies .
Un volume de deffeins d'Architecture,
Ornemens , Vaſes , Catafalques , Triomphes
, Décorations de Theatre , Fontaines
, Parterres , & c.
Livres.
Je vais paffer plus legerement ,Monfieur,
fur les Livres , les Medailles , les Pierres
gravées , les Mineraux , les Bronzes , &
les Coquilles ; matiere qui demanderoit
feule un volume.
Leur arrangement particulier eft de
difpofer les Livres par matieres , les Médailles
& les Pierres gravées par
fuites
,
& les Coquilles par familles ou par compartiments
. Les Tableaux , les Bronzes ,
& les autres curiofitez ſe rangent ſuivant
la place que l'on a , & fuivant le goût
qui convient le mieux à la décoration du
Cabinet .
Les Livres compofent un genre de curiofité
neceffaire, mais immenſe , dont on
fait des collections fuivant le genre de
litterature que l'on choifit , ou bien fuivant
fa profeffion. En general il eft bon
2. vel.
qu'un
JUIN. 1727. 1319
qu'un homme d'efprit ait un peu de Livres
fur chaque matiere. Plufieurs édi
tions de Bibles différentes , quelques Peres
de l'Eglife , des Théologiens , des
Commentateurs , Herefiarques , Gafuites ,
des Livres de morale & de pieté , une
fuite d'Hiſtoriens , de Chronologues , de
Philofophes , de Grammairiens , de Poëtes
Grecs , Latins , Italiens , & François ;
les Auteurs commentez ad ufum Delphini ,
& les variorum , ou les mêmes en petit ,
avec le Texte feul de l'édition des fameux.
Elzevir ; les mêmes Auteurs avec leur
meilleurs Traducteurs. Une collection
de Livres de Droit , de Medecine , d'Anatomie
, Chirurgie , Pharmacie , Chimie
Botanique , Agriculture , des Livres de
Phyfique , de Mathématique ,, de Geographie
, d'Architecture , de Médailles ,
Blazon ; des Dictionaires , des Voyages ,
des Memoires , & les Vies des grands
hommes , celles des Sçavans , leurs Oeuvres
, le Recueil de leurs Lettres , les Livres
de Theatre , les Poëtes modernes
quelques Recueils de Journaux , Republiques
des Lettres , des Livres connus
fous le nom de Mifcellanea fur toutes
fortes de matieres , peu d'Hiftoriettes &
de Romans , excepté celui de la Rofe
l'Aftrée , Dom Quichotte , Telemaque ,.
& la Princeffe de Cléves , que le fa-
2.. vol..
Bv meux
1320 MERCURE DE FRANCE .
meux (a ) Evêque d'Avranches ne dédaignoit
pas de lire quelquefois. Il faudroit
avoir quelques Livres gotiques remplis
de Mignature pour la fingularité ſeulement.
Medailles.
Quant aux Medailles , vous fçavez ,
Monfieur
, que c'eft une belle curiofité
la premiere, en un fens , comme garante de
l'Hiftoire ancienne , & qui a beaucoup
fervi à la tranſmettre jufqu'à nous . Cette
étude mene un peu loin & coute infiniment
, quand on veut avoir des fuites
complettes & des Medailles antiques
bien confervées. (b) Un Otthon en grand
Bronze , felon M. Patin , n'a pas de prix ,
un Pertinax , un Pefcenius Niger. On
prétend que (c) les Medailles étoient
les vraies monnoyes des Anciens , hors
les Medaillons qui étoient des préfents
que les Princes faifoient à leurs favoris.
Les Antiques ont été frappées environ
jufqu'au feptiéme fiecle . On les diftingue
en Grecques & en Latines ; les Grecques,
qui fans contredit font les plus anciennes
(a) Huet.
(6 ) Le Cabinet du Roy. Le Cabinet de M.
le Duc du Maine. Celui de l'Empereur. Celui
du Duc de Parme. Celui de Mofcardy à
Verone. La Biblioteque Barberine à Rome.
(c) Patin , Vaillant , Spon , Dumouliner.
7
1
2.vol.
&
JUIN. 1727. 1321
& les plus parfaites pour le Coin , vont au
plus à 400. elles commencent fous Amintas
Roy de Macedoine ; les Latines fe
diftinguent en (a ) Confulaires & en Imperiales
, qui fe divifent encore en haut &
bas Empire le haut Empire commence
à Cefar 44. ans avant Jefus- Chrift , &
finit vers l'an 260. de Jefus Chrift ; le
bas Empire comprend près de 1200 .
ans , c'est- à - dire , jufqu'à la priſe de
Conftantinople par Mahomet II . en
1453. les belles Imperiales ne paffent
pas le Regne d'Heraclius , en 641 , où
les Arts s'avilirent entierement . Les Medailles
Modernes fe comptent , environ
depuis 300. ans . Il y a encore des Medailles
Hebraïques , Gotiques & Puniques.
On diftingue trois fortes de fuites
de Médailles ; celle en or qui eft la moins
nombreuſe & la moins rare , va à 1000 .
dans les Imperiales ; celle d'argent à
3 000. & celle de bronze grand , moyen
& petit à près de 7000. dans les feules
Imperiales . On peut faire encore une fuite
de Papes depuis Martin V. juſqu'à préfent
avec les Cardinaux ; une de Medail
les qui concernent l'Hiftoire de France &
les autres Mornarchies. Une fuite de
Monnoyes modernes de tous les pays ne
(a) Les Confulaires , fuivant Patin , vont à
1037. dont 42. en or. Introd . pag. 84 .
2. vol.
B.vj laif.
1322 MERCURE DE FRANCE .
lailleroit pas. d'être curieuſe , ainſi qu'une
fuite de jettons , qui vous met au fait de
prefque toutes les familles . Il fe faut garentir
des Medailles contrefaites
; les (a ) ,
Padouannes
, les Parmefannes
, les Carteronnes
ou Hollandoiſes
font de ce nombre.
On connoît les Antiques au poids ,
à l'épaiffeur , à la couleur du métail , à la
dureté du vernis , à la netteté du coin , à
la fierté & à la tendreffe de l'Antique'
à la franchiſe des caracteres de la Legende
ou de l'Exergue .
Pierres gravées.
Les Pierres gravées ont beaucoup de
relation à l'Hiftoire ancienne , puifqu'a
la matiere près , ce font de fecondes Medailles
. Leur forme ordinaire eft ovale
cependant il y en a de rondes , de quarrées ,
& à pans ; on les diftingue en pierres ( b)
annulaires & enpierres conftellées ou Talifimants
, les unes font opaques , les autres
tranfparentes . Les plus belles font
orientales , & antiques pour la gravure ;
neanmoins il y a de belles Têtes gravées
par les modernes. Un peu de pratique
vous fait découvrir aifément le caractere
(a) On garde les coins des Padouannes à la
Biblioteque de Sainte Genevieve.
(b) Les Anciens mettoient les pierres annu
laires aux doigts , & les conftellées au bras &
al col..
H
2.vala de
JUIN. 1727. F3.2.3
de l'antique. On en trouve de gravées en
creux & en relief fur des Agathes , Calcedoines
, Lapis , Onix , Cornalines , Ja
des , Sardoines , Jafpes , Primes d'Emeraude
, Serpentine , & Malachitte . (a )
On peut auffi graver fur toutes les
pierres précieuſes , même fur le (b) diamant
, comme je l'ai vû faire à Rome.
Pierres Précieuses.
Vous fouvenez vous , Monfieur , d'avoir
vu enſemble dans un cabinet à Paris,
(c) des tiroirs féparez en petites cellules .
remplies de toutes les pierres précieufes ,
orientales & occidentales , diftinguées &
oppofées par leur efpece ; le Diamant , let
Saphir , l'Emeraude , Rubis , Turquoife
, Topafe , Grenat , Ametifte , Jacinte ,
Opale , Aigue - Marine , Chryfolite, Pe--
ridot , Vermeille & les perles .
Mineraux , Métaux , Petrifications .
Croiffances de mer, Bois rares.
D'autres tiroirs étoient remplis de Mineraux
, Métaux , Petrifications , Croiffances
de mer , Criftal de Roche , Corail
(a) Le Cabinet de M. Bourdaloue.
(b) On n'a nulle connoiffance que les Anciens
ayent gravé fur le Diamant qui ne leur
fervoit qu'à mettre en poudre pour graver les
autres pierres .
(a) Le Cabinet de M. Vivant à Paris .
2. vol..
touge
1324 MERCURE DE FRANCE.
rouge , blanc & noir ; Ambre des deux
couleurs , Porphyre , Albâtre , Pierre ou
Corne d'Ammon , Langue de Serpent ,
Marcaffites , pierres de Croix , d'Aigle ,
d'Aiman , de Touche ou Parangon ,
Quinte - feuille , la pierre de Coeur , de
Verolle , de Judée , de Bezoart , l'Etoilée,
le Jaye , le bois de Corail , de Couleuvre,
l'Hyftericum , le Calambouc , & Laloës
(a ) .
Ouvrages de Tours , Armures , Habillemens
Etrangers , Animaux , Plantes
& Fruits rares .
Nous y vîmes encore quantité de bijoux
mis en oeuvre , des Peintures en
émail , ainfi que de très- beaux ouvrages
de Tour & de Filigrame . Il ne faut pas
oublier les différentes Armures , habillements
, chauffures anciennes & étrangeres
; plufieurs oifeaux , poiffons & animaux
deffechez ; des plantes & des fruits
rares ; des Livres fur des écorces d'arbre,
fur des feuilles de Palmier , fur des
joncs , la plupart roulez autour d'un bâton
; de l'Ecriture & du Papier de tous
les Pays (b) .
(a) Le Cabinet d'un Medecin à Pife. Celui
de la Vigne Chigi à Rome. Celui de M.
Geoffroy à Paris.
(b) Lé Cabinet de Servier à Lyon.
2. vol.
Coquil
JUIN. 1727 . 1329
Coquilles .
Voici , Monfieur , une curiofité toute
des plus naturelles , ce font les Coquilles
(a ) , je vous avouerai que j'ai les
yeux fatisfaits quand je les jette fur un
tiroir de coquilles bien émaillées : j'y admire
plus qu'en toute autre chofe l'Auteur
de la nature ; Quelle varieté dans les
couleurs ? Il femble que la nature s'y foit
jouée de même que dans les formes différentes
des coquilles ? On les diftingue ( b )
en plufieurs claffes ou familles ; celle des
Huitres , des Limaces , des Cornets , des
Porcelaines , & autres . Voici celles à qui
l'on a donné des noms . L'Amiral , le Vice-
Amiral , l'Imperialle , le Nautille , la
Concha Veneris , le Bouton ou Echinus
Marinus , l'Eſcalier , la Thiare , la plume
, le Cloud , le Lepas , le Foudre ,
l'Hermite , la Brûlée , la Mufique , le
plein - Chant , la Genfive , la Quenotte , le
Ruban , la Veuve , la Pie , le Tigre , la
Caffandre , la Bouche d'or , celle d'argent ,
le Drap d'or , celui d'argent , la Peleure
(a)Le Cabinet du Roy , celui du Grand Duc
de Tofcane, celui d'un Bourguemeftre à Amfterdam
, celui de M. Seloanne Medecin à Lon
dres , celui de M. Houdouard Medecin à Londres
, celui de M. Sevin à Paris.
(b) Aldrovandus , Rumphius , Lifter, Bonnani
les diftinguent diverfement.
2.vol . d'oignon ,
1326 MERCURE DE FRANCE.
d'Oignon , la Morefque , le Cafque , le
Turban , le Scorpion , la Grive , la Guinée
ou la Speculation , le Dauphin , le
Manteau Royal , la Tonne , le Coeur , le
Cadran , l'Araignée , l'Epineufe , le
Rouleau , la Becaffe , le Porphyre , le
Cilindre , le Sabot , le Leopart , l'Ecorchée
, la Mere- Perle ou la Nacre , la
Porcelaine , le Maron rôti , l'Olive , l'Heriffon
, l'Oeuf , l'Agatte , le Cornet , la
Magellane , le Teton , l'Oreille d'Afne ,
le Coûteau , le Cloporte , l'Hebraïque ,
la Tanée , la Meûre , l'Oreille de Mer ,
la Chenille , la Trompe , le Nombril
la Collique , l'Eperon , la Lampe , la Vis
fans fin , le Brocart , le Fufeau , l'Hiron-.
delle , l'Argus , la Couronne d'Ethiopie ,
L'Oreille de Cochon , le Chou , la Tour
de Babel , la Figue , & le Bois veiné.
Bronzes & Pieces antiques .
>
Les Bronzes fervent beaucoup a l'embelliffement
des Cabinets ; il en faudroit
avoir quelques Antiques bien con ferve ,
& de beaux Modernes bien reparez. Les
Antiquaires ont fouvent en Bronze tout
ce qui concerne la belle antiquité , comme
Dieux Penates , Lares , Priapes , Urnes ,
Vafes , Lampes , Phioles , Lacrimatoires ,
Voeux , Tombeaux , Cineraires , Offuaires
, Infcriptions , Hieroglyphes . Ce qui
2. vol. fervoit
JUIN. 1727. 13༡༡
fervoit aux anciens Sacrifices des Egyptiens
, Grecs , & Romains , comme Autel
, Trépied , Hache , Patere , Cuillieres,
Couteaux , & autres inftrumens ; ( a ) des
ftyles dont ils écrivoient ; l'Abacus avec
lequel ils comptoient ; les Strigilles dont
ils fe fervoient dans le bain ; leurs Clefs
& Cadenats de Bronze ; les Plombeaux
dont ils châtioient leurs Efclaves ; leurs
Idoles , Sphinx , Cachets , Bagues magiques
, Amulets , Talifmans ; leurs Siftres
& autres inftrumens de Mufique ; leurs
melures , comme le Conge , le Sextier , le
Quartarius ; l'As , le Quadrafis , le Denier
, le Quinaire , le Sefterce , le Sicle ,
le Talent , la Drachme & autres monnoyes
; le Semis , Triens , Quadrans ,
Sextans , & autres poids .
Droguier, Herbier , Momies , Embrions,
Porcelaines , Cabinets de la Chine ,
Fayance émaillée , Tableaux de Pieces
de
rapport
.
Je ne vous parlerai point , Monfieur ,
d'un Droguier , d'un Herbier , des Momies
d'Egypte , des Embrions de tous âges
- (a) La Gallerie du Pere Kircher à Rome.
Le Cabinet du Cardinal Gualtieri à Rome
Celui de Setalli à Milan. Celui de Sainte
Geneviève à Paris. Celui de l'Abbé Fauvel ǎ
Paris.
2. vol.
tant
1328 MERCURE DE FRANCE .
tant d'hommes que d'animaux ; des Boëtes
où font arrangez par compartiment des
Mouches rares & des Papillons ; des Pa
godes des ouvrages de terre , des Porcelaines
de la Chine & du Japon ; de
leurs Cabinets , Paravants , Boëtes , Cabarets
, Coffrets , & autres pieces de bois
vernis ainfi que de quelques vales &
plats de fayance émaillez d'après Raphael,
tant en Italie qu'à Limoges ; des Tableaux
de Pieces de rapport en pierres fines ou
en bois rares , faits à Florence , qui trouveroient
bien leur place parmi toutes les
belles chofes dont nous venons de parler.
Il en feroit de même d'un amas de morceaux
excellents de Sculpture , foit Figures
, Buftes , Bas - reliefs , ou Modeles faits
en Marbre , en Porphyre , en Granite ,
en Albâtre , en Bois , en Terre cuite , en
Hyvoire , en Cire & en Buis (a ) ; il y en a
de la main de Michel - Ange , du Donatalle
, Baccio Bandinelle , Lalgarde , Jean
Bologna , Cavalier Bernin , Domenico
Guidi , Zumbo , François Flamant dit le
Quefnoy , Pilon , Goujon , Desjardins
les Marfi , Puget , Jaillot , Tubi , Sarrafin
, le Gros , Girardon , Coylevox , &
de quantité d'autres bons Sculpteurs tant
Etrangers que François .
Un Phyficien ou un Geometre demande-
(4) L'Ancien Cabinet de Girardon.
2. vol.
en
JUI N. 1727 .
1329
roient encore à trouver ici tout ce qu'on
peut fouhaiter pour les forces mouvantes
& l'Hydraulique ; des Figures de Geometrie
,de Fortifications , & d'Architecture en
relief ; des modeles en cuivre , de Mortiers
, de Canons, Bombes & autres pieces
d'artillerie (a) ; les différentes Expérien
ces de l'équilibre des Corps , de la pefan
teur de l'air , & des liqueurs de l'effet
de la poudre à Canon ; des Inftrumens (b)
d'Aftronomie , de Mathematique & de
Navigation , comme Aftrolabes , Spheres,
Globes , Lunettes d'approches , Teleſco
pes , Bouffoles , demi Cercle . On y joindroit
tout ce qui eft neceffaire pour l'Optique
, & les Expériences de Phyfique ,
le Miroir ardent , la Pierre d'Aimant , les
Verres à Facette & de toutes fortes ; un
Mifcroſcope univerfel avec toutes les Expériences
qu'on peut faire pour la circulation
du fang , & l'examen des liqueurs ;
le Cylindre , le Cône , le Prifme avec
leurs figures , plufieurs Chambres optiques
, une Lanterne magique , une Machine
Pneumatique , des Barometres
Termometres , Hygrometres , des Alambics
, Creufets , Recipients , Scyphons ,
(a) Le Cabinet de M. Dofembray. La Galerie
du Pere Sebaftien. Le Cabinet du General
Marfilly à Boulogne.
(6) Le Cabinet de Bianchini à Rome.
9
2. vol. Tubes
1330 MERCURE DE FRANCE .
Tubes avec lefquels on pourra faire
quelques Expériences de Chimie , touchant
le vif- argent , les Phoſphores , les
Pierres de compofition & autres.
En vérité , Monfieur , le fujet m'emporte
trop loin , & au fourneau & à la
fumée près d'un foufleur , notre Cabinet
eft devenu univerfel , & remplit une idée
generale , telle qu'on n'en trouve nulle
part ; il faut donc convenir qu'on doit
opter en cette matiere ; la grande dépenfe
y met affez de frein , joint à ce que
l'inclination naturelle nous porte plus vers
une ſcience
que vers une autre ; un Sçavant
, par exemple , ne refpire que les
Livres , un (a) Antiquaire ne recherche
que les Médailles , un Phyficien que les
Expériences , un Naturaliſte que les productions
de la Nature ; nous autres ,
Monfieur qui panchons plus pour la
Peinture , nous trouverons fûrement cette
carriere affez grande pour nous arrêter
long - temps. Je fuis , Monfieur , &c.
>
(a) Patin à peine fe peut réfoudre à comparer
les Médailles aux Livres & aux Tableaux
. Introd , à l'Hiſtoire des Médailles
pages 7. & 8.
2. vol.
VERS
JUIN 1727. 1331
VERS DE M. DE SENECE' ,
âgé de 83. ans.
Adreffé au R. P. PONCY, Jefuite ,
âgé de 25.
Sur fa Comedie , intitulée Damocles ;
reprefentée à Mâcon le 19. May.
" Out fin qu'eft le Renard dans un certain
dîné , Tout
Par la Grue il fut affiné ;
Contraint de retourner avec fa courte honte
Sans pouvoir fourrer fon muſeau
Dans le col étroit du yaiffeau
( Soit qu'il fût d'argile ou de fonte , )
Où le mets étoit enchaffé :
Les enfans en fçavent le conte ,
Beaucoup plutôt que l'A, B. C.
Par un pareil tour de foupleſſe ,
Auparavant le faux ami ,
Avoit déniaifé fon Hôteffe :
A trompeur , trompeur & demi.
Deftiné que j'étois à pareille avanture ,
Quoiqu'invité par homme exprès
2. vol.
Ац
1332 MERCURE DE FRANCE .
Au feftin captieux du faux Roi Damoclès ,
Je ne pûs me faire ouverture
Jufqu'à la porte du Palais.
Une foule de Parafites ,
En occupoient tous les dehors ,
Gens de guerre , Ecoliers , Séculiers , Cenobites
;
Je fis pour la percer d'inutiles efforts ;
J'aurois plutôt rompu d'un gros Bataillon
Suiffe ,
Le front de piques heriffé ,
Et je m'en retournai dans mon petit hofpice ,
Moitié gay , moitié corroucé.
Flatté du doux efpoir de ce repas fplendide ,
Je murmurois plein de dépit ,
De m'en aller mâchant à vuide
Avec un fi grand appétit ;
Mais la reflexion diffipa ma triſteſſe ,
De mon ami Poncy , le fuccès me charma ,
Il fit fucceder l'allegreffe ,
A mon dépit qu'il defarma.
Ainfi ( difois-je alors ) dans la ſuperbe Rome ,
On accouroit de toutes parts ,
Pour entendre les Vers d'un homme ,
z. vol.
Dont
JUIN. 1727.
1333
Dont la Mufe honoroit le fiecle des Cefars :
Ainfi , dit Juvenal ( Auteur de contrebande ,
Mais qui pour trop loüer eft exempt d'affadir )
Quand Stace récitoit , la foule étoit fi grande,
Qu'on y brifoit les bancs à force d'applaudir.
Pourfui, mon cher Poncy , ta brillante carriere
;
Tu touches au but de ta main:
Auffi jeune que toi Terence ni Moliere ,
N'ont jamais fait tant de chemin,
Cet Apollon qui te protege ,
N'auroit pas de fibonne foy ,
Commandé fes neuf foeurs pour leur faire
cortege ,
.
Si dans les ronces du College ,
Ils avoient couru comme toy.
Déja la fçavante Toulouſe ,
Affure tes honneurs par deux prix differents :
Malgré la cabale jalouſe
De tant d'illuftres concurrents,
Attendant que toute la France
Suive cette jurifprudence ,
Souffre qu'aujourd'hui par ma voix ,
Mâcon * te donne fon fuffrage ,
Le P. Poncy profeffe la Rhétorique à
Mâcon . S'il
1334 MERCURE DE FRANCE.
S'il te femble de moindre poids ,
Du moins eft- il d'un bon préfage.
*******************
DERNIERE SUITE du nouveau
Systême de M. Maigret , fur la difpo
fition des Rames des Galeres & autres
Bâtimens , felon l'ufage des Anciens.
CHAPITRE VII.
Où l'on répond aux principales objections
que l'on pourra faire fur cette nouvelle
difpofition de Rames.
L&
A premiere objection que l'on fera ,
& qui fe fait ordinairement fur les
nouvelles découvertes , eft que bien des
chofes paroiffent bonnes en théorie &
réüffiffent en petit , que l'experience fait
voir être très-mauvaiſe dans la pratique.
Cela fe trouve vrai en bien des inventions
, & on n'affure point qu'il ne ſe
rencontre quelques petits inconveniens
à celle- ci , car il eft impoffible d'arriver
du premier coup à la perfection d'une
Machine ; mais lorsqu'une propofition
peut être de quelque utilité, qu'elle n'eſt
point une repetition d'une chofe qui a
déja paru , & qui a déja été rejettée , &
qu'elle eft veritablement felon le raiſon-
2. vol.
nement i
JUIN. 1727.
1335
nement ; la prudence veut qu'on en differe
le jugement décifif , jufqu'à ce qu'il
en ait été fait des épreuves executées avec
toute l'attention & la circonfpection que
merite le fujet . Ces épreuves peuvent
être faites à Verfailles fur le Canal , &
s'il s'y trouve quelque vieille Galiote
on pourra la changer en une Trireme , &
la difpofition des Rames , ainfi que nous
la propofons , n'en coûtera que peu de
chofe .
Cette propofition merite d'autant plus
des épreuves , que fi elle fe trouvoit bonne
dans la pratique , les Galeres , Brigantins
& autres Bâtimens , avec le même
nombre de Rameurs , iroient avec plus
de viteffe & d'agilité ; ou bien fans y
en employer un plus grand nombre qu'elles
en ont aujourd'hui , on pourroit les
faire d'une longueur , largeur & capacité
beaucoup plus grande. On pourroit même
fans changer la difpofition entiere des
Rames , fe fervir feulement des moyens
qui y font propofez pour donner un parfait
équilibreaux Ramos , & éviter toutes fortes
de frottemens , & par là les Rameurs
trouveroient un grand foulagement , ou fi
on le jugeoit à propos , on en diminueroit
le nombre.
L'une des objections que l'on pourra
me faire , eft que cinq Rameurs ne fuffi-
2. vol.
C
fent
1-336 MERCURE DE FRANCE.
fent pas dans de certains temps pour gou- :
verner chaque Rame de nos Galeres , &
que l'on veut ici que les mêmes cinq
Rameurs en gouvernent cinq , dont la
plus grande , c'eft - à - dire , celle du cinquiéme
étage eft égale à celles des Galeres
. Je croi en avoir donné des raiſons
affez convainquantes ; cependant comme
cette objection paroîtra feurement trèsforte
à ceux qui n'ont aucune connoiffance
des effets d'un parfait équilibre , je vais
à leur confideration , les repeter d'une
maniere plus fimple , mais pas moins fenfible.
Dans la difpofition des Rames de nos
Galeres , le 1. 2. 3. & 4. Rameurs perdent
de leur force , le 3. plus que le 4 .
le 2. plus que le 3. & le 1. plus que le
2. ce qui eft auffi connu par l'experience,
Dans cette nouvelle difpofition , chaque
Rameur n'en perd rien du tout , comme
nous l'avons démontré , bien au contraire.
Dans cette nouvelle difpofition l'équilibre
de chaque Rame & de tout le corps
des cinq eft dans fa perfection , & il ne
l'eft pas dans celle de nos Galeres.
Tout y eft arrangé enforte qu'il ne peut
y avoir de frottement confiderable, & on
ne peut difconvenir qu'il n'y en ait beaucoup
dans celle que l'on fuit aujourd'hui .
Or avec la feule perfection de l'équi
2. vol.
libre
JUIN. 1727.
1337
libre on peut fe promettre de faire mouvoir
aisément par un feul homme le corps
le plus pefant.
Ainfi en ajoûtant à cette perfection d'équilibre
, une force ou puiffance confiderable
, c'eft- à-dire , quatre hommes de
plus , on ne doit point faire de difficulté
de croire que les mêmes cinq Rameurs
qui ont de la peine à gouverner une Rame
de nos Galeres , ne puiffent de cette
maniere gouverner un corps de cinq Rames
, lefquelles vont toûjours en dimi .
nuant de longueur, groffeur & pefanteur,
depuis celle du cinquième étage d'enhaut
, ju'fqu'à celle du plus bas ; d'autant
plus que toutes ces Rames font liées de
forte qu'elles ne font qu'un feul
corps ;
que l'on ne peut hauffer , baiffer , avancer
& retirer l'une fans l'autre , & enfin
que tous les cinq Rameurs s'y aident mutuellement.
Une objection que l'on fera auffi , eſt
que les Rames du plus bas rang font bien
peu élevées au - deffus de l'eau ; que dans
les grandes agitations de la Mer il fera
difficile de s'en fervir , & que par leurs
ouvertures elles donneront feurement
dans ce temps- là une entrée dans le Batiment
aux vagues de la Mer. Il eft aifé
de répondre à cette objection . 1 ° . Cette
hauteur au-deffus de l'eau ne peut pas
2. vol. Cij être
1338 MERCURE DE FRANCE.
les
être fort differente de celle qu'obfervoient
les Anciens dans leurs Bâtimens ; car
Arrian , parlant d'une Bireme , dit que
Rames d'en bas étoient fort peu au deffus
de l'eau. 29. Il n'en pourra jamais entrer
beaucoup par ces ouvertures , & l'eau qui
entrera , pourra être en même temps retirée
par une pompe. Dailleurs dans un
gros temps on ne fe fert gueres des Rames
: fi on veut s'en fervir , on pourra ne
faire agir que celles des plus hauts rangs,
retirer les Rames des plus bas , & en fermer
les ouvertures : ce qui eft fort aifé ;
car toutes ces Rames fe peuvent ôter &
remettre indépedamment les unes des autres.
Et fuppofé que ce plus bas rang fait
abfolument trop bas , on peut l'élever ſans
prefque rien changer aux effets que nous
avons attribué à cette difpofition .
A l'égard de la conformité des Nageoires
de Poiffon à cette difpofition de Rames
, je fuis perfuadé que l'on dira que ,
lorfque la Nature s'eft fait des regles , elle
a fçû en même temps remedier aux inconveniens,
qu'il pourroit y avoir, & que
les hommes ne peuvent pas faire la même
chofe en toutes occafions . Cela eft`
yrai , cependant on ne peut difconvenir
que ce ne foit avec juftice & raiſon , fi
on propofe de la confulter , puifque c'eſt
à elle que nous fommes redevables des
2. vol.
premiers
JUIN. 1727. 1339
premiers principes des Arts les plus utiles
& les plus neceffaires . La fortification:
ne fera qu'imiter la Nature dans la deffenfe
qu'elle a donnée à certains lieux ,
& tous les Sçavans conviennent que c'eft
aux Grues que l'on eft redevable d'un certain
ordre de bataille fort utile à la Guer-
& que les Romains appelloient Cu- re ,
neus .
Lorfqu'un ufage a été déplacé par un
autre , c'eft un grand préjugé contre le
premier en faveur du fecond. Sur ce que
j'ai dit
que je ne doutois point du tout
que ce Systême n'approchât de fort près de
celui des Anciens , on ne manquera pas
d'objecter , que fi cette difpofition de Rames
étoit bonne , les Anciens ne l'auroient
point quittée pour en prendre une
autre comme ils ont fait. On me permettra
de dire ici que ce n'eft pas une
regle certaine & infaillible. Il est trèsévident
qu'on a laiflé une infinité de mauvais
ufages pour en pratiquer de bons
mais il ne faut point douter que l'on ne
puiffe en avoir quitté de bons pour en prendre
de mauvais , & fur tout fur ce fujets car
pour peu qu'on s'écarte des veritables
proportions dans la conftruction d'un Bâtiment
, cela peut produire ou caufer une
grande difference dans fa viteffe & fon
agilité. Ainfi un ignorant & mauvais
"
2. vol.
C iij
conf
1346 MERCURE DE FRANCE.
conftructeur peut par fes Ouvrages dé
goûter de la meilleure difpofition de Bâtimens
de Mer, & donner lieu à un changement
, furtout fi ceux qui en doivent
juger n'ont pas affez d'intelligence pour
connoître que la faute vient de l'Ouvrier
& non pas de l'Ouvrage. Ce qu'il y a
de pire pour un femblable ufage rejetté,
eft que lorsqu'on a pris le parti d'en
fuivre un autre , le Public fe laifle tellement
prévenir à fon defavantage , qu'il
n'y a plus lieu d'appel pour lui ; & même
les Auteurs fe font une efpece de
honte d'en laiffer le détail à la pofterité.
Cela eft fi veritable que nous ne pouvons
fçavoir aujourd'hui que très- imparfaite
ment la conftruction de la Catapulte , de
la Balifte & de plufieurs autres Machines
de guerre des Anciens , dont on a quitté
l'ufage il y a très - long- temps cependant
fi on avoit leurs veritables conftructions ,
on pourroit fe fervir de quelques - unes
très-utilement pour jetter des feux d'artifices.
L'Hiftoire nous apprend par l'exemple
de Démetrius , de quelle confequence eft
un bon Conſtructeur . Il faifoit , dit Plutarque
, conftruire une Flotte de cinq cens
Galeres au Port de Pirée , à Corinthe , à
Chalcis & à Pela , allant dans tous ces
endroits , montrant ce qu'il falloit faire ,
2. vol.
JUIN. 1727. 1341
mettant lui - même la main à l'oeuvre.
Tout le monde étoit furpris & étonné de leur
grandeur; car jufques -là jamais homme
n'en avoit encore vû de feize ni de quinze
rangs de Rames. Enfuite cet Hiftorien ,
après avoit fait voir les deffauts de la Quarentireme
de Philopator , adjoûte : Il n'en
étoit
pas
de même des Galeres de Démetrius
, leur beauté ne les rendoit pas moins
propres au combat , & leur magnificence
n'ôtoit rien de leur utilité , mais leur leges
reté & leur agilité paroiffoient encore plus
dignes d'admiration que leur grandeur &
Leur magnificence.
Si tous les Conftructeurs qui ont fait
travailler depuis , euffent eu la même
capacité & intelligence , la difpofition des
Rames pratiquée de fon regne auroit certainement
duré plus long-temps & peutêtre
feroit-elle parvenue jufqu'à nous.
Suppofé que cette difpofition foit celle
des Anciens , s'ils l'ont quittée pour en
prendre une autre , il eft certain qu'ils
ont auffi abandonné celle que nous pratiquons
; car du temps d'Homere , felon
Thucidide , les Rames fe mettoient fur
un feul rang ; les Rames par étage fuccederent
à cette difpofition , & après un
certain temps les Anciens les remirent
fur un feul rang : Ainfi le préjugé d'àvoir
été changé eft contre l'une & contre
2. vol. Ciiij l'autre
1342 MERCURE DE FRANCE
l'autre , & la queftion doit fe rédui
re à fçavoir , fi de ceux qui ont fait
ce changement , ce font les premiers ou
les feconds qui ont tort. Si nos raiſonnemens
font bons , & que les épreuves
y
correfpondent , on doit conclure que ce
font les feconds qui fe font trompez ; on
veut dire ceux qui ont quitté l'ufage de
mettre les Rames par étage ou fur plufieurs
rangs.
ODE
du premier Livre d'Horace ,
Traduite en Vers François . Solvitur acris
hyems , & c.
L
E Printemps vient de naître , & l'aimable
Zéphir ,
Sur nos triſtes Côteaux va regner à ſon tour ;
Bergers, tendres Bergers , l'affreux hyver expire
,
Chantez fa défaite en ce jour.
Plus d'un Vaiffeau reprend fa courſe périlleufe
,
L'avare Laboureur quitte enfin ſes tifóns :
La glace ne rend plus la terre pareſſeuſe ,
Nos Champs fe couvrent de gazons.
2. vel.
La
JUIN. 1727. 1343
La riante Venus & fon cortege aimable
Nous infpirent la joye & danfent jour & nuit;
Sans fonger que Vulcain toûjours infatigable ,
Embrafe fon trifte réduit.
Chargeons , chargeons de fleurs nos coupes
& nos têtes ,
Pour nous les prodiguer la Terre ouvre fon
fein :
Celebrons, chers amis , la plus belle des Fêtes ,
Avec un verre toûjours plein
Bergers , Pan vous appelle , allez fur les
Montagnes ,
Reconnoiffez la main qui fauve vos Troupeaux
:
Immolez à ce Dieu qui préfide aux Campagnes
Le plus tendre de vos Agneaux.
La mort a des rigueurs à nulle autre pa
reilles :
On a beau la prier ,
La cruelle qu'elle eft fe bouche les oreilles ,
Et nous laiffe crier.
2. vol.
Le
- C
1344 MERCURE DE FRANCE .
Le Pauvre en fa cabane , où le chaume le
couvre ,
Eft fujet à fes loix ;
Et la Garde qui veille aux barrieres duLouvre,
N'en défend pas nos Rois.
Vous donc , pour qui la vie a d'invincibles
charmes ,
En vain contre la Mort vous cherchez du fe-
- cours :
Tous vos jours font comptez , Sextius , vos
allarmes
N'en prolongeront pas le cours.
Malgré vos longs projets , même à la fleur
de l'âge ,
Vous fermerez les yeux pour ne les plus ou
vrir ,
Bien -tôt fur le fombre Rivage
D'une éternelle nuit Pluton va vous couvrir..
Ce Dieu dans fon Royaume a marqué votre
place ,
Il brûle de vous y tenir :
Tout vous le dit affez , le temps qui tou
jours paffe ,
Doit vous en faire fouvenir.
2. Vola PréJUIN.
1727. I 345
Prévenons , cher ami , ce temps fi redoutable
,
C'eſt à nous d'adoucir les arrêts du deftin:
Buvons , faifons durer les plaifirs de la table ,
Tirons un Roi pour ce feftin.
D. L. R. A. P. D. R. à Beauvais.
8888888
VOYAGE de Baffe- Normandie & Def
cription hiftorique du Mont S. Michel.
Par M. de la R.
L
SECONDE LETTRE .
E 17. Septembre , Monfieur , comme
je vous l'ay marqué dans ma
derniere Lettre , nous arrivâmes à Lifieux.
Cette Ville eft fituée dans un fond ,
arrofée de deux petites Rivieres & de
quantité d'autres eaux , qui forment diverfes
Fontaines jailliffantes , & lui donnent
un air tout - à -fait riant , quoique la
Ville foit affez mal bâtie & d'une médiocre
grandeur. Il n'y a rien de plus
confiderable à y voir que l'Eglife Cathé
drale , dédiée à S. Pierre , & l'Evêché ,
que M. de Matignon , dernier Evêque &
Comte de Lifieux , a fort embelli On
voit dans les Jardins un monument de
2. Vol.
fa Cvj
1346 MERCURE DE FRANCE .
fa pieté , qui en fait le plus bel ornement.
C'eft une fort jolie Maifon toute
ifolée , que ce Prélat a fait bâtir en y attachant
un revenu confiderable pour fervir
de Seminaire & de College à un certain
nombre de pauvres Ecclefiaftiques du
Diocèfe. M. de Brancas eft aujourd'hui
Evêque de Lisieux . Nous fùmes , au ref-.
te affez furpris de trouver fur la fin
du mois de Septembre des cerifes dans
ce pays . Il eft vrai qu'elles n'y étoient
pas communes. Le fieur le Houx , Maître
du Logis de la Levrette , où nous logeâmes
, nous en prefenta , & les cueillit
fur deux arbres qui font plantez au pied
d'un mur dans la cour de fa Mailon , &
dont le fruit ne meurit jamais que dans
l'Automne.
>
Cela me fait fouvenir d'une autre efpece
de curiofité qu'on voyoit autrefois auprès
de Lifieux , je veux dire des Vignes ,
chofe rare & prefque inutile en Normandie.
Gregoire de Tours dit qu'Ethere
, Evêque de Lifieux , avoit des Vignes
dans le voisinage de cette Ville , Dieu
fçait , Monfieur , quel vin c'étoit . Il y
a encore un petit Vignoble dans la Paroiffe
d'Argenfe , auprès de Caën , dont
le vin déteftable confirme ma conjecture
fur celui de Lifieux.
Le 19. en partant de bon matin de
2.201.
Lifieux
JUIN. 1727. 1347
Lifieux , & après avoir dîné au Bourg de
Creffanville , où finiffent les gras Pâturages
du Pays d'Auge , nous allâmes coucher
à Caën , qui eſt éloigné de Lifieux
de dix lieuës .
Caen eft la plus belle Ville de toute la
Normandie & la plus grande après Rouën.
Elle eft fituée dans un Vallon fur le bord
de la Riviere d'Orne , entre deux grandes
Prairies , tellement égales , qu'on diroit
qu'elles ont été dreflées au niveau . Deux
Fauxbourgs s'étendent au- deffus de la
Ville. Sur les deux Côteaux qui terminent
ces Prairies , d'un côté l'Abbaye
Royale de S. Etienne , & la Maiſon des
Jefuites avec plufieurs Tours de diverfes
Paroiffes ; de l'autre un long Fauxbourg
& plufieurs Villages prefque contigus
avec leurs Clochers , forment une perſpective
charmante , dont la vûë eft˚terminée
par une belle Maifon de Campagne
& quelques Bois en éloignement. A l'entrée
de cette Prairie eft un Boulevart fur
Jequel eft bâti un gros Pavillon. Ce Boulevart
eft planté de quatre rangs d'arbres
qui forment un très-beau berceau . Un
grand Canal eft au - deffous , & au bout
de ce Canal , fur le bord de la Riviere ,
regne un Cours auffi de quatre rangs d'arbres
qui ont été plantez par les foins de
M. Foucault , dès le commencement de
2. vol.
Lon
1348 MERCURE DE FRANCE .
9*
fon Intendance de Caën . Ce grand Ca
nal & d'autres moindres qui traverſent
la Ville , font les eaux de la Riviere d'Odon
, laquelle fe jette enfin dans l'Orne .
Nous entrâmes par le long & ennuyeux
Fauxbourg de Vaucelles , qui mene à la
principale porte de la Ville , laquelle eft
ornée de Statues & de plufieurs figures
de Nimphes & de Nayades avec leurs
Urnes , &c. d'une grande beauté & dans
le goût des Ouvrages de Jean Goujon
qu'on voit à Paris . Cette porte conduit
droit par la grande & principale rue à
une Place Royale où eft la Statue en
pierre de Louis XIV. Il y a aux environs
de la Place plufieurs Bâtimens publics
& d'autres dignes de confideration ,
tous conftruits d'une parfaitement belle
pierre blanche & d'une agréable Architecture.
Je n'aurois jamais fait , Monfieur
, fi j'entreprenois une Defcription
réguliere de la Ville de Caën , il me fuffira
de vous dire que les gens de Lettres
y font en grand nombre , qu'il y a une
Univerfité , un College de Jefuites , une
Académie des Sciences & des Belles - Lettres
, & une Académie où l'on montre
toutes fortes d'exercices convenables à la
Nobleffe. L'Abbaye de S. Etienne , hors
les murs de la Ville , mérite une finguliere
attention . C'eft un Monument de
2. vol.
la
JUIN. 1727: 1349
la pieté de Guillaume I. furnommé le
Conquerant , Roy d'Angleterre & Duc
de Normandie , qui de fon Château de
Caën fit faire un grand Monaftere avec
une magnifique Eglife , qu'il remplit de
Religieux Benedictins . Il les fonda en
Prince pieux & puiffant , car cette Abbaye
poffede encore aujourd'hui un trèsgros
revenu . Son premier Abbé fut le
fameux Lantfranc , qui fut depuis Archevêque
de Cantorbery.
Une partie des anciens Bâtimens fut
ruinée par les Calviniftes en l'année
1562. On montre pourtant encore la
Salle d'Audiance des Ambaffadeurs , le
Cabinet & la Chapelle du Duc de Normandie
qui font en très -bon état . C'eft
dans ce même temps que les Religionaires
après avoir profané & à demi démoli
l'Eglife , en pillerent le tréfor qui
étoit des plus riches , & tout ce qui fe
trouva dans l'Abbaye . En l'année .....
Jacques d'Angennes , Evêque de Bayeux
confacra de nouveau ce Sanctuaire , après
qu'on en eut réparé les ruines.
On voit dans le milieu du Choeur le
Tombeau moderne du grand Prince fon
Fondateur. Il eft d'un beau Marbre noir
avec une Epitaphe gravée en Lettres d'or
fur la principale face, Sa brieveté m'enrapporter
gage de la
2. vol.
ici.
Qui
1350 MERCURE DE FRANCE.
Qui rexit rigidos Northmannos atque Britannos
,
Audacter vicit , fortiter obtinuit.
Et Canomenfes virtute coercuit enfes ,
Imperiique fui Legibus applicuit.
Rex magnus parva jacet hac Guillelmus in
urna ,
Sufficit & magno parva Domus Domino.
Ter feptem gradibus fe volverat atque duobus
Virginis ingremio Phabus & hic obiit.
La Chronique de Normandie porte
que cette Epitaphe fut trouvée dans l'ancien
Tombeau du Duc Guillaume , fur
une lame de cuivre doré , lorfque M. de
Caftres , Evêque de Bayeux & Abbé de
S. Etienne en fit l'ouverture en 1542. Ce
Tombeau fut détruit vingt ans après ,
comme nous l'avons dit , par les Religionaires
, & celui d'aujourd'huy eft un
Monument de la pieté & de la reconnoiffance
des Moines de la même Abbaye
, lefquels ont fait graver en pareils
caracteres l'Infcription fuivante fur la
face oppofée .
Hoc Sepulcrum invictiffimi juxta , &
Clementiffimi Conqueftoris Guillelmi dum
viveret , Anglorum Regis , Normanorum ,
2. vol.
Ca
JUIN. 1727.
1351
Canomanumque Principis , hujus infignis
Abbatia piiffimi Fundatoris : cum anno
1562 , vefano Hereticorum furore direptum
fuiffet , pio tandem nobilium ejufdem
Abbatia Religioforum gratitudinis fenfu ,
in tam beneficum largitorem inftauratum
fuit An. Dom . 1642. Domino Joanne
de Bailhache , Afceterii proto- Priore per
Mathaum Adaugié de Ranchi , Docto
rem & Celerarium hujus Abbatia .
Permettez moy , Monfieur , ici une
efpece de digreffion à l'occafion de ce
Tombeau , pour vous rapporter un fait
bien fingulier : le grand Prince qui y fut
inhumé , mourut à Rouen le 6. Septembre
1087. & trois jours après , fon
corps fut porté à Caen . Là furent man-
» dez , dit la Cronique dont j'ay parlé ,
» tous les Prélats & Barons de Norman-
>> die ..... ils revinrent porter le corps
» en l'Eglife ; & comme ils le vouloient
»inhumer après le Service fini , un Qui-
»dam vint fe prefenter au milieu d'eux ,
» & dit tout haut : Je vous deffends de
par le Dieu Tout Puiffant & notre
» S. Pere le Pape , qu'aucun d'entre vous
ne s'ingere mettre en terre ce corps :
» la raifon eft que lorfqu'il fonda cette
» Eglife , il me tollit une partie de la ter-
» re où elle eſt bâtie , fans m'en faire au- 2. vol.
cune
1352 MERCURE DE FRANCE .
>> cune fatisfaction , combien que j'en fuffe
» proprietaire au droit de la fucceffion
» de mes Ancêtres , & pour le tort qu'il
m'en a fait , j'en appelle devant Dieu.
>>
» Quand les Prélats & Barons entendirent
ces paroles , ils s'enquirent ft
"le Quidam difoit verité. On leur dit
» qu'ouy , & à l'inftant compoferent avec
» le Quidam par 6o . fols de rente an-
» nuelle en récompenfe de fon heri
» tage , dont il fe contenta & renonça
à fon appel . Puis fut mis en terre avec
» grande pompe funebre .
"3
Cet évenement attefté par plufieurs.
Hiftoriens , eft , ce me femble , un grand
fujet à reflexions par rapport à un Prince
qui avoit été la terreur de toute
l'Europe , & dont la memoire feule fait
encore des effets furprenans fur l'efprit
du Peuple ; jufques là qu'en l'année
1658. on s'imagina à Londres que fa
Statue érigée dans la Bourfe , avoit branlé
l'épée qu'elle tient dans la main , comme
pour menacer Cromwel . On voit auffi par
là quelle eft la force des Coûtumes fur
l'efprit des hommes.
Avant que de fortir de cette maiſon , je
dois ne pas oublier les careffes obligeantes
& les honnêtetez des P P. Benedictins à
notre égard . Le Prieur étoit venu recevoir
M. de B.... à la porte , & il le con-
2. val.
duifit
JUIN. 1727. 1353
'duifit partout avec beaucoup de politeffe
& de diftinction , en parlant toujours de
devoirs & de reconnoiffance envers fa
maison. J'ai appris depuis que les Benedictins
de la Congregation de S. Maur
doivent en partie leur établiſſement en
France à Philippe de B... par fes bons
offices , & par la protection qu'il leur
donna dans le temps de fon Ambaſſade
à Rome , établiffement qui avoit été extrêmement
difficile , & fort traverfé. M.
de Fleury , (a ) Miniftre d'Etat , ancien
Evêque de Frejus , ci-devant Precepteur
du Roy , & c. eft aujourd'hui Abbé de
Saint Etienne de Caën.
La principale Eglife de cette Ville dédiée
à S. Pierre , eft encore une curiofité
y voir , elle eſt à peu près du goût &
de la grandeur de S. Euftache de Paris .
à
C'est dommage qu'une Ville qui a tant
d'ornemens & tant d'avantages , & où la
Science & la politeffe triomphent , fans
parler de la Nobleffe qui y abonde , ne foit
pas Epifcopale. Le Siege de ce Diocèfe
eft à Bayeux , & c'eft M. de Lorraine qui
en eft Evêque.
Nous partîmes de Caen le 21. pour
aller coucher au Bourg de la Maiſon-
Blanche.
(a) Ce digne Prelat a été depuis fait Cardinal
par le Pape Benoît XIII.
2. val. Le
1354 MERCURE DE FRANCE.
Le 2 2. après avoir dîné au Pont Farcy,
& paffé par le Bourg de Ville- Dieu , où
eft une Commanderie de l'Ordre de Saint
Jean de Jerufalem , dont tous les Habitans
font Fondeurs , Chaudronniers ou
gens à marteau , & dont l'efprit n'eſt
pas auffi délié que celui des Habitans de
Vire & de Falaife ; nous arrivâmes heureufement
au Château de la Lande Dairou ,
non pas fans être regalez de plufieurs décharges
de moufqueterie & d'une multitude
de mauvais complimens , accompagnez
d'Offrandes qui furent faites à leur
Seigneur par les principaux Vaffaux de
cette Terre.
Ce Château eft un grand Bâtiment orné
de Tours , & édifié entre une grande
Cour & une vafte Prairie , ayant fur fa
droite un Bois de haute - futaye , & fur le
bord du Bois une longue fuite d'Etangs .
Il n'y a rien de plus noble & de plus
riant que les avenues de cette maifon. Ce
font deux ou trois grandes & doubles allées
de Heftres , de Chefnes , & d'Ormeaux
d'une prodigieufe longueur .
A main gauche du Château , fur un
terrain plus élevé , on trouve l'Eglife
Paroiffiale toute bâtie de pierre de taille,
d'une raisonnable grandeur & d'une
Structure plus ancienne que celle du Château
. La Cure eft d'un bon revenu , à la
nomination du Seigneur.
,
Le
JUIN. 1727.
1355
O
Le Bourg de la Lande en eft affez éloignés
on dit que c'étoit anciennement une
Ville qui a été ruinée par le feu du Ciel ,
& il y a encore des Marchez établis & des
Foires franches , fans parler de la Juſtice
qu'un Sénéchal y rend pour le Seigneur
en de certains jours .
Les Curieux en Méchanique vont voir,
en paffant , les moulins de la Lande à
2.00. pas du Bourg. C'eft un feul petit
ruiffeau qui prend fa fource dans les
Bois , & qui eft fi bien ménagé , qu'il
fait travailler en même temps & fous le
même couvert , trois grandes meules ,
pour trois différentes efpeces de grain.
Il n'y a rien de mieux entendu & de
mieux executé que les machines de tout
cet ouvrage .
Cette Terre a été dans la maifon de
Grimouville , qui eft des plus anciennes
de la Province, pendant plus de 400.ans .
Nous verrons dans la fuite comment elle
en eft fortie. Le Château dont nous venons
de parler , pouvoit paffer pour un
bel Edifice dans le temps de fa conftruction
, en un pays où l'on n'a jamais gueres
vû de belles Maifons , fi ce n'eft quel
ques- unes de celles qui ont été bâties dans
le fiecle paflé. Le temps de fa conftruction
eft ainfi marqué fur le frontifpice de
la grande porte d'entrée ,
3 2. vol. En
# 356 MERCURE DE FRANCE.
En mil cinq cens foixante & neuf
Fût fait ce Bâtiment tout neuf.
Et au - deffus de l'Infcription eft l'Ecu
des Armes de la Maifon de Grimouville ,
qui font de Gueules à trois Etoiles d'or 2 .
1. l'Ecu eft panché , comme on en
voit des plus anciennes & des plus grandes
maisons du Royaume , furmonté ſeulement
d'un Cafque de côté pour fupports
deux Sauvages , un genou à terre .
On voit dans l'Eglife le tombeau de
Geffroy de Grimouville avec cette Inf
cription. Ci git Noble & Puiſſant Seigneur
Gffroy de Grimouville , en fon temps Seigneur
& Baron de la Lande-Dairon , la
Lande-Patryce & Hienville , & Patron
defdits lieux , lequel trépaſſa le huitième
jour de May mil cinq cens feize. Priez
Dieu qu'il lui faffe pardon à jamais , &,
dites Pater , Ave Maria.
Deux aveux rendus au Roy le 24. Septembre
mil cinq cent vingt- trois , & le
28. Decembre mil cinq cent quarantehuit
, font connoître que Jean de Grimouville
fût fils & heritier de ce Geffroy
& que René de Grimouville fucceda à
Jean . Ce dernier , felon toute apparence,
eſt celui qui a fait bâtir le Château.
Un Gentil - homme de cette maiſon
2.υοί .
m'avoit
JUIN. 1727. 1357
C
'avoit ci - devant affuré que les derniers
Seigneurs de la Lande- Dairou , de
la Maifon de Grimouville , defcendoient
du fameux Nicolas de Grimouville , Ba
ron de l'Archant , &c. Chevalier du S.
Efprit , Capitaine des Gardes du Corps
du Roy Henry III . & l'un de fes favoris,
Il prétendoit auffi que ce Seigneur fût le
premier à qui le Roy Henry III. donna
le Collier du S. Efprit le jour de fon
Inftitution . Enfin il vouloit que ce Prince
ait compofé l'Epitaphe du même Nicolas
de Grimouville , qui fe lit fur fon Maufolée
dans l'Eglife des Grands Auguſtins
à Paris. Mais quand j'ai voulu approfondir
ces faits , & les éclairer avec le flambeau
de l'Hiftoire , j'ai trouvé qu'ils ne
peuvent pas le foutenir : & parce qu'ils
font ainfi imprimez dans le Mercure
de Fevrier 1721. page 45. je crois ,
Monfieur , devoir les rectifier ici en fa
veur de la verité.
1°. Le Baron de l'Archant mourut fans
laiffer de poftérité de Diane de Vivonne
la Chataigneraye fon époufe. 2º. Il
ne fut pas fait Chevalier du S. Efprit lors
de l'Inftitution de cet Ordre , & dans la
premiere promotion , qui eft du 31 .
Decembre 1578. Le premier qui reçût
le Collier fut Ludovic de Gonzagues ,
Duc de Nevers , & c. Prince de Mantoue,
2. vol.
& c.
1358 MERCURE DE FRANCE.
&c. Le Seigneur de Grimouville ne fut
fait Chevalier que dans la fixiéme promotion
, fçavoir le 3 1. Decembre 158 3 .
3. Henry III . n'a pas compofé fon Epitaphe
, car ce Prince mourut avant lui :
la mort d'Henry III . étant arrivée le 2 .
Août 1589. & celle du Baron de l'Archant
au mois de Mars 1592. dans le
temps du Siege de Rouen par l'Armée
du Roy Henry IV.
On voit comme nous l'avons déja
dit , fon Maufolée dans l'Eglife des Grands
Auguftins de Paris avec l'Epitaphe dont
il s'agit : l'un & l'autre font dignes de
l'attention des Curieux , & il y a lieu de
s'étonner que G. Brice Auteur de la Defcription
de Paris , fi fouvent réimprimée,
ait omis ce Monument , lui qui en rapporte
plufieurs autres de la même Eglife,
qui ne font pas à beaucoup près de cette
diftinction. Nicolas de Grimouville eût
un frere nommé Louis de Grimouville
qui fut auffi Baron de l'Archant & fon
heritier. Il étoit Confeiller d'Etat , Gouverneur
d'Evreux & Capitaine de 50 .
Hommes d'Armes. Il fut pareillement
honoré du Collier du S. Efprit dans la
Promotion faite à Rouen dans l'Eglife de
S. Ouen , le 5. Janvier 1597.
J'ai pour garant de tous ces faits Mezeray
, le Pere Anfelme , & le Pere Da
2. vol.
niel .
JUIN. 1727.
1359
>
niel. Il faut cependant convenir que les
Seigneurs de Grimouville , Batons de la
Lande - Dairou , d'Hienville , & c. & les
Barons de l'Archant & c. n'ont tous
qu'une même fouche , & que ce font deux
branches de la même Maifon , laquelle
tire vrai -
ſemblablement fon origine du
Fief & Seigneurie de Grimouville , dont
la Paroiffe de même nom eft fituée preſ
que fur le bord de la Mer , affez près du
Havre de Regneville , & à deux lieües
de la ville de Coutances. Cette Terre
eft poffedée aujourd'hui par un Magiſtrat
de la même Ville.
.
Au reste , de tous les Seigneurs de Grimouville
, de la branche de la Lande-
Dairou , il ne reste plus qu'une feule
perfonne , laquelle en defcend de la maniere
qui fuit. Pierre de Grimouville ,
Seigneur de la Lande- Dairou , qui avoit
époufé en ........Philippine Daubert
eût quatre fils de fon mariage. Sçavoir
Jacques , Jullien , Antoine , & Laurent
de Grimouville . Jacques , l'aîné de tous
que le Cardinal de Richelieu qualifioit ,
dans des Lettres que j'ai vûes , de Marquis
de la Lande - Dairou , époufa en 1635.
Dame Suzanne de Vaffi , fille de Jacques
de Vaffi , Marquis de Breffaye , de Pirou
, & de la Foreft ; & de Dame Louife
de Mongomery ; & en l'époufant il
>
2. vol.
D hypo
1360 MERCURE DE FRANCE .
hypotequa ou configna la dot qui lui avoit
éte conftituée par fes pere & mere fur la
Terre de la Lande - Dairou , & fur fes autres
biens , pour tenir fon eftoc & ligne ,
fuivant le langage & la Coutume de Nor、
mandie.
Jacques de Grimouville mourut fans
enfans le 4. Novembre 1642. La Dame
de Vaffi, fa veuve , époufa en fecondes nôces
, Jacques , Seigneur du Grippon , & c.
& luitranfporta tous fes droits fur les biens
de fon premier mari . C'eft en vertu de
ces droits fondez fur le Contrat du premier
mariage , que la pofterité de Sufan
ne de Vaſſi joiiit aujourd'hui de la Terre
de la Lande- Dairou , poffeffion confirmée
par des Arrêts du Parlement de Paris .
Jullien de Grimouville , Seigneur de
Montmartin & d'Hienville , frere puîné
de Jacques , époufa en .... Dame Madeleine
du Grippon , mariage qui donna
naiffance à Nicolas de Grimouville , connu
fous le nom de Comte de Montmartin ,
mort depuis peu d'années , lequel de fon
mariage avec Dame N. de Pienne a eu N.
de Grimouville, Seigneur des mêmes Fiefs
de Montmartin & d'Hienville , relevant
de la Seigneurie de la Lande - Dairou
lequel n'a point encore pris d'alliance
& c'eft le feul & dernier mâle qui refte
aujourd'hui de la Maifon de Grimouvil-
2. vol.
le ,
UIN. 1727. 1361
of
Cars
ant
1
no
8
Diers
tu d :
pre
Bulan.
Terre
rmée
is.
eur
de
puiné
Ma
donna
connu
artín
,
de fou
cuN.
s Fiefs
levant
irou ,
ance ,
irefte
ouvil
le , de la branche de la Lande Dairou .
Antoine & Laurent , freres puînez de
Jacques & de Jullien , font morts fans
alliances .
L'interêt que je fçai , Monfieur , que
vous prenez à cette Maifon , m'a fait allonger
un peu cet article. Je finis par
une remarque , c'eft que nul des Auteurs
que j'ai confultez , n'a écrit exactement
le nom de Grimouville , car c'eft ainfi qu'il
faut le prononcer & l'écrire , & non pas
Grimonville , Gremoville , Grimsville
comme on le trouve dans les Livres imprimez.
Mes garants font les anciens Titres
, comme les Aveus , les Tombeaux,
les Infcriptions , & c.
Avant que de quitter le Château de
la Lande Dairou , pour paffer du Diocèfe
de Coutances dans celui d'Avranches , &
nous approcher du Mont S. Michel , je
m'avifai de faire un petit voyage à Ville-
Dieu , dont je n'étois éloigné que d'une
petite lieue. Il n'y a , Monfieur , point
d'Antiquaires & point de Curieux , qui fe
trouvant près de cette célébre Ville , ne
lui doive une vifite . J'ai déja dit que tous
fes Habitans , fans en excepter le Maire
de la Ville , font Fondeurs , Chaudronniers
, & gens à marteau : je dois ajouter
qu'avec le vieux cuivre , la mitraille , &
les autres matieres de cette efpece qu'on
le,
2.vol
.
Dij
1362 MERCURE DE FRANCE ,
}
y porte de toutes parts , il fe trouve fou
vent des Medailles
antiques
& modernes
,
& d'autres
pieces inconnues
à ces bonnes
gens , qui peuvent
mériter l'attention
des
Connoilleurs
. Du temps que M. Fous
cault étoit Intendant
de Caën , il s'eft fait
en ce lieu-là de bonnes découvertes
, dont
ce fçavant
Magiftrat
a fçu profiter pour
orner fon cabinet ; & vous fçavez que
j'y trouvai
moi même en l'année
1705 .
plus de 25. livres pefant de Medailles
Romaines
du haut Empire , qui avoient
été trouvées & apportées
par des Payfans
d'auprès
de Valogne
, avec le vafe de
bronze qui les contenoit
: fans parler de
plufieurs
inftrumens
antiques
en forme de
Coins , auffi de fonte , que je rachetai des
mêmes Fondeurs
deux années après . Si
vous l'avez oublié je vous renvoye à une
de mes Lettres , écrite à M. Hearn , fçavant
Anglois
, & imprimée
dans le Journal
de Trévoux
du mois de Septembre
1713. Vous trouverez
avec ma Lettre ,
dans le même Journal , un Deffein exact &
fort bien gravé du Vaſe & des Coins en
queftion. L'anfe de ce Vafe mérite feule
votre attention
, à caufe des figures fym .
boliques
qu'elle contient
, figures capables
, felon moi , d'embarraffer
les meilleurs
Antiquaires
, quoique
les Auteurs
du
même Journal ayent dit que l'Enigme
n'eft
2 .
pas
vol
.
JUIN. 1727. 1363
pas difficile à deviner , & qu'ils ayent
prétendu en donner une Explication à la
fuite de ma (a ) Lettre ; mais venons au
fuccès de ma derniere defcente à Ville-
Dieu.
Ce terme , Monfieur , n'eſt point ici
métaphorique , car ce Bourg eft triſtement
fitué , & dans un enfoncement , ce
qui oblige à defcendre un affez long -tems
de quelque côté qu'on y vienne ; &
quand on eft arrivé , rien ne dédommage
de cette fituation : au contraire une confufe
& déteftable harmonie de coups de
marteau de toute efpece vous déchire les
oreilles , & vous fend la tête. Enfin il faut
être né dans ce lieu , ou être dans la ferveur
de l'Antiquariat pour pouvoir y refifter.
Je vins au fait le plûtôt qu'il me
fut poffible ; & après avoir falué M. le
Maire, & renouvellé mes autres connoiffances
, c'eft- à- dire , vifité les principales
Fonderies , & manié bien de la mitraille
, je ne trouvai prefque rien qui
vaille en fait d'Antiques, fi ce n'eft quelques
belles Têtes des deux Fauftines
grand bronze , & un Poſtume de même
(a) Cette Lettre a auffi été donnée au Pu- ´
blic dans la premiere Edition de Mathanafius ,
avec les mêmes figures bien gravées. L'Auteur
n'y goute point l'explication des Journaliftes
, & c.
2. vol.
efpece
D iij
1364 MERCURE DE FRANCE.
*
"
efpece avec un Revers fingulier. Je fus
plus heureux à l'égard du Moderne ; car
outre quelques bonnes Medailles des Papes
, & les deux Medailles Satyriques s
que j'avois long- temps & inutilement
cherchées , l'une d'Emanuel Duc de Savoye
, l'autre d'Henry IV . connues des
Curieux par ces mots : Opportuné . Opportunius
. Et les Medailles du fameux Guillaume
de Naflau , Prince d'Orange ; au
Revers, Charlotte de Bourbon fon épouſe,
d'André Doria , de Dom Iuan d'Autriche ;
Revers, la Bataille de Lepante , de Diane
de Poitiers , Ducheffe de Valentinois , &
quelques autres bien confervées , & de
bons Maîtres ; outre ces Medailles , disje
, je trouvai deux autres pieces dignes
d'une confideration particuliere , & que je
rachetai auffi de la fonte , à laquelle on
les deftinoit .
La premiere eft un Bas Relief jetté en
fonte , puis touché & réparé par une bonne
main , qui forme une grande Medaille
d'environ fix pouces de Diametre
, y compris une bordure auffi de
bronze, ornée de feuillages , & c. Ce Bas-
Relief, quoique fans Infcription , repréfente
fort nettement à ceux qui ont de
certains yeux , la prife de Conftantinople
par Mahomet II. en 1453. L'Ordonnance
en eſt belle , & l'execution hardie .
2. vol .
L'autre


DVC
-DE
-VAL
FRANCOIS
OMTEMTEDANGOLES
TRISCO
ALEVONS
STINGO
ELREO
JUIN. 1727. 1365
L'autre piece eft une Medaille de
François I. frappée lorfque ce Prince
étoit encore enfant. On y voit d'un côté
fon Bufte , la tête couverte d'une espece
de Toque, avec d'affez courts cheveux , &
cette Legende , FRANÇOIS. DUC. DE VALOIS
. COMTE. DANGOLESME . AU. X.
AN. D. S. EAGE . Sur le Revers eft une
Salamandre dans le feu , avec ces mots Italiens
: Notrifco . al Buono . Stingo . El . Reo.
M. CCCCCIII. J'avois toujours
crû que la Salamandre étoit le Symbole
de François I. mais feulement depuis fon
avenement à la Couronne , tel qu'on le
voit au Louvre , à Fontainebleau , au
Château de Madrid , & en d'autres Bâtimens
, conftruits fous le regne de ce
grand Prince : Le voici cependant fur une
Medaille frappée dans fon Enfance Je
vous laiffe , Monfieur , le foin & à nos
amis d'en éclaircir & d'en fixer l'origine,
fans oublier la raifon & l'application du
même Symbole. Vous trouverez ici un
deffein exact de cette Medaille .
Je neretrouvai plus à Ville - Dieu l'un
de mes meilleurs amis , décedée depuis
quelque temps ; fçavoir , le fçavant Jean
Foubert , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , & Curé de cette Commanderie
, parfaitement honnête homme,
bon Critique , grand Grec , & Normand
2. vol.
D iiij
des
1366 MERCURE DE FRANCE:
des plus déliez , le même qui en faisant
fa Licence , s'avifa , comme je crois de
vous l'avoir dit , de foutenir une Theſe
en Grec , & de mettre au bas de cette
Theſe , pour illuftrer fa Patrie , & pour
dépay fer les Lecteurs : Propugnabit Joannes
Foubert CONSTANTINO- THEOPOLITANUS
, cela fit croire à bien du
monde que c'étoit un veritable Grec ,
venu du Levant , qui devoit foutenir cette
Thefe , & difputer fur les Points conteftez
entre les deux Eglifes : ce qui ren
dit l'Affemblée des plus nombreuſes ; car
on ne devinoit pas que ce mot Conftantino
Theopolitanus ne fignifioit autre chofe
qu'un Citoyen de Ville - Dieu , dans le
Diocèle de Coutances.
Avant que de remonter à cheval j’allai
me repofer un moment à la maiſon
du Commandeur ; c'eft aujourd'hui le
Chevalier de Trans , de Villeneuve , Capitaine
d'une des Galeres du Roy. J'y
trouvai en la perfonne de fon Receveur
un tres-galant homme qui me donna encore
trois bonnes Medailles modernes ;
fçavoir, celles de Jean - Jacques Trivulce,
Maréchal de France , frappée en 1499 .
de Robert Briçonnet , Archevêque Duc
de Reims , & c . & du Chancelier de l'Hôpital.
Il ajouta bien des chofes à ce que
je fçavois déja , fur la fimplicité des
2. vol. gens
JUI N. 1727. 1367
gens de Ville -Dieu : Il m'affura furtout
que l'amour qu'ils ont pour leur Patrie
eft exceffif , fouvent ridicule. Il me fit
là -deffus une petite Hiftoire , qui ne
fera pas ici hors de propos , du moins
elle pourra vous divertir.
Une Demoiſelle de ce célébre Bourg
étoit aimée , & recherchée en mariage
par un Gaſcon , muni d'un bon emploi
dans le pays. Elle ne le haïffoit pas ; &
le-Mariage fe feroit fait , fans un malheureux
incident qui gâta tout. Les
deux Amans peu éloignez l'un de l'autre
s'écrivoient très- fouvent , & le Gafcon
étoit fi naturellement Poëte qu'il
écrivoit à la Demoiſelle paffionnée pour
la Poëfie , prefque toujours en vers . Un
jour après avoir fermé fa Lettre , tout
plein de fa verve poëtique , il s'aviſa de
mettre auffi en vers la Sufcription , laquelle
finiffoit ainfi.
A la Ville la mal nommée
Que je n'ai jamais trop aimée.
Il n'en fallut pas davantage pour mettre
la Demoiſelle de mauvaife humeur :
elle s'imagina enfuite que fon Amant la
méprifoit en méprifant fa Patrie , & qu'il
pourroit bien dans la fuite la dépayfer ,
&c. Elle en marqua d'abord fon .reffenti-
2. vol.
Dy ment
1368 MERCURE DE FRANCE.
ment par une Lettre fort vive . On vint
aux éclairciffemens perfonnels : le Gafcon
fe retracta , demanda pardon , offrit
de faire un long Poëme en l'honneur &
gloire de Ville- Dieu ; il n'y eut jamais
moyen de fe raccommoder ; il fallut abfolument
fe retirer & rompre tout commerce
; mais avant que de le rompre , le
Gafcon voyant le mal fans remede , retracta
la retractation , & envoya à la Demoiſelle
les Vers que voici , précedez
d'un petit Préambule en profe. Ils font
tirez des Archives du Receveur qui étoit
le Confident du Gafcon .
-
Il eft vrai , ma veine s'abufe ,
Et je dois , ma foi , grande excufe ,
A votre Ville de renom ,
Où fe forge cuivre , leton ,
Acier , bronze & toute mitraille ,
Bien qu'elle n'ait point de muraille ,
Point de foffé , point de rempart ;
Point de porte que d'une part ;
Et que les gens y portent mine
Et l'encolure Ciclopine,
Excepté nombre bien petit ,
De gens de mérite & d'efprit .
Pour tout le refte en grand volume ,
1
2. vol.
Ce
JUIN. 1727 .
1369
Ce font Diables coigneurs d'enclume ,
Qui paffent les nuits & les jours ,
A fe rendre craffeux & fourds ,
Sourds en dépit de leurs oreilles ,
On auroit beau crier merveilles ›
Et George d'Amboife fonner ,
Ils n'entendent pas Dieu tonner ;
Auffi tout le monde s'obſtine
De les nommer la gent fourdine.
Si fans trop vous fcandalifer ,
On ofoit auffi baptiſer ,
Votre Patrie incomparable ,
De quelque nom plus convenable ,
En allongeant la phraſe un peu ,
Plus ne feroit Ville-de- Dieu ,
Mais bien plutôt Ville des Diables ,
Pleine de Spectres effroyables ;
Mais je n'ai garde , fur ma foi ,
De vouloir introduire , moi ,
Tant finiftre métamorphofe ,
Votre reſpect filence impofe,
A qui voudroit s'émanciper.
Puis je n'oferois plus paffer ,
* Fameufe Cloche de Roüen .
2. vol.
Tout
D vj
1370 MERCURE DE FRANCE .
Tout au travers de votre Hale ,
Sans être un fujet de ſcandale ,
Car l'on y feroit bien & beau ,
Mon éloge à coups de marteau.
Ainfi laiffons- la la Satyre
Et tous ces beaux contes pour rire ,
Qu'on fait aux dépens des ⋆ Sourdins ,
Qu'ils foient noirs comme des Lutins ,
Qu'ils parlent en vrais Mifantropes ,
Qu'ils forgent comme des Ciclopes ,
Qu'ils foient ruſtiques , impolis ,
Qu'un d'eux ait eu la fleur de Lys ,
Non pour avoir commis un crime ,
Mais pour faire plus belle rime ,
Qu'ils foient enfin ce qu'on voudra »
Ma Mufe plus ne s'en rira ,
En faveur du grand avantage
De cette Ville de Village ,
D'avoir parmi fes Habitans ,
Fille fi riche en beaux talens .
Ces Vers acheverent de tout gâter. Ils
achevent de remplir mon papier , auffi-
Sobriquet qu'on donne aux gens de Ville-
Dieu .
2. vol.
bien
JUIN. 1727. 1371

bien ma Lettre eft d'une jufte longueur
& il eft temps de la finir , vous verrez
fans faute le Mont S. Michel dans la
premiere
que je vous écriray . Je fuis , Monfieur
, & c .
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
REMARQUES & Reflexions inftructives
fur diverfes matieres de Morale ,
de Politique, d' Hiftoire & de Litterature.
LE
Es Apophtêgmes & les Sentences
choifies font très- propres à former les
moeurs , par leur tour vif , précis & ingenieux
; elles frappent mieux l'efprit &
y font entrer plus aifément les regles d'une
fage conduite que des Traitez de Morale
fort étendus. Dans la penfée de rendre
la lecture du Mercure plus utile &
plus agréable , en augmentant la varieté
des matieres dont il eft compofé , nous
avons crû qu'un article , non trop éten
du , fur cette matiere , feroit plaifir à nos
Lecteurs . Nous en avons déja donné quelques
Effais qui n'ont pas déplû. Nous
n'en abuferons point.
On doit fe défier de la fingularité , car
elle furprendra toûjours ceux qu'un grand
2. vel.
ufage
1372 MERCURE DE FRANCE.
ufage & une foigneufe recherche des
productions de la Nature & de l'Art ,
n'ont point précautionnez contre l'admiration.
Ceux qui fçavent beaucoup admirent
peu de chofe. Ceux qui ne fçavent rien
admirent tout .
On a obfervé cent & cent fois , que
ce qui eft fort extraordinaire , ne paroît
poffible à ceux qui ne font capables que
de l'ordinaire , qu'après que la chofe eft
arrivée .
L'Art eft parfait quand il paroît être
la Nature même , & la Nature eft heureufe
quand elle eft imperceptiblement
aidée du fecours de l'Art .
Les hommes ne font eftimables qu'à
proportion du bienfait qu'ils font .
Une partie des hommes cherche & ne
trouve rien , l'autre trouve & n'eſt pas
contente .
La Science eft l'ornement des Riches ,
& la richeffe des Pauvres .
L'homme fage évite tout ce qui n'eft
pas permis, & s'éloigne de tout ce qui eft
criminel . N'eftimez
JUIN. 1727. 1373
N'eftimez un arbre que par les fruits
qu'il porte.
Fructu , non foliis arborem aftima .
Phedre.
Les choix qu'on fait par
raifon & par
vertu n'ont point de ces retours fâcheux
qu'ont les engagemens où l'inclination
& la prévention dominent.
Rien n'eft plus aveugle que l'intelligence
humaine : elle fe trompe par l'apparence,
& prend prefque toujours l'ombre
pour le corps , en fe figurant dans
l'idée les chofes , non pas comme elles
font en effet , mais comme elles doivent
être felon l'imagination .
Qui veut tout faire en un jour , ne
fait rien en toute la vie.
XXXXXXXX : XXXX : XXX
ODE
A M. de la Porte , Doyen de Mrs les
Fermiers Generaux.
O fuis - je ! & dans quel lieu charmant ,
Me conduit mon heureux caprice !
Un air gracieux & propice ,
2. vol.
Y
1374 MERCURE DE FRANCE :
Y flatte doucement les fens.
Les oifeaux fous de verds feüillages ,
Font entendre de leurs ramages ,
Les accords tendres & touchans.
La Terre eft riante & plus belle ;
Flore pour embellir ces Champs ,
Y verfe une beauté nouvelle.
Là , fur un fommet fourcilleux ,
Avec art la Nature étale ,
Les dons que fa main liberale ,
Se plaît de répandre en ces lieux.
Un Ruiffeau coulant dans la Plaine ,
Y fuit une route incertaine ,
S'égare pour n'en point fortir.
On n'y connoît point la froidure ,
S'il y fouffle quelque Zephir ,
C'eft pour ranimer la verdure .
ร Mais au feu qui faifit mes fens
A la vive ardeur qui me preffe ,
Puis -je encore du Mont Permeffe ,
Méconnoître les doux accens ?
2 vol. C'eft
JUIN. 1727. 1375
C'eft fur ce fommet refpectable ,
Où par un culte delectable ,
On rend hommage au Dieu des Vers.
C'est dans cette Grotte profonde ,
Que les Mufes dans leurs Concerts ,
Confacrent les plaiſirs du monde.

C'eſt ainfi que mes fens flatez ,
Par une agréable ſurpriſe ,
Que mon ame encor plus éprife ,
A l'aspect de tant de beautez ,
Exprimerent la violence
Des tranfports , qui fans réfiſtance ,
Naiffoient dans le fond de mon coeur.
Animé d'un nouveau courage .
Je parcourois avec ardeur ,
Les divers fentiers du Bocage.
52
Soudain j'apperçûs Apollon ,
Sortant des Ondes d'Hyprocrene.
Quel deffein , me dit- il , t'amene
Au milieu du facré Valon ?
Apprens qu'à d'injuftes rifées ,
2. vol.
On
1376 MERCURE DE FRANCE.
On voit les Mufes exposées ;
Quel fiecle ! tout eft confondu.
Il n'eft plus d'honneur au Parnaffe ;
On n'y feroit pas entendu ,
Même avec la Lyre d'Horace.
M
Je fçai , lui répondis - je alors ,
Quelle eft la fertile injuſtice ,
Où du deſtin le fier caprice ,
Expofe vos plus doux accords.
Mais fi dans le foin qui me preffe ,
Apollon pour moi s'intereſſe ,
Mes Vers pourront avec honneur
Celebrer l'illuftre la Porte ;
C'eſt pour lui feul que mon ardeur
Au double fommet me tranfporte.

J'envisage tout le danger ,
Où je m'expoſe en temeraire ;
Mais rien ne fçauroit m'en diftraire ,
Si vous daignez me proteger.
Apollon y daigne foufcrire ,
Soudain il me prête fa Lyre .
2. vol. Elle
JUIN. 1727 . 1377
Elle raifonne fous mes doigts ;
Mon audace n'eft plus captive :
Qu'aux nouveaux accents de voix ,
On prête une oreille attentive.
Fameux Modele des humains ,
La Porte , par votre prudence ,
L'on voit aujourd'hui la Finance ,
Paffer en de plus dignes mains .
L'ordre fe fuit & fe fuccede ,
Un mal qu'on croyoit fans remede ,
Grace à vos foins , vient de finir ;
Loin de vous les lâches ufures ;
Vous avez fçu pour les bannir ,
Prendre de trop juftes mesures.

Apollon n'eft plus expofé
A voir fes Mufes indigentes .•
L'appui de vos mains bienfaifantes
Ne leur eft jamais refufé.
Azile ouvert aux miferables ,
Leurs deftins les plus déplorables
Sont adoucis par vos fecours ;
2. vol.
Vous
1378 MERCURE DE FRANCE .
Vous donnez plus qu'ils ne demandent ;
Non , rien ne peut borner le cours
Des graces que vos mains répandent.
J'allois pourfuivre ; mais foudain
Appollon indigné m'arrête :
Quoy ! le fecours que je te prête ,
Dit- il , doit- il être fi vain ?
Ah ! tu vas foulever l'envie
Contre une fi foible harmonie :
Va , fuis , fauve- toi promptement ,
Si tu ne veux faire nauffrage ,
Sans differer d'un feul moment ,
Songe à regagner le Rivage.
M
Apprens fur quels tons relevez ,
On peut éternifer la gloire ,
Des noms qu'au Temple de Memoire ,
Appollon a déja gravez.
Il dit , & du fon de fa Lyre
Il frappe le celeſte Empire ;
Neptune fort du fond des flots ,
Les Dieux s'empreffent de deſcendre ,
2. vol.
L'AS
JUIN. 1727 .
1379
L'Aquilon , fier Tyran des Eaux,
Sufpend fa rage pour l'entendre.
添Par des éloges peu fardez ,
Phebus d'abord rendit hommage
A ce noble & digne affemblage
Des vertus que vous poffedez ;
Cette douceur que rien n'altere ,
Cette candeur , cet art de plaire ;
Ami , fidele Ami difcret ,
Attentif au moindre avantage ,
Pour embellir votre Portrait ,
Il fçut mettre tout en ufage.
M
O par combien de traits divers
Il me peignit cette éloquence ,
Qui par fa douce vehemence
Entraîne en foi tout l'Univers !
Je crains que ma foible memoire
Ne ferve trop mal votre gloire ,
L'éloge eft long à repeter ;
Mais je reprendrai tant la Lyre ,
Qu'enfin je pourrai me flatter
De l'efpoir de le bien redire.
2. vol.
BONS
1380 MERCURE DE FRANCE .
BONS MOT S.
Lettre de Mademoiſelle de ***** écrite
de Dreux à Monſieur * *
St
I les louanges d'un Diſciple dans la
bouche de fon Maître , Monfieur , ſont
femblables à celles d'un fils dans la bouche
de fon pere , comme c'eft un axiome reçu
de tout le monde , je dois bien me tenir
en garde contre celles que vous me donnez
dans votre Lettre (a) du 15. du mois
de May; en effet , elles me font d'autant
plus fufpectes , que fi vous vous aveuglez
jufqu'à trouver en moi quelque capacité
, quelques talens d'efprit , de l'érudition
, un file aife & coulant , je dois
confeffer que c'eft à vous feul à qui je
les dois.
J'ai toujours eu , Monfieur , une confiance
, & une foumiffion aveugle en tout ,
& pour tout ce que vous avez eu la bonté
de m'enſeigner ; mais ma préfomption
ne va point jufqu'à m'imaginer d'avoir
profité de vos leçons autant que je l'aurois
dû , changez donc de fentimens à
(a) Elle eft imprimée dans le fecond volume
de Juin 1726.
2. vol.
mon
JUI N. 1727. 1381
mon égard, puifque les louanges que vous
me donneriez retomberoient fur vous
ce qui feroit, par conféquent, faire vousmême
votre éloge.
Me feroit- il permis de vous faire part
d'une réflexion que j'ai faite , qui eft que
vous attribuez à M. Pafcal une chofe que
je n'ai jamais vue dans le Recueil de fes
Penfees , quoique je l'aye lû avec affez
d'attention . Elle me paroît plutôt du goût
& du ftile de M. de la Bruyere ; mais je
fuis hors d'état d'éclaircir entierement
cette queſtion : Vous me direz peut- être
qu'il eft indifférent que ce foit l'un ou
l'autre de ces deux grands génies qui ait
avancé cette propofition , & que cela ne
mérite pas qu'on y falfe attention ; j'en
conviendrai,fi vous voulez,avec vous , &
je ne vous fais faire cette remarque que
parce qu'on ne fçauroit être trop exact
dans les citations ; vous êtes fujet à avoir
fouvent de femblables inadvertances.
9
Quand vous dites que vous n'êtes pas
du fentiment de M. de la Bruyere fur les
bons mots , c'eft avec juftice ; au refte
Monfieur , il ne faut pas s'imaginer ' , que
cet habile homme ait voulu les exclure ,
auffi bien que ceux qui les difent , du commerce
des honnêtes gens ; & comme les
fentimens d'un auffi bon efprit font de
grand poids , le fien mérite quelque ex-
2. vol.
pli1382
MERCURE DE FRANCE,
plication , & s'il m'eft permis de dire ce
que j'en penfe , je croi qu'il a eu raiſon
de traiter ainfi certains plaifants de profeffion
, qui cherchent fans ceffe les occafions
de dire des pointes d'efprit qu'ils
ont fouvent méditées long- temps auparayant
, & ceux qui fans difcretion font des
railleries picquantes qui irritent , ou qui
défobligent ceux contre qui ils les font ,
pour divertir d'autres gens , qui ne leur
en fçavent aucun gré. Il les a , fans doute,
regardez comme des hommes fans jugement
, & des efprits malins , qui pêchent.
en cela , non feulement contre la charité ,
mais encore contre l'honnêteté , & contre
la prudence. Je ne croi donc pas ,
qu'il ait prétendu par cette expreffion ,
difeurs de bons mots, mauvais caracteres ,
je ne crois donc pas , dis- je , qu'il ait
prétendu condamner certaines penſées fines,
& certaines réparties vives qui naiffent
fur le champ dans la converfation
des gens d'efprit , & qui ont toujours
beaucoup contribué à la rendre agréable ;
j'entends encore une fois , ces railleries
ingénieuſes , qui ne laiffent après elles
aucun venin , qui chatouillent , pour ainfi
dire , plutôt qu'elles ne bleffent ceux fur
qui elles font exercées , & dont ils peuvent
, & doivent fe réjouir les premiers ,
lorfqu'ils fçavent vivre , & qu'ils fça-
2. vol.
vent
JUIN. 1727.
1383
vent ce qu'on appelle entendre raillerie.
J'ai été bien aife de recevoir les bons
inots que vous m'avez envoyé ; fi j'ofois ,
cependant , je vous dirois que vous y
faites faire un perſonnage bien défagréa
ble aux perfonnes de mon fexe ; il femble
même , que vous les ayez choifies exprès
pour les tourner en ridicule permettezmoi
de vous dire que vous me paroiffez
bien changé à leur égard ; je ne vous reconnois
prefque plus mais ne craignez
rien , Monfieur , je n'uferai point de repréfailles
dans les bons mots que vous
allez lire .
:
Comme on ne fe borne point dans les
converfations libres , à rapporter des
exemples de fes contemporains , & qu'il
eft également permis d'en citer des Anciens
, j'uferai de la même liberté dans
ma Lettre à l'égard des bons mots.
Un riche Athénien pria un jour Ariſtipe
de lui dire ce qu'il demandoit pour
inftruire fon fils ; Ariftipe lui demanda
cinq cens drachmes . Comment , dit l'Athénien
, j'acheterois un esclave de cet argent
: achetes en un , lui répondit Ariſtipe
, & tu en auras deux . J'abandonne cette
réponse à vos réflexions .
Lorfqu'on vint annoncer à Socrate ,
qu'il avoit été condamné à la mort par
2.v6.
E les
7384 MERCURE DE FRANCE.
ré- les Athéniens , & eux par la nature ,
pondit- il mais ils t'ont condamné injuf
tement, lui dit fa femme : voudrois - tu que
ce fût avec juſtice , lui repliqua Socrate .
Le Connêtable de Montmorency avoit
chez lui un Gentilhomme , fils d'un pere
qui lui avoit été fort attaché , & qui en
mourant l'avoit étroitement recommandé
à ce grand homme. Le Connêtable ne fe
contentoit pas de l'avoir dans fa maiſon
il lui faifoit encore une penfion ; cependant
le jeune homme s'oublia jufqu'au
point de prendre un bijou dans le cabinet
de fon Bienfaicteur ; il eut le malheur
d'être découvert par un Officier de la
maiſon, qui en inftruifit auffi- tôt fon Maître
, & l'on ne douta point que ce malheureux
, qui avoit mis toute la maiſon
en peine , ne fut promptement & ignominieufement
chaffé ; mais au lieu de cela,
le Connêtable le fit entrer dans fon cabinet
, & ne lui dit que ces paroles : Monfieur
, je fçai le malheur qui vous eft_arrivés
je croi que c'eft par ma faute , &
que la penfion que je vous donne n'eft pas
affez forte, je vous l'augmente de la moitié ;
il n'eft pas neceffaire d'ajouter que le
jeune homme fe jetta aux pieds du Connêtable
, lui demanda pardon , & l'aflura
de fon repentir , & de fa reconnoiffance.
2. vol.
cette
JUIN. 1727.
1385
On peut juger que leConnêtable profita de
cette difpofition , & qu'il l'y affermit autant
qu'il pût ; ce qu'il y a de bien certain
, c'eft qu'il garda toujours chez lui
le Centilhomme , après avoir publié qu'il
avoit retrouvé fon bijou , & défendu à
toute la maiſon de ne jamais parler de
cette avanture .
Un Chirurgien , en feignant une Dame
de qualité , eut le malheur de lui piquer
l'artere , de telle maniere qu'il fut impoffible
d'y remedier , & que la Dame
en mourut après avoir traîné quelques
jours. En faifant fon Teftament elle eut
la generofité de laiffer à ce Chirurgien ,
extraordinairement affligé , huit cent livres
de penfion viagere , tant pour le
confoler , que pour l'obliger à ne plus
feigner de la vie , felon les termes de la
Teftatrice.
La plupart des Gentils - hommes de mon
Royaume , difoit Louis XII . ont le même
fort qu'Acteon & Diomede. Ils font
mangez par leurs chiens & par leurs chevaux.
L'Empereur Tibere changeoit rare .
ment les principaux Officiers de fon Empire.
Il avoit pour maxime , les
mouches raffafiées ne piquent pas fi fort .
, que
2. vol.
Tu Es ij
1386 MERCURE DE FRANCE.
Tu feras le premier de ta race , difoit
un fot de qualité à un Officier d'une naiffance
mediocre , & tu feras le dernier de
la tienne , lui répondit celui- ci .
Un Harangueur , après un long dif
cours à Henry IV. continua ainfi : Alexandrefe
difpofant à la conquête de l'Afie.,
Ventre- faint -gris , dit le Roy en l'interrompant
, Alexandre avoit dîné ; mais
moi je n'ai pas dîné je m'en vas .
Le Marquis du Châtelet , de l'Académie
Françoife , étant forti de la Baftille,
où il avoit été mis pour un fujet affez leger,
alla à la Cour , & s'apperçut que Louis
XIII. détournoit la vûe & ne le regardoit
pas , ayant de la peine à voir un homme
qu'il avoit maltraité fans beaucoup de fujet.
Il s'approcha du Duc de Saint - Simon,
& lui dit affez haut : Je vous prie , Monfieur
, de dire au Roy que je lui pardon-
& qu'il me faffe l'honneur de me
regarder. Cela produifit l'effet qu'il defiroit
; car le Roy lui fourit , & il le trai
ta depuis très- favorablement..
ne ,
Deux jeunes Ambaffadeurs de Venife
à la Cour de l'Empereur Frederic
fe voyant méprifez parce qu'ils étoient
encore fans barbe , dirent gravement :
que fi la Republique avoit cru qu'on eut
3. vol.
fait
UI N. 1727. 1387
fait plus de cas des barbes que de la
prudence & du mérite des perfonnes
elle auroit envoyé des chèvres.
L'Evêque de Montauban étant tombé
dangereufement malade , N. fon Coadjuteur
, qui étoit Evêque Titulaire d'U
tique , prit la pofte pour aller prendre
poffeffion de cet Evêché ; mais en arri
vant à Montauban , il trouva l'Evêque
hors de danger . On mit fur la porte cès
paroles d'un Pleaume , utique non delectaberis.
Ne mariez pas encore votre fils , difoit
N. attendez qu'il foit plus fage. Je
n'en ferai rien , répondit le Pere , car fi
mon fils devient fage , il ne fe mariera
jamais .
Louis XI. ayant donné un Office de
Confeiller à un jeune homme fort allerte,
le Parlement fit difficulté de le recevoir,
repréfentant au Roy qu'il n'étoit pas affez
fage. Vous êtes tant de gens habiles &
fages , répondit Louis XI. II feroit honteux
que vous ne puiffiez pas faire un
fage.
Le Comte de Villamediane voyant une
Statue Equeftre, de Philippe IV. avec
cette Infcription, Philippe le Grand , dans
le temps que ce Prince avoit perdu quelues
Etats , ne put s'empêcher de dire :
i lo es , es come un oio , que mas tierra
S
2. vel, E iij lo
1388 MERCURE DE FRANCE.
le llevan , mas le engrandezen .
+
Je fuis fort furprife , Monfieur , que
Vous me parliez d'Enigmes , après la promelle
que vous m'aviez faite de me
communiquer le Recueil de celles que ,
Vous avez en Quatrains ; fi vous avez
prétendu en me manquant de parole de
vous fervir du droit qu'on attribue au
pays Normand , je fuis fâchée que vous
commenciez par moi . Je vous avouerai
que je n'ai pû deviner l'Enigme que vous
m'avez envoyée ; mais Madame D ****
m'ayant rencontrée lorsque je travaillois à
en trouver le mot , s'eft donnée la peine de
la lire , & elle m'en a auffi - tôt dictée
l'explication que voici :
NANON, fi cette Enigme eft pour toi difficile
Et fi pour l'expliquer ta peine eft inutile ,
Ne t'amufe pas plus long- temps ,
La Clef en eft le véritable fens.
Elle m'en a donné trois à deviner
dont je crois avoir trouvé le mot. Je
prends neanmoins la liberté de vous en
demander l'Explication .
2. vol.
PREJUIN.
1717. 1389
Taaaaaaaaaaaaaaaaa
PREMIERE ENIGME.
E viens fans qu'on y penſe
JE
Je meurs en ma naiffance ,
Et celui qui me fuit
Ne vient jamais fans bruit.
SECONDE ENIGME.
E fuis bonne quand j'ai de quoi ,
JES
ans porte on me ferme & l'on m'ouvre
On pourroit me nommer un Louvre ,
Puifque chez moi loge le Roy.
TROISIEME ENIGME.
Ris ne peut plaire à tes yeux ,
Si je ne fuis fur fon viſage ,
Mais pour elle , implorant les Cieux ,
Dès que je prends trop d'avantage
Sur le refte de fes appas ,
Tu crois bien- tôt voir fon trépas.
En lifant tu vois mon contraire ,
Et tu me vois en même temps :
2. vol.
E iiij Ja
1390 MERCURE DE FRANCE.
Jaloufe de m'avoir fur tes dents
Tu t'en fais une grande affaire .
Quand de mon luftre un fcelerat
Emprunte injuftement l'éclat ,
Tu t'indignes & tu t'affliges ;
Et peut-être que tu négliges
De t'affurer le vrai bonheur
En me confervant dans ton coeur..
Je fuis toujours avec une parfaite eftime
, Monfieur , votre très - humble &
très -obéillante de *****.
Ce 2. Août 1726 .
******************
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
UITE DU SYSTEME d'un Medecin Anglois
, fur la guériſon des Maladies ,
par lequel font indiquez les differentes
efpeces de Simples & de Mineraux qui font
des contre-poifons infaillibles pour tuer
differentes efpeces de petits animaux qui
caufent nos incommoditez , recueillis par
M. A. C. D. 1727. in 8. de 23. pages .
L'Editeur de ce quatriéme Systême fait
2.vol.. entendre.
JUIN. 1727. 1391
entendre dans un Difcours Préliminaire
qu'il eft un Gentilhomme , retiré dans
une de fes Terres ; qu'il y fait fon féjour
ordinaire depuis qu'il a quitté le Service
; qu'une partie des Bois de haute
Futaye qui orne cette Terre , regne le
long d'un grand chemin , qu'il fe promene
fouvent le foir dans les allées pratiquées
dans ce Bois , & qu'il invite fouvent
à fouper & à coucher chez lui les
Paffans qui lui paroiffent être de quelque
confideration.
Il ajoûte que le hazard fait naître fouvent
des converfations extraordinaires ; qu'il
en a quelquefois eu de cette efpece avec
des Voyageurs de toutes Nations & de
toutes conditions , & qu'il met par écrit
celles qui lui paroiffent mériter d'être
recueillies , moins à deffein de les publier
que pour s'occuper dans fa Retraite.
Cependant , continue - il , fes affaires
l'ayant amené à Paris au commencement
de l'année derniere , il lui prit envie de
faire imprimer le troifiéme des quatre
Syftêmes qui firent le fujet des converfations
qu'il a euës étant dans ſa folitude ,
avec un Medecin Anglois venant d'Ifpaham
, qui avoit pris l'occafion de repaller
en Europe avec l'Ambaffadeur de Perfe
en 1715 .
$
C'eft dans la troifiée de ces quatre
2 vol.
E y con
1392 MERCURE DE FRANCE .
converfations que j'intitulai , ajoûte- t - il ,
Systême d'un Medecin Anglois , für la
caufe des Maladies , avec les furprenantes
configurations des differentes efpeces de
petits Infectes , qu'on voit par le moyen
d'un bon Microscope , dans le fang g
dans les urines des differens Malades , &
même de tous ceux qui doivent le devenir
, &c .
Ce troifiéme Systême fur la caufe des
Maladies qui parut effectivement au commencement
de l'année derniere , & dont
nous donnâmes l'Extrait dans votre Mercure
du mois de May , n'a pas laiffé , tout
extraordinaire qu'il parût d'abord , de faire
beaucoup de bruit , & d'avoir bien des
Partifans qui en attendoient la fuite avec
impatience .
L'Editeur nous dit encore qu'il n'avoit
pas d'abord formé le deffein de donner
au Public le quatrième Syſtême dont il
s'agit ici ; mais qu'étant vivement piqué
de ce que quelques- uns ont douté des
veritez qu'il a publiées , il s'y eft enfin
déterminé ; non pas cependant pour divulguer
in differemment à tout le monde
les fecrets qu'il dit tenir de fon Medecin
Anglois, comme on le verra en liſant l'Ouvrage,
mais feulement pour faire comprendre
par une Phyfique naturelle & à la
portée de toutes fortes d'Efprits , de quel-
2. vol.
le
JUIN. 1727. 1393
le maniere les Remedes contenus dans
ce quatrième Systême , opérent fpecifi
quement la guérifon de toutes les efpeces
de maladies , lorfqu'ils font donnez
à propos.
Et pour confondre , ajoûte-t- il , ceux
qui lui ont fait l'injuftice de la foupçonner
d'en avoir impofé , il offre de démontrer
pendant le temps qu'il fera à Paris ,
aux perfonnes qui lui feront l'honneur
de l'aller voir à l'Hôtel du grand Louis
ruë de Grenelle , Quartier S. Honoré
tout ce qu'il a avancé, & même de guerir,
avec l'aide de Dieu , les Pauvres qui auront
recours à lui .
Il dit les Pauvres , parce que premierement
il feroit fort fâché de faire aucun
tort à M" les Medecins de Paris ,
dont il honore , dit - il , infiniment la celebre
Faculté , & qu'en fecond lieu'il ne
voudroit pas pour toute chofe au monde
qu'on s'imaginât que l'avarice a quelque
part à ce qu'il entreprend . D'ailleurs
comme il n'a pas deffein , à ce qu'il dit ,
de fe captiver jufqu'au point de paſſer
le, refte de fes jours dans cette occupation
pénible & defagréable , il ne veut
pas s'engager de forte qu'il ne puiffe s'en
retourner chez lui auffi- tôt qu'un procès
qu'il a , fera jugé .
Mais , continue- t-il , fi le Roy vouloit
2. vol. E vj établis
394 MERCURE DE FRANCE.
établir pour cela uneCompagnie à l'Hôtel
Dieu de Paris , il feroit faire en faveur
du Public , & en cette confideration , aux
perfonnes qui la compoferoient , dès Microfcopes
auffi bons que les fiens ;il leur apprendroit,
ajoute - t'il , à s'en bien fervir für :
le fang & fur les urines des differens malades
de cette Maifon , & leur donneroit la
clef de ce quatriéme Syftême , afin que
par un travail affidu ils puiffent pouffer
à bout une découverte , qui fans contredit
eft la plus importante qui fe foit encore
faite dans les Arts & dans les Sciences
; car , continuë - il , quoique le vieux
Medecin d'Ifpaham dont il a parlé , le
Medecin Anglois & lui , ayent déja fait.
des progrès confiderables dans cette fortede
recherche, il convient qu'il y en a encore
cent mille fois plus à faire qu'ils
n'en ont fait.
Le Corps de cet Ouvrage n'eft qu'un
efpece de Catalogue des Vegetaux & des
Mineraux qui font , felon l'Auteur , des
contre -poifons particuliers pour chaque
efpece de petits animaux qui caufent
nos maladies , dont les veritables noms
font déguifez ; ce qu'il a jugé à propos
de faire , à
ce fecret
indifferemà
ce qu'il a dit , pour
pas divulguer fon
ment à tout le monde comme on l'a déja
dit..
2. vol . Maiss
JUIN 1727. 1395
Mais ce qu'il y a , entr'autres chofes
de plus fingulier , c'eft qu'il prétend
que toute efpece de Vegetal & de Mineral
, infufé dans l'eau , fait naître une efpece
particuliere d'infecte , & que chaque
elpece de ces infectes , eft le fleau
particulier de chaque efpece de ceux qu'il
appelle Maladifians , de la même fortel
que les Loups le font des Moutons , les
Renards des Poulets , les Chats des Souris
, les Furets des Lapins , les Epreviers
des Perdrix , les Brochets des Carpes
les Irondelles des Moucherons , & c.
& foûtient qu'en prenant en breuvage
ou par infertion , celle de ces infufions
qui convient , les infectes qu'elle contient
, vont par le moyen des veines &
des arteres , prefqu'à toutes nos extré
mitez , combattre & tuer les petits ani
maux qui nous incommodent . Voici com--
me il s'en explique
و
Prenez , dit- il , quelques feuilles de
Cizano , & mettez-les infufer dans de
Peau ; au bout de quelques femaines
examinez une goutte de cette infufion
avec un bon Microſcope , & vous verrez
d'un coup
d'oeil plus de cent mille pe
tits animaux nager dans cette goute d'infufion
avec autant de facilité , que çent,
mille Poiffons nagent dans la Mer.
Si enfuite vous mettez une puce dans
2. Vol.
cette
1396 MERCURE DE FRANCE.
cette goute d'infufion , & que vous l'éxaminiez
de même avec un bon Microfcope
, vous verrez que tous ces petits
animaux fe jetteront fur cette puce , &
la rendront bien - tôt fans mouvement.
Le Nicota en fait naître d'une autre efpece
qui tue les Poux. Le Vengarfi , en
fait naître d'une autre qui tue les Morpions.
La Houplerfudrée , d'une autre qui
tuë les Cirons. La Grafpafée , d'une autre
efpece encore qui tue les Dartrifians farineux
; ainfi des autres , jufqu'au nombre
de quatre- vingt- onze.
Et après un raifonnement dans lequel
il y a plufieurs obfervations qui paroiffent
utiles , l'Auteur termine fon Ouvrage
en difant , que ce Systême , abfolument
parlant , ne vient point abolir l'ancienne
Medecine , mais la perfectionner.
On ajoûte que plufieurs perfonnes ont
affuré que l'Editeur leur a fait voir avec
des Microſcopes , tout differents de ceux
qu'on a vus jufqu'à prefent , des choſes
qui ne laiffent point à douter que le tout
ne foit comme le Medecin Anglois le pré
tend .
Voici l'Approbation du Cenfeur qui
nous aparu meriter d'être ici tranferite.
J'ay lû , &c. cettefuite du Syftême d'un
2. vol.
Mede
JUIN. 1727. 1397
,
Medecin Anglois , où l'Auteur fuppofant
que les maladies font caufées chacune
par une espece particuliere de Vers , promet
de les guérir toutes , par d'autres Vers
qu'il dit être chacun dans fon efpece , le
fleau de quelqu'une de ceux - là '; à рец
près comme les Chats le font des Souris
Les Renards des Poulets , & c. Nous n'avons
pas d'abord été peu furpris de voir
que pour apprendre au Public où fe tronvent
des Vers fi fecourables , on renvoye
à des Plantes & à des Mineraux abfolument
inconnus dans toute la Medecine ;
mais l'Editeur à qui nous nous sommes crus
obligez de marquer fur cela notreſurpriſe :
nous en a tiré en partie , en nous avertif
fant que peur de divulguer les fecrets ,
qu'il dit tenir defon Medecin Anglois
il a jugé à propos de déguifer les veritables
noms des Plantes & des Mineraux , qui ,
felon ce Medecin , fourniffent les Vers falutaires
dont il s'agit. Le même Editeur
a bien voulu auffi , à notre demande , inferer
cet avis dans fon Ecrit , qui au furplus
ne renferme rien qui en puiffe empêcher
l'impreffion , & qui d'ailleurs paroît
digne de la curiofité du Public. Fait à
Paris , ce 10. Juin , mil fept cent vingtfept
, Signé , ANDRY , Docteur , Regent
de la Faculté de Medecine de Paris.
de
J
2. vol.
LES
1398 MERCURE DE FRANCE.
LES CHATS. A Paris , rue Galande ,
chez Gabriel- François Quillau , fils , 1727.
in- 8 ° . de 204 pages , fans une Table
alphabetique , l'Errata , &c. avec nombre
de Planches en tailles douces, prix 4.
livres.
Onze Lettres écrites à Madame la M.
de B *** compofent ce Livre , pour lequel
on n'a rien épargné , beau papier ,
beaux caracteres , belle gravure ; il eft
d'ailleurs très - correctement imprimé , &
on peut dire en general que rien n'y pa
roît négligé.
Dès le commencement de la premiere
Lett e , l'Auteur raconte ce qui lui eft
arrivé en voulant défendre la caufe des
Chats : Il me femble. , dit il , que j'ai parlé
raifon mais dans les difputes , eft - ce
avec cela qu'on perfuade ? J'ai d'abord
foutenu la fortie qu'on m'a faite , avec le
fang froid , & cette moderation qu'on:
doit garder en expofant les opinions les
plus raisonnables , quand elles ne font
pas encore bien établies dans les efprits ;
mais il eft furvenu un incident qui m'a
abfolument déconcerté. Un Chat a paru,
& d'abord une de mes adverfaires a eu
la préfence d'efprit de s'évanouir ; on s'eft
mis en colere contre moi , on m'a déclaré
que tous les raifonnemens de la Philofophie
ne pouvoient rien contre ce qui
2. vola venoit
*
JUIN. 1727. 1394
venoit de fe paffer ; que les Chats n'ont
été , ne font , & ne feront jamais que des
Animaux dangereux & infociables .
L'Auteur s'étonne enfuite qu'aucun
Ecrivain n'ait entrepris l'Hiftoire des
Chats , après que quantité d'Animaux ,
bien plus vils , ont eu leurs Hiftoriens &
leurs Panegiriftes ; la mediocrité des talens
, pourfuit - il , ne doit point étouffer
le zéle. J'oferai tenter cet ouvrage , &c.
On cherchera les fources de cette fauffe
prévention qu'on a allez communément
ici contre les Chats . On expofera de
bonne- foy les lumieres qu'une longue habitude
de leur commerce & la réfléxion
nous ont acquifes . Nous rapporterons les
formes différentes que les interêts des
Chats ont pris fucceffivement dans les
Nations , en gardant tous les ménagemens
convenables pour ne point revolter les
perfonnes , qui ont , par pur fentiment ,
de l'antipatie pour eux . Nous nous fouviendrons
toujours qu'il y a de certaines
répugnances naturelles , lefquelles , felon
le Pere Malebranche , peuvent être l'effet
de l'imagination déreglée des meres , qui
a influé fur celle des enfans ; ou , comme
l'explique M. Lock , l'ouvrage des Contes
d'une Nourrice. Les idées d'Efprits
& de Phantômes , dit ce dernier , dans
fon Traité de l'Entendement n'ont pas
2. val.
plus
1400 MERCURE DE FRANCE.
plus de rapport aux ténébres qu'à la lu→
miere ; mais fi on vient à inculquer fouvent
ces différentes idées dans l'efprit
d'un enfant , & les y exciter comme jointes
enſemble , peut être que l'enfant ne
pourra jamais plus les féparer durant tout
le refte de la vie.
·
Il est bien aifé de reconnoître que les
antipaties acquifes ou naturelles peuvent
tomber fur les objets qui femblent le
moins devoir fe l'attirer : l'un ne fçauroit
voir des oifeaux fans fremir ; tel autre
fuit quand il apperçoit du Liege ;
Germanicus ne pouvoit fouffrir le chant
ni l'aspect d'un Coq. Les Chats par ces
fortes de haines ne font donc point caracterifez
dangereux ni méchants ? Ona oui
dire dès le berceau qu'ils font d'un naturel
traître ; qu'ils étouffent les enfans ;
qu'ils font forciers peut- être. La raiſon
qui furvient a beau fe recrier contre fes
calomnies , l'illufion a parlé la premiere ,
elle perfuadera long - temps encore après
qu'elle aura été reconnue pour ce qu'elle
eft .
Notre Apologie ne regardera donc ,
(c'eft toujours l'Auteur qui parle ) que
les perfonnes , qui , par indolence , fuivent
un ancien préjugé , ou celles qui ,
par mignonnerie , affectent la frayeur des
Chats.
2. vel.
Après
JUI N. 1727: 1401
Après ce commencement on entre en
matiere , & on fait voir quel rôle , nos
chers amis , dit l'Auteur , ont joué dans
l'antiquité. Si les refpects des hommes ,
quoique ridiculement fondez , peuvent
faire quelque honneur à ce qui en eft
l'objet , il n'y a aucun des animaux qui
puifle rapporter des titres plus éclatans
que ceux de l'efpece chate.
Les Chats furent d'abord divinifez en
Egypte , & honorez par des Statues , &
par un culte myfterieux tranfmis fucceffivement
aux Grecs & aux Romains ;
& fans nous arrêter à un grand nombre
de monumens de l'antiquité , qui ſemblent
s'être conſervez exprès pour faire foi de
la gloire des premiers Chats , on expofera
d'abord le Dieu Chat , tel qu'il étoit
repréſenté en Egypte fous fa forme naturelle
, paré d'un colier , au milieu duquele
eft attachée une table enrichie de
caracteres hierogliphiques ; il étoit appellé
Elurus , & repréſenté quelquefois avec
des traits humains , & c.
Les Chats font très - avamageufement organiſez
pour la Mufique ; ils font capables
de donner diverfes modulations à leurs
voix , & dans les expreffions des différentes
paffions qui les occupent , ils fe fervent
de divers tons. Après cette propofition
de deux hommes célébres , que l'Auteur
2. vols
cite
1402 MERCURE DE FRANCE.
cite , il fait remarquer une Antique gra
vée à la page 12. où l'on voit un Chat ,
un Siftre & un Gobelet , & il s'exprime
ainfi : Les Chats mis en poffeffion d'une
belle & grande voix.Nous demanderons à
leurs adverfaires ce qu'ils penfent de cet
affemblage du Siftre & du Gobelet trouvez
tant de fois entre les pates des Chats.
Il me femble , Madame , qu'ils avoueront
de bonne- foi , ( car il y a de certaines véritez
qui percent à travers la prévention)
ils conviendront , dis - je , que ce Siftre ,
Symbole de la Mufique , & ce Gobelet
qui reveille neceffairement l'idée des
feftins , découvrent évidemment que
chez les Egyptiens les Chats étoient admis
dans les feftins , & qu'ils en faifoient
les délices par le charme de leur voix.
Mais fuppofé qu'ils traitent ce chant de
miaullement , qui n'a jamais pû être harmonieux
, ni même fupportable , cela
nous paroîtra d'une grande déraifon ; mais
nous le diffimulerons pour ne point paroître
prévenus . Nous nous contenterons
d'abord de répondre que ce qui leur femble
un miaullement dans les Chats d'aujourd'hui
, ne prouve rien contre les Chats
de l'antiquité , les Arts étant fujets à de
grandes révolutions.
La Mufique des peuples de l'Afie nous
2. vol
paroît
JUIN. 1727. 1403
paroît au moins ridicule. De leur côté
ils ne trouvent pas le fens commun dans
la nôtre. Nous croyons réciproquement
n'entendre que miauler ; ainfi chaque Nation
à cet égard , eft , pour ainsi dire , le
Chat de l'autre , & des deux parts peutêtre.
9
9
Ce ne fera point une idée hazardée
dit l'Auteur dans la feconde Lettre , page
27. que d'appeller la Déeffe Chatte , la
mere des Amours . C'étoit Ifis même que
les Egyptiens adoroient fous cette forme
agréable ; & Ifis préfidoit fur les coeurs,
Les Amants l'invoquoient pour acquerir
le don de plaire. Ils l'atteftoient , fans
doute , pour perfuader leurs Maîtreffes ,
lorfqu'ils juroient par le nombre de 36.
ferment le plus folemnel parmi eux
& le plus facré. L'Auteur parle enfuite
des Prêtres de cette Divinité , & il fait
remarquer que dans leurs Cérémonies , ils
fe conformoient , autant qu'il leur étoit
poffible , au génie & aux attributs de la
Divinité à laquelle ils étoient dévouez ;
& qu'ainfi l'enjouement , la foupleſſe du
corps , & les attitudes Pantomimes , devoient
faire la principale partie des Miſ
teres du Dieu Chat. Si le Signor Tomafini
, pourfuit l'Auteur , qui remplit avec
tant de grace le Rôle d'Arlequin dans
notre Comédie Italienne , avoit vêcu du
2. vol.
temps
1404 MERCURE DE FRANCE .
temps des Anciens Egyptiens , les dévots
du Dieu Chat l'auroient regardé comme
l'image de la Divinité . Etrange contraſte
de l'efprit humain ! Ce qui fait aujourd'hui
le Comique de la Scene , eut for
mé alors toute la dignité du Temple.
On établit enfuite la prééminence que
les Chats ont eu dans la focieté fur les
autres Animaux de l'Egypte , & combien
les Loix étoient plus feveres contre ceux .
qui attentoient fur les Chats , mais c'eſt
un détail qu'il faut lire dans le Livre
même.
Les Egyptiens parfumoient les Chats
& les faifoient coucher dans des lits fomptueux.
Ils employoient tous les fecrets de
la Medecine à traiter & conferver ceux
qui étoient nez d'un temperamment délicat
; ils donnoient de bonne heure à
chaque Chate un époux convenable , obfervant
avec attention les rapports de
goût , d'humeur & de figure.
Quand il arrivoit un incendie , les Chats
jouoient bien un autre rôle. Ils entroient
dans une fureur divine ; les Egyptiens accoutumés
à cette merveille , négligeoient
Pincendie , les environnoient , & quelque-.
fois ces Chats tutelaires s'échapoient ; &
fautant pardeffus l'affemblée qui les entouroit
, alloientfe précipiter dans les flammes;
& quand ce malheur arrivoit , les
"
2. vol.
Egyp
JUIN. 1727. 1405
Egyptiens menoient un deuil folemnel.
Ce deuil étoit fi marqué & fi fincere
que les femmes en oublioient jufqu'à
leur beauté ; & pour éviter la honte de
paroître encore aimables dans le cours
d'une trifteffe fi raifonnable , elles fe bar
bouilloient le vifage , & couroient par la
Ville échevelées , & dans un état de dé
folation ; elles étoient ceintes par le milieu
du corps ; elles fe frappoient la poitrine
qu'elles laiffoient découverte leurs plus
proches parens marchoient à leur fuite à
demi nuds comme elles , & abandonnez à
ce délire qu'entraînent toûjours les grandes
douleurs.
,
Qui fçait , pourfuit l'Auteur , fi l'éxemple
de cette fable ne fut pas le reffort
fecret qui détermina l'action genereuſe
de Q. Curtius ? Il y a toute apparence
que fon dévouement pour le falut de la
Patrie , en fe jettant dans le goufre , ne
fut qu'une imitation de l'héroïfme des
Chats de l'Egypte .
La troifiéme lettre commence ainfi.
Notre ouvrage s'avance , Madame ; bien
des perfonnes fenfées en ont fenti l'utilité
, & m'ont fecouru de leurs lumieres .
Sérieusement je crains que la Dame
d'avant-hier ne fe foit évanouie de bonne
foy. Ce n'eft prefque plus le bon air
que de jouer de certaines frayeurs ; ainfi
2. vol.
bien1406
MERCURE DE FRANCE.
·
bien-tôt on ne fongera plus à avoir peur
des Chats . Les femmes n'adoptent gueres
de ridicules , que ceux qui portent avec
eux un caractere d'agrément ; leur va
nité eft à cet égard bien plus fenfée que
nôtre.
la
Les Arabes adoroient un Chat d'or. Ils
avoient une fi grande opinion des Chats ,
qu'ils ne purent jamais ſe réfoudre à leur
croire une origine femblable à celle des
autres animaux. Ils fingulariferent cellecy
par une Fable qui acquit bien- tôt parmi
eux l'autorité de l'Hiftoire. Les Rats ,
felon cette fable , s'étoient multipliez
dans l'Arche , & rongeoient fans aucune
difcretion la pâture des autres animaux..
Noé réfolut de les détruire , & le trouvant
auprès du Lion , il lui donna un
fouflet. Ce fouflet caufa au Lion un éternuement
, & de l'éterņuement fortit un
beau Chat , le premier Chat qui foit venu
livrer la guerre aux Souris.
Voici un fragment d'une Lettre Perfanne
que l'Auteur cite , où cet Apologue
eft rendu plus clairement. Il étoit forti du
nez du Cochon un Rat qui alloit rongeans
tout ce qui fe trouvoit devant lui , ce qui
devint fi infuportable à Noé , qu'il crut
qu'il étoit à propos de confulter Dien encore
; il lui ordonna de donner au Lion
in grand coup fur le front ; il éternua
1
2. vol.
auſſiJUIN.
1727. 1407
auffi-tôt , &fitfortir de fon nez un Chat.
On rapporte dans la quatrième Lettre
une autre origine des Chats. Je la tiens ,
dit l'Auteur , du Mulla , ou Docteur
qui accompagnoit en France le dernier
Ambaffadeur de la Porte . Voici cette Tra
dition :
Les premiers jours que les animauxfurent
renfermés dans l'Arche , étonnés des
mouvemens de la Barque & du nouveau
fejour qu'ils habitoient , ils refterent chacun
dans leur menage , fans trop s'infor
mer de ce qui fe paffoit chez les animaux
leurs voifins. Le Singe fut le premier qui
s'ennuya de cette vie fedentaire ; il alla
faire quelques agaceries à une jeune Lione
qui étoit dans fon voisinage : cet exemple
prit univerfellement , & répandit dans
l'Arche un efprit de coqueterie qui dura
pendant tout le fejour qu'on y fit , &
quelques animaux ont encore gardéfur la
terre. Il fe fit dans differentes efpeces un
nombre étonnant d'infidelités , qui donnerent
naiffance à des animaux inconnus juf
qu'alors. Ce fut des amours du Singe &
de la Lione que naquirent un Chat & une.
Chate , qui par une diſtinction bien marquée
des autres animaux , nez comme eux
des galanteries quife pafferent dans l'Arche
, acquirent en naiffant la faculté de
multiplier leur efpece .
que
2. vol.
Cette
F
1408 MERCURE DE FRANCE.
>
Cette Lettre eft terminée par un fragment
de l'Hiftoire des Dieux de l'Inde
où il eft parlé d'un illuftre & merveilleux
Chat , nommé Patripatan.
La cinquiéme Lettre contient une Apologie
des Chats. On y juftifie les foupçons
injurieux d'avoir un penchant à nuiré
, & c.
Un Chat mutilé , dit l'Auteur , nonfeulement
fent tout le poids de fon indigence
, mais elle devient aux yeux des
autres Chats un vice , qui les difpenfe
de tous devoirs à fon égard ; ils lui font.
cent avanies , ils l'accablent d'outrages.
L'erreur vulgaire eft, que ce font les Chates
qui fe chargent de remplir cette haine
; mais cette fauffe perfuafion n'eft
qu'un effet de l'ignorance où l'on voit
le commun des hommes ,de ce qui fe paffe
dans le fein des goutieres.
On voit enfuite les fidelles amours de
Brinbelle & de Ratillon , une Chate &
un Chat célebres ; ce dernier ayant éprou
vé le fort d'Abailard , l'Auteur rappelle
ici la fidelité d'Eloïfe , qui confentit , ditil
, à fe renfermer dans un Cloître , dont
l'aufterité ne lui laiffa pas les occafions
de manquer de foy à fon Abailard . Notre
Chate plus fûre d'elle- même & plus attachée
à fon amant , ne fe força point à
être vertueufe ; elle fe conferva fa liber-
2. vol.
τέ
JUIN. 1727. 1409
té toute entiere , & ne l'employa qu'à
refter fidelle. Elle ne perdit pas de vûë
un moment ce Chat fi cheri ; & comme
les animaux de fon efpece , très - délicats
fur la perfection de leurs femblables
traitent outrageufement ceux qui comme
lui font , pour ainsi dire , féparez de leur
être , elle prit fa deffenſe avec intrépidité
on la vit cent fois déployer fes
griffes contre les perfécuteurs de ce Chat
adoré , entre les pates duquel elle paffa
délicieufement le refte de fa vie.
Mais voici un Extrait qui groffit beaucoup
; terminons- le par la commune opinion
que l'on a fur les exclamations
des Chates. Celle qu'on a cité étoit en
rendez - vous avec un Chat qu'elle aimoit
éperduement. Ceux qui fuivent l'ancienne
Philofophie prétendent , que c'étoit
le moment précis où fon Amant
triomphoit de fa foibleffe . Il eft vrai que
ce fentiment eft fondé fur l'opinion d'Ariftote
, qui foutient que les Chates ayant¸
beaucoup plus de temperament que les
Chats , bien loin d'avoir la force de leur
tenir rigueur un moment , elles leur font
d'éternelles agaceries , fans
menagement ,
fans pudeur , au point même qu'elles en
viennent à la violence , fi le Matou pároît
manquer de zele .
L
2.vol.
Fij Quoi1410
MERCURE DE FRANCE:
>
Quoiqu'il en foit , une Souris parut ;
& voilà notre galant qui part & qui fe
met à fa pourſuite . La Chate piquée
comme vous le jugés bien , imagina un
expédient pour ne plus éprouver un pareil
affront , c'étoit de jetter de temps
en temps degrands cris chaque fois qu'el
le étoit en tête à tête avec fon Amant.
Ces cris ne manquerent jamais d'aller au
loin effrayer la gent Souris , qui n'ofa
plus venir troubler leur rendez - vous . Cette
précaution parut fi fage & fi tendre à
toutes les autres Chates , que depuis cet
évenement , dès qu'elles font avec leurs
Matous favoris , elles affectent de répandre
ces clameurs épouventail certain de
l'efpece Souriquoiſe. Mon Dieu , que les
femmes feroient heureufes , s'il ne falloit
que cet expedient pour empêcher que
leurs Amans n'euflent des diftractions avec
elleş .
DESCRIPTION des Tableaux du Palais
Royal , avec la Vie des Peintres à la
tête de leurs Ouvrages. A Paris , & c.
1727.
Nous avons déja donné un affez long Extrait
de ce Livre dans le Mercure dernier,
il nous eft même revenu que quelques -uns
l'avoient trouvé trop long , mais d'autres
en plus grand nombre , l'ont trouvé trop
2. val.
Court
JUIN. 1727. 1411
court. Comment faire ? Ce n'eft pas la
centième fois que nous avons eu occafion
de dire avec la Fontaine , dans la
fition de ce Journal :
Eft bien fou du cerveau ,
compo-
Qui prétend contenter tout le monde & fon
pere.
Mais pour donner quelque chofe au
goût prefque univerfel qu'on a aujour
d'hui pour la Peinture , & fatisfaire les
Curieux qui ne font pas à portée de voir
ni le Livre , ni le fameux Cabinet qui
renferme tant de rares Tableaux ; nous
allons donner encore l'Extrait abregé
de quelques morceaux d'une finguliere
beauté.
De PAUL VERONESE , Mars & Venus ,
Tableau fur toile , haut de 6. pieds 3 .
pouces , large de 5. pieds.
Mars en Guerrier , avec une draperie
pourpre , fon Cafque à fes pieds`, eſt
affis fur une efpece de Socle ; il a le
corps un peu panché , foutenant fa draperie
par derriere de la main gauche , &
tenant de la droite un bout de celle de
Venus . Cette Déeffe eft nuë , ayant un
collier , des pendans d'oreille , des bracelets
& fa riche ceinture paffée en écharpe
: elle a une main fur fa gorge & l'au-
2. vol. Fiij tre
1412 MERCURE DE FRANCE.
tre appuyée fur l'épaule de ce Dieu. Un
Amour lie leurs jambes gauches enſemble ,
un autre tient l'épée & le ceinturon de
Mars . Son Cheval eft blanc , & paroît attaché
à un arbre par fa bride. On voit derriere
Venus , fa chemife fur un treillage.
Le fond est un Payſage avec fabrique.
De PIERRE - FRANÇOIS MOLE , Repos en
Egypte , fur toile , 17. pouces de large
fur 12.
On voit dans un Payfage la Vierge
affife , tenant l'Enfant Jefus qui paroît
dormir, Trois Cherubins fur des nuës
font proche de la Vierge , & à fa droite
eft S. Jofeph qui fe repofe . Son bâton
eft à côté de lui , & aux pieds de la Vierge
il y a un paquet. L'afne broute à une
affez grande diftance , & dans le lointain
à droite , on voit un Berger avec fon
troupeau .
Du même Auteur , Agar & Ismaël
fur cuivre , 13. pouces de large fur 10.
Ce Tableau a appartenu à M. de Nancré.
Dans un pay fage avec fabrique , on voit
Agar fur le devant , un peu plus loin ,
Ifmaël couché par terre , ayant une cruche
renversée à côté de lui . Agar un genou
à terre & les bras ouverts , regarde
un Ange qui lui montre une Fontaine
2. vol. derriere
JUIN. 1727. 1413
derriere un Hameau : deux figurines dans
le lointain .
De PIERRE PERUGIN , la Vierge &
l'Enfant Jefus , fur bois , 31. pouces de
haut fur 25.
Un Payfage fait le fond de ce Tableau ;
la Vierge eft en pied , regardant l'Enfant
Jefus qu'une jeune fille tient . On en voit
une autre à droite de la Vierge . Elles
ont toutes trois le cercle de Sainteté.
De PIERRE PAUL RUBENS , Diane revenant
de la Chaffe , fur toile , 7. pieds ,
cinq pouces de large , fur 6. pieds 7 .
pouces.
Diane vétuë de rouge , & fuivie de fes
Compagnes, avec des chiens , occupent le
milieu d'un Payfage . Elles ont toutes des
Piques & une Belle porte un Lievre au
bout de la fienne , fur fon épaule ; elles
paroiffent marcher. Silene vient au devant
d'elle , chargé de raifins & de fruits,
accompagné d'un homme qui en porte
un panier tout plein qu'il prefente à la
Déeffe : deux petits enfans font à côté
du Nourriffier de Bacchus .
De PIERRE VAN MOL , une Danfe , fur
bois , large de 20, pouces fur 14 .
Un homme qui a des feuilles de Vignes
2. vol.
F iiij à
1414 MERCURE DE FRANCE .
à fon chapeau & une écharpe de même ;
eft prêt à danſer avec une Dame habillée
de noir , ayant des fleurs dans fes cheveux
: ce font deux Mariez . La famille
de la femme eft derriere elle . Celle du
Mari eft à droite , à l'entrée de la voute
d'une Roche , avec la Mufique. Sur le
devant du même côté , on voit un vieux
homme affis , qui eft le pere du Marić.
De SCALK. La Reconnoißance de la
Bohemienne , fur bois , 16. pouces de haut
. fur 12.
Le fujet de ce Tableau paroît tiré des
nouvelles de Michel Servantes , & reffemble
fort à l'avanture de Dona Conftance
Azevedo , qui ayant été dérobée
dans fon enfance par une Egyptienne ,
avoit été élevée par elle fous le nom de
Prétiofa . C'eft le moment où elle eſt reconnue
par fa mere à certaines marques
naturelles qu'elle avoit au fein & au
pied , à fes bijoux & à un papier où la
datte de fon enlevement eſt écrite .
Le fond eft un Veftibule orné de Pilaftres
. Une jeune fille fort belle eft affife
de face fur le devant , tenant un bâton
noüeux. Elle a de longs cheveux , fa
gorge eft entierement découverte , &
elle paroît déchauffée : c'eft Prétiofa .
Une vieille Bohemienne, appuyée fur fon
2. val.
bâton ,
JUIN. 1727.
1413
bâton , furvient à gauche , la montrant
du doigt. A droite , à côté de Prétiofa , eft
une femme richement habillée qui regarde
la vieille Bohemienne avec une furprife
mêlée d'indignation de lui avoir enlevé
fa fille . Derriere la mere , eft le pere
fort étonné , il tient fon bonnet , joint les
mains & a la bouche ouverte comme
quand on eft faifi. Entre ces deux dernieres
figures , il y en a une dont on ne
voit que la tête , qui apparemment eſt
la Nourriffe de Conftance ; elle s'effuye
un oeil avec fon mouchoir , pleurant de
joye. Une autre femme eft derriere la
jeune Bohemienne , ne paroiffant prendre
aucune part à la Scene. Tout fur le
devant , au bord du Tableau , on voit un
collier de perles , une chaîne d'or avec
une Médaille qui y eft attachée , & un
papier chiffoné où on lit quelques mots
Hollandois ; dans le coin , il y a à gauche
une cuvette de marbre avec des Rofes
pour marquer la faifon où fe pafle l'a
vanture.
Hiftoires choifies , recueillies des Ecrivains
Profanes , eft le titre d'un volume
in 12.1727 . en latin , & divifé en quatre
parties . L'on y voit avec plaifir plufieurs
traits fort beaux d'Hiftoires fingulieress
L'Auteur qui a travaillé à ce Recueil a
2. vol.
Fy fuivi
1416 MERCURE DE FRAN CE.
vi l'ordre que Ciceron a obfervé dans
fon excellent Traité des Devoirs de
l'homme , fi connu fous le nom de Officiis
. Dans le premier Livre il parcourt
les plus beaux endroits de l'Hiftoire
profane , touchant la Prudence ; & dans les
trois fuivans il s'arrête à ce qu'il y a de
plus digne de remarque touchant la Juftice
, la Force & la Temperance. Et à la
tête du Livre il met les plus belles penfées
des Grecs & des Romains touchant
la Divinité & le culte religieux que nous
devons à cet Etre fuprême . Cet Ouvrage
intereffe veritablement le Lecteur, & ceux
qui ont quelque connoiffance des bons Auteurs
,y retrouvent avec plaifir mille traits
d'Hiftoire qu'ils peuvent avoir lus dans
leur jeuneffe & pendant le cours de leurs
plus belles études . L'on croit que celui
qui s'eft donné la peine de faire ce Recueil
eft un Profeffeur d'un fameux College
de Paris. L'Ouvrage fe vend chez
Etienne , rue S. Jacques , qui doit publier
dans peu la Méthode d'étudier l'Hif
toire Sacrée & Profane de M. Rolin ,
ancien Recteur de l'Univerfité de Paris.
LE PRINCE TRAVESTI OU L'ILLUSTRE
AVANTURIER , Comédie fans nom d'Auteur
, chez Piffot , Quai de Conti , à la
defcente du Pont Neuf, 1727. de 132 .
pages in-12 .
Cette
JUIN. 1727. 1417
Cette Piece a été repréfentée dans fa
nouveauté fur le Théatre de l'Hôtel de
Bourgogne le 5. Fevrier 1724. On en
peut voir l'Extrait dans le Mercure de
Mars de la même année , auquel nous
renvoyons nos Lecteurs.
>
LETTRE CRITIQUE , fur la nouvelle
Comédie du Philofophe Marié
Mari honteux de l'être. Par M .... ancien
Avocat au Parlement. A Paris , rue
de laHarpe , chez la veuve Oudot , 1727.
TRAITE' des petits Tourbillons de
la matiere fubtile , où l'on fait voir par
les feuls effets du choc , que l'Univers eft
rempli d'une matiere très fluide , trèsagitée
, & compofée d'une infinité de
Tourbillons de Figure Spherique , qui
produifent tous les refforts de la Nature ,
pour fervir d'introduction à une nouvelle
Phyfique , & d'éclairciffement à la Piece
qui a remporté le prix de l'Académie
Royale des Sciences en 1726. par un
Prêtre de l'Oratoire . A Paris , rue Saint
Jacques , & Quai de Conty , chez Jombert
& Piffot, 1727 .
SUPPLEMENT au Dictionnaire Hif
torique , Critique , Chronologique
Geographique & litteral de la Bible. Par
2. vol. Fvj le
1418 MERCURE DE FRANCE.
le R.P. Dom Auguft . Calmet ; Religieux
Benedictin , & c. deux Tomes in -folio ,
enrichis de 150. I lanches en taille douce
, propoſez par Soufcription , 1727 .
AParis, Quai des Auguftins, chez Emery ,
Sangrain & Martin .
HISTOIRE de Jean de Briene , Roy
de Jerufalem , & Empereur de Conftantinople.
A Paris , rue de la Bouclerie &
de la Harpe, chez Moette & Simon, 1727-
in- 1 2.
DISSERTATION fur la caufe & la
nature du Tonnerre & des Eclairs , avec
l'Explication des divers Phenomenes qui
en dépendent , qui a remporté le prix par
le jugement de l'Académie Royale des
Belles Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux
, au mois d'Août 1726. Parle R.
P. de Lozeran du Fefc , de la Compagnie.
de Jefus , Profeffeur Royal de Mathématique
dans l'Univerfité de Perpignan. A
Paris , rue de la Harpe , chez Simon
1727.
LES HOMMES . Nouvelle Edition 7
revue , corrigée & augmentée par l'Auteur
, Volume in 12. de 300. pages. A
Paris , chez les freres Barbou , rue Saint
Jacques , près la Fontaine Saint Benoît ,
1727. prix 2. liv. Ce
!
JUIN. 1727. 1419
Ce Livre n'eft pas du nombre de ceux
où l'on n'apprend rien , & que l'on ne
lit jamais deux fois . Nous le croyons , au
contraire , très - propre à dédommager le
Public des ouvrages frivoles , qui ne fe
multiplient que trop . On y remarque ,
fuivant le jugement de M. l'Abbé Couture
, Cenfeur Royal , une étude profonde
de ce que les hommes ignorent le
plus , & de ce qu'ils devroient le mieux
fçavoir. Tout l'ouvrage eft divifé en 24.
Chapitres , dont le premier donne une
idée generale des hommes , & le dernier
parle de la Mort ; tous les autres roulent
fur des Sujets importans & qui vont au
même but , qui eft de bien connoître
l'homme & de l'améliorer. Ils font fui
vis de Réflexions fur différens Sujets ,
& d'un petit Traité de la Verité de la
Religion Chrétienne. Le tout nous a paru
traité avec beaucoup d'ordre & de netteté
, & écrit d'un ftile noble , aifé &
naturel.
LES FABLES de Phedre , affranchi
d'Augufte , en Latin & en François , augmentées
de plufieurs Fables & des Sentences
de Publius Syrus , qui ne font pas
dans les Editions précedentes . Traduction
nouvelle , avec des Notes Critiques , Morales
& Hiftoriques qui en facilitent l'in-
3:
vol
.
telli1420
MERCURE DE FRANCE .
telligence , & des chiffres qui en forment
la conftruction . Volume in - 8 ° . de 346 .
pages . A Paris , chez les freres Barbon
rue S. Jacques , 1727. prix 2. liv.
Phedre eft un Auteur fi connu , & & il y
en a eu tant de différentes Editions , qu'il
eft inutile de nous étendre fur ce fujet .
Nous dirons feulement que cette nouvelle
Edition ,accompagnée d'une bonne Traduction
, nous a paru plus parfaite , & par
conféquent plus utile que toutes les précedentes
.
Rogiffart , Libraire à la Haye , a imprimé
depuis peu les Tomes 9. & 10 .
in-4°. de l'Hiftoire d'Angleterre , de
M. Rapin Thoyras , par le même Auteur
, ( ce qu'il offre de juſtifier ) depuis
la mort de Charles I. jufqu'à l'avenement
du Roy Guillaume III . & la Reine
Marie II. à la Couronne : une Diflertation
fur les Whigs & les Torys ; les Faftes
d'Angleterre , & une ample Table
des matieres pour les 10. Volumes. On
y trouvera auffi une Lettre contenant la
vie de l'Auteur. Le prix de ces deux derniers
Volumes eft de 12. florins , & 18.
florins pour le grand papier.
Goffe & Neaulme , Libraires à la Haye ,
vont imprimer par Soufcription l'Hif-
2. vol. toire
JUIN. 1727. 142 1
toire du Japon , contenant une Relation
de l'Etat ancien & moderne , & du
Gouvernement de cet Empire : de fes
Temples , Palais , Châteaux & autres
Bâtimens de fes Métaux , Mineraux ,
Arbres , Plantes , Animaux , Oiſeaux & ¸
Poiffons de la Chronologie & Succeffion
de fes Empereurs Seculiers & Ecclefiaftiques
de l'origine , Religion , Coutumes
& Manufactures , & c . de leur Négoce
& Commerce avec les Hollandois
& les Chinois : avec une Deſcription du
Royaume de Siam , écrite en Allemand
par N. G. Bertus Kempher , D.M. Medecin
de l'Ambaflade Hollandoife à la Cour
de l'Empereur , & traduite de fon Manufcrit
original , qui n'a jamais été imprimé
. Par G. Scheuchzer F. R. S. &
Membre du College des Medecins de Londres
; avec la vie de l'Auteur & une Introduction
enrichie d'un grand nombre
de Planches , le tout traduit de l'Anglois
en François , deux Volumes in -folie.
77
2. vol.
EX1422
MERCURE DE FRANCE .
EXTRAIT du Memoire lû par M.
de Reaumur , à l'Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences du
26. Avril.
Idée generale des différentes manieres de
faire la Porcelaine , & quelles font les
véritables matieres de celle de la Chine.
R de Reaumur commença ce Mê-
Manoire par faire
remarquer que
nous devons à l'action du feu , fur des
Terres , fur des Pierres & fur des Sables
, trois fortes de productions , d'où
nous tirons une infinité de commoditez
& d'agrémens ; la Terre cuite , le Verre
& la Porcelaine ; que cette derniere eſt
celle dont on a fait jufqu'ici le plus de
cas , foir par raifon ou par caprice ; que
l'Europe à qui elle étoit étrangere , n'a
rien épargné depuis plufieurs fiecles pour
s'en fournir. Auffi eft -il certain que M.
de Reaumur , dont les travaux ont pour
principal objet des recherches utiles au
Public , ne pouvoit gueres s'en propofer
une plus intereffante que celle de découvrir
les moyens de faire la plus belle
Porcelaine.
Depuis plufieurs années on en fait en
France & on en fait auffi en quelques autres
endroits de l'Europe , qu'il n'a pas
2. vol.
oublié
JUI N. 1727. 14.23
oublié de citer ; mais toutes ces Porcelaines
ont été regardées comme fort inferieures
à celle de la Chine. Ceux qui
ont trouvé le fecret de compofer même
les plus imparfaites , fe le font réservé.
Cependant M. de Reaumur établit des
principes fi clairs & fi fimples , qu'il femble
qu'ils n'auroient dû échapper à qui
que ce foit , & qu'étant connus , tout
homme auffi laborieux que lui , eût de
même pû trouver la compofition de tou
tes les efpeces de Porcelaines poffibles . 11
prouve d'abord que la Porcelaine n'eſt
qu'une demi vitrification , une vitrification
imparfaite ; que c'est un état moyen
entre celui des Poteries ou Terres cuites
& celui du Verre . Il ne s'agit donc plus
que de trouver les moyens d'avoir des
demi vitrifications , & de choisir celles qui
auront la blancheur de la Porcelaine .
Il remarque enfuite qu'il peut y avoir
deux manieres generales de faire des demi
vitrifications . Pour donner idée de la premiere
, il fait obferver que toute matiere
avant de fe transformer en Verre , devient
femblable à nos Terres cuites ; qu'entre
cet état de Terre cuite & le paffage à la
parfaite vitrification , il y doit avoir une
infinité d'états moyens ; il ne reste plus
qu'à découvrir par des Experiences quelles
matieres ou quels mêlanges de ma-
2. vol. tieres
1424 MERCURE DE FRANCE .
1
tieres font faififables , & blanches dans ces
états moyens.
La feconde maniere d'avoir des demi
vitrifications eft de faire des compofitions
de deux ou de plufieurs matieres dont
les unes foient vitrifiables & dont les
autres ne le foient point du tout ; qu'on
faffe foutenir à ces compofitions la force
& la durée de feu , neceffaires pour vitrifier
ce qu'elles ont de vitrifiable , & alors
on aura une matiere à demi vitrifiée , qui
fera appellée Porcelaine , fi elle en a la
couleur.
Ainfi les Porcelaines fe trouvent toutes
diftribuées en deux claffes ; celles dé
la premiere font les plus imparfaites , &
toutes celles de l'Europe viennent s'y ran
ger; mais les Porcelaines de la Chine
font de la feconde claffe.Ces mêmes principes
donnent une Méthode fûre pour
reconnoître celles de chaque Claffe . Celles
qui ne font qu'une matiere vitrifiable,
mais tirée du feu avant qu'elle fût devenuë
un veritable Verre , acheveront de
fe vitrifier , fi on les expofe à un feu
violent , & les autres après l'avoir ſou
tenu , refteront Porcelaine.
Il n'y avoit donc plus qu'à fuivre les Experiences
indiquées par des raifonnemens
fi évidens; mais elles paroîtront.immenfes
à qui voudra fe reprefenter la nom-
2. val.
breufe
JUIN. 1727. 14 : *
breufe fuite de matieres qui doivent être
effayées ; les Terres , les Sables , les
pierres de tout genre & de toutes efpeces
demandoient à l'être , & cela tant féparément
que combinées enfemble de plufieurs
manieres ; auffi M. de Reaumur
aflure- t- il qu'il ne fe feroit pas propofé
d'épuifer tant d'experiences , s'il n'eût
imaginé des voyes abregées d'en faire un
grand nombre à la fois , qu'il apprendra
dans la fuite au Public.
Comme il n'étoit pas à préfumer que la
Nature eût donné à la Chine feule les matieres
propres à compoſer la Porcelaine ,
qu'il ne s'en trouvât pas ailleurs de mêmes
ou d'équivalentes , le fuccès ne pouvoit
gueres manquer de répondre à un
travail conduit avec tant d'ordre ; mais
quelques heureux qu'euffent été les fuccès
, M. de Reaumur penfe qu'on auroit
toûjours douté fi les compofitions étoient
les mêmes que celles de la Chine , fi
des circonftances favorables ne lui cuflent
procuré le moyen de faire connoître quelles
font veritablement les matieres qu'on
y employe. On trouve dans le douzième
Recueil des Lettres édifiantes , imprimé
en 1717. une belle Lettre du P. d'Entrecolles
, Jefuite , Miffionnaire à Kimte-
Kim , Ville de la Chine , où fe fait la
plus parfaite Porcelaine , où il décrit avec 2. vol.
beaucoup
1426 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup d'élegance tout ce qu'il a pû
oblerver fur ce travail. Il y apprend qu'on
la compote de deux matieres , mais qui
étant tirées de loin , n'arrivent à Kimte-
Kim , qu'après avoir été broyées &
réduites en pâte ; ce qui n'a pas permis
au P. d'Entrecolles d'en voir une des
deux dans fon état naturel. L'une eft
appellée en Chinois Petuntfe & l'autre
Karlin . Le P. d'Entrecolles qui n'avoit
rien négligé de ce qui dépend de lui pour
donner de bonnes inftructions fur cette
matiere , accompagna la Lettre qui vient
d'être citée , d'Echantillons ; il les adreffa
au P. Orri , qui en 1722. fe fit un plaifir
de les partager avec M. de Reaumur.
Le Petuntle en pâte étoit accompagné
de Petuntfe en maffe , tel que la Nature le
donne. M. de Reaumur le reconnut aifément
pour une matiere du
genre des
Cailloux , mais des cailloux des moins
parfaits ; & les effais qu'il en fit lui apprirent
que le caractere effentiel de ceux
de cette efpece , eft de fe vitrifier trèsaifément
.
Pour le Karlin , il n'y en avoit qu'en
pâte , le Pere d'Entrecolles lui - même ne
l'avoit jamais vû tel que la Nature le
produit , auffi l'a - t- il comparé avec la
terre de Malte , à laquelle il ne reffemble
que par la couleur . M. de Reaumur
2. vol. avoüe
JUIN. 1727. 1427
avoue pourtant qu'il n'eut pas grande peine
à le reconnoître malgré fon déguifement
. Une des matieres que fes Experiences
l'avoient engagé à réduire en
poudre , lui avoit donné une pâte qu'il
crut revoir lorfqu'il vit le Karlin . C'eft
le Talc cette premiere idée ne le
trompa pas. Les Experiences les plus
décifives & qui ne fçauroient trouver
place ici , lui ont enfuite démontré que
le Karlin de la Chine étoit un véritable
Talc. Il avertit , au refte , de ne pas confondre
le Talc avec une matiere tranfparente
& feuilletée , à qui on en donne le
nom à Paris , quoiqu'elle ne foit qu'un
Gipfe ou plâtre qui fe calcine aifément ,
au lieu que le vrai Talc ne fe calcine point,
Les Matieres de la Chine étant connuës
, il ne reftoit qu'à fçavoir fi dans
l'Europe , & fur tout fi en France , on
en trouveroit qui valuffent le Petuntfe ,
& le Karlin ou Talc de la Chine . La
difficulté de raffembler des Matieres
propres à être effayées , de fçavoir où
les prendre , auroit feule pú arrêter
long- temps ; mais c'eft fur quoi M. de
Reaumur s'eft trouvé une grande avance .
Il avoit cherché pendant la Regence à
mettre à profit la difpofition où étoit feu
M. le Duc d'Orleans , d'étendre les con
poiffances utiles ; il donnoit chaque fe-
2. vol.
mains
428 MERCURE DE FRANCE .
maine à ce Prince éclairé des Mémoires
par rapport aux differentes Generalité
du Royaume , pour demander des inftructions
fur ce qu'elles produifent en Terres,
Pierres , Mines & matieres Minerales
quelconques.
Ces Mémoires étoient envoyés aux Intendants
, leurs réponses aux Mémoires
étoient accompagnées d'échantillons des
Matieres demandées ; & ces échantillons
compofent aujourd'hui à M. de Reaumur
un Cabinet également curieux & utile.
C'est là en partie qu'il a trouvé des Matieres
Analogues au Karlin , & au Petuntle
, & qu'il a vû que le Talc , qui
eft la plus importante des deux Matieres ,
peut être fourni par plufieurs Provinces
du Royaume , que quelques - unes en ont
de préferables à celui de la Chine .
Au refte , les méthodes qu'a fuivi
M. de Reaumur ne l'ont pas feulement
conduit à trouver les compofitions de la
Porcelaine de la Chine , & de celles de
l'Europe , elles lui en ont fait découvrir
un grand nombre d'autres très fingu
lieres .
Tant de recherches importantes ne
pouvoient être détaillées dans un Mémoire
de trois quarts d'heure de lecture.
Auffi M. de Reaumur ne s'y eft - il propofé
que de faire connoître les matieres
2. vol.
de
JUIN. 1727.
1429
> les
de la Porcelaine de la Chine , & de donner
des idées generales de ce qui doit
compofer un grand Ouvrage . Il ne fçauroit
fe
plaindre de
l'impatience qu'on a
de le voir bien-tôt paroître ,
quoiqu'il
ait fini , par fe plaindre avec raifon
d'une autre impatience plus propre à nôtre
Nation qu'à toute autre . Elle voudroit
jouir des inventions nouvelles auffitôt
qu'elles font propofées . Notre genie
nous porte d'abord affez à des projets
pour les faire valoir , mais il fe refufe
quand il faut foutenir les travaux
dépenfes , & les délais que demandent
les nouveaux établiſlemens . M. de Reaumur
a eû occafion d'éprouver combien il
eft difficile chez nous de les faire réuffir.
Il donna en 1722. au Public le fecret de
fondre les ouvrages de fer & d'acier aiſés
à reparer. Nous en avons rendu compte
dans differens Mercures. Malgré l'importance
de cette découverte , il lui a
fallu vaincre une infinité de contre- temps,
qui chacun pouvoient empêcher , qu'elle
ne fut miſe en pratique , & ce n'eſt que
de cette année qu'un établiffement confiderable
eft parvenu à faire voir des ouvrages
de ce métail d'une beauté furprenante
, & de toutes les efpeces , dont on
n'en avoit vû juſques ici qu'en cuivre ;
pendant qu'il falloit vaincre les obftacles
>
2. vol.
qui
1430 MERCURE DE FRANCE.
qui fe préfentoient , il falloit avoir le
courage de meprifer les difcours de ceux
qui toûjours prêts à décider , n'éxaminent
jamais rien . M. de Reaumur avoue
que cette difpofition du Public l'a empêché
depuis plufieurs années de lui communiquer
ce qu'il vient de commencer à
donner fur la Porcelaine ; il demande
même par grace qu'on n'éxige point de
lui qu'il en faffe jouir ; c'eft trop de charger
quelqu'un , & de l'invention & de
l'éxecution. Au refte , ce qui a le plus
contribué à le déterminer , à le publier
c'eſt la circonftance d'un miniftere auffi
bien intentionné , & auffi éclairé que celui
d'apréfent. Il fçaura donner aux recherches
utiles l'attention qui y eft neceffaire
, pour que le Public en tire les
avantages qu'elles lui promettent.
La Societé Royale des Sciences de
Montpellier , tint fon Affemblée publique
le 2 1. du mois dernier.
Le Secretaire y lut l'Eloge de M. de Bafville
, Confeiller d'Etat , cy- devant
Intendant de Languedoc , & Academicien
Honoraire ; Il y lut auffi l'Eloge de
M. Nilfolle , Academicien Anatomiſte.
Après la lecture de ces Eloges , M.
Fizes , qui en qualité de Directeur préfidoit
à l'Affemblée, lut un Mémoire fur
a. vol.
10
JUIN.
1727.
1431
le Cristal de Tartre , dans lequel il fit
voir tout le procedé de cette operation.
M. Fizes avoit été lui-même à Aniane
Village à cinq lieuës de Montpellier , où
l'on fabrique ce Criſtal ; il n'a par conſéquent
rien rapporté que ce dont il a été
le témoin oculaire. Aniane & Calviffon
font prefentement les feuls lieux où l'on
- travaille cette efpece de Marchandiſe.
M. Fizes fit remarquer que deux hommes
fuffisent à travailler dans un jour cent
cinquante livres de Tartre , dont ils retirent
le même jour quatre- vingt - dix
ou cent livres de beaux Criftaux bien
blancs que l'on envoye dans tout le
Royaume , & même dans le païs Etranger.
,
M. Lamorier , Anatomiſte , fit voir
enfuite l'Anatomie de la Seche. Ce Poiffon
eft d'une ſtructure toute particuliere.
Il montra auffi l'ufage de deux cordons
, longs d'environ deux pieds , qui
lui fervent de Trompes , & avec lef
quelles il peut prendre les Poiffons & les
petits coquillages qui lui fervent de nourriture
. Ces Trompes font armées de Cotyledons
qui s'attachent fi fortement aux
corps , que la Seche veut faifir , qu'on
ne fçauroit les en féparer qu'avec beaucoup
de peine. Si ce font de petits poif
fons ou de coquillages que la Seche fai-
2. vol. G fit ,
1432 MERCURE DE FRANCE.
fit , elle les porte par le moyen de ces ef
peces de Trompes dans fa bouche , qui
eft faite comme le bec d'un Perroquet ,
avec cette difference que la mâchoire inferieure
de la Seche fe releve par deffus
la fuperieure , & y forme une espece de
crochet.
Outre ces deux Trompes ou cordons ,
la Seche a huit pieds , fitués tout autour
de la bouche , & armés de même que les
cordons , de Cotyledons , & ces Cotyledons
, outre l'ufage qu'on leur a déja affigné
, fervent à la Seche à s'attacher trèsfortement
aux Rochers , quand la mer
eft agitée , ou que la Seche veut fe repofer.
Ce Poiffon a une veffie remplie d'une
liqueur noire & épaiffe , & dont on peut
ſe fervir ,en la délayant , comme de l'encre
ordinaire. M. Lamorier avoit écrit
avec cet encre le Mémoire qu'il lut à
l'Affemblée . Il fit voir par quelle Mécanique
la Seche vuide cette liqueur
lorfqu'elle veut fe dérober à la vûë
des Pecheurs , ou qu'elle veut éviter
quelques Poiffons de rapine , elle verſe
alors cetre liqueur noire , & fait autour
d'elle un nuage fi épais , qu'elle donne par
là le change aux Pecheurs & aux Poiffons
qui la pourfuivent .
M. Lamorier fit voir encore le foye de
2. vol.
со
JUIN. 1727. 1433
ce Poiffon , fon eftomac , fes boyaux ,
le cloaque , la difference du mâle avec
la femelle , l'os qu'elle a pardeffus fon
dos , dont les Orfevres fe fervent pour
jetter en moule , & qui eft un très - bon
abforbant dont on fe fert en Medecine .
La Séance finit par un Mémoire de
M. Riviere , Chymifte , qui donna l'Analyſe
du Bitume de Bugarach , Montagne
du Diocèle d'Alet , & fit voir qu'il
ne differoit de l'Ambre jaune qu'on apporte
de la Pruffe , que parce que ce dernier
eft beaucoup plus pur que celui de Dugarach
; mais comme par l'Analyſe l'un
& l'autre ont fourni les mêmes principes
, M. Riviere conclut que cette difference
ne changeoit point l'efpece , & que
ces Ambres font de veritables Mineraux
ou huiles de terre , épaiffis par des eaux
falées acidules que l'on trouve en abondance
dans les Païs où l'on ramaffe ces
fortes d'Ambres , dont le jayet eft auffi
une espece .
M. Fizes récapitula ces deux derniers
Mémoires , & fit remarquer à l'Affemblée
, qué c'étoit autant de materiaux qui
doivent avoir leur place dans l'Hiftoire
naturelle du Languedoc , à laquelle la
Societé Royale travaille actuellement.
2. vole Gij EX
1434 MERCURE DE FRANCE:
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lyon,
contenant ce qui s'eft paffé dans les trois
dernieres Affemblées de l'Academie des
Sciences & des belles Lettres de cette
Ville.
Oces
Na reçû à l'Académie des Scien
ces & des Belles - Lettres , dans une
Affemblée publique de cette Académie,M,
Gauthier de Mondorge , pour remplir la
place vacante par le déceds de M. de Gla
tigny , Avocat du Roy au Préfidial de
Lyon. Le nouvel Académicien prononça
un Difcours fur fa Reception , auquel
M. de Regnault , Directeur , répondit.
M. Lainé , l'un des Académiciens , lut
enfuite un Difcours fur l'utilité de la
fcience des Médailles , dont il a un Cabinet
des plus complets & des plus curieux
.
M. de Billy termina l'Affemblée par
une Differtation fur les Libations que
faifoient les Anciens dans les repas publics
& particuliers . On a auffi reçu dans
cette Académie M. Rey , Medecin . Le
jour de cette Affemblée , le nouvel Aca
démicien , outre fon Difcours de Reception
, lut une Differtation Phyfique fur
le Phenomene Celefte qui parut le mois
d'Octobre dernier , & en donna une
2. vol,
сацт
JUIN. 1727: 1431
caufe nouvelle , & ingenieufement imaginée
.
M. de Pont Saint -Pierre lut auffi une
Differtation Phyfique , où il expliqua un
nouveau Systême de la Végetation des
Plantes par le mouvement des feuilles ,
qu'il appuya
de preuves naturelles & ingenieufes
.
M. Aubert , Directeur , répondit à
l'un & à l'autre Académicien avec beaucoup
d'éloquence & de politeffe.
Il y a eut une troifiéme Affemblée publique
après les Fêtes de Pâques , conformément
aux Reglemens de l'Académie
, dans laquelle le Pere Colonia , Jefuite
, lut un fragment de fon Hiftoire
Litteraire de la Ville de Lyon , qu'il va
bien-tôt donner au Public : & M. de
Fleurieu prononça un Difcours fur l'Eloquence.
M. Aubert , Directeur , répondit
à l'un & à l'autre .
Le 16. Juin , l'Académie Françoife s'étant
affemblée pour remplir la place vacante
de M. de Malezieu , élut M. Bouhier
, Prefident à Mortier , Honoraire
du Parlement de Dijon , Magiftrat connu
,
fa
non -feulement par fa naiffance &
par fon merite , mais encore par
pro .
fonde érudition . M. le Cardinal de Fleury
affifta à cette Aſſemblée.
2. vol.
Giij M.
1436 MERCURE DE FRANCE
M. Barry , Docteur en Medecine ,
publié à Londres un Traité de la Confomption
du Poulmon . Cet Ouvrage eft
precedé d'une Explication de la Nutrition,
de la Structure & de l'ufage du Poulmon.
Vol. in 8. de 276. pages , fans la
Préface , 1727%
On mande de la même Ville que M.
Dawſon , Docteur en Théologie , a donné
une Differtation fur les Apparitions de
Samuel à Ender. Il en foutient la réalité.
in 8. de 184. pages , 1727 .
"
Le même Auteur promet quelques Differtations
fur le Songe de la femme de
Pilate ,fur l'Apparition de Moyfe & d'Elie
, fur la délivrance de S. Pierre par un
Ange , & fur la Réponſe d'Abraham au
Mauvais Riche.
On mande auffi qu'un Medecin Anglois
a publié un Livre intitulé :The Ladies Phifical
Directory. Le but de cet Ouvrage eft
de mettre les femmes en état de devenir
elles - mêmes leur Medecin , & en leur
épargnant la honte & les frais de fe découvrir
, leur apprendre à connoître les
caufes & les remedes de leurs maladiesfecrettes.
On a trouvé depuis peu dans la terre
2. vol .
à
JUIN 1727. 1437
à Aire , petit Bourg en Ecoffe , fitué ſur
la Riviere de Caron , à 18. milles d'Edimbourg
, un Canot qu'on croit être du
temps des Romains. Il a 36. pieds de
long , 4. de large par le milieu , 4. pieds
& 4. pouces de profondeur , 4. pouces
d'épaiffeur, & il eft fait d'une feule piece
de bois de chêne qui s'eft extraordinairement
endurcie & très- bien confervée.
On trouve chez Simart , ruë S. Jacques
, à Paris , la nouvelle Edition de la
Critique des Annales de Baronius , par
le Pere Pagi . 4. vol . in fol. A. Anvers
1727.
"
SPECTACLES.
Ura la fin de cemois les Comediens
François reprirent la Tragedie d'Oedipe
de M. de Voltaire , que le Public a
revûe avec beaucoup de plaifir. La Dlle le
Couvreur & le fieur du Frefne y joüent
les principaux rôles avec beaucoup d'applaudiffemens.
Ils ont auffi repris la Tragedie
de Scevole de Durier , dans laquelle
le fieur Baron & la Dlle Duclos qui y
jouent les premiers rôles , font extrêmement
applaudis.
2. vel. Les
G iiij
1438 MERCURE DE FRANCE.
Les mê.nes Comediens repetent une
petite Piece nouvelle en Profe , de M. de
Boilly , intitulée : Le François à Londres.
On en parlera dans le prochain Mercure .
On repete à l'Opera le Ballet du Jugement
de Paris , pour donner le mois
prochain.
Les Comediens Italiens donneront auffi
en ce temps -là une Piece nouvelle fous
le titre de l'Horoscope accompli.
Les mêmes Comediens donnerent le 13 .
May la premiere Repréſentation d'une
Comedie en Profe & en trois petits Actes ,
intitulée Arlequin Aftrologue , dont l'Auteur
eft anonyme . Nous en allons donner
un Extrait pour fatisfaire à nos obligations.
ACTEURS.
Dorimene , mere de Julie. La Dlle la
Lande.
Julie , fille de Dorimene , & Amante d'ELa
Dlle Thomaffin. rafte.
Erafte , Amant de Julie , déguiſé en Jardinier.
Le fieur Lélio le fils.
Oronte , Amoureux de Julie . Le fieur
Pacquetti.
Colombine , Suivante de Julie. La D'le
Lelio.
2. vol.
Arlequin
JUIN. 1727. 1439
Arlequin , Valet d'Erafte , travefti en Al-
Le fieur Thomaffin. trologue.
Trivelin , Valet d'Oronte. Le fieur Do
minique.
La Scene eft dans une Maifon de Cam
pagne de Dorimene.
ACTE I.
Arlequin commence l'Acte ; il ches
che Erafte fon Maître , qui s'eft fouftrait
à fes yeux depuis quelques jours . Il le
trouve déguilé en Jardinier au ſervice
de Dorimene , fous le nom de Lucas ; il
ne le reconnoît pas fous ce traveſtiſſement
, ce qui lui donne lieu de croire
qu'il ne fera pas reconnu de Dorimene
ni deJulie. C'eſt une précaution que l'Auteur
a prife, pour répondre d'avance aux objections
que les Critiques pourroient lui.
faire fur cela : ce n'eft pas à nous à décider
fi ces objections feroient bien ou
mal fondées ; on ne difpute point fur les
faits ; c'en eft un qu'Erafte n'a pas été
reconnu de fon propre Valet. L'Auteur
fait entendre par là que la raifon doit fe
taire où l'experience parle. Erafte rend
compte à Arlequin du fujet qui l'a obligé
de venir fe mettre au fervice de Dorimene
, en qualité de Jardinier. Dorimene
20. vol. Yout Gy
1440 MERCURE DE FRANCE.
veut marier Julie à Oronte ; & c'eft pour
rompre ce mariage qu'Erafte s'eft travelti.
Il propofe à Arlequin de fe traveftir luimême
en Aftrologue pour en impoſer à
Dorimene qui ajoûte beaucoup de foi aux
Devins . Pour mieux engager Arlequin à
le fervir dans ce déguifement , il le prend
par fon.foible. Arlequin eft amoureux de
Colombine , qu'il foupçonne d'aimer
Trivelin , Valet d'Oronte , que Dorimene
deftine à Julie fa fille . Erafte emmene
Arlequin , pour l'empêcher de fe montrer
à qui que ce foit . Ils vont au Cabaret
pour prendre leurs mefures pour
le ftratagême qu'Erafte a imaginé. Dorimene
vient avec Julie dans le temps
qu'Erafte & Arlequin fe retirent. Elle
fe prévaut de l'ingenuité de fa fille pour
penetrer ce qui fe paffe dans fon coeur ;
Julie lui avoue naturellement qu'elle ne
veut point d'Oronte pour Mari , parce
qu'elle a fait choix d'un Amant qui eft
plus de fon goût ; elle lui dit qu'Erafteeft
cet Amant préferé , & qu'elle croit
avoir bien choifi , puifqu'elle a ſuffiſamment
éprouvé fa conftance avant que de
lui faire connoître le progrès qu'il a fait
fur fon coeur. Dorimene qui n'aime pas
moins Erafte que fa fille , & qui ne lui
a interdit l'entrée de fa maifon que parce
que Julie l'emportoit fur elle dans fon
2. vol.
1
Coeur,
JUIN. 1727.
1441
coup
coeur , lui deffend de penfer à Erafte &
lui ordonne de fe préparer à recevoir la
main d'Oronte , dont les richeffes la rendront
heureufe . Oronte vient , Dorimene
fait retirer fa fille , Julie lui obéït , mais
elle fait entendre par un à parte qu'elle
va fe cacher dans un lieu d'où elle puiffe
entendre la converfation de fa mere &
du vieux Epoux qu'elle lui deftine . Dorimene
dit à Oronte qu'elle trouve beaude
réfiftance dans le coeur de Julie
au fujet du Mariage dont elle vient de lui
parler. Oronte fe promet de lever tous
les obftacles à la faveur de fes richelles.
Dorimene le quitte pour aller donner
ordre à quelques affaires . Julie vient un
moment après ; elle dit à Oronte qu'elle
a entendu toute la converfation qu'il
vient d'avoir avec fa mere ; elle ajoûte
Dorimene fe trompe fort. Oronte fe
flate que ces paroles lui font favorables ,
& qu'il n'eft pas auffi defagréable aux
yeux de Julie que fa mere le croit ;
mais Julie ne le laiffe pas long - temps.
dans cette erreur ; & fans s'expliquer en
termes ambigus , elle lui déclare qu'elle
ne l'aime point , & qu'elle ne l'aimera
jamais ; elle fe retire après un aveu fi
fincere. Oronte en eft un peu déconcerté,
mais il ne perd pas eſperance.
que
2. vol.
ACTE G vj
1442 MERCURE DE FRANCE
ACTE I I.
> Arlequin malgré la deffenfe , qu'Erafte
lui a faite de fe montrer avant fon
traveſtiſſement en Aftrologue , ne peut
réfifter au defir qu'il a de parler à Colombine
, pour fçavoir fi elle lui préfere
Trivelin . Colombine vient ; elle n'eft pas
trop aife de le voir , parce qu'elle aime
fon Rival ; mais elle diffimule fon mécontentement
. Elle lui demande des nouvelles
d'Erafte , & lui dit que tout abfent
qu'il eft , il eft toûjours prefent au fouvenir
de Julie , dont il eft tendrement
aimé. Arlequin lui répond , qu'il n'eft plus
Valet d'Erafte , & qu'il a trouvé un Maître
qui vaut infiniment mieux . Il lui dit
qu'il eft prefentement au fervice du
grand Aftrologue Benifcraque , dont le
pouvoir eft fans borne . Il fait entendre
par là à Colombine , que fi Trivelin eft
affez témeraire pour lui difputer fon
coeur , il le fera danfer au mileu des airs"
par le fecours de quelques Lutins que
fon Maître lui prêtera .. Colombine faifie
d'effroi , prend le parti de diffimuler ,
elle lui jure qu'elle ne peut fouffrir Trivelin
, & qu'elle n'aime que lui . Erafte
arrive , toûjours déguifé en Jardinier ; il
eft en colere contre Arlequin & le me-
2. vol..
nace
JUIN. 1727. · 1443
race tout bas de le punir de la défobéïffance
; Arlequin feignant de le méconnoître
, le prend avec lui fur un ton convenable
à un homme qui eft au fervice
du grand Benifcraque , & qui n'a affaire
qu'à Lucas. Arlequin fort pour s'aller
traveftir . Le feint Jardinier apprend de
Colombine que Julie a refufé la main
d'Oronte , parce qu'elle aime un jeune
Amant qui s'appelle Erafte. Le faux Jardinier
lui dit qu'il fervira Julie dans cet
amour autant qu'il dépendra de lui. Julie
vient , elle lui témoigne une grande envie
d'entretenir PAftrologue avant ſa
mere ; elle prie Lucas de ne point l'abandonner
, parce qu'elle craint ces fortes
de gens qui ont commerce avec les Démons
; Erafte la met adroitement fur le
chapitre de fes amours fecretes , & a le
plaifir d'apprendre qu'il eft arrivé au - delà
de toutes fes efperances ; il lui donne
la main pour la conduire auprès de Be
nifcraque , dont Dorimene attend l'arri
vée avec impatience .
ACTE III.
La premiere Scene de ce dernier Acte
eft entre Trivelin & Arlequin déguifé ent
Aftrologue . Arlequin fait tant de frayeur
à Trivelin , qu'il l'oblige à lui promettre
2a Vol.
de
1444 MERCURE DE FRANCE .
de renoncer à Colombine ; le prétexte
que le feint Benifcraque prend pour exiger
de Trivelin cette renonciation , c'eft
qu'il a pris Arlequin fous fa protection
parce qu'il eft à fon fervice. Trivelin fe
retire tout tremblant & jure de ne plus
s'expofer à pareil danger. Dorimene &
Oronte viennent confulter l'Aftrologue ;
Oronte n'eft pas à beaucoup près fi crédule
que Dorimene. Benifcraque les fait
retirer tous deux , & veut commencer par
Colombine qui demande auffi à le confulter.
Elle fait entendre à Benifcraque
qu'elle a deux Amants , mais qu'elle n'en
aime qu'un ; elle ajoûte qu'elle eft obligée
de cacher le fecret de fon coeur,parce
que le Maître de celui qu'elle n'aime
point eft dans cette maifon ; elle veut
parler de Beniferaque , parce qu'Arlequin
lui a dit dans le premier Acte, qu'il s'eft
mis au fervice de ce celebre Aftrologue
; Arlequin prend le change , & croit
qu'elle parle de Trivelin qui eft au
fervice d'Oronte . Cet équivoque donne
une grande joye à Arlequin , mais
il est bientôt détrompé . Colombine lui
dit que c'eft Trivelin qu'elle aime . Arlequin
ne peut fe contenir , il jette fa
barbe & fa Robbe par terre , & fe fait reconnoître
à Colombine pour cet Amant
à qui elle a l'injuftice de préferer Tri-
2. vol.
velin.
JUIN. 1727. 1445
velin . Au bruit des injures qu'il dit à
Colombine , Dorimene , Oronte & le
faux Lucas viennent , ils font fort étonnez
de trouver Arlequin au lieu de Benifcraque
. D'abord cette balourdife détruit
le ftratagême d'Erafte ; mais tout eft bientôt
raccommodé; Oronte apprenant que Julie
aime Eraſte , & voyant cet Amant aimé
travefti chez fa future épouse , renonce
à un hymen fi dangereux pour lui ; & Dorimene
, après un tel éclat , prend ſagement
le parti de confentir au mariage de
fa fille avec Erafte , à qui elle promet
fon
amitié. Arlequin fe trouve feul malheureux
; mais il n'en peut accufer que luimême.
LETTRE écrite de Londres , fur
Shakespear , Poëte Dramatique .
C'matieres , Mefleurs , que vous avez
'Eft fans doute par l'abondance des
ceffé de donner des morceaux fur le
Théatre Anglois pour le faire connoître
en France , comme vous en aviez formé
le deffein . Il ne tiendra pas à mes foins
que vous ne donniez à vos Lecteurs une
pleine fatisfaction là - deffus , & qu'on ne
foit auffi inftruit en France de ce qui fe
paffe en Angleterre au fujet des Spectacles
& des Pieces de Théatre , qu'on l'efe
2. Vola
4 .
1446 MERCURE DE FRANCE:
à Londres de ce qui fe paffe à Paris . Je
ne vous parlerai aujourd'hui que du Poëte
Tragique & Comique Shakeſpear
mort en 1676. & concurrent de Ben-
Johnſon , à qui il difpute le premier
rang. La derniere édition de fes Oeuvres
en 9. volumes in 8. eft de 1710. à Londres
.
Les Anglois regardent encore cet Auteur
comme le plus admirable Ecrivain
dans le genre Dramatique , & à qui dans
prefque tous les Prologues de ceux qui
l'ont fuivi , ont dreffe des Autels conne
à un Ange tutelaire du Theatre. On convient
cependant qu'il n'a obfervé aucunes
regles ; mais on lui pardonne comme
à un genie audeffus des regles , & qui
n'en avoit que faire pour toucher & pour
enlever le Spectateur. Il refte à fçavoir
s'ils font bien perfuadez de ce qu'ils
difent. A la verité , ce Poëte avoit beaucoup
de genie comme il écrivoit , pour
ainsi dire , à tout hazard, il attrapoit de
tems en tems des traits inimitables , mais
fouvent ils font accompagnés de chofes
fi peu nobles , qu'on peut douter fi dans
fes Ecrits la baffeffe releve le fublime ,
ou fi c'est le fublime qui fait fentir plus
fortement la baffeffe.
Il n'a imité perfonne , & tirant tout de
fa propre imagination , il a , pour ainfi
Zoo Vol. dire
»
JUIN. 1727. 1447

dire , abandonné fes Ouvrages aux foins
de la Fortune , fans choifir les circonftances
nobles & propres à fes fujets , & fans
écarter celles qui étoient inutiles & indécentes
; on ne voit pas même dans fes
Piéces , que par fon propre
raifonnement
il ait tiré de la nature de la Tragedie la
moindre regle fixe pour remplacer celles
des Anciens qu'il avoit négligé d'étudier.
Ses perfonnages voltigent de l'Orient
à l'Occident , & le Spectateur eft
obligé de fe trouver tantôt avec eux dans
une partie du monde , & tantôt dans une
autre. Pour les bornes du temps il les refpecte
fi peu, que l'efpace de 2. heures reprefente
fouvent , dans les Piéces , un bon
nombre d'années, & qu'on voit dans un Acte
, un homme fait dans la perfonne de
celui qu'on a vû enfant dans quelqu'un
des Actes qui précedent . Plufieurs de fes
Tragedies contiennent la vie prefque entiere
de fes Heros ; il y en a entr'autres
cinq ou fix qui font une bonne partie de
l'Hiftoire d'Angleterre : il eft vrai qu'on
n'appelle ces Piéces qu'Hiftoires Tragiques
, mais elles ont été faites pour être
reprefentées fur le Theatre , & ce titre
fait voir uniquement que l'Auteur ou
l'Editeur a fenti les deffauts qu'on vient
de reprendre. Cependant il faut du moins
refléchir pour fentir des deffauts de cette
2. vol.
nature
1448 MERCURE DE FRANCE.
nature , & le divin Shakeſpear tombe
dans d'autres , à l'égard defquels il ne
faut avoir que du fentiment pour les trouver
infuportables dans les endroits les
plus touchants de quelques-unes de fes
Tragédies , où le Spectateur eft tout attention
, & où il prépare déja fon coeur
à l'agitation que le Poëte y va faire naitre
; en un mot , dans la criſe de la Piéce ,
il interrompt l'attention , & tranquilife
l'émotion du coeur , par des Scenes Comiques
, fi bouffonnes quelquefois , qu'à
peine feroient -elles affez graves pour le
Théatre Italien .
C'eft à peu près de la maniere qu'on vient
de dire , que le célebre Shakeſpear a traité
toute l'Hiftoire d'Angleterre , depuis
Guillaume le Conquerant , jufqu'au regne
fous lequel il a vêcu . On peut croire
qu'il a dû faire un prodigieux nombre de
ces fortes de Tragedies , & l'on ne court
pas rifque de fe tromper il en a tant
fait , que pour la quantité il peut aller de
pair lui feul avec tous les Auteurs Tragiques
eftimez , qui ont écrit en France
dans tout le dernier fiecle. L'on a de la
peine à concevoir comment l'âge d'un
feul homme a pû fuffire à un travail fi
long , & comment tant de Plans divers
ont pû fortir d'une même imagination.
i eft vrai que quand on écrit fans fe
2. vol .
prefJUIN.
1727. 1449
prefcrire des regles , & en donnant carriere
à fon imagination , on peut écrire
beaucoup .
Cet Auteur , dit M. Collier en fa
Critique du Théatre Anglois , a l'imagination
affez belle , il penfe naturellement ,
il s'exprime avec fineffe ; mais ces belles
qualitez font obfcurcies par les ordures
qu'il mêle dans fes Comedies. Il a eû
autant de fuccès dans le Tragique que
dans le Comique .
Les Ouvrages de cet Auteur ont été imprimez
en 1710.en 6.vol.in 8. à Londres,
par les foins de M. Bour ; mais quelque
application qu'on ait donnée pour que
cette nouvelle édition des Comedies de
Shakeſpear fut complette , on a pourtant
omis quelques Piéces du même Auteur.
Un Libraire de Londres les a recueillies
dans un feptiéme volume , avec une Differtation
fur l'art de la Comedie , fon origine
& fon progrès chez les Grecs , les
Romains, les Anglois , & des Remarques
fur les Comedies de Shakeſpear. Il ne
s'eft point attaché à l'unité de temps &
de lieu , & ne s'eft nullement fervi des
Anciens. Il a cependant parfaitement imité
la nature dans toutes fes Piéces , foit
Comedies ou Tragedies : tout le monde
l'y voit , & on ne le peut lire fans être
touché.
1
2. vol. Quel1450
MERCURE DE FRANCE.
Quelques Poëtes modernes ont avec
fuccès changé quelques - unes de fes Piéces
, & en ont rendu l'Anglois plus mo
derne & plus à la mode.
On ne joue plus que quelques Piéces
de cet Auteur . Sa Comedie Intitulée le
Chevalier Jean Falstaff, eft fon meilleur
Caractere. On voit encore d'autres "
Comedies de lui , qui font la Tempête on
P'Iſle enchantée , les Femmes joyeuses de
Windfor , & c. Entre fes Tragedies , on
diftingue celles de Jules- Cefar , de Macbeth
, du Roy Lear , Roy d'Angleterre ,
avec fes trois filles , d'Antoine & Cleopatre.
La vie & la mort du Roy Richard
III. avec l'arrivée du Comte de Richemont
en Angleterre , & la Bataille de
Bosworthfield.
Le titre feul de cette derniere Piéce en
fait affez la Critique. Elle eft bien moins
fupportable que celle dont je vous parlerai
du Prince de Danemarck , en voici le
Sujet :
,
Le Roy Henry V I. après avoir été traverfé
dans fa vie par divers défaftres
étant mort , auffi -bien que le Prince de
Galles fon fils , tué par Richard , Duc
de Glocefter , & par là , la Royauté étant
paffée à la Maifon d'York dans la Perfonne
d'Edouard IV . frere de Richard
ce dernier fe réfout à envahir le Thrône,
2. vol.
quai.
JUIN. 17270
1451
J
1
quoiqu'il en puiffe arriver . Il commence
par rendre fufpect au Roy fon frere aî
né , Georges , Duc de Clarence , qui eft
mis à la Tour. Amoureux d'Anne , veuve
du Prince de Galles , il la rencontre
qui fuit le cadavre de Henry V I. fon
beau pere. Elle dit toutes les injures les
plus groffieres à fon déteftable Amant ,
& l'accable de malédictions ; cependant
touchée par la priere qu'il lui fait de le
tuer elle même , elle l'accepte cavalierement
pour fon Epoux. Le Roy par précipitation
donne ordre de maffacrer Clarence
, & fon frere l'ayant fait executer
à la hâte , Edouard en meurt de chagrin ,
Ayant confié la Tutele de fes deux fils ,
Edouard Prince de Galles , & Richard
Duc d'York , à fon frere le Duc de Glocefter
, ce monftre fait étouffer dans la
Tour ces jeunes Princes , & il eft proclamé
Roy fous le nom de Richard III .
Plufieurs Seigneurs qu'il croit peu favorables
à fa tyrannie , perillent par fes
ordres. Dans une des Scenes , on le préfente
fur le Theatre endormi au milieu
de la nuit , & les efprits de toutes les
victimes de fa cruauté , s'offrent à lui en
fonge , & réellement aux Spectateurs 3
ces vifions l'accablent de remords , déchirent
fon ame , & lui donnent un preffentiment
de la funefte cataſtrophe qui lui
3
2. vol.
arrive
4452 MERCURE DE FRANCE .
arrive dans la campagne de Bofworht , où il
eft défait & tué par le Comte de Richemont
, qui en vengeant tant de perfonnes
illuftres & innocentes , parvient à la
Royauté. Ce qu'il y a de plus particu
lier dans cette vifion nocturne , c'eſt que
les efprits parlent tantôt au Comte de
Richemont , & tantôt à Richard , qui
étoient pourtant chacun dans fon propre
Camp .
Mais je m'apperçois que ma Lettre devient
trop longue. Je remets à une autre
fois à vous parler du Prince de Danemarck
& d'Othello , deux fameufes Tragedies
de Shakeſpear. Je fuis , &c.
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
N a appris par les Lettres de Confantinople
, que les Troupes ,
du
Grand- Seigneur refufoient d'aller fervir
en Perfe ; que la plupart des Soldats defertoient
avec leurs armes ; que les Officiers
n'ofoient faire punir aucun Deferteur
, de crainte d'exciter un foulevement
general que de 8000. Janniffaires qui
s'étoient mis en marche au commence-
2. vel
ment
JUIN 1727. 1453
ment d'Avril pour aller joindre l'armée
de S. H. qui eft aux environs de Bagdat,
il n'en étoit refté que mille ; les uns s'étant
fauvez par bandes , & les autres
ayant refufé de paffer les Frontieres de
l'Empire que les Troupes levées dans
la Morée & dans les Provinces d'Europe ,
refufoient auffi d'aller en Perfe , & s'étoient
foulevées contre leurs Officiers
& qu'on craignoit que les Tartares qui
s'étoient rendus fur les bords de la Mer
Noire au nombre de 30000. pour s'embarquer
fur les Saïques qu'on y a raffemblées
, ne fuivent ce mauvais exemple.
Les mêmes Lettres ajoûtent qu'il y
avoit eu une émotion populaire à Conftantinople
, à l'occafion de ces fâcheufes
nouvelles , mais qu'on avoit prévenu à
temps l'execution du projet des Séditieux ,
le G. S. s'étoit déterminé à faire
offrir trois Provinces en toute Souveraineté
au Sultan Acheraf , à condition qu'il
confentit au rétabliffement du Prince
Thamas fur le Trône de fon pere.
&
que
D'autres Lettres difent que le Sultan
Acheraf avoit époufé une des filles du
Roy détrôné , que ce Mariage qui_lut
avoit attiré l'affection des Grands Seigneurs
du Royaume , avoit augmenté fi
confiderablement fon parti , qu'on ne
croyoit pas qu'il fût aifé de le chaffer
2. vol.
des
1454 MERCURE DE FRANCE .
des Provinces dont il s'eft mis en
poffeffion ; qu'il avoit écrit & fait écrire
par la Princeffe fon époufe au Prin
ce Thamas fon beau - frere , pour l'engager
à quitter les Montagnes & à venir partager
le Trône avec lui ; qu'il avoit auffi
écrit au Pacha de Babilone , General de
l'Armée du G. S. pour l'affurer qu'il ne
figneroit jamais d'autre Traité que celui
dont il avoit fait remettre le projet à S. H.
& par lequel il fe propofe de rétablir le
Gouvernement de Perfe fur l'ancien pied.
Les mêmes Lettres ajoûtent que le
G. S. avoit envoyé un Aga à Petersbourg,
avec commiffion d'engager la Cour de
Ruffie à unir fes forces à celles de S. H.
pour remettre le Prince Thamas fur le
Trône de fes Ancêtres , conformement
au Traité fait avec le feu Czar en 1721 ,
O
RussIE.
Na envoyé des ordres à Cronfloot
de faire partir pour Revel les Vaiffeaux
de Guerre qui font actuellement
en état de mettre à la voile , & de faire
cefler l'armement des autres...
Le 27. May , le Corps de la Czarine
fut porté vers les 9. heures du foir à
l'Eglife de la Sainte Trinité , d'où on le
tranfporta avec beaucoup de pompe &
2. vol.
de
JUIN. 1727. 1455
de magnificence à l'Eglife de S. Pierre &
S. Paul , où il doit être inhumé , à côté
de celui du feu Czar fon époux . Le Confe
fit dans l'ordre fuivant .
voy
24. bas Officiers , l'épée nuë , la pointe
en bas.
4. paires de Timbales & 12. Trompettes
, avec des banderoles de deuil .
Le Maréchal de Mariotti , à la tête de
36. Négocians - Changeurs. Le Maréchal
& le Confeiller de Riga , avec les Né
gocians des Provinces conquifes. Le
Baron de Stromfeld , Maréchal de la Nobleffe
de ces Provinces . 3 6. Pages , précedez
de leur Gouverneur.
Le Maréchal- Brigadier Heyn , marè
chant à la tête de l'Etendart de Sang
porté par un Colonel , 32. Etendarts des
Provinces , avec les Armes de chaque
Province , portez par des Capitaines &
Majors . Les Etendarts de l'Amirauté , de
l'Empire & de Parade , portez par des
Colonels.
Le Chevalier qui devoit monter le
Cheval de parade , allant à pied , avec
un Harnois doré.
Un Capitaine, accompagné de deux Che
valiers Gardes .
Les 7. principales Armoiries de Ruffies
portées par les Colonels.
+
La grande Armoirie de Ruffie , por
2. vol.
H
1456 MERCURE DE FRANCE .
tée par 4. Generaux -Majors , & foute
nuë par 4. Capitaines .
Les Chantres , les Moines & les Prêtres.
Les Archimandrites , les Evêques &
les Archevêques . 2. Heraults d'Armes .
4. Glaives de l'Empire , portez par des
Colonels.
.
Les Ordres de Chevalerie ; fçavoir ,
celui de l'Aigle blanc , de Pologne
portez par le General -Major Urbanwitz
relui de S. Alexandre , par M. Nariskin
Grand-Maître de la Cour de la Ducheffe
de Holſtein ; celui de Sainte Catherine ,
par le Prince Menzikof , Grand - Chambellan
celui de S. André , porté fur un
quarré de drap d'or , par le Comte de
Baffowitz .
Les Ornemens de l'Empire : fçavoir ,
la Couronne de Siberie , portée par le
General - Major de Brigni ; celle d'Aftracan
, par Milord Juftus ; celle de Cazan ,
par le General - Major de Coulon ; le
Globe Imperial , par le Confeiller Privé
Makaroff. Le Sceptre Imperial , par l'Amiral
Siever ; la Couronne Imperiale ,
le General Mammonof.
par
Le General Gunther , Grand Maréchal
, fuivi de trois Sous- Maréchaux ,
ayant rang de Lieutenans Generaux.
Deux Hauts Officiers.
Le Corps de la Czarine fur un Char
2. vol.
tiré
JUIN. 1727. 1457
tiré par 8. Chevaux , fous un Dais de
velours cramoifi , bordé d'argent . Quatre
Confeillers du Confeil Privé foutenoient
les 4. coins du Poële , qui étoit de drap
d'or . 8. Generaux - Majors portoient les
glans duDais . 8. Brigadiers foutenoient ce
Dais. Douze Colonels conduifoient le
Corps. Les Chevaliers- Gardes , à pied ,
accompagnoient le Char.
Trois Maréchaux .
Le Czar, ayant à fa droite le Prince
Menzikoff , Generaliffime ; & à fa gauche
, le Baron d'Ofterman , Gouverneur
de S. M.
La Ducheffe de Holftein , accompagnée
du Comte Apraxin , Grand - Amiral , &
du Comte Gollowkin Grand- Chevalier.
La Princeffe Elizabeth , accompagnée
du Velt Maréchal - Comte Sapieha ,
& Prince Gallitzin . La Grande Ducheffe,
accompagnée de l'Amiral Ifmaiawitz &
du General Munik. Le Duc d'Holftein ,
accompagné du Comte Boule & Baron
Stamké , & fuivi des principaux Seigneurs
de fa Cour , &c .
Les Dames & les Officiers de la Cour
les Colleges , felon leur rang , un grand
nombre d'Officiers de Terre & de Mer ;
la Noblefle de Ruffie , les Bourgeois
& Négocians Ruffiens, 30. bas Officiers ,
l'épée nuë , la pointe vers la terre , & c .
2. vol.
Le Hij
1458 MERCURE DE FRANCE .
Le 28. le Czar dépêcha deux Boyars
à la Czarine fon Ayeule , premiere femme
du feu Czar , qui eft releguée depuis
plufieurs années dans le Monaftere de
Schluffelbourg , pour lui faire part de fon
avenement au Trône , & lui rendre la
liberté . On ne fçait pas encore fi cette
Princeffe aura la permiffion de venir à la
Cour , mais elle a celle de voir le Comte
Apraxin , Grand - Amiral , fon frere.
On a reçû des Lettres du Prince Dol
horuki , qui commande les Troupes
Mofcovites en Perfe , par lesquelles il
donne avis qu'en revenant du Chilan , il
avoit conquis avec une partie de fa Cavalerie
, la plupart des Provinces fituées
fur les bords de la Mer Cafpienne , qui
devoient être cédées au feu Czar par
le Traité qu'il avoit fait avec le G. S,
& que les Peuples de ces Provinces s'étoient
obligez de payer à leur nouveau
Souverain un tribut annuel de 100. mille
Roubles.
On a commencé de faire à Petersbourg
des préparatifs pour la ceremonie des
Fiançailles du Czar avec la feconde fille
du Prince Menzikoff.
1
2. vol.
DANS
JUIN.
1727. 1459
DANNEMAR C.
Left arrivé de Norwegue à Copenqui
ont été diftribuez fur les Vaiſleaux
du Roy & fur quelques Bâtimens plats
qu'on joint à l'Efcadre de S. M.
ALLEMAGNE.
S liminales avoient été fignez à laris ,
Ur la nouvelle que les Articles préon
envoya ordre le 8. de ce mois aux
Troupes Imperiales qui marchoient de
Silefie & de Moravie vers le Rhin , de retourner
dans leurs quartiers. Le 13. Juin ,
ces mêmes Articles préliminaires furent
fignez au nom de S. M. C. par le Duc
de Bournonville , fon Ambaffadeur Extraordinaire
& fon Plenipotentiaire à la
Cour de Vienne.
Le Comte Maurice de Saxe , qui a
demeuré quelques jours à Drefde , en
eft parti pour Mittau .
On affure que l'Empereur a nommé
pour fes Miniftres Plenipotentiaires au
futur Congrès d'Aix - la - Chapelle , le
Comte de Staremberg , le Comte de Wurbrand
, Vice-Prefident du Confeil Aulique
, & le Baron de Penteriender , Con-
2. vol
Hiij feiller
1460 MERCURE DE FRANCE .
feiller au même Confeil , cy - devant Amballadeur
en France .
Le Prince Brunfwick- Bevern , a obtenu
à la Diete de Ratisbonne , la Charge
de Grand Maître de l'Artillerie de l'Empire
, vacante par la mort du feu Margrave
de Brandebourg -Bareith .
L
ITALI E...
E 28. du mois dernier , vers les 7 .
heures du foir , le Pape arriva de
Benevent à Rome en parfaite fanté ; il
alla defcendre à Sainte Marie Majeure ,
où il fut reçû par le Sacré College à la
tête des differens Ordres de la Prélature .
Toutes les Cloches de la Ville annoncerent
le retour de S. S. Elle avoit deffendu
qu'on tirât le Canon du Château S. Ange
, ne voulant être traitée que comme
un fimple Evêque qui revient de faire la
vifite de fon Diocèfe ; enfuite S. S. alla
à l'Eglife de la Minerve , où elle rendit
obéiffance au General des Dominicains ,
en recevant fa benediction comme un
fimple Religieux .
Le Pape a érigé en Duché la Terre du
Comte de Carolis , en confideration des
dépenses extraordinaires qu'il a faites
lorfque S. S. y a paffé.
On a reçû avis de Naples & de di-
2. vol. vers
JUIN. 1727. 1461
vers endroits de la Sicile , qu'on entendoit
depuis 15. jours de grands mugiffemens
dans les environs du Mont Vefuve
& du Mont Etna ; & que comme
ils annoncent ordinairement une prochai
ne irruption de flammes , & quelquefois
de matières bitumineufes enflammées , les
Habitans d'alentour commençoient à s'éloigner
avec leurs beftiaux & leurs meil
leurs Effets.
ESPAGNE.
Es Lettres de Madrid aflurent qu'il
Laa été réfolu dans le Confeil du Roy,
de fuivre l'avis des Lieutenans Generaux ,
des Maréchaux de Camp & de l'Ingenieur
General , qui fervent au Siege de
Gibraltar , & d'envoyer ordre au Comte
de Las - Torres de ceffer l'attaque de cette
Place , & de mettre les Troupes qu'il
commande en quartiers de rafraîchiffement
, du moins pendant les chaleurs exceffives,
au quelles ces Troupes font expo
fées dans le terrain fablonneux des environs
de cette place. Plus des trois quarts
des Canons qu'on avoit fait fondre pour
ce Siege , font hors d'état de fervir. Les
uns font crevez & la lumiere des autres
eft fi fort agrandie , qu'on fera obligé de
les faire refondre , mais avec plus de pré-
2. vol. Hiiij caution
1462 MERCURE DE FRANCE.
caution que n'en avoient pris ceux qui
avoient été chargez de la premiere en-
' trepriſe.
La fanté du Roy fe trouvant beaucoup
meilleure , S. M. vint en Carrolle du
Château d'Aranjuez au Palais de Madrid ,
où elle arriva vers les fept heures du
matin fans fe trouver fatiguée. La Reine
revint le 1 2. en Chaiſe à Porteurs .
Le Roy , qui avoit fait fon Teftament
dans les premiers jours de fa maladie , l'a
fait figner par le Cardinal Borgia , par les
Ducs d'Olone , d'Atri & del - Arco , par
les Marquis de Villena & de Santa Cruz ,
par le Comte de Saluzar , Gouverneur
du Prince des Afturies , & par les deux
Confeffeurs de L. M. Enfuite ce Teftament
a été fermé , cacheté & dépofé ,
à ce qu'on affure , dans les Archives du
Confeil de Caſtille .
On mande de Lisbonne , que le Marquis
de Los Balbazés , Ambaffadeur Extraordinaire
à la Cour du Roy de Portugal
, y avoit celebré avec beaucoup de
magnificence la Fête de S. Ferdinand , Roy
d'Espagne , dont le Prince des Afturies.
porte le nom, & qu'enfuite d'un grand.
Feftin , il avoit fait reprefenter dans ſon
Hôtel l'Opera Eſpagnol de Diane & Endymion.
On a eu avis de la Corogne , que l'E
2. vol.
cadre
JUIN. 1727. 1463
cadre de quatre Vaiffeaux de Guerre &
de trois Frégates , commandée par Dom
Rodrigues de Torres , qui a croifé dans
la Manche pendant vingt- trois jours , y
avoit pris 5. Navires Anglois . On a apque
d'autres Armateurs avoient pris auffi
amené dans differens Ports de Galice
plufieurs Prifes Angloifes , que la Sainte
Rofe , Vaiffeau de Guerre du Roy , avoit
amené à Saint- Andero , une Prife Angloife
, & que les Armateurs de Guipufcoa
s'étoient emparez de trois Bâtimens
de la même Nation .
On a appris de Ceuta que Muley Hamet
-Hebis , fils aîné de Muley - Ilmaël ,
Roy de Maroc , mort le 22. du moisde
Mars dernier , a été proclamé Roy
à Miquenez , & que les Peuples du
Royaume de Fez lui ont prêté ferment
de fidelité. Que Muley - Admaleck , ſecond
fils du Roy deffunt , qui s'eft fait
proclamer à Tarudant , & qui a été reconnu
, tant par les Peuples du Royau
me de Sus , que par les Habitans de la
Ville de Maroc , avoit d'abord un parti
affez nombreux , mais que fon frere aîné
ayant fait diftribuer aux Maures du parti
contraire une fomme confiderable , tirée
du Tréfor du Roy fon pere , le plus grand
nombre étoit allé joindre le fils de l'Alcad-
Aly , qui s'eft enfin déclaré pour Mu
2. vol,,
H.y ley
1464 MERCURE DE FRANCE .
ley-Hamet - Hebis , & que les deux freres
de ce Prince feront obligez d'obéïr
à fes ordres & de fe retirer à Tafilet >
où il leur a commandé de demeurer.
Il a laiffé toutes les femmes du Roy
fon pete dans le Serrail qu'elles occupoient
, & il a fait un fond pour leur
fubfiftance & leur entretien .
Ce Prince favorife beaucoup les Chrétiens
, & particulierement les Religieux
de l'Ordre de S. François de l'Hôpital
de Miquenez , qui ont auffi pour protecteur
auprès de lui , le Pacha Macerolo ,
qui avoit la garde du Palais du feu Roy
pendant les trois derniers mois de fa vie,
& qui eft Premier Miniftre du nouveau
Roy , comme il l'étoit du deffunt . Ces
Religieux eurent , fur la fin du mois dernier
, une Audience de Muley . Hamet ,
qui les traita très favorablement ; &
après avoir reçû leurs preſens , il ordonna
à fon Secretaire de leur expedier un
ordre pour retirer cent Efclaves Chrétiens
, gratis , & à leur choix . Il a ordonné
depuis qu'on n'employât dorénavant les
E claves Européens qu'à la culture de fes
Jardins , aux Fonderies des Canons &
aux Moulins à Poudre , & qu'on les traitât
avec plus de douceur qu'on n'avoit
fait par le paffé.
10
1
2. vol.
Suite
JUI N. 1727 . 1465
LE
Suite du Siege de Gibraltar.
E 24. de May , on poursuivit le
travail de la Sappe juſqu'au bord de
la flaque d'eau , & on repara le revêtement
de quelques Batteries . Dom Manuel
Pinera , Capitaine dans le Regiment
de Grenade , fut tué dans la Tranchée
, où il y eut auffi quelques Soldats
de tuez. Dom Diego Buran , Lieutenant
dans le Regiment de Savoye , & Dom
Jean Alvarez , auffi Lieutenant dans le
Regiment de Savoye , & Dom Jean Alvarez
, auffi Lieutenant dans celui de
Vittoria , y furent bleffez .
Le 25. il y eut un Sergent & 6. Soldats
de tuez , & 12. de bleffez. On continua
cette nuit , ainſi que la nuit fuivante
, les lignes de la droite ; on fit retirer
les Troupes du Parage , où l'on a
commencé le travail de la Sappe , & il fut
réfolu de ne laiffer à la tête de ce travail
qu'un Sergent avec 10. Grenadiers.
> Le 26. au foir , le Comte de Las Torres
qui commande au Siege , fut obligé
par une indifpofition de fe retirer dans
fon quartier du Camp de S. Roch , pour
y rétablir fa fanté. Il y eut ce jour - là &
le 27. 5. hommes de tuez & 20. de
bleffez.
2. vol.
H vj Le
1466 MERCURE DE FRANCE.
Le 28. on fortifia les lignes de la droite ,
& on répara les revers des autres tranchées.
Il n'y eut qu'un homme de tué &
4. de bleflez , du nombre defquels furent
Dom Jean Pacheco , Capitaine dans
le Regiment de Savoye , Infanterie ”, &
Dom Nicolas Belleu , Lieutenant dans.
celui de Limerick ..
Le 29. & le 30. on continua les travaux
des jours précedens , & on perdit-
7. Soldats & quelques Travailleurs.
Le 1. Juin , on continua de travailler
au revêtement des travaux de la Sappe ,
à la gauche de l'attaque , & on repara
quelques lignes de communication , cù
les Troupes pafloient trop à découvert .
Il y eut ce jour . là 8 .. Soldats de bleffez .
Le 2. l'Ingenieur de tranchée fit ap
profondir les lignes qui conduifent à la
Batterie du Comte Mariani . 200. Travailleurs
y furent employez & 100. autres
à réparer les Batteries dont les Piéces
de Canon font encore en état de fervir.
Les Affiegez jetterent une grande
quantité de Bombes , le feu de leur Moufqueterie
fut très vif ; cependant il n'y
cut que 2. hommes de tuez & 21 de
bleflez .
Le 3. on repara la ligne qui paffe devant
la Batterie de S. Philippe ; & on
plaça de nouveaux Canons à celle de
2. vol . Sainte
JUIN. 1727% 1467
Sainte Barbe qui a continué depuis de
faire un grand feu . Les Affiegez jetterent
des Feux d'artifice qui mirent le feu
à la Batterie de Dom Balbazor & aux
Gabions de la Sappe . Dom Jean - Ignace
Manrique , Capitaine de Cavalerie , qui
étoit alors dans la Tranchée , comme volontaire
, s'y rendit avec 22. Soldats , &
le feu fut éteint avant qu'il eut caufé beaucoup
de dommage. Il y eut ce jour - là 5 .
hommes de tuez & 1.6 . de bleffez .
Le 4. on continua de travailler à la
Ligne de la Batterie de S. Philippe , &
à celle de la Tour des Genois . Il y cut ce
jour-là & le lendemain 3. hommes de
tuez & 15. de bleffez.
Le 6. l'Ingenieur Dom Jean- Baptifter
Machevan , fit reparer les Poftes avan- :
cés des Grenadiers , & les deux Batteries
qui en font voifines , il n'y eut ce
jour - là que 6. hommes de bleffcz .
Le 7. il y en eut 2. de tuez & 10.de
bleffez .
Le 8. le feu des Affiegez fut beaucoup
plus vif
que les deux jours précedens ,
mais il n'y cut qu'un Sergent & 2. Soldats
de bleffez .
Le 9. Dom Diego Barayera , Enfeigne
dans le Regiment des Gardes Espagnoles
, fut bleffé dans la Tranchée , où il y
eut 3. Soldats de tuez & 5. autres de
bleffez.
Le
1468 MERCURE DE FRANCE.
1
Le 10. & le 11. il ne fe paffa rien de
confiderable .
Le
GRANDE-BRETAGNE .
E 14. de ce mois , vers les 7. heures
du matin , le Roy partit de Londres
, & ayant traverſé la Tamife à Whitehall
, S. M. monta en caroffe à Lambeth
, & arriva vers les 9. heures à
Greenwich , où elle s'embarqua fur
l'Yacht la Caroline. Le Roy fut falué par
une décharge generale de l'Artillerie des
autres Yachts ; & après qu'il eut reçû
les complimens des principaux Seigneurs
de la Cour , les Yachts mirent à la voile.
Le Contre- Amiral Moris commande l'Efcadre
qui escorte S. M. jufqu'en Hollande
, parce que le Comte de Berkley
qui eft indifpofé , s'eft excufé d'en prens
dre le commandement.
On a eu avis que la Caroline étoit entrée
dans la Meufe le 17. à 6. heures
du matin , & que le Roy avoit débarqué
vers les 10. heures près d'Utrecht , &
qu'il avoit continué la route vers Hanover
, accompagné d'un détachement des
Gardes à cheval de cet Etat .
Le 25. Juin à trois heures après midy ,
l'un des fils du Vicointe de Townſend
apporta à Londres la nouvelle de la mort
2. vol.
du
JUIN. 1727; 1469
du Roy. S. M. qui étoit arrivée le 20 .
vers les 11. heures du foir à Delden , y
fut incommodée pendant la nuit. Elle en
partit le 21. à trois heures du matin , dans
le deflein d'aller dîner à Lingen` ; mais
comme le Roy fe trouva plus mal vers
les 5. heures , il ordonna qu'on le conduifit
en diligence à Ofnabruck . Entre
7. & 8. heures , S. M. tomba dans un
grand affoupiffement qui continua pendant
toute la route . Auffi- tôt que le Roy
fut arrivé chez l'Evêque d'Ofnabruck
fon frere , on le faigna du bras & du pied ,
mais les deux faignées n'ayant produit
aucun effet , S. M. mourut le Dimanche
22. à deux heures du matin , âgé de 67 .
ans & 25. jours. Ce Prince étoit fils d'Erneft
Augufte , Duc de Brunſwick - Lunebourg
, premier Electeur d'Hanover , &
Grand- Tréforier de l'Empire , mort le
28. Janvier 1698. & de la Princeffe
Sophie , morte le 8. Juin 1714. laquelle
étoit fille de Frederic V. Electeur Palatin
, élû Roy de Bohême , le 4. Novembre
1619. mort le 19. Novembre
1632. & d'Elifabeth , fille du Roy d'Angleterre
, Jacques I.
Le Roy George I. qui vient de mourir
, avoit été appellé à la Couronne , par
un Acte du Parlement d'Angleterre du
Lois de Mars 1701. qui en déclare hé-
2. vol. ritieres
1470 MERCURE DE FRANCE.
>
ritieres la Princeffe Sophie , dont on
vient de parler , & tous fes defcendans ,
comme fils de cette Princeffe. Il fut proclamé
à Londres le 1 2. Août 1714. &
couronné le 31. du mois d'Octobre fuivant.
Il avoit époufé le 21. Novembre
1682. la Princefle Sophie Dorothée
fille de George- Guillaume , Duc de Zell
laquelle mourut le 14. de Novembre
1726. Il y a eu de ce mariage George-
Augufte , Prince de Galles , qui lui fuccede
au Trône de la Grande - Bretagne ,
& Sophie - Dorothée , laquelle a été mariée
le 28. Novembre 1706. au Roy de
Pruffe actuellement regnant.
Le Prince de Galles , qui a été proclamé
le 26. de ce mois à Londres , avec les
céremonies accoutumées , fous le nom de
George II . eft né le 30. d'Octobre 168 3 .
Il a époufé le 2. Septembre 1705. la Princeffe
Guillemine- Dorothée - Charlote de
Brandebourg - Anfpach , & il en a eu deux
Princes Frederic -Louis , Duc de Cornwal
& d'Edimbourg , à preſent Prince de
Galles , né à Hanover , où il eſt encore ,
le 31. Janvier 1707. & Guillaume - Augufte
, Duc de Cumberland' , né à Londres
, le 26. Avril 1721. Les Princeffes
fes filles font , Anne , née le 2. Novembre
1709. Amelie Sophie - Eleonore , née
le 10. Juillet 1711. Elifabeth Caroline ,
2. val..
née
JUIN. 1727. 1477
E née le 16. Juin 1713. Marie , née le
5. Mars 1723. & Loüife , née le 18 .
Decembre 172.4.


Auffi-tôt qu'on eut reçû la nouvelle de
la mort du Roy , on doubla toutes les
Gardes , & le Chevalier Robert Walpool
fe rendit à Richmond pour en faire
part au Prince & à la Princeffe de Galles ,
qui vinrent fur le champ à leur Palais de
Leiceſter , où tous les Membres du Confeil
Privé s'étoient affemblés pour reconnoîtte
le nouveau Roy . S. M. fit dans le Confeil.
la Déclaration fuivante.
Fay le coeurfi rempli de douleur & de
Surprise de la mort fubite & imprévuë du
Ray mon très cher pere , que je ne fçai
comment m'exprimerfur unfi grand & fi
trifte évenement. Je connois tout le poids du
fardeau dontje me charge , en prenantfur
moi le Gouvernement d'une Nation fi puiffante
au dedans , & qui a tant d'influence
au dehors ; mais , mon affection ma
tendreffe pour ce Pays , fondées fur la connoiffance
que j'ai de vous , & fur l'experience
que j'en ai faite , me font réfoudre
à m'expofer avec joye à toutes fortes de difficultez
pour l'amour & pour le bien de
mon peuple. La Religion , les Loix , &
les libertez du Royaume me font très- cheres
, & le maintien de la Conftitution telle
2.a vol.
qu'elle
1472 MERCURE DE FRANCE .
qu'elle est aujourd'hui heureufement établie
, tant dans l'Eglife que dans l'Erat ,
fera toujours mon premier & principalfoin ;
comme les Alliances dans lefquelles le
feu Roy mon Pere eft entré avec les Puif
fances Etrangeres , ont beaucoup contribué
au rétabliffement de la tranquillité , & à
la confervation de la Balance en Europe ,
je ferai tous mes efforts pour cultiver ces
Alliances , pour avancer & mettre la
derniere main à ce grand Ouvrage , pour
Phonneur , l'interêt & la fûreté de mon
Peuple.
Les Seigneurs du Confeil ayant trèshumblement
fupplié le Roy de permettre
qu'on publiât cette Déclaration , S. M.
voulut bien l'ordonner .
Le Parlement s'affembla le 26. conformément
à l'Acte qui appelle la Maifon
d'Hanover à la Couronne , les Membres
qui étoient préfens , prêterent Serment
au Roy , & enfuite le Parlement
fut prorogé jufqu'au 8. de Juillet.
On mande d'Edimbourg que le 9 de ce
mois, les Magiftrats de cette Ville avoient
fait brûler par la main de l'Executeur l'Edition
entière d'un Cathechifme qui avoit
été imprimé pour les Catholiques.
Le Mardy 17. du mois dernier , il y
cut à Londres quelque défordre à l'Ope-
2. vol.
ra
JUIN. 1717 . 1473
I
ra , occafionné par les Partifans de la
Cozzovi & de la Fauftina , deux célebres
Chanteufes Italiennes , & rivales ,
fifflant & applaudiffant continuellement ,
tour à tour ces deux Actrices , fans aucun
égard pour le refpect dû à la préfence
de la jeune Princeffe Caroline , qui affiftoit
au Spectacle.
HOLLANDE - PAYS-BAS.
LE7,de ce mois , on fit partir d'Oftende
un Yacht pour porter l'ordre
aux Commandans des Vaiffeaux de la
Compagnie de Commerce de cette Ville ;
qui font actuellement au Brefil , de revenir
à Oftende , & de fuivre la route
ordinaire , fans prendre celle du Nord
de l'Ecoffe , comme ils auroient fait , fi
l'on n'étoit pas convenu de l'accommodement
general. Les Actions de cette Compagnie
font actuellement à 50. pour 100.
de profit.
LETTRE de Créance que le Comte de
Gol fkin préfenta aux Etats Generaux
le 28. Juin.
N
Ous , Pierre II . par la grace de
Dieu , Empereur & Autocrator de
toutes les Ruffies , de Mofcovie , de
2 , vol. Kiovie ,
1474 MERCURE DE FRANCE.
Kiovie , de Woldunerie , de Novogar
die ; Czar de Cafan , Czar d'Aftracan
Czar de Siberie , Seigneur de Ffcovie ;
Grand - Duc de Smolensko ; Duc d'Eftonie
, de Livonie , de Carelie , de Twer ,
de Sugorie , de Pernice , de Wiatka , de
Bolgarie , &c. Seigneur & Grand Duc du
Bas Novogrod , de Cernigovie , de Roftovie
, de Jaroflavie , de Beloofera , d'Udorie
, d'Obdorie , de Condinie , & Empereur
de toutes les Côtes Septentrionales
; Seigneur du Païs d'Iberie , & des
Czars de Cartalinie , de Gruffinie , & du
Pays de Cabardinie Seigneur hereditaire
& Souverain des Ducs de Circaffie ,
& des autres Ducs des Montagnes .
Saluons amiablement les Seigneurs
Etats Generaux des fameufes & libres Provinces
unies des Pays- Bas , & notifions.
auffi amiablement à V. H. P. que le 17.
de ce mois , il a plû au Tout -Puiffant de
retirer de cette vie temporelle , & d'appeller
dans fa joye & gloire immortelle ,
la Sereniffime & Très - Puiffante Princeffe
& Dame , Dame Catherine Alexiewna
, Imperatrice & Autocrator de
toutes les Ruffies , ( & tous les autres titres
cy deffus , ) notre très - honorée &
très-chere Grand -Mere , après une ma
ladie de 27. jours.
V. H. P pourront facilement juger de
2.vol.
l'extrême
JUIN. 1727. 1475
l'extrême trifteffe & affliction que cette
mort prématurée & imprevue nous a
caufé , de même qu'à tout l'Empire ; &
nous fommes perfuadés qu'elles y prendront
d'autant plus de part , que fadite
Majefté , de glorieufe memoire , a toujours
cheri très - particulierement leur
amitié , & employé tous les foins à fe la
conferver.
En confequence de la mort de fadite
M. Imp. & en vertu du Teftament figné
de fa propre main , nous fommes montez
fur le Trône de l'Empire de Ruffie , &
avons actuellement reçû le ferment de
fidelité de tous les Etats de l'Empire ,
qu'ils nous ont prêté comme à l'Empereur
& Autocrator de toutes les Ruffies.
Nous avons ordonné à notre Confeiller
Privé & Miniftre Plenipotentiaire auprès
de V. H. P. notre Amé & fidele le Comte
Jean Golofkin , de notifier l'un & l'autre
en notre nom à V. H. P. & de maintenir
non- feulement la bonne intelligence qui a
fubfifté jufqu'à prefent entre nos deux
Etats , mais auffi de l'affermir & fortifier
encore plus , autant qu'il dépendra de
nous.
Nous prions donc amiablement V. H. P.
de vouloir recevoir affectueufement notre
fufdit Confeiller Privé & Miniftre Ple--
nipotentiaire , & d'ajoûter foi à ce qu'il
2. vol.
leur
1476 MERCURE DE FRANCE :
leur dira fur ce fujet , & fur tout ce qu'il
aura d'ailleurs l'honneur de leur propofer
de temps en temps de notre part ,
comme auffi de lui accorder les réfolutions
& réponses que nous avons lieu
d'attendre de l'amitié de V. H. P.
Dans cette attente , nous prions le Tout-
Puiffant de vouloir garder V. H. P. dans
fa fainte protection .
Donné à S. Petersbourg le 30. de May
1727. l'an premier de notre Regne.
De V. H. P. le bon ami , PIERRE .
kkkkkkkkkkkk
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E Prince Frederic Chriftian , fecond
Lfils
fils du Roy de Danemarc , mourut
le 15. du mois dernier , à Copenhague ,
âgé d'un an , 16. jours.
Ifaac de Hoornbeeck , Confeiller Penfionaire
, Garde des Sceaux & Stadthouder
des Fiefs d'Hollande & de Weft-
Frife , mourut à la Haye le 17. de ce
mois au matin , âgé d'environ 71. ans ,
après avoir rempli pendant 7. années avec
beaucoup de réputation , les fonctions de
la Charge de Confeiller- Penfionaire de
cette Province.
Le Prince Louis - Frederic de Holftein-
Beck , Gouverneur de Konigsberg , eft
2. vol.
mort
JUI N. 1727. 1477
·
mort à Berlin dans la 73. année de fon âge.
Le Prince Charles - Augufte- d'Holſtein-
Gottorp , Evêque de Lubec-Eutin depuis
l'année derniere 1726. jour de la
mort du Prince Chriftian Augufte , fon
Pere , mourut le 3 1. May à Petersbourg
de la petite verole , dans la 21. année de
fon âge , étant né le 26. Novembre 1706.
Il étoit Coufin- Germain du Duc d'Holftein
, Gendre de la feuë Czarine , & il
devoit époufer la feconde Princelle Czarienne.
*******************
ADDITION AUX NOUVELLES
Etrangeres.
TURQUIE.
Oparti le 4. May dernier 14. Sulta-
Na appris de Smyrne qu'il en étoit
nes avec 35. à 40. autres Bâtimens de
tranſport , chargez de Troupes , qui devoient
être débarquées à Alexandrie, pour
aller renforcer l'Armée du Grand - Seigneur
en Perfe.
On mande de Conftantinople qu'il a été
réfolu d'entreprendre de nouveau le Siege
d'Ifpaham , en cas que le Sultan Acheraf
refule d'accepter les nouvelles propofi-
2. vol.
tions
1478 MERCURE DE FRANCE .
tions d'accommodement qu'on doit lui
faire de la part de S. H.
Les Lettres d'Egypte portent , que la
contagion commençoit à faire du ravage
dans Alexandrie .
LE
RUSSIE.
E 1. Juin , on lança à l'eau à Pe
terſbourg , en préſence du Czar
15. Galeres d'une conftruction particuliere
, dont chacune ne peut contenir que
cent hommes.
Le même jour , après midy , ce Prînce
alla fe promener dans l'Ile de Maffily-
Oftrow , dont il trouva la fituation
fi agréable , qu'il l'a_nomma Nuowo-
Breobrazenski .
Le 6. le Czar fe rendit une feconde
fois dans cette Ifle avec fa Cour : il y fut
fiancé avec la Princeffe Marie- Alexandrwna
, fille du Prince Menzikoff. Cette
céremonie fut faite par l'Archevêque de
Novogrod , en préfence du Clergé , des
Miniftres Etrangers & des Seigneurs de
la Cour. L'Académie eut à cette occafion
l'honneur de complimenter S. M. Cz. qui
la reçut avec beaucoup de bonté.
Le Comte de Baffowitz & M. Surland
, Confeiller de Juftice , qui accompagnent
le corps du feu Evêque de
2, vol.
LubecJUIN.
1727. 1479
Lubec- Eutin , qu'on a embarqué pour
Lubec , & qu'ils doivent remettre à la
Princeffe fa mere , font chargez de lui
demander fon confentement pour le mariage
du Prince Adolf- Frederic - d'Holftein
- Gottorp , fon fecond fils , avec la
Princeffe Elifabeth , feconde fille de la
feue Czarine , que le Prince deffunt devoit
épouſer .
O
ALLEMAGNE.
N apprend d'Hanover , que la nou
velle de la mort du Roy d'Angleterre
y avoit caufé une confternation generale
, & que le 24. de ce mois on
avoit commencé à fonner toutes les Cloches
de la Ville , ce qui fera continué.
pendant trois mois dans tout l'Electorat,
fi on fuit l'ancien ufage.
Le 15. de ce mois il y eut un grand
defordre à Hildesheim ; les Catholiques
& les Luthériens y prirent querelle à
l'occafion de la Proceffion du S. Sacrement.
Il y eut de part & d'autre plufieurs
perfonnes de tuées & de bleffées , & l'on
fut obligé de faire marcher une partie de
la Garnifon pour empêcher que cette af
faire n'eut des fuites plus fâcheufes.
On travaille à Vienne aux Inftructions
du Comte Etienne de Kinski , Ambaſſa- .
2. vol. I deur
#480 MERCURE DE FRANCE.
deur Extraordinaire de l'Empereur à la
Cour du Roy T. Ch. & l'on croit que
ce Seigneur partira pour Paris immédiatement
après l'échange des ratifications
des Articles préliminaires , fignez le 31 .
May dernier.
LES
ESPAGNE..
Es dernieres Lettres du Camp de
vant Gibraltar , portent que depuis
le 12. de ce mois jufqu'au 17. inclufivement
, les Travailleurs & les Trou
pes de la tranchée avoient été employez
à réparer les Revers de prefque toutes les
lignes de communication des batteries que
le feu de la Place avoit renverfez , &
que pendant ces 6. jours les Affiegeans.
n'avoient eu que 8. hommes de tuez &
25. de bleffez.
ITALIE.
LE Lt. de ce mois , il arriva à Rome
un Gentilhomme
du Roy de Sardaigne
, qui remit à S. S. fix Chandeliers ,
une Croix & d'autres Pieces d'argenterie
du poids de 1000. onces , que ce
Prince étoit engagé de donner à l'Egliſe
en terminant le differend qu'il avoit avec
le Saint Siege , & le 12. le Pape envoya
à ce Gentilhomme
une Couronne de
Pierres précieuſes
, montées en or , cinq
2. val. Médailles
JUIN. 1727. 1489
Médailles d'or , quatre d'argent & une
Caffette de velours garnie d'or , & remplie
d'Agnus Dei , pour les remettre au
Roy de Sardaigne.
Le bruit court que ce Prince à fait demander
au Pape une Bulle de Croifade
pour fes Etats , fur le même pied de celle
qui a été accordée par les Papes aux Rois
d'Efpagne .
On mande de Bologne que le Chevalier
de S. George , continue fon féjour
avec les deux fils , dans la Maifon de
Campagne de M. Almandini , qui eſt une
des plus belles d'Italie.
On a reçû avis que le Duc de Parme
avoit fait demander en mariage la troifié,
me Princeffe de Modéne , & que la celebration
de leur Mariage fe feroit au
mois de Septembre prochain .
Ces Lettres ajoûtent que le Decret Imperial
qui a été envoyé à ce Prince ,
concernant l'Inveftiture de fon Duché ,
l'avoit determiné à ne la recevoir du
Pape ni de l'Empereur , jufqu'à ce que
leurs prétentions à ce fujet fuffent regléés.
GRANDE BRETAGNE.
N écrit de Londres que le Roy a
tenu au Palais dé Leiceſter , un Confeil
d'Etat , dans lequel S. M. a fait &
2. vol.
figné I ij
1482 MERCURE DE FRANCE.
1
figné le ferment requis par la Loy , à fon
avenement à la Couronne , par rapport
à la fureté de l'Eglife d'Ecoffe. On en a
fait deux Expeditions , dont l'une eft reftée
dans les Archives du Confeil , &
l'autre a été envoyée à Edimbourg pour
être enregistrée dans les Regiftres publics
.
Le 26. Juin , le Comte de Scarborough,
prêta ferment & prit féance au Confeil
pour la Charge de Grand- Ecuyer du Roy
que S. M. lui a donnée. Cette Charge étoit
vacante depuis la démiffion du Duc de
Somerfet ; le feu Roy la faifoit exercer
par M. François Négus , qui vient d'être
nommé Controlleur des Ecuries , & la
Ducheffe de Kendal joüiffoit des revenus
qui y font attachez .
·
Le Lord King , Grand- Chancelier , le
Lord Trevor , Garde du Sceau Privé ,
le Duc de Newcastle , Secretaire d'Etat
& le Vicomte Lanfdale , Connétable de
la Tour , ayant été confirmez par le Roy
dans les fonctions de leurs Charges , ont
prêté de nouveaux fermens , ainfi que le
Chevalier Robert Walpole pour celle de
Chancelier de l'Echiquier. Le Lord . Malpas
, gendre de ce dernier , qui étoit depuis
peu Maître de la Garderobe du feu
Roy , eft remplacé dans cette Charge par
M. Augufte Schutz , qui en éxerçoit une
2. vol.
femJUIN.
1727 . 1483
femblable auprès du Roy regnant , avant
fon avenement à la Couronne.
Le deüil pour le feu Roy commencera
le 6. Juillet tous les Membres du Confeil
Privé & les Grands Officiers , ont
ordre d'avoir des Carroffes drapez , fans
armes ni cloux argentez ou vernis ; le
refte de la Noblefle fuivra leur exemple ;
il n'y a que les Officiers Militaires aufquels
il foit permis de paroître devant
le Roy en habit rouge , mais avec des
paremens noirs.
Le Duc de Somerfet qui n'avoit pas
paru à la Cour depuis plufieurs années ,
a été rendre fes refpects au Roy , qui l'a
reçu avec beaucoup de bonté."
S. M. a permis à la Ducheffe de Kendal
& à la Comteffe de Walfingham , ſa
niece , de revenir à Londres.
*******************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 28. de ce mois le Roy revint à
Verfailles vers les 5. heures du foir
du Château de Rambouillet , où S. M.
a fait plufieurs voyages pendant le cours
de ce mois.
2. volg
Le
I iij
1484 MERCURE DE FRANCE.
Le 30. le Prince de Conty , Prince du
Sang , prêta Serment de fidelité entre les
mains du Roy , pour le Gouvernement
du haut & bas Poitou .
Le même jour , M. Bouhier , Preſident
à Mortier au Parlement de Dijon , fut
reçu dans l'Académie Françoife , à la place
de feu M. de Malezieu . Il fit un Difcours
de remercimens auquel le Prefident
Henault , l'un des Quarante , répondit : ils
parlerent l'un & l'autre avec beaucoup
d'éloquence.
On affure qu'il a été réfolu de former
divers Camps ; fçavoir , un en Alface ,
commandé par le Maréchal du Bourg ;
un fur la Moſelle, commandé par le Marquis
de Belle - Ifle ; un fur la Meufe , commandé
par le Prince de Tingri , & un
fur la Saone , commandé par le Duc de
Levi.
Le Dimanche 22. de ce mois , le Pere
Ange de Chatte , Religieux Capucins
préfenta au Cardinal de Fleury , un enfant
Efpagnol , accompagné de Madame
Vittoria , fa mere , âgé de 6. ans feulement
, grand de 34. pouces , mais trèsbien
proportionné dans fa petite taille.
Il paffe pour une efpece de prodige.
Son Eminence le préfenta au Roy & à la
Reine. Il s'acquita avec l'admiration de
la Cour des differens complimens qu'il
2. vol.
fit
JUI N. 1727 . 148 $
fit à L. M. Il récita en leur préfence quantité
de Vers des meilleurs Auteurs Grecs .
Latins , Italiens , Eſpagnols & François ;
chanta devant la Reine avec jufteffe
Triomphez charmante Reine , & c. & danfa
enfuite avec beaucoup de grace . Un
Ecclefiaftique , qui a été Bibliothecaire
du Roy d'Espagne , a cultivé l'efprit de
cet enfant ; & par une méthode fingu
liere , lui a montré en dix mois de tems
en l'amufant , à lire , à parler , & à écrire
dans ces cinq Langues ; à les entendre,
& à répondre jufte fur divers paffages
des Auteurs dans ces differentes Langues
& fur l'Hiftoire , la Fable , la Geographie
, & c. il fait des regles d'Arithmétique
, joue aux Echets , & c.
Le 24. la Reine alla en Caroffe à la
Menagerie , où S. M. dîna & foupa avec
les Dames de fa Cour. En allant & en revenant,
le long du grand Canal , elle eut
avec le plaifir de la promenade, celui d'une
très -belle mufique , placée dans une
Gondole , qui fuivoit à mefure que les
Caroffes avançoient au petit pas.
2. vol. MORTS I iiij
1486 MERCURE DE FRANCE :
Ma
MORT S.
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
Charles le Brun , Auditeur des
Comptes , Seigneur de Thionville
& de Ville - Neuve- les - Poftes , mourut à
Paris âgé de 88. ans.
Dame Marguerite Durant , veuve de
M. Denys - Germond , Auditeur des
Comptes , mourut le 25. âgée de 83 .
ans.
Le Marquis de Coëtquen , Lieutenant
General des Armées du Roy , Gouverneur
des Ville & Château de S. Malo
& Forts adjacents , eft mort à S. Malo ,
dans la 50 ° . année de fon âge .
Dame Magdelaine Therefe -Euphrafie
de Marillac , veuve de M. André-Hennequin
, Marquis d'Equevilly , Capitaine
General de l'Equipage du Sanglier,
eft morte à fon Château de Frefne,
près S. Germain en Laye , dans un âge
fort avancé.
里華
2. veli EXPLE *
JU IN. 1727. 1487
EXPLICATION des trois Enigmes
du Mercure de May 1727.
I dans ce jour , Mercure , une charmante
S'
Reine ,
Devenoit la Conquête , & devoit couronner
Celui qui perceroit tes Enigmes fans peine ,
Tu me verrois bien - tôt regner.
Mais j'ay lieu de penfer que cette récom
penfe
Dont tu viens flater nos efprits ,
Ne fera pas l'effet de la magnificence.
Quoiqu'il en foit , Mercure , accorde moi
le Prix.
Que dis-je ? quand déja je crois voir fur ma
porte
Le May qu'en triomphe on aporte,
Peut-être que femblable à l'Echo de nos bois
D'un autre feulement je répete la voix.
P. D. M. d'Arles en Provence.
2. vol.
ARRETS
1488 MERCURE DE FRANCE.
ARRESTS ,
DECLARATIO N.
A
RREST du 17. Juín , qui permet
aux Redevables du Droit de
Confirmation , de fe pourvoir devant les
fieurs Intendans fur les conteftations
concernant ce Recouvrement.
AUTRE du 24. Juin , par lequel
Sa Majeſté , fans avoir égard à la propofition
des Maîtres & Gardes de l'Orfévrerie
, & à leurs demandes , ordonne
que l'Ordonnance du mois de Juillet
1681. au Titre des Droits de Marque
fur l'Or & l'Argent , & les Déclarations ,
Arrêts & Reglemens depuis intervenus ;
enfemble le Bail fait par Pierre Carlier
Adjudicataire des Fermes Generales , à Jacques
Cottin , de celle defdits Droits de
Marque fur l'Or & l'Argent , feront executez
pour l'avenir , ainfi qu'ils l'ont été
par le paflé .
T
La Déclaration fuivante ayant parte
avant que ce Livre ait été achevé d'imprimer
, nous avons crê devoir l'inferer
-2 . vol. ici
JUIN 1727. 1489
ici fans perte de temps , pour ne pas differer
le contentement & le bien general ,
que cette marque de la bonté du Roy procure
à tout le Royaume .
DECLARATION DU ROY , portant
révocation & fuppreffion du Cinquantiéme
, à commencer du premier
Janvier 1728. Donné à Verſailles le 7.
Juillet 1727. & Regiftré au Parlement
le 8. du même mois.
Louis , par la grace de Dieu , & c . Nous
avons par notre Déclaration du 21. Juin
de l'année derniere , changé la forme de
la perception du Cinquantiéme , pour
rendre cette impofition moins onéreufe
à nos Peuples , Nous leur avons fait ef
perer en même temps de les en décharger
auffi -tôt qu'il plairoit à Dieu de benir
les deffeins que nous avions formez
pour leur foulagement : cependant les
conjonctures dans lefquelles nous nous
fommes trouvez , ont fufpendu l'effet de
nos bonnes intentions , & nous ont obligé ,
en augmentant le nombre de nos Troupes
, de faire toutes les dépenfes conve
nables pour remplir les engagemens dans
lefquels nous étions entrez Mais nous
avons la confolation de voir que les Puiffances
les plus confiderables de l'Europe ,
animées du même efprit de Paix , ont
2. vol.
préferé
1490 MERCURE DE FRANCE.
préferé le bien general à des interêts particuliers
, & concourent à la tranquillité
commune , au moyen dequoi nous nous
trouvons en état de procurer à nos Peuples
une partie des avantages qu'ils ont
droit d'attendre de notre affection : Nous
aurions dans cette vûë révoqué dès - à- prefent
la levée du Cinquantiéme , fi la brieveté
du temps nous avoit permis de pourvoir
au payement des dépenfes extraordinaires
que nous avons été obligez de
faire , dans l'incertitude de la guerre ;
mais attendu qu'elles doivent être indifpenfablement
acquittées fur nos revenus
de l'année préfente , il ne nous eft pas
poffible de fupprimer cette impofition
avant le premier Janvier 1728. auquel
temps cette fuppreffion , jointe à la diminution
de plus de fix millions que
nous avons encore ordonné fur les Brevets
& Commiffions qui s'expedient actuellement
la levée des Tailles & autres
Impofitions de l'année prochaine ,
procurera à nos Sujets de toutes conditions
, le foulagement des dépenfes extraordinaires
que nous avons été obligez
d'ordonner pendant le cours de celle- cy .
A Ces CAUSES , de l'avis de notre Confeil
, & de notre certaine fcience , pleine
puiffance & autorité Royale , nous avons
par ces Prefentes , fignées de notre main,
pour
2. vol.
+
dit
JUIN. 1727 1491
dit , déclaré & ordonné , difons , décla
rons & ordonnons , voulons & nous plaît
que l'impofition du Cinquantiéme ordonnée
être levée par nos Déclarations des 5.
Juin 1725. & 21. Juin 1726. foit &
demeure révoquée , éteinte & fupprimée
au premier Janvier de l'année prochaine
1728. au moyen de quoi la perception
dudit Cinquantiéme ne pourra être continuée
que pendant la prefente année ,
en la forme & maniere prefcrite par notre
Déclaration du 21. Juin 1726. SI
DONNONS , &c.
APPROBATION.
des Sceaux le fecond Volume du Mercure
de France du mois de juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion . A Paris ,
le 15. Juillet 1727 .
ordre Monfeigneur le Garde
HARDION.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
TABLE.
IECES FUGITIVES . Ode , & c. 1289
Phiffertation en formede Lettre fur le choix
& l'arrangement d'un Cabinet curieux ,
1295 & c.
Vers de M de Senecé , fur une Comedie , 1331. 2. vol.
Der1492
Derniere fuite du nouveau Systême fur les
Rames des Bâtimens des Anciens , 1334
Ode , 1342
Voyage de Baffe- Normandie & Defcription
du Mont S. Michel , feconde Lettre , 1345
Médaille gravée en Taille - douce , de François
I. 1365
Remarques & Reflexions , & c. 1371
Ode , 1373
Bons-Mots : Lettre , & c.
1380
Enigmes ,
1389
Nouvelles Litteraires , & c. Suite du Syfteme
d'un Medecin Anglois , & c. fur les petits
animaux Morbifiques , &c. 1390
Les Chats , & c.
1398
Deſcription des Tableaux , & c. 1410
Hiftoires choifies , recueillies , & c. 1415
Les Hommes , & c. 1418
Les Fables de Phedre , & c. 1419
1422
Memoire fur la compofition de la Porcelaine ,
Affemblée publique de la Societé Royale de
Montpellier , 1430
Affemblée de l'Académie des Sciences & des
Belles- Lettres de Lyon ,
Spectacles ,
1434
1437 1¿
1438
Arlequin Aftrologue , Comedie nouvelle ,
Extrait
Lettre fur un Poëte Dramatique Anglois , 1445
Nouvelles du tems , de Turquie , & c. 1452
Funerailles de la Czarine ,
Proclamation du nouveau Czar ,
1454
1458
Nouvelles de Dannemarc , d'Allemagne , ď’Italie
, d'Espagne , & c.
1459
Siege de Gibraltar ,
Mort du Roy d'Angleterre , &c.
Harangue du nouveau Roi George II . & c.1471
Lettre de Créance du nouveau Czar, & c 1414
1465
1468
2. vol.
Morts
Morts des Pais Etrangers ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
1493
1476
1477
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Morts ,
1481
1486
Explication dés trois Enigmes du Mercure de
May ,
Arrêts , Déclaration ,
1587
1488
Errata du ' premier Volume de Juin.
Page 1082. ligne 15. conſtruction , liſez
Conftructeurs.
Page 1160.1 25. Chants , l. Choeurs.
Page 1265. 1. 8. autre , l. Sentence de Police.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1298. ligne 23. Stenux lifez Stenuik.
Ibid. 1. Corneille , Polemburg , . Corneille-
Polembourg.
Page 1306. l. 20. Garnieres 1. Ganieres .
Page 1308. I. 2. Hans Bofamer l . Jean ou
Hans Brofamer.
Ibid. 1. 27. Geyn , 1. Gheyn.
Page 1309. 1..25. les Gallé, 1. les Galles.
Page 1311. 1. 5. Braure , l . Braur.
Ibid. derniere 1. Lelei , í. Lelli.
Page 1324. derniere 1. fervier , 1. ferviere.
Page 1325. 1. 5. du bas Seloanne , lifex
Sloanne .
Page. 1377. 1. 3. de voix , 1. de ma voix.
Page 1392. 1. 13. votre ,
Page 1393.1. 7. la , 1. le.
Page 1446. 1.7. 9. l . 6.
1. notre.
Page 1448. J. 22. fe tromper , ajoutez , en
difant qu'
1494
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez,
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, chez Etienne Labottiere , & chez Chapui
, fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vattar.
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maſſon.
Rouen , chez Herault.
Idem , chez la veuve Vaultier.
Châlons-fur-Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verſailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard.
La Médaille gravée du Roy François I. doit
regarder la page 1365
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le