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1727, 06, vol. 1
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
JUIN.
1727.
PREMIER
VOLUME.
QUE
COLLIGIT
SPAR
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
R
( LA VEUVE CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti, à la defcente
du Pont- Neuf , au coin de la ruë de
Nevers , à la Croix d'Or.
M. D C C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Rai
เจ้าฟ้า
L'AD
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure ¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris, Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afir
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , à ceux qui les envoyent ,
celui non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
sopie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fou
baiteront avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , on aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30, fols,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN . 1727 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Versen Profe.
LA SAGESSE ,
Unique fource du vrai bonheur.
ODE.
Efcends de la celeſte voute ,
D
Minerve, éclaire notre erreur ;
Apprends à l'homme quelle route
Conduit au fouverain bonheur.
Quelque terme qu'il fe propofe ,
Un funefte panchant s'oppoſe
Au choix qu'il avoit embraffé.
I. vol.
A ij Aveu1974
MERCURE DE FRANCE ,
Aveugle , il s'égare lui-même ,
Il cherche le bonheur fuprême ,
Où les Dieux ne l'ont point placé,
D'où revient ce Mortel avide ,
Qui fend le vafte fein des eaux ?
Il couvre la plaine liquide ,
Des richeffes de fes Vaiffeaux.
Chargé du précieux mêlange
Des Tréfors de l'Inde & du Gange ,
Il découvre déja le Port .
Eft- il heureux ? La foudre gronde ;
Ses Vaiffeaux s'abîment fous l'Onde ,
Il échappe à peine à la mort.
Vous qui rampiez dans la pouffiere
Quel Dieu vous tire du néant ?
Plutus vous voit dans fa carriere ,
Avancer à pas de Geant.
Vous moiffonnez dans les allarmes ;
Chaque jour le fang & les larmes
Enflent vos criminels tréfors,
Leur éclat n'a rien qui m'étonne.
1. val, Eh !
JUIN. 1727. 1075
Eh le crime qui vous les donne
Vous en punit par les remords.
Fortune , reprens tes largeffes ;
Ceffe de nous en amufer ;
Pauvres au milieu des richeffes ,
Nous ne fçavons pas en ufer.
Qui les cherche , aime la contrainte ;
Les foucis , l'importune crainte ,
Viennent y mêler leur poifon.
L'homme devoit- il y prétendre ,
Lui qui n'a jamais fçû les rendre
Tributaires de fa raifont
Mais qui font ces Mortels qu'adore
L'Univers , tremblant à leur voix ?
Le Peuple à genoux les implore ,
Et leurs volontez font nos Loix.
Thémis leur remet fa balance ;
Jupiter , la foudre qu'il lance ;
Mars pour eux feme la terreur.
Ces Rois que notre hommage encenfe ,
I. vol. A iij Por
1076 MERCURE DE FRANCE.
Portraits des Dieux par leur puiffance ,
Le feroient- ils par leur bonheur ?
Venge Cefar , pourfuis Antoine ,
Triomphe , Octave , de Sextus ;
Rougis les Champs de Macédoine
Du fang du malheureux Brutus .
Finis par où Néron commence
Ofte à Rome par ta clémence',
Le fouvenir de tes forfaits.
Flatte- toi d'en être l'Idole ,
Cinna t'attend au Capitole ,
Pour te punir de tes bienfaits
Perçons l'éclat dont les Monarques
Se font un rampart à nos yeux.
Otons leur ces auguftes marques ,
Qui les rendent égaux aux Dieux .
Leur coeur eft une énigme étrange ;
J'y découvre un affreux mêlange
Et de crimes & de vertus.
Et Porus qui vient de fe rendre ,
I. vol.
Pourroit
JUIN. 1727. 1677
Pourroit méconnoître Alexandre ,
Dans le Meurtrier de Clitus .
Quel eft donc l'heureux ? C'eſt ce Sage ,
Maître des plus legers tranfports ,
Pour qui le Pactole & le Tage ,.
Roulent d'inutiles tréfors ;
Qui voit comme un amas de boüe ,
Ce cercle d'honneurs où le joüc
L'ambition des vains Mortels :
Digne enfin de l'encens des hommes
Si dans l'ingrat fiecle où nous fommes ,
La vertu trouvoit des Autels.
Qu'au Trône fan deftin l'attende ,
C'est un Monarque genereux :
Qu'il y monte , qu'il en deſcende ;
Toûjours égal , il eſt heureux.
C'est lui que Rome fecourue ,
Voit retourner à la charruë ,
Après de glorieux combats :
Plus charmé des champs qu'il façonne ,
I. vol.
Que A ijij
1078 MERCURE DE FRANCE.
Que de ceux où fon bras moiffonne ,
Des Lauriers qu'il n'envioit pas.
A l'innocence , à la droiture
Il confacre fes premiers ans ,
Il ne détruit pas la nature ;
Il en regle les mouvemens.
L'interêt , l'amour , la vengeance
Sont des monftres qu'à leur naiffance ,
On lui vit d'abord étouffer.
S'il fent les foibleffes humaines ,
Nos vains defirs , nos craintes vaines,
Il les fent pour en triompher.
kak kaka
SUITE du nouveau Systême de M.
Maigret , fur la difpofition des Rames
des Galeres & autres Bâtimens , felon
l'usage des Anciens.
CHAPITRE V I.
Où l'on fait voir que toutes les Machines
ont une grandeur limitée.
'L feroit inutile de donner ici l'application
d'un plus grand nombre de
rangs de Rames à un Bâtiment . Vegece
1. vol.
ne
JUIN. 1727. 1079
ne met entre les Bâtimens de raifonnable
grandeur & propre pour la Guerre ,
que ceux qui avoient trois , quatre &
jufqu'à cinq rangs ou degrez de Rameurs .
Selon prefque tous les Auteurs , les Bâtimens
depuis fix jufqu'à feize rangs de
Rames , hors ceux de Demetrius , étoient
des Machines fi difficiles à remuer ,
qu'elles étoient inutiles dans le combat ,
& y nuifoient plus qu'elles n'y rendoient
de fervice . Tite- Live dit que le Navire
de Philippe de Macedoine à feize rangs
de Rames , étoit d'une grandeur qui le
rendoit inutile & qui caufoit même la
perte des Batailles ; & Florus parlant de
Îa Flotte de Marc-Antoine , lorfqu'il alla
combattre contre Augufte , dit qu'elle
étoit compofée de 20. Vaiffeaux depuis
fix juſqu'à neuf rangs de Rames , qui
étoient avec cela munis de tours & de
ponts , enforte qu'ils reſſembloient à des
Châteaux & à des Villes ; qu'ils faifoient
gemir la Mer ; que les vents avoient peine
à les remuer , & que leur grandeur énorme
fut la caufe de leur perte.
A l'égard des Bâtimens plus grands
comme de la Vintireme de Hieron de
Siracufe , & de la Quarantireme de Ptolomée
Philopator , tous les Auteurs conviennent
auffi qu'ils avoient été faits plus.
pour la montre que pour l'ufage , & que
I.vol.
Av la
To80 MERCURE DE FRANCE.
la vanité des Princes avoit eu plus để
part à leur conftruction , que l'efpéranced'en
tirer de bons fervices dans un combat.
Toutes les Machines ont une grandeur
limitée au - deffus & au- deffous il fe
trouve dans la plupart des inconveniens
qui détruifent une partie de leurs effets.
L'habileté confifte à attraper préciſement
ce point de milieu. Par exemple , les
canons fort courts ne peuvent pas porter
fort loin , & par conféquent être d'un
grand effet , parce qu'à peine le feu y eftil
mis , que le boulet eft hors du canon ;
ainfi la flamme ne peut pas l'accompagner
long-temps , & la poudre n'ayant pas le
temps de s'enflammer entierement , il
n'y a que la flamme d'une partie de là
poudre qui le pouffe . De même les Canons
fort longs ne peuvent point avoir
une longue portée , la poudre y a le
temp de s'y enflammer avant que le boulet
foit hors du Canon , & la flamme l'accompagne
pendant un plus long -temps:
qu'elle ne fait aux Canons qui font fort
courts ; mais la colonne d'air qui eſt dans
le Canon , devient fi pefante & fi forte ,
qu'elle détruit une partie de l'impulfion
que toute la poudre enflammée a donnée
au boulet .
Il en eft de même , pour ainfi dire , des
1. vol. Bâtimens
JUIN. 1727.
108 [
7
Bâtimens à Rames , fi on n'y met qu'un
feul rang , l'aviron de chaque Rame ne
être
pouvant que d'une certaine étendue ,
pour les raifons que nous avons dit au
troifiéme Chapitre des principes établis
la quantité d'eau frappée par cet aviron
ou , pour mieux dire , le point d'appui de
chaque Rame fe trouvant preffé , ne peut
point s'empêcher d'obéir & de reculer
confiderablement , & par conféquent les
Rameurs à chaque coup de Rames ne
peuvent point porter le Bâtiment auffi
loin qu'ils feroient , fi ce point d'appui
étoit plus ferme & ftable.
Si on met à un Bâtiment un trop grand
nombre de rangs de Rames , les points
d'appui de chaque Rame s'en trouveront
beaucoup plus fermes & ftables , par les
raifons que nous avons données au précedent
Chapitre ; mais cet avantage fera détruit
par un autre endroit. Les Rames des
plus hauts rangs deviendront fi longues &
fi pefantes , qu'elles cauferont un frotement
confiderable dans l'action . D'ailleurs,
les parties interieures des Rames y augmentant
également les unes fur les autres ,
& les parties exterieures n'y augmentant
pas également , mais de plus en plus , les
Raines à mesure qu'elles fe trouveront
dans un plus haut rang , changeront au
défavantage de leurs Rameurs la raifon
I. vol.
A vi qui
1082 MERCURE DE FRANCE.
qui doit être entre ces quatre termes
dont le 1. eft la diftance de la puiffance
au point d'appui ; Le 2. la diſtance du
poids au point d'appui ; Le 3. le poids ,
& le 4. la puiflance : Autrement , les
Rames a mefure qu'elles fe trouveront
dans un rang plus élevé , augmenteront
moins la force de leurs rameurs. Ainfi il
eft évident qu'il y a également des inconveniens
de mettre à un Bâtiment un feul
de Rames ou d'en mettre un fort
rang
grand nombre , & que l'une & l'autre
maniere ne peuvent point donner la plus
grande viteffe poffible à un Bâtiment.
Certainement , fi les conftructions de la
Vintireme de Hieron & de la Quarantireme
de Philopator , euffent entendu la
Mechanique des Rames , ils auroient reconnu
, avant la conftruction de ces Bâtimens
, qu'ils ne pouvoient jamais aller
avec une viteffe & agilité convenable à
quelque ufage.
,
CHAPITRE VII
Cù l'on examine ce nouveau Systême felon
les principaux paffages des Auteurs
anciens .
Lorfque l'on croit avoir trouvé une
Machine perdue , pour connoître fi c'eſt
véritablement elle , il faut l'examiner fe-
1.vol. lon
JUIN. 1727. 1083
lon les principales particularitez & circonftances
qui s'en trouvent dans les
Auteurs qui en ont parlé , & voir fi cette
Machine quadre avec tout ce qu'ils en ont
dit. C'eft ce que nous allons faire.

Aux Bâtimens des Anciens , il y avoit ,
fuivant les Auteurs , trois ordres de Rameurs
fçavoir , les Thalamites au bas
du Vaiffeau , les Zigites au milieu , & les
Thranites au haut . Dans cette nouvelle
difpofition , ces trois ordres fe trouvent
égaux en nombre aux Triremes , aux Sextiremes
, & c. Ces trois ordres fe trouvent
auffi aux Quadriremes , Quinqueremes ,
& c. mais inégaux en nombre. Les Auteurs
ne difent point précisément qu'il y en
eût autant des uns que des autres. Il faut
auffi remarquer que ces trois ordres étoient
dès le temps d'Homere , auquel temps il
n'y avoit point de Bâtimens à plufieurs
rangs de Rames par étages ; ainfi peutêtre
qu'on ne continua de donner ces trois
differens noms aux Rameurs , que pour
marquer la place qu'ils tenoient au Corps
de Rames , & la paye qu'ils avoient ; car
les Tranites l'avoient plus forte ; non
pas que leurs Rames fuffent plus pefantes
que les autres , mais parce que dans leur
maniement ils avoient un plus grand
mouvement à faire , & ce mouvement on
cette fatigue étoit plus ou moins grande
1. vol.
felon
1084 MERCURE DE FRANCE.
felon le banc où ils étoient placez . Et
c'eſt pour cette raifon qu'il y avoit trois
payes différentes pour les Rameurs. Cet
inconvenient fe rencontre auffi dans la
difpofition des Rames des Galeres d'aujourd'hui
, & pour ce fujet on choifit les
plus grands & les plus forts pour les mettre
au bout de la Rame ; les plus foibles
font toujours placez les plus près du
Scaume où l'on a moins de peine à voguer
, & où par conféquent on n'a pas
befoin de tant de force.
Appien dit qu'un Vaiffeau ayant été
frappé fous la proue , & s'étant entr'ouvert
du coup en cet endroit , les Thamalites
furent noyez , & que les autres Rameurs
eurent le temps de fe jetter hors
du Vaiffeau. Ce paffage s'accorde avec
cette nouvelle difpofition ; parce qu'y
ayant un Pont au - deffus des Bancs des
Rameurs , il y avoit des Eſcoutilles par
où les Rameurs alloient chacun à leur
Rame. Il eft clair que les Thranites &
Zigites qui étoient les plus élevez , étoient
auffi les premiers à fortir , que les Thalamites
ne pouvoient monter deffus le
Pont qu'après ces premiers , & qu'ainfi
il a pû fort bien arriver que les Thalamites
ayent été noyez , & que les deux
autres ordres ayent eu le temps de fe
fauver .
1. vol.
Polybe
JUIN. 1727.
1085
Polybe dit qu'un petit Vaiffeau ayant
donné violemment de l'efperon dans le
flanc de la Decemreme de Philippe fous
le Banc des Thranites , elle y demeura
attachée & rendit la Decemreme inutile .
Cela s'accorde auffi avec cette nouvelle
difpofition. La Decemreme où les Corps
de Rames étoient croifez pour éviter
une trop grande largeur au Bâtiment , fut
frappée au flanc entre deux Corps de
Rames fous le Banc des Thranites du
Corps de Rames oppofé . Il n'eſt pas furprenant
qu'un petit Bâtiment en ait frappé
un autre plus grand fi haut. Cela peut
arriver pour peu que la Mer foit agitée ;
une vague peut le porter encore beaucoup
plus haut ; & le petit rendit le grand
inutile , parce qu'il ôta à celui - ci la vîteffe
& l'agilité avec laquelle il devoit
faire fes manoeuvres.
Plufieurs Auteurs difent que des plus.
hautes Rames de la quarantireme de i hilopator
, la partie que tenoient les Rameurs
étoit munie de plomb , & que tout
ce qui étoit en dedans étoit fort pefant.
Ce paffage convient auffi à ce nouveau
Systême , & eft fuivant le bon fens ; car
il n'auroit pas été naturel en faifant de fi
longues rames , dont la groffeur étoit partout
inégale , qu'on eut pû les regler tout
d'un coup de maniere que les points
1. vol. d'at
1086 MERCURE DE FRANCE.
1
d'attachement euffent été auffi leurs centres
d'équilibre. C'étoit une neceffité de
chercher en premier lieu le point d'attachement
, & enfuite d'en faire auffi le
centre d'équilibre en chargeant de plomb
l'interieur de la Rame.
Quelques Auteurs difent qu'on mettoit
du cuivre autour des Rames pour les rendre
plus folides. Selon toutes les apparences
, ils ont voulu parler de ces petites
regles mobiles de cuivre , par le moyen
defquelles nous lions les Rames les unes
aux autres , & nous n'en faifons qu'un
Corps de Rames . Car dans les Bâtimens
au- deffus de la Quinquereme , il nous pa-:
roît qu'il en falloit un rang en hauteur
dans la partie exterieure comme dans l'interieure.
Le rang de la partie interieure
étoit feulement pour lier les Rames les
unes aux autres , & le rang de la partie
exterieure étoit auffi pour foutenir chaque
Rame dans fa longueur , & empêcher
qu'elle ne pliât & qu'elle ne caflât.
Nous croyons que dans les Bâtimens
au deflus de la Decemreme ,où les Rames
fuperieures étoient fort longues , il falloit
neceffairement plufieurs rangs de ces regles
mobiles de cuivre pour l'interieur &
l'exterieur de ces Rames , qui ne pouvoient
être que d'une grande longueur ,
& qui fans cela n'auroient jamais pû fe
foûtenir Ι . υοί.
JUIN. 1717.
1087
foutenir dans leur action , & y réfifter
fans fe caller.
Les Anciens mettoient un pont au- deffus
de leurs Rameurs , afin que durant le
combat ils fuffent à couvert des traits , &
que leur manoeuvre fut en fûreté , &
ne fut point troublée par les coups des
Ennemis ; on peut en mettre de même aux
Bâtimens de ce nouveau Systême .
Ils mettoient ordinairement fur leurs
Navires deux tours , ll''uunnee àà llaa proue &
l'autre à la pouppe ; il feroit auffi facile
d'en mettre fur les Bâtimens de ce Syftême.
Ce nouveau Systême eft auffi affez conforme
à ce qui eft marqué fur la colonne
de Trajan. Les rangs des Rames n'y font
point marquez perpendiculairement les
uns au-deffus des autres , ainfi qu'ils font
dans cette nouvelle difpofition . Quand il
s'y trouveroit une fort grande différence ,
on n'en pourroit rien conclure ; car ce
monument qui eft le feul confidérable qui
nous refte fur ce fujet eft fi mal deffiné ,
il G y a peu de proportion obfervée entre
fes parties , les regles de la perfpective y
font fi peu fuivies , & chaque chofe y
eft fi peu détaillée , qu'on ne peut point
du tout tabler fur les connoiffances qu'on
en peut tirer.
On ne peut point affurer que ce nou-
I. vol.
veau
1088 MERCURE DE FRANCE .
veau Systême foit préciſement celui des
Anciens ; mais on ne doute point du tout
qu'il n'en approche de fort près , & qu'il
ne puiffe fervir de chemin aux Sçavans
dans la Mechanique , que la curiofité ou le
bien public engagera à cette recherche .
Il faut abfolument quelque connoiffance
de cette fcience pour y réuffir ; car naturellement
, & fans fon fecours , les Anciens
n'auroient jamais pû mettre un fi
grand nombre de rangs de Rames les
uns au-deflus des autres.
Le reste pour le prochain Mercure.
LETTRE
DE LA BOURGOGNE
A M. HENRY- CHARLES DE SAULX ,
COMTE DE TAVANES ,
Brigadier des Armées du Roy , Lieutenant
General de cette Province , y tenant cette
année 1727. les Etats pour le Roy.
CUPIDON MESSAGER.
A
U fort de mon inquiétude ,
Le vifage baigné de pleurs ,
J'exhale en foupirs mes douleurs.
1. vel. Ce
JUIN. 1727.
1089
Amour, fidele amour, viens avec promptitude,
C'eſt à toi de me ſoulager ;
Ma peine vient de ma tendreffe ,
Unique auteur de ma trifteffe ,
Sers du moins à l'abreger.
Viens donc , Amour , viens & d'un vol leger
Dans le chagrin où tu me vois plongée ,
Il me faut un tel Meffager.
Voilà les voeux d'une Mere affligée ,
Porte- les à mon Fils , prens l'effor , hâte toi ,
Un moment eft de confequence ;
C
Quelle que foit ta diligence ,
Tu feras toûjours lent pour moi.
LETTRE.
' Eft à vous , mon Fils , que j'adreffe
Ces Vers dictez par ma douleur ;
Ce font les échos de mon coeur ,
Et les garants de ma tendreffe.
Je perds chaque jour les attraits
Qu'on vit briller fur mon viſage :
Ils s'éclipſent fous le nuage
De la pâleur & des regrets,
1. vol.
togo MERCURE DE FRANCE .
On lit fur mon front les allarmes
Dont mon efprit eft agité :
Helas ! la fleur de ma beauté
Tombe fans ceffe avec mes larmes.
A l'amertume , au noir chagrin
Loin de vous mon ame eft en proie :
Loin de vous qui faites ma joye ,
Je ne vois point de jour ferein .
Au refte quand je follicite
Avec ardeur votre retour ,
De concert avec mon amour,
L'interêt commun vous invite .
Car fans parler du Tiers - Etat ,
Chaque Ordre à vous voir s'intereffe ,
L'augufte Corps de la Nobleffe
Joint fa voix aux voeux du Senat.
Qui prolonge donc votre abſence ?
Eft- ce quelque ennemi jaloux ?
Ah ! des délais fi longs pour nous ,
Nous laiffent-ils quelque eſperance ?
I. vel. Puifle
JUIN
. 1727.
1091
Puiffe je vous ouvrir mon coeur ,
Vous montrer ma follicitude !
Objet de mon inquiétude ,
Vous foulageriez ma douleur.
Le Soleil finit fa carriere ,
Sans finir aucun de mes maux ?
Sans nous ramener le repos ,
Il nous ramene la lumiere,
Quoique je puiffe faire ou dire ,
Je vous ai toûjours à l'efprit ,
En mon coeur votre nom écrit
Jufqu'à la mort s'y pourra lire.
Tantôt à l'ombre des Forefts
Tantôt fur le bord des Fontaines ,
Votre nom , joint avec mes peines ,
Retentit dans tous mes regrets.
Dans l'excès de mon humeur fombre ,
Combien de fois tendant les bras ,
Ai-je crû vous tenir ? helas !
Trompeur Amour , c'étoit un ombre.
1. vol. Cher
1092 MERCURE DE FRANCE.
Cher Fils , ma peine & mon amour
Difois- je du ton le plus tendre :
Rochers , vous avez dû m'entendre ,
Vous le repetiez tour à tour.
L'autre jour affife à ta fource ,
SEINE , témoin de mes foupirs ,
Je te confiai mes defirs ,
Ils te fuivirent dans ta courſe.
Tu vas , criois - je , heureux ruiſſeau ,
Où ne peut aller ta Maîtreſſe,
Quelle feroit mon allegreffe ,
Și je pouvois fuivre ton eau ?
Groffi par plus d'une Riviere ,
Tu les conduiras à PARIS ,
Là de cent mille objets épris ,
Tu prolongeras ta carriere,
Par de curieufes lenteurs ,
,
Tandis qu'en Roi grave & tranquille
Tu tournoîras dans cette Ville ,
Informe mon Fils de mes pleurs.
I. vol .
DisJUIN
1727. 1093 .
Dis-lui , votre Mere affligée ,
Fait des voeux pour votre fanté ,
Par vous en fon infirmité ,
Elle peut être foulagée.
Mais quoi ? je t'arrête en ton cours
Coule à l'objet de ma tendreffe ,
Roule tes eaux avec viteffe ,
Mes larmes vont à ton fecours.
Tandis qu'à pleurer je m'occupe ,
( Ah ! quelle eſt mon illuſion ! )
Credule fur ma paſſion ,
De mon amour je ſuis la dupe .
Souvent dans la nuit je crois voir
La perfonne qui m'eft fi chere ;
Je lui parle , c'eft une Mere
Qui veut flatter fon deſeſpoir,
Le voilà, me dis- je , lui-même ,
Affable , gracieux , fans fard ,
Son difcours eft un doux nectar 3
Faut- il donc s'étonner qu'on l'aime ?
I. vol. Voilà
1094 MERCURE DE FRANCE.
Voilà fa charmante COMTESSE (a)
Son ame brille dans les yeux ;
Ce font deux Aftres radieux ,
Dont l'éclat marque la nobleffe.
Que vois-je encor ? c'eft fon cher Fils , (6)
Des Graces le bel affemblage !
Son Pere eft peint fur fon viſage ,
Sa Mere dans les doux fouris,
Le jour commence-t'il d'éclore ?
Adieu le plaifir de la nuit ,
Tout mon bonheur s'évanouit ,
Et mon mal renaît à l'aurore.
Alors mes maux fur nouveaux frais
Aigriffent mes voeux & mes plaintes :
Je dis dans mes triftes atteintes ,
Mon Fils , pourquoi tant de délais ›
Doù viennent tous ces contre- temps ?
Eft- ce d'une bize cruelle ?
(a) Madame Anne Amelot.
(b ) Monfieur Charles- Michel Gafpard de
Saulx.
1. vol.
Déja
JUIN. 17272
1095
Déja dans les airs l'hirondelle
Vient nous annoncer le Printemps.
De la Vigne les premiers charmes
Pronoftiquent force raiſin ;
Et pour nous donner de bon vin ,
Elle verfe déja des larmes.
L'ordre du PRINCE * eft une Loi
Qui vous attache à fa perfonne ;
Et la loi que l'amour vous donne
Sérre en vous les noeuds de la foi ?
Mais les BOURBONS ont le coeur tendres
Il ne s'agit que de deux mois :
Qu'il fera d'heureux à la fois !
Pourroit- il donc ne fe pas rendre ?
Le chemin raboteux & long
Seroit-il pour vous un obſtacle ?
Venez , par un nouveau miracle
Les Rocs pour vous s'amoliront,
(4) S. A. S. Monfeigneur Loüis-Henry de
Bourbon .
I. vol.
B Paris
1096 MERCURE DE FRANCE.
Paris feul a de quoi vous plaire ,
Vous craignez de le regretter ;
DIJON peut , fans trop fe flatter ,
Trouver de quoi vous fatisfaire .
Si charmé du Palais des Rois ,
Vous appréhendez la Province ,
DIJON a le Palais du Prince ,
Il y logea plus d'une fois.
L'honneur a pour vous des appas
Et la politeffe ingenuë;
Chez nous fans fard & toute nuë ,
Elle marchera fur vos pas,
Prifez- vous les gens de merite ?
Faites-vous cas des beaux efprits ?
THEMIS en a d'un fort grand prix
L'EGLISE a des efprits d'élite.
Goutez-vous les fruits d'APOLLON ,
Eftes-vous fenfible à fa gloire ?
Icy les Filles de memoire
Ont fixé le facré Vallon.
1. vol...
I Si
JUIN 1727 .
1097
Si fuyant le bruit de la Ville ,
Vous cherchez à vous récréer ,
DIJON peut bien vous agréer ,
Il vous offre aux Champs un azile.
Près de fes murs un plan d'ormeaux
Sur triple ligne parallele ,
Forme une ſcene verte & belle ,
C'eft- là l'Opera des Oiseaux.
Pour terminer cette avenuë,
S'éleve un augüfte Château ; *
Il n'eft pas d'un goût fort nouveau ,
Mais il forme un beau point de vûë.
Si j'en crois la Tradition ,
Une Veuve chafte Colombe ,
Voyant fon mari fous la tombe ,
Mourut , & lui donna fon nom .
Parmi les fleurs une onde pure ,
Y coule par mille détours ,
* Maiſon de Plaifance à un quart de lieuë
de la Ville , appartenante au Prince , laquelle
porte le nom de la COLOMBIERE.
t.vol .
Bij Elle
1098 MERCURE DE FRANCE;
Elle craint de hâter fon cours ,
Quand elle en fort , elle murmure.
Invité par tant de foupirs ,
Venez donc , rendez- nous la vie ;
Que nous ferons digne d'envie
Si vous exaucez nos defirs !
Après une pleine vinée ,
On voit le Vigneron content :
Venez , nous ferons à l'inſtant
Contens de notre deſtinée,
Pour mieux hâter votre retour ,
Que les Zéphirs vous foient fideles :
Que l'amour vous prête fes aîles ,
Et le chemin deviendra court.
Par le R. P. Bernier , Jefuite
1 vole CONS
JUIN. 1727. 1099
*******************
CONSTRUCTION d'une Sphere mouvante
, qui explique d'une maniere fimple
& nouvelle les mouvemens du Soleil
& des Planettes autour de la terre ,
inventée M. Fortier de Virville.
C
par
Ette Sphere eft de cuivre & a deux
pouces de diametre , le Zodiaque
eft pofé horisontalement , & eft attaché
fur les colures de la Sphere ; l'Ecliptique
partage le Zodiaque en deux parties égales
, la partie fuperieure eft divifée en
douze parties pour les douze fignes du
Zodiaque , & chaque figne eft fout- divifé
entrente degrez ; la figure qui repréſente
chaque figne eft cizelée & pofée dans un
petit Cartouche outre la figure du figne
on y a gravé le nom & le caractere qui
le défigne.
La partie inferieure eft divifée en douze
parties inégales pour les douze mois de
l'année , & chaque mois refpond au
figne qui lui convient.
L'Equateur & les autres Cercles de la
Sphere , font pofez fuivant leurs fituations
dans les Spheres artificielles.
La Terre occupe le centre de la Sphe
re , & a un feul mouvement fur fon axe
I. vol.
Biij qui
1100 MERCURE DE FRANCE.
qui fe fait en 23. heures 56. minutes 4
fecondes , par rapport aux Etoiles fixes
& en 24. heures par rapport au Soleil .
Les Poles de la Terre qui font immobiles
font élevez fur le plan de l'Ecliptique,
& inclinez de 2 3.degrez & demi
pour former la plus grande déclinaifon du
Soleil , qui eft de pareil nombre de degrez
.
Sur le globe de la Terre font gravées
les principales parties du monde , & la
pofition de Paris eft marquée par un petit
bouton d'acier bleu .
La Terre eft garnie de trois Cercles :
le premier eft pofé fur l'Equateur du Globe
; ce premier Cercle eſt divifé en 24.
parties égales pour les 24 heures du
jour , & fert pour marquer l'heure du
Lever & du Coucher du Soleil.
Le fecond Cercle fert feulement pour
foutenir le Globe de la Terre dans la révolution
divine fur fes Poles.
Le troifiéme Cercle qui fert de Cercle
du jour & d'Horifon univerfel , eft élevé
perpendiculairement , & coupe toujours
la Terre en deux parties égales ; le
côté qui regarde le Soleil , repréfente le
jour, & le côté oppofé, repréfente la nuit ;
le mouvement de ce Cercle fe fait de maniere
, qu'il eft continuellement parallele
au Soleil.
1. vol.
Après
JUIN. 1727. I1QI
Après le Cercle du jour , eft un autre
Cercle qui porte le Globe de la Lune
& fait faire à cette Planette quatre différens
mouvemens autour du Globe de la
Terre ; le premier en 27. jours 7. heures
43. minutes pour fon mouvement
periodique dans le Zodiaque ; le fecond
en 29. jours 12. heures 44. minutes ,
pour fon mouvement finodique ou de,
conjonction ; le troifiéme en 27. jours 5.
heures 6 minutes , pour fon mouvement
de latitude ; & le quatrième en 29. jours,
12. heures 44. minutes , pour rendre
raifon des Phafes de la Lune.
Le Soleil n'a qu'un feul mouvement
annuel autour de la Terre , qui le fait
parcourir le Zodiaque en 365. jours 5 .
heures 49. minutes .
Les cinq autres Planettes de Saturne
Jupiter , Mars , Venus & Mércure , n'ont
auffi qu'un feul mouvement autour du
Soleil , fuivant les Periodes qui leur conviennent.
Les deux Planettes inferieures de Mercure
& Venus, tournent feulement autour
du Soleil , & les trois Planettes fuperieures
de Saturne , Jupiter & Mars , enveloppent
la Terre dans leurs révolutions.
autour du Soleil .
La Planette de Jupiter , eft accompa
gnée de fon premier Satellite , qui fait, 身
I. vol.
Biiij fa
1102 MERCURE DE FRANCE.
fa révolution en 1. jour 18. heures 28 .
minutes pour marquer le temps de fon
immerfion & de fon émerfion.
Par l'arrangement des Planettes & leurs
mouvemens dans cette Sphere , on connoît
fur le champ leurs fituations dans le
Zodiaque leur Appogée , Perigée &
moyenne diſtance , leur direction , ftation
& retrogradation , & leur paffage
par le Meridien ; on démontre auffi comme
Venus & Mercure ont leurs Phafes
comme la Lune , & comme ces Phaſes arrivent
dans des temps contraires à celles
de la Lune .
Enfin on explique tous les mouvemens
apparents des Planettes & leur fituation
dans le Zodiaque , foit qu'on les regarde
de la Terre qui eft le point d'où nous les
voyons , ou qu'on veuille les regarder du
Soleil , fuivant le Systême de Copernic .
Le Soleil & toutes les Planettes font
fupportées par des Cercles qui reçoivent
leur mouvement d'une Pendule qui eft
au- deffus de la Sphere.
Cette Pendule à quatre faces , la premiere
porte un Cadran qui marque les
heures & les minutes , au -dellus du Cadran
des heures eft un autre petit Cadran
qui montre les jours de la femaine .
La feconde face porte un autre Cadran
qui repréſente à plat les mouvemens de
I. vol.
la
JUIN. 1727. 1103
la Lune ; on y voit fes Phafes , fon âge
fon lieu dans le Zodiaque , & fa déclinaifon
foit Septentrionale ou Meridionale.
La troifiéme face porte auffi un Cadran
qui marque l'année courante , la Lettre
Dominicale & l'Epacte.
La quatriéme face porte pareillement
un autre Cadran , où font auffi repréfentez
à plat les mouvemens du Soleil
; on y voit fon lieu dans le Zodiaque ,
le jour du mois qui lui refpond , la
déclinaifon du Soleil Septentrionale ou
Meridionale , & l'heure du paffage par le
Meridien de Paris du premier degré du
Bellier , & de tous les autres fignes du
Zodiaque.
Les mouvemens & les roues de cette
Sphere font diſpoſez de telle forte , que
par le moyen de deux engrenages que l'on
releve , on fait faire en un quart d'heure
à la Terre & à toutes les Planettes les
révolutions qu'on ne pourroit voir que
dans l'eſpace de plufieurs années .
FFFFFFFFFFFFFFFFFỵHE
EPITRE d'un François établi en
Hollande , à un de fes Amis à
Versailles.
J
E vois regner fur ce rivage ,
L'innocence & la liberté ,
Que d'objets dans ce Payfage ,
1. vol.
By Malgré
1104 MERCURE DE FRANCE:
Malgré leur contrarieté ,
M'étonnent par leur affemblage !
Abondance & frugalité ,
Autorité fans eſclavage ,
Richeffes fans libertinage ,
Charges , Nobleffe fans fierté.
Mon choix eft fait ; ce voifinage
Détermine ma volonté .
Bienfaifante Divinité
Ajoutez -y votre fuffrage
Difciple de l'adverfité ,
Je viens faire dans ce village
Le volontaire apprentiſſage ,
D'une tardive obfcurité ;
Auffi bien de mon plus bel âge
J'apperçois l'inftabilité.
J'ai déja , de compte arrêté ,
Quarante fois vû le feuillage
Par les Zephirs reffuſcité .
Du Printemps j'ai mal profité ;
J'en ai regret , & de l'Eté
Je veux faire un meilleur ufage ,
J'apporte dans mon hermitage ,
Un coeur dès long- temps rebuté
& vol.
Drs
JUIN. 1727. 1105
Du prompt & funefte esclavage
Que fait la folle vanité.
Payfan fans rufticité ,
Hermite fans patelinage >
Mon but eft la tranquillité.
Je veux , pour unique partage ,
La paix d'un coeur qui fe dégage
Des filets de la volupté.
L'incorruptible probité ,
De mes ayeux noble partage ,
A la Cour ne m'a point quitté :
Libre & franc , fans être fauvage ,
Du Courtifan foible & volage ,
L'exemple ne m'a point gâté.
L'infatigable activité ,
Refte d'un utile naufrage ,
Mes études , mon jardinage ,
Un repas fans art apprêté ,
D'une épouſe économe & fage,
La belle humeur , le bon ménage ,
Vont faire ma felicité.
C'est dans ce Port qu'en fûreté ,
Ma Barque ne craint plus l'orage.
Qu'un autre à fon tour emporté,
I. vol.
Bvj
Au
1106 MERCURE DE FRANCE.
Au gré de fa cupidité ,
Sur le fein de l'humide plage ,
Du vent ofe affronter la rage ,
Je ris de fa témerité,
Et lui fouhaite un bon voyage :
Je réſerve ma fermeté,
Pour un plus important paffage ,
Et je m'approche avec courage
Des portes de l'Eternité.
Je fçai que la mortalité
Du genre humain eſt l'appanage.
Pourquoi feul ferois - je excepté ?
La vie est un pelerinage ;
De fon cours la rapidité ,
Loin de m'allarmer , me foulage ;
Sa fin , lorsque j'en enviſage
L'infaillible neceffité ,
Ne peut ébranler mon courage.
Brûler de l'or empaquete,
Il n'en périt que l'embalage ;
C'est tout ; un fi leger dommage
Devroit-il être regretté?
Le Solitair
I. vol.
LETTRE
JUIN. 1727. 1107
LETTRE de M. Deflandes , Commif
faire de la Marine à Breft , à M. de
Saint- Gelais , Secretaire de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture , fur
la Langue Celtique .
MMonfieur , je vous l'avouerai fin-
Algré toutes vos plaifanteries,
cerement : oui , j'ai étudié le Bas- Breton ,
j'ofe même quelquefois le parler . Si je
n'avois confulté que la petite vanité
d'homme de Lettres , j'aurois choiſi quelque
Langue plus noble & plus accréditée,
comme l'Hébreu , ou le Chaldéen . Mais
j'ai voulu être utile , aux dépens même
de ce qui pouvoit me faire plus d'honneur
& plus de plaifir ; & la fortune
m'ayant conduit en Bafle - Bretagne , je
n'ai point hefité à apprendre le Bas- Breton
, ou plutôt la Langue Celtique. Car
il faut bien donner aux chofes le titre le
plus honorable : & je trouve que , des
puis que le Pere Bouhours a pris le maſque
d'un Gentilhomme Bas- Breton pour
mettre au jour ſes doutes fur la Langue
Françoife ; ce nom s'eft un peu décrié
dans le beau monde .
Quoiqu'il en foit , Monfieur , la Langue
Celtique n'eft point fi vile ni fi méprifable
>
*. vol.
que
1108 MERCURE DE FRANCE.
que vous vous l'imaginez , vous autres .
Puriftes & Habitans de la Capitale . Pref
que toute la fcience des Etimologies en
dépend : & cette fcience n'eft pas moins
utile ni moins réguliere que les autres.
Elle a fes principes , fa méthode , fon but.
Elle eft abfolument neceffaire pour bien
comprendre toute la force d'une Langue ,
& pour remonter à fes premiers principes.
Moi-même , depuis que je fuis en
Baffe -Bretagne , j'ai approfondi un fujet
fi picquant & fi curieux , & j'ai appris
mille chofes vrai-femblablement j'au
que
rois toujours ignorées. Je me fens même
affez fort aujourd'hui , pour tenir tête
à nos plus célébres Etymologiftes , pour
trouver à redire & au Dictionnaire de
Menage, & au Gloffaire de M. du Cange.
Ne croyez point cependant que je parle
ainfi par vanité. Je dois plus au hazard
qui m'a cloué en Province plufieurs années
de fuite , qu'à mon propre goût.
Le Pere Pezron eft celui de tous les
Modernes qui s'eft le plus attaché à faire
valoir l'antiquité de la Nation & de
la Langue des Celtes. Son ouvrage qui a
été publié en 1703. contient un grand
nombre de Remarques fçavantes , & puifées
dans des fources peu communes.
Mais trop femblable aux Auteurs qui fe
paffionnent pour le Systême qu'ils ont
3. vol.
imaginé
JUIN. 1727. 1109
imaginé , il veut tout remener à fes préventions
, il ne fait point le choix de fes
preuves , il s'appuye fur des conjectures
très-incertaines , il change à fon gré la
valeur & la fignification des mots. En
effet , pour montrer que les Celtes ont
autrefois porté le nom de Titans , il employe
deux preuves que fon autorité a
fait regarder jufqu'ici comme victorieuſes .
Mais je vais en découvrir l'infuffifance &
la foibleffe ; & fans donner aucune atteinte
à l'antiquité des Celtes ou Gaulois
, je montrerai feulement le ridicule
de toutes les Métamorphofes que le Pere
Pezron leur fait effuyer. Ces Métamorphofes
ne font pas moins incroyables
que le Syftême follement imaginé par
Pithagore , qui établit un paffage continuel
des ames d'un corps à l'autre .
?
La premiere preuve du Pere Pezron
efttirée de l'Etymologie du nom de Titan.
Pour nous perfuader que ce nom convient
particulierement aux Celtes , il obſerve
que fuivant les principes de la plus ancienne
Philofophie , les Celtes fe croyoient
nez de la terre & contemporains du monde.
Il a enfuite recours à la Langue que
parloient ces peuples , & il fuppofe que
dans cette Langue Tit fignifie de la Terre .
Mais j'ofe ici l'affurer que Tit n'eft point
un mot Celtique , mais bien Tir qui dé-
1. vol.
figne
tito MERCURE DE FRANCE.
figne un monceau de terre ou de boue :
encore eft - ce un terme prefque oublié ,
& qui n'eft plus aujourd'hui d'ufage ni
en Bretagne , ni dans la Principauté de
Galles. Il y a apparence que le Pere Pezron
avoit alors devant les yeux quelque
Livre écrit en Langue Hébraïque , où
Tit fignifie de la bouë , & qu'il à crû un
peu trop legerement que le même mot ſe
trouvoit auffi dans la Langue des Celtes.
De pareilles méprifes font aflez ordinaires
aux gens de Lettres , & j'en pourrois ici
rapporter un grand nombre.
Cette Etymologie étant ainfi détruite ,
on voit que les Titans n'ont rien à démêler
avec les Celtes . Si cependant on
s'opiniâtroit à vouloir trouver entr'eux
quelque rapport , il feroit aifé de fatisfaire
les curieux . Soit par hazard , foit
d'inftitution primordiale , le nom de Titan
s'offre tout entier dans la Langue Celtique
, & il eft compofé de ces deux
mots , Ti & Tan , qui fignifient au pied
de la Lettte la Maifon du Feu. Ce qu'on
peut heureufement appliquer au Soleil
défigné par le nom de Titan. Or chacun
fçait , & que toutes les Divinitez Payennes
n'étoient que des Symboles du Soleil ,
& que les premiers hommes féduits par
cette clarté lumineufe & bienfaifante
qu'il répand dans l'Univers , l'ont regar-
A. vol.

JUIN. 1729.
fif
dé comme le Maître & le Confervateur
de toutes chofes .
La feconde preuve dont fe fert le Pere
Pezron , eft un paffage tiré de l'Eloge
que fait Callimaque de l'lfle de Delos .
Mais comme à force de préventions on
s'ôte la liberté de voir & de décider , je
douté que le Pere Pezron ait bien entendu
le fens de ce paflage. Callimaque ,
après avoir parlé peu avantageulement.
de Brennus Capitaine des Celtes , les .
nomme eux- mêmes ovos TITTES les
Titans Modernes . Ce qui veut dire fimplement
que
les Celtes reflembloient aux
Titans par la rudeffe de leurs moeurs &
l'âpreté de leur courage , & non point
qu'ils en étoient iflus . Un Pocte qui
feroit aujourd'hui mention des Revoltez
qui ont commis tant de defordres & de
brutalitez dans les Cevennes , pourroit
les appeller les Normands , cu les Goths
Modernes. Ce langage porteroit- il fur
quelque autre chofe , que fur les cruau
tez & les barbaries qui ont été exercées
par ces malheureux ?
Voilà , Monfieur , un affez bon échantillon
de mon habileté dans la Langue
Celtique . Mais comme à la fin tout ce
cahos d'Etymologies pourroit vous ennuyer
, je n'irai point plus avant. Il eft
jufte de vous rendre à des occupations
I. vol.
plus
1112 MERCURE DE FRANCE.
plus flateufes & plus agréables. Je
fuis , & c.
A Breft le 3. May 1727.
க க
ELEGIE
Sur le Logement qu'ont occupé le Pere &
la Mere de l'Auteur pendant plus de
40. années dans une Maifon Royale ,
& qu'on lui a ôté immédiatement après
leur mort.
PRopices Deitez : Lares de mes ayeux !
De ce foyer antique Habitans radieux !
Puifqu'un fort ennemi changeant mon do◄
micile ,
Sous ce toît envié nous refufe un azile ,
Qu'il faut quitter des lieux , où , fruit d'un
chaſte amour ,
Pour la premiere fois j'ai vû l'aſtre du jour ;
Où ma main , quand la Parque a borné leur
carriere ,
Des Auteurs de mes jours a fermé la paupieres
Fugitifs avec moi , venez entre mes bras ,
Et daignez d'un profcrit accompagner les pas .
Helas ! Dans ce féjour où triomphe l'envie ,
Quelques projets bornez qu'on faffe dans la
-vie ,
Si
JUIN. 1727. 111
Si quelqu'Aftre ne luit quand nous quittons le
Port.
Si le vent de la Cour ne pouffe notre bord
Celui de la Cabale excitant un orage ,
Siffle fur notre tête & nous creufe un nauf
frage.
Lorfqu'avec la faveur vous n'êtes point d'ac
cord ,
La Juftice eft muette , & le bon droit à tort.
Venez-donc , & rendant ma déroute honorable
,
Cherchons loin de ces lieux un ciel plus favo
rable.
Et vous, humble réduit, dont je mevois fruftré,
Vous , que par fes vertus mon Pere a confacré,
2
Et qui n'offrant à l'oeil que des lambris ruftiques
,
Fûtes toujours fi cher à nos Dieux domeſti
ques ;
Nous ne vous verrons plus ! Toutefois l'avenir
Ne pourra vous chaffer de notre fouvenir.
Je dirai , confervant à jamais votre image ,
C'eft ici , qu'autrefois , des Peres le plus fage,
Dès leur premiere Aurore inftruifant fes enfans
,
Des Vices , comme lui , les rendit triomphans,
Leur infpira fur tout cet efprit de droiture
I. vel.
Qui
1114 MERCURE DE FRANCE .
Qui fçait ramener l'homme à la fimple nature,
Et dans l'orage ainfi leur préparant un port ,
Leur apprit à braver les caprices du fort.
C'est là , que de fon art déployant la ſcience,
D'un fuperbe édifice il traçoit l'Ordonnance ;
Que fa main de concert avec fa pieté ,
Elevoit des Autels à la Divinité .
De cet autre côté , ce Pere refpectable
Offroit à fa famille une frugale Table.
Des mets fains que fervoit l'active propreté ,
Ainfi que l'Odorat , le Goût étoit flatté .
L'eau tempéroit du vin les ardeurs toujours
vives ,
Et la fobrieté le verfoit aux convives .
Les Noces de Thetis , l'Hiftoire des Heros
Formoient de ces repas les innocents propos...
Mais un ordre fubit vient hâter notre
fuite.
C'en est donc fait ! Adieu . Pour jamais je
vous quitte.
M. Tanevot.
I. vol.
LETJUIN.
1727. 1115
akakaka
LETTRE adreffée aux Auteurs du
Mercure , au fujet de la Defcription
du Marché de BISSY , donnée dans le
Mercure d'Avril dernier,
J'A
Ay lû , Meffieurs , dans votre Jour
nal du mois paffé la Defcription du
- nouveau Marché de Bissy , faite par le
fieur Bofery , Architecte de cet Ouvrage,
Quelques legeres connoiffances que j'ay
de l'Architecture , m'engagerent à me
transporter fur le lieu , pour voir cet
Edifice public. L'idée que l'Architecte
donne des études qu'il a faites à Rome &
dans differens lieux de l'Italie augmen
ta encore ma curiofité , j'augurai favora
blement d'un Ouvrage qu'on dit être puifé
dans les plus pures fources de la belle
Architecture ; j'examinai particulierement
la grande Porte , qui fait le princi.
pal objet de cet Ouvrage , laquelle regarde
la rue de Buffy : après l'avoir exa →
minée avec attention , je fus obligé d'a
vouer que l'Architecte a eu raifon de déclarer
qu'il a acquis fes talens en Italie.
car j'y reconnus le goût Italien tellement
précis , que pour ne s'en point écarter
, il a jugé à propos , en formant l'i-
2
7. vol.
dée
#116 MERCURE DE FRANCE .
dée de cette grande Porte & des petites
qui l'accompagnent , d'y placer dans la
décoration plufieurs fragmens des Edifices
qu'il a vûs en Italie.
Entre les differentes remarques que j'ay
faites fur cet Ouvrage , il m'a paru que
l'Architecte auroit dû éviter de rendre
biais tous les Pilaftres & Corps qui décorent
fes faces exterieures & interieures ;
je conviens qu'il a ſuivi la direction de la
rue,mais s'il le trouve en cela quelque efpece
de raiſon , cette raifon jette dans un
inconvenient qui choque la vûë par la varieté
d'Angles obtus & aigus , qui fe trouvent
neceflairement & qui forment une
efpece d'irrégularité qui n'eft pas agréable,
& qui s'est étenduë jufqu'à la Sculpture
qu'on a été obligé de rendre biaize comme
le refte. Je croi qu'il auroit dû jetter
les biais fur les Tableaux des Portes feulement
& faire enforte que les Pilaftres
& les Corps euffent été perpendiculaires
fur les faces de l'Edifice .
La feconde remarque eft fur l'Ordre
Dorique dont l'Architecte dit que le
caractere regne le plus dans tout l'Ouvrage
; je ne conçois pas comment on
peut attribuer à cet Edifice le caractere
de l'Ordre Dorique , n'ayant pû trouver
aucun rapport de cet Ouvrage à cet Ordre
;premierement dans l'ordre Dorique
1. vol.
j'y
JUIN. 1727. HIY
j'y vois des Colomnes ou des Pilaftres de
quatorze modules de hauteur , des Chapiteaux
& des Baſes de chacun un module
de hauteur , un Architrave d'un
module , une Frife & une Corniche de
chacun un module & demi , ce qui donne
à tout l'Ordre vingt modules de hauteur
: j'y vois une Frife ornée de Trigliphes
de chacun un module de largeur ,
avec des Modillons dans la Corniche
pour
les couronner je vois ces Trigliphes éloi
gnez les uns des autres d'un module &
demi , afin de rendre les Métopes ou efpaces
qui font entre eux , quarrez : je
vois auffi que les Portes ont fept modules
de largeur & quatorze de hauteur
& que de cette proportion dépend la
perfection des Ouvrages qui fe décorent
fuivant cet Ordre , lequel a toûjours paffé
pour un des plus difficiles à executer
dans une parfaite régularité.
2 Cecy confideré , je ne puis reconnoître
ce prétendu caractere , ni dans la décoration
ni dans la proportion ; la Porte n'a
point le double de fa largeur pour hau
teur comme dans le Dorique , ce qui
neanmoins fe pouvoit faire fans alterer
la folidité des Voulfoirs ; car autant que
j'ay pû le voir dans Vitruve , dans Palladio
& dans les autres Architectes de
qui nous tenons les plus belles propor-
Qui vol.
tions
118 MERCURE DE FRANCE.
tions de l'Architecture , ils ont toujours
fçû joindre à ces proportions la folidité
qui convenoit à leurs Ouvrages , fans
alterer ces regles que l'étude & le goût
leur avoit prefcrites : de plus , dans cet
Ouvrage , la Corniche qui contient un
dixième de la hauteur , ne devroit avoir
qu'un treiziéme & quelque peu davantage.
La Frife & l'Architrave n'y ont
auffi aucun rapport ; il eft vrai qu'il ſe
trouve deux efpeces de Trigliphes , mais
qui ne me paroillent pas fuffifans pour im
primer le caractere Dorique , puifqu'ils
n'ont nila forme ni la proportion qui convient
à cette espece d'ornement , & qu'au
lieu d'avoir été placez dans la Friſe
ils ont été mis au haut des Pilaftres où
devroient être les Chapiteaux .
L'Architecte avouë qu'il a eu bien de
la peine à hazarder les deux Enroulle.
mens qui font fur l'Attique , où viennent
s'attacher les Feftons de fruits & de fleurs
qui foutiennent les armes de M. le Cardinal
de Billy , particulierement dans un
Pays où il faut, dit-il , avouer qu'il y en a
tant de mauvais goût. Je fuis furpris qu'il
ait une fi mauvaiſe idée des Ouvrages que
produit fa Patrie : il eft vrai qu'il le troùve
beaucoup de mauvaiſes chofes , mais
on peut dire auffi qu'on y voit des Ouvrages
qui égalent , s'ils ne furpaffent ,
1. vol.
CO
JUIN. 1727. 1119
ce que l'Italie a de plus parfait , & Rome
n'eft pas exempte de reproche. Quoique
notre Architecte fe raffure par le bon
effet de ceux que les Italiens pratiquent
dans le couronnement de leurs plus belles
fabriques , je crois neanmoins qu'il
auroit dû fe difpenfer de les louer ici ,
ce goût étant un peu trop antique : la
fcience d'un Architecte confifte entre
autres chofes , à fe conformer , en ſuivant
les regles de fon Art , au goût des lieux
où il travaille , fans qu'on foit obligé d'avoir
des yeux Italiens pour trouver des
beautez dans fes Ouvrages.
Les Cornes d'Abondance , placées fur
les côtez de l'Attique , au lieu de Confo
les d'amortiffement , caracteriſent , comme
il le dit , cet Edifice ; mais il s'eft
trompé en difant qu'elles font remplies
des fymboles des chofes qui fe vendront
à ce nouveau Marché , ce que je n'ai point
apperçû , les ayant vûës , au contraire ,
remplies des choſes mêmes qui doivent
s'y vendre & non de leurs fymboles . Il
ne doit pas ignorer que le fymbole d'une
chofe eft la reprefentation de cette
choſe pas une autre qui lui eft allegorique
; par exemple , lorfqu'on reprefente
la Paix par un Olivier qui en eft le fymbole
, ainfi des autres chofes .
L'Architecte dit que deux petites Por-
I. vol.
tes C
120 MERCURE DE FRANCE.
tes accompagnent la grande , mais je ne
conçois pas pourquoi il ajoûte qu'il n'a
pû leur donner plus de largeur & de
hauteur ; la raison qu'il en donne ne mẹ
fatisfait pas il dit que les Ornemens ne
le lui ont pas permis ; je ne fçai de quels
Ornemens il veut parler , n'en ayant pas
vû d'autres que deux Confoles à chaque
Porte , lefquelles auroient également pû
fe placer quand même les Portes auroient
été plus grandes , n'ayant , ainfi qu'il m'ą
parû, été gêné, ni par la hauteur , ni par la
largeur; peut-être veut- il parler des Frontons
qui font audeffus , qu'il auroit pû
fe difpenfer d'y mettre, & aufquels il auroit
pû , fans tomber dans des compofitions
extraordinaires , fubftituer quelque
chofe de moins lourd & d'auffi gracieux ,
Le refte de l'Edifice n'ayant rien de
remarquable , je croy devoir finir cette
Lettre , en convenant que cet Ouvrage
eft bien executé & avec beaucoup de
foin ; & on peut dire de cet Architecte ,
que s'il veut fe donner la peine d'examiner
de plus près les beautez de l'Architecture
Françoife , fans la profcrire en
faveur de celle d'Italie ; mais au contraire
fe fervir avec art de ce qu'elles ont
l'une & l'autre de plus parfait , pour les
unir à propos , on pourra voir de lui
des Morceaux dignes de l'attention des
1. vol.
plus
JUIN. 1727. I121
plus parfaits Connoiffeurs. Je fuis , Meffieurs
, &c.
A Paris , ce G. Juin 1727.
C
REFLEXIONS.
E qu'on arrache par violence n'a
point de tenue , comme tout ce qui
eft violent n'a pas de durée.
On plie un Arbriffeau pour peu qu'on le ménage
;
On le rompt quand on met les forces en uſage.
On eft mieux reçû en rampant qu'en
volant ; l'efprit humain n'aime pas la torture
; c'est le gêner que le bander par
la fubtilité d'un ftile fublime : au lieu que
c'eft le relâcher & le divertir que d'avoir
un langage aifé commun qui ne ſoit
pas debité d'une maniere commune .
E piu duro ilperder per inganno che per
violenza.
La contrainte irrite nos maux & aigrit
toûjours nos fentimens ; car la Nature ne
fouffre point de violence fans en faire.
1. vol.
Cij Si
122 MERCURE DE FRANCE.
Si c'eſt une ſervitude que d'avoir un
Maître , ç'en eft une prefque auffi gran
de d'avoir des Domeſtiques.
L'extrême ardeur que nous avons d'ofdinaire
pour la liberté , nous précipite
fouvent dans la fervitude.
Les Domeſtiques des Grands , font ordinairement
durs & inflexibles. Ils mefurent
leur pouvoir & leur fierté au degré
de puiffance & de faveur de leurs
Maîtres.
Il n'y a fouvent pas moins d'inconvenient
à fecouer le joug , qu'à le porter.
Nous devrions vivre avec nos inferieurs
comme nous voudrions que nos
Superieurs vécuffent avec nous.
On n'eft
pour
pas miferable être obligé
d'obéir , mais pour obéir malgré foi.
Servos ferviles habet omni tempore miles :
Prefbiter aquales , & Monachi Imperiales.
Le Combat fut d'abord appellé en Latin
Pugna , du mot Pugnus , le poingi
parce qu'autrefois les hommes ne ſe battpient
qu'à coups de poing , jufqu'à ce que
I, vol.
Bellus
JUI N. 1727. 1123
Bellus ayant inventé l'épée & les autres
armes , fit donner à la Guerre le nom
de Bellum
Dans un Combat , il y a toûjours beaucoup
de prudence , quelque réfolution
qu'on ait prife de ne point fuir , de fçavoir
du moins comment on le pourroit .
faire , fi la neceffité le demandoit.
Chabrias , Capitaine Athénien , difoit,
qu'une armée de Cerfs , conduite par un
Lion , étoit plus à craindre qu'une armée
de Lions conduite par un Cerf.
En faisant la guerre , on ne doit chercher
& n'avoir d'autre but que la paix .
Bellum ita fufcipiatur , ut nihil aliud
nifi pax quafita videatur.
A la Guerre il ne faut pas toujours nombrer
les hommes , mais pefer la valeur.
Il eft bon aux parens de fe voir & de fe
frequenter , mais non pas d'être voiſins .
Les mauvaises frequentations font d'autant
plus dangereufes , que le coeur fe.
trouve toûjours féduit par le mauvais
exemple , fans qu'on s'en apperçoive .
La grande habitude qu'on a les uns avec
I. vol. Ciij les
1124 MERCURE DE FRANCE.
les autres , fait qu'on fe connoît
trop biens
car ne pouvant
rien fe cacher , on s'en
eftime & on s'en aime beaucoup
moins.
Pour vivre dans une parfaite
intelligence
,
il ne fe faut pas voir ſi ſouvent
, ni dẹ
fi près.
Il est bien mal aifé de voir dans un
même Magafin du fer & du cuivre ,
du plomb & de l'étain , de l'or & du
mercure , fans qu'ils ne contractent de
mauvaiſes qualitez , ou que du moins la
couleur n'en foit alterée.
Les yeux de l'ame , auffi- bien que ceux
du corps, deviennent bien- tôt malades ,
à force de regarder ceux qui le font.
>
Ebrietas obftantem malis conatibus verecundiam
removet. Plures enim pudore
peccandi , quam bona voluntate, prohibitis
abftinent. Seneq.
Les perfonnes yvres font réputées ab
fentes.
Abfentem ladit cum ebrio qui litigat.
L'yvrognerie eft fouvent une leçon de
fobrieté.
Les Libertins décrient ordinairement
I. vol.
les
JUIN. 1727.
1125
les
gens de bien , pour juftifier en quelque
maniere leurs defordres.
La débauche eft un vice aux jeunes gens ,
& une fureur aux vieillards . Seneque .
Il y a toûjours moins de peine à fur
paffer les méchans , qu'à s'égaler aux
gens de bien.
On voit quelquefois des gens fcrupuleux
jufqu'à la fuperftition , à qui des
vices réels ne font pas peur.
Nous permettons le vice que nous ne
reprenons pas.
Qui non vetat peccare , eùm poffit, jubet.
Les moindres vices paroiffent toûjours
énormes , quand ils fe trouvent en contrafte
avec des vertus éminentes .
Coelum non animum mutant , qui trans
mare currunt.
Dans les ames les plus abandonnées au
mal , il y a toûjours quelque fentiment
de bien. Elles n'ignorent pas ce qui eſt
infame & honteux , mais elles n'ont pas
la force de réfiſter à un malheureux penchant.
Les profperitez font d'un fecours merveilleux
pour couvrir les vices .
1. vol. C iiij ME1126
MERCURE DE FRANCE :
MEMOIRE HISTORIQUE
fur l'origine du Cadran Solaire , reprefenté
fymboliquement par la Statuë
de Memnon, &c.
Emnon étoit né dans ces Pays où
Miele Soleil femble fe lever. Il étoit
de l'extremité de l'Orient ; c'étoit affez
aux Poëtes qui aimoient à couvrir l'Hif
toire même de voiles ingenieux , pour
dire qu'il étoit fils de l'Aurore. Il étoit
Prince des Ethiopiens & des Egyptiens.
Ces deux Peuples n'en faifoient qu'un
feul. Ils avoient les mêmes Dieux &
prefque les mêmes coûtumes. Les Ethiopiens
s'étoient rendus maîtres de l'Egypte
; ainfi ceux qui le font Ethiopien n'ont
pas tout- à-fait tort ; mais à parler plus
jufte il étoit Egyptien , & né dans cette
fameufe Thebe d'Egypte à cent portes ,
qu'on pouvoit appeller une Ville de miracles.
Elle étoit prefque toute bâtie en
l'air , c'est - à - dire fur des colomnes.
Il femble que c'eft avec affez de raifon
qu'on a cherché l'emblême du Cadran
chez les Auteurs de l'Aftrologie &
des Mathématiques & dans le parentage
de l'Aurore & du Soleil. On voyoit la
I. vol.
Statuë
JUIN. 1727. 1127
Statuë de Memnon à Thebe dans le fameux
Temple de Serapis. Elle étoit de
Marbre noir , tournée du côté du Soleil
levant & reprefentoit un jeune homme
qui fembloit vouloir fe lever. Un Auteur
la reprefente dans une efpece de
Jardin , pour marquer que c'est d'ordinaire
à la Campagne & dans les Jardins
qu'on éleve & qu'on trouve les Cadrans .
Là ces Cadrans rendent dés réponſes plus
fures que celles des anciens Oracles .
Ceux- cy avoient leur nuit , c'est- à - dire
qu'ils ne parloient pas toûjours. Jamais
Oracle n'eut une deſtinée fi changeante
que la Statuë de Memnon . Le Soleil fembloit
lui donner la vie , la nuit la condamnoit
au filence ; les Cadrans ne parlent
plus dès que le Soleil cele de les
éclairer. Autrefois ils étoient auffi fréquens
dans les Villes qu'ils le font prefentement
dans les Jardins. C'étoit l'ornement
des grandes Places .
Le premier que l'on ait fait , au moins
en Europe , fut dreffé dans la Place publique
de Lacedemone. Athénes & Rome
n'en manquoient pas. On doit le premier
qui fut dreffé dans cette derniere
Ville , au Conful Meffala , ou à Papirius
Curfor. On l'éleva en public proche
de la Tribune aux Harangues ; c'étoit où
s'alloient promener
les gens. de loifir. La
L. vol.
Cv
Cor
1128 MERCURE DE FRANCE:
Colomne où il étoit dreffé , fait fonger
au Piedeſtal fur lequel étoit pofée la Statuë
de Memnon . Avant que les Romains
euffent ce Cadran , qui fut conftruit environ
dans le temps de la premiere guerre
de Carthage , ils étoient affez ignorans
fur la divifion du jour . Ils en fçavoient
moins là - deffus que nos plus groffiers
Payfans. Ils ne connoiffoient que le foir
& le matin ; & ils crurent leur fcience
fort augmentée quand on y joignit le
midy. Un Crieur public fe tenoit en fentinelle
dans le lieu où l'on affembloit le
Sénat , & dès qu'il appercevoit le Soleil
entre la Tribune aux Harangues & le
lieu qu'ils appelloient la Station des Grecs,
où s'arrêtoient les Ambaffadeurs qu'on
envoyoit au Senat ; lors , dis -je , que le
Soleil étoit là , il crioit à haute voix qu'il
étoit midy. Au refte les Cadrans Romains
n'étoient pas tout-à -fait conftruits comme
les nôtres . C'étoient des efpeces de
Coquilles où de Plats creux , faits en
façon de demi cercles , marquez de lignes
également diftantes , avec une efpece
de bâton au milieu pour fervir de
ftyle . Comme les Egyptiens ne faiſoient
prefque rien fans myftere , leurs ceremonies
, leurs ufages , leurs Statues , marquent
prefque toûjours quelque chofe de
cachés on peut croire que la Statuë de
1. vol.
MemJUI
N. 1727.
1129
Memnon étoit auffi mifterieufe , & peut
être ne devineroit -on pas mal de penſer
qu'elle reprefentoit en Egypte l'Horloge
Solaire.
On dira peut- être que l'Egypte n'avoit
pas encore cette invention du temps qu'on
dreffa la Statue , mais on fçait que les
Peuples ont eu de tout temps la vanité de
s'attribuer la découverte des chofes ; &
que les Grecs fur tout , ont eu l'adreffe
de fe faire les premiers Auteurs de ce
dont fouvent ils n'étoient que les Imitateurs
. Par exemple , fi on en croit Diogene
Laërce , qui nous dit qu'Anaximandre
eft l'Inventeur du Cadran , le Sage
Thalés aura le premier divifé l'année en
12. mois & en 365. jours . Cependant
Jofeph attribue cette divifion aux Hébreux
, & les plus fideles Ecrivains profanes
la donnent conftamment aux Egyptiens
. Thalés n'a donc été l'Auteur de
cette divifion que dans l'Europe tout au
plus , & l'on peut croire la même choſe
de fon Compatriote Anaximandre pour
l'horloge. Cela fe peut facilement conjecturer
par la diverfité de fentimens des
Auteurs qui ne s'accordent pas à lui attri
buer la découverte des chofes , & par le
filence de Vitruve , qui dans éune numeration
aflez exacte des Auteurs des Horloges
, ne parle point de l'Inventeur Mi-
"
1. vol.
Cvj lefien
1130 MERCURE DE FRANCE .
lefien ; outre qu'il eft dit que le Cadran
de Lacedemone que celui - ci conftruifit
, avoit été dretlé à l'imitation de
ceux des Babyloniens .
Au refte , on pourroit parler ici de toutes
les découvertes que les Egyptiens ont
faites dans l'Aftronomie & dans les Mathematiques
, & dire qu'ils ont les premiers
divifé les jours en heures ; que le
mot d'heure eft Egyptien , & qu'il vient
de celui d'Horus , qui fignifie dans leur
Langue le Soleil ; qu'ils font les Inventeurs
des Horloges d'eau , qui femblent
avoir été plus difficiles à trouver que le
Cadran ; qu'ainfi il y a quelque apparence
qu'on leur doit auffi ce dernier : Aufſi un
Ecrivain l'a t'il donné formellement à leur
Hermés Trifmegifte. C'eft ce même Hermés
, qui divifa , dit- on , le jour en douze
heures , & la maniere dont il trouva
cette divifion eft affez finguliere pour ne
pas dire plaifante. Il obferva qu'un certain
Animal confacré à leur Dieu Serapis,
urinoit douze fois par jours par intervales
reglez. Il trouva cette divifion commode,
& prit de là occafion de partager le jour
en autant de différens eſpaces.
>
Les Egyptiens ne nous auroient - ils
point ici felon leur coutume caché
quelque vérité fous ce voile ? Tâchons
de développer cette Enigme. Le Dieu
1. val..
Sexapis
UIN 1727 1135
Serapis fera le Soleil , l'Animal l'Hierogliphe
de l'Horloge ; & la vérité cachée
, eft que ce grand Mathématicien
ayant trouvé la proportion des ombres ,
marqua fur le Cadran douze lignes , &
cette divifion du jour en douze parties ·
lui parût commode. Ce n'eft pas la premiere
fois que les Egyptiens fe font fervi
d'un Animal pour figurer les Horloges
. Ils employoient le même Symbole ,
& dans la même pofture , pour repréfen
ter les Clepfidres , ou Horloges d'Eau ,
dont Ctefibius d'Alexandrie fût l'Inven
teur. A tout cela on ajoutera une derniere
obfervation. La Statuë de Memnon
étoit dans le Temple de Serapis , c'eſt- àdire
, du Soleil. La coutume des Anciens
étoit , comme l'on fçait , de mettre dans
les Temples des Dieux les Figures ou
Symboles de ce qui leur appartenoit , de
leurs offices ,de leur fuite, & c. Ovide dans
la belle Deſcription qu'il nous a donnée
du Palais du Soleil chez les Ethiopiens ,
n'a pas manqué d'y placer les jours ,
les mois , les années , les fiecles , & furtout
les heures , pofées à diftances égales.
Adextra lavague dies , & menfis , & annus ,
Seculaque, & pofita fpatiis aqualibus Hora :
Le Temple de Serapis ne manquoit pas ,
1. vel. fans
1132 MERCURE DE FRANCE.
fans doute , de belles Figures de toutes
ces chofes , & les Habitans de la Ville de
Thebe , qui étoient les Auteurs de la divifion
de l'année en douze mois , & de
quantité de découvertes fur l'Aftronomie,
n'avoient garde d'oublier d'y mettre des
Memoriaux qui contenoient leurs Inventions.
D'où il eft aifé de conclure que la
Statuë de Memnon y étoit auffi placée
trés à propos pour marquer le Cadran ,
auquel elle fe rapportoit fi jufte.
MWANAWAT
VERSION & Imitation de la Poëfie
de Catulle fur les Amours de Septime
& d'Acmé .
Acmen Septimius fuos amores , &c.
SEptime un jour près de ſa Belle ,
Soupiroit amoureuſement ,
Et lui jurant une ardeur éternelle ,
Soumis à fes genoux , lui difoit tendrement.
Ma chere Acmé fi je ne t'aime ,
D'une tendreffe & d'une ardeur extrême ,
Unique objet de mes amours ,
Qu'au milieu des deferts de l'affreufe Lybie
I. vol.
Je
JUIN. 1727 . 1133
Je puiffe me voir feul , fans eſpoir de ſecours,
Prêt à perdre la vie.
Qu'un Lion affamé
Au carnage animé ,
Puiffe me dévorer dans les Indes brûlantes.
Il proferoit ainfi ces paroles touchantes ,
Quand l'amour favorable interrompit fa voix ;
Et voulant approuver par un heureux augure ,
L'ardeur de cet Amant fi conſtante & fi pure ,
A droite éternua trois fois.
Alors la belle Acmé , fenfible autant qu'aimable
,
Tourna fes regards tendrement
Sur fon fidele Amant ,
Elle baifa de fa bouche adorable ,
Ses beaux yeux enflammez d'amour
Lui fourit doucement, & lui dit à fon tour:
Mon cher Septimille que j'aime ,
Plufque le jour , plufque mes yeux ,
Et mille fois plufque moi-même ,
Soumettons- nous aux Loix du plus charmang
des Dieux ,
1. vol.
Je
1134 MERCURE DE FRANCE.
Je veux que fes tranſports & fes plus vives
flammes
Uniffant nos coeurs & nos ames ,
Nous confument tous deux.

Acmé ne put jamais en dire davantage ,
Car l'amour favorable interrompit ſa voix ;
Et confirmant fes voeux par un heureux préfage
On l'entendit à droite éternuer trois fois.
Ainfi ces deux Amants pour adoucir leur
peine ,
Suivent le doux penchant où l'amour les entraîne
,
Ce Dieu feconde leurs defirs ,
Et par une ardeur mutuelle ,
Toujours vive , toujours nouvelle ,
Leur infpire mille plaifirs.

Septime trop heureux trouve dans fon Amante
Ce qui peut d'un Amant rendre l'ame contentes
Il aime , il fent qu'il eſt aimé ,
Et tous les tréfors de l'Afie ,
1.vol.
Satis
JUIN. 1727.
1135
Satisferoient moins fon envie ,
Que les faveurs de fon Acmé.
Elle auffi dont le coeur , reffent même ten
dreffe
Au bonheur de Septime ardemment s'inter
reffe ,
Elle fe livre à fon Amant ,
Elle en fait toutes les délices ,
Et rien ne cauſe ſes fupplices ,
Que l'abſence d'un feul moment.
Vit on de deux Amants une ardeur plus fidelle
?
Et de deux coeurs une union plus belle ?
Non , rien ne s'oppoſe à leurs voeux ;
Puifque par un bonheur extrême ,
Le Ciel , le Deftin , l'Amour même ,
Tout confpire à les rendre heureux.
11 eft à remarquer dans cette Poëfie
où il eft parlé d'éternuements , qu'ils fervoient
d'augure chez les Romains comme
chez les Grecs , qui les ont portés
jufqu'à la fuperftition . Athenée , liv. 2 .
ch. 25. rapporte qu'ils paffoient pour
I. vol. quel1136
MERCURE DE FRANCE.
quelque chofe de divin , & que l'on faẻ
luoit ceux qui éternuoient par une espece
d'adoration , en fléchiffant le genou.
L'éternuement étoit d'ailleurs d'un heureux
préfage en amour. Pendant que j'écrivois
, dit un Ancien , à ce que j'aime ,
j'ai éternué , c'étoit une marque que l'on
penfoit à moi. Properce liv. 2. El, 3. en
parlant à Cynthia fa Maîtreffe , lui dit :
que dans le temps de
de fa naiffance , on
avoit entendu éternuer , ce qui étoit un
préfage favorable pour elle , & ce Poëte
a feint que c'étoit l'Amour lui-même qui
avoit éternué.
Num tibi nafcenti primis , mea vita , diebus ,
Aureus argutum fternuit omen amor ?
Par M. de Mautour.
I. vol. ELOGE
JUIN. 1727 . 1137
深深********
ELOGE de M. Nicolas de Malezien
ن م
Chancelier de la Principauté de Dombes
, mort le 5. May 1727. prononcée
dans la Seance du Confeil Souverain
de Dombes , le 12. du même mois , par
M. le Febvre de Saint- Hilaire , Lientenant
General de la Conétablie , &
Confeiller au Confeil Souverain de Dombes
au commencement d'un rapport
dont il étoit chargé , & qui avoit été
remis à ce jour à caufe de la mort de
M. de Malezien. M. le Febore furprit
agréablement l'Affemblée , moins encore
par l'éloquence & la délicateffe de fon
Difcours talens qui lui font naturels )
que parce qu'il eft le premier qui air
rendu ce devoir à la memoire des deffunts
Membres de cet illuftre Corps.
MESSI ESSIEURS ,
L'affaire dont j'ay à vous rendre compte
auroit été décidée Lundy dernier , fi
la Juftice n'avoit fermé fon Sanctuaire &
fufpendu fes Oracles pour exprimer fa
douleur fur la perte de notre illuftre Chef.
A ce nom je vous vois penetrez , Meffieurs
, de toutes les vertus de ce refpec-
1. vol. table
1138 MERCURE DE FRANCE.
table deffunt , & vous m'infpirés le deſſein
de les graver fur fon Tombeau : c'eſt donc
dans vos coeurs mêmes que je puiſe l'Eloge
que je lui confacre en ce jour.
M. de Malezieu étoit né avec tous les
talents qui forment le grand homme. 11
avoit l'efprit & le coeur également parfaits.
Profond dans les Sciences les plus
abftraites , il s'eft élevé comme un Aigle
jufqu'à la Sphere du Soleil qu'il à fçû mefurer
, ce qui lui a attiré l'admiration de
l'Académie la plus celebre du monde . Sçavant
dans l'art de plaire ; les Poëfies les
plus délicates naiſſoient fous fa plume , &
il prenoit pour un fimple délaffement ce
qui fait l'occupation férieufe de plufieurs
perfonnes diftinguées de notre fiecle :
heureux , mais très - rare affemblage de la
méditation la plus réfléchie & des amufemens
les plus enjoüez .
Courtifan habile , par l'urbanité de fes
moeurs , il s'eft acquis la tendreffe d'une
Cour fpirituelle & polie , & fes vertus
feules lui ont merité la confiance & la
faveur d'un Prince augufte ; oferai - je
le dire , l'eftime , l'amitié même d'une
grande Princeffe , dont le génie fuperieur
ne voit rien d'égal à lui - même. Courtifan
defintereflé , il ne laiffe à fa famille
que fa vertu pour patrimoine , & il n'a
employé fa faveur qu'à faire tomber les
1. vol. · graces
JUIN. 1727: 1139
graces fur ceux qu'il en jugeoit les plus
dignes.
Magiftrat digne de l'ancienne Rome
la facilité de fes audiances & fon accueil
favorable calmoient l'ame agitée du Plaideur
; il connoiffoit les deux vifages de
Themis , l'un facile dans le premier abord,
l'autre fevere & impitoyable quand il
faut prononcer. Là il vouloit contenter
les deux Parties , ici il ne craignoit ni
d'offenfer le puiffant ni d'affliger le pauvre
& le foible ; en un mot , la Nature
l'avoit formé bienfaiſant & la juftice le
rendoit infléxible .
Vous , Meffieurs , qui avez porté longtemps
avec lui le poids de la Magiftrature
, quelle douceur , quelle tendreffe
ne vous a- t- il pas toûjours témoigné ?
N'avez-vous pas toûjours trouvé en lui
les entrailles d'un Pere , plutôt que la
gravité d'un Superieur ? Auffi l'inclination
plus que le devoir vous conduifoit
auprès de lui.
Je finis , Meffieurs , par l'éloge le plus
glorieux que puiffe recevoir ce grand
homme.
Louis Augufte , l'ornement de fon fiecle
, les délices de fon peuple , dont le
nom eft celui de la vertu même , regrette
ce Serviteur fidele que tant d'éminentes
qualitez lui avoient rendu fi cher pendant
fa vie.
A
1140 MERCURE DE FRANCE.
Maak
A M. L'ABBE' DE ROQUEMARTINE .
P. D. L. S.
Lluftre Abbé , dont l'amitié m'eft chere ,
Autant & plus qu'une bourfe d'argent ,
Ma foi , j'ignore en quel coin de la terre
Tu demeures pour le preſent.
J'ay mis déja mainte Lettre en campagne ,
Mais , ô difgrace ! ô malheureux deftin !
Effet du fort qui partout m'accompagne ,
J'ay tout perdu, mon Grec & mon Latin.
Eftomaqué d'une telle infortune ,
Certain foir , au clair de la Lune ,
Contre les Poftillons j'enrageois , je peſtois
9
Et de grand coeur je tempêtois.
Pour te le dire enfin de maniere énergique ,
Contre eux je m'exclamois d'une façon inique,
Car j'en étois tout hors de mon bon ſens :
Peut-on , difois-je , ainfi traiter les gens ?
Fortune aveugle , infame gourgandine ,
Voila-t-il pas encore un fort beau tour !
Après cela t'appellerai Divine ?
Dévotement je te ferai la cour.. ••
I. vol.
J'allois
JUI N. 1727. 1141
J'allois continuer ; mais le galand Mereure ›
Dieu fort courtois & fort compatiffant
Parut alors , & s'enquit en paffant ,
De quoi mon efprit avoit cure ;
Il me promit fon tout- puiffant fecours.
Charmé je fus de fon poli difcours ;
Il me rendit l'efprit tranquille,
Je narrai donc à ce divin Coureur ,
Tout le fujet de ma jufte douleur ,
Et ce récit ne me fut inutile.
Oh, reprit-il, je te peux bien fervir ;
De t'obliger , je fens un vrai plaifir,
Tu fçais aſſez que par toute la terrè ,
De par Jupin , je vole nuits & jours ,
Et que dans fon double Hemisphere ,
Tous les mois je fournis mon cours .
Quel est le lieu que cet Humain habite ?
Je prétens y courir bien vite.
Gliffe deux mots pour lui dans mes paquets &
Je lui veux rendre & je te le promets ;
Pourvû qu'il ne foit pas fur les bords du Cocyte.
Tout fur le champ je courus à mon gîte ,
( Quand j'eus ce doux & loyal entretien ,
I. vol.
Nota
1142 MERCURE DE FRANCE.
Nota benè que j'étois dans la ruë
Depuis long-temps faifant le pied de gruë ,
Hélas ! que c'eft un bien pauvre main
tien ! )
Je courus donc & traçai ; non fans peine .
Et fans travail pour ma petite veine ,
S'il
Tout ce récit pour moi trop précieux ,
peut parvenir à tes yeux.
La parole des Dieux eſt ſure ,
Auffi m'en fiai -je à Mercure ;
Et fi du nombre des vivans ,
Tu n'es forti : je n'ai perdu mon temps ;
Car helas I s'il t'a pris la malheureufe envie
De quitter le monde & la vie ,
Pour aller vifiter deffus les fombres bords
Tes parens & tes amis morts.
De lire ce Billet je te donne diſpenſe :
Mais je t'avertis par avance
Que fi devant un ou deux mois ,
Tu ne fais preuve d'exiſtence ,
Je ferai dire à pleine voix ,
Par devant nombreuſe affiftance ,
Au moins deux cens De profundis ,
Libera , Requiem , Oraifons funerairs ,
"
1. vol. Non
JUIN. 1727.
1143
Non fans nombre de luminaire ,
Qu'il faut en conſcience épargner fi tu vis ;
Et puis j'adreſſerai fur le champ à ton ombre
Mes juftes & tendres regrets ,
Que lui rendra dans le Royaume fombre
Quiconque voudra bien y voyager exprès.
Or je ne puis t'en dire davantage ,
Meffer Mercure eft preffé de partir ,
Parce qu'il veut pourſuivre ſon voyage ,
Et fans tarder me faut ici finir ,
"
En ajoûtant que comme à l'ordinaire ,
Je te veux toûjours eſtimer ,
J'ofe efperer que d'une ardeur fincere ,
Tu voudras bien toûjours m'aimer.
Le Chevalier de Montador:
Faris ce 17. May 1727.
PARADOXE propofe aux Arithmeti- \
ciens- Géometres , par le P. C. J.
N lifant les Elemens d'Algebre , im-
E primez à Naples par M. Nicolas
Martini , Ouvrage excellent , & qu'on
peut regarder comme une nouvelle Edi-
J. vol.
Ꭰ . tion
1144 MERCURE DE FRANCE ,
tion augmentée & diminuée de l'Analyſe
démontrée du R. P. Renaud , de l'Oratoire
j'ai trouvé l'Auteur fort embarraffé d'une
efpece de Paradoxe où fes Méthodes l'avoient
conduit. Il s'agit de divifer une
Equation par une Equation , c'est - à -dire
zero par zero.
M. Martini remarque d'abord fort bien
que le quotient de cette divifion eft une
quantité finie , comme lorfqu'on divife
un infiniment petit par un infiniment
petit de même genre ; mais loin de dé
terminer ce quotient , il prétend qu'il eft
indéterminé.
Or je dis qu'il eft très - déterminé , &
que c'eft l'unité même. Car en Zero ,
combien de fois Zero ? une fois , fi je ne
me trompe ; cela eft évident par foi - même.
Mais fi on en vouloit une démonftration
dans les formes , il n'y a qu'à remonter
au principe de la chofe , & fe
fouvenir que dans la divifion le Divifeur
eft au dividende , comme l'unité eft au
quotient , d'où il fuit que les deux premiers
termes étant zero & le troifiéme
l'unité , il faut que le quatriéme terme ,
c'eft- à- dire le quotient, foit auffi l'unité.
L'Auteur a été plus heureux dans la
décifion d'un autre Paradoxe , lorfqu'il a
dit que l'infiniment grand multiplié par
zero , donne pour produit , non pas zero ,
I vol. mais
JUI N. 1727. 1145
mais le fini . On en peut auffi trouver
la démonftration dans le principe de la
multiplication , fuivant lequel Punité eft
au multiplicateur , comme le multipli
cande au produit ; or ici le multiplicateur
eft infiniment petit , par rapport à l'unité
, donc le produit doit être auffi infiniment
petit par rapport au multiplicande
, ou bien en renverfant , comme l'unité
eft, un infiniment petit par rapport au
multiplicande , de même le multiplica
teur , zero , doit être infiniment petit par
rapport au produit , lequel par confequent
ne peut être zero , mais une quantité finie.
Il y a long- temps que j'avois démontré
ce fecond Paradoxe dans le Journal
de Trévoux .
Mais à propos du premier de ces Paradoxes,
y a - t- on eu égard jufqu'ici, lorf
qu'on a divifé une Equation par une
Équation , c'est - à - dire , zero par zero ?
peut- être cette remarque vaut elie la peine
d'être faite ? je n'ai pas maintenant le
temps de la vérifier exactement.
EXPLICATION de la feconde Enigme
du Mercure de May dernier ,
par un Gafcon.
M Ercure , tu la vailles velle ,
En promettant à l'Oedipe le Prix ! A vole
Dij
Je
1146 MERCURE DE FRANCE,
Je l'ai troubé dans l'Enigme noubelle :
Mais beux- tu par l'efpoir animer les efprits ,
Et te mettre en juſte dépenfe ?
Change le Prix en quelque récompenfe.
Par un titre fophiftiqué ,
Dont après coup j'entrebois l'équiboque ;
Tu me féduis , & Mercure fe moque ;
Je
fens
que bainement je me fuis appliqué :
Si de nommer le Prix eft ma feule fortune
Sans me propofer d'autre vien ,
C'eſt debiner deux Enigmes dans une ,
Et le tout , cadedis , pour rien.
Autre Explication.
BElle Cloris , dont mon coeur eft épris ,
Que je ferois émû , charmé , furpris !
Quel digne fort ! quelle heureufe avanture !
En expliquant l'Enigme du Mercure ,
Si furpaffant les plus brillans efprits ,
De mon travail je vous voyois le Prix !
On a dû expliquer les deux autres
Enigmes du même mois , par le May
& l'Echo.
a. vol.
PREJUIN.
1727. 1147
*******************菜
PREMIERE ENIG ME.
E fuis une production ,
Où l'Art fait briller la Nature ,
Si fier de mon extraction ,
Que je ne fouffre aucune injure ;
Auffi je n'en fçaurois fouffrir ,
Sans être réduit à périr.
Juges par là de ma délicateffe ;
Cependant quoique je fois tel ,
Prefque par tout à l'envi l'on s'empreffe
A me dreffer chaque jour un Autel.
Mon origine eft noble & pure ,
Je change de couleur , fans changer de nature;
Et comme je touche le coeur ,
Par le foin que je prens d'offrir ce qui peut
plaire ,
Chacun fi fort me confidere ,
Qu'il gronde en fe plaignant , s'il m'arrive
malheur.
On fait encore plus , on me flate , on me touche
,
Et je me fais fi bien prifer ,
1. vol. Diij Qu'il
1148 MERCURE DE FRANCE .
Qu'il n'eft point de fi belle bouche ,
Qui quelquefois ne cherche à me baiſer.
DEUXIE ME ENIGME.
QUoique je ne fois point aimable ,
On me préfere aux plus beaux jours,
Et le profit qui vient de mon fecours ,
Me fait trouver fort agréable :
Je me fais hair d'un Amant ,
Car lorfqu'il aime une Bergere ,
Et qu'il emprunte pour lui plaire
Le charme de l'ajuſtement ,
Par une humeur incommode & chagrine ,
Je viens mal à propos ternir fa propreté ,
Et le réduire à la neceffité
D'aller cacher fa bonne mine.
Ce que je fais , ſouvent je le détruis ;
Cependant je n'ay point de qualité contraire ,
Quelquefois pour m'avoir on ufe de prieres ,
Et l'on me veut chaffer quelquefois d'où je ſuis
1
1. vol.
NOUJUIN.
1727. 1149
******************
NOUVELLES LITTERAIRES
V DES BEAUX ARTS , & c.
UN
N Auteur ,
fans doute tous les foins , que des
perfonnes habiles fe font donnez pour enrichir
la République
des Lettres d'une
bonne Traduction de fon Hiftoire , accompagnée
d'un Commentaire
auffi curieux
& auffi utile que l'Hiftoire même. C'eſt
cet Hiftorien , qui au jugement d'un de
nos meilleurs Critiques , parle fi difertement,
qui contient un fond de bonnes & de
belles chofes , & dont un fameux Conful
Romain , ( Brutus ) avoit une fi haute
idée , qu'au fort de fes mauvaiſes affaires ,
il paffoit les nuits à le lire & à l'étudier.
C'eft auffi par ces confidérations
que nous
donnons ici , dans fon entier , la feuille
imprimée que les Auteurs d'une Entreprife
fi importante
viennent de publier ,
laquelle en contient en abregé toute l'oecotel
que Polybe , mérite
nomie.
HISTOIRE DE POLY BE nouvellement
traduite du Grec , par D. Vincent
Thuillier , Benedictin de la Congregation
de S. Maur. AVEC un Commentaire •
1. vol . ou
D iiij
3150 MERCURE DE FRANCE.
foit
ou Corps de Science Militaire , enrichi
de Notes Critiques & Hiftoriques , où
toures les grandes parties de la Guerre ,
pour l'Offenfive , foit pour la Deffenfive
, font expliquées , démontrées & repréfentées
en Figures. Ouvrage très- utile
non feulement aux Officiers Generaux ,
mais même à tous ceux qui fuivent le
parti des Armes , par M. de Follard, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Lonis ,
Mestre de Camp d'Infanterie. 8. vol. in
4°. propofez par Soufcriptions.
A regarder la Guerre du côté des défordres
prefqu'inévitables qu'elle entraîne après elle ,
& de la deftruction des hommes , qui eft une
fuite de fon principal objet , on ne peut s'empêcher
d'en concevoir de l'horreur ; & loin de
vouloir apprendre à la faire , on voudroit , ne
s'inftruire que des moyens de l'éviter.
Mais d'un autre côté , fi l'on confidere que
la Paix , fource féconde de tous les biens
qui rendent un Etat heureux & floriffant , ne
peut gueres s'acquerir & fe conferver que par
les armes , ou par la réputation où l'on eft de
s'y appliquer ; on prend alors de la Guerre une
idée plus avantageufe , & l'on reconnoît que
de toutes les Sciences celle de la Guerre eft la
plus néceffaire ; puifque ce n'eft que fous fes
aîles & fa protection que les autres fe cultivent
, & que fans elle il n'eft point de Royaume
, quelque puiffant qu'il foit , qui puiſſe éviter
fa décadence & fa ruine .
Cette Science n'eft pas moins noble que néceffaire
. Elle éleve un Sujet aux plus hautes
1. vol.
dignitez,
JUIN. 1727. 1151
dignitez , elle met entre les mains de celui qui
la poffede , l'honneur du Prince & le falut du
Royaume. Quel théatre pour un Particulier
qu'un champ de bataille où il commande ! Et
fi par fa conduite & fon courage il triomphe
de fes ennemis , quelle gloire ! quels applaudiffemens
! Quoi de plus flateur , à fon retour ,
que d'entendre dire par tout où il paſſe : Voilà
le Sauveur de l'Etat.
Une partie de cette gloire rejailliroit fur
moi , & mon zéle pour le fervice du Roi feroit
fatisfait , fi j'avois pû ouvrir des routes à la
Nobleffe pour arriver à cet honneur , le plus
grand où elle puiffe parvenir , & après lequel
l'ambition la plus avide & la plus inſatiable
n'a plus rien de legitime à fouhaiter.
Au moins je n'ai rien négligé de ce qui
pouvoit me mettre en état de lui rendre ce
fervice. On ne me reprochera jamais d'avoir
donné aux plaifirs le temps dont mes fonctions
militaires me permettoient de difpofer ; j'ai lû
& relû tous les Hiftoriens anciens & modernes
, de qui j'efpérois recevoir plus d'inftructions
; tous les Auteurs dogmatiques m'ont
paffé fous les yeux ; j'ai fait de férieufes &
de fréquentes réfléxions fur les principes de
mon métier. Plus de trente- fix Campagnes
fous des Generaux du premier rang m'ont
donné lieu de voir des actions éclarantes , où
j'ai tâché d'examiner tout , à quelque péril
que cette curiofité me dût expofer , & m'ait
en effet expofé.
>
,
C'eft aux Connoiffeurs à juger maintenant
j'ai fait quelque progrès dans la Science de
la Guerre , & fi mes études peuvent être
aux autres de quelque utilité. Qu'on me life
fans préjugez & fans entêtement pour la cou
& j'ofe me flater qu'on trouvera des
tume ,
1. vol.
Dy choſes ,
1152 MERCURE DE FRANCE .
chofes , que l'on chercheroit en vain chez les
autres Ecrivains militaires .
Quoique mon but principal ait été d'établir
fur la Guerre des principes qui puiffent conduire
ce grand Art à fa perfection , je ne m'y
fuis cependant pas tellement borné que je
n'aye fait de temps en temps quelques difgreffions
, qui ne paroîtront pas indifférentes.
Tantôt c'eft l'éloge de quelques Perſonnages
illuftres qui n'étoient pas aflez connus ; tantôt
la critique de certains faits , qui jufqu'à préfent
avoient été regardez comme indubitables.
Ici je mets dans tout fon jour la Politique des
Grecs , des Romains , & de plufieurs autres
Peuples ; là je prends la liberté de faire obferver
les fautes , où il me femble que certains
Auteurs , tant anciens que modernes , font tombez.
Enfin tout l'Ouvrage eft parfemé de mille
particularitez , qui , pour ne pas appartenir
immédiatement à la Guerre , ne feront que le
rendre plus agréable & plus utile à un plus
grand nombre de perfonnes.
Ce premier Tome m'acquittera d'une par
tie des promeffes que j'ai faites dans mes
Nouvelles Découvertes , & me fervira de caution
pour les fuivans .
J'ai promis dans mon Projet , que j'expliquerois
dans des Obfervations chaque Ordre
de Bataille; que je donnerois des Plans gravez ,
qui repréfenteroient la difpofition des deux
armées; que je remarquerois les fautes commifes
de part & d'autre ; que je mettrois des
événemens d'ancienne & de fraîche date en
parallele avec ceux que rapporteroit mon
Hiftorien ; que je parlerois des différens Ordres
de Bataille des Anciens felon les différentes
fortes de terrains , de la maniere de fe
former , des changemens ou mouvemens
1. vol.
qu'on
TUIN 1727. 1153
qu'on peut faire avant & pendant le combat .
des retraites d'armées , des furpriſes ; que les
grandes évolutions feroient expliquées par
des Plans qui les mettroient à la portée des
efprits les plus mediocres ; que la marche des
armées feroit réduite en principes & en méthode
; que je donnerois les Machines des
Anciens , & que j'en découvrirois les forces
mouvantes ; que j'établirois , fur la Tactique,
des principes inébranlables , & qui , quoiqu'employez
par les plus grands Capitaines ,
avoient été abolis par la tyrannie de la routine
, & c.
Le Lecteur verra quelque chofe de tour
cela dans le premier Tome. Mais , tout fourni
& intereffant que celui - ci ne manquera pas
de lui paroître , on ne craint pas de lui affûrer
que les fuivans le furpafferont de beaucoup
, foit par l'importance des matieres , foit
par le nombre & la beauté des Planches qui
monteront à près de 300.
Dans le fecond par exemple , j'ai raffemblé
tout ce que l'on pouvoit dire fur la maniere
ancienne d'attaquer & de deffendre les
Places. Là feront les batteries , les approches ,
la defcente ou le comblement du foffé , les
Cavaliers , les Galeries fouterraines , la conduite
des Sappes , les Affauts , les Escalades ,
les Lignes de circonvallation & de contrevallation
, les Ponts , les Machines de guerre
de toute efpece , les Retranchemens , les Campemens
, & c. Je m'y fuis fort étendu fur l'origine
, la conftruction , les forces mouvantes
& les effets des Machines ; & far tous ces
points on verra des découvertés , dont je
eraindrois prefque de me fçavoir gré , fi le Belier
non fufpendu , la Balifte & la Catapulte
n'avoient déja été éprouvées devant un grand 1. vol.
D vj nom1154
MERCURE DE FRANCE .
nombre de Sçavans & de Geometres .
Pour imprimer huit volumes in 40. où il
doit entrer un fi grand nombre de Figures ,
mes Libraires ont befoin du fecours du
Public.
Les Soufcriptions feront de 80. liv. pour
le petit papier , & de 120. liv. pour le grand.
En prenant.actuellement le premier Volu
me en petit papier , on donnera 24 liv . En
recevant le fecond dans le courant de Septembre
prochain on donnera 10. liv En recevant
le troifiéme au commencement de 1728 .
on donnera 1o. liv . En recevant les 4 5. & 6.
Volumes à la fin de 1728. on donnera 24.
liv. & en recevant au mois de Juillet 1729 .
les deux derniers Volumes , on donnera 12
livres .
En grand papier on donnera au premier
payement 30. liv. au fecond 18. liv. au troifiéme
18. liv. au quatriéme 30. liv. au cinquiéme
24. liv .
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
F'Ouvrage en petit papier 120. liv. & 180
liv. pour le grand , dont on tirera très - peut
d'Exemplaires.
On recevra des Soufcriptions jufqu'à la fin
d'Août pour la France , & jufqu'à la fin d'Oc
tobre pour les Pays étrangers..
Soumiffions des Libraires , dont la minutte
eft entre les mains de Monfeigneur
le Garde des Sceaux .
NOUS Libraires à Paris , affociez pour
Hittoire de Polybe en 8. Volumes in-4 ° .
nous nous foumettons folidairement de rendre
les femmes que nous aurons reçûes en
livrant le premier Volume , faute par nous
1. Voton de
TUIN. 1727.
'de délivrer les autres Volumes aux Soufcrivans
dans les Terines fixez par le Prospectus
Fait à Paris ce 7. May 1727. Signé P. Gandouin
, J. M. Gandouin, P. F. Giffart, & N. P.
Armand.
Les Soufcrivans prendront la peine de s'adreffer
à quelqu'un des Libraires ici nommez :
à Paris , chez Pierre Gandouin , Quai des
Auguftins , à la belle Image. Julien Michel
Gandouin , quai de Conti , aux trois Vertus .
Pierre- François Giffart , rue S. Jacques , à
Sainte Therefe. Nicolas - Pierre Armand , rue
S. Jacques , à S. Benoît. A Londres , chez
Meffieurs Groenwegue & Prevoft , Libraires
dans le Straant. A la Haye , chez Pierre Goffe
& Neaulme , Libraires. A Geneve
Boufquet , & Compagnie .
chez
REFUTATION de la Differtation du
R. P. le Brun , Pere de l'Oratoire , fur
la forme de la confécration de l'Eucheriftie
, adreffée à l'Auteur . Par le R. P.
Bongeant , de la Compagnie de Jefus . A.
Paris , rue S. Severin , chez d'Houry
& quay des Auguftins , chez Chaubert ,
1727. in 12. de 183. pages.
DESCRIPTION DU PARNASSE FRANÇOIS
executé en bronze , fuivie d'une Lifte
Alphabetique des Poëtes & des Muficiens
raflemblés fur ce monument A Pasis
, 1727. volume in 12. contenant
plus de 400 pages.
M. Titon Dutillet , Commiffaire Proincial
des Guerres , cy - devant Maître-
C
L. vol d'Hô
1156 MERCURE DE FRANCE .
d'Hôtel de Madame la Dauphine , mere
du Roy , vient de donner une Defcription
du Parnaffe François qu'il a fait
executer en bronze , & éleverà la gloire
de la France & de Louis le Grand , & à
la memoire immortelle des Illuftres Poëtes
& Muficiens François , comme le
porte l'infcription de ce groupe de bronze
, dont on a tiré de magnifiques Eftampes
, qui ont été diftribuées au grand nombre
de perfonne de diftinction & de merite.
Cette Deſcription eft dédiée au Roy.
M. Titon a eu l'honneur de la préfenter
au Roy , à la Reine , & aux premieres
perfonnes de la Cour.
Elle est précedée d'une Préface où il
donne une legere idée des honneurs &
des monumens accordés aux illuftres
Scavans & aux habiles Ecrivains par les
peuples les mieux policés & les plus floriffans
, & fur tout par les Grecs & les
Romains , qui récompenfoient fi noblement
la vertu & la fcience. Il marque
qu'entre les monumens que ces peuples
confacroient à la memoire des Scavans
ils leur élevoient des Statues , des piramides
, des colomnes , des tombeaux , &
jufqu'à des Temples ; qu'ils écrivoient
leurs noms fur le marbre & l'airain , &
dans des Regiftres confacrés à l'immor-
>
1. vol.
calité ,
JUIN. 1727.
1157
talité ; qu'on a même frappé des médailles
& des monnoyes en l'honneur de quelques
Ecrivains fameux de la Grece . Il
rapporte les exemples de tous ces monumens
; il dit enfuite que ce font ces
monumens glorieux dont les célebres Auteurs
ont été honorés , principalement
chez les Grecs & les Romains qui l'ont
animé à en ériger un en bronze à nos
illuftres Poëtes & Muficiens , en tâchant
de fuivre , felon fon pouvoir , les nobles
traces des peuples les plus renommés de
l'Antiquité. Il finit fa Préface en ces termes:
La France , qui fous le regne de Louis
le Grand , a produit tant d'excellens hom-
>
doit
mes dans tous les Etats & dans tous les
genres differens , où l'efprit éminent
l'héroifme & la vertu éclatent
avoir le même privilege que la Grece &
l'Italie , d'élever aux Grands- Hoinmes
qu'elle a vû naître , des Statues & les
plus beaux Monumens .
La France doit confacrer un Champ
de Mars , & un Temple de Victoire où
triomphe Louis le Grand , au milieu des
fameux Capitaines , & des Heros qui ont
paru fous fon regne glorieux .
Elle doit ériger des Pyramides & des
Tombeaux -aux Grands Miniftres & aux
Sages Magiftrats qui ont contribué à la
1. vol .
rendre
1158 MERCURE DE FRANCE.
rendre fi floriffante fous ce Monarque.
Elle doit former des Temples de mémoire
, conftruire des Bibliotheques &
d'autres Edifices publics , pour y placer
les Portraits & les Statues du grand nom-.
bre de perfonnes qui ont excellé pendant
le regne de ce Prince dans toutes les Sciences
& les beaux Arts , & qui les ont portés
à leur plus haut dégré de perfection
.
Pour moi , continue l'Auteur , admifateur
de tant d'Hommes Illuftres , je
me fuis hazardé d'élever aux célebres
Poëtes & Muficiens François un Monument
,, que j'ai nommé Parnaffe François
, fur lequel préfide Louis le Grand.
J'ai choifi ces Poëtes & ces Muſiciens
comme les premiers difciples & favoris
d'Apollon , & par l'impoffibilité de raffembler
dans un feul Groupe de Sculpture
en ronde -boffe la plupart des François
qui fe font diftingués dans toutes les autres
Sciences , & dans tous les autres
beaux Arts que la Poëfie & la Mufique.
On trouve très - peu de Groupe de
Sculpture de ronde -boffe qui excedent
trois ou quatre figures , celui - ci a quelque
chofe de fingulier ; il raffemble trentefix
figures , quatorze principales , &
ving - deux plus petites avec plufieurs
Médaillons , un Cheval pégafe & quel-
Le ques
ล vol.
JUIN. 1727. 159
ques petits animaux qui fervent de fymboles
pour caractériser le genre paftoral ,
& celui des fables ; le tout groupé avec
des Lauriers , Palmiers , & quelques autres
arbres convenables au Parnafle .
L'Auteur divife la Defcription du Parnaffe
François en trois parties. Dans la
premiere , il fait connoître toutes les figures
qui font placées fur le Monument ,
& le deffein qu'il a eu dans fa compoſition.
La feconde partie montre la difpofition &
l'arrangement du Groupe & de chaque
figure , avec les attributs & tout ce qui
l'accompagne .
Dans la troifième , il marque en quoi
ce Parnaffe eft Allegorique & Analogique
au Parnaffe de la Grece , & en quoi
il peut être d'une invention nouvelle.
Cette Defcription eft fuivie d'une lifte
Alphabétique des Poëtes & des Muficiens
qui forment jufqu'à préfent le Parnaffe
François , où l'on rapporte en abregé
leur origine , le temps où ils ont vêcu ,
leurs caracteres de genie , & le jugement
des Scavans fur leurs ouvrages dont on
donne le catalogue.
Cette lifte eft compofée de quatrevingt-
quatre Poëtes & de fix Muficiens
qui ne vivent plus que par l'excellence
de leurs Ouvrages ; elle fera augmentée
1. vol. dan's
1166 MERCURE DE FRANCE.
dans la fuite de plufieurs autres de nos
Illuftres Poëtes & Muficiens , furtout de
ceux qui joüiffent encore, de leur vivant ,
d'une grande réputation , & qui occuperont
des places honorables fur ce Parnalfe
après qu'ils auront achevé leur carriere
.
Il ne prétend point , comme on peut le
voir par les differens monumens qui compofent
ce Parnaffe , & même par les
places qu'occupent les figures , & par
celles des Médaillons, que tous les Poëtes
& les Muficiens foient d'un merite égal ,
& dignes des mêmes honneurs ; mais il
fait connoître qu'il n'y en a aucun qui
n'y puiffe obtenir quelque rang par quelques
-uns de fes Ouvrages . Il marque
auffi qu'il doit paroître fur le Parnaffe des
Poëtes & des Muficiens de caractere &
de génie differens & que les grands
Concerts, tels que ceux du Parnaffe , doivent
être compofés de differentes voix
qu'il en faut pour les grands Airs , pour
les Airs legers & détachés , & pour les
Chants .
S
JOURNAL des Obfervations Phyfiques ;
Mathématiques & Botaniques , faites par
ordre du Roy fur les côtes Orientales de
l'Amerique Méridionale , & aux Indes
Occidentales , & dans un autre Voyagé
I. vol.
fait
JUIN. 1727. 1167
J
fait par le même Auteur à la nouvelle
Efpagne
& aux Ifles de l'Amerique
. Par
le R. P. Louis Feuillet
, Religieux
Minime,
Mathématicien
& Botaniste
de S. M.
& de l'Academie
Royale
des Sciences
A Paris , ruë S. Jacques
, chez Mariette
,
in 4°. de 497. pages , 1725.
REFLEXIONS fur l'uſage de l'Opium,
des Calmats & des Narcotiques , pour
la guérifon des maladies , en forme de
Lettre. A Paris , ruë S. Jacques , chez
Cavelier , 1726. in 12. de 374. pages .
HISTOIRE GENEALOGIQUE DES
TARTARES , traduite du Manufcrit
Tartare d'Abulgafi - Bayadur- Chan , &
enrichie d'un grand nombre de Remarques
authentiques & très- curieufes fur
le veritable état préfent de l'Afie Sep-
* tentrionale , avec les Cartes Geographi
ques neceflaires . Par D ... A Leyde
chez A. Kallevier , & fe vend à Paris
Quai des Auguftins chez Chaubert
1726. deux volumes in 12. de plus de
800. pages.
-
و
"
DESCRIPTION des Tableaux du Palais.
Royal , avec la Vie des Peintres à la
tête de leurs Ouvrages. Dédiée au Duc
d'Orleans , Premier Prince du Sang. A
Paris , ru S. Severin , chez d'Houry ,
1. vol.
1727.
1162 MERCURE DE FRANCE.
1727. in 12. de 486. pages fans la Ta
ble , la Préface & l'Epitre Dédicatoire .
La connoiffance du prodigieux amas de
Tableaux des plus grands Maîtres , qu'avoit
fait S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, peut beaucoup fervir à l'Hiſtoire
de la Peinture ; ainfi cette Collection &
Defcription , la plus nombreufe qui ait
parû jufqu'à prefent , ne fçauroit être que
fort utile & fort agréable ; la difpofition
du fujet & l'action des Perfonnages y
font expofez avec beaucoup d'exactitude.
On auroit fouhaité de trouver un jugement
fur le mérite de chaque Tableau ,
ce que l'Auteur n'a point fait pour une
raifon qu'il en donne dans fa Préface" :
mais la Vie du Peintre qui a précedé les
Ouvrages peut y fuppléer. La grandeur
du Tableau , la citation du fujet & le nom
de l'ancien Poffeffeur n'y font point oubliez
, & il y a à la fin une Table fort
ample des Peintres & des Tableaux. !!
En faifant connoître , ce Livre , nous
profiterons de l'occafion pour faire connoître
aufft les Tableaux qui compofent
le riche Cabinet qui en eft l'objet.
L'Auteur remarque dans la Préface qu'il
a fallu des fiecles pour former les Cabinets
renommez , au lieu que 20. ans
ont fuffi à feu Monfieur le Duc d'Oxleans
pour raffembler la nombreuſe quan-
*. vol.
tité:
JUIN. 1727.
1163
tité de Tableaux qui ornent les Apparte
mens du Palais Royal .
fa
Ce Prince , pourfuit l'Auteur , qui joignoit
aux qualitez qui font les Heros ,
toutes les connoiffances & tous les talens
qui font les Grands- Hommes , avoit reçû
du Ciel un génie vafte , une intelligence
univerfelle , & un difcernement exquis.
Ayant fait ufage dans tout le temps de ſa
vie de ces rares dons , il a voulu tout fçavoir
, & il a tout fçû . Quelle application
aux Sciences ! quel commerce avec les
Arts dans cet âge confacré aux feules
graces , âge où les Sciences & les Arts
font pour l'ordinaire auffi peu connus que
recherchez. Celui des Beaux- Arts qui
avoit le plus l'affection de M. le Duc
d'Orleans , c'étoit la Peinture ; un homme
habile fut fon 'guide, & lui révela les
myfteres de cet Art enchanteur. Après
lui avoir fait comprendre que toute la
pénetration & tout le goût ne fuffifoient
pas pour connoître la Peinture fans l'avoir
exercée. M. Coipel lui mit le Crayon
à la main , lui fit manier le Pinceau , &
le conduifit à un degré de connoiflance ,
qui a égalé celui des plus grands Maîtres .
L'aflemblage des Tableaux du Palais
Royal étant aujourd'hui une fçavante Ecole
de Peinture ; & faifant l'admiration de
toutes les Nations , on a été engagé à en
Αν πυρί.
faire
164 MERCURE DE FRANCE.
faire paroître la defcription qui avoit été
commencée par ordre de feu S. A. R.
elle eft due à fa gloire , à la curiofité du
Public , & à l'honneur de la Peinture .
On expofe fimplement la reprefentation
de chaque Tableau , fans oublier aucune
circonftance effentielle ; on y joint
la meſure , on cite l'endroit d'où le fujet
eft tiré , & , quand on le peut fçavoir ,
les perfonnes à qui ces Tableaux ont appartenu
. Une grande partie compofoit le
fameux Cabinet de la Reine de Suede à
Rome ; nous avons amplement parlé de
ceux - cy lorsqu'ils arriverent à Paris,
Nous choifirons quelque Tableau remarquable
pour remplir nos engagemens.
Commençons par l'Enfant Prodigue , Tableau
d'Annibal Carrache , peint fur toile
, haut de 8. pieds cinq pouces , fur 5.
pieds 9. pouces de large .
Le Veſtibule de la Maiſon Paternelle ,
où il y a une fenêtre ouverte qui fait voir
un Payfage , & un bout de Ciel , fait le
fond de ce Tableau & en eft la Scene.
L'Enfant Prodigue , maigre , décharné ,
véru de haillons , refte d'un beau vétement
bleu , eſt à genoux fur la premiere marche
du Pallier , demandant pardon à fon
qui lui tend les bras , fituation.touchante,&
qui exprime également la tendreſſe du
pere & le repentir du fils....A droite, un
pere
I. vol.
jeung
JUIN. 1727. 1185
jeune homme ayant une draperie écarlate
, qui eft le fils aîné , témoigne par fes
regards & fes bras ouverts , n'être pas
content de l'accueil que fon pere fait à
fon frere , &c.
Proceffion du S. Sacrement , du même
Auteur , fur toile , large de 18. pouces
fur 15. Ce Tableau a appartenu au Duc
de Noailles.
Le Peintre a repreſenté le temps de
la Fête- Dieu , le repos du Site , la beauté
du Ciel , la fraîcheur des arbres , la
limpidité de l'eau , tout marque cette faifon.
Le fond du Tableau eft un Payſage
où l'on voit une Ville dans le lointain ,
& fur differens Plans du devant , une Riviere
, un Pont & une Eglife d'où fort
la Proceffion , dont la marche s'étend fur
toute la largeur , difparoiffant infenfible
ment à droit dans un chemin creux bordé
d'arbres , & c.
Danae , du même , fur toile , large de
8. pieds 10. pouces , fur 5. pieds 5,
pouces .
La fille d'Acrife eft nue , couchée fur
un lit garni de draps , avec un Pavillon
cramoifi. Elle a le coude gauche appuyé
fur le traverfin , regardant tomber la
pluye d'or , rangeant même un rideau
1. vol .
pour
166 MERCURE DE FRANCE.
pour la mieux voir . L'Amour eft fur le
devant à droite , qui tient de la main gauche
fon Carquois dont il a ôté les fleches
& de la droite il le remplit de pieces
d'or qui tombent , & c.
D'ANTOINE CORREGE , l'Amour qui
travaille à fon Arc , Tableau du Cabinet
de la Reine de Suede , haut de 39. pou
ces , fur 28. & demi .
11 eft reprefenté par un jeune garçon
aîlé , âgé d'environ 15. ans ; on lui voit
le vifage , quoiqu'il ait le corps prefque
entierement tourné , & qu'il foit courbé
dans l'attitude d'un homme qui travaille
à un rude ouvrage . Il a les jambes écartées
, entre lefquelles paroiflent deux
enfans , dont l'un rit & l'autre pleures
ce qui femble marquer les peines & les
plaifirs de l'Amour.
DE CARLO MARATTI , Galatée , Tableau
fur toile , large de 25. pouces , fur 15 .
de haut.
La fille de Nerée paroît fur une Conque
tirée par deux Poiffons emmuſelez
avec des cordons de foye qu'elle tient ;
elle eft precedée d'un Triton qui fonne
d'un Cornet à Bouquin. Deux Naïades
tiennent au-deffus de Galatée une Draperie
volante , qui forme une espece de Pavillon.
Un petit Amour eft fur un Poiffon
I. vol.
qu'il
JUIN. 1727. 1167
qu'il conduit avec un cordon de foye
bleue , & Polipheme eft fur un Rocher ,
appuyé fur la flute à plufieurs tuyaux .
DE LE SUEUR, Alexandre &fon Medecin,
fur toile en rond , 3. pieds de diametre.
Ce Tableau reprefente une Scene muette
entre Alexandre & Philippe , fon Medecin.
La grandeur d'ame de l'un & l'innocence
de l'autre , y font caracteriſées
avec une expreffion admirable. Alexandre
averti de fe défier de Philippe , s'y
abandonne cependant , & Philippe lit
d'un front affuré le titre de fon accufation.
On voit peu de peinture qui attache
l'ame davantage. Alexandre étoit
dangereufement malade ; Philippe lui
avoit ordonné une Medecine qu'il avoit
préparée lui -même , & ce Roi la prend.
Il eft à demi couché fur un lit de camp
foutenu par un homme âgé , le bras droit
appuyé fur fon matelas , & tenant de la
main gauche une Coupe qu'il porte à fes
levres en regardant attentivement Philippe
qui lit la Lettre de Parmenion avec
plus d'indignation que de crainte , & c.
Du GIORGION , l'Amour piqué , 4. pieds
5. pouces de large , fur 3. pieds & demi.
Cupidon qu'une Abeille avoit piqué ,
fe plaint à fa mere. La Déeffe dont l'hi-
I , vol.
E bille :
i168 MERCURE DE FRANCE;
billement eft d'écarlate , eft affife de ma
niere qu'on lui voit la jambe gauche avec
le bout du pied droit . Elle tient la main
de fon fils , reconnoiffable à fes aîles & à
fon dard : l'expreffion de fon vifage témoigne
la douleur aiguë qu'il reffent, & c .
Du GUIDE , Erigone , fur toile , large
de 25 pouces fur 22 .
La fille d'Icare eft nuë , fes cheveux
Hottant fur les épaules , à l'exception de
ceux du haut de la tête qui font nattez .
Un petit bout de draperie pourpre ,
paffe entre fon bras & fa mamelle gauche.
Elle eft fort attachée à regarder des
raifins ( Bacchus étant caché fous cette
forme ) Elle tient en l'air la ferviette qui
les couvroit , fans paroître ofer y toucher,
les admirant avec une délectation qui
découvre ce qui fe paffe en elle..
David & Abigail , du même Auteur
, fur toile , haut de 4. pieds 9 pou
ces de large , de ....
David paroît en Cuiraffe avec la Chlamyde
ou Manteau Militaire d'écarlate ,
la main droite fur le côté , tenant une
baguette ; de l'autre , regarde Abigaïl qui
vient audevant de lui , montée ſur un âne,
& accompagnée de deux femmes ; fon
vêtement eft une robbe d'un bleu clair ,
avec un Manteau de même étoffe , qu'el-
1 , vel, le
JUIN. 1727. 1169
le retient de la main droite , tenant la
bride de la gauche. De grands cheyeux
lui tombent du côté droit , avec une
couronne de fleurs fur la tête. Elle paroît
les yeux baiffez , & femble n'ofer
ler à David , intimidée par fon attitude
fiere , & fon regard menaçant.
par-
D'HORACE GENTILESCHI , Venus qui
fe mire , & Mars , fig. de grandeur naturelle
.
La Déeſſe de la Beauté , n'ayant qu'un
linge qui lui cache les cuifles , & couchée
de côté fur un lit de repos , enforte
qu'on ne lui voit la tête que parce qu'elle
la tourne. Elle releve un bout d'étoffe
qui couvre un Miroir que lui tient un
Amour , dans lequel on apperçoit fon
vilage & une partie de fa gorge. Mars
eft affis au haut du lit , &c.
DE JULE ROMAIN , Bain de Venus , fur
bois , haut de 23. pouces , fur 18 .
Venus avec les trois Graces , & fervie
par deux Amours , ôte fa gaze. Le haut
du Tableau eft rempli d'autres Amours
dans les nuées , qui répandent des fleurs ;
l'un d'eux tient une Couronne audeffus
de la Déeffe ; à droite il y a trois Nimphes
nuës , dont une regarde Venus ; à
gauche , derriere les Graces , une autre
I. vol.
E ij Nim1178
MERCURE DE FRANCE.
Nimphe porte une Amphore. La Fon
taine eft au bas du Tableau . J
Coriolan , du même Auteur , fur bois
en frife. Le Peintre a choifi le moment
que Veturia va pour fléchir fon fils . Ce
Romain , fuivi de plufieurs Guerriers ,
va audevant de fa mere qui eft précedée
de Volumnia , ſa femme , & de ſes deux
enfans , ce qui fait une fituation très - attachante
par les diverfes expreffions de
ces Perfonnages. Le Heros paroît troublé
, fon Epouſe eft faifie, & fa mere mon
tre une tendreffe mêlée d'autorité . Ces
deux Romaines font accompagnées de
plufieurs femmes dont les attitudes hu
miliées marquent la crainte , & c.
La vertu de Scipion , du même Aus
teur , autre Frife fur bois.
Après la prife de Carthage , Scipion
âgé feulement de 24 ans , donna un rare
exemple de continence & de generofité ,
On lui amena une Captive d'une grande
naiffance & d'une beauté parfaite . Ayant
fçû qu'elle étoit promiſe à un Seigneur
Celtiberien , nommé Allucius , il le fit
venir avec les parens de la fille , rendit
à ceux- cy le prix de fa rançon & la remit
à fon Amant , ne lui demandant pour
toute reconnoiffance que d'être ami du
3. vol.
Peuple
JUIN. 1727. 1171
Peuple Romain . Scipion eft affis au milieu
de fa Tente , & tend la main à Allucius ,
fuivi d'un grand nombre d'Efclaves , qui
portent toutes fortes de prefens pour la
rançon de l'illuftre Captive. Elle eſt un peu
derriere , & il paroît qu'elle a beaucoup
pleuré , mais qu'elle eft confolée par l'ac
cueil que Scipion fait à Allucius , & c.
L'Extrême - Onition , l'un des fept
Sacremens , du celebre Nicolas Pouffin ,
peint fur toile , large de 5. pieds 5. pouces
, fur 3. pieds 8. pouces. La Scene eft
la chambre du Malade où tout eft fermé
enforte qu'elle n'eft éclairée que par l'effet
d'une fçavante reflexion . Un lit à
l'antique , vû dans fa longueur & un peu
de profil , eft prefque au milieu , laiſſant
un peu plus d'efpace au pied qu'au chevet
pour la perfpective du lieu. Du côté
interieur eft un rideau verd qui fert de
fond aux figures & les détache. Les premieres
qui fe prefentent , font le malade
couché fur le dos , le Prêtre placé vers
les jambes du Malade , dont les pieds paroiffent
par derriere , le Clerc qui eft
du côté du chevet , tenant un flambeau.
& la fille aînée du Mourant affife au pied
du lit , s'abandonnant à la douleur. Ces
quatre perfonnages font diftribués de façon
qu'on voit entierement le Malade.
I. vol.
E iij Plu1172
MERCURE DE FRANCE.
Plufieurs perfonnes forment deux Grou
pes , l'un à la tête & l'autre aux pieds ,
& d'autres du côté interieur , paroiffant
les unes plus , les autres moins , achevent
la compofition du Tableau.
Le Malade a la tête un peu de profil .
La mort eft imprimée fur fon vilage ;
fes yeux cavez font à moitié fermez , fa
bouche ouverte marque qu'il ne peut plus
refpirer , fon corps ne paroît plus qu'une
maffe de chair livide fans fentiment , fes
pieds font déja morts , fes mains n'ont
plus de mouvement . Il a le bras droit
étendu fur le bord du lit , avec la main
onverte pour recevoir l'Onction , & fa
main gauche , les doigts un peu pliez , eft
fur fa poitrine qui eft entierement découverte
, le drap & la couverture qui eft
verte , étant abbaiffez . Le Prêtre venerable
par fa vieillelle , & par fon afpect ,
eft enveloppé d'un grand Manteau jaune,
il a un pied fur l'eftrade du lit & l'autre
fur un efcabeau ; il applique à la main
droite du Mourant , avec les deux doigts ,
les Saintes Huilles , renfermées dans une
petite boëte ou navette d'argent qu'il tient
de la main gauche . Il eft éclairé par le
flambeau du Clerc qui eft revêtu d'une
Tunique blanche avec une draperie bleuë,
a un genou en terre & porte un Livre
fous fon bras gauche. Son profil eft dans
I. vol. l'ombre
JUIN. 1727.
1173
l'ombre , enforte que fa jouë & fon cou
ne reçoivent la lumiere qu'en deflous Le
fpectacle touchant de la famille du Malade,
caracterifée felon les differens degrez.
de parenté, l'âge & le fexe , s'offre enfuite
à la vûë. Une jeune fille placée derriere
le Clerc , les mains jointes & les yeux
au Ciel , prie pour la fanté de fon pere. Sa
mere eft après , ayant une main à ſon voile
& l'autre devant fes yeux pour cacher
ſes larmes , afin de ne point faire de peine à
fon fils mourant . Un enfant fe trouve là ,
qui , curieux de voir la ceremonie fans
témoigner aucune trifteffe , parce qu'il ne
connoît pas la perte qu'il fait , paroît fe
hauffer fur la pointe du pied , quoiqu'on
ne lui voye que le vifage. Le pere auffi
touché que la mere , eft à fa gauche un
peu plus dans l'ombre , & fe cache en
partie. Derriere le doffier eft le frere qui
s'avance par deffus pour éclairer le Prêtre
, tenant une lumiere haute & la mettant
devant les yeux pour n'être point
ébloui . Cette lumiere donne fur le nud
du Malade , & refléchit fur les figures de
derriere , qui font dans l'ombre . Ce Groupe
occupe le derriere du chevet . On voit
après , au côté interieur , la femme , dont
l'amour & la douleur font également marquez
. Elle prefente à fon mari pour le
confoler & lui caufer quelque fentiment,
I. vol.
E iiij un
1174 MERCURE DE FRANCE.
un petit enfant , dernier fruit de leur
tendre union , qui tend les bras à fon pere,
& lui demande envain fes embraffemens
ordinaires. Le Medecin eft enſuite , qui
fe tourne pour rendre à un jeune garçon
une affiete avec une phiole contenant une
Medecine qu'il lui fait figne de remettre,
étant inutile . La main de ce Domestique
eft cachée par deux femmes qui font devant
lui , dont une qui eft très - affligée ,
prie Dieu , & l'autre , les mains fous une
longue mante qui l'envelope , en porte
une à fon vifage qui paroît fort touché .
Derriere cette derniere , eft la fille ainée
de ce Malade , affife au pied du lit , &
éclairée de la même lumiere que le Prêtre
, ce qui fait qu'elle paroît beaucoup:
elle a le bras droit appuyé fur le bord
du lit , & fon vifage deffus , de maniere
qu'on ne lui voit que la moitié de la
bouche : elle s'effuye un oeil , & pouffe
des plaintes & des foupirs . La Garde termine
le Tableau à droite , tout derriere .
Comme elle a beaucoup veillé & fatigué ,
elle fe repoſe , étant affiſe une jambe ſur
l'autre , & s'appuyant fur une table . La
condition du Mourant eft marquée par
un Bouclier , fur lequel eft le Monogramme
de J. C. felon la coûtume des premiers
fiecles du Chriftianifme , de le mettre
fur toutes les armes ; ce qui montre
I. vol.
que
JUIN. 1727. 1175
que c'eſt un Soldat Chrétien . Ce Bouclier,
avec une Lance , eft attaché à la mu
raille , audeflus du rideau ; ce qui s'apperçoit
par le mêlange d'une lumiere naturelle
avec les deux autres artificielles :
la premiere venant du petit jour d'une
fenêtre , dont une partie eft cachée par
le rideau enforte que fa lumiere ne
faifant que couler fur le bord , frappe
foiblement le Bouclier & le refte de la
muraille , jufqu'à l'endroit où eft la
Garde .
DESCRIPTION SOMMAIRE des Pierres
gravées & des Médailles d'or antiques
du Cabinet de feue MADAME , Brochure
in 12. de 39. pages. A Paris , chez
d'Houry , rue S. Severin , 1727.
MADAME avoit trouvé dans la
fucceffion de l'Electeur Palatin fon frere,
un grand nombre de Pierres gravées , tant
en creux qu'en relief , & une fuite de
Médailles d'or antiques , Confulaires &
Imperiales.
Laurent Beger , fçavant Antiquaire
a décrit & expliqué la plus grande partie
de ces Pierres , dans fon Livre intitulé
Thefaurus ex Thefauro Palatino
felectus ; & MADAME , qui en faifoit fon
étude & fon plaifir , ayant toûjours augmenté
& perfectionné ce Recueil, l'a
pouffé jufqu'à plus de 600 .
La
1176 MERCURE DE FRANCE.
La fuite des Médailles d'or s'eft également
reffentie de fon goût & de fes foins :
elle l'a enrichie des monumens les plus
finguliers en ce genre ; elle l'a pouflée à
plus de 500. de maniere que cette fuite ,
après celle du Roy , eft la plus belle de
l'Europe.
Outre les Medailles qui forment cette
fuite d'or , il y en a encore plus de 8 .
qui font des Medailles Romaines , doubles
ou des Monnoyes Grecques & Gauloifes
.
Il y a auffi une petite fuite de Medailles
antiques , Confulaires & Imperiales ,
en argent , dont le nombre eft de plus de
mille , & qui font particulierement recommandables
par leur confervation .
par
REPONSE à la Critique de Monfieur ...
contre un nouveau Systême de Chant :
Monfieur .... Prêtre. Brochure in-
12. A Paris , chez Gabriël François
Quillau , fils , Imprimeur - Juré- Libraire
de l'Univerfité , rue Galande , à l' Annonciation
, 1727.
HIPALQUE , Prince Scithe , Hiftoire
merveilleufe, dédiée à laReine d'Eſpagne.
A Paris , Quai de Conty , chez N. Pißot ,
1727. in- 12 . de 107. pages .
FREE -HOLDER ou l'Anglois jaloux
I. vol.
de
JUIN
.
1177 1727.
de fa liberté , effay politique ; Traduction
de l'Anglois . A Amfterdam, chez Herman,
Vvitvverf, 1727. in 12. de 454 ; pag.
MEMOIRES préfentez à M. le Duc
d'Orleans , Regent de France , contenant
les Moyens de rendre ce Royaume trèspuiflant
, & d'augmenter confidérablement
les revenus du Roy & du Peuple.
Par le Comte de Boulainvilliers , à la Haye ,
chez Merville . 2. vol . in- octavo .
REFLEXIONS fur la recherche des
motifs de la conduite de la Grande Bretagne
, avec la Réponſe , & autres Pieces
fur les affaires du temps. A la Haye ,
chez Van- Duren , in quarto.
Le 20. May dernier , le R. P. Simplicien
, Auguftin déchauffé , préfenta au
Roy & à la Reine la nouvelle Edition
de l'Etat de la France. Cet ouvrage n'a
point retardé l'Hiftoire genealogique des
Grands Officiers de la Couronne, du même
Editeur , on en délivre actuellement
les deux premiers volumes , & les fuivans
font fous la preffe , pour être donnez
dans le temps marqué par la Soufcription
. Nous parlerons plus amplement
de ce nouvel Etat de la France , lorfque
le Livre nous fera parvenu.
Į . vol.
Jac- E vj
1178 MERCURE DE FRANCE.
Jacques Rollin , Libraire , Quai des Auguftins
& fes Affociez , propofent par
Sou 'cription ane nouvelle édition de
Hiftoire de France , du Pere Daniel , en
10. volumes in - quarto , caractere de S.
Auguftin . Le prix fera de 70. liv . pour
le petit papier , & de 100. liv . pour le
grand . Trois éditions de cette Hiftoire
font déja épuifées .
M. le Blanc toujours zelé pour toutes
les parties de l'adminiftration de la Guerre
, qui lui eft confiée , & attentif à tout
ce qui peut entretenir la difcipline parmi
les troupes , fait imprimer un Code Militaire
, qui eft un dépouillement de toutes
les Ordonnances des Rois de France,
concernant la Guerre. L'ouvrage a été fait
& redigé par M. de Briquet , Chevalier
de l'Ordre de S. Michel , l'un des premiers
Commis de la Guerre , qui a fait
une étude particuliere des Loix militai
res ; & que fon attachement auprès du
Miniftre met en état de fçavoir ce qui eft
de pratique , & de marquer même
l'ufage actuel dans les chofes où la
Loi n'eft pas affez expreffe . Ce Code
qui fera deux volumes in - douze fera envoyé
par Ordre du Roy à tous les Gouverneurs
, Commandans & Majors des
Places , & à tous les Meftres de Camp &
1. vol.
Majors
JUIN 1727 1179
Majors des Regimens , aufquels il pourra
fervir de guide. Celui qu'avoit publié le
Chevalier Sparre eft trop imparfait , &
les nouvelles Ordonnances du Roy ne
s'y trouvant pas , il étoit inutile , & pouvoit
même induire en erreur ceux qui
s'en rapportoient à ce Code.
Il paroît depuis peu une Critique du
Philofophe marié , chez Chaubert & la
veuve Guillaume , Quai des Auguſtins :
elle eft intitulée les Caracteres du Philo-
Jophe marié. L'Auteur prétend faire voir
que tous les Caracteres de cette Comédie,
qui a eu un fuccès fi prodigieux , font faux,
équivoques & contradictoires , qu'il n'y
a pas un feul perfonnage qui ne parle
contre la bienféance , & même contre le
fens commun : il foutient fur tout que le
Philofophe eft un étourdi , un fot , un fou,
un homme qui a l'efprit petit , vulgaire,
timide & interreffé ; on ajoute que Celiante
eft non feulement capricieuſe ,
mais d'une effronterie fans pudeur , &
d'une extravagance qu'on ne peut définis :
queDamon fon amant eft unifou , de vouloir
époufer une fille , pour laquelle il ne paroît
pourtant que médiocrement paffionné
, &c. Enfin on examine en détailtous
les Caracteres de la Piece fans en omettre
aucun ; & cependant malgré tous les
-
I. vol.
défauts
1180 MERCURE DE FRANCE:
défauts qu'on croit avoir prouvé , on
conclud que la Piece ne laiffe pas d'être
très- eſtimable. La Critique paffe pour
être bien écrite , d'une juſteſſe géométrique
, & d'un ftyle vif & précis. L'Auteur
n'a point attaqué la conduite de la
Piece , il s'eft reftraint aux feuls Caracteres
. Si ces fortes d'Ecrits fe contenoient
dans certaines bornes' , rien ne feroit plus
utile pour épurer le goût , & pour rendre
le Public plus circonfpect dans fes
applaudiffemens . C'eft par les Critiques
judicieufes des Pieces de Théatre , qui
ont eu de l'éclat , qu'on apprend à s'y ~
connoître.
M. Vanloo , Peintre de l'Académie
Royale , a peint un très - beau Portrait de
la Reine , en pied , qui vient d'être gra
vé en Eftampe par M. de l'Armeffin ,
Graveur du Roy , rue des Noyers , où
cette Eftampe fe vend avec beaucoup de.
fuccès.
EXTRAIT du Difcours lû par M. de
Juffieu, à la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences .
ON faitvoir à la Bibliotheque du Roy un grand nombre de portefeuilles
in-folie, de Mignatures , de Plan-
3. vol.
tes
JUIN . 1727. 1181
tes & d'Animaux , fur du velin , qui eft
un Recueil qui s'eft formé infenfiblement,
& accru à un point de faire aujourd'hui
un des objets les plus confidérables de
cette Bibliotheque.
M. de Juffieu , chargé par M. l'Abbé
Bignon , de donner un ordre à ces Mignatures
, & d'arranger celles qui repréfentent
des Plantes & des Animaux , par
claffes & par genres , a informé l'Académie
par un Memoire qu'il a lû dans
l'Affemblée publique , de l'origine de cet
oeuvre , & de la maniere dont ce Recueil
s'eft continué , & eft parvenu au point
où il eft à préfent : il a fait voir que c'eft
à l'uſage de la Broderie , qui fous Henry
IV. & Louis XIII . étoit très à la mode
dans les meubles & les habits , qu'on doit
le commencement de cet ouvrage , que la
neceffité d'avoir des modeles , des belles
fleurs qu'on peut peindre en foyes , de diverfes
couleurs , avoit fait naître la curiofité
de rechercher & de cultiver des
> Plantes rares fur les deffeins
defquels
les Brodeurs de ce temps - là puffent fe
conformer , & que c'eft ce qui produifit
alors l'impreffion
de tant de Livres de
Deffeins neceffaires à tous ceux qui travailloient
dans les Manufactures
, & excita
le defir d'apprendre
à deffiner & enluminer.
I. vol.
Dans
1181 MERCURE DE FRANCE
le
Dans le nombre des Peintres qui ex
celloient dans cet Art , de repréfenter des
Plantes & des Animaux en Mignatures,
Nicolas Robert fut celui qui furpaffa tous
les autres ; & comme à meſure que
goût de la Broderie & de ce genre de
Dellein augmentoit , la curiofité de la
culture des fleurs fingulieres augmenta
auff . On en fit venir de toutes parts des
pays Etrangers , & il s'en forma à Paris
un Commerce dont les Princes même fe
firent honneur. Gafton d'Orleans qui fut
un des plus paffionnez pour cette curiofité
, forma à Paris au Luxembourg & à
Blois dans fon Château , des jardins qu'il
fe picqua d'orner du plus grand nombre
de Plantes qu'il pût acquerir. Il ne fe
contenta pas du foin de les y conferver ;
mais pour ne les jamais perdre de vûe ,
même dans fon cabinet, il prit à fon fervice
Robert , qui jufqu'à la mort de ce Prince
ne ceffa de lui definer les Plantes de fes
Jardins & les Oifeaux de fa Ménagerie .
Le nombre & la beauté de ces Peintures
, après la mort de ce Prince , ayant
parus à M. Colbert un objet des plus dignes
de la curiofité de Louis XIV . Ce Miniftre
lui perfuada de faire continuer cet
ouvrage , ce que cet excellent Peintre
n'executa pas avec moins d'exactitude
qu'il l'avoit fait pour Gafton.
I. vol.
Joubert
JUIN. 1727. 1183
Joubert qui peignoit en Mignature pour
M. le Prince , fucceda à Robert après fa
mort ; & comme il avoit dans la perfon
ne du fieur Aubriet un Eleve , qui fembloit
approcher plus que lui du pinceau
& de la maniere de Robert , il fe repofa
fur cet Eleve du foin de la continuation de
cet oeuvre qui groffit infiniment par le
zéle qu'avoit M. Fagon premier Medecin
du Roy , à flatter le goût de Louis
XIV. pour la Botanique . La magnificence
de fa Ménagerie , & les Plantes qu'il faifoit
venir de toutes les parties du monde
pour l'ornement de fon Jardin , étoient
tous les jours de nouveaux fujets de Deffeins;
enforte que ces Mignatures ont infenfiblement
formé une collection de près
de fix mille velins , arrangez dans cinquante
porte-feuilles de marroquin .
M. de Juffieu , pour répondre à la vûe
de M. l'Abbé Bignon , qui a crû qu'un
bon ordre donné à cette collection , pouvoit
être d'une très - grande utilité pour
l'Histoire naturelle , & que ce recueil pouvoit
par cet arrangement faire autant de
plaifir que par fa beauté à ceux qui viennent
visiter la Bibliotheque du Roy, a rendu
compte de la maniere dont il s'en eft
acquitté , & a donné un Plan de l'Hiftoire
& du Catalogue de ces Pieces uniques ,
qui formera un volume inftructif, placé à
1
1. vol la
1184 MERCURE DE FRANCE.
la tête de ces porte -feuilles , & dont on
fera part au Public , pour rendre commun
un tréfor , qui auparavant étoit réſervé
le Roy . pour
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par
M.
Neon , Auteur du Projet d'un nouveau
Calendrierpropofé dans le dernier Mer
cure.
Le
E Projet d'un nouveau Calendrier
apure
perpetuel qui a paru dans le Mercure
du mois de May dernier , a donné
lieu à une reflexion importante , qu'on
m'a fait faire , & qui me tient lieu d'ob
jection à réfoudre. Voici l'objection .
Le Jeudi , doublé trois ans de fuite ,
pour commencer l'année par ce jour de
la femaine , après l'avoir finie de même ,
& triplé chaque quatrième année , en éloignant
le Dimanche fuivant au delà du
terme ordinaire , eft , dit - on , contraire à
la Loi de Dieu , qui dès le commencement
du monde, après fix jours de travail,
a confacré le feptiéme jour au repos , appellé
pour ce fujet le Jour du Seigneur ;
ainfi quelque Calendrier qu'on propofe ,
il faut avoir un égard entier à cette loi ,
fans qu'il foit permis d'y prévariquer . On
en convient , & pour lever cette difficulté
, il s'agit de finir chaque année
non
I.vol. pas
JUIN. 1727 1184
pas par le Jeudy , mais par le Dimanche
& de la recommencer enfuite encore par
le Dimanche , qui après avoir été doublé
trois ans de fuite fera triplé la quatrième
année pour le jour de furcroît , & en ce
cas il fe trouvera toujours un jour de repos
pour le feptiéme jour ; mais alors la
Fête de Pâques fera fixée non pas au cinquiéme
Avril , mais au neuvième jour
qui fe trouve même plus convenable
le cinquième , tant par rapport aux deux
termes de cette Fête qui font le 22. Mars
pour le plutôt , & le 25. Avril pour le
plus tard , que par rapport à la Lune qui
regle la Pâque , laquelle fera au moins
dans fon cinquième , fon premier terme
étant le 8. Mars , & fon dernier le 5 .
Avril .
que
MEMOIRE adreffe à M. de Mantony
par M. de France , Gentilhomme établi à
Montargis , fur les restes de l'Amphitheatre
de Montbony.
Ntre Montbouy & Montereffon , petits
Villages à trois ou quatre
Etits villages trois ou quatre lieues
de Montargis , on voit les reftes d'un Amphitheatre.
L'Arêne pour le combat des
Animaux , ou des Gladiateurs s'y remar
que clairement . Il paroît plus vrai - femblable
que ces combats étoient entre des
TĂ. vol.
Animaux
1186 MERCURE DE FRANCE.
Animaux . Des caves foûterraines , qui
fubfiftent encore , & qui peut être leur
fer voient de retraite , femblent nous en
affurer.
-
La porte à demi fermée par les terres
éboulées en laiffe entrevoir la difpofition.
Le contour de l'Amphithéatre s'éleve en
forme de gallerie regnante fur l'Arêne ,
avecapparence que des grilles tout autour
faifoient la fûreté des Spectateurs .
La ftructure de l'Amphithéatre eft de
pierres proportionnement taillées , quarrées
des quatre faces , & d'un demi pied
de longueur , fur environ cinq pouces de
face , de chaque côté , fi artiftement &
fi étroitement liées , qu'à peine le meil
leur ouvrier pourroit en détacher dix
par jour. Son contour en demi Lune eſt
d'environ cinquante perches.
Les ruines qui font près de cet Amphithéatre
marquent qu'il y avoit beaucoup
d'autres Edifices , il s'y eft trouvé par des
Laboureurs différentes pieces d'or & d'argent
, & des Medailles de bronze ; mais
le mauvais ufage qui en a été fait , en a
dérobé la connoiffance aux Antiquaires .
On avertit le Fublic que l'on fera à
Paris le 15. Juillet prochain la vente
d'un Atlas unique & fingulier en 78.
grands volumes in- folio , relieure unifor
I vol.
me,
JUIN. 1727. 1187
me, qui comprend toutes les Cartes &
les Defcriptions des Pays , Royaumes ,
Etats , Provinces & Ifles des quatre Parties
du Monde ; les Plans , Vûës & Profils
des Places , Fortereffes , Châteaux , Edifices
publics , Antiquitez , Monumens ,
&c. les Genealogies , Armoiries & Blazons
des Rois , des Princes & des Familles
, & un Recueil de Portraits des Rois ,
des Princes & des Hommes illuftres.
On trouvera un Profpectus détaillé de
ce grand Ouvrage dans l'Imprimé qui fe
diftribue à Paris chez Gabriël Martin
Libraire , rue faint Jacques. Les Curieux
qui voudront voir cet Atlas pourront
s'adreffer audit Gabriel Martin.
On mande de Londres que le Docteur
Jurin , Secretaire de la Societé Royale
y a publié le détail du fuccès de l'Inoculation
de la Petite Verole pendant l'année
derniere , par lequel il paroît que de
105. perfonnes à qui on a fait cette operation
, il n'en est mort qu'une.
On écrit de Rome , que les Chartreux
ont trouvé depuis peu , en faifant remuer
la terre de leur jardin , une très - belle
Statuë de marbre oriental , de 18. pale
mes de haut , reprefentant un Guerrier ,
que les Connoiffeurs attribuent au far
meux Pranitelle .
1188 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi , après toutes fortes d'épreuves,
a accordé le 27. Mai dernier au fieur
Maille , Bourgeois de Paris , le Privilege
exclufif de compofer & de faire fabri
quer , vendre & débiter un nouveau Verny-
Maftic , dit Efpalme , dont ledit Maille
a inventé la compofition , & que l'on
avoit cherché envain depuis plufieurs
fiecles.
Cet Efpalme , fans être fufceptible d'inflammation
, ni fujet à être penetré , à
poiffer ni à s'écailler , comme tout ce
dont on s'eft fervi jufqu'à préfent , s'incorpore
avec les corps où il eft appliqué,
même fur le fer & fur le verre : ce
qui eft juftifié par les certificats de Meffieurs
de l'Academie Royale des Sciences,
des Officiers de Marine , & des Maîtres
Conftructeurs , & c .
Il est très-néceffaire pour la conjonetion
parfaite des pierres , pour garentir
d'humidité & de pourriture toutes fortes
de bois , foit qu'ils foient expofez aux intemperies
de l'air , foit qu'ils trempent
dans l'eau . Il garentit de plus les bâtimens
de mer de la piqueure des vers , &
difpenfe de les doubler , gaudroner &
fuiffer.
L'ufage de ce Maftic procurera encore
un avantage très - confiderable , en faifant
fubfifter pendant plufieurs fiecles les chaf-
1. vol.
fis
JUIN. 1727. 1189
> >
fis , auvents contre - vents
remiſes ,
hangarts
digues , pilotis , ponts de
bois , moulins à eau , barques , bateaux ,
goutieres de bois , faîtes de maiſons
leurs
couvertures , & c .
Maniere d'employer ce Maftic - Efpalme,
Il faut le caffer
par morceaux ,
tre dans une chaudiere de fer
>

le metdont
on
aura fimplement frotté le fond avec du
gaudron ordinaire , puis remuer toûjours
au fond avec un bâton équarri.
Il faut obſerver de ne l'appliquer ou le
couler que boüillant ; que le bois fur lequel
on l'appliquera , neuf ou vieil , foit
fain , fec , net , fans humidité , & même
chaud quand les conjonctures le permetrent
; & alors pour enduire on fe fert de
guipons , comme on fait dans les Ports
de Mer , en fuivant toûjours le fil du
bois ; les guipons de la trame la plus fine,
comme les pefnes de Draperie d'Elbeuf
& Louviers , feront le meilleur
effet.
Pour la conjonction des pierres , il
réuffit beaucoup mieux en Eté , quand les
pierres font échauffées par le Soleil . Il
s'incorpore mieux , ne fe géle pas fi vîte ,
& penetre plus facilement dans les fentes
préparées pour cet effet , ou qui fe font
I. vol.
faites
1190 MERCURE DE FRANCE .
faites par la gelée ou par l'intemperie de
l'air , & que l'on veut reboucher. L'effentiel
eft que les pierres , ou toutes autres
matieres que l'on veut conjoindre ,
foient bien feches , bien nettes de pouffiere
& de fable.
Quand ces fentes feront remplies , il
faudra paffer deffus un fer chaud , pour
ôter ce qui eft de trop , & polir le refte
en le forçant de s'incorporer plus étroitement
avec toutes fortes de matieres , ſoit
fer , cuivre ou plomb , car il s'attache
deffus comme fur le bois. Après que les
endroits que l'on voudra conjoindre de
ces métaux y auront été préparez par la
lime , & même pour plus de folidité , par
quelques petits trous de poinçon le long
des bords : ce qui fera très - ailé à faire
parce que la lime les aura rendu minces.
L'on pourroit auffi avec du bois , enduit
du Matic - Eſpalme , faire des baffins ,
réſervoirs , citernes & terraffes , plus durables
, moins fujettes à réparations , & à
beaucoup meilleur marché que celles faites
de pierre ou de plomb.
Si on veut garentir de la pourriture les
poutres & folives , & les empêcher de
s'échauffer dans la muraille , on n'a qu'à
les enduire par les bouts , & les endroits
en fermez ou couverts de pierre , de plâtre
ou de chaux .
I. vol.
L'exemJUIN.
1727 .
L'exemple de la réparation faite dennie
1
I. vol. SPEC F
اکی
I 190
MERCURE
DE
FRANCE
.
Pair & que l'on veut reboucher. L'ef
faites par la gelée ou par l'intemperie de
M.M
Du
Το υγιο
JUIN. 1727.
L'exemple de la réparation faite depuis
peu à l'appartement de M. le Comte de
Toulouſe, au Château de Verfailles, y doit
déterminer .
Pour avoir de ce Verny- Maſtic - Eſpalme
, on s'adreffera à Madame de Changy ,
ruë des Ramaffez , à Roüen. On le vendra
100. livres le quintal. Chaque livre enduit
trois pieds en quarré.
A mefure de l'augmentation de la Manufacture
dudit Efpalme , l'Inventeur en
tiendra dans les Ports de Mer , & dans
les principales Villes du Royaume , dont
le Public fera averti.
BDDD D D D D
PRINT EM S.
L'Hyver ne cache plus les fleurs ni les
gazons ,
Du tendre Roffignol on entend les Chanfons ;
Le feuillage fe renouvelle ,
Le retour du Printems ramene les Amours :
Mais que me fert une ſaiſon fi belle!
Iris n'en est pas moins cruelle ;
Il n'eft plus pour moi de beaux jours;
1. vol.
SPEC- F
1192 MERCURE DE FRANCE .
SPECTACLES.
E 4. de ce mois , les Comediens
François remirent au Théatre la pe
tite Comedie dẹ Momus , Fabuliſte , de
M. Fuzelier , qui eût un fi grand fuccès
dans fa nouveauté , & que le Public revoit
avec beaucoup de plaifir. Le fieur
Quinaut y joue encore le principal rôle,
Celui de Venus eft rempli par la Dile Labat
, & celui d'Eglé par la jeune Dile
Dangeville.
Versfur la Comedie de Momus , Fabulifte
Jufqu'ici l'aimable Thalie ,
N'avoit joué que de fimples mortels ,
Et dans mille Tableaux reffemblans , naturels
Avoit expofé leur folie ;
Où fi ces traits ingénieux ,
Oferent quelquefois s'élever jufqu'aux Dieux,
De leurs foibleffes , de leurs vices ,
Elle ne fit jamais que de legers efquices ;
Le timide refpect arrêta ſon Pinceau .
Fuzelier feul acheve le tableau :
3. vol.
La
JUIN. 1727. 1193
Là , ce Peintre habile & fincere ,
Sous les traits délicats d'Apologues fenfez ,
Montre aux humains l'orgueilleuſe mifere
,
De tous ces Dieux follement encenfez ;
Et lorfque de Momus les cenfures badines ,
Développent le coeur des perſonnes divines .
Les bonnes gens l'un par l'autre picquez
,
Sont l'un par l'autre démafquez.
Le 6. les mêmes Comediens reprirent
auffi la Tragedie de Rhadamifte & Zenobie
, de M. Crebillon , qui fut extrémement
applaudie. La Dlle Duclos & le fieur
du Frefne y jouent les principaux rôles .
Ce dernier , après une abfence confiderable
, fut très- favorablement reçû du
Public .
OBSERVATIONS
fur l'Opera de Medée & Jafon.
Et Opera , qui fut condamné dès fa
naiffance à un oubli éternel , & qui
ne furmonta qu'avec peine ce premier
orage , n'en a point effuyé à cette derniere
repriſe. Les applaudiffemens ont été
unanimes ; la Mufique a eu beaucoup
1. vol.
Fij
plus
1194 MERCURE DE FRANCE
plus de partifans que le Poëme , & tout
le monde convient qu'il n'y en a gueres
qui approche plus de celle du Grand
Maître , fur qui tous les Auteurs doivent
fe conformer, s'ils veulent donner du vrai
& du beau. Il y a d'excellens morceaux
dans tous les Actes , la varieté regne par
tout ; & quoique le Poëme foit affez
long , il a paru trop court à la plupart
des Spectateurs. Le fujet , quoique des
plus noirs , eft devenu interreffant par la
maniere dont il eft traité,
ACTE I.
Jafon fait connoître à Arcas , fon Confident
, que ce n'eft pas fans remords
qu'il fait divorce avec Medée. Arcas a
beau lui dire que les crimes de Modée
l'autorifent à la répudier ; Jafon n'en eft
pas plus tranquille ; il fe reproche fur
tout l'injure qu'il fait à fes enfans , que
Creon fait élever dans fa Cour. Cette
expofition étoit neceffaire , puifque la
principale action devoit être le meurtre
de ces enfans par la main de leur propre
mere. Tous ces remords n'empêchent pas
Jafon de fe livrer tout entier à fon amour
dès qu'il voit paroître Creuſe ; il le fait
entendre par ces deux vers.
F. vol.
Mais
JUIN. 1191 1727 .
Mais Creufe vient en ces lieux ,
Amour , c'est à toi feul de paroître à fee
yeux .
Creufe troublée d'un fonge , veut détourner
Jafon de l'Hymen que le Roi fon
Pere a réfolu . Elle n'inftruit pas Jaſon
du fonge qui l'oblige à lui faire cette
priere . Son Amant allarmé la foupçonne
d'inconftance. Le défefpoir où il fe livre
la force à lui déclarer que c'eft l'amour
même qui la fait parler ainfi . Voici comment
elle s'exprime :
Quand je vous refufe ma main ,
C'est l'Amour , & je l'en atteſte ,
Qui m'en inſpire le deffein ;
Achever un Hymen qui vous fera funefte ,
C'eft vous plonger moi - même un poignard
dans le fein.
·
De Medée en fureur que n'ai je pas à craindre
?
Je crois déja la voir prête à vous immoler :
Ah ! dans un fang fi cher fon courroux va s'éteindre
;
Toute abfente qu'elle eft , elle me fait trembler.
Le fond de cette Scene a paru inte-
1
I. vol. Fiij reffant
1196 MERCURE DE FRANCE.
reflant . Le fieur Tribou & la Dlle Pe
liffier l'ont chantée & joüée avec tout le
fentiment qu'elle demande . Creufe fe
retire à l'approche de Creon , à qui elle
veut cacher fon agitation.Le fonge affreux
dont elle eft occupée , ne lui permet pas
d'affifter à une Fête , quoiqu'elle foit def
tinée à fon Amant. On celebre la victoire
que Jafon vient de remporter fur les
Athéniens ; le Roy déclare à fes Peuples
qu'il leur va donner ce Heros pour Roy.
ACTE II.
Creufe , toûjours occupée du fonge dont
elle n'a point encore parlé , en confie
enfin le fecret à fa Confidente. L'Auteur
rend raifon de fon filence par ces trois
Vers :
J'en aurois à Jaſon montré toute l'horreur ,
Mais il auroit blâmé la douleur qui m'accable;
J'ay renfermé mon trouble dans mon coeur.
On n'a pas trouvé ces trois Vers trop
beaux , mais ceux qui ont expliqué le
fonge ont été plus goûtez : les voici.
A peine le fommeil vient me fermer les yeux ,
Que j'entens gronder le Tonnerre ;.
Un nuage s'entr'ouvre & du plus haut des
Cieux ,
1. vol.
Je
JUIN. 1727. 1 197
Je vois un Char brûlant defcendre fur la terres
Medée eft dans ce Char qui fait fremir les airs,
Ses yeux étincelants de rage ,
Sont plus ardens que les éclairs
Qu'on voit briller pendant l'orage.
Le Palais de Creon foudain eſt enflammé ;
Jafon , par l'Amour animé ,
Cherche au travers des feux à s'ouvrir un paffage
;
Contre lui , contre moi , tout l'Enfer eft armé.
J'invoque envain les Dieux , que pour lui feul
j'implore ;
Sur lui Medée avance , un poignard à la main
Je ne vois point le coup qui lui
fein ;
perce
le
Mais du fang de Jafon ce poignard fume
encore.
On a fenti l'équivoque de ce dernier
Vers par la cataſtrophe Medée en
poignardant les enfans a répandu le fang
même de Jafon. Quelques Critiques ont
trouvé que l'Actrice à un peu trop chargé
l'expreffion de ce fonge ; mais elle a
eu des Apologiftes , fondez fur ces Vers
qu'elle dit au commencement de la Scene..
Puis-je voir fans fremir une image cruelle
Qui ne m'abandonne jamais.
I. vol.
Fiiij
Ces
1198 MERCURE DE FRANCE :
Ces deux Vers femblent l'avoir auto
rifée à mettre en action ce qui n'eſt
qu'un récit ; elle croit voir encore ce
qu'elle ne fait que raconter.
Medée arrive dans la feconde Scene ;
Creufe la reconnoît telle qu'elle l'a vûë
dans fon fonge ; elle veut fuir , mais fa
rivale la rend immobile d'un feul coup
de baguette . Elle fait étaler à fes yeux
tout ce qui peut lui infpirer de l'effroy .
Creufe n'en eft point ébranlée , & ne commence
de craindre que quand Medée lui
dit qu'elle percera le coeur de Jafon . Medée
la congédie d'un fecond coup de baguette
. Nerine , fa Confidente , lui confeille
d'eflayer les voyes de la douceur
auprès de Jafon , avant que d'en vemir
aux dernieres extrémitez . Medée
Y
confent , & lui ordonne d'aller trouver
Jafon , & de lui dire qu'elle l'attend dans
ces lieux écartez . Elle ordonna en même
temps aux Démons de fa fuite de rentrer
dans les Enfers , & d'ordonner de
fa part à la Jaloufie d'en fortir pour executer
fes ordres. Ce fecond Acte finit
ces Vers.
par
Et vous , Démons , rentrez dans l'infernal
féjour ;
Allez armer pour moi la noire Jaloufie ;
Qu'elle vienne fervir ma haine & mon amour ,
I. vol.
Que
JUIN. 1727.
1199
Que Creufe éprouve à fon tour
L'horreur dont mon ame eſt ſaiſie.
ACTE III .
2
Jafon vient trouver Medée dans un bois
où elle lui a fait dire qu'elle l'attend. Il
tremble pour Creufe , &, forme la réfolution
de calmer fa redoutable ennemie autant
qu'il lui fera poffible. Le Théatre
change & reprefente un brillant Palais.
Des Démons transformez en Amours ,
Jeux , Plaifirs , & Nymphes , font la fête
de ce troifiéme Acte. Leurs chants &
leurs danses n'ont pour objet que d'attendrir
le coeur de Jafon pour fon épouse .
La Jaloufie conduit Creufe auprès de fon
Amant ; elle lui reproche fon infidelité ;
Jafon tremblant pour elle , lui jure qu'il
l'aime toujours ; elle lui répond en fe
retirant :
Eh bien fi tu m'aimes encore ,
Fui de ces lieux & fuis mes pas.
Jafon veut fuivre Creufe pour la
defabufer ; Médée vient l'arrêter , & fur
le refus qu'il lui fait de demeurer , elle
le menace de la mort de fon Amant : ces
dernieres paroles font fremir Jaſon . La
Scene qu'il a avec Medée , a paffé pour
1. vol.
Fy
1200 MERCURE DE FRANCE.
une des plus belles de la Piece , en voic
quelques Vers.
Jafon.
C'eft m'arracher ma vertu ,
Que m'affocier à vos crimes.
Medée.
Quel reproche ! Dieux , j'en fremis
Et c'eft Jafon qui m'en accable :
Quoi ! des Mortels le plus coupable
Fafon.
Quels crimes font les miens ›
Medée.
Tous ceux que j'ai commis..
Jafon.
Dieux ! le poiſon ? le parricide ?
Medée.
Ce font là nos communs forfaits
Juftes Dieux !
Jafon.
Medee.
Je ne les ai faits ,
Que pour trop aimer un perfide.
On convient que dans cette Scene le
J. vol. Poëte
JUIN. 1201 1727.
Poëte & le Muficien fe font également
bien fervis . Jafon quitte Medée en la menaçant
de fa colere , fi elle attente fur les
jours de Creufe ; Medée au defefpoir ,
jure de fe venger avec éclat , elle ordonne
aux Démons de fe transformer en
Monftres furieux, & de porter le ravage
par tout.
ACTE I V.
Creufe commence ce quatriéme Acte.
Elle fe plaint de la prétendue infidelité
de Jafon , & n'en eft defabufée qu'après
qu'elle a appris de lui qu'il n'eft resté
auprès de Medée , que parce que cette
cruelle Rivale a menacé les jours de fon
Amant. Creufe , cependant , ne paroît pas
tout-à-fait raflurée . Creon vient , il gémit
des maux qui défolent fon Peuple ;
Creufe fe retire après avoir dit ces quatre
Vers :
Le Roi vient : il gémit , cachons - lui mes
allarmes :
Dérobons lui des pleurs qui coulent malgré
moi :
Ses foupirs font dignes d'un Roi ;
Mais je dois rougir de mes larmes.
Rien n'eft plus digne d'un Roi , que
1. vol.
F vj
1202 MERCURE DE FRANCE:
ce
que dit Creon au fujet des malheurs
dont fon Peuple eft accablé , voici comme
il parle
Que de fang ! que de morts viennent de toutes
parts ,
s'offrir en foule à mes regards !
Ne puis-je être immolé pour un Peuple que
j'aime !
Mais quand vous me montrez de fi triftes
objets
Dieux dans chacun de mes Sujets ,
N'eſt- ce pas m'immoler moi- même ?
C'est bien dommage que les Dieux
abandonnent un fi bon Roy au pouvoir
d'une Megere telle que Medée. L'Auteur
a femblé vouloir excufer cette injuftice
des Dieux , en le rendant parjure , mais
ce crime n'a pas paru affez grand pour
tre expié avec tant de rigueur.
Medée- eft arrêtée ; on la mene devant
le Roi ; Jafon demande grace pour elle ;
il l'obtient , à condition qu'elle partira
dès le même jour ; Creon pour la remplir
d'effroi, fait un
erment horrible ; elle
feint de confentir à fon exil pour mieux
tromper & Jafon & le Roi . Les Matelots
qui doivent la reconduire à Colchos font
prêts à mettre à la voile ; Medée fait déchaîner
les vents , & les flots , & par là
3. Vola
Creov
JUIN. 1727.
1203
Creon le voit dans l'impuiflance de remplir
fon ferment ; quel crime eft plus
pardonnable ? On a trouvé bien à dire à
tout cela ; mais les beautez que ces deffauts
ont produit l'ont emporté fur les
deffauts même . Paffons au 5. Acte.
ACTE V.
On fuppofe qu'il s'eft paffé une nuit
entre le quatriéme Acte & le cinquième ,
l'Auteur le fait entendre par ces ,Vers de
Medée :
Les ombres de la nuit ont fait place à l'Aurore.
Et dans mon coeur le trouble regne encore!
Medée après avoir long- temps balancé
entre la fureur & l'amour qu'elle a pour
fes enfans , évoque les Furies pour verfer
un fang qu'elle n'ofe répandre ; ce qui
donne lieu à un quatuor generalement
applaudi . Les Furies l'ayant enhardie à
la vengeance , elle leur ordonne d'entrer
dans le Palais de Creon , par ces fix Vers .
Mettons le comble à mes forfaits..
Ne rentrez pas encor dans les fombres abimes;
Vos Enfers font dans ce Palais ;
Vous y trouverez vos Victimes :
Entrez , je vais me joindre à vous ;
Je veux porter les premiers coups .
1. ναί . Jafon
1204 MERCURE DE FRANCE.
Jafon vient , Medée diffimule fi biex
avec Jafon que les Spectateurs font attendris.
Mlle Antier à joué cette Scene avec
un art infini , & bien des gens l'ont trouvée
au- deſſus de l'excellente Actrice qui
l'avoit devancée dans le même Rôle.
Les Critiques ont trouvé cette Scene inutile,
quoiqu'ils foient con venus qu'elle eſt
bien traitée ; ils en prouvent l'inutilité par
le pouvoir que Medée avoit de fe rendre
invifible, auffi -bien que les Furies qui font
déja entrées dans le Palais ; mais ceux qui
ont jugé plus favorablement , ont dit qu'elle
a voulu laiffer à Jafon le mortel regret
de l'avoir introduite lui- même auprès
de fes Victimes .
Les Peuples viennent fe réjouir du prochain
départ de Medée , tandis que cette
époufe outragée fe venge de fon infidele
époux fur ce qu'il a de plus cher. Les Furies
s'emparent du coeur de Creon , ce qui
donne lieu à une Scene de terreur ; à peine
eft- il rentré avec Creufe , que le Palais eft
embrafé. Les Furies en empêchent l'entrée
à Jalon. Medée paroît enfin dans un Char.
Elle annonce à Jafon que fon Amante
touche à fon dernier moment ; elle lui
dit d'un ton ironique , qu'il peut reprendre
, s'il veut , le nom de fon époux , &
fur l'averfion qu'il témoigne pour fon
hymen , elle lui répond :
1. vol.
Te
JUIN. 1727. 1205
Je viens d'en brifer le lien ;
Du fang de tes enfans ce poignard fume encore
,
Tu peux le plonger dans le tien.
Ces deux derniers vers juftifient le fonge
. Jafon veut le tuer ; les Gardes l'en
empêchent , & Medée fe fauve par le
chemin des airs.
Le 28. May , les Comediens Italiens
donnerent la premiere reprefentation de
Medée & Jafon , Parodie nouvelle. Cette
Piece fut bien reçûë du Public. Les fieurs
Dominique , Lelio fils , & Romagneſi en
font les Auteurs . Nous abregerons cèr
Extrait , pour n'être pas obligé à repeter
ce que nous avons déja dit dans celui de
l'Opera du même nom , les Auteurs de
la Parodie ayant fuivi le même plane
Nous remarquerons feulement les endroits
qu'ils ont fupprimez , pour réduire
cinq Actes à un feul.
Medée .
Jafon.
Creufe.
Creon .
ACTEURS.
Le Chanteur en Femme
Le fieur Thomaffin.
La Dlie Sylvia.
Le fieur Paquetti∞
Arcas , Confident de Jaſon. Le fieur Daminique.
1. Vola Cleon ,
1206 MERCURE DE FRANCE.
Cleone , Confidente de Creufe. La Dlle
Thomaffin.
On a fupprimé la Fête du premier
Acte , pour paffer immédiatement de la
Scene de Jafon avec Creufe , à celle qui
commence le fecond Acte dans la Tragedie.
Cette fuite a paru très naturelle .
Creufe , après avoir dit à Jafon qu'elle
ne fçauroit le rendre heureux , quoiqu'elle
l'aime toûjours , parce qu'elle craint
que Medée ne fe venge fur lui de fon infidelité
, explique les fujets de fa crainte
à Cleone , & lui raconte le fonge qu'elle
a fait. Sa Confidente lui répond que c'étoit
le cauchemar . Medée arrive auffi - tôt
dans un char volant ; les Demons qu'elle
évoque chantent le choeur , tremble Creufe
, tremble , & c. fur l'air : Ah ! vous avez
bon air , bon air vous avez . Medée étonnée
de l'intrépidité de Creufe , lui dit
qu'elle eft la feule perfonne à qui elle
n'ait pas fait peur. Delà on paffe à la
premiere Scene du troifiéme Acte de l'Opera.
Jafon témoigne la frayeur que l'arrivée
de Medée lui caufe , par rapport
fa chere Creufe. La jalou fie amene Creufe
auprès de lui ; elle lui reproche fon infidelité
; il a beau fe juftifier , elle lui ordonne
de fuivre fes pas pour lui prouver.
qu'il lui eft fidele . Il veut courir après
I. vol.
alle ,
JUIN . 1727. 1207
elle , pour la raffurer ; Medée l'arrête
Cet Acte eft fuivi pied à pied , mais comiquement.
Medée ordonne aux Démons
de le transformer en Chats -Huants & en
Loups - Garoux . Tout le refte de la Tragedie
fubfifte dans la Parodie . Creón gémit
des maux qui défolent fes Peuples ,
Medée fe laiffe prendre ; elle eft amenée
devant Creon , qui , à la priere de Jafon
borne fon fupplice à fon exil : Mais comme
Medée s'obſtine à ne point partir à
moins que Jalon ne parte avec elle.
Creon , pour l'intimider , fait un ferment
dans lequel il prie les Dieux de ravager
toutes les vignes de Corinthe , & de le
priver de l'aimable jus qu'elles produi
fent , fi Medée n'eft pas partie avant la
fin du jour . Medée feint de conſentir à
fon exil ; ce qui donne lieu aux Matelots
qui doivent la conduire , de venir celebrer
leur retour à Colchos , d'où ils
étoient partis avec elle : c'eft ce qui fait la
feconde Fête de cette Parodie . Les airs de
violon , qui font du fieur Mouret , ont été
fort goutez , & le fieur Lelio fils y a danfé
deux Entrées avec applaudiffement. A la
Fête des Matelots fuccede le Monologue
du cinquiéme Acte de l'Opera ; Medée
n'évoque pas les Furies , parce qu'elle ne
croit pas en avoir befoin pour faire un
Quatuor. Elle fait les quatre parties toute
I.vel. feule
120 MERCURE DE FRANCE.
feule en entrant de l'une dans l'autre . Ce
Monologue eft fuivi de la Scene de diffimulation
; Medée entre dans le Palais
pour aller embraffer les enfans , du confentement
de Jafon. Creufe arrive un
moment après ; Jafon lui dit que Medée
luï
eft prête à partir , & qu'ils n'ont plus
rien à craindre de fa part . Creon vient
agité des Furies , & Medée paroît dans
fon char. Jafon tremblant pour les enfans
, lui demande ce qu'elle en a fait ;
Medée lui répond qu'il ne doit pas s'en
embarraffer , par la raifon qu'ils n'étoient
pas de lui ; & comme dans un premier
mouvement il lui dit : Barbare , tu mourras
, elle lui chante, en s'envolant dans les
airs : Ah ! voyez donc comme il m'atteindra
! On vous en ratiffe , &c. Tous les
traits de critique tombent fur l'inutilité
du ferment de Creon , & fur l'unité de
jour non obfervée.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE .
mande de Conftantinople que les
Ohuit Sultanes qui tranfportoient les
troupes deftinées à renforcer l'armée Ot-
I. vel.
romanc
JUIN 1727 .
120
, fomane en Perfe ont été maltraitées
par la tempête à la hauteur de Seyde ,
qu'elles ont été obligées de relâcher dans
les Ports voifins , d'où elles ne purent remettre
à la voile que le 22. Mars.
Un autre Vaiffeau de Guerre , qui avoit
à bord 800. Janiffaires , a échoué près
de Chio : il ne s'en eft pû fauver que 30.
hommes.
On apprend que ces deux accidens ont
caufé beaucoup de chagrin au Grand Vifir
; & le Peuple , auquel on n'a pû les
cacher , demande que le Grand Seigneur
ordonne des Prieres publiques , & que S.
H. ne faffe aucune entreprife qu'après un
jour d'expiation folemnelle.
On a envoyé depuis peu un Officier de
diſtinction dans la Province de Babylone
, avec un détachement de mille Spahis.
On affure qu'il eft chargé des pouvoirs
neceffaires pour traiter d'un accommodement
avec le Sultan Efchref , auquel
on a propofé de lui ceder quelquesunes
des conquêtes du G. S. mais on
affure qu'il a déja rejetté cette propofition
, & que la derniere victoire qu'il a
remportée , lui a fait prendre la réfolution
de conquerir le refte du Royaume .
Il s'eft retiré pour quelque - temps à Ifpaham
, où il a mandé les Grands du Pays
pour leur rendre compte de toute fa con-
1. vol. duite
1210 MERCURE DE FRANCE.
duite depuis un an : & pour s'attirer davantage
l'affection des Peuples , il a envoyé
à tous les Gouverneurs des Provinees
un détail fort ample de fes conquêtes
, & de la maniere dont il s'eft comporté
depuis la mort de Miry-Mamouth.
Les prifonniers qu'il a faits depuis la derniere
déroute de l'armée Ottomane , ont
été traitez avec douceur ; il en a même
renvoyé une partie à Bagdad fans rançon ,
& avec des routes pour les défrayer en
chemin. Son parti augmente tous les
jours , & le jeune Roi de Perfe , qui s'étoit
retiré dans les montagnes , n'a plus
que 3. ou 4000. hommes , qu'il eft préfentement
hors d'état de faire fubfifter.
Comme les Turcs rejettent toutes les
pertes qu'ils ont faites en Perfe depuis un
an fur la mauvaiſe conduite d'Achmet ,
Pacha de Babylone , qui commande l'armée
du Gr . S. en Perfe , le Grand - Vifir
lui a envoyé un Chiaoux , avec ordre de
l'arrêter , & de le conduire à Conftantinople
fous une bonne eſcorte .
RussIE.
Le bruit court à Petersbourg qu'on y établira
une Banque generale , à laquelle on
donnera interêt aux Negocians Etrangers
comme aux Nationaux.
I. vol.
Le
JUIN. 121 I 1727
Le 9. du mois dernier , la Czarine qui
avoit déja été incommodée , retomba malade
, & le 12. les Medecins défeſpererent
, tous les remedes ordonnez n'ayant
de rien fervi .
,
Le 15. certe Princeffe fit entrer dans fa
chambre les deux Princeffes fes filles , le
Duc d'Holftein , le Grand - Chancelier ,
le Baron d'Ofterman & quelques - uns
des principaux du Confeil & du Synode.
Elle déclara en leur préfence pour facceffeur
au Trône de la Grande Ruffie , le
Grand Duc Pierre Alexiowitz , petit - fils
du feu Czar , qui aura douze ans accomplis
le 22. du mois d'Octobre prochain,
Ayant enfuite fait appeller fes Officiers
Ecclefiaftiques , elle employa les derniers
momens de fa vie à faire tout ce qu'exigeoit
d'elle la Religion qu'elle profeffoit
& le 17. elle mourut à neuf heures du foir
âgée de trente - huit ans , trois mois &
vingt jours .
Une heure après la mort de la Czárine ,
le Confeil & le Synode s'affemblerent , &
le Grand Duc fut proclamé Czar avec les
ceremonies accoutumées.
Cette Princeffe , qui avoit été reconnue
Souveraine Imperatrice de toutes les
Ruffies , par le Senat , le Synode & la Generalité
conformément aux dernieres
volontez du feu Czar , fon époux , dont
>
I, vol.
l'Ar
4212 MERCURE DE FRANCE.
'Archevêque de Rezan étoit dépofitaire ,
a regné depuis le 8. de Fevrier 1725.
jour de la mort de ce Prince , & elle a
toûjours confervé la forme du Gouvernement
qu'il avoit établie .
>
Le 18. vers les cinq heures du matin ,
les deux Regimens des Gardes , Infanterie
, & les Gardes à Cheval s'étant mis
fous les armes dans la Place du Palais à
Petersbourg , le Czar , accompagné du
Duc & de la Ducheffe d'Holftein , de la
Princeffe Czarienne , des Grands Officiers
, du Clergé , du Synode & du Senat
en Corps , fe rendit dans la grande Salle
d'Audience , où l'on fit l'ouverture du
Teftament de la Czarine Catherine- Alexiewna
en préſence de plus de 300 , perfonnes
. Enfuite le Czar reçût le ferment
de fidelité des Gardes , & donna ſa main
à baifer aux Officiers & la Croix aux
Soldats , qui firent , ainſi que le Peuple ,
trois acclamations de Vive le Czar Pierre
II.
Après cette ceremonie , le Czar marcha
en cortege vers l'Eglife de la Trinité
, au bruit d'une triple décharge des canons
de la Fortereffe , de l'Amirauté &
des Vaiffeaux du Port ; & lorfque le Service
Divin fut fini , il nomma le General
Munich General de l'Infanterie , & fic
Amiraux les Vice- Amiraux Gordon , Sie.
wers & Smagewitz. D'au
JUIN 1727. 1213
Le Czar s'étant rendu enfuite dans la
Salle du Confeil , il fe plaça dans un
fauteuil , fous un dais , & fit mettre à ſes
cotés la Ducheffe d'Holftein & la Princeffe
Elifabeth fes Tantes , le Duc d'Holftein
, le Prince Menzikoff , le Grand
Amiral Apraxin , le Comte Golofskin
Grand-Chancelier , le Prince Demetrius
Gallitzin & le Baron d'Ofterman.
On fit dans ce premier Confeil une
feconde lecture du Teftament de la feüe
Czarine dont le Czar approuva & confirma
les difpofitions par un Acte écrit
au bas , qu'il figna , ainfi que tous les autres
Membres du Confeil.
D'autres Lettres affurent que le Baron
d'Ofterman a été confirmé dans la Surintendance
de l'éducation du Czar.
Voici l'Extrait du Teftament de la Czarine
, que l'on affure avoir été dicté par
cette Princeffe peu de temps avant fa
mort.
1. La Couronne de Ruffie appartiendra
de droit au Grand Duc.
2. Jufqu'à ce que ce Prince ait atteint
l'âge de 16 ans , le Confeil de Regence
fera compofé de la Ducheffe d'Holſtein ,
de la Princeffe Elifabeth fa foeur , du Duc
d'Holſtein , du Pr . Menzikoff , du Comte
Apraxin , du Comte Golofkin, Grand-
Chancelier , du Baron d'Ofterman, Vice-
1. vol .
Chan1214
MERCURE DE FRANCE .
Chancelier , du Prince Gallitzin , & du
Pr. Dolhoruki , actuellement en Suede .
3. Le Confeil tâchera d'engager le
nouveau Czar à époufer la fille cadette du
Pr. Menzikoff.
4. La Princeffe Elifabeth fera mariée à
l'Evêque de Lubec , & aura en dot 300 .
mille Roubles .
5. En cas que
le nouveau Czar meurt
fans laiffer de fils , la Ducheffe d'Holſtein
fuccedera
au Trône ; & après elle , fi elle
meurt fans enfans mâles , la Princeſſe
Elifabeth , qui en pareil cas fera fuccedée
par la Princeffe Nathalie , foeur du Czar .
6. Perfonne ne pourra porter la Couronne
de Ruffie , qui en poffede déja une
autre.
, pour
7. Les deux filles de la Czarine auront
chacune un million de Roubles
tenir lieu d'appanage : ce qui fera payé
durant la minorité du jeune Czar.
8. Les Domaines propres de la Czarine
feront fujets à une répartition entre fes
parens de confanguinité , mais les deux
filles feules partageront fes meubles , ſa
vaiffelle & fes bijoux.
9. Les engagemens avec la Maifon
d'Holstein feront exactement remplis ,
& c .
Le nouveau Czar a confirmé l'éxil des
minels d'Etat , Auteurs , ou complie
1. vel.
des
JUIN. 1727. 1215
ces du projet , découvert avant la mort
de la Ĉzarine , qui tendoit à changer
toute la forme du Gouvernement. Les
Chefs de ce complot , font , le Comte
de Tolstoy , Miniftre & Confeiller du
Confeil d'Etat ; le Comte de Wier
Grand- Maître de la Police , & beaufrere
du Prince Menzikoff , qui eft mort
dans le Château depuis qu'il a été arrêté ¿
le General Buturlin qui commandoit le
Regiment des Gardes , M. Pifarow , General
Major ; un jeune Prince Dolhoruki
, & le Prince Alexandre Nariskin ,
Les uns font exilés en Siberie , dépoüillés
de leurs Terres & de leurs biens , "&"
les autres dans leurs Terres , fans être pris
vés de leurs Emplois.
SUEDE.
' Efcadre équipée à Carelfcroon , qui
Ln'attend que les derniers ordres de la
Cour pour mettre à la voile , mettre à la voile , eſt compofée
de 1 2. Vaiffeaux de ligne & de quelques
Frégates , fur lefquels il y a 4500.
Matelots. Outre cette Efcadre , le Roy
a envoyé ordre dans tous les Ports du
Royaume d'y équiper tous les Bâtimens
qui font en état d'être armés en Guerre
pour les envoyer croifer fur les côtes de
Ruffie.
1. vol.
G
On
1216 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Stokolm , que l'Aflemblée
des Etats du Royaume a pris la réfolution
de fournir 15000. hommes aux
Puillances alliées par le Traité d'Hanover
, en cas de rupture.
DANNEMARC.
Es onze Vaiffeaux qui compofent la
Flotte du Roy , font de 50. à 69 .
Piéces de Canon .
Le 23 , du mois dernier , vers les 6 .
heures du foir , l'Eſcadre Angloiſe com❤
mandée par le Vice-Amiral Norris , ar
riva à la Rade de Copenhague . Le lendemain
ce Commandant fe rendit à Frederischbourg
, où il communiqua au Roy
fes inftructions pour l'operation de la
Campagne.
Les deux Efcadres n'attendent qu'un
vent favorable pour mettre à la voile &
fe rendre fous l'Ifle de Bornholm , où
l'Efcadre du Roy de Suede doit les joindre.
L
POLOGNE .
E Roy a envoyé un Reſcript aux
Etats de Curlande , portant ordre de
payer au Duc Ferdinand les arrérages qui
lui font dûs.
I , vol. Les
JUIN. 1727. 1217
Les Lettres de Drefde du 26.du mois
dernier , portent , que le Roy de Pologne
y étoit arrivé en parfaite fanté ; qu'il
y avoit été reçû avec des démonftrations
de joye extraordinaires ; qu'il y avoit eû
des feux & des illuminations pendant
trois nuits confécutives , & que tous les
differens Corps de la Bourgeoifie avoient
fait chanter le Te Deum & donné des
Fêtes à l'occafion du rétabliflement de la
fanté de ce Prince.
L
ALLEMAGN E.
E 9. du mois dernier , les Miniftres
de l'Empereur envoyerent un Courier
à Berlin , pour faire part au Roy de
Pruffe du Réſultat de leurs négociations
par rapport à la fucceffion des Duchés
de Bergues & de Juliers , & le bruit
couroit à Vienne qu'on avoit réfolu d'abandonner
à S. M. Pruffienne la jouiffance
du Duché de Limbourg , en attendant
qu'on foit convenu d'un autre accommodement
qui convienne à l'Electeur Palatin
& au Prince de Sultzbach .
On a eu avis de Coblents , que les
8000. hommes de Troupes Imperiales ,
qui étoient dans les environs de cette
Ville , avoient reçû ordre de paffer la
1. vol.
Gij Mo1218
MERCURE DE FRANCE:
Mofelle , & de ſe rendre dans le Luxems
bourg.
Quelques Lettres de Stettin en Pomeranie
, portent , que les Troupes Mofcovites
que la Czarine étoit convenuë
de fournir à l'Empereur , s'étoient mifes
en marche pour l'Allemagne , & qu'el
les avoient eu ordre de forcer leurs paffages
fur les Terres du Roy de Pruffe
en cas qu'on les leur refufât .
On mande de Vienne , qu'après un
grand nombre de Conférences tenuës
tant dans le Cabinet de l'Empereur , que
chez le Prince Eugene , fur la fituation
préfente des affaires de l'Europe , & fur
les dernieres propofitions des Puiffances
alliées par le Traité d'Hanover , S. M. I.
fit remettre le 2 1. May au Duc de Richelieu
, Ambaffadeur Extraordinaire du
Roy T. Ch . fa réponſe par écrit à ces
propofitions. Get Ambaſſadeur dépêcha
le même jour le Courier qui les lui avoit
apportées , & le Comte de Sinzendorf ,
Chancelier de l'Empereur , en expedia
un autre pour porter au Baron de Fonfeca ,
chargé des affaires de S. M. I. à la Cour
de France , l'ordre & les pouvoirs neceffaires
pour la fignature des Préliminaires.
!
1. vol.
ME
JUIN. 1727. 1219
MEMOIRE de M. de Chavigny , Miniftre
de France , remis le 28. May à
La Diette des Princes de l'Empire à
Francfort.
Quoique tous les Electeurs , Princes
, & Etats , qui font partie de
l'Empire , ayent reçû du Roy , mon Maître
, des affurances veritables & finceres
de fes fentimens
, par la déclaration que :
j'ay remife par fon ordre à la Diette Generale
, aflemblée à Ratisbonne , S. M. a
cependant voulu que je renouvelaffe les
mêmes affurances en fon nom , aux Cercles
affemblés à Francfort. Le Roy eſt
perfuadé que ce qui a donné lieu à la
préfente Aflemblée , ne provient d'aucun
doute que l'on ait fur la droiture de fes
intentions ; & convaincu que les infinuations
contraires que l'on auroit pû faire
pour allarmer les Cercles de l'Empire ,
n'auroient fait aucune impreffion aux Princes
qui font repreſentés ici , ce n'eſt que
par un excès de délicateffe de fa part , que
S. M. m'a ordonné de leur déclarer encore
en fon nom , qu'elle veut fincerement
remplir à l'égard de l'Empire les
derniers Traités , qui ont fi heureuſement
rétabli la paix , qu'elle eft dans la ferme
réfolution de ne point enfraindre le Ter-
I. vol.
Giij ritoire
1220 MERCURE DE FRANCE.
ritoire de l'Allemagne , & de procurer
au contraire leur fûreté en tout ce qui lui
fera poffible ; & que comme fes intentions
& celles de fes Alliés font entierement
pacifiques , les Princes ou Etats
de l'Empire ne doivent abſolument concevoir
aucun ombrage des armemens qui
fe font , & qui n'ont aucune autre vûë
que la réparation ou le maintien des Traités
qui ont ftatué fur des matieres qui leur
font totalement étrangeres , puifque , graces
à la divine Providence , il n'eft rien
furvenu dans l'Europe qui puiffe ni qui
doive les commettre avec S. M. T. Ch.
ou avec fes Alliés .
Telles font les veritez que j'ai ordre
d'expofer à cette Illuftre Affemblée , &
qui doivent ne lui laiffer aucun doute fur
le defir que S. M. a de contribuer en toute
occafion à la tranquillité de l'Empire
en general , & en particulier à celle des
Cercles affemblés ici , comme elle y eft
obligée en qualité de garante des Traités
qui ont conftaté leur Etat , & comme
elle y eft portée par les mouvemens de
fon affection fincere pour tous & chacun
des membres de l'Empire.
Le 13. du mois dernier , l'Electeur de
Baviere reçut à Munich le ferment de
fidelité & l'hommage des Etats de la haute
& baffe Baviere de la maniere fuivante .
1. vel. Les
JUI N. 1727 .
1221
Les Députés des Etats s'étant rendus
vers les 9. heures du matin à la Chapelle
du Palais , on commença la céremonie
par une Meffe Solemnelle du S. Efprit.
Après la Meffe , l'Electeur monta à che
val , & partit du Palais pour aller à l'Hôtel
de Ville , étant précedé de M. Xave-
' ri , Grand -Maître héreditaire de la haute
& baffe Baviere , tenant à la main le Bâton
, qui eft la marque de fa Dignité ; du
Comte de Liebling , Dapifere héreditaire
des Provinces de Baviere , portant le
Globe de l'Empire fur un Carreau de velours
cramoifi ; du Baron de Gumppemberg
, Maréchal de la haute Baviere ; du
Baron de Clofen- Haidembourg , Maréchal
de la baffe , ayant chacun leur épée
nuë , la pointe haute ; du Comte de Preffing
, premier Echanfon , portant le Bonnet
Ducal & Electoral fur un pareil Carreau
de velours , & du Comte de Taring,
Grand-Veneur , vêtu d'un habit de chaffe
& accompagné de tous les Officiers qui
lui font fubordonnés .
L'Electeur étant defcendu de cheval ,
fe rendit dans la Grande- Salle de l'Hôtel
de Ville qui étoit ornée des tapifferies
du Palais , & au fond de laquelle on avoit
mis un fauteuil de velours cramoifi fur
une Eſtrade de 6. dégrès , placée fous un
dais de même étoffe. Ce Prince étant af-
I. vol . Gi
1222 MERCURE DE FRANCE:
fis , fit à l'Affemblée un Difcours en peu
de mots , & les propofitions qu'il avoit à
faire à l'Affemblée furent lues par le
Chancelier de fon Confeil Privé , auquel
le Chancelier des Etats répondit , après
quoi ce dernier lût la Formule du ferment
de fidelité , & enfuite celle de l'hommage
, qui conſiſte à baiſer la main de
l'Electeur , lequel porte la main au chapeau
lorfque les premiers Officiers des
Etats s'approchent de lui pour cette céremonie
. Les Députés Ecclefiaftiques ne
baiferent pas la main du Prince , mais celle
du plus ancien Prélat , parce qu'il n'eft
pas d'ufage dans cet Electorat que les Ecclefiaftiques
fallent hommage à un Seigneur
temporel. Après cette céremonie
l'Electeur retourna à ſon Palais dans le
même ordre : il affifta au Te Deum qui
fut chanté dans la principale Eglife , &
enfuite il donna un repas magnifique aux
Députés & aux Officiers de l'Electorat.
Les Députés avoient envoyé dès le matin
à l'Hôtel de Ville leurs noms écrits de
leur main & fcellés de leurs cachets
pour les faire enregiſtrer dans la Chancelerie.
Le 14. il y eut un Caroufel de Dames
dans la cour du Château de Furftenrieldt :
elles y coururent les Têtes & les Bagues
; & l'Electrice remporta le prix ,
I. vol.
qui
JUIN 1727. 1223
1
qui étoit une pièce de broquart d'or , &
une guirlande de fleurs .
Le 15. les Seigneurs de la Cour &
plufieurs Gentils- hommes de l'Electorat ,
combattirent des bêtes fauvages dans un
pré qui eft entre deux bois aux environs
de Nynphembourg. A chacune de ces
Fêtes , la Ville de Munich a été illuminée
pendant toute la nuit , & il y a eû ya
Opera & Comediè Françoiſe .
ITALI E.
N mande de Benevent , que la
Princeffe Aquaviva- Tocco , étant
allé rendre vifite au Pape , elle en fut
traitée avec des marques de diftinction extraordinaires.
S. S. la fit affeoir à côté
d'elle , prit du Chocolat avec cette Princeffe
; & le Cardinal Cofcia la reconduifant
, lui déclara que le Pape lui accordoit
mille écus de penfion ; après quoi
il lui fit préfent , au nom de S. S. d'un
diamant de prix , d'une pièce de velours ,
& de quelques bijoux.
Le Duc de Parme a créé dans fa Capitale
un Tribunal Superieur , qui eft
chargé d'éxaminer toutes les Sentences
rendues en premiere inftance , & de déferer
les premiers Juges au Prince , en
1. vol. Gy cas
1224 MERCURE DE FRANCE.
cas qu'ils y reconnoiffent de la fraude ou
de la faveur.
Le Gouverneur de fainte Felicité a donné
avis que les Corfaires des côtes de
Barbarie venoient de débarquer 200 .
hommes qui avoient enlevé deux hommes
, 20. femmes , quelques jeunes filles
& deux enfans , avec lefquels ils
s'étoient rembarqués ; que cet accident
étoit arrivé par la faute d'un Soldat qui
étoit en fentinelle dans une Tour voifinedu
débarquement , qui s'étant endormi ,
n'avoit pas fait les fignaux accoutumés ,
que le Chevalier de la Motte l'avoit fait
mettre aux fers fur fa Galere.
Le Pape a envoyé un Exprès à Rome
pour donner ordre au Tréforier de la
Chambre Apoftolique d'aller à fainte Felicité
, & d'y diftribuer de l'argent à ceux
dont les parens ou les enfans ont été enlevés
.
Le bruit court à Rome , que les Préliminaires
propofés par le Cardinal Cienfuegos
, chargé des affaires de l'Empereur
, pour accommoder les differends du
S. Siége avec la République de Pologne ,
ont été rejettés , & que la Congrégation
chargée de l'Examen de cette affaire ,
demande que cette République donne.
une fatisfaction préalable au Nonce du
Pape à Varsovie.
1.vol.
On
JUIN. 1727. 1225
On écrit de Benevent , que le 1 2. du
mois dernier au matin , le Pape monta
en Caroffe , fuivi d'un nombreux Cortege
pour retourner à Rome . La Garde
de S. S. a été augmentée d'un détachement
de Cuiraffiers & de Dragons Impériaux
, qui ont dû l'eſcorter jufqu'aux
Frontieres de l'Etat Ecclefiaftique . Le
peuple qui avoit accompagné le Pape jufqu'à
un mille de la Ville , reçût ordre de
ne pas aller plus loin : S. S. lui donna ſa
bénediction , & fit encore diftribuer des
aumônes aux pauvres.
Le 13. May au matin , les Sbirres arrêterent
à Rome un Eccléfiaftique attaché
au Cardinal Lercari , parce qu'il portoit
la perruque cette Eminenceen porta
fur le champ fes plaintes au Cardinal
Vicaire , & fit fortir le prifonnier.
On a reçû avis de Genes & de Livourne
, que les Négocians Italiens avoient
reçû d'Espagne ce qu'il leur revenoit des
interêts qu'ils avoient pris fur les Vaiffeaux
de la Flote de la nouvelle Efpa
gne .
Le Pape a remboursé à quelques maifons
Religieufes du Diocèfe de Benevent ,
l'argent qu'elles avoient prêté à 4. ou 5 .
Gentils- hommes du pays qui ont été obligés
de tenir table pour les Prélats de la
fuite de S. S.
1. vol. G vj ESTA
1226 MERCURE DE FRANCE:
LE
ESPAGNE.
E Roy a fait publier à Madrid qu'il
accorderoit des Commiffions à tous
les Armateurs des Ports de Biſcaye &
de fes autres Provinces Maritimes , qui
voudroient aller en courfe fur les Anglois.
On apprend de Liſbone que deux Religieux
de l'Ordre de S. François en partirent
le 26. Avril dernier , fur un Vaiffeau
François , pour ſe rendre à Jerufalem
, où ils portent 40000. Cruzades
d'aumônes aux Religieux qui ont la garde
du S. Sépulcre.
D'autres Lettres de Lifbonne portent ,
qu'un Vaifleau Eſpagnol de 50. Canons ,
commandé par le Capitaine Arnau , qui
avoit été féparé par une tempête de la
derniere Flotte de la nouvelle Efpagne ,
avoit fait naufrage le 2. du mois d'Avril
fur la côte de Florés , l'une des Ifles Açores
; que tout l'Equipage s'étoit fauvé , &
qu'on avoit retiré du Vaiffeau quelques
unes des Marchandifes les plus précieufes
, 134 caiffes d'argent de 3000. piéces
de huit chacune ; mais que tout l'or
avoit été perdu , parce qu'il avoit été mis
dans des cailles de fucre , pour fauver
les frais de l'enregistrement ; & qu'on fai-
1. vol.
foit
200 JUIN. 1727. 1227
}
foit monter cette perte à 500. mille piéces
de huit .
Les dernieres Lettres de Ceuta , portent
, que les Maures avoient envoyé depuis
peu dans leur ancien Camp , devant
cette Place , deux Efpions , dont l'un avoit
été tué par les Efpagnols , pour avoir
voulu faire réfiftance , & l'autre avoit
été conduit dans la Ville , qu'on avoit
appris de lui , que le feu Roy de Maroc ,
Muley-Ifmael , avoit laiffé fon grand tréfor
à Muley-Hamet , celui de fes fils
pour lequel il avoit le plus de tendreffe ,
& qu'il avoit ordonné qu'il fut proclamé
Roy après fa mort ; que ce Prince étant
univerfellement haï & méprifé , à caufe
de fes cruautés & de fon yvrognerie
n'avoit pû jufqu'à préfent fe mettre en
poffeffion du Trône ; que la Couronne
lui étoit difputée par deux de fes freres
qui s'avançoient vers Miquenez à la Tête
des meilleurs Troupes du Pays , & qu'on
croyoit que le plus jeune de fes deux
freres qui eft generalement eftimé , feroit
proclamé Roy : ce prifonnier a ajouté que
le fils de l'Alcad - Aly , qui commandoit
au Siege de Ceuta , s'étoit retiré avec fes
Troupes du côté de Tangers pour fe déclarer
en faveur du parti qui auroit l'avantage.
L Roy a envoyé ordre à tous les Gou-
1. vol.
verneurs
1228 MERCURE DE FRANCE.
verneurs de fes Places Maritimes , d'y
recevoir les Vaiffeaux François qui voudront
entrer dans les Ports , & de leur
faire fournir tous les rafraîchiffemens
dont ils auront befoin.
On a reçû avis de Cadiz , qu'il y avoit
dans la Baye de cette Ville 12. Vaiffeaux
de Guerre Espagnols , dont 7. étoient de
50, à 60. Piéces de Canon , & les cinq
autres de 30. à 36. Ces Lettres ajoûtent
qu'on y en attendoit encore 8. des
Ports de Biscaye.
Les Armateurs Efpagnols ont enlevé
depuis peu cinq Navires Marchands Anglois.
L
Suite du Siège de Gibraltar.
E 8. May on fit continuer le travail
de la Sappe qui avoit été commencé
la nuit précedente auprès de la batterie
de Sainte Barbe. Les Troupes de la Tranchée
furent occupées à réparer leurs poftes
avancez qui avoient été détruits par le
canon de la Place . Ce jour - là les batteries
des Affiegeans firent un feu continuel , &
il y eût des pieces de Canon qui tirerent
jufqu'à 86. coups dans les 24. heures.
Ils eurent 7. hommes de tuez & 29. de
bleffez.
Le 9. 350. Travailleurs furent em-
1.vol.
ployez
JUIN. 1727.
1229
ployez aux travaux des deux nuits précedentes.
Les batteries des Affiegeans tirerent
avecaffez de fuccès contre le vieux
Mole , le Fort de la Reine Anne , &
contre les défenfes de la Porte de Terre.
Il y eut ce jour - là 3. hommes de tuez &
13. de bleffez.
Le 1o . les travaux dont on vient de
parler , furent perfectionnez . Les Affiegez
ne tirerent que de 11. pieces de Canon
, mais une de leurs bombes , ayant
mis le feu à quatre barils de poudre , ce
feu le communiqua aux fafcines , aux plates-
formes , & au revêtement de la batterie
de Balbafos . Un Grenadier du Regiment
de Grenade y courut à découvert,
& fut fuivi de plufieurs autres Soldats qui
l'éteignirent avant qu'il eut caufé un dommage
fort confidérable . Il y eut 1. hommes
dangereufement bleffez dans cet endroit
, 6. de tuez dans la Tranchée , & 13 .
de bleffez.
Le 11 , le feu des Affregeans continua
avec beaucoup de vivacité.
On a reçu avis que le Marquis de Caylus
, qui commande dans la Galice , avoit
eu ordre d'en faire partir dix Bataillons
pour renforcer les troupes du Camp de
Saint Roch .
Un Armateur Catalan a pris depuis
quelques jours un petit Bâtiment Anglois
chargé de poillon falé.
L
1230 MERCURE DE FRANCE .
Le 12. 300. Travailleurs furent employez
à perfectionner les travaux des
jours précedens , & 400 à réparer
les Batteries : le feu des Affiegeans qui
continua d'être très - vif , acheva de ruiner
tout ce qu'on pouvoit découvrir da
vieux Mole. Il n'y avoit plus ce jour- là
que deux pieces de Canon fur le Fort de
la Reine Anne. Le feu des autres défenfes
de la Place tua 6. Soldats & en blefla
13. le lendemain il eût 10.de tuez
& 23. de bleffez .
y en
Le 14. on fut obligé de relever les revers
de quelques lignes de communication
, & de revêtir deux des batteries. Il
y eut 7. hommes de tuez & 1 3. de bleffez
, du nombre defquels furent le Duc
de Wharton , Aide de Camp du Comte
de Las- Torres , & Dom Jean de Marizi ,
Sous -Lieutenant du Regiment des Gardes
Walonnes.
Le 15. on approfondit la ligne de communication
de la batterie de Sainte Barbe
où les Soldats étoient trop à découvert ,
& l'on fortifia avec des Gabions les poftes
avancez . Les batteries firent un très - grand
feu , & il y eut trois hommes de tuez &
19. de bleffez .
Le 16. & le 17. on fut obligé de ralentir
le feu des batteries , & de retirer
"
J. vol.
quelques
UI N. 1727 . 1221
3
quelques pieces de Canon qui avoient
trop tiré, pour en remettre d'autres , &
y eut le 16. 3. Soldats de tuez & 19 .
de bleffez . Le feu de la Place fut trèsvifle
17.
il
Le 18. on employa les Travailleurs à
réparer les batteries & à changer les pieces
d'Artillerie ; il n'y eut qu'un homme
de tué & 9. de bleffez , entr'autres ,
Dom Jean Caraſco , Capitaine dans le
Regiment de Savoye , Infanterie."
Le 19. les batteries des Affiegeans recommencerent
à faire un feu très-vif , &
les Affiegez parurent avoir renouvellé
une partie de leur Artillerie. Hy eut 7.
hommes de tuez & 15. de bleffez . On
compte parmi ces derniers Dom Jacob
Valladarez , Capitaine d'Artillerie .
Lezo. les Troupes de la Tranchée & les
Travailleurs furent occupez à réparer pendant
la nuit tous les dommages caufez
aux batteries & aux revers des Tranchées,
tant par le vent , que par les bombes &
le Canon des Affiegez. Il y eut cette nuit
là 4. Soldats de tuez & 17. de bleffcz.
Le 2 1. on continua la ligne de communication
, qui va de la nouvelle batterie de
Saint Jofeph à la Tour de Saint Paul . Le
feu des Affiegeans fut interrompu dans
divers endroits où il y eut plufieurs pieces
de Canon hors d'état de tirer , &
I. vol.
d'autres
1232 MERCURE DE FRANCE.
d'autres démontées par les nouvelles batteries
, que les Affiegez avoient établies
fur la montagne de la gauche pendant les
trois nuits précedentes. Il n'y eut qu'un
homme de tué dans la Tranchée & 21.
de bleffez .
Le 21. on employa 50. Sapeurs &
200. Travailleurs au travail de la Sappe ,
qui eft à la droite de l'attaque , les autres
furent occupez à réparer les batteries .
Vers les 5. heures après midy , une bombe
de la Place mit le feu au magazin à poudre
de la batterie de Dom Balbazos : il y
eut dans cet endroit 2. hommes de tuez
& 12. de bleffez .
La nuit du 2 3. on continua le travail de
la Sappe , & le feu de la Place & des batteries
de la montagne continua d'être trèsvif.
LE
GRANDE- BRETAGNE .
E Chevalier Norris mit à la voile le
16. du mois dernier avec un vent
favorable .
1. vol.
DIS
JUIN. 1727. 1233
DISCOURS du Roi d'Angleterre ,
fait aux deux Chambres du Farlement ,
par la bouche du Grand-Chancelier .
MILIOLRORDDSSEET MESSIEURS ,
A l'ouverture de cette Séance , je vous
informai des dangers qui menaçoient ce
Royaume , auffi - bien que la paix & les
libertez de l'Europe. Préfentement j'ai à
vous remercier de votre zèle , & de votre
expedition dans vos procedures fur les di
verjes affaires que je vous recommandai
alors , de la confiance que vous avez mife
en moi, & des aẞurances que vous m'avez
données de vouloir me fupporter & affifter,
pour foûtenir mon honneur , & pour défendre
& conferver les droits & privileges inconteftables
de cette Nation , qu'on a envabis
& attaqués d'une maniere fi manifefte
& fi notoire.
Le fiege de Gibraltar marque fans contredit
le but & le deffein des engagemens
contractez entre l'Empereur & le Roi d'Ef
pagne : maisje ne doute nullement que les
préparatifs que j'avois fait pour la défen-
Je de cette Place , joints à la valeur de mes
Troupes , ne les convainquent de la temerité
& de la folie de cette entreprife , non-
1. vol. obftant
1234 MERCURE DE FRANCE.
obftant cette grande provocation , l'amour
de la paix l'a jufqu'ici emporté fur moi ,
pour fufpendre en quelque façon mon ref-
Sentiment ; & au lieu d'avoir immédiatement
recours aux armes & de demander
à mes Alliez cette affistance qu'ils font engage
& prêts à me donner , j'ai concouru ,

avec le Roi T. Ch. & les Etats Generaux
àfaire de telles ouvertures d'accommodement,
qu'elles ne peuvent que convaincre
toute la terre de la droiture de nos intentions
& de notre fincere difpofition à la
paix, & marquer en même- temps , à l'ambition
infatiable de qui on doit imputer les
calamite d'une guerre , en cas que ces propofitions
fi juftes & fi raisonnables foient
rejettées . En attendant , j'ai la fatisfaction
de vous informer que la Couronne de Suede
a accedé au Traité de Hanover , & que la
convention faite entre moi , S. M. T. Ch.
& le Roi de Dannemarc eft actuellement
fignée.
Les Lettres de la Jamaïque du 21 .
Mars dernier , portent que le Vice - Amiral
d'Hofier étoit allé croifer avec une
partie de fon Efcadre à la hauteur du Cap
Saint Antoine , & que le Capitaine de
Saint Loë , avec les autres Vaiffeaux de
la même Efcadre , croifoit dans le paffage
de Windward , entre le Cap Maire & le
A. vol.
Cap
JUIN. 1727. 1235

1
Cap Saint Nicolas , pour empêcher le res
tour des Gallions d'Eſpagne en Europe.
On apprend par celles d'Antigoa , dụ
27. du même mois , que le Succès & la
Pomme de Pin avoient chargé tous les
Effets & Marchandiſes du Royal George ,
Vaiffeau de la Compagnie de la Mer du
Sud , qui n'a pas été en état de revenir en
Angleterre.
Le bruit court que le Comte d'Orkney
a été nommé pour aller commander les
Troupes du Roi en Flandres , en cas qu'il
y ait guerre , & que le Duc d'Argile , le
Lord Cobham & le Comte de Stairs commanderont
fous lui en qualité de Lieute
nans Generaux .
On mande de Londres , que le Lord
Baltimore regardant jouer à la paume ,
reçût un coup de bale dans l'oeil , qui lui
a fait perdre environ 70. onces de fang ,
on croit cependant que cette hemorragie
n'aura pas de fuite fâcheufe.
Le Secretaire de M. Horace Walpole ,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi à la
Cour de France , arriva à Londres de Paris
le 4. de ce mois , avec la copie des
Préliminaires de Paix , qui furent fignez
la nuit du 31. Mai au 1. Juin. Comme
on en avoit reçû la premiere nouvelle
dès le 3. le Roi envoya ordre aux Trou
pes qui s'approchoient des Ports pour
I. vol.
paffer
1236 MERCURE DE FRANCE .
paffer en Flandres de retourner dans
leurs Quartiers , & S. M. a fait ceffer
tous les préparatifs de guerre qu'on faifoit
pour la campagne. Cette agréable
nouvelle a fait hauffer tous les Fonds publics
, & les Actions de la Compagnie de
la Mer du Sud , qui n'étoient qu'à 100 .
trois quarts , font montées à 111 .
Le Roi déclara le 5. qu'il partiroit le
16. de ce mois pour Hanover.
Les dernieres Lettres de Gibraltar , portent
que le Comte de Portmore , Gouverneur
de cette Place , y étoit arrivé le
2. de May avec le Bataillon du Regiment
des Gardes , & le Regiment de Clayton ;
que les Affiegeans avoient démonté toute
l'artillerie du Fort de la Reine Anne ;
qu'ils efperoient que leur mine feroit en
état de faire inceffamment fon effet ;
qu'ils battoient la Place avec 57. pieces
de canon & 22. mortiers , mais que leurs
batteries les plus avancées n'étoient encore
qu'à près de 5 00. pas de la courtine
de la Porte de terre.
Le bruit court que le Lord Waldegrave
eft nommé Miniftre Plenipotentiaire du
Roi à la Cour de l'Empereur , & qu'il
partira inceffamment pour s'y rendre . On
dit auffi que le Comte de Marchemont, &
le Colonel Stanhope , qui eft depuis peu
Vice - Chambellan de la Maiſon du Roi ,
1. vol.
feront
JUIN. 1727. 1237
feront nommez Ambaffadeurs Plenipotentiaires
de S. M. au prochain Congrès
.
On mande d'Edimbourg , qu'il eft mort
depuis peu à Ferny - Hill , dans la Paroiffe
d'Ednam , près Kelfo , un homme âgé de
123. ans , nommé Adam Yorkſton , qui
avoit été foldat dans les troupes de Jacques
VI, Roi d'Ecoffe , & qui avoit époufé
fa derniere femme à l'âge de 8o . ans.
Le 11. de ce mois , le Roi tint un Confeil
d'Etat , dans lequel il nomma pour
Regens du Royaume pendant le féjour
qu'il doit faire à Hanover , l'Archevêque
de Cantorberi , le Lord Chancelier , le
Duc de Devenshire , Preſident du Confeil
, le Lord Trevor , Garde du Sceau
Privé , le Duc de Dorfet , Grand - Maître
de la Maiſon de S. M. les Ducs de Grafton
, de Bolton , d'Argile & de Newcaftle
, le Comte de Berkeley , le Comte de
Godolphin , le Vicomte de Townſend ,
le Vicomte d'Harcourt , le Lord Carteret
, & le Chevalier Robert Walpool.
Le jeune Sauvage qui fut trouvé il y a
deux ans dans la Forêt d'Hamelen , près
d'Hanover , eft mort depuis peu à Harrow-
Hill , où le Roi l'avoit envoyé pour
le faire inftruire.
3. vola
HOL
1238 MERCURE DE FRANCE.
LE
HOLLANDE - PAYS - BAS. •
Es Etats du Comté de Flandre ont
confenti de payer à l'Empereur un
fubfide extraordinaire , pour être déchar
gez d'une nouvelle impofition qu'on le
propofoit de lever dans le Pays fur le
Thé , le Caffé , le Sucre , le Tabac & le
Sel.
Les Etats de l'Electorat de Cologne ont
accordé au Cercle du Bas -Rhin une con
tribution extraordinaire de 160000 ,
Riſdales , payables en quatre termes .
Avec la nouvelle que les Articles des
Préliminaires fignez à Paris , on a appris
à la Haye , qu'on étoit convenu d'ouvrir
un Congrès à Aix - la - Chapelle au commencement
du mois d'Octobre prochain ,
pour y terminer , par un Traité de Paix
generale , tous les differends à l'occafion
defquels les Puiffances de l'Europe
avoient armé. Les Etats Generaux ont
gratifié d'une Medaille d'or d'environ
300. florins , l'Ecuyer de M. Boreel
Ambaffadeur de certe Republique à la
Cour de France , qui a apporté cette nou
velle,
I. vol.
FRANCE
,
JUIN 1727 1239
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L'
'Efcadre de fix Galeres , commandée
par le Chevalier d'Orleans , Grand-
Prieur de France , & General des Galeres
, partit de Marfeille le 20. du mois
dernier.
Le 28. du même mois , le Comte de
Rantzau , Allemand , âgé d'environ 29.
ans , fut trouvé mort d'un coup d'épée
derriere les murs des Chartreux , à II ,
heures du matin .
Le 31. veille de la Pentecôte , le Roi
revêtu du Grand Collier de l'Ordre du
Saint Efprit , fe rendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les
mains de l'Abbé de Saumery , Aumônier
du Roi en quartier ; enfuite le Roi toucha
un grand nombre de malades . L'après ,
midi S. M. affifta aux premieres Vêpres ,
qui furent chantées par la Mufique ; & le
1. de ce mois , jour de la Fête , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit fe rendirent vers
les dix heures du matin dans le Cabinet
1. vol.
H du
1240 MERCURE DE FRANCE .
du Roi , d'où S. M. alla à la Chapelle du
Château , étant précedée du Duc d'Orleans
, du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Duc du Maine , & des
Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Le Roi , devant lequel les
deux Huiffiers de la Chambre portoient
leur Maffe , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre par deffus , ainfi que les Chevaliers.
S. M. entendit la grande Meffe
celebrée par l'Abbé Teniere , Chapelain
de la Chapelle de Mufique ; enfuite le
Roi fut reconduit à fon appartement dans
le même ordre obfervé en venant à la
Chapelle . La Reine , accompagnée des
Dames de la Cour , entendit la grande
Meffe dans fa Tribune. L'après midi , le
Roi entendit le Sermon du P. le Marié
Religieux Mathurin , & enfuite les Vêpres.
Jamais la France n'a fait de voeux plus
ardens & plus fouvent réiterez , que ceux
qu'elle addreffe aujourd'hui au Ciel, pour
l'heureux fuccès de la groffeffe de la
Reine. Nous avons parlé dans notre dernier
Journal , du Mandement donné à
cette occafion par S. E. M. le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris. Voici celui
que le R. P. Conrade , Grand- Prieur
de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
publia au commencement de ce mois .
I. vol.
Dom
JUIN. 1727 .
124.1
"
Dom Charles- Louis Conrade , Prieur
de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez
lez- Paris , dépendante immédiatement du
S. Siege Apoftolique , Vicaire General de
S. E. Monfeigneur HENRY DE THIARD
DE BISSY , Cardinal de la Sainte Eglife
Romaine , Evêque de Meaux , Abbé de
ladite Abbaye : A tous ceux qui font foumis
à notre Jurifdiction , Salut.
Une des plus grandes faveurs que
Diew
ait coûtume d'accorder aux Souverains
c'est d'affurer leur Thrône par une nombreufe
Pofterité , c'est la marque la plus
fenfible de fa protection divine fur les Monarchies
, & l'objet le plus digne des voeux
de tous les Peuples. Ceux de la France
ent retenti jufqu'au Ciel ; & l'empreffement
de ce grand Royaume à recourir à Dieu ,
lui a merité d'en être écouté. La groffeße
de la Reine qui a été l'attente de tous les
bons François , fait à prefent leur joye &
leur confolation. Notre augufte Monarque
inftruit dès l'enfance , que c'est à celui qui
fait regner les Rois , qu'il faut s'adreſſer
dans les grands évenemens , a recours aux
Prieres de l'Eglife pour l'heureux fuccès
de celui d'où dépend la fureté de l'Etat &
la felicité de fon Peuple. C'est à nous à
réunir nos prieres pour feconder la piete
d'un Roi fi chrétien : demandons donc à
Dien qu'il continuë à rendre fes jours heu-
I. vol.
Hij reux
1242 MERCURE DE FRANCE :
>
reux , qu'il multiplie de plus en plus fes
mifericordes en confervant l'augufte
Reine qui eft felon fon coeur , & qu'il
nous accorde la naiffance d'un Prince qui
rempliffe nos efperances , c'eft- à-dire , qui
foit ami de la paix , qui faffe regner
pieté, & qui foutienne la Religion parfon
autorité & par fon exemple .
la
A ces Caufes , pour nous conformer aux
intentions de Sa Majesté , & c . Fait en
notredite Abbaye ce 2. Juin 1727. Signé
F. CHARLES - LOUIS CONRADE , Prieur.
Et plus bas , par le commandement du
R. P. Prieur , Vicaire General. Signé ,
F. PIERRE SABATIER.
Le 3. de ce mois , le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , ayant le département
de la Marine , arriva à Versailles
de retour du voyage qu'il a fait par
ordre du Roy , dans les Ports. Il a vifité
ceux de S. Malo , de Morlaix , Breft ,
l'Orient , Port- Louis , Nantes , la Rochelle
& Rochefort , & on lui a rendu dans
tous les lieux de fon paffage , fuivant les
ordres de S. M. les mêmes honneurs
qu'aux Maréchaux de France.
Le 11. de ce mois , la Compagnie des
Indes tint fon Affemblée generale , à laquelle
M.le Peletier , Controlleur General
des Finances, préfida . On y rendit compte
1. νοί.
de
JUIN . 1727. 1243
que
de la fituation des affaires de la Compagnie
, & on fit voir qu'indépendamment
des dépenfes extraordinaires la Compagnie
a été obligée de faire , fon fonds
capital fe trouve beaucoup augmenté de
puis l'année derniere . M. le Controlleur
General affura la Compagnie qu'il ne négligeroit
rien pour la foutenir.
Le Chevalier de la Romagere , Commandant
le S. George , Vaiffeau de Guerre
de la Religion de Malthe , qui eſt arrivé
au commencement de ce mois à Toulon
, fit perir le mois dernier , près du
du Cap Negrel , dans les environs de
Tetouan , un Vaiffeau Algerien de 36 .
Canons . Le Gouverneur de Ceuta prenant
le S. George pour un Vaiffeau Anglois
qui chaffoit un Efpagnol , fit tirer deffus ,
& quelques coups de Canon porterent
dans les voiles & dans les manoeuvres :
le Vaiffeau Algerien croyoit échaper à
la faveur de cette méprife , mais le Gouverneur
ayant reconnu le Pavillon de la
Religion , fit ceffer de tirer , & le Corfaire
prit le parti de s'échouer fur la Côte,
fe flattant que le S. George n'oferoit le
fuivre de crainte de toucher. Le Chevalier
de la Romagere l'approcha , la Sonde
à la main , jetta l'Ancre à une demie
braffe de plus que fon Vaiffeau ne tiroit
d'eau , & ne fit ceffer le feu de fon Artil-
* 1. vol.
lerie
A iij
1244 MERCURE DE FRANCE.
lerie qu'après avoir brifé le Vaiffeau
échoué , qui a perdu la plus grande partie
de fon Equipage , le Canot qui le
tranfportoit à terre , ayant été coulé à
fond. Le Chevalier de la Romagere a
donné la chaffe depuis à un Pinque d'Alger,
dont l'Equipage ayant mieux aimé être
efclave en Espagne , que de fe laiffer
prendre , s'eft fauvé dans le Port d'Almerie
, fur la Côte du Royaume de Grenade
.
Le Roy ayant écrit le 26. du mois
dernier au Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , la Lettre rapportée
dans le dernier Mercure , pour demander
qu'on fit des Prieres au fujet de la
groffeffe de la Reine , elles furent commencées
le premier de ce mois , conformément
au Mandement de ce Cardinal .
Le 8. de ce mois , Dimanche de la
Trinité , la Reine entendit la Meffe dans
la chapelle du Château de Verſailles , &
S. M. y communia par les mains de l'Abbé
de Sainte- Hermine , fon Aumônier en
quartier.
Le 12. Fête du S. Sacrement , le Roy
fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe , où
S. M. entendit la grande Meffe , après
avoir affifté à la Proceffion qui alla , ſelon
la coûtume , à la Chapelle du Château.
La Reine n'étant point allée à la
Paroiffe .1 . vol. &
JUIN. 1727.
1245
Paroiffe , à caufe de fa groffeffe , entendit
la Meffe dans la Tribune à la Chapelle
où S. M. s'étoit rendue dans le temps
que la Proceffion y arriva.
Le 19. jour de l'Octave , le Roy ſe
rendit à la Paroiffe , où S. M. entendit la
grande Meffe , après avoir affifté à la Proceffion.
Pendant cette Octave , le Roy &
la Reine ont affifté tous les jours dans la
Chapelle du Château de Verfailles au
Salut chanté par la Mufique.
Le mêmejour la Reine entendit la Meffe
dans la Châpelle du Château , & S. M.
communia par les mains de l'Abbé de
Sainte-Hermine.
Le premier de ce mois , Fête de la
Pentecôte , le Concert fpirituel recommença
au Château des Thuilleries ; le fieur
Philidor fit chanter deux beaux Motets
de feu M. de la Lande , Quare fremuerunt
& Exurgat Deus , qui furent executez
avec toute la jufteffe poffible , de
même que les Airs de fimphonie qu'on
y joua.
Le Roy a accordé à l'Abbé Portail
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine , &
frere du Premier Prefident du Parlement,
le Prieuré de Sainte Catherine du Val
des Ecoliers à Paris.
M. Zacharie Canale , Ambaſſadeur Ordinaire
de la République de Venife , qui
1. vol. Hiiij arriva
1246 MERCURE DE FRANCE.
arriva à Paris le 3. de ce mois , eut le
17. audiance particuliere du Roy & de
la Reine , étant conduit par le Comte de
Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Ducheffe de Vantadour , qui eft de
retour de fon voyage à N. D. de Lieffe ,
où elle avoit été pour accomplir un voeu ,
eft entierement rétablie de l'indifpofition
qu'elle avoit euë à Soiffons..
Les Actions de la Compagnie des Indes
font montées dans le cours de ce mois
jufqu'à 1200. livres.
On affure que le Pont de pierre que
l'on doit conftruire fur la Seine à Séve ,
fera placé entre l'ancien Pont de bois &
l'Ifle du Duc d'Orleans , qui eft audellus
de ce Pont .
Le Comte de Grammont , Meſtre de
Camp du Regiment de Bourbonnois ,
a vendu ce Regiment , avec l'agrément
du Roy , au Duc de Bouflers , qui a vendu
le fien au Marquis de la Valiere.
Le Roy a accordé au Comte de Saumery
, fils du Marquis de Saumery , la Survivance
du Gouvernement de Chambor ,
de M. fon pere.
Le 8. de ce mois , le Prince Frederic
d'Auvergne , dit fa premiere Meffe à
Saverne. Il avoit reçû la veille l'Ordre
de Prêtrife par les mains de l'Archevêque
I. vol.
de
JUIN. 1727.
F247
de Vienne fon frere , le Cardinal de Rohan
, Evêque de Strasbourg , n'ayant pû
faire cette fonction , à caufe de la goute .
Le 10. de ce mois le feu prit à une heure
après midi , au fecond étage d'une maifon
fituée, petite rue de la Pelleterie, près
l'horloge du Palais . La femme d'un Peintre
nommé Paffepin , travaillant à une
compofition de vernis , le feu y prit , &
la gagna de telle façon , qu'elle defcendit
dans la rue à moitié brûlée , où on eut bien
de la peine à la fecourir . Le feu qu'elle
avoit laillé dans la chambre fe communiqua
avec tant de rapidité , qu'en une demie
heure , cette maifon compofée de fix
étages & de trente chambres , fe trouva
embraſée du haut juſques en - bas. Avec le
fecours de quatre Pompes , on éteignit
cet Incendie en peu de temps . Deux enfans
, dont l'un âgé de 18. mois , & l'autre
de cinq ans , ont été entierement réduits
en cendres. Un garçon Fondeur qui
fe trouva dans le cinquième étage au moment
de l'embrafement , ayant voulu fe
fauver par les efcaliets qu'il trouva enflamez
, fut obligé de fe jetter par la fenêtre
, & fe tua. Deux Gardes Pompes y
ont été dangereufement bleffez . La femme
qui avoit mis le feu eft morte deux
jours après. Comme la ruë de la Pelleterie
eft fort étroite , les gens du 3. du
1. vol. Hv
44
1248 MERCURE DE FRANCE .
4. & du me étage de cette maiſon , tendirent
d'un toît à l'autre de la ruë , une
échelle , fur laquelle bien des gens paflerent.
Il y paffa auffi une femme âgée de
plus de 80. ans , qui eft aveugle depuis
long-temps , & une autre femme portant
fon nourriffon fous fon bras.
La place de Commandant de la Compagnie
des cent Cadets , établie à Caën
vacante par la mort de M. Viet , Colonel
de Dragons , qui y eft décedé âgé de 80 .
ans , a été donnée à M. Degremont , Colonel
reformé , qui avoit déja commandé
une Compagnie de Cadets qui a fubfifté
quelque temps en Normandie.
Le 13. de ce mois ,M. Herault , Lieutenant
General de Police , fit mettre au Carcan
un Boulanger , qui de concert avec
quelques-uns de fes camarades , avoit enlevé
des bleds à un prix au - deſſus du
courant du marché , à deffein de faire rencherir
le pain .
On écrit d'Arles en Provence , qu'il y
avoit eu deux fecoufles de tremblement
de terre le 25. du mois dernier , qui n'avoient
fait aucun dommage ; mais que la
nuit du 27. au 28. il y en eut un aflez
violent qui dura l'efpace d'un miferere ,
dont quelques maifons furent endommagées.
On mande de Languedoc , que le len-
1. vol.
demain
JUI N. 1727. 1249
emain de la Pentecôte , il tomba aux environs
de Narbonne , de Bezier , de Carcaffonne
& de Limoux , une telle quantité
de grefle , que les bleds & les vignes
ont beaucoup fouffert , & font entierement
ruinez en certains endroits ; il y a
eu beaucoup de beftiaux tuez & bleffez.
Les plus petits grains de grefle étoient
comme des oeufs de pigeon , & on en a
trouvé qui pefoient plus de deux livres.
Cet orage n'a duré qu'une heure .
L'Eſcadre commandée par le Marquis
d'O , Lieutenant General des Armées
navales du Roy , partit de Breft le 27. du
mois dernier.
On écrit de Livourne qu'il y étoit arrivé
le 19. du mois dernier de Toulon
5. Vaiffeaux de Guerre François , commandez
par M. de Mons , Chef d'Efcadre,
& que le lendemain ils en étoient partis ,
pour continuer leur route le long des
Côtes d'Italie.
Par un Courier revenu de Vienne le
21. de ce mois , le Roy a été informé que
les articles préliminaires , convenus entre
les principales Puiffances d'Europe , pour
affurer la paix & la tranquillité generale ,
qui avoient été fignez à Paris le 31. du
mois dernier au nom de Sa Majeſté , de
l'Empereur , du Roy d'Angleterre & des
I. vol.
Hvj Etats
1250 MERCURE DE FRANCE.
Etats Generaux des Provinces unies ;
avoient été fignez à Vienne le 13. de ce
mois , au nom du Roy d'Espagne..
M. Petit , Chirurgien , de l'Académie
Royale des Sciences , qui avoit été à
Warlovie , à l'occafion de la maladie du
Roy de Pologne , arriva à Paris le 22 .
de ce mois , ayant laiffé S. M. P. dans la
plus parfaite fanté.
Ces jours paflezun particulier qui avoit
maltraité les Atchers des Pauvres , fut
mis au Carcan , & condamné à trois ans.
de banniffement.
La Fête que Madame la Ducheffe d'Or
leans a donnée à fes Vaffaux de Bagnolet,
a fait trop de plaifir & trop de bruit pour
n'en pas dire ici quelque chofe.
Le 23. de ce mois , cette Princeffe
quitta le Convent de la Madelaine de
Trenel , au Faubourg S. Antoine , pour
aller paffer quelques jours à fon Château
de Bagnolet. La Reine d'Efpagne s'y
rendit le même jour vers les cinq heures
du foir. A l'entrée de la nuit , il y eut un
feu devant la porte du Château. Le Curé
du Village y vint en proceffion avec fon
Clergé S. M. Catholique mit le feu au
bucher , accompagnée de Mefdemoifelles
de Beaujolois & de Chartres , fes faurs ;
fa Cour étoit groffie: de quantité de pesfonnes
de diftinction . Le
JUIN 1727. 12.4F
Le 24. jour de S. Jean , qui eft la Fête
du Village de Bagnolet , Madame la Ducheffe
d'Orleans , dont la bonté du coeur
& la nobleffe des fentimens , fe font fentir
dans tout ce qu'elle ordonne , denna
une Fête auffi finguliere qu'agréable aux
Habitans de la Paroiffe . Plufieurs tables
drellées dans les Preaux de l'avant- cour
du Château , furent fervies de viandes
convenables , & le vin ne fut pas épargné.
Les Villageois de tout fexe & de tout âge ,
avec leurs habits des Dimanches & leurs
plus beaux atours , fe livroient à la joye,
& paroiffoient dans le plus grand contentement
, ce qui faifoit un fpectacle charmant
, & tel qu'un habile Peintre en auroit
pu faire un tableau varié & trèsagréable.
Plufieurs Seigneurs & Dames , qui
avoient entendu parler de cette Fête
champêtre , fe rendirent à Bagnolet , &
en fi grand nombre , tant de la Cour que
de la Ville , & même quelques Miniftres
Etrangers, que cette Fête de Village , devint
une grande & vraye Fête. Tout s'y
pafla avec goût & magnificence. On diftri
bua des rafraîchiffemens de toutes fortes
en grande abondance.
3
Les cours & avant - cours du Château
étoient illuminées d'une quantité predi-
La vola gieufe
1252 MERCURE DE FRANCE.
gieufe de lampions & de terrines. Le Periftile
en forme de Gallerie , fous lequel
danferent les payſans après le repas , étoit
éclairé , outre les lanternes de cryftal qui
font d'ordinaire , d'un grand nombre de y
terrines.
Après avoir donné pendant quelque
temps aux Seigneurs & aux Dames le
plaifir de voir les tables & les danfes des
pay fans , Madame la Ducheffe d'Orleans
les pria d'entrer dans les Appartemens du
Château , qui étoient auſſi éclairez d'un
grand nombre de bougies , où l'on trouva
une fimphonie compofée des meilleurs
Muficiens de l'Opera . Mademoiſelle de
Beaujolois y danſa d'abord avec le Prince
de Conty , qui danfa enfuite avec Mademoiſelle
de Chartres , & infenfiblement
il fe forma un bal des plus agréables par
quantité de jeunes gens des plus qualifiez
, de l'un & de l'autre fexe , & de
l'âge à peu près des jeunes Princeſſes ,
qui danferent avec beaucoup de grace &
de vivacité. Les Seigneurs & les Dames
danferent auffi diverfes fortes de danfes ,
&fur tout beaucoup de contre-danfes nouvelles
.
Cette nombreufe Affemblée formoit un
fpectacle des plus brillans ; on n'y reſpiroit
que plaifirs ; & quoique chacun parut
I. vol.
JUIN. 1727.
1253
rut plein de respect & de modeftie , tout
y étoit riant.
Madame la Duchefe d'Orleans retint
un grand nombre de Dames à fouper , &
le Duc d'Orleans qui arriva le même jour
de Verſailles , foupa à une autre Table
avec plufieurs Seigneurs .
Les plaifirs de cette agréable journée
furent variez par plufieurs Tables de jeu
de Quadrille , de Piquet , & c.
Le 2 4. de ce mois , le Prince Kourakin ,
Amballadeur Extraordinaire du Czar , eut
en grand manteau de deüil , une Audience
particuliere du Roy & de la Reine ,
dans laquelle il donna part à leur Majefté
de la mort de la Czarine , & de l'avenement
à la Couronne du Grand Duc Pierre
Alexiowitz , petit- Fils du feu Czar. II
fut conduit à cette Audience par le Comte
de Monconfeil , Introducteur des Amballadeurs.
Le 28. la Cour prit le deuil pour
trois semaines , à l'occafion de la mort de
la Czarine .
On a appris qu'il tomba le jour de S.
Jean un fi grand orage d'eau aux environs
de Montlery , à 4. lieues de Paris
que plufieurs Payfans furent obligez de
monter fur des arbres pour fe garantir de
l'inondation. Il y a eu 8. ou 9. perfon-
1. vol.
nes
1254 MERCURE DE FRANCE.
fonnes de noyez à Lina & quelques ar
bres déracinez . L'orage dura depuis deux
heures après midi jufqu'à huit.
akakakakaka JJESK
MORTS , NAISSANCES ,
L
E Vicomte d'Andrezel , Amba Tadeur
de France à Conftantinople ,
y mourut le 26. du mois de Mars dernier
d'une hydropifie de poitrine , après
35 jours de maladie , âgé de 64. ans .
Il avoit épousé Dame Françoife - Therefe
de Baffompierre , Maiſon originaire d'Allemagne
& l'une des meilleures de l'Europe
. Illaiffe trois enfans ; fçavoir , Jean-
François , Louis René , & D'le Jaques-
Philippine- Adelaïde d'Andrezel.
ELEGIE
Sur la Mort du Vicomte d'Andrezel,
Ne image muette , le ſouvenir funeſte ,
De toi , mon cher Daphnis , voilà ce qui
me refte :
Tu n'es plus. Ah ! du moins tu vivras dan
mon coeur ,
Pour y renouveller fans ceffe ma douleur ;
Mais c'eft peu je prétens , foigneux de ta
memoire ,
1. Vol.
Dreffer
JUIN. 1727. 1275
Dreffer de tes vertus un trophée à ta gloire
Eriger à ton nom un Monument fameux ,
Qui te retrace encore à nos derniers neveux.
Apollon me l'ordonne & vient par fa prefence
,
Seconder les tranfports de ma reconnoiffance :
II prefente à mon choix l'or , le marbre ,
Fairain ,
L'induftrieux cifeau , le fidele burin ,
Brûle d'executer ce qu'à regret m'infpire
Le Dieu, qui comme moi ,de ta perte foupire
Autour de ce Tombeau l'antique probité ,
Sa foeur au front naïf; l'aimable verité ,
Le fublime génie & la magnificence ,
L'activité conftante unie à la prudence ,
Le zele & le travail , les Mufes & les Arts
En longs habits de deuil & les cheveux épars ,
Sembleront demander à la Parque inhumaine
Les vertus leur foutien, les Mufes leur Mecene.
Près d'elles on verra fes fils infortunez ,
Qu'à d'éternels foupirs le fort a condamnez ..
Rien ne tarit le cours de leurs larmes ameres »
Helas ! ils ont perdu le plus tendre des peres.
Déja tout s'execute ,ô prodige nouveau ;
I. vol . Je
1256 MERCURE DE FRANCE.
Je vois le prompt effet du rapide ciſeau .
Le burin fuit les Loix d'Apollon qui le guide,
Le Dieu des Arts lui- même à l'ouvrage préfide.
Une fombre douleur regne dans tous les yeux,
Une mere , une veuve accufe ici les Cieux .
Loin d'elles tu finis , cher Daphnis ,ta carriere,
Leurs triftes mains n'ont pû te fermer la paupiere
:
Ta mere , qui pour toi prolongeoit fes vieux
ans ,
Souhaite que lamort abrege fes tourmens.
Ta veuve en qui le Ciel joint un nom refpec
table , *
A mille qualitez qui la rendent aimable ;
Fidele à fa douleur , néglige fes attraits ,
Le ciſeau femble même exprimer fes regrets.
Les Rives de la Seine & celles du Bofphore
Partagent avec moi l'ennui qui me devore :
Le François , l'Ottoman enſemble réünis ,
Confondent leurs foupirs fur le corps de
Daphnis .
Tels font de la bonté les charmes invincibles :
Ils ont l'art d'adoucir jufqu'aux plus inſen-`
fibles ,
* Madame d'Andrezel eft de la Maifon de
Baffom pierre.
1. vol.
C'eft
JUIN . 1257 1717.
C'eft par là qu'un Mortel fe rend égal aux
Dieux ;
C'eft par là que Daphnis parut auffi grand
qu'eux .
Sur ce marbre partout j'en découvre des traces ,
Les moindres de fes dons font verfez par les
Graces ,
Ses plus juftes refus ont un air obligeant ,
On ne fait que le voir & l'on revient content.
Mais ici j'apperçois une foule éplorée ,
Le front chargé d'ennuis & la vûë égarée.
Le timide Indigent , la veuve & l'orphelin
Font parler leurs fanglots , leurs larmes , mais
envain.
Si l'on pouvoit flechir la Parque inexorable ,
Elle feroit fenfible au chagrin qui m'accable.
Vous feul me teniez lieu des parens les plus
chers ,
Je n'avois plus que vous , Daphnis , & je vous
perds.
Les tendres noeuds du fang , le goût du vrai
merite ,
Mais de ce trifte objet mon defefpoir s'irrite..
Tout m'attachoit à vous , on m'en fépare, helas !
Puis -je vivre en des lieux où vous ne vivez pas?
En quel funefte état votre perte me laiffe !
1. vol. Ce
$ 258 MERCURE DE FRANCE.
Ce jufte defeſpoir n'eft point une foibleffe ;
L'Amour conduit fouvent au tenebreux féjour;
La parfaite amitié va plus loin que l'amour.
Chere Ombre de Daphnis , accepte mes hommages
,
Fes travaux glorieux vivront dans tous les
âges >
Et l'on dira toûjours rappellant tes bienfaits ,
Que Daphnis méritoit de ne mourir jamais.
Par le R. P. de Poncy , Jefuite.
Dame Anne Doublet , époufe d'Antoine
de Barillon d'Amoncourt , Chevalier
, Marquis de Branges , & c. Maître
des Requêtes honoraire , mourut à Paris
le 21. May dernier , âgêe de 55. ans.
Jean du Pré , Palfrenier du Duc da
Maine , mourut à Seaux le 24 du mois
dernier , âgé de 111. à 1 12. ans.
Henry de Nefmond , Archevêque de
Touloufe , Abbé de Mas - Garnier , & l'un
des Quarante de l'Académie Françoiſe ,
mourut dans fon Diocèfe le 26. du mois
dernier. Il avoit été Archevêque d'Alby
& auparavant Evêque de Montauban .
Catherine - Felicité du Bellay , Damedu
Palais de S. M. C. la Reine d'Eſpagne,
feconde Douairiere , Epoufe de Anne-
Augufte de Montmorency , Prince de
1. val.
Robec
UIN. 1727. 1259
Robec , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de l'Ordre de la Toi .
fon d'Or , Mayordome - Mayor de la même
Reine Douairiere d'Espagne , & Lieutenant
General des Armées du Roy
mourut à Paris le 3. de ce mois dans la
19e année de fon âge. Elle laiffe trois
enfans.
Le 6. Anne-Nicolas- Robert de Courtoux
, Chevalier , Marquis de la Chatre
mourut âgé de 68. ans . ,
N. de Choifeuil - la- Riviere , Marquis
de Choifeuil , Baron de la Riviere , Seigneur
de Giri , & c. Brigadier des Armées
du Roy , mourut le 10. Juin , âgé
d'environ 63. ans,
Le Pere Gaillard , de la Compagnie de
Jefus , célebre par fes Prédications , &
qui avoit été Confeffeur de la feue Reine
d'Angleterre , mourut à la Maiſon Profelle
de S. Louis à Paris , le 11. de ce
mois , âgé de près de 86. ans.
و
Le 13. Philippe Poper , Mylord
Teynham , Pair d'Angleterre , mourut
à Paris , âgé de 19. ans , & fut enterré à
S. André des Arcs , fa Paroiffe , en grand
Convoy.
Guillaume Boréel , Préfident des Eche .
vins de la Ville d'Amfterdam , & Ambaffadeur
de la République d'Hollande à
la Cour de France , mourut à Paris le
I. vol.
12 .
1260 MERCURE DE FRANCE.
12. de ce mois , âgé de 52. ans .
M. Pierre Chartamps , Marquis de
Seüil , ancien Colonel d'Infanterie , Seigneur
de Charon , & c. mourut le 14.
Juin , âgé de 6o . ans .
Dame Agnès Lefné , veuve d'Augufte
Robert de Pomereu , Confeiller d'Etat
ordinaire , & au Confeil Royal , Seigneur
, Marquis de Ricey , mourut le
14. âgée de 97. ans .
>
- Dame Gabriel Gontault de Benac de
Navailles , époufe de Léonard - Elie
Marquis de Pompadour , Comte de Bourdeix
, Baron de Mouron , Gouverneur
& Grand- Sénéchal Honoraire de Perigort,
mourut le 16. Juin , âgé d'environ 64.
ans . Son corps fut porté le lendemain à
l'Eglife Paroiffiale de S. Sulpice , &
tranfporté en grand Convoy à celle des
Carmelites , pour y être inhumée . Elle
étoit fille du feu Maréchal Duc de Navailles.
Le 21. Marie Miron , veuve de Claude
Brifard , Chevalier , Seigneur des
Perriques , Confeiller au Parlement
mourut à Paris , agée de 80. ans .
Dame Loüife Hypolite Grimaldi de
Monaco , Ducheffe de Valentinois , époufe
de Jacques- François - Leonard - Grimaldi
, Duc de Valentinois , & d'Eftouteville
, Sire de Matignon , Pair de France ,
Ι . νοί.
accou
UIN. 1727% 1261
accoucha le 14. May d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts , & nommé Charles-
Maurice , par Charles de Lorraine
Comte d'Armagnac , Pair & Grand-
Ecuyer de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant General de fes Armées
, & par Dame Marie - Loüife -Maurice
de Furftemberg , veuve de Marie-
Jean- Baptifte Colbert , Marquis de Seignelai
, Maître de la Garde - Robe du
Roy , & Brigadier de ſes Armées .
Dame Catherine - Felicité du Beleay
Dame du Palais de S. M. Cath. feconde
Douairiere d'Espagne , époufe de Anne-
Augufte de Montmorency , Prince de Robecq
, Grand- d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toifon d'or , Lieu
tenant General des Armées du Roy
Grand-Maître de la Maiſon de la Reine
d'Espagne , accoucha le 2 1. de May d'une
fille , qui fut tenue fur les Fonts , & nommée
Magdelaine- Françoife - Anne Félicité-
Ifabelle , par Thomas d'Hylle , Baron
de Brandebourg ; & par Magdelaine - Françoife
de Tilly , Princeffe de Tferclaes ,
Grande - d'Efpagne de la premiere Claffe ,
veuve d'Albert de Tilly , Prince de Tferclaes
, Grand- d'Espagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toifon d'or ,
Capitaine des Gardes du Corps du Roy
d'Efpagne , Capitaine General des Ar-
1. vol.
mées
1262 MERCURE DE FRANCE .
mée de S. M. Cat . Viceroy de Catalog
gne , tous deux reprefentés par , &c .
Explication de la 2 Enigme du mois paſſe,
Lorsque vous promettez un Prix
ün
A qui devinera l'Enigme impenetrable ,
Je vois quel tour vous avez pris ,
Et ne fuis point flatté d'une amorce agréable,
Quand mon efprit ambitieux
fera tourmenté pour percer ce myftere .
Et qu'avec un foin curieux
J'aurai trouvé le mot qui décide l'affaire ,
Pour dégager aifément votre foi ,
Du Prix qui fait notre efperance ,
Ne me direz-vous pas? Je fuis quitte envers toi,
Le mot étoit un Prix : voilà ta récompenfe.
Dialogue entre Mercure & Oedippe ,
au fujet de la même Enigme.
Oedipe .
Dieu foit beni , ce mot tant difficile ,
Que donne en cent , Mercure au plus
habile ,
Je l'ai trouvé. Parbleu , vive l'efprit.
1. vol. Sans
JUIN 1727. 1263
Sans plus tarder , qu'on m'adjuge le Prix.
Eft-il d'or ou d'argent ? ça , ça , Seigneur Mercure
,
Point de façon ... Je l'aurai... ou je jure..
Vous rechignez...je vous trouve plaifant...
Un Prix eft propofé, me femble au Devinant
J'ai deviné le mot , que faut- il davantage.
Mercure.
Et ce mot quel eſt- il ? …….
Oedipe.
Le Prix,
Mercure.
Prenez
courage ,
Et ne faites pas tant ici le courroucé.
C'eſt tout juste celui qu'on avoit propofé.
P.V.T. H.S. L. D.Q. D. L.
akakakakakakakakakaka
EDITS , ARRESTS .
SENTENCES , & c.
DIT DU ROY, portant rétabliffement
E de plufieurs Charge, la Maifon de
la Reine.Donné à Verfailles au mois de Janvier
1727. Registré en la Cour des Aydes le 27.
I. vol.
1 May
1264 MERCURE DE FRANCE .
1
May 1727. Sçavoir , celle de Prédicateur ordinaire
, celle de Prédicateur du commun , &
celle de Secretaire Interprete des Langues
Etrangeres , pour par ceux qui en feront pourvus
fervir ladite Dame Reine efdites qualitez
, & jouir des honneurs , autoritez , prérogatives
, Privileges , gages & droits qui y
feront attribuez , tout ainfi qu'en ont joui les
Pourvus de pareilles Charges auprès des
Reines de France , & c .
AUTRE, portant fuppreffion de la Charge
de Sommier ordinaire de la Chapelle & Oratoire
du Roy, Donné à Verfailles au mois de
Janvier 1727. Regiftré en la Cour des Aydes
le 39. May 1727 .
ARREST du 31. Mars qui proroge en
faveur du Clergé les délais portez par la
Déclarationdu 20. Novembre 1725. pour fournir
les hommages & les déclarations du temporel
qui doivent fervir d'aveux & dénom
premens .
SENTENCE de Police du 4. Avril ,
qui défend aux Marchands de Vin , Cabaretiers ,
Traiteurs & Aubergiftes , de recevoir chez
eux aucunes perfonnes qui s'y affembleroient
pour y vendre & acheter entr'eux diverfes
Marchandifes.
AUTRE du 29. Avril qui prorage jufqu'au
premier Octobre 1727. les délais portez
par divers Arrêts concernant les Rembourfemens
à faire aux Traitans dont les Cautions
font en avance envers Sa Majesté.
ARREST de la Cour du Parlement du
4. vol.
JUIN 1727.
71265
16. May qui condamne François Morgue
Delorme d'être attaché au Carcan devant la
principale porte du Palais , ayant deux ques
nouilles , avec écriteaux , portant ce mot ( Bigame)
à être flêtri d'un fer chaud , en forme
des trois lettres G. A. L. & aux Galeres pour
neuf ans .
AUTRE du 16. May , qui défend à
tous Gagnes- Deniers & autres , de fumer
dans la Halle au Bled , à peine de cent lis
res d'amende.
AUTRE du même jour , qui ordonne
que les Boutiques & Allées des Maiſons qui
ont une iffuë fur la Halle au Bled , feront ca→
denacées de chaînes & de cadenats fermant à
clef pendant les nuits & les jours de Fêtes .
Dimanches , du côté de ladite Halle.
DECLARATION du Roy , qui accorde aux
Receveurs Generaux des Finances , & Rece
veurs des Tailles , des nouveaux délais pour
compter des années 1724. 1725. & 1726. Donné
à Verſailles le 20. May 1727. Registrée en
la Chambre des Comptes le 30.
ARREST du même jour , qui fubroge le
fieur Ollivier de Senozan , Intendant General
des Affaires temporelles du Clergé de France .
au lieu & place du fieur Ogier , ci -devant
Receveur General dudit Clergé , pour l'exe
cution de l'Arrêt du 15. Octobre 1725. con
cernant le remboursement des rentes créées
par Edit du mois d'Avril 1707. alienées au
Clergé par Contrats paffez entre le Roy &
ledit Clergé les 13. Avril 1707. & s . Juillet
1710.
vol
kij AUTRE
1
1266 MERCURE DE FRANCE .

AUTRE du même jour , qui ordonne
que les Notaires délivreront des Expeditions
au Clergé des quittances de remboursement
des Offices de Commiffaires des Décimes ,
dont les minuttes n'ont pas été fignées par le
fieur Ogier , ci- devant Receveur General du
Clergé ; & fubroge le fieur Ollivier de Senozan
, Intendant General des Affaires temporelles
du Clergé audit fieur Ogier , pour
l'execution de l'Arrêt du 15. Octobre 1725.
concernant leſdits Offices.
AUTRE du même jour , concernant les
Emprunts faits fur les Actions de la Compagnie
des Indes , par lequel Sa Majefté ordonne,
que fans avoir égard aux oppofitions formées
par les Emprunteurs , ils feront tenus d'acquitter
leurs Billets dans un mois , à compter
du jour de la publication du préfent . Arrêt ,
finon , & à faute de ce faire dans ledit délai ,
& icelui paffé , les Actions dépofées pour fûreté
du prêt fait aufdits Emprunteurs , que la
Compagnie a retirées ou qu'elle pourra retirer
dans la fuite , feront & demeureront en
vertu du préfent Arrêt , & fans qu'il en foit
befoin d'autre , acquifes au profit de ladite
Compagnie des Indes , comme êtant au lieu
& place des porteurs defdits Billets d'Em- .
prunt , lefquels feront déclarez nuls ; ce faifant
ladite Compagnie déchargée du dépôt defdites
Actions ; enfemble fes Caiffiers , dont les Reconnoiffances
par eux fournies aux Emprunteurs
demeureront nulles & de nul effet , tant
à l'égard de la Compagnie que defdits Caiffiers
, & c.
AUTRE du 26. May portant Interdiction
des nommez Sion & Filloque , Huiffiers
I. vol.
du
JUIN 1717. 1267
1
Châtelet, à caufe de leur mauvaiſe conduis
te , & notamment de la violence par eux commife
en la perfonne d'un des Maîtres dest
Requêtes de l'Hôtel qu'ils ont arrêté le 14.
May avec fcandale & attroupement , & écroué
dans les prifons de S. Martin , en vertu des
Sentences obtenues contre lui pour de legeres
dettes , dont il configna la valeur ſur le champ
au Greffe de la Geole defdites prifons , au
moyen dequoi ils furent contraints de l'élar
gir , & c.
ORDONNANCE de Police du 30. May,
qui renouvelle les défenſes de nourrir dans les
maifons aucuns Porcs , Lapins , pigeons &
Volailles , à peine de trois cens liv. d'amende.
ARREST du 7. Juin , qui permet à ceux
qui font fujets au Droit de Confirmation , &
qui payeront en Corps , de payer partie en Effets
dûs par Sa Majefté ; Et fubroge Jean-
Baptiſte Hermant à Jean Grillau.
AUTRE du 10 Juin , qui permet d'ac
querir les Maîtrifes rettantes à vendre , partio
en Effets dûs par Sa Majefté.
ORDONNANCE du Roy du 13. Juin , part
laquelle il eft dit que Sa Majesté étant informée
que les chaleurs prématurées ont fait avancer
les Prez , & furtout les Luzernes & les Sain
foins qui fe trouvent dans leur maturité ; &
que fi l'on attendoit, fuivant l'ufage, à la Saing
Jean pour les faucher , il en résulteroit beaucoup
de dommage pour les Proprietaires &
Locataires : Sa Majefté a permis & permet à
tous Fermiers , Laboureurs & autres dans la
Generalité de Paris , même dans l'étendue des
I. vol. Liij . Capitai
1268 MERCURE DE FRANCE .
Capitaineries , de faire faucher pendant la préfenteannée
feulement , & fans tirer à conféquence
, tous les Prez , de quelque nature &
qualité qu'ils foient , dans le temps qu'ils ju
geront à propos , fans en demander permiffion
aux Seigneurs , aux Capitaines des Chaffes , à
leurs Officiers & autres .
: SENTENCE de Police du même jour , qui
condamne le nommé Claude - Philbert Coufin ,
Boulanger , en cent livres d'amende; & défend
aux Boulangers d'exercer aucuns monopoles
dans la vente & débit du Pain.
AUTRE du même jour , portant défenfes
aux Proprietaires & Locataires des maifons
voifines de la Foire S. Laurent , d'en louer
aucunes parties pendant la tenue de ladite Foire
, fans la participation de Maître Aubert ,
Commiffaire préposé à cet effet.
AUTRE du 13. Juin , qui renouvelle
les défenfes de vendre & débiter des Legumes ,
& autres Denrées , dans l'ancien Marché faint
Germain des Prez & rues adjacentes ; & qui
condamne divers Particuliers en cent livres
d'amende pour y avoir contrevenu .
AUTRE du 14. Juin , qui fixe l'ouverture
de la Foire Saint Laurent au 28. de Juin.
AUTRE du même jour , portant Reglement
de ce qui doit étre obfervé pendant la
Foire Saint Laurent.
AUTRE du même jour , portant défenfes
de tirer aucunes Fufées ou Armes à feu la
veille & le jour de la Fête de S. Jean Baptifte :
+
I.. vol.
ARREST
JUIN. 1727.
ARREST du même jour , par lequel Sa
Majeffé ordonne que l'Ecrit imprimé fous le
titre de Memoire préfenté par Trente Curez de
La Ville de Paris , à S. E. Mer le Cardinal de
Noailles, leur Archevêque, aufujet du bruit qui
s'eft répandu d'une prochaine acceptation de la
Bulle UNIGENITUS , fera & demeurera fupprimé,
comme fcandaleux & également con
traire aux décisions de l'Eglife & aux Loix de
l'Etat; & que tous les Exemplaires imprimez
qui en ont été répandus dans le Public ,feront
inceffamment rapportez entre les mains du
Sieur Herault , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel , Lieutenant General de Police en
la Ville & Vicomté de Paris , pour être par lui
lacerez. Fait Sa Majefté défenfes à tous fes
Sujets d'en garder ni diftribuer aucuns , à peine
de punition exemplaire contre ceux qui s'ent
trouveront faifis . Ordonne en outre Sa Majefté
, qu'à la requête de fon Procureur au
Châtelet de Paris , il fera par ledit Sieur Herault
informé contre les Auteurs , Imprimeurs
& diftributeurs dudit Libelle , pour en conféquence
être par lui , avec les Officiers dudit
Châtelet , le procès fait & parfait aux coupables,
fuivant la rigueur des Ordonnances , &c.
AUTRE du 15. Juin , qui proroge jufqu'au
premier Janvier 1728. l'execution de
celui du 14. Decembre 1726. concernant le
prix des Anciennes Efpeces & Matieres d'Or
& d'argent.
AUTRE du 13 : Juin , portant défenfes
de troubler les Officiers & Archers de l'Hôpital,
lorfqu'ils arrêteront les Mandians & Va→
gabonds.
Io vol.
I j l'Avis
1270
L'A
'Avis qui a été inferé dans le dernier
Mercure , de la fuppreffion du
payement des Poftes Royales , n'avoit
aucun fondement , & il n'y a eu aucun
changement à cet égard .
L
E deuxième Volume extraordinaire du
Mercure de ce mois , eft actuellement
fous preffe & paroîtra inceffamment.
APPROBATION.
'Ay la par ordre de Monſeigneur le Garde
de's Sceaux le premier Volume du Mercure
de France du mois de juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris ,
le 3. Juillet 1727.
HARDION.
XX:XXXXXX*******
PIECES
TABLE .
TECAS FUGITIVES . La Sageffe , Ode. 1073
Suite de la Diflertation fur les Rames, 1078
Lettre en Vers , & c. 1088
Construction
d'une Sphere nouvelle, & c. 1099'
Epitre en Vers , d'un François établi en Hol- lande ,
1103
1. vol. Lettre
1271
Lettre de M. Deflandes , fur la Langue Celtique
,
Elegie ,
1107
IIIZ
Lettre fur la Defcription du Marché de Biffy ,
Reflexions ,
IIIS
I 12 I
Memoire Hiftorique fur l'origine du Cadran
Solaire , & c.
Imitation d'une Poëfie de Catule ,
Eloge de M. de Malezieu ,
Vers à M. l'Abbé de Roquemartine ,
1126
F132
1137
1140
114
Paradoxe propofé aux Arithméticiens - Geometres
,
Enigmes , & c.
F
1145
1149
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , & c.
Hiftoire de Polybe
Defcription du Parnaffe François , & c . 1153
Defcription des Tableaux du Palais Royal ,
1161 & c.
Defcription fommaire des Pierres gravées &
des Médailles d'or de feue MADAME , 1175
Code Militaire ,
Critique du Philofophe Marié ,
1178
1179
Nouveau Portrait de la Reine , gravé , 1180
Extrait du Difcours , lu par M. de Juffieu , & c .
ibid.
Lettres fur le Projet d'un nouveau Calendrier ,
1184
TI9I
Memoire fur les reftes d'un Amphithéatre, 1185
Nouveau Vernis Maftic , dit Efpalme , 1188
Chanfon notée , Printemps ,
Spectacles , Comedie de Momus Fabulifte, 1192
L'Opera de Medee & Jafon , & e.
Medée & Jafon , Parodie ,
Nouvelles du tems , de Turquie , & c.
De Ruffie , Mort de la Czarine ,
193
119
1208
1210*
De Suede , Danemarc , Pologne , Alemagne ,
Memoire de M. de Chavigni à la Diete , & c.
12.194
1272
Italie , Efpagnie , Suite du Siege de Gibraltar s
1228
Grande Bretagne,Difcours du Royaux Cham
bres , & c. 1233
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Fête donnée à Bagnolet ,
Morts , Naiffances ,
1236
1250
1254
Elegie fur la Mort du Vicomte d'Andrezel ibid.
Explication de l'Enigme du mois paffé , 1262
Dialogue entre Mercure & Oedipe , au fujet
de la même Enigme ,
ibid.
Edits , Arrêts , Sentences de Police , &c. 1263
Errata de May.
Age 889. ligne 18. Chembert , lifez Cherebert.
PAge
Page 903. l. 3. premier Avril , 1.7. Avril
Fantes à corriger dans ce Livre.
Page 1142. ligne derniere , funerairs , lifes
funeraire .
Page 1156. l. 1o , au , l. à .
Page 1161 1. 9. calmats , l. calmants.
Page 1197. 1. 19. par , l. pour.
Page 1198. 1. 11. Ordonna , l, ordonne .
Page 1199. 1. 3. du bas , Amant , 1. Amante
La Chanſen notée doit regarder lapage 119
273
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Touloufe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , shez
Charles Labottiere l'aîné , vis- à- vis la Bourfe
, chez Etienne Labottiere , & chez Chapui
, fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez dụ
Verger.
Rennes , chez Vattar.
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon .
ibid, chez Maſſon.
Rouen , chez Herault,
Idem , chez la yeuye Vaultier.
Châlons-fur-Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard,
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel .
Verfailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Charmet.
Saint Germain , chez Dore,
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard,
1174
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à préfent.
Uin & Juillet 1721 . 2. vol
Aouft , Septembre , Octobre ,
Novembre & Decembre
Janvier & Fevrier 1722.
5. vol.
2. vol.
Mars
1722 , 2. vol.
Avril, I. vol.
Mai,
2. vol.
Juin , Juillet & Aouft,
Septembre.
3. vol.
2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre,
2. vol.
Decembre. I, vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre double .
13. vol,
14. vol.
de Septembre & de Decembre.
doubles.
Année 1726. les mois de Juin
Année 1725. les mois de Juin ,
IS. vol.
& de Decembre double. 14. vol.
Les fix premiers mois de 1727.
le mois de Juin double. 7. vol.
86. vol,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le