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1727, 05
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DIỄ
DÉDIÉ AV ROT.
MAY. 1727.
QUE
COLLIG
STARGIT
Chez
A PARIS ,
IR
( LA VEUVE CAVELIER , au Palais.'
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S.Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti, à la defcente
du Pont Neuf, au coin de la ruë de
Nevers , à la Croix d'Or.
M. DC C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi
廣บาคาน
1
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
La
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris , Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent 3
celui , non - feulement
de ne pas
voir
paroître
leurs
Ouvrages
, mais
même
de
Les perdre
, s'ils n'en
ont pas
gardé
de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main, & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 , fols.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV Ror
MAY . 1727.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX ***
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES SPECTACLES.
ODE .
Uelles font mes ardeurs fubites ?
Quels impétueux mouvemens ?
Mes fens vont- ils des Abderites *
Peuples d'Abdere , Ville de Thrace , fur
l'efprit defquels les Repréfentations des Tragédies
de Sophocle & d'Euripide firent un tel
effet , qu'ils croyoient être les Heros qu'ils
avoient vû fur la Scene , & couroient les ruës
en récitant les Vers des Tragedies , & furtoup
de l'Andromede d'Euripide , en imitant le Comédien
Archelaus . Lucien.
A ij Eprou
858 MERCURE DE FRANCE,
Eprouver les égaremens ?
Comme eux la fiction m'entraîne ,
De Thalie & de Melpomene
Je reffens les impreſſions ;
Mufes , qui caufez mon délire ,
Je vais exprimer fur ma Lire ,
Yos fublimes illufions.
Athénes , c'eft fur ton Rivage
Que le Dramatique naquit ;
Fiere d'un fi noble avantage ,
Fais valoir l'honneur qu'il s'acquit.
La Cité que fonda Romule ,
Et ton Eleve & ton Emule ,
Dans cet Art voulut t'effacer ;
Rome n'eut point la préference ,
Le fort réfervoit à la France
La gloire de te furpaffer.
Je vois fon fuperbe Tragique
Sur un Theatre fomptueux
M'offrir avec le pathetique ,
>
Le vrai , le grand , le vertueux,
En
M A Ÿ.
1727. 859
En proye aux plus douces allarmes ,
Je fremis , je répands des larmes ;
Mon coeur eft toûjours combattus
Les traits que ce Spectacle imprime
Me font autant hair le crime ,
Qu'ils me font aimer la vertu .
S
Du divin Maître du Permeſſe ,
J'entends le langage charmant
Ce langage par fa richeffe
Du Cothurne fait l'ornement.
Si l'action frappe ma vûë ,
Et jette dans mon ame émuë
Une terreur qu'elle chérit ;
Par les attraits de fa cadence ,
Par fa faftucufe élegance ,
LeVers enchante mon efprit..
Que vois - je encor ? c'eft la Nature
Ou du moins ce font fes couleurs ;
Avec quel art on y cenfure
Le ridicule de nos moeurs !
Dans le tableau le plus fidele ,
A iij
Dont
860 MERCURE DE FRANCE .
Dont chacun fournit le modele ,
L'utile s'unit au badin ;
Une fcrupuleuſe décence ,
Et de Menandre & de Terence ,
Vient annoblir le Brodequin.

Ciel ! quelle fiction pompeuſe !
Quel Spectacle ! quels nouveaux jeux !
La Scene devient fabuleuſe ,
Elle adop te le merveilleux.
Melpomene à ces Jeux préfide.
Circé , Medée , Argine , Armide ,
Tour à tour y fuivent fes Loix ;
La Mufe avec elle raffemble ,
Et confond quelquefois enſemble
Les Dieux , les Heros & les Rois..
Elle emprunte de l'harmonie
Les accords les plus raviffans ;
La voix à ces accords unie
Caracterife fes accents.
Du vray les fons ont l'apparence ,
Les fens cedent fans réfiftance
Au
MAY .
861
1727 .
Au pouvoir d'un charme éclatant ;
L'Enfer s'irrite , le Ciel gronde ,
Les Aquilons foulevent l'Onde ,
On croit voir tout ce qu'on entend.
La Voute de l'Olimpe s'ouvre ,
J'apperçois l'immortelle Cour ;
Un nouvel objet fe déouvre ,
C'eſt le Palais du Dieu du Jour.
Mais quoi ! tout à changé de face
Un inſtant fait naître à fa place ,
Des Forêts , des Champs fpacieux ;
Des Fleuves , des Citez antiques :
Par quels prodiges magnifiques ,
L'Univers eft il en ces lieux !
M
C'eft Tepficore qui s'avance ;
Je la reconnois à fes pas :
Aimable Mufe de la Danfe ,
Que tu vas m'étaler d'appas !
Tantôt Bachante furieuſe ,
Tantôt Nayade ingenieuſe ,
Tout eft peint dans tes mouvemens ;
A iiij C'est
862 MERCURE DE FRANCE.
C'eft de toi que naiffent les naiffent les
graces >
Et de mille façons tu traces
L'image de nos fentimens.
M
Du Dramatique , Souveraine
France , dont le genie heureux
Orne les Rives de la Seine
Des Theatres les plus fameux.
Qu'avec moi l'Europe s'empreffe
A venir applaudir fans ceffe
Ces inimitables travaux.
Dignes fruits des plumes divines
Des Corneilles & des Racines ,
Des Molieres & des Quinauts .
Ficta voluptatis causâ fint proxima veris
Horace.
Cette Ode eft de M. de Belis , Marfeillois.
Elle fut couronnée par l'Académie
Royale des Belles - Lettres de Marfeille
, dans la premiere Affemblée publique
, tenue le 23. Avril dernier . Le
Prix fondé par M. le Maréchal Duc de
Villars , Gouverneur de Provence , confifte
en une Lyre d'or , de la valeur de
300. livres. On apprend que de 27.
Pieces
MARY. 1727
863
Pieces de Poëfie envoyées , quatre feulement
ont concouru avec l'Ode qu'on
vient de lire. Ces quatre Poëmes , tous .
de très -bonne main , avoient pour titre ,
la Religion , la Philofophie , S. François
Xavier, & la Beauté.
Į Į Į Į įį Į Į Į Į į L S L L L S L Ő § ののの
SUITE du nouveau Siftême de
M. Maigret , fur la difpofition des
Rames des Galeres & autres Bâtimens
felon l'ufage des Anciens.
CHAPITRE II
Où l'on donne la construction d'un Bâ
timent à cinq rangs de Rames , c'eftà-
dire , d'une Quinquereme..
Troifiéme figure..
Pious un
Our cette conftruction
nous fuppo
fons un Bâtiment
à peu près égal
en longueur
, largeur
& hauteur
aux
Galeres du Roy , & d'une figure propre:
à recevoir
cette nouvelle
difpofition
de
Rames .
Quatrième figure.
Premierement , prenez une piece de
bois ou Priſme droit A , B , C , D ,.
E , F, G , H , de 7. pieds un pouce , &
A.V
dont
$ 64 MERCURE DE FRANCE.
dont les furfaces du fommet A , B , C ,
D , & de la baffe E , F , G , H , foient de
fur 18. pouces .
18.
pouces
Cinquième figure.
543
3. Sig.
Divifez une des grandes furfaces en
deux
MAY . 1727. 865
deux également par une perpendiculaire
I , K. Coupez cette perpendiculaire en
L & en M, par deux paralleles aux côtez
des furfaces du fommet & de la baffe ,
& à la diftance de 6. pouces.
Sixième figure.
Sur la parallele d'en bas , prenez N, M ,
de 4. pouces & fur celle d'en haut , prenez
L , O , de 5. pouces . Tirez les lignes
LN , OM . La figure LNOM ſera
un Trapeze.
Septième figure.
Percez ce Trapeze de part & d'autre ,
ou pour s'expliquer en terme de Charpenterie
, faites une grande mortaiſe ,
dont l'interieur foit fort uni & couvert
d'une plaque de fer ou de cuivre fort
mince & polie.
Huitiéme figure.
-
Marquez dans l'interieur de cette grande
mortaife les points d'appui , ou les
hauteurs de chaque rang de Rames, ſelon
qu'elles ont été reglées cy-deffus ; c'eſtà-
dire , tirez y cinq paralleles , CD,
EF , GH; IK , LM. la premiere d'en
bas à I 2. pouces ; ; la deuxième à 12. pouces
de la premiere ; la troifiéme à 12 .
pouces 2. lignes ; la quatrième à 1 2. pouces
4. lignes , & la cinquième à 12. pouces
6. lignes , & percez - y des troux ,
1.2.3.4.5.
A vj
Nen
866 MERCURE DE FRANCE
Neuvième figure.
9
Sigs
- ་ ་་་ ་་་ ་་་ས ---
es
Enfuite prenez cinq Rames de la lon
gueur & groffeur reglée cy- devant , &
percez-y des troux où doivent être les
points d'attachement . Dix
MAY. 1727.
367
Dixième figure.
10.
fig
Paffez ces Rames au travers de cette
grande mortaife , enforte que leurs points.
d'attachement & d'équilibre fe trouvent
vis - à - vis les troux marquez au Trapeze ,
ou , pour mieux dire,au Prifme ; & paffez
des aiffieux au travers des points d'atta--
chemens & d'équilibre de ces 5. Rames ,
Jo 27.3, 4. S En-

868 MERCURE DE FRANCE.
-
Enfuite joignez par leurs extrémitez
toutes ces cinq Rames les unes aux autres
par des regles de cuivre , V , X
Y , Z, plates & enchaffées dans chaque
Rame par les extrémitez , enforte qu'elles
les puiffent toûjours conſerver dans un
parallelifme , & que cette piece de bois
ou le Prifme & les cinq Rames ne faſſent
qu'un feul corps.
Cherchez fur la baffe le centre de gravité
de la piece de bois & des cinq Rames
enfemble ; à ce point appliquez - y
un pivot , E. d'un acier fort uni & poli ,
& un autre K. au point qui lui répond
dans la furface du fommet.
Nous appellerons dans la fuite cette
piece de bois & les cinq Rames qui y
font enchaffées , Corps de Rames .
Comme le Prifme ou Piece de bois fe
trouve chargé fur les côtez de bois inutile
, on peut , & même il eft à propos
de décharger les côtez qui refferrent
les Rames , & de les réduire par tout
à 4. pouces d'épaifleur ; mais il faut
bien obferver d'en ôter autant d'un côté
que d'autre , afin que le centre de gravité
d'en bas fe trouve toujours le même
, & alors ce Corps de Rames aura
la forme marquée à la onzième figure .
Onzième figure.
Pres
MAY. 1727. 869
11.
Sig
Prefentement pour appliquer ce Corps
de Rames au Bâtiment , il faut à l'un des
côtez , à l'endroit où on le veut placer ,
faire des ouvertures pour chaque Rame.
Ces ouvertures doivent être évasées
par
en bas & par les côtez , ainfi qu'on fait
aux embraſures de Canon , afin de donner
le moyen aux Rameurs de baiffer
&
$70 MERCURE DE FRANCE .
& de faire aller à droit & à gauche leurs
Rames.
Douzième figure.
Cela fait , placez- y au pied un foeüil
pour foûtenir ce Corps de Rames où il
y aura une calotte d'acier pour recevoir
le pivot d'en bas .
Ôn fera la même chofe en haut pour
fixer & arrêter l'autre pivot.
Après élevez le Banc ou Plate -forme
du Rameur de la feconde Rame , de 1 2.
pouces au-deffus de celui de la premiere >>
celui du troifiéme Rameur , de 12. pouces
2. lignes au - deffus de celui de la
feconde , & ainfi en augmentant toûjours
de deux lignes , afin que chaque Rameur
fe trouve à une hauteur convenable
pour gouverner fa Rame.
La largeur de ces Plates-formes doit
être de 1 6. pouces , & leur longueur doit
être en lignes courbes , felon le chemin
que doivent parcourir ces Rameurs en
gouvernant leurs Rames.
Les Figures & le Modele , fuppléeront
à la brieveté de l'explication.
CHA
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MA Y.
1727: 871
CHAPITRE III.
Où l'on donne les principes neceffaires
pour prouver la poſſibilité & les avantages
de ce nouveau Systême.
1 *. Une Verge , ou Solide , fi long &
fi pefant qu'il foit , étant fur un point
en équilibre , la moindre puiffance appliquée
à l'une de ces extrémitez , eft
capable de le mouvoir .
2º. Chaque Rame peut être confiderée
comme un Levier de la feconde efpece
dont la quantité d'eau que frappe l'Aviron
eft le point d'appui , le Rameur la
puiffance & le Bâtiment le poids.
3º. Plus la quantité d'eau frappée par
l'Aviron forme un point d'appui ferme
ftable & immobile , plus la puiffance doit
à chaque coup de Rame porter le Bâtiment
loin. Et plus cette quantité d'eau
ou ce point d'appui recule , moins grand
doit être l'efpace que parcourt le poids ;
deforte que fi le point d'appui obéïffoit
& reculoit autant que la puiffance s'avance
, le poids ne changeroit point de
place.
Lorfque le point d'appui eft une ma
tiere fort dure , il peut être entierement
ferme & ftable ; mais lorfque c'eſt un
fluide comme celui de l'eau , il eft impoffible
872 MERCURE DE FRANCE:
poffible d'éviter qu'il ne recule un peu ;
pour qu'il ne le fit point , il faudroit que
l'Aviron de la Rame fut fort large & fort
enfoncé dans l'eau ; & alors il y auroit
cet inconvenient , qui eft que le Rameur
ne pourroit avoir le temps de fortir fa
Rame de l'eau à l'inftant que fon action.
de preffement finiroit ; & ainfi la partie
de l'eau oppofée à celle que la Rame
viendroit de frapper & preffer , la frapperoit
elle- même du côté oppofé , & par
là détruiroit une partie de la viteffe que
le Rameur auroit donné au Bâtiment par
fon coup de Rame. Cette remarque eft neceffaire
.
4°. De deux Bâtimens égaux en lon
gueur , largeur , hauteur , figure & pefanteur
, celui qui a un plus grand nombre
de Rames doit voguer avec plus de
viteffe & d'agilité que l'autre . Cet axiome
eft incontestable.
CHAPITRE IV .
Où l'on prouve la poffibilité de ce nouveau
Système.
1º . Il est évident que ces cinq Rames
étant enchaffées dans une piece de bois
étant fufpendues chacune par un aiffieu au
point de leur centre d'équilibre , & étant
liées les unes aux autres par des regles.
inoMAY.
17277
873
-
mobiles de cuivre , le tout ne fait qu'un
corps ; que l'on ne peut mouvoir l'une
de ces Rames , que l'on ne meuve
en même temps toutes les autres ; &
qu'ainfi elles ne peuvent s'embaraffer les
unes les autres dans leur action ; qu'elles
ont toutes un mouvement uniforme , &
que les Rameurs des plus hauts rangs
remuent leurs Rames avec la même vitelle
que ceux des plus bas rangs manient
les leurs .
2º. Il eft auffi certain que la premiere
Rame n'étant élevée que de 4. pieds au
deffus de l'eau , la feconde n'étant élevée
au-deffus de la premiere que de 12. pouces
; la troifiéme au; deffus de la feconde
que de 12. pouces 2. lignes , la quatriémne
au-deffus de la troifiéme que de 1 2 .
pouces 4. lignes , & la cinquéme audeſfus
de la quatriéme que de 12. pouces
6. lignes , ces Rames mifes par rangs ne
peuvent caufer une fort grande hauteur
aux Bâtimens ; puifqu'ici la Rame du
cinquiéme rang n'a fon point d'attachement
qu'à 8. pieds un pouce au- deflus
de l'eau qui eft un pouce de plus que ce
qui fe pratique aujourd'hui dans les Galeres
du Roy.
Pareillement la largeur n'en peut être
plus grande , dautant que 16. pouces
d'efpace par Rameur font fuffifans pour
qu'il
874 MERCURE DE FRANCË .
puiffe manier fa Rame ; deforte qu'il ne
fe trouvera pas auffi plus de largeur dans
ces Bâtimens que dans les Galeres .
3. Il n'eft pas moins croyable que
ces cinq Rameurs font capables de manier
ce corps de cinq Rames ; car felon
le premier & le plus effentiel Axiome
de Méchanique , une Verge , ou folide , fi
long & fi pefant qu'il foit , étant fur un
pivot dans un équilibre , la moindre
puiffance appliquée à l'une de ces extrémitez,
eft capable de le mouvoir . C'eſt par
cette raifon que dans les pays , comme en
Flandres , où les chemins pour de certains
ufages font traversez & fermez par
de groffes barrieres tournantes fur un pivot
, le moindre enfant s'y fait paffage
& les referme. Cela arrive même à des
barrieres formées de gros arbres que plufieurs
hommes auroient de la peine à faire
mouvoir , lorfqu'ils ne font pas en
équilibre. Ainfi la piece de bois qui réünit
toutes ces Rames , étant foutenuë au
point qui répond au centre d'équilibre
de ce corps de Rames par un pivot d'acier
& d'une pointe aiguë , il eft hors de
doute que ces cinqRameurs doivent avoir
affez de force pour les pouffer en avant
& les retirer en arriere. Et il n'eſt pas
moins veritable que chaque Rame étant
fuppofée mife dans un parfait équilibre
fur
MAY. 1727. 875
fur fon aiffieu , les cinq Rameurs peuvent
de même les plonger facilement , &
les retirer de l'eau , felon qu'il eft neceffaire
, & que par confequent ces cinq
Rameurs font capables de manier & gouverner
ce corps de cinq Rames .
Il n'y a donc que l'inconvenient du
frottement qui puiffe caufer du retardement
dans l'action . Il eft certain que dans
cette difpofition le pivot d'en bas ayant
une pointe aiguë , le noyau des Rames
étant rond , & leur aiffieu d'une figure
quarrée , dont un des angles eft pour foutenir
la Rame : deplus , ce pivot , fa calotte
, le noyau & l'aiffieu des Rames
étant tous faits d'un acier fort uni & poli ,
il ne peut y avoir de frottement , furtout
fi on a le foin de les frotter de temps en
temps d'une matiere graffe & onctueule.
Tout le monde fçait par experience qu'avec
ces précautions il n'y a point , à un
chariot où charette fi chargée qu'elle foit,
aucun frottement ou très- peu , des extré
mitez de l'aiffieu avec l'interieur des
noyaux des rouës . Il doit arriver la même
chofe à ce corps de Rames , d'où on
peut conclure que la force des cinq Rameurs
eft capable de manier & de gou
yerner ce corps de cinq Rames,
CHA876
MERCURE DE FRANCE ,
CHAPITRE V.
Où l'on fait voir les avantages de ce
nouveau Systême fur celui d'aujourd'hui.
Cinq rangs de Rames les unes audeffus
des autres , ne demandant point ,
comme nous avons fait voir , ni plus de
largeur ni plus de hauteur qu'il y en a
dans les Galeres qui font aujourd'hui en
ufage ; il eft certain qu'à un Bâtiment
de la longueur , largeur & hauteur des
Galeres du Roy , on peut appliquer juſqu'à
cinq rangs de Rames, autrement dit, qu'on
en peut faire des Quinqueremes à la
maniere des Anciens . Or une Galere n'a
que vingt- huit Rames de chaque côté ,
& 56. en tout , & fi on la changeoit en
une Quinquereme , elle en auroit 280 .
Il s'enfuit delà par le quatriéme principe
établi , que cette Galere changée en Quinquereme
, n'ayant point été augmentée
en longueur , largeur , hauteur , & très
peu en pefanteur , & ayant cinq fois plus
de Rames qu'elle n'avoit , doit voguer
avec une vitefle & agilité infiniment plus
grande que la Galere dont les rames font
difpofées à la maniere ordinaire .
Le fecond avantage de ce nouveau Syftême
fur celui d'aujourd'hui , eft que tous
les
MAY 1727 . 877
les Rameurs jouiffent également de l'augmentation
de force que leur donnent les
Rames en qualité de levier de la feconde
efpece ; au lieu que dans la difpofition
des Rames qui eft en ufage , il n'y a que
les Rameurs qui font aux extrémitez interieures
des Rames qui en profitent.
Ceux qui les fuivent autrement , dit les
feconds , ne peuvent faire le même effet;
les troifiémes en font de moindres que les
feconds ; les quatrièmes en font de moindres
que les troifiémes & les cinquièmes
de moindres que les quatrièmes. Le total
doit faire une difference confiderable .
Le troifiéme avantage de cette difpofition
fur celle d'à-préfent , vient de la difpofition
même , c'est- à - dire , de cet arrangement
de Rames mifes par rang , les
unes audeffus des autres , & qui fe caufent
réciproquement de plus grands effets
pour la raifon fuivante.
Lorfque l'Aviron d'une Rame étant
entré dans l'eau , preffe l'eau qui lui eft
oppofée ; cette eau par ce preffement forme
d'abord une élevation au devant de la
Rame , & cette Rame ne peut continuer
fon preffement qu'à mesure que
l'eau de cette élevation fe répand fur la
furface des autres eaux , pour faire place
à celle qui eft au - deffous d'elle , & qui
étant preffée , ne peut s'échapper que par
cet
878 MERCURE DE FRANCE.
cet endroit . Il est évident , que lorsqu'il
y a plufieurs Rames difpofées felon ce
nouveau Systême , ces élevations d'eau
qui le forment au devant de chaque Rame
doivent refter plus long - tems à fe répandre
& faire place à celle qui leur doit
fucceder , & qu'ainfi ces Rames , les unes
à caufe des autres , doivent trouver plus
de réfiftance en preffant l'eau qui leur eft
oppofée , ou, pour mieux s'expliquer , les
points d'appuy de toutes ces Rames doivent
moins reculer & être plus fermes &
ftables , que fi elles étoient féparées les
unes des autres à la maniere ordinaire ;
d'où il faut conclure par le troifiéme prin- "
cipe établi , que le Bâtiment doit parcou
rir un plus grand efpace que fi toutes ces
Rames étoient féparées , feule à feule &
mifes fur un même & feul rang.
Ce Bâtiment doit encore aller plus vite
par une femblable raiſon.
A tous les Bâtimens la prouë finit en
éperon ou pointe , & cela pour que les
Bâtimens fendent plus aifément l'eau , &
s'y faffent un chemin. Lorfque cet éperon
preffè l'eau qui s'oppofe au mouvement
en avant du Bâtiment , il fe forme devant
la Proue , ainfi que nous avons dit
des Rames , une élevation d'eau , & le
Bâtiment ne peut continuer fon mouvement
en avant , qu'à mefure
que l'eau de
cette
MAY. 1727. 879
cette élevation ſe répand & trouve à fe
placer à droite & à gauche. Les deux
corps de Rames qui font les plus près de
la Proue facilitent l'écoulement d'eau de
cette élevation , puifqu'en preffant l'eau
qui leur eft oppofée , ils fourniffent de
F'autre côté un endroit voifin pour ſe répandre
; ce que ne peuvent pas fibien faire
les Rames miles, feule à feule , fur un feul
rang. D'où l'on peut auffi conclure que
cette difpofition de Rames doit auffi
cet endroit augmenter la viteſſe du Bâtiment.
par
Son quatrième avantage fur la difpo
fition d'aujourd'huy , eft que l'on pourroit
mettre des Rames à nos Vaiffeaux de
Guerre d'une certaine grandeur , parce
qu'en les plaçant par rangs les unes audeffus
des autres , on pourroit, en augmenter
le nombre felon la hauteur du
Bâtiment , & le proportionner à la pefanteur
dudit Bâtiment : ce qui eft impoffible
en les mettant fur un feul rang , dautant
que le nombre s'en trouve abfolument
limité par la longueur du Vaiffeau.
On me dira fur cela que le Canon eft
la principale arme du Vaiffeau , & que
fi on y met des Rames , comme on le pro
poſe , on ne pourra plus y en mettre. Il
eft vray qu'il fera impoffible d'y en pla-
B
cer
880 MERCURE DE FRANCE:
cer le même nombre , mais il fera facile
d'en mettre entre les intervalles des corps
de Rames , & on pourra toûjours en mettre
le même nombre fur le plus haut Pont.
On pourra même en placer à la Proue où
il fera alors d'un plus grand effet. D'ail
leurs on doit faire attention qu'un Vaif
feau ayant des Rames , on n'aura plus befoin
d'un fi grand nombre d'artillerie ,
parce qu'il lui fera aifé de préfenter toû
jours la Proue au Vaiffeau ennemi , & d'éviter
par confequent une partie de fa dé
charge. Il faut encore remarquer , qu'un
Vaiffeau ayant des Rames , trouvera de
l'avantage à quitter fa maniere de combattre
& à prendre celle que pratiquent les
Galeres .
La Nature , maîtreffe en bien des Arts
femble avoir fuivi cette difpofition de Rames.
Les Nageoires de chaque poiffon &
furtout de la carpe & de quelqu'autres
font, par rapport à leur grandeur & grof
feur , infiniment plus grandes que n'eſt
l'aviron d'une Rame de nos Galeres par
rapport
à la Galere entiere. Ces nageoires,
font compofées de plufieurs arrêtes cou
vertes & liées enfemble par une peau ; &
à les confiderer de bien près , ce n'eft
qu'un affemblage de plufieurs autres petites
nageoires jointes enfemble les unes
audeffus des autres , à la maniere de cette
nouMAY.
1727. 8811
nouvelle difpofition de Rames. Si les avirons
de nos corps de Rames étoient couverts
par une toile cirée , ou par des
peaux paffées en huille , ce que je ne con-
Teillerois pas de faire pour de certains inconveniens
, ces corps de Rames reffembleroient
entierement aux nageoires des
poiflons. La nature pouvoit partager ces
larges ou hautes nageoires , en faire plufieurs
petites , & les placer fur un feut
rang de chaque côté de la longueur du
poillon. Elle ne s'eft gueres trompé dans
Les autres ouvrages , & il faut croire ,
puifqu'elle ne l'a pas fait , qu'elle a eu
fes raifons.
On donnera le refte dans le prochain
Mercure.
EPITHALAM E.
DEpuis long - tems ,Amour en ſentinelle .
Guettoit le coeur d'une fiere Beauté ;
Califte , étoit le nom de la cruelle
Qui de fes loix bravoit l'autorité.
D'un tel mépris , Amour peu rebuté ,
Juroit toûjours qu'il dompteroit Caliſte ;
Vrai , difoit-il , car quoiqu'on lui refifte ,
Bij
Faut
882 MERCURE DE FRANCE,

Faut, tôt ou tard , lui payer le tribut ,
Et tôt ou tard , il ſçait frapper au but.
Avint un jour que chez la Jouvencelle,
Fut introduit le gentil Licidas ,
Bien fait , galant & muni de Ducats .
Bon , dit Amour , pour venger ma querelle ,
Fort à propos on le conduit ici;
Et grace au Ciel , me voilà fans fouci .
Il dit ; foudain de fa trouffe dorée ,
Ce Dieu tirant une fleche acérée ,
La met fur l'Arc , le tend avec vigueur ,
La fleche part , fifle & perce le coeur
Du jeune Gars , qui fur le champ foupire.
Mais comme expert étoit en fait d'Amours
Ce Damoifel , à la feinte a recours ;
Et pour un tems ( quelque ardeur qui l'inf
pire )
Veut que Califte ignore fon martire ,
Il rend des foins , conte mille douceurs ;
Mais fans parler du trait qui le déchire ,
Tant redoutoit d'effuyer des rigueurs .
Califte adonc qui de rien ne fe doute ,
Le voit fans peine , avec plaifir l'écoute :
Of
MAY 1727 883
Or fçavez bien que pour aller au coeur ,
L'oreille fut toujours très fûre route ;
Parquoi bien- tôt chez la Belle en Vainqueur`,
L'Enfant aîlé fe gliffe & s'infinue ;
Elle , brûlant d'une flâme inconnue ,
Rougit , pâlit , pouffe un tendre foupir
De fes yeux fort mainte & mainte étincelle.
Lors d'éclater l'impatient défir ,
ا ي
Du Jouvenceau tranfporté de plaifir ,
Et de jurer une ardeur éternelle ,
Si qu'à fon tour la fenfible Pucelle
L'ofe affurer d'une foi mutuelle.
Mais de quel feu fuis- je foudain épris ?
Veillé-je , o Ciel ! & quel nouveau fpectacle
En ce moment s'offre à mes yeux furpris !
Je vois Hymen & l'Enfant de Cypris.
Amour ! Hymen ! faut crier au miracle.
Depuis que Mars fit outrage à Vulcain ,
Le blond Hymen piqué de cette offenſe ,
Avoit banni l'Amour de fa préfence ;
Mais Cupidon bien en tiroit vengeance :
Car deux Epoux ſe propofoient en vain ,
De fe donner le coeur avec la main ;
Biij
Point
$84 MERCURE DE FRANCE
Point d'union , de paix , d'intelligence .
Or cependant voilà ces Dieux en train ,
De s'entraîner , leur haine eft terminée ,
Pour mieux ferrer la chaîne fortunée
Qui va lier Califte & Licidas .
O noeud charmant ! & deftin plein d'apas !
De ces maris que trop on ne peut plaindre ,
Pour Licidas , pas n'eft le fort à craindre.
Eh ! qui pourroit fon repos traverfer ?
De fa moitié la pudeur eft vantée ,
Si qu'il pourra fans crainte de verfer ,
Boire en tout tems dans la coupe enchantée.
Mais qu'eft ceci j'entens Hymnes joyeux ;
Un Choeur d'Amours repete à qui mieux
mieux :
Pour combler d'heur une telle alliance ,
Amour, Hymen , vivez d'intelligence .
Retirez-vous , profanes de ces lieux ,
Ne troublez pas la Fête qui commence ;
Le Dieu de Cypre en fait tous les honneurs.
De Myrthes verts la tête couronnée ,
Les deux Amans conduits par l'Hymenée ,
A
MAY . 1727.
885
A mille jeux abandonnent leurs coeurs.
Pour combler d'heur une telle alliance ,
Amour , Hymen , vivez d'intelligence .
Dans un Salon qu'on vient d'orner exprès,
D'un grand feſtin Comus & l'Abondance
Ont ordonné les ſuperbes aprêts :
Venus languit fans Bacchus & Cerès.
Pour combler d'heur une telle alliance ,
Amour , Hymen , vivez d'intelligences
Plus loin , au fon des plus doux inftrumens,
D'autres plaifirs appellent nos Amans.
D'un pas leger d'abord Califte danſe ;
Les yeux , les coeurs , fuivent fes mouvemens.
Que Licidas fent de tranfports charmans !
Pour combler d'heur une telle alliance ,
Amour , Hymen , vivez d'intelligence ...
Enfin finale , en fecret & fans bruit ,
Au lit d'Amour l'heureux couple eft conduit
Dieu de Paphos , je les laiffe en ta garde ,
Qu'ils font contens dans cet obfcur réduit !
Loin d'eux je crois que le fommeil s'enfuit.
B iiij Que
886 MERCURE DE FRANCE
Que diraí plus le refte vous regarde ;
Epoux , Amans , bon foir & bonne nuit.
Cocquard.
菠菠菠菠疗疗汲汲汲汲汲汲疗糖
MED AILLE d'Or de Dagobert 1. Roy
de France , frappée à Marseille , &
trouvée depuis peu dans cette Ville :
Extrait d'une Lettre écrite à M. D.
L. R. le 1. Avril 1727 .
E ne fçaurois , Monfieur , vous envoyer
le deffein de la Medaille que
je vous avois promis , à caufe que le Gra
veur fur lequel je comptois , s'eft trouvé
trop occupé pour pouvoir y travailler.
Mais pour ne pas faire languir votre curiofité
, je vous dirai qu'on y voit d'un cổ-
té la tête , & le nom du Roi Dagobert I.
d'une fabrique & avec des caracteres fort
groffiers qui fe fentent de la barbarie de
ce tems-là. On voit au revers une Croix
avec le nom d'Elegius & le mot Mone.
Comme la Legende ne paroît pas en entier
, je crois qu'on y doit fuppléer , & lire
Monetarius. Ainfi qu'on le voit dans une
Medaille du même Roi rapportée par le
Blanc , Traité Hiftorique des Monnoyes
de France , page 50.
Jvoyer le deflein de
Cet
MA Y. 1727. 887
Cet Auteur prétend que cet Elegius
Monetaire , dont il a remarqué le nom
fur quatre Medailles de Dagobert , n'eſt
autre que S. Eloy , qui à l'exemple de
fon Maître Abbon , étoit Orfévre & Maître
de la Monnoye. Il le prouve par des
pallages bien formels de S. Ouën , dans
la vie de S. Eloy , que vous pouvez confulter
dans le livre même .
Les Monnoyes qu'il rapporte avec le
nom de S. Eloy , ont beaucoup de rapport
avec celle- ci , qui vient d'augmenter
les richeffes du Cabinet de M. Lebret,
Premier Préfident & Intendant en Pro-
2
vence. Mais elles ne fe reffemblent pas
entierement. Ainfi elle a l'agrément de la
nouveauté , & le merite de n'avoir jamais
été publiée . J'y ai remarqué une
autre fingularité , qui mérite l'attention
des Curieux. On apperçoit entre la Croix
deux marques du chiffre Romain X. ce
qu'on ne voit dans aucune des Monnoyes
rapportées par le Blanc dans fon Recueil :
foit qu'effectivement ces chiffres ne s'y
trouvent pas , ou qu'il n'y ait pas fait attention.
Je ne regarde pas cependant ces
marques comme indifferentes. Car je
crois qu'elles marquent la valeur de la
Monnoye ; Ainfi qu'on trouve dans les
Medailles Confulaires d'argent , la marque
du denier Romain & du Quinaire .
B v
Sub
888 MERCURE DE FRANCE:
Sur ce pied- là , ces deux X. nous ap
prennent que cette Monnoye d'Or étoit
le demi fol qui eût cours fous la premiere
race de nos Rois , & qui valoit vingt
deniers qui étoient d'argent ; le fol d'or
valant quarante deniers , ce demi fol pouvoit
valoir , fuivant la fupputation de l'e
Blanc de notre Monnoye courante 4. liv.
2.f. 6. deniers , non fur le pied que font
nos efpeces à préfent , mais en évaluant
le marc d'or à 447. liv . 7. f. 2. pites , &
l'argent à proportion à 2 9. liv . 6. f. 1 1 ..
oboles.
A l'égard du mot MA. qu'on lit au revers
, il n'y a aucun doute qu'il ne fignifie
la Ville de Marfeille , lieu où cette
Monnoye a été frappée. Je fuis furpris
que vous ayez hefité un moment là - deffus
.
Sans compter que cette Monnoye a été
trouvée à Marſeille depuis peu , & fans
s'arrêter à l'autorité de Bouteroüe & de
le Blanc , une autre Monnoye du même
Dagobert , où l'on lit tout au long Maffilia
Civit. nous fournit une preuve dont
on ne fçauroit contefter l'évidence.
11 eft certain d'ailleurs que Dagobert
I. regna long -tems fur toute la Monarchie
Françoife , & par confequent en
Provence & Marfeille a toûjours été une
Ville affez importante & recommandable
Far
MA Y. 1727.
889
par fon commerce , pour avoir eu un endroit
où l'on fabriquoit la Monnoye .
Auffi Dagobert n'eft point le feul Roi
dont on trouve des Monnoyes frappées à
Marſeille , M. le Préſident de Mazaugues
a dans fon Cabinet une Monnoye d'or de
Childeric II. fils de Clovis II . du même
poids à peu près que celle de Dagobert I.
où l'on lit au revers le nom de la Ville
de Marſeille tout au long , & un tiers de
fol d'or de Clotaire I. où l'on voit le mot
MA. avec la Croix , Tipe ordinaire des
Monnoyes de la premiere race. Je ne
vous envoye point l'empreinte de ces
Monnoyes , parce qu'on les trouve dans
le Blanc & il y en a encore d'autres
Rois , comme de Sigebert I. & II . de
Clotaire III. & de Chenebert. Ces der
nieres embarraffent fort les fçavans , par.
ce que , à fuivre nos Hiftoriens , Chenebert
n'étoit point le Maître de Marſeille
qui appartenoit à Sigebert fon frere. Ce
n'eft pas la premiere fois que les Medailles
ne s'accordent pas avec les Auteurs.
Je n'ai pas affez de loifir pour tâcher de
les concilier fur ce fait ; peut- être auffi
n'y réuffirois- je pas . Il me fuffit de vous
avoir prouvé ce dont vous paroiffiez douter,
que nous avons d'anciennes Monnoyes
de nos Rois frappées à Marſeille ; en forte
que le Blanc a eu raifon d'obſerver que
B. vj โค
890 MERCURE DE FRANCE.
la plus grande partie des Monnoyes qui
portent le nom de quelqu'un des Rois de
la premiere race , ont été frappées dans
cette Ville. Je fuis , &c.
XX. ܀܀܀܀
MADRIGAL .
A MADEMOISELLE J. P. D. M.
Quoique vous ordonniez , trop cruells
Bergere ,
Jamais je n'éteindrai mes feux.
Quand pour vous obéir je fais ce que je peux.
L'enfant qu'on adore à Cithere ,
S'emporte & devient furieux ;
Voulez- vous donc que pour vous plaire ,
Je me rende ennemi du plus puiffant des Dieux.
L. C. D. M.
REMARQUE HISTORIQUE fur la
Maifon de Chambray. Extrait d'une
Lettre écrite d'Evreux aux Auteurs
du Mercure.
M
Adame de Chambray , Religieufe
de l'Abbaye de la Trinité de Caën ,
ayant été nommée par le Roy à l'Abbaye.
MAY. 1727:
baye d'Almeneche , vacante par la mort
de Madame de Grancey - Medavy ; vous
ne ferez pas fâchez , Meffieurs , d'apprendre
quelque chofe de la Maiſon de
la nouvelle Abbeffe , pour en faire mention
dans votre Journal
La Maifon de Chambray , originaise
'du Diocèle d'Evreux , a toûjours été diftinguée
dans la Province de Normandie
par les alliances illuftres & par les poftes
éminents dont elle a été honorée ,
tant dans l'Eglife qu'auprès de la Ferfonne
de nos Rois & dans leurs Armées.
On fçait par l'Hiftoire , qu'Amaury ,
Chevalier Seigneur de Chambray , accompagna
Robert , Duc de Normandie à
fa Conquête de la Terre - Sainte , l'an
1099. que l'an 1383. le Pape accorda
à Robert de Chambray , Abbé de faint
Etienne de Caën , le droit de fe fervir
d'habits Pontificaux pour lui & fes Succeffeurs
Abbez , à caufe que fon Mona
tere étoit le plus noble de la Province
de Normandie . Plufieurs Seigneurs de
cette Maiſon ont été fucceffivement
Chambellans de nos Rois , Chevaliers de
leurs Ordres , Capitaines de cinquante
Hommes d'Armes , & c. Enfans d'honneur
des Dauphins , Gouverneurs & Baillifs
d'Evreux , Abbez & Abbeffes de diverfes
Abbayes , telles que S. Remy des
Landes,
892 MERCURE DE FRANCE
Landes , au Diocèse de Chartres , de Mone
thivilliers en Normandie , & d'Almeneche
, Abbaye qui fe trouve encore aujourd'hui
remplie par Madame de Chambray
, foeur du Marquis de ce nom &
du Chevalier de Chambray , Commandeur
de Vircour, Capitaine, Commandant
un des Vaiffeaux de la Religion de Malthe
, le même qui en 1723. fe fignala
glorieufement par la prife qu'il fit de la
Patronne ou Vaiffeau Amiral de Tripoly ,
dont le détail fut pour lors rendu public.
Ils defcendent tous en ligne directe &
fans interruption , d'Amaury de Chambray
, cité cy -deſſus .
BOUQUET
A M. DE PIBRAC , COMTE DE MARIGNY
A
Propos , n'eft- ce pas aujourd'hui votre
Fête ?
Oui , Saint François eft le digne Patron ,
Dont vous avez , Pibrac , les vertus & le nom.
A vous faire un Bouquet , il faut que je m'apprête.
Choifirai-je ou des fleurs , ou bien un Compliment
?
Des fleurs leur vain éclat ne dure qu'un
moment.
Un
MAY. 1727 . 893
Un Compliment me paroît plus honnête.
Un Compliment donc , foit. Salut , honneur
Santé ,
Longue vie profperité
Voilà le Compliment que je prétens vous
faire
Il eft fimple , il eſt court , direz-vous , m'écoutant
,
Tout autre de fa tête en peut tirer autant.
J'en conviens ; mais il eft fincere :
Et c'est par ma fincerité ,
Plus que par un écrit qu'Apollon m'eut dicté ,
Que j'afpire , Pibrac , au bonheur de vous
plaire.
Cocquard.
POISSONS monftrueux qui ont parufur
la Côte du Côtentin en Baffe Norman
die. Extrait d'une Lettre écrite par
M. Frigot , aux Auteurs du Mercure
le 25. Avril dernier.
E de ce mois , environ fur les

Ldeux à trois heures après midy , il
échoua fur notre Côte , c'eft- à - dire , depuis
l'embouchure de la Riviere de Sinope
à Quireville ; jufqu'à la Paroiffet
de
894 MERCURE DE FRANCE.
de l'Eftre , à deux lieuës de la Hogue ,
70. gros Poiſſons , nommez vulgairement
Souffleurs , dont on peut voir la
defcription dans Johnſton . Il y a pluſieurs
remarques à faire fur cet évenement .
Premierement , le grand nombre de ces
Poiffons ; car quoiqu'on en ait vû plus
d'une fois de ſemblables fur nos Côtes ,
il n'en a jamais paru tout au plus que plus que deux
ou trois à la fois . En fecond lieu , c'étoient
prefque autant de femelles prêtes à fe decharger
de leur fruit . Mercredy dernier ,
comme nous étions accourus plufieurs
perfonnes à ce fpectacle , nous eumes la
curiofité d'en faire ouvrir une , & nous
trouvâmes fon petit de la longueur de
4. pieds 2. ou 3. pouces , lequel étoit
encore en vie , quoique la mere eût été
tuée comme les autres , 37. ou 3.8 . heures
auparavant à coups de haches ; car
les Pêcheurs étoient accourus en trèsgrand
nombre à la vûë de ces Monſtres ,
armez de haches & d'autres inftrumens.
Cependant de 76. qu'ils blefferent , on
n'en a traîné fur le Rivage qu'une trentaine
qui ont été mis en pieces pour en
faire de l'huile ; le refte s'eft fauvé avec
le flot . Je reviens à notre petit Soufleur,
il étoit dans l'uterus de fa mere , à peu
près comme un petit Poulain qui va naître
, cordon umbilical & arriere -faix entie
.
MAY. 1737. 895
tierement les mêmes . Comme l'odeur qui
commençoit à exhaler de ces Poillons
étoit très- mauvaiſe , nous ne fûmes pas
long - temps à les examiner . Des perfonnes
dignes de foy nous ont affuré qu'on
avoit auffi tiré un petit encore vivant du
ventre de fa mere, 24. heures après qu'el
le étoit morte & que chacune de ces femelles
avoit deux mammelles.
L
Extrait d'une autre Lettre fur le
même sujet.
E 21. de ce mois , on vit proche
S. Vaft , en Baffe- Normandie , la Mer
couverte d'une quantité de Poiffons monftrueux
, qui jettoient de l'eau : on s'imagina
que c'étoient des Souffleurs , mais
peu de temps après étant venus à échouer
à terre au nombre d'environ 50 , de differentes
groffeurs , aucun Matelot du canton
ne put bien les reconnoître ; mais il
fe trouva par hazard fur la Côte , une
perfonne qui ayant navigé long-temps
fur la Méditerranée , nous affura que ces
Poiffons extraordinaires s'appelloient des
Mulars , dans cette Mer là , en effet ils
ont la tête beaucoup plus platte que le
Souffleur , les mâchoires armées de dents
de la longueur d'un bon pouce , une nageoire
fur le dos & deux à côté de la
tête. Le plus long de ces Monftres Marins
896 MERCURE DE FRANCE.
rins étoit d'environ 19. pieds de longueur
fur 14. de circonference ; les plus
petits étoient de 12. pieds de longueur .
La plupart de ces animaux étoient femelles
, portant chacune un petit de 4.
à 5. pieds de longueur : ce que j'ay trouvé
de plus remarquable , c'eſt que deux
de ces Poiffons , ayant encore affez d'eau
pour nager , regagnerent la Mer , mais
peu de temps après qu'ils furent éloignez
du Rivage , fe voyant feuls , ils revinrent
s'échouer avec les autres .
NaaaaaaaMMMMMM
LE JUSTE MOURANT.
SONNET
En Bouts-Rime propofezdans le Mercure
de Juin 1726.
LA Mort tenant en main fa redoutable
Bêche,
De nos yeux , tôt ou tard , vient obſcurcir
l'Email ,
Le Noble , l'Artifan , la Robbe , le Camail ,
Tout meurt , tout tombe en cendre , à l'égal
d'une
Meche .
Que te fert donc , Guerrier , d'affronter une
Breche ,
Toi ,
MA Y. 1727. 897
Toi,Mondain, d'élever un orgueilleux Portail?
De mettre en ton Palais ou plutôt ton Sérrail,
Tous les mets que fournit, ou la Chaffe , ou la
Pêche ?
Pour moi qui dans Dieu feul ai mis mon
Réconfort ,
En ce moment d'horreur , je me trouuve fi
Forty
Qu'à mon efprit le monde eft moins qu'un
brin de
Jafpire feulement au Celeſte
Chaume
Manoir
Pour y vivre toûjours de ce merveilleux
Baume ,
Que Dieu jufte à fes Saints verfe à plein
Ant. Toleb.
SEMEMEMOVE
Antonnoir
MY
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Eftampes,
le 18. Mars 1727. au fujet du
Barbet Pêcheur d'Ecreviſſes .
J
'Ay lû avec beaucoup de plaifir dans
le Mercure du mois de Janvier dernier
, l'Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans
398 MERCURE DE FRANCE.
leans , au fujet du Barbet Pêcheur d'Ecreviffes
des Cordeliers de notre Ville.
Quoique l'Auteur de cette Lettre ait été
aflez bien informé , il laiffe cependant
entrevoir qu'il n'eft pas bien perfuadé
de la chofe . C'eft pour ne laiffer aucun
doute fur ce fait que je prends la liberté
de vous écrire. Rien de plus réel & de
plus certain que le fond de cette petite
Hiftoire , & voici au jufte comment la
chofe s'eft paffée .
Un jour un Cordelier étant dans le
Jardin de fon Convent , & fe promenant
le long de la Riviere , entendit du bruit
derriere lui : il ſe tourna , & vit un Chien
Barbet qui nageoit pour fe fauver. Ce
bon Pere s'arrêta pour l'attendre , dans
le deffein de lui procurer quelque fecours
; mais l'animal ne jugeant pas fi
favorablement du deffein du Cordelier ,
& appréhendant au contraire qu'il ne
lui fit du mal , fe fauvoit toûjours à la
nage , en fuivant le cours de l'eau , qui
eft affez rapide en cet endroit . Enfin s'étant
raffuré , & voyant que le Cordelier
le carefloit , il fortit de l'eau chargé de
plufieurs Ecreviffes qui tenoient à fon
poil. Pour vous dire d'où venoit le Barbet
, on ne le fçait pas préciſement ; mais
la plus commune opinion eft , qu'il étoit
à manger de la charogne , grand appas
pour
MAY. 1727 . 899
pour les Ecreviffes , dans une Prairie audeffus
de la Riviere , & que fe voyant
pourfuivi par un gros mâtin , il fe jetta
dans l'eau pour l'éviter. Voilà , Monfieur,
la veritable origine de l'hiftoire du Barbet
d'Eftampes , Pêcheur d'Ecreviffe. Je
l'ai apprife d'un vieux Cordelier & de
plufieurs perfonnes de ce temps - là.
IMITATION
de la cinquiéme Poëfie de Catule
à Leſbie.
Vivamus, mea Lefbia, atque amemus , &C
VI
Ivons , aimons - nous , ma Lefbie , .
Goûtons les plaifirs les plus doux ?
Où le bel âge nous convie ,
En dépit de tous les jaloux .
N'écoutons point la voix publique ,
Cenfure qui voudra nos moeurs ,
Et laiffons parler la critique
Des Vieillards fombres & rêveurs,
L'Aftre qui répand la lumiere ,
Tous les foirs acheve ſon cours ,
900 MERCURE DE FRANCE.
Il recommence la carriere ,
Pour nous donner de nouveaux jours.
Mais quand l'inexorable Parque ,
Nous force de perdre le jour ,
Il faut dans la funefte Barque ,
Paffer fans efpoir de retour.
Profitons de notre jeuneſſe ,
Elle eft faite pour les plaifirs ,
Donnons nos coeurs à la tendreffe ,
Rien ne s'oppose à nos defirs,
Pour preuve d'un amour extrême ,
Accorde-moi cent doux baifers ,
Et cent autres encor de même ,
Sans perdre des momens fi chers.
Que fur ta bouche que j'adore ,
Mon coeur & mes fens foient ravis ,
Et que de mille & mille encore ,
Nos tendres baifers foient fuivis.
Dans un emploi fi delectable ,
Pour confondre nos envieux ,
Faifons
MAY. 1727 .
9931
Faifons un mélange agréable ,
De nos baifers délicieux.
Non , le Cenfeur le plus fevere
Par fa magie & fes détours ,
Ne pourra troubler le miftere ,
De nos plus fecrettes amours .
Par M. de Mautour.
******************
PROJET d'un nouveau Calendrier,
propofe par M. Neon , de Laval
au Mayne.
E Calendrier qu'on fuit dans l'Egliſe,
Ldepuis la correction faite par le Pape
Gregoire XIII. en 1582. étant fujet à
des variations inévitables & annuelles ,
fondé qu'il eft , comme auparavant , fur
les mois Lunaires des Juifs , & fur le
Comput des anciens Romains , Obfervateurs
de Calendes , Nones & Ides ; on a
cru pouvoir propofer un nouveau Calendrier
invariable , dont on retrancheroit,
fans avoir égard à l'ancien ufage obſervé
cy- devant , tout ce qui peut caufer de la
difficulté , nombre d'Or , Epacte , Lunais
Lon
1
1
902 MERCURE DE FRANCE.
fon , & où tout le trouveroit fixé à però
petuité indépendamment du cours de la
Lune ; ce qui feroit d'une utilité infinie
pour le Public.
On pourroit donner à ce nouveau Calendrier
le nom de Calendrier François
parce qu'on le propofe en France , &
qu'on veut laiffer là les Juifs avec leurs
Néomenies , & les Romains avec leurs
Faftes , pour adopter une nouveauté fimple
& aifée , qui , toute finguliere qu'elle
eft , ne contredi fant en rien à la foi , non
plus qu'à la raifon , eft préferable à une
antiquité onereufe & très-incommode.
Le point capital de ce nouveau Calen
drier projetté dès 1582. renouvellé cent
ans après , & repris encore vers 1700,
fans avoir été dreffé & concerté , comme
il fe trouve ici , eft la fixation de la
Fête de Pâque , dont dépendent les autres
Fêtes Mobiles , à un jour certain de mois
après l'Equinoxe du Printems ; jour fixé
qui pourroit écheoir , tantôt devant , tantot
après ; quelquefois même au quator
ziéme de la Lune , contre l'Ordonnance
du Concile de Nicée , qui porte que cette
Fête fera toûjours celebrée le premier
Dimanche après le quatorziéme de la Lune
, à quoi néanmoins , fans remonter
plus haut , on a contrevenu en 1724
où Pâque devoit être le 9. & non pas le
>
1
16 .
MAY . 1727.
90 ' "
16. Avril , puifque la Lune ayant commencé
le 25. Mars , le 14. de cette Lune
fe trouvoit au Vendredi 1.Avril. AinG
laiffant la Lunefaire à part ſa courſe dans
le Ciel fans rapport à la Pâque , & ayant
plus d'égard à l'année Solaire qu'à l'année
Lunaire , on répond que l'Ordonnance
du Concile de Nicée n'étant qu'un
point de Difcipline Ecclefiaftique , occa-
Gonné par l'herefie des Quarto - decimans ¸
par confequent fujette au changement , &
non pas un dogme de foi toûjours invariable
; cette Ordonnance ne doit point
aujourd'hui porter préjudice à l'utilité publique
de l'Eglife & de l'Etat , ni arrêter
le nouveau Calendrier , dont voici le ſyſtême
& la difpofition.
IP . Les mois de Janvier , Fevrier &
Mars auront chacun 30. jours , ceux d'Awril
, May , Juin , Juillet & Août , chacun
31. jours , & ceux de Septembre ,
Octobre , Novembre & Decembre , chacun
30. jours .
2º. L'année commencera toûjours par
un Jeudi , & finira de même par un Jeudi
; deforte que la derniere Semaine de
l'année fera trois ans de fuite de fept jours
au lieu de fix , entre deux Dimanches , à
caufe des deux Jeudis de fuite 30. Decembre
, & 1. Janvier..
3. Le mois de Decembre de 4, ans
C en
904 MERCURE DE FRANCE .
en 4. ans , aura 31. jours au lieu de 30.
pour le jour de furcroit de l'Année Biffextile
; ainfi cette année on aura une Semaine
de huit jours entre les deux Dimanches
, à caufe des trois Jeudis de fuite 30.
& 31. Decembre & 1. Janvier.
4°. Pour fixer la Pâque à perpetuité en
un Dimanche après l'Equinoxe du Printems
,fans égard à la Lune , le 1. de Janvier
fera toûjours un Jeudi , le 1. de Fevrier
un Samedi , le 1. de Mars un Lun- I
di , & le 1. d'Avril un Mécredi ; ainfi Pâ,
que toûjours le cinquième jour d'Avril
au Dimanche , jour fixé comme le plus
convenable , la Lune qui regle la Pâque
ſe prenant entre le huitiéme Mars inclufivement
, & le cinquiéme Avril auffi inclufivement
, ce qui merite attention .
5°. Les autres Fêtes Mobiles qui dépendent
de celle de Pâque , à commencer
par la Septuagefime & finir par le premier
Dimanche de l'Avent , fe trouve
ront de même fixées à un jour certain de
`mois , ainsi que les Quatre - tems & les
Rogations .
6. La Lettre Dominicale fera toutes
les années le D' , le 1. jour de l'an commençant
par un Jeudi à l'A , & les autres
jours de la Semaine auront auffi toûjours
leur même Lettre reglée.
7°. Le Martyrologe pour plus grande
facilité
MAY. 1727 . 905
facilité fe lira en commençant fimplement
par le jour fuivant die fecunda fanuarii
, & c. fans parler de Calendes
Nones & Ides , & fans nommer le quan
tiéme de la Lune.
Au refte , ce Calendrier dont l'introduction
dépend des Puiffances Seculieres,
avec l'agrément du S. Siege , en rejettant
l'année Lunaire comme trop variable
, fe trouvera proportionné au cours
du Soleil les Equinoxes du Printems &
de l'Automne reglez au 2 1. Mars & 23.
Septembre , de même que les Solftices de
l'Hyver & de l'Eté au 2.1 . Juin & 22 .
`Decembre , y étant mieux dans leurs
points . D'ailleurs le Jeudi qu'on double
trois ans de fuite dans la derniere Semaine
de l'année , & qu'on triple tous les
quatre ans , ne doit point furprendre étant
abfolument neceffaire , 1 °. pour empêcher
le dérangement des Dimanches &
des Fêtes de l'année fuivante , dont le Calendrier
Gregorien caufe le déplacement
chaque année , 2º . pour fixer la Pâque
au cinquiéme Avril , 3 °. pour rendre tout
fixe dans le cours de l'année à un même
jour de femaine & de mois. En un mot
l'Eglife & l'Etat y trouveront leur avantage
particulier; l'Eglife n'aura plus qu'un
même ordinaire pour regler l'Office à
perpetuité fans variation , & l'Etat aura
Cij le
906 MERCURE DE FRANCE.
le terme de Pâque toujours au même point
après un Carême plus commode , & c.
LA TABLE.
ODE.
Par M. de ***.
Oulez , Onde d'Hipocrenne ,
Pour les Rimeurs amoureux ;
Verſe ton feu dans ma veine ,
Jus puiffant & favoureux.
Vien ; l'ardeur que je fens naître ,
Ne part point du petit traître ,
Dont les traits font tant de maux
Je ne reconnois pour maître ,
Que le Dieu des trois Côteaux.
M
Et toi de la bonne chere
Inventeur délicieux ;
Divin Comus qu'on révere ,
Chez les mortels & les Dieux ;
Si je confacrai mes veilles ,
A t'épancher des Bouteilles
Pármi
MAY.
1727: 907
Parmi d'illuftres gourmans ,
Fais moi chanter les merveilles ,
Dont tu transportas mes fens .
Dépeins un Buffet , où brillent
Des tas de verres bien nets ,
Et des Flaccons où petillent ,
Aï , Chaffagne & Rietz ;
Une table bien choiſie ,
Où le goût , la fantaifie ,
Flattent la cupidité ,
Et qui , plats à plats fervie
Nous file la volupté.

Parmi d'aimables Convives ,
Aux minois frais , & riants ,
Dépeins les troupes naïves ,
Des jeux & des agrémens ;
Peins auprès d'eux la bombance ,
Et fa foeur l'intemperance
Verfant du vin à grands flots :
Joins -y l'honnête licence ,
Et fes enfans , les bons mots.
C iij
Calotte
968 MERCURE DE FRANCE
Calotte , Secte douée
Des caprices de Momus ,
De ta morale enjouée ,
Produi les traits ingenus ,
Que mainte Chanfon badine ,
Dans cette liqueur divine ,
Vous faffe plonger fans fin ;
Et qu'une ardeur libertine ,
Vous mene jufqu'au matin .
M
Que l'Amour s'y traite en rimes ,
Sur le pié d'amufement ;
Que de commodes maximes ,
En banniffent le tourment ;
Qu'introduit , reçu par grace ,
Ce Dieu vienne dans leur taffe ,
Détremper fes traits amers ;
Que fans ceffe il entrelaffe ,
Ses myrthes aux pampres verds.
Qu'entens-je ? quels cris prophanes
Frappent mes fens éperdus ›
Peuple ignorant tu condamnes
Les
MA Y. 1727 : 909
Les voeux qu'on rend à Bacchus :
Apprends , Secte mépriſable ,
Que , fous le dehors aimable ,
Du plus folâtre enjoument ,
La fageffe tient à table ,
Ecole de fentiment.
Voi ces Heros , dont l'Hiftoire
Nous raconte les vertus ,
Au Dieu que fuit la Victoire ,
Faire fucceder Bacchus.
Voi , dans un réduit tranquille
Ce Dieu joindre avec Lucille ,
Lælius , & Scipion.
Voi-le rechaufer la bile,
Et la vertu de Caton.
Ainfi Petronne , Epicure ,
Agréables débauchez ,
Dans le fein de la nature ,
Vivoient mollement panchez ;
L'on vit fur tels modeles ,
Les Ch ....... & les Chappelles ,
Ciiij
Enfre
10 MERCURE DE FRANCE.
1
Entre les bras du loifir ,
Au Dieu des Feftins fideles ,
Savourer le vrai plaifir.
Sur les pas de ces grands hommes ,
'Amis , marchons déformais .
Ufons , tandis que nous fommes ,
Du temps qui fuit à jamais.
N'y laiffons jamais de vuide ;
Si Bacchus eft notre guide ,
La Parque aura beau filer ;
L'heure paroît moins rapide ,
Quand le vin la fait couler.
********
********
LETTRE de M. de Senece , Premier
Valet de Chambre de la feuë Reine ,
écrite de Mâcon le 4. May 1727 .
Endant cinquante ans que Mrs. de
Prize & Buchet ont travaillé à la compilation
du Mercure , je leur ai toûjours
envoyé de tems en tems des pieces de
ma façon, dont ils témoignoient faire quelque
cas , & qu'ils inféroient dans leurs
Recueils.
MAY. 1727. 911
Recueils. Après la mort du dernier , je
n'ay point entretenu de commerce avec
ceux qui leur ont fuccedé. Mais depuis
que j'ai reconnu avec combien de fuccès
Vous vous appliquez à cet agréable employ
, l'envie m'a pris de me remettre fur
les rangs. Vous trouverez peut - être que
c'eſt bien tard , & qu'un homme de quatre-
vingt quatre ans aura peine à badiner
de bonne grace ; mais Anacréon n'en avoit
gueres moins quand il compofoit ces ga-
Tantes Poëfies , qui font encore après trois
mille ans l'admiration des efprits les plus
délicats. Si vous trouvez la comparaifon
trop honorable pour moi , vous en rabat-*
trez tout ce qu'il vous plaira , pourvû
que vous ayez l'indulgence de pardonner
mes amuſemens à un homme qui cherche
à fe faire vivre , par le grand préfervatif
d'une innocente joye.
Sur la fin du mois de Mars dernier , je
me trouvai dans une compagnie de Dames
pleines d'efprit & de mérite , où
l'on chanta quelques Vaudevilles . L'une
d'entr'elles , dit qu'elle ne trouvoit aucune
invention fi jolie que celle des Triolets
, qui fe chantoient pendant les guerres
de Paris , parce qu'il faut bien de l'artifice
, pour faire entrer trois fois avec jufteffe
le même vers dans un petit couplet;
je leur fis fur le champ le premier de ceux
Cv que
912 MERCURE DE FRANCE:
1
que je vous envoye , dont je pris le fujet
fur une gelée , qui la nuit précedente
avoit brûlé la fleur de tous les fruits à
noyaux. Mon couplet fut approuvé , &
je fus condamné par plufieurs belles bouches
à en faire d'autres . Enfin la rigueur
me fut tenuë fi grande , qu'ayant fatisfait
à cette ordonnance pour le mois de Mars,
il fut dit que j'en ferois autant pour tous
les mois de l'année . J'ai obéï à cette condamnation
, pour éviter la contrainte que
mes Juges pouvoient exercer fur mor ,
& vous trouverez avec cette Lettre , la
maniere dont je m'en fuis aquitté , pour
les trois premiers mois. Si vous trouvez
que cela mérite de tenir quelque place
dans vos Recueils , je continuerai à vous
envoyer la fuite , & peut- être quelques
ouvrages plus férieux.
Réponse.
Nous aurions crù , Monfieur , ne faire
au Public que la moitié de votre preſent,
en ne lui donnant pas la Lettre qu'il vous
a plû de nous écrire. Si quelque chofe
devoit en être retranché , c'eſt la trop
bonne opinion que vous avez de nous.
Nous vous exhortons à vous réjouir fouvent
de la même maniere, & nous ſouhaitons
que ce foit encore pour bien des années.
Nous fommes , Monfieur , &c.
GELE'E
MAY.
17275
913
3333333333aM
GELE'E DES ABRICOTS.
L
Triolets pour le mois de Mars .
A nuit où Mars ramene Avril,
Fut bien funefte à la nature !
Du Ciel tomba neige & gréfil ;
La nuit où Mars ramene Avril :
L'Abricotier le plus gentil ,
En perdit fleurs & chevelure :
La nuit où Mars ramene Avril ,
Fut bien funefte à la nature.
Sous les deux Poles ébranlez ,
Va tomber la machine ronde ;
Je crois voir les Cieux écroulez ,
Sous les deux Poles ébranlez :
Que veut dire , Abricots gelez
Si ce n'eft pas la fin du monde ?
Sous les deux Poles ébranlez ,
Vatomber la machine ronde.
Dieu des Jardins , que direz - vous ,
Lorsque vous verrez ce ravage ?
C vj
Que
914 MERCURE DE FRANCE.
Que de dépit ! que de courroux !
Dieu des Jardins , que direz-vous ?
Vous perdez le fruit le plus doux
Qui croiffe dans votre heritage !
Dieu des Jardins , que direz - vous ,
Lorsque vous verrez ce ravage ?
>
Mars , tu n'es qu'un jeune étourdi
Avec ta chaleur paffagere :
Tout ton feu s'épuiſe à midi
Mars , tu n'es qu'un jeune étourdi.
Permis à May d'être hardi ,
A May , toûjours prêt à bien faire ;
Mars , tu n'es qu'un jeune étourdi-,»
Avec ta chaleur paflagere .
Tel eft un Amant doucereux
Embéguiné d'une Coquette ;
Doux regard fuffit à fes feux :-
Tel eft un Amant doucereux ;
Un brufque arrive , il eft heureux ,
C'eft au fot à battre en retraite :
Tel eft un Amant doucereux ,
Embéguiné d'une Coquette.
Quand
MAY. 17271
915
Quand d'Abricots on croit tâter
Sans le bon plaifir de la Lune ,
On eft fujet à décompter ,
Quand d'Abricots on croit tâter :
Il furviendra pour tout gâter ,
Mauvais brouillard , pluye importune.
Quand d'Abricots on croit tâter ,
Sans le bon plaifir de la Lune.
Je t'abandonne l'Abricot',
Saifon que la Lune dérange ;
Tout bon qu'il eft , las ! il le faut !
Je t'abandonne l'Abricot :
Si tu fais revenir le chaud
Pour nous conferver la Vendange,
Je t'abandonne l'Abricot ,
Saifon que la Lune dérange.
INEG ALITEZ DU MOIS D'AVRIL ,
V
Triolets.
Os Zéphirs font de francs filoux , -
Fils trompeur de la Lune Rouffe ; *
* Les Laboureurs nomment la Lune d'A
vril la Lune Rouffe , par rapport à fa malígnité
Je
16 MERCURE DE FRANCE .
Je ne fuis point content de vous ,
Vos Zephirs font de francs filoux :
Jamais ils ne courent chez nous
Qu'avec Bife ou Traverſe en trouffe :
Vos Zéphirs font de francs filoux ,
Fils trompeur de la Lune Rouffe.
Vous donnez des plaifirs bien courts ,
Et détrempez dans l'amertume ,
Dans les plus brillans de vos jours ,
Vous donnez des plaifirs bien courts :
Si vous reveillez les Amours ,
Auffi faites- vous fievre & rhume :
Vous donnez des plaifirs bien courts ,
Et détrempez dans l'amertume .
C'eft fur votre legereté
Que Nymphe & Bergere fe forme ;
Modele d'inégalité ,
C'eft fur votre legereté :
Le matin , gracieuſeté ,
Le foir , attendez moi fous l'orme :
C'eft fur votre legereté
Que Nymphe & Bergere fe forme.
En
MA Y. 1727: 917
En Avril , la mere d'Amour
Nâquit dans fa Nacre mouvante ;
Vents & flots pouffoient tour à tour
En Avril la Mere d'Amour ,
Avril dans fa volage Cour ,
1
Contracta fon humeur changeante :
En Avril la Mere d'Amour
Nâquit dans fa Nacre mouvante.
On vous donne le mois d'Avril
Pour un menteur qui cherche à rire }
Pour un railleur plein de babil ,
On vous donne le mois d'Avril.
Courez au bois , jeune Myrtil ,
Vous y trouverez Sylvanire :
On vous donne le mois d'Avril
Pour un railleur qui cherche à rire.
J'abhorre ce Poiffon d'Avril ,
Dont le nom feul eſt un ſcandale ;
Plus qu'un Crocodile du Nil ,
J'abhorre ce Poiffon d'Avril :
Qu'on me le fourre fur le gril ,
Son odeur empefte la Halle :
J'ab
MERCURE DE FRANCE.
J'abhorre ce Poiffon d'Avril ,
Dont le nom feul et un fcandale .
Pour les maux que nous endurons
De votre ordinaire inclemence :
Bizarre Avril , nous murmurons 2
Pour les maux que nous endurons
Mais l'Afperge & les Moufferons ,
Sollicitent notre indulgence :
Pour les maux que nous endurons
De votre ordinaire inclemence.
Vo
GUERRE DE MAY
Triolets.
Oici la Reine des Saifons
Qui vient dompter les coeurs rebellès ::
Quelles douces exhalaifons !
Voici la Reine des Saiſons.
Mais que de feux ! que de poiſons !*
Meres , gardez bien vos Pucelles :
Voici la Reine des Saifons
Qui vient dompter les coeurs rebelles
Contre le Printemps & l'Amour ,
Réfifter eft pure imprudence :
$
Fermez
MAY. 1727:
919
Fermez la porte à double tour ,
Contre le Printemps & l'Amour.
Ils font campez dans le Fauxbourg »
Les murs font nuds & fans deffenſe :
Contre le Printemps & l'Amour
Réfifter eft pure imprudence.
Deffendez-vous de votre mieux ,
Vous ferez de l'eau toute claire ;
Invoquez la Terre & les Cieux ,
Deffendez- vous de votre mieux.
Si vous ne vous crevez les yeux ,
Il faut devenir tributaire :
Deffendez vous de votre mieux ,
Vous ferez de l'eau toute claire.
Perfide May , qui la trahis
Quand tu parois, la raifon tremble :
Ses Etats vont être envahis ,
Perfide May qui la trahis :
Tu vas faire plus de Laïs
Que tes onze freres enfemble :
Perfide May qui la trahis ,
Quand tu parois , la raiſon tremble.
Four
920 MERCURE DE FRANCE
Pour conferver leurs petits Forts ,
Quels coeurs auront affez d'audace ?
A quoi ferviront leurs efforts
Pour conferver leurs petits Forts ?
L'Ennemy tient tous les dehors ,
L'intelligence eft dans la place :
Pour conferver leurs petits Forts
Quels coeurs auront affez d'audace ?
Ecoutez le chant des Oifeaux
Qui foupirent d'un ton fi tendre ;
Joint au doux murmure des eaux ,
Ecoutez le chant des Oifeaux.
Ce font tout autant de Hérauts ,
Qui fomment les coeurs de fe rendre :
Ecoutez le chant des Oifeaux ,
Qui foupirent d'un ton fi tendre.
Vaut-il mieux fe faire bleffer
Que fe rendre de bonne grace >
Le Trait part ; il va vous percer :
Vaut-il mieux fe faire bleffer ?
Les Amours réduits à forcer ,
Sont fans quartier , & font main baffe :
VautMAY.
1727: 928
Vaut- il mieux vous faire bleffer ,
Que vous rendre de bonne grace.
Capitulez , mais brufquement ,
Et May fe charge de la faute :
Il prend fur foi l'évenement ,
Capitulez , mais brufquement.
Croire s'en tirer autrement ,
Jeunes coeurs , c'eft compter fans l'hôte
Capitulez , mais brufquement ,
Et May fe charge de la faute.
XXXXXXXX : XXXX : XXX
LETTRE écrite d'Auxerre aux Auteurs
du Mercure le 3. Mars 1727. fur
les Fêtages d'Angers , les Defructu
d'Auvergne, & fur une particularité
d'unTombeau de la Ville d'Arles , &c.
V
Ous voulez, Monfieur, que je vous
tienne ma parole , & que je vous
explique ce que font les Fêtages d'Angers
, que le Roy François I. mit en
parallele avec la Pelotte d'Auxerre. Je
ne fçai fi votre curiofité qui paroît fi
picquée , fe trouvera fatisfaite de ce que
je lui en apprendrai. Suivant un Memoire
2z MERCURE DE FRANCE.
moire qui eft venu d'Angers , les Fê
tages de cette Ville , font une choſe bien
moins fameufe que notre Pelotte : depuis
que j'en ay eu la communication , j'ai
compris que le Roi n'avoit voulu apparemment
comparer avec les Fêtages d'Angers
, que le Repas qui faifoit ici la céremonie
du jet de la Pelotte . On affure
dans ce Memoire que les Fêtages d'Angers
n'étoient dans leur origine autre chofe
que des Feftins , ( auffi de Fêtages à
Feftin n'y a t'il pas grande difference. )
Chaque Dignité de Saint Maurice d'Angers
donnoit à dîner à ceux qui étoient
de fon Fêtage & tous les Habituez du
Choeur mangeoient ce jour là dans une
même Salle ou Refectoire . ( a ) Les quatre
premiers Officiers du Choeur fervoient
aux Affiftans le pain dans des
Corbeilles , d'où leur vint le nom de
Corbicularii , Corbeillers. On croit qu'il
y avoit dix - neuf Fêtes dans l'année où
ces Repas fe donnoient . Mais les inconveniens
que firent naître ces fortes de
Repas en commun , furent caufe qu'on les
(a) Ce Refectoire fut rebâti vers le milieu du
XV. fiecle : il eft le long d'un côté du Cloître
qui joint l'Eglife Cathédrale. Etant inutile ,
le Chapitre d'Angers en a abandonné l'ufage
à la Faculté de Théologie. Il approche par
fon étendue & fon exhauffement , de ce qu'on
appelle à Paris , les Ecoles de Sorbonne.
abrogea
MAY. 1727.
928
abrogea, & qu'on les changea en diftributions
pécuniaires dès l'an 1569. Il
fut reglé qu'au lieu du dîner , chaque
Chanoine auroit dix fols & les autres
Habituez du Choeur , chacun cinq fols ;
lefquelles fommes fe payent encore. Au
refte , fi François I. a eu connoiffance de
ce Repas de la Cathédrale d'Angers , c'eſt
que le procès qu'ils exciterent , étoit pendant
au Parlement en même -temps que
celui de la Pelotte d'Auxerre. Vital Bernard
, Chanoine de Puy , dans fon Livre
intitulé , le Chanoine , cite ( a ) à cette occafion
un Arrêt du Parlement de Paris
du 28. Février 1536. C'eft de lui que
j'apprends que lorfqu'un Chanoine étoit
nouvellement reçû à Angers , la coûtume
étoit qu'il donnât volontairement un
dîner à toute la Compagnie. On appelle
auffi Fêtages dans l'Anjou , les Repas que
quelques Curez Primitifs donnent ou font
donner aux Curez & Prêtres des Paroiffes
où ils ont droit de dire la grand'Meffe à
certaines grandes Fêtes. Berdenaux , dans
fon Commentaire fur les Statuts de Lexar,
employe auffi ce mot , lorsqu'il traite des
Repas que les Evêques donnent aux
Chanoines. En ce Pays - cy où les Repas
communs du Chapitre ont auffi ceffé , il
n'en refte qu'un foible veftige fous le nom
(a ) Pag. 512. & sız.
8513
.
de
924 MERCURE DE FRANCE.
de Semonce , qui veut dire invitation , &
qui confifte en ce qu'au lieu que les Chanoines
devroient manger tous en commun
aux grandes Fêtes avec le bas Choeur,
chaque Chanoine , à fon tour , doit inviter
ou faire venir chez foi , felon le
rang des Fêtes , un Habitué du bas - Choeur
qu'il rend fon Commenfal durant plufieurs
jours de fuite , & ceux du bas-
Choeur , qui ne fe reffentent point de
cette Commenfalité ou Invitation , reçoivent
en place une fomme arbitrée . De
forte que ce qui fe payoit originairement
en denrées fur le revenu Epifcopal , eft
commué en argent ; & l'on a à preſent de
cet argent de quoi régaler le Convive,
Ceci foit dit en paffant pour fervir d'explication
au mot Semontia , qui eft du
reffort de la plus balle Latinité. Vous
vous figurez aifément , Monfieur , en
quelles denrées on payoit ici ce qui étoit
dû pour l'augmentation du culte divin .
Amalaire , principal Auteur de la Regle
des Chanoines , adoptée par le Concile
d'Aix - la - Chapelle , avoit fait la fupputation
de leur boifon par chaque jour ,
& il avoit été décidé que dans les Pays de
Vignobles , comme eft le nôtre , & dans
les Eglifes riches comme la nôtre l'étoit
alors , chaque Chanoine auroit quatre ou
cinq livres de vin à boire par chaque
jour
MAY. 1727. 925
jour. Les perfonnes fobres eurent de la
peine à s'accommoder de ce Reglement ,
& PierreDamien écrivit contre, deux cens
ans après. C'eft peut- être ce qui contribua
à faire tomber la vie commune dans
la plupart des Chapitres , même en Allemagne
, où la grande quantité de vin
étoit affez proportionnée aux temperamens
du pays. Mais ce qui eft furprenant
, c'eft qu'après les debris de cette
vie commune des Chanoines , qui ne confiftoit
plus qu'en quelques Repas qu'ils
prenoient enſemble dans le Carême , &c,
il y a eu des Chapitres où l'on prit tellement
le contre- pied , qu'on follicita
l'Evêque d'ordonner aux Chanoines de
manger toûjours feuls , même aux plus
grandes Fêtes.
Le Chapitre où cette Ordonnance fut
mife en vigueur , n'étoit pas affurément
dans l'ufage du Defructu des Fêtes de
Noël. Ce font deux chofes dont on voit
clairement l'incompatibilité, lorfqu'on relit
ce que vous en avez dit dans votre
Journal de Février 1726. On m'a mandé
d'Auvergne que les Defructu s'y celebrent
encore avec folemnité , & que
bien des gens feroient fâchez qu'ils fuffent
abolis. Le Ceremonial qui s'y obferve
eft un peu different de celui qui
étoit en pratique dans nos Paroifles. Le
Voici
+
926 MERCURE DE FRANCE.
voici tel qu'on me le décrit. Le Chappier
du côté du Chorus , fe munit dès le
commencement de Vêpres d'un Bouquet
, tel qu'on peut le trouver dans la
faifon il annonce à l'ordinaire felon le
rang , l'Antienne Defructu , à un Ecclefiaftique.
Jufqu'ici il n'y a rien d'extraordinaire
; mais lorfque ce Chantre a commencé
le Pfeaume Memento , il va avec
fon Bâton , ( s'il en a un ) & ſon Bouquet
, devant la perfonne à qui il a
destiné le Defructu , qui eſt d'ordinai
re pour la premiere fois le premier du
Chapitre , & le jour fuivant le premier
de la Ville , & y demeure pendant que le
Choeur pourfuit le Pleaume. Voici ce
qu'il y a de plus fingulier . Lorsqu'on
en eft au Verfet Juravit Dominus David
veritatem & non fruftrabitur eam : auffitôt
après ces mots , tout le Choeur chante
en plein chant l'Antienne Defructu ventris
, & c. & alors le Chappier preſente
fon Bouquet au perfonnage : ce qui veut
dire que le foir le Chapitre va fouper
chez lui . Voilà ce qui s'appelle annonce
en forme d'Antienne : & le commmun
proverbe ufité en France , ne peut
venir que de ces fortes d'annonces fujettes
à certains retours. Au refte on
regarde cela en Auvergne comme un tel
honneur , que le Chappier feroit entre- 1
pris
MAY. 1727.
927
pris , s'il prefentoit le Bouquet à un autre
, & on en tireroit raifon comme d'une
injure & d'un affront. Auffi ceux qui
doivent recevoir le Bouquet ne manquent
jamais de fe trouver à Vêpres ,
autrement ils pafleroient pour ridicules
& méprifables. On ne fçait, à plus forte
raifon , en ce pays - là ,ce que c'eft que de fe
faire tirer l'oreille, lorfqu'étant Dignitaire
d'unChapitre,la coûtume eft qu'on réiiniffe
chez foi, pour un frugal Repas , les
autres Confreres qui ont annoncé &
chanté les de Noël. En faisant abftraction
du Bouquet & du refte qui en dépend
, il y a dans la pratique d'Auvergne
un veftige de l'antiquité que le Cardinal
Thomafi marque dans fon Edition
de l'Antiphonier Romain. Ce Cardinal
y
dit que l'Antiphonier du Vatican écrit
au XII. fiecle , met en parlant des Fêtes
de Noël : Omnes Antiphonas cantamus
ante Pfalmos , & infrà Pfalmos ubi
inveniuntur. (a) Le mot infrà , veut dire
là la même chofe qu'intrà , felon le langa
ge Ecclefiaftique. Mais paffons à une autre
matiere.
A l'occafion du Phénomene du Port
de Marſeille , dont vous avez rapporté
l'explication l'année derniere , j'ai fouvent
eu envie de vous parler d'une ef-
(4) Præfat. pag. 32g
D pece
28 MERCURE DE FRANCE,
dans
pece de Phénomene qui tient peut- être
du miracle , puifqu'il eft fur une choſe
fainte. Il y a à Arles en Provence ,
le lieu appellé les Champs Elifées , une
Eglife du nom de S. Honorat , qui eſt
l'ancienne Eglife Cemeteriale de cette
Ville , aujourd'hui deffervie par les Minimes
. Sous cette Eglife eft une Crypte
ou Cave , dans laquelle font fept Tombeaux
de Marbre placez fans ordre , la
plûpart vuides, & qu'on dit être des faints
Evêques d'Arles , Concorde , Hilaire
Eone , Virgile & Rolland , de S. Genès
le Greffier, & d'une Sainte d'Arles , nommée
Dorothée. On a fait remarquer
un Sçavant qui paffoit par là ., que celui
à
de S. Concorde , décedé au IV. fiecle ,
qui eft pofé fur celui de l'Evêque Rols
land , fe trouve plein d'eau au plein de
la Lune : ce dernier vivoit au IX. fiecle.
Je ne doute pas que Meffieurs les Phyficiens
, avant que d'entreprendre de rai
fonner fur ce fait , ne fouhaittent être af
furez de fa réalité. Pour le prefent , je
ne puis autrement la certifier que par le
témoignage du Martyrologe de M. Châtelain
au XVI. Janvier. C'eft dans fa Note
fur S. Honorat. Si le fait eft conftaté , je
crois qu'il fera difficile d'en expliquer les
caufes , & qu'il pourra être mis dans le
même rang que celui du Coudrier de
S
MAY. 1727. 929
du
S. Gratien, également furprenant, à moins
que le voifinage de la Ville d'Arles &
de la Mer ne fafle fonger à un canal qui
corefpondroit au Tombeau fuperieur , &
non à aucun autre. Il eft difficile de croire
qu'on ne fe méprenne pas à Arles , &
que le Tombeau de deffous ne foit pas
Saint le plus ancien , auquel cas celui de
Rolland feroit le Tombeau de deffus ,
que cet Evêque s'étoit préparé lui - même
de fon vivant. Vous avez, fans doute, lû
dans Aimoin , ( a) le tour que les Sarrazins
joüerent aux Habitans d'Arles à fon
fujet . Ils avoient fait cet Evêque prifonnier
, & ils le gardoient fans grande façon
dans un Vaiffeau fur la Mer . Pendant
que les Citoyens de la Ville d'Arles
négocioient fa délivrance, il vint à y mourir.
Les Sarrazins accepterent auffi tôt les
cent cinquante livres , les Manteaux ,
les épées & les Efclaves qui furent offerts
pour fa rançon. Les ayant reçûs , ils
revêtirent le cadavre de cet Evêque des
mêmes ornemens Epifcopaux dans lefquels
ils l'avoient pris , & le remirent fur
terre affis dans une chaife. Jugez quelle
fut alors la furprife de ceux qui accoufurent
pour le feliciter fur fon heureux
retour. Du Port il fut conduit au Tombeau
dont je vous ai parlé. On trouvera,
( a ) Lib. 5. Cap. 23 .
Dij
930 MERCURE DE FRANCE.
fi vous voulez , de la fympathie entre ce
Tombeau & le lieu où cet Evêque mourut
; mais on ne fe paye pas aujourd'hui
de ces raifons : & fans ce que dit Aimoin
, on feroit porté à attribuer ce fait
à une efpece de merveille , de même que
c'en doit être une , que le Tombeau où
l'on tient qu'ont repofé les corps des
Saints Abdon & Sennan dans une Ab
baye du Rouffillon , foit toûjours plein
d'eau , au rapport du R. P. Martene ,
dans fon premier Voyage Litteraire . (a)
D'autres attribuëront ce Phénomene extraordinaire
aux effets qui résultent de la
difpofition organique de la terre : chacun
fera libre fur fon fyftême ; & même quoique
dans le nouveau Gillia Chriftiana ,
l'Evêque Rolland ne paffe pas pour Saint,
je lui donnerai volontiers cette qualité ,
puifque le P. Mabillon en a fourni la
preuve dans le troifiéme tome de fes
Analectes. (b ) Il y rapporte les anciens
Diptyques de l'Eglife d'Arles , en mar
quant que ce Monument refpectable
ajoûte une Croix à tous les Evêques de
ce Siege qui font Saints : Or il fe trouve
que l'Evêque Rolland en a une également
comme S. Hilaire , S. Cefaire ,
S. Aurelien , & c.
(a) Page 61 ,
( b ) P. 4320
Comme
MAY. 17278 93
Comme vous me permettez de vous
écrire familierement fur differens endroits
de vos Journaux , je préfume que
vous ne défapprouverez pas que je vous
dife ingénument qu'on n'a rien remarqué
ici de fort extraordinaire dans l'expofé de
la perfonne qui reffent des douleurs d'une
jambe qu'elle n'a pas . L'Auteur Champenois
, dont la lettre eft dans votreJournal
du mois de Septembre dernier , ne
peut trouver cela mauvais , puifqu'il convient
lui - même que ce reffentiment eft
commun à tous ceux qui font dans le
même cas. Je ne fçai pas même fi les anciens
Payens n'ont pas voulu nous defigner
en partie les voeux qu'ils faifoient
pour être guéris de ces fortes de douleurs
, lorfqu'ils ont fait fufpendre à certains
arbres confacrez ou à des poteaux
fur les grands chemins des jambes de
bois . On imprima il y a bien dix - huit
ans dans un Journal , une Lettre raisonnée
fur des jambes de bronze , trouvées
nouvellement dans terre auprès d'une
Fontaine à Leomont , proche Luneville
en Lorraine. Celui qui avoit compofé
cette Differtation parut incliner à croire
que ces jambes avoient été fufpenduës
à quelque arbre , en memoire de quelque
guérifon. Cependant , faute de témoignages
pofitifs de l'antiquité , il laiffa la cho-
D iij fe
1
932 MERCURE DE FRANCE.
fe indécife. Il fe feroit peut - être fixé en
tierement à fa premiere penſée , s'il avoit
fait reflexion fur un endroit des Exhortations
familieres que S. Eloy faifoit aux
Peuples de Flandres , qu'il détournoit des
pratiques du Paganifme. S. Oüen mar→
que dans fa Vie , qu'entr'autres chofes il
deffendoit ces fufpenfions de jambes fur
les grands chemins , & qu'il ordonnoit
de les jetter au feu par tout où l'on en
trouveroit. Pedum fimilitudines quos per
bivia ponunt fieri vetate ; & ubi inveneritis
igni cremate. (a ) Pour ce qui eft
de la caufe phyfique de ces douleurs ;
ce qu'on enfeigne communément dans les
Traitez de Phyfique particuliere , paroît
fuffire pour expliquer la fenfation qui
réfulte dans ces fortes d'occafions . Il feroit
peut-être plus difficile d'expliquer
clairement comment fe peut faire qu'un
homme qui a deux jambes belles & bonnes
, peut s'entêter à croire qu'il n'en a
qu'une , & n'avoir en effet , à ce qu'il
dit , la fenfation que d'une feule , quoiqu'il
le voye marcher à l'ordinaire fur
fes deux jambes . Vous pouvez voir à
la fin de la feconde Edition des Hieroglyphes
de Pierius , l'Hiftoire d'un jeune
Gentilhomme Limoufin , qui s'eft trouvé
dans ce cas . Je vous exhorte de la
(a) Spicil. T. s . p . 217.
la
MAÝ. 1727. 933
fire & de la placer dans votre Jour
nal , lorfque l'occafion , s'en prefentera.
Je fuis , & c.
EPITRE A M. M *** ,
Oi , qui ſuivant de la Nature ,
Toi,
Les Loix & les impulfions ,
Traites de fable ou d'impoſture ,
L'humanité fans paffions ,
Arifte , ami tendre & fincere ,
Si tu m'as vû juſqu'aujourd'hui ,
De la plus affreufe mifere ,
Soutenir le trouble & l'ennui ;
Bientôt peut- être ma conftance,
Dans un état moins vigoureux
Verra mollir fa réfiſtance ,
Contre un deftin trop rigoureux.
Déja le beau feu du jeune âge ,
S'éteint dans le froid de mes ans ;
Déja l'efprit & le courage ,
Sont engourdis & languiffans :
En vain l'orgueil philofophique ,
Fait parade de fon repos ;
D iiij
Toute
934 MERCURE DE FRANCE .
Toute la fermeté Stoïque ,
S'évanouit aux moindres maux.
C'eſt encor pis quand la vieilleffe ,
Met le comble à l'adverfité ;
Ni le fçavoir ni la ſageſſe ,
N'offrent plus de tranquillité g
L'ame alors pefante , afſoupie ,
Sans nul office auprès du coeur
Ne fort plus de fa létargie ,
Que pour fentir de la douleur.
Condition trifte & cruelle ,
De l'homme, par le temps ufé;
Sa peine eft prefente & réelle ,
Son bonheur est dans le paffé ,
Ainfi , la frenetique veine ,
Qui bouillonne au point de finir ,
M'annonce la perte prochaine
D'un bien qui ne peut revenir :-
Affez heureux fi je refpire ,
Sain d'efprit dans l'infirmités
Qu'un refte de bon fens n'empire ,
Après l'organe démonté ;
Car fouvent dans cette Machine ,
Dont l'ame doit tant aux refforts ,
Des
MAY.
935
1727.
Dès que le plus petit décline ,
Tout s'affoiblit , l'ame & le corps.
Voilà ce que dans fon yvreffe ,
Ma Verve à rêvé de nouveau ;
Prenant pour l'onde du Perm effe ,
La fombre humeur d'un vieux cerveau .
J. V.
XXXXX:XX XXXXXXXX
REFLEXIONS..
L'Hypocrifie un
'Hypocrifie eft un hommage que le
vice rend à la vertu ; car quand les
méchans fe contraignent pour paroître
gens de bien , ils confeffent hautement
par là , qu'il n'y a que l'integrité des
moeurs qui donne une réputation folide,
& que tous les autres biens de la vie fans
celui - là , ne font point honneur.
Bien des gens obligent de fi mauvaiſe
grace , qu'en même tems ils foulagent la
reconnoiffance.
L'éducation des enfans eſt d'une telle
obligation aux parens , que par les Loix
de Solon , le fils étoit diſpenſé de nourir
le pere dans fa vieilleffe , fi le pere ayant
DY
P
936 MERCURE DE FRANCE.
pû faire apprendre un métier à fon fils
dans fa jeuneffe , ne l'avoit pas fait.
Quand la pudeur eft une fois perdue ,
elle ne revient pas plus que la jeuneſle.
Les femmes qui l'ont perduë , s'en font
une affectée , qui s'effarouche bien plus
aifément que la naturelle : elles s'allarment
au moindre mot équivoque , &
marquent trop de crainte des chofes qu'elles
ne devroient pas fçavoir.
On doit éviter les débats & les querelles
, quelque avantage que l'on puifle
avoir , car à force de vaincre , on s'épuife.
La fcie coupe le bois , mais à la fin
le bois uſe la fcie.
Par la concorde , les plus petites chofes
s'accroiflent , & par la difcorde les
plus grandes s'anéantiffent .
On a toujours vû que la concorde &
l'autorité font incompatibles en un même
lieu entre deux perfonnes.
Nous loüons ordinairement plus vo→
lontiers les chofes dont nous avons entendu
parler , que celles que nous avons
vûës .
On a beau être modefte , on ne pardonne
rien fi volontiers que certaines loüanges .
Les
1
MA Y. 1727. 937
Les chofes neceflaires , pour l'ordinaire
, coutent peu , & les inutiles coutent
fouvent beaucoup.
Quoique riche on doit fe ménager , car
ce n'eft que l'economie qui fait fubfifter
les richelles .
Il eft difficile d'aimer ceux que nous
n'eftimons point , mais il ne l'eft pas moins
d'aimer ceux que nous eftimons plus que
nous.
Qui ne s'eftime pas autant qu'il doit ,
s'abaille à des chofes au-deffous de lui.
Une des plus grandes confolations humaines,
eft de ne pas meriter fon malheur,
& d'être plaint des gens raisonnables .
La confideration d'un plus grand mal
eft fouvent une espece de remede , ou du
moins de confolation contre un moindre.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
OUVERTURE & premiere Aſſemblée
publique de l' Academie Royale des Belles-
Lettres de Marſeille. Lettre écrite
aux Auteurs du Mercure le 28. Avril
1727. par M..
Ous
prenez ,
V
Patrie , pour
....
Meffieurs , trop d'interêt
à ce qui fait honneur à notre
n'être pas bien aife d'appren
D vj.
dre
938 MER CURE DE FRANCE:
dre que l'Académie des Belles - Lettres
établie à Marseille vient d'y tenir fa premiere
Affemblée publique . Voici le détail .
de tout ce qui s'eft paffé dans cette féance
, & de la ceremonie qui l'a précedée .
Je vous en parlerai , finon en Acteur , au
moins en Spectateur à qui rien n'a échapé .
L'Académie ayant réfolu de tenir fa
premiere Affemblée publique le Mercre-..
di d'après Quafimodo , jour auquel fe font
la plupart des Rentrées Academiques ; la
grande Salle de l'Hôtel de Ville fut l'endroit
qu'elle jugeale plus propre à cette ce
remonie.Elle fut demandée à Meffieurs les
Eche vins , & accordée de très bonnegrace .
Le 23. Avril , l'Académie fe ren
dit fur les onze heures à la Cathedrale ,
où elle entendit la Meffe du S. Efprit
celebrée dans la Chapelle de S. Louis par
M. l'Evêque , l'un de fes Membres ; pendant
la Meffe , l'Académie de Mufique
chanta un des plus beaux Motets du fameux
M. de la Lande , avec cette précifion
& ce nombre d'Inftrumens & de
Simphoniftes , qui font avec juftice donner
à cette Académie le pas fur toutes les
autres Académies de Mufique des Pro-
On ne s'affembla dans cette Salle , qu'en
attendant la réparation entiere de celle qu'il
a plû au Roi d'accorder à l'Academie , dans
l'Arcenal des Galeres..
vinces..
MAY . 7727. 939
vinces . On alla enfuite à l'Evêché , &
après un repas magnifique que M. l'Evêque
donna , on en fortit à trois heures
pour ſe rendre à l'Hôtel de Ville , où
l'affluence du monde étoit prodigieufe
& où le trouva tout ce qu'il y a de plus.
diftingué dans l'un & dans l'autre fexe.
Les Académiciens étant entrez , & s'é,
tant placez indiftinctement dans les Fauteüils
qui leur avoient été préparez , M.
de Robineau , Commillaire des Troupes ,
Directeur de la Compagnie , ayant à fa
droite le Chancelier , à fa gauche le Secretaire
, & vis- à- vis au bout de la table,
deux Etrangers affociez à l'Académie
ouvrit la féance par un petit Difcours, dans
lequel il déclara le fujet qui affembloit
l'Académie , & qu'il finit en difant que
le Secretaire alloit détailler plus au long
le motifde cette convocation . Alors M. de
la Viſclede , Secretaire perpetuel , prit la
parole , & prononça un Difcours fort éloquent
, dans lequel il rendit compte à la
Compagnie de tout ce qu'il avoit fait pour
elle pendant fon féjour à Paris , en y
faifant
entrer avec beaucoup d'art l'éloge
du Protecteur M. le Marêchal Duc de
Villars , celui de Meffieurs de l'Academie
Françoife , & ceux de M de Fon
tenelle , & de M. l'Evêque de Mar
feille..
Le
940 MERCURE DE FRANCE:
Le Directeur répondit à ce Difcours, &
remercia M. de la Vifclede , au nom de
P'Académie , des foins qu'il avoit bien
voulu fe donner pour elle . Enfuite M. Gravier
, Avocat & Chancelier de la Compagnie
, lût les Lettres Patentes de fonétabliffement
. Cette lecture achevée , M.
Olivier , Avocat , lût une Differtation
hiftorique fur l'ancienne Académie de
Marſeille , dans laquelle il fit un détail
exact & curieux de la vie & des ouvrages
des grands hommes qui la compofoient.
Cette Differtation eft très-bien écrite
, & l'érudition vafte & recherchée qui
y eft répandue , n'en exclud ni l'agrément
ni la legerété du ftile . M. Olivier ayant
ceflé de parler , M. Dulard récita un trèsbeau
Poëme fur la fondation de Marfeille
, divifé en quatre chants ; lequel fut
extrêmement applaudi , & où l'on trouve
tout ce qui conftitue la vraie Poëfie
& la belle verfification.
M. le Commandeur de Romieu , Af
focié à la nouvelle Académie en qualité
d'Etranger , & ancien Membre de l'Académie
d'Arles , prononça , ' après que
M. Dulard eut fini la lecture de fon Poëme
, un Remerciement qui feul l'auroit
fait juger digne de la place qu'on lui a
accordée , s'il ne la meritoit pas déja par
bien d'autres endroits . Le Directeur répondit
MAY. 1727: 941
pondit à ce compliment. M. de Chalamont
, Procureur du Roi au Siege d'Arles
, auffi Allocié à l'Académie de Marfeille
, comme Etranger , fit enfuite le
fien , qui fut fort gouté , & auquel le Directeur
répondit encore. Il lut enfuite
l'ouvrage qui a remporté le prix de Poëfie
, fondé par M. le Protecteur. C'eſt
une Ode qui a pour titre , les Spectacles,
& dont M. Dubellis de Marſeille eft Auteur.
La féance finit par la lecture que
M. le Directeur fit d'une Epître de fa compofition
,fuivie d'une Fable. On gouta extrémement
ces deux Pieces , ainfi que les
quatre Difcours qu'il prononça . Tout y eft
penfé délicatement , naturellement . Tout
y eft exprimé avec élegance , avec politeffe.
Voilà , Meffieurs , un détail auffi circonftancié
que fidele . C'eft au vrai tout
ce qui s'eft paflé dans la premiere affemblée
publique de l'Académie deMarſeille .
Vous êtes trop bons citoyens pour ne pas
vous interreffer à l'honneur qui en revient
à la Patrie , & trop zelez partifans
de la belle Litterature , pour n'être pas
charmez des progrès qu'elle va faire dans
une Ville , qui s'eft toûjours auffi diftinguée
par fon goût & par fon amour pour
les Sciences & pour les beaux Arts , que
par les richeffes de fon commerce & par
fa magnificence.
I'ou942
MERCURE DE FRANCE:
J'oubliois de vous dire que M. Olivier
a infinué dans fa Differtation , que l'Académie
fonge ferieuſement à travailler à
Hiftoire de Marſeille . Si ce n'eſt point
là une fimple idée , Marſeille peut le flater
d'avoir enfin trouvé des Hiftoriens
dignes d'elle , Je fuis , Meffieurs , &c.
Réponse des Auteurs du Mercure.
و
Trouvez bon , Monfieur , que nous
vous remercions publiquement de votre
obligeante attention , à nous faire part
d'un évenement qui nous intereffe beaucoup
, & dont le détail fera fans doute
plaifir à nos Lecteurs . On ne pouvoit pas
confacrer plus heureuſement les prémices
de la nouvelle Académie , qu'en parlant ,
comme l'a fait fi dignement M. Olivier
de l'ancienne & fameufe Académie de
Marſeille Ce grand fujet , comme vous
le fçavez , a déja occupé plufieurs Ecrivains
, & en dernier lieu vous avez pû
voir dans le Journal de Trevoux du mois
de Janvier 17 17. tout ce qu'un de nos
Marfeillois en a dit dans une Piece compofée
exprès , où il fait un dénombrement
raifonné , non feulement des Sçavans de
Marſeille ancienne , mais encore de ceux
* Voffius , Hift. Græc. Du Boullay , Hift. de
l'Univerfité de Paris. Baillet , Jugement des
Sçavans , T. I.
du
MAY. 1727. $43 .
du moyen âge , & de tous les Modernes
jufqu'à notre tems , qui fe font diftinguez
du côté des Sciences & des beaux Arts
Cette Piece fort mal- traitée par les Imprimeurs
de Frévoux , qui ont défiguré
plufieurs noms propres , va être réimprimée
avec des Additions & des Correc
tions, fous le nom de Marseille Sçavante,
Ancienne Moderne , & c. L'Auteur
fe propofe d'y faire entrer auffi les Marfeillois
fçavans qui vivent encore & qui
ont donné quelque chofe au public.
Nous fommes ravis , Monfieur , de ce
que vous nous affurez que la nouvelle
Académie fonge ferieufement à travailler
à une Hiſtoire de Marfeille : l'entrepriſe
eft grande & difficile ; mais elle convient
mieux à un Corps Academique qu'à un
fimple Particulier : nous ofons tout efperer
de la capacité des ouvriers , & nous
croyons avec vous que Marfeille peut fe
flatter d'avoir enfin trouvé des Hiftoriens
dignes d'une Ville fi ancienne & fi
importante,
Enfin , nous apprenons avec joye que
la nouvelle Académie admet dans fon
Corps des Etrangers en qualité d'Affaciez
perfonne ne pouvoit mieux meriter
cette diftinction que M. le Commandeur
de Romieu & M. de Chalamont , Procureur
du Roi à Arles ; nous connoiffons
le
$44 MERCURE DE FRANCE.
le merite perfonnel & les talens heureu
de l'un & de l'autre. Cela fait préfumer
que l'Académie , en faifant cet honneur
à des Etrangers , le déferera fans doute à
des Marſeillois abfens de leur Patrie
quand ils auront les qualitez neceffaires
pour produire des fruits académiques.
Continuez , Monfieur , de nous inftruire
fur tous les exercices de l'Académie naiffante
faites nous part , s'il eft poffible ,
des ouvrages qu'elle produira , ou qui lut
feront addrellez , & n'oubliez pas vos
propres ouvrages : car , quoique vous
trouviez à propos de garder avec nous
Fincognito , l'écriture de votre Lettre
nous fait fouvenir que nous avons reçu
de cette même plume de très bonnes chofes
, dont nous avons fait part au Public
dans notre Journal .
;
Nous fommes avec une parfaite confideration
, Monfieur , vos très humbles
& c.
A Paris le 1o. May 1727 .
Académiciens de Marseille.
Mts l'Evêque de Marseille .
De l'Aubepine , Capitaine de Galere.
Bertrand , Medecin .
Carri.
De Chalamont de la Viſclede , Secretaire
· perpetuel .
L'Abbé
MAY.
1727: 945
L'Abbé de Crofe , de l'Abbaye S. Victor .
Dulard.
L'Abbé du Pont.
L'Abbé Eymard , Chanoine Theologal
de la Cathedrale .
De Geren , Lieutenant de l'Amirauté
Gravier , Avocat.
L'Abbé le Fournier , de S. Victor.
Olivier , Avocat.
Peiffonel , Avocat.
L'Abbé de Porrade.
Rigord , Subdelegué de M. l'Intendant
De Robineau .
L'Abbé de Soiffan , de S. Victor.
Taxil.
L'Abbé de Vacon , Chanoine de la Cathedrale.
geefe seofsofeof.
PREMIERE ENIGME.
Quoitdu fein de ma mere on m'arrache vivant ,
Pour me faire mourir dans le fein de ma mere!
Quelle douleur eft plus amere !
Pour que je fois plus éclatant ,
Et me faire élever la crête ,
Un certain jour de Fête.
On m'écorche tout vif, on me coupe les bras
On fait plus , on me lie ; on ne me laiffe pas
Le
946 MERCURE DE FRANCE:
Le droit de me fervir des armes que je porte-
Malgré tout cela j'ai l'honneur ,
D'être en cercle fouvent , chez quelque gros
Seigneur ;
Mais cette ambition vainement me tranf
porte :
Car je m'y tiens debout , & ne fuis qu'à fa
porte.
G ..... T.
DEUXIEME ENIGME
Il y a un prix proposé pour ceux qui la
D
devineront.
Une très ancienne & très noble naiffance
,
Produit par la juftice & la magnificence ,
Je fuis de la difcorde affez ſouvent l'auteur.
Je donne aux plus poltrons l'audace & lavaleur.
Protecteur des beaux Arts & de toute fcien<
ce ,
Des plus barbares lieux je bannis l'ignorance.
Toûjours pour m'obtenir , on fait tout ce
qu'on peut.
Je parois aux humains fous la forme qu'on
yeut;
Mais
MAY. 1717.
947
Mais telle qu'elle foit , elle eft toûjours honnête
;
Ici c'est une fleur , & là c'est une bête.
Je fuis un petit mot , je fuis le Paradis ;
Je fuis une faveur chez les Amans cheris .
Là je fuis quelque belle , & jadis j'étois Reine
Quand Oedipe éclaircit cette Enigme Thebaine
;
Bien fouvent je ne fuis que des bâtons , des
Croix ,
Des Livres , des Rameaux , encor moins quel
quefois,
TROISIEME ENIG ME.
On
Mon pere eft un grand corps ſujet aux
mouvemens ;
Quoi qu'on n'ait jamais pû connoître fa f
gure ,
Il eft de toute la nature ,
L'un des plus parfaits ornemens.
Ma mere eft une être fans corps ,
Qui peut naître & mourir fans ceffe ,
Qui me produit , & qui dès -lors
Meurt fouvent avant que je naiffe.
Pour
948 MERCURE DE FRANCE:
Pour moi, quoi qu'on fe faſſe un plaifir agréaª
ble
De me chercher en certains lieux ,
Je fuis imperceptible aux yeux ;
Cependant on voit dans la fable ,
Mon nom parmi les demi Dieux.
L'Eponge & la Croix , font les vrais
mots des deux Enigmes du mois dernier .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BE AUX ARTS , &c.
ISTOIRE NOUVELLE & GALANTE , de
Hdeux aimables Quêteufes & d'un
Frere Quêteur de même famille. A Paris
ruë de la Harpe , che la veuve Oudot ,
1727.
LA NOUVEAUTE' , Comedie en un Acte,
par M. le Grand , Comedien du Roi, avec
la Scene notée d'Antonin Caracalla & de
la Veftale. A Paris , Quay des Auguf
tins & de Conty , chez Pepingué & Pife
fot, 1727. prix 20. fols,
LI
MAY. 1727. 949
LE TOUR DE CARNAVAL , Comedie en
un Acte , par M. d'Allainval , repréfentée
fur le Theatre de Bourgogne , par
les Comediens Italiens Ordinaires du Roi,
AParis , Quay des Auguftins & au Pabais
, chez Bienvenu & Brunet.
DISSERTATIONS Theologiques & Dogmatiques
, 1. fur les Exorcifmes & les
autres Ceremonies du Batême , 2. fur
l'Euchariftie , 3. fur l'Ufure. A Paris ,
rue S. Jacques , chez Etienne , Babuti &
Labottiere , 1727. in - 12 , de 552. pag.
ABRIGE' HISTORIQUE de la Bible , avec
des notes litterales , & c. Par le Pere de
S. André , Religieux Minime. A Rouën,
chez Machuel le jeune , ruë de la Miete
1726. 4. vol. in- 12. & fe vend à Paris
, chez Chaubert , Quay des Auguf
zins.
&
TRAITE' du legitime ufage de la raifon
, principalement fur les objets de la
Foys où l'on démontre que les Hereti
ques , les Athées , les Libertins , ne font
point le legitime ufage que les hommes
font obligez de faire de leur raifon fur les
objets de la Foi . Par feu l'Abbé Brueys ,
de Montpellier. 4 Paris , rue S. Jacques
950 MERCURE DE FRANCE.
ques , chez Coignard fils , 1727 , vol.
An - 12.
HISTOIRE des Guerres & des Négociations
qui précederent le TraitéfdeWeſtphalie
, fous le regne de Louis XIII, &
Je Miniftere du Cardinal de Richelieu &
du Cardinal Mazarin , compofée fur les
Memoires du Comte d'Avaux , Ambaffadeur
du RoiTrès - Chrétien , dans les Cours
du Nord , en Allemagne & en Hollande
, & Plenipotentiaire au Traité de
Munfter. A Paris , ruë S. Jacques , chez
Jean Mariette , in 4. de 600. pages , &
en 2. vol . in - 12 .
REFUTATION du Livre des Regles pour
l'intelligence des Saintes Ecritures , & c.
A Paris , rue S. Severin , chez Jacques
Vincent , 1727. in- 12 . de 480. pag.
LETTRE d'un ancien Profeffeur de
Theologie , de la Congregation de faint
Maur , qui a révoqué fon appel à un autre
Profeffeur de la même Congregation ,
qui perfifte dans le fien. A Paris , ruë
5. Jacques , chez Giffart , 1726. broch.
in - 12 . de 48. pag.
LETTRE fur les Canaux propofez pour
former la jonction des deux mers par la
Bourgogne ,
MAY. 1727. 951
Bourgogne , écrites à une perfonne de la
premiere qualité. Par M. Thomaſſin , Ingenieur
Ordinaire du Roi. A Dijon , chez
A. de Fay , 1726. broch . de 90. pages ,
compris l'Avertiffement qui en cons
tient 20.
CONDUITE de la Confeffion & de la
Communion , pour les ames foigneufes
de leur falut , tirée des Manufcrits de
S. François de Salles , avec une Table
très-utile aux Confeffeurs & aux ¡Peni
tens pour une Confeffion generale ; revûë
, corrigée & augmentée de nouveau.
A Paris , rue S. Facques , chez le Mercier
& Morin , 1727.
LE COMBAT SPIRITUEL , traduit de l'I
talien , & augmenté de la paix de l'ame
& du bonheur d'un coeur qui meurt à luimême
pour vivre à Dieu. Par le P. J.
Brignon , de la Compagnie de Jefus. Chez
les mêmes Libraires
NOUVELLES INSTRUCTIONS & Prieres
pour la fainte Meffe , la Confeffion , la
Communion , & pour rendre à J. C. prefent
au S. Sacrement de l'Autel , les adorations
qui lui font dûës . A Paris , ruë
S. Jacques , chez Babuti , 1727 , vol .
in-18.
E ABREGE
952 MERCURE DE FRANCE.
ABREGE' de l'Hiftoire & de la Morale
de l'Ancien Teftament , vol . in - 12 . de
60. pages , fans la Préface & les Tables ;
prix 40. fols relié. A Paris , chez J. Defaint
, rue S. Jean de Beauvais , vis -à - vis
le College.
Il ne faut pas confondre ce nouvel ouvrage
avec plufieurs Abregez de l'Ancien
Teftament qui ont paru depuis 50 .
ans. Jufqu'ici chaque Abbreviateur a pris
la liberté de fubftituer ſon ſtyle & fes
expreffions aux paroles de l'Ecriture ; au
lieu que l'Auteur de celui- ci donne l'Ecriture
même , dont il a feulement retranché
ce qu'il a crû de moins utile au grand nombre,
comme les Génealogies, le détail entier
des Ceremonies , des facrifices , des
Habits Sacerdotaux .En un mot , il a voulu
preſenter l'Ancien Teftament débarraflé
des épines qui arrêtent le plus grand nombre
des Lecteurs , & qui font depuis fi
long-tems l'objet des veilles & des difputes
des Sçavans , plutôt que le fujet
de leurs méditations. Le Livre eft bien
imprimé , & très correctement : l'Auteur
ayant eu en vue de donner aux jeunes
gens un modele d'orthographe & de
ponctuation. Le fuccès répond à fes foins ,
& c'eft ce qui nous a engagez à pafler
les bornes ordinaires que nous nous prefcrivons
MAY. 1727.
953
crivons en annonçant les Livres nou
veaux de cette espece.
LE GUIDE DES BANQUIERS DE L'EURO •
PE , contenant les Changes réciproquement
faits , de la France pour la Hollande
, l'Angleterre , Hambourg & l'Italie,
fuivant les differens ufages de Paris , Bordeaux
, la Rochelle & Nantes ; ceux de
la Hollande faits de même pour l'Angleterre
, Hambourg , Madrid , Bilbao &
Venife , Cadix & Seville , Lifbonne &
Port- à-Port , Livorne , Genes & Geneve.
Les Changes de Londres pour Hambourg
, & d'Hambourg pour Londres. La
Carte gravée des Arbitrages de la France
faits , divifée en fix Tables , contenant
l'égalité des Changes de la France avec
Londres , Amfterdam , & c. Dédié à M. le
Pelletier , Controlleur General des Finances.
Par le fieur Giraudeau neveu. A
Paris , rue S. Jacques , chez Etienne , &
au Palais , chez la veuve Cavelier , &c.
1727. prix 6. liv.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la Republique
des Lettres , avec un Catalogue raiſonné
de leurs Ouvrages . Tome fecond . A
Paris , ruë S. Jacques , chez Briaffon ,
1727 .
E ij LI
54 MERCURE DE FRANCE,
·
LE GUIDON DU CHEF D'OEUVRE DE
S. COSME , qui enfeigne les matieres neceffaires
, pour fçavoir la Chirurgie par
fes veritables principes , méthode courte
& facile par demandes, & par réponſes ,
comme il fe pratique journellement à
S. Côme , pour être reçu Maître Chirurgien-
Juré à Paris. Par N. de Janſon ,
Maître Chirurgien - Juré à Paris , ruë des
Petits -Champs . A Paris , rue S. Jacques
& S. Severin , chez Hortemels & Meſ→
nier , 1727. 3. vol. in- 12 .
L'EGIDE DE PALLAS , ou Théorie &
Pratique du jeu de Dames . A Paris , ruë
Dauphine , chez Rebuffe , 1727. in- 8 °.
de 98. pages , fans l'Epitre & un Difcours
préliminaire , prix 25. fols .
Ceux qui s'interreffent à ce jeu , trouveront
dans ce petit ouvrage , bien des
chofes qui pourront les fatisfaire..
LETTRE d'un Prieur à un de fes amis
au fujet de la nouvelle Réfutation du Livre
des Regles fur l'intelligence des
Saintes Ecritures ; avec un Recueil de
Paffages tirez des SS. Peres & des Auteurs
Ecclefiaftiques fur l'intelligence des
Saintes Ecritures , qui juftifient les principes
du Livre des Regles . A Paris , rue
de
MAY 1727: 955
de la vieille Bouclerie , chez G. Valeyres
1727 .
VOYAGE DU TOUR DU MONDE , traduit
de l'Italien de Gemelli Careri. Par M.
L. N. Nouvelle Edition , augmentée confiderablement
fur la derniere de l'Italien ,
& enrichie de nouvelles figures . A Paris,
rue S. Jacques , chez Etienne Ganeau ,
1727 .
VOYAGES DE GULLIVER. A Paris , ruë
S. Jacques , &c. 1727. 2. vol . in 12 .
de 537 pages les 2. vol. fans la Préface
qui en contient 41. prix. 3. liv.

Ce Livre nouveau , imprimé chez Gab.
Martin , Hyppolite Guerin & Louis Guerin
, a un fi prodigieux cours , & eft
d'une telle nature , que nous croïons qu'il
eft de notre devoir & en même- temps
de notre reflort , d'en faire mention pour
en donner quelque idée à ceux qui ne le
connoiffent encore que de réputation .
Cet Ouvrage compofé en Anglois par le
Docteur SWIFT , parut à Londres fur la
fin de l'année derniere , & y fut fi fort
goûté , qu'en trois femaines il y en eut
dit-on , dix-mille Exemplaires débitez .
Quoiqu'il ait un rapport direct & immédiat
aux moeurs de l'Angleterre , il
ne laiffe pas de convenir à tous les Pays
E iij de
956 MERCURE DE FRANCE.
de l'Europe , & fur tout à la France , puifqu'à
peine cette Traduction a-t - elle été
15. jours en vente , qu'on a fongé à une
nouvelle Edition ; ce qui marque un fuccès
peu ordinaire. M. l'Abbé Gyot Desfontaines
, Auteur de la Traduction , ne
s'eft point affervi à fon Original ; il a
retranché beaucoup de chofes , il en a
auffi ajoûté beaucoup , & en fuivant les
idées du Docteur SWIFT , il a métamorphofé
tout fon ouvrage , pour l'ajufter
au goût des François .
Ce font des Voyages imaginaires dans
des Pays fuppofez. Le premier Voyage
eft dans l'Empire de Lilliput , où les hommes
n'ont que fix pouces de hauteur. Le
fecond Voyage eft dans le Royaume de
Brabgingnac , où les hommes font hauts
de 150. pieds. Le troifiéme eft dans
'Ifle Aërienne de Laputa , dont les Habitans
font Geometres & Aftronomes
&c. & le quatrième , dans les Pays des
Honyhnhnms , ou des Chevaux raifonnables
. Ces quatre Voyages font pleins d'une
morale très- judicieufe , d'ironies fort
fines , & d'une très-bonne plaifanterie. Les
images en font agréables & riantes ; & quoique
les fuppofitions en foient hardies &
extraordinaires , elles font fi bien ména
gées & fi bien conduites , qu'elles font
illufion à l'efprit , & femblent des ve-
Gulliver ritez.
MAY. 1727. 957
Gulliver dans un nauffrage fe fauve
à la nage & arrive dans l'Empire de
Lilliputs il s'endort fur l'herbe & eft
étonné à fon réveil de fe voir lié par
une infinité de petites cordes plus déliées
que les cheveux. Les Pigmées l'avoient
mis en cet état pendant fon fommeil
dans la crainte qu'un homme qui leur
paroiffoit un Geant , ne les écrasât tous.
Cependant s'étant apperçûs qu'il n'étoit
point méchant , ils le délient , lui offrent
à manger & bientôt après l'Empereur
lui donne tellement fa confiance , qu'il
fe fert de lui dans la guerre qu'il a avec
d'autres Pygmées fes voifins. Les exploits
de Gulliver font fort plaifants ; mais la
maniere dont il raconte que fes fervices
furent récompenfez , eft très fatirique.
L'Empereur des Petits Hommes de Lilliput
, fier des avantages qu'il avoit remportez
fur les ennemis , par le fecours du
Geant , afpire déja à la Monarchie univerfelle.
Les Titres que ce petit Empereur
fe donne font admirables. « Golbasto
Momaren , Bulamé Gandilo Shefin
Mulli Ulli Gué , très- puiffant Em-
» pereur de Lilliput , les délices & la
»terreur de l'Univers , dont les Etats
» s'étendent 5. mille Bruftrugs , ( c'eſt-à-
» dire environ 6. lieuës en circuit ) aux
>> extrémitez du Globe ; Souverain de tous
>>
E iiij » les
948 MERCURE DE FRANCE:
» les Souverains ; plus haut que les fils
des hommes , dont les pieds preffent la
» terre jufqu'au centre , dont la tête tou-
>> che le Soleil , dont un clin d'oeil fait
» trembler les genoux ) des Potentats ,
>> aimable comme le Printemps , agreable
>> comme l'Eté , abondant comme l'Au-
»tomne , terrible comme l'Hiver , à tous
»nos Sujets amez & feaux , falut , & c.
On voit encore avec plaifir dans ce
Voyage les querelles contre les Hauts-
Talons & les Bas - Talons , au fujet du
Graf-boutianifme. C'eft un détail fatyrique
qu'il faut lire dans le livre même
& qui fait bien fentir la fottife de la
plupart des difputes des hommes & le
ridicule qu'il y a à former des partis differens
dans un Etat.
Le feu ayant pris dans une chambre de
l'Appartement de l'Imperatrice , Gulliver
l'éteint tout d'un coup en piffant
deffus. Ce fervice fignalé lui fufcite de
mauvaiſes affaires ; parce que fous peine
de mort , il étoit deffendu de piffer dans
l'enceinte du Palais de l'Imperatrice. On
envenime cette action , & on fait entendre
au Roi , qu'un homme qui a toûjours !
une pompe énorme à fa difpofition , ca.
pable de fubmerger la Ville , eft un fujet
très dangereux. On veut le condamner
à mort ; mais l'Empereur qui lui a
de
MAY . 1727. 959
de grandes obligations , fe. contente de le
condamner à avoir les yeux crevez . Gulliver
fe réfugie chez l'Empereur de Blefufen
, autre Empire habité par des Pygmées
, & enfin il trouve le moyen de revenir
en Angleterre. Voilà une petitepartie
des chofes contenues dans le premier
Voyage.
Comme la taille ordinaire des gens du
Pays eft un peu moins haute de fix pouces ,
il y a une proportion exacte dans tous
les autres Animaux , auffi bien que dans
les Plantes & dans les Arbres . Par exemple
les Chevaux & les Boeufs les plus hauts
font de 4. à 5. pouces ; les Moutons
d'un pouce & demi , plus ou moins ;
leurs Oyes environ de la groffeur d'un
Moineau ; enforte que leurs infectes
étoient prefque invifibles pour moi , dit
l'Auteur ; mais la Nature a fçû ajuſter
les yeux des Habitans de Lilliput , à tous
les objets qui leur font proportionnez.
Dans cet Empire , quiconque peut ap
porter des preuves fuffifantes qu'il a obfervé
exactement les Loix de fon Pays
pendant 73. Lunes , a droit de prétendre
à certains Privileges , felon ſa naiffance
& fon état , avec une certaine fomme
d'argent , tirée d'un fond deſtiné à
cet ufage il gagne même le titre de
Snilpall ou de Legitime , lequel eft ajoûté
E v à
960 MERCURE DE FRANCE.
à fon nom mais ce titre ne paffe point
à fa pofterité. Ces Peuples regardent
comme un défaut prodigieux de politi-
⚫ que parmi nous , que toutes nos Loix foient
menaçantes, & que l'infraction foit fuivie
de rigoureux châtimens , tandis que l'ob.
fervation n'eft fuivie d'aucune récompenfe
. Ils réprefentent la Juftice plus difpofée
à récompenfer qu'à punir.
Dans le choix qu'on fait des fujets pour
remplir les Emplois , on a plus d'égard
à la probité qu'au grand génie : comme
.. le Gouvernement eft neceffaire au genre
humain , on croit que la Providence n'eût
jamais deffein de faire de l'adminiſtration
des affaires publiques , une fcience
difficile & myfterieufe , qui ne pût être,
poffedée que par un petit nombre d'efprits
rares & fublimes , tels qu'il en naît
au plus deux ou trois dans un fiecle : mais
on juge que la verité , la juftice , la temperance
& les autres vertus font à la portée
de tout le monde ; & que la pratique
de ces vertus , accompagnée d'un pea.
d'experience & de bonne intention , rendent
quelque perfonne que ce foit , propre
au fervice de fon Pays , pour peu
qu'elle ait de bon fens & de difcernement .
On eft perfuadé que tant s'en faut que le
deffaut des vertus morales foit fuppléé par
les talens fuperieurs de l'efprit , que les
emplois
MAY. 1727. 961
emplois ne pourroient être confiez à de
plus dangereufes mains qu'à celles des
grands efprits qui n'ont aucune vertus
& que les erreurs nées de l'ignorance ,
dans un Miniftre honnête homme , n'auroient
jamais de fi funeftes fuites à l'égard
du bien public , que les pratiques
tenebreufes d'un Miniftre , dont les inclinations
feroient corrompues , dont les
vûës feroient criminelles , & qui trouveroit
dans les reffources de fon efprit
de quoi faire le mal impunément .
L'ingratitude eft parmi ces Peuples un
crime énorme , comme nous apprenons
dans l'Hiftoire , qu'il l'a été autrefois aux
yeux de quelques Nations vertueuſes . Celui
, difent les Lillipuciens , qui rend de
mauvais offices à fon Bienfaiteur même ,
doit être neceffairement l'ennemi de tous
les autres hommes.
Parmi eux on propofe des récompenfes
pour l'aveu ingenu & fincere de leurs
fautes , & ceux qui fçavent le mieux raifonner
fur leurs propres deffauts , obtiennent
des graces & des honneurs . On
veut qu'ils foient curieux & qu'ils faſfent
fouvent des queftions fur ce qu'ils
voyent , & fur tout ce qu'ils entendent ;
& on punit très -féverement ceux qui ,
à la vûë d'une chofe extraordinaire & remarquable
, témoignent peu d'étonnement
& de curiofité . E vj Le
962 MERCURE DE FRANCE :
Le fecond Voyage eft dans le Pays
des Grands hommes. Gulliver , après
une tempête , étant defcendu dans une
Chalouppe pour faire aiguade , & s'étant
mal à propol avancé dans un pays inconnu
, trouve des Geans hauts de 150 .
pieds , il fe cache dans des bleds qui
étoient hauts comme des chênes. C'étoit
le temps de la moiffon : il eft découvert
par des Moiflonneurs qui le donnent au
Laboureur leur Maître. On le promene
de Ville en Ville comme une curiofité,
& il eft acheté par la Reine , qui le prefente
au Roi , Prince très - fage & trèsfçavant.
I eft pris d'abord pour un Automate
, femblable à un Tourne - Broche
ou à une Montre. Les Sçavans difputent
beaucoup fur la nature d'un fi petit
animal , & s'accordent à dire que c'eft
Lufus natura , admirable définition . Le
Roi plus clairvoyant qu'eux , découvre que
c'eft un homme en petit. On apprend à
Gulliver la Langue du Pays. Il a fouvent
des entretiens avec S. M. qui le fait venir
dans fon Cabinet & le met fur fon Ecritoire
pour l'entendre plus commodément.
Les entretiens font très fatyriques & renferment
une critique agréable du Gouvernement
d'Angleterre. Il vifite la Biblioteque
du Roi , & en fait la defcription . Il
parle fur tout d'un Livre intitulé , de la
FaiMAY.
1727. 963
>> que
Faibleffe de l'Esprit humain , dans lequel
on lifoit que l'homme n'étoit qu'un ver
de terre & qu'un atome , & que fa petiteffe
devoit fans ceffe l'humilier fur
quoi Gulliver fait ces reflexions . » Ces
» Geans fe trouvoient petits & foibles ;
fommes nous donc nous autres Eu-
»>ropéens ? Que fuis -je , moi qui fuis au
deffous de rien , en comparaifon de ces
hommes qu'on dit ici être fi petits &
>> fi peu de chofe ? Dans ce même Livre
"on faifoit voir la vanité du titre d'A!-
»teffe & de Grandeur , & combien il étoit
» ridicule qu'un homme qui avoit au plus
""
150. pieds de hauteur , osât fe dire
» Haut & Puiffant Seigneur. Que penſeroient
les Princes & les Grands - Sei-
»gneurs d'Europe , difois -je alors , s'ils
» lifoient ce Livre , eux qui avec cinq
pieds & quelques pouces , prétendent
» fans façon qu'on leur donne de l'Alteffe
& de la Grandeur ? Mais pourquoi
» n'ont- ils pas auffi exigé les titres de
Groffeur , de Largeur & d'Epaiffeur?
Au moins auroient - ils pû inventer un
» terme general , pour comprendre toutes
» ces dimentions & fe faire appeller votre
Etendue. On me répondra peut - être
» que ces mots , Alteffe & Grandeur , fe
rapportent à l'ame & non au corps .
Mais fi cela eft , pourquoi ne pas pren
le
> dre
964 MERCURE DE FRANCE .
» dre des titres plus marquez & plus dé
» terminez à un ſens fpirituel ? Pourquoi
» ne fe pas faire appeller , votre Sageffe,
»votre Penetration , votre Prévoyance,
» votre Liberalité , votre Bonté , votre
>> Bon - fens , votre Bel - Efprit ? Il faut
>> avouer que comme ces titres auroient
» été très-beaux & très - honorables , ils au-
>> roient auffi femé beaucoup d'amenité
>> dans les complimens des inferieurs , rien
n'étant plus divertiffant qu'un diſcours
plein de contre- veritez .
22
la
La defcription que Gulliver fait de
peau rude & groffiere des filles de
la Reine , lui fait conclure à la page 180.
» que la beauté des femmes , qui nous
caufent tant d'émotion , n'eft qu'une
chofe imaginaire , puifque les femmes
» d'Europe nous paroîtroient telles que
»ces filles , fi nos yeux étoient des Mi-
» crofcopes. Je fupplie le beau Sexe , ajoû-
»te-t-il , de ne me point fçavoir mauvais
»gré de cette obfervation . Il importe peu
» aux belles d'être laides pour des yeux
» perçans , qui ne les verront jamais. Les
» Philofophes fçavent bien ce qui en eft ;
mais lorsqu'ils voyent une Beauté , ils
» voyent comme tout le monde & ne
>> font plus Philofophes.
Le commencement du troifiéme
Voyage est tout allegorique à la Cour
d'AnMA
Y. 1727: 964
des
'd'Angleterre, que l'Ifle Aërienne femble
repreſenter. On s'y mocque un peu des
Mathématiciens , qu'on dépeint comme
gens
fort extraordinaires dans la focieté.
Enfuite vient l'Académie des Syftêmes
, qui eft la chofe du monde la plus
plaifante ; nous y renvoyons le Lecteur ,
s'il eft mélancolique. Le nouveau projet
fur la maniere de lever les impôts fans
que perfonne en puifle murmurer , eft
un endroit d'une fineffe toute neuve ,
Ce qui arrive à Gulliver dans l'Ile de
Glubbdubdrib , dont le Prince , qui eft
Magicien , évoque en fa prefence plufieurs
Ombres , eft d'une vivacité &
d'une force qui enlevent. La defcription
des Struldbrugs ou Immortels dans
le Royaume de Luggagg , eft encore un
morceau très - vif qui peint admirablement
les miferes de la vieilleffe , & fait
connoître la folie qu'il y a , à ſouhaiter
de vivre long- temps. Ce Voyage est
terminé par une fatyre picquante contre
les Négocians Hollandois ; le tour
en eft fort malin . L'Auteur ne paroît pas
aimer cette Nation .
Le quatriéme Voyage paffe pour
le plus beau . il s'y agit du Pays des
Houyhnhnms , c'eft- à - dire des Chevaux
raifonnables. Dans ce Pays il y a des
Yahous qui ont toute la figure humaine
&
966 MERCURE DE FRANCE .
& qui n'ont point de raiſon . C'eſt là que
l'Auteur déploye par cent tours agréa
bles , une morale également fine & élevée.
Il y fait fentir tous les deffauts de
l'humanité , enforte qu'il infpire à fon
Lecteur un fouverain mépris pour l'homme.
Il n'y a pas un trait dans ce der
nier Voyage qui ne foit beau & frappant.
Ce Livre n'eft pas feulement un Ouvrage
amusant , mais très - utile. Peintu
res , fictions , entretiens , reflexions , tout
part d'un Pinceau hardi & délicat , &
d'un efprit profond. On trouve l'Ouvragé
écrit avec pureté , avec élegance , &
furtout avec une clarté & une vivacité
infinie . Faut - il s'étonner de l'empreffement
du Public , dont il réunit tous les
fuffrages ? On voit à la tête une Préface
modefte & judicieufe . Le Traducteur
y dit en parlant de la premiere lecture
qu'il fit de ce Livre , qu'il y trouva des
chofes amufantes & judicieuſes , une fiction
foutenue , de fines ironies , des allégories
plaifantes , une morale fenſée &
libre , & par tout une critique badine &
pleine de fel .
J'ay dir , pourfuit l'Auteur , dans la
même Préface , que cet Ouvrage de
M. SWIFT , étoit neuf & original en fon
genre . Je n'ignore pas , cependant , que
nous en avons déja de cette efpece , fans
parler
MAY. 17277 967
parler de la République de Platon , de
Hiftoire veritable de Lucien , & du Suplement
à cette Hiftoire ; on connoît l'Utopie
du Chancelier Morus , la nouvelle
Atlantis du Chancelier Bacon , l'Hiftoire
des Sevarambes , les Voyages de Sadeur
, & de Jacques Macé , & enfin le
Voyage dans la Lune de Cyrano de Bergerac.
Mais tous ces ouvrages font d'un
goût fort different , & ceux qui voudront
les comparer à celui - ci , trouveront qu'ils
n'ont rien de commun avec lui , que l'idée
d'un voyage imaginaire , & d'un pays
fuppofé.
LES CHATS. A Paris , rue Galande ;
chez G. F. Quillau , 1727. vol . in - 8 ° . ouvrage
plein d'efprit, de recherches curieufe
, & très foigneufement écrit. Nous en
parlerons plus au long.
DESCRIPTION des Tableaux du Palais
Royal , avec la vie des Peintres à la tête
de leurs ouvrages , &c. A Paris , ruë
S. Severin , chez d'Houry , 1727. Cet
ouvrage , qui eft fort bien écrit , & tout
à fait digne de la curiofité du Lecteur
merite bien un Extrait particulier . On le
trouvera dans le prochain Mercure.
Les Libraires affociez pour l'Hiftoire
de Malthe , en achevent une troifiéme
Edition
968 MERCURE DE FRANCE.
Edition en 5. vol . in- 12. Il n'y aura nî
portraits , ni preuves , ni lifte de Chevaliers.
Les Tableaux ( au nombre de 12. )
qui ont été faits par les Peintres de l'Academie
Royale , felon les ordres du Duc
d'Antin , Sur - Intendant des Bâtimens,
ont été expofez pendant tout ce mois ,
à
la cenfure & à l'admiration publique
avec un très grand concours , dans la Gallerie
d'Apollon du vieux Louvre. Nous
parlerons le mois prochain des Auteurs
de ces Tableaux & des differens ſujets
qu'ils ont traitez.
Nous apprenons d'Amiens , que le
fieur de la Cache qui a des talens heureux
pour les Mechaniques , & qui y a
fait des progrès utiles au Public , a encore
trouvé la maniere de faire monter les
eaux en abondance fans pompe ni tuyaux ,
comme aux chapelets ordinaires ; il
a fait un chapelet de fabots , attachez
l'un à l'autre de la longueur qu'il faut
pour atteindre à la profondeur de l'eau ;
il le fait aller par le moyen d'une poulie
de bois toute unie & d'une manivelle
que l'on tourne à la main ou autrement ,
comme aux chapelets ordinaires . L'eau
monte du côté que les fabots font remplis
M A Ÿ. 1727%. 96
plis & fe vuide au haut à l'endroit où eft
la poulie ; chofe très commode pour
vuider promptement les batards- d'eau
les étangs , &c. dont on peut fe fervir à
toute forte de puits , fans être obligé de
defcendre au fond.
9
De plus, il a, 'dit-il , trouvé la maniere
d'enfoncer les pillotis une & deux fois
plus promptement qu'à l'ordinaire , avec
le même mouton & avec la moitié moins
de monde.
Enfin le fieur de la Gache promet de
donner inceffamment la maniere de faire
remonter une Horloge ou une Pendule
par elle-même .
L'Académie Royale de l'Hiftoire , établie
à Liſbonne , a choifi Dom Diegue
Ferdinand de Almeïda , Deputé du Saint
Office , & fecond fils du Comte d'Affumar
, pour écrire l'hiftoire de l'Evêché
de Miranda , dont avoit été chargé Dom
Ferdin d'Avreu , qui eft mort depuis peu.
EBay Mechanique fur le chant , la Mufique
& la Danfe , fur leurs ufages & abus,
& fur les changemens que ces exercices
opérent dans le corps humain . Ouvrage
Anglois, imprimé à Londres depuis peu .
LET970
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite à M. de la Roque ;
Les
par N.
Es réflexions que vous faites , Monfieur
, dans votre dernier Mercure
fur le goût de la Mufique , qui rend les
François émules des Italiens , & bien - tôt
leurs égaux , marquent l'attention que
vous avez à fuivre de près les progrès de
tous les beaux Arts , & votre fidelité à en
rendre compte au Public . On foufcrit avec
plaifir à ce que vous dites , que le goût
de la Mufique n'a jamais été fi univerfel
en France , & que cette Profeffion eft à
fon plus haut point.
Mais ce qui eft encore plus glorieux
pour la France , c'eſt que la theorie & la
fcience de la Mufique y marchent de pair
avec l'Art & la pratique. Nous en fommes
redevables au nouveau ſiſtême & aux
découvertes que M. Rameau publia il y a
quelques années fur l'harmonie ; c'eſt le
fort de toutes les nouveautez d'être contredites
par les gens du métier : celles- ci
n'ont pas laiffé d'éprouver bien des contradictions
; mais heureuſement pour
l'Auteur , ou pour le Public , les fçavans
& bien des connoiffeurs firent un accueil
favorable à cette nouvelle theorie : cet
accueil & ces contradictions ont encouragé
MAY. 1727. 971
gé M. Rameau à donner de nouveaux
éclairciffemens que Balard vient d'imprimer.
Les Sçavans du premier ordre &
même bien des perfonnes équitables de la
profeffion les admirent , & conviennent
que M. Rameau allie ce qui a paru julqu'ici
inalliable , une theorie profonde, à
une pratique de l'Orgue & du Clavecin
qui feule jufqu'ici lui avoit fait un grand
nom .
Sa maniere de montrer l'accompagnement
du Clavecin n'eft plus aujourd'hui
équivoque. Ses écoliers & fes écolieres
font de bons garands de la rapidité des
progrès qu'on fait fous un fi bon maître.
Il feroit à fouhaiter qu'il voulut auffi
rendre cette maniere publique comme fes
autres découvertes.
Le 9. de ce mois , l'Abbé Baüyn , neveu
de M. d'Angervilliers , Intendant de Paris
, foutint en Sorbonne une Thefe qu'il
avoit dédiée au Cardinal de Fleury qui y
affifta , ainfi que le Cardinal de Biffi &
un très grand nombre de perfonnes de
diftinction . L'Evêque de Soiffons y préfidoit
.
Le 26. du mois dernier , le Cardinal
de Fleury , après avoir préfidé à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale des
Scien972
MERCURE
DE FRANCE
!

Sciences , alla à l'Académie Françoife ;
où S. E. fut fort long- tems ; & avant que
de s'en retourner à Verſailles , elle fe
rendit à l'Hôtel d'Uzés où eft le Magazin
des ouvrages d'acier & de fer fondu ,
dont elle parût très- contente.
-
M. Nicolas de Malezieu , Chevalier ,
Seigneur de Châtenay , Chancelier de la
Souveraineté de Dombes , Chef des Confeils
de M. le Duc du Maine , Secretaire
General des Suiffes & Grifons , Honoraire
de l'Académie des Sciences , l'un
des Quarante de l'Académie Françoife ,
eft decedé le quatriéme May , âgé de
foixante feize ans & demi . Il n'étoit
pas moins connu par fon honneur & ſa
probité , que par la beauté de fon genie
; ilfut choifi par le feu Roi pour avoir
des entretiens avec M. le Duc de Bourgogne
fur la Géometrie , & autres Sciences
où il étoit Superieur ; la confiance &
l'eftime dont M. le Duc & Madame la
Ducheffe du Maine l'honnoroient font fon
Panegyrique.
EXTRAIT
MAY.
973 1727.
EXTRAIT de deux Difcours lûs à l'Académie
Royale des Sciences lors de
Affemblée publique , à la rentrée d'après
Pâques.
M
R Geoffroy le cadet lût le fecond
& donna des Obfervations fort curieufes
fur le mélange des huiles effentielles
avec l'efprit de vin.
On fçait que l'efprit de vin eft très inflammable
, & M. Geoffroy fit voir l'an
paflé dans une affemblée publique , que
les huiles effentielles le font à un tel point,
que pour les allumer fubitement & avec
une exploſion pareille à celle de la pou
dre à canon , il ne faut que verfer deffus
un fort efprit acide.
Il fembleroit donc qu'en mêlant enfemble
de l'efprit de vin & des huiles effentielles
qui font des liqueurs chaudes &
inflammables , fi ce mélange avoit quelque
effet à produire , ce devroit être une
augmentation de chaleur. Il arrive pourtant
tout le contraire , puifqu'un pareil
mélange fait baiffer fenfiblement la li
queur du Thermometre.
Le mélange de l'eau avec les huiles
effentielles ne produit aucun effet fur le
Thermometre , parce que l'eau ne s'unit
en aucune façon avec ces huiles qui s'en
feparent
974 MERCURE DE FRANCE .
feparent toujours , ou en la furnageant ;
ou en fe précipitant au fond , felon qu'elles
font plus legeres ou plus péfantes que
l'eau.
Il avoit obfervé un Phénomene tout
oppofé , dans un Memoire qu'il donna à
l'Académie en 1713. Car en mêlant de
l'eau , qui peut paffer pour une liqueur
froide , avec de l'efprit de vin , il s'ap-.
perçut que ce mélange produifoit une fi
grande chaleur , qu'il faifoit monter la
fiqueur du Thermometre de plus d'un
pouce. L'oppofition de ces deux Phénomenes
paroît furprenante & mérite l'at
tention des Phyficiens.De quelque nature
que foient differentes ligueurs ou chaudes
ou froides , lorfqu'elles ont été fuffiſamment
expofées à l'air libre , elles n'operent
aucun changement fur la liqueur du
Thermometre qu'on y plonge. C'eft- là
que M. Geoffroy compte les dégrez de
hauteur ou d'abaiffement qu'il a obfervez
dans la liqueur du Thermometre , en fai
fant les experiences qu'il a rapportées .
Il eft certain que les fels melez dans les
liqueurs opérent un refroidiffement indiqué
par l'abaiffement de la liqueur du
Thermometre. Auffi l'urine mêlée avec
f'efprit de vin , ne fait- elle pas monter
le Thermometre auffi haut que l'eau fimple.
Le fel ammoniac qui agit plus puiflamMAY.
1727.
975
famment que le fel de l'urine étant diffout
dans l'eau , & mêlé dans l'efprit de
vin , ne laiffe monter la liqueur du Thermometre
qu'à fept lignes & demi , au lieu
que l'urine la laiffe monter jufqu'à dix,
& que l'eau fimple mêlée de même avec
l'efprit de vin , la fait monter jufqu'à
treize lignes . M. Geoffroy infere delà ,
que les fels qui font contenus dans les
huiles effentielles , venant à fe diffoudre
par leur mêlange avec l'efprit de vin ,
opérent le refroidiffement qu'il a obfervé.
L'eau au contraire en fe mêlant avec l'efprit
de vin , cauſe une augmentation de
chaleur , parce que s'uniffant intimément
avec le flegme qui abonde dans l'efprit
de vin le plus rectifié , & qui eft préciſément
de même nature que l'eau , comme
M. Geoffroy l'a montré dans fon Memoirede
1718. la partie inflammable de l'efprit
de vin , venant à fe développer ,
produit une effervefcence capable de faire
monter confiderablement la liqueur du
Thermometre.
Il y a quelques huiles effentielles , comme
l'huile de Lavande , dont le mélange
avec l'efprit de vin , ne produit aucun
changement. Apparamment que ces deux
liqueurs s'uniffent enfemble fans agir
P'une fur l'autre , & que les petites par
ties qui les compofent ne font que fe pla-
F cer
976 MERCURE DE FRANCE .
cer les unes auprès des autres fans fe décompofer
, comme il arrive dans le mêlange
de l'eau & du vin qui n'agit point
fur le Thermometre . M. Geoffroy choifit
pour exemple de fes Experiences ,
d'un côté le mélange de l'eau avec l'ef
prit de vin , & de l'autre celui de l'efprit
de vin avec l'huile effentielle d'anis .
On vit pendant un tems affez confiderable
que le Thermometre plongé dans le
premier mélange hauffoit fenfiblement
pendant que celui qui trempoit dans l'autre
mélange baiffoit à vûë d'oeil.
M. de Mairan lût enfuite une Differtation
Aftronomique fur le mouvement
de la Lune & de la Terre , où il examine
laquelle de ces deux Planetes tourne autour
de l'autre , comme Satellite , & où
il fait plufieurs remarques fur les Satellites
ou Planetes fecondaires en general , &
fur les avantages que leurs habitans auroient
de plus que ceux des Planetes
principales pour s'appercevoir du mouvement
de leur habitation , tant autour
du Soleil , qu'autour de leur Planete principale.
L'occafion de cet ouvrage eft une
Diflertation fur le flux & reflux de la
mer , qui remporta le prix l'année derniere
à l'Académie de Bordeaux , & où
l'Auteur prend pour principe de l'expli-

cation
MAY. 1727. 977
sation qu'il donne de ce Phénomene , le
mouvement de la Terre autour de la Lune,
dont il tâche de démontrer la réalité ,
contre l'opinion contraire generalement
reçuë jufqu'à aujourd'hui . M. de Mairan
remarqua pourtant que vers le milieu
du dernier fiecle , un Noble Genois nommé
Baliani,avoit eu la même idée. Il traita
enfuite de l'hypothefe du mouvement de
la Terre autour de la Lune , en la fuppofant
vraie pour un moment, & en tirant de
cette fuppofition toutes les fuites qu'elle
auroit dans la nature , les apparences celef
tes ,les inégalitez de mouvement que nous
devrions appercevoir dans le mouvement
du Soleil, & les accelerations ou les retardemens
que nous trouverions dans la mefure
du tems les jours de nouvelle & de
pleine Lune , & d'une quadrature à l'autre.
Et parce que jufqu'ici on n'a rien obfervé
de pareil dans les circonftances qu'il
détermine, M. de Mairan en conclut , que
ce n'eft donc pas la Terre qui tourne autour
de la Lune , mais que c'eft au contraire
la Lune qui tourne autour de la
Terre. Cependant les preuves de ce repos
, & pour ainfi dire de cette primauté
de la Terre , eu égard à la Lune ,
confiftent dans des obfervations très délicates
, & on ne croiroit peut - être pas ,
combien il a tenu à peu que nous ne nous
Fij trou
978 MERCURE DE FRANCE.
trouvafions dans l'impoffibilité totale de
nous en convaincre. C'eſt une affaire de
quelques fecondes. Il n'y a que les inftrumens
& les pendules modernes qui
puiffent nous en affurer parfaitement , &
il y a 60. cù 70. ans qu'on auroit eu
bien de la peine à réfuter folidement la
nouvelle hypothefe , fur tout dans l'erreur
ou l'on étoit fur l'éloignement du
Soleil à la Terre , qui influe beaucoup
fur cette question . M. de Mairan paſſa
après cela des preuves aftronomiques aux
preuves de convenance , en avoüant cepen.
dant que ces dernieres ne peuvent avoir
de force qu'autant qu'elles concourent
avec les autres. Telle eft , par exemple ,
l'induction priſe de la groffeur de la Terre :
car quoique nous ne fçachions pas bien
précisément ce qui reglejla grandeur ou la
force des tourbillons , il eft toûjours à préfumer
, ajouta- t -il , que dans le conflic
de deux tourbillons , celui d'une Planete
50. ou 55. fois plus groffe qu'une autre ,
comme eft la Lune à l'égard de la Terre,
a dû l'emporter fur le tourbillon de colleci
, le détruire , ou le contraindre à circuler
avec lui en fecond . Ce que la grandeur
proportionnelle des tourbillons paroît
devoir faire dans le fyftême Cartefien
, il remarque que l'action refpective
des corps à raifon de leurs maffes , le
fera
MAY . 1927. 979
fera dans le fyftême Newtonien , & qu'enfin
il ne voit aucune loi de Mechanique ni
d'équilibre dans l'Univers , qui ne tende
à fubordonner la petite Planete à la grande
, & à la faire tourner autour d'elle .
Du refte , M. de Mairan a traité cette
matiere indépendemment de la Differtation
de Bordeaux , dont il marque d'ailleurs
faire beaucoup de cas , tant par ellemême
, que par le fort qu'elle a eu dans
une Compagnie, à laquelle , ajouté - il , il a
l'honneur d'appartenir comme Membre ,
& dont il eft plus interreffé que perfonne
du monde à faire refpecter les fuffrages.
Nous avertiffons le Public , que la Differtation
dont on vient de parler , eſt du'
R. P. Alexandre , Benedictin ; & qu'ayant
été d'abord imprimée à Bordeaux
elle l'a été depuis à Paris avec des augmentations
, & fe vend chez Babuti , ruč
S. Jacques , in- 12. avec des figures , fous
le titre de Traité du Flux & Reflux de
la mer , &c. à Paris , 1726.
LE
Affaires du Palais.
E Lundy 21. Avril , le Parlement
rentra après 15. jours de vacations ;
& le Mercredy fuivant toutes les Chambres
s'affemblerent pour les Mercuriales.
M. le Procureur General y parla fur le
Fiij ferment
980 MERCURE DE FRANCE .
ferment que les Magiftrats prêtent lors
de leur réception . Il fit voir quelle étoit
la nature des obligations que ce ferment
leur impofoit. Dans l'ufage du monde
dit il , celui qui manque à la parole qu'il
a donnée eſt deshonoré . Quelle opinion
doit-on donc avoir d'un Magiftrat qui
n'accomplit pas ce qu'il a promis à Dieu
même. Dans les premiers tems on regardoit
le ferment comme un engagement
qu'il eût été honteux d'enfraindre ; enfuite
l'habitude de le voir prêter , a diminué
l'impreffion qu'il doit faire. Mais
pour être devenu plus frequent , il n'en
doit pas être moins refpectable ; au contraire
l'ufage de le faire prêter à tous les
Officiers , en établit la neceffité & l'importance
. Le ferment , continua -t - il ,
comprend tous les devoirs du Magiſtrat .
Il l'engage en premier lieu à s'inftruire
des Loix, & à garder les Ordonnances. Il
ne faut pas croire que le bon fens feul
fuffife pour décider du fort des peuples ;
il n'y a que
les Loix qui puiffent conduire
furement le Jugement du Magiftrat ,
& il feroit temeraire de penfer qu'il puiffe
fe paffer de leur fecours , & de celui des
grands Jurifconfultes qui les ont commentées
& éclaircies . En fecond lieu , il
l'oblige à vivre en bon & fage Magiftrat.
Il faut qu'il foit le modele des regles qu'il
veut
MAY. 1727. 981
.
eut expliquer aux autres . Rien n'eft indifferent
dans la conduite du Magiftrat.
On fe foumet bien plus volontiers à des
décifions , qui ne font point démenties
par
fa conduite ; & il lui feroit honteux
de laiffer éclater en fa perfonne les vices
qu'il condamne dans fon Tribunal . En
troifiéme lieu , il lui prefcrit de tenir les
déliberations de la Cour fecretes . L'ufage
de les reveler n'autorife pas cette indifcretion.
Le motif de tet abus eft ſouvent
de rendre publique la gloire que l'on a
euë de faire prévaloir fon opinion ; mais
on ne s'énorgueillit ordinairement de ce
fuccès , qu'aux dépens de l'opinion que
l'on donne de fes Confreres. Quelquefois
on veut auffi s'excufer d'avoir contribué
à un Jugement rendu contre notre avis ,
& ce motif eft encore plus indécent que
le premier , puifque c'eft appeller du Ĵugement
de fon propre Tribunal à celui
du Public ; ce qui eft d'autant plus dangereux
, qu'on donne par là occafion aux
reproches & aux difcours fcandaleux des
Parties , qui fe vengent de leur condamnation
, en diffamant les Juges qui l'ont
prononcée.
са
M. le premier Préfident prononça
enfuite un Difcours , dans lequel il
établit , que le Magiftrat eft engagé par
fon état à donner au Public l'exemple
F iij
d'une
982 MERCURE DE FRANCE .
d'une bonne conduite , comme il eft obli
gé de regler celle des autres par fes Jugemens
.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'Année 1729 .
Eu M. Rouillé de Meffay , ancien Confeil-
Flet M. Parlement de Paris , ayant conçû le
noble deffein de contribuer au progrès des
Sciences , & à l'utilité que le Public en doic
retirer , a legué à l'Académie Royale des
Sciences un fonds pour deux Prix , qui feront
diftribuez à ceux , qui au jugement de cette
Compagnie auront le mieux réuni fur deux
differentes fortes de Sujets , qu'il a indiquez
dans fon Teftament , & dont il a donné des
exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le fyftème
general du Monde , & l'Aftronomie Phifique.
Ce prix devroit être de 2000. livres , aux
termes du Teftament , & fe diftribuer tous les
ans. Mais la diminution des Rentes a obligé
de ne le donner que tous les deux ans , afin
de le rendre plus confiderable , & il fera de
2500. livres.
Les Sujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , &
fera de zooo . livres.
L'Académie fe conformant aux vûës & aux
intentions du Teftateur , propofe pour fujet
du fecond Prix qui tombe dans l'Année. 1729.-
Quelle est la meilleure Methode d'observer les
Hauteurs fur Mer par le Soleil , do par les
Etoiles , foit par des Inftrumens déja connus ,
fois
MAY. 1727. 983
foit par des Inftrumens de nouvelle invention.
Les Sçavans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces Sujets , & même les
Affociez Etrangers de l'Académie. Elle s'eft
fait la Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles
de prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écriré
en François , ou en Latin , mais fans aucune
obligation. Ils pourront écrire en telle Langue
qu'ils voudront , & l'Académie fera tra
duire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles
, fur tout quand il y aura des Calculs
d'Algebre
Ils ne mettront point leur nom à leurs Qu
vrages , mais feulement une Sentence ou Devife.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à
leur Ecrit un Billet féparé & cacheté par eux,
où feront avec cette même Sentence , leur nom ,
leurs qualitez & leur adreffe , & ce Billet ne
fera ouvert par l'Académie , qu'en cas que la
Piece ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adref
feront leurs ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains. Dans ce fecond cas le Set
cretaire en donnera , en même tems à celui qui
les lui aura remis , fon Recepiffé , où fera marquée
la Sentence de l'Ouvrage & fon numero ,
felon l'ordre ou le temps dans lequel il aura
été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au¹
premier Septembre 1728. exclufivement.
L'Académie à fon Affemblée publique d'a
près Pâques 1729. proclamera la Piece qui
aura ce Prix .
S'il y a un Recepiffé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le prix , le Tréforier
Fy de
984 MERCURE DE FRANCE:
Off
de l'Académie délivrera la fomme du Prix
à celui qui lui rapportera ce Recepiffé . Il n'y
aura à cela nulle autre formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire , le
Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur
même, qui fe fera connoître , ou au Porteur
d'une Procuration de ſa part.
Le fieur Dugeron , Ancien Chirurgien
d'Armée , donne encore avis qu'il
a le fecret d'une Opiate fans goût , qui
préferve les dents de fe gâter & de tomber.
Il demeure au grand Cloître fainte
Oportune , à Paris.
akakakakakakakakakakakakak
CHANSON EN RONDEAU.
Ru
Uiffeaux , foyez témoins de mon cruel
tourment ,
Suſpendez un moment votre Onde fugitive.
L'Echo vous apprendra la douleur la plus
vive
Que puiffe fentir un Amant ;
Pour écouter fa voix plaintive
Coulez plus lentement.
Sufpendez un moment votre Onde fugitive ,
Ruiffeaux , foyez témoins de mon cruel tourment.
SPECMAY.
1727
985
Ron
Pa
M
084 MERCURE
DE FRANCE
.
MA Y. 1727. 985
*******************
La
SPECTACLES.
E Mardy 29. du mois dernier , l'Académie
Royale de Mufique remit
au Théatre la Tragedie de Médée & Jafon
, qui fut très - bien executée & trèsfavorablement
reçûë du Public. Les paroles
font de M. de la Roque & la Mufique
de M. Salomon. Cet Opera eut un
fort grand fuccès dans fa nouveauté en
1713. La Dile Antier y joue le principal
Rôle dans la plus grande perfection .
Le fieur Tribou remplit celui de Jafon
avec beaucoup d'intelligence & de feu ,
les Rôles de Creon & de Creuse font
joüez par le fieur Thevenard & par la
De Peliffier. Le premier feroit peu flatté
des louanges qu'on pourroit lui donner
, & le Public connoît avec quelle
nobleffe & quelle fimplicité il exprime
le caractere du perfonnage qu'il joüe. La
Dlle Peliffier fait fentir avec beaucoup
d'art & de finefle , les mouvemens dont
le coeur d'une Princeffe peut être agité
par l'amour , la crainte , la jaloufie &
la pitié . Le Ballet eft de la compofition
du fieur Pecour , qui trouve toûjours de
nouvelles reflources pour varier & pour
F vj em986
MERCURE DE FRANCE.
embellir le Spectacle . La Dlle de l'Ifle
& le fieur Duval , danfent un pas de deux
au premier Acte qui fait grand plaiſir . Le
fieur Maltere , une Entrée de Demon trèsvive
au fecond Acte , qui eft extréme--
ment applaudie. La Dlle.Prevôt danfe plufieurs
Entrées au troifiéme Acte , avec
les graces que tout le monde lui connoît ;
& dans la Fête Marine du quatriéme
Acte , la Dlle Camargo danfe deux Entrées
avec toute la legereté & la vivaci
té imaginable. Le fieur Dumoulin le jeune
danfe deux Entrées au cinquiéme
Acte , qui font un très - grand plaifir .
LES EFFETS DU DEPIT , petite
Comédie nouvelle de M. de Beauchamp ;-
repréfentée le mois dernier fur le Theatre
de l'Hôtel de Bourgogne. Extrait..
ACTEURS.
La D'le Sylvia:
Le fieur Riccoboni , fils .
Le fieur Romagneſi:
Le fieur Mario..
La Comteffe ,
Dorante ,
Le Marquis,
Le Préfident ,,
Eliante ,
Colombine ,
Scapin , Lefieur Dominique ..
La De Lalande,.
7
La Dle Flaminia :-
La Scenes eft chez la Comteffe..
+
1
Rien
MAY. 1717. 987
R
Ien n'eft plus fimple que le fujet de
cette petite Comedie; mais c'eft cette
fimplicité même qui fait le plus d'honneur
à l'Auteur ; elle lui fert à faire voir
quelles reffources il a du côté de l'efprit
& du fentiment , & qu'il entend parfaitement
la Métaphyfique du coeur. Voici
en quoi confifte ce fujet qui lui donne
lieu à dire de fi jolies chofes.
Un jeune Cavalier , qui à peine entre
dans le monde , rend de fréquentes viſites
à une jeune Demoifelle , plutôt pour apprendre
dans fon école les manieres du
monde , que pour s'initier dans les myfteres
d'amour ; elle en fait un très -joli
homme , foit par reconnoiffance , foit
par fympathie fon écolier devient fon
Amant. Cependant tout aimable qu'il eft
devenu par les foins de fa belle Maîtreffe ,
il ne peut parvenir à lui plaire ; le dépit
l'oblige à la quitter ; elle eft fi picquée
d'une retraite à laquelle elle ne s'attendoit
pas , qu'elle fait courir le bruit
qu'elle va fe marier , pour rappeller un.
captif échappé de fa chaîne. Il ne revient
point ; cela irrite fon dépit ; elle le porte
jufqu'à fe marier en effet. Elle devient
veuve dans quelques mois. La voilà riche
douairiere & Comteffe ; fon Amant
revient à Paris , on lui fait entendre qu'il
vient fe marier , nouveau dépit . On dit
à
988 MERCURE DE FRANCE .
à fon Amant qu'elle va en faire autant :
dépit de part & d'autre , qui après quelques
éclats parvient à les unir pour jamais.
Voilà fur quel fond roulent une
douzaine de Scenes que nous allons mettre
par ordre , & dont nous citerons quelques
morceaux à la fin de cet Extrait .

Scapin valet de Dorante , & Colombine
fuivante de la Comteffe , commencent
la piece après bien des menteries de part
& d'autre ils conviennent de ne rien
oublier pour réunir deux Amans que
le dépit a féparez ; Scapin répond de
Dorante , & Colombine Colombine fe promet de
réuffir auprès de la Comteffe. Cette derniere
eft veuve , fes biens & fa beauté la
font rechercher par un Marquis & par
un Prefident. Scapin fe retire à l'approche
de la Comteffe .
Celle- ci rend compte à Colombine de
tout ce qu'elle vient de voir chez Dorimene
. Elle fait divers portraits de plufieurs
originaux qu'elle y a trouvez . Elle
finit par Dorante ; mais Colombine s'apperçoit
qu'elle devient un peu plus ferieufe
en parlant de lui ; elle lui en demande
la raiſon , ce qui donne lieu à expoſer
tout ce qui s'eft paffé entre ces
deux Amans que le dépit a feparez. La
Comteffe laiffe entrevoir le regret de
l'avoir
MAY. 1727: 989
l'avoir perdu dans tout ce qu'elle dit ,
pour marquer fon indifférence.
Eliante , amie de la Comteffe , vient
dans la troifiéme Scene lui faire corfidence
du deffein que le Marquis , dont on
a parlé dans la premiere Scene , a formé
de l'époufer ; & comme ce Marquis eſt
un des Amans de la Comteffe , Eliante
lui demande fon aveu par politeffe. La
Comtefle répond à fon honnêteté , & lui
dit qu'elle aura l'honneur de l'aller remercier
chez elle d'une démarche , dont bien
d'autres rivales fe pafferoient ; elle confent
à l'Hymen que le Marquis lui propofe .
A peine Eliante eft fortie ,
› que la
Comteffe change de refolution par dépir.
Elle fe figure que cette prétendue politeſſe
eſt une infulte de Rival , elle veut
s'en vanger ; Dorante entre pour beaucoup
dans ce nouveau dépit. La Comteffe
s'en doute elle- même . Elle appelle Colombine
, & lui ordonne d'envoyer dire
au Marquis de la venir voir, toute affaire
ceffante. Le Marquis arrive à point
nommé .
Dans la fixiéme Scene , la Comteffe
montre aux yeux du Marquis un fi grand
regret de le perdre , qu'elle l'engage à
aller retirer une parole qu'il n'avoit donné
à Eliante que par dépit.
Dans
990 MERCURE DE FRANCE .
Dans la Scene fuivante , la Comteffe
fe repent de ce qu'elle vient d'exiger du
Marquis ; elle ne fçait pas bien elle - même
ce qui fe paffe dans fon coeur ; le Prefident
qui a le malheur d'être un de fes
Amans arrive , & fe reffent bien - tôt de
fa mauvaife humeur. Elle le traite avec
une indifférence qui tient du mépris ; it
fe retire dans le deffein de ne plus reve
nir. La Comteffe le regrette beaucoup
moins que le Marquis .
Colombine vient dire à fa Maîtreffe
que Dorante envoye demander fi elle eſt
visible. La Comteffe troublée au nom de
Dorante ne fçait que répondre ; elle dit
enfin à Colombine de lui faire dire qu'il
peut venir ; mais elle ajoute , que s'il ne
vient pas, elle en fera toute confolée. Elle
fe retire.
Dans la dixiéme Scene , Scapin & Colombine
fe rendent compte de tout ce
qu'ils ont fait ; mais avec plus de fincerité
qu'ils n'en ont eu l'un pour l'autre
dans leur premier entretien . Scapin avoue
à Colombine que fon Maître n'a jamais
rien aimé que fa Maîtreffe ; Colombine
lui déclare à fon tour , qu'au mariage
près , la Comtefle a été très- fidelle à
fon Maître ; elle ajoute , qu'il eft vrai ,
qu'elle vient de promettre encore fa
main
MAY. 1727 . 991
main au Marquis ; mais que ce n'eft que
par un effet ordinaire du dépit qui regle
tous les mouvemens de fon coeur.
Dorante arrive fans attendre la réponſe
de Scapin ; il eft outré de colere contre
la Comteffe ; le Marquis vient de lui
dire qu'elle confent à le rendre heureux ;
il veut fortir fans voir fon infidelle , &
s'ailer battre avec fon Rival . La Comteffe
entre .
Dorante , par le confeil de Scapin , affecte
beaucoup de froideur à la vue de la
Comtelle ; il lui dit que ce n'eft qu'une
vifite de bienséance qu'il lui rend pour la
feliciter de fon nouveau mariage avec le
Marquis ; la Comteſſe lui dit qu'il n'en
eft rien ; Scapin voyant fon Maître interdit,
répond pour lui , & dit à la Comteſſe
qu'elle doit auffi un compliment à Dorante
, au fujet d'une aimable Picarde
qu'il va époufer. La Comteffe en eft picquée
, & le détermine à époufer tout de
bon le Marquis.
Le Marquis vient apprendre à la Comteffe
dans la derniere Scene , que tout eft
prêt pour leur Hymen . Dorante change
de couleur à cette funefte nouvelle ; la
Comteffe s'apperçoit par - là qu'il l'aimė
toujours. Elle rompt brufquement avec
le Marquis , & fe raccommode avec Dorante
992 MERCURE DE FRANCE.
fori rante , qui lui déclare de fon côté que
mariage avec l'aimable Picarde n'eft
qu'une invention de Scapin , qu'il n'a
fecondée que par dépit. Voilà tout le fond
de la piece en queftion. Elle a été reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens. Le détail
fur tout fait un plaifir infini ; nous
efperons que nos lecteurs nous fçauront
bon gré d'en inferer ici quelques endroits
qui ont été applaudis .
Dans la feconde Scene , la Comteffe
fait divers portraits des gens qu'elle vient
de voir chez une de fes amies . Voici
comme elle s'exprime . Celimene étoitfeule
avec un vieil Abbé , à longue perruque ,
qui , d'une voix caffée , lui lifoit amourenfement
une Elegie fur une paſſion naiſſante.
Il a recommencé pour moi. C'étoient des
vers pitoyables. J'ai eu la malice de lui
faire repeter les endroits qui m'ont paru l´s
plus languiffants. Je me fuis recriée , j'ai
loué il m'en a promis une copie ; enfuite
eft arrivée à grand bruit une groffe Bourgeoife
, affiffée fous le poids de fes diamants,
trainant à fa fuite une fille plus que nubile ?
grande , feche , de mauvaife grace ; mais
d'un air de confiance admirable. Elle a
deux cens mille écus , un Doucereux qui
la fuivoit la trouve charmante ; je l'entendois
lui jurer à la dérobée , qu'elle étoit
plus belle que mois elle le croyoit auſſi.
Surviennent
MAY. 1727. 993.
Surviennent deux nouveaux mariez : fi
gures- toi fi tu peux , un dadais en gans
blancs , en habit brodé , qui , d'un air décontenancé
préfente à la Maîtreße de la
maifon une Agnés , qui fortie la veille de
Convent , ne fçait pas même faire la révérence
, & qui toute engouée d'avoir de
beaux habits , les regarde pour les faire regarder
aux autres . Un Nouvellifte , un
Plaideur , l'un d'épée , l'autre de rebbe ,
deux joueufes de quadrille, faute de Lanf
quenet , augmentent la compagnie. On s'entretient
de guerre , de paix , de finances
d'intrigues de quartier , on parle tous à la
fois , on ne s'entend plus . Il ne nous manquoit
que deux petites Maîtreffes ; nous les
avons eues. Un grand coup defifflet frappe
mon oreille ; on annonce le beau , le char
mant Damis ; il entre écarté de tous fes
appas : il falue de l'épaule , ou s'imagine
avoir falué : il franchit le cercles fes premiers
regards font pour le miroir ; content
de fa parure , il tourne le dos à la cheminée
, tantôt un pied , tantôt l'autre en
l'air:fes yeux font la ronde ; cela vouloit
dire ; Mes Dames , regardez- moi ; je fuis
le plus joli Cavalier de France , & le
plus aife defe l'entendre dire ; il fe panche
vers l'une , fourit à l'autre , me prend mon
éventail , en badine , m'en donne galam.
ment un petit coup fur les doigts , en me
difant
994 MERCURE DE FRANCE .
difant , je crois une douceur à laquelle
heureufement il ne me donne pas
:
be
temps
de répondre regarder à fa montre , partir
comme un éclair , voler à l'Opera , peutêtre
aux deux Comedies , je ne lui donne
qu'un quart d'heure pour tout cela.
La Cointeffe vient enfin à Dorante
qu'elle a vu dans la cohue dont elle parle
, Colombine lui demande pourquoi elle
l'a fi maltraité , lorfque le dépit l'a obligé
à s'éloigner d'elle ; voici ce qu'elle
lui répond :
Pourquoi ? je vais te le dire. Lorsqu'on
Pamena au logis , c'étoit le plus étourdi
petit homme qu'il y eût en France : manieres
, difcours , façon de fe mettre , tous
gatoit fon efprit & fa figure ; je réfolus
de le changersj'en vins à bout , je le rendis
méconnoiffable; bien- tôt on le donna
pour modelle. Que ce fût reconnoiffance ou'
fympatie de fa part , je cris m'appercevoir
qu'il m'aimoit ; il ne me donna pas
même le
temps s d'en douter. Je lui dois cette juftice,
il s'y prit de façon à toucher toute autre
que moi. Mon beure n'étoitppaass venuë,&
j'aurois eu honte qu'on eût dit dans le
monde que je profitois de mon ouvrage.
Cette fantaisie décida de fon fort , je ne
l'aimai point : trois ans de respects , de
foins , de perfeverance , ne le menerent qu'à
la conviction qu'il étoit plus prêt de perdic
MAY. 1727.
995
e dre mon amitié que de gagner mon coeur
ajoûte à cela que mon frere vivoit , que je
n'étois pas riche , & que je regardois comne
une foibleffe de lui avoir obligation.
Nous n'avons pas crû pouvoir mieux
finir cet Extrait que par la derniere Scene;
elle donnera une idée de la maniere
que l'Auteur dialogue : la Scene eft entre
Dorante & la Comtefle .
La Comteffe,
Ne rappellons point un fouvenir fâeheux.
Je ne vous ai point aimé , Dorante ,
je vous l'avonë , plutôt cependant par délicateffe
, que faute de fentiment ; j'en ay
áté la victime ; je vous ai perdu , je me
fuis mariée par dépit , & fans avoir fenti
les douleurs de l'amour , vous m'en avez
fait éprouver toutes les amertumes ; cet aven
ne mejuftifie pas , je le fçai ; mais pour
quoi vous parler de mes tours avec vous ?
une autre vous confole de la perte d'un
oeur auquel vous avez ceßé de prétendre ,
je me rends juftice , d'un coeur qui n'eft
plus digne de vous,
Dorante.
Je ne vous cache point , Madame , qu'agité
du dépit le plus violent , j'ai tout employé
pour vous oublier. Mon imagination
ne vous prefentoit plus à moi que fous les
waits
996 MERCURE
DE FRANCE.
traits d'une ingrate ; vos charmes ne vous
deffendoient plus que foiblement dans mon
coeur : je me fuis crû guéri , je m'en fuis
flatté ; mais je n'ai jamais cherché dans
d'autres fers un bonheur que je n'avois pû trouver dans les vôtres .
La Comteffe .
Dorante, il n'est donc
vous allez vous marier ?
- Non , Madame.
pas vrai que
Dorante.
La Comteffe.
Ah ! que vous augmentez mon repentir !
Dorante .
Et que votre vûë augmente ma foibleſſe !
vais-je encore vous aimer inutilement ?
garantiffez-moi par
de nouvelles rigueurs
du danger qui me menace.
La Comtefle .
Vous ne les craignez plus,
Dorante,
Je ne fens que trop que je fuis né pour
vous aimer ; je croyois , il n'y a qu'un
moment , que je ne vous aimois plus , mon
dépit me feduifoit, & j'ai fenti à la vûë
du Marquis , que vous m'étiez plus chere
que jamais.
La Comteffe .
Et moi , Dorante , & moi , en appre
nant votre infidelité apparente , j'ai éprou
vé que fi je ne vous aimois pas encore , j'étois
MAY. 1727. 997
tois au moins capable de mourir de don
Leur de n'être plus aimée de vous ..
Dorante.
N'est-ce point encore du dépit ?
La Comteffe.
Non , Dorante.
Dorante.
Eft- ce de l'amour ?
La Comteffe.
C'eft du moins quelque chofe dont vous
ne devez pas vous plaindre.
Dorante.
En demeurerez- vous là , Madame ?
La Comteffe.
Dorante , vous l'emportez : allons rendre
à l'Amour deux coeurs que le dépit lui
avoit enlevez
On voit affez par la maniere dont cette
Piece eft écrite , qu'elle ne méritoit pas
moins de réüffir que le Portrait qui eft
du même Auteur.
Le Samedy 3. May , les Comédiens
François donnerent la premiere Reprefentation
de l'Envieux , Piece en Profe
& en un Acte. M. Nericault des Touches
, l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe en eft l'Auteur. Nous laiffons
au Lecteur la liberté d'en juger, fur l'Extrait
fuccinct que nous allons donner.
AC998
MERCURE DE FRANCE.
ACTEURS.
Nicandre .
Araminte.
Le fieur Quinault.
La Dle la Mothe.
Julie.
Le Marquis.
La Dile Labatte.
Le fieur le Grand le fils.
Suivante de Julie. La Dlie du Frefne.
Minutie , Auteur. Le fieur le Grand pere.
Paperaffe , Auteur. Le fieur Armand.
Un Laquais d'Araminte.
La Piece commence par la Suivante de
Julie qui arrive d'une reprefentation du
Philofophe Marié. Elle pefte contre la
Piece & contre l'Auteur , par la feule
raifon qu'elle a pensé être écrasée à la
fortie ; elle convient d'ailleurs que la
Piece lui a fait un grand plaifir. Le Marquis
& Julie font ravis du fuccès de cette
Comedie , par rapport au chagrin que
Nicandre en aura. Ils font le portrait de
cet Envieux , qui ne fait jamais fon bonheur
que du malheur des autres , & qui
n'eft jamais plus malheureux que lotfqu'il
voit des gens heureux. Ils en donnent
une preuve par une de fes Lettres
qui leur et tombée entre les mains , &
dont la Suivante de Julie fe munit , pour
s'en fervir contre Nicandre auprès d'Araminthe
, Mere de Julie. Voici ce qui
a donné lieu à cette Lettre . Le Marquis
aime
MAY. 1727. 999
il
aime Julie ; mais pour prévenir les obſtacles
que Nicandre pourroit apporter à
fon bonheur , il feint de la haïr ; elle le
feconde parfaitement bien dans cet innocent
ftratagême. Nicandre prend le chan-.
ge ; & croyant que Damis aime Belife ,
écrit à la mere de cette derniere , &
réüffit fi bien dans le deffein qu'il a de
nuire à Damis , qu'elle deffend à fa fille
de le voir. Nicandre arrive dans le temps
que ces deux Amans fecrets prennent
des mesures contre lui. L'ayant apperçû ,
ils continuent à fe témoigner une averfion
réciproque ; Nicandre qui croit les
entendre , fans être vû , triomphe du fuccès
de fa Lettre , dont Julie affecte de
rire , à mesure que le Marquis s'en plaint
amérement . Notre Envieux fe flattant
de n'être pas reconnu pour Auteur de la
Lettre en queftion , s'approche du Marquis
& de Julie ; on lui conte la trifte
avanture du Marquis. Plus cet Amant
difgracié lui paroît affligé de fon malheur,,
plus Nicandre en reflent de plaifir dans.
le fond de fon coeur , quoiqu'il affecte
de le plaindre , en lui difant , qu'il faut
avouer qu'il y a bien de méchantes gens.
Julie & le Marquis continuent fi bien à
jouer leur rôle, & lui paroiffent fi peu dif
pofez à s'aimer , qu'il entreprend de les
marier enfemble, pour les rendre mal-
G heuroob
MERCURE DE FRANCE.
heureux . Le Marquis quitte brufque
ment Julie , qui fe retire de fon côté en
ne faifant que rire de fon malheur . Nicandre
refte feul avec la Suivante , à qui
il fait entendre qu'il veut marier le Marquis
avecJulie; & pour couvrir cette noirçeur
, il dit qu'il ne fçauroit fouffrir ces
fortes d'antipathies , & qu'il voudroit
unir les perfonnes les plus divifées , pour
faire ceffer toutes ces haines fi nuifibles
à la focieté. Pour le punir d'une celerateffe
fi noire , la Suivante lui parle du
fuccès du Philofophe Marié ; Nicandre
lui dit qu'il n'eft pas poffible que cette
Piece ait réuffi , & qu'il en fera bien - tôt
inftruit par des Emiffaires qui y font allez
de fa part , pour lui en rendre un
fidele . La Suivante le laiffe dans
compte
cette flatteufe efperance . Elle eft bien-tôt
renverfée : Minutie & Paperaffe arrivent,
& lui confirment la réüffite du Philofophe
Marié . Il en eft fi frappé , qu'il fe jette
dans un fauteuil , prêt à s'évanouir ; fes
deux Emiffaires ne rappellent fes efprits
que par le récit qu'ils lui font des deffauts
qu'on a remarquez dans la Piece ,
& par la promeffe de répandre par tout
des Critiques , des Paradoxes , des Antiparadoxes
, des Apologies ironiques &
même des Pots- pourris. Nicandre les anime
à un projet fi digne d'eux & de lui.
Minutie
MAY. 1727. 1001
Minutie & Paperaffe fe retirent , en lui
confirmant leurs promeffes. Araminte
vient , c'eft la mere de Julie ; Nicandre
fe prévalant de la prévention favorable
qu'elle a pour lui , entreprend de l'époufer
, parce qu'il la croit heureufe, & qu'il
veut troubler fon bonheur. Il la preſſe fi
vivement fur un hymen qu'il médite dans
des vûës fi monftrueufes , qu'elle ne peut
s'empêcher d'y confentir . Il y met une
condition ; c'eft de marier en mêmetemps
Julie avec le Marquis ; Araminte
s'y oppofe d'abord par l'averfion que le
Marquis & fa fille ont l'un pour l'autre.
Nicandre perfevere dans fon deffein ; il
prie Araminte de difpofer Julie à cette
union , & fe charge d'y faire confentir le
Marquis. Il fort pour aller chercher ce
dernier ; la Suivante de Julie vient détromper
Araminte de l'erreur où elle eſt
fur le caractere de Nicandre . Elle lui
montre la Lettre qu'il a écrite à la mere
de Belife , pour empêcher te même Marquis
d'être heureux , qu'il ne veut unir à
une autre que pour le rendre malheureux.
Elle dit à Araminte que pour le convaincre
de fa méchanceté, on n'a qu'à lui faire
connoître que Julie & le Marquis s'aiment.
Araminte s'en tient à cette épreu
ve ; Nicandre revient , il dit au Marquis
qu'il le cherche par tout pour lui
Gij
par.
ler
1002 MERCURE DE FRANCE .
ler du mariage qu'il a projetté entre Ju
lie & lui ; le Marquis feint d'abord de
la répugnance pour des noeuds où fon
coeur ne fçauroit confentir. Araminte
preffe Julie , qui de fon côté ne témoi
gne pas moins d'averfion au grand contentement
de Nicandre ; mais enfin la
diffimulation fait place à la fincerité , &
le Marquis & Julie fe donnent la main
avec une fi parfaite fatisfaction de part &
d'autre , que Nicandre veut rompre une
union dont il attendoit un effet tout contraire
à celui qu'il voit. Araminte défa
bufée confirme cette union ; & après
avoir reproché à Nicandre un fi noir
projet , elle lui deffend de revenir chez
elle. C'eft ainfi que l'Envieux eft confondu.
+-
Les Comediens Italiens donnerent le
13. de ce mois la premiere reprefentation
d'une Comedie en profe & en trois Actes
, intitulée Arlequin Aftrologue , dont
nous parlerons dans le premier volume
du Mercure du mois prochain.
零零
NOUMAY.
1727: 100 €
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
NOUVELLES DU TEMPS.
RussIE.
A Czarine a réfolu de fonder un Monaftere
pour 24. Demoifelles , & elle a déja
fait un fonds de 20000. Roubles pour la conftruction
de l'Eglife qui fera dédiée à fainte
Catherine , dont cette Princeffe porte le nom
Le Prince Gallitzin , Commandant General
dans les Provinces conquifes fur la Perfe , a
envoyé à Petersbourg des Lions , des Tygres ,
d'autres animaux du pays , & une grande
quantité d'oifeaux rares , dont Sa M. Cz. a
formé une Ménagerie.
Le Corps de troupes que la Czarine fournit
à l'Empereur, & qui a fon Rendez - vous general
à Breflaw en Silefie , eft compofé de 16.
Regiments d'Infanterie & de dix de Dragons.
Il fera commandé en chefpar le General Leffi.
On a appris que ces troupes qui étoient en
marche , ont eu un contr'ordre , & qu'elles ne
continueront leur route qu'après le retour d'un
Courier qu'on a dépêché à Vienne
La flotte Ruffienne fera compofée , ſuivant
le dernier état de l'Amirauté , de 56. Vaiffeaux
de ligne , de 23. Frégates & de 200. Galeres ,
fans compter les autres Bâtimens de fervice.
Le Commandement en a été donné à M.
Kruitz , Amiral- General- Lieutenant , qui aura
fous lui le Lieutenant Amiral Wilfter , deux
Vice- Amiraux , & trois contre- Amiraux . On
a falé 4500. boeufs & 600. porcs , fans compter
les autres munitions debouche pour l'avi-
Giij taillement
1004 MERCURE DE FRANCE.
taillement de cette Flotte. Il y a actuellemen
à Petersbourg 4000. Matelots , 6000. à Cronfloot,
& un pareil nombre à Revel , outre les
Soldats Mofcovites qu'on a incorporé dans les
équipages.
POLOGNE .
LE grand General a fait un détachement
de 400. Dragons, qui ont ordre de fe rendre
dans la Curlande. Ils y feront joints le 15. de
ce mois par un autre détachement de 120.
Gardes à cheval , qui doivent , avec les Dragons
, former une garde pour les Commiffaires
de la République qui y arriveront vers ce
temps-là.
Le Comte Maurice de Saxe , élu Duc de
Curlande , eft parti pour Drefde , d'où il a
pris la route de France , & l'on apprend qu'il
arriva à Paris le 25. du mois dernier , d'où il
eft reparti le 15. de ce mois.
Il n'y a plus lieu de douter du parfait réta
bliffement de la fanté du Roy de Pologne ; fon
départ de Warfovie pour la Saxe fut avancé
de trois jours . S. M. en partit le 27. du mois
dernier , & arriva à Leipfick le 3. de May au
marin ; elle en partira inceffamment avec fes
Officiers de fanté pour aller paffer quelques
jours à Drefde , d'où elle retournera à Leipfick
pour l'ouverture de la Foire qui attire dans
cette ville un grand nombre de perfonnes de
confidération ,
Les différens de cette Cour avec le Roy de
Pruffe ont été terminez à l'amiable.
SUEDE.
Oréfélud avoir en met go. Vaiffeaux de li-
N écrit de Stockolm que les Etats ont
gne , & 14. Frégates , & d'augmenter cet armement
MA Y. 1727. 1005
mement en cas de befoin. Et afin d'encourager
les gens de Mer , on leur fera payer la moitié
de leurs gages lorfqu'ils ne ferviront point ,
mais ils recevront la paye entiere lorſqu'ils
feront employez.
"
Les Etats ont rendu publics les motifs qui
les ont porté à approuver le projet d'Acceffion
du Roy au Traité d'Hanover , & ils ont réfolu
de fournir les fonds pour l'armement dont
on vient de parler.
Le Prince Dolhorucki , Ambaffadeur de la
Czarine , a declaré au Comte de Horn , que
les propofitions faites par cette Princeffe au
Roy , aux Etats & au Senat, ayant été rejettées,
elle avoit pris la réfolution d'executer lès
deffeins du feu Czar fon époux. Cette declaration
a engagé S. M. à preffer l'équipement de
la flotte , afin de l'envoyer fur les côtes de
Finlande , avant que les Mofcovites y ayent
fait quelque entreprife.
M. Points , Envoyé Extraordinaire du Roy
d'Angleterre , a fait acheter à Stockolm une
grande quantité de vivres pour l'Eſcadre Angloife
qu'on attend inceffamment dans la Mer
Baltique. Le bruit court que le Vice- Amiral
Norris , qui la doit commander , a ordre d'attaquer
la fotte Mofcovite , fi elle fe met en
mer.
O
DANNEMARC.
N apprend de Copenhague que le 16. du
mois dernier , le Chevalier de Camilly ,
Ambaffadeur du Roy T. C. qui avoit eu fa
premiere Audience publique du Roy la veille ,
avec les ceremonies accoutumées , fe rendic
en grand cortege au Palais de la Chancellerie,
où l'Acte d'Acceffion de cette Couronne au
Traité d'Hanover fut figné par tous les Mi-
G iiij niftres
7006 MERCURE DE FRANCE.
niftres de S. M. Danoife , par le Chevalier de
Camilly , & par le Lord Glenorchy , Ambaſfadeur
du Roy d'Angleterre.
M. Hagen , premier Secretaire d'Etat a
déclaré au Miniftre de la Czarine , que le Roy
avoit réfolu d'accorder toutes fortes de facilités
aux Vaiffeaux étrangers qui pafferont le
détroit du Sund , à condition qu'ils payeront
l'impôt ordinaire de Cronembourg , il ne pouvoit
en exempter les Vaiffeaux de guerre chargez
de quelques Marchandifes , qu'ils feroient
vifitez comme les autres ; & qu'en cas qu'ils
vouluffent faire quelque réfiftance , on avoit
pris des mesures pour les arrêter.
ALLEMAGNE ,
N apprend de Vienne que le 9. du mois
dernier , M. Jean Georges Hondeshagen ,
Secretaire du Grand Maréchal de la Cour ,
alla chez M. de Saint - Saphorin , Envoyé du
Roy d'Angleterre , chez le Baron d'Huldemberg
, fon Envoyé comme Electeur d'Hano-
& chez M. Harrifon , Refiderit d'Angleterre
, leur declarer que l'Empereur ne les regardoit
plus comme Miniftres publics ; que S.
M. I. leur ordonnoit de fortir de Vienne dans
deux fois vingt- quatre heures , & de fes pays.
hereditaires , ainfi que des Terres de l'Empire,
le plutôt qu'il leur feroit poffible . Conformé
ment à cet ordre , ces Miniftres fe font retirez
avec les Paſſeports néceffaires.
Decret de l'Empereur.
A Majefté Imperiale & Catholique , ayant
Sappris qu'on avoir au freur de
Palm, fon Miniftre Réfident à la Cour Britannique
M A Y. 1727 . 1007
"
nique , qu'on ne le reconnoiffoit plus comme
Miniftre public , & qu'il eût à fortir du Royaume
de la Grande- Bretagne , au lieu d'avoir fait
connoître la maniere dont on croyoit que l'injure
faite à S. M. I. & C. dans la Harangue du
Roy , pouvoit être réparée , & qu'il avoit été
inferé dans le billet de My- Lord Townsend ,
écrit au fieur Inglisch , Affiftant , Maître des
Ceremonies de la Cour Britannique , lequel
avoit enfuite été rendu public , & dans lequel
onfoutenoit avec une effronterie jusqu'à préfent
inouie , que les vérités incontestables avancées
au nom de S. M. 1. & C. dans le Memoire préfenté
par ledit fieur de Palm , & dans la Lettre
de M. le Comte de Sinzendorff, étoient des fauffetez,
ofant dire avec une infolence fans pareille
, que le Memoire préſenté par ledit fieur
de Palm > la Lettre que ledit Comte de
Sinzendorff lui a écrite , étoient injurieuſes ¿
infolentes.
S. M. I. & C. ordonne au Maréchal de la
Courde faire fçavoir en fon nom , aux Miniftres
Britanniques , le fieur de Saint - Saphorin , le
fieur Baron de Huldenberg, & le fieur Harriſon,
qu'on ne les reconnoifoit plus comme tels ;
de fe retirer de cette ville en deux jours de
temps , enfuite , auffi - tôt quefaire fe pourra,
de fes pays hereditaires & de l'Empire.
Le Decret quifuit fut publié à Ratisbonne le
16. du mois dernier ; il renferme les motifs qui
ont engagé l'Empereur à éloigner M. le Heup de
la Diete.
En vertu de l'ordre de S. M. I , S. A. S. Monfeigneur
Froben Ferdinand , Prince & Langrave
de Fruftemberg , Comte de Heiligemberg &
de Werdemberg , Prince du Saint Empire Romain,
Chevalier de la Toifon d'Or, & c. Confeiller
Privé actuel de S. M. 1. fon Plenipotentiaire
Gy
1008 MERCURE DE FRANCE.
fon Premier Commiffaire à la préfente Diette
generale , n'a pû ſe diſpenſer de faire fçavoir
aux bonorables Confeillers , Envoyez Dépu
tez des Electeurs , Princes & Etats de l'Empire
, ici affemblez , que c'est avec un plaifir
tout particulier què S. M. I. a appris que le
Memoire peu convenable que le Heup , Miniftre
du Roy d'Angleterre , voulut préfenter il
Ly a
quelques jours à la Diette , a été regardé des
trois Colleges , comme une chose qui portoit atteinte
à tout le Corps Germanique , en la perfonne
de celui qui en est le chef ; & qu'en obfervant
toute la bienséance imaginable , ils fe
font contentez de conclure fimplement à ce que
ce Memoire lui fût rendu. La même raiſon auroit
auffi engagé S. M. I. à acquiefcer à ce
procedé ; mais comme le fufdit Miniftre s'eft
d'abord abfenté , pour éluder l'execution de ce
Refultat , qu'à fon retour il a refuſé , d'une
maniere méprisante & injurieuse à la Diette ,
qu'on fit ce qui avoit été réſolu ; & enfin , vû
le traitement qu'on a fait en dernier lieu au
Refident de S. M. 1. à Londres , cette conduite
a pouffé à bout fa patience & fa moderation ordinaire
, & elle s'eft trouvée contrainte defaire
fçavoir aufufdit Miniftre le Heup , par un Decret
comme par la
voye accoutumée , qu'elle
ne le peut plus fouffrir , ni ici , ni dans l'Empire,
encore moins le reconnoître pour un Miniftre
public ; mais elle veut & entend , qu'à la faveur
d'unfauf- conduit qu'elle lui envoye , il
ait à fe retirer de ce lieu dans deux fois 24.
beures, de fortir de l'Empire dans quinze
jours au plus tard , à peine d'être privé de cet
Avantage. Comme donc le fufdit le Heup s'eft
déja conformé à ce Decret , du moins pour ce
qui regarde fon départ de cette ville , qu'il
n'y a pas lieu de douter qu'il n'en faſſe de mê-

a
me
MAY. 1727 . 1009
"
me par rapport au reste de fa teneur, Son A. S.
en qualité de premier Commiffaire , n'a pas vou-
ใน manquer d'en faire part aux Confeillers
Envoyez Deputez , ayant plein pouvoir de
leurs Maîtres , les Electeurs , Princes & Etats
dans cette préfente Diette , fuivant l'ordre .
qu'elle en a reçu ( quoique ce ne foit fimplement
que pour leur en donner avis ) , & d'ajouter
à cela le Decret qui a étéfignifié au fufdit
le Heup. Au refte , fadite A. S. affure les bonorables
Confeillers , Envoyez & Deputez des
Electeurs , Princes Etats , de fa fincere
amitié , affection & bienveillance. Signé à Ratifbonne
le 15. Avril 1727. Frobeni Ferdinand ,
Prince de Furftemberg.
Decret Imperial , infinué le 13. Avril
au Miniftre de la Grande Bretagne
à Ratisbonne.
P
Ar ordre de fa facrée M. I. Charles VI. notre
très Clement Seigneur , foit notoire par
ces Préfentes au Miniftre du Roy de la Grande-
Bretagne le Heup , que la longue patience de
fadite M. I. ayant été pouffée à bout , elle fe
trouve obligée, nonobftant fa clemence naturelle
l'affection particuliere qu'elle a toujours eue
pour l'illuftre Nation Britannique , defaire fçavoir
audit le Heup , tant pour l'honneur de la
Dignité Imperiale , que pour le maintien de la
verité , qu'elle ne peut plus le reconnoître pour
Miniftre Britannique à la Diette de Ratisbonne,
ni le fouffrir & tolerer plus long- temps fur les
Terres du Saint Empire ; & qu'ainfi il ait à
fe retirer au plutôt , & de la Ville de Ratisbonne
des Terres Imperiales. "
C'est pourquoi fa facrée M. I.& C. pour l'hon
neur la dignité du Saint Empire Romain , a
Gvj refolu
1010 MERCURE DE FRANCE.
refolu & ordonné que ledit le Heup , étant encore
à Ratisbonne , ou en quelqu'autre endroit
des Terres & Provinces de l'Empire , ait à fortir
de ladite Ville , ou autre lieu dans deux
jours , à compter de l'infinuation des Prefentes,
& dans quinze de toute l'étendue des Terres
de l'Empire , & à fe retirer par le plus droit
chemin , à la faveur du préfent fauf- conduit
qui lui a été accordé pour cet effet.
Qu'ainfi ledit le Heup ait à fe conformer ,
fans perdre de temps , & d'une maniere convenable
au prefent Decret Imperial , & qu'il
Scache , que s'il en ufe autrement , il fera dèslors
privé de toute protection & fûreté dans
l'Empire.
Le Comte de Kinski eft attendu à Vienne
de Manheim , où fes négociations auprès de
l'Electeur Palatin & du Prince de Sultzbach
n'ont pas eu tout le fuccès qu'on en efperoit ;
& ces deux Princes perfiftant dans leur refus
d'abandonner leurs droits fur les fucceffions
des Duchez de Bergues & de Julliers , on a
envoyé de nouvelles inftructions au Comte de
Seckendorf , qui eft chargé des pouvoirs de
l'Empereur pour négocier avec le Roy de
Pruffe , dont l'Envoyé à Vienne a reçû ordre
en dernier lieu de déclarer publiquement que
que S. M. Pruffienne n'avoit jamais conçu le
deffein de s'emparer par la force des armes
des Duchez de Bergues & de Julliers , &
que c'étoit fans fondement qu'on avoit fait
courir le bruit qu'il avoit fait marcher des
troupes de ce côté- là.
On mande d'Hanover qu'on y voit une Lifte
des Troupes qui pourront entrer en campagne
en cas de befoin ; fçavoir , 15000. hommes de
Suede , 34000 de Dannemarck , 24000. d'Hanover
& 12000. de Helle- Caffel. Q18:
MA Y. 1727. 10 I
On écrit de la Haute- Hongrie que 70. maifons
de la ville de Debrecyn , Capitale du
Comté de Bhyar , avoient été brûlées le 17 .
Mars ; que le 27. du même mois , malgré les
foins que les Magiftrats avoient pris pour
éteindre entierement le feu , il avoit repris
avec plus de violence que la premiere fois , &
que dans ce fecond incendie , l'Eglife Paroiffiale
, la Tour qui en étoit voifine , la Maifon
du Confeil , & plufieurs Edifices publics
avoient été entierement détruits , ainfi que les
deux tiers des autres maifons de la ville , la
plupart defquelles avoient été rebâties depuis
I'Incendie de 1719.
On écrit de Vienne , que les Capucins y ont
commencé une Miffion qui durerà dix jours ,
avec deux Exhortations le matin & deux l'après
midi , & qu'ils ont exposé dans leur Eglife
une Image miraculeufe de la Vierge , apportée
de Rome par un de leurs Religieux , &
à laquelle ils ont fait un vou pour obtenir du
Ciel un heritier mâle de la Maifon d'Autriche
Les troupes de l'Electeur Palatin qui étoient
campées près d'Oppenheim , fe font mifes enmarche
pour aller joindre celle de l'Empereur,
qui font entre Rhinfels & Coblentz .
On attend à Francfort 3000. Quintaux de
Poudre qui doivent être tranfportez dans les
Magazins des Places du Rhin .
On mande de Coire , que l'Empereur avoit
cedé aux Grifons la moitié du Lagheto & du
Piantedo , à condition qu'ils n'y bâtiront aucune
Fortereffe , qu'ils ne leveront aucun Impôt
fur les marchandifes venant du Milanez ;-
& qu'en vertu des Capitulations de 1639. renouvellees
l'année derniere , les Proteftans feront
obligez de fe retirer de la Valteline & des
terres foumises à S. M. L.
ITALIE
1012 MERCURE DE FRANCE.
Ο
ITALI E.
N mande de Naples , que le Cardinal Vice-
Roy ayant été informé que le Pape
étoit près d'entrer fur les terres de ce Royaume
, fe rendit le 30. Mars à Capouë , d'où il
alla vers le foir audevant de S. S. qui fit arrêter
fon Carroffe , en fit deſcendre deux Prélats
, & y fit monter ce Cardinal avec lequel
Elle alla chez le Cardinal Caraccioli, Archevêque
de la même Ville qui étoit malade au lit ;
peu detems après le Papé fe rendit au Convent
des Dominiquains où il coucha , & le lendemain
il en partit pour aller à Monte- Sardo.
Tous les Gentilshommes Napolitains voifins
du Territoire de l'Archevêché de Benevent
, ont fait meubler leurs Châteaux , & y
tiennent table ouverte pour tous les Prélats
& autres perfonnes de confideration de la fuite
de S. S. & le Peuple de Naples est allé en
foule fur la route pour recevoir fa Benediction.
On a appris depuis, que le Pape étoit monté
le 27.fur une Felouque de fes Galeres , pour
aller prendre le divertiffement de la pêche dans
les Paludi - Pontine , autrement nommez les eaux
de Ste Felicité , où S. S. jetta elle -même le filet
, & prit plus de 60. livres de poiffon qui
furent apprêtez fur le champ & mangez fur le
bord de la mer .
Le z . d'Avril le Pape arriva à Benevent en
parfaite fanté.
On écrit de Florence , que tous les Officiers
de la Grande Princefle Douairiere , Gouvernante
de Sienne , s'étant affemblez le 20. du
même mois au matin , au Palais de la Nonciature
, en partirent en Cavalcade pour porter
la
MAY. 1727. 1013
la Rofe d'Or , envoyée par le Pape à cette
Princeffe , à l'Eglife de Ste Marie la Nouvelle
des Dominicains , qui avoit été magnifiquement
ornée pour cette ceremonie . Les Gentilshommes
de la Grande Princeffe , au nombre
de so. commençant la marche , précedoient
le Marquis Del Bufalo tenant la Rofe d'or dans
fa main. Les Chanoines de l'Eglife Metropolitaine,
en habits de Prélats , venoient enfuite, &
précedoient le Nonce duPape, dont les Officiers
fermoient la marche. Lorfqu'on fut arrivé à
l'Eglife , on y chanta une Meffe à cinq Choeurs
de Mufique. A l'Offertoire , le Marquis Del
Bufalo , qui étoit affis près de l'Autel dans
une chaife femblable à celle du Celebrant , fe
leva & s'approcha de la Princeffe qui étoit
dans un fauteuil placé fous un Dais du côté de
P'Evangile , & accompagnée de fes Dames.
Il lui fit un compliment , après lequel il lui
prefenta un Bref de S. S. qu'elle baifa refpectueufement
, & le donna à l'un de fes Secetaires
pour en faire la lecture à haute voix. Enfuite
cette Princeffe defcendit de fon Eftrade ,
& s'avança vers l'Autel où elle reçut la Rofe
d'or des mains du Celebrant ; elle retourna
enfuite fous fon Dais , & tint la Rofe dans fa
main jufqu'à la fin de la Meffe , qu'elle l'a remit
à un de fes Chapelains. Cette Princeffe a
nommé le Marquis Sinibaldi , pour aller de
fa pait remercier le Pape de la Rofe d'or dont
S. S. lui a fait prefent.
Le Pere Afcanio, Dominicain , chargé des
affaires du Roi d'Espagne , fit préfent le même
jour d'une Rofe d'argent à chacune des
fept Dames d'honneur de cette Princeffe.
On mande de Bologne , que le Chevalier
de S. George , cedant aux reprefentations qui
lui ont été faites de la part du Pape & de quelques
1014 MERCURE DE FRANCE :
ques Cardinaux , s'étoit enfin déterminé à éloi‹
gner le Lord Invernefs & fon épouse . On mande
auffi que ce Prince a retranché depuis peu
plufieurs Penfions qu'il faifoit à des Ecclefiaftiques
Ecoffois qui font actuellement en Irlande
.
On écrit de Benevent que le jour de Pâques ,
le Pape , après avoir recité le Rofaire avec le
Peuple dans l'Eglife Metropolitaine , S. S. alla
à l'Hôpital des Pelerins où elle leur lava les
pieds & les fervit à table.
Le 15. d'Avril , le Pape confacra folemnellement
la nouvelle Eglife de S. Philippe de
Nery , deffervie par les Chanoines Reguliers,
Adminiftrateurs de l'Hôpital des pauvres malades.
S. S. plaça des Reliques de Saints fous
le Grand Autel & fous les Autels Collateraux
qui font dédiez à N. D. du Rofaire , à S. Dominique
, à S. Hiacinthe , Confeffeur , à Sainte
Catherine de Sienne , à Sainte Agnès de Montepulciano
& à S. Vincent Ferrier. L'après
midi le Pape benit dans fa Chapelle particu
fiere , quatre Statues de S. Pierre , de S. André
, de S. Laurent & de S. Antoine de Padouë
.
L'Infanterie Allemande qui étoit dans le
Mantouan , fe mit en marche au commencement
du mois dernier avec 800. Cavaliers de
la garnifon de Mantouë , pour aller à Valence,
Novarre & Mortara , afin d'être plus à portée
d'obferver les mouvemens des troupes du
Roi de Sardaigne qui fe raffemblent en grand
nombre fur les frontieres de l'Etat de la Republique
de Gennes.
Le differend du Roi de Sardaigne avec la
Republique de Gennes , au fujet des Bâtimens
Oneille qu'elle avoit fait arrêter le 11. Janvier
1726. avec leurs équipages , fut terminé
le
MAY . 1727. 1615
le 6. du mois dernier par la médiation de
P'Empereur. Cette Republique les a fait mettre
en liberté , & dans la Lettre de créance
qu'elle donnera à fon Envoyé , qui doit aller
ince famment à Turin , elle reconnoîtra le Roi
de Sardaigne en cette qualité , & ce Prince
donnera à cette Republique le même titre que
P'Angleterre lui donne , fçavoir, de Sereniffime
Doge , & Excellentiffimes Seigneurs.
On a publié à Florence une Ordonnance
très fevere , par laquelle il eft (deffendu aux
pauvres de mandier dans la Ville : ceux qui
feront hors d'état de travailler , feront conduits
à l'Hôpital de S. Jean - Baptifte ; les autres
feront condamnez aux Galeres , & les
femmes au fouet en cas de recidive. A l'égard
des Etrangers , on leur donne huit jours pour
fortir du pays , à peine d'être punis comme
les autres en cas qu'on les retrouve après ce
terme.
ESPAGNE.
Na reçu avis de S. Andero que le Saint
Michel , qui étoit le dernier Vaiffeau de
la Flote de la Nouvelle Efpagne, qu'on attendoit
, & qu'on croyoit pris par les Anglois ,
étoit arrivé le 8. d'Avril dans ce Port , avec
une charge de bois de Campeche.
L'Archevêque de Saragoffe arriva fur la fin
du mois dernier de Ceuta , fon ancien Evêché
, au Château d'Aranjuez , & il eût l'honneur
de baifer la main du Roi.
Les Gouverneurs des Ports de ce Royaume ,
y ont notifié par ordre de la Cour , aux Confuls
Anglois, & aux habitans de cette Nation,
qu'ils euffent à fe retirer dans l'efpace de 15 .
jours.
Le bruit fe répand qu'on a fait partir d'un
des
T10O1T6 MERCURE DE FRANCË.
1
des Ports de Bifcaye un Bâtiment d'avis , avés
ordre au Commandant des Gallions qui font
prefentement à Carthagene,de rifquer leur res
tour en Europe .
SIEGE DE GIBRALTAR,
A nuit du 31. Mars au premier Avril , la
Tranchée fut montée par le Lieutenant General
Ribadeo , avec les autres Officiers Generaux
& Colonels , & le même nombre de
Troupes & de Travailleurs que les nuits précedentes.
On repara les Revers abbatus par le
vent ; les Affiegez ne firent point de fortie ,
comme on s'y attendoit ; mais les Affiegeans
eurent 12. hommes de tuez & 16. de bleffez
par le feu de la place.
La nuit du premier au fecond Avril , la
Tranchée fut relevée à l'ordinaire par les Offi.
ciers Generaux & le même nombre de Troupes
& de Travailleurs. On travailla aux nouvelles
batteries & aux réparations des anciennes.
Il y eut cinq Soldats de tuez & 14. de
- bleffez.
La nuit du deux au trois , la tranchée fut relevée
à l'ordinaire. On perfectionna la parallele
de la batterie des Fourches , & les autres
lignes de communication inondées , & prefque
détruites par les pluyes continuelles & par les
vents. Il y eût ce jour- là 4. Soldats de tuez
& . de bleffez .
* On écrit qu'un détachement de 6. à 7000.
hommes des troupes de Catalogne & de l'Arragon
, étoient en marche & avoient déja fait
près de so. lieuës lorfqu'elles ont reçû un ordre
de n'aller pas plus loin.
Le 4. la tranchée fut montée par le Lieutenant
General Idiafquez , &c, avec le même
nombre
MAY. 1727 1619
nombre de Troupes & de Travailleurs que
les jours précedens. Il y eût ce jour- là un orage
fi violent & il fit une fi groffe pluye , que
les lignes furent entierement inondées , & les
Officiers qui avoient monté la tranchée la
veille , ne purent la defcendre que vers les
quatre heures du foir . Prefque tous les revers
& quelques- unes des plateformes des batteries
furent emportées par les torrens qui def
cendoient des montagnes de la gauche . Les
Afliegez malgré la pluye firent un feu continuel.
Le Colonel Dom Auguftin Braus fut
bleffé à la tête d'un coup de fufil , & ne pouvant
plus commander à la batterie des Fourches
qui eft prefentement de 22. Canons , il
fut remplacé par Dom Michel de Tortofa ,
Commiffaire Provincial d'Artillerie . Vers le
foir il y eut quelques Soldats de tuez & quatre
bleffez .
Le s. on monta la tranchée à l'ordinaire &
on travailla toute la nuit à reparer les batteries
; 1100. hommes furent employez à celle
de Balbazor ; on vuida l'eau des tranchées
& il y eut un Soldat de tué & trois Soldats
bleffez .
Le 6. on renforça les poftes avancez , dont
on fit écouler les eaux. Il y eût ce jour- là un
Enfeigne d'un Regiment Suiffe , un Sergent &
12. Soldats de tuez.
Le 7. on continua de faire écouler les eaux,
on éleva les revers de quelques paralleles , on
y fit des banquettes , & il y eut 4. Travailleurs
de tuez & 5. Soldats bleffez.
Le même jour'au matin, il entra dans la Baye
fept Vaiffeaux de Guerre de l'Efcadre Angloife
du Vice-Amiral Wager , avec s . Bâtimens
de tranfport qui revenoient du Cap S. Vinsent
, où ils ont ceffé de croiſer auffi- tôt qu'ils
one
1618 MERCURE DE FRANCÉ .
ont fçû que tous les Bâtimens dé la Flote de la
nouvelle Efpagne étoient entrez dans les Ports
de ceRoyaume.Ils ont débarqué les troupes qui
étoient deſtinées pour renforcer la garnifon
avec les vivres & les munitions de guerre qu'ils
avoient chargez à Portſmouth .
Le 8. la tranchée fut montée à l'ordinaire.
On fit une banquette à la parallele qui va de
la batterie des Fourches à celle de få droite ,
qui eft de 6 pieces de Canon ; on continua de
faire écouler les eaux des autres tranchées de
la droite & de la gauche. Il y eut 4. hommes
de tuez & trois bleffez.
Le 9. on employa soo. Travailleurs à fortifier
la grande batterie des Fourches , 456.
à reparer celle de Balbazor , & 100. à celle
des Mortiers. Il y eut ce jour- là 4. hommes
tuez & 16. de bleffez.
Le 10.950 . Travailleurs furent employez à
réparer la batterie des mortiers , 200. à refaire
les revers , & les troupes à renforcer les poftes
avancez. Dom Jofeph Caron , Capitaine de
Canoniers , qui avoit la direction de la batterie
de 4. Canons , voifine de celle des Fourches
, fut tué d'un coup de Canon , un Commiffaire
d'Artillerie fut dangereufement bleffé
; il y eut un Sergent & 8. Soldats de tuez,
& 11 , de bleffez.
Le 11. on ouvrit une ligne de communication
depuis la batterie des Fourches juſqu'à la
fappe , dont on affura les revers avec des Piquets
, des Fafcines & des Gabions. Les troupes
de la tranchée fe couvrirent plus qu'elles
ne l'étoient , pour être moins expofées au feu
de la Place. Il y eut pendant le jour 3. hommes
de tuez & 6. bleffez.
Le 12 le 13. le 14. & le 15. on fut occupé à
revêtir l'interieur de la Communication de la
fappe
MAY . 1019 1727 .
fappe à la droite , à fortifier tous les anciens
poftes , à élever de nouveaux terrains pour
les batteries , & à réparer les anciennes . Il y
eut pendant ces 4, jours 12. Soldats de tuez &
18. de bleflez .
Le 16. la tranchée fut montée par Dom
Thomas Idiafquez , les autres Officiers Generaux
& avec le même nombre de Troupes &
de Travailleurs que les jours precedens. On
perfectionna la communication de la grande
batterie des Fourches à la mer du Levant
celle de la batterie de fix Canons & le pofte
retranché des Grenadiers. Il y eut ce jour- là
3. hommes de tuez & deux bleffez .
La nuit du 16. au 17. la tranchée fut relevée
à l'ordinaire. On travailla à perfectionner la
ligne de la gauche qui va à la Tour de Saint
Pierre , & celle qui paffe devant la batterie
que le Comte Mariani commande ; on acheva
de faire écouler les eaux de la ligne qui va à
la batterie des Fourches , à laquelle on fit une
banquette. Dom Pierre Loaifa , Sous - Lieutenant
de Grenadiers dans le Regiment des
Gardes Espagnoles , fut tué ce jour- là avec
deux Soldats , & il y en eut s . autres de bleffez ,
Le 18. on employa 1100. Travailleurs à reparer
les batteries que le Canon & les Bombes
de la place avoient très endommagées .
Les Affiegez ayant été avertis par des Dé
ferteurs , qu'on ne commençoit à travailler
aux batteries & aux lignes de communication
que vers les onze heures du foir , firent à cette
heure-là un très-grand feu , & il y eut de tuez
un Enfeigne du Regiment de France , Dragons
, avec 4. Soldats & 12. de bleffez.
"
La nuit du 19. au 20. la tranchée fut relevée
. On continua de reparer le dommage des
batteries. Les Affiegez jetterent beaucoup de
Bombes
1020 MERCURE DE FRANCE.
Bombes , de Grenades & d'Artifice fur les
Travailleurs , parce que cette nuit étoit fort
obfcure. Un Capitaine du Regiment de Naples
fut tué avec 4. Soldats ; un autre Capi-
Laine du même Regiment , un Sous-Lieutenant
d'Artillerie & 11. Soldats furent bleffez.
Le 20. on employa 200. Travailleurs à déboucher
la ligne de communication qui paſſe
devant la batterie du Comte Mariani ,que les
vents avoient comblée en partie. 950. autres
Travailleurs continuerent l'établiffement des
nouvelles batteries , & les réparations des anciennes,
principalement de celle des Fourches.
Il y eut ce jour- là 4. hommes de tuez & 4. de
bleffez , du nombre defquels fut un Capitaine
du Regiment de Grenade , & un Lieutenant
de Bombardiers.
Le 21. 200. Travailleurs , fous les ordres de
l'Ingenieur Dom George Sohor , travaillerent
encore à la communication de la batterie
de Mariani , & à en relever les revêtemens
qui avoient été ruinez par les bombes & le
canon de la Place. Les Troupes de la Tranchée
rétablirent les défenfes des poftes avancez
, que les vents & la pluye avoient prefque
détruits . Il n'y eut ce jour - là qu'un homme
de tué & 5. de bleffez.
Le 22. il tomba pendant la nuit & la plus
grande partie du jour , une fi grande quantité
de pluye , que les travailleurs furent prefque
toujours dans l'inaction. Le feu de la place tua
trois hommes & en bleffa neuf.
Le 23. 200. Travailleurs commandez par
' Ingenieur Dom Jaime , furent employez à
continuer la ligne de communication à la batterie
des Fourches , & 600. à travailler à cette
batterie , & à affermir le terrain de
mortiers , afin qu'elles foient toutes
celle des
deux en
état
MAY 1727. 102
Etat de tirer le 1. May , Fête de faint Philippe,
dont le Roi porte le nom. Il y eut ce jour- là
deux hommes de tuez & trois de bleffez.
Le 24. on avança de quelques toifes le travail
de la Sape le long de la Flaque d'eau ; il y
eût près de la grande batterie trois hommes
de tuez & douze de bleffez.
Le 25. on éleva les Revers des tranchées du
côté de la mer , principalement du côté de la
Flaque , parceque dans les deux derniers orages
, le vent y faifoit refluer l'eau de la mer.
Il y eut ce jour- là 3. hommes de tuez & 18,
de bleffez , du nombre defquels fut l'Ingenieur
Dom Jerôme de Saint- Martin.
Le 26. 100. Travailleurs commandez par
l'Ingenieur Dom Barthelemy de Mendiola
conduifirent du gros gravier au revers de la
ligne de communication de la batterie des
Fourches ; & d'autres approfondirent celle de
la batterie du Moulin : les Affiegeans perdirent
deux Grenadiers , & ils eurent dix autres
Soldats bleffez . Le même jour au matin , ún
Bâtiment venant de Malaga avec une charge
de 3000 mefures d'avoine , étant favorifé
d'un vent d'Eft , paffa à travers de la Flotte
Angloife , qui étoit alors à la pointe d'Europe,
& entra dans le Golphe des Alghefieres , mais
la chaloupe fut prife par les Anglois .
Le 27. les Travailleurs furent employez à
faire couler l'eau de quelques endroits de la
Tranchée , & un détachement de Cavalerie à
porter des faſcines & des pieux pour affermir
les revers il y eut 4. hommes de tuez & 12,
de bleffez .
Le Comte de Las-Torres qui commande en
Chef à ce Siege , a écrit à la Cour de Madrid
que les Mineurs qui travaillent au cifeau fous
le Fort de la Reine Ame , avoient déja creufé
Ja
To22 MERCURE DE FRANCE:
H
1
la Mine jufqu'à la profondeur de , à 1o . toifes s
qu'il efperoit qu'avant quinze jours ils feroient
fous le Fort , & qu'il fe flatoit , que fi cette
Mine faifoit tout l'effet qu'il en efperoit , il
pourroit obliger les Affiegez à capituler au
plus tard dans 10 jours. Les Affiegeans attendent
quatre à cinq bataillons de la garniſon
de Ceuta, mais on appréhende que les Anglois
ne retardent leur débarquement, parce qu'une
partie de leurs Vaiffeaux fe font poítez à l'entrée
de la Baye , & que les autres croiſent des
deux côtez du Camp.
GRANDE BRETAGN E.
Na reçû avis de la Jamaique , que tous
les Gallions , à l'exception de trois ,
étoient partis de Porto -Bello , pour aller fe
radouber à Cartagene , & que l'Amiral d'Hofier
en ayant été informé , avoit fait armer
en diligence les plus gros Vaiffeaux de fon
Efcadre pour aller croifer devant certe Ville ,
afin d'empêcher les Gallions de riſquer leur
retour én Europe.
L'Efcadre que le Chevalier Jean Norris doit
conduire dans la Mer Baltique , eft prête à
mettre à la voile; elle eft compofée de 15.Vaiffeaux
de lignes ; fçavoir , un de 80. pieces de
canon , 10. de 70. 3. de 60. & un de so fans
compter les autres Bâtimens chargez des provifions
& des munitions de guerre. Le bruit
court qu'auffi -tôt qu'elle aura joint celle de
Suede & de Danemarc , elles iront enſemble
faire une entrepriſe fur les Côtes de Livonie.
La courfe des chevaux fe fit le 17. Avril à
New -Market , pour le prix que le Roi donne
tous les ans en argenterie , & ce fut le che
val de M. Bois Dimple qui le gagna.
On
MA Y. 1727. 1023
On apprend du même lieu que le 23. le
cheval du Duc de Devonshire , courut contre
celui du Comte d'Hallifax , & que ce dernier
gagna la gageure qui étoit de 200. Guinées ,
le cheval du Duc s'étant caffé une jambe.
On a envoyé une Ordonnance du Roi en
Irlande , pour augmenter les Compagnies des
Regimens d'Infanterie qui y font en quartier
de 25. Soldats , d'un Sergent & d'un Caporal.
.
ADRESSE prefentée au Roi d'Angleterre
par les Habitans de la Partie Meridionale
de la Principauté de Galles .
TRES - GRACIEUX IEUX SOUVERAIN >
Les précautions que Votre Majefté a prifes
fi à propos pour prévenir les deffeins les
machinations fecrettes de nos Ennemis du dehors
, qui tendoient non-feulement à ruiner
notre Commerce , mais encore à nous enlever
notre Religion , nos Privileges & tout ce qui
eft le plus précieux à un Peuple libre , font
fi connues à tous vos Sujets , que nous qui
vivons dans les Mairies de Galles , Contrée des
plus reculées des Domaines de V. M. ne pouvons
Bignorer, ni nous exempter d'en témoigner notre
très-humble reconnoiſſance à V. M. & de faire
éclater notre indignation de l'injuftice faite
depuis peu à V. Mà la Nation Britannique
par le Réfident de l'Empereur d'Allemagne ,
dont la prétendue reconnoiffance , affection &
eftime envers cette Nation , auroient été bien
mieux témoignées , ainfi que nos Députez an
Parlement l'ont dit , en honorant le Roi qui
bonore le Peuple , & en rendant justice au Pen-
H
ple
1024 MERCURE DE FRANCE.
ple dont les droits font prefentement attaques
par fes Alliez deffendus par le meilleur des
Princes , même au peril de fes propres Domaipes
en Allemagne.
Mais c'est notre bonheur que les forces redoutables
de l'Espagne , de la Ruffie & de l'Allemagne
, foient fi éloignées les unes des autres ,
que V. M. peut en empêcher la jonction par le
moyen des Flottes Britanniques : & que l'experience
, lafageffe & la prudence de V. M. foiens
telles , que fi quelqu'un de vos Miniftres , fous
quelque prétexte Specieux d'épargner
eut
confeillé à V. M. de fouffrir que les Ruffiens
réduififfent les Princes du Nord à la neceffité
de permettre , pour leur, propre fureté , que la
Flotte Ruffienne paffât le Sund & entrât libre
ment dans les Ports qui font vis -à- vis le Nord
de la Grande Bretagne. V. M. bien loin dẹ
prêter l'oreille à un confeil fi dangereux , auroit
au contraire regardé de pareils Confeillers
comme des gens qui trahiffent les veritables
interêts de V. M. de votre Peuple.
>
Aucun des Sujets de V. M. qui ont lû l'Hiftoire
de la Grande Bretagne , ne peut oublier
combien de fois & avec quel fuccès on a cydevant
transporté dans cette Ifle , des Troupes
des Ports du Nord , & il n'y a perſonne
qui en connoiffe la fituation , qui ne doive être
Convaincu qu'il fera très-facile dans la fuite
de fuivre cet exemple en cas que la Flote
Britannique ne s'y oppofe : & comme on nepeus
comprendre que l'Espagne ait pu entrer en guerre
avec cette Nation , fans qu'on ait auparavant
formé quelques projets pernicieux pour
nous & pour le repos de l'Europe ; nous ne pouvons
affez reconnoître la Providence divine en
plaçant V. M. fur le Trône Britannique & en
vous infpirant la résolution d'envoyer à temps
7
3025 MAY. 1727.
ves Flotes dans la Mer Baltique , aux Indes
Occidentales & dans la Mediteranée , pour détourner
l'orage dont nous étions menacez . ఈ
nous voyons avec plaifir que les frais qui ont
été faits pour cet effet , restent dans le pays
puifque nos Flotes ont été reparées par nos
propres Ouvriers , pourvûës de nos Vivres &
équipées par nos Matelots .
Nous femmes auffi convaincus , & tous les
bons Sujets doivent l'être comme nous , que
tous ceux qui font éclater avec tant d'unanimité
leur amour pour leur Patrie , dans une
conjoncture auffi délicate que celle où nous
fommes, prendront les mefures les plus convenables
les plus efficaces pour affermir leurs
veritables interêts & ceux de leur Nation
Nous ne pouvons donc conclure cette trèsrefpectueufe
Adreffe , fans fupplier le Tout-Puiffant
de vouloir réünir les coeurs & les mains de
tous vos Sujets pour vous mettre en état de continuer
avec courage & fuccès la deffenſe indifpenfable
de la Grande Bretagne contre tous
fes puffans ennemis , & le maintien de l'heu-,
reufe conftitution de ce Gouvernement , tantdans
l'Eglife que dans l'Etat , qui eft telle,
qu'elle a toujours été la gloire de cette Nation,
l'objet de la jaloufie de toutes les autres
& qui dans un temps plus convenable étendra
encore la Renommée de V. M. jointe à son grand
Confeil affemblé en Parlement , en établiſſant
fur ce principe un fondfi inépuisable, qu'il fera
fuffifantpour acquitter infenfiblement les dettes
de la Nation , à la gloire de V. M. & à l'avantage
de chacun des Sujets en particulier.
Que V. M. regne encore long- temps fur nous
avec fuccès contre tous vos Ennemis ! Que vo- :
Bre Grand Confeil affemblé en Parlement , auffi :
bien que les Miniftres que vous voudrez ens-
Hij ployer,
1026 MERCURE DE FRANCE.
ployer, travaillent toujours avec la même una-"
nimité & fermeté qu'ils font à prefent , pour
le bien de V. M. de votre Peuple ! & que le
Royaume de la Grande Bretagne ne foit jamais
dépourvû d'un fucceffeur Proteftant de votre
illuftre Maison , qui fuive votre glorieux exemple
par rapport à l'équité & à la douceur avec
lefquelles V. M. gouverne au- dedans , & mainthent
la balance de l'Europe au-dehors , & qui
par confequent , comme V. M. regne dans les
coeurs de tous les Lords fpirituels & temporels ,
de toutes les Communes de ce Royaume.
Le Chevalier Jean Norris partit le 12. de
ce mois à 4. heures du matin de la Buoy de
Nore , avec l'Efcadre du Roi , deftinée pour
la Mer Balcique , & deux heures après il jetta
PAncre à la hauteur de Black- Tail , où l'on
croit qu'il eft encore , parce que le yent a toûjours
été contraire.
Le Lord Maire de Londres a fait prefent
au Roi , d'un éturgeon de 10. pieds de long ,
qui avoit été pêché dans la Tamife.
On a reçû avis que le Jannet , Vaiffeau
commandé par le Capitaine Jacques Stewart ,
chargé à Liſbonne pour Leith , avoit fait
naufrage fur la Côte de Dunmane en Irlande ,
qu'il ne s'étoit noyé qu'un homme de l'Equipage
; mais que le reste avoit été maffacré
les habitans de la Côte , qui étoient accourus
en grand nombre pour piller les Marchandiſes
& les debris du Bâtiment.
par
D'autres Lettres de Dublin portent qu'un
Prêtre Catholique de Limmerick , y avoit été
condamné à mort pour avoir donné clandefti
nement la Benediction Nuptiale à deux Catholiques
de cette Ville,
On apprend de Cadiz , qu'un Armateur Ef--
pagnol
MAY. 1727. 1027
pagnol de 10. pieces de canon , & de 70. hommes
d'Equipages , avoit pris depuis peu &
conduit à Malaga , la Parthenope , Vaiffeau de
Londres , commandé par le Capitaine Robert
Beale , qui venoit de Gallipoli & de Melline ,
avec une charge de 200. Tonneaux d'huile &
de 44. Balles de Soye , & qu'un autre Armateur
s'étoit emparé d'une groffe Pinque
Angloife , chargée de bled pour Lifbonne . Un
Coriaire Algerien a auffi pris . autres Bâtimens
Anglois , chargez à Bordeaux pour Leith
près d'Edinbourgh , parce qu'ils ne s'étoient
pas munis de Paffe - ports en bonne forme.
La Chambre des Communes vient de paffer
& d'envoyer à la Chambre des Pairs , un Acte
par lequel elle accorde au Roi un fubfide de
370000. livres fterling , qui fera levé par em
prunt ou par Billets d'Echiquier , pour la feureté
defquels on hypotheque les droits qui fe
levent fur le Charbon de terre.
PAYS - BA S.
N mande de Bruxelles qu'on avoit eu avis
de Ratisbonne que M. le Heup, Miniftre
du Roi d'Angleterre à la Diette des Princes
de l'Empire , en étoit parti le 13. du mois
dernier , ayant été inftruit qu'on devoit lui fignifier
un ordre exprès de l'Empereur , por
tant qu'il eût à fe retirer de la Ville dans deux
jours , & dans 15. des terres de l'Empire.
Il y a des ordres expediez pour faire paffer
quelques Bataillons à Oftende , afin d'augmenter
la Garnifon de cette Place jufqu'à ce
qu'on foit convenu de tous les Préliminaires
de l'accommodement general.
Il est arrivé à Luxembourg deux Bataillons
du Regiment de Herberftein & un de celui
H iij
de
1028 MERCURE DE FRANCE.
de Sickingen , & le bruit court qu'on y en
attend encore cinq autres pour mettre cette
Place en état de faire une longue réfiftance
en cas de guerre.
On mande de Berlin qu'on fe flattoit que
P'Electeur Palatin & le Prince de Sultzbach ,
accepteroient les propofitions qui leur ont
été faites en dernier lieu de la part de S. M. I.
pour les engager à fe defifter de leurs prétentions
fur les Duchez de Bergues & de
Juliers.
On mande de Bruxelles que le Tonnerre eft
tombé fur l'Abbaye de Drunghen , près de
Gand , & elle a été réduite , en cendre : il eft
tombé auffi dans les environs une greffe d'une
groffeur extraordinaire , qui a fait beaucoup
de ravage.
aaaaaaaa
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
E Prince Jean - Frederic , fecond fils du Duc
de Modene , mourut à Vienne la nuit du Lae
13. au 14. du mois dernier dans la 27. année de
fon âge, étant né le 1. Septembre 1700. Ivaque
par fa mort un Regiment de Cuiraffiers que
l'Empereur lui avoit donné il y a quatre ans .
Son corps fut expofé pendant trois jours ; il
fut porté le 17. au foir dans l'Eglife de Notre-
Dame des Ecoffois , où il demeurera en dépolt
jufqu'à ce qu'on le tranfporte à Modene pour
être inhumé dans la fépulture de fes Ancêtres .
Le Prince Charles- Alexandre de Wirtemberg
, Gouverneur de Belgrade , époufa le r
de ce mois à Francfort , la Princeffe Augufte ,
fille
MA Y. 1727. 1029
Alle du Prince de la Tour- Taxis , General
des Poftes de l'Empire & de la Princeſſe ſon
Epouſe , née Comteffe de Lobcowitz & Ducheffe
de Sagan.
*********************
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &d.
E premier de ce mois , Fête de faint
LPhilippe , dont le Roi d'Efpagne porte
le nom , la jeune Reine Douairiere
d'Eſpagne , qui habite le Palais du Luxembourg
, quitta le deuil pour ce jour
là , & les Grands , & les Dames de fa Cour
allerent lui baifer la main , felon la coûtume
d'Espagne . S. M. reprit le lendemain
le deuil , qu'elle doit porter pendant
fix mois pour la mort du Duc de
Parme.
Le 8. Les Gendarmes & les Chevaux-
Legers de la Garde , & les deux Compagnies
de Moufquetaires , pafferent en
revûe devant le Roi auprès de Marly.
S. M. parut très - contente de la magnificence
& du bon ordre dans lequel elle
a trouvé ces Troupes , qui vinrent enfuite
à Versailles , & défilerent fous le
Balcon de la Reine , d'où S. M. les vit.
Le Duc de Bourbon , qui a été indif-
H iiij pofé
1030 MERCURE DE FRANCE:
polé à Chantilly , en partit le 11. pour
Bourbon , où il doit prendre les Eaux.
Le Roy a accordé au Prince de Conty,
le Gouvernement du Haut & Bas- Foitou,
vacant par la mort du Prince de Conty
fon pere.
Le 20. May , le Baron de Montigni ,
Envoyé. Extraordinaire du Duc de Wittemberg
, eut Audience publique de congé
du Roi & de la Reine , étant conduit par
le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit allé le pren
dre à Paris dans les Carroffes de L. M.
& après avoir été traité par les Officiers
du Roi , il fut reconduit à Paris dans les
mêmes Carroffes.
Les Religieux de l'Ordre de Cîteaux
s'affemblerent le 21. Avril dans l'Abbaye
de Cîteaux en Bourgogne , où ils élurent
en prefence du Commiffaire du Roi,
pour leur Abbé & General , à la place
du Pere Perot , mort le 30. Janvier dernier
, le Pere Pernot , Religieux de la
même Abbaye.
On a donné depuis peu des ordres pour
que les Maîtres de Pofte n'exigent plus
le droit de double pofte Royale dans aucun
lieu du Royaume.
Le Comte de Maurepas , Miniftre &
Secretaire d'Etat au Département de la
Marine, partit le 29. du mois dernier
pour
MAY. 1727. 1031
pour S. Malo, Breſt & autres Forts du Po
nant. Il doit être de retour à Versailles au
commencement du mois prochain.
Le 16. de ce mois , la Reine entendit
la Meffe dans la Chapelle du Château
de Verfailles , & S. M. communia par
les mains de l'Abbé de Sainte- Hermine ,
fon Aumônier en quartier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Marfeille
, le 24. Avril , fur une heureuse
MM
vieilleffe
R. le Marquis de la Salle , de la
Maifon de Villages , qui eſt dans la
100° année de fon âge , fait preparer fon
Château de la Salle pour donner à fes fils,
à fes petis- fils & arriere- petits- fils ,
un repas & une fête confiderable , à laquelle
la principale Nobleffe de la Ville
& des environs fera invitée . Ce Seigneur
joüit d'une ſanté fi parfaite , qu'il joïa
encore hier trois parties de boules contre
un Officier de la Citadelle , qu'il gagna
fans en être incommodé . C'eſt une vraye
merveille , que de voir en fa perfonne
un Centenaire , droit , difpoft , ferme fur
fes jambes , lire fans lunette ,, joüer vingt
parties de fuite au Piquet , fans cracher
ni touffer : enfin il m'a affuré d'avoir
mangé ce matin à fon déjeuner dix dou-
Hy Zainess
1032 MERCURE DE FRANCE.
zaines d'Our fins ou Heriffons de Mer &
bû fa bouteille de vin de Champagne ; je
lui ai demandé là-deffus s'il dînera d'auffi
bon appétit ; je ferois bien fâché , m'at-
il dit , que mes enfans mangeallent ma
part d'un Levreau que je tuai avant hier
& d'un baffin de fraifes de mon Jardin.
Mort du Prince de Conty.
و
Louis-Armand de Bourbon , Prince de
Conty , Prince d'Orange , &c. Prince du
Sang de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Pair de France , Gouverneur du
Haut & Bas-Poitou , mourut à Paris le
4. de ce mois , à 5. heures du matin
après avoir reçû tous les Sacremens avec
de grands fentimens de pieté & une parfaite
réfignation . Ce Prince qui étoit âgé
de 31. an , 5. mois & 24. jours , étoit
fils de François-Louis de Bourbon , Prince
de Conty , mort le 2 2. Fevrier 1 709.
& de Marie- Therefe de Bourbon Condé.
Il avoit époufé le 9. Juillet 171 3. Loüife-
Elifabeth de Bourbon Condé , fille du
feu Duc de Bourbon , dont il laiffe deux
Princes , Louis - François de Bourbon ,.
Comte de la Marche , à preſent Prince
de Conty , né le 12. Août 1717. le
Comte d'Alais , né le 5. Février 172 3..
& une Princeffe , née le 20. Juin 172 68.
Le même jour de la mort de ce Prince,,

fon
MAY. 1727. 1033
fon corps fut expofé dans fon Appartement
, à vifage découvert , avec des cierges
allumez , & c. '
Le 5. on fit l'ouverture du corps qui
fut embaumé & mis dans un cercueil de
plomb , &c.
Copie du Procès Verbal.
Aujourd'hui 6. du mois de May , les
Medecins , Chirurgiens & Apoticaires ,
fouffignez , fe font rendus à l'Hôtel de
Conty pour y affifter à l'ouverture du
corps du Prince de Conty , & ont trouvé
ce qui fuit.
On a commencé par l'ouverture du
Cerveau , dans lequel on a trouvé les
vaiffeaux trop gonflez , la fubftance corfticale
du cervelet très enflammée , les
finus lateraux ayant deux fois leur vo
lume naturel.
A l'ouverture de la poitrine on a troul
vé la trachée - artere vers la divifion des
bronches fenfiblement enflammée dans
fa partie fuperieure , auffi bien que dans
l'inferieure particulierement du côté
gauche. Le poulmon gauche adhérant à
la pleure , vers la partie inferieure , &
Padhérance fenfiblement enflammée. La
fubftance du poulmon du même côté, dure
en quelques endroits , flétrie en d'autres
& dans une difpofition gangreneuſe ,
Hvj preſque
1034 MERCURE. DE FRANCE
prefque dans toute fon étenduë.
Ce côté de la poitrine contenoit plus
de demi- feptier d'une férofité fanguinolente..
Du côté droit de la poitrine , le poulmon
enflammé en plufieurs endroits , &
à la partie baffe du lobe une hydatide
ou petite veffie pleine d'eau.
Ce côté contenoit environ un poiffon
de férofité. Le coeur étoit dans fon vo--
lume naturel d'une bonne confiftance .
On a trouvé dans le tronc de la veine
pulinonaire , une concretion polypeufe
, très- dure , très - compacte , & une
beaucoup plus confiderable dans le ventricule
droit du coeur.
A l'ouverture du ventre on a trouvé
la vefficule du fiel en bon état , fans corps
étranger.
L'Eftomach avoit exterieurement fa couleur
naturelle , fes vaiffeaux n'étoient pas
gonfléz , nulle tache dans fa face interne ,,
en un mot , tel qu'il doit être dans l'état
naturel.
Les Reins fains , tant pour leur cou
leur que leur groffeur & leur confiftance..
Le foye dans l'état naturel & fain..
La Ratte dans l'état naturel.
Le Mezentere en bon état , & les Ureteres
, auffi- bien que la Veffie & tout le
canal inteftinal , bien conditionnez..
L'e
MAY. 1727. 1035
Le 6. le Duc d'Orleans alla, de las
part du Roy faire compliment à la Princeffe
troifiéme Douairiere de Conty , fur
la mort du Prince fon Epoux ; & le 8 .
S. M. prit le deüil pour trois ſemaines
à l'occafion de cette mort.

Le 9. l'Hôtel de Conty fut entiere
ment tendu de deüil avec des lez de ve
lours chargez d'Armoiries , grandes &
moyennes toute la façade , la grande
porte de l'Hôtel , la cour , la façade
des Appartemens , l'efcalier l'antichambre
éclairée par un grand luftre &
des plaques garnies de bougies ; ainſi que
la galerie ; la chambre de parade étoit
toute tendue haut & bas , avec des lez
de velours chargez d'Ecullons , & éclai
rée par un grand nombre de lumieres
Le Cercueil du Prince étoit placé au
milieu , fous un Dais de velours , fur
une Eftrade de quatre marches. Il étoit
couvert d'un Poële de velours herminé
fur lequel étoit le Manteau de l'Ordre
du S. Efprit , la Couronne du Prince
fur un Carreau de velours , couverte d'un
crefpe , & le Collier de l'Ordre du S.
Esprit fur un autre Carreau de velours ,
auffi couvert d'un crefpe . Les Gradins de
Eftrade étoient garnis de cierges armo
riez & aux côtez on avoit élevé
deux
1036 MERCURE DE FRANCE .
deux Autels où on célébroit des Meſſes .
Il y avoit foir & matin des Ecclefiaftiques
de la Paroille de faint André des Arcs
& des Religieux Auguftins du Faubourg
faint Germain qui pfalmodioient hors le
temps des Melles. Deux Gentilshommes
& deux Aumôniers du Prince ne quittoient
point cette Chambre de parade
dont les portes étoient gardées par des
Valets de Chambre en long manteau de
deuil , lefquels annonçoient les Princes
& les perfonnes de diftinction qui venoient
pour jetter de l'eau benite. Les
Herauts d'Armes vêtus de leurs Robes,
avec leur cotte d'armes , le Chaperon en
forme , & leurs Caducées couverts de
crefpes , étoient affis fur des tabourets
aux deux coins de l'Eftrade. Les Officiers
du Prince défunt faifoient les honneurs.
Le même jour 9. les Benedictins de
l'Abbaye faint Germain , & les petits Auguftins
, vinrent jetter de l'eau benite fur
le Corps du Prince .
Le 10. les Grands - Auguftins , les Jacobins
de la rue faint Honoré , le Clergé
de la Paroiffe de faint André des Arcs ,
accompagné de M. le Guerchois , Confeiller
d'Etat , premier Marguillier , fuivi
des autres Marguilliers , les Cordeliers
accompagnez des Confreres de l'Archi-
Confrairie de Jerufalem , les Jacobins
de
MAY. 1727. 1037
de la rue faint Dominique , les Carmes
de la Place Maubert.
Le 11. les Recollets & les Capucins
de la rue faint Honoré .
Le 12. après midi , le Comte de Charolois
, nommé par le Roy , pour aller
au nom de S. M. jetter de l'eau benite
fur le Corps du Prince , fe rendit au
Palais des Thuilleries , d'où il partit dans
un Caroffe du Roy. Le Duc de Gefvres,
Premier Gentilhomme de la Chambre
nommé par le Roy pour accompagner le
Comte de Charolois dans cette Cérémonie
: le Marquis de Clermont- Tonnerre,
Chevalier des Ordres du Roy , nommé
auffi par S. M. pour porter la queue de
fa Robbe , & M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , étoient dans le Caroffe
du Roy. Un détachement des Gardes du
Corps ,& un détachement des Cent Suiffes
de la Garde , avec leurs Officiers , marchoient
autour de ce Caroffe. Le Comte
de Charolois fut reçu à l'Hôtel de Conty
par le Comte de Clermont fon frere , accompagné
du Comte de Montmorency
Premier Ecuyer , & du Marquis de
Bourzac , Premier Gentilhomme de la
Chambre , & des principaux Officiers du
feu Prince de Conty ; il entra enfuite
dans la Chambre de parade , étant conduit
par le Duc de Gefvres , & la queue
de
ro38 MERCURE DE FRANCE .
de fa Robbe étant portée par le Marquis
de Clermont · Tonnerre. Le Comte de
Charolois s'étant placé fur le Prie- Dieu
qui lui avoit été préparé , couvert d'un
tapis de velours cramoifi , à franges &
galons d'or , avec un carreau de même,
on chanta les Prieres ordinaires ; après
lefquelles l'Abbé de Saumery , Aumônier
du Roy , préfenta le goupillon au
Comte de Charolois , qui s'approcha du
Cercueil , & ayant fait les faluts ordinaires
, jetta de l'eau benite . Cette céré
monie finie , le Cointe de Charolois fut
reconduit au Caroffe du Roy , comme
il avoit été reçû , & il fut ramené aux ,
Thuilleries dans le même ordre obfervé:
lorfqu'il en étoit partit pour fe rendreà
P'Hôtel de Conty.
Le même jour & le lendemain , le Duc
d'Orleans , le Comte de Charolois , le
Comte de Clermont , le Prince de Dombes,
le Comte d'Eu , & le Comte de Toulouſe ,
allerent jetter de l'eau benite fur le Corps
du Prince de Conty. Le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aydes,
la Cour des Monnoyes,& le Corps de Vil.
le fe font acquittez du même devoir avec
les Cérémonies accoutumées , ainfi que le
Grand'Confeil , les Tréforiers de France,
l'Univerfité , les Religieux Picpus , les
Jefuites , les Auguftins Reformez de
la
¿
MAY. 1727. 1039
la Place des Victoires , les Peres de Na
zareth , le Pere General de l'Oratoire ,
accompagné de plufieurs Prêtres de cette
Congregation .
Le 14.les Minimes de la Place Royale.
Le 15. les Minimes de Nigeon , &
tous les jours il y a eu en très - grand
concours de gens de tous états & de toutes
conditions .
Le Convoy fe fit le 16. il partit de
l'Hôtel de Conty à dix heures du foir
dans l'ordre ſuivant.
Deux Brigades du Guet à Cheval mar
choient à la tête de tout.
Deux Suiffes portant chacun un flambeau.
40. Pauvres avec des flambeaux.
L'Archi-Confrairie de Jerufalem.
30. Officiers des Offices du Prince de
Conty en grand deüil .
60. Prêtres de S. André avec le Curé,
Les quatre Herauts d'Armes , & le
Roy d'Armes.
La Couronne & le Collier portez par
deux Gentilshommes en longs manteaux
de deüil. Le Cercueil étoit couvert d'un
Poële herminé aux Armes du Prince , le
grand Manteau de l'Ordre pardeffus .
Le Corps étoit porté par 10. Valets
de Chambre , ayant chacun une écharpe
de taffetas blanc couverte d'un crefpe.
Les
1040 MERCURE DE FRANCE.
Les quatre coins du Poële étoient portez
par quatre Gentilshommes. Entre ces
Gentilshommes marchoient de chaque
côté deux Aumôniers en manteau & en
bonnet quarré. A droit & à gauche marchoient
12. Pages avec des flambeaux
qui étoient précedez fur la même ligne
par 60. Valets de pied avec des flambeaux.
Marchoit enfuite M. de Fontenailles
avec le Bâton de Commandement , comme
Capitaine des Gardes du Prince défunt,
& M. de Montmorency , comme Premier
Ecuyer , avec l'Epée.
Le Comte de Clermont , Prince da
Sang , repréfentant le deuil , marchoit
entre deux Suiffes du Roy , portant leur
hallebarde. Il étoit accompagné de Meffieurs
de Chabannes , de Lufbourg , de
Treffan , de Surville , de Fimarcon ,
de
Grimaldi , de Saint - André , de Vilfort ,
du Comte de Sillery , du Marquis de
Puynormand , & fuivi des Gentilshommes
de fa maifon.
Les Intendants , Secretaires des Commandemens
, Tréforiers , &c. & les Of
ficiers de fanté , marchoient après , fuivis
de quatre Suiffes du Roy. Deux Brigades
du Guer à cheval fermoient la marche.
Ce Convoy éclairé par 300. flambeaux,
paffa par le Quay de Conty , la rue Dauphine
MAY. 1727. 1241
J
phine & la rue S. André de Arcs . L'Eglife&
la façade étoient entierement tendues
de deuil. Le Comte de Clermont fut
reçu à la porte de l'Eglife par M. Defgranges
, Maître des Ceremonies & con
duit à la place qu'il devoit occuper ; on
mit le cercueil fur une Eftrade au milieu
du Choeur , entouré d'un grand nombre
de Cierges armoiriez , fous un Dais de
velours à frange d'argent , les Herauts ,
Aumôniers & Pages rangez autour..
1. Après
les Prieres & le De profundis chanté en
Mufique , le Corps du Prince de Conty
fut porté dans le caveau où repofent les
corps de la Princeffe de Conty , fon ayeule
& du Prince de Conty fon pere .
Madame la Princeffe de Conty a été
élue Tutrice honoraire des Princes &
Princeffes fes enfans , & M. Boulard ,
Ecuyer , Chevalier de S. Lazare , Intendant,
General de la Maiſon & Finances
& Secretaire des Commandemens
du feu Prince de Conty , a été élu
Tuteur onéraire , par l'avis des Princes
Parens des Mineurs , & M. le Picart
de Mainecourt , Premier Secretaire des
Commandemens , pour Subrogé- Tuteurs
lequel avis a été confirmé par Arrêt du
Parlement , & deux de Meffieurs les
Confeillers ont reçu le ferment de la Princeffe,
dans fon Appartement à l'Hôtel de
Condé
1042 MERCURE DE FRANCE :
Condé, où elle étoit retirée ; & les fieurs
Boulard & de Mainecourt l'ont prêté au
Greffe du Parlement.
Le 21. les Jefuites du College de
Louis le Grand donnerent un témoi
gnage public de leur douleur & de leur
reconnoiffance , en faisant celebrer chez
eux un Service folemnel pour le Prin
ce de Conty. Ils avoient fait dreffer un
Catafalque au milieu de leur Eglife qui
étoit toute tendue en deuil , avec des lez
de velours chargez d'Ecuffons . M. Baglion
de la Salle , Evêque d'Arras , Offi
cia pontificalement. Le nouveau Prince
de Conty , fuivi de la jeune Nobleſſe du
College , affifta à cette trifte Ceremonie ,
auffi bien que les Officiers de la Maifont
de Conty , & plufieurs perfonnes de cont
fideration.

MORTS , NAISSANCES,
J
& Mariages.
Ean- François Joubert , Comte de Chateaumorand
, Lieutenant General des
Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut
le 17. Avril dans fon Château de Coignac
en Limousin , âgé d'environ 72 , and
Le 2 2. Charles- Louis de Montgrant,
Ecuyer
MAY. 1727. 1043
Ecuyer , Meftre de Camp de Cavalerie
Maréchal des Logis de la premiere Compagnie
des Moufquetaires du Roi , mourut
à Paris âgé de 65. ans .
M. François Gilbert de Rivoire , Seigneur
, Marquis du Palais Chevalare
le Mazoëre , &c. mourut le 1. May âgé
de 62. ans.
Dame Marie - Charlotte Roque de Varangeville
, veuve de M. Claude de Longueuil
, Chevalier , Marquis de Maifons
& de Poiffy , Seigneur des Chatelenies de
Sevre , Orgeries , Grifoles , &c. Préfident
à Mortier du Parlement de Faris ,
mourut le 6. May , âgée d'environ 46 .
ans. Son corps fut porté le 7. à l'Eglife
de S. Sulpice , fa Paroiffe , & de là tranfporté
en grand Convoy , en celle des Cor
deliers où fe fit Pinhumation .
M. Gille François de Maupeoù , Chevalier
, Seigneur Comte Dableiges , la
Ville-neuve S. Martin , &c. Confeiller
du Roy en tous fes Confeils , Maître des
Requêtes honoraire de fon Hôtel , mourut
le 11. May , âgé de 79. ans & 9,
mois.
·
Pierre François Hiacinthe de Vintimille
, des Comtes de Marfeille , Baron
d'Olioules , de S. Nazaire , & c, mourut
le 18. May , âgé d'environ 6o . ans.
Dame Marguerite Ranchin , veuve de
M.
1844 MERCURE DE FRANCE .
M. Louis de Ratabon , Chevalier , Seigneur
de Trememont , Gentilhomme ordinaire
du Roi , Gouverneur de Fecamp
& fon Envoyé Extraordinaire dans plufieurs
Cours, mourut le 20. d'Avril, âgée
de 70. ans.
Dame Anne - Françoife d'Hauffonville
de Vaubecourt , veuve de M. Jerôme
Ignace de Gouion de Thuify , Chevalier,
Marquis de Thuify , Comte d'Autry ,
Baron de Pacy en Valois , & c . Senechal
hereditaire de Reims , Confeiller du Roi
en tous les Confeils , Maître des Requêtes
ordinaire de fon Hôtel , mourut à Châlons
en Champagne le 2 1. de ce mois ,
âgée de 80. ans. Elle étoit foeur du feu
Comte de Vaubecourt , Lieutenant General
des Armées du Roi , de l'Evêque
de Montauban , & de Madame la Com
teffe d'Estaing.
Jean - Baptifte- François - Jofeph , de
Croy , Duc d'Havré & de Croy , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne de la
premiere Claffe , mourut à Paris le 24.
du même mois , âgé d'environ 40. ans.
Il avoit épousé Dame Marie- Anne Cezarée
de Lanty , niece de N. de la Tremouille
, Duc de Noirmoutier , de laquelle
il laiffe deux fils & trois filles .
Le 10. d'Avril , Claude - Louis , fils
de Simon- Charles Coufin , Ecuyer , Seigneur
MAY. 1727. 1045
gneur de Beauregard , Préfident , Tréfo
rier de France , General des Finances &
Grand- Voyer en la Generalité de Paris ,
& de Dame Catherine , Marguerite le
Fevre fon épouse , fut tenu fur les Fonts
par Claude le Fevre , Ecuyer , Confeiller
du Roi , Contrôleur Ordinaire des
Guerres ; & par Dame Anne - Louiſe Croifette
Defnoyers Coufin , époufe de Charles
Coufin , Ecuyer , Secretaire du Roi ,
fes Parrain & Marraine.
Dame N. de S. Simon , épouſe de M,
Claude Rolland , Comte de Laval de
Montmorency , Marêchal des Camps &
Armées du Roy , accoucha le 12. Avril
d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts &
nommé Louis-Charles par M , Louis de
Lorraine , Prince de Pons & de Mortaigne
, Chevalier des Ordres du Roi , Meftre
de Camp d'un Regiment d'Infanterie,
& par Dame Catherine -Charlotte - Therefe
de Gramont , Ducheffe de Ruffec ,
époufe de M. Louis de S. Simon , Due
de Ruffec , Pair de France.
Dame Marie- Marguerite Flory de Loffart
, épouse de M. Louis- Charles le Bou
langer , Chevalier , Seigneur de Chaumont
, Confeiller du Roi , Maître ordinaire
en fa Chambre des Comptes , ac-.
coucha le 15. Ayril d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts , & nommé Charles-
Gabriël
1046 MERCURE DE FRANCE.
Gabriel , par M. Charles Gabriel Bory
Chevalier de l'Ordre de Saint Lazare ,
Grand-Maître des Eaux & Forêts de France
au Département d'Orleans , Lieutenant
pour Sa Majefté au Comté de Bourgogne
, & par Dame Marie de Pipercy ,
veuve de M. Charles le Boullenger ,
Chevalier , Seigneur de Chaumont Bois-
Fremond , & c. Confeiller du Roi , Maître
ordinaire en la Cour des Comptes ,
Aides & Finances de Normandie.

Le 9. May , Dame Elifabeth-Martine-
Radegonde Aubineau de Montbrun , épou
fe de M. Georges- Alexis Bertrand Remond
, Chevalier , Seigneur de Mareuil,
le Mezille , le Cour , & c. accoucha le 8 .
May d'une fille, qui fut tenuë fur les Fonts
& nommée Elifabeth - Geneviève , par M.
Charles-Blaize Méliant , Chevalier , Confeiller
du Roi en la Cour du Parlement,
& Commiffaire aux Requêtes du Palais ,
& par Dlle Jeanne Geneviève de Champeron
, fille de M. Jean Charles de Champeron
, Préfident en la Cour des Aides .
Le 23. du même mois , Dame Jeanne
Catherine Coustard, époufe de M. Bafile-
Claude-Henry Anjorrand , Chevalier
Confeiller du Roi en fa Cour du Parlement
, accoucha d'un fils , qui fut tenu fur
les Fonts , & nommé Claude - Etienne par
M. Etienne-Claude d'Aligre , Chevalier,
SeiMAY
. 11727. 1047
Seigneur de Jauderais , Confeiller du Roi
en tous fes Confeils , Préfident à Mortier
au Parlement, & par Dame Marie Olympe
Hardy , veuve de M. Claude-Nicolas Blondeau
, Chevalier , Seigneur de Chapuis ,
Confeiller du Roi en la Cour des Aydes.
Le 2 8. du même mois , M. Hubert Vicomte
Daubuffon , Comte de la Feuillade
, Seigneur du Duché de Roanez , Marquis
de Boifly & de Cernieres , Meſtre
de Camp de Cavalerie , époufa Dlie Catherine-
Scholaftique Bazin de Bezons .
Armand Bazins de Bezons , Abbé Comman
fataire de l'Abbaye Royale de S. Joüin
Tès Marne & de Notre Dame de la Graffe,
Prieur de Dié & de S. Gaultier , Prêtre ,
Docteur de Sorbonne , les fiança chez
de Maréchal de Bezons , fon pere , & les
maria le lendemain .
François de Rouxel de Medavy , Marquis
de Grancey , Lieutenant General des
Armées du Roi , Gouverneur de la Province
, Ville & Citadelle de Dunkerque,
épousa le 5. de May Marie - Cafimire-
Therefe - Emmanuele- Geneviève de Bethune
, fille de N. Comte de Bethune ,
Brigadier des Armées du Roi , & c. & de
Dame N. de Harcourt-Beuvron . La Ceremonie
fut faite par M. le Curé de faint
Euſtache à l'Autel de Madame la Marquife
de Bethune , foeur de la feuë Reine.
de Pologne & ayeule de la Mariée.
SUP1048
MERCURE DE FRANCE .
SUPPLEMENT,
LED
E 20. de ce mois , le P. Claude ,
nouvellement élu Vicaire General de
la Congrégation des Auguftins Déchauffez
de France , eut l'honneur de faluer le
Roi , étant accompagné de fes Affiftans
Generaux & autres Superieurs. Il rendit
fes refpects à la Reine le même jour.
Le 27. le Roi fit auprès de Marly , la
Revûë des quatre Compagnies des Gardes
du Corps , & de celle des Grenadiers
à cheval . S. M. partit enfuite pour Rams
bouillet , où elle a fait divers voyages pen
dant ce mois .
LETTRE DU ROY, écrite à S. E.Mon
feigneur le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , pour demander des
Prieres au fujet de la groffeffe de la
Reine.
MON
COUSIN,
La groffeffe de la Reine , ma très - chere
Epoufe & Compagne , eft une nouvelle
marque de la benediction de Dieu fur
nous. La loi que je me fuis faite de foumettre
MAY. 17278 1049
mettre à fa Providence tous les évenenemens
de inon Regne , m'engage à vous
faire cette Lettre, pour vous dire que vous
férez chofe qui nous fera bien agréable ,
vous ordonnez une Collecte ou Priere
particuliere pour la confervation de fa
Perfonne & du fujet de notre efperance :
fur ce je prie Dieu qu'il vous ait , Mon
Coufin , en fa fainte & digne garde . Ecrit
à Verſailles le 26. May 1727. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , PHELY PEAUX . Ec
au dos eſt écrit : A Mon Couſin le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris
Commandeur de mes Ordres .
M. le Cardinal de Noailles n'eut pas
plutôt reçû la Lettre du Roi , que pour
fe conformer aux pieufes intentions de
S. M. il donna un Mandement dont voici
le précis.
»La benediction que Dieu a commencé
» de répandre fur le Mariage du Roi par
» la groffeffe de la Reine , a rempli tout
» le Royaume d'efperance & de confola-
» tion . Notre augufte Monarque , inftruit
» dès fon enfance qu'un Roi Très - Chré
tien doit rapporter à Dieu tous les éve
» mens de fon Regne , & en regarder les
» profperitez comme des graces & des
faveurs du Ciel , a recours aux Prieres
»de l'Eglife , pour obtenir de celui par
qui les Rois régnent , l'heureux fuccès
I ij » d'un
1050 MERCURE DE FRANCE.
» d'un évenement qui fait l'objet de nos
» voeux , & d'où dépend le bonheur de
» l'Etat. Entrons dans les faintes intenptions
de S, M. pour demander par des
Prieres ferventes la confervation d'une
» Reine qui nous édifie par fa pieté , &
>> la naiffance d'un Prince qui affure de
»plus en plus la gloire du Trône , lạ
» tranquillité des Peuples , & qui marche
fur les traces de fes Peres , en main-
>> tenant, à leur exemple, la Religion dans
toute la pureté. A CES CAUSES , nous
yordonnons , &c. & nous exhortons
» les Fideles de notre Diocèfe de faire à
>> cette même intention , de ferventes
» Prieres , & c. Donné à Paris en notre
» Palais Archiepifcopal le Vendredy 30 ,
» May 1727 , Signé L. A. Cardinal de
» NOAILLES , Archevêque de Paris , &
plus bas par S. E.
CHEVALIER .
Suite du Siege de Gibraltar,
E 28. Avril on commença à prés
Lazer parer le terrain d'une nouvelle bat,
terie de 4. Canons qui doit battre le
Fort de la Reine Anne , & on perfectionna
la ligne de communication , qui va
de la batterie des Fourches à celle de la
Tour des Genois , & près de 300. Travailleurs
furent employez à faire écouler
MA Y. 1727 1051
ler l'eau des autres Tranchées . La nuit
précedente , le Gouverneur de la Place
fit fortir un détachement de la Garnison
qui s'approcha des Travailleurs julqu'à
la portée du piftolet , ce qui obligea les
Troupes de la Tranchée & les Gardes
avancées de Cavalerie , à prendre les
armes : il y eut de part & d'autre un feu
de moufqueterie allez vif, & le détachement
Anglois fe retira vers les 3. heures
après minuit les Affiegez jetterent une
grande quantité de bombes qui blefferent
plufieurs Soldats , mais il n'y en eût qu'un
de tué .
:
Le 29. on continua les travaux de la
nuit précedente , & il y eût 3. hommes
de tuez & 15. de bleffez ,
1
Le 36. 850. Travailleurs furent employez
à préparer les plates formes & le
revêtement de la nouvelle batterie : la
communication de celle des Fourches à
celle de la gauche de l'attaque , fut mife
en état d'y faire paffer les Troupes à couvert
du feu de la Place ; il y eût 3. hommes
de tuez & 15. de bleffez , entr'autres
Dom Jean de Mayona , Capitaine d'Artillerie
.
Le 1.de May , on employa 900. Travailleurs
à réparer les anciennes batteries ,
& 600. à perfectionner la nouvelle :
Dom Robert Rufi , Lieutenant de Bom-
I iij
bar
1052 MERCURE DE FRANCE.
bardiers, fut bleffe dangereufement , ainfi
que 7. Soldats de ce pofte , & il y en eût
2. de tuez .
Le 2. on emmena des canons à toutes
les batteries nouvellement réparées : on
affermit avec des gabions les revers de la
ligne de communication de la batterie des
Fourches : il y eut deux hommes de tuez
& 9. de bleffez.
Le 3. il ne fe paffa rien de confiderable :
les bombes de la Place tuerent 3. hommes
& en blefferent 13.
Le 4. les Affiegeans perdirent 6. Soldats
& quelques Travailleurs , & 12 .
furent bleffez.
Le 5. l'Ingenieur Dom André . George
Sohr , à la tête de 400. Travailleurs ,
fit fortifier le nouveau pofte avancé des
Grenardiers , qui eft à la droite de la batterie
de Dom Michel Tortofa , & revêtir
les Magazins à poudre qui en font voisins.
On plaça pendant la même nuit le reſte
des Canons de toutes les batteries. Il y eut
4. hommes de tuez & 8. de blefez , le
Capitaine Dom Gafpard de Crêne fut de
ce nombre.
Le 6. on mit toutes les batteries en
'état de tirer , ce qu'elles ont fait le 7. à
la pointe du jour ; & le même jour , le
Fort de la Porte de Terre qui avoit 12 .
pieces de Canon en batterie , n'a tiré que
de
MA Y. 1727. 1053
1
de 7. il eft découvert par la batterie de
Sainte - Barbe , qui voit auffi tout le mur
de défenſe , qui va jufqu'à la montagne
de faint Pierre, où les Affiegez ont quatre
batteries pofées fur des Tours , qui n'ont
de communication qu'à découvert.
EDITS , ARRESTS ,
SENTENCES , & c.
Areil & du AR
RRESTS du Confeil d'Etat , du Confeil
Privé , & du Grand Confeil du Roi ,
des 4. & 31. Janvier & 11. Fevrier 1727. rendus
fur la Requête de François Deiffet, Ecuyer,
Sieur de Vergnebrune , l'un des deux cens Gendarmes
de la Garde ordinaire du Roi : tendan
te à la caſſation des Procedures Criminelles
faites contre lui au Prefidial de Limoges , à la
requifition de M. Martial Romanet de la Briderie
, Procureur du Roi audit Préfidial , pour
une prétendue Rebellion commife envers le
nommé Ragot , Huiffier , & la Brigade d'Archers
de la Marechauffée refidente à Bellac ;
& à ce qu'il foit permis de prendre à partie
ledit Procureur du Roi , pour être condamné
en dix mille livres de dommages & interêts '
& autres réparations.
ORDONNANCE du Roi du 4. Fewrier ,
portant Reglement fur ce qui doit être obfervé
dans les Echelles de Levant & de Barbarie,
de la part des Juifs & autres Etrangers qui y
jouiffent de la protection de France.
I iiij LET1034
MERCURE DE FRANCE.
LETTRES Patentes du re. Fevrier , qui
sontiennent un Reglement fur ce quidoit être
obfervé à l'avenir pour la Navigation au petit
Cabotage en Guyenne , Saintonge , Pays
Aunix , Poitou , & Ifles dépendantes .
ARREST du r1. Fevrier , qui ordonne que
les Habitans de la V lle du Mans , ne jouiront
du Privilege à eux accordé par l'Ordonnance
des Aydes du mois de May 1680 que lorfqu'ils
vendront du Vin de leur crû à Pot , dans
leur feule Maifon d'habitation ; & que s'ils en
vendent dans d'autres Caves , Celliers ou
lieux , quand bien même ils en fero ent Proprietaires,
ils feront tenus d'en payer les Droits
en entier , ainfi que les autres Vendans Vin
à Pot.
ARREST du 18. Fevrier du Confeil d'Erat
du Roi , Portant moderation des Droits
d'entrée des cinq Groffes Fermes & autres , fur
les Vins de Provence qui feront amenez à Paris
jufqu'au dernier Juin de la prefente année .
SENTENCE de Police du 21. Fevrier , portant
deffenfes de vendre des Harangs frais en
d'autres temps que dans les mois d'Octobre ,
Novembre & Decembre , & qui condamne
les nommez Paulet & Moreigue Chaffe- Marées
, en trente livres d'amende chacun.
ARREST du 26. Fevrier , qui ordonne la
fuppreffion de la Lotterie de l'Hôtel de Ville
de Paris laquelle fera tirée pour la derniere fois
le 20. Mars prochain.
DECLARATION du Roi , concernant les
Recommandareffes & Nourrices , donnée à
VerMAY.
1727. 1055
Verfailles le premier Mars 1727. & regiftrée
en Parlement le 19. du même mois , par la
quelle le Roi ordonne .
I. Que pour maintenir l'ordre & l'union
entre les quatre Recommandareffes , elles faffent
bourfe commune entr'elles , des droits qui
leur feront payez , à raifon de trente fols pour
chaque Nourriffon par les Peres & Meres , ou
autres perfonnes qui chargeront les Nourrices"
d'Enfans par le miniftere des Recommanda÷
reffes.
II. Les Nourrices feront tenues de rappor
ter ou renvoyer les Enfans dans la quinzaine
du jour qu'ils leur feront demandez par les
Peres & Meres ou autres perfonnes qui les en'
auront chargé , quand même lefdites Nourri
ces auroient pris les Enfans par changement
d'autres Nourrices ou autrement ; & en cas'
de mort , de rapporter ou renvoyer les hardes,"
linges & Certificats de mort defdits Enfans
dans la quinzaine , à leurfdits Peres & Meres
ou autres qui les en auront chargé , le tout
à peine de cinquante livres d'amande contré
lefdites Nourrices & leurs Maris , même de
plus grande peine , s'il y échet.
III. Tous Meneurs & Meneufes de Nourri
ces feront obligez d'apporter au Bureau de
la Recommandareffe qu'ils auront choifie , un
certificat du Curé de leur Paroiffe , qui contiendra
les noms , furnoms , demeure , vie
moeurs & Religion defdits Meneurs & Meneufes
, & feront lefdits certificats enregistrez
fur un Regiftre que tiendront les Recomman-1
dareffes , & mis en liaffe pour être vifez par
le Lieutenant General de Police , ou d'un
Commi faire au Châtelet par lui commis, & les
noms , furnoms & demeures deſdits Meneurs
& Meneufes feront infcrits fur un tableau dans
I'v le
1056 MERCURE DE FRANCE:
le Bureau de la Recommandareffe qu'ils au
ront choifie , à peine de cinquante livres d'amande
contre les Recommandareſſes , Meneurs
ou Meneuſes.
U
IV. Défendons fous les mêmes peines aux
Meneurs ou Meneufes de changer la Recommandareffe
où ils auront fait enregistrer leurs
certificats , fans juftifier à celle qu'ils choifiront
par la fuite, dudit certificat de leur Curé ,
à l'effet de quoi la Recommandareffe qui aura
reçû ledit certificat , fera tenne de leur en délivrer
une copie fignée d'elle , & atteſtera de
l'enregistrement dudit certificat qui lui aura
été remis.
V. Défendons auffi à tous particuliers ou
particulieres de faire la profeffion de Meneurs
ou Meneufes fans ledit certificat de leur Curé,
& fans l'avoir fait enregistrer à l'un des Bureaux
defdites quatre Recommandareffes , à peine
de cinquante livres d'amende , même permis
d'emprifonner ceux qui fe trouveront dans
la Ville & Fauxbourgs de Paris en contravention.
VI. Défendons pareillement aux Recommandareffes
de recevoir chez elles , ou dans
leurs Bureaux , même d'employer aucuns Meneurs
ou Meneufes de Nourrices fans avoir
leurdit certificat , à peine de cinquante livres
d'amende , & d'interdiction pour trois mois,
& pendant ledit tems d'être privées du revenu
de leur bourfe commune , & d'interdiction
pour toujours en cas de recidive.
VII. Les Meneurs où Meneufes de Nourrices
feront tenus d'avoir un Regiftre paraphé
du Lieutenant General de Police , ou d'un
Commiffaire au Châtelet qu'il aura commis ,
où ils écriront ou feront écrire en prefence
des peres & meres ou autres , les fommes qu'ils
recevront
MAY. 1727. 1057
reuevront pour les Nourrices dont ils font
Meneurs , pour en tenir compte aux Nourrices
, & les leur remettre dans la quinzaine du
jour qu'ils en feront chargez , fous peine de
cinquante livres d'amende.
VIII. Défendons à toutes Nourrices , Meneurs
ou Meneufes de venir prendre des enfans
à Paris pour les remettre àd'autres Nourrices
lorfqu'elles feront arrivées à leurs pays,
ou d'en venir prendre , fous de faux certificats ,
à peine de punition corporelle ; comme aufli
faifons défenfes fous les mêmes peines à toutes
Nourrices qui fe trouveront groffes de prendre
des enfans pour les nourrir & allaiter , &
de cinquante livres d'amende contre les maris .
I X. Défendons auffi aux Meneurs &
Meneufes de Nourrices d'emporter ou faire
emporter des enfans nouveaux nez fans
être accompagnez des Nourrices qui les
doivent allaiter , fans qu'il ait été dûëment juftifié
que l'enfant aura reçû le Baptême , fous
quelque prétexte que ce foit , & fans Certificat
de renvoy de la Recommandareffe , à peine
de cinquante livres d'amende , & de plus
grande peine s'il y échet ; & fi les enfans venoient
à mourir en chemin , enjoignons aux
Nourrices , Meneurs & Meneufes d'en faire
leur déclaration fur le champ au premier Juge
ou Curé du plus prochain Village où ils décederont
, qui leur en donnera un certificat
& feront enfuite lefdits Meneurs & Meneufes
tenus d'envoyer l'Extrait mortuaire de
l'Enfant , conformément à l'Article XII . de la
Déclaration de 1715 .
X. Défendons pareillement aux Nourrices ,
Meneurs ou Meneufes d'abandonner ou expofer
les Enfans dont ils feront chargez , fous
quelque prétexte que ce foit , à peine de puni-
I vj tion
T058 MERCURE DE FRANCE.
tion exemplaire : Voulons que leur Procès
leur foit fait & parfait fuivant la rigueur des
Loix. Enjoignons aux Nourrices d'avoir foin
des Enfans qu'elles allaiteront ; & en cas qu'il
fe trouvât qu'ils euffent péris par leur faute ,
voulons qu'elles foient punies felon la rigueur
de nos Ordonnances:
XI . Défendons fous peine de cinquante li
vres d'amende aux Sages femmes , aux Au--
bergiftes , & à toutes perfonnes , autres que
les Recommandareffes , de recevoir , retirer ,
ni loger chez elles aucunes Nourrices & Meneufes
, fans la permiffion d'une des quatre
Recommandareffes , & de s'entremettre pour
leur procurer des Nourriffons , ni de recevoirfous
ce prétexte aucun falaire ni récompenſe ,
fans néanmoins rien innover ni changer de ce
qui fe pratique à l'égard dé l'Hôpital des
Enfans- Trouvez.
XII. Enjoignons aux Peres & Méres ou au--
tres qui mettront des Enfans en nourrice , &
les laifferont en févrage , de payer exactement
chaque mois les mois de nourriture & allaite--
ment de leurs Enfans , foit aux Nourrices ou
aux Meneurs & Meneufes dont elles le fervi--
ront , aufquels fera payé un fol pour livre:
par les Peres & Meres ou autres qui aurone
donné les Enfans ', ainfi qu'il eft d'ufage. Enjoignons
pareillement aux Nourrices , Me--
neurs & Meneufes de ne laiffer amaffer ou a c--
cumuler plus de trois mois , fous telles peiness
qu'il appartiendra.
XIII. Et afin que les Peres & Meres ou austres
qui auront eu recours aux Recommanda--
reffes puiffent fçavoir & connoître les Nourrices
à qui ils confieront leurs Enfans , & leur
vraie demeure , ordonnons que les Récom
mandareffes fourniront aux Peres & Meres
Ou
1
MAY. 1727% TOSD
Bu autres pour eux , un certificat de l'enre
giftrement de celui du Curé que la Nourrice
feur aura donné , dans lequel feront auffi com
pris les noms , furnoms & demeures de la
Nourrice; enſemble ceux des Meneurs & Meneufes
, & ce fans aucune augmentation de
frais au delà des trente fols portez par le premier
Article.
XIV. Les Peres & Meres feront condamnez
par le Lieutenant General de Police au
payement des nourritures & a laitemens des
Enfans qui auront été mis en nourrice &
laiffé en fevrage , lefquelles condamnations
feront prononcées fur le fimple Procès verbal
d'un Commiffaire du Châtelet , après que lef
dits Peres & Meres ou autres perfonnes qui
auront chargez lefdites Nourrices defdits En
fans , auront été affignez verbalement , comme
en fait de Police , fans aucune autre procedure
ni formalité ; & feront les condamnations
qui interviendront executées par toutes
voies dûes & raifonnables , même par corps ,
s'il eft ainfi ordonné par le Lieutenant General
de Police ; ce qu'il pourra faire en tout au
tre cas que celui d'une impuiflance effective
& connue.
XV. Faiſons défenſes aux Meneurs & Meneufes
de donner plus d'un Enfant à la fois à
la même Nourrice pour le nourrir & allaiter ,
à peine du fouet , & aux Nourrices d'en recevoir
deux fous les mêmes peines , de cinquante
livres d'amende contre leurs maris
& d'être en outre privées du falaire qui leur
fera dû pour la nourriture des deux Enfans.
XVI. Voulons au furplus que notre préce
dente Declaration du 29. Janvier 1715. foitexecutée
en tout fon contenu & felon fa forme
& teneur , n'entendant aucunement y dé- ▾
roger,
1060 MERCURE DE FRANCE .
roger , en ce qui ne feroit point contraire à la
Préfente.
XVII Sera notre préfente Declaration enregistrée
au Bureau defdites Recommandareffes
, & tranfcrite à la tête de chacun de leurs
Regiftres , affichée dans leur Bureau , & publiée
dans toutes les Jurifdictions Royales &
Seigneuriales de notre Royaume , &c.
ARREST du 4. Mars , qui renouvelle
les deffenfes de faire fortir du Royaume les
Matieres fervant à la fabrique du Papier.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
dans fix mois du jour de la publication du préfent
Arreft , fans efpérance d'autre délai , les
Proprietaires des droits de Péages & autres ,
repréterteront les titres en vertu defquels ils
perçoivent lefdits droits , finon déchûs.
SENTENCE de Police du 11 Mars ,
faifant deffenfes aux Boulangers de refferrer
ou d'emporter chez eux ce qui leur refte de
Pain les jours de Marchez.
AUTRE du même jour , faiſant défenſes
à tous Maîtres à danfer , de tenir Aſſemblées
& Salles de Danfes les jours de Dimanches
& de Fêtes , & qui condamne le nommé
ROYER , Maître à Danfer , en trente livres
d'amende.
ARREST du même jour , concernant les
Privilegiez de la Ville & Fauxbourgs de Paris
, par lequel S. M. ordonne que tous ceux
qui ont ou prétendent avoir dans la Ville &
Fauxbourgs de Paris des Droits de Juſtice &
de Police , Privileges ou Affranchiffemens de
Maîtriſes,
MA Y. 1727. 1061
Maîtrifes , Franchifes locales ou perfonnelles ,
perpetuelles ou pour un certain temps de l'année
, & toutes autres Exemptions ou Droits
concernant le Commerce , les Manufactures &
les Arts , qui n'ont point encore repréſenté
leurs titres de conceffion & de confirmation ,
feront tenus dans deux mois , pour toutes préfixions
& délais , à compter du jour de la
publication
du préfent Arreft , de les repréfenter
pardevant les Sieurs Commiffaires dénommez
dans ledit Arreft , & c.
AUTRE du 18. Mars , qui continue pendant
les fix années du Bail de Carlier , les
Abonnemens ci - devant faits dans plufieurs
Provinces & Generalitez du Royaume , pour
tenir lieu des Droits de Courtiers - Jaugeurs ,
& de ceux d'Infpecteurs aux Boucheries &
aux Boiffons.
AUTRE du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Avril 1728. les deffenfes de faire
fortir des Verres à vitre , ni d'autre espece
hors du Royaume.
AUTRE du même jour, qui ordonne qué
dans les Villes & principaux lieux de Manufactures
du Royaume , il fera tenu au mois de
Janvier de chaque année des Affemblées Generales
de Commerce.
DECLARATION du Roy du même jour ,
concernant les Pêches à pied & Tentes à la
baffe eau fur les Côtes des Provinces de Flandres
, Pays conquis & reconquis , Boulonnois
, Picardie & Normandie.
ARREST du Grand'Confeil du Roy du
même
To62 MERCURE DE FRANCE.
même jour , rendu au rapport de M. Sallier
fur la maniere de payer la Dixme des Raiſins ,
& qui y affujettit indiftin&tement tout ce qui
en croît dans une Vigne.
ORDONNANCE de Police du 20. Mars,
portant deffenfes de paffer fur les Terres en
femencées , & de couper les bleds .
AUTRE du 28. Mars , qui condamne le
fieur Gentil en trois mille livres d'amende ,
pour avoir tenu chez lui Aſſemblée de Jeu de
Pharaon.
AUTRE du même jour , portant deffenfes
à tous Jardiniers & Marachers , de refter fur
le Carreau de la rue de la Feronnerie en Eté
paffé fept heures , & en Hyver paffé huit heures
du matin.
AUTRE du même jour , portant deffenfes
aux Laquais des Etrangers & autres , d'exi
ger aucune fomme des Loueurs de Carroffes :
& aux Loueurs de Carroffes de leur en payer
aucune , fous prétexte de Courtage.
AUTRE du 4 Avril , qui condamne plu
fieurs Habitans d'Aubervilliers en vingt lis
vres d'amende chacun , pour avoir paffé à
travers champs avec leurs Voitures fur des
pieces de Terre enfemencées.
ARREST du 15. Avril au fujet du dépôt des
Marchandifes des Indes , de la Chine & du Le
vant qui auront été faifies , par lequel leRoi ordonne
que l'Article X I.de l'Edit du mois d'Oc
töbre dernier ſfera executé ſelon ſa forme & téneur,
& en confequence , que tous Juges &
Officiers
MAY 1727. 7063
Officiers , & tous autres qui auront faifi dans
la Ville , Fauxbourgs & Banlieue de Pars,
des Marchandifes des Indes , de la Chine &
du Levant , de quelque nature & qualice qu'el
les puitent être , feront terus de les remettre
dans le Magafin general de la Boune de
Paris , avec les procès- verbaux qu'is en au
ront dreiez ; & pour celles faifies hors ladite
Ville & ledit reffort , dans toute l'étcndue
du Royaume , de les conduire au Bu
reau des Traites ou Grenier à Sel le plus prochain
du lieu où les captures auront éte fakes ,
avec les procès verbaux qui en auront auffi
été dreffez : Et faute par lefdits Saififlans de faire
les dépôts defdites Marchandites en la maniere
cy- deffus preferite , entend Sa Majefté quils
feront privez des récompenfes à eux attribuées
par l'Arrêt du Confeil du premier Fevrier 1724
SENTENCE DE POLICE de 16. Avril ,
qui deffend aux Marchands Epiciers de donner
à boire aucunes Liqueurs les jours de Diman
ches & de Fêtes pendant les heures du Service
divin.
ORDONNANCE DE POLICE du même
jour , portant deffenſe à tous Chartiers &
Voituriers , conduifant Charettes & Tombereaux
chargez ou non chargez , de les con
duire autrement qu'à pied , tant en paffant
fur le pont , que le long des rues de la Ville
de Neuilly.
AUTRE du 18. Avril , concernant la vente
des Huitres portant deffenfes d'en crier
ou d'en vendre dans les rues de Paris , de
puis le dernier d'Avril jufqu'au dernier Jeudy
du mois d'Août , à peine de 200. livres d'a
mende , confifcation & c. DE
1064 MERCURE DE FRANCE.
DECLARATION DU ROY , concernan
le Droit de Committimus . Donné à Verfailles
le 19. Avril 1727. par laquelle il eft dit
que ceux qui depuis l'Ordonnance du feu
Roi du mois d'Août 1669. auront obtenu
fur la reprefentation de leurs Titres , des Arrêts
ou Lettres de maintenue dans la joüiflance
du Privilege de Committimus au grand
ou petit Sceau , ou qui par nouvelles conceffions
auront obtenu ledit Privilege du feu
Roy ou de Nous , feront tenus de reprefenter
avant le premier Janvier prochain , leurs Titres
, foit de confirmation ou de nouvelle con.
ceffion , ès mains de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , pour en être par lui dreffé des
Etats qui feront par Nous arrêtez en notre
Confeil , & envoyez dans toutes nos Chancelleries
poury être enregistrez , le tout conformément
à ladite Ordonnance : Et cependant
ils continueront de joüir dudit Droit de
Committimus , dont les Lettres leur feront
expediées comme par le paffé en nofdites
Chancelleries jufqu'au premier Janvier pro
chain ; après lequel il ne fera expedié Lettres
de Committimus qu'en faveur de ceux qui
auront été compris dans lefdits Etats , entegiftrez
efdites Chancelleries , & c.
ARREST du même jour , qui nomme des
Commiffaires pour examiner les Expedients les
plus convenables à l'effet de procurer aux Com .
munautez de Filles Religieufes du Royaume ,
les fecours dont elles peuvent avoir befoin.
AUTRE du 22. Avril , qui fixe à trois fols
les Droits de Contrôle des Exploits , Affignations
& autres Actes qui feront faits à la requête
de Louis Bourgeois , pour le recouvrement
des Gages intermediaires.
SENMAY
1727.
1065%
SENTENCE DE POLICE du 25. Avril
concernant la vente de laMarchandiſe de Foin ,
& qui condamne à l'amende le nommé Villain
Marchand Forain .
AUTRE du 12. May , portant deffenfes
de faire aucuns dégats dans les Bleds
fous prétexte d'y cueillir des Barbeaux.
AUTRE du même jour portant deffenfes
de laiffer dans les Ruës , Marchez & Places
publiques aucuns pieds & feuilles d'Artichaux,
ni Ecofles de Pois ou de Féves.
AUTRE du 16. Mars , qui enjoint qu'à
l'avenir pendant les Etez & dans les temps
des chaleurs les Bourgeois & Habitans de
cette Ville & Faux- bourgs , arroferont deux
fois par jour le devant de leurs portes & le
long des murs de leurs maifons & bâtimens ;
fçavoir , à dix heures du matin , & à trois
heures après midy , fous les peines portées par
les Reglemens de Police fur le fait du nettoyement.
AUTRE du même jour , faifant deffenfes
à tous Marchands vendant Beure , Oeufs
Fruits , Légumes & autres Denrées , de refter
& étaler dans l'ancien Marché Saint Germain
des Prez & ruës adjacentes ; qui leur ordonne
de fe retirer inceffament dans le nouveau ;
& condamne huit femmes.en 100. livres d'amende
chacune , pour y avoir contrevenu .
AUTRE du même jour , qui deffend à tous
Voituriers , Loueurs de Carroffes , leurs Charetiers
& Cochers , de laiffer féjourner leurs
vieux fumiers , ni d'entrer dans leurs Ecuries
avec
1666 MERCURE DE FRANCE.
avec des Pipes remplies de Tabac allumé ,
ou lumieres , fi elles ne font dans des Lanteines
.
AUTRE du même jour , qui ordonne aux
Boulangers de faire leurs pains du poids' qu'ils
doivent avoir.
AUTRE du même jour , portant deffenfes
aux Valets d'écuries , Garçons Meuniers & autres
, de mener à l'Abreuvoir ou ailleurs , plus
de trois Chevaux ou Mulets attachez enfem
ble, à peine de so livres d'amende,
AUTRE du 23. May , qui condamne le
nominé Thibert , Boucher , en cinq cens liv.
d'amende , à caufe du monopole commis par
lui dans la vente de la Viande.
On s'eft trompé en difant , page 1004.
que le Comte Maurice de Saxe étoit
parti de Paris le 15. de ce mois. Il n'en
doit partir qu'au commencement du mois
prochain .
On donnera , deux Volumes du Mercure
de France , le Mois prochain.
AT
1067
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
He May , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreflion . A Paris , le 1. Juin
$727 .
HARDION,
XX :XXXXXX**X **** : **
PLE
TABLE .
IECES FUGITIVES . Les Spectacles , Ode. 859
lace du Syltême fur les Ramies de Galeres,
& autres Bâtimens des Anciens.
Epithalame.
Medaille de Dagobert I. Roi de France ,
Madrigale à M
***.
863
881
& Co
886
890
Remarques fur la Maifon de Chambrai . ibid
Bouquet à M. de P.
Poiffons monftrueux , & c.
892
893
Le Jufte mourant , Sonnet ; Bouts- rimez. 896
Lettre fur le Barbet , vécheur d'Ecrevilles . 897
Imitation de la 5. Poëfie de Catule,
Projet d'un nouveau Calendrier.
899
901
La Table , Ode.
906
Lettre de M. de Senecé , &c. 910
Triolets du même , fur la gelée. 912
Lettres fur les Fêtages d'Angers , les Defruc
tu, &c. 921
Epitre en Vers. 933
Réflexions . 935
Pre1068
Premiere Affeinblée publique de l'Académie
de Marſeille , & c.
937
Noms de ceux qui compofent cette Academie.
Enigmes.
944
945
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , & c.
948
Abregé de l'Hiftoire & de la Morale de l'Ancien
Teftament.
Voyages de Gulliver , & c.
952
955
Extrait du Difcours de M. Geoffroy , lû à l'Académie
Royale des Sciences.
Memoire de M. de Mayran.
Affaires du Palais .
Chanfon en Rondeau .
Spectacles .
978
976
9.79
984
985
Les Effets du Dépit , Comedie , Extrait. 986
L'Ennuyeux , Comedie , Extrait. 951
Nouvelles du tems , de Ruffie , Pologne , Danemarc
, &c.
D'Allemagne , Decret de l'Empereur , &c.
1003
1006
D'Italie , d'Espagne , Siege de Gibraltar , &c.
1011
Angleterre , Adreffe preſentée au Roy. 1022
Hollande , Pays- Bas. 1027
Morts & Mariages des Païs Etrangers . 1029
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Mort du Prince de Conty.
Morts , Naiffances & Mariages ,
Supplement,
ibid.
1032
1042
1048
Lettre du Roy à S. E. M. le Cardinal de Noailles
au fujet de la groffeffe de la Reine , ibid.
Suite du Siege de Gibraltar , 1050
Edits , Arrêts , Sentences de Police , & c. 1053
Errata
1069
Page
Errata d'Auril.
Age 802 .1. 4. du b. la Meffe, lifez à la Meffe,
P. 847. 1. 27. Vintiville , lifez Vintimille,
P. 848. l. 6. en Soleure , lifez à Soleure en
Suiffe , pendant l'Ambaffade du Comte du
Luc , fon ayeul.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 884. ligne 3. s'entrainer , lifez s'en- tr'aimer.
P. 909. 1. 2. du b. fur tels , lifex fur de tels
P. 938. 1. 24. des Inftrumens , lifez de voix,
P. 952. 1. 3. 60. pages , l. 600. pages,
P. 993. 1. 19. écarté , l. efcorté,
P. 1012.1. 4. près , 7. preſt,
Air noté regarde la page
984
3070
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Touloufe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , cheg
Charles Labottiere l'aîné , vis - à- vis la Bourfe
chez Etienne Labottiere , & chez Chapui
, fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vartar.
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon.
Ibid. chez Mallon.
Rouen , chez Herault.
Idem. chez la veuve Vaultier.
Châlons-fur-Marne , chez Seneuze
A niens , chez François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp .
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau.
Chartres , chez Fetil , & chez J.
Roux
,
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille chez Danel.
Verfailles , chez Pigeon,
Befançon, chez Charmet.
Saint Germain , chez Dore,
Lyon , à la Pofte,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le