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1727, 02
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DĚDIE AU
ROT..
FEVRIER . 1727.
QUE
COLLIGIT
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
TR
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S.Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti ,à la defcente
du Pont au coin de la rue de Nevers,
à la Croix d'Or.
M. D C C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets.
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toujours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
>
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
parter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30.
fo's.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
FEVRIER. 1727.
XXXXXXX **************
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
PARAPHRASE
DU CANTIQUE DES CANTIQUES ,
Suivant l'Esprit des Peres.
CHAPITRE PREMIER,
L'Eglife à Jefus Chrift.
Ue ma brulante ardeurle touche
,
Et que de fa divine bouche
Puiffe fortir la Verité.
A ij
Tes
MERCURE DE FRANCE.
Tes confeils , cher Epoux , au coeur de ton
Amante ;
Répandent à longs traits plus de fuavité ,
Que la liqueur la plus charmante.
A peine tu te fais entendre ,
Ta parole devient un parfum précieux ,
Qui porte ton nom en tous lieux .
Doux charme d'une ame encor tendre ,
De qui ton bras foutient le vol jufques aux
Cieux ,
Pour aller jufqu'à toi , que ta main favorable
,
Me prête un effort fecourable ,
L'odeur de tes vertus nous emporte après
toi ,
Elle comble nos coeurs d'allegreffes trop
jukes :
Au Sanctuaire de mon Roi,
Sa main m'a dévoilé mille fecrets auguftes ,
J'ai fenti de nouveau tous mes fens s'enflammer
;
Un coeur droit , un coeur pur , eft feul fait
pour l'aimer.
• Filles de Sion ! Compagnes infidelles !
Je fuis noire , il eft vrai , mais des mains immortelles
,
Me
FEVRIER. 1727 21 É
Me rendent la beauté que l'erreur me ravit:
Les tentes de Cedar le difputeroient - elles ,
A celles du Fils de David ?
N'imputez qu'à l'effort d'une caufe étran
gere ,
De mon teint tout brûlé la couleur menfongere
,.
Ma premiere fplendeur brille au dedans de
moi ,
Et je ne puis voir fans effroi ,
Mes freres revoltez dans le fein de ma mere ;
L'un eft victorieux , & l'autre maffacré.
Les Schifmes renaiffans divifent la Nature ,
Et malgré tous nos foins l'erreur & l'impofture
,
Alterent le dépôt facré
Aimable Epoux , pour qui mon coeur fou
pire ,
Apprens moi dans quel lieu paiſt ton troupeau
Caer
> Dans quels valors für quel côteau
fleuri ,
Vers le milieu du jour il repofe & refpire ,
A l'abri des cruels dangers :
Ne fouffre pas du moins que ton Epouſe errante
,
A j Aille
272 MERCURE DE FRANCE .
Aille effuyer du jour la chaleur dévorante ,
Et prenne pour les tiens des troupeaux étran
gers.
Jefus - Chrift à l'Eglife .
De cette Epoufe autrefois adorée ,
Si la beauté défigurée ,
La rend méconnoiffable à fes propres regards
,
Que loin du vrai Pafteur , loin du troupeau
fidele ,
Elle aille errant de toutes parts ,
Et cherche avec fes Boucs des Paſteurs dignes
d'elle .
Mais toi dont la beauté fans taches , fans mê
langes ,
A bravé jufqu'ici mille orages divers ,
Je dois te comparer à la beauté des Anges ,
Dont l'effort abîma Pharaon dans les mers.
A l'innocente Tourterelle ,
Tu reffembles par ta pudeur ,
Ton col docile au joug de ton Seigneur ,
A pour tout ornement fa beauté naturelle.
Des mains de ton Epoux reçois la charité ,
Semblable à l'or que le feu purifie ,
Et que la Loi , fource de verité ,
Soir
FEVRIER. 1727. 21
Soit pour tes vrais Enfans une fource de
vie.
L'Eglife à Jefus- Chrift.
A la Table facrée , à fes côtez affife ,
Quand mon Roi m'honoroit d'un regard de
fes yeux ,
Parmiquels doux tranfports , de quelle ardeur
éprife ,
Je répandois l'odeur d'un parfum précieux.
O mon bien-aimé ! dont j'admire ,
Dans le moindre des traits le merveilleux def
fein ,
Ton afpect eft pour moi plus doux que n'eſt la
myrrhe ,
Viens te repofer fur mon fein.
Des Vignes d'Engaddi la liqueur précieuſe
De tréfors éternels fource myſterieuſe ,
Cher Epoux , c'eſt l'Amour qui t'a percé le
flanc ,
Et confacre nos pleurs par le prix de ton
Sang...
Jefus- Chrift à l'Eglife.
O combien je vous trouve belle !
Quel coeur infenfible & rebelle ,
Par un charme fi doux ne feroit arrêté ?
Non, ce n'eft point un piege où la liberté tombe
, A iij Avec
214 MERCURE DE FRANCE
Avec les yeux de la Colombe ,
Vous en avez la pureté.
L'Eglife à Jefus-Chrift.
Mon Bien- aimé , je vole fur tes traces ,
Foi feul à la beauté tu joins toutes les gra
ces ,
Viens te communiquer à moi ,
Dans ce lit toujours chafte , ombres myfte
rieuſes ,
Od de tes faveurs glorieufes ,
Le prix fe cache aux foins & fe montre à la
Foi.
De ce Temple ou ton facrifice ,
Va fe renouvellant fous d'auguftes apprêts =
Les Cedres du Liban foutiennent l'Edifice .
Et fes Lambris font de Cyprès.
CHAPITRE SECOND
du Cantique des Cantiques ,.
fuivant l'efprit des Peres.
L'Eglife à Jefus-Chrift.
Telle qu'une humble fleur dans les champsexpofée
,
Je refpire au mat in la celefte Rofée ;
Nul profane travail pour moi n'eft entrepris .
Jefus
FEVRIER. 1727. 215
Jesus-Christ à Eg life.
Ce qu'eſt un lis au milieu des épines ,
Sans que jamais leurs traits en alterent le
prix ,
Telle & plus pure encor par fes vertus divines
,
Eft entre cent beautez celle que je cherts.
L'Eglife à Jefus- Chriſt.
Tel qu'un arbre fertile au milieu des forêts,
Etale de fes dons la beauté falutaire ,
Tel au milieu d'une troupe étrangere ,
Brille mon Bien- aimé paré de mille attraits,
Je cherche le repos fous fon ombre facrée,
Et dans le fein d'une paix defirée ,
Je goûte avidement les fruits que j'en reçoi
Pour gage de fa flamme , & pour prix de
ma foi ,
Dans fes celliers facrez où l'amour m'a livrée
,
Et n'impofe à mon coeur que d'innocentes
loix .
Du plus pur de fon Sang faintement enyvrée
,
En moi la charité rétablit tous fèes droits ,
Soutiens- moi , je languis des traits dont tu met
bleffes ,
A v Daigne
216 MERCURE DE FRANCE.
Daigne prêter ton aide à mon coeur abbattu¿
Et que lui-même en fes foibleffes ,
Trouve fa force & fa vertu .
Mon Époux de fa gauche amaffe fous ma tête ,
Jufqu'aux biens partagez que fon amour apprête
,
Mais que fes traitemens foient tels
Qu'il m'embraffe par préference ,
De cette main dont il diſpenſe ,
La gloire incorruptible & les biens immortels.
Jefus- Chrift à l'Eglife.
O Filles de Sion , que l'ardeur la plus pure ,
Attache à mon Epouſe & foumet à fes loix,
Menagez fon repos , & je vous en conjure
Par les Hôteffes de ces Bois ,
Refpectez cette extafe , où l'amour l'a laiffée ,
Gardez de l'éveiller dans fon fommeil divin ,
Je craindrois qu'un objet trop frivole & trop
vain ,
N'allât s'offrir à fa penſée.
L'Eglife à Jefus - Chrift .
De mon Epoux j'entens la voix :
C'eft lui , le voici cette fois
Déja mon ardeur empreffée ,
"
A
FEVRIER. 17272 217
A devoré de loin fes celeftes appas
Sa gloire l'accompagne ; audevant de ſes pas
Toute montagne eft abbaiffée ,
Semblable au Faon par fa legereté ,
Et debout devant moi dans fa courſe arrêté ,
Il perce d'un regard le mur qui nous fépare.
Je ne fçai quel tranſport de fon ame s'empare ;
Mais redoublant pour moi fes foins miterieux
,
Attentif, il m'obferve & fe cache à mes yeux.
, י
Sa voix a frappé mon oreille.
Leve-toi, m'a- t- il dit, c'eft l'amour qui t'éveille
Pour couronner l'eſpoir dont ton coeur s'eft
flatté.
Unique objet où mon ardeur s'adreffe ,
Vien, hâte-toi de rendre à ma tendreffe
Ton innocence & ta beauté.
Tous mes voeux font comblez lorfque je le
poffede ,
A des temps orageux un Ciel plus pur fuecede
,
Tout fe renouvelle à la fois ;"
Déja de mille fleurs la terre eft émaillée ,
Nos Vallons font rians & la Vigne eft taillée
La trifte Tourterelle épand au loin fa voix-
A vj
D'un
218 MERCURE DE FRANCE.
D'un plus beau feu le jour s'allume .
Par tout s'offrent aux yeux mille objets reproduits
,
es plus douces odeurs, partout l'air fe parfume
,
Et le Figuier nous prefente fes fruits.
Jefus- Chrift à l'Eglife .
Sur les aîles de la Colombe ,
Eleve -toi vers moi d'un vol précipité ,
Sors du fein de l'obscurité ,
Où trop fouvent la foi retombe..
Romps entre nous ce mur d'iniquité »
Viens combler mes defirs. De ta grace ins
finie ,
Montre moi les charmes puiffans ,
Viens & que ta voix dans mes fens ,
Répande une douce harmonie.
Va furprendre dans fa malice ,
D'ennemis dangereux un effain redouté ,
Que lui- même honteux de fon vain artifice ,
De la Vigne en ſa fleur , reſpecte la beauté.
L'Eglife à Jefus- Chrift.
Mon Epoux eft à moi ; mais , fi l'amour l'èngage
,
De ma foi fa tendreffe eft l'infaillible gage
De
FEVRIER. 1727. 119
De mêmes feux mon coeur & le fien font
\ remplis ,
Des prophanes impurs je crains peu la puisfance
,
Et lui-même toûjours marchant dans l'inno
cence ,
Paiſt fon troupeau parmi les Lys.
Demeure encore , attends que le jour recom
mence ;
Ne m'abandonne point , fans toi , fans ta
prefence ,
Dans l'ombre de la nuit , je crains de m'engager
,
Et ne prévois - tu point mon trouble & ma
trifteffe ;
Du moins dans ton retour imite la vîteffe ,
Du Faon & de la Biche , & du Chevreuil
leger .
******************
A LA REINE.
Fille de cent Heros , dont les fiecles an
tiques ,
Réveroient les grands noms confacrez parmi
nous ;
Au nombre des Tributs qu'on te rend à ge
noux
Daigne
20 MERCURE DE FRANCE:
Daigne encore agréer l'offre de ces Cantiques
;
Le doigt de Dieu traça dans ce divin Ecrit ,
Des fublimes vertus les leçons les plus amples
;
Mais pour en mieux percer le mystere & l'efprit
,
Reine , il faut confulter ton zele & tes exemples.
$ t to t
EXTRAIT d'une Lettre écrite le 31 .
May 1726. par M. le Maire , Conful
de France à Tripoli de Syrie , fur
Les moeurs , la Religion , &c. des Habitans
du Pays .
Es Peuples qui habitent ce pays ,
Monfieur , ont beaucoup d'efprit &
d'induftrie, & beaucoup de difpofition aux
Arts & aux Sciences ; mais le défaut de
Maîtres & d'exemples , joint à beaucoup
de legereté d'efprit & de négligence ,
eft caufe que les Arts ne font aucun progrès
parmi eux , & que les Ouvriers ne
produifent rien que d'imparfait .
Iis font naturellement fort fobres ; leur
nourriture ordinaire confifte en légumes,
comme , s , lentilles , poits & féves . A
l'éFEVRIER.
1727. 27
l'égard de la viande , ils ne mangent gueres
que de la volaille , de la Chévre &
du Mouton , qui eft excellent dans tout
ce Pays , & qu'il font bouillir , tantôt
avec du lait , tantôt avec du ris ou dú
bled pilé & dépcüillé de fa premiere
peau . Ils ne tuent prefque jamais de
Beuf , encore moins de Veau , ils les
-confervent pour labourer les terres &
les jardins , qui font tout remplis de
Meuriers , & qui font la meilleure partie
des richeffes du Pays , par rapport aux
Vers à Soye , dont le revenu , année
commune , va à plus de 300 mille Piaftres.
Le Gibier qui eft ici en affez grande
quantité & de toute efpece , n'eft pas
de leur goût , ils n'en mangent jamais .
Ce qu'ils aiment extrémement , c'eft le
lait aigre , qu'ils font entrer dans la plupart
de leurs ragouts , auffi-bien que les
fruits précoces : auffi dès que les amandes
, les abricots , les cerifes , & c.commencent
à paroître , ils les mangent avec
avidité , & leur âcreté , qui eft infupportable
aux Européens , a de grands:
charmes pour eux.
Ils iment beaucoup les Chevaux ; on
en trouve d'affez beaux & de race Arabe.
Ils font ordinairement fort agiles . Les
Arabes ont par écrit une espece de Génea
221 MERCURE DE FRANCE.
les
nealogie de chaque Cheval , ce qui ne
fert pas peu à en relever le prix. Ils les
nourriffent avec peu de chofe, & les élevent
à la grande fatigue en toutes manieres
; deforte qu'ils traverfent quelquefois
des Deferts de deux journées de
chemin fans boire ni manger. Ils eftiment
beaucoup plus les Jumens que
Chevaux , parce qu'elles font ordinairement
plus legeres, & vont plus vite &
qu'elles réfiftent plus à la fatigue. On les
voit galloper fur les Montagnes dans des
endroits extrémement efcarpez , qu'elles
montent & defcendent avec beaucoup
de facilité . On eftime encore ces Che
vaux par leur grande docilité.
La paffion dominante de ces Peuples ,
& qui n'a point de bornes , c'eſt l'amour
de l'argent quelque grand crime qu'un
homme puiffe commettre , il eft toûjours
für de fe fouftraire au châtiment , s'il a
quelques bourfes à donner aux Gouverneurs
ou aux Juges ; & au contraire
quelque innocent 'qu'on foit , on court
grand rifque d'être puni ou vexé , fi on
n'a rien a donner. Cette paffion va fi
loin qu'elle domine fur la Religion &
les loix & fur les droits les plus facrez
de l'amitié & de la focieté. Un homme
qui a gagné quelque argent par fon induftrie
ou fon commerce , eft réputé cri-
1-
minel
FEVRIER. 1727 223
minel auprès des Pachas qui trouvent
bien-tôt le moyen de le dépouiller ; c'eft
pourquoi chacun fe dit pauvre & veut
paffer pour tel , & figne le pauvre un tel,
quoique plufieurs de ceux qui prennent
cette épithete foient poffeffeurs de beaucoup
d'argent caché ; mais ce qui doit le
plus furprendre , c'eft que malgré la ja◄
loufie & l'extreme délicateffe des Turcs
pour leurs femmes , qu'ils tiennent toû--
jours étroitement enfermées , ils ne laif
fent pas d'etre très -dociles fur.ce fujet,
quand on s'y prend bien. D'ailleurs ils
font affez affables aux Etrangers , & ils
aimeroient beaucoup les François, files
Grecs Schifmatiques ne les animoient
continuellement contre eux , & ne les
excitoient de temps en temps à leur faire
des infultes .
Les Peuples qui habitent les Montagnes
du Liban & de l'Anti-Liban , furtout
les Drufes & les Amédiens , ont
une forte inclination à la rapine ; enforte
que quand on eft obligé de paffer par
leurs terres , il faut être bien armé &
bien accompagné pour pouvoir leur réfifter
, car ils ont beaucoup de valeur ; &
il y a lieu de croire qu'ils feroient trèsbons
Soldats , s'ils étoient difciplinez.
Les Turcs du Pays font fort lâches &
craignent extrémement les armes à fea
&
224 MERCURE DE FRANCE.
& l'épée. Leur exercice ordinaire eft de
lutter fur le fable les uns contre les autres .
Trois principales Religions font établies
parmi ce's Peuples : celle des Maronites
, celle des Grecs & celle des
Turcs. Les Maronites , qui tirent leur
nom de S. Maron , leur Chef & leur
Apôtre,font très bons Catholiques & fou
mis au Pape ; ils aiment particulierement
les François & les reçoivent avec amitié
dans le Kefroan , qui eft une petite Province
dans les Montagnes du Liban- dont
ils font les maîtres , moyennant un tribut
qu'ils payent tous les ans au Grand
Seigneur. Leur Patriarche , qui fait fa
demeure dans le Monaftere de Canubin ,
eft fous la protection du Roy.
Les Grecs , outre le fchifme où ils font
depuis long-temps , viennent de tomber
dans des erreurs monftreuſes. Le Patriarche
d'Antioche , nommé Silveftros , eut
la temerité le Carême dernier , d'excommunier
le Pape & tous ceux qui avoient
été , qui étoient actuellement & qui feroient
dans la fuite de fa Communion ,
& nommément les François & les Maronites.
Ils perfecutent cruellement les
Catholiqes , brifent les Images & toutes
les autres marques exterieures de dévotion
des Chrétiens Catholiques. Les
Grecs animez par fon exemple , étant
allez
FEVRIER. 1717. 224
allez avec le Pacha de Tripoły fur le
Mont Liban , pour piller & détruire les
Monafteres des Religieux Maronites , &
fe faifir de leur Patriarche , commirent
une infinité de defordres à Canubin , n'épargnant
pas même les Vafes Sacrez . On
a écrit à Conftantinople contre ce Pacha .
A l'égard des Turcs , il n'eft point de
Nation plus fuperftitieufe en fait de Religion
. Outre les rêveries & les idées
chimériques de l'Alcoran , qu'ils refpectent
jufqu'à l'adoration , ils donnent encore
dans des travers très- extraordinaires,
on en jugera par ce trait. Il y a ici des
Turcs qui paffent pour des Saints , dont
tout le mérite confifte à ramaffer dans
la Ville de quoi faire fubfifter les Chiens
qui n'ont point de maître , & que tout le
monde rebute ; d'autres mangent du verre
& devorent des Serpens en vie qu'ils
déchirent à belles dents . On les voit
´écumer én s'agitant de la tête & du corps
comme des poffedez. Ils laiffent croître
leurs cheveux , que plufieurs mettent
en treffe par petits cordons , enforte qu'ils
reflemblent à des Furies. Les femmes ,
furtout , ont une profonde veneration
pour ces Santons : elles leur permettent
d'entrer prefque nuds dans leurs appartemens
, & bien loin que les maris s'en
fcandalifent , ils en paroiffent contents.
On
226 MERCURE DE FRANCE.
On diftingue parmi les Turcs diverfes
fortes de Religieux : les uns portent une
grande robbe faite de diverfes pieces &
de morceaux d'étoffe de differente cou→
leurs ; d'autres vont nud tête , avec un
gros habit d'étoffe blanche. Les Devichs
vont prefque entierement nuds & fans
pudeur , portent de longs bonnets & font
les plus eftimez . Ils fe tiennent plus dans
la Campagne & dans les jardins que dans
les Villes . On les voit faire des grimaces ,
des contorfions & des geftes extraordinaires
pour paroître infpirez .
و
Au reſte les Turcs font fort exacts
à la priere on en voit quantité qui ont
une espece de Chapelet à la main , &
expriment fur chaque grain avec ferveur
quelqu'une des perfections de Dieu .
La Ville de Tripoli peut contenir
30000. perfonnes ; les Chrétiens qui habitent
les Montagnes du Mont Liban &
le Kefroan , font à peu près au nombre
de/45000. hommes propres à porter les
armes.
Il y a dans ces Montagnes beaucoup
de Tigres , d'Ours , de Lions , de Rats
de Pharaon & autres animaux fauvages ,
d'une espece particuliere. Il y a auffi
quantité de Gazelle , efpece de Biche fort
bonnes à manger. Comme les Montagnes
du Liban font extrémement hautes &
Couvertes
FEVRIER. 1727. 227
couvertes de neiges prefque en toutes
faifons , la plupart de ces bêtes fe tiennent
là ; les Gazelles defcendent dans les
Côteaux & petites Plaines qui font aux
environs. Le gibier de toute efpece y eft
affez en abondance & le plus commun
c'eft la Perdrix rouge & le Francolin , qui
font d'un goût admirable. Tout ce qui
vient du Mont Liban a un goût exquis ,
foit gibier , légumes , herbages , Moutons
Veau , vin blanc & rouge qui eft trèsdélicat,
& furpaffe même les Vins de
France quand la vendange eft faite avec
foin .
Jkjkjkjkjk kakakakakak at Jik
B
SONET O.
Ello , o mia Clori , è ancora in voi lo
Sdegno
Come bello è il mirar lampo , o Baleno ,
In mezzo à eſtiva notte à ciel fereno ,
Che più d'ardor che di tempeſta è' ſegno.
M
Qual altra hafette di piacer diffegno ,
Di voi fdegnata piacerebbe meno .
"Che allor di maeftà più il volto è pieno
El'occhio armato di gentil ritegno .
Onde
218 MERCURE DE FRANCE.
Onde quafi il mio cuor folle defià ,
Dirritarvi talor , affinche l'ira ,
Novella forma di beltà vi dia.
*
Ma come nium fenza ſoffrir ſadira ,
La pena voſtra il mio piacer faria .
Ne chi ben ama a un tal piacer afpira.
C
TRADUCTION.
Hloris , tout charme en vous jufques à la
colere ;
J'adore vos tranfports , plus que je ne les
crains ;
Tel dans les nuits d'été , quand il voit qu'il
éclaire ,
Le Laboureur n'attend que des jours plus fereins.
Sans daigner s'adoucir vos yeux font fürs de
plaire ,
Tout fléchit fous les loix de ces fiers Souverains
;
Mais l'amour qu'ils font naître eft forcé de
fe taire ,
Tant de la Majefté les traits y font empreints
Eclattez
2
FEVRIER. 1727 : 229
Eclattez , j'y confens ? vous en ferez plus
belle ?
Que fais - je ? c'eft yous rendre à vous - mêmẹ
cruelle ;
La colere eft un mal ; vous fouffririez ,
Cloris ;
Regions mieux un amour qui tiendroit de
la haine ;
Faut-il que mon plaifir naiffe de votre peine?
Et peut-on , quand on aime , être heureux à
ce prix ?
MMMMMM
REPONSE à la Queftion propofe : dans
le fecond Volume du Mercure de
France , au mois de Juin 1725.
Na demandé en quoi confifte la
fcience d'un Pilote , & en quoi confifte
celle d'un Ingenieur , & lequel des
deux merite la préférence.
Comme c'eft une Dame anonime qui
a fait cette Queſtion , on peut conjecturer
qu'il faut l'entendre dans le fens
metaphorique ; on eft confirmé dans cette
idée , lorfqu'on fait attention au peu
de rapport qu'il y a entre ces deux états,
je n'y vois de raifon pour les comparex
,
230 MERCURE DE FRANCE.
parer , que celle du parallele qu'on peut
faire des intrigues galantes avec les talens
neceffaires à un Pilote pour conduire à
bon port un Vaiffeau , au travers des
flots & des agitations de la mer ; & à
an Ingenieur , pour bien affieger une
Place , & la forcer à fe rendre . Dans ce
fens il n'eft pas étonnant qu'une Dame
s'informe lequel des deux merite la
préference. Tous les deux en effet , ont
befoin de beaucoup d'art pour venir à
leurs fins l'um y employe la rufe &
des moyens violens , & Pautre par fa
bonne conduite , & par fa prudence , fe
conferve parmi la fureur des vents &
des flots , & gagne quelquefois le port .
La difference de leur fçavoir- faire
peut
donner occafion de balancer le merite
de ces deux états. Si Helene n'avoit
pas déja décidé en faveur de celui de l'Ingenieur
, lorfque , parlant à Pâris , elle
dit , que ne me faites- vous un peu de vio,
lence. Je m'en tiens donc à cette décifion
, & j'abandonne de telles Differtations
à la belle Jeuneffe , qui eft plus
experimentée que moi dans la Galanterie.
Je vais , comme il convient à un
homme d'un âge mûr , répondre plus férieufement
à laQueftion propofée , qui ne
m'eft tombée entre les mains que depuis
quelques jours ; puifque perfonne n'y a
réz
FEVRIER . * 1727 . 231
répondu , je dois prendre la parole comme
experimenté & initié dans ces deux
états , ce qui eft affez rare dans la même
perfonne on n'en doutera plus quand
on fçaura que j'ai déja parcouru plus de
quatorze mille lieues fur la mer ,
que j'ai l'honneur de fervir le Roi depuis
vingt ans dans les Fortifications,
&
Si l'on donnoit aux mots de Pilote &
d'Ingenieur , toute l'extenfion qu'ils doivent
avoir pour atteindre à la perfection
, il y auroit beaucoup à dire ſur
cette matiere , il faudroit entrer dans
un long détail de fciences ordinairement
peu connues aux Dames &
dont les termes ne leur font pas familiers.
Il fuffira donc de fe refferrer dans
une explication fimple & intelligible à
tout le monde, fur la fcience de l'un & de
l'autre état , faiſant attention qu'on parle
à une Dame d'un Pays apparemment
un peu éloigné de la mer.
Il y a de deux fortes de Pilotes , les
Lins qu'on appelle Cotier , les autres
Hauberiers.
La fcience des premiers confifte à
bien reconnoître les terres, lorfqu'on les
découvre du large , c'eft -à- dire , quel-
* L'Auteur a donné au Public la Relation
de fes Voyages au Perou , au Mexique ,
&c's
B
ques
232 MERCURE DE FRANCE.
ques lieuës avant dans la mer , de connoître
à fond les marées , les courans ,
& les écueils qu'il faut éviter ; en un
mot , bien conduire un Vaiffeau le long
d'une côte , par les bons paffages , & le
mener dans les mouillages où il eft le plus
én feureté.
La ſcience des Pilotes Hauheriers , eft
de conduire les Vaiffeaux en pleine mer
jufqu'aux aterrages , & même dans le
Port , lorfqu'on manque de Pilotes Cotiers
: ce font eux qu'on appelle Pilotes
fans addition : ils font réputez Officiers
Mariniers , & non pas Officiers Majors
dans les Vaiffeaux du Roi. Ce font des
gens un peu au deffus du Matelot par leur
education & par leur rang , qui à la
connoiffance de la Manoeuvre , joignent
la pratique de quelques fciences , dont
ils ignorent ordinairement la Théorie.
Parmi plus de 50. avec qui j'ai parlé
du métier , je n'en ai trouvé qu'un feul
qui fut un peu Géometre & Aftronome,
par confequent qui put rendre raiſon
de fes opérations. Cependant , fans le
fecours de cette Théorie , ils font trésbien
ce qu'ils ont à faire , & cela fuffit
à la Navigation
,
Ils ont une bonne idée de la Sphere ,
ils fçavent l'Arithmétique & les pratiques
de Géometrie néceffaires pour reduire
FEVRIER. 1727. 233

duire les differentes routes que parcourt
un Vaiffeau ; les uns y parviennent par
le calcul de ces lignes qu'on appelle lignes
tangeantes , fecantes & logarithmes,
& ceux- là fe croyent fort habiles. Les
autres fe fervent d'un inftrument fort
ufité parmi les Pilotes Anglois , qui n'eſt
autre chofe qu'une regle longue d'enviton
deux pieds fur laquelle font
marquées les divifions de ces mêmes lignes
on l'appelle Echelle Angloife ;
les autres enfin , comme prefque tous
nos François , fe fervent d'un inſtrument
tracé fur une feuille de carton
-fur laquelle eft décrit un quart de cercle
divifé & traversé par plufieurs lignes
droites & circulaires , c'eft ce qu'on
appelle le Quartier de reduction.
Par les mêmes moyens ils trouvent
auffi certaines pratiques d'Aftronomie
dont ils ont befoin , comme la déclinaifon
du Soleil pour chaque jour de l'année
, l'heure de fon lever & de fon coucher
dans chaque latitude , fon amplitu
de au lever & au coucher & autres
chofes qu'on ne peut expliquer à une
Dame , fans s'engager dans un trop long
difcours . Les Aftronomes leur ont beaucoup
abregé ce travail par des Tables
où tout fe trouve calculé.

Ces connoiflances font abfolument ne
Bij ceffaires
234 MERCURE DE FRANCE .
cellaires aux Pilotes , pour inferer des
obfervations qu'ils font de la hauteur du
Soleil à midi , dans quel parallele , c'eſtà-
dire, dans quelle latitude ils font ;
& pour fe fervir de la Bouffole , qui les
tromperoit , s'ils n'avoient des moyens
feurs pour fçavoir de combien elle s'écarte
de la direction du Nord ou du Septentrion
, parce qu'elle eft prefque toujours
un peu tournée , ou du côté du
Levant, ou du côté du Couchant , c'eſt ce
qu'on entend par le mot de variation.
Je n'entre point dans le détail d'obferver
la hauteur du Soleil , il fuffit de
dire qu'on le fait par le moyen de deux
inftrumens de bois , avec lefquels regardant
l'horilor de la mer pour les tenir
de niveau , on examine ou donne
l'ombre ou le rayon du Soleil qui en marque
la hauteur , d'où les Pilotes concluent
qu'ils font éloignez de tant de degrez
de cette ligne équinoxiale , qu'on
imagine partager la terre en deux parties
égales , comme du côté du Nord ou
du Septentrion , l'autre du côté du Sud
ou du midi.
S'ils avoient la même reffource , pour
obferver de combien ils font plus du côté
du Levant ou du Couchant , qu'ils
étoient le jour précedent , ils feroient
certains , à peu de chofe près , du lieu

FEVRIER. 1727. 235
où ils font mais ils ne le fçavent que
par l'eftime du chemin qu'ils ont fait ,
qui est toujours incertaine ; ainfi ils n'ont
pas la même fureté de la longitude que
de la latitude. Quoiqu'on puille s'en affurer
par des Obfervations aftronomiques
,lorfqu'on eft à terre , il eft pref
que impoffible d'y parvenir en mer ,
parce que le mouvement continuel d'un
Vailleau ne permet pas qu'on puiffe fe
fervir des inftrumens neceffaires à des
Obfervations délicates.
Mais , dira-t'on , comment fçavoir le
chemin qu'on fait en pleine mer , où l'on
ne voit que le Ciel & l'eau ? C'est ici
une des principales fciences des Pilotes.
Ils connoiffent , par la grande habitude
qu'ils ont d'examiner la marche du Vaiſfeau
, combien il fait de lieuës par heure
; & pour mieux s'en affurer , ils jettent
à la mer un morceau de bois chargé
d'un peu de plomb , attaché à une petite
corde fort longue, divifée en parties égales
par des noeuds écartez d'une certaine diftance;
puis avec un horloge de fable, qui
dure une demie minute , ils obfervent
le temps que le Vaiffeau a employé à
s'écarter du Loc ( c'eft le nom du morceau
de bois ) & combien ils ont filé de
noeuds. Ils ont foin d'écrire au moins de
deux heures en deux heures le nombre de
Bij ces
236 MERCURE DE FRANCE.
que
ces noeuds , & par ce moyen ils fçavent
le Vaiffeau a parcouru tant de lieuës
en 24. heures ; mais comme le vent eſt
prefque toujours un peu inégal , il faut
que le jugement redreffe ces opérations,
en quoi l'on voit qu'il faut une grande
attention à examiner la marche ou fillage
du Vaiffeau ; c'eft pourquoi il y a
toujours au moins deux Pilotes dans chaque
que Navire , afin l'un veille pen
dant que l'autre dort.
Ce n'eſt pas à la marche feule qu'ils
doivent avoir attention , c'eft encore à
tâcher de profiter du vent autant qu'il eft
poffible , en faisant orienter , c'est -à - dire,
tourner & préfenter les voiles du côté
d'où il vient , & veiller à la direction
du Vaiffeau , en avertiffant , par un commandement
prefque continuel , le Timonier
qui dirige le Gouvernail , de le
tourner à droit ou à gauche , ce qu'on'
appelle en langage de mer Tribord &
Babord.
Tous les jours à midi les Pilotes font
leur point , c'eft- à -dire , déterminent le
lieu où ils croyent être en le rapportant
fur la Carte , & ils le donnent par écrit
au Capitaine , qui doit être lui-même le
premier Pilote , fur quoi il ordonne qu'on
fera telle route : ainfi les Pilotes ne font
que des Sous -Conducteurs , dont on
peut
FEVRIER . 1929. 237
peut fe paffer , lorfque les Officiers fçavent
, comme ils le doivent , le pilotage
; j'ai été dans un Vaiffeau où il n'y en
avoit pas d'autre , & moi - même , qui
étois du nombre des Officiers , j'en faifois
à montour les fonctions . Voilà à
peu
près en quoi confifte la ſcience d'un Pilote
, venons à prefent à celle d'un Ingenieurs
J'admire encore une fois que la Dame
anonime compare ces deux états ; plus
j'y cherche de rapport , moins j'en trouve
; le Pilote a pour objet le Ciel , les
vents & la mer ; & l'Ingenieur , la ter
re & les rufes de la Guerre. Le Pilote
dans la Republique eft de l'Etat Civil ,
& l'Ingenieur eft du Militaire . Quant
aux études , elles font auffi très- differentes
; la fcience d'un Ingenieur , tel
qu'il doit être , eft des plus étenduës ,
elle en comprend plufieurs , & plufieurs
des principaux Arts ; je ne m'engagerai
pas dans ce détail , je me contenterai
d'en faire un précis comme de celle du
Pilote.
L'Ingenieur doit fçavoir les élemens
des Calculs , des Lettres , & celui des
Chiffres , c'eft - à - dire , un peu de l'Algebre
& l'Arithmetique , connoître les
proprietez des lignes des furfaces & des
corps folides , c'eft à -dire , la Géometrie,
B iiij con
238 MERCURE DE FRANCE:
>
connoître les , Machines , en fçavoir
calculer les efforts , en découvrir les
avantages & les inconveniens , & être
en état d'en inventer dans le befoin.
C'est ce qu'on appelle dans le langage
des Sciences , la Mechanique. Connoître
le poids , le mouvement , & l'effort
des eaux , ce qu'on appelle l'Hydraulique
, exprimer leurs Idées fur le
papier par des lignes mefurées , ce qu'on
appelle le Deffein ; toutes connoiffances
neceffaires aux Ingenieurs , pour
fçavoir planter & difpofer les Fortifications
, les mefurer fi exactement , qu'ils
rendent juſtice aux Entrepreneurs , fans
faire tört au Roi. Pour inventer les machines
neceffaires au tranfport des materiaux
& d'autres fardeaux , & aux befoins
d'une Garnifon , comme Moulins
à poudre , à bled & à bras , faigner des
foffez , faire des inondations , ou rete ,
nir les eaux par des éclufes ; enfin , une
infinité de fortes . d'Ouvrages , qui fe
préfentent , & ont rapport à l'Art de la
Guerre .
Les Ingenieurs doivent encore fçavoir
l'Architecture civile , parce que les Fortifications
renferment quantité de bâtimens
, qui en tels endroits font du reffort
de leur emploi , tels font les logemens
de l'Etat Major , les Hôpitaux , &
même
FEVRIER. 1726.
239
même les Eglifes , d'où il fuit qu'ils
doivent fçavoir la coupe des pierres ,
connoiffance plus étendue qu'on ne l'imagine
dans le monde. Il eft vrai que
les Entrepreneurs font obligez de fournir
des Appareilleurs capables mais
l'experience fait fouvent voir qu'ils ne
le font pas, & qu'ils ont befoin de furveillans
éclairez , non feulement pour la
folidité , mais encore pour la belle execution
de l'Ouvrage.
>
Enfin , la principale fcience d'un Ingenieur
, eft de fçavoir diſpoſer & renfermer
un terrain , de maniere qu'un
petit nombre d'hommes refifte à un plus
grand , c'est ce qu'on appelle la Fortification
, & furtout entendre parfaitement
l'art d'attaquer & défendre les
Places , c'eft-à -dire , approcher adroitement
d'une Fortereffe par des tranchées
détournées , & difpofées de maniere
qu'on y foit à couvert , & s'ouvrir un
chemin dans les plus forts remparts ;
lorfqu'il eft queftion d'affieger , ou empêcher
les Affiegeans de penetrer dans
une place lorfqu'elle eft attaquée , en
reparant promptement les ruines des
fortifications , à mesure que l'Artillerie
ennemie les détruit , & oppofant de nou
velles rufes de retranchemens au dedans
de l'enceinte pour chaffer ceux qui
By ofent
240 MERCURE DE FRANCE .
ofent ſe preſenter aux breches pour entrer
& donner affaut .
Il doit même avoir un peu de la
fcience des Pilotes Côtiers , lorfqu'il a
la conduite des Fortifications maritimes,
pour fçavoir connoître & fortifier à propos
les côtes de la mer où l'ennemi peut
faire des defcentes ; défendre les moüillages
, d'où il peut infulter
la terre , &
lui en interdire
les approches
.
La neceffité de fçavoir tant de chofes
, fuppofe une éducation bien differente
de celle d'un Pilote , une étendue
d'efprit & une fecondité d'inventions ,
dont les Pilotes n'ont pas befoin. Si à rou
tes ces qualitez on ajoûte encore la bravoute
, qui eft effentielle à un Ingenieur
pour conferver le fang froid , & la préfence
d'efprit neceffaire à l'ufage de fa
fcience : lorfqu'environné des horreurs de
la mort, il fe trouve des plus expofez dans
les attaques les plus chaudes , on recon
noîtra que la Dame anonime fait une efpece
d'injure à l'Ingenieur , de demander
s'il doit avoir la préference fur le
Pilote. Je n'en parlerai pas de même ,
s'il s'agit du fens metaphorique , fuppo
fant que la Dame ait des graces , & le
talent de fe faire rechercher , il fera
aifé de lui fournir des moyens de s'inftruire
FEVRIER .
1727 .
241
truire à fond , & de décider elle-même
la queftion par fa propre experience .
Par M. FREZIER , Ingenieur en Chef
de Phalfbourg.
XXXXXXXX : XXXX : XXX
CHANT ROYAL.
OU
Ballade à cinq Strophes , à Madame
la C. D. P.
AChaque humain donna Dame Nature
Penchant à part , & differente humeur ,
Si que tel fuit & tient pour forfaicture ,
Ce qui d'un autre attirera l'ardeur :
Oyez parler un vieil Thefaurifeur ,
Jaçoit qu'il n'ait moment de gayeté pure ,
L'oeil fur fon or vous l'entendrez conclure ,
Sans ant chercher voilà le vrai bonheur.
Contre fon fort bien que toujours murmure
,
Cil , qui du jeu fent la trifte fureur ,
A tort , dit- il , au jeu l'on dit injure ,
B vj De
242 MERCURE DE FRANCE.
7
De tous les goûts c'eft le plus enchanteur :
Tout au rebours allez vers le Beuveur ,
Enluminé de vermeille teinture ,
Le verre plein d'un poiſon ſeducteur
Il chantera pour toute tablature ,
>
Sans tant chercher , voilà le vrai bonheur.
L'Ambitieux fans ceffe a la torture ,
Suivant fans ceffe un fantôme impofteur ,.
Croit qu'il ne fied qu'à vile creature ,
D'avoir d'objet autre que la grandeur.
Cil , dont le Ciel peut feul remplir le coeur,
Plus juftement tout autre goût cenfure :
Ce monde. ci , dit il , eft un trompeur :
Au Ciel tout feul font plaifirs fans poincture,
Sans tant chercher , voilà le vrai bonheur.
>
Dans un reduit d'incommode ftructure ,
Tout fouffreteux un miferable Auteur
Croit que d'aller à la race future ,
Par mots rimez , ou tel autre labeur ,
Doit nous fembler l'objet le plus flatteur.
Plus loin couvert de mainte meurtriffure ,
Le
FEVRIER . 1727 243
Le Chaffeur dit qu'avec grande rumeur :
De Cerfs & Daims faire déconfiture ,
Sans tant chercher , voilà le vrai bonheur..
Le fier Zenon par moulte docte écriture ,
Fors la vertu , dit qu'il n'eft de douceur
Or fa vertu , qu'eft- ce ? morale obfcure ,
Qu'à peine entend même fon inventeurs
D'autre côté tout autre Difcoureur ,
Amis , y prêche un Singe d'Epicure ,
Suivre toujours le plaifir tentateur ,
Vivre pour foi , des autres n'avoir cure ,
Sans tant chercher , voilà le vrai bonheur
Envoy .
Ainfi chacun va prônant fans meſure ,
Qu'apertement fon goût eft le meilleur;
Pour moi riant de leur commune erreur ,
Je m'en rapporte à l'Amour qui m'affure,
Que poffeder , Clarice , votre coeur ,
Et n'éprouver jamais ce coeur parjure ,
Sans tant chercher , voilà le vrai bonheur.
EXTRAIT
2.44 MERCURE DE FRANCE
XX :XXXXXXXXXXX : XX
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bernay:
le 22. Janvier 1727.
Lferée dans le premier Volume du
E Voïageur dont la Lettre eft in-
Mercure de Decembre 172 6. page 2696.
s'eft trompé , & je fuis perfuadé , Meffieurs
, que vous ne ferez pas fàchez que
je releve la petite faute qui lui eft échapée.
Il dit fur la fin de fa Lettre que le
Bourg de la Riviere Tibouville eft fitué
fur la petite Riviere de même nom,
ce qui ne peut être , puifqu'il n'y a point
de Riviere en Normandie qui s'appelle .
Tibouville , du moins que je fçache. La
feule Riviere qui paffe par ce Bourg ,
c'eft la Rille, qui reçoit la Carentonne
un quart de lieuë audeffus. On appelle
ce Bourg la Riviere - Tibouville ou
Tibouville- la- Riviere , pour le diftinguer
d'une Paroiffe de même nom , qui
eft à une lieuë de là , dans la Plaine de
Neubourg. Les douze ou treize maiſons
dont ce petit Bourg eft compofé , quoique
raffemblées , dépendent de trois differens
Diocèfes ; fçavoir , Rouen , Lifieux
& Evreux. Il fe trompe auffi, quand
il dit que depuis Duranville jufqu'à Li-
و
fieux
FEVRIER. 1727. 24
fieux , on trouve les plus beaux pâturages
qu'on puiffe voir , & tous remplis de
gros bétail ; car Duranville eft dans une
Plaine très - fertile en bleds , & dont les
Villages font les mieux plantez du monde;
& fi l'on y voit bien du gros bétail ,
c'eft qu'il vient d'au-delà de Lifieux ,
& qu'il palle par là toutes les femaines
pour le rendre aux Marchez de Neubourg
& de Poiffy. Jefuis , &c.
*
A IRIS ,
ODE ANACREONTIQUE.
I Ris , ceffez d'être cruelle :
Voyez où la fierté réduit
Une jeune Beauté qui fuit
K
Les plaifirs d'un amour fidelle.
Si d'une jeuneffe immortelle ,
Les jours marchoient à petits pas ,
Peut-être ne dirois - je pas ,
Iris , ceffez d'étre cruelle.
Mais le temps paſſe à tire- d'aîle ,
Ce
146 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft qu'un éclair qui nous luit ,
La courte jeuneffe le fuit.
Iris , ceffez d'être cruelle.
La beauté n'eft pas éternelle ,
Le moindre accident la ravit ,
Et fa fragilité vous dit ,
Iris , ceffez d'être cruelle.
Ecoutez la tendre Hyrondelle ,
Elle ne revient au Printemps ,
Que pour dire par fes accens ,
Iris , ceffez d'être cruelles

Par fes doux accords Phyloméle ,
Qui fut trop fevere autrefois ,
Chante nuit & jour dans nos bois ,
Iris , ceffez d'être cruelle.
Pourquoi cette fierté rebelle ?
Le temps , le lieu , l'Amant difcret ,
Le coeur vous dit même en fecret ,
Iris , ceffez d'être cruelle,
Fut-il
FEVRIER . 1727. 247
Fut-il occafion plus belle !
Pour écouter un tendre Amant
Qui vous repete en foupirant ,
Iris , caffez d'être cruelle.
De Bernay en Normandie.
*******************
écrite de LETTRE de Monfieur
Dreux le 17. de Novembre 1726. an
fujet d'une Differtation fur les Bons
Mots inferez dans le Mercure du mois
d'Octobre dernier.
V
Ous me demandez , Monfieur , ce
que nous penfons ici de la Differtation
fur les Bons Mots , qui eft inferée
dans le Mercure de France du mois
d'Octobre dernier . J'aurai l'honneur de
vous dire que nous avons lû , à notr cordinaire,
ceJournal en bonne & nombreuſe
compagnie , où s'eft trouvé , comme vous
pouvez bien vous imaginer , Mademoifelle
de.... Quoique cette Differtation
touche de fort près cette Demoiſelle , elle
a réfolu de n'y répondre que par un profond
filence. Si cependant elle ne daigne
pas mettre la main à la plume pour répondre
à M. Desforges- Maillard , elle
ne
148 MERCURE DE FRANCE.
ne laiffe pas de connoître le foible de
fon raiſonnement , en eftimant neanmoins
fon intention . Il eft feulement fâcheu
dit- elle , qu'il ait mal pris l'état de la
Queftion. Ce qui fait que toute l'érudition
qui eft répandue dans cette Diflertation
eft entierement hors d'oeuvre , &
gratuite , & qu'elle tombe d'elle - même .
Mais vous fçavez , Monfieur , ce que
dit Horace , votre favori.
Tenet infanabile multos ,
Scribendi cachoëtes.
Pour moi je ne fçai pas fi l'on doit
veritablement attribuer cette Differtation
à M.Desforges- Maillard.Cet homme qui
paroît fi galant & fi poli dans fes Ouvrages
, vient aujourd'hui fe révolter
contre les Bons Mots , reclamez & rappellez
, pour ainfi dire , de l'exil par une
Demoiselle , en qui la Nature a joint
comme vous fçavez , à tous les agrémens
de fon fexe , les plus rares avantages de
l'efprit , auffi - bien que les plus eftimables
qualitez du coeur. C'eft là , ce me
femble, ne pas affez refpecter le beau Sexe,
quantum mutatus ab illo !
En effet , Monfieur , que penfez - vous
vous- même de la comparaison que M.D.
fait dès le commencement de fa Lettre ?
compare les Bons- Mots à des Rochers. Il
Quei
FEVRIER. 1727. 249
Quel début ! quel rapport entre les uns
& les autres. Il faudroit , ce me femble
Monfieur , pour que cette comparaiſon
ne clochât pas , permettez - moi cette ex
preffion , ou même pour qu'elle ne fût
pas entierement fauffe , il faudroit , dis -je,
ou que tous les Rochers n'euffent rien
d'épouventable & rien de terrible , cet
que vous n'accorderez pas , ou que tous
les Bons - Mots fuffent mordans , fatiriques
, & c. ce qui eft bien éloigné du ſentiment
de Mademoiſelle de .... Je vous
renvoye à fa Lettre . •
Ce n'eft encore là rien . Vous me prevenez
en me mandant qu'on a bien ri
chez vous du long préambule que M. D.
fait & de la maniere dont il s'écarte de
fon fujet qu'il abandonne , pour ainfi - dire ,
en rapportant des Sentences . Ignore - t - il
que les Sentences ont , pour l'ordinaire,
ou doivent toûjours avoir du férieux , ce
qui ne convient point dans les converfations
dont il eft queftion dans la Lettre
de Mademoiſelle de ...
Mais allons plus avant , fi notre Auteur
n'eft pas plus heureux à produire
des Bons- Mots , qu'à les rajúfter , on n'en
citera pas beaucoup de lui , & on ne verra
apparemment jamais groffir les Bibliotheques
d'un Forgeriana. M. Desforges
* Mercure d'Avril , page 705.
ne
250 MERCURE DE FRANCE .
ne s'apperçoit pas qu'en tournant comme
il fait , le Bon -Mot de Pic de la Mirandole
, il l'émouffe , il lui ôte toute fa
force & tout fon mérite.
Voilà , Monfieur , ce qui peut paſſer
pour le préambule de la Differtation de
M. D. voilà la route qu'il a tenue pour
arriver au but que vous allez voir. Il
pofe pour fondement que tous les Bons-
Mots font fatiriques , mordans , & c. &
qu'il ne peut y en avoir d'autres que de
ce caractere , & la confequence qu'il en
tire , eft qu'on ne doit point les admettre
dans les converfations. Il ajoûte que le
Bon-Mot qui n'a point de pointe , n'eft
point Bon- Mot, mais une platitude , & c.
Or , continue-t -il , fi la pointe eft neceffaire,
il faut qu'elle tombe fur quelqu'un,
& par confequent qu'elle l'offenfe , d'où
naîtront des querelles , & c.
J'accorderois volontiers à M.D. tout ce
qu'il avance , fi fon raiſonnement ne me
paroifloit pas faux avec toutes les confequences
qu'il en tire. Croyez - vous ,
Monfieur , qu'il n'y ait pas de Bons-
Mots , s'ils ne font mordans , fatiriques ,
& c. fi cela eft, je confens volontiers qu'on
les banniffe de la focieté civile . Croyezvous
de plus que s'il s'en trouve quelques-
uns frappez à ce coin- là , il ne puiffe
pas y en avoir d'autres bien differens ?
ab
FEVRIER. 1727. 257
abfurditez de toutes parts. Ne quittons
point le Mercure d'Avril , page 708 .
M. M... convient qu'il n'y a point d'inconvenient
dans celui que le Poëte Anglois
dit à Charles II. c'eft déja quelque
chofe. Quelle fatyre , quelle mordacité
trouverez - vous dans ceux dont je
vais vous parler.
Un grand Roy demandant un jour à
quelques- uns de les plus familiers Courtifans
, à quoi ils s'étoient occupez dans
la prifon où des égaremens de jeuneffe
les avoit autrefois détenus , l'un répondit
qu'il y avoit appris les Mathématiques
, l'autre le Deffein , un troifiéme ,
à jouer du Luth : & vous , reprit le Roy,
en s'adreffant au Marquis de C. qui ne
difoit rien , qu'avez- vous appris dans
votre prifon Sire , répondit le Courtifan
, j'ay appris à n'y plus retourner .
Une Dame Eſpagnole fe confeffant à
un Moine qui vouloit fçavoir qui elle
étoit, & qui lui demanda fon nom , répondit
, Padre, mi nombre non è peccado.
Pere , mon nom n'eft pas un peché .
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Miniftre , fut injuftement accufé d'avoir
trempé dans une confpiration contre le
Roy ; en confequence de cette accufation
& d'une procedure affez brufque , il fut
puni de mort . Pendant le procès , fa
femme
252 MERCURE DE FRANCE .
femme ne fit aucune démarche en fa faveur.
Quelque temps après , fes enfans
une veritable tramerent confpiration
contre le Miniftre ; ils furent découverts,
& pendant qu'on faifoit leur procès , la
mere follicitoit vivement pour eux . Le
Miniftre lui dit un jour , d'où vient,
Madame , que vous follicitez fi vivement
pour vos enfans, & qu'on ne vous apoine
ve ici pendant l'affaire de votre mari ?
C'est que mon mari n'étoit point coupable ,
répondit- elle.
Je pourrois encare vous citer d'autres
pareils traits , dont quelques - uns ont pa
ru & ont été goûtez dans le Mercure
mais cela nous meneroit trop loin. Ainfi,
Monfieur , comme vous voyez , il ne faut
pas fe déchaîner fi fort contre tous les
Bons-Mots ; s'il le trouve quelque impertinent
qui le dife mal - à- propos , ou
quelque impoli qui n'entende pas raillerie
, cela ne doit point empêcher les
perfonnes polies d'en orner les conver
lations. Je ne fçai pas , en verité , à quoi
penfe M. M ... s'il avoit fait reflexion
qu'il fe met à dos la plupart des gens
du monde , & furtout les diverfes Nations
qui font au - delà de la Loire , je
doute fort qu'il fe fût expofé de la maniere
qu'il l'a fait , il ne faudroit qu'un
feul de ces habitans pour fonner le tocfin
fur

1
FEVRIER. 1727.- 253 1
fur lui , & pour ameuter › pour ainfi
dire , tous les autres , qui déchargeroient
leur bile à fes dépens ; il ne faudroit mêl'Auteur
de la Lettre
pour cela que
anonyme , que vous avez lûe avec tant
de plaifir , & qui eft imprimée dans le
Mercure du mois de May dernier , page
929.
me
lc M. M ... , au refte , convient que
Mercure de France eft un Livre où l'on
peut raffembler les bons mots , & c'est
juftement ce que notre Demoiſelle a prétendu
dans fa Lettte ; mais elle n'a pas
prétendu y donner place à des traits fatyriques
, ni copier des Sentences répandues
dans plufieurs Livres , & qui font
connues de tout le monde. Notre Critique
eft trop galant homme pour ne pas
prendre tout ceci en bonne part ,
cas , une plus ample conteftation fur ce
point feroit inutile je declare qu'elle
eft déja toute finie de la part de la Dlle
& de la mienne. Je fais , Monfieur , & c.
* Lettre d'un Philofophe Gafcon.
à tout
Articles
254 MERCURE DE FRANCE,
***:*********:***
Articles du Traité conclu au Mariage
d'Iris , entre l'Amour , l'Hymen ,
& la Raifon.
AImable Imable Iris , qui fans inquiétude ;
Logeant chez vous trois Riyaux dange
reux ,
Les contraignez de borner leur étude ,
A concourir au bonheur de vos voeux.
Si jamais reprenant les armes ,
Ils vouloient s'affranchir de leur captivité ,
Pour conferver l'autorité,
Si juftement dûë à vos charmes,
Je vais vous reveler les divers interêts ,
Qui peuvent les unir & les broüiller en
Temble ,
Et quelques Articles fecrets
Au Traité folemnel qui pour vous les raffemble.
Au fiecle d'or , où la fimplicité ,
Ne connoiffoit encor Themis ni fa puiffance ,
Où chacun dans ſon innocence ,
Trouvoit fa propre feureté.
J
L'Amour
FEVRIER.
1727. 255
L'Amour regnoit moins en maître qu'en
pere ,
Sa Cour , ainfi que lui , fimple & fans ornemens
,
N'avoit point cet éclat qu'on admire à Cythere
;
Sans rechercher dans l'or , ni dans les diamans
,
Dequoi former une vaine parure ,
La Bergere , fans art , des mains de la Nature.
Recevoit toute fa beauté ,
Ses regards, de fon coeur fideles interpretes .
Exprimoient fa fincerité ,
Et fa bouche , ignorant les détours des Coquettes
,
Ne s'ouvroit qu'à la Verité.
Le Berger hardi , quoique tendre ,
Preffé de fon amour fe hâtoit de la prendre .
A celle qui faifoit l'objet de fes defirs ;
Et fans les accabler des longueurs infinies
De contrats , de devoirs & de ceremonies ;
L'Amour , dès qu'ils s'aimoient , couronnoit
leurs plaifirs.
Dans ce monde il n'eft rien de ftable ,
La jaloufie & les foupçons ,
Changerent en fureur un penchant agrea
ble : C
256 MERCURE DE FRANCE.
La Raifon vint alors nous prôner fes le
çons ,
Peignit l'Amour fous une forme affreufe
,
Fit confifter l'honneur à braver fon pou
voir;
Mais cette paffion toujours plus dangereufe ,
Ne ceffoit d'arracher les coeurs à leur de
voir ;
La Raiſon s'offençant de tant de reſiſtance ,
Pour détruire , ou du moins , pour affoiblig
l'Amour ,
Fit paroître l'Hymen at jour.
Ila de Cupidon toute la reffemblance ;
promet les mêmes douceurs ,
Fait gouter fans remords l'union de deux
coeurs ,
* Rend la volupté legitime ;
Et moyennant une formalité ,
Nous fait une vertu d'un crime,
Tout fe foumit à cette Deité,
L'Amour jaloux du pouvoir de fon frere ,
Conferva dans les coeurs d'étroites liaiſons a
Et reduifit en art de plaire ,
D'ingenieuſes trahifons.
C'eft
FEVRIER. 1727.
257
C'eſt ainſi que toujours fufpectes l'une à l'autre
:
Tour à tour triomphoient ces trois Divinitez
,
Lorfque pour leur bonheur , Iris , & pour le
votre ,
Eprifes de vos qualitez ,
Chacune voulut vous inftruire :
Toutes trois firent un traité ,
Qu'il ne tiendra qu'à vous de voir executé,
Si vous voulez bien y foufcrire,
Pour fatisfaire la Raifon,
L'Amour cede à l'Hymen le droit de pré
féance ,
Et veut bien agir fous fon nom ,
Mais avec cette difference ,
Que s'il furvient de legers déplaifirs ,
Comme on diroit maux de coeurs , ou coliques
,
L'Hymen s'en chargera; pour fonctions uniques
L'Amour fe refervant le foin de vos plaifirs ;
Is ftipulent tous deux que la Raifon leur liyre
,
La Place avec tous fes dehors ;
Et que la Garnifon foumife à leurs efforts ,
Cij Ci258
MERCURE DE FRANCE.
Cimente de fon fang! l'accord qu'ils veulent
fuivre.
Voilà la teneur du Traité ;
Mais pour plus grande ſeureté ,
Les contractans exigent qu'à voix claire ,
Vous declariez , Iris , fi le préliminaire
Lit fans referve executé.
Réponse d'Iris.
J'ai lû le plan allegorique ,
D'un Traité dicté par l'efprit .
Si fur ce que j'en penfe , il faut que je m'explique
,
Heft tel , qu'avec moi , mon Epoux y foufcrit.
Lac Raifon a livré la Place ,
Qui , ne confultant que le coeur ,
S'eft foumife de bonne grace ,
Aux loix d'un aimable Vainqueur.
Le Traité s'eft rempli quant au préliminaire
,
Cette même Raifon m'ordonne de metaire,
Sur ce curieux examen ,
Voici tout ce qu'elle m'infpire ;
Je n'ai que ces trois mots à dire ;
L'Amour eft content de l'Hymen.
Nouvelle
FEVRIER , 1727. 259
akakakakakakakakakakakakakak
Nouvelle Remarque fur un Paſſage.
de Martial.
R Moreau de Mautour , relifant
Mres Remarques fur un Paffage d'une
Epigramme de Martial , imprimées dans
le Mercure de Septembre dernier , où il
explique ces mots , focus perennis , il a
obfervé , qu'au bas de fon explication ,
un Anonyme avoit ajoûté , que l'on pouvoit
lui oppofer ces deux Vers de la premiere
Elegie de Tibulle .
Me mea paupertas vita traducat inerti ,
Dum meus affiduo luceat igne focus . I '
Luceat
Il eft certain qu'en cet endroit , pat
rapport à une vie fimple ou indigente ,
ce mot Focus , déterminé par ,
igne , ne peut s'entendre que du Foyer
litteralement , ou du feu qu'on y allume,
au lieu que dans Martial , Focus eft employé
métaphoriquement , ou par finccdoche
, pour fignifier une maifon , comme
les Anciens employoient le mot ara pour
Templum , la partie pour le tout. Focus
perennis , veut donc dire lieu ftable , où
maifon à foi , par les raifons apportées
par M. de Mautour , qui oppofe au Paf-
Cij
fage
260 MERCURE DE FRANCE.
fage de Tibulle celui d'Horace , de la
cinquiéme Epître du premier Livre ,
adreffée à Torquatus , qu'il invite à un
repas chez lui , & lui dit :
Jamdudum fplendet focus , tibi munda
Suppellex .
Que M. Dacier explique ainfi. Il pas
roît que cette Epître a été écrite en Eté,
& par là il eft aifé de voir qu'Horace ne
parle pas ici du feu de fa chambre , ni du
feu de fa cuifine. Focus , fignifie ici la
maifon qu'Horace defigne par là , à caufe
des Dieux Lares , qui étoient près du
foyer , & ces mots , Jamdudum fplendet
focus , fignifient il y a long-temps que
ma maifon eft propre , & qu'on vous attend.
Splendet , comme nous difons , reluit
de propreté. En effet , continuë M.
de Mautour , le repas , ou le foir auquel
Horace invite Torquatus , étoit au
fort de l'Eté à Rome , où il ne falloit
point de feu , puifqu'il marque que c'étoit
la veille de la fête de la naiffance
de Jule- Cefar , qui ne pouvoit être qu'un
jour d'Eté , cet Empereur étant né le
12. de Juillet. Cette fête , dit Horace
à fon Ami , nous donne une entiere liberté
de dormir la graffe matinée , &
nous pourrons impunément paffer la
nuit à caufer.
impunè
FEVRIER. 1727 . 261
impunè licebit
Estivum fermone benigno tendere noctems
Il est donc à remarquer que c'étoit
une nuit d'Eté. Sur la fin de la même
Epître , Horace exhorte fon Ami à ne
point amener trop de Conyives , crainte
d'être trop preffez à table , à caufe du
chaud , & où il faut être à fon aife , pour
éviter un mauvais odorat .
Locus eft & plurimus umbris.
Sed nimis artta premunt olida convivia cas
pra.
Il ne s'agiffoit donc point de feu alors
dans cette faifon. Martial , qui pendant
trente ans , avoit habité une maifon dans
Rome , qu'il ne quitta qu'à regret , ne
croyoit pas que le changement continuel
de féjour , ou de maiſon , pût contribuer
à la felicité de la vie . D'ailleurs on dit ,
cet homme aime fon foyer , pour dire ,
aime à garder fa maifon . M. de Mautour
ajoûte , que chez les Anciens , le
mot Focaria , défignoit une Concubine,
celle qui gardoit la maiſon de fon Maître
, & qui étoit chargée des foins domeftiques.
C'est ce qui fe voit dans la
Loi 3 , au Code de Donat. inter virum &
uxorem, Liv. 5. Tit.1 6. Ainfi M. de Mautour
perfifte dans fa premiere opinion.
C iiij Plainte
162 MERCURE DE FRANCE :
16 : 9005 DE IT DEZE S :JO HICH . J
HEL
Plainte à Mercure.
TElas il m'en fouvient , un an s'eft
écoulé ,
Depuis le jour fatal où ma plume debile ,
Me fit entrer en démêlé,
Avec le Seigneur Ergafile.
Vous qu'on ne vit janais , Défis , cruels
Défis ,
Quel demon vous a fait éclore ?
N'eft - ce donc pas affez des Dulo's affranchis
,
Sans vouloir aujourd'hui les couronner encore
?
En vous voyant bien- tôt mon repos vit fa
fin ;
Vous vintes échauffer ma bile;
Avant votre arrivée , oui , j'en jure , ô Jupin !
Je ne fongeois non plus à défunt Sarazin ,
Qu'au Seigneur Ergafile,
Cantates , petits Vers , faifoient mon paffe
temps ;
LesCritiques par indulgence ,
FeiFEVRIER
. 1727 . 263
Feignoient d'en paroître contens :
Ou , de les cenfurer , regrettoient la dépenſe.
Mercure tu le fçais deux fois l'année au
moins ,
,
De les rendre publics tu te donnas les foins ?
Il regneroit encor ce temps doux & tranquile
,
Sans les défis du Seigneur Ergafile.
Ce fut fur ces défis qu'en Ecrivain naïf ,
Je fuivis les tranſports d'une verve naiſſante ;
Ah ! que plutôt ma Mufe en ce moment abfente
,
Eut caché mon papier , mon encre , & mon
canif ;
Mais elle fe montra facile ,
Pegaſe ne fut point retif:
Et par là j'eus à dos le Seigneur Ergafile.
Après un compliment poli ,
Le croira-t'on , grands Dieux ! en eft- il ap
parence ?
On veut qu'un vieux Gafcon par les tours
anobli ,
Devant une Normande aille baiffer la lance
Il faut qu'il foit fa dupe , & je deviens Mer-
€ v Si cien ,
264 MERCURE DE FRANCE:
29
Si je ne le chante en beau ftile.
A quel Parnaffe , helas ! vouloit m'affocier ,
Le Seigneur Ergafile ?
Bien-tôt le noir chagrin s'empare de mes
fens ;
A me tourmenter il s'obſtine;
Mon martyre s'exhale en foupirs languifans
:
J
& je me croi déja la male fur l'échine.
Quel parti prendre , ô Dieux ! où me refugier
?
En quelque lieu que je m'exile ,
Je m'imagine entendre , eh ! voilà le Mer
cier
Du Seigneur Ergafile.
Le temps à qui tout cede , à mon aide ac
courut ,
Il fçût calmer mes cruelles allarmes ;
Par lui fe fecherent mes larmes ,
Et le noir chagrin diſparut.
Mon conte fe fabrique , à Paris il défile ;
Une Epitre à la tête eſt miſe en negligé.
Trop heureux fi du tout à la hâte forgé :
Eft fatisfait le Seigneur Ergafile.
En in
FEVRIER. 265 1727.
Enfin tu le reçois , & déja je l'attens ;
Mais huic Journaux donnez trompent mon efperance.
Je pefte contre toi , je jure entre mes dents ;
Non jamais la lenteur du Meflager du Mans ,
Ne caufa plus d'impatience.
Bien- tôt va me reprendre un ennuyeux fouci,
Comment chez le Public m'excufer de ceci .
Chacun croirá que j'ai fait gile ,
Devant le Seigneur Ergafile.
Mais quel efprit cauftique en ofant m'avancer
,
Qu'au faiſeur de Défis eft allié Mercure ,
Me donne matiere à penſer ?
Eh bien ! que cela foit , m'irai - je courroucer
Contre un Ami ? lui ferai - je une injure ?
Quand je dis un Ami , c'eſt fort bien le nommer
;
Ma piece a des défauts que Mercure recele,
Et pour les receler il faut la fupprimer ,
Crainte de difpute nouvelle.
Je me plaignois à tort , Mercure tu fais
bien ;
Si mon Apollon eſt ſterile ,
Cvj Agis
266 MERCURE DE FRANCE:
Agis toujours ainfi , mais furtout n'en dis
rien ,
Au Seigneur Ergafile.
P. J. M *** de Blois.
HARANGUE
DE RHETORIQUE
Prononcée au College de Louis le Grand..
E P. Porée , fi connu par tout où
LF'on a quelque goût pour lesBelles-
Lettres , fit le 12. Janvier la Harangue
de Rhetorique . M. le Prince
de Conti , accompagné de M. le Com
te de la Marche , honora l'Orateur
de fa prefence. S. A. S. auffi- bien que
labelle & nombreuſe Affemblée qui étoit
prefente , applaudit au choix du fujet ,
& à la maniere ingénieufe & brillante
dont il fut traité. Le P. Porée s'étoit
propofé d'examiner lequel des deux Etats,
ou le Monarchique , ou le Républicain,
étoit le plus propre à former des Heros ?
Si nous voulions ici rapporter tout ce
qu'il y a d'intereffant dans cette Piece
éloFEVRIER.
1727. 267
éloquente , nous ferions une Traduction.
& non pas un Extrait : ainfi nous nous
contenterons d'en donner une idée fimple
& generale , & d'en citer cinq ou
fix des principaux traits . Mais afin qu'ils
ne perdent rien de leur beauté , nous les
donnerons comme ils ont été traduits
par un homme , qui , pour s'être livré
aux Sciences les plus abftraites & les
plus fublimes , ne laifle pas encore de fe
prêter de temps en temps aux Belles-
Lettres , par reconnoiffance de l'honneur
qu'elles lui ont fait autrefois .
*.
L'Orateur fe declara en faveur de l'Etat
Monarchique ; & dit que cet Etat:
étoit plus propre à former des Heros
que l'Etat Républicain , pour deux raifons.
La premiere , parce qu'on y trouve
ordinairement autant & même plus de
ces nobles motifs qui portent aux vertus
heroïques.
La feconde , parce qu'on y peut facilement
acquerir ou exercer autant & même
plus de ces nobles vertus qui font:
les Heros .
A la fin de fon Exorde , le P. Porée
prévint fes Auditeurs fur trois choſes.
1. Sur ce qu'il ne devoit tirer fes preuves
& fes exemples que de l'Hiftoire da
*La Piece & la Traduction par le P. Brumoy
font imprimées chez Barbou..
268 MERCURE DE FRANCE :
feul Royaume de France . Ce Royaume,
en fourniflant un fi grand nombre , il
étoit inutile d'avoir recours aux autres
Etats qui font gouvernez par des Rois .
2. Sur ce qu'il ne citeroit aucun des
grands Hommes qui vivent encore .
Dans l'impuiffance où je fuis , dit l'Orateur
, de payer à tous , & à chacun en
particulier le tribut de louanges qu'ils
meritent , j'aime mieux ne le payer à perfonne
que de le refufer à plufieurs. 3 °.
Il dit enfin, que les bornes étroites de fon
Difcours l'obligeroient peut-être à paffer
fous filence quelqu'un de ces fameux
Heros , qui jouiffent après leur mort
d'une vie fi précieufe dans nos Hiftoires ;
mais qu'il leur feroit moins glorieux
d'être nommez dans fon Difcours qu'honorable
pour eux , fi l'Auditeur venoit
à demander pourquoi ils ont été omis .
Après quoi le P. Porée , s'adreflant à
M. le Prince de Conti , il lui dit :
99
» votre amour
>> Vous daignerez vous intereffer à un
fujet qui vous touche par tant d'endroits,
» Mónfeigneur. J'en ai pour garants , &
les Lettres
pour que vous
» cultivez en Juge éclairé , & tant de
» liens qui vous uniffent de toutes parts
» aux Heros , & furtout les fentimens
heroïques qu'un Heros vous a tranfmis
FEVRIER 1727
269
>
mis avec la vie ; fentimens qui n'at-
» tendent que l'occafion de fe produire
» dans la Guerre comme ils éclatent
» dans la Paix . Je me raffure encore fur
» le dépôt précieux que nous avons reçû
de vos mains , dépôt fi cher , que
» toute votre bienveillance pour notre
» Compagnie , ne pourroit lui faire une
» faveur plus fignalée . Je me raffure
" dis-je , fur cette tendreffe pour ce fils
fi digne d'être aimé , qui tenant d'une
mere & de vous des qualitez rares
d'efprit & de coeur , femble déja an-
» noncer un Protecteur aux Lettres , &
» un Heros à la France. C'eſt ſur tant
» de titres que je me flatte d'une atten-
» tion obligeante de votre part , ils me
» tiendront lieu de tout autre merite au-
» près de vous.
>>
Premiere Partie.
Trois motifs puiffans portent dans un
Royaume aux vertus heroïques , l'amour
de la Gloire militaire , l'amour du
Prince , & l'amour des récompenfes. Or
ces trois motifs ne fe trouvent point , ou
fe trouvent beaucoup plus foibles dans
une République.
1º . L'amour de la Gloire qui s'acquiert
par lleess AArrmmeess ,, eft le reffort de
prefque
276 MERCURE DE FRANCE.
prefque tous les mouvemens & des Rois
& des Grands d'un Royaume , qui regardent
ordinairement comme perdu
tout le temps qu'ils n'employent pas
la Guerre. Au contraire , la politique
des Etats Républicains eft de conferver
ou de procurer la Paix . Si l'on excepte
les Romains , que le genie guerrier , ſoit
fous les Rois , foit fous les Confuls , a
toujours animé , juſqu'à ce qu'ils ayent
été maîtres de l'Univers entier , toutes
les autres Républiques auffi jaloufes de
leur repos que de leur liberté , n'ont jamais
fait la guerre que pour avoir la
paix . L'Orateur , après avoir prouvé ce
qu'il avançoit , par l'exemple des anciennes
Républiques , le confirma encore
par les foins empreflez que fe font
donnez aux premiers bruits de la guerre,
fe donnent encore les Républiques
floriffantes de l'Europe , pour conjurer
les tempêtes qui grondent de toutes
parts. Au contraire.
&
que
» Prêtez l'oreille aux difcours de nos
>> Guerriers , leurs impatiens defirs ont
» l'air de plaintes , lorfqu'on les entend
foupirer après l'heureux jour où ils
pourront effacer , s'il eft permis de
» parler ainfi , la roüille qu'un fer inuti-
» le a contractée durant une longue oifiveté.
Jettez les yeux fur cette foule de
» jeune
FEVRIER. 1727. 37
jeune Nobleffe , que les Mufes raffem-
» blent en ce lieu ; fans fe dégouter des
» lauriers d'Apollon , elle afpire aux
>> palmes de Mars , & fi elle fe plaint de
» la lenteur des années , c'eft ce que leur
» courfe amene trop tard à fon gré l'âge
» & l'occafion des combats. "
>>

» Ceffez , jeunes Heros , ceffez de haïr
» une paix fi chere aux yeux de LOUIS,
qui la met au rang des merveilles de
» fon Regne. Applaudiffez plutôt à la
>> fageffe d'un Roi guerrier par inclina-
» tion , & pacifique par choix , de ce
» qu'il fuit les confeils falutaires d'un
grand Cardinal , auffi diftingué par fa
» prudence que par fa pieté & fa mo-
» deftie , d'un Prélat , qui par un juſte re-
» tour , après avoir formé les premieres
» nées de LOUIS», mọins en Inſtruc-
» teur qu'en pere , retrouve dans fon
» Roi , prefque plutôt un Fils qu'un
» Eleve. Dépofitaire de la confiance roya-
» le , il fçait en ufer , non pour acquerir
» des biens qu'il dédaigne , ou des hon-
>> neurs trop bien meritez , acceptez trop
tard & foutenus fans fafte ; mais pour
» procurer , en fuivant ſans ambition les
» pas de Richelieu , le bien veritable de
» la Religion , de l'Etat & du Roi , &
pour former dans la perfonne de notre
» Maître un Heros pacifique , en atten-
>> dant
»
272 MER CURE DE FRANCE .
dant que des Guerres neceffaires en
» faffent un Heros Guerrier.
»
L'amour du Prince porte encore à l'He
roïfme , ſecond motif puiffant dans un
Royaume , & qui ne fe trouve point
dans une République. L'envie de plaire
n'y peut jamais , ou prefque jamais , animer
la valeur de ceux qui y vivent : car
enfin , à qui pourroient vouloir plaire ces
Républicains ? aux Grands ? ce font des
objets d'envie plutôt que de complaifan
ce. Au Peuple ? c'eft plus un objet de
mépris que d'attachement .
» Il n'y a que nous qui fentions , &
» qui connoiffions tout le prix de cet at
>> trait pour nos Rois , nous , qui nori
» feulement les honorons comme nos
» Maîtres , qui les fuivons aveuglément
» comme nos Guides , mais qui de us
>> les aimons avec tendrefle comme nos
» peres , j'ai prefque dit plus que nos
» peres. L'amour filial eft timide : ofe-
» til tout ce qu'il peut ? il a, je ne fçai,
quelle lenteur naturelle , qui reffem-
» ble prefque à l'indifférence : en voiton
beaucoup d'effets prompts & ex-
>> traordinaires ? il ufe de referve : payet-
il jamais les tendreffes paternelles ?
» de combien l'emporte fur cet amour
» paisible notre paffion pour nos Rois ?
» elle eft hardie jufqu'à la temerité , en-
99
» treFEVRIER.
1927 273
» treprenans jufqu'à tenter l'impoffible.
Elle vole au moindre figne , & pré-
» vient jufqu'aux defirs. Genereufe juf
qu'à l'excès , elle facrifie , elle prodi❤
» gue au Prince ce que le Prince ne peut
» jamais ni récompenfer , ni rendre la
» fanté , le repos , le fang , la vie.
Le trait du fameux d'Eftain , qui fauva
aux dépens de fa vie celle de Philippe
Auguſte , eſt trop celebre & trop
marqué pour avoir été omis par l'Ora
teur. Il fit fentir en le rapportant , quelle
bravoure infpire aux fiens la préfence
d'un Roi eftimé & cheri. Il répondit
enfuite à ce qu'on pouvoit lui objecer,
à fçavoir que l'amour de la liberté faifoit
dans une République , ce que fait
dans un Royaume l'amour du Prince. La
belle & magnifique comparaifon qu'employa
le P. Porée pour refuter cette ob
jection , eft un de ces traits trop longs
pour être rapportez dans un Extrait , &
trop beaux pour être abregez. Il reprefenta
d'une maniere vive & touchante ,
les extrêmitez où furent réduites autrefois
Rome par Annibal , & la France par
Henri V. Roi d'Angleterre. L'un &
l'autre à deux doigts de leur perte , la
France ne montra t - elle pas autant ou
même plus de conftance & de fermeté à
défendre fon Roi , que Rome à défendre
fa
274 MERCURE DE FRANCE.
fa liberté ? Les Dunois , les Lavals , les
Granceys , les Saintrailles , les Chabanes
, les Gamaches , les Tournemi
nes , & tant d'autres , témoignerentils
moins de zele pour leur Prince , que
les Scipions , les Fabius , & c . en témoignerent
pour leur Patrie.
Troifieme motif. Les récompenfes
deſtinées à ceux qui fe diftinguent par
leurs actions heroïques . Dans une République
elles font ordinairement difficiles
à obtenir , fouvent pueriles , & toujours
peu durables . Tout le monde applaudit
aux tours fins & nouveaux , dont
fe fervit l'Orateur pour faire fentir l'in
certitude & la vanité , l'inconftance &
la fterilité de ces fortes de récompenfes
. I tranfporta fes Auditeurs en efprit
dans les plus fameufes Républiques ,
à Athenes, pour leur faire remarquer les
Statues des plus celebres Heros placées
avec celles des plus celebres Artifans , &
cet honneur trop commun rendu mépri
fable ; à Rome , pour y faire voir les
differentes actions militaires récompenfées
par autant de couronnes differentes ,
ou pour y confiderer un Heros parvenu
au comble de l'honneur , c'est - à- dire,
au triomphe , honneur diftingué
quoique commun , mais accompagné fouvent
d'infultes de la part d'une Solda
te que
FEVRIER. 1727. 275
tefque & d'une populace infolente , &
d'ailleurs borné au cours d'une feule
journée.
L'ingratitude des Républiques envers
la plupart des Heros qui avoient fait
leur gloire de Rome envers un Ca,
mille & un Coriolan ; d'Athénes envers
un Alcibiade & un Themistocle ,
une fi monftrueufe ingratitude , dis - je ,
ne fut pas oubliée . Au refte , l'Orateur
fit obferver , que ce n'étoit pas feulement
à la legereté du peuple , mais plus
encore à la nature du Gouvernement Républicain
, qu'il falloit attribuer la difgrace
de tant de grands Hommes , qui
après avoir garanti leur Patrie de la fureur
des ennemis ne purent fe
garantir
eux- mêmes de la fureur de leurs pro
pres Compatriotes. L'égalité de tous les
Citoyens étant , pour ainfi dire , la Loi
fondamentale d'une République , plus
vous vous y élevez au - deffus des autres,
plus il eft naturel que les autres cherchent
à vous rabaiffer , de peur qu'aprés
avoir été leur liberateur , vous ne deve
niez leur tyran.

» La Conftitution des Royaumes
» n'exige pas ces précautions timides
& pointilleufes nul obftacle à la
» grandeur & à la durée des récompen-
» fes car la fortune dès Citoyens utiles
»
276 MERCURE DE FRANCE.
» à l'Etat a beau croître , toujours ré-
» duits au rang de Sujets , ils n'appro
» cheront jamais que de fort loin de la
» Puiffance royale. Ils feront tellement
>> au - deffus des autres , qu'ils demeure-
>> ront infiniment au- deffous du Monar-
» que. L'éclat du Trône que la bonté du
» Prince fera rejaillir fur eux , n'éclip-
>> pas fa fplendeur , comme la lu-
» miere que les Planetes empruntent du
» Soleil , toujours moins vive & moins
>> naturelle que fes purs rayons dans leur
>> fource , n'empêche pas qu'il ne les fur-
» paffe autant par fon éclat que par fa
>> grandeur .
» fera
»
Approchez donc , ô vous , à qui le
» témoignage fecret que vous rend votre
» valeur infpire le jufte defir de la voir
récompenfée , approchez & voyez
» ce qui vous eft offert de la part du
» Trône. Ce n'eft pas l'appas des Sta-
22 tuës , ni des Portraits gravez fur le mé-
» -tail , l'autorité publique ne conferve
» ces monumens qu'au Roi. On ne vous
décernera point des triomphes ornez
» de vos trophées , les Drapeaux ennemis
font refervez auz Temples pour
>> en faire hommage au Dieu des Armées,
» que nous reconnoiffons auffi comme le
» Dieu des Triomphes , mais il eft d'au-
» tres prix offerts à la valeur ,
» Il
FEVRIER. 1727. 277
» Il eft des differens Ordres établis par
» nos Rois,pour honorer les fervices mili-
» taires , Ordres dottez par la liberalité
» royale , & dont les membres font affo-
» ciez par une forte d'alliance au Souve
>> rain même.
» Il eft des monumens de Nobleffe &
» de bravoure , deſtinez , non pas comme
» chez les Romains , à être renfermez
dans l'obfcurité d'un appartement , mais
à fervir de témoignages authentiques,
» foit en les gravant fur les Ecuflons ,
>> foit en paroiffant en public parez de
ces marques de diftinction , marques
» éclatantes , Croix honorables , témoins
» non fufpects d'un merite peu douteux
» & hautement récompenfe.
» Il eft des parures d'un Ordre fupe-
" rieur , & dont les couleurs myfterieu
>> fes font autant de fymboles imaginez
>> pour annoncer , ou des hommes enflam-
» mez d'un feu guerrier , & toujours
>>-prêts à verfer leur fang pour la Patrie ,
ou des hommes defcendus du Ciel &
» dignes d'être placez au rang des ALAf
tres.
Il eft des Sceptres militaires décorez
de lis , non pour le difputer au Sceptre
" Royal , mais pour lui fervir de fou-
» tiens , fuprême honneur des Guerriers.
" qui paffent dans une Maiſon y
laiffe
» un
78 MERCURE DE FRANCE.
un luftre ineffaçable , & je ne fçal
» quel air de triomphe & de grandeur
*
» martiale . .
» Il est enfin des dignitez , dont l'éclat
& le nom feul rappelle fans ceffe .
>> aux efprits , tantôt que les Grands
» qu'on en voit revêtus , font des Chefs
» Guerriers même hors de la guerre. ,
» tantôt qu'ils ont droit de s'égaler à ce
» qu'il y a de plus grand dans le Royau-
» me ; dignitez , qui alliant l'épée de
»Mars au glaive de Themis , donnent
» non feulement une place diftinguée
» dans un Camp : mais un rang fingulier
parmi les Chefs de la Magiftrature &
» du Senat.
N
» Au refte , Meffieurs , toutes ces di-
»gnitez ne font pas des noms vuides &
»fteriles , femblables à ceux des Pro-
>> vinces & des Villes conquifes , dont
» les Romains enrichiffoient leurs noms
» de Famille , fans rien ajoûter à leurs
» poffeffions. Ce font des titres utiles ,
» du moins attachez à de grands privi
» leges , tîtres feconds , dont l'avantage
»ne fe borne pas fimplement à parer le
»nom particulier d'une Maifon , mais qui
» s'étend de plus à en multiplier les re-
» venus ; titres qui ne font pas enfevelis
» dans le tombeau d'un Guerrier , mais
>> qui de fa perfonne paffent par une fuc
» ceffion
FEVRIER. 1727. 279
» ceffion continue aux fils , aux petits- fils,
» & à toute la pokerité.
Seconde Partie.
Cette feconde Partie plut encore da
vantage que la premiere ; elle a en effet
quelque chofe de plus frappant , la jufteffe
des raifonnemens , la fineffe des
tours , le choix des exemples , la délicateffe
de l'expreffion , tout enfin ce qui
fait la perfection d'un Difcours , s'y trou
ve réuni . Mais ce qu'on y trouva de plus
merveilleux , fut le grand nombre , la
varieté , le rapport & la beauté des caracteres,
& furtout l'art infini avec lequel
F'Orateur trouva moyen de les faire toujours
entrer en preuve de ce qu'il avançoit.
De forte que l'ordre,le jour, & pour
ainfi dire , le quadre où font mis ces
Portraits , n'eft peut- être pas moins admirable
que le goût , le deffein & l'execution
même de ces tableaux, quoique finis;
mais entrons dans un plus grand
détail.
Trois qualitez font effentielles à ceux
qui aſpirent à l'Heroïſme . La bravou◄
re ébauche , pour ainsi dire , le Heros
la fcience de la guerre le forme , & l'humanité
le perfectionne & l'acheve . Or
' Orateur foutint. , que la Monarchie,
D plus
A
$ 80 MERCURE DE FRANCE .
plus que la République , donnoit lieu
d'acquerir ou d'exercer ces trois qualitez
heroïques .
La bravoure eft une de ces vertus qui
ne s'acquiérent point , c'eft un don de la
Nature , & non le fruit de l'art ou du
travail , mais elle veut agir , s'exercer
& fe produire , & par confequent être
libre. Or l'eft- elle dans un Royaume ?
Ne l'y voit - on pas plutôt languir dans
une espece d'oiliveté ? Non. Elle n'eft
pas du moins captive dans les Rois qui
font la guerre quand il leur plaît , & à
qui il leur plaît . A cette occafion le P,
Porée fit remarquer , que c'étoit là ce
qui nous faifoit compter tant de Heros
parmi nos Rois . Si les Clovis , les Charlemagnes
, les Henris & les Louis avoient
vêcu dans une République , ils auroient
été partout de grands Hommes : mais
feroient - ils parvenus à ce degré d'Heroïfme
où ils fe font élevez ? non , fans.
doute , parce qu'ils n'auroient pas
été les
maîtres de faire ou de continuer la guerre
à leur gré. Cefar même , dans Ro
me animée de fon premier efprit , auroit
été meilleur Citoyen , mais moins
Heros.
Ileft vrai que la bravoure n'eft pas
tout-à fait aufli libre dans les Princes du
Sang Royal que dans les Rois. L'autori
2 té
FEVRIER. 1727.1 25F
té du Souverain témpere un peu leur
valeur. On a raifon de ménager un Sang
fi précieux , cependant , s'écria l'Ora
teur.
A
» Y a -t-il un feul Rejetton de la Mai-
» fon Royale , qui n'ait été fécond en
Heros Peut-on fonger au nom d'Orleans
, qu'on ne fe rappelle tout -à - coup
» celui de Philippe , à qui une mort pré
» cipitée enleva fous nos yeux le timon
» de la France ? Prince dont la valeur
» eft auffi peu conteftée dans toute l'Euro
» pe , que fon extrême dexterité dans le
» maniment des affaires ? Peut- on nom-
» mer la maiſon de Condé , que le nom
de LOUIS ne vienne d'abord faifir
l'efprit fous l'idée de la valeur même
» & de la valeur foudroyante ? Peut-on
» jetter les yeux fur la Maifon de Con-
» ti , qu'on ne fe reprefente auffi tôt
FRANCOIS - LOUIS , tel qu'il fe
» montroit dans les combats , à décou
» vert & fans cuiraffe à cela près , tout
femblable à Mars , prompt à relever
» d'un coup d'oeil un Corps de Bataille
» chancelant , & prêt à plier , Prince à
» qui les François donnerent indifferemet
» ment le furnom de Heros ou de Grand ,
» que les Soldats demanderent cent fois
pour General , qu'une Nation belliqueufe
fouhaita pour fon Roi , digne
Dij » d'être
>>
ג כ
3
282 MERCURE DE FRANCE.
d'être à la tête des Armées qu'il ne
>> commanda jamais , de porter le Scep-
» tre que la fortune lui refufa , & tous
» les titres que l'équitable renommée lui
» décerna.

&
Il reftoit à prouver , que les Officiers
, & même les Soldats pouvoient
donner parmi nous un auffi libre
même un plus libre effor à leur valeur,
que les Romains d'autrefois. C'eft ce
que l'Orateur , en comparant les actions
extraordinaires de quelques Generaux
& de quelques Soldats Romains , avec
les grandes & immortelles actions d'un
Luxembourg à Leuſe de nos Soldats
François à Bezançon , à Valenciennes
&c. Il fit auffi un très-beau parallele des
exploits particuliers d'Horatius Cocles ,
de Manlius Torquatus , & de Valerius
Corvinus , avec les hauts faits d'armes
d'un Bertrand du Guefclin , d'un Chevalier
Bayard , d'un Maréchal de Boucicaud
, & de tant d'autres qui ont égalé
, & même furpaffé tous ces illuftres
Républicains .
La bravoure , comme je l'ai déja dit,
naît avec nous & ne s'acquiert point.
La fcience de la Guerre au contraire s'acquiert
& ne naît point avec nous. Or
Pour l'acquerir cette ſcience quels
moyens peuvent fournir les Républi→
>
ques,
FEVRIER. 1727 : 281
ques , dont le genie eſt ou pacifique , ou
intereffé , ou timide ? Ici l'Orateur fit les
caracteres des Républiques de Hollande ,
de Venife , de Genes , & c. il fit voir enfuite
qu'on pouvoit difficilement acquerir
la fcience de la Guerre , même dans
les Républiques anciennes , qui vouloient
qu'un feul homme fut Guerrier ,
Jurifconfulte , Orateur , Pontife , &
quelquefois Laboureur ; d'où il arrivoit,
qu'en s'appliquant à tant de chofes differentes
, on n'excelloit dans aucune.
Combien plus facilement acquiert- on la
fcience de la Guerre dans un Royaume ,
où la plus grande partie de la Nobleffe
fait non feulement fon unique occupation
du métier des armes , mais fe borne
encore , ou au fervice de terre , ou à celui
de la mer , pour s'y perfectionner &
plus vite & plus aifément .
Mais n'eft - ce donc pas à la fcience
dans l'Art militaire , pourroit- on dire ,
que les Romains font redevables de tant
& de fi illuftres conquêtes ? L'Orateur
foutient qu'en fait de Sieges & même de
Batailles , les Républicains étoient plus
vaillans , ou plus heureux qu'habiles :
pour ce qui eft des Sieges , il montra ,
que les Villes qu'ils avoient affiegées
n'étoient fouvent que de miferables bicoques
, ou mal fortifiées , ou défenduës
D iij
des
184 MERCURE DE FRANCE :
,
des trois , des dix , & des quatorze an
nées entieres . A cette lenteur il oppor
fa la rapidité Françoife dans fes conquêtes
fous Louis le Grand ; ce qui lui donna
une occafion toute naturelle de parler,
& de faire des caracteres achevez des
Maréchaux de Praflin , de Crequi , de
Catinat , de Vauban , & c. que nous omettons
, pour ne rapporter que le parallele
du grand Condé , & du celebre Vicomte
de Turenne : le P. Porée fit voir que la
matiere quoique maniée par les plus
grands Maîtres , n'étoit pas épuisée , &
dit encore des chofes auffi neuves qu'intereflantes
; mais avant que d'y venir
il prouva que les Romains devoient
peut- être autant à l'ignorance de leurs
ennemis qu'à leur habileté , le gain de la
plupart de leurs Batailles , reproche
qu'ils ne peuvent pas nous faire , quoique
nous n'ayons eu que les mêmes Nations
à combattre. Car il fit fentir la
difference infinie qu'il y a entre la Nation
Suiffe & la Nation Helvetienne ,
entre les Allemans d'à - prefent & les
Germains d'autrefois , entre les Anglois
& les Habitans des Ifles Britanniques ;
enfin , entre les nouveaux & les anciens
Efpagnols . Cependant , ajoûta-t- il :)
» Rome , j'en conviens , a vû & vain-
» cu des Generaux d'une force extraor
dinaire
( . )
FEVRIER. 1727. 285
>> mes & de
»
dinaire , & d'une hardielle étonnante's
mais elle n'a trouvé , après tout , qu'un
» Annibal , qu'un Pyrrhus , qu'un Mi-
>> thridate , qui feuls , par leur artificieu
» fe conduite , lui ont coûté plus d'allar
la foule veritables
pertes que
de ces Chefs barbares , qu'une impru
» dente ferocité entraînoit contr'elle",
» ainfi que des torrens impetueux. Mais
faites reflexion , Meffieurs , combien
l'Europe conjurée à notre perte ,
» me autrefois à celle de Rome , nous a
» fufcité de Mithridates , de Pyrrhus &
» d'Annibals , occupée qu'elle étoit du
foin unique de raffembler & d'armer
contre nous tout ce que l'Allemagne ,
» l'Angleterre , l'Espagne & l'Italie en-
» fantoient de grands hommes , & de ra-
>> res genies.
com
>> Veritablement la France , toujours
» fertile en Heros , ne s'oublia pas elle-
» même. Elle produifit alors , comme en
» divers temps , fes Fabrices , fes Cu-
>> rius , fes Scipions ; que dis - je ? fes Fa-
» bius même , & fes Cefars , c'eft- à - dire
»
?
tout ce que la Republique Romaine eut
» de Grands Hommes d'un caractere plus
>> diffemblable , & en même temps plus
» fçavans dans le métier des Armes .
·
» Hé ! qui ne reconnoît Condé dans
» Cefar , & Turenne dans Fabius ? A
D iiij con286
MERCURE DE FRANCE .
» confiderer les traits de nos deux Heros
» comme ceux des deux Romains , tout y
>> eft grand , tout y paroît different. Tu-
>> renne , genie fuperieur , genie capable
» de concevoir les plus vaftes projets :
>> Condé , ame
, ame fublime , eſprit élevé ,
dont les premieres idées valent des re-
» flexions & de grands deffeins , l'un &
» l'autre né pour les armes ; mais dans
>> l'un la nature eft aidée par l'art & l'ex-
» perience , dans l'autre la nature pré-
» vient l'experience & l'art. Le premier,
fçavant à temporifer fans lenteur ;
» le ſecond , boüillant & prompt à exe-
» cuter fans temerité. L'un en Fabius
>> mine & confume l'ennemi par des me-
» nagemens étudiez ; l'autre l'écrafe du
» premier choc , en Cefar . Celui- là , pour
» rencontrer le moment favorable , mé-
>> dite profondément , & enfante peu à
» peu fes deffeins ; celui- ci , pour ne rien
"perdre de l'occafion , la faifit d'abord
» & brufque le projet & l'execution .
L'un penfif avant le combat , femble ,
" par les nuages de fon front , annoncer
» la tempête , & par fa fincerité dans
» l'action , préfager la victoire ; l'autre
>> montre d'abord un air tranquille , ga-
» rand de ſa ſecurité ; puis des yeux
d'aigle & pleins de feu , comme des
» éclairs , avant coureurs de la foudre ,
l'un
FEVRIER. 1727 . 287
» l'un prefque fans s'émouvoir ébranle
>> & met en mouvement une grande ar-
» mée , par le feul inftinct de fa pruden-
» ce ; l'autre par fon agilité , anime toutes
les parties d'un vafte corps , &
» préfent en tous lieux , il paroît le mut-
»tiplier & fe produire. L'un & l'autre
» fuperieur à la crainte du danger , Tu-
>> renne parce qu'il l'a prévû , Condé
» parce qu'il le méprife. Le premier
>> fçait moderer l'ardeur de la victoire ,
»pour ne rien perdre de fes avantages
par un excès dangereux ; l'autre s'é-
» leve au deffus de toutes les bornes ,
» pour ne rien laiffer après lui d'impar-
"fait par trop de précaution . L'un &
» l'autre également connus par la fcien-
» ce des campemens , par la prife de tant
» de Villes , par tant de Batailles ga-
» gnées , & par l'importance de toutes
» leurs victoires ; mais tellement connus ,
» après tout que leur merité n'auroit
» pas été affez developpé , fi les malheurs
» de la France n'euffent commis enſemble
>> ces deux rivaux, pour nous faire juger de
» leur veritable prix : & il s'en faut bien
queTurenne combattant pour la Patrie,
>> ainfi que Fabius , eût affaire , comme lui .
» à un Annibal , qui fçachant vaincre ne
fçût pas profiter de fa fuperiorité. 11
» avoit en tête un Condé , Heros tou-
Dy jours
.")
288 MERCURE DE FRANCE.
T
» jours actif tant qu'il reftoit quelque
chofe à faire, & fi peu docile à ceder ,
» que lors même qu'il paroifloit vaincu ,
»il entraînoit à lui une partie de la victoire.
Condé , de fon côté , portant les
» armés contre la Patrie , comme Cefar ,
» ne rencontra pas fur la route un Pom-
>> pée plus heureux que prudent , & affez
» peu égal à lui-même pour finir mal un
rôle bien commencé. Il fe vit, engagé
» contre Turenne , toûjours plus fage
» qu'heureux ; mais de jour en jour fi
» fuperieur à lui - même , qu'il effaçoit fa
» propre gloire par de nouveaux ex-
»ploits. On diroit enfin que la Patrie les
>>> eut réunis , comme fes défenfeurs , &
:
que la fortune les eut commis enfem-
» ble comme rivaux , pour leur donner
- lieu de s'illuftrer l'un par l'autre , pour
» tenir entr'eux la balance douteufe , en
»la faifant pancher tantôt en faveur de
» Condé , s'il s'agit de la gloire d'étendre
l'Empire ; tantôt du côté de Turenne ,
s'il eft queftion de le défendre ; pour
montrer , en un mot , à l'Univers qu'ils.
» furent tous deux de fi grands Capitai-
>> nes , que Rome n'en eut aucun , je ne
» dis pas plus propres à l'art militaire ,
» mais même plus entendus dans la fcien-
» ce de la Guerre , & de fes finelles.
L'humanité eft le dernier trait qui
per
FEVRIER. 1727. 289
ainfi dire ,
perfectionne & acheve , pour
le Heros ; mais elle eft bien rare , cette
vertu : que dis je , elle est même dangereufe
dans une Republique. Un homme'
né dans un état libre , ne peut gueres devenir
affable & populaire qu'il ne fe
rende fufpect d'attenter à la liberté du
Peuple même à qui il fe rend aimable ;
au contraire , un Royaume eft en quelque
façon le centre de la politeffe & de
l'affabilité : là fied une humanité
рори-
laire , pleine de douceur , compatillante ,
enjouée , liberale & élegante. Ces differentes
efpeces d'humanité avoient toutes
un trait choifi dans notre Hiftoire , qui
juftifioit ce que l'Orateur avançoit ; &
pour donner plus d'éclat encore à ces
traits , il en avoit mis d'un caractere
oppofé tirez de l'Hiftoire Romaine . On
ne fera pas , fans doute , fâché de voir la
conclufion de cet éloquent Difcours . La
Voici.
Gardez - vous donc , jeune Nobleſſe ,
enfans de nos Heros , nez vous - même,
pour
l'heroïfme dont bien- tôt vous recevrez
des leçons ; gardez - vous d'envier
la deftinée des Republicains , foit anciens
, foit modernes . Ce que n'auroit pû
ou ne pourroit jamais vous procurer une
Republique , vous le trouverez dans le
fin de votre Patric. Pour en être con-
D vj vaim290
MERCURE DE FRANCE.
vaincus , parcourez notre Hiftoire , connoiffez
par vous -mêmes les Heros que
j'ai nommez ou omis , & faites paller
dans vos coeurs les grands exemples de
leurs vertus ; ou plutôt , puifque la vertu
mife fous les yeux en devient plus attrayante
, tournez vos regards fur les
Heros de nos jours qui vivent parmi
nous . Les deux dernieres Guerres vous
les feront affez connoître , fans qu'il foit
beſoin de les nommer ; témoin la Flandre
à Fleurus , à Stainkerque , à Nervinde ,
à Denain , témoin le Piémont à Stafarde ,
à la Marfaille ; témoin la Lombardie à
Luzara , à Cefene , à Calcinato ; témoin
l'Allemagne à Fridelingue , à Speirbac ,
à Rumersheim ; témoin l'Irlande à Bantry
; l'Ocean , l'Obregat , le Detroit de
Gibraltar , à Calpé ; & la Mediterranée ,
à Malaga : lieux celebres , où nos Heros ,
foit en chef , foit en fecond , ont laiffé
des veftiges de la valeur Françoife , que
ni le temps , ni l'oubli ne pourront effacer.
fi
Joignez même à ces Heros compatriotes
de nobles & de belliqueux Etrangers ,
pourtant on peut nommer Etranger's
pour nous, ceux , fur tout qu'une ancienne
alliance nous rend chers , & que nous
regardons fans jaloufie comme nos compagnons
de victoires , comme nos freres
& nos rivaux .
Dans
FEVRIER. 1727. 291
*
Dans ce nombre , n'oubliez pas d'illuftres
exilez que la France a recueillis
dans fon fein , qu'elle a formez dans fes
camps , dont elle a employé le bras & le
courage dans fes guerres , qu'elle a mis à
la tête de fes troupes , qu'elle a couronnez
de fes lauriers , & qu'elle a façonnez
à fes manieres pour les rendre tout François
, & pour faire connoître à tout l'Univers
qu'elle est également la mere , la
patrone & la nourrice des Heros .
Animez & inftruits par de fi grands
modeles , portez vos vûes & vos efforts
à tout ce qu'il y a de plus relevé dans
l'Heroïfme , & achevez de montrer par
des effets ce que je n'ai pû qu'indiquer
par mes paroles , qu'une Monarchie n'eft
, pas moins propre qu'une Republique , fi
elle ne l'eft même davantage , à former
des Heros guerriers.
*******************
ODE
A MADEMOISELLE LE MAURE ,
Actrice de l'Opera.
MAMufe pour toi s'intereffe ,
Dans le zele ardent qui me preffe
Le
292 MERCURE DE FRANCE .
Le Maure reçois mon encens.
Chez toi les graces naturelles ,
Ajoûtent des beautez nouvelles ,
A la beauté de tes accens.
Plus puiffante qu'une Sirene ,
Il n'eft rien que ta voix n'entraîne
Eh ! qui pourroit te réſiſter ?
En vain du plaifir de t'entendre ,
Uliffe eut voulu fe deffendre ,
Ton chant auroit fçû l'arrêter.
C'eft peu de ta voix éclatante
Ta cadence vive & brillante ,
Me rend encor plus étonné.
Non , je ne fçai rien qui t'égale ,
Tu n'as qu'une foible rivale ,
Dans l'aimable foeur de Progné.
C'eſt le tendre fils de Latone ,
Sans doute c'eſt lui qui te donne ,
Ce goût parfait , ces tendres fons ,
Tu l'as foumis à ton empire ;
Et
t
FEVRIER. 1927. 294
Et lorfqu'Apollon vient t'inftruire ,
L'Amour a part à fes Leçons.
Eft- il pour toi des coeurs paifibles ,
Ta voix fçait nous rendre fenfibles ,
Moins encor que tes yeux charmans.
Sans recourir à l'impoſture ,
Ces yeux par la feule nature ,
Laiffent guider leurs mouvemens .
Qu'ils expriment bien ta contrainte ,
Quand de l'amour ton ame atteinte ,
Voit brûler en vain pour Atis !
Et quel eft le trouble & la joye ,
Qui dans tes regards fe déploye,
Lorfque tes fouhaits font remplis !
Fidelle amante de Pirame ,
Les divers tranfports de ta flame ,
Y font peints avec tes malheurs
Et ton action ne préſente ,
\ Qu'une fimplicité décente ,
Qui triomphe de tous les coeurs.
Oli
294 MERCURE DE FRANCE
Oui fimples , mais pleins de nobleffe ,
Tous tes geftes avec fineffe ,
Du vrai font fentir le pouvoir.
Ainfi tu prouves que pour plaire .
Souvent l'Art le plus neceffaire ,
Eft celui de n'en point avoir.
Le beau naturel nous enchante ,

Conferve , & s'il ſe peut , augmente
Celui que tu reffens des Dieux.
Vainement au gré du caprice ,
Ou brife un penible artifice ,
Sans le vrai rien n'eſt précieux.
sksksk kakak:
PERS
e
ROJET du fieur Jacquier , touchant
un Caractere nouveau qu'il feroit à
propos d'établir , pour ôter toute forte
d'équivoques , qui n'arrivent que trop
fouvent au fujet de l'ï avec les deux
points , & de l'y Grec.
C
Exemple.
On écrit avec un ï ou un y les mots
fuivans.
Païeur
FÉVRIER. 1727.
29 ,
Craion.
Caïer.
ου ου
Païcur. Gajeté. Paifan.
Paien.
ου
Faience. Moife.
ou
Payeur. Gayeté. Paysan. Crayon.
Payen. Fayance. Moyfe. Cayer.
Par où il eft aifé de voir , que ceux
qui fe fervent de l' avec les deux points ,
tombent dans une équivoque qu'ils ne
fçauroient éviter ; car la même raifon
qui les oblige de prononcer Pai ieur
les contraint de dire Pai ien ; de même
la raifon qui veut qu'on prononce
Mo ife , doit obliger de dire Pa ifan ;
ce qui feroit contraire à l'ufage .
J
Et ceux qui font ufage de l'y Gree ,
tombent neceflairement en deux inconveniens.
1. Ils n'ont aucun caractere qui leur
faffe diftinguer quand l'y doit faire fa
fillabe avec la voielle qui précede ; car
prononçant Fa yance , cette même raifon
doit faire prononcer Pa yfan : de même
fi on dit Pay yfan , on doit dire.
Fay yance.
2º. Il n'y a aucun caractere qui nous
fafle diftinguer que l'y dans yeux a un
double fon , & qu'il n'en a qu'un dans
yure.
Ainfi pour éviter toutes ces équivoques
296 MERCURE DE FRANCE.
ques , il faudroit admettre l'Accent bref
des Latins tout favorife ce Projets
10. Les plus intereffez , fçavoir , les
Imprimeurs ne feront point embarraffez
ayant ce caractere.
2º. La même facilité fe trouve dans
ceux qui écrivent ; car il leur eft auffi
aifé de faire cette forte d'Accent , que
les deux Points fur l' ou d'employer l'y!
3. Cela intereffe tout le monde , mê
me les plus habiles , qui doutent en li
fant , de prononcer fuivant l'ufage , les
mots qui leur font inconnus.
4º. Il en refulte enfin un Principe
certain , avec lequel on évite toute forte
d'équivoques , qui eft le principal but
dě ce Projet .
C'eft pourquoi , outre les fix fortes
d'Accens ufitez , on ajoûtera le feptié
me , & on dira :
Il y a fept fortes d'Accens , qui font ,
L'Aigu , le Grave , le Circonflexe , les
deux Points , l'Accent bref des Latins ,
le Trait d'union & l'Apoftrophe , dont
voici la figure.
-
:
Principes.
FEVRIER .• 1727. 297
Principes.
L'Accent aigu étant fur La Cure.
1 Le Curé. un é , le rend fermé.
L'Accent grave étants Les Lances.
fur un è , le rend ouvert .
L'Accent circonflexe
étant fur une voïelle , la
rend longue , & l'ê trèsouvert.
Les Procès . ›
Une maille.
Un maillet
été.
être.
Je le hai..
Je l'ai bais
guet.
muët.
Les deux Points fur une
voïelle , font qu'elle ne
fait jamais fa fillabe avec
celle qui eft auparavant. į
L'Accent bref des La- ,
tins ne fe mettra jamais Paler
que fur l'i double quand
il fera fa fillabe avec la
voïelle qui fera aupara- Paisan.
vant.
-
Païen.
Faïance .
Le Trait d'union lef Courte - pointe
metquand deux ou plu- Vis- à - vis.
fieurs mots n'ont qu'une
fignification , ou quand Jean - Louis
on interroge & veut Duval.
que ces mots fe prononcent
comme s'il n'y en Court - il?
avoit qu'un. A-t-il couru ?
L'A
298 MERCURE DE FRANCE .
L'Apostrophe le met à f
la place d'une voïelle L'enfant.
qu'on fupprime
, & veut Jusqu'à
Roque
les deux mots fe
noncent comme s'il n'y
en avoit qu'un.
·
me.
S'il couroit.
Le fieur Jacquier feroit bien - aife d'a
voir fur ce Projet le fentiment des Lecteurs
éclairez. Il avertit qu'il enfeigne
l'Orthographe par Principes avec la même
facilité & évidence qu'on le voit cidevant
, & en peu de temps
temps , par le
moyen d'un Abregé qu'il a compofé depuis
l'impreffion de fon Livre , intitulé ,
Methode très-aifée pour apprendre l'Orthographe
par Principes fans avoir étudié
Le Latin , qui fe vend à Paris chez Jacques
Joffe , rue S. Jacques , Theodore
le Gras , au Palais , Noël Piffot & Bienvenu
, à la defcente du Pont - Neuf. Le
prix eft de cinquante fols relié.
Il demeure ruë S. Denis , à côté de la Fontaine
S. Innocent , aux trois Pucelles. A
Paris.
Le Vuide & le Temps , font les vrais
mots des deux Enigmes du mois dernier.
PREFEVRIER
. 1727. 299
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶糕
PREMIERE ENIGME.
Nous fommes grand nombre de frea
res ,
Loin de nos peres , ou nos meres ,
Logez par troupes , dans un bois ,
D'où nous ne fortons qu'avec peine ,
Quand nous y fommes une fois ,
Tant nos corps y font à la gêne :
Nous les avons par le milieu pliez ,
Et d'une corde tous liez ,
Ce qui forme entre nous une efpece de chafne
;
Cet état , comme on voit , eft très-partiallier
,
Et notre emploi , l'eft encor davantage ,
C'eft d'ôter , d'enlever , que nous faiſons mé
tier;
Mais c'est toujours à l'avantage ,
De ceux fur qui nous l'exerçons ,
Ce qu'ils ne veulent pas , nous le leur cale-
Vons.
DEV.
300 MERCURE DE FRANCE .
DEUXIE ME EN IG ME.
Ous fommes grand nombre de
foeeurs ,
Nous
Prefque toutes de même taille ,
Flatant également , les grands & la canaille ,
Lorfque nous comptons des douceurs,
M
Chacune de nous a fon maître ,
Qui cherche à nous faire paroitre "
Et qui voudroit chez lui nous voir à tous
momens ,
Attirer mille gens ,
Surtout gens à belle dépenfe ,
Dans l'avare efperance
Dont il fe fent flatté
D'en tirer de l'utilité.
A fes defirs pourtant nous fommes infenfibles
,
Notre élevation rend nos défauts vifibles,
Quelques- unes de nous n'ont ni roſes ni lys
Ce n'eft que foucis & qu'épines ,
D'autres font voir dans leur beau coloris
Les
FEVRIER. 1727.
307
Les graces , les jeux , & les ris ,
'autres font vieilles & badines,
M
A l'égard de nos qualitez ,
On n'en fçauroit compter les inégalitez ,
L'une eft Reine , l'autre eſt Sujette ,
L'une eft Ange , l'autre eft Guenon ,
L'une eft Princeffe , & l'autre peau d'Afnon ;
L'une prude , l'autre coquette.
Ainfi tout eft mêlé dans ce vaſte Univers ,
Et prefque rien ne fe reflemble :
Nous fommes fouvent fous les fers ,
Toujours hors de chez nous , & jamais deux
enfemble.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c.
INS
NSCRIPTIONES ad res notabiles
spectantes , ab anno M. DCC. VII . ad
annum M. DCC . XXVI . Authore D. Henrice
Ferrand , Tolonenfi , viro Confulari,
Αυτ
302 MERCURE DE FRANCE .
Avenione Typis Davidis Chaftel M. DCC.
XXVI . c'est-à- dire , Recueil d'Infcriptions
fur des évenemens confiderables.
depuis l'année 1707. jufqu'en l'année
1726. par M. Ferrand , Brochure in 4.
de 42. pages , A Avignon , chez D.
Chaftel . 1726 .
Nous apprenons par une courte Préface
, mife a la tête de ces Infcriptions ,
que l'Auteur ne penfoit à rien moins
qu'à les donner au Public , mais qu'une
perfonne de confideration , à qui il les
communiquoit , à mesure qu'il y tra
vailloit , a bien voulu prendre le foin
de les mettre au jour . En 1707 , l'Ąuteur
fut fait Conful , Lieutenant de Roi
de Toulon , & il ne faifoit que d'entrer
en Charge , lorfque cette Ville fut affegée
par les Alliez. Il a écrit la Re
lation de ce Siege , dans laquelle on trouve
des faits finguliers , entr'autres l'effet
étonnant d'une Bombe , qui porta une
femme fur le toit d'une maison à cinq étages
, & dont le tablier fut arrêté fur un
arbre , qui eft vis - à- vis , durant plus de
20. jours.
Après la levée du Siege , M. Ferrand
crut qu'il devoit laiffer à la Pofterité
un Monument de la refiftance de
cette Place , qui avoit fervi de boulevart
à la Provence & aux Provinces voi
fines
FEVRIER. 1727
303
fines. Il fit pour cela une Infcription a
Phonneur de M. l'Evêque de Toulon ,
qui dans cette occafion s'étoit diftingué
par fes largeffes & par fa fermeté . Mais
comme l'Auteur n'avoit jamais travaillé
à de pareils Ouvrages , il envoya fon
Ellay à l'Académie Royale des Infcriptions
& des Belles - Lettres. Notre Auteur
avoue qu'il a profité de leurs lumieres.
Dans le Confeil de Ville , tenu
le 23. Juin 1708. il fut déliberé , que
fon Infcription feroit gravée fur le marbre
, & pofée dans la Salle de l'Hôtel
de Ville. Ce qui a été executé.
Dans la fuite il compofa d'autres Infcriptions
, felon les évenemens qui lui
parurent le plus remarquables , honorant
toujours le merite , même parmi
nos ennemis. En 1724. il fut fait Premier
Conful , Lieutenant de Roi de
Toulon , & peu de temps après il fit
Infcription de la page 36. de ce Recueil
, qui regarde M. le Marquis de
Bonac , à l'occafion de fon paffage à Toulon
, au retour de fon Ambaffade de la
Porte. C'eft de ce Seigneur que M. Ferrand
apprit quel a été le principal fujet
de l'Ambaffade de Mehemet- Effendi
à la Cour de France en l'année 1720. &
les autres circonftances qui font le fujet
de l'Infcription.
E Comme
304 MERCURE DE FRANCE .
Comme cet Auteur eft naturellement
porté à l'étude , & qu'il a plus d'un
genie , ila fait une Traduction des Pfeaumes
fur l'Hebreu , dans laquelle , fans
le fecours de la Paraphrafe , il a donné
aux Verfets une liaifon fi naturelle
qu'il femble que le Prophete Roi n'ait
pas parlé autrement dans fa propre Lan- ,
gue. Il a mis de petites Notes à la marge
pour éclaircir le Texte , dans les en
droits qui peuvent en avoir befoin. I
Il a auffi écrit la Relation d'un évenement
heureux & fingulier , fçavoir ,
du foulevement de 68. Efclaves Chrétiens
de differentes Nations , arrivé dans
un Bâtiment Turc , au Port & fous le
canon de Tripoli de Barbarie ; Scene
dont le pere de l'Auteur de la Relation
fut un des principaux Acteurs . Environ
so. Turcs y furent tuez , ou jettez
à la mer , le Bâtiment enlevé à la
vûë des Habitans de Tripoli , mis à la
voile , pourſuivi , conduit heureuſement
à Malte , & donné au Grand- Maître
avec le Courcier , ou principal canon ,
& les autres canons de fonte. Le détail
de cette entrepriſe eft fort curieux , &
fait voir ce que peut le defir de la liberté ,
joint à un dur esclavage.
Louis Ferrand , frere aîné de notre
Auteur , s'eft auffi diftingué dans la Répu
FEVRIER. 1727. 305
*
publique des Lettres. Nous avons de
lui plufieurs Ouvrages confiderables ,
dont le premier a pour titre : Reflexions
fur la Religion Chrétienne , qui fut préfenté
à l'Affemblée du Clergé de France
, laquelle lui accorda une penfion.
Son Livre fur les Pleaumes , qui a pour
titre , Liber Pfalmorum cum argumentis,
Paraphrafis & Annotationibus , eft un
Ouvrage d'une profonde érudition , &
des plus eftimez en ce genre. Il a fair
auffi quelques Ouvrages de Controver
fe pour la réunion des Calviniftes de
France , entr'autres un Traité de l'Eglife
contre les Heretiques , & une Réponfe
à l'Apologie pour la Réformation , les
Réformateurs & les Réformez. C'eſt à
l'occafion de ces deux Ouvrages , que
M. de Harlay , Archevêque de Paris ,
préfenta l'Auteur au Roi , S. M. le reçût
avec beaucoup de bonté , & lui fit
l'honneur de lui dire , qu'il étoit beureux
d'avoir dans fon Royaume un homme
de fon merite & de fa probité.
Nous n'entrerons point dans le détail
de ces Infcriptions , nous nous con-
-tenterons d'en rapporter trois ou quatre
choifies , entre celles qui nous ont
paru les plus propres à faire connoître
le genie de l'Auteur , & qui ont rapport
à des évenemens plus connus & plus
Importanse
E ij
AR
306 MERCURE DE FRANCE.
ARMANDO LUDOVICO BONIN
DE CHALUCET ,
Epifcopo Tolonenfi ,>
Quod Urbe terra marique à Germanis,
Anglis , Batavis , & Sabaudis obfeffä
Inter miffiles Hoftium ignes
Et disjecta Domus ruinas intrepidus
Optimates confilia , & exemplo firmavit ,
Plebem frumento & pecunia juvit
Confules & Civitas Tolonenfis
Poft depulfos Hoftes grati animi
Monumentum
.
P. P.
ANNO M. DCC . VII.
L'Infcription qui fuit , eft du nombre
de celles que M. Ferrand compofa pour
celebrer les Exploits du Prince Eugene
de Savoye contre les Turcs , dans fes
dernieres Campagnes de Hongrie.
EUGENIO
A Sabaudia Principi.
Quod Danubium fulminantibus
Caftellis trajecit ;
Abam Gracam obfedit ,
Turcarum exercituum adventantem
Aggreffus fregit , cecidit , fudit ;
Signa , tormenta bellica ,
* Bellegrade.
Įm:
FEVRIER .
307 1727.
Impedimenta rapuit ;
Oppidum, & naves deditione coepit ,
Victoria Trophaa in ipfo pugna loce
Deo dicavit.
Praf. Adil.
Poni C. C.
ANNO M. DCC . XVII.
Réponses du Prince Eugene à M. Ferrand.
>>
L'Infcription qu'il vous a plû de
» m'envoyer au fujet de la Victoire
remportée fur les Infideles , eſt une
fuite de votre bon fouvenir , malgré
» les conjonctures du temps paffé ; je
» vous en remercie de bon coeur , &
» vous prie d'être perfuadé de la diftinc-
» tion avec laquelle je fuis , Monfieur
votre très-obligé Serviteur ,
OYE. EUGENE DE SAVOYE .
De Temefuar le 7. Octobre 1716 .
» Vous êtes trop
avantageufement pré-
» venu en ma faveur , par les Infcrip-
» tions dont vous m'honorez : Je vous en
» rends mes finceres remercimens . Vo-
» tre très- obligé .
EUGENE DE SAVOYE.
A Vienne , ce 9. Avril 1718 .
* Le Siege de Toulon , & c.
E iij
508 MERCURE DE FRANCE,
Il y a quelques années que les Religieux
de S. François , Gardiens des
faints Lieux de la Paleſtine , fous la Protection
de nos Rois , s'apperçurent que
le gros mur , de figure ronde , fur le
quel eft appuyé tout l'édifice du grand
Dôme de l'Eglife du Saint Sepulcre de
Jerufalem , le plus ancien & le plus refpectable
Sanctuaire du Monde Chrétien ,
menaçoit ruine en plufieurs endroits .
Les Experts appellez convinrent de la
neceffité d'une prompte reparation : chofe
cependant affez difficile à executer à
tous égards. Mais par l'intervention du
Roi , & fur les inftances de M. le Marquis
de Bonac , fon Ambaffadeur à la
Porte , la principale difficulté fut bientât
heureufement furmontée , c'eft à-dire
, les permiffions & les commandemens
neceffaires de la part du Gr. Seig, qui
les accorda à la confideration de S. M.
Ce Prince fit plus , il voulut qu'une Ambaffade
folemnelle fut le gage de l'execution
de fes proneffes : en effet , on a
fçû depuis , que le principal fujet de
1'Ambaffade de Mehemet - Effendi , fut
pour affurer le Roi que S. H. avoit fait
ce qu'il falloit , & tout ce qui dépendoit
d'elle pour fatisfaire S. M. dans ce grand
& pieux Ouvrage. Les Lettres du Gr . S.
& du Grand Vir , écrites au Roi & à
MonFEVRIER
.
1927. 309
Monfieur le Duc d'Orleans , Regent ,
apportées par cet Ambaffadeur , le por
tent formellement M. Ferrand , qui fut
informé , comme on l'a déja dit , de toutes
ces chofes par M. le Marquis de Bonac
, en paffant par Toulon , fit là - deflus
l'Infcription fuivante .
JOANNI LUDOVICO DUSSON ,
MARCHIONI DE BONAC ,
Agminis ductori ,
Ludovici XV. Bizantii Legato
Religione & Commercio protectis ,
Inftaurate faniti Sepulcri
Fornicis
per Oratorem Mehemet Effendi
Rege certiore facto ,
Novis honoribus à Turcarum
Et Ruffia Imperatoribus ornato ,
Legatione novem annorum
Feliciter peracta,
Confules & Civitas Tolonenfis
Poni CC.
ANNO M. DCC. XXV .
Les nouveaux honneurs dont il eft
parlé dans cette Infcription , font de la
part du G. S. la Peliffe , ou Vefte de
Martre- Zibeline ; que le G. S. lui fit revêtir
à fon Audience de Congé : c'eft
l'honneur le plus diftingué que les Turcs
puiffent faire parmi eux ; ils ne l'avoient
E iiij
fait
310 MERCURE DE FRANCE .
fait encore à aucun Ambaſſadeur de Fran
ce , & M. le Marquis de Bonac eft le
premier qui l'a reçû , comme il eſt auffi
le premier qui a eu une Audience de
Congé du G. S. Le Czar lui avoit envoyé
peu de temps auparavant le Cordon
de fon Ordre de S. André de Ruf
fie , avec une Etoile & une Croix garnie
de diamans.
Nous avons dit dans notre Journal du
mois de Novembre dernier , que le Roi
a nommé M. le Marquis de Bonac à
l'Ambaffade de Suiffe.
Nous finirons cet Extrait par une Infcription
qui n'a aucun befoin de Commentaire.
Toute l'Europe eft informée
des grands fervices que les Exploits &
la prudence de M. le Maréchal de Villars
ont rendu à l'Etat.
LUDOVICO HECTORI
DE VILLARS ,
Polemarche , Duci Pari Francia ,
Supremo Regis exercituum ,
Et Provincia Romana Prafecto.
Quod Rheno trajecto
Badenfes copias ad Fridlingen fregit
Secum Maximiliani , Bavaria Ducis
Exercitu conjunxit ;
Foffam Stoloffen vi vi fuperavit ;
Cafis ,fufis ad Deniam hoftibus ,
Sep
FEVRIER . 1727.
311
Septemdecim agminibus captis ,
Commeatibus abreptis ,
Amandopoli , Martianis , Bochania
Duaco , Quercete , Landavia , Friburgo ,
Subactis , rem reftituit.
Ludovici XIV. cum fumma poteftate
Legatus , pacem triumphis adjecit,
Confules , & Civitas Maffilienfis
Monumentum pofuere.
ANNO M. DCC . XXVI.
LA THEORIE DE LA TERRE , par le
Docteur Burnet , 6. Edition , ♫ Lon
dres , &c.
L'ARCHITECTURE de Palladio , ornée
de 250. Planches , gravées par Bernard
Picart , & autres bons Maîtres. A la
Haye , chez Pierre Goffe , grand in fol.
LA PHILOSOPHIE OCCULTE , ou la Magie
naturelle , par H. Corneille Agrip
pa. A la Haye , chez Alberts . 2. vol .
avec fig.
DEFENSE la Differtation fur la validité
des Ordinations des Anglois contre
les differentes Réponfes qui y ont
été faites , avec les preuves juftificatives
des faits avancez dans cet Ouvrage
, par l'Auteur de la Differtation . A
E v Bru312
MERCURE DE FRANCE .
Bruxelles , chez S. Tfertevens 1726
4. vol. in 12 .
TROISIE ME LETTRE d'un Profeffeur
de l'Univerfité de Paris , fur le Pline du
R. P. Hardouin ; ou Réponſe de M. Crevier
à l'Article XCIII . des Memoires
de Trevoux , Octob. 17 26. adreffée au
R. P. Hardouin , Auteur de cet Article.
A Paris , Quay des Auguftins , chez
Chaubert , 1727. in 4. Brochure de 32 .
pages.
MAXIMES ET Avis propres pour conduire
un Pecheur à une veritable Penitence.
A Paris , rue S. Jacques , chez
Babuti , 1726. in 16. de 149. pages .
ETRENNE donnée au Tublic pour
l'Année 1727 , ou Remarques critiques
fur plufieurs doutes reconnus dans les
Almanachs que l'on a diftribuez , tant
des Années paffées que de celle- ci , fur
le calcul des Epactes , le quantiéme de
la Lune , fur les Tables des Fêtes Mobiles
, & c. A Paris , cha Delaffeux ,
ruë S. Etienne d'Egrès , Broch. de 17 .
pages.
NOUVELLES DE'COUVERTES en Medecine
, où l'on fait voir que les Remedes
FEVRIER. 1726.
313
des extraits des Métaux & des Mineraux
, font préferables à ceux qu'on tire
des Vegetaux & des Animaux. A Paruë
de la Harpe , chez la Veuve
d'Houry , 1727. Brochure in 12. de plus
de 100. pages.
ris

·
DICTIONNAIRE Anglois - François , &
François Anglois. Par M. Royer. Nouvelle
édition , augmentée par l'Auteur de
plus de quatre mille mots ou phrafes. A
Amfterdam , chez P. Humbert. 1727.
2. vol . in 4 .
REPLIQUE aux Lettres de M. Helvetius
, au fujet de la Critique de fon Livre
de l'Economie Animale , & des Obfetvations
fur la Petite Verole. Par M.
Beffe , Docteur Regent de la Faculté de
Medecine de Paris , & Premier Medecin
de la Reine Douairiere d'Espagne , &c .
A Amfterdam & fe vend à Paris ,
1726. in 12. de 271. pages. Tome prea
mier.
>
On apprend de Londres que M. Crufius
y a publié depuis peu le premier
volume de la Vie des Poëtes Romains en
Anglois. Il ne va pas au de- là de Claudien.
Ce premier tome renferme les
Vies de Lucrece , Tibulle , Properce, Vir-
E vi gile,
314 MERCURE DE FRANCE .
gile , Horace , Ovide , Phedre , Mani
lius , Lucain , Properce & Stace. L'Auteur
fait un grand nombre d'obfervations
fur les differens Ouvrages de ces Poëtes .
On trouve à la tête du Livre une Introduction
, qui contient entr'autres chofes
, une Hiftoire abregée de l'origine
du progrès & de la décadence de la Poëfie
parmi les Romains . In 4. de plus de 400 .
pages.
Il paroît dans le Public un petit Ecrit .
imprimé , qui porte pour titre : Relation.
de ce qui s'eft paffé au sujet de la reception
de l'illuftre MATHANASIUS à l'Academie
Françaife. Comme plufieurs perfonnes
attribuent mal - à - propos cet Ouvrage
critique à l'Auteur du Dictionnaire
Neologique , on nous a prié , de fa part ,
de vouloir bien avertir le Public que ce
petit Ecrit n'est point de lui. 1. Parce
que cet Auteur eft plein de refpect &
d'eftime pour le Corps de l'Académie
Françoife. 2. Parce qu'il n'a jamais eu
le Recueil où le trouvent les penfées &
les expreffions ridiculifées dans le nouvel
Ecrit ; & que s'il avoit eu ce Recueil
, il n'eut pas manqué d'en faire uſage
dans le Dictionnaire Neologique : ce
qu'il n'a point fait . Il prie les prétendus
Connoiffeurs en ſtyle , d'avoir plus d'é-
- gard
FEVRIER. 1727 .
315
gard à cette proteftation fincere , qu'à
leurs conjectures friyoles.
TRAITE' des Négociations de Banque ,
& des Monnoyes Etrangeres , contenant
l'Analyſe du titre de fin , poids & valeur
des Efpeces d'or & d'argent , tant anciennes
que courantes dans les Etats des
Princes & Republiques de l'Europe ;.
avec une Explication hiftorique de celles
des Princes , Comtes , Barons , Villes
libres du Saint Empire & d'Italie. L'explication
des Changes Etrangers par le
titre de fin , poids & valeur des Efpeces
réelles , & des noms de celles de Change
en termes François ; les valeurs relatives
des Efpeces de Change entr'elles ; la méthode
facile d'operer les converfions des
Efpeces d'un Royaume en celles d'un autre
, fuivant le cours des Changes. L'explication
analytique des Négociations de
Banque qui fe font journellement fur les
Places de Commerce de l'Europe , avec
la méthode facile d'en faire les operations
, & d'en concevoir l'intrigue fans
le fecours des Maîtres . Ouvrage enrichi
des reprefentations des fufdites Monnoyes
, en taille douce . Par Etienne Da
moreau , Négociant à Paris. A Paris ,
chez la veuve Cavelier , dans la grande
Salle du Palais , à l'Ecu de France ; &
chez
316 MERCURE DE FRANCE .
chez Piffot , Quay de Conti , à la defcénte
du Pont.Neuf, au coin de la ruë de Nevers
, à la Croix d'Or . 1727. vol . in 4.
de plus de trois cens pages , avec quantité
de planches en taille douce , & un beau
Frontifpice. Le prix eft de 6. liv. 14. f.
en blanc.
Ce Livre eft imprimé avec foin. L'Ap
probateur croit qu'il fera utile au Public ,
particulierement à ceux qui voudront
apprendre les Changes qui y font expliquez
, par , par la comparaifon des poids &
des titres des Efpeces qui ont cours en
Europe .
La premiere Edition du DICTIONNAIRE
NEOLOGIQUE étant épuifée il y a plus de
4. mois , on a jugé à propos d'en donner
au Public une nouvelle , augmentée de
plus de deux cens articles , inferez dans
le corps du Dictionnaire. A l'égard de
l'éloge hiftorique de Pantalon Pabus
on n'y a rien changé , étant une efpece
de Centon , où il ne convenoit point de
mettre deux fois la main . Cette nouvelle
édition fe trouve chez Chaubert , Quay
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , à la Renommée.
Le fieur Piflot , Libraire , à la Croix
d'Or, près le Pont- Neuf,au coin de la ruë
de
FEVRIER. 1717. 317
'deNevers, vend unLivre qui a pour titre:
DESCRIPTION de la nature des caufes des
maladies Veneriennes , & de plufieurs remedes
propres à les guerir , pour fervir de
fupplément à la Differtation donnée au Public
par M. Dibon , Chirurgien Ordinaire
du Roi dans la Compagnie des Cent
Suißes.
Les premiers Medecin & Chirurgien
du Roi lui ont donné leurs certificats fur
la bonté de fes remedes : ce que l'on verra
dans le Livre qu'on annonce . On y
verra auffi des atteftations de plufieurs
Medecins & Chirurgiens , qui déclarent
ne les avoir données qu'après avoir vû
fous leurs yeux la guerifon de plufieurs
malades , procurée par ce remede.
La Bibliotheque de M. l'Abbé Bache
lier , Doyen de l'Eglife de Rheims , ſe
vendra en détail au commencement du
mois de Mars 1727. Le Catalogue qui
en a été fait à Rheims par un ami du défunt
, a été imprimé à Paris chez la veuve
Couftelier , & publié dès l'année
1725. On avertit le Public qu'il fe
trouve chez Gabriel Martin , Libraire ,
rue faint Jacques , qui diftribuera dans le
temps de la vente les liftes ou indicules
de chaque femaine , fuivant fa méthode
ordinaire.
SUITE
318 MERCURE DE FRANCE ....
SUITE du Plan d'un Ouvrage fur
l'Egypte ancienne & moderne , &c.
Par le R. P. Sicard , Jefuite.
Chap. VIII. Defert de la Thebaïde ,
ou de faint Antoine , avec le Paffage des
Ifraëlites par la Mer Rouge . Noms des
montagnes , vallées , plaines , fources d'eau,
carrieres de Talc, carrieres de marbre noir,
jaune , rouge & moucheté dans ce Defert.
Monafteres de faint Antoine & de faint
Paul , la proximité de leur fituation , &.
l'éloignement de l'un à l'autre par le détour
des chemins : Cellules dans les rochers
. Idées des anciens Solitaires . Caractere
des Coptes qui leur ont fuccedé.
Mer rouge , fa longueur , fa largeur , fon
flux & reflux , fa navigation , le corail
blanc , les champignons petrifiez , les
conques tigrées , les ourfins fi délicatement
tournez & autres curiofitez de
cette Mer. Qu'eft ce qu'Aziongaber ,
d'où les flottes de Salomon faifoient voile
vers Ophir ? Lieu du paffage des Hebreux
à travers les flots . Animaux qui fréquentent
ces folitudes , fur tout le tigre , le
chamois , l'Autruche , la Gazelle , le Quatha
, efpece de perdrix , l'Oüaral , efpece
de Crocodile terreftre . Simples particuliers
.
,
Estampes.
FEVRIER. 1727. 319
Estampes. Carte du Defert de la Thébaïde,
avec la route des Ifraëlites fortant
d'Egypte . Vûë des Monafteres de faint
Antoine & de faint Paul ; Portrait du
Tigre , du Quatha , de l'Oüaral , des
Conques , des Ourfins , du Corail blane.
Chap. IX. Etendue depuis la tête du
Canal de Jofeph juſqu'à la tête du Canal
Abouhomar , au- delà de Girgé , Capitale
de la Haute Egypte. On a découvert les
Antiques citez d'Apollinopolis magna :
de Lycopolis , Veneris Civitas Antapo
lis , Penopolis , Prolemais magna , Abydus
avec fon Palais de Memnon , & fon
Temple d'Ofyris : l'ancien Canal Lycus ,
aujourd'hui Abouhomar : une Infcription
Grecque dans le Temple d'Anthée :
une Latine dans le Temple de Jupiter
vers Manfelouth. On parlera des Villes
modernes de Manfelouth , Siouth , Aboutige
, Kau , Akmin , & de fon Serpent
reveré du Peuple , Girgé ; des Monafteres
de faint Mennas de faint Senno.
dius , de faint Paële , de Moharray , fanctifié
par la préſence de Jefus- Chrift , au
rapport de Rufin de certains prétendus
poffedez chez les Coptes & les Turcs :
de la navigation fur le Nil , des Voleurs
Plongeurs , des Bateaux de Calebace : de
l'ancienne Oafis , à préſent Elovach : des
Barbarins qui amenent les Efclaves
,
moirs,
20 MERCURE DE FRANCE.
noirs , portent la poudre d'or , les dents
d'Elephant , les cornes d'une efpece de
Licorne. On expliquera les quatre fortes
d'Acacias , le Seiflaban , le Fetené ,
le Santh & le Sial ; les differentes huiles
en ufage , excepté celles d'olive .
Estampes. Carte particuliere du Pays
mentionné dans ce Chapitre Vûë du
Temple : vûë du Palais de Memnon à
Abydus , du Monaftere de faint Mennas .
Figure des Bateaux à Calebace : des differens
Acacias .
Chap. X. Etenduë depuis Girgé & l'Abouhomar
jufqu'à Thebes exclufivement.
On y remarquera les ruines de
Diofpolis - Parva, de Coptos , de Bereni
ce , de Myoshormos , de Tentýra , avec
fon magnifique Temple de Venus , encore
entier , & fa Chapelle d'Ifis ; fon bois
de Datiers , & un autre de Doums , qui
eft une espece de Datiers fauvages . Une
Infcription Grecque au Temple de Venus
, une autre Grecque au Temple d'Apollon
de Quous. L'Ifle Tabenne , avec
les reftes du Monaftere de faint Pacome :
les Monafteres de faint Victor , de la
Croix , du Synode , de faint Palemon :
les burlefques imaginations des Coptes
fur les merveilles de leurs Saints : Les
Arabes nommez Houara , les Ababdéi,
les Benjouaffel , & autres diverfes races
d'Arabes
FEVRIER. 1727. 321
d'Arabes répandus en Egypte : leur maniere
de gouverner , de vivre , de voler ,
&c. leur dépendance des Cachefs & Sangiacs
Turcs leur infatuation pour la
Magie , les Sortileges , la Pierre Philo
fophale , la découverte des Tréfors , leur
travail , leur commerce , les Foires reglées
toutes les femaines . On parlera du
bled d'Inde , d'une forte de long Melon
nommé Herch , d'une mine d'Emeraudes.
Estampes. Carte de ce climat particulier.
Plan du Temple de Venus , de la.
Chapelle d'Ifis ; copie du Bufte de Venus,
de quelques colonnes du Temple , & de
quelques portes dans les avant - cours .
Vue des reftes d'un veftibule d'Apollon
à Quous. Portrait d'un Arabe armé , &
à cheval. Figure du Doum , du Herch .
Chap. XI. Thebes . Etenduë de cette
Ville à cent Portes , ſa ſituation , ſon élevation
du Pole. Villages fubftituez à fes
ruines . Les divers monumens qui ont
échappé à la fureur des Siecles , au Levant
& au Couchant du Nil.
Au Levant du Nil. Le Château Royal ,
fix ou fept Portes encore entieres d'une
magnificence extrême les avenuës de
ces Portes garnies de centaines de Sphinx ,
& d'autres Statues de marbre. Le grand
Salon foûtenu par cent douze colonnes ,
cha
3ii MERCURÊ DE FRANCE.
chacune de neuf palmes de haut , &
quinze de diametre : fix Obelifques de
Granit , & de porphire à l'entrée du Sa+
lon , des appartemens revêtus de porphire
, plus de mille colonnes en diffe
rens peryftiles , une infinité de fculptures
fur les colonnes & les murs. Quatre
Coloffes de marbre deux Etangs d'eau
nitreuſe . Le Palais & Sepulchre du Roi
Olymanduas , mentionné par Diodore.
Plufieurs centaines de colonnes fcukpées
& non fculpées. Deux baftions où
font gravez les combats & triomphes de
ce Roi . Deux Obelifques de Granit , &
deux Sphinx de marbre noir au devant
des baſtions ruines de fa Bibliotheque.
Plufieurs Sales & Temples à demi - entiers
la Chambre de fon Sepulchre entiere.
Quai fur la riviere.
:
Au Couchant du Nil. Les deux Coloffes
dont parle Strabon , chargez d'Inf
criptions Grecques & Latines . Reftes du
Palais de Memnon , & fa Statue Coloffale.
Deux Sepulchres Royaux , accompagnez
de plufieurs Temples , Cours , Galeries
, & d'une infinité de Colonnes.
Sept autres Sepulchres de Rois dreflez
dans de vaftes & magnifiques Grottes de
la Montagne , dont Diodore fait mention .
Plufieurs autres tombeaux creuſez dans
le roc. Les cent Ecuries décrites par Diodore.
FEVRIER. 1727. 323
dore. On parlera auffi de l'Ile Louis , &
de deux autres Ifles ordinairement couvertes
de crocodiles . Des fuperbes ruines
de Madamot au Nord- Eft de Thebes ,
Estampes. Vue de Thebes , & des Plaines
d'alentour . Vue du Château Royal.
Plan des avenues des Portes . Deffein de
chaque Porte en particulier. Plan du
grand Salon , d'une de fes Colonnes en
particulier. De fix Obelifques , principalement
des deux petits de porphire :*
des appartemens de porphire d'un des
Peristyles, Vûe du Palais d'Olimanduas ;
yue des deux Baftions avec fes Obelifques
& fes Sphinx . Plan du Sepulchre ,
& de quelques Sales ou Temples . Plan
des deux Coloffes au Couchant , du Palais
de Memnon , & de fa Statuë . Vue
des deux grands Sepulchres Royaux.
Plan particulier des deux chambres fepulchrales.
Plan de fept autres Tombeaux
des Rois, creufez dans le roc : de
ce qui refte des cent Ecuries . Des trois
Ifles infectées de crocodiles , des ruines
de Madamot .
Chap. XII. Etendue depuis Thebes
jufqu'aux premieres Cataractes , & au
bout de l'Egypte . On trouvera l'antique
ville d'Hermothis aujourd'hui Armant
: une autre Veneris Civitas , aujour,
d'hui Tot une autre Crocodilopolis ,
,
aug
324 MERCURE DE FRANCE.
aujourd'hui Dénocrat : Latopolis , au?
jourd'hui Afphoun : Lucina Civitas
c'eft Affena : Accipitrum Civitas , c'eſt
Arfou ; une autre Apollinopolis , c'eft
Manſourié : Syene , c'eft Affoüan : Elephantina
, c'eft une Ifle voifine d'Af
fouan les Cataractes , & la maniere d'y
naviger. On décrira les reftes des Temples
de Jupiter & d'Apollon à Armant ,
defquels Strabon fait mention. Les reſtes
du Temple de Venus à Tot . Le joli
Temple du Poiffon Latus , encore entier
à Afphoun. Le beau Temple de Lucine ,
auffi entier , tout fculpté en dedans & en
dehors , à Affona. Le celebre Temple
des Dieux à Arfou : celui d'Apollon à
Manfourié. Les diverfes formes des
Chapiteaux d'un goût Pharaonique , qui
couvrent les Colonnes de tous les Temples
de la Thebaïde. Le Monaftere & les
Tombeaux des Martyrs , dreffez par fainte
Helene au dehors d'Affena , avec leurs
Infcriptions Grecques. Monafteres de
faint Pacome , & autres. Les Carrieres
de Pierres Baram , les Carrieres de Marbre
Blanc. La fameufe Carriere de Marbre
Granit proche d'Affouan , qui ne fut
jamais ( felon la groffiere idée de certains
Auteurs ) une pierre fondue. On parlera
en paffant de la Nubie, d'Ebrim, fa Capitale
jadis Prénoris , & des autres
,
Places
FEVRIER. 1727. 3251
Places que les Turcs y poffedent. On
traitera à fond du Nil , de fa fource , des
caufes de fes inondations , des Royaumes
qu'il parcourt , de l'Ifle Meroé fi renommée
, de fes autres Ifles , de fes Catarac
tes , de fes écueils , de fes canaux , &c.
Estampes. Carte depuis Thebes juſ
qu'aux Cataractes . Plan des Temples de
Jupiter & d'Apollon à Armant , du Temple
de Latus à Afphoun ; de celui de Lucine
à Affena ; de celui des Dieux à Arfou
, & d'Apollon à anfourié ; des Chapiteaux
du vieux temps ; du Monaftere
des Martyrs , de la Carriere'de Granit.
Chap. XIII. Récapitulation generale
par plufieurs Liftes qui peuvent fervir
de Table. Lifte des differentes Dynaſties ,
& des Souverains qui ont regné en
Egypte ; de trente Nomes anciens ; des
Provinces , felon la divifion des Ptolo
mées & des Romains des trente - neuf
Cachefliks , ou Gouvernemens fous les
Turcs des vingt - quatre Beys ; des ſept
Corps de Milice ; des anciens Evêchez
mentionnez dans les Conciles , & ailleurs
; des dix Evêchez qui restent aux
Coptes ; des anciens Monafteres des Deferts
de la Thebaïde , fuperieure & inferieure
; de Sceté , & le long du Nil . Des
Monafteres d'à-préfent, de ceux qui font
habitez par des Religieux , & de ceux
qui
326 MERCURE DE FRANCE.
qui ne le font pas . Des anciennes Villes
dont il refte des veftiges ; des Villes modernes.
Des Bourgs & Villages , fur tout
le long du Nil & des Canaux . Des Temples
qui reftent entiers , ou à demi ruinez.
Des Inſcriptions Grecques , des La
tines , des Coptiques , des Arabes. Des
principaux Jeroglyphes , & de l'ancienne
Langue des Egyptiens . Des Canaux du
Nil des embouchures antiques & modernes
; de fes Ifles , des Cataractes , des
Lacs d'Egypte des Birkes ou Etangs
pallagers , des Fontaines & Puits ; des
Montagnes ; des Grotes fepulchrales , &
autres ; des Pyramides ; des Peryſtiles , &
des Colonnes détachées ; des Obelifques :
des Animaux terreftres finguliers ; des
Oifeaux curieux ; des Poiffons du Nil
& des productions fingulieres de la Mer
Rouge des Plantes particulieres.
DISCOURS qui a remporté le prix
d'Eloquence en l'année 1726 , par le
jugement de l'Académie Royale des
Sciences & des Beaux Arts , établie à
Pau , fous la protection de M. le Comte
de Morville , Miniftre & Secretaire
d'Etat Chevalier de la Toifon d'or.
Par M. Reborel de Climens , Avocat au
Parlement de Bordeaux , Brochure 8. A
Pau 1726,
Le
FEVRIER . 1727. 327
Le fujet donné par Meffieurs de PAcadémie
Royale des Sciences de Pau , fur
Jequel ce Difcours a été composé , étoit
tel . Le bon goût vient plus du jugement
que de l'esprit.
Le bon goût , dit l'Orateur dans fon
Exorde , eft fans doute , bien précieux &
bien neceffaire, puifque tout le monde fe
pique de le poffeder. 11 eft en effet la plus,
importante des qualitez de l'efprit , tou--
tes les autres ont des ufages bornez ;
mais le difcernement du vrai & du faux,
du bon & du mauvais ,fe prefente à tous
les inftans , il fert dans toutes les occa-
-fions de la vie.
Tout ce que nous voulons examiner,
s'offre fous des caracteres de verité , ou de
beauté, d'imperfection , ou d'erreur ; ſouvent
les uns & les autres de ces caracte→
res font mêlez & confondus ; fouvent les
uns font déguifez fous l'apparence des
autres. Il s'agit de les difcerner , de les
démêler ; & c'est ce qui appartient au
goût , qui n'eft autre chofe , quand il eft
jufte , que la faculté de prendre les chofes
pour ce qu'elles font , fans fe laiffer
furprendre à de trompeufes apparences ,
fans fe livrer à de fauffes impreffions.
Les perfonnes de bon goût font frappées
à la vue du bon & du mauvais , d'une
impreffion qui répond à l'objet ; les au-
F tres
328 MERCURE DE FRANCE .
tres le difcernent rarement , & font prêtes
à confondre l'un & l'autre .
Tout le refte de ce Difcours eft également
folide & éloquent. L'Auteur le fi
nit de cette maniere. Je crois avoir établi
, que c'est l'exercice du jugement qui
peut mettre l'ame en état de faire ces differences
, & de prendre fon parti à propos
; par confequent , que ce prompt.
difcernement , qu'on appelle le goût
vient plus du jugement que de l'efprit ;
& fi ces reflexions font avouées par le
bon goût , elles fe concilieront les fuffrages
de la fçavante Compagnie , au ju
gement de laquelle je les foumets. Scribendi
rectè , fapere eft & principium &
fans. Horat.
On trouve à la fuite de ce Difcours ,
celui qui a remporté le Prix d'Eloquence
de l'année 1725. par le jugement de
la même Académiesce Prix a été remporté
par M. DARDENNES , & fon Diſcours,
couronné le même jour que le précedent,
eft auffi rempli de beautez , & paroît venir
de main de Maître .
? (
On vient de faire une perte dans les
Beaux Arts en la perfonne du fieur
François Dumont , trés - habile Sculpteur,
mort depuis peu à Lille en Flandre
, âgé d'environ 39. ans ; cette per
te a été caufée par un funefte accident,
FEVRIER. 1727 329
1
que
(
dent , en faisant pofer le Maufolée du
Duc de Melun. L'extrême ardeur qu'il
avoit pour fon travail , le portoit non
feulement à y facrifier fa lante par les
veilles , mais elle ne lui permettoit pas
de prendre affez de précautions pour luimême
dans fes grands Ouvrages. C'eft
la chute d'un échafaut , qui prive le Pu
blic d'un homme , qui n'étoit occupé
du defir de meriter fon eftime. On
peut en juger par fes Ouvrages , qui
le voyent en plufieurs endroits de remarque
; entr'autres deux grands Base
reliefs aux frontons du Château de Pe
titbourg quatre figures à la nouvelle
Eglife de S. Sulpice , reprefentant Saint
Pierre , Saint Paul , Saint Jean , & Saint
Jofeph , & l'Ouvrage qui lui coûte la
vie. Il fut reçû à l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture en 1712. fur
une figure de marbre , reprefentant un
Geant foudroyé. Cette figure feule peut
faire connoître dequoi il étoit capable.
Quoiqu'il fut très -jeune lorfqu'il fit ce
morceau , l'on y remarque les recherches
d'un homme cenfommé dans fon
Art. Ses moeurs ne l'ont pas rendu moins
eftimable que fon talent. Il joignoit à
un efprit vif , cette douceur & cette po
liteffe fi capable de gagner le coeur des
honnêtes gens ; les louanges , loin de
Fij l'en
330 MERCURE DE FRANCE.
l'en orgueillir , ne fervoient qu'à l'ene
courager à en meriter de nouvelles ; en
un mot , c'étoit lui donner occafion de
redoubler fes études fur fon art que de
louer fes productions . Il avoit épousé
Anne Coypel , fille de Noël Coypel ,
ancien Directeur des Académies Royales
de Peinture de France & de Rome ,
& foeur d'Antoine Coypel , premier
Peintre du Roi.
La Defcription des Tableaux du Patais
Royal eft fous preffe . L'Auteur , qui
eft le Secretaire de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , y a joint
la vie de chaque Maître à la tête de fes
Ouvrages . C'est d'Houry qui imprime
ce Livre.
37
L'Auteur Anglois de la Machine
pour filer de la laine , du coton & de la
foye , en a inventé depuis peu une autre
pour carder de la laine . Ce font deux rouleaux
heriffez de petits crochets , pofez
l'un près de l'autre , & qui tournent en
fens contraire par de moyen d'une manivelle.
La laine cardée paffe à travers
des deux rouleaux , Cette methode eft
très-expeditive , & abrege bien du temps
& de la peine . Il a auffi inventé une aùtre
machine très fimple & très-utile
pour
FEVRIER. 1727 331
pour monter le fil , fur lequel les Tif-
Terands trament leur toile .
Le fieur Guillermie , Machiniſte du
Roi , a fait un nouveau mouvement phyfique
de fon invention , fans contrepoids,
refforts , chaînes ni cordes , qui va toujours
fans qu'il foit neceffaire de le monter.
Cette compofition reprefente la forge
de Vulcain au pied du Mont Gibel
dont la flâme & la fumée paroiffent au
haut. Le champ fur lequel toute la compofition
eft élevée , a 5. pouces de profondeur.
Elle eft enfermée dans un vitrage
. On y voit Vulcain dans fon attelier
, au milieu de fes Cyclopes , dont
plufieurs battent l'enclume. Il y en a un
qui attife la forge ; un autre fait aller le
foufflet . Ils font au nombre de douze ,
employez fans ceffe à differens Ouvrages
, imitant très-bien le naturel . Ces
figures , qui ont environ 4. pouces de
proportion , font fort bien peintes ſur
des lames de cuivre. Tout l'attelier eft
garni d'armes , d'armures , & d'inftrumens
militaires. On voit à droite une
cafcade , ou chute d'eau , qui tombe dans
un baffin ; fur la gauche , un Fumeur
attife fa pipe affis fur un canon. Le mouvement
de toutes ces figures paroît trèsingenieufement
inventé , & fait beau-
Fiij coup
332 MERCURE DE FRANCE.
coup de plaifir à voir . On montre cet
Ouvrage au bout du Pont- neuf , du côté
de la Samaritaine , chez le fieur Fradel ,
Clinquaillier.
SUITE des Médailles du Roi.
Les Médailles immortalifent plus les
Princes , que tout ce qu'on peut écrire à
leur gloire ; rien ne refifte davantage au
temps que ces fortes de monumens , &
on ne peut faire d'Hiftoire , qui foit
moins fufpecte à la pofterité ; car les
Médailles étant frappées incontinent
après les actions qui en font le fujet , il
faut neceffairement qu'elles contiennent
la verité , puifqu'on s'infcriroit auffi- tôt
contre la fauffété qu'elles publieroient.
L'ufage eft établi en France d'en frapper
deux pour le Roi une au 1. deJanvier
, & l'autre au jour de S. Louis , fans
compter les évenemens extraordinaires
qui donnent lieu à d'autres Médailles .
MEDAILLE pour le 1. Janvier 1727.
Le Bufte du Roi , avec la Legende ordinaire
, LUDOVICUS XV. REX CHRISTIANISS
. Au revers on voit le Roi debout ,
revêtu de fes Habits Royaux , qui prend
des mains de Minerve un Globe fleurdelifé
, & regarde en même temps le Bufte
du
LUDOVICUS
REX
CHRISTIANISS
EXEMPE
U VIVIER,
AVITUM REGIMEN
RESTITUTUM
MDCCXXVI
REGNI

FEVRIER. 1727. 333
du feu Roi fon Bifayeul , porté par la Renommée
, que Minerve lui montre ,
avec cette Legende , EXEMPLAR REGNI ,
Modele de Gouvernement , & dans l'Exergue
, AVITUM REGIMEN RESTITUTUM
M. DCCXXVI . La forme ancienne du
Gouvernement rétablie.
Le 28. de Janvier , l'Académie Roya
le des Belles- Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux , fit celebrer un Service
pour le repos de l'ame du feu Duc de la
Force , fon premier Protecteur. Le Reverend
Pere Dom Chavaille , Feuillant ,
prononça l'Oraifon Funebre qui fut applaudie
par une très - nombreuſe Affemblée.
La Meffe de Requiem de M. Gile
de Toulouſe , fut chantée par la Mufique .
de l'Académie.
Le 30. du mois dernier , l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres
, élut l'Abbé Bonami , M. de la
Barre & l'Abbé Vatri , pour remplir les
trois places d'Affociez qui vacquoient
dans cette Académie .
Fiiij
Lettre
334 MERCURE DE FRANCE.
Lettre de M. Piat , Profeffeur de Rhetorique
au College du Pleffis , à l'Auteur
du Mercure du 24. Fevrier
1727.
E R. P. du Cerceau s'eft adreffé
LOvous , Monfieur , pour defavoüier
devant le Public une Chanfon , qui lui
a été attribuée , & qu'il déclare n'être
point de lui. Souffrez , Monfieur , que
je prenne la même voye , & qu'à fon
exemple , je vous donne procuration
pour déclarer en mon nom à qui il appartiendra
, que je ne fuis point l'Auteur
des Couplets qui ont été faits en
réponſe à ceux qui ont occafionné fa
Lettre , quoique plufieurs perfonnes les
aient mis & les mettent encore fur mon
compte. Je vous protefte, Monfieur , que
je n'y ai aucune part , non plus qu'aux
autres Vers qui ont couru à cette occafion
, & fur ce fujet. Un de nos Reglemens
particuliers pour la Difcipline
Scholaftique défend expreffément toute
Satire contre aucun Corps ou Communau
té. J'ai grand foin de lire tous les ans
ce Statut aux jeunes gens qui me font
confiez , & je tâche de leur en infpirer
la pratique . Voudrois - je le combattre
par mon exemple , & pourrois je , ſans
rougir,
FEVRIER. 1727 . 335
Tougir , propofer une regle dont je lerois
le premier Tranfgreffeur ?
J'efpere que le Public voudra bien
m'en croire fur ma parole. Au moins
vous , Monfieur , de qui j'ai l'honneur
d'être connu depuis plufieurs années
vous fçavez que je ne fuis point homme
à impofer , & je me flatte que , fans
exiger de moi d'autre ferment que ma
fimple affirmation , vous n'aurez aucun
doute fur la déclaration que je vous fais,
non plus que fur celle par laquelle j'ai
l'honneur de me dire , & c.
On écrit d'Amiens , que le fieur
Lagaches , de cette Ville , à le fecret de
faire des Canons de tous calibres , qui
n'auront que moitié de longueur & moitié
de charge de poudre. Ils porteront
une fois plus loin que les Canons ordinaires
, même que les plus longs Courciers
des Galeres . Ils feront fur des affuts
ordinaires ; le fervice en fera beaucoup
plus facile , & mieux chargé , puifqu'on
les chargera , fi l'on veut , comme
l'on charge un fufil . Il a commencé cette
experience par les fufils , comme on
l'a dit dans le Journal de Juin 1725. 2 .
Volume . Le fieur Lagache a fait une
autre experience fur la poudre avec un
Canon de fufil , percé à jour , fans culaffe.
F -v Il
336 MERCURE DE FRANCE.
Il a mis une charge de poudre dans le
milieu , qu'il a retenue avec de la bourre
des deux côtez ; il a percé une lumiere
dans ce milieu , à l'endroit de la poudre
, cela a fait deux coups , qui ont
porté également les deux bales , & à même
diſtance que les fufils ordinaires ; il a
jugé par là , que la poudre eft pouf
fante par elle-même , & que ce n'eft
point l'air ni le vent que la poudre
forme , comme l'on croit , qui pouffe la
bale ; & que fi c'étoit l'air , le canon ne
feroit pas tant de bruit quand la poudre
en fort.
Lettres Patentes , portant Etabliſſement
d'une Académie des Belles- Lettres à
Marfeille. Regiftrées en Parlement.
L
OUIS , par la grace de Dieu , Roi
de France & de Navarre , Comte de
Provence , Forcalquier , & Terres adjacentes
. A tous prefens & à venir , Salut.
Les foins & l'application que nous fommes
obligez de donner aux affaires effentielles
, qui regardent le Gouvernement
de nos Etats , ne nous empêchant pas d'avoir
extrêmement à coeur la perfection
des Lettres & des Arts dans notre Royaume
, Nous avons bien reçû les fupplications
qui nous ont été faites par diverfes
per-
1
4
FEVRIER. 1727. 337
fonnes ftudieufes de notre Ville de Marfeille
, qui , par une loüable émulation
que leur infpire 1'Académie Françoife
inftituée en notre bonne Ville de Paris
par
le Roi Louis XIII . & dont nous avons
bien voulu , à l'exemple du feu Roi , de
glorieufe memoire, notre très honoré Seigneur
& Bifayeul , Nous déclarer le Protecteur
, Nous ont requis d'approuver
& autorifer les Affemblées qu'ils font
depuis quelques années pour conferer de
leurs lectures & études & s'avancer
ainfi dans la connoiffance des Belles- Lettres
, à l'exemple de leurs Ancêtres qui
fignalerent autrefois leur fçavoir avec
tant d'avantage , & s'acquirent une répuration
immortelle fous le nom de l'A
cadémie de Marfeille. A CES CAU
SES , , ayant égard à l'utilité que nos Sujets
peuvent tirer defdites Conferences ,
& delirant traiter favorablement ceux de
notre Ville de Marfeille , & les foutenir
& proteger dans le louable deffein
qu'ils ont de contribuer de tout leur pouvoir
à rendre à leur Patrie l'ancien éclat
que les Lettres lui avoient acquis ; de
l'avis de notre Confeil , & de notre grace
fpeciale , pleine puiffance & autorité
Royale , Nous avons permis , approuvé
& autorifé , permettons , approuvons &
autorifons par ces Préfentes fignées de
F vj notre
338 MERCURE DE FRANCE .
notre main , lefdites Affemblées & Con
ferences ; Voulons qu'elles continuent
deformais dans notredite Ville , fous le
nom d'ACADEMIE DE MARSEILLE
, que le nombre en foit limité à
vingt Perfonnes , à condition que ceux
qui compoferont ladite Académie , envoyeront
tous les ans à l'Académie Françoife
, au jour & Fête de S. Louis quelque
Ouvrage de leur Compofition en
Profe , ou en Vers , fur tel fujet utile
& honnête que bon leur femblera ; &
dautant que pour la conduite , & pour
la gloire même de cette Académie , il eft
befoin qu'elle ait pour Protecteur une
perfonne relevée en Dignité & en merite
, Nous avons nommé & nommons
par cefdites Préfentes pour Protecteur
de ladite Académie de Marfeille , notre
très -cher & très -amé Coufin le Duc de
Villars , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier de nos Ordres , Gouverneur
de Provence , l'un des quarante de l'Académie
Françoife ; Voulons qu'à l'avenir
, quand il y écherra , il foit permis
aufdits Académiciens d'en choifir & élire
tel autre que bon leur femblera , pourvû
toutefois qu'il foit de l'Académie Françoife
: Comme auffi nous leur donnons
pouvoir de faire les Statuts & Reglemens
neceffaires pour la police & l'ordre
FEVRIER. 1727 339
dre de ladite Académie , & d'avoir un
Sceau avec telle marque & infcription
qu'ils voudront choifir pour fceller les
Actes de ladite Compagnie . SI DONNONS
EN MANDEMENT à nos amez & feaux
les Gens tenans notre Cour de Parlement
de Provence , & à tous autres nos
Officiers qu'il appartiendra , que ces
Prefentes ils ayent à faire regiſtrer , &
icelles garder & obferver felon leur forme
& teneur : CAR tel eft notre plaifir
; & afin que ce foit chofe ferme &
ftable à toujours , Nous avons fait mettre
notre Scel à cefdites Préfentes..
DONNE' à Verſailles au mois d'Août
l'an de grace 1726. Et de notre Regne
le onzième. Signé , LOUIS : Et fur le
Repli , par le Roi , Comte de Proven
ce , PHELYPEAUX : Et à côté , Vifa FLEURIAU
. Et fcellé du Sceau de cire verte
Regiftré ès Regiftres des Lettres Royaux
du Parlement de Provence , prefent ; &.
ce requerant le Procureur General du Roi,
fuivant l'Arreft de ce jour. Fait à Aix
en Parlement le 2. Octobre 1726.
REGIBAUD.
AVIS.
40 MERCURE DE FRANCE .
AVIS.
Ld Angle dos e avis au publics
E fieur Lambert , Parfumeur du Roi
י
qu'il vient de faire un envoi confiderable
de fon Eau de Beauté , au fieur
Rouflelot , Marchand Gantier- Parfumeur
ordinaire du Roi , ruë Tirechape , à Paris
, approuvé par M. Dodart , Confeiller
d'Etat , & Premier Medecin du
Roi , pour la vente & diftribution de
ladite Eau pour les boutons , rougeurs
& taches de vifage . Cette Eau , outre
fes proprietez ordinaires , a fait l'Eté
dernier des effets furprenans dans les
petites veroles , en préfervant ceux qui
s'en font fervis d'en être marquez . Cette
Eau eft toujours blanche , & les bouteilles
cachetées des cachets , dont les ,
empreintes font fur les imprimez , qui
marquent les differentes proprietez de
ladite Eau.
Défenfes font faites à toutes fortes
de perfonnes , de vendre , diftribuer ,
faire & contrefaire ladite Eau de Beauté
, à peine de 500. livres d'amende ,
fuivant l'Ordonnance de M. le Lieutenant
General de Police.
'AIR .

Air.
2
X
Chansons
que Que Bac
... cus vous donne donna
Iin

FEVRIER . 1727. 349
AIR.
CHanfons que la Table a yû naître »
Vous avez crûpeut - être ,
Que Bachus vous donnoit le jour.
Bachus , fa fuite a beau paroître ,
L'ingrate Iris n'eft plus ce qu'elle devroit être ;
Ma voix ni mon efprit n'ont plus le même
tour.
Helas ! Chanfons , je commence à connoître
,
Que vous étiez les enfans de l'Amour.
LAINEZ
Contre
VAUDEVILLE.
Ontre un engagement ,
Je me crus affermie ,
Mais Daphnis eft charmant ,
Et j'en fis la folie .
Dès qu'il m'eut attendrie ,
L'Ingrat fut inconſtant :
Le bonheur de ma vie ,
N'a duré qu'un inftant.
Plaire
342 MERCURE DE FRANCE:
Plaire & fentir l'ardeur
D'un amour veritable ,
A tout autre bonheur
Me fembloit préferable :
Raifon peu fecourable ,
Helas ! tu peux fouffrir
Qu'un bien fi peu
durable
Faffe tant de plaifir .
Amans , votre bonheur ,
N'est enfin qu'un menfonge ;
Mais quelle aimable erreur ,
Lorfqu'elle fe prolonge :
Ah ! fije me replonge ,
Amour dans ce fommeil ,
Si je fais un beau fonge,
Sauve- moi du réveil .
XX :XXXXXXXXXXX
:XX
SPECTACLES
.
E 3.de ce mois , les Comediens Fran-
Lçois reprefenissent
la
Comedie du Baron d'Albikrac , & pour
petite
FEVRIER : 1727 - 343
petite Piece , la Nouveauté , Comedie
nouvelle du fieur le Grand.
Le 10. on lût dans l'Affemblée des
Comediens François une Tragedie fain- •
te , intitulée , Moforphis, ou Moyfe , qui
fut reçûë unanimement.
Le 14. la Tragedie d'Alcefte , qui
avoit été interrompuë , fut remife au
Theatre , & fort applaudie par une trèsnombreuſe
affemblée. On la redonna le
furlendemain , elle fût interrompuëencore
jufqu'au retour d'un des principaux
Acteurs , qui ne fera ici qu'après Pâques.
On en trouvera l'Extrait à la fin de cet
article.
Le Samedi 15. les memes Comediens
donnerent la premiere reprefentation du
Philofophe marié, Comedie en Vers , &
en cinq Actes , de M. Nericault des
Touches , de l'Académie Françoiſe . Cette
Piece , tout -à-fait dans le ton de la bonne
Comedie , eft univerfellement applau
die. On y trouve beaucoup d'art dans la
conduite & dans les caracteres , beaucoup
d'élegance & de fineſſe dans le ftyle
, & une grande varieté dans l'enchaînement
des Actes & des Scenes. Les
moeurs & les bienféances Theatrales y
font ménagées d'une maniere à mériter
les
$ 44 MERCURE DE FRANCE .
les fuffrages de tous les honnêtes gens
& le dénouement eft très - neuf & trèsheureux
. Cet Ouvrage montre en M.
des Touches un efprit vif & penetrant ,
cultivé par l'étude & les reflexions . II
eft correct & châtié , employant toûjours
le mot propre fans être recherché , penfant
jufte , & s'exprimant avec autant de
feu que de nobleffe , en homme qui a
un grand ufage du monde. Nous donnerons
un Extrait de cette Piece dans le
prochain Mercure : au refte , ce n'eft pas
ici le coup d'effai de M. des Touches.
Voici les Comedies qu'il a déja données
au Public , dont la plupart ont eu beaucoup
de fuccès.
Le Curieux Impertinent , en 1710 .
L'Ingrat , 1712.
L'Irréfolu , 1713 .
Le Médifant , 1715.
Le Triple Mariage , en un Acte' ,
1916.
L'Obftacle Imprévu , 1717.
Le 11. Fevrier l'Académie Royale de
Mufique remit au Theatre le Balet des
Elemens
, pour être joué les Mardis.Il avoit
été donné la premiere fois au mois de
Mai 1725. après avoir été danfé au Palais
des Thuilleries en 1721. Nous en
avons donné un Extrait dans le Mercure
de
FEVRIER. 1727. 34
de Janvier 1722. Ce Balet eft fort bien
remis , & fait beaucoup de plaifir.
la mu
La même Académie continue les ré
préſentations de la Tragedie de Proferpi
ne. Tout le monde convient que
fique & les paroles de cet Opera ont de
grandes beautez ; cependant le fuccès n'a
pas été bien grand au commencement de
cette derniere reprife. Après la quatriéme
ou cinquiéme repréfentation , le Public
a paru rendre juftice à Lully & à
Quinault , en venant en foule à cet Opera.
Cette ardeur pourroit continuer ;
mais il eft à craindre que l'impreffion
qu'il a d'abord faite fur la plupart des
Spectateurs , ne reprenne le deffus : voici
ce que nous avons recueilli des ſentimens
qu'on a fur cette Piece.
On trouve le Prologue très - beau s
l'Allegorie y eft parfaitement foûtenuë.
La paix que Louis XIV. donna à l'Europe
dans le cours le plus brillant de fes
conquêtes , en fournit le fujet : rien n'eſt
plus ingénieux que cette idée. La difcorde
tient la paix enchaînée ; cette Divinité
opprimée eft réduite à gémir inutilement.
Sa cruelle ennemie trouve de
nouveaux charmes dans fes plaintes. Un
bruit de trompettes annonce la gloire
la difcorde en reprend un nouvel orgüeil
, & la paix défefpere plus que ja
mais
346 MERCURE DE FRANCE:
mais de fortir d'esclavage. Tout le con
traire arrive ; la gloire déchaîne la paix ,
& charge la difcorde des mêmes fers
dont elle a accablé fon ennemie oppri
mée. Elle fait entendre qu'elle ne fait en
cela qu'executer les intentions du Vainqueur.
Voici comme elle s'exprime :
Venez , aimable paix , le Vainqueur vous ap
pelle :
La victoire devient votre guide fidelle:
Venez dans un heureux féjour ;
Vous , difcorde affreufe & cruelle ,
Portez les fers à votre tour .
La Difcorde a beau lui repréfenter
qu'elle trahit fon Heros , en l'arrêtant au
milieu de fa brillante carriere ; la Gloire
lui répond :
Ah ! qu'il eft beau de rendre
La paix à l'univers.
fur
La beauté de la verfification & des
fentimens répondent parfaitement à la
jufteffe de l'Allegorie. La Paix regne
la terre , la Difcorde eft précipitée dans
les enfers : quoi de plus glorieux pour le
Vainqueur !
Voilà ce que les Connoiffeurs penfent

FEVRIER. 1727. 347
de ce Prologue , qu'on peut appeller dų
nom de Piece entiere ; en effet , tout ce
qui peut conftituer un Ouy rage de Theatre
s'y trouve réuni , fujet , expofition ,
noeud , peripetie , & tout cela dans une
allegorie qui fe foûtient depuis le commencement
jufqu'à la fin. La Mufique y
ajoûte de nouvelles graces . Tout ce qu'on
y auroit fouhaité , c'est l'execution par
Íes meilleurs Acteurs ; mais cela n'eft pas
toûjours poffible.
Nous ne nous arrêterons pas à donner
un Extrait de la Tragedie ; comme elle
eft entre les mains de tout le monde , on
peut nous quitter d'un foin fuperflu .
Nous mettrons feulement ici ce qu'on en
penfe aujourd'hui . On trouve que l'interêt
principal n'en eft pas affez vif ; les
regrets d'une Mere à qui on a enlevé une
Fille bien chere , n'ont pas produit fur
les coeurs l'effet que l'Auteur en avoit
attendu .
1 On eft pourtant forcé d'avouer à la
gloire de l'Actrice qui repréfente Cerès ,
que fi quelque chofe a dû faire réüffir cet
Opera, c'eft la maniere vive & pathetique
avec laquelle fon rôle eft chanté & joué s
elle eft parfaitement fecondée par l'Acteur
qui fait le rôle de Pluton , & tout le
monde convient qu'ils ne fe font jamais
plus fait admirer tous deux. Il fuffit dẹ
fçavoir.
$48 MERCURE DE FRANCE :
fçavoir que ce double éloge s'adreſſe au
$ . Thevenard & à la Dle Antier , pour
n'en être pas furpris. Le Ballet n'a
pas fait un fi grand plaifir dans le cours de
la Piece ; quoique les Airs en foient trèsbeaux
, on ne les trouve pas affez variez ;
on eft accoutumé à quelque chofe de plus
vif. Il feroit à fouhaiter , à ce que difent
plufieurs perfonnes , qu'on empruntât
de Lulli même des Airs de Violon , pour
diverfifier fes Fêtes, & les rendre plus
picquantes. On trouveroit dans fes fragmens
de quoi fatisfaire le goût qui regnę
aujourd'hui fes Opera n'en auroient
que plus de fuccès , & l'on ne doit point
douter qu'il ne fe fût conformé lui même
à ce goût dominant , s'il eût travaillé
pour un Public qui préfere le joli´au
beau. Voilà ce que nous avons oui dire
de cet Opera ; nous ne fommes pas affez
hardis pour y ajoûter rien du nôtre . Nos
Extraits ne font faits que pour inftruire
le Public des fentimens du Public même ,
fans lui faire part de nos reflexions , qui
feroient pas d'un affez grand poids. ne
Refte à dire quelque chofe des Décorations
nouvelles de cet Opera , comme
nous nous y fommes engagez . Celle du
Prologue eft entierement peinte par le
fieur Servandoni : C'eft l'antre de la Difcorde.
On y voit des échappemens de lumiere
2
FEVRIER. 1727.
342
miere , qui viennent du haut de la caverne
par des crevaffes entre des rochers ,
pour éclairer ce lieu affreux , qui , par
L'art du Peintre , infpire veritablement
la terreur, & caracterife parfaitement le
fujet traité par le Poëte.
7
La Victoire defcend fur un groupe de
nuages , environnée de Trophées d'Ar
mes , tout- à - fait dans l'imitation naïve
de la Nature.
La décoration du quatriéme Acte , repréſente
les Champs Elifées . Elle fait un
très -grand plaifir. Le fond eft, terminé
par un Payfage délicieux dans le goût de
Claude Lorrain. On y voit des ombres
errantes , qui font de vrais perfonnages
naturels , proportionnez dans leur grandeur
, felon les fites & les differens plans
du terrain : ce qui , par l'entente de la
perfpective , & l'union des couleurs ,
donne un éloignement furprenant.
La derniere décoration au cinquiéme
Acte , repréſente un Defert avec des ro
ches & des troncs d'arbres , entre lefquels
un torrent fe précipite avec rapidité
de vingt pieds de haut , & forme une
efpece de lac agité , dont l'imitation a
paru fi vraie fi vraie que les Spectateurs y ont
été trompez, & en ont marqué leur fatisfaction
par des applaudiffemens redoublez.
La chute d'eau eft imitée par plu
fieurs
350 MERCURE DE FRANCE.
-
fieurs lez de gaze d'argent , qui forment
la cafcade par le moyen de deux roües de
douze pieds de diametre chacune . Le mouyement
de l'eau agitée par la chûte du torrent,
ou fluctuation,fe fait par le moyen de
trois efpeces de colomnes torfes irregulieres
, de differentes proportions , & pofées
orifontalement , qui tournent de même
fens , & c. C'eſt au fieur Servandoni
qu'on doit l'invention des nouveauteż
qu'on vient de décrire.
Le r . de ce mois , les Comediens Italiens
remirent au Theatre la petite Piece
du Tour de Carnaval , ou le Cabin Caha ,
par M. Dalinval . Elle avoit été jouée
l'année paffée dans fa nouveauté au mois
de Fevrier. On en donna l'Extrait dans
le Mercure de Mars .
Le Jeudi 20. les mêmes Comediens
donnerent , fans l'annoncer , une Comedie
nouvelle fous le titre du Berger
d'Amphrife , en trois Actes , avec un Ďivertillement
& une Décoration d'un
goût nouveau , faite depuis peu par le fieur
Clarici , Peintre de l'Académie Royale
de Mufique à Londres . Elle fait un trèsbel
effet. Cette Piece eft de M. de l'Ifle ,
Auteur d'Arlequin Sauvage , de Timon
le Misantrope , du Banquet des Sept Sages
, & du Faucon des Qyes de Bocace. La
Muſique
FEVRIER. 1727. 35x
·
Mufique du Divertiffement , qui a été
fort goûtée , eft du fieur Mouret. On parlera
plus au long de la Piece & de la Décoration
dans le prochain Mercure.
Le 25. les mêmes Comediens remirent
au Theatre la petite Piece du Cabos , Ambigu
Comique , Parodie du Ballet des
Elemens , qu'on joue actuellement fur le
Theatre de l'Opera. Cette Piece avoit été
joüée & fort goûtée dans fa nouveauté ,
au mois de Juillet 1725. On en peut
voir l'Extrait & les Couplets dans le
Mercure du mois d'Août de la même
année.
Voici l'Extrait d'Alcefte & d'Admete ,
tel qu'il a été envoyé, Tragedie nouvelle ,
Polid
ACTE I.
Olidecte , Grand - Prêtre , & frere
d'Amete , Roi de Theffalie , ouvre
le premier Acte avec Adrafte, fon Confident.
Il commence par lui déclarer que
le Roi va périr , qu'il s'eft dévoué aux
Dieux pour fon Peuple , & qu'on ne
leur offre point fes jours impunément,
Adrafte l'exhorte à monter au trône du
pied des Autels , ajoûtant qu'il eft prêt
de combattre pour en chaffer Alcefte ,
époule d'Admete. Polidecte lui demande
G là
352 MERCURE DE FRANCE.
:
la-deffus fi les foldats d'Yolcos font prêts
à feconder fon zele , & à confirmer le
choix que doit faire de lui Lariffe , ville
voifine , qu'il a gagnée par fes dons &
par fes brigues , que Timocrate a foin de
conduire. Il lui répond qu'oüi , & qu'ils
font tous indignez de languir dans une
paix honteufe. 11 le prie en même temps.
de l'honorer du foin de les armer , & de
marcher à leur tête ce que le Grand-
Prêtre lui accorde d'autant plus aifément
qu'il eft amoureux de fa fille , &
qu'il prétend l'unir à lui . Cette même,
confideration , jointe au zele qu'Adrafte
lui fait éclater & à la crainte où il paroît
être que l'oracle des Dieux , que le
Peuple demande , ne fauve Admete du
péril dont il eft menacé toutes ces raifons
, dis-je , l'obligent à lui dévoiler un
fecret qu'il a renfermé jufques- là dans
le fond du Sanctuaire, Il lui rappelle
d'abord l'injuftice de fon pere , qui trop
fenfible au fort d'Alcefte , qui s'étoit réfugiée
dans la Cour , avoit voulu lui partager
fon Trône , & l'avoit laiffée maîtreffe
de choisir celui de fes deux fils
qu'elle aimeroit le mieux pour être fon
époux , & pour regner avec elle. La
perfide , ajoûte - t - il , trompa mon eſpe
rance ambitieufe , & fit choix d'Admete.
Quoique je fuffe l'aîné , je me vis exclus
du
FEVRIER. 1727. 353
du Trône ; & pour comble de malheur ,
on me confacra au culte des Dieux malgré
moi on m'arracha en même-temps à
tout ce que j'aimois , & l'on bannit de
ces lieux la fille que j'adore.
Peres dénaturez , Parens pleins de rigueurs ,
Qui difpofez de nous fans l'aveu de nos
coeurs ,
Votre main nous conduit au bord des préci
pices .
Et de tous nos forfaits vous êtes les compli
ces.
Après cette apoftrophe , il fait entendre
qu'il n'a point oublié l'injure qu'il a
reçûë : qu'il a affecté , pour mieux déguifer
la vengeance , une retraite auftere , &
un parfait détachement de la Cour depuis
deux ans qu'il eft renfermé dans le Temple
: que la contagion qui vient de ravager
la ville d'Yolcos lui a fourni un
moyen de fe venger : que le Roi , au defefpoir
de voir périr tout fon Peuple , eft
venu fe dévouer pour lui aux Autels :
qu'heureufement la contagion , qui tiroit
fur fa fin , s'étoit appaifée d'elle - même
peu de jours après , & que tout le monde
avoit crû , comme il le fouhaitoit , ne
devoir fon falut qu'à l'amour du Roi,
Adrafte l'interrompt , & lui dit que pour
Gij
lus
354 * MERCURE DE FRANCE.
lui il l'avoit crû fur la foi des Dieux
même , & que leur voix avoit fait entendre
au Peuple dans le Temple d'Yolcos
, qu'ils avoient exaucé Admete : que
leur fureur prendroit le lendemain ce
Prince pour derniere victime,fur le milieu
du jour, & qu'un trait invifible devoit terminer
fon fort. Polidecte lui répond que
cette voix n'étoit que la voix d'un mortel
, & qu'elle a parlé par un trait de fa
politique enfuite il lui déclare le deſfein
qu'il a d'empoifonner dans l'encens
fon frere , qui doit venir feul renouveller
fon voeu par une offrande particulie
re, & termine fa confidence , en difant
que fon crime fera couvert d'un voile
refpectable , & qu'on va croire partout
que l'ouvrage de fa main eft l'ouvrage
des Dieux .
;
Timocrate furvient , & apprend à Polidecte
qu'Hercule eft arrivé à Lariſſe ;
qu'il a changé la difpofition de tous les
efprits , & qu'il doit venir lui - même à
Yolcos affurer le Trône à la Reine . Polidecte
furpris de cette nouvelle , lui dit
de fe retirer ; & fe voyant ſeul avec
Adrafte , il lui avoue que le retour
d'Hercule dérange tous fes projets .
Adrafte lui répond que ce revers eft
d'autant plus affreux , que s'il immole
Admete , il doit craindre qu'Hercule
qui
FEVRIER. 1727. 355
qui peut encore aimer Alcefte, ne prenne
fa défenſe , dans l'efpoir de la poffeder
& ne vienne lui -même regner dans Yolcos.
Le Grand- Prêtre lui dit que c'eft - là
tout ce qu'il craint ; mais que l'Oracle
qu'on attend lui offre un nouveau
moyen , & qu'il va le rendre pour faire
périr la Reine. Comme il veut fortir ,
elle paroît toute , en pleurs , & le prie
d'aller au plutôt parler pour les Dieux ,
& de fauver fon frere du péril qui le
menace. Il la quitte , en l'affurant qu'elle
peut fe repofer fur lui de ce foin,
& qu'il n'y eft pas moins intereffé
qu'elle.
>
Alcefte refte feule , & fe livre à fa
douleur pendant quelques momens . Ircas
entre & lui dit que le Roi veut
parler à fon Peuple ; mais qu'avant de
paroître , il la mande elle - même. Alcefte
frappée de cette fatale entre vûë ,
protefte de ne pas lui furvivre . Ircas
combat ce deffein , & lui repréſente
qu'elle doit vivre pour fon fils qui eft
encore au berceau. Elle le preffe d'aller
au Temple , & de lui apporter la réponſe
des Dieux , ajoûtant qu'elle attend
de leur Oracle , ou la vie , ou la
mort.
G iij ACTE
356 MERCURE DE FRANCE ;
ACTE II.
Admete ouvre le fecond Acte , & pa
foît au milieu de fon Peuple , accompa
gné d'Alcefte . Il témoigne d'abord la
joye qu'il a de voir ce Peuple jouir de la
lumiere , & la tenir de lui . Il lui récommande
fon époufe , & l'oblige à lui jurer
la même obéiffance qu'il lui a rendue à
lui - même jufqu'à ce moment . Il s'adrefle
enfuite à celui qu'il a chargé du ſoin de
conduire l'enfance de fon fils ; il l'exhorte
à porter fon ame à la vertu , & à
lui donner furtout des leçons fur l'humanité.
Il fait fes derniers adieux à Alcefte
; & voyant qu'elle fond en larmes ,
il ne peut foutenir ſa douleur , & fort
fuivi de fon Peuple.
Alcefte veut accompagner fes pas ,
mais la force l'abandonne . Ircas furvient ,
& lui apprend que les Dieux vont délivrer
Admete , s'il fe trouve un ami fidele
qui ofe s'offrir pour lui . Alcefte
tranfportée de joye demande fi les Grecs
en foule ne fe font pas déja préfentez. Ircas
répond qu'aucun n'a eu ce courage,
Cleone entre toute éperdue , & dit à la
Reine qu'Admete vient d'être aban
donné de tous fes Courtifans , & que fon
Palais ne fera bien - tôt qu'une folitude.
Alcefte
FEVRIER. 1727. 357
Alcefte leur ordonne de fe retirer , &
rentre en difant que fa douleur ne veut
plus de témoins.
ACTE III.
Admete fuivi d'un feul efclave , témoigne
la furpriſe où il eft de voir fa
Cour folitaire , & que le Grand- Prêtre
retarde fon offrande . Il eſt étonné de
voir le Soleil au milieu de fa courfe , &
de refpirer encore. Il croit que c'eft
l'effet de l'Oracle rendu , & qu'un Sujet
´vient de lui fauver la vie en fe dévoüant
pour lui. L'esclave qui le fuit lui an
nonce l'arrivée d'Hercule . Ircas furvient
, & lui apprend qu'Alcefte s'eft
offerte aux Dieux. Elle entre dans le
même inftant , & veut faire éclater devant
fon époux la joye qu'elle a de le
voir hors du péril ; mais il l'interrompt
par fes foupirs , & l'oblige d'avouer
qu'elle s'eft dévouée pour lui. Comme
elle veut le quitter pour aller au Temple
, il l'arrête. Hercule arrive ; & ayant
appris qu'Alcefte doit être immolée , il
conjure les Dieux de révoquer leur arrêt
, & de lui accorder les jours de la
Reine pour prix de fes travaux. Il fait
entendre en même- tems , qu'il faut confulter
le Ciel une feconde fois ; mais que
G iiij
la
358 MERCURE DE FRANCE.
la voix du Grand - Prêtre lui eft fufpec
tes que Lariffe , d'où il vient , l'avoit élu
Roi ; que ce coup eft parti d'une brigue
fecrette , & qu'il eft sûr qu'il trempe en
cette perfidie. Comme il le voit venir, il
prie Alcefte & Admete de le laiſſer ſeul
avec lui. Admete , en le quittant , lưi dit
qu'il fe repofe de tout fur lui , & qu'il
l'arme de toute fa puiffance .
Polidecte dit à Hercule , qu'il fe préfente
à lui comme frere du Roi . Hercule
lui répond , qu'il doit plutôt lui parler
comme organe des Dieux , que comme
frere du Roi , il pourroit le foupçonner
de s'être fait élire par le Peuple de Lariffe
, & termine ainfi fon Difcours.
>Rempliffez les devoirs de votre miniftere.
Le défenfeur des Loix ne veut point s'y fouftraire.
Mais du fentier prefcrit ne vous écartéz pas .
Et que le zele feul dirige tous vos pas.
Aux jours de votre Reine , Hercule s'intereffe
,
Il dévoile les coeurs , penfez-y , je vous laiſſe.
Polidecte refté feul avec Adrafte , dit
qu'il brave fa menace , qu'il a le Ciel
pour lui , que fon piege a réüffi
qu'Alcefte ne peut éviter la mort qu'il
&
lui
FEVRIER 1727. 359
lui prépare. Adrafte lui objecte qu'il eut
dû nommer la Reine , & craindre qu'un
fujet ne la prévint . Il répond à cela qu'il
a voulu bannir tout foupçon , & qu'il
doit toujours voiler le crime ; que d'ailleurs
il n'avoit agi que fondé fur la conmoiffance
du caractere du Theffalien , qui
affronte un trépas incertain au milieu
des combats ; mais qui craint la mort
quand elle eft fure , & qu'il la voit de
fang froid. Il ajoûte qu'il veut remplir
toute la haine , qu'Hercule brûle encore
de fa premiere flâme , qu'il veut le punir
de proteger la Reine , & qu'il lui
prépare un coup qui doit l'accabler . Qu'al
fouhaite même de trouver en lui de la
refiftance , qu'il accufera pour lors fon
amour des vengeances du Ciel, qu'il mettrà
tous les Dieux & tout le Peuple contre
lui , qu'il perira accablé fous le nombre
, qu'Alcefte mourra malgré les efforts
, & qu'Admete fuivra fes pas
qu'un Efclave gagné doit plonger dars
la nuit fa propre épée dans fon fein , &
qu'enfin la conjoncture que fecondera fa
fauffe douleur , fera croire & dire le lendemain
, & à tous les Grecs , que fon
frere defefperé , s'eft percé lui- même ,
& n'a pû furvivre à fon époufe. Il ferme
l'Acte , en ordonnant à fon Confident
d'affembler leurs amis , de leur fai-
GY La
360 MERCURE DE FRANCE.
re prendre les armes , & de faire , s'il
le faut , que tout le Peuple féduit prenne
fa défenfe.
ACTE I V
Hercule ouvre fon coeur à Licas , il
fait éclater le défefpoir où il eft de brûler
encore pour Alcefte , & declare qu'il
n'eft point de ceux qui s'applaudiffent
d'un amour adultere , & qui fe font une
gloire du deshonneur d'autrui. Admete
paroît penetré de douleur , Hercule le
confole en lui reprefentant que les Dieux
n'ont fait les grands revers que pour les
grands courages .
Comme il veut fortir pour aller aux
Autels découvrir la verité , il voit entrer
Polidecte , qui leur déclare que les
Dieux preffent la mort d'Alcefte , que
tout autre fang leur déplaît , & qu'Admete
lui- même , s'il s'offroit , fe verroit
refufé . Admete implore une feconde fois
le fecours d'Hercule , & fort en jurant
de défobéir aux Dieux , s'ils ne font
pas fatisfaits de fa mort.
Hercule témoigne au Grand- Prêtre ,
que fon retour précipité l'étonne autant
que la rigueur des Dieux , & redouble
fes foupçons . Polidecte lui répond , qu'il
ne fait qu'obéir au Ciel , qui l'infpire ,
& qu'il eft lui- même furpris du peu
L'éFEVRIER
. 1727. 361
d'égard qu'Hercule a pour fes Miniftres.
Le fils de Jupiter lui replique , qu'il
connoît fon devoir fans qu'on l'en avertiffe
, qu'il fçait diftinguer les Dieux
d'avec leurs organes , & que quand ces
derniers s'éloignent du chemin prefcrit ,
ils deshonorent ces mêmes Dieux qu'ils
fervent . Je ne me reconnois point à ces
traits , repart Polidecte , ma conduite
fele fuffit pour me juftifier .
Vous ofez m'accufér , & dans le fond du
coeur
Vous nourriffez peut - être une coupable ardeur
,
Peut -être vos defirs allument le tonnerre ,
Qui tout prêt d'éclater gronde für cette
terre.
Comme il voit à ces mots , qu'Hercule
change de couleur , il profite de cette
lumiere , & lui déclare , qu'après avoir
fait d'inutiles efforts pour fauver Alcef.
te du trépas , il a du moins obtenu des
Dieux , qu'un autre fut chargé du foin
de l'immoler. Et quel bras , s'écrie Hercule
, ofera la facrifier ? Le vôtre , répond
Polidecte . Hercule s'emporte , en
proteftant qu'il ne verfe du fang que
pour punir le crime , & que s'il eft le
Miniftre , Polidecte fera la victime . Po-
G vj lide te
362 MERCURE DE FRANCE:
lidecte lui dit , fans s'étonner
que
quand il devroit l'immoler fur le champ ,
il ne peut s'empêcher de lui apprendre,
au nom de Jupiter , que fa refiftance allume
fon courroux . Il paroît en même
temps , infpiré & finit par une Prophetie
terrible , où il menace la Theffalie
des maux les plus affreux , & Hercule
lui - même , d'une mort honteuse ,
s'il n'éteint dans le fang d'Alcefte , la
flâme dont il brûle pour elle. A peine
eft-il forti , qu'Hercule donne ordre
qu'on le retienne dans le Palais de fon
frere , de peur qu'il n'aille par fes dif
cours furieux foulever le Peuple. Cependant
il eft lui - même effrayé de ce
qu'il vient d'entendre , & doute quelque
temps fi fon amour criminel n'irrite pas
les Dieux contre lui ; mais il fe raflure
bien -tôt , en faifant reflexion qu'il a défendu
la Reine avec trop de chaleur ,
que fes regards ont feuls éclairé le
Grand Prêtre & que ce font- là les
Dieux qui l'auront infpiré.
Ircas vient lui annoncer , que le Peuple
eft foulevé , qu'Adrafte marche à leur
tête , & qu'ils veulent arracher du Palais
le Pontife & la Reine. Hercule fort
en s'écriant.
Peuple
FEVRIER: 1727.
363
Peuple lâche & trop prompt à te laiffer feduire
,
Qui punit les tyrans fçaura bien te reduire
ACTE V..
Alcefte témoigne à Polidecte la dou
leur où elle eft de le voir retenu , &
profitant du trouble qui regne dans le Palais
, & de l'abfence d'Hercule & d'Admete
, qui font occupez à reprimer l'infolence
du Peuple , elle fort pour aller
s'immoler elle même au Temple.
Polidecte s'applaudit de la voir courir
au piege fatal que fon adrelle lui a tendu
mais fajoye eft bien- tôt diffipées
Admete entre & fait entendre que tout
eft tranquile , & que tout fon peuple
ingrat a fui devant Hercule & lui. Polidecte
arrête fon frere , & lui demande
s'il a mis le comble à fes forfaits , & s'il
ofe fe feliciter d'une victoire impie . Admete
lui répond , que c'eft trop l'éblouir
par de fauffes couleurs , & qu'Adrafte
peut-être n'eft que fon complice .
Frcas vient dire au Roi , qu'Alcefte
eft allée au Temple pour s'immoler elle-
même , & qu'il craint qu'Hercule ne
foit arrivé trop tard la fauver. Admete
s'écrie , qu'il va fuivre fon exempour
ple
364 MERCURE DE FRANCE .
ple , & que les Dieux auront deux victimes
au lieu d'une , dans le temps qu'il
eft prêt,de fortir ; Hercule lui ramene
Alcefte ; & appercevant Polidecte , il lui
apprend que tous les crimes font découverts
, qu'Adrafte fon complice lui a tout
revelé en expirant fous fes coups , &
qu'il redoute la juftice de fon Roi. Je
prévois mon arreft , & voilà ma réponfe
, dit Polidecte , en fe frappant d'un
coup de poignard ; je n'ai pû parvenir au
Trône de pere ; c'eft- là mon plus grand
crime , & je viens de m'en punir.
M. de Boiffy , Auteur de cette Piece,
doit être content de fon fuccès , le Public
l'ayant extrêmement applaudie . Ce n'eſt
pas au refte le premier Ouvrage qu'il
donne au Theatre ; mais c'eft fa premiere
Tragedie. On a déja plufieurs Comédies
de fa compofition , comme la Rivale
d'elle-même , en un Acte , l'Impa-.
tient , le Babillard , qui toutes ont été
goutées du Public.
On apprend de Rome , que le 15. du
mois dernier , on y fit l'ouverture du
Theatre de Capranica , par la repreſentation
d'un Opera , intitulé l'Amour genereux
; celui de la Paix par une Comedie
nouvelle , qui a pour titre , L'Efclawe
ſuppoſe celui de M. Jean - Dominique
FEVRIER 1727 365
que Pioli , fur le Cours , par la Tragédie
de Coriolan , & le nouveau Theatre
de M. Dominique Valleu , où étoit cidevant
l'Académie de France , par des
Scenes Comiques , dont le principal fujet
fe nomme La Miltide.
XXXXXXXX : XXXX : XXX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Odes actions confiderables dans le Corps
N apprend de Conftantinople , qu'il y a
des Janniffaires , au fujet de la maladie du
Grand Seigneur , pour faire tomber l'Empire
au fils aîné du dernier Sultan , & exclure du
Trône celui du Sultan regnant. On ajoûte
que l'une des filles de Sa Hauteffe devoit être
mariée au Gouverneur de Choczin, quoiqu'il
foit âgé de foixante ans : ce qui fait conjecturer
qu'il fera élevé aux premieres Charges de
l'Empire , fi la fanté du Grand Seigneur fe
rétablit.
On affure que les troupes de Perfe ont été
envoyées en quartier d'hiver dans la Georgie
après avoir mis de fortes garniſons
dans toutes les Places conquifes , & que
la Porte ne fongeoit plus à faire le fiege
d'Ifpaham. Ces Lettres ajoûtent qu'il n'y
avoit plus aucun veftige de pefte à Conftantinople.
Le Patriarche de cette Ville a été exilé au
Moi & Sinai , & le Grand Seigneur a approuvé
l'élection
366 MERCURE DE FRANCE .
L'élection qui a été faite du Metropolitain de
Nicomedie pour le remplacer.
μ
Le Mufti a ordonné des Prieres publiques
dans toutes les Moſquées de l'Empire , à l'occafion
des nouvelles fâcheufes qu'on a reçûës
des frontieres de Perfe , d'où l'on a appris que
le Seraskier Achmet , Pacha de Babylone , qui
commande l'armée de S. H. s'étant avancé
avec les troupes jufqu'à trois journées d'Ifpaham
, avoit été attaqué dans un défilé par les
troupes du Chef des Rebelles , qui avoient eu
fur lui quelque avantage ; mais cette nouvelle
merite confirmation
RussIE.
Lconfeilde la Czarine , de faire agir offen-
E bruit court qu'il a été refolu dans le
fivement la Flote Mofcovite contre l'Efcadre
Angloife , auffi - tôt qu'elle fera arrivée dans
ces Mers. Dans ce deffein , on raffemble tout
ce qu'on peut trouver de Matelots dans les
Ports de Ruffie ; mais comme il fera difficile
d'en avoir un affez grand nombre , on croit
qu'on prendra les Soldats nouvellement engagez
dans l'Ingrie & dans la Livonie pour y
fuppléer. Par un Etat rendu public , la Flote
Ruffienne pourra être compofée de cinquantedeux
Vaiffeaux de Guerre , dix - huit Fregates ,
quatre - vingt - deux groffes Galeres , & cent
quatre- vingt de moindre force ; mais on croit
qu'il eft impoffible de raffembler la moitié des
Matelots qui feroient neceffaires pour former
les équipages d'un fi grand nombre de Bâtimens.
La nouvelle qu'on avoit reçûë du Reglement
des Limites des Provinces conquifes fur
La Perſe , n'a pas été confirmée ; le Gouverneur

FEVRIER: 1727. 367
neur de Derbent mande au contraire , que les
Commiffaires du Grand Seigneur infiſtoient
fur la démolition d'Andreof , & des autres
Fortereffes voifines , & qu'ils exigeoient ce
préalable avant que d'entrer en Conference.
Il a été refolu de fortifier l'Ifle de Nargin ,
qui eft devant la Rade de Revel , & de n'y
plus recevoir les Officiers ni les Matelots de
l'Eſcadre Angloife , en cas qu'elle vienne ſe
poſter cette année dans la même Rade.
La Cour particuliere du Grand Duc et
confiderablement augmentée , depuis que la
Czarine la defigné pour fon fucceffeur aa
Trône.
POLOGNE.
É Roi n'a plus de fievre , & S. M. fe pro
Lmene dans lesappartemens, on doit ra
vailler à deffecher entierement les playes de
fes jambes. On mande de Varfovie , où le Roi
doit fe rendre en litiere , qu'on y attendoit
pour cela un celebre Chirurgien de Paris , qui
devoit y arriver avant la fin du mois dernier.
On fit à Varfovie le 12. Janvier , par ordre
du Roi , l'ouverture du Carnaval , & l'on travaille
au Château à divers préparatifs pour
les Fêtes que S. M doit y donner. On ne croit
pas qu'elle faffe un long fejour en cette Ville
après fon retour de Bialftock. Le bruit court
que ce Prince partira pour Drefde , où M. Petit
, Chirurgien François , qu'il a fait venir de
Paris , l'accompagnera pour lui continuer fes
remedes jufqu'à une parfaite guerifon.
Le Tribunal de Petrikow , qui avoit para
très-moderé dans les premieres féances , à agi
depuis feditieufement contre les ordres du
Roi , & les Mandemens donnez par la Diete
Generale , en faveur des Deputez de la haute
Pologne
368 MERCURE DE FRANCE.
Pologne. Près de deux cens Gentilhommes
ayant pris les armes , on a été obligé de faire
marcher contre eux des Troupes de la Couronne.
On a appris depuis que ce tumulte
étoit appaifé .
Les Etats du Duché de Curlande s'affemblerent
le 18. du mois dernier à Mittau . On
ignore quelles ont été leurs Deliberations ;
mais le Comte de Deveur , Lieutenant General
au fervice de la Czarine , a fait remettre à
l'Affemblée divers Memoires , & des Lettres
particulieres de la Czarine , en faveur du
Comte Maurice de Saxe , auquel cette Princeffe
a donné des affurances particulieres de fa
protection & de fa bienveillance.
SUEDE.
Es Etats ont repris leurs Deliberations, &
Lebruit de répand qu'ils ont approuvé le
projet d'Acte d'Acceffion au Traité d'Hanower
, que le Roi leur avoit fait communiquer
, & l'on affure qu'il fera publié le 18. de
ce mois.
LE
ALLEMAGN F.
E Duc de Bournonville , Ambaffadeur Extraordinaire
de S. M. C. arriva à Vienne le
18. du mois dernier , & prit fon logement
dans un Hôtel du Duc d'Aremberg , fitué
dans un des Fauxbourgs , en attendant qu'on
ait preparé le Palais de la Comteffe Bathiani ,
qu'occupoit le Duc de Riperda , fon prédeceffeur.
2
Le 22. du mois dernier , on publia à Vienne
une Ordonnance de l'Empereur , pour l'aug
mentation d'un bataillon dans chaque Regiment
FEVRIER. 17273 369
ment d'Infanterie , & d'un efcadron dans ceux
de Cavalerie. Il y eut le lendemain des ordres
exprès aux Commandans de fix Regimens
d'Infanterie & de quatre de Cavalerie , de fe
tenir prêts à marcher.
{
On depêcha un Exprès de Vienne au commencement
de ce mois au Comte de Kinski ,
qui eft préfentement à la Cour de l'Electeur
Palatin; pourlui donner ordre , felon le bruit
qu'on a fait répandre , de fe rendre inceffamment
auprès du Roi T. C.
Le Comte Guy de Staremberg partira dans
peu de Vienne pour l'Espagne , où il commandera
en Chefles Troupes de S. M. C. qui lui a
accordé , à ce qu'on aflure , une penſion de
25000. piftoles par an.
M. Beza , fameux Banquier de Vienne , a
fourni à l'Empereur deux millions de florins ,
qui lui ont été remis de Madrid par la voye
de Genes.
Le Baron de Riperda a été nommé par 5.
M. I. Grand Maréchal de la Cour de l'Archiducheffe
, Gouvernante des Pays - Bas .
ITALIE.
E bruit court à Rome que le Pape a pro-
Lmis au Cardinal Bentivoglio , de comprendre
le Prince Emmanuel de Portugal dans
la prochaine promotion qu'il fera pour les
deux places vacantes dans le Sacré College ,
auffi- tôt que le Roi de Portugal aura fait connoître
que cette promotion lui fera agréable.
Le bruit court qu'on a preſenté au Grand
Maître de Malthe un projet , par lequel la
Religion pourra augmenter fon Efcadre fans
aucuns frais. Il ne s'agit que d'engager le
Pape & les Puiffances Catholiques à fournir
des
370 MERCURE DE FRANCE.
:
des fonds que le Grand Maître employera
la conftruction de plufieurs Vaiffeaux uniquement
deftinez à faire des Efclaves Turcs ,
qu'on échangera enfuite fans rançon contre
un pareil nombre d'Efclaves Chrétiens .
On écrit de Milan , qu'on a fait fortir par
ordre de l'Empereur les Troupes qui étoient
dans Novello & Monforte , Fiefs que S. M. I.
eft convenuë de ceder au Roi de Sardaigne.
Ces Troupes font paffées à Novarre , où l'on
a envoyé pendant le mois dernier beaucoup
de provifions & de munitions de guerre.
On mande de Venife que les Corfaires de
Dulcigno ont été contraints par le Grand
Vizir , de configner entre les mains de fon
Treforier 30000. Sequins , pour fureté de la
promeffe qu'ils ont fait faire par leurs Deputez
à Conftantinople , de ne plus courir fur les
Navires Chrétiens , de quelque Nation qu'ils
puiffent être.
ESPAGNE
ONécrit de Portugal que la nuitdu is. at Decembre dernier , on reffentit à
Porto des fecouffes réiterées d'un tremblement
de terre , qui , malgré fa violence , n'a
cependant caufé aucun dommage confiderable.
Il n'y avoit le 28. du mois dernier dans le
Camp de Saint Roch que 7000. hommes ,
qu'on employoit à fortifier le Cap de Carne
ro. Les autres Troupes deftinées pour ce
Camp , étoient encore difperfées , tant aux
environs de Malaga que dans le Royaume
de Grenade ; mais on croit qu'elles font
en marche pour le rendre au Camp , où la
groffe artillerie eft arrivée par terre , .
28
les
4
FEVRIER. 1727. 371
1.
les autres munitions de guerre fur des Tartanes
qui ont paffé à la vue des Vaiffeaux de
Guerre du Contre-Amiral Hopfon , fans qu'il
ait fait aucun mouvement pour s'opposer au
débarquement : ce qui fait croire que ce Commandant
de l'Eſcadre Angloife a des ordres
précis de ne pas commencer les hoftilitez .
Le bruit couroit à Madrid au commencement
de ce mois , qu'il avoit été défendu fous
peine de la vie aux Peuples de l'Andaloufie,
d'avoir aucune communication avec les Habitans
de Gibraltar , & que le Gouverneur de
cette Place en a fait fortir les familles Efpagnoles
& Juives qui y étoient établies .
Le Comte de Las Torres , qui commande
les Troupes du Roi dans l'Andaloufie , a écrit
à S. M. que s'étant avancé du Camp de Saint
Roch vers Gibraltar pour en examiner les
dehors , le Colonel Kane , qui en eft Gouverneur
, lui avoit fait dire qu'en confideration.
de fa perfonne , il avoit empêché qu'on ne fit
feu fur fes gens ; qu'il l'avoit prié de ne pas
s'expofer une feconde fois , & qu'il l'avoit
engagé à entrer dans la Ville avec quelques
Officiers ; qu'il lui avoit paru qu'il étoit parfaitement
bien muni ; que la Garniſon étoit
nombreuſe , & que les fortifications étoient
en bon état ; qu'il étoit convaincu que la
réüffite du Siege qu'on vouloit entreprendre ,
feroit très -douteufe , d'autant plus qu'il feroit
impoffible d'empêcher l'entrée des fecours &
des rafraîchiffemens.
Des Lettres pofterieures du Camp de Saint
Roch , portent qu'il y a préfentement 10. à
12000. hommes dans le Camp , & que l'artillerie
eft arrivée ; qu'elle confifte en 130.
canons , dont il n'y en a que 24. ou 25. de
fonte , & en 38.à 40. mortiers ; qu'on com
mençois
372 MERCURE DE FRANCE.
mençoit à faire des provifions de fafcines : ce
qui faifoit préfumer qu'on ne feroit pas encore
long- temps fans dreffer les batteries , &
qu'on ne croyoit pas que toutes les Troupes,
qui doivent fe rendre au Camp duffent monter
à plus de 20. ou 22000. hommes.
Ο
GRANDE- BRETAGNE,
Napprend de Londres du 28. du mois
dernier , que ce jour - là le Roi fe rendit
à la Chambre des Pairs pour l'ouverture du
Parlement ; & qu'ayant mandé la Chambre
des Communes , S. M. fit un Difcours , dans
lequel elle leur fit connoitre ce que la Na
tion devoit craindre des Alliances ſecrettes &
offenfives , concluës entre l'Empereur & le
Roi d'Espagne , les exhortant à défendre leurs
droits contre de tels engagemens , qui étoient
contraires aux Traitez les plus folemnels. Le
Roi , après leur avoir fait part des avis certains
qu'il a reçûs , qu'un des Articles fecrets
de ces Alliances eft favorable aux prétentions
du Chevalier de S. George , il leur fit voir
que d'abandonner à l'une de ces Puiffances
le Commerce , dont les Anglois font en poffeffion
, & à l'autre , Gibraltar & Port Mahon
, ce feroit les mettre en état d'executer
leur deffein. S. M. leur fit remarquer , que
s'il n'avoit pas prévenu l'effet des projets de
la Czarine dans le Nord , par l'envoi d'une
Efcadre dans la Mer Baltique & dans le Gol
fe de Finlande , cette Princeffe auroit été en
état de donner de puiffans fecours aux deux
Puiffances fufdites . Ces confiderations ne
permettant pas au Roi , ni aux autres Puiffances
fes alliées , avec lefquelles il entretient
une parfaite union , d'être spectateurs
Dififsa
FEVRIER. 1727. 373
oififs , & de ne pas prendre les précautions
convenables pour leur propre feureté & pour
la caufe commune de l'Europe , S. M. déclara
qu'à l'imitation du Roi T. Ch . & des autres.
Puiffances , qui ont accedé au Traité d'Hanover
, elle ne pouvoit fe difpenfer d'entreten ir
le nombre de Troupes fuffifant , & d'avoir en
mer les Efcadres neceffaires pour prévenir les
deffeins de fes ennemis ; qu'elle attendoit de
fon Parlement les mêmes témoignages de zele
& d'affection que les années précedentes , &
même de plus grands efforts , s'il en étoit
befoin.
Les Communes étant retournées dans leur
Chambre , firent la lecture du Difcours du
Roi , & le même jour elles refolurent de préfenter
une Adreffe à S. M. pour la prier de
donner inceffamment les ordres convenables
à la fureté de l'Etat , & l'affurer qu'elles lui
fourniront avec joye les fubfides qui lui feront
neceffaires pour le mettre en état de tenir
fes engagemens avec fes Alliez , tant pour
l'avantage de la Nation , que pour la tranquillité
generale de l'Europe.
1
Le même jour , les Seigneurs refolurent de.
faire une Adreffe qu'ils prefenterent au Roi,
le 29. au foir , par laquelle ils remercioient
S. M. de fa Harangue , & témoigner leurs reconnoiffances
des fages mefures qu'elle a prifes
pour détourner les dangers dont l'Angleterre
étoit menacée , & pour l'affurer d'une
fidelité continuelle & inébranlable. Le Roi
les affura dans fa réponſe , qu'ils pouvoient
compter fur fes efforts pour affermir le bonheur
de fes Sujets.
Le 30, on propofa dans la Chambre des
Communes , d'accorder un fubfide à S. M. &
enfuite les Communes fe rendirent par Dé->
putes
374 MERCURE DE FRANCE.
!
putez au Palais de S. James , où elles prefenterent
leur Adrefle au Roi , qui leur répondit
qu'il étoit certain que les affurances qu'elles
lai avoient données d'un prompt fecours pour
la défenſe des droits & des privileges de fon
peuple , confirmeroient fes Alliez dans leurs
favorables difpofitions , & feroient connoî
tre à fes ennemis l'incertitude de leurs entreprifes
contre le repos & la tranquillité de
Europe.
La même Chambre confentit le 5. de ce
mois à une augmentation de 8000. hommes
pour les Troupés de terre , & elle accorda à
S. M. 20000. hommes pour le fervice de mer
pendant la prefente année.
Les Regimens de Pocock , de Hayes , & de
Middleton , qui font arrivez d'Irlande à
Portſmouth , ont été embarquez fur la Flote
du Vice-Amiral Wager , qui eft encore à
Spithead à caufe des vents contraires.
.
Des Lettres de la Jamaique du 24. Novembre
dernier portent , que la plupart des
Plantations de cette Ille avoient été détruites
par un Ouragan furieux , qui avoit fait
perir dans les Ports près de 40. Navires ,
dont les Matelots fauvez du naufrage , étoient
allez prendre parti fur les Vaiffeaux de l'Efcadre
du Vice- Amiral d'Hofier. Ces Lettres
ajoûtent , que ce Vice - Amiral , ayant fçû que
le mauvais air faifoit perir beaucoup d'Efpagnols
à Porto-Bello , & que craignant que
la maladie ne fe communiquât aux Equipages
de fes Vaifleaux , il s'étoit retiré avec fon Efcadre
dans la Baye qui eft vis - à- vis Tolu , à
quelques lieuës de Carthagene , où l'air eft
beaucoup plus fain.
Le 30 du mois dernier , le Vice- Amiral
Charles Wager mit à la voile de Spithead,
avec
FEVRIER . 1727. 375
avec les Regimens deftinez à renforcer la Gar
nifon de Gibraltar ; & comme le vent a été
très-favorable pendant plufieurs jours , on
efpere que l'Efcadre qu'il commande , arri
vera affez- tôt au Détroit , pour faire entrer
dans Gibraltar tous les fecours dont cette
Place peut avoir befoin.
Le 1. de ce mois , le Lord- Maire , les Aldermans
, & le commun Confeil de la Ville
de Londres , allerent au Palais de S. James ,
préfenter une Adreffe au Roi , pour le remercier
des foins prudens que S. M. a pris jufqu'à
prefent pour s'oppofer aux deffeins
injuftes & chimeriques de les ennemis , &
pour l'aflurer que les Habitans de cette Ville
feront toujours prêts de facrifier leurs vies
& leurs biens pour la défenfe du Roi , de
fon Gouvernement , & des Conſtitutions de
l'Eglife & de l'Etat. S. M. après leur avoir
fait une réponfe très-gracieufe , accorda le
Titre de Chevalier à Meffieurs Guillaume Billiers,
Edouard Bellamy& Jean Thompſon , Aldermans
,& à M. Guillaume Ogborn , l'un des
Sheriffs. Tout le Corps de Ville fut traité magnifiquement
auPalais ,& il y eut plufieurs tables
, où fe trouverent le Chevalier Robert
Walpole, leVicomte de Townfend , les Ducs de
Newcastle, de Devonshire, de Kingſton , de
Dorfet , de Grafton & plufieurs autres
Grands Officiers de la Couronne. Le Roi ,
par une diftinction particuliere , ordonna
qu'on mit le Caroffe & les Chevaux du Lord-
Maire fous les remifes & dans les Ecuries
de S. M.
>
Le 12. de ce mois , les Communes en grand
Comité,refolurent d'accorder au Roi 199071 ..
17 f.8.8. fterlin pour l'ordinaire de la Marine ,
y compris les Officiers qui font à la demie
H payer
+
376 MERCURE DE FRANCE .
paye, & 100000 , livres fterlin pour la dépenfe
extraordinaire de l'Artillerie , tant du fervice
de terre de ce Royaume , que des munitions
extraordinaires envoyées à Gibraltar &
ailleurs.
Le bruit court que la République d'Hollande
a refolu de joindre à l'Efcadre Angloife
, qui doit aller dans la Mer Baltique , huit
de fes Vaiffeaux de Guerre , un Brulot , & un
Bâtiment fervant d'Hôpital.
Le Capitaine Harry , fils du Comte de
Bristol, a été fait Capitaine de Brulot nom ,
mé le Poole , qui doit aller inceffamment porter
des recrues à Gibraltar , dont la Garniſon
fera dans peu de deux mille fept à huit cens
hommes .
HOLLANDE , PAYS - BAS .
Loo
A Province de Groningue a donné fon
confentement à la feconde augmentation
de Troupes de la République , & à la levée
des fonds neceffaires pour les Fortifications &
les Magafins.
aaaaaaaak
NAISSANCES DES PAYS
LZeffirina
Etrangers.
E 21. du mois dernier , Dona Catherine
Zeffirina Salviati , époufe du Connétable
Colonne , accoucha à Rome d'un fils , qui fut
baptifé le même jour dans l'Eglife des douze
Apôtres , & nommé Francois - Jofeph-Antoi
ne- Nicolas Vincent- Anaftafe - Ignace- Jean -Jerome
-Gafpar- Balthazar- Melchior.
FRANCE.
FEVRIER. 1727. 377
***************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &cu
L
E 26. du mois dernier , l'Abbé Baglion
de la Sale , Evêque d'Arras
fut facré dans l'Eglife du Prieuré de
S. Martin des Champs , par l'Archevêque
de Cambray, affifté de l'Evêque,
Comte de Châlons , & de l'Evêque de
Couferans .
Le 1. de ce mois , le Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Officiers des
Nations , & de plufieurs Députez des
Facultez , alla à Marly , où il eut l'honneur
de préfenter un Cierge au Roi , felon
l'ancienne Coutume. Il eut auffi
l'honneur d'en préfenter un à la Reine.
Le même jour , le Pere Commandeur
des Religieux de la Mercy , du Convent
du Marais , accompagné de trois
Religieux de fa Maifon , eut l'honneur
de préfenter un Cierge à la Reine , pour
fatisfaire à une des conditions de l'établiffement
de ces Religieux , fait à Paris
en 1615. & par lequel la Reine Marie
de Médicis , qui fonda leur Maifon , vou .
lut que ces Religieux la reconnuffent
Hij
>
&
378 MERCURE DE FRANCE.

& toutes les Reines de France , pour
leur Fondatrice ; elle les chargea de leur
préfenter tous les ans , en figne d'homma
ge , un Cierge à la Purification .
Le Marquis d'O , Lieutenant Geneneral
des Armées Navales du Roi , doit
commander l'Efcadre qu'on arme dans
divers Ports . Le jeune Marquis de Gondrin
, petit- fils du Duc d'Antin , & frere
du Duc d'Epernon , doit faire fa premiere
Campagne fur cette Eſcadre en
qualité de Garde- Marine.
-
Le 31. Janvier , les Chefs & Adminiftrateurs
de l'Archiconfrerie Royale
des Chevaliers , Voyageurs & Palmiers
du S. Sepulchre de Jerufalem , érigée
par S. Louis , Roi de France , en l'année
1254. & fondée par Louis X. dit
Hutin , dans l'Eglife des Cordeliers du
GrandConvent de Paris , eurent l'honneur
de rendre leurs refpects au Roi & à la
Reine , en préfentant des Cierges , fuivant
la coutume , & Leurs Majeftez , en leur
faifant des liberalitez , ont bien voulu les
affurer de la continuation de leur Royale
Protection ,
Le Roi a accordé une Loterie aux
Carmes Déchauffez de Bordeaux , pour la
conftruction & perfection de leur Eglife.
Elle eft ouverte depuis le 1. Decembre
dernier , & doit finir à pareil jour de
cette
FEVRIER. 1927 379
>>
cette année. On la tirera à la fin de
chaque mois , en prefence des Jurats de
Bordeaux . Les Billets font de 20. fols ;
il y aura un Lot de 10000. livres &
les autres à proportion des fommes
qu'on aura reçûës . Les Lots feront payez
comptant fans aucune diminution .
L'on apprend par des Lettres de Malte
, que depuis quelque temps , plufieurs
Chevaliers s'affemblent pour conferer
fur les Sciences & les Belles - Lettres
& qu'ils ont jetté les premiers fondemens
d'une Académie. Voici deux Complimens
, qu'on nous prie avec inſtance.
de rendre publics , que le Préfident de
cette nouvelle Académie a fait au Comte
d'Harac , General des Galeres de Mal-
& au Chevalier de Saxe >
qui
fait fes Caravanes fur les Vaiffeaux de
l'Ordre.
te
Au Comte d'Harac.
» L'Académie eft pourvuë de Sça-
» vans ( on peut le dire fans flaterie )
& fon enfance eft pleine de merveilles
cependant elle a lieu de s'applaudir
du choix qu'elle a fait de votre
Excellence , & fa furpriſe eſt de
» voir dans une fi grande jeuneſſe tans
d'érudition. Mars aujourd'hui va vous
H iij 22 diftraite
380 MERCURE DE FRANCE.
22
» diftraire l'Académie perd le flam
» beau qui l'éclairoit , les lauriers feuls
que votre Excellence va cueillir la
» confolent , & l'éclat en rejaillira fur
» cette Compagnie . Elle m'a fait l'hon-
» neur de me nommer pour vous té-
» moigner la part qu'elle prend à vo-
» tre élevation ; elle ne pouvoit choiſig
» perfonne qui s'y intereflât davantage.
Au Chevalier de Saxe.
» Quelle joye en ce jour , mon Prince
, le Public charmé de votre heureux
retour , ne fçait l'exprimer , il laiffe
» à l'Académie le foin de le dire , & le
>> nouveau Conrart fe charge d'autant
plus volontiers de cet emploi , qu'il
> eft lui-même plus rempli de cette
» joye.
"
» Après avoir envié long- temps aux
Vaiffeaux le bonheur de vous poffeder ,
>> nous en jouirons , & l'on connoîtra
» que vous joignez à une naiffance au-
» gufte le talent de vous faire aimer :
" que de graces rèünies en vous ! que de
>> chofes à vanter ! je me tais pour mé-
" nager votre modeftie.
>> Il faut donc fe borner , mon Prince,
» à vous prier d'aimer les Sçavans , à
l'exemple de Frederic , Duc de Saxe ,
qui
FEVRIER. 1727. 381
» qui fonda l'Univerfité de Leypfic ;
» fa valeur & les guerres qu'il a entrepriſes
, feroient moins connues fans le
» fecours de l'Hiftoire. Honorez , je vous
»
en fupplic , d'une bienveillance parti-
» culiere , l'Académie des Sciences de
» Malte , dont le Corps n'eft occupé que
du defir de vous plaire.
Sur la fin du mois dernier , le Prince
de Tingri , préfenta au Roi un Canard ,
ou efpece d'Oiseau de riviere très - fingulier
, qu'il avoit tué dans fes Terres
près de Beaumont. Sur le champ , le Roi
l'envoya au fieur Oudry pour le peindre
, ce qu'il a fait avec le zele & l'empreffement
que demandoit un tel ordre.
Et pour le mieux reprefenter , il en a
fait deux dans le même Tableau ; l'un
vû pardevant , & l'autre par derriere ; il
Pa placé fur le bord de l'eau , dans des
rofeaux , près d'un vieux morceau d'Ar
chitecture , avec un vafe renverfé . Dans
le fond , on voit un Païfage qui rend ce
Tableau très- agréable . Le to . de ce mois ,
le fieur Oudry eut l'honneur de le préfenter
à Sa Majefté, à Marly, qui en fut
très-contente.
M. Petit , très - habile Chirurgien de
Paris , de l'Académie Royale des Scien-
L'Univerfité de Leypfic, fondée l'an 1408.
par Frederic le Guerrier , Duc de Saxe,
Hij
ces
382 MERCURE DE FRANCE .
ces , partit en pofte , ſur la fin du mois
de Decembre dernier pour Varfovie, où il
arriva le 20. Janvier ; il fut conduit delà
au Château de Bialftock , où il avoit
été mandé par le Roi de Pologne , qui y
étoit refté malade d'un mal furvenu à fa
jambe , pour traiter S. M. qui le reçût
très -gracieufement.
Sur les repreſentations faites au Roi
par plufieurs perfonnes , que la reduction
des rentes yiageres les privoit de leur
fubfiftance , & que leurs acquifitions
provenoient de leurs anciens patrimóines
, M. de Machault , Confeiller d'Etat ,
a été nommé par Arreft du 28. Janvier
, pour dreffer Procès verbal des reprefentations
de ceux qui feront dans le
cas , qui ne feront cependant reçûës ,
qu'en rapportant un certificat du Notaire
, comme les Proprietaires ont fait faire
leurs reductions , fuivant la difpofition
de l'Edit de réduction , & que mention
en eft faite fur les Contrats. M. Olivier ,
ci-devant Receveur General de la Chambre
de Justice , a été nommé pour travailler
fous les ordres de M. de Machault
à l'examen des parties des rentes viageres
, dont les origines font prouvées .
Le Roi a créé fix Compagnies franches
de cent hommes chacune , pour aller en
parti.
S.
FEVRIER . 1727. 383
S. M. fait armer à l'ordinaire deux
Fregates , pour aller fut les Côtes de
la Martinique , empêcher le Commerce
Etranger.
Le 2. de ce mois , fête de la Purification
de la Vierge , le Concert fpirituel
recommença au Château des Tuilleries .
On y chanta deux beaux Motets de feu
M. de la Lande , Notus in Judaa Deus ,
& Cantate Domino , qui furent chantez
avec toute la jufteffe poffible. Mlle Antier
s'y fit admirer , à fon ordinaire , dans
les morceaux qu'elle chanta. Le fieur
Francifque , ordinaire de la Mufique du
Roi , chanta entre les deux Motets une
Cantate Italienne , qui fut fort goûtée.
Le même Concert doit recommencer le
25. de Mars , fête de l'Annonciation ,
& le 30. du même mois , Dimanche de
la Paffion .
"
Le Roi a accordé au Marquis de Vaffé ,
l'agrément du Regiment Dauphin Dragon
, dont M. Baunier a traité avec lui .
Le Fevrier , la Reine entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château de
Marly , & S. M. communia par les
mains de l'Evêque - Comte de Châlons ,
fon premier Aumônier. L'après midi ,
L. M. revinrent au Château de Verfailles
, & le foir la Reine alla entendre le
Sal ut dans l'Eglife des Recollets .
Hv Le
384 MERCURE DE FRANCE
Le 2. Fête de la Purification de la
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint - Efprit ,
fe rendirent vers les onze heures du matin
dans le Cabinet du Roi , d'où S. M.
alla à la Chapelle du Château de Verfailles
, étant précedée du Duc d'Orleans ,
du Comte de Chatolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty , du Duc
du Maine , du Comte de Touloufe , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Le Roi , devant lequel
les deux Huiffiers de fa Chambre portoient
leurs Maffes , étant entré dans la
Chapelle , l'Archevêque d'Aix , Prelat
Commandeur de l'Ordre , préſenta un
Cierge à S. M. Le Roi affifta à la Proceffion
qui fe fit dans la Cour du Château
, & à la grande Meffe celebrée pontificalement
par le même Prelat . Enfuite
S. M. fut reconduite à forr appartement
dans l'ordre obfervé en allant à la Chapelle.
La Reine , accompagnée des Dames
de fa Cour , entendit la grande
Meffe dans la Tribune. L'après midi ,
L. M. affifterent à la Prédication du P.
Surian , Prêtre de l'Oratoire , & enfuite
aux Vêpres.
Le même jour , on celebra la premiere
Melle dans la nouvelle Eglife Paroiffiale ,
bâtie dans le Parc aux Cerfs , à Verfailles.
FEVRIER . 1727. 385
1
les. Les Recolets ont été choifis par le
Cardinal de Noailles , Archevêque de'
Paris , pour y faire les fonctions curiales ,
& pour la deffervir.
Le 4. le Roi & la Reine partirent de
Verſailles pour retourner à Marly.
Le 15. jour auquel le Roi entroit dans
la dix - huitième année de fon âge , S. M.
reçût à cette occafion les complimens des
Princes & Princeffes du Sang , & des
Seigneurs & Dames de la Cour.
Le 26. le Roi entendit la Meffe dans
la Chapelle du Château de Marly , après
avoir reçû les Cendres des mains du Cardinal
de Rohan , Grand- Aumônier de
France. Le même jour , la Reine reçût
les Cendres des mains du Cardinal de
Fleury , fon Grand-Aumônier .
Le Roi a donné l'Abbaye de la Frenade
, Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Saintes
, à l'Abbé Savalette , Conſeiller au
Grand-Confeil , & le Prieuré perpetuel
de faint Louis de Rouen , Ordre de faint
Benoît , à la Dame de Briquemaure.
L'Abbaye de Beaucaire , Ordre de faint
Benoît , Diocèfe d'Arles , vacante par la
démiffion de Madame de Lopis de la Fare,
a été donnée à la Dame Efprit- Gabrielle
de l'Epine , Religieufe de la même Abbaye
, à la charge de 500. liv . de penfion
H vj pour
386 MERCURE DE FRANCE .
pour ladite Dame de la Fare,
L'Abbaye de faint Sulpice , Ordre de
faint Benoît , Diocèfe de Rennes
cante par la démiffion de la Dame de
Villemeneut , en faveur de Madame
d'Aubeterre , Religieuſe du même Ordre
, à la charge de 2500. liv . de penſion
pour
ladite Dame de Villemeneut.
RECEPTION de M. de Pontcarré en la
furvivance de la Charge de M. fon
Pere , Premier Prefident du Parlement
de Normandie.
EXTRAIT des Registres du Parlement
de Rouen , du Mercredi 4. Decembre
ע
>> M
1726 .
R le Prefident le Roux d'Efneval
a donné ordre au Greffier
» d'aflembler toutes les Chambres , &
» icelles affemblées , y compris les Re-.
o quêtes du Palais .
ן ג
» M. Baudouin du Baftet , Doyen de .
» la Cour , a fait rapport de la Requête
préfentée à icelle par M. Geoffroy-
» Macé - Camus de Pontcarré , Cheva
» lier , Baron de Mafflée , Confeiller du
» Roi en tous fes Confeils , & Maître
» des Requêtes ordinaire de fon Hôtel ,
pourvû en ſurvivance de la Charge de
23
» PreFEVRIER.
1727. 387
J » Premier Prefident en ce Parlement
» dont eft actuellement pourvû M. Nico-
» las Pierre Camus , Chevalier , Seigneur
de Ponecarré , fon pere , & lec-
» ture faite de fes Provifions.
>>
»
>>
-
» L'affaire mife en déliberation , il a
été arrêté que ledit M. Geoffroy - Ma-
>> cé - Camus de Pontcarré fera reçû de-
» main à neuf heures en ladite Charge
» de Premier Prefident en ce Parlement ,
» en furvivance de M. fon pere , icelui
difpenfé de l'information de vie &
» moeurs , & de la lecture des articles de
>> Foi ; & à cet effet , ordonné à Maître de
» Boutigny , Notaire - Secretaire de la
>> Cour , d'aller en fon Hôtel de la part
de la Cour , l'avertir de la préſente
>> déliberation : ce qu'il a fait , & Meffieurs
fe font retirez .
»
Du Jeudi s . Decembre 1726.
* >> Monfieur le Prefident d'Efneval a
» fait affembler les Chambres , & icelles
» affemblées , y compris les Requêtes du
» Palais.
» Lecture a été faite des Conclufions
» du Procureur General , mifes fur la
» Requête de M. Geoffroy - Macé Camus
» de Pontcarré , Maître des Requêtes ,
» du jour d'hier, après quoi mondit Sieur
» de Pontcarré eft arrivé au Palais , eft
monté par le grand Eſcalier , a paffé la
Salle
388 MERCURE DE FRANCE :
» Salle des Procureurs , la grande Salle
» des Audiences au milieu des Cinquan-
>> teniers & Arquebufiers , qui formoient
>> deux hayes , eft entré en la Grand'-
" Chambre , & a été conduit par le
Greffier par derriere les bancs , &
» étant arrivé au Bureau de M. le Prefi
» dent , il s'eft mis à genoux fur un car-
» reau de velours femé de Fleurs de Lis
» d'Or ; & ayant mis la main fur le faint
» Evangile , tenu par M. le Preſident le
» Roux d'Efneval , il a prêté le ferment
» ordinaire , & mondit Sieur le Prefi-
» dent le Roux d'Efneval lui a prononcé
»fon Arrêt de réception en ladite Char-
» ge de Premier Prefident en ce Parlement
, par furvivance de M. fon pere , &
» lui a dit de prendre fa place ; après quoi
" mondit Sieur de Pontcarré a été recon-
" duit par le Greffier par derriere les
» bancs , jufqu'à l'entrée du Parquet , qui
» eft proche la porte par où il eft entré ;
" & en coupant le Barreau , il a traversé
" le Parquet , faluant Meffieurs , qui
» étoient de bout , le bonnet à la main ,
A
pour aller prendre fa place , où étant ,
» & après avoir falué Meffieurs , il a mis
»fon Bonnet fur la tête , & a parlé en ces
>> termes :
MESFEVRIER
. 1727 . 389
MESSIEURS ,
» Plus j'approche de cet augufte Tri-
»bunal , & plus je fens l'élevation de la
place que vos fuffrages m'ont confir-
» mée. Je vois dans cette illuftre Com-
» pagnie les vertus qui font les grands
Magiftrats ; une fageffe profonde qui
"préfente à vos yeux le parti le plus
équitable une prudence refléchie &
» fortifiée par une longue experience
qui vous fert de flambeau pour la dé-
>> cifion des affaires publiques , & de cel
les qui ont pour objet les interêts du
" Prince , & celles des Peuples de cette
» Province.
33

>> Je dois reconnoître votre fuperio-
» rité par tous ces avantages qui vous
>> diftinguent avec prééminence , mais
»j'ofe me flatter que ces mêmes qualitez
» me deviendront communes , par l'at-
>> tention la plus fcrupuleufe que j'aurai
» à vous fréquenter vos exemples fe-
» ront des modeles pour moi , & je re-
>> garderai vos confeils comme de fideles
guides dans les jugemens que je ferai
>> affez heureux de rendre avec vous .
» Ne ferai- je point trop présomptueux
» de croire que de tels fentimens
» vous engageront à m'accorder votre
>> eftime
390 MERCURE DE FRANCE .
eftime & votre bienveillance ; permet
» tez - moi d'en avoir une idée auffi flat-
» teufe : elle naît de la juftice que vous
» ne refuſez jamais à ceux qui fçavent
>> vous refpecter.
>
Je reffens vivement le bienfait du
» Roi ; mais ce bienfait , quelque pré-
» cieux qu'il me foit par fa propre étenduë
, me fera encore d'un grand prix
» fi vous m'honorez de vos bontez , qui
» m'attacheront par les liens les plus
» étroits de la reconnoiffance à cette au-
» gufte Compagnie , dont vous êtes
» Monfieur , un Membre également re-
>> commandable , & par le mérite , &
» par la naiffance .
>
» A ce Difcours , M. le Preſident le
» Roux d'Eſneval , a répondu ainſi qu'il
» fuit au nom de la Compagnie.
"
MONSIEUR ,
» Votre merite perfonnel & les ver-
>> tus de vos Ancêtres , vous attirent une
>> grace du Roy , que la fingularité rend
» encore plus honorable . Les prémices
»de vos travaux exercez fous les yeux
» de Sa Majefté , une application fructueufe
, l'heureufe imitation des rares
talens que nous voyons briller dans
»votre illuſtre pere , tous ces avantages
Vous
FEVRIER. 1727 391
vous conduisent à la tête de ce Corps.
>>augufte , vous y trouverez , MONSIEUR ,
» de ces celebres témoins de votre capacité
»>ils font formez fur le modele fucceffif
» de ces premiers Magiftrats que le Roy
>> pere du peuple , accorda aux voeux de
>> notre Patrie ; vous y reconnoîtrez des
»coeurs imbus de principes de l'honneur ,
2
génies penetrans dans la profondeur
» des Loix ; ils vous réprefenteront la
» majefté du Sénat , ils vous feront ai-
" mer la fageffe de fes Reglemens .
» Notre principal objet eft le defir de
»la concorde , nous efperons entretenir
avec vous l'union fi convenable entre
»le Chef & les Membres , & fi necef-
» faire à la confervation du bon ordre.
>>Nous acceptons , MONSIEUR , avec
»reconnoiffance , l'augure favorable que
vous venez de nous en donner , il eſt
» auffi gracieux pour la Compagnie qu'il
weft effentiel au bien public de la Pro-
>> vince .
» Ce fait , M. de Pontcarré eft ſorti
» de fa place , a traversé le Parquet ,
>> comme il avoit fait en entrant , & eft
»allé dans le Cabinet doré ; d'où fortant
» un moment après , il eft rentré avec
» M. le Premier Préfident fon pere , qui
» a pris fa place ordinaire & lui la fienne
» de Maître des Requêtes , au- deffus de
M.
391 MERCURE DE FRANCE .
» M. le Doyen , enfuite Mrs ont monté
» à l'Audiance , où M de Pontcarré le
fils , reçû Premier Prefident en fur-
» vivance , a pris fa place de Maître des
» Requêtes , au - deffous de M. de Gaf-
» ville , auffi Maître des Requêtes &
» Intendant de la Generalité de Rouen
* & au-deffus de M. de Pontcarré de
>>Viermes fon frere , auffi Maître des
» Requêtes , étant tous trois au deffus
» de M. le Doyen.
Bien des gens ont remarqué que le
Carnaval a été plus célebré cette année à
Paris , qu'il ne l'avoit été depuis quelque
temps . Le peuple s'eft livré à la
joye plus qu'à l'ordinaire. La rue & le
fauxbourg S. Antoine étoient pleins de
monde , à pied , à cheval , & en carroffe ,
pour y voir les Mafcarades , dont quelques-
unes étoient affez plaifantes. Les
Spectacles ont paru beaucoup plus fréquentez
, & l'on a vu d'ailleurs diverfes
Affemblées avec jeu , collation , Concerts ,
Bals , & c. Les Bals publics qu'on donne
fur le Théatre de l'Opera , ont éte rendus
beaucoup plus agréables par diverfes
Mafcarades qu'on y a introduites fur la
fin du Carnaval , & qui ont fait beaucoup
de plaifir. On y a danfé , outre les Menuets
à deux & à quatre , plufieurs autres
FEVRIER. 1727. 393
tres danfes particulieres , quantité de
contre- danfes , dans lesquelles , huit ,
douze & jufqu'à feize perfonnes danſent
enſemble avec beaucoup de vivacité , &
une extrême varieté de pas & d'attitu
des. Quelques noms de ces danfes qu'on
a retenus , paroîtront peut- être affez plaifans
, comme les Rats , Jeanne qui faute,
l'Amitié , le Poivre , la Silvie , la Blonde
& la Brune , le Cotillon qui va toû
jours , l'Infulaire , la Favorite , Liron-
Lirette , la Capricieuſe , la Calotine , &c.
Nous n'avons garde en parlant des di
vertiffemens populaires du Carnaval ,
d'oublier ceux qui ont été donnez cette
année au Palais Royal , tout- à- fait dignes
du lieu où l'on a vu de fi vû pompeufes
fêtes & dignes auffi de l'augufte Princeffe
qui les ordonnoit .
S. A. R. Madame la Ducheffe d'Or
leans , dont on connoît la bonté du coeur
& la noblefle des fentimens , étant bienaife
de procurer aux jeunes Princeffes fes
filles , des divertiffemens innocens &
convenables à leurs âges & à leur haute
naiflance , fit préparer le grand Sallon
de fon Appartement , avec des gradins
à trois étages tout au tour , pour les Dames
& les Seigneurs qui devoient feulement
être fpectateurs , & quantité de
fieges au bas pour les perfonnes qui devoient
$94 MERCURE DE FRANCE.
voient danfer au Bal. Des Luftres , des
Girandolles & des Bras garnis d'un nombre
prodigieux de bougies , éclairoient
ce Sallon .
Ceft- là que quatre Bals ont été donnez
le 15. 19. 22. & 25. de ce mois ,
avec tout l'éclat , la magnificence , l'ordre
& le goût imaginable .
Mademoiſelle de Beaujollois ayant à
peine douze ans accomplis ,. & Mademoifelle
de Chartres n'en ayant que dix
& demi , un très - grand nombre de Jeunelle
à peu près de l'âge de ces Princeffes
, de l'un & l'autre fexe , qui ont
des talens pour la danfe , & des Maiſons
les plus diftinguées du Royaume , formoient
la partie la plus brillante & la
plus animée de cette magnifique Affemblé
; une feconde claffe de Danfeurs &
de Danfeufes , parmi les jeunes Seigneurs
& les Dames de la plus haute condition
de la Cour & de la Ville , faifoit une
varieté admirable , & un fpectacle fi charmant
qu'il eft impoffible de l'exprimer.
L'éclat de quantité de belles.perfonnes ,
la magnificence des habits & le vif bril
lant des pierreries dont toutes les Dames
avoient pris grand foin de fe parer , faifoient
un effet furprenant & dont les
yeux étoient enchantez.
Ces Bals , fans Mafques , commen
çoient
FEVRIER. 1727. 394
çoient après fix heures du foir & finiffoient
à dix. La prefence refpectable de
Madame la Duchefle d'Orleans , qui avec
bonté & difcernement , faifoit des politeffes
à tout le monde , rendoit ces Bals
modeftes fans être triftes ; au contraire
la guaieté paroifloit fur tous les vifages
, & quelque nombreuſes qu'ayent
été ces Affemblées , on n'y a pas vû la
moindre confufion .
Les deux jeunes Princeffes étoient pla
cées aux côtez du fauteuil de S. A. R.
& l'on peut dire que l'air noble & les
graces naturelles de ces Princeffes , attiroient
les regards de toute l'Aflemblée .
L'ouverture de chaque Bal s'eft toûjours
faite par un Menuet , danfé par Madenoifelle
de Beaujollois & M. le Comte
de la Marche , fils de M. le Prince de
Conty , âgé feulement de neuf ans &
demi , qui eft d'une extrême vivacité ,
& l'on ofe affurer fans crainte qu'on
nous accufe de flatterie , que qui que ce
foit des jeunes gens de leur âge n'a
danfé avec tant d'intelligence , de jufteffe
& de grace ; fur tout Mademoiſelle de
Beaujollois , dont l'air , les manieres &
le goût , font d'une perfonne fort audeffus
de fon âge . L'ouverture du Bal
faite , Mademoiſelle de Chartres danfoit
le fecond Menuet , & enfuite on continuoit
$ 96 MERCURE DE FRANCE.
tinuoit les danfes & les contredanfes à
la grande fatisfaction des danfeurs & des
fpectateurs.
Pendant ces Bals , des rafraîchiffemens
en très - grande abondance , & même af
fortis à l'âge des jeunes gens, furent ſervis
par les Officiers de S. A. R. qui avec
des manieres polies , prévenoient tout
le monde.
Le Lundy 24. S. A. R. donna dans le
même Sallon un divertiffement d'une autre
espece aux jeunes Princeffes & à une
très grande Affemblée , fur tout aux jeunes
gens du Bal , c'étoient les grandes
Marionettes qui jouerent parfaitement
bien , & firent un très-grand plaifir. La
Reine d'Espagne s'y trouva incognito
avec les Dames de fa fuite , & les Grands
de fa Cour.
M. le Duc d'Orleans a affifté à plufieurs
de ces Fêtes , de même que M. le
Prince de Conty.
RELATION des Ceremonies du
Baptême , de la Confirmation , de la
Veture de S. A. S. Mademoiſelle de
Vermandois , Princeffe du Sang , faites
dans l'Abbaye Royale de Beaumontles-
Tours , le 14. Janvier 1727 .
Lois Litres Cristal en forme croix
' Eglife étoit parée de riches Tapifferies ;
avec des Bras contre chaque pillier de l'Eglife
FEVRIER. 1727. 397
glife , formoient une belle illumination ; l'Autel
étoit orné de riches Châffes & de vingtfix
cierges de deux livres , chacun fur fon
chandelier d'argent & au- deffus étoient des
Girandolles garnies de bougies.
Dans le Choeur des Dames Religieufes
étoit un Dais d'une étoffe de drap d'or , fous
lequel on avoit placé le Prie Dieu de la Princelle
, il étoit couvert d'un Tapis de Velours
rouge bordé de trois galons d'or ; le fauteuil
& les carreaux étoient lemblables ; vingt deux
cierges de deux livres , chacun fer fon chandelier
d'argent , l'entouroient ; de plus cha
que Religieufe en avoit un à la main .
Toutes chofes ainfi difpofées , la Princeffe
entra dans le Choeur , ornée de cette maniere
; fon habit étoit d'une étoffe d'argent ,
garni d'un raifeau magnifique , fa Coeffure
quoique belle , n'avoit rien de mondain. Son
Alteffe alla fe mettre à genoux & fit fa priere,
enfuite M. l'Archevêque de Tours fit un Difcours
auffi éloquent que pathetique , à la fin
duquel la Princeffe s'approcha de la grille
du Choeur : M. l'Archevêque , quoique Parain
par procuration pour Monſeigneur le
Duc de Bourbon , fit auffi les ceremonies du
Baptême, qui furent fuivies de celles du Sacrement
de Confirmation : elle fut nommée ,
tant par ce Prélat , que par Madame l'Abbeffe
de Beaumont , Henriette- Loüife - Marie- Franfoife
Gabrielle : il communia enfuite la Princeffe
, pendant que l'Orgue & le Choeur
chantoient alternativement l'Hymne , Veni
Creator. La Meffe folemnelle fut celebrée par
M l'Archevêque , affifté de douze Ecclefiaftiques
, & à la fin M. l'Abbé Broffart , Grand-
Vicaire de Tours , prononça un Difcours fors
éloquent fur la Prife - d'Habit de Religion
que
398 MERCURE DE FRANCE .
t
que cette Princeffe reçut des mains de l'Abbeffe.
Enfin S. A. fit paroître dans toutes ces
Ceremonies un air de majefté qui lui eft naturel
, fa joye & fa fatisfaction paroiffoient
fur fon vilage , & elle fut l'admiration de
toute l'affemblée, qui n'étoit compofée que des
perfonnes les plus diftinguées de la Ville. La
Princeffe a fait beaucoup de prefens & donné
d'autres marques de fa liberalité.
ODE.
Que vois- je ? quel heureux ſpectacle
Frappe mon efprit enchanté ?
Eft- ce fonge ? Est - ce verité ?
Eft- ce préfage ? Eft- ce miracle ?
Non tout eft vrai dans ce fujet ;
Une PRINCESSE fait l'objet
De mon agreable ſurpriſe ;
Profternée aux pieds des Autels ,
Elle y médite une entrepriſe ,
Qui ſurprendra tous les Mortels,

Tout plaît en elle ; tout reſpire
Une tendre dévotion ,
Sa feule converfation
A certains attraits qui l'infpire ;
Cette robbe, dont la candeur
ER
FEVRIER . 1727% 399
Eft le gage de fa pudeur
La difpofe à fon facrifice ;
La Foi , l'Efperance, & l'Amour ,
La Paix unie à la Juftice ,
Sont fes guides en ce beau jour.
Sous ces aufpices favorables
Elle fe prefente au Prélat ,
1
Pour contracter avec éclat ,
Des engagemens mémorables ;
C'eſt- là qu'un faint empreſſement ,
La fait renoncer librement
Au monde , à Satan , à foi-même ;
Et que mettant le dernier fceau
4
Aux voeux facrez de fon Baptême ,
Elle reprend un coeur nouveau .
Mais que peut la foibleffe humaine à
Contre tant d'obftacles puiffans ?
Tous nos efforts font languiffans
Sans une grace fouveraine .
La PRINCESSE n'en peut douter s
Et c'est pour mieux y réſiſter ,
I Qu'elle
400 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elle reçoit l'Onction fainte ,
Qui la confirmant dans le bien ,
Lui fait enviſager fans crainte ,
Les ennemis du nom Chrétien.
Pleine d'une force nouvelle
Cette Athlete de JESUS-CHRIST ,
Ne vit plus que de fon Eſprit ,
Et lui confacre un coeur fidelle ;
Préferant le Cloître à la Cour ,
Elle le croit le feul féjour
Digne de la vertu fublime.
Tout lui dit que l'Eſprit de Dieu
Qui la remplit & qui l'anime ,
L'appelle à lui dans ce faint lieu.

A cette voix interieure ,
Elle obéit fans plus tarder ;
Rien ne peut la diffuader
De faire à Beaumont fa demeures
Elle y dépouille avec dedain ,
Les reftes du fafte mondain ,
Pour le revêtir d'un cilice ;
Aggregée
FEVRIER: 1727
Aggregée à ce chafte Choeur ,
Elle y devient fimple Novice,
Foulant aux pieds toute grandeur.
M
Semblable à la fage Marie ,
Cachée en ce facré Rampart ,
Elle prend la meilleure part ,
Qui ne lui fera pas ravie .
Que de plantes vont refleurir >
Que de fruits heureux vont meurir
Par fes foins & par fes prodiges , .
Digne Fille de Saint LOUIS ,
On la va voir ſur ſes veſtiges ,
Faire des progrès inoüis.
Fervente , auftere , infatigable ,
Douce , humble , de facile accès ,
Charitable jusqu'à l'excès ,
Et dans fes moeurs irreprochables
Elle n'a point d'autre defir ,
D'autre penchant , d'autre plaifir ,
Que de fervir ſon divin Maître ;
Elle met fon attention ,
I ij A
401 MERCURE DE FRANCE.
A faire à ce fouverain Etre ,
Une noble habitation.
Sa Cellule eft pour elle un Louvre ;
Quoique pauvre & fans ornemens ,
Rien n'approche des agrémens ,
Ni des tréfors qu'elle y découvre,
Elle y trouve un Epoux facré ,
Auffi tendrement adoré ,
Qu'il la chérit avec tendreffe.
Elle goûte en ce beau ſéjour ,
Plus de douceur , plus d'allegreffe ,
Que dans la plus brillante Cour ,
M
Soeur d'une Abbeffe , le modele
D'une illuftre Communauté ,
Elle imite fa pieté ,
Sa religion , fon grand zele;
Une égale émulation
Les porte à la perfection ,
Qui leur eft comme hereditaire :
C'eft dans le coeur , c'eft dans le fein
FEVRIER. 1727
403
De leur augufte & fage Mere ,
Qu'elles ont conçû ce deffein .
M
O vous que l'amour de ce monde,.
Et de fes dangereux attraits ,
Retient dans les funeftes rets ,
Du fiecle & de l'efprit incommode ; .
Vous qui malgré tant de revers ,
Si multipliez , fi divers ,
A ce monde élevez un Trône ,
Ofez- le bannir de vos coeurs ,
Et du milieu de Babylone ,
Euyez avec ces chaftes Soeurs
Que vos démarches font loüables ;
Et qu'elles font dignes de vous ,
PRINCESS E ! Vous ferez pour nous
Un modele des plus aimables.
Mille Vierges vont fous vos loix ,
Se confacrer au Roi des Rois ,
Et le choifir pour leur partage.
Par cet Acte fi folemnel,
I iij
Vous
404 MERCURE
DE FRANCE .
Vous avez déja l'avantage ,
Et le mérite du Carmel.
Quam pulchri funt greßus tui... Filia Principis...
Caput tuum ut Carmelus . Cant . 7 .
Le P. Jerôme de S. Michel , Prieur des Carmes
de Tours.
6:
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
Dgué de Bagnols , Chevalier, Seigneur de
Ame Anne Millet , époufe de Pierre Du-
Meridon , Montabé , les Troux , & c. mourut
le 22 du mois dernier , âgée de 86. ans ,
Le 24. du même mois , M. Patrice de Saint
Jean , natif de Mortelftown , dans la Comté
de Typperari , Diocèfe de Cashel , en Irlande
, Prêtre & Vicaire perpetuel de l'Eglife de
Paris , mourut âgé de 75. ans .
Le 1. de ce mois , M. Jean du Bois , Abbé
de Caunes , Diocèfe de Narbonne , & frere
du Cardinal de ce nom , mourut à Brive- la-
Gaillarde , âgé d'environ 62. ans ,
Le 2. Dame Marie- Catherine Voyfin , veuve
de François Phelipeaux , Chevalier , Seigneur
d'Outreville , Maître des Requêtes , mourut
âgée d'environ 39. ans.
Le même jour , Louis- Antoine- Alexandre-
François , Comte de Mirabel de Gourdon ,
Ingenieur en Chef,Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis,mourut âgé de6o. ans .
Le 6. Gille , Comte d'Hautefort , Lieutenant
General des Armées Navales du Roi ,
qui avoit été nommé pour commander PEcadre
FEVRIER. 1727. 405
cadre de douze Vaiffeaux de Guerre qu'on
arme , mourut à Paris âgé de 60. ans . Hautefort
porte d'or à trois forces de tondeur de
fable 2. & I.
M. Charles - Henry Fenel , Doyen de l'E
glife Metropolitaine de Sens , auffi recommandable
par fa pieté que par fon érudition ,
mourut à Sens le 7. de ce mois , âgé de 62 .
ans. Il a legué fa Bibliotheque au Chapitre
de la même Eglife , à condition qu'elle fera.
publique. Il étoit neveu de M. Taffoureau de
Fontaines , Evêque d'Aleth , mort depuis environ
20. ans.
Le 9. David de Peyrlongue , Ecuyer ,
Meftre de Camp , Maréchal des Logis , &
Premier Ayde-Major de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde à Cheval
du Roi , mourut âgé de plus de 60. ans.
Dame Marie de Monthomer veuve de
Louis de Saint Simon , Marquis de Saudricourt
, mourut à Paris le 14, de ce mois , âgée
de 75. ans.
Le 20. Adrien Helvetius , Ecuyer , Confeiller
du Roi , Medecin , Infpecteur General
des Hôpitaux de Flandres , Medecin de feu
S. A. R. MONSIEUR , & de feu Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , pere du Medecin du
Roi , mourut âgé de 65. ans , generalement
regretté , furtout des Pauvres , qu'il fecouroit
en plus d'une façon .
Le 18. Janvier , l'époufe du fieur Servandoni
, Peintre Italien , dont nous avons parlé
au fujet des magnifiques Decorations que le
Public s'empreffe d'aller voir à l'Opera , accoucha
d'un garçon , que le Comte de Maurepas
, Miniftre & Secretaire d'Etat , toûjours
prêt à favorifer ceux qui fe diftinguent dans
les beaux Arts , tint fur les Fonts de Baptême
I iiij
avec
.
406 MERCURE DE FRANCE.
*
avec la Ducheffe de Fitz- James. L'enfant fue
nommé Jean-Felix - Raphaël- Victor.
· Antoine Pierre Barrillon d'Amoncourt ,
Confeiller au Parlement , époufa le 3. de ce
mois Dlle Françoife - Nicolle de Landes
d'Houville. M. d'Amoncourt eft fils d'Antoine
Barrillon , Maître des Requêtes , &
d'Anne Doublet , fon époufe , & petit- fils de
feu N. de Barillon , Confeiller d'Etat Ordinaire
, & Ambaffadeur au Congrès de Cologne
, & depuis en Angleterre. Il a deux foeurs
mariées , fçavoir , Bonne Barrillon à M. le
Camus , Marquis de Bligni , & Anne- Philberte
Barrillon , à M. le Marquis de Maleiffye.
La famille de Barrillon , ancienne dans la
Robbe , a produit un grand nombre de Magiftrats
celebres dans le Confeil , & dans le
Parlement. Dans l'Eglife , on fe fouviendra
long- temps du merite de Henri de Barillon ,
Evêque de Luçon. Elle eft d'ailleurs alliée
aux plus grandes Maifons de l'Epée & de la
Robbe. Le nom d'Amoncourt vient de Philberte
d'Amoncourt , qui avoit épousé Antoine
Barrillon , Seigneur de Morangis , Confeiller
d'Etat , & Directeur des Finances , qui
n'ayant point eu d'enfans , donna fon bien à
M. de Barrillon , depuis Confeiller d'Etat , &
Ambaffadeur en Angleterre , à la charge que
lui & fes defcendans porteroient le nom &
les armes d'Amoncourt.
Madame d'Amoncourt eft fille unique de
François de Landes , Seigneur d'Houville , &
de Dame Marie- Anne Mefnard , fon épouse.
La famille de Mrs de Landes eft originaire de
Genes , d'où Pierre de Landes , noble Genois ,
vint s'établir en France fous Philippes de Valois.
Il acquit en 1354. la terre de Magnanville
, près Mantes.
Cette
1
FEVRIER . 1727. 407
Cette Maiſon a produit en 1438. un Prevôt
des Marchands , nommé Pierre de Landes .
dont la four Marie de Landes épouſa Nicolas
Rolin , Chancelier de Bourgogne , fous Philippe
le Bon , & fut mere du Cardinal Jean
Rolin , Evêque d'Autun , decedé en 1483 .
Et depuis elle s'eft partagée en deux branches
; la branche aînée a fini en la perfonne de
Guillaume de Landes , mort Doyen du Parlemem
il y a environ cent ans , lequel ne laiſſa
que deux filles , dont l'une , Marie de Landes ,
avoit épousé Chreftien de Lamoignon , Prefident
à Mortier , pere de M. le Premier Prefident
de Lamoignon , dont le feul nom fait
l'éloge.. Il voulut que fon coeur fut mis aux
pieds de la Dame fa mere , en l'Egliſe de faint
Leu faint Gilles , où le Tombeau qu'il lui
avoit fait dreffer , & qui merite la curiofité
des Connoiffeurs , fera un Monument éternel
de la charité de la mere envers les pauvres ,
& de la pieté du fils envers la mere. Son autre
fille époufa M. Briçonnet , Maître des Requêres
, & porta dans fa Maiſon la Terre de Magnanville
, qui avoit été près de trois ficcles
dans celle de Landes , dont la branche cadette
, qui a toujours été dans l'Epée , & a eu
plufieurs Emplois Militaires de diftinction ,
s'eft confervée jufqu'à préfent , qu'elle fubfifte
en la perfonne de M. François de Landes , Seigneur
d'Houville grande Terre au Pays
Chartrain , acquife par Jean de Landes , fon
ayeul .
EDITS,
408 MERCURE DE FRANCE.
kakaki
EDITS , ARRESTS
SENTENCES , & c.
RREST du 17 Septembre , portantcon
Afirmation des Privileges des Habitans des
Paroiffes Davon , Fontainebleau , Samois ,
Thomery , & Bois- le- Roy.
ARREST du 24, Novembre , qui permet
l'ufage des Bateaux fans quilles , mâts , voiles
& gouvernail dans partie des Ports & Cotes
des Amirautez de Bayonne , de Nantes , de
Grancamp & Ifigny , de Bayeux , d'Oyſtreham
, de Caën , de S. Valery en Somme , de
Dives , de Carentan , de Touques & de Honfleur.
ARREST du 31. Decembre , qui ordonne
l'execution de l'Article XXX . de l'Edit du
mois de May 1716. Concernant les amendes de
confignation du fol appel , d'infcription de
faux & autres , des Tables de Marbre &
Chambres des Eaux & Forefts.
DECLARATION du Roi , portant Reglement
entre la Chambre des Comptes & la Cour
des Aydes , fur le fait de leur Jurifdiction .
Donnée à Marly le 7. Janvier 1727. Registrée
en la Chambre des Comptes le 15. Janvier.
ARREST du même jour , qui permet aux
Redevables du Droit de Confirmation , de
payer
FEVRIER . 1727. 409
1
payer en Quittances de Gages des années
1724. 1725. & 1726 .
ORDONNANCE du Roi du même jour ,
portant revocation de celles des années 1689.
1713. & 1719. & des défenfes y contenuës ; En
confequence permet à tous François refidens
dans les Echelles du Levant , de Barbarie &
Ports d'Italie , de charger des Marchandifes
par leur compte , fur des Bâtimens étrangers
.
ARREST du même jour , qui ordonne
qu'il ne fera payé que moitié des Droits de
Marc d'Or , d'Enregistrement aux Gardes dès
Rolles , Sceau des Provifions , Reception &
Installation des Offices qui feront levez vacans
aux Revenus Cafuels de Sa Majesté pendant
le courant de l'année 1727. Et qui les difpenfe
du payement du droit de Confirmation .
ARREST du 14. Janvier , qui ordonne
que dans trois mois , pour toute préfixion &
délai , les Officiers des Bureaux des Finances
feront tenus d'envoyer aux Chambres des
Comptes , dans le Reffort defquelles lefdits
Bureaux font fituez , tous les Originaux des
Actes de foi & hommages , aveus & dénombremens
qu'ils ont reçus des vaffaux de Sa
Majefté , du paffé , jufques & compris l'année
échûë au dernier Decembre 1726. &c.
ORDONNANCE du Roi , du 15. Janvier,
pour regler le Rang & le Service des Meftres
de Camp & Capitaines Reformez des Troupes
de Sa Majefté.
ARREST du Confeil , Lettres Patentes ,
& Jugement d'enregistrement d'iceux , du 28.
Janvier
410 MERCURE DE FRANCE.
Janvier 1727. Qui commettent Monfieur He.
rault , Lieutenant General de Police , &
Meffieurs les Officiers du Siege Préfidial du
Châtelet , pour connoître des contraventions
qui feront faites dans la Ville, Fauxbourgs &
Banlieuë de Paris , à l'Edit du mois d'Octobre
dernier › concernant la prohibition du
Commerce , Port & Ufage des Etoffes des
Indes .
J'a
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde.
des Sceaux le Mercure de France' du mois.
de Fevrier , & j'ay crû qu'on pouvoit en .
permettre l'impreffion . A Paris , le 4. Mars
1727.
HARDION.
XXXXX : XXXXXXXX :XX
TABLE
Paraphrafe du Cantique des Cantiques ,
209
Lettre écrite de Tripoli de Syrie ,
220
Sonnet Italien & fa Traduction , 227
Réponse à une Queltion propofée. 229
Chant Royal ,
241
Extrait d'une Lettre écrite de Normandie, 244
Ode anacreontique , 245
Lettre fur les Bons Mots , 247
Articles du Traité entre l'Amour , l'Hymen
& la Raifon , 214
ReRemarques
fur un paffage de Martial ,
Plainte à Mercure ,
421
259
262
Harangue de Rhetorique du P. Porée , 266
Ode à une Actrice de l'Opera , 291
Projet fur un caractere nouveau l'i & l'y grec.
Enigmes
294
299
Nouvelles Litteraires , &c . Infcriptiones ad res
notabiles fpectamies , &c. 301
318
Taité des Negociations de Banque , &c. 315
Suite de l'Ouvrage fur l'Egypte , &c .
Medaille du Roi gravée en taille- douce , 332
Lettres Patentes pour l'Académie des Belles-
Lettres , à Marieille ,
Air noté & Vaudeville ,
Spectacles ,
336
34 Է
342
L'Opera de Proferpine , Obfervations , 345
Decorations nouvelles , 348
Alcette & Admete , Tragedie. Extrait , 351
Nouvelles du Temps , de Turquie , & c.
Naiflances des Pays Etrangers ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Benefices donnez ,
Reception du Premier Prefident de Normandie
,
395
;76
377
385
386
M de Vermandois , fa vêture , & c.
392
396
Ode fur ce fujet ,
398
Morts ,
404
Arrefts , Declarations , & c.
408
Carnaval , Réjoüiffances & Bals ,
Errata de Janvier.
Age 133. 1. 29. fur 40. lifez fur 140 .
P. 151, 1, 5. du bas , indifcret , i. difcret
P. 190. 1. 22. fçavoir ajoutez les Abbayes..
Fautes
412
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 215. 1.7. cherts , lifez cheris.
P. 226. 1. 6. Devichs , l. Dervichs.
P. 243. l . moulte .. moult. 4.
P. 255. l . 18. de la prendre , 1. de l'aprendre.
P. 277. 1. derniere , paffent , L. paffant.
P. 286. 1. 26, fincerité , l. ferenité .
P. 294. 1.9 . reffens . l . reçûs .
P. 328. 1.24. venir ôtez ce mot.
P. 350. L derniere , des , l . & les.
La Médaille du Roi regarde la page
L'Air noté regarde la page
332
345
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le