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MERCURE
DE
FRANCE ,
DĚDIE
AV
ROT:
JANVIER .
1727 .
QUÆ
COLLIGIT
SPARGITS
Chez
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti,à la defcente
du Pont,au coin de la rue de Nevers
à la Croix d'Or.
M. DC C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Rośa
A VIS.
La
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir fain d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
•
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
pas
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefą
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 .
fols
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
JANVIER.
1727.
**X*XX ** X *XXXXXXXXXX***
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers .
OBSE RVATIONS GENERALES
de M. l'Abbé de Saint Pierre.
Sur un Livre qui a pour titre : Traité de
la vente des Immeubles par decret ,
par M. de Hericourt , in 4. chez Cavelier
, pere fils , au Palais & ruë
S. Jacques , 1727. à Paris.
E lis avec plaifir les Ouvrages fur des
matieres importantes à la Societé ,
Turtout quand ils font écrits avec clarté,
A ij
avec
2 MERCURE DE FRANCE.
avec brièveté, avec jufteffe , avec un or
dre methodique. Et tel m'a paru en general
le livre de M. de Hericourt.
Il a pour but de donner à toutes les
Familles du Royaume , les moyens d'affurer
leurs acquifitions , foit des fonds
de terre , foit des rentes affectées fur ces
fonds , & de leur faire éviter les grands
procès , qui naiffent tous les jours entre
elles à cette occafion , ainfi l'importance
de la matiere eft évidente.
Il y a deux moyens pour parvenir à
ce but ; le premier , c'eft de donner aux
Loix faites fur ce fujet tout l'éclairciffement
dont elles ont befoin , d'expliquer
leur but & leurs motifs pour fuppléer, autant
qu'il eft poffible , à la décifion des
cas qu'elles n'ont pas encore clairement
décidé.
Le fecond moyen , c'eft d'indiquer les
Articles qui nous manquent dans nos Reglemens
fur les hypoteques , & dans nos
Reglemens fur les decrets des Immeu
bles. 1 °. Pour decider divers cas , qui ne
font point encore decidez , ni affez clairement
, ni d'une maniere qui foit affez
autentique pour avoir force de Loi . 2º .
Pour remedier à divers inconveni ns de
la procedure , qui ruinent & les debiteurs
& leurs derniers creanciers , pour enrichir
les Officiers de la Justice.
JANVIER 1727.
Il a , ce me femble , bien rempli le
premier point , & , à ce que j'ai oui dire ,
beaucoup mieux que ceux qui l'ont précedé
; mais il n'a proprement fait qu'effleurer
le fecond : car de quatorze Chapitres
, dont fon Ouvrage eft compofé, il
en a employé treize à éclaircir les Loix
faites , il n'a pas même mis en forme d'articles
ceux qu'il croiroit neceffaires de
faire paffer en forme de Loi , & il n'a
employé que le troifiéme Chapitre à
montrer la neceffité de former de nouveaux
articles pour compofer un nouveau
corps de Loi fur les hypoteques , il y a
feulement indiqué un ancien Edit qui fut
fagement publié , il y a plus de so . ans ,
fur cette matiere , & qui fut revoqué fans
raifon fuffifante , au lieu d'avoir été perfectionné.
. Cependant j'ofe dire , que par rapport
à la plus grande utilité de la Societé
, il eft beaucoup plus important pour
l'avenir , de montrer en détail la neceffité
d'ajoûter tels & tels articles à la Loi ,
& d'en retrancher tels & tels autres, qu'il
n'eft important de donner des éclaircif
femens aux articles , qui font déja faits
& qui n'ont pas toute la perfection qui
feroit à fouhaiter : or c'eft pour encourager
l'Auteur à achever fon Ouvrage
A iij par
MERCURE DE FRANCE.
par un Supplément, que je ferai les Ob
fervations fuivantes.
1º . Je demanderois dans ce Supplé
ment un Difcours general fur l'utilité
du projet de l'Edit des Greffes des hypoteques
, où l'Auteur montreroit en détail
les grands avantages qui en reviendroient
au Public .
2. Une ample expofition de tous les
articles de ce projet , avec les raiſons &
motifs fous chacun des articles , où il
marqueroit ceux qu'il croit qu'il feroit à
propos d'y ajoûter , & ceux qu'il croit
qu'il feroit à propos d'en retrancher , &
il mettroit fous chacun les motifs , foit
de l'addition , foit du retranchement.
3.Un cahier d'Objections & de Réponſes
pour achever d'éclaircir la matiere
.
4°. Un Difcours general pour mon
trer l'utilité de ramafler en une Loi tous
les articles de diverfes Loix fur la vente
des Immeubles par decret , afin de
la rendre uniforme par tout le Royaume .
5 ° . Le projet de la Loi , ou Reglement
general pour les faifies & ventes
des Immeubles par decret , avec les motifs
fous chaque article.
6. Un cahier d'Objections & de
afin de ne rien laiffer à
Réponses
éclaircir.
,
Un
}
JANVIER 1927.
Un pareil travail fait par une auffi bonne
main , en procurant un jour au Pu
blic deux Loix auffi avantageufes , affureroit
à l'Auteur une glorieufe immor
talité , & ce Supplément pourroit être
regardé comme une fuite du projet pour
diminuer les fources des procès , dont le
Public defire tant l'execution .
Le projet de l'établiflement des Greffes
des hypoteques , qui ne put , fous le
Regne precedent , prendre racine en
France , a paffé la mer , & a pris raci
ne dans plufieurs des Comtez d'Angleterre
, & entr'autres dans le Comté de .
Middlefex. J'en ai fait venir d'Angleterre
l'Edit de la Reine Anne de 1709.
& les formules pour l'execution de cet
Edit. Je les ai fait traduire de l'Anglois,
dans le deffein de travailler fur cette matiere
; mais comme j'ai d'autres travaux
encore plus importans à achever , je donnerai
volontiers à M. de Hericourt , ou
à d'autres , des copies de ces traductions,
afin qu'ils puiffent , pour notre utilité
commune , revendiquer des Anglois notre
ancien projet de 1673. & nous , faire
profiter des lumieres de cette Nation .
Les Loix font les Ouvrages les plus
precieux de la raifon humaine , qui a
toujours pour but la plus grande augmentation
du bonheur de la Societé ; mai
A iiij com
8 MERCURE DE FRANCE.
comme la raifon fe perfectionne & augmente
tous les jours en lumieres & en
connoiffances , foit par les nouvelles experiences
, foit par les nouvelles reflexions
il eft abfolument neceffaire de
perfectionner nos Loix , à mesure que
notre raifon fe perfectionne ; or le meilleur
moyen de les perfectionner davantage
, en moins de temps , & avec plus de
feureté , c'eſt d'en expofer les projets au
Public , munis de demonftrations des
motifs : car quand il s'agit de propofer des
additions ou des corrections aux Loix ,
il faut des demonſtrations veritables &
des réponſes ſolides aux objections : mais
comment obtenir ces objections du Public
, fans lui communiquer les projets
par l'impreffion.
J'approuve fort l'avis de feu M. de
Fourcroy , qui ne vouloit point d'excep
tions dans la Loi des Greffes des hypoteques
; M. de Hericourt en fournita facilement
de bonnes raifons , & levera
fans peine les prétendus obftacles.
Le plus difficile eft de faire enforte ,
que les droits de Contrôle & d'Infinua .
tion fuffent payez à ces Greffes ; car il
faut vifer 19.à conferver les droits du
Roi , c'est- à -dire , le Subfide neceſſaire
pour operer la confervation & la plus
grande profperité de l'Etat ; 2 ° . à en faciliter
JANVIER. 1727.
ciliter même la perception ; 3 ° . à rendre
les Contrats de conftitution , & les
Actes de proprieté , plus feurs & d'un
commerce plus aifé .
Il y a trois inconveniens , qui font
un grand tort aux derniers creanciers des
terres faifies en decret , & qui les empêchent
d'être payez , & qui par confe
quent font grand tort au debiteur faifi ;
le premier , c'eft que jufqu'à prefent on
n'a pas la permiffion de divifer les grandes
terres ; le fecond , il eft établi que
l'Adjudicataire doit payer le prix en argent
comptant ; qui eft fouvent trop rare
; le troifiéme , les decrets durent trop
long-temps , les terres déperiffent , & les
frais augmentent trop.
On peut remedier au preinier inconvenient
en donnant la liberté au faifi & à
tout creancier , de requerir da Juge que
les biens faifis feroient encheris par fiefs ,
par morceaux , par Métairies , par Fer
excepté certaines chofes indivifimes
bles.
>
On peut remedier au fecond inconvenient
par un Edit qui donneroit la liberté
d'encherir à charge de conftituer le
prix en rente au Tarif du Roi , à quiconque,
pour répondre de cette rente , auroit
déja autant de revenu libre en fonds de
terre , que la rente qu'il prendfoumiſſion
A v de
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
de payer par fon adjudication.
Il eft plus difficile de remedier au troifiéme
, mais il n'eft pas impoffible . Par
exemple , il faudroit 1 ° . que le faififfant
fur privé de vacations . 2 ° . Qu'il fut permis
aux derniers creanciers de créer un
Syndic entre eux , qui feroit en droit de
demander à être préferé à la pourſuite du
decret. 3°. Que quiconque par un appel
voudroit arrêter la vente & adjudication
, feroit obligé de configner une fomme
limitée
par Le Juge , & proportionnée
an tort que le délai d'un an peut caufer
aux creanciers. 4° . Que toutes les pourſuites
jufqu'à l'adjudication finale fe feroient
nonobftant l'appel. 5º . Qu'il n'y auroit .
qu'un feul appel à juger , quoique de la
part de divers appellans & pour divers
griefs. 6. L'établiſſement des Greffes
des hypoteques pourroit difpenfer des
criéées & publications , parce que tous
les oppofans & creanciers feroient avertis
à leur domicile du jour & du lieu de
l'adjudication , pour y faire trouver fuffifamment
d'encheriffeurs. C'est ce qu'a
fort bien remarqué M. de Hericourt . 7°.
11 feroit à propos que les conditions de
chaque adjudication fuffent imprimées,
c'eft à - dire , le dénombrement de la chofe
à adjuger avec lescharges & fervitudes
foncieres , & les autres conditions 2.
&
JANVIER. 1727. II
& qu'il n'y eut à remplir que la fomme
payable en rente rachetable aux creanciers.
Je donnerois bien les motifs de ces are
ticles du Reglement , que je propofe
mais je n'ai entrepris qu'une chofe dans
ce Membre , c'eft d'encourager , felon
mon pouvoir , un homme auffi laborieux
& auffi habile que M.de Héricourt à achever
par un bon Supplément , un Ouvrage
très-important au bien public , &
qn'il a déja ſi bien commencé.
A Paris , au Palais Royal, le 24. Dea
sembre 1726 .
******************
LE DIVORCE DE L'AMOUR
V
ET DE L'HYMEN E' E.
A IRIS.
Qus , qui des Loix de l'Hymenée ,
Sçavez fibien tous les malheurs ,
Et qui fouvent parmi vos pleurs ,
Avez maudît la deftinée :
Qui fçut vous choisir un Epoux ,
Malgré l'Amour & malgré vous ,
A vj Belle
12 MERCURE DE FRANCE.
Belle Iris , les malheurs des autres
Doivent vous confoler des yôtres :
C'eſt un deftin commun à tous,
Amour & l'Hymen en querelle ,
Depuis un temps ſont ſeparez ,&
Lifez- en dans cette nouvelle ,
L'Hiftoire quevous ignorez.
Jadis l'Amour & l'Hymenée ,
Etoient freres & bons amis.
Trop heureux dans leur destinée ,
Ceux à qui le Ciel a permis ,
De voir la faifon fortunée ,
Où parmi les noeuds les plus doux ,
Une ardeur toujours mutuelle ,
Toujours tendre & toujours fidelle ,
Confondoit l'Amant & l'Epoux
Si- tôt l'Amour dans une ame, que
Avoit fait naître quelque flâme ,
Hymen venoit la couronner ,
Ces Dieux ainfi d'intelligence ,
Entre deux coeurs faifoient regner
La paix , la joye & l'innocence ;
Mais l'union de deux enfans ,
Egaux
JANVIER 1727. T3
Egaux en attraits , en puiſſance',
Ne pouvoit pas durer long-temps.
Ce fut aux Noces d'Elifene ,
Qu'époufoit l'amoureux Ifmene ,
Qu'on les vit la derniere fois ,
Unir leur pouvoir & leurs droits.
Cette Nôce fut d'importance ,
Deux Rois peres des deux Amans ,
Pour montrer leur magnificence ,
Celebrerent leur alliance ,
Par mille divertiffemens.
Pour faire honneur à la Couronne ,
L'Amour & l'Hymen en perfonne ,
Vinrent pour ferrer les beaux noeuds ,
Qui lioient ces Amans heureux ,
Jamais leur amitié fidelle ,
Ne parut tant que dans ce jour ,
Et jamais , la voyant fi belle ,
On n'eut crû qu'Hymen & l'Amous ,
Puffent un jour être en querelle.
Lorfqu'on mena les deux Epoux ,
Pour affifter au facrifice ,
Dont l'effet heureux & propice ,
Aux
14 MERCURE DE FRANCE
Aux voeux des Amans eft fi doux ,
Ces jeunes Dieux pleins d'allegreffe .
Charmerent par cent tours d'adreffe ,
Les yeux du Peuple & de la Cour.
Tantôt l'Hymen , tenant Ifmene ,
Laiffoit Elifene à l'Amour ,
Et tantôt lui - même à fon tour ,
Folâtroit avec Elifene :
Quelquefois tous deux embraſſez ,
L'air enfantin , la treffe blonde ,
Changeant d'armes & de flambeau ,
Ils tromperent fi bien le monde ,
Par,un efacle fi nouveau ,
Que cent fois dans cette journée ,
On prit l'Amour pour l'Hymenée ,
Et cent fois dans le même jour ,
L'on crut qu'Hymen étoit l'Amour.
Le vieux Roi , pere d'Elifene ,
Rayi de voir fa fille Reine ,
Et que les Dieux fi bien unis ,
La combloient de biens infinis ,
Songeant à fa derniere fille ,
Pfiché
JANVIER. 1727. re
Pfyché , l'honneur de fa Famille ,
Le foir , quand on fut au feftin ,
Il les prit tous deux par la main ,
Et fit entr'eux affeoir la Belle ,
Croyant par ce prefage heureux ,
Les obliger d'être pour elle,
Encore mieux unis tous deux.
Pfyché brilloit de mille charmes ,
Tous les coeurs lui rendoient les armes ;
Et la voyant en un moment ,
Chacun d'eux devint fon Amant.
Amour fujet au badinage ,
Folâtroit , parloit , la baiſoit ,
Hymen plus difcret & plus fage
La regardoit & fe taifoit,
Leur flâme commençoit à peine ,
Que l'on en remarqua l'ardeur ,
Et menant coucher Elifene ,
On s'apperçût de leur froideur.
L'Epouſe marchant la premiere ,
Ils regardoient toujours derriere ,
Pour trouver les yeux de Pfyché ;
Et laiffant la Ceremonie ,
Si -tôt
16 MERCURE DE FRANCE:
Si-tôt que l'Epoux fut couché ,
Ils fe faufferent compagnie :
Ainfi de deux freres amis ,
La Beauté fit deux Ennemis ;
D'abord leur ame fut faifie ,
Et de haine & de jaloufie ,
Et le voyant Rivaux tous deux ,
Chacun fongea , faiſant myſtere ,
Aux moyens de fe rendre heureux ,
Sans en dire mot à fon frere.
Hymen rempli de bonne for ,
Crut , s'adreffant au parentage ,
Que demandant Pſyché , le Roi
Confentiroit au mariage ;
Et l'Amour s'affurant du coeur ,
Fier de fes traits & de fes armes ,
Crut auffi que tout fon bonheur
Ne dépendoit que de fes charmes.
Hymen rempli de ſon deſſein ,
Vit le Roi dès le lendemain ,
Et demanda Pfyché pour femme.
Le Roi le voyant fans l'Amour ,
Et craignant leur rivale flâme ,
Le
JANVIER 17 1727.
Le remit à la fin du jour,
Afin qu'un Oracle fidele ,
Dans un état fi dangereux ,
Lui pût montrer lequel des deux ,
Pfyché devoir prendre pour elle
Ou lui déclarer que la Belle ,
Pour remettre la paix entr'eux
Ne feroit à pas un d'eux.
Amour averti de l'affaire ,
Vers Apollon fe tranſporta ,
Tant d'amitié lui proteſta ,
Qu'il l'engagea dans le miftere :
Et ce Dieu , pour plaire à ces voeux
Rendit cet Oracle fameux ,
Que Pfyché, cet objet aimable ,
Conduite en un defert affreux ,
8
Attendroit un monftre effroyable ,
Que tous les Dieux dans leur courroux ,
Avoient choifi pour fon Epoux.
Le Roi ; comme pieux & fage ,
Obéit , quoiqu'outré de rage.
Pfyché, à la fleur de ſes ans ,
Fut conduite en trifte équipage ,
Dans les bras du Dieu des Amans.
Hymen
18 MERCURE DE FRANCE
Hymen affligé de l'Oracle ,
Et du cruel Decret des Dieux ,
La perdant fans y faire obftacle ,
La fuivoit les larmes aux yeux :
Et l'Amour caché dans la preffe ;
Rioit des pleurs & des foûpirs ,
Qu'Hymen donnoit à la Princeffe ,
Qu'il alloit combler de plaifirs.
Ah ! que ce Dieu trouva de charmes ,
A voir l'Hymen plein de douleur ,
Qui donnoit à Pfyché des larmes ,
Qu'il ne devoit qu'à fon malheur.
La nuit vint , Pfyché fut laiffée ,
Avec la cruelle penſée .
Qu'un Monftre l'alloit devorer ;
Mais l'Amour en des lieux fi fombres ,
Parmi le filence & les ombres ,
Prit le foin de la raffurer.
Dans une demeure enchantée ,
Au milieu de tous les plaifirs ,
Sur l'aîle des jeunes zephirs ,
Elle fut doucement portée ;
Et c'eft dans cet heureux féjour ,
Que fans Parens , fans Hymenée ,
Seule
4
JANVIER. 19
1727.
Seule , contente & fortunée ,
Elle fe rendit à l'Amour.
Ce Dieu dans ce lieu folitaire ,
Goutant le plaifir du miſtere ,
S'apperçût de tout fon pouvoir ,
Et s'étonna de fa foibleffe ,
D'attacher toûjours la tendreffe ,
Aux loix d'Hymen & du devoir.
La nuit , leur feule confidente
Cacha leurs feux d'un foin difcres ;
Mais Pfyché fe voyant contente ,
Ne pût pas garder ſon ſecret ,
Voulant que fa foeur Elifene
Fut témoin de tant de grandeur,
Elle fit venir cette Reine ,
Et lui déclara fon bonheur ,
Ignorant encor fon vainqueur ,
Hymenée , à cette nouvelle ,
Commença de voir fon erreur ;
Et par un confeil plein d'horreur ,
Il fit tant enfin que par elle ,
Il fit découvrir que l'Amour
Voyoit Pfyché dans ce féjour.
D'abord il avertit fa mere ,
Que
MERCURE DE FRANCE,
Que fon frere s'étoit caché.
Venus inftruite de l'affaire ,
S'en prit à la feule Pfyché.
Par plus d'un tourment effroyable ,
Elle crut la faire mourir.
Le pauvre Amour inconfolable ,
Gémiffoit de la voir fouffrir ;
Et plein d'une jufte colere ,
Jura le Styx , ferment des Dieux ,
Qu'il n'iroit plus avec fon frere ,
Et qu'il le fuiroit en tous lieux.
D'un autre côté l'Hymenée ,
Et plus modefte & plus difcret ,
Voyant fa trifte deſtinée,
Ne jura pas moins en fecret ,
Et fe promit pour fa vengeance ,
De tourmenter & défunir
Tous ceux qu'Amour par fa puiffance
Prétendroit joindre à l'avenir .
Auffi-tôt la troupe immortelle ,
Inftruite de cette querelle ,
Mariant l'Amour à Pfyché,
Croyoit raccommoder l'affaire;
Mais les Dieux ne le pouvoient faire ,
LG
JANVIER 1727. 21
હું
Le mot du Styx étoit lâché :
De ce ferment inviolable ,
Amour prétexta fon courroux ,
Et demeurant inébranlable ,
Il ne voulut point être Epoux :
Pfyché demeura fa Maitreffe ,
Jamais Epoux , toujours Amans ,
Unis par leur feule tendreffe ,
Ils curent de fi doux momens ,
Qu'Amour , pour tenir fa promeffe ,
N'eut plus befoin de fes fermens.
Il commença lors de connoître ,
Ledoux plaifir d'un feul Maître ,
Et de regner feul fur les cours ;
Et flatté de tant de puiſſance ,
Il ne gouta plus de douceurs
Que celles de l'indépendance.
Hymen d'abord dans fon courroux
Crut fe rendre bien redoutable ,
Donnant de fa main un Epoux ,
Pour rendre un Amant miferable.
Mais quand il vit fes plus beaux jours ,
Marquez de foupirs & de larmes ,
Et que l'Amour venoit toûjours,
22 MERCURE DE FRANCE .
2
Y mêler de triftes allarmes ,
Il connut que fes plus doux noeuds ,
Lorfque l'Amour ailleurs engage ,
N'avoit au plus que l'avantage
De faire bien des malheureux.
N'ofant lors montrer fa foibleffe ,
Afin d'avoir toûjours la preſſe
A fes triftes folemnitez ,
Il fçut ajoûter par adreffe ,
Ces folles inégalitez ,
De rang , d'état & de richeffe ,
Et mit encore à fes côtez ,
La raison , l'honneur , la Sageffe ;
Mais l'Amour , malgré tant d'appui ,
Fut feul encor plus fort que lui.
Il rit de leurs folles intrigues ,
Dédaignant l'Hymen & fes brigues ,
Et loin d'en être plus foumis ,
Il fe flate de plus de gloire ,
A remporter feul la victoire ,
Sur tant de puiffans ennemis .
Voilà la fource infortunée ,
D'où naquit la divifion ,
Qui rompit la belle union
De
JANVIER. 1727. 23
De l'Amour & de l'Hymenée ;
Le temps n'a fait que l'augmenter ,
Tous deux appliquez à fe nuire ,
Et travaillant à fe détruire
Se plaisent à fe tourmenter.
On ne les voit jamais enſemble ,
Les Epoux que l'Hymen affemble ,
Sont à peine unis un feul jour ,
Amour les quitte ou les fépare ,
Et l'Hymenée auffi barbare ,
Si-tôt qu'il peut avoir fon tour
Sépare ce qu'unit l'Amour.
Que d'ennuis , de maux & de plaintes
Que de tourmens & de contraintes ,
Leur querelle nous coûte à tous ,
Et que ces Dieux par leurs caprices ,
Caufent de rigoureux fupplices ,
Aux Amans , ainfi qu'aux Epoux !
Mais l'Hymen , quoiqu'il puiſſe faire ,
Eft toûjours le plus malheureux ,
Tout le monde maudit fes noeuds ,
Parce qu'Amour leur eft contraire ;
Sans ce Dieu , les plus doux momens
?
24 MERCURE DE FRANCE.
Sont pleins de troubles & d'allarmes ,
Et l'Amour feul avec fes charmes ,
Suffit au bonheur des Amans.
Profitez de cette querelle ,
Vous que l'Hymen fit tant fouffrir
Que l'on yous vit prête à perir
Sous fa loi pénible & cruelle ;
Et pour vous venger dès ce jour ,
Prenez le parti de l'Amour.
XXX:XXXXXXXXX:XXX
SUITE de l'Hiftoire de l'Aveugle
Clair- Voyant.
Es avantages qu'Ofmin avoit déja
remportez fur les Parthes , furent
enfin couronnez par une victoire des plus
complettes . Il trouva-le fecret de les environner
fi bien de toutes parts , qu'ils
n'euffent plus le pouvoir de combattre
en fuyant comme ils avoient accoûtumé
de faire ; il gagna fur eux une bataille ,
où leurs meilleures Troupes furent taillées
en pieces . Mais qu'il paya cher cette
gloire !
Les Perfans en flez de leurs profperitez
, ne donnerent point de bornes à leur
colere
JANVIER. 1727.
2.5
colere , jamais victoire ne fut fi fanglante
que celle qu'ils venoient de remporters
Olmin s'en propofa une plus difficile,
que la premiere , ce fut de triompher
d'une fureur qu'ils portoient trop foin.
Dans cette penfée il s'avança vers une
Tente , d'où mille cris plaintifs s'éleverent
tout- à- coup jufqu'au Ciel . La richeffe
de cette Tente & les efforts redoublez
qu'on faifoit pour en deffendre.
l'entrée aux Soldats tout degoutant de
fang & alterez de burin , lui firent juger
que les perfonnes , qui dans ce funefte mo
ment imploroient l'affiftance des Dieux ,
étoient d'un rang à mériter la fienne. Il.
hâta fes pas , & d'une feule parole ayant
fufpendu la rage de ceux qui affiegeoient
cette Tente , il y entra. Le chef des Parthes
qui en fermoient l'entrée , voyant
qu'Olmin n'avoit rien moins que l'apparence
d'un Vainqueur furieux , fe rendit.
fon prifonnier de guerre & l'introduifit
lui- même dans la Tente ; c'étoit là que
le Dieu d'Amour l'attendoit pour lui faire
payer un tribut que toute la Nature lui
doit , & dont le coeur d'Olmin s'étoit
diſpenſé jufqu'à ce jour fatal. Une jeune
Princeffe vint tout- à - coup frapper fes
yeux ; elle étoit couchée fur un lit de
repos , entourée de toutes fes filles, dont la
moins hardie étoit réfolue à fe donner
B la
26 MERCURE DE FRANCE.
que
la mort plutôt que de perdre ce qu'elle
croyoit plus précieux que la vie. La Prin
cefle dont je viens de parler , s'appelloit
Axiane ; Oſmin ne la put voir fans ſentit
des mouvemens qui lui avoient été.
inconnus jufqu'alors ; il fe jetta à fes pieds
pour lui demander pardon de la frayeur
mortelle fes Soldats lui avoient cau- .
fée. La Princeffe le pria de fe relever
& jettant les yeux fur lui , elle fut agrea-,
blement furpriſe de ne voir , au lieu d'un
Vainqueur farouche , qu'un genereux défenfeur,
Cette premiere vûë ne fut pas .
fans émotion de fa part , elle le remercia
de la protection qu'il accordoit à de malheureuſes
captives ; Ofmin lui répondit
qu'elle avoit droit de commander par tout
où elle étoit , & lui jura une profonde
foumiffion à tous les ordres ; ces paroles,
furent interrompues par un bruit foudain
qui obligea Axiane de tourner la
vûë du côté d'où il partoit ; » Ah ! Sei-
» gneur,
s'écria- t-elle en s'adreffant à Of
»min , fauvez mon Pere , fi vous voulez
» que je vive , on lui va donner la mort ,
volez à fon fecours.
Ofmin n'eut pas plutôt entende ce
qu'Axiane lui difoit , qu'il alla fe précipiter
entre les épées dont la pointe étoit
tournée contre le fein d'Arafpe , c'étoit
Le nom du Pere d'Axiane . Son plus cruel
ennemi
JANVIER . 1727 . 27
nenemi étoit un Seigneur Perfan , dont
Arafpe avoit tué le frere dans le combat.
Ofmin para d'une main le coup mortel
qu'il alloit porter au pere d'Axiane , &
l'obligea de fe retirer avec tous ceux
.qui fecondoient fa fureur.
La reconnoiffance dont Axiane fut pénetrée
par un fecours qui lui rendoit l'auteur
de la naiflance , difpofa fon coeur
à un amour qui ne devoit finir qu'avec
fa vie.
Ofinin de fon côté éprouva ce qu'il
n'avoit jamais fenti. Quoique la Princeffe
ne fut pas d'un rang égal à celui de
Rofemonde , il ne laiffa pas de préferer
fes charmes à tous les Empires de la terre,
l'ambition ceda pour quelque temps à
1Amour ; mais nous la verrons rentrer
dans fes droits , & redemander un coeur
qui lui avoit toûjours été dévoilé .
Ofmin déclara fa paffion à Axiane ;
cette Princefle en reçût d'abord l'aveu
avec la fierté fi naturelle à fon fexe .
mais elle s'y accoûtuma fi bien , qu'elle
permit à Ofmin de tâcher d'obtenir de
fon pere une poffeffion , qui étoit l'objet
de leurs plus chers defirs.
Arafpe avoit trop d'obligation à fon
genereux deffenfeur , pour ne le pas accepter
pour gendre ; il confentit même
qu'Olmin n'épousât la fille qu'en fecret,
Bij fans
18 MERCURE DE FRANCE.
fans approfondir les raifons qu'Ofmia
pouvoit avoir de ne point faire d'éclat.
Cependant l'hyver approchoit , & il
étoit temps que les Troupes de part &
d'autres fe retiraffent pour attendre de
Rouveaux ordres de leurs Maîtres . Of
min étoit fi enyvré de fon bonheur prefent
, qu'il ne prévoyoit pas les malheurs
à venir , mais à mesure qu'il approchoit
Ifpaham la trifteffe s'emparoit de fon
coeur ; Axiane fut la premiere à s'en appercevoir
, il lui diffimula la veritable caufe
autant qu'il lui fut poffible , mais il
fallut enfin ne lui rien taire. Il étoit déja
à une journée d'Ifpaham , le Roy le
croyoit marié avec la Princeffe Elixene ,
il falloit lui laiffer fon erreur ou perdre
Rofemonde & fe perdre lui-même. Le
ferment qu'il avoit exigé d'Elixene le condamnoit
àun filence éternel , à moins qu'on
ne lui permit de parler. Il falloit donc cacher
ce grand myftere à Axiane , & il ne
le pouvoit qu'en lui difant qu'il étoit l'époux
d'une autre. Quelle alternative !
Il franchit enfin une démarche que la neecffité
exigeoit de lui .Que devint Axiane
quand elle apprit qu'Olmin l'avoit trompée
, & qu'il étoit déja à une autre avant
qu'il fe donnât à elle. Elle l'accabla de
reproches & d'imprécations , elle implora
la vengeance des Dieux contre le perfide
qui
JANVIER. 1726. 29
•
qui l'avoit deshonorée , & qui lui étoit
encore plus cher que tout le refte des
homines.
Ofmin n'étoit pas moins accablé qu'elle,
il étoit forcé de fe déclarer coupable
d'un crime qu'il n'avoit pas commis , il
n'ofoit même lui faire entrevoir qu'il ſe
juftifieroit un jour ; ç'auroit été revelet
à demi un fecret qu'un ferment terrible
devoit rendre inviolable. Il lui jura pourtant
qu'il ne l'avoit jamais tant aimée
qu'au moment qu'il lui déclaroit qu'il
étoit engagé avec une autre ; il la pria
de ne point éclater ni devant fon pere
ni à la Cour du Roy de Perfe . Elle lui
promit tout ce qu'il exigea d'elle , de peur
d'expofer les jours de ce perfide époux .
Mais cela ne fuffifoit pas à Olmin ;
i
ne pouvoit point douter qu'Arafpe n'éclatât
dès qu'il apprendroit que fon gendre
prétendu étoit lié d'une éternelle
chaîne avec la niece de la Reine . Cette
derniere difficulté l'obligea à prendre un
parti violent ; ce fut de faire empriſon
her Arafpe auffi-tôt qu'il feroit arrivé à
Ifpaham , fous prétexte qu'il étoit dangereux
de lui laiffer une liberté dont il
pourroit le prévaloir contre le Roy de
Perfe.
Ce projet eut un fuccès tel qu'il fe l'étoit
promis. Arafpe fut enlevé par l'or-
Biij dre
30 MERCURE DE FRANCE.
dre du Roi , fans fçavoir quel étoit for
crime. Ofmin en témoigna de l'étonnement
, & raffura Axiane , en lui difant
qu'il feroit revoquer un ordre qui avoit
peut-être été furpris par celui dont Arafpe
avoit tué le frere .
Jufques là Olmin n'étoit criminel que
dans l'efprit d'Axiane ; mais il le devint
bien- tôt veritablement , par le retour de
cette même ambition qu'il fembloit avoir
facrifiée à l'amour. Rofemonde lui fit
entendre qu'il n'avoit plus qu'un pas રે
faire pour monter fur le trône des Perfans.
Il fut lui - même témoin des voeux
que les Peuples faifoient pour fon couronnement
on parloit ouvertement contre
Bafté , dont l'aveuglement le rendoit incapable
de gouverner. La derniere victoire
d'Ofnin étoit generalement applaudie
, & tout le monde ſouhaitoit qu'il fut
couronné avec Elixene, qu'on croyoit ſon
épouſe.
Les charmes d'Axiane , dont il étoit
encore enchanté , tout devoré qu'il étoit
de fon ambition , lui firent trouver Roſemonde
plus laide qu'elle ne lui avoit
paru avant qu'il eut fenti les premiers
traits de l'amour ; mais par malheur
il revit Elixene. Ses yeux difpofez
par fon premier engagement à porter jufqu'au
fond de fon coeur l'impreffion que
doit
JANVIER 1724. 1727. *31
doit faire un objet aimable fur tous ceux
qui font capables de s'enflammer , décou
vrirent des attraits dont ils avoient juſ◄
qu'alors ignoré la puiffance. Elixene n'étoit
pas plus belle qu'Axiane , mais elle
avoit un Sceptre à donner , & l'amour
fortifié de l'ambition l'emportoit fur l'amour
feul.
Rofemonde s'apperçut avec douleur
de fon indifference ; elle fe flatta cepen →
dant que ce coeur tout occupé de fa nou
velle gloire , lui rapporteroit les mêmes
hommages qu'il lui avoit rendus avant
que la victoire l'eut enorgueilli. Elle vit
avec quelque jaloufie qu'il s'attachoit à
Elixene plus qu'il n'avoit jamais fait
mais le nom de fon époux , qu'il portoit ,
autorifoit ſes affiduitez , & Roſemonde
s'imagina fans peine que c'étoit pour
mieux tromper le Roi & toute la Ĉour
qu'il affectoit plus d'empreffement pour
elle.
Il n'en fut pas de même de l'inconnu
Oronte. Rien n'échappe à des yeux jaloux
;les nouveaux foins qu'Ofmin rendoit
à fon Amante lui devenoient de jour en
jour plus fufpects. Il s'en plaignit à Elixene
, qui ne pût s'empêcher de lui avoüer
qu'elle avoit les mêmes foupçons que
lui ; mais que ce qui l'en détournoit un
peu , c'étoit un autre amour , dont quelques
B
iiij
§ 1 MERCURE DE FRANCE.
ques Chefs de l'armée l'avoient inftruites,
Ils avoient crû , la croyant époufe d'Ofmin
, qu'il étoit de leur devoir de l'avertir
de fon infidelité , & de lui apprendre
qu'il étoit éperdument amoureux de fa
captive Axiane.
Oronte ne prit pas le change fur ces
amour d'un vainqueur pour une prifonniere.
Il voulut pourtant éprouver s'il
étoit auffi ardent qu'on l'avoit voulu perfuader
à Elixene . Il découvrit à cette
Princeffe l'épreuve qu'il en vouloit faire :
c'étoit de feindre d'aimer Axiane , & de
la vouloir époufer. Elixene étoit fi convaincue
de l'inviolable fidelité d'Oronze,
qu'elle confentit fans peine à un ftratagême
qui auroit été dangereux pour un
coeur moins conftant que celui de fon ai--
mable inconnu.
Axiane reçut les premieres déclara
tions d'amour qu'Oronte lui fit avec une
fierté digne de fon rang , & de fon engagement
fecret ; mais l'inconnu lui ayant
fait connoître que fes intentions étoient
pures , & que fon amour n'avoit que
Thymen pour objet , elle parut moins irritée
; elle affecta même quelque penchant
à accepter la main qu'on lui préfentoit
, pourvû que ceux de qui la fienne
dépendoit y confentiffent. Elle fit ensendre
à Oronte que c'étoit de fon pere
qu'elle
JANVIER. 1727. 33
qu'elle parloit , mais c'étoit d'Ofmin
dont elle voulut mettre le coeur à cette
derniere épreuve car elle ne doutoit
point qu'il ne l'aimât encore.
Elle penfoit jufte . Ofmin reçût avee
des tranfports jaloux la propofition qu'elle
lui fit , de fe donner à Oronte . Que
vous êtesinjufte , lui dit- elle , de ne vou
loir pas que je fuive l'exemple que vous ·
me donnez ! Que vous êtes cruelle , lui
répondit - il , de vouloir paffer dans les
bras d'un autre après vous être donnée à
moi Je fçai bien , continua - t - il , que
cette injuftice que vous me reprochez eft
un crime que je ne puis excufer ; mais le
violent amour qui me l'a fait commettre ,
ce crime involontaire , fubfifte encore..
J'ai trahi Elixene pour vous avoir trop
aimée , je ne pouvois vous poffeder qu'en
Vous trompant ; & je ne puis vous ceder à
un autre fans mourir de douleur , de rage
& de defeſpoir.
1
Axiane ne pût foutenir plus long- temps
une converfation fi peu raisonnable ; cependant
, toute outragée qu'elle étoit
elle ne laiffa de gouter la fecrette
PAS
douceur d'être encore aimée de fon infidelle.
Dès qu'elle revit Oronte , elle lui
fit entendre que fon pere ne vouloit pas
confentir à fon hymen . Oronte n'y fur
pas trompé il fçavoit bien
que fon pers
B. v. étant
4
34 MERCURE DE FRANCE :
étant prifonnier d'Etat , elle n'avoit pu
avoir la liberté de le confulter , & que le
refus qu'elle venoit de lui annoncer ne
partoit que d'Ofmin. Il n'en demeura
pas plus tranquille , Ofmin continuoit à
preffer Elixene de confirmer un hymen
dont les Perfans attendoient tout leur
bonheur. Elixene inftruifit Oronte de
l'importunité de fon injufte rival . Oronte
fe détermina enfin à éclater , & à ôter la
vie au perfide Ofmin , ou à la perdre.
Revenons à notre Aveugle Clairvoyant.
Son feint aveuglement lui faifoit découvrir
à tous momens ce qu'il n'auroit,
pas voulu voir , s'il avoit veritablement
aimé Rofemonde. Quoiqu'Ofmin eut
tourné tous les voeux du côté de la Princefle
Elixene , il ne laifloit pas de ménager
la Reine , dont il craignoit la jaloufie
; & cette Reine abufée étoit fi tranf
portée de plaifir & d'amour toutes les
fois qu'elle le voyoit en préfence même
du Roi , que ce Prince avoit beaucoup de
peine à ne point éclater. Il fe feroit cent
fois emporté contre ces deux perfides ,
s'il n'avoit craint de reveler le fecret de
far tromperie ; mais il voulut laiffer meurir
la vengeance avant que de la faire
tomber fur des coupables , qui faifoient
tant d'outrage à la Majefté Royale dont il
étoit revêtu
Comme
JANVIER . 1727. 35
Comme tout lui devenoit fufpect dans
Ofmin , il voulut interroger en fecret le
prifonnier , dont il lui avoit dit qu'il
devoit s'affurer pour le bien de fon Empire.
Il le fit traduire de la tour où il
étoit renfermé , dans fon Palais , pendant
que tout étoit enfeveli dans un profond
fommeil. Quel fut fon étonnement,
quand il apprit que ce malheureux cap
tif étoit le beau pere d'Olmin. Il jugea
bien que c'étoit là le feul crime que ce
malheureux expioit dans les fers. » Je
» vois qu'on m'a trompé , lui dit- il , je
vous remets en liberté , mais cachez-
» vous avec foin dans une maifon de plai-
» fance où je vous ferai conduire ; elle eft
"fur le rivage de la mer; attendez - y mes
"ordres pour partir fur un Vaiffeau avec
» votre infortunée filie ; je ne puis vous
en dire davantage ; mais je vous jure,
par le grand Dieu qui éclaire mes fu-
» jets , & qui peut me rendre un jour
» la lumiere qu'il me refufe , que vous
>> ferez vengé.
Arafpe fe retira, fans avoir pû penetrer
de qui le Roi voulut le venger . II
fut conduit par une feure efcorte jufqu'à
la maifon de plaifance , où il devoit attendre
l'effet des promeffes de fon genereux
liberateur . Il y avoit déja paffé quetques
jours , fans qu'on lui donnât aucu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
w
ne nouvelle de ce qui fe paffoit à Ifpa
bam. Un foir qu'il fe promenoit fur le
rivage de la mer , il entendit un bruit
d'épées , qui le fit avancer vers le lieu:
d'où ce bruit partoit ; il vit deux Cavaliers
qui fe battoient avec une fureur qui
leur auroit été fatale à tous les deux , fi
le fort n'eut fait que l'épée de l'un des
combattans volât en éclat. Il courut à
fon fecours , ſe défiant de la generofité
de fon ennemi ; mais quelle fut fa furprife
, lorſque dans l'un des deux adverfaires
il reconnut fon gendre , & dans
l'autre le fils de fon Roi. Grands Dieux !
s'écria- til , que vos bienfaits me dédommagent
avantageufement des malheurs
dont vous m'avez frappé depuis la
perte
de ma liberté ; vous n'étes done
pas mort , cher Prince , continua- t’il ,
en fe jettant aux pieds d'Oronte , & le
grand Roi des Parthes , mon Maître &
votre pere, n'a pas perdu en vous la derniere
efperance de fon vafte Empire 3
mais de grace pourfuivit- il , ne permettez
pas que le miracle que les Dieux ont
fait en faveur de tous les Parthes , ne foit
funefte qu'à moi , accordez - moi la vie de
votre ennemi defarmé , je vous la demande
au nom de ma fille , à qui vous
l'ôteriez , fi vous terminiez celle de fon
Epoux ; » Quoi ! Arafpe , répondit Artaxare
JANVIER. 1727. 37
taxare , c'étoit le veritable nom du fils:
» du Roi des Parthes , ce perfide a épou--
» fé votre fille , & prétend m'enlever
» la . Princefle Elixene , à qui j'ai donné
» mon coeur , & pour qui feule j'ai de-
» meuré inconnu dans la Cour de notre
irreconciliable ennemi!
Olmin fut fi frappé de cette avanture,
qu'il refta quelque temps immobile . O
Dieux ! s'écria- t'il , quand il eut recouvré
l'ufage de fes fens , que je fuis crimineli
je trahis la fille d'Arafpe , &
c'eft Arafpe qui me fauve la vie ! &.
vous , pourfuivit - il , en s'adreffant à Artaxare
, répandez ce fang criminel que
les Dieux n'ont que trop épargné , faites
leur office , & puniſſez un temerai--
re , d'avoir ofé attaquer la vie d'un de
ces refpectables Mortels , qu'ils ont choi
fis pour les reprefenter fur la terre , &
pour être leurs images vifibles. Retire
toi , lui répondit Artaxare , & tâche
de meriter par un fincere repentir cette
vie que je te laiffe , rends ton coeur &
ta main à l'aimable Axiane , l'amour que
je lui ai témoigné n'étoit qu'une feinte,
pour t'éprouver; tu m'en as voulu punir
, mais les Dieux équitables ont tra
hi ta valeur , parce que ta caufe étoit injufte.
Ces paroles acheverent de couvrir.
Ofinin de confufion , il fe retira fang
Pow
38 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir proferer une feule parole , mais
il ne fut pas plutôt arrivé chez lui , qu'il
fut arrêté par ordre du Roi .
Ce Monarque trahi , ne fe feroit pas
fi-tôt porté à cette extrêmité , fi le peril
n'eut été extrême pour fon Trône &
pour les jours. Les Perfans avoient paffé
du fimple murmure à l'éclat . Ils ne vou
loient plus d'un Roi que le Soleil fembloit
declarer incapable de les gouverner
, en lui refufant fes divins rayons.
Rofemonde fomentoit cette revolte , fans
fçavoir qu'elle travailloit pour fa niece,
à qui les Peuples deftinoient la Couronne,
attendu qu'ils la croyoient mariée
avec Olmin.
Le Roi ne voulut pas confier un pri
fonnier de cette importance à une Garde
ordinaire. La tour deftinée aux autres
prifonniers d'Etat , auroit pû être forcée
par le Peuple d'Ifpaham , à qui Ofinin
étoit devenu très -précieux depuis fes der
nieres victoires fur les Parthes . Il le fit
renfermer dans le Palais , féjour ordinaire
des Rois de Perfe , & en redoubla la
Garde de peur d'infulte. Rofemonde ne
put contenir fa fureur , quand elle apprit
la détention de fon Amant ; elle fe
plaignit vivement à Baſté d'un traitement
fi indigne , fait à un Sujet qu'il devoit
confiderer comme le plus ferme appui
de
JANVIER 1727. 39
募
de fon Trône ; mais que devint-elle ,
quand le Roi lui apprit que cet ingrat
dont elle prenoit la défenſe avec tant
d'ardeur , étoit marié fecrettement avec
Axiane , malgré fon premier engagement
avec Elixene . Elle changea de couleur
à une nouvelle fi accablante pour
elle . Axiane lui avoit d'abord paru aflez
belle , pour exciter des mouvemens jaloux
dans fon coeur ; mais elle ne l'avoit
confiderée dans ces premiers momens
que comme une Maîtreffe qui pouvoit
avoir allumé une flamme paffage re
qu'il ne lui feroit pas difficile d'éteindre
dès qu'elle auroit élévé Ofmin fur le
Trône un amour , dont les noeuds
étoient ferrez par ceux de l'Hymen , lug
faifoit infiniment plus de peur ; le Roi
jouit quelque temps de fon trouble ,
qu'elle ne s'avifoit pas de cacher à fes
yeux , dans la croyance où elle étoit qu'il
en eut effectivement perdu l'ufage ; mais
rompant enfin le filence : je me doute ,
lui dit- il , que l'hymen d'Ofmin avec
votre niece eft à peu près comme
le mien avec vous : car quelle apparence
y auroit-il , qu'il eut épousé Axiane
, s'il eut été veritablement uni avec
Elixene ; j'entrevois la tromperie qu'on
m'a faite , mais je ne veux pas l'approfondir
, de peur d'être forcé de porter ma
,
Ven
40 MERCURE DE FRANCE.
vengeance plus loin que je ne voudrois;
je confens même à l'en mettre à couvert
lui - même ; c'eft à vous , Madame',
à y pourvoir , je mets fon fort entre vos
mains. Entrez dans fa prifon , & diteslui
, qu'il fe refolve à partir avec Axiane
& Arafpe dans un Vaiffeau que j'ai
fait préparer. Vous pouvez lui faire enrendre
que c'est vous c'est vous , qui avez pris
foin de fa fuite , & que c'eft à mon infçû
que vous le fauvez. Rofemonde promit
au Roi tout ce qu'il exigeoit d'elle , fe
refervant de prendre d'autres meſures .
avec fon Amant , malgré l'infidelité dont
elle le foupçonnoit
.
Rofemonde fut introduite dans la prifon
d'Olmin par l'ordre du Roi. Elle
fit croire à fon infidele , que c'étoit à
fes propres foins qu'il devoit la liberté
qu'elle lui venoit offrir , à condition
qu'il l'épouferoit , avant que de ſe mettre
à la tête des Rebelles , qui vouloient
détrôner Bafté , pour le faire regner en
fa place . Ofmin , à qui fa derniere avanture
avec Arafpe avoit infpiré des remords
fur fes crimes paffez , ne voulut
pas en faire une troifiéme. Abandonnez ,
it-il à Rofemonde , abandonnez à ſon
mauvais deſtin un malheureux qui ne
ra que trop merité ; j'ai trompé le Roi ,
J'ai trompé Axiane , je vous ai trom-
.
pée
JANVIER. 1727.
ée vous - même ; la déteftable ambition
où je me fuis trop livré m'a arraché à
ma vertu.Il est temps que je termine une
vie que j'ai plus deshonorée par mes perfidies
, queje ne l'ai rendue éclatante par
les derniers avantages que la fortune m'a
fait obtenir fur les Parthes. Si je confentois
à la prolonger , ce ne feroit que pour
me conferver tout entier à l'infortunée
Axiane , qui tout ingrat & tout infidele
que j'ai été , ne pourra fe confoler de ma
mort. Voilà ma derniere réfolution ;
j'attends la mort avec ce feul regret..
Rofemonde fut fi transportée de rage ,
qu'elle ne pût foutenir plus long - temps.
la vue d'Ofmin. Elle fortit , dans le
deflein de le laiffer perir , puifqu'il refufoit
fes bontez ; mais elle voulut commencer
fa vengeance par la perte de fa
Rivale. Elle l'envoya chercher ; & pour
la faire mourir doublement , elle lui annonça
qu'Ofmin venoit d'expirer par
l'ordre du Roi . Axiane s'évanouit à cette
funefte nouvelle ; fon impitoyable Rivale
ne voulut pas qu'on lui donnât la
mort dans un état où elle ne pourroit pas
en fentir toute l'horreur ; & ayant appris
par un Page que le Roi demandoit à la
voir , elle fit tranfporter Axiane évanouie
dans une autre chambre.
Le Roi ne fut pas plutôt entré , ques
Ro
42 MERCURE DE FRANCE.
?
Rofemonde reconnut à l'alteration de fon
vifage qu'il rouloit quelque chofe de funefte
dans fa penſée . Il ordonna à fon gui
de de faire executer les ordres qu'il avoit
donnez le plus promptement qu'il fe
pourroit. Vous m'y avez réduit , dit - il à
Rofemonde après que fon Guide fut forti
, vous m'y avez forcé , perfide , à ces
ordres cruels , qui doivent vous punir de
tous vos crimes . Les Dieux vengeurs
m'en ont inftruit : en voici le détail . A
ces mots il lui raconta tout ce qu'il
avoit appris par les Lettres qu'il avoit
trouvées dans fa caffette , & dont j'ai
déja parlé . Rofemonde ne douta point
qu'Hermocrate ne l'eût trahie ; & ne
pouvant fe juftifier , elle implora la cle
mence de fon Juge. Non , lui répondit
Baflé , ne vous flattez pas d'obtenir un
pardon que vous ne me demandez , que
parce que vous ne pouvez échapper à la
jufte punition qui eft dûë à vos noires
perfidies . A ces mots , le Miniftre de fa
vengeance entra dans la chambre , tenant
dans une main tremblante une coupe
qui annonçoit la mort prochaine à
Rofemonde il lui dit , en termes vagues
, de la faire avaler à la malheureuſe
criminelle , que les juftes Dieux avoient
dévouée à fa vengeance . Je fors , dit - il ,
de peur de me laiffer attendrir par de
perJANVIER
1727: 43
"
-
perfides larmes. Le fatal Echanfon fut fi
troublé de voir que c'étoit à la Reine
qu'il falloit préfenter le funefte poifon ,
qu'il n'ofoit approcher . Rofemonde profita
de cette frayeur ; & jugeant peut -être
qu'il n'étois pas inftruit du choix de la
victime je vais , lui dit - elle , t'amener
la criminelle que le Roi veut immoler à
fa vengeance : Toi , fi tu ne veux perir ,
ne differe pas à executer les ordres de ton
Roi , & ceux de ta Reine. Elle n'eut pas
plutôt prononcé ces paroles , qui raffurerent
l'efclave , en lui donnant une victime
plus vile à facrifier , qu'elle alla pren
dre Axiane venez , lui dit - elle , recevoir
la mort que je vous aj promife , &
apprenez que le Roi même l'ordonne ,
pour vous punir d'avoir inſpiré à Ofmin
un amour qui deshonore la premiere de
fes fujettes. Axiane fouhaitoit la mort avec
trop d'ardeur pour temoigner la moindre.
foibleffe ; elle prit la coupe empoifonné
, & l'avala fans proferer un feul
mot.
Cependant Rofemonde fe voyant délivrée
d'une Rivale , donna fes derniers
foins à fauver Ofmin , à fe fauver ellemême
, & à perdre le Roi . Elle courut
à la prifon de fon Amant , l'en fit fortir
avec précipitation ; & après lui avoir
rendu fon épée , elle lui dit d'aller fe
mettre
44 MERCURE DE FRANCE.
mettre à la tête des Rebelles qui affie
geoient lePalais , pour l'arracher à la fureur
de Bafté . Ofmin fortit fans fçavoir quelle
réfolution il devoit prendre ; il fe laiffa
conduire jufqu'à un endroit, où l'on parloit
de la mort d'Axiane , dont la nouvelle
étoit déja répandue. Perfide , dit- il
à Rofemonde , vous voulez que je vive ,
& vous avez fait perir tout ce que j'adore
! Je devrois enfoncer dans votre
coeur odieux ce même fer que vous venez
de me rendre ; méritez votre grace
en me conduifant auprès de ma chere
Axiane , que je meure à fes pieds , puiſqu'il
m'eft deformais impoffible de vivré
fans elle .
Ces paroles paffionnées firent fremir
Rofemonde de jaloufie & de rage. Elle
crut ne pouvoir mieux s'en venger ,
qu'en expofant fa Rivale morte ou mourante
aux yeux d'un ingrat , qui répondoit
fi mal à fes bontez . Elle conduifit
Olinin dans la chambre où le corps d'Aziane
avoit été mis fur un lit. Le defef
peré Ofmin ne l'apperçût pas plutôt
qu'il pouffa des gemiffemens capables
d'attendrir Rofemonde même ; il alloit
enfin plonger fon épée dans fon fang , fi
le Roi , qui s'étoit caché obferver
tout ce qui fe paffoit , ne fut couru à lui
pour lui retenir le bras . Vivez , lui ditpour
il,
JANVIER 1727. 15
}
il, votre Axiane ne mourra point. Ah!
Seigneur , lui dit Ofmin , eft- ce à vous
m'arracher à une mort qui doit vous
venger du plus perfide de tous les Sujets ;
mais pourquoi me flattez - vous de l'efperance
de revoir Axiane vivante ? Le Roi
lui apprit en peu de mots , que l'empoifonnement
n'étoit qu'une feinte , pour
apprendre à Rosemonde à quoi elle s'expofoit
, fi elle ne meritoit fa grace par
un fincere repentir. Ces mots furent interrompus
par un bruit éclatant , dont
tout le Palais retentiffoit . L'inconnu
Oronte , Elixene & le pere d'Axiane entrerent
tout éperdus dans la chambre.
Oronte dit au Roi , que les Rebelles
avoient forcé le Palais , & qu'il venoit le
défendre ou perir.
Le Roi penetré de reconnoiffance de
la generofité d'Oronte , la lui témoigna
par les expreffions les plus vives . Seigneur
, lui dit alors Arafpe , vous ferez,
bien plus frappé d'admiration , en apprenant
que cet Inconnu , qui vient expofer
fa vie pour défendre la vôtre , eft le fils
de ce même Roi , à qui vous faites une fi
longue & fi cruelle guerre . Quoi , s'écria
Bafté , c'eft Artaxare que je vois dans
Oronte ! O jour heureux , ajoûta - t - il
qui va réunit deux grands Empires fi
long-temps divifez !
›
Ce76
MERCURE DE FRANCE. '
Cependant le bruit augmentoit , & la
Garde ne pouvoit plus foutenir la fureur
des Rebelles. Permettez , dit Ofmin en fe
jettant aux pieds de fon Maître , permettez
que je puiffe diffiper une tempête
que je viens d'exciter ; ordonnez qu'on
me donne la mort ›
& qu'on porte ma
tête aux Rebelles ils fe difperferont fitôt
qu'ils apprendront qu'ils n'ont plus
de Chef. Levez - vous , lui répondit le
Roi , votre fang eft trop necellaire à la
Perfe pour fouffrir qu'il foit répandu ;
votre double infidelité eft expiée par votre
repentir. Achevez ce qui refte à faiallez
vous montrer aux Séditieux
& pour leur ôter tout prétexte à me détrôner
, apprenez leur que le Dieu brillant
qui protege la Perfe vient de me
rendre la lumiere . A ces mots , il leur
déclara qu'il ne l'avoit jamais perduë , &
que fon aveuglement prétendu n'avoit
été qu'un artifice pour mieux obſerver
tout ce qu'on pourroit tramer contre
lui.
re ,
;
Jamais jour n'avoit paru de voir être
plus fatal à la Perfe , & jamais jour ne
Jui fut plus favorable. Ofinin calma les.
mutins ; & Rolemonde même fe jettant
aux pieds de fon Epoux , obtint le pardon
de toutes les infidelitez. La paix fut conclue
entre les Perfans & les Parthes , &
ratifiée
JANVIER 1727. 47
ratifiée par le Roi de ces derniers , à qui
on fit fçavoir que ce fils , dont il avoit
juré de venger la mort jufqu'à la der
niere goute du fang de fes Sujets , refpiroit
dans la Cour de Bafté. Il confentit à
fon mariage avec Elixene , & Ofmin le
fuivit dans fon Empire avec fa chere
Axíane , qui , après fon affoupiffement ,
fembla recevoir deux fois la vie , en apprenant
que fon cher Ofmin lui étoit
toujours fidele.
XXXXXXXX: XXXX : X **
A LA REINE.
ETRENES D'UN GASCON.
Ur Sur des bords pleins de feu la laconicité ,
Jadis naiffant nous donna l'avantage ,
De porter un rapide hommage
A la brillante verité.
Nous n'aimons point de l'Art les lenteurs &
les gênes ,
Et d'un trait de vivacité
Nous payons toujours nos Etrenés &
Si celui- ci , grande Reine , vous plaît ,
Tout
48 MERCURE DE FRANCE.
Tout Gafcon que je fuis , c'eft mon dernies
fouhait.
M
Deux Rofes , fruits des pleurs de l'Aurors
naiffante ,
Attiroient des Humains & les yeux & le
coeur
Mais pour tout autre objet chacuné indiffe
rente ,
N'avoit d'amour que pour fa foeeur.
Quel amour ! quelle fimpathie !
Qu'elle paroît digne d'envie !
Ces deux Fleurs , à force d'amour ,
Et par une ardeur non commune ,
De deux ne firent bien- tôt qu'une.
Et deur tendre union croiffant de jour en
jour,
En fept fois fept mille ans n'aura point de
retour.
Sous cette hiftoire fabuleuse ,
Je dépeins l'union heureuſe ,
Qu'avec vous a formé la vertu pour jamais
:
Rare
JANVIER 1727. 49
Rare dans le fiecle où nous fommes
Elle fe cache à tous les hommes ,
Ou ne paroît que fous vos traits.
Par l'Abbé Bellet , Profeffeur
au College de Guyenne ,
Bordeaux.
LETTRE du P. C. à M. B. où il eft
démontré géometriquement , mais d'une
maniere intelligible pour tout le monde ,
que les Corps jettez d'un lieu en un autre
, ne décrivent pas , comme on l'a cris
jufqu'ici , une Parabole.
MRe
R, la queftion que vous me faites,
ne pouvoit venir plus à propos
pour me trouver en quelque forte , la
plume à la main , prêt à vous répondre.
Vous doutez que dans la Géometrie que
je vais imprimer , je puiffe venir à bout
de rendre intelligibles pour tout le monde
les queftions de la haute Géometrie ,
& en particulier tout ce qui regarde la
Théorie des Courbes. Je pourrois vous
répondre que je me flatte d'avoir déja
donné dans mon Ouvrage de la Pefansur
, & dans divers Journaux , des mor-
C ce aux
50 MERCURE DE FRANCE .
ceaux d'une Géometrie affez élevée , &
de les avoir rendus intelligibles à bien
des gens , qui n'étoient pas même initiez
dans les premiers élemens de cette Science
, dont je vous repete que ce n'eſt pas
fa faute fi elle eft fi myfterieufe jufqu'ici.
que m'a
Votre Lettre m'a trouvé occupé à
éclaircir un Problême de Balliftique , à
l'occafion de quelques difficultez
propofées le R. P. L. dans le Journal de
Trévoux du mois de Decembre 1726 .
J'avois avancé & démontré plus d'une
fois que les Corps jettez d'un lieu en un
autre n'y vont pas par une ligne parabolique
, comme on l'avoit penfé jufqu'ici ,
mais par une espece de fpirale . Cette
propofition avancée depuis plufieurs années
, & renouvellée il y a un an , n'avoit
point trouvé de contradicteurs , elle n'en
trouve pas non plus aujourd'hui , mais le
R. P. L. ne la trouve pas affez éclaircie
pour s'y rendre tout-à fait .
C'eft pour lui donner les éclairciffemens
qu'il peut fouhaiter , que j'ai fait
un petit Ecrit que vous verrez dans le
Journal de Trévoux ; mais en l'éclairciffant
pour lui , j'ai voulu l'éclaircir
pour tout le monde , parce qu'ayant la
verité , & même la démonftration réelle
de la chofe pour moi , j'ai voulu auffi en
avoir l'apparence , & rendre tout le mon
de
JANVIER . 1727 .
•
de témoin , & furtout participant d'une
nouveauté affez curieuſe .
Or pour mettre cet éclairciffement à
la portée de tout le monde , il m'a fallu
entreprendre de leur donner quelque intelligence
de la theorie des lignes courbes
. Je conviens que dans ma Géometrie
où je traite la choſe plus à fond , & où il
m'a été permis de l'affortir de tous les
préliminaires & de tout fon détail , j'ai
eu plus de facilité à la rendre intelligible :
mais, malgré cela, j'ai eu la fatisfaction de
voir faifir la queftion & fa réſolution par
des perfonnes non Géometres , à qui je
l'ai lûe une fois.
Comme je n'aime pas à promettre fans
sien donner , & que ma Géometrie n'eft
ni fecrette ni myfterieuſe , je veux bien
yous rendre dès maintenant juge de ma
maniere d'éclaircir de pareilles queftions.
Celle - ci n'eft pas des plus faciles , car
elle eft de celles qu'on appelle Phyfico-
Géometriques , & qui par confequent
font doublement difficiles par l'alliage
qu'il faut y faire de la Méchanique la
plus fubtile , & de la Géometrie la plus
profonde.
Le nom de Paraboles & de Chutes paraboliques
n'eft pàs inconnu dans le monde.
Il n'y a pas de Phyficien , de Machinifte
, d'Officier d'Artillerie , d'Inge-
C ij
nieur
52 MERCURE DE FRANCE .
nieur qui ne croye fçavoir qu'une Bombe
, ou une Pierre en tombant d'un lieu
en un autre , décrit une Parabole. Si j'avois
donc ce point là à démontrer , il
m'en couteroit affez peu pour me rendre
intelligible , mais je fuis condamné à me
paffer de cet avantage , & il me faut non
feulement faire entendre ce que c'eft que
chute parabolique ; mais ce qui eft bien
pis , ce que c'est que chute non- parabolique.
Pour y réüffir , je fais d'abord remarquer
que la Parabole eft une ligne courbe
d'une certaine efpece : mais voilà ce qui
demande un bon éclairciffement ; car tout
le monde n'a pas une notion fort claire
de la ligne courbe , & furtout on n'a pas
trop d'idée qu'il y ait diverfes efpeces de
lignes courbes. Le croirez - vous ? J'ai
trouvé il n'y a pas long - temps un homne
qui fe vantoit d'avoir découvert la
quadrature du Cercle , & qui fçait même
affez bien fes Elemens d'Euclide , qui
ignoroit cependant qu'il y eut diverfes
fortes de lignes courbes dans le monde.
La plupart ne connoiflent d'autre
courbe que le cercle ; car ce qui eft
ourbe eft rond , & ce qui'eft rond eſt un
cercle , me difoit ce prétendu Inventeur
de la Quadrature , qui étoit d'ailleurs
homme de beaucoup d'efprit. Je lui fis
reJANVIER
1727. 53
remarquer que l'Ellipfe , c'est- à- dire ,
l'ovale eft courbe fans être circulaire &
il en convint ; que les fpires contournées
d'un limaçon , les inflexions d'une Cloche
, les entrelacemens d'un buit de chif
fre font des courbes non circulaires , il
en convint auffi .
De ces figures je paffai à celles d'un
Goeur , d'une Pomme , d'une Orange,
un
Citron
,
d'un
grain
de
Blé
,
d'une
feuille
d'arbre
,
en
un
mot
,
de
tout
ce
qui
fe
préfentoit
alors
à
nos
yeux
;
car
fi
la
Geometrie
fait
un
myftere
de
fes
courbes
,
la
Nature
,
au
moins
, prodigue
partout
les
fiennes
,
qui
n'ont
befoin
ni
d'algebre
,
ni
de
calcul
,
ni
de
termes
fort
fçavans
pour
être
affez
diftinctement
reconnues
.
Enfin
je
fis
remarquer
à
notre
Archimede
que
tout
étoit
Courbe
dans
ce
monde
,
fans
que
la
Nature
eût
befoin
pour
cela
de
faire
tous
les
corps
ronds
comme
le
Soleil
ou
la
Lune
;
&
que
la
varieté
des
courbes
égaloit
prefque
celle
des
corps
&
des
parties
des
corps
:
car
chaque
partie
de
nos
corps
,
les
yeux
,
le
nez
,
le
front
,
les
joües
,
les
oreilles
,
le
menton
,
le
coeur
,
&
c
.
ont
leur
ligne
courbe
ſpecifique
,
qui
varie
même
dans
les
divers
animaux
,
&
fouvent
dans
la
même
efpece
.
De cette Géometrie fenfible , j'élevai
C iij peu
$4 MERCURE DE FRANCE.
fa
peu à - peu cet Inventeur de Quadrature
au principe géometrique de la chole . Je
lui rappellai ce qu'Euclide , ce que la
raifon lui apprenoit , qu'un angle peut
être plus ou moins grand , & que tous
les angles ne font pas égaux ; qu'uri angle
n'eft qu'un pli , & qu'une ligne peut
être plus ou moins pliée ; qu'on peut
plier une ligne , un fil , un bâton en
deux , en trois , en dix , en mille endroits
; que chacun de ces plis peut être
affez petit & infenfible , mais qu'il peut
y en avoir tant dans toute la longueur
de la ligne qu'elle en fera fenfiblement
pliée dans fon total .
Or une ligne ainfi pliée dans tous fes
points , mais peu dans chacun , ne forme
point d'angle fenfible , mais une veritable
courbure , comme il arrive effectivement
lorsqu'on tâche à plier un bâton
fouple ou une lame d'épée ; car au lieu
de fe plier en angle au milieu , ces corps
prennent d'abord une courbure dans toute
leur étenduë .
Suivant cette idée qui , toute intelligible
qu'elle eft , ne laiffe pas d'être toute
géometrique , & de la Géometrie de
l'infinie la plus haute & la plus tranfcendante.
Un cercle eft une courbe également
pliée dans tous fes points , c'eftà
- dire , dont les angles où les plis font
tous
JANVIER. 1727. 55
tous égaux , ce qui lui donne un contour,
une tournure fimple & uniforme ; au licu
que l'ovale qui eft fort fenfiblement plié
à fes deux extrémitez , l'eft affez peu &
eft comme efflanqué à fes deux côtez
où elle approche plus de la ligne droite ;
en un mot , fa courbure n'eft pas partout
égale , parce que fes angles , fes plis ne
font pas partout égaux.
La même courbe peut donc être plus
ou moins pliée dans fes divers points ,
& la diverfité peut être dans tous les
points de la même courbe , & par confequent
auffi dans les diverfes courbes ,
dont les unes peuvent avoir des contours
uniformes , les autres des tours & des
retours , celle- ci des plis & des replis ,
celle-là des inflexions, d'autres des noeuds
& des entrelacemens &c. le tout fondé fur
la diverfité infinie qui peut regner dans
les angles & dans les plis .
Maintenant , pour venir à notre Parabole
, concevez une ovale bien faite ,
mais concevez la bien grande , grande
comme la Terre , ce n'eft pas affez :
comme d'ici à la Lune , ce n'eft pas aſſez ;
d'ici au Soleil , ce n'eft pas affez : concevez
une ovale , ou fi vous voulez un
oeufgrand comme le Monde , ce n'eft pas
encore affez en rigueur , mais laiffant
votre imagination fe perdre dans un loin-
Ciiij tain
16 MERCURE DE FRANCE.
tain plus reculé , & fi vous le voulez bien
infiniment reculé , cette ovale infiniment
longue , exceffivement longue , eft précifément
ce qu'on appelle une Parabole.
Oui , c'est là une Parabole , & une Pa
rabole en toute bonne Géometrie , n'eft
que cela ; c'eft encore une fois une.ovale
exceffivement , pour ne pas dire infiniment
longue. Eft- ce bien la peine de ren
dre une parabole myſterieufe & méconnoiffable
? Tout le monde connoît un
oeuf , & la grandeur ne fait rien à l'affaire
; il y a bien eu des Philofophes qui
ont reprefenté le Monde fous la forme
d'un oeuf.
Il faut voir maintenant fi une pierre ,
en tombant , décrit ane ligne paraboli
que , c'eft- à dire une portion d'une gran
de ovale. Les Phyficiens & les Mathématiciens
ont dit jufqu'ici que oui ; mais
ils m'ont auffi permis jufqu'ici de dire
non ; & voici furquoi j'ai pris la liberté
de leur demander cette permiffion ; car
on doit ce reſpect à fes Maîtres , de ne
les pas contredire fans raifon .
Un cercle a un centre ou un point de
milieu. Une ovale a auffi fon centre mitoyen
, & la Parabole , malgré fon exceffive
grandeur , a auffi fon centre mitoyen ,
autour duquel elle roule de loin , fans
jamais y atteindre ; c'eft cet éloignement
conftant:
JANVIER . 57 1727.
conftant où les lignes circulaires , ovale ,
& parabolique font de leur centre qui
fait, ici tout le noeud de la queftion .
C'est pourquoi je dois remarquer que
toutes les lignes courbes ne font pas ainfi
exclues de leur centre , & que les lignes
fpirales , c'eft - à- dire , qui font comme
les Coquilles de Limaçon , plufieurs
tours & retours autour de leur centre ,
ont le privilege fpecial que leur circonference,
en approchant toûjours de ce cen
tre , le ſaiſit enfin , & y aboutit en der
nier reffort.
Cela fuppofé , voilà , fans autre décifion
, notre grande queftion géometriquement
décidée. Car une pierre ou tout
autre corps qu'on jette , tombe fur la
terre , parce qu'il ne peut pas tomber
plus bas ; car s'il pouvoit tomber plus.
bas , s'il pouvoit percer la terre qui l'arrête
, ou fi la terre étoit naturellement
percée jufqu'au centre , c'eft à ce centre
que cette pierre iroit invariablement aboutir
. C'eft donc au centre qu'aboutit ' inconteftablement
la ligne courbe que ce
corps décrit dans fa chute , il décrit donc
une courbe centripete & fpirale , & nullement
une ligne parabolique : ce qu'il
falloit démontrer , & fi je ne me trompe ,
démontrer pour tout le monde.
Jugez , M. par ce petit échantillon ,
jufqu'à
Coy
$8 MERCURE DE FRANCE.
jufqu'à quel point on peut faciliter tourtes
ces théories dans un Ouvrage complet
, tel que l'eft la Géometrie , où de
pareilles difcuffions ne fe prefentent
qu'apres bien des éclairciffemens , des
explications , des principes , des notions
préliminaires & un ample détail de tout
ce que je ne fais ici qu'indiquer. Enfin
je l'ai dit , il ne tiendra pas à moi que
tout le monde ne foit Géometre , & que
la Géometrie ne devienne un ftile de converfation
, comme la morale , la Phyfique
, l'Hiftoire & la Gazette. Je compte
les Géometres m'en fçauront quelque
gré , on fera plus à portée de reconnoître
& d'admirer leur fçavoir ; car
c'eft dommage que leurs belles découvertes
n'ayent pas quelquefois dans tout
un Royaume cent perfonnes qui en puiffent
être les juftes eſtimateurs . Je ſuis ,
& c. C. J.
que
XXXXXX
O D E.
A LA REINE.
Fille d'un Heros magnanime ,
Epoufe du plus grand des Rois ,
Vous que par un choix unanime
Nous
ANVIER. 1727.
59.
Nous voions Reine des François ;
Excufez l'ardeur indifcrete
D'un jeune , mais hardi Poëte ,
Qui s'abandonne à fes tranfports :
Il s'y livre fous vos aufpices ,
Et vous confacre les prémices
Des fons que forment fes accords.
M
Quel concours ? quel vafte affemblage ?
Princes , Sujets , Ambaffadeurs ,
Par un jufte & fincere hommage ,
Courent en foule offrir leurs coeurs :
Flattez d'une heureufe efperance ,
Déja les Peuples de la France
Viennent ſe joindre à vos fouhaits
Toûjours prête à nous fatisfairey £
Nous vous voions chérir en Mere LE
Ceux qui vous aiment en Sujets.
V
Que craignez- vous , Mufe timide #
Tout vous anime dans ce jour ;
Suivez le tranfport qui vous guide ,
Percez une brillante Cour':
Cvj Encore
60 MERCURE DE FRANCE
Encore foible & chancelante ,
Votre audace trop défiante ,
N'ofe vous conduire en ces lieux
Qu'ont - ils pour vous de formidable-
Lorfqu'une REINE favorable ,
Daigne s'y montrer à vos yeux ?
諾
O vous , que même ardeur entraîne ,
Dignes favoris d'Apollon ,
Pour chanter votre augufte REINE ,
Venez , quittez tous l'Helicon.
Dans la gloire qui l'environne
Jufques à fon fuperbe Trône ,
Oſez éléver vos regards :
Venez , fignalez votre zele ,
Mufes , vous trouverez en elle ,
La Protectrice des beaux Arts
Enfin le Pinde voit renaître
Ces fleurs qu'on n'ofoit plus cueillir ,
Que le matin voïoit paroître ,.
Et que le foir voïoit fletrir.
Les Poëtes fans efperance ,
Et
JANVIER 1727.
63
Et les Mufes dans le filence ,
Ne produifoient plus leurs accens ;
Votre prefence les inſpire ,
Votre bonté leur rend la lyre ,
Et leur amour dicte les chants .
་
Partez , rempliffez la carriere ,
Ardens & genereux Rivaux ,
Une bienfaifante : lumiere ,
Doit éclairer tous vos travaux.
Les doctes Filles de Memoire ,
Bientôt d'une éternelle gloire,
Couronneront de tels effais ::
Applaudis même par l'envie ,
Sachez qu'en celebrant SOPHIES
On eft toûjours fûr du fuccès.
Deja mille nouveaux Orphées
Courent en foule fur mes pas , -
Soeurs d'Apollon , illuftres Fées ,
Reprenez vos premiers appas : -
Daignez vous joindre à votre Eleve',
Formez mon efprit qui s'éleve
62 MERCURE DE FRANCE.
A des fons qui charment les fens ,
Prêtez une oreille attentive :
Non , le Méandre fur fa rive ,
N'entend jamais de tels accens.
淡
Mufes , quel mouvement rapide ,
Me porte en de lointains climats ?
Eft- ce un Dieu qui me fert de guide
Je vois enfin fixer mes pas :
Dans ces regions inconnuës ,
Les Bois , les Montagnes , les Nuës ,
Semblent fe mouvoir à nos fons ,
Peu frappez de notre génie
Ils admirent moins l'harmonie ,
Que les Vertus que nous chantons.
ខ
Et- il quelqu'un , grande PRINCESSE,
Que ne charment tous ces talens ,
Dont l'Immortel avec largeffe ,
Vous fit de fi rares preſens ?
Mais arrêtez , Mufe trop vaine ,
L'humble vertu de votre REINE ,
Craint qu'on ne veüille la flatter ,
Et
JANVIER 1727 .
63
Et modefte fous la Couronne ,
Hait les louanges qu'on lui donne ,
Contenté de les mériter. "
Puiffent toûjours les Deftinées ,
Favorables à vos defirs ,
Par un heureux tiffu d'années ,
Combler nos voeux & vos plaifirs !
Les Cieux promettent leurs fuffrages
De fi legitimes hommages
Intereffent les Immortels :
Le puffant Maître du Tonnerre ,
En vous confervant fur la Terre ,
Conferve l'appui des Autels .
Par l'Auteur de l'Epitre addreffée
M.le Comte de la Marche.
LET
44 MERCURÉ DE FRANCE.
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
LETTRE écrite par M.... à M.
contenant une Methode pour conduire
avec fruit la Jeuneffe dans l'étude des
Lettres
T
Out le temps des Claffes , comme
vous le fçavez , Monfieur , n'eft
gueres , malgré l'application des Maitres
, qu'un amufement , & l'efprit n'y
travaille prefque point , il n'en eft pas
de mê ne des études domestiques , l'ef
prit n'y eft ni diverti ni animé , & fou
tenu par l'exemple des autres & par les
exercices publics , il y faut une application
& une contention perpetuelle , &
par confequent , il eft neceffaire d'en
moderer la durée , autrement on ruineroit
, ou la fanté du corps , ou la vivacité
de l'efprit des enfans , & peut - être
l'une & l'autré. C'est donc affez pour
eux de fix heures d'étude au plus par jour,
partagées entre le matin & l'après-dînée,
y compris les lectures de pieté. Il faut les
laiffer jouer & fe divertir le refte du
temps , fans néanmoins ceffer de les obferver.
Il feroit à craindre qu'un plus long
travail n'émouſsât la pointe de leur efprit
( qualité qu'il faut conferver avec foin , &
dont
JANVIER. 1727. 63
dont la perte feroit peut- être irréparable
pour tout le temps de leur vie , j & ne
les rebutât enfin de l'étude dont il faut
tâcher fur toutes chofes d'infpirer le goût
& l'amour aux enfans ; car quand ils ne
retiendroient de tout ce qu'on leur fait
faire que l'inclination pour les Lettres, &
un certain difcernement qui fe forme par
la lecture des bons Auteurs , cela vaudroit
mieux pour eux que tout ce qu'ils
peuvent avoir appris dans leur jeuneſſe ,
s'ils y ont joint le dégoût & l'averfion
qu'on leur aura fait contracter en les fatiguant
& en les forçant.
Mais , Monfieur , pour entrer maintenant
dans le détail des études , on peut
fuivre la divifion que je vais en faire en
trois parties ; fçavoir , la Religion , les
Langues & l'Hiftoire.
La Religion doit tenir le premier rangs
mais quand les enfans ne font pas encore
en un âge où ils puiffent l'étudier à fond,
on doit fe contenter de leur infpirer un
grand refpect pour la Religion , de remplir
leur efprit des principes generaux
qui regardent les Myfteres & la Morale,
& de nourrir leur pieté par la lecture
du Nouveau Teftament , de l'Imitation
de J. C. des Vies des Saints , &c . On y
peut joindre le Catechisme du Concile
de Trente , qui eft un excellent Livre ,
dur
celui66
MERCURE DE FRANCE .
celui de la Recherche de la Verité eft
trop fort , c'est une Métaphyfique qui
fera de faifon après la Philofophie ordinaire.
Il n'eft pas non- plus encore
temps de lire les Effais de Morale qui
demandent un efprit plus avancé & un
jugement formé .
Il faut donner peu de temps aux lectures
de pieté , un petit quart d'heure le
matin & une petite demie heure le foir
fuffifent, à moins que le goût & l'inclination
des enfans ne les portent à quelque
chofe de plus , & même en ce cas il feroit
bon de les retenir , pour ainfi dire ,
fur leur appétit . Il eft encore plus dangereux
de rebuter les enfans dans la pieté
que dans les fciences mais ce qui eft
important eft de profiter des occafions
qui fe prefentent pour mêler dans les
études , dans les converfations , dans les
jeux & les divertiffemens , de petites
reflexions & leur faire faire des obfervations
utiles pour la connoiffance de
leurs devoirs & pour la conduite de
la vie , qui font fouvent plus d'impreffion
& penetrent plus vivement l'efprit
& le coeur que les longues lectures &
les inftructions préparées. Il y faut neanmoins
de la difcretion & de la prudence
pour n'en ufer qu'à propos dans les temps
& les lieux convenables ; enforte qu'il
ne
JANVIER. 1727 67
paroiffe pas qu'on veuille faire une leçon
.
Une chofe très néceffaire à obferver
dans les lectures de pieté , eft de tâcher
d'en exciter les fentimens dans les enfans
. Pour cet effet , après avoir lû quelque
grand principe de Religion ou quelque
grande verité de Morale , il eft bon
de s'arrêter , de les en convaincre , de
les en faire difcourir , tirer les confequences
, s'en faire l'application à euxmêmes
, de feindre des efpeces & des
cas qui y ayent rapport , leur demander
ce qu'ils feroient en telle occafion
& rectifier doucement leurs réponfes ,
elles ne font pas bonnes ; deux ou trois
périodes lûës de cette maniere valent
mieux que plufieurs pages ou chapitres
lûs tout de fuite .
༡
A l'égard des Langues , il n'eft queftion
pour les enfans que de deux , la
Grecque & la Latine . On ne croit pas
qu'il fuffife d'entendre paffablement le
Grec , il faut le bien fçavoir , ou il eft
inutile de l'apprendre. Les plus grands
hommes d'entre les Romains ont regardé
les Grecs comme leurs Maîtres & leurs
modeles , & ont reconnu qu'ils ne pouvoient
atteindre à la perfection où ceux .
cy étoient arrivez pour l'Eloquence
& la politeffe fans lire leurs Ouvrages.
68 MERCURE DE FRANCE.
ges.
C'est donc dans les Auteurs Grecs
qu'il faut chercher l'idée du Grand , &
du Beau en ce gente , tâcher d'y en dẻ-
couvrir les caracteres , former fur eux
fon efprit & fon goût , & fe rendre le
difcernement jufte . Or cela ne fe peut
faire , fi on n'entend parfaitement la Langue
Grecque , & celui qui ne la fçaura
qu'à demi , n'en retirera jamais cette utilité
. C'eft neanmoins la feule raifon qui
doit engager à apprendre le Grec , &
fans laquelle il vaudroit mieux épargner
pour quelqu'autre étude , le temps qu'on
y employe à ne le fçavoir qu'imparfaitement.
Il eft vrai qu'un enfant n'eſt
pas capable d'aller jufqu'à cette perfection
, mais il faut tâcher de le mettre en
état d'entendre par lui- même les Auteurs
faciles , afin que lorsqu'il fera
venu à l'âge de dix fept ou dix-huit ans,
il puiffe lire les autres avec le plus
habile homme qu'on pourra trouver en
cette Langue , qui lui en fera remarquer
& fentir toutes les fineffes & les beautez
; fon jugement commençant alors
d'être formé , il tirera de cette lecture
un profit qu'on ne peut exprimer.
par-
Il n'eft pas neceflaire de compofer en
cette Langue , puifqu'on ne la parle jamais
, il fuffit de l'expliquer , & de traduire
quelques endroits des Auteurs
Grecs
JANVIER. 1727.
Grecs en Latin , ou en François , enforte
qu'on parvienne à bien entendre
les Racines , la force , les compofitions,
& les diverfes fignifications des mots.
Par la Langue Latine , il ne fuffit pas ,
Monfieur , de l'entendre , il faut encore
la fçavoir écrire & parler , & par cette
raiſon elle demande plus d'exercice ; on
e croit pas que c'en foit un fort bon ,
que d'accoutumer les enfans à parler Latin
dans leurs études : car jufqu'à ce que
leur imagination & leur memoire foient
bien remplies par les moyens qu'on va
expliquer , ils ne peuvent parler qu'un
mauvais Latin , dont ils font neanmoins
une habitude ; d'ailleurs , cela ſe reduit
à une certaine quantité de phrafes qui
reviennent toujours , & qui ne les rendent
pas plus fçavans en cette Langue ;
& enfin cette contrainte les gêne , &
les empêche de produire leurs penſées ,
ce qui rend peu -à- peu leur efprit fterile
, au lieu qu'on ne fçauroit trop tra
vailler à lui donner de la fecondité.
La meilleure methode pour apprendre
à bien compofer en Latin , eft de former
fon ftile fur les Auteurs les plus
purs. Il y en a trois de cette qualité , Terence
, Cefar , & Ciceron . On y peut
joindre , fi l'on veut , C. Nepos ; ce font
ceux qu'on doit propoſer pour Modeles.
Ce
70 MERCURE DE FRANCE.
fe
Ce n'eft pas que les autres n'ayent d'excellentes
chofes , & qu'il ne faille les li-.
re , mais l'imitation en feroit dangereupour
des enfans , qui prendroient plutôt
leurs vices que leurs vertus , au lieu
qu'il n'y a rien à hazarder dans les trois
ou quatre qu'on vient de nommer , &
qu'on ne peut acquerir la pureté de langage
qu'en fe les rendant propres , & tâchant
de parler comme eux .
Ce font donc , Monfieur , ces Auteurs.
qu'il faut lire les premiers , & le plus
fouvent , les apprendre par coeur , & les
traduire en François . Enfin , il faut que
par ces trois fortes d'exercices , l'efprit
fe foit rempli de tours , de phrafes , de
mots de ces Auteurs , avant que de commencer
à compofer ; enforte que les enfans
trouvent dans eux , un fond de bon
Latin , & qu'ils puiffent fe paffer de tous
les recueils de phrafes , dont on fe fert
ordinairement , qu'il faut bannir comme
livres pernicieux.
Lorfque les enfans font en état de pou ..
voir compofer , il ne faut pas leur laiffer
perdre de vue ces Originaux , fur lef
quels ils doivent fe former. Le plus feur
moyen pour qu'ils ne s'en écartent pas , eft
de leur donner leurs propres traductions
de ces mêmes Auteurs
en Latin ; il faut pour
pour les remettre
cela que leur traduction
JANVIER. 1727. 71
duction foit écrite au haut d'une page ,
& que le refte de la page foit divité en
deux colonnes , fur l'une defquelles ils
écriront leur Latin , après quoi on leur
rendra l'Auteur , afin qu'ils en copient'
le même endroit fur l'autre colonne . Il
faut enfuite leur faire comparer l'un avec
l'autre , phrafe à phrafe , & leur en faire
remarquer les differences . Dans les
commencemens il eft bon que ces fortes
de compofitions ne foient éloignées des
traductions que de trois ou quatre jours,
afin non feulement de leur rendre ces
> compofitions plus aiſées mais encore
afin qu'ils fe fervent , s'il fe peut , des
mêmes expreffions des Auteurs , parce
que c'est le moyen de les leur rendre familieres
, qui eft le but auquel on doit
tendre dans la fuite , comme il eft bon
que leur memoire ne leur fourniffe pas
tout , & qu'ils trouvent quelque difficulté
, il faut éloigner peu - à- peu ces compofitions
de huit jours , quinze jours , un
mois , fix femaines , deux mois après les
traductions .
Quand ils feront parvenus par cet
exercice à un certain degré de force , qui
les mette en état de faire quelque chofe
de plus , il faut leur donner des traductions
de ces mêmes Auteurs qu'ils n'ayent
point faites , mais de celles qu'on trouve
72 MERCURE DE FRANCE.
ve dans les livres imprimez , ou que leurs
Précepteurs auront faites , & les leur
faire mettre en Latin dans la même forme
, c'est - à- dire , la traduction en haut,
& les deux colonnes de Latin au - def.
fous , & avec la même comparaifon de
l'une avec l'autre.
Ce dernier exercice , lorfqu'on y eſt¨
parvenu , ne doit point faire abandonner
les deux premiers , il eft bon de les conferver
toujours , c'est - à- dire , de conti
Ruer de traduire , & de faire des themes
d'imitation ( c'eſt ainſi qu'on appelle
les traductions que les enfans auront fai
tes , & qu'ils remettront en Latin , &
des themes à choix , qui font ceux qu'ils
compofent fur les traductions qu'ils n'ont
pas faites. Car ces trois exercices fe
foutiennent l'un l'autre , & concourent
à même fin. C'eft pourquoi il eft bon
de les mêler , & de les faire faire alternativement
, jufqu'à ce qu'on voye qu'ils
ayent un ftile formé , & également bon,
& foutenu.
Il y a encore un degré au-delà pour
acquerir la facilité de bien parler . C'eſt
de faire verbalement ce qu'on vient de
dire , qu'il faut faire par écrit . Il faut
pour cela prendre une traduction d'un de
ces Auteurs , en lire une phrafe , ou une
periode , la faire rendre par l'Ecolier fur
le
JANVIER 1727. 73
1
le champ en Latin , & en Latin , & comparer enfuite
fon Latin avec celui de l'Auteur . S'ily '
a des Ouvrages de ces Auteurs qui ne
foient point traduits , ou qui ne le foient
que mal , le Précepteur pourra , après
avoir lû le Latin tout bas , en dire luimême
la traduction, phrafe à phrafe , &
pratiquer la même chofe qui vient d'être
dite . Cet exercice fe peut faire en fe
promenant , parce qu'on n'a point befoin
d'écriture . On le peut encore diverfifier
d'une autre maniere pour les
plus avancez. C'eft de faire lire une pe
tite Hiftoire , du nombre de celles qui
font dans les Livres Philofophiques de
Ciceron ; dans les Verrines , & autres
Oraifons , dans Cefar , & c. & après cela
faire redire aux enfans la même Hiftoire
fur le champ , en approchant le plus
qu'ils pourront du modele qu'ils viendront
de lire. On peut enfin , après leur
avoir fait lire la Traduction Françoiſe
d'une de ces Hiftoires , leur faire raconter
la même Hiftoire en Latin , tenant
toujours l'Original , en leur en faifant
obferver les differences. On pourra en
même temps , lorsqu'ils auront acquis
une grande facilité pour les termes , &
qu'ils fe feront rendus propres ceux de
ces Auteurs , auffi -bien que le tour de
leurs phrafes , qui eft ce qu'il y a de plus
&D effen74
MERCURE DE FRANCE.
effentiel , leur faire remarquer les vertus
& les perfections de ces narrations
hiftoriques. Cet exercice les formera ,
feulement à bien parler , mais encore
à bien narrer , qui eft une chofe
beaucoup plus difficile qu'on ne s'imagine
communément , & les difpofera à
commencer d'étudier la Rhétorique.
non
Ce n'eft pas affez , Monfieur , de ne
faire apprendre par coeur , traduire &
compofer que fur ces trois ou quatre
Auteurs , il faut encore prendre foin de
n'exercer les enfans à toutes ces chofes ,
que fur les plus beaux endroits des mêmes
Auteurs ; il eft bon de les lire en
entier , à la referve de ce qu'il peut y
avoir danserence de dangereux pour
les moeurs , & de plufieurs Ouvrages de
Ciceron , qui doivent être refervez pour
un autre temps ; mais il ne faut travailler
que fur ce qu'il y a de plus excellent
, foit pour le ftile , foit pour les
fentimens , afin que l'efprit n'étant rempli
& nourri que de ce qu'il y a de
meilleur , fe rende capable d'approcher
le plus que fon caractere le permet de la
perfection, 11 eft de la prudence & du
foin des Précepteurs , de choisir ce qu'il
leur paroîtra de plus beau , non feulement
dans les Ouvrages de ces Auteurs
les enfans liront , mais encore dans que
>
ceux
JANVIER . 1727. 75
ceux qu'ils ne liront pas , & qui feront
remis à une autre faifon , où il fe trouvera
des Pieces détachées de la portée
des enfans , & très utiles pour leur fervir
de modeles .
Il y a encore une chofe à ajoûter ,
Monfieur , fur ce fujet , qui eft que pour
tirer tout le fruit neceffaire de la comparaifon
, qu'on a dit qu'il falloit faire
du Latin des enfans avec celui des Auteurs
fur lefquels ils s'exercent , il eft
important d'examiner jufqu'à quel point
ils feront parvenus : car fi toute la compofition
des enfans n'eſt pas bonne , &
qu'elle n'ait rien qui approche de l'original
, il ne fuffit pas en ce cas de leur
en faire remarquer les differences & les
défauts , où ils feront tombez , mais il
fera bon encore de leur donner, quelque
temps après , la même compofition à refaire.
Ils réüffiront apparemment mieux
la feconde fois . C'eft ainfi qu'ils s'accoutumeront
à imiter ces Auteurs. On jugera
encore par là de leurs progrès , ils
en jugeront eux- mêmes , & cela les encouragera
; fi au contraire il n'y a danş
leur compofition que quelques endroits
foibles par comparaifon avec l'Auteur ,
il fuffira de les marquer , & au bout de
quelque temps en ramaffer plufieurs
pour les leurfaire refaire de nouveau .
Dij Aa
76 MERCURE DE FRANCE .
Au furplus, il pourra arriver fou vent,lorf
qu'ils feront un peu plus avancez , qu'ils
ne fe ferviront pas précisément du même
tour ou de la même phrafe, dont l'Auteur
fe fera fervi au même endroit , mais d'une
autre qui ne vaudra pas moins , dont le
même Auteur fe fera fervi en quelque
autre endroit , & dont il auroit peutêtre
auffi ufé en celui - ci , fi elle lui fut
venue dans l'efprit. Or en ce cas , il ne
faut pas leur faire recommencer leur
compofition ; parce que , outre que cela
pourroit les rebuter & leur rendre ce
travail ingrat & odieux , il eft bon de ne
les pas accoutumer à une imitation fervile
; & qu'au contraire , cette liberté
qu'on laiffera à leur efprit , & ce choix
entre plufieurs manieres , également bonnes
, donnera à leur ftile une aifance
une varieté , & une abondance qui në
leur fçauroit être que très- avantageuſe ,
Il n'y a qu'à prendre garde que le tour
ou la phrafe dont ils fe feront fervi , convienne
à l'endroit où ils l'auront mife : car
une phrafe peut être bonne , & tirée du
même Auteur , & neanmoins être mal
appliquée. C'eft au Précepteur à en juger
, & à leur faire voir en ce cas le défaut
de l'application .
Nous donnerons inceffamment la fuite
de cette Lettre.
LET
JANVIER. 1727. 775
ame memcucine ne
EPITRE
A SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE LA MARCHE.
RINCE , un peu tard je vous offre mes
PRIN voeux :
Ai-je fait mal? Peut- être il feroit mieux
Que moi chetif , avec plus de prudence
J'euffe toujours obfervé le filence :
Au lieu d'aller par des Vers d'un vil prix ,
En vous loüant m'attirer des mépris,
Puis je , en effet , efperer vos fuffrages ,
Déja donnez à maints autres Ouvrages ,
Que pour vous plaire épuifant leurs Chanfons
,
Ont de Phebus produit les Nourriffons ?
Car n'attendez d'une Mufe novice
Rime polie avec tant d'artifice ,
Vers élegans , nobles , majestueux ;
Oncques ne fut fi fort préſomptueux :
Très-humblement j'abandonne ce ſtyle ,
Diij
A
78 MERCURE DE FRANCE.
A des Rimeurs au talent plus fertile :
Nefuis d'ailleurs d'affez fublime efprit ,
Pour égaler gens de tel acabit ,
Et des neuf Soeurs craindrois les apoftrophes
,
Si m'en allois dans de pompeufes ftrophes ,
Même en dépit du Dieu de l'Helicon ,
Pour vous loüer monter fur le haut ton .
Je ne veux donc d'une ardeur indiſcrette ,
Avec emphafe emboucher la trompette ;
Car quand j'aurois l'efprit bien plus fubtil ,
Auprès de vous , PRINCE , qu'en feroit- il,
Si fur les pas de l'Auteur des Epodes ,
Je m'avifois de vous faire des Odes ?
Loin de vos yeux l'opufcule banni ,
Dans quelque coin feroit reclus , honni.
Je ne dis pas que ma Mufe hardie ,
Ne puiffe un jour avoir femblable envie ,
Lorfqu'imitant vos auguſtes Ayeux ,
Avec ardeur fur leurs pas glorieux ,
Joindrez vos faits aux Faſtes heroïques ;
Alors ma Mufe en fes accès lyriques ,
Pour vous chanter redoublant fes tranfports ,
Vous fera , PRINCE , accepter fes efforts
Mais
JANVIER . 1727:
Mais jufques- là , dans mes Rimes flatteufes ,
Dois-je loüer des vertus belliqueufes
Qu'aurez un jour , mais qu'encor n'avez pas
Car fi fçavez ce que font les combats ,
Ne l'avez fçû qu'en lifant dans l'Hiftoire ,
De vos Ayeux le Triomphe & la Gloire ;
Trop bien fçavez , fans de fi longs propos,
Quetout CONTI fut toujours un Heros :
Affez fouvent on remplit vos oreilles
De leurs beaux faits , de leurs hautes mer
veilles ;
Qu'ainfi ne foit : ferois mal avifé
Si j'employois un tour fi fort ufé.
Mais me direz , tout beau , Meffer Poëte ,
Ceci bien- tôt degenere en fornette ,
Et pour n'avoir le ſtyle trop enflé ,
Votre Apollon au caquet affilé ,
Me femble ici de façon familiere ,
Me debiter fa Rime cavaliere.
PRÍNCE , il eſt vrai : mais chacun après
tout ,
Pour vous loüer ofe fuivre fon goût :
D
iiij Je
30 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis fincere, & crois que l'on déroge ,
Lorfqu'avec art quelqu'un farde un Eloge.
Et le moyen à votre occafion ,
De faire entrer aucune fiction ?
Dans pareil cas la Muſe en vain revêche ,
Doit s'en tenir à la verité feche ;
C'eft en ufant de cette verité ,
Qu'on peut loüer cette noble bonté,
Cette douceur qui dans vos yeux éclatte ;
N'oferez dire au moins que je vous flatte ,
Si je flattois , certes , j'aurois bien peur ,
Que tout le monde avec moi fût flatteur :
Puifqu'en effet , & j'en rends témoignage ,
Sur vos vertus , PRINCE , il n'eft qu'ua
langage. I 3
0
་ ། །
que bien-tôt aux enfans d'Apollon,
Vous donnerez beaux fujets de Chanfon ,
Lorfqu'à nos yeux franchiffant la barriere .
Vous fournirez une illuftre carriere ,
Et par hauts faits & ftudieux travaux ,
Sçaurez toujours furpaffer vos Rivaux !
Quoi des Rivaux ? alte- là , Camarade ,
Me dit déja quelque Courtiſan fade ,
A qui ce mot a choqué le tympan :
Qui
JANVIER. 1727 .
819
Qüi, des Rivaux, mais Rivaux à leur dam ,
Si c'eſt un dam que d'avoir cette gloire ,
De difputer à CONTI la victoire ;
Car dans ce cas c'eft toujours un honneur
Pour le vaincu , d'avoir un tel vainqueur.
Tout vous fourit , & les neuf doctes Fées
Vont bien- tôt , PRINCE , étaler vos tro
phées ,
Et les joindront à ceux que vos Ayeux ,
Ont autrefois remportez dans ces lieux :
Car aux lauriers du fier Dieu de la Thrace ,
Ils ont fçû joindre auffi ceux du Parnaffe ;
Combat d'efprit , & combat de Guerriers ,
Tout aux CONTIS n'offre que
des lauriers
Vous fuivrez, PRINCE, une fi belle route
-
Oui , j'en réponds : eh , qu'eſt ce qu'il en
coûte ,
Lorſqu'au fommet du celefte Helicon ,
On eft guidé par les foins d'Apollon ?
Si ce n'eſt lui , c'eft du moins un genie
Vrai fucceffeur du Dieu de l'Harmonie ,
Qui ſur Parnaſſe a toujours eu le pas ,
Après l'ami du docte Mecenas :
A ce portrait peut- on le méconnoître ?
D Y Mais
82 MERCURE DE FRANCE..
Mais je finis ; car ma Muſe , peut- être ,
Par trop fuivant un aveugle defir ,
Abuferoit d'un précieux loiſir :
Ores , c'est vous , PRINCE , dont le fuffrage
Mettra le prix à ce petit Ouvrage ,
Il peut lui feul m'affurer du fuccès :
PRINCE , daignez approuver mes effais
Oui , votre eftime en fera le falaire' ,
Si je vous plais , à qui puis- je déplaire ?
Parfon très - humble , très - obéiffant &³·
-très - dévoué Serviteur , J.B LEFRANC.
Ce 1. Janvier 1727.
L'Auteur , après avoir préſenté cette
Epître à Monfeigneur le Comte de la
Marche , eut l'honneur d'en aller offrir
à leurs Alteffes Sereniffimes Monfeigneur
le Prince de Conti , & Madame la
Princeffe de Conti , qui le reçurent avec
cet accueil affable & obligeant qui leus
eft ordinaire.
LETTRE
JANVIER 1727. 83
*************
****
LETTRE du R. P. Jofeph de Reuilly,
écrite an R. P. Eufebe , Superieur des
Capucins a Tripoly , dattée d'Alep le
11.Juin 1726. contenant quelques particularitez
fur les affaires de Perfe
& c .
E vous dirai pour nouvelle , mon Re
Jverend Pere ,que nos Miffions le delabrent
terriblement tous les jours. On
m'avoit mandé de Tiflis , de Baffora , &
de Tauris , il y a deux ans & plus , la
mort du R. P. Denis de Bourges ; mais
j'apprens depuis par une voye très - afſurée
, que , graces à Dieu , il eft plein
de vie & enbonne fanté à Ifpaham , où il
eft depuis 27. ans qu'on avoit pris feulement
notre maifon , parce qu'elle fe
trouvoit proche de la Fortereffe , & que
ce R. P. s'étoit retiré chez M. de Gar
danne , Conful du Roi à Ifpaham .
Il n'en eft pás de même à Tauris ,
Ofman Pacha avoit fait dire aux Chrétiens
de fe retirer dans les Eglifes avec:
leurs effets , & qu'il ne leur feroit fait
aucun mal , & l'avoit même fait publier
dans tout le Camp de l'Armée , dont il
étoit le General fous peine de mort ..
D vj,
En
84 MERCURE DE FRANCE.
en effet , les Armeniens fe retirerent
dans leurs Eglifes , & environ , cent
Chrétiens Catholiques fe retirerent chez
nous. Le R. P. Bernard de Bourges ,
qui y demeuroit depuis plus de 26. ans,
& qui depuis deux ans ne pouvoit plus
dire la Melle , à caufe de fes infirmitez,
par une espece de miracle , ou plutôt
tranfporté par un zele ardent , fe leva
pendant huit jours de fuite , & leur dit
la Meffe , les affifta , les communia , &
tous les jours leur fit des exhortations
pour bien mourir en cas d'attaque. Le
huitième jour on donna l'affaut , & le
malheur voulut que le premier homme
tué fut Ofman Pacha ; ainfi les ordres
donnez n'eurent plus de lieu . Notre
R. P. Bernard éleva Pavillon François ,
mais on n'y eut point d'égard ; on força
les portes , & on paffa au fil de l'épée
tous les Chrétiens ; on donna un coup
de fabre au R. P. Bernard , qui lui per
ça d'outre en outre les lombes , & un
autre fur le col qui le coupa à moitié ,
dont il mourut deux heures après. La
maifon fut pillée & enfuite démolie. Le
carnage dura cinq jours de fuite ; plus
de deux cent mille Perfans y ont été
tuez , ou faits Eſclaves . Il y a peri , à ce
qu'on croit, plus de foixante mille Turcss
toute
JANVIER . 1727.
toute la Ville a été pillée , & les maifons
pour la plupart renverfées , pour
fouiller jufques dans les fondemens . Les
Turcs y bâtiffent une Fortereffe qui fera
très - belle , à ce qu'on écrit. La Ville
de Tauris étoit très- riche ; nous y avions
une fort jolie maiſon , & une grande
Eglife publique notre maiſon fervoit
d'afile ; enforte que quiconque s'y refugioit
, ne pouvoit en être tiré par force
; l'Eglife étoit Paroiffiale , & nous y
adminiftrions les Sacremens comme Curez.
Cette déplorable Ville avoit été
bouleversée par un grand tremblement
de terre , il y a .ans .
Ce qui s'eft paffé à la prife d'Ifpaham ,
par Mir Mamout eft furprenant. Jamais
il ne s'eft rien vû de femblable.
Mir-Mamouth ne s'eft pas rendu maître
de la Ville à force ouverte , mais par famine.
Le pain y a valu jufques à cent
Thomans la livre , & un Thoman vaut
vingt écus le refte des denrées à
proportion
. Les chiens & les chats étoient
extrêmement recherchez , on les mangeoit
tout crus , preffé par la faim . Le R.
P. Jefuite , qui eft arrivé ici depuis
huit jours , & qui a vu tout cela , nous
2 protefté avoir vû de fes propres yeux ,
une femme qui devoroit un chat tout vivant
qui fe défendoit des griffes , &
qui.
36 MERCURE DE FRANCE.
qui lui avoit perdu les mains & le vifa
ge , ce qui ne l'empêcha point d'achever
de manger cet animal jufques aux os .
On coupoit dans les rues les cuiffes & les
autres parties charnues des cadavres , &
on les mangeoit fans autre apprêt . Lés
femmes mangeoient leurs enfans & les
enfans leurs peres. Les Hollandois ont
donné par force huit cent mille ' Tho
mans , & les Anglois deux cent mille.
Il eft paffé depuis quinze jours à Diarbekir
, un Ambaffadeur de Perfe , envoyé
du coufin de Miriweits , car celuici
a été empoisonné & étranglé par fon
propre coufin. Cet Ambaffadeur porte
des prefens confiderables au G. S. entr'autres
un Alcoran & une Maſſuë , cè
qui eft une espece de Symbole , pour
fignifier que s'il ne veut point avoir la
paix avec eux , felon leur Loi , il lui dé
clare la guerre. Il eft à prefent bien proche
de Conftantinople . Nous fçaurons la
réponſe du G. S.
Bagdad eft bloqué depuis plus de fix
mois par plus de 40. mille Arabes . Le
pain y vaut un écu la livre , & le refte
à proportion. Un oifeau , pour ainfi dire,
ne pourroit pas en fortir . On dit que
Hamet Pacha , fils d'Ofman Pacha , y
eft venu en pofte d'Hamadan où il étoit.
Plus de vingt cinq Compagnies de Soldats
JANVIER 1727.
87
dats de Mardin & 40.Dorfa,étoient partis
pour l'aller joindre à Bagdad. Nous fçau
rons dans peu de jours ce qu'ils auront
fait.
Le Patriarche Sylveftros fait ici des
fiennes : les chaînes , les prifons , les excommunications
font frequentes depuis
trois jours. Il a fait lire cinq Commandemens
de la Porte , & les a fait fceller
au Makiamé. Il y en a un qui porte deffenfe
à qui que ce foit de fa Nation
d'aller chez les Francs , ni de les recevoir
dans leur maiſon , & quiconque y contreviendra
, fon bien fera adjugé au G. S..
& lui & fa famille exilé d'Alep . Un
autre porte qu'il ne pourra être appellé
en Juftice pardevant les luiffances d'Alep,
mais feulement à Conftantinople ;
un autre , qu'il fera crû en Juftice fur
fa feule dépofition & témoignage contre
fa Nation , & un autre en blanc feing.
来
Il a toûjours chez lui fix Janniffaires
& un Chaoux de Conftantinople qui
loge chez lui. Il a fait un formulaire
de foi execrable , & le fait lire à tout
- le monde par force , foit Prêtres , foit.
Laïques ; il eft foutenu par un plus
méchant homme que lui , qui eft le fieur
Charmen , Marchand , Anglois de Nation
; les pauvres Grecs , & même les
riches , font au defefpoir ; mais ils n'ofent
88 MERCURE DE FRANCE
fent rien dire . Nous nous voyons à la
veille de voir quelque chofe d'épou ventable
. Il traite les plus Grands de fa Nation
avec le dernier mépris , & perfonne
ne peut lui rien dire. Il ne menace
que d'éxil & de faire confifquer les biens
au G. S. Il eft d'un orgueil infupportable
. Il fait tous les jours de nouveaux
Prêtres & de nouveaux Diacres , & it
choifit entr'autres les plus mauvais fujets
de fa Nation . Il me fit dire il y a
peu de jours de l'aller voir , mais à condition
que je ne lui parlerois point de la
Foy & de la Religion , je n'ai pas daigné
lui faire d'autre réponſe , finon qu'il fe
tint chez lui & moi chez nous .
Il y a plufieurs perfonnes qui ont lû
le Formulaire qu'il a fait ; il y en a qui
ont pris la fuite , mais à la fin il en a
fallu venir là. Entr'autres le Curé Joachim
& un certain Prêtre appellé Anná
Ebeh Conftantin , qui a demeuré onze
ans à Rome , & qui en eft revenu depuis
un an. Hier les Grecs firent une espece
d'accommodement avec lui , en lui donnant
onze Bourſes , pour ne point obliger
les feculiers à lire le Formulaire . If
a pris leur argent , mais je ne crois point
qu'il leur tienne parole , car il change à
tout bout de champ ; & quand il ne le
voudroit pas faire les mal intentionnez le
portent à cela. CAJANVIER
17276
89
CAPRICE SUR LA BEAUTE .
U'eft- ce que la Beauté ? c'eft une tendre
fleur ,
Q°
Que la Nature au Printemps fait éclore ,
L'Amour s'y cache exprès , quand il veus
prendre un coeur ;
Elle ne voit bien ſouvent qu'une Aurores
De mille coeurs aîlez les volages effains ,
S'empreffent à l'envi , folâtrent autour d'elle
Un Amour Oyfeleur , à fon lever appelle ,
Nombre d'Amans auffi legers que vous
La Cour finit avec la matinée ,
La fleur feche & bien-tôt fe trouve abandonnée
;
Mais lorfque par l'arrêt du fort ,
Elle est prête à tomber fanée ,
Sous la faulx de la Mort ,
Voit-on que ces Amans prennent entre eux
querelle ,
Sur l'honneur de répondre & de mourir pour
elle ,
Et ne les voit- on pas ailleurs le même jour ,
Avec pompe étaller leur faftueux plumage .
Et
90 MERCURE DE FRANCE.
Et fifflez par un autre Amour,
Repeter mille fois un importun ramage ,
Tandis que cette fleur qu'ils adoroient jadis
Ét pour qui leur amour devoit être éternelle
N'eft plus pour eux qu'un objet de mépris ,
Inconftant Papillon vous oubliez les Lys
Dès qu'il paroît une Rofe nouvelle.
***洗***** Vaat
LE BARBET D'ESTAMPES ,
PESCHEUR D'ECREVISSES.
Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans
le 26. Decembre 1726.
N debite , Monfieur , avec tant
d'affurance à Eftampes l'hiftoire du
Barbet des Cordeliers , Pêcheur d'Ecreviffes
, qu'il n'y a prefque perfonne
qui ne croye la chofe veritable . Etant
fur le point de la croire comme les autres
, j'en ai écrit à un de mes amis de
cette Ville , homme d'efprit & des plus
finceres , lequel m'a fait la réponse qui
fuit.
Pour réponſe , Monfieur , à ce que vous
me demandez fur la petite hiftoire du
Barbet de nos Cordeliers d'Eftampes, j'aurai
JANVIER. 1717.
Fai l'honneur de vous dire , que quoique
dans le fond , je crois que c'eft un
conte fait à plaifir , une infinité de gens
eftiment la chofe très- veritable , entretenus
dans cette idée , tant par la peinture
d'un Barbet qui fe voit au fond du
Jardin des Cordeliers , que par les difcours
de ces Peres mêmes, lefquels difent
d'un air férieux à ceux qui demandent
à voir ce prétendu Barbet , qu'on
vient de l'envoyer à une perfonne de
diftinction pour lui pêcher des Ecreviffes
Ce font les Cordeliers mêmes qui m'ont
rapporté ce que je viens de vous dire.
Au refte , Monfieur, ce Barbet celebre
a déja exercé plufieurs de nos Poëtes.
M. P. Syndic de l'Univerfité de Paris a
fait les fix Vers fuivans fur fon fujet.
Moloffus Francifcanorum Stampis.
Quem Franciftani collecto pane faginant
Gratus heris geftit dona referre Canis .
Namque imum docilis medicatâ pelle fub
amnem ,
Mergere fe , cancris horrida terga refert.
Lauta hinc Seraphica veniunt obfonia genti ;
Urbs utinam modicum ſuppleat alma merum!
Un
92 MERCURE DE FRANCE,
Un autre Poëte a dit :
Pifcatur Canis , & dapes miniſtrati
Prong flumine Lympha dat liquorem.
Cana nefcio quid tamen beate ,
Deeft ; tu fi fapies , viator , adde.
Autre .
Unda cibos mittit , coctor quos purpurat ignis ;
O ! utinam noftras purpuret hofpes aquas.
Enfin un Poëte François s'en eft auffi
mêlé.
Admirez dans cette Peinture ,
Le modele parfait de notre pauvreté ,
Ce Chien reconnoiffant , plein de fobrieté,
Apporte fa grife capture ,
Nous avons l'eau de la nature ,
Pain & vin nous viendront de votre charité.
Après tout cela , Monfieur , qui pour,
roit croire qu'un Barbet tant celebré , ne
foit qu'une chimere ?
POR .
JANVIER. 4 73 1727 .
Jkakakakakakakakakakakakak
PORTRAIT
DE MADEMOISELLE B. ***
E devoir point à l'art un teint frais où
Nela Rofe
Sur la blancheur du Lys fe joue & fe répofe ,
La voix belle , l'air gracieux ,
Le fouris fin , l'abord affable ,
Un feu petillant dans les yeux ,
Dont on voit la douceur aimable ,
Temperer la vivacité ,
Iris , c'eft le Portrait d'une Divinité.
C'eft cependant le vôtre,& nulle autre Mortelle
Ne fçauroit le prendre pour elle.
Le Chevalier de Belleville.
DISCOURS prononcé par notre S. Pere
Le Pape Benoît XIII. dans le Confiftoire
fecret, tenu le Lundi 9. Decembre 1726.
VE
ENERABLES FRERES ,
>> Nous approchons de ces jours heu-
» reux qui doivent répandre une joye
» unie
94 MERCURE DE FRANCE .
હૈ
univerfelle chez tous les Fideles ,
» cauſe de la réfolution que nous avons
>> prife , par le mouvement du S. Efprit,
» de mettre les noms de huit Bienheu-
» reux dans le Catalogue des Saints . C'eft
» la gloire de Dieu tout- puiffant qui nous
»y engage & l'Exaltation de l'Eglife Catholique
, & c'eft auffi pour les mêmes
>> raiſons & pour augmenter cette joye
que nous avons jugé à propos de remplir
le nombre de ceux qui manquent
» dans votre venerable College.
>>
» Il faut pourtant que nous vous
avouïons qu'étant chargez comme nous
>> le fommes du poids de l'autorité Apof-
>> tolique, nous ne fommes pas peu embat-
>> raffez de quelle maniere nous pourrons
>> executer dans toute fon étendue , la
» celebre Conftitution que le, Pape Sixte
» V. d'heureufe memoire , l'un de nos
>> Predeceffeurs a faite touchant l'élection
» des Cardinaux de la fainte Eglife Ro
>> inaine .
>> En voici les paroles , dont nous avons
» crû devoir vous faire fouvenir .
Outre les plus habiles Docteurs en l'un
& l'autre Droit qui doivent avoir place
entre ces foixante & dix Cardinaux , qu'il
n'y manque jamais d'y avoir quelques ce-
Lebres Docteurs en Theologie , choifis dans
le Corps des Reguliers & des Mandians ,
AW
JANVIER 1727. 95
au moins au nombre de quatre & jam ais
en plus petit nombre.
Ce fut fans doute l'éxemple de ceux
» qui l'avoient précedé & particulierement
de Benoît XI . & de Paul IV . qui
» porterent ce très - fage Pontife à faire
» cette Conftitution .
Car Paul IV . avoit choifi deux ce-
» lebres Docteurs en Théologie de l'OI
dre des Mineurs , appellez de l'Obfervance,
qu'il avoit mis dans le Sacré Col-
» lege ; mais depuis ceux - là on n'y en a
» point vû d'autres , quoique cet Ordre
» foit très grand & le plus étendu de
tous ceux qui compofent celui de faint
» François .
» Et Benoît XI. ne laiffa dans le court
» efpace de huit mois que dura fon
» Pontificat , de mettre dans votre Col-
» lege trois fçavans Docteurs en Théolo-
» gie de notre Ordre des Prédicateurs .
On a yû fouvent , & même dans ces
>> derniers temps de ſemblables exemples ,
puifque quand nous fumes élevez à
» l'honneur du Cardinalat , quoique lans
l'avoir merité , il y avoit trois autres
» Cardinaux de notre Ordre qui bril-
» loient dans le Sacré College , & un
d'entre eux étant venu à mourir , on
» lui en fubftitua auffi - tôt un autre ,
que fon merite extraordinaire pouvoit
>faire
96 MERCURE DE FRANCE:
faire regarder , pour ainfi dire , comme
un homme d'or. De forte que pendant
>> que nous avons été revêtus de cette
» dignité , on a toûjours vû quatre Cardi-
>>naux de notre Ordre des Prédicateurs ,
» qui a toûjours été auffi utile à l'Egliſe
» que nous l'y avons été peu .
» C'eft donc pour la plus grande gloire
» de Dieu, l'utilité de la fainte Eglife Ro-
» maine & l'ornement de votre College,
>> que nous avons réfolu de créer les 9.
" Cardinaux qui manquent , afin que vo-
>>tre nombre de 70. foit complet . Nous
» n'en déclarerons pourtant à prefent que
>> deux qui font .
» Nicolas- Marie Lercari , Archevêque
»de Nazianze , notre Premier Miniftre
& Secretaire d'Etat.
» Et le Pere Laurent Cozza , de l'Or-
» dre des Mineurs de S. François , ap-
» pellez de l'Obfervance , Profeffeur en
Théologie , cy - devant Gardien de la
» Terre- Sainte & à prefent Miniftre Ge-
» neral de fon Ordre , dont les rares ver-
» tus , les qualitez excellentes & le zele
»pour la Religion vous font connus .
>> Outre qu'il eft encore extrémement recommandable
par les neuf Volumes
» qu'il a mis au jour , remplis d'une Doctrine
& d'une érudition confommée en
tout genre. Il femble d'ailleurs que le
» BienJANVIER
*
97
:
*39
44
1727.
Bienheureux Jacques & le Bienheu
reux Solani , Religieux de la même Ob-
» fervance , que nous devons mettre au
rang des Saints dans la prochaine Ca-
» nonifation , demandent cela de nous .
>> Quant aux fept autres , il ne faut pas
s'imaginer que la Bulle que nous venons
de rapporter , nous ait empêché
» de penfer à d'autres qu'à des Reguliers.
»Nous avons auffi jetté les yeux fur des
Prélats recommandables par leur Doc-
» trine & par les fervices qu'ils ont rendu
à l'Eglife & à la Cour Romaine.
" Dans le choix que nous avons fait,
» nous n'avons point eu égard à la chair
ni au fang , nous les avons oubliez par
la mifericorde de Dieu , dès que nous
» fommes entrez dans l'Ordre de S. Do-
>> minique, fuivant en cela l'avertiffement
>> que nous donne David dans le Pfeau.44 .
" où il nous exhorte d'oublier * la mai-
» fon de notre pere , que le celebre Hu-
» gues de S. Cher , le premier des 55 .
>> Cardinaux , tirez de l'Ordre des Pré-
» dicateurs , appelle l'abomination des
»> parens.
>> C'eft malgré nous que nous ne pu-
>> blions pas les noms de ces fept Elus, &
que nous fommes obligez de les réferver
in petto , pour les annoncer quand nous
oblivifcere Domum Patris tui.
E le
9 $ MERCURE DE . FRANCE.
le jugerons à propos , & dès que nous
>> nous trouverons en état de les pourvoir
felon l'état auquel nous les élevons.
>> Car il nous feroit fâcheux de ne
» pouvoir remedier aux plaintes legiti-.
» mes que feroient ceux que nous aurions
»> élévez à cette éminente Dignité, fi nous
>>ne leur donnions pas les moyens de la
foutenir d'une maniere religieufe &
»convenable . C'est ce que nous fouhai-
» tons , que ceux qui font déja revêtus de
la même Dignité , confiderent avec at
>> tention , & qu'ils nous aident à affiſter
» les autres.
»
» C'étoit une coûtume ancienne, mais qui
» avoit déja ceffé d'être en ufage quand
»> nous fumes revêtus de la Pourpre , &
» qui nous mit dans de grands embarras
» les trois premieres années , & avant que
nous fuflions pourvûs d'un revenu con-
» venable . C'étoit , dis - je, une coûtume
» ancienne , dont le reglement avoit été
>> fait à l'élection de Pie II . & qui avoit
»› été renouvellé à celle d'Innocent VIII ,
» de fournir aux Cardinaux qui n'avoient
» pas de revenu , une fomme de quatre
mille florins tous les ans. Nous nous
fentons fort portez à remettre ce Re-
»> glement en vigueur , & même avec
quelque forte d'ufure ; car ces 4con .
forins , felon leur valeur intrinfeque
» de
JANVIER
. 1727. 99
de ce temps - là, pouvoient être regardez
» comme 4000. écus ; mais cette Mon-
»noye n'ayant plus de cours, & n'étant
" plus qu'une Monnoye ideale , nous
» trouvons qu'en la comparant à celle qui
» eft à prefent en ufage , elle doit faire
» la fomme de * 53.00 . écus.
»Voilà , VENERABLES FRERES .
» ce que nous avons jugé à propos de
vous faire fçavoir touchant la création .
» la publication & la réſervation in pette
des nouveaux Cardinaux , vous affurant
qu'en cela nous n'avons eû en
» vûëque la gloire de Dieu & l'honneur
» de l'Eglife & de votre Sacré College .
" Qu'en pensez- vous ?coma on
Après quoi le Pape ajoûta :
» De l'autorité de Dieu Tout - puiffant,
» des Apôtres S. Pierre & S. Paul, & de
» la nôtre , nous créons Cardinaux Prêtres
de la fainte Eglife Romaine , Ni-
» colas- Marie Lercari , Archevêque de
Nazianze.
» Et le P. Laurent Cozza , General de
» l'Ordre de S. François de l'Obfervance,
à qui nous recommandons de fe bien
fouvenir de la Conftitution que nous
avons faite récemment , touchant l'Ha
Les 5300. écus Romains valent , felon le
Change d'aujourd'hui , à 5. liv. to. fols l'écu
Romain , 29150. liv. Monnoye de France.
E ij » bit
100 MERCURE DE FRANCE.
>>-bit & la Tonfure des Prélats Réguliers ,
>> dont nous lui enjoignons très expreffé-
» ment la pratique .
» Avec les difpenfes , dérogations &
les autres claufes necellaires & convenables.
>> Nous nous réservons les 7. autres in
petto , pour les déclarer quand nous le
» jugerons à propos . Au Nom du Pere † ;
>>du Filst , & du S. Efprit † . Amen.
******** *******
PREMIERE ENIGME.
N me fait moins fentir à parler qu'à
fe raire ,
Je fuis en mille endroits , & ne fuis en aucun.
Je déplais à Nature , & déplais à chacun.
L'objet le plus petit m'eft tout- à fait contraire.
Si j'entre en un cerveau , j'en chaffe la raifon ;
Avec même frayeur , je defole une bourſe.
Je fuis au corps humain un fi cruel poifon ,
Qu'il eft enfin forcé de terminer fa courſe.
Lecteur , pour me trouver , obferve bien ce
point ,
Tu ne me trouveras , qu'en ne me trouvan
point.
DEUX
JANVIER. 1727. 101
DEUXIE ME ENIGM E.
E fuis , je ne fuis plus , j'étois , & je vais
être JE! .
Veut- on me retenir ? je fuis mort pour jamais
;
Mais pour jamais auffi , je fuis prêt à renaitre
;
Je meurs toujours : toujours je nais.
On a dû expliquer les 4. Enigmes
qui font dans les deux Volumes du mois
de Decembre dernier , par les ..
le Marbre , le Foffoyeur , & le Son-
Tier.
Explication de la 1. Enigme du 1. Vol.
du Mercure de Decembre.
Sans
Par M. l'Affichard.
Ans être penetrant comme l'étoit Oedipe',
L'obfcur de ton Enigme à mes yeux fe
diffipe :
Oui , Mercure, fon mot vient de frapper mes
fens ,
Et je ferai trompé fi je n'en ai les gants, I
E iij NOU
101 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMMK
NOUVELLES LITTERAIRES
TH
DES BEAUX ARTS , & c.
RAITE' de la Jauge univerfelle de
Blainville , contenant la maniere de
jauger toutes fortes de vaifleaux , foit
fpheriques , foit cilindriques , par differentes
methodes courtes & faciles . Un Tarif
general pour la jauge des Futailles.JUne
Regle pour trouverle contenu cubique de
toutes fortes de Mefures à bled & autres
grains.Les mefurés des corps liquides des
Pays étrangers. La continence du Pot &
du Boifleau d'Arques . La Methode de
toifer les Ouvrages de Maçonnerie, les
pierres , vuidanges des foffez , les bois
équarris qui entrent dans la compofition
de la Charpente , à l'ufage de Paris & de
Normandie , avec leurs Tarifs . Le Toifé
des bois ronds pour les mêmes lieux ,
avec des Tarifs & plufieurs queftions
curieufes , Seconde Edition , corrigée &
augmentée par M. Hacquet , Prêtre . A
Rouen , chez J. B. Befongne le pere ,
rue Ecuyere , 1726. in 12. de plus de 5oo .
pages.
DE
JANVIER. 1727. 103
DEMOMSTRATIONS qui confirment la
découverte de la Quadrature . Par M.
Mathulon Docteur en Medecine , Brochure
in 4. de 8. pages. A Paris , chez
Giffey , rue de la Vieille- Bouclerie
>
LE SPECTATEUR , ou le Socrate mo-"
derne , & c. traduit de l'Anglois . A Paris
, ruë de la Harpe , chez Lhermite .
Tome 6. 1726.
APOLOGIE de M. l'Abbé d'Olivet ,
de l'Académie Françoife , feconde Partie.
A Paris , Quay de Conti , chez Pif
fot , 1726. Brochure de 21. pages.
TRAITE DE LA GRAMMAIRE ITALIENNE
, dédié à la Reine. Par M. l'Abbé
Antonini. A Paris , chez Ph . N. Lottin
, rue S. Jacques , 1726. in 12. de
482. pages.
LES APHORISMES D'HIPPOCRATE , `expliquez
conformément au fens de l'Auteur
, & à la Pratique- medicinale , & à
la Mecanique du corps humain . Traduction
Françoife , fur la Verfion Latine
d'un Auteur anonime , imprimée à
Paris en 1723. A Paris , ruë de la
Harpe , chez C. M. d'Houry , 1726.
2. vol. in 12. de plus de 800. pages.
E iiij HIS
104 MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE ETHIOPIQUE D'HELIODORE,
contenant les Amours de Theagenes &
de Cariclée , traduite du Grec . A Paris
, chez Briaffon , rue S, Jacques. 2..
vol . in 12. qui ne paroîtront qu'au commencement
du mois prochain .
ALMANACHS.
Jamais Année n'a été fi fertile en Almanachs.
On en a vû paroître une quantité
prodigieufe au commencement de ce
mois , de toute efpece , de toute taille ,
& prefque dans tous les goûts , parmi leſquels
il y en a qui font d'une très -grande
utilité. Nous en avons fait faire une
recherche exacte , pour en donner le
plaifir à nos Lecteurs . En fuppofant
qu'on peut en avoir oublié quelques - uns ,
on fera encore furpris du nombre. En
voici le Catalogue , commençant par le
plus gros Volume qui eft in 8. jufqu'au
plus petit in 32. fans y comprendre les
Almanachs de Cabinet en feuilles vo
lantes .
,
I. ALMANACH ROYAL , & c . chez
d'Houry , &c. 1726 .
2. ALMANACH DE PARIS , ou Calendrier
hiftorique , contenant ce qui fe
paffe
JANVIER. 1727 . 109
1
paffe de curieux à Paris à certains jours
de l'année , l'origine & l'époque de divers
établiffemens , les dattes des éve
nemens les plus intereffans , les Seances
des Tribunaux , Académies , Bibliothe
ques , &c..
3: ALMANACH SPIRITUEL, où font marquez
les Solemnitez , Prédications , Indulgences
, & Expofitions dans les Egli
fes , & c.
4. LA CONNOISSANCE DES TEMPS
au Meridien de Paris , publiée par l'ordre
de l'Académie Royale des Sciences,
5. COUP D'OEIL fur tout l'Univers
& le Calendrier des plus curieux , &
raifonné , enrichi de l'Abrégé de l'Hif
toire du Monde entier , où fe verra tout
ce qu'il y a de plus rare , de plus fingulier
, & de plus merveilleux dans le
Ciel & fur la Terre , & generalement
tout ce qui s'eft pallé & fe paffera de
plus remarquable depuis le commencement
jufqu'à la fin des temps .
6. ALMANACH FIDELE , enrichi de
plufieurs Difcours curieux pour réjouir
les efprits melancoliques. Par Corneille
de Bieffe-Bois , à Troye .
7. ALMANACH NOUVEAU , & c .· part
E. v. Cl..
106 MERCURE DE FRANCE.
Cl. Ternet , Champenois.
8. ALM. HISTORIAL , & c. par Fr. de
la Pierre de Rochetaille,
9. ALMANACH tiré des écrits de Noftradamus
, & c.
10. ALM . NOUVEAU , de l'Hermite Solitaire
, &c.
11. ALM. DU BON, LABOUREUR , par
Nic, Leverdé.
12. ALM. CURIEUX , par Me de Beauregard.
13. ALM. JOURNALIER , & c . par Franç.
Commnelet.
14. ALM. CURIEUX , Contenant des
Remarques & Antiquitez de Paris , par
J. D. L. C.
15. ALM . HISTORIAL , ' où l'on voit
lc Dialogue d'Arlequin , Valet à tout
faire , par A. Defmoulins.
16. ALM. HISTORIAL DU PALAIS
& c . à Troyes.
17. ALM. UNIVERSEL DE MILAN ,
le Pêcheur Fidele.
par
18. PETIT CALENDRIER chronologique.
& hiftorique, où l'on trouve les principal
les Epoques, tant facrées que prophanes:
le lieu où chaque Saint à vêcu , & l'année
de fa mort ; dans quel fiecle les principales
Fêtes ont commencé d'être fêtées
; le nombre des Saints dont l'Egli
fe honore la memoire ; la fuite chronologique
JANVIER. 1727. 107
logique des Papes ; un état des princicipales
Monarchies , & les noms de leurs
Princes un Abregé hiftorique de nos
Rois , & c.
19. VERITABLE CALENDRIER CHRONOLOGIQUE
, contenant un Traité hiftorique
du Calendrier , un Abregé Geographique
& chronologique des plus intereffans
, & à chaque jour une Conference
de l'ufage Romain de compter
avec le notre enfemble , une Relation
hiftorique de tout ce qu'il y a de plus.
curieux à fçavoir dans la Societé civile
, comme Antiquitez , Etabliffemens ;
Reglemens , Sieges , Batailles , Trai
tez de Paix & d Alliance , Entrées ,
Ambaffades , & autres évenemens memorables
les Naillances des Princes
& Princeffes ; les Sacres Mariages
, Morts , & c. avec un Tarif ve
rifié à la Cour des Monnoyes , du prix
auquel on reçoit prefentement le Marc
de toutes fortes d'efpeces & matières
d'or & d'argent , & une Table alphabe
tique & chronologique des matieres.
, 20. L'ALPHABETOMANCI ou Almanach
des Dames.
21. CALENDRIER CHOISTE , enrichi de
Cartes geographiques , & d'un nouveau
E vj Plan
10S MERCURE DE FRANCE.
Plan de Paris , augmenté de plufieurs
Articles utiles & curieux.
22. ANNE'E HISTORIQUE , ou Faftes
de la Maifon d'Orleans , dédiée au Duc
d'Orleans.
, 23. ALMANACH DU PARNASSE où
l'on trouve le nom & le Catalogue
des Ouvrages de tous les Poëtes Fran
çois.
24. LE CALENDRIER DE LA COURS
tiré des Ephemerides , contenant le lieu ,
le Lever & le Coucher du Soleil & de
la Lune , la durée des jours , & c. avec la.
naiffance des Rois , Reines , Princes &
Princelles de l'Europe.
'25. ALMANACH EXTRAORDINAIRE ,
contenant des Prédictions particulieres &
indubitables. Une Regle pour trouver
toute forte d'intereft. La difference des
poids des principales Villes. Les noms
des anciens Pairs de France , tant Ecclefiaftiques
que Seculiers . Le nombre des
Parlemens , Chambres des Comptes ,
Cours des Aides & Univerfitez . Les
diſtances & routes des principales Villes
du Royaume pour la commodité des
Voyageurs , & les Foires ; avec des préseptes
pour la fanté..
360.
JANVIER
. 1727.
10
= 36. PETIT ALMANACH DE PARIS ,
avec l'explication des 12. Signes du Zodiaque
, deffinez & gravez en bois par
Papillon...
27. NOUVEAU CALENDRIER HISTORIQUE,
contenant les Faits les plus memorables
arrivez dans chaque jour des
mois , augmenté de deux petits Traitez,
fçavoir , de la Sphere & des Climats :
avec un détail précis des Inftitutions des
Ordres de Chevalerie créez dans toute
Europe ; & de quelques autres matie
res , qui ne font pas moins intereffantes
qu'agréables , enrichi d'une Carte des
environs de Paris , & c.
2-8 . LE DOUBLE ALMANACH DE POCHE,
contenant plufieurs chofes curieufes &
remarquables.
29. CALENDRIER dédié à la Reine ,
avec un Abregé de l'Hiftoire de Pologne,
& une Chronologie des Rois.-
,
30. ALMANACH , ou Calendrier de
poche , en Vers François enrichi des
Naiffances des Rois de France , de leurs
Mariages , de leurs Sacres , & de leurs
Regnes . Des Morts & Inhumations de
Rois & de Reines , de Princes & de
Princeffes. Augmenté dés Faits des plus :
me
110 MERCURE DE FRANCE.
memorables , felon l'ordre des jours de
chaque mois.
31. LES MEILLEURES ETRENNES que l'on
puiffe donner & recevoir. Prenez , lifez
& pratiquez , &c.
J
32. LA CHANCE DU SEPT , ou Etrennes
amufantes,
33. ALMANACH , contenant les moeurs
des Peuples de chaque Royaume , des
Remarques chronologiques , la Chro
nologie des Rois & des Reines de France
, les Poids & Mefures , & plufieurs
autres chofes curieufes.
34. ALMANACH , ou nouveau Calendrier
des Bergers , à Colmar,
35. ALMANACH de Liege , par Matthieu
Laenfberg.
36. ALMANACH DE POCHE ET DU PALAIS
, ou Abregé curieux de tout ce qui
concerne le commerce du monde.
37. ALMANAGH CHRONOLOGIQUE ,
contenant les Faits les plus connus de
Hiftoire facrée & profane , depuis la
Naiffance de Jefus - Chrift jufqu'à prefent
, avec la datte des années , des mois
& des jours , & le Sacre des Rois de
France , depuis Clovis jufqu'à Louis
XV.
38. ETRENNES MIGNONNES renouvellées
& augmentées, & c.
39.
JANVIER. 1727. ITI
39. AGENDA du Voyageur , ou Journal
inftructifde tout ce qui fe paffe de curieux
dansParis & à la Cour. Par M. S. de Va
thebert , de l'Académie Royale des Scien
ces. Chez M. des Hayes , Libraire , rue
S. Jacques , près la Fontaine S. Severin
, à l'Efperance. Il eft encore fous
preffe , in 18.
PLAN d'un Ouvrage fur l'Egypte ancienne
& moderne en XIII . Chapitres,
avec des Cartes geographiques , & les
deffeins de plufieurs Monumens antiques
. Par le R. P. Sicart , Jefuite.
Chapitre I. Ce Chapitre contiendra
les anciennes Dynaftics , & les noms
des diverfes Nations qui ont dominé en
Egypte la divifion fous les Pharaons
en 30. Nomes. La divifion fous les Romains
en Provinces. La divifion Ecclefiaftique
en Métropoles & Evêchez qui
reftent aux Coptes. La divifion fous les
Turcs en 39. Cachefliks , ou Gouvernemens
des Bachas. Les 24. Beys ou
Sangiacs : le nombre des Corps de Milice.
La maniere dont les Villes & Vil
lages font achetez & gouvernez ? Comment
les terres font enfemencées , &
´mifes tous les ans à l'èncan . Les moeurs ,
les Sciences , & les Coutumes des anciens
Egyptiens , & ce que les moder
nes
F12 MERCURE DE FRANCE .
nes en ont retenu. La Religion des uns
& des autres . La fertilité & l'étendue de
l'Egypte.
Estampes. Carte generale de l'Egyp
te antique & moderne .
Chap. II. Ce Chapitre comprendra la
Province de Beheiré , Alexandrie , &2
les bords de la mer jufqu'à Roffette ex
clufivement.
Là on verra Alexandrie ancienne avec
fes Faubourgs de Racotis , de Necropo
lis , de Nicopolis , &c . fes Temples ;
fes Colleges , le Serapeum , l'Ifeum ;
&c. fa Bibliotheque , fes Palais , fes
Citernes , fon Phare , fes Ports , & c. ,
la lifte de fes Rois , de fes Patriarches
&c. fes Revolutions , ce qu'elle eft aujourd'hui
, fon commerce , le Tarif de
fes Marchandifes d'entrée & de fortie ,
la Colomne de Pompée , les Aiguilles
de Cleopatre , les Eglifes de Sainte Catherine
, de S. Marc , &c. On parlera
enfuite des bords de la mer , & de fes
les , depuis la Tour des Arabes jufques
vers Roffette ; de la fituation maritime
des anciennes Villes Paroetonium ,
Plinthina , Eleufina , Schedia , Antille ,
Tepofiris , Archandre , Tarichée , Tonis
, Canopus , &c. On traitera de la Beheiré
, de fes deux Gouvernemens , Damanchour
& Terrané ; du Canal à Che--
rafié, -
-
JANVIER . 1727. 113
rafié , ou de Cleopatre , qui porte fes
eaux à Alexandrie , des Lacs de la Mareffe
, de la Madié , de la Beheiré , du
petit Lac de Natron à l'Oueft de Dama-
Achour. On fera mention de l'Ichneumon
, des Autruches , des Oifeaux Ra
kams , des Cameleons , & autres Animaux
rares du Coton , du Lin , du
Tabac , des Cannes de fucre , de l'Indigo,
du Barnouf , des Hermodates & femblables
Plantes .
Estampes. Carte particuliere de la Province
de Beheiré , & des bords de la
mer. Plan d'Alexandrie , de la Colomne
de Pompée , d'une Aiguille de Cleopa
tre : defleins de la Plante de Coton , du
Lin , & c. de l'Autruche , de l'Ichneu
mon , du Rakam , du Cameleon .
Chap. III. Le Delta avec Roffette &
Damiette , les fept embouchures du Nil.
On tâchera de découvrir les veftiges des
7. embouchures du Nil , les ruines de
Tanis , Saïs , Bufé , Mendes , Atarbethis
, Thamais , Heraclée , Peluſe , Xoïs,
Sebennytus , Bufiris , Corcaffore , Momemphis
, Nicii , &c. les Ifles Chemmis
& Profopis , mentionnées par Herodote ,
les Temples de Latone , d'Ifis , &c. Onparlera
des Canaux & Lacs modernes.
Des Provinces Menoutié & Garbié. Des
Villes de Damiette , Roffette , la grande
114 MERCURE DE FRANCE.
de Mehallé des Arabes de Balkim , &
autres Peuplades d'Arabes . Des Eglifes
de Sainte Gemiane , & autres qui reftent
aux Coptes , du Sel Ammoniac ,
des poulets
éclos dans les fours ; de la maniere
d'arrofer les terres avec des machines à
bafcule : des Colombiers , des Pelicans ,
des Ibis , des Canards , des Oyes du Nil,
des Poules de Ris , des Pintades , des
Sakfak , des Abeugardan , & autres Oifeaux
curieux ; du Bouri , & de la Boutarque
qu'on tire de ce Poiflon . Des Sycomores
, des Nabques ou Lotus , des
Palmiers , des Caffiers , des Figuiers
d'Adam , des Figuiers d'Inde , du Ris , du
Carthamum, du Nenuphar , du Colquas ,
ou Arum ; du Hebelazis , de la Melou
kié , de la Bamié , & autres Plantes fin
gulieres.
"
Estampes. Carte particuliere du Delta
, route détaillée du Caire à Roflette
par le Nil , autre route du Caire à Damiette.
Plans du Temple d'Ifis à Bhabeit
, de l'Eglife de Sainte Gemiane
d'un Four à poulets , d'un Four pour le
Sel Ammoniac, d'une machine à puifer
l'eau du Nil . Figures des Oifeaux &
Plantes rares.
Chap. IV. L'Ifthme de Suez . L'on y
trouvera la Province d'Auguflamnica ,
aujourd'hui Charquié , les Villes de Calliopé,
JANVIER. 1725 15
Jiopé , Atribis , Pharboethus , Bubaffis
fameufe par fon Temple d'Arthemis
& fon Cimetiere des chats : Lychnos
Daphné , Magdole , Oftracina , Rhinocorura
, Heropolis , Arfinoé , Clefpatris
, & c. le Lac Sirbon , le Mont Caffius
, où Pompée fut tué & enfe veli . La
Ville de Manfoura , où le Roi S. Louis
fut défait , Le Canal qui aboutiffoit du
Nil à la Mer Rouge. Le Commerce de
Suez , les Vaiffeaux que Ptolemée Philadelphe
y entretenoit. On fera voir ,
que Suez eft plus près du Caire que les
Geographes n'ont coutume de le placer.'
On donnera la defcription du Caffé ,
celle du Chameau , du Dromadaire , de
la Plante Hanné..
Estampes . Carte particuliere de l'Ifthme
de Suez , figures du Chameau , des plantes
du Caffé & du Hanné.
Chap. V. Le Grand Caire , Memphis,
& leurs environs. On décrira le grand
Caire , fon étendue , le nombre de fes
Habitans , de fes maifons , Moſquées
Marchez , & c. fes Coutumes pour la Juftice
, la Police , le Commerce , la nourriture
, les Bains , les Mariages , les Enterremens
, les Proceffions furtout
celle du grand Pavillon de la Mecque ,
la Caravanne de la Mecque . La Religion
des Turcs , les differentes Sectes des
>
Chré
116 MERCURE DE FRANCE
Chrétiens Schifmatiques , principalement
les Coptes . Les Jardins , les Etangs,
le Calits .ou Canal du Caire , nommé
par les Anciens Foffa Frajana : le Châ~
teau , le Puits de Jofeph , l'Acqueduc
I'Ile de Rouda , à la tête de laquelle
eft la Tour de Mekias , ou meſure du
Nil : le vieux Caire , autrefois Babylone
: Gifé , autrefois Memphis , fes Pyramides
, leur nombre , leur meſure
leur deftination , & c . le Sphinx , les Catacombes
des Momies & des Oifeaux
embaumez. On marquera: la gorge des
Montagnes par où les Hebreux firent
route vers la Mer Rouge. Les Villes de
Ramaffes , de Sethé , de Geffen , d'He
topolis , d'Onion , de Troja Civitas ,
azile des Troyens fugitifs. Les ruines
des anciens Monafteres. Pour la Botanique
, le Labaka , le Zenzelakt , Saf
faf , efpece de Saule , le Sateira , le Mach,
efpece du Haricot de l'lemem , le Ha
ricot du Frezzan , l'Abdellauï & le Domairi
, deux fortes de Melons.
Estampes. Carte Topographique du
Caire & de fes environs . Plan - du Caire,
du Puits de Jofeph , de l'Aiguille
d'Heliopolis , du Sphinx , de la grande
Pyramide pour l'exterieur . Coupe
de l'interieur. Plan des Souterrains , des
Momies , & des Oifeaux embaumez.
Figures
JANVIER. 1727.
117.
་
Figures des Arbres & Plantes. Portrait
d'un Egyptien , d'une Egyptienne , d'un
Soldat , d'un Juge , & c.
Chap. VI. Defert de Sethé , ou de
S. Macaire , étendue de ce Defert , nombre
de fes anciens Monafteres , ce qu'il
en refte à prefent : difference des Reli
gieux Coptes , d'avec les Anachoretes
des temps paflez ; Lac de Nitrie , Bhar
belama , ou Mer fans eau : Bateaux petrifiez
, Mines de pierres d'aigles ; Sam
bles divers : Ocre rouge , Sel gomme ,
ou pyramidal , Jonc pour les Nattes , Tamarinde
, Gazelles , Hyenes , Boeufs fauvages
, & c . Temple de Jupiter Ammon.
Eftampes. Cartes de ce Defert . Plan
des Monafteres. Portrait d'un Religieux
Copte. Figure du Sel pyramidal , de
1'Hyene , du Bocuf fauvage , de la Gazelle.
Chap. VII. Ce Chapitre contient l'étendue
du Caire jufqu'à la tête du Canal
de Jofeph , où font compris l'Ifle Heracleopolis
, & les trois Labyrinthes .
On y verra les Villes modernes de Benifoüef
, du Frajoum , de Bheneffé , de
Menié , de Mellaui , les Puits du Monaftere
de Jarnous . Les anciennes Villes
'Aphroditopolis , une autre Bufiris , une
autre Arfinoë , Crocodilopolis , Heracleo118
MERCURE DE FRANCE.
cleopolis , Cynopolis , This ou Thinis ;
qui a donné fon nom à une Dynaftie des
Thinites . Antinoë , Capitale de la Baffe
Thebaïde : le Canal de Jofeph , jadís
Foffa Thineos : les Lacs Maurus & Moe
ris , celui - ci doux , l'autre falé. Les trois
Labyrinthes contre la prévention com
mune qu'il n'y en avoit qu'un ) dont les
ruines fubfiftantes quadrent jufte avec la
Relation de Diodore de Sicile : les fameufes
Grottes fepulcrales de Benihaffang
des Cavernes au Levant du Nil. Plufieurs
Pyramides , une Aiguille de Granite.
Des Sacrifices gravez en relief fur la
face des Monts de Touna & de Tehené.
Les Monafteres des Saints Georges ,
Hour , Jean le petit. Epitaphe de la Poulie
, de la Poutre , & autres . Deux Infcriptions
, une Grecque , & l'autre Arabeallahoum
, une autre Grecque fur le
Mont Tehené , une Arabe à Menié , une
troifiéme Grecque à Antinoë , une Coptique
au Monaftere de la Poutre. On aura
occafion de traiter du Crocodile , du
Tarfé , de la Variole , du Bolti , du
Facaca , efpece d'Orbis marin & autres
Poiffons: Des Gruës , des Hanas , efpece
de Herons , des Archanges , Bichots
Beccaffines , des Farfours , ou Canards à
tête bleue du Papyrus , & autres Joncs
du Nil , des Fruits du Faïoum , du Vin
des
JANVIER. 1717. 119
des Coptes pour leurs Meſſes , des Myrobolans
.
Eftampes. Carte de l'Ile Héracléopolis,
& de la Province de Faioum , du
Lac Maurus , & du petit Labyrinthe ,
Plan du grand Labyrinthe , du petit
Portique d'Hermopolis , ou Achemomaint
, de la Colomne de Severe Alexandre
à Antinoe , de deux Portes entieres
de cette Ville , du Sacrifice au So
leil vers Touna , des Grottes de Beni-
Haffan. Portraits du Crocodile , des Oi❤
feaux rares , & c.
Nous donnerons le reste de ce Plan dans
Le Mercure fuivant.
Le Poëme que l'Abbé des Jardins recita
avec applaudiffement l'année paſſée
en prefence de la Faculté de Theologie
de Paris , fur le Mariage du Roi , paroît
imprimé. Il fe vend chez Lotin, & chez
la Veuve Mongé, à l'Image S.Ignace, ruë
$. Jacques. Cet Ouvrage a encore gagné
à être imprimé. La fiction de ce Poë
me eft très - heureufe , & telle que les
perfonnes de meilleur goût en ont paru
fatisfaites-
Le
Panegyrique de S. Louis , prononcé
dans la Chapelle du Louvre , en préfence
de l'Académie Françoiſe , par l'Abbé
Guichon , le 25. Août dernier
, paroft
4:20 MERCURE DE FRANCE.
roît imprimé , & fe vend chez Coignard,
fils.
Mefnier , Libraire- Imprimeur , ruë
S. Severin , au Soleil d'or , ou au Palais
, grand' Salle , vient de donner au
Public , Confeils d'un Gouverneur
jeune Seigneur, Vol. in 12. L'Auteur
a divifé en trois Chapitres , où l'on voit
qu'il parle avec un zele peu commun :
il dit , page 17. & fuiv. » étudiez avec
foin une Religion qui renferme une
» morale fi pure & fi élevée ; plus vous
l'approfondirez , plus vous la trouve-
»rez grande & refpectable , bien diffe
>> rente des autres Religions , qui fen-
>> tant leur foible , redoutent des lumie-
» res qui les éclairent de trop près ...
En effet , continuë - t- il , que demande
» de vous la Religion qui ne tourne à
» votre gloire & à votre confolation ;
» elle demande que vous éleviez vos con-
>> noiffances à un Etre éternel, &c . Enfin ,
l'on ne trouve dans cet Ouvrage rien
qui ne foit très utile à chacun en
parti
culier. Des devoirs d'un fils envers fes pere
& mere. Des devoirs du Mariage. Des
devoirs d'un Maître envers fes domeftiques.
Des devoirs de l'amitié. Des devoirs
d'un Seigneur envers fon Souverain. Des
qualitez propres à un bomme de guerre.
Du
JANVIER. 1727. 120
Du Jeu. De l'Amour. De la Table. Du
choix des Societez . De la Converfation
de la Politeffe. Le prix de ce Livre eft
fols. Il contient 247 pages. de 30.
Ch. VanLom, Libraire à la Haye, vient
d'imprimer un Supplément aux Trophées
facrez & profanes du Duché deBrabant, de
M. Butkens , contenant la Defcription
des Châteaux Royaux des Ducs de Brabant :
l'Etat de la Cour des Ducs de Brabant ;
des Maiſons de Bourgogne & d'Auriche :
la Relation de l'Election , & la fuperbe
Ceremonie obfervée au Couronnement &
au Feſtin de l'Empereur Charles Quint en
-1546. & 1547. La Defcription de la
Pompe funebre de l'Archiduc Albert , &
de l'Archiducheffe Claire- Eugene , Infante
d'Espagne les quatre Charges hereditaires
de Brabant ; fçavoir , de Senechal
, Chambellan , Marechal & Guidon
, avec la fuite des Seigneurs qui ont
poffedé ces Charges. L'Inftitution des
Confeils d'Etat , Privé , des Domaines
& Finances , & la Chambre des Compptes
, avec la lifte des perfonnes qui y
ont deffervi les premieres Charges . L'Inf
titution , les Prérogatives , & Préeminences
de la Souveraine Cour Feodale
de Brabant , refidant à Bruxelles , &c.
F Le
J22 MERCURE DE FRANCE.
Le Grand Seigneur établit une Impri →
merie à Conftantinople , en Langues
Arabe & Turque , dont Sa H. a confié
la direction à Zaïr- Aga , fils de Mehemet
- Effendi , Grand Treforier de l'Empire
, ci - devant Ambaffadeur de la Porte
à la Cour de France . Au mois de
Novembre dernier les Caracteres étoient
fondus , & tout étoit prêt pour ce nouvel
établiffement . Le Grand Vizir a
promis de donner communication de
Tous les Manufcrits du Serrail , & Zaïr-
Aga , ayant deffein de publier d'abord
ceux qui font le moins connus des Sçavans
, doit prendre fur cela confeil
d'un Renegat , qui eft à Conftantinople
depuis long- temps , & qui a une
grande reputation de Litterature. Zaïr-
Aga fe propofe , fi ce premier établiſſement
réuffit , d'en faire d'autres dans les
principales Villes de l'Empire , & d'avoir
dans la Capitale l'Imprimerie pour
les Ouvrages Grecs & Latins . Il va
faire graver inceffamment un Recueil
de Cartes qu'il a apportées de Paris , la
plupart de feu M. de Lifle ; après quoi
il publiera celles qui ont été dreffées par
les Arabes & par les Perfans.
On écrit de Suiffe , que M.Viridet,
Docteur
JANVIER. 1727. 123
Docteur en Medecine , du Canton de
Berne , qui a exercé fa Profeffion pendant
so. ans , avoit fait imprimer une
Differtation fur la Nature & les dérangemens
des efprits animaux , par rapport
aux vapeurs de la rate & de la matrice ,
prouvée par des Obfervations. Ce Traité
a été fi generalement applaudi , que
les Magiftrats de Berne ont honoré l'Auteur
d'une Médaille d'or , pour marque
de leur approbation.
SUJET proposé par l'Académie des
Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau , pour le Prix de l'année 1727.
L
Es Etats Generaux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer
quelque utilité ou quelque ornement
à la Province , ont bien voulu˚ concourir
au zele des Meffieurs qui ont formé
l'Académie , en contribuant avec eux
d'une fomme annuelle aux fraix neceffaires
pour l'entretien de cet établiſſement.
/
. Cette liberalité a engagé l'Académie
à employer une partie de cetargent à
un Prix qu'elle donne chaque année.
Ce Prix eft une Médaille d'or , où
font gravées d'un côté les Armes de la
Fij Pro
124 MERCURE DE FRANCE.
Province , & de l'autre la Devife de
l'Académie.
On le deſtine pour cette année 1727 .
à une Piece de Poëfie de cent Vers au
plus , dont le ſujet fera cette penſée .
L'amour des Peuples eft le trefor le plus
précieux des Souverains .
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition & de tous les Pays , pourront
prétendre au Prix.
Comme l'Académie veut ignorer le
nom des Auteurs dont les Ouvrages auront
été jugez les moins dignes , on les
avertit de mettre une Sentence au baş
de leur Piece , & leur nom féparément ,
dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auffi la même Sentence .
Par ce moyen on trouvera d'abord le
billet où fera le nom de l'Auteur , &
loin d'en ouvrir aucun autre , on les
brûlera tous en public.
L'Académie a trouvé à propos de né
donner à l'avenir le Prix que pendant
le mois de Novembre.
Comme il faut un certain temps pour
l'examen des Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le 15.
du mois d'Août 1777. Ceux qui n'arriveront
pas dans le temps marqué , ne
feront pas reçûs.
On
JANVIER 17278 125
On pourra adreffer les Ouvrages à
M. de Courreges , Confeiller au Parlement
de Navarre , & Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou à quelque autre
des Académiciens , & l'on aura
foin d'affranchir les paquets qu'on envoyera
par la Pofte.
•
Le Prix d'Eloquence , téfervé en l'année
1725. vient d'être adjugé à un
Difcours , dont ces paroles étoient le
fujet :
Le mauvais ufage que nous faifons de
notre bonheur , est souvent la caufe
de nos difgraces.
Ce Difcours eft de M. d'Ardene.
Le 12. de ce mois , le Pere Porée ;
Jefuite , l'un des Profeffeurs de Rhétorique
du College de Louis le Grand
prononça dans ce College un Difcours
Latin très éloquent , dont le fujet étoit :
Lequel de l'Etat Monarchique ou de l'Etat
Républicain eft le plus propre à former
des Heros. Le Prince de Conty y
affifta , ainfi qu'un grand nombre de Pré-
Iats & autres perfonnes de confideration.
Nous efperons être en état de donner un
Extrait de cette belle Piece d'Eloquence
, qui a été extrémement applaudie.
Fiij Le
126 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. le Duc de S. Aignan , Pair de
France & Chevalier des Ordres du Roy,
fut reçû dans l'Académie Françoife , à
la place de feu M. Boivin , & il fit fon
remerciment avec beaucoup d'éloquence.
L'Evêque de Blois , Directeur de l'Académie
, pendant les trois derniers mois
de l'année paffée , n'ayant pû à caufe de
fon indifpofition , recevoir dans ce temps
là le Duc de S. Aignan , avoit envoyé à
l'Académie , le Difcours qu'il avoit préparé
; M. Danchet , nouveau Directeur ,
en fit la lecture , conformément à ce
qui avoit été decidé par l'Académie , le
jour de l'Election de fes Officiers.
Le fieur Tarrare de Montpellier , a prefenté
, à ce qu'on affure , un Souffler
d'une nouvelle conftruction , qui fait
fondre en cinq quarts - d'heure goo . marcs
d'argent , & une Machine qui marque
à chaque coup de Balancier le N° . dont
Je total fait le nombre des pieces marquées
, deforte qu'il ne fera pas poffible
de frapper une piece fans que le N° . paroifle
, ce qui mettra les Fabriquans de
la Monnoye hors de tout foupçon . On
doit faire l'épreuve de cette Machine à
La Monnoye.
M. Thomas , Ingenieur du Roy , a
inventé
JANVIER. 1927. 127
inventé une Machine , à ce qu'on dit,
pour faire aller les Vaiffeaux fur Mer
en temps calme ; deforte qu'on fera une
lieuë par
heure , en y employant 20 .
hommes par Vaiffeau de 6. Pieces de
canon & aux autres à proportion . Avec
cette Machine , uunn VVaaiiffffeeaauu pourra
fortir du Port , quelque calme qu'il
faffe , & pourra auffi éviter les Vaif
feaux ennemis , en faifant agir fa Ma
chine , qui fe monte & démonte en moins
d'une demie heure.
Le même Ingenieur a auffi inventé
une autre Machine pour lever les Ancres
des plus gros Vaiffeaux avec quatre
quatre hommes feulement & en moins
de temps qu'avec le Cabeftan , où fou
vent tout l'Equipage eft employé . Cette
Machine n'occupe qu'une efpace de quatre
pieds en quarré , & l'Auteur la croit
plus folide que le Cabeftan ordinaire .
LETTRE du R. P. du Cerceau , Jefuite,
du 22.Janvier 1727.
I
L m'eft revenu , Monfieur , de tant
d'endroits , & de Province même , par
des Lettres que j'en ai reçûës , qu'on
mettoit fur mon compte certaines Chanfons
qui ont couru à l'occafion d'une
avanture qui n'a que trop éclatté ,
j'ay crû ne pouvoir me difpenfer de de-
Fiiij fabufer
que
128 MERCURE DE FRANCE.
fabufer fur cela le Public par votre canal
Je vous protefte donc ici , Monfieur , en
homine d'honneur , & en foi de Prêtre
& de Religieux , que je n'ai nulle part
à aucune des Chanſons qui ont été faites
à ce fujet. Je n'ai jamais connu la perfonne
qui s'y trouve intereffée ; & quoique
nous fuivions des Ecoles differentes
, & dont les fentimens font oppofez
fur certains points , le zele de parti ne
m'a jamais tranfporté jufqu'à me faire
infulter, de gayeté de coeur , à la difgrace
d'un Particulier qui ne m'a jamais fait de
mal , & dont je n'ai nul lieu de me plaindre.
Ceux de qui j'ai l'honneur d'être
connu perfonnellement , fçavent combien
tout ce qui tient de la Satyre & qui
attaque le prochain , eft éloigné de mon
humeur & de ma maniere de penfer.
Je fuis perfuadé qu'ils n'auront pas manqué
de me difculper fur ce fujet , & je
fçais même que plufieurs l'ont fair dans
T'occafion . Mais comme cela ne fuffit
pas
pour détromper le Public , j'ai recours
à vous , Monfieur , & je me flatte que
vous voudrez bien , au moins fur la foi
de cette Lettre , que vous employerez , G
vous le jugez à propos , être mon garant
auprès de lui , & prêter votre miniftere
à la juftification d'un homme qui vous
honore parfaitement , & qui eft plus
que
ERACENL'ANNEE
.
1727
YAL
III
LACET
E
SUPERIS
IRIST
CHR
IMIS
CHAMBRE AUXDENIERS
1727.
V
LANISS.
OPE
NIL
ARDUUM
SERTE
JANVIER. 1727. 129
que perfonne au monde , Monfieur , votre
, & c.
EXPLICATION des Types & Legendes
des Jettons frappez pour le premier
Janvier 1727.
1. TRESOR ROY AE.
Une Vigne qu'on taille. Legende . Da
bit efle feracem. Il la rendra fertile.
II. PARTIES CASUELL E´S.
Un jeune Oranger qu'on arroſe dans
fa Caiffe. Legende. Exiguum colito.
Donnez lui un peu de culture
conferver.
- pour le
III . CHAMBRE AUX DENTERS.
Une Caffolette fumante fur l'Autel
des Parfums. Legende. Superis placet , &
imis. L'odeur en eft agreable aux Dieux
& aux hommes.
IV. ORDINAIRE DES GUERRY'S.
Un Aigle qui plane dans les airs &
qui tient dans fes ferres la Foudre du
Maître des Dieux. Legende. Expertus
fidelem Jupiter. Jupiter a éprouvé far
fidelité.
Fv V.
fjo MERCURE DE FRANCE:
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Hercule armé de ſa Maffuë , & couvert
de la peau du Lion de Nemée. Legende.
Nil arduum. Rien n'eft difficile
pour lui.
VI. BASTIMENS DU ROY.
Une Ruche , au-deffus de laquelle eft
le Roi des Abeilles , tandis que les unes
font répanduës fur les fleurs d'alentour ,
& les autres occupées à faire le miel. Legende.
Inftant operi . Elles travaillent
avec empreffement.
VII. MARINE,
Des Oifeaux de proye , retenus par
leur longe . Legende . Nec fponte quiefcunt.
Ce n'eft pas volontiers qu'ils fe repofent.
VIII. GALERES.
Des Ancres. Legende. In Alto & Littore
profunt. Elles font utiles en pleine
Mer, & dans le Port.
IX. MAISON DE LA REINI
Un Oranger expofé aux rayons du
Soleil levant. Legende. Dabit adolefcere
fructus. Il fera parvenir leurs fruits à
maturité
Les
JANVIER . 1727 . 131
.
Les trois Devifes qui fuivent , n'ont pas
été données par l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles - Lettres .
X. LE CLERGE'.
Le Roi debout , tenant d'une main le
Gouvernail , ayant l'autre étenduë &
avancée vers la Religion , fous le Signe
de la Balance. Legende. Immunitates aft
fertæ. Ses Exemptions confirmées. Revers.
Un Autel antique , un Feu Sacré deffus,
qu'un foufle leger entretient. Legende .
Lenis alit flammas. Une douce haleine
entretient le Feu. Exergue . Convent. Cleri
Gallicani 1727. Aflemblée du Clergé
de France.
XI . ETATS DE LANGUEDOC..
Un Gouvernail appuyé fur le Globe
de la France. Legende. Regnat & ipfe
regit . Il regne & gouverne par lui-même.
Exergue. Com. Occit. 1727. Etats de
Languedoc.
XII. ARTILLERIE.
Un Fort affiegé par plufieurs Bataillons
, foutenus du Canon , & fur le de
vant des Mortiers , Boulets , Affuts , & c.
Legende. Non paffus inertes. On ne peut
les laiffer oififs . Exergue . Ecole d'Ar
tillerie.
L vj PRIX
132 MERCURE DE FRANCE.
PRIX d'Eloquence & de Poësie , pour
Pannée 1727.
L'Académie Françoife fait fçavoir au Public
, que le vingt- cinquième jour d'Août
prochain 1727. Fête de S. Louis , Elle don
nera le Prix d'Eloquence fondé par M. de
Balzac , de l'Academie Françoife . Le fujer
fera , Que le bon ufage des richeffes fait la
gloire du Sage, à l'occafion de ces paroles du
Chapitre XIV . des Proverbes , Verfet 24. Corona
fapientium , divitia eorum . Il faudra
que le Difcours ne foit que de demi heure
de lecture , tout au plus , & qu'il finiffe par
une courte Priere à . JESUS- CHRIST .
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de la
Faculté de Théologie de Paris , & y réfidant
actuellement.
Le même jour , elle donnera le Prix de Poë--
fie , fondé par M. de Clermont de Tonnerre ,
Evêque & Comte de Noyon , Pair de France,
& l'un des Quarante de l'Académie. Le fujet
fera , Le Progrès de la Peinture fous le Regne
de LOUIS LE GRAND . Il fera permis d'y
joindre tel autre fujet de loüange que cha
cun voudra , fur quelques actions particulieres
du feu Roy ou fur toutes enfemble , pourvû
qu'on n'excede point cent . Vers. Et on y
ajoûtera une courte Priere à Dieu pour le
Roy , féparée du corps de l'Ouvrage , & de
telle mefure de Vers qu'on voudra.
Toutes perfonnes feront reçues à com
pofer pour ces deux Prix , excepté les Quarante
de l'Académie qui doivent en être les :
Juges,
Les
JANVIER 1727: r'3'3
1
Les Auteurs ne mettront point leur nom
à leurs Ouvrages , mais une marque oupa
raphe , avec un Paffage de l'Ecriture Sainte ,
pour les Difcours de Profe ; & telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour les Pieces de
Poëfie.
Ceux qui prétendront aux Prix , font avertis
que les Pieces des Auteurs qui fe feront :
fait connoître , foit par eux- mêmes , foit part
leurs amis , feront rejettées , & ne concourront
point; & que tous les Académiciens ont
promis de fe recufer eux- mêmes , & de new
point donner leurs fuffrages pour les Pieces
dont les Auteurs leur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de remettre
Teurs Ouvrages dans le dernier jour du mois
de Juin prochain , entre les mains de M. Coi
gnard le Fils , Imprimeur ordinaire du Roi ,
& de l'Académie Françoife , rue S. Jacques ,
& d'en affranchir le port , autrement ils ne
ront point retirez.
M. Meiffonnier , Orfévre du Roy ,
a été choifi pour remplir la Charge de
Deffinateur de la Chambre & Cabinet:
de Sa Majeflé , à la place de feu M. Be
rin. Le Deffein qu'il a prefenté & fur
lequel il a été agréé , reprefente un
Feu d'Artifice , de cent pieds de hau--
teur , für 40. de large le fujet eft
la fin d'une Eclipfe de Soleil . Le lieu.
de la Scene eft dans lès Jardins de Verfailles
, du côté de l'Orangerie , dont on
voit les deux Efcaliers & une partie du
Château. La prefence de Jupiter qui pa-
Ioîtr
134 MERCURE DE FRANCE :
roit avec les attributs , diffipe les tenebres
; Iris & d'autres: Genies Celeftes ,
pouffent les nuages & découvrent la
clarté du Soleil , qui reparoît dans fon
plus grand éclat. La France eft raſſurée
par Minerve , &c. Toute la compofition
eft allegorique à la derniere maladie
du Roy , & à fon rétabliffement.
Ce fujet eft exactement traité felon
les regles de l'Allegorie , dont les figures
doivent être nobles , naturelles &
ingénieuſement foutenues & raprochées
de la verité qu'elles réprefentent &
qu'elles cachent.
La maladie du Roi avoit répandu l'allarme
& la confternation & dans tous les
differens Etats du Royaume . La conva
lefcence de S. M. fait fucceder le contentement
& la joye . Cette idée a fait naître
à l'Auteur celle de reprefenter le Roy
fous la figure du Soleil , qu'il fuppofe
avoir été obfcurci par un Nuage qui fembloit
vouloir nous en dérober la clarté.
Jupiter , favorable aux befoins d'un Etat
allarmé , écarte l'orage qui paroiffoit le
menacer. Iris , dont la beauté & la varieté
des couleurs eft déja un heureux
préfage , fembe lutter avec le Nuage.
Elle l'écarte , &c. Minerve fait voir à
la France qu'elle n'a plus rien à craindre
pour la fanté précieuse du Roy. La
Seine,
JANVIER 1727 137
Seine , fuivie d'une de fes Nymphes ,
tient une Urne , de laquelle on voit couler
fes eaux qui forment une cafcade .
Des deux côtez s'élevent deux Obelif
ques , furmontez de Globes aux Armes
de France , avec des Génies qui tiennent
le Sceptre & la Couronne , & deux Renommées
qui publient le rétabliffement
de la fanté du Roy.
L'Auteur de ce deffein a cru devoir
choifir le lieu même où le Roi avoit été
malade , afin de faire regner par l'idée
de fa convalefcence , le calme & la joye
où s'étoient répandus la crainte & la
trifteffe. Il a fait defcendre les deux Efcaliers
dont on a parlé , plus bas que le
Plan de l'Orangerie de Verfailles , afin
de gagner de la hauteur & délever fon
point de vûë.
Le même M. Meiffonnier a livré
depuis peu un Soleil d'argent , pour l'expofition
du S. Sacrement , dont le corps.
eft compofé d'une Couronne & d'une
Colonne de Nuées , avec une gloire de
Chérubins & des Rayons de vermeil
doré. Les Nuages du bas de cette Colonne
, viennent fe repofer fur le pied ,
dont la forme réprefente une espece
d'Arche de l'ancienne alliance ; avec les
deux Chérubims qui en détournent la
vûë pour la porter vers l'Arche de la
nouvelle.
135 MERCURE DE FRANCE .
nouvelle . Sur cette Colonne paroiffert
des épics de Bled , auffi de vermeil doré,
fiez avec quelques pieds de Vignes , fimbole
du Myftere. Ce morceau est toutà
- fait dans le goût des celebres Petro de
Cortonne & Puget , dont l’Ecole a toujours
fait l'objet des études de l'Auteur.
XXXXXXXX: XXXX : XXX
CHANSON.
Sur un Amant qui trouva fa Maîtreffe
mariée au retour d'un voyage.
EncNhchaannttéé des yeux de Sylvie ,
Je fuyois cert Beautez pour fuivre tous fes
pas :
Je meurs encor pour fes divins appas ;
Faut- il cruel Hymen qu'elle me foit ravie !
Jours fortunez , momens délicieux !
Où je goûtois des douceurs fans allarmes ..
Vous en fûtes témoins , grands Dieux !
Soyez témoins aujourd'hui de mes larmes.
Ces paroles , ainsi que la Mufique ,
font de la compofition de M. Morel.
SPEC
A
Plai
pas
135
nouv
des é
fiez :
bole
à -fait
Cort
jours
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E
Je fi
pa
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Faut
Jou
Où
Vou
Soy
fon
JANVIER 1727. 137
་
SPECTACLE S.
Académie Royale de Mufique a
Lcené les reprefentations de Pirams
& Thifbé . Dans les trois dernieres fois
qu'on a joué cet Opera , la De Petit-
Pas , jeune perfonne , fort-bien faite ,
qui a des talens pour le Théatre & une
fort-belle voix , parut pour la premiere
fois dans le Rôle de Thifbé , qu'elle
joua avec applaudiffement.
Le fieur Muraire , un des principaux
Acteurs de l'Académie Royale de Mufique
, qui a été affez long- temps malade,
eft entierement rétabli ; mais le Public ,
à qui fa belle voix à fait tant de plaifir ,
n'y gagne rien ; il a quitté l'Opera pour
fe retirer à Avignon La Patrie.
La Tragedie d'Admete & Alceste , de
M. de Eoiffy , fut reprefentée fur le
Theatre François , avec un grand concours
, le Samedy 25. de ce mois . On
la redonna le furlendemain , mais depuis
on a ceffé , par ordre , de la reprefenter.
Le 28. on donna fur le Théatre de l'Opera
la Tragedie de Proferpine, qui n'avoit
pass
138 MERCURE DE FRANCE.
#
voit été repreſentée depuis très -long - tems.
Les paroles font des célebres Quinault
& Lully. Cette Piece parut à S. Germain
en Laye pour la premiere fois , le
3. Février 1680. & fut executée par l'Académie
& la Mufique du Roy , & enfuite
fur le Théatre de l'Opera , par l'Académie
feule à Paris.
La Dile Louyfon Moreau y chanta dans le
Prologue , & l'illuftre Mile Rochois , commença
à fe diftinguer dans le Rôle d'Atethufe
.
Il y a dans cet Opera un Duo de
deux Baffes , à la feptiéme Scene du ſecond
Acte.
L'Amour comblé de gloire
Triomphe de tout l'Univers.
Qui fut admiré par fa nouveauté & par
la difficulté de faire chanter deux Baffes
enfemble. On n'en avoit point vû d'exemple
juſqu'alors , & Lully ne l'a fait
que cette fois là . M. Campra dans fon
Opera de Tancrede , a fait depuis heureufement
la même chofe dans un Duo
du premier Acte.
Le beau Choeur du premier Acte
Jupiter , lancez le Tonnerre , & c.
eft entierement travaillé & jufqu'à la
moindre
JANVIER. 1727. 139
moindre Notte , par Lully ; ce que nous
obfervons , parce que fouvent il faifoit
faire les Parties du milieu par d'autres
comme Mrs l'Allouette , Colaffe , & c.
Les Scenes favorites des Spectateurs
dans cet Opera , font au z & 4°
Acte.
e
J'ay peine à concevoir d'où vient le trouble
extrême.
&
Venez- vous contre moi deffendre un témeraire.
La fçavante Scene des ombres heureufes
du 4 Acte , quoique plus travaillé , ne
fait pas tant de plaifir.
Le Sieur Berin , Deffinateur ordinaire
du Cabinet du Roy , commença par cet
Opera à prendre foin des Machines , à la
place du fieur Vigarani, donna les deffeins
de toutes les Décorations & des habits. Le
fomptueux Palais de Pluton & les Champs
Elifées , furent trouvez admirables . Ces
Décorations furent peintes par Rouleau,
fameux en ce temps là pour les Perfpectives.
Nous parlerons plus au long du
Spectacle que cet Opera , nouvellement
remis au Théatre , offre aux yeux , & de
fon execution .
Le 19. de ce mois , les Comediens
François donnerent le premiere reprefen
tation
149 MERCURE DE FRANCE :
fentation de la Nouveauté , Piece en un
Acte , précedée d'un Prologue . Entre
quelques Scenes de cette Comedie qui
ont fait plaifir , il y en a une qui par
fa fingularité & par fon execution , s'eſt
fait generalement applaudir : l'Auteur a
pris foin de retrancher celles qui n'avoient
pas été reçûës fi favorablement , &
par cette docilité il s'eft heureufement
réconcilié avec le Parterre ; deforte que
les réprefentations qui ont fuivi la pres
miere , ont eu plus de fuccès. Cette Piece
eft du fieur le Grand , Comedien du
Roy.
Prologue.
Le Théatre reprefente le Fleuve
de l'Ennui . On voit beaucoup de gens
de toutes Profeffions , languiffamment
étendus fur fes bords . Saturne commence
par un air qui annonce le lieu de la Scene.
Mercure vient à lui ; il a de la peine
à le reconnoître pour le pere du Maître
des Dieux , dans l'équipage où il le trouve.
Saturne lui dit qu'il a bien éprouvé
des revers fur la terre depuis qu'il a été
banni des Cieux , & qu'il n'y a point trouvé
d'emploi plus convenable , que celui
de paffer les hommes de la joye à la f
trifteffe & de la trifteffe à la joye. Mercure
lui demandé qui font tous ceux qu'il
voic
JANVIER. 1727. 141
voit fur les rives du fleuve de l'Ennui ?
cela donne lieu à Saturne , ou au Temps ,
de faire divers Portraits comiques . Cette
Scene eft interrompuë par Momus , qui
apprend au Temps & à Mercure , qu'il
amene avec lui une nouvelle Divinité ,
qui diffipera 1'Ennui qui regne fur ce
rivage : c'eft la Nouveauté. II l'annonce
à tous les triftes Habitans . Il n'en faut
pas davantage pour les tirer tous de la
lethargie où ils font plongez . C'eſt là
l'effet ordinaire des Pieces nouvelles fur
tous les Theatres ; celle - ci doit être reprefentée
fur le Theatre François , chacun
promet d'y aller ; on demande avec
empreflement à Momus fi elle fera bientôt
jouée ; on eft ravi d'apprendre de
lui , que ce fera dès ce même jour , &
qu'on va commencer.
Comedie.
les
Comme c'est ici un genre de Piece ,
dont les Scenes n'ont aucun rapport
unes aux autres , le Lecteur n'a pas befoin
d'un long Argument pour être au
fait . Il fuffit de lui dire que la Nouveauté
a choifi le Theatre de la Comedie
Françoife , pour y donner audience à
tous ceux qui viennent la confulter , ou
implorer fon fecours.
La
442 MERCURE DE FRANCE.
La Nouveauté ouvre la Scene par une
Chanfon , qui invite tous les Mortels à
fe rendre auprès d'elle . En voici les
Vers:
La Nouveauté vous appelle ,
Accourez fur fes pas , & quittez tout pour
elle.
Sans être belle ,
Une bagatelle ,
Quand elle eſt nouvelle ,
A toujours quelques appas.
La Nouveauté vous appelle , & c.
Le premier qui confulte la Nou
veauté , eft un petit Maître de Robe ; il
vient de quitter une Maîtreffe qu'il a
long temps aimée , & la feule raifon qui
l'a rendu inconftant , c'eſt que fa paffion
s'eft ufée , pour en avoir trop vu l'objet.
Comme la premiere Maîtreffe étoit
blonde , la Nouveauté lui offre une brune
pour réveiller fon goût pour l'amour.
Il y confent , & fent déjà de l'amour,
pour fa nouvelle conquête , fans l'avoir
vûë. La Nouveauté le fait retirer à l'approche
d'une brune qui arrive ; c'eſt juf
tement la Beauté qu'elle lui deftine. Elle
n'a pas beaucoup de peine à la refoudre
au changement , elle y eft toute portée
JANVIER. 1727. 743
tée par fon temperamment. L'accord eft
bien- tôt fait entre les parties ; l'un prefente
fa main , l'autre la reçoit de bonne
grace , & la Nouveauté les congedie
après les avoir unis fi promptement.
Un Nouvellifte fuccede à cet inconftant
& à cette Coquette. C'eft un de ces
hommes qui reglent à leur gré le deftin
des Têtes Couronnées ; celui - ci eſt tout
Occupé des troubles de Perfe , le Siege
d'Ifpaham l'empêche de dormir , parce
qu'il avoit parié qu'il ne fe feroit pas.
C'eſt un pilier de Caffé ; comme il n'a ,
ce qu'il a dit , que trois cens livres de
rente , il ne peut aller aux Spectacles
qu'à la faveur de quelques billets qu'on
lui donne. Il en a deux pour aller à la
Piece de la Nouveauté , l'un pour ap
plaudir , & l'autre pour fiffler ; il dit
qu'il fe fervira du premier pour voir
la Comedie , & de l'autre pour ſouper.
La Scene d'après a fait plus de plaifir
aux Spectateurs . C'eft une Païfanne qui
vient demander un nouveau vifage à la
Nouveauté , pour plaire , à ce qu'elle
dit , à fon mari Colin ; mais on voit bien
par ce qu'elle ajoûte , que c'eft pour pa
roître plus jolie aux yeux d'un Amant.
La Nouveauté lui dit , que pour réveiller
l'amour de fon mari , il faut
qu'elle lui donne de la jaloufie ; elle
de144
MERCURE DE FRANCE.
demande ingenûment à la Nouveauté
, fi cela lui donnera un autre vifage
aux yeux de Colin ; non , lui répondelle
, mais cela donnera d'autres yeux
à Colin. Comme elle perfifte à voulois
plaire par l'agrément de la Nouveauté.
Demeurez , lui dit enfin la Nouveauté ,
demeurez dans votre naturel ; c'eft ce
qu'il y a de plus rate & de plus nouveau
parmi les hommes , & ce qu'ils
attendent envain depuis long - temps .
Dans la Scene fuivante , un vieux Baron
, habillé à l'antique , avec fon épou
fe , en jupe à falbala , fans panier , &
en longues cornettes , viennent fe plaindre
à la Nouveauté , de ce que leurs
ajuſtemens , hors de mode , les ont fait
huer à la Cour , & c. Le Lecteur nous
diſpenſera aisément d'un plus grand détail
fur cette Scene.
Voici , fans contredit , la Scene la plus
picquante de la Piece. Un Muficien
vient confulter la Nouveauté fur un projet
qu'elle feule peut lui avoir inſpiré ;
ce qui lui a donné lieu de former un
deffein fi fingulier , c'eft que tous les
Opera dont il a compofé la Mufique
font tombez , à ce qu'il dit , par la feule
faute des Poëmes . Il a imaginé d'en
donner un fans paroles . Cette nouveausé
furprend la Nouveauté même , elle
Le
JANVIER 1727. 8345
fe mocque d'un deffein qui lui paroît
des plus bifarres. Le Muficien le garantit
tres-fenfé : fuppofé , lui dit- il ,
que vous foyiez une Veftale , & que je
fois Antonin Caracalla ; je viens vous
faire une declaration d'amour ; je ne fais
que folfier ; mais je le fais avec tant de
paffion , & mes geftes répondent fi bien
aux mouvemens de mon coeur
, que
la
feule note , & la maniere de la chanter
& de la jouer , me tiennent lieu des
Vers les plus énergiques. La Nouveauté
commence à comprendre que cela peut
fort bien arriver. Elle prend fa partie
notée , & chante avec le Muficien un
Dialogue qui finit par un duo , comme font
les plus beaux qu'on entend à l'Opera.
Le fieur Quinault , l'aîné , qui a compofé
cette Scene , l'a fi vivement executée
& la Dlle le Grand l'y a fi bien fecondé
, que la Salle a retenti d'applaudiffemens
toutes les fois qu'on l'a jouée.
..
La derniere Scene n'a fait qu'un mediocre
plaifir aprés celle du Muficien.
C'eft un Poëte , qui rebuté des mauvais
fuccès de fes Opera , a renoncé au Thentre
, & s'eft déterminé à faire valoir en
gros , ou en détail , un magafin qui lui
refte , fourni de cinquante ou foixante
mille Vers. Le Muficien renonçant à fon
premier deffein , lui demande combien il
G lui
146 MERCURE DE FRANCE.
lui vendra la Garniture toute complette
d'un Opera. Le marché fe conclut, & c .
mais cette Piece ne demande pas un plus
long Extrait . Elle finit par un Divertiffement
, dont l'Auteur a pris foin de
parler à la fin du Prologue. Le Vaudeville
roule fur la , Nouveauté. En vois
ci quelques Couplets :
Vous qui cherchez à faire emplette ,
De quelque innocente Beauté ;
Au Printemps prenez la Fillette
N'attendez pas jufqu'à l'Eté ,
Si vous aimez riron , rirette ,
Și vous aimez la Nouveauté.
Mon coeur abandonne Lifette
Dont il fut toujours bien traité ,
Pour s'attacher à Colinette
Quin'a pour lui que
>
cruauté ,
Et le tout pour riron , rirette,
Et le tout pour la Nouveauté
21S
De mes Soeurs je fuis la cadette ,
De la maiſon l'enfant gâté :
Des joujoux d'eufant qu'on m'achette ,
Ma
JANVIER . 1727. 147
Maman croit mon coeur enchanté
Mais j'afpire à riron , rirette
Mais j'afpire à la Nouveauté.
Au Parterre.
Puifqu'aujourd'hui chacun rejettte
Notre vieux jeu trop repeté ;
Meffieurs , du moins grace au Poëte .
Qui de vous plaire s'eft flattés
Applaudiffez riron , rirette ,
Applaudiffez la Nouveauté.
Le Couplet précedent eft chanté avec
beaucoup d'agrément , par la jeune Dlle
Dangeville , qui danfe enfuite une Entrée
avec la vivacité & les graces qu'on
lui connoît .
Toute la Mufique de cette Piece eft
du fieur Quinault , Comedien du Roi.
Le Ballet eft du feur Dangeville , de
l'Académie Royale de Mufique.
LE PORTRAIT , Comedie en un Acte,
reprefentée pour la premiere fois ,
le g. de ce mois.
Cette Piece a eu un des plus brillans
fuccès qu'on ait encore vûs fur le
Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , &
Gij on
148 MERCURE DE FRANCE.
و
on convient que ce fuccès eft merité .
C'eft, M. de Beauchamp qui en eft
l'Auteur ; & quoique les autres Pieces
lui ayent fait honneur il doit
fa plus grande gloire à celle-ci ; les
traits dont elle eft remplie , & la maniere
dont elle eft. écrite , font croire à
tous ceux qui en ont vû les repréſentations
, qu'ils trouveront encore de nouveaux
plaifirs à la lecture : nous ne doutons
point que l'impreſſion ne juſtifie ce
que nous avançons d'après le jugement
du Public.
ACTEURS.
Valere , Amant de Sylvia , le fieur Romagnefi
Sylvia > Amante de Valere .
Oronte , pere de Sylvia , le fieur Mario.
Colombine , Suivante de Sylvia,la Dile
Lelio.
Arlequin , Valet de Valere , le fieur Thomaffini.
Extrait.
Sylvia paroît incertaine fur ce qu'elle
doit faire , pour paffer le jour le moins
defagréablement qu'elle pourra. Son agitation
JANVIER. 1727. 149
$
3
tation continuelle fait prévoir à Colom
bine , qu'il va arriver quelque chofe d'extraordinaire
dans le coeur de fa Maîtref
fe , & que ce coeur irrefolu eft prêt à
fe fixer à quelque objet. Elle en dit fon
fentiment à Sylvia , & lui fait entendre
que tous ces troubles naiffants font des
avancoureurs de l'Amour. Sylvia fe met
en colere au feul nom d'amour , & jure
qu'elle ne fentira jamais les traits d'un
Dieu qui ne fait que des malheureux ; à
peine a t'elle marqué ce deffein de conferver
toujours fa liberté , qu'Oronte , fon
pere , lui vient préfenter des chaînes
en lui difant qu'il l'a mariée en Flandres
d'où il vient , & que l'Epoux qu'il lui
a deftiné s'appelle Valere. Sylvia ne répond
pas un feul mot à fon pere , au
grand étonnement de Colombine , qui
s'attendoit à la voir éclater au feul nom de
l'Hymen. Oronte dit à fa fille ,• que
fon
futur Epoux doit être arrivé auffi - tôt que
lui , & qu'il y a apparence qu'il eft allé
chez le Baigneur , pour paroître à fes
yeux dans un état plus avantageux il
ajoûte que Valere n'a pas befoin d'agrémens
empruntez pour la convaincre de
ce qu'il dits il lui montre fon portrait,
& le laiffe entre fes mains. Oronte fort
pour aller chercher Valere , dont Sylvia
regarde le portrait avec une indifference
Giij affectée;
150 MERCURE DE FRANCE.
2
affectée : elle trouve Valere fort imper
tinent , d'avoir confenti à ce Mariage
fans fçavoir fi elle voudra bien y donner
les mains. Elle veut abfolument le
renvoyer en Flandres ; elle forme la
refolution de fe préfenter à lui fous le
nom & fous les habits de Colombine
pour lui faire le portrait le plus defavantageux
de celle qu'on lui a deſtinée
pour Epoufe. A peine eft- elle fortie
pour ce traveftiffement , que Valere arive
avec fon Valet Arlequin ; il fait
d'abord connoître l'averfion qu'il a toujours
eue pour tout engagement de coeur,
& témoigne fon étonnement fur le deffein
qui l'a fait partir de Flandres . Ar-
Ilequin lui confeille de s'en retourner ,
& lui dit que cette Epoufe qu'il vient
chercher de fi loin , n'eft point du tout
fon fait. Valere le preffe de lui dire
pourquoi il lui tient ce langage. Arlequin
lui répond qu'il n'a pas perdu fon
temps depuis fon arrivée , qu'il eft deſcendu
, non chez le Baigneur , mais au
Cabaret , où il a fait jafer un domestique
de Sylvia , qui veritablement n'a ceſſé
d'être indifcret qu'à la feptiéme chopine
; & que c'eft de lui qu'il a appris
que Sylvia eft fujette à des caprices qui
tiennent de la folie ; Sylvia arrive fous
les habits de Colombine ; Valere la reconJANVIER
1727.
151
Connoît malgré fon traveftiffement ;
ila fon portrait qui lui a eté donné
par Oronte . Il prend fon parti fur
le champ ; & voyant que Sylvia prétend
le tromper
, il fe refout à lui
rendre rufe pour rufe . Ce qu'Arlequin
lui a dit des caprices de fa Maîtreffe , ne
laiffe pas de faire quelque impreffion fur
fon efprit ; ce traveftiffement lui en paroît
une preuve affez forte . Sylvia , ſous
le nom de Colombine , lui fait un portrait
d'elle- même , qui acheveroit de le
dégouter , s'il n'étoit pas engagé fi avants
elle lui confeille de reprendre le chemin
de Flandres , & lui dit abfolument,
que fa Maîtreffe ne veut point de lui ;
Valere répond froidement , que puifque
Sylvia eft fi prévenue contre lui , qu'il
fçaura lui épargner la vûë d'un objet
odieux , & qu'il va remercier Oronte
de l'honneur qu'il a prétendu lui faire
en l'acceptant pour gendre ; il la quit
te auffi froidement qu'il lui a parlé . Sylvia
eft picquée au vif d'une indifference
, à laquelle elle ne s'étoit nullement
attendue ce dépit eft un fimptôme d'amour
naiffant cet amour prend de nou
velles forces par la jaloufie qui vient
bien-tôt fe mettre de la partie. Arlequin
à qui elle demande des nouvelles
de fon Maître , croyant ne parler qu'à
G iiij une
152 MERCURE DE FRANCE.
*
une Suivante de Sylvia , lui dit que Va
lere a toujours été l'homme de France
le plus galant & le plus aimé ; que
dans tous les voyages il a laiffé des monumens
de fa gloire ; Sylvia avale le
poifon à longs traits ; elle croit que Valere
ne lui a parlé avec tant de froideur
, que parce qu'il méprife une conquête
comme la fienne , ou qu'il eft engagé
ailleurs . Oronte , à qui cet Amant
picqué a fait dire qu'il eft prêt à s'en
retourner en Flandres , vient demander
à fa fille , qui a déja repris fes habits ,
ce qui a pû fe paffer entre elle & fon
gendre ; Sylvia ne fçait que répondre,
Colombine plus hardie que fa Maîtreffe
, dit franchement à Oronte , que fa
fille ne veut point fe marier ; Sylvia
voudroit bien lui fermer la bouche
mais elle ne peut , & fait connoître par
fon maintien , que fon coeur defavouë
ce que fa Suivante diť. Oronte dit à fa
fille qu'il n'a pas prétendu forcer fon
inclination , & que puifqu'elle ne veut
point de Valere , il va le congedier. Il
fort dans ce deffein. Sylvia en eſt au
défeſpoir ; elle avoue à Colombine qu'elle
fent pour Valere ce qu'elle n'a jamais
fenti ; mais que cet ingrat n'en
fçaura jamais rien. Enfin , Valere vient,
& c'eft ici la Scene du dénouement. Sylvia
JANVIER. 1727. Is3 }
T
vie eft redevenuë Colombine , elle reproche
à Valere , comme de la part de
fa Maîtreffe , les diverfes conquêtes qu'il
a faites dans tous les voyages. Valere
n'y comprend rien ; on lui dit , que c'eft
d'Arlequin qu'on a appris fes exploits
amoureux ; il veut punir Arlequin de
ce menfonge ; Arlequin lui dit qu'il ne
croit pas avoir fait un grand crime d'avoir
fait de fon Maître la peinture las
plus avantageufe qu'il a pû imaginer.
Valere comprenant par la jalouſie de Sylvia
qu'il en eft plus aimé qu'il n'auroit
ofé l'efperer , invente une derniere ru
fe pour finir un déguiſement trop
long - temps foutenu de part & d'autre..
11 avoue à la fauffe Colombine , qu'il a
un engagement que rien ne fçauroit fur--
monter & qu'elle n'a pour l'excufer
auprès de fa Maîtreffe , qu'à jetter un
moment les yeux fur un portrait qu'il lui :
prefente. Sylvia en détourne d'abord la:
vûe avec dépit ; mais elle ne peut enfin
refifter à la curiofité de voir fi fa Ri
vale eft plus aimable qu'elle. Quelle agréa--
ble furpriſe pour elle , de voir que c'eft:
fon propre portrait que l'amoureux Válere
lui prefente ; elle ne croit pas l'en
pouvoir mieux récompenfer , qu'en lui
rendant artifice pour artifice , & en lui:
montrant le portrait de fon vainqueur.
G. y.
,
Va
154 MERCURE DE FRANCE .
Valere ne le regarde à fon tour qu'en
tremblant, mais il a le plaifir de s'y reconnoître
lui- même. Toute la Piece eft jouée
ན
par Mlle Sylvia avec les graces ordinaires,
& le fieur Romagnefi feconde fi bien
lejeu de cette excellente Actrice , qu'il
a l'honneur de partager avec elle les applaudiffemens
que le Public donne à
l'Auteur & aux Acteurs .
Après l'Impreffion de cet Extrait , on
reçû la Lettre fuivante .
LETTRE de M. de Beauchamp , du
30. Janvier 1727. écrite à l'Auteur
du Mercure .
Je comptois fi peu , Monfieur , fur le
fuccès qu'a eu le Portrait , que j'ai tota-
Lement oublié , de me donner l'honneur de
vous en écrire. Comme je crois qu'il n'eft
plus temps de le faire , & que votre Extrait
eft imprimé , je m'en rapporte à ce
que votre politeffe vous en aura fait dire
je crains plus le trop que Le trop peu.
Je vous avonë cependant que j'aurois eté
bien aife que vous euffiez dit, de ma part.
que je reconnois avec franchife que cette
petite Piece eft plus redevable à M¹¹e Sylvia
qu'à moi- même , du bonheur qu'elle
acu de plaire an Public. Tout le monde
Gut
JANVIER. 1727. ISS
eut été capable d'arranger quelques Scenes.
Il n'y a qu'elle qui put donner à ces
Scenes , ces graces & ce feu qui en ont
fait tout le merite. Je voudrois encore que
le Public , à qui je ne puis marquer aſſez
de reconnoiffance , fut bien perfuadé , que
je regardefes bontez , non comme un témoignage
de ce que je vaux ; mais comme un
avertiffement de ce qu'il exige de moi , fi
j'ofe encore reparoître. Vous ne pouvez ,
Monfieur , donner trop d'étendue à ce
fentiment dont je fuis pénetré. Jefuis , &c.
Le 23. Mademoiſelle de la Rochefur-
Von honora de fa prefence la Comedie
du Portrait , précedée de la Femmejaloufe.
Le 24. Madame la Ducheffe du Maine
vit la même petite Piece du Portrait,
précedée de celle des Comediens Efcla
ves , & la Parodie de Pirame & Thiſbé.
Le 18. de ce mois , le nouvel Opera
Italien , intitulé Lucius verus , de la
compofition de M. Latilla , fut reprefenté
à Londres fur le Theatre du Marché
au Foin , & fort applaudi. Le Roi ho
nora cette Repréſentation de fa prefence.
G vj On
156 MERCURE DE FRANCE :
On mande de Strasbourg , que la fille
de la Dlle Dauflife principale Comedienne
de la Troupe établie en cette Ville,
âgée de douze ans , y a joué plufieurs
fois le rôle d'Andromaque , à un degré
de perfection , qui a étonné & fatisfait
les gens du meilleur goût. Elle a beaucoup
de graces , une très -belle voix , la
taille bien faite , & joue avec beaucoup
d'intelligence & de fentiment. Elle a auf
très-bien joué le rôle d'Agnès , dans la
Comedie de l'Ecole des Femmes . Cette
aimable perfonne , joint à tant de talens :
pour le Theatre , celui de dan fer très--
bien.
s s s s s s s S
NOUVELLES DU TEMPS .
O
TURQUIE
N doit envoyer en Perfe de nou
veaux Corps de Troupes , pour conferver
les Conquêtes qui ont été faites en
1725. par les Turcs.
Michel Rackoviefa , Vaivode de Moldavie
, qui fut dépofé il y a quelques
mois, arriva à Conftantinople le 15 , Novembre
, avec une efcorte de Janniffaires
& de Spa his ; le lendemain il fut
B
mis
JANVIER. 1727 377
mis dans le Château des fept Tours , où
l'on croit qu'il a été étranglé .
La maladie contagieufe eft prefque entierement
ceffée dans cette Capitale ; il
n'y a plus que quelques maifons d'Ou--
vriers du côté du Port , qui en font encore
infectées , mais elle fait encore de
grands ravages à Andrinople & aux en--
virons.
11 У a de
nouveaux
ordres
du
Grand
Vifir , de ne laiffer entrer dans Conftantinople
aucun Miſſionnaire , ou autre
Ecclefiaftique , à moins qu'il n'arrive
par les Bâtimens François , & qu'ils ne
foient munis de paffeports du Roi de
France.
Le Grand Vifir a envoyé un Officier
General dans la Natolie , avec les ordres
neceflaires pour y lever de nouvelles
Troupes , & les diftribuer en Compagnies
de so. hommes chacune . Ces:
Troupes feront tranfportées à Alexandrie
, d'où elles fe rendront par la Mer
Rouge dans l'Arabie , pour fecourir le
Pacha de Gédda contre les Arabes Rebelles.
Le Capigi , qui étoit allé à Alger par:
ordre du Grand Seigneur , pour faire les
premieres propofitions de Paix entre
Empereur & cette Regence , eft de retour
à Constantinople , fans avoir pu
réüllis
158 MERCURE DE FRANCE.
réüffir dans fes Negociations. On croit
cependant que les Algeriens fe foumettront
aux ordres de S. H. fi elle confent
de pardonner,aux Beys rebelles de l'Egypte
, qui fe font mis fous la protection de
la Regence.
Le Conful de la Nation Françoiſe à
Smyrne , a reçû ordre de renvoyer en
France toutes les filles nées de parens
François , & de défendre aux Sujets du
Roi Très- Chrétien de fe marier dans
le Pays.
RUSSIE
Es Infpecteurs des Fonderies d'Olonits
ont reçû ordre de faire préparer
pour le mois de Mars prochain , 300.
pieces de canon de different calibre , avec
36. mortiers .
La Czarine donna fur la fin du mois
dernier , l'Ordre de [S. André au Czarowitz
, qu'on nomme à preſent le Grand
Duc , & au Duc de Holftein Gottorp ,
Evêque de Lubec- Eutin , avec lequel on
croit que la Princeffe Elifabeth , feconde
fille de S. M. Cz. fera mariée .
Le plus jeune des Princes de Heffe-
Hombourg , qui étoit Capitaine des Gardes
de la Czarine , a été fait Colonel du
Regiment de Sudermanie , & la Czarine
a ajoûté à cette grace une augmenta .
tion
JANVIER. 1727. 159
tion de penfion de 3000. Roubles par
an.
On affare que le Duc d'Holftein commandera
les troupes qu'on affemble fur
la frontiere de la Curlande , & que l'armée
qu'on y doit former , dans le deffein ,
à ce qu'on croit , d'entrer en Pologne ,
fera de 50000. hommes d'infanterie , &
de 10000. de cavalerie.
Le Prince Dollhorouki , qui commande
en chef les troupes de S. M. Cz. du côté
de la mer Cafpienne , a dépêché un Courier
à Petersbourg , pour donner avis que
les Habitans de près de deux cent Villages
d'une Contrée qui eft entre Derbent
& Chamaki , s'étoient foumis volontairement
à la Czarine , & qu'ils lui avoient
prêté le ferment de fidelité.
Le bruit court à Petersbourg , que le
Grand Duc , petit- fils du feu Czar , ſera
déclaré dans peu heritier du Trône , &
qu'il y aura une ceremonie folemnelle
pour fon Inauguration .
On fait à Cronstadt les préparatifs neceffaires
pour mettre toutes les Galeres
en Mer , auffi - tôt que le Port fera débarraffé
des glaces , & on efpere qu'elles.
pourront fortir avant l'arrivée des Efcadres
d'Angleterre & de Dannemarc dans
le Golphe de Finlande.
Po
160 MERCURE DE FRANCE .
•
POLOGNE.
N écrit de Varfovie du 29. du moïs
Odernier, que le Confeffeur du Roi ,
& le Medecin ordinaire de S. M. font
allez à Bialftock , où ils ont été mandez
par le Roi , dont la jambe s'eft ouverte.
On a appris depuis du 5. de ce mois , que
le Roi garde encore le lit à Bialftock ,
n'étant pas tout - à - fait en état d'être
tranſporté à Varsovie , quoique beaucoup
mieux. Les Lettres du II . portent que
la fanté de S. M. paroît fe rétablir de jour
en jour.
Sa Majeffé a confirmé par un nouvel
Acte , la donation qu'elle avoit faite à la
Comteffe d'Orzelska , d'un Palais magnifique
qu'elle doit occuper à Varfovie ,.
& de tous les meubles & vaiffelle d'argent
qui y font actuellement.
Les Nobles font paroître quelque animofité
contre M. Santini , Nonce du Pa
pe : le Regent de la Couronne a défendu
de la part des Senateurs & des Miniftres
du Roi , au Chancelier & aux Avocats
de la Nonciature ; d'exercer aucune Jurifdiction
Ecclefiaftique , & il a été ordonné
au Juge du Tribunal du Marêchal ,
de ne plus obéir dorénavant aux Décrets
émanez de la Nonciature.
On
JANVIER . 1727. 16F
On écrit de Stockolm , que le Confeil
du Roi de Suede a nommé pour entrer en
conference avec le Prince Dolhoruski ,
Ambaffadeur Extraordinaire de la Czarine
, les mêmes Commiffaires qui ont conferé
avec les Miniftres du Roi T. C. &
du Roi d'Angleterre.
ALLEMAGNE .
›
N écrit d'Hanover , que le Roi
d'Angleterre y avoit envoyé des
ordres pour augmenter de vingt - huit
hommes toutes les Compagnies , tant de
Cavalerie que d'Infanterie de cet Electorat
; que les nouvelles levées fe faifoient
avec beaucoup de fuccès , & qu'on efperoit
que les Regimens feroient complets
au commencement du mois de Mars.
Mehemet Effendi , Envoyé de la Regence
de Tripoli , & qui vint à la Cour
de Vienne en 1724. avec un femblable
caractere , y arriva le 28. du mois dernier
, avec fes deux fils & une fuite de
feize perfonnes. On lui a fait préparer
dans un des Faubourgs de Vienne , PHô
tellerie des Trois Fers à Cheval , où il a
pour fa garde un détachement de la garnifon
de la Ville .
Le Roi d'Espagne a accordé mille piftoles
de penfion au Raron de Riperda ,
Год
162 ' MERCURE DE FRANCE.
fon Miniftte auprès de l'Empereur , &
deux cens piftoles d'appointement à M.
Verpin , Secretaire d'Ambaflade, que S.M.
C. a nommé Conful d'Eſpagne à Of
tende.
On a reçû avis que l'Evêque & les
Etats de Liege avoient rejetté les offres
avantageufes qui leur avoient été faites
pour acceder au Traité de Vienne.
Le Comte de Kinski , nommé à l'Ambaffade
Extraordinaire de France , eft parti
pour aller à Berlin , d'où l'on croit qu'il
ira faire quelque féjour à la Cour de l'Electeur
Palatin , avant que de fe rendre à
celle du Roi T. C.
L'Empereur a fait donner fon portrait
enrichi de diamans à tous les Miniftres
des Princes qui ont accedé au Traité de
Vienne..
D
ITALIE.
Ans la ceremonie qui fe fit à Rome
le Mardi 10. du mois dernier , on
commença à dix heures du matin par la
Proceffion autour des pilliers de faint
Pierre , tant du dedans que du dehors ,
fous l'efcorte des Cuiraffiers & des Gardes
Suiffes. A midi , le Pape , précedé des
Archevêques , Evêques , Prelats & Car
dinaux , fut porté fous un Baldaquin , de
la Chapelle de Sixte à l'Eglife de faint
Pierre ,
JANVIER 1727. 163
Pierre , par l'efcalier de Conftantin , au
bruit des timbales & trompettes. Le Saint
Pere monta fur un Trône élevé & fuperbement
orné , fuivi du Connétable Co
lonne , comme Prince du Trône , & du
Duc de Guadalogna , comme Marêchal
du Vatican. Les Auditeurs des Rites s'étant
enfuite approchez du Trône, demanderent
la Canonifation des Bienheureux
Turribio Magrobefio , Archevêque de
Lima au Perou ; Jacques de la Morque
Cordelier , & Agnès de Montepulciano ,
Religieufe Dominicaine ; ce que S. S.
ayant accordé on lut à haute voix le
Decret pour la Canonifation , au bruit de
toute l'artillerie du Château Saint Ange;
après quoi le Pape celebra la Meffe , reçût
à l'Offertoire le tribut ordinaire , &
donna la Benediction au Peuple. Ce tribut
confifoit , de la part des Efpagnols ,
en vingt - quatre Cierges , le Pain Benit
& de petits barils de vin , le tout proprement
orné & doré. Les Cordeliers & les
Dominicains en donnerent autant.
On écrit de Malthe que le 12. de Novembre
dernier , vers les trois heures
après midi , il s'étoit élevé avec un bruit
violent , une trombe , ou tourbillon , qui
ayant traversé l'Ifle , avoit élevé en paffant
fur le Port plufieurs gros Vaiffeaux ,
& d'autres Bâtimens , dont les agrés
avoient
164 MERCURE DE FRANCE.
J
avoient été emportez ; que la même
trombe avoit brifé la pouppe de la Galere
de faint Vincent , & déraciné tous les arbres
qui s'étoient trouvez fur la route' ;
qu'étant arrivée à la Cotoniera , elle avoit
difparu , & que l'air s'étoit éclairci .
Le 16. Decembre , le Pape tint au Palais
du Vatican un Confiftoire fecret , daris
lequel S. S. fit la ceremonie d'ouvrir &
de fermer la bouche aux Cardinaux Lercari
& Cozza , aufquels elle donna , fçavoir
au premier , le titre de faint Jean &
de faint Paul , & au fecond celui de faint
Laurent in Pane Eperna.
Dans le même Confiftoire , le Cardinal
de Polignac , en l'abfence du Cardinal
Ottoboni , Protecteur des Affaires de
France , propofa l'Abbé Baglion de la
Salle pour l'Evêché d'Arras , & enfuite
il préconifa l'Abbé de la Châtre pour celui
d'Agde. Dans le Confiftoire du 23. le
même Cardinal préconifa l'Archevêque
de Tours pour l'Abbaye de la Couronne ,
Ordre de faint Auguftin , Diocèſe d'Angoulême.
Le 27. du mois dernier , le Pape fit la
Canonifation folemnelle du Bienheureux
Pelegrino Lafiozi , Religieux de l'Ordre
des Servites ; du Bienheureux Jean de la
Croix , Carme Déchauffé , & du Bienheureux
François Solano , Religieux Mi
neur
JANVIER. 1727: 165
neur Obfervant de l'Ordre de faint François
; & le 31. S. S. fit la Canonifation
des Bienheureux Louis de Gonzague &
Stanillas Cotzka , de la Compagnie de
Jefus,
Tremblemens de Terre.
Voici un nouveau détail & quelques
circonftances particulieres , échappées à
la Relation que nous avons donnée au
fujet du tremblement de terre arrivé à
Palerme la nuit du 1. au 2. Septembre
dernier .
On vit ce jour-là , premier Septembre
, au lever du Soleil , & du côté du
Nord , un gros nuage épais ; obfcur en
des endroits , & plus clair en d'autres ,
qui fe formoit peu à peu , & paroiffoit
immobile. L'air étoit fi échauffé , qu'à
peine pouvoit on refpirer , & il regnoit
un calme profond .
Vers les deux heures après midi , ce
gros nuage s'ouvrit , & fut pouffé par
un petit vent de Sud , où il fe réünit ,
& fe fixa vers l'heure de Vêpres. Les
exhalaifons & les vapeurs dont ce nuage
étoit compofé , s'étendirent vers le
foir & fe développerent , de maniere
qu'on voyoit les étoiles au travers .
A la premiere heure de nuit , cet af
freux
166 MERCURE DE FRANCE .
freux nuage commença à s'embra fer
mais feulement par les extrêmite z Il
n'en fortit qu'éclairs & feux redoublez ,
dont on fentoit même la chaleur.
La mer fans aucun vent ni orage , s'irrita
fi fort fur les trois heures de nuit ,
que tous les Pêcheurs , écartez çà & là ,
faifis d'effroy , rentrerent dans le Port.
Vers les quatre heures de nuit , l'horri
ble tremblement commença à fe faire len→
tir. En plufieurs endroits du Port & des
Côtes , les eaux fe retirerent de leurs
lits , & remontant avec une violence extraordinaire
l'une contre l'autre , elles
formerent des efpeces de montagnes ; en
forte qu'on voyoit à découvert le fond
qu'elles occupoient auparavant. Les Pêcheurs
qui étoient reftez fur la Marine,
obferverent qu'il fe fit alors un embraſement
foudain dans le nuage ; ce qui fut
fuivi d'une espece de fecouffe en l'air ,
qui paffant avec une grande vîteffe , &
pouffé par un vent du Nord , enveloppa
toute la ville de Palerme , & fe diffipa
enfuite.
4
On fentit alors la premiere fecouffe ; la
furface du territoire de Palerme étoit agitée
comme par ondulation. Cet ébranlement
fut fuivi immediatement de cinq
fecouffes , ou tremblemens horribles , qui
durerent huit minutes. Les premiers firent
JANVIER 1727 .
•
167
·
rent très peu de mal ; mais les derniers
ayant ébranlé les meilleurs fondemens
des maifons de la Ville , une partie des
édifices fut renverfée , & ce qui refta fur
pied fut très- endommagé . Ce ne fut plus
alors que confufion & defordre dans la
Ville ; ceux qui s'étoient fauvez dans les
Eglifes , comme dans un azile , furent
écrafez par les pierres , les bois de charpente
, & autres materiaux . La plupart
des Habitans fuyoient à la campagne,
Le Prince de Refuttano , Préteur de la
Ville , affifté du Senat , fit tout ce qu'il
pût pour calmer le Peuple , & l'arrêter
dans fa fuite. La premiere chofe qu'il fit ,
fut d'employer les Habitans à dégager
leurs Concitoyens qui fe trouvoient embaraffez
fous les ruines des maifons. La
frayeur s'étoit tellement emparée des efprits
, que les premiers ordres du Senat
ne furent que foiblement executez ; mais
lorfque la populace fut un peu raffurée
par l'exemple des Senateurs , qui avoient
mis eux - mêmes la main à l'oeuvre , les
plus courageux fe prêterent volontiers à
tout ce qu'on vouloit d'eux.
On s'attacha d'abord à la rue des Laitiers
, où le dommage étoit plus grand ,
les maifons ayant toutes été renversées de
fond en comble , fur tout vers les Magafins
, & du côté des Chambres qui font à
louer
168 MERCURE DE FRANCE:
Jouer pour la commodité des Etrangers.
-
Palerme , qui par le moyen de deux
grandes & belles rues , fe trouve partagée
en quatre quartiers , n'eft plus qu'un
amas de démolition , ou plutôt une mazure
entiere. Les deux quartiers qui ſe terminent
à la Marine , & qui étoient les
plus beaux , ne font plus qu'un affreux
bucher. Dans le quartier qui eft à la
droite , du côté de la Plaine de faint Sebaftien
, le riche & fuperbe Palais du
Prince de Rocca - Palomba a été totalement
renversé , & la Princeffe avec deux
neveux , & un grand nombre de Domeftiques
y a été enfe velie & écrasée. L'Arfenal
, qui en eft proche , s'ouvrit par le
milieu , & fe fendit en plufieurs endroits
du haut en bas , malgré les voutes. La
rue des faifeurs de Coffres , dite Caffari ,
a eu le même fort , & les Habitans y font
prefque tous péris , les voutes , fous lefquelles
la plupart s'étoient retirez s'étant
enfoncées. Ces ruines furent fuivies de
celles de toutes les maifons de la rue des
Fourbiffeurs & Orfevres , de la loge des
Boulangers , qui s'étoit enfoncée en plufieurs
endroits , & qui par fa chûte a ren
verfé plufieurs maifons qu'on avoit étayé
avec précipitation . De là le mal s'étendit
dans la rue des Corroyeurs , où quantité
de maifons s'enfoncerent , & dont on ne
voir
JANVIER. 1727. 169
voit que le toît , & d'autres furent renverfées.
Ce qu'il y a d'extraordinaire ,
c'eft que la plupart des édifices qui font
reftez fur pied , après le tremblement de
terre , tombent à préfent d'eux - mêmes ,
ou pour fi peu qu'on les touche , tant les
fondemens en ont été ébranlez.
- Dans le quartier du côté de la campagne
, tout le contour de faint Onufre a été
entierement renverfé , de même que les
Tues qui conduifent au Mont de Pieté :
la rue des Abeilles , une bonne partie de
celle des Chandeliers , celle qui va à
1'Eglife de faint Cofme & faint Damien
jufqu'au Pipireto , font plus des deux tiers
ruinées. Le Dome , qui fembloit devoir
réfifter , a auffi extrêmement fouffert. La
voute la plus proche du Choeur fe fendit ,
ainfi que les murs qui font d'une prodigieufe
épaiffeur ; & les ouvertures qui
s'y firent font fi larges , qu'on voit aifément
le jour à travers. La maîtreffe
quille de fer , ou barre qui foûtenoit la
fleche du clocher , fut forcée. Il n'y a eu
au College des Jefuites que les chambres
qui regardent l'Eft , d'entr'ouvertes , &
quelques croifées abbatuës.
Quant aux deux autres quartiers , qui
commencent en droite ligne depuis la
Mer jufqu'à la Place de la Marine , toute
l'lfle des maiſons voifines qui aboutiffent
H
170 MERCURE DE FRANCE .
à l'Eglife de faint Jean , de la Nation Na
politaine , eft entierement renversée , ou
s'il refte quelques maifons , elles font inhabitables.
Les Palais , entr'autres ceux
du Marquis de Savochetta & de Dom
Jean de Waldes , font fort endommagez ,
de même que les édifices qui font face au
petit Port , dit la Charité. Les Monaſteres
& Eglifes des Peres de la Redemption
des Captifs , & des Auguftins Déchauf
fez , font percez à jour. Le Temple des
Religieux du Tiers Ordre de faint François
, fous le titre de fainte Anne , a les
angles tout fracaffez , ainfi que les chapelles
. Le dommage a été infiniment plus
grand dans le quartier des Laitiers , tous
les habitans , les chevaux , boeufs , & autres
bêtes de fomme ayant été ensevelis fous
les ruines , ainfi que les Etrangers qui
logeoient dans les magafins , & autres
maifons voisines . Le Palais du Duc de
Montalte eft auffi abbatu , de même que
la plus grande partie des Maifons de la
Fererie & du Giardinazzo. Le Monaftere.
de Martorana , & le Palais Senatorial ong
auffi beaucoup fouffert.
Pour ce qui eft du quartier du Palais
Royal , qui eft le quatrième de la Ville ,
la maifon du Baron Bufacca s'ouvrit interieurement
à l'un des principaux angles ,
`&un pan de muraille qui fe renverfa ,
&
JANVIER. 1727 171
E
I
& écrafa un Soldat qui étoit en fentinelle
. Les maifons du Petit Pont juſqu'à
la Place des Bateleurs furent fi fort ébranlées
, que fans le prompt fecours qu'on y
apporta en les étayant , elles feroient toutes
tombées . Une Statuë de la Juftice ,
élevée fur une colomne dévant la maifon
du feu Preſident Ugo , fut renversée avec
fon piedeftal , & trouvée brifée. La grande
Salle du Palais Royal , dite de la Raquette
, eft percée à jour , ainfi que les
appartemens des Domeftiques , le beau
Salon , l'Efcalier , & generalement toutes
les voutes : la Chapelle Imperiale a eu
très- peu de mal . On compte qu'il en
coutera plus de 60000. écus pour les feules
réparations du Palais Royal.
Les Habitans de Palerme font , pour
ainfi dire , errans dans les Plaines , dans
les Villes & dans les Villages du Royaume.
Les uns campent dans les dans les prez, fous
des baraques & des tentes que le Gouvernement
leur a fait diftribuer : les autres
dans la Ville , pêle- mêle avec la Nobleffe
, qu'on auroit de la peine à reconnoître
, tant fon état eſt changé , & fes
pertes
confiderables . Enfin , on ne peut
rien ajoûter à l'affliction de cette Ville infortunée
; & à l'heure qu'il eft ,
perfonne
n'ofe rentrer dans fa maifon , tant la
crainte d'un nouveau
tremblement eft
grande.
Hij
Depuis
172 MERCURE DE FRANCE
'Depuis le jour qu'on commença à retirer
les morts de deffous les ruines jufqu'au
16. qu'on finit ce travail , on
compta plus de 6000. perfonnes , fans les
petits enfans.
Le Senat de Palerme ayant obfervé que
des Ouvriers profitant de la conjoncture
préfente , taxoient exorbitamment les
Bourgeois qui les employoient , & que
des Marchands.de Bois en faifoient autant ,
il regla par une Ordonnance le prix des
Bois , & les journées des Maçons , Charpentiers
, Tailleurs de Pierre , & autres
Artifans , fous peine d'une forte amende
pour les Contrevenáns ; & en cas de récidive
d'être châtiez arbitrairement . Il défendit
auffi deux jours après le tremblement
de terre , de faire rouler des caroffes
dans la Ville , & d'y laiffer entrer de
gros chariots , de crainte que les maiſon's
étayées ne fuffent renverfées par le mou
vement de ces voitures , & pour éviter
l'embarras qu'elles auroient caufé , les
rues étant pleines de materiaux entaffez
les uns fur les autres. Les Ecclefiaftiques
n'ont pas même ofé faire tirer des boëtes,
felon la coutume , quelque Fête de Saint
qui foit furvenuë , à caufe de l'ébranlement
qu'elles auroient pû caufer aux
fondemens mal aflurez de la plupart des
maifons qui étoient reftées ſur pied.
JANVIER. 1727 . 173
On publia une autre Ordonnance le 4.
Septembre , portant que tous les Intereffez
de la Banque , qui auroient beſoin
d'argent pour faire reparer leurs maiſons ,
euffent à s'y préfenter pour retirer leurs
capitaux en entier , ou en partie, avec les
interêts , s'ils le jugeoient à propos ; &
que les pauvres qui n'y auroient rien en
dépôt , euffent à s'adreffer au Mont de
Pieté , où on leur prêteroit de l'argent
fur gages , & fans interêt ; ce qui a produit
un fi bon effet , que l'on commence à
ne plus s'appercevoir des horribles dé
gats caufez par le tremblement de terre ,
& que la Ville reprend fon ancien
luftre.
La perte que la ville de Palerme a
foufferte dans cette occafion , fe monte à
plus de fix millions d'écus , & elle tombe
en grande partie fur les Marchands en
détail , & fur les Artifans:
On remarque que cette Ville n'a ja•
mais été fujette aux tremblemens de terre,
comme les autres parties meridionales
de la Sicile.
Que les fecouffes qu'elle a reffenti
dans divers temps , & toûjours fort recu
lez , ont été très - tegeres , & n'ont point
caufé de dommage.
Que fon territoire feulement a été
affligé , le tremblement de terre ayant
H iij com174
MERCURE DE FRANCE.
commencé à neuf milles de Palerme , au
Mont du Cocq , qui s'eft ouvert ou renverfé
en partie , & étant venu en ferpentant
comme un éclair jufqu'à la Ville .
Que la Citadelle n'a point fouffert
dans fes Ouvrages , & les feules maifons
du Gouverneur & du Commandant
ont été endommagées.
Que la Colline qui eft dans la Ville
même & qu'on nomme le Mont , a pref
que été toute renverfée , s'étant entr'-
ouverte d'une maniere extraordinaire
dans les endroits où il y avoit du Roc ,
& enfoncée dans les autres .
Qu'on n'a rien fenti à Catane , Siracufe
, Agofte , Modica , Calatagirone ;
Laontini , Carlentini , &c . non plus que
dans la Vallée de Nole , où les tremblemens
de terre font fort frequens .
L
ESPAGNE.
E 30. du mois dernier , le Comte
de Koniggleg , Ambaffadeur Extraordinaire
de l'Empereur , fit fon Entrée
publique à Madrid. Il alla à cheval depuis
la rue S. Bernard jufqu'au Palais ,
précedé du Comte de Villa - Franca , Introducteur
des Ambaffadeurs , & accompagné
du Comte Cogorani , Major - dome
de la Maifon du Roy , des Gentilshommes
JANVIER. 1727. 175
mes de la Bouche & des Officiers quit
ont accoûtumé de fe trouver à ces ceremonies.
L'Ambaffadeur étant arrivé au
Palais vers le midi , il eut audience pu
blique du Roy & de la Reine , du Prince
des Afturies & des Infants ; après quoi
il fut reconduit à fonHôtel , par le mê
me cortege qui l'avoit accompagné à
l'audience .
Le Capitaine d'un Vaiffeau arrivé deduis
peu à Cadiz de la Havane , a rapporté
qu'il avoit laiffé la Flotille dans ce Port
avec les Vaiffeaux de Guerre du Roy ,
commandez par le Lieutenant General
Caftagnetta .
Un autre Bâtiment arrivé le 19. de
l'autre mois dans l'un des Ports de la
Galice a apporté des Lettres de Carthagene
, qui confirment les premiers avis
qu'on avoit reçûs du defarmement des
Gallions à Porto - Bello .
Les Troupes qu'on a fait marcher en
Andaloufie , & qui confiftent en 30. Bataillons
& 16. Eſcadrons , ont un rendez-
vous general dans une Plaine nommée
de S. Roch , qui n'eft pas éloignée
de Gibraltar.
Le 6. de ce mois , Fête de l'Epiphanie ,
le Roi tint Chapelle au Palais , avec les
ceremonies accoûtumées : S. M. alla à
l'Offrande, & prefenta trois Calices d'or,
Hiiij
con176
MERCURE DE FRANCE:
conformément à l'ufage établi par les
Rois d'Espagne fes Predeceffeurs.
Le General des Capucins arriva à Madrid
le 2. de ce mois. Le Duc de Medina
- Celi , qui avoit été nommé pour
l'aller recevoir , le conduifit au Convent
de S. Antoine. Le 4. il eut audience
publique de L. M. du Prince des Afturies
& des Infants , étant conduit par le
Duc de Seffa , accompagné des Grands
du Royaume, & précedé de douze Hal
bardiers .
Les Négocians de Cadiz ne fe font point
engagez à fournir les 81000. pieces de
huit , que le Roy leur a fait demander
par l'Intendant de cette Ville. Le bruit
s'en étoit répandu fans fondement ; ils
ont fait demander au contraire des Saufconduits
pour ſe mettre à l'abri des pour
fuites de leurs créanciers , jufqu'à ce que
les Gallions foient de retour.
Le Comte de las Torres , Viceroi de
Navarre eft parti pour aller commander
les Troupes qui ont ordre de s'affembler
dans la Plaine de S. Roch près de Gibraltar.
Il eft arrivé au Camp qu'on y a formé
, 160. Canons de differens calibres,
24. Mortiers , 20000. Fufils , 11000 .
Quintaux de poudre , 2000. Boulets &
une grande quantité d'outils à remuer la
terre..
On
JANVIER. 1727. 177
On a appris par des Lettres particulieres
d'Angleterre , que de l'Efcadre
qu'on a équipée à Porftmouth , & qui
doit venir à Gibraltar , fous les ordres.
du Vice- Amiral Wager , il y en aura quatre
Vaiffeaux qui feront voile vers les
Indes Occidentales , pour renforcer celle
du Vice- Amiral d'Hozier.
LE
GRANDE- BRETAGNE
E Vice - Amiral Wager , qui a éte
ncm né pour commander l'Efcadre
Angloife dans la Méditeranée , ayant pris
congé du Roi & reçû fes inftructions
partit de Londres pour Porftmouth le
2 : de ce mois , d'où il mettra à la voile
au premier vent favorable , avec les fix
Vailleaux de Guerre qu'on y a équipez
pour renforcer l'Efcadre qui eft actuel
lement commandée par le Contre - A miral
Hopfon , & pour transporter trois
Regimens d'Infanterie à Gibraltar.
Par l'Extrait Baptiftaire & Mortuaire
de toutes les Paroiffes de Londres
, depuis le 25. Décembre 1725. juf
qu'au 24. Decembre 1726. on a baptifé
9605. garçons & 9203 , filles , faifant
en tout 18808. & il eft mort 15030r
hommes ou garçons & 14607. femmes
ou filles ; en tout 29637. Parmi les morts,
Hv dont
178 MERCURE DE FRANCE .
dont le nombre excede celui de l'année
derniere de 4124. il y en a 8708. morts
de convulfions , 4666. de fievres , 3764
de confomption ou pulmoniques , 2667.
de vieillelle , 2058. des dents , 1569 .
de la petite verole , 59. qui fe font défaits
eux - mêmes , 21. qui ont été executez
, 98. de noyez , 46. de tuez par
divers accidens , & les autres morts de
maladies ordinaires .
Le Chevalier Jean Norris a été nommé
pour commander l'Efcadre que le
Roy doit envoyer dans la Mer Baltique.
auff - tôt que la faifon fera favorable. Le
bruit court que le Vice Amiral Jean
Jennings aura le Commandement de celle
qu'on équipe pour la fureté des Côtes-
Meridionales d'Angleterre.
a
Le Marquis de Pozzo - Bueno , Ambaſfadeur
du Roy d'Eſpagne , n'a point été
rappellé , comme le bruit en avoit couru ;
mais il å ordre de fe rendre à Bruxelles .
Le Chevalier Jean Norris eft allé à
Chattam pour prendre le Commandement
de l'Efcadre deftinée pour la Mer
Baltique , qui fera compofée de 18. Vaiffeaux
de Guerre.
La Chapelle du Marquis de Pozzo-
Bueno , Ambaffadeur du Roy d'Espagne ,
fut fermée le Dimanche 12. de ce mois ,
& tous fes équipages ayant ét embar quez
près
JANVIER. 1727. 179
près de la Tour , dans un Navire qui
doit les porter à Oftende ; ce Miniftre
partit de Londres le 27. avec la Marquife
fon époufe , pour aller à Douvres,
d'où il doit paffer à Calais , afin de ſe
rendre à Bruxelles , où il demeurera
jufqu'à nouvel ordre.
L
HOLLANDE - PAYS- BAS.
E Roy de Pruffe a fait affurer les
Etats Generaux , que dans le Traité
Préliminaire qu'il a conclu à Vienne avec
l'Empereur , il n'y avoit aucun article
qui pût porter préjudice à la République
d'Hollande , & qu'il ne s'étoit jamais propofé
de former des Magafins dans le Duché
de Cléves , ainfi que le bruit en
avoit couru .
On écrit de Bruxelles , que le Prince
de Waldeck & le Comte de Bournonville
, qui avoient eu enfemble un differend
, s'étant rencontrez , mirent l'epée
à la main , & le premier ayant été
bleffé au bras , ils fe féparérent. On travaille
à les réconcilier.
Le Comte de Callemberg , Commiffaire
de l'Empereur aux Affemblées de la
Compagnie d'Oftende , & les autres
Commiffaires de cette Compagnie , ont
reçû ordre de fe rendre inceffamment
à Vienne.
H vj
MORT'S
180 MERCURE DE FRANCE..
kakakakakak
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
E Comte de Staremberg , cy- devant
Ambaffadeur de l'Empereur à la
Cour du Roy d'Angleterre , & qui étoit
tombé malade à Lintz ; y eft mort aprèsfept
jours de maladie..
Le 23. Decembre au foir , Jean-Bap
tifte Buffy , Cardinal Prêtre , du Titre
de fainte Marie d'Ara Cæli , & Evêque
d'Ancone , mourut à Rome , âgé
de plus de 69. ans , étant - né à Viterbe
dans les Etats du Pape le 2. Avril 1657. ·
Il avoit été fait Cardinal par Clement
XI. le 18. May 1712. mais ayant été ré- -
fervé in petto , il ne fut déclaré que le
27. du mois de Septembre fuivant.
Jofeph Sacripante , Cardinal Prêtre ,
d'abord du Titre de Sainte Marie Tranf
pontine , enfuite de celui de faine Praxede
, & en dernier lieu de celui de S.
Laurent in Lucina , mourut à Rome lanuit
du 3 au 4 de ce mois , âgé de plus
de 84. ans étant né à Narnidans les Etats
du Pape , le 19. Mars 1642. Il avoit
été fait Cardinal par le Pape Innocent
XII. le 12. Decembre 1695. Il étoit
Chef- d'Ordre des Cardinau Prêtress
ProJANVIER.
1727
187*
Protecteur des Catholiques d'Ecoffe , Pré
fet de la Congrégation de Propaganda
fide, & il avoit été Dataire pendant le
Pontificat du Pape Clement XI . 11 laiſſe
par la mort un fecond lieu vacant dans
le Sacré College.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &C
L
& premier
de
E premier de ce mois , les Princes
& Princeffes du Sang , & les Seigneurs
& Dames de la Cour , eurent
l'honneur de complimenter le Rey & la
Reine fur la nouvelle année.
Les Prévôt des Marchands & Eche
chevins accompagnez des autres Officiers
du Corps de Ville , rendirent à cette
occafion leurs refpects à leurs Majeſtez,
étant prefentez & conduits en la maniere
accoûtumée.
Le même jour les Chevaliers , Commandeur
& Officiers de l'Ordre du S.Elprit,
fe rendirent vers les onze heures du matin
dans le Cabinet du Roy , d'où S. M.
alla à la Chapelle du Château de Verfailles
, étant precedé du Duc d'Orleans ;
du Comte de Charolois , du Comte de
Cler182
MERCURE DE FRANCE.
Clermont , du Prince de Conty , du Duc
du Maine , du Comte de Toulouze &
des Chevaliers , Commandeurs & Officies
de l'Ordre . Le Roy , devant lequel
les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau ,
le Collier de l'Ordre pardeffus , ainfi
que les Chevaliers . L'Archevêque d'Aix,
Prélat , Commandeur de l'Ordre , celebra
la grande Meffe , après laquelle le
Roy fut reconduit dans le même ordre
qui avoit été obfervé , lorfque S. M. étoit
fortie de fon Appartement pour aller à
la Chapelle. La Reine , accompagnée des
Dames de fa Cour , étoit dans la Tribune
, où S. M. entendit la grande Meffe.
Le 2. le Roy & la Reine partirent
de Verfailles pour aller paffer quelque
temps au Château de Marly .
Le premier jour de l'an , la Reine
d'Espagne , qui fait fa réfidence au Palais
du Luxembourg , à Paris , alla avec
fon grand cortege , entendre le Salut à
l'Eglife des Jefuites de la Maifon Pro
feffe. S. M. fut reçûe avec les ceremonies
requifes aux Têtes Couronnées.
Le 6. de ce mois , Fête de l'Epiphanie
, la Reine entendit dans l'Eglife de
la Paroiffe de Marly , la Prédication du
Pere Yacinthe Berrier , Gardien des Récollets
de S. Germain en Laye , & enfuite
JANVIER. 1727.
181
fuite les Vêpres & le Salut .
Le 12. l'Abbé d'Anthelmi , Evêque
de Graffe , & l'Abbé de Prémeaux , Evêque
de Couferans , furent facrez à Paris
, dans la Chapelle du Seminaire de
S. Sulpice , par l'Archevêque d'Aix ,
affifté des Evêques de Vence & de Léictoure.
M. Orry de Vignori , Intendant de
Soiffons , paffe à l'Intendance de Perpi
ghan , où étoit M. le Gras du Luart ,
qui eft rappellé . M. Daube , Intendant,
de Caen , à Soiffons. M. de Vatan , Intendant
de Maubeuge , remplace M. Daube
à Caen , & M. Moreau de Sechelles ,
eſt nommé à l'Intendance de Maubeuge .
}
Pendant le cours de l'année derniere
, les Gardes- Pompes du Roy , fous la
direction du fieur Dumourier Duperier ,
ont éteint 78. feux de cheminées & 8.
incendies affez confiderables . A ces differens
accidens , il y a eu cinq perfonnes
brûlées entierement & trois Gardes-
Pompes dangereufement bleffez .
Le 6. de ce mois , jour de la Fête des
Rois , M. André , Confeiller de la Cour,
des Aydes , étant defcendu pour chercher
quelque chofe dans la Cave de fa
maifon , rue des Blancs - Manteaux , laiffa
tomber la lumiere qu'il tenoit , parmi
quelques morceaux de bois de charpente :
cette
184 MERCURE DE FRANCE.
cette lumiere s'éteignit tout d'un coup
cependant il fit détourner ces bois par
fes Domestiques , on ne trouva aucune
étincelle. A dix heures du foir.
le feu fe déclara avec une violence
épouventable on ferma l'entrée de
la cave avec du fumier , & les Gar
des Pompes étant defcendus Par le
foupirail , éteignirent avec deux Pompes
ce feu qui dura jufqu'au jour . Les
Peres Capucins y travaillerent ; un Garde-
Pompe y eut le doigt coupé .
·
}
Deux jours après , le feu reprit dans
cette même maifon à dix heures du foir.
Un homme dont le lit étoit au grenier ,
mit par mégarde le feu à fa paillaffe
ce qui gagna bien tôt les toits , & fans
un prompt fecours cette maifon auroit été
en rifque de brûler entierement .
*
Le 15. Janvier 1727. le Roy don-,
nà une penfion de 3000. livres au Comte
Valbelle , Premier Sous - Lieutenant des
Gendarmes de la Garde ordinaire de fa
Perfonne , Brigadier de fes Armées ,
Commandeur de l'Ordre Militaire de
St Louis.
Le même jour , l'Evêque de Graffe
& l'Evêque de Couferans , prêterent
ferment de fidelité entre les mains de
S. M.
LeComte d'Hautefort , Lieutena General
*
JANVIER. 1727.
1859
neral des Armées Navales du Roy , a été
nommé par S. M. pour commander l'Efcadre
des 12. Vaiffeaux de Guerre qu'on
arme à Toulon , à Breft & à Rochefort.
Le 28. de ce mois , les Carmes Déchauflez
firent chanter dans leur Eglife
un Te Deum folemnel , à l'occafion de
la Canonifation de S. Jean de la Croix ,
premier Religieux de leur Réforme. Le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris , officia pontificalement ..
On écrit de Grenoble , que l'Evêque
de Cifteron у eft attendu pour prêcher.
pendant le Carême devant le Parlement .
Ce Prélat prêcha l'année derniere devant
celui d'Aix avec un très - grand
fuccès .
L'Affemblée du Clergé a fait prefent
de 30000. livres à l'Archevêque d'Aix,
pour les dépenfes extraordinaires qu'il a
été obligé de faire pendant fa Prefidence.
La Nobleffe eft un avantage de la
naillance qui a toûjours été en grande
confideration ; elle femble tranſmettre
avec le fang , les inclinations élevées &
les grands fentimens . Louis XIV . fous
le Miniftere du Marquis de Louvois ,
avoit créé en 168 Compa
gnies de Cadets en faveur de la jeune
Nobleffe du Royaume. Il eft forti de
cette Ecole Militaire , d'excellens fujets
qui
186 MERCURE DE FRANCE .
>
qui rempliffent aujourd'hui des placesconfiderables
dans les Troupes du Roi.
Sa Majesté vient de renouveller cet utile
établiffement par fon Ordonnance
du 16. Decembre dernier , pour l'établiſſement
de ſix Compagnies de Cadets
, de cent Gentilshommes chacune ,
commandez par des Officiers fages &
experimentez , avec les Maîtres neceffaires
pour inftruire la jeune Nobleſſe du
Royaume , & lui donner moyen , en apprenant
les premiers principes de l'Art
militaire , de pouvoir un jour fe diftinguer
à la Guerre , & foutenir l'honneur
que cette Nobleffe y a acquis dans tous
les temps.
Les fix Compagnies feront compofées
d'un Capitaine , qui fera Brigadier , ou
Meftre de Camp , & en même temps
Infpecteur des Milices , d'un Lieutenant,
qui fera choifi parmi les Capitaines Reformez
d'Infanterie , & de deux Sous-
Lieutenans choifis entre les Lieutenans
Reformez d'Infanterie , & de 96. Gentilshommes
, y compris quatre Sergens,
qui feront dans la fuite tirez du nombre
des Gentilshommes , & choifis entre les
Cadets , les plus capables de remplacer
ceux qui manqueront ; mais pour cette
premiere fois , S. M. entend qu'ils foient
choifis parmi les Lieutenans reformez
qui
JANVIER 1727. 187
qui fe trouvent fans appointemens , fuivant
l'Ordonnance du 1. Mai 1721 .
Aucun Cadet n'y fera reçû qu'il ne
foit Gentilhomme , & en état de prouver
fa nobleffe , par un certificat de quatre
Gentilshommes qualifiez de l'Election
où il fera domicilié , vifé de l'Intendant
de la Province .
Aucun Cadet n'y fera admis , qui ne foit
de l'âge de 15. ou 16. ans , & non audeflus
de 20. ans .
Il yy aura à chaque Compagnie un
Aumônier , un Maître de Mathématiques
, un Maître d'Armes , & un Maître
à danfer.
Les fix Compagnies feront placées
dans les Citadelles de Cambray , Mets
Strafbourg , Perpignan , Bayonne , & l'autre
au Château de Caen.
L'habillement des fix Compagnies de
Gentilshommes fera aux dépens du Roi ;
fçavoir , à chacun des Sergens & Cadets
un Jufte - au- corps de drapbleu , avec
la doublure d'écarlate & bouton de cuivre
doré , la vefte & la culotte de drap écarlate
, les bas rouges , & un chapeau bordé
d'un galon d'or fin.
La même Ordonnance défigne les Provinces
& Generalitez d'où feront tirez les
Cadets , & c.
MORTS ,
188 MERCURE DE FRANCE .
MORTS , BAPTES MES,
& Mariages.
D
Ame Marguerite de Sonnings ,
Veuve de M. Louis Ferry - Maler
de Gravile , Marquis de Valfemé , Lieutenant
General des Armées du Roi , &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut à Paris le
3. Janvier dans la 62. année de fon âge.
Philippe - Alexandre , Prince de Bournonville
, mourut à Paris le 5. de ce mois ,
âgé de 2 9. ans & quelques jours , étant
né le 10. Decembre 1699. Il étoit frerede
la Ducheffe de Duras & de la Marquife
de Mailly. Il avoit époufé Cathe
rine -Charlotte - Therefe de Grammont ,
fille du feu Maréchal de ce nom , dont
il n'a point eu d'enfans , étant tombé
en paralyfie prefqu'auffi- tôt après fon
Mariage.
Le 2. de ce mois , M. Robert de
S. Martin , Doyen des Avocats au Par- .
lement , mourut à Paris , âgé de 84%
ans.
Le 13. le Comte de Combourg , Meftre
de Camp de Cavalerie , & Gouver
neur des Ville , Château & Forts de
S.
1
JANVIER
. 1727.
189
S. Malo , en furvivance du Marquîs de
Coetquen , fon pere , mourut à Paris
dans la 29. année de fon âge.
Le 23. Dame Marie- Magdelaine de
Jaffaud , Epoufe de M. Camus de toncarré
, Maître des Requêtes , & Premier
Prefident du Parlement de Rouen,
en furvivance de M. Camus de Poncar
ré , fon pere , mourut à Paris , âgée
d'environ 24. ans.
M. Etienne Berthelot de Pleneuf,
Ecuyer , ci-devant Directeur General de
l'Artillerie de France , mourut à Paris
le 7. de ce mois , âgé de 63. ans .
Dame Marie de Juhan , de Saumery ,
Veuve de M. Louis de Clermont , Comte
de Chiverni , Marquis de Monglac ,
Baron de Rupt , Confeiller d'Etat d'Epée
, Gouverneur de Monfeigneur le
Duc de Chartres , mourut le 18. de ce
mois , âgé de 75. ans.
Le 21. M. Edouard de Montmorin
Capitaine de Cavalerie , âgé de 38.
ans.
" Marie- Louife Adelaide de la Tour
d'Auvergne , fille de Jules- Frederic
Prince d'Auvergne , & de Catherine-
Olive de Thiante , mourut le 7. Janvier,
âgée de 5. ans.
Charles d'Estaing , de Saillan , &c.
mourut le 19. du même mois , âgé de 76:
ans
190 MERCURE DE FRANCE.
ans. Il étoit frere de M. l'Evêque de
S. Flour , oncle du Marquis de Saillan ,
& Coufin du Comte d'Estaing , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General
, & Gouverneur de Douay.
Louis - Jofeph de Lorraine , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , fils
de Louis de Lorraine , Sire de Pons , Prin
ce de Mortagne , & c . & de Dame Marie-
Elifabeth de Roquelaure , mourut le
23. âgé feulement de deux ans & demi.
Philippe , Prince de Vendôme , ci - devant
Grand - Prieur de France , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, Generaliffime des Armées du Roi
en Lombardie , mourut le 24. âgé de 71 .
ans cinq mois & un jour . Le corps fut
porté le 25. en grand Convoi à l'Eglife
de S. Sulpice fa Paroiffe , & de là tranfporté
en celle du Grand Prieuré de Fran
ce , ou du Temple . Il avoit plufieurs Benefices
; fçavoir , de S. Honorat de Lerins
, Diocèle de Gralle , de S. Manfuy,
Diocèle de Toul , de S. Vigor de Serifi ,
Diocèle de Bayeux , de la Trinité de
Vendôme , Diocè fe de Blois , & d'Yvri ,
Diocèfe d'Evreux . 11 étoit fils de Loüis ,
Duc de Vendôme & de Mercoeur , qui
fut Cardinal , après la mort de Laure
Mancini , fon Epoufe , & petit- fils de
Cefar , Duc de Vendôme , fils naturel &
legitimé
JANVIER. 1727.
191
•
legitimé d'Henri IV . Roi de France.
79.
&
M. Mathieu Payen , Ecuyer , Sieur de
Montmor , Maître d'Hôtel ordinaire du
Roi , mourut à Paris le 28. Janvier dans
la année de fon âge. Il avoit toutes
les qualitez qui font l'honnête homme ,
& toutes les vertus d'un parfait Chrétien
, parmi lesquelles on diftinguoit une
tendre compaffion pour les Pauvres ,
une charité fans bornes. Payen porte
pour Armes d'Azur à trois Tourteaux
d'or. On trouve ces mêmes Armes dans
une Chapelle de l'Eglife de l'Abbaye du
Mont S. Michel , parmi celles d'un nombre
de Gentilshommes des plus diftinguez
du Pays , qui dans le temps des Guerres
Civiles du Calvinifme , défendirent la
Place , & empêcherent par leur valeur ,
qu'elle ne tombât entre les mains des
Ennemis de l'Etat. On croit en effet
que cette Famille eft originaire de la
Baffe Normandie , & du Bailliage d'Avranches
. Il y a encore dans cette Ville
& aux environs , plufieurs Gentilshommes
de ce même nom , portant les mêmes
Armes , entr'autres les Seigneurs de
la Terre de Chavois , &c. Une autre
Branche s'eft établie en Guyenne , & a
pris la profeffion des Armes .
Dame Marie Peirene , Epoufe d'Alexandre
de S. Quentin , Chevalier , Seigneur
#92 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur de Villeneuve , Elley , Rou
vre , &c. Enſeigne des Gendarmes d'Anjou
, accoucha le 7. Decembre dernier
d'une fille, qui fut tenuë fur les Fonts, &
nommée, Marie- Françoife- Alexandre par
Alexandre de S. Quentin , Chevalier ,
Comte de Blet , Ayeul de l'enfant , & par
Marie Anne-Jofeph Farges de Moras,
Epouſe d'Abraham Peirene , Chevalier ,
Seigneur de Moras , S. Etienne , & c.
Maître des Requêtes , & Chef du Confeil
de S. A. S. Madame la Ducheffe de
Bourbon.
Dame Henriette- Bibienne de Franc
quetot , de Coigni , Epoufe de J. B. Joa
chim Colbert , Marquis de Croilly , Capitaine
des Gardes de la Porte , Colonel
du Regiment Royal - Infanterie , accoucha
le io. Janvier 1727. d'une fille,
qui fut nommée Henriette- Bibienne par
J. B. Colbert , Marquis de Torcy , Mi
niftre d'Etat , Commandeur des Ordres
du Roi , & par Henriette de Montbou
cher , Epoufe de François de Francquetot
, Marquis de Coigny , Lieutenant
General des Armées du Roi , Cheva
lier de fes Ordres , General des Dragons,
Gouverneur des Villes de Sedan & de
Caen.
Marie -Renée du Pleffis , Epoufe de
Pierre- Nicolas de Berule , Premier Prefident
JANVIER. 1727. 193
4
fident du Parlement de Dauphiné , &
Commandant pour le Roi dans cette Province
, accoucha le 21. Janvier d'une
fille , qui fut tenuë fur les Fonts , &
nommée Suzanne- Nicole par Pierre de
Paris , Confeiller de la Grand' Chambre
, & par Dame Sufanne - Cecile du
Pleffis .
·
Françoife Magdelaine Chauvelin ,
Epoufe de Louis - Denis Talon , Marquis
du Boulay Confeiller d'Etat , ,
& Avocat General du Parlement , accoucha
le 27. d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts , & nommée Angelique-
Jeanne -Louiſe par Jean- Baptifte - René
de Grouchy , Confeiller - Secretaire
Honoraire du Roi , Seigneur de Meneüil
, &c. & par Dame Marie- Loüife
Molé , Veuve d'Omer Talon , Chevalier
, Marquis du Boulay , Colonel du
Regiment d'Orleanois .
Louis- Antoine Crozat , Baron de
Thiers , Capitaine au Regiment de Languedoc
, fils d'Antoine Crozat, Marquis
de Mouy , &c. Commandeur des Ordres
du Roi , & de Marguerite le Gendre,
époufa le 19. Decembre dernier D. Marie-
Loüife- Auguftine ' de Laval -Montmorency
, fille de Charles- Claude Mar-
Equis de Laval, Seigneur de Chenebrun ,
&c. & de Marie Thereſe de Hautefort.
I SUP
194 MERCURE DE FRANCE .
1
SUPPLEMENT.
ESCRIPTION d'une Horloge d'une nou-
DESCRIPTION, velle ,
temps en Mer , par M. Sully , 1. vol. in 4. de
300. pages , avec Figures ; ce livre eſt achevé
d'imprimer. On le trouve à Paris , chez Briaffon
, rue S. Jacques : à Bordeaux , chez Remond
la Bottiere , & chez J. F. Bernard à
Amfterdam. Le prix en blanc eft fix livres .
La Table des Matieres traitées dans ce Livre,
& qu'on nous a communiquée , pourra donner
aux curieux quelque idée de cet Ouvrage.
TABLE DES MATIERES.
Premiere Partie imprimée à Paris
Janvier 1726 .
Defcription abregée de la Pendule à Levier.
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences à Paris .
3 Remarques fur l'Extrait des Regiſtres de
l'Académie .
4 Differtation fur la nature des Tentatives
pour la découverte des Longitudes dans la
Navigation & fur l'ufage des Horloges pour
la meſure du temps en Mer.
5 Memoire prefenté à Monfeigneur le Comte
de Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat
fur la maniere de faire les premieres experiences
de ces Horloges fur des Vaiffeaux.
Seconde Partie imprimée à Bordeaux
Decembre 1726 .
6 PremierMemoire contenant l'explication des
pre.
JANVIER. 1727. 195
proprietez de la Pendule à Levier , lû à l'Académie.
R. des Sc. de Paris , Avril 1723 .
7 Second Memoire fur le même fujet , lû à fa
même Académie , Janvier 1724.
8 Premiere Lettre de M. Graham de la Societé
Royale de Londres , Juillet 1724
9 Réponse à la Lettre de M. Graham, Août 1724
10 Seconde Lettre de M. Graham , Octob. 1724
II Réponse à la feconde Lettre , Octobre 1724
12 Quatriéme Lettre de l'Auteur à M. Graham
, contenant toutes les Obfervations &
Experiences qu'il avoit faites jufqu'alors de
fes Horloges de Mer , Novembre 1725.
13 Lettre de M. Bernoüilli de Bâla. Juin 1726.
14 Réponſe à la Lettre de M. Bernoüilli , Juin
1726 ,
Is Conditions qui entrent dans l'examen Geometrique
de la Courbe , qui rendent ifortrones
les vibrations de la Pendule à Levier.
16 Lettre de l'Auteur , en Réponse aux Objections
de M. de Cheffailles de Paris , Juillet
1726.
17 Lettre de M. Navarre de Bordeaux , Sep
tembre 1726.
18 Réponse à la Lettre de M. Navarre , Septembre
1726.
19 Differtation de la Montre Marine , avec
l'Explication d'un nouvel échappement.
20 Difcours d'une Pendule aftronomique, propre
aux Obfervations qu'on fait dans les
Voyages , foit de terre ou de Mer.
21 Defeription d'un Meridien portatif univerfel.
22 De la Lunette ou Teleſcope de reflexion de
M. Necotan .
23 Sur les moyens de perfectionner les Cartes
Marines.
24 Lettre de M. l'AbbéBignon à M. Safrau ,
Se196
MERCURE DE FRANCE .
Secretaire de l'Ac. R: des Sc. de Bordeaux:
25 Difcours de l'Auteur à l'Ac. de Bordeaux.
26 Extrait des Experiences faites par l'Auteur
de fes Horloges de Mer , dans le Port de
Bordeaux , qui fut envoyé par M. l'Intendant
à M. le Comte de Maurepas , Miniftre
& Secretaire d'Etat.
27 Lettre de M. le Roy , Commiffaire de la
Marine de Blaye. Octobre 1726.
28 Réponse à la Lettre de M. le Roy , regardant
une maniere de faire les obfervations
des Satellites de Jupiter , & les nouveaux
avantages qu'on en doit efperer.
29. Lettre à M. de Radouay , Capitaine de
Vaiffeaux du Roi de Radouay,Novembre 1726.
30. Réponſe à la Lettre de M. de Radouay.
31. Extrait des Regiftres de l'Académie
Royale des Belles -Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux , regardant les Experiences faites
des Horloges de mer , dans les Ports de Bordeaux
, Decembre 1726.
2
32. Remarques fur l'Extrait de l'Académie
dc Bordeaux .
Supplément qui contient les Differtations
fuivantes.
33. Sur le poids de l'Atmoſphere , diftin
gué de la caufe phyfique de la pefanteur.
34. Sur les differentes longueurs du pendule
en differens climats , fur la dilatation &
retréciffement des métaux , & fur la refiftance
de l'air au mouvement des pendules .
35. Sur les effets que peut produire dans la
pendule à levier , les differences d'acceleration
des corps tombans , fuivant les differences
dans l'action de la pefanteur , fur diverfes
parties de la furface du Globe terreftre.
36. Eclairciffement fur ce qui regarde l'invention
JANVIER
197
1727.
vention de cette pendule à levier , & les
jugemens qu'on en apporte.
37. L'impatience , obſtacle à la perfection
des Arts.
38. Traduction de l'Acte de Parlement
d'Angleterre , regardant les longitudes.
39. Programme d'un Traité d'Horlogerie en
fix Livres , qui contiendra ce qui regarde
l'Hiftoire , la Defcription , la Théorie & la
Pratique de cet Art.
LE GUIDE DES BANQUIERS DE L'EUROPE
, dedié à M. LE PELETIER , Controlleur
General des Finances. Par le
Sieur GIRAUDEAU Neveu , fera en vente
le 1. du mois de Fevrier 1727. Il contient
les Changes réciproquement faits .
De la France pour la Hollande , l'Angleterre
, Hambourg & l'Italie , fuivant
les differens ufages de Paris , Bordeaux ,
la Rochelle & Nantes.
Ceux de la Hollande faits de même
pour l'Angleterre , Hambourg , Madrid ,
Bilboa & Venife , Cadix & Seville :
Liſbonne & Port à Port , Livorne, Genes
& Genêve.
Les Changes de Londres pour Ham
bourg , & d'Hambourg pour Londres .
La Carte gravée des Arbitrages de la
France faits , divifée en fix Tables , contenant
l'égalité des Changes de la France
avec Londres , Amfterdam & Hambourg
calculée fur les variations qui arrivent
I iij
aux
198 MERCURE DE FRANCE.
aux Changes , par le moyen de laquelle
les Banquiers & Négocians font en état
de choisir la Place qui leur eft la plus
avantageufe , foit pour tirer , foit
pour
prendre.
Quatre Tables imprimées contenant
l'égalité des Changes de la France pour
Genes , Livorne , Madrid & Bilboa , Cadix
& Seville , dans le même ordre de la
Carte gravée.
→
Les Ordres & Commiffions en Banque
que Paris reçoit de tirer fur une Place
Etrangere , & de prendre fur une autre
Place executez avec le même avantage
pour le Particulier qui les donne , quoique
faits à des prix differens de l'ordre.
Un Tarif fervant à connoître la valeur
de l'Ecu de Change en Hollande , en Angleterre
, & à Hambourg; de même que
la valeur en France du Florin d'Hollande
, de la Livre Sterlin de Londres , &
du Marc Lubs d'Hambourg à divers prix
de Change.
Avec des inftructions pour ſe fervir de
cet Ouvrage , & la maniere de faire par
regle les operations. A Paris , chez Guillaume
Cavelier , pere , Grand'Salle du
Palais. Etienne Ganeau , rue faint Jacques
, aux Armes de Dombes. Jacques
Etienne , rue faint Jacques , à la Vertu .
Saugrain , Quai des Auguftins , à la Fleur
de
JANVIER. 1727. 199
de Lys. Antoine Claude Briaffon , ruë
faint Jacques. La veuve Saugrain , au
milieu du Quai de Gêvres.
и
LETTRE GALANTE
A MADEMOISELLE DE ***
L'ecombats .Je ne puis refifter davantage
Ly a long-temps , Mademoiſelle , que
à la tentation de vous écrire . C'eft la moindre
liberté que vous puiffiez me permettre
de toutes celles que j'aurois bonne intention
de prendre. Ne vous effarouchez pas
de cette expreffion , puifque c'est vous qui
me les infpirez ; admirez plutôt ma retenuë
& ma vertu. Mais fur quel ton doisje
vous écrire ? Eft - ce fur le ton galant
ou tendre ? Eft - ce fur le ton férieux ou
comique. C'est ce qui m'embaraffe.
J'ai beau fentir , j'ai beau penſer ,
J'ai mille chofes à vous dire ;
Quandje veux exprimer l'excès de mon mar
tyre ,
Je ne fçais par où commencer.
Effayons néanmoins fans vous déplaire:
I iiij
Voici
100 MERCURE DE FRANCE.
Voici fur le ton galant :
Les Graces & les Ris accompagnent vos pas ,
Les Amours pour vous fuivre abandonnent
Cythere ;
Venus jaloufe , admire vos appas ,
Et fon Fils , à vous voir , vous prendroit pour
fa Mere.
Voici du tendre :
Celle qui me fait tant fouffrir ,
Eft plus belle que l'Amour même ,
Mais je ne puis dans mon ardeur extrême ,
Ni la voir fans l'aimer , ni l'aimer fans mourir
Voici du comique :
Un feul de fes regards m'enflamme ,
Et le trait plein de feu qui part d'un oeil fi
beau ,
Me perce , & me tranfperce l'ame ,
Tout ainfi qu'une broche enfile un aloyau
Oh ! Voici du férieux :
Que tout autre que moi vous aime & vous
adore ?
Pour moi fans afpirer jamais à votre coeur
Je vous refpecte & vous honore ,
Avec la qualité de votre ferviteur
très -humble & très- obéïllant ,
DE MAUTOUR.
JANVIER . 1727. 201
akakakakakakakak
EDITS , ARRESTS,
SENTENCES , & c.
ETTRES PATENTES SUR ARREST,
Lconcernant
concernant les droits fur les Vendanges
qui paffent des Provinces reputées Etrangeres
, dans l'étendue des Cinq Groffes Fermes.
Données à Verfailles le s . Fevrier 1726.
enregistrées à la Cour des Aydes le 27. Novembre
fuivant.
LETTRES PATENTES fur ' Arreft , concernant
les Marchandiſes & autres effets qui
reftent dans les Doüannes . Données à Verfailles
le 13. Août 1726. Regiftrées en la Cour
des Aydes le 27. Novembre fuivant.
EDIT DU ROI , concernant la Regie du
Domaine de Meudon. Donné à Fontainebleau
au mois de Septembre 1726. regiſtré
au Parlement le 18. Décembre.
DECLARATION DU ROI , portant Re
glement pour la percection des Droits de
Boüage & de la Traitte de Charente fur les
Sels qui s'enlevent des Marais falans de la
Saintonge du Pays d'Aunix & du Poitou.
Donnée à Fontainebleau le 3.Septembre 1726..
Regiftrée à la Cour des Aydes le 27. Novembre
EDIT DU ROI , portant établiſſement
d'unc
202 MERCURE DE FRANCE.
d'une Maîtrife particuliere des Eaux & Forefts
dans la Ville de Mâcon, & création d'Of
fices . Donné à Fontainebleau au mois d'Octobre
1726. Regiftré au Parlement le 18. Decembre.
ARREST du 24. Novembre , qui ordonne
que le Filet nommé Carte , ne pourra être
toleté aux Pêcheurs de l'Amirauté de Dunkerque,
que pendant les mois de Juillet , Août
& Septembre de chaque année.
ARREST du 3. Decembre , qui fait défenfes
à tous Marchands , Commiffionnaires,
Voituriers & autres , d'entrepofer dans le
Bourg de Mouy aucuns Agnelains pelez ,
fous quelque prétexte que ce puifle être.
ORDONNANCE DU ROI du même
jour , Pour la Divifion & l'Etenduë des
Départemens & Quartiers de l'Intendance de
Rochefort , & du Département de Bayonne.
ARREST du même jour , Qui ordonne
que les Habitans des maifons & dépendances
des Villes , Fauxbourgs & Bourgs du
Royaume , au - delà des Cinq cens Toifes defdites
Villes , Fauxbourgs & Bourgs où les
Droits d'Infpecteurs aux Boiffons ont été établis
avant l'Arreft du 28. Mai 1726. feront
tenus de payer les fommes qu'ils peuvent devoir
pour raiſen defdits Droits.
ARREST du 10. Décembre , qui ordonne
que les Proprietaires d'Offices & Droits fupprimez
, qui ont fait proceder à leur liquidation
, en pourront recevoir le rembourfement
dans les termes prefcrits par l'Arrêt du
JANVIER. 1727. 203
?
1. Octobre 1726. nonobſtant toutes oppofi
tions ; à la charge neanmoins que les oppofitions
dont il n'aura point été rapporté de
main-levée , tiendront fur les nouvelles Quittances
de Finance qui feront délivrées , fur
lefquelles il en fera fait mention .
ARREST du même jour , qui ordonne qu'à
commencer du premier Juillet 1716. les Rentes
Viageres conftituées en vertu de l'Edit
d'Août 1717. feront & demeureront réduites
du denier feize au denier vingt- cinq.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Rentes Viageres conftituées fur l'Edit
d'Août 1720. en vertu de l'Arrêt du Conſeil
& Lettres Patentes du premier May 1723
dont les Capitaux ont été depuis portez au
Trefor Royal , ne feront payées , à commen-
રે
cer du premier Juillet 1726. que fur le pied
de trois Cinquiémes , de la même maniere
que celles conftituées en vertu de l'Edit de
1722. &c.
ARREST du 14. Décembre , qui proroge
jufques & compris le dernier Juin 1727 l'execution
de celui du 15. Juin 1726. concernant
le prix des anciennes Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent.
ORDONNANCE du Roy , du 16. Décembre
, portant ampliation de celle du 25.
Février de la prefente année , concernant les
Milices des Provinces & Generalitez du
Royaume.
ORDONNANCE du Prévôt des Mar.
chands & Echevins , du 20. Decembre , qui
taxe
204 MERCURE DE FRANCE .
taxe le prix du Bois & du Charbon , à com
mencer au premier Janvier 1727. fçavoir , le
Bois neuf de compte , dont 62. buches compofent
la Voye, à 18.livres . le Bois de Corde à
16. livres 19. fals 3. deniers ; & le Bois neuf
de Corde Taillis , à 15. liv . 18. fols 6. den.
La Voye de Fagots & de Cotterets , compofée
de 208. à 17. livres 11. fols 6. deniers , &
la Voye ou Mine de Charbon , compofée de
deux Minots & renduë à la maiſon du Bourgeois
, à 4. livres 7. fols .
ORDONNANCE DU ROY , du 24. Décembre
, portant qu'il fera élû annuellement
dans chaque Port ou Paroiffe des Amirautez
des Provinces de Flandre , Picardie & Normandie
, un Garde-Juré des Pêcheurs , conformément
à l'Ordonnance de 1681 .
ARREST du 27. Décembre , qui ordonne
que les Papiers trouvez fous les Scellez des
nommez Berthier & d'Ille , feront portez à
la Bibliotheque de Sa Majeſté , &c.
EDIT DU ROY , portant que le payement
& le Controlle des Rentes Viageres fur
les Tailles , feront faits par les Payeurs &
les Controlleurs des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris . Donné à Verfailles au mois
de Décembre 1726. Regiftré en là Chambre
des Comptes , le 30. Décembre.
SENTENCE DE POLICE du 10 Janvier
1727. qui condamne le nommé Liard ,
Cabaretier , en 300. livres d'amende , pour
avoir donné retraite à heure induë à quantité
de gens de débauche.
AUS
JANVIER. 1727. 205
AUTRE du 20. Janvier , concernant les
Incendies.
, par
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , qui
commet le fieurde Machault, Confeiller d'Etat
pour dreffer Procès- verbal des repreſentations
qui feront faites par les Particuliers qui ont
fait faire la réduction de leurs Rentes Viageres
en execution de l'Edit du mois de Novembre
1726. du 28. Janvier 1727. Extrait
des Regiftres du Confeil d'Etat . Le Roy
ayant par fon Edit du mois de Novembre
1726. & par deux Arrêts de fon Confeil du
10. Decembre fuivant , ordonné differentes
réductions fur la joüiffance des Rentes Viageres
créées tant fur les Aydes & Gabelles ,
que fur les Tailles les Edits des mois
d'Août 1717. Août 1720. Novembre 1722
Juillet 1723. & Janvier 1724. & que mention
defdites réductions feroit faite par les
Notaires dépofitaires des Contrats defdites
Rentes Viageres ; Sa Majesté a été informée
que plufieurs Particuliers , proprietaires defdites
Rentes , qui ont déja fatisfait à ladite
formalité, ont reprefenté que le retranchement
qui a été ordonné fur la joüiffance de leurs
Rentes, les prive d'une partie abfolument neceffaire
à leur fubfiftance ; que d'autres prétendent
auffi que les fonds qu'ils ont employez
à l'acquifition de ces Rentes , proviennent
de leur ancien patrimoine , pour raifon
de quoi ils demandent d'être admis d'en rapporter
les pieces juftificatives , & à prouver
que leurs Contrats ne proviennent point d'Effets
achetez à vil prix : Sa Majesté toûjours
attentive aux befoins de fes Sujets, & à ce qui
peut leur être utile & avantageux , a réfolu
de faire examiner les Memoires qui pourrone
être
206 MERCURE DE FRANCE.
être prefentez fur les differens cas dans lef
quels fe peuvent trouver les Proprietaires
defdites Rentes Viageres. Ouy le rapport du
fieur le Peletier , Confeiller d'Etat ordinaire &
au Confeil Royal , Controlleur general des
Finances , Sa Majesté étant en fon Confeil , a
ordonné & ordonne que l'Edit. du mois de
Novembre 1726. & les Arrêts du to Decem
bre fuivant , feront executez felon leur forme
& teneur ; & en confequence que les ré
ductions ordonnées par lefdits Edits , & Arrêts
, continueront d'être faites par les Notaires
dépofitaires defdits Contrats , fauf aux
Proprietaires d'iceux à remettre au fieur de
Machault , Confeiller d'Etat , que Sa Majeſté
a commis & commet à cet effet , leurs Memoires
& pieces juftificatives des faits qui y
feront énoncez , dont il dreffera Procès -verbal
, pour fur le vû dudit Procès - verbal être
ordonné par Sa Majefté ce qu'il appartiendra.
Veut Sa Majefté , qu'il ne foit reçû aucun memoire
à ce fujet , qu'en juftifiant préalablement
par les Proprietaires defdites Rentes
qu'ils ont fait faire la réduction ordonnée par
ledit Edit , & qu'il en a été fait mention fur
les Contrats ; à l'effet de quoi ils feront tenus
d'en rapporter le certificat des Notaires .
qui auront fait ladite mention , lequel certificat
fera attaché à leurs memoires & pieces:
juftificatives . Fait au Confeil d'Etat du Roy
Sa Majesté y étant , tenu à Marly le vingt- .
huitiéme Janvier 1727, Signé , Phelypeaux.
AP207
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Janvier, & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 7. Février
1727 .
܀܀
HARDION.
****************
TABLE
Leces Fugitives , Obfervations de l'Abbé
de S. Pierre , fur le Traité de la vente
page
des Immeubles , & c .
Le divorce de l'Amour & de l'Hymenée ,
Poëme ,
II
Suite de l'Hiftoire de l'Aveugle Clairvoyant,
24
Etrennes d'un Gafcon' , à la Reine , 47
Lettre , où il eft démontré que les corps jettez
d'un lieu à un autre , ne décrivent pas une
Parabole ,
Ode à la Reine ,
Lettre pour conduire avec fruit la jeuneffe
dans l'étude ,
Epitre en Vers ,
Lettre fur les Révolutions de Perfe ,
Sur la Beauté , caprice ,
49
58
64
77
83
89
Le Barbet d'Etampes , Pécheur d'Ecreviffes , 90
Portrait de Mademoiſelle .
Difcours prononcé par le Pape',
Enigmes ,
93
ibid
100
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c.
102
Al208
Almanachs en grand nombre , qui ont part
cette année , 104
III
Plan d'un Ouvrage fur l'Egypte , & c.
Confeils d'un Gouverneur à un jeune Seigneur
,
120
Sujet propofé par l'Académie de Pau , pour
1727. 123
Lettre juftificative du Peré du Cerceau , 127
Jettons de cette année ,
Prix d'Eloquence & de Poëfie de l'Académie
Françoife ,
129
132
133
136
Deffein d'un Feu d'artifice du fieur Meiffonnier
, & c.
Chanfon notée ,
Spectacles ,
137
La Nouveauté , Comedie , Extrait, 139
Le Portrait , Comedie nouvelle , Extrait , 147
Nouvelles de Turquie , Ruffie , Pologne , Allemagne
, Italie , & c.
Tremblement de terre de Palerme ,
156
165
Nouvelles d'Espagne , d'Angleterre , Pays-
Bas ,
Morts des Pays Etrangers ,
144
180
Nouvelles de la Cour de Paris , 1 781
188
189
Morts , Batêmes & Mariages ,
Nouvelle Compagnie de Cadets ,
Supplement , Defcription d'une Horloge à
Levier pour la meſure du temps fur Mer, 194
Le Guide des Banquiers ,
Lettre Galante ,
Edits . Arrêts , Sentences , & c.
Fautes à corriger dans ce Livre.
197
199
201
PAge 17.1, 8. un d'eux , 1. uu des deux . P. 21. 1. 13 .
d'un , l, d'être. P. 77. l . 2. du bas. fut , l . fus.
p. 134. l. 16. confternation , ajoûtez à la Cour & P. 1389
7. 2. les paroles ', ajoûtez , & la Mufique . P. 143, 6 , 249
ce qu'il , 1. à ce qu'il.
Les Jettons regardent la page .
La Chanson notée regarde lapage
129
236
DE
FRANCE ,
DĚDIE
AV
ROT:
JANVIER .
1727 .
QUÆ
COLLIGIT
SPARGITS
Chez
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
N. PISSOT, Quay de Conti,à la defcente
du Pont,au coin de la rue de Nevers
à la Croix d'Or.
M. DC C. XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Rośa
A VIS.
La
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir fain d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
•
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui foubaiteront
avoir le Mercure de France de
pas
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mefą
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 .
fols
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
JANVIER.
1727.
**X*XX ** X *XXXXXXXXXX***
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers .
OBSE RVATIONS GENERALES
de M. l'Abbé de Saint Pierre.
Sur un Livre qui a pour titre : Traité de
la vente des Immeubles par decret ,
par M. de Hericourt , in 4. chez Cavelier
, pere fils , au Palais & ruë
S. Jacques , 1727. à Paris.
E lis avec plaifir les Ouvrages fur des
matieres importantes à la Societé ,
Turtout quand ils font écrits avec clarté,
A ij
avec
2 MERCURE DE FRANCE.
avec brièveté, avec jufteffe , avec un or
dre methodique. Et tel m'a paru en general
le livre de M. de Hericourt.
Il a pour but de donner à toutes les
Familles du Royaume , les moyens d'affurer
leurs acquifitions , foit des fonds
de terre , foit des rentes affectées fur ces
fonds , & de leur faire éviter les grands
procès , qui naiffent tous les jours entre
elles à cette occafion , ainfi l'importance
de la matiere eft évidente.
Il y a deux moyens pour parvenir à
ce but ; le premier , c'eft de donner aux
Loix faites fur ce fujet tout l'éclairciffement
dont elles ont befoin , d'expliquer
leur but & leurs motifs pour fuppléer, autant
qu'il eft poffible , à la décifion des
cas qu'elles n'ont pas encore clairement
décidé.
Le fecond moyen , c'eft d'indiquer les
Articles qui nous manquent dans nos Reglemens
fur les hypoteques , & dans nos
Reglemens fur les decrets des Immeu
bles. 1 °. Pour decider divers cas , qui ne
font point encore decidez , ni affez clairement
, ni d'une maniere qui foit affez
autentique pour avoir force de Loi . 2º .
Pour remedier à divers inconveni ns de
la procedure , qui ruinent & les debiteurs
& leurs derniers creanciers , pour enrichir
les Officiers de la Justice.
JANVIER 1727.
Il a , ce me femble , bien rempli le
premier point , & , à ce que j'ai oui dire ,
beaucoup mieux que ceux qui l'ont précedé
; mais il n'a proprement fait qu'effleurer
le fecond : car de quatorze Chapitres
, dont fon Ouvrage eft compofé, il
en a employé treize à éclaircir les Loix
faites , il n'a pas même mis en forme d'articles
ceux qu'il croiroit neceffaires de
faire paffer en forme de Loi , & il n'a
employé que le troifiéme Chapitre à
montrer la neceffité de former de nouveaux
articles pour compofer un nouveau
corps de Loi fur les hypoteques , il y a
feulement indiqué un ancien Edit qui fut
fagement publié , il y a plus de so . ans ,
fur cette matiere , & qui fut revoqué fans
raifon fuffifante , au lieu d'avoir été perfectionné.
. Cependant j'ofe dire , que par rapport
à la plus grande utilité de la Societé
, il eft beaucoup plus important pour
l'avenir , de montrer en détail la neceffité
d'ajoûter tels & tels articles à la Loi ,
& d'en retrancher tels & tels autres, qu'il
n'eft important de donner des éclaircif
femens aux articles , qui font déja faits
& qui n'ont pas toute la perfection qui
feroit à fouhaiter : or c'eft pour encourager
l'Auteur à achever fon Ouvrage
A iij par
MERCURE DE FRANCE.
par un Supplément, que je ferai les Ob
fervations fuivantes.
1º . Je demanderois dans ce Supplé
ment un Difcours general fur l'utilité
du projet de l'Edit des Greffes des hypoteques
, où l'Auteur montreroit en détail
les grands avantages qui en reviendroient
au Public .
2. Une ample expofition de tous les
articles de ce projet , avec les raiſons &
motifs fous chacun des articles , où il
marqueroit ceux qu'il croit qu'il feroit à
propos d'y ajoûter , & ceux qu'il croit
qu'il feroit à propos d'en retrancher , &
il mettroit fous chacun les motifs , foit
de l'addition , foit du retranchement.
3.Un cahier d'Objections & de Réponſes
pour achever d'éclaircir la matiere
.
4°. Un Difcours general pour mon
trer l'utilité de ramafler en une Loi tous
les articles de diverfes Loix fur la vente
des Immeubles par decret , afin de
la rendre uniforme par tout le Royaume .
5 ° . Le projet de la Loi , ou Reglement
general pour les faifies & ventes
des Immeubles par decret , avec les motifs
fous chaque article.
6. Un cahier d'Objections & de
afin de ne rien laiffer à
Réponses
éclaircir.
,
Un
}
JANVIER 1927.
Un pareil travail fait par une auffi bonne
main , en procurant un jour au Pu
blic deux Loix auffi avantageufes , affureroit
à l'Auteur une glorieufe immor
talité , & ce Supplément pourroit être
regardé comme une fuite du projet pour
diminuer les fources des procès , dont le
Public defire tant l'execution .
Le projet de l'établiflement des Greffes
des hypoteques , qui ne put , fous le
Regne precedent , prendre racine en
France , a paffé la mer , & a pris raci
ne dans plufieurs des Comtez d'Angleterre
, & entr'autres dans le Comté de .
Middlefex. J'en ai fait venir d'Angleterre
l'Edit de la Reine Anne de 1709.
& les formules pour l'execution de cet
Edit. Je les ai fait traduire de l'Anglois,
dans le deffein de travailler fur cette matiere
; mais comme j'ai d'autres travaux
encore plus importans à achever , je donnerai
volontiers à M. de Hericourt , ou
à d'autres , des copies de ces traductions,
afin qu'ils puiffent , pour notre utilité
commune , revendiquer des Anglois notre
ancien projet de 1673. & nous , faire
profiter des lumieres de cette Nation .
Les Loix font les Ouvrages les plus
precieux de la raifon humaine , qui a
toujours pour but la plus grande augmentation
du bonheur de la Societé ; mai
A iiij com
8 MERCURE DE FRANCE.
comme la raifon fe perfectionne & augmente
tous les jours en lumieres & en
connoiffances , foit par les nouvelles experiences
, foit par les nouvelles reflexions
il eft abfolument neceffaire de
perfectionner nos Loix , à mesure que
notre raifon fe perfectionne ; or le meilleur
moyen de les perfectionner davantage
, en moins de temps , & avec plus de
feureté , c'eſt d'en expofer les projets au
Public , munis de demonftrations des
motifs : car quand il s'agit de propofer des
additions ou des corrections aux Loix ,
il faut des demonſtrations veritables &
des réponſes ſolides aux objections : mais
comment obtenir ces objections du Public
, fans lui communiquer les projets
par l'impreffion.
J'approuve fort l'avis de feu M. de
Fourcroy , qui ne vouloit point d'excep
tions dans la Loi des Greffes des hypoteques
; M. de Hericourt en fournita facilement
de bonnes raifons , & levera
fans peine les prétendus obftacles.
Le plus difficile eft de faire enforte ,
que les droits de Contrôle & d'Infinua .
tion fuffent payez à ces Greffes ; car il
faut vifer 19.à conferver les droits du
Roi , c'est- à -dire , le Subfide neceſſaire
pour operer la confervation & la plus
grande profperité de l'Etat ; 2 ° . à en faciliter
JANVIER. 1727.
ciliter même la perception ; 3 ° . à rendre
les Contrats de conftitution , & les
Actes de proprieté , plus feurs & d'un
commerce plus aifé .
Il y a trois inconveniens , qui font
un grand tort aux derniers creanciers des
terres faifies en decret , & qui les empêchent
d'être payez , & qui par confe
quent font grand tort au debiteur faifi ;
le premier , c'eft que jufqu'à prefent on
n'a pas la permiffion de divifer les grandes
terres ; le fecond , il eft établi que
l'Adjudicataire doit payer le prix en argent
comptant ; qui eft fouvent trop rare
; le troifiéme , les decrets durent trop
long-temps , les terres déperiffent , & les
frais augmentent trop.
On peut remedier au preinier inconvenient
en donnant la liberté au faifi & à
tout creancier , de requerir da Juge que
les biens faifis feroient encheris par fiefs ,
par morceaux , par Métairies , par Fer
excepté certaines chofes indivifimes
bles.
>
On peut remedier au fecond inconvenient
par un Edit qui donneroit la liberté
d'encherir à charge de conftituer le
prix en rente au Tarif du Roi , à quiconque,
pour répondre de cette rente , auroit
déja autant de revenu libre en fonds de
terre , que la rente qu'il prendfoumiſſion
A v de
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
de payer par fon adjudication.
Il eft plus difficile de remedier au troifiéme
, mais il n'eft pas impoffible . Par
exemple , il faudroit 1 ° . que le faififfant
fur privé de vacations . 2 ° . Qu'il fut permis
aux derniers creanciers de créer un
Syndic entre eux , qui feroit en droit de
demander à être préferé à la pourſuite du
decret. 3°. Que quiconque par un appel
voudroit arrêter la vente & adjudication
, feroit obligé de configner une fomme
limitée
par Le Juge , & proportionnée
an tort que le délai d'un an peut caufer
aux creanciers. 4° . Que toutes les pourſuites
jufqu'à l'adjudication finale fe feroient
nonobftant l'appel. 5º . Qu'il n'y auroit .
qu'un feul appel à juger , quoique de la
part de divers appellans & pour divers
griefs. 6. L'établiſſement des Greffes
des hypoteques pourroit difpenfer des
criéées & publications , parce que tous
les oppofans & creanciers feroient avertis
à leur domicile du jour & du lieu de
l'adjudication , pour y faire trouver fuffifamment
d'encheriffeurs. C'est ce qu'a
fort bien remarqué M. de Hericourt . 7°.
11 feroit à propos que les conditions de
chaque adjudication fuffent imprimées,
c'eft à - dire , le dénombrement de la chofe
à adjuger avec lescharges & fervitudes
foncieres , & les autres conditions 2.
&
JANVIER. 1727. II
& qu'il n'y eut à remplir que la fomme
payable en rente rachetable aux creanciers.
Je donnerois bien les motifs de ces are
ticles du Reglement , que je propofe
mais je n'ai entrepris qu'une chofe dans
ce Membre , c'eft d'encourager , felon
mon pouvoir , un homme auffi laborieux
& auffi habile que M.de Héricourt à achever
par un bon Supplément , un Ouvrage
très-important au bien public , &
qn'il a déja ſi bien commencé.
A Paris , au Palais Royal, le 24. Dea
sembre 1726 .
******************
LE DIVORCE DE L'AMOUR
V
ET DE L'HYMEN E' E.
A IRIS.
Qus , qui des Loix de l'Hymenée ,
Sçavez fibien tous les malheurs ,
Et qui fouvent parmi vos pleurs ,
Avez maudît la deftinée :
Qui fçut vous choisir un Epoux ,
Malgré l'Amour & malgré vous ,
A vj Belle
12 MERCURE DE FRANCE.
Belle Iris , les malheurs des autres
Doivent vous confoler des yôtres :
C'eſt un deftin commun à tous,
Amour & l'Hymen en querelle ,
Depuis un temps ſont ſeparez ,&
Lifez- en dans cette nouvelle ,
L'Hiftoire quevous ignorez.
Jadis l'Amour & l'Hymenée ,
Etoient freres & bons amis.
Trop heureux dans leur destinée ,
Ceux à qui le Ciel a permis ,
De voir la faifon fortunée ,
Où parmi les noeuds les plus doux ,
Une ardeur toujours mutuelle ,
Toujours tendre & toujours fidelle ,
Confondoit l'Amant & l'Epoux
Si- tôt l'Amour dans une ame, que
Avoit fait naître quelque flâme ,
Hymen venoit la couronner ,
Ces Dieux ainfi d'intelligence ,
Entre deux coeurs faifoient regner
La paix , la joye & l'innocence ;
Mais l'union de deux enfans ,
Egaux
JANVIER 1727. T3
Egaux en attraits , en puiſſance',
Ne pouvoit pas durer long-temps.
Ce fut aux Noces d'Elifene ,
Qu'époufoit l'amoureux Ifmene ,
Qu'on les vit la derniere fois ,
Unir leur pouvoir & leurs droits.
Cette Nôce fut d'importance ,
Deux Rois peres des deux Amans ,
Pour montrer leur magnificence ,
Celebrerent leur alliance ,
Par mille divertiffemens.
Pour faire honneur à la Couronne ,
L'Amour & l'Hymen en perfonne ,
Vinrent pour ferrer les beaux noeuds ,
Qui lioient ces Amans heureux ,
Jamais leur amitié fidelle ,
Ne parut tant que dans ce jour ,
Et jamais , la voyant fi belle ,
On n'eut crû qu'Hymen & l'Amous ,
Puffent un jour être en querelle.
Lorfqu'on mena les deux Epoux ,
Pour affifter au facrifice ,
Dont l'effet heureux & propice ,
Aux
14 MERCURE DE FRANCE
Aux voeux des Amans eft fi doux ,
Ces jeunes Dieux pleins d'allegreffe .
Charmerent par cent tours d'adreffe ,
Les yeux du Peuple & de la Cour.
Tantôt l'Hymen , tenant Ifmene ,
Laiffoit Elifene à l'Amour ,
Et tantôt lui - même à fon tour ,
Folâtroit avec Elifene :
Quelquefois tous deux embraſſez ,
L'air enfantin , la treffe blonde ,
Changeant d'armes & de flambeau ,
Ils tromperent fi bien le monde ,
Par,un efacle fi nouveau ,
Que cent fois dans cette journée ,
On prit l'Amour pour l'Hymenée ,
Et cent fois dans le même jour ,
L'on crut qu'Hymen étoit l'Amour.
Le vieux Roi , pere d'Elifene ,
Rayi de voir fa fille Reine ,
Et que les Dieux fi bien unis ,
La combloient de biens infinis ,
Songeant à fa derniere fille ,
Pfiché
JANVIER. 1727. re
Pfyché , l'honneur de fa Famille ,
Le foir , quand on fut au feftin ,
Il les prit tous deux par la main ,
Et fit entr'eux affeoir la Belle ,
Croyant par ce prefage heureux ,
Les obliger d'être pour elle,
Encore mieux unis tous deux.
Pfyché brilloit de mille charmes ,
Tous les coeurs lui rendoient les armes ;
Et la voyant en un moment ,
Chacun d'eux devint fon Amant.
Amour fujet au badinage ,
Folâtroit , parloit , la baiſoit ,
Hymen plus difcret & plus fage
La regardoit & fe taifoit,
Leur flâme commençoit à peine ,
Que l'on en remarqua l'ardeur ,
Et menant coucher Elifene ,
On s'apperçût de leur froideur.
L'Epouſe marchant la premiere ,
Ils regardoient toujours derriere ,
Pour trouver les yeux de Pfyché ;
Et laiffant la Ceremonie ,
Si -tôt
16 MERCURE DE FRANCE:
Si-tôt que l'Epoux fut couché ,
Ils fe faufferent compagnie :
Ainfi de deux freres amis ,
La Beauté fit deux Ennemis ;
D'abord leur ame fut faifie ,
Et de haine & de jaloufie ,
Et le voyant Rivaux tous deux ,
Chacun fongea , faiſant myſtere ,
Aux moyens de fe rendre heureux ,
Sans en dire mot à fon frere.
Hymen rempli de bonne for ,
Crut , s'adreffant au parentage ,
Que demandant Pſyché , le Roi
Confentiroit au mariage ;
Et l'Amour s'affurant du coeur ,
Fier de fes traits & de fes armes ,
Crut auffi que tout fon bonheur
Ne dépendoit que de fes charmes.
Hymen rempli de ſon deſſein ,
Vit le Roi dès le lendemain ,
Et demanda Pfyché pour femme.
Le Roi le voyant fans l'Amour ,
Et craignant leur rivale flâme ,
Le
JANVIER 17 1727.
Le remit à la fin du jour,
Afin qu'un Oracle fidele ,
Dans un état fi dangereux ,
Lui pût montrer lequel des deux ,
Pfyché devoir prendre pour elle
Ou lui déclarer que la Belle ,
Pour remettre la paix entr'eux
Ne feroit à pas un d'eux.
Amour averti de l'affaire ,
Vers Apollon fe tranſporta ,
Tant d'amitié lui proteſta ,
Qu'il l'engagea dans le miftere :
Et ce Dieu , pour plaire à ces voeux
Rendit cet Oracle fameux ,
Que Pfyché, cet objet aimable ,
Conduite en un defert affreux ,
8
Attendroit un monftre effroyable ,
Que tous les Dieux dans leur courroux ,
Avoient choifi pour fon Epoux.
Le Roi ; comme pieux & fage ,
Obéit , quoiqu'outré de rage.
Pfyché, à la fleur de ſes ans ,
Fut conduite en trifte équipage ,
Dans les bras du Dieu des Amans.
Hymen
18 MERCURE DE FRANCE
Hymen affligé de l'Oracle ,
Et du cruel Decret des Dieux ,
La perdant fans y faire obftacle ,
La fuivoit les larmes aux yeux :
Et l'Amour caché dans la preffe ;
Rioit des pleurs & des foûpirs ,
Qu'Hymen donnoit à la Princeffe ,
Qu'il alloit combler de plaifirs.
Ah ! que ce Dieu trouva de charmes ,
A voir l'Hymen plein de douleur ,
Qui donnoit à Pfyché des larmes ,
Qu'il ne devoit qu'à fon malheur.
La nuit vint , Pfyché fut laiffée ,
Avec la cruelle penſée .
Qu'un Monftre l'alloit devorer ;
Mais l'Amour en des lieux fi fombres ,
Parmi le filence & les ombres ,
Prit le foin de la raffurer.
Dans une demeure enchantée ,
Au milieu de tous les plaifirs ,
Sur l'aîle des jeunes zephirs ,
Elle fut doucement portée ;
Et c'eft dans cet heureux féjour ,
Que fans Parens , fans Hymenée ,
Seule
4
JANVIER. 19
1727.
Seule , contente & fortunée ,
Elle fe rendit à l'Amour.
Ce Dieu dans ce lieu folitaire ,
Goutant le plaifir du miſtere ,
S'apperçût de tout fon pouvoir ,
Et s'étonna de fa foibleffe ,
D'attacher toûjours la tendreffe ,
Aux loix d'Hymen & du devoir.
La nuit , leur feule confidente
Cacha leurs feux d'un foin difcres ;
Mais Pfyché fe voyant contente ,
Ne pût pas garder ſon ſecret ,
Voulant que fa foeur Elifene
Fut témoin de tant de grandeur,
Elle fit venir cette Reine ,
Et lui déclara fon bonheur ,
Ignorant encor fon vainqueur ,
Hymenée , à cette nouvelle ,
Commença de voir fon erreur ;
Et par un confeil plein d'horreur ,
Il fit tant enfin que par elle ,
Il fit découvrir que l'Amour
Voyoit Pfyché dans ce féjour.
D'abord il avertit fa mere ,
Que
MERCURE DE FRANCE,
Que fon frere s'étoit caché.
Venus inftruite de l'affaire ,
S'en prit à la feule Pfyché.
Par plus d'un tourment effroyable ,
Elle crut la faire mourir.
Le pauvre Amour inconfolable ,
Gémiffoit de la voir fouffrir ;
Et plein d'une jufte colere ,
Jura le Styx , ferment des Dieux ,
Qu'il n'iroit plus avec fon frere ,
Et qu'il le fuiroit en tous lieux.
D'un autre côté l'Hymenée ,
Et plus modefte & plus difcret ,
Voyant fa trifte deſtinée,
Ne jura pas moins en fecret ,
Et fe promit pour fa vengeance ,
De tourmenter & défunir
Tous ceux qu'Amour par fa puiffance
Prétendroit joindre à l'avenir .
Auffi-tôt la troupe immortelle ,
Inftruite de cette querelle ,
Mariant l'Amour à Pfyché,
Croyoit raccommoder l'affaire;
Mais les Dieux ne le pouvoient faire ,
LG
JANVIER 1727. 21
હું
Le mot du Styx étoit lâché :
De ce ferment inviolable ,
Amour prétexta fon courroux ,
Et demeurant inébranlable ,
Il ne voulut point être Epoux :
Pfyché demeura fa Maitreffe ,
Jamais Epoux , toujours Amans ,
Unis par leur feule tendreffe ,
Ils curent de fi doux momens ,
Qu'Amour , pour tenir fa promeffe ,
N'eut plus befoin de fes fermens.
Il commença lors de connoître ,
Ledoux plaifir d'un feul Maître ,
Et de regner feul fur les cours ;
Et flatté de tant de puiſſance ,
Il ne gouta plus de douceurs
Que celles de l'indépendance.
Hymen d'abord dans fon courroux
Crut fe rendre bien redoutable ,
Donnant de fa main un Epoux ,
Pour rendre un Amant miferable.
Mais quand il vit fes plus beaux jours ,
Marquez de foupirs & de larmes ,
Et que l'Amour venoit toûjours,
22 MERCURE DE FRANCE .
2
Y mêler de triftes allarmes ,
Il connut que fes plus doux noeuds ,
Lorfque l'Amour ailleurs engage ,
N'avoit au plus que l'avantage
De faire bien des malheureux.
N'ofant lors montrer fa foibleffe ,
Afin d'avoir toûjours la preſſe
A fes triftes folemnitez ,
Il fçut ajoûter par adreffe ,
Ces folles inégalitez ,
De rang , d'état & de richeffe ,
Et mit encore à fes côtez ,
La raison , l'honneur , la Sageffe ;
Mais l'Amour , malgré tant d'appui ,
Fut feul encor plus fort que lui.
Il rit de leurs folles intrigues ,
Dédaignant l'Hymen & fes brigues ,
Et loin d'en être plus foumis ,
Il fe flate de plus de gloire ,
A remporter feul la victoire ,
Sur tant de puiffans ennemis .
Voilà la fource infortunée ,
D'où naquit la divifion ,
Qui rompit la belle union
De
JANVIER. 1727. 23
De l'Amour & de l'Hymenée ;
Le temps n'a fait que l'augmenter ,
Tous deux appliquez à fe nuire ,
Et travaillant à fe détruire
Se plaisent à fe tourmenter.
On ne les voit jamais enſemble ,
Les Epoux que l'Hymen affemble ,
Sont à peine unis un feul jour ,
Amour les quitte ou les fépare ,
Et l'Hymenée auffi barbare ,
Si-tôt qu'il peut avoir fon tour
Sépare ce qu'unit l'Amour.
Que d'ennuis , de maux & de plaintes
Que de tourmens & de contraintes ,
Leur querelle nous coûte à tous ,
Et que ces Dieux par leurs caprices ,
Caufent de rigoureux fupplices ,
Aux Amans , ainfi qu'aux Epoux !
Mais l'Hymen , quoiqu'il puiſſe faire ,
Eft toûjours le plus malheureux ,
Tout le monde maudit fes noeuds ,
Parce qu'Amour leur eft contraire ;
Sans ce Dieu , les plus doux momens
?
24 MERCURE DE FRANCE.
Sont pleins de troubles & d'allarmes ,
Et l'Amour feul avec fes charmes ,
Suffit au bonheur des Amans.
Profitez de cette querelle ,
Vous que l'Hymen fit tant fouffrir
Que l'on yous vit prête à perir
Sous fa loi pénible & cruelle ;
Et pour vous venger dès ce jour ,
Prenez le parti de l'Amour.
XXX:XXXXXXXXX:XXX
SUITE de l'Hiftoire de l'Aveugle
Clair- Voyant.
Es avantages qu'Ofmin avoit déja
remportez fur les Parthes , furent
enfin couronnez par une victoire des plus
complettes . Il trouva-le fecret de les environner
fi bien de toutes parts , qu'ils
n'euffent plus le pouvoir de combattre
en fuyant comme ils avoient accoûtumé
de faire ; il gagna fur eux une bataille ,
où leurs meilleures Troupes furent taillées
en pieces . Mais qu'il paya cher cette
gloire !
Les Perfans en flez de leurs profperitez
, ne donnerent point de bornes à leur
colere
JANVIER. 1727.
2.5
colere , jamais victoire ne fut fi fanglante
que celle qu'ils venoient de remporters
Olmin s'en propofa une plus difficile,
que la premiere , ce fut de triompher
d'une fureur qu'ils portoient trop foin.
Dans cette penfée il s'avança vers une
Tente , d'où mille cris plaintifs s'éleverent
tout- à- coup jufqu'au Ciel . La richeffe
de cette Tente & les efforts redoublez
qu'on faifoit pour en deffendre.
l'entrée aux Soldats tout degoutant de
fang & alterez de burin , lui firent juger
que les perfonnes , qui dans ce funefte mo
ment imploroient l'affiftance des Dieux ,
étoient d'un rang à mériter la fienne. Il.
hâta fes pas , & d'une feule parole ayant
fufpendu la rage de ceux qui affiegeoient
cette Tente , il y entra. Le chef des Parthes
qui en fermoient l'entrée , voyant
qu'Olmin n'avoit rien moins que l'apparence
d'un Vainqueur furieux , fe rendit.
fon prifonnier de guerre & l'introduifit
lui- même dans la Tente ; c'étoit là que
le Dieu d'Amour l'attendoit pour lui faire
payer un tribut que toute la Nature lui
doit , & dont le coeur d'Olmin s'étoit
diſpenſé jufqu'à ce jour fatal. Une jeune
Princeffe vint tout- à - coup frapper fes
yeux ; elle étoit couchée fur un lit de
repos , entourée de toutes fes filles, dont la
moins hardie étoit réfolue à fe donner
B la
26 MERCURE DE FRANCE.
que
la mort plutôt que de perdre ce qu'elle
croyoit plus précieux que la vie. La Prin
cefle dont je viens de parler , s'appelloit
Axiane ; Oſmin ne la put voir fans ſentit
des mouvemens qui lui avoient été.
inconnus jufqu'alors ; il fe jetta à fes pieds
pour lui demander pardon de la frayeur
mortelle fes Soldats lui avoient cau- .
fée. La Princeffe le pria de fe relever
& jettant les yeux fur lui , elle fut agrea-,
blement furpriſe de ne voir , au lieu d'un
Vainqueur farouche , qu'un genereux défenfeur,
Cette premiere vûë ne fut pas .
fans émotion de fa part , elle le remercia
de la protection qu'il accordoit à de malheureuſes
captives ; Ofmin lui répondit
qu'elle avoit droit de commander par tout
où elle étoit , & lui jura une profonde
foumiffion à tous les ordres ; ces paroles,
furent interrompues par un bruit foudain
qui obligea Axiane de tourner la
vûë du côté d'où il partoit ; » Ah ! Sei-
» gneur,
s'écria- t-elle en s'adreffant à Of
»min , fauvez mon Pere , fi vous voulez
» que je vive , on lui va donner la mort ,
volez à fon fecours.
Ofmin n'eut pas plutôt entende ce
qu'Axiane lui difoit , qu'il alla fe précipiter
entre les épées dont la pointe étoit
tournée contre le fein d'Arafpe , c'étoit
Le nom du Pere d'Axiane . Son plus cruel
ennemi
JANVIER . 1727 . 27
nenemi étoit un Seigneur Perfan , dont
Arafpe avoit tué le frere dans le combat.
Ofmin para d'une main le coup mortel
qu'il alloit porter au pere d'Axiane , &
l'obligea de fe retirer avec tous ceux
.qui fecondoient fa fureur.
La reconnoiffance dont Axiane fut pénetrée
par un fecours qui lui rendoit l'auteur
de la naiflance , difpofa fon coeur
à un amour qui ne devoit finir qu'avec
fa vie.
Ofinin de fon côté éprouva ce qu'il
n'avoit jamais fenti. Quoique la Princeffe
ne fut pas d'un rang égal à celui de
Rofemonde , il ne laiffa pas de préferer
fes charmes à tous les Empires de la terre,
l'ambition ceda pour quelque temps à
1Amour ; mais nous la verrons rentrer
dans fes droits , & redemander un coeur
qui lui avoit toûjours été dévoilé .
Ofmin déclara fa paffion à Axiane ;
cette Princefle en reçût d'abord l'aveu
avec la fierté fi naturelle à fon fexe .
mais elle s'y accoûtuma fi bien , qu'elle
permit à Ofmin de tâcher d'obtenir de
fon pere une poffeffion , qui étoit l'objet
de leurs plus chers defirs.
Arafpe avoit trop d'obligation à fon
genereux deffenfeur , pour ne le pas accepter
pour gendre ; il confentit même
qu'Olmin n'épousât la fille qu'en fecret,
Bij fans
18 MERCURE DE FRANCE.
fans approfondir les raifons qu'Ofmia
pouvoit avoir de ne point faire d'éclat.
Cependant l'hyver approchoit , & il
étoit temps que les Troupes de part &
d'autres fe retiraffent pour attendre de
Rouveaux ordres de leurs Maîtres . Of
min étoit fi enyvré de fon bonheur prefent
, qu'il ne prévoyoit pas les malheurs
à venir , mais à mesure qu'il approchoit
Ifpaham la trifteffe s'emparoit de fon
coeur ; Axiane fut la premiere à s'en appercevoir
, il lui diffimula la veritable caufe
autant qu'il lui fut poffible , mais il
fallut enfin ne lui rien taire. Il étoit déja
à une journée d'Ifpaham , le Roy le
croyoit marié avec la Princeffe Elixene ,
il falloit lui laiffer fon erreur ou perdre
Rofemonde & fe perdre lui-même. Le
ferment qu'il avoit exigé d'Elixene le condamnoit
àun filence éternel , à moins qu'on
ne lui permit de parler. Il falloit donc cacher
ce grand myftere à Axiane , & il ne
le pouvoit qu'en lui difant qu'il étoit l'époux
d'une autre. Quelle alternative !
Il franchit enfin une démarche que la neecffité
exigeoit de lui .Que devint Axiane
quand elle apprit qu'Olmin l'avoit trompée
, & qu'il étoit déja à une autre avant
qu'il fe donnât à elle. Elle l'accabla de
reproches & d'imprécations , elle implora
la vengeance des Dieux contre le perfide
qui
JANVIER. 1726. 29
•
qui l'avoit deshonorée , & qui lui étoit
encore plus cher que tout le refte des
homines.
Ofmin n'étoit pas moins accablé qu'elle,
il étoit forcé de fe déclarer coupable
d'un crime qu'il n'avoit pas commis , il
n'ofoit même lui faire entrevoir qu'il ſe
juftifieroit un jour ; ç'auroit été revelet
à demi un fecret qu'un ferment terrible
devoit rendre inviolable. Il lui jura pourtant
qu'il ne l'avoit jamais tant aimée
qu'au moment qu'il lui déclaroit qu'il
étoit engagé avec une autre ; il la pria
de ne point éclater ni devant fon pere
ni à la Cour du Roy de Perfe . Elle lui
promit tout ce qu'il exigea d'elle , de peur
d'expofer les jours de ce perfide époux .
Mais cela ne fuffifoit pas à Olmin ;
i
ne pouvoit point douter qu'Arafpe n'éclatât
dès qu'il apprendroit que fon gendre
prétendu étoit lié d'une éternelle
chaîne avec la niece de la Reine . Cette
derniere difficulté l'obligea à prendre un
parti violent ; ce fut de faire empriſon
her Arafpe auffi-tôt qu'il feroit arrivé à
Ifpaham , fous prétexte qu'il étoit dangereux
de lui laiffer une liberté dont il
pourroit le prévaloir contre le Roy de
Perfe.
Ce projet eut un fuccès tel qu'il fe l'étoit
promis. Arafpe fut enlevé par l'or-
Biij dre
30 MERCURE DE FRANCE.
dre du Roi , fans fçavoir quel étoit for
crime. Ofmin en témoigna de l'étonnement
, & raffura Axiane , en lui difant
qu'il feroit revoquer un ordre qui avoit
peut-être été furpris par celui dont Arafpe
avoit tué le frere .
Jufques là Olmin n'étoit criminel que
dans l'efprit d'Axiane ; mais il le devint
bien- tôt veritablement , par le retour de
cette même ambition qu'il fembloit avoir
facrifiée à l'amour. Rofemonde lui fit
entendre qu'il n'avoit plus qu'un pas રે
faire pour monter fur le trône des Perfans.
Il fut lui - même témoin des voeux
que les Peuples faifoient pour fon couronnement
on parloit ouvertement contre
Bafté , dont l'aveuglement le rendoit incapable
de gouverner. La derniere victoire
d'Ofnin étoit generalement applaudie
, & tout le monde ſouhaitoit qu'il fut
couronné avec Elixene, qu'on croyoit ſon
épouſe.
Les charmes d'Axiane , dont il étoit
encore enchanté , tout devoré qu'il étoit
de fon ambition , lui firent trouver Roſemonde
plus laide qu'elle ne lui avoit
paru avant qu'il eut fenti les premiers
traits de l'amour ; mais par malheur
il revit Elixene. Ses yeux difpofez
par fon premier engagement à porter jufqu'au
fond de fon coeur l'impreffion que
doit
JANVIER 1724. 1727. *31
doit faire un objet aimable fur tous ceux
qui font capables de s'enflammer , décou
vrirent des attraits dont ils avoient juſ◄
qu'alors ignoré la puiffance. Elixene n'étoit
pas plus belle qu'Axiane , mais elle
avoit un Sceptre à donner , & l'amour
fortifié de l'ambition l'emportoit fur l'amour
feul.
Rofemonde s'apperçut avec douleur
de fon indifference ; elle fe flatta cepen →
dant que ce coeur tout occupé de fa nou
velle gloire , lui rapporteroit les mêmes
hommages qu'il lui avoit rendus avant
que la victoire l'eut enorgueilli. Elle vit
avec quelque jaloufie qu'il s'attachoit à
Elixene plus qu'il n'avoit jamais fait
mais le nom de fon époux , qu'il portoit ,
autorifoit ſes affiduitez , & Roſemonde
s'imagina fans peine que c'étoit pour
mieux tromper le Roi & toute la Ĉour
qu'il affectoit plus d'empreffement pour
elle.
Il n'en fut pas de même de l'inconnu
Oronte. Rien n'échappe à des yeux jaloux
;les nouveaux foins qu'Ofmin rendoit
à fon Amante lui devenoient de jour en
jour plus fufpects. Il s'en plaignit à Elixene
, qui ne pût s'empêcher de lui avoüer
qu'elle avoit les mêmes foupçons que
lui ; mais que ce qui l'en détournoit un
peu , c'étoit un autre amour , dont quelques
B
iiij
§ 1 MERCURE DE FRANCE.
ques Chefs de l'armée l'avoient inftruites,
Ils avoient crû , la croyant époufe d'Ofmin
, qu'il étoit de leur devoir de l'avertir
de fon infidelité , & de lui apprendre
qu'il étoit éperdument amoureux de fa
captive Axiane.
Oronte ne prit pas le change fur ces
amour d'un vainqueur pour une prifonniere.
Il voulut pourtant éprouver s'il
étoit auffi ardent qu'on l'avoit voulu perfuader
à Elixene . Il découvrit à cette
Princeffe l'épreuve qu'il en vouloit faire :
c'étoit de feindre d'aimer Axiane , & de
la vouloir époufer. Elixene étoit fi convaincue
de l'inviolable fidelité d'Oronze,
qu'elle confentit fans peine à un ftratagême
qui auroit été dangereux pour un
coeur moins conftant que celui de fon ai--
mable inconnu.
Axiane reçut les premieres déclara
tions d'amour qu'Oronte lui fit avec une
fierté digne de fon rang , & de fon engagement
fecret ; mais l'inconnu lui ayant
fait connoître que fes intentions étoient
pures , & que fon amour n'avoit que
Thymen pour objet , elle parut moins irritée
; elle affecta même quelque penchant
à accepter la main qu'on lui préfentoit
, pourvû que ceux de qui la fienne
dépendoit y confentiffent. Elle fit ensendre
à Oronte que c'étoit de fon pere
qu'elle
JANVIER. 1727. 33
qu'elle parloit , mais c'étoit d'Ofmin
dont elle voulut mettre le coeur à cette
derniere épreuve car elle ne doutoit
point qu'il ne l'aimât encore.
Elle penfoit jufte . Ofmin reçût avee
des tranfports jaloux la propofition qu'elle
lui fit , de fe donner à Oronte . Que
vous êtesinjufte , lui dit- elle , de ne vou
loir pas que je fuive l'exemple que vous ·
me donnez ! Que vous êtes cruelle , lui
répondit - il , de vouloir paffer dans les
bras d'un autre après vous être donnée à
moi Je fçai bien , continua - t - il , que
cette injuftice que vous me reprochez eft
un crime que je ne puis excufer ; mais le
violent amour qui me l'a fait commettre ,
ce crime involontaire , fubfifte encore..
J'ai trahi Elixene pour vous avoir trop
aimée , je ne pouvois vous poffeder qu'en
Vous trompant ; & je ne puis vous ceder à
un autre fans mourir de douleur , de rage
& de defeſpoir.
1
Axiane ne pût foutenir plus long- temps
une converfation fi peu raisonnable ; cependant
, toute outragée qu'elle étoit
elle ne laiffa de gouter la fecrette
PAS
douceur d'être encore aimée de fon infidelle.
Dès qu'elle revit Oronte , elle lui
fit entendre que fon pere ne vouloit pas
confentir à fon hymen . Oronte n'y fur
pas trompé il fçavoit bien
que fon pers
B. v. étant
4
34 MERCURE DE FRANCE :
étant prifonnier d'Etat , elle n'avoit pu
avoir la liberté de le confulter , & que le
refus qu'elle venoit de lui annoncer ne
partoit que d'Ofmin. Il n'en demeura
pas plus tranquille , Ofmin continuoit à
preffer Elixene de confirmer un hymen
dont les Perfans attendoient tout leur
bonheur. Elixene inftruifit Oronte de
l'importunité de fon injufte rival . Oronte
fe détermina enfin à éclater , & à ôter la
vie au perfide Ofmin , ou à la perdre.
Revenons à notre Aveugle Clairvoyant.
Son feint aveuglement lui faifoit découvrir
à tous momens ce qu'il n'auroit,
pas voulu voir , s'il avoit veritablement
aimé Rofemonde. Quoiqu'Ofmin eut
tourné tous les voeux du côté de la Princefle
Elixene , il ne laifloit pas de ménager
la Reine , dont il craignoit la jaloufie
; & cette Reine abufée étoit fi tranf
portée de plaifir & d'amour toutes les
fois qu'elle le voyoit en préfence même
du Roi , que ce Prince avoit beaucoup de
peine à ne point éclater. Il fe feroit cent
fois emporté contre ces deux perfides ,
s'il n'avoit craint de reveler le fecret de
far tromperie ; mais il voulut laiffer meurir
la vengeance avant que de la faire
tomber fur des coupables , qui faifoient
tant d'outrage à la Majefté Royale dont il
étoit revêtu
Comme
JANVIER . 1727. 35
Comme tout lui devenoit fufpect dans
Ofmin , il voulut interroger en fecret le
prifonnier , dont il lui avoit dit qu'il
devoit s'affurer pour le bien de fon Empire.
Il le fit traduire de la tour où il
étoit renfermé , dans fon Palais , pendant
que tout étoit enfeveli dans un profond
fommeil. Quel fut fon étonnement,
quand il apprit que ce malheureux cap
tif étoit le beau pere d'Olmin. Il jugea
bien que c'étoit là le feul crime que ce
malheureux expioit dans les fers. » Je
» vois qu'on m'a trompé , lui dit- il , je
vous remets en liberté , mais cachez-
» vous avec foin dans une maifon de plai-
» fance où je vous ferai conduire ; elle eft
"fur le rivage de la mer; attendez - y mes
"ordres pour partir fur un Vaiffeau avec
» votre infortunée filie ; je ne puis vous
en dire davantage ; mais je vous jure,
par le grand Dieu qui éclaire mes fu-
» jets , & qui peut me rendre un jour
» la lumiere qu'il me refufe , que vous
>> ferez vengé.
Arafpe fe retira, fans avoir pû penetrer
de qui le Roi voulut le venger . II
fut conduit par une feure efcorte jufqu'à
la maifon de plaifance , où il devoit attendre
l'effet des promeffes de fon genereux
liberateur . Il y avoit déja paffé quetques
jours , fans qu'on lui donnât aucu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
w
ne nouvelle de ce qui fe paffoit à Ifpa
bam. Un foir qu'il fe promenoit fur le
rivage de la mer , il entendit un bruit
d'épées , qui le fit avancer vers le lieu:
d'où ce bruit partoit ; il vit deux Cavaliers
qui fe battoient avec une fureur qui
leur auroit été fatale à tous les deux , fi
le fort n'eut fait que l'épée de l'un des
combattans volât en éclat. Il courut à
fon fecours , ſe défiant de la generofité
de fon ennemi ; mais quelle fut fa furprife
, lorſque dans l'un des deux adverfaires
il reconnut fon gendre , & dans
l'autre le fils de fon Roi. Grands Dieux !
s'écria- til , que vos bienfaits me dédommagent
avantageufement des malheurs
dont vous m'avez frappé depuis la
perte
de ma liberté ; vous n'étes done
pas mort , cher Prince , continua- t’il ,
en fe jettant aux pieds d'Oronte , & le
grand Roi des Parthes , mon Maître &
votre pere, n'a pas perdu en vous la derniere
efperance de fon vafte Empire 3
mais de grace pourfuivit- il , ne permettez
pas que le miracle que les Dieux ont
fait en faveur de tous les Parthes , ne foit
funefte qu'à moi , accordez - moi la vie de
votre ennemi defarmé , je vous la demande
au nom de ma fille , à qui vous
l'ôteriez , fi vous terminiez celle de fon
Epoux ; » Quoi ! Arafpe , répondit Artaxare
JANVIER. 1727. 37
taxare , c'étoit le veritable nom du fils:
» du Roi des Parthes , ce perfide a épou--
» fé votre fille , & prétend m'enlever
» la . Princefle Elixene , à qui j'ai donné
» mon coeur , & pour qui feule j'ai de-
» meuré inconnu dans la Cour de notre
irreconciliable ennemi!
Olmin fut fi frappé de cette avanture,
qu'il refta quelque temps immobile . O
Dieux ! s'écria- t'il , quand il eut recouvré
l'ufage de fes fens , que je fuis crimineli
je trahis la fille d'Arafpe , &
c'eft Arafpe qui me fauve la vie ! &.
vous , pourfuivit - il , en s'adreffant à Artaxare
, répandez ce fang criminel que
les Dieux n'ont que trop épargné , faites
leur office , & puniſſez un temerai--
re , d'avoir ofé attaquer la vie d'un de
ces refpectables Mortels , qu'ils ont choi
fis pour les reprefenter fur la terre , &
pour être leurs images vifibles. Retire
toi , lui répondit Artaxare , & tâche
de meriter par un fincere repentir cette
vie que je te laiffe , rends ton coeur &
ta main à l'aimable Axiane , l'amour que
je lui ai témoigné n'étoit qu'une feinte,
pour t'éprouver; tu m'en as voulu punir
, mais les Dieux équitables ont tra
hi ta valeur , parce que ta caufe étoit injufte.
Ces paroles acheverent de couvrir.
Ofinin de confufion , il fe retira fang
Pow
38 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir proferer une feule parole , mais
il ne fut pas plutôt arrivé chez lui , qu'il
fut arrêté par ordre du Roi .
Ce Monarque trahi , ne fe feroit pas
fi-tôt porté à cette extrêmité , fi le peril
n'eut été extrême pour fon Trône &
pour les jours. Les Perfans avoient paffé
du fimple murmure à l'éclat . Ils ne vou
loient plus d'un Roi que le Soleil fembloit
declarer incapable de les gouverner
, en lui refufant fes divins rayons.
Rofemonde fomentoit cette revolte , fans
fçavoir qu'elle travailloit pour fa niece,
à qui les Peuples deftinoient la Couronne,
attendu qu'ils la croyoient mariée
avec Olmin.
Le Roi ne voulut pas confier un pri
fonnier de cette importance à une Garde
ordinaire. La tour deftinée aux autres
prifonniers d'Etat , auroit pû être forcée
par le Peuple d'Ifpaham , à qui Ofinin
étoit devenu très -précieux depuis fes der
nieres victoires fur les Parthes . Il le fit
renfermer dans le Palais , féjour ordinaire
des Rois de Perfe , & en redoubla la
Garde de peur d'infulte. Rofemonde ne
put contenir fa fureur , quand elle apprit
la détention de fon Amant ; elle fe
plaignit vivement à Baſté d'un traitement
fi indigne , fait à un Sujet qu'il devoit
confiderer comme le plus ferme appui
de
JANVIER 1727. 39
募
de fon Trône ; mais que devint-elle ,
quand le Roi lui apprit que cet ingrat
dont elle prenoit la défenſe avec tant
d'ardeur , étoit marié fecrettement avec
Axiane , malgré fon premier engagement
avec Elixene . Elle changea de couleur
à une nouvelle fi accablante pour
elle . Axiane lui avoit d'abord paru aflez
belle , pour exciter des mouvemens jaloux
dans fon coeur ; mais elle ne l'avoit
confiderée dans ces premiers momens
que comme une Maîtreffe qui pouvoit
avoir allumé une flamme paffage re
qu'il ne lui feroit pas difficile d'éteindre
dès qu'elle auroit élévé Ofmin fur le
Trône un amour , dont les noeuds
étoient ferrez par ceux de l'Hymen , lug
faifoit infiniment plus de peur ; le Roi
jouit quelque temps de fon trouble ,
qu'elle ne s'avifoit pas de cacher à fes
yeux , dans la croyance où elle étoit qu'il
en eut effectivement perdu l'ufage ; mais
rompant enfin le filence : je me doute ,
lui dit- il , que l'hymen d'Ofmin avec
votre niece eft à peu près comme
le mien avec vous : car quelle apparence
y auroit-il , qu'il eut épousé Axiane
, s'il eut été veritablement uni avec
Elixene ; j'entrevois la tromperie qu'on
m'a faite , mais je ne veux pas l'approfondir
, de peur d'être forcé de porter ma
,
Ven
40 MERCURE DE FRANCE.
vengeance plus loin que je ne voudrois;
je confens même à l'en mettre à couvert
lui - même ; c'eft à vous , Madame',
à y pourvoir , je mets fon fort entre vos
mains. Entrez dans fa prifon , & diteslui
, qu'il fe refolve à partir avec Axiane
& Arafpe dans un Vaiffeau que j'ai
fait préparer. Vous pouvez lui faire enrendre
que c'est vous c'est vous , qui avez pris
foin de fa fuite , & que c'eft à mon infçû
que vous le fauvez. Rofemonde promit
au Roi tout ce qu'il exigeoit d'elle , fe
refervant de prendre d'autres meſures .
avec fon Amant , malgré l'infidelité dont
elle le foupçonnoit
.
Rofemonde fut introduite dans la prifon
d'Olmin par l'ordre du Roi. Elle
fit croire à fon infidele , que c'étoit à
fes propres foins qu'il devoit la liberté
qu'elle lui venoit offrir , à condition
qu'il l'épouferoit , avant que de ſe mettre
à la tête des Rebelles , qui vouloient
détrôner Bafté , pour le faire regner en
fa place . Ofmin , à qui fa derniere avanture
avec Arafpe avoit infpiré des remords
fur fes crimes paffez , ne voulut
pas en faire une troifiéme. Abandonnez ,
it-il à Rofemonde , abandonnez à ſon
mauvais deſtin un malheureux qui ne
ra que trop merité ; j'ai trompé le Roi ,
J'ai trompé Axiane , je vous ai trom-
.
pée
JANVIER. 1727.
ée vous - même ; la déteftable ambition
où je me fuis trop livré m'a arraché à
ma vertu.Il est temps que je termine une
vie que j'ai plus deshonorée par mes perfidies
, queje ne l'ai rendue éclatante par
les derniers avantages que la fortune m'a
fait obtenir fur les Parthes. Si je confentois
à la prolonger , ce ne feroit que pour
me conferver tout entier à l'infortunée
Axiane , qui tout ingrat & tout infidele
que j'ai été , ne pourra fe confoler de ma
mort. Voilà ma derniere réfolution ;
j'attends la mort avec ce feul regret..
Rofemonde fut fi transportée de rage ,
qu'elle ne pût foutenir plus long - temps.
la vue d'Ofmin. Elle fortit , dans le
deflein de le laiffer perir , puifqu'il refufoit
fes bontez ; mais elle voulut commencer
fa vengeance par la perte de fa
Rivale. Elle l'envoya chercher ; & pour
la faire mourir doublement , elle lui annonça
qu'Ofmin venoit d'expirer par
l'ordre du Roi . Axiane s'évanouit à cette
funefte nouvelle ; fon impitoyable Rivale
ne voulut pas qu'on lui donnât la
mort dans un état où elle ne pourroit pas
en fentir toute l'horreur ; & ayant appris
par un Page que le Roi demandoit à la
voir , elle fit tranfporter Axiane évanouie
dans une autre chambre.
Le Roi ne fut pas plutôt entré , ques
Ro
42 MERCURE DE FRANCE.
?
Rofemonde reconnut à l'alteration de fon
vifage qu'il rouloit quelque chofe de funefte
dans fa penſée . Il ordonna à fon gui
de de faire executer les ordres qu'il avoit
donnez le plus promptement qu'il fe
pourroit. Vous m'y avez réduit , dit - il à
Rofemonde après que fon Guide fut forti
, vous m'y avez forcé , perfide , à ces
ordres cruels , qui doivent vous punir de
tous vos crimes . Les Dieux vengeurs
m'en ont inftruit : en voici le détail . A
ces mots il lui raconta tout ce qu'il
avoit appris par les Lettres qu'il avoit
trouvées dans fa caffette , & dont j'ai
déja parlé . Rofemonde ne douta point
qu'Hermocrate ne l'eût trahie ; & ne
pouvant fe juftifier , elle implora la cle
mence de fon Juge. Non , lui répondit
Baflé , ne vous flattez pas d'obtenir un
pardon que vous ne me demandez , que
parce que vous ne pouvez échapper à la
jufte punition qui eft dûë à vos noires
perfidies . A ces mots , le Miniftre de fa
vengeance entra dans la chambre , tenant
dans une main tremblante une coupe
qui annonçoit la mort prochaine à
Rofemonde il lui dit , en termes vagues
, de la faire avaler à la malheureuſe
criminelle , que les juftes Dieux avoient
dévouée à fa vengeance . Je fors , dit - il ,
de peur de me laiffer attendrir par de
perJANVIER
1727: 43
"
-
perfides larmes. Le fatal Echanfon fut fi
troublé de voir que c'étoit à la Reine
qu'il falloit préfenter le funefte poifon ,
qu'il n'ofoit approcher . Rofemonde profita
de cette frayeur ; & jugeant peut -être
qu'il n'étois pas inftruit du choix de la
victime je vais , lui dit - elle , t'amener
la criminelle que le Roi veut immoler à
fa vengeance : Toi , fi tu ne veux perir ,
ne differe pas à executer les ordres de ton
Roi , & ceux de ta Reine. Elle n'eut pas
plutôt prononcé ces paroles , qui raffurerent
l'efclave , en lui donnant une victime
plus vile à facrifier , qu'elle alla pren
dre Axiane venez , lui dit - elle , recevoir
la mort que je vous aj promife , &
apprenez que le Roi même l'ordonne ,
pour vous punir d'avoir inſpiré à Ofmin
un amour qui deshonore la premiere de
fes fujettes. Axiane fouhaitoit la mort avec
trop d'ardeur pour temoigner la moindre.
foibleffe ; elle prit la coupe empoifonné
, & l'avala fans proferer un feul
mot.
Cependant Rofemonde fe voyant délivrée
d'une Rivale , donna fes derniers
foins à fauver Ofmin , à fe fauver ellemême
, & à perdre le Roi . Elle courut
à la prifon de fon Amant , l'en fit fortir
avec précipitation ; & après lui avoir
rendu fon épée , elle lui dit d'aller fe
mettre
44 MERCURE DE FRANCE.
mettre à la tête des Rebelles qui affie
geoient lePalais , pour l'arracher à la fureur
de Bafté . Ofmin fortit fans fçavoir quelle
réfolution il devoit prendre ; il fe laiffa
conduire jufqu'à un endroit, où l'on parloit
de la mort d'Axiane , dont la nouvelle
étoit déja répandue. Perfide , dit- il
à Rofemonde , vous voulez que je vive ,
& vous avez fait perir tout ce que j'adore
! Je devrois enfoncer dans votre
coeur odieux ce même fer que vous venez
de me rendre ; méritez votre grace
en me conduifant auprès de ma chere
Axiane , que je meure à fes pieds , puiſqu'il
m'eft deformais impoffible de vivré
fans elle .
Ces paroles paffionnées firent fremir
Rofemonde de jaloufie & de rage. Elle
crut ne pouvoir mieux s'en venger ,
qu'en expofant fa Rivale morte ou mourante
aux yeux d'un ingrat , qui répondoit
fi mal à fes bontez . Elle conduifit
Olinin dans la chambre où le corps d'Aziane
avoit été mis fur un lit. Le defef
peré Ofmin ne l'apperçût pas plutôt
qu'il pouffa des gemiffemens capables
d'attendrir Rofemonde même ; il alloit
enfin plonger fon épée dans fon fang , fi
le Roi , qui s'étoit caché obferver
tout ce qui fe paffoit , ne fut couru à lui
pour lui retenir le bras . Vivez , lui ditpour
il,
JANVIER 1727. 15
}
il, votre Axiane ne mourra point. Ah!
Seigneur , lui dit Ofmin , eft- ce à vous
m'arracher à une mort qui doit vous
venger du plus perfide de tous les Sujets ;
mais pourquoi me flattez - vous de l'efperance
de revoir Axiane vivante ? Le Roi
lui apprit en peu de mots , que l'empoifonnement
n'étoit qu'une feinte , pour
apprendre à Rosemonde à quoi elle s'expofoit
, fi elle ne meritoit fa grace par
un fincere repentir. Ces mots furent interrompus
par un bruit éclatant , dont
tout le Palais retentiffoit . L'inconnu
Oronte , Elixene & le pere d'Axiane entrerent
tout éperdus dans la chambre.
Oronte dit au Roi , que les Rebelles
avoient forcé le Palais , & qu'il venoit le
défendre ou perir.
Le Roi penetré de reconnoiffance de
la generofité d'Oronte , la lui témoigna
par les expreffions les plus vives . Seigneur
, lui dit alors Arafpe , vous ferez,
bien plus frappé d'admiration , en apprenant
que cet Inconnu , qui vient expofer
fa vie pour défendre la vôtre , eft le fils
de ce même Roi , à qui vous faites une fi
longue & fi cruelle guerre . Quoi , s'écria
Bafté , c'eft Artaxare que je vois dans
Oronte ! O jour heureux , ajoûta - t - il
qui va réunit deux grands Empires fi
long-temps divifez !
›
Ce76
MERCURE DE FRANCE. '
Cependant le bruit augmentoit , & la
Garde ne pouvoit plus foutenir la fureur
des Rebelles. Permettez , dit Ofmin en fe
jettant aux pieds de fon Maître , permettez
que je puiffe diffiper une tempête
que je viens d'exciter ; ordonnez qu'on
me donne la mort ›
& qu'on porte ma
tête aux Rebelles ils fe difperferont fitôt
qu'ils apprendront qu'ils n'ont plus
de Chef. Levez - vous , lui répondit le
Roi , votre fang eft trop necellaire à la
Perfe pour fouffrir qu'il foit répandu ;
votre double infidelité eft expiée par votre
repentir. Achevez ce qui refte à faiallez
vous montrer aux Séditieux
& pour leur ôter tout prétexte à me détrôner
, apprenez leur que le Dieu brillant
qui protege la Perfe vient de me
rendre la lumiere . A ces mots , il leur
déclara qu'il ne l'avoit jamais perduë , &
que fon aveuglement prétendu n'avoit
été qu'un artifice pour mieux obſerver
tout ce qu'on pourroit tramer contre
lui.
re ,
;
Jamais jour n'avoit paru de voir être
plus fatal à la Perfe , & jamais jour ne
Jui fut plus favorable. Ofinin calma les.
mutins ; & Rolemonde même fe jettant
aux pieds de fon Epoux , obtint le pardon
de toutes les infidelitez. La paix fut conclue
entre les Perfans & les Parthes , &
ratifiée
JANVIER 1727. 47
ratifiée par le Roi de ces derniers , à qui
on fit fçavoir que ce fils , dont il avoit
juré de venger la mort jufqu'à la der
niere goute du fang de fes Sujets , refpiroit
dans la Cour de Bafté. Il confentit à
fon mariage avec Elixene , & Ofmin le
fuivit dans fon Empire avec fa chere
Axíane , qui , après fon affoupiffement ,
fembla recevoir deux fois la vie , en apprenant
que fon cher Ofmin lui étoit
toujours fidele.
XXXXXXXX: XXXX : X **
A LA REINE.
ETRENES D'UN GASCON.
Ur Sur des bords pleins de feu la laconicité ,
Jadis naiffant nous donna l'avantage ,
De porter un rapide hommage
A la brillante verité.
Nous n'aimons point de l'Art les lenteurs &
les gênes ,
Et d'un trait de vivacité
Nous payons toujours nos Etrenés &
Si celui- ci , grande Reine , vous plaît ,
Tout
48 MERCURE DE FRANCE.
Tout Gafcon que je fuis , c'eft mon dernies
fouhait.
M
Deux Rofes , fruits des pleurs de l'Aurors
naiffante ,
Attiroient des Humains & les yeux & le
coeur
Mais pour tout autre objet chacuné indiffe
rente ,
N'avoit d'amour que pour fa foeeur.
Quel amour ! quelle fimpathie !
Qu'elle paroît digne d'envie !
Ces deux Fleurs , à force d'amour ,
Et par une ardeur non commune ,
De deux ne firent bien- tôt qu'une.
Et deur tendre union croiffant de jour en
jour,
En fept fois fept mille ans n'aura point de
retour.
Sous cette hiftoire fabuleuse ,
Je dépeins l'union heureuſe ,
Qu'avec vous a formé la vertu pour jamais
:
Rare
JANVIER 1727. 49
Rare dans le fiecle où nous fommes
Elle fe cache à tous les hommes ,
Ou ne paroît que fous vos traits.
Par l'Abbé Bellet , Profeffeur
au College de Guyenne ,
Bordeaux.
LETTRE du P. C. à M. B. où il eft
démontré géometriquement , mais d'une
maniere intelligible pour tout le monde ,
que les Corps jettez d'un lieu en un autre
, ne décrivent pas , comme on l'a cris
jufqu'ici , une Parabole.
MRe
R, la queftion que vous me faites,
ne pouvoit venir plus à propos
pour me trouver en quelque forte , la
plume à la main , prêt à vous répondre.
Vous doutez que dans la Géometrie que
je vais imprimer , je puiffe venir à bout
de rendre intelligibles pour tout le monde
les queftions de la haute Géometrie ,
& en particulier tout ce qui regarde la
Théorie des Courbes. Je pourrois vous
répondre que je me flatte d'avoir déja
donné dans mon Ouvrage de la Pefansur
, & dans divers Journaux , des mor-
C ce aux
50 MERCURE DE FRANCE .
ceaux d'une Géometrie affez élevée , &
de les avoir rendus intelligibles à bien
des gens , qui n'étoient pas même initiez
dans les premiers élemens de cette Science
, dont je vous repete que ce n'eſt pas
fa faute fi elle eft fi myfterieufe jufqu'ici.
que m'a
Votre Lettre m'a trouvé occupé à
éclaircir un Problême de Balliftique , à
l'occafion de quelques difficultez
propofées le R. P. L. dans le Journal de
Trévoux du mois de Decembre 1726 .
J'avois avancé & démontré plus d'une
fois que les Corps jettez d'un lieu en un
autre n'y vont pas par une ligne parabolique
, comme on l'avoit penfé jufqu'ici ,
mais par une espece de fpirale . Cette
propofition avancée depuis plufieurs années
, & renouvellée il y a un an , n'avoit
point trouvé de contradicteurs , elle n'en
trouve pas non plus aujourd'hui , mais le
R. P. L. ne la trouve pas affez éclaircie
pour s'y rendre tout-à fait .
C'eft pour lui donner les éclairciffemens
qu'il peut fouhaiter , que j'ai fait
un petit Ecrit que vous verrez dans le
Journal de Trévoux ; mais en l'éclairciffant
pour lui , j'ai voulu l'éclaircir
pour tout le monde , parce qu'ayant la
verité , & même la démonftration réelle
de la chofe pour moi , j'ai voulu auffi en
avoir l'apparence , & rendre tout le mon
de
JANVIER . 1727 .
•
de témoin , & furtout participant d'une
nouveauté affez curieuſe .
Or pour mettre cet éclairciffement à
la portée de tout le monde , il m'a fallu
entreprendre de leur donner quelque intelligence
de la theorie des lignes courbes
. Je conviens que dans ma Géometrie
où je traite la choſe plus à fond , & où il
m'a été permis de l'affortir de tous les
préliminaires & de tout fon détail , j'ai
eu plus de facilité à la rendre intelligible :
mais, malgré cela, j'ai eu la fatisfaction de
voir faifir la queftion & fa réſolution par
des perfonnes non Géometres , à qui je
l'ai lûe une fois.
Comme je n'aime pas à promettre fans
sien donner , & que ma Géometrie n'eft
ni fecrette ni myfterieuſe , je veux bien
yous rendre dès maintenant juge de ma
maniere d'éclaircir de pareilles queftions.
Celle - ci n'eft pas des plus faciles , car
elle eft de celles qu'on appelle Phyfico-
Géometriques , & qui par confequent
font doublement difficiles par l'alliage
qu'il faut y faire de la Méchanique la
plus fubtile , & de la Géometrie la plus
profonde.
Le nom de Paraboles & de Chutes paraboliques
n'eft pàs inconnu dans le monde.
Il n'y a pas de Phyficien , de Machinifte
, d'Officier d'Artillerie , d'Inge-
C ij
nieur
52 MERCURE DE FRANCE .
nieur qui ne croye fçavoir qu'une Bombe
, ou une Pierre en tombant d'un lieu
en un autre , décrit une Parabole. Si j'avois
donc ce point là à démontrer , il
m'en couteroit affez peu pour me rendre
intelligible , mais je fuis condamné à me
paffer de cet avantage , & il me faut non
feulement faire entendre ce que c'eft que
chute parabolique ; mais ce qui eft bien
pis , ce que c'est que chute non- parabolique.
Pour y réüffir , je fais d'abord remarquer
que la Parabole eft une ligne courbe
d'une certaine efpece : mais voilà ce qui
demande un bon éclairciffement ; car tout
le monde n'a pas une notion fort claire
de la ligne courbe , & furtout on n'a pas
trop d'idée qu'il y ait diverfes efpeces de
lignes courbes. Le croirez - vous ? J'ai
trouvé il n'y a pas long - temps un homne
qui fe vantoit d'avoir découvert la
quadrature du Cercle , & qui fçait même
affez bien fes Elemens d'Euclide , qui
ignoroit cependant qu'il y eut diverfes
fortes de lignes courbes dans le monde.
La plupart ne connoiflent d'autre
courbe que le cercle ; car ce qui eft
ourbe eft rond , & ce qui'eft rond eſt un
cercle , me difoit ce prétendu Inventeur
de la Quadrature , qui étoit d'ailleurs
homme de beaucoup d'efprit. Je lui fis
reJANVIER
1727. 53
remarquer que l'Ellipfe , c'est- à- dire ,
l'ovale eft courbe fans être circulaire &
il en convint ; que les fpires contournées
d'un limaçon , les inflexions d'une Cloche
, les entrelacemens d'un buit de chif
fre font des courbes non circulaires , il
en convint auffi .
De ces figures je paffai à celles d'un
Goeur , d'une Pomme , d'une Orange,
un
Citron
,
d'un
grain
de
Blé
,
d'une
feuille
d'arbre
,
en
un
mot
,
de
tout
ce
qui
fe
préfentoit
alors
à
nos
yeux
;
car
fi
la
Geometrie
fait
un
myftere
de
fes
courbes
,
la
Nature
,
au
moins
, prodigue
partout
les
fiennes
,
qui
n'ont
befoin
ni
d'algebre
,
ni
de
calcul
,
ni
de
termes
fort
fçavans
pour
être
affez
diftinctement
reconnues
.
Enfin
je
fis
remarquer
à
notre
Archimede
que
tout
étoit
Courbe
dans
ce
monde
,
fans
que
la
Nature
eût
befoin
pour
cela
de
faire
tous
les
corps
ronds
comme
le
Soleil
ou
la
Lune
;
&
que
la
varieté
des
courbes
égaloit
prefque
celle
des
corps
&
des
parties
des
corps
:
car
chaque
partie
de
nos
corps
,
les
yeux
,
le
nez
,
le
front
,
les
joües
,
les
oreilles
,
le
menton
,
le
coeur
,
&
c
.
ont
leur
ligne
courbe
ſpecifique
,
qui
varie
même
dans
les
divers
animaux
,
&
fouvent
dans
la
même
efpece
.
De cette Géometrie fenfible , j'élevai
C iij peu
$4 MERCURE DE FRANCE.
fa
peu à - peu cet Inventeur de Quadrature
au principe géometrique de la chole . Je
lui rappellai ce qu'Euclide , ce que la
raifon lui apprenoit , qu'un angle peut
être plus ou moins grand , & que tous
les angles ne font pas égaux ; qu'uri angle
n'eft qu'un pli , & qu'une ligne peut
être plus ou moins pliée ; qu'on peut
plier une ligne , un fil , un bâton en
deux , en trois , en dix , en mille endroits
; que chacun de ces plis peut être
affez petit & infenfible , mais qu'il peut
y en avoir tant dans toute la longueur
de la ligne qu'elle en fera fenfiblement
pliée dans fon total .
Or une ligne ainfi pliée dans tous fes
points , mais peu dans chacun , ne forme
point d'angle fenfible , mais une veritable
courbure , comme il arrive effectivement
lorsqu'on tâche à plier un bâton
fouple ou une lame d'épée ; car au lieu
de fe plier en angle au milieu , ces corps
prennent d'abord une courbure dans toute
leur étenduë .
Suivant cette idée qui , toute intelligible
qu'elle eft , ne laiffe pas d'être toute
géometrique , & de la Géometrie de
l'infinie la plus haute & la plus tranfcendante.
Un cercle eft une courbe également
pliée dans tous fes points , c'eftà
- dire , dont les angles où les plis font
tous
JANVIER. 1727. 55
tous égaux , ce qui lui donne un contour,
une tournure fimple & uniforme ; au licu
que l'ovale qui eft fort fenfiblement plié
à fes deux extrémitez , l'eft affez peu &
eft comme efflanqué à fes deux côtez
où elle approche plus de la ligne droite ;
en un mot , fa courbure n'eft pas partout
égale , parce que fes angles , fes plis ne
font pas partout égaux.
La même courbe peut donc être plus
ou moins pliée dans fes divers points ,
& la diverfité peut être dans tous les
points de la même courbe , & par confequent
auffi dans les diverfes courbes ,
dont les unes peuvent avoir des contours
uniformes , les autres des tours & des
retours , celle- ci des plis & des replis ,
celle-là des inflexions, d'autres des noeuds
& des entrelacemens &c. le tout fondé fur
la diverfité infinie qui peut regner dans
les angles & dans les plis .
Maintenant , pour venir à notre Parabole
, concevez une ovale bien faite ,
mais concevez la bien grande , grande
comme la Terre , ce n'eft pas affez :
comme d'ici à la Lune , ce n'eft pas aſſez ;
d'ici au Soleil , ce n'eft pas affez : concevez
une ovale , ou fi vous voulez un
oeufgrand comme le Monde , ce n'eft pas
encore affez en rigueur , mais laiffant
votre imagination fe perdre dans un loin-
Ciiij tain
16 MERCURE DE FRANCE.
tain plus reculé , & fi vous le voulez bien
infiniment reculé , cette ovale infiniment
longue , exceffivement longue , eft précifément
ce qu'on appelle une Parabole.
Oui , c'est là une Parabole , & une Pa
rabole en toute bonne Géometrie , n'eft
que cela ; c'eft encore une fois une.ovale
exceffivement , pour ne pas dire infiniment
longue. Eft- ce bien la peine de ren
dre une parabole myſterieufe & méconnoiffable
? Tout le monde connoît un
oeuf , & la grandeur ne fait rien à l'affaire
; il y a bien eu des Philofophes qui
ont reprefenté le Monde fous la forme
d'un oeuf.
Il faut voir maintenant fi une pierre ,
en tombant , décrit ane ligne paraboli
que , c'eft- à dire une portion d'une gran
de ovale. Les Phyficiens & les Mathématiciens
ont dit jufqu'ici que oui ; mais
ils m'ont auffi permis jufqu'ici de dire
non ; & voici furquoi j'ai pris la liberté
de leur demander cette permiffion ; car
on doit ce reſpect à fes Maîtres , de ne
les pas contredire fans raifon .
Un cercle a un centre ou un point de
milieu. Une ovale a auffi fon centre mitoyen
, & la Parabole , malgré fon exceffive
grandeur , a auffi fon centre mitoyen ,
autour duquel elle roule de loin , fans
jamais y atteindre ; c'eft cet éloignement
conftant:
JANVIER . 57 1727.
conftant où les lignes circulaires , ovale ,
& parabolique font de leur centre qui
fait, ici tout le noeud de la queftion .
C'est pourquoi je dois remarquer que
toutes les lignes courbes ne font pas ainfi
exclues de leur centre , & que les lignes
fpirales , c'eft - à- dire , qui font comme
les Coquilles de Limaçon , plufieurs
tours & retours autour de leur centre ,
ont le privilege fpecial que leur circonference,
en approchant toûjours de ce cen
tre , le ſaiſit enfin , & y aboutit en der
nier reffort.
Cela fuppofé , voilà , fans autre décifion
, notre grande queftion géometriquement
décidée. Car une pierre ou tout
autre corps qu'on jette , tombe fur la
terre , parce qu'il ne peut pas tomber
plus bas ; car s'il pouvoit tomber plus.
bas , s'il pouvoit percer la terre qui l'arrête
, ou fi la terre étoit naturellement
percée jufqu'au centre , c'eft à ce centre
que cette pierre iroit invariablement aboutir
. C'eft donc au centre qu'aboutit ' inconteftablement
la ligne courbe que ce
corps décrit dans fa chute , il décrit donc
une courbe centripete & fpirale , & nullement
une ligne parabolique : ce qu'il
falloit démontrer , & fi je ne me trompe ,
démontrer pour tout le monde.
Jugez , M. par ce petit échantillon ,
jufqu'à
Coy
$8 MERCURE DE FRANCE.
jufqu'à quel point on peut faciliter tourtes
ces théories dans un Ouvrage complet
, tel que l'eft la Géometrie , où de
pareilles difcuffions ne fe prefentent
qu'apres bien des éclairciffemens , des
explications , des principes , des notions
préliminaires & un ample détail de tout
ce que je ne fais ici qu'indiquer. Enfin
je l'ai dit , il ne tiendra pas à moi que
tout le monde ne foit Géometre , & que
la Géometrie ne devienne un ftile de converfation
, comme la morale , la Phyfique
, l'Hiftoire & la Gazette. Je compte
les Géometres m'en fçauront quelque
gré , on fera plus à portée de reconnoître
& d'admirer leur fçavoir ; car
c'eft dommage que leurs belles découvertes
n'ayent pas quelquefois dans tout
un Royaume cent perfonnes qui en puiffent
être les juftes eſtimateurs . Je ſuis ,
& c. C. J.
que
XXXXXX
O D E.
A LA REINE.
Fille d'un Heros magnanime ,
Epoufe du plus grand des Rois ,
Vous que par un choix unanime
Nous
ANVIER. 1727.
59.
Nous voions Reine des François ;
Excufez l'ardeur indifcrete
D'un jeune , mais hardi Poëte ,
Qui s'abandonne à fes tranfports :
Il s'y livre fous vos aufpices ,
Et vous confacre les prémices
Des fons que forment fes accords.
M
Quel concours ? quel vafte affemblage ?
Princes , Sujets , Ambaffadeurs ,
Par un jufte & fincere hommage ,
Courent en foule offrir leurs coeurs :
Flattez d'une heureufe efperance ,
Déja les Peuples de la France
Viennent ſe joindre à vos fouhaits
Toûjours prête à nous fatisfairey £
Nous vous voions chérir en Mere LE
Ceux qui vous aiment en Sujets.
V
Que craignez- vous , Mufe timide #
Tout vous anime dans ce jour ;
Suivez le tranfport qui vous guide ,
Percez une brillante Cour':
Cvj Encore
60 MERCURE DE FRANCE
Encore foible & chancelante ,
Votre audace trop défiante ,
N'ofe vous conduire en ces lieux
Qu'ont - ils pour vous de formidable-
Lorfqu'une REINE favorable ,
Daigne s'y montrer à vos yeux ?
諾
O vous , que même ardeur entraîne ,
Dignes favoris d'Apollon ,
Pour chanter votre augufte REINE ,
Venez , quittez tous l'Helicon.
Dans la gloire qui l'environne
Jufques à fon fuperbe Trône ,
Oſez éléver vos regards :
Venez , fignalez votre zele ,
Mufes , vous trouverez en elle ,
La Protectrice des beaux Arts
Enfin le Pinde voit renaître
Ces fleurs qu'on n'ofoit plus cueillir ,
Que le matin voïoit paroître ,.
Et que le foir voïoit fletrir.
Les Poëtes fans efperance ,
Et
JANVIER 1727.
63
Et les Mufes dans le filence ,
Ne produifoient plus leurs accens ;
Votre prefence les inſpire ,
Votre bonté leur rend la lyre ,
Et leur amour dicte les chants .
་
Partez , rempliffez la carriere ,
Ardens & genereux Rivaux ,
Une bienfaifante : lumiere ,
Doit éclairer tous vos travaux.
Les doctes Filles de Memoire ,
Bientôt d'une éternelle gloire,
Couronneront de tels effais ::
Applaudis même par l'envie ,
Sachez qu'en celebrant SOPHIES
On eft toûjours fûr du fuccès.
Deja mille nouveaux Orphées
Courent en foule fur mes pas , -
Soeurs d'Apollon , illuftres Fées ,
Reprenez vos premiers appas : -
Daignez vous joindre à votre Eleve',
Formez mon efprit qui s'éleve
62 MERCURE DE FRANCE.
A des fons qui charment les fens ,
Prêtez une oreille attentive :
Non , le Méandre fur fa rive ,
N'entend jamais de tels accens.
淡
Mufes , quel mouvement rapide ,
Me porte en de lointains climats ?
Eft- ce un Dieu qui me fert de guide
Je vois enfin fixer mes pas :
Dans ces regions inconnuës ,
Les Bois , les Montagnes , les Nuës ,
Semblent fe mouvoir à nos fons ,
Peu frappez de notre génie
Ils admirent moins l'harmonie ,
Que les Vertus que nous chantons.
ខ
Et- il quelqu'un , grande PRINCESSE,
Que ne charment tous ces talens ,
Dont l'Immortel avec largeffe ,
Vous fit de fi rares preſens ?
Mais arrêtez , Mufe trop vaine ,
L'humble vertu de votre REINE ,
Craint qu'on ne veüille la flatter ,
Et
JANVIER 1727 .
63
Et modefte fous la Couronne ,
Hait les louanges qu'on lui donne ,
Contenté de les mériter. "
Puiffent toûjours les Deftinées ,
Favorables à vos defirs ,
Par un heureux tiffu d'années ,
Combler nos voeux & vos plaifirs !
Les Cieux promettent leurs fuffrages
De fi legitimes hommages
Intereffent les Immortels :
Le puffant Maître du Tonnerre ,
En vous confervant fur la Terre ,
Conferve l'appui des Autels .
Par l'Auteur de l'Epitre addreffée
M.le Comte de la Marche.
LET
44 MERCURÉ DE FRANCE.
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
LETTRE écrite par M.... à M.
contenant une Methode pour conduire
avec fruit la Jeuneffe dans l'étude des
Lettres
T
Out le temps des Claffes , comme
vous le fçavez , Monfieur , n'eft
gueres , malgré l'application des Maitres
, qu'un amufement , & l'efprit n'y
travaille prefque point , il n'en eft pas
de mê ne des études domestiques , l'ef
prit n'y eft ni diverti ni animé , & fou
tenu par l'exemple des autres & par les
exercices publics , il y faut une application
& une contention perpetuelle , &
par confequent , il eft neceffaire d'en
moderer la durée , autrement on ruineroit
, ou la fanté du corps , ou la vivacité
de l'efprit des enfans , & peut - être
l'une & l'autré. C'est donc affez pour
eux de fix heures d'étude au plus par jour,
partagées entre le matin & l'après-dînée,
y compris les lectures de pieté. Il faut les
laiffer jouer & fe divertir le refte du
temps , fans néanmoins ceffer de les obferver.
Il feroit à craindre qu'un plus long
travail n'émouſsât la pointe de leur efprit
( qualité qu'il faut conferver avec foin , &
dont
JANVIER. 1727. 63
dont la perte feroit peut- être irréparable
pour tout le temps de leur vie , j & ne
les rebutât enfin de l'étude dont il faut
tâcher fur toutes chofes d'infpirer le goût
& l'amour aux enfans ; car quand ils ne
retiendroient de tout ce qu'on leur fait
faire que l'inclination pour les Lettres, &
un certain difcernement qui fe forme par
la lecture des bons Auteurs , cela vaudroit
mieux pour eux que tout ce qu'ils
peuvent avoir appris dans leur jeuneſſe ,
s'ils y ont joint le dégoût & l'averfion
qu'on leur aura fait contracter en les fatiguant
& en les forçant.
Mais , Monfieur , pour entrer maintenant
dans le détail des études , on peut
fuivre la divifion que je vais en faire en
trois parties ; fçavoir , la Religion , les
Langues & l'Hiftoire.
La Religion doit tenir le premier rangs
mais quand les enfans ne font pas encore
en un âge où ils puiffent l'étudier à fond,
on doit fe contenter de leur infpirer un
grand refpect pour la Religion , de remplir
leur efprit des principes generaux
qui regardent les Myfteres & la Morale,
& de nourrir leur pieté par la lecture
du Nouveau Teftament , de l'Imitation
de J. C. des Vies des Saints , &c . On y
peut joindre le Catechisme du Concile
de Trente , qui eft un excellent Livre ,
dur
celui66
MERCURE DE FRANCE .
celui de la Recherche de la Verité eft
trop fort , c'est une Métaphyfique qui
fera de faifon après la Philofophie ordinaire.
Il n'eft pas non- plus encore
temps de lire les Effais de Morale qui
demandent un efprit plus avancé & un
jugement formé .
Il faut donner peu de temps aux lectures
de pieté , un petit quart d'heure le
matin & une petite demie heure le foir
fuffifent, à moins que le goût & l'inclination
des enfans ne les portent à quelque
chofe de plus , & même en ce cas il feroit
bon de les retenir , pour ainfi dire ,
fur leur appétit . Il eft encore plus dangereux
de rebuter les enfans dans la pieté
que dans les fciences mais ce qui eft
important eft de profiter des occafions
qui fe prefentent pour mêler dans les
études , dans les converfations , dans les
jeux & les divertiffemens , de petites
reflexions & leur faire faire des obfervations
utiles pour la connoiffance de
leurs devoirs & pour la conduite de
la vie , qui font fouvent plus d'impreffion
& penetrent plus vivement l'efprit
& le coeur que les longues lectures &
les inftructions préparées. Il y faut neanmoins
de la difcretion & de la prudence
pour n'en ufer qu'à propos dans les temps
& les lieux convenables ; enforte qu'il
ne
JANVIER. 1727 67
paroiffe pas qu'on veuille faire une leçon
.
Une chofe très néceffaire à obferver
dans les lectures de pieté , eft de tâcher
d'en exciter les fentimens dans les enfans
. Pour cet effet , après avoir lû quelque
grand principe de Religion ou quelque
grande verité de Morale , il eft bon
de s'arrêter , de les en convaincre , de
les en faire difcourir , tirer les confequences
, s'en faire l'application à euxmêmes
, de feindre des efpeces & des
cas qui y ayent rapport , leur demander
ce qu'ils feroient en telle occafion
& rectifier doucement leurs réponfes ,
elles ne font pas bonnes ; deux ou trois
périodes lûës de cette maniere valent
mieux que plufieurs pages ou chapitres
lûs tout de fuite .
༡
A l'égard des Langues , il n'eft queftion
pour les enfans que de deux , la
Grecque & la Latine . On ne croit pas
qu'il fuffife d'entendre paffablement le
Grec , il faut le bien fçavoir , ou il eft
inutile de l'apprendre. Les plus grands
hommes d'entre les Romains ont regardé
les Grecs comme leurs Maîtres & leurs
modeles , & ont reconnu qu'ils ne pouvoient
atteindre à la perfection où ceux .
cy étoient arrivez pour l'Eloquence
& la politeffe fans lire leurs Ouvrages.
68 MERCURE DE FRANCE.
ges.
C'est donc dans les Auteurs Grecs
qu'il faut chercher l'idée du Grand , &
du Beau en ce gente , tâcher d'y en dẻ-
couvrir les caracteres , former fur eux
fon efprit & fon goût , & fe rendre le
difcernement jufte . Or cela ne fe peut
faire , fi on n'entend parfaitement la Langue
Grecque , & celui qui ne la fçaura
qu'à demi , n'en retirera jamais cette utilité
. C'eft neanmoins la feule raifon qui
doit engager à apprendre le Grec , &
fans laquelle il vaudroit mieux épargner
pour quelqu'autre étude , le temps qu'on
y employe à ne le fçavoir qu'imparfaitement.
Il eft vrai qu'un enfant n'eſt
pas capable d'aller jufqu'à cette perfection
, mais il faut tâcher de le mettre en
état d'entendre par lui- même les Auteurs
faciles , afin que lorsqu'il fera
venu à l'âge de dix fept ou dix-huit ans,
il puiffe lire les autres avec le plus
habile homme qu'on pourra trouver en
cette Langue , qui lui en fera remarquer
& fentir toutes les fineffes & les beautez
; fon jugement commençant alors
d'être formé , il tirera de cette lecture
un profit qu'on ne peut exprimer.
par-
Il n'eft pas neceflaire de compofer en
cette Langue , puifqu'on ne la parle jamais
, il fuffit de l'expliquer , & de traduire
quelques endroits des Auteurs
Grecs
JANVIER. 1727.
Grecs en Latin , ou en François , enforte
qu'on parvienne à bien entendre
les Racines , la force , les compofitions,
& les diverfes fignifications des mots.
Par la Langue Latine , il ne fuffit pas ,
Monfieur , de l'entendre , il faut encore
la fçavoir écrire & parler , & par cette
raiſon elle demande plus d'exercice ; on
e croit pas que c'en foit un fort bon ,
que d'accoutumer les enfans à parler Latin
dans leurs études : car jufqu'à ce que
leur imagination & leur memoire foient
bien remplies par les moyens qu'on va
expliquer , ils ne peuvent parler qu'un
mauvais Latin , dont ils font neanmoins
une habitude ; d'ailleurs , cela ſe reduit
à une certaine quantité de phrafes qui
reviennent toujours , & qui ne les rendent
pas plus fçavans en cette Langue ;
& enfin cette contrainte les gêne , &
les empêche de produire leurs penſées ,
ce qui rend peu -à- peu leur efprit fterile
, au lieu qu'on ne fçauroit trop tra
vailler à lui donner de la fecondité.
La meilleure methode pour apprendre
à bien compofer en Latin , eft de former
fon ftile fur les Auteurs les plus
purs. Il y en a trois de cette qualité , Terence
, Cefar , & Ciceron . On y peut
joindre , fi l'on veut , C. Nepos ; ce font
ceux qu'on doit propoſer pour Modeles.
Ce
70 MERCURE DE FRANCE.
fe
Ce n'eft pas que les autres n'ayent d'excellentes
chofes , & qu'il ne faille les li-.
re , mais l'imitation en feroit dangereupour
des enfans , qui prendroient plutôt
leurs vices que leurs vertus , au lieu
qu'il n'y a rien à hazarder dans les trois
ou quatre qu'on vient de nommer , &
qu'on ne peut acquerir la pureté de langage
qu'en fe les rendant propres , & tâchant
de parler comme eux .
Ce font donc , Monfieur , ces Auteurs.
qu'il faut lire les premiers , & le plus
fouvent , les apprendre par coeur , & les
traduire en François . Enfin , il faut que
par ces trois fortes d'exercices , l'efprit
fe foit rempli de tours , de phrafes , de
mots de ces Auteurs , avant que de commencer
à compofer ; enforte que les enfans
trouvent dans eux , un fond de bon
Latin , & qu'ils puiffent fe paffer de tous
les recueils de phrafes , dont on fe fert
ordinairement , qu'il faut bannir comme
livres pernicieux.
Lorfque les enfans font en état de pou ..
voir compofer , il ne faut pas leur laiffer
perdre de vue ces Originaux , fur lef
quels ils doivent fe former. Le plus feur
moyen pour qu'ils ne s'en écartent pas , eft
de leur donner leurs propres traductions
de ces mêmes Auteurs
en Latin ; il faut pour
pour les remettre
cela que leur traduction
JANVIER. 1727. 71
duction foit écrite au haut d'une page ,
& que le refte de la page foit divité en
deux colonnes , fur l'une defquelles ils
écriront leur Latin , après quoi on leur
rendra l'Auteur , afin qu'ils en copient'
le même endroit fur l'autre colonne . Il
faut enfuite leur faire comparer l'un avec
l'autre , phrafe à phrafe , & leur en faire
remarquer les differences . Dans les
commencemens il eft bon que ces fortes
de compofitions ne foient éloignées des
traductions que de trois ou quatre jours,
afin non feulement de leur rendre ces
> compofitions plus aiſées mais encore
afin qu'ils fe fervent , s'il fe peut , des
mêmes expreffions des Auteurs , parce
que c'est le moyen de les leur rendre familieres
, qui eft le but auquel on doit
tendre dans la fuite , comme il eft bon
que leur memoire ne leur fourniffe pas
tout , & qu'ils trouvent quelque difficulté
, il faut éloigner peu - à- peu ces compofitions
de huit jours , quinze jours , un
mois , fix femaines , deux mois après les
traductions .
Quand ils feront parvenus par cet
exercice à un certain degré de force , qui
les mette en état de faire quelque chofe
de plus , il faut leur donner des traductions
de ces mêmes Auteurs qu'ils n'ayent
point faites , mais de celles qu'on trouve
72 MERCURE DE FRANCE.
ve dans les livres imprimez , ou que leurs
Précepteurs auront faites , & les leur
faire mettre en Latin dans la même forme
, c'est - à- dire , la traduction en haut,
& les deux colonnes de Latin au - def.
fous , & avec la même comparaifon de
l'une avec l'autre.
Ce dernier exercice , lorfqu'on y eſt¨
parvenu , ne doit point faire abandonner
les deux premiers , il eft bon de les conferver
toujours , c'est - à- dire , de conti
Ruer de traduire , & de faire des themes
d'imitation ( c'eſt ainſi qu'on appelle
les traductions que les enfans auront fai
tes , & qu'ils remettront en Latin , &
des themes à choix , qui font ceux qu'ils
compofent fur les traductions qu'ils n'ont
pas faites. Car ces trois exercices fe
foutiennent l'un l'autre , & concourent
à même fin. C'eft pourquoi il eft bon
de les mêler , & de les faire faire alternativement
, jufqu'à ce qu'on voye qu'ils
ayent un ftile formé , & également bon,
& foutenu.
Il y a encore un degré au-delà pour
acquerir la facilité de bien parler . C'eſt
de faire verbalement ce qu'on vient de
dire , qu'il faut faire par écrit . Il faut
pour cela prendre une traduction d'un de
ces Auteurs , en lire une phrafe , ou une
periode , la faire rendre par l'Ecolier fur
le
JANVIER 1727. 73
1
le champ en Latin , & en Latin , & comparer enfuite
fon Latin avec celui de l'Auteur . S'ily '
a des Ouvrages de ces Auteurs qui ne
foient point traduits , ou qui ne le foient
que mal , le Précepteur pourra , après
avoir lû le Latin tout bas , en dire luimême
la traduction, phrafe à phrafe , &
pratiquer la même chofe qui vient d'être
dite . Cet exercice fe peut faire en fe
promenant , parce qu'on n'a point befoin
d'écriture . On le peut encore diverfifier
d'une autre maniere pour les
plus avancez. C'eft de faire lire une pe
tite Hiftoire , du nombre de celles qui
font dans les Livres Philofophiques de
Ciceron ; dans les Verrines , & autres
Oraifons , dans Cefar , & c. & après cela
faire redire aux enfans la même Hiftoire
fur le champ , en approchant le plus
qu'ils pourront du modele qu'ils viendront
de lire. On peut enfin , après leur
avoir fait lire la Traduction Françoiſe
d'une de ces Hiftoires , leur faire raconter
la même Hiftoire en Latin , tenant
toujours l'Original , en leur en faifant
obferver les differences. On pourra en
même temps , lorsqu'ils auront acquis
une grande facilité pour les termes , &
qu'ils fe feront rendus propres ceux de
ces Auteurs , auffi -bien que le tour de
leurs phrafes , qui eft ce qu'il y a de plus
&D effen74
MERCURE DE FRANCE.
effentiel , leur faire remarquer les vertus
& les perfections de ces narrations
hiftoriques. Cet exercice les formera ,
feulement à bien parler , mais encore
à bien narrer , qui eft une chofe
beaucoup plus difficile qu'on ne s'imagine
communément , & les difpofera à
commencer d'étudier la Rhétorique.
non
Ce n'eft pas affez , Monfieur , de ne
faire apprendre par coeur , traduire &
compofer que fur ces trois ou quatre
Auteurs , il faut encore prendre foin de
n'exercer les enfans à toutes ces chofes ,
que fur les plus beaux endroits des mêmes
Auteurs ; il eft bon de les lire en
entier , à la referve de ce qu'il peut y
avoir danserence de dangereux pour
les moeurs , & de plufieurs Ouvrages de
Ciceron , qui doivent être refervez pour
un autre temps ; mais il ne faut travailler
que fur ce qu'il y a de plus excellent
, foit pour le ftile , foit pour les
fentimens , afin que l'efprit n'étant rempli
& nourri que de ce qu'il y a de
meilleur , fe rende capable d'approcher
le plus que fon caractere le permet de la
perfection, 11 eft de la prudence & du
foin des Précepteurs , de choisir ce qu'il
leur paroîtra de plus beau , non feulement
dans les Ouvrages de ces Auteurs
les enfans liront , mais encore dans que
>
ceux
JANVIER . 1727. 75
ceux qu'ils ne liront pas , & qui feront
remis à une autre faifon , où il fe trouvera
des Pieces détachées de la portée
des enfans , & très utiles pour leur fervir
de modeles .
Il y a encore une chofe à ajoûter ,
Monfieur , fur ce fujet , qui eft que pour
tirer tout le fruit neceffaire de la comparaifon
, qu'on a dit qu'il falloit faire
du Latin des enfans avec celui des Auteurs
fur lefquels ils s'exercent , il eft
important d'examiner jufqu'à quel point
ils feront parvenus : car fi toute la compofition
des enfans n'eſt pas bonne , &
qu'elle n'ait rien qui approche de l'original
, il ne fuffit pas en ce cas de leur
en faire remarquer les differences & les
défauts , où ils feront tombez , mais il
fera bon encore de leur donner, quelque
temps après , la même compofition à refaire.
Ils réüffiront apparemment mieux
la feconde fois . C'eft ainfi qu'ils s'accoutumeront
à imiter ces Auteurs. On jugera
encore par là de leurs progrès , ils
en jugeront eux- mêmes , & cela les encouragera
; fi au contraire il n'y a danş
leur compofition que quelques endroits
foibles par comparaifon avec l'Auteur ,
il fuffira de les marquer , & au bout de
quelque temps en ramaffer plufieurs
pour les leurfaire refaire de nouveau .
Dij Aa
76 MERCURE DE FRANCE .
Au furplus, il pourra arriver fou vent,lorf
qu'ils feront un peu plus avancez , qu'ils
ne fe ferviront pas précisément du même
tour ou de la même phrafe, dont l'Auteur
fe fera fervi au même endroit , mais d'une
autre qui ne vaudra pas moins , dont le
même Auteur fe fera fervi en quelque
autre endroit , & dont il auroit peutêtre
auffi ufé en celui - ci , fi elle lui fut
venue dans l'efprit. Or en ce cas , il ne
faut pas leur faire recommencer leur
compofition ; parce que , outre que cela
pourroit les rebuter & leur rendre ce
travail ingrat & odieux , il eft bon de ne
les pas accoutumer à une imitation fervile
; & qu'au contraire , cette liberté
qu'on laiffera à leur efprit , & ce choix
entre plufieurs manieres , également bonnes
, donnera à leur ftile une aifance
une varieté , & une abondance qui në
leur fçauroit être que très- avantageuſe ,
Il n'y a qu'à prendre garde que le tour
ou la phrafe dont ils fe feront fervi , convienne
à l'endroit où ils l'auront mife : car
une phrafe peut être bonne , & tirée du
même Auteur , & neanmoins être mal
appliquée. C'eft au Précepteur à en juger
, & à leur faire voir en ce cas le défaut
de l'application .
Nous donnerons inceffamment la fuite
de cette Lettre.
LET
JANVIER. 1727. 775
ame memcucine ne
EPITRE
A SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE LA MARCHE.
RINCE , un peu tard je vous offre mes
PRIN voeux :
Ai-je fait mal? Peut- être il feroit mieux
Que moi chetif , avec plus de prudence
J'euffe toujours obfervé le filence :
Au lieu d'aller par des Vers d'un vil prix ,
En vous loüant m'attirer des mépris,
Puis je , en effet , efperer vos fuffrages ,
Déja donnez à maints autres Ouvrages ,
Que pour vous plaire épuifant leurs Chanfons
,
Ont de Phebus produit les Nourriffons ?
Car n'attendez d'une Mufe novice
Rime polie avec tant d'artifice ,
Vers élegans , nobles , majestueux ;
Oncques ne fut fi fort préſomptueux :
Très-humblement j'abandonne ce ſtyle ,
Diij
A
78 MERCURE DE FRANCE.
A des Rimeurs au talent plus fertile :
Nefuis d'ailleurs d'affez fublime efprit ,
Pour égaler gens de tel acabit ,
Et des neuf Soeurs craindrois les apoftrophes
,
Si m'en allois dans de pompeufes ftrophes ,
Même en dépit du Dieu de l'Helicon ,
Pour vous loüer monter fur le haut ton .
Je ne veux donc d'une ardeur indiſcrette ,
Avec emphafe emboucher la trompette ;
Car quand j'aurois l'efprit bien plus fubtil ,
Auprès de vous , PRINCE , qu'en feroit- il,
Si fur les pas de l'Auteur des Epodes ,
Je m'avifois de vous faire des Odes ?
Loin de vos yeux l'opufcule banni ,
Dans quelque coin feroit reclus , honni.
Je ne dis pas que ma Mufe hardie ,
Ne puiffe un jour avoir femblable envie ,
Lorfqu'imitant vos auguſtes Ayeux ,
Avec ardeur fur leurs pas glorieux ,
Joindrez vos faits aux Faſtes heroïques ;
Alors ma Mufe en fes accès lyriques ,
Pour vous chanter redoublant fes tranfports ,
Vous fera , PRINCE , accepter fes efforts
Mais
JANVIER . 1727:
Mais jufques- là , dans mes Rimes flatteufes ,
Dois-je loüer des vertus belliqueufes
Qu'aurez un jour , mais qu'encor n'avez pas
Car fi fçavez ce que font les combats ,
Ne l'avez fçû qu'en lifant dans l'Hiftoire ,
De vos Ayeux le Triomphe & la Gloire ;
Trop bien fçavez , fans de fi longs propos,
Quetout CONTI fut toujours un Heros :
Affez fouvent on remplit vos oreilles
De leurs beaux faits , de leurs hautes mer
veilles ;
Qu'ainfi ne foit : ferois mal avifé
Si j'employois un tour fi fort ufé.
Mais me direz , tout beau , Meffer Poëte ,
Ceci bien- tôt degenere en fornette ,
Et pour n'avoir le ſtyle trop enflé ,
Votre Apollon au caquet affilé ,
Me femble ici de façon familiere ,
Me debiter fa Rime cavaliere.
PRÍNCE , il eſt vrai : mais chacun après
tout ,
Pour vous loüer ofe fuivre fon goût :
D
iiij Je
30 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis fincere, & crois que l'on déroge ,
Lorfqu'avec art quelqu'un farde un Eloge.
Et le moyen à votre occafion ,
De faire entrer aucune fiction ?
Dans pareil cas la Muſe en vain revêche ,
Doit s'en tenir à la verité feche ;
C'eft en ufant de cette verité ,
Qu'on peut loüer cette noble bonté,
Cette douceur qui dans vos yeux éclatte ;
N'oferez dire au moins que je vous flatte ,
Si je flattois , certes , j'aurois bien peur ,
Que tout le monde avec moi fût flatteur :
Puifqu'en effet , & j'en rends témoignage ,
Sur vos vertus , PRINCE , il n'eft qu'ua
langage. I 3
0
་ ། །
que bien-tôt aux enfans d'Apollon,
Vous donnerez beaux fujets de Chanfon ,
Lorfqu'à nos yeux franchiffant la barriere .
Vous fournirez une illuftre carriere ,
Et par hauts faits & ftudieux travaux ,
Sçaurez toujours furpaffer vos Rivaux !
Quoi des Rivaux ? alte- là , Camarade ,
Me dit déja quelque Courtiſan fade ,
A qui ce mot a choqué le tympan :
Qui
JANVIER. 1727 .
819
Qüi, des Rivaux, mais Rivaux à leur dam ,
Si c'eſt un dam que d'avoir cette gloire ,
De difputer à CONTI la victoire ;
Car dans ce cas c'eft toujours un honneur
Pour le vaincu , d'avoir un tel vainqueur.
Tout vous fourit , & les neuf doctes Fées
Vont bien- tôt , PRINCE , étaler vos tro
phées ,
Et les joindront à ceux que vos Ayeux ,
Ont autrefois remportez dans ces lieux :
Car aux lauriers du fier Dieu de la Thrace ,
Ils ont fçû joindre auffi ceux du Parnaffe ;
Combat d'efprit , & combat de Guerriers ,
Tout aux CONTIS n'offre que
des lauriers
Vous fuivrez, PRINCE, une fi belle route
-
Oui , j'en réponds : eh , qu'eſt ce qu'il en
coûte ,
Lorſqu'au fommet du celefte Helicon ,
On eft guidé par les foins d'Apollon ?
Si ce n'eſt lui , c'eft du moins un genie
Vrai fucceffeur du Dieu de l'Harmonie ,
Qui ſur Parnaſſe a toujours eu le pas ,
Après l'ami du docte Mecenas :
A ce portrait peut- on le méconnoître ?
D Y Mais
82 MERCURE DE FRANCE..
Mais je finis ; car ma Muſe , peut- être ,
Par trop fuivant un aveugle defir ,
Abuferoit d'un précieux loiſir :
Ores , c'est vous , PRINCE , dont le fuffrage
Mettra le prix à ce petit Ouvrage ,
Il peut lui feul m'affurer du fuccès :
PRINCE , daignez approuver mes effais
Oui , votre eftime en fera le falaire' ,
Si je vous plais , à qui puis- je déplaire ?
Parfon très - humble , très - obéiffant &³·
-très - dévoué Serviteur , J.B LEFRANC.
Ce 1. Janvier 1727.
L'Auteur , après avoir préſenté cette
Epître à Monfeigneur le Comte de la
Marche , eut l'honneur d'en aller offrir
à leurs Alteffes Sereniffimes Monfeigneur
le Prince de Conti , & Madame la
Princeffe de Conti , qui le reçurent avec
cet accueil affable & obligeant qui leus
eft ordinaire.
LETTRE
JANVIER 1727. 83
*************
****
LETTRE du R. P. Jofeph de Reuilly,
écrite an R. P. Eufebe , Superieur des
Capucins a Tripoly , dattée d'Alep le
11.Juin 1726. contenant quelques particularitez
fur les affaires de Perfe
& c .
E vous dirai pour nouvelle , mon Re
Jverend Pere ,que nos Miffions le delabrent
terriblement tous les jours. On
m'avoit mandé de Tiflis , de Baffora , &
de Tauris , il y a deux ans & plus , la
mort du R. P. Denis de Bourges ; mais
j'apprens depuis par une voye très - afſurée
, que , graces à Dieu , il eft plein
de vie & enbonne fanté à Ifpaham , où il
eft depuis 27. ans qu'on avoit pris feulement
notre maifon , parce qu'elle fe
trouvoit proche de la Fortereffe , & que
ce R. P. s'étoit retiré chez M. de Gar
danne , Conful du Roi à Ifpaham .
Il n'en eft pás de même à Tauris ,
Ofman Pacha avoit fait dire aux Chrétiens
de fe retirer dans les Eglifes avec:
leurs effets , & qu'il ne leur feroit fait
aucun mal , & l'avoit même fait publier
dans tout le Camp de l'Armée , dont il
étoit le General fous peine de mort ..
D vj,
En
84 MERCURE DE FRANCE.
en effet , les Armeniens fe retirerent
dans leurs Eglifes , & environ , cent
Chrétiens Catholiques fe retirerent chez
nous. Le R. P. Bernard de Bourges ,
qui y demeuroit depuis plus de 26. ans,
& qui depuis deux ans ne pouvoit plus
dire la Melle , à caufe de fes infirmitez,
par une espece de miracle , ou plutôt
tranfporté par un zele ardent , fe leva
pendant huit jours de fuite , & leur dit
la Meffe , les affifta , les communia , &
tous les jours leur fit des exhortations
pour bien mourir en cas d'attaque. Le
huitième jour on donna l'affaut , & le
malheur voulut que le premier homme
tué fut Ofman Pacha ; ainfi les ordres
donnez n'eurent plus de lieu . Notre
R. P. Bernard éleva Pavillon François ,
mais on n'y eut point d'égard ; on força
les portes , & on paffa au fil de l'épée
tous les Chrétiens ; on donna un coup
de fabre au R. P. Bernard , qui lui per
ça d'outre en outre les lombes , & un
autre fur le col qui le coupa à moitié ,
dont il mourut deux heures après. La
maifon fut pillée & enfuite démolie. Le
carnage dura cinq jours de fuite ; plus
de deux cent mille Perfans y ont été
tuez , ou faits Eſclaves . Il y a peri , à ce
qu'on croit, plus de foixante mille Turcss
toute
JANVIER . 1727.
toute la Ville a été pillée , & les maifons
pour la plupart renverfées , pour
fouiller jufques dans les fondemens . Les
Turcs y bâtiffent une Fortereffe qui fera
très - belle , à ce qu'on écrit. La Ville
de Tauris étoit très- riche ; nous y avions
une fort jolie maiſon , & une grande
Eglife publique notre maiſon fervoit
d'afile ; enforte que quiconque s'y refugioit
, ne pouvoit en être tiré par force
; l'Eglife étoit Paroiffiale , & nous y
adminiftrions les Sacremens comme Curez.
Cette déplorable Ville avoit été
bouleversée par un grand tremblement
de terre , il y a .ans .
Ce qui s'eft paffé à la prife d'Ifpaham ,
par Mir Mamout eft furprenant. Jamais
il ne s'eft rien vû de femblable.
Mir-Mamouth ne s'eft pas rendu maître
de la Ville à force ouverte , mais par famine.
Le pain y a valu jufques à cent
Thomans la livre , & un Thoman vaut
vingt écus le refte des denrées à
proportion
. Les chiens & les chats étoient
extrêmement recherchez , on les mangeoit
tout crus , preffé par la faim . Le R.
P. Jefuite , qui eft arrivé ici depuis
huit jours , & qui a vu tout cela , nous
2 protefté avoir vû de fes propres yeux ,
une femme qui devoroit un chat tout vivant
qui fe défendoit des griffes , &
qui.
36 MERCURE DE FRANCE.
qui lui avoit perdu les mains & le vifa
ge , ce qui ne l'empêcha point d'achever
de manger cet animal jufques aux os .
On coupoit dans les rues les cuiffes & les
autres parties charnues des cadavres , &
on les mangeoit fans autre apprêt . Lés
femmes mangeoient leurs enfans & les
enfans leurs peres. Les Hollandois ont
donné par force huit cent mille ' Tho
mans , & les Anglois deux cent mille.
Il eft paffé depuis quinze jours à Diarbekir
, un Ambaffadeur de Perfe , envoyé
du coufin de Miriweits , car celuici
a été empoisonné & étranglé par fon
propre coufin. Cet Ambaffadeur porte
des prefens confiderables au G. S. entr'autres
un Alcoran & une Maſſuë , cè
qui eft une espece de Symbole , pour
fignifier que s'il ne veut point avoir la
paix avec eux , felon leur Loi , il lui dé
clare la guerre. Il eft à prefent bien proche
de Conftantinople . Nous fçaurons la
réponſe du G. S.
Bagdad eft bloqué depuis plus de fix
mois par plus de 40. mille Arabes . Le
pain y vaut un écu la livre , & le refte
à proportion. Un oifeau , pour ainfi dire,
ne pourroit pas en fortir . On dit que
Hamet Pacha , fils d'Ofman Pacha , y
eft venu en pofte d'Hamadan où il étoit.
Plus de vingt cinq Compagnies de Soldats
JANVIER 1727.
87
dats de Mardin & 40.Dorfa,étoient partis
pour l'aller joindre à Bagdad. Nous fçau
rons dans peu de jours ce qu'ils auront
fait.
Le Patriarche Sylveftros fait ici des
fiennes : les chaînes , les prifons , les excommunications
font frequentes depuis
trois jours. Il a fait lire cinq Commandemens
de la Porte , & les a fait fceller
au Makiamé. Il y en a un qui porte deffenfe
à qui que ce foit de fa Nation
d'aller chez les Francs , ni de les recevoir
dans leur maiſon , & quiconque y contreviendra
, fon bien fera adjugé au G. S..
& lui & fa famille exilé d'Alep . Un
autre porte qu'il ne pourra être appellé
en Juftice pardevant les luiffances d'Alep,
mais feulement à Conftantinople ;
un autre , qu'il fera crû en Juftice fur
fa feule dépofition & témoignage contre
fa Nation , & un autre en blanc feing.
来
Il a toûjours chez lui fix Janniffaires
& un Chaoux de Conftantinople qui
loge chez lui. Il a fait un formulaire
de foi execrable , & le fait lire à tout
- le monde par force , foit Prêtres , foit.
Laïques ; il eft foutenu par un plus
méchant homme que lui , qui eft le fieur
Charmen , Marchand , Anglois de Nation
; les pauvres Grecs , & même les
riches , font au defefpoir ; mais ils n'ofent
88 MERCURE DE FRANCE
fent rien dire . Nous nous voyons à la
veille de voir quelque chofe d'épou ventable
. Il traite les plus Grands de fa Nation
avec le dernier mépris , & perfonne
ne peut lui rien dire. Il ne menace
que d'éxil & de faire confifquer les biens
au G. S. Il eft d'un orgueil infupportable
. Il fait tous les jours de nouveaux
Prêtres & de nouveaux Diacres , & it
choifit entr'autres les plus mauvais fujets
de fa Nation . Il me fit dire il y a
peu de jours de l'aller voir , mais à condition
que je ne lui parlerois point de la
Foy & de la Religion , je n'ai pas daigné
lui faire d'autre réponſe , finon qu'il fe
tint chez lui & moi chez nous .
Il y a plufieurs perfonnes qui ont lû
le Formulaire qu'il a fait ; il y en a qui
ont pris la fuite , mais à la fin il en a
fallu venir là. Entr'autres le Curé Joachim
& un certain Prêtre appellé Anná
Ebeh Conftantin , qui a demeuré onze
ans à Rome , & qui en eft revenu depuis
un an. Hier les Grecs firent une espece
d'accommodement avec lui , en lui donnant
onze Bourſes , pour ne point obliger
les feculiers à lire le Formulaire . If
a pris leur argent , mais je ne crois point
qu'il leur tienne parole , car il change à
tout bout de champ ; & quand il ne le
voudroit pas faire les mal intentionnez le
portent à cela. CAJANVIER
17276
89
CAPRICE SUR LA BEAUTE .
U'eft- ce que la Beauté ? c'eft une tendre
fleur ,
Q°
Que la Nature au Printemps fait éclore ,
L'Amour s'y cache exprès , quand il veus
prendre un coeur ;
Elle ne voit bien ſouvent qu'une Aurores
De mille coeurs aîlez les volages effains ,
S'empreffent à l'envi , folâtrent autour d'elle
Un Amour Oyfeleur , à fon lever appelle ,
Nombre d'Amans auffi legers que vous
La Cour finit avec la matinée ,
La fleur feche & bien-tôt fe trouve abandonnée
;
Mais lorfque par l'arrêt du fort ,
Elle est prête à tomber fanée ,
Sous la faulx de la Mort ,
Voit-on que ces Amans prennent entre eux
querelle ,
Sur l'honneur de répondre & de mourir pour
elle ,
Et ne les voit- on pas ailleurs le même jour ,
Avec pompe étaller leur faftueux plumage .
Et
90 MERCURE DE FRANCE.
Et fifflez par un autre Amour,
Repeter mille fois un importun ramage ,
Tandis que cette fleur qu'ils adoroient jadis
Ét pour qui leur amour devoit être éternelle
N'eft plus pour eux qu'un objet de mépris ,
Inconftant Papillon vous oubliez les Lys
Dès qu'il paroît une Rofe nouvelle.
***洗***** Vaat
LE BARBET D'ESTAMPES ,
PESCHEUR D'ECREVISSES.
Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans
le 26. Decembre 1726.
N debite , Monfieur , avec tant
d'affurance à Eftampes l'hiftoire du
Barbet des Cordeliers , Pêcheur d'Ecreviffes
, qu'il n'y a prefque perfonne
qui ne croye la chofe veritable . Etant
fur le point de la croire comme les autres
, j'en ai écrit à un de mes amis de
cette Ville , homme d'efprit & des plus
finceres , lequel m'a fait la réponse qui
fuit.
Pour réponſe , Monfieur , à ce que vous
me demandez fur la petite hiftoire du
Barbet de nos Cordeliers d'Eftampes, j'aurai
JANVIER. 1717.
Fai l'honneur de vous dire , que quoique
dans le fond , je crois que c'eft un
conte fait à plaifir , une infinité de gens
eftiment la chofe très- veritable , entretenus
dans cette idée , tant par la peinture
d'un Barbet qui fe voit au fond du
Jardin des Cordeliers , que par les difcours
de ces Peres mêmes, lefquels difent
d'un air férieux à ceux qui demandent
à voir ce prétendu Barbet , qu'on
vient de l'envoyer à une perfonne de
diftinction pour lui pêcher des Ecreviffes
Ce font les Cordeliers mêmes qui m'ont
rapporté ce que je viens de vous dire.
Au refte , Monfieur, ce Barbet celebre
a déja exercé plufieurs de nos Poëtes.
M. P. Syndic de l'Univerfité de Paris a
fait les fix Vers fuivans fur fon fujet.
Moloffus Francifcanorum Stampis.
Quem Franciftani collecto pane faginant
Gratus heris geftit dona referre Canis .
Namque imum docilis medicatâ pelle fub
amnem ,
Mergere fe , cancris horrida terga refert.
Lauta hinc Seraphica veniunt obfonia genti ;
Urbs utinam modicum ſuppleat alma merum!
Un
92 MERCURE DE FRANCE,
Un autre Poëte a dit :
Pifcatur Canis , & dapes miniſtrati
Prong flumine Lympha dat liquorem.
Cana nefcio quid tamen beate ,
Deeft ; tu fi fapies , viator , adde.
Autre .
Unda cibos mittit , coctor quos purpurat ignis ;
O ! utinam noftras purpuret hofpes aquas.
Enfin un Poëte François s'en eft auffi
mêlé.
Admirez dans cette Peinture ,
Le modele parfait de notre pauvreté ,
Ce Chien reconnoiffant , plein de fobrieté,
Apporte fa grife capture ,
Nous avons l'eau de la nature ,
Pain & vin nous viendront de votre charité.
Après tout cela , Monfieur , qui pour,
roit croire qu'un Barbet tant celebré , ne
foit qu'une chimere ?
POR .
JANVIER. 4 73 1727 .
Jkakakakakakakakakakakakak
PORTRAIT
DE MADEMOISELLE B. ***
E devoir point à l'art un teint frais où
Nela Rofe
Sur la blancheur du Lys fe joue & fe répofe ,
La voix belle , l'air gracieux ,
Le fouris fin , l'abord affable ,
Un feu petillant dans les yeux ,
Dont on voit la douceur aimable ,
Temperer la vivacité ,
Iris , c'eft le Portrait d'une Divinité.
C'eft cependant le vôtre,& nulle autre Mortelle
Ne fçauroit le prendre pour elle.
Le Chevalier de Belleville.
DISCOURS prononcé par notre S. Pere
Le Pape Benoît XIII. dans le Confiftoire
fecret, tenu le Lundi 9. Decembre 1726.
VE
ENERABLES FRERES ,
>> Nous approchons de ces jours heu-
» reux qui doivent répandre une joye
» unie
94 MERCURE DE FRANCE .
હૈ
univerfelle chez tous les Fideles ,
» cauſe de la réfolution que nous avons
>> prife , par le mouvement du S. Efprit,
» de mettre les noms de huit Bienheu-
» reux dans le Catalogue des Saints . C'eft
» la gloire de Dieu tout- puiffant qui nous
»y engage & l'Exaltation de l'Eglife Catholique
, & c'eft auffi pour les mêmes
>> raiſons & pour augmenter cette joye
que nous avons jugé à propos de remplir
le nombre de ceux qui manquent
» dans votre venerable College.
>>
» Il faut pourtant que nous vous
avouïons qu'étant chargez comme nous
>> le fommes du poids de l'autorité Apof-
>> tolique, nous ne fommes pas peu embat-
>> raffez de quelle maniere nous pourrons
>> executer dans toute fon étendue , la
» celebre Conftitution que le, Pape Sixte
» V. d'heureufe memoire , l'un de nos
>> Predeceffeurs a faite touchant l'élection
» des Cardinaux de la fainte Eglife Ro
>> inaine .
>> En voici les paroles , dont nous avons
» crû devoir vous faire fouvenir .
Outre les plus habiles Docteurs en l'un
& l'autre Droit qui doivent avoir place
entre ces foixante & dix Cardinaux , qu'il
n'y manque jamais d'y avoir quelques ce-
Lebres Docteurs en Theologie , choifis dans
le Corps des Reguliers & des Mandians ,
AW
JANVIER 1727. 95
au moins au nombre de quatre & jam ais
en plus petit nombre.
Ce fut fans doute l'éxemple de ceux
» qui l'avoient précedé & particulierement
de Benoît XI . & de Paul IV . qui
» porterent ce très - fage Pontife à faire
» cette Conftitution .
Car Paul IV . avoit choifi deux ce-
» lebres Docteurs en Théologie de l'OI
dre des Mineurs , appellez de l'Obfervance,
qu'il avoit mis dans le Sacré Col-
» lege ; mais depuis ceux - là on n'y en a
» point vû d'autres , quoique cet Ordre
» foit très grand & le plus étendu de
tous ceux qui compofent celui de faint
» François .
» Et Benoît XI. ne laiffa dans le court
» efpace de huit mois que dura fon
» Pontificat , de mettre dans votre Col-
» lege trois fçavans Docteurs en Théolo-
» gie de notre Ordre des Prédicateurs .
On a yû fouvent , & même dans ces
>> derniers temps de ſemblables exemples ,
puifque quand nous fumes élevez à
» l'honneur du Cardinalat , quoique lans
l'avoir merité , il y avoit trois autres
» Cardinaux de notre Ordre qui bril-
» loient dans le Sacré College , & un
d'entre eux étant venu à mourir , on
» lui en fubftitua auffi - tôt un autre ,
que fon merite extraordinaire pouvoit
>faire
96 MERCURE DE FRANCE:
faire regarder , pour ainfi dire , comme
un homme d'or. De forte que pendant
>> que nous avons été revêtus de cette
» dignité , on a toûjours vû quatre Cardi-
>>naux de notre Ordre des Prédicateurs ,
» qui a toûjours été auffi utile à l'Egliſe
» que nous l'y avons été peu .
» C'eft donc pour la plus grande gloire
» de Dieu, l'utilité de la fainte Eglife Ro-
» maine & l'ornement de votre College,
>> que nous avons réfolu de créer les 9.
" Cardinaux qui manquent , afin que vo-
>>tre nombre de 70. foit complet . Nous
» n'en déclarerons pourtant à prefent que
>> deux qui font .
» Nicolas- Marie Lercari , Archevêque
»de Nazianze , notre Premier Miniftre
& Secretaire d'Etat.
» Et le Pere Laurent Cozza , de l'Or-
» dre des Mineurs de S. François , ap-
» pellez de l'Obfervance , Profeffeur en
Théologie , cy - devant Gardien de la
» Terre- Sainte & à prefent Miniftre Ge-
» neral de fon Ordre , dont les rares ver-
» tus , les qualitez excellentes & le zele
»pour la Religion vous font connus .
>> Outre qu'il eft encore extrémement recommandable
par les neuf Volumes
» qu'il a mis au jour , remplis d'une Doctrine
& d'une érudition confommée en
tout genre. Il femble d'ailleurs que le
» BienJANVIER
*
97
:
*39
44
1727.
Bienheureux Jacques & le Bienheu
reux Solani , Religieux de la même Ob-
» fervance , que nous devons mettre au
rang des Saints dans la prochaine Ca-
» nonifation , demandent cela de nous .
>> Quant aux fept autres , il ne faut pas
s'imaginer que la Bulle que nous venons
de rapporter , nous ait empêché
» de penfer à d'autres qu'à des Reguliers.
»Nous avons auffi jetté les yeux fur des
Prélats recommandables par leur Doc-
» trine & par les fervices qu'ils ont rendu
à l'Eglife & à la Cour Romaine.
" Dans le choix que nous avons fait,
» nous n'avons point eu égard à la chair
ni au fang , nous les avons oubliez par
la mifericorde de Dieu , dès que nous
» fommes entrez dans l'Ordre de S. Do-
>> minique, fuivant en cela l'avertiffement
>> que nous donne David dans le Pfeau.44 .
" où il nous exhorte d'oublier * la mai-
» fon de notre pere , que le celebre Hu-
» gues de S. Cher , le premier des 55 .
>> Cardinaux , tirez de l'Ordre des Pré-
» dicateurs , appelle l'abomination des
»> parens.
>> C'eft malgré nous que nous ne pu-
>> blions pas les noms de ces fept Elus, &
que nous fommes obligez de les réferver
in petto , pour les annoncer quand nous
oblivifcere Domum Patris tui.
E le
9 $ MERCURE DE . FRANCE.
le jugerons à propos , & dès que nous
>> nous trouverons en état de les pourvoir
felon l'état auquel nous les élevons.
>> Car il nous feroit fâcheux de ne
» pouvoir remedier aux plaintes legiti-.
» mes que feroient ceux que nous aurions
»> élévez à cette éminente Dignité, fi nous
>>ne leur donnions pas les moyens de la
foutenir d'une maniere religieufe &
»convenable . C'est ce que nous fouhai-
» tons , que ceux qui font déja revêtus de
la même Dignité , confiderent avec at
>> tention , & qu'ils nous aident à affiſter
» les autres.
»
» C'étoit une coûtume ancienne, mais qui
» avoit déja ceffé d'être en ufage quand
»> nous fumes revêtus de la Pourpre , &
» qui nous mit dans de grands embarras
» les trois premieres années , & avant que
nous fuflions pourvûs d'un revenu con-
» venable . C'étoit , dis - je, une coûtume
» ancienne , dont le reglement avoit été
>> fait à l'élection de Pie II . & qui avoit
»› été renouvellé à celle d'Innocent VIII ,
» de fournir aux Cardinaux qui n'avoient
» pas de revenu , une fomme de quatre
mille florins tous les ans. Nous nous
fentons fort portez à remettre ce Re-
»> glement en vigueur , & même avec
quelque forte d'ufure ; car ces 4con .
forins , felon leur valeur intrinfeque
» de
JANVIER
. 1727. 99
de ce temps - là, pouvoient être regardez
» comme 4000. écus ; mais cette Mon-
»noye n'ayant plus de cours, & n'étant
" plus qu'une Monnoye ideale , nous
» trouvons qu'en la comparant à celle qui
» eft à prefent en ufage , elle doit faire
» la fomme de * 53.00 . écus.
»Voilà , VENERABLES FRERES .
» ce que nous avons jugé à propos de
vous faire fçavoir touchant la création .
» la publication & la réſervation in pette
des nouveaux Cardinaux , vous affurant
qu'en cela nous n'avons eû en
» vûëque la gloire de Dieu & l'honneur
» de l'Eglife & de votre Sacré College .
" Qu'en pensez- vous ?coma on
Après quoi le Pape ajoûta :
» De l'autorité de Dieu Tout - puiffant,
» des Apôtres S. Pierre & S. Paul, & de
» la nôtre , nous créons Cardinaux Prêtres
de la fainte Eglife Romaine , Ni-
» colas- Marie Lercari , Archevêque de
Nazianze.
» Et le P. Laurent Cozza , General de
» l'Ordre de S. François de l'Obfervance,
à qui nous recommandons de fe bien
fouvenir de la Conftitution que nous
avons faite récemment , touchant l'Ha
Les 5300. écus Romains valent , felon le
Change d'aujourd'hui , à 5. liv. to. fols l'écu
Romain , 29150. liv. Monnoye de France.
E ij » bit
100 MERCURE DE FRANCE.
>>-bit & la Tonfure des Prélats Réguliers ,
>> dont nous lui enjoignons très expreffé-
» ment la pratique .
» Avec les difpenfes , dérogations &
les autres claufes necellaires & convenables.
>> Nous nous réservons les 7. autres in
petto , pour les déclarer quand nous le
» jugerons à propos . Au Nom du Pere † ;
>>du Filst , & du S. Efprit † . Amen.
******** *******
PREMIERE ENIGME.
N me fait moins fentir à parler qu'à
fe raire ,
Je fuis en mille endroits , & ne fuis en aucun.
Je déplais à Nature , & déplais à chacun.
L'objet le plus petit m'eft tout- à fait contraire.
Si j'entre en un cerveau , j'en chaffe la raifon ;
Avec même frayeur , je defole une bourſe.
Je fuis au corps humain un fi cruel poifon ,
Qu'il eft enfin forcé de terminer fa courſe.
Lecteur , pour me trouver , obferve bien ce
point ,
Tu ne me trouveras , qu'en ne me trouvan
point.
DEUX
JANVIER. 1727. 101
DEUXIE ME ENIGM E.
E fuis , je ne fuis plus , j'étois , & je vais
être JE! .
Veut- on me retenir ? je fuis mort pour jamais
;
Mais pour jamais auffi , je fuis prêt à renaitre
;
Je meurs toujours : toujours je nais.
On a dû expliquer les 4. Enigmes
qui font dans les deux Volumes du mois
de Decembre dernier , par les ..
le Marbre , le Foffoyeur , & le Son-
Tier.
Explication de la 1. Enigme du 1. Vol.
du Mercure de Decembre.
Sans
Par M. l'Affichard.
Ans être penetrant comme l'étoit Oedipe',
L'obfcur de ton Enigme à mes yeux fe
diffipe :
Oui , Mercure, fon mot vient de frapper mes
fens ,
Et je ferai trompé fi je n'en ai les gants, I
E iij NOU
101 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMMK
NOUVELLES LITTERAIRES
TH
DES BEAUX ARTS , & c.
RAITE' de la Jauge univerfelle de
Blainville , contenant la maniere de
jauger toutes fortes de vaifleaux , foit
fpheriques , foit cilindriques , par differentes
methodes courtes & faciles . Un Tarif
general pour la jauge des Futailles.JUne
Regle pour trouverle contenu cubique de
toutes fortes de Mefures à bled & autres
grains.Les mefurés des corps liquides des
Pays étrangers. La continence du Pot &
du Boifleau d'Arques . La Methode de
toifer les Ouvrages de Maçonnerie, les
pierres , vuidanges des foffez , les bois
équarris qui entrent dans la compofition
de la Charpente , à l'ufage de Paris & de
Normandie , avec leurs Tarifs . Le Toifé
des bois ronds pour les mêmes lieux ,
avec des Tarifs & plufieurs queftions
curieufes , Seconde Edition , corrigée &
augmentée par M. Hacquet , Prêtre . A
Rouen , chez J. B. Befongne le pere ,
rue Ecuyere , 1726. in 12. de plus de 5oo .
pages.
DE
JANVIER. 1727. 103
DEMOMSTRATIONS qui confirment la
découverte de la Quadrature . Par M.
Mathulon Docteur en Medecine , Brochure
in 4. de 8. pages. A Paris , chez
Giffey , rue de la Vieille- Bouclerie
>
LE SPECTATEUR , ou le Socrate mo-"
derne , & c. traduit de l'Anglois . A Paris
, ruë de la Harpe , chez Lhermite .
Tome 6. 1726.
APOLOGIE de M. l'Abbé d'Olivet ,
de l'Académie Françoife , feconde Partie.
A Paris , Quay de Conti , chez Pif
fot , 1726. Brochure de 21. pages.
TRAITE DE LA GRAMMAIRE ITALIENNE
, dédié à la Reine. Par M. l'Abbé
Antonini. A Paris , chez Ph . N. Lottin
, rue S. Jacques , 1726. in 12. de
482. pages.
LES APHORISMES D'HIPPOCRATE , `expliquez
conformément au fens de l'Auteur
, & à la Pratique- medicinale , & à
la Mecanique du corps humain . Traduction
Françoife , fur la Verfion Latine
d'un Auteur anonime , imprimée à
Paris en 1723. A Paris , ruë de la
Harpe , chez C. M. d'Houry , 1726.
2. vol. in 12. de plus de 800. pages.
E iiij HIS
104 MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE ETHIOPIQUE D'HELIODORE,
contenant les Amours de Theagenes &
de Cariclée , traduite du Grec . A Paris
, chez Briaffon , rue S, Jacques. 2..
vol . in 12. qui ne paroîtront qu'au commencement
du mois prochain .
ALMANACHS.
Jamais Année n'a été fi fertile en Almanachs.
On en a vû paroître une quantité
prodigieufe au commencement de ce
mois , de toute efpece , de toute taille ,
& prefque dans tous les goûts , parmi leſquels
il y en a qui font d'une très -grande
utilité. Nous en avons fait faire une
recherche exacte , pour en donner le
plaifir à nos Lecteurs . En fuppofant
qu'on peut en avoir oublié quelques - uns ,
on fera encore furpris du nombre. En
voici le Catalogue , commençant par le
plus gros Volume qui eft in 8. jufqu'au
plus petit in 32. fans y comprendre les
Almanachs de Cabinet en feuilles vo
lantes .
,
I. ALMANACH ROYAL , & c . chez
d'Houry , &c. 1726 .
2. ALMANACH DE PARIS , ou Calendrier
hiftorique , contenant ce qui fe
paffe
JANVIER. 1727 . 109
1
paffe de curieux à Paris à certains jours
de l'année , l'origine & l'époque de divers
établiffemens , les dattes des éve
nemens les plus intereffans , les Seances
des Tribunaux , Académies , Bibliothe
ques , &c..
3: ALMANACH SPIRITUEL, où font marquez
les Solemnitez , Prédications , Indulgences
, & Expofitions dans les Egli
fes , & c.
4. LA CONNOISSANCE DES TEMPS
au Meridien de Paris , publiée par l'ordre
de l'Académie Royale des Sciences,
5. COUP D'OEIL fur tout l'Univers
& le Calendrier des plus curieux , &
raifonné , enrichi de l'Abrégé de l'Hif
toire du Monde entier , où fe verra tout
ce qu'il y a de plus rare , de plus fingulier
, & de plus merveilleux dans le
Ciel & fur la Terre , & generalement
tout ce qui s'eft pallé & fe paffera de
plus remarquable depuis le commencement
jufqu'à la fin des temps .
6. ALMANACH FIDELE , enrichi de
plufieurs Difcours curieux pour réjouir
les efprits melancoliques. Par Corneille
de Bieffe-Bois , à Troye .
7. ALMANACH NOUVEAU , & c .· part
E. v. Cl..
106 MERCURE DE FRANCE.
Cl. Ternet , Champenois.
8. ALM. HISTORIAL , & c. par Fr. de
la Pierre de Rochetaille,
9. ALMANACH tiré des écrits de Noftradamus
, & c.
10. ALM . NOUVEAU , de l'Hermite Solitaire
, &c.
11. ALM. DU BON, LABOUREUR , par
Nic, Leverdé.
12. ALM. CURIEUX , par Me de Beauregard.
13. ALM. JOURNALIER , & c . par Franç.
Commnelet.
14. ALM. CURIEUX , Contenant des
Remarques & Antiquitez de Paris , par
J. D. L. C.
15. ALM . HISTORIAL , ' où l'on voit
lc Dialogue d'Arlequin , Valet à tout
faire , par A. Defmoulins.
16. ALM. HISTORIAL DU PALAIS
& c . à Troyes.
17. ALM. UNIVERSEL DE MILAN ,
le Pêcheur Fidele.
par
18. PETIT CALENDRIER chronologique.
& hiftorique, où l'on trouve les principal
les Epoques, tant facrées que prophanes:
le lieu où chaque Saint à vêcu , & l'année
de fa mort ; dans quel fiecle les principales
Fêtes ont commencé d'être fêtées
; le nombre des Saints dont l'Egli
fe honore la memoire ; la fuite chronologique
JANVIER. 1727. 107
logique des Papes ; un état des princicipales
Monarchies , & les noms de leurs
Princes un Abregé hiftorique de nos
Rois , & c.
19. VERITABLE CALENDRIER CHRONOLOGIQUE
, contenant un Traité hiftorique
du Calendrier , un Abregé Geographique
& chronologique des plus intereffans
, & à chaque jour une Conference
de l'ufage Romain de compter
avec le notre enfemble , une Relation
hiftorique de tout ce qu'il y a de plus.
curieux à fçavoir dans la Societé civile
, comme Antiquitez , Etabliffemens ;
Reglemens , Sieges , Batailles , Trai
tez de Paix & d Alliance , Entrées ,
Ambaffades , & autres évenemens memorables
les Naillances des Princes
& Princeffes ; les Sacres Mariages
, Morts , & c. avec un Tarif ve
rifié à la Cour des Monnoyes , du prix
auquel on reçoit prefentement le Marc
de toutes fortes d'efpeces & matières
d'or & d'argent , & une Table alphabe
tique & chronologique des matieres.
, 20. L'ALPHABETOMANCI ou Almanach
des Dames.
21. CALENDRIER CHOISTE , enrichi de
Cartes geographiques , & d'un nouveau
E vj Plan
10S MERCURE DE FRANCE.
Plan de Paris , augmenté de plufieurs
Articles utiles & curieux.
22. ANNE'E HISTORIQUE , ou Faftes
de la Maifon d'Orleans , dédiée au Duc
d'Orleans.
, 23. ALMANACH DU PARNASSE où
l'on trouve le nom & le Catalogue
des Ouvrages de tous les Poëtes Fran
çois.
24. LE CALENDRIER DE LA COURS
tiré des Ephemerides , contenant le lieu ,
le Lever & le Coucher du Soleil & de
la Lune , la durée des jours , & c. avec la.
naiffance des Rois , Reines , Princes &
Princelles de l'Europe.
'25. ALMANACH EXTRAORDINAIRE ,
contenant des Prédictions particulieres &
indubitables. Une Regle pour trouver
toute forte d'intereft. La difference des
poids des principales Villes. Les noms
des anciens Pairs de France , tant Ecclefiaftiques
que Seculiers . Le nombre des
Parlemens , Chambres des Comptes ,
Cours des Aides & Univerfitez . Les
diſtances & routes des principales Villes
du Royaume pour la commodité des
Voyageurs , & les Foires ; avec des préseptes
pour la fanté..
360.
JANVIER
. 1727.
10
= 36. PETIT ALMANACH DE PARIS ,
avec l'explication des 12. Signes du Zodiaque
, deffinez & gravez en bois par
Papillon...
27. NOUVEAU CALENDRIER HISTORIQUE,
contenant les Faits les plus memorables
arrivez dans chaque jour des
mois , augmenté de deux petits Traitez,
fçavoir , de la Sphere & des Climats :
avec un détail précis des Inftitutions des
Ordres de Chevalerie créez dans toute
Europe ; & de quelques autres matie
res , qui ne font pas moins intereffantes
qu'agréables , enrichi d'une Carte des
environs de Paris , & c.
2-8 . LE DOUBLE ALMANACH DE POCHE,
contenant plufieurs chofes curieufes &
remarquables.
29. CALENDRIER dédié à la Reine ,
avec un Abregé de l'Hiftoire de Pologne,
& une Chronologie des Rois.-
,
30. ALMANACH , ou Calendrier de
poche , en Vers François enrichi des
Naiffances des Rois de France , de leurs
Mariages , de leurs Sacres , & de leurs
Regnes . Des Morts & Inhumations de
Rois & de Reines , de Princes & de
Princeffes. Augmenté dés Faits des plus :
me
110 MERCURE DE FRANCE.
memorables , felon l'ordre des jours de
chaque mois.
31. LES MEILLEURES ETRENNES que l'on
puiffe donner & recevoir. Prenez , lifez
& pratiquez , &c.
J
32. LA CHANCE DU SEPT , ou Etrennes
amufantes,
33. ALMANACH , contenant les moeurs
des Peuples de chaque Royaume , des
Remarques chronologiques , la Chro
nologie des Rois & des Reines de France
, les Poids & Mefures , & plufieurs
autres chofes curieufes.
34. ALMANACH , ou nouveau Calendrier
des Bergers , à Colmar,
35. ALMANACH de Liege , par Matthieu
Laenfberg.
36. ALMANACH DE POCHE ET DU PALAIS
, ou Abregé curieux de tout ce qui
concerne le commerce du monde.
37. ALMANAGH CHRONOLOGIQUE ,
contenant les Faits les plus connus de
Hiftoire facrée & profane , depuis la
Naiffance de Jefus - Chrift jufqu'à prefent
, avec la datte des années , des mois
& des jours , & le Sacre des Rois de
France , depuis Clovis jufqu'à Louis
XV.
38. ETRENNES MIGNONNES renouvellées
& augmentées, & c.
39.
JANVIER. 1727. ITI
39. AGENDA du Voyageur , ou Journal
inftructifde tout ce qui fe paffe de curieux
dansParis & à la Cour. Par M. S. de Va
thebert , de l'Académie Royale des Scien
ces. Chez M. des Hayes , Libraire , rue
S. Jacques , près la Fontaine S. Severin
, à l'Efperance. Il eft encore fous
preffe , in 18.
PLAN d'un Ouvrage fur l'Egypte ancienne
& moderne en XIII . Chapitres,
avec des Cartes geographiques , & les
deffeins de plufieurs Monumens antiques
. Par le R. P. Sicart , Jefuite.
Chapitre I. Ce Chapitre contiendra
les anciennes Dynaftics , & les noms
des diverfes Nations qui ont dominé en
Egypte la divifion fous les Pharaons
en 30. Nomes. La divifion fous les Romains
en Provinces. La divifion Ecclefiaftique
en Métropoles & Evêchez qui
reftent aux Coptes. La divifion fous les
Turcs en 39. Cachefliks , ou Gouvernemens
des Bachas. Les 24. Beys ou
Sangiacs : le nombre des Corps de Milice.
La maniere dont les Villes & Vil
lages font achetez & gouvernez ? Comment
les terres font enfemencées , &
´mifes tous les ans à l'èncan . Les moeurs ,
les Sciences , & les Coutumes des anciens
Egyptiens , & ce que les moder
nes
F12 MERCURE DE FRANCE .
nes en ont retenu. La Religion des uns
& des autres . La fertilité & l'étendue de
l'Egypte.
Estampes. Carte generale de l'Egyp
te antique & moderne .
Chap. II. Ce Chapitre comprendra la
Province de Beheiré , Alexandrie , &2
les bords de la mer jufqu'à Roffette ex
clufivement.
Là on verra Alexandrie ancienne avec
fes Faubourgs de Racotis , de Necropo
lis , de Nicopolis , &c . fes Temples ;
fes Colleges , le Serapeum , l'Ifeum ;
&c. fa Bibliotheque , fes Palais , fes
Citernes , fon Phare , fes Ports , & c. ,
la lifte de fes Rois , de fes Patriarches
&c. fes Revolutions , ce qu'elle eft aujourd'hui
, fon commerce , le Tarif de
fes Marchandifes d'entrée & de fortie ,
la Colomne de Pompée , les Aiguilles
de Cleopatre , les Eglifes de Sainte Catherine
, de S. Marc , &c. On parlera
enfuite des bords de la mer , & de fes
les , depuis la Tour des Arabes jufques
vers Roffette ; de la fituation maritime
des anciennes Villes Paroetonium ,
Plinthina , Eleufina , Schedia , Antille ,
Tepofiris , Archandre , Tarichée , Tonis
, Canopus , &c. On traitera de la Beheiré
, de fes deux Gouvernemens , Damanchour
& Terrané ; du Canal à Che--
rafié, -
-
JANVIER . 1727. 113
rafié , ou de Cleopatre , qui porte fes
eaux à Alexandrie , des Lacs de la Mareffe
, de la Madié , de la Beheiré , du
petit Lac de Natron à l'Oueft de Dama-
Achour. On fera mention de l'Ichneumon
, des Autruches , des Oifeaux Ra
kams , des Cameleons , & autres Animaux
rares du Coton , du Lin , du
Tabac , des Cannes de fucre , de l'Indigo,
du Barnouf , des Hermodates & femblables
Plantes .
Estampes. Carte particuliere de la Province
de Beheiré , & des bords de la
mer. Plan d'Alexandrie , de la Colomne
de Pompée , d'une Aiguille de Cleopa
tre : defleins de la Plante de Coton , du
Lin , & c. de l'Autruche , de l'Ichneu
mon , du Rakam , du Cameleon .
Chap. III. Le Delta avec Roffette &
Damiette , les fept embouchures du Nil.
On tâchera de découvrir les veftiges des
7. embouchures du Nil , les ruines de
Tanis , Saïs , Bufé , Mendes , Atarbethis
, Thamais , Heraclée , Peluſe , Xoïs,
Sebennytus , Bufiris , Corcaffore , Momemphis
, Nicii , &c. les Ifles Chemmis
& Profopis , mentionnées par Herodote ,
les Temples de Latone , d'Ifis , &c. Onparlera
des Canaux & Lacs modernes.
Des Provinces Menoutié & Garbié. Des
Villes de Damiette , Roffette , la grande
114 MERCURE DE FRANCE.
de Mehallé des Arabes de Balkim , &
autres Peuplades d'Arabes . Des Eglifes
de Sainte Gemiane , & autres qui reftent
aux Coptes , du Sel Ammoniac ,
des poulets
éclos dans les fours ; de la maniere
d'arrofer les terres avec des machines à
bafcule : des Colombiers , des Pelicans ,
des Ibis , des Canards , des Oyes du Nil,
des Poules de Ris , des Pintades , des
Sakfak , des Abeugardan , & autres Oifeaux
curieux ; du Bouri , & de la Boutarque
qu'on tire de ce Poiflon . Des Sycomores
, des Nabques ou Lotus , des
Palmiers , des Caffiers , des Figuiers
d'Adam , des Figuiers d'Inde , du Ris , du
Carthamum, du Nenuphar , du Colquas ,
ou Arum ; du Hebelazis , de la Melou
kié , de la Bamié , & autres Plantes fin
gulieres.
"
Estampes. Carte particuliere du Delta
, route détaillée du Caire à Roflette
par le Nil , autre route du Caire à Damiette.
Plans du Temple d'Ifis à Bhabeit
, de l'Eglife de Sainte Gemiane
d'un Four à poulets , d'un Four pour le
Sel Ammoniac, d'une machine à puifer
l'eau du Nil . Figures des Oifeaux &
Plantes rares.
Chap. IV. L'Ifthme de Suez . L'on y
trouvera la Province d'Auguflamnica ,
aujourd'hui Charquié , les Villes de Calliopé,
JANVIER. 1725 15
Jiopé , Atribis , Pharboethus , Bubaffis
fameufe par fon Temple d'Arthemis
& fon Cimetiere des chats : Lychnos
Daphné , Magdole , Oftracina , Rhinocorura
, Heropolis , Arfinoé , Clefpatris
, & c. le Lac Sirbon , le Mont Caffius
, où Pompée fut tué & enfe veli . La
Ville de Manfoura , où le Roi S. Louis
fut défait , Le Canal qui aboutiffoit du
Nil à la Mer Rouge. Le Commerce de
Suez , les Vaiffeaux que Ptolemée Philadelphe
y entretenoit. On fera voir ,
que Suez eft plus près du Caire que les
Geographes n'ont coutume de le placer.'
On donnera la defcription du Caffé ,
celle du Chameau , du Dromadaire , de
la Plante Hanné..
Estampes . Carte particuliere de l'Ifthme
de Suez , figures du Chameau , des plantes
du Caffé & du Hanné.
Chap. V. Le Grand Caire , Memphis,
& leurs environs. On décrira le grand
Caire , fon étendue , le nombre de fes
Habitans , de fes maifons , Moſquées
Marchez , & c. fes Coutumes pour la Juftice
, la Police , le Commerce , la nourriture
, les Bains , les Mariages , les Enterremens
, les Proceffions furtout
celle du grand Pavillon de la Mecque ,
la Caravanne de la Mecque . La Religion
des Turcs , les differentes Sectes des
>
Chré
116 MERCURE DE FRANCE
Chrétiens Schifmatiques , principalement
les Coptes . Les Jardins , les Etangs,
le Calits .ou Canal du Caire , nommé
par les Anciens Foffa Frajana : le Châ~
teau , le Puits de Jofeph , l'Acqueduc
I'Ile de Rouda , à la tête de laquelle
eft la Tour de Mekias , ou meſure du
Nil : le vieux Caire , autrefois Babylone
: Gifé , autrefois Memphis , fes Pyramides
, leur nombre , leur meſure
leur deftination , & c . le Sphinx , les Catacombes
des Momies & des Oifeaux
embaumez. On marquera: la gorge des
Montagnes par où les Hebreux firent
route vers la Mer Rouge. Les Villes de
Ramaffes , de Sethé , de Geffen , d'He
topolis , d'Onion , de Troja Civitas ,
azile des Troyens fugitifs. Les ruines
des anciens Monafteres. Pour la Botanique
, le Labaka , le Zenzelakt , Saf
faf , efpece de Saule , le Sateira , le Mach,
efpece du Haricot de l'lemem , le Ha
ricot du Frezzan , l'Abdellauï & le Domairi
, deux fortes de Melons.
Estampes. Carte Topographique du
Caire & de fes environs . Plan - du Caire,
du Puits de Jofeph , de l'Aiguille
d'Heliopolis , du Sphinx , de la grande
Pyramide pour l'exterieur . Coupe
de l'interieur. Plan des Souterrains , des
Momies , & des Oifeaux embaumez.
Figures
JANVIER. 1727.
117.
་
Figures des Arbres & Plantes. Portrait
d'un Egyptien , d'une Egyptienne , d'un
Soldat , d'un Juge , & c.
Chap. VI. Defert de Sethé , ou de
S. Macaire , étendue de ce Defert , nombre
de fes anciens Monafteres , ce qu'il
en refte à prefent : difference des Reli
gieux Coptes , d'avec les Anachoretes
des temps paflez ; Lac de Nitrie , Bhar
belama , ou Mer fans eau : Bateaux petrifiez
, Mines de pierres d'aigles ; Sam
bles divers : Ocre rouge , Sel gomme ,
ou pyramidal , Jonc pour les Nattes , Tamarinde
, Gazelles , Hyenes , Boeufs fauvages
, & c . Temple de Jupiter Ammon.
Eftampes. Cartes de ce Defert . Plan
des Monafteres. Portrait d'un Religieux
Copte. Figure du Sel pyramidal , de
1'Hyene , du Bocuf fauvage , de la Gazelle.
Chap. VII. Ce Chapitre contient l'étendue
du Caire jufqu'à la tête du Canal
de Jofeph , où font compris l'Ifle Heracleopolis
, & les trois Labyrinthes .
On y verra les Villes modernes de Benifoüef
, du Frajoum , de Bheneffé , de
Menié , de Mellaui , les Puits du Monaftere
de Jarnous . Les anciennes Villes
'Aphroditopolis , une autre Bufiris , une
autre Arfinoë , Crocodilopolis , Heracleo118
MERCURE DE FRANCE.
cleopolis , Cynopolis , This ou Thinis ;
qui a donné fon nom à une Dynaftie des
Thinites . Antinoë , Capitale de la Baffe
Thebaïde : le Canal de Jofeph , jadís
Foffa Thineos : les Lacs Maurus & Moe
ris , celui - ci doux , l'autre falé. Les trois
Labyrinthes contre la prévention com
mune qu'il n'y en avoit qu'un ) dont les
ruines fubfiftantes quadrent jufte avec la
Relation de Diodore de Sicile : les fameufes
Grottes fepulcrales de Benihaffang
des Cavernes au Levant du Nil. Plufieurs
Pyramides , une Aiguille de Granite.
Des Sacrifices gravez en relief fur la
face des Monts de Touna & de Tehené.
Les Monafteres des Saints Georges ,
Hour , Jean le petit. Epitaphe de la Poulie
, de la Poutre , & autres . Deux Infcriptions
, une Grecque , & l'autre Arabeallahoum
, une autre Grecque fur le
Mont Tehené , une Arabe à Menié , une
troifiéme Grecque à Antinoë , une Coptique
au Monaftere de la Poutre. On aura
occafion de traiter du Crocodile , du
Tarfé , de la Variole , du Bolti , du
Facaca , efpece d'Orbis marin & autres
Poiffons: Des Gruës , des Hanas , efpece
de Herons , des Archanges , Bichots
Beccaffines , des Farfours , ou Canards à
tête bleue du Papyrus , & autres Joncs
du Nil , des Fruits du Faïoum , du Vin
des
JANVIER. 1717. 119
des Coptes pour leurs Meſſes , des Myrobolans
.
Eftampes. Carte de l'Ile Héracléopolis,
& de la Province de Faioum , du
Lac Maurus , & du petit Labyrinthe ,
Plan du grand Labyrinthe , du petit
Portique d'Hermopolis , ou Achemomaint
, de la Colomne de Severe Alexandre
à Antinoe , de deux Portes entieres
de cette Ville , du Sacrifice au So
leil vers Touna , des Grottes de Beni-
Haffan. Portraits du Crocodile , des Oi❤
feaux rares , & c.
Nous donnerons le reste de ce Plan dans
Le Mercure fuivant.
Le Poëme que l'Abbé des Jardins recita
avec applaudiffement l'année paſſée
en prefence de la Faculté de Theologie
de Paris , fur le Mariage du Roi , paroît
imprimé. Il fe vend chez Lotin, & chez
la Veuve Mongé, à l'Image S.Ignace, ruë
$. Jacques. Cet Ouvrage a encore gagné
à être imprimé. La fiction de ce Poë
me eft très - heureufe , & telle que les
perfonnes de meilleur goût en ont paru
fatisfaites-
Le
Panegyrique de S. Louis , prononcé
dans la Chapelle du Louvre , en préfence
de l'Académie Françoiſe , par l'Abbé
Guichon , le 25. Août dernier
, paroft
4:20 MERCURE DE FRANCE.
roît imprimé , & fe vend chez Coignard,
fils.
Mefnier , Libraire- Imprimeur , ruë
S. Severin , au Soleil d'or , ou au Palais
, grand' Salle , vient de donner au
Public , Confeils d'un Gouverneur
jeune Seigneur, Vol. in 12. L'Auteur
a divifé en trois Chapitres , où l'on voit
qu'il parle avec un zele peu commun :
il dit , page 17. & fuiv. » étudiez avec
foin une Religion qui renferme une
» morale fi pure & fi élevée ; plus vous
l'approfondirez , plus vous la trouve-
»rez grande & refpectable , bien diffe
>> rente des autres Religions , qui fen-
>> tant leur foible , redoutent des lumie-
» res qui les éclairent de trop près ...
En effet , continuë - t- il , que demande
» de vous la Religion qui ne tourne à
» votre gloire & à votre confolation ;
» elle demande que vous éleviez vos con-
>> noiffances à un Etre éternel, &c . Enfin ,
l'on ne trouve dans cet Ouvrage rien
qui ne foit très utile à chacun en
parti
culier. Des devoirs d'un fils envers fes pere
& mere. Des devoirs du Mariage. Des
devoirs d'un Maître envers fes domeftiques.
Des devoirs de l'amitié. Des devoirs
d'un Seigneur envers fon Souverain. Des
qualitez propres à un bomme de guerre.
Du
JANVIER. 1727. 120
Du Jeu. De l'Amour. De la Table. Du
choix des Societez . De la Converfation
de la Politeffe. Le prix de ce Livre eft
fols. Il contient 247 pages. de 30.
Ch. VanLom, Libraire à la Haye, vient
d'imprimer un Supplément aux Trophées
facrez & profanes du Duché deBrabant, de
M. Butkens , contenant la Defcription
des Châteaux Royaux des Ducs de Brabant :
l'Etat de la Cour des Ducs de Brabant ;
des Maiſons de Bourgogne & d'Auriche :
la Relation de l'Election , & la fuperbe
Ceremonie obfervée au Couronnement &
au Feſtin de l'Empereur Charles Quint en
-1546. & 1547. La Defcription de la
Pompe funebre de l'Archiduc Albert , &
de l'Archiducheffe Claire- Eugene , Infante
d'Espagne les quatre Charges hereditaires
de Brabant ; fçavoir , de Senechal
, Chambellan , Marechal & Guidon
, avec la fuite des Seigneurs qui ont
poffedé ces Charges. L'Inftitution des
Confeils d'Etat , Privé , des Domaines
& Finances , & la Chambre des Compptes
, avec la lifte des perfonnes qui y
ont deffervi les premieres Charges . L'Inf
titution , les Prérogatives , & Préeminences
de la Souveraine Cour Feodale
de Brabant , refidant à Bruxelles , &c.
F Le
J22 MERCURE DE FRANCE.
Le Grand Seigneur établit une Impri →
merie à Conftantinople , en Langues
Arabe & Turque , dont Sa H. a confié
la direction à Zaïr- Aga , fils de Mehemet
- Effendi , Grand Treforier de l'Empire
, ci - devant Ambaffadeur de la Porte
à la Cour de France . Au mois de
Novembre dernier les Caracteres étoient
fondus , & tout étoit prêt pour ce nouvel
établiffement . Le Grand Vizir a
promis de donner communication de
Tous les Manufcrits du Serrail , & Zaïr-
Aga , ayant deffein de publier d'abord
ceux qui font le moins connus des Sçavans
, doit prendre fur cela confeil
d'un Renegat , qui eft à Conftantinople
depuis long- temps , & qui a une
grande reputation de Litterature. Zaïr-
Aga fe propofe , fi ce premier établiſſement
réuffit , d'en faire d'autres dans les
principales Villes de l'Empire , & d'avoir
dans la Capitale l'Imprimerie pour
les Ouvrages Grecs & Latins . Il va
faire graver inceffamment un Recueil
de Cartes qu'il a apportées de Paris , la
plupart de feu M. de Lifle ; après quoi
il publiera celles qui ont été dreffées par
les Arabes & par les Perfans.
On écrit de Suiffe , que M.Viridet,
Docteur
JANVIER. 1727. 123
Docteur en Medecine , du Canton de
Berne , qui a exercé fa Profeffion pendant
so. ans , avoit fait imprimer une
Differtation fur la Nature & les dérangemens
des efprits animaux , par rapport
aux vapeurs de la rate & de la matrice ,
prouvée par des Obfervations. Ce Traité
a été fi generalement applaudi , que
les Magiftrats de Berne ont honoré l'Auteur
d'une Médaille d'or , pour marque
de leur approbation.
SUJET proposé par l'Académie des
Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau , pour le Prix de l'année 1727.
L
Es Etats Generaux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer
quelque utilité ou quelque ornement
à la Province , ont bien voulu˚ concourir
au zele des Meffieurs qui ont formé
l'Académie , en contribuant avec eux
d'une fomme annuelle aux fraix neceffaires
pour l'entretien de cet établiſſement.
/
. Cette liberalité a engagé l'Académie
à employer une partie de cetargent à
un Prix qu'elle donne chaque année.
Ce Prix eft une Médaille d'or , où
font gravées d'un côté les Armes de la
Fij Pro
124 MERCURE DE FRANCE.
Province , & de l'autre la Devife de
l'Académie.
On le deſtine pour cette année 1727 .
à une Piece de Poëfie de cent Vers au
plus , dont le ſujet fera cette penſée .
L'amour des Peuples eft le trefor le plus
précieux des Souverains .
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition & de tous les Pays , pourront
prétendre au Prix.
Comme l'Académie veut ignorer le
nom des Auteurs dont les Ouvrages auront
été jugez les moins dignes , on les
avertit de mettre une Sentence au baş
de leur Piece , & leur nom féparément ,
dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auffi la même Sentence .
Par ce moyen on trouvera d'abord le
billet où fera le nom de l'Auteur , &
loin d'en ouvrir aucun autre , on les
brûlera tous en public.
L'Académie a trouvé à propos de né
donner à l'avenir le Prix que pendant
le mois de Novembre.
Comme il faut un certain temps pour
l'examen des Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le 15.
du mois d'Août 1777. Ceux qui n'arriveront
pas dans le temps marqué , ne
feront pas reçûs.
On
JANVIER 17278 125
On pourra adreffer les Ouvrages à
M. de Courreges , Confeiller au Parlement
de Navarre , & Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou à quelque autre
des Académiciens , & l'on aura
foin d'affranchir les paquets qu'on envoyera
par la Pofte.
•
Le Prix d'Eloquence , téfervé en l'année
1725. vient d'être adjugé à un
Difcours , dont ces paroles étoient le
fujet :
Le mauvais ufage que nous faifons de
notre bonheur , est souvent la caufe
de nos difgraces.
Ce Difcours eft de M. d'Ardene.
Le 12. de ce mois , le Pere Porée ;
Jefuite , l'un des Profeffeurs de Rhétorique
du College de Louis le Grand
prononça dans ce College un Difcours
Latin très éloquent , dont le fujet étoit :
Lequel de l'Etat Monarchique ou de l'Etat
Républicain eft le plus propre à former
des Heros. Le Prince de Conty y
affifta , ainfi qu'un grand nombre de Pré-
Iats & autres perfonnes de confideration.
Nous efperons être en état de donner un
Extrait de cette belle Piece d'Eloquence
, qui a été extrémement applaudie.
Fiij Le
126 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. le Duc de S. Aignan , Pair de
France & Chevalier des Ordres du Roy,
fut reçû dans l'Académie Françoife , à
la place de feu M. Boivin , & il fit fon
remerciment avec beaucoup d'éloquence.
L'Evêque de Blois , Directeur de l'Académie
, pendant les trois derniers mois
de l'année paffée , n'ayant pû à caufe de
fon indifpofition , recevoir dans ce temps
là le Duc de S. Aignan , avoit envoyé à
l'Académie , le Difcours qu'il avoit préparé
; M. Danchet , nouveau Directeur ,
en fit la lecture , conformément à ce
qui avoit été decidé par l'Académie , le
jour de l'Election de fes Officiers.
Le fieur Tarrare de Montpellier , a prefenté
, à ce qu'on affure , un Souffler
d'une nouvelle conftruction , qui fait
fondre en cinq quarts - d'heure goo . marcs
d'argent , & une Machine qui marque
à chaque coup de Balancier le N° . dont
Je total fait le nombre des pieces marquées
, deforte qu'il ne fera pas poffible
de frapper une piece fans que le N° . paroifle
, ce qui mettra les Fabriquans de
la Monnoye hors de tout foupçon . On
doit faire l'épreuve de cette Machine à
La Monnoye.
M. Thomas , Ingenieur du Roy , a
inventé
JANVIER. 1927. 127
inventé une Machine , à ce qu'on dit,
pour faire aller les Vaiffeaux fur Mer
en temps calme ; deforte qu'on fera une
lieuë par
heure , en y employant 20 .
hommes par Vaiffeau de 6. Pieces de
canon & aux autres à proportion . Avec
cette Machine , uunn VVaaiiffffeeaauu pourra
fortir du Port , quelque calme qu'il
faffe , & pourra auffi éviter les Vaif
feaux ennemis , en faifant agir fa Ma
chine , qui fe monte & démonte en moins
d'une demie heure.
Le même Ingenieur a auffi inventé
une autre Machine pour lever les Ancres
des plus gros Vaiffeaux avec quatre
quatre hommes feulement & en moins
de temps qu'avec le Cabeftan , où fou
vent tout l'Equipage eft employé . Cette
Machine n'occupe qu'une efpace de quatre
pieds en quarré , & l'Auteur la croit
plus folide que le Cabeftan ordinaire .
LETTRE du R. P. du Cerceau , Jefuite,
du 22.Janvier 1727.
I
L m'eft revenu , Monfieur , de tant
d'endroits , & de Province même , par
des Lettres que j'en ai reçûës , qu'on
mettoit fur mon compte certaines Chanfons
qui ont couru à l'occafion d'une
avanture qui n'a que trop éclatté ,
j'ay crû ne pouvoir me difpenfer de de-
Fiiij fabufer
que
128 MERCURE DE FRANCE.
fabufer fur cela le Public par votre canal
Je vous protefte donc ici , Monfieur , en
homine d'honneur , & en foi de Prêtre
& de Religieux , que je n'ai nulle part
à aucune des Chanſons qui ont été faites
à ce fujet. Je n'ai jamais connu la perfonne
qui s'y trouve intereffée ; & quoique
nous fuivions des Ecoles differentes
, & dont les fentimens font oppofez
fur certains points , le zele de parti ne
m'a jamais tranfporté jufqu'à me faire
infulter, de gayeté de coeur , à la difgrace
d'un Particulier qui ne m'a jamais fait de
mal , & dont je n'ai nul lieu de me plaindre.
Ceux de qui j'ai l'honneur d'être
connu perfonnellement , fçavent combien
tout ce qui tient de la Satyre & qui
attaque le prochain , eft éloigné de mon
humeur & de ma maniere de penfer.
Je fuis perfuadé qu'ils n'auront pas manqué
de me difculper fur ce fujet , & je
fçais même que plufieurs l'ont fair dans
T'occafion . Mais comme cela ne fuffit
pas
pour détromper le Public , j'ai recours
à vous , Monfieur , & je me flatte que
vous voudrez bien , au moins fur la foi
de cette Lettre , que vous employerez , G
vous le jugez à propos , être mon garant
auprès de lui , & prêter votre miniftere
à la juftification d'un homme qui vous
honore parfaitement , & qui eft plus
que
ERACENL'ANNEE
.
1727
YAL
III
LACET
E
SUPERIS
IRIST
CHR
IMIS
CHAMBRE AUXDENIERS
1727.
V
LANISS.
OPE
NIL
ARDUUM
SERTE
JANVIER. 1727. 129
que perfonne au monde , Monfieur , votre
, & c.
EXPLICATION des Types & Legendes
des Jettons frappez pour le premier
Janvier 1727.
1. TRESOR ROY AE.
Une Vigne qu'on taille. Legende . Da
bit efle feracem. Il la rendra fertile.
II. PARTIES CASUELL E´S.
Un jeune Oranger qu'on arroſe dans
fa Caiffe. Legende. Exiguum colito.
Donnez lui un peu de culture
conferver.
- pour le
III . CHAMBRE AUX DENTERS.
Une Caffolette fumante fur l'Autel
des Parfums. Legende. Superis placet , &
imis. L'odeur en eft agreable aux Dieux
& aux hommes.
IV. ORDINAIRE DES GUERRY'S.
Un Aigle qui plane dans les airs &
qui tient dans fes ferres la Foudre du
Maître des Dieux. Legende. Expertus
fidelem Jupiter. Jupiter a éprouvé far
fidelité.
Fv V.
fjo MERCURE DE FRANCE:
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Hercule armé de ſa Maffuë , & couvert
de la peau du Lion de Nemée. Legende.
Nil arduum. Rien n'eft difficile
pour lui.
VI. BASTIMENS DU ROY.
Une Ruche , au-deffus de laquelle eft
le Roi des Abeilles , tandis que les unes
font répanduës fur les fleurs d'alentour ,
& les autres occupées à faire le miel. Legende.
Inftant operi . Elles travaillent
avec empreffement.
VII. MARINE,
Des Oifeaux de proye , retenus par
leur longe . Legende . Nec fponte quiefcunt.
Ce n'eft pas volontiers qu'ils fe repofent.
VIII. GALERES.
Des Ancres. Legende. In Alto & Littore
profunt. Elles font utiles en pleine
Mer, & dans le Port.
IX. MAISON DE LA REINI
Un Oranger expofé aux rayons du
Soleil levant. Legende. Dabit adolefcere
fructus. Il fera parvenir leurs fruits à
maturité
Les
JANVIER . 1727 . 131
.
Les trois Devifes qui fuivent , n'ont pas
été données par l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles - Lettres .
X. LE CLERGE'.
Le Roi debout , tenant d'une main le
Gouvernail , ayant l'autre étenduë &
avancée vers la Religion , fous le Signe
de la Balance. Legende. Immunitates aft
fertæ. Ses Exemptions confirmées. Revers.
Un Autel antique , un Feu Sacré deffus,
qu'un foufle leger entretient. Legende .
Lenis alit flammas. Une douce haleine
entretient le Feu. Exergue . Convent. Cleri
Gallicani 1727. Aflemblée du Clergé
de France.
XI . ETATS DE LANGUEDOC..
Un Gouvernail appuyé fur le Globe
de la France. Legende. Regnat & ipfe
regit . Il regne & gouverne par lui-même.
Exergue. Com. Occit. 1727. Etats de
Languedoc.
XII. ARTILLERIE.
Un Fort affiegé par plufieurs Bataillons
, foutenus du Canon , & fur le de
vant des Mortiers , Boulets , Affuts , & c.
Legende. Non paffus inertes. On ne peut
les laiffer oififs . Exergue . Ecole d'Ar
tillerie.
L vj PRIX
132 MERCURE DE FRANCE.
PRIX d'Eloquence & de Poësie , pour
Pannée 1727.
L'Académie Françoife fait fçavoir au Public
, que le vingt- cinquième jour d'Août
prochain 1727. Fête de S. Louis , Elle don
nera le Prix d'Eloquence fondé par M. de
Balzac , de l'Academie Françoife . Le fujer
fera , Que le bon ufage des richeffes fait la
gloire du Sage, à l'occafion de ces paroles du
Chapitre XIV . des Proverbes , Verfet 24. Corona
fapientium , divitia eorum . Il faudra
que le Difcours ne foit que de demi heure
de lecture , tout au plus , & qu'il finiffe par
une courte Priere à . JESUS- CHRIST .
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de la
Faculté de Théologie de Paris , & y réfidant
actuellement.
Le même jour , elle donnera le Prix de Poë--
fie , fondé par M. de Clermont de Tonnerre ,
Evêque & Comte de Noyon , Pair de France,
& l'un des Quarante de l'Académie. Le fujet
fera , Le Progrès de la Peinture fous le Regne
de LOUIS LE GRAND . Il fera permis d'y
joindre tel autre fujet de loüange que cha
cun voudra , fur quelques actions particulieres
du feu Roy ou fur toutes enfemble , pourvû
qu'on n'excede point cent . Vers. Et on y
ajoûtera une courte Priere à Dieu pour le
Roy , féparée du corps de l'Ouvrage , & de
telle mefure de Vers qu'on voudra.
Toutes perfonnes feront reçues à com
pofer pour ces deux Prix , excepté les Quarante
de l'Académie qui doivent en être les :
Juges,
Les
JANVIER 1727: r'3'3
1
Les Auteurs ne mettront point leur nom
à leurs Ouvrages , mais une marque oupa
raphe , avec un Paffage de l'Ecriture Sainte ,
pour les Difcours de Profe ; & telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour les Pieces de
Poëfie.
Ceux qui prétendront aux Prix , font avertis
que les Pieces des Auteurs qui fe feront :
fait connoître , foit par eux- mêmes , foit part
leurs amis , feront rejettées , & ne concourront
point; & que tous les Académiciens ont
promis de fe recufer eux- mêmes , & de new
point donner leurs fuffrages pour les Pieces
dont les Auteurs leur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de remettre
Teurs Ouvrages dans le dernier jour du mois
de Juin prochain , entre les mains de M. Coi
gnard le Fils , Imprimeur ordinaire du Roi ,
& de l'Académie Françoife , rue S. Jacques ,
& d'en affranchir le port , autrement ils ne
ront point retirez.
M. Meiffonnier , Orfévre du Roy ,
a été choifi pour remplir la Charge de
Deffinateur de la Chambre & Cabinet:
de Sa Majeflé , à la place de feu M. Be
rin. Le Deffein qu'il a prefenté & fur
lequel il a été agréé , reprefente un
Feu d'Artifice , de cent pieds de hau--
teur , für 40. de large le fujet eft
la fin d'une Eclipfe de Soleil . Le lieu.
de la Scene eft dans lès Jardins de Verfailles
, du côté de l'Orangerie , dont on
voit les deux Efcaliers & une partie du
Château. La prefence de Jupiter qui pa-
Ioîtr
134 MERCURE DE FRANCE :
roit avec les attributs , diffipe les tenebres
; Iris & d'autres: Genies Celeftes ,
pouffent les nuages & découvrent la
clarté du Soleil , qui reparoît dans fon
plus grand éclat. La France eft raſſurée
par Minerve , &c. Toute la compofition
eft allegorique à la derniere maladie
du Roy , & à fon rétabliffement.
Ce fujet eft exactement traité felon
les regles de l'Allegorie , dont les figures
doivent être nobles , naturelles &
ingénieuſement foutenues & raprochées
de la verité qu'elles réprefentent &
qu'elles cachent.
La maladie du Roi avoit répandu l'allarme
& la confternation & dans tous les
differens Etats du Royaume . La conva
lefcence de S. M. fait fucceder le contentement
& la joye . Cette idée a fait naître
à l'Auteur celle de reprefenter le Roy
fous la figure du Soleil , qu'il fuppofe
avoir été obfcurci par un Nuage qui fembloit
vouloir nous en dérober la clarté.
Jupiter , favorable aux befoins d'un Etat
allarmé , écarte l'orage qui paroiffoit le
menacer. Iris , dont la beauté & la varieté
des couleurs eft déja un heureux
préfage , fembe lutter avec le Nuage.
Elle l'écarte , &c. Minerve fait voir à
la France qu'elle n'a plus rien à craindre
pour la fanté précieuse du Roy. La
Seine,
JANVIER 1727 137
Seine , fuivie d'une de fes Nymphes ,
tient une Urne , de laquelle on voit couler
fes eaux qui forment une cafcade .
Des deux côtez s'élevent deux Obelif
ques , furmontez de Globes aux Armes
de France , avec des Génies qui tiennent
le Sceptre & la Couronne , & deux Renommées
qui publient le rétabliffement
de la fanté du Roy.
L'Auteur de ce deffein a cru devoir
choifir le lieu même où le Roi avoit été
malade , afin de faire regner par l'idée
de fa convalefcence , le calme & la joye
où s'étoient répandus la crainte & la
trifteffe. Il a fait defcendre les deux Efcaliers
dont on a parlé , plus bas que le
Plan de l'Orangerie de Verfailles , afin
de gagner de la hauteur & délever fon
point de vûë.
Le même M. Meiffonnier a livré
depuis peu un Soleil d'argent , pour l'expofition
du S. Sacrement , dont le corps.
eft compofé d'une Couronne & d'une
Colonne de Nuées , avec une gloire de
Chérubins & des Rayons de vermeil
doré. Les Nuages du bas de cette Colonne
, viennent fe repofer fur le pied ,
dont la forme réprefente une espece
d'Arche de l'ancienne alliance ; avec les
deux Chérubims qui en détournent la
vûë pour la porter vers l'Arche de la
nouvelle.
135 MERCURE DE FRANCE .
nouvelle . Sur cette Colonne paroiffert
des épics de Bled , auffi de vermeil doré,
fiez avec quelques pieds de Vignes , fimbole
du Myftere. Ce morceau est toutà
- fait dans le goût des celebres Petro de
Cortonne & Puget , dont l’Ecole a toujours
fait l'objet des études de l'Auteur.
XXXXXXXX: XXXX : XXX
CHANSON.
Sur un Amant qui trouva fa Maîtreffe
mariée au retour d'un voyage.
EncNhchaannttéé des yeux de Sylvie ,
Je fuyois cert Beautez pour fuivre tous fes
pas :
Je meurs encor pour fes divins appas ;
Faut- il cruel Hymen qu'elle me foit ravie !
Jours fortunez , momens délicieux !
Où je goûtois des douceurs fans allarmes ..
Vous en fûtes témoins , grands Dieux !
Soyez témoins aujourd'hui de mes larmes.
Ces paroles , ainsi que la Mufique ,
font de la compofition de M. Morel.
SPEC
A
Plai
pas
135
nouv
des é
fiez :
bole
à -fait
Cort
jours
**
Sur
E
Je fi
pa
Je n
Faut
Jou
Où
Vou
Soy
fon
JANVIER 1727. 137
་
SPECTACLE S.
Académie Royale de Mufique a
Lcené les reprefentations de Pirams
& Thifbé . Dans les trois dernieres fois
qu'on a joué cet Opera , la De Petit-
Pas , jeune perfonne , fort-bien faite ,
qui a des talens pour le Théatre & une
fort-belle voix , parut pour la premiere
fois dans le Rôle de Thifbé , qu'elle
joua avec applaudiffement.
Le fieur Muraire , un des principaux
Acteurs de l'Académie Royale de Mufique
, qui a été affez long- temps malade,
eft entierement rétabli ; mais le Public ,
à qui fa belle voix à fait tant de plaifir ,
n'y gagne rien ; il a quitté l'Opera pour
fe retirer à Avignon La Patrie.
La Tragedie d'Admete & Alceste , de
M. de Eoiffy , fut reprefentée fur le
Theatre François , avec un grand concours
, le Samedy 25. de ce mois . On
la redonna le furlendemain , mais depuis
on a ceffé , par ordre , de la reprefenter.
Le 28. on donna fur le Théatre de l'Opera
la Tragedie de Proferpine, qui n'avoit
pass
138 MERCURE DE FRANCE.
#
voit été repreſentée depuis très -long - tems.
Les paroles font des célebres Quinault
& Lully. Cette Piece parut à S. Germain
en Laye pour la premiere fois , le
3. Février 1680. & fut executée par l'Académie
& la Mufique du Roy , & enfuite
fur le Théatre de l'Opera , par l'Académie
feule à Paris.
La Dile Louyfon Moreau y chanta dans le
Prologue , & l'illuftre Mile Rochois , commença
à fe diftinguer dans le Rôle d'Atethufe
.
Il y a dans cet Opera un Duo de
deux Baffes , à la feptiéme Scene du ſecond
Acte.
L'Amour comblé de gloire
Triomphe de tout l'Univers.
Qui fut admiré par fa nouveauté & par
la difficulté de faire chanter deux Baffes
enfemble. On n'en avoit point vû d'exemple
juſqu'alors , & Lully ne l'a fait
que cette fois là . M. Campra dans fon
Opera de Tancrede , a fait depuis heureufement
la même chofe dans un Duo
du premier Acte.
Le beau Choeur du premier Acte
Jupiter , lancez le Tonnerre , & c.
eft entierement travaillé & jufqu'à la
moindre
JANVIER. 1727. 139
moindre Notte , par Lully ; ce que nous
obfervons , parce que fouvent il faifoit
faire les Parties du milieu par d'autres
comme Mrs l'Allouette , Colaffe , & c.
Les Scenes favorites des Spectateurs
dans cet Opera , font au z & 4°
Acte.
e
J'ay peine à concevoir d'où vient le trouble
extrême.
&
Venez- vous contre moi deffendre un témeraire.
La fçavante Scene des ombres heureufes
du 4 Acte , quoique plus travaillé , ne
fait pas tant de plaifir.
Le Sieur Berin , Deffinateur ordinaire
du Cabinet du Roy , commença par cet
Opera à prendre foin des Machines , à la
place du fieur Vigarani, donna les deffeins
de toutes les Décorations & des habits. Le
fomptueux Palais de Pluton & les Champs
Elifées , furent trouvez admirables . Ces
Décorations furent peintes par Rouleau,
fameux en ce temps là pour les Perfpectives.
Nous parlerons plus au long du
Spectacle que cet Opera , nouvellement
remis au Théatre , offre aux yeux , & de
fon execution .
Le 19. de ce mois , les Comediens
François donnerent le premiere reprefen
tation
149 MERCURE DE FRANCE :
fentation de la Nouveauté , Piece en un
Acte , précedée d'un Prologue . Entre
quelques Scenes de cette Comedie qui
ont fait plaifir , il y en a une qui par
fa fingularité & par fon execution , s'eſt
fait generalement applaudir : l'Auteur a
pris foin de retrancher celles qui n'avoient
pas été reçûës fi favorablement , &
par cette docilité il s'eft heureufement
réconcilié avec le Parterre ; deforte que
les réprefentations qui ont fuivi la pres
miere , ont eu plus de fuccès. Cette Piece
eft du fieur le Grand , Comedien du
Roy.
Prologue.
Le Théatre reprefente le Fleuve
de l'Ennui . On voit beaucoup de gens
de toutes Profeffions , languiffamment
étendus fur fes bords . Saturne commence
par un air qui annonce le lieu de la Scene.
Mercure vient à lui ; il a de la peine
à le reconnoître pour le pere du Maître
des Dieux , dans l'équipage où il le trouve.
Saturne lui dit qu'il a bien éprouvé
des revers fur la terre depuis qu'il a été
banni des Cieux , & qu'il n'y a point trouvé
d'emploi plus convenable , que celui
de paffer les hommes de la joye à la f
trifteffe & de la trifteffe à la joye. Mercure
lui demandé qui font tous ceux qu'il
voic
JANVIER. 1727. 141
voit fur les rives du fleuve de l'Ennui ?
cela donne lieu à Saturne , ou au Temps ,
de faire divers Portraits comiques . Cette
Scene eft interrompuë par Momus , qui
apprend au Temps & à Mercure , qu'il
amene avec lui une nouvelle Divinité ,
qui diffipera 1'Ennui qui regne fur ce
rivage : c'eft la Nouveauté. II l'annonce
à tous les triftes Habitans . Il n'en faut
pas davantage pour les tirer tous de la
lethargie où ils font plongez . C'eſt là
l'effet ordinaire des Pieces nouvelles fur
tous les Theatres ; celle - ci doit être reprefentée
fur le Theatre François , chacun
promet d'y aller ; on demande avec
empreflement à Momus fi elle fera bientôt
jouée ; on eft ravi d'apprendre de
lui , que ce fera dès ce même jour , &
qu'on va commencer.
Comedie.
les
Comme c'est ici un genre de Piece ,
dont les Scenes n'ont aucun rapport
unes aux autres , le Lecteur n'a pas befoin
d'un long Argument pour être au
fait . Il fuffit de lui dire que la Nouveauté
a choifi le Theatre de la Comedie
Françoife , pour y donner audience à
tous ceux qui viennent la confulter , ou
implorer fon fecours.
La
442 MERCURE DE FRANCE.
La Nouveauté ouvre la Scene par une
Chanfon , qui invite tous les Mortels à
fe rendre auprès d'elle . En voici les
Vers:
La Nouveauté vous appelle ,
Accourez fur fes pas , & quittez tout pour
elle.
Sans être belle ,
Une bagatelle ,
Quand elle eſt nouvelle ,
A toujours quelques appas.
La Nouveauté vous appelle , & c.
Le premier qui confulte la Nou
veauté , eft un petit Maître de Robe ; il
vient de quitter une Maîtreffe qu'il a
long temps aimée , & la feule raifon qui
l'a rendu inconftant , c'eſt que fa paffion
s'eft ufée , pour en avoir trop vu l'objet.
Comme la premiere Maîtreffe étoit
blonde , la Nouveauté lui offre une brune
pour réveiller fon goût pour l'amour.
Il y confent , & fent déjà de l'amour,
pour fa nouvelle conquête , fans l'avoir
vûë. La Nouveauté le fait retirer à l'approche
d'une brune qui arrive ; c'eſt juf
tement la Beauté qu'elle lui deftine. Elle
n'a pas beaucoup de peine à la refoudre
au changement , elle y eft toute portée
JANVIER. 1727. 743
tée par fon temperamment. L'accord eft
bien- tôt fait entre les parties ; l'un prefente
fa main , l'autre la reçoit de bonne
grace , & la Nouveauté les congedie
après les avoir unis fi promptement.
Un Nouvellifte fuccede à cet inconftant
& à cette Coquette. C'eft un de ces
hommes qui reglent à leur gré le deftin
des Têtes Couronnées ; celui - ci eſt tout
Occupé des troubles de Perfe , le Siege
d'Ifpaham l'empêche de dormir , parce
qu'il avoit parié qu'il ne fe feroit pas.
C'eſt un pilier de Caffé ; comme il n'a ,
ce qu'il a dit , que trois cens livres de
rente , il ne peut aller aux Spectacles
qu'à la faveur de quelques billets qu'on
lui donne. Il en a deux pour aller à la
Piece de la Nouveauté , l'un pour ap
plaudir , & l'autre pour fiffler ; il dit
qu'il fe fervira du premier pour voir
la Comedie , & de l'autre pour ſouper.
La Scene d'après a fait plus de plaifir
aux Spectateurs . C'eft une Païfanne qui
vient demander un nouveau vifage à la
Nouveauté , pour plaire , à ce qu'elle
dit , à fon mari Colin ; mais on voit bien
par ce qu'elle ajoûte , que c'eft pour pa
roître plus jolie aux yeux d'un Amant.
La Nouveauté lui dit , que pour réveiller
l'amour de fon mari , il faut
qu'elle lui donne de la jaloufie ; elle
de144
MERCURE DE FRANCE.
demande ingenûment à la Nouveauté
, fi cela lui donnera un autre vifage
aux yeux de Colin ; non , lui répondelle
, mais cela donnera d'autres yeux
à Colin. Comme elle perfifte à voulois
plaire par l'agrément de la Nouveauté.
Demeurez , lui dit enfin la Nouveauté ,
demeurez dans votre naturel ; c'eft ce
qu'il y a de plus rate & de plus nouveau
parmi les hommes , & ce qu'ils
attendent envain depuis long - temps .
Dans la Scene fuivante , un vieux Baron
, habillé à l'antique , avec fon épou
fe , en jupe à falbala , fans panier , &
en longues cornettes , viennent fe plaindre
à la Nouveauté , de ce que leurs
ajuſtemens , hors de mode , les ont fait
huer à la Cour , & c. Le Lecteur nous
diſpenſera aisément d'un plus grand détail
fur cette Scene.
Voici , fans contredit , la Scene la plus
picquante de la Piece. Un Muficien
vient confulter la Nouveauté fur un projet
qu'elle feule peut lui avoir inſpiré ;
ce qui lui a donné lieu de former un
deffein fi fingulier , c'eft que tous les
Opera dont il a compofé la Mufique
font tombez , à ce qu'il dit , par la feule
faute des Poëmes . Il a imaginé d'en
donner un fans paroles . Cette nouveausé
furprend la Nouveauté même , elle
Le
JANVIER 1727. 8345
fe mocque d'un deffein qui lui paroît
des plus bifarres. Le Muficien le garantit
tres-fenfé : fuppofé , lui dit- il ,
que vous foyiez une Veftale , & que je
fois Antonin Caracalla ; je viens vous
faire une declaration d'amour ; je ne fais
que folfier ; mais je le fais avec tant de
paffion , & mes geftes répondent fi bien
aux mouvemens de mon coeur
, que
la
feule note , & la maniere de la chanter
& de la jouer , me tiennent lieu des
Vers les plus énergiques. La Nouveauté
commence à comprendre que cela peut
fort bien arriver. Elle prend fa partie
notée , & chante avec le Muficien un
Dialogue qui finit par un duo , comme font
les plus beaux qu'on entend à l'Opera.
Le fieur Quinault , l'aîné , qui a compofé
cette Scene , l'a fi vivement executée
& la Dlle le Grand l'y a fi bien fecondé
, que la Salle a retenti d'applaudiffemens
toutes les fois qu'on l'a jouée.
..
La derniere Scene n'a fait qu'un mediocre
plaifir aprés celle du Muficien.
C'eft un Poëte , qui rebuté des mauvais
fuccès de fes Opera , a renoncé au Thentre
, & s'eft déterminé à faire valoir en
gros , ou en détail , un magafin qui lui
refte , fourni de cinquante ou foixante
mille Vers. Le Muficien renonçant à fon
premier deffein , lui demande combien il
G lui
146 MERCURE DE FRANCE.
lui vendra la Garniture toute complette
d'un Opera. Le marché fe conclut, & c .
mais cette Piece ne demande pas un plus
long Extrait . Elle finit par un Divertiffement
, dont l'Auteur a pris foin de
parler à la fin du Prologue. Le Vaudeville
roule fur la , Nouveauté. En vois
ci quelques Couplets :
Vous qui cherchez à faire emplette ,
De quelque innocente Beauté ;
Au Printemps prenez la Fillette
N'attendez pas jufqu'à l'Eté ,
Si vous aimez riron , rirette ,
Și vous aimez la Nouveauté.
Mon coeur abandonne Lifette
Dont il fut toujours bien traité ,
Pour s'attacher à Colinette
Quin'a pour lui que
>
cruauté ,
Et le tout pour riron , rirette,
Et le tout pour la Nouveauté
21S
De mes Soeurs je fuis la cadette ,
De la maiſon l'enfant gâté :
Des joujoux d'eufant qu'on m'achette ,
Ma
JANVIER . 1727. 147
Maman croit mon coeur enchanté
Mais j'afpire à riron , rirette
Mais j'afpire à la Nouveauté.
Au Parterre.
Puifqu'aujourd'hui chacun rejettte
Notre vieux jeu trop repeté ;
Meffieurs , du moins grace au Poëte .
Qui de vous plaire s'eft flattés
Applaudiffez riron , rirette ,
Applaudiffez la Nouveauté.
Le Couplet précedent eft chanté avec
beaucoup d'agrément , par la jeune Dlle
Dangeville , qui danfe enfuite une Entrée
avec la vivacité & les graces qu'on
lui connoît .
Toute la Mufique de cette Piece eft
du fieur Quinault , Comedien du Roi.
Le Ballet eft du feur Dangeville , de
l'Académie Royale de Mufique.
LE PORTRAIT , Comedie en un Acte,
reprefentée pour la premiere fois ,
le g. de ce mois.
Cette Piece a eu un des plus brillans
fuccès qu'on ait encore vûs fur le
Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , &
Gij on
148 MERCURE DE FRANCE.
و
on convient que ce fuccès eft merité .
C'eft, M. de Beauchamp qui en eft
l'Auteur ; & quoique les autres Pieces
lui ayent fait honneur il doit
fa plus grande gloire à celle-ci ; les
traits dont elle eft remplie , & la maniere
dont elle eft. écrite , font croire à
tous ceux qui en ont vû les repréſentations
, qu'ils trouveront encore de nouveaux
plaifirs à la lecture : nous ne doutons
point que l'impreſſion ne juſtifie ce
que nous avançons d'après le jugement
du Public.
ACTEURS.
Valere , Amant de Sylvia , le fieur Romagnefi
Sylvia > Amante de Valere .
Oronte , pere de Sylvia , le fieur Mario.
Colombine , Suivante de Sylvia,la Dile
Lelio.
Arlequin , Valet de Valere , le fieur Thomaffini.
Extrait.
Sylvia paroît incertaine fur ce qu'elle
doit faire , pour paffer le jour le moins
defagréablement qu'elle pourra. Son agitation
JANVIER. 1727. 149
$
3
tation continuelle fait prévoir à Colom
bine , qu'il va arriver quelque chofe d'extraordinaire
dans le coeur de fa Maîtref
fe , & que ce coeur irrefolu eft prêt à
fe fixer à quelque objet. Elle en dit fon
fentiment à Sylvia , & lui fait entendre
que tous ces troubles naiffants font des
avancoureurs de l'Amour. Sylvia fe met
en colere au feul nom d'amour , & jure
qu'elle ne fentira jamais les traits d'un
Dieu qui ne fait que des malheureux ; à
peine a t'elle marqué ce deffein de conferver
toujours fa liberté , qu'Oronte , fon
pere , lui vient préfenter des chaînes
en lui difant qu'il l'a mariée en Flandres
d'où il vient , & que l'Epoux qu'il lui
a deftiné s'appelle Valere. Sylvia ne répond
pas un feul mot à fon pere , au
grand étonnement de Colombine , qui
s'attendoit à la voir éclater au feul nom de
l'Hymen. Oronte dit à fa fille ,• que
fon
futur Epoux doit être arrivé auffi - tôt que
lui , & qu'il y a apparence qu'il eft allé
chez le Baigneur , pour paroître à fes
yeux dans un état plus avantageux il
ajoûte que Valere n'a pas befoin d'agrémens
empruntez pour la convaincre de
ce qu'il dits il lui montre fon portrait,
& le laiffe entre fes mains. Oronte fort
pour aller chercher Valere , dont Sylvia
regarde le portrait avec une indifference
Giij affectée;
150 MERCURE DE FRANCE.
2
affectée : elle trouve Valere fort imper
tinent , d'avoir confenti à ce Mariage
fans fçavoir fi elle voudra bien y donner
les mains. Elle veut abfolument le
renvoyer en Flandres ; elle forme la
refolution de fe préfenter à lui fous le
nom & fous les habits de Colombine
pour lui faire le portrait le plus defavantageux
de celle qu'on lui a deſtinée
pour Epoufe. A peine eft- elle fortie
pour ce traveftiffement , que Valere arive
avec fon Valet Arlequin ; il fait
d'abord connoître l'averfion qu'il a toujours
eue pour tout engagement de coeur,
& témoigne fon étonnement fur le deffein
qui l'a fait partir de Flandres . Ar-
Ilequin lui confeille de s'en retourner ,
& lui dit que cette Epoufe qu'il vient
chercher de fi loin , n'eft point du tout
fon fait. Valere le preffe de lui dire
pourquoi il lui tient ce langage. Arlequin
lui répond qu'il n'a pas perdu fon
temps depuis fon arrivée , qu'il eft deſcendu
, non chez le Baigneur , mais au
Cabaret , où il a fait jafer un domestique
de Sylvia , qui veritablement n'a ceſſé
d'être indifcret qu'à la feptiéme chopine
; & que c'eft de lui qu'il a appris
que Sylvia eft fujette à des caprices qui
tiennent de la folie ; Sylvia arrive fous
les habits de Colombine ; Valere la reconJANVIER
1727.
151
Connoît malgré fon traveftiffement ;
ila fon portrait qui lui a eté donné
par Oronte . Il prend fon parti fur
le champ ; & voyant que Sylvia prétend
le tromper
, il fe refout à lui
rendre rufe pour rufe . Ce qu'Arlequin
lui a dit des caprices de fa Maîtreffe , ne
laiffe pas de faire quelque impreffion fur
fon efprit ; ce traveftiffement lui en paroît
une preuve affez forte . Sylvia , ſous
le nom de Colombine , lui fait un portrait
d'elle- même , qui acheveroit de le
dégouter , s'il n'étoit pas engagé fi avants
elle lui confeille de reprendre le chemin
de Flandres , & lui dit abfolument,
que fa Maîtreffe ne veut point de lui ;
Valere répond froidement , que puifque
Sylvia eft fi prévenue contre lui , qu'il
fçaura lui épargner la vûë d'un objet
odieux , & qu'il va remercier Oronte
de l'honneur qu'il a prétendu lui faire
en l'acceptant pour gendre ; il la quit
te auffi froidement qu'il lui a parlé . Sylvia
eft picquée au vif d'une indifference
, à laquelle elle ne s'étoit nullement
attendue ce dépit eft un fimptôme d'amour
naiffant cet amour prend de nou
velles forces par la jaloufie qui vient
bien-tôt fe mettre de la partie. Arlequin
à qui elle demande des nouvelles
de fon Maître , croyant ne parler qu'à
G iiij une
152 MERCURE DE FRANCE.
*
une Suivante de Sylvia , lui dit que Va
lere a toujours été l'homme de France
le plus galant & le plus aimé ; que
dans tous les voyages il a laiffé des monumens
de fa gloire ; Sylvia avale le
poifon à longs traits ; elle croit que Valere
ne lui a parlé avec tant de froideur
, que parce qu'il méprife une conquête
comme la fienne , ou qu'il eft engagé
ailleurs . Oronte , à qui cet Amant
picqué a fait dire qu'il eft prêt à s'en
retourner en Flandres , vient demander
à fa fille , qui a déja repris fes habits ,
ce qui a pû fe paffer entre elle & fon
gendre ; Sylvia ne fçait que répondre,
Colombine plus hardie que fa Maîtreffe
, dit franchement à Oronte , que fa
fille ne veut point fe marier ; Sylvia
voudroit bien lui fermer la bouche
mais elle ne peut , & fait connoître par
fon maintien , que fon coeur defavouë
ce que fa Suivante diť. Oronte dit à fa
fille qu'il n'a pas prétendu forcer fon
inclination , & que puifqu'elle ne veut
point de Valere , il va le congedier. Il
fort dans ce deffein. Sylvia en eſt au
défeſpoir ; elle avoue à Colombine qu'elle
fent pour Valere ce qu'elle n'a jamais
fenti ; mais que cet ingrat n'en
fçaura jamais rien. Enfin , Valere vient,
& c'eft ici la Scene du dénouement. Sylvia
JANVIER. 1727. Is3 }
T
vie eft redevenuë Colombine , elle reproche
à Valere , comme de la part de
fa Maîtreffe , les diverfes conquêtes qu'il
a faites dans tous les voyages. Valere
n'y comprend rien ; on lui dit , que c'eft
d'Arlequin qu'on a appris fes exploits
amoureux ; il veut punir Arlequin de
ce menfonge ; Arlequin lui dit qu'il ne
croit pas avoir fait un grand crime d'avoir
fait de fon Maître la peinture las
plus avantageufe qu'il a pû imaginer.
Valere comprenant par la jalouſie de Sylvia
qu'il en eft plus aimé qu'il n'auroit
ofé l'efperer , invente une derniere ru
fe pour finir un déguiſement trop
long - temps foutenu de part & d'autre..
11 avoue à la fauffe Colombine , qu'il a
un engagement que rien ne fçauroit fur--
monter & qu'elle n'a pour l'excufer
auprès de fa Maîtreffe , qu'à jetter un
moment les yeux fur un portrait qu'il lui :
prefente. Sylvia en détourne d'abord la:
vûe avec dépit ; mais elle ne peut enfin
refifter à la curiofité de voir fi fa Ri
vale eft plus aimable qu'elle. Quelle agréa--
ble furpriſe pour elle , de voir que c'eft:
fon propre portrait que l'amoureux Válere
lui prefente ; elle ne croit pas l'en
pouvoir mieux récompenfer , qu'en lui
rendant artifice pour artifice , & en lui:
montrant le portrait de fon vainqueur.
G. y.
,
Va
154 MERCURE DE FRANCE .
Valere ne le regarde à fon tour qu'en
tremblant, mais il a le plaifir de s'y reconnoître
lui- même. Toute la Piece eft jouée
ན
par Mlle Sylvia avec les graces ordinaires,
& le fieur Romagnefi feconde fi bien
lejeu de cette excellente Actrice , qu'il
a l'honneur de partager avec elle les applaudiffemens
que le Public donne à
l'Auteur & aux Acteurs .
Après l'Impreffion de cet Extrait , on
reçû la Lettre fuivante .
LETTRE de M. de Beauchamp , du
30. Janvier 1727. écrite à l'Auteur
du Mercure .
Je comptois fi peu , Monfieur , fur le
fuccès qu'a eu le Portrait , que j'ai tota-
Lement oublié , de me donner l'honneur de
vous en écrire. Comme je crois qu'il n'eft
plus temps de le faire , & que votre Extrait
eft imprimé , je m'en rapporte à ce
que votre politeffe vous en aura fait dire
je crains plus le trop que Le trop peu.
Je vous avonë cependant que j'aurois eté
bien aife que vous euffiez dit, de ma part.
que je reconnois avec franchife que cette
petite Piece eft plus redevable à M¹¹e Sylvia
qu'à moi- même , du bonheur qu'elle
acu de plaire an Public. Tout le monde
Gut
JANVIER. 1727. ISS
eut été capable d'arranger quelques Scenes.
Il n'y a qu'elle qui put donner à ces
Scenes , ces graces & ce feu qui en ont
fait tout le merite. Je voudrois encore que
le Public , à qui je ne puis marquer aſſez
de reconnoiffance , fut bien perfuadé , que
je regardefes bontez , non comme un témoignage
de ce que je vaux ; mais comme un
avertiffement de ce qu'il exige de moi , fi
j'ofe encore reparoître. Vous ne pouvez ,
Monfieur , donner trop d'étendue à ce
fentiment dont je fuis pénetré. Jefuis , &c.
Le 23. Mademoiſelle de la Rochefur-
Von honora de fa prefence la Comedie
du Portrait , précedée de la Femmejaloufe.
Le 24. Madame la Ducheffe du Maine
vit la même petite Piece du Portrait,
précedée de celle des Comediens Efcla
ves , & la Parodie de Pirame & Thiſbé.
Le 18. de ce mois , le nouvel Opera
Italien , intitulé Lucius verus , de la
compofition de M. Latilla , fut reprefenté
à Londres fur le Theatre du Marché
au Foin , & fort applaudi. Le Roi ho
nora cette Repréſentation de fa prefence.
G vj On
156 MERCURE DE FRANCE :
On mande de Strasbourg , que la fille
de la Dlle Dauflife principale Comedienne
de la Troupe établie en cette Ville,
âgée de douze ans , y a joué plufieurs
fois le rôle d'Andromaque , à un degré
de perfection , qui a étonné & fatisfait
les gens du meilleur goût. Elle a beaucoup
de graces , une très -belle voix , la
taille bien faite , & joue avec beaucoup
d'intelligence & de fentiment. Elle a auf
très-bien joué le rôle d'Agnès , dans la
Comedie de l'Ecole des Femmes . Cette
aimable perfonne , joint à tant de talens :
pour le Theatre , celui de dan fer très--
bien.
s s s s s s s S
NOUVELLES DU TEMPS .
O
TURQUIE
N doit envoyer en Perfe de nou
veaux Corps de Troupes , pour conferver
les Conquêtes qui ont été faites en
1725. par les Turcs.
Michel Rackoviefa , Vaivode de Moldavie
, qui fut dépofé il y a quelques
mois, arriva à Conftantinople le 15 , Novembre
, avec une efcorte de Janniffaires
& de Spa his ; le lendemain il fut
B
mis
JANVIER. 1727 377
mis dans le Château des fept Tours , où
l'on croit qu'il a été étranglé .
La maladie contagieufe eft prefque entierement
ceffée dans cette Capitale ; il
n'y a plus que quelques maifons d'Ou--
vriers du côté du Port , qui en font encore
infectées , mais elle fait encore de
grands ravages à Andrinople & aux en--
virons.
11 У a de
nouveaux
ordres
du
Grand
Vifir , de ne laiffer entrer dans Conftantinople
aucun Miſſionnaire , ou autre
Ecclefiaftique , à moins qu'il n'arrive
par les Bâtimens François , & qu'ils ne
foient munis de paffeports du Roi de
France.
Le Grand Vifir a envoyé un Officier
General dans la Natolie , avec les ordres
neceflaires pour y lever de nouvelles
Troupes , & les diftribuer en Compagnies
de so. hommes chacune . Ces:
Troupes feront tranfportées à Alexandrie
, d'où elles fe rendront par la Mer
Rouge dans l'Arabie , pour fecourir le
Pacha de Gédda contre les Arabes Rebelles.
Le Capigi , qui étoit allé à Alger par:
ordre du Grand Seigneur , pour faire les
premieres propofitions de Paix entre
Empereur & cette Regence , eft de retour
à Constantinople , fans avoir pu
réüllis
158 MERCURE DE FRANCE.
réüffir dans fes Negociations. On croit
cependant que les Algeriens fe foumettront
aux ordres de S. H. fi elle confent
de pardonner,aux Beys rebelles de l'Egypte
, qui fe font mis fous la protection de
la Regence.
Le Conful de la Nation Françoiſe à
Smyrne , a reçû ordre de renvoyer en
France toutes les filles nées de parens
François , & de défendre aux Sujets du
Roi Très- Chrétien de fe marier dans
le Pays.
RUSSIE
Es Infpecteurs des Fonderies d'Olonits
ont reçû ordre de faire préparer
pour le mois de Mars prochain , 300.
pieces de canon de different calibre , avec
36. mortiers .
La Czarine donna fur la fin du mois
dernier , l'Ordre de [S. André au Czarowitz
, qu'on nomme à preſent le Grand
Duc , & au Duc de Holftein Gottorp ,
Evêque de Lubec- Eutin , avec lequel on
croit que la Princeffe Elifabeth , feconde
fille de S. M. Cz. fera mariée .
Le plus jeune des Princes de Heffe-
Hombourg , qui étoit Capitaine des Gardes
de la Czarine , a été fait Colonel du
Regiment de Sudermanie , & la Czarine
a ajoûté à cette grace une augmenta .
tion
JANVIER. 1727. 159
tion de penfion de 3000. Roubles par
an.
On affare que le Duc d'Holftein commandera
les troupes qu'on affemble fur
la frontiere de la Curlande , & que l'armée
qu'on y doit former , dans le deffein ,
à ce qu'on croit , d'entrer en Pologne ,
fera de 50000. hommes d'infanterie , &
de 10000. de cavalerie.
Le Prince Dollhorouki , qui commande
en chef les troupes de S. M. Cz. du côté
de la mer Cafpienne , a dépêché un Courier
à Petersbourg , pour donner avis que
les Habitans de près de deux cent Villages
d'une Contrée qui eft entre Derbent
& Chamaki , s'étoient foumis volontairement
à la Czarine , & qu'ils lui avoient
prêté le ferment de fidelité.
Le bruit court à Petersbourg , que le
Grand Duc , petit- fils du feu Czar , ſera
déclaré dans peu heritier du Trône , &
qu'il y aura une ceremonie folemnelle
pour fon Inauguration .
On fait à Cronstadt les préparatifs neceffaires
pour mettre toutes les Galeres
en Mer , auffi - tôt que le Port fera débarraffé
des glaces , & on efpere qu'elles.
pourront fortir avant l'arrivée des Efcadres
d'Angleterre & de Dannemarc dans
le Golphe de Finlande.
Po
160 MERCURE DE FRANCE .
•
POLOGNE.
N écrit de Varfovie du 29. du moïs
Odernier, que le Confeffeur du Roi ,
& le Medecin ordinaire de S. M. font
allez à Bialftock , où ils ont été mandez
par le Roi , dont la jambe s'eft ouverte.
On a appris depuis du 5. de ce mois , que
le Roi garde encore le lit à Bialftock ,
n'étant pas tout - à - fait en état d'être
tranſporté à Varsovie , quoique beaucoup
mieux. Les Lettres du II . portent que
la fanté de S. M. paroît fe rétablir de jour
en jour.
Sa Majeffé a confirmé par un nouvel
Acte , la donation qu'elle avoit faite à la
Comteffe d'Orzelska , d'un Palais magnifique
qu'elle doit occuper à Varfovie ,.
& de tous les meubles & vaiffelle d'argent
qui y font actuellement.
Les Nobles font paroître quelque animofité
contre M. Santini , Nonce du Pa
pe : le Regent de la Couronne a défendu
de la part des Senateurs & des Miniftres
du Roi , au Chancelier & aux Avocats
de la Nonciature ; d'exercer aucune Jurifdiction
Ecclefiaftique , & il a été ordonné
au Juge du Tribunal du Marêchal ,
de ne plus obéir dorénavant aux Décrets
émanez de la Nonciature.
On
JANVIER . 1727. 16F
On écrit de Stockolm , que le Confeil
du Roi de Suede a nommé pour entrer en
conference avec le Prince Dolhoruski ,
Ambaffadeur Extraordinaire de la Czarine
, les mêmes Commiffaires qui ont conferé
avec les Miniftres du Roi T. C. &
du Roi d'Angleterre.
ALLEMAGNE .
›
N écrit d'Hanover , que le Roi
d'Angleterre y avoit envoyé des
ordres pour augmenter de vingt - huit
hommes toutes les Compagnies , tant de
Cavalerie que d'Infanterie de cet Electorat
; que les nouvelles levées fe faifoient
avec beaucoup de fuccès , & qu'on efperoit
que les Regimens feroient complets
au commencement du mois de Mars.
Mehemet Effendi , Envoyé de la Regence
de Tripoli , & qui vint à la Cour
de Vienne en 1724. avec un femblable
caractere , y arriva le 28. du mois dernier
, avec fes deux fils & une fuite de
feize perfonnes. On lui a fait préparer
dans un des Faubourgs de Vienne , PHô
tellerie des Trois Fers à Cheval , où il a
pour fa garde un détachement de la garnifon
de la Ville .
Le Roi d'Espagne a accordé mille piftoles
de penfion au Raron de Riperda ,
Год
162 ' MERCURE DE FRANCE.
fon Miniftte auprès de l'Empereur , &
deux cens piftoles d'appointement à M.
Verpin , Secretaire d'Ambaflade, que S.M.
C. a nommé Conful d'Eſpagne à Of
tende.
On a reçû avis que l'Evêque & les
Etats de Liege avoient rejetté les offres
avantageufes qui leur avoient été faites
pour acceder au Traité de Vienne.
Le Comte de Kinski , nommé à l'Ambaffade
Extraordinaire de France , eft parti
pour aller à Berlin , d'où l'on croit qu'il
ira faire quelque féjour à la Cour de l'Electeur
Palatin , avant que de fe rendre à
celle du Roi T. C.
L'Empereur a fait donner fon portrait
enrichi de diamans à tous les Miniftres
des Princes qui ont accedé au Traité de
Vienne..
D
ITALIE.
Ans la ceremonie qui fe fit à Rome
le Mardi 10. du mois dernier , on
commença à dix heures du matin par la
Proceffion autour des pilliers de faint
Pierre , tant du dedans que du dehors ,
fous l'efcorte des Cuiraffiers & des Gardes
Suiffes. A midi , le Pape , précedé des
Archevêques , Evêques , Prelats & Car
dinaux , fut porté fous un Baldaquin , de
la Chapelle de Sixte à l'Eglife de faint
Pierre ,
JANVIER 1727. 163
Pierre , par l'efcalier de Conftantin , au
bruit des timbales & trompettes. Le Saint
Pere monta fur un Trône élevé & fuperbement
orné , fuivi du Connétable Co
lonne , comme Prince du Trône , & du
Duc de Guadalogna , comme Marêchal
du Vatican. Les Auditeurs des Rites s'étant
enfuite approchez du Trône, demanderent
la Canonifation des Bienheureux
Turribio Magrobefio , Archevêque de
Lima au Perou ; Jacques de la Morque
Cordelier , & Agnès de Montepulciano ,
Religieufe Dominicaine ; ce que S. S.
ayant accordé on lut à haute voix le
Decret pour la Canonifation , au bruit de
toute l'artillerie du Château Saint Ange;
après quoi le Pape celebra la Meffe , reçût
à l'Offertoire le tribut ordinaire , &
donna la Benediction au Peuple. Ce tribut
confifoit , de la part des Efpagnols ,
en vingt - quatre Cierges , le Pain Benit
& de petits barils de vin , le tout proprement
orné & doré. Les Cordeliers & les
Dominicains en donnerent autant.
On écrit de Malthe que le 12. de Novembre
dernier , vers les trois heures
après midi , il s'étoit élevé avec un bruit
violent , une trombe , ou tourbillon , qui
ayant traversé l'Ifle , avoit élevé en paffant
fur le Port plufieurs gros Vaiffeaux ,
& d'autres Bâtimens , dont les agrés
avoient
164 MERCURE DE FRANCE.
J
avoient été emportez ; que la même
trombe avoit brifé la pouppe de la Galere
de faint Vincent , & déraciné tous les arbres
qui s'étoient trouvez fur la route' ;
qu'étant arrivée à la Cotoniera , elle avoit
difparu , & que l'air s'étoit éclairci .
Le 16. Decembre , le Pape tint au Palais
du Vatican un Confiftoire fecret , daris
lequel S. S. fit la ceremonie d'ouvrir &
de fermer la bouche aux Cardinaux Lercari
& Cozza , aufquels elle donna , fçavoir
au premier , le titre de faint Jean &
de faint Paul , & au fecond celui de faint
Laurent in Pane Eperna.
Dans le même Confiftoire , le Cardinal
de Polignac , en l'abfence du Cardinal
Ottoboni , Protecteur des Affaires de
France , propofa l'Abbé Baglion de la
Salle pour l'Evêché d'Arras , & enfuite
il préconifa l'Abbé de la Châtre pour celui
d'Agde. Dans le Confiftoire du 23. le
même Cardinal préconifa l'Archevêque
de Tours pour l'Abbaye de la Couronne ,
Ordre de faint Auguftin , Diocèſe d'Angoulême.
Le 27. du mois dernier , le Pape fit la
Canonifation folemnelle du Bienheureux
Pelegrino Lafiozi , Religieux de l'Ordre
des Servites ; du Bienheureux Jean de la
Croix , Carme Déchauffé , & du Bienheureux
François Solano , Religieux Mi
neur
JANVIER. 1727: 165
neur Obfervant de l'Ordre de faint François
; & le 31. S. S. fit la Canonifation
des Bienheureux Louis de Gonzague &
Stanillas Cotzka , de la Compagnie de
Jefus,
Tremblemens de Terre.
Voici un nouveau détail & quelques
circonftances particulieres , échappées à
la Relation que nous avons donnée au
fujet du tremblement de terre arrivé à
Palerme la nuit du 1. au 2. Septembre
dernier .
On vit ce jour-là , premier Septembre
, au lever du Soleil , & du côté du
Nord , un gros nuage épais ; obfcur en
des endroits , & plus clair en d'autres ,
qui fe formoit peu à peu , & paroiffoit
immobile. L'air étoit fi échauffé , qu'à
peine pouvoit on refpirer , & il regnoit
un calme profond .
Vers les deux heures après midi , ce
gros nuage s'ouvrit , & fut pouffé par
un petit vent de Sud , où il fe réünit ,
& fe fixa vers l'heure de Vêpres. Les
exhalaifons & les vapeurs dont ce nuage
étoit compofé , s'étendirent vers le
foir & fe développerent , de maniere
qu'on voyoit les étoiles au travers .
A la premiere heure de nuit , cet af
freux
166 MERCURE DE FRANCE .
freux nuage commença à s'embra fer
mais feulement par les extrêmite z Il
n'en fortit qu'éclairs & feux redoublez ,
dont on fentoit même la chaleur.
La mer fans aucun vent ni orage , s'irrita
fi fort fur les trois heures de nuit ,
que tous les Pêcheurs , écartez çà & là ,
faifis d'effroy , rentrerent dans le Port.
Vers les quatre heures de nuit , l'horri
ble tremblement commença à fe faire len→
tir. En plufieurs endroits du Port & des
Côtes , les eaux fe retirerent de leurs
lits , & remontant avec une violence extraordinaire
l'une contre l'autre , elles
formerent des efpeces de montagnes ; en
forte qu'on voyoit à découvert le fond
qu'elles occupoient auparavant. Les Pêcheurs
qui étoient reftez fur la Marine,
obferverent qu'il fe fit alors un embraſement
foudain dans le nuage ; ce qui fut
fuivi d'une espece de fecouffe en l'air ,
qui paffant avec une grande vîteffe , &
pouffé par un vent du Nord , enveloppa
toute la ville de Palerme , & fe diffipa
enfuite.
4
On fentit alors la premiere fecouffe ; la
furface du territoire de Palerme étoit agitée
comme par ondulation. Cet ébranlement
fut fuivi immediatement de cinq
fecouffes , ou tremblemens horribles , qui
durerent huit minutes. Les premiers firent
JANVIER 1727 .
•
167
·
rent très peu de mal ; mais les derniers
ayant ébranlé les meilleurs fondemens
des maifons de la Ville , une partie des
édifices fut renverfée , & ce qui refta fur
pied fut très- endommagé . Ce ne fut plus
alors que confufion & defordre dans la
Ville ; ceux qui s'étoient fauvez dans les
Eglifes , comme dans un azile , furent
écrafez par les pierres , les bois de charpente
, & autres materiaux . La plupart
des Habitans fuyoient à la campagne,
Le Prince de Refuttano , Préteur de la
Ville , affifté du Senat , fit tout ce qu'il
pût pour calmer le Peuple , & l'arrêter
dans fa fuite. La premiere chofe qu'il fit ,
fut d'employer les Habitans à dégager
leurs Concitoyens qui fe trouvoient embaraffez
fous les ruines des maifons. La
frayeur s'étoit tellement emparée des efprits
, que les premiers ordres du Senat
ne furent que foiblement executez ; mais
lorfque la populace fut un peu raffurée
par l'exemple des Senateurs , qui avoient
mis eux - mêmes la main à l'oeuvre , les
plus courageux fe prêterent volontiers à
tout ce qu'on vouloit d'eux.
On s'attacha d'abord à la rue des Laitiers
, où le dommage étoit plus grand ,
les maifons ayant toutes été renversées de
fond en comble , fur tout vers les Magafins
, & du côté des Chambres qui font à
louer
168 MERCURE DE FRANCE:
Jouer pour la commodité des Etrangers.
-
Palerme , qui par le moyen de deux
grandes & belles rues , fe trouve partagée
en quatre quartiers , n'eft plus qu'un
amas de démolition , ou plutôt une mazure
entiere. Les deux quartiers qui ſe terminent
à la Marine , & qui étoient les
plus beaux , ne font plus qu'un affreux
bucher. Dans le quartier qui eft à la
droite , du côté de la Plaine de faint Sebaftien
, le riche & fuperbe Palais du
Prince de Rocca - Palomba a été totalement
renversé , & la Princeffe avec deux
neveux , & un grand nombre de Domeftiques
y a été enfe velie & écrasée. L'Arfenal
, qui en eft proche , s'ouvrit par le
milieu , & fe fendit en plufieurs endroits
du haut en bas , malgré les voutes. La
rue des faifeurs de Coffres , dite Caffari ,
a eu le même fort , & les Habitans y font
prefque tous péris , les voutes , fous lefquelles
la plupart s'étoient retirez s'étant
enfoncées. Ces ruines furent fuivies de
celles de toutes les maifons de la rue des
Fourbiffeurs & Orfevres , de la loge des
Boulangers , qui s'étoit enfoncée en plufieurs
endroits , & qui par fa chûte a ren
verfé plufieurs maifons qu'on avoit étayé
avec précipitation . De là le mal s'étendit
dans la rue des Corroyeurs , où quantité
de maifons s'enfoncerent , & dont on ne
voir
JANVIER. 1727. 169
voit que le toît , & d'autres furent renverfées.
Ce qu'il y a d'extraordinaire ,
c'eft que la plupart des édifices qui font
reftez fur pied , après le tremblement de
terre , tombent à préfent d'eux - mêmes ,
ou pour fi peu qu'on les touche , tant les
fondemens en ont été ébranlez.
- Dans le quartier du côté de la campagne
, tout le contour de faint Onufre a été
entierement renverfé , de même que les
Tues qui conduifent au Mont de Pieté :
la rue des Abeilles , une bonne partie de
celle des Chandeliers , celle qui va à
1'Eglife de faint Cofme & faint Damien
jufqu'au Pipireto , font plus des deux tiers
ruinées. Le Dome , qui fembloit devoir
réfifter , a auffi extrêmement fouffert. La
voute la plus proche du Choeur fe fendit ,
ainfi que les murs qui font d'une prodigieufe
épaiffeur ; & les ouvertures qui
s'y firent font fi larges , qu'on voit aifément
le jour à travers. La maîtreffe
quille de fer , ou barre qui foûtenoit la
fleche du clocher , fut forcée. Il n'y a eu
au College des Jefuites que les chambres
qui regardent l'Eft , d'entr'ouvertes , &
quelques croifées abbatuës.
Quant aux deux autres quartiers , qui
commencent en droite ligne depuis la
Mer jufqu'à la Place de la Marine , toute
l'lfle des maiſons voifines qui aboutiffent
H
170 MERCURE DE FRANCE .
à l'Eglife de faint Jean , de la Nation Na
politaine , eft entierement renversée , ou
s'il refte quelques maifons , elles font inhabitables.
Les Palais , entr'autres ceux
du Marquis de Savochetta & de Dom
Jean de Waldes , font fort endommagez ,
de même que les édifices qui font face au
petit Port , dit la Charité. Les Monaſteres
& Eglifes des Peres de la Redemption
des Captifs , & des Auguftins Déchauf
fez , font percez à jour. Le Temple des
Religieux du Tiers Ordre de faint François
, fous le titre de fainte Anne , a les
angles tout fracaffez , ainfi que les chapelles
. Le dommage a été infiniment plus
grand dans le quartier des Laitiers , tous
les habitans , les chevaux , boeufs , & autres
bêtes de fomme ayant été ensevelis fous
les ruines , ainfi que les Etrangers qui
logeoient dans les magafins , & autres
maifons voisines . Le Palais du Duc de
Montalte eft auffi abbatu , de même que
la plus grande partie des Maifons de la
Fererie & du Giardinazzo. Le Monaftere.
de Martorana , & le Palais Senatorial ong
auffi beaucoup fouffert.
Pour ce qui eft du quartier du Palais
Royal , qui eft le quatrième de la Ville ,
la maifon du Baron Bufacca s'ouvrit interieurement
à l'un des principaux angles ,
`&un pan de muraille qui fe renverfa ,
&
JANVIER. 1727 171
E
I
& écrafa un Soldat qui étoit en fentinelle
. Les maifons du Petit Pont juſqu'à
la Place des Bateleurs furent fi fort ébranlées
, que fans le prompt fecours qu'on y
apporta en les étayant , elles feroient toutes
tombées . Une Statuë de la Juftice ,
élevée fur une colomne dévant la maifon
du feu Preſident Ugo , fut renversée avec
fon piedeftal , & trouvée brifée. La grande
Salle du Palais Royal , dite de la Raquette
, eft percée à jour , ainfi que les
appartemens des Domeftiques , le beau
Salon , l'Efcalier , & generalement toutes
les voutes : la Chapelle Imperiale a eu
très- peu de mal . On compte qu'il en
coutera plus de 60000. écus pour les feules
réparations du Palais Royal.
Les Habitans de Palerme font , pour
ainfi dire , errans dans les Plaines , dans
les Villes & dans les Villages du Royaume.
Les uns campent dans les dans les prez, fous
des baraques & des tentes que le Gouvernement
leur a fait diftribuer : les autres
dans la Ville , pêle- mêle avec la Nobleffe
, qu'on auroit de la peine à reconnoître
, tant fon état eſt changé , & fes
pertes
confiderables . Enfin , on ne peut
rien ajoûter à l'affliction de cette Ville infortunée
; & à l'heure qu'il eft ,
perfonne
n'ofe rentrer dans fa maifon , tant la
crainte d'un nouveau
tremblement eft
grande.
Hij
Depuis
172 MERCURE DE FRANCE
'Depuis le jour qu'on commença à retirer
les morts de deffous les ruines jufqu'au
16. qu'on finit ce travail , on
compta plus de 6000. perfonnes , fans les
petits enfans.
Le Senat de Palerme ayant obfervé que
des Ouvriers profitant de la conjoncture
préfente , taxoient exorbitamment les
Bourgeois qui les employoient , & que
des Marchands.de Bois en faifoient autant ,
il regla par une Ordonnance le prix des
Bois , & les journées des Maçons , Charpentiers
, Tailleurs de Pierre , & autres
Artifans , fous peine d'une forte amende
pour les Contrevenáns ; & en cas de récidive
d'être châtiez arbitrairement . Il défendit
auffi deux jours après le tremblement
de terre , de faire rouler des caroffes
dans la Ville , & d'y laiffer entrer de
gros chariots , de crainte que les maiſon's
étayées ne fuffent renverfées par le mou
vement de ces voitures , & pour éviter
l'embarras qu'elles auroient caufé , les
rues étant pleines de materiaux entaffez
les uns fur les autres. Les Ecclefiaftiques
n'ont pas même ofé faire tirer des boëtes,
felon la coutume , quelque Fête de Saint
qui foit furvenuë , à caufe de l'ébranlement
qu'elles auroient pû caufer aux
fondemens mal aflurez de la plupart des
maifons qui étoient reftées ſur pied.
JANVIER. 1727 . 173
On publia une autre Ordonnance le 4.
Septembre , portant que tous les Intereffez
de la Banque , qui auroient beſoin
d'argent pour faire reparer leurs maiſons ,
euffent à s'y préfenter pour retirer leurs
capitaux en entier , ou en partie, avec les
interêts , s'ils le jugeoient à propos ; &
que les pauvres qui n'y auroient rien en
dépôt , euffent à s'adreffer au Mont de
Pieté , où on leur prêteroit de l'argent
fur gages , & fans interêt ; ce qui a produit
un fi bon effet , que l'on commence à
ne plus s'appercevoir des horribles dé
gats caufez par le tremblement de terre ,
& que la Ville reprend fon ancien
luftre.
La perte que la ville de Palerme a
foufferte dans cette occafion , fe monte à
plus de fix millions d'écus , & elle tombe
en grande partie fur les Marchands en
détail , & fur les Artifans:
On remarque que cette Ville n'a ja•
mais été fujette aux tremblemens de terre,
comme les autres parties meridionales
de la Sicile.
Que les fecouffes qu'elle a reffenti
dans divers temps , & toûjours fort recu
lez , ont été très - tegeres , & n'ont point
caufé de dommage.
Que fon territoire feulement a été
affligé , le tremblement de terre ayant
H iij com174
MERCURE DE FRANCE.
commencé à neuf milles de Palerme , au
Mont du Cocq , qui s'eft ouvert ou renverfé
en partie , & étant venu en ferpentant
comme un éclair jufqu'à la Ville .
Que la Citadelle n'a point fouffert
dans fes Ouvrages , & les feules maifons
du Gouverneur & du Commandant
ont été endommagées.
Que la Colline qui eft dans la Ville
même & qu'on nomme le Mont , a pref
que été toute renverfée , s'étant entr'-
ouverte d'une maniere extraordinaire
dans les endroits où il y avoit du Roc ,
& enfoncée dans les autres .
Qu'on n'a rien fenti à Catane , Siracufe
, Agofte , Modica , Calatagirone ;
Laontini , Carlentini , &c . non plus que
dans la Vallée de Nole , où les tremblemens
de terre font fort frequens .
L
ESPAGNE.
E 30. du mois dernier , le Comte
de Koniggleg , Ambaffadeur Extraordinaire
de l'Empereur , fit fon Entrée
publique à Madrid. Il alla à cheval depuis
la rue S. Bernard jufqu'au Palais ,
précedé du Comte de Villa - Franca , Introducteur
des Ambaffadeurs , & accompagné
du Comte Cogorani , Major - dome
de la Maifon du Roy , des Gentilshommes
JANVIER. 1727. 175
mes de la Bouche & des Officiers quit
ont accoûtumé de fe trouver à ces ceremonies.
L'Ambaffadeur étant arrivé au
Palais vers le midi , il eut audience pu
blique du Roy & de la Reine , du Prince
des Afturies & des Infants ; après quoi
il fut reconduit à fonHôtel , par le mê
me cortege qui l'avoit accompagné à
l'audience .
Le Capitaine d'un Vaiffeau arrivé deduis
peu à Cadiz de la Havane , a rapporté
qu'il avoit laiffé la Flotille dans ce Port
avec les Vaiffeaux de Guerre du Roy ,
commandez par le Lieutenant General
Caftagnetta .
Un autre Bâtiment arrivé le 19. de
l'autre mois dans l'un des Ports de la
Galice a apporté des Lettres de Carthagene
, qui confirment les premiers avis
qu'on avoit reçûs du defarmement des
Gallions à Porto - Bello .
Les Troupes qu'on a fait marcher en
Andaloufie , & qui confiftent en 30. Bataillons
& 16. Eſcadrons , ont un rendez-
vous general dans une Plaine nommée
de S. Roch , qui n'eft pas éloignée
de Gibraltar.
Le 6. de ce mois , Fête de l'Epiphanie ,
le Roi tint Chapelle au Palais , avec les
ceremonies accoûtumées : S. M. alla à
l'Offrande, & prefenta trois Calices d'or,
Hiiij
con176
MERCURE DE FRANCE:
conformément à l'ufage établi par les
Rois d'Espagne fes Predeceffeurs.
Le General des Capucins arriva à Madrid
le 2. de ce mois. Le Duc de Medina
- Celi , qui avoit été nommé pour
l'aller recevoir , le conduifit au Convent
de S. Antoine. Le 4. il eut audience
publique de L. M. du Prince des Afturies
& des Infants , étant conduit par le
Duc de Seffa , accompagné des Grands
du Royaume, & précedé de douze Hal
bardiers .
Les Négocians de Cadiz ne fe font point
engagez à fournir les 81000. pieces de
huit , que le Roy leur a fait demander
par l'Intendant de cette Ville. Le bruit
s'en étoit répandu fans fondement ; ils
ont fait demander au contraire des Saufconduits
pour ſe mettre à l'abri des pour
fuites de leurs créanciers , jufqu'à ce que
les Gallions foient de retour.
Le Comte de las Torres , Viceroi de
Navarre eft parti pour aller commander
les Troupes qui ont ordre de s'affembler
dans la Plaine de S. Roch près de Gibraltar.
Il eft arrivé au Camp qu'on y a formé
, 160. Canons de differens calibres,
24. Mortiers , 20000. Fufils , 11000 .
Quintaux de poudre , 2000. Boulets &
une grande quantité d'outils à remuer la
terre..
On
JANVIER. 1727. 177
On a appris par des Lettres particulieres
d'Angleterre , que de l'Efcadre
qu'on a équipée à Porftmouth , & qui
doit venir à Gibraltar , fous les ordres.
du Vice- Amiral Wager , il y en aura quatre
Vaiffeaux qui feront voile vers les
Indes Occidentales , pour renforcer celle
du Vice- Amiral d'Hozier.
LE
GRANDE- BRETAGNE
E Vice - Amiral Wager , qui a éte
ncm né pour commander l'Efcadre
Angloife dans la Méditeranée , ayant pris
congé du Roi & reçû fes inftructions
partit de Londres pour Porftmouth le
2 : de ce mois , d'où il mettra à la voile
au premier vent favorable , avec les fix
Vailleaux de Guerre qu'on y a équipez
pour renforcer l'Efcadre qui eft actuel
lement commandée par le Contre - A miral
Hopfon , & pour transporter trois
Regimens d'Infanterie à Gibraltar.
Par l'Extrait Baptiftaire & Mortuaire
de toutes les Paroiffes de Londres
, depuis le 25. Décembre 1725. juf
qu'au 24. Decembre 1726. on a baptifé
9605. garçons & 9203 , filles , faifant
en tout 18808. & il eft mort 15030r
hommes ou garçons & 14607. femmes
ou filles ; en tout 29637. Parmi les morts,
Hv dont
178 MERCURE DE FRANCE .
dont le nombre excede celui de l'année
derniere de 4124. il y en a 8708. morts
de convulfions , 4666. de fievres , 3764
de confomption ou pulmoniques , 2667.
de vieillelle , 2058. des dents , 1569 .
de la petite verole , 59. qui fe font défaits
eux - mêmes , 21. qui ont été executez
, 98. de noyez , 46. de tuez par
divers accidens , & les autres morts de
maladies ordinaires .
Le Chevalier Jean Norris a été nommé
pour commander l'Efcadre que le
Roy doit envoyer dans la Mer Baltique.
auff - tôt que la faifon fera favorable. Le
bruit court que le Vice Amiral Jean
Jennings aura le Commandement de celle
qu'on équipe pour la fureté des Côtes-
Meridionales d'Angleterre.
a
Le Marquis de Pozzo - Bueno , Ambaſfadeur
du Roy d'Eſpagne , n'a point été
rappellé , comme le bruit en avoit couru ;
mais il å ordre de fe rendre à Bruxelles .
Le Chevalier Jean Norris eft allé à
Chattam pour prendre le Commandement
de l'Efcadre deftinée pour la Mer
Baltique , qui fera compofée de 18. Vaiffeaux
de Guerre.
La Chapelle du Marquis de Pozzo-
Bueno , Ambaffadeur du Roy d'Espagne ,
fut fermée le Dimanche 12. de ce mois ,
& tous fes équipages ayant ét embar quez
près
JANVIER. 1727. 179
près de la Tour , dans un Navire qui
doit les porter à Oftende ; ce Miniftre
partit de Londres le 27. avec la Marquife
fon époufe , pour aller à Douvres,
d'où il doit paffer à Calais , afin de ſe
rendre à Bruxelles , où il demeurera
jufqu'à nouvel ordre.
L
HOLLANDE - PAYS- BAS.
E Roy de Pruffe a fait affurer les
Etats Generaux , que dans le Traité
Préliminaire qu'il a conclu à Vienne avec
l'Empereur , il n'y avoit aucun article
qui pût porter préjudice à la République
d'Hollande , & qu'il ne s'étoit jamais propofé
de former des Magafins dans le Duché
de Cléves , ainfi que le bruit en
avoit couru .
On écrit de Bruxelles , que le Prince
de Waldeck & le Comte de Bournonville
, qui avoient eu enfemble un differend
, s'étant rencontrez , mirent l'epée
à la main , & le premier ayant été
bleffé au bras , ils fe féparérent. On travaille
à les réconcilier.
Le Comte de Callemberg , Commiffaire
de l'Empereur aux Affemblées de la
Compagnie d'Oftende , & les autres
Commiffaires de cette Compagnie , ont
reçû ordre de fe rendre inceffamment
à Vienne.
H vj
MORT'S
180 MERCURE DE FRANCE..
kakakakakak
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
E Comte de Staremberg , cy- devant
Ambaffadeur de l'Empereur à la
Cour du Roy d'Angleterre , & qui étoit
tombé malade à Lintz ; y eft mort aprèsfept
jours de maladie..
Le 23. Decembre au foir , Jean-Bap
tifte Buffy , Cardinal Prêtre , du Titre
de fainte Marie d'Ara Cæli , & Evêque
d'Ancone , mourut à Rome , âgé
de plus de 69. ans , étant - né à Viterbe
dans les Etats du Pape le 2. Avril 1657. ·
Il avoit été fait Cardinal par Clement
XI. le 18. May 1712. mais ayant été ré- -
fervé in petto , il ne fut déclaré que le
27. du mois de Septembre fuivant.
Jofeph Sacripante , Cardinal Prêtre ,
d'abord du Titre de Sainte Marie Tranf
pontine , enfuite de celui de faine Praxede
, & en dernier lieu de celui de S.
Laurent in Lucina , mourut à Rome lanuit
du 3 au 4 de ce mois , âgé de plus
de 84. ans étant né à Narnidans les Etats
du Pape , le 19. Mars 1642. Il avoit
été fait Cardinal par le Pape Innocent
XII. le 12. Decembre 1695. Il étoit
Chef- d'Ordre des Cardinau Prêtress
ProJANVIER.
1727
187*
Protecteur des Catholiques d'Ecoffe , Pré
fet de la Congrégation de Propaganda
fide, & il avoit été Dataire pendant le
Pontificat du Pape Clement XI . 11 laiſſe
par la mort un fecond lieu vacant dans
le Sacré College.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &C
L
& premier
de
E premier de ce mois , les Princes
& Princeffes du Sang , & les Seigneurs
& Dames de la Cour , eurent
l'honneur de complimenter le Rey & la
Reine fur la nouvelle année.
Les Prévôt des Marchands & Eche
chevins accompagnez des autres Officiers
du Corps de Ville , rendirent à cette
occafion leurs refpects à leurs Majeſtez,
étant prefentez & conduits en la maniere
accoûtumée.
Le même jour les Chevaliers , Commandeur
& Officiers de l'Ordre du S.Elprit,
fe rendirent vers les onze heures du matin
dans le Cabinet du Roy , d'où S. M.
alla à la Chapelle du Château de Verfailles
, étant precedé du Duc d'Orleans ;
du Comte de Charolois , du Comte de
Cler182
MERCURE DE FRANCE.
Clermont , du Prince de Conty , du Duc
du Maine , du Comte de Toulouze &
des Chevaliers , Commandeurs & Officies
de l'Ordre . Le Roy , devant lequel
les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau ,
le Collier de l'Ordre pardeffus , ainfi
que les Chevaliers . L'Archevêque d'Aix,
Prélat , Commandeur de l'Ordre , celebra
la grande Meffe , après laquelle le
Roy fut reconduit dans le même ordre
qui avoit été obfervé , lorfque S. M. étoit
fortie de fon Appartement pour aller à
la Chapelle. La Reine , accompagnée des
Dames de fa Cour , étoit dans la Tribune
, où S. M. entendit la grande Meffe.
Le 2. le Roy & la Reine partirent
de Verfailles pour aller paffer quelque
temps au Château de Marly .
Le premier jour de l'an , la Reine
d'Espagne , qui fait fa réfidence au Palais
du Luxembourg , à Paris , alla avec
fon grand cortege , entendre le Salut à
l'Eglife des Jefuites de la Maifon Pro
feffe. S. M. fut reçûe avec les ceremonies
requifes aux Têtes Couronnées.
Le 6. de ce mois , Fête de l'Epiphanie
, la Reine entendit dans l'Eglife de
la Paroiffe de Marly , la Prédication du
Pere Yacinthe Berrier , Gardien des Récollets
de S. Germain en Laye , & enfuite
JANVIER. 1727.
181
fuite les Vêpres & le Salut .
Le 12. l'Abbé d'Anthelmi , Evêque
de Graffe , & l'Abbé de Prémeaux , Evêque
de Couferans , furent facrez à Paris
, dans la Chapelle du Seminaire de
S. Sulpice , par l'Archevêque d'Aix ,
affifté des Evêques de Vence & de Léictoure.
M. Orry de Vignori , Intendant de
Soiffons , paffe à l'Intendance de Perpi
ghan , où étoit M. le Gras du Luart ,
qui eft rappellé . M. Daube , Intendant,
de Caen , à Soiffons. M. de Vatan , Intendant
de Maubeuge , remplace M. Daube
à Caen , & M. Moreau de Sechelles ,
eſt nommé à l'Intendance de Maubeuge .
}
Pendant le cours de l'année derniere
, les Gardes- Pompes du Roy , fous la
direction du fieur Dumourier Duperier ,
ont éteint 78. feux de cheminées & 8.
incendies affez confiderables . A ces differens
accidens , il y a eu cinq perfonnes
brûlées entierement & trois Gardes-
Pompes dangereufement bleffez .
Le 6. de ce mois , jour de la Fête des
Rois , M. André , Confeiller de la Cour,
des Aydes , étant defcendu pour chercher
quelque chofe dans la Cave de fa
maifon , rue des Blancs - Manteaux , laiffa
tomber la lumiere qu'il tenoit , parmi
quelques morceaux de bois de charpente :
cette
184 MERCURE DE FRANCE.
cette lumiere s'éteignit tout d'un coup
cependant il fit détourner ces bois par
fes Domestiques , on ne trouva aucune
étincelle. A dix heures du foir.
le feu fe déclara avec une violence
épouventable on ferma l'entrée de
la cave avec du fumier , & les Gar
des Pompes étant defcendus Par le
foupirail , éteignirent avec deux Pompes
ce feu qui dura jufqu'au jour . Les
Peres Capucins y travaillerent ; un Garde-
Pompe y eut le doigt coupé .
·
}
Deux jours après , le feu reprit dans
cette même maifon à dix heures du foir.
Un homme dont le lit étoit au grenier ,
mit par mégarde le feu à fa paillaffe
ce qui gagna bien tôt les toits , & fans
un prompt fecours cette maifon auroit été
en rifque de brûler entierement .
*
Le 15. Janvier 1727. le Roy don-,
nà une penfion de 3000. livres au Comte
Valbelle , Premier Sous - Lieutenant des
Gendarmes de la Garde ordinaire de fa
Perfonne , Brigadier de fes Armées ,
Commandeur de l'Ordre Militaire de
St Louis.
Le même jour , l'Evêque de Graffe
& l'Evêque de Couferans , prêterent
ferment de fidelité entre les mains de
S. M.
LeComte d'Hautefort , Lieutena General
*
JANVIER. 1727.
1859
neral des Armées Navales du Roy , a été
nommé par S. M. pour commander l'Efcadre
des 12. Vaiffeaux de Guerre qu'on
arme à Toulon , à Breft & à Rochefort.
Le 28. de ce mois , les Carmes Déchauflez
firent chanter dans leur Eglife
un Te Deum folemnel , à l'occafion de
la Canonifation de S. Jean de la Croix ,
premier Religieux de leur Réforme. Le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris , officia pontificalement ..
On écrit de Grenoble , que l'Evêque
de Cifteron у eft attendu pour prêcher.
pendant le Carême devant le Parlement .
Ce Prélat prêcha l'année derniere devant
celui d'Aix avec un très - grand
fuccès .
L'Affemblée du Clergé a fait prefent
de 30000. livres à l'Archevêque d'Aix,
pour les dépenfes extraordinaires qu'il a
été obligé de faire pendant fa Prefidence.
La Nobleffe eft un avantage de la
naillance qui a toûjours été en grande
confideration ; elle femble tranſmettre
avec le fang , les inclinations élevées &
les grands fentimens . Louis XIV . fous
le Miniftere du Marquis de Louvois ,
avoit créé en 168 Compa
gnies de Cadets en faveur de la jeune
Nobleffe du Royaume. Il eft forti de
cette Ecole Militaire , d'excellens fujets
qui
186 MERCURE DE FRANCE .
>
qui rempliffent aujourd'hui des placesconfiderables
dans les Troupes du Roi.
Sa Majesté vient de renouveller cet utile
établiffement par fon Ordonnance
du 16. Decembre dernier , pour l'établiſſement
de ſix Compagnies de Cadets
, de cent Gentilshommes chacune ,
commandez par des Officiers fages &
experimentez , avec les Maîtres neceffaires
pour inftruire la jeune Nobleſſe du
Royaume , & lui donner moyen , en apprenant
les premiers principes de l'Art
militaire , de pouvoir un jour fe diftinguer
à la Guerre , & foutenir l'honneur
que cette Nobleffe y a acquis dans tous
les temps.
Les fix Compagnies feront compofées
d'un Capitaine , qui fera Brigadier , ou
Meftre de Camp , & en même temps
Infpecteur des Milices , d'un Lieutenant,
qui fera choifi parmi les Capitaines Reformez
d'Infanterie , & de deux Sous-
Lieutenans choifis entre les Lieutenans
Reformez d'Infanterie , & de 96. Gentilshommes
, y compris quatre Sergens,
qui feront dans la fuite tirez du nombre
des Gentilshommes , & choifis entre les
Cadets , les plus capables de remplacer
ceux qui manqueront ; mais pour cette
premiere fois , S. M. entend qu'ils foient
choifis parmi les Lieutenans reformez
qui
JANVIER 1727. 187
qui fe trouvent fans appointemens , fuivant
l'Ordonnance du 1. Mai 1721 .
Aucun Cadet n'y fera reçû qu'il ne
foit Gentilhomme , & en état de prouver
fa nobleffe , par un certificat de quatre
Gentilshommes qualifiez de l'Election
où il fera domicilié , vifé de l'Intendant
de la Province .
Aucun Cadet n'y fera admis , qui ne foit
de l'âge de 15. ou 16. ans , & non audeflus
de 20. ans .
Il yy aura à chaque Compagnie un
Aumônier , un Maître de Mathématiques
, un Maître d'Armes , & un Maître
à danfer.
Les fix Compagnies feront placées
dans les Citadelles de Cambray , Mets
Strafbourg , Perpignan , Bayonne , & l'autre
au Château de Caen.
L'habillement des fix Compagnies de
Gentilshommes fera aux dépens du Roi ;
fçavoir , à chacun des Sergens & Cadets
un Jufte - au- corps de drapbleu , avec
la doublure d'écarlate & bouton de cuivre
doré , la vefte & la culotte de drap écarlate
, les bas rouges , & un chapeau bordé
d'un galon d'or fin.
La même Ordonnance défigne les Provinces
& Generalitez d'où feront tirez les
Cadets , & c.
MORTS ,
188 MERCURE DE FRANCE .
MORTS , BAPTES MES,
& Mariages.
D
Ame Marguerite de Sonnings ,
Veuve de M. Louis Ferry - Maler
de Gravile , Marquis de Valfemé , Lieutenant
General des Armées du Roi , &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut à Paris le
3. Janvier dans la 62. année de fon âge.
Philippe - Alexandre , Prince de Bournonville
, mourut à Paris le 5. de ce mois ,
âgé de 2 9. ans & quelques jours , étant
né le 10. Decembre 1699. Il étoit frerede
la Ducheffe de Duras & de la Marquife
de Mailly. Il avoit époufé Cathe
rine -Charlotte - Therefe de Grammont ,
fille du feu Maréchal de ce nom , dont
il n'a point eu d'enfans , étant tombé
en paralyfie prefqu'auffi- tôt après fon
Mariage.
Le 2. de ce mois , M. Robert de
S. Martin , Doyen des Avocats au Par- .
lement , mourut à Paris , âgé de 84%
ans.
Le 13. le Comte de Combourg , Meftre
de Camp de Cavalerie , & Gouver
neur des Ville , Château & Forts de
S.
1
JANVIER
. 1727.
189
S. Malo , en furvivance du Marquîs de
Coetquen , fon pere , mourut à Paris
dans la 29. année de fon âge.
Le 23. Dame Marie- Magdelaine de
Jaffaud , Epoufe de M. Camus de toncarré
, Maître des Requêtes , & Premier
Prefident du Parlement de Rouen,
en furvivance de M. Camus de Poncar
ré , fon pere , mourut à Paris , âgée
d'environ 24. ans.
M. Etienne Berthelot de Pleneuf,
Ecuyer , ci-devant Directeur General de
l'Artillerie de France , mourut à Paris
le 7. de ce mois , âgé de 63. ans .
Dame Marie de Juhan , de Saumery ,
Veuve de M. Louis de Clermont , Comte
de Chiverni , Marquis de Monglac ,
Baron de Rupt , Confeiller d'Etat d'Epée
, Gouverneur de Monfeigneur le
Duc de Chartres , mourut le 18. de ce
mois , âgé de 75. ans.
Le 21. M. Edouard de Montmorin
Capitaine de Cavalerie , âgé de 38.
ans.
" Marie- Louife Adelaide de la Tour
d'Auvergne , fille de Jules- Frederic
Prince d'Auvergne , & de Catherine-
Olive de Thiante , mourut le 7. Janvier,
âgée de 5. ans.
Charles d'Estaing , de Saillan , &c.
mourut le 19. du même mois , âgé de 76:
ans
190 MERCURE DE FRANCE.
ans. Il étoit frere de M. l'Evêque de
S. Flour , oncle du Marquis de Saillan ,
& Coufin du Comte d'Estaing , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General
, & Gouverneur de Douay.
Louis - Jofeph de Lorraine , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , fils
de Louis de Lorraine , Sire de Pons , Prin
ce de Mortagne , & c . & de Dame Marie-
Elifabeth de Roquelaure , mourut le
23. âgé feulement de deux ans & demi.
Philippe , Prince de Vendôme , ci - devant
Grand - Prieur de France , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, Generaliffime des Armées du Roi
en Lombardie , mourut le 24. âgé de 71 .
ans cinq mois & un jour . Le corps fut
porté le 25. en grand Convoi à l'Eglife
de S. Sulpice fa Paroiffe , & de là tranfporté
en celle du Grand Prieuré de Fran
ce , ou du Temple . Il avoit plufieurs Benefices
; fçavoir , de S. Honorat de Lerins
, Diocèle de Gralle , de S. Manfuy,
Diocèle de Toul , de S. Vigor de Serifi ,
Diocèle de Bayeux , de la Trinité de
Vendôme , Diocè fe de Blois , & d'Yvri ,
Diocèfe d'Evreux . 11 étoit fils de Loüis ,
Duc de Vendôme & de Mercoeur , qui
fut Cardinal , après la mort de Laure
Mancini , fon Epoufe , & petit- fils de
Cefar , Duc de Vendôme , fils naturel &
legitimé
JANVIER. 1727.
191
•
legitimé d'Henri IV . Roi de France.
79.
&
M. Mathieu Payen , Ecuyer , Sieur de
Montmor , Maître d'Hôtel ordinaire du
Roi , mourut à Paris le 28. Janvier dans
la année de fon âge. Il avoit toutes
les qualitez qui font l'honnête homme ,
& toutes les vertus d'un parfait Chrétien
, parmi lesquelles on diftinguoit une
tendre compaffion pour les Pauvres ,
une charité fans bornes. Payen porte
pour Armes d'Azur à trois Tourteaux
d'or. On trouve ces mêmes Armes dans
une Chapelle de l'Eglife de l'Abbaye du
Mont S. Michel , parmi celles d'un nombre
de Gentilshommes des plus diftinguez
du Pays , qui dans le temps des Guerres
Civiles du Calvinifme , défendirent la
Place , & empêcherent par leur valeur ,
qu'elle ne tombât entre les mains des
Ennemis de l'Etat. On croit en effet
que cette Famille eft originaire de la
Baffe Normandie , & du Bailliage d'Avranches
. Il y a encore dans cette Ville
& aux environs , plufieurs Gentilshommes
de ce même nom , portant les mêmes
Armes , entr'autres les Seigneurs de
la Terre de Chavois , &c. Une autre
Branche s'eft établie en Guyenne , & a
pris la profeffion des Armes .
Dame Marie Peirene , Epoufe d'Alexandre
de S. Quentin , Chevalier , Seigneur
#92 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur de Villeneuve , Elley , Rou
vre , &c. Enſeigne des Gendarmes d'Anjou
, accoucha le 7. Decembre dernier
d'une fille, qui fut tenuë fur les Fonts, &
nommée, Marie- Françoife- Alexandre par
Alexandre de S. Quentin , Chevalier ,
Comte de Blet , Ayeul de l'enfant , & par
Marie Anne-Jofeph Farges de Moras,
Epouſe d'Abraham Peirene , Chevalier ,
Seigneur de Moras , S. Etienne , & c.
Maître des Requêtes , & Chef du Confeil
de S. A. S. Madame la Ducheffe de
Bourbon.
Dame Henriette- Bibienne de Franc
quetot , de Coigni , Epoufe de J. B. Joa
chim Colbert , Marquis de Croilly , Capitaine
des Gardes de la Porte , Colonel
du Regiment Royal - Infanterie , accoucha
le io. Janvier 1727. d'une fille,
qui fut nommée Henriette- Bibienne par
J. B. Colbert , Marquis de Torcy , Mi
niftre d'Etat , Commandeur des Ordres
du Roi , & par Henriette de Montbou
cher , Epoufe de François de Francquetot
, Marquis de Coigny , Lieutenant
General des Armées du Roi , Cheva
lier de fes Ordres , General des Dragons,
Gouverneur des Villes de Sedan & de
Caen.
Marie -Renée du Pleffis , Epoufe de
Pierre- Nicolas de Berule , Premier Prefident
JANVIER. 1727. 193
4
fident du Parlement de Dauphiné , &
Commandant pour le Roi dans cette Province
, accoucha le 21. Janvier d'une
fille , qui fut tenuë fur les Fonts , &
nommée Suzanne- Nicole par Pierre de
Paris , Confeiller de la Grand' Chambre
, & par Dame Sufanne - Cecile du
Pleffis .
·
Françoife Magdelaine Chauvelin ,
Epoufe de Louis - Denis Talon , Marquis
du Boulay Confeiller d'Etat , ,
& Avocat General du Parlement , accoucha
le 27. d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts , & nommée Angelique-
Jeanne -Louiſe par Jean- Baptifte - René
de Grouchy , Confeiller - Secretaire
Honoraire du Roi , Seigneur de Meneüil
, &c. & par Dame Marie- Loüife
Molé , Veuve d'Omer Talon , Chevalier
, Marquis du Boulay , Colonel du
Regiment d'Orleanois .
Louis- Antoine Crozat , Baron de
Thiers , Capitaine au Regiment de Languedoc
, fils d'Antoine Crozat, Marquis
de Mouy , &c. Commandeur des Ordres
du Roi , & de Marguerite le Gendre,
époufa le 19. Decembre dernier D. Marie-
Loüife- Auguftine ' de Laval -Montmorency
, fille de Charles- Claude Mar-
Equis de Laval, Seigneur de Chenebrun ,
&c. & de Marie Thereſe de Hautefort.
I SUP
194 MERCURE DE FRANCE .
1
SUPPLEMENT.
ESCRIPTION d'une Horloge d'une nou-
DESCRIPTION, velle ,
temps en Mer , par M. Sully , 1. vol. in 4. de
300. pages , avec Figures ; ce livre eſt achevé
d'imprimer. On le trouve à Paris , chez Briaffon
, rue S. Jacques : à Bordeaux , chez Remond
la Bottiere , & chez J. F. Bernard à
Amfterdam. Le prix en blanc eft fix livres .
La Table des Matieres traitées dans ce Livre,
& qu'on nous a communiquée , pourra donner
aux curieux quelque idée de cet Ouvrage.
TABLE DES MATIERES.
Premiere Partie imprimée à Paris
Janvier 1726 .
Defcription abregée de la Pendule à Levier.
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences à Paris .
3 Remarques fur l'Extrait des Regiſtres de
l'Académie .
4 Differtation fur la nature des Tentatives
pour la découverte des Longitudes dans la
Navigation & fur l'ufage des Horloges pour
la meſure du temps en Mer.
5 Memoire prefenté à Monfeigneur le Comte
de Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat
fur la maniere de faire les premieres experiences
de ces Horloges fur des Vaiffeaux.
Seconde Partie imprimée à Bordeaux
Decembre 1726 .
6 PremierMemoire contenant l'explication des
pre.
JANVIER. 1727. 195
proprietez de la Pendule à Levier , lû à l'Académie.
R. des Sc. de Paris , Avril 1723 .
7 Second Memoire fur le même fujet , lû à fa
même Académie , Janvier 1724.
8 Premiere Lettre de M. Graham de la Societé
Royale de Londres , Juillet 1724
9 Réponse à la Lettre de M. Graham, Août 1724
10 Seconde Lettre de M. Graham , Octob. 1724
II Réponse à la feconde Lettre , Octobre 1724
12 Quatriéme Lettre de l'Auteur à M. Graham
, contenant toutes les Obfervations &
Experiences qu'il avoit faites jufqu'alors de
fes Horloges de Mer , Novembre 1725.
13 Lettre de M. Bernoüilli de Bâla. Juin 1726.
14 Réponſe à la Lettre de M. Bernoüilli , Juin
1726 ,
Is Conditions qui entrent dans l'examen Geometrique
de la Courbe , qui rendent ifortrones
les vibrations de la Pendule à Levier.
16 Lettre de l'Auteur , en Réponse aux Objections
de M. de Cheffailles de Paris , Juillet
1726.
17 Lettre de M. Navarre de Bordeaux , Sep
tembre 1726.
18 Réponse à la Lettre de M. Navarre , Septembre
1726.
19 Differtation de la Montre Marine , avec
l'Explication d'un nouvel échappement.
20 Difcours d'une Pendule aftronomique, propre
aux Obfervations qu'on fait dans les
Voyages , foit de terre ou de Mer.
21 Defeription d'un Meridien portatif univerfel.
22 De la Lunette ou Teleſcope de reflexion de
M. Necotan .
23 Sur les moyens de perfectionner les Cartes
Marines.
24 Lettre de M. l'AbbéBignon à M. Safrau ,
Se196
MERCURE DE FRANCE .
Secretaire de l'Ac. R: des Sc. de Bordeaux:
25 Difcours de l'Auteur à l'Ac. de Bordeaux.
26 Extrait des Experiences faites par l'Auteur
de fes Horloges de Mer , dans le Port de
Bordeaux , qui fut envoyé par M. l'Intendant
à M. le Comte de Maurepas , Miniftre
& Secretaire d'Etat.
27 Lettre de M. le Roy , Commiffaire de la
Marine de Blaye. Octobre 1726.
28 Réponse à la Lettre de M. le Roy , regardant
une maniere de faire les obfervations
des Satellites de Jupiter , & les nouveaux
avantages qu'on en doit efperer.
29. Lettre à M. de Radouay , Capitaine de
Vaiffeaux du Roi de Radouay,Novembre 1726.
30. Réponſe à la Lettre de M. de Radouay.
31. Extrait des Regiftres de l'Académie
Royale des Belles -Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux , regardant les Experiences faites
des Horloges de mer , dans les Ports de Bordeaux
, Decembre 1726.
2
32. Remarques fur l'Extrait de l'Académie
dc Bordeaux .
Supplément qui contient les Differtations
fuivantes.
33. Sur le poids de l'Atmoſphere , diftin
gué de la caufe phyfique de la pefanteur.
34. Sur les differentes longueurs du pendule
en differens climats , fur la dilatation &
retréciffement des métaux , & fur la refiftance
de l'air au mouvement des pendules .
35. Sur les effets que peut produire dans la
pendule à levier , les differences d'acceleration
des corps tombans , fuivant les differences
dans l'action de la pefanteur , fur diverfes
parties de la furface du Globe terreftre.
36. Eclairciffement fur ce qui regarde l'invention
JANVIER
197
1727.
vention de cette pendule à levier , & les
jugemens qu'on en apporte.
37. L'impatience , obſtacle à la perfection
des Arts.
38. Traduction de l'Acte de Parlement
d'Angleterre , regardant les longitudes.
39. Programme d'un Traité d'Horlogerie en
fix Livres , qui contiendra ce qui regarde
l'Hiftoire , la Defcription , la Théorie & la
Pratique de cet Art.
LE GUIDE DES BANQUIERS DE L'EUROPE
, dedié à M. LE PELETIER , Controlleur
General des Finances. Par le
Sieur GIRAUDEAU Neveu , fera en vente
le 1. du mois de Fevrier 1727. Il contient
les Changes réciproquement faits .
De la France pour la Hollande , l'Angleterre
, Hambourg & l'Italie , fuivant
les differens ufages de Paris , Bordeaux ,
la Rochelle & Nantes.
Ceux de la Hollande faits de même
pour l'Angleterre , Hambourg , Madrid ,
Bilboa & Venife , Cadix & Seville :
Liſbonne & Port à Port , Livorne, Genes
& Genêve.
Les Changes de Londres pour Ham
bourg , & d'Hambourg pour Londres .
La Carte gravée des Arbitrages de la
France faits , divifée en fix Tables , contenant
l'égalité des Changes de la France
avec Londres , Amfterdam & Hambourg
calculée fur les variations qui arrivent
I iij
aux
198 MERCURE DE FRANCE.
aux Changes , par le moyen de laquelle
les Banquiers & Négocians font en état
de choisir la Place qui leur eft la plus
avantageufe , foit pour tirer , foit
pour
prendre.
Quatre Tables imprimées contenant
l'égalité des Changes de la France pour
Genes , Livorne , Madrid & Bilboa , Cadix
& Seville , dans le même ordre de la
Carte gravée.
→
Les Ordres & Commiffions en Banque
que Paris reçoit de tirer fur une Place
Etrangere , & de prendre fur une autre
Place executez avec le même avantage
pour le Particulier qui les donne , quoique
faits à des prix differens de l'ordre.
Un Tarif fervant à connoître la valeur
de l'Ecu de Change en Hollande , en Angleterre
, & à Hambourg; de même que
la valeur en France du Florin d'Hollande
, de la Livre Sterlin de Londres , &
du Marc Lubs d'Hambourg à divers prix
de Change.
Avec des inftructions pour ſe fervir de
cet Ouvrage , & la maniere de faire par
regle les operations. A Paris , chez Guillaume
Cavelier , pere , Grand'Salle du
Palais. Etienne Ganeau , rue faint Jacques
, aux Armes de Dombes. Jacques
Etienne , rue faint Jacques , à la Vertu .
Saugrain , Quai des Auguftins , à la Fleur
de
JANVIER. 1727. 199
de Lys. Antoine Claude Briaffon , ruë
faint Jacques. La veuve Saugrain , au
milieu du Quai de Gêvres.
и
LETTRE GALANTE
A MADEMOISELLE DE ***
L'ecombats .Je ne puis refifter davantage
Ly a long-temps , Mademoiſelle , que
à la tentation de vous écrire . C'eft la moindre
liberté que vous puiffiez me permettre
de toutes celles que j'aurois bonne intention
de prendre. Ne vous effarouchez pas
de cette expreffion , puifque c'est vous qui
me les infpirez ; admirez plutôt ma retenuë
& ma vertu. Mais fur quel ton doisje
vous écrire ? Eft - ce fur le ton galant
ou tendre ? Eft - ce fur le ton férieux ou
comique. C'est ce qui m'embaraffe.
J'ai beau fentir , j'ai beau penſer ,
J'ai mille chofes à vous dire ;
Quandje veux exprimer l'excès de mon mar
tyre ,
Je ne fçais par où commencer.
Effayons néanmoins fans vous déplaire:
I iiij
Voici
100 MERCURE DE FRANCE.
Voici fur le ton galant :
Les Graces & les Ris accompagnent vos pas ,
Les Amours pour vous fuivre abandonnent
Cythere ;
Venus jaloufe , admire vos appas ,
Et fon Fils , à vous voir , vous prendroit pour
fa Mere.
Voici du tendre :
Celle qui me fait tant fouffrir ,
Eft plus belle que l'Amour même ,
Mais je ne puis dans mon ardeur extrême ,
Ni la voir fans l'aimer , ni l'aimer fans mourir
Voici du comique :
Un feul de fes regards m'enflamme ,
Et le trait plein de feu qui part d'un oeil fi
beau ,
Me perce , & me tranfperce l'ame ,
Tout ainfi qu'une broche enfile un aloyau
Oh ! Voici du férieux :
Que tout autre que moi vous aime & vous
adore ?
Pour moi fans afpirer jamais à votre coeur
Je vous refpecte & vous honore ,
Avec la qualité de votre ferviteur
très -humble & très- obéïllant ,
DE MAUTOUR.
JANVIER . 1727. 201
akakakakakakakak
EDITS , ARRESTS,
SENTENCES , & c.
ETTRES PATENTES SUR ARREST,
Lconcernant
concernant les droits fur les Vendanges
qui paffent des Provinces reputées Etrangeres
, dans l'étendue des Cinq Groffes Fermes.
Données à Verfailles le s . Fevrier 1726.
enregistrées à la Cour des Aydes le 27. Novembre
fuivant.
LETTRES PATENTES fur ' Arreft , concernant
les Marchandiſes & autres effets qui
reftent dans les Doüannes . Données à Verfailles
le 13. Août 1726. Regiftrées en la Cour
des Aydes le 27. Novembre fuivant.
EDIT DU ROI , concernant la Regie du
Domaine de Meudon. Donné à Fontainebleau
au mois de Septembre 1726. regiſtré
au Parlement le 18. Décembre.
DECLARATION DU ROI , portant Re
glement pour la percection des Droits de
Boüage & de la Traitte de Charente fur les
Sels qui s'enlevent des Marais falans de la
Saintonge du Pays d'Aunix & du Poitou.
Donnée à Fontainebleau le 3.Septembre 1726..
Regiftrée à la Cour des Aydes le 27. Novembre
EDIT DU ROI , portant établiſſement
d'unc
202 MERCURE DE FRANCE.
d'une Maîtrife particuliere des Eaux & Forefts
dans la Ville de Mâcon, & création d'Of
fices . Donné à Fontainebleau au mois d'Octobre
1726. Regiftré au Parlement le 18. Decembre.
ARREST du 24. Novembre , qui ordonne
que le Filet nommé Carte , ne pourra être
toleté aux Pêcheurs de l'Amirauté de Dunkerque,
que pendant les mois de Juillet , Août
& Septembre de chaque année.
ARREST du 3. Decembre , qui fait défenfes
à tous Marchands , Commiffionnaires,
Voituriers & autres , d'entrepofer dans le
Bourg de Mouy aucuns Agnelains pelez ,
fous quelque prétexte que ce puifle être.
ORDONNANCE DU ROI du même
jour , Pour la Divifion & l'Etenduë des
Départemens & Quartiers de l'Intendance de
Rochefort , & du Département de Bayonne.
ARREST du même jour , Qui ordonne
que les Habitans des maifons & dépendances
des Villes , Fauxbourgs & Bourgs du
Royaume , au - delà des Cinq cens Toifes defdites
Villes , Fauxbourgs & Bourgs où les
Droits d'Infpecteurs aux Boiffons ont été établis
avant l'Arreft du 28. Mai 1726. feront
tenus de payer les fommes qu'ils peuvent devoir
pour raiſen defdits Droits.
ARREST du 10. Décembre , qui ordonne
que les Proprietaires d'Offices & Droits fupprimez
, qui ont fait proceder à leur liquidation
, en pourront recevoir le rembourfement
dans les termes prefcrits par l'Arrêt du
JANVIER. 1727. 203
?
1. Octobre 1726. nonobſtant toutes oppofi
tions ; à la charge neanmoins que les oppofitions
dont il n'aura point été rapporté de
main-levée , tiendront fur les nouvelles Quittances
de Finance qui feront délivrées , fur
lefquelles il en fera fait mention .
ARREST du même jour , qui ordonne qu'à
commencer du premier Juillet 1716. les Rentes
Viageres conftituées en vertu de l'Edit
d'Août 1717. feront & demeureront réduites
du denier feize au denier vingt- cinq.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Rentes Viageres conftituées fur l'Edit
d'Août 1720. en vertu de l'Arrêt du Conſeil
& Lettres Patentes du premier May 1723
dont les Capitaux ont été depuis portez au
Trefor Royal , ne feront payées , à commen-
રે
cer du premier Juillet 1726. que fur le pied
de trois Cinquiémes , de la même maniere
que celles conftituées en vertu de l'Edit de
1722. &c.
ARREST du 14. Décembre , qui proroge
jufques & compris le dernier Juin 1727 l'execution
de celui du 15. Juin 1726. concernant
le prix des anciennes Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent.
ORDONNANCE du Roy , du 16. Décembre
, portant ampliation de celle du 25.
Février de la prefente année , concernant les
Milices des Provinces & Generalitez du
Royaume.
ORDONNANCE du Prévôt des Mar.
chands & Echevins , du 20. Decembre , qui
taxe
204 MERCURE DE FRANCE .
taxe le prix du Bois & du Charbon , à com
mencer au premier Janvier 1727. fçavoir , le
Bois neuf de compte , dont 62. buches compofent
la Voye, à 18.livres . le Bois de Corde à
16. livres 19. fals 3. deniers ; & le Bois neuf
de Corde Taillis , à 15. liv . 18. fols 6. den.
La Voye de Fagots & de Cotterets , compofée
de 208. à 17. livres 11. fols 6. deniers , &
la Voye ou Mine de Charbon , compofée de
deux Minots & renduë à la maiſon du Bourgeois
, à 4. livres 7. fols .
ORDONNANCE DU ROY , du 24. Décembre
, portant qu'il fera élû annuellement
dans chaque Port ou Paroiffe des Amirautez
des Provinces de Flandre , Picardie & Normandie
, un Garde-Juré des Pêcheurs , conformément
à l'Ordonnance de 1681 .
ARREST du 27. Décembre , qui ordonne
que les Papiers trouvez fous les Scellez des
nommez Berthier & d'Ille , feront portez à
la Bibliotheque de Sa Majeſté , &c.
EDIT DU ROY , portant que le payement
& le Controlle des Rentes Viageres fur
les Tailles , feront faits par les Payeurs &
les Controlleurs des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris . Donné à Verfailles au mois
de Décembre 1726. Regiftré en là Chambre
des Comptes , le 30. Décembre.
SENTENCE DE POLICE du 10 Janvier
1727. qui condamne le nommé Liard ,
Cabaretier , en 300. livres d'amende , pour
avoir donné retraite à heure induë à quantité
de gens de débauche.
AUS
JANVIER. 1727. 205
AUTRE du 20. Janvier , concernant les
Incendies.
, par
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , qui
commet le fieurde Machault, Confeiller d'Etat
pour dreffer Procès- verbal des repreſentations
qui feront faites par les Particuliers qui ont
fait faire la réduction de leurs Rentes Viageres
en execution de l'Edit du mois de Novembre
1726. du 28. Janvier 1727. Extrait
des Regiftres du Confeil d'Etat . Le Roy
ayant par fon Edit du mois de Novembre
1726. & par deux Arrêts de fon Confeil du
10. Decembre fuivant , ordonné differentes
réductions fur la joüiffance des Rentes Viageres
créées tant fur les Aydes & Gabelles ,
que fur les Tailles les Edits des mois
d'Août 1717. Août 1720. Novembre 1722
Juillet 1723. & Janvier 1724. & que mention
defdites réductions feroit faite par les
Notaires dépofitaires des Contrats defdites
Rentes Viageres ; Sa Majesté a été informée
que plufieurs Particuliers , proprietaires defdites
Rentes , qui ont déja fatisfait à ladite
formalité, ont reprefenté que le retranchement
qui a été ordonné fur la joüiffance de leurs
Rentes, les prive d'une partie abfolument neceffaire
à leur fubfiftance ; que d'autres prétendent
auffi que les fonds qu'ils ont employez
à l'acquifition de ces Rentes , proviennent
de leur ancien patrimoine , pour raifon
de quoi ils demandent d'être admis d'en rapporter
les pieces juftificatives , & à prouver
que leurs Contrats ne proviennent point d'Effets
achetez à vil prix : Sa Majesté toûjours
attentive aux befoins de fes Sujets, & à ce qui
peut leur être utile & avantageux , a réfolu
de faire examiner les Memoires qui pourrone
être
206 MERCURE DE FRANCE.
être prefentez fur les differens cas dans lef
quels fe peuvent trouver les Proprietaires
defdites Rentes Viageres. Ouy le rapport du
fieur le Peletier , Confeiller d'Etat ordinaire &
au Confeil Royal , Controlleur general des
Finances , Sa Majesté étant en fon Confeil , a
ordonné & ordonne que l'Edit. du mois de
Novembre 1726. & les Arrêts du to Decem
bre fuivant , feront executez felon leur forme
& teneur ; & en confequence que les ré
ductions ordonnées par lefdits Edits , & Arrêts
, continueront d'être faites par les Notaires
dépofitaires defdits Contrats , fauf aux
Proprietaires d'iceux à remettre au fieur de
Machault , Confeiller d'Etat , que Sa Majeſté
a commis & commet à cet effet , leurs Memoires
& pieces juftificatives des faits qui y
feront énoncez , dont il dreffera Procès -verbal
, pour fur le vû dudit Procès - verbal être
ordonné par Sa Majefté ce qu'il appartiendra.
Veut Sa Majefté , qu'il ne foit reçû aucun memoire
à ce fujet , qu'en juftifiant préalablement
par les Proprietaires defdites Rentes
qu'ils ont fait faire la réduction ordonnée par
ledit Edit , & qu'il en a été fait mention fur
les Contrats ; à l'effet de quoi ils feront tenus
d'en rapporter le certificat des Notaires .
qui auront fait ladite mention , lequel certificat
fera attaché à leurs memoires & pieces:
juftificatives . Fait au Confeil d'Etat du Roy
Sa Majesté y étant , tenu à Marly le vingt- .
huitiéme Janvier 1727, Signé , Phelypeaux.
AP207
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Janvier, & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 7. Février
1727 .
܀܀
HARDION.
****************
TABLE
Leces Fugitives , Obfervations de l'Abbé
de S. Pierre , fur le Traité de la vente
page
des Immeubles , & c .
Le divorce de l'Amour & de l'Hymenée ,
Poëme ,
II
Suite de l'Hiftoire de l'Aveugle Clairvoyant,
24
Etrennes d'un Gafcon' , à la Reine , 47
Lettre , où il eft démontré que les corps jettez
d'un lieu à un autre , ne décrivent pas une
Parabole ,
Ode à la Reine ,
Lettre pour conduire avec fruit la jeuneffe
dans l'étude ,
Epitre en Vers ,
Lettre fur les Révolutions de Perfe ,
Sur la Beauté , caprice ,
49
58
64
77
83
89
Le Barbet d'Etampes , Pécheur d'Ecreviffes , 90
Portrait de Mademoiſelle .
Difcours prononcé par le Pape',
Enigmes ,
93
ibid
100
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c.
102
Al208
Almanachs en grand nombre , qui ont part
cette année , 104
III
Plan d'un Ouvrage fur l'Egypte , & c.
Confeils d'un Gouverneur à un jeune Seigneur
,
120
Sujet propofé par l'Académie de Pau , pour
1727. 123
Lettre juftificative du Peré du Cerceau , 127
Jettons de cette année ,
Prix d'Eloquence & de Poëfie de l'Académie
Françoife ,
129
132
133
136
Deffein d'un Feu d'artifice du fieur Meiffonnier
, & c.
Chanfon notée ,
Spectacles ,
137
La Nouveauté , Comedie , Extrait, 139
Le Portrait , Comedie nouvelle , Extrait , 147
Nouvelles de Turquie , Ruffie , Pologne , Allemagne
, Italie , & c.
Tremblement de terre de Palerme ,
156
165
Nouvelles d'Espagne , d'Angleterre , Pays-
Bas ,
Morts des Pays Etrangers ,
144
180
Nouvelles de la Cour de Paris , 1 781
188
189
Morts , Batêmes & Mariages ,
Nouvelle Compagnie de Cadets ,
Supplement , Defcription d'une Horloge à
Levier pour la meſure du temps fur Mer, 194
Le Guide des Banquiers ,
Lettre Galante ,
Edits . Arrêts , Sentences , & c.
Fautes à corriger dans ce Livre.
197
199
201
PAge 17.1, 8. un d'eux , 1. uu des deux . P. 21. 1. 13 .
d'un , l, d'être. P. 77. l . 2. du bas. fut , l . fus.
p. 134. l. 16. confternation , ajoûtez à la Cour & P. 1389
7. 2. les paroles ', ajoûtez , & la Mufique . P. 143, 6 , 249
ce qu'il , 1. à ce qu'il.
Les Jettons regardent la page .
La Chanson notée regarde lapage
129
236
Qualité de la reconnaissance optique de caractères