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John
Bigelow
tothe
Century
Association
DM
Merc
米IM
4
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUILLET 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT:
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
· NOEL PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'OL
MDCC. XXVI
Avec Approbation & Privi lege du Roy
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
335149
ASTOR, LENOX
A VIS.
TILDEN ' FOUND TONDRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU , 1905
.
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir fein d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
`copie.
а
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. Lo's ,
1515
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUILLET . 1726.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
RE' PONSE à M. l'Abbé de Villiers, fur
l'aveu qu'il femble faire de fa vieilleffe.
Vers inferez dans le Mercure du mois
de Mai dernier
V
Ouloir déguifer fa vieilleffe ,
Eft for orgueil , c'eft petiteffe ,
Mais en fembler faire l'aveu ,
N'eft qu'un badinage & qu'un jeu :
A ij
Sant
1516 MERCURE DE FRANCE .
Sans befoin , jamais homme fage ,
Bien qu'incapable d'oublier
La décadence defon âge ,
N'a cru devoir la publier.
Un tel aveu , peu neceffaire ,
Doit , en honneur , s'il eft fincere ,
Faire paffer pour vrai vieillard ,
Ou , tout au moins , infpirer l'art ,
D'en avoir l'air & la décence ;
Par confequent , qui ſe dit vieux ,
Doit radoter par bienséance ,
Et par devoir être ennuyeux.
Or , pouvez -vous , la taille droite ,
N'ayant rien qui cloche & qui boite ,
Montrant de loin , comme de près ,
Jeune vifage , air , & teint frais ,
En vicille face décrepite ,
Soudain vous metamorphofer ?
Sinon , d'un difcours hypocrite
Donner lieu de vous accufer .
II
3.10 .
JUILLET . 1726. 1517
Il eft vrai , qu'au joug des Lunettes ,
Auquel , auffi vif que vous êtes ,
Vous paroiffez affujeti ,
Votre difcours femble afforti ;
Et que , de vieilleffe chenue ,
Pourroient encore être citez ,
Comme autre preuve reconnuë ,
Les faux cheveux que vous portez.
Mais , de ces fignes de vieilleffe ,
L'un n'en eft pas la preuve expreffe.
Souvent la foibleffe des yeux ,
Avant qu'ils foient devenus vieux ,
Prend le criſtal qui la foulage ;
Et d'un inftrument qui ſoutient ,
L'humble befoin faifit l'uſage ,
Dont le fade orgueil feul s'abftient.
L'autre figne ; loin qu'on le prene ,
Pour marque évidente & certaine,
D'un âge voifin du tombeau ,
Nul , jeune ou vieux , ne fe croit beau ,
A iij
Nul
1518 MERCURE DE FRANCE.
Nul aujourd'hui n'eſt à la mode ,
Que fous le faix , jadis honteux ,
Jadis à certains maux commode
D'une forêt de faux cheveux .
De la vieilleffe qu'on fe donne ,
Il faut , pour ne tromperperfonne ,
D'autres preuves , d'autres raifons ;
Il faut cracher fur fes tifons ,
Et là ,fans qu'on vous interroge ,
Bredouiller ( qu'on écoute ou non )
Sur le paffé toujours éloge ,
Sur le preſent toujours fermon.
諾
Vous donc , à qui l'on entend dire ,
Que la loiiange & la fatire ,
Qui n'ont qu'un leger fondement ,
Doivent déplaire également ;
Pourrez - vous , fans contrainte extrême ,
Comme vieux , ou tel vous difant ,
Paroître devenu vous - même ,
Et loüangeur , & médiſant ?
Vous
JUILLET 1726 1519
Vous , dont l'étude principale
Eft , de tenir toujours égale
Votre ame en paix , & d'eſſayer ,
En fage Chrétien , d'égayer
Toute adverſe & trifte fortune ,
Il faudroit , pour vous faire voir ,
D'une humeur hargneufe , importune
Vous voir changé du blanc au noir .
M
Ce ferabien une autre peine ,
Si , par hazard , de votre veine ,
Vous voulez tirer , profe , ou vers ,
Vainement de tous vos hivers ,
Pour prouver votre âge imbècile ,
Ferés-vous le dénombrement ,
Tant que vous écrirez d'un ſtile ,
Qui vous trahit & vous dément,
Comme vieux corbeau qui croaffe ,
Il faut que toujours à la glace ,
En figne d'un âge avancé ,
Votre ton foit dur & forcé;
A iiij
De
7520 MERCURE DE FRANCE
De mots étonnez d'être enfemble ,
g
A moins qu'un fuperbe Clinquant ,
De radotage ne vous ſemble ,
Un figne encor plus convainquant.
C'eft- là ,furtout , c'eft-là l'effece ,
Où vous voyant en chaque piece ,
Faire briller à tous propos
De feux follets phraſes & mots ;
On croira que ce verbiage ,
Si cher à tant d'Auteurs récens ,
Marque , en vous , le déclin de l'âge ,
Comme en Eux , celui du Bon fens.
諾
Si vous étiez du goût bizare ,
Qui , fans les entendre , déclare ,
Qu'il faut, qu'Auteurs Grecs & Romains ,
A nos modernes Ecrivains
Cedent la palme diſputée ;
Bien -tôt , par l'éclat ſpécieux
D'un peu de crême fouettée ,
On vous croiroit pire que vieux.
Mais
JUILLET. 1726. 1521
Votre opiniâtre genie ,
A trop fait voir , quelle manie
De l'amour de la verité ,
Vous a , dès l'enfance entêté ;
Et , fuffiez -vous plus vieux encore ,
Vos feuls difcours feroient douter ,
Que vous puffiez , vieille pecore ,
Loin du bon fens vous écarter.
潞
Croyez-moi donc , laiffez votre âge ,
Faites taire le vain langage
Dont , affectant de l'avouer ,
Vous croyez qu'on doit vous louer.
Quelle que foit votre vieilleſſe ,
Bornez - vous à la déclarer ,
Par les vertus que la Jeuneffe ,
Semble aujourd'hui prefque ignorer
A Y EN
1522 MERCURE DE FRANCE .
EN QUOI CONSISTE LE RIDICULE.
FRAGMENT.
De M. l'Abbé de Saint Pierre.
ON
N demande une définition , qui
convienne à toutes les especes
de
Ridicule , fans fçavoir fi la chofe eft
poffible : car il peut bien être qu'il y ait
plufieurs efpeces de Ridicules , qui demandent
chacune leur définition , ainfi
il fembleroit qu'il faudroit être fûr d'avoir
une lifte complette de toutes les ef
peces , avant que de pouvoir être für de
donner une definition qui foit convenable
à toutes ; cependant je vais en propofer
une qui s'eft trouvée convenir à
toutes celles qui me font venues dans
l'efprit.
Définition.
J'appelle ridicule l'action , la conduite,
P'habillement , les manieres , & c. de celui
qui fe pique d'employer des moyens
finguliers pour arriver à quelque fin ,
quoique ces moyens n'ayent aucune proportion
, ni aucune efficacité pour cette fin,
он
JUILLET. 1726. 1523
ou quoiqu'ils doivent produire naturellewent
un effet oppose.
Explication de la Définition.
>
1 °. Je dis , j'appelle ridicule , pour
ne pas prétendre ôter aux autres la liberté
, ou de faire une autre définition
ou d'ajoûter , ou de retrancher quelque
chofe à celle- ci ; cette maniere de définir
, en difant j'appelle , me paroît moins
fujette à conteftation , & par confequent
plus raifonnable.
2. La conduite eft un tiffu d'actións ,
mais une feule action d'un homme peut
être ridicule auffi -bien que fa conduite.
3 °. Il faut pour meriter la mocquerie,
fe piquer de quelque chofe , & s'en piquer
mal à
propos.
4º . Celui qui ne fe pique de rien ,
qui n'a rien de fingulier dans fa conduite ,
qui n'affecte rien de particulier , qui fuit
le train commun & les erreurs communes
, qui employe les moyens ordinaires
› peut fe tromper comme les au
tres dans les moyens qu'il prend pour
arriver à la fin , fans tomber dans le ridicule
, & fans meriter d'être moqué ;
celui qui dans le choix de fes moyens
affecte une fingularité , prouve qu'il prétend
en fçavoir plus que les autres ,
A vj
celui1524
MERCURE DE FRANCE.
celui - la tombe dans le ridicule.
5. Le ridicule paroît d'autant plus
grand , qu'il paroît d'un côté plus de préfomption
dans celui qui y tombe , & de
l'autre plus de difproportion , & d'inefficacité
dans les moyens finguliers qu'il
employe pour arriver à fa fin .
Application.
On peut prefentement voir dans les
Scenes , où les Comiques reprefentent
les ridicules , fi cette définition convient
aux caracteres des Perfonnages ridicu
les.
Ariftofane prétend donner un ridicule
à Socrate pour avoir dit , que la puce
étoit de tous les animaux celui qui fautoit
le plus loin à proportion de la longueur
de fon corps ; mais comme Socrate
n'avoit donné cette remarque , ni
comme nouvelle , ni comme importante
, il ne meritoit pas le ridicule que
lui donne Ariftofane ; cela prouve , qu'il
eft facile aux Comiques & aux Plaiſans,
de donner des ridicules , en fuppofant
des intentions & des prétentions qui ne
font point.
Parcourir ici les Pieces de Moliere ,
& c.
Parcourir les differens ridicules où tom-
..
bens
JUILLET. 1726. 1525
bent les hommes , faute de fe connoître en
bonne gloire , en prenant pour une diftinction
précieuſe une diftinction qui n'est
d'aucune valeur , par rapport au feul but
précieux , qui eft de contribuer à
,
augmen
ter le bonheur de la Societé , c'eft unfond
inépuifable de ridicules.
Le méprifable.
Le ridicule eft méprifable , puifqu'il
ſuppoſe une erreur qui eſt un défaut , &
tout défaut eft méprifable , & plus l'erreur
eft groffiere , plus elle eft méprifable
; mais tout méprisable n'eſt
pas ridicule
, il faut que la préfomption foit
jointe à l'erreur.
L'erreur dans les autres n'eft que méprifable
, parce qu'elle ne nous coûte
point de mal ; mais le vice dans les autres
eft & méprifable & haïffable , c'eft
que c'eft un défaut qui nous caufe du mať.
Le baiffable.
Le haïffable n'eſt pas toujours ridicule,
l'avarice d'un Chef de Famille , qui fair
fouffrir la femme & fes enfans , eft un vice
; elle eft haïffable , mais elle n'eft pas
ridicule , c'eft que l'avare va à fon but ;
&l'on fuppofe que les moyens qu'il emem
1526 MERCURE DE FRANCE
employe pour y arriver , tel qu'eſt l'économie
exceffive , font efficaces & proportionnez
à la fin qu'il fe propofe.
1
On eft bien aife de voir tromper un
avare , parce qu'on le hait ; on lui donne
même une forte de ridicule , parce
qu'on fuppofe qu'il croit mal - à--propos
; qu'à caufe de fa grande défiance
il n'. pas poffible de le tromper : alors
c'eft une préfomption jointe à une erreur
; mais à dire le vrai , ce ridicule
n'eft pas grand, parce que l'on voit qu'il
étoit difficile qu'il évitât une tromperie
finement ourdie ; auffi le Spectateur goute
bien plus le plaifir de voir le vicieux ,
qu'il hait , puni de fon vice , que le plaifir
de le voir chargé d'un ridicule .
Le faux Ridicule .
Il y a des gens d'efprit , qui par jaloufic
& par malignité fe plaifent à tourner
tout en ridicule , c'eft qu'ils fuppofent
de l'affectation où il n'y en a point,
ils fuppofent de l'erreur où il n'y en a
point , tout ce qui brille les bleffe , tout
ce qui eft approuvé leur déplaît : comme
ils ont l'efprit malade , le vertueux , le
fimple , le fage , le fenfé , tout leur paroit
mauvais , ainfi ils ne peuvent prendre
le bon même qu'en mal , c'eft un ca
ractere
&
JUILLET. 1726. 1527.
ractere haïffable , tel fut le caractere d'Ariftofane
; ce caractere eft lui- même fufceptible
d'un vrai ridicule , en ce que le
faux plaifant fe donne pour deviner jufte
les intentions , & fe trompe groffierement
dans le jugement qu'il fait des autres
, & en ce qu'il porte à l'excès les
mauvais jugemens qu'il fait des perfonnes
les plus refpectables qu'il veut rendre
ridicules ; on pouroit en mettre quelques
Scenes fur le Theatre , où un pareil
caractere , qui veut tout tourner en
ridicule , feroit lui-même un caráctere
affez ridicule ; on pouroit l'appeller le ·
Mifantrope ridicule , il réüffiroit peutêtre
mieux , & feroit plus utile que ce
Milantrope vertueux que Moliere a mis
fur le Theatre.
Contrefaire , bas ridicule , & fouvent
faux Ridicule.
Rien n'eft plus aifé à certaines perfonnes
vives & de peu d'efprit , que de
contrefaire la voix , les geftes , les mines
, le parler , le marcher , le rire des
autres ; c'eft encore un faux Ridicule ,
puifque la perfonne la plus fage , la plus
fimple , la plus éloignée de toute affec-
, peut être ainfi traduite en ridicule;
la repréſentation , fi elle eft parfaite,
1528 MERCURE DE FRANCE.
te , fera rire ceux qui connoiffent parti
culierement la perfonne , parce que toute
repréſentation plaît , & on rit en admirant
la perfection de la repréſentation ;
mais dans le fond la perfonne repréfentée
n'en eft pas plus méprifable , & n'en
eft pas pour cela moins eftimable & moins
aimable ; cet art de contrefaire , quand il
eft employé pour ridiculifer des perfonnes
qui n'ont rien de ridicule , devient
une branche de faux ridicule.
Les Etrangers qui s'habillent mal à
notre mode , qui parlent mal notre Langue
; les Etrangers qui fe coëffent mal ,
font rire les enfans & les petits efprits ,
faux ridicule .
Je tiens la définition du Ridicule prefqu'entierement
des Reflexions d'une Dame
de beaucoup d'efprit , j'ai crû qu'il ne
falloit pas laiffer perdre fa penfee , &
qu'il feroit utile à la Societé de donner à
d'autres des ouvertures pourfaire des Applications
de cette définition , & pour
éclaircir de plus en plus la matiere.
ن م
Ces fortes de fragmens ont leur merite
, ils font courts , & donnent à mediter
à ceux qui font capables de meditation
; ceux - ci ajoûtent à l'Ouvrage , au
fragment qui eft déja bon , ils le corrigent
, & c'eft ainfi que les Ouvrages hu.
mains , en paffant de generation en generation
JUILLET. 1726. 1529
neration par diverſes mains , avancent
toujours vers la perfection , & fervent à
perfectionner fans ceffe la raifon humaine
.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶尜
LA GUERRE
.
POEME .
Quellefatalité , fe jouant des humains ,
Arme toujours contr'eux leurs homicides mains !
Et joint aux maux divers qui confument leus
vie ,
Le trouble & les horreurs dont la Guerre eft
fuivie !
L'Ours ne craint point de l'Ours l'âpre ferocité.
Du Tigre furieux le Tigre eſt reſpecté .
Contre les Animaux d'efpece differente ,
Ils tournent les efforts de leur dent menaçante!
L'Homme ennemi de l'Homme , & fon lâche affaffin
,
Fait confiſter ſa gloire à lui percer le ſein
Il eft , & fur ce point déplorons nos miferes ,
Il eft entre les Rois des combats -neceffaires .
D'un
1530 MERCURE DE FRANCE.
D'un Monarquepuiffantla vafte ambition ,
Fait armer fes voifins contre l'oppreffion .
Mais c'eft aux Potentats , que la fageffe anime ,
A juger d'une Guerre injufte ou legitime .
Oui , Princes , des Mortels confiez à vos foins ,
Le fang ne doit couler qu'aux plus preffans befoins.
C'eft peu que vous rendiez vos armes équitables
,
Il faut qu'au Peuple encore elles foient profitables.
Par fon intereft donc vous laiffant captiver ,
Ne l'expofez jamais que pour le conferver.
Et fongez que du Ciel la fagefle profonde ,
Vous a fait Souverains , & non tyrans du monde.
Quoi donc? Un titre vain que l'orgueil vient
offrir ,
Un nom de Conquerant qu'un Roi veut acquerir
,
En un gouffre de maux plonge toute la terre!
Dans de vaſtes Pays il allume la Guerre !
Tout par la flamme , ou nâge dans le ſang !
Le Soldat effrené confond l'âge & le rang
Et la faim fecondant fon courage funeſte ,
Des vaincus fugitifs court moiffonner le refte !
!
Ainfi
JUILLET. 1726. 153 T
Ainfi d'un homme feul la barbare fureur ,
Fair de tous les humains un fpectacle d'horreur.
Sur leur deſtruction il éleve fa gloire,
Un Peuple libre encore irrite fa victoire.
Etfe livrant bien- tôt à ſon jaloux tranſport ,
Il fait fubir à tous , ou les fers ou la mort.
Monarques , loin de vous un fi fatal exemplc.
Confultez l'Eternel . Armez - vous dans fonTemple.
C'eft ainfi que David s'inftruifant de fa Loi ,
Dans les Guerres toujours fçut fignaler fa Foi.
C'est ainsi , devant Dieu , que le grand Theodofe
,
Avant que de s'armer, fanctifioit fa cauſe.
que dans les combats un Roy plein de ferveur
,
Du Souverain des Rois imploroit la faveur.
Lorfque des droits pefez au poids du Sanctuaire
,
Vous feront déployer l'Etendart militaire ,
Les premiers aux combats , affrontez les hazards
;
Servez à vos Sujets d'invincibles remparts ,
* Saint Louis.
Et
1532 MERCURE DE FRANCE .
Et montrant aux Soldats le chemin de la Gloi
re ,
Que votre augufte front préfage la Victoire .
Princes , j'ofe le dire , actifs , laborieux ,
Souffrez la faim , la foif, & le froid avec eux.
La fueur fur le front , & couverts de pouffiere ,
Aidez-les à fournir leur penible carriere.
Lorfque compatiffant il partage leurs maux ,
Un Roi de fes Soldats fait autant de Heros,
Et leur fervant toujours de guide & de modele ,
Au gré de fon ardeur il voit croître leur zele.
Voulez-vous enchaîner le deftin des combats
?
Donnez de vaillans Chefs à de vaillans Soldats
.
Animez - les furtout de vos regards fuprêmes.
Mais en comptant fur eux comptez plus fur vousmême
s;
Er toujours au combat prêts à les remplacer ,
Sçachez vous en fervir , fçachez vous en paffer.
Tel on vit Alexandre , ame de fon Armée ,
Au bout de l'Univers porter fa renommée .
Dans le feu , dans le choc , dans cet ébranlement
,
Qui jette dans les coeurs un noir preffentiment ,
Tran .
JUILLET. 1726 .
1726. 1533
Tranquille , audacieux , prévoyant , intrépide ,
Il fixe quand il veut fon courage rapide.
Attentif au fuccès , & prompt à décider ,
| fçait au même inftant , combattre & come
mander,
Et tandis que la mort avide & triomphante ,
Porte dans tous les rangs l'horreur & l'épouvante
,
Dans le coeur du Heros regne un calme profond
;
Et la ferenité fe répand fur fon front.
Princes , la Guerre abonde en fortunes di
verfes .
C'est le champ où le Ciel fema plus de traverfes.
Un Heros pour fa gloire a fouvent trop vêcu.
Brave , experimenté , Paul Emile eft vaincu .
Mais toujours furveillant , un fage Capitaine
Sçait fe mettre à couvert d'une attaque foudaine.
Du moindre évenement connoiffant tout le
prix ,
S'il peut être vaincu , jamais il n'eſt ſurpris .
Plus heureux , trouvez-vous la fortune propice
,
Ne vous arrêtez point au milieu de la Lice.
Dans
1534 MERCURE DE FRANCE.
Dans la déroute encor craignez votre ennemi.
C'eft n'être pas vainqueur , que de vaincre à
demi ;
> Marchez , courez , volez où le fuccès vous
guide ;
Un fleuve à qui tout cede en devient plus rapide.
Pourſuivez l'ennemi . Profitez des momens
Et campez au- delà de ſes retranchemens.
Annibal eft vainqueur. Cannes à ce grand
Homme ,
Affure les chemins , & la prife de Rome ,
Il n'a qu'à fe montrer. Terrible à ſes rivaux ,
Dans leurs murs , s'il le veur , il borne fes tra
vaux .
Mais joüiffant trop tôt du fruit de fa victoire ,
Il s'arrête & Capouë enfevelit fa gloire.
Son ennemi reprend fa premiere vigueur ,
Et bien- tôt les Vaincus triomphent du Vainqueur.
Cefar toujours actif après une conquête ,
Far une autre Victoire en celebroit la fête .
En vain de vos Rivaux la plûpart font foumis ,
Il faut pour triompher n'avoir point d'ennemis.
Toutefois fi la paix fixant vos adverſaires ,
Les conduit à vos pieds Supplians & finceres ,
MoJUILLET
. 1726. 1535
Monarques , fallut - il relâcher de vos droits ,
Bornez , même à ce prix , le cours de vos exploits
;
Calmez un ennemi que fa foibleffe allarme.
Que le repos public aisément vous defarme.
La Paix a fes Heros : & mieux que les lauriers',
Son Olive fouvent couronne les Guerriers.
Heureux qui confultant une juftice auftere ,
Triomphe fans orgueil , & combat fans colere :
Et qui vivant plutôt en Prince qu'en Soldat ,
De la feule équité fait fa raifon d'Etat.
Rien ne releve plus l'éclat du Diadême ,
Qu'un Roi qui met fa gloire à fe vaincre foimême.
Ainfi lorſque le Ciel exauçant vos ſouhaits ,
Répand dans votre camp les douceurs de la Paix,
Princes , que vos Soldats trouvant en vous un
Pere ,
Goûtent de leurs travaux l'heroïque falaire ,
Et pour les élever au comble du bonheur ,
Diſtribuez vos dons par les mains de l'honneur .
Mais furtout accueillez dans des retraites sûres
,
Tous ceux qui font chargez ou d'ans ou de
bleffures .
C'eft
1536 MERCURE DE FRANCE
C'eſt par là que des fiens fut toujours adoré
Ce grand Roi , le dernier que la France a pleuré.
Princes , inftruifez - vous furun fi grand exemple .
Venez dans nos climats , & que votre oeil contemple
Ce féjour fortuné , ce fuperbe Palais ,
Où nos Guerriers admis & comblez de bien faits ,
Paffent tranquillement au ſein de leur patrie ,
Ce qu'un corps mutilé leur a laiffé de vie.
O Toi , que fit fleurir fon Regne triomphant ,
France , fous ce Heros que ton deſtin fut grand !
Ce Prince belliqueux craint fur la terre & l'onde,
T'eût peut - être élevée à l'Empire du monde ,
Si tous les ennemis prévenant leur malheur,
N'euffent par fa bonté defarmé fa valeur.
Dans fes projets toujours , prudent & magna.
nime ,
Gagnant de ſes voifins ou l'amour ou l'eſtime ,
LOUIS , à qui le Ciel compta de nombreux jours
Par d'heroïques faits en confacra le cours ,
Et couronné par eux d'une gloire immortelle ,
Des Prin ces de la terre eft le plus grand model .
ΤΑ ΝΕΤΟ Τ .
DES
JUILLET. 1726. | 1537
******************
LETTRE du P. Caftel, Fefuite , à M. de
la Roque , écrite à Paris le g.
Juin 1725.
MMay 1726. page 929. ) il y a
R , dans votre dernier Journal ,
une Lettre d'un Philofophe qui fe dit
Galcon , mais qui ne fe nomme pas.
Jeftime la Lettre , j'y répondrois fi elle
portoit fon nom ; mais ce n'eft pas à moi
d'avouer ce que fon Auteur n'a pas jugé
digne de fon aveu . C'eft affez de répondre
à ceux qui fe nomment ; encore même
je ne conviens pas que j'aye pris aucun
engagement là -deffus ; & quand je
l'aurois pris , vous comprenez facilement
que je ne pourrois y fuffire.
Mais pour les Anonymes , il eft bien
certain que je ne dois pas me commettre
avec des gens qui en m'attaquant à découvert
, fe metent eux -mêmes derriere
le mur. On dir tout ce qu'on veut lorf
qu'on peut le dre fans conféquence four
fon nom & pour la perfonne. Je parle
en general , & nullement pour celui qui
m'attaque aujourd'hui de la forte ; je ne
me plains as de fa maniere , elle eft
fort polie ,& comme il le dit lui . même,
B
Jana
1538 MERCURE DE FRANCE.
fans malice. Mais il me permettra de lui
dire , qu'à ce procedé , plus prudent que
naïf ou courageux , j'ai peine à le reconnoître
pour Gafcon : il ne tiendra qu'à
lui de me détromper.
Du refte , Monfieur , j'ay des raiſons
particulieres pour ne point autorifer
par
des réponses ceux qui m'écrivent des
Lettres anonymes dans votre Journal ou .
ailleurs , lorfqu'elles font peu polies ; car
il y a toutes fortes de gens dans la Répuque
des Lettres. Il ne me convient pas de
commettre mon honneur avec des perfonnes
qui renoncent au leur . Ce n'eft
pas là cependant le grand mal , car l'impoliteffe
ne nuit qu'à fon Auteur ; mais
vous ne croiriez pas le mauvais effet que
peut produire une critique polie , lorfqu'elle
eft anonyme. Il y a des gens qui
ont l'efprit & furtout le coeur fi envieux
& fi mal tourné , qu'auffitôt ils attribuent
ces fortes de critiques à l'Auteur même
dont elles attaquent le: fentimens fans
attaquer la perfonne.
C'est ce qui vient de m'arriver à l'oc
cafion de quatre Lettres , dont l'une , fur
le flux & reflux , a paru dan votreJour
hal il y a quatre ou cinq mois , à laquelle
j'ai répondu , & les trois autres
ont paru fous le titre de Lettre Critiques,
crites d'Angleterre , & c. comme fi j'avois
JUILLET. 1726. 1539
vois un grand befoin de contrefaire des
Critiques pour en avoir, & même de fort
polies . Mais il faut parler par faits .
Je prends donc cette occafion pour
avertir que la Lettre anonyme qui a paru
dans votre Journal fur mon Syftême
du flux & reflux general des Mers , eft
du R. P. Alexandre , Religieux Benedictin
du Monaftere de Bonne- Nouvelle
à Orleans , dont vous venez d'annoncer
le Prix qu'il a remporté fur la même
matiere du flux & reflux. Ce R. P. eſt
une perfonne de beaucoup de mérite
qui a un nouveau Syftême fur ce grand
Phénomene . Quelque contraire que ce
Systême foit au mien , je lui applaudis
fort volontiers comme à une nouveauté
bien trouvée , qui a fa vrai - ſemblance ,
& fuppofe beaucoup de fcience & de
génie philofophique dans fon Auteur.
On va l'imprimer à Paris , chez Babuty
& je compte que votre Journal rendra
compre de la Piece que l'Académie de
Bourdeaux vient de couronner..Je n'avois
point l'honneur de connoître le R.P..
Alexandre , lorfque je répondis à fa Lettres
mais peu de temps après il ſe fit
connoître à moi d'une maniere auffi polie
que fçavante .'
Pour ce qui eft des trois Lettres écrites
d'Angleterre , elles font de l'Auteur de
Bij L'Efai
1440 MERCURE DE FRANCE.
Effai d'une Philofophie naturelle , impri-,
mée chez G. Cavelier il y a , je penfe ,
deux ou trois ans : c'eft auffi l'Auteur du
Spectateur Suiffe , qui parut il y a quelques
années . Je ne le nommerai pas, parce
que la maniere polie dont il m'a attaqué ,
demande que je refpecte le fecret qu'il
m'a témoigné vouloir garder lui- même
Là- deffus ; mais il eft affez connu & du,
Libraire & de bien d'autres , il m'a même
dit qu'il s'étoit addreffé lui - même à vous
pour faire annoncer fes Lettres . J'avois
promis de répondre à fa Critique , qui
eft bonne & bien écrite , la réponſe eft
même minutée ; mais je ne me fuis pas
empreffé de la donner , lorfque j'ay vuvû
qu'il n'avoit point mis fon nom à fes
Lettres .
Je reviens à notre nouvel Anonyme
qui m'attaque fur le Clavecin oculaire
j'avoue même que je l'eftime aflez pour
ne le renvoyer pas tout- à - fait fans répon
fe. Il eft vrai que comme il fe cache , ma
réponſe fera un peu énigmatique .
Il paroît fouhaiter en faveur des fourds ,
qui ne laiffent pas , en effet , comme il le
dit , d'être en grand nombre , furtout ceux
qui ne veulent point entendre , qu'on
trouvât une machine, par le
moyen
de laquelle
ils pourroient jouir par les yeux
d'un entretien de plufieurs perfonnes qui
s'en
JUILLET 1726. 1541
Pentreparleroient. Or je lui annonce que
la machine eft toute trouvée, & que je
la lui communiquerai quand il lui plaira,
& lui indiquerai de bons faifeurs à grand
marché. C'est un grand fecret , fans doute,
mais il est éprouvé : j'avouë, au refte , que
j'en tiens l'invention d'un Maître Ecrivain.
Puifque j'ay la main à la plume ,
je profiterai de l'occafion pour faire une
reflexion fur l'injuftice de ceux qui fe
récrient fort contre les nouveautez pareilles
à mon Clavecin. Je les prie de
remarquer que leurs critiques , attaques ,
raifonnemens , penfées , bons mots , &
autres faillies contre ce Clavecin , font
encore plus marquées que lui au coin
de la nouveauté , & d'une nouveauté fufpecte
aux perfonnes d'efprit & de jugement.
Car s'ils y prennent garde , toutes leurs
penfées à cet égard font pofterieures à
la mienne, & voilà la premiere fois qu'ils
y ont penfé . Ils font fort heureux , fi tout.
du premier coup leurs décifions font dest
oracles fur une matiere affez délicate &
qui demande bien des préliminaires ;
pour moi , duffai - je rendre leur triomphe
plus complet , j'avoue que je n'ai pris la
liberté d'en parler affirmativement qu'après
vingt ans d'une étude affez opiniâtre
de tous les Arts & Sciences qui y
Bij ont
1542 MERCURE DE FRANCE .
ont rapport , & après trois bonnes années
de reflexion fur ce point particulier.
Quand ils traitent ce Clavecin de nouyeauté
, ils parlent fans doute pour euxmêmes
car bien furement il n'eft point
nouveau pour moi . Ajoûtez qu'en propo
fant ce Clavecin, je n'ai contredit perfonne,
& que je m'y fuis même aidé des decou
vertes de mes Prédeceffeurs or j'ay
toûjours penfe que pour contredire il
falloit en fçavoir plus que celui qu'on
prétend rectifier ; pour le moins faut- il
fçavoir l'état de la question , & fe donner
le temps d'y penfer , afin de ne me ve◄
nir point dire qu'avec des couleurs on
n'aura que des couleurs & jamais des fons,
& de ne pas prendre la fimilitude & l'analogie
pour l'équation .
Le voici précisément l'état de la queftion
dans fa propre idée geométrique. Il a
deux parties , ou même trois. i ° . La partie
fpéculative, felon laquelle les couleurs.
fuivent éxactement la proportion harmo
nique comme les fons . Notre Anonyme
me permettra de regarder ce point- là,
comme géométriquement démontré juf-,
qu'à ce qu'il ait lui - même géométriquement
démontré le contraire.
2º. La partie pratique , pour laquelle
je prétens qu'on peut ranger des couleurs
dans cet ordre ; violet , indigo , bleu ,
vert ,
JUILLET. 1726. 1543
vert , jaune , orangé , rouge , pourpre ,
avec leurs répliques , comme font rangez
l'ut¸ re , mi, fa , fol , la , fi , ut, & les
faire paroître fucceffivement , ou enfemble,
comme on fait entendre ces fons .
Qu'on m'en falle voir l'impoffibilité .
3. La partie utile ou agréable , que je
prétens égaler celle du Clavecin ordinaire
, dont le plaifir , puifqu'il faut le
dire , ne vient point du tout du fon , pris
comme fon , mais uniquement du mouvement
, de la meſure , de la régularité
de la proportion harmonique , de la combinaiſon
, l'ame fent les couleurs comme
les fons , n'eft- ce pas ? En voilà affez
pour qu'elle en fente la varieté , le changement
, & qu'elle en goute la régularité
& la proportion. N'eft- il pas déja de fait
que l'ame voit les couleurs & leurs divers
affortimens avec plaifir ? Et puis on
va me contefter qu'elle en doive voir
avec plaifir des affortimens plus variez
& plus réguliers. Je fuis fâché que ,
cela , fe foit dire des chofes extraordinaires
. On feroit bien mieux , fans tant de
chicanes , de fe hâter de faifir le nouvel
agrément qui fe prefente. Ars longa,
vita brevis , difoit Hippocrate , que je
donne , en finiffant , pour Medecin à ceux
qui voudront le prendre . Je fuis avec
beaucoup d'eftime , & c.
B iiij LE
dire ·
1544 MERCURE DE FRANCE .
*******************
LE SOLITAIRE,
ODE A ARISTE.
Oin de moi , fuperbes Portiques ,
Lplevermarjinindes Arts
Elevez par la main des Arts ,
Jardins ornez , Toits magnifiques ,
D'un vain Feuple amufez les avides regards ;
Icy mes Lambris font des Hêtres ,
Je vis fans fujets , mais fans maîtres ;
Les vaftes Mers , la Terre & les Cieux azurez
Les miracles divers que produit la Nature ;
Aux bords d'une Onde qui murmure
Occupent mon efprit dans ces lieux ignorez .
Que
les foucis , les vaines craintes ,
Affiegent les Palais des Grands ;
Qu'ils en reffentent les atteintes ,
Que leurs propres defirs leur fervent de Tyrans;
Que du fier démon du carnage ,
Tout ailleurs éprouve la rage
Il semble refpecter cet aimable ſéjour ,
:
Sans crainte & fans ennuis , fans foins & fans
allarmes ,
Loin
:
JUILLET. 1726. 1545
"Loin du bruit des Cours & des Armes ,
Je vois naître & mourir l'aftre brillant du
jour,
La nuit étend fes voiles fombres ,
Les Cieux de mille aftres femez
A travers fes épaifles ombres
>
De feux purs & nouveaux paroiffent animez ;
Au Très - Haut je rends mes hommages,
Dans ces imparfaites images ,
Mes regards étonnez découvrent fa fplendeur ;
Et par un noble effor abandonnant la Terre ,
Je vais au- deffus du Tonnerre ,
De l'Etre Souverain adorer la grandeur .
La nuit à pas lents fe retire ,
Je n'entrevois qu'un jour douteux
L'air s'éclaircit , l'humide empire
Ne peut plus dérober le Soleil à nos voeux :
Son Char attelé par les heures
S'éleve aux celeftes demeures ,
Dans le pompeux éclat du plus riche appareils
Les Oiseaux réveillez dans ces belles retraites,
S'uniffent au fon des Muzettes,
Бу Tout
15.46 MERCURE DE FRANCE.
Tour celebre à l'envi le retour du Soleil.
Ce grand Aftre me reprefente
La majefté de fon Auteur ;
Et fa lumiere bienfaiſante
L'amour & les bontez d'un Dieu Confervateur ;
Rofes , Jafmins , Heliotropes .
Cédres , Altiers , humbles Hyffopes ,
Citez , Plaines , Deferts , vous partagez les feux,
Avec un foin égal Dieu couvre de fon aîle ,
L'enfant foumis , l'enfant rebelle ,
Et commande au Soleil de luire fur tous deux 2
La Mer ici paroît tranquille ,
Je puis , à fes flots applanis
Confier ma Barque fragile ,
Sans redouter des vents les efforts réunis ;
Vain eſpoir , les ondes mugiffent ,
Le jour pâlit , les vents frémiffent ,
La foudre gronde , éclatte , embrafe les Vaiffeaux
;
Du monde féducteur , image naturelle !
La Mer eft bien moins infidelle
Je
JUILLET. 1726.. 1547
Je crais plus fes douceurs que le calme des
Eaux.
Je tourne mes yeux vers la terre ,`
Quelle foule d'êtres éparts,
Ouvrage que fon Globe enferre,
Faſtueufes Citez , invincibles Remparts ;
Riches Palais , vaftes Campagnes ,
Hôtes des airs & des Montagnes :
Vous , muets Habitans de l'empire des Mers ,
Et vous que fon amour a faits pour le con
noitre ,
ི་
Mortels , adorez ce grand Maître ,
Dont la feule parole enfanta l'Univers.
Solitudes impénetrables ,
Aux ardeurs du flambeau des Cieux , -
Bois antiques & venerables ,
Temples , Palais , Autels de nos premiers Ayeux ;
Mon ame à votre ſeule vûë ,
D'un faint refpe &t fe fent émuë ;
Avec vous fans témoin j'aime à m'entretenir ,
Couché nonchalament fous vos plus noirs ombrages
,
Je m'égare au de- là des âges ,
B vj
Et
1548 MERCURE DE FRANCE.
Er perce dans le fein du plus fombre avenir.
Rien ne trouble ma paix profonde
Et dans ces fauvages climats ,
९
Je crois feul habiter le monde ;
J'y décide à mon gré du deftin des Etats
Le Bronze rival de l'Hiſtoire ,
En vain veut fauver la mémoire ,
Des Princes , des Héros , fameux par leurs exploits
;
Le Bronze cede au temps , fes monumens périflent
,
Et je vois qu'avec eux finiffent
La gloire & la grandeur des Héros & des Rois.
Les Saifons , leur viciffitude ,
Dans le loifir dont je joüis ,
Font fouvent mon unique étude ,
Mes beaux jours , dis - je alors , font prefque
évanouis
Tandis que les Prez reverdiffent ,
Mes cheveux , plus rares , blanchiffent
Les fleurs dans nos Jardins renaiffent tous les
ans ,
Tous les ans je revois Flore , Cerés , Pomone ,
JUILLET. 1726. 1549
Je fuis déja dans mon Automne
Et , pour moi , je fens bien qu'il n'eft plus de
Printemps.
L'Hyver attrifte la Nature ,.
Les Oiseaux n'ont plus de Concerts ,
La Terre a perdu få parure ,
Heriffez de frimats , nos Champs font des Deferts
;
Lórfque les ans , beautez trop vaines ,
Glaceront le fang dans vos veines ,"
Vous perdrez ainfi qu'eux vos fragiles appas ,
Les plaifirs , les Amours ne fuivront plus vos
traces ,
Ils s'envolent avec les graces ;
Vos Lys mourront un jour & ne renaîtront pas.
Ces Torrens formez par l'orage ,
Ces tourbillons impétueux , :
Des vents l'effroyable ravage ,
Ces Monts couverts de nege & ce Ciel nébuleux
,
Vers mon foyer , tout me ramene ,
Là , fatisfait de mon domaine ,
J'entens autour de moi gronder les Aquilons ,
Et
1550 MERCURE DE FRANCE .
Et fous le toit ruftique , où le chaume me cou
vre ,
Humble toît préferable au Louvre ,
Je vois l'Onde en couroux inonder les Vallons.
Le monde ainfi s'écoule & paffe
Heureux qui fçait le mépriſer ,
Dès long- temps fon joug t'embarraſſe ;
Qu'attens-tu , cher Ariſte , ofe enfin le brifer ?
Viens me voir dans ma Solitude ,
C’et - là que fans inquietude ,
Nous pourrons à loifir chercher la verité :
On la voit ratement habiter à la Ville ,
0
Mais elle regne en un azile
Où la vertu s'accorde avec la liberté.
Viens dans ces demeures chéries ,
De l'innocence & de la Paix ;
Meres des douces rêveries ,
Elles auront pour toi les plus puiffans attraits ;
Que l'art prodigue les miracles ,
Dans ces éblouiffans Spectacles ,
Qui tiennent des mortels les regards enchantez :
Une
JUILLET. 1726. 1551
Une Fleur qui s'entrouvre , un Vallon , une
Plaine ,
Le pur criftal d'une fontaine ,
Vaudront pour nous l'éclat des plus belles Citez.
Le Pere Poncy , Jefuite.
Cette Piece a concouru cette année
pour les Prix des Jeux Floraux .
}
LETTRE écrite de l'Abbaye Royale de
de S. Denis en France , le 24. Juin
1726. par le R. P. Dom Thomas
Tallar , Religieux de cette Abbaye ,
furfa guerifon , operée par la vertu de
la Pierre d' Aiman.
E me rends , Monfieur , d'autant plus
volontiers à vos inftances , que je
croi le Public intereflé d'apprendre ce
que vous me demandez. Je ne pourrois
donc , fans quelque injuftice , refufer de'
l'informer du fuccès d'un remede ,' qui '
devient important par les effets qu'il a
produits . Mais pour garder quelque or- '
dre dans ma Lettre , il eft bon de repren
dre la chofe d'un peu haut , & d'entrer,
dans
1552 MERCURE DE FRANCE.
dans un petit détail neceffaire.
Vous fçaurez d'abord , que je nefuis
âgé que d'environ 29. ans , & quede -
puis plufieurs années j'étois d'une foibleffe
extraordinaire ; j'étois auffi continuellement
tourmenté de mouvemens
convulsifs qui me faifoient faire de frequentes
genuflexions . Quand j'étois même
affis , je frappois des pieds & des
mains , fans qu'on ait pû connoître la caufe
de mon mal , parce que ce qui devoit
le plus contribuer à me fortifier, fembloit
m'affoiblir car quoique je mangeaffle ,
& que je dormifle autant bien qu'on le
peut fouhaiter , loin de m'en trouver
mieux , c'étoit pour l'ordinaire immediatement
après mon fommeil , & après
mes repas que je me fentois plus indifpofé.
T
Cette foibleffe , qui dans les commencemens
fouffroit des interruptions confiderables
, étoit devenue prefque continuelle
depuis trois ans. J'eus dans cet
intervale une attaque de paralyfie , mais
qui n'eut point de fuites , pour laquelle
cependant on m'a fait prendre les Eaux.
dé Bourbon. Ces Eaux me procurerent.
une fanté parfaite , mais qui ne fut
de longue durée. Elle fut même fuivie
d'un mal qui duroit encore il n'y a que
fix femaines ; car au bout de deux mois
pas
i que
JUILLET. 1726. 1553
que je fus revenu de Bourbon , je commençai
à être attaqué d'une maladie convulfive
, qui me faifoit d'abord tomber
fur le côté droit , enfuite je tombai en
devant , en faisant les genuflexions dont
j'ai parlé , je fentis cinq ou fix mois
aprés quelque difpofition pour être attaqué
de même par les bras...
On crut alors , que l'unique moyen
de me tirer d'un état fi trifte , c'étoit de
me renvoyer aux Eaux de Bourbon , dont
je m'étois bien trouvé pour la premiere
fois ; mais au lieu d'y trouver le remede
à mes maux préfens , elles m'en cauferent
d'autres , que je n'y avois point
porté. A la verité , mes chutes , ou pour
mieux dire , les génuflexions aufquelles
j'étois fujet , cefferent dès que j'eus commencé
à boire de ces Eaux ; mais elles
recommencerent dès que j'eus difcontinué
d'en prendre , & fi elles me laiſſerent
enfuite tranquille pendant quelques
mois , elles recommencerent après avec
plus de violence. A ces génuflexions fe
joignirent des agitations violentes , qui,
à la faveur des remedes que je pris , me
donnerent quelque relâche ; mais depuis
la Fête de S. Loüis derniere , jufqu'au
commencement de l'Avent , elles furent
prefque continuelles , je veux dire feulement
qu'elles me prenoient tous les
jours
1554 MERCURE DE FRANCE:
jours une ou plufieurs fois . Ces agita
tions n'avoient jufqu'alors été que dans
les jambes mais mes bras commencerent
dans la fuite à en être attaquez .
.. Ce fut dans cette fituation , que le 27 .
de Novembre dernier , une perfonne me
confeilla de porter fur moi une Pierre
d'Aiman , parce qu'elle avoit lû quelque
part que cette Pierre arrêtoit les convulfions.
Je vous avoue , Monfieur , que
je me portai fans peine à en faire l'effai ,
parce que cela étoit aifé , mais ce fut fans
en concevoir de grandes efperances . Cette
perfonne en emprunta une , groſſe
feulement comme un petit oeuf de Pigeon
, mais bonne & bien armée. L'effet
en fut fi prompt , que , quoique je
fuffe alors très - agité , auffi- tôt que j'eus
cetté Pierre dans les mains , je me trouvai
tranquille , & même hors d'état d'être
agité comme auparavant ; je l'ai portée
depuis , & je n'ai aucune convulfion ,
je n'ai fait aucune génuflexion , & je n'ai
point frappé des pieds , je me fuis même
trouvé en état d'aller me promener avec
mes Confreres. Enfin je fuis à preſent
dans une affez bonne difpofition , il faut
cependant avouer que je fuis toujours
très -foible . Il eft à croire que l'effet de
cette Pierre n'eft point abfolument paffager
ou momentanée car je fuis quel
quefois
JUILLET. 1726 1559
quefois trois jours fans la porter , fans
que je m'en trouve plus mal . Voilà ,
Monfieur , toutes les lumieres que je
puis vous donner fur ma maladie , & fur
ma guerifon operée par cette Pierre ..
Je fuis , & c.
akak kakakakakak ak
EPIGRAM ME.
LE SERGENT HONNESTE HOMME
D
Ans un Spectacle étoit repreſenté ,
Maximien perfecutant l'Eglife ;
Illaiffercheoir un fer enfanglanté
Qui d'un Sergent froiffe la tête grife ;
Du Sbirre alors quelle fut la ſurpriſe !
La larme à l'oeil , on l'entend s'écrier ,
Quand les méchans ont fait une fottife .
Les gens de bien doivent-ils la payer è
LET
1556 MERCURE DE FRANCE,
MMMMMMMMM
*********
LETTRE de M. de Sully, aux Auteurs
du Mercure de France ; écrite de Paris
le 8. Juillet 1726 .
MESSIEURS
Plufieurs Sçavans m'ont fait l'honneur
de me communiquer des Remarques
, qu'ils ont faites fur la Defcription
d'une Horloge d'une nouvelle invention
que j'ai publié , & dont on a
donné des Extraits dans les Journaux , *
& je crois avoir répondu d'une maniere
allez fatisfaifante à toutes les objections
qu'on m'a faites jufqu'à prefent. Comme
cette maniere de critiquer les choſes
nouvelles eft utile & intereffante , &
que j'ai deffein de publier tout ce qu'on
m'écrira , qui foit digne d'attention fur
ce fujet , je vous prie , Meffieurs , de
vouloir bien inferer le Programme ſuivant
dans vos Recueils les Sçavans ſur
ces matieres pourroient s'exercer à loifir
à refoudre quelques - uns des Problêmes
:
Le Mercure du mois de Mai , & les Journaux
des Sçavans , de Trevoux & de Verdun
pour le mois de Juin .
qui
JUILLET 1726. 1557
qui s'y trouvent renfermez , & qui mesitent
peut-être que les Geometres du
premier ordre s'en mêlent. Au refte ,
les recherches aufquelles je les excite ,
ne font pas des chofes de fimple curiofité
: elles font d'ailleurs intereffantes &
utiles , & le Public auroit obligation aux
Sçavans qui voudroient fe donner la peine
de les faire .
Il eft abfolument neceffaire pour l'intelligence
des Problêmes fuivans , de
confiderer attentivement la Defcription
fufdite avec la Planche premiere qui
l'accompagne. Elle fe vend chez Briaf
fon , rue S. Jacques.
J'avertis auffi par cette occafion ,
qu'ayant pris des arrangemens pour faire
inceffamment les premieres expériences
de mes Horloges fur mer , je ne manquerai
pas de vous en communiquer les
premieres nouvelles , & je publierai auftôt
les Remarques des Sçavans , &
mes Réponses que j'ai promifes dans
Avertiffement de ma Defcription , avec
les particularitez hiftoriques des experiences
que j'aurois faites fur Mer ; ce
qui joint aux Memoires que j'ai lûs à
' Académie Royale des Sciences , pour
expliquer mon invention , fera la fuite
de mon Livre qui fera alors complet , &
d'environ 200. pages in 4 avec Figares.
Je fuis , &c. SULLY.
$558 MERCURE DE FRANCE.
CONDITIONS qui entrent dans l'Examen
geometrique de la Courbe , que
j'employe dans ma nouvelle Horloge,
dont les ufages font expliquez dans
une Brochure , avec Figures , que j'aî
publiée depuis peu , fous le titre de
Defcription d'une Horloge d'une nouvelle
invention , pour la jufte mesure
du temps fur Mer , avec quelques
Questions regardant des proprietez
phyfiques de cette Horloge .
I.
Pour
Our examiner geometriquement la
Courbe , il faut la reduire d'abord
à fa plus grande fimplicité , qui eft ( le Balan
cier étant en équilibre ) un Poids fufpendu à un
fil infiniment flexible , perpendiculaire à l'horifon
, & tangente fucceffivement à tous les points
de la Gourbe.
2. Comme dans cette action le poids fufpendu
décrit auffi une Courbe , où il yyaa principalement
à confiderer la defcente du Poids , peut
être feroit-il bon de negliger d'abord l'accele
ration , qui ne laiffe pourtant pas d'entrer pour
quelque chofe dans l'action du Poids defcendant
& de ne confiderer le Poids à chaque
pointe de la defcente , que comme dans le premier
inftant de fon action.
3.* 5. On peut examiner enfuite pour combien
J'acceleration du Poids defcendant entré dans
fon action la quantité de cetre acceleration ,
o pequelJUILLET
. 1726. 1559
quelque petite qu'elle foit , étant encore diverfihée
, fuivant la grandeur des Courbes , les
temps des vibrations reftant toujours de même,"
ou fuivant les differens temps des vibrations ,
la grandeur des Courbes reltant de même ; &
encore fuivant que les arcs des vibrations détrits
, foit plus ou moins grands , la grandeur
des Courbes , & la durée des vibrations reftans
de même.
4. Quelles font les viteffes relatives , avec
lefquelles font parcourues toutes les parties proportionnelles
de l'arc de vibration indiqué par
faiguille.
5. Quelles font les viteffes relatives de la deftente
du Poids , répondantes à des arcs corref
pondans de la vibration , indiquez par la même
aiguille ?
6 Peut- on connoître les vîteffes relatives de
la defcente du Poids , rapportées à des arcs correfpondans
de vibration , fans premierement
connoître les diſtances du centre C de tous les
points de la Courbe , où le fil eft fucceffivement,
argent à chaque inftant de la defcente , ( ce qui
fuppofe la connoiffance préalable de la Courbe )
& peut-on connoître ces points , & par confequent
la Courbe même , fans avoir auparavant
les viteffes relatives de la de'cente ?
7. Le Balancier & la Courbe donnés , & faiſant
fur le même Axe une parfaite équilibre , quels
feront les rapports des Poids , pour faire déerite
les Arcs de Vibrations en 1. 2. 3. 4. OU 5.
fecondes chacun , en ne comptant pour rien
Pacceleration de la defcente du poids , & quels
feront les changemens faits dans ces rapports
par les differences de l'acceleration , fuivant ces
differens tems des Vibrations .
8. La Courbe trouvée dans ces circonftanes,
quels feront les changemens qui y ferout
apportez
1560 MERCURE DE FRANCE:
> apportez par l'application d'un Levier , au lieu
d'un Poids fufpendu comme cy- deffus , le plus
grand rayon de la Courbe étant d'un pouce ,
La longueur du Levier X-Z , de fix pouces , &
la longueur du fil C -YY. de même de fix poûces
?
9. Quels autres changemens encore feront
apportez par l'éloignement du même Levier , de
fix poûces , à une diſtance de C. donnée plus
ou moins grande , ou par un Levier donné plus
ou moins grand , pofé à la même diſtance de
fix pouces , comme cy- deffus , ou pour telle dif
tance de C. ou pour telle grandeur de Levier
qu'on veut ?
10. Quelles font encore les differences
de l'acceleration dans la defcente du Levier en
chaque cas , d'avec celle du Poids pour chaque
temps de vibration qu'on veut.
II. Trouver le centre d'ofcillation du Levier.
12. Trouver la Courbe pour chaque élevation
du même Levier & à même diftance , audeffus
ou au- deffous de la direction horisontale.
13. La vraie Courbe trouvée dans tous les
cas , trouver le moyen de l'exprimer numeriquement
par une fuite de rayons partans du
centre C. & répondant à des parties proportionnelles
du cercle du Balancier , qui-
C. pour centre.
14. De terminer en chaque cas à quelle
diſtance du centre C. paffe le fil tangent prolongé
fur chaque point de la Courbe , ou quel
eft le rayon du Balancier qui rencontre perpendiculairement
à chaque inftant la tangente
Prolongée,
15. Trouver une conftruction
de Levier ,
dont l'action feroit égale à celle du Poids cydellus
, à l'exception
feulement
de l'angle que fera le fil tangente , de côté & d'autre de la
ligne
TUILLET. 1726. •
156I
ligne C-YY. & trouver la Courbe qui lui convient.
Sur d'autres propriétez de cette Horloge,
qui méritent l'attention des Sçavans.
16. Le centre d'oſcillation da Levier & le
eercle d'ofcillation du Balancier étant déterminez
, fi l'ón ajoûte des Poids à ces points proportionnez
aux Poids totaux du Balancier &
du Levier, toute autre choſe n'étant de même,
cette addition des Poids apportera - t- elle d'autre
changement aux durées des Vibrations , que ce
qui vient de la quantité acceleratrice de l'action
du Levier, qui changera fuivant les variations
de l'action de la caufe Phyfique de la
pefanteur? Quelle fera encore cette quantité ,
& s'il y entre autre choſe , de quelle nature eftelle
, & quelle eft la quantité ?
17. Peut il arriver autre chofe par l'inégalité
de l'action de la pefanteur en divers endroits de
la furface du Globe Terreftre , que ce qui arrive
dans cette experience ?
18. Outre ce que peuvent faire fur cette Horloge
les mouvemens du Vaiffeau , fuppofant qu'il
y faffe quelque chofe de fenfible ; quelles font
ces caufes ou Phyfiques ou Méchaniques , qui
pourroient altérer la jufteffe de fon mouvement
, & quelles font les parties de la Machine
qui en feront les plus affectées ?
晶晶
C LA
1562 MERCURE DE FRANCE.
kakakakakakakakakakakX
LA CIGALE ET LA FOURMI ,
FABLE.
CIgale
ayant hérité
>
La récolte d'un Eté ,
Maintes gouffes amaffées ,
Maintes fleurs , maint petit grain ,
Qu'un Hancton , fon germain ,
Avoit , en mourant , laiffées
Héritiere de ce bien ;
Fiere de fon héritage ,
Elle ne penfoit à rien ,
Qu'à redoubler fon ramage ,
Et de chanter faifoit rage.
Comme vous fçavez fort bien
Cigale n'eſt pas trop fage ,
Ni trop habile en ménage .
Pour chanter foir & matin ,
Danfer & faire feftin ,
Bon cela , ce badinage
Eft affez à ſon Uſage.
>
La Fourmi , qui point ne dort ,
Et
JUILLEL. 1726. 1563
Et qui fans ceffe machine
Nouveau tour , nouvel effort >
Pour agrandir fa chaumine ;
Cette adroite , cette fine,
Ayant fçû que fa voifine ,
En ménage depuis peu ,
Faifoit affez bonne mine ,
A qui lui faifoit beau jeu :
Voilà , dit notre Matoife ,
Juftement ce qu'il nous faut
Pour vivre en groffe Bourgeoife,
De glaner par ce grand chaud ,
C'eft pitié , c'eſt peine extrême ;
Mais qu'on eft exempt de ſoin ,
Quand on peut, fans aller loin
Join
Moiffonner au grenier même !
Cela fut dit & fut fait.
Vers la Cigale en effet ,
La Marmiteufe s'avance .
L'oeil riant , l'air affecté ,
Le corps marchant en cadence .
Après mainte révérence ,
Maint compliment concerté ;
Sans mentir , en vérité ,
Cij
Lui
1564 MERCURE DE FRANCE.
Lui dit la franche friponne,
Vous voila toute mignonne ,
A vous voir cet enbonpoint ,
Ce teint qui ne fane point
L'oeil P'humeur fi gentille ,
gay ,
Chacun vous prendroit pour fille
De chanter rien n'eſt ſi ſain.
Pour moi je travaille en vain ;
Et qu'on eft fou , quand j'y penſe ,
De fe donner du chagrin
Pour amaffer grain à grain !
Plaifir vaut plus qu'abondance .
De chanter rien n'eft fi doux ;
Je voudrois , que vous en femble ,
Me loger plus près de vous ,
Pour que nous chantions enfemble,
J'ai chez moi jeunes Fourmis ,
Beaux enfans , belle Mégnie.
C'est pour vous autant d'amis,
C'eſt plaifir , c'eſt compagnie,
Chacun d'eux vous aiderą
A chanter vos Chanfonnettes.
Ils fçavent tous l'Opera ,
La
JUILLET . 1926. 1565
La bonne femme en fera.,
Qui rira ,
Chantera ,
Danfera ,
Et dira
Mille fornettes.
Mettons bas ,
L'embarras ,
Le tracas ;
Plus d'ennuis , plus de miferes ,
Plus de foin , plus de moiffon.
Ca Voifine , ça Commere ,
Une petite Chanſon .
A ces mots de la bonne Ame ,
Dame Cigale fe pâme ,
D'aife en fait trois ſoupirs ,
S'attend à nouvelle game ,
Bref , de fon confentement ,
La Fourmi dans ce moment ,
Et toute fa quirielle ,
Vient habiter auprès d'elle ,
Chantent Chanfon telle - quelle ,
Mangent la fucceffion
Paternelle & maternelle
Ciij
De
1566 MERCURE DE FRANCE.
1
De deffunt fieur Haneton.
Ainfi fe nourrit , dit- on-
Par adreffe finguliere ,
La Fourmi , les Fourmillons
Et toute la Fourmillere.
2
Sus , danfez , notre Héritiere ,
Vous
payez
les Violons .
kkkkkkkkkkkkk
REFLEXIONS fur la diverfité
& l'origine des Langues.
Es hommes fe communiquent leurs
Lentées de plufieurs manieres , dont
les plus communes font , le Gefte ,
Parole & Ecriture .
la
La plus ancienne maniere de s'exprimer
qui ait été parmi les hommes , c'eft
le Gefte ; de tous les temps , de tous
Pays , qui n'a befoin d'étude ni d'interprete
, les muets fe font entendre aux
fourds , qui les comprennent . Qu'un
Chinois & un François fe trouvent enfemble
, ils ne pourront parler , non plus
que les fourds & les muets , mais ils
trouveront le moyen de s'entendre par
le fecours du Gefte .
Il y a deux fortes de Geftes , les uns
fervent à exprimer les chofes qui fe
paffent
JUILLET. 1726. 1569
paffent en nous , comme font les affections
& les fentimens , les autres fervent
à exprimer les chofes qui font hors
de nous.
1 .
Les affections & les fentimens s'expriment
par l'air , ou , pour ainfi -dire , par
le Gefte du vifage ; les chofes exterieures
& hors de nous , s'expriment par
Gefte de la main.
le
Il n'eft pas befoin de la parole pour
faire entendre fi on aime ou fi on hait,
fi on veut obliger ou nuite , fi on accorde
ou refufe , fi on eft de même ou de
different avis. Toutes ces difpofitions de
l'ame , font tellement marquées fur le
vifage de l'homme , qu'il eft plus für de
connoître ce qu'un homme penfe en le
regardant avec attention , qu'il n'eft für
de le connoître par ce qu'il dit : ce qui eft
- de certain encore , c'eft que ce langage ,
tout muet qu'il eft , touche & remue
beaucoup plus que celui du difcours . Il
y a en cela chez certaines gens , des
graces & une éloquence muette , qui ne
font pas chez les plus beaux parleurs.
C'eft cette impreffion naturelle qui fait
que de deux perfonnes qu'on ne connoît
point , il y en a une fouvent qui
revient , & qui plaît plus que l'autre ,
quoiqu'elles n'ayent point encore parlé,
ce n'eft autre chofe que la maniere dont
-C iiij la
1568 MERCURE DE FRANCE:
la perfonne fe prefente & dont elle agit ,
qui nous affecte à ſon avantage ou à fon
défavantage , fuivant que fa maniere d'agir
nous découvre fes bonnes ou mauvaifes
difpofitions à notre égard ; c'eſt
là tout le fecret de la fympathie ou antipathie
à laquelle le vulgaire attribue
fes premieres impreffions.
ya
Le Gefte de la main fert à exprimer
les chofes exterieures de deux manieres
, ou par l'indication , en les montrant
au doigt , comme nous faifons quand nous
demandons quelque chofe dont nous ne
fçavons pas le nom ; mais il faut pour
l'application de ce Gefte , que la chofe
foit prefente fous la main & fous les
yeux ; car on ne peut pas s'en fervir à
l'égard des chofes qui ne font pas à portée
de la main & des yeux ; mais il y a
une autre maniere d'exprimer les chofes
qui ne font pas prefentes, & dont on ne
fçait pas le nom , c'est l'imitation , qui
eft une espece de réprefentation des chofes
par des fignes fignificatifs ; c'eſt ainfi
que les enfans qui n'ont pas encore appris
à parler converfent entr'eux , & que
-converferoient deux perfonnes de Nation
differente , qui n'auroient point de Truchement
c'est ainsi que les premiers
hommes ont converfé.
Mais comme les chofes de pur raifonJUILLET
1726. 1569
fonnement & celles qui ne font
pas à
portée de la main & des yeux , ne peuvent
être que très difficilement exprimées
par ces fignes , & qu'il y a une infinité
de chofes qui font prefentes à la
penfée , foit par la mémoire , foit par
le raifonnement , & qui ne tombent ni
fous la main , ni fous les yeux , il a fallu
avoir recours à la parole pour les exprimer
mais comme ces fortes de chofes
ne font pas le plus ordinairement néceffaires
pour la vie , il faut conclure
que pour les befoins & les devoirs de
la vie , la Nature y a géneralement pourvu
par l'intelligence commune qu'elle
nous a donnée des fignes & des Geftes
naturels , & que le langage a été inventé
pour le commerce de l'efprit , plutôt
que pour le befoin de la vie.
Les hommes n'ont pas plus de difpofition
à parler qu'à chanter ; de même
qu'il n'y a pas de Mufique naturelle , il
n'y a pas de Langue naturelle , la Mufique
& la Langue font de pure invention
, la Nature n'a donné que l'organe
& les fons.
Il y a deux fortes de fons , les uns
font formez par l'inflexion du gofier ,
les autres par l'inflexion de la langue ;
c'est l'inflexion du gofier qui fait les
differens tons de la Mufique , c'eft l'in-
C▾ flexion
1570 MERCURE DE FRANCE.
flexion de la langue qui fait les differentes
prononciations du langage .
La langue eft capable de beaucoup plus
d'inflexion que le gofier , qui ne differe
que du plus ou du moins de 8. 10. 12 .
14. à 15. tons , au lieu que l'inflexion
de la langue eft infinie , & ne peut fe
nombrer , c'eft de - là que vient la difference
infinie des Langues , qui furpaffe
infiniment la difference des accords ,
ce qui fait que la Langue Chinoiſe doit
être beaucoup plus differente de la Lan
gue Françoife , que n'eft la Mufique de
ces deux Nations , & ainfi des autres .
1
Les plus belles Langues qui ayent été
connues dans le monde , la Grecque , la
Latine , la Françoiſe , c'eſt le hazard qui
les a produites , & l'art qui les a perfectionné
; quelque parfaite que foit une
Langue , elle n'a pas d'autre origine que
la plus barbare , elle ne differe que par
l'abondance des mots , la varieté des tours ,
& la netteté de l'expreffion. Il n'y a
point de perfection fixe dans les Langues
, car il n'y en a point qui le puiffe
être davantage ; le François qu'on parlera
dans deux cens ans , fera peut- être
plus different de celui que l'on parle aujourd'hui
, ne l'eft de celui que l'on parloit
il y a deux cens ans. Il n'y a point
de Langue fi barbare , qui ne puiffe acquerir
JUILLET. 1726. 1571
querir la perfection de la Latine & de la
Françoiſe , il ne faut que le temps , le
nombre & le genie des hommes qui la
parleront , qui écriront , & qui s'appliqueront
à la perfectionner ; il ne faut pas
croire , qu'il ne puiffe un jour fe former
de nouvelles Langues qui n'ont point encore
été , il ne faut pour cela qu'un nouveau
Peuple , un nouvel Empire,
Que dans une Ifle déferte , mais fertile
, abondante , & munie de toutes les
chofes neceffaires pour la vie , on tranf
porte une douzaine d'enfans des deux fexes
, à qui on n'aura jamais parlé , que
dans une autre Ifle pareillement munie
de toutes chofes , on en mette un pareil
nombre , fi les Habitans de ces deux
Ifles n'ont point de commerce de l'une
à l'autre , ni avec d'autres hommes , chacun
de ces Peuples ne manquera pas de
fe faire un langage particulier different
de l'autre , & qui n'aura rien de femblable
à aucune autre Langue du mon
de , quoiqu'il exprime les mêmes choſes.
- D'abord , ils le parleront par fignes ,
mais à mesure qu'il s'établira parmi eux
quelque forme de gouvernement , &
qu'ils fe feront diftribuez les emplois
fuivant les talens differens , les fignes na
turels ne leur fuffiront pas pour exprimer
les chofes qui feront d'invention
C vj &
21
1572 MERCURE DE FRANCE.
& à mesure que le befoin du fervice l'e
xigera , ils feront obligez d'avoir recours
à des moyens plus prompts pour le faire
entendre.
De tous ces moyens il n'y en a pas de
plus prompt & de plus general que la
voix , la premiere chofe qu'ils feront ,
fera de fe diftinguer par des noms proprés
, pour appeller ceux d'entr'eux dont
on aura befoin fuivant l'occaſion.
Les noms d'eux - mêmes n'auront aucu
ne proprieté quant aux fons , c'eſt une
inflexion de Langue qui dépendra du pur
hazard , & non de l'intention du premier
qui aura nommé. Les noms ne deviendront
fignificatifs que par l'idée qu'on y
attachera , & que l'ufage confirmera , la
lumiere n'eft pas dans fes effets plus
prompte que la liaiſon du nom & des
idées , puifqu'en même temps qu'on prononce
le nom , il fe prefente à la penſée
l'image de la choſe & de la perfonne dont
on parle.
I eft impoffible de fçavoir de quelle
maniere fonneront les noms de ces premiers
Habitans , mais il eft aifé de comprendre
que les noms diftingueront les
qualitez exterieures de chacun , ou leurs
emplois qui leur feront donnez.
La même neceffité qui aura fait nommer
les perfonnes , fera qu'ils donneront
des
JUILLET. 1726 15731
des noms aux chofes , pour éviter l'embarras,
des fignes figuratifs , dont il fau
droit qu'ils fe ferviffent à tous momens ,
pour défigner celles dont ils auront befoin,
& qui ne feront , ni fous la main , ni fous
les yeux , comme de l'eau, du bois, du feu.
L'action & le mouvement font l'ame de
toute la Nature, & le principe de cette So,
cieté , ce n'eſt pas aſſez d'avoir donné des
noms aux perfonnes & aux chofes , il fau
dra exprimer l'action par laquelle elles
deviennent utiles ; c'eft cette action que
nous expliquons par le Verbe , qui eft
ainfi appellé par excellence , parce qu'il
eft l'ame du difcours , comme l'action eft
le principe de la communication des
fubftances. On ne peut pas dire comment
ces nouveaux habitans formeront leurs
Verbes ; mais on peut conjecturer qu'ils
inventeront des termes pour exprimer
l'action, lefquels termes fe multiplieront
à mesure qu'ils découvriront & inventeront
de nouvelles manieres d'agir..
L'action & le mouvement font infeparables
du temps qui eft compofé de
trois parties , le paffé , le prefent & le.
futur ; ce qui fait que pour exprimer ces,
trois temps , ils diftingueront leurs Verbes
dans des modes differentes .
Toute action produit fon effet de mê
me dans le Difcours , tout Verbe qui
ex1574
MERCURE DE FRANCE.
exprime l'action , doit être fuivi de quel
que chofe : le grand a apporté de l'eau , le
petit fcie le bois , le fort labourera la terre .
les,
Ce n'eft pas encore affez , c'eft la qualité
des choles qui les rend utiles ou nuifibles
; il faudra donc trouver des termes
pour exprimer les qualitez & les proprietez
des chofes , à mesure qu'on viendra
à les connoître les premieres font
celles qui fe découvrent aux yeux ,
couleurs , les grandeurs , les figures ; les
fecondes font celles qui fe diftinguent au
toucher , le liquide , le folide , le pefant ,
le leger , le chaud & le froid ; les troifiémes
font celles qui frappent l'oreille ,
le bruit des airs & des eaux , le chant
des oifeaux , la voix de l'homme , le cri
des animaux dans le quatriéme ordre
font les chofes qui s'apperçoivent par le
goût , l'aigre , l'âcre , l'amer , le doux ;
dans le cinquiéme , font celles qui faififfent
l'odorat fans hazarder le goût ,
comme font les fimples , les fleurs , les
fruits , les viandes , qui par leur odeur
nous invitent & nous détournent d'y
toucher.
;
C'est ainsi que ce nouveau Peuple fe
fera une Langue qui n'a jamais été , &
qui ne laiffera pas que d'exprimer d'une
maniere nouvelle les mêmes chofes que
nous , ils feront à leur mode des Subftantifs
JUILLET . 1726. 1579
tantifs pour les défignations des perfon
nes & des chofes , des Verbes capables
de marquer l'action dans la difference
des temps , & des Adjectifs pour défigner
les qualitez & les proprietez des
chofes.
Il ne faut pas même douter , fi ce Peu
ple fubfifte quelque temps dans fon Ifle
en forme de gouvernement
, qu'il n'y ait
quelqu'un d'entr'eux qui ne trouve l'in
vention de . l'écriture , par des fignes &
caracteres , dont on ne s'eft peut - être jamais
avifé : car l'écriture n'a pas plus
de rapport aux Langues ' , que les Langues
ont de rapport aux choles ; certai
nement , il n'y a pas plus de rapport des
fix lettres 'dont on fe fert pour écrire
Maifon , au mot Maifon , qu'il y a de
rapport de ces deux fillabes , à un édifice
de pierre ou de bois deftiné pour
logement de l'homme , qui paroît étre
écrit & nommé autrement ; une preuve
encore , que l'écriture & les noms n'ont
rien d'effentiel , & n'ont de rapport aux
·lè
chofes que celui que l'ufage
y a attaché
,
c'eft que le même
nom dans une Langue
:
fignifie
quelquefois
differentes
chofes
,
quoiqu'il
s'écrive
& fe prononce
de même
; fon dans notre Langue
fignifie
trois
chofes
bien differentes
, car il fignifie
le
fon d'une cloche
, l'écorce
du blé qui eft
féparé
1576 MERCURE DE FRANCE.
feparé de la farine, & le droit de proprieté
qu'on a fur quelque chofe , fon bien , fon
cheval , fon jardin ; & comme ces trois
chofes font effentiellement differentes ,
quoiqu'elles fe prononcent & s'écrivent
de même , c'eſt une confequence evidente
, que l'écriture & les noms n'ont
aucun rapport aux chofes , mais feulement
un rapport de hazard , d'ufage &
de convention chez un Peuple qui eft
demeuré d'accord d'appeller les chofes
de telle ou telle inaniere , & de les écri
re de telle ou telle façon.
UN
EPIGRAMM E.
魚魚魚
N foir Grégoire , après longues orgies
Dans un bourbier faifoit tours , bonds , élans
Un riche Abbé qu'éclairoient deux bougies ,
Pour l'affiter y fit courir fes gens.
Levé qu'il fut fur fes pieds chancellans ,
Mon Biberon , content de fa journée :
i
Ah ! Monfeigneur , grace à Dieu , quelle an
née !
Voyez , dit- il , je fuis tel pour fix blancs .
1
LETJUILLET.
1726. 1577
**:*********** :**
LETTRE & Idille de M. Vergier , an
Comte de Pontchartrain , 1693.
O
N nous faifoit efperer depuis longtemps
, Monfeigneur , que nous aurions
l'honneur de vous voir cet Eté dans
ce Port , & il y a bien de la cruauté à
vous d'avoir trompé nos efperances. Toutes
les Dames de ce Pays , tant vieil
les que jeunes , tant laides que belles
car nous en avons de toutes les façons
, mais beaucoup plus des premie
res que des fecondes ) éguifoient foigneufement
leurs charmes pour vous
plaire , regards , grimaces de toutes fortes
, étoient tous les jours étudiés au
miroir pour mieux vous toucher , & tout
cela temps perdu pour elles , vous remettez
la partie à une autre année . En
verité , Monfeigneur , la préference que
vous donnez aux Ports de Breft & de
Toulon n'eft gueres jufte , & je ne fçai
fi vous trouverez ce que l'on vous préparoit
ici , ce que je fçai bien , c'eft que
vous ne verrez pas en ces lieux- là , ni
quelque part que vous alliez , une joye ,
ni plus fincere , ni plus refpectueufe ,
que
1573 MERCURE DE FRANCE.
celle
que que votre préfence auroit fait
naître en moi.
Je me donne l'honneur de joindre à
cette Lettre une Idylle que j'ai faite depuis
peu , c'eft morale toute pure , vous
y reconnoîttez aifément un vol que j'ai
fait à Horace , c'eft une imitation de cet
endroit de fa premiere Satyre .
,
Ut tibi fi fit opus liquidi non amplius urna.
Mais vous trouverez auffi , Monfeigneur
, que cet endroit quoique le
meilleur de mon Ouvrage , eft bien au
deffous de fonoriginal , & je ne fçai comment
avec des mains auffi groffieres que
Jes miennes , j'ai pû me refoudre à tou
cher des fleurs auffi délicates que celles-
la.
Au refte , Monfeigneur , je ne fçaurois
vous remercier aflez de la Lettre
obligeante que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire ; un autre ſe réjouiroit
par vanité des marques de bonté & de
bienveillance que vous avez bien voulu
m'y donner , par la raifon que :
Principibus placuiſſe viris non ultima laus eft.
Mais je puis vous affurer , Monfei
gneur , que ce fentiment , & moins encore
celui d'intereft , n'entrent point dans
la joye qu'elle me donne , c'eft feulement
parce
JUILLET. 1726. 1579
parce qu'elle me fait connoître que vous
approuvez l'attachement fincere & refpectueux
avec lequel je fuis , & c.
•
LA FORTUNE ,
I DILL E.
CORIDON , CLYTAS.
CORYDON.
Uelle trifte langueur eft peinte dans tes
yeux ! Quell ཀྐཱ
Quoi Clytas , autrefois l'agrément de ces
Tieux ,
Depuis trois jours entiers garde un morne filence
!
Quelque Loup raviſſant trompant ta vigilance,
Auroit-il enlevé ta plus chere brebis ?
Non. Je la vois bondir fur ces rians tapis ,
Ornée encor des fleurs dont la Bergere If- .
mene ,
La para l'autre jour auprès de la fontaine ,
Cette Bergere t'aime & je le connus bien ...
Mais quoi ? toujours rêveur , tu ne , me répons
rien ;
Vois combien eft ferein le jour qui nous éclaire.
Admire le criftal de cette eau vive & claire ,
Que
15801
MERCURE DE
FRANCE .
Que ces prez émaillez offrent d'attraits di
2 vers !
Jamais de tant de fleurs ils ne furent couverts
.
De ces jeunes Bergers entens les
badinages ,
Regarde-les jouer fous ces épais
feuillages
L'un fait fur fon haut-bois retentir ſes chanfons
,
D'autres d'un pied leger vont danfant à ſes
fons ,
Vois la belle Thafis près de fon cher Phylate ,
Que d'amour dans leurs yeux , que de plaifir
éclate !
Le foin de leurs troupeaux , la crainte des jaloux
,
Rien ne sçauroit troubler un entretien fi doux :
Ce Berger embraffant les genoux de fa Belle ,
De fes voeux empreflez fait le récit fidele ;
La Bergere interdite au récit de fes voeux,
Du Berger , fans parler , tortille les cheveux ;
Et lorfque ce récit trop vivement la touche ,
Sur les yeux
tendrement elle applique la bou
che ;
De cet autre côté voi Mirtil qui pourſuit ,
La jeune Cleonis ; cette Belle le fuit ;
Mais elle ne le fait que pours'en fairefuivre.
Que
JUILLET 棠1716.1581
Que de jeux ! que de chants ! au plaifir tout le
livre.
Des objets fi_riants ne fçauroient- ils bannir
Le chagrin que tou coeur fe plaît d'entretenir ?
33
Clytas.
Hé ce font ces plaifirs , ce font ces objets
même ,
Dont l'afpect trop charmant cauſe ma peine extrême.
Ceridon.
Que te font ces plaifirs ? pourquoi t'en affliger,
Puifque ce font des biens que tu peux partàs
ger ?
Ah ! Clytas , gueris - toi de cette affreufe envie
;
Elle empoisonnera tout le cours de ta vle,
J'avois , il m'en fouvient ; autrefois un Belier
,
Le plus beau qu'on peut voir , mais fi parti
culier ,
Qu'il eut voulu lui feul jouir du pâturage ;
On le voyoit fecher & d'envie & de rage ,
Lorfque d'autres troupeaux paroiffoient à fes
yeux :
Mais que devint auffi ce Belier envieux ?
Tou1582
MERCURE DE FRANCE.
Toujours trifte , accablé des chagrins les plus
fombres ,
Il defcendit tout jeune au noir féjour des ombres.
Crains un deftin pareil , d'un tourment infini ,
Un efprit envieux par lui - même eft puni .
Clytas.
Que ces Bergers contens chantent , fe réjouiffent
,
Je ne m'afflige point des biens dont ils jouiffent
,
Et fi de ces plaifirs tu me vois m'attriſter,
C'eſt que je touche au jour où je dois les quitter.
/ Coridon.
Les quitter ! Ah ! j'entens le fujet de ta peine,
N'eft ce point que l'Amour en d'autres lieux
t'enchaine ?
Clytas.
Helas ! fi j'écoutois les confeils de l'Amour,
Je ne fortirois point de cet heureux féjour :
Ce Dieu ne tient-il pas en ces lieux fon Empire
?
C'est ici feulement qu'un coeur tendre refpire
Mais une Deité plus aveugle que lui ,
La
JUILLET. 1726. 1583.
La fortune m'entraîne aprés elle aujourd'hui.
Coridon.
Quel guide prens - tu - là ? combien de préci
pices
Sous tes pas font ouverts ? fous quels triſtes aufpices
,
Clytas , as- tu formé ce dangereux deffein ?
Il vaudroit mieux qu'Amour eut verfé dans ton
ſein ,
Tout ce qu'il a de traits qui rendent miſera,
ble.
Tu connois bien Clindon १ ce Berger vènerable
,
Parles Hameaux voifins fans ceffe confulté ,
Honneur que toutefois il a cher acheté ;
Puifqu'enfin c'eft le fruit de plus de quinze
luftres :
Clindon , dis -je , aſpirant à des foins plus illuftres
,
Quitta le doux repos de nos Prez , de nos
Bois ,
Pour s'en aller groffir la fuite de nos Rois..
Mais qu'il fut bien - tôt las de l'éclat d'une vie
Sans relâche, expofée au menfonge , à l'envie !
Tout le charma d'abord dans ces auguftes lieux.
L'or,la pourpre éclatante ébloüirent les yeux
Ce
1584 MERCURE DE FRANCE.
Cen'étoit que grandeur , & que magnificence ,
Mais il n'y trouvoit point la tranquile innocence
.
Ces paifibles fommeils qu'au bord de nos
suiffeaux ,
Infpire mollement le murmure des eaux ;
Tandis que les Troupeaux paiffent nos tendres
herbes ,
Ne le rencontroient point dans ces Palais fuperbes.
Jamais aucuns plaifirs de chagrins épurez :
Il ne voyoit que coeurs en fecret dévorez ;
L'avide ambition y corrompt toutes choſes ,
Et toujours le ferpent eft caché fous les rofes .
Tout eft grand en ces lieux , mais tout eft incertain
:
Tel s'eft vû comme un chêne élevé le matin
Qui le foir eft plus bas que la vile fougere ;
Enfin reconnoiffant combien eft menfongere ,
La douceur que promet la faveur de nos Rois ,
Clind on revint chercher & nos Prez & nos
Bois .
Quels rranfports à l'afpect de ces lieux pleins de
charmes !
De plaifir , de tendreffe on vit couler fes lar
mes ;
Et
JUILLET. 1726. 1585
1
Et déteftant le jour qui l'avoit vû partir ,
Il jura mille fois de n'en jamais fortir .
Afes dépens , Clytas , tu dois te rendre fage.
La fortune , croi- moi , n'eft qu'un trifte efclavage.
Ici nous joüiffons des biens en feureté ,
C'eft Punique féjour de la felicité.
La Nature , de peu fatisfaite & contente ,
Trouve ici ſes befoins par de là fon attente ,
Quand on a ce qu'il faut , doit on rien defirer ?
Dis-moi ; fi tu cherchois à te defalterer ,
N'aimerois- tu pas mieux l'eau de cette fontaine,
Qu'on trouve toujours pure , & qu'on puiſe fans
peine ;.
Qued'aller fatisfaire à ce befoin preſſant
Dans un fleuve fameux dont le flot menaçant ,
Avec les bords rongez t'entraîneroit peut-être? Contente
- toi du rangoù le Ciel t'a fait naître
,
Contente
- toi du bien dont il t'a fait preſent
, Il n'eft pas grand
, Clytas
, mais il eſt ſuffiſant
.
Clytas.
Je cede à tes raifons , qu'il m'eft doux de les
fuivre !
De quel trouble fatal ton confeil me délivre !
D
Déja
1586 MERCURE DE FRANCE.
Déja de mille foins l'un à l'autre enchaînez ,
Les plus beaux de mes jours étoient empoiſonnez
;
Mais tu m'as délivré de tant d'horreurs fecre
tes ;
Je ne vous quitte plus , agréables retraites ,
Mufes , tendres chanſons , ruſtiques inſtrumens,
D'un innocent loifir flateurs amuſemens ,
Je vais goûter encor votre douceur extrême ,
Et me rendant à vous , je me rends à moimême.
Et toi que j'immolois aux trompeufes grandeurs
,
A
Amour , rallume en moi tes plus vives ardeurs .
A ton charmant empire il eft temps de me rendre
;
<
C'eſt de toi deformais que mon fort doit dépen
dre ,
11 eft temps de tirer nos Troupeaux de ce lieu,
Adieu , cher Coridon ,
Coridon.
Mon cher Clytas , Adieu,
LES
JUILLET. 1726. 1587–
*******************
LES VERTUS de la Pierre nephretique.
Lle guerit & appaiſe fur le champ
Ela colique nephretique , qui eft ordinairement
caufée par les fables & gra
viers qui viennent des reins.
Elle eft bonne contre les difficultez
d'urine , elle ôte la gravelle , & fait vuider
le fable.
Quand la pierre qui s'engendre dans
le corps
humain , n'eft pas d'une nature
dure comme un caillou , on affure qu'elle
a la vertu de la faire dilater & ſéparer
en petites particules , qui fe mettent
en gravier, qu'elle fait fortir immanqua◄
blement.
Les plus illuftres & les plus fçavans
Medecins de l'Europe ont regardé cette
pierre comme un tréfor , & en ont voulu
avoir.
Un des plus habiles Chirurgiens pour
l'opération de la Lithotomie , a marqué
fa joye de ce que cette pierre fi falutaire
alloit être connue dans Paris.
Le fieur Paul Lucas , Antiquaire du
Roi , à qui le Public eft redevable de mille
belles découvertes faites dans fes Voyages
du Levant , a rapporté en dernier lieu ,
Dij en1588
MERCURE DE FRANCE.
entr'autres curiofitez qui regardent la Bo
tanique , & qui peuvent fervir à l'HiŤ.
toire , un allez grand nombre de blocs ,
ou gros morceaux de pierres orientales,
parmi lesquelles s'eft trouvée la Nephretique
qu'il deftinoit , comme les Jafpes
, Agathes & Cornalines , à faire differens
Ouvrages ; mais , fes amis l'ayant
reconnue , l'ont engagé à la faire couper
par morceaux pour l'utilité publique ,
& pour la diftribuer aux perfonnes qui
fouhaiteront en faire ufage , ne s'agiffant
que de la porter fur foi pour être gueri ,
ou pour le préferver des maladies cideffus
expliquées.
Il faut obferver qu'il y a une autre
pierre qu'on appelle le Jade , qui reffemble
fort à la Pierre nephretique, dont
cependant elle n'a pas les vertus qu'on
lui attribue. Il y a une grande différence
entre ces deux Pierres ; car fi la
Pierre de Jade a quelques vertus , an
ne s'en apperçoit prefque point , au lieu
que la vraie Pierre nephretique fait fentir
du foulagement prefque dans le moment
qu'on l'a fur foi. Il eſt aiſé d'en
faire l'experience.
Le fieur Paul Lucas , à qui le Public
eft obligé de cette découverte, a un Cabinet
précieux d'antiques & de curiofitez naturelles
, où il y a entr'autres un Bezoar
de
JUILLET 1726. 1589
de Rinnoceros, qui eft peut-être l'unique
dans l'Europe.
Cette Pierre eft en fi grande eftime
chez les Princes de l'Orient , qu'on dit
qu'un Roi de Perfe donna une Province
entiere pour l'acquifition de ce Tréſor.
Le fieur Paul Lucas demeure à Paris
fur le Quay de l'Ecole.
TRADUCTION de la XXIII. Ole du
premier Livre d'Horace , qui commence
par Vitas hinnuleo , & c .
Belle Chloé , mon aimable Bergere ,
D'où vient que vous m'évitez ,
Semblable au Fan qui va chercher fa mere ,
Parmi des Monts écartez ?
Pour peu que les Zephirs par leurs douces haleines
,
Dans nos fombres forêts faffent bruire les
Chênes ,
Pour peu qu'en la belle faiſon ,
Un Lezard agite un buiſſon ,
Ce Fan tremble , & fon fang fe glace dans fes
veines.
Cependant loin d'avoir le barbare deffein
D iij
De
1590 MERCURE DE FRANCE .
De courir après vous comme un Tigre inhu
main ,
Ou tel qu'un Lion en colere ,
Qui va vous déchirer le ſein ,
3 . Je fonge à vous donner un confeil falutaire.
Puifque vos yeux font faits pour tout charmer ,
Que votre jeune coeur eſt en âge d'aimer ,
Ceffez de fuivre votre mere.
TOMBEAU & Infcription particuliere ,
nouvellement trouvés dans la Forêtd'Ardennes.
M
R Garbat , Curé de S. Obin en
Ardenne , nous écrit , qu'un Hermite
de cette Forêt , nommé Frere Bruno
Solus , ou le Solitaire , en creuſant la
terre aux environs de fon Hermitage ,
pour faire un Puits , a trouvé un Tombeau
fur lequel font gravez les Caracteres
qu'il nous envoye , & qu'il a
fort éxactement imitez .. On ne peut
douter , dit- il , que ce ne foit une Epitaphe
, il y a tout au haut dans le milieu
deux Os de Mort en fautoir , & à droite
& à gauche , un Arc & une Fleche , pofez
au-deffus d'une tête de Mort , ce qui
lui
JUILLET. 1926. 1591
lui fait préfumer que c'eft le Tombeau de
deux Guerriers. M. le Curé ajoûte que
perfonne dans le Pays n'a pû déchiffrer
ces Caracteres , mais qu'on croit que c'eft
du Patois Sarrazin , ce qui nous paroît
impoffible ; car on ne reconnoît dans
cette Ecriture aucun Caractere Arabe ; &
autant que nous en pouvons juger , c'eſt
un mélange de Caracteres Grecs & Latins
, dont nous abandonnons le déchif
frement & l'intelligence aux Sçavans .
C'eſt pour cela , & pour ne rien négliger
de tout ce qui peut intereffer la curiofité
publique , que nous les donnons ici
très-fidelement gravez.
D iiij
592 MERCURE DE FRANCE .
▲ o. ≤7.hox*.
K.X.A.ISXV.XLV.≤1318.
ShP.7.8TV.KELV.ZIL
..
rosahV.XLI.NVNE.5X318
.
FXK.K.ShV4LVX0.1X18.
KIXVL SV.VSAE.MILD
.
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0204.170 VL7.814x0 . X 318
KTHED. DEL: 8.31/78.
hoxx
PE
JUILLET. 1726. 1593.
****************
REFLEXIONS fur la Critique .
E but de la Critique doit être de
Lcorriger, ou d'inftruire, Ceux qui ne
s'en fervent que dans cette intention
n'offenfent ordinairement que les efprits
mal faits ou les coeurs endurcis.
La Critique doit être fondée fur le
vrai ;fi elle eft fauffe, elle ne fervira qu'à
prouver l'ignorance ou la mauvaiſe foi
de celui qui en eft l'Auteur . Il en fauc
bannir auffi l'emportement , autrement
elle ne paffera que pour une impofture,
& fera plus de tort à celui qui la produit
qu'à la perfonne même qui en est
l'objet.
La Critique judicieufe & vraie fe fait
goûter de tous les honnêtes gens .
LesOuvrages les plus eftimez & les plus
utiles font ceux où la Critique, d'accord
avec la bienséance & la raifon , fe rencontrent
dans toute la force de la verité.
Quelques -uns la condamnent, & s'en
fervent : d'autres la craignent , parce qu'ils
la meritent , & qu'ils ne veulent ni ſe
co - riger , ni être inftruits .
La Critique qui s'exerce fur les Ou
vrages d'efprit eft prefque auffi fenfible
D v à
1594 MERCURE DE FRANCE
à ceux qu'elle reprend , même avec juftice
, que fi elle les attaquoit dans leurs
moeurs , dans leur réputation , dans leur
honneur.
Il y a d'excellens Ouvrages de Critique
dont on voit des Contre- Critiques ,
qui ne fe font pas moins admirer & aufquelies
néanmoins on pourroit trouver
à reprendre ; preuve , qu'il eft impoffible
à l'homme d'attraper le point fixe de la
perfection , & de contenter tous les gouts.
La malignité & l'amour propre font
deux grands défauts qui nous font affez
ordinaires & également pernicieux . L'un
eft caufe que fur le témoignage d'autrui
ou fur la plus legere apparence , nous
croyons tout le mal qu'on nous dit , ou
qu'on publie des autres ; l'autre, que nous
nous aveuglons fur nos propres défauts,
& repouffons avec aigreur tous les traits
qui tendent à nous en corriger.
La Critique fur les moeurs , toute délicate
qu'elle eft à traiter , n'eft point
une espece de tolérance ; elle eft permife,
& l'on peut dire autorifée par le droit
naturel & divin ; il ne faut que feüilleter
les Livres Sacrez & tous ceux des
Peres de l'Eglife , pour trouver un nombre
infini d'exemples de la vive cenfure
qu'ils font de notre malice , de nos égaremens
, de nos foibleffes , de nos paf-
憨
fions
JUILLET. 1726. 1595
fions , de nos fureurs , en un mot , de
tous nos vices ; les Livres profanes n'en
fourniffent pas moins .
Ceux qui fe récrient davantage contre
cette Critique , font ceux qui fentent dans
l'interieur de leurs confciences , qu'elle
auroit tort de les épargner. Nullement
diſpoſez à en faire leur profit , & fe livrant
pleinement à l'iniquité , ils fouhaiteroient
en effet qu'il fuft feverement
défendu d'expofer leurs crimes au grand
jour. On ne doit pas moins éclater contre
ceux , qui dans quelque Profeffion
qu'ils ayent embraffée , ou dans quelque
état qu'ils ayent choifi , s'écartent en tout
des devoirs que l'équité naturelle & la
Religion nous prefcrivent.
On convient qu'on ne doit point nommer
, fur tout en matiere d'importance ,
les perfonnes qu'on reprend. Mais en
general il a toûjours été permis , & il ne
peut qu'être avantageux de répandre le
mépris & l'horreur fur tout ce qui porte
en foi le caractere vifible de l'infamie
& de la réprobation.
Sans cela on verroit la malice & le
mauvais caractere des hommes , qui ne
font déja que trop corrompus , monter
jufqu'à fon comble ; ils fouleroient bientôt
aux pieds , fi j'ofe ainfi parler , tou-
D vj de
les loix de l'humanité , de l'ordre
1596 MERCURE DE FRANCE.
de l'équité , de la fûreté publique , auffi
bien que celles de la Religion qui eft le
principe de tout bien & la réformatrice
de tout mal.
Ceux qui fe fervent de leur efprit
pour tourner en ridicule des perfonnes
qui en ont moins , & qui ne leur ont
fait aucun mal , bleffent non - feulement
la charité , ils prouvent encore qu'ils ont
un très - mauvais coeur & fort peu de
Religion. Ces fortes de caracteres ne
méritent point d'être mis au rang des
bons & des judicieux Critiques , ils font
une claffe à part.
La plupart de ceux qui n'approuveront
pas la hardieffe de ce petit nombre
de reflexions , fe garderont bien d'avoüer
qu'elles ne leur déplaifent qu'à caufe de
la force de la verité , qui , malgré eux ,
les condamne & les bleffe.
Si l'on trouve que cette matiere pouvoit
être traitée avec plus d'art , de délicatelle
& d'étenduë , je pourrois répondre
qu'il me fuffit d'avoir prouvé , ce
me femble , fuivant mon intention , l'utilité
de la Critique mais j'ajoûte que
je ne me fuis point engagé d'épuifer ce
fujet, & que je ne formerai jamais le deffein
d'en épuifer aucun autre , que j'écris
ordinairement tout ce qui s'offre à
mon imagination , fans me contraindre.
que
JUILLET. 1726. 1597
que je ne cherche qu'à me rendre intelligible
, en obfervant uniquement &
autant qu'il m'eft poffible , de n'offrir
aux yeux des Lecteurs feniez , rien qui
puiffe les fcandalifer ni leur déplaire .
Telle eft ma methode. Si ces raiſons ne
contentent pas , loin de m'en fâcher ,
j'admirerai toûjours & n'envierai jamais
ceux qui fur la matiere dont il s'agit
ou fur toute autre , voudront bien fe donner
la peine d'en dire davantage & de
faire mieux.
De Villemont.
akakakakakakakakakakakakakak
LE RETARDEMENT AFFECTE ,
V
CANTАТЕ.
Ers les bords émaillez , que rafraîchit la
Seine :
Sur un gazon couvert des plus riantes fleurs ;
Licidas occupé de mille foins flatteurs ,
Attendoit la charmante Ifmene,
La nuit propice à fes defirs ,
Devoit couronner fes foupirs.
Mais preffé d'obtenir le feul bien qu'il ſouhaite ,
Du jour qui fufpend les plaifirs ,
Il
1598 MERCURE DE FRANCE
Il hâte en ces mots la retraite.
Soleil fois fenfible à mes voeux ,
Acheve une courſe trop lente ;
Laiffe répandre dans ces lieux
La fraîcheur d'une nuit charmante.
Et toi fommeil fuis loin de nous.
Sur un jaloux inexorable ,
Verfe tes pavots les plus doux ;
Rends mon bonheur für & durable.
Soleil ! &c.
Enfin l'obſcurité vient de couvrir les Airs ;
Rien ne peut retenir la Beauté que je fers.
Quelle félicité fuprême !
Je vais revoir tout ce que j'aime .
Amour , charmant Vainqueur ,
Remplis mon efperance :
De mon impatience ,
Termine la rigueur.
Quelle felicité fuprême !
Je vais revoir tout ce que j'aime..
Mais
JUILLET. 1736 . 1599
Mais quoi , la nuit s'avance ! il femble qu'à fon
tour ,
Elle cede fa placé à la naiſſante Aurorę ...
Licidas , cependant , n'apperçoit point encore ,
L'aimable objet de fon amour.
Quel trouble le faifit ! il pâlit , il friffonne :
Il tâche vainement d'excuſer fa lenteur :
Trompé par la jalouſe erreur ,
Toute efperance l'abandonne ...
Ciel de mon défeſpoir , dit-il , vengez Phorseur.
Jufte dépit , affreufe haine ,
Venez , fecondez mes efforts :
Pour brifer une indigne chaîne ,
Uniffez-vous à mes tranfports.
Perfide , tu trahis ma flamme !
Ah ! puiffe le tourment cruel ,
Dont je fens déchirer mon ame ;
Paffer dans ton coeur criminel.
Jufte , & c.
Souvent l'amour qui nous outrage ,
Nous prépare en fecset un fort rempli d'appas..
Sans
1600 MERCURE DE FRANCE.
Sans efpoir de retour , déja loin du Rivage ,
Licidas conduifoit fes pas.
Ifmene qui le voit du plus prochain boccage ,
Pour defabufer fon Amant ,
Court le furprendre à fon paffage.
Arrêtez , lui dit- elle alors , en l'abordant :
C'est trop combattre un doux penchant ,
Vous méritez ma foi : recevez - en ce gage ;
Et n'oubliez jamais ce précieux inftans.
Une Belle qui favoriſe ,
Affecte fouvent des rigueurs.
•
C'est ainsi qu'elle ſe déguiſe
Dans une amoureufe entrepriſe
Pour faire chérir fes faveurs .
En éprouvant notre conſtance ,
Elle redouble notre ardeur.
Il faut un peu de réſiſtance ,
Une facile récompenſe ,
Détruit l'empreffement du coeur.
Une , & c.
* D. J. L.
LET
JUILLET. 1726. 1601
aaaaaaaaa3333333
臘LETTRE écrite de Venife fur les
Senateurs , les Nobles , leurs habits &
fur le Carnaval , les Ridolti , les Bals ,
la Place de S. Marc , les Promenades ,
les Concerts , &c.
| J
E vous dirai d'abord pour fatisfaire
votre curiofité , Monfieur , & répondre
au premier article de votre Lettre ,
que les Habits de Ceremonie des Sénateurs
, à Venife , font fort magnifiques .
Ce font des Robes très-amples , avec
de grandes manches qui pendent prefque
à terre & qui ont autant de tour qu'en
a le bas de la Robe. Elles font de Damas
cramoifi à grandes fleurs , bordées
& doublées de peaux de Martre . Ils
ont la Stole fur l'épaule gauche , en maniere
de Chaperon : c'eft un morceau de
Velours de la même couleur du Damas ,
large d'environ un pied, & long d'une
aulne on la porte de Velours violet
quand on eft en deuil , & quand on a été
en Ambaffade , elle eft d'Etoffe d'or .
Les femmes & les filles des Nobles
& des plus riches Marchands , quoiqu'elles
tâchent d'imiter les manieres
Françoifes , ne paroiffent gueres en public
1662 MERCURE DE FRANCE.
•
blic , & ne font prefque d'aucun divertiffement
, fi ce n'eft dans le temps du
Carnaval. Pour les femmes des Artiſans
& de quelques Marchands , elles menent
leurs filles partout dans les rues
avec des voiles dont elles fe cachent autant
qu'elles veulent. Les meres & les
filles ont ordinairement le fein décou
vert , & les meres ne trouvent pas mauvais
, que les Pallans curieux regardent
leurs filles fous le nez . Au contraire
principalement celles qui font jolies
ne manquent guéres de lever leur voile
adroitement & à fe faire
voir.
propos pour
3
Il y a plufieurs Maifons à Venife ,
où les Nobles vont jouer durant toute
l'année ; on nomme ces lieux Ridolti ,
Réduit ; mais celui qui eft public pour
tout le monde , eft un fort grand Palais
proche la Place de S. Marc , qui ne
s'ouvre que le lendemain de Noël , &
tous les autres jours du Carnaval , auffitôt
que le Soleil eft couché , c'eft - à-dire ,
d'abord après les 24. fonnées , comme
on parle ici . Il dure jufqu'au milieu de
la nuit on y jouë à toutes fortes de
Jeux. Il faut être mafqué pour y entrer ,
quand ce ne feroit que d'une fauffe Barbe
, les Nobles Vénitiens ayant feuls le
privilege d'y aller-fans Mafque , & d'y
tenir la Banque . On
JUILLET. 1726. 1603
On voit dans une grande Salle & dans
cinq autres Pieces de plein-pied , environ
60. Tables le long des murs , où , à chacune
il y a un Noble qui Taille. Il a deux
Chandeliers à plufieurs bras , garnis de
bougies & plufieurs Jeux de Cartes devant
lui , avec un gros tas de Sequins ,
Piſtoles d'Espagne & autres Efpeces d'or.
D'autres n'ont que de l'argent blanc , pour
les Joueurs qui ne veulent hazarder que
peu de chofe. Tous les Nobles & autres
peuvent aller jouer contr'eux , hommes
& femmes , & maffer telle fomme
qu'il leur plaît. Je vous ai déja mandé
qu'on joue ici fans dire un feul mot ,
quelque fomme qu'on perde & quelque
coup picquant qui arrive , ce qui eft , en
verité, très - digne de remarque , fur tout,
vû la grande quantité de monde qu'on
voit dans ces Affemblées.
Les femmes n'y jouent gueres , &
cependant on en voit autant que d'hommes
, mais c'eſt que la plupart y vont
pour exercer leur art de galanterie , &
faire la conquête de quelque Joueur heureux.
Quand elles font jolies , bien
mifes & de bon air , les Nobles ne manquent
gueres de les faire affeoir à côté
d'eux .
Les Gentils-Donnes vont fort rarement
au Ridolti , fi ce n'eft quand le Carnaval
1604 MERCURE DE FRANCE.
val eft ouvert. Les Nobles les font pla
cer en cercle autour des Tables , où elles
ôtent leur Morete : on en fait une gran--
de difference d'avec les autres femmes &
on ne leur parle qu'avec beaucoup de
reſpect.
A côté des Chambres ou l'on jone , il
y en a deux autres ; dans l'une , on trouve
toute forte de Gibier , de Volaille &
autres Viandes crues , qu'on achete à fa
fantaisie & qu'on fait mettre dans fa Gondole
, ou Surtout , car c'eft ici l'ufage d'acheter
foi - même & d'emporter les cho-
Les pour lesquelles on a du goût, fans être
deshonoré. Dans l'autre on trouve toutes
fortes de Liqueurs chaudes & froides
: ces dernieres fe boivent toûjours en
nege , c'eſt - à- dire , prefque glacées .
Les Habits les plus ordinaires qu'on
voit dans le Ridolti , fur tout pour les
hommes , font la Bahute , qui fe met fur
un habit ordinaire , fur une Robbe de
Noble , fur une Zamberluque ou fur une
Robbe de Chambre. Cette Bahute eft
particuliere àVenife,on ne s'en fert point
dans les autres Villes d'Italie ; & comme
de trente perſonnes qui ſe maſquent
ici , il y en a au moins 28. en Bahute , je
vais vous en faire la defcription , d'où
vous conclurez , fans doute , qu'on a pris
de là l'invention des Domino qui font
5
+
au
JUILLLET. 1726. 1605
aujourd'ui fi generalement en ufage en
France , au grand détriment de la richelle
& de la varieté des Habits de
Mafque , qu'on voyoit autrefois dans les
Bals, & qui en faifoient le plus grand ornement.
La Bahute eft une espece de petite Capote
de Taffetas noir , qui defcend jufqu'au
deffous du menton, & qui eft bordée
par le bas d'une dentelle de foye.
Elle eft ouverte par devant, & échancrée
de maniere qu'on ne peut voir que le
nez & les yeux . On met par-defus un
Chapeau ou Barrete de Noble ou un autre
Bonnet , avec un demi Mafque , qui
n'a que le nez , le haut des joues & le
front , contre lequel il eft ferré par le
Chapeau ou Bonnet. Les Mafques font
faits très -artiftement d'une petite toile
cirée & prefque auffi mince qu'une feüille
de papier ; la Robe qui accompagne
la Bahute ne differe guere , pour la femme
, de celle des Nobles.
Les Robes des Nobles font de Drap
noir
, traînantes , les manches affez amples.
Elles font doublées de petit - gris ,
qui déborde d'environ 4. pouces tout du
long d'un des côtez du devant & d'au
tant fur le bout des manches , & d'un
travers de doigt feulement. Les Nobles
ont auffi la Stole fur l'épaule : c'eſt un
morceau
1606 MERCURE DE FRANCE:
>
morceau de Drap noir , long d'une
aulne , & environ large d'un quartier,
Une large Ceinture de Velours noir
bordée d'une petite Frange de Soye, avec
plufieurs grolles plaques d'argent fur le
devant la Barrete ou Bonnet de laine
noire tricoté , avec un gros rebord ou
cordon , formé des bouts de la laine. Tout
le monde peut mettre cette Robe avec
une Bahute.
Les Zamberluques font des Habits de
Mafque les plus communs . Elles fervent
dans la maifon de Robes de Chambre.
Ce font proprement des Robes d'Arménien
fourrées, de Drap rouge , bleu , gris,
pourpre , & c.
Les femmes de qualité , qu'on appelle
ici Gentils- Donnes , ne viennent au
Ridolti que dans leurs habits ordinaires
avec un Maſque de Velours noir , qu'on
appelle à Venife une Morette , & que
vous appellez un Loup . La plupart des
autres femmes ont la Bahute & la Zamberluque
comme les hommes , & on ne
peut les diftinguer que par la taille &
les fouliers.
L'ouverture du Carnaval fe fait ordinairement
à la fin de Janvier & au plus
tard au commencement de Février , par
une déclaration des Chefs du Confeil
des Dix , qu'on publie à deux des principaux
JUILLET. 1726. 1607
cipaux endroits de la Ville . C'eft alors
qu'on peut dire que Veniſe a changé de
face ; car on ne sçauroit comprendre la
quantité de perfonnes maſquées que l'on
rencontre , & qu'on voit pafler tout le
long du jour , & qui fe rendent fur le
foir dans la Place de S. Marc , qui eſt
comme le centre des divertiffemens .
Ce font deux Places qui aboutiffent
l'une dans l'autre , & forment un angle
droit comme le tournant de deux ruës ,
Elles font bordées de magnifiques Bâtimens
, élevez fur de grands Portiques
fous lefquels on fe promene à couvert
tout autour. La plus grande de ces Places
, qui eft vis - à - vis l'Eglife de faint
Marc , égale la Place Royale de Paris,
L'autre donne fur la Mer, & fert comme
d'Eſplanade au Palais du Doge , où ſe
tiennent tous les Confeils.
-
Vers la fin du jour , on met deux rangées
de fiéges fur les Galeries de la plus
grande Place & cinq ou fix autres rangs
en dehors. Toutes fortes de perſonnes
mafquées ou autres , peuvent s'y repofer
& les Gentils Donnes , vétuës
comme j'ay déja dit , en font le plus bel
örnement. Tous les Mafques viennent
fe promener autour , & le concours en
eft fi grand , furtout dans les 15. derniers
jours , que l'on eft quelquefois une
demie1608
MERCURE DE FRANCE
demie heure à traverſer d'un bout à
l'autre. Ceux qui ne veulent que caufer
& paffer le temps fans être connus , fe
mafquent avec un peu plus de précaution,
& ceux qui ne cherchent qu'à rire & à
fe divertir , fe fervent de toutes fortes
d'habits, & fe font remarquer par la propreté
, la fingularité ou la bizarerie.
Outre ceux qui font richement parez,
l'on y voit des bandes d'Arlequins , quelquefois
au nombre de plus de cent , avec
Trompettes, Tambours , Guittares , V10-
lons , Guidons , & c. qui font toutes fortes
de contes & de poftures , & ne font
pas chiches de quolibets & de Rebus qui
font rire la Populace & même des gens
infiniment graves.
On voit des Polichinelles auffi par
bandes , avec des grils , des poëles &
autres batteries de Cuifine , des plats
des affietes , des Tambours de Bafques
&c. qui chantent au fon d'une harmonie
qui n'eft rien moins que mélodieufe &
qui a pourtant quelque chofe de plaifant
pour les gens du Païs . On voit auffi
des Troupes de Païlans & Bergers , tous
vétus differemment , avec des Chapeaux
de fleurs & des Houlettes , qui marchent
au fon des Hauts - Bois & des Flagolets.
accompagnez de femmes & de filles qui
portent des pani rs remplis de fruits &
des
JUILLET. 1726. 1609
de
des Corbeilles pleines de confitures ,
dragées & de fleurs. Il paroît encore
fur cette Place , d'un côté des Compagnies
de Turcs , d'Egyptiens , de Polonois
, & c. de l'autre , des troupes de
Diables , qui chantent d'un ton lugubre
& trifte , reprefentant toutes fortes de
vices par leurs habits , & les Vers qu'ils
portent en écriteaux . D'autres imitent ce
qu'il y a de ridicule dans la Religion
des Juifs. D'autres enfin fe metamorphofent
en Ours , en Elephans , en Singes,
en Chiens , & cherchent les figures les
plus bizarres que l'imagination peut fournir.
Et ce qu'il y a de fingulier , c'eft
que plufieurs Nobles ne font pas difficulté
de fe transformer quelquefois dans
ces fortes de déguifemens grotefques.
•
On peut aller partout
mafqué
, excepté
dans les Eglifes . On entre dans
les Tribunaux
de Juftice
, à la Monnoye
, à la Bourfe
, chez tous les Marchands
pour y faire emplettes
, & c. "
Dans la Place qui donne fur l'eau , ſe
mettent les Charlatans , Opérateurs , Bateleurs
, Joueurs de Marionettes & de
Gobelets . Les uns conftruifent des petites
Loges avec des planches de fapin ,
& les autres fe tiennent à découvert. II
y en a de toutes fortes ; mais ce qui m'a
paru le plus fingulier , c'eft de voir quan-
E tité
1610 MERCURE DE FRANCE.
tité de gens vêtus de noir , montez chacun
fur un Theatre , avec une Sphere &
30. ou 40. gros volumes remplis de figures
d'Aftrologie & de Chiromancie.
Après avoit faft de grands difcours fur
les influences des Aftres , & fur les lineamens
du corps humain , ils offrent
pour quelque monnoye , de vous dire
tous les bonheurs & malheurs qui vous
doivent arriver , en regardant dans votre
main . Ils ne manquent pas de dupes
qui veulent apprendreleur bonne fortune.
L'Oracle leur parle en fecret , par le
moyen d'un long tuyau de fer - blanc qu'il
porte à leur oreille. Il arrive affez fouvent
que quelque Docteur , ou Pantalon
mafqué , vient s'affeoir fur le Theatre
difpute & oblige l'Aftrologue à répondre
publiquement , fans qu'il ofe faire
mine de fe fâcher , ce qui produit quelquefois
des Scenes affez plaifantes.
3
>
Dans le plein Carnaval il y a quel
ques Bals , que l'on appelle ici Feftins
parce que ceux qui les donnent , ne
manquent pas de fe traiter auparavant .
Ils font très- communs chez les Femmes
galantes , qui font , comme chacun fçait ,
en très-grand nombre à Venife. Il y en
a auffi chez beaucoup d'autres particuliers
on y eft toujours mieux reçû quand
on mene une femme , & chez ces derniers
JUILLET. 1726 , 161
wiers furtout , on oblige les hommes à fe
démafquer , pour pouvoir les reconnoître
, s'ils ne le tenoient pas dans les bor
nes de la politeffe , & de l'honnêteté ,
dans l'entretien qu'ils peuvent avoir avec
le beau fexe.
**
Voici en quoi confiftent ces bals : il y
a dans deux ou trois chambres de plein,
pied , un ou deux rangs de chaifes tout
autour pour l'Affemblée , & dans chacu
ne une Epinette , un Violon & une Baffe.
Les hommes prennent par la main les
femmes qu'ils ont choifi , & fe promenent
avec elles de chambre en chambre
à la file. Laffé ou ennuyé de ce tranquille
palle - temps , on va s'affeoir , ou
boire des liqueurs , & divers rafraîchif
femens que l'on donne dans une chambre
prochaine , & l'on paffe fouvent ainsi
la plus grande partie de la nuit fans danfer.
Quelque temps après s'être ainſi
promené pendant quatre heures , tout le
monde vient s'affeoir , & on laiſſe le milieu
de la place libre pour ceux qui veu-
-lent danfer.
? La plus jolie de leurs danfes eft la Ford
Lane. Elle fe fait à deux ou quatre perfonnes
, autant d'hommes que de femmes
, qui tournent en cercle , en faustant
& frifant les pieds avec une viteffe
une legereté merveilleufe. Ils s'ap-
E ij pro
1612 MERCURE DE FRANCE.
prochent enfuite l'un devant l'autre , en
tournant toujours de la même maniere ,
& fe prenant quelquefois les mains , &
s'entrelaffant les bras qu'ils paffent pardeffus
la tête.
La Danfe des cinq pas fe fait à dix ou
douze , autant qu'il en peut tenir. Chaque
homme prend une femme par la main,
& lui fait faire quelques pas de Couran
te , puis ils fe quittent tous , danfent féparément
, & le croifent avec beaucoup
de promptitude , fans fe heurter , ni
s'embaraffer , ce qui fait une affez plaifante
confufion.
Ce que l'on appelle le Change eft une
chofe allez finguliere. On prend le temps
pour cette operation que chacun fe promene
dans les Salles ; un homme de
l'Affemblée crie tout haut & commande
le Change. Dans le moment chacun quitte
la femme qu'il tenoit par la main , &
va prendre celle qu'un autre menoit
devant lui ; ce que ceux qui avoient commencé
un entretien agréable ſouffrent
très impatiemment. D'autres , à la verité
gagnent au Change . Les plus adroi; s
prennent le temps qu'il y ait une aimable
voifine , pour entrer en file, & pour
en être à portée de lui donner la main.
Celui qui a fait ce commandement eft
enfuite obligé de s'aller mettre au milieu
de
JUILLET. 1728. 1613
de la Salle , & il eft permis à toutes les
femmes qui ne font pas contentes ,
lui aller donner un foufflet .
de
C'eft une chofe affez agréable à Venife
fur le grand Canal , dans la belle
faifon, de voir tous les foirs le concours
des Gondoles , dont on compte quelquefois
jufqu'à fix ou fept rangs , dans les
belles foirées de l'Eté , qui paffent les
unes à travers les autres avec une viteffe
merveilleufe . Ce mêlange & cette
efpece de confufion fait un effet charmant.
Cette promenade dure depuis le
lendemain de Pâques jufques au dernier
jour de Septembre . C'eft prefque la feule
promenade des Gentilsdonnes , qui
font ordinairement trois ou quatre enfemble.
Les Gentilshommes y vont auſſi,
mais ils ne font jamais avec les Dames ,
fi ce n'est le mari , le frere , ou quelque
proche parent . Les Gondoles font
ordinairement affez fimples , felon les
Reglemens des Magiftrats . Elles font
couvertes de drap , ou de ferge , ou de
ferge noire , avec des couffins , ou des
eftrapontins de même , & entierement
ouvertes par les côtez ; on peut fe garantir
cependant du vent , de la pluye ,
& du Soleil. Il eft défendu aux Courtifanes
, fous de rigoureuſes peines , de
fe trouver à cette promenade , qui eft
E iij able-
1
1614 MERCURE DE FRANCE.
abfolument deſtinée aux Gens de condi
tion , aux Citadins , aux Etrangers , & c..
Elles ont la liberté de fe promener dans
le Canal de Rio de la Senfe , où l'on ne
manque gueres de trouver bonne Compagnie
, & de voir triompher les plus
charmantes Demoifelles dans les habits
les plus galants quelques unes même
déguilées en Cavaliers ; enfin , n'oubliant
rien de ce qui peut augmenter
leurs charmes & leurs conquêtes.
Il ne fe paffe gueres de foirées où
T'on n'entende des Serenades , & petits
Concerts de Voix & de Symphonies fur
l'eau. Ceux qui en font les frais prennent
une Peote , qui eft un Bateau couvert d'étoffe
fort proprement , où l'on peut tenir
au moins to perfonnes . Quelquefois deux
ou trois Peotes fe répondent l'une à l'autre
, & quelquefois auffi elles fe joignent
, & ne font plus qu'un même
Concert.
Les jours de Dimanche ou de Fête ,
c'eft un plaifir de voir les jeunes filles
d'Artifans , qui s'affemblent fur le foir
par bandes dans les Places publiques . Il
y en a une qui joue du Tambour de Bafque
, & chante en même temps , pendant
que les autres danfent des Forlanes,
& c. Leurs habits font fort fimples , mais
propres . Les plus notables font vêtuës
de
JUILLET ~ 1726. 1615
de taffetas chamarré , les épaules & la
gorge fort découvertes , le Collier de filigrane
, d'or ou d'argent doré , dont les
grains font prefque auffi gros que des
noifettes , des Pendans d'oreilles & des
Braffelets de même , ou de Pierres fauffes.
Leur Coëffure eft unie , avec quelques
boucles de cheveux fur le front ,
& un tour de gros boutons de filigrane
derriere , & quantité de fleurs dans les
treffes des cheveux . Je fuis , & c.
TRADUCTION ou Imitation en Vers
ge
Irreguliers par M. V ... E ... de l'élodu
Thé , que feu M. Huet , Evêque
d'Avranches
, a fait dans une belle
Elegie Latine.
Vite, Ite , Laquais , qu'on prépare du Thé ,
*
Je fens mon efprit hebeté ;
Une noire vapeur fur mes fens répandue ,
Etourdit mon cerveau , trouble , obfcurcit ma
vûë ;
Dans mes veines le fang paroît s'être arrêté ,
Vite , garçon , vite du Thé.
I
Qu'avec zele tu fais ce que ton Maître ordonne
!
E iiij
Qu'avec
1616 MERCURE DE FRANCE .
Qu'avec empreffement tu répons à mes voeux
Dans l'airain déja l'eau raiſonne ,
Par fes bouillons impetueux ,
Cette aimable plante grillée,
Dans les lieux que Phoebus deffeche par fes
feux ,
Développe déja fa feuille entortillée
Et fe défait de fes fucs favoureux .
Il ſemble que la roſe & l'ambre ,
Verfent leurs parfums dans ma chambre :
Goûtons de ce Thé précieux ,
De ce Nectar délicieux.
Rapide effet d'une liqueur divine !
C
Une douce chaleur coule dans ma poitrine ;
Je fens que des efprits nouveaux
Penetrent jufques dans mes os ;
Déja la plus vive allegreffe ,
Bannit ma ftupide pareffe ;
Et par un feu fubtil tout mon fang agité
Dans fes canaux ouverts coule avec liberté.
Mon ame cft arrachée à fa fombre trifteffe ,
Elle fent les tranfports d'une agréable yvreffe. -
Tous les objets à mon cerveau ,
t S'offrent dans leur jour le plus beau;
Mille
JUILLET. 7 1726. 1617
Mille images vives , brillantes ,
Entrent en foule en mon eſprit ;
A ma raiſon tout plaît , tout rit ;
Mon coeur eft inondé d'émotions touchantes ;
Eh! pourquoi ne pas m'y livrer ?
Chaffe à préfent , Sageffe auftere ,
" Les rides de ton frontfevére ,
Le vrai Sage fçait folâtrer.
Vivacité fine , legere ,
Badinage ſpirituel ,
Traits railleurs fans venin , mais tout remplis
de fel ,
Vous pouvez feule me fatisfaire :
A préfent , fans effort, mon gofier s'ouvre aux
chants ,
Les plus tendres , les plus touchians ;
Sous mes agiles doigts ma Lyre qui refonne ,
Par de rares accords & me charme & m'étonne
;
C'eft au Thé raviffant que je dois ces accords.
Dans quels heureux climats , fur quels aimables
bords ,
Te nourris- tu ? Plante facrée ,
En faveur des humains par la terre engendrée ,
Digne préfent du Ciel officieux.
E Ton
1618 MERCURE DE FRANCE,
Ton nom même , Plante divine ,
Nous garantit ta celeſte origine.
Je croi même que tous les Dieux ,
Pour te favorifer fe liguent , hol
Qu'à l'envi tous ils vous prodigueht ,
Leurs préfens les plus précieux.
Mars , le Dieu fanglant des allarmes ,
Te communique fa vigueur ,
Cômus , Dieu des Feftins , te munit de cés charmes
,
sally I
Qui des foucis rongeans fçavent fauver un
coeur :
Dujeune âge l'aimable Déeffe ,
Hebé , t'accorde le talent ,
D'arrêter le cours violent ,
De la triſte & foible vieilleffe.
Du puiffant Jupiter , fils toujours vigilants,
... Chez toi Mercure a placé la femence
Du tour délicat & coulant ,
D'une vive & fine éloquence
Baccus far toi répand la quinteffence ,
Du plus pur fuc de fes côteaux :
Fi
135 *.
Par le don de Phoebus , Panacée admirable.
De nos corps engourdis tu bannis tous les
maux :
Du
JUILLET. 1726. 1619
Des doctes Soeurs la troupe favorable ,
Des fubtiles vapeurs , des Poëtiques eaux
Arroſe ton germe eſtimable :
De-là , qui boit du Thé , s'empare d'Apollon ,
Bien mieux que Habitant du mystique Vallon,
Qui puife une divine extafe ,
Dans le ruiffeau que produifit Pegafe.
Je le fçai ,je le fens ; dès que cette liqueur ,
M'a gagné l'efprit & le coeur ,
J'ai chez moi toute l'Hyppocrêne ,
Ma fougueufe Mufe m'entraîne :
Des mots qu'on ne fçauroit changer ,
D'eux-mêmes dans mes Vers paroiffent s'arran
ger.
Témoins ces Chanſons éternelles ,
Dont nos Galands & dont nos Belles ,
Honorent les accords par leurs brillantes
voix : -
Et qui jufques au dernier âge ,
Réveilleront les Echos de nos bois ,
Et feront des oifeaux ceffer le doux ramage.
Alors mon nom pastour vanté ,
Quand avec ma fragile vie >
E vj Dif
1620 MERCURE DE FRANCE .
Difparoîtra la noire envie ,
Charmera la Pofter ité.
Je vois déja ce nom dans les Faſtes de France ,
Sur mille & mille noms avoir la préféance i
C'eſt là le deſtin arrêté ,
Que m'ont promis Apollon & le Thé.
AVIS fur les Enigmes.
LE Leo dequenteMets lesmois
Es Enigmes que le Mercure eft en
depuis un fi long - temps , font encore
agréables au Public ; elles exercent l'ef
pri pour en penetrer l'obſcurité , &
amufent quantité d'honnêtes gens : nous
continuerons d'en donner ; mais nous
voudrions bien qu'elles fuffent meilleures
, & que ceux qui s'appliquent à ces
petits Ouvrages , en obfervaffent les regles
, & priffent la peine de les rendre
telles qu'elles doivent être pour meriter
l'impreffion ; car on nous envoye affez
d'Enigmes ; mais nous en voyons tréspeu
qu'il ne faille retoucher , fouvent
refondre , & plus fouvent encore mettre
au rebut . Voici quelques avis que nous
prenons la liberté de donner à ceux qui
fe font un amufement de ces jeux d'efprit
, fur les défauts les plus ordinaires
JUILLET. 1726. 162 r
que nous avons remarqué. Les perfonnes
qui voudront avoir de plus grandes
inftructions , pourront avoir recours au
Traité des Enigmes , & des Figures énigmatiques
du Pere Meneftrier .
On ne doit point choisir pour fujet
d'une Enigme , tout ce qui a quelque
apparence d'être Enigme , & ne pas tomber
dans le défaut de ceux , qui voulant
faire une Enigme , font un Apologue ou
une Fable , une Emblême , une Devife ,
ou une fimple Allegorie. L'Enigme eft
en effet bien plus myfterieufe. Elle eft
en quelque façon femblable à ces beaux
traits d'Eloquence , en ce que tout le
monde les trouve d'une facilité fi naturelle
, qu'il n'y a perfonne qui ne préfume
de pouvoir tirer la même chofe
de fon propre fonds , quoique ces traits
foient prefque toujours le défefpoir de
ceux qui s'efforcent le plus à les imiter.
Le caractere propre de l'Enigme , eft d'être
une queſtion obfcure , difficile , &
dont le noeud eft fi caché , qu'on ne peut
le délier fans peine."
En faisant une Enigme , on doit pratiquer
en quelque façon l'art de la
Devile ,, qui eft de laiffer à l'efprit
quelque chofe à faire , car l'eſprit
fe plaît à fe conduire par fes propres
lumieres : il ne demande autre chofe
1824 MERCURE DE FRANCE.
•
nigme , doit changer , mais tout changement
, dans ces rencontres , doit avoir
fes regles , & fa bienféance , & elle n'eft
pas gardée , quand on fait une metamorphofe
d'un fexe à l'autre .
Les mots qui n'expriment pas un corps
e naturel , ne font pas de vrais mots pour
une Enigme . Ce qui en doit faire le fu
jet , doit avoir un être phyfique & réel ,
afin que les rapports en foient fingu
liers .
Les deux Enigmes du premier Volume
de Juin ont été faites fur les Cizeaux
, & les trois du fecond Volume
du même mois fur la Clef, l'Aiguille du
Cadran Solaire , & le Melon.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
PREMIERE ENIGME.
'Hyver qui glace tout de fon afpect terrible
, J
Loin d'alterer jamais la fraîcheur de mon tein ,
Semble quitter pour moi tout ce qu'il a d'hor
rible ,
Et n'ofe pas porer fes glaçons dans mon
fein.
Ainfi
JUILLET. 1726, 1625
Ainfi pendant que la Nature
Paroît couverte de frimats ,
Je ne perds rien de maparure ,
Et je confervé mon éclat .
Je fuis le favori des plus grands Rois du monde,
Du plus vaillant des Dieux & de tous les He-
Ios :
Des enfans de Phoebus fur moi l'eſpoir fe fonde ,
Quoique plufieurs en vain perdent tous leurs
travaux.
Apollon me cherit & m'aime ,
Et quoiqu'il ait fait mon malheur ,
Je dirai cependant moi - même ,
Qu'il fait à prefent mon bonheur.
Par L. D. P.
DEUXIEME ENIGME.
>
Es le pointde notre naiſſance ,
DES
Nous caufons des gemiffemens ,
Quand nous finiffons notre temps ,
C'est encor nouvelle fouffrance.
Nous habitons un humide féjour ,
Et ne faifons aucune grace ,
1625 MERCURE DE FRANCE .
A tout ce qui par chez nous paſſe ,
Nous le détruifons fans retour.
Lorfqu'on nous tire , ou qu'on nous coupe ,
C'eft pour nous le dernier malheur.
Le bel ordre & notre blancheur ,
Font la beauté de notre troupe .
TROISIEME ENIG ME.
' Eſt preſque toujours deux jumelles ,
C'E
Qui me font telle que je fuis,
En Europe il eft un Pays
Qui porte le même nom qu'elles .
J'annonce quelquefois la mort ,
Double ou fimple , roide ou flexible ;
Je fuis en certains cas nuifible ,
Sans qu'on puiffe dire elle à tort.
Geographie , Architecture ,
Connoiffent mon nom , ma figure.
A l'homme de Mer , au Guerrier ,
Comme à maint & maint Ouvrier, she
Mes fervices ne font étranges.
De moi fe font fervis les Anges.
Lieu dans Paris porte mon nom
Comme
JUILLET. 11772266.. 1627
Comme maint Port de grand renom,
Mais j'en dis trop , je me décele ,
Fayons d'ici chez quelque Belle.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ICTIONNAIRE univerfel de la Fran
Dee
ce ancienne & moderne , & de la
Nouvelle France , traitant de tout ce qui
y a rapport, foit Géographie , Ethymologie
, Typographie , Hiftoire , Gouver
nement Ecclefiaftique , Civil & Militaire
, Justice , Finance & Curiofité , dans
lequel on trouve les noms , la fituation ',
& la defcription des Provinces , Fleuves,
Rivieres , Villes , Bourgs , Villages , Paroiffes
, & Communautez du Royaume ,
& fur chaque lieu le nombre des Ha
bitans , leurs moeurs , coûtumes , & ne
goces particuliers : les Archevêchez ,
Evêchez , Abbayes , Prieurez , Chapi
tres , Cures , & leur revenu : les Pairies
, Duchez , Principautez , Marqui
fats , Comtez , Vicomtez , Baronies , Si-
Ties , Châtellenies , & autres Fiefs confiderables
: les Gouvernemens particu
liers,
1628 MERCURE DE FRANCE
liers , leur étendue , & leurs Officiers
les Confeils Royaux , Parlemens , Chambres
des Comptes , Cours des Aides , Préfidiaux
, Bailliages , & autres Jurifdictions
, avec leurs refforts , les Forefts
Mines , Minieres , Eaux minerales , &
autres matieres intereffantes , " en trois
Volumes in folio. A Paris , chez Saugrain
, pere , la Veuve J. Sangrain , &
Pierre Prault.
*
Cet Ouvrage , qui eft d'un vaſte deffein
, avoit , il y a trois ans , été propofé
par Soufcription , avec un ellai de
la maniere dont il feroit executé ; ainfi
il eft déja connu du Public. Les Librai
res reconnoillent en être les Auteurs ,
& ils marquent en avoir tiré le premier
fond de leur dénombrement general
de la France , que le Public a alfez
eftimé , pour en avoir épuifé deux
Editions ils y ont ajoûté le Boulonnois
, le Pays conquis & reconquis , le
Comtat Venaiffin , la Principauté de
Dombes , les Duchez de Lorraine & de
Bar & la Nouvelle : France , en faisant
diftribuer dans les Provinces plus de.
vingt mille modeles de Memoires , pour
être informez de l'état de chaque lieu ,
ils s'étoient flattez de recevoir de grands
fecours de coux qui font zelez pour la
gloire de leur patrie , mais il leur en eft
,
"
revenu
JUILLET. 1926. 1629
2
revenu três peu , & dans ce peu il ne
s'en eft même trouvé qu'un fort petitnombre
de bien inftructifs , ainfi ils
avouënt qu'il refte de la matiere pour un
ample Supplément ; th
Cependant , pleinement convaincus ,
& avec raiſon , de l'utilité de leur Dictionnaire
, lorsqu'il aura été porté à fa
perfection , ils ont mis à la fuite de leur .
Avertiffement deux Memoires de lieux
particuliers , pour exciter de nouveau
par ces modeles , ceux qui feroient en
état de leur en donner de femblables des
autres lieux , ou diſpoſez à leur en accorder
encore de plus curieux , dont ils
ne manqueroient pas de profiter , & en
faifant connoître les Auteurs , qui voudroient
bien le permettre , ainfi qu'ils ont
déja fait à l'égard de quelques - uns.
On trouve au commencement de ce
Dictionnaire , une inftruction à fa lecture
, qui contient la Defcription generale
de l'état ancien & nouveau de la
France. On y traite des Gaulois & de
leurs moeurs,de la divifion des Gaules au
temps qu'elles étoient fous la domination
des Romains des François qui leur ont
fuccedé , de la fuite des Rois François ,
& enfin de la divifion actuelle de la France.
Ce dernier point eft fubdivifé felon
fes differens regards . 19. Selon les Provinces
1630 MERCURE DE FRANCE.
vinces civiles , ce qui ne concerne que
la Géographie. 20. Selon les Provinces
Ecclefiaftiques partagées en 128. Dio :
cèfes . 3 ° . Selon les Gouvernemens militaires
, generaux & particuliers. 4º. Sé
lon les Parlemens & les Juftices qui en
reffortiffent. 5. Selon les Chambres
des Comptes , Cours des Aides , & Cours
des Monnoyes. Et 6 ° . Selon les Gene--
ralitez ou Intendances , par rapport aux
Finances , & aux Revenus de la Cou
ronne , à quoi on a joint des états des
lieux où il y a des Bureaux d'Aides , des
Directions des cinq groffes Fermes , des
Greniers à Sel , & de la quantité de Sel
dont chaque Grenier doit être fourni.
و
A l'égard du corps du Dictionnaire ,
on juge bien qu'on ne sçauroit être également
inftruit : quand on n'a point eu
de Memoires particuliers des lieux , on
a feulement marqué la Province , le Diocèfe
le Parlement , la Generalité &
l'Election dont ils font , & pour les autres
lieux , on a fuivi les Memoires
qu'on en avoit, qui , comme on l'a déja dit,
n'étoient pas tous de bonne main ; celui
de la Ville de Faris remplit feul 84. pag.
il y a d'autres articles qui font auffi fort
détaillez , & nous pourrions donner pour
exemple l'Extrait de quelqu'un dont
en feroit fatisfait ; mais nous allons feulement
+
JUILLET. 1726. 1631
lement nous arrêter ici à une Differta
tion fur l'origine du Royaume d'Yvetot,
que nous trouvons parmi les Additions.
du troifiéme Volume ; car comme on a
déja vû plufieurs Memoires fur ce fujet
dans notre Mercure , & qu'ils ont été
connus à l'Auteur de celui-là , qui a voulu
encherir pardeffus les autres , nos Lecteurs
feront , fans doute , curieux de voir
auffi ce qu'il en a découvert de nou
veau.
Le Differtateur ne s'eft point contenté
de conjecturer avec les Critiques modernes
, que le Royaume d'Yvetot , dans
fon origine , ne devoit être qu'un Francaleu
noble , exempt d'hommage & de
fervices militaires , il l'a même prouvé;
comme auffi qu'il ne peut avoir été formé
que depuis
la domination
des Normands
dans la Province
où il fe trouve.
Ainfi il fe mocque
de la Roque , qui
touché
de la grande
antiquité
, que la
tradition
,qui le fait remonter
jufqu'à
Clotaire
I. lui attribuë
, voudroit
que là -deffus
on fe tint à ce que cette Tradition
en apprend
, comme
s'il s'agifloit
de quelque
point de Religion
. Traditio
eft , ditil
dans fon Traité
de la Nobleffe
,
empruntant
les paroles
de Tertullien
nihil quaras
ampliùs
. L'Auteur
ne peut
pas davantage
fouffrir
l'opinion
de celui ,
en
qui
1632 MERCURE DE FRANCE
qui , dans notre Mercure de Janvier der ™
nier , fuppofe que l'Aleu d'Yvetot fe
roit de ceux qui fe feroient maintenus
dans leur indépendance , qui avoit précedé
la domination des Rois , parce qu'il
n'y a aucune vrai - femblance , que les
Normands , qui s'étoient emparez des
biens même des Eglifes de la Province ,
euffent respecté celui d'un Gentilhomme
particulier ; mais il n'eft pourtant pas
non plus du fentiment de M. l'Abbé de
Vertot , qui a crû avoir démontré , que
les franchiſes de la Terre d'Yvetot avoient
été attachées entre l'année 1370. & l'année
1392. & il fait voir que les faits ,
fur lefquels ce fçavant homme s'appuye ,
étant bien entendus , ne prouvent point
du tout ce qu'il prétend , & que ces Franchifes
étoient connues dès le XII . fiecle.
Pour lui il établit trois autres faits
qui femblent décififs pour le point de
conteftation.
•
Le premiér eft , que Guillaume le Conquerant
, Duc de Normandie , en 1033 .
& Roi d'Angleterre en 1066. poffedoit
du moins une partie du Domaine de la
Paroiffe d'Yvetot .
Le fecond, que dans le fiecle fuivant,
la Famille noble du nom d'Yvetot , y te
noit un Franc - fief.
Et le troifiéme , que dès le même
temps
JUILLET. 1726. 1633
temps cette Famille l'avoit augmenté de
quelques autres Fiefs , pour lefquels
elle devoit des fervices militaires au Duc
de Normandie.
. La verité du premier fait fe tire d'une
Charte citée dans le Neuftria Pia, page
167. où il eſt dit que Guillauine le
Conquerant donna à l'Abbaye de S. Vandrille
une Terre fituée à Yvetot , apud
Yvetot manfum unum : car , foit que cette
Terre fut de l'ancien Domaine Ducal ,
ou qu'elle lui fut venue par forfaiture ,
il s'enfuivra toujours de cette donation ,
que ce Prince étoit Seigneur d'une partie
du Domaine de la Paroiffe d'Yvetot :
or il réfultera encore de là deux chofes
pour ceux qui fçavent de quelle maniere
les Fiefs ont été formez. L'une , que
le Domaine entier d'Yvetot pouvoit être
encore alors dans la main du Duc ; &
l'autre , que fi la partie qu'il ne donnoit
pas , étoit déja dans la Famille qui en
prit le nom , le Duc en étoit toujours le
Seigneur Suzerain : car qui fe figureroit
jamais qu'elle n'auroit relevé de lui , ni
mediatement , ni immediatement , dès
que l'autre portion lui avoit appartenu ,
& fuppofera- t'on que c'étoient les Rois
de France qui auroient fait un tel partage
?
*
La preuve du fecond fait fe trouve auffi
F danc
1634 MERCURE DE FRANCE.
1
dans une Charte de l'Abbaye de S. Vandrille
, dont le Cabinet de M. Clairembaut
a fourni la Copie. C'eft un accord
fait entre Roger , Abbé de S. Vandrille
& fa Communauté , d'une part ,. & Richard
, Seigneur d'Yvetot , d'autre part ;
par lequel , moyennant une rente de dix
livres , ce dernier remet à ce Monaſtere
tous les droits qu'il lui demandoit ,
à l'exception de la liberté du paffage de
Caudebec appartenant à l'Abbaye , qu'il
fe referve pour lui & pour fes Vallaux
du Franc- fief d'Yvetot , excepto paffagio
de Caudebecco fibi & hominibus ipfius
de libero feodo de Yvetot. De plus ce
mot feodo ne peut s'entendre d'une Terre
qui ne reconnoît aucun Seigneur ,
telle que feroit un Aleu qui auroit précedé
l'inftitution des Fiefs ; ilfait au contraire
fuppofer neceffairement qu'elle
étoit foumife à un Suzerain , & ainfi la
Terre d'Yvetot étoit feulement un de ces
Aleus dont les Ducs de Normandie
avoient bien voulu gratifier quelques
Seigneurs , & femblables à ceux que les
grandes Eglifes s'attribuoient , en prétendant
, qu'ayant été une fois donnez
à Dieu , elles n'en devoient plus ni
hommages , ni fervices , quelques fujets
qu'ils y euffent été auparavant. Au refte,
comme dans la fuite des Abbez de faint
Van
JUILLET . 1716. 1635
Vandrille , il ne s'y trouve , pour le tems
de cet Acte , d'autre Roger , que celui
qui gouverna cette Maifon depuis l'an
1150. jufqu'en 1165. l'Auteur veut
qu'on en regle la date par là , & non
point par celle de 1203. qu'il porte ,
laquelle il croit avoir été ajoûtée par
quelque Copifte , ainfi qu'il eft arrivé à
plufieurs autres Actes.
Enfin , le troifiéme fait eft encore éta
bli par une Chartre du même Monaftere
de S. Vandrille , & trouvée auffi dans
le même Cabinet de M. Clairembaut.
C'eſt une échange , où le même Richard
d'Yvetot , & Gautier d'Yvetot , fon pere
, cedent au même Abbé Roger & a
fes Religieux , les deux tiers de la Dixme
de l'Eglife d'Yvetot , avec une piace
pour bâtir une Grange , foit dans l'ancien
Domaine d'Yvetot , foit dans fon accroiffement
, in terra fua , five in incremento ,
& lefdits Abbé & Religieux tranfportent
de leur côté à ces deux Seigneurs le Fief
de Gautier l'Eventé , & celui qu'ils avoient
à Yvetot , lauf les fervices dont ces Fiefs
étoient chargez pour le Duc de Normandie
, Roi d'Angleterre , & S. Vandrille ,
Feodum VValterii l'Evanté conc :ſſeruns
cum feodo fuo de Ÿvetot falvo fervitio Regis
S. VVandregifili , & il eft manifefte
que ce Fiefque S. Vandrille avoit à
Fij Yvetot,
1636 MERCURE DE FRANCE.
Yvetot , avoit été formé de la Terré fi
tuée dans cette Paroiffe , que Guillaumė
le Conquerant lui avoit donnée.
;
L'Auteur de la Differtation ayant
donc ainfi prouvé d'une maniere invincible
, que le Fief d'Yvetot d'aujourd'hui
eft compofé de plufieurs Fiefs qui étoient
de differente nature , & qu'il n'y avoit
que le Chef-lieu qui fut un Franc-fief , &
qu'il relevoit du Duché de Normandie
il recherche enfuite comment les portions
de ce Fief affujetties au fervice du
Duc de Normandie , en ont été affranchies
: il avouë qu'il n'a pù trouver
d'Actes qui le lui apprennent ; mais il
conje cture que ç'aura été par le fimple
uſage , & que peut - être , pour
mieux affurer cet ufage , après que les
Rois de France eurent réuni ce Duché
à la Couronne , on fabriqua auffi en cette
vue la Notice , qui fait foi que l'affranchiffement
étoit de la Terre entiere d'Yvetot
, ratione terre totalis de Yvetot , &
qu'il avoit été accordé dés l'an 539. par
Clotaire 1. pour reparation de la mort
de Gauthier d'Yvetot que ce Monarque
avoit tué, ce qui ne le rendoit pas peu refpectable
à fes Succeffeurs. LAuteur ajou
te, que cette Notice fe trouve à la Chambre
des Comptes de Paris , dans un Procès
verbal de l'état de la Terre d'Yvetot
dreffé
JUILLET. 1726. 1637
dreffé l'an 1429. fur la dépofition de témoins
âgez de 70. ans ou environ , lefquels
l'indiquent comme une Piece autenthique
, & qui fait voir qu'elle pourroit
bien êtredu commencement du XIV. fieclesainfi
ceux qui veulent que cette Fable
fut inconnue avant Gaguin , mort ſeulement
en 1501. fe trompent de plus de
cent ans.
L'Auteur obferve encore , que les titres
de Principauté & de Royaume , dont
la Terre d'Yvetot a été ornée depuis la
fin du même XIV . fiècle , ne doivent
auffi leur exiſtence qu'à l'ufage , & non
pas à des érections faites par nos Rois ,
dont les Seigneurs d'Yvetot fe fuppofoient
indépendans ; mais il convient
neanmoins , que quelque lieu que les
Hiftoriens ayent de fe défier de la maniere
dont ces Seigneurs font parvenus
à fe mettre en poffeffion de tant de privileges
, il fera toujours de l'équité dans
łe Barreau , d'en croire le principe.legitime
, felon toute l'étendue de la terre
d'Yvetot , puifqu'ils ont toujours été confirmez
par les Rois depuis plus de 3.00.
ans , & qu'on n'a que des conjectures à y
oppofer.
Voilà ce qu'il y a de principal dans la
nouvelle Differtation , oùl'on trouve auffi
la fuite des Familles , par lefquelles la
Fiij Terre
Ը
1638 MERCURE DE FRANCE.
3
-Terre d'Yvetot a paflé , avant que de
venir dans celle d'Albon , qui en foutient
fi bien aujourd'hui les droits , & elle eſt
terminée par la Notice de l'affranchiffement
fabuleux de la même Terre , par
Clotaire I. en 536. ce qui donne enco-
-re lieu de remarquer , que le Gautier
d'Yvetot , qu'on y dit avoir été tué par
ce Prince , au retour des combats qu'il
-avoit livrez aux Sarrazins durant dix ans,
pourroit bien avoir été emprunté du Seigneur
d'Yvetot de même nom , qui tran
figea avec les Moines de S. Vandrille,
au XII. fiecle , & qui fe feroit effecti-
.vement trouvé dans les Guerres faintes ,
qu'on fit de fon temps contre ces Infideles
.
LA VIE DU CARDINAL D'AMBOISE ,
Premier Miniftre de Louis XII . avec un
-Parallele des Cardinaux celebres qui ont
gouverné des Etats , dédiée au Roi . Par
M. Louis le Gendre , Sous - Chantre &
Chanoine de l'Eglife de Paris , Abbé de
Clairefontaine. A Roüen , chez Rob.
Machuel , 1726. 2. vol. in 12.
VOYAGES de Jean Ovington , faits à
Surate , & en d'autres lieux de l'Afie &
de l'Affrique , avec l'Hiftoire de la Ré
volution du Royaume de Golconde , &
des
JUILLET. 1726. 1639
des Obfervations fur les Vers - à - Soye.
Traduit de l'Anglois A Paris
S. Jacques , chez Etienne Ganeau , 1725 .
2. vol. in 12 .
ruë
APOLOGIE de M. l'Abbé d'Olivet , de
l'Académie Françoife , en forme de Commentaire
, fur deux Articles des Memoi
res de Trévoux. AParis , Quay des Auguftins
, chez Piffot , 1726. Brochure in
12. de 44. pages , fans l'Approbation &
le Privilege du Roi.
On nous prie d'avertir , qu'à la page
17. ligne 23. de cet Ouvrage , au lieu
de ces mots , le 9. Janvier 1726. on doit
lire , le 6. Janvier 1722 .
>
HYMNES Latines & Françoiſes , fur le
Miracle operé à la Proceffion du Très-
Saint Sacrement dans la Paroiffe de
Sainte Marguerite , le 31. Mai 1725 .
A Paris , chez C. L. Thibout , Place de
Cambray. Ces Hymnes , au nombre de
trois , ont été faites pour être chantées
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Marguerite,
au fujet de la guérifon miraculeufe
operée fur la Dame de la Foffe.
Les Latines font de M. Coffin , Ancien
Recteur de l'Univerfité , & Principal
du College de Beauvais ; & les Fran-
Fiiij çoiſes,
1640 MERCURE DE FRANCE:
ço fes , ou pour mieux dire , la Traducă
tion , eft de M. de la Monnoye , de l'Académie
Françoiſe ..
VOYAGE aux Ifles de Madere , Nieves,
la Jamaïque , avec une Hiftoire naturelle
de la derniere de ces Ifles . Par le Chevalier
Hinfane , Docteur en Medecine;
Membre & Secretaire de la Societé Royale
de Londres. A Londres , 2. vol . in fol .
Cet Ouvrage eft en Anglois.
LA VIE DE THOMAS MORUS , Chancelier
d'Angleterre , fous , le Regne de
Henti VIII. écrite par fon Arriere - petit-
fils. 2. Edition. A Londres , 1726. in
8. de 336. pages.
Le jeune Sauvage amené à Londres
d'Hanover, ayant déja appris à s'énoncer
paffablement , a été baptifé chez le Docteur
Arbuthnot , qui a pris foin de lui
apprendre à parler.
On écrit de Warfovie , qu'on a trouvé
dans les Forêts du Duché de Curlande
, des hommes d'une efpece particuliere
, qui ne portent aucuns vêtemens,
qui ne vivent que d'herbages & de
fruits , & dont le langage n'eft entendu
de perfonne. On ignore abfolument leur
oriJUILLET.
1726. 1641
brigine , leurs moeurs & leur Religion :
comme ils paroiflent doux & traitables ,
le Roi de Pologne a ordonné qu'on en
amenât quelques- uns à Warfovie , pour
qu'on puille étudier leur langage , & tâ
cher de les inftruire , & de les former
aux moeurs du Pays.
Les Lettres de Londres portent , que
la Czarine a fait remettre depuis peu
une Médaille d'or du poids de quinze
Guinées , à M. Aaron Hill , qui avoit dédié
au feu Czar un Poëme qu'il avoit
fait fous le titre de l'Etoile du Nord.
Cette Médaille a été frappée à l'occafion
de la Pompe funebre de ce Prince : on
y voit fon Bufte d'un côté , & fur le Revers
il eft repreſenté montant au Ciel,
accompagné de la Renommée & de la
Gloire.
On imprime actuellement à Madrid
en 4. Volumes in 8. les Sermons du Pere
Bourdalouë, traduits en Caftillan par
un Jefuite.
On apprend de Bologne , que M Turdini
y a publié la Vie du celebre Cavalier
Carle Cignani , Peintre de l'Ecole
Bolognefe , Dilciple de l'Albane , mort
depuis quelque temps , gé de 89. ans.
FY Girar
1642 MERCURE DE FRANCE.
Girardini , qui eft un des meilleurs Ele
ves du Cignani , s'eft fait connoître en
Francé par de fort beaux Ouvrages . Il
a peint , à fraifque , l'Eglife des Jefuites
de Nevers & la Bibliotheque de leur
Maiſon Profeffe à Paris. Le Cignani a
laiffé un fils qui foutient la réputation
du nom qu'il porte , & qui confole en
quelque façon de la perte de fon pere.
On écrit de Florence , qu'Homere ,
traduit par l'Abbé Salvini , en vers Sciolti
, conferve fous cette nouvelle forme ,
ce fublime & ces images vives qui l'ont
fait admirer de tous les fiecles . La gran
de réputation du Traducteur n'a pas mis
fon Ouvrage à couvert de la cenfure.
Il a été bien critiqué & bien défendu.
On mande d'Allemagne , que M.Heimbreich
, a commencé un nouveau Journal
, fous le titre de Nouvelles Litteraires
de Franconie . Mais on apprend en même
temps que d'autres Ouvrages Périodi
ques de même efpece ont ceffé , comme
La France Sçavante la Bibliotheque
Françoife , l'Hiftoire Litteraire de tonte
PEurope , &c.
›
M. du Quet , Ingenieur pour les Forees
Mouvantes , & autres Sciences concerJUILLET.
1726. 1643
Eernant les Mechaniques , qui a été envoyé
par les ordres du feu Roy , dans
plufieurs Ports de Mer , pour faire les
effais des Rames qu'il a inventées , qui
a été nommé & choifi par l'Académie
Royale des Sciences , pour occuper une
place dans cet illuftre Corps , voulant fai
re part au Public de fes découvertes , il
donne avis qu'il fera chez lui des Differtations
touchant les differens fujets où il a
employé fon génie , par lefquelles on découvrira
la néceffité de pratiquer ce qu'il
a inventé , la perfection que reçoit la
Navigation par les Rames qu'il a effayées
dans les Ports , le bien qui réfulte d'en
farmer tous les Bâtimens qui vont à la
Mer , foit qu'ils foient deftinez pour la
guerre , foit qu'ils foient employez pour
le Commerce. Ces Differations prouveront
la poffibilité de faire fervir le cou
rant du Rhône & celui des autres Rivieres
pour monter les Marchandifes
d'une viteffe beaucoup plus grande que
par le tirage des Chevaux ou des Boeufs.
Elles prouveront auffi qu'il n'eft pas poffible
d'être maître de la force & de la
viteffe , en employant les courans , que
par les moyens qu'il a communiquez à
I'Académie des Sciences , que les Commerçans
& le Public , par contre - coup
recevront des avantages confiderables des
F vj éta1644
MERCURE DE FRANCE:
, que
établiffemens qui s'en peuvent faire
par ce moyen on débaraffera les Quais
de Paris du tirage des Chevaux , qui
caufent beaucoup d'inconveniens , qu'on
peut employer le courant de la Seine à
faire monter & defcendre fans ceffe des
petits Bateaux couverts pour fervir de ´
voiture publique de la Porte S. Bernard
aux Tuilleries , & des Tuilleries à la
Porte S. Bernard . Ces mêmes Differtations
feront connoître le défaut des Moulins
à vent & leurs fujettions , elles enfeigneront
la maniere de les corriger ,
les rendre plus fimples , d'une figure plus
agréable , de moindre entretien , d'une
conftruction plus folide & moins dangereufe
; elles apprendront le moyen de
voiterer par Terre les Marchandifes par
le fecours du vent , contre le vent même
, en droite ligne , particulierement
dans les Plaines & autres lieux où le
vent pourra avoir fon action , ce qui
procurera de nouveaux débouchez aux
-Forêts , employant quatre Chevaux qui
ferviront à mener au vent vingt Charettes
les unes après les autres , qui fe
ront conftruites à ce fujet , lefquelles porteront
chacune une corde de Bois ; enforte
que ces quatre Chevaux feront l'ouvrage
de quatre - vingt ; que l'on pourra
même labourer la terre avec ces mêmes
Cha
JUILLET. 1726. 1645
Charettes , par le feul fecours du vent .
Ces Difcours découvriront la maniere
de battre & vaner le Bled tout - à la fois
& bien d'autres chofes qui doivent être
pratiquées ; un modele fervira à faire.
entendre dans toutes fes parties le fujet
de chaque Difcours., & à en donner une
parfaite intelligence pour la pratique ,
ainfi les jeunes perfonnes qui ont déja
quelque teinture de Mathematique & qui
ont interêt de verifier la théorie par
la pratique , auront toute la fatisfaction
qu'ils peuvent défirer , même toutes fortes
de perfonnes curieufes des Sciences
utiles , en retireront le même fruit. Ceuxqui
en voudront profiter , s'adrefferont
à l'Auteur , ruë de l'Arbre - fec , vis - àvis
le petit Paradis , où l'on conviendra
de l'heure la plus commode ; il y
aura un Commis qui recevra une rétri
bution de trente fols pour chaque Dif
cours , afin de fournir aux petits frais
qu'il conviendra faire .
Le fieur Thiout , Maitse Horloger
Paris , ayant appris que quelques Particuliers
publient que le mouvement de
la nouvelle Pendule d'Equation , qu'il a
imaginée & executée pour S. A. R.
Monfeigneur le Duc d'Orleans , ne peut
faire détendre une fonnerie pour le
temps
1646 MERCURE DE FRANDE
temps vrai , il fe croit obligé de faire
fçavoir qu'il peut , non - feulement faire
détendre telle fonnerie & répetition que
les Curieux voudront , par l'heure vraie
ou par l'heure moyenne , avec la pre
cifion & la facilité ordinaire , mais qu'it
peut encore avec la même facilité , faire
marquer les mouvemens les plus remarquables
des Corps Celeftes : &
pour faire
mieux connoître la fimplicité de cette
conftruction , qui évite la peine de chercher
ailleurs la connoiffance des variations
du Soleil , il va faire inceffamment
une Montre de la grandeur ordinaire ,
où il appliquera cette Cadrature fans en
alterer la régularité , laquelle Cadrature,
peut aufli appliquer à toutes fortes
de vieilles Pendules , qui marqueront &
fonneront l'heure vraie , comme elles
fonnoient auparavant l'heure moyenne.
Le fieur Thiout demeure toûjours ruë
de Gefvres , près le grand Châtelet .
Proverbes choifis des Anciens & des
Modernes , de toutes Nations , avec des
Notes hiftoriques qui en éclairciffent
P'origine.
C'est encore un Auteur qui efpere
quelque fecours du Public , en donnant
le Titre de l'Ouvrage qu'on vient de
Le
Jire.
JUILLET. 1726 1647
Le Roy a donné depuis peu une nou→
velle marque de l'amour qu'il a pour
les Arts , en ordonnant au Duc d'Antin¸
Surintendant des Bâtimens , de faire fçal
voir à ſon Académie Royale de Peinture
& Sculpture , que S. M. a deſtiné un
fonds de 30000. livres pour être em
ployées à récompenfer ceux qui s'appli
queront à mériter les Prix pour lefquels
nombre de Peintres de cet illuftre Corps
travaillent actuellement. On parlera plus
au long de ce concours , lorfque les Prix
auront été adjugez .
M. Coypel , premier Peintre de Mone
feigneur le Duc d'Orleans , Auteur des
Tableaux de Dom Quichotte , vient de
donner au Public quatre Eftampes gra
vées d'après fes Deffeins , & dont les fa
jets font tirez des Comédies de Moliere.
Il y a ม reprefenté la principale Scene
de chaque Piece , ou pour mieux dire ,
une de celles qui ont paru le plus
fufceptibles d'expreffion. Les figures y
font deffinées dans le veritable génie de
la Scene qu'elles réprefentent , & gra
vées dans l'efprit de l'Auteur.
Les ſujets traitez font ,
George Dandin , demandant pardon à
fa femme en prefence de M. & Madame
de Sottenville .
Poute
4648 MERCURE DE FRANCE.
Pourceaugnac entre les deux Medecins.
Triffottin , lifant fon Sonnet aux Fem
mes Sçavantes .
Ces trois Eftampes font précedées
d'une quatrième , qui fervira de Frontifpice
à tout l'Ouvrage & dont l'idée a
paru fort ingenieufe. Elle réprefente
la Salle de la Comédie , la Toille &
les Luftres baillez . On y voit une par
tie des Loges & du Parterre , que l'Auteur
a remplis de caracteres variez &
comiques ; Petits- Maîtres fur le Thea
tre ; Femmes du bel air dans les Loges ;
au Pitterre, vieux pilliers de Spectacles,
jeunes gens nouvellement débarquez ;
grands hommes incom nodes à des petits,
&c. Sur la Toile eft l'Epitre dédicatoire
au Public Nous croyons devoir la lui
donner ici tout au long ; ce feroit le priver
d'un hommage que peu d'Auteurs
lui rendent aujourd'hui d'auffi bonne foi .
Ces Eftampes font à peu près de la
forme de celles de Dom Quichotte, & le
vendent chez Surrugue , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à - vis S. Tves . Le prix
eft de 15. fols.
AU
JUILLET 1726. 1649
AU PUBLIC
Très-refpectable & redoutable Juge.
To
Un'ignores pas que c'eſt au defir de
te plaire , que les beaux Arts doivent
leur naiffance ; c'est ce même defir.
qui nous porte à les cultiver & à les perfectionner
: Ne fois donc point furpris de
l'hommage que j'ofe t'offrir ; daigne le regarder
comme une marque de reconnoiſſance
que j'ay crû te devoir pour le favorable
accueil que tu as bien voulu faire
aux Gravures de D. Quichotte ; mais tu
me diras peut-être que je le dois plutôt
au fameux Auteur qui m'en a fourni les
fujets , qu'aux foibles traits de mon Pinceau.
Si tu le dis , je le croirai ; car je
fais van de me foumettre toûjours à tes
decifions. Quoi qu'il en foit , tu ne cheris
pas moins les Ouvrages de Moliere que
ceux de Michel Cervantes , ainfi je veux
efperer encore que tu feras grace aux
Deffeins en faveur des Sujets .
Je fais avec tout le refpect que le doivent
ceux qui ofent s'exposer à tes re
gards , ton très-humble & très -foumis ferviteur
, Charles Coypel .
N'oublions pas d'annoncer ici une nouvelle
Eftampe de conféquence qui vient
f de
7
1650 MERCURE DE FRANCE :
de paroître admirablement gravée par
M. Pierre Drevet , à qui le Roy vient
de donner le logement qu'occupoit feu
M. Beren , aux Galeries du Louvre. Cette
Eftampe dédiée au Duc d'Epernon , a
été faite fur l'un des Tableaux du Choeur
de Notre - Dame de Paris , excellemment
peint par M. L.de Boullogne , Ecuyer ,
Premier Peintre du Roy , qui réprefente
de la maniere la plus noble , la plus ri
che & la plus expreffive , la Prefentation
de l'Enfant Jefus au Temple par le
Vieillard Simeon , ou la Purification de
la Vierge. Ce magnifique Tableau fait
pendant à un autre du même Auteur ,
qui doit être gravé dans peu. C'eft une
grande compoſition d'une très - belle ordonnance
, d'une correction , d'une varieté
& avec des graces infinies , répreſentant
un Repos d'Egypte , ou Fuite , &c.
On nous écrit d'Italie , qu'au commencement
de l'an paffé , qui étoit l'année
Sainte , l'Académie de S. Luc à Rome,
fit propofer par des affiches à fes
Eleves , tant en Peinture qu'en Sculpture
& Gravûre, des Prix à tous ceux qui voudroient
travailler à les obtenir , dont la
diftribution fe devoit faire au jour fixé.
Le fujet étoit Moïfe apportant aux Ifraëlites
les Livres de la Loy . Le jour arrivé
b vers
JUILLET. 1726. 16st
vers la fin de ladite année , après avoir
été aux voik , felon la coûtume , le premier
Prix de Peinture fut adjugé à un
jeune homme de 25. ans , nommé Charles
Natoire , né à Nifmes en Languedoc ,
qui encore très jeune, avoit déja remporté
un Prix à l'Académie Royale de Peintu
re à Paris , lorfqu'il travailloit fous M. le
Moyne , fameux Peintre de cette Académie.
Il fut envoyé Penfionnaire il y a environ
trois ans à l'Académie , de France à
Rome , où il s'eft beaucoup perfectionné,,
ayant d'ailleurs un heureux génie & une
grande facilité pour fon Art. Le lendemain
du jugement, le premier Prix lui fut délivré
dans l'Affemblée qui fe tint à cette
occafion dans la grande Salle du Capitole ,
magnifiquement ornée & illuminée , en
prefence de 17. Cardinaux , affis felon
l'ordre de leur Promotion , qui voulurent
bien diftribuer les Prix tour- à -tour
aux differentes laffes de Peintres , Sculpteurs
& Graveurs. Ces Prix font deux
Médailles , l'une de vermeil & l'autre
d'argent , plus ou moins grandes , felon
le mérite des Contendans. Elles réprefentent
d'un côté le Portrait du Pape regnant
, & de l'autre , celui de S. Euc , tra-
Vaillant au Portait de la fainte Vierge.
Le premier Prix remporté par un François
dans le fein de l'Italie , fait beaucoup
d'honneur à notre Nation. CHAN
Tes2 MERCURE DE FRANCE.
******************
L
CHANSO N.
'Aurore à peine ouvroit les Cieux ,
Qu'à la faveur d'un fonge officieux ,
Je vous voyois moins inhumaine.
Quels plaifirs ! Quels ardents tranfports !
Que je ferois heureux , Climene ,
Si je veillois comme je dors .
Lainez .
49999999999999999
A
SPECTACLES.
茶茶茶
Près la Tragédie d'Aftrée & Thiefte
, de M. de Crebillon , les Comediens
François ont auffi remis au Théa
tre , celle de Radamifte & Zenobie , du
mêne Auteur , qui eut dans fa nouveauté
un très grand fuccès , & qui eft encore
aujourd'hui fort applaudie. Les deux
principaux Rôles font jouez par le fieur
du Frefne & par la Dlie Duclos. Ceux
de Pharafmanes & d'Arfame , font remplis
ois in Visup tight
ne
ne
1
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
I L
30
JUILLET. 1726.
1653
& par
plis par le fieur le Grand , pere ,
le fieur du Chemin , le fils ; la Piece eft
très -bien réprefentée.,
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre fur la fin de ce mois , deux
pele
tites Comédies de feu M. Dancour
galand Jardinier & le Moulin de Javelle
, que le Public revoit avec plaifir.
Dans la derniere de ces deux Fieces , la
Elle Dangeville , jeune perfonne dont
on a eu occafion de parler tant de fois , y
joue la petite Piece de Madame Bertrand,
avec toute la fineffe , la vivacité & les
graces imaginables.
Le 14. Juillet on fit l'ouverture d'un
nouveau Théatre à la Foire S. Laurent ,
dans lequel une Troupe de Danfeurs de
Corde , de Sauteurs & Voltigeurs , font
leurs exercices, & joüent enfuite un Divertiffement
Comique.
Le 17. l'Opera Comique donna une
petite Piece nouvelle d'un Acte , ornée
de Chants & de Danfes , intitulée , Pierrot
Fée , qu'on joue avec celle de l'Ecole
des Amans & des Arrêts de l'Amour
dont on a parlé.
Le 25. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Reprefentation d'une'
Piece
1654 MERCURE DE FRANCE.
1
Piece nouvelle Françoife , en Profe , &
en trois Actes , ornée d'un Divertiffement
de Chants & de Danfes , intitulée
Amour Precepteur. Cette Piece qui eft
parfaitement bien écrite , & tout- à- fait
dans le goût du Théatre Italien , a été
reçûe très- favorablement du Public ; elle
eft de la compofition de M.G*** . On en
donnera un Extrait détaillé dans le prochain
Mercure .
L'Académie Royale de Mufique remit
au Théatre le mois dernier , comme on l'at
déja dit , la Tragedie d'Ajax: le Poëme eft
de,M.Menellon ,& la Mufique de M.Bertin.
Cette Piece fut donnée pour la premiere
fois en 1716. avec peu de fuccès , &
n'auroit peut- être jamais été reprife , fi
la réuffite qu'elle avoit euë dans les Pro-'
vinces , n'eût engagé M. de Francine à
la rendre au Public , qui l'a reçûe avec
beaucoup d'applaudiffemens . Un changement
fi heureux devroit faire voir à ce
même Public , qu'il condamne quelquefois
trop legerement , & que par fes décifions
précipitées , il s'expofe à fe contredire
lui-même. On peut dire pour fa
juftification , que l'Opera d'Ajax eft infiniment
mieux executé aujourd'hui , qu'il
ne l'a été dans fa naiflance ; mais on devroit
au moins rendre plus de juftice aux
Auteurs
JUILLET. 1726. 1655
Auteurs , & ne leur pas faire un crime,
d'un défaut d'execution , puifqu'il ne dépend
pas d'eux d'avoir des Acteurs plus
agréables au Public.
Le fuccès de cette Piece fait efperer
d'en revoir bien d'autres , qui n'avoient
pas été reçûës plus favorableinent , quand
elles furent données pour la premiere
fois , & qui fembloient condamnées à un
oubli éternel .
Au reste , comme on nous a fait entendre
, qu'on apprend avec plaifir dans
les Provinces , les divers jugemens que
cette Capitale du Royaume porte fur tous
les Ouvrages de Theatre , nous avons
trû qu'il étoit de notre devoir de fatisfaire
une fi jufte curiofité , & nous nous
fommes attachez à recueillir ce que l'on
dit de la Tragédie d'Ajax ; nous n'y
mettrons rien du nôtre , & nous nous
reftreindrons à n'être que les Echos de ce
Public , dont les décifions font toujours.
feures , quand elles ne font pas précipi
tées. Voici donc ce qu'on pente d'Ajax.
Tous les fuffrages font réunis pour l'execution.
La Dlle Antier s'y diftingue à
fon ordinaire , le fieur Chaffé fait efperer
qu'il ira aufli loin dans les premiers
Rôles de Baffe- Taille , que ceux
qui l'ont précedé. Le fieur Muraire qui
joué cet hyver le Rôle d'Athys , fi luperieu
1636 MERCURE DE FRANCE:
perieurement à tous ceux qui s'en étoient
chargez avant lui , n'a pas été fi heureux
dans celui de Coribe ; mais ce n'eft pas
lui qui a nanqué au Rôle, La D1 Pelifier
, dont on venoit d'admirer les talens
prématurez dans quelques repré
fentations de Thetis & Pelée , fait
voir dans Ajax un goût de chant , &
une legereté de voix , qui font le plaifir
de tout Paris ; elle n'y chante que deux
morceaux , mais qui lui font autant
d'honneur qu'un grand Rôle . La Dile
Prevôt , joint à fon merite perfonnel ,
celui de faire un prefent trés -agréable au
Public , dans la perfonne de la Dle Sophie
ou Camargo , qui répond parfaitement
aux foins qu'elle prend de la per-
-fectionner ; nous n'entrons pas ici dans
le détail de tout ce qui contribue au fuccès
d'Ajax , par rapport à l'execution.
Pallons à la Mufique.
Le fieur Bertin qui en eft l'Auteur ,
comme nous l'avons déja dit , a lieu d'ê
tre fatisfait de ce que le Public penfe de
fa compofition. On trouve la plupart de
fes Choeurs excellens , fes airs de Vio-
Jon d'un caractere marqué , fon récitatif
paroît une Déclamation vraie & naturelle
, fes morceaux détachez font un
plaifir infini ; & l'on n'auroit rien eu à
fouhaiter dans fon Opera , s'il eut été
auffi
JUILLET. 1726. 1657
auffi heureux dans les duo , qu'il l'a été
dans prefque tout le refte. Il est temps
de parler du Poëme.
LesVers ont paru très - lyriques : il n'y a
pas veritablement beaucoup de ces traits,
qui depuis quelque temps font le fuccès
de nos Ouvrages de Theatre; mais tout le
monde convient , que le Poëme eft trèsraifonnable
; & que s'il n'y a pas de ces
beautez faillantes , en récompenfe on n'y
trouve point de ces défauts rebutans , dont
il n'en faut qu'un quelquefois pour faire
du tort à la meilleure Piece . Le Rôle
de Corebe eft celui qui paffe pour le plus
défectueux de la Piece. Quoique ce Prince
faffe tout ce qu'il peut faire , dans la
fituation où il eft , il femble toujours aux
Spectateurs qu'il n'en fait pas affez ; &
L'on voudroit que l'Auteur l'eut mis en
état de pouvoir davantage.
Caffandre eft placée dans un point de
vûe plus avantageux . Son nom feul raffemble
tous les regards fur elle ; au lieu
que celui de Corebe eft inconnu à la plupart
des Spectateurs . Cette Princeffe fe
trouve dans une fituation des plus déplarables
, fa Patrie réduite en cendres , toute
la Famille immolée à la fureur des
Grecs , fon Amant confondu dans la foule
des victimes . Ce même Amant , qui
me femble reffufcité que pour venir pe-
1
Grir
1658 MERCURE DE FRANCE .
rir à fes yeux ; le plus cruel de fes ennemis
, qui pour comble de malheurs , la
veut forcer à recevoir une main toute
dégoutante encore du meurtre de ce qu'elle
a eu de plus cher , tout cela intereffe
pour elle. Cependant le caractere que
l'Auteur lui a donné , n'a pas été hors
d'atteinte à la Critique . L'amour que
cette Prêtreffe a pour Corebe , jette une
efpece d'éclypfe fur la dignité de fon état .
Et de quel front , difent certains efprits
critiques , peut - elle reprocher à Ajax de
l'avoir arrachée aux Autels ? fon coeur
n'y étoit déja plus ; elle l'avoit partagé
entre Pallas & Corebe . Peut- être ces
reflexions font un peu trop feveres
pour un Opera , mais elles n'en font
moins fenfées .
pas
Ajax a paru trop honnête homme , &
peu s'en faut que la generofité que l'Auteur
lui a donnée , ne l'ait rendu le perfonnage
le plus intereffant de la Piece.
En effet , on n'a qu'à le fuivre dans toutes
les démarches , pour concevoir une
veritable eftime pour lui . Il aime , & il
veut être aimé : quoi de plus naturel ?
& loin de traiter Caffandre en eſclave ,
il en veut faire fon Epoufe ; il ajoûte
même cette circonſtance au don de fa foi,
'que ce n'eft que par là qu'il peut la dérober
aux chaînes que les Grecs lui préparents
JUILLET: 1726. 1659
parent ; loin de faire perir fon Rival , il
fe contente de le bannir loin de fon
Amante. Son caractere de galant homme
fe foutient jufqu'à la fin ; & prêt à
partir avec Caffandre , il ordonne qu'on
prenne foin de remettreCorebe en liberté;
il est vrai qu'il n'a pas un grand fond de
refpect pour les Dieux . 11 entre dans le
Temple de l'Amour , malgré les monftres
qui s'opposent à fon paffage ; il menace
ce Dieu de renverfer fes Autels , s'il
ofe trahir fes efperances . Echappé du
nauffrage , il brave tous les immortels à
la fois ; mais ce n'eft prefque qu'à la
derniere Scene qu'il merite cette foudre
dont il eft frappé , au grand regret
des Spectateurs. L'Auteur auroit épargné
ce regret , s'il l'eut peint un peu
moins genereux ; mais il a craint de dégrader
fon Heroïfme , & il a cru que
quelques blafphêmes fuffiroient pour le
-rendre, digne d'être foudroyé , au lieu
-qu'il ne l'a été, dans la Fable que pour
avoir violé Caffandre dans le Temple
-même de Pallas.
•
Il ne reste plus qu'à dire un mot du
-Ballet. Il eft de la compofition du Sieur
-Pecour. Son nom feul fait fon éloge . Le
Sieur Blondy y foutient la reputation
qu'il a ' G juftement acquife. La Dlle de
'Ifle & le Sieur, de Laval danfent un
Gij pas
1860 MERCURE DE FRANCE.
pas de deux qui eft generalement ap
plaudi .
JJJJJkakak akakakakakak JE
NOUVELLES DU TEMPS.
Ο
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , qu'on
a fait partir un renfort de Troupes,
pour mettre l'Armée du Grand Seigneur
en état de faire le Siege d'Ifpaham.
Les dernieres Lettres de cette Capitale
portent , qu'on continuë de faire des
levées de Soldats dans toutes les Provinces
de la domination du Grand - Sei-
' gneur , pour les envoyer en Perfe ; qu'on
avoit déja formé dans les environs de
cette Ville , 13. Compagnies de 150.
hommes chacune , qui devoient pren-
'dre inceffamment la route de Trebizonde
, où eft le rendez- vous de ces nouvelles
levées ; que le féjour de ces Troupes
dans Conftantinople étoit fort préjudiciable
au Commerce , & que les Marchands
étoient obligez de tenir leurs Boutiques
fermées , pour éviter d'être pillez.
Ces Lettres ajoûtent , que le Pacha
'de Babilone avoit écrit au Grand- Vizir ,
qu'il
JUILLET 1726. 1726. ・・1661 .
qu'il étoit en état de fe rendre maître
d'Ifpaham avec l'Armée qu'il commande
mais que ce premier Miniftre lui
avoit fait répoufe , qu'il courroit rifque
de perdre la tête , fi fon entreprife avoit
un mauvais fuccès ; que cependant on
avoit envoyé des ordres aux autres Pachas
, de joindre le Pacha de Babilone
avec les Corps de Troupes qu'ils commandent
, afin de le mettre mieux en
état de faire le Siege de cette Capitale
de la Perfe.
,
RUSSIE.
Lea
E 9. du mois dernier on lança à
l'eau , en préſence de la Czarine, à
Petersbourg , quatre Galeres nouvellement
conftruites , & on pofa les quilles
de onze autres.
Le Comte de Rabútin , Ambaffadeur de
l'Empereur , ayant fait de nouvelles
inftances pour déterminer la Czarine à
acceder au Traité de Vienne , & à entrer
dans les autres vûës de S. M. I. Cette
Princefle lui a fait répondre , que la
Flote Mofcovite ne s'éloigneroit pas cette
année de fes Ports ; que la fituation prefente
des affaires du Nord étoit trop délicate
pour prendre un parti avec tant de
précipitation, & qu'on ne pouvoit lui fai-
G iij
re
1662 MERCURE DE FRANCE.
re une réponſe plus pofitive , que lorf
qu'on feroit mieux informé des dernieres
refolutions du Roi de Suede & du
Senat , touchant l'acceffion de cette Couronne
au Traité d'Hanover.
On mande de Petersbourg , que l'Ofi
ficier Anglois qui a apporté à Cronstadt
fa Lettre du Roi d'Angleterre à la Cza→
rine , eft parti pour aller joindre l'Eſcadre
Angloife , qui eft encore près de l'Ifle
de Nargin , à trois lieues de Revel . La
Czarine a fait remettre au Vice-Amiral
Wager , la réponſe à cette Lettre ; ce
Vice- Amiral eft allé avec ſon Eſcadre
du côté de Dantzic , pour y attendre de
nouvelles inftructions. Les Lettres du
General Staff, écrites de Mifna le 25.
May , portent , qu'il étoit prêt d'entrer
dans le Royaume de Cafan avec les
6000.. hommes qu'il commande , pour
fe rendre enfuite dans la Perfe par Aftracan
, où l'on a formé des Magazins
pour armer près de soooo. hommes.
POLOCNE.
JUILLET. 1726 16G3
POLOGNE.
e
EXTRAIT des Univerfaux publiez
Mittau au nom du Duc de Courlande,
fans fon ordre , & à fon infçû. O
F
Erdinand , par la Grace de Dieu , Dud
de Livonie , de Courlande & de Semigalle
, à nos bien- aimez & fideles Etats
Salut. Lenable Cafimir. Chriftophe de Bra
kel, Capitaine Major de Mittau , & cidevant
Député de la Province à Varsovie
d'où il eft revenu depuis peu , nous ayant
requis de convoquer une Affemblée Provinciale
extraordinaire , afin qu'il puty,
faire rapport de ce qui s'est paffé à Varfovie
pendant les deux années qu'il y a
été en députation , nous y avons confenti
avons fixé l'ouverture de cette Affemblée
au 26. Juin de la préſente année
exhortant l'Etat de la Nobleffe , de mu
nir fes Députez d'inftructions neceffaires,
tant pour affifter an rapport du ſieur de
Brakel , que pour déliberer avec nous fur
les moyens de conferver à perpétuité la
Province dans fes Immunite & Liber
tez, de même que le Gouvernement Dutal
, à l'égard de l'Etat Ecclefiaftique &
Civil , fous la haute protection du Roi de
Pologne , notre très clement Seigneur , &
Giiij de
1664 MERCURE DE FRANCE .
de la Sereniffime Republique , fuivant les
conventions de dépendance , afin que nous
puiffions enfuite procurer & arrêter de
concert ce qui fera leplus convenable pour
le bien public de la Province , pour nous
& pour nos Succeffeurs .
Nous ne celons pas à l'Etat de la Nobleffe
, que M. de Karp , Commiffaire Ge
neral des Guerres du Grand Duché de
Lithuanie , nous a promis par fes & Lettres
du 18. Mars , au nom du Palatin de
Vilna, Grand- General des Armées de Lithuanie
, toute l'affistance requise pour la
confervation de nos Droits de ceux de
la Province , & pour le maintien de ce
que nous établirons avec l'Etat de la Nobleffe,
tant pour les affaires publiques &
particulieres , que par rapport à la Succeffion
Eventuelle , fur le fondement des
Loix. Donné à Mittau le 22. Mai 1726.
Signé Brinken Keiferlink. Vander Braggem.
EXTRAIT de la proteftation du Duc
de Courlande contre ces Univerſaux.
Fr
Erdinand , par la Grace de Dieu
Duc de Livonie , de Courlande , &
de Semigalle , à nos bien aimez & fideles
Etats , Salut.
Nous nous fommes gracieuſement confiez
JUILLET. 1926, 1665
vince ,
fiezjusqu'à prefent , que nos principaux
Confeillers , Officiers & Miniftres , qui
par leur ferment font engagez à veiller à
notre interêt Ducal & au bien de la Prone
s'ingereroient point dans les
Droits Regaliens réservez à leur legitime
Seigneur mais quelques- uns d'entre eux,
ayant manqué au devoir de leurs Charges;
travaillant à l'accroiffement de leur autorité
& puiſſance privée , au préjudice des
Droits & Prérogatives de leur Seigneur ,
nous avions eu confiance que l'Etat de la
Nobleffe , qui nous a toujours été très - cher,
rentrant enfin en lui - même , envisagerois
fon interet,& nefouffriroit jamais qu'on fe
fervit abufivement de fon credit pour exercer
une Puiẞance plus que Ducale.
Cependant l'ambition de quelques uns
de nos Confeillers s'eft augmentée à tel
excés , que par divers artifices ils ont induit
l'Etat de la Nobleffe à former, contre
notre intention , notre volonté & notre or
dre , des entreprifes contraires aux Loix
de la Province , & ce qui eft fans exem•
ple , à abufer de notre Nom', de nos Titres
& de notre Scean.
Enforte qu'après nous être flatez , que
tant de braves Compatriotes , qui ont reçû
de nous & de nos Prèdeceffeurs des marques
éclatantes de notre faveur , n'auroient
pas manqué de s'opposer à ces dif-
G V ferens
1666 MERCURE DE FRANCE.
ferens efforts , tendans à leur propre rui
ne , & d'employer les moyens convenables
pour y parvenir , nous avons , nonobſtant
notre grande modération & nos intentions
favorables , été également fruſtrez dans
notre attente.
Nous avons donc été informez qu'à
l'occafion de l'arrivée de Brakel , on a
convoqué en notre Nom une Affemblés
Provinciale pour le 26. de ce mois , afin
de recevoir fon rapport , d'expedier des
affaires capitales qui doivent nous regarder
feuls , & de déliberer für les prétendues
propofitions faites par le Palatin de
Vilna , Grand- General des Armées du
Grand Duché de Lithuanie . Nous ne
pouvons , ni ne voulons nous perfuader ,
que des hommes de bien puiffent entreprendre
un tel Alte . C'est pourquoi nous
laiffons juger, tant à nos Confeillers qu'à
notre fidele Nobleffe en particulier , s'il
eft raisonnable que ce Brakel , qui indé
pendamment de nous , & contre notre · volonté,
a été Député à Varsovie pendant
Vespace de deux ans , & y a publiquement
negocié contre nos interêts , entrepren
ne de former fous notre Nom , é par nousmêmes
, une confpiration contre nous ; oubliant
que nous fommes fon naturel & lea
gitime Seigneur, & que l'élevation de fa
familles
JUILLET 1726.16671
Famille , n'a d'autre fondement que notre
faveur.
Au reste, nous efperons que l'Etat de
la Nobleffe ne préfumera pas de rien ſtam
ther contre nos ordres où fans notre par-,
ticipation , furtout en des affaires , qui no
peuvent avoir aucun effet fans notre approbation
: cependant , afin que nos Con
feillers faffent plus d'attention aux devoirs
de leurs Charges , & que la Nobleffe ne s'é
carte point du dévouement qui nous est dû
nous les avertiffons en notre affection paters
nelle , de prévenir l'effet de la Puiffance Ducale;
& de plein droit , nous leur défendons
interdifons d'attenter la moindre chose en
Pabus de notre Nom , & d'affister à cette
Aßemblée , dont la convocation eft nulle
de fait & de droit.
Notre intention eft de pourvoir tellement
à toutes chofes , qu'au temps de notre
retour , elles foient entierement rétablies fe-s
lon l'ancien cours : ainfi , que chacun ait
à fe comporter conformément aux droits de
La Patrie , & n'ait pas la hardieffe de
former ouvertement des entreprifes qui tendent
au renversement de l'Etat... 13
Souhaitant par ces Prefentes , tant ar
nos principaux Confeillers , qu'à tout
POrdre de la Nobleffe en general , la,
Protection divine & de plus fages confeils,
G.vi nous
1668 MERCURE DE FRANCE.
1
nous les affurons de notre faveur. Donné
à DantZick le 4. Juin 1726.
Nonobftant cette proteftation du Duc
de Courlande , on apprend que les Etats
du Duché s'affemblerent le 26 du paffé.
à Mittau , & que deux jours après ils
élûrent unanimement le Comte Maurice
de Saxe pour Succeffeur à ce Duché.
On apprend de Varfovie , que le Roi
de Pologne a confirmé la Sentence qui
a été prononcée contre l'affaffin du Miniftre
Lutherien de Drefde , & contre
les principaux auteurs du tumulte , dont
Paflaffinat fut fuivi . Le premier eft condamné
à être écartelé , & les autres à
avoir la tête tranchée ; mais on croit que
ces derniers obtiendront une commutation
de peine .
L'Envoyé du Kan des Tartares ayant
pris congé du Roi , eft parti pour retourner
dans fon Pays : il fera défrayé
par la République jufqu'aux frontieres.
Les Princes Tartares , qui s'étoient réfugiez
en Pologne , ont été renvoyez avec
ce Miniftre , fur l'affurance qu'il a donnée
au Roi , au nom du Kan , qu'on ne leur
feroit aucun mal .
On écrit de Stockolm , qu'on y étoit
convenu le 3. de ce mois d'aflembler inceffamment
les Etats du Royaume de
Suede , pour déliberer fur les propofitions
JUILLET. 1726. 1669
tions qui ont été faites de la part des
Rois de France , d'Angleterre , & de
Pruffe.
'y
On mande auffi de Copenhague , qu'on
y publia une nouvelle Ordonnance du
Roi de Dannemarc , par laquelle il eft
défendu , fous peine de la vie , de faire
fortir aucuns chevaux de fes Etats.
L
ALLEMAGNE.
E 16. du mois dernier , Fête de la
Sainte Trinité , L. M. I. accompa
gnées du Nonce du Pape , & des Ambaffadeurs
de France & de Venife , affifterent
à la Proceffion du Saint Sacrement,
qui fe fait à Vienne tous les ans , pour
rendre graces à Dieu , de ce que le feu
Empereur Leopold , ni aucune perfonne
de fa Cour , ne furent bleflez du tonnerre,
qui tomba à pareil jour dans les Apz
partemens du Château de Laxembourg.
Le 27.du mois dernier il y eut un incendie
à Francfort, qui confuma l'Hôtel de la
Monnoye, le Convent des Carmelites , la
maifon du Miniftre de l'Eglife Françoiſe
des Lutheriens , & plufieurs magazins
de Livres & de Tabac. Il y a eu à Worms
un incendie auffi confiderable qui a duré
deux jours , pendant lefquels il y a
eu 24. maifons brûlées & un Convent
de
1670 MERCURE DE FRANCE.
Religieufes. On apprend auffi , que tou
te la Ville de Wibourg en Jutland , a
eu le malheur d'être réduite en cendres.
par un incendie , à la referve feulement .
de quelques petites Eglifes & maifons .
Les Lettres de Francfort du commencement
de ce mois portent , que la Regence
y avoit fait arrêter deux hommes,
foupçonnez d'avoir caufé le dernier incendie
, & qu'au premier examen ils
avoient avoué le fait , & déclaré qu'ils
étoient au nombre de huit , mais on n'a
pû encore découvrir les fix autres .
"
On apprend encore de Leipfic , que
le 6 de ce mois il y eut un incendie dans
la petite Ville de Lutzen , qui confuma
une vingtaine de maifons.
Le 24. Juin le Prince Eugene de Sa
voye , Préſident du Confeil de Guerre,
envoya M. Leopold Tallman , Secretai
re & Interprete des Langues Orienta❤
les à Schuvechet
, pour pour yy recevoir
en qualité de Commaire Imperial ,
Omar Aga , dont on a déja parlé , envoyé
à Vienne par le Grand Seigneur ,
pour veiller aux interêts du Commer
ce des Turcs , dans les Provinces de
la domination de l'Empereur. Ce Conful
fut conduit le même jour dans la mai.
fon qu'on lui avoit préparée au Faubourg
de Leopoldstad , accompagné d'un Dés
tachement
JUILLET. 1926. 1671
tachement de Dragons du Regiment de
Bareith . On lui doit donner 15o . florins
par jour pour fon entretien , au lieu de
500. qu'il a touché depuis fon arrivée
fur les Terres de S. M. I.
Le 25. l'Empereur donna au Prince
d'Avellino , le titre & caractere de for
Miniftre- Plenipotentiaire en Italie.
Le General Tige a été choifi pour
commander les Troupes de Sa Majesté
Imperiale dans la Tranfylvanie & dans
la Walachie .
Le bruit court à Vienne , qu'il a été
refolu dans le Confeil de Guerre d'augmenter
les Régimens Imperiaux d'Infanterie
de 300. hommes , & ceux de Cavalerie
, de 145.
Les Electeurs de Cologne & de Baviere
n'ont encore figné aucune alliance
particuliere avec la Maifon d'Autriche ,
comme le bruit en a couru.
On attend à Vienne un Commiflaire
du Roi d'Espagne , qui doit examiner
les papiers du Baron de Riperda , qui a
obtenu une Audiance particuliere de
l'Empereur , aux pieds duquel il s'eft
jetté pour lui demander fa protection ;
on affure que S. M. I. l'a reçû favora
blement , & qu'elle lui a promis d'écrire
en fa faveur à S. M. C.
Depuis ce temps -là , le Baron de Riperda
1672 MERCURE DE FRANCE:
perda a reçû une Lettre du Marquis de
la Paz , Secretaire d'Etat de S. M. C.
par laquelle il lui marque qu'il peut reprendre
le foin des affaires d'Eſpagne à
Vienne jufqu'à nouvel ordre.
On attend à Vienne de Madrid , avant
la fin de ce mois, 200. mille Piaſtres, que
le Roi d'Efpagne a fait remettre auComte
de Konigsegg , pour le payement de ce.
qu'il s'eft engagé de payer à l'Empereur
par le Traité de Vienne,
ITALIE.
Leregation generale du S. Office , le
E Pape a fait Secretaire de la Con-
Cardinal Orthoboni , Préfet de la Congrégation
des Evêques & Réguliers ; le
Cardinal Barberin ; Préfet de celle de
l'Immunité Eccléfiaftique , le Cardinal
Spinola de Sainte Agnès : Préfet de celle
des Rites , le Cardinal Morini ; Préfet
de celle du Comtat d'Avignon , le Cardinal
Cofcia ; Protecteur de la Congrégation
des Clercs Reguliers Mineurs , le.
Cardinal Alexandre Albani ; Protecteur
du Monaftere des Religieufes de Sainte
Suzanne , le Cardinal Pereira ; & de celui
des Hermites de la Porte Angelique ;
le Cardinal Pipia. •
Les Capucins ont élû à Rome dans
leur -
JUILLET. 1726. 1673
leur Chapitre general , le R. P. Ar
naud du Tirol , Allemand , pour leur
General. On prétend que c'eft le pre
mier de cette Nation qui ait poffedé cette
Charge.
On mande de Sicile , qu'on a entendu
depuis peu beaucoup de bruit dans le
Mont Ethna , & qu'il en fort beaucoup
de fumée ; que les Habitans du Vallon
voifin fe font retirez avec leurs beftiaux
& leurs meilleurs effets , afin de ne recevoir
aucun dommage de l'irruption
prochaine qu'ils prévoient. Ces Lettres
ajoûtent que la fecherelle eft fi grande
depuis deux mois dans cette Iflé , qu'elle
a caufé la mort à une grande quantité de
beftiaux , & qu'on croit que la recolte
desgrains ne fera pas fi confiderable qu'on
l'efperoit.
Le 28. du mois dernier , le Pape tint
Chapelle pour les premieres Vêpres de
la Fête des Apôtres S. Pierre & S. Paul;
| & le Connêtable Colonne , en qualité
d'Ambaſſadeur- Plenipotentiaire de l'Empereur
, préfenta la Haquenée à S. S. avec
le Tribut ordinaire pour le Royaume de
Naples.
On minde de Florence , que le 24 .
Juin , Fête de S. Jean - Baptifte , le Grand
Duc fe rendit en Cortege dans la Place
Ducale , où il reçût les hommages an
nuels
1674 MERCURE DE FRANCE.
nuels des Députez de toutes les Villes
de fes Etats . Le même jour il y eut
une courfe de Chevaux , & le foir un
magnifique Feu d'artifice qui fut fuivi
d'un Bal .
On mande auffi de Reggio que le Duc
de Modene étoit malade , & que la Prin
cefle hereditaire , fa belle- fille , avançoit
heureuſement dans fa groffelle.
ESPAGNE .
Es Députez du Confeil de Caftille
continuent l'inftruction du Procès
du Duc de Riperda , contre lequel
on dit qu'il ne s'eft pas encore trouvé
des charges auffi confiderables qu'on le
croyoit .
Il est tombé une pluye fi abondante
dans la Principauté de Catalogne , que
toutes les Rivieres ont été débordées ,
ce qui a caufé à cette Province une per :
te de plus de deux millions de Piaftres ,
fans compter les hommes & les beftiaux
qui ont été noyez . Quatre Arches du
Pont de Lerida , fur la Ségre , ont été
abbatuës. Ċe Pont eft de pierre , & un des
plus beaux d'Efpagne.
On a reçû avis de Porto - Bello , que
la Flotille y étoit arrivée ; qu'elle con
fiftoit en huit. Bâtimens , qui avoient à
bord
1
JUILLET. 1726. 1671
bord 9. millions , 43753. pezos d'ar
gent monnoyé , deux millions 949138,
pezus d'argent en barres ou en pigues ,
un million 939603. pezos d'or mon
noyé , & 21427. pezos d'or en poudré
ou en lingots..
Les Lettres de Madrid portent que
les Anglois travaillent en diligence à
réparer les Fortifications de Gibraltar
& ils ont conftruit devant le Port de
cette Place un Fort de bois , fur lequel
il ont déja mis plus de 80. pieces de
Canon de gros calibre.
-La plupart des Soldats du Regiment
que le Roi a fait lever en Suiffe , font.
morts quelques jours après leur arrivée
à Teragone , pour avoir trop bû des vins
du Païs , qui font pernicieux aux Etran,
gers qui en font excès.
On a envoyé un Détachement du Régiment
des Gardes Eſpagnoles au Châ,
teau de Ségovie , pour en renforcer la
Garde. Le Duc de Riperda y eft indiſpofé
depuis quelques jours.
Le 7. de ce mois , le Roi accompagné
du Prince des Afturies & des Infants ,
revenant de faire fa priere devant l'Image
miraculeufe de Notre -Dame d'Atocha
, S. M. rencontra un Prêtre qui
portoit le Viatique à un malade ; elle
mit pied à terre , fit monter le Prêtre
dans
1676 MERCURE DE FRANCE.
dans fon Carroffe, & fuivit à pied le faint
Sacrement jufqu'à la maiſon du Malade ;
après quoi elle le reconduifit jufqu'à l'Eglife
Paroiffiale de S. Louis.
On a découvert dans le Royaume de
Valence , un Magazin de 400. Mouf
quets , qu'on y avoit fait venir en fecret ;
ce qui fait foupçonner que les Habitans
dé cette Province fe préparoient à quel
que foulevement.
PORTUGAL.
L tomba vers le milieu du mois der
11, de grêle
›
à Pias & dans les environs , que la terre
en étoit couverte à la hauteur de près de
deux pieds , les grains étant auffi gros
que des oeufs de Poule. Les Oliviers
les Vignes & les Bleds qui étoient encore
fur terre , ont été hachez & perdus
fans aucune efperance de récolte.
Le bruit court à Lifbonne qu'on a
découvert dans les Montagnes du Brefl
de nouvelles Mines d'or fi abondantes ,
qu'on a trouvé ſur la ſurface de la terre
des morceaux de ce Métal , fans mêlange
, du poids de 150. onces.
GRANJUILLET.
1726 , 1677
A
GRANDE-BRETAGNE.
U Commencement de ce mois , le
Vice-Amiral Jean Jennings fe rendit
à Portfimouth pour prendre le Com
mandement de l'Efcadre qu'on dit être
deftinée pour la Méditerrannée , & qui
fera compofée de 20. Vaiffeaux de ligne ,
fix de tranfport & de quelques Galiotes
à bombes & brulots , qu'on équipe à
Deptford en très -grande diligence . On
a embarqué fur cette Flotte les Regimens
de Newton , de Difnay & d'Anf
truther.
On écrit de Pifcataqua dans la nouvelle
Angleterre , du 3. May , que les
Vaiffeaux Efpagnols continuoient de coufir
fur les Navires Anglois dans la Baye
de Honduras , & qu'ils en avoient enlevé
trois , que les Anglois avoient enfuite
repris avec tout l'équipage que les Ef
pagnols avoient mis deffus. Ces Lettres
ajoûtent que le Vaiffeau de Guerre ,
Diamant , avoit enlevé le Bâtiment du
Corfaire Cooper , & que les fameux Pirates
Low & Spriggs , s'étoient fauvez
dans les Bois parmi les Indiens .
le
On apprend de Londres , qu'il y eut
le 29. du mois dernier un furieux orage
à Brutton , dans le Comté de Somerſet
la
1678 MERCURE DE FRANCE.
la Riviere qui y paffe hauffa de 13. d
a
14. pieds en deux heures , près de 50 .
maifons furent renverfées par le torrent ,
le Pont fut endommagé & la plupart des
Habitans perdirent leurs beftiaux & leurs
Marchandiſes.
Le Comte de Cadogan , qui s'eft fait
faire l'opération pour la fiftule , eft hors
de danger.
*
Le 16. de ce mois , le Roi tint à Kenfington
, un Confeil d'Etat , dans lequel
il fut réfolu de proroger jufqu'au 19.
Septembre prochain , le Parlement qui
devoit s'affembler le premier du mois
d'Aouft .
Les Galiotes à bombes & la plupart des
Vaiffeaux deftinez pour la Méditeranée ,
ayant joint le Vice -Amiral Jean Jennings
à Portsmouth , cette Efcadre mettra à
la voile le 18. de ce mois pour le Dé
troit de Gibraltar , fi le vent eft favo
rable.
120010
O
PAYS - BAS.
•
N reçût à Bruxelles le premier de
ce mois , un faux avis que l'ELcadre
Angloife , deftinée pour la Méditerranée
, paroiffoit à la vue d'Oftende ,
dans le deffein de bombarder cette Ville
la nuit fuivante ; on y envoya un Bataillon
de Troupes de la Garnifon de Bruxelles
,
JUILLET. 1726. 1679
xelles , & M. de Bauve , Ingenieur General
, partit en pofte pour s'y rendre,
ainfi que le Baron de Galen , Gouverneur
de Nieuport , qui fe trouva à Bru
xelles . Le 2. au foir , il arriva un fecond
Courrier d'Oftende , qui détruifit
entierement cette fauffe nouvelle. On
a fçû depuis que les dix Vaiffeaux de
Guerre Anglois qui partirent des Dunes
au commencement de ce mois pour fe
rendre à Plimouth , ayant pris le large &
paffé à la vûë d'Oftende , ont donné lieu
à l'allarme dont on vient de parler. Les
précautions qu'on a crû être obligé de
prendre à cette occafion , ont caufé des
dommages & des frais confiderables ; car
le Gouverneur d'Oftende, pour ſe mettre
en deffenſe , avoit fait percer les Digues
qu'on avoit faites pour détourner l'eau ,
dans le temps qu'on travailloit à élargir
les Foffez ; on avoit fait marcher vers
la même Ville des Détachemens des Garnifons
de Bruges , de Gand , de Courtray ;
'de Damme & d'Oudenarde on avoit
transporté à Bruges les Marchandiſes des
Indes Orientales & les Païfans des environs
s'étoient retirez dans les Villes
avec leurs meilleurs Effets..
MORTS ;
1680 MERCURE DE FRANCE .
*
XXX:XXXXXXXXX :XXX
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
E Cardinal Fabrice Paulucci , Doyen
du Sacré College , Evêque d'Oftie
& de Velletri , Premier Miniftre & Secretaire
d'Etat du Pape , Vicaire General
de Rome , Secretaire de la Congré
gation Generale de l'Inquifition , & Préfet
de celle des Evêques Réguliers , mourut
le 11. Juin au foir , âgé de 75. ans .
deux mois & 9. jours , étant né à Forli
le 2. Avril 1651. Il avoit été fait Cardinal
par le Pape Innocent XII . le 22 .
Juillet 1697. mais ayant été réfervé in
petto , il ne fut déclaré qu'en 1699. II
fut fait Secretaire d'Etat & Grand-Penitencier
fous le Pontificat de Clement XI .
-après la mort duquel il perdit ces deux
Charges . Innocent XIII. qui lui en avoit
:demandé la démiffion , le nomma Vicaire
de Rome le 9. May 1721. à la place
du Cardinal Parracciani , qui étoit mort
le même jour. Le Pape d'aujourd'hui le
choifit fon Secretaire d'Etat le 31.
May 1724. Le 21. du mois fuivant , il
fut propofé en Confiftoire pour le Sous-
Décanat vacant ; & le 19. du mois de
pour:
No
JUILLET. 1726. 1681
Novembre dernier , il parvint au Décanat
du Sacré College , peu de jours
après la mort du Cardinal Dell- Giudice.
Ĉe Cardinal laiffe par fa mort un huitiéme
lieu vacant dans le Sacré College.
Charlotte - Chriftine , née Comteffe de
Hannaw , Epoufe de Louis , Prince Hereditaire
de Heffe- Darmſtadt , mourut à
Francfort le premier de ce mois , des faites
de fa derniere couche , âgée de 26 .
ans & deux mois. Elle laiffe trois Princes
& une Princeffe .
)
La Princeffe de Piémont accoucha le 26.
du mois dernier d'un Prince auquel
le Roy de Sardaigne a donné le titre de
Duc d'Aoft, & qui a été nommé au Baptême
Victor- Amé- Marie,
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c;
E 2 , de ce mois , le Comte Maffei ,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
de Sardaigne, eut à Verſailles fa premiere
Audience publique de fon Alteffe
Royale Madame la Duchefle d'Orleans ,
étant conduit par le Chevalier de Sainc
tót, Introducteur des Ambaffadeurs .
H La
1682 MERCURE DE FRANCE.
La Caifle generale qui avoit été établie
depuis quelques années , a été ſupprimée
, & l'on a rétabli les Receveurs
Generaux dans l'exercice de leurs Charges
, comme ils étoient cy -devant.
Le Roi a accordé une Penfion de 2000 .
livres au Commandeur de Miſon , Capitaine
au Régiment des Gardes Francoifes.
M. le Pelletier de Montmelian a obtenu
de S. M. l'agrément de la Charge
de Prefident de la premiere Chambre des
Requêtes du Palais , vacante par la mort
de M. Lambert de Torigny.
Sur la fin du mois dernier , vers les
dix heures du foir , le Tonnerre tomba
dans l'Eglife Paroiffiale de Verfailles ,
fondit quelques Tuyaux des Orgues , &
caufa quelqu'autre dommage , fans bleffer
perfonne.
Le 4. de ce mois , le Roi fit dans le
Parc de Meudon , la Revûë des deux
Compagnies des Moufquetaires, & S.M.
parut très-contente de l'état où elle les
trouva, Le Roy alla coucher le foir au
Château de Rambouillet , d'où il revint
le 6. à Verfailles.
Le même jour , le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne
, eut une Audience particuliere
du Roi & de la Reine , dans laquelle il
fit
JUILLET. 1726. 1683
fit part à L. M. de la naiffance du Duc
d'Aoft , dont la Princefle de Piémont accoucha
le 26. du mois dernier . Le
Comte Maffei fut conduit à cette Audiance
par le Chevalier de Sainctot , In,
troducteur des Ambaffadeurs.
Le Marquis de Clermont Gallerande ,
Chevallier des Ordres du Roi , Premier
Ecuyer du Duc d'Orleans , a été nommé
par S. M. Meftre de Camp du Regiment
d'Orleans , Dragons , à la place du
feu Marquis de Trefnel.
Le Prince de Vendôme a vendu fon
Régiment au Marquis Dauroy.
Les Fermes Generales du Roi , auſquelles
lés nouveaux Droits , &c. ont été
réünis , eſt adjugée à 80. millions à une
Compagnie qui a traité avec Sa Majesté
pour fept ans , & qui ſe charge de faire
de groffes avances.
Le 10. de ce mois le Roi alla coucher
au Château de Rambouillet , d'où Sa
Majefté revint le fur - lendemain. Le Roi
yre tourna le 14. & y demeura juf
qu'au 16 .
Le Chevalier de Camilly , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , a
été nommé Ambaffadeur de Sa Majefté,
auprès du Roi de Dannemarck. Il doit
partir inceffamment pour fe rendre à Copenhague.
Hij
Le
1684 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a fait Meftre de Camp de
Cavalerie , les fieurs de Montgrand &
de la Coudre , tous deux Maréchaux des
Logis de la premiere Compagnie des
Moufquetaires .
Le Dimanche 7. de ce mois , Madame
de Clermont de Geffan , de l'illuſtre Maifon
de Clermont , cy -devant Religieufe
de l'Abbaye de Chelles , nommée à l'Ab
baye Royale de S. Paul de Beaurepaire,
Ordre de Cîteaux , au Diocèfe de Vienne
, fut benîte dans l'Eglife de l'Abbaye
de Chelles par M. le Cardinal de Noailles
. Madame d'Orleans , Abbeſſe de Chelles
& Madame de Clermont , Abbeſſe de
Villiers , firent les fonctions de Matrones
Affiftantes . La Ceremonie fut terminée
par le Te Deum , qui fut chanté
en Mufique , de la compofition de M.
Morin.
L'Affemblée du Clergé dont on a déja
parlé , fera ouverte dans le Convent des
Grands Auguftins de Paris , le 25. Septembre
prochain , & non à Melun , comme
le bruit en avoit couru .
La Charge de Secretaire desCommande
mens de la Maiſon de la Reine, vacante par
la démiffion de M. Paris du Vernay , a été
partagée en deux . M. de Broufforé , Confeiller
au Parlement , & M. de la Vieuville
, ont été nommez pour la remplir.
Le
JUILLET. 1726. 1685
Le 7. de ce mois , le Roy voulant prendre
le plaifir de la promenade furl'eau,
fe rendit au Canal de Verfailles , & monta
pour la premiere fois dans la Frégate
la Dunquerquoife . On ne put pas fe fervir
de la voile par le défaut du vent ;
douze Ramneurs y fuppléerent. la Frégate
étoit fuivie d'une Chaloupe , d'une
Barque & de deux Gondoles à la Venitienne.
Après avoir pris le plaifir de la
pêche, S. M. fe rendit à Trianon avec les
Seigneurs qui l'avoient accompagnéé , &
revint à Verfailles le foir dans des Phaetons.
Le même jour 7. M. le Blanc eut une
foibleffe qui a été fuivie de quelques accès
de fièvre, mais fa fanté commence à
fe rétablir.
Le Marquis de Bellay a été nommé
Colonel en fecond du Regiment de Brie ,
que le Roi a donné au Comte de la Marche
, fils aîné du Prince de Conty.
La Princeffe de Conty Doüairiere ,
mere de ce Prince , laquelle a été fort
malade , fe porte beaucoup mieux .
Le Dimanche 14. Juillet , on fit avec
beaucoup de folemnité la Confécration
& la Dédicace de l'Eglife Paroiffiale de
S. Louis en l'lfle . Cette céremonie fut
faite au nom de M. le Cardinal de Noailles
, par M. de Caulet , Evêqued e Gre
H iij noble,
1686 MERCURE DE FRANCE.
noble , qui s'en acquitta avec toute la
dignité & l'édification poffible.
L'Eglife étoit richement ornée , & l'affluence
y fut très -grande durant l'Octave
de cette folemnité ; il y a eu chaque
jour à cette Eglife des Proceffions
du Clergé des autres Paroiffes de la Ville.
Celle de S. Sulpice fit l'ouverture de
ces Proceffions le 15. ayant à la tête M. le
Curé de cette grande Paroiffe , lequel
un peu après l'arrivée de la Proceffion
dans l'Eglife de S. Louis , monta en Chaire
, & fit un très -beau Difcours au fujet
de cette Céremonie. Son exemple a
été fuivi par d'autres bons Prédicateurs
durant toute l'Octave , parmi lefquels
M. l'Abbé Gueulette , Bachelier en
Theologie , & âgé feulement de 25. ans ,
qui prêcha le Jeudy 18. Juillet , fe diftingua
d'une maniere particuliere , & s'attira
beaucoup d'applaudiffement.
Le Bâtiment de cette Eglife , qui eft
la Paroille de tout le quartier , fut commencé
en 1664. avec beauboup de foin
& de régularité , fur les Deffeins de Louis
Levau , Premier Architecte du Roy.
Jean- Baptifte de Champagne , Peintre ,
neveu de Philippe de Champagne , conduifit
les ornemens de Sculpture qui embelliffent
cet Edifice . Gabriël le Duc ,
très- bon Architecte , l'a pouffé en l'état ·
où
JUILLET. 1726. 1687
où il eft. C'eft fur fes Deffeins particu
liers que la grande Porte a été élevée.
Elle eft ornée de quatre Colomnes Doriques
, ifolées qui fupportent un entablement
couronné d'un fronton .
La premiere pierre de la Nef fut poſée
en 1702. En 1713. & 1714. on acheva
la partie de la Nef qui reftoit à faire , &
tout cet Edifice eft aujourd'hui dans fa
perfection. Une Lotterie n'a pas peu contribué
à faire continuer les Ouvrages qui
y manquoient. Philippe Quinault , de
Paris , Auditeur des Comptes , de l'Académie
Françoife , Auteur Dramatique
& celebre Poëte Lyrique , eft inhumé
dans cette Eglife.
Affaires du Palais.
M. Portail , fils de M. le Premier
Préfident , ayant obtenu l'agrément du
Roi pour remplir la Charge de Préfident
à Mortier , dont M. fon Pere étoit
revêtu , torfqu'il fut élevé à la premiere
Place du Parlement , le Roi a accordé
en même temps à M. Molé , Confeiller
en la quatriéme Chambre des Enquêtes
, l'Expectative pour la premiere
Charge vacante de Préfident à Mortier;
fur quoi Sa Majesté a bien voulu donner
des Lettres Patentes , qui furent enre-
Hiiij giftrées
1688 MERCURE DE FRANCE.
giftrées au Parlement le Jeudi 18. de
ce mois.
Le même jour , l'affaire de Mademoifelle
de Choifeul fut terminée définitivement
par un Arreft folemnel , rendu
à l'Audience de la Grand' Chambre ,
fur les Conclufions de M. l'Avocat General
Gilbert. Il s'agifloit de prononcer
fur l'appel de deux Sentences des Requêtes
du Palais , qui après l'examen de
l'Enquête faite par Mademoiſelle de
Choiseul , en execution de l'Arreſt de
la Cour du 13. Avril dernier , l'avoient
déclarée fille de défunt M. le Duc &
Madame la Ducheffe de Choifeul , &
avoient condamné M. le Duc de la Valiere
, Madame la Marquife de Tournon ,
& M. le Chevalier de la Valiere en
20000. livres de dommages- interêts ,
envers elle & en tous les dépens.
Lors de la Plaidoirie de l'appel , M. le
Chevalier de la Valiere , qui jufques-là
n'avoit été dans cette affaire Partie
que
défaillante , fit paroître pour la premiere
fois un Avocat , qui prétendit que
fa
Partie n'ayant jamais contefté l'état de
Mademoiſelle de Choifeul avoit été
mal- à- propos confondue dans la condamnation
des dommages , interêts & dépens
ajugez par les Sentences des Requêtes
>
JUILLET. 1726. 1689
quêtes du Palais , à Mademoiſelle de
Choifeul . Les Avocats de M. le Duc de
la Valiere & de Madame la Marquise de
Tournon , fe renfermer ent à combattre
la
condamnation de dommages , interêts,
prononcée contre leurs Parties , & déclarerent
qu'elles s'en rapportoient à la
prudence de la Cour , pour ce qui concernoit
l'état de Mademoiſelle de Choifeul.
Etl'A yocat de Mademoiſelle de Choifeul
, n'ayant pas paru infifter contre les
défenfes de fes Parties adverſes , la Cour
après un Déliberé de deux heures , infirma
par fon Arreft les Sentences dont
étoit appel , pour ce qui regardoit les
dommages, interêts , fur lefquels les Parties
furent mifes hors de Cour , compenfa
les dépens faits entre M. le Chevalier
de la Valiere & Mademoiſelle de
Choifeul, ordonna au furplus l'execution
des Sentences , & condamna M. le Duc
de la Valiere & Madame la Marquife
de Tournon en tous les dépens . Et faifant
droit fur le Requifitoire de M. le
Procureur General , ordonna que le Regiftre
de le Duc, Chirurgien, dépofé chez
Jourdain , Notaire , feroit apporté dans
trois jours, pour toute préfixion & délai,
au Greffe de la Cour.
Hv
MORTS
1690 MERCURE DE FRANCE .
FANCIFICIVALOMEDAY JACJE NA JAGIMMADETJA MEG
MORTS , NAISSANCES.
E
Tienne-Gerard Pellot , Chevalier ,
Brigadier des Armées du Roi , Chevalier
des Ordres de N. D. de Mont-
Carmel , & de S. Lazare de Jerufalem ,
mourut à Paris le 2 4. du mois dernier ,
âgé de 65. ans .
Le 25. Jean Dupuis , Ecuyer , Confeiller-
Treforier General de la Maifon
du Roi , âgé de 68. ans.
Le 26. Claude- Jofeph Defroullands de
Reauville , Prêtre , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , de la Maifon
& Societé de Sorbonne , âgé de 32 .
ans.
Philippe Thibert , Confeiller du Roi,
Maître en fa Chambre des Comptes ,
mourut à Paris le 29. du mois dernier ,
âgé de 45. ans.
Le 4. Juillet , René- Roland le Vayer,
Confeiller du Roi en fa Cour de Parlement
, Chevalier , Seigneur de Boutigni
, mourut âgé de 30. ans .
Efprit-Juvenal de Harville des Urfins
, Comte de Trefnel , Seigneur de
Doue , &c. Meftre de Camp du Régiment
JUILLET. 1716. 169 E
ment d'Orleans , Dragons , mourut à Paris
de la petite verole , le 11. de ce
mois , dans la 28. année de fon âge . Il a
été inhumé à Notre-Dame , dans une
Chapelle où eft la fepulture de fes Ancêtres.
Le 14. M. de Bergonne , Confeiller
du Roi , Maître en fa Chambre des Comtes
, âgé de 83. ans.
Philippes Laurent , Confeiller du Roi
en fa Cour des Aydes , mourut à Paris ,
le 17. de ce mois , âgé de 6o . ans.
Le 21. Jacques Sadoc de Grand val
Colonel de Dragons , Brigadier des Armées
du Roi , & Chevalier de S. Louis
âgé de 72. ans .
Henri -Jacques-Nompar de Caumont,
Duc de la Force , Pair de France , l'un
des Quarante de l'Académie Françoiſe ,
& ci devant Confeiller au Confeil de
Regence , mourut le 2 1. Juillet âgé d'environ
52. ans. Son corps , après avoir
été expofé dans fon Hôtel , fur un lit
de parade , fut porté le 24. en grand
Convoi dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Sulpice , où il eft refté en dépôt jufqu'à
la fin du même mois , qu'il a été enlevé
pour être transporté à la Force dans le
Perigord , où eft la fepulture de fes Anêtres.
Le 27. on celebra un Service
Les plus folemnels pour le repos de for
H vj ame,
1692 MERCURE DE FRANCE.
ame , dans l'Eglife des Petits Auguſtins
du Faubourg S. Germain , auquel furent
invitez & affifterent les Pairs de France
, & un grand nombre d'autres perſonues
de la premiere qualité & de diftinction
. L'Eglife étoit tendue de deüil juſqu'aux
voûtes , & latenture femée d'Ecuffons
des Armes du défunt , & extraor
dinairement illuminée. Le Marquis de
Caumont , nouveau Duc de la Force ,
faifoit les honneurs de cette Ceremonie.
Il avoit époufé le 19. Juin 1698 .
Anne Marie Buzelin , fille unique de
Jean , Seigneur de Bomelet , Préfident
à Mortier au Parlement de Normandie
& de Renée le Bouthillier de Chavigny
, Mariage dont il n'y a point eu
d'enfans , ce qui fait paffer la Duché-
Pairie en la perfonne du Marquis de
Caumont , fon frere unique . Le Duc de
-la Force aimoit les Sciences & les Beaux
Arts , & les cultivoit. Il avoit un riche
Cabinet de Médailles antiques &
modernes . Il étoit Protecteur de l'Acadénie
des Sciences , & c. établie à Bordeaux
en 1713. & il donnoit toutes les
années une grande Médaille d'or à celui
, qui , au jugement de la même Académie
, avoit remporté le prix , en compolant
un Ouvrage de Phyfique fur un
fujet propofé. La Maifon de Caumont A
Force
JUILLET. 1726. 1693
Force eft fi connuë , qu'il eſt inutile de
parler ici de fon ancienneté , & de fes
illuftrations . Elle porte pour Armes
d'Afur à trois Leopards d'or , couronneZ
& lampaßez de gueules , & pour Devife
ou Cry , FERME CAUMONT.
- Le 24 Juillet Dame Geneviève-
Françoiſe de la Boiffiere de Chambors ,
veuve, fans enfans , d'Etienne Defchamps,
Seigneur de Chavigny & de la Barre ,
mourut à Paris , ágée de 9o . ans . Elle
étoit fille de Guillaume de la Boiffiere,
Chevalier , Seigneur de Chambors , Maréchal
de Camp , Meftre de Camp d'un
Régiment de douze Compagnies de Cavalerie
, & Maître d'Hôtel ordinaire
du Roi , tué à la Bataille de Lens en
1648 .
Jean- Baptifte- Victor Herault de Villeneuve
, Chevalier , Ecuyer ordinaire
du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
& Hofpitalier de Notre - Dame de
Mont- Carmel & de S. Lazare de Jerufalem
, Capitaine au Régiment de Luynes
, mourut à Paris le 25. Juillet dans
la 26. année de fon âge.
Le zo. de Juin 1726. Dame Marie-
Anne - Therefe d'Albert , Dailly , de
Chaulne , Epoufe de Louis de Rouge,
Chevalier , Marquis du Pleffis Belliere
, Mestre de Camp du Régiment de
Vexin
1694 MERCURE DE FRANCE.
Vexin , accoucha d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts par Anne Bretagne
Comte de Lanfois , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & par Dame Jeanne-
Marie Colbert , veuve de Charles-
Honoré , Duc de Luynes & de Chevreufe
, qui la nommerent Marie- Anne-
Loüife .
Dame Angelique d'Harlus de Vertilly
, Epouſe de N. de Montmorency Luxembourg
, Duc d'Olone , accoucha le 26.
de Juin dernier d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Marie - Renée par
René d'Harlus, Marquis de Vertilly , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & c .
& par Dame Marie- Elifabeth Darete de
Chevri, Ducheffe de Noirmoutier , Epoufe
de N. François de la Tremoille , Duc
de Noirmoutier , & c. reprefentée par
Dame Marie Anne de Lanti , Ducheffe
d'Havré & de Croy.
Le 18. Juillet Françoiſe- Sophie , née
du même jour , fille de François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis
de Souvré & de Louvois , Lieutenant
General pour le Roi en Bearn &
Navarre , Maître de la Garderobe de S.
M. & de Dame Jeanne- Françoiſe Dauvet
Definarers , fut baptifée à S. Euftache. Le
Parrain ,François Dauvet, Chevalier Marquis
Definarets , Grand- Fauconnier de
France.
JUILLET. 1726. 1695
France. La Marraine , Dame Catherine-
Charlotte de Pas - Feuquiere , Comtelle
de Rebenac , Marquife de Souvré , ayeule
de l'enfant.
Le 19. Dame Marie - Henriette Bourgoin
, Epoufe de M. Anne - Louis Pinon ,
Chevalier , Vicomte de Quinci , Confeiller
au Parlement , accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le lendemain à S. Euftache
, & nommé Antoine- Louis par M.`
Jean -Louis de Mairat , Marquis de Bruye
res , Maître des Requêtes , & par Dame
Marie -Madeleine Parent , Epoufe de.
M. Louis le Boulanger , Seigneur de
Haqueville , Maître des Requêtes.
Le 22. Juillet Dame Geneviève de
Biron - Gontaut , Epoufe de Louis de
Grammont , Comte de Grammont , & c.
accoucha d'un fils , qui fut tenu fur les
Fonts, & nommé Antoine- Adrien Charles
, par Adrien - Maurice , Duc de Noailles
, Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , & Chevalier de la Toifon
d'Or , Capitaine de fa premiere Compagnie
des Gardes du Corps de Sa Majefté
, Lieutenant General de fes Armées ,
&c. & par Dame Catherine - Charlotte
de Grammont , Dame d'Honneur de la
Reine, veuve de Louis- François , Duc
de
¿ ayo MERCURE DE FRANCE
de Boufflers , Pair & Maréchal de France
, & c.
SUPPLEMENT.
Nie Mal dernier ,
Ous rapportâmes dans notre mois
de Mai dernier , le petit Placet enjoué
de M. de la Monnoye , touchant
deux Chefs , au premier defquels , qui
nous regardoit , nous avons répondu
d'une maniere , dont il a été fi content ,
qu'il nous en a fait remercier . Le fecond
rouloit uniquement fur un prétendu
grief des Rentiers de la dixiéme Claffe
de l'ancienne Tontine , du nombre defquels
M. de la Monnoye , préfentement
inftruit des raifons qui font caufe que
l'accroiffement de l'année 1724. s'eft"
trouvé plus fort que celui de l'année
1725. nous a priez de déclarer ici de fa
part qu'il révoque fa plainte là - deſſus ,
faite tant en Vers qu'en Profe , dans le
Placet mentionné.
Le Roi a donné des ordres pour faire
reparer le Château de Compiegne , &
faire des routes dans la Forêt, S. M. ayant
deffein d'y aller paffer quelque temps
l'année prochaine vers le mois de Juin.
M. de Courfon de Lamoignon a été
nommé
JUILLET. 1726. 1597
nommé Confeiller du Confeil de Commerce
, à la place de M. le Pelletier des
Forts , Contrôleur General des Finan
çes .
BOUQUET
POUR MADAME ...
Prefenté par Mademoiſelle ... fa Fille,
le jour de Sainte Anne .
RONDE AV.
Otre Fille aujourd'hui , fans être temeraire
, Votre
Peut- elle ſe flatter du bonheur de vous plaire .
En vous offrant des fleurs , dont le vain orne
ment ,
Dans le cours d'un feul jour perd tout fon agrément?
N'a - t'elle point de don plus folide à vous
faire ?
Daignez pourtant le voir avec des yeux de Me-
Mon zele , je le fçais , agit trop foiblement ;
Si je puis l'excuſer , ce n'eſt qu'en me nommant
Votre Fille.
Anne,
1698 MERCURE DE FRANCE.
1
Anne , qui pour Marie eut votre caractere ,
Et qui dé la cherir fit fon unique affaire ,
Diffipe ma frayeur en cet heureux moment ;
Vous en avez le nom , le tendre fentiment.
Eh que faut-il de plus pour pouvoir fatis→
faire
Votre Fille.
Réponse par un Sonnet , donné le même
jour, avec des Pendants- d'oreilles.
Les plus beaux ornemens font ceux de la Nature
;
Bien loin de regarder vos dons avec mépris ,
Ma Fille , de vos fleurs j'accepte la parure ,
Et j'aime à vous montrer combien je vous cheris.
Je fçais qu'en moins d'un jour le temps leur
fait injure ,
Qu'il ternit le vermeil du plus beau coloris ;
Mais je ne vois en vous que cette vertu pure ,.
Dont le temps à mes yeux augmente encor le
prix.
Ces pendants , que ma main à ſon tour vous
préfente ,
Grace à cette vertu n'auront rien qui vous tente ;
Vous
JUILLET. 1726. 1699
Vous ne les porterez que pour moi feulement ;
Vous avez toujours fui l'attirail incommode ,
Qui pare votre ſexe , & change à tout moment,
Quandla feule pudeur devroit être à la mode .
>
+
L'Académie Françoiſe l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles- Lettrés
, & l'Académie Royale des Sciences,
ont été par Députez , en differens temps;
faire compliment à M. le Pelletier des
Forts , Contrôleur General des Finances ,
qui a reçû tous ces illuftres Corps trèsfavorablement
, & les a affeurez de fa
bienveillance .
M. de la Motte , Député par l'Acadé
mie Françoife , fit ce Compliment
à M. le Contrôleur General .
MONSIEUR ,
Chargé par l'Académie Françoise , de
vous marquer la part qu'elle prend à votre
élevation , je ne crains pas de vous dire ,
que vous avez à juftifier une grande attente
; mais cette attente même fait déja votre
gloire on préfumeroit moins de l'avenir,
file paffe ne nous affuroit en vous un Miniftre
felon le coeur des Peuples. Je n'employerai,
$700 MERCURE DE FRANCE.
ployerai , Monfieur , auprès de vous que
ce témoignage public. Fe fçais qu'il vous.
en coûtera moins de juftifier nos efperancès
, que d'écouter nos éloges ; & qu'impatient
de prodiguer vos veilles pour le
bien general , vous plaignez prefque les
momens qu'il faut donner à nos hommages.
Le 4. Juillet l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , alla auffi complimenter
M. le Pelletier des Forts , &
lui demander l'honneur de fa bienveillance.
M. le Pelletier répondit qu'il étoit
fort obligé à l'Académie , & qu'il feroit
dans toutes les occafions tout ce qui dépendroit
de lui , pour marquer à cette
illuftre Compagnie l'eftime qu'il en faïfoit.
EXTRAIT du Dictionnaire Neologique
à l'ufage des beaux Efprits du fiecle,
avec l'éloge historique de PANTALON-
PHOEBUS , par un Avocat
de Province , 1726 .
E
Ce petit Ouvrage fatyrique , qui ſe vend à Paris depuis peu , fans
qu'on fçache où il a été imprimé , offre
d'abord deux Perfonnages
, un Editeur
JUILLET. 1726. 1701
teur & un Auteur. L'Editeur s'explique
férieufement , & allure qu'il n'a en
vûë que l'utilité publique , en mettant
au jour l'Ouvrage dont il s'agit , & il
en rejette toute la malignité fur l'Auteur.
Cet Auteur paroît enſuite , & raifonne
gravement dans une . Préface curieufe
. C'eft un Avocat Bas- Breton ,
qui étant au défefpoir de ce que l'on
parle encore aujourd'hui dans fa Province
comme on parloit à Paris il y a
dix ans , le propoſe de donner des leçons
à fes Compatriotes , de leur apprendre
le langage à la mode , & à ne plus
parler comme on faifoit du temps de
Pafcal , de la Fontaiue , & de la Bruyere.
Il fait voir que la Langue eft fort
changée depuis ce temps - là , & qu'on a
bien plus d'efprit qu'on n'avoit alors . Il
prouve l'utilité & la commodité du ftile
à la mode , qui met , felon lui , un
Ecrivain à l'aife . » La création des pen-
» fées , dit- il , eft aujourd'hui impoffible;
» notre efprit a beau penfer , il ne tra-
>> vaille plus qu'en vieux ; mais ce vieux
>> fera neuf , ou du moins le femblera , fi
» nous l'habillens de neuf , fi nous fça-
» vons le revêtir d'expreffions rares , de
» mots heureufement hafardez , & de
tiours d'élocution affranchis d'une certane
trivialité infipide , qui confond
» l'efprit
1702 MERCURE DE FRANCE :
l'efprit fublime avec le rampant vul-
» gaire ... un enrichiffement ulterieur ;
» continue - t'il , ne peut qu'orner la Lan-
>> gue fes befoins n'agueres étoient ex-
» trêmes , avant que d'illuftres Auteurs
" modernes l'euffent foulagée par leurs
» brillantes largeffes ; elle eft encore
» affez pauvre , & fon indigence in-
» vite toutes les plumes à lui faire la
>> charité. On voit que l'Avocat Bas-
Breton n'eſt pas un ſterile admirateur des
graces modernes , , & qu'il les copie affez
bien ; mais on fent auffi qu'il ne s'efforce
de fe rendre ridicule lui- même , que
pour faire appercevoir les défauts de 14 .
ou 15. Auteurs de ce temps , dont il eft
exprès le Singe , dans cette Préface , &
plus encore dans la Piece qui fuit le Dictionnaire
Neologique .
Ce Dictionnaire expofe par ordre alphabetique
une grande quantité de termes
& de phraſes modernes , avec le
nom des Livres nouveaux dont ils font
tirez , Livres la plupart fort connus . L'Avocat
foutient dans le Dictionnaire le
Perfonnage d'applaudiffeur qu'il a revêtu
dans la Préface ; il fe récrie , il fe
pâme , il s'extafie fur prefque toutes les
expreffions qu'il rapporte. Il les propofe
à imiter il en fait des regles , &
s'infcrit en faux contre toutes celles qui
,
on t
JUILLET. 1726. 1703
ont été fuivies jufqu'ici . Il fait encore
rire ici à fes dépens ; ou plutôt aux dépens
de tous les Auteurs qu'il cite , dont
les expreffions précieufes , les tours affectez
, lez penfees bifarres & guindées ,
les figures outrées & grotefques , donnent
la Comedie au Lecteur.
Mais ce qui divertit le plus , eft la Piece
qui vient après intitulée Eloge hiftorique
de Pantalon - Phoebus . C'étoit peu
d'avoir recueilli tant d'expreffions & de
penfées extraordinaires dans un ordre alphabetique
, il falloit faire, voir au Public
le bel effet qu'elles produifent lorfqu'elles
font raffemblées dans un Difcours
fuivi. C'est ce que fait notre ingenieux
Avocat dans l'Eloge de fon Pantalon-
Phoebus ; cette Piece eft comme
l'operation du Systême neologique . La
plupart des mots du Dictionnaire fe trouvent
ici mis en ufage dans un recit tout
à-fait burlesque des actions d'un parfait
original , à qui l'on fait dire & faire une
infinité de fottifes três-réelles . Dans cette
petite Piece comique tout eft allegorique ,
& tout eft litteral . On y trouve plufieurs
chofes difficiles à entendre , fi l'on n'eſt
pas au fait de la litterature moderne :
mais les chiffres placez à la marge visvis
des mots nouveaux & des pensées
ridicules , renvoyent le Lecteur au Dic-
❤
tionnaire
1704 MERCURE DE FRANCE :
tionnaire , & lui donnent le plaifir de
l'intelligence & de l'examen. Cet Eloge
hiftorique finit par la lifte des Manufcrits
trouvez dans le Cabinet de Pantalon-
Phoebus après la mort. Ce font des
Ecrits bizarres , dont la plupart ont leur
allufion fatyrique .
>
L'Editeur , qui , fans doute , eſt la même
perfonne que l'Auteur , protefte d'a
bord dans un petit Avis ferieux , qui eft
à la tête de l'Ouvrage , qu'il eftime nonfeulement
les vertus mais encore l'efprit
, les talens , la capacité , & même
les Ouvrages de ceux qui font citez dans
le Dictionnaire ( ils font en effet eſtimables
mille endroits . ) Il fupplie
enfuite chacun d'eux d'être affez galanthomme
, pour ne lui fçavoir point mauvais
gré de fon Edition , ou s'ils s'en fâchent
, de ne le faire connoître que noblement
.
par
On écrit de Bourges , que M. le Cardinal
de Gêvres , qui en eft Archevêque ,
toujours attentif a ce qui regarde les deyoirs
& les fonctions de fon Miniſtere ,
avoit engagé M. l'Evêque de Bethleem
à paffer quelque temps dans fon Diocèfe,
& à y conferer le Sacrement de l'Ordre
& de la Confirmation . Le premier
fut conferé les Fêtes de Pâques & de la
Pen-
{
JUILLET. 1726. 1705
,
Pentecôte. Pour le fecond , le même
Evêque choifit la Paroiffe de Mareüil ,
où il fe rendit du Palais Archiepifcopal
le 3. de Juin . Le Curé de cette Paroiffe
marqua fon zele & fon affection
pour une fi grande & fi fainte Ceremonie
& n'épargna rien pour orner fon
Eglife , quoique d'ailleurs une des plus
belles , & des plus grandes du Diocèle.
On a remarqué , que pendant fix jours
que la Ceremonie a duré , il y avoit eu
huit à neuf mille perfonnestant de :
Mareuil , que des autres Paroiffes circonvoifines
) qui avoient été confirmées.
Le 29. Juillet l'Opera Comiqué don- ~
na une piece nouvelle, en trois Actes , en
Vaudevilles , avec trois divertiſſemens
de Chants & de Danfes dans les Entre-
Actes , intitulée Les Pelerins de la Meque
; on parlera plus au long de cette
Piece , qui eft fort goûtée du Public.
La fauffe Comteffe fut jouée pour la
premiere fois au Theatre François , le
Samedi 27. de ce mois , avec peu de fuccès.
'On donnera fur le même Theatre le
mois prochain la nouvelle Tragedie de la
mort deTibere,qu'on repete actuellement.
I Ma706
· MERCURE DE FRANCE.
P
Maladie des Teux.
Erfonne n'ignore les ravages infinis que caufent
les maladies des Yeux , & l'embarras où
fe trouvent ceux qui en font affligez par les
mauvais traitemens , & par les réuflites hazardées
d'une quantité de prétendus Oculiſtes , qui
par des Eaux & Collyres croyent guérir ces
Maladies délicates , tandis que ces liquides ne
produifent que des effets dangereux en abbreuvant
les parties molaffes des Yeux , en amufant
les Malades , leur faifant négliger pendant plufieurs
, mois & même des années entieres le foin
de leur guerifon , & à la fin les rendant , par
la perte de leur vie , les triftes victimes de leur
ignorance.
Pour cet effet , M. de Woolhoufe , Interprète
du Roi en fes Bibliotheques & Oculiſte , a jugé
à propos d'avertir le Public , qu'il continue le
traitement de ces Maladies avec la même attention
qu'il a toujours eue pour une fcience qui
démande une application continuelle.
Ce n'eft auffi que par ce moyen qu'il eſt
parvenu à la découverte de plufieurs Operations
particulieres , & à diftinguer 300, differentes
Maladies , dont cet organe peut être at
taqué , ce qui lui a merité , il y a quatre années,
d'être élû Membre National de la Societé Royale
de Londres , & Affocié à l'Académie de Ber .
lin ; & l'on vient tout préfentement de lui envoyer
des Lettres Patentes pour le recevoir dans
Académie Imperiale des Curieux de la Nature
en Allemagne, avec le furnom de Démofthenes,
coutume ulitée en cette Académie.
On ne fera pas ici fâché de fçavoir que tous
ceux qu'on admet dans cette Académie , ont le
nom * .
JUILLET. 1726. 1307
nom d'un ancien Auteur , felon le talent de celui
qui eft reçû dans cette illuftre Compagnie.
Or ce Démofthene étoit un fameux Ophthalmiatre
, ou Oculifte de Marſeille , fous l'Empire
de Neron , lequel a écrit en Grec trois Livres
fur les Maladies des Yeux qui n'ont jamais
parû , & que M. de Woolhoufe promet de faire
imprimer dans fa Bibliotheque Ophthalmique..
Comme la petite Verole eſt la maladie la plus
commune , & celle qui peut occafionner tous les
differens accidens & fymptêmes qui attaquent
cet Organe , M. de Woolhouse , toujours at
tentif au bien du genre humain , vient enfin de
découvrir une nouvelle operation , qui n'étant
pas plus douloureufe qu'une faignée , guerit
neanmoins le principal de ces accidens , c'eſtà-
dire, la privation de la vûë caufée par l'al
teration & l'opacité blanchâtre de la cornée ou
vifiere , nommée vulgairement taye ou toile
mais en terme de l'Art, Glaucôme de la Cornée,
dont les fibres relâchez font l'oeil d'une con➡,
vexité monstrueufe. Si fur pareils accidens on
met des Collyres , la vûe fe perd fans refource .
Il ne fera pas inu ile de faire connoître ici
des fujets qui viennent d'être gueris avec tout
le fuccès poffible en pareilles Maladies dont on
va donner le détail de quelques - unes , avec les
noms & les demeures de ceux qui en ont été
gueris .
1
Mademoifelle Wallon , rue de la Chanvre
rie , chez M. Regnault , Adminiſtrateur de
PHôtel - Dieu , & le neveu du Curé de Jouy- le-
Chatel en Brie , qui demeure préfentement chez
M Chenevrier , Maître Tailleur aux Quinze
Vingts , proche M. Roffignol. Ces deux perfonnes
avoient la vifiere de la vûë blanche com
ne des écailles d'Huitre.
I ij
M.
1708 MERCURE DE FRANCE.
-M. de Chavanne , Gentilhomme de Nevers
attaqué du Trachoma , ou rudeffe miliaire , &
ulceration interne des paupieres , avec abfcès de
› la glande lacrymale , fuintant de la boue morbi - z
fique , puante & épaiffe , & pannicule fur la cornée
& fur le blanc , avec obftruction & gonflement
variqueux des vaiffeaux fanguins du globe
, & c. Ce Gentilhomme eft venu exprès de
S. Domingue pour fe faire traiter de cette maladie
, compliquée aux deux yeux , caufée, par
un coup de Soleil , affez ordinaire dans ce climat.
Ce Monfieur , gueri radicalement , demeu->
re encore chez M. Rouillon ,. Maître Tailleur
aux Quinze Vingts , dans la grande Cour , à-
FEfcalier du gros Lot.
M Aymar , fils d'un Capitaine de Fauconnerie
de Monfeigneur le Duc d'Orleans , au Faubourg
S. Honoré , à l'enfeigne du bon Laboureur
, chez un Cabaretier , a été affigé pendant
6. à 7. ans d'un Anevrisme ulceré , au petit
Canthus , attenant la Cornée , a été gueri radicalement
pat une operation de l'invention
de M. de Woolhoufe , après que tous les autres
Oculiftes l'avoient manqué.
che , par
Le fils de M. Panniers, Maître Couvr.ur à
Clermont en Beauvoifis , logé pendant fon trai
tement chez M. Lucas , Fondeur , rue du Mouton
proche la Greve , avoir des ulceres aux deux
yeux , & un abfcés de la Sclerotique à l'oeil gauoù
la Choroeide fortoit groffe com
me un grain de Poivre , qui fit une diftraction'
ou déplacement de la pupille , qui étoit devenuë
très - étroite & prefque fermée. Ce mal s'appelle
Tête-de- Clou , ou Hernie clavale , en termes
d'Art. Ce jeune homme s'en eft retourné à Clermont
, voyant parfaitement bien , & ayant les
yeux très-beaux. Depuis fon départ d'ici , il a fou
tenu la petite Verole fans aucun accident.
Le
JUILLET. 1726.1769
LeR P. Lequien , Bibliothecaire des RR PP.
Jacobins , de la rue S. Honoré , fi connu par
fes fçavans Ouvrages , a été fort affligé d'une
fluxion rebelle & très-âcre fur les yeux , avec
des abfcès , des cartilages & des glandules
ciliaires , & ulcerations des parties internes des
paupieres inferieures , qui degenererent en un
vrai Letroplon, auffi defagréable que douloureux,
& malgré les autres incomoditez qui lui faifoient
garder le lit pendant fon traitement , a neanmoins
été gueri de toutes ces indifpofitions des
-yeux , en trois femaines de temps , par M. de
Woolhoufe , qui avoit gueri de pareille maladie
un illuftre Magiftrat de cette Ville , trois
ans auparavant , pendant, qué deux Freres du
même Convent des Jacobins , font devenus incurables
,, pour s'être fervis en méme cas de
Collyres qu'on débite ici fi abondamment .
M. de Woolhouse demeure toujours dans la
grande Aumônerie des Quinze- Vingts.
Le feur Francoeur , l'un des Vingt qua
tre de la Chambre du Roy , & de l'Académie
Royale de Mufique , vient de
donner au Public fon fecond Livre de
Sonates. On trouve cet Ouvrage chez
l'Auteur , Place du Palais Royal , ou
chez le fieur Boivin , à la regle d'or , rue
faint Honoré
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien
d'Armée , qui poffede divers Remedes
pour conferver les dents fans fe gâter &
fans tomber , donne avis au Public qu'il
a entr'autre une Opiate , dont il a feul
I iij le
1710 MERCURE DE FRANCE .
!
le fecret , qui fortifie la Gencive &´entretient
l'Email des Dents , fans qu'il
foit neceffaire de fe fervir d'aucun inf
trument de fer , &c. Sa demeure est à
Paris , rue des vieilles Etuves , près la
·Croix du Tiroir , chez un Epicier.
し
>
Le Public eft averti que le fieur Piffot,
Libraire , qui débite le Mercure de France
, & toutes fortes d'autres Livres , demeurera
le mois prochain fur le Quay
de Conty , à la defcente du Pont - Neuf
au coin de la ruë de Nevers , à la Croix
d'or.
Maladie du Roy.
Lè 23. de ce mois , le Roy fe trouva
mal dans la Chapelle du Château de
Verfailles , pendant la Meſſe ; mais cette
foiblefle n'ayant point eu de fuites , S. M.
partit l'après-midy pour aller à Rambouillet
. La nuit fuivante , la fievre fe
déclara par un leger friffon : le Roy fut
faigné le 24. au matin , & l'après- midy
S. M. revint à Verfailles. La fievre continua
, & comme elle étoit accompagnée
d'accablement & d'affoupillement , on fe
détermina à une faignée du pied , qui
fut faite le foir vers les neuf heures.
Cette faignée procura au Roy , pendant
le
JUILLET. 1726. 1711
le cours de la nuit , une liberté de ventre
qui mit S. M. en état d'être purgée le
25. au matin. La potion vomitive qu'on
donna au Roy , produifit ce qu'on attendoit
, & l'effet de ce remede fut fi heureux
, que S. M. fe trouva le 26. au´matin
à fon réveil , revenuë de l'accablement
où elle étoit.
Quoique la fièvre fut confiderablement
diminuée , le Roy fut encore faigné du
pied ce même jour vers les huit heures du
foir. La nuit fut très - tranquille , & le
lendemain 27. on ne trouva que quélque
émotion dans le poulx de S. M. Le
28. Elle refta abfolument fans fievrele
29. on purgea le Roy , & l'on ne doute
pas que cette maladie , qui reffemble
beaucoup à celle que le Roy a déja euë
ne finiffe auffi promptement & auffi
heureufement.
Le jo. le Roy continua à fe mieux
porter , fa fanté fe rétablit , fes forces
reviennent , & le 31. après midi S. M.
commença à fe lever.
Le Mardi 30. de ce mois , le Roy reçut
les Ambaffadeurs & autres Miniftres
Etrangers , qui vinrent enfemble compli
menter S. M. fur le rétabliffement de
fa fanté.
I iiij AU
1712 MERCURE DE FRANCE.
AURO Y.
SUR SA
CONVALESCENCE.
Ame Fievre , en Juillet faifant fa prome-
D
made ,
Fit deffein de rendre malade ,
Jeunes , vieux , grands , petits , en un mot,tout
l'Etat .
Sire , par vous elle commence ;
Il n'en falloit pas plus , & c'étoit fur la France ,
Accomplir fon noir attentat.
Tout s'émeut , tout s'agite. Eh ! qu'ay- je fait ,
dit-elle ?
A contribution ay-je donc mís Paris
Ce que vous avez fait , cruelle !
Voyez couler nos pleurs & le fang de Louis :
Pour nous affliger tous , pouviez- vous faire pis ?
Ah ! j'ai tort , j'en conviens , pour toûjours je
vous laiffe ,
Dit la noire Divinité :
Deformais , de Louis , pour qui tout s'intereffe ,
Je veux refpecter la fanté.
AdJUILLET.
1726. 1713
Addition aux Nouvelles Etrangeres.
O
N écrit de Petersbourg , que la
Czarine ayant reçûs avis que la
Flote du Roy de Danemarc avoit joint
PEſcadre Angloiſe le 24. du mois dernier
, qui n'étoit pas encore partie de
l'Ile de Nargin , comme le bruit en
avoit couru ; elle envoya le 29. 92. Galeres
à Revel , avec le Regiment des
Gardes de Simonofski ,
Le Comte Maurice de Saxe , fils natutel
du Roy de Pologne , qui fut élu le
28. Juin par les Etats du Duché de
Curlande , pour être fucceffeur de leur
Dic, en a donné part aux principaux
Senateurs du Royaume de Pologne.
Le 12. de ce mois , la Fregate l'Ai
gle - Blanche , arriva à Copenhague de :
la Mer Baltique , avec la nouvelle que
la Flote du Roi de Danemarc avoit joint
Pacadre Angloifé près de l'lfle de Nar
gin .
Omar Aga , Envoyé par le Grand-
Seigneur , pour veiller aux interêts des
Turcs our commercent dans les Pays he
rediaires de l'Empereur , eut le
T
de
CO
1714 MERCURE DE FRANCE
ce mois fa premiere Audiance publique
du Prince Eugene de Savoye à Vienne .
On a reçû avis d'Alger , que le 16 .
du mois dernier le Dey avoit fait affembler
le Divan , & qu'il y avoit propofé
de renouveller la paix avec la République
d'Hollande , dont le féjour de l'Efcadre
dans la Méditerranée faifoit beaucoup
de tort à la Regence.
Cette propofition fut approuvée par
l'Amiral & par les principaux du Di
van ; mais quelques Intereffez dans les
Armemens s'y oppoferent. On affure
cependant qu'il fut réfolu à la pluralité
des voix , d'écrire au Vice Amiral de
Sommerfdyck , Commandant de l'Eſcadre
Hollandoife , par un Navire Anglois
, qui partoit le lendemain pour Gibraltar
, & de lui faire part de cette réfolution
.
Le 30. Juin , le Pape reçut à Rome
l'abjuration du Baron Charles de Heinf
chek , Gentilhomme Lutherien du Duché
de Silefie..
- Le Cardinal Galeas- Marefcotti , Romain,
le premier de l'Ordre des Cardinaux
Prêtres , & du Titre de S, Lausent
in Lucina , mourut le 3 , de ce mois
à
JUILLET. 1726. 1715
à Rome , âgé de 98. ans , 9. mois &
trois jours. Il avoit été fait Cardinal par
le Pape Clement X. le 27. May 16755
Sous le Pontificat de Clement XI . il avoit
quitté tous les emplois & s'étoit démis entre
fes mains de tous fes Benefices &
Penfions pour vaquer uniquement à ſon
Salut. Ce Cardinal qui laiffe par la mort
un neuvième lieu vacant dans le Sacré
College , a fait le Comte Marefcotti fon
neveu , heritier univerfel de fes biens , &
les Cardinaux Conti & Altieri, fes Executeurs
Teftamentaires . Son corps fut porté
le 5. dans l'Eglife du Jefus , où le
Cardinal de fainte Agnès celebra la Meffe
de Requiem , après laquelle le Pape
fit les Abfoutes & les Encenfemens accoûtumez.
*
On écrit de Geneve , que le Roi de
Sardaigne coucha le 11. de ce mois à
faint Julien , où M. de la Clofure , Réfident
de France , alla faluer S. M. Le
2. à cinq heures du matin , ce Prince
palla devant les murailles de Geneve , où
il fut falué , felon la coûtume , par 60.,
coups de canon , & il alla coucher à
Douven , & hier S. M. arriva à Evian
où l'on croit qu'elle demeurera pendant
un mois.
1
1 vj On
1716 MERCURE DE FRANCE .
On écrit de Londres , que l'Efcadre
deftinée pour la Mediterranée , eft retenue
à fainte Helene par les vents contraires
.
La Flotte de la Jamaïque eft arrivée
dans les Ports d'Angleterre , & l'on a
reçû des Lettres de cette Ifle , qui portent
que toute la récolte des Sucres de
cette année avoit été brulée par la négligence
ou par la malice des Negres .
kkkkkkk
ARRESTS , ORDONNANCES ,
- SENTENCES DE POLICE , & c.
OR
RDONNANCE DE POLICE du 21. Juin.
qui fait défenfes à tous Cochers & autres
perfonnes , de mettre à l'avenir dans les rues
aucuns Fumiers ni autres immondices , à moins
que ce ne foit pour les enlever fur le champ ,
peine de Cinquante livres d'amende.
SENTENCE DE POLICE du même jour
qui condamne les nommez Audinet , Marchand
Forain de Beftiaux , & Remy , Marchand Boucher
, n Cinquante livres d'amende chacun ,
pour avoir contrevenu aux Ordonnances & Reglemens
de Police fur le fait de la vente & achapt
des Beftiaux.
AUTRE du 28.Juin qui renouvelle les défenſes:
de ventre ni étaller aucunes Marchandiſes les
Fêtes
JUILLET. 1726. 1717
Fêtes & Dimanches fur les Ponts & Quays , &
fous les Portes de la Ville de Paris ; & qui com
damne onze Particuliers en Dix livres d'amende
pour y avoir contrevenu.
AUTRE du même jour , qui condamne le
fieur Deftouches , Procureur au Parlement , en
Vingt livres d'amende , & plufieurs autres Particuliers
, en cent fols d'amende chacun , pour
avoir refufé ou negligé d'arrofer le devant de
Jeurs portes pendant les grandes chaleurs .
ARREST du 2. Juillet , qui commet M. He
rault , Lieutenant General de Police , pour juger
des differends & conteftations au fujet des
défenſes de vendre de la Viande dans les lieux
fituez au delà des Barrieres de la Ville de
Paris.
ARREST du Grand Confeil du 3. Juiller ,
au fujet de la mort de Charles Jofeph de la
Frenais , Confeiller au Grand - Confeil , par le
quel ledit Grand -Confeil , les Semeftres affem
blez , condamne la memoire dudit Lafrenais à
perpetuité , ordonne que fon nom fera raye &
biffe des Regiftres dudit Confeil , tous les biens
acquis & confifquez au Roi ; décharge Madame
Tencin de l'acculation intentée contre elle ; ordonne
fon élargiffement & fon écroue biffé.des
Regiftres du Châtelet ; ordonne de - plus le même
Arreft que le Libelle , qualifié Téftament,
figné par ledit Lafrenais , fera laceré parun des
Huifiers du Confeil . & permet à ladite . Dame
Fencin de faire imprimer & afficher le prefent
Arreft , & c.
ARREST du . Jillet qui explique ce qui
doit étre obfervé pour l'execution de la Décla-.
ration du 21 Juin 1726. portant révocation du
Cin1718
MERCURE DE FRANCE.
Cinquantiéme en nature de fruits , par lequel il
aft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
la
Que toutes les adjudications faites pour le
Cinquantiéme des fruits de la prefente année
1726. feront & demeureront nulles & de nul
effet : Fait deffenfes aux Adjudicataires de rien
exiger en vertu d'icelles : Ordonne que ce qu'ils
pourroient avoir perçû fera par eux rendu & ref
titué aux frais & à la diligence des contribuables
, en même nature , s'il exiſte , finon que
valeur en argent fera payée par lefdits Adjudicataires
, fuivant l'évaluation de gré à-grê qui
en fera faite entr'eux ; & en cas de conteſtation,
par les fieurs Intendans des Generalitez & Provinces
, ou leurs Subdeleguez ; & feront lefdits
Adjudicataires tenus de faire . ladite reſtitution
dans quinzaine du jour de la publication du pre
fent Arreft , à peine d'y être contraints , & d'être
en outre déchûs des Privileges & Exemptions
dont Sa Majefté veut bien leur continuer la
joüiflance pour les caufes , & ainfi qu'il fera dit
cy-après.
I I.
Que toutes les fommes que les Adjudicataires
pourroient avoir payées d'avance pour leur te=
nir lieu de cautionnement , leur feront pareillement
rendues & reftituées par les Receveurs auf
quels ils en auront fait le payement.
I I I.
Et voulant Sa Majefté pourvoir à l'indemnité
defdits Adjudicataires , à caufe des frais qu'ils
peuvent avoir faits pour la perception des chofes
à eux adjugées , ordonne qu'ils jouiront pendant
la prefente année & la fuivante , de tous
les Privileges & Exemptions qui leur ont été
accordés , ainfi & de même que fi leurs Adjudications
avoient eû leur entiere execution.
IV .
JUILLET. 1726.179
I V.
Que les Etats ou Rôles qui ont été ou feront
arrêtez par les fieurs Intendans , & par le fieur
Prévôt des Marchands pour le Cinquantiéme en
argent des Maifons de la Ville & Fauxbourgs
de Paris & des autres Villes & Fauxbourgs du
Royaume , feront executez felon leur forme &
teneur , ainfi que l'ont été ceux du Dixiéme des
biens ordonné être levé par la Déclaration de Sa
Majesté du 14. Octobre 1716.
V. ^
Qu'à l'égard des autres natures du Cinquantiéme
non comprifes aufdits Rôles , il en fera
inceffamment arrêté par les fieurs Intendans des
Etats ou Rôles pour l'année 1726. fur le pied
de ceux du Dixieme , & pour les mêmes biens
qui y ont été compris . fans que les anciens
Proprietaires foient obligez d'en fournir de nouvelles
déclarations : Et attendu les mutations
arrivées dans la proprieté d'une partie desdits
biens , Veut Sa Majefté , pour faciliter la confection
defdits Rôles , que les poffeffeurs desdits
biens depuis la fuppreffion du Dixiéme, ordonnée,
par Edit du mois d'Août 1717. juftifient de leur
proprieté par les déclarations qu'ils feront tenus
de fournir dans un mois du jour de la publication
du prefent Arrêt, dans la forme & aux peines portées
par la Déclaration du 14. Octobre 1710.
V I.
Quant aux Provinces dans lesquelles il n'a
point été arrêté de Rôles du Dixiéme , au moyen
des Impofitions , abonnemens ou traitez qui ont
été faits pour tenir lieu de ladite Impolition ,
il en fera ufé de la même maniere pour ledit
Cinquantiéme.
VII.
Que les Receveurs Generaux des Finances ,
Receveurs des Tailles , Treforiers & autres pré➡
pofez
T720 MERCURE DE FRANCE.
pofez ou Comptables qui ont été chargez au
fécouvrement du Dixiéme, feront la Recette des
deniets provenant dudit Cinquantiéme , lefquels
deniers feront portez au Trefor Royal, ainfi &
de la même maniere que l'ont été ceux du
Dixiéme , pour en compter dans la forme &
dans les temps qui feront reglez par Sa Majesté ,
nonobftant ce qui eft porté par l'Article XXII.
de l'Arrêt du 28. Juillet 1725.
VIII.
Veut & entend Sa Majeſté , que les Arrêts &
Reglemens rendus pour l'execution de la Déclaration
du 14. Octobre 1710. portant établiſ
fement du Dixiéme , foient executez pour le
Cinquantiéme , felon leur forme & teneur ; ré--
voquant à cet effet les Arrêts & Reglemens ren- >
dus en execution de la Déclaration du 5. Juin
1725. portant établiffement du Cinquantiéme
en nature de fruits , & c.
•
DECLARATION du Roy , qui ordonne que
les Déclarations de 1750. 1713. & 1714. qui
ont reglé la maniere des payemens des Let !
tres & Billets de Change ou Billets payables au ?
Porteur , dans le temps des diminutions arrivées
fur les Efpeces , feront executées à l'occafion de
la derniere augmentation defdites Efpeces, Don-->
née à Verſailles le 7. Juillet 1726. Regiſtrée en
Parlement le 10.
ARREST du même jour , qui proroge juſqu'au
premier Janvier 1727. la décharge des Droits de
Péage , Travers , Paffage & tous autres , fur les
Beds , Farines , & toutes efpeces de Grains qui
feront conduits dans la Ville de Paris.
ARREST du même jour , qui accorde aux
Agents de Change nommez par l'Arrêt du 14.-
Oc-
2
JUILLET. ས་
1726. 1727
Octobre 1724. le délai d'un mois pour le faire
recevoir & déclare privez de leurs fonctions
ceux qui n'auront pas été reçûs dans ledit terme.
DECLARATION du Roy , qui fupprime la
Caifle Commune des Recettes generales des Finances
. Donnée à Versailles le 9. Juillet 1716.
Registrée en Farlement le 12. par laquelle il t
dit ce qui fuit. Voulons & nous plaît , qu'à
commencer du premier Juillet de la prefente
année , la Caiffe Commune & Generale d'admi
niftration des Recettes generales de nos Finan
ces , tant des vingt Generalitez des Pays d'Election
, que des Provinces d'Alface , Metz , Fran
che -Comté , Flandre & Hainaut , dont nous avions
ordonné l'établiffement par l'Article premier
de notre Déclaration du 10. Juin 1716. & par
l'Arrêt de notre Confeil du 15. Avril 1722 foit
& demeure révoquée & fupprimée ; enfemble les
for Ctions des Controlleurs ambulans , qui avoient
été ſubſtituez par l'Arrêt de notre Confeil du
16. Juillet 1720 au lieu & place des Infpecteurs
établis en exécution de l'Article IX . de notredite
Déclaration du ro. Juin 1716. N'entendons
que lesdits Receveurs Generaux de nos Finances,
Icurs Commis aux Recettes generales , Receveurs
des Tailles , Receveurs particuliers des
Impofitions des Provinces d'Alface , Metz, Franche-
Comté , Flandre & Hainaut & tous autres
Officiers- Comptables , leurs Caiffiers & Commis
, puiffent fe difpenfer de continuer de ténit
des Regiftres Journaux en la forme & maniere
prefcrite par notre Edit du mois de Juin 1716.
& par notre Déclaration du o . du même mois ,
que nous voulons être executée pour ce regard ,
& fous les peines portées par ledit Edit. Difpenfons
feulement lefdits Receveurs , Caiffiers, Commis
& autres Comptables , d'envoyer en notre
Confeil
4712 MERCURE DE FRANCE.
4.
Confeil des copies defdits Regiftres - Journaux .
Voulons au furplus que nos Déclarations des
Octobre & 7. Decembre 1723. l'Arrêt de notre
Confeil du 15. Mars 1724. enſemble tous les
autres Reglemens concernant la forme & tenuë
defdits Journaux , foient & demeurent révoquez
comme nous les révoquons en ce qui peut être
contraire à ces prefentes, & c.
ARREST du 12 Juillet , & Lettres Patentes
fur icelui , portant prorogation jufqu'à la fin du
nouveau Bail des Fermes Generales , de differens
Droits y énoncez.Et moderation dès à prefent d'une
partie defdits Droits dans la Ville , Fauxbourgs
& Banlieue de Paris, par lequel Arrêt, veut neanmoins
Sa Majefté pour le foulagement des Habitans
de la Ville , Fauxbourgs & Banlieuë de
Paris, que les Droits fur le Poiffon de Mer , frais,
fec & falé qui y fera confommé , foient réduits
& moderez à la moitié des Droits qui fe le.
vent actuellement ; comme auffi que les Droits
fur la Volaille, Gibiers, Cochons de lait ,Agneaux
Chevreaux , Oeufs , Beurres , & Fromages ,
foient moderez d'un quart , & réduits aux trois
guarts des Droits qui fe levent actuellement ,
en confequence de la Déclaration du 15. May
1722. Arrêt du 11. Août enfuivant rendu en interpretation
, & du Tarif du 20. Juin 1724. lef
quelles moderations auront lieu à commencer
du jour de la publication du prefent Arrêt , fant
que fur le reftant defdits Droits moderez les
quatre fols pour livre puiffent étre perçus ; S:
Majefté dérogeant à l'égard des difpofitions por
tées par le prefent Arrêt aufdits Edits , Décla
rations , Tarifs & Reglemens , &c.
SENTENCE de Police , du même jour , qui
condamne les nommez Gaultier & Cordau ,
Bou
JUILLET. 1726 1713
Boulangers , en trois cens livres d'amende cha
cun , pour avoir employé de la Farine défectueufe.
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Lebleu , Marchand de Bierre , en trente
livres d'amende , pour avoir donné à boire chez
lui à heure indue.
ORDONNANCE de Sa Majeſté du 16. Juiller
, pour la prorogation de la Foire S. Laurent
jufqu'au cinquième Septembre 1716.
APPROBATION.
'Ay la par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Juillet , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le s . Aouft
-1726.
HARDION.
TABLE .
Ieces fugitives , Réponse à l'Abbé de Vil- Pleces
lers , &c.
En quoi confifte le Ridicule , &c.
La Guerre , Poëme.
Lettre du Pere Caſtel à M. &c.
Le Solitaire , Ode.
LIC , &C.
1515
1522
1529
1537
1544
Guerifon operée par la vertu de l'Aimant , Letassi
Epis
-1724
Epigramme.
isss
Lettre de M. Sully , & c.
1556
La Cigale & la Fourmi , Fable.
1562
Réflexions fur la diverfité des Langues.
1566
Epigramme.
1576
Lettre & Idille de M. Vergier.
1577
Vertus de la Pierre nefretique.
1587
Traduction d'une Ode d'Horace.
1589
Tombeau
nouvellement trouvé & Infcription.
1590
Reflexions fur la Critique . 1593
Cantate , le.Retardement affecté.
1597
Lettre écrite de Venife , fur le Carnaval , &c.
1607
1615
1620
Eloge du Thé , imitation en Vers , &c .
Avis fur les
Enigmes.
Nouvelles Litteraires , & c. Dictionnaire univerfel
de la France.
Nouvelles inventions du freur du Quet.
1627
1642
Pendule d'Equation du fieur Thiout , & c. 1645
Nouvelles Estampes de M. Coypel fur les Col
medies de Moliere. •
1647
Nouvelle Eftampe de M. de Boullongne , gravée
par M. Drevet.
1649
Premier Prix de Peinture remporté à Rome par
un François .
Chanfon notée ,
Spectacles.
1650
1652
Ibid.
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie , Pologne
, & c.
Univerfaux au nom du Duc de Curlande.
Proteftation du Duc de Curlande ."
Nouvelles d'Allemagne , d'Italie , & c.
Morts , Naiffances des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
dicace de l'Eglife de S. Louis.
De aires duPalais.
Affits , Nailances , & c .
1660
1663
1664
1669
1680
1681
1685
1687
4 1690
Supple
17254
Supplement. 1696
Bouquet pour Madame ★★ , Rondeau. 1697
Sonnet , Réponse au Rondeau. 1698
Complimens des Académies à M. le Controlleur
General des Finances . 1699
Extrait du Dictionnaire Neologique, 1700
Maladie des yeux , &c. 1706
Maladie du Roi.
1710
Vers fur fa convalefcence .
1712
Addition aux Nouvelles Etrangeres, 1713
Arrêts.
1716
Errata du premier Volume de Juin.
PAg
Age 1164.ligne 10. auffi - tôt , lifez auſſi répanduë.
Page 1166. ligne 18. & 19. d'Auxerre l'inten
tion , lifez d'Auxerre par l'intention.
Page 1167.ligne 24. & que , lifez eft que.
Page 1172. ligne 4 ainfi lifez auffi.
Page 1176. ligne 29. Provençaux lifez Provinciaux
.
Errata du fecond Volume de Juin .
PA
Age 1488. ligne 3. du bas , qui ferment ,
lifez qui forment.
Page 1490. ligne 3. blui , lifez bruni .
Page 1491. ligue 14. où il a trouvé , lifez où
trouver,
Errata
-8726
PA
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1530. ligne 4. du bas , tout par , lifez
tout perit par.
Page 1543.1 . 8. égaler celle, lifez égaler eft celle.
Page 1545. 1. 17. voeux , lifex yeux.
Page 1547. 1. f . crais lifez crains,
.1.
Page 1558. 1 18. Gourbe , lifez Courbe.
Page 1559. 1. 29. une , lifez un.
Page 1565.1. 16. d'aiſe , lifez & d'aiſe.
Page 1570. 1. 19. perfectionné , lifez perfectionnées.
Ibid. 1. 24. qui le , lifez qui ne le.
Page 1573 1. 3. du bas differentes , lifex diffe
rens .
Page 1574. 1. 25. & nous , lifez ou nous.
Page 1602.1 . 18. Ridolti , lifez Ridotti .
Page 1617.1. 13. ſeule , lifez ſeul .
Page 1627. 1. 10 Typographie , lifez Topogra
phic.
Page 1650.1 . 4. Beren , lifez Berin.
Page 1652.1 . 9. Aftrée , lifez Atrée.
Page 1653.1 . 12. Piece , lifez Niece.
La Chanson notée doit regarder la page 1652.
PRIVILEGE
DU ROT.
LOUIS,par la grace de Dieu , Rol de France & de
Navarr à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officie s & Jufticiers qu'il appartiendra. Sa
LUT : P'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy - devant appelé le Mercure Gaiant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
urres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fazeffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Companie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Cheva ier
de notre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compoſer à l'avenir excluſivement à rout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtré
Brevet le 17 , Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceſſai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement , ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tour nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de Jadarte des Prefentes ; à condi
tion neanmoins que chaque volume portera fon Appro
barion expreffe de l'Examinateur , qui aura éré com
1728
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualicez & conditions qu'elles
forent d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'imprimer
, faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentation , corrections
, changement de titre , ou autrement , fans la
permiflion expreſſe & par écrit de l'Expoſant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000. livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long ſur les Regiftres de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreflion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , conformément
aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreffion dudit Livre ſera
remis dans le même éta , où les Approbations y auront
été données és mains de nôtre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARME NON VILLE , Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires
de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de nótredit très - cher & Feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fair
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeillers- Secretaires, foy ſoic ajoûtée, &
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
A OUST 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
I NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DCC. XXVI
Avec Approbation & Privilege du Rog.
AVIS .
LAD
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin den affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie .
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fo's.
C
1729
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
AV
AOUST. 1726.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers .
DESSEIN d'un Recueil d'Hymnes nou-
: velles avec les plus beaux Chants ,
felon chaque meſure.
Lettre écrite d'Auxerre fur cefujet le 29.
Juin 1726. par M. le Beuf, Sous-
Chantre & Chanoine de la Cathedrale.
ES nouvelles productions qui
paroiffent dans les Provinces ,
s'y voyent prefque toujours accompagnées
de difficultez. Il y
a fi peu de gens , gens , furtout dans certaines
A ij Villes
1730 MERCURE DE FRANCE.
Villes , qui puiffent , ou qui veulent
s'appliquer à ce qui eft d'un certain genre
de Science , que lorfque quelqu'un
'qui en eft inftruit de longue main , fe
met en état d'en traiter à fond , on paroît
furpris , on montre de l'étonnement,
on le croit écarté du droit chemin ; &
cette furpriſe , dont la fource eft affez
connue , excite des oppofitions & des
traverfes à ce qu'il y a fouvent de meilleur.
Ne vous attendez pas , Monfieur , que
j'aille faire ici une application de ce que
je dis à des matieres bien relevées : il ne
s'agit que de Chant , ou , fi vous voulez ,
de Mufique. Je puis d'abord me fervir
indifferemment de ces deux expreffions,
puifqu'elles font employées indifferemment
par les anciens Auteurs , felon les
témoignages qu'il feroit aifé d'en rapporter.
On y voit que le Chant d'Eglife ,
même en parlant du pur Plein - Chant ,
eft très- fouvent appellé Mufique ; &
depuis que Gui , Moine d'Arezzo en Ita❤
lie , eut inventé au XI. fiecle une nouvelle
methode de tranfmettre ce Chant ,
on lui donna communément le nom de
Mufica VVidonis . Quoique ce nom tombât
fur tout le corps du Chant Ecclefiaftique
, il y avoit cependant une partie
qui pouvoit être appellée Mufique
plus particulierement. Ce font quelques
A. OUST 1726. 1731
ques Hymnes & quelques Profes qu'on
animoit d'un mouvement qui reflemble
fi fort à celui de la Mufique , telle qu'on
l'entend aujourd'hui , que plufieurs lui:
ont donné le nom de Plein - Chant figuré
, pour diftinguer de tout le teſte cette
partie du Chant de l'Eglife. C'eſt à l'occafion
de cette portion du Chant Ecclefaftique
que je vous envoye quelques
remarques que je vous prie de communiquer
au Public , & principalement par.
rapport aux Hymnes . Je m'y fuis trouvé
obligé par des circonftances les plus
inefperées , & dans lesquelles je ne me
ferois jamais imaginé devoir me rencontrer
, vû l'opinion dans laquelle j'étois ,
que notre Ville étant fi voifine de celle
de Paris , ne fourniroit que des Approbateurs
du bon goût qui y regne , plutôt
que des Cenfeurs & des Contradicteurs
. C'est donc fur ce corps de Chant.
que l'on a crû d'abord ne devoir pas déferer
à la celebre Eglife de Paris , ni à
tant d'autres illuftres Eglifes , dont nous.
nous glorifions depuis notre nouveau Breviaire
, de prendre tout ce qu'il y a de
meilleur en ce genre , & qui a été produit
par les plus habiles Maîtres . Nous
nous fommes flattez d'entrer en cela dans
les vûës du grand Pape S. Gregoire pre-
>mier du nom , qui exhortoit fon Difci-
A iij ple
1732 MERCURE DE FRANCE.
ple S. Auguftin , qu'il envoya en Angleterre
pour y établir une nouvelle Eglife
, de ne fe pas contenter d'y introduire
les pratiques de l'Eglife de Rome ,
dans laquelle il avoit été élevé , mais
d'y inferer auffi , pour ainfi dire , tout
ce qu'il remarqueroit de bon & de louable
, ou même de meilleur dans les Eglifes
de France . Ce n'eft point hors d'oeuvre
que j'applique ici le trait d'un Saint ,
dont une des principales occupations fut
Pétabliſſement du Chant Ecclefiaftique .
Les Hymnes n'étoient pas alors fi communes
qu'elles le font devenues depuis.
On ne connoiffoit gueres que celles de
S. Ambroife , aufquelles le faint Pape
en ajoûta quelques - unes du même metre
, c'eſt à-dire , du metre Iambique à
quatre pieds. On a été plufieurs fiecles
fans avoir en ufage un plus grand nombre
d'Hymnes. Peu à peu quelques Hymnes
Trochaïques , & quelques Sapphiques
fe font fait place dans les Offices
divins. Quelques- unes auffi du metre Af
clepiade , dont la plus ancienne eft l'Inventor
rutili du Poëte Prudence , laquelle
eft de pur Afclepiade fans aucun mêlange.
L'unique qui ait paru dans nos
Livres du metre Brachicatalectique , &
celle qui s'y trouve du metre Alcmane ,
paffent
AOUST. 1726. 1733
paffent . auffi pour avoir quelque antiquité.
Maintenant on ne fe borne plus com
me autrefois , à n'avoir dans les Offices
divins prefque que des Vers Iambiques,
une ou deux Hymnes Sapphiques, autant
d'Afclepiades , & quelques Trochaïques
en petit nombre.On a crû qu'il convenoit
affez de faire pour l'Eglife des Hymnes
de toutes fortes de mefures . Le nombre
des Sapphiques eft augmenté de beaucoup
, auffi -bien que celui du genre d'Af
clepiade , dont la Strophe finit par un
Vers Glyconique. Il y a à prefent dans
les Livres d'Office beaucoup plus d'Hymnes
Trochaïques & Alcmanes , qu'il n'y
en avoit précedemment . On a même
pris l'Anacreontique des Poëfies de Prudence.
Le fiecle dernier a produit des
Poetes , dont la veine fut trouvée plus
feconde en ces fortes de Vers Lyriques ,
que dans ceux de la meſure Iambique ,
qui étoit prefque uniquement d'uſage
dans les premiers temps , & on n'a pas
eu lieu d'être mécontent de leurs Ouvrages.
Je ne parle point de Jerôme Vida
, Evêque d'Albe en Italie , dont les
Poëfies renferment trop peu d'Hymnes
Lyriques pour qu'on ait pû y en puifer ;
ni du Jefuite Claret , qui n'a point donné
d'autres metres à fes Hymnes que
A iiij
ceux
1734 MERCURE DE FRANCE.
ceux qu'il voyoit déja communément reçûs
, & qui n'a fait que fuivre les penfées
des anciennes , ajuftant la rime avec
la quantité . Je ne parle point non plus
des Poëfies de Mefire Ifaac Habert , Evêque
de Vabres , ni de celles de Meffire
Guillaume de la Brunetiere , Evêque de
Saintes , dont je ne connois que des Hymnes
Iambiques .Mais je puis remonter juſ.
qu'au celebre Muret , dont on a plufieurs
Hymnes de different metre. Quelques
années après que le Pape Urbain VIII.
eut excité par fon exemple le genie Poëtique
, on vit paroître differens Recueils
d'Odes facrées. Il m'en eft tombé fous
les mains un qui a été imprimé à Sens
en 1640. dont toutes les Odes font en
l'honneur de la Sainte Vierge , & dans
tous les metres Lyriques & autres . Il
eft attribué à un Jefuite , appellé Louis
Magnet. Le fieur Magdelenet de Vezelai
, dont les Poëfies font imprimées
compofa auffi avec fuccès quelques Odes
Alcaïques fur des fujets facrez . Les Réformateurs
des Breviaires , un peu après
le milieu du dernier fiecle , firent entrer
quelques Hymnes de nouvelle fabrique
dans leur Ouvrage , à l'exemple
du Breviaire Romain ; mais rarement
étoient- elles Alcaïques , ou de cette forte
d'Afclepiades , dont le troifiéme Vers
eft
AOUST. 1726. 1735
eft Pherecrace , & le dernier Glyconique.
Il n'y a eu que le celebre Santeuil
qui en ait donné un grand nombre de
tous ces metres , & qui le premier a eu
la gloire d'avoir multiplié les Hymnes
de toute forte d'efpece , auffi bien que
celle d'avoir furpaflé tous les autres Poëtes
facrez , par la fublimité de fes penfées
, la nobleffe de fes expreffions , &
la clarté prefque inimitable de fon ftyle.
Mais , enfin , Santeüil eft mort , ce
Santeuil qui chantoit fi mélodieuſement
les actions des Saints . Ceux qui ont effayé
de le remplacer , ont peut - être
mieux imité les actions des Saints qu'ils
ne les ont chantées : & quoique la perte
foit irréparable , il a cependant paru
depuis la mort des Hymnes fuffifamment
pleines d'onction , & affez remplies de
nobles expreffions , dans plufieurs Eglifes
de Paris , pour lefquelles Santeüil
n'avoit pas eu le loifir de travailler. Les
plus fameux Evêques de notre France ,
Les Hilaires de Poitiers , les Germains
d'Auxerre ont trouvé dans cette grande
Ville des Poëtes qui les ont celebré .
Quantité d'illuftres Eglifes du Royaume
fe font auffi adreffées à Paris , aux Habitans
du Parnaffe , & en ont obtenu des
productions excellentes qui font répandues
dans les Provinces. De forte qu'en
,י
A v ra1736
MERCURE DE FRANCE.
ramallant les Hymnes de tous ces Auteurs
modernes , à commencer par Muret,
en comprenant celles des Breviaires
qui ont paru jufquà cette année , on pour.
roit former un jufte Volume de toutes
les plus belles dont on auroit fait un
choix judicieux.
Une perfonne de ma connoiffance avoit
fait autrefois un Recueil de tous les plus
beaux Chants des Profes nouvelles : elle
vouloit le mettre entre les mains de
M. Ballard pour le rendre public , & le
répandre dans toutes les Eglifes où l'on
avoit à chanter de ces fortes de Pieces .
Je ne fçai ce qu'eft devenu ce deffein :
il pouvoit avoir fon utilité. On connoît
par experience que le Chant des
Profes bien cadencées eft un grand attrait
pour les Fideles : & quoique la
plupart n'entendent pas le Latin , la mefure
qu'on fçait à prefent y donner , fait
fur eux le même effet que les Chants
dont S. Adelme , Evêque de Sherborne
en Angleterre , fçût adroitement fe fervir
au VII. fiecle , pour gagner à Dieu
quantité de Peuples. ( a ) A Rome , où
les Profes font plus rares , la coutume
étoit au XII . XIII . & XIV . fiecles d'en
chanter à la fin du repas que le Pape
( a ) Mabill. Saculo Bened. IV . Parte I. p.
donnoit
726.
AOUST. 1726.
1737
donnoit aux grandes Fêtes à tout le Clergé
, ( a ) & il eft certain que plufieurs
Papes conçurent une grande idée de Noc.
ker , Moine de Saint - Gal au X. fiecle ,
fur ce qu'il en avoit mis en Chant un
grand nombre . ( b ) Il y a un Livre de
Profes imprimées fans Chant à l'uſage
du Diocèfe de Paris. Il y auroit auffi dequoi
en former un de celles qui font à la
fin du nouveau Miffel de Sens . Mais un
Livre d'Hymnes accompagnées de Chant
feroit une choſe encore plus neceffaire.
Il n'y a point d'Eglifes dans la Chrétienté
, qui n'ait enfin admis des Hymnes
dans quelques-uns de fes Offices ,
& qui ne foit dans l'ufage d'en chanter
plus ou moins frequemment
& toujours
plus fouvent que des Profes. Il n'y
en a point , qui , en réformant fon Breviaire
, n'en admette de nouvelles en place
de quelques anciennes , ou qui n'en
introduife à des Fêtes qui n'en avoient
point de particulieres : mais il n'eft pas
commun de trouver pour ces Hymnes des
Chants anciens , qui fans être aucunement
retouchez , puiffent correfpondre
à la beauté des paroles . D'un autre cô-
›
( a ) Mabill. T. 2. Muf. Ital. Ord. Rom . XI.
pag. 129. Ord.XII. n. 35 .
Item p. 187. Ord. XIV. p . 328.
( b ) Mabill. Sac. V. Bened. p. 19. & 20.´
A vj té ,
1738 MERCURE DE FRANCE.
té il feroit déraisonnable qu'un Chant,
qui fera peut-être paffable pour quelquefois,
devint un Chant dominant , perpetuel
& unique , à caufe qu'il y a longtemps
qu'il eft fait , & que précisément
pour cette raifon on voulut le rebattre
encore plus fouvent qu'il ne l'étoit , &
jufqu'à l'ennui. Peut- on foutenir raiſonnablement
qu'il a dû être plus difficile
d'en compofer de nouveaux , qu'il ne l'a
été de compofer de nouvelles Hymnes ,
& que c'eft un avantage de voir la barbarie
regner dans les Sciences , comme
elle a fait pendant quelques fiecles qui
nous ont précedé ?
Je ne dirai pas que Santeuil ait eu le
chagrin de voir des Chantres dans un
principe fi bizarre : il n'eut pas été affez
patient pour les laiffer impunis . Comme
les Hymnes devoient d'abord être ufitées
dans Paris , on y compofa un grand nombre
de Chants pour chaque metre , afin
de diverfifier la mélodie felon les Fêtes;
de forte que l'on ne trouve aucun des
metres nouveaux qui n'ait au moins quatre
ou cinq fortes de Chants , lorsque le
nombre des Hymnes de ce metre vajufqu'à
fept ou huit , & ainfi du refte à
proportion . Les derniers Breviaires qui
ont paru , font encore bien plus remplis
d'Hymnes nouvelles & de tout metre ,
que
AOUST. 1726. 1739
que ne l'eft celui de Paris . Il n'y a prefque
plus de Fête de Myftere qui n'ait de
Alcaïque , ou de l'efpece d'Afclepiade
, dont les deux derniers Vers font un
Pherecrace & un Glyconique. Les communs
font plus riches en Hymnes de
nouveau metre qu'ils ne l'avoient jamais
été. On y a admis entr'autres celles
des faints Docteurs , & celles des
faints Moines , qui font des plus magni
fiques de Santeuil. C'eft pourquoi , fi
jamais il fut neceffaire d'augmenter le
nombre des Chants , & d'en admettre
de nouveaux , c'eft depuis ces dernieres
Editions de Breviaires . Cependant il fe
trouve des gens fi oppofez aux loüables
intentions des Poëtes , que fans faire at
tention qu'ils font dans des corps nombreux
, & capables de fournir à tous ces
nouveaux Chants , ils entreprennent de
fermer l'entrée à tous les plus beaux
qu'on ait pur prendre dans les Livres de
Paris , jugeant qu'il eftmieux de fe renfermer
dans les tons les plus triviaux ,
quelque grand que foit devenu le nombre
des Hymnes ; & ce qui eft de plus
étrange , c'eft que mefurant le fçavoir
des autres par le leur , ils ne veulent
partout que du grand commun , un
certain Chant bannal , en un mot , la
grande routine , ce qu'un autre que moi
qui
1740 MERCURE DE FRANCE.
qui voudroit parler François , appelleroit
le P ... a ... a ... Num cantus
dit autrefois Santeüil pour un femblable
fujet.
Num cantus juvat ille fibi quem vindicat
omnis
Coelicola , & doctis femper gravis auribus hymnus,?
Ignofcenda quidem rudioribus horrida feclis
Barbaries fuit ; at poftquam gens pinguis avorum
Seceffit procul , incultis gens afpera Mufis ,
Credideram fimul ignotas abiiffe fub oras
Et ceffiffe loco foedam fquallore fituque
Barbariem , & miferos fefe quibus illa tuetur
Auctores operun .
à Vous n'ignorez pas › Monfieur
quelle occafion Santeuil fit la Piece dont
je viens de citer un lambeau. Je fuis cependant
bien -aife de le marquer ici ,
puifque , felon les apparences , ma Lettre
doit être vûë par plus d'une perſonne.
Quoique Santeüil eut compofé des
Hymnes en l'honneur de S. Magloire ,
Evêque de Dol , le Pere Furfi de l'Oratoire
, Grand Maître des Ceremonies
du Seminaire , qui porte fon nom dans
Paris , eut la foibleffe de condefcendre à
ceux
A OUST. 1726. 1741
ceux qui n'aimoient pas qu'on les tirât de
leur grand commun , & de la routine
ordinaire , & il empêcha qu'on ne chantât
ces nouvelles Hymnes dans la propre
Eglife du Saint , le jour même de
fa Fête . Ce revers de fortune ne tarda
gueres à exciter dans l'efprit de Santeuil
certains mouvemens , qui lui firent
bien-tôt appercevoir le P. Furfy atteint
d'une maladie dangereufe , forcé & contraint
de demander humblement pardon
au faint Evêque , de ce qu'il avoit
empêché qu'il n'y eut de l'extraordinaire
à fa folemnité. Le Saint apparut au malade
dans une nuée lumineufe & terrible
, & lui fit une verte réprimande de
la hardieffe qu'il avoit euë de s'oppoſer
à l'ardeur que toute la jeuneſſe du Seminaire
avoit témoignée pour ces nouveaux
Chants , & ne lui promit d'obtenir
fa guérifon , qu'à condition que l'année
fuivante il fe donneroit bien de garde
de retomber dans la même faute. J'ai
entre mes mains cette Piece précedée
d'une Vignette , qui reprefente l'apparition
fort au naturel. En voici les onze
premiers Vers. C'eft Saint Magloire qui
parle d'un ton de Maître au pauvre Pere
Furfy étendu fur fon grabat.
Sic
1742 MERCURE DE FRANCE:
Sic habitas mea templa , & templis demis
honores
Alme fenex, illis etiam mea feſta diebus
Dum certatim agitant media inter gaudia cives
?
Noftra laborato decoras inclufa fub antro
Floribus offa , facros & circum incendis odores
Et fraudas cultûs , & laudibus invidus obſtas ?
Dicam equidem , hæc coelo me mordet cura
beatum .
Quos mihi Santolius plectro refonante canebat
Afflatus monitis cæleftibus , eripis hymnos
Crudelis ! quò ceffit honos ? quò gloria noſtri
Numinis ? an ne putas impunè lacefcere Di-
VOS ?
Sur la fin le ſaint Evêque s'adreſſe au
Pere Senauld , à qui il témoigne fon
chagrin de voir l'ignorance rentrer dans
les Temples du Seigneur , & l'exhorte
à fronderavec fon ftyle d'Orateur contre
un tel procedé : puis fe retournant pour
la derniere fois vers le malade , il lui
fait fentir la témerité de fon entrepriſe,
d'avoir voulu détruire ce que des gens
en place , des gens de meilleur goût que
lui avoient puifé de tous côtez , & placé
AOUST. 1726. 1743
cé dans les Livres de fon Eglife , pour
augmenter la celebrité de l'Office , & la
tirer du grand commun .
Hujus namque loci procul hanc ( a ) præfectus
abegit
Illi charus eram , mihi charus & ille viciffim
Dum licuit noftris fummum decus addidit aris
Quin etiam addiderat dulces mihi providus
hymnos
Omnibus è libris
quos barbarus expunxifti :
Et caufam morbi ulteriùs temerarie quæris ?
On voit dans le Recueil des Hymnes
de Santeuil une plainte femblable de la
part de Sainte Hunegonde . Cette fainte
Religieufe du VII . fiecle , fort honorée à
S. Quentin & dans le voisinage , fut du
nombre de celles dont Santeüil chanta les
actions . Mais il arriva malheureuſement
que celui à qui les Hymnes furent envoyées
ne les fit point fervir à fa Fête .
La Sainte en fut irritée : elle en fit de fi
grandes plaintes par la plume de Santeuil
à l'Abbé qui étoit la caufe de ce
délai , qu'enûn elle & le Poëte eurent
la fatisfaction de voir difparoître la barbarie
, dont on avoit crû jufqu'alors pouvoir
faire parade dans fon Monaftere de
( 4 ) Ignorantiam.
Hom1744
MERCURE DE FRANCE
1
Hoblieres en Vermandois . L'Auteur
de nos Hymnes propres auroit autant de
raifon que Santeuil , de fe plaindre de
ceux qu'on voit regretter que fes Hymnes
en ayent déplacé de vieilles dont ils
fçavoient par coeur le chant & les paroles.
Il pourroit , comme lui , apoftropher
les Manes du fçavant Poëte fon
Confrere , qui a retouché les Hymnes du
Breviaire de Sens de 1702. & qui en
a tant fourni de nouvelles , & en l'évo
quant du tombeau , lui dire , comme autrefois
Santeüil au Pere Senauld :
Exoriare mihi , tumuloque refurge B ....
alde ,
Si fermonis adhuc teneat te cura politi :
Ecce redit noſtris vetus ignorantia templis.
Comme donc on voit de nos jours que
par imperitie , & par la feule raifon
qu'une chofe eft nouvelle , plufieurs perfonnes
méprifent d'excellens Ouvrages,
foit en Vers , foit en Chant , il femble
qu'il conviendroit de les rendre dès àprefent
plus communs , afin que la jeuneffe
put s'y accoutumer de bonne heure.
Je fuis convaincu que quantité de
Chants Lyriques des Hymnes Latines
attireroient toute l'attention dont les jeunes
gens peuvent être capables , & que
ceux
A O UST . 1726. 1745
ceux qui travailleroient à faire imprimer
ce Recueil , n'auroient pas moins
de fatisfaction de le voir répandu , qu'en
eut le pieux Moine Otfrid , Religieux
de Weiffenbourg en Alface au IX fiecle
, d'avoir fait ceffer mille Chants obfcenes
par la Traduction qu'il fit de plufieurs
Livres de l'Ecriture Sainte , en
Vers Teutoniques , fufceptibles de cadence.
Pour defcendre dans le détail , je
croirois que ce Recueil d'Hymnes devroit
être accoinpagné, des formules de
Chants d'Hymnes de chaque metre , &
que le nombre de ces formules devroit
être proportionné à celui des Hymnes.
Comme il est toujours vrai de dire , qu'il
y a plus d'Hymnes du petit metre lambique
que d'autres , ce feroit de ce metre
dont il y auroit le plus de chants.
Tel étoit l'ufage ancien . ( a ) Il n'y avoit
point de Fête où l'on ne changeât de
chant fur les Vers de cette mefure , à caufe
que c'étoit une meſure très -commune
, & qu'autrement les redites fuflent
devenues ennuyeuſes.
La varieté & la diverfité dans les chants
desHymnes , eft auffi ancienne que l'uſage
des Hymnes dans l'Eglife , & l'on n'écou-
( a ) Mabill. Annal. Bened. T, 3. p. 128.
ad an. 865.
toit
1746 MERCURE DE FRANCE.
toit point autrefois ceux qui auroient dit,
qu'un feul Chant fuffit pour toutes les
Hymnes qui fe trouveroient être d'un mê
me metre: on les obligeoit d'apprendre les
nouveaux , à mesure qu'ils s'étendoient &
fe multiplioient , quelque difficulté qu'il
y eut dans ces fiecles-là à apprendre la
fcience du Chant. On choiſiroit,au reſte,
feulement les plus beaux Chants de ce
metre Iambique , & parmi ceux qui auroient
été choifis , on retiendroit la maniere
la plus élegante dont chacun auroit
été traitté. C'eft dans ce metre que
S. Ambroife compofa ce que nous avons
de lui pour tous les jours de la femaine .
On prétend même que le Chant qui eft
refté jufqu'ici à ces Hymnes , vient de
lui. Il eft un de ceux où les Muficiens
donnent le mouvement qu'ils appellent
à trois temps. On y remarque une va◄
rieté agreable de fons , & aucun des Vers
n'y est entierement in directum. Ce fecret
de chanter un Vers entier tout droit
au milieu de trois autres , dont les notes
font variées confecutivement , étoit réfervé
à ces derniers fiecles , où peu de
gens reflechiffent en fait de Chant , &
vont toujours au plus court.
Après le metre Iambique , le Sapphique
eft le plus commun. Il y auroit dans
le Recueil un nombre de Formules de
Chant,
AOUST . 1726. 1747
Chant ,
proportionné au nombre des
Hymnes de cette mefure. Ce metre eft
le plus gay de tous , & il ne fçauroit être
chanté que gayement , fi ce n'eft peutêtre
par quelques perfonnes tout à - fait
neuves dans le métier , qui ne peuvent,
par faute d'oreille ou d'habileté , y donner
aucune meſure ni agrément. Ce
Chant Sapphique eft veritablement mufical
, & n'a jamais été , ni ne fera jamais
de la fphere du pur Plein - Chant.
C'est un de ces Chants Dactyliques qui
veulent un mouvement reglé , dont deux
breves ou rhomboïdes valent une longue
, & deux longues font deux temps.
Auffi fait- il compaffion , lorfqu'on l'entend
chanter par ceux qui le mettent
dans la claffe du pur Plein - Chant , foit
parce qu'ils ne veulent pas prendre la
peine de s'appliquer , foit par une oppofition
affectée à tout ce qui tend au
mieux.
On placeroit enfuite les formules de
Chant des Strophes Afclepiades , dont
le quatrième Vers eft Glyconique : nous
fommes ici dans une grande difette de celui-
là malgré que nous en ayons : puis
on feroit fuivre les formules pour les
Hymnes Afclepiades , dont le troifiéme
Vers eft Pherecrace & le quatrième Glyconique.
Après ces Chants fuiyroient les
mode,
1748 MERCURE DE FRANCE .
›
modeles de Chants d'Hymnes Alcaïqués
Ce metreeft nouveau pour bien des Diocèfes.
Il y auroit deux fortes de formules
de ce metre ; les premieres en Chant
Rythmique ou prefque pur Plein-
Chant , comme eft celui de Stupere gentes.
Les fecondes feroient de ce metre
confideré comme Dactylique , c'eſt - à - dire
, des formules de Chant meſuré à peu
près comme le Sapphique , & tel qu'il
eft à Paris fur l'Hymne Fumant Sabais.
Il eft inutile que je vous parle après cela
du metre Trochaïque , de l'Alcmane
, & de l'Iambique à fix pieds qui font
moins communs , quoique le Trochaïque
foit très-ancien dans l'Eglife , & que
'Alcmane n'ait pas été tout-à- fait inconnu
dans plufieurs anciennes & celebres
Eglifes , où l'on chante au moins depuis
cinq cens ans l'Hymne O quam glorifica.
Et même , s'il en faut croire le Venerable
Bede , Saint Ambroife avoit compofé
une Hymne de ce metre , qui commence
ainfi Squallent arva foli pulvere
multo : Elle étoit pour demander de la
pluye dans les temps de fechereffe. Bede
en cite auffi une autre du même metre
pour demander du beau temps : &
elles ne font pas indignes de S. Ambroife.
Pour ce qui eft du metre Iambique de fix
pieds , il eft difficile d'en produire de plus
an-
•
€
AOUST. 1726. 1749
ancienne , que celle qui paroît fous le
nom de Prudence dans la Collection
d'Hymnes du Cardinal Thomafo , & qui
y . eft defignée pour le I. Dimanche de
Carême. Si cette Hymne n'a pas été d'u
fage , on ne peut douter au moins qu'il
n'y ait bien des fiecles qu'on chante dans
l'Eglife l'Hymne Aurea luce qui paffe
pour avoir été compofée par la femme de
Bocce nommée Elpis.
Les trois efpeces d'Hymnes les plus
rares , font les Elegiaques , comme le
Digna Dionyfio de Paris , les Brachicatalectiques
, qui eft le metre d'Ave maris
ftella , autrement Ave radix Jeffe , &
enfin le metre Anacreontique , que l'on
a pris du Poëte Prudence dans les Eglifes
de Sens , d'Auxerre & de Troyes , pour
le chanter à Complies au temps Pafchal :
cette Hymne unique commence par ces
mots : Culter Dei memento. Ces deux derniers
metres ont paru être ceux , fur lefquels
il eft plus difficile de compofer des
Chants qui puiflent être univerfellement
goûtez ; ce qui peut provenir de ce que
les Syllabes breves y font très - rares. Ceux
qui ont lû les Livres de Saint Auguſtin
de Mufica , conviennent avec ce faint
Docteur , de la neceffité du mêlange des
Syllabes breves avec les longues , pour
faire quelque chofe de plus agréable &
de
1750 MERCURE DE FRANCE.
1
de mieux mefuré. Cependant on ne
peut nier que ces deux fortes de metres,
dont les breves font prefque exclufes ,
ne foient dans la categorie du Plein-
Chant plus qu'aucun autre , dès - là qu'on
fera convenu d'y faire chaque note égale
en les chantant. Il n'eft pas neceffaire
que j'ajoûte ici qu'un ou deux Chants
fuffiront pour chacun de ces trois derniers
metres dans le Recueil que je pro
pole. Pour ce qui eft des Hymnes , dont
chaque Strophe contient quatre Vers.
xametres , elles n'ont point fairsHefortune.
Thomafius n'en rapporte qu'une feule
de fix Strophes , compofée par le Pape
Damafe fur la Converfion de S. Paul.
On ne connoît aucune Eglife qui la
chante , ni qui ait deffein d'en chanter de
femblable .
Voilà , Monſieur , à - peu - près le plan
que je crois qu'on pourroit fuivre dans
la nouvelle Collection d'Hymnes . Elle
enchériroit , comme vous le voyez , de
beaucoup fur celle que le Cardinal Thomafo
fit imprimer à Rome en 1683 .
fous le Titre d'Hymnarium. Je crois mê
me qu'on pourroit , fans trop hazarder,
lui donner en François le nom d'Hymnaire
, comme on appelle le Livre des
Leçons un Lectionnaire , le Livre des
Collectes , un Collectaire : & felon l'écrit
A OUST. 1726 1751
crit de M. l'Abbé de Saint - Pierre , que
Vous avez publié ( a ) , cela feroit bien
fait, fi l'ufage le vouloit . Ce feroit, un
ancien mot qu'on feroit revivre pour éviter
la periphrafe .
Gennade, Prêtre de Marfeille , au V.
fiecle , a employé le terme Hymnarium
en parlant de S. Paulin de Nole. Un de
nos Evêques , nommé Humbaud , facré
à Milan en 1995. nous donna entr'autres
chofes Hymnarium & Pfalterium opti
mum. ( b)
Mais avant que de finir , je ne puis
m'empêcher de me plaindre encore de
ceux qui rejettent fur les Chantres , cu
fur les Auteurs du Chant d'une Hymne,
les défauts d'élifion ou de céfure qui fe
trouvent dans certains Vers , & qu'il
faut préfumer avoir été inévitables aux
Poëtes. Il feroit très à fouhaiter ( je l'a- (
vouë ) que ceux qui compofeut des Hymnes
, vouluffent , en les faifant , prendre
la peine de chanter ; principalement
lorfqu'ils travaillent dans le metre Alcaïque
, afin d'ajufter les céfures du tex
te avec celles du Chant : mais s'en prendre
aux Auteurs du Chant , ou à ceux
qui l'executent , de ce que dans la pratique
un mot fe trouvera quelquefois
( a )Mercure de Mars 1726 .
(b )Necrol. Antiff. Ms.inDibl. Cellert.
B
coupé ,
1758 MERCURE DE FRANCE.
ne ,
!
coupé , c'eſt comme fi en voyant un hom
me bien fait boiter ou marcher mal dans
un chemin inégal & raboteux , on s'en
prenoit à lui , & non pas au chemin . Il
ya auffi cette difference à remarquer
entre une Hymne & une Profe ou Sequence
, que dans cette derniere Piece ,
chaque Couplet , c'eft - à- dire , chaque
couple de Strophes doit avoir fon Chant
particulier au lieu que dans une Hymil
faut que le Chant de la premiere
Strophe ferve à toutes les autres , quel
que grand qu'en foit le nombre. Ce qui
fait que quelquefois la parole ne fe trou
ve pas bien exprimée mais c'eft un mal
auquel on ne peut remedier fans introduire
une grande nouveauté. Il en eft des
Hymnes comme d'une Chanfon profane
la nature de l'une & de l'autre eft de n'a-.
voir qu'un Chant pour toutes les Stro,
phes. Ainfi il peut y avoir des rencon
tres où les paroles ne feront pas fi bien
exprimées que dans d'autres. Il ne peut
y avoir de remede à cet inconvenient ,
qu'en faifant un Chant particulier à chaque
Strophe , comme on fait dans les
Choeurs de Mufique mais ce feroit une
chofe abfolument inoüie pour le Plein-
Chant , & qui auroit auffi fon défaut
parce qu'elle empêcheroit l'oreille d'ê
tre fufceptible d'une beauté qu'elle n'entendroit
.
AOUST. 1726. 1753
tendroit qu'une fois en paffant & fortle->
gerement dans chaque Strophe : au lieu
que dans la Mufique les repetitions fort
goûter l'harmonie dès la premiere exé--
cution d'une Piece . Mais fi les Hymness
& les Profes different dans ce que je
viens de dire , elles s'accordent auffi
en ce que dans les unes & dans les autres
la fin d'un Vers , quoique faifant
une cadence , ne doit pas pour cela former
un fens parfait. L'alliance du Chant
avec le texte eft pour toutes autres Pieces
du Chant d'Eglife , mais non pour
celle- là.
Au refte , Monfieur , je ne vous donne
point ce Plan d'un futur Recueil de
Chants d'Hymnes , comme devant être
d'abord dans la derniere perfection . L'ufage
& le temps pourront fervir beaucoup
à l'augmenter & à l'embellir. Le
Systême de Gui Aretin a bien été perfectionné
, même dans le dernier fiecle,
quoiqu'il y ait fept fiecles entiers qu'il
a été inventé , & je puis apporter pour
une des dernieres perfections qu'on y a
ajoûtées , celle de ne jamais changer de
Clef dans une même Piece de Chant , &
de fixer invariablement la ligne fur la
quelle doit être la Clef dans chacun des
modes : ce qui facilite & foulage beaucoup
l'attention des Chantres . Notre Re-
Bij cueil
1754 MERCURE DE FRANCE .
cueil d'Hymnes peut être perfectionné
de la même maniere par la fuite des tems ,
principalement pour ce qui eft du Chant
mais il eſt toujours vrai de dire qu'il faut
un commencement ; après quoi il fera facile
d'ajoûter , Facile eft inventis addere,
Il faut commencer , & ne pas s'étonner
des contradictions que tous les nouveaux
projets , quoique très- utiles , ne manquent
pas d'attirer lorfqu'il en faut venir
à la pratique . Gui Aretin , qui étoit
Maître de Chant dans le Monaltere de
Pompofe , proche Ravenne , n'en eut- il
pas à effuyer de la part de quelques - uns
de fes Confreres , Religieux de la même
Abbaye ? Ils firent tant par leur jaloufie
, qu'ils aigrirent l'efprit de fon Abbé
contre lui ; enforte que ce Maître
Chantre étoit prêt de tout abandonner
fi la divine Providence , qui conduit tout
à fes fins , ne l'avoit attiré à Rome , où
le Pape Jean XX , fut tellement charmé
du fecret qu'il avoit trouyé d'enfeigner
parfaitement le Chant en un an de tems ,
qu'il le prit auffi - tôt fous fa protection.
Dieu permit que l'envie, dont les Confreres
étoient rongez , fut pleinement confondue.
Le Pape fit par lui-même l'experience
des regles que Gui avoit imaginées
& s'amufant à parcourir le
nouvel Antiphonier , dont le texte étoit
furA
OUST 1726 . 1726. 1755
furchargé de plufieurs lignes & de Notes
figurées felon la nouvelle methode ,
il apprit en un moment de lui- même une
.Piece de Chant . Le détail de toutes les
contrarietez que Gui Aretin eut à eflùyer ,
eft marqué par lui-même dans la Lettre
qu'il en écrivit à Michel fon Collegue ,
contre lequel pareillement l'efprit d'envie
& de contradiction avoit excité les
autres Moines , le P. Mabillon ( a ) la
rapporte plus exactement que Baronius,
à l'an 1026. de fes Annales Benedictines.
Enfin , l'Abbé de Pompofe rendit
juſtice à fon Religieux : il lui fit excum
fe de tout ce qui s'étoit paflé ; & voyant
que le Pape , ou au moins Theodald
Evêque d'Arezzo , à qui Gui avoit dédié
une Apologie de la nouvelle Methode
, alloit avoir la gloire de faire employer
le fecret de la nouvelle invention
dans les Eglifes Seculieres ; il l'engagea
à ne pas priver les Monafteres de
l'honneur d'avoir commencé les prémiers
à le mettre en pratique.
Il eft fi veritable que les chofes fe perfectionnent
avec le tems , que ce que Gui
( a ) Veritatem fallacia , & caritatem conculeat
invidia ..... Inde eft quod me video
prolixis finibus exulatum , ac teipfum , ne vel
refpirare quidem poffis , invidorum laquis fuf-.
focatum Guido Aret. apud Eaton. & Mabil.
B iij
dit
71756 MERCURE DE FRANCE.
7
dit qu'il enfeignoit en un an, s'apprend à
prefent dans l'efpace de peu de mois , comme
l'experience le fait voir. Au refte , ce
Maître Muficien n'a jamais eu intention
de parler d'unChant qu'on appelle in directun
, tel qu'il eft parmi les nouveaux
ReligieuxMandians,fans élevation ni inflexion
de Voix : ce n'eft pas un Chant,;
mais une recitation . Ce prétendu Chant
eft justement le contradictoire , ou pour
mieux dire , le contraire du Chant Gré
gorien , qui exige de la modulation ,
c'est- à - dire , du changement dans le fon
de la Voix. Il ne faut ni fcience ni étu
de
pour celui-là : il abrege toute la peine
, toute la dépenfe , toute application ,
toute attention . Par fon moyen la befogne
eft plutôt faite , on eft plutôt quitte
d'un devoir d'obligation & je ne fçai fi
ce ne feroit point par ces raifons qu'il
commença à plaire à quelques mauvais
Copiftes , ou Directeurs de Chant dans
le dernier fiecle & vers la fin du précedent
, quelque inconnu qu'il fût dans les
Livres d'Eglife depuis S. Gregoire le
Grand . Mais il peut fe glorifier d'être
fouverainement méprifé dans l'ufage de .
Paris , & dans celui des autres celebres
Eglifes , où en reformant les Livres l'on
a pris la peine de remonter à la veritable
antiquité par la voye de l'examen &
de
AOUST. 1726 1757
"
de la difcuffion , fans cependant méprifer
ce qu'il peut y avoir de bon dans la
nouveauté .
>
... Je m'apperçois , Monfieur , que je retombe
infenfiblement , à mon ordinaire,
dans les louanges de l'Eglife de Paris ,
dont on veut que ce foit moi qui ai rapporté
quelques traits honorables dans
yotre Journal du mois de Fevrier dernier.
J'approuve de tout mon coeur ce
qui en a été dit dans celui du mois de
Septembre 1725. & je voudrois que
l'Auteur en eut encore dit davantage. On
ne fçauroit trop faire l'Eloge d'une Eglife
, à qui la defcription qu'en fit S. Fortunat
de Poitiers au VI. fiecle convient
encore à merveille de nos jours.
Non feulement on peut , mais je crois
qu'on doit la prendre pour modele en fait
de Chant Ecclefiaftique. Courons à elle,
comme autrefois les Habitans ( a ) de la
Paleſtine à Abela , où étoient les Sages
du Pays. Je le dis aprés Pierre de Blois,
qui vivoit il y a cinq cens cinquante ans.
Proverbium eft : ut qui interrogant inter
rogent in Abela. Qui interrogant , interrogent
Parifius , ubi difficilium quæftionum
nodi intricatiffimi refolvuntur. ( b )
Dans le Chant , comme dans tout le refte,
( a ) 2. Reg. 10.
( b ) Petr. Blef. Ep. 19.
B iiij
on
1758 MERCURE DE FRANCE.
›
on eft plus habile à Paris qu'ailleurs.
Souvenons-nous que de même que les
Poëfies nouvelles y ont fait difparoître
quantité de fades Poëfies , devieux
Livres gothiques , auffi les nouvelles
paroles ont infpiré un goût pour
le Chant infiniment meilleur que celui
des fiecles précedens . Pofons pour certain
, que fi les Hymnes de David ,
qui font nos Pfeaumes étoient mefurez
dans le Latin , comme ils le font
dans leur langue originale , on feroit bien
éloigné de les faire reciter recto vocis tono
: qu'au lieu de la fimplicité qui domine
encore dans le Plein- Chant , on leur
donneroit l'une des mefures ufitées dans
la Mufique ; mais que pour leur donner
un Chant qui n'ennuye point par fa
monotonie , & dont l'execution ne foit
pas trop difficile , c'eft le moins qu'il y
ait quelques inflexions de voix fur la fin
de chaque Verfet. A l'égard des Hymnes
Latines , on doit avoir toute la li
berté de leur donner les plus beaux
Chants , en fe renfermant dans des progrès
convenables à des voix mâles , fi
l'on a en vûë qu'elles foient débitées avec
les agrémens permis dans le Plein - Chant
figuré. C'est ce qui feroit obfervé dans
l'Hymnaire noté , s'il dépendoit un jour
de moi d'y donner de l'arrangement . Encore
1
AOUST. 1726 . 1759
core une fois , il y aura des contradictions
lorfqu'on voudra's'en fervir dans quelque
Eglife , parce qu'il y a encore fur la
terreun trop grand nombre de perfonnes
qui n'ont pas fuccé le bon goût avec le
lait , & qu'il y en naîtra d'autres femblables
après ceux qui font aujourd'hui.
Ce n'eft pas une merveille qu'il y ait
de temps en temps fur terre des hommes
, dont les organes ne font nullement
fufceptibles des beautez du Chant : C'est
un malheur , je l'avoue , qu'il en foit
du Chant Eccléfiaftique comme de pluheurs
autres Sciences. De quibus peritif
fine difputare fe credat qui nunquam diditit.
( a ) Mais ce feroit un miracle , fi
ees hommes pouvoient toujours être
regardez comme les Arbitres fouverains
dans cette matiere , plutôt que ceux qui
font , pour ainfi dire , nez dans le Chants
qui y ont été formez dès la plus tendre
jeuneffe , ou qui toute leur vie en ont.
fait une étude particuliere.
(a ) Facund.lib. 12.
By LE
)
1760 MERCURE DE FRANCE .
域
L
LE PRINTEMPS ,
IDILLE.
A Madame la Comteffe de
par Mademoifelle L'heritier.
E Printemps dans ces lieux fait briller mille
Aeurs ,
Tour renaît & tout rit dans ce charmant bocage
,
On y goûte le frais d'un agréable ombrage ,
Et les tendres Oifeaux , fe contant leurs lans
gueurs ,
Y charment par leur doux ramage :
Un verd brillant & vif embellit ces coteaux ,
Zephir agite l'air d'un foufle favorable ,
On voit couler de claires eaux "
Qui par un murmure agréable ,
Se mêlent aux concerts que forment les Oi
feaux.
Quoique dans ces beaux lieux tout femble fait
pour plaire ,
Un coeur qui connoît bien des malheureux hu-
Les
mains
岁
AOUST. 1726. 1761
Les gênes , les cruels Deſtins ,
Ne peut ici fe fatisfaire :
Ces aimables productions
Que la Nature & le Ciel favorifent ,
Infenfiblement le conduifent
A de triftes reflexions.
Ces arbres & ces fleurs , ces Oiseaux , ces eaux
pures ,
Dans une douce liberté ,
Goûtent tous les plaifirs de la tranquilité ,
Et n'ont point comme nous des Loix fieres &
dures ,
Qui viennent mettre obſtacle à leur felicité. N
Que votre fort eft doux auprés du nôtre ,
Vous , qui par le Printemps rendez ces lieux fi
'
beaux ,
Chênes , fleurs , Roffignols , ruiffeaux .
Notre deftin , helas ! bien different du vôtre ,
Nous livre chaque jour à des tourmens nous
vcaux.
Par une cruelle avanture ,
Nous fommes condamnez à fuir ce qui nous
plaît :
Aux penchans les plus doux qu'infpire la Nature
, B vj L'im-
}
1762 MERCURE DE FRANCE.
L'importune Raifon oppofe un fier arrêt.
C'eft en vain qu'en fecret notre coeur en murmure
,
L'Eſprit de la Raiſon , prend toujours l'interêt.
Armé d'une autorité feure ,
I fçait par des refforts puiffans ,
Sous fon pouvoir enchaîner tous les fens ,
La. Nature , par nous fi fouvent outragée ,
Par ces fieres rebellions,
Ne nous prefcrit plus rien , & pour être vengée
,
Nous abandonne aux noires paffions:
Le fervile interêt , l'implacable vengeance ,.
La jaloufie & la douleur ,
Sans ceffe nous rongentle.coeur ,
Et nous font reffentir leur barbare puiffance ,
Avec une aveuglé fureur ;
Les faifons les plus favorables ,
N'ont rien pour nous de parfaitement doux ;
Par nos deftins impitoyables ,
Nous fommes expofez fans ceffe à leur cour
roux ,
Et nous ne devons pas attendre ,
Que la Nature daigne en repouffer les coups ;
Elle
AOUST . 1726. 1763
%
Elle veut que l'efprit fçache feul ſe défendre :
Mais malgré les plus grands efforts ,
Il' eft fouvent prêt de ſe rendre ,
Ayant des ennemis fi cruels & fi forts .
Bois , honneur de ces lieux , vous n'êtes pas de
même ,
Vous ne craignez , ennemis , ni jaloux ;
La Nature vous fert avec un foin extrême ,
Et les faifons n'ont rien de fort rude pour
Vous :
Si l'hiver vous ravit votre aimable verdure ,
Quand nous fentons l'horreur de les glaçans
frimats 2.
Le Printemps , qui bien -tôt ranime la Nature
,
Vous rend mille nouveaux appas..
Vous , habitans ailez de ces fombres bocages ,.
De qui les tendres airs ont des tons fi charmails,
On ne sçauroit douter de vos heureux mo
mens ,
Quand on entend vos gracieux ramages
Rien ne trouble jamais votre tranquillité,
Que la peur de languir dans de durs efclavages
,
Par les piéges qu'on tend à votre liberté :
Oi1764
MERCURE DE FRANCE .
Oifeaux , nous ne ferions que foiblement à plaindre
,
Si nous n'avions , helas que de tels maux
craindre.
Vous , dont le cryſtal argenté
Rend nos bois plus charmans & rafraîchit nos
plaines ,
Brillantes eaux , claires fontaines ,
ر
Qui rendez de ces lieux le féjour enchanté
Vous ne connoiffez point les chagrins , ni les
gênes.
Quand l'aimable Printemps par fon charmant
retour ,
Fait aimer tout ce qui refpire ,
Qu'un amoureux Ruiffeau pour vos ondes for
pire ,
Il vous fuit & vous fait la Cour :
Sans craindre le pouvoir d'un tyrannique empire
,
Vous répondez à fon amour,
Suivant l'ardeur qui vous inſpire ;
Et ces charmans plaifirs font pour vous éternels
:
Comme les malheureux Mortels ,
Rien ne vous affervit aux loix des deſtinées ,
Qui fouvent au milieu des plus belles années
Vie
AOUST 1726. 1765
Viennent trancher le cours de leurs contentemens
:
Ah ! loin d'en reffentir les rigueurs obſtinées
Vous renaiſſez à tous momens .
Mais , que nous fert , helas ! qu'en voyant
lumiere ,
la
Nous ayons un deftin le plus doux , le plus
beau ?
Puifque par Phor reur du tombeau,
On voit en un inftant finir notre carriere .
Tant de flateurs projets , tant de vaſtes def
feins
Sont en moins d'un moment inutiles & vains.
La gloire , le bonheur , & les plaiſirs du monde ,
Paffent auffi rapidement ,
'
Qu'on voit couler votre belle onde ,
Dans ce lieu tranquile & charmant.
Printemps qui parez ces bocages ,
Par tant de brillantes images ,
Qui ne font qu'affliger notre coeur abatų ,
De mille defirs combatu ,
On doit toujours craindre vos charmest
Malgré les agrémens qu'offre votre faiſon ,
Vos dangereux attraits par leur flateur poifon ,
Tâchant à nous prêter des armes ,
Contre
1766 MERCURE DE FRANCE.
Contre les loix de la Raifon ,
L'expofent en fecret à cent rudes allarmes.
S
Vous qui brillez d'efprit , de grace & de fçavoir
,
Aimable & touchante Comteffe ,
Qui nous charmez en faifant voir,
Un coeur plein de délicateffe ,
Dont la Raifon eft la maîtreffe ,
Avec unfouverain pouvoir ,
Ne vous étonnez pas fi j'ofe fur ma Lyre ,
Me plaindre qu'elle exerce un trop fevere empire
,
C'eft pour rendre mes Vers d'un plus gracieux
fon :
Depuis long- temps je vois que c'eſt la mode,
De nommer fon pouvoir tyrannique , incom-
> mode ,
Dans Idille , Eglogue , ou Chanſon ,
Si contre elle ici je m'explique ,
C'est par licence poétique :
Mais quand j'en parlerai ſur un ton ferieux ,
Je dirai que fon
regne eft doux & glorieux.
Lors qu'à fes paffions un jeune coeur fe livres
De mille maux divers il fe trouve agité ,
C'eſt
AOUST. 1726. 1767
ノ
C'eft , malgré leurs conſeils , la Raiſon qu'il doie
fuivre ,
Pour fa propre félicité.
- Nos Lecteurs ont fi bien reçû l'Article
que nous avons donné l'année paffée,
au fujet des Enigmes expliquées par
les
Ecoliers du College de Louis le Grand ,
qu'il y
a lieu de croire que ce qui s'eft
pallé cette année , dans la même occafion
, leur fera plaifir. La maniere ingénieufe
dont les Ouvrages , pour exercer
Pefprit , font propofez , & la fagacité
avec laquelle les jeunes Etudians en pe
netrent le vrai fens , eft très- capable de
piquer la curiofité des gens de goût.
*******************
EXPLICATION des Enigmes , faite an
College de Louis le Grand.
Ldes
E 11. du mois paffé , l'Explication
des Enigmes fe fit à l'ordinaire au
College de Louis le Grand. L'Affemblée
étoit très- nombreuſe , & en même temps
très-choifie . Le Tableau de Rethorique
repréfentoit un S. Jean - Baptifte encore
enfant , qui careffe un agneau . C'eft
un excellent morceau de Peinture , qu'on
prétend être d'Annibal Carache. Le fils
de
1768 MERCURE DE FRANCE .
de M. le Comte d'Eftampes , l'expliqua
fur la Sympathie , & le fils de M. de
Moras , Maître des Requêtes , qui fe
vint joindre à lui , prit un mot qui convenoit
à fon âge & à fa taille , ce fut le
Bonbon. Le premier fe diftingua par une
maniere de dire , noble & gracieufes
le fecond plut par une élegante naïveté.
Après avoir dit chacun leur mot , & avant
que de commencer , ils firent ce petit
Dialogue qui fut applaudi.
Le mot qui vous tombe en partage ,
Eft des mieux fondez en raiſon;
L'on fçait affez combien votre âge ,
Sympathife avec le Bonbon .
Sur notre âge avec éloquence ,
Vous raifonnez en vrai Caton ;
Penfez-vous que la feule enfance
Aime & recherche le Bonbon?
La question eft déficate :
Tout coeur qui vole en Papillon
A l'attrait d'un bien qui le flatte ,
Et l'enfant qui court au Bonbon.
Tel
AOUST. 1726. 1769
Tel a de l'efprit comme un Ange ,
Et commence à fe faire un nom :
Mais il eft friand de loüange ,
C'eſt l'enfant qui courtau Bonbon.
M
Tel autre aime un plaifir frivole
Où le miel couvre le poiſon ;
L'on peut dire fans hyperbole ,
C'estl'enfant qui court au Bonbon , & or
Le premier Oedipe trouva dans l'ac
tion même du Tableau , les caufes ; la
force , les effets & les marques de la
fympathie. Le fecond fit fentir les rapports
de fon mot avec la couleur , l'attitude
, & la douceur de cet agneau caz
reffé par 5. Jean , .& finit par ce petit trait
naturel & badin .
Saint Jean s'étoit fait une Loi ,
De la plus auftere abſtinence :
Helas ! qu'entre un tel Saint & moi ,
Je reconnois de difference !
#2
Mangea t'il fon petit mouton ?
T Non
1770 MERCURE DE FRANCE.
Non , il l'aimoit plus que foi-même ;
Pour moi je mange le Bonbons
Et pourquoi ? parce que je l'aime.
Deux grands Maîtres ont tâché de don'
ner une idée de la Sympathie par deux
Pieces fort jolies & fort connues. Il falloit
une plume auffi délicate que celle
du P. de la Sante , Auteur de l'Enigme,
pour ofer toucher à une matiere déja G
finement maniée. Voici fa Piece que le
Lecteur pourra comparer avec les deux
autres imprimées dans un Recueil de
Poëfies.
L'on ne fe connoît pas foi-même;
L'ignorance nous fait la loi :
Helas ! fouvent on hait , on aime ,
Et l'on ne peut dire pourquoi.
M
D'où vient , dis . je un jour à Valere ,
Fuyez- vous quand Damis paroît ?
Qu'a t'il donc fait pour vous déplaire
Rien , dit- il , mais il me déplait.
Mais ce jeune homme eſt eſtimable i
Il est vrai ,je dois l'esti mer.
•
11
AOUST. 1771 17.26 .
Il eft doux ; foit , il eftaimable ;
Oui , mais je ne le puis aimer,
Cependant vous aimez fon frere ;
Je conviens d'un fi doux penchant ;
Sen mérite a le don de plaire s
Fut- il moindre , il eſt plus touchant,
Mon goût , dis je , n'eſt pas le vôtre ;
Eh bien , chacun afon attrait;
Mais pourquoi l'un plutôt que l'autre ?
Je n'enfai rien , mon coeur le fait.
Le petit nombre d'objets qu'offroit le
Tableau , donna occafion à l'Auteur de
parler du petit nombre de ceux que la
Sympathie & l'amitié unit d'une manie
re indiffoluble .
Pylade veut mourir pour faire vivre Oreste ,
L'un pour être victime , avec l'autre conteſte ;
Combien peu trouve- t'on d'amis fi genereux ?
La Fable à peine en compte deux,
1 Euriale perit ; Nifus inconfolable ,
Pour venger un ami trouve la mort aimable,
Le
1772 MERCURE DE FRANCE
Le trait eſt fingulier , autant qu'il eſt fameux ,
L'Hiftoire en fournit elle deux ?
Damon eft condamné : le fupplice s'apprête 3´
Pythias pour Damon , répond tête pour tête.
Sterile en bons amis , leur fiècle ne vit qu'eux,
Le nôtre en compteroit- il deux ?
Enfin les deux Oedipes ayant fait valoir
, l'un les bons effets de la Poudre
Sympatique & l'autre ceux du Sucre ,
finirent par ces vers.
Vous parlez fi bien pour votre âge ,
Que vous forcez le Spectateur ,
A dire que votre langage ,
De vos Bonbons a la douceur,
讚
C'est votre exemple qui m'inſpire ,
Un tel attrait eſt des plus doux;
1
* .... On ne peut manquer de bien dire , 1-0)
Quand on ſympathiſe avec vous,
Vos aimables badineries ,
Valent de folides raifons v
Les
AOUST. 1726. 1773
Les Confifeurs , les Sucreries ,
Vous doivent tribut de Bonbons,
J'afpire à d'autres avantages ,
Sans contredit plus attrayans :
Meffieurs , l'honneur de vos fuffrages
Eft un Bonbon des plus frians .
Le Tableau de Seconde étoit une fiction
ingenieufe. Il réprefentoit la Verité dévoilée
par le Temps , foûtenue & prefentée
par Minerve. A fa vûe , l'Ignorance
eft terraffée , & l'Erreur prend la
fuite. Le Soleil répand fes rayons fur la
Verité naiffante. Il fut d'abord expliqué
fur la Critique. Comme cette Enigme
étoit toute latine , nous n'en marquerons
ici que les principales convenances qui
parurent heureufes , naturelles & délicatement
traitées. Minerve eft la Déeffe
des beaux Arts, la Critique fert beaucoup
à les perfectionner. C'est une Déeffe
guerriere , la Critique allume & entretient
les guerres Litteraires. Le Temps
aidé par Minerve , découvre la Verité ,
on eft redevable au Temps & à la Critique
des plus belles découvertes . Enfin
la Critique , de concert avec la Verité
fait réellement ce que Minerve paroiffoit
1774 MERCURE DE FRANCE
foit faire dans le Tableau , par le moyen
de la Verité. Elle met en fuite l'Erreur
& terralle l'Ignorance .
Le fils de M. Meliand , Maître dest
Requêtes , qui propofoit le Tableau ,
l'expliqua fur la Gazette . Ce qu'il avoit
à dire & la maniere dont il le dit , le
firent écouter avec attention & avec plaifir.
Comme le latin dominoit dans cette
Enigme, nous ferons obligez malgré nous
de n'en rapporter que deux ou trois morceaux
François. L'Oedipe plaça d'abord
la Gazette dans la Verité, que le Temps
dévoiloit ; mais il fit remarquer que cette
Déeffe dévoilée n'eft pas toujours le fyınbole
de la Gazette .
Eft- ce toûjours la Verité
Qu'il faut chercher dans la Gazette ?
On en trouve du moins l'enfeigne & l'étiquette
,
Qui peuvent tenir lieu de la réalité.
N'allons pas pour cela prétendre ,
Que l'Auteur fonge à nous furprendre
Par le charme trompeur de fa narration :
En cela chaque Nation ,
Fait ce qu'on voit dans les Ecoles ,
Où les divers partis , gens féconds en paroles.
Se
A O UST. 1726. 1775
Se Aattent tous de bonne foi ,
D'avoir la Verité pour foi.
Philofophe barbon , Philoſophe à la mode ,
Chacun l'ajuste à fa méthode ;
Et par un petit tour, plein de dexterité ,
L'a fait plier de fon côté.
Tel eft le fort de la Gazette.
Chaque pays , chaque Interprete.
Sans citer là - deſſus le Peuple Muſulmau ,
Un Gazettier , je crois , ne vouloit point en
France ,
Non-plus qu'au Bureau d'Amfterdam ,
Parler autrement qu'il ne penfe ;
Mais le fait le plus fimple , en changeant de
Pays ,
Change bien auffi de nature ,
Ce qu'à Londres on prend pour la Verité pure,
Ne paffe pas toûjours pour conſtant à Paris.
Minerve foûtient & produit la Verité
découverte par le Temps , c'eft elle auffi
qui après avoir inventé la Gazette , continuë
de produire & de rendre publiques
les nouvelles qui y font contenues .
Dans le Tableau , la Verité paroiffoit implorer
le fecours de Minerve ; la Gazette
a befoin du même fecours. Minerve
C uti
1776 MERCURE DE FRANCE ,
fournit , comme Déeffe de la Sageffe , les
Nouvelles politiques ; comme Déeffe des
Arts & des Sciences , les Nouvelles
Académiques ; & comme Déeffe guer
riere , les Nouvelles de la guerre. C'eft
en cette derniere qualité que la Gazette
lui a plus d'obligation .
Il faut fur tout à la Gazette
I
Des Guerres , des Combats, d'héroïques exploits,
elle que Mars fait fonner fa trom-
C'est pour
pette;
C'est pour Mars à fon tour qu'elle éleve la
voix.
Avecque nos Guerriers toûjours d'intelligence ,
Elle fçait leur payer le bien qu'elle en reçoit.
Epuifé de travaux , plus d'un brave lui doit ,
Souvent de les haups faits l'unique récompenſe.
Dans l'habillement fimple de la Verité,
'Oedipe trouva le ftile fimple & naturel
de la Gazette ; dans l'Ignorance terraffée
& l'Erreur mife en fuite , les faux
bruits que la Gazette diffipe & détruit ;
enfin aux rayons que le Soleil répandoit
fur la Verité , il reconnut les vertus naiffantes
de notre jeune Monarque , qui
font déja le fujet & l'ornement des Ga
zettes.
De
AOUST. 1726 1777
De cet Aftre naiffant , quel Eclat radieux?
Sur la Gazette un jour ne doit pas fe répandre
Dans la route qu'on lui voit prendre .
Pour élever fon Char à la cime des Cieux ;
Au premier pas de la carriere ,
Il la couvre déja d'une douce lumiere ,
Qui nous promet des jours ferains & gloricu .
Le Tableau de troifiéme réprefentoit
le fujet de la fixiéme Eglogue de Virgile.
On y voyoit Eglé , barbouillant Silene
de Mûres , un Satyre le lioit de fleurs
& un autre paroiffoit feulement rire du
tour que l'on jouoit au Vieillard . La
premiere explication fut fur la Comedie.
Nous ne ferons encore qu'indiquer les
principaux rapports , parce que l'Auteur
n'y mêle point deFrançois. Il trouva dans
Eglé , le caractere ; dans Silene , le fujet ,
& dans les Satyres , les Auteurs de la
Comedie. Plufieurs autres chofes qu'il
fit remarquer dans le Tableau , lui donnerent
occafion de parler de l'unité de
lieu , de temps & d'action , que les Poëtes
Comiques doivent garder , de la bienfeance
qu'ils doivent obferver , & des
écueils qu'ils ont à évit r . Tout répondoit
dans cette Enigme à la juftefle des
applications auffi beureufes que naturel-
LeSo
Cij Le A
1778 MERCURE DE FRANCE .
Le même Tableau fut expliqué par
M. de S. Fargeau , fils de M. Pelletier ,
des Forts , fur le Mafque , & par M. le
Comte de Saux , fils de M. le Comte de
Tavanes fur le Portrait. Quoique les
deux Oedipes parlaffent alternativement,
il paroît plus à propos , pour donner une
idée plus nette de la maniere dont les
deux mots furent ttaitez , de les prendre
ici féparément.
D'abord Æglé , en barboüillant Sile
ne , forme une espece de Mafque dont
fe fervent la plupart des Dames.
Le fard eft un mafque à la mode,
En effet rien n'eft fi commode ,
Pour reparer ce que les ans ,
Font toujours perdre d'agrémens.
☆Cemerveilleux ſecret répand fur la vieilleffa
Jufques aux fleurs de la jeuneffe;
Mais au temps des grandes chaleurs ,
Le mafque tombe , adieu les fleurs.
Il est bon de faire remarquer , que dans
la fuite des deux Pieces il s'agilloit autant
du Mafque & du Portrait pris moralement
, que de l'un & de l'autre pris phyfiquement.
Nous nous arrêterons moins
dans cet Extrait à ce qui regarde le Phyfque
qu'à ce qui regarde le Moral.
Le
A OUST. 1726. 1779
1
1
-1
*
Le dellein d'Æglé , qui étoit de tirer
de Silene quelques Chanfons , donneoccafion
de parler des differens deſſeins
de ceux qui le mafquent.
Près d'un riche Vieillard un jeune homme af
fidú ,
Par mille foins preffants & par mainte
reffe ,
S'efforce à lui prouver fon zele prétendu.
A voir comme en effet pour lui plaire il s'emprefe
,
Sans doute l'on croiroit que c'eſt pure tendreffe:
Par tous ces beaux dehors , ce mafque , ces
façous ,
Ne veut- il du Vieillard tirer que des Chan-
Cons?
Quelques autres Couplets dans le goût
de celui- ci finifloient par les deux derniers
Vers , comme par une espece de
refrein.
La modeſtie affectée d'Æglé , tandis
qu'elle barbouille Silene , reprefente l'affectation
de ceux qui fe déguifent fous le
mafque.
Aglé pour mieux jouer l'agréable Vieillard ,
Affece un air modefte , un timide regard ,
Elle conduit fi fagement l'Ouvrage ,
Cij qu'en
1780 MERCURE de france.
Qu'en colorant ce comique vifage ,
Son pinceau délicat femble n'y toucher pas.
Qui trompe habilement mefute tous fes pas ,
Ni trop lent ,
lent , ni trop vif , ni boüillant , ni trop
prude ,
* paroit fimple , doux , fans feinte & fans
étude .
On rifque à rafiner fur le mafque qu'on prend ,
Et pour être trop fin , il devient tranfparent.
Silene s'étoit fouvent mocqué des Satyres
, les Satyres ont eu enfin leur tour.
De même , ceux qui par le moyen du
mafque dupent les autres , fe trouvent
fouvent à la fin dupez eux -mêmes.
Ne nous y trompons pas : fous un mafque fous
yout ,
Tel croit ufer de ftratagême ,
Avec qui l'on en fait autant ,
Pour le duper auffi lui-même. '
C'eſt ainfi dans le train courant ,
Que chacun donne , chacun rend ,
Offre , civilité , compliment , ambraffade ,
On fçait fe compoſer fur un fimple bonjour :
On diroit qu'on s'accorde à jouer tour - à- tour
Une éternelle maſcarade.
Les:
AOUST. 1716. 1781
Les applications du Portrait au Tableau
fuivoient naturellement de celles du Mafque
ainfi il eft inutile de les rapporter
ici , nous nous bornerons à quelques Pieces
de Vers qui furent applaudies.
Ce n'eſt pas la beauté de l'objet qu'on imite ,
Qui d'un Portrait fait toujours le merites
L'objet le plus hideux , s'il eft bien imité,
Plaît malgré fa laideur & fa difformité.
L'efprit dans un Portrait cherche la reffemblance
:
Rien de cet agrément ne repare l'abſence .
Mais dès qu'on lui préſente un Portrait reffemblant
,
Fut-ce un Efope , un monftre , il eſt toujours
content,
La plus effrayante figure ,
N'a plus rien d'effrayant , dès qu'elle eſt en
peinture.
Il ne faut donc pas que le Portrait foit
flatté.
Quand je vois fous une Cuiraffe ,
Plus fiers que le Dieu de la Thrace ?
Peindre certains Heros , dont l'unique féjour
Eft Paris & la Cour.
Ou que le cafque en tête on peint une Ca
mille ,
C iiij Qui
1782 MERCURE DE FRANCE.
Qui ne connut jamais que Spadille & Ma
nille ;
Je croirois volontiers que le Peintre auroit
fait
Un mafque plutôt qu'un Portrait.
Cependant il eft de l'adreffe du Pein.
tre de fçavoir , fans flatter fon Portrait ,
déguifer ce qui pourroit le rendre dif
gracieux.
Appelle entreprenant le Portrait d'Antigone,
Pour cacher un défaut fenfible en fa perfonne ,
Le peignit de profil.
Le tourétoit ,fans doute, & flateur & fubtil,
Que de gens aujourd'hui ( car que
a feindre )
fert-il de
Auroient befoin qu'on dit à qui voudroit les
peindre ,
Peignez- les de profil.
Quelque habile que foit un Peintre ,
il eft des Heros dont le Portrait ne peut
jamais donner une idée jufte & complette.
Il eft certains Heros dont le plus vif pinceau
,
Ne peut qu'à peine ébaucher la Peinture .
Pour exprimer leurs traits dans un heureux Tableau
,
C
AOUST.
1726 . 1726. 1783
Il n'eft point de couleur , il n'eft point de main
füre ,
Rarement leur portrait eft peint d'après Nature.
Ces Vers animoient naturellement les
deux complimens que les deux Oedipes
fe firent l'un à l'autre . M. de S. Fargeau
commença , & dit à M. le Comte de
Saux .
:
Oui je ferois furpris que votre fentiment ,
Ici ne s'accordâtavec ce que je penfe ,
Vous avez vû, fans doute , affez fouvent ;
Des Portraits de Heros admirez dans la Frange ,
Des plus nobles emplois en tour temps rèvêtus
,
Dont un illuftre Fexe avecque les vertus ,
Vous a tranfmis & le fang & la gloire.
Vous avez pû d'ailleurs juger que leur memoire ,
Qui vit dans tous les coeurs ainfi
' Hiftoire ,
> que
dans
Fait connoître encor mieux tant de fameux
Guerriers ,
Que ne font leurs Portraits enrichis delau-
Jiers.
M. le Comte de Saux répondit ainfi :
•
Le tour et plein de politeffe :
Cv Pour
1784 MERCURE
DE FRANCE
Four répondre à ce compliment ,
Il me faudroit votre délicateſſe
Votre fel , votre enjouement.
Que ne puis-je emprunter du Dieu de l'Elo
quence ,
1)' aſſez vives couleurs , pour mettre en tout leur
jour ,
Ces fublimes vertus que par droit de naiffance
,
Vous ferez éclater vous- même à votre tour ;
Le zele pour l'Etat , l'équité , la droiture ,
Tant d'autres dont ici chacun dans ce moment ,,
Se rappelle en fecret quelque trait éclatant ,
Mille talens par la Nature ,
Accordez liberalèment ; "
Utiles pour le bien de plus d'une Province ,
Eftimez du Fublic , honorez par le Prince .
Si vous ne connoiffez un Pere dans ces traits ,
Nul autre que vous feul nes'y trompa jamais.
Toute l'Affemblée applaudit à la verité
de ces complimens , à la beauté de
l'Enigme , & à la bonne grace des deux.
jeunes Acteurs .
BOUA
OUST. 1726. 1785
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
BOUQUET
A MADAME *** A
En lui envoyant des Fleurs , du Caffe ;
& de l'Eau des Barbades.
Our vous faire un Bouquet au gré de mes
defirs™, podelits',
J'ai preflé les tendres Zephirs
D'engager la brillante Flore ,
A faire fur le champ éclore
Mille nouvelles Fleurs , Enfans de leurs fous
pirs.
De- là j'ai pallé chez Pomone
Pour y prendre ce fruit , qu'en des climers char
2: mans
2
Pour tous les lieux , pour tous les tems ,
Sa liberalité nous donne :
Enfuite au Patron des Beuveurs ,
Ja mandé
quelques
liqueurs ;
Four marier ces dons à ceux que l'Hippocrene
Voit naître fur fes facrezbords ,
J'ai re clamé le Dieu , qui de cette Fontaine
G -vji
1786 MERCURE DE FRANCE.
Difpenfe les plus deux tréfors :
Enfin , j'ai fait une priere
A l'aimable fils de Venus ,
Pour que mon Bouquet put vous plaire.
Il faut , m'a dit ce Dieu , qu'un coeur tendre &
fincere ,
Accompagne tous ces tributs ,
Les coeurs , comme tu fçais , font les dons de
Cithere ,
Le tien eft propre à cette affaire ,
Cache- le fous ces fleurs de crainte d'un refus.
Dieu charmant , d'où vient ce Myſtere !
Mon coeur jufqu'à prefent no s'eft que trop
caché :
Quoiqu'il fut tel qu'il devoit être.
J'ai toujours differé de le faire connoître ,
Vous me l'avez fouvent vous-même reproché.
Ah ! tu ne comprens pas ce que je te veux
dire ,
M'a répondu l'Amour , avec un fin fourire ,
Tu vas au même but par un prudent détour.
C'eſt le fort de ces fleurs nouvelles ,
De durer tout au plus un jour,
Et ton caur moins paffager qu'elles ,
Peut demain paroître à ſon tour.
Mais
AOU ST. 17 26. 1787
Mais s'il arrive alors , grand Dicu , qu'on le
refufe ,
De quoi fervira cette rufe ?
Je m'étonne peu de te voir ,
M'a dit le petit Dieu , faire cette demande ,
Mais fonge feulement à faire recevoir
Cette myfterieufe offrande :
Si Philis , comme tu le crains
S'avife de vouloir la rendre ,
Tu lui diras , pour t'en défendre ,
C'est l'ordre de l'Amour , & la Loi des Deftins
:
Dés qu'une fois un coeur a paffé dans vos
mains ,
On ne fçauroit plus le reprendre
D. S.
XXXXXXXXXXXXXXX
CONSECRATION de l'Eglife Pareif
fiale de S. Louis en Ifle.
L'olio e latile,
LA
A Confecration de l'Eglife de Saint
Louis en l'Ifle , s'eft faite , comme
on l'a déja dit dans le dernier Mercure ,
le Dimanche 14. Juillet 1726. avec une
grande
788 MERCURE DE FRANCE.
grande folemnité. Après que M. les
Curé & Marguilliers de cette Eglife eu
rent obtenu les permiffions neceffaires de
M. le Cardinal de Noailles , M. de Caulet
, Evêque & Prince de Grenoble , fur
prié de faire cette augufte Ceremonier ,
& il s'en acquitta avec tant de pieté &
de dignité , que tout le monde en fut
édifié. Ce Prélat eft petit-fils d'un Premier
Préfident du Parlement de Touloufe
, fils d'un Préfident à Mortier au
inême Parlement , dont la Charge eft actuellement
remplie par M. fon frere . If
eft Docteur de Sorbonne , Abbé de N. D.
de la Chartriffe , au Diocèfe de Châlonsfur
Marne. Il étoit ci-devant Aumônier
du Roi , & de la derniere Aſſemblée du
Clergé tenue en 1725. où il s'eft diftingué
par fon érudition , par fon habileté
dans les affaires , & par fon zele pour
PEglife:
Dès le Samedi 13. Jullet la Ceremonie
fur annoncée par le fon des clo
ches. L'Evêque de Grenoble fe rendit
vers le foir à l'Eglife , vifita les Réli
ques qui devoient être mifes fur le grand
Autel , les porta proceffionellement dans
une Chapelle préparée à cet effet dans
l'enfoncement d'une maifon voifine. Une
partie du Clergé & du Peuple , qui avoitaccom
AOUST. 1726. 1789
accompagné la Proceffion , y pafla la nuit
en prieres,
Dimanche 14.au matin , le même Prélat
fit la Confecration avec toutes les
Ceremonies marquées dans le Pontifical
, celebra la grande Meffe , officia le
refte du jour , à Vêpres , au Salut , &
à la Proceffion du S. Sacrement , qui
termina cette premiere journée. Le Sermon
fut prononcé avec beaucoup d'éloquence
par M. l'Abbé de la Paufe , Prés
dicateur ordinaire du Roi.
Chaque jour de l'Octave il y a eu Office
folemnel , grande Meffe , Vêpres ,
Sermon , Salut & Proceffion du S. Sa--
crement par differens Prélats.
"
Les Offices de l'Octave ont été cele-"
brez par Meffieurs les Treforier & Chanoines
de la Sainte Chapelle , Meffieurs
les Curez de S. Sulpice , de S. Nicolas
du Chardonnet , de S. Paul , de S. Jean
Evangelifte , du Cardinal le Moine ,.
des SS. Innocens & de S. Euftache , accompagnez
de leurs Clergez , & pareillement
par les RR . PP, Carmes de la
Place Maubert , les grands Auguffins ,
les Cordeliers du grand Convent ,
Jacobins de la rue S. Jacques , les Ca
pucins du Marais , qui y font tous venus
proceffionellement . Meffieurs les Curez
de Saint Sulpice & de Saint Paul,
les
no1799
MERCURE DE FRANCE .
1
nonobftant la fatigue de la Proceffion , yfi
rent l'Office , & prêcherent avec leur fa
cilité & leur éloquence ordinaire.
Le Dimanche 21. jour de l'Octave ,
Meffieurs du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
y vinrent celebrer la grande
Meffe , & l'après - diné M. l'Abbé de la
Croix , Docteur de Sorbonne , l'un d'iceux
,y prêcha avec applaudiffement.
Vers le foir M. le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , y vint faire le
Salut. L'arrivée de Son Em . fut annon
cée par le bruit de quantité de boëtes .
M. le Cardinal fut reçû à la porte de
l'Eglife par M. le Curé, accompagné du
Clergé revêtu de Chappes & rangé en
haye , par Meffieurs les Marguilliers en
Charge , & par plufieurs perfonnes de
qualité. M. le Curé de S. Louis eft M.
Luillier , Docteur , & à préfent Senieur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
qui eut l'honneur de recevoir Son Em
le 7. Septembre 1702. lorfqu'elle vint
mettre la premiere pierre de la Nef de
ce faint Edifice , & Meffieurs les Marguilliers
font M. le Préfident Lambert
Prevôt des Marchands , M. Mailler ,
Seigneur de Cerny , Auditeur des Comp
tes , M. Sablon , Procureur au Parle
ment , & M. Doucet , Architecte , qui
a fait la Coupolle de cetre Eglife.
Son
AOUST. 1726. 1791
C
Son Eminence fut complimentée par
M. le Curé , en ces termes :
MONSEIGNEUR ,
» C'eft un nouveau bienfait de Votre
Eminence pour notre Eglife , que
>> l'honneur qu'elle nous fait en ce jour.
» Vous y êtes autrefois venu , MONSER
DGNEUR , pofer le fondement , fur les
» quel l'Edifice s'eft élevé , & la Bene-
» diction que vous y donnâtes alors , a
» été une fource de biens pour cette Egli-
» fe , qui nous eft chere par plus d'un
-titre, étant dédiée au plus Saint de nos
» Rois , Patron de V. Em .
» Cette premiere Benediction excita le
» zele de nos Paroiffiens , à honorer le
» Seigneur de leur fubftance , pour me
» fervir des termes de l'Ecriture , & à
>> donner dequoi pouffer l'entreprife juf-
» qu'à y mettre la derniere main .
1
» Elle a attiré les liberalitez de Louis
» le Grand , qui ont été fuivies de celle
» de notre jeune Monarque , qui ſe fait
» un devoir d'imiter la pieté & les au
» tres vertus de fon augufte Bifayeul .
» Que ne devons- nous pas efferer de
» cette nouvelle Benediction que vous y
» allez donner pour terminer la fainte
ceremonie de fa confecration , qui
» vient
1791 MERCURE DE FRANCE.
1
» vient d'être faite de l'autorité de V.Em.
» Elle remplira , fans doute , notre
Peuple d'un zele encore plus épuré ,
» pour le confacrer lui-même comme un
» Temple vivant & fpirituel , & y offrir
des Victimes faintes & agreables
"par N. S. J. C.
» Elle leurapprendra , que cette grande
joye qu'ils font éclater , ne confifte pas
feulement en ce qu'ils ont une Eglife
d'une élegante ftructure , mais en ce
» qu'ils y ont de plus grands moyens
» de falut , & qu'ils y recevront des gra
» ces plus abondantes .
» Elle les convaincra de l'obligation
» où ils font , de n'y venir qu'avec un
» coeur pur, & des mains pures : de n'y
faire entrer rien de fouillé , rien d'oppofé
à la fainteté du lieu , rien d'indi-
» gne de la Majefté du Dieu qui y eft
» adoré.
>> C'est ce qu'ils feront , MONSEIGNEUR ,
s'ils jettent les yeux fur ces exemples
» de pieté & de recueillement que don-
» ne V. E. quand elle fe préfente devant
» Dieu dans fon faint Temple , fur cet
efprit de foi dont elle eft penetrée ,
» quand elle offre le Sacrifice de tous les
jours. Quelles leçons n'apprendront-
» ils pas de ce faint ufage , des biens que
la Providence vous a mis entre les mains;
&
AOUST. 1926. 1793
·
·
» & que vous répandez avec profufion
» pour tant de bonnes oeuvres ? foit pour
» fecourir tant de perfonnes & de famil-
>> les tombées dans l'indigence , foit pour)
» foutenir tant de Maifons de faintes
>> Vierges & Epoufes de J. C. & d'autres
>> établiffemens
qui périroient fans votre
charité ?
"
>> Quel ainour n'auront- ils pas pour la
» beauté de la Maifon de Dieu , & pour
" procurer à cette Eglife les ornemens
qui y manquent, s'ils font attention à la
>> magnificence
, avec laquelle vous avez
» fait décorer deux Autels de cette Eglife.
" principale à laquelle vous préfidez , dédiez
l'un à la Mere de Dieu , l'autre au
faint Martyr Apôtre de la France , de
» premierde vos Prédeceffeurs
, qui nous
" a engendrez à J. C. S'ils font , dis - je,
>> attention à cette grandeur d'ame , qui
» vous porte à prendre fur vous feul le
» foin , & toute la dépenfe neceffaire de
>> reparer
les ruines de ce Temple au-
» gufte , venerable par tant de titres , mais
>>furtout par la pieté & la dignité de ce
» floriffant Clergé , de cet illuftre Cha-
>> pitre , qui feul dans toute l'Eglifesy
» chante les louanges de Dieu avec tant
» de majesté auffi - bien la nuit que le jour?
» Vous vous réfervez , MONSEIGNEUR
,
tout ce fardeau , mais vous en aurez
ffi
1794 MERCURE DE FRANCE.
"
» auffi feul la loüange devant les hommes
& le merite devant Dieu .
"
» Puiffe le Ciel , MONSEIGNEUR , don-
» ner un heureux fuccès à tous les falu-
» taires & pacifiques deffeins de V. Em .
» Puiffe le Dieu de la Paix & le Pere
» des Lumieres > remplir toujours de
» plus en plus V. Em. de cet efprit de
fageffe , d'intelligence , & de confeil ,
» qu'il répand fur les Pontifes qui font
» felon fon coeur. Puiffiez-vous , MON-
» SEIGNEUR , être encore pendant une
longue fuite d'années l'amour & les
» délices de votre Troupeau , & témoi
du refpect , de la veneration , & de la
reconnoiffance du Clergé & du Peuple
» de cette Paroiffe pour V. Em.
Après ce Difcours , M. l'Archevêque
fe revêtit de fes habits pontificaux , fit le
falut du S. Sacrement qu'il porta en Proceffion
, & toute la Céremonie fut terminée
par le Te Deum , chanté en Mufique
, de la compofition de M. Laferriere
, Maître des Enfans de Choeur de
cette Eglife , & par la Benediction du
S. Sacrement donnée par S. Em .
: Le Lecteur fera peut - être bien aife de
voir ici un précis de l'Hiftoire de cette
Eglife.
La
AOUST. 1726. 1795-
"
La Paroiffe S. Louis en l'Ifle n'eft pas
d'un ancien établiffement à Paris. Le
terrein comprenoit autrefois deux petites .
Iles , l'une appellée l'Ifle N. D. & l'autre
l'ile aux Vaches , & appartenoit en
toute proprieté au Chapitre de N. D..
Louis XIII. de glorieufe memoire , prit
le deflein en 1614. d'y faire faire des bâtimens
& des ponts pour la joindre au
refte de la Ville , & S. M. acheta le fond
du terrein de Meffieurs de N. D. Le
Canal qui couloit entre les deux Ifles fut
comblé. On y bâtit d'abord une petite
Chapelle , qui fut érigée en Paroiffe le
14. Juillet 1623. par M. de Gondy ,
premier Archevêque de Paris , qui avoit
été facré le 19. Fevrier précedent , &
qui y nomma pour premier Curé M.
Louis Guyart , Chanoine de l'Eglife de
Paris , lequel la refigna enfuite à fon reveu
M. Pierre de Graves , Docteur de
la Maifon & Societé de Sorbonne , auffi
Chanoine de N. D. & celui - ci la réfigna
en 1662. à M. Bernard Cros , qui étant
décedé le 6. Avril 1693 , M. de Har❤
lay Archevêque de Paris , la confera à
M. Jacques Luillier , Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne , actuel→
lement Curé.
>
Comme la premiere Eglife fe trouvoit
trop petite , peu commode & d'une may
vaife
1796 MERCURE DE FRANCE .
waife ftructure , on prit la deffein , vers
l'an 1660. d'en conftruire une nouvelle,
& les fondemens de cette nouvelle Eglife
étoient déja au rez - de- chauffée en
1664. M. Jean - Baptifte Lambert , déce- '
dé en 1645. le 22. Decembre avoit legué
la fomme de 30000. livres pour ce
fujet. M. de Perefixe , Archevêque de
Paris , mit la premiere pierre de l'Edifice
au nom du Roi le 1. Octobre de
l'année 1664. le Choeur fe trouvant fait,
la nouvelle Eglife fut benîte par M. de
Harlay le 20. Août 1679. & le même
jour le grand Autel fut confacré par
M. de Guemadeu , Evêque de S. Malo.
L'ancienne Eglife fut ainfi unie avec le
Choeur nouvellement conftruit , ce qui
faifoit une grande difformité , & d'ailleurs
cette ancienne Eglife menaçoit ruine
; & il s'en est même détaché une par
tie , dont une pet fonne de qualité ( M. le
Marquis de Verderonne ) fut accablé le
2. Fevrier 1701. Un fi trifte accident fit
prendre le deffein de bâtir la Nef , dont
M. le Cardinal de Noailles mit la premiere
pierre le 7. Septembre 1702 .
Toute la Nef a été achevée l'an 1723.
excepté la Coupolle qui a été faite dans
ces deux dernieres années , & dont M.
Bertin , Maître des Requêtes , a mis la
premiere Pierre. Ainfi toute l'Eglife ' fe,
trouAOUST
1726. 1797
trouvant achevée tant par les bienfaits
de Louis XIV. & de Louis XV.
que par les liberalitez des Paroiffiens
on en a fait la confecration le 14 Juillet
dernier , de la maniere qui vient d'ê
tre rapporté , & ce qui eft très - remarquable
, le même jour que cent trois ans
auparavant elle fut érigée en Paroiffe.
François le Veau , celebre Architecte
de fon temps , à donné le deffein de cette
Eglife , qui a été continuée par Gabriel
le Duc , & la Coupolle a été conftruite
par Jacques Doucet , Architecte , à pre-
Tent Marguillier.
MataTATEM
A M. LE CHEVALIER DE **
Implacable
EPITR E.
Mplacable ennemi du vice ,
Toi qu'il ne fit jamais broncher !
Et qu'on a toujours vû marcher ,
Dans le fentier de la juſtice ;.
Non , ce ne font point les honneurs ,
Ni tous ces trefors qu'on renomme
Qui font ici -bas le grand homme ,
Cher M *** ce font les moeurs,
Ale
$798 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre a vû la Victoire ,
Toujours enchaînée à fon Char:
Cent fois au comble de la gloire ,
Elle fceut élever Cefar.
Bitez ces Heros fanguinaires ,
Au Tribunal de la Raiſon ,
Ce font des hommes ordinaires
Près de Socrate & de Caton.
Qu'on trouve un mortel équitable ,
Simple , modefte , officieux ,
Qui fçache respecter les Dieux ,
Et qui foit ami veritable :
Qui n'écoute que fon devoir ,
Et contre un injufte pouvoir;
De la caufe de l'innocence ;
Embraffe toujours la défenfe.
Qu'on le trouve , & c'eſt mon Heros.
Qu'à l'envi des voix mercenaires ,
Chantent ces Mortels temeraires ,
Uniques auteurs de nos maux ;
Qu'une vaine & fervile plume ,
Faflc un Coloffe d'un fètu :
Quant
AOUST. 1726. 1799
Quant à moi , mon encens ne fume pas
Que fur l'Autel de la Vertu.
Mais cet homme que je demande ,
Cette vertu de bon aloi ,
Qui feule a droit à notre offrande ,
Qui peut mieux me l'offrir
que
toi ?
Ces moeurs pures du premier âge ,
Qui rendoient dignes nos Ayeux ;
De converfer avec les Dieux ,
Ces moeurs ont fait ton appanage .
O ! combien ce's heureux momens
Sont chers à mon efprit docile ,
Où dans un commerce facile ,
Je découvre tes fentimens !
Un effain de projets bizares ;
Des humains troublent le repos.
Les uns s'expofant ſur les flors,
S'en vont chez des Peuples barbares ,
Chercher en vain un fort heureux ,
Que ces Peuples beaucoup plus fages ,
Ignorant nos jaloufes plages ,
Trouvent fans fortir de chez eux.
D D'a
1800 MERCURE DE FRANCE.
D'autres prodigues, d'une vie ,
Qui toujours est trop tôt ravic
Ne refpirent que les combats
Où du plus tragique trépas ,
Leur audace eft bien- tôt fuivie.
Celui- ci s'intrigue à la Cour , Ah )
Flatte les Grands , fait ſa cabale ,
Dans une faveur inégale
Superbe & rampant tour à tour.
D'une vertu qui l'importune vanvitoɔ ĐƠ
Il brife le joug dans fon coeur
Trahit fes droits , & fans pudeur ,
Court l'immoler à la fortune.
20 51.02
Ainfi , M *** , ici -bas ,
52 2009 , moobb L
Chaque Mørtel a fa chimere.
Mais pour moi , mon unique
affaire
,
Le but où tendent
tous mes pas
Eft d'aller au- devant du fage ,
L'écouter , & de fes difcours ,
:I
Tirer l'infaillible fecours ,
MAD
曾"
Qui m'offrantun port dans l'orage ,
Sauve ma raison de nauffrage.
PUS
AOUST . 1726. 1801
Parmi tant d'exemples pervers ,
Heureux le Mortel en ce monde
Qui peut de ces écueils divers ,
Garantir la Nef vagabonde !
Et qui fur des bords enchantez ,
1
De Circé bravant l'artifice ,
Voit comme Uliffe à ſes côtez ,
Une Divinité propices:
Eh ! que ne dois-je pas enfin
M *** > au Cielqui m'affifte ?
D'avoir aux volontez d'Arifte ,i
Voulu foumettre mon deftin.
Un respect tendre & plein d'eftime ,
Me livre à fonjoug legitime.
Dans l'hommage que je lui rends ,
Je ne brûle qu'un pur encens.
Car fi le zele qui m'enflâme ,
Eclate à fes yeux chaque jour ,
Ceft que pour lui faire ma Cour ,
Ami , je n'ai point dans fon ame
Ni de vertus à fupoſer ,
Ni de vice à canoniſer.
D' ij Ainfi
1802 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , malgré l'Eſprit inique ,
Qui regne en ce fiecle tortu ,
C
J'ai ce bonheur , peut-être unique ,
De n'obéir qu'à la vertu.
Par M. Tannevot.
kakakakakak
LETTRE à Meffieurs les Auteurs du
Mercure de France fur la Tragédie
de Rhadamifte.
V
ร
Ous voulez bien , Meffieurs , que
je vous faffe part d'une Differtation
critique que j'ai faite fur la Tragédie de
Rhadamifte & Zenobie , que les Comediens
François viennent de reprendre.
J'avois lû cette Piece avec beaucoup d'at
tention , fans en être touché auffi vivement,
que j'avois efperé de l'être , fur la
grande réputation qu'elle avoit faite à
fon Auteur dans fa naiflance. Comme
je n'en avois vû aucune repreſentation ,
je m'imaginois que la maniere dont elle
avoit été jouée , n'avoit pas peu contribué
à en relever les beautez.Mais.comme
ce n'étoit- là qu'une fimple préſomption
, je ne manquai pas de l'aller voir
seprésenter à la premiere reprife qu'on
tu
A OUST. 1726. 180
en fit. Je n'y fus gueres plus émû que je
l'avois été à la lecture ; je fufpendis encore
mon jugement ; j'imputai mon peu de
fenfibilité à la froideur des nouveaux Acteurs
de l'un & de l'autre fexe , qui pour
leur début choififfoient le Rôle de Rhadamifte
, ou celui de Zenobie , comme
les plus capables de les faire briller. Enfin
, ces deux Rôles principaux viennent
d'être jouez par un Acteur & une
Actrice generalement eftimez , c'eſt- àdire
, par le fieur du Frefne , & par la
Dil Duclos ; ce premier ne nous laiffe
point regretter le fieur Baubourg , & la
derniere ajoué d'original le Rôle qu'elle
vient de reprendre ; j'ai crû ne pouvoir
trouver une occafion plus favorable pour
fixer mes irréfolutions. Le croiriez-vous ,
Meffieurs ? quoique la Piece ait été reprefentée
avec toute la force que je pou
vois efperer , le preftige de l'art n'a que
médiocrement operé fur moi. J'ai fenti
de nouvelles beautez ; mais il s'en faut
bien qu'elles m'ayent affecté comme
d'autres Pieces de M. de Crebillon , telles
que fon Electre & fon Pyrrhus ; j'ai
interrogé ma raiſon fur l'indifference de
mon coeur , elle m'a répondu que je devois
la laiffer à la porte , quand je fuis
entré à la Comédie , & que mon coeur
ne s'en feroit que mieux trouvé. Peu
D iij
1
Las
1804 MERCURE DE FRANCE .
fatisfait de cette réponſe , je lui ai reproché
qu'elle empoifonnoit tous mes
plaifirs ; mais elle à toujours perfiſté à
exercer fur moi cette tyrannie dont je
ne puis m'exempter , quelque effort que
je faffe. Je l'ai d'autant mieux fenție ,
que dans le temps que je m'ennuyois aux
endroits de la Piece qu'on croit les plus
pathétiques , je voyois des Spectateurs
qui goûtoient un plaifir que je leur enviois
, mon goût commença à me devenir
fufpect , j'en étois fenfiblement affligé
, & je n'en fus confolé que par une
lecture que je fis par hazard d'un Mer
cure de M. du Frefni , fait en 17 11. Ce
fut là que j'appris , que je n'étois feul
pas
de mon fentiment , que l'Auteur même
de la Tragédie en queſtion , en avoit promis
& commencé une Critique , où il
ne le ménageoit pas ; & que n'ayant pû
l'achever pour le temps qu'elle devoit
être inferée dans le Mercure , c'eſt - àdire
, pour le mois de Mars , il avoit
confenti qu'on y mit les plus vives Critiques
qu'on pourroit envoyer contre fa
Piece. On n'abufa point de la liberté qu'il
la foit de ne le point épargner. Un Anonyme
envoya au fieur du ini quelques
Réflexions , qui , quoique très - fenfees ,
ne traitoient pas la matiere à fond ; il
eroit à fouhaiter , dit alors l'Auteur de ce
1
MerAOUST.
1726. 1805
.
Mercure , en parlant de celui des Ré
flexions , qu'il eut voulu faire une Cri
tique à fond de la Fable , de la conftitution
& de la conduite de cette Tragédie.
Il nous en viendra peut- être quelqu'une.
Ce font ces dernieres paroles , Meffieurs
, qui m'ont déterminé à tenter cette
entrepriſe fi long-temps differée , je
vais effayer de la remplir au gré du Pu
blic . 216
2
Differtation critique fur la Tragédie de
Rhadamifte & Zenobie .
L Argument.
Pharafmane , Roi d'lberie , Prince ambitieux
, conçut le deffein de s'empater
de l'une & l'autre Arménie , qui étoient
fous la puillance de Mythridate , for
frere. Pour mieux couvrir fon injufte
projet , il envoya fon fils Rhadamifte dès
fa premiere jeuneffe , pour être élevé
dans la Cour de Mithridate , en Prince
qui devoit un jour époufer Zenobie ,
préfomptive héritiere de ces deux Royaumes.
Rhadamifte & Zenobie , élevez dans
cette vûe , commence rent , par un amour
réciproque , l'union que l'Hymen devoit
achever. Tout le préparoit pour ce noud
folemnel. Pharafmane devint jaloux de
D iiij
la
1806 MERCURE DE FRANCE.
la nouvelle puiffance de fon fils , il en
gagea dans fes interêts Tyridate , Roi des
Parthes , qui , foit par amour , foit par
ambition , difputoit à Rhadamifte la main
de Zenobie & le Sceptre d'Armenie .
Mithridate irrité de l'injufte guerre que
fon frere lui déclaroit , pour fe venger du
pere fur le fils , rompit fes premiers engagemens
, & promit Zenobie à Tyridate.
Rhadamifte ne laiffa pas cette of
fenfe impunie. Il ravagea toute l'Armenie
, en dépouilla Mithridate , & força
Pollion de le livrer entre fes mains. Zenobie
tremblante pour les jours de fon
pere , demanda fa vie à fon Amant , &
lui promit de l'époufer , pourvû qu'il
ne trempât point fes mains dans un fang
fi précieux. Rhadamifte lui promit tout,
pour ne lui rien tenir ; foit qu'il eût déja
immolé Mithridate à fes reffentimens,
foit qu'il ne lui donnât la mort qu'après
avoir juré à fa fille de le fauver , ce qui
feroit encore plus noir. Les Armeniens
inftruits du meurtre de leur Souverain ,
prirent les armes pour s'opposer à un Hymen
fi odieux ; Rhadamifte affiegé dans
le Temple même , prit Zenobie entre
fes bras , & fe fit jour à travers tout
un Peuple ; mais fe voyant pourſuivi
´d'une maniere à ne pouvoir conferver
fa proye , il prit le barbare parti de lui
percer
AOUST . 1726. 1834
percer le coeur , plutôt que de la laiffer
au pouvoir d'un Rival heureux. Après
ce coup horrible , il traîna Zenobie mourante
dans l'Araxe. Cette infortunée
Epoufe fut retirée des flots par des mains
fecourables ; elle cacha fon fort à ceux
qui venoient de la fauver ; & craignant
que Tyridate ne voulut l'époufer , malgré
les noeuds qui venoient de l'unir pour
jamais à Rhadamifte , elle erra pendant
dix ans de Province en Province fous
le nom d'Ifmenie. Pour Rhadamifte furieux
, défefperé , déchiré de remords ,
il ne chercha qu'à mourir . Il ſe jetta au
milieu des Soldats que fon propre pere
excitoit contre lui , & y auroit peri , s'il
n'eut été fecouru par des Romains
qui l'arracherent à la fureur de l'ambitieux
Pharafmane. Arfame , fecond fils
de ce pere dénaturé , lui demeura fidele
, quoiqu'il le regardât comme parricide.
Il fervit fi bien fes projets ambitieux
, qu'il fit trembler toute la Medie
, où il porta la guerre par les ordres
de Pharaſmane. Zenobie qui avoit choifi
ce Royaume pour fon dernier afile
fe trouva du nombre des Prifonniers qui
lui furent préſentez , il en devint éperdument
amoureux ; mais le devoir étant
encore plus fort en lui que l'amour ,
me la cacha point aux yeux de fon pere
D v
if
qui
1808 MERCURE DE FRANCE.
qui devint fon Rival du premier mo
ment qu'il la vit. C'est ici que l'action
theatrale commence .
ACTE I.
Zenobie , fous le nom d'Ifmenie , fe
plaint à Phenice la Confidente , de la
perfecution de Pharafmane , qui la veut
époufer malgré elle . Phenice lui parle
en faveur de Pharafmane , & lui confeille
de ne pas refufer un Sceptre que
l'amour lui préfente . Zenobie lui dit
qu'elle n'eft pas en état de l'accepter , &
lui apprend fon fort, tel que je viens de
le raconter dans l'Argument . Cette expofition
, ou plutôt cette demie expo
fition m'a paru fi chargée , que l'effort
qu'il en coûtoit à ma memoire pour la
retenir , m'a empêché d'en fentir toutes
les beautez . Je ne doute point qu'on ne
pût la réduire à la moitié des Vers , fi
l'on en retranchoit tout ce qu'il y a de
fuperflu ; mais quand même tout en feroit
neceffaire , jufqu'aux moindres circonftances
, je ne fçaurois m'accommoder
de cette complication de faits , qui
ne me laiffent pas refpirer. A combien
plus forte raifon me deviennent -ils infupportables
, quand ils choquent la
vraisemblance. En effet , quelle fin fe
proAOUST.
1726. 1809
*
propoſe Pharafmane , le plus artifi
cieux de tous les hommes quand il
envoye, fon fils à la Cour de Mithrida
te , & qu'il l'y fait élever dans la vûë
de lui fucceder en époufant fa fille ? Si
cet Hymen lui doit ravir une Couronne
qu'il devore des yeux , pourquoi le propofe-
t'il mais comment prétend-il fe
la conferver ? eft - ce en la faifant paffer
fur la tête d'un Concurrent plus redoutable
pour lui que fon fils ? il fe lie avec
Tyridate ; eft-il vraisemblable que ce
Roi des Parthes fe fie à lui , & peut- il
s'imaginer qu'un pere déthrônera fon propre
fils , pour couronner un Etranger.
Je paffe à Mithridate la vengeance qu'il
prend du pere fur le fils , quoique ce dernier
fut innocent ; ce n'eft pas la premie
re fois que les enfans ont porté la peine
du crime de leurs peres ; mais toute la
fuite de cette Hiftoire me paroît fi fa
buleufe que je ne puis concevoir que
l'on falle un plan de Tragedie fur le fond
d'un Roman qui paffe toute croyance
en effet , l'Oorondate & le Coriolan de
la Calprenede n'ont rien fait de fi merveilleux
que ce que M. de Crebillon
fait faire à Ton Rhadamifte , quand il emporte
Zenobie entre fes bras à la vue de
tout un Peuple armé. Je tire le rideau
fur le refte : Zenobie facrifiée à fa jacolmar
Dovjou louq
*
1810 MERCURE DE FRANCE .
loufie , toute fidelle qu'il la croit , me frappe
d'une julte horreur ; j'ai trouvé bien
des gens fe réetier contre cette maxime
de Phinée dans l'Opera de Perfée:
J'aime mieux voir un monftre affreux
Devorer l'ingrate Andromede ,
Que la voir dans les bras de mon Rival heu
reux.
L'épithète d'ingrate adoucit cette refolution
d'un Amant défefperé ; mais Zenobie
n'aime point Tyridate , ou plutôt
elle aime Rhadamifte , & le lui proteſte
dans le temps même qu'il lui plonge un
poignard dans le fein . Quel genre de tragique
qui fubftitue l'horreur à la terreur
? que peut - il produire que l'indignation
? revenons au Roman.
Une Princeffe frappée par un furieux,
traînée toute fanglante dans un fleuve ,
fauvée par un fecours que les Dieux lui
envoyent à point nommé , méconnuë par
ceux qui la fauvent, & par tous ceux qui
la voyent pendant dix ans , foit dans fes
propres Etats , foit dans des Etats voifins
des fiens , tout cela n'eft pas impoffible,
mais en est-il plus vraiſemblable ? & n'y,
entre-t'il pas un genre de merveilleux ;
plus propre à un conte de Fée qu'à une
Tragedie on me répondra que l'Au
teur ne doit répondre que de ce qui fe.
paffe fous les yeux des Spectateurs ; j'a
AOUST. 1726. 1811
voue que le défaut de vraisemblance eft
plus fenfible dans l'action que dans la
narration ; mais pas fi faci- pour n'être
lement apperçu , il ne laiffe pas d'être i
& quand même il feroit fondé fur l'Hiftoire
, c'eft à un Auteur dramatique à
la rectifier , & à préferer le vrai femblable
au vrai mais ce n'eft pas feulement
dans la prothafe que l'Auteur de
de Rhadamifte & Zenobie bleffe la vraifemblance
, comme j'efpere le faire voir
dans la fuite de cet examen .
Dans la feconde Scene , Arfame vient
fe préfenter à Zenobie , qu'il ne connoît
encore que pour Ifmenie . Quoique cette
Princelle nous ait appris qu'elle aime
ce Prince , par l'aveu qu'elle en a
fait à Phenice dans la Scene précedente,
-elle laiffe ignorer à Arfame les progrès
fon amour a fait fur fon coeur.
que
Dans la troifiéme Scene , 1 harafmane
trouvant auprès de Zenobie qu'il aime
un fils dont il fçait qu'elle eft aimée , &
qu'il foupçonne d'avoir fçû fe faire aimer
lui-même , lui fait un crime d'un
retour , dont il ne l'a pas même averti ,
· bien loin d'avoir attendu les ordres. Arfame
lui répond , que puifqu'il a quitté
l'Armée , il doit croire qu'il n'a plus
d'ennemis à combattre , & que tout eft
rangé fous fon obéiffance . Cette réponſe
·
ne
1812 MERCURE DE FRANCE.
ne fatisfait pas Pharafmane , il ordonne à
Arfame de retourner dès le même jour à
Colchos , qu'il n'a pas dû abandonner ,
d'étouffer fon amour pour une Princeffe
qu'il deftine à fon lit , & de fe retirer,
Zenobie refufe hautement l'honneur
que Pharafmane prétend lui faire en l'époufant.
Voici fur quoi elle acheve de
fonder fes refus :
D'ailleurs , que fçavez - vous , Seigneur , fil'hymenée
N'auroit point à quelqu'autre uni ma deſtinée ?
Sçavez -vous file fang à qui je dois le jour ,
Me permet d'écouter vos voeux & votre amour.
Pharafmane , qui croit qu'il n'y a point
de fang dans l'Univers auquel le fien ne
puiffe s'allier, impute les refus de Zenobie
à l'amour qu'elle a pour Arfame, & la me
nace de la mort de ce Prince , fielle
perfifte
dans fon deffein.
Cette derniere menace, jointe à la jufté
haine que Zenobie a déja conçuë , lui
fait commettre la premiere & la feule
injuftice dont on puiffe l'accufer dans tout
le cours de la Piece ; elle veut fe venger
de Pharafmane ; rien n'eft plus jufte;
mais elle veut s'en venger par la main de
fon propre fils rien n'eft plus injuſte.
Pharafinane n'eft que trop digne de perir
par
AOUST. 1726.
1813%
par un parricide , mais Arfame eft trop
vertueux pour en commettre , & ce n'eſt
pas fon Amante qui doit l'y exciter ; il
eft vrai qu'elle ne confomme pas l'injuftice
; elle finit cette derniere Scene
du premier Acte par un ordre qu'elle
donne à Phenice d'aller trouver. Arfa
me de fa part , & de le prier d'intereffer
en fa faveur l'Ambaffadeur des Romains
qui doit arriver le même jour . Voilà le
parti le plus jufte qu'elle avoit à pren
dre , & je n'aurois voulu pas
teur lui eut fait dire encore :
t
que
l'Au-
Pour l'intereft d'un Sceptre ébranle fon devoir
,
Pour l'attendrir enfin , peins - lui mon deſef
poir ;
Puifque l'Amour a fait les malheurs de ma
vie ;
Quel autre que l'Amour peut venger Zenobie
ACTE II. ~ . ~
Rhadamifte & Hieron commencent ce
fecond Acte ; ce dernier eft un Seigneur
Armenien député vers Pharafinane , pour
lui faire entendre , au nom de toute l'Armenie
, qu'on ne veut point le recon
noître pour Roi , & qu'on lui préfere
fon fils . Comme on croyoit Rhadamiſte
mort,
1814 MERCURE DE FRANCE .
mort , cette préference regardoit Arfame;
mais Hieron eft obligé de changer
d'objet , dès qu'il reconnoît fon premier
Roi en la perfonne de Rhadamifte . Le
portrait que ce dernier fait de lui même,
ne nous promet que des actions d'un
frenetique M. de Crebillon ne lui a
point fait démentir le caractere qu'il luí
a donné , fondé fur ce précepte d'Horace.
Qualis ab incepto procefferit & fibi conftet .
Je voudrois bien qu'Horace eut ajouté,
Sed bene procedat.
,
En effet , que peut - on attendre d'un
homme qui ne fçait ce qu'il veut ? plus
fon caractere fera foutenu , plus il nous
indignera contre lui . Quelque foit Rhadamiſte
, il faut bien qu'il fe foit déguifé
aux yeux des Romains & furtout à
ceux de Corbulon , pour fe faire nommer
Ambaffadeur auprès de Pharafmane.
L'Auteur tâche de juftifier le choix de
Neron & du Senat , par la peinture qu'il
fait de ces Maîtres du monde : Voici
comme il fait parler Rhadamifte .
Rome de tous fes droits m'a fait dépofitaire,
Sûre pour rétablir fon pouvoir & le mien ,
Contre un Roi qu'elle craint , que je n'oublie
sai rien.
Rome
A OUST. 1726. 1815
Rome veut éviter une guerre douteuſe ,
Pour elle contre lui plus d'une fois honteuse ,
Conferver l'Armenie , ou par des foins jaloux
En faire un vrai flambeau de difcorde entre
nous.
Par un don de Cefar , je fuis Roi d'Armenie ;
Parce qu'il croit par moi détruire l'Iberie ,
Les fureurs de mon pere ont affez éclaté ,
Pour que Rome entre nous ne craigne aucun
Traité .
Tels font les hauts projets dont fa grandeur fa
pique ,
Des Romains fi vantez telle eft la politique ;
C'est ainsi qu'en perdant le pere par le fils ,
Rome devient fatale à tous ſes ennemis, & c.
Par ce portrait de Rome , l'Auteur a
fagement prévenu toutes les Critiques,
qu'on pouvoit lui faire ; je trouve cependant
une espece de contradiction entre
ces deux projets des Romains : qui
font de conferver l'Armenie , & d'en
faire Rhadamifte Roi ; mais l'Auteur y
peut répondre en difant que Rhadamif
te ne regnera que fous Rome , que
d'ailleurs il détruira l'Ibérie , donc les
Romains redoutent des efforts trop longtemps
éprouvez.
&
Voi1816
MERCURE DE FRANCE.
}
Voici une objection à laquelle M
de Crebillon ne répondra pas fi facilement
, c'eft l'impoffibilité morale qu'il
yyaa,, que Rhadamifte ne foit pas reconnu
de fon pere : il l'a bien fentie lui- même,
& il y eft allé au- devant avec beaucoup
d'efprit , par ces trois Vers :
Le Roi ne m'a point vû dès ma plus tendre en
fance ,
Et la Nature en lui ne parle point affez‚¹
"
Pour détruire des traits dés long- temps effacez.
I
Je vois bien que par le premier de ces
trois Vers , l'Auteur veut nous faire fuppofer
que Pharafmane n'a point vû Rhadamiſte
depuis qu'il l'a envoyé pour la
premiere fois en Armenie ; je me prête
à fon hypotefe ; mais Rhadamifte n'ayant
rien à craindre de ce côté- là , étoit - il
bien en feureté de tous les autres , & devoit-
il préfumer qu'il ne trouveroit dans
I'Iberie que des gens qui ne l'auroient
point vu dans un âge plus avancé ? fa valeur
l'avoit affez fait connoître , pour lui
faire craindre d'autres yeux que ceux de
fon pere ; l'Auteur lui fait dire qu'Hie
ron même ne l'auroit pas reconnu malgré
fon amitié , s'il ne s'étoit nommé à
Iui l'Auteur a fes raifons pour parler
ainfi , mais je n'en crois que ce que
j'en
AOUST. 1726 . 1817
j'en dois croire. Paffons à la feconde
Scene .
La beauté de cette Scene m'a d'abord
faifi à tel point , que je n'ai pas exami
né fi elle étoit bien placée : ce que Rhadamifte
& Pharafmane fe difent de part
& d'autre , m'a paru digne du grand
Corneille ; mais dès que mon plaifir a
été interrompu par Hieron , j'ai été de
fi mauvaiſe humeur contre cet Ambaffadeur
d'Armenie , que je l'ai trouvé de
trop. En effet , a- t-on jamais donné audience
à deux Amballadeurs à la fois . II
eft vrai que Rhadamifte & Hieron font
chargez des mêmes Inftructions & des
mêmes ordres ; Rhadamifte dit à Phazafmane
:
Rome ne prétend pas vous ceder l'Armenie ;
Je vous declare donc que Cefar ne veut pas
Que vers l'Arax enfin vous adreffiez vos pas.
Hieron lui parle à peu près fur le
même ton ; voici comme il s'explique :
Quand même les Romains attentifs à nos
Loix ,
S'en remettroient à nous fur le choix de nos
Rois ,
Seigneur , n'eſperez pas au gré de votre envie ,
Faire en votre faveur expliquer l'Armenie.
Voilà
1818 MERCURE DE FRANCE.
Voilà deux Ambaffadeurs parfaite
ment unis , ils ont intereft de parler.
enfemble pour s'appuyer l'un l'autre :
mais Pharafmane doit - il leur donner la
même audience ? eft- il de fa politique
de ne les pas entendre féparément .
Cette Scene finit par un emportement
de la part de Rhadamifte , qui juſtifie
parfaitement ce qu'il vient de dire dans
la précedente.
Rome ofe confier fes droits à ma vengeance ,
Et ſous un nom facré m'envoyer en ces lieux
Moins comme Ambaffadeur , que comme un fu
rieux.
C'est dans un accès de fa frenefie ordinaire
, qu'il rompt en vifiere à Pharaſmane
par ce Vers outrageant :
Ah ! doit- on heriter de ceux qu'on affaffſine ?
Pharafmane eft fi outré de cette infulte
qu'il veut le faire arrêter fur le
champ , & ce n'eft que fur les remontrances
d'Hieron qu'il refpecte Rome
dans un Miniftre infolent, & qu'il fe
contente de lui ordonner de partir fur
le champ , par ces deux Vers :
Retournez dès ce jour apprendre à Corbulon ,
Comme on reçoit ici les ordres de Neron .
Rha
AOUST. 1726. 1819
Rhadamiste pourroit dire ici , comme
Sofie dans Amphitrion :
Ah !jufte Ciel ! j'ai fait une belle Ambaffade.
Mais il a le front de s'applaudir de fon
étourderie , comme d'un trait de prudence
, & de dire à Hieron qui lui reproche
fon
emportement .
Far un pareil éclat j'en impofe aux Romains.
Cet Acte finit par un projet digne
d'une tête auffi cenfée que celle de Rhadamifte.
Le voici :
Pour remplir les projets que Rome me confie ,
Il ne me refte plus qu'à troubler l'Iberia.
Eh ! comment le pourra - t- il dans le
cours d'un feul jour qui lui refte ? il
veut armer contre Pharafmane tous fes
Sujets & fon fils même. Il dit , en parlant
de ce dernier , qu'il a un feur moyen
pour furprendre fa fidelité; c'eft apparemment
en lui affurant la Couronne d'Armenie
de la part des Romains , fe réſervant
celle d'Iberie pour lui- même. Comme
ce beau projet n'aura aucune fuite ,
je ne m'y arrêterai pas plus long. temps,
pour paffer au troifiéme Acte , qui a fait
le fuccès de la Piece.
ACTE
4820 MERCURE DE FRANCE:
ACTE III.
Rhadamifte , par un court Monolo
gue , apprend aux Spectateurs qu'Arfame
lui veut parler en fecret ; il fe doute
que fon frere le connoît , lui qui n'a
pas craint d'être reconnu par fon pere.)
11 fe trompe pourtant , Arfame ne veut
que le prier d'accorder la protection à
Zenobie , & de l'enlever au cruel Phas
rafmane. Rhadamifte n'oublie rien pour
furprendre la foi , comme il s'en eft flat-'
té à la fin de l'Acte précedent ; mais ce
Prince lui fait voir tant de fidelité , qu'il
l'oblige à dire dans un Monologue qui
fait la troifiéme Scene de cet Acte.
Dieux , de tant de vertus n'ornez- vous donc mon
frere ,
Que pour me rendre feul trop ſemblable à mon
pere?
· La quatriéme Scene qui eft entre Rha
damifte & Hieron n'eft que pour faire
nombre , ainfi je n'en dirai rien , pour
paffer plutôt à celle qui a fait tant de
bruit. Elle eft entre Rhadamifte & Zenobie
. Les Spectateurs qui attendoient
cette premiere entrevûë avec impatience
, fe font déja dit par avance , ce que
ce Prince & cette Princeffe doivent fe
dire
A OUST. 1726. 1821
dire dans une rencontre qui tient du
merveilleux ; & la feule force de la fituation
peut entraîner tous les fuffrages
indépendemment de l'art que l'Auteur
s'eft attaché à mettre dans le Dialogue .
A peine Rhadamifte a- t- il entendu ce
fon de voix qui lui a été fi cher , qu'il
jette les yeux fur l'infortunée qui im- '
plore fon fecours ; la certitude où il
croit être de fa mort , l'empêché quel
que temps de croire ce qu'il voit ; le
trouble dont il eft agité , oblige fa malheureufe
Epoufe à le regarder avec plus
d'attention ; ils achevent enfin de fe reconnoître
, mais avec des fentimens bien
differens d'un côté c'eſt l'amour feul
qui agit ; de l'autre , c'eſt le feul devoir
qui regne ; Rhadamifte demande grace
en Amant , Zenobie pardonne én Epou
fe , & s'attire encore plus d'admiration ,
qu'il n'excite de pitié. Ce premier coup
de furpriſe m'a frappé comme les autres ;
mais il s'en faut bien qu'il m'ait fait le
même plaifir , malgré toute la fenfibilité
que j'ai pour tout ce qui s'appelle reconnoiffance
. Je me fuis demandé la raifon
de ma tiédeur ; peut - être m'eſt- elle
fr particuliere , qu'aucun autre ne s'y re
connoîtra , mais j'ai crû devoir en rendre
compte. La voici ;
! : Quoiqu'il y ait des reconnoiffances de
plufieurs
1822 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs efpeces , il n'y en a qu'une
qui puiffe pleineinent me fatisfaite
c'eft celle qui rend heureux les Acteurs
pour qui je m'intereffe , & qui rend malheureux
ceux contre lefquels mon coeur
eft prévenu. Je me fuis intereffé pour
Zenobie , par rapport à fa vertu & à fes
malheurs ; Rhadamifte m'a prévenu contre
lui , par le portrait affreux qu'il a
pris foin de me faire de lui-même ; je
voi que Rhadamifte , en recouvrant Zenobie
, obtient un bonheur qu'il ne merite
pas , tandis que Zenobie , digne d'être
heureuſe , va devenir la victime de
fon de voir , comme elle l'a déja été de
fon barbare Epoux . N'en eft- ce pas affez
pour troubler tout le plaifir dont j'ai
fenti la premiere impreffion , fans refle→
chir ?
Quoiqu'il en foit , je dois paffer condamnation
; & puifque je me trouve prefque
feul de mon fentiment , il n'en faut
pas davantage pour me perfuader que je
fuis dans l'erreur . Finiffons ce troifiéme
Acte. Rhadamifte répare les crimes paffez
, par le repentir le plus vif , & Zenobie
, malgré tout l'amour qu'elle a
pour Arfame , lui promet de le fuivre
par tout. Rhadamifte finit cette belle Scene
par ces beaux Vers.
Dieux !
n
2 ..
AOUST . 1823
1726. 1726 .
Dieux ! qui me la rendez , pour combler mes
fouhaits ,
Daignez me faire un cocur digne de vos bienfaits
.
ACTE IV.
Voici l'Acte qui me paroît le plus défectueux
de la Piece , malgré toutes les
beautez de fentimens que l'Auteur a pris
foin d'y répandre , c'eft ici que le triom-,
phe de la vertu de Zenobie eft le plus
marqué ; elle vient attendre fon Epoux,
comme ils en font convenus .? pour fe
fauver avec lui à la faveur de la nuit ; 'elle
ordonne à Phenice de la laiffer , & fait
un Monologue , par lequel elle me confirme
dans la crainte que j'ai euë de la
voir plus malheureufe qu'elle ne l'a jamais
été. Voici comment elle s'exprime.
Où vais - je ? & quel eft mon espoir ?
Imprudente , où m'entraîne un aveugle devoir?
Je devance la nuit ; pour qui pour un par
-jure ,
Qu'a profcrit dans mon coeur la voix de la Nature
?
Ai- je donc oublié que fa barbare main ,
Fit tomber tous les miens fous un fer affaffin,
E Ces
1824 MERCURE DE FRANCE :
Ges fix Vers feroient plus que fuffifans
pour juftifier mes dégoûts fur la Scene
de reconnoiffance ; mais puifque j'ai déja
abjuré mon erreur , n'y revenons pas , &
livrons -nous tout entier à la juſte ádmiration
que me cauſe ce retour de vertu
que Zenobie fait paroître dans ces deux
Vers , en parlant de R hadamiſte :
Tout barbare qu'il eft , c'eſt un prefent des
Dieux ,
Qu'il ne m'eft pas permis de trouver odieux.
Il s'en faut bien que la Scene 'fuivante
fait auffi belle que ce Monologue , la vertu
de Zenobie s'y foutient toujours , mais
Arfame y dément un peu la fienne . Zenobie
, qui craint que le jaloux Rhadamifte
ne la trouve avec un frere , dont
il a déja pris quelque ombrage , le prie.
de fuir : elle lui dit qu'il a un Rival des
plus redoutables , & que , n'en eut- ilpoint
d'autre que fon pere , c'en eft toujours
affez pour l'obliger à la laiffer ;
Arfame , quoiqu'il penſe vrai , n'a point
raifon de foupçonner l'Ambaffadeur Romain
d'être ce Rival , qu'on lui peint fi
terrible , c'eft lui - même qui parle.
Un infidele Ami , trahiroit- il ma flamme ?
1
On pourroit dire , pour juftifier l'Auteur
, que par ce Vers Arfame entend .
feu-
咦
AOUST. 1726.4 1825
feulement que l'Ambaffadeur Romain lui
manque de parole ; mais les Vers fuivans
ne laiſſent aucun doute fur le fens
qu'on doit donner au premier. C'eft toujours
Arfame qui parle :
Dieux quel trouble s'élève en mon coeur allarmé
!
Quoi toujours des Rivaux , & n'être point
aimé !
Ifmenie lui apprend qu'elle eft mariée
à l'Ambaffadeur Romain ; c'eft à cet aveu
qu'Arfame acheve de démentir fa premiere
vertu ; on en peut juger par ce
Vers:
Ah ! dans mon défeſpoir , fut- ce Cefar lui -mê
me.....
Arfame , le vertueux Arfame , peutil
s'emporter jufqu'à ce point , que de
menacer les jours de l'Epoux d'une Princeffe
, à qui il a avoué dès le premier
Acte qu'il n'eft pas en droit de fe plaindre
, puifqu'on ne lui a rien promis
peut-il croire que Zenobie vienne feule
ment de lui donner fa foi ? je voi bien
que l'Auteur ne lui a donné cet emportement
fi oppofé à fon caractere , que
pour obliger Ifmenie à lui déclarer que
ce Rival eft Rhadamifte , & que les jours
de fon frere lui doivent être facrez ; mais
E ij n'y
1826 MERCURE DE FRANCE.
n'y avoit- il point d'autre chemin que
celui là pour arriver à la fin que M. de
Crebillon s'étoit propofée ? & les reflources
d'un Auteur fi fecond font- elles fi
bornées ? Il est temps de venir à la Scene
la plus défectueufe de la Piece , quoiqu'elle
ferve à mettre la vertu de Zenobie
dans tout fon jour. Rhadamifte arrive
pour partir avec fon Epoufe d'un lieu
trop dangereux pour l'un & pour l'autre.
A peine apperçoit- il fon frere , qu'il
fe livre à fes jaloux tranfports , & com ,,
mence à les faire connoître par ces mots :
Que vois-je ? quoi ? mon frere ....
En vain Zenoble lui dit qu'elle eſt
prête à le fuivre. Il ne lui répond que
par cet à parte,
Ah ! la perfide !
Il dit à fon frere qu'il le croyoit parti
pour la Colchide , mais qu'il voit bien
que quand on eft auprès de ce qu'on
aime :
On s'oublie aifément dans des momens fidoux.
Arfame furpris d'un difcours fi peu
attendu , fe plaint de fa dureté , & lui
fait connoître qu'il eft inftruit de fon
fort. Rhadamifte faifit ce prétexte pour
faire éclater fa jaloufie ; il reproche à
Zenobie
7
A O UST. 1726. 1827
Zenobie fon indifcretion , il rend affez
de juftice à Arfame , pour le croire incapable
d'abufer d'un fecret fi important
; mais il fait entendre à Zenobie
qu'elle n'a pû le reveler à Arfame , fans
avoir avec ce Prince les liaifons les plus
étroites. Voici fes propres termes :
Qui peut à mon fecret devenir infidelle ,
Ne peut , quoiqu'il en foit , n'être point crimi
nelle.
N'eft- ce pas prefque lui dire :
Je conçois vos bontez par cette confidence.
>
Un foupçon fi injurieux & fi injufte,
pouffe enfin à bout la patience de Zenobie
:pour l'en punir , il lui déclare qu'elle
a veritablement aimé Arfame , mais que
ce Prince n'en auroit jamais rien fçû ,
fans le dernier cutrage qu'il vient de lui
faire après cet aveu que fon jufte ref
fentiment lui arrache , elle défend à Arfame
de la voir jamais , & dit à Rhadamifte.
Four toi , dès que la nuit pourra me le permettre
,
Dans tes mains en ces lieux , je viendrai me
remettre ;-
Je connois la fureur de res foupçons jaloux ;
Mais j'ai trop de vertu pour craindre mon
Epoux.
E iij Rha
1828 MERCURE DE FRANCE ..
(
Rhadamifte , accoûtumé à paffer du
crime au repentir , fuit Zenobie , pour
expier à fes genoux l'outrage qu'il vient
de lui faire. Arfame eft arrêté par l'ordre
de Pharafmane. Je ne dirai qu'un
mot du dernier Acte .
ACTE V.
›
Pharafiane apprenant d'Hydafpe qu'il
a fait de vains efforts pour ébranler la
fidelité d'Hieron fe détermine à tirer
raifon les armes à la main , du refus
des Armeniens . Il jure la perte d'Arlame
, qu'il a mandé pour tirer de lui un
aveu de fa trahifon prétendue. Arfame
fe juftifie autant qu'il lui eft poffible ;
Mitrane vient avertir Pharafmane que
1'Ambaffadeur Romain enleve Zenobie.
Pharafmane ordonne qu'on falle courir
toute fa Garde aprés le Raviffeur ; il fort
pour le punir de fa propre main ; Arfame
tâche de l'arrêter ; il lui dit que,
l'Ambafadeur Romain eft l'Epoux de
cette même Ifmenie qu'il enleve , mais
il n'ofe lui apprendre qu'il va tremper
fa main dans le fang de fon propre fils,
ce qui me paroît inexcufable ; l'Auteur
l'a bien fenti lui - même , quand il a fait
dire à Arfame , après que Pharafmane eſt
forti furieux .
Mais
AOUST. 1726.
1829
Mais je devois parler. Le nom de fils peutêtre
....
Il n'acheve pas , & M. de Crebillon ,
pour fe juftifier , lui met ces trois autres
Vers dans la bouche :
Hélas ! que m'eut fervi de le faire connoître ?-
Loin que ce nom fi doux- eut fléchi le cruel ,
Il n'eut fait que le rendre encor plus criminel .
Quoi de plus frivole dans un danger
fi preffant ? Pharafmane tue Rhadamiſte
de fa propre main ; ce Prince vient expirer
fur le Theatre ; il fait des reproches
à fon pere qui indignent les Spectateurs
contre lui , tout mourant qu'il eft . En
effet , dans quel temps les lui fait- il ? au
moment qu'il témoigne le plus vif regret
, & qu'il fent ce qu'il n'a jamais
fenti il fe plaint à fon fils mourant de
lui avoir caché fon fort : voici la réponfe
qu'il s'attire pour prix de fon repentir.
C'eft Rhadamifte qui parle , au fujet
du fang que ce malheureux pere fe
plaint d'avoir répandu , faute de le cons
;
noître.
La foif que votre coeur avoit de le répandre ,
N'a-t'elle pas fuffi , Seigneur , pour vous l'ap
prendre?
E iiij Je
1830 MERCURE DE FRANCE.
Je vous l'ai vu pourſuivre avec tant de cour
roux ,
Que j'ai cru qu'en effet j'étois connu de vous.
Je ne fçais lequel eft plus barbare , du
parricide, ou de ce reproche. Voilà , Meffieurs
, ce que j'ai remarqué dans la Tragédie
de Rhadamifte , peut- être ai - je un
peu trop appuyé fur les défauts ; mais le
fuccès étonnant qu'elle a eu, prouve affez
que les beautez en font encore plus grandes
. J'ai l'honneur d'être avec une par
faite confideration , votre , & c.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
LETTRE écrite de Nimes aux Auteurs
I
રે
du Mercure , le 28. Juillet 1726 .
Le Pere de Ponci , Jefuite .
par
"L s'eft gliffé , Meffieurs , une équivoque
dans le Recueil des Jeux Floraux
de cette année 1726. fur laquelle il eſt
propos de détromper le Public. On
m'a fait honneur d'un Ouvrage qui n'eft
à moi en façon quelconque je ne fuis
point Auteur du Poëme de Porcie , & je
n'y ai aucune part , je ferois bien fâché
de me parer des lauriers qu'un autre a
moiffonnez. Je n'avoue dans tout ce Recueil
que trois Pieces , que perfonne apparaA
OUST. 1726. 1838
parament ne me difputeras ce font le
Poëme du Sacrificateur victime , qui a
remporté le prix du Poëme.
Un autre Poëme , intitulé la Mort de
Saül.
Et une Ode qui a concouru , intitulée
le Solitaire à Arifte.
Je vous fupplie , Meffieurs , de vouloir
bien inferer cette Lettre dans votre
Journal ; l'Auteur de Porcie a droit de fe
plaindre, & je fuis bien aife de l'affurer
publiquement , que je ne veux point attenter
fur fa gloire , & lui dérober les
honneurs que merite fa Piece.
Je fuis , &c.
L'Ode dont il eft parlé dans cette Lettre
, intitulée le Solitaire , a été em
ployée dans le Mercure du mois dernier.
Voici la Piece qui a remporté le
prix du Poëme.
Ë ▼ LE
1832 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXX XX
LE SACRIFICATEUR
Victime .
POEME.
Qui a remporté cette année 1726. le Prixe
deftiné à cette forte d'Ouvrages , par
le jugement de l'Académie des Jeux
Floraux de Touloufe.
L'Auteur eft le P. Poncy , Jefuite , de
la Province de Lyon.
Le Sujet eft tiré de l'Hiftoire
Ecclefiaftique .
E chanteun Sacrifice , ou par un double cri-
JE
me
い
Un Prêtre du Soleil fut Miniftre & Victime ;
Précipita fes fils dans la nuit du tombeau ,
Erde les jours lui- même éteignit le flambeau.
Sacrifice à la fois funefte & falutaire ,
Heureux pour les enfans , funefte pour le pere.
Ce pere infortuné , par un trifte revers ,
Ouvre à fon fils les Cieux , & defcend aux en◄
fers.
Quel
A OUST. 1726. 1835
Quel ſpectacle ! quel bruit ! à mes yeux fe prélente
,
D'un Sacrifice affreux la Pompe menaçante ;
Que d'horribles tourmens dans ce Temple éta
Tez !
Que d'illuftres Chrétiens par le fer immolez !
Du Temple du Soleil Miniftre inexorable ,
Hermofiris leur fait une guerre implacable ;
Et leur fang, par fa main offert aux immortels ,
Souvent au lieu d'encens fume fur leurs Autels
;
Quels font ces trois Chrétiens qu'à fes pieds on
ameine ,
Il va les immoler à fa rage inhumaine ;
Le premier eft courbé fous le fardeau des am ,
Les deux autres à peine ont vû feize Printemps ;
Le poignard à la main Hermofiris s'avance ,
Tout refpire dans lui , la haine & la vengeance.
Nemefe , c'est le nom du genereux Vieillard ,
Fait de fon corps tremblant aux Chrétiens um
rempart...
Aux coups d'Hermofiris il préfente fa tête :
Prêtre aveugle , dit-il , que vas tu faire , ar
rête s
Apprens un grandfecret ; ces deux jeunes Chré▾
tiens,
E vj Ne
1834 MERCURE DE FRANCE .
Ne fout pas mes enfans , cruel , ce font les
tiens.
Je ne demande point d'égards pour ma vieillelle
,
Mais grace pour ton fang , grace pour leur
jeuneffe ;
Au tuite des faux Dieux j'ofai les arracher ,
En vain depuis feize ans tu les as fait chercher
,
Nous braverions encor ta pourfaite ennemie
La Mer nous a trahis , & livre à ta furie ,
Deux Chrétiens dans tes fils , deux fils dans ces
enfans ,
Qui vouloient loin de toi fuivre mes pas errans
;
A des fignes certains tu peux les reconnoître ,
Leur mere infortunée en mourant les vit naître
;
Lis ..... apprens par ces mots que fa_main a
tracez ;
Qu'entens- je ? il eft trop vrai ; perfide , c'eft
affez ,
S'écrie Hermofiris ; la mort la plus cruelle ,
Sera le prix des foins que je garde à ton zelé.
Qu'as-tu fait de mes fils i tes confeils impofteurs
,
Ont feduit leur efprit , ont corrompu leurs coeurs
Eugene,
AOUST. 1726 .
1855
Eugene , Poncien , quel farouche filer ce ,
Entre un perfide & moi la Nature balance ;
-Vous me rendez mes fils , impitoyables Dieux ;
Mais dans quels fentimens dans quel temps
dans quel's lieux ;
Ils brulent de mourir pour une erreur impie ,
Où me les rendez- vous ? au fein de l'Arme
nie :
Dans ces mêmes climats , où Diocletien,
M'ordonne d'immoler fans égard tout Chrétien.
Quel temps choififfez -vous ? helas ! c'eft le jour
même ,
Qu'atteftant aux Autels votre grandeur fuprême,
J'ai juré que mon bras .... quand je vous l'ai
promis ,
Croyois -je alors jurer le trépas de mes fils.
O vous chers criminels , que j'aime & que
jabhorre ,
Loin de vous menacer , c'eſt moi qui vous implore
;
Faites für votre coeur un genereux effort ;
Voulez-vous me forcer à vous donner la mort ?
Voyez à quels malheurs votre crime m'expoſe ;
Un devoir rigoureux à ma pitié s'oppofe ;
Si je ne punis pas , j'irrite l'Empereur ,
Et
•
1836 MERCURE DE FRANCE
Et fi je vous punis , j'en mourrai de douleur ;
Alors pour 1.s feduire il met tout en uſage ,
Du trépas de Nemefe il leur offre l'image ,
Tous fes traits effacez , & les membres fanglans,
Les glaives , les buchers , les feux étincelans .
Eugene & Foncien , pleins d'une fainte envie ,
Demandent à le fuivre , & qu'on tranche leur
vie :
Mon pere , difent- ils , embraffans fes genoux ,
Pour la premiere fois fouffrez un nom fi doux ;
Adorez notre Dieu : c'eſt votre unique Maître ,
Juge terrible un jour vous le verrez paroître ,
Porté fur un nuage , au milieu des éclairs ,
Vous verrez à ſes pieds cet immenfe Univers ;
Les Rois n'auront alors , ni rang , ni diadême ,
Vos Céfars trembleront , vous tremblerez vousmême
,
Rien ne vous fauvera de cès feux éternels ,
Allumez pour punir les crimes des mortels ;
Qui pourroit contre lui prendre votre défenſe ?
Qui l'oferoit le Dieu qu'en ce Temple on en.
cenfe ?
Ah ! ce même Soleil dont l'éclat vous féduit ;
Pour lors fera couvert d'une éternelle nuit
Que
AOUST. 1726. 1837
Que fur vos interefts deux fils vous attendrif
fent.
Détrompez - vous , Seigneur ; que nos pleurs vous
fléchiffent :
Dieu même agit en nous voyez - en les effets
:
N'adorez plus des Dieux qui ne furent jamais ;
Le nôtre nous infpire un fi ferme courage ,,
Qu'il nous met au- deffus des foibleffes de l'âge,
Il n'appartient qu'à lui de rendre vos enfans ,
De la Nature même aujourd'hui triomphans ;
Du Soleil , à ces mots , la brillante ftatuë ,
›
Par les mains des Martyrs eft foudain abbatuë
;
Le pere furieux trois fois leve le bras ,
Et trois fois il fufpend l'arreft de leur trépas ,
Mais de fes Dieux enfia il veut venger l'injure
,
Un faux zele en fon coeur étouffe la Nature;
Il immole fes fils , & plonge dans fon flanc ,
Son funefte poignard tout fumant de leur fang.
On frémit, on s'écrie , on accourt , on s'em
preſſe ;
Sufpendez vos regrets , dit-il , & qu'on me
laifle ,
J'ai dû , Prêtre des Dieux , punir leurs ennemis ,
Et
1838 MERCURE DE FRANCE .
Et pere infortuné fuivre au tombeau mes fils ,
Il expire , tout fuit , l'éclair brille , & la foudre
Avec un bruit affreux , réduit le Temple en
poudre.
Romani eft agere grandia , Chriftiani fortia .
pati. Tertulien.
L'explication des trois Enigmes du
dernier mois de Juillet
L'Autre jour je trouvai Guillot ,
Se tourmentant outre meſure
Sur les Enigmes du Mercure ,
Dont il prétend n'avoir jamais manqué le mot ;
J'ay , dit -il , tout d'abord , deviné la premiere j
C'est le Laurier , l'autre , les dents ,
Mais par ma foi pour la derniere ,
Je n'y comprens rien , je me rends .
En vain voudrois- je donc m'y creufer la cer
velle ,
Répondis-je d'un air malin
Car après vous , Guillot , il faut tirer l'Echelle,
Ah ! le voilà , dit- il , oüi , cher ami , c'eſt elle ,
Yous en êtes l'heureux devin.
PREAOUST.
1726. 1839,
PREMIERE ENIG ME.
S Ans accufer une loi trop fevere , S'Ans
Avant de m'enfanter , ma mere ,
Souffre plus d'une incifion,
Pour moi chez les Humains , nulle compaffion :
Seroit-ce pour punir le mal que je lui caufe ?
Ce feroit une étrange chofé.
* Jugez de mon cruel deſtin ;
On me perfécute fans fin s
L'un me bat , l'autre me tourmente
On m'enleve , on m'èxpoſe en vente ;
J'erre de Ville en Ville , & jamais de repos ;
Mais je me plains ici du moindre de mes maux.
A ma deſtruction tous les mortels confpirent ;
A l'envi l'un de l'autre , à ma perte ils afpirent.
On me réduit en poudre . A quoi fuis - je expoſé ?
Mais , prodige étonnant ! quoi ! métamorphofé ,
Jeunes , vieux , grands , petits , le Sceptre , la
houlette ,
Tous m'aiment à l'inſtant ! on me prife ; on
m'achette !
Helas
1840 MERCURE DE FRANCE.
Helas ! qui le croiroit ? C'eſt cet excès d'amour
,
Qui me fait périr chaque jour.
De mes perfécuteurs devenu la pâture ,
On me voit changer de nature.
De mon bizare fort admire le pouvoir,
Lecteur , regarde moi, j'ay des yeux fans te
voir.
DEUXIEME ENIGME.
A
U moment que je viens au monde ,
Ma mere me dévouë à la virginité ,
Et je pafle mes jours dans la ftérilité ,
Tandis que ma foeur eft féconde .
En rampant je m'éleve en cent mille façons ,
Et quoique je ne fois que de baffe naiffance ,
Avec les plus grandes maifons ,
Je fais une étroite alliance .
Lorfque je m'y peux attacher ,
C'est toujours pour toute ma vie ;
Par tant de chaînes je m'y lie ,
Qu'on ne sçauroit m'en arracher.
Je fuis agréable à la vûë ;
C'est par cet endroit que je plaîs.
Je
AOUST. 1726. 1841
Je puis encor faire goûter le frais ,
Selon le fens que je fuis étenduë .
Mes cheveux feroient toûjours verts ,
Si j'étois infenfible aux rigueurs des hyvers.
Cette faifon pour moi cruelle ,
Me les fait tomber tous ; mais malgré ces rea
vers ,
Je ne paroîs jamais fi belle ,
Que dans le temps que je les pérds.
TROISIE' ME ENIG ME.
Quoique pleine de Vers , jen'en ſuis point
>
J'ai des pieds , ou grands ou petits ;
On a beaucoup de peine à fçavoir qui je fuis,
Car je marche toûjours maſquée.
Mille gens chaque jour , fort inutilement ,
Veulent me reconnoître , & fe trompent fouvent.
De tout l'embarras que je cauſe ,
Veut -on apprendre la raiſon ;
Je porte toujours même nom ,
Et je ne fuis jamais la même chofe.
NOU-
1.
1842 MERCURE DE FRANCE .
*******************
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
LOGES Hiftoriques des Saints , avec
les Myfteres de Notre Seigneur &
de la Sainte Vierge. A Paris , ruë faint
Jacques , chez L. Guerin, 1726. 4. vol,
in I 2.
CLISE ,
TRADITION Ou HISTOIRE DE L'Efur
le Sacrement de Mariage , tirée
des monumens les plus autentiques
de chaque fiecle , tant de l'Orient que
de l'Occident. A Paris , rue faintJacques
, chez Jean Mariette , 1725 , 3. vol.
in 4.
REPONSE aux Obfervations fur la
Chronologie de M. Newton , avec une
Lettre de M... au fujet de cette Réponfe.
A Paris , Quay de Conti , chez Piffit ,
1726. broch. in 8.de 29. pages.
EXPLICATION LITTERALE , Hiſtorique
& Dogmatique des Prieres & des
Céremonies de la Meffe , fuivant les anciens
Auteurs & les monumens de tou
tes les Eglifes du Monde Chrétien . Par
Le
AOUST. 1726.
1726. 1843
le R. P. le Brun , Prêtre de l'Oratoire ,
1726. 4. vol. in 8. A Paris , ruë faint
Jacques , chez la veuve de Laune.
TRAITE DE LA CONSTRUCTION &
des principaux ufages des Inftrumens de
Mathématique , avec les Figures néceffaires
pour l'intelligence de ce Traité
dédié au Roy. Troifiéme Edition , revûë ,
corrigée & augmentée par le fieur N.
Bion , Ingénieur du Roy pour les inftru-.
mens de Mathématique, Quay de l'Horloge
du Palais , où l'on trouve tous ces
Inftrumens dans leur perfection. A Paris,
an Palais , chez M. Brunet , & ruëfaint
Jacques , chez Ganeau , Robustel &
Ofmont, 1745. in 4º,
LES SERMONS de feu le Réverend Pere
Terraflon , Prêtre de l'Oratoire , pour
le Carême . A Paris , rue S. Jacques
chez F. Babuti , 1726. 4. vol . in 12 .
APOLOGIE du caractere des Anglois &
des François , ou Obfervations fur le
Livre intitulé , Lettre fur les Anglois &
Les François , & fur les Voyages , avec la
deffenfe de la fixiéine Satyre de Def
preaux , & la juftification du bel efprit
François. A Paris , rue S. Jacques , chez
Briaffon , 1726. in 12. de 213. pages .
DIS1844
MERCURE DE FRANCE
1
DISCOURS pour l'ouverture de l'Ecole
de Chirurgie , avec une Theſe paraphrafee
fur les Hernies ou Defcentes.Par
M. Reneaume , Docteur- Régent de la Fa-'
culté de Médecine de Paris , & de l'Académie
Royale des Sciences. A Paris ,
chez la veuve Coutelier , Quay des Auguftins
, 1716. in 12. de 217. pages ,
fans la Thefe latine qui en contient 34 .
REFLEXIONS fur l'ufage de l'opium,
les Calmans & les Narcotiques. A Paris ,
ruë faint Jacques , chez G. Cavelier ,
1726. in 12. de 374. pages.
REFLEXIONS
fur les Mémoires de Trévoux , du
mois de Juillet 1726 .
Article du Cardinal d'Amboife.
1
A Vie du Cardinal d'Amboiſe
Lqu'on donna au Public il y a environ
fix mois , en a été fi bien reçûë ,
que , quoique jufqu'à preſent elle n'ait
point été affichée , il s'en eft débité une
Edition in 12. & une Edition in 4°.
L'Auteur de cette Vie eft M. l'Abbé
le Gendre , Abbé de Claire-Fontaine
Sous-Chantre & Chanoine de l'Eglife
de Paris , connu il y a long-temps pour
être
AOUST. 1726. 1845
n
être ami particulier des RR. PP . Jefuites.
Si par cette confidération , le Journalifte
de Trévoux eût loué l'Ouvrage &
l'Auteur , plus même qu'il n'auroit fallu,
on n'en eût point été furpris ; mais que
ce Journaliſte en ait ufé tout autrement ,
c'est ce qu'on ne comprend pas , à moins
que de fuppofer ou qu'il n'a pû fe difpenter
de critiquer l'Ouvrage , ou que
l'Auteur n'eft rien moins qu'ami des
RR. Peres Jefuites.
M. le Gendre les eſtime , il les honore
& il les aime , parce qu'ils les connoît
pour gens de mérite , pour gens de bien ,
pour gens inviolablement attachez à la
faine doctrine , qui ont toûjours rendu
depuis leur établiffement , & qui continuent
de rendre les fervices les plus importans
à la Religion & au Public .
M. le Gendre tient à honneur & fe
fait un plaifir d'être en liaiſon étroite
avec les plus diftinguez de ces Peres ;
ces Peres , de leur côté , répondent volontiers
à fes fentimens .
Ce qui eft échapé au Journaliſte de
Trévoux , ne pouvant donc venir d'averfion
ni de reffentiment ; reſte à examiner
fi l'Ouvrage étoit de nature à ne
lui pouvoir pardonner,
A tort le Journaliſte lui reproche, page
J213.
1846 MERCURE DE FRANCE .
1213. du Journal , de ne rien dire de nonveau
: qu'on compare l'Ouvrage on à celui
de Des Montagnes ou à celui de Baudier
, qui font les feuls qui ont écrit la
Vie du Cardinal d'Amboiſe , on verra
que M. le Gendre rapporte grand nombre
de faits & de particularitez qui ne
fe trouvent point dans ces deux chétives
Brochures.
·
Il a recueilli éxactement ce qu'il y a
de plus remarquable , non feulement
dans nos Hiftoriens , ce qui fe réduit à
peu de chofe , mais principalement dans
les Hiftoriens étrangers. Du tout il en a
fait un corps d'Hiftoire , où il détaille
les actions de fon Héros , fur la vie duquel
il n'avoit encore rien paru ; je ne
dis pas de bien écrit , mais mêine qui fuſt
fupportable pourroit - on raifonnablement
exiger de lui rien de plus.
D'ailleurs quand il n'y auroit rien de
nouveau dans l'Ouvrage de M. le Gendre
, cet Ouvrage en feroit - il moins eftimable
? Le Public a- t-il fait un crime
à M. Fléchier & M. Marfolier , qui à
pêu de temps près l'un de l'autre , ort
écrit la Vie du Cardinal Ximenes , de
n'avoir rien dit de particulier.
On affure que le Journaliſte qui a fait
l'Extrait du d'Amboife , médite depuis
quinze ou vingt ans de faire une nouvelle
A OUST. 1726. 1847
velle Vie du Cardinal de Richelieu , s'il
lui arrive d'enfanter apr s un fi long
terme , ce fera peut - être d'une fouri : en
tout cas , s'il ne travaille d'imagination
y a t- il lieu de préfumer qu'il puiffe dire
rien de neuf?
>
A tort reproche- t- il , ( a ) à M. le
Gendre , d'exercer par tout une critique
qui fait connoître qu'il craint plus qu'on
ini reproche d'être flateur , que de paroître
moins fincere. M. le Gendre , graces à
Dieu , n'eſt point de ces fâcheux qui trouvent
à redire à tout. Il reprefente dans
fes Hiftoires , les hommes tels qu'il les
connoît , & laiffe au Lecteur à les louer
ou à les blâmer . Pourquoi donc lui imputer
d'être Critique ? Si le faifeur d'Extraits
prenoit plus garde à ce qu'il dit , il
verroit qu'il eft contre la juſtice & contre
l'honnêteté de donner des noms odieux
à gens qui ne les méritent point.
Il reproche , ( b ) à M. le Gendre ,
de n'avoir pas marqué les époques & les
dates de chacun des évenemens. M. le
Gendre n'y a jamais manqué, tant que les
Hiftoriens du temps ont eû foin de marquer
ces dates ; & s'il ne l'a pas fait , c'eſt
qu'il ne les y a pas trouvées. Ecrivant
avec réflexion , il n'auroit garde de hazarder
ce qu'il ne pourroit pû garantir.
( a ) Ibid. ( b) Ibid.
F ce
1848 MERCURE DE FRANCE.
Il pourroit dire pour fa deffenfe que ,
ce n'eft pas des Annales , mais une Hiftoire
qu'il écrit ; mais il eft fi jaloux de
la réputation où il eft , d'être éxact à citer
& dates & garands , qu'il eft bien aife
de faire voir que le reproche qu'on lui .
fait ,n'a point d'autre fondement que le peu
d'attention du faifeur d'Extraits . Qu'on
ouvre le Livre & on verra ce qui en eft.
Dire , comme fait le Journaliſte , ( a )
que les Réflexions de M. le Gendre font
trop hardies , c'est une injure. De fages
Politiques , qui malgré leurs occupations
ont lû le d'Amboife d'un bout à l'autre ,
en ont parlé bien autrement.
/
En effet ces Reflexions font mefurées
& le fel attique dont elles font affaifonnées
, n'a d'âcreté que ce qu'il en faut
pour piquer agréablement .
Que veut dire le Journaliſte , ajoûtant
que ces Réflexions font trop inftructives .
Peuvent elles l'être trop?
Il s'emporte contre M. le Gendre
( b ) fur ce que M. le Gendre dit
que le Cardinal d'Amboife , quelque
guerre qu'il ait foûtenue , ne rétablie
rien de ce qu'il avoit êté des anciens im
pôts. Fait incroiable , s'écrie- t - on , fait
unique depuis la Monarchie , fait impoffible.
Si M. le Gendre , ajoûte -t- on , avois
( a ) Ibid. ( b ) p . 1218. & 1219.
confulté
AOUST. 1726. 1849
confulté les Registres de la Chambre des
Comptes , il n'auroit pas donné cet éloge à
fon Cardinal.
M. le Gendre n'a donné cet éloge à
fon Cardinal , qu'après les Hiftoriens du
temps. Qu'on life (a )Jean de Saint- Geldis,
qu'on life ( b ) Seiffel , & c . ces Hiftoriens
vont jufques à dire , que quelques guerres
qu'il aitfaires ou foutenues , il a chacune
année diminué continuellement les
Tailles & les Aydes. Seiffel après avoir
fait un affez long dénombrement des
guerres qu'eût Louis XII . jufques & y
compris la feconde Conquête de Genes ,
non pourtant , dit- il , ( c) pour toutes ces
guerres & dépenses , il n'a jamais rien
mis fur le Peuple , mais a toujours diminué
, comme dit eft.
D'ailleurs eft- il impoffible que fans
rien rétablir des anciennes impofitions ,
le Cardinal d'Amboife ait foutenu de
grandes guerres ; fi la vivacité du faifeur
d'Extraits lui permettoit d'aller moins
vîre, il eût vû dans le Livre VI.quelles furent
les reffources de ce Premier Miniftre.
Je ne fçai par quel motif le Journaliſte ,
(d) lui en veut. C'eft pitié , comme il mal-
( a ) P. 122. in 40. chez Pacard , à Paris ,
1622. ( b ) P. 66. chez le même , 1617.
( c) Ibid. p. 135. (d) p. 68. & ſuiv. de l'in 12 .
2. vol.
Fij traite
1850 MERCURE DE FRANCE.
traite ce grand Homme. Je n'en citerai
ici que quelques endroits .
Il lui reproche , ( a ) de ne s'être jamais
oublié en fervant fon Maître ; & qu'ayant
eû beaucoup de zele pour le fervice de
Louis XII. il en avoit encore plus pourfa
propre élevation.
il l'accufe , ( b ) d'avoir facrifié jufqu'à
fon propre honneur à la fortune de fes
proches , ( c ) gens fans mérite , & qui
n'étoient pas dignes des emplois qu'il leur
procuroit.
Il dit , ( d ) que l'ambition de ce Cardinal
le rendit plufieurs fois le jouet de toute
l'Europe.
Le Journaliſte lui en veut fi fort , que
quoique la verité l'eût obligé d'avouer ,
(e ) que les belles qualitez de d'Amboife .
étoient beaucoup plus grandes que celles des
autres ; lui - même le contredifant , die
dans un autre endroit , (f) qu'on ne conviendra
pas que d'Amboife ait égalé ou
furpaffé les Cardinaux Miniftres , à qui
M. le Gendre le compare.
Le Journaliſte ne craint- il point qu'en
faifant ainfi le procès au Cardinal d'Amboiſe
, il ne révolte les gens de bien , &
que lui faifant auffi le fien , ils ne le trai-
(a) p. 1220. (b ) p. 1224. 1225.1231 . ( c ) Seiffel,
Auteur contemporain , en parle bien autrement,
P. 154. (d) P. 1246. ( e) 1247, ( f) 1260.
tent
AO UST. 1726. 1851
tent de témeraires on épargne à ce faifeur
d'Extraits d'autres épithetes plus expreffives
que fans doute il mériteroit , pour
avoir infulté crûment un Cardinal Premier
Miniftre, dont la memoire eft en benediction
, & qu'on a honoré avant & après fa
mort du titre glorieux de Pere du Peuple.
Il manque bien des chofes à ce Journaliſte
pour juger fainement des Livres ,
il paroît n'en faire l'Extrait que de mémoire,
& fur ce qui lui en demeure, en ne
les lifant qu'en courant. Cette précipitation
lui a fait faire de lourdes fautes
dans fon Extrait . Si on ne les releve pas
toutes ici dans la crainte d'être trop long,
on ne sçauroit fe difpenfer d'en remarquer
du moins quelques - unes , afin de lui faire
fouvenir de prendre garde à ce qu'il dit .
11 dit , ( a ) que la Dame de Beaujeu ,
fille de Louis XI. fut Régente du Royau
me pendant la minorité de Charles VIII .
S'il avoit confulté la Vie de d'Amboife ,
il y auroit appris qu'à la mort de Louis
XI. Charles VIII . n'étoit point mineur ;;
qu'à caufe de cela il fut dit aux Etats de
Tours , qu'il n'y auroit point de Regent ,
que le Royaume feroit gouverné par un
Confeil , & que la Dame de Beaujeu
auroit foin de l'éducation de fon frere le
jeune Monarque .
( 4 ) Page 12144-
Fiij
En
1852 MERCURE DE FRANCE
Én parlant de la Victoire de Saint - Au
bin , que remporta en Bretagne Louis de
la Tremouille , le Journaliſte ( a ) par
avance lui donne le titre de fameux.
La Tremoüille ne l'étoit point encore
puifque c'étoit fon coup d'effai , & qu'il
n'avoit alors que vingt-cinq ans.
Voici quelque chofe de plus , qui fait voir
le peu d'attention du faiſeur d'Extraits.
Deux Cordeliers , dit- il , ( b ) obtinrent
enfin la liberté de d'Ambroife . Sur
ces entrefaites François II. Duc de Bretagne
mourut & ne laiffa que deux filles ,
dont Anne , qui étoit l'aînée , fut fiancée.
Le Journaliſte ignore qu'elle fut mariée
par Procureur , à Maximilien , fils de
l'Empereur Frederic III. & par les intri
gues de d'Amboife , épousa peu de temps
après Charles VIII. Alors on rappella
d'Anboife , & la fin de fonéxil fut la
récompenfe de cet important fervice : depuis
fon retour à la Cour il engagea le
Roy à faire revenir le Duc d'Orleans.
Pour que ce narré fuft veritable , il
faudroit fuppofer , 1 ° . que d'Amboife
fortit de prifon dans le temps que mourut
François II . Duc de Bretagne. 2 ° . Qu'au
fortir de prifon d'Amboife fut exilé ,
c'est - à-dire , envoyé dans fon Diocèle .
3. Que ce fut pendant fon éxil que
( a ) P. 1215. ( 6 ) Ibid., ;
d'AmAOUST.
1726. 185
d'Amboife négocia le mariage de Charles
VIII. avec l'héritiere de Bretagne .
4° . Que ce n'eft qu'après ce mariage
que d'Amboiſe revint à la Cour,& qu'il
Y fit rappeller Louis Duc d'Orleans .
Toutes abfurditez dans lefquelles le
Journaliſte ne feroit point tombé , fi en
faifant l'Extrait , il avoit eû le d'Amboife
devant les yeux , car il y auroit yû .
1 ° . Que François II . Duc de Bretagne
mourut au mois de Septenib.e 1488 .
2 ° . Que d'Amboife fortit de prifon en
Février 1489. 3 ° . Qu'il revint à la Cour
en 1490. 4° . Que c'eſt avant le mariage
de Charles VIII. avec la Ducheffe de
Bretagne , qui fe fit en Décembre 1491 .
que le Duc d'Orleans fut rappellé auprès
du Roy. C'eſt ainfi que par trop
de précipitation
on tombe , faute de reflechir ,
dans les erreurs les plus groffieres .
C'eft par précipitation , que parlant
( a ) de la diffolution du mariage de Louis
XII. avec Jeanne fille de Louis XI . le
Journaliste dit , ( b ) que d'Amboife obtint
fans peine cette grace du Pontif
Alexandre VIII. Par deux fois en parlant
du Pape , il dit Pontif & non Pontife
, c'eft ainfi que parle le Peuple.
el Autre chofe bien plus importante eft
de dire que la diffolution d'un mariage
( 4 ) P. 1219. ( b ) Ibid. & 1231.
F iiij eft
1854 MERCURE DE FRANCE .
eft une grace. Si le Pape eft le maître
d'accorder cette grace , Clement VII . eut
grand tort de l'avoir refufée à Henry
VIII . Roy d'Angleterre. Cette diffolution
eft d'une juftice la plus étroite &
non une affaire de grace , autrement on
pourroit douter de la légitimité des enfans
qui naîtroient d'un mariage ſubſéquent.
Un Theologien , un Canonifte
peut -il s'expliquer en ces termes ?
C'eſt par précipitation qu'après la déroute
des Genois , qui dans une fortie perdirent
jufques à dix mille hommes , le
Journaliste dit que leur Doge , appellé de
Nove, n'eut plus d'autre reffource que de demandergrace.
au Vainqueur. Si pour faire
l'Extrait, le Journaliſte eût lû l'Ouvrage,
il y auroit trouvé que le Doge après la déroute,
s'enfuit dès la nuit fuivante, & que
ce ne fut qu'après fa fuite que les Genois
abandonnez demanderent à parlementer.
Une autre bévûë du Journaliste , eft
de fe plaindre , ( a ) que M. le Gendre
en parlant des Exploits du Cardinal
Ximenez ne lui a point attribué la
Conquête du Royaume de la Ville de
Grenade. Eh ! comment M.le Gendre, qui
prend garde à ce qu'il dit , la lui auroitil
attribuée ? puifque c'eft Ferdinand &
Ifabelle , Rois Catholiques , qui avoient
( a ) Page 1253 .
fait
AOUST . 1726 .
1855
fait cette Conquête en 1492. long- temps
avant que le Cardinal fuft à la tête des
affaires.
Arrêtons ,& par confideration pour l'habit
, épargnons celui qui le porte. Si nous
avons été contraints de relever quelquesunes
de les fautes , ce n'eft que pour lai
apprendre à ne plus , de gayeté de coeur,
par une espece de guet- à- pens , piller fi
mal à propos les amis de fa Compagnie.
M. le Gendre n'eft point fenfible aux
louanges forcées que lui donne le Journalifte.
Le fort d'un Ouvrage dépendant
du goût du Public , M. le Gendre attendu
avec refpect que le Public s'expliquât
fur la nouvelle Vie du Cardinal
d'Amboife . Le Public l'a fait favorablement
par le débit heureux de deux édi
tions en fix mois. On en prépare une
troifiéme , fi elle fe vend auffi promtement
, M. le Gendre fera plus que content
d'une approbation fi autentique .
Il fouhaite auJournaliſte un pareil fuccès
pour la nouvelle Vie du Cardinal de
Richelieu , que ce Journaliſte médite depuis
quinze ou vingt ans. Si après autres
vingt années , il enfante enfin cette Viequi
eft demeurée jufqu'à prefent dans
les efpaces imaginaires , ce fera pour elle
un grand bonheur , fi fans être affichée ,
'il s'en débite en un an deux ou trois éditions
complettes.
Fy Quel
1856 MERCURE DE FRANCE .
Quelque chofe de meilleur à fouhaiter
au Journaliſte , c'eft d'être plus circonfpect
à faire fes Extraits , pour ne point
s'attirer de réponſes defagréables de la
part des Auteurs , & une févere réprimande
de la part de fes Superieurs . A
Paris ce 31. Juillet 1726.
AVANT - PROPOS
Du Difcours en forme de Dialogue , pro-.
noncé à l'Académie de Peinture , par
M. Coypel , Premier Peintre de Monfeigneur
le Duc d'Orleans , le Samedy
6. de Juillet.
MESSIEURS,
Avant que d'avoir l'honneur de vous
lire ce Dialogue , je crois devoir vous
en donner une legere idée , & ne pouvoir
vous déclarer trop tôt que ce n'eft
point l'envie de donner des préceptes fur
la Peinture , qui m'a porté à l'écrire. Eh
de quel front un jeune homme oferoitil
les étaler devant une auffi refpectable
Affemblée ? devant fes Maîtres , enfin ?
car je me ferai toûjours honneur de vous
reconnoître pour tels ; & le feul defir de
trouver l'occafion de le dire publiquement
AOUST. 1726. 1857
ment , auroit fuffi pour m'engager à écrire
l'Ouvrage que je vais avoir l'honneur
de vous communiquer ; mais voici la
raiſon qui m'y a abfolument déterminé.
Monfeigneur le Duc d'Orleans m'ayant
ordonné de l'entretenir quelquefois fur
la connoiffance de la Peinture , j'ai crû
ne pouvoir trop prendre de foins pour
mettre en ordre les reflexions que j'ay
faites fur cette matiere. Il m'a paru que
je devois commencer par lui démontrer
que la Peinture n'ayant pour objet que,
la parfaite imitation de la Nature , tout
homme de bon fens & d'efprit , fans avoir
étudié les myſteres de cet Art , eft à portée
de fentir les grandes beautez d'un
Tableau , & de faire fouvent d'excellentes
critiques. J'ay donné à cet Ouvrage
la forme de Dialogue , efperant par ce
moyen y jetter plus de vivacité .
Je mets un veritable connoiffeur en
converfation avec un homme d'efprit qui
n'ayant jamais eû de principes fur la Peinture
, n'afe s'en rapporter à fes yeux ,
ou pour dire plus , n'ofe céder au plaifir
qu'il reffent en voyant des Tableaux
dans la crainte de n'être pas fatisfait felon
les regles.
Voilà en general mon plan . Malgré
les foins que j'ay pris pour le remplir ,
je croirois mal fervir le grand Prince
F vj pour
1858 MERCURE DE FRANCE
pour lequel j'ay travaillé , fi j'ofois lui
prefenter cet Ouvrage fans en avoir fait
part à cette illuftre Compagnie . Il y va
même de votre interêt , Meffieurs , à me
prêter vos lumieres dans une fi belle
Occafion . Que pouvez vous fouhaiter
de mieux , que de voir ceux à qui vous
cherchez à plaire , chercher à leur tour
à approfondir les beautez des Ouvrages
que vous leur prefentez ?
Mais quand même un fi puiffant motif
ne vous engageroit pas à m'honorer
de vos avis , les bontez que vous avez
toûjours eûes pour moy , me feroient eſperer
que vous voudriez bien ne me les
pas refufer. Depuis le malheur que j'ay
eû de perdre dans un pere tendre , un
maître éclairé ( car , Meffieurs , je crois
pouvoir & même devoir en parler ainfi
après les marques de diftinction qu'il
avoit reçûs de vous ) depuis, dis- je , cette
terrible perte,combien ay-je trouvé de fecours
parmi vous ! avec quelle generofiré
m'avez vous permis de vous confulter : Je
ne puis encore reconnoître de fi grandes
bontez qu'en les publiant. C'eft à vous ,
Meffieurs , en les continuant , à achever
de m'en rendre digne , en achevant de
m'éclairer.
A la fin de la Lecture , M. de Boullongne
, Premier Peintre du Roy & Directeur
A O UST. 1726. 1859
teur de l'Académie , fit compliment à M.
Coypel fur fon Difcours , en lui diſant
qu'il joignoit à la Peinture l'Eloquence
& les belles Lettres ; qualitez qui le rendoient
recommandable & le diftinguoient
dans fon Art.
Nouveau Tableau de Sainte Geneviève.
Meffieurs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers du Corps
de Ville de Paris , voulant laiffer un
Monument éternel de leur reconnoiffance
envers ſainte Geneviève , Patrone de
cette Ville , pour la protection qu'elle
lui accorde continuellement , & fpecia--
lement pour celle de l'année paffée par
la confervation des biens de la terre
ont fait placer pour ce fujet dans l'Eglife
confacrée à cette Sainte , un grand.
Tableau peint par M. de Troy le fils ,
Peintre du Roy & Profeffeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture..
Tous les préparatifs étant faits dans
l'Eglife de fainte Geneviève , qui fe trouva
richement ornée , le mécredy 17.
Juillet à 7. heures du foir la folemnité.
fut annoncée par le fon des cloches . La
Châffe de fainte Geneviève fut alors découverte
par devant & entourée du luminaire
ufité en pareilles occafions .. Le
leng
1860 MERCURE DE FRANCE.
lendemain vers les 9. heures du matin
arriverent à fainte Genevieve Meffieurs
le Prévôt des Marchands , les Echevins ,
le Procureur du Roy , les Confeillers
de Ville , & c. Ils étoient fuivis de la
Compagnie de leurs Gardes , & ils furent
reçûs à la porte de l'Eglife par
douze Chanoines Réguliers , ayant à leur
tête le Prieur , qui complimenta M. le
Prévôt des Marchands. Auffi -tôt que
Meffieurs de Ville furent introduits dans
la Nef, le Tableau qui étoit déja placé ,
mais qui étoit refté voilé , fut découvert ; -
cette Compagnie l'offrit à la Sainte Pro
tectrice de Paris au nom de toute la
Ville . Une grande Meffe fut enfuite
célebrée en prefence du Corps de Ville
; les Porteurs de la Châffe y affifterent
auffi , & la céremonie fut terminée
par un Te Deum folemnellement
chanté & afin que les Pauvres mêmes
de la Paroiffe de S. Etienne du Mont ,
dépendante de l'Abbaye de fainte Geneviève
, priffent plus de part à la joye
publique , Meffieurs de Ville leur avoient
donné genereufement dès la veille la fomme
de cinq cens livres.
Sujet & Allégories du Tableau.
La Ville de Paris fe joint à la France.
•
pour
AOUST. 1726 1868
"
pour prier fainte Geneviève de lui accorder
fon interceffion , pour faire ceffer
les pluies continuelles qui fembloient
vouloir defoler ce grand Royaume. Lav
Ville de Paris eft reprefentée par M. de
Châteauneuf, les quatre Echevins , les
trois Officiers & le Colonel de cette
Ville qui fe joignent à la France . Elle
= paroît fous la figure d'une grande fem-
'me majestueuſe , vétuë d'un Manteau
Royal femé de Fleurs de Lys fans nom- ·
bre , doublé d'hermine , avec la Couronne
de France fur la tête. Elle eft à
genoux fur un Globe où font les trois
Fleurs de Lys réprefentant les Armes
de nos Rois , & au deffus ce mot ( LA
FRANCE ) pour marquer la topographie
de cet Etat. La Sainte eft en haut fur
un nuage , joignant fes mains vers le
Ciel . Elle a dépofé fon cierge , qui
eft fon attribut , entre les mains d'un
Ange tutelaire de la France , qui joint
fes prieres à celles de ce Royaume Un
peu au- deffous eft reprefenté le Verfeau
fous la figure d'une femme , couverte
d'une draperie fombre
> comme étant
toûjours enveloppée de la pluie. Elle a
entre fes mains fon Urne toûjours pleine
d'eau & toûjours prête à verfer ; cependant
elle regarde en haut comme
attendant fes ordres de Dieu. Un
و
Ange
1882 MERCURE DE FRANCE.
Ange envoyé du Ciel , lui redreffe
cette Urne , & par ce moyen l'empêche
de répandre. Un autre Ange audeflus
fouffle & diffipe les nuages contraires
, ce qui fait paroître l'Arc - en-
Ciel , qui eft ordinairement le préſage
du beau temps . Les autres Figures qui
font en bas ne font que pour la compofition
du Tableau , n'ayant qu'un rapport
épifodique au fujet .
Quant à la Scene du Tableau , il faut
fuppofer que le Corps de Ville fort de
fon Hôtel pour aller au-devant de la
France.
La délicateffe de l'Auteur de ce grand
Ouvrage nous engage à faire remarquer
que les Têtes des principaux perfonnages
ont été peintes à part , fur des toiles
particulieres , par M. de Troy fon
pere , ancien Directeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , dont
les grands talens font generalement connus
.
Au bas de ce Tableau , qui eft de 18 .
pieds de haut , fur 12. de large , on a
mis dans un cartouche l'Infcription fuivante
en lettres d'or fur un fond d'azur.
A la gloire de Dieu Tout- Puiffant , ce
Tableau a été offert au nom de la Fille
de Paris , pour laiſſer à la Pofterité un
J
m0-
AOUST . 1726. 1863
Monument de fa reconnoiffance envers
·Dieu , qui , flechi par les prieres de
Sainte Genevieve , dont la Chaffe a été
portée en Proceffion le 6. Juillet 1725.
a confervé les biens de la terre , malgré
Les pluyes continuelles qui menaçoient le
Royaume d'une extrême difette. L'an de
J. C. 1725. & le 10. du Regne de Louis
XV. de la Prévôté de Meffire Pierre- Antoine
de Caftagneres , Chevalier Marquis
de Châteauneuf & de Marolles , Confeiller
d'Etat ; de l'Echevinage d'Etienne-
Laurent, Ecuyer , Confeiller du Roy &
de la Ville, Matthieu Goudin , Ecuyer
Confeiller du Roy , Notaire au Châtelet ;
Jean Hebert , Ecuyer , Confeiller du Roy ,
Quartinier. Jean - François Bouquet ;
Ecuyer. Etant Antoine Moriau , Ecuyer ,
Procureur & Avocat du Roy & de la
Ville , Jean - Baptifte - Julien Tailbout ,
Ecuyer , Greffier en Chef, Jacques Boucot
, Ecuyer , Confeiller du Roy , Receveur.
Ce Tableau a été placé à l'endroit où
étoit l'Epitaphe du fameux Deſcartes ,
que l'on a enlevée pour être placée au
pillier qui eft vis- à - vis .
M. de Troy de fils eft auffi l'Auteur
d'un très- grand Tableau de 15. pieds de
large fur 1o. de hauteur , qui a été polé
le
1864 MERCURE DE FRANCE .
le 1o . de ce mois dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville. Il reprefente le
Corps de Ville , faifant compliment au
Roi & à la Reine fur leur Mariage . Le
Roi & la Reine font fur leur Trône
couronnez par l'Hymen & l'Amour .
Le Duc de Bourbon eft à la droite du
Trône , &c. Cette grande Compofition
fait beaucoup d'honneur à fon Auteur.
Le fieur de Baillieul , Géographe & In
génieur , demeurant à Paris , rue S. Severin
, au Soleil d'or , donne avis qu'il
a gravé à vûë d'Oiseau , & mis au jour
la fameufe Machine de Marly , qui éleve
l'eau de la Seine à 535. pieds de
haut ,'en fix grandes feuilles , avec une
defcription des Rouës , Balanciers , Puifards
, Réſervoirs , Château , Pavillons
& Jardins de Marly , & de la maison de
Madame de Cavois à Lucienne , l'Acqueduc
de ce Village , & autres maiſons
fituées fur la côte. Cette Eftampe eft
l'unique qui a été gravée exactement , les
deffeins ayant été faits fur les lieux avec
un très - grandfoin , par M. Lievin Cruyl ,
Prêtre , natif de Gand. Cette Eftampe fe
vend 6. livres chez l'Auteur.
Nous parlerons dans peu d'une autre
Eftampe de trés- grande confequence
qu'on grave actuellement d'après un
t
Tableau
J
AOUST 1726. 1865
Tableau de M. de Troy le fils , dont on
vient de parler , reprefentant la Peſte de
Marſeille. C'eft une Compofition d'autant
plus belle , qu'elle excite toute la
terreur que le fujet demande.
Le fieur Mouret , Muficien de la
Chambre du Roi , fi connu par les differens
Ouvrages que le Public a goûté ,
vient de lui donner encore le Recueil des
divertiffemens du nouveau Theatre Italien
, gravé très- correctement , avec toutes
les Simphonies , Accompagnemens ,
Airs des Ballets , pour les Violons , la
Flute , la Mufette , & autres Inftrumens,
Airs Italiens , Airs à boire & ferieux ,
avec tous les Vaudevilles & Couplets
nouveaux , qui font à la fuite de tous ces
Divertiffemens . Cet Ouvrage eft en trois
Volumes in 4. chaque Volume fe vend
12. livres en blanc , & 13.1 . 10. f. relié
proprement,on vendra feparément , fi l'on
veut , les Simphonies. Le même Auteur
a donné auſſi depuis peu , un Livre de
Sonnates , pour deux Flutes traverfieres.
On trouve tous ces Ouvrages chez l'Auteur,
Place du Palais Royal, près le Caffé
de la Regence , ou chez le fieur Boivin ,
à la Regle d'or , ruë S. Honoré , & à la
Porte de la Comédie Italienne .
On
7
1866 MERCURE DE FRANCE.
On a éprouvé depuis peu àBerne de notiveaux
Canons inventez & perfectionnez
par M. Warttemberger , Colonel d'Artillerie
, & dont chaque piece tire treize
coups dans l'efpace d'une minute. On
en fit l'experience le 13. de ce mois . La
Garniſon de Berne , aprés avoir été exercée
par fes Officiers , reprefenta un
Combat , dans lequel deux de ces pieces
de canon furent fervies & tirerent avec
tant de fuccés , que l'on eut dit qu'il y
avoit une nombreuſe Artillerie , le feu
du canon allant plus vite que celui de
la Moufqueterie .
On écrit de Londres , que la Lionne
qui eft dans la Tour , & qui fit trois
petits , il y a environ 18. mois , eft fur
le point d'en faire d'autres.
Ĉes Lettres ajoûtent , que les Proprietaires
des Habitations de l'Ile des Barbades
& de la Carokne , ont pris la refolution
d'y planter des arbres de Café
& des arbriffeaux de Thé. Les premieres
cultures qu'ils en ont faites leur font
efperer que l'execution de ce projet fera
très-profitable à l'Angleterre.
Le Roi d'Espagne vient d'établir à
Madrid un nouveau College pour inf
truire dans toutes les Sciences de jeunes
Gen-
U
AOUST. 1726. 1867
Gentilshommes , tant Efpagnols qu'Etrangers.
S. M. en a donné la direction.
aux Jefuites , parce que ce nouveau College
fera de la dépendance du College
Imperial , & elle a affigné pour cette
fondation , les 4. deniers pour livre de
Tabac , diftrait de la Ferme generale , &
qui avoient été accordez pendant un tems
l'Hôpital Royal , pour les dépenfes extraordinaires
des nouveaux Bâtimens
qu'on y a conftruits. Outre ce revenu
annuel que la Chambre de Caftille eft
tenue de payer à perpetuité , elle a ordre
de fournir d'avance au P. Recteur
ioo. mille ducats , pour acheter une
Place & bâtir ce nouveau College .
>
On écrit de Barcelone que cinq jeunes
Garcons , allant fe promener fur la
fin du mois dernier à l'Hermitage de
Saint Bertrand à une demie - lieuë
de la Ville , & ayant mangé inconfiderément
d'un fruit rouge d'une plante ,
qui eft affez commune , au pied de la
Montagne du Moulin , ils avoient reffenti
dans l'inflant des douleurs très - vives
& une grande alteration ; que quaitre
d'entr'eux , qui étoient allez auffitôt
boire à la Fontaine de S. Bertrand,
étoient reftez fans connoiffance
des convulfions affreufes & extraordinai1868
MERCURE DE FRANCE
nairement enflez , qu'on les avoit porte
à la Ville , où ils étoient morts le len
demain , fans que les remedes qu'on leur !
fit prendre leur euffent donné aucun foulagement
, & que le cinquième qui n'avoit
pas bû , ayant eu des accidens moins
violens , avoit reſiſté à la force du venin
. Les Medecins de Barcelone font occupez
à faire des experiences , pour connoître
quelles font les qualitez venimeufes
de cette Plante , qu'on croit être
une espece de Strofavium .
On apprend de Florence , que le 18 .
du mois dernier les Académiciens de la
Crufca , s'étant aflemblez extraordinairement,
reçûrent pour un de leurs Membres
, le Prince Antoine de Parme , oncle
de la Reine d'Espagne.
Le fieur de Beauchefne , Medecin du Duc de
Richelieu , donne avis au Public qu'il a un Remede
Topique, qui appaife entierement les douleurs
de la goutte la plus maligne en deux heures
de temps quand elle eft nouvelle , & dans
quelques heures de plus quand elle eft ancienne.
Il ne prétend pas ôter la caufe du mal , mais
il affure qu'il donne la liberté d'agir en affer
miffant la partie malade , & qu'on peut fe fervir
de ce Topique pendant fix mois fans en être
incommodé. Il affure auffi que ce Remede guerit
en moins de deux jours la Sciatique & le
Rhumatiſme , & les autres douleurs de nerfs ,
enforte
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1013
791
A OUST . 1726. 1869
>
orte que , felon les differens temperamens
fera environ deux ans fans reffentir aune
douleur , au bout duquel tems , fi on y
: - bligé , on appliquera de nouveau ce Reme-
C'elt une liqueur qu'il vend fix livres la boue
, & le double quand on doit la tranſpor
rfur mer. Ce Remede fe débite chez le fieur
Budard , Maître à danſer , rue des Boucheries ,
artier S. Honoré.
Chaubert , l'un des Libraires du Joural
des Sçavans , avertit le Public , qu'il
emeure préfentement à l'entrée du
Quay des Auguftins , du côté du Pont
. Michel . On trouvera chez lui , à l'orinaire
,tous les Livres periodiques & les
Nouveautez Litteraires .
Médailles du Roi & de la Reine , frappées
pour le premier jour de l'an 17 26 .
Les deux Médailles qu'on donne ici
gravées en Taille- douce , ont toutes deux
d'un côté le Portrait du Roi avec la Légende
ordinaire ; & fur le Revers , celui
de la Reine avec cette Legende Ma-"
ria Regis Stanifl . Fil. Fr. & Nav. Regina.
V. Sept. M. DCC. XXV.
La Reine eft reprefentée dans la petite
Médaille en habit de Cour ; & dans la
grande , le Bufte de cette Princeſſe eſt
dans le goût des Médailles antiques ,
avec
1870 MERCURE DE FRANCE.
avec un petit mêlange de la Coëffure,
moderne dans les ornemens de tête. L'E
poque du 5. Septembre 1725. a rapport
au Mariage de Leurs Majeftez.
- M. du Vivier , qui excelle dans fon
Art , a gravé les poinçons & les coins
de ces deux Médailles , lefquelles ont
été fort goûtées , tant pour l'Ouvrage que
pour la reffemblance des têtes.
******И⭑MMMMM¥¥¥¥¥
SPECTACLES .
E 1. de ce mois , les Comediens Fran-
Leois
dans leur Affemblée , une Piece en Vers
libres avec un Prologue , de la compofition
du Chevalier Pelegrin , intitulée
Le Paftor Fido , Paftorale , Heroï - Tra
gique , en trois Actes .
Depuis la Sylvie de Mairet , on n'a
gueres vû de Paftorale fur notre Scene.
Sorel dit dans fa Bibliotheque Françoiſe
, que , la Sylvie de Mairet , Tragi-
Comedie-Paftorale , fut une des premieres
Pieces qui mirent le Theatre en reputation
. On apprend cependant dans la
Préface de cette Piece , imprimée à Paris
en 1628. que c'étoit le premier
fruit de la jeuneffe de cet Auteur .
Les
AOUST. 1726. 1871 .
Les deux Paftorales d'Endimion &
d'Amarante , de Gombaud , parurent vers
ce temps - là.
de
Les Bergeries , Paftorale de Racan ,
près de 3000. Vers , parut à peu près vers
le même temps .
La Paftorale d'Amarillis de Rotrou
fit grand bruit vers l'an 1650. On la joïà
plus de 30 ans après , fous le titre de la
Celimene .
•
En 1668. la Paftorale de Delie , qu'on
trouve dans les Oeuvres de Champmêlay.
Nous avons de Quinault , les Amours
de Lyfis & d'Hefperie , Paftorale allego,
rique.
Il parut en 1695. une Paftorale d'A
marillis , du fieur Pafferat , & une autre
du fieur Guerin en 1699. fous le titre
de Mirtil & Melicerte.
Le 10. Août les Comediens Italiens
donnerent la premiere reprefentation
d'une Piece nouvelle , Françoife , en
trois Actes , précedée d'un Prologue , ornée
de Divertiffemens , de Chants & de
Danfes , qui a pour titre Les Comediens
Efclaves. L'abondance des matieres nous
empêche de donner l'Extrait de cette Picce
qui a un très- grand fuccès . On en
G parlera
1872 MERCURE DE FRANCE.
parlera plus au long dans le prochain
Mercure .
Les mêmes Comédiens reprefenterent
le 25. du mois dernier , l'Amour Précepteur
, Comédie nouvelle , en Profe ,
que le Public a vûe avec beaucoup de
plaifir . En voici un Extrait ,
;
ACTEURS.
Alberty , Gentilhomme Venitien Le
Sieur Mario.
>
Lelio , Amant de Flaminia , & fils d'Alberty
, le Sieur Lelio , fils.
Sylvia , fille d'Alberty , La De Sylvia.
Henriette , Pupille d'Alberty , la plle
Thomaffin.
Spinette , Domestique d'Alberty ,la Dile
Lalande.
Arlequin , Domestique d'Alberty , le
Sieur Thomaffin.
Flaminia , Amante de Lelio , la Dlle Riccoboni.
Trivelin , Valet de Flaminia , le Sieur
Dominique.
Horace , oncle de Flaminia , le Sieur P4-
quety.
La Scene eft à Venife .
> ACTE
AOUST. 1726.
1873
ACTE I.
Alberty veut marier fon fils Lelio avec
une fille d'environ onze ans, que fon pere,
en mourant , a laiffée fous fa tutelle avec
cent mille écus de bien . Alberty trouve ce
parti trop avantageux pour le laiffer échaper
; mais par malheur fon fils ne fçau-
Toit fe réfoudre à l'accepter. II eft devenu
amoureux de Flaminia , pendant
quelques années qu'il a paffées à Bou- ,
logne pour y faire fes études. Il déclare
à fon pere qu'il ne fera jamais qu'à Fiaminia.
Alberty, à qui la dot de cent
mille écus tient fort au coeur , fait valoir
en vain l'autorité de pere. Lelio
perfifte toujours dans fa réfolution , ce
qui oblige Alberty de prendre le parti de
faire obferver toutes fes démarches .
Comme fon fils eft encore jeune , il croit.
ne pouvoir mieux faire que de lui donher
un Précepteur , jufqu'au tems du mariage
qu'il a arrêté dans fa tête . Sa jeune
pupille ne le fouhaite pas moins que
lui , & s'en explique même à fon prétendu
, avec une vivacité convenable à fon
âge. Au premier bruit de ce mariage, Flaminia
eft partie de Boulogne avec fon Valet
Trivelin. Elle vient loger vis - à- vis
la maison d'Alberty , ce qui occafionne
Gij
un
1874 MERCURE DE FRANCE .
un changement de Théatre dans le même
Acte. Elle s'informe de tout ce qui
fe paffe chez Alberty ; & ayant appris
qu'il cherche un Précepteur pour fon
fils , elle forme la réfolution de s'introduire
chez fon Amant , fous une fi galante
metamorphofe : voilà ce qui fait la
matiere du premier Acte ; nous n'entrons
pas dans le détail de quelques Scenes
purement accefloires , & qui nous paroiffent
inutiles pour l'intelligence , quoiqu'elles
foient d'ailleurs très - amufantes,
& très- propres au Jeu Italien .
A CTE I I.
Après une premiere Scene , dans laquelle
Sylvia donne des leçons à Henriette
pour le faire aimer de Lelio , Flaminia
paroît dans le fond de la Place avec
Trivelin; elle eft traveftie en Docteur ;
& voyant Alberty à portée de l'entendre
, elle fait une Scene très - vive avec
fon Valet transformé comme elle en Doc .
teur , mais d'une claffe inferieure . La Scene
roule fur les grands Hommes de l'antiquité
, dont Flaminia rabaiffe les vertus,
par les défauts qui ont diminué leur gloire.
Voici par où finit cette Scene qui a
fait beaucoup de plaiſir ;
FlaAOUST.
1726. 1875
Flaminia fous le nom de Frederico..
Enfin , tous ces Heros fi vantez dans l'Hif
toire ,
Avec trop d'injuſtice ont acquis de la gloire ;
Des défauts éclatans les rendent odieux ;
Jamais un faux brillant n'ébloiiira mes yeux.
Ils ont facrifié tous les jours de leur vie
A la noire fureur , l'ambition , l'enve
Plus grand qu'eux mille fois , pur dans mes
actions ,
Je fçais morigener , dompter mes paffions.
Trivelin.
Oui vous êtes vraiment plus fage qu'on ne
penfe ,
La moderation , & furtout le filence ,
Eft la grande vertu qu'en vous on voit briller !
Vous avez le talent de ne gueres parler ...
Mortbleu tous vos difcours ne font que me
confondre ;
On n'a pas feulement le tems de vous répondre.
Alberty qui n'a pas perdu un mot de
ce docte babil , croit ne pouvoir rien fai
re de mieux , que de donner le faux Doc-
Giij teur
1876 MERCURE DE FRANCE.
teur pour Précepteur à fon fils. Flaminia
, fous le nom de Frederico , accepte la
propofition qu'il lui en fait ; mais Lelio
fe revolte au feul nom de Précepteur. Il
ceffe bien- tôt d'être rebelle aux ordres
de fon pere , il reconnoît fa chere Fla
ninia dans ce Précepteur , dont le feul
nom lui faifoit horreur . Cette reconnoiffance
n'éclate point aux yeux d'Alberty
, qui attribue à l'autorité de pere ce
qui n'eft qu'un effet de ce même amour
qu'il voudroit éteindre dans le coeur de
fon fils. Il rentre chez lui après avoir
ordonné au Diſciple d'avoir une entiere
déference aux préceptes du nouveau Docteur
. Henriette recommande au faux
Frederico de difpofer le coeur de fon Eleve
à bien aimer celle qui doit être fon
Epoufe . Frederico ne manque pas de lui
faire cette leçon d'une maniere équivo
que , & qui n'a que Flaminia pour objet.
Sylvia n'a pas plutôt vû le beau Précepteur
, qu'elle en devient amoureuſe ,
ee qui prépare de très jolis incidens
pour le dernier Acte .
·
ACTE III.
Sylvia paroît dans une agitation dont
elle eft allarmée ; elle ne peut bannir
de fa memoire la charmante idée de l'aimable
AOUST. 1726. 1877
mable Précepteur qu'elle vient de voir.
Le foin de fa gloire la détermine à prier
fon pere de le renvoyer. Lelio , à qui elle
en parle , en eft très- allarmé , il la
prie très - férieufement de lui laifler fon
cher Frederico. Alberty vient , & les
fait fortir tous deux pour parler fecretement
à Frederico . Cette précaution irrite
la curiofité de Sylvia , & la fait réfoudre
à fe cacher pour entendre cette
converfation , où elle doit avoir plus de
part qu'elle ne penfe ; en effet , Alberty
charmé d'avoir dans fa maifon un tréfor
auffi précieux que ce nouveau Précepteur
lui propofe , pour le fixer chez
lui , de vouloir bien devenir fon gendre,
en époufant Sylvia . Frederico lui répond
d'une maniere équivoque , qu'il fera
trop heureux de pouvoir entrer dans fa
famille . Sylvia n'a pas plutôt entendu
cette réponſe , qu'elle fort de l'endroit
où elle étoit cachée , pour affurer fon
pere qu'elle n'aura jamais d'autre volon
té que la fienne.
Le dénouement de cette Piece a paru
un peu embrouillé au Public. Le voici.
Trivelin arrive travefti en Spadaffin ;
il eft chargé d'une Lettre qui s'adrefle
au Seigneur Alberty , & qui le fomme
de fe trouver en certain lieu & à certaine
heure , l'épée à la main , avec un
G iiij in1878
MERCURE DE FRANCE.
connu , qui fe dit mortellement offenfé:
Frederico qui a concerté ce nouvel incident
avec Trivelin , lui donne un foufflet
, & le charge de dire à celui qui l'envoye,
qu'il aura affaire à lui, & qu'il eft
prêt à prendre la place du Seigneur Alberty,
qui n'eft pas homme d'épée. Comme
les Spectateurs n'avoient pas été inftruits
`de ce défi , & qu'ils ignoroient quel en
pouvoit être le motif , ils ne s'y font pas
prêtez : Autre incident. Horace , oncle de
Flaminia , ayant appris la diſparition de ſa
niéce , eft parti de Boulogne pour Venife
; il a reconnu Trivelin , malgré fon
traveftiflement en Spadaffin . Inftruit de
tout ce qui fe paffe au fujet de Flaminia,
il en veut demander raifon à Alberty ; de
forte que le faux Frederico eft bien furpris
de fe trouver , l'épée à la main , avec
fon oncle. Sylvia eft bien plus étonnée,
de voir que Frederico & Flaminia ne
font qu'une même perfonne . Alberty confent
à donner cette derniere à fon fils.
La Comedie finit par une fête de Gondoliers.
On a dit dans le dernier Mercure , que
cette Piece étoit de M. G .... c'eft la
derniere dont il a fait prefent aux Comediens
Italiens , comme il a déjà fait
de plufieurs autres qui ont été joüées fur
le même Theatre . La Comedie d'Arlequin
AOUST. 1726. 1879
quin Platon , qui a été jouée avec fuccès
, eft de ce nombre. L'Auteur a retouché
à cette Piece derniere , en la mettant
toute en François , & on doit la reprefenter
l'hyver prochain.
L'OPERA Comique du Sieur Francif
que donna le 29. du mois dernier , la
premiere reprefentation d'une Piece en
trois Actes , intitulée Les Pelerins de
la Mecque , dont voici l'Extrait.
ACTE I.
Le Theatre reprefente la Ville du
Caire , Arlequin ouvre la Scene , en
peftant contre l'Amour , qui réduit fon
Maître , le Prince Ali , frere du Roide
Balfora , à courir les champs depuis deux
années , comme un Avanturier ; & ce
qui lui tient le plus au coeur , c'eſt de
voir fon Maître fans argent . Dans le
temps qu'il maudit fa condition , il
paroît
un Calender , ou Derviche , qui
lui demande la charité . Sur l'aveu qu'Arlequin
lui fait de fa mifere , il lui propofe
de fe faire Calender , en lui vantant
les agrémens de cette condition . Arlequin
accepte la propofition , & prend
que le Calender portoit dans
fon havre-fac à un Peintre François ,
nommé
un habit
G v
1880 MERCURE DE FRANCE.
1
1
nommé Vertigo , qui s'eft arrêté au Car
re en voyageant ; & qui , charmé de la
vie des Calenders , veut l'embraffer.
Le Calender dit à Arlequin que ce
Peintre François eft un homme agréable
, mais qu'il a une maladie étrange :
qu'ayant époufe autrefois une femme qui
le faifoit enrager , il en étoit devenu fou
de chagrin : Qu'à la verité la raiſon lui
étoit revenue , mais non pas fi bien qu'il
n'eût encore quelque reffentiment de fa
folie. Qu'il lui prenoit tout - à - coup des
vapeurs noires qui le rendoient furieux ,
lorfqu'on prononçoit devant lui les mots
de Noce , de Mariage , ou de marier ;
mais qu'heureuſement on diffipoit ces
vapeurs , en lui parlant de peinture.
Dans le temps qu'ils s'entretiennent
tous deux de Vertigo , ce Peintre paffe
par hazard . Le Calender l'appelle. Ar
lequin entre en converfation avec lui.
Ils parlent de Peinture ; Vertigo s'échauffe
, fe vante , & donne plufieurs
fois occafion à Arlequin de prononcer
les termes de Nôce & de Marier. Notre
Peintre fe met en fureur. Le Calender:
& Arlequin l'appaifent ; ce qui rend la
Scene très- comique. Après la Scene du
Peintre , Arlequin reçoit du Calender
toutes les inftructions neceffaires , pour
remplir les devoirs de fon état. Il lui
reA
O UST. 1726. 1881
recommande de fe rendre fur le foir au
Caravanférail , où il loge avec d'autres
Calenders dont il eft le Chef, & où fe
retirent les Pelerins & Pelerines de la
Mecque qui paffent par le Caire.
Enfuite paroît le Prince Ali , qui ,
reconnoiffant Arlequin , lui demande
pourquoi il s'eft déguifé de la forte . Arlequin
lui répond , que c'eft pour le pré.
ferver de la faim , & il l'exhorte à fuivre
fon, exemple , Pendant ce temps - là
le Calender , qui eft natif de Balfora , reconnoît
le Prince Ali , & lui demande
avec étonnement pourquoi il le voit réduit
à mener une vie errante . Le Prin
ce ne lui répond que par des foupirs ;
& Arlequin prenant brufquement la parole
, dit au Calender : Je vais vous le
dire, moi. C'est aux Ecuyers des Chevaliers
Errans à faire ces fortes de Récits .
Alors il lui apprend , qu'Ali ayant
été obligé de fe retirer avec précipitation
de Balfora , pour fe dérober à la fureur
de fon Frere , qui venoit de monter
fur le Thrône , s'étoit réfugié à la
Cour de Perfe : Qu'il y étoit devenu
Amoureux de la Princeffe Rézia , fille
unique du Sophi : Qu'il avoit trouvé
moyen de lui parler , & de s'en faire aimer
; mais que , dans le fort de leur paffion
, le Grand Mogol étoit venu en per-
1. G vj fonne
1882 MERCURE DE FRANCE.
fonne demander la Princeffe en mariage" :
Que le Sophi l'avoit accordée ce qui
avoit fi fort chagriné Rézia , qu'elle en
étoit morte fubitement : Que le Prince
Ali avoit été fi touché de la perte de fa
Maîtreffe , qu'il s'étoit fur le champ éloigné
de la Cour de Perfe ; & que depuis
ce temps - là il ne vouloit recevoir
aucune confolation .
Le Calender fort ; & il entre une
femme qui aborde le Prince Ali , pour
lui donner avis que la Favorite du Sultan
d'Egypte eft devenue amoureufe de
lui , en le voyant paroître aux environs
du Sérail : Qu'elle a fait loüer , pour le
voir fecretement , une maifon magnifique
, ( qu'elle lui montre du doigt ) où
il y a toutes fortes de provifions , & un
grand nombre d'Efclaves pour le fervir.
Arlequin charmé de cette bonne fortune
, preffe fon Maître d'en profiter s
& comme Ali , toujours occupé du fou
venir de Rézia , rejette l'offre qu'on lui
ait , Arlequin le charge fur fes épaules ,
& l'emporte dans la maiſon . Auffi- tôt
le Theatre change , & repréfente un riche
Appartement, où l'on voit plufieurs Eclaves
de l'un & l'autre fexe ' , qui celebrent
par leurs chants & par leurs danfes
l'arrivée du Prince.
ACTE
AOUST. 1726. 1883
ACTE II.
Le Theatre repréfente le même Appartement.
Arlequin importune tant fon
Maître , qu'il le difpofe à voir la Favorite.
Il vient une Dame , qui fait à Ali
toutes les avances d'une femme prévenuë
pour lui . Il répond froidement à fa tendrefle.
La Dame paroît piquée de fon air
indifferent ; mais c'eft en vain qu'elle lui
en fait des reproches , & Arlequin de
fon côté a beau exciter fon Maître à fe
montrer plus vif. Ali apprend à la Dame
, le plus poliment qu'il lui eft poffible
, qu'il ne fçauroit l'aimer ; parce
que le fouvenir d'une perfonne qu'il a
perdue l'occupe fans celle. Alors la Dame
, changeant tout- à - coup de langage ,
fe met à rire , au grand étonnement du
Prince & d'Arlequin , à qui elle apprend
qu'elle n'eft qu'une des Suivantes de la
Favorite , & chante le Rondeau fuivant,
fur l'Air : Qu'une Grifette a de charmans
appas !
A ma Maîtreffe
J'avois promis , Seigneur,
D'ufer d'adreffe ,
Pour fonder votre coeur ;
Mais
1834 MERCURE DE FRANCE.
!
Mais fi mes yeux n'ont pû vaincre votre dou
leur ,
Le Dieu de la tendreſſe
Referve cet honneur.
A ma Maîtreffe.
Elle fe retire , en difant au Prince que
la Favorite va paroître.
Arlequin fe réjouit de ce que cette fille
n'eft qu'une Efclave de la Dame , &
repréfente à fon Maître , que leur fituз-
tion exige qu'il réponde aux bontez de
la Favorite. Il chante ce Couplet , fur
L'air : Quand le peril eft agréable.
Quoi qu'infenfible à ſon mérite ,
Feignez d'adorer fes appas ;
Et trop fincere n'allez pas
Renverfer la marmite.
Il paroît une autre Dame , qui agace
le Prince fi vivement , qu'il en eft troublé.
On croit qu'il va fe rendre aux appas
de celle- ci ; mais , comme on le
preffe de fe déclarer , il chante ce Courplet
, fur l'air : Je ne veux point troubler
votre ignorance.
Quand ma douleur à votre bonté cede ,
Et que pour vous fe declare mon coeur;
De
AOUST. 1726. 1885
De Rézia l'image qui m'obfede ,
Vient triompher de ma naiffante ardeur.
La Dame , au lieu de s'offenfer de cet
aveu , fe met à rire comme la premiere
fois , & chante ce Couplet , fur l'air :
Qu'un Mari foit pulmonique.
J'ai perdu mon étallage :
Vous avez à mes yeux fait
outrage ,
Mais ce qui me confolera ,
Tiralire lira lironfa fa fa ,
Tiralire lira lironfa.
J'aurai pour vengereffe
La Sultane ma Maîtreffe ,
Qui vaut bien votre Rézia ,
Tiralire lira lironfa fa fa ,
Tiralire lira lironfa.
Nouveau fujet détonnement pour le
Prince & pour Arlequin. Cette Suivante
fort , en difant à Ali que fa Maîtreffe
va paroître , qu'il n'a qu'à fe bien tenir.
Après qu'elle eft fortie , Arlequin
recommence à haranguer fon Maître ,
pour qu'il devienne fenfible à l'amour de
la Favorite ; mais comme il apperçoit
la troisiéme Dame qui s'approche , il eft
faifi
1836 MERCURE DE FRANCE.
faifi d'épouvante , & s'enfuit . C'eft Rézia
qui s'avance.
La Princeffe de Perfe & le Prince Ali
font une Scene très - touchante , où Rézia
lui rend compte de l'artifice dont elle
s'eft fervie , pour faire croire la mort à
la Cour de Perfe , de la douleur qu'elle
eut d'apprendre qu'il étoit déja loin
d'Ormus , lorfqu'elle voulut le faire
avertir de fon ftratagême ; & enfin , après
quelles avantures elle eft tombée au pouvoir
du Sultan d'Egypte. Ils prennent
enfuite la refolution de fe fauver la nuit
prochaine , en profitant de l'abfence du
Sultan qui eft à la Chaffe pour huit jours.
Cette Scene eft fuivie d'une fête que Rézia
a fait préparer pour fon Amant . Ce
Divertiffement eft interrompu par l'arrivée
d'une Suivante , qui vient annoncer
le retour imprévû du Sultan. Elle dit
que ce Monarque , à fon retour , n'ayant
pas trouvé Rézia dans fon appartement,
l'a fait chercher par tout le Sérail , &
qu'enfin un Efclave épouvanté lui a tout
découvert . Dans l'embarras où cette nouvelle
jette le Prince & la Princeffe , Ar
lequin leur propofe d'aller chercher un
azile dans le Caravanférail des Calen
ders , où ils pafferont pour des Pelering
de la Mecque L'expédient eft approuvé,
& Arlequin les conduit tous au Caravanférail.
ACTE
AOUST. 1726. 1887
ACTE III.
Le Théatre reprefente une Salle de
Carayanférail. Une Suivante de Rézia ,
habillée en Pellerine , commence l'Acte .
Elle paroît fort contente d'être dans le
Caravanférail , qu'elle croit une retraite
fort affurée contre les recherches du Sultan.
Arlequin furvient. Il s'eft habillé
en Pellerine , pour aller impunément
faire un tour dans la Ville , & pouvoir
entendre ce qu'on y dit de la fuite de
Rézia .
La Suivante & lui ont une converfa
tion galante. Elle lui propofe d'être fon
conducteur dans le voyage qu'ils doivent
faire à la Mecque ; Arlequin accepte la
propofition .
Ils font interrompus par le Prince ,
la Princeſſe & le Calender. Arlequin
fort pour aller en Ville. Ali témoigne
quelque inquiétude au Calender , qui le
raffure. Rézia fait prefent à fon Hôte
d'un gros brillant, & lui fait de grandes
promeffes. Le Calender les renvoye en
leur vantant fon integrité. Il refte ſeul
un moment. Après quoi Arlequin revient
fort trifte. Il apprend au Calender
que toute la Ville eft en rumeur , & que
le Sultan a promis dix mille fequins d'or
1888 MERCURE DE FRANCE.
à celui ou celle qui lui découvrira le
lieu où s'eft retiré la Favorite Le Calender
, après l'avoir écouté avec attention
, le quitte fous prétexte d'aller faire
préparer à dîner.
Arlequin fe félicite d'avoir choisi un
fi bon azile. Un nouveau Calender arrive.
Il prend Arlequin pour une veritable
Pelerine, & veut lui en conter . Fen
dant qu'Arlequin
s'en divertit , les Efclaves
de Rézia accourent, en pouffant de
grands cris , aufquels le Prince & la
Princeffe viennent avec précipitation
pour en demander la cauſe. On leur apprend
que des Gardes du Sultan ont invefti
le Caravanférail
. Ils fe défolent tous,
& un moment après on vient annoncer
l'arrivée du Sultan .
Ce Monarque irrité entre , & veut
dans fa fureur maffacrer les deux Amans;
mais une réflexion l'arrête . Il ne veut
pas , dit -il , fouiller fa main du fang de
deux fcelerats . En même temps il ordonne
qu'on les mene au fupplice. Le Frince
& la Princeffe bravent fa colere . Les
Suivantes de Rézia & Arlequin fondent
en larmes , & nomment le Prince de Balfora
& la Princeffe de Perfè , en déplorant
leur malheur. Le Sultan retenu par
les noms qu'il vient d'entendre
s'éclarcir de la verité, Arlequin lui dit
veut
que
AOUST. 1726 1889
que le Calender , qui eft de Balfora , con÷
noft le Prince Ali. Le Sultan interroge
le Calender , qui lui dit que rien n'eſt
plus veritable . Alors les deux Amans
craignant que le Sultan ne renvoye la
Princeffe de Perfe au Sophi fon pere , &
ne livre le Prince de Balfora au Roy
fon frere , dépouillent leur fierté & le
profternent aux pieds du Monarque , non
pour lui demander la vie , mais pour le
prier de ne pas tirer d'eux une fi cruelle
vengeance. Rézia lui dit , fur l'air , le
beau Berger Tircis.
Rezia.
Ordonnez qu'au trépas ,
L'un & l'autre on nous mene.
Ali.
Nous vous demandons , helas !
Cette faveur inhumaine !
Rézia .
Seigneur que votre haîne
Ne nous fepare pas !
Le Sultan fe laiffe infenfiblement attendrir
; & après quelques explications
leur fait grace. Il'leur offre un azile dans
fes Etats .
Comme le Sultan a promis dix mille
Se1890
MERCURE DE FRANCE.
Sequins d'or à celui qui lui apprendroit
où s'étoit retirée fa Favorite , il dit qu'il
va s'acquitter de fa promeffe : Qu'on
délivre , dit- il , cette fomme à ce Calender,
pour m'avoir donné des nouvelles de Rézia
, & qu'enfuite on l'empale , pour avoir
trahi le frere de fon Roy. Arlequin &
tous les Efclaves applaudiffent au châtiment
du traître. Le Galender ſe jette
aux genoux d'Ali , pour le prier d'interceder
pour luis ce que ce Prince fait ,
mais inutilement. Le Calender s'adreffe
à Rézia & lui dit , fur l'air : Quand on
a prononcé ce malheureux oui .
Le Calender.
Ma Princeffe ! foyez de grace , ma patrone.
Rézia au Sultan.
Seigneur , il fe repent. ,
Le Sultan.
Hé bien , je lui pardonne.
Puifqu'un remordfuffit pour appaifer les Dieux?
Un Sultan auroit tort d'en exiger plus qu'eux.
Arlequin s'approche du Sultan , le
regarde fous le nez , & lui porte la main
fous le menton. Un Garde , choqué de
ce manque de refpect , vient le tirer rudement
par l'épaule. Arlequin lui dit en
déclamant :
DonAO
UST. 1726. 1891
Arlequin.
Donne- moi le loifir de le confiderer.
Le Garde.
*
Et quel est ton deffein ? Que veux- tu ?
Arlequin .
L'admirer,
Le Sultan fe retire , & Rézia dit aux
perfonnes de fa fuite , fur l'air : Quand
Le péril eft agreable .
A la Mecque en pellerinage ,
Allons dès ce jour , mes enfans ,
Du Prophete des Mufulmans ,
Reconnoître l'ouvrage.
- Les Pellerins & Pellerines de la fuite
de Rézia paroiffent , & une Suivante
adreffant la parole aux Pellerines , leur
dit , fur l'air ; Amis , ne parlons plus de
guerre.
Allons , fillettes mes Compagnes ,
Raffemblez -vous !
A traverfer bien des Campagnes ,
Préparons-nous,
* Vers & Traies tirez de la Tragédie de
Pyrrhus.
Prenons
1892 MERCURE DE FRANCE.
Prenons chacune en ce voyage ,
Un Pellerin ,
Qui nous amuſe & nous foulage ,
Dans le chemin.
11 fe fait une Danfe de Pellerins , entremêlée
de chants , & la Piece finit par
un Vaudeville , qui roule fur les avantures
des Pellerinages .
Cette Piece a paru de bonne main , auffi
eft-elle fort fuivie & fort applaudie.
TRAGEDIE DES JESUITES.
On fçait que dans beaucoup de Colleges
on exerce la jeuneffe de temps.
à autres par la réprefentation de quelque
Tragédie , de Drames comiques &
qu'on y danfe fouvent des Balets. Les
Jefuites du College de Louis le Grand ,
n'y manquent pas tous les ans. Ils fe
donnent beaucoup de foins pour procurer
ce divertiffement à leurs jeunes Eleves
& au Public , qui y prend toûjours
part. Divertiffement qui eft très - utile
aux Ecoliers pour les former à la Chaire
& au Barreau , & à leur faire prendre
des manieres aifées & fibres pour pouvoir
parler en public avec grace.
La Tragédie que ces Peres ont fait réprefenter
cette année , le mardy 6. de ce
mois ,
AOUST. 1726. 1893
mois , pour la diftribution des Prix , fon
dez par le Roy , avoit pour titre , Lucius
Junius -Brutus , Premier Conful des Romains.
Sujet.
Lucius-Junius- Brutus avoit engagé les
Romains à chaffer du Thrône Tarquin
le Superbe , dont la tirannie étoit devenue
infupportable , & dont le fils avoit
deshonoré Lucrece. Le Roy éxilé envoya
fes Ambaſſadeurs à Rome , fous prétexte
de redemander fes biens ; mais en effet
pour tramer quelque confpiration en fa
faveur , ce qu'ils firent. Tibere & Titus ,
tous deux fils de Brutus , entrerent dans
les interêts des Tarquins ; mais la conjuration
fut découverte , & le Confult
condamna fes deux fils à mort. Brutus
avoit alors pour Collegue dans le Confulat
Publius Valere , ainſi que le rapporte
Tite- Live dans le fecond livre de fon
Hiftoire.
La Scene eft dans le Palais de Brutus .
Cette Tragédie eft une des plus belles
du P. Porée. C'eft le plus bel éloge qu'on
en puiffe faire après cela , il feroit inutile
d'ajoûter qu'on admira dans cette Piece
la nobleffe du ftile , l'élevation des
fentimens , la beauté des caracteres , la
conduite de l'intrigue , enfin la vertu
Ro1894
MERCURE DE FRANCE.
Romaine dans tout fon jour. Nous n'en
donnerons ici qu'une idée generale ; &
pour le faire d'une maniere digne de
Ï'Auteur , nous nous fervirons de fes
propres termes : voicy comme il s'explique
dans un Prologue François , qui
fut dit avant la Piece .
Nous allons reproduire un Héros fur la Scene ,
Qui voulant affurer la liberté Romaine ,
Après avoir chaffé de ſuperbes tyrans ,
Au bien de la Patrie , immòle fes enfans.
Pere autant malheureux que Juge inexorable ,
Il diffimule envain la douleur qui l'accable ;
Plus il montre au dehors de fierté , de rigueur ,
Plus il fent de combats s'élever dans fon coeur.
Quand il veut condamner & perdre ce qu'il
aime ,
Tout fon fang fe révolte , il s'accufe lui-même,
Tantôt il veut frapper , tantôt il ne veut pas.
Un bras pare les coups que porte l'autre bras.
Il fçait qu'il eft Conful , mais il fent qu'il eft
pere ,
L'un & l'autre a fes droits , il veut les fatisfaire
;
L'amour de la Patrie eft toûjours le plus fort ;
Mais l'amour paternel fait un puiflant effort.
Enfin
AOUST. 1726. 1895
Enfin celui-cy cede à la vertu rigide ,
D'un pere malgré lui cruel & parricide , &c.
Ceux qui fouhaiteront avoir un Extrait
plus détaillé de la Piece , peuvent
confulter le Placard qui fait le précis ,
non-feulement de chaque Acte , mais
encore de chaque Scene.
Le P. Porée joignit à cette Tragédie
un Ballet dont voici le titre . L'Homme
inftruit par le Spectacle , ou le Theatre.
changé en Ecole de vertu. Le Lecteur
nous fçaura gré , fans doute , de l'Extrait
que nous en allons faire.
Deffein & divifion du Ballet.
On ne prétend pas dans ce Ballet ;
juftifier le Théatre des reproches qu'on
lui a faits , & qu'il n'a que trop fouvent
méritez , on veut feulement faire voir
que fans détruire les Spectacles , on peut
les changer en inftructions auffi utiles
qu'agréables. Pour executer ce deffein
on a embraffé les quatre genres de Spectacles
qui regnent fur la Scene , & " qui
femblent compofer le Théatre ; fçavoir ,
La Tragédie , la Comedie , le Ballet &
l'Opera.
Un Prologue qui fut déclamé par le
Prince de Lowefiftein , développe encore
mieux le deffein.
H L'i
1896 MERCURE DE FRANCE.
Prologue .
L'ignorance eft notre appanage ,
Elle précede la raiſon ;
Elle la fuit , & dans tout âge
Nous avons befoin de leçon.
Mais fi nous voulons nous inftruire ,
Les leçons ne nous manquent pas ;
Nous en avons pour nous conduire ,
En tout temps , dans tous les états.
Le Théatre , ce champ ſtérile ,
Semé de dangers & d'ennuis ,
Peut même devenir fertile ,
Et des fleurs il naîtra des fruits.
En voyant une trifte Scene ,
Qui nous force à verfer des pleurs ;
Pour le crime on prend de la haine ,
On s'attendrit fur les malheurs.
Sur nos deffauts , la Comedie
Aime à répandre le mépris ;
Et mieux que la Philofophic ,
Corrige l'homme par les ris.
L'Opera,
AOUST. 1726. 1897
L'Opera , par les airs fublimes
Peut nous exciter à fan tour ;
Mais il doit chanter les maximes
De la vertu , non de l'amous.
La Danfe même a fon langage ,
Elle inftruit par les mouvemens ;
Et femble nous offrir l'image
Du coeur & de fes fentimens.
Toutes ces leçons afforties ,
Vont entrer dans un feul deſſein
Dont les differentes parties ,
leur fin. Auront l'homme inſtruit pour
Notre Théatre eft une Ecole
Pour le Spectateur curieux ;
Et nous y formons fans parole ,
L'efprit & le coeur par les yeux.
OUVERTURE.
Des hommes de differens âges & de
differentes conditions , paroiffent fatiguez
des inftructions férieufes que leur don
nent des Philofophes . Ils demandent à
Jupiter du délaffement. Ce Dieu leur en-
Hij
voye
1898 MERCURE DE FRANCE . 3
voye la Tragédie , la Comédie , le Gés
nie de la Danfe , & le Génie de la Mufique
, pour inftruire les hommes en les
divertillant .
PREMIERE PARTIE .
La Tragedie.
La Tragedie , telle qu'on l'a reçûë
des Grecs , ne connoît que deux paffions ,
la terreur & la pitié. Son but eft d'infpirer
à l'homme de l'horreur pour le
crime , & de la compaffion pour les malheureux
. Le Festin d'Atrée & de Thyef
te , les Tranfports d'Orefte agité par les
Furies , la Defcente d'Hercule aux Enfers
, pour en retirer l'Ombre d'Alcefte ,
les Combats d'Etheocle & de Polynice ,
font les fujets des quatre Entrées de
cette premiere Partie , & fourniffent un
Spectacle auffi varié que brillant.
SECONDE PARTIE.
La Comédie.
La Comédie inftruit l'homme en lui
faifant voir le ridicule attaché à plufieurs
défauts qui fe rencontrent dans la vie
civile. Dans les differentes Entrées on
voit paroître differentes perfonnes , qui
donnant dans le ridicule , font en bute
aux
AOUST. 1726. 1899
*
aux traits de la Com die , des Petits-
Maîtres , des Joueurs , &c.
6
TROISIEME PARTIE,
Le Ballet.
Le Ballet qui eft une peinture mou
vante , peut inftruire l'homme en reprefentant
les divers caracteres des vertus
& des vices , ou en imitant les actions
loüables & dignes d'imitation . Dans la
premiere Entrée de cette Partie , Terpficore
forme de jeunes gens à la Danfe
& leur apprend à compofer leurs mouyemens
& leurs démarches ; dans la feconde
, les Lacédémoniens voulant infpirer
à leurs enfans de l'horreur pour
l'intempérance , font danſer devant eux
des Efclaves pris de vin. Dans la troi-
Géme , de jeunes Theffaliens s'éxercent
au métier de la Guerre , en danſant la
Pyrrhique . Enfin dans la quatrième , un
Seigneur de Village préfide à une danfe
champêtre où les Payfans font une eſpece
d'exercice avec les inftrumens de
Î'Agriculture.115
QUATRIEME PARTIE.
L'Opera.
L'Opera, qui eft une Poëfie - Chantante,
peut confacrer fes chants à la vertu , &
Hiij cele
1900 MERCURE DE FRANCE:
fans
celebrer les Exploits
es Héros ,
juftifier leurs foiblefles. Alors il devien
dra inftructif & ne fera plus regardé comme
un Ouvrage dangereux & propre à
féduire le coeur par les maximes d'un
amour profane. Dans cette partie , Apollon
fait le choix des Dieux qui viennent
pour être admis dans l'Opera ; il exclud
tous ceux dont le caractere peut avoir
quelque chofe d'indécent ou de burlefque.
Les Habitans de l'Ile de Cithere
viennent lui demander place pour la
Déelle qu'on révere en leur Pays ; mais
il les refufe , & ne veut point d'une Divinité
qui profane fes Vers & fes Chants.
Le Génie de la France , qui paroît accompagné
de la Renommée , finit cette
quatrième Partie ; il vient prefenter
aux François le Portrait de leur Roy
& les invite par une efpece de Cantate
, à lui rendre hommage par leurs
Concerts. On fera peut- être bien- aiſe de
voir les Vers qui furent chantez en cet
endroit . Les voici.
Le Génie de la France.
De votre Roy , Peuples , voici Fimage.
Contemplez cet air de grandeur ;
Cette douce fierté peinte fur fon vifage ,
Ces traits , ces nobles traits vous dévoilent
fon coeur.
Par
AOUST. 1726. 1901
Par vos Concerts venez lui rendre hommage ;
Celebrez dans vos Jeux,
Un Roy , que la ſageſſe
Guide dès fa jeuneſſe .
Celebrez dans vos Jeux ,
Un Roy qui veut vous rendre heureux.
Choeur.
Celebrons , &c.
Il fçait que fon peuple l'aime.
Pour lui donner à fon tour
Des preuves de fon amour
Il le gouverne lui - même .
Choeur.
Celebrons , &c.
Loin de lui , la folle yvreffe ,
Qui fait aux Rois tout vouloirs
Pour ufer de fon pouvoir ,
Il confulte fa tendreffe .
Choeur.
Celebrons , &c.
A fes Sujets il partage
Son coeur , fon temps & fes foins ;
Hiiij
At1902
MERCURE DE FRANCE.
Attentif à leurs befoins ,
Il les fent , il les foulage.
Choeur.
Celebrons , &c.
Sur fon Bifayeul Augufte ,
Louis prétend fe regler.
Ah ! puiffe-t'il égaler ,
Un Roy fi grand & fi juſte.
Choeur..
Celebrons , & c.
De fon fang la France efpere
Voir bien - tôt fortir des Rois ;
Peuples foumis à fes Loix ,
Il est déja votre pere.
Choeur.
Celebrons , & c.
aJ
Mais qu'entens-je ? & quel bruit vient troubler
cette fête ?
Ciel fur qui lances - tu tes coups ?
Appaife ton courroux ,
Epargne une fi chere tête.
Choeur.
AOUST.
1903 1726.
Choeur.
Ciel exauce nos voeux ;
Le repos de la France & de l'Europe entiere ,
Dépend d'une tête fi chere.
Ciel exauce nos voeux.
Vive , vive ce Roy qui veut nous rendre heureux.
Le Génie de la France...
Peuples , raffurez-vous , banniffez les allarmes ,
Vos voeux font exaucez ;
Vous avez tremblé , c'eft affez.
Le Ciel vous épargne les larmes.
Il avoit fes deffeins . En tremblant pour Lois ,
Vous avez mieux fenti fon prix.
L'objet pour qui l'on craint , n'en a que plus
de charmes.
Cheur.
Le Ciel exauce nos voeux ,
I Pouflons des cris d'allegreffe .
Chantons & redifons fans ceffe ,
Vive , vive ce Roi qui veut nous rendre heur
reux.
L'execution de ce Ballet fut auffi heureufe
que l'invention en étoit ingénieufe ,
H v &
1904 MERCURE DE FRANCE .
& fit beaucoup d'honneur à Meffieurs
Laval & Malterre l'aîné , qui s'étoient
chargez de la compofition des Danſes.
XXXXXXX XXXXXX XX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE
N apprend de Conftantinople , que le Major
General Romanfoff, Envoyé Extraordinaire
de la Czarine , avoit eu le 24. du mois de
May dernier fon Audience de congé du Grand
Vifir , que le lendemain ce Miniftre s'étoit embarqué
pour Trébifonde , d'où il a dû fe rendre
par terre dans la Province de Schirvan , où il
fera joint par les Commiflaires que le Grand-
Seigneur a nommez pour regler avec lui les li
mites des Provinces conquifes dans la Perfe , par
les Troupes du feu Czar , & par celles de Sa
Heureffe.
On apprend auff , qu'au commencement du
mois de Juin , l'Armée du Grand - Seigneur
avoit pris la Ville de Cafbin , Place importante
, fituée fur les confins du Chilan , entre Tauris
& Ifpahan , & que cette Armée qui eft de
70. mille hommes , marchoit vers cette derniere
Ville pour en faire le fiege. On affure que
le neveu du Prince Thamas , fils du Roi de Perfe
dethrôné , qui , après avoir été conduit pri
fonnier à Conftantinople par les Turcs l'année
derniere , & avoir embraflé la Religion Mahometane
, avoit été renvoyé en perfe , avec le
titre de Pacha à deux queues , a beaucoup contribué
AOUST. 1726. 1995
tribué à la prife de l'importante, Ville de Cal-
.bin.
On a appris d'Alger , qu'il y étoit revenu
trois Corfaires avec cinq prifes Hollandoifes ,
que le Conful de la Nation Françoife avoit fait
relâcher quatre Juifs qui étoient fur ces prifes ,
& que l'on vouloit faire Efclaves , quoiqu'ils
fuffent munis de Pafleports de France , que dans
le dernier Divan le Dey avoit fait un détail des
pertes que la Regence avoit fouffertes , depuis que
I'Efcadre Hollandoife étoit dans le Détroit de
Gibraltar , ou dans la Mediterranée ; qu'il pa
roiffoit par ce détail , que les Vaiffeaux , les deux
Chevaux blancs , commandez par Muftapha
Rais , de 44. canons chacun , avoient été coulez
à fond par le Vice-Amiral de Sommerfdick;
que le Soleil d'or , de so. pieces de canon , avoit
été forcé de le brifer contre la pointe de Tanger
; que la Prife Hambourgeoife , de 14. canoas
, commandée par Ali , avoit été coulée à
fond vers la côté de Tetuan ; qu'une autre barque
de ro. canons & de trois pierriers , avoit
été obligée d'échouer près de Ceuta , que l'Ami -
ral d'Alger , de 18. canons , commandé par
Beckier - Rais , avoit été fi maltraité par le
Vaiffeau de guerre Hollandois du Capitaine
l'Auge , que pour le fauver , aprés avoir perdu
fes mâts , il avoit été obligé de fe fervir de ra
mes , ce qui avoit fait mourir de fatigue une
partie de l'Equipage , & qu'il étoit entré dans
le Port d'Alger hors d'état de fervir ; que le
Lion blanc , commandé par Soliman Raïs , avoit
eu un même fort; Que le Capitaine Gizzan ,
fameux Corfaire , qui commandoit la Refe , de
5o. canons , avoit été tué dans un combat , avec
près de la moitié de fon Equipage ; que ce Vaiffeau
, qui eft préfentement commandé par un
Renegat Ecoffois , étoit actucilement gardé à
H vj Vue
1906 MERCURE DE FRANCE.
vûë dans un Golfe , par un Vaiffeau de guerre
Hollandois , que vrai femblablement il y feroit
pris .
On mande d'Alexandrie , que la pefte y étoit
confiderablement diminuée , mais que les grandes
chaleurs du mois de Juin y avoient fait naître
d'autres Maladies Epidémiques , qui faifoient
mourir beaucoup plus de monde.
RussiE.
TRADUCTION de la Lettre du Roy de la Grane
de Bretagne à la Czarine.
GEORGE , par la grace de Dieu , Roy de la
Grande Bretagne , à la tres - Haute , tres- Puiffante
& tres- illuftre Princeffe , notre tres - chere
foeur , la Grande Dame Catherine Czarienne &
Grande Ducheffe de toute la grande , petite &
blanche Ruffie, feule Monarque de Mofcovit, & c
Salut . Bonheur & Profperité.
TRES- HAUTE , tres Puiffante & tres- Illuftre
Princeffe ,
Comme votre Majeftê ne pourra das diſconvenirque
les grands préparatifs de guerre qu'el
le fait en temps de paix tant par mer que par
terre , ne nous donnent que de grands &justes
fujets d'ombrage , auſſi - bien qu'à nos lliez
dans ces quartiers vous ne ferez pas ſurpriſe
de ce que nous avons envoyé une forte Efcadre
de nos Vaiffeaux de guerre dans la Mer Baltique
, fous le commandement de notre Amiral
le Chevalier Charles Vvager , pour obvier aux
dangers qui pourroient naître d'un armement
f extraordinaire .
Votre Majesté fçait fort bien combien nous
avons fouhaité de conferver non seulement la
tranquillisé
AOUST. 1726. 1907
tranquillitépublique dans l'Europe , mais auffi
de vivre dans uneparfaite & bonne intelligence,
& de cimenter uneferme & durable amitié
entre notre Couronne Royale de la grande Bretagne
celle de Ruffie.
Nous n'avons pas manqué de donner dans
toutes les occafions des marques convaincantes
de ces intentions pacifiques & amiables ,
V.M. doi fort bien fe fouvenir d'une inftance
évidente de cela, lorfque nous déclarâmes d'être
prets & difpofez d'entrer conjointement avec
notre bon frere le Roy de France , en alliance
avec feue S. M. votre Seigneur & Epoux, à des
termes des conditions qui pourroient s'accorder
avec la paix du Nord, & qui fuffent compatibles
reciproquement avec les interets , la dignité
& l'honneur des Parties contractantes.
Nous ne doutions pas que de telle forte une
fincere réconciliation entre nous & feu votre
Epoux ne pourro t être ajustée , & une entiere
amitié & bonne harmonie établie entre nos Do
maines & Peuples , pour leur bien & pour leur
avantages mutuels , & que de même la Paix &
la tranquillité du Nord feroit affermie fur de
folides durables fondemens.
3 Pour parvenir à ces grandes & bonnes fins
conformement aux intentions de fiue S. M.
defquelles le Ministre de S. M. Tres- Chrétienne
avoit fait des rapports ſouvent rêïterez ; onfit , de concert avec la Cour de France , le Plan
d'un Traité qui fut envoyé à feuë S.M. pourſon
approbation confentement final ; mais la
perfection de ce bon & fouhaitable ouvrage fur
prévenu par la mort soudaine & inopinée de
feuë S. M.
Cependant comme nous gardions toujours les
mêmes bonnes intentions pour conferver la paix
du Nord , & pour renouveller notre ancienne
amitié
·
1908 MERCURE DE FRANCE.
3
amitié avec la Couronne de Ruffie , nous fimes
d'abord après l'avenement de V. M. au Trône ,
déclarer conjointement avec S. M.T.C que nous
étions difpofez à conclure & finir le Traitéfuf
mentionné , ne doutant en aucune façon que
V.M. n'acceptat volontiers une propofition fi
manifeftement avantageufe à fes Domaines &
Sujets , qui tendoit tant à la confervation
de la Paix publique ; mais il faut que nous
avoüions d'avoir été rouchez fenfiblement de
voir nos attentes nullement accomplies , par la
maniere dont on répondit aux offres obligeantes
& amiables qu'on fit de notre part , puifqu'après
un long & vain délay, nous trouvámes
que les Miniftres de V. M. infiftoient fur des
changemens dans le Traité projettésqui ne coneernoit
pas les interêts de l'Empire de Ruffie, &
qui n'étoient pas feulement contraires aux engagemens
folemnels aufquels Nous & S.M.I.C.
nous fommes obligez envers d'autres Puiffances,
mais qui auroient enveloppé toutes les Couronnes
du Nord dans de nouveaux troubles &
confufions.
Nous ne pouvons non plus cacher à V. M. la
furprife extrême où nous fommes , de ce que pendant
que nous continuons les négociations amiables,
& que nous n'avons donné la moindre provocation
de notre part , nous avons été informez
qu'on prenoit des mesures à votre Cour en faveur
du Prétendant à notre Couronne , & qu'on
donnoit de grands encouragemens à fes adherans.
Aprèsce que nous venons de reprefenter, V.M.
ne fera pas furprise , que Nous , étant obligez
indifpenfablement à pourvoir à la fureté de nos
domaines , de fatisfaire à nos engagemens avec
nos Alliez & de maintenir la tranquillits publique
dans le Nord , qui , à ce qu'il femble, :fs
fortement
A O UST. 1726. 1909 .
fortement menacée par les préparatifs que V.M.
vient defaire ; ayons cru neceffaire d'envoyer
une forte flote de nos Vaiffeaux de guerre dans
la Mer Baltique, & que nous avons donné ordre
à notre Amiral qui la commande, de tâcher
de prévenirde nouveaux troubles dans cesQuartiers
, en empêchant la Flote de V. M. de fortir
en cas que vous perfiftiez dans votre réſolution
de la mettre en mer , pour executer les deffeins
que vous pourriez avoir en vûë.
Mais comme nous fommes fermement intentionnez
de vivre en paix en amitié avec V.
M. nous fouhaitons de tout notre coeur que V.M.
refléchiffant férieuſement fur le véritable interêt
de fon peuple , lui veuille permettre dejouir
des benedictions de cette paix qu'il a achetée
au prix de tant de Sang & de Tréfors , fous lá
conduite de feue S. M. & que plutôt que d'entrer
dans des mesures, qui inévitablement plongeroient
la Ruffie dans une guerre , & tout le
Nord dans une confufion , V. M. veuille donner
des preuves convaincantes à fon peuple & à
tout le monde de fon inclination pour la paix
& de fa bonne difpofition à vivre en repos avec
fes voisins.
·
Sur cela , Tres - Haute , Tres Puiffante &
Tres- Illuftre Princeffe, Donné à notre Cour, dans
notre Palais Royal de S. James , le 11 Avril
1726. dans la douzième année de notre Regne .
Votre affectionné , GEORGE , Rex.
RE'PONSE de la Czarine , à la Lettre du Roy
de la grande Bretagne.
J
Nous avons bien reçu la Lettre amiable &
fraternelle de Votre Majesté Royale , du 11 d'auril
, par laquelle il lui plait de nous déclarer
que les préparatifs de guerre que nous avons
t
faiis
T
.
1910
MERCURE
DE FRANCE
.
faits , avoient engagé V. M. R. à envoyer une
puiffante Flote dans la Mer Baltique, afin d'obvier
à toutes les entrepriſes que nous pourrions
faire pour troubler la tranquillité du Nord :
& qu'à cet effet V. M. R. avoit ordonné à fon.
Amiral Wager d'empêcher notre Flote d' entrer
en mer.
Nous ne défavoüerons pas que nous avons
été bien furprise de ne recevoir votre Lettre
qu'au même inftant que votre Flote parut fur
nos côtes , & après qu'elle avoit jetté l'ancre
devant Revel , puifqu'il auroit été plus confor
me à l'ufage établi parmi les Souverains , plus
conciliable avec l'amitié qui a fubfiftéfi longtemps
os entre nos Royaumes & la Couronne de la
Grande Bretagne , fi V. M. R. avoit trouvé bon
de s'expliquer avec nous fur l'ombrage que
lui pouvoit donner notre armement , & dattendre
là-deffus notre réponse avant que de paffer
à un pas fi offençant .
V. M. R. auroit pu enfuite auffi , fans faire
tant d'éclat & de dépense , être affurée de nous,
- que nous cherchons auſſi peu à troubler le repos
du Nord , que nous apportons tous nos foins &
toutes nos attentions à ne pas feulement affermir
pour le prefent , mais auffi pour l'avenir .
cette tranquillité du Nord , qui nous intereffe
plus que V. M. R. & à éloigner tout ce qui
pourroit donner occafion à l'alterer.
Et comme V. M. R. eft pleinement informée
de ce qui a été traité dans les négociations qu'il
eut entre S. M. Imperiale , notre Seigneur&
Epoux,de glorieuse mémoire , enfuite entre nousmemes
entre S. M. le Roy de France ; elle ne
peut qu'être perfuadée de cette notre fincere
intention ; & nous remettons à votre propreju .
gement , comment nous & tout le monde avec
nous doit envisager cette démarche toute extraordinaire
AOUST. 1726. 1911
*
2
13
traordinaire de V. M. R. fi on en peut préfumer
autre chofe , finon qu'elle a formé contre
nous des deffeins fort préjudiciables , & que
par conféquent elle incline de fon côté à donner
occafion à de nouveaux troubles dans le Nord ,
enprenant , au défaut d'autre fujet legitime ,
ledit armement pour pretexte, quoiqu'il n'y buse
aucunement . L'apprehenfion où nous sommes
à cet égard , paroît d'autant mieux fondée, que
V& M.R. nous charge encore dans la Lettre de
chofes dont nous aurions lieu de nous plaindre
avec beaucoup de juftice.
•
Il eft inutile d'alleguer icy l'amitié fincere
que S. M. Imperiale , notre Seigneur & Epoux ,
de glorieufe memoire , vous a porté; & toute la
terre fçait combien cette amitié vous a été utile
avantageuse. V. M. R. n'ignore pas non plùs.
de quelle maniere alle en a agi en échange avec
mondit Seigneur & Epoux; & que par une gran
deur d'ame , S. M. Imperiale a mieux aimé diffimulerfur
tout cela , que d'entreprendre la
moindre chofe qui auroit pû donner atteinte à
Pamitié conftante qui a toujours fubfifté entre
la Ruffie & la Grande Bretagne .
Sadite Majefté Imperiale n'auroit jamais ph
donner des preuves plus convaincantes de fes
intentionsfinceres à conferver cette bonne amitié
, qu'en acceptant genereufement
les bons
offices , offerts par S. M. le Roi de France , pour
le rétablissement d'une parfaite intelligence
avec V.M. R. & en fe declarant refoluë & difpofée
à vouloir non feulement ensevelir dans un
oubli éternel toutes les injures reçûës de V. M.
quoique fans les avoir meritées,mais auffi d'entrerà
des conditions raisonnables avec elle
avec la Couronne de France , dans un engage
ment plus étroit dans une alliance deffenfive.
Les conditions proposées par fadite Majefté
Imperiale ,
1912 MERCURE DE FRANCE.
Imperiale , à la requifition du Roy de France,
m'ont pasfeulement été trouvées juftes dès le
commencement; mais S. M. T. . a fait efperer
plus d'une fois , que tout ainfi que ces conditions
pourroient fort bien être conciliées avec
les engagemens pris avec la France, avec V.M.
d'autres Puiffances , elles pourroient de même,
à l'égard de cette alliance, étre ajustées &
regléesfelon l'équité de lajustice , pour l'affermiffement
entier de la tranquillité du Nord's &
par confequent ce ne font pas des conditions
nouvelles , mais les mêmes que V. M. R. fait
tant éclater prefentement ; & puifque dans la
derniere réponse qui nous a été communiquée du
côté de la France , V. M. déclare elle-même la
chofe équitablezil eft bien fenfible ,que ce nonobstant
V. M. ne rejette pas feulement tous les
moyens amiables équitables pour l'ajuster ,
mais qu'elle veuille nous obliger à accepter
des conditions directement opposées à notre interêt,
& , quiplus eft, à notre honneur &reputation
, & même à la justice . Nous ne pouvons
croire par ces circonstances , que les Miniftres
de V M. ayent eu une intention férieuſe de conclure
cette alliance ; mais que l'envoy de l'EScadre
des Vaiffeaux de guerre, accompagnée des
ordres qui ne peuvent que faire entrevoir une
interruption d'amitié & la naiffance de nouveaux
troubles dans le Nord , n'eft qu'une fuite
de l'animofité que quelques - uns de vos Miniftres
ont temoignée par tout &
publiquement
contre nous pendant tant d'années. La chofe
paroît évidemment par le fait que V. M alle-
-gue, nous met encore à charge au fujet du
Prétendant. Vos Miniftres ont fort bien compris
que toutes les raisons par eux alleguées , qui ,,
Jans cela , ne regardent pas proprement les interêts
de la grande Bretagne , mais qui font
plusôt
AOUST. 1726. 1913
plutôt entierement oppofées aux Traitez folemnels
qui fubfiftent entre la Grande-Bretagne &
d'autres Puiſſances , ne font point admifibles ,
qu'elles nefont pasfuffifantes à juftifier auprès
des perfonnes defintereffées leurs violentes
entreprises ; & comme ils ne peuvent trouver
d'autre raifon , il faut que cette accufation
frivole& furannée vienne au jour , & que fur
le même pied que du passé , elle ferve de pretexte
principal pour toutes les demarchesfi pen
amiables faites contre nous.
Quoique la nullité de cette accufation ait
efté prouvée tant de fois, & que le temps auffibien
que l'experience , falle voir que ces prétendus
engagemens n'ont exifté en aucun endroit
que dans l'imagination des Miniftres de
V. M. R. & que lafacilité que nous avons apportée
de notre côté aux dernieres negociations.
ne doivent pas moins convaincre V.M.R.de leur
malice & faufferé, que les difpofitions que nous
avons temoignées à accorder lagarantie qu'elle
nous a demandée ; nous voulons cependant bien
encore, pardeffus tout, affurer V.M. R. que nous
lui portons trop d'amitié pour vouloir caufer à
V.M. & à la na ion Britannique aucune inquietude
par des engagemens que nous pour
rions prendre avec le Prétendant. Au reste , il
depend bien du bon plaifir de V. M. de donner
àfon Amiral les ordres qu'elle trouve à pr posi
mais V.M. R. conviendra auffi avec nous, que
votre deffenfe ne nous empêcheroit pas de faire
fortir notre Flote , fi nous le trouvions à proposi
& qu'en qualité de Souveraine & d'Imperatrice
, qui ne depend que de Dieu feul , nous pretendions
auffi peu de recevoir des Loix de perfonne
, que de nous oublier au point d'en vou
loir donner aux autres . Nous fommes fans cela
toute prête & difpofée à entretenir avec V. M.
ર
R.
+
1914 MERCURE DE FRANCE .
R. une bonne harmonie , & nous n'entrepren
drons rien qui puiffe interrompre l'amitié fi
bien établie entre les deux Royaumes depuis
tant d'années . Et comme de notre côté nous declarons
franchement que cette amitié ne peut
être que fort utile à Nous , à nos Royaumes &
à nos Sujets,nous efperons auffi que vous avoйerez
que jusqu'à present elle n'a pas efté moins
avantageuse pour V. M. pour vos Royaumes &
pour vos Sujets qu'à l'avenir elle ne pour
roit pas être infructueuse. Enfin , il est bien af-
Juré que S. M. I. de glorieufe memoire , après
avoir esté abandonnée par tous fes Alliez , a en
des peines do des frais incroyables à se procurer
à foy-même & à fes Royaumes la paix tant
defirée : Nous apportons auffi tous nos foins à
en maintenir lajouiffance à nos Royaumes & à
nos Sujets.
2
Nous fommes même perfuadée de ne pouvoir
mieux réüffir dans ces vûës falutaires , qu'en
nous tenant toujours , à l'exemple de notre Sei
gneur & Epoux.de glorieufe memoire, dans une
posture à pouvoir en tout temps fecourir , en
cas de befoin , nos Alliez ,fatisfaire aux engagemens
pris avec eux , proteger nos fideles Sujets
contre toute infulte , & nous opposer à ceux
qui voudront ôter à Nous & à eux ce trefor de
la paix.
C'eft auffi dans cette vûë , & point dans
d'autres deffeins , que nous avons fait les armemens
qui ont donné tant d'ombrage à V.M.R.
quoique fans aucun fujet & fondement. Nous
Jouhaitons que le Tout- Puiffant vous donne une
parfaire fanté un regne toujours heureux.
A S. Petersbourg , le 1s de Juin 1726. & en la
feconde année de notre Regne. De V. M. R.la
tres - affectionnée foeur CATHERINE.
Et plus bas COMTE GOLOFF KIN.
Le
AOUST. 1726. 1915
Le 3 Juillet , on publia à Petersbourg la Déclaration
fuivante . Elle a été envoyée à tous
les Miniftres des Cours Etrangeres , pour la
rendre publique .
ATHERINE , par la grace de Dieu
Imperatrice & Souveraine de toute la Ruffie
, &c. Sçavoir ; Faifons par les Prefentes à
tous & à chacun à qui il appartient , que le
Roy de la Grande Bretagne ayant envoyé dans
la Mer Baltique une forte Efcadre , qui ajetté
l'ancre àpeu de distance de no re Port de Revel
Nous nepouvons envisager cette conduite offenfive,
à laquelle nous n'avons neanmoins donné
aucune occafion à S.M. Britannique, que comme
l'avant- coureur de quelques hoftilitez contre
nous , & par confequent du trouble du
"repos public dans le Nord ; & d'autant que les
Marchands de la grande Bretagne , qui nego
cient dans nos Etats , auroient lieu de craindre
qu'une telle conduite de S. M. Britannique contre
nous , fi elle étoit fuivie de quelque Acte
réel d'hoftilité , pourroit expofer leurs Perfon-
2nes , leurs Vaiffeaux & leurs Effets dans notre
Empire à de grands dangers, & caufer leur ruine
totale ; cependant nous voulons bien leur declarer
que , quoique S. M. Britannique agiffefi
offenfivement contre nous , pour exciter de nouveaux
troubles dans le Nord, Nous sommes au
contraire fincerement refolus d'entretenir foignenfement
la bonne amitié & correspondance
qu'il y a eu depuis tant d'années entre les Empires
de Ruffie & de la Grande Bretagne , au
grand avantage des deux Nations ; & d'accorder,
aux Marchands de la Grande Bretagne ,
qui négocient dans nos Etats , non seulement la
iberté du commerce , fans aucun préjudice ,
trouble
1916 MERCURE DE FRANCE..
trouble ou empêchement , mais auſſi de les faire
jouir de toutes les faveurs capables de l'augs
menter. Et afin de faire voir à toute la terre ,
particulierement à la glorieuse nation Britannique
, la fincerité de nos intentions touchant
la confervation inviolable de la bonne har
monie établie fi avantageusement depuis tant
d'années entre les deux Empires , Nous avons
jugé à propos de declarer publiquement notre
intention à cet égard, & d'aſſurer par les Prefentes,
tous les Marchands & Negocians de la
Nation Britannique en general , & chacun en
particulier, que quand même S.M.Britannique
ou l'Efcadre qu'elle a envoyé dans la Mer Baltique
, entreprendroit quelque hoftilité contre
nous , lesdits Marchands & Negocians n'en rècevront
neanmoins aucun prejudice ni dommage
de notre part , foit en leurs perſonnes , biens ,
ou effets , non plus qu'en leurs Vaiffeaux arrivant
ou partant ; en telle forte qu'ils pourront
à l'avenir , comme à prefent , continuer librement
leur commerce navigation , felon leur
bon plaifir, & à leur plus grand avantage, fans
aucune crainte ni foupçon , ainfi que toutes les
autres Nations avec lesquelles nous vivons en
bonne amitié: & de plus, nous leur accorderons
en toute occafion notre gracieuſe protection , en
cas qu'ils ne s'en rendent pas indignes par une
conduite fufpecte. En foy de quoi nous avons
figné cettefavorable Declaration de notre propre
main , & l'avons fait publier en la maniere
accoutumée, afin qu'un chacun en foit informe,
Denné à S. Petersbourg, le 2 Juillet 1726.
CATHERINE,
4
Lo
AOUST. 1726. 1917
Le Camp formé en Livonie eft à prefent de
44000. hommes , tant Infanterie que Cavalerie,
y compris le Corps de Troupes que le Duc
de Meckelbourg y a envoyé , & le bruit court
qu'il y doit encore arriver dix à douze mille
hommes de differens endroits.
Un Courier arrivé à Petersbourg de Derbent,
a apporté la nouvelle que les Turcs avoient
commencé le Siege d'Ifpahan , & que le Prince
Aldigenie Schamchal , le plus puiffant des
Rebelles de Perfe , & le plus confiderable des
Montagnes , où le feu Czar avoit envoyé des
Colonies Mofcovites , s'étoit foumis le r. du
mois de Juin dernier à la Czarine , avec les
Troupes & fes principaux Officiers ; & qu'il
avoit été conduit quelques jours après au Fort
de Sainte Croix , par ordre des Majors Generaux
Kroporon & Scheremetoff, qui commandent
les Troupes de Sa Majesté Czarienne , dans
ce Pays- là.
O
POLOGNE.
N mande de Warfovie , que les Etats du
Duché de Curlande , aſſemblez à Mittau ,
pour proceder à l'élection d'un Succeffeur préfomptif
, avoient propofé trois Sujets , fçavoir ,
le Duc d'Holſtein , le Prince Menzikoff , & le
Comte Maurice de Saxe , fils naturel du Roi de
Pologne , & que ce dernier avoit été élû unanimement
Succeffeur à ce Duché après la mort
du Duc Ferdinand. On mande auſſi que le Comte
de Saxe , qui a été invité à cet engagement
par la Nobleffe de Curlande avoit fondé à
Warfovie les Miniftres de Ruffie pour décou
vrir leurs diſpoſitions à cet égard , & qu'il n'a
agi
1918 MERCURE DE FRANCE.
agi qu'après avoir eu des efperances favora
bles .
Depuis l'élection , le Prince Menzikoff s'eft
rendu de Riga à Mittau avec le Prince Dolhoruki
, & on affure qu'ils veulent obliger les
Etats de Curlande à faire une nouvelle convo
cation pour proceder à une autre élection . On
affure qu'une des circonftances des engagemens
du Comte de Saxe , eft qu'il époufera la Du- .!
cheffe Douairiere de Curlande , niece du feu
Czar.
On a appris depuis que le 13. du mois dernier
, le Prince Menzikoff partit de Mittau pour
retourner à Riga , après avoir déclaré au Maître
d'Hôtel du Pays , que la Czarine ne pouvant
approuver , ni l'élection du Comte Maurice
de Saxe , ni fon Mariage avec la Ducheffe
Douairiere de Curlande , on devoit proceder à
une autre élection.
Voici la Copie de la Lettre du Grand Chancelier
de la Couronne de Pologne , au Comte
Maurice de Saxe , dattée de Babile le 17. Juillet
, en réponse à la Lettre de ce Comte , par
laquelle il alleguoit pour fa juftification , qu'ayant
trouvé les Etats du Duché de Curlande , déjà convoquez
pour proceder à l'élection d'un Succeffeur
au Duc Frederic , & que fes Competiteurs
avoient déja fait beaucoup de brigues , cela l'avoit
déterminé à fe mettre auffi fur les rangs ,
dans l'efperance que fi le choix tomboit en fa
faveur , fa perfonne feroit plus agréable au Roi
& à la République , & cauferoit moins d'ombrage
qu'aucun autre,
» C'eft tout le Senat , préfent auprès du Roi
& le Miniftere d'Etat du Royaume & de Lithuanie
, qui avons fupplié S. M. fuivant la
foi jurée, de faire expedier un Refcript pour
» défendre des Congrès projettez , à deffein
d'entrer
A OUST. 1726. 1919
33
d'entrer en matiere de la fucceffion éventuelle
en Curlande , & pour annuller tous les attentats
, par les raifons exprimées dans le même
Refcript. On avoit repréfenté de plus d'autres
raifons au Roi , pendant que V. Exc. étoit encore
à Warfovie , qui avoient porté S. M. à
vous défendre de penfer à la Curlande , comme
V. Exc, l'avoue elle-même.
>
» Mais les chofes étant venues au point où
V. Exc. dit qu'elles font , & la Réaffumption
de la Diete étant déja déterminée , faus m'étendre
davantage fur cette matiere , je la re-
» mets à la décifion des Etats aſſemblez ne
pouvant cependant pas me difpenfer de protefter
, par l'obligation de ma Charge , contre
une entreprife fi contraire à la volonté de S.
M. & à fes droits , comme auffi à ceux de la
République
L'Abbé Miaskofski eft arrivé à Warfovic de
Rome , & a remis au Prince Royal & Electoral de
Saxe , de la part du Pape , le chapeau & l'épée
benits par S. S. S.
Les nouvelles de la Mer Baltique du 29. Juillet
portent que les Flotes Angloife & Danoife font
toujours à l'ancre devant l'Ifle de Nargin , où
les Barques Mofcovites continuent de porter
tous les rafraîchiffemens dont la Flote a be-
Loin.
On écrit de Drefde que les Regimens d'Infanterie
de l'Electorat de Saxe , alloient être
augmentez de vingt -quatre hommes par compagnie
, & ceux de Cavalerie de douze.
les
On mande en dernier lieu de Mittau que
Etats de ce Duché qui avoient promis au Prince
Menzikoff de proceder à une nouvelle Election ,
avoient changé de fentiment qu'ils étoient dans
la réfolution de faire valoir de tout leur pouvoir
celle du Comte de Saxe , & qu'ils prenoient
I des
1920 MERCURE DE FRANCE .
des mesures pour s'opposer à l'entrée d'un Corps
de Troupes que la Czarine menace d'envoyer
dans ce Duché fous les ordres du General
Bohn.
On mande de Stockolm que le Senat avoit
fait promettre cent Rifdales de récompenfe à celui
qui découvriroit l'auteur d'un Ecrit qui a été
publié fecretement , pour prouver qu'il eſt de
Pinterêt du Royaume d'aflurer dans la prochaine
affemblée des Etats , la fucceffion de la Cou- .
ronne au Duc d'Holftein.
C
On a reçû avis de Francfort que le Roy de
Pologne avoit été élu pour jouir du temporel
de l'Evêché de Naumbourg , que les Electeurs
de Saxe , fes Prédece fleurs,poffedoient autrefois;
que les Députez de la Ville & du Diſtricht avoient
fait publier à haute voix qu'après la mort de S.M.
les fujets ne devroient plus d'obéiſſance qu'au
Chapitre qui conferve le fpirituel de cet Evêché ,
& que dans les prieres publiques on ne feroit
mention que du Roy de Pologne , Electeur de
Saxe , comme Seigneur du Pais , & enfuite da
Chapitre , comme Evêque , fans nommer dorénavant
le Prince Electoral de Saxe , la Princeſſe
fon Epoufe , ni aucun Prince de cette Maiſon .
LE
ITALIE.
E Pape ayant déclaré depuis peu que les
Evêques qui viendroient dorénavant à fon
Audiance , feroient admis à lui baifer la main
comme les Cardinaux , on affure que le facré
College doit faire des reprefentations à S. S. à
ce fujet
On apprend de Venife que le General Comte
de Bonneval , y eft arrivé d'Allemagne , pour
voir ce qu'il y a de curieux en cette Ville ; mais
le bruit court qu'il paffera inceffamment en Efpagne.
En
AOUST. 1726. 1921
En execution des nouveaux ordres du Pape
on a arrêté à Rome quatorze particuliers de cette
Ville , qui s'étoient interrelfez aux jeux de Gênes
, & l'on a publié que les Juges prononceroient
dorénavant peine des Galeres pour onze
ans , contre ceux qui diftribueroient les billets de
ces fortes de Lotteries ; & de fept ans , contre
ceux qui les acheteroient.
On mande de Florence , que vers le milieu du
mois dernier il y eut une violente tempête dans
le Parmefan & dans le Crémonois ; la grêle fut
fi groffe & le vent fi furieux , qu'il y eut plufieurs
arbres déracinez , plufieurs maiſons abbatues
& huit perfonnes écrafées fous les ruines .
Le 17 du mois dernier , on publia & afficha
à Rome le Decret du Pape , qui fupprime toutes
les furvivances accordées à divers particuliers ,
depuis le Pontificat de Benoît XIII , tant pour les
Charges Civiles , que Militaires ; mais on ne
touche point aux Dignitez Ecclefiaftiques.
ESPAGNE.
E 21 du mois dernier, vers le foir , le Roy & la
LRR
eine allerent en grande cérémonie a l'Eglife
de Notre - Dame d' Arocha, pour rendre graces
à Dieu de l'heureux accouchement de la Reine . Ils
étoient précédez dans la marche de deux détachemens
des Gardes Efpagnoles & Walonnes
des Gardes du Corps & de la Compagnie des Hallebardiers
. Le Carroffe de L. M. étoit fuivi de
celui du Prince des Afturies , de ceux des Infants
& de l'Infante aînée , de ceux des Chefs ces
Maifons Royales , des Officiers de la Couronne &
des Dames de la Cour, Tous les Gardes à pie &
à cheval éroient habillez de neuf , ainfi que la
livrée des Ecuries du Roy & de la Reine. Les
Tues qui conduifent du Palais à cette Eglife ,
I ij
étoient
1922 MERCURE DE FRANCE.
étoient ornées des plus riches tapifferies ; & au
retour de L. M. toute la place du Palais fut illuminée
de flambeaux de cire blanche. Vers les
neuf heures du foir on tira dans cette Place un
magnifique Feu d'artifice . Le lendemain au foir
il y eut dans toutes les rues de Madrid des Feux
& des illuminations, ainfi que le jour fuivant.
Les Négocians de Madrid ont fait avec les
Miniftres du Roy un Traité , par lequel ils s'engagent
de fournir à S. M.cent mille piftoles , à
fix pour cent d'interêt par an ; ils en doivent fournir
les trois cinquièmes en argent comptant, &
les deux autres en Lettres de change payables à
Vienne .
Le Duc de Riperda a plus de liberté qu'il n'avoit
au Château de Ségovie ; on affure même
que le Roy a ordonné qu'on lui payât cent piſtoles
par mois , à compte de la penfion que S. M.
lui a accordée. Le bruit court cependant à Madrid
, que ce Duc fera transferé dans peu au Châ
teau de Pampelune;parce qu'on croit que celui de
Ségovie fera occupé par le Comte de Koniglegg,
Ambaffadeur de l'Empereur , pendant le féjour
de la Cour à S. Ildefonſe.
Les Fermiers des revenus du Roy ont eu ordre
de payer 25000 piftoles au Prince Emanuel de
Portugal , & quatre mille au Prince de Naſſau
Siégen , qui eft à Madrid depuis fix ou fept mois.
On apprend de Lisbonne que le Tribunal du
faint Office de Coimbre , celebra le 30 Juin dernier
un Auto-da-Fé , dans lequel il y eut quatre-
vingt - quinze perfonnes condamnées à diffe
rentes pnes,
Le 23 du mois dernier , après midi , L. M. C.
s'étant rendues aux Balcons du Palais , avec le
Prince des Afturies , les Infants & l'Infante , on
dans la Place la courfe de Taureaux commença
qui avoit été ordonnée à l'occaſion de l'heureux.
accouchement
AOUST. 1726. 1923
accouchement de la Reine . Les quatres Cavaliers
Taureadores entrerent par les portes des
quatre coins de la Place , précédez de leurs
Ecuyers & de leurs livrées , & accompagnez des
Seigneurs qu'ils avoient choifi pour Parrains . Ils
y combattirent avec beaucoup d'adreffe , & la fête
fe paffa fans aucun accident confiderable .
Ces quatre combattans furent Dom Jean Alvarez
de Soto- Mayor de Lucena , qui avoit le
Duc de Medina - Celi pour Parrain : Dom Bernard
de la Canal, de Pinto , ayant le Duc d'Offone
pour Parrain : Dom Jean - Pierre de Zafra, de
Grenade , dont le Parrain étoit le Comte de Bénalcazar
, fils aîné du Duc de Béjar ; & Dom
François Cantalejos , qui avoit pour Parrain le
Duc de Seffa, Dom Pierre de Zafra, & Dom François
Cantalejos qui fe font diflinguez par leur
adreffe , ont été nommez Ecuyers de S. M.
Le 24, au matin , L. M. accompagnées du
Prince des Afturies & des Infants , partirent de
Madrid pour l'Efcurial ; & comme c'étoit pour
la premiere fois que l'Infante Marie . Therefe en
troit dans ce Monaftere Royal , toute l'Eglife fut.
illuminée. Cette jeune Princeffe fut reçûë à l'en
trée du Portique par le Prince des Afturies , & elle
fut portée dans le Choeur , où le Te Deum fut
chanté avec les ceremonies accoutumées.
Le Roy a fait un fecond emprunt de cent
mille piftoles , dont 60000 en lettres de change
font deſtinées pour la Cour de Vienne ; & cette
fomme jointe à celle de 40000 piftoles , qu'on
envoyail y a quelque temps à la même Cour, fait
cent mille piftoles qu'on a données à compte des
fubfides promis .
I iij Grande
1924 MERCURE DE FRANCE.
Lion
GRANDE BRETAGNE .
Es Commiffaires établis pour la conftruction
du nouveau Pone fur la Tamife , ayant
fatisfait & dédommagé les proprietaires des Bacs
entre Putney & Fulham, ont donné les directions
neceffaires pour travailler inceffamment à ce
Pont , dont les arches feront de pierre de taille .
Le droit de paffage , ainfi qu'il a été fixé par le
Parlement , fera à peu près le même qu'on paye
en paffant la riviere dans le Bac ; fçavoir , deux
chelins pour un Carrofle à fix Chevaux & au
deffus ; un chelin & fix fols pour un caroffe à
quatre Chevaux , & un chelin pour un caroffe au
deffous de quatre, Deux fols pour chaque Cheval,
Mulet ou Afne, chargé ou non chargé ; un fol les
Dimanches pour chaque paffant , & un demi fol
pour les jours ouvrables . Cette recette fervira à
payer les interêts à rembourfer avec le temps
les fommes qu'on a été obligé d'emprunter pour
la conftruction de ce Pont . Les Evêques de Londres
qui ont à Fulham un Palais Epifcopal , feront
pour toujours exempts , auffi - bien que leurs
domestiques , de payer les droits de paffage.
Le 26 du mois dernier, le Roy donna au Prince
Frederic , fils ainé du Prince de Galles , les titres
de Baron , Vicomte , Comte , Marquis & Duc du
Royaume de la Grande Bretagne , fous les noms
de Baron de Snaudon , dans le Comté de Carnarvan
; de Vicomte de Lancefton , dans le Comté
de Cornwal ; de Comte d'Eltham , dans le
Comté de Kent ; de Marquis de l'Ifle de Wight
& de Duc d'Edimbourg , qui eft un titre nouveau.
S. M. donna le même jour au Prince Guillaume
, frere puifné de ce Prince , les titres de Baron
de l'Ifle d'Alderney, de Vicomte de Trematon
dans le Comté de Cornwal ; de Comte de
Kinnington i.I
AOUST . 1726. 1925
Kinnington dans le Comté de Surrey ; de Marquis
de Berkhamstead , dans celui d'Hertford , &
de Duc de Cumberland.
L'Efcadre destinée pour la Méditerranée , qui
eft partie de Portſmouth , fous les ordres du
Vice-Amiral Jennings , le 30 Juillet au matin
avec un vent favorable , n'eft compofée que de
neuf Vaiffeaux de guerre , deux Galiotes à bombes
, deux Brigantins & un Bâtiment de tranf .
port. Les dix autres Vaiffeaux qu'on croyoit être
de cette Efcadre , étoient encore aux Dunes le
8 de ce mois. On croit que trois de ces Navires
doivent aller fur les côtes d'Irlande , trois fur
celles d'Ecofle, & que les quatre autres croiſeront
dans la Manche...
On écrit de Londres que le Dimanche 30 Juillet
au matin , & le lendemain après midi , l'Ambaffadeur
de Maroc affifta aut Service divin dans
l'Eglife de S. Paul .
On mande de Dublin que le Capitaine Moyfe
Newland , convaincu d'avoir enrôlé du monde
au fervice d'un Prince étranger , avoit été exécuté
le 10 du mois dernier , dans la place de faint
Etienne , où il avoit été pendu & écartelé , & fes
entrailles brûlées , mais que fes quartiers avoient
été remis à fes parens pour les enterrer. Il avoit
déja fait embarquer 200 hommes , & en avoit
100 autres tout prêts le foir qu'il fut pris .
La pêche de la Baleine , que les Vaiffeaux
de la Compagnie de la Mer du Sud ont faite cette
année dans le Groenland , n'a pas été heureuſe ;
les dix-huit Bâtimens qui en font revenus , n'ont
pris que huit Baleines : on n'a pas encore reçû de
nouvelles des fix autres .
Les nouvelles Manufactures qu'on a établies
en Irlande , commencent à produire un revenu
confiderable au pais . Il arriva le 2 de ce mois à
Londres un Vaiffeau de Dublin qui déchargea à
I iiij
la
1926 MERCURE DE FRANCE.
la Douane 192030 verges , mefure d'environ 38
pouces , de ces toiles tres bien travaillées & bien
blanchies , ce qui fait efperer que dans quelques
années on ne fera plus obligé d'en tirer d'Hollande
& d'Allemagne.
On mande de Londres qu'un foldat de la gar
nifon de Portſmouth, ayant été fuftigé deux fois ,
pour avoir parlé infolemment à un de fes Officiers
, s'eft coupé une main avec une hache , afin
de fe rendre incapable de fervir davantage.
·
Ces Lettres ajoutent qu'un homme âgé de cent
cinq ans a épousé une femme de quarante ans.
On mande aufli que M. Pauton , Gentil hom
me de la Princeffe de Galles , qui fut volé le 12
du mois dernier , venant de Marybone , par un
homme qui lui prit pour environ mille livres
fterlin de billets de banque & autres , les a tous
recouvré d'une maniere finguliere. Il reçut une
Lettre par laquelle on lui marquoit précisément
Pendroit où ils étoient dans un certain champ, &
qu'il n'avoit qu'à les y envoyer chercher , &
faire laiffer dans le même endroit les cinquante
Livres sterling qu'il avoit promis pour récompeufe
à ceux qui pourroient lui donner des nouvelles
de ce vol ; ce qui a été exécuté fort exa-
Єtement.
On ne peut rien défirer fur l'abondance & la
bonté des grains de cette année ; les Laboureurs
les plus âgez n'ont jamais vu ni entendu parler
d'une pareille recolte , qu'on a commencée près
d'un mois plutôt que les années précédentes ; le
boiffeau de froment pefe dix à douze livres de
plus que l'année derniere .
Le 8 de ce mois on prit à Burfleot fur la Tamife
, un Poiffon affez rare , nommé Epée ou Efpadon
, dont le corps avoit cinq pieds de long , &
l'épée ou corne , trois. On eut beaucoup de peine
à s'en rendre maître, & quoi qu'on lui eut tiré un
coup
1
AOUST. 1726. 1927
coup de fufil dans l'oeil ,il penfa renverser un des
Bateaux qui le pourſuivoit.
PAYS-BAS.
N apprend d'Oftende que le Vaiffeau de la
Compagnie des Indes ,
fur
Vaiffead it de
Bengale, y étoit arrivé le 18 du mois dernier ,
quoi les actions monterent à 28 pour cent de
profit ; mais on a appris depuis qu'au commencement
de ce mois les actions de cette Compagnie
étoient baillées de dix à douze pour cent,le bruit
s'étant répandu avec quelque fondement , que les
Provinces - Unies étoient difpofées à accéder au
Traité d'Hanover, & qu'elles prenoient des mefures
pour faire fupprimer l'octroy Imperial de
cette Compagnie.
Le 9 de ce mois le Marquis de Fénelon Ambaf
fadeur de France à la Haye , M. Finch , envoyé
Extraordinaire de la Grande Bretagne & M. de
Meynershagen, Envoyé Extraordinaire de Pruffe,
fe rendirent vers le midi à la Chambre de Tréves
, où ils furent en conférence avec les Députez
de l'Aflemblée des Etats Generaux , & or lit
& figna l'Acte d'Acceffion de L. H. P. au Traité
d'Hanover.
MORTS ,
LA
MARIAGES
des païs étrangers.
E Duc Maximilien Guillaume de Brunswich-
Hanover , Colonel d'un Regiment de Cuiraffiers
, au fervice de l'Empereur , frere du Roy
d'Angleterre & de l'Evêque d'Ofnabruc , mourut
fubitement à Vienne , le 27 du mois dernier
dans la 66 année de fon âge.
Iv Le
1918 MERCURE DE FRANCE :
Le Prince Conftantin Uladiflas Sobieski mou
rut à Zolckico le 28 du mois dernier dans la 47
année de fon âge, c'étoit le troifiéme fils de Jean
Sobieski, Roy de Pologne, mort le 17 Juin 1696 .
après 22 ans de Regne , & de Marie - Cafimire-
Loüife de la Grange d'Arquien , morte à Blois te
30 Janvier 1716. Ce Prince n'avoit pas encore
pris d'alliance.
Le Comte Guillaume de Cadogan , General
de l'Infanterie Angloife dans le Sud du Royaume
d'Angleterre , Maitre de la Garde- robe du Roy ,
Colonel du premier Regiment des Gardes à pied,
Gouverneur de l'Ifle de Wight, Chevalier de l'Ordre
du Chardon d'Ecoffe , & membre du Conſeil
Privé du Roy , mourut à Londres le 28 Juillet ,
vers les cinq heures du foir , dans fa maiſon où il
s'étoit fait porter de Kenfington deux heures auparavant.
Il ne laifle que deux filles , Mylady
Sara, qui eft mariée au Due de Richmond, & Mylady
-Marguerite , qui n'a pas encore pris d'alliance.
Dom Carmen Caraccioli , Prince de Santo-
Bueno , autrefois Ambaffadeur d'Espagne auprès
de la République de Venife , & enfuite Viceroy
du Perou , mourut à Madrid le 26 Juillet , âgé de 55. ans.
Le 16 du mois de Juin dernier , le Marquis de
Caylus , Chevalier de la Toifon d'or, Lieutenant
General des armées de S. M. C. & Viceroy du
Royaume de Galice , époufa à Madrid Mademoiſelle
de Vilafie , de la maifon d'Albuquerque,
FRANCE
J
AOUST. 1726 1929
XXX:XXXXXXXXXXXX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L. Agrande diverfité qui fe trouvoit dans les
differentes Congregations des Auguftins
Dechauffez , a engagé notre Saint Pere la Pape
Benoît XIII. d'y mettre par tout l'uniformis
té ,fouhaitée par le plus grand nombre . Sur
quoi S. S. a donné un Bref en datte du 22.
Janvier 1726. fur lequel il a plû au Roy
d'accorder des Lettres d'attache le 8. Juillet
dernier , lefquelles avec le Bref du Pape , ont
été enregistrées au Parlement le 27. du mê
me mois , & en confequence , les PP . Auguftins
Dechauffez du Convent Royal de la
Place des Victoires de Paris , commencerent
de chanter le Plein- chant dès le même jour
27. Juillet , ils ne portent plus de barbe , &
fe fervent d'un Capuchon rond , conformement
au Bref du Pape.
M. le Blanc reçut le Viatique le deux de
ce mois au matin. Vers les deux heures de
Faprès midi , M. Marechal lui fit une operation,
depuis le Cartillage Syphoïde , qu'on
appelle Brichet , jufqu'à un pouce près du
nombril , & il perçà un abfcès , d'où il fortit
deux grandes palettes de pus. Le 5. les Chirurgiens
ne trouvant pas la fuppuration
affez abondante , firent une nouvelle incifion
pour agrandir la playe , & il fortit plus
d'une palette de pus , mais d'une meilleure.
qua1920
MERCURE DE FRANCE
43
qualité que le premier . La fievre ceffa abfolu
ment dès ce jour-là, le malade dormit , fes
forces commencerent à revenir. Il s'ett toû- ,
jours porté depuis de mieux en mieux , &
on efpere que fa guerifon eft très- prochai
ne. Le Roy , qui s'intereffe beaucoup au retatabliffement
de fa fanté , lui a fait deffendre
de s'appliquer à aucune affaire juſqu'à ce
qu'il foit en état de travailler.
On mande de la Beauce & de Picardie
que la récolte du Froment y eft très - abondante
, & qu'une gerbe de cette année rend
quatre fois plus que l'année paffée .
Le dix de ce mois , on a fupprimé tous les
Jeux de Roulette qui étoient établis en divers
quartiers de cette Ville , & l'on croit que ,
quantité de joueurs de profeffion , que ce jeu
a donné lieu de connoître , feront éloignez de
Paris .
Le Mardi 2. de ce mois, le Courrier de Lyon
à Paris & fon Poftillon , furent égorgez &
volez fur la Montagne de Tarare. Quatre
Cavaliers, foit difant Marchands de cheveux,
qu'on a fuivis à la pifte jufqu'à Gien , y ont
été arrêtez , foupçonnez d'être les auteurs de
ce meurtre.
Le Roy a donné au Marquis de Houdetot ,
Brigadier des Armées de S. M. Lieutenant
General au Gouvernement de l'Ile de France ,
le Regiment d'Artois , vacant par la mort du
Comte d'Houdetot fon frere.
S. M. a donné une penfion de 50000. liv.
à la Comteffe de Toulouze .
Le 15. jour de l'Affomption , il n'y eut
point de Concert fpirituel , quoiqu'il eût été
annoncé. La Reine s'étant trouvée plus mal
сс
A O UST. 1726. 1931
ce jour là , le fieur Philidor jugea à propos
de ne point donner de Concert , pour ne point
interrompre les voeux & les prieres que tout
Paris faifoit pour le retour de la fanté de
S. M. ainfi le Concert ne fera donné que le
8. de Septembre , jour de la Nativité de la
Vierge.
4
On fit le 28. du mois dernier , dans l'Abbaye
de S. Victor , une Proceffion folemnelle
du S. Sacrement , pour reparer la profanation
de l'Hoftie confacrée , qu'une femme infenfée
avoit mife dans fon Livre de prieres , après
l'avoir reçûë à la Communion.
Le Roy a nommé Intendant de la Generalité
de Tours , M. de Pomereu , Maître des
Requêtes , Intendant de la Generalité d'Alençon
, qui eft remplacé dans cette Intendance
par M. Lallemant de Levignan , Maître
des Requêtes.
On continue avec toute la diligence poffible,
la conftruction d'un nouveau Marché, dont
nous avons déja parlé , dans le Preau de la
Foire S. Germain , fur le même terrain où
l'on reprefentoit dans diverfes Loges , des
Spectacles comiques & populaires . L'Infcription
fuivante vient d'étre pofée fur l'une des
Portes de ce Marché , du côté où l'on entre
dans le Preau par le bas de la ruë de Tournon
.
Quam bene Mercurius merces nunc vendit
apimas !
Momus ubi fatuos vendidit ante fales.
Le 16. de ce mois , les Prevôt des Marchands
& Echevins , s'affemblerent à l'Hôtel
1932 MERCURE DE FRANCE
tel de Ville , à la maniere ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins. M.Hubert
, Premier Echevin fortant , qui a rempli
avec beaucoup d'applaudiffement les fonctions
de fa Charge , fit un Difcours fort concis
& fort goûté. Le 18. le Corps de Ville , le
Duc de Gêvre , Gouverneur de Paris , à la
tête , eut Audiance du Roy à Verſailles , avec
les ceremonies accoûtumées , étant prefenté
par le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat,
& conduit par le Marquis de Brezé, Grand
Maître des Ceremonies , en furvivance du
Marquis de Dreux fon pere , & par M. Def
granges , Maître des Ceremonies . Meffieurs
Sauvage , Quartinier , & Bolduc , de l'Academie
Royale des Sciences , & Apotiquaire
du Roy , nouveaux Echevins , prêterent entre
les mains de S. M. le ferment de fidelité ,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture ;
le Scrutin fut prefenté par M. Chauvelin ,
Avocat du Roy au Châtelet de Paris , qui
prononça un très beau Difcours.
Le 19. les Deputez des Etats de Languedoc
, eurent Audiance du Roy , conduits en
la maniere accoûtumée , par le Marquis de
Brezé , Grand - Maître des Ceremonies , &
par M.Defgranges , Maître des Ceremonies. Ils
furent prefentez à S. M. par le Duc du Maine,
Gouverneur de la Province , & par le Comte
de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit compofée de l'Evêque d'Alais ,
pour le Clergé ; du Comte de Chambonas ,
pour la Nobleffe ; de Meffieurs de la Deveze
& Sanche , pour le Tiers- Etat , & de M. Favier
, Syndic de la Province.
Le Roy alla le même jour fe promener
fur le Canal , où S. M. vit un grand Cigne
arti
AOUST. 1726. 1933
artificiel , que deux hommes enfermez dans
des Peaux & cachez fous les aîles , font nâger
avec une vîteffe incroyable. La Machine
a parû très - ingenieufement inventée & le
Roy en a été fort content .
RELATION de la reception faite à
Madame la Ducheffe du Maine , Lorfqu'elle
paffa à Dieppe , allant à la
Ville d'Eu .
On Alteffe Sereniſſime devant arriver à
SDieppe le 4. Août , fur les cinq heures
après midy , accompagnée de Mademoiſelle
du Maine , de M. le Comte d'Eu , de Madame
la Ducheffe d'Etrées , de Madame la Marquife
de Chambonas , de M. le Marquis de S. Clair ,
& de M. le Marquis d'Ancezune , foixante:
des premiers Bourgeois de la Ville , commandez
par M. de Belval , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis & Major de la Place ,
tous vêtus de rouge , ayant à leurs chapeauxdes
cocardes de rubans de la Livrée de S. A.S.
tous très - bien montez , & leurs Chevaux bien
harnachez , furent au- devant de cette Princeffe
& l'attendirent en bataille , l'épée haute,
au haut du Village de S. Aubin , à deux lieuës
de Dieppe. Dès qu'elle fut devant cette Troupe
, elle fit arrêter fon Carroffe & M. de Belval
, après l'avoir faluée , fut à elle , & lui fit
un compliment , tant pour lui que pour toute
la Troupe , auquel elle répo i fort obligeament
; enfuite il pria S. A. S. de vouloir
bien lui faire la grace de nommer une fille ,
dont Madame de Belval étoit accouchée depuis
quelques jours , ce que cette Princeffe
voulut bien accepter , & le lendemain elle
tint cet enfant & la nomma Loüife- Benedicte,
qui
1934 MERCURE DE FRANCE.
qui eft le nom de S. A. S. Le compliment fini
& la demande accordée , Madame la Ducheffe
du Maine fe remit en marche pour Dieppe ,
efcortée par les foixante Bourgeois dont on
vient de parler ; -M. de Belval à leur tête
Occupant la portiere droite du Carroffe , conduifit
S. A S. jufqu'au pied du Château . Elle
trouva , tant fur fon chemin , qu'aux Portes
& au- dedans de la Ville , toute là Bourgeoifie
de Dieppe fous les armes , tambour battant ,
Enfeignes déployées , prefentant les armes .
Hors la Porte de la Ville , la Princeffe trouva
le Marquis de Manneville , Chevalier del'Ordre
Militaire de S. Louis , Gouverneur
de Dieppe , qui , à la tête des Maire & Echevins
, lui prefenta les Clefs de la Ville , S. A. S.
monta enfuite au Château , à la Porte duquel
M. de la Boiffiere , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , & Lieutenant de Roy de
la Place , lui prefenta les Clefs : dès qu'elle
y fut arrivée on fit une falve de toute
P'Artillerie de la Place , enfuite elle fut complimentée
par tous les Corps & tous les Ordres
Religieux de la Ville : en attendant le
fouper qui fut fervi magnifiquement ( ainfi
qu'elle a toûjours été traitée par M. le Marquis
de Manneville , pendant tout le temps
qu'elle a été à Dieppe , ) l'on fit tirer plufieurs
Bombes qui crevoient en l'air , comme
on l'avoit projetté. Le lendemain , on fic
venir plufieurs Marchands Yvoiriers , & la
matinée fe Ta à faire des emplettes . Dès
que S. A. S. eut dîné , elle alla voir lancer
un Vaiffeau à la Mer , étant efcorteé de la
Troupe , qui , la veille avoir été au - devant
d'elle , & qui pour lors éroit à pied , le
fufil fur l'épaule ; elle revint enfuite avec la
mène eſcorte fur le chemin couvert di
,
J
Château
AOUST. 1726. 1935
Château , d'où elle vit un Combat Naval
entre deux Navires , qui avoient été préparez
pour cela , & qui firent un fort grand feu
de Canon & de Moufqueterie ; le combat
fini les deux Navires pafferent devant le Château
, & le faluerent de toute leur Artillerie , à
quoi le Château répondit de toute la fienne.
L'on fervit enfuite le foupé , après lequel
on tira un Feu d'Artifice fur le bord de la
Mer. Le lendemain , cette Princeffe partit de
Dieppe à midy , efcortée par la Troupe des
foixante Cavaliers , commandez par M. de
Belval , qui la conduifit jufqu'au haut de
Criel, à cinq lieues de Dieppe , cu après avoir
pris congé de S. A. S. qui le remercia &
toute fa Troupe , avec autant de bonté que
de politeffe , il la remit à la Nobleffe du Comté
d'Eu , qui étoit venue au- devant de cette
Princeffe.
Lors de fon départ de Dieppe , elle fit prefent
à Madame la Marquife de Manneville .
d'une Tabatiere de prix , & pendant fon féjour
en cette Ville , M. & Madame de Manneville
, M. de la Boiffiere , & M. & Madame
de Belval , eurent l'honneur de manger avec
S. A. S.
Comme cette Princeffe doit en revenant de
la Ville d'Eu , repaffer par Dieppe , on donnera
le détail de ce qui fe fera paffé à ſon
retour .
Mort de la Ducheffe d'Orleans.
Ugufte - Marie Jeanne de Bade Baden ,
>
·
de ce mois, à fix heures trois quarts du matin ,
âgée
1936 MERCURE DE FRANCE.
âgée de 21. ans 8. mois & 28. jours extrê
mement regrettée du Roi , de la Reine , de.
toute la Cour , de tous ceux qui avoient l'honneur
de l'approcher ou de la connoître , & du
Peuple , qui a donné des marques très -fenfibles
de fa douleur , pendant fa maladie & à
fa mort. C'étoit une Princeffe auffi refpectable
qu'aimable par les fentimens de fon efprit
& de fon coeur.
Elle étoit fille de Loüis - Guillaume Mar
grave de Bade- Baden, mort le 4. Janvier 1707.
& de Françoife - Sibile - Augufte de Saxe - Lavembourg.
Elle avoit été inariée au Duc d'Or
leans le 13. Juillet 1724. On peut dire que
jamais union ne fut plus parfaite , & que jamais
Epoufe n'a été fi fenfiblement regrettée.
De ce Mariage , cette Princeffe laiffe le
Duc de Chartres , né à Verfailles le 12. May
1725. & la Princeffe dont elle eft accouchée le
s. de ce mois .
L'illuftre Princeffe , que tout le monde pleu-,
re , s'étant trouvée incommodée à Verſailles
& ayant eu le 3. Aouft une fievre aſſez violente
, elle en partit le lendemain au matin en
Caroffe , & arriva au Palais Royal fort fatiquée
& fort incommodée. Elle fut faignée
deux fois dans le même jour , & le 5. elle accoucha
d'une Princeffe vers les onze heures
du matin . La fievre , qui continua avec des
redoublemens , étant accompagnée d'autres
accidens , & les remedes qu'on lui ordonna
ne lui ayant procuré aucun foulagement , elle
fe trouva très mal le 7. & reçut les Sacremens
fur les onze heures du matin , avec les
fentimens de pieté & de Religion que tout le
monde lui connoiffoit. Le Curé de S. Euftache
porta le Viatique en grande Ceremonie
au
AOUST. 1726. 1937
au Palais Royal Le Comte de Touloufe , le
Chevalier d'Orleans , tous les Officiers de la
Maison de S. A. R. Madame la Ducheffe d'Orleans
, ceux de la Maifon du Duc & de la Duchefle
d'Orleans , & toute la livrée du Palais
Royal accompagnerent lè S. Sacrement . Ce
pieux & édifiant Cortege fut fuivi d'un peuple
fi prodigieux , que les Appartemens , l'Efcalier
, les deux Cours , & la Place du Palais
Royal ne pouvoient le contenir .
Quoiqu'il y eut quelque apparence de
mieux vers le foir , on fut cependant obligé
de faire divers remedes à la Princeffe , & de
la faigner dans la nuit, mais elle mourut le lendemain
8. Août , comme on vient de le dire ,
après avoir reçû l'Extrême- Onction une heure
auparavant , qui lui fut adminiftrée par
M. Pin , Vicaire de S. Euftache , fou Confeffeur.
On la laiffa voir au Public le refte de
la journée , dans fon Appartement , à vifage
decouvert , affife fur fon lit , coëffée , & habillée
feulement d'un manteau de lit de damas
blanc.
Le 9. le Corps fut ouvert , embaumé , &
mis dans un Cercueil de plomb , lequel fut expofé
le même jour dans la Chapelle atte
nant l'ancienne Gallerie : des Prêtres de Saint
Euftache & des Religieux Feuillans dirent
des Meffes tous les jours fuivans , depuis s .
heures du matin jufqu'à midi , & veillerent
toujours auprès du Corps au nombre de douze.
Le Cercueil étoit enfermé dans un coffre
de bois de chêne , où étoit attachée une lame
de cuivre , fur laquelle étoit gravée une
Infcription contenant le nom de la Princeffe ,
fon âge & fa mort. Le dehors étoit garni de
velours noir & de moire d'argent .
Les Entrailles de la Princeffe , mifes dansdu
1938. MERCURE DE FRANCE .
du plomb , & enfermées auffi dans un coffre
également garni comme le Cercueil , furent
portées le 1o. à neuf heures du foir , dans le
premier Caroffe de la Princeffe , accompagné
d'un Aumônier & d'un Gentilhomme , à la
Paroiffe de S. Eustache , & furent reçues par
le Curé à la tête de fon Clergé. On en fit
l'inhumation le même foir avec les Ceremonies
ordinaires , Quatre Pages à cheval , &
douze Valets de pied , éclairoient ce Convoi s
il n'y avoit point de deüil .
Le 11. le Roi & toute la Cour prirent le
deüil pour cette Princeffe.
Le 12. Son Corps fut expofé dans le grand
Appartement du Palais Royal , au milieu de
la piece , qui eft attenant la Salle des Gardes
, fous un dais de velours noir , avec des
feftons de moire d'argent , terminé par une
Couronne , & foutenu par 4. Colonnes couvertes
alternativement de velours & de moire.
Le Cercueil étoit élevé fur trois eftrades de
8. pouces de haut chacune , & couvert d'un
poële herminé , avec 4. Armoiries aux 4. fa
ces , & une Couronne de relief fur le Cercueil
, auprès de laquelle on voyoit une boëte
de vermeil- doré qui enfermoit le Coeur
de la Ducheffe d'Orleans . 70. Chandeliers
d'argent avec des Cierges allumez , étoient
placez fur ces trois marches , chargez d'armes.
Le Benitier avec le Goupillon étoit placé
fur un fiege fur la derniere marche , du
côté de la porte , & aux deux coins de l'eftrade
, de ce même côté , deux Heraults , en
habits de Ceremonie , avec leur Chaperon en
forme , & leurs Caducées à la main , étoient
affis fur des Tabourets , & relevez de deux
heures en deux heures par le Roi d'Armes.
Toute cette Salle étoit entierement tenduë
de
AOUST.
1726. 1939°
་
&
de drap noir , le plancher & le plafond , avec
deux lez de velours chargez d'Armoiries , &*
de douze grandes Armoiries entre les deux
lez. Deux Autels , vis- à- vis l'un de l'autre ,
étoient dreffez aux côtez du Mauſolée
éclairez chacun par 8. Chandeliers garnis de
Cierges armorież. Il y en avoit 6, für la Credence.
Le refte du Luminaire confiftoir en 8,'
torcheres , fur lefquelles il y avoit autant de
girandoles garnies de bougies , 3. Luftres
à douze bobeches.
Toute la façade du Palais Royal , de
cent aunes de longueur , étoit tendue de
noir jufqu'aux combles . Sur toute cette
longneur regnoient deux lez de velours , garnis
de perites Armoiries à une certaine diftance.
L'efpace entre ces deux lez étoit occupé
par 18. grandes Armes fur la même li-
& le milieu , à l'aplomb de la principale
porte , étoit decoré d'un double Ecuffon
hiftorié des Armes du Duc & de la Ducheffe
d'Orleans , bien plus grand que les autres.
,
La premiere Cour étoit tenduë à 8. lez par
trois côtez , & la façade du fond à dix lez
jufqu'aux combles , avec deux lez de velours
garnis de petites Armoiries , & dix grandes
Armes entre les lez , au milieu defquelles ,
directement au- deffus de l'Arcade , on voyoit
une grande Armoirie avec fuppots , & c.
'La feconde Cour étoit tendue à 8. lez
par
trois côtez , La façade du Palais l'étoit depuis
le rez-de- chauffée jufqu'aux combles ,&
decorée de deux lez de velours , chargez
d'Armes , & 16.grandes Armes entre les deux
lez.
Le grand Escalier étoit entierement tendu
& éclairé d'un grand nombre de bougies.
L'Ap
1940 MERCURE DE FRANCE :
L'Appartement , qu'on appelloit du deuil ,
confiitant en une Chambre & une Antichambre
, étoit à la droite du palier de cet Eſcalier,
& entierement tendu où les Princes , les
Princeffes , les Ambaffadeurs , & c . fe repofoient
, & où l'on venoit les chercher pour la
Ceremonie de l'Eau-benite. Ces deux Pieces
étoient éclairées par un très - grand nombre de
bougies dans des Luftres , des Girandoles ,
des Bras & des Plaques.
De cet Appartement on venoit par le mê
me palier dans la Salle des Gardes , dont la
porte étoit ornée , outre la tenture , de deux
lez de velours garnis d'Armes , avec trois
grandes Armes dans le milieu .
Cette Salle , éclairée par trois grands Luftres
, étoit entierement tendue , & decorée
dans tout le pourtour d'un lez de velours ,
garni par intervales de grandes Armes.
On entroit par cette Salle dans la Chambre
du dépôt , ou du Maufolée , dont on a déja
parlé. Deux lez de velours , garnis d'Armes
moyennes , avec cinq grandes Armes , en decoroient
la porte,
On fortoit de la Chambre du dépôt par la
Gallerie des Homines illuftres , qui étoit entierement
tendue dans toute fa longueur , &
ornée des deux côtez d'un lez de velours ,
garni d'Armes , avec 13 grandes Armes par
intervale . Elle étoit éclairée par 4. grands
Luftres & par dix torcheres , portant des Girandoles
, avec grand nombre de bougies.
L'Efcalier de fortie , pour le peuple , qui
donne dans le Jardin du Palais Royal , étoit
auffi entierement tendu & éclairé par quantité
de bougies dans des Plaques .
Le Corps de la Ducheffe d'Orleans fut gardé
AOUST . 1726. 1941
dé le matin , depuis dix heures juſqu'à midi ,
& depuis quatre heures jufqu'à fept de l'après-
midi. Cette Ceremonie dura cinq jours.
Neuf Dames par jour étoient invitées ; fçavoir
, trois pour le matin , trois , depuis quatre
heures jufqu'à cinq & demie , & trois depuis
5 heures & demie jufqu'à fept . Les Dames
invitées étoient placées à la droite du
Corps ; vis- à- vis , de l'autre côté , étoit la
Marquife de Pons , Dame d'Honneur de l'illuftre
défunte , & les Marquifes de Bourdeilles
& de Caftelane , Dames attachées à la
Princeffe : à côté & derriere ces deux Dames,
étoient fur des Banquettes , la premiere Femme
de Chambre de la Duchefle d'Orleans , &
fix autres Femmes de Chambre. Toutes les
Dames étoient en mantes traînantes .
›
A la droite du Corps étoit l'Archevêque de
Rouen, & enfuite quatre Aumôniers du même
côté. Derriere les Dames invitées étoient 8 .
Valets de Chambre en manteaux , fur des Banquettes.
Six Prêtres de S. Euftache, & fix Reli
gieux Feuillans à droite & à gauche du Maufolée
affis fur des formes ; pfalmodiant ,
on les relevoit , & ils ne quittoient point le
Corps. Deux Huiffiers en manteau , gardoient
les portes de cette Salle , & annonçoient les
perfonnes de confideration qui venoient pour
jetter de l'Eau - benite. La Marquife de Pons &
les deux autres Dames , dont on a parlé , alloient
recevoir dans la Salle des Gardes , les
Princes , Princeffes , Ambaffädeurs & Cours
Souveraines.
Le Chevalier de Conflans , Premier Gentilhomme
de la Chambre , & le Marquis de
Clermont Galerande , Chevalier des Ordres
du Roi , Premier Ecuyer du Duc d'Orleans ,
en longs manteaux , faifoient les honneurs.
Ils
1642 MERCURE DE FRANCE.
Ils étoient accompagnez des Chevaliers de
Clermont-Galerande , Chevalier de Caftellane-
Defparon , Comte de Montbrun , Chevaliet
de Bethune , Marquis de Valfemé , ………..
du Guefclin , & de Lachau - Montauban , Gentilshomines
de la Chambre ; de douze autres
Gentilshommes , des Maîtres d'Hôtel , & c,
tous en longs manteaux .
Dames qui ont gardé le Corps.
Les Marquifes d'Etampes , de Goebriant ,
de la Motte - Houdancour , de Conflans , de
Jonzac , de Creüilly , de Braffac , de Montbrun
, d'Arpajon , de S. Pierre , de Chatillon ,
de Quaylus , de Creffi , de Lambert , de Luf
bourg , de Crevecoeur , de Sainte- Maure , de
Cayeux , Dudicour , de Bethune , de Saillant,
de Grace , de Donche , de S. Germain , de
Biffi , de Paulmi , de Tournemine , de la Fare
, de Genetine , de Clermont , d'Armentiere
, de Montboiffier , de Chimene , de la Vieuville
, de Charoft.
Les Comteffes de Pont , de Tavanes , de
Nancé , de Grancé , de Morville , de Tonerre
, Madame de la Rochepot & Madame le
Peletier des Forts.
Le Lundi 12. de ce mois , le Curé de Saint
Euftache , precedé de tout fon Clergé , fut
jetter de l'Eau benite , & dire un De profundis.
Le 13. les Religieux de l'Abbaye Royale de
S. Germain des Prez.
Les Carmes de la Place Maubert
Les Grands Auguftins .
La Communauté des Prêtres de l'Oratoire
de la rue S. Honoré. Le Pere de la Tour,
General de la Congregation , à la tête.
Les
AOUST . 1726 .
1943
Les Capucins de la rue S. Honoré.
Les Minimes de la Place Royale.
Les Jacobins de la rue S. Honoré.
Les Jacobins de la rue S. Jacques .
Les Auguftins Déchauffez de la Place des
Victoires.
Les Religieux de S. Martin des Champs.
Les Carmes Billettes.
Les Cordeliers.
Le Grand - Confeil , M. de Vertamont , Premier
Prefident , le Procureur General , l'Avocat
General , & le Doyen des Confeillers .
L'Univerfité , le Recteur à la tête.
Le 14. Mademoiſelle de Clermont , Princeffe
du Sang nommée
pour jetter de l'Eaubenite
, accompagnée
de la Comteffe
d'Egmont
& de la Marquife
de Rupelmonde
, Dames
du Palais
de la Reine
, & de la Marquife
de Riberac
, fa Dame
d'Honneur
, arriva
au Palais
Royal
dans le Caroffe
de S. M.
avec un Détachement
de Gardes
du Corps
ayant
l'épée
haute , & un Detachement
des
Cent-Suiffes, avec leurs hallebardes
,qui précedoient
le Caroffe
. Cette Princeffe
fut reçûë à
la defcente
du Caroffe
par les Princeffes
de
Beaujolois
& de Chartres
, Soeurs
du Duc
d'Orleans
, accompagnées
du Chevalier
d'Orleans
, Grand - Prieur
de France
, des Dames
de
la Ducheffe
d'Orleans
, & des principaux
Officiers
de laMaifon
duDuc d'Orleans
, & c. Mademoiſelle
de Clermont
fut conduite
dans la
Salle du deuil, precedée
du Marquis
de Brezé
, Grand
- Maître
des Ceremonies
, en furvivance
du Marquis
de Dreux
, fon pere , & de
M. Defgranges
, Maître
des Ceremonies
, d'où
elle alla à la Chambre
de parade , precedée
des deux Herauts
d'Armes
; & après les faluts
accoûtumez
, cette Princeffe
fe plaça fur
K นก
1944 MERCURE DE FRANCE .
•
un Prie- Dieu qui lui avoit été preparé. Les
Prieres ordinaires ayant été chantées , l'Abbé
de S. Aulaire , Aumônier de la Reine , reçut
le Goupillon de la main d'un des Herauts ,
& le prefenta à Mademoiſelle de Clermont ,
qui s'étant approchée du Cercueil ; & ayant
fait le falut ordinaire , jetta de l'Eau benite
de la part de la Reine, fur le Corps de la Ducheffe
d'Orleans ; & après l'Oraifon elle fut
reconduite jufqu'à fon Caroffe , avec les mêmes
Ceremonies , & cette Princefle reçût les
mêmes honneurs qu'on auroit rendus à la
Reine.
Le même jour Mademoiſelle de Beaujolois
& Mademoiſelle de Chartres , vinrent auſſi jetter
de l'Eau -benite , accompagnées de la Marquife
de Conflans & de M. le Grand- Prieur.*
Mademoiſelle de Clermont; vint en fon nom ,
accompagnée de la Marquife de Riberac , fa
Dame d'Honneur.
Mademoiſelle de Charolois .
Le Prince de Conti.
Mademoiſelle de la Roche- fur- Yon.
Le Comte de Toulouſe.
La Comteffe de Toulouſe.
Le Clergé , fçavoir , les Archevêques de
Bordeaux, de Cambray , de Sens ; lés Evêques
de S. Flour , de Soiffons , d'Auxerre , de Blois,
de Sarlat , d'Evreux , d'Ufez , de Troyes , de
Saintes , d'Alais , de Valence, de Leytoure , de
Laon , anciens Evêques de Viviers & de Condom
; les Abbez de Maugiron & de Valeras ,
Agens du Clergé.
Le 15. le Comte de Charolois.
Le Comte de Clermont.
Les Recollets.
Le Chapitre de S. Honoré,
LesJacobins du Fauxbourg S. Germain.
Le
AOUST.
1726. 1945
*
Le Chapitre de S. Thomas du Louvre,
Le 16. Le Nonce du Pape.
L'Ambaffadeur du Roi de Sardaigne.
L'Ambaffadeur de Venife.
L'Ambaffadeur de Malte.
Le Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris avec le Chapitre de Notre-Dame."
Le Parlement , par Députation.
La Chambre des Comptes.
La Cour des Aides.
La Cour des Monnoyes.
Le Corps de Ville,
Les Treforiers de France .
Les Religieux Picpus.
Les Minimes de Chaillot.
Les Peres de la Mercy.
Les Feuillans , ruë S. Honoré.
Les Peres de Nazareth .
Le tranfport du Corps de la Ducheffe d'Orleans
, du Palais Royal au Val de Grace , fe
fit le foir du Vendredi 16. Août , par la ruë
S. Honoré , la rue du Roule , la rue de la
Monnoye , le Pont- Neuf , la ruë Daufine , la
rue de la Comedie Françoiſe , la rue des Foffez
de M. le Prince , la rue Hyacinthe , & la
rue du Fauxbourg S. Jacques , par laquelle
on arriva au Monaftere Royal du Val de Grace
, dont la Cour étoit entierement tenduë de
noir à fix lez : la Porte de l'Eglife l'étoit à
dix lez avec deux lez de velours , garnis d'Armoiries
& neuf grandes Armoiries entre les
deux lez de velours . Les quatre Balcons du
Dôme étoient auffi tendus du haut en bas avec
une grande Armoirie fur chaque tenture. Les
-appuis de ces Balcons étoient profilez de bou-
* On rend aux Ambaffadeurs le même honneur
qu'aux Princes & aux Cardinaux.
K ij gies
1946 MERCURE DE FRANCE
gies , ainfi que la grille du devant du Choeur.
Tout le Parterre du Dôme étoit paré de drap
noir , ainfi que le Sanctuaire , avec des carreaux
& des fieges de même.
Le même jour , le Clergé de S. Euftache ,
au nombre de 200. Prêtres , portant chacun
un Cierge , arriva au Palais Royal à 8. heures
& demie du foir. Il accompagna, en chantant
le Libera , le Corps de la Princefle , qui
fut defcendu par les Officiers de fa Chambres
, & pofé fur. le Char , dans lequel il fut
transporté. Ce Char couvert d'un grand
Poële de velours herminé , avec une grande
Croix de moire d'argent , accompagnée de
grandes Armoiries brodées , & attelé de
huit Chevaux caparaffonnez de velours &
moire d'argent , avec des Armoiries brodées
deffus , avoit douze pieds de haut fur 18.
de longueur. Le Convoi prêt à partir, le Clergé
s'en retourna à S. Euftache.
A neufheures préciſes , la marche du Convoi
commença en cet ordre : les Brigades du
-Guet marchoient à la tête.
Deux Suiffes.
Cent Pauvres en habit & Capuçon de drap
gris de fix aulnes , portant chacun un flambeau
de cire blanche.
La Livrée de la Maiſon d'Orleans , portant
des flambeaux.
Huit Garçons de la Bouche , avec des flambeaux.
Dix-huit Officiers de la Bouche en longs
manteaux & crêpes pendants , montez fur des
Chevaux caparaçonnez , leurs Valets marchoient
à côté avec des flambeaux.
Le Caroffe des Femmes de Chambre , drapé
& Chevaux caparaçonnez.
Le Caroffe des Gentilshommes de Mademoiſelle
A O UST. 1726. 1947
moiſelle de Beaujolois , drapé , idem.
Le Caroffe pour le Chevalier de Clermont
Galerande , le Chevalier de Caftelane , les
Marquis du Guefclin & de la Chaumontauban
, tous quatre Gentilshommes de la Chambre
du Duc d'Orleans , deftinez à porter les
coins du Poële , drapé , idem .
Le Caroffe pour le Marquis de Bracq , fai-'
fant les fonctions de Chevalier d'Honneur ( le
Marquis deClermont ) qui donna la main à Mademoiselle
de Beaujolois , drapé , idem.
Un Caroffe du Corps de la Ducheffe d'Or.
leans , occupé par l'Archevêque de Rouen ,
faifant les fonctions de premier Aumônier , &
portant le coeur de la Princeffe dans une boëte
de vermeil doré. Il étoit accompagné du
Curé de S. Euftache du Confefleur de la
Ducheffe d'Orleans, & d'un de fes Aumôniers ,
drapé , idem.
,
Le Caroffe du Corps , dans lequel étoit Mademoiſelle
de Beaujolois , qui menoit le deuil ,
accompagnée de la Princeffe de Pont , de la
Marquise de Pons , Dame d'Honneur de la Ducheffe
d'Orleans , de la Marquife de Conflans.
Ces deux derniers Caroffes étoient attelez cha- *
cun de huit Chevaux caparaçonnez en moire
d'argent. Des gens de livrée marchoient aux
côtez avec des Rambeaux .
Douze Pages à cheval avec des flambeaux ,
le Gouverneur & l'Aumônier à leur tête .
Les quatre Herauts d'Armes avec leurs Cottes
& Caducées , à cheval , précedez du Roi
d'Armes.
Le Char entouré de feize Suiffes , portant
leurs hallebardes la pointe en bas , & des flambeaux
, & 38. Valets de pied , portant des
flambeaux.
Deux Ecuyers à Cheval.
Kiij Quatre
1948 MERCURE DE FRANCE .
Quatre Aumôniers fur des Chevaux capa
raçonnez , en furplis & bonnet quarré ,portant
les cordons du Poële.
Les Ecuyers de la Ducheffe d'Orleans , à
droit & à gauche du Char fur des Chevaux
caparaçonnez.
Quatre Pages avec des flambeaux , auffi fur
des Chevaux caparaçonnez.
Dix Valets de pied avec des flambeaux.
Le Caroffe de Mademoiſelle de Beaujolois.
Les Caroffes du Premier Aumônier , du
Premier Gentilhomme de la Chambre , du Premier
Ecuyer , & c.
Les Prêtres de l'Oratoire de la rue S. Honoré
, le Clergé de la Paroiffe de S. Jacques
du Haut- Pas , & le Seminaire de S. Magloire
vinrent jetter de l'Eau - benite fur le Corp sde
la Princeffe , lors du paffage du Convoi qui
fe fit avec beaucoup d'ordre & de pompe.
En arrivant à l'Abbaye Royale du Val de
Grace , à onze heures , un nombreux Clergé
reçût le Corps à la porte de l'Eglife . Il fut
tranfporté fous le Dôme , les quatre Gentilshommes
ci - devant nommez , portant les coins
du Poële , & pofé fous un magnifique Catafalque
, aux coins duquel étoient 4 Pieds- d'eftaux
, portant des Vafes & grandes Girandoles
garnies de bougies , & 60. Chandeliers fur
les degrez qui formoient une eftrade avec
des Cierges armoriez ; le Coeur porté par
l'Archevêque de Rouen, & la Couronne portée
par le Marquis de Bracq , furent pofez fur
le Poële. Il y avoit fur le Maître- Autel 33 .
Cierges armoriez .
Le Corps fut prefenté par Mademoiſelle de
Beaujolois , & l'Archevêque de Rouen prononça
un fort beau Difcours , auquel Madame
l'Abbeffe du Val de Grace répondit avec
beauA
OUST . 1726 , 1949
coup de dignité. Elle étoit venue le recevoir
à la tête de fa Communauté. Enfuite les Vêpres
des Morts furent chantées , après quoi
le Corps & le Coeur furent portez dans
le Caveau de la Chapelle de la Reine Anne
d'Autriche , par les Officiers de la Chambre
de la Ducheffe d'Orleans , pendant que
les Religieufes chantoient le Benedictus.
LE
E Roy continuant à fe bien porter , le
Te Deum ordonné S. M.
par
rendre
pour
à Dieu de folemnelles actions de graces du
rétabliffement de fa fanté , fut chanté le 4. de
ce mois , dans l'Eglife Métropolitaine de Paris
, avec les ceremonies ordinaires . Le Clergé
, le Parlement , la Chambre des Comptes ,
la Cour des Aydes , & le Corps de Ville qui
y avoient été invitez de la part du Roy,y affifterent
en la maniere accoûtumée , ainfi que le
Garde des Sceaux , accompagné de plufieurs
Confeillers d'Etat & Maîtres des Requêtes . Le
Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris
officia Pontificalement , & le Te Deum fut
chanté au bruit du canon de la Ville.
COPIE de la Letre du Roy au Cardinal
de Noailles .
MON
COUSIN,
* Je viens de recevoir de nouvelles marques
de la Protection de Dieu , dans la maladie
dont il a permis que je fufle attaqué ; mon
premier foin eft de l'en remercier , & de lui
demander en même - temps par les Prieres de
tous mes Sujets , les fecours qui me font neceffaires
pour employer les jours qu'il ma con
fervez à fa gloire à leur felicité ; c'est
dans
1950 MERCURE DE FRANCE.
>
dans ces fentimens que je vous fais cette Lettre
, pour vous dire que mon intention eft que
vous faffiez chanter le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine de ma bonne Ville de Paris
le jour que le Grand Maître ou le Maître des
Ceremonies vous dira de ma part. Sur ce je
prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin , enfa
fainte digne garde. Ecrit à Versailles le
premier Août 1726 Signé , LOUIS , Et plus
bas , PHELY PEAUX.
Le foir il y eut des feux , des illuminations
& beaucoup d'autres marques de réjouiffances
dans toutes les ruës .
Le lendemain , le Corps de Ville fit chanter
un Te Deum dans l'Eglife de S. Jean en
Greve. Il y eut un feu le foir devant la principale
Porte de l'Hôtel de Ville , dont la
façade étoit illuminée en flambeaux de cire
blanche , & quantité de pieces de vin cou
lerent pour le peuple , qui fit éclatter fa joye
par des acclamations réiterées .
Le To le Roy alla , pour la premiere fois ,
entendre la Meffe , dans la Chapelle du Château
de Verſailles , & le Te Deum fut chanté
par la Mufique , pour le rétabliffement de la
fanté de S. M.
Cette fanté fi précieufe à la France & à
toute l'Europe , eft à prefent dans le meilleur
état qu'on puiffe defirer. Le Roy n'a point
chaffé le Cerf depuis fa maladie , S. M. n'a
été que deux fois à la chaffe du Chevreuif
& du Dain , dans les Forêts de Marly & de
S. Germain ; Elle a été tirer dans le petit
Parc de Verfailles , & en trois fois le Roy
a tué 280. pieces de Gibier.
Le Roy à été voir la Reine deux foix par
jour pendant la maladie de cette Princeffe .
La Reine a été fort affidue dans la Chambre
A OUST. 1726. 195t
bre du Roy pendant la maladie de S. M. Elle
a marqué fon empreffement & fa tendreffe
par des foins & une attention continuelle.
Le 6. Août ,les Religieux de l'AbbayeRoyale
de S. Germain des Prez, chanterent folemnellement
un Te Deum , qui fut fuivi d'un Salut , en'
actions de graces de l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy. Le foir il y eut un grand
feu & des illuminations , tant dans la cour
du Palais Abbatial , que dans celle des Religieux.
On tira auffi quantité de boëtes & de
Coulevrines , placées dans le grand Jardin de
l'Abbaye. Tous les Habitans des Maifons du
diftric allumerent auffi des feux & firent des
illuminations.
Au commencement de ce mois , plufieurs
détachemens des Dames de la Halle allerent
complimenter le Roy fur le rétabliffement de
fa fanté S. M. les reçut avec bonté, & ordonna
qu'elles fuffent bien régalées.
Maladie de la Reine.
La Reine ayant eû pendant plufieurs jours
des maux de tête , accompagnez de quelques
mouvemens de fievre , fe trouva beaucoup
incommodée le 3. de ce mois . La fievre fe
déclara avec une extreme violence , & le mal
de tête étant confidérablement augmenté ,
S. M. paffa la nuit dans un grand accablement.
Le 4. la fievre qui avoit paru diminuée ,ayant
augmenté l'après midi , la Reine fut faignée
du pied vers les quatre heures . Le redoublement
de la fievre qui commença fur le minuit
, & l'accablement qui continuoit , déterminerent
à une feconde faignée du pied, qui
fut faite le s . à huit heures du matin ; mais
ces deux faignées n'ayant point empêché un
nouveau
1
1952 MERCURE DE FRANCE.
nouveau redoublement , ni diminué les accidens
qui accompagnoient la fievre , S. M.
fut faignée du pied pour la troifiéme fois , le
même jour à minuit.
La Reine paffa le refte de la nuit plus tranquillement
, & le lendemain on profita de la
diminution de la fievre pour purger S. M.
La Médecine qu'on donna à la Reine & le
Quinquina qu'on lui a fit prendre depuis ,
produifirent beaucoup d'effet . S. M. fe trouva
très- foulagée le 7. & le 8. la fievre , le
mal de tête & les accidens furent très diminuez
, enforte qu'on crut la Reine hors de
danger ; mais l'efperance d'une guériſon auffi
prompte qu'on le defiroit , diminua lorfqu'on
s'apperçut le foir d'un redoublement de fievre
affez violent.
La fievre ayant continué & les redoublemens
étant toûjours très- fréquens , la Reine
qui s'étoit déja conf: ffee , & dont la folide pieté
éclate dans toutes fes ations , fouhaita de
conmunier. Le 13. à fix heures du foir , S. M.
reçut le Viatique , par les mains de l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier ,
avec des fentimens de Religion & de réfignation
qui édifierent & toucherent tout le mon
de. Le Roy , accompagné des Princes & Prin
ceffes , de fes Grands & principaux Officiers
& des perfonnes les plus confiderables de la
Cour , s'étant rendu à la Chapelle du Château
de Verfailles, S. M. fuivit le S. Sacrement chez
la Reine & le reconduifit à la Chapelle.
Le Kermel-Mineral , qu'on appelle commu
nément , la Poudre des Chartreux , qu'on donna
à la Reine le foir du même jour , ayant
produit beaucoup d'effet , S. M. fe trouva foulagée
, Elle paffa la nuit affez tranquillement
ainsi que le lendemain. Cependant la nuit du
14.
A OUST . 1726. 1953
14. au 15. la Reine eut un redoublement , ce
qui détermina à lui faire reprendre le Quinquina
pour faire ceffer la fievre. En effet elle
diminua confiderablement le 16. & le 17. &
le 18. S. M. refta fans fievre & s'eft depuis
toûjours portée de mieux en mieux.
Le Mardy 13 Août , en execution d'un
Arrêt du Parlement du même jour , on découvrit
la Châffe de fainte Genevieve , & on.
commença les Prieres publiques des Quarante
heures , pour le rétabliffement de la fanté de la
Reine , ordonnées par un Mandement du Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris.
Depuis le 18. les inquietudes qu'on a euës
au fujet de la maladie de S. M. font finies ,
- puifqu'elle fe rétablit tous les jours.
2
Le 22. l'ancien Evêque de Fréjus lui annonça
la mort de la Ducheffe d'Orleans , qu'on
avoit eû foin de lui cacher , & dont la Reine
fut extremement touchée.
Le même jour on chanta à la Paroiffe de
Verſailles un Te Deum , en action de graces
pour la convalefcence de S M. Le S. Sacrement
étoit expofé & l'Eglife parée comme
aux plus grandes folemnitez. Le Te Deum de
la compofition de M. Bernier , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roy , à prefent de
Quartier , fut executé par les Muficiens de
S. M. Le foir , le Bailly , le Procureur du Roy,
les Marguilliers & les notables Bourgeois de
Verfailles , allumerent un bucher au milieu
de la Place Dauphine , il y eut des illumi-
- nations aux fenêtres & d'autres marques de
- réjouiffance. La Fête fut terminée par un
grand repas que les Marguilliers donnerent
à tous les Muficiens.
1
1954 MERCURE DE FRANCE.
CORRESPONDANCE GENERALE.
LA
AVIS AU PUBLIC.
A Compagnie de la Correfpondance generale
ayant été follicitée de prêter fon miniftere
pour la vente ou acquifition de Terres, Maiſons,
Rentes , Charges & autres immeubles , elle croit
devoir avertir les particuliers qui voudront s'a
drefler à elle pour de pareilles ventes ou acquifitions,
qu'ileft neceflaire qu'ils envoyent auBureau
general deCorrelpondance des détails circonftan.
ciez des chofes qu'ils auront à vendre ou à acheter
; & les prix qu'ils voudront en avoir ou donner,
avec lademeure des vendeurs ou acquereurs,
ou des perfonnes chargées pour eux ; & au moyen
des correfpondances que ledit Bureau General
entretient , la Compagnie pourra leur procurer
des Vendeurs ou Acheteurs.
Ladite Compagnie s'eft auffi chargée , à la follicitation
de quelques Regimens , de faire les
differentes Commitions de leurs Corps , & pour
lefquels ils étoient obligez d'avoir continuellement
un Officier refident à Paris , elle continuera
de s'en charger à l'avenir pour les Regimens
qui s'adrefferont à elle .
Un grand nombre de Banquiers , Marchands,
Negocians , & autres perfonnes qui font de
grandes affaires , ayant propofé à ladite Compagie
de fe charger de faire leurs Commiſſions en
fait de Lettres de Change , Billets , & autresEffers
purs & fimples , en prenant par ladite Compagnie
la remife feulement qu'ils ont accoûtuméde
payer à leurs Commiffionnaires ou Correfpondans
, au lieu de quatre deniers pour livre de taxations
qui lui font attribuez , ladite Compagnie
AOUST . 1726. 1955
$
fe
a bien voulu , pour faciliter les Commiffions du
Public , acquiefcer à cette propofition , & en
confequence elle fe chargera de faire faire ces
fortes de Commiffions au même droit de remit
que celui qui fe paye aux Marchands , Banquiers
ou Commiffionnaires , qui font des affaires
de pareille nature , fans cependant qu'elle fe
charge d'acceptation de Lettres de change tirées
par aucuns defdits Banquiers & Negocians ,
attendu que celles qu'elle acquitte, nepeuvent être
tirées par lefdits Negocians qui s'adreilent à elle,
qu'après la rentrée de leurs fonds à la Caiffe de
la Compagnie , & qu'elles font toujours acquittées
au moment de leur préſentation.
L'établiffement de cette Correfpondance generale
n'étant qu'un Bureau de Commiffions ,
& un Dépôt public , & la Compagnie étant affujettie
par fon établiffement de donner avis aux
particuliers de la rentrée de leurs fonds à la
Caille dans les trois jours immediatement après
la recette , il n'y peut arriver d'inconveniens ,
ni être fait aucune faifie conformément à l'Arrêt.
Les Lettres de Change , Billets , ou Mandemens
tirez par les particuliers fur la Caiſſe de ladite
Correfpondance , ne feront jamais proteſtez
lorfque leurs fonds y feront rentrez , ce qui arrive
fouvent à l'égard des perfonnes qui font
les Commiffions , lefquels venant à mourir dans
l'intervalle , que leurs Correfpondans , ou les
particuliers qui les occupent , tirent des Lettres
de Change que l'on eft obligé de faire proteſter
& renvoyer pour en avoir le remboursement
qui ne fe fait d'ordinaire que long- temps après
la levée des fcellez & les fucceffions arrangées :
au lieu que ces fortes d'inconveniens , ni aucun
de ceux qui pourroient donner lieu au retard des
payemens des Lettres & Bilets ne feront jamais
connus dans ladite Correfpondance, quand même
>
il
1996 MERCURE DE FRANCE.
arriveroit que quelques- uns de ceux qui en coinpofent
la Compagnie viendroient à déceder, parce
qu'il fera remplacé fur le champ , & que la
Caffe de ladite Compagnie , ou pour mieux dire
, le dépôt du Public fera toujours exempt des
fcellez & des autres formalitez dont les Commiffionnaires
particuliers ne peuvent fe garentir.
La fufcription des Lettres qui font adreffées
à ladite Compagnie , porte à M. Bréhamel &
Compagnie de la Correspondance generale , ruë
neuve S. Euftache , à Paris .
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
dout, & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ,le 3. Septembre 1726 .
HARDION.
TABLE .
leces fugitives , Deffein d'un Recueil
Pled'Hymnes nouvelles avec lesplus beaux
chants ; & c.
Le Printems, Idille , de Mlle l'Héritier ,
1729
1760
Explication des Enigmes , faite au College des
Jefuites ,
Bouquet en Vers ,
1767
1785
Confecration de la nouvelle Eglife de Saint
Louis , 1787
Epitre
4
Epitre en Vers ,
1957
1797
Lettre & Differtation fur la Tragedie de
Rhadamifte , 1802
1830
Lettre & Poëme qui a remporté le Prix des
Jeux Floraux ,
Explication des Enigmes du mois paffé , 1838
Nouvelles Enigmes ,
Nouvelles Litteraires ,
1839
1841
1856
Reflexions fur les Memoires de Trevoux, 1844
Difcours fur la Peinture ,
Nouveau Tableau de Sainte Geneviève , &c.
1859
Nouvelle Eftampe de la Machine de Marly,
1864
Médailles gravées en Taille-douce, du Roy &
de la Reine ,
Spectacles , Paftorale nouvelle ,
1869
1870
L'Amour Précepteur , Comedie nouvelle , Ex-
1872
trait ;
Les Pellerins de la Mecque , Opera Comique ,
idem ,
Tragedie réprefentée aux Jeſuites & Ballet ,
&c.
1879
1892
1904
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie ,
Pologne , & c.
Lettre du Roy d'Angleterre à la Czarine, 1906
Réponse de la Czarine ,
Déclaration de la Czarine ,
1909
1915
Morts & Mariages des Pays Etrangers , 1927
Journal de Paris , &c.. 1929
Reception faite à Dieppe à la Ducheffe du
Maine , 1933
+ Mort de la Ducheffe d'Orleans , 1935
Rétabliſſement de la ſanté du Roi, 1945
Maladie de la Reine , 1951
Faute
1958
Faute à corriger dans le Mercure de
PA
May 1726.
Age 907. ligne antepenultiéme , de parler
enfin le langage des Dieux , lifez , de parler
enfin plutôt le langage des hommes , que
celui des Dieux.
Fautes à corriger dans le 2. vol. de Juin.
Age 1472 ligne 11. entre , lifez contre.
P.1474. 1. 3. de donatione , lifez, donatione.
P. 1474 1.4. concilium , lifez Confuetudo.
Faute à corriger dans le Mercure de
Juillet 1725 .
PA
Age 1570 1. 25. car il n'y en a point , ajoûtez
de fi parfaite qui ne puiffe l'être davantage
.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1730. lign. 1. veulent , 1. veuillent.
1794.
P. 1749. ligne 3. Thomafo , lifez Thomafi .
P. 1761.1 . 14. auprès , lifez , au prix . P. 1767.
1. 11. les , lifez , ces. P. 1785. l . 18. j'afu mandé
, l. j'ai demandé . P. 1. 14 & témoin ,
lifex , & être rémoin . P. 1798. 1. 17 qu'on les
trouve , & c. ce Vers appartient à la ftrophe
fuivante, P. 1847. ligne derniere , pû , ôtez ce
mot. P. 188. ligne 21. reçûs , lifez reçûës.
P. 1867. ligne 24. Moulin , lifez , Moufin.
La Médaille du Roy & de la Reine,à lapag.1869
MER CURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
SEPTEMBRE . 1726 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
I GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roya
AVIS.
La
ADRESSE generale pour toutes
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
forterfur l'heure à la Poste , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquere.
Le prix eft de 30 fo's.
1959
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT
SEPTEMBRE.
XXXXXX)
1726.
鮮茶茶器
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SA UL.
Poëme tiré de l'Ecriture Sainte.
Mages du Trés- Haut , Monarques
2de la terre , J
Adorez en tremblant le Maître du
Tonnerre..
Que la mort de Saül apprenne à tous les Rois ,
Que jamais l'on n'enfraint impunément fesloix,
A ij
1960 MERCURE DE FRANCE .
> O vous Manes facrez d'un illuftre Pro.
phete , *
›
Qui jadis à Saül prédîtes fa défaite ;
Sortez , pour m'infpirer , de la nuit du tombeau
,
De fes derniers malheurs traçez -moi le tableau ,
De Saul pour Agag la coupable indulgence ,
Sur la trifte Nobé fa cruelle vengeance ,
Sa haine pour David , & fes tranſports jaloux ,
Du Très haut , dès long- temps , irritoient le
courroux .
Il éclate , & Saül rejetté de fa face ,
Voit bien-tôt les effets accomplir la menace:
Envain fur les Autels , il fait fumer l'encens ,
Les victimes , les voeux , les pleurs font impuiffans.
Dieu s'obſtine à garder un fevere filence ;
Jufqu'au Camp des Hebreux le Philiſtin s'avance
i
Et Saul craignant moins le trépas que les fers ,
Veut au défaut du Ciel confulter les Enfers.
Au milieu des rochers une caverne affreuſe ,
Cache au flambeau du jour fa voute tenebreuſe ;
Le Prince déguifé , fuivi de deux Soldats ,
Vers cet Antre infernal porte auffi tôt les pas.
* Samuel.
Une
+ SEPTEMBRE . 1726. 1901
Une femme d'Endor , par lui- même profcrite ,
Fameufe Enchantereffe , en ce fejour habite :
O vous ! lui dit Saul , dont l'Enfer fuit les
loix ,
Vous , dont la mort entend la redoutable voix ;
Ordonnez , pour calmer la douleur qui me
prefle ,> :
Qu'à l'inftant Samuel à mes regards paroiffe.
L'affreufe Pythoniffe à cet ordre frémit ,
Et bien- tôt de fes cris l'Antre au loin retentit
D'une crainte inconnue elle ſe ſent troublée ;
Les regards égarez , la tête échevelée ,
Elle trace un long cercle , & par fes noirs efforts
,
Arrache Samuel à l'Empire des Morts ;
Au milieu des horreurs d'un lugubre filence ,
L'ombre paroît quel trouble excite fa préfence
:
Sail tombe à ſes pieds , faifi d'un faint reſpect ,
La Pythoniffe tremble à fon augufte afpect .
Tel que l'Aftre du jour commençant la carriere,
Son front eft couronné d'une vive lumiere ,
De fes yeux enflammez les foudroyans éclairs ,
Epouvantent Saul & troublent les Enfers.
Le Prophetefului lance un regard finiftre ,
A iij Et
1962 MERCURE DE FRANCE:
Et des ordres du Ciel Interprete & Miniftre ,
D'une voix redoutable il prononce ces mots ,
Ces mots , qu'avec horreur repetent les échos,
Pourquoi me confulter par d'infames organes ,
Roi malheureux , frémis , ne trouble plus mes
Manes ;
Je ne puis rien pour toi ; l'Eternel t'a jugé ,
Ton Empire finit , & David eft vengé.
Il regne , tu peris : à cet arreſt funeſte ,
De fes forces Saul rappelle envain le reſte ;
Sous les pas chancelan's la terre tremble & fuit ;
Samuel fe replonge en l'éternelle nuit.
Le Prince confterné rougit de ſa foibleſſe ,
Tel qu'un homme qui fort d'une profonde yvreffe.
Saul confus fe leve , & für de fon deftin ,
Il retourne en fon Camp , où l'altier Philiftin ,
Déja femoit l'horreur , prémice du carnage :
Je fens à cet objet renaître mon courage :
Non , jamais , dit Saül , mon coeur defe fperé ,
Du fang des Philiftins ne fut plus alteré ;
Vendons leur cherement ma vie & leur victoire,
Et periffons en Roi dans les bras de la gloire.
A ces mots , d'un combat pour les jours trop
fatal
,
II
SEPTEMBRE . 1726. 1963
allar-
II hâte en foupirant l'effroyable fignal .
On court , on eft aux mains ; fes troupes
mées ,
Par l'exemple du Chef foudain font ranimées
Le fang coule à longs flots , l'illuftre Jonathas ,
De fon malheureux pere accompagne les pas.
Intrépides Heros , dont la valeur guerriere ,
Aux Philiftins vainqueurs fait mordre la pouffiere
;
Le fort change bien - tôt ; fevere en fes arrêts ,
L'Eternel interrompt ces rapides fuccès ,
Et du Camp des Hebreux la victoire inconf
tante ,
Du fang des Philiſtins encore degoutante
Revole dans leur Camp , plus prompte que l'éclair
;
Qui du Nord au Midi , brille , part , & fend
l'air;
D'Ifraël éperdu, les Troupes fugitives ,
Ou tombent fous le glaive , ou demeurent captives
;
Saül voit à fes pieds expirer les enfans ;
Superbes ennemis , vous êtes triomphans ,
Dit- il , & de mes jours la courfe eft accomplie.
Dieu cruel , tu le veux , ta vengeance eft remplie
,
A iiij Du
1964 MERCURE DE FRANCE.
Du faîte des honneurs tu m'as précipité ,
Devois- tu me tirer de mon obſcurité ?
L'infortuné Saül dans un rang moins fublime , 1
Eut vêcu plus tranquille , & feroit mort fans
crime ;
Alors il veut plonger fon épée dans ſon ſein ,
1
Mais la force lui manque & trahit ſon deffein
:
Abner , dit - il , Abner , dans ce malheur extrême
,
Approche , ofe fervir ton Roi contre lui - même.
Ce n'est plus que fur toi que Sail peut compter ;
Seigneur , je ferai plus , je vais vous imiter ,
Répond Abner , je meurs ; il fe frappe , il expire
;
Saül le voit tomber , & de rage il foupire ,
Il fe perce , il s'épuiſe , il fait de vains efforts ,
Et fans pouvoir mourir il fouffre mille morts ;
Il nage dans fon fang , la fureur qui l'agite,
Ranime fes efprits , les foutient , les irrite ;
Et pour fon châtiment Dieu prolonge fes jours ;
Saul d'un Etranger implore le fecours .
Un Soldat d'Amalec l'aborde , l'enviſage :
Frappez , lui dit Saul , fatisfaites ma rage ,
:
Sauvez-moi par pitié du joug des Philifties ;
L'E
4
SEPTEMBRE.
1726. 1965
L'Etranger obéit , & tranche fes deftins ,
Ravit fon Diadême ; & fier de fa conquête ,
De Saul à David il apporte la tête.
Le P. de Poncy , Jeſuite.
>
の
MEMOIRE HISTORIQUE fur la
Vie de Frederic Guib Docteur en
Medecine , donné par Jean - Fréderic
Guib ,fon petit-fils , Docteur ès Droits .
I
Left temps que je m'acquitte des engagemens
que j'ai pris avec le Public ;
je déclarai , il y a quelques années , que
je travaillois à faire un Abregé de la
Vie de Fréderic Guib , mon grand- pere,
je m'acquitte aujourd'hui de ma promeffe
; mais je dirai par avance , que mon
but n'a jamais été de faire un éloge dans
les formes cela ne conviendroit point
tout- à-fait à un petit - fils . D'ailleurs
Les Eloges font devenus fort dégoutans
prefque dans tous les Pays du monde
foit parce qu'on en fait trop , foit parce
qu'on les remplit d'un galimatias" byperbolique
& infipide , éternellement monté
fur cinq ou fix lieux communs , comme
l'a remarqué le fçavant M. Ancillon
dans fes Memoires concernant les
A v Vies
1966 MERCURE DE FRANCE.
Vies & les Ouvrages de plufieurs Moder
nes , &c.
Je rapporterai donc les faits le plus
fuccinctement qu'il me fera poffible , confiderant
toujours que je fais un Abregé,
& non pas une Hiftoire entiere , laiffant
aux Bayles futurs le foin de donner à ce
Sçavant les louanges qui lui font dûes.
Le nom de famille de Fréderic Guib.
étoit Gib , ou Gibbs , en Latin Gibbefius.
Mais pour s'accommoder à la prononciation
Françoife , il y ajoûta dans la fuite
une lettre , & prit celui de Guib , en
Latin Guiboens. Je ne fçaurois cependant
difconvenir , que depuis même qu'il euc
pris ce nom , il ne s'eft pas difpenſé de
fe fervir quelquefois de fon ancien nom
dans la fignature des lettres qu'il écrivoit
à fes amis , & furtout aux Etrangers
. C'eſt ainfi , par exemple , qu'il en
a ufé dans un Livre qu'il publia à Orange
en 1679. fous le titre de Sereniffi
mus Princeps Auraicus , five Declamationes
Poëtica , &c. Car dans l'Epitre
Dédicatoire , qui eft adreffée au même
Zuylichem , dont on parlera dans la fuite
, il s'eft nommé Gibbefium ; mais à la
fixiéme page de ce Livre , il a mis
Guiboeus , parce qu'il s'adreſſoit à Meſfieurs
du Parlement d'Orange.
Il nâquit à Dumferlin , dans le Com-
τέ
SEPTEMBRE. 1726. 1967,
té de Fife en Ecoffe , d'un perè qui s'appelloit
Bernard Gib , ou Gibbs , & qui
étoit Avocat au Parlement d'Edimbourg .
Etant encore fort jeune , il perdit fon
pere , & fa mere Marguerite Varemande.
Il étudia en Rhetorique , & en Philofophie
fous George Wemius . Après
s'être fait recevoir Maître ès Arts en
l'Univerfité de S. André , il voyagea en
Angleterre ; mais les divifions entre ce
Royaume & l'Ecoffe , s'étant augmentées
, il abandonna fa Patrie , & voyagea
comme un autre Uliffe dans plufieurs
Pays . Il croyoit que les voyages étoient
d'une grande utilité , lorfqu'on voyageoit
avec connoiffance : Qui fapienter
peregrinatur , difoit-il , plus proficit in
via , quam in patria. Auffi avoit - il ac
coûtumé dans les voyages de vifiter les
Sçavans , de voir les chofes remarquables
, de s'informer des moeurs & des
coûtumes de chaque Nation de même
que des fingularitez des Pays par où il
paffoit ; bien éloigné en cela de la penfée
du fameux Daillé , qui tenoit fi peu
pour l'utilité des voyages , qu'il regretta
toute fa vie les deux années qu'il employa
à voyager , comme on le lit dans
le Dictionnaire de Bayle.
›
Les regles que je me fuis prefcrites
ne me permettent pas d'examiner cette
A vj peníée
1968 MERCURE DE FRANCE:
penfée de M. Daillé ; peut être qu'en citant
du Grec & du Latin , je pourrois en
faire voir le foible : mais ce feroit une
érudition mal placée , & à contre- tems.
D'ailleurs , c'eft fouvent une temerité de
critiquer trop legerement les fentimens
des grands Hommes. Je fais ici la fonction
d'Hiftorien , & non pas celle de Critique
, ainfi je reviens à mon fujet.
-
Fréderic Guib étant donc forti de fa
Patrie , vint à Paris , de là il paffa dans
les Pays - Bas , & dans les Provinces-
Unies , enfuite en Allemagne ; & étant
arrivé à Venile , il paffa en Grece ; delà
il alla à Conftantinople , après quoi
il parcourut la Natolie ; & ayant paffé en
Candie , il s'en alla en Syrie , d'où il paffa
en Egypte & revenant en Italie , il
s'arrêta quelque temps à Rome , où il
vit encore le celebre Athanafe Kirker ,
qu'il avoit auparavant connu à Paris . Il
s'arrêta auffi quelque temps à Padouë ,
&. étudia en Medecine. Il vit le tomy
beau du fameux Petrarque , qui eft dans
un Bourg éloigné de dix lieues de cette
Ville. Enfin , ayant quitté Padouë , il
vint à Andufe dans le Languedoc , où il
enfe gna les Humanitez pendant quelques
années. Sa réputation , ( je me fers
ici des termes de M. Antoine Flavard
Bouvier ) lui attira un grand nombre d' Ecoliers
SEPTEMBRE 1726. 1969
•
coliers des premieres Maifons de la Province.
Il y époufa une fille d'une beauté
extraordinaire & qui avoit beaucoup
de vertu & de fageffe. Elle s'appelloit
Debora Teiffier , & étoit parente de M.
Teiffier , qui s'eft acquis tant de gloire
par les additions aux Eloges de M. de
Thou . Ayant eu le malheur d'être attaquée
de la pefte dans le temps que cette
cruelle maladie ravageoit la Ville d'Andufe
, elle mourut malgré l'attention que
fon mari eut à la fervir jufques au der
nier moment de fa vie. Il n'en eut point
d'enfans.
La mort de fon Epouſe , la trifte fituation
de cette Ville , que la pefte ravageoit
toûjours , & l'emploi de Profeffeur - en
Eloquence , que
, que les Directeurs du College
de Nîmes lui firent offrir , le déterminerent
à y aller fes talens & fa
capacité contribuerent extrêmement à faire
fleurir le College de Nîmes , & on
remarquoit , que le grand concours d'Ecoliers
ne fe trouvoit plus à Andufe comme
autrefois pendant qu'il y féjournoit ,
mais qu'ils accouroient de toutes parts au
College de Nîmes.
En l'année 1651. Frederic Guib fut aggregé
dans la Faculté de Medecine de
Valence en Dauphiné. Le 18. du mois
d'Août de la même année , il fe mariapour
1976 MERCURE DE FRANCE .
pour la feconde fois dans la Ville de Nîines.
Il eut plufieurs enfans de ce fecond
mariage ; entr'autres Henri , dont
on voit l'abregé de la Vie dans le Mercure
de France , au mois de Novembre
1722. En l'année 1654. il fit l'Oraifon
funcbre du celebre Claude Guiraud : cette
Piece a eu le fort des Pieces volantes
& fugitives , qui deviennent ordinairement
rares après un certain nombre
d'années car aujourd'hui on auroit affez
de peine à la trouver .
Les Directeurs du College de la Ville
d'Orange , ayant refolu au commence.
ment de l'année 1665. de mettre tout en
ufage pour le difpofer à venir dans leur
Ville , pour remplir la Charge de Prin
cipal , où la Chaire de Profeffeur en Eloquence
, dans l'efperance que La reputation
y attireroit quantité d'Ecoliers Etran
gers , qui feroient fleurir leur Académie
en toutes fortes de Sciences , ce qui
apporteroit de grands profits à cette Ville
; ils lui firent écrire à Nimes fur ce
fujet , car il y faifoit encore fon féjour
avec fa famille. Il hefita quelque temps
avant que de fe déterminer là deffus . II
regardoit d'un côté , que le fort de ceux
qui enfeignoient les Sciences étoit dans
ce temps-là une trifte condition , qui les
expofoit à bien des inconveniens , & d'un
autre
SEPTEMBRE. 1926, 1977
autre côté , il avoit envie de revoir le
lieu de fa naiffance . Il y a affez d'apparence
qu'il auroit executé ce projet , & qu'il
feroit parti pour l'Ecoffe , fi fes amis ne
l'euffent déterminé à changer de fentiment
, & à accepter les offres qu'on lui
faifoit; de forte que le fixième du mois
de Fevrier de la même année 1665. il
fut pourvû de cet Emploi...
Environ deux mois après , l'illuftre Zuylichem
, Député du Prince d'Orange ,
étant arrivé en cette Ville , il crut ne
pouvoir rien faire qui fut plus agréable
à ce grand Homme , qui aimoit paffionnément
la Poëfie , que de lui témoigner
par un Poëme la joye qu'il reffentoit de
fon arrivée . Ce fut à la tête des Profeffeurs
& des Regens de l'Académie qu'il
prononça ce Poëme , qui fut reçû d'une
maniere fort gracieufe par cet illuſtre
Sçavant . Il a été inferé dans la Relation
de ce qui s'eft paffe au rétablissement d'Orange,
par Jacques Pineton de Chambrun .
Le 23 d'Avril de la même année
1665 il prêta ferment de fidelité
au Prince d'Orange , entre les mains
de M. de Zuylichem . Quelques jours
après phil fit une Leçon publique , en
préfence d'une nombreufe Affemblée fur
la premiere Ode de Pindare , qui fut , fuivant
la remarque du Sieur de Chambrun ,
comine
1972 MERCURE DE FRANCE.
comme fon Oraifon inaugurale en ia
Charge de Principal du College . M. de
Zuylichem qui y affifta , la trouva d'un
très -bon goût , & par là il ſe confirma
dans la bonne opinion qu'il avoit déja
conçue de lui . M. de Chambrun a également
inferé cette Piece , qui eft docte
& fçavante, dans le Livre que l'on vient
de citer , page ro3 . & fuiv.
M. Maurice Le- Leu de Wilhem , digne
neveu de M. Zuylichem , ayant fouhaitté
de le faire recevoir Docteur ès
Droits dans l'Univerfité d'Orange , ceux
qui étoient pour lors du Corps de certe
Univerfité , mirent en déliberation le
4.
Mai de la même année , s'il configneroit
la fomme d'argent accoûtumée , que
les Docteurs Etrangers , ou ceux qui ne
font pas fils de Docteur , donnent ordinairement
pour le faire recevoir. Il fut
déliberé qu'il ne configneroit aucuns deniers
en prenant le Bonnet de Docteur ,
à la confideration de M. Zuylichem ,fon
oncle , fans confequence. Le 25. du même
mois de Mai , il reçût ce Grade avec
un applaudiffement univerfel. Fréderic
Guib, furtout, fut charmé de la profonde
connoiffance du Droit Civil & du Droit
Cononique qu'il fit paroître en cette occafion
, de l'ordre & de la netteté avec
Laquelle il expliqua les matieres les plus
diffSEPTEMBRE.
1726. 1973
difficiles de l'un & de l'autre Droit. H
rendit publique la joye qu'il en reffentoit
par des Vers qu'il adreffa à M. de Wilhem
, & qui furent imprimez à Orange
la même année .
Ces fortes d'occupations ne l'empê
choient point de donner fes foins & fon
attention à l'exercice de fon Emploi , &
il le fit avec tant de fuccès , que dès le
mois d'Août de la même année 1669.
on reconnut un changement confiderable
dans le College. A prefent , diſent
les Regiftres du Bureau du College , que
le College commence à être meilleur qu'il
n'a été depuis quelques années , pour achever
de rendre l'Académie parfaite , il eft
neceffaire d'avoir un Imprimeur. On choifit
pour cela Edouard Raban .
Čet heureux changement étoit un effet
du don particulier que Fr. Guib avoit
pour enfeigner les Sciences. Il examinoit
foigneufement le genie de ceux qui
étudioient , afin de connoître par là dans
quelle fcience ils pourroient faire plus
de progrès. Il s'informoit auffi à quel
genre de vie ils fe deftinoient , & tâchoit
de découvrir s'ils s'y deftinoient d'euxmêmes
, ou par les follicitations de leurs
parens. Il fe regloit enfuite là - deſſus ;
& lorfqu'il s'appercevoit qu'il y avoit
des perfonnes qui avoient quelque penchant
1
1974 MERCURE DE FRANCE .
chant à embraffer un certain genre de
vie qui ne convenoit , ni à leur naiffance
, ni à leur genie , ni à leur fortune ,
il leur difoit peu à peu les raifons pour
lefquelles il lui fembloit que ce parti ne
leur convenoit pas. Mais ce qui faifoit
voir la beauté , & la fécondité de fon
genie , c'eft les differentes methodes dont
il fe fervoit pour enfeigner les Langues
& les Sciences . Il avoit une methode
particuliere pour ceux qui avoient def
fein d'embraller l'Etat Ecclefiaftique , &
fe conduifoit en cela affez differemment ,
fuivant qu'il reconnoiffoit leur genie.
Il fe fervoit d'une methode un peu
differente à l'égard de ceux qui fe deftinoient
à la Robe , qui étoit fort oppo
fée à celle dont il fe fervoit pour ceux
qui fe deftinoient à l'épée. Sa maniere
d'enfeigner à l'égard de ceux qui fe deftinoient
au commerce, étoit differente de
celle dont il ufoit avec ceux qui devoient
vivre de leur revenu. Il leur enfeignoit
aux uns & aux autres la maniere d'étudier
, & leur faifoit connoître les Auteurs
qui avoient le mieux écrit dans
chaque Science. Il est vrai qu'il difoit,
qu'il ne falloit point faire de Recueil ,
& il n'approuvoit pas ceux qui faifoient
ces fortes de Collections , parce qu'il
croyoit , que bien loin d'être un aide &
un
"SEPTEMBRE. 1726. 1975
un fecours , c'eft plutôt un obftacle qui
- empêche qu'on ne faffe tous les progrès
que l'on feroit fans cela.
•
Il prenoit un foin particulier de cultiver
la memoire de ceux qui étoient
fous la conduite , en leur faifant apprendre
par coeur les plus beaux endroits des
Orateurs , des Poëtes Grecs , Latins ,
& c. fuivant le genre d'étude auquel ils
fe deftinoient. Il n'oublioit rien leur
pour
former le jugement , & pour ce fujet il.
·les invitoit à parler , à dire leur avis ,
ou fur les matieres qu'ils avoient ap
prifes , ou fur leurs lectures , ou fur
les chofes qui fe préfentoient fortuitement
& par
W
hazard.
Enfin la grande vûe étoit toujours de
concourir de tout fon pouvoir à faire que
chacun excellât dans le genre d'étude &
de profeffion qu'il avoit deffein de fuivre,
& il s'efforçoit de les y animer par un
motif de gloire & d'honneur .
Telle étoit la conduite qu'il avoit obfervée
à Andufe & à Nîmes à l'égard
de fes Penfionnaires , ou de ceux qui
étoient fous fa direction , & telle fut encore
la maniere dont il fe conduifit dans
la Ville d'Orange , & qui fut fi fort approuvée
, qu'il avoit ordinairement dans
fa maiſon 35.
40. Ecoliers Penfionnaires
, tant des Provinces du voisinage ,
à
que
1976 MERCURE DE FRANCE.
que des Provinces plus éloignées , on
des Pays étrangers . It a publié quelques
Ouvrages , outre ceux dont on a fait mention
, Somnium feu iter ad Parnaffun , en
deux parties , imprimé à Orange en
1666. une Rhetorique extrêmement
eftimée , un Abregé de cette Rhetori
que , & c.
En 1667. il fe maria pour la troifiéme
fois . Sur la fin de 1677. il prononça l'Epitalame
de Guillaume de Naffau , Prince
d'Orange, depuis Roi d'Angleterre, qui ſe
trouve à la page 42. des Declamationes
Poëtice que l'on a cité ci - deffus.
Quoique l'on fçache affez , que ce n'eſt
pas le grand nombre d'Ouvrages qui
donnent l'immortalité , & qu'on n'ignore
pas que l'on peut acquerir cette glorieufe
prérogative par un feul Livre ,
pourvû qu'il foit excellent ; cependant ,
fi quelqu'un étoit furpris que le Sçavant
dont je parle , qui avoit de fi valtes
connoiffances , ait publié un fi petit
nombre d'Ouvrages , on lui répondroit ,
ce qu'il difoit lui-même quelquefois ,
qu'il en agiffoit de cette maniere par trois
raifons. La premiere , que fa confcience
& fon honneur demandoient qu'il donnât
tous les loins pour s'acquitter dignement
de fes emplois. La feconde , qu'on
avoit quantité de bons Livres fur toutes
fortes
SEPTEMBRE. 1726. 1977
fortes de Sciences , & qu'ainfi on ne
pouvoit prefque faire autre chofe que
redire ce que d'autres avoient déja dit.
La troifiéme , que la plume lui tomboit
des mains , lorſqu'il faifoit reflexion aux
querelles des gens de Lettres , & aux
injures groffieres qu'ils fe difent quelquefois
les uns aux autres . Il a pris quelquefois
le nom de Philalethe , car c'eft
lui qui eft l'Auteur des Vers qui parurent
fous ce nom - là en 1670. & qui
commencent
ainfi :
Cace ferox , rabido qui flammas evomis ore,
Quas Phlegetontheis Cerberus , &c."
François Graverol , celebre Avocat de
Ela Ville de Nîmes , ayant donné au Public
l'explication d'une Infcription antique
, fous le titre de Miles Miffitius ,
Guib publia bien- tôt après une Harangue
à la louange du Pourceau , & la lui
dédia. En voici le titre , In alimentum
Militis Miffuii D. Francifci Graveroli,
egregii Caufidici in Curia Præfidiali Nemanfenfi
, Frederici Guiboei Porcus . On
lit ces deux Vers à la fin de cette Harangue
.
Si fapit hic porcus falfo , Graverole ,' palato
Salfus te falfojudice , porcus erit,
J'ofa
1978 MERCURE DE FRANCE.
J'ofe ajoûter que cette Piece, dans fon
genre , n'eft pas moins finguliere , que
la plupart de celles qui ont été inferées
dans les Differtat. Ludicr. de l'Edition de
1644. Il s'eft defigné par la premiere
lettre de fon nom de Baptême , & par
la premiere lettre de fon nom de famille
, dans des Vers qui font à la tête
d'un Poëme de M. de Thou , de l'Edition
de Daniel Elzevir 1678. Il y a des
Notes Latines fur ce Poëme dans la même
Edition , qui ont été faites , à ce que
porte le titre , par Melancton. C'eſt un
faux nom , fous lequel le même Chambrun
, dont on a fait mention , s'eſt déguifé
car Melancton font deux mots
Grecs , qui en François fignifient terre
noire , ce qui revient fort bien à Chambrun.
Le 30. Mars de l'année 1680. il fut
reçû Docteur en Medecine dans l'Univerfité
d'Orange. Il a eu de grands talens
pour les Belles - Lettres , & il s'eft
extrêmement diftingué dans la Philofophie.
J'en dirois davantage , fi je ne
craignois de m'écarter de mon fujet.
La Comette qui parut au mois de Decembre
de la même année r68 o. lui donna
occafion de dire ce qu'il penfoit de
ces Phenomenes . » Les Comettes , difoit-
il , font des corps lumineux , que 23
» l'on
SEPTEMBRE. 1726. 1979
29
» l'on voit paroître dans le Ciel , ſous
differentes grandeurs après un certain
» nombre d'années. Lorfqu'elles paroif-
* fent , ajoûtoit- il , elles ne préfagent
» aucun malheur , car leur apparition eſt
» auffi naturelle que le lever & le cou-
» cher du Soleil & de la Lune , l'appa-
» rition ou la difparition de certaines
» Etoiles , ou que les Eclipfes du Soleil
» & de la Lune. Ce font chofes pure-
> ment naturelles , & qui devant arri-
» ver de toute neceffité , ne peuvent par
confequent préfager , ni pefte , ni guer-
» re , ni famine , ni la mort des Rois &
» des Grands . Ainfi , continuoit- il , fi on
eft quelquefois plus de temps , & quel
» quefois moins à voir des Comettes , c'eft
parce que ces corps ayant leur cours reglé
dans l'efpace immenfe du Ciel , ref
» tent ce temps- là à parcourir le che-
» min qui leur a été affigné par l'Auteur
» de la Nature , avant que de pouvoir fe
» montrer de nouveau à nos yeux .
13
C
Il difoit auffi que les vers étoient l'origine
& la fource de la plus grande partie
des maladies qui affligent les hom
mes , & que c'étoit à quoi la plupart
des Medecins ne faifoient pas affez d'attention.
Pour prouver fon fentiment , il
alleguoit plufieurs raifons , que je rapporterois
, fi je ne craignois d'ennuyer
le
1980 MERCURE DE FRANCE.
les Lecteurs ; mais afin de mieux confirmer
fa penfée , il fe fervoit d'un microf
cope , avec lequel il faifoit appercevoir
des vers fur les alimens deftinez à la
nourriture de l'homme , & qui font imperceptibles
à la vûë. Il n'étoit point
partifan de la faignée ; car , excepté dans
le cas de la pleurefie , de la fquinancie ,
de la fluxion de poitrine , &c. il difot
qu'il ne faut faigner qu'à la derniere extrêmité.
Il appelloit le fang le tréfor de
la vie. Il n'y a rien qui demande plus de
connoiffance , que d'ordonner une ou
plufieurs faignées bien- à - propos , à cauſe
des inconveniens qui en peuvent naître.
En effet , on ne fçauroit croire que
la Nature , qui eft fi admirable dans toutes
fes productions , fouffre qu'il y ait
plus de fang dans le corps humain , que
les veines n'en peuvent contenir ; & au
cas que cela pût arriver , il eft facile d'y
remedier en faifant diette , ou en prenant
quelques purgatifs . Il alleguoit làdeffus
l'exemple du celebre Gaffendi
qui mourut pour avoir été trop faigné .
Il defapprouvoit extrêmement les faignées
periodiques , & les faignées de précaution
, comme on parle communément,
& il les regardoit comme un abus d'une
pernicieufe confequence , & qui étoient
d'autant plus dangereufes , qu'elles avoient
été
SEPTEMBRE. 1726. 1981
été mifes en ufage fous le fpecieux prétexte
de conferver la fanté. Il recommandoit
de bien mâcher les alimens avant
que de les avaler , & citoit à ce fujet un
Proverbe Arabe , dont le fens eft que celui
qui bait fa vie , ne mâche pas avec
Join.
à
Je pafferois de beaucoup les bornes
d'un abregé , fi je m'arrêtois davantage
rapporter ce qu'il penfoit fur quelques
autres matieres. C'eft ce qui m'engage
à retrancher une infinité de choſes,
qui , quoique curieufes & confiderables
, feroient cependant fuperfluës , &
ne ferviroient qu'à donner lieu à la Critique
d'un certain genre de Sçavans .
Qu'on ne m'impute donc rien à cet
égard , fi , en voulant éviter un défaut , je
fuis tombé dans un autre .
Après avoir eu la fatisfaction de voir
fes enfans bien placez , ſon fils aîné marié
, le fecondant dans les fonctions de
fon emploi de Profeffeur en Eloquence ,
& fon cadet honoré du Grade de Docteur
en Medecine, il mourut à Orange le 27.
du mois de Mars de l'année 1681. avec de
grands fentimens de pieté. Il avoit été
affez long- temps malade d'une ftrangurie,
ou perte d'urine , qui à la fin lui caufa
la mort. Il conferva pourtant jufqu'à fon
dernier foupir toute la force de fon ef-
B
prity
1982 MERCURE DE FRANCE :
1
prit. Il étoit également bon Poete , bon
Orateur , & bon Crit que. Son excellente
memoire , & fon application continuelle
à l'étude , lui avoient fait acque
rir la connoiflance de la plus grande partie
des Sciences à un haut degré de perfection
.
Il poffedoit parfaitement bien l'Hiftoire
ancienne & moderne , les Antiquitez
Grecques & Romaines , la Mythologie
, la Geographie , les Mathematiques
, la Medecine & la Philofophie .
Il fçavoit plufieurs Langues , l'Italien
Efpagnol , le Latin , le Grec , l'Hebreu ,
le Caldéen, le Syriaque & l'Arabe. Il lifoit
ordinairement la Bible en Hebreu,
Ses moeurs étoient pures , fon ambition
bornée ; car , quoique de divers endroits
on lui eut offert des poftes avantageux ,
il ne les voulut jamais accepter , & préfera
toujours celui d'Orange à tout autre.
Il étoit fort charitable. Sa converfation
étoit agréable & inftructive , vive & animée
par les bons mots , par les penfées ingenieufes
des Poëtes , & par les fingularitez
qu'il avoit vûës dans les voyages ,
qu'il avoit le fecret de placer à propos.
Un grand nombre de perfonnes d'une
finguliere diftinction , foit par leurs emplois
, foit par leur profonde érudition ,
J'ont honoré de leur amitié. Tels furent
Milord
SEPTEMBRE. 1726. 1983
Milord Hyde , Comte de Clarendon ,
Chancelier d'Angleterre , Maurice Leleu
de Wilhem , Samuel Sorbiere , David
Derodon , & c.
On ne sçauroit fans injuftice , en finif
fant ce Memoire , paffer fous filence une
chofe, qui fait un grand honneur à Fréderic
Guib. C'eft qu'il n'y a peut- être point
eu de Profeffeur qui ait formé autant
d'habiles gens que lui ; pour qu'on puiffe
juger , fi ce qu'on avance eft veritable
je ne ferai que nommer ici quelques - unes
de ces perfonnes. Paul Peliffon , N. Lombard
, Medecin très - diftingué , Antoine
Teiffier , Jacques du Rondel , &c. Il feroit
aife d'en ajoûter plufieurs autres
que leur vertu & leurs grandes quali
tez font fi fort eftimer dans le monde ;
mais comme ils vivent encore , je craindrois
de choquer leur modeftie , fi en les
nommant ici , je leur marquois publiquement
l'estime & la confideration finguliere
que j'ai pour eux.
Bij BOUTS
1984 MERCURE DE FRANCE .
akakakakakakakakakakakakakak
BOUTS-RIMEZ propofez dans le Meroure
de Juin , Vol. 2. & remplis fur
la refolution prife par le Roi de gouver
ner l'Etat par lui-même.
Ecucillez , Laboureurs , les fruits de votre
bêche RE ;
De nos prez , chers troupeaux , broutez le doux
émail :
Portez tranquillement , Prélats , votre Camail:
Peuples , de l'ennemi ne craignez plus la meche,
De nos pertes, Louis va réparer la breche
Au pauvre ainfi qu'au riche il ouv se fon portail
Il fuit les faux attraits que l'on cherche auSerrail;
Et fes délaffemens font la chaffe & la pêcher
Le coeur de ce grand Roi nous fert de réconfort:
Pour nous régir lui -même il fait un doux ef- fort;
L'abondance bien- tôt regnera fous le chaume.
Prince , jettez les yeuxfur mon obfcur manoir i,
De vos riches tréfors laiffez couler le
Les Aydes groffiront du jus de l'
baume
entannoir.
LET
SEPTEMBRE. 1726. 1985
******************
LETTRE de M. Desforges - Maillard ,
écrite du Croific en Bretagne , le 20..
Juillet 1726. aux Auteurs du Mercure
de France , au fujet d'une Critiqué
de la fixième Satire de M. Defpreaux,
dont Meffieurs les Journalistes des Sçavans
ont donné un Extrait dans le Jour
nal du mois de Mars dernier.
MESSIEURS ,
İl parut dans le Journal des Sçavans
du mois de Mars dernier , un Extrait de
quelques Lettres d'un Anonime fur
les François ; la fixième , difent Meffieurs
les Journaliſtes , eſt une Critique
de toute la Satire de M. Defpreaux fur
la Ville de Paris ; on y fuit le Poëte pas
à pas , & on ne lui paſſe rien qu'on ne
L'épluche. Vous me fites l'honneur d'inferer
dans le premier Volume de votre
Mercure de Decembre 1724. page 25 29 .
une Lettre dans laquelle je prenois la défenfe
du beau Poëme de la Ligue contre
un Anonyme ? Toujours prêt à prendre
le parti de mes Maîtres , je voudrois
fous vos aufpices , reparoître aujourd'hui
B iij
fur
1986 MERCURE DE FRANCE .
fur l'arene pour venger l'affront qu'on
fait à la memoire de l'illuftre M. Def
preaux. Je crois que fi ce redoutable Satirique
vivoit encore , le Critique fe
donneroit bien de garde de faire ainſi le
méchant mal- à - propos ; mais je vois qu'il
entend le Proverbe Italien , morta la bef
tia , morto il veneno , & qu'il veut , à
quelque prix que ce foit , s'acquerir le
nom illuftre de vengeur des Cotins & des
Pelletiers .
Comme l'original de la Critique n'eſt
point encore venu jufqu'à moi , j'espere
que Meffieurs les Journalistes des Sçavans
voudront bien me pardonner , fi
j'ai travaillé fuivant leur Extrait , dont
je prendrai la liberté de citer les termes.
Ils ne paroiffent point eux-mêmes convenir
de l'équité du Cenfeur . Voici ce
qu'ils en difent dans l'Extrait de la cinquième
Lettre. De Scarron il paffe à Rabelais
dont il parle , comme il convient ,
puis à Defpreaux , à qui il donne des
qualifications & des caracteres qui ne con•
viennent pas.
L'Auteur de la Critique ne fçauroit
auffi s'offenfer qu'on prenne fur fes Ouvrages
les mêmes droits qu'il s'ofe attri
buer fur ceux d'un des plus fameux Poëtes
que la France ait jamais eu , c'est peutêtre
même trop peu dire , que la France
feuSEPTEMBRE.
1726. 1987
feulement. Voici de quelle maniere cette
Critique commence.
Qui frappe l'air , bon Dieu ! de ces lugubres
cris ,
Eft- ce donc pour veiller qu'on fe couche à Pa
ris .
Voilà , dit le Critique , de grandes exclamations
, elles ne conviennent peut-être
pas à un début qui a bonne grace d'être
fimple , mais elles conviennent à la Satire
& au fujet quele Poëte s'eft propofe . C'estlà
, pour commencer , une plaifante maniere
de critiquer. Comment s'y prendroit-
il autrement pour louer car c'eſt
tout comme s'il difoit , voilà un début
fort bien penfe , on n'en fçauroit trouver
un qui convienne mieux au corps du
Poëme. Ainfi pour les deux Vers je me
range du parti du Critique .
Et quel fâcheux Démon pendant les nuits entieres
,
Raffemble ici les Chats de toutes les gouticres,
Ce n'eft pas , dit- il , à cette chute que
le Lecteur s'attend , & c. Je répons qu'il
a crû voir une chute où il n'y en a pas
l'ombre. Le Lecteur , pour bien prendre
le fens de cette Satire , doit fe reprefenter
Defpreaux qui s'eft à peine mis au lit ,
B iiij qu'ć1988
MERCURE DE FRANCE.
qu'éveillé au bruit affreux d'une troupe
de Chats , il faute en place , il fe promene
dans fa chambre , il fe remet au
lit , il fait tout ce qu'il peut pour fe
procurer
le fommeil , leurs miaulemens redoublez
& continuels l'en empêchent :
car , comme le font très -bien entendre
les deux Vers ci- deffus rapportez
, ces
Chats ne font pas feulement au nombre
d'une demie douzaine , mais il femble
que tous ceux de la Ville fe foient exprès
ameutez pour le faire enrager. Enfin
défefperé , réduit à paffer la nuit ſans
fermer l'oeil , il s'impatiente
, fa verve
s'échauffe , les Chats , pour l'ennui qu'ils
lui caufent actuellement
, font les premiers
fur qui fa bile s'empreffe de fe
répandre enfuite fon humeur melancolique
s'augmentant
de plus en plus ,
toutes les incommoditez de Paris viennent
en foule faifir fon idée , & ces materiaux
s'arrangeant , pour ainfi dise
d'eux- mêmes , il s'en forme infenfiblement
une Satire entiere.
J'ai beau fauter du lit , plein de trouble & d'effroi,
Je penfe qu'avec eux tout l'enfer eft chez moi ;
L'un miaule en grondant , comme un Tigre en
furie ,
L'autre roule ſa voix comme un enfant qui crie,
Ces
SEPTEMBRE 1726. 1989
Ces Chats, ditle Critique, reffemblent aux
Chatsde tous Payssc'eft ce que leur defcription
nous apprend, du refte ces derniers Vers
font bons , & peignent bien la chofe. Le
lambeau de Critique prétendue ne doit
encore , ce me femble , paffer que pour
un Eloge. Car dès qu'il convient , & que
les Vers font bons , & qu'ils peignent
bien la chofe : ajoûtez à cela , qu'ils font
placez dans leur lieu naturel , ce qu'il
ne fçauroit contefter , puifqu'ils font une
fuite de ce qui les précede : je crois qu'au
furplus il n'y a rien à defirer. Mais le
Critique , qui s'eft apparemment imagi- t
né
que l'art des defcriptions ne doit travailler
que fur l'Hipogriphe , ou le Cheval
aîlé de Roger , les combats de Marfile
& de Bradamante , l'Hidre de Lerne
, les Harpies , la Chimere , & pareils
autres fujets extraordinaires , trouve à
dire que cette Defcription ne fert qu'à nous
apprendre que ces Chats reffemblent aux
Chats de tous pays.
Or ne s'enfuivroit-il pas de fon raifonnement
, que les defcriptions d'un.
Papillon , d'un Roffignol , du Printemps,
& c. devroient être abfolument exclues
de la Poëfie , parce qu'ailleurs qu'à Paris
les Papillons font bigarez , les Roffignels
chantent la même note , le Printemps
a de la verdure , &c ? Il n'y aper-
B v fonne
1990 MERCURE DE FRANCE.
fonne qui ne découuvre le ridicule que
renferme une pareille propofition . Cela
faute aux yeux. Je penfe qu'il n'y a point
de chofe au monde dont il ne foit arrivé
à quelqu'un jufqu'ici d'avoir fait la defcription
par confequent , fi l'on s'en
rapportoit au Critique , il ne nous reſte-
* roit plus rien à décrire ; ne fçait-il pas
que ce n'eft point le fonds d'une defcription
qu'on examine , pourvû que les couleurs
en foient rares & brillantes , afforties
avec choix & délicateffe ? les grappes
de raifin que peignit autrefois Zeuxis
, ne lui firent - elles pas autant d'honneur,
qu'un Tableau où il eut repréſenté
la révolte des Geants ; & le Pinceau de
Titien ne s'eft -il pas plus diftingué par
fes Chevres , que d'autres en travaillant
fur les plus beaux morceaux de l'Hiſtoire
Romaine. Permettez - moi , Meffieurs,
d'étendre un peu ma Lettre en cet endroit
,, pour développer aux yeux du Cenfeur
l'idée qu'avoit M. Defpreaux en
compofant le commencement de certe Satire.
L'Auteur fe plaint du malheur qu'il
a d'être mal logé , & comme il paroît
que le Critique n'a pas lû le Commentaire
de M. Broffette , ce qui me furprend,
je vais rapporter
fa Note fur le 15. Vers
de la Satire en queftion . Quand l'Auteur
compofa cette Satire, il étoit logé chez
fon
SEPTEMBRE. 1726. 1991
Jon frere Jerome Boileau , fa Chambre
étoit au- deffus du Grenier , dans une efpece
de guérite, au cinquième étage ; &
quand il en fortit , on donna fa Chambre.
à notre Auteur , cette Chambre étoit pratiquée
à côté du Grenier, au quatrième étage
, & M. Defpreaux s'applaudiffant de
fon logement nouveau , difoit plaifamment,
jefuis defcendu au Grenier. Le Critique
a-t-il pû penfer que M. Defpreaux n'ait
pas fçu qu'il y eut des Chats autre part
qu'à Paris ? Non , fans doute . Mais du
moins devoit -il juger , que s'il avoit demeuré
dans quelqu'autre Ville du Royaume
moins peuplée , il eut été moins incommodé
du bruit de ces animaux , parce
que les logemens y étant moins rares &
moins chers , il n'eût point été obligé de
coucher dans le voifinage du Grenier.
C'eſt de cette cherté qu'il ſe plaint dans
le 116. Vers de la même Satire qu'il a
imité de Juvenal , ce n'eſt qu'à prix d'argent
qu'on dort en cette Ville , magnis opibus
dormitur in urbe.
Ce n'eft pas tout encor, les Souris & les Rats ,
Semblent pour m'éveiller d'accord avec les
Chats.
Ces deux Vers font fuffifamment juftiez
par les raifons ci-devant alleguées .
Quant à ce qu'il objecte , que tout cela
B vj tient
1992 MERCURE
DE FRANCE:
tient plus du Comique que du Satirique ,
&fur ce qu'il prétend ailleurs que la Satire
n'a d'autre but que la cenfure des vices
, des paffions déreglées , des fotifes, des
impertinences des hommes. Il répond 1 ° .
que le genie de la Satire eft au fond le
même que le genie de la Comédie , &
que toute la différence qu'il y a entre elles
, c'eft que la Satire n'eft autre choſe
qu'une fuite de Réflexions naïves &
liées avec art , où l'on voit au naturel le
détail des divers ridicules ; au lieu que
la Comédie nous les rend fenfibles , en
les mettant fous nos yeux par le moyen
des Acteurs , avec toutes les circonftances
que permet la liberté du Theatre , &
en les exagerant un peu , afin que les
Spectateurs les moins clairvoyans s'y
puiffent reconnoître. Comedia multùm
profuit civitati , cum caveret unufquifque
culpam ne fpectaculo cateris effet & do
meftico probro.Donat.lib. 1. de Comoedia.
La Comédie a de plus quelques ornemens
dont on a jugé à propos de la parer , &
ces ornemens font devenus des regles effentielles
, telles que les unitez , le noeud
& le dénouement. Au furplus la Satire
a le même ftile que la Comédie dans les
endroits où les matieres ont du rapport .
2. La Satire ayant pour objet principal
la cenfure des vices , elle peut encore attaquer
SEPTEMBRE. 1726. 1993
taquer , chemin faifant , tout ce qui s'offre
de louche ou de defagréable ; en un
mot , tout ce qui peut émouvoir l'humeur
chagrine . C'eft le fentiment de
Regnier, qui étoit , ce femble , aflez fin
Connoiffeur en ce genre.
Ainfi que la Satire eft comme une prairie ,
Qui n'eft belle finon en ſa bizarerie.
Regn. Sat. I.
on
3. M. Defpreaux n'employe ces def.
criptions que pour varier ou lier fes Satires
, les moeurs en font toujours la baze
, comme on le voit dans celle - ci ,
il attaque les embarras de Paris , qui
pour la plupart ne font caufez que par
le luxe , où il s'emporte contre les defordres
affreux qui s'y commettent , qui
ne font produits que par la licence & le
libertinage ; s'il falloit , comme paroît
l'infinuer le Critique , qu'une morale
nuë regnât dans une Satire , depuis le
commencement juſqu'à la fin
pourroit pas foutenir la lecture.
, on n'en
Plus importans pour moi pendant la nuit obfcure
,
Que jamais en plein jour , ne fut l'Abbé de
Pure .
Ces petits traits à quoi l'on ne s'attend
pas,
1994 MERCURE DE FRANCE.
pas , pourfuit le Critique , donnent plutôt
P'idée d'un Satirique qui heurte & qui fe
rue, que d'un Satirique qui fe jouë. M.Def
preaux faifit en cet endroit l'occafion de
fe venger d'un homme , dont le babil ,
auffi -bien que les Ouvrages , l'ont fouvent
ennuyé mais il le fait adroitement
, & à propos . Que veut dire le
Critique avec fon Satirique qui fe ruë ?
L'Auteur décrie- t- il ici la conduite , la
réputation de cet Abbé ? point du tout.
Il n'en veut qu'à fa demangeaifon de
parler & d'écrire ; & l'Auteur n'a point
d'autre but , que de l'engager , ou de le
forcer même à fe corriger. Il voudroit
rendre , s'il le pouvoit , par les Satires ,
les uns meilleurs Ecrivains , & les autres
plus vertueux.
Tout confpire à la fois à troubler mon repos ,
Et je me plains ici du moindre de mes maux;
C'est à dire , continue le Critique , que
nous allons entendre des chofes plus terribles
, c. Ce qui est un furcroît de chagrin
pour le Poëte , c'eft qu'à peine le
jour naiffant a impofé filence aux citoyens
des Greniers & des Goutieres que le ramage
des Coqs , & le grand bruit de
l'enclume d'un Serrurier voifin , plus infupportable
encore que celui des Chats,
l'empêchent de goûter les charmes du
fomSEPTEMBRE
. 1726. 1726. 1998
fommeil , dans ce temps où il eft le plus
agréable. D'ailleurs , n'a- t- il pas toujours
été permis à un Poëte fatirique de parler
d'une maniere outrée , de tout ce qui
s'affecte actuellement , de déclamer contre
tout ce qui peut le choquer , contre
la Nature même ; & quand Momus reprend
celle- ci , d'avoir placé les cornes
des boeufs au- deffus de leurs yeux , au
lieu de les avoir mifes au - deffous , afin,'
dit-il , que la vûë dirigeant l'ufage de
ces armes , ils puffent s'en fervir à propos
, & ne porter point de coups à faux ;
ce
n'eſt pas cette libre mercuriale de
Momus à la Nature , qu'on blâme ; mais
on le défapprouve , en ce qu'il prend
occafion delà d'infulter directement
Jupiter , avec les railleries les plus
trageantes. Enfin , nous nous repréfentons
toujours un Poëte fatirique comme
un peu Milantrope , & c'eft furtout fa
Milantropie & fon efprit cauftique qui
nous divertiffent.
,
Car à peine les Coqs commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frapé le voifinage ,
Qu'un affreux Serrurier, laborieux Vulcain ,
Qu'éveillera bien -tôt l'ardente foif du gain ,
Avec un fer maudit qu'à grand bruit il apprête ,
De cent coups de marteaux me va fendre la tête.
Sur1996
MERCURE DE FRANCE.
Surtout les cris aigus qu'il appelle ramage
, fe font plus entendre à la Campa.
gne qu'à la Ville. Le Critique avoue donc
que quoique les Cogs fe faffent moins
entendre à la Ville qu'à la Campagne ,
ils s'y font neanmoins entendre . Or il
fe pouvoit qu'il y eut auffi plus grand
nombre de Coqs autour de la maiſon de
l'Auteur , que dans les autres quartiers
de la Ville. Au refte , un Poëte ne regarde
pas à trois ou quatre Coqs de plus
ou de moins . M. Regnard , dans fonexcellente
Comédie du Joueur , dont la
Scene eft à Paris dans un Hôtel garni ,
n'a pas fait difficulté d'y laiffer chanter
les Coys. C'eſt Hector , Valet de Valequi
commence ainfi la Piece.
Il eft parbleu grand jour , déja de leur ramage ,
Les Coqs ont éveillé tout notre voisinage.
Le Critique voudra bien qu'on lui dife
, que la voix des Cogs , quoique aigue
, peut bien obtenir le nom de ramage;
le Ramage eft un terme generique,
qui fignifie le langage des Oifeaux ; donc
Fon peut dire le ramage des Coqs , de
*
* M. de la Mote , Fable III . Liv . I. appelle un
Oifelier un Marchand de Ramages; parmi
lefquels il fe trouve non feulement des Roffignols
& des Serins , mais auffi nombre de Perroquets,
même
SEPTEMBRE. 126. 1997
même que le ramage des Roffignols ,
quoiqu'il femble que les Roffignols ayent
appris la Mufique , au lieu que les autres
ont une voix rauque & difcordante.
Quant aux Vers qui fuivent , ils ont
toute la beauté de la defcription.
J'entens déja par tout les Charettes courir ,
Les Maçons travailler , les Boutiques s'ouvrir.
Comme le Critique reproche à ces
Vers les mêmes défauts que ci- devant ,
je le renvoye auffi aux raifons ci - devant
alleguées , au fujet des Deſcriptions ,
& c.
Tandis que dans les airs mille Cloches émûës,
D'un funebre Concert , font retentir les nuës ,
Et fe mêlent au bruit de la grêle & des vents ,
Pour honorer les morts font mourir les vivans.
C'eſt encore la même réponse que ci-
'deffus , Horace , dans l'Art poëtique,
Verf. 240. & feq. défend ainfi Deſpreaux,
Ex noto fitum carmen fequar , ut fibi quivis
Speret idem fudet multùm , fruftràque laboret
Aufus idem ; tantùm feries juncturaque poſ-
Jeta
Tantum de medio fumptis accedit honoris.
Qu'il
1998 MERCURE DE FRANCE .
Qu'il faut d'efprit pour atteindre ,
com ne Defpreaux , au faîte de la perfection
, quelques differens fujets qu'on
traite !
Encore je benirois la Bonté fouveraine ,
Si le Ciel à ces maux avoit borné ma peine. –
que pas
La B néfouveraine & le Ciel , font ici
précisément la même chife ; ainfi l'un eft
de trop , ou plutôt ils font de trop tous
deux. Voilà le feul endroit où le Criti
n'a tout-à- fait tort , en ce qu'il
dit que Le Ciel eft de trop. Cependant ce
n'eft qu'une bagatelle , & Horace , dans
fon Art poëtique , ne veut pas qu'on y
regarde de fi près , dans un Poëme où il y
a d'ailleurs tant de beautez .
i
Verùm ubi plura nitent in carmine non ego
paucis
Offendar maculis quas aut incuria fudit ,
Aut humana parùm cavit natura.
A l'égard de ce que le Critique ajoûte,
que le fujet eft trop petit pour y mêler
la Bonté fouveraine ; je répons que les
grands accidens qui arrivent fi fréquem
ment à Paris , font des fujets affez confiderables
pour implorer l'affiftance du
Ciel , & ces façons de parler s'appliquent
fans fcrupule , à des chofes de bien moindre
confequence.
Mais
SEPTEMBRE. 1726. 1999
39
1
Mais fi feul en mon lit , je pefte avec raiſon ,
C'est encor vingt fois pis , en quittant la maifon.
Ces deux Vers font très -peu de chofe ;
le premier furtout ne dit rien , & les expreffions
n'en valent pas mieux que lefens;
Pefter eft un mot qui n'eft rien moins que
noble , avec raison eft plus mauvais encore.
Il me femble 1 ° . que le premier
Vers exprime ce qu'il doit exprimer . 2 .
pefter , qui n'auroit pas bonne grace dans
une Ode , n'eft pas defagréable dans
une Satire. 3 °. Ĉe n'eft pas quelque
chofe de furprenant que l'impatience
d'un homme , qui ayant autant de beſoin
que d'envie de prendre du repos , n'a
pû clore les yeux pendant un inftant ,
à caufe du carillon continuel qui l'en a
empêché.
En quelque endroit que j'aille il faut fendre la
preffe
D'un peuple d'importuns qui fourmille fans
ceffe.
Que fignifie peuple d'importuns ? peuple
dit tout. Importun fe dit plutôt d'une
perfonne à une autre , ou du moins il ne
défigne que ceux qui ont tort , en incommodant
quelqu'un. Il faut n'avoir nul goût
pour les Vers , pour ne point fentir la
beauté
2000 MERCURE DE FRANCE .
beauté de ceux - ci ; il faut n'avoir jamais
lû les principes de la Rhetorique , pour
ne fçavoir point que peuple eft ici une
finecdoche , figure qui prend le tout pour
la partie , & la partie pour le tout . D'importuns
ajoûté à peuple a beaucoup d'énergie
; il défigne ce peuple qui vous
pouffe , vous heurte & vous empêche d'avancer.
Que ce peuple ait tort , ou non,
ce n'eft pas à quoi l'homme importuné
fait attention . D'ailleurs , je renvoye le
Critique au Dictionnaire de Furetiere ,
qui définit importun , qui eft incommode,
qui eft à charge , qui apporte quelque
ennui , quelque facherie ; le bruit eft importun
aux malades ; des cris importuns ;
une foule importune. Or qu'est- ce que
c'eft qu'une foule importune ? finon "un
peuple d'importuns .
Quifourmille fans ceffe . Fourmille mar
que la multitude , & fans ceffe , que cet
embarras eft fans fin , & que c'eft ainfi
à toutes les heures du jour. Je doute
qu'on trouve une expreffion qui exprime
mieux que fourmille le flux & le reflux
du peuple dans les rues de Paris.
Voilà mes fentimens , Meffieurs , fur
ce lambeau de Critique de la Satire fixiéme
de M. Defpreaux . Il ne m'a pas
été poffible d'être plus fuccinct . Il y a
même d'autres endroits que j'aurois pû
relever,
SEPTEMBRE. 1726. 2001
relever , & d'autres qui meritoient une
difcuffion plus étendue ; mais la crainte
de devenir trop long , m'a obligé à me
reflerrer. Ce que je puis ajoûter , c'eſt
que fi les Vers étoient réduits au point
que fouhaite le Critique , la Poëfie ainfi
dépouillée , deviendroit dure , fterile &
fans grace.
› Cette Lettre devoit , ce femble être
adreffée à Meffieurs les Journaliſtes des
Sçavans , dautant qu'elle eft une réponſe:
prefque litterale à la Critique dont ils
Jont donné l'Extrait. Mais comme c'eſt à
vous , Meffieurs , que j'ai pris la liberté
de m'adreffer jufqu'à ce jour, pour les petits
Ouvrages que j'ai eu la confiance de
lâcher au Public , je n'ai pas crû que
pour une fois je duffe avoir recours à
d'autres qu'à vous .
J'ai l'honneur d'être , & c .
******
A une Dame très - Spirituelle, pour le jour
de fa Fête.
MADRIGAL.
DEs farantes neuf Soeurs , aimable Favorite
,
Iris , que n'ai- je le merite ,
De
2002 MERCURE DE FRANCE.
De pouvoir celebrer votre nom dignement ?
Chacun fait effort , en rimant ,
Chanfons , Odes , Sonnets , & Poëmes d'élite ,
De vanter vos appas & votre eſprit char
mant.
Le Parnaffe pour vous maint Ouvrier excite ;
Pour moi qui fuis borné , ce Madrigal m'ac、
quitte ,
C'eſt toute ma Minerve , & tout mon compli
ment,
De Mautour.
aaaaaaaaaaaaaaaaaa
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Amadan
le 30. Aouft 1725. par un Religieux
Carme Déchauffé , qui étoit dans
Ispaham pendant le Siege de cette der
niere Ville.
L у a environ 17. ans que Mir-Veis,
Icy ( a ) ht
Chef d'une Tribu d'Awegans a fit
révolter le Candahar. La Cour de Perfe
tenta par la voye des Armes , de faire
rentrer cette Province fous l'obéïflance,
(a ) Peuples habituez dans les Royaumes de
Candahar & de Herat , les Turcs prononcent
Ewgans.
mais
SEPTEMBRE. 1726. 2003
mais les Miniftres divertiffant les fonds
deſtinez au payement des Troupes , les
efforts devinrent inutiles , & Mir- Veis
fe maintint dans l'indépendance jufques
à fa mort. Mir - Mahinoud , fon fils
lui fucceda . Ce dernier fit pendant plufieurs
années des courfes continuelles dans
la Province de Kirman qu'il faccagea ;
& ayant enfin ramaffé trente mille Cavaliers
ou environ , & un nombre confiderable
de Chameaux & d'Elephans ,
il fe rendit maître au commencement de
1722. de la Capitale de cette Province,
& de- là , ce fuccès élevant fes efperances
, il marcha droit à Ifpaham . L'lhtimadoulet
, ou premier Miniftre , fortit
contre lui , à la tête de foixante mille
hommes ; mais les Perfans , amollis par
le luxe , & peu faits à la difcipline militaire
, furent battus par les Rebelles ,
qui , quelques jours après , entrerent fans
réfiftance dans Julfa , l'un des Fauxbourgs
de cette Capitale.
La facilité qu'ils trouverent à s'emparer
de ce lieu confiderable par la richeffe
de fes habitans , fait préfumer que
le Roi de Perfe le leur avoit abandonné
dans l'efperance que chargez du pillage
qu'ils y feroient , ils borneroient là leurs
courſes , & qu'ils fe retireroient vers le
Candahar ; mais Mahmoud fit bien - tôt
con2004
MERCURE DE FRANCE:
connoître qu'il avoit formé de plus vaf
tes projets , car le même jour 17. Mars
1722. qu'il entra dans le Faubourg , il
commença le Siege de la Ville.
Quoique les Armeniens , habitans de
Julfa , n'euffent fait aucune refiftance ,
& même qu'ennuyez de la domination
des Perfans , ils euffent , pour ainfi dire
, été au- devant du Vainqueur , ils ne
furent pas long- temps à s'appercevoir
qu'on les traitoit en vaincus. Les Awegans
craignant de retarder leur marche
n'avoient apparemment point emmené
de femines , Mahmoud y fuppléa. Il fit
prendre neuf des principaux Habitans ,
qu'il obligea par des menaces , & même
par de mauvais traitemens , à indiquer
les maifons où il y avoit de jeunes filles
; & les meres de celles que l'on enlevoit
, indiquant par défefpoir celles qui
étoient échappées à la recherche , en
deux jours tout ce qui s'en trouva audeffus
de l'âge de neuf ans fut amené
devant le Vainqueur . De ce nombre il
en choifit foixante qu'il diftribua à ſes
principaux Officiers.
Ayant ainsi pourvû à ce befoin , il
fongea à tirer des avantages plus folides
de fa conquête . Dans cette vue , il
força les neuf Armeniens de s'obliger
par écrit à lui payer la fomme de foixante
SEPTEMBRE 1726. 2009
xante-dix ( a ) mille Tomans , & non
content de cela , il contraignit , fous peine
de la vie , les Habitans de lui apporter
tout ce qu'ils avoient d'or , d'argent &
de pierreries ; après quoi, mettant Julfa
au pillage , le Soldat s'empara de ce qui
lui plut du refte.
Cependant ceux des Habitans qui pou
woient furprendre la vigilance des Gardes
& les Peuples de la Campagne , le
jettoient en foule dans la Capitale. Cette
citconftance fit bien-tôt rencherir les vi.
vres , & cette Ville , qui quelques mois
auparavant fembloit n'avoir rien à craindre
, fe trouvant alors fans Magafins ,
l'on reffentit bien- tôt toutes les horreurs
d'une famine generale .
Dans le nombre de feize cent mille
ames , que l'on comptoit alors renfermé
dans les murs , il fe trouvoit plus
d'hommes en état de porter les armes
qu'il n'en falloit pour accabler un tel ennemi
; mais le Gouverneur , d'intelligence
avec Mahmoud , les tenant ren
fermez dans fes remparts , s'oppofoit à tout
ce qu'ils auroient pû entreprendre. En
Perfe ancun Prince du Sang Royal re
(a ) Un Toman vaut vingt Piaſtres , ainfi la
taxe fut de quatre millions deux cent mille liv.
de notre monnoye.
C fort
2006 MERCURE DE FRANCE.
?
fort du Haram ( a ) qu'après la mort dư
Roi ; alors l'un d'eux eft élû , & les autres
rentrent de nouveau dans cette efpece
de prifon : cet ufags eft une des
loix de l'Etat ; mais les circonftances préfentes
demandant des remedes extraordinaires
, l'on fit fortir trois Princes du
Serrail : les deux qui paroiffoient avoir
le plus d'efprit , y furent de nouveau
renfermez & le troifiéme , nommé
Thamas , d'un génie doux & facile , fut
de nuit , fous bonne eſcorte , conduit
hors de la Ville , de crainte que la Maifon
Royale ne séteignit dans un jour. Le
Roi fongea même alors à prendre le même
parti dans ce deffein : ayant plus de
confiance en des Etrangers qu'en fes propres
Sujets , il ordonna aux Européens
de fe tenir prêts à l'accompagner , mais
ayant depuis changé de projet , il ne fongea
plus qu'à rebuter l'ennemi par une
longue réfiſtance.
Pour cet effet il fit monnoyer tout ce
qui fe trouva d'or & d'argent dans fes
tréfors , & cette reffource étant épuisée ,
il emprunta fur fes pierreries des fommes
confiderables des Anglois & des Hol
landois ; enfin , au commencement du
( a ) Interieur du Serrail , ou Palais. Les Eunuques
noirs ont feuls l'entrée de ce lieu , qui eſt
celui où l'on tient les femmes,
moi
SEPTEMBRE
. 1726. 2007
mois d'Août l'argent & les vivres achevant
de manquer , une partie des Affiegez
paffa dans le Camp ennemi. Ce fut
dans ce temps que ce qui reftoit dans Ipaham
, fe vit réduit à la mifere la plus
laff reufe. Les rues étoient pleines de cadavres
, que perfonne n'avoit la force
d'enterrer. Quelque horreur que
la Religion
infpire aux Perfans pour les animaux
qu'ils croyent immondes , tout ce
qui s'en êtoit trouvé étoit confommé,
non contens même de manger les cadavres
des morts , l'on égorgeoit les vivans
pour cet horrible ufage. Les Arméniens
, excepté ceux qui , contre les
défenſes de Mahmoud , avoient porté des
rafraîchiffemens dans la Place , étoient
reçûs dans Julfa , mais ceux des Perfans,
que le défefpoir forçoit de fe rendre au
Vainqueur , y trouvoient une mort cer
taine . Enfin , ne reftant prefque plus perfonne
pour défendre les murailles , l'on
entra en negociation , & le Roi étant forti
d'Ifpaham avec le refte de fa Cour , alla
dans un jardin où étoit le quartier de
Mahmoud , & remit ainfi à ce Rebelle fa
Perfonne , la Ville & l'Empire.
Le même jour les Awegans s'empa
rerent de la Ville , où Mahmoud fit fon
Entrée. Le malheureux Vhah Uffe n
ayant augmenté par la préfence la p. m-
C ij pe
2008 MERCURE DE FRANCE.
pe de ce fpectacle , fut enfuite confiné
par fon ordre dans un des Appartemens
du Palais de fes Ancêtres.
La prife d'Ifpaham fit diminuer la difette
, mais elle ne la fit point ceffer entierement
. Quelque peu de vivres qu'il
fallut alors à cette Ville dépeuplée de
prefque tous les Habitans , le Plat -pays
ayant refufé de reconnoître la nouvelle
domination , prefque perfonne n'y oſoit
rien apporter , & l'on y manquoit encore
d'une partie du neceffaire. Mahmoud
s'en vengea , il envoya des Corps de
Troupes qui maffacrerent tous les Habitans
des Bourgs & des Villages dont
ils purent s'emparer. Ifpaham ne fut gueres
traité avec plus de douceur ; on ime
pofa un tribut qui emporta la plus grande
partie de ce qui reftoit à fes Peuples.
Mahmoud avoit encore près de lui les
neuf Arméniens dont on a parlé. Il tua
les trois plus confiderables d'entre eux ,
& obligea les autres , par cet exemple ,
& par les tortures à lui remettre le
refte de leurs Effets & de leurs marchandifes
, & de plus à lui faire une nouvelle
obligation de cinquante mille Tomans ,
après quoi il les renvoya. Les Indiens ,
les Juifs , les Européens même furent
taxez à leur tours enfin , les boutiques
& les maifons abandonnées par la mort
>
он
SEPTEMBRE. 1726. 2009
ou par la défertion des Proprietaires furent
mifes au pillage. i
ces
Mahmoud fongea enfuite à affurer
fa victoire par les nouvelles conquêtes
. Un Corps de fix mille hommes
marcha par fon ordre vers Cafbin ,
Troupes y entrerent fans réfiftance ; mais
les Habitans les ayant attaquez dans
les murs même , ils en taillerent en pieces
la plus grande partie.
Mahmoud irrité , ou peut -être étonné
de cette action , immola à fon reffentiment
, ou à fa feureté, prefque tout ce
qui reftoit de Perfans dans Ifpaham , après
quoi il envoya prendre , pour répeuplet
la Ville , un Peuple des environs d'Amadan
, nommé Derghezin , & de la mê
me Religion que les Awegans. Ceux
de ces Derghezins qui entrerent dans
fes Troupes , lui ont depuis rendu de
bons fervices . Il vint auffi fur les ordres
quelques Familles du Candahar.
悬
Quelque temps après, fes Troupes affiegerent
la Ville de Chiras , qui après
une réfiftance de fept mois, fut prife &
faccagée. Les Miffionnaires qui s'y trou
verent furent pillez & emprifonnez.
Mahmoud marcha en perfonne cette
même année contre Vhah Thamas . La
plupart des Officiers de l'Armée de ce
jeune Prince , s'étant laiffé corrompre
C iij par
2010 MERCURE DE FRANCE .
a
par des promefles , ou par des préfens
Mahmoud le défit & le mit en fuite. Ce
Vainqueur prit alors un Bourg , nommé
Gulpeikan , dont les Habitans furent parfez
au fil de l'épée , & il fe rendit maître
enfuite de Caſcana , Ville éloignée
de trois journées feulement d'Ifpaham.
A la fin de la même année il s'empara
encore de quelques Bourgs , & mit le
fiege devant une Ville , que l'on appelle
communément Koghilou , mais il y perdit
une partie de fon Armée & de fes Chameaux
, tant par la réfiftance des Affiegez
, que par le manque de vivres ,
& la mauvaife qualité de l'air. Du cô
té de Chiras , il pénetra jufques au fameux
Port de Bender- Abaffi , ayant pris
la Ville , fituée à moitié - chemin de cet
te Place à Ifpaham , fans pouvoir toute
fois fe rendre maître de fa Forterelle.
Enfin , au mois de Janvier de cette
année , étant allé pour foumettre Yefd
Ville peu éloignée de la Capitale , il
perdit un nombre confiderable de fes
Troupes , & ne pût en forcer le Châ
teau. Ce dernier échec le fit entrer en
fureur , il fit mourir tous les Princes du
Sang , au nombre , à ce que l'on dit ,
de foixante-dix . L'Auteur de cette Lettre
affure que ce Chef avoit un come
merce familier avec Satan , & qu'après
cette.
SEPTEMBRE. 1726. 2ött
cette derniere action de cruauté , il tom
ba dans une fi terrible manie , qu'il dé
voroit fa propre chair . Ce fut alors qu'Ef
chref, coufin germain de Mahmoud , fut
tiré des prifons , où ce Prince l'avoit fait
renfermer depuis qu'il avoit pris le com
1 mandement. Après quelques legers obf
tacles Efchref monta fur le Trône , ayant
fait avant cela étrangler Mahmoud , aveu
gler fon fils , & maflacrer le reste des
Seigneurs de la Cour de Perfe , entre lef
quels fe trouva l'ihtimadoulet , ou premier
Miniftre , que Mahmoud s'étoit
contenté de faire garder chez lui . "
L'Auteur de cette Lettre ajoûte en
core , que Mahmoud , preflé de remords
pendant le cours de fa maladie ,
avoit rendu une partie de ce qu'il avoit
enlevé aux Hollandois , aux Indiens &
& aux Arméniens , en les priant de lui
laiffer le refte i quoiqu'il en foit , la joye
1. de ces Négocians fut courte , car il remarque
qu'Efchref , parvenu à la Souveraineté
, les obligea à lui remettre ce
que les fcrupules de Mahmoud leur avoit
fait reftituer.
Voilà à peu près , Monfieur , ce que
dit notre Religieux . J'ai corrigé quel-
= ques endroits de fa Lentre furdes Memoi
ères plus certains que les fiens , & l'orthographe
des noms propres fur la pro-
Ciiij nons
2012 MERCURE DE FRANCE.
nonciation d'une perfonne du pays dont il
eft question. Ceci doit donc paffer pour
une Relation exacte , en y joignant toutefois
les obfervations fuivantes.
1 °. L'Armée de Mahmoud , que l'Aureur
fait monter à trente mille Cavaliers ,
n'étoit pas de vingt mille hommes. A l'égard
des Elephans , il n'y en avoit qu'un
feul que l'on menoit en parade.
2º. Julfa ne fut point abandonnée an
pillage, & la taxe entiere que Mahmoud
lui impofa , ne fut que, des 70000. Tomans
dont il eft parlé. A l'égard des bijoux
, ils furent pris en déduction , & l'obligation
de 50000. Tomans ne fut éxigée
que pour parfaire la fomme.
3° . Le nombre des gens qui fe trouvoient
dans Ifpaham pendant le Siege eft exageri,
l'on s'approchera du vrai en en rabattant
la moitié.
Enfin Lerghezin n'eft pas le nom d'un
Peuple, mais d'une Ville du Gouvernement
d'Amadan. Ce ne fut pas contre Vhah
Thamas , mais contre Firidoun Kan fon
General que Mahmoud eut affaire. A l'é
gard du prétendu commerce du Chef Avvegam
avec le Diable, l'on en parla effectivement
à Ifpaham, mais cefut entre les gens
de la lie du peuple.
L. C. D. C.
LE
SEPTEMBRE. 1726. 2013
LE CARNAVAL.
CAN TАТЕ .
Cette Piece n'a point encore eté mife
en Muſique.
D'où naît cette bruſque allegreſſe ?
Quelle fureur agite l'Univers ?
Tout s'émeut , tout fe trouble : une bruyante
yvreffe ,
De cris tumultueux fait retentir les airs.
Sur nos bords de la Grece antique ,
Voyons-nous renaître les jeux ?
Le Corybante furieux ,
Vient-il d'un culte fantaſtique ,
Etonner ces paifibles lieux ?
>
Mais quels brillans objets foudain percent la
nuë?
Pere des plaifirs , je te vois.
Quels attraits font les tiens ! déja mon ame émtë,
Se livre aux douceurs de res loix.
* Le Carnaval.
C V En
2014 MERCURE DE FRANCE.
En ce jour heureux ,
Exauce nos voeux,
Ta prefence entraîne ,
Tous les cours féduits ;
L'enfant de Silêne ,
Sous tes pieds enchaîne ,
Les fombres ennuis.
En ce jour heureux ,
Exauce nos voeux.
Le Thyrfe arme mon bras , le Pampre ceint
ma tête ;
De tes plus vifs tranſports je me fens agité ;
Qu'à jamais , & Bacchus ..... Ciel ! queke
voix m'arrête ,
Et diffipe l'erreur dont je fuis enchanté ?
Par vous , Iris , d'une coupable yvreffe ,
Le tendre amour rompt le charme odieux .
Je vous connois au beau feu qui me preffe ;
Un feul regard , qu'anime la tendreſſe ,
Calme mon coeur & deflille mes yeux.
Belle
SEPTEMBRE. 1726. 2015
Belle Iris, ménagez ma honte ;
D'un pouvoir inconnn. .... mais quelle eſt mon
erreur?
Les Dieux de Naxé & d'Amathonte ,
Ne peuvent- ils regner enfemble fur un coeur ?
Vous qu'Amour tient en tutelle ,
Vous dont le fils de Sémele ,
A captivé les defirs ,
Cultivez un arc utile ,
23
J'enfeigne un moyen facile ,
D'éternifer les plaifirs.
L'Amant veut- il qu'on le venge
Des mépris d'un oeil vainqueur ?
Le Nectar de la vendange ,
Affoupit- il le Buveur ?
Par un agréable échange ,
Qu'ils affurent leur bonheur,
·Par le Chevalier de Clairac.
Cvj RE
02 16 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUE de M. de Mantour fur
un paßage d'Horace.
Ans la huitiéme Ode du troifiéme
Divre , adreffée à Mecenas , Horace
l'invite à une fête particuliere , &
jui dit-
Sume , Maecenas , cyathos amici
Sofpitis centum & vigiles lucernas
Profer in lucem .
> Jean Bond dans fes Notes fur ces
derniers mots , que d'autres Commentateurs
ont faivi , les explique ainfi .
Producito vigiles, id eft, accenfas lucernas
In lucem , id eft , totam noctem compotemur.
Je doute qu'Horace en cet endroit
ait entendu parler de la nuit fealement ,
lorfqu'on la paffoit à boire , & à fe réjouir
à la façon des Grecs , ce qui s'appelloit
pergracari , puifque ce Poëte dit
ailleurs , Ode 3. L. z. que l'on employoit
les jours deftinez pour les fêtes
, & les réjouiflances aux jeux & aux
banquets.
S:#
SEPTEMBRE . 1726. 2017
Seu te in remoto gramine per dies
Feftos reclinatum bearis
Interiore nota falerno
Ainfi par ces mots , Vigiles lucernas
profer in lucem, on a dû croire qu'Horace
aura voulu parler du jour & non
de la nuit feulement , fi l'on fait attention
à la coûtume des Romains , qui dans
Ies fêtes publiques & particulieres ornoient
en plein jour les portes & les fenêtres
de leurs maifons , de guirlandes ,
de fleurs , de couronnes , de branches de
laurier , & de lampes allumées , telles
peu près que font nos lampions. C'eft
ce qui fe voit dans les Poëtes , & furtout
dans Perfe , Satyre 5 .
Unitaque feneftrá
Difpofita pinguem nebulam vomuere lucerne,
Et dans Juvenal , Satyre 12 .
Cuneta nitent , longos erexit janua ramos ,
Et matutinis aperatur fefta lucernis .
En effet , dans les jours où les Mariages
fe celebroient , Apulée , Liv, 4
remarque que la maifon des Epoux , Drnée
de branches de laurier , & illumi
née par des torches & des lampes allumées
, retentilloit de chants nuptiaux.
Donus
2018 MERCURE DE FRANCE.
2 Domus tota lauris obfita , talis lucida
ftrepebat hymenaum . Mais en obfervant
l'Epitethe matutinis , dans Juvenal , on
fera perfuadé que c'étoit dès la pointe
du , jour , & pendant le jour même ,
que l'on allumoit ces lampes deftinées
pour les fêtes , comme fi on eut voulu
les rendre plus brillantes par une double
lumiere , quafi clara luci opus eßt
alla luce. C'eft ce qui eft confirmé par
Tertullien dans fon Apologetique. Cur
die lato non laureis poftes adumbramus ?
non lucernis diem infringimus ? On doit
donc dans ce même fens , expliquer ain
le paffage d'Horace . Profer in lucem ', id
eft , emitte per diem lucernas accenfas ,
& iis liceat ornare januam & feneftras .
Autre Remarque fur un Paffage
de Martial.
Dans la 47. Epigramme du 10. Liv.
fur la felicité de la vie. Mattial dit à
Julius Martialis fon ami,
Vitam que faciunt beatiorem , & c. Non
ingratus ager , focus perennis ; lis nutquam
, doc.
Comment doit -on entendre ces deux
mots , focus perennis ? Ceux qui ont traduit
cette Poëfie en Vers François ou en
Profe , expliquent ces deux mots, litte
ralement
SEPTEMBRE. 1726. 2015
ralement par avoir un bon feu en tout
temps , un feu qui ne s'éteint jainaist
Mais Martial qui étoit né en Eſpagne ?
& établi à Rome , dont le climat eft du
moins auffi chaud que celui du lieu de
fa naillance , qui étoit Bilbilis , aujour
d'hui Bubiera en Arragon , pou voit- il
compter au rang des chofes qui font le
bonheur de la vie , la neceffité ou là commodité
, d'avoir toujours un bon feu dans
Rome & en tout temps ? D'autres ont
crû que focus perennis par metonymie
vouloit dire une cuifine bien fondée .
Mais à confiderer le ftile & l'efprit dans
lequel cette Epigramme eft écrite , Mar
tial qui recommandoit , & qui eftimoit
la frugalité , par ce Vers fuivant , Con
victus facilis , fine arte menfa , comptoit
il la bonne chere , & une bonne cuifine ,
pour un des objets de la grande felicité
de la vie ? je croirois plutôt que Martial
a voulu par focus perennis entendre
toute autre chofe. Il blâmoit fans doute
l'inconftance de certaines gens qui changent
d'emploi ou de féjour , ce qui marque
en eux une legereté d'efprit , qui
ne les rend ni plus habile ni plus heureux
fuivant la penfée d'Horace :
Calum non animum mutant qui trans mare
currunt.
Martial
Too MERCURE DE FRANCE
Martial trouvoit donc , que pour fe
rendre heureux il falloit fçavoir fe
choifir un établillement fixe & une demeure
permanente. Ce qu'il a fignifié
par focus perennis , en prenant par une
efpece de fynecdoche la partie pour le
rout & le foyer pour une maifon , ou
une habitation.
Pour juftifier fon opinion' , c'eft que
lui-même l'avoit mife en pratique , puifqu'il
avoit demeuré trente- cinq ans de
fuite dans Rome , fous les regnes de huit
Empereurs depuis Galba jufqu'à Trajan .
Ge fut au commencement du regne de ce
dernier Empereur , & pour quelque fujet
de mécontentement qu'il eut de lui ,
qu'il reprit le chemin de l'Espagne , où
il mourut cinq ou fix ans après fon retour.
On pourroit oppofer à l'explication de
M. de Mautour , ces deux Vers de la r
Elegie de Tibulle , dont Martial paroît
avoir voulu imiter le ſecond.
Me mea paupertas vita traducat inerti ,
Dum meus affiduo luceat ignefocus.
管理
EOUTSSEPTEMBRE
. 1726. 2011
XX:XXXXXXXXXXXXX
JE
BOUTS - RIMËZ.
E deviendrai ho yau , ferpe , panier ou bêche ,
Le cuivre & le Leton pafferont pour émail
Une coëffe pour juppe , un chapeau pour camail,
Et tous les Canoniers ne voudront plus de méchés
On verra Vaugirard emporté par la
se
breche ,
L'Eglife de Paris fans Tours & fans Portail ,
Le Turc abandonner fa pipe & fon Serrail
Pour prendre dans les airs le plaifir de la pêcher
Un Yvrogne quitter le vin , fon
Un joueur irrité , fans caver au plus
reconfort
forts
Et l'hyver nous fournir du bled mur
Un Ufurier donner fon or , & fon
Un Charlatan brûler à plaifir tout fon
Lorfque je cefferai de boire à l'
, & du
chaume
,
manoir,
baume ,
Entonnoir.
RE1022
MERCURE DE FRANCE.
*******************
L
REMARQUE fur la Terre de
"Chateau- Chinon .
E Subdelegué de Château - Chinon
a envoyé de fort mauvais Memoires
aux Libraires qui ont compofé le
nouveau Dictionnaire univerfel de la
France .
La Terre de Château- Chinon n'a jamais
été du Domaine , ayant toujours appartenu
à des Seigneurs particuliers .
Dès l'année 1200. elle a été dans la
Maifon de Mello , par le Mariage d'Eloïfe
, fille unique de Hugues , Seigneur
de Lorme & de Château - Chinon , & elle
eft reftée jufqu'en 1315. qu'elle a paflé
à Raoult de Brienne , Comte d'Eu , Connêtable
de France , par fon Mariage avec
Jeanne de Mello.
y
Ce Comte d'Eu ayant été executé à
mort pour forfaiture , & le Roi ayant
confifqué fes biens , Château - Chinon
fut donné au Duc de Bourbon , comme
n'étant pas de fon Domaine , en échange
de Creil , Nemours , & autres Terres ,
par Lettres Patentes du 14. Novembre
1394. enregistrées à la Chambre des
Comptes & au Parlement. Par cet échange
SEPTEMBRE 1726 2027
ge le Roi donne encore le droit de nom
mer à toutes les Charges qui lui appar
partenoient , droit d'affranchir tous les
Vallaux de cette Terre qui font de con
dition fervile , ne fe refervant feule
ment que le reffort , & Sa Majefté s'engage
encore d'indemnifer le Duc de Bourbon
du procés qu'il avoit pour cette Terre
avec Guy de la Trimouille , Cham
bellan du Roi, qui prétendoit qu'elle lui
devoit revenir.
掣En 1395. ce procès fut terminé par
une tranfaction faite entre le Duc de
Bourbon & Guy de la Trimoüille ,
moyennant 49. mille livres que le Duc
s'oblige de payer , & que le Roi
paya à
fon acte , & cette tranfaction à été enregiftrée
à la Chambre des Comptes.
De la Maifon de Bourbon cette Terre
eft paffée dans la Maifon d'Autriche ,
& y eft reftée jufqu'en 1515. qu'elle a
paffé par le Traité de Madrid en la Maifon
de Longueville , par l'échange que
l'Archiducheffe , veuve du Duc de Savoye
, en a fait contre d'autres Terres de
la Franche- Comté .
En 1565. Eleonor d'Orleans de Longueville
, l'a apportée à Louis de Bourbon
I. Prince de Condé , fon Ma-
, par
riage , pour fon partage des fucceffions de
pere & de mere ; & enfin Marie de Bourbon
2014 MERCURE DE FRANCE.
bon , petite fille de Louis de Bourbon,
l'a fait paller en la Maifon de Savoye-
Carignan , par fon Mariage en 1624
avec Thomas de Savoye , Prince de Carignan
, dans la Maifon de laquelle elle
eft reftée jufqu'en 1719. au mois de Janvier,
que M. de Carignan l'a venduë à
M. de Mafcrany, ainfi rien de plus ab furde
, que ce qui eft mis dans ce Dictionnaire
, & jamais il n'y eut de Terre qui
fut moins du Domaine que celle -la , laquelle
dans aucun temps , n'a pû être du
Domaine , le Roi , par fes Lettres Patentes
, ayant toujours reconnu qu'elle
n'en a jamais fait partie .
A M. Boyer de Bandol , Prefident
Mortier au Parlement de Provence ,
fur la naiffance de fon fils.
EPITR E.
Ue ne puis je , Bandol , aux bords de l'Hy
pocrêne ,
Répondre au zele qui m'entraîne ,
Par des expreffions dignés de mes transports ?
On verroit à la fois , le Pin , l'Orme & le
Chêne ,
Prêt
SEPTEMBRE. 1726 2025
Prêter l'oreille à mes accords.
Mais , quoi ! dans le projetque mon zele m'inf
pire ,
Ferai -je réfonnerma Lyre ?
Mêlerai- je mes fleurs à l'éclat de tes lys ?
Oui , je vais l'entreprendre , on peut tout ce
qu'on ofe ;
Et de quelque fuccès que mes Vers ſoient fuivis
,
Je veux au moins de quelque rofe ,
Orner le berceau de ton fils,
Le Sage dit que la richeffe ,
Les biens , les honneurs , la nobleffe ,
S'acquierent par notre art , viennent de nos
Ayeux ;
Qu'une prudente Epoufe, à la tienne femblable,
Eft un riche prefent des Cieux :
J'ajoûte que d'Enfans une troupe agreable
ર
Eft un des plus beaux dons que nous faffent les
Dieux.
Tes voeux en demandoient , rends graces à l'Hy
menée ,
Parmi tes jours heureux , compte cette journée.
Sage Miniftre de Themis ,
L'Hymen acomblé ton envie ,
Bando
1026 MERCURE DE FRANCE :
Bandol , de Dieu te donne un fils ,
Qui fera deformais la douceur de ta vie.
Il vient de commencer fon cours:
Autour de fon berceau folâtrent les Amours .
Cet air doux & charmant , qu'on ne peut mécon
noître ,
Grand coeur , fageffe , integrité,
Ce foin de rendre heureux qui merite del'être ,
La grandeur jointe à la bonté ,
Et tant d'autres talens qu'en toil'on voie paroître
,
Dans ton fils quelque jour on les verra renaître :
Notre ame fe reffent de ceux dont nous fortons.
L'Aigle n'engendre point la Colombe timide.
Un bon champ nous produit de fertiles moif
fons.
Les Heros ont des fils que la victoire guide.
Mais , Bandol , quels que foient les dons
Qu'a ton fils aujourd'hui prodigue la Nature ,
Pour le rendre parfait, tu lui dois tes leçons :
Prend foin de fa gloire future ,
Elle rejaillira fur toi .
Qu'il marche fur fes pas ; la route féra fare ,
Pour
SEPTEMBRE. 1726 2027
Pour ferv ir dignement ſa Patrie & ſon Roi.
C'est ainsi qu'au lever de la brillante A ore ,
L'on forme un doux eſpoir de la beauté du
jour ,
Que n'attendons - nous pas encore
De ces charmes qu'en lui déja l'on voit éclore .
Qui font de ſes Parens les plaifirs & l'amour ?
Puifle- t'il un jour fur tes traces ,
Suivre de l'équité les chemins peu battus ,
Poffeder de fa mere , & l'efprit & les graces ,
Et de l'un & de l'autre heriter les vertus !
Croiffez , aimable enfant , & bien-tôt avec
l'âge,
Faites croître votre vertu :
De ces grands Magiftrats dont vous étes iſſu
La gloire fut toujours le plus noble partage .
C'est à vous d'heriter d'un bien fi précieux.
Mais pour être fûr de nous plaire ,
Ne reſſemblez qu'à votre pere ,
Il réunit en lui l'éclat de vos Aycux.
NOU
2018 MERCURE DE FRANCE:
jkjkjkjkjkjk: Jik jik siksikaktJA
NOUVEAU TELESCOPE.
D
Ans le Mercure du mois d'Avril ,
dans le premier volume du mois
de Juin dernier , nous avons parlé d'un
nouveau Teleſcope par reflexion , conftruit
à Londres fur les principes du fameux
Chevalier Newton , dont l'effet
eft admirable , & furpaffe tout ce qu'on
a vû jufqu'ici en fait de Lunettes. Nous
fommes aujourd'hui en état d'en parler
plus fçavamment , & d'inftruire le Fublic
fur ce fujet , qui doit affurément
l'intereffer.
M. Hubert , François , Officier de la
Maifon de Madame la Princeffe de Galles
, qui demeure ordinairement à Londres
, a apporté à Paris depuis peu plufieurs
de ces Teleſcopes , beaucoup plus
parfaits que celui dont nous avons déja
parlé , quoique faits fur le même modele
, & par le même Ouvrier. Le Duc de
Bourbon , le Cardinal de Rohan , & quel
ques autres Seigneurs , capables de connoître
l'utilité d'un tel inftrument , en
ont voulu avoir , & en ont payé 25.
Louis. C'eſt à peu près le prix qu'on les
vend à Londres, où ilsvalent 25. guinées.
Les
SEPTEMBRE . 1726. 2029
Les curieux trouveront la defcription
& la figure de cette Lunette dans le
Traité d'Optique fur les Reflexions , Refractions
, Inflexions & les couleurs de
la lumiere , du Chevalier Newton , imprimé
à Paris , chez Montalan , deuxiéme
Edition , vol . in 4. traduit de l'Anglois
par M.Cofte. Il y a plus de 40. ans
que M. Newton publia cette découverte.
Les Teleſcopes par reflexion , dont il
eft ici queftion , font faits à Londres par
-le fieur Edouard Eſcarlett , Officier de
S. A. R. le Prince de Galles . Cet inftrument
confifte dans un miroir cpaque &
concave, d'environ quatre pouces de diametre,
& épais d'environ un pouce. Il eft
compofé de differens métaux ; fa couleur
eft un peu plus foncée que celle du
plomb , & il eft aflez ductile pour pren
dre un beau poli . Sa concavité répond
à une Sphere de 8. pieds de diametre's
& en pofant une regle fur la furface concave
, le centre paroît avoir une ligne
& demie de profondeur .
-Au dos de ce miroir , qui eft attaché
d'une maniere folide , par le moyen de
= trois écroues , eft adapté un manche ,
pour pouvoir le prendre fans toucher au
poliment. Il eft placé au bout d'un tube,
où tuyau octogone extrêmement noir,
qui a le même diametre que le mie
D roir,
2030 MERCURE DE FRANCE .
roir , & long d'environ 32. pouces . Pour
le placer & le déplacer , on leve , par
le moyen d'une charniere , trois pans de
l'octogone du deflus du tube.
A la diftance d'environ un pouce &
demi de ce miroir , eft placé un cercle
opaque , ou diaphone , qui cache environ
trois quarts de pouce du pourtour
du mitoir , pour renfermer les rayons,
& arrêter une partie vague de la lumie-
Je qui troubleroit la vifion.
A une autre diftance d'environ 22.
pouces du miroir concave , eft placé un
autre petit miroir plan , auffi de métal ,
dont la circonference eft elliptique ou
ovale. Ce petit miroir eft à égales diftances
des côtez du tube , & eft oblique
de 45. degrez à l'axe de la Lunette. Il
eft foutenu en cet état par le moyen d'une
efpece de manche coudé , de cuivre ou
de fer. Vis-à- vis ce petit miroir , fur
le côté du tube qui le regarde , il y a
un petit trou rond , fait dans une plaque
de plomb ou de cuivre. Cette plaque
couvre & touche un verre oculaire
, plan convexe ; le foyer commun de
ce verre , & du grand miroir de métal ,
eft un point fitué entre ce verre oculaire
& le petit miroir de métal .
La Lunette ainfi conftruite , eft telle
que les rayons de lumiere qui viennent
de
SEPTEMBRE. 1726. 2031
de l'objet que l'on obferve , après s'être
réflechis fur le grand miroir , & de paralleles
qu'ils étoient avant cette réflexion
, devenus convergents , ou s'approchant
, puis refléchis une feconde fois fur
le petit miroir , fe couppent au foyer ; &
enfuite ces rayons devenant devergents
ou s'éloignans , paffent au travers du
verre plan convexe , fortent de la Lunette
par le petit trou dont on a parlé ,
& entrent dans l'oeil placé à ce trou .
Il eft à remarquer que les objets ob
fervez avec cette Lunette font vûs ren
verfez ; mais pour les voir dans l'état
naturel , on ſubſtitue à la place du verre
oculaire plan convexe , une petite Lunette
compofée de trois verres. Il y a
trois de ces petites Lunettes de rechange
, & chiffrées , qui groffiffent de plus
en plus les objets que l'on obferve .
L'effet de cette Lunette eft tel , que
l'on peut lire à la diſtance de 700. pieds
& même plus , une écriture, ordinaire .
Toute cette machine eft montée fur une
table à trois pieds , à un des côtez de
laquelle il y a un tiroir qui fert à enfermer
les verres objectifs , & c.
Pour diriger cette Lunette , on fe fert
d'une Lunette ordinaire à deux verres,
placée ſur la face fupérieure du tube ,
Dij lequel
2032 MERCURE DE FRANCE
lequel a deux mouvemens , un vertical ,
& l'autre horizontal , qui s'executent par
des cordons de foye , répondant à deux
rouleaux , par le moyen defquels l'Obfervateur
dirige l'inftrument avec une
très-grande facilité .
***:***** X* XXX :XXX
J
Image de la vie fans ambition,
SONNET.
E borne mes defirs à mon champ , à la bêche;
De mes prez verdoyans je préfere l'
émail;
A la pompe, aux honneurs, attachez au Camail ;
Ceux dont brille la Cour , paffent comme flamêthe
Dans l'efpoir du renom qu'un brave aille à la
bréche;
Qu'inferit pompeufement , le Noble ait fon
portail,
Je m'én ris ; plus content que le Turc au
Je cultive mes fleurs , je m'amufe à la
Serrail,
pêche,
Les richeffes en vain fe nomment réconfort :
Cent
SEPTEMBRE. 1726. 2033
Fort.
Cent fois plus affuré qu'un riche dans un
Sans craindre d'ennemis,j'habite fous le Chaume.
Mais uu fidele ami vient- il en mon manoir.
Flattez d'un Bourguignon plus divin que le
Baume >
Pour boire à plus longs traits nous prenons I'
Antonnoir.
Ant. Tolele.
*******************
LETTRE écrite de Champagne le 18.
Aoust 1726.
J
> "' Ai eu la curiofité Meffieurs , de
faire acheter tous les mois vos Mercures
, depuis que vous avez commencé
de les donner au Public. J'ai été agréablement
dédommagé de cette legere dépenfe
, par la fatisfaction que j'ai euë
d'y voir de très -bonnes Pieces , tant en
Profes qu'en Vers & des Differtations
auffi fpirituelles que curieufes.
Il eft certain que quantité de Sçavans
y ont fait paroître leur efprit & leur érudition
; & il n'y a prefque point de matiere
qui n'y ait été traitée fenfément.
Cependant, s'il fe trouve quelque vuí-
D iij de
2034 MERCURE DE FRANCE:
A
de dans le Mercure du mois de Septembre
prochain , je vous prie de vouloir
bien y inſerer une réflexion que j'ai faite
, & que je n'ai point encore trouvée
dans tout ce qui a paru : ma curiofité
feroit fatisfaite , fi quelques Phyficiens
, Medecins , Chirurgiens ou autres
Sçavans , vouloient bien dire leur fentiment
fur ce que j'ai l'honneur de leur
propofer. Ils fatisferoient plufieurs per
fonnes qui ont eu le malheur de perdre
comme moi , un bras, ou une jambe :
Voici le fait .
A l'âge de quatorze mois , je tombai
dans une paralyfie qui rendit tous mes
membres perclus , à l'exception du brasgauche
qui donnoit quelques fignes de
vie ; mes pere & mere , très - affligez
d'un accident auffi trifte qu'inopiné , &
dans un âge fi tendre , confulterent les
plus habiles gens fur le parti qu'ils
avoient à prendre . Les confeils qui parurent
les plus falutaires , furent de me
faire aller aux Eaux d'Aix , où effectivement
je recouvrai la fanté du bras &
d'une jambe mais quelque chofe qu'on
ait pu faire , la jambe droite a refté paralytique
, fans aucun mouvement ni
fonction , parce que les nerfs & les muf
cles étoient entierement relâchez ; de
façon
SEPTEMBRE. 1726. 2035
façon que je n'ai jamais pû m'aider de
cette jambe , & pour marcher il a fallu
que je me fois fervi de bequilles.
Me trouvant dans une Ville de Flandres
, dù il y avoit un habile Chirurgien
major , je me fis couper la jambe ,
de laquelle je fouffrois les deux tiers
de l'année , non feulement parce que je
ne pouvois m'en aider , mais encore par
des abfcès confiderables , qui s'y formoient
vers la fin d'Août , & qui ne ſe
deffechoient qu'à la fin de May ; l'operation
fut auffi heureufe que je pouvois
le fouhaiter , ayant affaire à un trés-habile
homme, aux foins duquel je répondis
de mon côté , par une grande
exactitude à obferver le regime qu'il
m'avoit preferit ; de forte qu'au bout
de fix femaines , je fus parfaitement
gueri ; & depuis dix-fept ans j'ufe
d'une jambe de bois affez commodement.
Voici le point de ma curiofité.
Les douleurs que j'ai fouffertes depuis
l'amputation jufques à l'entiere guerifon,
m'ont paru être au pied que je n'avois
plus , plutôt qu'à la playe du moignon où
étoit réellement le mal ; ce que j'avance
n'eft point l'effet de l'imagination ,
mais une verité que je ne puis bien définir
lorfque les douleurs me preffoient
D iiij avec
2036 MERCURE DE FRANCE.
avec trop de violence , je gratois le drap
de mon lit , dans l'endroit où ma jambe
auroit dù être , fi elle n'eut point été coupée.
Cette action ne laiffoit pas de m'apporter
quelque allégement , & fans le
fecours de cette imaginative , lès exceffives
douleurs que je fouffrois m'auroient
faît arracher vingt fois l'appareil .
Si la fuite ne m'avoit confirmé dans
cette idée , j'aurois crû que le mal que
j'endurois l'auroit caufé mais actuellement
que je ne fouffre plus , & que je
me porte parfaitement bien , lorfque je
paffe la main fous le moignon , & que
je frotte legerement , cela fait le même
effet que
li je me chatouillois la plante
du pied , qui eft cependant coupé , chofe
par conféquent impoffible. Il en eft
de même lorfque je touche les endroits
où font les nerfs , les arteres & les mufcles
, qui étoient inferez aux doigts du
pieds c'est comme fi je les touchois réellement.
Enfin , je fens , ou je crois fentir
la même circulation dans cette jambe
, quoique coupée , comme dans l'autre
qui eft très- faine .
Je prie les Sçavans de vouloir bien
faire part de ce qu'ils penfent fur ce fujet
, fuppofant que ce foit une imagination
, elle est donc generale ; car j'ai
parlé à plufieurs de mes Confreres , par
l'uni
SEPTEMBRE. 1726.2037
l'uniformité de malheur , qui m'ont affu
ré fentir comme moi ce qui n'existe plus,
je veux dire leur bras , ou jambe coupés
.
Si je ne m'explique point affez clairement
, ou qu'il y ait quelque queftion à
me faire
pour mettre mieux la chofe en
évidence , je me ferai un vrai plaifir de
répondre , & de m'en expliquer le moins
mal qu'il me fera poffible. Il eft inutile
que je donne , ni mon nom , ni mon addreffe
; mais je fuis certain que bien des
gens me reconnoîtront fur les incidens
que je viens de vous rapporter. Je fuis ,
Meffieurs , & c .
L'Auteur du Mercure , à qui on a fait
l'amputation de la cuiffe , après avoir eu
la jambe emportée par un boulet de ca- -
non à Malplaquet , éprouve fouvent de
très- cruelles douleurs au pied , à la jambe
& au genouil qu'il n'a point. La perfonne
qui écrit cette Lettre , auroit dû
dire à quel âge il fut mené aux Eaux
d'Aix , & combien de temps après on lui
coupa la jambe , & c .
D V BOUTS2038
MERCURE DE FRANCE.
BOUTS-RIMEZpropofés à remplir dans
le Mercure du mois de Juillet 1726.
Out s'occupe ici-bas ; l'un feme , l'autre
bêche.
Tout
L'un polit le diamant , l'autre fouffle l' émail.
L'un ,, pour chanter au Choeur , endoffe le
Camail ;
L'autre pour le combat prépare poudre & méche,
La truelle à la main l'un repare une bréchs.
Celui- ci fait un pont , l'autre éleve un Portail.
Des plus rares beautez l'un remplit un
Serrail.
L'un n'aime que la Chaffe & l'autre que la Pêche.
Mais moi de qui Bacchus fait tout le réconfort ;
Exempt des noirs foucis qu'excite un coffre fort.
Il n'eft jour en buvant qu'à table je ne chomme.
C'est là mon feul plaifir dans mon pauvre
manoir ,
Baume
Pour boire de ce Dieu le falutaire
Le tonneau me tient lieu de verre & d'Antonnoir.
EXSEPTEMBRE.
1726. 2039
&
EXPLICATION d'une Table d'Arithmetique
nouvellement inventée."
E fieur de Lépine , connu depuis
Llong- temps par les divers Tableaus
changeans qu'il a conftruits , & qu'on a
vûs avec plaifir , donne aujourd'hui une
machine de fon invention, extrêmement
curieuſe , & fort utile pour faire toutes
les operations d'Arithmetique.
Cette machine confifte en une planche
de cuivre , plus large que haute , fur laquelle
on a mis plufieurs rangs de rouës
paralleles. Le nombre de ces rouës eft
dix , exprimant depuis les deniers , jufques
aux dix millions de livres : les
rangs fuperieurs de ces roues fervent
aux additions & aux multiplications , qui
font des additions répetées , & les rangs
inferieurs fervent aux fouftractions &
aux divifions , qui font des fouftractions
répetées.
Toutes les roues qui expriment depuis
les unitez jufques aux dix millions,
font divifées fur leur circonference , en
dix parties , fur lefquelles on a gravé les
dix caracteres 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.
o. Celle qui exprime les deniers , eft
D vj , divifée
2040 MERCURE DE FRANCE.
divifée en douze parties , & celle qui
exprime les fols , eft divifée en vingt
parties fur chacune de ces parties ;
il y a un petit trou , dans lequel on
peut introduire l'extrémité d'un petit
crochet ou marteau , & par ce moyen
faire faire une révolution entiere à chacune
de ces roues . On peut faire une
partie de cette révolution fi grande & fi
petite que l'on veut , foit correfpondante
à un même nombre de parties , gravées
fur une circonference fixe & concentrique
à chaque rouë .
C'eſt par le moyen de ce feul mouvement
que l'on peut faire toutes les operations
d'Arithmetique : car i l'on veur,
par exemple , écrire le chiffre 7. en mettant
le petit marteau à la place convenable
, & faifant faire à la rouë la révolution
fufdite , le chiffre 7. fe préfente dans ,
une petite cafe , placée au deffus de
chaque rouë ; fi à ce nombre on veut
ajoûter un autre nombre 8. en plaçant de
nouveau le marteau au trou convenable,
& faifant auffi faire à la roue la révolution
indiquée par le nombre 8. alors non
feulement le nombre 5- fe préfentera
dans la petite cafe dont on vient de
parler ; mais le nombre 40. fe préfentera
de lui même à la cafe correfpondante
à la roue, qui exprime les dixaines , pas
11
SEPTEMBRE. 1726. 2641
rapport à celle fur laquelle on operoit .
Il en eft de même de toutes les autres
roues & c'eft par la maniere dont les
roues influent les unes fur les autres ,
que confifte la principale , curiofité de
l'invention du fieur de Lépine .
Ceux qui voudront avoir une connoiffance
plus parfaite de, cette machine ,
peuvent s'adreffer à l'Auteur , rue des
Quatre- Vents , au Jeu de Paume d'Orleans
, Faubourg S. Germain.
XXXX*
RONDEAU de M *** à M
fur fon Voyage, &c.
EN cheminant & par monts & par vaux ,
Ramentevois tous nos Etats de Seaux ;
*
Banquets gaillards Chalumeaux & Mufettes
,
Propos gentils , agréables fornettes ,
Et les Brebits de nos rians Côteaux.
Tous ces penfers me caufoient mille maux ;
Mais regrettois plus que tous mes Troupeaux ,
Vos dits joyeux , vos douces Chanfonnettes ,
En cheminant.
En vain je vois , magnifiques Châteaux ,
Suis invitée à fomptueux Cadeaux ,
Entens
1
2042 MERCURE DE FRANCE .
Entens joiier & Clairons & Trompettes ,
N'ai de fouci que d'aller où vous étes ,
Et regagner promptement nos Hameaux ,
En cheminant.
禁茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bor
deaux le 4. Septembre.
Fête celebrée dans l'Académie Royale de
cette Ville. Séance publique de
cette Académie , &c.
Ous avons celebré dans notre Aca-
Ndémie , le 25. du mois paflé , la
Fête du Roi. Après une Meffe folémnellement
chantée en Mufique , le R. P.
Thomas , Jefuite , pranonça avec applaudiffement
le Panegyrique de S. Louis.
On tint enfuite une Séance publique de
l'Académie , qui fut ouverte par M. de
Montefquiou , lequel récita un Eloge
funebre de M. le Duc de la Force , notre
Protecteur. Il déclara enfuite vain.
queur de nos Jeux Litteraires , le R. P.
Lozeran de Fech , Profeffeur de Mathematiques
à Perpignan . Son Ouvrage eft
fur la caufe du tonnerre & des éclairs.
Enfuite M. l'Abbé Bellet , Chanoine de
Saint
SEPTEMBRE. 1726. 2043
Saint Blaife de Foix , lut une Differtation
fur l'origine des Bains & fur leurs
ufages . Il la prit bien avant dans l'antiquité
, & nous promena chez les Egyptiens
, Pheniciens , Chaldéens , Grecs &
Romains , d'où il paffa aux Orientaux
modernes , & enfin aux Européens. Le
Docteur Grégoire parla après lui d'une
pierre formée fous la langue d'un homme
, & à cette occafion , de la formation
de toutes les pierres dans le corps
animal . M. de Montefquiou , Préfident ,
refuma le Difcours de ces Meffieurs avec
beaucoup de grace , & des penfées toujours
vives & naturelles. A la fin de la
Séance , le prix adjugé au R. P. Lozeran
, lui fut délivré. C'eft une Médaille
d'or de 5. à 600. livres.
M. Sully , Horlogeur de M. le Duc
d'Orleans , nous a fait voir une Pendule
, par le moyen
de laquelle il prétend
qu'on fçaura l'heure qu'il eft fur la
mer à tous les Méridiens , malgré même
la tempête , moyen par lequel il croit "
qu'on parviendra à fçavoir les longitutudes.
Cet Horlogeur va quelquefois
d'ici jufqu'à la Tour de Cordouan , pour
voir fi la mer caufera des variations à
fa pendule , laquelle n'en a prefque pas,
dit - il , dans une Berline , qui cahote
pendant deux ou trois heures . L'Académie
2044 MERCURE DE FRANCE.
mie a nommé des Commiffaires pour
examiner la chofe , & pour être les témoins
oculaires des épreuves qui doivent
être faites .
Nous avons vû ici le nouveau Dictionnaire
de la France , & nous avons reconnu
, que cet Ouvrage n'eft pas plus
exact que le nouveau Voyage de la France
, à l'égard de Bordeaux & autres lieux
de la Guyenne. Il y a en effet beaucoup
de négligence dans ce Livre , peu d'ordre
, & on n'y trouve prefque rien de
nouveau , pas même les latitudes , les
diftances , les productions & les denrées
de chaque Province , &c. Ces trois gros
Volumes font d'ailleurs mal imprimez ,
& fur du mauvais papier.
Le Bled , la Vigne- vierge , & l'Enigme
, font les vrais mots des trois
Enigmes du mois dernier.
PRESEPTEMBRE
. 1726. 2045
D
PREMIERE ENIGME.
Ans les vaftes climats où j'ai mon or
gine ,
Chacun eftime mon pouvoir ,
Parmi les plaifirs je domine ,
Et tout le monde aime à me voir.
M
Je n'avois point ailleurs d'entrée ,
Là fe bornoit tout mon renom ;
Ou fi j'étois connu dans quelque autre contrée
,
Je ne l'étois que par mon nom.
Mais depuis que par tout fur la Terre & f
l'Onde ,
J'ai des guides intelligens
On me connoît de l'un à l'autre bout du monde
,
Parmi tous les honnêtes gens.
Je fuis, fans me vanter, de bonne compagnie,
Je
2046 MERCURE DE FRANCE
Je fers à la Societé ,.
Et quand la belle humeur enfemble être bannic
,
Je lui rends fa vivacité.
Mais , helas admirez , malgré ma renommée
,
L'étrange malheur qui me fuit ,
J'ai beau faire du bien , ma vertu n'eſt aimée
,
Qu'à mesure qu'on me détruit.
Il faut pour obéir à mon fort me réfoudre ,
Pendant que je fuis encor frais ,
D'être brifé de coups , privé , réduit en posdre
,
Sans autre forme de procès .
DEUXIE ME ENIG ME.
JAAdis fort inconnue . à prefent en uſage ,
Je fers au fol , je fers au ſage :
Je fais le mal , je fais le bien.
Le divorce eft de moi ,fans moi point de lien,
A mon Maître défunt je redonne la vie.
Je
SEPTEMBRE. 1726. 2047
Je fais battre le monde , & le réconcilie.
Par le fer on me tranche ; & je donne des fers .
Prefque fans m'émouvoir je parcours l'Univers.
On me trouve à la fois & pefante & legere :
Mais il faut me couper , je ne vaux rien entiere.
Je ne vois rien , je fais tout voir :
Mais blanche que je fuis , je ne puis rien fans
noir.
TROISIEME ENIG ME.
On voit deux Soeurs toujours enſemble ,
Qui fervent en même maiſon ;
Elles n'ont rien qui fe reffemble ,
Si ce n'eft la taille & le nom.
Quoiqu'également
neceſſaires ,
L'une eft toujours fans ſe mouvoir ,
Et l'autre n'a pas peu d'affaires ,
Depuis le matin juſqu'au foir.
Elle eft fort fujette au caprice ,
Souvent elle fait des jaloux,
· Et
2048 MERCURE DE FRANCE .
Et ne fend prefque point juftice ,
Si ce n'eft à force de coups.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
R
EMONTRANCES à M. l'Evêque d'Auxerre
, au fujet de fes Ordonnances
& Inftruction Paftorale , portant condamnation
de plufieurs Propofitions , extraites
des Cahiers , dictez au College
d'Auxerre , par le Pere le Moyne , de la
Compagnie de Jefus. A Paris , chez Pier
re Simon ruë de la Harpe. 1726.
in 4.
›
où
HISTOIRE SECRETTE DE NERON , OÙ
le Feftin de Trimalcion , traduit de Pe
trone , avec le Latin à côté & des Notes
hiftoriques , Par M. Lavaur, A Paris
, rue S. Jacques & Galande , chez
Ganeau & Quillau fils. 1626. in 12.
de 520. pages.
DISSERTATION fur le Pape Libere ,
dans laquelle on fait voir qu'il n'eſt jamais
tombé. A Paris , chez Lamefle ,
BroSEPTEMBRE.
1726. 2049
"
Brochure in 12. de 21. pages fans l'Avertiffement.
LES ARTIFICES DES HERETIQUES ,
autre Brochure , chez le même.
INSTRUCTIONS fur les Obfervances
regulieres , & fur les Voeux folemnels
&c. dédiées à Madame d'Orleans , Ab- T
beffe de Chelles. A Paris , chez Delefpine,
2. vol. in 12.
DISSERTATION fur la cataracte des
Yeux , en réponſe d'un Ecrit académique
de M. Morand le fils , Démonftrateur
des Operations de Chirurgie . A
Paris , rue de la Harpe , au Saint- Efprit,
chez d'Houry , 1726.
>
Ce petit Traité prouve l'exiftence des
Cataractes membraneufes & leur operation
, qui depuis 20. années a été difputé
par plufieurs Sçavans , & principalement
par M. Heifter , Profeffeur
d'Helmftadt , contre M. de Woolhoufe.
Les citations fçavantes , & les experiences
verifiées qu'on trouvera dans cette
petite Brochure , joint à l'aveu que M.
Heifter vient de faire dans la feconde
Edition de fon Cours de Chirurgie Allemande
in 4. convaincront les Sçavans
de la jufte diftinction de ces Maladies ,
con2050
MERCURE DE FRANCE.
confondues depuis fi long-temps , foit par
l'ignorance ou le défaut d'experience des
Oculiftes , & les jeunes Etudians en Medecine
& en Chirurgie trouveront dans
cette courte Differtation dequoi les fatisfaire
, foit dans la Theorie , foit dane
la Pratique.
›
LES PELERINS DE LA MECQUE , Pieee
en trois Actes , par Meffieurs le S ...
& d'Or... repréfentée par l'Opera Comique
du fieur Francifque , à la Foire
Saintt Laurent , 1726. Le prix eft
de 20. fols. A Paris , Quay des Auguf.
tins , chezF. Flahaut , in 12. de 120.
pages.
M. Danchet , de l'Académie Françoi
fe , Cenfeur de cette Piece , dit dans
fon Approbation , qu'elle a plû au Public
dans les repréfentations , & qu'il
croit qu'elle ne lui fera pas moins de
plaifir par l'impreffion . Nous en avons
donné un Extrait dans le dernier Mercure.
ou LE MINISTERE EVANGELIQUE
Réflexions fur l'Eloquence de la Chaire,
& la parole de Dieu , annoncée avec l'autorité
de la Miffion , ou Rhetorique facrée
, pour conduire les Orhteurs Chrétiens
au fublime degré de la perfection .
NouSEPTEMBRE.
1726. 2051
Nouvelle Edition augmentée d'une feconde
partie. A Paris , rue S. André des
Arcs , chez André Knapen , 1726. in 12.
de 4 12. pages.
LA TRIPLE EXPOSITION fur les SS.
Evangiles de N. S. Jefus- Chrift , par
une Analyfe qui fait voir l'ordre & la
liaifon du Texte de l'Evangelifte ; par
une Paraphrafe , dans laquei on tâche
d'expofer le fens de l'Ecrivain facré d'une
maniere courte & nette ; par un Commentaire
, où on apporte les differentes
leçons des Notes litterales , & les fens
qui paroiffent les plus conformes au Texte.
On y trouve de plus des Obſervations
dogmatiques , pieuſes , morales &
afcetiques , auffi- bien que differentes Pratiques
Chrétiennes , qui font répanduës .
dans tout le Commentaire , & qui d'ailleurs
fe trouvent réunies à la fin de chaque
Chapitre , par un Corollaire ou fentiment
de pieté. Ouvrage très - utile , non
feulement aux Prédicateurs ' , pour euxmêmes
, & pour procurer le falut des
autres ; mais encore à tout le monde de
quelque état qu'il foit , pour entretenir
la vie de l'efprit & du coeur. Ouvrage
pofthume, en Latin, in folio , dans un ou
deux Volumes. Par le R. P. Bernardin
de Picquigny, de l'Ordre des FF. Mineurs
Ca2032
MERCURE DE FRANCE.
Capucins , ancien Profeffeur en Théolo
gie , & Définiteur de la Province de Pa
ris. A Paris , chez Le Mercier ruë
S. Jacques. Le prix du Livre eft de 14.
livres en blanc , & de16. livres relié.
DEDICACE CRÍTIQUE DES DEDICACES ,
où entr'autres fecrets merveilleux on découvre
quelle fera la fituation des affaires
dans mille ans d'ici , traduite fur la
feptiéme Edition de l'Anglois du fameux
M. Swift , par ... Anglois , Brochure
in 12. de 7 o . pages ; imprimée à
Rouen , & fe vend à Paris , chez Guill.
Cavelier , au Palais , & N. Piflot , Quay
de Conti .
M. Swift , Miniftre Anglican , eft confideré
par tous les beaux Efprits d'Angleterre
, comme un Auteur original ,
qui allié parfaitement l'Utile avec l'Agréable.
Il a écrit une petite Piece pour
railler la Nobleffe Angloife fur fa nonchalance
; & pour l'exciter à l'étude des
Arts & des Sciences . Cette Piece écrite
, à ce qu'on aflure , avec une rapidité
prodigieufe , a été cependant fi bien
reçûë en Angleterre , qu'on y en a fait
en fort peu de temps fept Editions.
Un Gentilhomme Anglois , qui eft à
Paris , a traduit cette Piece en François ,
& l'a intitulée DEDICACE CRITIQUE
DES
SEPTEMBRE. 1726. 2053
>
DES DEDICACES & c. M. Swifte n'a'
pas voulu attaquer la Nobleffe directement
: il prétend d'abord railler les
beaux Elprits pauvres , qu'il fuppofe
dédier leurs Ouvrages aux riches ,"
purement pour les flatter , & pour tirer
d'eux quelque gratification qu'il prétend
établir pour l'unique but des Dedicaces
.
Il adreffe fa Dédicace à un Seigneur luppofé
qu'il louë d'abord pour l'ancienneNobleffe
de fa Maifon , & fe mocque de ceux
qui s'en vantent, ou s'en eftiment dayantage.
Il le loue principalement pour fes
richeffes , dans lesquelles il fait confifter
la Nobleffe & le bel Efprit ; & après
avoir exalté là- deffus le bel efprit de
fon Protecteur il le loue fort de ce
qu'il ne fe fert pas de fon éloquence ,
& prend de là occafion d'invectiver
contre le babil , & il prefcrit pour cela
plufieurs remedes affez plaifans.
›
Il prend occafion, en paffant , d'ordonner
aux Libraires de Londres , d'ériger
, du gain qu'ils feront de fes Oeuvres
, deux Statues ( l'une à Londres &
l'autre à Oxford ) au Prince qui regnera
en Angleterre dans mille ans d'ici.
H prédit que ce Prince fera Empereur
de toute l'Europe ; & fous prétexte de
E faire
2054 MERCURE DE FRANCE .
faire le Panegyrique de cet Empereur ,
il flatte le Prince regnant.
ARCAGAMBIS , Tragédie en un Acte,
repréfentée pour la premiere fois fur le
Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , par
les Comédiens Italiens ordinaires du Roi,
le 10. Août 1726 , Par Meffieurs * * *
Auteurs des Comédiens Efclaves . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Piffot ,
in 12. de 47. pages, n
LES FORTIFICATION's du General
Cohorne , avec figures , nouvelle Edition.
A la Haye , in 8
ESSAT DE RHETORIQUE dans la Traduction
de quatre Harangues de Tite-
Live , avec des Notes , par M. de Croufas
, Profeffeur de Mathematiques & de
Philofophie dans l'Univerfité de Groningue.
A Groningue , chez Jacques
Sipkes , 1725. in 12. de 176. pages.
On propofe à Londres par foufcription
le veritable Etat de la France , par
le Comte de Boulainvilliers , avec une
Defcription du Gouvernement ancien de
ce Royaume , en 2. vol. in folio,
Од
SEPTEMBRE. 1726. 2055
.
رما
On mande de la Haye , qu'on y a imprimé
chez Rogiffart un gros in octavo ,
lous ce titre Les quinze joyes du Mariage
: Le Blafón des fauffes Amours ,
le Triomphe des Mufes contre Amour. On
connoît ces titres par divers anciens Livres
François.
On mande auffi d'Hollande , que M.
Abraham Gronovius , fils & petit- fils
de deux Sçavans du premier ordre , du
même nom , va donner l'Elien Peri Poikiles
Hiftorias , avec des Notes . Cette
Edition fera in 4. On ajoûte que l'Hiftaire
des Animaux fuivra de près .
CALENDRIER A ROUES FERPETUEL
plus exact que tous ceux qui ont paru
jufqu'à prefent , dédié à M. de Nefmond
, Archevêque de Touloufe , par
Le Pere Emanuel de Viviers , Capucin .
On trouvera les Lunaifons aux places
anciennes , qui s'en étoient éloignées de
plufieurs jours , pour n'avoir pas fuivi le
projet que Gregoire XIII . en avoit fait
dans la réformation du Calendrier : de là
vient que les Tables Pafchales ne font
pas éxactes. On ne celebre point la Pâque
quelquefois en fon temps., on peut
le verifier par ce Calendrier. L'Epacte
de cette année 1726. retarde les renou-
E ij veaux
2056 MERCURE DE FRANCE.
veaux de la Lune de deux jours ; il nous
donne l'Eclipfe de Septembre le 27 , tandis
qu'elle arrivera le 25. Le Soleil fera
éclipfé un peu plus de la moitié ; fon commencement
fera vû à Toulouſe à quatre
heures 54. minutes du foir , fon milieu
à cinq heures 45. minutes , fa fin à fix
heures 37. minutes ; la durée de l'Eclipfe
fera d'une heure 43. minutes , la fin
ne fera point vue , le Soleil fe couchera
à cinq heures 59. minutes. Cette
Eclipfe fera totale dans la nouvelle France
; entre midi & une heure il y aura
une nuit de cinq minutes. On trouvera
auffi le Recueil des Memoires curieux
de cet Auteur concernant l'Aſtronomie
& l'Optique , la defcription d'une
Machine propre à tirer toute forte de
Plans , très-utile pout les Ingénieurs ,
Peintres , Graveurs , & c. Découvertes
fingulieres faites fur le Vinaigre par le
fecours d'un nouveau Microſcope . Le
prix du Calendrier , monté proprement fur
du carton, eft de 20. fols , & en feuille 8.
le Recueil relié fe vend 20. fols & broché
10, A Touloufe , chez L. Bacur ,
Marchand de Tailles- douces , ruë S. Rome,
1726.
Le 17. d'Août le R. P. Porée , Jefuite
, Profeffeur de Rhetorique au College
SEPTEMBRE . 1726. 2057
.
ge de Louis le Grand , fit reciter en public
par fes Ecoliers , fix Poëmes Latins
qu'ils ont compofez . Les fujets de ces
Poemes font pris de fix Tragédies Grecques
; de l'Ajax , de l'Oedipe , de l'Antigone
, & de l'Electre de Sophocle ; des
Troyennes & de l'Iphigenie en Aulide
d'Euripide. Plufieurs habiles Connoiffeurs
qui les entendirent , loüerent fort
la methode du celebre Profeffeur , & le.
foin qu'il prend de former fes Ecoliers
fur les modeles anciens , & de les conduire
par la feule route qui mene au
beau , au fublime , au parfait. Ces habiles
Connoiffeurs remarquerent avec un
grand plaifir , que chaque Poëme repréfentoit
fidelement l'oeconomie de la Tragédie
dont il étoit tiré , les fituations intereffantes
, & les fentimens les plus vifs
de ces Ouvrages admirables. On y dif
tinguoit les caracteres differens de Sophocle
& d'Euripide , les fentimens nobles
& élevez que Sophocle donne à
fes Heros & à fes Heroïnes , cette majefté
, cette fublimité de ftile , qui répond
fi jufte à la grandeur des objets
qu'il fait toujours voir • parce qu'ils
ont eté veritablement grands. Dans les
Troyennes & dans l'Iphigenie on voyoit
ce pathetique d'Euripide , cet art infaillible
qu'il poffedoit d'émouvoir les
E iij coeurs
2058 MERCURE DE FRANCE.
coeurs par des peintures naturelles , mais
animées de tous les mouvemens du coeur
de fes perfonnages. On remarqua enco--
re , que Seneque a traité deux de ces
fujets , Oedipe & les Troyennes , mais
le Pere Porée & le Tragique Latin ne
fe font point rencontrez . Seneque a voulu
donner à Sophocle & à Euripide , un
certain efprit qu'ils avoient évité : le
Pere Porée a eu grand foin que fes Ecoliers
n'euffent pas plus d'efprit que Sophocle
& Euripide.
Le jeu des jeunes Poëtes plut infiniment
; il étoit toujours naturel , toujours
approprié au fujets ce n'étoient point
des Déclamateurs qui crient fans fe faire
entendre , & qui s'échauffent fans
échauffer l'Auditeur. C'étoient des Acteurs
transformez dans ce qu'ils repréfentoient
, ils faifoient fentir toutes les beautez
de leurs Poëmes , parce qu'ils les
fentoient toutes .
Le 22. du mois dernier , M. de Mirabeau
, qui a donné une Traduction de
la Jerufalem délivrée du Talle , fut élû
à l'Académie Françoife , pour remplir
la place vacante par la mort du Duc de
la Force .
Le 25. cette Académie folemnifa la
Fête
SEPTEMBRE . 1726. 2059
Fête de S. Louis dans la Chapelle da
Louvre. Pendant la Meffe , qui fut ce +
lebrée par l'Evêque de Soiffons , l'un
des Quarante de l'Académie , on chantà
un Motet , dont les paroles étoient tirées
du Pfeaume 118. Beati immacula+
ti in via , & commençoient au Verfer,
Principes, perfecuti funt me gratis , &
mifes en Mufique par M. Dornelɔ, Or,
ganifte de Sainte Geneviève , depuis
peu Maître de Mufique de cette il-
Tuftre Compagnie à la place de feu
M. du Bouller. Les applaudiffemens que
reçûrent la compofition & l'execution
furent d'autant plus glorieux pour l'Au
teur , qu'ils étoient donnez par une Aft
femblée , dont le goût délicat eſt unie
verfellement reconnu. Les Motets que
le Maître a fait executer en differentes
occafions , tant à la Chapelle du Roi
qu'à Paris , & les Trios de Simphonies
qu'il a donnez au Public , ont tou
jours eu beaucoup de fuccès.
M. l'Abbé Guichon , qui prononça
le Panegyrique du Saint Roi , en préfence
de Meffieurs de l'Académie Françoife
, adreffa la parole fur la fin de fon
Difcours , à cet illuftre Corps , & lui
fit ce Compliment.
Ici , Meffieurs une jufte défiance
m'infpire une refpectueufe timidité. Pour
E iiij rem2060
MERCURE DE FRANCE .
remplir vos defirs , je voudrois avoir toute
la force , toute la majefté de l'Eloquence
Chrétienne. Et quand pourroient
être prodiguées avec plus de juftice toutes
les richeffes du Difcours , que pour
illuftrer un hommage tant de fois rendu
par les plus celebres talens à la memoire
d'un Saint fi cher à la France , & fi fécond
en vertus ? vous feuls feriez dignes
de louer un fi grand Roi , parce que vous
feuls fçavez louer dignement les Rois.
C'eft de votre fein que fortent ces illuftres
perfonnages qui forment leur jeuneffe
; c'eft par vos lumieres qu'ils fe
conduifent pendant leur vie , & après
leur mort ils vivent dans le fouvenir des
mortels , par les magnifiques productions
de votre efprit , qui vous font vivre vousmêmes
dans l'admiration de tous les fiecles.
Augufte Sanctuaire de l'Eloquence
c'eſt à vous que nous devons la vivacité
de nos penfées , la nobleffe de nos expreffions
, la pureté d'une Langue , qui
par les beautez que vous lui donnez ,
meriteroit d'être la Langue de tous les
peuples .
Comment une Science timide pourroit-
elle atteindre à ce haut point d'éru
dition , que merite une fi noble Compagnie
, compofée de ce qu'il y a de grand
dans
SEPTEMBRE. 1726. 2061
dans l'Eglife & dans l'Etat , dans la Magiftrature
& dans la Guerre ? Je me raffure
: Parmi de rares genies on trouve
plus qu'ailleurs des oreilles indulgentes ;
& comme la fincerité de votre vertu répond
à la fuperiorité de votre fçavoir
jofe me promettre de vous édifier , fi
= vous invoquez avec moi celui qui eſt le
Roi des Rois & la lumiere des Sçavans
fervons-nous de l'entremife de Marie.
Ave.
les
Grand Saint , vous fûtes autrefois le
e bonheur de ce Royaume , foyez.en au
jourd'hui l'Ange tutelaire : faites que
= mifericordes du Seigneur fi fecondes en
vous , fe perpetuent dans vos defcendans ,
& que celui qui fuccede à votre Couronne
, fuccede auffi à vos vertus : Etſemini
ejus,
&
· Ce font les douces efperances que nous
en avons conçues ; elles ne feront pas
trompées ; le Ciel a comblé nos voeux
il a furpallé notre attente.
>
Heureufe France , vous voyez renaître
Louis dans l'heritier de fon nom
deja la Nature prodigue en la faveur fes
rélors les plus facrez ; déja dans la faifon
des premieres fleurs , il porte les
- fruits les plus meurs des plus nobles ver-
Aus .
Que's affurez préfages de l'heureux
E v 2.4€
2062 MERCURE DE FRANCE.
avenir qu'il nous prépare ! Edifiante pieté
dans la Maifon de Dieu , bonté de naturel
, nobleffe de fentimens , tendrelle
pour fon peuple , compaffion envers les
malheureux , douceur raviflante , fageffe
prématurée , difcretion merveilleufe ,
prudence confommée ; c'eft ce qui caracteriſe
le Heros & le Chrétien , c'eft
ce que nous admirons déja dans notre augufte
Morque.
Peuple fortuné , concevez par avancé
le bonheur que le Très- haut vous de
tine , ce Soleil fi doux dans fon Aurore ,
nous annonce les jours les plus tran
quilles. Les plus fages confeils affermiffent
fon Trône. Il a pris en main les
rênes de fon Etat pour travailler au bonheur
de fes Sujets . Puiffions - nous voit
en lui le Salomon de fon fiecle .
2 Croiffez à jamais , digne rejetton' de
LOUIS . Que le Seigneur beniffe une alliance
que toutes les vertus cimentent ,
& qui par une préference finguliere femble
être plutôt l'Ouvrage du Ciel que de
la Terre.
Et vous , Meffieurs , juftes Difpenfa
teurs de la gloire humaine , qui voyez
croître en lui.tant de merite , préparez
dès ce jour vos éloges , puifqu'il vous
prépare la plus riche matiere ; propofez→
le à l'Univers comme un fujet d'admitation,
SEPTEMBRE . 1726. 2063
tion , pendant que je propofe aux Chré
tiens S. Louis comme un objet d'imita
tion , & que je les invite à fe former
fur lui , s'ils veulent regner avec lui
dans l'Eternité .
Le même jour les Académies Royales
des Belles - Lettres & des Sciences , ce
lebrerent auffi la Fête de S. Louis , dans
Eglife des Prêtres de l'Oratoire. Un
fort beau Motet , pris du Pfeaume Lau-i
date pueri Dominum , de la compofition
du fieur du Bouffet , le fils , Maître de
Mufique de ces deux Académies , fut
chante pendant la Meffe & fort applau
di . L'Eloge de Saint Louis fut prononcé
fort éloquemment par le Pere Toulouſe ,
Jacobin de Beziers .
U
Le Vendredi 23. Août M. de Maifons
, Prefident à Mortier , prit féance
à l'Académie Royale des Sciences , en
qualité d'Honoraire : place à laquelle il
avoit été élu le Mercredi 21. & qui
étoit vacante par la mort de M. le Duc de
la Force. "
f
Le Samedy 31. du même mois , M.
d'Argenfon , Confeiller d'Etat , & Chancelier
du Duc d'Orleans , qui avoit été
élû à une ſemblable place le 23. prit
E vj auff
1
2064 MERCURE DE FRANCE.
auffi féance. Cette derniere Place étoit
vacante, par la démiffion du Pere Sebaftien
Truchet >
Place Maubert .
Religieux Carme de la
On mande de Rome , que le Marquis
de Palonbara y a fait depuis peu l'épreuve
d'un fufil de chaffe , dont on prétend
qu'il veut faire prefent à la Reine
d'Espagne , lequel tire trente coups de
fuite , fans qu'on foit obligé de le recharger.
L'Académie des Sciences & des Arts,
établie à Peterſbourg , tint le 12. du
mois dernier l'Affemblée publique or
donnée par les Statuts . La Czarine , fa
Protectrice , accompagnée du Duc & de
la Ducheffe d'Holftein , des principaux
du Clergé , des Miniftres de Ruffie &
de ceux des Princes Etrangers , l'ho
nora de fa préfence . Il y eut un fi grand
con cours de gens de tous états , que la
Salle ne pouvoit les contenir. Après que
S. M. Cz. s'y fut placée fur un Trône
ma gnifique , M. Bayer , l'un des Profeffeurs
, la harangua en Allemand , avec
un applaudiffement general. M. Herman , |
auffi Profefleur , fit enfuite un Difcours
Latin fort éloquent fur la Geometrie ,
& il propofa un Problême de Dioptrique
SEPTEMBRE. 1726. 2065
que pour la perfection des Telefcopes
fuivant les principes de Defcartes , & pour
fçavoir s'il y auroit lieu d'efperer d'en
conftruire un , par le moyen duquel on
put découvrir les êtres qui font dans la
Lune. Ce Profeffeur infinua que cela fe
pouvoit & M. Goldbach , Confeiller
de Cour , qui fit une élegante réponſe
à ce difcours , témoigna qu'il étoit dans
le même fentiment . La Séance finit par
un éloge des grandes actions du feu Czar,
après quoi la Czarine affura l'Académie
de fa haute protection , & tous les Profeffeurs
furent admis à lui baifer la
main.
Extrait d'une Lettre écrite de Touloufe
le 26. Juillet 1726.
Nous avons ici un jeune Gentilhomme
du Gevaudan , nommé du Roc , âgé de
quinze ans , qui montre un génie fingu
lier pour les Mathématiques. Il ne fçavoit
que la feptiéme Propofition d'Euclide
, lorfqu'à l'occafion d'une fauffeté qui
lui fut dite , fçavoir , que le Cercle ne
pouvoit être divifé en trois parties égales,
il le partagea fur le champ par le triangle
équilateral , autour duquel fon genie
lui fit trouver le moyen de circonferire
un Cercle..
Je
2056 MERCURE DE FRANCE.
Je lui reprefentai , que la difficulté
confiftoit à divifer un arc de cercle ; auffitôt
il
partagea le quart de cercle en trois
parties , par le moyen de deux triangles
équilateraux
infcrits.
Je lui ajoûtay, qu'il s'agilfoit d'un arc de
cercle moindre que le quart & de l'angle
aigu ; il eut bien tôt divifé l'angle de
45. degrez , & quelques autres en trois
parties .
Ces fuccès l'ont encouragé à fe jetter
tout-à - fait dans la Géometrie ; il y fait
des progrès qui ont étonné tous ceux qui
ont affifté aux exercices qu'il a faits en
public.
Je vous prie par le zele que vous avez
pour les Sciences , & en particulier pour
les Mathématiques , de vous intereffer
pour faire trouver à ce jeune homme ,
dans l'eftime du Public , un nouveau
motif de cultiver une fi belle fcience',
pour laquelle il paroît avoir un fi beau
naturel.
Extrait de la Réponse.
L'état de la queftion de la trifection
de l'angle , eft de divifer en trois parties
égales tout angle aigu . Ainfi vo: re jeune
Archimede n'a pas été plus loin que les
Geometres qui ont vêcu depuis l'ancien ,
mais
SEPTEMBRE. 1726. 2067
mais en ce point il peut fe flatter d'avoir
été pour l'execution auffi loin qu'eux.
Cet Eloge doit lui fuffire , & l'encoura
ger à des progrès tels que fes premiers
effais les font efperer .
Extrait d'une Lettre écrite de Londres ,
par
M. R. A. P. C. à Paris. :
Je laiffe maintenant les Sciences pour
vous parler du Pays & des plaifirs du
Pays. Londres eft une grande Ville audeffus
peut-être de Paris , pour l'étenduë
& pour la bonne entente . Les rues y font
vaftes & peu embarrallées , par la comnrodité
des chemins pour les gens à pied .
Tout y repréfente un aife & une abondance
que nous ne connoiffons en France
que chez nos grands Seigneurs . Les
maifons n'y font point magnifiques audehors
, c'est- à dire , que nos Hôtels va
lent mieux que ceux de Londres ; mais
il regne plus de fymetrie ici dans les
maifons des particuliers , & on les croiroit
toutes baties pour un même Maitre.
Les Spectacles font auffi fréquentez ,
& j'ofe dire mieux entendus qu'en Fran
ce; la difpofition du Theatre en eft meilleure
& les Acteurs approchent autant
que les nôtres du naturel. Cepen-t
dant
2068 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le Comique je regrette toujours
Moliere. L'Opera eft d'une manierę
à n'avoir rien de commun avec
celui de France. Autant qu'on fait de dépenfe
à Paris pour les Scenes , pour les
Danfes , & c. autant en fait-on ici pour la
feule Mufique. Ceux qui font paffionnez
pour le goût Italien , que j'eftime
le bon goût , peuvent affurer , que s'il
y a une felicité dans le monde , c'eft celle
d'entendre un Opera à Londres . L'Orkeftre
eft compofée des plus grands Maîtres
d'Italie , & les voix , comme les
Cuzzoni , Zevezino , la Fauftına , font
des voix d'Anges. En un mot , l'Opera
de Londres eft un des plus beaux Concerts
qu'on puiffe entendre. Je ne puis
le mieux comparer qu'à une fort longue
Cantate , où alternativement la Symphonie
& le Recitatif fe fuivent : rien n'efb
plus varié
A l'égard des Promenades , elles ne
font pas fi frequentées , elles ne font pas
même auffi belles qu'à Paris. En revanche
la Campagne y eft bien belle : auffr
eft-ce le féjour des gens riches pendant
fix mois de l'année . C'eſt- là qu'on trouve
les magnifiques maifons & les beaux
jardins. On ne connoît pas tant ici la fo
cieté & le plaifir de la converfation qu'en
France , auffi on n'en a pas autant de
befoin ,
SEPTEMBRE . 1726. 2069
befoin , car on n'y parle pas tant : &
S. Evremont avoit raifon de dire qu'il
ne trouvoit rien de plus aimable qu'un
Anglois qui parle , & qu'un François
qui penfe.
La Nation fe pique de beaucoup de
difcretion & d'une politeffe , qui fans
beaucoup de complimens fait trouver de
l'agrément là où nousnous incommodons.
L'air libre dont on vit , & avec lequel
on parle , ne permet pas que l'on fe gêne
le moins du monde ; de forte que
l'on eft délivré par ce moyen des fâcheux
& des importuns . On a tort d'accufer
les Anglois de haïr toutes les Nations :
on parle fans doute de la plus vile populace
, qui en France même où les Etrangers
font adorez , ne laiffe pas de les
haïr. Ce que nous appellons honnêtes
gens , reçoivent ici parfaitement bien
leur monde ; & je ne fçaurois décider
qui eft le plus affable du Gentilhomme
Anglois , ou du Gentilhomme François
, & c.
On écrit de Londres , que M. Henri
de Saumarez , Gentilhomme de l'Ifle de
Guernezey , fur la Côte de Normandie
, vient d'achever une Machine des
plus curieufes , & des plus utiles pour
mefurer exactement le chemin que fait
ex
1070 MERCURE DE FRANCE .
en mer un Navire ; elle eſt préferable
à la ligne de minute , & à toute autre
invention , dont on s'eft fervi jufqu'à
preſent pour cet effet dans la Navigation
.
Le corps de cette Machine , qu'on
jette hors de bord , & qui eft trainé par
une corde à la poupe du Navire , eft
en forme de la lettre Y. On peut le faire
d'étain ou de fer , fuivant la profon
deur du lieu où l'on veut s'en fervir.
A chaque bout des lignes qui forment
l'angle , ou au haut de la lettre Y , il
a deux palettes femblables à peu près
à la figure de la ligne de Minute Angloife
, l'une defquelles fe baiffe à proportion
que l'autre fe leve , la palette
baiffée , ou defcendante , rencontrant la
refiftance de l'eau à proportion du mouvement
du Vaiffeau , donne par ce moyen
un mouvement circulaire fous l'eau à la
Machine , lequel eft plus ou moins fort',
à proporcion que le Navire fait chemin,
& cela fans lui caufer aucun empêche
ment pour avancer.
Ce mouvement eft communiqué à une
forte d'Horloge , ou de Cadran fixé dans
quelque , endroit convenable du Navire ,
par le moyen d'une corde de longueur
proportionnée , qui eft attachée à la queuë
de l'Y , & portée au Cadran. Le mouvement
SEPTEMBRE. 1726. 207 %
vement étant de même maniere communiqué
à une fonnettè placée dans le Cádran
, elle fonne ou frappe éxactement
les pas Géometriques , milles , ou lieuës
que le Navire à faits ou courus ; & détermine
ainfi très- facilement combien le
Navire eft allé au gré du vent ou de la
marée comme auffi la force des marées ;
& des courans avec une telle exactitude
que cela ne peut manquer d'être d'une
très- grande utilité en arpentant les plages
dangereufes , comme font les Cafquetz,
la Rade d'Ardelni , & autres.
Ceux qui feront curieux d'être plus
implement inftruits fur cette Machine ,
n'ont qu'à lire l'ample projet que l'Aueur
en a donné dans le 33. vol . des
Tranfactions Philofophiques de la focieté
Royale de Londres , mois de Novembre
& de Décembre 1725. on y trouvera ,
Curtout , qu'en corrigeant les erreurs de
a Navigation , cette Machine peut procurer
le moyen de fauver , non- feulement
es biens des Négocians , mais encore la
vie de beaucoup de perfonnes .
Nous nous expoferions à bien des reproches
de la part des amateurs des beaux
Arts , fi nous ne difions rien de la magniique
Toilette de la Reine , en argent doé
, que M. Germain , Orfevre ordinaire
2072 MERCURE DE FRANCE .
naire du Roy , a faite depuis peu , & que
les Curieux ont été voir avec beaucoup .
d'empreffement & de fatisfaction aux
Galleries du Louvre. On peut dire que
l'invention , le goût & la délicateffe du
travail , furpaffent la richeffe de la matiere
. ,
Ce précieux Ouvrage confifte en 51 .
pieces , dont la principale eft un Miroir
de 36. pouces de haut fur 29. de large ,
d'une forme très - élegante , & couronné
des Armes du Roy & de la Reine , avec
4. petits enfans qui répandent des fleurs.
le long de la Corniche ; les côtez font
chargez d'ornemens de bon goût & variez
, & le bas eft occupé par un bas- re
lief, où l'on voit Venus à fa Toilette ,
fervie par les Graces , entourée de feftons
de fleurs , &c. Comme ce Mirois
doit être vû de tous les côtez , le derriere
eft auffi riche & auffi plein d'ou
vrage que le devant.
Deux Jattes dans l'une une Eguiere
à pans , couverte d'une Coquille , & ¡
dans l'autre un Pot à l'eau. Les Jattes
font pareilles , faites en Nacelles , dont
la Poupe & la Proüe font ornées d'enfans
qui lient un Dauphin avec des fel
tons ,lefquels regnent le long des bords
de la Jatte. Le corps de l'Eguiere , d'un
forme finguliere , eft armé d'une espece
de
SEPTEMBR E. 1726. 2073
de Cuiraffe , au milieu de laquelle The.
tis fur les eaux paroît en bas - relief , accompagnée
de Tritons , de Nayades
de divers animaux & autres ornemens
aquatiques . Du deffous de l'armure , s'éleve
dans chaque Pan un Rofeau qui
fait un effet fort agréable. Le Pot à l'eau
eft d'une très -belle forme , avec les atmés
du Roy & de la Reine , en bas-,
relief , &c.
Dans la crainte d'être trop longs , nous
nous arrêterons moins fur les autres articles
nous pafferons , quoiqu'à regret ,
fur des pieces très- ingenieufement décorées
, qui mériteroient d'être décrites.
Deux carrez de Toilette , de mêmes
dimenfions , avec des ornemens très convenables
.
Un Coffre à Bijoux & une Pelotte
de même grandeur. Sur le devant du
Coffre eft un bas - relief, dans lequel on.
voit des Tritons & des Nereides apporter
à Neptune toutes les richeffes de la
- Mer.
Deux Gantieres , efpeces de Corbeilles
prefque ovales , ornées de bas - relief ,
fervant à prefenter les Gants à la Reine.
Une grande Soucoupe , fur laquelle
on prefente les differens Atours .
Deux Ferrieres ou Flacons à mettre
es Eaux de fenteur.
Une
2074 MERCURE DE FRANCE.
Une Soucoupe ovale & deux Gobelets
couverts .
Une Nef , forme de Navire , à mettre
les racines pour les dents , terminé par
une Couronne fermée.
Un Vale pour la Pâte d'Amande.
Une Soucoupe & une Taffe couverte.
Deux Boëtes à Poudre .
Deux Boctes à Mouches , fur lefquelles
on voit des Moucherons voltiger.
Deux Plombs.
Deux Bougeoirs.
Un Soleil & fa Mouchette. On appelle
Soleil , une espece de Porte- Mouchette
antique , en ufage dans la Maifon
du Roy .
Un Campanille , ou Clochette d'un
fon fingulier.
Quatre Flambeaux en forme de Lyte
triangulaire.
Douze grands Flambeauxy dont le
corps eft formé par trois Cariatides.
Deux Broffes à Peignes.
Une Vergette.
Un Couteau pour ôter la Poudre ,
dont la lame eft d'or , & le manche eft
enrichi de Diamans & d'Emaux.
Le 2. Aouft , M. Germain livra cette
Toilette à la Reine , en prefence du Roy .
Leurs Majeftez en parurent très fatiffaites.
Le Duc d'Antin , Sur Intendant
des
SEPTEMBRE. 1726. 2075
-
des Bâtimens , toûjours attentif à favorifer
les Arts , fit remarquer le génie &
le mérite de l'Auteur , dans fes compofitions
, dans le choix de fes allegories
& de fes ornemens , dans la pofition ,
la correction & l'expreffion de fes Figures
, & en general , le goût & la beauté
de tout l'Ouvrage.
Le Sieur Antonio , Muficien Italien.
fi connu à Paris par ffoonn ttaalleenntt- pour la
compofition & pour le Violon , vient de
faire paroître fix Sonnates gravées à Violon
feul , pour preflentir le goût du Public.
I continue de travailler dans ce
genre , & fe prépare à donner dans peu
de grands Concerts de Symphonie . On
efpere que les Amateurs de Mufique Italienne
auront lieu d'être fatisfaits de
l'Ouvrage que nous annonçons , où la
fcience & la délicateffe font employées
avec beaucoup d'art. La fuite répondra
fans doute à ce commencement.
L'Archi- Confrairie Royale des Chevaliers
Voyageurs & Palmiers du S. Sepulchre
de Jerufalem , érigée par S.Louis
en 1254. & fondée par Louis Hutin X,
du nom Roy de France , en 1336. l'Eglife
des Cordeliers du Grand Convent de
Paris , folemnifa la Fête de S. Louis , le
Dimanche
1
2076 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche 1. de mois. La grande Meſſe
fut chantée folemnellement & le Panégyrique
du Saint fut prononcé par un
Keligieux du même Convent. Après la
Proceffion , le Te Deum & l'Exaudiat
furent chantez dans la Chapelle de l'Archi-
Confrairie. On donna enfuite la Benediction
du S. Sacrement , pour rendre
grace à Dieu du rétabliffement de la fanté
du Roy & de la Reine.
Le foir , les Confreres allumerent des
feux devant leurs Portes ; mais le fieur
Nicolas Dauphin , fils , Marchand Epicier
, rue de la Comedie Françoiſe , l'un
d'entr'eux , fe diftingua particulierement
par un feu d'artifice qu'il avoit ingenieufement
conpofé , enfuite d'un feu de joye
avec des illuminations aux fenêtres , &
ces infcriptions. Illorum incolumitas Galliam
fortunat. Galli felices Regina tuta.
Entre ces deux Infcriptions & dans le
jufte milieu étoit une Lanterne tournante
des plus fingulieres , ornée de figures fort
bien difpofées , formant enfemble des
Danfes dans des attitudes convenables &
tout- à-fait réjouiffantes.
On nous demande fouvent de divers
endroits du Royaume , des nouvelles de
l'Edition de plufieurs Ouvrages , qui doivent
s'imprimer à Paris , & qui ont été.
proSEPTEMBRE.
1726. `2077 ,
**
propofez par la voye des foufcriptions :
nous fatisferons en cela les perfonnes intereffées
, autant que la chofe dépendra
de nous , & quand nous pourrons avoir
là- deffus de juftes éclairciffemens . 11
nous paroît qu'on s'ennuye fort, fur tout,
de ne point voir paroître , après une fi
longue attente , le fecond Tome de la
Grammaire Hébraïque & Chaldaïque
du R. P. Dom Pierre Guarin . Nous
pouvons affurer le Public que l'impreffion
de ce fecond Tome eft bien avancée
& que file Libraire qui l'a entreprife ,
l'avoit commencée dans le temps qu'il
l'avoit promis à l'Auteur , & ne l'avoit
pas fi fouvent interrompue , iky a plus de
quatre ans que cette impreffion feroit
achevée ; puifque l'Ouvrage étoit entierement
fini avant que l'on commençât
de l'imprimer.
ERECTION d'une Académie de
Belles- Lettres à Marseille.
L
E Roy ayant accordé des Lettres Patentes
pour l'établiffement d'une
Académie de Belles- Lettres à Marfeille,
& l'Académie Françoife ayant adop
té cette nouvelle Compagnie , le Jeudy
19. de ce mois , il y eut une Aflemblée
publique très- nombreuſe de l'Académie
elliaboM Fran F
2078 MERCURE DE FRANCE.
Françoife , expreffément convoquée ¿
dans laquelle M. de Chalamont de la
Vifclede , Secretaire perpetuel de la nouvelle
Académie , accompagné de M"
de Gerein , Lieutenant General de
l'Amirauté à Marſeille , & Taxil , Députez
de la même Académie , parla au
nom de fes Confreres , & prononça un
Difcours très- éloquent , auquel M. de
Fontenelle , Directeur de l'Académie
Françoife , répondit avec cette éloquence
fine & legere qui lui eft particuliere.
Après quoi M. de Chalamont de la Vifclede
, lût une Epitre en Vers libres , &
une Fable de la compofition de M. Taxil,
fur le fujet de l'Affemblée. M. l'Abbé
d'Olivet lut enfuite l'Eloge Hiftorique
de M. de Balzac , & M. de la Motte termina
la féance par un Eglogue qu'il ré
cita. Les 3. Députez eurent part à la diftribution
des Jettons.
L'occupation de la nouvelle Académie
compofée de 20. perfonnes , fera l'Hiftoire,
l'Eloquence & la Poëfie. M. le Maréchal
de Villars , Gouverneur de Pro
vence , qui a favorifé cet établiffement de
tout fon crédit , en eft le Protecteur ; &
pour animer l'ardeur des Orateurs &
des Poëtes , & fignaler fon amour pout
les Lettres , il a fondé un Prix de la valeur
de 300. livres , qui confifte en une
Médaille
SEPTEMBRE. 1726. 2079
Médaille d'or. Ce Prix fera délivré le
premier de Janvier de chaque année ;
une année aux Ouvrages de Vers , & la
fuivante aux Ouvrages de Profe alternativement
. Le Prix pour le premier
Janvier 1727. fera adjugé à un Poëme
de cent Vers au plus , & de 80. au
moins ,tous grands Vers ou Alexandrins,
ou à une Ode de 12. Strophes au plus ,
fur tel fujet qu'on voudra choifir , bien
entendu que les bienfeances foient gar
dées .
On pourra adreffer les Paquets affran
chis à M. de Chalamont de la Vifclede ,
Secretaire perpetuel de l'Académie , ruë
de l'Evêché , à Marſeille. Les Paquets
qui ne feront point affranchis ne feront
point retirez du Bureau de la Pofte. Si
on s'adreffe à un Habitant de Marfeille ,
de Secretaire donnera un Récepiflé de
l'Ouvrage qu'il recevra à celui qui le
lui remettra ; & fi on envoye l'Ouvrage
à droiture au Secretaire il enverra le
Récépiffé à l'adreffe qu'on lui marquera,
pourvû que cette adrelle ne falle pas
connoître l'Auteur , qu'on veut abfolu
ment ignorer. On mettra , comme à l'ordinaire
, une Sentence au bas: de l'Ou
vrage.
Attendu le peu de temps qui refte juf
qu'à la fin de l'année , on avertit qu'on
Fij ne
2080 MERCURE DE FRANCE.
ne recevra les Ouvrages qui doivent en
trer en concours, que jufqu'au 10. Décem
bre prochain inclufivement. Les Paquets
qui arriveront après , ne feront pas ou
verts.
CHANSON.
PEtits Qifeaux , eft- ce le jour
Qui vous éveille en ce Boccage ?
Il n'en fçauroit percer l'ombrage
Ce ne peut être
que
l'Amour.
Pour moy, jamais il ne m'éveille ;
Mais ne vous en étonnez pas ;
C'eſt que ce Dicu cruel , helas !
Né permet pas que je ſommeille .
AUTRE CHANSON
Sur le rétabliffement de la fanté du Roy.
C Hantez , petits Oifeaux
Et faites en tous lieux retentir les Echos ,;
De mille Concerts d'allegreffe :
Un Roy dont le péril caufoit votre trifeffe ,
Jouit
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
AUTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBRE. 1726. 2681
Jouit d'une heureuſe ſanté ,
Que pour notre felicité ,
Le Ciel fera durer fans ceffe.
L'Affichard.
**X*YYYNN N NNNNNN
LE
SPECTACLES.
E 7.de cemois , les Comédiens François
donnerent la premiere reprefen
tation du Paftor Fido , Paftorale héroïque
précedée d'un Prologue . Cette Piece eft
de M. le Chevalier Pellegrin , Auteur de
Polydore, de la mort d'Uliffe, & de The
lemaques les deux premieres Tragedies
ont eu beaucoup de fuccès fur le Théa
tre François , & la troifiéme n'en a pas
moins eû fur celui de l'Académie Roya
le de Mufique. Le Paftor - Fido lui fait
beaucoup d'honneur , par la maniere dont
on le trouve écrit , par les traits qui y
font répandus & par l'interêt qui y
regne il eft précedé d'un Prologue qui
annonce la Paftorale, & qui prépare les
Spectateurs à n'être point furpris de
n'y pas trouver tout ce qui eft dans le
Guarini.
,
Fiij Acteurs
2082 MERCURE DE FRANCE.
Alteurs du Prologue.
Venus ,
Melpomene ,
Thalie ,
· La Dille d'Angeville.
La De Duclos.
· La Dame Deshayes.
Momus. Le fieur de la Thorilliere, le Pere.
La Scene eft dans les Champs Elisées ,
près Paris.
> Dans la premiere Scene Venus fe
plaint dans un Monologue , que l'Empire
de fon fils eft négligé , à cauſe de
l'inconftance fi naturelle aux François.
Momus qui furvient , augmente l'in
quiétude de Venus , par le Portrait qu'il
fait de l'humeur volage des Habitans de
la Seine.
¿ Dans la troifiéme Scene ,Venus prieThalie
de s'interefler pour la gloire & pour
celle de fon Fils . Thalie lui répond , que,
puifque c'eft à elle à corriger les moeurs ,
elle va lâcher contre les inconftans une
Piece de caractere , qui rangera tous les
coeurs à leur devoir. Au feul nom de
Piece de Caractere , Momus annonce à
Venus que perfonne n'y viendra. Tha•
lie convient que ces fortes d'Ouvrages
ne font plus en crédit , & que les Fran
çois lui préferent fa faur Melpomene.
Dans
SEPTEMBRE 1726. 208
Dans la fuivante , Melpomene paroît
au fond du Théatre , rêvant , geſticulant,
& déclamant quelques Vers du Paf
tor Fido . Venus lui demande quel eft
ce Myrtil qu'elle vient de nommer
dans fes Vers ; Melpomene lui répond
C'eſt un Berger fidelle
Qui pour l'objet de fon amour ,
Eft prêt à renoncer au jour.
D'une infidelité cruelle ,
En vain de fon Amant il foupçonne le coeur ;
3
Il n'en montre pas moins d'ardeur ,
A fe facrifier pour elle . :
Venus frappée d'une fidelité fi extraor
dipaire , s'écrie :
O Prodige ô Conftance ! ô Foy ! ZDA
O Spectacle digne de moy !
Aux Amans d'aujourd'hui qu'il ferve de modeleà
Melpomene dit à Venus qu'elle vatout
préparer pour répondre à fes defirs ; Venus
fe retire pour aller raffembler fes
Graces , & promet à Melpomene d'amener
à fa Piece tout ce qui lui refte de
fidelles fujets.
Thalie demande à Melpomene , dans
la cinquiéme Scene , quelle forte de
Piece elle va donner. Melpomene lui
Fiiij ré2084
MERCURE DE FRANCE
répond que c'est une Paftorale ; & fur
les confeils que fa four lui donne de ne
pas s'embarquer dans ce genre d'écrire
qui ne lui convient pas , Melpomene
lui dit :
Le genre n'y fait rien , pourvû que l'on infpire:
Et la terreur & la pitié.
Thalie la preffe de lui dire quel eft
le fujet de cette Paftorale : le Paftor Fido,
répond Melpomene ; Thalie n'eft plus fi
fachée , parce qu'elle croit avoir autant
de part dans la copie , qu'elle en a eû
dans l'Original. Elle témoigne la joye
par ces Vers :
Je refpire.
Le Chien caché , Lupin , Corifque , le Satyre
Voilà mon lot.
Momus .
Moy, pour ma part,
Je retiens le Colin Maillard,
Melpomene.
Vous n'aurez rien , ni l'un ni l'autre.
Thalie & Momus , également irritez ,
reprochent à Melpomene la témerité
qu'elle a de retrancher d'un Ouvrage .
les divers incidens qui contribuent à l'em.
bellir.
SEPTEMBRE . 1726. 2085.
bellir. Voici ce que répond Melpomene,
en parlant de l'Auteur Italien.
Je conferve le fond , c'est l'honorer affez .
Pour tous ces incidens du reffort de Thalie ,
Et qui chez moi font déplacez ,
Je les
renvoye
à l'Italie.
L'altercation continuant entre Melpos
mene , Thalie & Momus ..
On vante de part & d'autre les Auteurs
qui ont excellé dans la Tragedie ,
dans la Comédie & dans la Farce , ce
qui fait trois portraits : les voicy.
Mes yeux ,
rapide ,
Melpomene .
dans la carriere , ont vu , d'un pas
Des Grecs même , des Grecs , les François
triomphants :
France tu m'as rendu dans deux de tes enfans,
Mon Sophocle & mon Curipide.
Thalie.
Doucement, s'il vous plaît , ne portez pas fi
haut
La gloire de Corneilfe & celle de Racine ,
Moliere les fürpaffe , ou du moins il les vaut
Jamais la Scene Grecque & la Scene Latine ", ›
N'ont rien vû de fi- grand que lui :
Fy Je
2086 MERCURE DE FRANCE.
Je l'emportai fur vous , tant qu'il fut mon ap
pui :
Tantôt Plaute , tantôt Terence ,
Toujours Moliere , cependant ,
Quel homme ! avoüez que la France
En perdit trois en le perdant.
Momus.
Pour moi , fous mes Lauriers je garde un frong
modefte .
Si je daignois vous imiter ,
J'aurois de grands noms à citer ,
Qui vous donneroient votre refte :
Mais Momus vous fait grace, & veut bien par
pitié ,
Vous laiffer , de fa gloire ignorer la moitié.
Ces trois mots vous doivent fuffire :
Rien ne marche chez vous que méthodiquement
;
Vous donnez tout à l'Art , moi , je fuis fenle
ment ,
44
Ce que la Náture m'infpires
Et pourvû que je falle rire ,
Il ne m'importe pas comment.
La hauteur avec laquelle Melpomene
parle à Thalie & à Momus , les oblige
SEPTEMBRE. 1716. 1087
à la quitter. Ce brufque départ lui faifant
craindre quelque entreprise de leur
part contre fa nouvelle Paftorale , il la
met fous la protection de fes plus zelez
partifans.
Ce Prologue n'a paru rire qu'à l'efprit,
peut être auffi n'a- t - il été fait que pour
cela , & pour mettre au fait de la Paftorale
dont nous allons donner un Extrait.
ACTEURS.
Montan , Grand- Prêtre de Diane. Le
Sieur Baron .
Tytire , pere d'Amaryllis . Le Sieur Fon
tenay .
Myrtil , Amant d'Amaryllis. Le Sieur
du Frefne.
Amaryllis , fille de Tytire. La Dik le
Couvreur.
Ergate , Amoureux de Corifque. Le
Sieur le Grand, le fils.
Corifque , Amoureufe de Myrtil . La
Dlle de Seine.
Philemon , crû pere de Myrtil Le Sieur
du Breuil.
Suite de Montan & d'Amaryllis.
Peuples Arcadiens.
La Scene eft dans la Forêt d'Erimanthe.
Fvj Sujer
2088 MERCURE DE FRANCE
Sujet de la Paftorale.
L'Auteur François a confervé le fond
de l'Italien , comme Melpomene le dit
dans le Prologue. Ils arrivent tous deux
à la même fin , par des moyens prefque
femblables. Voici de quoi il s'agit dans
T'Original & dans la Copie.
སྲ་
Diane irritée d'une infidelité d'amour,
faite au Grand Prêtre de fon Temple ,
exerce une cruelle vengeance contre les
Peuples Arcadiens , chez qui ce crime
s'eft commis ; elle leur annonce que fa
colere ne fera appaifée que par l'hymen
d'un Berger fidelle , forti du fang des
Dieux , avec une Nymphe , qui , de fon
côté , reconnoîtra des Dieux pour Ayeux :
il n'y a dans toute l'Arcadie que deux
Fanilles , dont les enfans puiffent remplir
l'Oracle ; deforte que le falut de
Î'Arcadie eft dans les perfonnes de Sylvio
, fils de Montan , & d'Amaryllis , fille
de Titire. Montan eft iffu du fang d'Alcide
, & Titire du fang de Pan . Montan
eft Grand- Prêtre de Diane. Le premier
trait de cette Déeffe offenfée , femble
être tombé fur lui ; une inondation
terrible lui a ravi fon premier fils , &
celui qui lui reste a un coeur fi impenetrable
aux traits de l'Amour , qu'on
ne
SEPTEMBRE . 1726. ofg
ne comprend pas qu'il puiffe jamais verifier
l'Oracle. Il n'aime que les Forêts s
& celle qui lui eft deftinée a une gran
de paffion dans le coeur pour un Berger
qu'elle a vû dans l'Elide , & qui eft venu
la chercher, par ordre d'Apollon même,
dans l'Arcadie , où ce Dieu aflure qu'il
doit guérir d'une langueur mortelle dans
laquelle l'excès de fon amour pour Ama
rillis l'a fait tomber. Ce Berger s'appelle
Myrtil , il eft crû fils de Philemon . Une
Rivale d'Amarillis tend un piege à cette
Nymphe, fille de Titire , qui a déjà été
fiancée à Sylvio , fils de Montan. On la
trouve dans un autre avec Myrtil , fans
qu'il y ait aucun crime de part ni d'autre..
Cependant comme les apparences font
contre eux , & que
la loy condamne tous:
les infidelles à la mort , Amaryllis eft.
conduite en victime au Temple de Diane,
pour y être facrifiée. Suivant la même
loi , un Amant peut la fauver , en s'offrant
à étre immolé pour elle. Myrtil
F'aime trop pour la laiffer périr ; il de
mande la mort à Montan , qui ne peut
la lui refufer. Dans le temps que le
Grand- Prêtre de Diane va répandre le
fang de Myrtil , Philemon arrive d'Elide .
A l'afpect d'un fi cruellacrifice , il veut
arracher fon fils de l'Autel ; Montan le
menace de la colere de Diane , & d'une
mort
1090 MERCURE DE FRANCE.
mort infaillible , s'il ofe porter la main
fur la victime . La Peripetie fe fait hiftoriquement,
Philemon , à qui Guarini donne
le nom de Carin , apprend à Montan que
ce Berger qu'il va facrifier , eſt ſous la
protection des Dieux , qui l'ont déjà ſauvé
des flots . Il rappelle au Grand- Prêtre
l'inondation affreufe du Fleuve Ladon
; il lui dit que ce fut fur les bords
de ce Fleuve qu'il trouva un enfant qui
a toûjours paffé pour fon fils , & à qui un
Myrthe , qui lui fervoit d'afile , donna le
nom de Myrtyl. Ces premieres circonftances
commencent à porter l'effroi dans
le coeur de Montan . L'orage , le temps ,
les lieux , tout s'accorde , tout convient
au fils que l'inondation lui a autrefois
ravis mais il ne peut plus douter de fon
malheur , quand Philemon, ou Carin , lui
apprend qu'Apollon lui ordonna d'éloigner
Myrtil de fon païs natal , parce
qu'il étoit menacé de mourir de la main
de fon propre pere. Ce cruel parricide
femble indifpenfable ; mais un grand Prophete,
appellé Tyrene , vient annoncer à
Montan que ce Myrtil qu'il va immoler
eft ce Berger fidelle , forti du fang des
Dieux, qui doit fauver l'Arcadie én époufant
Amaryllis . Le dénouement ne fe fait
pas de même dans le nouveau Paftor-
Fido on le verra par cet Extrait .
ACTE
E
SEPTEMBRE . 1726. 2097
B
ACTE I.
Le Theatre reprefente la Forêt d'Erimanthe.
Myrtyl feul ouvre la Scene , & fait
connoître aux Spectateurs qu'il eft venu
de l'Elide en Arcadie , où Apollon lui a
promis du fecours ; & qué cependant il y
trouve de nouveaux malheurs , par l'hymen
d'Amaryllis avec Sylvio , qui doir
bientôt être celebré.
Ergafte , ami de Myrtil , le preffe dans
la feconde Scene , de lui découvrir le fu
jet de la langueur mortelle dans laquelle
il fe plonge tous les jours de plus en
plus. Myrtil lui déclare fon amour pour
Amaryllis , qu'il a vue en Elide. Voici
comment il s'explique :
Dieux cruels ! quel deſtin l'amena dans l'Elide
D'une profonde paix j'y goûtois les appas ;
Mais l'Aftre injurieux , qui für mes jours préfide
,
Sans doute pour ma perte y conduifit fes pas.
A peine je la vis : que d'attraits ! que de charmes
!
Je fentis un trouble ſecret ,
f
Qui m'annonça le premier trait
Du Dieu dont jufqu'alors j'avois brayé les
armes.
Vai2092
MERCURE DE FRANCE.
Vainement à ce trait vainqueur
J'oppofai mon indifference ;
Des beaux yeux de la Nymphe , un regard en
chanteur ,
Forçant toute ma réfiſtance ,
Me perça juſqu'au fond du coeur.
Ergafte déplore le fort de fon ami , d
qui les Oracles des Dieux ôtent toute
efperance : ce qui donne lieu au récit de
L'origine des malheurs de l'Arcadie . Comme
ce morceau a été fort applaudi , nous
croyons qu'on le verra ici avec plaifir.
Ergafte.
Tu connois le nom de Lucrine ?
Myrtil.
On m'a de fon deftin parlé confufément.
Ergafter
De nos maux & des tiens apprens done l'ori
gine.
Cette Nymphe eut jadis Amynthas pour Amant,
11- étoit Prêtre de Diane ,
Des feux dont il brûloit , il ne pût l'enflammers
Mais elle feignit de l'aimer ,
Et c'est ce que le Ciel condamne.
Par l'attrait d'ua efpois flateur ,
De
SEPTEMBRE. 1726. 109 É
De ce crédule Amant elle entretint la flamme ,
Tandis qu'un plus heureux Vainqueur
Etoit le maître de fon ame.
7
Que devint Amynthas ? II fçût la trahiſon :
Diane , dit - il , d'une Miniftre fidelle ,
Si ton Temple jamais vit éclater le zele :
On m'outrage , fais- moi raiſon.
La Décffe auffi - tôt exauce fa priere ,
Et, verfant dans les airs le plus mortel poifon
Fait périr l'Arcadie entiere.
Aux Oracles des Dieux nos Peuples ont recours
Lucrine eft condamnée , il faut , de fa main
même ,
Qu'Amynthas , de l'objet qu'il aime ,
Sur un Autel tranche les jours.
Contre un Oracle fi funefte ,
A la Nymphe parjure une efperance refte
Un Amant , au lieu d'elle , à l'autèl peut s'offrir ;
Mais l'ingrat que fon coeur à tout autre préfere ,
Loin d'ofer fecourir une tête fi chere ,
La fuit jufqu'à l'Autel , & la laiffe mourir,
Les cheveux hériffez , l'air fombre , l'oeil fa
Jouche ,
Amynthias prend le fer vengeur ;
>
Mais
2094 MERCURE DE FRANCE,
Mais cependant ces mots , qui fortent de fa
bouche ,
Expriment malgré fa fureur
L'attendriffement de fon coeur.
Ouvre les yeux , Lucrine , & voi comme l'on
aime,
A peine mon Rival t'accorde quelques pleurs ;
» Je te donné mon fang, il te plaint, &je meurs.
n
Il dit , & s'immole lui- même.
Lacrine , en ce fatal moment ,
Doute encor fi le fer , ou la dou'eur la frappe :
Mais dérrompée enfin : Attends - moy , cher
"
Amant ,
»
Dit- elle au coup mortel , ne croi pas que j'échappe
;
Je vais m'unir à toi , du moins par mon trépas .
A ces mots, d'un feul coup tranchant la deſtinée,
Elle tombe. On diroit qu'elle cherche Amynthas ;.
Mourant , il la reçoit mourante dans fes bras ,
Et leurs derniers foupirs confomment l'hymenée.
Dans la troifiéme Scene , Montan annonce
à Myrtil que Philemon , fon pere,
doit arriver d'Elide avant la fin du jour ,
& que fans doute il vient pour affifter
à l'hymen d'Amaryllis & de Sylvio , qui
doit
SEPTEMBRE. 1726: 2005
doit les rendre tous heureux . A ces der
nieres paroles Myrtil pâlit , & prie Ergafte
de foutenir fes foibles pas. Montan
ordonne à Ergafte de ne point quitter fon
ami .
La pâleur mortelle qui a paru fur le
vifage de Myrtil , quand Montan lui a
annoncé l'Hymen prochain d'Amaryllis ,
le fait foupçonner d'aimer cette Nymphe
; il craint même qu'il n'en foit aimé .
Mais il eft raffuré par l'Oracle de Diane ,
conçû en ces termes :
L'efpoir doit renaître en ces lieux.
L'Hymen de deux Amans fortis du fang des
Dieux ,
Peut fatisfaire une Immortelle :
Diane à ce feul prix ceffe de ſe venger :
L'amour d'un fidelle Berger ,
Expiera le forfait d'une Nymphe infidelle.
Tytire a beau lui repréfenter que le
vrai fens d'un Oracle eft toujours obfcur,
& qu'il n'eft pas vraisemblable que l'infenfible
Sylvio foit ce Berger . fidele forti
du fang des Dieux , qui doit fauver l'Arcadie
; Montan , dont la foi eft inébranlable
, lui répond en colere :
Ah ! craignez que les Dieux offenſez de vos
doutes ,
Me
1096 MERCURE DE FRANCE .
Ne raffemblent fur vous leurs plus tertibles traits
Ils fçavent applanir les routes
Qui conduiſent au but marqué par leurs decrets
SCENE IV.
Montan , Tytire , Amaryllis , Corifque.
Montan félicite Amaryllis du choix
que Diane a fait d'elle & de fon fils pour
fauver l'Arcadie ; Amaryllis lui répond
qu'elle eft prête à fe facrifier pour le
le Peuple , qu'il n'a qu'à faire dreffer
l'Autel ; & que, dût-elle tomber fous le
couteau mortel , elle lui répond de la
victime ; elle fe retire , Montan empêche
Corifque de la fuivre .
Les dernieres paroles d'Amaryllis aug
mentent les foupçons de Montan ; il en
veut parler à Tytire ; mais ce tendre
Pere fuit Amaryllis qu'il croit avoir be
foin de fon fecours dans le trifte état où
il vient de la voir.
SCENE VI.
Montan, Corifque .
Dans la fixiéme Scene , Montan menace
Corifque d'un prompt fupplice ,
qui pourra même tomber fur Amaryl-
Tis , qu'il la foupçonne d'avoir feduite.
Corifque ne peut fouffrir qu'impatiem
SEPTEMBRE. 1726. 2097
atiemment la menace que Montan vient
e lui faire & le foupçon qu'il a
onçû contre elle. L'amour qu'elle a
our Myrtil , dont une Rivale poflede le
ceur , la détermine à la vengeance. Elle
e veut pourtant employer la violence
qu'au défaut de la rufe. Voici par quels
Vers elle finit ce premier A&t :
Pour appaifer les cris du remors qui m'açcufe
,
Je veux bien , s'il fe peut , n'employer que la
rufe :
Mais s'il me faut enfin ſuivre la dure loi
Que la neceffité m'impoſe ,
Vainement la raiſon cherche à regner fur moi ,
De tous mes mouvemens c'est l'Amour qui dif
pofe
e te perds , cher Myrtil , c'eft tout ce que ja
voi
ACTE II.
Le Theatre reprefente le Temple
ou l'Antre d'Ericine,
Dans la premiere Scene , Corifque
follicitée par Ergafte , de ménager une
entrevûe entre Myrtil & Amaryllis , lui
fait valoir le fervice qu'elle rend à ces
alheureux Amans , malgré le danger
où elle s'expofe ; Ergafte lui répond ,
que
2098 po
que
MERCURE DEFRANCE.
fi elle l'aimoit bien , comme elle veut
le lui perfuader , elle ne balanceroit pas
à lui donner la foi dans le Temple d'Ericine
, malgré la défenſe de fon Pere.
Corifque fe fait long - temps prefſer ,
mais elle feint enfin de fe rendre ; elle
dit à Ergafte de l'aller attendre dans le
Temple d'Ericine ; elle lui ordonne de
s'y tenir caché pour l'interêt de fa gloi⚫
re , & de ne fe montrer qu'à elle. Ce
qui l'empêche, dit - elle , d'y entrer fur le
champ avec lui , c'eft qu'elle attend :Myrtil
& Amaryllis , qui doivent fe rendre
dans cet endroit de la forêt où elle eft
préfentement.Ergafte entre dans le Temple
d'Ericine.
La propofition qu'Ergafte vient de
faire à Corifque , a donné lieu à la rufe,
dont elle veut fe fervir. pour broüiller
Myrtil avec Amarillis ; elle le fait con
noître par cette apoftrophe à l'Amour.
Amour , daigne m'être propice ,
C'est toi que je dois implorer ;
Favorife mon artifice ,
Toi qui viens de me l'inſpirer.
Mais je voi Myrtil qui s'avance ,
Continuons de feindre .
Corifque dit à Mytil qu'Amaryllis
viendra bien - tôt , mais que cette Nymphe
SEPTEMBRE. 1726. 2099
phe ignore qu'il doit fe trouver en ces
lieux. Myrtil lui demande qui peut l'at
tirer dans cette folitude ; il craint que ce
ne foit quelque heureux Rival. Corif
que feint d'être frappée du foupçon de
Myrtil ; elle lui dit qu'il eft vrai qu'Amaryllis
vient fouvent rêver en ces
lieux , mais que peut- être eft il lui - même
l'objet de fa rêverie. Myrtil lui répond,
que fans doute c'eft à quelqu'autre
qu'elle vient rêver. Cette converſation
eft interrompue par l'arrivée d'Amaryl,
lis .
A la vûë de Myrtil elle veut fe retiter
; Myrtil fe jette à fes pieds , & lui
demande pour toute grace un moment
d'entretien avant que de mourir. Amaryllis
y confent avec beaucoup de peine;
elle prie Corifque d'obferver par tout , de
peur qu'on ne la furrprenne avec Myrtil
, de ne pas s'éloigner , & de révenir
bien-tôt fur fes pas.
Lés ordres qu'Amaryllis vient de
donner à Corifque , cenfirment Myrtil
dans la penſée qu'ila , que non feulement
Amaryllis ne l'aime pas , mais qu'elle
étoit venue en ces lieux pour quelque
heureux Rival ; il en fait de tendres reproches
à Amaryllis qui s'en offenfe , &
qui lui défend de la voir jamais , puifqu'il
a pû la croire capable de trahir
fon
2100 MERCURE DE FRANCE.
fon devoir. Myrtil l'appaife par fon repentir
elle lui pardonne , à condition
qu'il condamnera fon amour à un filence
, & même à un oubli éternel . Myrtil
la veut quitter , en lui difant qu'il va
mourir , puifque ce n'eft qu'en mourant
qu'il peut executer fes ordres cruels :
elle lui ordonne de vivre . Comme cette
Scene qu'on a trouvée trés- tendre , ſeroit
trop longue pour entrer toute ´entiere
dans un Extrait , nous n'en met
trons ici que la derniere partie.
Amaryllis.
Eh ! croyez- vous,Myrtil, être le feul à plaindre ?
Non ; vous n'épuiſez pas vous feul tous les malheurs
Combien d'autres que vous , prêts à verfer des
pleurs ,
Sont condamnez à les contraindre
Myrtil.
Qu'entens - je ? quel espoir ....
Amaryllis.
Qu'olez-vous préfumer ?
Où s'égarent vos voeux vous parlez d'efpe
rance !
Mais il faut achever de rompre le filence ,
De mes malheurs fecrets il faut vous informer..
Ar.
I A
SEPTEMBRE
. 1726. 2:01
Je n'ai pour Sylvie que de l'indifference ,
Et mon triſte devoir m'ordonne de l'aimer ,
On m'en fait une loi fuprême.
Vous êtes trop heureux.
Myrtil.
Moi, trop heureux ! helas ; »
Je ne puis être à ce que j'aime.
Amaryllis.
Ah ! le comble du malheur même ,
C'est d'être à ce qu'on n'aime pas.
Vous êtes libre , au moins , & moi , trifte captive
,
De mes gemiffemens il faut que je me prive ;
Mon coeur même , mon coeur eſt un bien que je
doit
Et , fans me confulter , on veut que je le donne.
Myrtil.
Et pourquoi le donner ?
Amaryllis
Mon devoir me l'ordonne ;
C'eſt un bien qui n'eſt plus à moi .
Myrtil.
Devoir trop rigoureux !
G Ama2102
MERCURE DE FRANCE .
Amaryllis.
C'est lui que j'en dois croire,
Myrtil , pour une Nymphe attentive à fa gloire ,
C'eſt n'avoir plus fon coeur qu'avoir donné fa
foi.
Myrtil.
Overtu qui vous rend encor plus adorable !
Mais qui me rend plus miſerable !
Ah ! faut- il que le Ciel de mon bonheur
loux
Ne nous ait pas faits l'un pour l'autre ?
Amaryllis.
Pourquoi faut- il que mon Epoux
N'ait pas un coeur comme le vôtre ?
De grace , finiffons un fi trifte entretien .
Myrtil.
Adieu, je vais mourir.
Amaryllis.
Non , Myrtil, fongez bien
Que je viens de vous le défendre.
L'air que vous refpirez deformais eft un bien ,
Dont vous avez compte à me rendre .
Myrtil , en s'en allant.
Infortuné Myrtil , helas ! quel eft son fort
On
-SEPTEMBRE . 2003 1726. 210
On t'ordonne de vivre en të donnant la mort.
Amaryllis feule , fe plaint dans la fixiéme
Scene , de l'injuftice de Myrtil ,
qui l'accufe de cruauté , lorfqu'elle a befoin
elle- même de cette pitié qu'il lui
demande. Ce Monologue a été fort applaudi.
En voici les traits les plus marquez
.
Hôtes de ces forêts , que vous êtes heureux !
La Nature eft pour vous une Arbitre fuprême :
Vous n'avez , pour former les plus aimables
noeuds ,
Point d'autre loi que l'Amour même,
Et vous êtes contens , auffi- tôt qu'amoureux.
Mais que dis -je ? cette Nature ,
Qu'on me force à trahir , fans me dire pourquoi
,
Cet amour qui me plaît , m'enchante malgré
moi ;
Au moment qu'on m'en fait la plus noire peinture
,
Tout revolte mon coeur contre une loi trop
dure :
Dieux , changez la Nature , ou revoquez la
loi .
Pour ce que nous défend un ordre legitime
Gij
Fal2104
MERCURE DE FRANCE.
Falloit-il dans nos coeurs mettre un panchant
fecret ,
Et prêter à l'Amour un fi puiffant attrait ,
Si vous vouliez en faire un crime ?
Revenons à Corifque ; elle vient
continuer l'artifice que l'amour lui a infpiré.
Elle a déja fait entrer Ergafte dans
le Temple d'Ericine ,elle a befoin d'y faire
entrer Amaryllis : voici comment elle
s'y prend dans la feptiéme Scene . Elle
lui dit qu'on vient de lui apprendre
un fecret , qui peut la difpenfer de garder
à Sylvio la foi qu'elle lui a promife
malgré elle ; elle lui fait entendre , que
ce même Sylvio , qu'elle croit fi indiffe
rent , aime la Bergere Æglé , & qu'il va
l'époufer fecretement dans le Temple
d'Ericine. Elle convie Amaryllis à s'y
aller cacher ; Amaryllis y court avec
d'autant plus de plaifir , que la Loi la
difpenfe d'époufer Sylvio, fi elle peut le
convaincre d'avoir donné la foi à une autre
.
A peine Amaryllis eft- elle entrée dans
le Temple, que Myrtil arrive. Corifque
feint de déplorer fon fort. On nous trahit
tous deux , lui dit- elle , & ce n'étoit
pas fans raifon que vous foupçonniez
Amaryllis d'une amour fecrette ; elle aime
Ergate , qui me trahit pour elle.
Myre
SEPTEMBRE. 1726. 2105
Myrtil ne peut croire qu'un ami fi fidele
leur falle une trahifon fi noire ; mais Corifque
lui dit qu'il eft actuellement dans
le Temple , où il jure un amour éternel
à Amaryllis . Myrtil , à ces mots , ne
peut plus fe contenir , it court au Temple,
pour accabler Amaryllis de reproches
, & pour fe venger d'Ergafte. A
peine eft -il entré que Montan arrive.
Diane s'eft apparuë à lui , & lui a revelé
qu'on commet un grand crime dans
le Temple d'Ericine ; il trouve Corifque
tremblante , il voit fortir Amaryllis
& Myrtil du Temple facré. Cette
Nymphe veut envain fe juftifier ; il ne
daigne pas l'écouter , & lui dit en fe retirant
:
Voudrois - tu démentir les avis de Diane ?
Il fuffit qu'elle te condamne ,
Je cours ordonner ton trépas.
Myrtil , à cet arrêt terrible , tremble
pour Amaryllis , toute infidelle qu'il la
croit. Cette Nymphe ne veut pas le tirer
d'erreur , pour des raifons qu'on apprend
dans la Scene fuivante. Elle défend
à Myrtil de la voir jamais. Myrtil
fe retire ; & c'eft après qu'il eft forti
qu'Amaryllis apprend à Corifque la raifon
de ce qu'elle vient de faire. Voici
G iij com2106
MERCURE DE FRANCE.
comment elle juftifie fon menfonge.
Montan m'a prononcé ma fentence mortelle ;
Et tu fçais qu'une criminelle
Echappe aux rigueurs de la Loi ,
Si quelqu'un veut mourir pour elle ;
Si Myrtil me croyoit fidelle ,
Il voudroit s'immoler pour moi.
Eile charge Corifque d'apprendre un
jour à Myrtil qu'elle n'a jamais brûlé
que pour lui , & va préfenter fa tête au
coup mortel. Ergafte qui ignore tout ce
s'eft paffé , parce que Corifque lui a ordonné
de fe cacher dans le Temple , vient
preffer Corifque d'y entrer pour rece
voir fes facrez fermens ; Corifque lui
apprend le malheur d'Amaryllis , & lui
ordonne de la laiffer. Ergafte lui obéït;
mais il lui protefte , que pour peu que
fes jours foient en danger , il reviendra la
défendre , ou perir avec elle. Ces dernieres
paroles font naître des remords
dans le coeur de Corifque ; elle fe regarde
avec horreur , noircie de trahifon
envers fon Amie & fon Amant. Le tonnerre
gronde , & lui jette l'effroi dans
le coeur ; elle finit ce fecond Acte par
ces Vers :
Quel bruit de toutes parts j'entens gronder la
foudre ;
Elle
SEPTEMBRE 1726. 2107
Elle va me reduire en poudre.
O Diane eft-ce toi qui tient ce trait vengeur ,
Prêt à trancher mes jours coupable s ?
Arrête. Laiffe agir mes remords implacables ;
Ils fçauront mieux que toi me déchirer le coeur,
Evitons , s'il fe peut , fes terribles menaces ;
Sauyons -nous ; mais où me cacher
Envain à mon deftin je prétens m'arracher
Je rraîne la mort fur mes traces.
ACTE III.
Le Theatre reprefente la partie exterieure
du Temple de Diane's on y voit
un Autel dreffe.
Comme notre Extrait eft déja affez
long , nous pafferons plus legerement
fur ce dernier Acte que fur les précedens.
Tout étant prêt pour facrifier Amaryllis
, & Montan ayant déja le bras levé
pour lui percer le coeur , Myrtil furvient
& fufpend le coup mortel ; il demande
à mourir pour elle conformément
à la Loi ; Amaryllis prie Montan de
la laiffer un moment avec lui , & lui
dit que peut- être obtiendra-t- elle qu'il
vive. Montan y confent. Cette Scene entre
Myrtil & Amaryllis a paru la plus
Giiij belle
2108 MERCURE DE FRANCE.
belle de la Piece . Nous n'en mettrons
ici que laderniere partie , pour en donner
une idée .
Myrtil
Je ne reçois point vos adieux »
Et quoiqu'Etranger en ces lieux ,
C'est à moi d'y mourir ; il y va de ma gloire.
Que dis-je ? de magloire ! ah ! fous un fer ven.
geur ,
Quandje vous vois tomber vous-même ,
Il y va de tout mon bonheur ,
De m'immoler pour ce que j'aime.
Eh ! puis-je mourir plus he reux
J'apprens qu' Amaryllis eft fenfible à mes feux.
Je goûte un fort digne d'envie ,
Que les Dieux tôt ou tard pourroient me de
nier :
Au comble du bonheur il faut quitter la vie,
Et le plus doux moment doit être le dernier.
Amaryllis.
Ainfi , quelque fois que je prenne ,
Soit pour vous prouver mon amour ,
Soit pour m'attirer votre haine ,
Je vous vois toujours prêt à renoncer au jour !
Ab ! de
grace ; cedez à ma jufte priere ;
C'est
SEPTEMBRE . 1726. 2109
C'eft trop loin de mon fort étendre la rigueur ,
Que de me condamner à mourir toute entiere ,
Quand je puis vivre encor au fond de votre
coeur.
Myrtil.
Laiffez-moi vivre dans le vôtre,
Amaryllis .
On viendroit m'arracher ce coeur avec ma foi ;
Il faudroit vivre pour un autre ,
Et vous pouvez , Myrtil , ne vivre que pour
moi.
Quitte donc , cher Myrtil , un deffein trop funefte
;
Par tous les Dieux que j'en attefte ,
Et , pour dire encore plus , au nom de notre
amour ,
Songe , lorfque je perds la lumiere du jour , ..
Que ton coeur , de mes biens , eft le feul qui me
refte.
Oui ; tous mes voeux feroient remplis ,
Et ce feroit pour moi le fort d'une immortelle
,
Que vivre après ma mort dans un coeur
dele ;
Voilà le feul tombeau digne d'Amarillis.
fi fi-
Le Grand Prêtre revient , & Myrtil ,
G v
per2110
MERCURE DE FRANCE .
perfiftant dans le deffein de mourir pour
ce qu'il aime , eft prêt à recevoir le coup
mortel , quand Philemon fon pere , que
l'Auteur a pris foin d'annoncer dans les
trois Actes , arrive. La reconnoiffance
fe fait , comme nous l'avons dit dans l'Argument
: en voici quelques Vers , par
lefquels nous finirons cet Extrait.
Philemon.
Rappellez cet affreux orage ,
Qui de tant de débris inonda ce rivage.
Myrtil , fur les bords du Ladon ,
Repofoit d'un fommeil tranquille :
Un Myrthe lui fervoit d'afile ;
Ce Myrche lui donna ſon nom.
Montan à part.
Qu'entens. je ? tout mon fang fe glace dans mes
veines.
Grands Dieux ! rendez mes craintes vai
nes.
Tout s'accorde , & l'orage , & lete mps , & les
lieux,
à Philemon.
Mais , des Auteurs de fa naiffance ,
N'eus-tu jamais de conoiffance 2
PhiSEPTEMBRE.
1926. 2111
Philemon.
Sur fonfort je fermai les yeux ;
Trop de clarté pourroit lui nuire.
Montan.
Et pourquoi de fon fort refufer de t'inſtruire à
Philemon.
J'en fus détourné par les Dieux.
Je cherchai pour Myrtil une terre étrangere :
Apollon confulté daigna me découvrir ,
Qu'il couroit rifque de mourir ,
De la main de fon propre pere.
Montan.
N'en dis pas davantage. Ah ! Deftins ennemis !
Du plus noir des forfaits êtes- vous les complices
?
Dieux à de plus affreux indices ,
Puis-je reconnoître mon fils ?
Malgré cette reconnoiſſance , Montan
fe croit dans la cruelle neceffité de facri
fier fon propre fils , fonde fur un dernier
, Oracle de Diane , conçû en ces termes
:
d'un
Ton peuple va jouir un éternel repos ,
Ce jour a vû fon dernier crime ;
G vj
Ce
2112 MERCURE DE FRANCE.
Ce même jour verra la derniere victime ,
Qui doit s'offrir à mon Autel.
La verification de cet Oracle fait le dé
nouement de la Paftorale : la trahison de
Corifque eft le crime dont Diane entend
parler ; cette Déeffe a commencé à prendre
fa victime. On a annoncé dans une
des dernieres Scenes , qu'elle a été frappée
d'un trait invifible , que Montan a
attribué à Diane même, Elle vient mourit
fur l'Autel deſtiné à Amaryllis & à
Myrtil; ces deux Amans fe marient , &
par là ils rempliffent l'Oracle fondamental
de l'action théatrale.
LES COMEDIENS ESCLAVES.
Et
EXTRAIT.
Ct Ouvrage a fait beaucoup d'honneur
à fes Auteurs , qui font les
Sieurs Dominique , Riccoboni , le fils ,
& Romagne . Le fuccès de cette Comedie
ne s'eft point démenti ; nous avons
crû que le Public en verroit avec plaisir
l'Extrait que nous lui avons promis.
Prologue.
La Troupe des Comediehs Italiens ,
ayant
I
SEPTEMBRE. 1726. 2-113
A
ayant été pouffée par unorage fur les
côtes des Royaumes de Fez & de Maroc
, & ayant eu le malheur de tomber
dans l'esclavage , ouvre la Scene. On
ne voit d'abord qu'une partie des Ac-.
teurs , qui font Arlequin , le Docteur ,
Pantalon & Scaramouche , les autres , &
furtout les femmes ne paroiffent point
dans le Prologue . Un Turc , à la garde,
duquel ces quatre Comediens ont été
commis , voyant qu'ils déplorent leur
malheur , l'augmente encore par le Portrait
qu'il leur fait du Roi de Maroc. ,
Il leur dit que fon plus grand plaifir eft
decouper des têtes ; mais il les confo-
`le un peu , en leur difant , que s'ils peuvent
trouver le fecret de le divertir , ils
defarmeront fa ferocité. Le Roi de Ma-
Loc arrive au bruit des Trompettes . Le
Turc, qui vient d'effrayer & de confoler
les Comediens Efclaves , les épouvante
plus que jamais , en leur faifant
entendre , que ce bruit de Trompettes
annonce que le Roi eft en colere. Ils fe
jettent à fes pieds , parlant tous à la fois ;
leurs cris l'importunent ; il demande le
fabre à trancher la tête aux Etrangers .
Le Turc confolateur leur dit , que cette
demande eft de bon augure pour eux ;
fon Maître & le leur n'eft
fa fureur ordinaire : & que lorsqu'il eft .
que pas
dans
veti2114
MERCURE DE FRANCE.
veritablement irrité , il ne lui importe
pas avec quel fabre il fera fauter des
têtes. Les pauvres Efclaves n'oublient
rien pour tâcher de divertir leur nouveau
Maître ; ils chantent tous à la fois,
ils geſticulent , ils rient , ils gambadent :
mais tout cela ne divertit point le Roi ; il
leur demande qui ils font ils lui répondent
qu'ils font Comediens ; & comme
il ignore ce que c'eft que la Comedie
, ils lui en donnent une idée telle
qu'elle eft reprefentée à Paris. Ils la divifent
en trois genres ; fçavoir , la Comedie
Italienne , la Tragedie , & l'Opera
Comique. Le Roi de Maroc leur ordonne
de lui donner fur le champ ces
trois Spectacles , & leur promet ,
feulement la vie , mais encore la liberté,
s'ils peuvent parvenir à l'amufer agréa
blement.
La Comedie Italienne.
Le fujet de cette Piece a été très - fouvent
mis au Theatre , fous le nom de
l'avanture du Duc de Bourgogne . Le R.
Pere du Cerceau en donna une excellente
Comedie au College de Louis le Grand,
qui fut enfuite reprefentée devant le
Roi , il y a quelques années. Celle des
Comediens Italiens , dont il eft ici quel
tion,
SEPTEMBRE. 1726. 2185
, tion a paru la plus foible des trois
mais elle n'a pas laiffé de faire beaucoup
de plaifir , par le jeu du fieur Thomaifin
qui s'y eft furpallé.
Arlequin , amoureux de Colette , &
prêt à l'époufer , préferablement à fon
Rival , fe trouve pour fon malheur fous
la main de ceux que le Roi de Naples
a chargé d'enyvrer un Payfan , pour
fervir de divertiffement qu'il deftine à
fon fils , accablé d'une langueur mortelle.
Ils ont des bouteilles de vin & des
verres ; une de ces bouteilles eft rem-.
plie d'un vin préparé. Ils convient Arlequin
à boire ; il ne demande pas mieux .
Le vin affoupiffant ne tarde pas d'avoir
fon effet ; on le quitte , il s'endort :
on revient fur le champ , & on l'emporte
dans fa lethargie au Palais du Roi
de Naples. Le Theatre change , & reprefente
un riche appartement , au fond
duquel il y a un Trône. On voit Arlequin
dormant dans un fauteüil . Pendant
fon fommeil il rêve à fa chere Colette
à qui il croit parler. Il s'éveille.
enfin & croit rêver encore , à la vûë des
habits de noces dont Colette lui a fait préfent.
Mais fa furprife eft bien plus grande
, quand il jette les yeux fur le fuperbe
ameublement de fa chambre , fur
le Trône qu'on y a élevé , & fur les
,
Cour2116
MERCURE DE FRANCE.
Courtisans qui l'environnent. On le
fait monter au Trône malgré lui , après
lui avoir fait entendre qu'il eft Alphonfe
Roi de Naples , marié à Rofalde. II
a beau leur protefter qu'il eft Arlequin ,
& qu'il ne veut point d'autre femme que
fa chere Colette qu'il va époufer ; on le
traîne jufqu'au Trône , où il doit donner
audience aux Ambaffadeurs. Au bruit des
Trompettes il dégringole du Trône , &
fait divers lazzis. Enfin il donne audience
à l'Ambaffadeur du Roi de Garbe ;
cet Ambaffadeur donne lieu à beaucoup
de plaifanteries par un bégayement , qui
lui fait repeter dix ou douze fois certai
nes fyllabes , comme pa , pa , ma , ma ,
ca , ca , &c. Un de fes Camarades vient
le feliciter fur la nouvelle fortune ; il
Iui parle d'un bon vin dont il va boire
à fa fanté avec les anciens amis ; Arlequin
ne peut tenir furtout contre l'appas
d'un plat de maccarons qu'on va manger
fans lui ; il fe dépouille de fes habits
royaux pour fuivre fon cher Camarade
aux maccarons , mais on l'en empêche .
A ce Camarade fuccede fa chere Colette,
qui lui reproche fon infidelité , & qui
lui dit en colere qu'elle va s'en venger
en époufant fon Rival , comme il a époufé
Rofalde. Il a beau lui jurer qu'il n'en
¸eſt rien , il ne la perfuade pas ; elle fe
retire
SEPTEMBRE
> . 1726. 2117.
retire , & l'on ne veut pas lui permettre
de la fuivre . Pour comble de malheur
on vient lui annoncer que les Ennemis
font aux portes de la Ville, & que fes
Sujets allarmez ont befoin de fa prefence
. Il répond qu'il ne veut pas fe faire
tuer pour eux. Au bruit des Trompettes
& de quelques coups de fufil , la peur
lui prêtant des afles , il fe fauve malgré
les efforts de ceux qui veulent le retenir.
Il va chercher fon aimable Colette .
Le Théatre change encore pendant fa
fuite , & réprefente le hameau où on l'a
pris. Son Rival preffe Colette de lui
donner la main pour fe venger d'un infidelle
. Colette lui répond , qu'elle fe
donne à lui par dépit , & qu'elle lui gardera
fa foi , tant qu'elle ne reverra pas
Arlequin. A peine a - t- elle fait cette réponſe
au nouvel Amant qui la preffe de
fe donner à lui , qu'Arlequin revient. Il
fe juftifie , & l'arrivée d'un Courtisan
qui vient lui donner mille écus de la
part du Roy , pour le confoler du tour
qu'on lui a joué , acheve de lui rendre
toute fon innocence auprès de Colette.
La Piece finit par leur Nôce , celebrée
avec des danfes & des chants .
La Tragedie.
Comme les noms feuls des Acteurs de
cette
4118 MERCURE DE FRANCE.
cette Piece portent un caractere de Pa
rodie , nous les mettrons ici .
Arcagambis , Roy. Le Sieur Dominique.
Thamire , Princefle deftinée à Arca-
La De Flaminia.
gainbis .
Thetonice , Nourrice de Thamire . La
Dlle la Lande.
Gargame , Prince Etranger , reconnu fils
- du Roy. Le Sieur Romagnefi.
Hierbas , Confident de Gargamę . Le
Sieur Riccoboni , fils .
Nabotas , Capitaine des Gardes d'Arca-
Le Sicur Pag uctio gambis.
Gardes.
*
La Scene eft dans le Palais du Roy .
Cette Tragedie a plû infiniment par
fa fingularité ; il paroît que les Auteurs
ont voulu faire rire aux dépens des Sophocles
& des Euripides modernes . L'accueil
favorable que le Public a fait à
leur Ouvrage , leur eft un feur garand
du fuccès qu'ils attendoient de ce nouveau
genre de Critique , ou un terme bas
coufu à la fin d'un Vers majeftueux , attire
un applaudiffement. Paffons à l'action
Théatrale & parcourons - la Scene
par Scene.
SCENE
SEPTEMBRE. 1726. 2119
SCENE I.
*
Gargame , Hierbas
Hierbas reprefente à Gargame à quoi
l'expofe le deffein qu'il a formé d'enlever
au Roy Arcagambis une Princeffe
deftinée à fon lit ; il lui reproche fon
ingratitude envers un Prince qui le comble
tous les jours d'honneurs & de bienfaits.
Gargame trouve fon excufe dans
l'ardeur mutuelle qui s'eft allumée dans
le coeur de Thamire & dans le fien dès
la premiere vûë ; il juſtifie l'audace de
fes voeux , par l'éclat de fa naiffance ,
dont il eft feur , du moins du côté de
fa mere. Quelques Vers de cette premiere
Scene fuffiront pour faire voir ce
qui peut réfulter de picquant , dans un
affemblage d'expreffions qui ne femblent
pas faites les unes pour les autres , nous
foulignerons les termes qui ont fait rire .
Hierbas.
s ;
Au milieu de fa Cour , le grand Arcagambis ,
Vous reçoit , vous chérit comme fon propre fils
A vous combler d'honneurs , chaque jour il s'empreſſe
,
Et vous voulez , Seigneur , lui ravir la Princeffe
!
Elle
2120 MERCURE DE FRANC
Elle qu'un noud facré doit unir à fon fort :
Daignez confiderer . ..
Gargame.
Jefais bien que j'ai tort , &c.
Hierbas.
Le coeur de la Princeſſe au vôtre eft-il foumis ?
En êtes-vous aimé ?
Gargamé.
N'en doute point,
· Hierbas.
Gargame
Tant pis , &c.
Quoi done ? Ne fçais - tu pas qu'une Reine c
ina mere ?
Hierbas.
Oi : mais vous ignorez quel étoit votre pere.
SCENE 1 I.
Aroagambis, Gargame, Nabotas, Hierbas.
Arcagambis fait arrêter Gargame , quí ,
étonné d'un ordre fi peu prévû , lui en
demande la raifon ; à quoi Arcagambis
fe contente de répondre :
Gardes , obéiflez. Je n'ai rien à lui dire .
GarSEPTEMBRE.
, 1726. 21 21
Gargame en s'en allant.
Le Roi , cher ,Hierbas , a fçû ma trahison.
Hierbas.
Et moi , qui n'en fuit point , on me mene en
prifon.
Nabotas demande au Roi le fujet de
l'emprisonnement de Gargame ; Voici la
demande & la réponſe .
Nabotas .
Pourquoi , fans l'écouter , l'avez - vous condamné
?
Ciel dans quelle frayeur votre courroux me
plonge !
Quelle en eft la raiſon ? qui vous y porte ?
Arcagambis.
Un Songe.
Ecoute , Nabotas , les ombres de la nuit ,
M'invitoient à goûter le repos qui la fuit ,
Lorfqu'au fonds de mon coeur une voix effrayante
,
A répandu foudain le trouble & l'épouvante.
J'ai crû voir un Guerrier , menaçant , furieux ,
Le glaive dans la main , le courroux dans les
yeux ,
Contre moi conduifant une nombreuſe Armée
,
Infpirer
122 MERCURE DE FRANCE
Inſpirer la terreur à ma Garde allarmée .
C'étoit Gargame : ô Dieux ! j'en tremble encef
d'effroi :
Sur mon Trône l'ingrat s'eft affis malgré moi ,
Et cedant aux tranſports d'une aveugle crondreffe
,
ILui-même a préfenté le Sceptre à la Princeffe.
Thamire l'a reçû , mais par un coup du fort,
En recevant le Sceptre , elle a reçû la mort ;
Et dans le même inſtant l'Ufurpateur perfide ,
A plongé dans mon fein un acier homicide ,
J'ai paffé le Cocythe , & le noir Acheron ,
Et le Songe a fini par un coup de canon.
SCENE III.
Arcagambis , Nabotas , Thamire ,
la Thetonice.
Thamire vient fe plaindre à Arcagambis
de l'emprisonnement de Gargame.
Arcagambis étonné de l'interêt que cette
Princeffe prend dans le fort de ce Prifonnier
, lui dit :
Arcagambis.
Quel fecret interêt vous force , ...
Thamire.
SEPTEMBRE. 1726. 2123
Thamire.
Je l'adore.
Arcagambis.
Wous l'adorez ! & moi ?
Thamire.
¡Je ne vous aime paths.
Arcagambis irrité , jure la mort
Gargame & fe retire.
SCENE IV.
Thamire , Thetonice.
Thetonice furpriſe de l'aveu que
d
C
Thamire
vient de faire à Arcagambis de fon
amour pour Gargame , lui dit :
Mais deviez-vous , Madame ,
Faire de cet amour l'aveu trop indifcret ?
- Thamire lui répond naturellement :
Je fuis femme , & tu veux que je garde un
fecret !
Il n'y a rien de trop remarquable dans
les trois Scenes fuivantes. Dans la premiere
, Arcagambis entraîné par fon
amour revient auprès de Thamire , qui
le fuit. Dans la feconde , il perfifte dans
le deffein qu'il a de fe venger d'elle par
la
2124 MERCURE DE FRANCE .
la mort de fon Rival . Et dans la troifiéme
, Nabotas vient lui dire que Gargame
lui demande un moment d'audience. Arcagambis
ordonne qu'on le faffe entrer .
SCENE VIII.
Arcagambis , Gargame.
Gargame apprend à Arcagambis qu'il
eft né d'une Reine : Voici comment cette
Scene de reconnoiffance eft traitée.
Gargame.
Tous ceux qu'à des hauts faits le Ciel a deſti
nez ,
N'apprennent que bien tard de quel pere ils
font nez
Mais je connois ma mere , & je fçais qu'elle est
Reine ;
Et du moins d'un côté ma naiſſance eft cer
taine !
Pour l'autre > c'eſt à vous de m'en rendre
éclairci ,
Et ce feul interêt me conduifoit ici.
Si tu veuxde ton fort penetrer le mystere ,
Au grand Arcagambis va demander tonpere ,
Me dit Panthefilée ....
ArcaSEPTEMBRE.
1726. 2125
Arcagambis.
Holas ! qu'ai- je entendu ?
Quel trouble dans mes fens ce nom a répandu?
Panthefilée : & Ciel !
Gargame.
D'où vient cette furprife ?
Ame dire fon fils , Seigneur , tout m'autorife .
Arcagambis.
Quel figne peut ici prouver ce que tu dis ?
Gargame
L'oreille d'un Sanglier que je porte.
Arcagambis.
Moi , votre fils ! &c.
Gargame
Ah ! mon fils !
Arcagambis fait en peu de mots l'Hif
toire de fon amour , & de fon Mariage
clandeftin avec Panthefilée. Il raconte ,
comme l'ayant trouvée dans une Forêt ,
uyant un Sanglier furieux , il l'avoit garantie
de la mort : voici comment il s'exprime.
Je vole à fon fecours , & d'une main hardie ,
Je triomphe du monſtre , & le laiffe fans vie.
H Sans
2116 MERCURE DE FRANCE .
Sans perdre un feul inftant , refpectueux Vainqueur
,
J'apporte à fes genoux & fa hure , & mon
coeur.
Ce fecours fut fuivi de l'Amour & de
1Hymen. La Forêt fervit de Temple , &
le gazon de lit nuptials on doit le préfumer
par ces Vers :
Ofouvenir charmant du prix de mes travaux !
L'Hymen n'eft pas toujours entouré de flambeaux.
Le Temple étoit trop loin & fans ceremonie ,
Cette Reine avec moi confentit d'être unie.
: Arcagambis déclare , & fait reconnoître
Gargame pour heritier préfomptif de
fa Couronne ; mais il n'eft pas long- temps
à s'en repentin Gargame ne veut pas lui
ceder Thamire. Ils s'emportent tous deux
en ces termes :
Arcagambis.
Dieux ! je n'ai plus de fils .
Gargame.
Dieux !je n'ai plus de pere.
Gargame fort tout tranfporté , en difant
à Arcagambis :
Adieu
SEPTEMBRE. 1726. 2127
Ad'eu…… je vais , Seigneur ... dans ce peril
extrême ....
Que vais je faire , hela's ! je l'ignore moimême.
Arcagambis ordonne à Nabotas d'aller
s'oppofer aux deffeins de Gargame.
C
SCENE IX.
Arcagambis feul fait ici un Monologue
, dans lequel l'Amour & la Nature
combattent , fans qu'aucundes deux l'èinporte
fur l'autre.
La dixième Scene avec Arcagambis ,
Hierbas & Thetonice , commencé plaifamment.
En voici les quatre premiers
Vers :
Thetonice.
Ah ! Seigneur , écoutez 1970
Canon
Hierbas.
ef
4.0
si cnbsI
Seigneur , daignez m'entendre.
anggol modo. Il Thetonice
Je viens vous informer ....
Hierbas.
Je viens
Jeriviens pour vous apprendre .. >
or 10201Thetanice
Thamire au défeſpoir ...
cup savor
93.4
Hij Hie: bas.
1
2128 MERCURE DE FRANCE:
1
Hierbas.
Le Prince malheureux ...
Arcagambis.
Parlez l'un après l'autre , ou taifez- vous tous
deux,
La fuite de çe Dialogue n'eft pas moins
plaifante en voici quelques Vers. ,
Hierbas.
Animé des tranfports qu'un tendre amour inf
pire ,
Le Prince en vous quittant a couru chez Thamire
:
Nabotas , de la porte ayant fçû s'emparer ,
Lui dit , on n'entre pas ¡ & moi je voux en³
trer
Répond en l'attaquantvotre fils en furie ,
Et dans le même inftant le prive de la vie.
Thetonice & Hierbas lui racontent
enfuite ce qui s'eft paffé chez la Prin
ceffe.
Thetanice,
Au bruit qu'on avoit fait , la Princeffe éton-
...née , 2057 2057
Croyant que vous venicz prefer votre Hymenée
?
renSEPTEMBRE.
1726. 2129
Rencontre par malheur un poignard fous fa
main,
Et malgré les efforts leplonge dans fon ſein.
Dieux !
Arcagambis.
Hierbas .
Gargame en arrivant , la voit pâle & fanglante ;
Dans quel funefte état trouvai-je mon Amante
Lui dit- il.
Thetonice.
Ah !j'ai cru voir arriver le Roi ;
Lui dit- elle.
Hierbas.
Il falloit croire que c'étoit moi
Lui dit-il , je vous perds , adorable Thamire ;
Elle veut lui répondre , & foudain elle expire.
Il eft temps de finir ce qui concerne
cette Tragédie Comique. Arcagambis fe
tue. Gargame , après avoir fait une Scene
dans le goût de la derniere d'Andro
maque , veut fe tuer ; on l'en empêche ,
en lui remontrant qu'il doit fe conferver
pour les fujets ; il finit la piece par
ce Vers :
Hiij 11
2130 MERCURE DE FRANCE.
faut done m'immoler en ne më tuant pas.
L'OPERA COMIQUE.
Cette troifiéme Piece n'a pas été im-.
primée , comme la Tragédie dont on
vient de parler ; nous n'en donnerons
pas un grand détail , cet Extrait étant
déja trop long. On en a trouvé l'idée
très-fine. L'occafion perfonifice , ouvre
1. Scene. Elle eft pour fuivie d'une trou
pe de gens qui ont befoin de fon ſecours
; ce commencement de Scene eft
dans le goût de celle de Prothée dans
Phaeton. Ceux qui pourfuivent cette
Déeffe fugitive chantent :
Non , non , n'efperez pas nous tromper ;
Ne croyez pas nous échapper.
Un des poursuivans la faifit par un
toupet de cheveux . Elle protefte qu'elle
ne rendra fervice à aucun d'eux , fi on
ne la laiffe en liberté ; elle confent pour
tant qu'on la garde à vûë. Après avoir
obtenu ce qu'elle demande , elle donne
audience à tout le monde , ce qui donne
lieu à plufieurs Scenes très jolies . Celle
de Nigaudin a parû la plus divertiffante
.
Après cette derniere Picce ; fuivie
d'un
SEPTEMBRE. 1726. 2131
d'un divertiffement , on pafle à l'Epilogue.
Le Roi de Maroc , en prefence duquel
ces trois Pieces ont été repreſentées
par les Comediens Efclaves , leur
témoigne qu'elles lui ont fait plaifir , &
en reconnoiffance il leur rend leur liberté
, comme il l'avoit promis dans le
Prologue. Les Airs & les Symphonies
= font du fieur Mouret.
Vaudeville.
L'Autre Autre jour dans un Boccage ,
J'entrai feule avec Colin ;
Il me tint un doux langage
Me baifa cent fois la main,
Vous aimez le badinage ;
Sortons , lui dis - je , mon Mignon :
Et non , non , nɔn
Je n'en veux pas davantage.
J'eftime peu l'avantage ,
Et l'éclat de la grandeur ;
Elle n'a rien qui m'engage ,
Et ne feduit point mon coeur.
Hij Du
2132 MERCURE DE FRANCE .
Du Parterre le fuffrage ,
Fait toute mon ambition.
Et non , non , non,
Je n'en veux pas davantage.
Autres Couplets fur l'Occafion.
Ma mere avec rigueur m'ordonne ,
Quand elle me fermone ,
De ne point voir mon jeune Amant ;
Pour moi c'eſt un fâcheux moment ,
Mais on l'attrapera ,
Et pendant qu'elle dormira ,
Mon Amant veillera ,
Et dans ce moment là
L'occafion eft bonne.
Quoi qu'avec art Manon fredonne ,
Jufqu'à prefent perfonne ,
Ne s'eft declaré fon Amant ,
Pour meubler fon Appartement.
Son malheur ceffera ;
Son merite la produira ';
Elle eft à l'Opera ,
Et
SEPTEMBRE . 1726. 2133
Et dans ce Pays-là ,
L'occafion eft bonne.
21€
A chaque Piece qu'on nous donne ,
Notre Troupe friffonne.
Nous craignons votre jugement.
Pour nous c'eſt un fâcheux moment ;
Mais quand le Spectateur ,
Judicieux connoiſſeur ,
Aplaudit à l'Acteur ,
Quel plaifir pour l'Auteur !
L'occafion eft bonne.
Le 7. de ce mois , l'Opera Comique
de la Foire S. Laurent , donna la premiere
répreſentation d'une Piece nouvelle
en deux . Actes , ornée de divertif
femens , de Chants & de Danfes en Vaudevilles
, intitulée La Robbe de Diffention
& d'un troifiéme Acte qui a pour
titre , Olivette , Juge des Enfers.
Le 20. on donna fur le même Théatre,
la premiere repreſentation d'une Piece
nouvelle , en trois Actes , en Vaudeville,
avec les divertiffemens , intitulée , les
Comediens Corfaires . Comme elle a été
reçûë favorablement du Public , on en
""
Hv parlera
2134 MERCURE DE FRANCE.
parlera plus au long dans le prochain
Journal.
Les Comédiens François , réprefenterent
le 5. de ce mois , dans l'apparte
ment de la Reine , à Verfailles , en prefence
de S. M. la Comédie de l'Etourdi.
Le 10. l'Important & le Grondeur.
Le 12. l'Homme à bonne fortune , &
les Vandanges de Surefne.
Le 17. le Légataire & le Concert ridicule.
Le 19. Albikrac , & le Sicilien.
La Tragedie nouvelle de Tibere , que
nous avons annoncée , & que les Comédiens,
François prépatoient , ne fera point
joüée fi tôt.
Les mêmes Comédiens lûrent dans leur
Aflemblée & reçûrent fur la fin du mois
dernier , une Tragedie nouvelle de M.
de la Grange , fous le titre d'Orphée &
Euridice. On dit beaucoup de bien de ce
Poëme , dont on affure que la réprefentation
fera ornée de Machines & d'un
grand Spectacle.
Le 12. l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre le Ballet des Amours
déguifez , qu'on avoit joué dans fa nouveauté
en 1713. Les paroles font de M.
Fufellier & la Mufique de M. Bourgeois.
On
SEPTEMBRE. 1726. 2135...
' On repete un Opera nouveau , dont
les paroles font de M. de la Serre , &
la Mufique de Mrs Rébel le fils ,
& Francoeur. C'eft une Tragédie fous le
titre de Pirame & Tifbé.
Le-20 . on ceffa les réprefentations du
Ballet des Amours Déguifez , & le 22. on
donna Atys , dont le principal Rôle eſt
chanté par le fieur Muraire , & celui de
Sangaride , par la Damoiſelle Peliffier.
On a appris de Vienne que le 28. du
Mois dernier , on y réprefenta dans les
Jardins du Palais de l'Empereur , un
nouvel Opera Italien , intitulé la Conronne
d'Ariane , de la compofition - de
1'Abbé Pariati.
XXXXXXXXXXXX**X *
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
La fait de de
A contagion fait de grands ravages a
Juillet il ne mouroit que 200. perfonnes par
jour , fans compter les enfans & les Efclaves
, mais depuis il eft mort jufqu'à 4 ou
500. perfonnes chaque jour. Le mal s'eft communiqué
chez l'Intendant du Grand - Vifir &
dans les maifons de quelques uns des principaux
du Diyan Le mauvais ordre pour faire
H vj erterror
2136 MERCURE DE FRANCE .
enterrer les morts , a été caufe que tous les
quartiers de la Ville ont été infectez , même
ceux des Janiffaires , où la garde étoit plus
exacte. La même maladie fait périr beaucoup
de monde à Andrinople , où le Grand Seigneur
a coûtume de fe retirer avec ſes femmes
& fa Cour , lorfqu'on craint que le mal
ne pénetre dans l'interieur du Sérail. Les Miniftres
Etrangers fe font retirez dans des Maifons
de Campagne à une lieuë de la Ville ,
fur les bords de la Mer Noire.
Les Lettres de cette Capitale , portent , que
le Pacha de Babilone y avoit envoyé un
Exprès pour donner avis que le Prince Thamas
, fils du Roy de Perfe détrôné , avoit enfin
confenti de ratifier les traitez de partage
conclus entre le feu Czar & le Grand Seigneur;
que l'armée de Sa Hauteffe n'avoit
pas encore pû commencer le Siege d'Ifpaham ,
parce qu'elle avoit été obligée de s'arrêter
depuis la prife de Cabin , pour réduire à leur
devoir quelques Princes Tartares qui faifoient
des courfes dans les Provinces nouvellement
conquifes ; qu'on efperoit cependant
qu'elle feroit en état de former ce Siege &
de fe rendre maître de cette Capitale avant
la fin de la Campagne , malgré les fecours
que le fucceffeur de Miry- Mamouth y a fait
entrer.
On mande de Perfe que l'Armée du Gr. S.
s'étoit mife en marche pour aller former le
Siege d'Ifpaham ; mais qu'elle s'étoit détournée
confidérablement , faute de trouver dequoi
fubfifter, parce que le Chef des Rebelles ,
n'efperant pas de pouvoir deffendre cette
Place , avoit ravagé tout le pays qui eſt entre
le Cabin & cette Capitale.
Le bruit s'eft répandu depuis peu que les
HaSEPTEMBRE
. 1726. 2117
f
Habitans de Cafbin , excitez par les Emiffaires
de Sultan Efchreff , s'étoient foulevez contre
la Garnifon Turque , qu'ils l'avoient obligée
de fortir , & qu'ils avoient reçû les Rebelles
.
On a tenu à Conftantinople un Divan general
, dans lequel il a été réfolu de rétablir
le Prince Thamas , fils du Roy de Perfe , fur
le Trône de fon pere.
On a reçû avis d'Alexandrie & des autres.
Echelles du Levant , que les Confuls des
Nations étrangeres avoient été obligez de
faire baricader les avenues de leurs maifons,
à caufe de la contagion , qui continuoit de
faire de grands ravages dans toutes ces Villes,
& principalement au Grand Caire.
Selon les Lettres de Warfovie , le Roy de
Pologne , à l'exemple des autres Princes Chrétiens
, dont les Etats font voifins de ceux du
Grand Seigneur , fait faire des lignes le long
des Frontieres de la Turquie, & les Troupes
qui les gardent ont ordre de ne laiffer paffer
aucunes perfonnes fans avoir des certificats
de fanté.
RussiE.
E Prince Menzikoff , arrivé le 3. Août
de Rével à Pétersbourg , rendit compte à
la Czarine de l'état des Fortifications des.
Places de Livonie , & des ordres qu'il a don
nez pour faire marcher vers la Curlande un
Corps de Troupes qu'il a détachez du Camp
de Riga.
Le 1o. on dépêcha de Pétersbourg un Courier
à Croonftat , avec ordre au Gouverneur
de faire fortir toutes les Galeres qui étoient
encore dans ce Port,& de les envoyer à Rével
joindre
24238 MERCURE DE FRANCE
P'Efcadre de la Czarine. On a appris de cette
derniere Place que l'Amiral Kruits avoit reçû
des inftructions cachetées , qu'il ne devoit
ouvrir que dans un certain temps : que deux
Régimens Mofcovites s'étoient embarquez fur
deux Vaiffeaux qu'il commande ; & que le
Vice -Amiral Wager , Commandant de l'Efcadre
Angloife , avoit détaché deux Vaiffeaux
de charge , pour aller chercher des provi
fions à Dantzick , parce que les Habitans de
Rével ne pouvoient pas lui en fournir une
quantité fuffifante.
On attend de Pétersbourg le jeune Prince
Charles- Augufte de Holftein , fils & Coadju
teur du dernier Evéque de Lubeck , qui a
voyagé depuis un an dans diverfes Cours d'Italie
, & le bruit court qu'il époufera la feconde
Princeffe Czarienne.
POLOGNE.
LETTRE du Prince Maurice de Saxe , au'
Baron d'Ofterman , écrite de Mittau
le 15. Juillet.
MONSIEUR,
Le Public parle fi avantageufement de Votre
Excellence , & je fuis fi perfuadé qu'il
fe trompe rarement , que je m'addreffe avec
confiance à un Miniftre dont la prudence égale
la capacité. Je fupplie V. Exc. de croire que
ceci n'eft point un compliment , la franchiſe
avec laquelle je vais me livrer à elle , doit
l'en convaincre.
Les Curlandois , menacez de perdre leurs
Privileges , ne s'attendoient pas que dans les
mefures qu'ils prenoient pour les conferver ,
les
SEPTEMBRE. 1726. 2129
les ambarras leur vinffent du côté de la Ruffie.
Le principe fur lequel ils ont fondé leurs
efperances , c'eft que l'intention du feu Empereur
& celle de l'Imperatrice Regnante a
été & doit être encore , de maintenir le Gouvernement
de la Curlande fur le pied où il eft
actuellement , les affurances frequentes que
L. M. Imp. leur ont donné à ce fujet , ne leur
laiffoit pas lieu d'en douter.
J'ai agi en confequence , mes démarches
n'ont point été cachées , la Cour de Ruffie
ne les a point ignorées , & ne m'a témoigné
en rien qu'elles lui fuffent defagreables
Les Curlandois ne pouvoient plus differer.
Il étoit queſtion de prévenir les réfolutions que
Fon devoit prendre à Grodno , pour partager
leur Pays en Palatinats ; c'eft ce qui a obligé
leur Régence à convoquer fi promptement une
Diete , où l'on pût convenir de ce qui feroit
le plus efficace pour la confervation de la
liberté.
On n'a point trouvé d'expedient plus fur
que d'élire un fucceffeur au Duc Ferdinand : il
falloit que ce fut un fujet agréable au Roy
de Pologne , & qui ne put donner de jaloufie
aux voifins : on a crû le rencontrer en
moi. On m'a élû : l'élection a été unanime ,
& la Diete confommée par un traité entre
la Nobleffe & moi , qui nous lie de façon
que nous ne pouvons nous féparer fans renoncer
au point d'honneur.
Les chofes en étoient là quand on a publié
que le Prince de Menzikoff venoit en
Livonie , peu fatisfait de ce qui avoit été
reglé à Mittau .
Sur le bruit qui s'étoit répandu que V. Exc.
devoit l'accompagner , j'avois ehvoyé une
perfonne
2140 MERCURE DE FRANCE.
perfonne de confiance à Riga , pour la faluer
de ma part , l'informer de tout ce qui s'étoit
paffé ici , & la conjurer de s'intereffer
pour la juftice de la caufe des Curlandois .
Ayant appris que V. Exc. étoit demeurée à
S. Petersbourg , j'ay écrit au Prince de Menzikoff
dans les termes que j'ay crû les plus
convenables pour l'adoucir . La Ducheffe de
Curlande , de fon côté , l'a fortement follicité
en faveur du Pays , mais rien n'a pu
le flechir. A fon arrivée à Mittau , il a affemblé
la Régence , & veut la forcer à convoquer
une feconde Diette , qui caffe l'Election
& l'inftalle à ma place. On menace
les Chefs de la Régence de les envoyer en Siberie
, & le Pays , de le mettre à la difcretion
de 20000. hommes , fi la Diette n'eft
pas affemblée dans dix jours.
Je ne difcuterai point fi les menaces font
de droit , j'en laiffe juger V. E. mais je dis que
les Curlandois ne peuvent déferer aux volontez
de S. M. I. quelques difpofitions qu'ils
euffent à le faire. Relevant de la Pologne ,
oferoient- ils reconnoître d'autre protection .
fans s'expofer a être juridiquement dépouillez
de leurs Privileges Cependant , s'ils réfiftent
aux ordres que l'on vient de leur donner , ils
s'expofent à une ruine entiere ; s'ils y obéif
fent , ils renoncent à leur Traité , à leurs
fermens, & encourent la jufte indignation de
la Pologne .
Voilà , Monfieur , où en font réduits les
Curlandois , & c'eft fur une Lettre de Créance
de S. M. I. dont le Prince Dolhorucki eſt porteur
, que l'on en agit ainfi avec eux. Que
diroit l'Empire de Ruffie , fi l'on traitoit de
même les Peuples qui font fous fa protec-
Je
tion ?
SEPTEMBRE. 1726. 2141
Je ne vous écris point , Monfieur , comme &
un Miniftre , mais comme à un homme dont
J'aurois fort à coeur de gagner l'eftime & l'amitié.
Je me flatte que celle qui eft entre vous
& le Pr. de Menzikoff ne vous empêchera pas
de réfléchir fur le fort que l'on deftine aux
Curlandois qu'ils n'ont mérité par aucune
démarche. Que V. Exc. enviſage auffi les fuites
qui en peuvent refulter. S'il n'y avoit que
moi d'intereffé à leur confervation , on..
pourroit les détruire fans faire attention aux
conféquences? Mais ils ont une Protection plus.
puiffante , & la fituation préfente de l'Europe.
eft telle , que la moindre étincelle y peut cau
fer un embrafement general. J'ai l'honneur ,
d'être avec toute la confideration -poſſible, &c, ›
On mande de Warfovie , qu'il a été réfolu
dans une Conference tenue à Lowitz le 17
Juillet, de citer la Regence, & le Maréchal du
Duché de Curlande, à comparoître dans fix femaines
à Grodno , pour y rendre compte des
raifons qu'ils ont eues de s'affembler pour l'E-,
lection d'un Duc, malgré le Decret du 8 Juin,
qui leur en faifoit une expreffe deffenfe.
On écrit de Mittau que le Duc de Curlande
y eft revenu de Dantzic pour reprendre le ,
Gouvernement de fes Etats ; que la Ducheffe
douairiere de: Curlande devoit aller à Peterfbourg
trouver la Czarine.
On mande de Warfovie que le r du mois
dernier , le Roy de Pologne , accompagné du.
Prince Electoral de Saxe , & d'un grand nombre
de Seigneurs , alla à pied faire fes Stations
dans les Eglifes indiquées par l'Archevêque
Primat , pour gagner les Indulgences
du Jubilé univerfel de l'année fainte.
Le
2142 MERCURE DE FRANCE.
L: 14.M, de Beſtuchef , Envoyé de la Czarine
, eut une audience particuliere du Roy , au
fujet de l'Election du Comte Maurice de Saxe,
que S. M. Cz. prétend faire déclarer nulle , par
les Etats de Curlande qui l'ont faite.Ce Miniſtre
fit part à S. M. des ordres que cette Princeffe
a donné pour faire entrer un corps de
troupes de 18 à 20000 homines dans ce Duché. ,
On a appris depuis que le Roy a blâmé publiquement
la conduite des Etats de Curlande,
& qu'il a caffé & annullé l'Election qu'ils ont
faite du Comte Maurice , pour fucceder à leur
Duc , qui a fait une proteftation folemnelle
contre l'Election de fon fucceffeur , déclarant
que cette Election eft contraire aux Traitez
de ce Duché avec la République , au ferment
des Etats , & au droit de la Couronne & de la
République de Pologne.
Le Comte Offolinski a eu ordre en mêmetemps
de déclarer à M. Beftuchef, Miniftre de
la Czarine , que le Roi ayant été informé des
propofitions qui ont été faites aux Etats de
Curlande , fous le nom de S. M. Cz. pour les .
engager à proceder à une nouvelle Election en
faveur du Pr. Menzikoff; & confiderant que
les mêmes Etats , comme Vaſſaux de la Cou
ronne de Pologne , ne peuvent légitimement
écouter les propofitions d'aucune Puiffance
Etrangere. S. M. fe croit obligée de caffer &
annuller d'avance tout ce que les Etats de ce
Duché pourroient faire pour proceder à une
nouvelle Election pendant la vie du Duc Ferdinand
; qu'elle étoit perfuadée cependant que
S. M. Cz. défapprouveroit la conduite du Pr.
Menzikoff & de Pr. Dolhorucki : pendant leur
féjour à Mittau , & qu'elle leur défendroit de
prendre aucune part en des affaires qui étant
uniquement du reffort de la Couronne de Pologne
1
1
SEPTEMBR
E. 1726. 2143 logne , ne doivent regarder ni cette Princeffe
ni ces deux Seigneurs.
•
Le 25 du mois dernier, le Roi donna à War- fovie un repas magnifique
, à l'occaſion
de la fête de S. Louis , dont le Roi de France porte lé nom. L'Abbé de Livry , Ambaffadeur
de S. M. T. C. y fut invité , ainfi que plufieurs Miniftres
Etrangers
& les principaux
Séna- teurs. Le for on fervit une grande collation après laquelle il y eut un Bal qui dura toute la
nuit.
On mande de Curlande que les Troupes
Mofcovites qui font entrées dans ce Duché , par ordre de la Czarine , n'y avoient encore
commis aucun acte d'hoſtilité. La Ducheffe doüairiere
de Curlande à écrit
à la Czarine , pour l'engager à approuver
l'E . lection que les Etats de Curlande ont faite du
Comte Maurice de Saxe .
SUEDE.
N écrir de Stockholm
que le Comte de Hom , qui a afilé à presque toutes les
Conférences
des Commiffaires
du Roy , avec les Miniftres des Puiffances intereffées
au Traité
d'Hanover
, leur a remis le projet d'Acte
d'acceffion
de cette Couronne à ce Traité , &
il a déclaré par ordre du Roy aux autres Miniftres
Etrangers qui réfident icy ; que S. M. & le Sénat ayant déliberé fur les propofitions
qui leur avoient été faites de la part des Rois
de France , d'Angleterre
& de Pruffe; & ayant reconnu que le but des alliances , formées par
L. M. étoit de maintenir la paix & la tranquil- lité dans toute l'Europe, la Couronne
de Sue- de ne pouvoit fe difpenfer d'entrer dans leurs
vûës. Les Miniftres Etrangers
furent priez de
faire
2144 MERCURE DE FRANCE.
faire part de cette déclaration à leurs Souverains,
afin de les engager à chercher les moïens
de terminer les differens qui pourroient occafionner
une rupture , le Roy de Suéde promet
tant d'envoyer à fes Miniftres , dans les Cours
Etrangeres , les inftructions neceffaires à ce
fujet , avec ordre d'y offrir fa médiation.j
ALLEMAGNE.
E 6 Aouft , les Miniftres de l'Empereur &
M. Lanczinski , Miniftre Plenipotentiaire
de la Czarine à Vienne , s'étant rendus chez le
Prince Eugene , l'acte d'acceffion de S. M.Cz.
au Traité conclu entre l'Empereur & le Roy ,
d'Efpagne , fut figné par le Miniftre Ruffien ,
après que les Miniftres de S. M. Imp. l'eurent
figné.
S. M. Imp. doit nommer inceffamment des
Commiffaires pour affifter en fon nom à la prochaine
affemblée des Erats d'Hongrie , dans la
quelle on doit déclarer l'aînée des Archidu
cheffes , fille de l'Empereurs heritiere de ce
Royaume, en cas de décès de S. M. Imp. fans
enfans mâles.
On a fait par ordre de S.M Imp . un dénombrement
de tous les habitans du Duché de
Milan , depuis l'âge de 7 ans jufqu'à 70. Celui
de la Ville capitale de ce Duché , monte à cent
trois mille perfonnes , y compris les Ecclefiaftiques.
Le bruit court que les Miniftres des Electeurs
de Trèves , de Cologne & de Baviere , ont fi
gné depuis peu un acte d'acceffion au Traité
de Vienne.
'Italie
SEPTEMBRE. 1726. 2145
ITALIE.
臂
31 Ans le Confiftoire que le Pape tint le
Djuillet au Quirinal, S. S. propofa le titre
Epifcopal d'Halicarnaffe,pour l'Abbé Eleazar-
François des Achars de la Baume , Prêtre du
Diocèle d'Avignon lequel fut facré par le
Pape, dans la Chapelle Pauline , le 11 du mois
dernier .
2
>
II
On écrit de Florence qu'on y a publié une
déclaration du Grand Duc , portant fuppreffion
des Tailles jufqu'au mois de Janvierprochain.
Ce Prince en a rendu une autre pour
diminuer les droits d'entrée fur les beftiaux du
pays.
Le Pape a approuvé le projet qui lui a été
prefenté par M. Collicola , Treforier de la
Chambre Apoftolique , de faire un Port franc
de Civita-Vecchia afin d'y attirer le commerce
étranger. S. S. en a accordé le Decret fur
la fin du mois dernier ; & le bruit court que le
Port d'Ancone fera auffi déclaré Port franc.
>
Les Lettres de Milan , du commencement
de ce mois , portent que le bruit fe répandoit
que l'Empereur avoit pris la réfolution de
faire incognito un voyage à Notre-Dame de
Lorette.
ESPAGNE .
N travaille toujours aux fortifications de
Pampelune de de 5. Sébastien. On afait
marcher vers ces deux places fix Regimens
d'Infanterie & un Regiment de Dragons. On
garnit tous les Magazins , tant de Barcelone
que des autres places de la Catalogne. Le
Camp de la Plaine de Wieq eft de 25000 hommes.
2146 MERCURE DE FRANCE
44
:
T
I
I'
mes. Le Marquis de Rifchbourg qui commande
en chef dans la Province , a deffendu , ſous
peine de la vie , de faire aucune courfe du
côté de la frontiere de France. Il a fait pendre
quelques Maraudeurs qui s'étoient écartez de
ce côté -là.
Le Colonel Stanhope , Ambaffadeur du Roy
d'Angleterre , a eu une audience particuliere
du Roy , dans laquelle il lui a déclaré de la
part de S.M. Brit . que l'Efcadre Angloife , qui
eft arrivée dans la Méditerranée , n'y a été envoyée
que pour porter des provifions & des
munitions de guerre aux Garnifons de Gi--
braltar & de Port- Mahon, & que le Vice- Amiral
Jennings qui la commande , avoit ordre
de ne rien faire qui put donner le moindre ombrage
aux Gouverneurs des Places Maritimes
d'Efpagne. Cependant le Roy a donné ordre ,
malgré ces affurances , aux Gouverneurs de
Malaga , d'Almeria , de Carthagene , d'Alicante
, de Valence & d'autres Ports, de mettre
en mer quelques Frégates légères , pour obferver
les mouvemens de cette Efcadre.
Le Roy a nommé le Duc de Bournonville .
Chevalier de la Taifon d'or , Gentilhomme- de
la Chambre de S. M. avec exercice , & Capitaine
de la Compagnie Flamande des Gardes
du Corps,fon Ambaffadeur & Plenipotentiaire
à la Cour de Vienne.
L'Efcadre Angloife qui parut le 14 d'Aout
à la vue de faint Andero, mouilla dans la Baye
de S. Antoine , pour y attendre le retour d'un
Courier que le Commandant envoya à Madrid
au Colonel Stanhope , Ambaffadeur d'Angleterre
en cette Cour. Plufieurs Officiers Elpagrols
ont rendu vifite au Vice- Amiral Anglois
, qui les a magnifiquement régalez , &
on lui a envoyé diverfes fortes de rafraîchif
femens. Le
1
SEPTEMBRE. 1726. 2147
Le Roy a fait équipper à Saint Andero cinq
nouveaux Vaiffeaux de guerre qui font en état
de mettre à la voile ; on en conftruit deux autres
à la Corogne, & on travaille à réparer les
-fortifications de cette Place. Le Marquis de
Mari a acheté à Gênes , pour le compte de
S. M. deux autres Vaiffeaux ; l'un de 80. &
l'autre de 70 pieces de canon.
-
Le 31 du mois dernier on celebra dans la
Chapelle Royale du Palais de Madrid, un Service
folemnel pour le repos de l'ame du Roy
Dom Louis I. Les Grands du Royaume y affifterent.
L'Eloge funebre de ce Prince fut prononcé
par le P. Anfelme de Léra , Benedictin,
Prédicateur de S. M. Cath .
On a fait marcher un Regiment d'Infanterie
de S. Sebaftien à S. Andero , & l'on a garni
toute la côte de Biſcaye de divers détachemens
de Cavalerie , pour raffurer les Peuples que la
vûë de l'Eſcadre Angloife avait effrayez , &
pour les empêcher de quitter leurs Villages.
Le Roy ayant fait un Traité avec le fieur Rubini
pour les remiſes d'argent que S. M. C.doit
faire tenir à Vienne , à un prix fort modique ,
moyennant qu'on lui rembourfat les huit cens
mille écus qu'il a avancé depuis le mois de
May dernier , pour le payement des Troupes.
On lui a fait expedier une Ordonnance de
cette fomme , laquelle ayant été prefentée ,
M. Ariazza , Tréforier general des Revenus
Royaux , il a déclaré qu'il n'avoit point d'argent
en Caiffe , & qu'il n'étoit rien entré dans
la Tréforerie depuis près de quatre mois ; de
forte qu'on ne croit pas que la Cour puiffe rien
fournir des fubfides promis à l'Empereur avant
le retour des Gallions.
Pologne
2148 MERCURE DE FRANCE.
"
.
LE
PORTUGAL.
FRoy a envoyé une Lettre circulaire à tous
les Superieurs des Convents de fon Royaume
,pour défendre aux Moines , fous des peines
tres-feveres , d'entrer dans les Monafteres
des Religieufes , fous quelque prétexte que ce .
foit.
- Le 30 Juillet , le feu prit dans une Forêt de
`Pins , fituée à une demi lieuë de Coimbre. Ily
dura cinq jours,& caufa un grand dommage
aux Religieux de fainte Croix , qui foat proprietaires
de cette Forêt.
GRANDE- BRETAGNE.
Qchaper prifons de l'Inquifition de
Uinze Juifs ayant trouvé moyen de s'é-
Portugal , arriverent icy vers le 20 du mois
dernier , avec leurs familles. Ils ont apporté
-avec eux fix cens mille livres sterling en lin-
-gots , moydores & autres efpeces , qu'ils doiyent
mettre dans les fonds publics.
On a érigé depuis peu à Londres , dans le
quarré de Grofvenor , près du Fort de Cromwell
, une Statue Equeftre du Roy , en bronze
doré.
Lei de ce mois, le Comte de Broglio , Ambaffadeur
de France à Londres , fit chanter un
Te Deum folemnel , en action de graces du
* rétabliffement de la fanté de la Reine de Fran-
: ce , & enfuite il donna un repas magnifique
I aux Miniftres Etrangers & à plufieurs Scigneurs
& Dames de la Cour,
LeComte de Burlington qui partit de Londres
pour Paris le 2 de ce mois,a emmené neuf
beaux Chevaux de chaffe qu'il doit prefenter
SEPTEMBRE. 1726. 2149
& S. M. T. C. Il y en a un dans ce nombre qui
a couté 140 Guinées , & qu'on eftime le plus
beau Cheval de toute l'Angleterre.
Les Commiffaires établis pour faire bâtir
un Pont fur la Tamife , entre Fulham & Putney
, font convenus de payer 690 livres fterling
aux nommez Méard & Philips , fameux
Architectes , qui en ont fait l'entrepriſe . Ce
Pont fera de dix neuf arches , dont celle du
milieu aura trente -fept pieds de largeur, pour
le paffage des plus groffes Barques qui viennent
de l'Ouest , & la largeur du Pont entre
les deux Banquettes , deftinées pour les gens
de pied , fera de vingt- trois pieds.
Le Roy a accordé une nouvelle Charte à
la Compagnie des Indes Orientales , pour incorporer
trois de fes établiffemens aux Indes:
fçavoir , Madraff- Padnam , Bombay & le Fort
Guillaume.
On a porté à Kenfington , au commencement
de ce mois , quatre petits Lions , que la
Lionne qui eft à la tour a fait depuis peu ..
On équipe à Londres le Winchefter , l'H
rondelle & Espion , Vaiffeaux de Guerre qui
doivent aller joindre l'Efcadre , commandée
par le Vice -Amiral Jennings.
On a appris que cette Efcadre , qui eft prefentement
compofée de dix- fept voiles , étoit
allée de la Baye de S. Antoine en Bifcaye , à la
Rade de S. Vincent , Port de la Principauté des
Afturies ; & que la Cavalerie Efpagnole , qui
garde les Côtes , avoit fuivi fes mouvemens
& s'étoit poftée aux environs de cette Place.
1
Le 16 de ce mois , on apprit à Londres par
les Lettres de Lisbonne , du 31 Aouft , que ce
Vice Amiral étoit entré dans le Tage le 14 du
même mois , avec cinq Vaiffeaux de g ierre ,
deux Galiottes à bombes , un Brigantin , &
trois
2150 MERCURE DE FRANCE .
trois autres Navires ; que le 16 il avoit eu une
audience particuliere du Roi de Portugal , qui
l'avoit reçu tres - favorablement ; que S. M. P.
avoit donné ordre qu'on lui fournit les rafraî
chiffemens dont il avoit befoin ; que l'autre
partie de l'Efcadre faifoit voile vers Gibral
tar, fous les ordres du Comte Amiral Hoptfon;
& qu'on croyoit que le Vice- Amiral
Jennings reviendroit inceffamment dans les
Ports d'Angleterre.
HOLLAND.E..
Na appris que le Landgrave de Heffe-
Caffell avoit fait avec les Etats Generaux
un Traité par lequel il s'eft engagé de
leur fournir huit mille hommes , en cas que
la fituation des affaires de l'Europe les oblige
à augmenter leurs troupes.
MARIAGES , BAPTE MES
Morts des païs étrangers .
O.Na
Na figné à Bruxelles le Contrat de mariage
du Prince Alexandre de la Tour ,
avec une Princeffe de Heffe , Darmstadt , fille
du Prince de Heffe , Gouverneur de Mantoue,
cadet de la maifon de Heffe Darmstadt, & nig
ce du Duc de Croy- Havré.
Ley de ce mois le Roi & la Reine de Sardaigne
, firent l'honneur au Comte de Cambis
, Maréchal des Camps & Armées du Roi
T. C. Lieutenant de fes Gardes du Corps , &
fon Ambaffadeur à Turin , de tenir fur les
fonts de baptême la fille dont la Comteffe de
Cambis, fon époufe, y accoucha le zɔ du mois
de
SEPTEMBRE. 1726. 211
de May dernier. L. M. la nommerent Anne-
Victoire. Le Roy & la Reine ont fait prefent à
cette Comteffe d'une magnifique Croix & d'un
tres -beau Bouquet de Diamans.
Le Comte Charles de Launoy , chef de la
maiſon de ce nom , mourut le 31 du mois dernier
à fa terre de Vafne en Flandre , âgé de 83 .
ans. Il laiffe quatre fils , dont l'aîné eft Brigadier
des Armées du Roy d'Efpagne & Major
du Regiment des Gardes Walonnes..
渗渗洗汽溶洗洗洗洗洗洗洗法:洗洗洗洗洗
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E 23. du mois dernier , M. Paris du Ver-
Lay fut arrêté dans la maiſon qu'il avoit
louée à quelques lieues de Langres , en vertu
d'une Lettre de cachet. Il a été conduit à la
Baftille avec fon Secretaire. Τ
Le 2 de ce mois le Service folemnel qui fe
fait tous les ans dans l'Abbaye Royale de
S. Denis , pour le repos de l'Ame du feu Roi
-Louis XIV. fe fit avec les ceremonies ⚫aocoûtumées.
L'Evêque de Valence y officia.
Le Duc du Maine , le Comte de Toulouse ,
plufieurs Seigneurs & Dames de la Cour y
affifterent , ainfi qu'un grand nombre de Pre-
Lats. Pendant la Meffe , qui fut chantée par
la Mufique du Roi , les Religieux de la Maifon
communierent fous les deux efpeces.
V
La Vendange eft fi avancée cette année ,
que le 4 de ce mois il entra à Paris trois
muids de vin nouveau de la Paroiffe de Vaugirard,
C
.
2152 MERCURE DE FRANCE:
girard , ce qu'on regarde comme une chofe
fort extraordinaire.
L'aliénation de la Ferme du Tabac , en faveur
de la Compagnie des Indes , a été enregiftrée
à la Cour des Aydes au commencement
de ce mois ; ce qui a fait monter les actions
jufqu'à 1000 liv.
Le 27. du mois dernier , le Roi partit de
Verfailles à quatre heures du matin , accompagné
des Troupes de fa Maifon , qui ont accoutumé
de le fuivre dans fes voyages. S. M.
arriva en fix heures au Château de Fontainebleau
.
Les quatre perfonnes arrêtées à Gien ,
foupçonnées d'avoir volé & tué le Courier de
Lyon & fon Poftillon , ne font point coupables
, & ont été mifes en liberté. On affure
qu'il eft défendu aux Couriers de fe charger
d'argent fous peine des Galeres.:
Lorfqu'on porta le Viatique à la Reine ,
le Roi fe rendit à la Chapelle du Château de
Verſailles , accompagné du Comte de Clermont
, du Prince de Conty , des Princeffes
du Sang, & des Ambaffadeurs qui fe trouverent
à la Cour. Un Détachement des Cent-
Suifles commença la marche ; l'ancien Evêque
de Frejus portoit le S. Sacrement , accompagné
du Curé de Verfailles , du Clergé de la
Chapelle , & des Aumôniers de la Reine , en
manteau & en rochet , portant chacun un
cierge à la main ; les Pages & les Valets de
pied de 6. M. portoient des flambeaux. Le
Dais étoit porté par les Ducs de Noailles , de
Villeroi , de Mortemart & de Gefyres . Le
Roi étoit fuivi des Gardes du Corps , lears Of
ficiers à la tête , qui fermoient la marche..
Dans le Mandement que le Cardinal de
Noailles donna le 15. du mois dernier , pour
deSEPTEMBRE.
1726. 2153
demander à Dieu par des Prieres publiques
la fanté de la Reine , on y lifoit entr'autres
chofes : La malade dont la Reine eft attaquée
, pouvant devenir dangereuse , la pieté
du Roi l'a fait recourir aux Prieres de l'E--
glife , pour demander à Dieu la confervation
d'une Princeffe qui lui eft fi chere , & que fes
grandes vertus rendent précieuse à l'Eglife &
à l'Etat. S. M. nous ayant fait fçavoir fur
celafes intentions , nous avons commencé par
notre Eglife Metropolitaine des Prieres publiques
de 40. heures avec expofition du Très - Saint Sa-'
crement , pour être faites enfuite dans les autres
Eglifes de cette Ville & Fauxbourgs.
24.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans dans
le jardin du Palais des Tuileries , à l'honneur
de la Fête du Roi , fut executé le du
mois derniér , veille de la Fête de S. Louis ,
par un très- grand nombre d'excellens Symphonistes
qui jouerent plufieurs beaux morceaux
de Mufique de M. de Lully , & quelques-
uns d'autres Maîtres modernes ; il y eut
un très-grand concours de peuple , & gens
de
confideration que ce Concert ne manque
jamais d'attirer.
Le jour de la Fête , les Tambours des Gardes
Françoifes & Suiffes donnerent des Aubades
au Roi , & les 24, Violons de la Chambre
, joüerent pendant le dîner de Sa Majeſté.
A l'occafion de la Fête de S. Louis , le fieur
Oudri , Peintre de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , qui a fon Attelier dans
le Château même des Tuileries , expofa une
quarantaine deTableauxde fa compofition, dans
une des Galeries baffes , qui y refterent huit
I iij jours,
2134 MERCURE DE FRANCE.
jours , & qu'un fort grand concours de Spectateurs
vit avec plaifir.
Le 2. de ce mois , M. Portail de Vaudreuil,
fils de M. le Premier Prefident , fut reçû Prefi-.
dent à Mortier. Le 30. l'Abbé Magerville &
& M. Faydeau furent reçûs Confeillers au
Parlement.
Le Roi a accordé à M. de Pontcarré , Premier
Prefident du Parlement de Normandie ,
la furvivance de cette Charge pour M. de
Pontcaré , fon fils aîné , Maitre des Requê
tes.
Le 13. du mois dernier , M. le Lieutenant
General de Police fe tranfporta chez le fieur
Bouret, ci- devant Regiffeur des Droits du Roi,
& chez le fieur Barefine , ci- devant Directeur
de la Compagnie des Indes ; & après avoir
fait appofer le fcellé fur leurs papiers & effets
,illes fit conduire à la Baftille .
Le Bourg de S. Chafry en Dauphiné , près
de Briançon , a été entierement reduit en cendres
en moins de trois heures , par le feu qui
s'étoit communiqué du Four banal aux maifons
volfines avec une rapidité que rien n'a
pû arrêter.
Le Courier de Lyon à Dijon fut affaffiné
dans la Bourgogne , le 27. du mois dernier.
Le 8. de ce mois , Fête de la Nativité de
la Vierge , le Roi fit rendre les Pains - Benits
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau , où
ils furent prefentez , avec les ceremonies accoûtumées
, par l'Abbé de Sefimaiſons , Aumônier
du Roi en quartier , accompagné d'un
Maître d'Hôtel , d'un Contrôleur , & du Treforier
General des Offrandes & Aumônes du
Roi.
L'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel , & de Saint
Lazare
SEPTEMBRE. 1726. 2155
Lazare de Jerufalem , donna des marques de
fon zele , & fit celebrer le 6. de ce mois en
fon Eglife de S. Jacques de l'Hôpital , avec
beaucoup de magnificence , un Service for
lemnel pour le repos de l'ame de la Ducheffe
d'Orleans . Les portes de la ruë & de
l'Eglife étoient tendues à neuf lez ; toute
l'Eglife étoit tendue de drap avec deux lez
de velours tout autour , chargez d'Armoiries ,
& entre les deux lez des grandes Armes de
diſtance en diftance. On voyoit une grande
quantité de cierges armoiriez , tant fur
l'Autel que fur les tablettes & autour de la
repréſentation , avec des Luftres garnis de
bougies. L'Autel étoit entierement tendu &
orné d'Armes extraordinaires . La reprefentation
couverte d'un grand Poële de velours ,
herminé & armoirié, & fur laquelle étoit
une Couronne dreffée fur une eftrade à trois
degrez , fous un Dais de velours enrichi de
crépines d'argent & armoirie.
Devant la reprefentation étoit le fauteuil
du Duc d'Orleans , Grand- Maître de l'Ordre
, avec fon tapis & le Prie- Dieu , le tout de
velours vert , garni de galons & de broderie
d'or. Le fieur Pezé , Herault de l'Ordre , étoit
debout derriere ce fauteuil , avec fa Cotted'Armes
, & aux côtez les deux Huiffiers de
l'Ordre avec leurs Males. Sur deux lignes
étoient les Chevaliers de l'Ordre en habit de
ceremonie ; M. Bofc , Procureur General de
la Cour des Aydes , Chancelier de cet Ordre,
à la tête. M. le Grand- Prieur , & quelques
Prélats furent invitez à cette Ceremonie , ainfi
que la Marquife de Pons , Dame d'Honneur
de feue la Ducheffe d'Orleans , & autres Dames
, & tous les Officiers du Duc d'Orleans
& de la Princeffe. M Burgevin , Docteur
I iiij
de
2156 MERCURE DE FRANCE.
de Sorbonne , Treforier de S. Jacques de
P'Hôpital , Prieur de la Chapelle de l'Ordre ,
& Aumônier de l'Ordre de S. Louis , celebra
la Meffe qui fut chantée par la Mufique.
Au commencement de ce mois il y a eu un
incendie dans les bruyeres de la Forêt de Fontainebleau
, qui a donné une allarme d'autant
mieux fondée , que cela eft arrivé dans le
temps des plus grandes chaleurs . Les Regimens
des Gardes Françoifes & Suiffes furent
commandez avec quantité de Payfans des environs
. On fit des tranchées de la largeur de
35. pieds , pour empêcher la communication
du feu , & les ordres furent donnez fi à pro.
qu'il n'y a eu que quelques arpens de
,
bois endommagez.
Le 17. de ce mois,à huit heures du matin ,
le Roi alla voir le Camp formé dans la Plaine
de Chailli par les Regimens des Gardes Françoifes
& Suiffes, qu'on avoit fait venir de leurs
quartiers le 13. pour travailler à empêcher le
progrès du feu de la Forêt de Fontainebleau ,
qui a duré quelques jours. Le Roi paffa à
la tête du Camp , & S. M. s'étant arrêtée à la
droite , elle vit décamper ces Troupes , qui
après avoir défilé devant le Roi , prirent le
chemin de Paris , & arriverent le lendemain à
leurs quartiers.
Le 19. de ce mois au matin , on reçût avis
à Fontainebleau , par un Courier dépêché de
Rome par le Cardinal de Polignac , que le Pape
avoit tenu le 11 Septembre un Confiftoire,
dans lequel S. S. avoit nommé Cardinal l'ancien
Evéque de Fréjus , Miniftre d'Etat , cidevant
Précepteur du Roi, auquel S. M. avoit
accordé fa nomination au Cardinalat.
La Reine d'Efpagne ayant refolu de voir
la Reine , pour lui faire compliment for le
réSEPTEMBRE
. 1726. 2157
>
rétabliffement de fa fanté , partit de Vincennes
le 23. Septembre pour aller coucher à
S.Cloud. Le lendemain 24 fur les quatre heures
après midi S. M. fe mit en marche
dans l'ordre fuivant. Le Caroffe de la Reine
attelé de. 8. beaux Chevaux noirs , dans lequel
elle étoit , & la Ducheffe de Sforce , fa
Camarera Major , fur le devant. Enfuite le
Caroffe du Grand Ecuyer , à fix Chevaux , où
étoit le Duc de Nevers , le Chevalier du
Bourg, Maître de la Garderobe,M. de Crecy ,
Premier Ecuyer , & M, Mafparo , Majordome
de femaine. Venoit après le troifiéme Caroffe
où étoient les Dames du Palais , à fix Che
vaux ; fçavoir , la Ducheffe de Nevers , la
Marquife d'Arpajou , la Marquife de Mailly,
la Marquife de Paulmy ; dans le qua
triéme Caroffe étoient les Camariftes de la
Reine. La Compagnie des Gardes du Corps
marchoit derriere le Caroffe de la Reine. On
avoit envoyé le matin un Détachement des
Gardes pour prendre les poftes & la droite
fur ceux de la Reine , felon l'ufage .
La Reine d'Efpagne arrivant à Verfailles , les
Compagnies des Regimens des Gardes Françoifes
& Suiffes ,battirent aux Champs, S. M.
fut reçue au bas de l'efcalier par le Marquis de
Nangis,Chevalier d'Honneur , & le Comte de
Telle , Premier Ecuyer de la Reine, par le Marquis
de Villacerf , fon Premier Maître d'Hôtel,
& les principaux Officiers de la Maifon.En entrant
dans la Salle des Gardes , la Reine d'Efpagne
fut reçûë par le Marquis de Baliviere
, Lieutenant des Gardes du Corps du Roi en
quartier auprès de la Reine. Après que Leurs
Majeftez eurent été affifes pendant une demie
heure que cette vifite dura , la Reine
d'Efpagne fut reconduite avec les mêmes ce- .
remo2158
MERCURE DE FRANCE.
remonies , & fut voir S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans , qui l'attendoit dans fon
Appartement. Après quoiS.M.C.retourna coucher
à S.Cloud : Le 25. elle revint à Verſailles,
dans lemême ordre de marches,pour voir jouer
les eaux , & puis retourna à S Cloud , d'où
elle fe rendit le 27. à Vincennes.
Le 20 de ce mois , la Reine alla de Vetfailles
au Village de Nanterre , S. M. y fir
fes dévotions dans l'Eglife de Sainte Genevieve
, pour rendre graces à Dieu du rétablifement
de fa fanté.
La Reine , dont la fanté fe fortifie de jour
en jour , partit de Verſailles le 25. de ce mois
vers les onze heures du matin , accompagnée
des Dames de fa Cour & des Officiers de fa
Maifon , & alla dîner à Choifi chez la Princeffe
de Conti , premiere Douairiere , & concher
à Petit - Bourg , chez le Duc d'Antin.
S. M. y dîna le 26. & arriva le foir à Fontainebleau
en parfaite ſanté.
Le Maréchal Duc de Tallard , & le Maréchal
d'Uxelles , que le Roi a nommez pour
être de fes Confeils , entrerent le 25. au Confeil
d'Etat.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Sainte Menehoult.
Le 9. du mois dernier , vers les trois heures
après midi , on jetta les fondemens de la nouvelle
Ville de Sainte Menehoult , dans la haute
Champagne , l'ancienne ayant été entierement
ruinée par le feu le 7 Août 1719. Cete
te Ceremonie fut faite au bruit des Trompettes
& des Tambours , & au fon de plufieurs
Inftrumens , par M. Lefcalopier , Intendant
de la Province , & Frontiere de Champagne ,
qui
SEPTEMBRE. 1726. 2159
qui pofa la premiere pierre , & par M. Mathieu
, Confeiller du Roi , Lieutenant Particuiler
du Bailliage , & Subdélegué de M. l'Intendant.
On a mis dans la premiere pierre une
-Medaille du Roi en argent , fur laquelle eft
marqué cet évenement . Tout cela s'eft fait en
conféquence d'un Arreft du Confeil , rendu le
20 Septembre 1720.
Les Marchandifes apportées par les Vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , le Duc de
Chartres , le Neptune , & l'Apollon , dont on a
annoncé l'arrivée , fe vendront à Nantes , le
12 Novembre prochain & jours fuivans , au
plus offrant & dernier encheriffeur.
Le 20 de ce mois , il arriva à l'Orient un aùtre
Vaiffeau de la même Compagnie , appellé
la Sirene , venant de Pondicheri & Bengale.
Les Marchandiſes apportées par ce Vaiffeau ,
feront vendues conjointement & dans le même
temps que celles dont on vient de parler.
On a eu avis depuis peu que le s. Pierre ,
autre Vaiffeau de la Compagnie des Indes, ve-
- nant de la Chine , eft arrivé à S. Malo , richement
chargé. On attend encore dans les premiers
jours d'Octobre , l'Hercule . Vaiffeau de
la même Compagnie , venant de la Chine.:
REJOUISSANCES faites dans la Marine
pour l'heureux rétabliffement de la fanté du
F Roi. Extrait de diverſes Lettres.
A
De Breft , le 18 Aoust 1726.
Peine le Comte de Hautefort , Lieutenant
dant la Marine 5 eur les premieres nouvelles
du retour de la fanté du Roi , qu'il en fit
part à toute la Ville , qui les reçut avec un
zele tres - ardent ; & on fe prépara deflors, à
I vj une
2160 MERCURE DE FRANCE.
une fête generale , laquelle avec un air mili
taire & marin , a encore eu quelque chofe de
galant & de poli.
Elle fut fixée au rs d'Aouft. Dès le point du
jour tout fe mit en mouvement ; chacun fe
prépara par des induftries particulieres & par
des caprices ingenieux , à rendre la fête plus
univerfelle , plus éclatante & plus variée .
Le Comte de Hautefort préfidoi : à tous.
Sa maifon fut remplie de tout ce qu'il y a de
plus diftingué dans le Port. On fervit plufieurs
tables , où la propreté, le bon goût & la magnificence
fe faifoient également remarquer.
M. de Nogent raffembla chez lui tous les
Officiers de la Compagnie des Gardes du Pavilion
Amiral , & des Gardes de la Marine.
M. de Gouyon , Commiffaire General d'Artillerie
, raffembla de la même maniere tous
les Officiers du corps qu'il commande ; on
but par tout , & à plufieurs repriſes , la fanté
du Roi. Les vins les plus rares & les plus exquis
couloient en abondance.
Sur les cinq heures du foir toutes les troupes
de la Marine défilerent. Elles prirent leurs
poftes dans le Parc , le long du Magazin general
. Le Comte de Hautefort fe rendit enfuite
dans la Chapelle du Roi , avec tous les Officiers
du département.On y chanta le Te Deum
de la maniere la plus folemnelle ; & pendant
que l'air retentiffoit de cris redoublez de Vivi
LE ROY , on fit trois décharges de Moufqueterie.
On tira enfuite 150 Boëtes , & 200 coups
de Canon , en obfervant une forte de juftelle
& de modulation dans le bruit & l'ordre des
coups . On commença par les Canons de 6. de
12 & de 18 livres de balle , qui étoient rangez
le long des Magazins des vivres.. On tira en
fuite
SEPTEMBR E. 1726. 2161
fuite ceux du Fer à Cheval & de la Batterie
Royale , qui font de 36 & de 48 ; ce qui fat
fuivi de tous les Canons qui fe trouverent en
état dans les diverſes batteries , dont la Rade
de Breſt eft environnée.
La nuit arrivant infenfiblement , toute la
Ville fut éclairée avec beaucoup d'art & prefqu'en
même temps. Il n'y avoit gueres de
maifon où l'on ne remarquat quelque chofe
de fingulier. Celle de M. le Comte de Hautefort
mériteroit feule une longue defcription .
On voyoit fur la principale porte trois
grands tableaux , ornez de feuillages . Sur cefui
du milieu étoit peint un grand Mats de Navire
, élevé fur un débris de canons , d'affuts ,
d'ancres , de pouppes , de cordages rouez , de
proües , &c. le tout lié enſemble par des Feftons
de Laurier. Du milieu de ce Mats fortoient
quatre Monftres Marins , foûtenant
d'une main les armes du Roy , & de l'autre ,
une espece de Pavois , bordé de rouge , avec
cette Infcription : REGI IN PRISTINAM SANTTATEM
RESTITUTO NEPTUNUS GRATULATUR.
Le Tableau de la droite offroit des Néréides ,
fe joüant fur les Eaux , tenant d'une main des
Bouquets de corail , & de l'autre un grand
voile , que de petits amours fembloient faire
voltiger , avec ces mots : NEC Desunt Nau-
TIS SUA GAUDIA.
Celui de la gauche reprefentoit des Tri
rons avec des airs de tête , d'une grande beauté
; ils portoient en main la Conque qui leur
fert de trompette . On lifoit à l'entour : Er
BELLUM IN PACE MEDITANTUR. Le refte de la
m: ifon étoit éclairé avec beaucoup de goût, de
foin & d'induftrie ; c'étoient des morceaux
d'architecture ajoûtez l'un à l'autre , avec un
art merveilleux.
Les
1162 MERCURE DE FRANCE.
Les autres maifons de la Ville qu'on avoit
pris ſoin de décorer & d'embellir avec diftinction
, étoient celle de M. l'Intendant , celle de
M. du Guay Troüin , celle de M. de la Motte.
l'Hôpital de la Marine , le Jardin des Capucins
& le Clocher des Jefuites. L'oeil ne fçavoit
auquel de ces Edifices lumineux donner la
préference.
On tira pendant toute la nuit des Boëtes &
des Fufées , avec toute la précaution que demande
un Arcenal de Marine , & cette précaution
mérite fans doute d'être remarquée ,
car tout ſe paffa fans le moindre accident .
M. de la Motte , Commiffaire General de la
Marine , donna un grand fouper, où tout étoit
délicat & exquis. On avoit diftribué par fes
ordres , du vin aux troupes de la Marine &
à tous les Ouvriers du Port qui firent éclater
leur joye à leur maniere, Ce morceau de la
fête ne fut pas le moins applaudi.
Pour ne manquer à rien , le Comte de Haurefort
fit orner de Pavois , de Pavillons &
de Flammes la Flute du Roi la Baleine , qui
étoit entrée dans le Port peu de jours auparavant.
C'étoit une décoration de Marine qui
fit plaifir à tout le monde. La nuit on l'orna
de plus de 400 Fanaux , qui marquoient dans
l'obfcurité de la nuit , les Mats , les Vergues
& les autres manoeuvres du Vaiffeau qu'on
auroit crû tout prêt à mettre à la voile.
- De fon côté , M. de la Reinterie raffembla
le même jour tous les Officiers de la garnifon,
& fit chanter le Te Deum dans la grande Eglife.
On tira enfuite tous les Canons du Châ
teau , dout les remparts furent éclairez pendant
la nuit. Les troupes qui y font en garnifon
& la Milice bourgeoife , chaque Corps
dans fon pofte & commandé par fes Officiers,
firent
SEPTEMBRE. 1726. 216
firent trois décharges de moufqueterie. Ainf
la joye fut complete & univerfelle , & tout ce
qui pouvoit l'augmenter & l'affortir, fe trouva
réuni enfemble.
DE ROCHE FORT.
Mocneral
R. le Marquis de Sainte-Maure, Lieutenant
General des Armées Navales du Roi, commandant
la Marine à Rochefort, ayant reçû les
Ordres de Sa Majefté , par M. le Comte de
Maurepas , de faire chanter le Te Deum , il fe
rendit à bord du Vaiffeau , portant Pavillon
Amiral , avec M. de Beauharnois , Intendant
de la Marine , Mrs le Comte de Bethune & de
Villeluifam , Chefs d'Efcadre , & les autres
Officiers de Marine. Mrs de la Congregation
de S. Lazare , Superieurs du Seminaire des Aumôniers
, fuivis des P. Capucins , chanterent
folemnellement le Te Deum ; à la fin duquel
après trois cris réiterez de Vive le Roy , toutes
les Troupes de la Marine & celles du Regi
ment Suiffe de Karrer , rangées en bataille de
vant l'Amiral firent trois décharges de
Moufqueterie : à la fin de la derniere on commença
à tirer des Boëtes , qui furent fuivies
du bruit des Canons de la Batterie Royale &
des autres Batteries du Port. Mr de Beauhar
nois donna enfuite un magnifique repas aux
principaux Officiers de la Marine , ou les
Dames furent invitées . Ce repas auroit été
fuivi d'un Bal , fans la trifte nouvelle de la
mort de Madame la Duchefle d' Orleans .
DU HAVRE .
Er d'Aouft , M. de Benneville , Capitai
Life de Vaiffeau , Commandant de la Marine
au
2164 MERCURE DE FRANCE .
1
au Havre, reçut les ordres de la Cour de faire
chanter le Te Deum , en action de graces .
pour le rétabliffement de la fanté du Roi , &
ay joindre les réjoüiffances aceoûtumées . H
fixa le jour au 18. Ce jour - là , le plus beau
que l'on pouvoit fouhaiter , il fe rendit à fix
heures du foir avec Mrs les Officiers du Corps
a la Chapelle du Roi , dans l'Arfenal ; les
Troupes de la Marine y étoient fous les Armes
, leurs Officiers à la tête. Le Te Deum fur
chanté par les Peres Capucins , Aumôniers
ordinaires de la Marine , au bruit de trois décharges
de Boëtes , qui bordoient le baffin ,
d'autant de la Moufqueterie de l'Infanterie ,
& de trois Salves d'une batterie de 21 Canons
, dreffée exprès à la porte du Parc ,
joignant la Jettée du Nord - Oüeft . Tous ces
Mrs allerent enfuite au lieu appellé Beaure
gard ; c'eft une petite allée, compofée de deux
rangs d'arbres , dans l'Arfenal , entre la Ceinture
& le Baffin, qui fert de promenade & d'affemblée
, longue d'environ 15 toifes, & large
de 4 , depuis la grille du quartier S. François ,
jufqu'à une maifon qui la borne , contre la
quelle il y aune foge , avec des bancs autour
én dedans , dont la couverture fait un amphithéatre
, & qui a la mème étendue que la largeur
de l'allée , & 8 à 9 pieds de profondeur.
On avoit élevé fur la longueur de l'allée , le
plus haut que l'on avoit pû , une toille de
voile , en forme de Tente , parée en de lans de
Pavillons de differens Vaiffeaux ; & dans tout
le pourtour de cette Galerie ,tapilée de Pavois
fleurdelifez , regnoit un cordon de Fanaux
ou Lanternes qui pendient des branches
des arbres. A fon entrée , fur le Fronton,
étoit un Portrait du Roy , entouré & couron
né de Laurier, A l'autre bout , far le bord de
l'Amphi
SEPTEMBRE. 1726. 2165
-
Amphitheatre , étoit un autre portrait pareil,
avec même ornement , tous deux tres bien
éclairez. C'est là qu'on avoit dreffé deux tables
pour le fouper, une de 40 couverts & une
de 20 , pour éo Dames invitées , femmes ou
filles d'Officier de Mer & de Terre , celles des
principaux Magiftrats, les Dames les plus apparentes
de la Ville , & plufieurs Dames de
condition de la campagne.
On'avoit pratiqué une troifiéme table dans
toute l'étendue de la Loge , où Mrs les Offi
ciers qui aidoient à faire fervir les Damés , 82
Tous les hommes connus , qu'on avoit laiffé
entrer , alloient manger.
Les Tables furent toutes couvertes à fept
heures & demie , tres - proprement & abon
damment. M. de Beauvoir , Lieutenant de Rof
au Gouvernement , le Gouverneur de la Tour ,
les Chefs du Genie & de l'Artillerie qui étoient
priez , furent mis à la grande Table . Avant
que de commencer le repas , tout le monde
étant debout , on prit la liberté de faluer la
fanté du Roi que M. de Benneville porta , &
chacun à fon imitation caffa fon verre après
avoir bû . Cette fanté fut celebrée dans le même
moment par une décharge des Boëtes du
Baffin , & une autre de la Batterie de la Jettée.
Les vins de Bourgogne & de Champagne ne
furent point épargnez. Une Simphonie placée
fur l'Amphiteatre ne ceffa point pendant tout
le foupé , ainfi qu'une Fontaine de vin pour
le peuple , placée à une grille de l'Arfenal.
Un grand Vaiffeau, placé au milieu du Baffin
, chargé de plus de 300 Fanaux , & rangez
avec art , depuis la tête des Mats jufques à
l'eau , où les lumieres fe repetoient , faifoit un
point de vûë admirable.
A dix heures on fe leva de table , à caufe
de
1166 MERCURE DE FRANCE.
de la Marée ; toute la Compagnie fe rendit à fa
Maifon de Ville , pour voir un feu d'Artifice,
préparé fur la Jettée du Sud- Eft , le Port entre
deux. Le Dragon qui y devoit porter le feu
étoit à une des fenêtres de la maiſon. Made
moiſelle de Rancé , fille de M. de Rancé , Capitaine
de Vaiffeau.qui s'étoit bien voulu char
ger de faire les honneurs du refte de la journée
, reçut de la main de M. de Benneville , la
mêche avec laquelle elle l'alluma , & il alla
rencontrer l'Artifice avec jufteffe , quoique la
communication fut plus de 200 toiſes. Le feu
allumé , on y lifoit aifement des Vives le Roy
& le nom de Sa Majesté. Il fut tres -bien exe
cuté. Les Fufees , les Pots -à - feu qui brûloient
dans l'eau , firent durer ce plaifir près d'une
heure & demie , après quoi on fe rendit à l'Intendance
où l'on avoit meublé proprement &
bien éclairé de Bougies une grande Salle pour
le Bal ; les Dames n'y manquerent point de
liqueurs rafraîchiffantes, ni les hommes de via
& de viandes froides ; & on dança jufqu'à cinq
ou fix heures du matin, Ainfi finit cette grande
fête , à la fatisfaction de tout le monde.
MR
DU PORT LOUIS.
De Calais , c.
R le Comte de Maurepas , ayant adreffe
à M. du Parc , Capitaine de Vaiffeau ,
Commandant la Marine au Port Louis , les
ordres de faire chanter le Te Deum, pour rendre
graces à Dieu du rétabliffement de la fanté
du Roi , ce qu'on executa le 14 de ce mois.
La grande Eglife de ce Port fut remplie des
Officiers de terre , de mer & des habitans. La
même ceremonie fut faite au Port de l'Orient ,
par les Officiers de la Compagnie des Indes ,
au
SEPTEMBRE. 1726. 2167
u bruit du Canon des Vaiffeaux & du Port.
M. de Norey , Capitaine de Vaifleau , qui
commande la Marine à Calais , a fait auffi chanter
le Te Deum le 15. dans la Paroiffe de cette
Ville. On fit décharges de Moufqueterie , &
autant des Canons de la Batterie du Cap Gris ,
qui eft de 21 pieces , & 3 du Fort - Rouge , qui
eft de 15 Canons
3
M. de Moiffet , Capitaine de Vaiffeau , commandant
la Marine à Bayonne , a auffi fait
chanter le Te Deum ; & tout le Corps de la
Marine de ce Port a donné des marques de la
joye que doit caufer le retour d'une fanté aufff
prétieufe .
Réjouiffances faites au Pug.
M. l'Evêque du Puy fit publier un Mandement
le 22. du mois d'Août dernier dans
fon Diocèfe , pour y faire chanter le Te Deum
en action de graces du rétabliffement de la
fanté du Roi, Ce Prélat en fit la ceremonie
le 25. du même mois , Fête de S. Louis , dans
la Cathedrale , où il officia pontificalement,
Les Magiftrats & le Corps de Ville y affifterent
en Robbe rouge , fuivant l'ufage.
M. l'Evêque donna enfuite une Fête à la
principale Nobleffe du Pais , qu'il avoit fait
inviter. Elle fe rendit au Palais Epifcopal
pour l'accompagner à l'Hôtel de Ville il
avoit en y allant le Juge Mage à fa droite
& le premier Conful à fa gauche. Une nom
breufe Compagnie de Bourgeois fous les arle
précedoit au bruit des Tambours , des
Trompettes & des Hauts- Bois. Il fut com .
plimenté en arrivant à l'Hôtel de Ville , d'où
il fortit peu de temps après pour allumer le
feu que l'on avoit élevé dans la Place. On
mes ,
en1158
MERCURE DE FRANCE .
entendit alors une falve des canons de la Ville.
Ce Prélat remonta enfuite dans la grand Salle
de la Maifon de Ville , d'où il alluma le Feu
d'artifice , par le moyen d'une lonque fufée,
dont l'extremité reprefentoit une Colombe
éployée.
Après cette ceremonie , M. l'Evêque revint
à fon Palais , accompagné de la même Nobleffe
, & precedé de deux Gompagnies de
Dragons du Regiment de Languedoc, les Capitaines
à la tête . Toute la façade de l'Evêché
étoit illuminée d'un grand nombre de
Lampions , dont une partie reprefentoit fur le
grand Portail , les Armes de Sa Majeſté , fur
montées d'un Soleil d'or , avec cette Infcription
: A Deo datus , à Deo redditus. La Place
nommée le Fort , qui répond à la façade
du Palais , étoit pareillement éclairée de toutes
parts. On y avoit preparé un Feu d'artifice
d'une ftructure toute nouvelle , qui fut
tiré au fon des Hauts- Bois & de routes fortes
d'Inftrumens de Mufique.
On fit couler enfuite deux Fontaines da
vin , placées fur les deux angles de la corniche
du Bâtiment. Après ces témoignages de
joye publique , on fervit magnifiquement , fur
les dix heures du foir , quatre Tables de
vingt couverts chacune , dans la grande Salle
de l'Evêché .
On écrit de Lunel , Ville du Languedoc ,
Diocèle de Montpellier , que le 8. Šeptembre
les Habitans s'y font fort diftinguez par
des réjoui fances fur le retour de la fanté du
Roi & de la Reine ; ils firent , entre autres.
chofes , des Joutes dans le Baffin de leur Canal
éxercice qu'on n'avoit pas fait depuis
plus de so. ans .
Seize hommes mariez & feize jeunes hom
mes
SEPTEMBRE . 1726. 2169
mes combattirent les uns contre les autres ,
dans deux Bateaux , conduits par fix Rameurs
chacun , à l'extremité defquels il y avoit une
élevation de dix pieds de hauteur de l'eau , fur
laquelle fe tenoit debout le Combattant, armé
d'une lance & d'un Bouclier.
Tous les Combattans étoient armez & habillez
d'une maniere uniforme , à la réferve
que les hommes mariez portoient des noeuds
de Rubans , fontanges & bonnets rouges, &
que la jeuneffe en portoit de couleur bleue.
Les deux partis étoient armez de Lances de
leur couleur & de pavois ou Ecus décorez des
armes du Roy & de la Ville, avec des Devifes.
Les deux Troupes marcherent en très - bon
ordre par la Ville , accompagnées de Hauts-
Bois,Violons & Trompettes , & pendant la nuit
éclairées d'une grande quantité de flambeaux .
La Fanfare qui les accompagnoit au combat
ne ceffa point pendant les quatre heures qu'il
dura; le fpectacle en étoit des plus magnifiques
, tant par le grand nombre d'Etrangers
qui s'y étoient rendus que par la maniere
dont chacun étoit placé à l'entour de ce Baffin
, dont les bords s'élevent en amphitéatre ,
& qui eft le plus bel endroit du Royaume
pour cette efpece d'exercice. Les Spectateurs
furent forr contens de l'air affuré & de l'adreffe
des Combattans , qui firent infiniment
mieux qu'on n'avoit ofé l'efperer. Les Joûtes
furent terminées par des acclamations & des
cris de joye , & la victoire fut accordée à la
jeuneffe , qui s'eft eftimée beaucoup plus heureufe
d'avoir témoigné dans ce jour fon zele
pour L.M. que d'avoir remporté le prix , comme
elle a fait dans un combat , que pas un
d'eux n'avoit encore tenté.
BES
2170 MERCURE DE FRANCE.
************* **
BENEFICES.
Abbaye Commandataire de Larivour ,
Lordre de Citeaux , Diocèle de Troyes ,
vacante par le décès de M. l'Abbé de Vienne.
a été donnée à M. Paulin Palamede de Thelesfort
de Forbin Dopede , Prêtre & Aumônier
de Sa Majeſté.
L'Abbaye Commandataire de Valbenoîte ,
Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Lyon , vacante
par le décès de M. de Rochetaille , dernier Titulaire
, en faveur de l'Abbé de Gery de Saint-
Cyr, Prêtre , Grand-Vicaire de l'Archevêche
de Tours.
L'Abbaye Commandataire du Lieu- Dieu ,
Ordre de Câteaux , Diocfe d'Amiens , vacante
par le décès de M. du Caltelet , en faveur
de M. Pierre-Jean- Baptifte Duran de
Miffy, Prêtre du Diocèfe de Rouen , Grand-
Vicaire du Diocèfe de Meaux .
L'Abbaye Reguliere de Prieres , Ordre de
Citeaux , Diocèle de Vannes , vacante par la
démifion de Dom Melchior de Serent , en
faveur de Dom Jacques Noüel , Abbé de la
Charmoye , du même Ordre.
L'Abbaye de S. Saens , Ordre de Citeaux ,
Diocèfe de Rouen , vacante par la démiffion
de la Dame du Bouzet de Roquepine , en
faveur de Madame Anne Loüife Radegonde
de Loraine d'Elbeuf , Religieufe du même
Ordre.
Le Prieuré perpetuel de Moutons , au Diocèfe
d'Avranches , Ordre de S. Benoît , vacant
par la démiffion de la Dame de Servon
།
des
SEPTEMBRE. 1726. 2·171
des Arfis , derniere titulaire , en faveur de
Dame Marie de Vafly , Religieufe de cette
Maiſon.
L'Abbaye Commandataire de Fontguillem ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe de Bazas , vacante
par le décès de M. de Montesquieu , a été
donnée à M. Henry de Campet de Saujon ,
Clerc tonfuré du Diocèfe de Bourdeaux .
L'Abbaye Reguliere de la Charmoye , Ordre
de Cîteaux , Diocèfe de Châlons fur Marne
, vacante par la démiffion de Dom Jacques
Noüel , en faveur de Dom Simeon Hainault ,
Prieur & Religieux Profès de la même Ab
baye.
*******************
MORTS , NAISSANCES ,
LE
Mariages,
E 17. Juillet 1726. Claude Adrien de la
Fond , cy-devant Maître des Requêtes ,
mourut d'hydropifie à fon Château de la Fertéla-
Fond en Berry , âgé d'environ 46. ans. Il
étoit fils de Claude de la Fond , Seigneur de la
Beuvriere , S. Georges , Lazenay , Diou , Paudy
, la Ferté-la- Fond & autres Terres en Berry
Limafy- Brunvile en Normandie , & des
Laiffes près la Rochelle , ancien Maître des
Requêtes Honoraire , mort en 1719. Il avoit
été pendant 25, ans Intendant des Provinces
de Franche- Comté, & d'Alface , & de l'Armée
d'Allemagne : Il avoit une foeur qui fut
mariée au Marquis de la Trouffe , Lieutenant
General des Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit , Capitaine des
Gendarmes Dauphins , & Gouverneur d'Ypres,
dont eft forti une fille unique, mariée au
Y
Prince
2172 MERCURE DE FRANCE .
prince d'Acifterne , Seigneur Piemontois . Ce
Claude de la Fond avoit époufé Dame Philipette
Janne Bence , Baronne d'Oulm en
Poitou , Dame de Criqueville & du Breuil
en Normandie , dont il eut quatre fils , fça.
voir l'aîné, Claude - Adrien de la Fond, Maitre
des Requêtes , dernier mort , le fecond , Colonel
& Brigadier d'Infanterie , tué au Siege
de Lille en 1708. Le troifiéme , Capitaine de
Cavalerie , tué à Mantouë; & le quatrième,
Colonel d'infanterie , mort de la petite verole
à Paris , en 1717. Leur grand- pere étoit Jacques
de la Fond , qui avoit été hɔnoré d'un
Brevet de Confeiller d'Etat. Claude de la
Fond , qui vient de mourir , ne laiffe qu'un
fils unique , âgé d'environ fix ans , de fon
mariage avec Dame Marie- Anne - Loüife- Celefte
de la Riviere de Mur , l'une des filles
de M. Charles - Yves Jacques Comte de la
Riviere de Mur & de Ploëve , Gouverneur de
S. Brieu & de la Tour de Ceffon en Breta
gne , & de Dame Marie Françoife - Celette de
Voyer , Marquife de Paulmy , Vicomtelſe de
la Roche de Gennes, Baronne de Boifé. Mad.de
la Fond eft foeur de M. Charles - Yves Thibault
de la Riviere , Marquis de Paulmy, Meftre
de Camp de Cavalerie , & Enfeigne des
Moufquetaires du Roy. Dame Julie de Barberin
de Reignac fa femme , ett une des Dames
du Palais de la Reine Doüairiere d'Efpagne.
·
Le 26. Juillet , l'Abbé Boin , mourut à Paris
, âgé de 78. ans.
Philibert-Charles de Pas - de - Feuquieres .
Evêque d'Agde , Abbé de Cormeilles , eft
mort dans fon Diocèfe..
Charles-François Frederic de Monmorency-
Luxembourg, Duc de Luxembourg , de Montmorency
1
SEPTEMBRE. 1726. 2173
morency & de Pinay , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur &
Lieutenant General pour S. M. en la Province
de Normandie , mourut à Paris le 4. Août
âgé de 64. ans : fon corps fut tranfporté le
7. dans l'Eglife des Religieufes Capucines
où eft le tombeau de fes ancêtres. Le Duc
de Montmorency, fon fils aîné , lui fuccede
dans fes Titres , dans fes biens & dans le
Gouvernement de Normandie dont il avoit
la furvivance.
Louis - Pierre , Comte de Houdetot , Colónel
du Regiment d'Artois , Lieutenant pour
le Roi au Gouvernement de Picardie , mourut
le 10. Août , âgé d'environ 42. ans .
Jacques de Fortia , Chevalier , Seigneur du
Pleflis Clereau , Baron de Noüans , la Bouffaye
, Naitz , &c. Confeiller du Roy en tous,
fes Confeils , Prefident Honoraire en fon
Grand- Confeil , mourut le 12. Août en fon
Château du Pleffis , âgé de 70. ans.
*
le 22. Michel Morus, Prêtre , ancien Recteur
de l'Univerfité de Paris, ancien Principal des
Artiens du College Royal de Navarre , ancien
Profeffeur Royal , Emerite , & Doyen de la
Nation d'Allemagne , & ancien Grand- Prevôt
de l'Univerfité de Dublin , mourut à Pa
ris , âgé d'environ 86. ans.
Louis - Charles Gilbert , Chevalier , Con-,
feiller du Roi en tous fes Confeils , Prefident
en la Chambre des Comptes , Seigneur des
Breviaires , du Mas , Hollande , & c. mourut
le Août ,
23 . âgé de 72. ans.
*
(
Yves-Marie de la Bourdonnoye , Confeiller
d'Etat Ordinaire , mourut le 28. du mois dernier
, âgé d'environ 73. ans . S
Le 3. Septembre Damoifelle Françoile- Gabrielle
Bellide de Goefbriand , fille majeure ,
K feeur
2174 MERCURE DE FRANCE.
foeur du Marquis de Goefbriand , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General des
Armées de S. M. Grand-Baillif & Gouverneur
des Ville & Citadelle de Verdun , mourut
à Paris , âgée de so. ans.
Le 9. M. Guillaume Perrault , Secretaire
des Commandemens du Grand Prince de
Condé , ancien Grand-Maître & General Reformateur
des Eaux & Forefts des Duchez
de Bourgogne , Breffe , haute & baffe Alface ,
mourut âgé 89. ans.
Le 14. de ce mois , mourut à Paris , âgée
de 79. ans , Dame Marie Duraynier de Droué,
veuve de Charles , Marquis d'Etampes , Chevalier
des Ordres du Roi , Capitaine des Gardes
du Corps de feu Monfieur le Duc d'Or-
Ieans .
Le 16. âgée d'environ 78.,ans , Dame Marie
Françoile de Pompadour , époufe de François-
Marie, Marquis de Hautefort , Lieutenant
General des Armées du Roi , Chevalier des
Ordres de S. M. & Gouverneur de la Ville
& Château de Guife.
Le 23. Louis -Henry Redein de Biberé , Marechal
des Camps & Armées du Roy , Lieutenant
Colonel du Regiment des Gardes Suif
fes , mourut à Fontainebleau , âgé d'environ
64. ans.
Le 27. Juillet , une fille Juive , qui a embraffé
le Chriftianifme , fut baptifée par le
Cardinal de Noailles , dans l'Eglife des Nouvelles
Catholiques.
Le . de ce mois , une Princeffe , fille de
Louis d'Orleans , Premier Prince du Sang .
Duc d'Orleans , de Valois , de Chartres , de
Nemours , de Montpenfier , & c. & de Madame
Augufte Marie Jeanne , Margrave de Bade
Baden , fut ondoyée au Palais Royal , où elle
soit née le même jour. Dame
SEPTEMBRE. 1726. 2175
Dame Thecle - Felicité Bidal d'Als fed, Epoufe
de M. Jean le Nain , Chevalier , Baron
d'Alsfed , Confeiller du Roi en fes Confeils
Maître des Requêtes ordinaire de ſon Hôtel ,
accoucha le 31. Août d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Renée- Felicité
par M. Claude le Nain , Chevalier , Confeiller
du Roi , Correcteur en fa Chambre des
Comptes , & par Dame Renée - Elifabeth Pucelle
, Epoufe de Nicolas de Fremont , Chevalier
, Seigneur d'Auneüil , Marquis de Rofé
, Confeiller du Roi en fes Confeils , Maftre
des Requêtes , & c. fes Parrain & Marraine.
Dame Marie Voifin , Epoufe de M. Thomas
Dubois de Fienne , Marquis de Leuville,
Marêchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand- Bailly de Touraine , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , accoucha le 4.
de Septembre d'une fille , qui fut tenue far
les Fonts , & nommée Charlotte - Loüife
par M. Pierre- François Dubois de Fienne ,
Marquis de Givry , & par Dame Magdelai
ne Charlotte Voifin , Epoufe de Louis le Goux
de la Berchere , de la Rochepot , Chevalier ,
Seigneur de Chantenay , fes Parrain & Marraine.
Le Marquis de Mancini , frere du Duc de
Nevers , & la Marquife de Louvois , foeur du
Duc de Noailles , ont declaré leur Mariage,
& en ont reçu les complimens.
M. Guillaume de la Moignon de Montrevault
, Chevalier , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de
fon Hotel , fils de Guillaume- Urbain de la
Moignon , Chevalier , Seigneur , Comte de
Launay Courfon , &c. Confeiller d'Etat ordinaire
, & de Dame Marie- Françoife Melian
Kij époufa
2176 MERCURE DE FRANCE.
époufa le 29.Août Dame Marie-Renée de Catinat
, veuve de Jacques-Antoine de S. Simon,
Chevalier, Seigneur,Marquis de Courtaumer ,
Comte de Montreuil , &c. Colonel du Regiment
de Soiffons.
"
Le même jour , M. Nicolas Chaugy , Baron
de Rouffillon , Marquis d'Aigrevaut ,
Comte de Mufigny , Soulange & Longecour,
Seigneur de Cuffy , Hanneau , & c. Mettre de
Camp de Cavalerie , fils de Nicolas de Chaugy,
Baron de Rouffillon . & c. & de Dame Marie
des Champs de Maffilli , époufa Mademoiſelle
Louife - Charlotte de Bourbon , fille naturelle
de feu Monfeigneur Loüis , Duc de Bourbon,
Prince de Condé , Prince du Sang , & c. La
Nôce fe fit à l'Ile-Adam chez le Prince de
Conti.
EDITS , ARRESTS ,
SENTENCES DE POLICE , &c.
ARREST du 7. May; & LettresPatentes
fur icelui du même jour , regiftrées en la
Cour des Aydes le 13. Août 1726. Qui ordonnent
que le Fermier de la Marque d'Or & d'Argent
aura des Filieres propres à tirer & dégroffir
les Lingots qui feront portez au Bureau
de Argue , par les Maîtres Tireurs d'Or qui
n'auront point de Filieres à eux appartenantes,
& payeront Trente fols par Lingot du poids
de 5 à 45 Marcs , non compris les Vingt fols
pas Lingo: qui fe payent par tous les Tireuts
SEPTEMBRE. 1726. 2177
reurs d'Or ,pour la façon des Lingots qui paffent
audit Argue.
3
ARREST dus Juin , portant Reglement
pour la teinture des Draps , Serges & autres Etoffes
de Laine , dans toute l'étendue du Royaume.
EDIT du Roi , portant fuppreffion de l'Office
de Garde du Trefor Royal Triennal . Donné
à Versailles au mois de Juin 1726. Registré en
Parlement le 3. Juillet 1726
AUTRE , portant fuppreffion de la Charge
de Secretaire des Commandemens de la Reine ,
dont étoit pourvû le fieur Paris du Vernay. Et
création en titre de deux de la même Charge.
Donné à Versailles au mois de Juillet 1726, "
Registré à la Cour des Aydes le 29. Août.
AUTRE , portant fuppreffion de l'Office de
Greffier Confervateur Triennal des faifies & oppofitions
du Trefor Royal. Donné à Versailles
au mois de Juillet 1726. Regiftré en Parlement
le 3. Août.
LETTRES PATENTES, concernant la Forêt
de Compiegne. Données à Verfailles le 6.-
Juillet 1726. Par lefquelles le Roi ordonne
que les routes de la Forêt de Cuife , dite de
Compiegne , taut grandes que petites , mêmeles
chemins , feront inceffamment défrichées &
élaguées à pied droit dans toute leur largeur &
longueur , & que pour la facilité de la Chaffe
il fera percé treize nouvelles routes aux endroits
de ladite Forêt , & c.
ARREST de la Cour de Parlement du même
jour. Portant enregistrement des Lettres
Kiij Pilo
2178 MERCURE DE FRANCÈ.
Patentes accordées par le Roi au Chapitre Royal
de S. Marcel , pour la liquidation des droits de
lods & ventes & indemnitez dus par Sa Majefté
au Chapitre de S. Marcel , à caufe de la
Maifon de la Salpetriere , & de l'Hôtel des Gobelins
; & pour la nouvelle conceffion & rétabliffement
en faveur dudit Chapitre , de la haute
, moyenne & baffe Juftice dans l'étenduë du
Cloître de l'Eglife de S. Marcel , & la Juftice
baffe & fonciere dans l'étendue de fa directe.
LETTRES PATENTES , qui ordonnent und
vente pour l'Ordinaire 1727. de deux cent
quarante quatre arpens cinquante perches de
Bois , fcis dans le Parc de Verfailles , & Forêt de
Marly. Données à Verſailles le 8. Juillet 1726 .
ARREST du 7. Juillet , qui ordonne que
dans quinzaine du jour de la publication du prefent
Arreft , tous les Farticuliers qui jouent
de Privileges , Dons, Conceffions , Exemptions
& Immunitez , Droits de Peages , Bacs , Paſſages,
Pontonnages , Moulins , Foires & Marchez
, & autres , feront tenus de reprefenter les
Titres en vertu defquels ils jouillent deſdits Privileges
, faute de quoi & ledit temps paflé ik
feront nuls.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Huilles & Savons venans des Pays Etrangers
& des Fabrications du Royaume , ne feront
fujets à l'entrée dans le Royaume , qu'au feul
Droit porté par le Tarif du 18. Septembre 1664.
& en confequence dépofez dans des Magafins
convenus & choifis à cet effet , & qui feront
fermez à deux Serrures , de l'une defquelles les
Commis prépo ez à la pêrception defdits Droits,
feront Dépositaires.
ARREST
SEPTEMBRE . 1726. 2179
ARREST du même jour , qui permet aux
Communautez d'Arts & Métiers de lon Royaume
, d'acquerir les Maîtrifes qui restent à vendre
dans leurs Corps , foit pour les réunir ou
pour les vendre .
ARREST du 16. Juillet , qui proroge pendant
un an,à compter du premier Octobre prochain
la moderation des D.oits fur les Beures & Fromages
venans de l'Etranger , & fur ceux da
crû du Royaume .
ARREST du même jour , qui proroge pendant
un an , à compter du 23. Octobre prochain
la permiffion ci- devant accordée aux Negocians
François qui font le Commerce des Ifles
& Colonies Françoifes de l'Amerique , de faire
venir des Pays Etrangers des Lards , Beurres ,
Suifs , Chandelles & Saumons falez , fans payer
aucuns Droits.
DECLARATION du Roi , qui proroge jufqu'au
premier Septembre 1727. l'attribution
donnée aux Jurifdictions Confulaires , pour
connoître de toutes les faillites & Banqueroutes.
Donnée à Versailles le 21. Juillet 1726.
Regiſtrée en Parlement le 31. du même mois.
ORDONNANCE DE POLICE du 27. Juil
let , qui fait défenfes à toutes perfonnes de faire
leurs ordures , & d'apporter aucunes immondices
le long des murs des rues Clopin , du Petit
Champ , & autres adjacentes , Fauxbourg
S. Marceau , à peine de Vingt livres d'amende
& de punition exemplaire.
SENTENCE DE POLICE du 2. Août , qui
défend aux Revendeufes de s'attrouper dans la
ruë
2180 MERCURE DE FRANCE.
•
rue S. Honoré & autres l'eux circonvoifins , &
en condamne neuf en Quatre livres d'amende
chacune.
AUTRE dudit jour , qui déclare confifquées
deux cens cinq bottes de Foin de moindre poids
que celui preferit par les Ordonnances ; & condamne
le Proprietaire en Dix livres d'amende.
AUTRE du même jour . qui condamne les
nommez Marie Girard , veuve Girard & foa
fils , en vingt livres d'amende chacun , pour
s'être immifcez dans la Vente & Courtage de
la Marchandiſe de Foin , & leur défend de récidiver
, fous peine de prifon .
ARREST du Confeil d'Etat Privé du Roy ,
du s. Août , Portant Reglement en faveur de
la grande Chancellerie du Confeil , & de celle
du Parlement de Bourdeaux , qui déclare nulles
les Affignations données au Grand- Confeil fans
Lettres du grand Sceau ; & condamne les Contrevenans
en l'amende au profit des Secretaires
de Sa Majesté.
ARREST du 6. Août , qui modere les Droits
d'Entrée fur le Thé , à dix fous la livre pefant
poids de Marc.
SENTENCE de Police du 9. Août , qui fait
deffenfes aux Chartiers & Voituriers d'embarraffer
la Chauffée de la Porte S. Denys , & Rues
adjacentes ; & leur enjoint de fe retirer dans la
Rue d'Orleans le long du Parapet.
AUTRE du même jour , qui condamne les
nommées Foubert , Bouchard , Laurent & Mauger,
en vingt livres d'amende chacune , pour
coatre
SEPTEMBRE. 1726. 2181
contre les deffenfes , avoir vendu des Reſtes de
Viandes cuites en Regrat .
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Simon , Aubergifte , en quarante livres
d'amende , pour avoir retiré chez lui plufieurs
Particuliers fans en avoir fait la déclaration.
ORDONNANCE de Police du même jour ,
concernant la Vente des Foins , & qui en fixe
le prix depuis dix - fept livres juſqu'à vingt- deux
livres le Cent.
ARREST du 13. Août , qui proroge pendant
le Bail de Pierre Carlier , qui commencera au
premier Octobre 1726. la moderation du prix
du Sel à quinze livres le Minot dans les Ĝreniers
du Briançonnois.
SENTENCE de Police du 23. Août , qui déclare
faifies au profit du Roy , plufieurs Bottes
de Foin nouveau , de poids plus leger que celui
preferit par les Ordonnances ; & qui condamne
à l'amende ceux fur qui elles ont été confifquées.
AUTRE du même jour , qui condamne la
nommée Poiry , Boulangere , en trois mille liv.
d'amende , pour avoir manqué à garnir de Pain
la Place qu'elle occupoit dans le Marché du
Cimetiere Saint Jean ; & la déclare déchûë pour
toujours de ladite Place.
AUTRE du même jour , qui condamne la
nommée Lemaire en quinze livres d'amende .
pour avoir troublé l'un des Jurez Controlleurs
de Foin en l'exercice de fes fonctions.
AUTRE du même jour , qui enjoint à tous
Ips
2182 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de la Ville & Fauxbourgs de París ,
d'avertir inceffamment les Commiffaires , des
Bleffez qu'ils auront panfez ; & qui condamne
le fieur des Effarts , Chirurgien , en cinquante
livres d'amende , pour y avoir contrevenu.
EDIT du Roy , portant fuppreffion de Iz
Charge de Sur- Intendant des Bâtimens , Arts &
Manufactures de France. Donné à Versailles au
mois d'Août 1726. Regiftré en Parlement le
30. du même mois .
EDIT du Roy , portant fuppreffion de la
Charge de Grand- Maître & Surintendant general
des Poftes & Relais de France, Donné à
Verſailles au mois d'Août 1726. Registré en
Parlement le 30. du même mois .
APPROBATION.
I'des Sceaux le Mercure de France du mois
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
de Septembre, & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ,le 4. Octobre 1726.
HARDION.
TABLE
Pleces fugitives. Saül , Poëme .
慈
195
Memoire hiftorique fur la Vie de Frederic
Guib.
Bouts - Rimez.
1965
1984
Lettre
Lettre au fujet d'une Critique de la fixiéme Sax
tyre de Boileau ,
Madrigal
1980
2005
Lettre écrite d'Amadan en Perfe fur le Siege
d'Ifpaham ,
Le Carnaval , Cantate ,
Remarque fur un paffage d'Horace ,
Bouts -Rimez ,
2002
2013
2016
2021
2022
Remarque fur la Terre de Château - Chinon ,
Epitre en Vers fur la naiffance du fils de M.
& c .
Nouveau Teleſcope ,
2024
2028
Sonnet , 2032
Lettre écrite fur une jambe de bois , &c . 2033
Bours Rimez propofez , 2038
Explication d'une Table d'Arithmetique , & c.
Rondeau fur le voyage de Madame ***
Lettre , &c..
Article des Enigmes ,
2039
2041
2042
2048
Séance publique de l'Académie de Bordeaux ,
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , &c. 2048
Diflertation fur la Cataracte › 2049
La triple expofition fur les SS. Evangiles , 2051
Dédicace critique des Dédicaces ,
Calendrier à roue perpetuel ,
2052
2055
Poëmes du Pere Porée , recitez aux Jefuites , &c.
Panegyrique de S. Louis , &c.
2056
2059
Académie de Petersbourg , Affemblée publi
que ,
Extrait de Lettre fur les Mathematiques ,
Lettre de Londres fur les moeurs , les Spectacles ,
2064
2065
& c.
2067
Machine mefurer le chemin.
pour que
fait un
Navire , 2069
Toilette de la Reine en argent doré , 2071
Era
Erectiond'une Académie à Marfeille ,
Chanfons notées , & c.
2077
2080
Spectacles , Extrait du Pastor Fido ,
Les Comediens Efclaves , Extrait ,
Nouvelles du Temps , de Turquie, &c.
2081
2112
2135
Mariages , Baptêmes & Morrs des Pays Etran.
gers , 215a
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2151
Service pour la Ducheſſe d'Orleans ,
Incendie à la Forêt de Fontainebleau ,
2154
2156
L'ancien Evêque de Frejus nommé Cardinal ,
ibid.
Vifite de la Reine d'Eſpagne à la Reine , ibid.
Réjouiffances faites pour le rétabliſſement de la
fanté du Roi , & c.
Benefices donnez ',
Naiffances , Morts & Mariages ,
2159
2170
2191
Edits , Arrefts , Sentences de Police , &c. 2176
Errata d'Aouft.
Page 1918. ligne 27. Frederic , lifez Ferdinand.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1960. ligne 13. les , lifez des.
1964. 1. 6. dans , lifez en.
Page 1992. 1. 5. Il repond , lifez je répons
Page 2026.1 derniere , fes , lifez tes .
Page 2030. 1.7 , diaphone , lifez diaphragme.
Fage 2050. 1. 2. du bas , Otheurs , 1. Orateurs.
Page 2071.1. 3. du bas , l'Eglife , 1. dans l'Eglife.
Page 2076.1. de mois , lifez de ce mois.
Page 2089. 1. 15. autre , lifez antre.
Page 2093.1. 5. d'une , lifez d'un.
Page 2121. 1.3 . pourroit , lifez pouvoit,
Page 2115.1. 10. de , lifez au
Les Chanfons notées regardent lapage
2080
John
Bigelow
tothe
Century
Association
DM
Merc
米IM
4
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUILLET 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT:
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
· NOEL PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'OL
MDCC. XXVI
Avec Approbation & Privi lege du Roy
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
335149
ASTOR, LENOX
A VIS.
TILDEN ' FOUND TONDRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU , 1905
.
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir fein d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
`copie.
а
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. Lo's ,
1515
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JUILLET . 1726.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
RE' PONSE à M. l'Abbé de Villiers, fur
l'aveu qu'il femble faire de fa vieilleffe.
Vers inferez dans le Mercure du mois
de Mai dernier
V
Ouloir déguifer fa vieilleffe ,
Eft for orgueil , c'eft petiteffe ,
Mais en fembler faire l'aveu ,
N'eft qu'un badinage & qu'un jeu :
A ij
Sant
1516 MERCURE DE FRANCE .
Sans befoin , jamais homme fage ,
Bien qu'incapable d'oublier
La décadence defon âge ,
N'a cru devoir la publier.
Un tel aveu , peu neceffaire ,
Doit , en honneur , s'il eft fincere ,
Faire paffer pour vrai vieillard ,
Ou , tout au moins , infpirer l'art ,
D'en avoir l'air & la décence ;
Par confequent , qui ſe dit vieux ,
Doit radoter par bienséance ,
Et par devoir être ennuyeux.
Or , pouvez -vous , la taille droite ,
N'ayant rien qui cloche & qui boite ,
Montrant de loin , comme de près ,
Jeune vifage , air , & teint frais ,
En vicille face décrepite ,
Soudain vous metamorphofer ?
Sinon , d'un difcours hypocrite
Donner lieu de vous accufer .
II
3.10 .
JUILLET . 1726. 1517
Il eft vrai , qu'au joug des Lunettes ,
Auquel , auffi vif que vous êtes ,
Vous paroiffez affujeti ,
Votre difcours femble afforti ;
Et que , de vieilleffe chenue ,
Pourroient encore être citez ,
Comme autre preuve reconnuë ,
Les faux cheveux que vous portez.
Mais , de ces fignes de vieilleffe ,
L'un n'en eft pas la preuve expreffe.
Souvent la foibleffe des yeux ,
Avant qu'ils foient devenus vieux ,
Prend le criſtal qui la foulage ;
Et d'un inftrument qui ſoutient ,
L'humble befoin faifit l'uſage ,
Dont le fade orgueil feul s'abftient.
L'autre figne ; loin qu'on le prene ,
Pour marque évidente & certaine,
D'un âge voifin du tombeau ,
Nul , jeune ou vieux , ne fe croit beau ,
A iij
Nul
1518 MERCURE DE FRANCE.
Nul aujourd'hui n'eſt à la mode ,
Que fous le faix , jadis honteux ,
Jadis à certains maux commode
D'une forêt de faux cheveux .
De la vieilleffe qu'on fe donne ,
Il faut , pour ne tromperperfonne ,
D'autres preuves , d'autres raifons ;
Il faut cracher fur fes tifons ,
Et là ,fans qu'on vous interroge ,
Bredouiller ( qu'on écoute ou non )
Sur le paffé toujours éloge ,
Sur le preſent toujours fermon.
諾
Vous donc , à qui l'on entend dire ,
Que la loiiange & la fatire ,
Qui n'ont qu'un leger fondement ,
Doivent déplaire également ;
Pourrez - vous , fans contrainte extrême ,
Comme vieux , ou tel vous difant ,
Paroître devenu vous - même ,
Et loüangeur , & médiſant ?
Vous
JUILLET 1726 1519
Vous , dont l'étude principale
Eft , de tenir toujours égale
Votre ame en paix , & d'eſſayer ,
En fage Chrétien , d'égayer
Toute adverſe & trifte fortune ,
Il faudroit , pour vous faire voir ,
D'une humeur hargneufe , importune
Vous voir changé du blanc au noir .
M
Ce ferabien une autre peine ,
Si , par hazard , de votre veine ,
Vous voulez tirer , profe , ou vers ,
Vainement de tous vos hivers ,
Pour prouver votre âge imbècile ,
Ferés-vous le dénombrement ,
Tant que vous écrirez d'un ſtile ,
Qui vous trahit & vous dément,
Comme vieux corbeau qui croaffe ,
Il faut que toujours à la glace ,
En figne d'un âge avancé ,
Votre ton foit dur & forcé;
A iiij
De
7520 MERCURE DE FRANCE
De mots étonnez d'être enfemble ,
g
A moins qu'un fuperbe Clinquant ,
De radotage ne vous ſemble ,
Un figne encor plus convainquant.
C'eft- là ,furtout , c'eft-là l'effece ,
Où vous voyant en chaque piece ,
Faire briller à tous propos
De feux follets phraſes & mots ;
On croira que ce verbiage ,
Si cher à tant d'Auteurs récens ,
Marque , en vous , le déclin de l'âge ,
Comme en Eux , celui du Bon fens.
諾
Si vous étiez du goût bizare ,
Qui , fans les entendre , déclare ,
Qu'il faut, qu'Auteurs Grecs & Romains ,
A nos modernes Ecrivains
Cedent la palme diſputée ;
Bien -tôt , par l'éclat ſpécieux
D'un peu de crême fouettée ,
On vous croiroit pire que vieux.
Mais
JUILLET. 1726. 1521
Votre opiniâtre genie ,
A trop fait voir , quelle manie
De l'amour de la verité ,
Vous a , dès l'enfance entêté ;
Et , fuffiez -vous plus vieux encore ,
Vos feuls difcours feroient douter ,
Que vous puffiez , vieille pecore ,
Loin du bon fens vous écarter.
潞
Croyez-moi donc , laiffez votre âge ,
Faites taire le vain langage
Dont , affectant de l'avouer ,
Vous croyez qu'on doit vous louer.
Quelle que foit votre vieilleſſe ,
Bornez - vous à la déclarer ,
Par les vertus que la Jeuneffe ,
Semble aujourd'hui prefque ignorer
A Y EN
1522 MERCURE DE FRANCE .
EN QUOI CONSISTE LE RIDICULE.
FRAGMENT.
De M. l'Abbé de Saint Pierre.
ON
N demande une définition , qui
convienne à toutes les especes
de
Ridicule , fans fçavoir fi la chofe eft
poffible : car il peut bien être qu'il y ait
plufieurs efpeces de Ridicules , qui demandent
chacune leur définition , ainfi
il fembleroit qu'il faudroit être fûr d'avoir
une lifte complette de toutes les ef
peces , avant que de pouvoir être für de
donner une definition qui foit convenable
à toutes ; cependant je vais en propofer
une qui s'eft trouvée convenir à
toutes celles qui me font venues dans
l'efprit.
Définition.
J'appelle ridicule l'action , la conduite,
P'habillement , les manieres , & c. de celui
qui fe pique d'employer des moyens
finguliers pour arriver à quelque fin ,
quoique ces moyens n'ayent aucune proportion
, ni aucune efficacité pour cette fin,
он
JUILLET. 1726. 1523
ou quoiqu'ils doivent produire naturellewent
un effet oppose.
Explication de la Définition.
>
1 °. Je dis , j'appelle ridicule , pour
ne pas prétendre ôter aux autres la liberté
, ou de faire une autre définition
ou d'ajoûter , ou de retrancher quelque
chofe à celle- ci ; cette maniere de définir
, en difant j'appelle , me paroît moins
fujette à conteftation , & par confequent
plus raifonnable.
2. La conduite eft un tiffu d'actións ,
mais une feule action d'un homme peut
être ridicule auffi -bien que fa conduite.
3 °. Il faut pour meriter la mocquerie,
fe piquer de quelque chofe , & s'en piquer
mal à
propos.
4º . Celui qui ne fe pique de rien ,
qui n'a rien de fingulier dans fa conduite ,
qui n'affecte rien de particulier , qui fuit
le train commun & les erreurs communes
, qui employe les moyens ordinaires
› peut fe tromper comme les au
tres dans les moyens qu'il prend pour
arriver à la fin , fans tomber dans le ridicule
, & fans meriter d'être moqué ;
celui qui dans le choix de fes moyens
affecte une fingularité , prouve qu'il prétend
en fçavoir plus que les autres ,
A vj
celui1524
MERCURE DE FRANCE.
celui - la tombe dans le ridicule.
5. Le ridicule paroît d'autant plus
grand , qu'il paroît d'un côté plus de préfomption
dans celui qui y tombe , & de
l'autre plus de difproportion , & d'inefficacité
dans les moyens finguliers qu'il
employe pour arriver à fa fin .
Application.
On peut prefentement voir dans les
Scenes , où les Comiques reprefentent
les ridicules , fi cette définition convient
aux caracteres des Perfonnages ridicu
les.
Ariftofane prétend donner un ridicule
à Socrate pour avoir dit , que la puce
étoit de tous les animaux celui qui fautoit
le plus loin à proportion de la longueur
de fon corps ; mais comme Socrate
n'avoit donné cette remarque , ni
comme nouvelle , ni comme importante
, il ne meritoit pas le ridicule que
lui donne Ariftofane ; cela prouve , qu'il
eft facile aux Comiques & aux Plaiſans,
de donner des ridicules , en fuppofant
des intentions & des prétentions qui ne
font point.
Parcourir ici les Pieces de Moliere ,
& c.
Parcourir les differens ridicules où tom-
..
bens
JUILLET. 1726. 1525
bent les hommes , faute de fe connoître en
bonne gloire , en prenant pour une diftinction
précieuſe une diftinction qui n'est
d'aucune valeur , par rapport au feul but
précieux , qui eft de contribuer à
,
augmen
ter le bonheur de la Societé , c'eft unfond
inépuifable de ridicules.
Le méprifable.
Le ridicule eft méprifable , puifqu'il
ſuppoſe une erreur qui eſt un défaut , &
tout défaut eft méprifable , & plus l'erreur
eft groffiere , plus elle eft méprifable
; mais tout méprisable n'eſt
pas ridicule
, il faut que la préfomption foit
jointe à l'erreur.
L'erreur dans les autres n'eft que méprifable
, parce qu'elle ne nous coûte
point de mal ; mais le vice dans les autres
eft & méprifable & haïffable , c'eft
que c'eft un défaut qui nous caufe du mať.
Le baiffable.
Le haïffable n'eſt pas toujours ridicule,
l'avarice d'un Chef de Famille , qui fair
fouffrir la femme & fes enfans , eft un vice
; elle eft haïffable , mais elle n'eft pas
ridicule , c'eft que l'avare va à fon but ;
&l'on fuppofe que les moyens qu'il emem
1526 MERCURE DE FRANCE
employe pour y arriver , tel qu'eſt l'économie
exceffive , font efficaces & proportionnez
à la fin qu'il fe propofe.
1
On eft bien aife de voir tromper un
avare , parce qu'on le hait ; on lui donne
même une forte de ridicule , parce
qu'on fuppofe qu'il croit mal - à--propos
; qu'à caufe de fa grande défiance
il n'. pas poffible de le tromper : alors
c'eft une préfomption jointe à une erreur
; mais à dire le vrai , ce ridicule
n'eft pas grand, parce que l'on voit qu'il
étoit difficile qu'il évitât une tromperie
finement ourdie ; auffi le Spectateur goute
bien plus le plaifir de voir le vicieux ,
qu'il hait , puni de fon vice , que le plaifir
de le voir chargé d'un ridicule .
Le faux Ridicule .
Il y a des gens d'efprit , qui par jaloufic
& par malignité fe plaifent à tourner
tout en ridicule , c'eft qu'ils fuppofent
de l'affectation où il n'y en a point,
ils fuppofent de l'erreur où il n'y en a
point , tout ce qui brille les bleffe , tout
ce qui eft approuvé leur déplaît : comme
ils ont l'efprit malade , le vertueux , le
fimple , le fage , le fenfé , tout leur paroit
mauvais , ainfi ils ne peuvent prendre
le bon même qu'en mal , c'eft un ca
ractere
&
JUILLET. 1726. 1527.
ractere haïffable , tel fut le caractere d'Ariftofane
; ce caractere eft lui- même fufceptible
d'un vrai ridicule , en ce que le
faux plaifant fe donne pour deviner jufte
les intentions , & fe trompe groffierement
dans le jugement qu'il fait des autres
, & en ce qu'il porte à l'excès les
mauvais jugemens qu'il fait des perfonnes
les plus refpectables qu'il veut rendre
ridicules ; on pouroit en mettre quelques
Scenes fur le Theatre , où un pareil
caractere , qui veut tout tourner en
ridicule , feroit lui-même un caráctere
affez ridicule ; on pouroit l'appeller le ·
Mifantrope ridicule , il réüffiroit peutêtre
mieux , & feroit plus utile que ce
Milantrope vertueux que Moliere a mis
fur le Theatre.
Contrefaire , bas ridicule , & fouvent
faux Ridicule.
Rien n'eft plus aifé à certaines perfonnes
vives & de peu d'efprit , que de
contrefaire la voix , les geftes , les mines
, le parler , le marcher , le rire des
autres ; c'eft encore un faux Ridicule ,
puifque la perfonne la plus fage , la plus
fimple , la plus éloignée de toute affec-
, peut être ainfi traduite en ridicule;
la repréſentation , fi elle eft parfaite,
1528 MERCURE DE FRANCE.
te , fera rire ceux qui connoiffent parti
culierement la perfonne , parce que toute
repréſentation plaît , & on rit en admirant
la perfection de la repréſentation ;
mais dans le fond la perfonne repréfentée
n'en eft pas plus méprifable , & n'en
eft pas pour cela moins eftimable & moins
aimable ; cet art de contrefaire , quand il
eft employé pour ridiculifer des perfonnes
qui n'ont rien de ridicule , devient
une branche de faux ridicule.
Les Etrangers qui s'habillent mal à
notre mode , qui parlent mal notre Langue
; les Etrangers qui fe coëffent mal ,
font rire les enfans & les petits efprits ,
faux ridicule .
Je tiens la définition du Ridicule prefqu'entierement
des Reflexions d'une Dame
de beaucoup d'efprit , j'ai crû qu'il ne
falloit pas laiffer perdre fa penfee , &
qu'il feroit utile à la Societé de donner à
d'autres des ouvertures pourfaire des Applications
de cette définition , & pour
éclaircir de plus en plus la matiere.
ن م
Ces fortes de fragmens ont leur merite
, ils font courts , & donnent à mediter
à ceux qui font capables de meditation
; ceux - ci ajoûtent à l'Ouvrage , au
fragment qui eft déja bon , ils le corrigent
, & c'eft ainfi que les Ouvrages hu.
mains , en paffant de generation en generation
JUILLET. 1726. 1529
neration par diverſes mains , avancent
toujours vers la perfection , & fervent à
perfectionner fans ceffe la raifon humaine
.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶尜
LA GUERRE
.
POEME .
Quellefatalité , fe jouant des humains ,
Arme toujours contr'eux leurs homicides mains !
Et joint aux maux divers qui confument leus
vie ,
Le trouble & les horreurs dont la Guerre eft
fuivie !
L'Ours ne craint point de l'Ours l'âpre ferocité.
Du Tigre furieux le Tigre eſt reſpecté .
Contre les Animaux d'efpece differente ,
Ils tournent les efforts de leur dent menaçante!
L'Homme ennemi de l'Homme , & fon lâche affaffin
,
Fait confiſter ſa gloire à lui percer le ſein
Il eft , & fur ce point déplorons nos miferes ,
Il eft entre les Rois des combats -neceffaires .
D'un
1530 MERCURE DE FRANCE.
D'un Monarquepuiffantla vafte ambition ,
Fait armer fes voifins contre l'oppreffion .
Mais c'eft aux Potentats , que la fageffe anime ,
A juger d'une Guerre injufte ou legitime .
Oui , Princes , des Mortels confiez à vos foins ,
Le fang ne doit couler qu'aux plus preffans befoins.
C'eft peu que vous rendiez vos armes équitables
,
Il faut qu'au Peuple encore elles foient profitables.
Par fon intereft donc vous laiffant captiver ,
Ne l'expofez jamais que pour le conferver.
Et fongez que du Ciel la fagefle profonde ,
Vous a fait Souverains , & non tyrans du monde.
Quoi donc? Un titre vain que l'orgueil vient
offrir ,
Un nom de Conquerant qu'un Roi veut acquerir
,
En un gouffre de maux plonge toute la terre!
Dans de vaſtes Pays il allume la Guerre !
Tout par la flamme , ou nâge dans le ſang !
Le Soldat effrené confond l'âge & le rang
Et la faim fecondant fon courage funeſte ,
Des vaincus fugitifs court moiffonner le refte !
!
Ainfi
JUILLET. 1726. 153 T
Ainfi d'un homme feul la barbare fureur ,
Fair de tous les humains un fpectacle d'horreur.
Sur leur deſtruction il éleve fa gloire,
Un Peuple libre encore irrite fa victoire.
Etfe livrant bien- tôt à ſon jaloux tranſport ,
Il fait fubir à tous , ou les fers ou la mort.
Monarques , loin de vous un fi fatal exemplc.
Confultez l'Eternel . Armez - vous dans fonTemple.
C'eft ainfi que David s'inftruifant de fa Loi ,
Dans les Guerres toujours fçut fignaler fa Foi.
C'est ainsi , devant Dieu , que le grand Theodofe
,
Avant que de s'armer, fanctifioit fa cauſe.
que dans les combats un Roy plein de ferveur
,
Du Souverain des Rois imploroit la faveur.
Lorfque des droits pefez au poids du Sanctuaire
,
Vous feront déployer l'Etendart militaire ,
Les premiers aux combats , affrontez les hazards
;
Servez à vos Sujets d'invincibles remparts ,
* Saint Louis.
Et
1532 MERCURE DE FRANCE .
Et montrant aux Soldats le chemin de la Gloi
re ,
Que votre augufte front préfage la Victoire .
Princes , j'ofe le dire , actifs , laborieux ,
Souffrez la faim , la foif, & le froid avec eux.
La fueur fur le front , & couverts de pouffiere ,
Aidez-les à fournir leur penible carriere.
Lorfque compatiffant il partage leurs maux ,
Un Roi de fes Soldats fait autant de Heros,
Et leur fervant toujours de guide & de modele ,
Au gré de fon ardeur il voit croître leur zele.
Voulez-vous enchaîner le deftin des combats
?
Donnez de vaillans Chefs à de vaillans Soldats
.
Animez - les furtout de vos regards fuprêmes.
Mais en comptant fur eux comptez plus fur vousmême
s;
Er toujours au combat prêts à les remplacer ,
Sçachez vous en fervir , fçachez vous en paffer.
Tel on vit Alexandre , ame de fon Armée ,
Au bout de l'Univers porter fa renommée .
Dans le feu , dans le choc , dans cet ébranlement
,
Qui jette dans les coeurs un noir preffentiment ,
Tran .
JUILLET. 1726 .
1726. 1533
Tranquille , audacieux , prévoyant , intrépide ,
Il fixe quand il veut fon courage rapide.
Attentif au fuccès , & prompt à décider ,
| fçait au même inftant , combattre & come
mander,
Et tandis que la mort avide & triomphante ,
Porte dans tous les rangs l'horreur & l'épouvante
,
Dans le coeur du Heros regne un calme profond
;
Et la ferenité fe répand fur fon front.
Princes , la Guerre abonde en fortunes di
verfes .
C'est le champ où le Ciel fema plus de traverfes.
Un Heros pour fa gloire a fouvent trop vêcu.
Brave , experimenté , Paul Emile eft vaincu .
Mais toujours furveillant , un fage Capitaine
Sçait fe mettre à couvert d'une attaque foudaine.
Du moindre évenement connoiffant tout le
prix ,
S'il peut être vaincu , jamais il n'eſt ſurpris .
Plus heureux , trouvez-vous la fortune propice
,
Ne vous arrêtez point au milieu de la Lice.
Dans
1534 MERCURE DE FRANCE.
Dans la déroute encor craignez votre ennemi.
C'eft n'être pas vainqueur , que de vaincre à
demi ;
> Marchez , courez , volez où le fuccès vous
guide ;
Un fleuve à qui tout cede en devient plus rapide.
Pourſuivez l'ennemi . Profitez des momens
Et campez au- delà de ſes retranchemens.
Annibal eft vainqueur. Cannes à ce grand
Homme ,
Affure les chemins , & la prife de Rome ,
Il n'a qu'à fe montrer. Terrible à ſes rivaux ,
Dans leurs murs , s'il le veur , il borne fes tra
vaux .
Mais joüiffant trop tôt du fruit de fa victoire ,
Il s'arrête & Capouë enfevelit fa gloire.
Son ennemi reprend fa premiere vigueur ,
Et bien- tôt les Vaincus triomphent du Vainqueur.
Cefar toujours actif après une conquête ,
Far une autre Victoire en celebroit la fête .
En vain de vos Rivaux la plûpart font foumis ,
Il faut pour triompher n'avoir point d'ennemis.
Toutefois fi la paix fixant vos adverſaires ,
Les conduit à vos pieds Supplians & finceres ,
MoJUILLET
. 1726. 1535
Monarques , fallut - il relâcher de vos droits ,
Bornez , même à ce prix , le cours de vos exploits
;
Calmez un ennemi que fa foibleffe allarme.
Que le repos public aisément vous defarme.
La Paix a fes Heros : & mieux que les lauriers',
Son Olive fouvent couronne les Guerriers.
Heureux qui confultant une juftice auftere ,
Triomphe fans orgueil , & combat fans colere :
Et qui vivant plutôt en Prince qu'en Soldat ,
De la feule équité fait fa raifon d'Etat.
Rien ne releve plus l'éclat du Diadême ,
Qu'un Roi qui met fa gloire à fe vaincre foimême.
Ainfi lorſque le Ciel exauçant vos ſouhaits ,
Répand dans votre camp les douceurs de la Paix,
Princes , que vos Soldats trouvant en vous un
Pere ,
Goûtent de leurs travaux l'heroïque falaire ,
Et pour les élever au comble du bonheur ,
Diſtribuez vos dons par les mains de l'honneur .
Mais furtout accueillez dans des retraites sûres
,
Tous ceux qui font chargez ou d'ans ou de
bleffures .
C'eft
1536 MERCURE DE FRANCE
C'eſt par là que des fiens fut toujours adoré
Ce grand Roi , le dernier que la France a pleuré.
Princes , inftruifez - vous furun fi grand exemple .
Venez dans nos climats , & que votre oeil contemple
Ce féjour fortuné , ce fuperbe Palais ,
Où nos Guerriers admis & comblez de bien faits ,
Paffent tranquillement au ſein de leur patrie ,
Ce qu'un corps mutilé leur a laiffé de vie.
O Toi , que fit fleurir fon Regne triomphant ,
France , fous ce Heros que ton deſtin fut grand !
Ce Prince belliqueux craint fur la terre & l'onde,
T'eût peut - être élevée à l'Empire du monde ,
Si tous les ennemis prévenant leur malheur,
N'euffent par fa bonté defarmé fa valeur.
Dans fes projets toujours , prudent & magna.
nime ,
Gagnant de ſes voifins ou l'amour ou l'eſtime ,
LOUIS , à qui le Ciel compta de nombreux jours
Par d'heroïques faits en confacra le cours ,
Et couronné par eux d'une gloire immortelle ,
Des Prin ces de la terre eft le plus grand model .
ΤΑ ΝΕΤΟ Τ .
DES
JUILLET. 1726. | 1537
******************
LETTRE du P. Caftel, Fefuite , à M. de
la Roque , écrite à Paris le g.
Juin 1725.
MMay 1726. page 929. ) il y a
R , dans votre dernier Journal ,
une Lettre d'un Philofophe qui fe dit
Galcon , mais qui ne fe nomme pas.
Jeftime la Lettre , j'y répondrois fi elle
portoit fon nom ; mais ce n'eft pas à moi
d'avouer ce que fon Auteur n'a pas jugé
digne de fon aveu . C'eft affez de répondre
à ceux qui fe nomment ; encore même
je ne conviens pas que j'aye pris aucun
engagement là -deffus ; & quand je
l'aurois pris , vous comprenez facilement
que je ne pourrois y fuffire.
Mais pour les Anonymes , il eft bien
certain que je ne dois pas me commettre
avec des gens qui en m'attaquant à découvert
, fe metent eux -mêmes derriere
le mur. On dir tout ce qu'on veut lorf
qu'on peut le dre fans conféquence four
fon nom & pour la perfonne. Je parle
en general , & nullement pour celui qui
m'attaque aujourd'hui de la forte ; je ne
me plains as de fa maniere , elle eft
fort polie ,& comme il le dit lui . même,
B
Jana
1538 MERCURE DE FRANCE.
fans malice. Mais il me permettra de lui
dire , qu'à ce procedé , plus prudent que
naïf ou courageux , j'ai peine à le reconnoître
pour Gafcon : il ne tiendra qu'à
lui de me détromper.
Du refte , Monfieur , j'ay des raiſons
particulieres pour ne point autorifer
par
des réponses ceux qui m'écrivent des
Lettres anonymes dans votre Journal ou .
ailleurs , lorfqu'elles font peu polies ; car
il y a toutes fortes de gens dans la Répuque
des Lettres. Il ne me convient pas de
commettre mon honneur avec des perfonnes
qui renoncent au leur . Ce n'eft
pas là cependant le grand mal , car l'impoliteffe
ne nuit qu'à fon Auteur ; mais
vous ne croiriez pas le mauvais effet que
peut produire une critique polie , lorfqu'elle
eft anonyme. Il y a des gens qui
ont l'efprit & furtout le coeur fi envieux
& fi mal tourné , qu'auffitôt ils attribuent
ces fortes de critiques à l'Auteur même
dont elles attaquent le: fentimens fans
attaquer la perfonne.
C'est ce qui vient de m'arriver à l'oc
cafion de quatre Lettres , dont l'une , fur
le flux & reflux , a paru dan votreJour
hal il y a quatre ou cinq mois , à laquelle
j'ai répondu , & les trois autres
ont paru fous le titre de Lettre Critiques,
crites d'Angleterre , & c. comme fi j'avois
JUILLET. 1726. 1539
vois un grand befoin de contrefaire des
Critiques pour en avoir, & même de fort
polies . Mais il faut parler par faits .
Je prends donc cette occafion pour
avertir que la Lettre anonyme qui a paru
dans votre Journal fur mon Syftême
du flux & reflux general des Mers , eft
du R. P. Alexandre , Religieux Benedictin
du Monaftere de Bonne- Nouvelle
à Orleans , dont vous venez d'annoncer
le Prix qu'il a remporté fur la même
matiere du flux & reflux. Ce R. P. eſt
une perfonne de beaucoup de mérite
qui a un nouveau Syftême fur ce grand
Phénomene . Quelque contraire que ce
Systême foit au mien , je lui applaudis
fort volontiers comme à une nouveauté
bien trouvée , qui a fa vrai - ſemblance ,
& fuppofe beaucoup de fcience & de
génie philofophique dans fon Auteur.
On va l'imprimer à Paris , chez Babuty
& je compte que votre Journal rendra
compre de la Piece que l'Académie de
Bourdeaux vient de couronner..Je n'avois
point l'honneur de connoître le R.P..
Alexandre , lorfque je répondis à fa Lettres
mais peu de temps après il ſe fit
connoître à moi d'une maniere auffi polie
que fçavante .'
Pour ce qui eft des trois Lettres écrites
d'Angleterre , elles font de l'Auteur de
Bij L'Efai
1440 MERCURE DE FRANCE.
Effai d'une Philofophie naturelle , impri-,
mée chez G. Cavelier il y a , je penfe ,
deux ou trois ans : c'eft auffi l'Auteur du
Spectateur Suiffe , qui parut il y a quelques
années . Je ne le nommerai pas, parce
que la maniere polie dont il m'a attaqué ,
demande que je refpecte le fecret qu'il
m'a témoigné vouloir garder lui- même
Là- deffus ; mais il eft affez connu & du,
Libraire & de bien d'autres , il m'a même
dit qu'il s'étoit addreffé lui - même à vous
pour faire annoncer fes Lettres . J'avois
promis de répondre à fa Critique , qui
eft bonne & bien écrite , la réponſe eft
même minutée ; mais je ne me fuis pas
empreffé de la donner , lorfque j'ay vuvû
qu'il n'avoit point mis fon nom à fes
Lettres .
Je reviens à notre nouvel Anonyme
qui m'attaque fur le Clavecin oculaire
j'avoue même que je l'eftime aflez pour
ne le renvoyer pas tout- à - fait fans répon
fe. Il eft vrai que comme il fe cache , ma
réponſe fera un peu énigmatique .
Il paroît fouhaiter en faveur des fourds ,
qui ne laiffent pas , en effet , comme il le
dit , d'être en grand nombre , furtout ceux
qui ne veulent point entendre , qu'on
trouvât une machine, par le
moyen
de laquelle
ils pourroient jouir par les yeux
d'un entretien de plufieurs perfonnes qui
s'en
JUILLET 1726. 1541
Pentreparleroient. Or je lui annonce que
la machine eft toute trouvée, & que je
la lui communiquerai quand il lui plaira,
& lui indiquerai de bons faifeurs à grand
marché. C'est un grand fecret , fans doute,
mais il est éprouvé : j'avouë, au refte , que
j'en tiens l'invention d'un Maître Ecrivain.
Puifque j'ay la main à la plume ,
je profiterai de l'occafion pour faire une
reflexion fur l'injuftice de ceux qui fe
récrient fort contre les nouveautez pareilles
à mon Clavecin. Je les prie de
remarquer que leurs critiques , attaques ,
raifonnemens , penfées , bons mots , &
autres faillies contre ce Clavecin , font
encore plus marquées que lui au coin
de la nouveauté , & d'une nouveauté fufpecte
aux perfonnes d'efprit & de jugement.
Car s'ils y prennent garde , toutes leurs
penfées à cet égard font pofterieures à
la mienne, & voilà la premiere fois qu'ils
y ont penfé . Ils font fort heureux , fi tout.
du premier coup leurs décifions font dest
oracles fur une matiere affez délicate &
qui demande bien des préliminaires ;
pour moi , duffai - je rendre leur triomphe
plus complet , j'avoue que je n'ai pris la
liberté d'en parler affirmativement qu'après
vingt ans d'une étude affez opiniâtre
de tous les Arts & Sciences qui y
Bij ont
1542 MERCURE DE FRANCE .
ont rapport , & après trois bonnes années
de reflexion fur ce point particulier.
Quand ils traitent ce Clavecin de nouyeauté
, ils parlent fans doute pour euxmêmes
car bien furement il n'eft point
nouveau pour moi . Ajoûtez qu'en propo
fant ce Clavecin, je n'ai contredit perfonne,
& que je m'y fuis même aidé des decou
vertes de mes Prédeceffeurs or j'ay
toûjours penfe que pour contredire il
falloit en fçavoir plus que celui qu'on
prétend rectifier ; pour le moins faut- il
fçavoir l'état de la question , & fe donner
le temps d'y penfer , afin de ne me ve◄
nir point dire qu'avec des couleurs on
n'aura que des couleurs & jamais des fons,
& de ne pas prendre la fimilitude & l'analogie
pour l'équation .
Le voici précisément l'état de la queftion
dans fa propre idée geométrique. Il a
deux parties , ou même trois. i ° . La partie
fpéculative, felon laquelle les couleurs.
fuivent éxactement la proportion harmo
nique comme les fons . Notre Anonyme
me permettra de regarder ce point- là,
comme géométriquement démontré juf-,
qu'à ce qu'il ait lui - même géométriquement
démontré le contraire.
2º. La partie pratique , pour laquelle
je prétens qu'on peut ranger des couleurs
dans cet ordre ; violet , indigo , bleu ,
vert ,
JUILLET. 1726. 1543
vert , jaune , orangé , rouge , pourpre ,
avec leurs répliques , comme font rangez
l'ut¸ re , mi, fa , fol , la , fi , ut, & les
faire paroître fucceffivement , ou enfemble,
comme on fait entendre ces fons .
Qu'on m'en falle voir l'impoffibilité .
3. La partie utile ou agréable , que je
prétens égaler celle du Clavecin ordinaire
, dont le plaifir , puifqu'il faut le
dire , ne vient point du tout du fon , pris
comme fon , mais uniquement du mouvement
, de la meſure , de la régularité
de la proportion harmonique , de la combinaiſon
, l'ame fent les couleurs comme
les fons , n'eft- ce pas ? En voilà affez
pour qu'elle en fente la varieté , le changement
, & qu'elle en goute la régularité
& la proportion. N'eft- il pas déja de fait
que l'ame voit les couleurs & leurs divers
affortimens avec plaifir ? Et puis on
va me contefter qu'elle en doive voir
avec plaifir des affortimens plus variez
& plus réguliers. Je fuis fâché que ,
cela , fe foit dire des chofes extraordinaires
. On feroit bien mieux , fans tant de
chicanes , de fe hâter de faifir le nouvel
agrément qui fe prefente. Ars longa,
vita brevis , difoit Hippocrate , que je
donne , en finiffant , pour Medecin à ceux
qui voudront le prendre . Je fuis avec
beaucoup d'eftime , & c.
B iiij LE
dire ·
1544 MERCURE DE FRANCE .
*******************
LE SOLITAIRE,
ODE A ARISTE.
Oin de moi , fuperbes Portiques ,
Lplevermarjinindes Arts
Elevez par la main des Arts ,
Jardins ornez , Toits magnifiques ,
D'un vain Feuple amufez les avides regards ;
Icy mes Lambris font des Hêtres ,
Je vis fans fujets , mais fans maîtres ;
Les vaftes Mers , la Terre & les Cieux azurez
Les miracles divers que produit la Nature ;
Aux bords d'une Onde qui murmure
Occupent mon efprit dans ces lieux ignorez .
Que
les foucis , les vaines craintes ,
Affiegent les Palais des Grands ;
Qu'ils en reffentent les atteintes ,
Que leurs propres defirs leur fervent de Tyrans;
Que du fier démon du carnage ,
Tout ailleurs éprouve la rage
Il semble refpecter cet aimable ſéjour ,
:
Sans crainte & fans ennuis , fans foins & fans
allarmes ,
Loin
:
JUILLET. 1726. 1545
"Loin du bruit des Cours & des Armes ,
Je vois naître & mourir l'aftre brillant du
jour,
La nuit étend fes voiles fombres ,
Les Cieux de mille aftres femez
A travers fes épaifles ombres
>
De feux purs & nouveaux paroiffent animez ;
Au Très - Haut je rends mes hommages,
Dans ces imparfaites images ,
Mes regards étonnez découvrent fa fplendeur ;
Et par un noble effor abandonnant la Terre ,
Je vais au- deffus du Tonnerre ,
De l'Etre Souverain adorer la grandeur .
La nuit à pas lents fe retire ,
Je n'entrevois qu'un jour douteux
L'air s'éclaircit , l'humide empire
Ne peut plus dérober le Soleil à nos voeux :
Son Char attelé par les heures
S'éleve aux celeftes demeures ,
Dans le pompeux éclat du plus riche appareils
Les Oiseaux réveillez dans ces belles retraites,
S'uniffent au fon des Muzettes,
Бу Tout
15.46 MERCURE DE FRANCE.
Tour celebre à l'envi le retour du Soleil.
Ce grand Aftre me reprefente
La majefté de fon Auteur ;
Et fa lumiere bienfaiſante
L'amour & les bontez d'un Dieu Confervateur ;
Rofes , Jafmins , Heliotropes .
Cédres , Altiers , humbles Hyffopes ,
Citez , Plaines , Deferts , vous partagez les feux,
Avec un foin égal Dieu couvre de fon aîle ,
L'enfant foumis , l'enfant rebelle ,
Et commande au Soleil de luire fur tous deux 2
La Mer ici paroît tranquille ,
Je puis , à fes flots applanis
Confier ma Barque fragile ,
Sans redouter des vents les efforts réunis ;
Vain eſpoir , les ondes mugiffent ,
Le jour pâlit , les vents frémiffent ,
La foudre gronde , éclatte , embrafe les Vaiffeaux
;
Du monde féducteur , image naturelle !
La Mer eft bien moins infidelle
Je
JUILLET. 1726.. 1547
Je crais plus fes douceurs que le calme des
Eaux.
Je tourne mes yeux vers la terre ,`
Quelle foule d'êtres éparts,
Ouvrage que fon Globe enferre,
Faſtueufes Citez , invincibles Remparts ;
Riches Palais , vaftes Campagnes ,
Hôtes des airs & des Montagnes :
Vous , muets Habitans de l'empire des Mers ,
Et vous que fon amour a faits pour le con
noitre ,
ི་
Mortels , adorez ce grand Maître ,
Dont la feule parole enfanta l'Univers.
Solitudes impénetrables ,
Aux ardeurs du flambeau des Cieux , -
Bois antiques & venerables ,
Temples , Palais , Autels de nos premiers Ayeux ;
Mon ame à votre ſeule vûë ,
D'un faint refpe &t fe fent émuë ;
Avec vous fans témoin j'aime à m'entretenir ,
Couché nonchalament fous vos plus noirs ombrages
,
Je m'égare au de- là des âges ,
B vj
Et
1548 MERCURE DE FRANCE.
Er perce dans le fein du plus fombre avenir.
Rien ne trouble ma paix profonde
Et dans ces fauvages climats ,
९
Je crois feul habiter le monde ;
J'y décide à mon gré du deftin des Etats
Le Bronze rival de l'Hiſtoire ,
En vain veut fauver la mémoire ,
Des Princes , des Héros , fameux par leurs exploits
;
Le Bronze cede au temps , fes monumens périflent
,
Et je vois qu'avec eux finiffent
La gloire & la grandeur des Héros & des Rois.
Les Saifons , leur viciffitude ,
Dans le loifir dont je joüis ,
Font fouvent mon unique étude ,
Mes beaux jours , dis - je alors , font prefque
évanouis
Tandis que les Prez reverdiffent ,
Mes cheveux , plus rares , blanchiffent
Les fleurs dans nos Jardins renaiffent tous les
ans ,
Tous les ans je revois Flore , Cerés , Pomone ,
JUILLET. 1726. 1549
Je fuis déja dans mon Automne
Et , pour moi , je fens bien qu'il n'eft plus de
Printemps.
L'Hyver attrifte la Nature ,.
Les Oiseaux n'ont plus de Concerts ,
La Terre a perdu få parure ,
Heriffez de frimats , nos Champs font des Deferts
;
Lórfque les ans , beautez trop vaines ,
Glaceront le fang dans vos veines ,"
Vous perdrez ainfi qu'eux vos fragiles appas ,
Les plaifirs , les Amours ne fuivront plus vos
traces ,
Ils s'envolent avec les graces ;
Vos Lys mourront un jour & ne renaîtront pas.
Ces Torrens formez par l'orage ,
Ces tourbillons impétueux , :
Des vents l'effroyable ravage ,
Ces Monts couverts de nege & ce Ciel nébuleux
,
Vers mon foyer , tout me ramene ,
Là , fatisfait de mon domaine ,
J'entens autour de moi gronder les Aquilons ,
Et
1550 MERCURE DE FRANCE .
Et fous le toit ruftique , où le chaume me cou
vre ,
Humble toît préferable au Louvre ,
Je vois l'Onde en couroux inonder les Vallons.
Le monde ainfi s'écoule & paffe
Heureux qui fçait le mépriſer ,
Dès long- temps fon joug t'embarraſſe ;
Qu'attens-tu , cher Ariſte , ofe enfin le brifer ?
Viens me voir dans ma Solitude ,
C’et - là que fans inquietude ,
Nous pourrons à loifir chercher la verité :
On la voit ratement habiter à la Ville ,
0
Mais elle regne en un azile
Où la vertu s'accorde avec la liberté.
Viens dans ces demeures chéries ,
De l'innocence & de la Paix ;
Meres des douces rêveries ,
Elles auront pour toi les plus puiffans attraits ;
Que l'art prodigue les miracles ,
Dans ces éblouiffans Spectacles ,
Qui tiennent des mortels les regards enchantez :
Une
JUILLET. 1726. 1551
Une Fleur qui s'entrouvre , un Vallon , une
Plaine ,
Le pur criftal d'une fontaine ,
Vaudront pour nous l'éclat des plus belles Citez.
Le Pere Poncy , Jefuite.
Cette Piece a concouru cette année
pour les Prix des Jeux Floraux .
}
LETTRE écrite de l'Abbaye Royale de
de S. Denis en France , le 24. Juin
1726. par le R. P. Dom Thomas
Tallar , Religieux de cette Abbaye ,
furfa guerifon , operée par la vertu de
la Pierre d' Aiman.
E me rends , Monfieur , d'autant plus
volontiers à vos inftances , que je
croi le Public intereflé d'apprendre ce
que vous me demandez. Je ne pourrois
donc , fans quelque injuftice , refufer de'
l'informer du fuccès d'un remede ,' qui '
devient important par les effets qu'il a
produits . Mais pour garder quelque or- '
dre dans ma Lettre , il eft bon de repren
dre la chofe d'un peu haut , & d'entrer,
dans
1552 MERCURE DE FRANCE.
dans un petit détail neceffaire.
Vous fçaurez d'abord , que je nefuis
âgé que d'environ 29. ans , & quede -
puis plufieurs années j'étois d'une foibleffe
extraordinaire ; j'étois auffi continuellement
tourmenté de mouvemens
convulsifs qui me faifoient faire de frequentes
genuflexions . Quand j'étois même
affis , je frappois des pieds & des
mains , fans qu'on ait pû connoître la caufe
de mon mal , parce que ce qui devoit
le plus contribuer à me fortifier, fembloit
m'affoiblir car quoique je mangeaffle ,
& que je dormifle autant bien qu'on le
peut fouhaiter , loin de m'en trouver
mieux , c'étoit pour l'ordinaire immediatement
après mon fommeil , & après
mes repas que je me fentois plus indifpofé.
T
Cette foibleffe , qui dans les commencemens
fouffroit des interruptions confiderables
, étoit devenue prefque continuelle
depuis trois ans. J'eus dans cet
intervale une attaque de paralyfie , mais
qui n'eut point de fuites , pour laquelle
cependant on m'a fait prendre les Eaux.
dé Bourbon. Ces Eaux me procurerent.
une fanté parfaite , mais qui ne fut
de longue durée. Elle fut même fuivie
d'un mal qui duroit encore il n'y a que
fix femaines ; car au bout de deux mois
pas
i que
JUILLET. 1726. 1553
que je fus revenu de Bourbon , je commençai
à être attaqué d'une maladie convulfive
, qui me faifoit d'abord tomber
fur le côté droit , enfuite je tombai en
devant , en faisant les genuflexions dont
j'ai parlé , je fentis cinq ou fix mois
aprés quelque difpofition pour être attaqué
de même par les bras...
On crut alors , que l'unique moyen
de me tirer d'un état fi trifte , c'étoit de
me renvoyer aux Eaux de Bourbon , dont
je m'étois bien trouvé pour la premiere
fois ; mais au lieu d'y trouver le remede
à mes maux préfens , elles m'en cauferent
d'autres , que je n'y avois point
porté. A la verité , mes chutes , ou pour
mieux dire , les génuflexions aufquelles
j'étois fujet , cefferent dès que j'eus commencé
à boire de ces Eaux ; mais elles
recommencerent dès que j'eus difcontinué
d'en prendre , & fi elles me laiſſerent
enfuite tranquille pendant quelques
mois , elles recommencerent après avec
plus de violence. A ces génuflexions fe
joignirent des agitations violentes , qui,
à la faveur des remedes que je pris , me
donnerent quelque relâche ; mais depuis
la Fête de S. Loüis derniere , jufqu'au
commencement de l'Avent , elles furent
prefque continuelles , je veux dire feulement
qu'elles me prenoient tous les
jours
1554 MERCURE DE FRANCE:
jours une ou plufieurs fois . Ces agita
tions n'avoient jufqu'alors été que dans
les jambes mais mes bras commencerent
dans la fuite à en être attaquez .
.. Ce fut dans cette fituation , que le 27 .
de Novembre dernier , une perfonne me
confeilla de porter fur moi une Pierre
d'Aiman , parce qu'elle avoit lû quelque
part que cette Pierre arrêtoit les convulfions.
Je vous avoue , Monfieur , que
je me portai fans peine à en faire l'effai ,
parce que cela étoit aifé , mais ce fut fans
en concevoir de grandes efperances . Cette
perfonne en emprunta une , groſſe
feulement comme un petit oeuf de Pigeon
, mais bonne & bien armée. L'effet
en fut fi prompt , que , quoique je
fuffe alors très - agité , auffi- tôt que j'eus
cetté Pierre dans les mains , je me trouvai
tranquille , & même hors d'état d'être
agité comme auparavant ; je l'ai portée
depuis , & je n'ai aucune convulfion ,
je n'ai fait aucune génuflexion , & je n'ai
point frappé des pieds , je me fuis même
trouvé en état d'aller me promener avec
mes Confreres. Enfin je fuis à preſent
dans une affez bonne difpofition , il faut
cependant avouer que je fuis toujours
très -foible . Il eft à croire que l'effet de
cette Pierre n'eft point abfolument paffager
ou momentanée car je fuis quel
quefois
JUILLET. 1726 1559
quefois trois jours fans la porter , fans
que je m'en trouve plus mal . Voilà ,
Monfieur , toutes les lumieres que je
puis vous donner fur ma maladie , & fur
ma guerifon operée par cette Pierre ..
Je fuis , & c.
akak kakakakakak ak
EPIGRAM ME.
LE SERGENT HONNESTE HOMME
D
Ans un Spectacle étoit repreſenté ,
Maximien perfecutant l'Eglife ;
Illaiffercheoir un fer enfanglanté
Qui d'un Sergent froiffe la tête grife ;
Du Sbirre alors quelle fut la ſurpriſe !
La larme à l'oeil , on l'entend s'écrier ,
Quand les méchans ont fait une fottife .
Les gens de bien doivent-ils la payer è
LET
1556 MERCURE DE FRANCE,
MMMMMMMMM
*********
LETTRE de M. de Sully, aux Auteurs
du Mercure de France ; écrite de Paris
le 8. Juillet 1726 .
MESSIEURS
Plufieurs Sçavans m'ont fait l'honneur
de me communiquer des Remarques
, qu'ils ont faites fur la Defcription
d'une Horloge d'une nouvelle invention
que j'ai publié , & dont on a
donné des Extraits dans les Journaux , *
& je crois avoir répondu d'une maniere
allez fatisfaifante à toutes les objections
qu'on m'a faites jufqu'à prefent. Comme
cette maniere de critiquer les choſes
nouvelles eft utile & intereffante , &
que j'ai deffein de publier tout ce qu'on
m'écrira , qui foit digne d'attention fur
ce fujet , je vous prie , Meffieurs , de
vouloir bien inferer le Programme ſuivant
dans vos Recueils les Sçavans ſur
ces matieres pourroient s'exercer à loifir
à refoudre quelques - uns des Problêmes
:
Le Mercure du mois de Mai , & les Journaux
des Sçavans , de Trevoux & de Verdun
pour le mois de Juin .
qui
JUILLET 1726. 1557
qui s'y trouvent renfermez , & qui mesitent
peut-être que les Geometres du
premier ordre s'en mêlent. Au refte ,
les recherches aufquelles je les excite ,
ne font pas des chofes de fimple curiofité
: elles font d'ailleurs intereffantes &
utiles , & le Public auroit obligation aux
Sçavans qui voudroient fe donner la peine
de les faire .
Il eft abfolument neceffaire pour l'intelligence
des Problêmes fuivans , de
confiderer attentivement la Defcription
fufdite avec la Planche premiere qui
l'accompagne. Elle fe vend chez Briaf
fon , rue S. Jacques.
J'avertis auffi par cette occafion ,
qu'ayant pris des arrangemens pour faire
inceffamment les premieres expériences
de mes Horloges fur mer , je ne manquerai
pas de vous en communiquer les
premieres nouvelles , & je publierai auftôt
les Remarques des Sçavans , &
mes Réponses que j'ai promifes dans
Avertiffement de ma Defcription , avec
les particularitez hiftoriques des experiences
que j'aurois faites fur Mer ; ce
qui joint aux Memoires que j'ai lûs à
' Académie Royale des Sciences , pour
expliquer mon invention , fera la fuite
de mon Livre qui fera alors complet , &
d'environ 200. pages in 4 avec Figares.
Je fuis , &c. SULLY.
$558 MERCURE DE FRANCE.
CONDITIONS qui entrent dans l'Examen
geometrique de la Courbe , que
j'employe dans ma nouvelle Horloge,
dont les ufages font expliquez dans
une Brochure , avec Figures , que j'aî
publiée depuis peu , fous le titre de
Defcription d'une Horloge d'une nouvelle
invention , pour la jufte mesure
du temps fur Mer , avec quelques
Questions regardant des proprietez
phyfiques de cette Horloge .
I.
Pour
Our examiner geometriquement la
Courbe , il faut la reduire d'abord
à fa plus grande fimplicité , qui eft ( le Balan
cier étant en équilibre ) un Poids fufpendu à un
fil infiniment flexible , perpendiculaire à l'horifon
, & tangente fucceffivement à tous les points
de la Gourbe.
2. Comme dans cette action le poids fufpendu
décrit auffi une Courbe , où il yyaa principalement
à confiderer la defcente du Poids , peut
être feroit-il bon de negliger d'abord l'accele
ration , qui ne laiffe pourtant pas d'entrer pour
quelque chofe dans l'action du Poids defcendant
& de ne confiderer le Poids à chaque
pointe de la defcente , que comme dans le premier
inftant de fon action.
3.* 5. On peut examiner enfuite pour combien
J'acceleration du Poids defcendant entré dans
fon action la quantité de cetre acceleration ,
o pequelJUILLET
. 1726. 1559
quelque petite qu'elle foit , étant encore diverfihée
, fuivant la grandeur des Courbes , les
temps des vibrations reftant toujours de même,"
ou fuivant les differens temps des vibrations ,
la grandeur des Courbes reltant de même ; &
encore fuivant que les arcs des vibrations détrits
, foit plus ou moins grands , la grandeur
des Courbes , & la durée des vibrations reftans
de même.
4. Quelles font les viteffes relatives , avec
lefquelles font parcourues toutes les parties proportionnelles
de l'arc de vibration indiqué par
faiguille.
5. Quelles font les viteffes relatives de la deftente
du Poids , répondantes à des arcs corref
pondans de la vibration , indiquez par la même
aiguille ?
6 Peut- on connoître les vîteffes relatives de
la defcente du Poids , rapportées à des arcs correfpondans
de vibration , fans premierement
connoître les diſtances du centre C de tous les
points de la Courbe , où le fil eft fucceffivement,
argent à chaque inftant de la defcente , ( ce qui
fuppofe la connoiffance préalable de la Courbe )
& peut-on connoître ces points , & par confequent
la Courbe même , fans avoir auparavant
les viteffes relatives de la de'cente ?
7. Le Balancier & la Courbe donnés , & faiſant
fur le même Axe une parfaite équilibre , quels
feront les rapports des Poids , pour faire déerite
les Arcs de Vibrations en 1. 2. 3. 4. OU 5.
fecondes chacun , en ne comptant pour rien
Pacceleration de la defcente du poids , & quels
feront les changemens faits dans ces rapports
par les differences de l'acceleration , fuivant ces
differens tems des Vibrations .
8. La Courbe trouvée dans ces circonftanes,
quels feront les changemens qui y ferout
apportez
1560 MERCURE DE FRANCE:
> apportez par l'application d'un Levier , au lieu
d'un Poids fufpendu comme cy- deffus , le plus
grand rayon de la Courbe étant d'un pouce ,
La longueur du Levier X-Z , de fix pouces , &
la longueur du fil C -YY. de même de fix poûces
?
9. Quels autres changemens encore feront
apportez par l'éloignement du même Levier , de
fix poûces , à une diſtance de C. donnée plus
ou moins grande , ou par un Levier donné plus
ou moins grand , pofé à la même diſtance de
fix pouces , comme cy- deffus , ou pour telle dif
tance de C. ou pour telle grandeur de Levier
qu'on veut ?
10. Quelles font encore les differences
de l'acceleration dans la defcente du Levier en
chaque cas , d'avec celle du Poids pour chaque
temps de vibration qu'on veut.
II. Trouver le centre d'ofcillation du Levier.
12. Trouver la Courbe pour chaque élevation
du même Levier & à même diftance , audeffus
ou au- deffous de la direction horisontale.
13. La vraie Courbe trouvée dans tous les
cas , trouver le moyen de l'exprimer numeriquement
par une fuite de rayons partans du
centre C. & répondant à des parties proportionnelles
du cercle du Balancier , qui-
C. pour centre.
14. De terminer en chaque cas à quelle
diſtance du centre C. paffe le fil tangent prolongé
fur chaque point de la Courbe , ou quel
eft le rayon du Balancier qui rencontre perpendiculairement
à chaque inftant la tangente
Prolongée,
15. Trouver une conftruction
de Levier ,
dont l'action feroit égale à celle du Poids cydellus
, à l'exception
feulement
de l'angle que fera le fil tangente , de côté & d'autre de la
ligne
TUILLET. 1726. •
156I
ligne C-YY. & trouver la Courbe qui lui convient.
Sur d'autres propriétez de cette Horloge,
qui méritent l'attention des Sçavans.
16. Le centre d'oſcillation da Levier & le
eercle d'ofcillation du Balancier étant déterminez
, fi l'ón ajoûte des Poids à ces points proportionnez
aux Poids totaux du Balancier &
du Levier, toute autre choſe n'étant de même,
cette addition des Poids apportera - t- elle d'autre
changement aux durées des Vibrations , que ce
qui vient de la quantité acceleratrice de l'action
du Levier, qui changera fuivant les variations
de l'action de la caufe Phyfique de la
pefanteur? Quelle fera encore cette quantité ,
& s'il y entre autre choſe , de quelle nature eftelle
, & quelle eft la quantité ?
17. Peut il arriver autre chofe par l'inégalité
de l'action de la pefanteur en divers endroits de
la furface du Globe Terreftre , que ce qui arrive
dans cette experience ?
18. Outre ce que peuvent faire fur cette Horloge
les mouvemens du Vaiffeau , fuppofant qu'il
y faffe quelque chofe de fenfible ; quelles font
ces caufes ou Phyfiques ou Méchaniques , qui
pourroient altérer la jufteffe de fon mouvement
, & quelles font les parties de la Machine
qui en feront les plus affectées ?
晶晶
C LA
1562 MERCURE DE FRANCE.
kakakakakakakakakakakX
LA CIGALE ET LA FOURMI ,
FABLE.
CIgale
ayant hérité
>
La récolte d'un Eté ,
Maintes gouffes amaffées ,
Maintes fleurs , maint petit grain ,
Qu'un Hancton , fon germain ,
Avoit , en mourant , laiffées
Héritiere de ce bien ;
Fiere de fon héritage ,
Elle ne penfoit à rien ,
Qu'à redoubler fon ramage ,
Et de chanter faifoit rage.
Comme vous fçavez fort bien
Cigale n'eſt pas trop fage ,
Ni trop habile en ménage .
Pour chanter foir & matin ,
Danfer & faire feftin ,
Bon cela , ce badinage
Eft affez à ſon Uſage.
>
La Fourmi , qui point ne dort ,
Et
JUILLEL. 1726. 1563
Et qui fans ceffe machine
Nouveau tour , nouvel effort >
Pour agrandir fa chaumine ;
Cette adroite , cette fine,
Ayant fçû que fa voifine ,
En ménage depuis peu ,
Faifoit affez bonne mine ,
A qui lui faifoit beau jeu :
Voilà , dit notre Matoife ,
Juftement ce qu'il nous faut
Pour vivre en groffe Bourgeoife,
De glaner par ce grand chaud ,
C'eft pitié , c'eſt peine extrême ;
Mais qu'on eft exempt de ſoin ,
Quand on peut, fans aller loin
Join
Moiffonner au grenier même !
Cela fut dit & fut fait.
Vers la Cigale en effet ,
La Marmiteufe s'avance .
L'oeil riant , l'air affecté ,
Le corps marchant en cadence .
Après mainte révérence ,
Maint compliment concerté ;
Sans mentir , en vérité ,
Cij
Lui
1564 MERCURE DE FRANCE.
Lui dit la franche friponne,
Vous voila toute mignonne ,
A vous voir cet enbonpoint ,
Ce teint qui ne fane point
L'oeil P'humeur fi gentille ,
gay ,
Chacun vous prendroit pour fille
De chanter rien n'eſt ſi ſain.
Pour moi je travaille en vain ;
Et qu'on eft fou , quand j'y penſe ,
De fe donner du chagrin
Pour amaffer grain à grain !
Plaifir vaut plus qu'abondance .
De chanter rien n'eft fi doux ;
Je voudrois , que vous en femble ,
Me loger plus près de vous ,
Pour que nous chantions enfemble,
J'ai chez moi jeunes Fourmis ,
Beaux enfans , belle Mégnie.
C'est pour vous autant d'amis,
C'eſt plaifir , c'eſt compagnie,
Chacun d'eux vous aiderą
A chanter vos Chanfonnettes.
Ils fçavent tous l'Opera ,
La
JUILLET . 1926. 1565
La bonne femme en fera.,
Qui rira ,
Chantera ,
Danfera ,
Et dira
Mille fornettes.
Mettons bas ,
L'embarras ,
Le tracas ;
Plus d'ennuis , plus de miferes ,
Plus de foin , plus de moiffon.
Ca Voifine , ça Commere ,
Une petite Chanſon .
A ces mots de la bonne Ame ,
Dame Cigale fe pâme ,
D'aife en fait trois ſoupirs ,
S'attend à nouvelle game ,
Bref , de fon confentement ,
La Fourmi dans ce moment ,
Et toute fa quirielle ,
Vient habiter auprès d'elle ,
Chantent Chanfon telle - quelle ,
Mangent la fucceffion
Paternelle & maternelle
Ciij
De
1566 MERCURE DE FRANCE.
1
De deffunt fieur Haneton.
Ainfi fe nourrit , dit- on-
Par adreffe finguliere ,
La Fourmi , les Fourmillons
Et toute la Fourmillere.
2
Sus , danfez , notre Héritiere ,
Vous
payez
les Violons .
kkkkkkkkkkkkk
REFLEXIONS fur la diverfité
& l'origine des Langues.
Es hommes fe communiquent leurs
Lentées de plufieurs manieres , dont
les plus communes font , le Gefte ,
Parole & Ecriture .
la
La plus ancienne maniere de s'exprimer
qui ait été parmi les hommes , c'eft
le Gefte ; de tous les temps , de tous
Pays , qui n'a befoin d'étude ni d'interprete
, les muets fe font entendre aux
fourds , qui les comprennent . Qu'un
Chinois & un François fe trouvent enfemble
, ils ne pourront parler , non plus
que les fourds & les muets , mais ils
trouveront le moyen de s'entendre par
le fecours du Gefte .
Il y a deux fortes de Geftes , les uns
fervent à exprimer les chofes qui fe
paffent
JUILLET. 1726. 1569
paffent en nous , comme font les affections
& les fentimens , les autres fervent
à exprimer les chofes qui font hors
de nous.
1 .
Les affections & les fentimens s'expriment
par l'air , ou , pour ainfi -dire , par
le Gefte du vifage ; les chofes exterieures
& hors de nous , s'expriment par
Gefte de la main.
le
Il n'eft pas befoin de la parole pour
faire entendre fi on aime ou fi on hait,
fi on veut obliger ou nuite , fi on accorde
ou refufe , fi on eft de même ou de
different avis. Toutes ces difpofitions de
l'ame , font tellement marquées fur le
vifage de l'homme , qu'il eft plus für de
connoître ce qu'un homme penfe en le
regardant avec attention , qu'il n'eft für
de le connoître par ce qu'il dit : ce qui eft
- de certain encore , c'eft que ce langage ,
tout muet qu'il eft , touche & remue
beaucoup plus que celui du difcours . Il
y a en cela chez certaines gens , des
graces & une éloquence muette , qui ne
font pas chez les plus beaux parleurs.
C'eft cette impreffion naturelle qui fait
que de deux perfonnes qu'on ne connoît
point , il y en a une fouvent qui
revient , & qui plaît plus que l'autre ,
quoiqu'elles n'ayent point encore parlé,
ce n'eft autre chofe que la maniere dont
-C iiij la
1568 MERCURE DE FRANCE:
la perfonne fe prefente & dont elle agit ,
qui nous affecte à ſon avantage ou à fon
défavantage , fuivant que fa maniere d'agir
nous découvre fes bonnes ou mauvaifes
difpofitions à notre égard ; c'eſt
là tout le fecret de la fympathie ou antipathie
à laquelle le vulgaire attribue
fes premieres impreffions.
ya
Le Gefte de la main fert à exprimer
les chofes exterieures de deux manieres
, ou par l'indication , en les montrant
au doigt , comme nous faifons quand nous
demandons quelque chofe dont nous ne
fçavons pas le nom ; mais il faut pour
l'application de ce Gefte , que la chofe
foit prefente fous la main & fous les
yeux ; car on ne peut pas s'en fervir à
l'égard des chofes qui ne font pas à portée
de la main & des yeux ; mais il y a
une autre maniere d'exprimer les chofes
qui ne font pas prefentes, & dont on ne
fçait pas le nom , c'est l'imitation , qui
eft une espece de réprefentation des chofes
par des fignes fignificatifs ; c'eſt ainfi
que les enfans qui n'ont pas encore appris
à parler converfent entr'eux , & que
-converferoient deux perfonnes de Nation
differente , qui n'auroient point de Truchement
c'est ainsi que les premiers
hommes ont converfé.
Mais comme les chofes de pur raifonJUILLET
1726. 1569
fonnement & celles qui ne font
pas à
portée de la main & des yeux , ne peuvent
être que très difficilement exprimées
par ces fignes , & qu'il y a une infinité
de chofes qui font prefentes à la
penfée , foit par la mémoire , foit par
le raifonnement , & qui ne tombent ni
fous la main , ni fous les yeux , il a fallu
avoir recours à la parole pour les exprimer
mais comme ces fortes de chofes
ne font pas le plus ordinairement néceffaires
pour la vie , il faut conclure
que pour les befoins & les devoirs de
la vie , la Nature y a géneralement pourvu
par l'intelligence commune qu'elle
nous a donnée des fignes & des Geftes
naturels , & que le langage a été inventé
pour le commerce de l'efprit , plutôt
que pour le befoin de la vie.
Les hommes n'ont pas plus de difpofition
à parler qu'à chanter ; de même
qu'il n'y a pas de Mufique naturelle , il
n'y a pas de Langue naturelle , la Mufique
& la Langue font de pure invention
, la Nature n'a donné que l'organe
& les fons.
Il y a deux fortes de fons , les uns
font formez par l'inflexion du gofier ,
les autres par l'inflexion de la langue ;
c'est l'inflexion du gofier qui fait les
differens tons de la Mufique , c'eft l'in-
C▾ flexion
1570 MERCURE DE FRANCE.
flexion de la langue qui fait les differentes
prononciations du langage .
La langue eft capable de beaucoup plus
d'inflexion que le gofier , qui ne differe
que du plus ou du moins de 8. 10. 12 .
14. à 15. tons , au lieu que l'inflexion
de la langue eft infinie , & ne peut fe
nombrer , c'eft de - là que vient la difference
infinie des Langues , qui furpaffe
infiniment la difference des accords ,
ce qui fait que la Langue Chinoiſe doit
être beaucoup plus differente de la Lan
gue Françoife , que n'eft la Mufique de
ces deux Nations , & ainfi des autres .
1
Les plus belles Langues qui ayent été
connues dans le monde , la Grecque , la
Latine , la Françoiſe , c'eſt le hazard qui
les a produites , & l'art qui les a perfectionné
; quelque parfaite que foit une
Langue , elle n'a pas d'autre origine que
la plus barbare , elle ne differe que par
l'abondance des mots , la varieté des tours ,
& la netteté de l'expreffion. Il n'y a
point de perfection fixe dans les Langues
, car il n'y en a point qui le puiffe
être davantage ; le François qu'on parlera
dans deux cens ans , fera peut- être
plus different de celui que l'on parle aujourd'hui
, ne l'eft de celui que l'on parloit
il y a deux cens ans. Il n'y a point
de Langue fi barbare , qui ne puiffe acquerir
JUILLET. 1726. 1571
querir la perfection de la Latine & de la
Françoiſe , il ne faut que le temps , le
nombre & le genie des hommes qui la
parleront , qui écriront , & qui s'appliqueront
à la perfectionner ; il ne faut pas
croire , qu'il ne puiffe un jour fe former
de nouvelles Langues qui n'ont point encore
été , il ne faut pour cela qu'un nouveau
Peuple , un nouvel Empire,
Que dans une Ifle déferte , mais fertile
, abondante , & munie de toutes les
chofes neceffaires pour la vie , on tranf
porte une douzaine d'enfans des deux fexes
, à qui on n'aura jamais parlé , que
dans une autre Ifle pareillement munie
de toutes chofes , on en mette un pareil
nombre , fi les Habitans de ces deux
Ifles n'ont point de commerce de l'une
à l'autre , ni avec d'autres hommes , chacun
de ces Peuples ne manquera pas de
fe faire un langage particulier different
de l'autre , & qui n'aura rien de femblable
à aucune autre Langue du mon
de , quoiqu'il exprime les mêmes choſes.
- D'abord , ils le parleront par fignes ,
mais à mesure qu'il s'établira parmi eux
quelque forme de gouvernement , &
qu'ils fe feront diftribuez les emplois
fuivant les talens differens , les fignes na
turels ne leur fuffiront pas pour exprimer
les chofes qui feront d'invention
C vj &
21
1572 MERCURE DE FRANCE.
& à mesure que le befoin du fervice l'e
xigera , ils feront obligez d'avoir recours
à des moyens plus prompts pour le faire
entendre.
De tous ces moyens il n'y en a pas de
plus prompt & de plus general que la
voix , la premiere chofe qu'ils feront ,
fera de fe diftinguer par des noms proprés
, pour appeller ceux d'entr'eux dont
on aura befoin fuivant l'occaſion.
Les noms d'eux - mêmes n'auront aucu
ne proprieté quant aux fons , c'eſt une
inflexion de Langue qui dépendra du pur
hazard , & non de l'intention du premier
qui aura nommé. Les noms ne deviendront
fignificatifs que par l'idée qu'on y
attachera , & que l'ufage confirmera , la
lumiere n'eft pas dans fes effets plus
prompte que la liaiſon du nom & des
idées , puifqu'en même temps qu'on prononce
le nom , il fe prefente à la penſée
l'image de la choſe & de la perfonne dont
on parle.
I eft impoffible de fçavoir de quelle
maniere fonneront les noms de ces premiers
Habitans , mais il eft aifé de comprendre
que les noms diftingueront les
qualitez exterieures de chacun , ou leurs
emplois qui leur feront donnez.
La même neceffité qui aura fait nommer
les perfonnes , fera qu'ils donneront
des
JUILLET. 1726 15731
des noms aux chofes , pour éviter l'embarras,
des fignes figuratifs , dont il fau
droit qu'ils fe ferviffent à tous momens ,
pour défigner celles dont ils auront befoin,
& qui ne feront , ni fous la main , ni fous
les yeux , comme de l'eau, du bois, du feu.
L'action & le mouvement font l'ame de
toute la Nature, & le principe de cette So,
cieté , ce n'eſt pas aſſez d'avoir donné des
noms aux perfonnes & aux chofes , il fau
dra exprimer l'action par laquelle elles
deviennent utiles ; c'eft cette action que
nous expliquons par le Verbe , qui eft
ainfi appellé par excellence , parce qu'il
eft l'ame du difcours , comme l'action eft
le principe de la communication des
fubftances. On ne peut pas dire comment
ces nouveaux habitans formeront leurs
Verbes ; mais on peut conjecturer qu'ils
inventeront des termes pour exprimer
l'action, lefquels termes fe multiplieront
à mesure qu'ils découvriront & inventeront
de nouvelles manieres d'agir..
L'action & le mouvement font infeparables
du temps qui eft compofé de
trois parties , le paffé , le prefent & le.
futur ; ce qui fait que pour exprimer ces,
trois temps , ils diftingueront leurs Verbes
dans des modes differentes .
Toute action produit fon effet de mê
me dans le Difcours , tout Verbe qui
ex1574
MERCURE DE FRANCE.
exprime l'action , doit être fuivi de quel
que chofe : le grand a apporté de l'eau , le
petit fcie le bois , le fort labourera la terre .
les,
Ce n'eft pas encore affez , c'eft la qualité
des choles qui les rend utiles ou nuifibles
; il faudra donc trouver des termes
pour exprimer les qualitez & les proprietez
des chofes , à mesure qu'on viendra
à les connoître les premieres font
celles qui fe découvrent aux yeux ,
couleurs , les grandeurs , les figures ; les
fecondes font celles qui fe diftinguent au
toucher , le liquide , le folide , le pefant ,
le leger , le chaud & le froid ; les troifiémes
font celles qui frappent l'oreille ,
le bruit des airs & des eaux , le chant
des oifeaux , la voix de l'homme , le cri
des animaux dans le quatriéme ordre
font les chofes qui s'apperçoivent par le
goût , l'aigre , l'âcre , l'amer , le doux ;
dans le cinquiéme , font celles qui faififfent
l'odorat fans hazarder le goût ,
comme font les fimples , les fleurs , les
fruits , les viandes , qui par leur odeur
nous invitent & nous détournent d'y
toucher.
;
C'est ainsi que ce nouveau Peuple fe
fera une Langue qui n'a jamais été , &
qui ne laiffera pas que d'exprimer d'une
maniere nouvelle les mêmes chofes que
nous , ils feront à leur mode des Subftantifs
JUILLET . 1726. 1579
tantifs pour les défignations des perfon
nes & des chofes , des Verbes capables
de marquer l'action dans la difference
des temps , & des Adjectifs pour défigner
les qualitez & les proprietez des
chofes.
Il ne faut pas même douter , fi ce Peu
ple fubfifte quelque temps dans fon Ifle
en forme de gouvernement
, qu'il n'y ait
quelqu'un d'entr'eux qui ne trouve l'in
vention de . l'écriture , par des fignes &
caracteres , dont on ne s'eft peut - être jamais
avifé : car l'écriture n'a pas plus
de rapport aux Langues ' , que les Langues
ont de rapport aux choles ; certai
nement , il n'y a pas plus de rapport des
fix lettres 'dont on fe fert pour écrire
Maifon , au mot Maifon , qu'il y a de
rapport de ces deux fillabes , à un édifice
de pierre ou de bois deftiné pour
logement de l'homme , qui paroît étre
écrit & nommé autrement ; une preuve
encore , que l'écriture & les noms n'ont
rien d'effentiel , & n'ont de rapport aux
·lè
chofes que celui que l'ufage
y a attaché
,
c'eft que le même
nom dans une Langue
:
fignifie
quelquefois
differentes
chofes
,
quoiqu'il
s'écrive
& fe prononce
de même
; fon dans notre Langue
fignifie
trois
chofes
bien differentes
, car il fignifie
le
fon d'une cloche
, l'écorce
du blé qui eft
féparé
1576 MERCURE DE FRANCE.
feparé de la farine, & le droit de proprieté
qu'on a fur quelque chofe , fon bien , fon
cheval , fon jardin ; & comme ces trois
chofes font effentiellement differentes ,
quoiqu'elles fe prononcent & s'écrivent
de même , c'eſt une confequence evidente
, que l'écriture & les noms n'ont
aucun rapport aux chofes , mais feulement
un rapport de hazard , d'ufage &
de convention chez un Peuple qui eft
demeuré d'accord d'appeller les chofes
de telle ou telle inaniere , & de les écri
re de telle ou telle façon.
UN
EPIGRAMM E.
魚魚魚
N foir Grégoire , après longues orgies
Dans un bourbier faifoit tours , bonds , élans
Un riche Abbé qu'éclairoient deux bougies ,
Pour l'affiter y fit courir fes gens.
Levé qu'il fut fur fes pieds chancellans ,
Mon Biberon , content de fa journée :
i
Ah ! Monfeigneur , grace à Dieu , quelle an
née !
Voyez , dit- il , je fuis tel pour fix blancs .
1
LETJUILLET.
1726. 1577
**:*********** :**
LETTRE & Idille de M. Vergier , an
Comte de Pontchartrain , 1693.
O
N nous faifoit efperer depuis longtemps
, Monfeigneur , que nous aurions
l'honneur de vous voir cet Eté dans
ce Port , & il y a bien de la cruauté à
vous d'avoir trompé nos efperances. Toutes
les Dames de ce Pays , tant vieil
les que jeunes , tant laides que belles
car nous en avons de toutes les façons
, mais beaucoup plus des premie
res que des fecondes ) éguifoient foigneufement
leurs charmes pour vous
plaire , regards , grimaces de toutes fortes
, étoient tous les jours étudiés au
miroir pour mieux vous toucher , & tout
cela temps perdu pour elles , vous remettez
la partie à une autre année . En
verité , Monfeigneur , la préference que
vous donnez aux Ports de Breft & de
Toulon n'eft gueres jufte , & je ne fçai
fi vous trouverez ce que l'on vous préparoit
ici , ce que je fçai bien , c'eft que
vous ne verrez pas en ces lieux- là , ni
quelque part que vous alliez , une joye ,
ni plus fincere , ni plus refpectueufe ,
que
1573 MERCURE DE FRANCE.
celle
que que votre préfence auroit fait
naître en moi.
Je me donne l'honneur de joindre à
cette Lettre une Idylle que j'ai faite depuis
peu , c'eft morale toute pure , vous
y reconnoîttez aifément un vol que j'ai
fait à Horace , c'eft une imitation de cet
endroit de fa premiere Satyre .
,
Ut tibi fi fit opus liquidi non amplius urna.
Mais vous trouverez auffi , Monfeigneur
, que cet endroit quoique le
meilleur de mon Ouvrage , eft bien au
deffous de fonoriginal , & je ne fçai comment
avec des mains auffi groffieres que
Jes miennes , j'ai pû me refoudre à tou
cher des fleurs auffi délicates que celles-
la.
Au refte , Monfeigneur , je ne fçaurois
vous remercier aflez de la Lettre
obligeante que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire ; un autre ſe réjouiroit
par vanité des marques de bonté & de
bienveillance que vous avez bien voulu
m'y donner , par la raifon que :
Principibus placuiſſe viris non ultima laus eft.
Mais je puis vous affurer , Monfei
gneur , que ce fentiment , & moins encore
celui d'intereft , n'entrent point dans
la joye qu'elle me donne , c'eft feulement
parce
JUILLET. 1726. 1579
parce qu'elle me fait connoître que vous
approuvez l'attachement fincere & refpectueux
avec lequel je fuis , & c.
•
LA FORTUNE ,
I DILL E.
CORIDON , CLYTAS.
CORYDON.
Uelle trifte langueur eft peinte dans tes
yeux ! Quell ཀྐཱ
Quoi Clytas , autrefois l'agrément de ces
Tieux ,
Depuis trois jours entiers garde un morne filence
!
Quelque Loup raviſſant trompant ta vigilance,
Auroit-il enlevé ta plus chere brebis ?
Non. Je la vois bondir fur ces rians tapis ,
Ornée encor des fleurs dont la Bergere If- .
mene ,
La para l'autre jour auprès de la fontaine ,
Cette Bergere t'aime & je le connus bien ...
Mais quoi ? toujours rêveur , tu ne , me répons
rien ;
Vois combien eft ferein le jour qui nous éclaire.
Admire le criftal de cette eau vive & claire ,
Que
15801
MERCURE DE
FRANCE .
Que ces prez émaillez offrent d'attraits di
2 vers !
Jamais de tant de fleurs ils ne furent couverts
.
De ces jeunes Bergers entens les
badinages ,
Regarde-les jouer fous ces épais
feuillages
L'un fait fur fon haut-bois retentir ſes chanfons
,
D'autres d'un pied leger vont danfant à ſes
fons ,
Vois la belle Thafis près de fon cher Phylate ,
Que d'amour dans leurs yeux , que de plaifir
éclate !
Le foin de leurs troupeaux , la crainte des jaloux
,
Rien ne sçauroit troubler un entretien fi doux :
Ce Berger embraffant les genoux de fa Belle ,
De fes voeux empreflez fait le récit fidele ;
La Bergere interdite au récit de fes voeux,
Du Berger , fans parler , tortille les cheveux ;
Et lorfque ce récit trop vivement la touche ,
Sur les yeux
tendrement elle applique la bou
che ;
De cet autre côté voi Mirtil qui pourſuit ,
La jeune Cleonis ; cette Belle le fuit ;
Mais elle ne le fait que pours'en fairefuivre.
Que
JUILLET 棠1716.1581
Que de jeux ! que de chants ! au plaifir tout le
livre.
Des objets fi_riants ne fçauroient- ils bannir
Le chagrin que tou coeur fe plaît d'entretenir ?
33
Clytas.
Hé ce font ces plaifirs , ce font ces objets
même ,
Dont l'afpect trop charmant cauſe ma peine extrême.
Ceridon.
Que te font ces plaifirs ? pourquoi t'en affliger,
Puifque ce font des biens que tu peux partàs
ger ?
Ah ! Clytas , gueris - toi de cette affreufe envie
;
Elle empoisonnera tout le cours de ta vle,
J'avois , il m'en fouvient ; autrefois un Belier
,
Le plus beau qu'on peut voir , mais fi parti
culier ,
Qu'il eut voulu lui feul jouir du pâturage ;
On le voyoit fecher & d'envie & de rage ,
Lorfque d'autres troupeaux paroiffoient à fes
yeux :
Mais que devint auffi ce Belier envieux ?
Tou1582
MERCURE DE FRANCE.
Toujours trifte , accablé des chagrins les plus
fombres ,
Il defcendit tout jeune au noir féjour des ombres.
Crains un deftin pareil , d'un tourment infini ,
Un efprit envieux par lui - même eft puni .
Clytas.
Que ces Bergers contens chantent , fe réjouiffent
,
Je ne m'afflige point des biens dont ils jouiffent
,
Et fi de ces plaifirs tu me vois m'attriſter,
C'eſt que je touche au jour où je dois les quitter.
/ Coridon.
Les quitter ! Ah ! j'entens le fujet de ta peine,
N'eft ce point que l'Amour en d'autres lieux
t'enchaine ?
Clytas.
Helas ! fi j'écoutois les confeils de l'Amour,
Je ne fortirois point de cet heureux féjour :
Ce Dieu ne tient-il pas en ces lieux fon Empire
?
C'est ici feulement qu'un coeur tendre refpire
Mais une Deité plus aveugle que lui ,
La
JUILLET. 1726. 1583.
La fortune m'entraîne aprés elle aujourd'hui.
Coridon.
Quel guide prens - tu - là ? combien de préci
pices
Sous tes pas font ouverts ? fous quels triſtes aufpices
,
Clytas , as- tu formé ce dangereux deffein ?
Il vaudroit mieux qu'Amour eut verfé dans ton
ſein ,
Tout ce qu'il a de traits qui rendent miſera,
ble.
Tu connois bien Clindon १ ce Berger vènerable
,
Parles Hameaux voifins fans ceffe confulté ,
Honneur que toutefois il a cher acheté ;
Puifqu'enfin c'eft le fruit de plus de quinze
luftres :
Clindon , dis -je , aſpirant à des foins plus illuftres
,
Quitta le doux repos de nos Prez , de nos
Bois ,
Pour s'en aller groffir la fuite de nos Rois..
Mais qu'il fut bien - tôt las de l'éclat d'une vie
Sans relâche, expofée au menfonge , à l'envie !
Tout le charma d'abord dans ces auguftes lieux.
L'or,la pourpre éclatante ébloüirent les yeux
Ce
1584 MERCURE DE FRANCE.
Cen'étoit que grandeur , & que magnificence ,
Mais il n'y trouvoit point la tranquile innocence
.
Ces paifibles fommeils qu'au bord de nos
suiffeaux ,
Infpire mollement le murmure des eaux ;
Tandis que les Troupeaux paiffent nos tendres
herbes ,
Ne le rencontroient point dans ces Palais fuperbes.
Jamais aucuns plaifirs de chagrins épurez :
Il ne voyoit que coeurs en fecret dévorez ;
L'avide ambition y corrompt toutes choſes ,
Et toujours le ferpent eft caché fous les rofes .
Tout eft grand en ces lieux , mais tout eft incertain
:
Tel s'eft vû comme un chêne élevé le matin
Qui le foir eft plus bas que la vile fougere ;
Enfin reconnoiffant combien eft menfongere ,
La douceur que promet la faveur de nos Rois ,
Clind on revint chercher & nos Prez & nos
Bois .
Quels rranfports à l'afpect de ces lieux pleins de
charmes !
De plaifir , de tendreffe on vit couler fes lar
mes ;
Et
JUILLET. 1726. 1585
1
Et déteftant le jour qui l'avoit vû partir ,
Il jura mille fois de n'en jamais fortir .
Afes dépens , Clytas , tu dois te rendre fage.
La fortune , croi- moi , n'eft qu'un trifte efclavage.
Ici nous joüiffons des biens en feureté ,
C'eft Punique féjour de la felicité.
La Nature , de peu fatisfaite & contente ,
Trouve ici ſes befoins par de là fon attente ,
Quand on a ce qu'il faut , doit on rien defirer ?
Dis-moi ; fi tu cherchois à te defalterer ,
N'aimerois- tu pas mieux l'eau de cette fontaine,
Qu'on trouve toujours pure , & qu'on puiſe fans
peine ;.
Qued'aller fatisfaire à ce befoin preſſant
Dans un fleuve fameux dont le flot menaçant ,
Avec les bords rongez t'entraîneroit peut-être? Contente
- toi du rangoù le Ciel t'a fait naître
,
Contente
- toi du bien dont il t'a fait preſent
, Il n'eft pas grand
, Clytas
, mais il eſt ſuffiſant
.
Clytas.
Je cede à tes raifons , qu'il m'eft doux de les
fuivre !
De quel trouble fatal ton confeil me délivre !
D
Déja
1586 MERCURE DE FRANCE.
Déja de mille foins l'un à l'autre enchaînez ,
Les plus beaux de mes jours étoient empoiſonnez
;
Mais tu m'as délivré de tant d'horreurs fecre
tes ;
Je ne vous quitte plus , agréables retraites ,
Mufes , tendres chanſons , ruſtiques inſtrumens,
D'un innocent loifir flateurs amuſemens ,
Je vais goûter encor votre douceur extrême ,
Et me rendant à vous , je me rends à moimême.
Et toi que j'immolois aux trompeufes grandeurs
,
A
Amour , rallume en moi tes plus vives ardeurs .
A ton charmant empire il eft temps de me rendre
;
<
C'eſt de toi deformais que mon fort doit dépen
dre ,
11 eft temps de tirer nos Troupeaux de ce lieu,
Adieu , cher Coridon ,
Coridon.
Mon cher Clytas , Adieu,
LES
JUILLET. 1726. 1587–
*******************
LES VERTUS de la Pierre nephretique.
Lle guerit & appaiſe fur le champ
Ela colique nephretique , qui eft ordinairement
caufée par les fables & gra
viers qui viennent des reins.
Elle eft bonne contre les difficultez
d'urine , elle ôte la gravelle , & fait vuider
le fable.
Quand la pierre qui s'engendre dans
le corps
humain , n'eft pas d'une nature
dure comme un caillou , on affure qu'elle
a la vertu de la faire dilater & ſéparer
en petites particules , qui fe mettent
en gravier, qu'elle fait fortir immanqua◄
blement.
Les plus illuftres & les plus fçavans
Medecins de l'Europe ont regardé cette
pierre comme un tréfor , & en ont voulu
avoir.
Un des plus habiles Chirurgiens pour
l'opération de la Lithotomie , a marqué
fa joye de ce que cette pierre fi falutaire
alloit être connue dans Paris.
Le fieur Paul Lucas , Antiquaire du
Roi , à qui le Public eft redevable de mille
belles découvertes faites dans fes Voyages
du Levant , a rapporté en dernier lieu ,
Dij en1588
MERCURE DE FRANCE.
entr'autres curiofitez qui regardent la Bo
tanique , & qui peuvent fervir à l'HiŤ.
toire , un allez grand nombre de blocs ,
ou gros morceaux de pierres orientales,
parmi lesquelles s'eft trouvée la Nephretique
qu'il deftinoit , comme les Jafpes
, Agathes & Cornalines , à faire differens
Ouvrages ; mais , fes amis l'ayant
reconnue , l'ont engagé à la faire couper
par morceaux pour l'utilité publique ,
& pour la diftribuer aux perfonnes qui
fouhaiteront en faire ufage , ne s'agiffant
que de la porter fur foi pour être gueri ,
ou pour le préferver des maladies cideffus
expliquées.
Il faut obferver qu'il y a une autre
pierre qu'on appelle le Jade , qui reffemble
fort à la Pierre nephretique, dont
cependant elle n'a pas les vertus qu'on
lui attribue. Il y a une grande différence
entre ces deux Pierres ; car fi la
Pierre de Jade a quelques vertus , an
ne s'en apperçoit prefque point , au lieu
que la vraie Pierre nephretique fait fentir
du foulagement prefque dans le moment
qu'on l'a fur foi. Il eſt aiſé d'en
faire l'experience.
Le fieur Paul Lucas , à qui le Public
eft obligé de cette découverte, a un Cabinet
précieux d'antiques & de curiofitez naturelles
, où il y a entr'autres un Bezoar
de
JUILLET 1726. 1589
de Rinnoceros, qui eft peut-être l'unique
dans l'Europe.
Cette Pierre eft en fi grande eftime
chez les Princes de l'Orient , qu'on dit
qu'un Roi de Perfe donna une Province
entiere pour l'acquifition de ce Tréſor.
Le fieur Paul Lucas demeure à Paris
fur le Quay de l'Ecole.
TRADUCTION de la XXIII. Ole du
premier Livre d'Horace , qui commence
par Vitas hinnuleo , & c .
Belle Chloé , mon aimable Bergere ,
D'où vient que vous m'évitez ,
Semblable au Fan qui va chercher fa mere ,
Parmi des Monts écartez ?
Pour peu que les Zephirs par leurs douces haleines
,
Dans nos fombres forêts faffent bruire les
Chênes ,
Pour peu qu'en la belle faiſon ,
Un Lezard agite un buiſſon ,
Ce Fan tremble , & fon fang fe glace dans fes
veines.
Cependant loin d'avoir le barbare deffein
D iij
De
1590 MERCURE DE FRANCE .
De courir après vous comme un Tigre inhu
main ,
Ou tel qu'un Lion en colere ,
Qui va vous déchirer le ſein ,
3 . Je fonge à vous donner un confeil falutaire.
Puifque vos yeux font faits pour tout charmer ,
Que votre jeune coeur eſt en âge d'aimer ,
Ceffez de fuivre votre mere.
TOMBEAU & Infcription particuliere ,
nouvellement trouvés dans la Forêtd'Ardennes.
M
R Garbat , Curé de S. Obin en
Ardenne , nous écrit , qu'un Hermite
de cette Forêt , nommé Frere Bruno
Solus , ou le Solitaire , en creuſant la
terre aux environs de fon Hermitage ,
pour faire un Puits , a trouvé un Tombeau
fur lequel font gravez les Caracteres
qu'il nous envoye , & qu'il a
fort éxactement imitez .. On ne peut
douter , dit- il , que ce ne foit une Epitaphe
, il y a tout au haut dans le milieu
deux Os de Mort en fautoir , & à droite
& à gauche , un Arc & une Fleche , pofez
au-deffus d'une tête de Mort , ce qui
lui
JUILLET. 1926. 1591
lui fait préfumer que c'eft le Tombeau de
deux Guerriers. M. le Curé ajoûte que
perfonne dans le Pays n'a pû déchiffrer
ces Caracteres , mais qu'on croit que c'eft
du Patois Sarrazin , ce qui nous paroît
impoffible ; car on ne reconnoît dans
cette Ecriture aucun Caractere Arabe ; &
autant que nous en pouvons juger , c'eſt
un mélange de Caracteres Grecs & Latins
, dont nous abandonnons le déchif
frement & l'intelligence aux Sçavans .
C'eſt pour cela , & pour ne rien négliger
de tout ce qui peut intereffer la curiofité
publique , que nous les donnons ici
très-fidelement gravez.
D iiij
592 MERCURE DE FRANCE .
▲ o. ≤7.hox*.
K.X.A.ISXV.XLV.≤1318.
ShP.7.8TV.KELV.ZIL
..
rosahV.XLI.NVNE.5X318
.
FXK.K.ShV4LVX0.1X18.
KIXVL SV.VSAE.MILD
.
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0204.170 VL7.814x0 . X 318
KTHED. DEL: 8.31/78.
hoxx
PE
JUILLET. 1726. 1593.
****************
REFLEXIONS fur la Critique .
E but de la Critique doit être de
Lcorriger, ou d'inftruire, Ceux qui ne
s'en fervent que dans cette intention
n'offenfent ordinairement que les efprits
mal faits ou les coeurs endurcis.
La Critique doit être fondée fur le
vrai ;fi elle eft fauffe, elle ne fervira qu'à
prouver l'ignorance ou la mauvaiſe foi
de celui qui en eft l'Auteur . Il en fauc
bannir auffi l'emportement , autrement
elle ne paffera que pour une impofture,
& fera plus de tort à celui qui la produit
qu'à la perfonne même qui en est
l'objet.
La Critique judicieufe & vraie fe fait
goûter de tous les honnêtes gens .
LesOuvrages les plus eftimez & les plus
utiles font ceux où la Critique, d'accord
avec la bienséance & la raifon , fe rencontrent
dans toute la force de la verité.
Quelques -uns la condamnent, & s'en
fervent : d'autres la craignent , parce qu'ils
la meritent , & qu'ils ne veulent ni ſe
co - riger , ni être inftruits .
La Critique qui s'exerce fur les Ou
vrages d'efprit eft prefque auffi fenfible
D v à
1594 MERCURE DE FRANCE
à ceux qu'elle reprend , même avec juftice
, que fi elle les attaquoit dans leurs
moeurs , dans leur réputation , dans leur
honneur.
Il y a d'excellens Ouvrages de Critique
dont on voit des Contre- Critiques ,
qui ne fe font pas moins admirer & aufquelies
néanmoins on pourroit trouver
à reprendre ; preuve , qu'il eft impoffible
à l'homme d'attraper le point fixe de la
perfection , & de contenter tous les gouts.
La malignité & l'amour propre font
deux grands défauts qui nous font affez
ordinaires & également pernicieux . L'un
eft caufe que fur le témoignage d'autrui
ou fur la plus legere apparence , nous
croyons tout le mal qu'on nous dit , ou
qu'on publie des autres ; l'autre, que nous
nous aveuglons fur nos propres défauts,
& repouffons avec aigreur tous les traits
qui tendent à nous en corriger.
La Critique fur les moeurs , toute délicate
qu'elle eft à traiter , n'eft point
une espece de tolérance ; elle eft permife,
& l'on peut dire autorifée par le droit
naturel & divin ; il ne faut que feüilleter
les Livres Sacrez & tous ceux des
Peres de l'Eglife , pour trouver un nombre
infini d'exemples de la vive cenfure
qu'ils font de notre malice , de nos égaremens
, de nos foibleffes , de nos paf-
憨
fions
JUILLET. 1726. 1595
fions , de nos fureurs , en un mot , de
tous nos vices ; les Livres profanes n'en
fourniffent pas moins .
Ceux qui fe récrient davantage contre
cette Critique , font ceux qui fentent dans
l'interieur de leurs confciences , qu'elle
auroit tort de les épargner. Nullement
diſpoſez à en faire leur profit , & fe livrant
pleinement à l'iniquité , ils fouhaiteroient
en effet qu'il fuft feverement
défendu d'expofer leurs crimes au grand
jour. On ne doit pas moins éclater contre
ceux , qui dans quelque Profeffion
qu'ils ayent embraffée , ou dans quelque
état qu'ils ayent choifi , s'écartent en tout
des devoirs que l'équité naturelle & la
Religion nous prefcrivent.
On convient qu'on ne doit point nommer
, fur tout en matiere d'importance ,
les perfonnes qu'on reprend. Mais en
general il a toûjours été permis , & il ne
peut qu'être avantageux de répandre le
mépris & l'horreur fur tout ce qui porte
en foi le caractere vifible de l'infamie
& de la réprobation.
Sans cela on verroit la malice & le
mauvais caractere des hommes , qui ne
font déja que trop corrompus , monter
jufqu'à fon comble ; ils fouleroient bientôt
aux pieds , fi j'ofe ainfi parler , tou-
D vj de
les loix de l'humanité , de l'ordre
1596 MERCURE DE FRANCE.
de l'équité , de la fûreté publique , auffi
bien que celles de la Religion qui eft le
principe de tout bien & la réformatrice
de tout mal.
Ceux qui fe fervent de leur efprit
pour tourner en ridicule des perfonnes
qui en ont moins , & qui ne leur ont
fait aucun mal , bleffent non - feulement
la charité , ils prouvent encore qu'ils ont
un très - mauvais coeur & fort peu de
Religion. Ces fortes de caracteres ne
méritent point d'être mis au rang des
bons & des judicieux Critiques , ils font
une claffe à part.
La plupart de ceux qui n'approuveront
pas la hardieffe de ce petit nombre
de reflexions , fe garderont bien d'avoüer
qu'elles ne leur déplaifent qu'à caufe de
la force de la verité , qui , malgré eux ,
les condamne & les bleffe.
Si l'on trouve que cette matiere pouvoit
être traitée avec plus d'art , de délicatelle
& d'étenduë , je pourrois répondre
qu'il me fuffit d'avoir prouvé , ce
me femble , fuivant mon intention , l'utilité
de la Critique mais j'ajoûte que
je ne me fuis point engagé d'épuifer ce
fujet, & que je ne formerai jamais le deffein
d'en épuifer aucun autre , que j'écris
ordinairement tout ce qui s'offre à
mon imagination , fans me contraindre.
que
JUILLET. 1726. 1597
que je ne cherche qu'à me rendre intelligible
, en obfervant uniquement &
autant qu'il m'eft poffible , de n'offrir
aux yeux des Lecteurs feniez , rien qui
puiffe les fcandalifer ni leur déplaire .
Telle eft ma methode. Si ces raiſons ne
contentent pas , loin de m'en fâcher ,
j'admirerai toûjours & n'envierai jamais
ceux qui fur la matiere dont il s'agit
ou fur toute autre , voudront bien fe donner
la peine d'en dire davantage & de
faire mieux.
De Villemont.
akakakakakakakakakakakakakak
LE RETARDEMENT AFFECTE ,
V
CANTАТЕ.
Ers les bords émaillez , que rafraîchit la
Seine :
Sur un gazon couvert des plus riantes fleurs ;
Licidas occupé de mille foins flatteurs ,
Attendoit la charmante Ifmene,
La nuit propice à fes defirs ,
Devoit couronner fes foupirs.
Mais preffé d'obtenir le feul bien qu'il ſouhaite ,
Du jour qui fufpend les plaifirs ,
Il
1598 MERCURE DE FRANCE
Il hâte en ces mots la retraite.
Soleil fois fenfible à mes voeux ,
Acheve une courſe trop lente ;
Laiffe répandre dans ces lieux
La fraîcheur d'une nuit charmante.
Et toi fommeil fuis loin de nous.
Sur un jaloux inexorable ,
Verfe tes pavots les plus doux ;
Rends mon bonheur für & durable.
Soleil ! &c.
Enfin l'obſcurité vient de couvrir les Airs ;
Rien ne peut retenir la Beauté que je fers.
Quelle félicité fuprême !
Je vais revoir tout ce que j'aime .
Amour , charmant Vainqueur ,
Remplis mon efperance :
De mon impatience ,
Termine la rigueur.
Quelle felicité fuprême !
Je vais revoir tout ce que j'aime..
Mais
JUILLET. 1736 . 1599
Mais quoi , la nuit s'avance ! il femble qu'à fon
tour ,
Elle cede fa placé à la naiſſante Aurorę ...
Licidas , cependant , n'apperçoit point encore ,
L'aimable objet de fon amour.
Quel trouble le faifit ! il pâlit , il friffonne :
Il tâche vainement d'excuſer fa lenteur :
Trompé par la jalouſe erreur ,
Toute efperance l'abandonne ...
Ciel de mon défeſpoir , dit-il , vengez Phorseur.
Jufte dépit , affreufe haine ,
Venez , fecondez mes efforts :
Pour brifer une indigne chaîne ,
Uniffez-vous à mes tranfports.
Perfide , tu trahis ma flamme !
Ah ! puiffe le tourment cruel ,
Dont je fens déchirer mon ame ;
Paffer dans ton coeur criminel.
Jufte , & c.
Souvent l'amour qui nous outrage ,
Nous prépare en fecset un fort rempli d'appas..
Sans
1600 MERCURE DE FRANCE.
Sans efpoir de retour , déja loin du Rivage ,
Licidas conduifoit fes pas.
Ifmene qui le voit du plus prochain boccage ,
Pour defabufer fon Amant ,
Court le furprendre à fon paffage.
Arrêtez , lui dit- elle alors , en l'abordant :
C'est trop combattre un doux penchant ,
Vous méritez ma foi : recevez - en ce gage ;
Et n'oubliez jamais ce précieux inftans.
Une Belle qui favoriſe ,
Affecte fouvent des rigueurs.
•
C'est ainsi qu'elle ſe déguiſe
Dans une amoureufe entrepriſe
Pour faire chérir fes faveurs .
En éprouvant notre conſtance ,
Elle redouble notre ardeur.
Il faut un peu de réſiſtance ,
Une facile récompenſe ,
Détruit l'empreffement du coeur.
Une , & c.
* D. J. L.
LET
JUILLET. 1726. 1601
aaaaaaaaa3333333
臘LETTRE écrite de Venife fur les
Senateurs , les Nobles , leurs habits &
fur le Carnaval , les Ridolti , les Bals ,
la Place de S. Marc , les Promenades ,
les Concerts , &c.
| J
E vous dirai d'abord pour fatisfaire
votre curiofité , Monfieur , & répondre
au premier article de votre Lettre ,
que les Habits de Ceremonie des Sénateurs
, à Venife , font fort magnifiques .
Ce font des Robes très-amples , avec
de grandes manches qui pendent prefque
à terre & qui ont autant de tour qu'en
a le bas de la Robe. Elles font de Damas
cramoifi à grandes fleurs , bordées
& doublées de peaux de Martre . Ils
ont la Stole fur l'épaule gauche , en maniere
de Chaperon : c'eft un morceau de
Velours de la même couleur du Damas ,
large d'environ un pied, & long d'une
aulne on la porte de Velours violet
quand on eft en deuil , & quand on a été
en Ambaffade , elle eft d'Etoffe d'or .
Les femmes & les filles des Nobles
& des plus riches Marchands , quoiqu'elles
tâchent d'imiter les manieres
Françoifes , ne paroiffent gueres en public
1662 MERCURE DE FRANCE.
•
blic , & ne font prefque d'aucun divertiffement
, fi ce n'eft dans le temps du
Carnaval. Pour les femmes des Artiſans
& de quelques Marchands , elles menent
leurs filles partout dans les rues
avec des voiles dont elles fe cachent autant
qu'elles veulent. Les meres & les
filles ont ordinairement le fein décou
vert , & les meres ne trouvent pas mauvais
, que les Pallans curieux regardent
leurs filles fous le nez . Au contraire
principalement celles qui font jolies
ne manquent guéres de lever leur voile
adroitement & à fe faire
voir.
propos pour
3
Il y a plufieurs Maifons à Venife ,
où les Nobles vont jouer durant toute
l'année ; on nomme ces lieux Ridolti ,
Réduit ; mais celui qui eft public pour
tout le monde , eft un fort grand Palais
proche la Place de S. Marc , qui ne
s'ouvre que le lendemain de Noël , &
tous les autres jours du Carnaval , auffitôt
que le Soleil eft couché , c'eft - à-dire ,
d'abord après les 24. fonnées , comme
on parle ici . Il dure jufqu'au milieu de
la nuit on y jouë à toutes fortes de
Jeux. Il faut être mafqué pour y entrer ,
quand ce ne feroit que d'une fauffe Barbe
, les Nobles Vénitiens ayant feuls le
privilege d'y aller-fans Mafque , & d'y
tenir la Banque . On
JUILLET. 1726. 1603
On voit dans une grande Salle & dans
cinq autres Pieces de plein-pied , environ
60. Tables le long des murs , où , à chacune
il y a un Noble qui Taille. Il a deux
Chandeliers à plufieurs bras , garnis de
bougies & plufieurs Jeux de Cartes devant
lui , avec un gros tas de Sequins ,
Piſtoles d'Espagne & autres Efpeces d'or.
D'autres n'ont que de l'argent blanc , pour
les Joueurs qui ne veulent hazarder que
peu de chofe. Tous les Nobles & autres
peuvent aller jouer contr'eux , hommes
& femmes , & maffer telle fomme
qu'il leur plaît. Je vous ai déja mandé
qu'on joue ici fans dire un feul mot ,
quelque fomme qu'on perde & quelque
coup picquant qui arrive , ce qui eft , en
verité, très - digne de remarque , fur tout,
vû la grande quantité de monde qu'on
voit dans ces Affemblées.
Les femmes n'y jouent gueres , &
cependant on en voit autant que d'hommes
, mais c'eſt que la plupart y vont
pour exercer leur art de galanterie , &
faire la conquête de quelque Joueur heureux.
Quand elles font jolies , bien
mifes & de bon air , les Nobles ne manquent
gueres de les faire affeoir à côté
d'eux .
Les Gentils-Donnes vont fort rarement
au Ridolti , fi ce n'eft quand le Carnaval
1604 MERCURE DE FRANCE.
val eft ouvert. Les Nobles les font pla
cer en cercle autour des Tables , où elles
ôtent leur Morete : on en fait une gran--
de difference d'avec les autres femmes &
on ne leur parle qu'avec beaucoup de
reſpect.
A côté des Chambres ou l'on jone , il
y en a deux autres ; dans l'une , on trouve
toute forte de Gibier , de Volaille &
autres Viandes crues , qu'on achete à fa
fantaisie & qu'on fait mettre dans fa Gondole
, ou Surtout , car c'eft ici l'ufage d'acheter
foi - même & d'emporter les cho-
Les pour lesquelles on a du goût, fans être
deshonoré. Dans l'autre on trouve toutes
fortes de Liqueurs chaudes & froides
: ces dernieres fe boivent toûjours en
nege , c'eſt - à- dire , prefque glacées .
Les Habits les plus ordinaires qu'on
voit dans le Ridolti , fur tout pour les
hommes , font la Bahute , qui fe met fur
un habit ordinaire , fur une Robbe de
Noble , fur une Zamberluque ou fur une
Robbe de Chambre. Cette Bahute eft
particuliere àVenife,on ne s'en fert point
dans les autres Villes d'Italie ; & comme
de trente perſonnes qui ſe maſquent
ici , il y en a au moins 28. en Bahute , je
vais vous en faire la defcription , d'où
vous conclurez , fans doute , qu'on a pris
de là l'invention des Domino qui font
5
+
au
JUILLLET. 1726. 1605
aujourd'ui fi generalement en ufage en
France , au grand détriment de la richelle
& de la varieté des Habits de
Mafque , qu'on voyoit autrefois dans les
Bals, & qui en faifoient le plus grand ornement.
La Bahute eft une espece de petite Capote
de Taffetas noir , qui defcend jufqu'au
deffous du menton, & qui eft bordée
par le bas d'une dentelle de foye.
Elle eft ouverte par devant, & échancrée
de maniere qu'on ne peut voir que le
nez & les yeux . On met par-defus un
Chapeau ou Barrete de Noble ou un autre
Bonnet , avec un demi Mafque , qui
n'a que le nez , le haut des joues & le
front , contre lequel il eft ferré par le
Chapeau ou Bonnet. Les Mafques font
faits très -artiftement d'une petite toile
cirée & prefque auffi mince qu'une feüille
de papier ; la Robe qui accompagne
la Bahute ne differe guere , pour la femme
, de celle des Nobles.
Les Robes des Nobles font de Drap
noir
, traînantes , les manches affez amples.
Elles font doublées de petit - gris ,
qui déborde d'environ 4. pouces tout du
long d'un des côtez du devant & d'au
tant fur le bout des manches , & d'un
travers de doigt feulement. Les Nobles
ont auffi la Stole fur l'épaule : c'eſt un
morceau
1606 MERCURE DE FRANCE:
>
morceau de Drap noir , long d'une
aulne , & environ large d'un quartier,
Une large Ceinture de Velours noir
bordée d'une petite Frange de Soye, avec
plufieurs grolles plaques d'argent fur le
devant la Barrete ou Bonnet de laine
noire tricoté , avec un gros rebord ou
cordon , formé des bouts de la laine. Tout
le monde peut mettre cette Robe avec
une Bahute.
Les Zamberluques font des Habits de
Mafque les plus communs . Elles fervent
dans la maifon de Robes de Chambre.
Ce font proprement des Robes d'Arménien
fourrées, de Drap rouge , bleu , gris,
pourpre , & c.
Les femmes de qualité , qu'on appelle
ici Gentils- Donnes , ne viennent au
Ridolti que dans leurs habits ordinaires
avec un Maſque de Velours noir , qu'on
appelle à Venife une Morette , & que
vous appellez un Loup . La plupart des
autres femmes ont la Bahute & la Zamberluque
comme les hommes , & on ne
peut les diftinguer que par la taille &
les fouliers.
L'ouverture du Carnaval fe fait ordinairement
à la fin de Janvier & au plus
tard au commencement de Février , par
une déclaration des Chefs du Confeil
des Dix , qu'on publie à deux des principaux
JUILLET. 1726. 1607
cipaux endroits de la Ville . C'eft alors
qu'on peut dire que Veniſe a changé de
face ; car on ne sçauroit comprendre la
quantité de perfonnes maſquées que l'on
rencontre , & qu'on voit pafler tout le
long du jour , & qui fe rendent fur le
foir dans la Place de S. Marc , qui eſt
comme le centre des divertiffemens .
Ce font deux Places qui aboutiffent
l'une dans l'autre , & forment un angle
droit comme le tournant de deux ruës ,
Elles font bordées de magnifiques Bâtimens
, élevez fur de grands Portiques
fous lefquels on fe promene à couvert
tout autour. La plus grande de ces Places
, qui eft vis - à - vis l'Eglife de faint
Marc , égale la Place Royale de Paris,
L'autre donne fur la Mer, & fert comme
d'Eſplanade au Palais du Doge , où ſe
tiennent tous les Confeils.
-
Vers la fin du jour , on met deux rangées
de fiéges fur les Galeries de la plus
grande Place & cinq ou fix autres rangs
en dehors. Toutes fortes de perſonnes
mafquées ou autres , peuvent s'y repofer
& les Gentils Donnes , vétuës
comme j'ay déja dit , en font le plus bel
örnement. Tous les Mafques viennent
fe promener autour , & le concours en
eft fi grand , furtout dans les 15. derniers
jours , que l'on eft quelquefois une
demie1608
MERCURE DE FRANCE
demie heure à traverſer d'un bout à
l'autre. Ceux qui ne veulent que caufer
& paffer le temps fans être connus , fe
mafquent avec un peu plus de précaution,
& ceux qui ne cherchent qu'à rire & à
fe divertir , fe fervent de toutes fortes
d'habits, & fe font remarquer par la propreté
, la fingularité ou la bizarerie.
Outre ceux qui font richement parez,
l'on y voit des bandes d'Arlequins , quelquefois
au nombre de plus de cent , avec
Trompettes, Tambours , Guittares , V10-
lons , Guidons , & c. qui font toutes fortes
de contes & de poftures , & ne font
pas chiches de quolibets & de Rebus qui
font rire la Populace & même des gens
infiniment graves.
On voit des Polichinelles auffi par
bandes , avec des grils , des poëles &
autres batteries de Cuifine , des plats
des affietes , des Tambours de Bafques
&c. qui chantent au fon d'une harmonie
qui n'eft rien moins que mélodieufe &
qui a pourtant quelque chofe de plaifant
pour les gens du Païs . On voit auffi
des Troupes de Païlans & Bergers , tous
vétus differemment , avec des Chapeaux
de fleurs & des Houlettes , qui marchent
au fon des Hauts - Bois & des Flagolets.
accompagnez de femmes & de filles qui
portent des pani rs remplis de fruits &
des
JUILLET. 1726. 1609
de
des Corbeilles pleines de confitures ,
dragées & de fleurs. Il paroît encore
fur cette Place , d'un côté des Compagnies
de Turcs , d'Egyptiens , de Polonois
, & c. de l'autre , des troupes de
Diables , qui chantent d'un ton lugubre
& trifte , reprefentant toutes fortes de
vices par leurs habits , & les Vers qu'ils
portent en écriteaux . D'autres imitent ce
qu'il y a de ridicule dans la Religion
des Juifs. D'autres enfin fe metamorphofent
en Ours , en Elephans , en Singes,
en Chiens , & cherchent les figures les
plus bizarres que l'imagination peut fournir.
Et ce qu'il y a de fingulier , c'eft
que plufieurs Nobles ne font pas difficulté
de fe transformer quelquefois dans
ces fortes de déguifemens grotefques.
•
On peut aller partout
mafqué
, excepté
dans les Eglifes . On entre dans
les Tribunaux
de Juftice
, à la Monnoye
, à la Bourfe
, chez tous les Marchands
pour y faire emplettes
, & c. "
Dans la Place qui donne fur l'eau , ſe
mettent les Charlatans , Opérateurs , Bateleurs
, Joueurs de Marionettes & de
Gobelets . Les uns conftruifent des petites
Loges avec des planches de fapin ,
& les autres fe tiennent à découvert. II
y en a de toutes fortes ; mais ce qui m'a
paru le plus fingulier , c'eft de voir quan-
E tité
1610 MERCURE DE FRANCE.
tité de gens vêtus de noir , montez chacun
fur un Theatre , avec une Sphere &
30. ou 40. gros volumes remplis de figures
d'Aftrologie & de Chiromancie.
Après avoit faft de grands difcours fur
les influences des Aftres , & fur les lineamens
du corps humain , ils offrent
pour quelque monnoye , de vous dire
tous les bonheurs & malheurs qui vous
doivent arriver , en regardant dans votre
main . Ils ne manquent pas de dupes
qui veulent apprendreleur bonne fortune.
L'Oracle leur parle en fecret , par le
moyen d'un long tuyau de fer - blanc qu'il
porte à leur oreille. Il arrive affez fouvent
que quelque Docteur , ou Pantalon
mafqué , vient s'affeoir fur le Theatre
difpute & oblige l'Aftrologue à répondre
publiquement , fans qu'il ofe faire
mine de fe fâcher , ce qui produit quelquefois
des Scenes affez plaifantes.
3
>
Dans le plein Carnaval il y a quel
ques Bals , que l'on appelle ici Feftins
parce que ceux qui les donnent , ne
manquent pas de fe traiter auparavant .
Ils font très- communs chez les Femmes
galantes , qui font , comme chacun fçait ,
en très-grand nombre à Venife. Il y en
a auffi chez beaucoup d'autres particuliers
on y eft toujours mieux reçû quand
on mene une femme , & chez ces derniers
JUILLET. 1726 , 161
wiers furtout , on oblige les hommes à fe
démafquer , pour pouvoir les reconnoître
, s'ils ne le tenoient pas dans les bor
nes de la politeffe , & de l'honnêteté ,
dans l'entretien qu'ils peuvent avoir avec
le beau fexe.
**
Voici en quoi confiftent ces bals : il y
a dans deux ou trois chambres de plein,
pied , un ou deux rangs de chaifes tout
autour pour l'Affemblée , & dans chacu
ne une Epinette , un Violon & une Baffe.
Les hommes prennent par la main les
femmes qu'ils ont choifi , & fe promenent
avec elles de chambre en chambre
à la file. Laffé ou ennuyé de ce tranquille
palle - temps , on va s'affeoir , ou
boire des liqueurs , & divers rafraîchif
femens que l'on donne dans une chambre
prochaine , & l'on paffe fouvent ainsi
la plus grande partie de la nuit fans danfer.
Quelque temps après s'être ainſi
promené pendant quatre heures , tout le
monde vient s'affeoir , & on laiſſe le milieu
de la place libre pour ceux qui veu-
-lent danfer.
? La plus jolie de leurs danfes eft la Ford
Lane. Elle fe fait à deux ou quatre perfonnes
, autant d'hommes que de femmes
, qui tournent en cercle , en faustant
& frifant les pieds avec une viteffe
une legereté merveilleufe. Ils s'ap-
E ij pro
1612 MERCURE DE FRANCE.
prochent enfuite l'un devant l'autre , en
tournant toujours de la même maniere ,
& fe prenant quelquefois les mains , &
s'entrelaffant les bras qu'ils paffent pardeffus
la tête.
La Danfe des cinq pas fe fait à dix ou
douze , autant qu'il en peut tenir. Chaque
homme prend une femme par la main,
& lui fait faire quelques pas de Couran
te , puis ils fe quittent tous , danfent féparément
, & le croifent avec beaucoup
de promptitude , fans fe heurter , ni
s'embaraffer , ce qui fait une affez plaifante
confufion.
Ce que l'on appelle le Change eft une
chofe allez finguliere. On prend le temps
pour cette operation que chacun fe promene
dans les Salles ; un homme de
l'Affemblée crie tout haut & commande
le Change. Dans le moment chacun quitte
la femme qu'il tenoit par la main , &
va prendre celle qu'un autre menoit
devant lui ; ce que ceux qui avoient commencé
un entretien agréable ſouffrent
très impatiemment. D'autres , à la verité
gagnent au Change . Les plus adroi; s
prennent le temps qu'il y ait une aimable
voifine , pour entrer en file, & pour
en être à portée de lui donner la main.
Celui qui a fait ce commandement eft
enfuite obligé de s'aller mettre au milieu
de
JUILLET. 1728. 1613
de la Salle , & il eft permis à toutes les
femmes qui ne font pas contentes ,
lui aller donner un foufflet .
de
C'eft une chofe affez agréable à Venife
fur le grand Canal , dans la belle
faifon, de voir tous les foirs le concours
des Gondoles , dont on compte quelquefois
jufqu'à fix ou fept rangs , dans les
belles foirées de l'Eté , qui paffent les
unes à travers les autres avec une viteffe
merveilleufe . Ce mêlange & cette
efpece de confufion fait un effet charmant.
Cette promenade dure depuis le
lendemain de Pâques jufques au dernier
jour de Septembre . C'eft prefque la feule
promenade des Gentilsdonnes , qui
font ordinairement trois ou quatre enfemble.
Les Gentilshommes y vont auſſi,
mais ils ne font jamais avec les Dames ,
fi ce n'est le mari , le frere , ou quelque
proche parent . Les Gondoles font
ordinairement affez fimples , felon les
Reglemens des Magiftrats . Elles font
couvertes de drap , ou de ferge , ou de
ferge noire , avec des couffins , ou des
eftrapontins de même , & entierement
ouvertes par les côtez ; on peut fe garantir
cependant du vent , de la pluye ,
& du Soleil. Il eft défendu aux Courtifanes
, fous de rigoureuſes peines , de
fe trouver à cette promenade , qui eft
E iij able-
1
1614 MERCURE DE FRANCE.
abfolument deſtinée aux Gens de condi
tion , aux Citadins , aux Etrangers , & c..
Elles ont la liberté de fe promener dans
le Canal de Rio de la Senfe , où l'on ne
manque gueres de trouver bonne Compagnie
, & de voir triompher les plus
charmantes Demoifelles dans les habits
les plus galants quelques unes même
déguilées en Cavaliers ; enfin , n'oubliant
rien de ce qui peut augmenter
leurs charmes & leurs conquêtes.
Il ne fe paffe gueres de foirées où
T'on n'entende des Serenades , & petits
Concerts de Voix & de Symphonies fur
l'eau. Ceux qui en font les frais prennent
une Peote , qui eft un Bateau couvert d'étoffe
fort proprement , où l'on peut tenir
au moins to perfonnes . Quelquefois deux
ou trois Peotes fe répondent l'une à l'autre
, & quelquefois auffi elles fe joignent
, & ne font plus qu'un même
Concert.
Les jours de Dimanche ou de Fête ,
c'eft un plaifir de voir les jeunes filles
d'Artifans , qui s'affemblent fur le foir
par bandes dans les Places publiques . Il
y en a une qui joue du Tambour de Bafque
, & chante en même temps , pendant
que les autres danfent des Forlanes,
& c. Leurs habits font fort fimples , mais
propres . Les plus notables font vêtuës
de
JUILLET ~ 1726. 1615
de taffetas chamarré , les épaules & la
gorge fort découvertes , le Collier de filigrane
, d'or ou d'argent doré , dont les
grains font prefque auffi gros que des
noifettes , des Pendans d'oreilles & des
Braffelets de même , ou de Pierres fauffes.
Leur Coëffure eft unie , avec quelques
boucles de cheveux fur le front ,
& un tour de gros boutons de filigrane
derriere , & quantité de fleurs dans les
treffes des cheveux . Je fuis , & c.
TRADUCTION ou Imitation en Vers
ge
Irreguliers par M. V ... E ... de l'élodu
Thé , que feu M. Huet , Evêque
d'Avranches
, a fait dans une belle
Elegie Latine.
Vite, Ite , Laquais , qu'on prépare du Thé ,
*
Je fens mon efprit hebeté ;
Une noire vapeur fur mes fens répandue ,
Etourdit mon cerveau , trouble , obfcurcit ma
vûë ;
Dans mes veines le fang paroît s'être arrêté ,
Vite , garçon , vite du Thé.
I
Qu'avec zele tu fais ce que ton Maître ordonne
!
E iiij
Qu'avec
1616 MERCURE DE FRANCE .
Qu'avec empreffement tu répons à mes voeux
Dans l'airain déja l'eau raiſonne ,
Par fes bouillons impetueux ,
Cette aimable plante grillée,
Dans les lieux que Phoebus deffeche par fes
feux ,
Développe déja fa feuille entortillée
Et fe défait de fes fucs favoureux .
Il ſemble que la roſe & l'ambre ,
Verfent leurs parfums dans ma chambre :
Goûtons de ce Thé précieux ,
De ce Nectar délicieux.
Rapide effet d'une liqueur divine !
C
Une douce chaleur coule dans ma poitrine ;
Je fens que des efprits nouveaux
Penetrent jufques dans mes os ;
Déja la plus vive allegreffe ,
Bannit ma ftupide pareffe ;
Et par un feu fubtil tout mon fang agité
Dans fes canaux ouverts coule avec liberté.
Mon ame cft arrachée à fa fombre trifteffe ,
Elle fent les tranfports d'une agréable yvreffe. -
Tous les objets à mon cerveau ,
t S'offrent dans leur jour le plus beau;
Mille
JUILLET. 7 1726. 1617
Mille images vives , brillantes ,
Entrent en foule en mon eſprit ;
A ma raiſon tout plaît , tout rit ;
Mon coeur eft inondé d'émotions touchantes ;
Eh! pourquoi ne pas m'y livrer ?
Chaffe à préfent , Sageffe auftere ,
" Les rides de ton frontfevére ,
Le vrai Sage fçait folâtrer.
Vivacité fine , legere ,
Badinage ſpirituel ,
Traits railleurs fans venin , mais tout remplis
de fel ,
Vous pouvez feule me fatisfaire :
A préfent , fans effort, mon gofier s'ouvre aux
chants ,
Les plus tendres , les plus touchians ;
Sous mes agiles doigts ma Lyre qui refonne ,
Par de rares accords & me charme & m'étonne
;
C'eft au Thé raviffant que je dois ces accords.
Dans quels heureux climats , fur quels aimables
bords ,
Te nourris- tu ? Plante facrée ,
En faveur des humains par la terre engendrée ,
Digne préfent du Ciel officieux.
E Ton
1618 MERCURE DE FRANCE,
Ton nom même , Plante divine ,
Nous garantit ta celeſte origine.
Je croi même que tous les Dieux ,
Pour te favorifer fe liguent , hol
Qu'à l'envi tous ils vous prodigueht ,
Leurs préfens les plus précieux.
Mars , le Dieu fanglant des allarmes ,
Te communique fa vigueur ,
Cômus , Dieu des Feftins , te munit de cés charmes
,
sally I
Qui des foucis rongeans fçavent fauver un
coeur :
Dujeune âge l'aimable Déeffe ,
Hebé , t'accorde le talent ,
D'arrêter le cours violent ,
De la triſte & foible vieilleffe.
Du puiffant Jupiter , fils toujours vigilants,
... Chez toi Mercure a placé la femence
Du tour délicat & coulant ,
D'une vive & fine éloquence
Baccus far toi répand la quinteffence ,
Du plus pur fuc de fes côteaux :
Fi
135 *.
Par le don de Phoebus , Panacée admirable.
De nos corps engourdis tu bannis tous les
maux :
Du
JUILLET. 1726. 1619
Des doctes Soeurs la troupe favorable ,
Des fubtiles vapeurs , des Poëtiques eaux
Arroſe ton germe eſtimable :
De-là , qui boit du Thé , s'empare d'Apollon ,
Bien mieux que Habitant du mystique Vallon,
Qui puife une divine extafe ,
Dans le ruiffeau que produifit Pegafe.
Je le fçai ,je le fens ; dès que cette liqueur ,
M'a gagné l'efprit & le coeur ,
J'ai chez moi toute l'Hyppocrêne ,
Ma fougueufe Mufe m'entraîne :
Des mots qu'on ne fçauroit changer ,
D'eux-mêmes dans mes Vers paroiffent s'arran
ger.
Témoins ces Chanſons éternelles ,
Dont nos Galands & dont nos Belles ,
Honorent les accords par leurs brillantes
voix : -
Et qui jufques au dernier âge ,
Réveilleront les Echos de nos bois ,
Et feront des oifeaux ceffer le doux ramage.
Alors mon nom pastour vanté ,
Quand avec ma fragile vie >
E vj Dif
1620 MERCURE DE FRANCE .
Difparoîtra la noire envie ,
Charmera la Pofter ité.
Je vois déja ce nom dans les Faſtes de France ,
Sur mille & mille noms avoir la préféance i
C'eſt là le deſtin arrêté ,
Que m'ont promis Apollon & le Thé.
AVIS fur les Enigmes.
LE Leo dequenteMets lesmois
Es Enigmes que le Mercure eft en
depuis un fi long - temps , font encore
agréables au Public ; elles exercent l'ef
pri pour en penetrer l'obſcurité , &
amufent quantité d'honnêtes gens : nous
continuerons d'en donner ; mais nous
voudrions bien qu'elles fuffent meilleures
, & que ceux qui s'appliquent à ces
petits Ouvrages , en obfervaffent les regles
, & priffent la peine de les rendre
telles qu'elles doivent être pour meriter
l'impreffion ; car on nous envoye affez
d'Enigmes ; mais nous en voyons tréspeu
qu'il ne faille retoucher , fouvent
refondre , & plus fouvent encore mettre
au rebut . Voici quelques avis que nous
prenons la liberté de donner à ceux qui
fe font un amufement de ces jeux d'efprit
, fur les défauts les plus ordinaires
JUILLET. 1726. 162 r
que nous avons remarqué. Les perfonnes
qui voudront avoir de plus grandes
inftructions , pourront avoir recours au
Traité des Enigmes , & des Figures énigmatiques
du Pere Meneftrier .
On ne doit point choisir pour fujet
d'une Enigme , tout ce qui a quelque
apparence d'être Enigme , & ne pas tomber
dans le défaut de ceux , qui voulant
faire une Enigme , font un Apologue ou
une Fable , une Emblême , une Devife ,
ou une fimple Allegorie. L'Enigme eft
en effet bien plus myfterieufe. Elle eft
en quelque façon femblable à ces beaux
traits d'Eloquence , en ce que tout le
monde les trouve d'une facilité fi naturelle
, qu'il n'y a perfonne qui ne préfume
de pouvoir tirer la même chofe
de fon propre fonds , quoique ces traits
foient prefque toujours le défefpoir de
ceux qui s'efforcent le plus à les imiter.
Le caractere propre de l'Enigme , eft d'être
une queſtion obfcure , difficile , &
dont le noeud eft fi caché , qu'on ne peut
le délier fans peine."
En faisant une Enigme , on doit pratiquer
en quelque façon l'art de la
Devile ,, qui eft de laiffer à l'efprit
quelque chofe à faire , car l'eſprit
fe plaît à fe conduire par fes propres
lumieres : il ne demande autre chofe
1824 MERCURE DE FRANCE.
•
nigme , doit changer , mais tout changement
, dans ces rencontres , doit avoir
fes regles , & fa bienféance , & elle n'eft
pas gardée , quand on fait une metamorphofe
d'un fexe à l'autre .
Les mots qui n'expriment pas un corps
e naturel , ne font pas de vrais mots pour
une Enigme . Ce qui en doit faire le fu
jet , doit avoir un être phyfique & réel ,
afin que les rapports en foient fingu
liers .
Les deux Enigmes du premier Volume
de Juin ont été faites fur les Cizeaux
, & les trois du fecond Volume
du même mois fur la Clef, l'Aiguille du
Cadran Solaire , & le Melon.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
PREMIERE ENIGME.
'Hyver qui glace tout de fon afpect terrible
, J
Loin d'alterer jamais la fraîcheur de mon tein ,
Semble quitter pour moi tout ce qu'il a d'hor
rible ,
Et n'ofe pas porer fes glaçons dans mon
fein.
Ainfi
JUILLET. 1726, 1625
Ainfi pendant que la Nature
Paroît couverte de frimats ,
Je ne perds rien de maparure ,
Et je confervé mon éclat .
Je fuis le favori des plus grands Rois du monde,
Du plus vaillant des Dieux & de tous les He-
Ios :
Des enfans de Phoebus fur moi l'eſpoir fe fonde ,
Quoique plufieurs en vain perdent tous leurs
travaux.
Apollon me cherit & m'aime ,
Et quoiqu'il ait fait mon malheur ,
Je dirai cependant moi - même ,
Qu'il fait à prefent mon bonheur.
Par L. D. P.
DEUXIEME ENIGME.
>
Es le pointde notre naiſſance ,
DES
Nous caufons des gemiffemens ,
Quand nous finiffons notre temps ,
C'est encor nouvelle fouffrance.
Nous habitons un humide féjour ,
Et ne faifons aucune grace ,
1625 MERCURE DE FRANCE .
A tout ce qui par chez nous paſſe ,
Nous le détruifons fans retour.
Lorfqu'on nous tire , ou qu'on nous coupe ,
C'eft pour nous le dernier malheur.
Le bel ordre & notre blancheur ,
Font la beauté de notre troupe .
TROISIEME ENIG ME.
' Eſt preſque toujours deux jumelles ,
C'E
Qui me font telle que je fuis,
En Europe il eft un Pays
Qui porte le même nom qu'elles .
J'annonce quelquefois la mort ,
Double ou fimple , roide ou flexible ;
Je fuis en certains cas nuifible ,
Sans qu'on puiffe dire elle à tort.
Geographie , Architecture ,
Connoiffent mon nom , ma figure.
A l'homme de Mer , au Guerrier ,
Comme à maint & maint Ouvrier, she
Mes fervices ne font étranges.
De moi fe font fervis les Anges.
Lieu dans Paris porte mon nom
Comme
JUILLET. 11772266.. 1627
Comme maint Port de grand renom,
Mais j'en dis trop , je me décele ,
Fayons d'ici chez quelque Belle.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ICTIONNAIRE univerfel de la Fran
Dee
ce ancienne & moderne , & de la
Nouvelle France , traitant de tout ce qui
y a rapport, foit Géographie , Ethymologie
, Typographie , Hiftoire , Gouver
nement Ecclefiaftique , Civil & Militaire
, Justice , Finance & Curiofité , dans
lequel on trouve les noms , la fituation ',
& la defcription des Provinces , Fleuves,
Rivieres , Villes , Bourgs , Villages , Paroiffes
, & Communautez du Royaume ,
& fur chaque lieu le nombre des Ha
bitans , leurs moeurs , coûtumes , & ne
goces particuliers : les Archevêchez ,
Evêchez , Abbayes , Prieurez , Chapi
tres , Cures , & leur revenu : les Pairies
, Duchez , Principautez , Marqui
fats , Comtez , Vicomtez , Baronies , Si-
Ties , Châtellenies , & autres Fiefs confiderables
: les Gouvernemens particu
liers,
1628 MERCURE DE FRANCE
liers , leur étendue , & leurs Officiers
les Confeils Royaux , Parlemens , Chambres
des Comptes , Cours des Aides , Préfidiaux
, Bailliages , & autres Jurifdictions
, avec leurs refforts , les Forefts
Mines , Minieres , Eaux minerales , &
autres matieres intereffantes , " en trois
Volumes in folio. A Paris , chez Saugrain
, pere , la Veuve J. Sangrain , &
Pierre Prault.
*
Cet Ouvrage , qui eft d'un vaſte deffein
, avoit , il y a trois ans , été propofé
par Soufcription , avec un ellai de
la maniere dont il feroit executé ; ainfi
il eft déja connu du Public. Les Librai
res reconnoillent en être les Auteurs ,
& ils marquent en avoir tiré le premier
fond de leur dénombrement general
de la France , que le Public a alfez
eftimé , pour en avoir épuifé deux
Editions ils y ont ajoûté le Boulonnois
, le Pays conquis & reconquis , le
Comtat Venaiffin , la Principauté de
Dombes , les Duchez de Lorraine & de
Bar & la Nouvelle : France , en faisant
diftribuer dans les Provinces plus de.
vingt mille modeles de Memoires , pour
être informez de l'état de chaque lieu ,
ils s'étoient flattez de recevoir de grands
fecours de coux qui font zelez pour la
gloire de leur patrie , mais il leur en eft
,
"
revenu
JUILLET. 1926. 1629
2
revenu três peu , & dans ce peu il ne
s'en eft même trouvé qu'un fort petitnombre
de bien inftructifs , ainfi ils
avouënt qu'il refte de la matiere pour un
ample Supplément ; th
Cependant , pleinement convaincus ,
& avec raiſon , de l'utilité de leur Dictionnaire
, lorsqu'il aura été porté à fa
perfection , ils ont mis à la fuite de leur .
Avertiffement deux Memoires de lieux
particuliers , pour exciter de nouveau
par ces modeles , ceux qui feroient en
état de leur en donner de femblables des
autres lieux , ou diſpoſez à leur en accorder
encore de plus curieux , dont ils
ne manqueroient pas de profiter , & en
faifant connoître les Auteurs , qui voudroient
bien le permettre , ainfi qu'ils ont
déja fait à l'égard de quelques - uns.
On trouve au commencement de ce
Dictionnaire , une inftruction à fa lecture
, qui contient la Defcription generale
de l'état ancien & nouveau de la
France. On y traite des Gaulois & de
leurs moeurs,de la divifion des Gaules au
temps qu'elles étoient fous la domination
des Romains des François qui leur ont
fuccedé , de la fuite des Rois François ,
& enfin de la divifion actuelle de la France.
Ce dernier point eft fubdivifé felon
fes differens regards . 19. Selon les Provinces
1630 MERCURE DE FRANCE.
vinces civiles , ce qui ne concerne que
la Géographie. 20. Selon les Provinces
Ecclefiaftiques partagées en 128. Dio :
cèfes . 3 ° . Selon les Gouvernemens militaires
, generaux & particuliers. 4º. Sé
lon les Parlemens & les Juftices qui en
reffortiffent. 5. Selon les Chambres
des Comptes , Cours des Aides , & Cours
des Monnoyes. Et 6 ° . Selon les Gene--
ralitez ou Intendances , par rapport aux
Finances , & aux Revenus de la Cou
ronne , à quoi on a joint des états des
lieux où il y a des Bureaux d'Aides , des
Directions des cinq groffes Fermes , des
Greniers à Sel , & de la quantité de Sel
dont chaque Grenier doit être fourni.
و
A l'égard du corps du Dictionnaire ,
on juge bien qu'on ne sçauroit être également
inftruit : quand on n'a point eu
de Memoires particuliers des lieux , on
a feulement marqué la Province , le Diocèfe
le Parlement , la Generalité &
l'Election dont ils font , & pour les autres
lieux , on a fuivi les Memoires
qu'on en avoit, qui , comme on l'a déja dit,
n'étoient pas tous de bonne main ; celui
de la Ville de Faris remplit feul 84. pag.
il y a d'autres articles qui font auffi fort
détaillez , & nous pourrions donner pour
exemple l'Extrait de quelqu'un dont
en feroit fatisfait ; mais nous allons feulement
+
JUILLET. 1726. 1631
lement nous arrêter ici à une Differta
tion fur l'origine du Royaume d'Yvetot,
que nous trouvons parmi les Additions.
du troifiéme Volume ; car comme on a
déja vû plufieurs Memoires fur ce fujet
dans notre Mercure , & qu'ils ont été
connus à l'Auteur de celui-là , qui a voulu
encherir pardeffus les autres , nos Lecteurs
feront , fans doute , curieux de voir
auffi ce qu'il en a découvert de nou
veau.
Le Differtateur ne s'eft point contenté
de conjecturer avec les Critiques modernes
, que le Royaume d'Yvetot , dans
fon origine , ne devoit être qu'un Francaleu
noble , exempt d'hommage & de
fervices militaires , il l'a même prouvé;
comme auffi qu'il ne peut avoir été formé
que depuis
la domination
des Normands
dans la Province
où il fe trouve.
Ainfi il fe mocque
de la Roque , qui
touché
de la grande
antiquité
, que la
tradition
,qui le fait remonter
jufqu'à
Clotaire
I. lui attribuë
, voudroit
que là -deffus
on fe tint à ce que cette Tradition
en apprend
, comme
s'il s'agifloit
de quelque
point de Religion
. Traditio
eft , ditil
dans fon Traité
de la Nobleffe
,
empruntant
les paroles
de Tertullien
nihil quaras
ampliùs
. L'Auteur
ne peut
pas davantage
fouffrir
l'opinion
de celui ,
en
qui
1632 MERCURE DE FRANCE
qui , dans notre Mercure de Janvier der ™
nier , fuppofe que l'Aleu d'Yvetot fe
roit de ceux qui fe feroient maintenus
dans leur indépendance , qui avoit précedé
la domination des Rois , parce qu'il
n'y a aucune vrai - femblance , que les
Normands , qui s'étoient emparez des
biens même des Eglifes de la Province ,
euffent respecté celui d'un Gentilhomme
particulier ; mais il n'eft pourtant pas
non plus du fentiment de M. l'Abbé de
Vertot , qui a crû avoir démontré , que
les franchiſes de la Terre d'Yvetot avoient
été attachées entre l'année 1370. & l'année
1392. & il fait voir que les faits ,
fur lefquels ce fçavant homme s'appuye ,
étant bien entendus , ne prouvent point
du tout ce qu'il prétend , & que ces Franchifes
étoient connues dès le XII . fiecle.
Pour lui il établit trois autres faits
qui femblent décififs pour le point de
conteftation.
•
Le premiér eft , que Guillaume le Conquerant
, Duc de Normandie , en 1033 .
& Roi d'Angleterre en 1066. poffedoit
du moins une partie du Domaine de la
Paroiffe d'Yvetot .
Le fecond, que dans le fiecle fuivant,
la Famille noble du nom d'Yvetot , y te
noit un Franc - fief.
Et le troifiéme , que dès le même
temps
JUILLET. 1726. 1633
temps cette Famille l'avoit augmenté de
quelques autres Fiefs , pour lefquels
elle devoit des fervices militaires au Duc
de Normandie.
. La verité du premier fait fe tire d'une
Charte citée dans le Neuftria Pia, page
167. où il eſt dit que Guillauine le
Conquerant donna à l'Abbaye de S. Vandrille
une Terre fituée à Yvetot , apud
Yvetot manfum unum : car , foit que cette
Terre fut de l'ancien Domaine Ducal ,
ou qu'elle lui fut venue par forfaiture ,
il s'enfuivra toujours de cette donation ,
que ce Prince étoit Seigneur d'une partie
du Domaine de la Paroiffe d'Yvetot :
or il réfultera encore de là deux chofes
pour ceux qui fçavent de quelle maniere
les Fiefs ont été formez. L'une , que
le Domaine entier d'Yvetot pouvoit être
encore alors dans la main du Duc ; &
l'autre , que fi la partie qu'il ne donnoit
pas , étoit déja dans la Famille qui en
prit le nom , le Duc en étoit toujours le
Seigneur Suzerain : car qui fe figureroit
jamais qu'elle n'auroit relevé de lui , ni
mediatement , ni immediatement , dès
que l'autre portion lui avoit appartenu ,
& fuppofera- t'on que c'étoient les Rois
de France qui auroient fait un tel partage
?
*
La preuve du fecond fait fe trouve auffi
F danc
1634 MERCURE DE FRANCE.
1
dans une Charte de l'Abbaye de S. Vandrille
, dont le Cabinet de M. Clairembaut
a fourni la Copie. C'eft un accord
fait entre Roger , Abbé de S. Vandrille
& fa Communauté , d'une part ,. & Richard
, Seigneur d'Yvetot , d'autre part ;
par lequel , moyennant une rente de dix
livres , ce dernier remet à ce Monaſtere
tous les droits qu'il lui demandoit ,
à l'exception de la liberté du paffage de
Caudebec appartenant à l'Abbaye , qu'il
fe referve pour lui & pour fes Vallaux
du Franc- fief d'Yvetot , excepto paffagio
de Caudebecco fibi & hominibus ipfius
de libero feodo de Yvetot. De plus ce
mot feodo ne peut s'entendre d'une Terre
qui ne reconnoît aucun Seigneur ,
telle que feroit un Aleu qui auroit précedé
l'inftitution des Fiefs ; ilfait au contraire
fuppofer neceffairement qu'elle
étoit foumife à un Suzerain , & ainfi la
Terre d'Yvetot étoit feulement un de ces
Aleus dont les Ducs de Normandie
avoient bien voulu gratifier quelques
Seigneurs , & femblables à ceux que les
grandes Eglifes s'attribuoient , en prétendant
, qu'ayant été une fois donnez
à Dieu , elles n'en devoient plus ni
hommages , ni fervices , quelques fujets
qu'ils y euffent été auparavant. Au refte,
comme dans la fuite des Abbez de faint
Van
JUILLET . 1716. 1635
Vandrille , il ne s'y trouve , pour le tems
de cet Acte , d'autre Roger , que celui
qui gouverna cette Maifon depuis l'an
1150. jufqu'en 1165. l'Auteur veut
qu'on en regle la date par là , & non
point par celle de 1203. qu'il porte ,
laquelle il croit avoir été ajoûtée par
quelque Copifte , ainfi qu'il eft arrivé à
plufieurs autres Actes.
Enfin , le troifiéme fait eft encore éta
bli par une Chartre du même Monaftere
de S. Vandrille , & trouvée auffi dans
le même Cabinet de M. Clairembaut.
C'eſt une échange , où le même Richard
d'Yvetot , & Gautier d'Yvetot , fon pere
, cedent au même Abbé Roger & a
fes Religieux , les deux tiers de la Dixme
de l'Eglife d'Yvetot , avec une piace
pour bâtir une Grange , foit dans l'ancien
Domaine d'Yvetot , foit dans fon accroiffement
, in terra fua , five in incremento ,
& lefdits Abbé & Religieux tranfportent
de leur côté à ces deux Seigneurs le Fief
de Gautier l'Eventé , & celui qu'ils avoient
à Yvetot , lauf les fervices dont ces Fiefs
étoient chargez pour le Duc de Normandie
, Roi d'Angleterre , & S. Vandrille ,
Feodum VValterii l'Evanté conc :ſſeruns
cum feodo fuo de Ÿvetot falvo fervitio Regis
S. VVandregifili , & il eft manifefte
que ce Fiefque S. Vandrille avoit à
Fij Yvetot,
1636 MERCURE DE FRANCE.
Yvetot , avoit été formé de la Terré fi
tuée dans cette Paroiffe , que Guillaumė
le Conquerant lui avoit donnée.
;
L'Auteur de la Differtation ayant
donc ainfi prouvé d'une maniere invincible
, que le Fief d'Yvetot d'aujourd'hui
eft compofé de plufieurs Fiefs qui étoient
de differente nature , & qu'il n'y avoit
que le Chef-lieu qui fut un Franc-fief , &
qu'il relevoit du Duché de Normandie
il recherche enfuite comment les portions
de ce Fief affujetties au fervice du
Duc de Normandie , en ont été affranchies
: il avouë qu'il n'a pù trouver
d'Actes qui le lui apprennent ; mais il
conje cture que ç'aura été par le fimple
uſage , & que peut - être , pour
mieux affurer cet ufage , après que les
Rois de France eurent réuni ce Duché
à la Couronne , on fabriqua auffi en cette
vue la Notice , qui fait foi que l'affranchiffement
étoit de la Terre entiere d'Yvetot
, ratione terre totalis de Yvetot , &
qu'il avoit été accordé dés l'an 539. par
Clotaire 1. pour reparation de la mort
de Gauthier d'Yvetot que ce Monarque
avoit tué, ce qui ne le rendoit pas peu refpectable
à fes Succeffeurs. LAuteur ajou
te, que cette Notice fe trouve à la Chambre
des Comptes de Paris , dans un Procès
verbal de l'état de la Terre d'Yvetot
dreffé
JUILLET. 1726. 1637
dreffé l'an 1429. fur la dépofition de témoins
âgez de 70. ans ou environ , lefquels
l'indiquent comme une Piece autenthique
, & qui fait voir qu'elle pourroit
bien êtredu commencement du XIV. fieclesainfi
ceux qui veulent que cette Fable
fut inconnue avant Gaguin , mort ſeulement
en 1501. fe trompent de plus de
cent ans.
L'Auteur obferve encore , que les titres
de Principauté & de Royaume , dont
la Terre d'Yvetot a été ornée depuis la
fin du même XIV . fiècle , ne doivent
auffi leur exiſtence qu'à l'ufage , & non
pas à des érections faites par nos Rois ,
dont les Seigneurs d'Yvetot fe fuppofoient
indépendans ; mais il convient
neanmoins , que quelque lieu que les
Hiftoriens ayent de fe défier de la maniere
dont ces Seigneurs font parvenus
à fe mettre en poffeffion de tant de privileges
, il fera toujours de l'équité dans
łe Barreau , d'en croire le principe.legitime
, felon toute l'étendue de la terre
d'Yvetot , puifqu'ils ont toujours été confirmez
par les Rois depuis plus de 3.00.
ans , & qu'on n'a que des conjectures à y
oppofer.
Voilà ce qu'il y a de principal dans la
nouvelle Differtation , oùl'on trouve auffi
la fuite des Familles , par lefquelles la
Fiij Terre
Ը
1638 MERCURE DE FRANCE.
3
-Terre d'Yvetot a paflé , avant que de
venir dans celle d'Albon , qui en foutient
fi bien aujourd'hui les droits , & elle eſt
terminée par la Notice de l'affranchiffement
fabuleux de la même Terre , par
Clotaire I. en 536. ce qui donne enco-
-re lieu de remarquer , que le Gautier
d'Yvetot , qu'on y dit avoir été tué par
ce Prince , au retour des combats qu'il
-avoit livrez aux Sarrazins durant dix ans,
pourroit bien avoir été emprunté du Seigneur
d'Yvetot de même nom , qui tran
figea avec les Moines de S. Vandrille,
au XII. fiecle , & qui fe feroit effecti-
.vement trouvé dans les Guerres faintes ,
qu'on fit de fon temps contre ces Infideles
.
LA VIE DU CARDINAL D'AMBOISE ,
Premier Miniftre de Louis XII . avec un
-Parallele des Cardinaux celebres qui ont
gouverné des Etats , dédiée au Roi . Par
M. Louis le Gendre , Sous - Chantre &
Chanoine de l'Eglife de Paris , Abbé de
Clairefontaine. A Roüen , chez Rob.
Machuel , 1726. 2. vol. in 12.
VOYAGES de Jean Ovington , faits à
Surate , & en d'autres lieux de l'Afie &
de l'Affrique , avec l'Hiftoire de la Ré
volution du Royaume de Golconde , &
des
JUILLET. 1726. 1639
des Obfervations fur les Vers - à - Soye.
Traduit de l'Anglois A Paris
S. Jacques , chez Etienne Ganeau , 1725 .
2. vol. in 12 .
ruë
APOLOGIE de M. l'Abbé d'Olivet , de
l'Académie Françoife , en forme de Commentaire
, fur deux Articles des Memoi
res de Trévoux. AParis , Quay des Auguftins
, chez Piffot , 1726. Brochure in
12. de 44. pages , fans l'Approbation &
le Privilege du Roi.
On nous prie d'avertir , qu'à la page
17. ligne 23. de cet Ouvrage , au lieu
de ces mots , le 9. Janvier 1726. on doit
lire , le 6. Janvier 1722 .
>
HYMNES Latines & Françoiſes , fur le
Miracle operé à la Proceffion du Très-
Saint Sacrement dans la Paroiffe de
Sainte Marguerite , le 31. Mai 1725 .
A Paris , chez C. L. Thibout , Place de
Cambray. Ces Hymnes , au nombre de
trois , ont été faites pour être chantées
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Marguerite,
au fujet de la guérifon miraculeufe
operée fur la Dame de la Foffe.
Les Latines font de M. Coffin , Ancien
Recteur de l'Univerfité , & Principal
du College de Beauvais ; & les Fran-
Fiiij çoiſes,
1640 MERCURE DE FRANCE:
ço fes , ou pour mieux dire , la Traducă
tion , eft de M. de la Monnoye , de l'Académie
Françoiſe ..
VOYAGE aux Ifles de Madere , Nieves,
la Jamaïque , avec une Hiftoire naturelle
de la derniere de ces Ifles . Par le Chevalier
Hinfane , Docteur en Medecine;
Membre & Secretaire de la Societé Royale
de Londres. A Londres , 2. vol . in fol .
Cet Ouvrage eft en Anglois.
LA VIE DE THOMAS MORUS , Chancelier
d'Angleterre , fous , le Regne de
Henti VIII. écrite par fon Arriere - petit-
fils. 2. Edition. A Londres , 1726. in
8. de 336. pages.
Le jeune Sauvage amené à Londres
d'Hanover, ayant déja appris à s'énoncer
paffablement , a été baptifé chez le Docteur
Arbuthnot , qui a pris foin de lui
apprendre à parler.
On écrit de Warfovie , qu'on a trouvé
dans les Forêts du Duché de Curlande
, des hommes d'une efpece particuliere
, qui ne portent aucuns vêtemens,
qui ne vivent que d'herbages & de
fruits , & dont le langage n'eft entendu
de perfonne. On ignore abfolument leur
oriJUILLET.
1726. 1641
brigine , leurs moeurs & leur Religion :
comme ils paroiflent doux & traitables ,
le Roi de Pologne a ordonné qu'on en
amenât quelques- uns à Warfovie , pour
qu'on puille étudier leur langage , & tâ
cher de les inftruire , & de les former
aux moeurs du Pays.
Les Lettres de Londres portent , que
la Czarine a fait remettre depuis peu
une Médaille d'or du poids de quinze
Guinées , à M. Aaron Hill , qui avoit dédié
au feu Czar un Poëme qu'il avoit
fait fous le titre de l'Etoile du Nord.
Cette Médaille a été frappée à l'occafion
de la Pompe funebre de ce Prince : on
y voit fon Bufte d'un côté , & fur le Revers
il eft repreſenté montant au Ciel,
accompagné de la Renommée & de la
Gloire.
On imprime actuellement à Madrid
en 4. Volumes in 8. les Sermons du Pere
Bourdalouë, traduits en Caftillan par
un Jefuite.
On apprend de Bologne , que M Turdini
y a publié la Vie du celebre Cavalier
Carle Cignani , Peintre de l'Ecole
Bolognefe , Dilciple de l'Albane , mort
depuis quelque temps , gé de 89. ans.
FY Girar
1642 MERCURE DE FRANCE.
Girardini , qui eft un des meilleurs Ele
ves du Cignani , s'eft fait connoître en
Francé par de fort beaux Ouvrages . Il
a peint , à fraifque , l'Eglife des Jefuites
de Nevers & la Bibliotheque de leur
Maiſon Profeffe à Paris. Le Cignani a
laiffé un fils qui foutient la réputation
du nom qu'il porte , & qui confole en
quelque façon de la perte de fon pere.
On écrit de Florence , qu'Homere ,
traduit par l'Abbé Salvini , en vers Sciolti
, conferve fous cette nouvelle forme ,
ce fublime & ces images vives qui l'ont
fait admirer de tous les fiecles . La gran
de réputation du Traducteur n'a pas mis
fon Ouvrage à couvert de la cenfure.
Il a été bien critiqué & bien défendu.
On mande d'Allemagne , que M.Heimbreich
, a commencé un nouveau Journal
, fous le titre de Nouvelles Litteraires
de Franconie . Mais on apprend en même
temps que d'autres Ouvrages Périodi
ques de même efpece ont ceffé , comme
La France Sçavante la Bibliotheque
Françoife , l'Hiftoire Litteraire de tonte
PEurope , &c.
›
M. du Quet , Ingenieur pour les Forees
Mouvantes , & autres Sciences concerJUILLET.
1726. 1643
Eernant les Mechaniques , qui a été envoyé
par les ordres du feu Roy , dans
plufieurs Ports de Mer , pour faire les
effais des Rames qu'il a inventées , qui
a été nommé & choifi par l'Académie
Royale des Sciences , pour occuper une
place dans cet illuftre Corps , voulant fai
re part au Public de fes découvertes , il
donne avis qu'il fera chez lui des Differtations
touchant les differens fujets où il a
employé fon génie , par lefquelles on découvrira
la néceffité de pratiquer ce qu'il
a inventé , la perfection que reçoit la
Navigation par les Rames qu'il a effayées
dans les Ports , le bien qui réfulte d'en
farmer tous les Bâtimens qui vont à la
Mer , foit qu'ils foient deftinez pour la
guerre , foit qu'ils foient employez pour
le Commerce. Ces Differations prouveront
la poffibilité de faire fervir le cou
rant du Rhône & celui des autres Rivieres
pour monter les Marchandifes
d'une viteffe beaucoup plus grande que
par le tirage des Chevaux ou des Boeufs.
Elles prouveront auffi qu'il n'eft pas poffible
d'être maître de la force & de la
viteffe , en employant les courans , que
par les moyens qu'il a communiquez à
I'Académie des Sciences , que les Commerçans
& le Public , par contre - coup
recevront des avantages confiderables des
F vj éta1644
MERCURE DE FRANCE:
, que
établiffemens qui s'en peuvent faire
par ce moyen on débaraffera les Quais
de Paris du tirage des Chevaux , qui
caufent beaucoup d'inconveniens , qu'on
peut employer le courant de la Seine à
faire monter & defcendre fans ceffe des
petits Bateaux couverts pour fervir de ´
voiture publique de la Porte S. Bernard
aux Tuilleries , & des Tuilleries à la
Porte S. Bernard . Ces mêmes Differtations
feront connoître le défaut des Moulins
à vent & leurs fujettions , elles enfeigneront
la maniere de les corriger ,
les rendre plus fimples , d'une figure plus
agréable , de moindre entretien , d'une
conftruction plus folide & moins dangereufe
; elles apprendront le moyen de
voiterer par Terre les Marchandifes par
le fecours du vent , contre le vent même
, en droite ligne , particulierement
dans les Plaines & autres lieux où le
vent pourra avoir fon action , ce qui
procurera de nouveaux débouchez aux
-Forêts , employant quatre Chevaux qui
ferviront à mener au vent vingt Charettes
les unes après les autres , qui fe
ront conftruites à ce fujet , lefquelles porteront
chacune une corde de Bois ; enforte
que ces quatre Chevaux feront l'ouvrage
de quatre - vingt ; que l'on pourra
même labourer la terre avec ces mêmes
Cha
JUILLET. 1726. 1645
Charettes , par le feul fecours du vent .
Ces Difcours découvriront la maniere
de battre & vaner le Bled tout - à la fois
& bien d'autres chofes qui doivent être
pratiquées ; un modele fervira à faire.
entendre dans toutes fes parties le fujet
de chaque Difcours., & à en donner une
parfaite intelligence pour la pratique ,
ainfi les jeunes perfonnes qui ont déja
quelque teinture de Mathematique & qui
ont interêt de verifier la théorie par
la pratique , auront toute la fatisfaction
qu'ils peuvent défirer , même toutes fortes
de perfonnes curieufes des Sciences
utiles , en retireront le même fruit. Ceuxqui
en voudront profiter , s'adrefferont
à l'Auteur , ruë de l'Arbre - fec , vis - àvis
le petit Paradis , où l'on conviendra
de l'heure la plus commode ; il y
aura un Commis qui recevra une rétri
bution de trente fols pour chaque Dif
cours , afin de fournir aux petits frais
qu'il conviendra faire .
Le fieur Thiout , Maitse Horloger
Paris , ayant appris que quelques Particuliers
publient que le mouvement de
la nouvelle Pendule d'Equation , qu'il a
imaginée & executée pour S. A. R.
Monfeigneur le Duc d'Orleans , ne peut
faire détendre une fonnerie pour le
temps
1646 MERCURE DE FRANDE
temps vrai , il fe croit obligé de faire
fçavoir qu'il peut , non - feulement faire
détendre telle fonnerie & répetition que
les Curieux voudront , par l'heure vraie
ou par l'heure moyenne , avec la pre
cifion & la facilité ordinaire , mais qu'it
peut encore avec la même facilité , faire
marquer les mouvemens les plus remarquables
des Corps Celeftes : &
pour faire
mieux connoître la fimplicité de cette
conftruction , qui évite la peine de chercher
ailleurs la connoiffance des variations
du Soleil , il va faire inceffamment
une Montre de la grandeur ordinaire ,
où il appliquera cette Cadrature fans en
alterer la régularité , laquelle Cadrature,
peut aufli appliquer à toutes fortes
de vieilles Pendules , qui marqueront &
fonneront l'heure vraie , comme elles
fonnoient auparavant l'heure moyenne.
Le fieur Thiout demeure toûjours ruë
de Gefvres , près le grand Châtelet .
Proverbes choifis des Anciens & des
Modernes , de toutes Nations , avec des
Notes hiftoriques qui en éclairciffent
P'origine.
C'est encore un Auteur qui efpere
quelque fecours du Public , en donnant
le Titre de l'Ouvrage qu'on vient de
Le
Jire.
JUILLET. 1726 1647
Le Roy a donné depuis peu une nou→
velle marque de l'amour qu'il a pour
les Arts , en ordonnant au Duc d'Antin¸
Surintendant des Bâtimens , de faire fçal
voir à ſon Académie Royale de Peinture
& Sculpture , que S. M. a deſtiné un
fonds de 30000. livres pour être em
ployées à récompenfer ceux qui s'appli
queront à mériter les Prix pour lefquels
nombre de Peintres de cet illuftre Corps
travaillent actuellement. On parlera plus
au long de ce concours , lorfque les Prix
auront été adjugez .
M. Coypel , premier Peintre de Mone
feigneur le Duc d'Orleans , Auteur des
Tableaux de Dom Quichotte , vient de
donner au Public quatre Eftampes gra
vées d'après fes Deffeins , & dont les fa
jets font tirez des Comédies de Moliere.
Il y a ม reprefenté la principale Scene
de chaque Piece , ou pour mieux dire ,
une de celles qui ont paru le plus
fufceptibles d'expreffion. Les figures y
font deffinées dans le veritable génie de
la Scene qu'elles réprefentent , & gra
vées dans l'efprit de l'Auteur.
Les ſujets traitez font ,
George Dandin , demandant pardon à
fa femme en prefence de M. & Madame
de Sottenville .
Poute
4648 MERCURE DE FRANCE.
Pourceaugnac entre les deux Medecins.
Triffottin , lifant fon Sonnet aux Fem
mes Sçavantes .
Ces trois Eftampes font précedées
d'une quatrième , qui fervira de Frontifpice
à tout l'Ouvrage & dont l'idée a
paru fort ingenieufe. Elle réprefente
la Salle de la Comédie , la Toille &
les Luftres baillez . On y voit une par
tie des Loges & du Parterre , que l'Auteur
a remplis de caracteres variez &
comiques ; Petits- Maîtres fur le Thea
tre ; Femmes du bel air dans les Loges ;
au Pitterre, vieux pilliers de Spectacles,
jeunes gens nouvellement débarquez ;
grands hommes incom nodes à des petits,
&c. Sur la Toile eft l'Epitre dédicatoire
au Public Nous croyons devoir la lui
donner ici tout au long ; ce feroit le priver
d'un hommage que peu d'Auteurs
lui rendent aujourd'hui d'auffi bonne foi .
Ces Eftampes font à peu près de la
forme de celles de Dom Quichotte, & le
vendent chez Surrugue , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à - vis S. Tves . Le prix
eft de 15. fols.
AU
JUILLET 1726. 1649
AU PUBLIC
Très-refpectable & redoutable Juge.
To
Un'ignores pas que c'eſt au defir de
te plaire , que les beaux Arts doivent
leur naiffance ; c'est ce même defir.
qui nous porte à les cultiver & à les perfectionner
: Ne fois donc point furpris de
l'hommage que j'ofe t'offrir ; daigne le regarder
comme une marque de reconnoiſſance
que j'ay crû te devoir pour le favorable
accueil que tu as bien voulu faire
aux Gravures de D. Quichotte ; mais tu
me diras peut-être que je le dois plutôt
au fameux Auteur qui m'en a fourni les
fujets , qu'aux foibles traits de mon Pinceau.
Si tu le dis , je le croirai ; car je
fais van de me foumettre toûjours à tes
decifions. Quoi qu'il en foit , tu ne cheris
pas moins les Ouvrages de Moliere que
ceux de Michel Cervantes , ainfi je veux
efperer encore que tu feras grace aux
Deffeins en faveur des Sujets .
Je fais avec tout le refpect que le doivent
ceux qui ofent s'exposer à tes re
gards , ton très-humble & très -foumis ferviteur
, Charles Coypel .
N'oublions pas d'annoncer ici une nouvelle
Eftampe de conféquence qui vient
f de
7
1650 MERCURE DE FRANCE :
de paroître admirablement gravée par
M. Pierre Drevet , à qui le Roy vient
de donner le logement qu'occupoit feu
M. Beren , aux Galeries du Louvre. Cette
Eftampe dédiée au Duc d'Epernon , a
été faite fur l'un des Tableaux du Choeur
de Notre - Dame de Paris , excellemment
peint par M. L.de Boullogne , Ecuyer ,
Premier Peintre du Roy , qui réprefente
de la maniere la plus noble , la plus ri
che & la plus expreffive , la Prefentation
de l'Enfant Jefus au Temple par le
Vieillard Simeon , ou la Purification de
la Vierge. Ce magnifique Tableau fait
pendant à un autre du même Auteur ,
qui doit être gravé dans peu. C'eft une
grande compoſition d'une très - belle ordonnance
, d'une correction , d'une varieté
& avec des graces infinies , répreſentant
un Repos d'Egypte , ou Fuite , &c.
On nous écrit d'Italie , qu'au commencement
de l'an paffé , qui étoit l'année
Sainte , l'Académie de S. Luc à Rome,
fit propofer par des affiches à fes
Eleves , tant en Peinture qu'en Sculpture
& Gravûre, des Prix à tous ceux qui voudroient
travailler à les obtenir , dont la
diftribution fe devoit faire au jour fixé.
Le fujet étoit Moïfe apportant aux Ifraëlites
les Livres de la Loy . Le jour arrivé
b vers
JUILLET. 1726. 16st
vers la fin de ladite année , après avoir
été aux voik , felon la coûtume , le premier
Prix de Peinture fut adjugé à un
jeune homme de 25. ans , nommé Charles
Natoire , né à Nifmes en Languedoc ,
qui encore très jeune, avoit déja remporté
un Prix à l'Académie Royale de Peintu
re à Paris , lorfqu'il travailloit fous M. le
Moyne , fameux Peintre de cette Académie.
Il fut envoyé Penfionnaire il y a environ
trois ans à l'Académie , de France à
Rome , où il s'eft beaucoup perfectionné,,
ayant d'ailleurs un heureux génie & une
grande facilité pour fon Art. Le lendemain
du jugement, le premier Prix lui fut délivré
dans l'Affemblée qui fe tint à cette
occafion dans la grande Salle du Capitole ,
magnifiquement ornée & illuminée , en
prefence de 17. Cardinaux , affis felon
l'ordre de leur Promotion , qui voulurent
bien diftribuer les Prix tour- à -tour
aux differentes laffes de Peintres , Sculpteurs
& Graveurs. Ces Prix font deux
Médailles , l'une de vermeil & l'autre
d'argent , plus ou moins grandes , felon
le mérite des Contendans. Elles réprefentent
d'un côté le Portrait du Pape regnant
, & de l'autre , celui de S. Euc , tra-
Vaillant au Portait de la fainte Vierge.
Le premier Prix remporté par un François
dans le fein de l'Italie , fait beaucoup
d'honneur à notre Nation. CHAN
Tes2 MERCURE DE FRANCE.
******************
L
CHANSO N.
'Aurore à peine ouvroit les Cieux ,
Qu'à la faveur d'un fonge officieux ,
Je vous voyois moins inhumaine.
Quels plaifirs ! Quels ardents tranfports !
Que je ferois heureux , Climene ,
Si je veillois comme je dors .
Lainez .
49999999999999999
A
SPECTACLES.
茶茶茶
Près la Tragédie d'Aftrée & Thiefte
, de M. de Crebillon , les Comediens
François ont auffi remis au Théa
tre , celle de Radamifte & Zenobie , du
mêne Auteur , qui eut dans fa nouveauté
un très grand fuccès , & qui eft encore
aujourd'hui fort applaudie. Les deux
principaux Rôles font jouez par le fieur
du Frefne & par la Dlie Duclos. Ceux
de Pharafmanes & d'Arfame , font remplis
ois in Visup tight
ne
ne
1
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
I L
30
JUILLET. 1726.
1653
& par
plis par le fieur le Grand , pere ,
le fieur du Chemin , le fils ; la Piece eft
très -bien réprefentée.,
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre fur la fin de ce mois , deux
pele
tites Comédies de feu M. Dancour
galand Jardinier & le Moulin de Javelle
, que le Public revoit avec plaifir.
Dans la derniere de ces deux Fieces , la
Elle Dangeville , jeune perfonne dont
on a eu occafion de parler tant de fois , y
joue la petite Piece de Madame Bertrand,
avec toute la fineffe , la vivacité & les
graces imaginables.
Le 14. Juillet on fit l'ouverture d'un
nouveau Théatre à la Foire S. Laurent ,
dans lequel une Troupe de Danfeurs de
Corde , de Sauteurs & Voltigeurs , font
leurs exercices, & joüent enfuite un Divertiffement
Comique.
Le 17. l'Opera Comique donna une
petite Piece nouvelle d'un Acte , ornée
de Chants & de Danfes , intitulée , Pierrot
Fée , qu'on joue avec celle de l'Ecole
des Amans & des Arrêts de l'Amour
dont on a parlé.
Le 25. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Reprefentation d'une'
Piece
1654 MERCURE DE FRANCE.
1
Piece nouvelle Françoife , en Profe , &
en trois Actes , ornée d'un Divertiffement
de Chants & de Danfes , intitulée
Amour Precepteur. Cette Piece qui eft
parfaitement bien écrite , & tout- à- fait
dans le goût du Théatre Italien , a été
reçûe très- favorablement du Public ; elle
eft de la compofition de M.G*** . On en
donnera un Extrait détaillé dans le prochain
Mercure .
L'Académie Royale de Mufique remit
au Théatre le mois dernier , comme on l'at
déja dit , la Tragedie d'Ajax: le Poëme eft
de,M.Menellon ,& la Mufique de M.Bertin.
Cette Piece fut donnée pour la premiere
fois en 1716. avec peu de fuccès , &
n'auroit peut- être jamais été reprife , fi
la réuffite qu'elle avoit euë dans les Pro-'
vinces , n'eût engagé M. de Francine à
la rendre au Public , qui l'a reçûe avec
beaucoup d'applaudiffemens . Un changement
fi heureux devroit faire voir à ce
même Public , qu'il condamne quelquefois
trop legerement , & que par fes décifions
précipitées , il s'expofe à fe contredire
lui-même. On peut dire pour fa
juftification , que l'Opera d'Ajax eft infiniment
mieux executé aujourd'hui , qu'il
ne l'a été dans fa naiflance ; mais on devroit
au moins rendre plus de juftice aux
Auteurs
JUILLET. 1726. 1655
Auteurs , & ne leur pas faire un crime,
d'un défaut d'execution , puifqu'il ne dépend
pas d'eux d'avoir des Acteurs plus
agréables au Public.
Le fuccès de cette Piece fait efperer
d'en revoir bien d'autres , qui n'avoient
pas été reçûës plus favorableinent , quand
elles furent données pour la premiere
fois , & qui fembloient condamnées à un
oubli éternel .
Au reste , comme on nous a fait entendre
, qu'on apprend avec plaifir dans
les Provinces , les divers jugemens que
cette Capitale du Royaume porte fur tous
les Ouvrages de Theatre , nous avons
trû qu'il étoit de notre devoir de fatisfaire
une fi jufte curiofité , & nous nous
fommes attachez à recueillir ce que l'on
dit de la Tragédie d'Ajax ; nous n'y
mettrons rien du nôtre , & nous nous
reftreindrons à n'être que les Echos de ce
Public , dont les décifions font toujours.
feures , quand elles ne font pas précipi
tées. Voici donc ce qu'on pente d'Ajax.
Tous les fuffrages font réunis pour l'execution.
La Dlle Antier s'y diftingue à
fon ordinaire , le fieur Chaffé fait efperer
qu'il ira aufli loin dans les premiers
Rôles de Baffe- Taille , que ceux
qui l'ont précedé. Le fieur Muraire qui
joué cet hyver le Rôle d'Athys , fi luperieu
1636 MERCURE DE FRANCE:
perieurement à tous ceux qui s'en étoient
chargez avant lui , n'a pas été fi heureux
dans celui de Coribe ; mais ce n'eft pas
lui qui a nanqué au Rôle, La D1 Pelifier
, dont on venoit d'admirer les talens
prématurez dans quelques repré
fentations de Thetis & Pelée , fait
voir dans Ajax un goût de chant , &
une legereté de voix , qui font le plaifir
de tout Paris ; elle n'y chante que deux
morceaux , mais qui lui font autant
d'honneur qu'un grand Rôle . La Dile
Prevôt , joint à fon merite perfonnel ,
celui de faire un prefent trés -agréable au
Public , dans la perfonne de la Dle Sophie
ou Camargo , qui répond parfaitement
aux foins qu'elle prend de la per-
-fectionner ; nous n'entrons pas ici dans
le détail de tout ce qui contribue au fuccès
d'Ajax , par rapport à l'execution.
Pallons à la Mufique.
Le fieur Bertin qui en eft l'Auteur ,
comme nous l'avons déja dit , a lieu d'ê
tre fatisfait de ce que le Public penfe de
fa compofition. On trouve la plupart de
fes Choeurs excellens , fes airs de Vio-
Jon d'un caractere marqué , fon récitatif
paroît une Déclamation vraie & naturelle
, fes morceaux détachez font un
plaifir infini ; & l'on n'auroit rien eu à
fouhaiter dans fon Opera , s'il eut été
auffi
JUILLET. 1726. 1657
auffi heureux dans les duo , qu'il l'a été
dans prefque tout le refte. Il est temps
de parler du Poëme.
LesVers ont paru très - lyriques : il n'y a
pas veritablement beaucoup de ces traits,
qui depuis quelque temps font le fuccès
de nos Ouvrages de Theatre; mais tout le
monde convient , que le Poëme eft trèsraifonnable
; & que s'il n'y a pas de ces
beautez faillantes , en récompenfe on n'y
trouve point de ces défauts rebutans , dont
il n'en faut qu'un quelquefois pour faire
du tort à la meilleure Piece . Le Rôle
de Corebe eft celui qui paffe pour le plus
défectueux de la Piece. Quoique ce Prince
faffe tout ce qu'il peut faire , dans la
fituation où il eft , il femble toujours aux
Spectateurs qu'il n'en fait pas affez ; &
L'on voudroit que l'Auteur l'eut mis en
état de pouvoir davantage.
Caffandre eft placée dans un point de
vûe plus avantageux . Son nom feul raffemble
tous les regards fur elle ; au lieu
que celui de Corebe eft inconnu à la plupart
des Spectateurs . Cette Princeffe fe
trouve dans une fituation des plus déplarables
, fa Patrie réduite en cendres , toute
la Famille immolée à la fureur des
Grecs , fon Amant confondu dans la foule
des victimes . Ce même Amant , qui
me femble reffufcité que pour venir pe-
1
Grir
1658 MERCURE DE FRANCE .
rir à fes yeux ; le plus cruel de fes ennemis
, qui pour comble de malheurs , la
veut forcer à recevoir une main toute
dégoutante encore du meurtre de ce qu'elle
a eu de plus cher , tout cela intereffe
pour elle. Cependant le caractere que
l'Auteur lui a donné , n'a pas été hors
d'atteinte à la Critique . L'amour que
cette Prêtreffe a pour Corebe , jette une
efpece d'éclypfe fur la dignité de fon état .
Et de quel front , difent certains efprits
critiques , peut - elle reprocher à Ajax de
l'avoir arrachée aux Autels ? fon coeur
n'y étoit déja plus ; elle l'avoit partagé
entre Pallas & Corebe . Peut- être ces
reflexions font un peu trop feveres
pour un Opera , mais elles n'en font
moins fenfées .
pas
Ajax a paru trop honnête homme , &
peu s'en faut que la generofité que l'Auteur
lui a donnée , ne l'ait rendu le perfonnage
le plus intereffant de la Piece.
En effet , on n'a qu'à le fuivre dans toutes
les démarches , pour concevoir une
veritable eftime pour lui . Il aime , & il
veut être aimé : quoi de plus naturel ?
& loin de traiter Caffandre en eſclave ,
il en veut faire fon Epoufe ; il ajoûte
même cette circonſtance au don de fa foi,
'que ce n'eft que par là qu'il peut la dérober
aux chaînes que les Grecs lui préparents
JUILLET: 1726. 1659
parent ; loin de faire perir fon Rival , il
fe contente de le bannir loin de fon
Amante. Son caractere de galant homme
fe foutient jufqu'à la fin ; & prêt à
partir avec Caffandre , il ordonne qu'on
prenne foin de remettreCorebe en liberté;
il est vrai qu'il n'a pas un grand fond de
refpect pour les Dieux . 11 entre dans le
Temple de l'Amour , malgré les monftres
qui s'opposent à fon paffage ; il menace
ce Dieu de renverfer fes Autels , s'il
ofe trahir fes efperances . Echappé du
nauffrage , il brave tous les immortels à
la fois ; mais ce n'eft prefque qu'à la
derniere Scene qu'il merite cette foudre
dont il eft frappé , au grand regret
des Spectateurs. L'Auteur auroit épargné
ce regret , s'il l'eut peint un peu
moins genereux ; mais il a craint de dégrader
fon Heroïfme , & il a cru que
quelques blafphêmes fuffiroient pour le
-rendre, digne d'être foudroyé , au lieu
-qu'il ne l'a été, dans la Fable que pour
avoir violé Caffandre dans le Temple
-même de Pallas.
•
Il ne reste plus qu'à dire un mot du
-Ballet. Il eft de la compofition du Sieur
-Pecour. Son nom feul fait fon éloge . Le
Sieur Blondy y foutient la reputation
qu'il a ' G juftement acquife. La Dlle de
'Ifle & le Sieur, de Laval danfent un
Gij pas
1860 MERCURE DE FRANCE.
pas de deux qui eft generalement ap
plaudi .
JJJJJkakak akakakakakak JE
NOUVELLES DU TEMPS.
Ο
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , qu'on
a fait partir un renfort de Troupes,
pour mettre l'Armée du Grand Seigneur
en état de faire le Siege d'Ifpaham.
Les dernieres Lettres de cette Capitale
portent , qu'on continuë de faire des
levées de Soldats dans toutes les Provinces
de la domination du Grand - Sei-
' gneur , pour les envoyer en Perfe ; qu'on
avoit déja formé dans les environs de
cette Ville , 13. Compagnies de 150.
hommes chacune , qui devoient pren-
'dre inceffamment la route de Trebizonde
, où eft le rendez- vous de ces nouvelles
levées ; que le féjour de ces Troupes
dans Conftantinople étoit fort préjudiciable
au Commerce , & que les Marchands
étoient obligez de tenir leurs Boutiques
fermées , pour éviter d'être pillez.
Ces Lettres ajoûtent , que le Pacha
'de Babilone avoit écrit au Grand- Vizir ,
qu'il
JUILLET 1726. 1726. ・・1661 .
qu'il étoit en état de fe rendre maître
d'Ifpaham avec l'Armée qu'il commande
mais que ce premier Miniftre lui
avoit fait répoufe , qu'il courroit rifque
de perdre la tête , fi fon entreprife avoit
un mauvais fuccès ; que cependant on
avoit envoyé des ordres aux autres Pachas
, de joindre le Pacha de Babilone
avec les Corps de Troupes qu'ils commandent
, afin de le mettre mieux en
état de faire le Siege de cette Capitale
de la Perfe.
,
RUSSIE.
Lea
E 9. du mois dernier on lança à
l'eau , en préſence de la Czarine, à
Petersbourg , quatre Galeres nouvellement
conftruites , & on pofa les quilles
de onze autres.
Le Comte de Rabútin , Ambaffadeur de
l'Empereur , ayant fait de nouvelles
inftances pour déterminer la Czarine à
acceder au Traité de Vienne , & à entrer
dans les autres vûës de S. M. I. Cette
Princefle lui a fait répondre , que la
Flote Mofcovite ne s'éloigneroit pas cette
année de fes Ports ; que la fituation prefente
des affaires du Nord étoit trop délicate
pour prendre un parti avec tant de
précipitation, & qu'on ne pouvoit lui fai-
G iij
re
1662 MERCURE DE FRANCE.
re une réponſe plus pofitive , que lorf
qu'on feroit mieux informé des dernieres
refolutions du Roi de Suede & du
Senat , touchant l'acceffion de cette Couronne
au Traité d'Hanover.
On mande de Petersbourg , que l'Ofi
ficier Anglois qui a apporté à Cronstadt
fa Lettre du Roi d'Angleterre à la Cza→
rine , eft parti pour aller joindre l'Eſcadre
Angloife , qui eft encore près de l'Ifle
de Nargin , à trois lieues de Revel . La
Czarine a fait remettre au Vice-Amiral
Wager , la réponſe à cette Lettre ; ce
Vice- Amiral eft allé avec ſon Eſcadre
du côté de Dantzic , pour y attendre de
nouvelles inftructions. Les Lettres du
General Staff, écrites de Mifna le 25.
May , portent , qu'il étoit prêt d'entrer
dans le Royaume de Cafan avec les
6000.. hommes qu'il commande , pour
fe rendre enfuite dans la Perfe par Aftracan
, où l'on a formé des Magazins
pour armer près de soooo. hommes.
POLOCNE.
JUILLET. 1726 16G3
POLOGNE.
e
EXTRAIT des Univerfaux publiez
Mittau au nom du Duc de Courlande,
fans fon ordre , & à fon infçû. O
F
Erdinand , par la Grace de Dieu , Dud
de Livonie , de Courlande & de Semigalle
, à nos bien- aimez & fideles Etats
Salut. Lenable Cafimir. Chriftophe de Bra
kel, Capitaine Major de Mittau , & cidevant
Député de la Province à Varsovie
d'où il eft revenu depuis peu , nous ayant
requis de convoquer une Affemblée Provinciale
extraordinaire , afin qu'il puty,
faire rapport de ce qui s'est paffé à Varfovie
pendant les deux années qu'il y a
été en députation , nous y avons confenti
avons fixé l'ouverture de cette Affemblée
au 26. Juin de la préſente année
exhortant l'Etat de la Nobleffe , de mu
nir fes Députez d'inftructions neceffaires,
tant pour affifter an rapport du ſieur de
Brakel , que pour déliberer avec nous fur
les moyens de conferver à perpétuité la
Province dans fes Immunite & Liber
tez, de même que le Gouvernement Dutal
, à l'égard de l'Etat Ecclefiaftique &
Civil , fous la haute protection du Roi de
Pologne , notre très clement Seigneur , &
Giiij de
1664 MERCURE DE FRANCE .
de la Sereniffime Republique , fuivant les
conventions de dépendance , afin que nous
puiffions enfuite procurer & arrêter de
concert ce qui fera leplus convenable pour
le bien public de la Province , pour nous
& pour nos Succeffeurs .
Nous ne celons pas à l'Etat de la Nobleffe
, que M. de Karp , Commiffaire Ge
neral des Guerres du Grand Duché de
Lithuanie , nous a promis par fes & Lettres
du 18. Mars , au nom du Palatin de
Vilna, Grand- General des Armées de Lithuanie
, toute l'affistance requise pour la
confervation de nos Droits de ceux de
la Province , & pour le maintien de ce
que nous établirons avec l'Etat de la Nobleffe,
tant pour les affaires publiques &
particulieres , que par rapport à la Succeffion
Eventuelle , fur le fondement des
Loix. Donné à Mittau le 22. Mai 1726.
Signé Brinken Keiferlink. Vander Braggem.
EXTRAIT de la proteftation du Duc
de Courlande contre ces Univerſaux.
Fr
Erdinand , par la Grace de Dieu
Duc de Livonie , de Courlande , &
de Semigalle , à nos bien aimez & fideles
Etats , Salut.
Nous nous fommes gracieuſement confiez
JUILLET. 1926, 1665
vince ,
fiezjusqu'à prefent , que nos principaux
Confeillers , Officiers & Miniftres , qui
par leur ferment font engagez à veiller à
notre interêt Ducal & au bien de la Prone
s'ingereroient point dans les
Droits Regaliens réservez à leur legitime
Seigneur mais quelques- uns d'entre eux,
ayant manqué au devoir de leurs Charges;
travaillant à l'accroiffement de leur autorité
& puiſſance privée , au préjudice des
Droits & Prérogatives de leur Seigneur ,
nous avions eu confiance que l'Etat de la
Nobleffe , qui nous a toujours été très - cher,
rentrant enfin en lui - même , envisagerois
fon interet,& nefouffriroit jamais qu'on fe
fervit abufivement de fon credit pour exercer
une Puiẞance plus que Ducale.
Cependant l'ambition de quelques uns
de nos Confeillers s'eft augmentée à tel
excés , que par divers artifices ils ont induit
l'Etat de la Nobleffe à former, contre
notre intention , notre volonté & notre or
dre , des entreprifes contraires aux Loix
de la Province , & ce qui eft fans exem•
ple , à abufer de notre Nom', de nos Titres
& de notre Scean.
Enforte qu'après nous être flatez , que
tant de braves Compatriotes , qui ont reçû
de nous & de nos Prèdeceffeurs des marques
éclatantes de notre faveur , n'auroient
pas manqué de s'opposer à ces dif-
G V ferens
1666 MERCURE DE FRANCE.
ferens efforts , tendans à leur propre rui
ne , & d'employer les moyens convenables
pour y parvenir , nous avons , nonobſtant
notre grande modération & nos intentions
favorables , été également fruſtrez dans
notre attente.
Nous avons donc été informez qu'à
l'occafion de l'arrivée de Brakel , on a
convoqué en notre Nom une Affemblés
Provinciale pour le 26. de ce mois , afin
de recevoir fon rapport , d'expedier des
affaires capitales qui doivent nous regarder
feuls , & de déliberer für les prétendues
propofitions faites par le Palatin de
Vilna , Grand- General des Armées du
Grand Duché de Lithuanie . Nous ne
pouvons , ni ne voulons nous perfuader ,
que des hommes de bien puiffent entreprendre
un tel Alte . C'est pourquoi nous
laiffons juger, tant à nos Confeillers qu'à
notre fidele Nobleffe en particulier , s'il
eft raisonnable que ce Brakel , qui indé
pendamment de nous , & contre notre · volonté,
a été Député à Varsovie pendant
Vespace de deux ans , & y a publiquement
negocié contre nos interêts , entrepren
ne de former fous notre Nom , é par nousmêmes
, une confpiration contre nous ; oubliant
que nous fommes fon naturel & lea
gitime Seigneur, & que l'élevation de fa
familles
JUILLET 1726.16671
Famille , n'a d'autre fondement que notre
faveur.
Au reste, nous efperons que l'Etat de
la Nobleffe ne préfumera pas de rien ſtam
ther contre nos ordres où fans notre par-,
ticipation , furtout en des affaires , qui no
peuvent avoir aucun effet fans notre approbation
: cependant , afin que nos Con
feillers faffent plus d'attention aux devoirs
de leurs Charges , & que la Nobleffe ne s'é
carte point du dévouement qui nous est dû
nous les avertiffons en notre affection paters
nelle , de prévenir l'effet de la Puiffance Ducale;
& de plein droit , nous leur défendons
interdifons d'attenter la moindre chose en
Pabus de notre Nom , & d'affister à cette
Aßemblée , dont la convocation eft nulle
de fait & de droit.
Notre intention eft de pourvoir tellement
à toutes chofes , qu'au temps de notre
retour , elles foient entierement rétablies fe-s
lon l'ancien cours : ainfi , que chacun ait
à fe comporter conformément aux droits de
La Patrie , & n'ait pas la hardieffe de
former ouvertement des entreprifes qui tendent
au renversement de l'Etat... 13
Souhaitant par ces Prefentes , tant ar
nos principaux Confeillers , qu'à tout
POrdre de la Nobleffe en general , la,
Protection divine & de plus fages confeils,
G.vi nous
1668 MERCURE DE FRANCE.
1
nous les affurons de notre faveur. Donné
à DantZick le 4. Juin 1726.
Nonobftant cette proteftation du Duc
de Courlande , on apprend que les Etats
du Duché s'affemblerent le 26 du paffé.
à Mittau , & que deux jours après ils
élûrent unanimement le Comte Maurice
de Saxe pour Succeffeur à ce Duché.
On apprend de Varfovie , que le Roi
de Pologne a confirmé la Sentence qui
a été prononcée contre l'affaffin du Miniftre
Lutherien de Drefde , & contre
les principaux auteurs du tumulte , dont
Paflaffinat fut fuivi . Le premier eft condamné
à être écartelé , & les autres à
avoir la tête tranchée ; mais on croit que
ces derniers obtiendront une commutation
de peine .
L'Envoyé du Kan des Tartares ayant
pris congé du Roi , eft parti pour retourner
dans fon Pays : il fera défrayé
par la République jufqu'aux frontieres.
Les Princes Tartares , qui s'étoient réfugiez
en Pologne , ont été renvoyez avec
ce Miniftre , fur l'affurance qu'il a donnée
au Roi , au nom du Kan , qu'on ne leur
feroit aucun mal .
On écrit de Stockolm , qu'on y étoit
convenu le 3. de ce mois d'aflembler inceffamment
les Etats du Royaume de
Suede , pour déliberer fur les propofitions
JUILLET. 1726. 1669
tions qui ont été faites de la part des
Rois de France , d'Angleterre , & de
Pruffe.
'y
On mande auffi de Copenhague , qu'on
y publia une nouvelle Ordonnance du
Roi de Dannemarc , par laquelle il eft
défendu , fous peine de la vie , de faire
fortir aucuns chevaux de fes Etats.
L
ALLEMAGNE.
E 16. du mois dernier , Fête de la
Sainte Trinité , L. M. I. accompa
gnées du Nonce du Pape , & des Ambaffadeurs
de France & de Venife , affifterent
à la Proceffion du Saint Sacrement,
qui fe fait à Vienne tous les ans , pour
rendre graces à Dieu , de ce que le feu
Empereur Leopold , ni aucune perfonne
de fa Cour , ne furent bleflez du tonnerre,
qui tomba à pareil jour dans les Apz
partemens du Château de Laxembourg.
Le 27.du mois dernier il y eut un incendie
à Francfort, qui confuma l'Hôtel de la
Monnoye, le Convent des Carmelites , la
maifon du Miniftre de l'Eglife Françoiſe
des Lutheriens , & plufieurs magazins
de Livres & de Tabac. Il y a eu à Worms
un incendie auffi confiderable qui a duré
deux jours , pendant lefquels il y a
eu 24. maifons brûlées & un Convent
de
1670 MERCURE DE FRANCE.
Religieufes. On apprend auffi , que tou
te la Ville de Wibourg en Jutland , a
eu le malheur d'être réduite en cendres.
par un incendie , à la referve feulement .
de quelques petites Eglifes & maifons .
Les Lettres de Francfort du commencement
de ce mois portent , que la Regence
y avoit fait arrêter deux hommes,
foupçonnez d'avoir caufé le dernier incendie
, & qu'au premier examen ils
avoient avoué le fait , & déclaré qu'ils
étoient au nombre de huit , mais on n'a
pû encore découvrir les fix autres .
"
On apprend encore de Leipfic , que
le 6 de ce mois il y eut un incendie dans
la petite Ville de Lutzen , qui confuma
une vingtaine de maifons.
Le 24. Juin le Prince Eugene de Sa
voye , Préſident du Confeil de Guerre,
envoya M. Leopold Tallman , Secretai
re & Interprete des Langues Orienta❤
les à Schuvechet
, pour pour yy recevoir
en qualité de Commaire Imperial ,
Omar Aga , dont on a déja parlé , envoyé
à Vienne par le Grand Seigneur ,
pour veiller aux interêts du Commer
ce des Turcs , dans les Provinces de
la domination de l'Empereur. Ce Conful
fut conduit le même jour dans la mai.
fon qu'on lui avoit préparée au Faubourg
de Leopoldstad , accompagné d'un Dés
tachement
JUILLET. 1926. 1671
tachement de Dragons du Regiment de
Bareith . On lui doit donner 15o . florins
par jour pour fon entretien , au lieu de
500. qu'il a touché depuis fon arrivée
fur les Terres de S. M. I.
Le 25. l'Empereur donna au Prince
d'Avellino , le titre & caractere de for
Miniftre- Plenipotentiaire en Italie.
Le General Tige a été choifi pour
commander les Troupes de Sa Majesté
Imperiale dans la Tranfylvanie & dans
la Walachie .
Le bruit court à Vienne , qu'il a été
refolu dans le Confeil de Guerre d'augmenter
les Régimens Imperiaux d'Infanterie
de 300. hommes , & ceux de Cavalerie
, de 145.
Les Electeurs de Cologne & de Baviere
n'ont encore figné aucune alliance
particuliere avec la Maifon d'Autriche ,
comme le bruit en a couru.
On attend à Vienne un Commiflaire
du Roi d'Espagne , qui doit examiner
les papiers du Baron de Riperda , qui a
obtenu une Audiance particuliere de
l'Empereur , aux pieds duquel il s'eft
jetté pour lui demander fa protection ;
on affure que S. M. I. l'a reçû favora
blement , & qu'elle lui a promis d'écrire
en fa faveur à S. M. C.
Depuis ce temps -là , le Baron de Riperda
1672 MERCURE DE FRANCE:
perda a reçû une Lettre du Marquis de
la Paz , Secretaire d'Etat de S. M. C.
par laquelle il lui marque qu'il peut reprendre
le foin des affaires d'Eſpagne à
Vienne jufqu'à nouvel ordre.
On attend à Vienne de Madrid , avant
la fin de ce mois, 200. mille Piaſtres, que
le Roi d'Efpagne a fait remettre auComte
de Konigsegg , pour le payement de ce.
qu'il s'eft engagé de payer à l'Empereur
par le Traité de Vienne,
ITALIE.
Leregation generale du S. Office , le
E Pape a fait Secretaire de la Con-
Cardinal Orthoboni , Préfet de la Congrégation
des Evêques & Réguliers ; le
Cardinal Barberin ; Préfet de celle de
l'Immunité Eccléfiaftique , le Cardinal
Spinola de Sainte Agnès : Préfet de celle
des Rites , le Cardinal Morini ; Préfet
de celle du Comtat d'Avignon , le Cardinal
Cofcia ; Protecteur de la Congrégation
des Clercs Reguliers Mineurs , le.
Cardinal Alexandre Albani ; Protecteur
du Monaftere des Religieufes de Sainte
Suzanne , le Cardinal Pereira ; & de celui
des Hermites de la Porte Angelique ;
le Cardinal Pipia. •
Les Capucins ont élû à Rome dans
leur -
JUILLET. 1726. 1673
leur Chapitre general , le R. P. Ar
naud du Tirol , Allemand , pour leur
General. On prétend que c'eft le pre
mier de cette Nation qui ait poffedé cette
Charge.
On mande de Sicile , qu'on a entendu
depuis peu beaucoup de bruit dans le
Mont Ethna , & qu'il en fort beaucoup
de fumée ; que les Habitans du Vallon
voifin fe font retirez avec leurs beftiaux
& leurs meilleurs effets , afin de ne recevoir
aucun dommage de l'irruption
prochaine qu'ils prévoient. Ces Lettres
ajoûtent que la fecherelle eft fi grande
depuis deux mois dans cette Iflé , qu'elle
a caufé la mort à une grande quantité de
beftiaux , & qu'on croit que la recolte
desgrains ne fera pas fi confiderable qu'on
l'efperoit.
Le 28. du mois dernier , le Pape tint
Chapelle pour les premieres Vêpres de
la Fête des Apôtres S. Pierre & S. Paul;
| & le Connêtable Colonne , en qualité
d'Ambaſſadeur- Plenipotentiaire de l'Empereur
, préfenta la Haquenée à S. S. avec
le Tribut ordinaire pour le Royaume de
Naples.
On minde de Florence , que le 24 .
Juin , Fête de S. Jean - Baptifte , le Grand
Duc fe rendit en Cortege dans la Place
Ducale , où il reçût les hommages an
nuels
1674 MERCURE DE FRANCE.
nuels des Députez de toutes les Villes
de fes Etats . Le même jour il y eut
une courfe de Chevaux , & le foir un
magnifique Feu d'artifice qui fut fuivi
d'un Bal .
On mande auffi de Reggio que le Duc
de Modene étoit malade , & que la Prin
cefle hereditaire , fa belle- fille , avançoit
heureuſement dans fa groffelle.
ESPAGNE .
Es Députez du Confeil de Caftille
continuent l'inftruction du Procès
du Duc de Riperda , contre lequel
on dit qu'il ne s'eft pas encore trouvé
des charges auffi confiderables qu'on le
croyoit .
Il est tombé une pluye fi abondante
dans la Principauté de Catalogne , que
toutes les Rivieres ont été débordées ,
ce qui a caufé à cette Province une per :
te de plus de deux millions de Piaftres ,
fans compter les hommes & les beftiaux
qui ont été noyez . Quatre Arches du
Pont de Lerida , fur la Ségre , ont été
abbatuës. Ċe Pont eft de pierre , & un des
plus beaux d'Efpagne.
On a reçû avis de Porto - Bello , que
la Flotille y étoit arrivée ; qu'elle con
fiftoit en huit. Bâtimens , qui avoient à
bord
1
JUILLET. 1726. 1671
bord 9. millions , 43753. pezos d'ar
gent monnoyé , deux millions 949138,
pezus d'argent en barres ou en pigues ,
un million 939603. pezos d'or mon
noyé , & 21427. pezos d'or en poudré
ou en lingots..
Les Lettres de Madrid portent que
les Anglois travaillent en diligence à
réparer les Fortifications de Gibraltar
& ils ont conftruit devant le Port de
cette Place un Fort de bois , fur lequel
il ont déja mis plus de 80. pieces de
Canon de gros calibre.
-La plupart des Soldats du Regiment
que le Roi a fait lever en Suiffe , font.
morts quelques jours après leur arrivée
à Teragone , pour avoir trop bû des vins
du Païs , qui font pernicieux aux Etran,
gers qui en font excès.
On a envoyé un Détachement du Régiment
des Gardes Eſpagnoles au Châ,
teau de Ségovie , pour en renforcer la
Garde. Le Duc de Riperda y eft indiſpofé
depuis quelques jours.
Le 7. de ce mois , le Roi accompagné
du Prince des Afturies & des Infants ,
revenant de faire fa priere devant l'Image
miraculeufe de Notre -Dame d'Atocha
, S. M. rencontra un Prêtre qui
portoit le Viatique à un malade ; elle
mit pied à terre , fit monter le Prêtre
dans
1676 MERCURE DE FRANCE.
dans fon Carroffe, & fuivit à pied le faint
Sacrement jufqu'à la maiſon du Malade ;
après quoi elle le reconduifit jufqu'à l'Eglife
Paroiffiale de S. Louis.
On a découvert dans le Royaume de
Valence , un Magazin de 400. Mouf
quets , qu'on y avoit fait venir en fecret ;
ce qui fait foupçonner que les Habitans
dé cette Province fe préparoient à quel
que foulevement.
PORTUGAL.
L tomba vers le milieu du mois der
11, de grêle
›
à Pias & dans les environs , que la terre
en étoit couverte à la hauteur de près de
deux pieds , les grains étant auffi gros
que des oeufs de Poule. Les Oliviers
les Vignes & les Bleds qui étoient encore
fur terre , ont été hachez & perdus
fans aucune efperance de récolte.
Le bruit court à Lifbonne qu'on a
découvert dans les Montagnes du Brefl
de nouvelles Mines d'or fi abondantes ,
qu'on a trouvé ſur la ſurface de la terre
des morceaux de ce Métal , fans mêlange
, du poids de 150. onces.
GRANJUILLET.
1726 , 1677
A
GRANDE-BRETAGNE.
U Commencement de ce mois , le
Vice-Amiral Jean Jennings fe rendit
à Portfimouth pour prendre le Com
mandement de l'Efcadre qu'on dit être
deftinée pour la Méditerrannée , & qui
fera compofée de 20. Vaiffeaux de ligne ,
fix de tranfport & de quelques Galiotes
à bombes & brulots , qu'on équipe à
Deptford en très -grande diligence . On
a embarqué fur cette Flotte les Regimens
de Newton , de Difnay & d'Anf
truther.
On écrit de Pifcataqua dans la nouvelle
Angleterre , du 3. May , que les
Vaiffeaux Efpagnols continuoient de coufir
fur les Navires Anglois dans la Baye
de Honduras , & qu'ils en avoient enlevé
trois , que les Anglois avoient enfuite
repris avec tout l'équipage que les Ef
pagnols avoient mis deffus. Ces Lettres
ajoûtent que le Vaiffeau de Guerre ,
Diamant , avoit enlevé le Bâtiment du
Corfaire Cooper , & que les fameux Pirates
Low & Spriggs , s'étoient fauvez
dans les Bois parmi les Indiens .
le
On apprend de Londres , qu'il y eut
le 29. du mois dernier un furieux orage
à Brutton , dans le Comté de Somerſet
la
1678 MERCURE DE FRANCE.
la Riviere qui y paffe hauffa de 13. d
a
14. pieds en deux heures , près de 50 .
maifons furent renverfées par le torrent ,
le Pont fut endommagé & la plupart des
Habitans perdirent leurs beftiaux & leurs
Marchandiſes.
Le Comte de Cadogan , qui s'eft fait
faire l'opération pour la fiftule , eft hors
de danger.
*
Le 16. de ce mois , le Roi tint à Kenfington
, un Confeil d'Etat , dans lequel
il fut réfolu de proroger jufqu'au 19.
Septembre prochain , le Parlement qui
devoit s'affembler le premier du mois
d'Aouft .
Les Galiotes à bombes & la plupart des
Vaiffeaux deftinez pour la Méditeranée ,
ayant joint le Vice -Amiral Jean Jennings
à Portsmouth , cette Efcadre mettra à
la voile le 18. de ce mois pour le Dé
troit de Gibraltar , fi le vent eft favo
rable.
120010
O
PAYS - BAS.
•
N reçût à Bruxelles le premier de
ce mois , un faux avis que l'ELcadre
Angloife , deftinée pour la Méditerranée
, paroiffoit à la vue d'Oftende ,
dans le deffein de bombarder cette Ville
la nuit fuivante ; on y envoya un Bataillon
de Troupes de la Garnifon de Bruxelles
,
JUILLET. 1726. 1679
xelles , & M. de Bauve , Ingenieur General
, partit en pofte pour s'y rendre,
ainfi que le Baron de Galen , Gouverneur
de Nieuport , qui fe trouva à Bru
xelles . Le 2. au foir , il arriva un fecond
Courrier d'Oftende , qui détruifit
entierement cette fauffe nouvelle. On
a fçû depuis que les dix Vaiffeaux de
Guerre Anglois qui partirent des Dunes
au commencement de ce mois pour fe
rendre à Plimouth , ayant pris le large &
paffé à la vûë d'Oftende , ont donné lieu
à l'allarme dont on vient de parler. Les
précautions qu'on a crû être obligé de
prendre à cette occafion , ont caufé des
dommages & des frais confiderables ; car
le Gouverneur d'Oftende, pour ſe mettre
en deffenſe , avoit fait percer les Digues
qu'on avoit faites pour détourner l'eau ,
dans le temps qu'on travailloit à élargir
les Foffez ; on avoit fait marcher vers
la même Ville des Détachemens des Garnifons
de Bruges , de Gand , de Courtray ;
'de Damme & d'Oudenarde on avoit
transporté à Bruges les Marchandiſes des
Indes Orientales & les Païfans des environs
s'étoient retirez dans les Villes
avec leurs meilleurs Effets..
MORTS ;
1680 MERCURE DE FRANCE .
*
XXX:XXXXXXXXX :XXX
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
E Cardinal Fabrice Paulucci , Doyen
du Sacré College , Evêque d'Oftie
& de Velletri , Premier Miniftre & Secretaire
d'Etat du Pape , Vicaire General
de Rome , Secretaire de la Congré
gation Generale de l'Inquifition , & Préfet
de celle des Evêques Réguliers , mourut
le 11. Juin au foir , âgé de 75. ans .
deux mois & 9. jours , étant né à Forli
le 2. Avril 1651. Il avoit été fait Cardinal
par le Pape Innocent XII . le 22 .
Juillet 1697. mais ayant été réfervé in
petto , il ne fut déclaré qu'en 1699. II
fut fait Secretaire d'Etat & Grand-Penitencier
fous le Pontificat de Clement XI .
-après la mort duquel il perdit ces deux
Charges . Innocent XIII. qui lui en avoit
:demandé la démiffion , le nomma Vicaire
de Rome le 9. May 1721. à la place
du Cardinal Parracciani , qui étoit mort
le même jour. Le Pape d'aujourd'hui le
choifit fon Secretaire d'Etat le 31.
May 1724. Le 21. du mois fuivant , il
fut propofé en Confiftoire pour le Sous-
Décanat vacant ; & le 19. du mois de
pour:
No
JUILLET. 1726. 1681
Novembre dernier , il parvint au Décanat
du Sacré College , peu de jours
après la mort du Cardinal Dell- Giudice.
Ĉe Cardinal laiffe par fa mort un huitiéme
lieu vacant dans le Sacré College.
Charlotte - Chriftine , née Comteffe de
Hannaw , Epoufe de Louis , Prince Hereditaire
de Heffe- Darmſtadt , mourut à
Francfort le premier de ce mois , des faites
de fa derniere couche , âgée de 26 .
ans & deux mois. Elle laiffe trois Princes
& une Princeffe .
)
La Princeffe de Piémont accoucha le 26.
du mois dernier d'un Prince auquel
le Roy de Sardaigne a donné le titre de
Duc d'Aoft, & qui a été nommé au Baptême
Victor- Amé- Marie,
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c;
E 2 , de ce mois , le Comte Maffei ,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
de Sardaigne, eut à Verſailles fa premiere
Audience publique de fon Alteffe
Royale Madame la Duchefle d'Orleans ,
étant conduit par le Chevalier de Sainc
tót, Introducteur des Ambaffadeurs .
H La
1682 MERCURE DE FRANCE.
La Caifle generale qui avoit été établie
depuis quelques années , a été ſupprimée
, & l'on a rétabli les Receveurs
Generaux dans l'exercice de leurs Charges
, comme ils étoient cy -devant.
Le Roi a accordé une Penfion de 2000 .
livres au Commandeur de Miſon , Capitaine
au Régiment des Gardes Francoifes.
M. le Pelletier de Montmelian a obtenu
de S. M. l'agrément de la Charge
de Prefident de la premiere Chambre des
Requêtes du Palais , vacante par la mort
de M. Lambert de Torigny.
Sur la fin du mois dernier , vers les
dix heures du foir , le Tonnerre tomba
dans l'Eglife Paroiffiale de Verfailles ,
fondit quelques Tuyaux des Orgues , &
caufa quelqu'autre dommage , fans bleffer
perfonne.
Le 4. de ce mois , le Roi fit dans le
Parc de Meudon , la Revûë des deux
Compagnies des Moufquetaires, & S.M.
parut très-contente de l'état où elle les
trouva, Le Roy alla coucher le foir au
Château de Rambouillet , d'où il revint
le 6. à Verfailles.
Le même jour , le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne
, eut une Audience particuliere
du Roi & de la Reine , dans laquelle il
fit
JUILLET. 1726. 1683
fit part à L. M. de la naiffance du Duc
d'Aoft , dont la Princefle de Piémont accoucha
le 26. du mois dernier . Le
Comte Maffei fut conduit à cette Audiance
par le Chevalier de Sainctot , In,
troducteur des Ambaffadeurs.
Le Marquis de Clermont Gallerande ,
Chevallier des Ordres du Roi , Premier
Ecuyer du Duc d'Orleans , a été nommé
par S. M. Meftre de Camp du Regiment
d'Orleans , Dragons , à la place du
feu Marquis de Trefnel.
Le Prince de Vendôme a vendu fon
Régiment au Marquis Dauroy.
Les Fermes Generales du Roi , auſquelles
lés nouveaux Droits , &c. ont été
réünis , eſt adjugée à 80. millions à une
Compagnie qui a traité avec Sa Majesté
pour fept ans , & qui ſe charge de faire
de groffes avances.
Le 10. de ce mois le Roi alla coucher
au Château de Rambouillet , d'où Sa
Majefté revint le fur - lendemain. Le Roi
yre tourna le 14. & y demeura juf
qu'au 16 .
Le Chevalier de Camilly , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , a
été nommé Ambaffadeur de Sa Majefté,
auprès du Roi de Dannemarck. Il doit
partir inceffamment pour fe rendre à Copenhague.
Hij
Le
1684 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a fait Meftre de Camp de
Cavalerie , les fieurs de Montgrand &
de la Coudre , tous deux Maréchaux des
Logis de la premiere Compagnie des
Moufquetaires .
Le Dimanche 7. de ce mois , Madame
de Clermont de Geffan , de l'illuſtre Maifon
de Clermont , cy -devant Religieufe
de l'Abbaye de Chelles , nommée à l'Ab
baye Royale de S. Paul de Beaurepaire,
Ordre de Cîteaux , au Diocèfe de Vienne
, fut benîte dans l'Eglife de l'Abbaye
de Chelles par M. le Cardinal de Noailles
. Madame d'Orleans , Abbeſſe de Chelles
& Madame de Clermont , Abbeſſe de
Villiers , firent les fonctions de Matrones
Affiftantes . La Ceremonie fut terminée
par le Te Deum , qui fut chanté
en Mufique , de la compofition de M.
Morin.
L'Affemblée du Clergé dont on a déja
parlé , fera ouverte dans le Convent des
Grands Auguftins de Paris , le 25. Septembre
prochain , & non à Melun , comme
le bruit en avoit couru .
La Charge de Secretaire desCommande
mens de la Maiſon de la Reine, vacante par
la démiffion de M. Paris du Vernay , a été
partagée en deux . M. de Broufforé , Confeiller
au Parlement , & M. de la Vieuville
, ont été nommez pour la remplir.
Le
JUILLET. 1726. 1685
Le 7. de ce mois , le Roy voulant prendre
le plaifir de la promenade furl'eau,
fe rendit au Canal de Verfailles , & monta
pour la premiere fois dans la Frégate
la Dunquerquoife . On ne put pas fe fervir
de la voile par le défaut du vent ;
douze Ramneurs y fuppléerent. la Frégate
étoit fuivie d'une Chaloupe , d'une
Barque & de deux Gondoles à la Venitienne.
Après avoir pris le plaifir de la
pêche, S. M. fe rendit à Trianon avec les
Seigneurs qui l'avoient accompagnéé , &
revint à Verfailles le foir dans des Phaetons.
Le même jour 7. M. le Blanc eut une
foibleffe qui a été fuivie de quelques accès
de fièvre, mais fa fanté commence à
fe rétablir.
Le Marquis de Bellay a été nommé
Colonel en fecond du Regiment de Brie ,
que le Roi a donné au Comte de la Marche
, fils aîné du Prince de Conty.
La Princeffe de Conty Doüairiere ,
mere de ce Prince , laquelle a été fort
malade , fe porte beaucoup mieux .
Le Dimanche 14. Juillet , on fit avec
beaucoup de folemnité la Confécration
& la Dédicace de l'Eglife Paroiffiale de
S. Louis en l'lfle . Cette céremonie fut
faite au nom de M. le Cardinal de Noailles
, par M. de Caulet , Evêqued e Gre
H iij noble,
1686 MERCURE DE FRANCE.
noble , qui s'en acquitta avec toute la
dignité & l'édification poffible.
L'Eglife étoit richement ornée , & l'affluence
y fut très -grande durant l'Octave
de cette folemnité ; il y a eu chaque
jour à cette Eglife des Proceffions
du Clergé des autres Paroiffes de la Ville.
Celle de S. Sulpice fit l'ouverture de
ces Proceffions le 15. ayant à la tête M. le
Curé de cette grande Paroiffe , lequel
un peu après l'arrivée de la Proceffion
dans l'Eglife de S. Louis , monta en Chaire
, & fit un très -beau Difcours au fujet
de cette Céremonie. Son exemple a
été fuivi par d'autres bons Prédicateurs
durant toute l'Octave , parmi lefquels
M. l'Abbé Gueulette , Bachelier en
Theologie , & âgé feulement de 25. ans ,
qui prêcha le Jeudy 18. Juillet , fe diftingua
d'une maniere particuliere , & s'attira
beaucoup d'applaudiffement.
Le Bâtiment de cette Eglife , qui eft
la Paroille de tout le quartier , fut commencé
en 1664. avec beauboup de foin
& de régularité , fur les Deffeins de Louis
Levau , Premier Architecte du Roy.
Jean- Baptifte de Champagne , Peintre ,
neveu de Philippe de Champagne , conduifit
les ornemens de Sculpture qui embelliffent
cet Edifice . Gabriël le Duc ,
très- bon Architecte , l'a pouffé en l'état ·
où
JUILLET. 1726. 1687
où il eft. C'eft fur fes Deffeins particu
liers que la grande Porte a été élevée.
Elle eft ornée de quatre Colomnes Doriques
, ifolées qui fupportent un entablement
couronné d'un fronton .
La premiere pierre de la Nef fut poſée
en 1702. En 1713. & 1714. on acheva
la partie de la Nef qui reftoit à faire , &
tout cet Edifice eft aujourd'hui dans fa
perfection. Une Lotterie n'a pas peu contribué
à faire continuer les Ouvrages qui
y manquoient. Philippe Quinault , de
Paris , Auditeur des Comptes , de l'Académie
Françoife , Auteur Dramatique
& celebre Poëte Lyrique , eft inhumé
dans cette Eglife.
Affaires du Palais.
M. Portail , fils de M. le Premier
Préfident , ayant obtenu l'agrément du
Roi pour remplir la Charge de Préfident
à Mortier , dont M. fon Pere étoit
revêtu , torfqu'il fut élevé à la premiere
Place du Parlement , le Roi a accordé
en même temps à M. Molé , Confeiller
en la quatriéme Chambre des Enquêtes
, l'Expectative pour la premiere
Charge vacante de Préfident à Mortier;
fur quoi Sa Majesté a bien voulu donner
des Lettres Patentes , qui furent enre-
Hiiij giftrées
1688 MERCURE DE FRANCE.
giftrées au Parlement le Jeudi 18. de
ce mois.
Le même jour , l'affaire de Mademoifelle
de Choifeul fut terminée définitivement
par un Arreft folemnel , rendu
à l'Audience de la Grand' Chambre ,
fur les Conclufions de M. l'Avocat General
Gilbert. Il s'agifloit de prononcer
fur l'appel de deux Sentences des Requêtes
du Palais , qui après l'examen de
l'Enquête faite par Mademoiſelle de
Choiseul , en execution de l'Arreſt de
la Cour du 13. Avril dernier , l'avoient
déclarée fille de défunt M. le Duc &
Madame la Ducheffe de Choifeul , &
avoient condamné M. le Duc de la Valiere
, Madame la Marquife de Tournon ,
& M. le Chevalier de la Valiere en
20000. livres de dommages- interêts ,
envers elle & en tous les dépens.
Lors de la Plaidoirie de l'appel , M. le
Chevalier de la Valiere , qui jufques-là
n'avoit été dans cette affaire Partie
que
défaillante , fit paroître pour la premiere
fois un Avocat , qui prétendit que
fa
Partie n'ayant jamais contefté l'état de
Mademoiſelle de Choifeul avoit été
mal- à- propos confondue dans la condamnation
des dommages , interêts & dépens
ajugez par les Sentences des Requêtes
>
JUILLET. 1726. 1689
quêtes du Palais , à Mademoiſelle de
Choifeul . Les Avocats de M. le Duc de
la Valiere & de Madame la Marquise de
Tournon , fe renfermer ent à combattre
la
condamnation de dommages , interêts,
prononcée contre leurs Parties , & déclarerent
qu'elles s'en rapportoient à la
prudence de la Cour , pour ce qui concernoit
l'état de Mademoiſelle de Choifeul.
Etl'A yocat de Mademoiſelle de Choifeul
, n'ayant pas paru infifter contre les
défenfes de fes Parties adverſes , la Cour
après un Déliberé de deux heures , infirma
par fon Arreft les Sentences dont
étoit appel , pour ce qui regardoit les
dommages, interêts , fur lefquels les Parties
furent mifes hors de Cour , compenfa
les dépens faits entre M. le Chevalier
de la Valiere & Mademoiſelle de
Choifeul, ordonna au furplus l'execution
des Sentences , & condamna M. le Duc
de la Valiere & Madame la Marquife
de Tournon en tous les dépens . Et faifant
droit fur le Requifitoire de M. le
Procureur General , ordonna que le Regiftre
de le Duc, Chirurgien, dépofé chez
Jourdain , Notaire , feroit apporté dans
trois jours, pour toute préfixion & délai,
au Greffe de la Cour.
Hv
MORTS
1690 MERCURE DE FRANCE .
FANCIFICIVALOMEDAY JACJE NA JAGIMMADETJA MEG
MORTS , NAISSANCES.
E
Tienne-Gerard Pellot , Chevalier ,
Brigadier des Armées du Roi , Chevalier
des Ordres de N. D. de Mont-
Carmel , & de S. Lazare de Jerufalem ,
mourut à Paris le 2 4. du mois dernier ,
âgé de 65. ans .
Le 25. Jean Dupuis , Ecuyer , Confeiller-
Treforier General de la Maifon
du Roi , âgé de 68. ans.
Le 26. Claude- Jofeph Defroullands de
Reauville , Prêtre , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , de la Maifon
& Societé de Sorbonne , âgé de 32 .
ans.
Philippe Thibert , Confeiller du Roi,
Maître en fa Chambre des Comptes ,
mourut à Paris le 29. du mois dernier ,
âgé de 45. ans.
Le 4. Juillet , René- Roland le Vayer,
Confeiller du Roi en fa Cour de Parlement
, Chevalier , Seigneur de Boutigni
, mourut âgé de 30. ans .
Efprit-Juvenal de Harville des Urfins
, Comte de Trefnel , Seigneur de
Doue , &c. Meftre de Camp du Régiment
JUILLET. 1716. 169 E
ment d'Orleans , Dragons , mourut à Paris
de la petite verole , le 11. de ce
mois , dans la 28. année de fon âge . Il a
été inhumé à Notre-Dame , dans une
Chapelle où eft la fepulture de fes Ancêtres.
Le 14. M. de Bergonne , Confeiller
du Roi , Maître en fa Chambre des Comtes
, âgé de 83. ans.
Philippes Laurent , Confeiller du Roi
en fa Cour des Aydes , mourut à Paris ,
le 17. de ce mois , âgé de 6o . ans.
Le 21. Jacques Sadoc de Grand val
Colonel de Dragons , Brigadier des Armées
du Roi , & Chevalier de S. Louis
âgé de 72. ans .
Henri -Jacques-Nompar de Caumont,
Duc de la Force , Pair de France , l'un
des Quarante de l'Académie Françoiſe ,
& ci devant Confeiller au Confeil de
Regence , mourut le 2 1. Juillet âgé d'environ
52. ans. Son corps , après avoir
été expofé dans fon Hôtel , fur un lit
de parade , fut porté le 24. en grand
Convoi dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Sulpice , où il eft refté en dépôt jufqu'à
la fin du même mois , qu'il a été enlevé
pour être transporté à la Force dans le
Perigord , où eft la fepulture de fes Anêtres.
Le 27. on celebra un Service
Les plus folemnels pour le repos de for
H vj ame,
1692 MERCURE DE FRANCE.
ame , dans l'Eglife des Petits Auguſtins
du Faubourg S. Germain , auquel furent
invitez & affifterent les Pairs de France
, & un grand nombre d'autres perſonues
de la premiere qualité & de diftinction
. L'Eglife étoit tendue de deüil juſqu'aux
voûtes , & latenture femée d'Ecuffons
des Armes du défunt , & extraor
dinairement illuminée. Le Marquis de
Caumont , nouveau Duc de la Force ,
faifoit les honneurs de cette Ceremonie.
Il avoit époufé le 19. Juin 1698 .
Anne Marie Buzelin , fille unique de
Jean , Seigneur de Bomelet , Préfident
à Mortier au Parlement de Normandie
& de Renée le Bouthillier de Chavigny
, Mariage dont il n'y a point eu
d'enfans , ce qui fait paffer la Duché-
Pairie en la perfonne du Marquis de
Caumont , fon frere unique . Le Duc de
-la Force aimoit les Sciences & les Beaux
Arts , & les cultivoit. Il avoit un riche
Cabinet de Médailles antiques &
modernes . Il étoit Protecteur de l'Acadénie
des Sciences , & c. établie à Bordeaux
en 1713. & il donnoit toutes les
années une grande Médaille d'or à celui
, qui , au jugement de la même Académie
, avoit remporté le prix , en compolant
un Ouvrage de Phyfique fur un
fujet propofé. La Maifon de Caumont A
Force
JUILLET. 1726. 1693
Force eft fi connuë , qu'il eſt inutile de
parler ici de fon ancienneté , & de fes
illuftrations . Elle porte pour Armes
d'Afur à trois Leopards d'or , couronneZ
& lampaßez de gueules , & pour Devife
ou Cry , FERME CAUMONT.
- Le 24 Juillet Dame Geneviève-
Françoiſe de la Boiffiere de Chambors ,
veuve, fans enfans , d'Etienne Defchamps,
Seigneur de Chavigny & de la Barre ,
mourut à Paris , ágée de 9o . ans . Elle
étoit fille de Guillaume de la Boiffiere,
Chevalier , Seigneur de Chambors , Maréchal
de Camp , Meftre de Camp d'un
Régiment de douze Compagnies de Cavalerie
, & Maître d'Hôtel ordinaire
du Roi , tué à la Bataille de Lens en
1648 .
Jean- Baptifte- Victor Herault de Villeneuve
, Chevalier , Ecuyer ordinaire
du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
& Hofpitalier de Notre - Dame de
Mont- Carmel & de S. Lazare de Jerufalem
, Capitaine au Régiment de Luynes
, mourut à Paris le 25. Juillet dans
la 26. année de fon âge.
Le zo. de Juin 1726. Dame Marie-
Anne - Therefe d'Albert , Dailly , de
Chaulne , Epoufe de Louis de Rouge,
Chevalier , Marquis du Pleffis Belliere
, Mestre de Camp du Régiment de
Vexin
1694 MERCURE DE FRANCE.
Vexin , accoucha d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts par Anne Bretagne
Comte de Lanfois , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & par Dame Jeanne-
Marie Colbert , veuve de Charles-
Honoré , Duc de Luynes & de Chevreufe
, qui la nommerent Marie- Anne-
Loüife .
Dame Angelique d'Harlus de Vertilly
, Epouſe de N. de Montmorency Luxembourg
, Duc d'Olone , accoucha le 26.
de Juin dernier d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Marie - Renée par
René d'Harlus, Marquis de Vertilly , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & c .
& par Dame Marie- Elifabeth Darete de
Chevri, Ducheffe de Noirmoutier , Epoufe
de N. François de la Tremoille , Duc
de Noirmoutier , & c. reprefentée par
Dame Marie Anne de Lanti , Ducheffe
d'Havré & de Croy.
Le 18. Juillet Françoiſe- Sophie , née
du même jour , fille de François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis
de Souvré & de Louvois , Lieutenant
General pour le Roi en Bearn &
Navarre , Maître de la Garderobe de S.
M. & de Dame Jeanne- Françoiſe Dauvet
Definarers , fut baptifée à S. Euftache. Le
Parrain ,François Dauvet, Chevalier Marquis
Definarets , Grand- Fauconnier de
France.
JUILLET. 1726. 1695
France. La Marraine , Dame Catherine-
Charlotte de Pas - Feuquiere , Comtelle
de Rebenac , Marquife de Souvré , ayeule
de l'enfant.
Le 19. Dame Marie - Henriette Bourgoin
, Epoufe de M. Anne - Louis Pinon ,
Chevalier , Vicomte de Quinci , Confeiller
au Parlement , accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le lendemain à S. Euftache
, & nommé Antoine- Louis par M.`
Jean -Louis de Mairat , Marquis de Bruye
res , Maître des Requêtes , & par Dame
Marie -Madeleine Parent , Epoufe de.
M. Louis le Boulanger , Seigneur de
Haqueville , Maître des Requêtes.
Le 22. Juillet Dame Geneviève de
Biron - Gontaut , Epoufe de Louis de
Grammont , Comte de Grammont , & c.
accoucha d'un fils , qui fut tenu fur les
Fonts, & nommé Antoine- Adrien Charles
, par Adrien - Maurice , Duc de Noailles
, Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , & Chevalier de la Toifon
d'Or , Capitaine de fa premiere Compagnie
des Gardes du Corps de Sa Majefté
, Lieutenant General de fes Armées ,
&c. & par Dame Catherine - Charlotte
de Grammont , Dame d'Honneur de la
Reine, veuve de Louis- François , Duc
de
¿ ayo MERCURE DE FRANCE
de Boufflers , Pair & Maréchal de France
, & c.
SUPPLEMENT.
Nie Mal dernier ,
Ous rapportâmes dans notre mois
de Mai dernier , le petit Placet enjoué
de M. de la Monnoye , touchant
deux Chefs , au premier defquels , qui
nous regardoit , nous avons répondu
d'une maniere , dont il a été fi content ,
qu'il nous en a fait remercier . Le fecond
rouloit uniquement fur un prétendu
grief des Rentiers de la dixiéme Claffe
de l'ancienne Tontine , du nombre defquels
M. de la Monnoye , préfentement
inftruit des raifons qui font caufe que
l'accroiffement de l'année 1724. s'eft"
trouvé plus fort que celui de l'année
1725. nous a priez de déclarer ici de fa
part qu'il révoque fa plainte là - deſſus ,
faite tant en Vers qu'en Profe , dans le
Placet mentionné.
Le Roi a donné des ordres pour faire
reparer le Château de Compiegne , &
faire des routes dans la Forêt, S. M. ayant
deffein d'y aller paffer quelque temps
l'année prochaine vers le mois de Juin.
M. de Courfon de Lamoignon a été
nommé
JUILLET. 1726. 1597
nommé Confeiller du Confeil de Commerce
, à la place de M. le Pelletier des
Forts , Contrôleur General des Finan
çes .
BOUQUET
POUR MADAME ...
Prefenté par Mademoiſelle ... fa Fille,
le jour de Sainte Anne .
RONDE AV.
Otre Fille aujourd'hui , fans être temeraire
, Votre
Peut- elle ſe flatter du bonheur de vous plaire .
En vous offrant des fleurs , dont le vain orne
ment ,
Dans le cours d'un feul jour perd tout fon agrément?
N'a - t'elle point de don plus folide à vous
faire ?
Daignez pourtant le voir avec des yeux de Me-
Mon zele , je le fçais , agit trop foiblement ;
Si je puis l'excuſer , ce n'eſt qu'en me nommant
Votre Fille.
Anne,
1698 MERCURE DE FRANCE.
1
Anne , qui pour Marie eut votre caractere ,
Et qui dé la cherir fit fon unique affaire ,
Diffipe ma frayeur en cet heureux moment ;
Vous en avez le nom , le tendre fentiment.
Eh que faut-il de plus pour pouvoir fatis→
faire
Votre Fille.
Réponse par un Sonnet , donné le même
jour, avec des Pendants- d'oreilles.
Les plus beaux ornemens font ceux de la Nature
;
Bien loin de regarder vos dons avec mépris ,
Ma Fille , de vos fleurs j'accepte la parure ,
Et j'aime à vous montrer combien je vous cheris.
Je fçais qu'en moins d'un jour le temps leur
fait injure ,
Qu'il ternit le vermeil du plus beau coloris ;
Mais je ne vois en vous que cette vertu pure ,.
Dont le temps à mes yeux augmente encor le
prix.
Ces pendants , que ma main à ſon tour vous
préfente ,
Grace à cette vertu n'auront rien qui vous tente ;
Vous
JUILLET. 1726. 1699
Vous ne les porterez que pour moi feulement ;
Vous avez toujours fui l'attirail incommode ,
Qui pare votre ſexe , & change à tout moment,
Quandla feule pudeur devroit être à la mode .
>
+
L'Académie Françoiſe l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles- Lettrés
, & l'Académie Royale des Sciences,
ont été par Députez , en differens temps;
faire compliment à M. le Pelletier des
Forts , Contrôleur General des Finances ,
qui a reçû tous ces illuftres Corps trèsfavorablement
, & les a affeurez de fa
bienveillance .
M. de la Motte , Député par l'Acadé
mie Françoife , fit ce Compliment
à M. le Contrôleur General .
MONSIEUR ,
Chargé par l'Académie Françoise , de
vous marquer la part qu'elle prend à votre
élevation , je ne crains pas de vous dire ,
que vous avez à juftifier une grande attente
; mais cette attente même fait déja votre
gloire on préfumeroit moins de l'avenir,
file paffe ne nous affuroit en vous un Miniftre
felon le coeur des Peuples. Je n'employerai,
$700 MERCURE DE FRANCE.
ployerai , Monfieur , auprès de vous que
ce témoignage public. Fe fçais qu'il vous.
en coûtera moins de juftifier nos efperancès
, que d'écouter nos éloges ; & qu'impatient
de prodiguer vos veilles pour le
bien general , vous plaignez prefque les
momens qu'il faut donner à nos hommages.
Le 4. Juillet l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , alla auffi complimenter
M. le Pelletier des Forts , &
lui demander l'honneur de fa bienveillance.
M. le Pelletier répondit qu'il étoit
fort obligé à l'Académie , & qu'il feroit
dans toutes les occafions tout ce qui dépendroit
de lui , pour marquer à cette
illuftre Compagnie l'eftime qu'il en faïfoit.
EXTRAIT du Dictionnaire Neologique
à l'ufage des beaux Efprits du fiecle,
avec l'éloge historique de PANTALON-
PHOEBUS , par un Avocat
de Province , 1726 .
E
Ce petit Ouvrage fatyrique , qui ſe vend à Paris depuis peu , fans
qu'on fçache où il a été imprimé , offre
d'abord deux Perfonnages
, un Editeur
JUILLET. 1726. 1701
teur & un Auteur. L'Editeur s'explique
férieufement , & allure qu'il n'a en
vûë que l'utilité publique , en mettant
au jour l'Ouvrage dont il s'agit , & il
en rejette toute la malignité fur l'Auteur.
Cet Auteur paroît enſuite , & raifonne
gravement dans une . Préface curieufe
. C'eft un Avocat Bas- Breton ,
qui étant au défefpoir de ce que l'on
parle encore aujourd'hui dans fa Province
comme on parloit à Paris il y a
dix ans , le propoſe de donner des leçons
à fes Compatriotes , de leur apprendre
le langage à la mode , & à ne plus
parler comme on faifoit du temps de
Pafcal , de la Fontaiue , & de la Bruyere.
Il fait voir que la Langue eft fort
changée depuis ce temps - là , & qu'on a
bien plus d'efprit qu'on n'avoit alors . Il
prouve l'utilité & la commodité du ftile
à la mode , qui met , felon lui , un
Ecrivain à l'aife . » La création des pen-
» fées , dit- il , eft aujourd'hui impoffible;
» notre efprit a beau penfer , il ne tra-
>> vaille plus qu'en vieux ; mais ce vieux
>> fera neuf , ou du moins le femblera , fi
» nous l'habillens de neuf , fi nous fça-
» vons le revêtir d'expreffions rares , de
» mots heureufement hafardez , & de
tiours d'élocution affranchis d'une certane
trivialité infipide , qui confond
» l'efprit
1702 MERCURE DE FRANCE :
l'efprit fublime avec le rampant vul-
» gaire ... un enrichiffement ulterieur ;
» continue - t'il , ne peut qu'orner la Lan-
>> gue fes befoins n'agueres étoient ex-
» trêmes , avant que d'illuftres Auteurs
" modernes l'euffent foulagée par leurs
» brillantes largeffes ; elle eft encore
» affez pauvre , & fon indigence in-
» vite toutes les plumes à lui faire la
>> charité. On voit que l'Avocat Bas-
Breton n'eſt pas un ſterile admirateur des
graces modernes , , & qu'il les copie affez
bien ; mais on fent auffi qu'il ne s'efforce
de fe rendre ridicule lui- même , que
pour faire appercevoir les défauts de 14 .
ou 15. Auteurs de ce temps , dont il eft
exprès le Singe , dans cette Préface , &
plus encore dans la Piece qui fuit le Dictionnaire
Neologique .
Ce Dictionnaire expofe par ordre alphabetique
une grande quantité de termes
& de phraſes modernes , avec le
nom des Livres nouveaux dont ils font
tirez , Livres la plupart fort connus . L'Avocat
foutient dans le Dictionnaire le
Perfonnage d'applaudiffeur qu'il a revêtu
dans la Préface ; il fe récrie , il fe
pâme , il s'extafie fur prefque toutes les
expreffions qu'il rapporte. Il les propofe
à imiter il en fait des regles , &
s'infcrit en faux contre toutes celles qui
,
on t
JUILLET. 1726. 1703
ont été fuivies jufqu'ici . Il fait encore
rire ici à fes dépens ; ou plutôt aux dépens
de tous les Auteurs qu'il cite , dont
les expreffions précieufes , les tours affectez
, lez penfees bifarres & guindées ,
les figures outrées & grotefques , donnent
la Comedie au Lecteur.
Mais ce qui divertit le plus , eft la Piece
qui vient après intitulée Eloge hiftorique
de Pantalon - Phoebus . C'étoit peu
d'avoir recueilli tant d'expreffions & de
penfées extraordinaires dans un ordre alphabetique
, il falloit faire, voir au Public
le bel effet qu'elles produifent lorfqu'elles
font raffemblées dans un Difcours
fuivi. C'est ce que fait notre ingenieux
Avocat dans l'Eloge de fon Pantalon-
Phoebus ; cette Piece eft comme
l'operation du Systême neologique . La
plupart des mots du Dictionnaire fe trouvent
ici mis en ufage dans un recit tout
à-fait burlesque des actions d'un parfait
original , à qui l'on fait dire & faire une
infinité de fottifes três-réelles . Dans cette
petite Piece comique tout eft allegorique ,
& tout eft litteral . On y trouve plufieurs
chofes difficiles à entendre , fi l'on n'eſt
pas au fait de la litterature moderne :
mais les chiffres placez à la marge visvis
des mots nouveaux & des pensées
ridicules , renvoyent le Lecteur au Dic-
❤
tionnaire
1704 MERCURE DE FRANCE :
tionnaire , & lui donnent le plaifir de
l'intelligence & de l'examen. Cet Eloge
hiftorique finit par la lifte des Manufcrits
trouvez dans le Cabinet de Pantalon-
Phoebus après la mort. Ce font des
Ecrits bizarres , dont la plupart ont leur
allufion fatyrique .
>
L'Editeur , qui , fans doute , eſt la même
perfonne que l'Auteur , protefte d'a
bord dans un petit Avis ferieux , qui eft
à la tête de l'Ouvrage , qu'il eftime nonfeulement
les vertus mais encore l'efprit
, les talens , la capacité , & même
les Ouvrages de ceux qui font citez dans
le Dictionnaire ( ils font en effet eſtimables
mille endroits . ) Il fupplie
enfuite chacun d'eux d'être affez galanthomme
, pour ne lui fçavoir point mauvais
gré de fon Edition , ou s'ils s'en fâchent
, de ne le faire connoître que noblement
.
par
On écrit de Bourges , que M. le Cardinal
de Gêvres , qui en eft Archevêque ,
toujours attentif a ce qui regarde les deyoirs
& les fonctions de fon Miniſtere ,
avoit engagé M. l'Evêque de Bethleem
à paffer quelque temps dans fon Diocèfe,
& à y conferer le Sacrement de l'Ordre
& de la Confirmation . Le premier
fut conferé les Fêtes de Pâques & de la
Pen-
{
JUILLET. 1726. 1705
,
Pentecôte. Pour le fecond , le même
Evêque choifit la Paroiffe de Mareüil ,
où il fe rendit du Palais Archiepifcopal
le 3. de Juin . Le Curé de cette Paroiffe
marqua fon zele & fon affection
pour une fi grande & fi fainte Ceremonie
& n'épargna rien pour orner fon
Eglife , quoique d'ailleurs une des plus
belles , & des plus grandes du Diocèle.
On a remarqué , que pendant fix jours
que la Ceremonie a duré , il y avoit eu
huit à neuf mille perfonnestant de :
Mareuil , que des autres Paroiffes circonvoifines
) qui avoient été confirmées.
Le 29. Juillet l'Opera Comiqué don- ~
na une piece nouvelle, en trois Actes , en
Vaudevilles , avec trois divertiſſemens
de Chants & de Danfes dans les Entre-
Actes , intitulée Les Pelerins de la Meque
; on parlera plus au long de cette
Piece , qui eft fort goûtée du Public.
La fauffe Comteffe fut jouée pour la
premiere fois au Theatre François , le
Samedi 27. de ce mois , avec peu de fuccès.
'On donnera fur le même Theatre le
mois prochain la nouvelle Tragedie de la
mort deTibere,qu'on repete actuellement.
I Ma706
· MERCURE DE FRANCE.
P
Maladie des Teux.
Erfonne n'ignore les ravages infinis que caufent
les maladies des Yeux , & l'embarras où
fe trouvent ceux qui en font affligez par les
mauvais traitemens , & par les réuflites hazardées
d'une quantité de prétendus Oculiſtes , qui
par des Eaux & Collyres croyent guérir ces
Maladies délicates , tandis que ces liquides ne
produifent que des effets dangereux en abbreuvant
les parties molaffes des Yeux , en amufant
les Malades , leur faifant négliger pendant plufieurs
, mois & même des années entieres le foin
de leur guerifon , & à la fin les rendant , par
la perte de leur vie , les triftes victimes de leur
ignorance.
Pour cet effet , M. de Woolhoufe , Interprète
du Roi en fes Bibliotheques & Oculiſte , a jugé
à propos d'avertir le Public , qu'il continue le
traitement de ces Maladies avec la même attention
qu'il a toujours eue pour une fcience qui
démande une application continuelle.
Ce n'eft auffi que par ce moyen qu'il eſt
parvenu à la découverte de plufieurs Operations
particulieres , & à diftinguer 300, differentes
Maladies , dont cet organe peut être at
taqué , ce qui lui a merité , il y a quatre années,
d'être élû Membre National de la Societé Royale
de Londres , & Affocié à l'Académie de Ber .
lin ; & l'on vient tout préfentement de lui envoyer
des Lettres Patentes pour le recevoir dans
Académie Imperiale des Curieux de la Nature
en Allemagne, avec le furnom de Démofthenes,
coutume ulitée en cette Académie.
On ne fera pas ici fâché de fçavoir que tous
ceux qu'on admet dans cette Académie , ont le
nom * .
JUILLET. 1726. 1307
nom d'un ancien Auteur , felon le talent de celui
qui eft reçû dans cette illuftre Compagnie.
Or ce Démofthene étoit un fameux Ophthalmiatre
, ou Oculifte de Marſeille , fous l'Empire
de Neron , lequel a écrit en Grec trois Livres
fur les Maladies des Yeux qui n'ont jamais
parû , & que M. de Woolhoufe promet de faire
imprimer dans fa Bibliotheque Ophthalmique..
Comme la petite Verole eſt la maladie la plus
commune , & celle qui peut occafionner tous les
differens accidens & fymptêmes qui attaquent
cet Organe , M. de Woolhouse , toujours at
tentif au bien du genre humain , vient enfin de
découvrir une nouvelle operation , qui n'étant
pas plus douloureufe qu'une faignée , guerit
neanmoins le principal de ces accidens , c'eſtà-
dire, la privation de la vûë caufée par l'al
teration & l'opacité blanchâtre de la cornée ou
vifiere , nommée vulgairement taye ou toile
mais en terme de l'Art, Glaucôme de la Cornée,
dont les fibres relâchez font l'oeil d'une con➡,
vexité monstrueufe. Si fur pareils accidens on
met des Collyres , la vûe fe perd fans refource .
Il ne fera pas inu ile de faire connoître ici
des fujets qui viennent d'être gueris avec tout
le fuccès poffible en pareilles Maladies dont on
va donner le détail de quelques - unes , avec les
noms & les demeures de ceux qui en ont été
gueris .
1
Mademoifelle Wallon , rue de la Chanvre
rie , chez M. Regnault , Adminiſtrateur de
PHôtel - Dieu , & le neveu du Curé de Jouy- le-
Chatel en Brie , qui demeure préfentement chez
M Chenevrier , Maître Tailleur aux Quinze
Vingts , proche M. Roffignol. Ces deux perfonnes
avoient la vifiere de la vûë blanche com
ne des écailles d'Huitre.
I ij
M.
1708 MERCURE DE FRANCE.
-M. de Chavanne , Gentilhomme de Nevers
attaqué du Trachoma , ou rudeffe miliaire , &
ulceration interne des paupieres , avec abfcès de
› la glande lacrymale , fuintant de la boue morbi - z
fique , puante & épaiffe , & pannicule fur la cornée
& fur le blanc , avec obftruction & gonflement
variqueux des vaiffeaux fanguins du globe
, & c. Ce Gentilhomme eft venu exprès de
S. Domingue pour fe faire traiter de cette maladie
, compliquée aux deux yeux , caufée, par
un coup de Soleil , affez ordinaire dans ce climat.
Ce Monfieur , gueri radicalement , demeu->
re encore chez M. Rouillon ,. Maître Tailleur
aux Quinze Vingts , dans la grande Cour , à-
FEfcalier du gros Lot.
M Aymar , fils d'un Capitaine de Fauconnerie
de Monfeigneur le Duc d'Orleans , au Faubourg
S. Honoré , à l'enfeigne du bon Laboureur
, chez un Cabaretier , a été affigé pendant
6. à 7. ans d'un Anevrisme ulceré , au petit
Canthus , attenant la Cornée , a été gueri radicalement
pat une operation de l'invention
de M. de Woolhoufe , après que tous les autres
Oculiftes l'avoient manqué.
che , par
Le fils de M. Panniers, Maître Couvr.ur à
Clermont en Beauvoifis , logé pendant fon trai
tement chez M. Lucas , Fondeur , rue du Mouton
proche la Greve , avoir des ulceres aux deux
yeux , & un abfcés de la Sclerotique à l'oeil gauoù
la Choroeide fortoit groffe com
me un grain de Poivre , qui fit une diftraction'
ou déplacement de la pupille , qui étoit devenuë
très - étroite & prefque fermée. Ce mal s'appelle
Tête-de- Clou , ou Hernie clavale , en termes
d'Art. Ce jeune homme s'en eft retourné à Clermont
, voyant parfaitement bien , & ayant les
yeux très-beaux. Depuis fon départ d'ici , il a fou
tenu la petite Verole fans aucun accident.
Le
JUILLET. 1726.1769
LeR P. Lequien , Bibliothecaire des RR PP.
Jacobins , de la rue S. Honoré , fi connu par
fes fçavans Ouvrages , a été fort affligé d'une
fluxion rebelle & très-âcre fur les yeux , avec
des abfcès , des cartilages & des glandules
ciliaires , & ulcerations des parties internes des
paupieres inferieures , qui degenererent en un
vrai Letroplon, auffi defagréable que douloureux,
& malgré les autres incomoditez qui lui faifoient
garder le lit pendant fon traitement , a neanmoins
été gueri de toutes ces indifpofitions des
-yeux , en trois femaines de temps , par M. de
Woolhoufe , qui avoit gueri de pareille maladie
un illuftre Magiftrat de cette Ville , trois
ans auparavant , pendant, qué deux Freres du
même Convent des Jacobins , font devenus incurables
,, pour s'être fervis en méme cas de
Collyres qu'on débite ici fi abondamment .
M. de Woolhouse demeure toujours dans la
grande Aumônerie des Quinze- Vingts.
Le feur Francoeur , l'un des Vingt qua
tre de la Chambre du Roy , & de l'Académie
Royale de Mufique , vient de
donner au Public fon fecond Livre de
Sonates. On trouve cet Ouvrage chez
l'Auteur , Place du Palais Royal , ou
chez le fieur Boivin , à la regle d'or , rue
faint Honoré
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien
d'Armée , qui poffede divers Remedes
pour conferver les dents fans fe gâter &
fans tomber , donne avis au Public qu'il
a entr'autre une Opiate , dont il a feul
I iij le
1710 MERCURE DE FRANCE .
!
le fecret , qui fortifie la Gencive &´entretient
l'Email des Dents , fans qu'il
foit neceffaire de fe fervir d'aucun inf
trument de fer , &c. Sa demeure est à
Paris , rue des vieilles Etuves , près la
·Croix du Tiroir , chez un Epicier.
し
>
Le Public eft averti que le fieur Piffot,
Libraire , qui débite le Mercure de France
, & toutes fortes d'autres Livres , demeurera
le mois prochain fur le Quay
de Conty , à la defcente du Pont - Neuf
au coin de la ruë de Nevers , à la Croix
d'or.
Maladie du Roy.
Lè 23. de ce mois , le Roy fe trouva
mal dans la Chapelle du Château de
Verfailles , pendant la Meſſe ; mais cette
foiblefle n'ayant point eu de fuites , S. M.
partit l'après-midy pour aller à Rambouillet
. La nuit fuivante , la fievre fe
déclara par un leger friffon : le Roy fut
faigné le 24. au matin , & l'après- midy
S. M. revint à Verfailles. La fievre continua
, & comme elle étoit accompagnée
d'accablement & d'affoupillement , on fe
détermina à une faignée du pied , qui
fut faite le foir vers les neuf heures.
Cette faignée procura au Roy , pendant
le
JUILLET. 1726. 1711
le cours de la nuit , une liberté de ventre
qui mit S. M. en état d'être purgée le
25. au matin. La potion vomitive qu'on
donna au Roy , produifit ce qu'on attendoit
, & l'effet de ce remede fut fi heureux
, que S. M. fe trouva le 26. au´matin
à fon réveil , revenuë de l'accablement
où elle étoit.
Quoique la fièvre fut confiderablement
diminuée , le Roy fut encore faigné du
pied ce même jour vers les huit heures du
foir. La nuit fut très - tranquille , & le
lendemain 27. on ne trouva que quélque
émotion dans le poulx de S. M. Le
28. Elle refta abfolument fans fievrele
29. on purgea le Roy , & l'on ne doute
pas que cette maladie , qui reffemble
beaucoup à celle que le Roy a déja euë
ne finiffe auffi promptement & auffi
heureufement.
Le jo. le Roy continua à fe mieux
porter , fa fanté fe rétablit , fes forces
reviennent , & le 31. après midi S. M.
commença à fe lever.
Le Mardi 30. de ce mois , le Roy reçut
les Ambaffadeurs & autres Miniftres
Etrangers , qui vinrent enfemble compli
menter S. M. fur le rétabliffement de
fa fanté.
I iiij AU
1712 MERCURE DE FRANCE.
AURO Y.
SUR SA
CONVALESCENCE.
Ame Fievre , en Juillet faifant fa prome-
D
made ,
Fit deffein de rendre malade ,
Jeunes , vieux , grands , petits , en un mot,tout
l'Etat .
Sire , par vous elle commence ;
Il n'en falloit pas plus , & c'étoit fur la France ,
Accomplir fon noir attentat.
Tout s'émeut , tout s'agite. Eh ! qu'ay- je fait ,
dit-elle ?
A contribution ay-je donc mís Paris
Ce que vous avez fait , cruelle !
Voyez couler nos pleurs & le fang de Louis :
Pour nous affliger tous , pouviez- vous faire pis ?
Ah ! j'ai tort , j'en conviens , pour toûjours je
vous laiffe ,
Dit la noire Divinité :
Deformais , de Louis , pour qui tout s'intereffe ,
Je veux refpecter la fanté.
AdJUILLET.
1726. 1713
Addition aux Nouvelles Etrangeres.
O
N écrit de Petersbourg , que la
Czarine ayant reçûs avis que la
Flote du Roy de Danemarc avoit joint
PEſcadre Angloiſe le 24. du mois dernier
, qui n'étoit pas encore partie de
l'Ile de Nargin , comme le bruit en
avoit couru ; elle envoya le 29. 92. Galeres
à Revel , avec le Regiment des
Gardes de Simonofski ,
Le Comte Maurice de Saxe , fils natutel
du Roy de Pologne , qui fut élu le
28. Juin par les Etats du Duché de
Curlande , pour être fucceffeur de leur
Dic, en a donné part aux principaux
Senateurs du Royaume de Pologne.
Le 12. de ce mois , la Fregate l'Ai
gle - Blanche , arriva à Copenhague de :
la Mer Baltique , avec la nouvelle que
la Flote du Roi de Danemarc avoit joint
Pacadre Angloifé près de l'lfle de Nar
gin .
Omar Aga , Envoyé par le Grand-
Seigneur , pour veiller aux interêts des
Turcs our commercent dans les Pays he
rediaires de l'Empereur , eut le
T
de
CO
1714 MERCURE DE FRANCE
ce mois fa premiere Audiance publique
du Prince Eugene de Savoye à Vienne .
On a reçû avis d'Alger , que le 16 .
du mois dernier le Dey avoit fait affembler
le Divan , & qu'il y avoit propofé
de renouveller la paix avec la République
d'Hollande , dont le féjour de l'Efcadre
dans la Méditerranée faifoit beaucoup
de tort à la Regence.
Cette propofition fut approuvée par
l'Amiral & par les principaux du Di
van ; mais quelques Intereffez dans les
Armemens s'y oppoferent. On affure
cependant qu'il fut réfolu à la pluralité
des voix , d'écrire au Vice Amiral de
Sommerfdyck , Commandant de l'Eſcadre
Hollandoife , par un Navire Anglois
, qui partoit le lendemain pour Gibraltar
, & de lui faire part de cette réfolution
.
Le 30. Juin , le Pape reçut à Rome
l'abjuration du Baron Charles de Heinf
chek , Gentilhomme Lutherien du Duché
de Silefie..
- Le Cardinal Galeas- Marefcotti , Romain,
le premier de l'Ordre des Cardinaux
Prêtres , & du Titre de S, Lausent
in Lucina , mourut le 3 , de ce mois
à
JUILLET. 1726. 1715
à Rome , âgé de 98. ans , 9. mois &
trois jours. Il avoit été fait Cardinal par
le Pape Clement X. le 27. May 16755
Sous le Pontificat de Clement XI . il avoit
quitté tous les emplois & s'étoit démis entre
fes mains de tous fes Benefices &
Penfions pour vaquer uniquement à ſon
Salut. Ce Cardinal qui laiffe par la mort
un neuvième lieu vacant dans le Sacré
College , a fait le Comte Marefcotti fon
neveu , heritier univerfel de fes biens , &
les Cardinaux Conti & Altieri, fes Executeurs
Teftamentaires . Son corps fut porté
le 5. dans l'Eglife du Jefus , où le
Cardinal de fainte Agnès celebra la Meffe
de Requiem , après laquelle le Pape
fit les Abfoutes & les Encenfemens accoûtumez.
*
On écrit de Geneve , que le Roi de
Sardaigne coucha le 11. de ce mois à
faint Julien , où M. de la Clofure , Réfident
de France , alla faluer S. M. Le
2. à cinq heures du matin , ce Prince
palla devant les murailles de Geneve , où
il fut falué , felon la coûtume , par 60.,
coups de canon , & il alla coucher à
Douven , & hier S. M. arriva à Evian
où l'on croit qu'elle demeurera pendant
un mois.
1
1 vj On
1716 MERCURE DE FRANCE .
On écrit de Londres , que l'Efcadre
deftinée pour la Mediterranée , eft retenue
à fainte Helene par les vents contraires
.
La Flotte de la Jamaïque eft arrivée
dans les Ports d'Angleterre , & l'on a
reçû des Lettres de cette Ifle , qui portent
que toute la récolte des Sucres de
cette année avoit été brulée par la négligence
ou par la malice des Negres .
kkkkkkk
ARRESTS , ORDONNANCES ,
- SENTENCES DE POLICE , & c.
OR
RDONNANCE DE POLICE du 21. Juin.
qui fait défenfes à tous Cochers & autres
perfonnes , de mettre à l'avenir dans les rues
aucuns Fumiers ni autres immondices , à moins
que ce ne foit pour les enlever fur le champ ,
peine de Cinquante livres d'amende.
SENTENCE DE POLICE du même jour
qui condamne les nommez Audinet , Marchand
Forain de Beftiaux , & Remy , Marchand Boucher
, n Cinquante livres d'amende chacun ,
pour avoir contrevenu aux Ordonnances & Reglemens
de Police fur le fait de la vente & achapt
des Beftiaux.
AUTRE du 28.Juin qui renouvelle les défenſes:
de ventre ni étaller aucunes Marchandiſes les
Fêtes
JUILLET. 1726. 1717
Fêtes & Dimanches fur les Ponts & Quays , &
fous les Portes de la Ville de Paris ; & qui com
damne onze Particuliers en Dix livres d'amende
pour y avoir contrevenu.
AUTRE du même jour , qui condamne le
fieur Deftouches , Procureur au Parlement , en
Vingt livres d'amende , & plufieurs autres Particuliers
, en cent fols d'amende chacun , pour
avoir refufé ou negligé d'arrofer le devant de
Jeurs portes pendant les grandes chaleurs .
ARREST du 2. Juillet , qui commet M. He
rault , Lieutenant General de Police , pour juger
des differends & conteftations au fujet des
défenſes de vendre de la Viande dans les lieux
fituez au delà des Barrieres de la Ville de
Paris.
ARREST du Grand Confeil du 3. Juiller ,
au fujet de la mort de Charles Jofeph de la
Frenais , Confeiller au Grand - Confeil , par le
quel ledit Grand -Confeil , les Semeftres affem
blez , condamne la memoire dudit Lafrenais à
perpetuité , ordonne que fon nom fera raye &
biffe des Regiftres dudit Confeil , tous les biens
acquis & confifquez au Roi ; décharge Madame
Tencin de l'acculation intentée contre elle ; ordonne
fon élargiffement & fon écroue biffé.des
Regiftres du Châtelet ; ordonne de - plus le même
Arreft que le Libelle , qualifié Téftament,
figné par ledit Lafrenais , fera laceré parun des
Huifiers du Confeil . & permet à ladite . Dame
Fencin de faire imprimer & afficher le prefent
Arreft , & c.
ARREST du . Jillet qui explique ce qui
doit étre obfervé pour l'execution de la Décla-.
ration du 21 Juin 1726. portant révocation du
Cin1718
MERCURE DE FRANCE.
Cinquantiéme en nature de fruits , par lequel il
aft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
la
Que toutes les adjudications faites pour le
Cinquantiéme des fruits de la prefente année
1726. feront & demeureront nulles & de nul
effet : Fait deffenfes aux Adjudicataires de rien
exiger en vertu d'icelles : Ordonne que ce qu'ils
pourroient avoir perçû fera par eux rendu & ref
titué aux frais & à la diligence des contribuables
, en même nature , s'il exiſte , finon que
valeur en argent fera payée par lefdits Adjudicataires
, fuivant l'évaluation de gré à-grê qui
en fera faite entr'eux ; & en cas de conteſtation,
par les fieurs Intendans des Generalitez & Provinces
, ou leurs Subdeleguez ; & feront lefdits
Adjudicataires tenus de faire . ladite reſtitution
dans quinzaine du jour de la publication du pre
fent Arreft , à peine d'y être contraints , & d'être
en outre déchûs des Privileges & Exemptions
dont Sa Majefté veut bien leur continuer la
joüiflance pour les caufes , & ainfi qu'il fera dit
cy-après.
I I.
Que toutes les fommes que les Adjudicataires
pourroient avoir payées d'avance pour leur te=
nir lieu de cautionnement , leur feront pareillement
rendues & reftituées par les Receveurs auf
quels ils en auront fait le payement.
I I I.
Et voulant Sa Majefté pourvoir à l'indemnité
defdits Adjudicataires , à caufe des frais qu'ils
peuvent avoir faits pour la perception des chofes
à eux adjugées , ordonne qu'ils jouiront pendant
la prefente année & la fuivante , de tous
les Privileges & Exemptions qui leur ont été
accordés , ainfi & de même que fi leurs Adjudications
avoient eû leur entiere execution.
IV .
JUILLET. 1726.179
I V.
Que les Etats ou Rôles qui ont été ou feront
arrêtez par les fieurs Intendans , & par le fieur
Prévôt des Marchands pour le Cinquantiéme en
argent des Maifons de la Ville & Fauxbourgs
de Paris & des autres Villes & Fauxbourgs du
Royaume , feront executez felon leur forme &
teneur , ainfi que l'ont été ceux du Dixiéme des
biens ordonné être levé par la Déclaration de Sa
Majesté du 14. Octobre 1716.
V. ^
Qu'à l'égard des autres natures du Cinquantiéme
non comprifes aufdits Rôles , il en fera
inceffamment arrêté par les fieurs Intendans des
Etats ou Rôles pour l'année 1726. fur le pied
de ceux du Dixieme , & pour les mêmes biens
qui y ont été compris . fans que les anciens
Proprietaires foient obligez d'en fournir de nouvelles
déclarations : Et attendu les mutations
arrivées dans la proprieté d'une partie desdits
biens , Veut Sa Majefté , pour faciliter la confection
defdits Rôles , que les poffeffeurs desdits
biens depuis la fuppreffion du Dixiéme, ordonnée,
par Edit du mois d'Août 1717. juftifient de leur
proprieté par les déclarations qu'ils feront tenus
de fournir dans un mois du jour de la publication
du prefent Arrêt, dans la forme & aux peines portées
par la Déclaration du 14. Octobre 1710.
V I.
Quant aux Provinces dans lesquelles il n'a
point été arrêté de Rôles du Dixiéme , au moyen
des Impofitions , abonnemens ou traitez qui ont
été faits pour tenir lieu de ladite Impolition ,
il en fera ufé de la même maniere pour ledit
Cinquantiéme.
VII.
Que les Receveurs Generaux des Finances ,
Receveurs des Tailles , Treforiers & autres pré➡
pofez
T720 MERCURE DE FRANCE.
pofez ou Comptables qui ont été chargez au
fécouvrement du Dixiéme, feront la Recette des
deniets provenant dudit Cinquantiéme , lefquels
deniers feront portez au Trefor Royal, ainfi &
de la même maniere que l'ont été ceux du
Dixiéme , pour en compter dans la forme &
dans les temps qui feront reglez par Sa Majesté ,
nonobftant ce qui eft porté par l'Article XXII.
de l'Arrêt du 28. Juillet 1725.
VIII.
Veut & entend Sa Majeſté , que les Arrêts &
Reglemens rendus pour l'execution de la Déclaration
du 14. Octobre 1710. portant établiſ
fement du Dixiéme , foient executez pour le
Cinquantiéme , felon leur forme & teneur ; ré--
voquant à cet effet les Arrêts & Reglemens ren- >
dus en execution de la Déclaration du 5. Juin
1725. portant établiffement du Cinquantiéme
en nature de fruits , & c.
•
DECLARATION du Roy , qui ordonne que
les Déclarations de 1750. 1713. & 1714. qui
ont reglé la maniere des payemens des Let !
tres & Billets de Change ou Billets payables au ?
Porteur , dans le temps des diminutions arrivées
fur les Efpeces , feront executées à l'occafion de
la derniere augmentation defdites Efpeces, Don-->
née à Verſailles le 7. Juillet 1726. Regiſtrée en
Parlement le 10.
ARREST du même jour , qui proroge juſqu'au
premier Janvier 1727. la décharge des Droits de
Péage , Travers , Paffage & tous autres , fur les
Beds , Farines , & toutes efpeces de Grains qui
feront conduits dans la Ville de Paris.
ARREST du même jour , qui accorde aux
Agents de Change nommez par l'Arrêt du 14.-
Oc-
2
JUILLET. ས་
1726. 1727
Octobre 1724. le délai d'un mois pour le faire
recevoir & déclare privez de leurs fonctions
ceux qui n'auront pas été reçûs dans ledit terme.
DECLARATION du Roy , qui fupprime la
Caifle Commune des Recettes generales des Finances
. Donnée à Versailles le 9. Juillet 1716.
Registrée en Farlement le 12. par laquelle il t
dit ce qui fuit. Voulons & nous plaît , qu'à
commencer du premier Juillet de la prefente
année , la Caiffe Commune & Generale d'admi
niftration des Recettes generales de nos Finan
ces , tant des vingt Generalitez des Pays d'Election
, que des Provinces d'Alface , Metz , Fran
che -Comté , Flandre & Hainaut , dont nous avions
ordonné l'établiffement par l'Article premier
de notre Déclaration du 10. Juin 1716. & par
l'Arrêt de notre Confeil du 15. Avril 1722 foit
& demeure révoquée & fupprimée ; enfemble les
for Ctions des Controlleurs ambulans , qui avoient
été ſubſtituez par l'Arrêt de notre Confeil du
16. Juillet 1720 au lieu & place des Infpecteurs
établis en exécution de l'Article IX . de notredite
Déclaration du ro. Juin 1716. N'entendons
que lesdits Receveurs Generaux de nos Finances,
Icurs Commis aux Recettes generales , Receveurs
des Tailles , Receveurs particuliers des
Impofitions des Provinces d'Alface , Metz, Franche-
Comté , Flandre & Hainaut & tous autres
Officiers- Comptables , leurs Caiffiers & Commis
, puiffent fe difpenfer de continuer de ténit
des Regiftres Journaux en la forme & maniere
prefcrite par notre Edit du mois de Juin 1716.
& par notre Déclaration du o . du même mois ,
que nous voulons être executée pour ce regard ,
& fous les peines portées par ledit Edit. Difpenfons
feulement lefdits Receveurs , Caiffiers, Commis
& autres Comptables , d'envoyer en notre
Confeil
4712 MERCURE DE FRANCE.
4.
Confeil des copies defdits Regiftres - Journaux .
Voulons au furplus que nos Déclarations des
Octobre & 7. Decembre 1723. l'Arrêt de notre
Confeil du 15. Mars 1724. enſemble tous les
autres Reglemens concernant la forme & tenuë
defdits Journaux , foient & demeurent révoquez
comme nous les révoquons en ce qui peut être
contraire à ces prefentes, & c.
ARREST du 12 Juillet , & Lettres Patentes
fur icelui , portant prorogation jufqu'à la fin du
nouveau Bail des Fermes Generales , de differens
Droits y énoncez.Et moderation dès à prefent d'une
partie defdits Droits dans la Ville , Fauxbourgs
& Banlieue de Paris, par lequel Arrêt, veut neanmoins
Sa Majefté pour le foulagement des Habitans
de la Ville , Fauxbourgs & Banlieuë de
Paris, que les Droits fur le Poiffon de Mer , frais,
fec & falé qui y fera confommé , foient réduits
& moderez à la moitié des Droits qui fe le.
vent actuellement ; comme auffi que les Droits
fur la Volaille, Gibiers, Cochons de lait ,Agneaux
Chevreaux , Oeufs , Beurres , & Fromages ,
foient moderez d'un quart , & réduits aux trois
guarts des Droits qui fe levent actuellement ,
en confequence de la Déclaration du 15. May
1722. Arrêt du 11. Août enfuivant rendu en interpretation
, & du Tarif du 20. Juin 1724. lef
quelles moderations auront lieu à commencer
du jour de la publication du prefent Arrêt , fant
que fur le reftant defdits Droits moderez les
quatre fols pour livre puiffent étre perçus ; S:
Majefté dérogeant à l'égard des difpofitions por
tées par le prefent Arrêt aufdits Edits , Décla
rations , Tarifs & Reglemens , &c.
SENTENCE de Police , du même jour , qui
condamne les nommez Gaultier & Cordau ,
Bou
JUILLET. 1726 1713
Boulangers , en trois cens livres d'amende cha
cun , pour avoir employé de la Farine défectueufe.
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Lebleu , Marchand de Bierre , en trente
livres d'amende , pour avoir donné à boire chez
lui à heure indue.
ORDONNANCE de Sa Majeſté du 16. Juiller
, pour la prorogation de la Foire S. Laurent
jufqu'au cinquième Septembre 1716.
APPROBATION.
'Ay la par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Juillet , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le s . Aouft
-1726.
HARDION.
TABLE .
Ieces fugitives , Réponse à l'Abbé de Vil- Pleces
lers , &c.
En quoi confifte le Ridicule , &c.
La Guerre , Poëme.
Lettre du Pere Caſtel à M. &c.
Le Solitaire , Ode.
LIC , &C.
1515
1522
1529
1537
1544
Guerifon operée par la vertu de l'Aimant , Letassi
Epis
-1724
Epigramme.
isss
Lettre de M. Sully , & c.
1556
La Cigale & la Fourmi , Fable.
1562
Réflexions fur la diverfité des Langues.
1566
Epigramme.
1576
Lettre & Idille de M. Vergier.
1577
Vertus de la Pierre nefretique.
1587
Traduction d'une Ode d'Horace.
1589
Tombeau
nouvellement trouvé & Infcription.
1590
Reflexions fur la Critique . 1593
Cantate , le.Retardement affecté.
1597
Lettre écrite de Venife , fur le Carnaval , &c.
1607
1615
1620
Eloge du Thé , imitation en Vers , &c .
Avis fur les
Enigmes.
Nouvelles Litteraires , & c. Dictionnaire univerfel
de la France.
Nouvelles inventions du freur du Quet.
1627
1642
Pendule d'Equation du fieur Thiout , & c. 1645
Nouvelles Estampes de M. Coypel fur les Col
medies de Moliere. •
1647
Nouvelle Eftampe de M. de Boullongne , gravée
par M. Drevet.
1649
Premier Prix de Peinture remporté à Rome par
un François .
Chanfon notée ,
Spectacles.
1650
1652
Ibid.
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie , Pologne
, & c.
Univerfaux au nom du Duc de Curlande.
Proteftation du Duc de Curlande ."
Nouvelles d'Allemagne , d'Italie , & c.
Morts , Naiffances des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
dicace de l'Eglife de S. Louis.
De aires duPalais.
Affits , Nailances , & c .
1660
1663
1664
1669
1680
1681
1685
1687
4 1690
Supple
17254
Supplement. 1696
Bouquet pour Madame ★★ , Rondeau. 1697
Sonnet , Réponse au Rondeau. 1698
Complimens des Académies à M. le Controlleur
General des Finances . 1699
Extrait du Dictionnaire Neologique, 1700
Maladie des yeux , &c. 1706
Maladie du Roi.
1710
Vers fur fa convalefcence .
1712
Addition aux Nouvelles Etrangeres, 1713
Arrêts.
1716
Errata du premier Volume de Juin.
PAg
Age 1164.ligne 10. auffi - tôt , lifez auſſi répanduë.
Page 1166. ligne 18. & 19. d'Auxerre l'inten
tion , lifez d'Auxerre par l'intention.
Page 1167.ligne 24. & que , lifez eft que.
Page 1172. ligne 4 ainfi lifez auffi.
Page 1176. ligne 29. Provençaux lifez Provinciaux
.
Errata du fecond Volume de Juin .
PA
Age 1488. ligne 3. du bas , qui ferment ,
lifez qui forment.
Page 1490. ligne 3. blui , lifez bruni .
Page 1491. ligue 14. où il a trouvé , lifez où
trouver,
Errata
-8726
PA
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1530. ligne 4. du bas , tout par , lifez
tout perit par.
Page 1543.1 . 8. égaler celle, lifez égaler eft celle.
Page 1545. 1. 17. voeux , lifex yeux.
Page 1547. 1. f . crais lifez crains,
.1.
Page 1558. 1 18. Gourbe , lifez Courbe.
Page 1559. 1. 29. une , lifez un.
Page 1565.1. 16. d'aiſe , lifez & d'aiſe.
Page 1570. 1. 19. perfectionné , lifez perfectionnées.
Ibid. 1. 24. qui le , lifez qui ne le.
Page 1573 1. 3. du bas differentes , lifex diffe
rens .
Page 1574. 1. 25. & nous , lifez ou nous.
Page 1602.1 . 18. Ridolti , lifez Ridotti .
Page 1617.1. 13. ſeule , lifez ſeul .
Page 1627. 1. 10 Typographie , lifez Topogra
phic.
Page 1650.1 . 4. Beren , lifez Berin.
Page 1652.1 . 9. Aftrée , lifez Atrée.
Page 1653.1 . 12. Piece , lifez Niece.
La Chanson notée doit regarder la page 1652.
PRIVILEGE
DU ROT.
LOUIS,par la grace de Dieu , Rol de France & de
Navarr à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officie s & Jufticiers qu'il appartiendra. Sa
LUT : P'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy - devant appelé le Mercure Gaiant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
urres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fazeffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Companie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Cheva ier
de notre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compoſer à l'avenir excluſivement à rout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtré
Brevet le 17 , Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceſſai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement , ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tour nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de Jadarte des Prefentes ; à condi
tion neanmoins que chaque volume portera fon Appro
barion expreffe de l'Examinateur , qui aura éré com
1728
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualicez & conditions qu'elles
forent d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'imprimer
, faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentation , corrections
, changement de titre , ou autrement , fans la
permiflion expreſſe & par écrit de l'Expoſant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000. livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long ſur les Regiftres de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreflion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , conformément
aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreffion dudit Livre ſera
remis dans le même éta , où les Approbations y auront
été données és mains de nôtre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARME NON VILLE , Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires
de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de nótredit très - cher & Feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fair
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeillers- Secretaires, foy ſoic ajoûtée, &
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
A OUST 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
I NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DCC. XXVI
Avec Approbation & Privilege du Rog.
AVIS .
LAD
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin den affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie .
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fo's.
C
1729
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
AV
AOUST. 1726.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers .
DESSEIN d'un Recueil d'Hymnes nou-
: velles avec les plus beaux Chants ,
felon chaque meſure.
Lettre écrite d'Auxerre fur cefujet le 29.
Juin 1726. par M. le Beuf, Sous-
Chantre & Chanoine de la Cathedrale.
ES nouvelles productions qui
paroiffent dans les Provinces ,
s'y voyent prefque toujours accompagnées
de difficultez. Il y
a fi peu de gens , gens , furtout dans certaines
A ij Villes
1730 MERCURE DE FRANCE.
Villes , qui puiffent , ou qui veulent
s'appliquer à ce qui eft d'un certain genre
de Science , que lorfque quelqu'un
'qui en eft inftruit de longue main , fe
met en état d'en traiter à fond , on paroît
furpris , on montre de l'étonnement,
on le croit écarté du droit chemin ; &
cette furpriſe , dont la fource eft affez
connue , excite des oppofitions & des
traverfes à ce qu'il y a fouvent de meilleur.
Ne vous attendez pas , Monfieur , que
j'aille faire ici une application de ce que
je dis à des matieres bien relevées : il ne
s'agit que de Chant , ou , fi vous voulez ,
de Mufique. Je puis d'abord me fervir
indifferemment de ces deux expreffions,
puifqu'elles font employées indifferemment
par les anciens Auteurs , felon les
témoignages qu'il feroit aifé d'en rapporter.
On y voit que le Chant d'Eglife ,
même en parlant du pur Plein - Chant ,
eft très- fouvent appellé Mufique ; &
depuis que Gui , Moine d'Arezzo en Ita❤
lie , eut inventé au XI. fiecle une nouvelle
methode de tranfmettre ce Chant ,
on lui donna communément le nom de
Mufica VVidonis . Quoique ce nom tombât
fur tout le corps du Chant Ecclefiaftique
, il y avoit cependant une partie
qui pouvoit être appellée Mufique
plus particulierement. Ce font quelques
A. OUST 1726. 1731
ques Hymnes & quelques Profes qu'on
animoit d'un mouvement qui reflemble
fi fort à celui de la Mufique , telle qu'on
l'entend aujourd'hui , que plufieurs lui:
ont donné le nom de Plein - Chant figuré
, pour diftinguer de tout le teſte cette
partie du Chant de l'Eglife. C'eſt à l'occafion
de cette portion du Chant Ecclefaftique
que je vous envoye quelques
remarques que je vous prie de communiquer
au Public , & principalement par.
rapport aux Hymnes . Je m'y fuis trouvé
obligé par des circonftances les plus
inefperées , & dans lesquelles je ne me
ferois jamais imaginé devoir me rencontrer
, vû l'opinion dans laquelle j'étois ,
que notre Ville étant fi voifine de celle
de Paris , ne fourniroit que des Approbateurs
du bon goût qui y regne , plutôt
que des Cenfeurs & des Contradicteurs
. C'est donc fur ce corps de Chant.
que l'on a crû d'abord ne devoir pas déferer
à la celebre Eglife de Paris , ni à
tant d'autres illuftres Eglifes , dont nous.
nous glorifions depuis notre nouveau Breviaire
, de prendre tout ce qu'il y a de
meilleur en ce genre , & qui a été produit
par les plus habiles Maîtres . Nous
nous fommes flattez d'entrer en cela dans
les vûës du grand Pape S. Gregoire pre-
>mier du nom , qui exhortoit fon Difci-
A iij ple
1732 MERCURE DE FRANCE.
ple S. Auguftin , qu'il envoya en Angleterre
pour y établir une nouvelle Eglife
, de ne fe pas contenter d'y introduire
les pratiques de l'Eglife de Rome ,
dans laquelle il avoit été élevé , mais
d'y inferer auffi , pour ainfi dire , tout
ce qu'il remarqueroit de bon & de louable
, ou même de meilleur dans les Eglifes
de France . Ce n'eft point hors d'oeuvre
que j'applique ici le trait d'un Saint ,
dont une des principales occupations fut
Pétabliſſement du Chant Ecclefiaftique .
Les Hymnes n'étoient pas alors fi communes
qu'elles le font devenues depuis.
On ne connoiffoit gueres que celles de
S. Ambroife , aufquelles le faint Pape
en ajoûta quelques - unes du même metre
, c'eſt à-dire , du metre Iambique à
quatre pieds. On a été plufieurs fiecles
fans avoir en ufage un plus grand nombre
d'Hymnes. Peu à peu quelques Hymnes
Trochaïques , & quelques Sapphiques
fe font fait place dans les Offices
divins. Quelques- unes auffi du metre Af
clepiade , dont la plus ancienne eft l'Inventor
rutili du Poëte Prudence , laquelle
eft de pur Afclepiade fans aucun mêlange.
L'unique qui ait paru dans nos
Livres du metre Brachicatalectique , &
celle qui s'y trouve du metre Alcmane ,
paffent
AOUST. 1726. 1733
paffent . auffi pour avoir quelque antiquité.
Maintenant on ne fe borne plus com
me autrefois , à n'avoir dans les Offices
divins prefque que des Vers Iambiques,
une ou deux Hymnes Sapphiques, autant
d'Afclepiades , & quelques Trochaïques
en petit nombre.On a crû qu'il convenoit
affez de faire pour l'Eglife des Hymnes
de toutes fortes de mefures . Le nombre
des Sapphiques eft augmenté de beaucoup
, auffi -bien que celui du genre d'Af
clepiade , dont la Strophe finit par un
Vers Glyconique. Il y a à prefent dans
les Livres d'Office beaucoup plus d'Hymnes
Trochaïques & Alcmanes , qu'il n'y
en avoit précedemment . On a même
pris l'Anacreontique des Poëfies de Prudence.
Le fiecle dernier a produit des
Poetes , dont la veine fut trouvée plus
feconde en ces fortes de Vers Lyriques ,
que dans ceux de la meſure Iambique ,
qui étoit prefque uniquement d'uſage
dans les premiers temps , & on n'a pas
eu lieu d'être mécontent de leurs Ouvrages.
Je ne parle point de Jerôme Vida
, Evêque d'Albe en Italie , dont les
Poëfies renferment trop peu d'Hymnes
Lyriques pour qu'on ait pû y en puifer ;
ni du Jefuite Claret , qui n'a point donné
d'autres metres à fes Hymnes que
A iiij
ceux
1734 MERCURE DE FRANCE.
ceux qu'il voyoit déja communément reçûs
, & qui n'a fait que fuivre les penfées
des anciennes , ajuftant la rime avec
la quantité . Je ne parle point non plus
des Poëfies de Mefire Ifaac Habert , Evêque
de Vabres , ni de celles de Meffire
Guillaume de la Brunetiere , Evêque de
Saintes , dont je ne connois que des Hymnes
Iambiques .Mais je puis remonter juſ.
qu'au celebre Muret , dont on a plufieurs
Hymnes de different metre. Quelques
années après que le Pape Urbain VIII.
eut excité par fon exemple le genie Poëtique
, on vit paroître differens Recueils
d'Odes facrées. Il m'en eft tombé fous
les mains un qui a été imprimé à Sens
en 1640. dont toutes les Odes font en
l'honneur de la Sainte Vierge , & dans
tous les metres Lyriques & autres . Il
eft attribué à un Jefuite , appellé Louis
Magnet. Le fieur Magdelenet de Vezelai
, dont les Poëfies font imprimées
compofa auffi avec fuccès quelques Odes
Alcaïques fur des fujets facrez . Les Réformateurs
des Breviaires , un peu après
le milieu du dernier fiecle , firent entrer
quelques Hymnes de nouvelle fabrique
dans leur Ouvrage , à l'exemple
du Breviaire Romain ; mais rarement
étoient- elles Alcaïques , ou de cette forte
d'Afclepiades , dont le troifiéme Vers
eft
AOUST. 1726. 1735
eft Pherecrace , & le dernier Glyconique.
Il n'y a eu que le celebre Santeuil
qui en ait donné un grand nombre de
tous ces metres , & qui le premier a eu
la gloire d'avoir multiplié les Hymnes
de toute forte d'efpece , auffi bien que
celle d'avoir furpaflé tous les autres Poëtes
facrez , par la fublimité de fes penfées
, la nobleffe de fes expreffions , &
la clarté prefque inimitable de fon ftyle.
Mais , enfin , Santeüil eft mort , ce
Santeuil qui chantoit fi mélodieuſement
les actions des Saints . Ceux qui ont effayé
de le remplacer , ont peut - être
mieux imité les actions des Saints qu'ils
ne les ont chantées : & quoique la perte
foit irréparable , il a cependant paru
depuis la mort des Hymnes fuffifamment
pleines d'onction , & affez remplies de
nobles expreffions , dans plufieurs Eglifes
de Paris , pour lefquelles Santeüil
n'avoit pas eu le loifir de travailler. Les
plus fameux Evêques de notre France ,
Les Hilaires de Poitiers , les Germains
d'Auxerre ont trouvé dans cette grande
Ville des Poëtes qui les ont celebré .
Quantité d'illuftres Eglifes du Royaume
fe font auffi adreffées à Paris , aux Habitans
du Parnaffe , & en ont obtenu des
productions excellentes qui font répandues
dans les Provinces. De forte qu'en
,י
A v ra1736
MERCURE DE FRANCE.
ramallant les Hymnes de tous ces Auteurs
modernes , à commencer par Muret,
en comprenant celles des Breviaires
qui ont paru jufquà cette année , on pour.
roit former un jufte Volume de toutes
les plus belles dont on auroit fait un
choix judicieux.
Une perfonne de ma connoiffance avoit
fait autrefois un Recueil de tous les plus
beaux Chants des Profes nouvelles : elle
vouloit le mettre entre les mains de
M. Ballard pour le rendre public , & le
répandre dans toutes les Eglifes où l'on
avoit à chanter de ces fortes de Pieces .
Je ne fçai ce qu'eft devenu ce deffein :
il pouvoit avoir fon utilité. On connoît
par experience que le Chant des
Profes bien cadencées eft un grand attrait
pour les Fideles : & quoique la
plupart n'entendent pas le Latin , la mefure
qu'on fçait à prefent y donner , fait
fur eux le même effet que les Chants
dont S. Adelme , Evêque de Sherborne
en Angleterre , fçût adroitement fe fervir
au VII. fiecle , pour gagner à Dieu
quantité de Peuples. ( a ) A Rome , où
les Profes font plus rares , la coutume
étoit au XII . XIII . & XIV . fiecles d'en
chanter à la fin du repas que le Pape
( a ) Mabill. Saculo Bened. IV . Parte I. p.
donnoit
726.
AOUST. 1726.
1737
donnoit aux grandes Fêtes à tout le Clergé
, ( a ) & il eft certain que plufieurs
Papes conçurent une grande idée de Noc.
ker , Moine de Saint - Gal au X. fiecle ,
fur ce qu'il en avoit mis en Chant un
grand nombre . ( b ) Il y a un Livre de
Profes imprimées fans Chant à l'uſage
du Diocèfe de Paris. Il y auroit auffi dequoi
en former un de celles qui font à la
fin du nouveau Miffel de Sens . Mais un
Livre d'Hymnes accompagnées de Chant
feroit une choſe encore plus neceffaire.
Il n'y a point d'Eglifes dans la Chrétienté
, qui n'ait enfin admis des Hymnes
dans quelques-uns de fes Offices ,
& qui ne foit dans l'ufage d'en chanter
plus ou moins frequemment
& toujours
plus fouvent que des Profes. Il n'y
en a point , qui , en réformant fon Breviaire
, n'en admette de nouvelles en place
de quelques anciennes , ou qui n'en
introduife à des Fêtes qui n'en avoient
point de particulieres : mais il n'eft pas
commun de trouver pour ces Hymnes des
Chants anciens , qui fans être aucunement
retouchez , puiffent correfpondre
à la beauté des paroles . D'un autre cô-
›
( a ) Mabill. T. 2. Muf. Ital. Ord. Rom . XI.
pag. 129. Ord.XII. n. 35 .
Item p. 187. Ord. XIV. p . 328.
( b ) Mabill. Sac. V. Bened. p. 19. & 20.´
A vj té ,
1738 MERCURE DE FRANCE.
té il feroit déraisonnable qu'un Chant,
qui fera peut-être paffable pour quelquefois,
devint un Chant dominant , perpetuel
& unique , à caufe qu'il y a longtemps
qu'il eft fait , & que précisément
pour cette raifon on voulut le rebattre
encore plus fouvent qu'il ne l'étoit , &
jufqu'à l'ennui. Peut- on foutenir raiſonnablement
qu'il a dû être plus difficile
d'en compofer de nouveaux , qu'il ne l'a
été de compofer de nouvelles Hymnes ,
& que c'eft un avantage de voir la barbarie
regner dans les Sciences , comme
elle a fait pendant quelques fiecles qui
nous ont précedé ?
Je ne dirai pas que Santeuil ait eu le
chagrin de voir des Chantres dans un
principe fi bizarre : il n'eut pas été affez
patient pour les laiffer impunis . Comme
les Hymnes devoient d'abord être ufitées
dans Paris , on y compofa un grand nombre
de Chants pour chaque metre , afin
de diverfifier la mélodie felon les Fêtes;
de forte que l'on ne trouve aucun des
metres nouveaux qui n'ait au moins quatre
ou cinq fortes de Chants , lorsque le
nombre des Hymnes de ce metre vajufqu'à
fept ou huit , & ainfi du refte à
proportion . Les derniers Breviaires qui
ont paru , font encore bien plus remplis
d'Hymnes nouvelles & de tout metre ,
que
AOUST. 1726. 1739
que ne l'eft celui de Paris . Il n'y a prefque
plus de Fête de Myftere qui n'ait de
Alcaïque , ou de l'efpece d'Afclepiade
, dont les deux derniers Vers font un
Pherecrace & un Glyconique. Les communs
font plus riches en Hymnes de
nouveau metre qu'ils ne l'avoient jamais
été. On y a admis entr'autres celles
des faints Docteurs , & celles des
faints Moines , qui font des plus magni
fiques de Santeuil. C'eft pourquoi , fi
jamais il fut neceffaire d'augmenter le
nombre des Chants , & d'en admettre
de nouveaux , c'eft depuis ces dernieres
Editions de Breviaires . Cependant il fe
trouve des gens fi oppofez aux loüables
intentions des Poëtes , que fans faire at
tention qu'ils font dans des corps nombreux
, & capables de fournir à tous ces
nouveaux Chants , ils entreprennent de
fermer l'entrée à tous les plus beaux
qu'on ait pur prendre dans les Livres de
Paris , jugeant qu'il eftmieux de fe renfermer
dans les tons les plus triviaux ,
quelque grand que foit devenu le nombre
des Hymnes ; & ce qui eft de plus
étrange , c'eft que mefurant le fçavoir
des autres par le leur , ils ne veulent
partout que du grand commun , un
certain Chant bannal , en un mot , la
grande routine , ce qu'un autre que moi
qui
1740 MERCURE DE FRANCE.
qui voudroit parler François , appelleroit
le P ... a ... a ... Num cantus
dit autrefois Santeüil pour un femblable
fujet.
Num cantus juvat ille fibi quem vindicat
omnis
Coelicola , & doctis femper gravis auribus hymnus,?
Ignofcenda quidem rudioribus horrida feclis
Barbaries fuit ; at poftquam gens pinguis avorum
Seceffit procul , incultis gens afpera Mufis ,
Credideram fimul ignotas abiiffe fub oras
Et ceffiffe loco foedam fquallore fituque
Barbariem , & miferos fefe quibus illa tuetur
Auctores operun .
à Vous n'ignorez pas › Monfieur
quelle occafion Santeuil fit la Piece dont
je viens de citer un lambeau. Je fuis cependant
bien -aife de le marquer ici ,
puifque , felon les apparences , ma Lettre
doit être vûë par plus d'une perſonne.
Quoique Santeüil eut compofé des
Hymnes en l'honneur de S. Magloire ,
Evêque de Dol , le Pere Furfi de l'Oratoire
, Grand Maître des Ceremonies
du Seminaire , qui porte fon nom dans
Paris , eut la foibleffe de condefcendre à
ceux
A OUST. 1726. 1741
ceux qui n'aimoient pas qu'on les tirât de
leur grand commun , & de la routine
ordinaire , & il empêcha qu'on ne chantât
ces nouvelles Hymnes dans la propre
Eglife du Saint , le jour même de
fa Fête . Ce revers de fortune ne tarda
gueres à exciter dans l'efprit de Santeuil
certains mouvemens , qui lui firent
bien-tôt appercevoir le P. Furfy atteint
d'une maladie dangereufe , forcé & contraint
de demander humblement pardon
au faint Evêque , de ce qu'il avoit
empêché qu'il n'y eut de l'extraordinaire
à fa folemnité. Le Saint apparut au malade
dans une nuée lumineufe & terrible
, & lui fit une verte réprimande de
la hardieffe qu'il avoit euë de s'oppoſer
à l'ardeur que toute la jeuneſſe du Seminaire
avoit témoignée pour ces nouveaux
Chants , & ne lui promit d'obtenir
fa guérifon , qu'à condition que l'année
fuivante il fe donneroit bien de garde
de retomber dans la même faute. J'ai
entre mes mains cette Piece précedée
d'une Vignette , qui reprefente l'apparition
fort au naturel. En voici les onze
premiers Vers. C'eft Saint Magloire qui
parle d'un ton de Maître au pauvre Pere
Furfy étendu fur fon grabat.
Sic
1742 MERCURE DE FRANCE:
Sic habitas mea templa , & templis demis
honores
Alme fenex, illis etiam mea feſta diebus
Dum certatim agitant media inter gaudia cives
?
Noftra laborato decoras inclufa fub antro
Floribus offa , facros & circum incendis odores
Et fraudas cultûs , & laudibus invidus obſtas ?
Dicam equidem , hæc coelo me mordet cura
beatum .
Quos mihi Santolius plectro refonante canebat
Afflatus monitis cæleftibus , eripis hymnos
Crudelis ! quò ceffit honos ? quò gloria noſtri
Numinis ? an ne putas impunè lacefcere Di-
VOS ?
Sur la fin le ſaint Evêque s'adreſſe au
Pere Senauld , à qui il témoigne fon
chagrin de voir l'ignorance rentrer dans
les Temples du Seigneur , & l'exhorte
à fronderavec fon ftyle d'Orateur contre
un tel procedé : puis fe retournant pour
la derniere fois vers le malade , il lui
fait fentir la témerité de fon entrepriſe,
d'avoir voulu détruire ce que des gens
en place , des gens de meilleur goût que
lui avoient puifé de tous côtez , & placé
AOUST. 1726. 1743
cé dans les Livres de fon Eglife , pour
augmenter la celebrité de l'Office , & la
tirer du grand commun .
Hujus namque loci procul hanc ( a ) præfectus
abegit
Illi charus eram , mihi charus & ille viciffim
Dum licuit noftris fummum decus addidit aris
Quin etiam addiderat dulces mihi providus
hymnos
Omnibus è libris
quos barbarus expunxifti :
Et caufam morbi ulteriùs temerarie quæris ?
On voit dans le Recueil des Hymnes
de Santeuil une plainte femblable de la
part de Sainte Hunegonde . Cette fainte
Religieufe du VII . fiecle , fort honorée à
S. Quentin & dans le voisinage , fut du
nombre de celles dont Santeüil chanta les
actions . Mais il arriva malheureuſement
que celui à qui les Hymnes furent envoyées
ne les fit point fervir à fa Fête .
La Sainte en fut irritée : elle en fit de fi
grandes plaintes par la plume de Santeuil
à l'Abbé qui étoit la caufe de ce
délai , qu'enûn elle & le Poëte eurent
la fatisfaction de voir difparoître la barbarie
, dont on avoit crû jufqu'alors pouvoir
faire parade dans fon Monaftere de
( 4 ) Ignorantiam.
Hom1744
MERCURE DE FRANCE
1
Hoblieres en Vermandois . L'Auteur
de nos Hymnes propres auroit autant de
raifon que Santeuil , de fe plaindre de
ceux qu'on voit regretter que fes Hymnes
en ayent déplacé de vieilles dont ils
fçavoient par coeur le chant & les paroles.
Il pourroit , comme lui , apoftropher
les Manes du fçavant Poëte fon
Confrere , qui a retouché les Hymnes du
Breviaire de Sens de 1702. & qui en
a tant fourni de nouvelles , & en l'évo
quant du tombeau , lui dire , comme autrefois
Santeüil au Pere Senauld :
Exoriare mihi , tumuloque refurge B ....
alde ,
Si fermonis adhuc teneat te cura politi :
Ecce redit noſtris vetus ignorantia templis.
Comme donc on voit de nos jours que
par imperitie , & par la feule raifon
qu'une chofe eft nouvelle , plufieurs perfonnes
méprifent d'excellens Ouvrages,
foit en Vers , foit en Chant , il femble
qu'il conviendroit de les rendre dès àprefent
plus communs , afin que la jeuneffe
put s'y accoutumer de bonne heure.
Je fuis convaincu que quantité de
Chants Lyriques des Hymnes Latines
attireroient toute l'attention dont les jeunes
gens peuvent être capables , & que
ceux
A O UST . 1726. 1745
ceux qui travailleroient à faire imprimer
ce Recueil , n'auroient pas moins
de fatisfaction de le voir répandu , qu'en
eut le pieux Moine Otfrid , Religieux
de Weiffenbourg en Alface au IX fiecle
, d'avoir fait ceffer mille Chants obfcenes
par la Traduction qu'il fit de plufieurs
Livres de l'Ecriture Sainte , en
Vers Teutoniques , fufceptibles de cadence.
Pour defcendre dans le détail , je
croirois que ce Recueil d'Hymnes devroit
être accoinpagné, des formules de
Chants d'Hymnes de chaque metre , &
que le nombre de ces formules devroit
être proportionné à celui des Hymnes.
Comme il est toujours vrai de dire , qu'il
y a plus d'Hymnes du petit metre lambique
que d'autres , ce feroit de ce metre
dont il y auroit le plus de chants.
Tel étoit l'ufage ancien . ( a ) Il n'y avoit
point de Fête où l'on ne changeât de
chant fur les Vers de cette mefure , à caufe
que c'étoit une meſure très -commune
, & qu'autrement les redites fuflent
devenues ennuyeuſes.
La varieté & la diverfité dans les chants
desHymnes , eft auffi ancienne que l'uſage
des Hymnes dans l'Eglife , & l'on n'écou-
( a ) Mabill. Annal. Bened. T, 3. p. 128.
ad an. 865.
toit
1746 MERCURE DE FRANCE.
toit point autrefois ceux qui auroient dit,
qu'un feul Chant fuffit pour toutes les
Hymnes qui fe trouveroient être d'un mê
me metre: on les obligeoit d'apprendre les
nouveaux , à mesure qu'ils s'étendoient &
fe multiplioient , quelque difficulté qu'il
y eut dans ces fiecles-là à apprendre la
fcience du Chant. On choiſiroit,au reſte,
feulement les plus beaux Chants de ce
metre Iambique , & parmi ceux qui auroient
été choifis , on retiendroit la maniere
la plus élegante dont chacun auroit
été traitté. C'eft dans ce metre que
S. Ambroife compofa ce que nous avons
de lui pour tous les jours de la femaine .
On prétend même que le Chant qui eft
refté jufqu'ici à ces Hymnes , vient de
lui. Il eft un de ceux où les Muficiens
donnent le mouvement qu'ils appellent
à trois temps. On y remarque une va◄
rieté agreable de fons , & aucun des Vers
n'y est entierement in directum. Ce fecret
de chanter un Vers entier tout droit
au milieu de trois autres , dont les notes
font variées confecutivement , étoit réfervé
à ces derniers fiecles , où peu de
gens reflechiffent en fait de Chant , &
vont toujours au plus court.
Après le metre Iambique , le Sapphique
eft le plus commun. Il y auroit dans
le Recueil un nombre de Formules de
Chant,
AOUST . 1726. 1747
Chant ,
proportionné au nombre des
Hymnes de cette mefure. Ce metre eft
le plus gay de tous , & il ne fçauroit être
chanté que gayement , fi ce n'eft peutêtre
par quelques perfonnes tout à - fait
neuves dans le métier , qui ne peuvent,
par faute d'oreille ou d'habileté , y donner
aucune meſure ni agrément. Ce
Chant Sapphique eft veritablement mufical
, & n'a jamais été , ni ne fera jamais
de la fphere du pur Plein - Chant.
C'est un de ces Chants Dactyliques qui
veulent un mouvement reglé , dont deux
breves ou rhomboïdes valent une longue
, & deux longues font deux temps.
Auffi fait- il compaffion , lorfqu'on l'entend
chanter par ceux qui le mettent
dans la claffe du pur Plein - Chant , foit
parce qu'ils ne veulent pas prendre la
peine de s'appliquer , foit par une oppofition
affectée à tout ce qui tend au
mieux.
On placeroit enfuite les formules de
Chant des Strophes Afclepiades , dont
le quatrième Vers eft Glyconique : nous
fommes ici dans une grande difette de celui-
là malgré que nous en ayons : puis
on feroit fuivre les formules pour les
Hymnes Afclepiades , dont le troifiéme
Vers eft Pherecrace & le quatrième Glyconique.
Après ces Chants fuiyroient les
mode,
1748 MERCURE DE FRANCE .
›
modeles de Chants d'Hymnes Alcaïqués
Ce metreeft nouveau pour bien des Diocèfes.
Il y auroit deux fortes de formules
de ce metre ; les premieres en Chant
Rythmique ou prefque pur Plein-
Chant , comme eft celui de Stupere gentes.
Les fecondes feroient de ce metre
confideré comme Dactylique , c'eſt - à - dire
, des formules de Chant meſuré à peu
près comme le Sapphique , & tel qu'il
eft à Paris fur l'Hymne Fumant Sabais.
Il eft inutile que je vous parle après cela
du metre Trochaïque , de l'Alcmane
, & de l'Iambique à fix pieds qui font
moins communs , quoique le Trochaïque
foit très-ancien dans l'Eglife , & que
'Alcmane n'ait pas été tout-à- fait inconnu
dans plufieurs anciennes & celebres
Eglifes , où l'on chante au moins depuis
cinq cens ans l'Hymne O quam glorifica.
Et même , s'il en faut croire le Venerable
Bede , Saint Ambroife avoit compofé
une Hymne de ce metre , qui commence
ainfi Squallent arva foli pulvere
multo : Elle étoit pour demander de la
pluye dans les temps de fechereffe. Bede
en cite auffi une autre du même metre
pour demander du beau temps : &
elles ne font pas indignes de S. Ambroife.
Pour ce qui eft du metre Iambique de fix
pieds , il eft difficile d'en produire de plus
an-
•
€
AOUST. 1726. 1749
ancienne , que celle qui paroît fous le
nom de Prudence dans la Collection
d'Hymnes du Cardinal Thomafo , & qui
y . eft defignée pour le I. Dimanche de
Carême. Si cette Hymne n'a pas été d'u
fage , on ne peut douter au moins qu'il
n'y ait bien des fiecles qu'on chante dans
l'Eglife l'Hymne Aurea luce qui paffe
pour avoir été compofée par la femme de
Bocce nommée Elpis.
Les trois efpeces d'Hymnes les plus
rares , font les Elegiaques , comme le
Digna Dionyfio de Paris , les Brachicatalectiques
, qui eft le metre d'Ave maris
ftella , autrement Ave radix Jeffe , &
enfin le metre Anacreontique , que l'on
a pris du Poëte Prudence dans les Eglifes
de Sens , d'Auxerre & de Troyes , pour
le chanter à Complies au temps Pafchal :
cette Hymne unique commence par ces
mots : Culter Dei memento. Ces deux derniers
metres ont paru être ceux , fur lefquels
il eft plus difficile de compofer des
Chants qui puiflent être univerfellement
goûtez ; ce qui peut provenir de ce que
les Syllabes breves y font très - rares. Ceux
qui ont lû les Livres de Saint Auguſtin
de Mufica , conviennent avec ce faint
Docteur , de la neceffité du mêlange des
Syllabes breves avec les longues , pour
faire quelque chofe de plus agréable &
de
1750 MERCURE DE FRANCE.
1
de mieux mefuré. Cependant on ne
peut nier que ces deux fortes de metres,
dont les breves font prefque exclufes ,
ne foient dans la categorie du Plein-
Chant plus qu'aucun autre , dès - là qu'on
fera convenu d'y faire chaque note égale
en les chantant. Il n'eft pas neceffaire
que j'ajoûte ici qu'un ou deux Chants
fuffiront pour chacun de ces trois derniers
metres dans le Recueil que je pro
pole. Pour ce qui eft des Hymnes , dont
chaque Strophe contient quatre Vers.
xametres , elles n'ont point fairsHefortune.
Thomafius n'en rapporte qu'une feule
de fix Strophes , compofée par le Pape
Damafe fur la Converfion de S. Paul.
On ne connoît aucune Eglife qui la
chante , ni qui ait deffein d'en chanter de
femblable .
Voilà , Monſieur , à - peu - près le plan
que je crois qu'on pourroit fuivre dans
la nouvelle Collection d'Hymnes . Elle
enchériroit , comme vous le voyez , de
beaucoup fur celle que le Cardinal Thomafo
fit imprimer à Rome en 1683 .
fous le Titre d'Hymnarium. Je crois mê
me qu'on pourroit , fans trop hazarder,
lui donner en François le nom d'Hymnaire
, comme on appelle le Livre des
Leçons un Lectionnaire , le Livre des
Collectes , un Collectaire : & felon l'écrit
A OUST. 1726 1751
crit de M. l'Abbé de Saint - Pierre , que
Vous avez publié ( a ) , cela feroit bien
fait, fi l'ufage le vouloit . Ce feroit, un
ancien mot qu'on feroit revivre pour éviter
la periphrafe .
Gennade, Prêtre de Marfeille , au V.
fiecle , a employé le terme Hymnarium
en parlant de S. Paulin de Nole. Un de
nos Evêques , nommé Humbaud , facré
à Milan en 1995. nous donna entr'autres
chofes Hymnarium & Pfalterium opti
mum. ( b)
Mais avant que de finir , je ne puis
m'empêcher de me plaindre encore de
ceux qui rejettent fur les Chantres , cu
fur les Auteurs du Chant d'une Hymne,
les défauts d'élifion ou de céfure qui fe
trouvent dans certains Vers , & qu'il
faut préfumer avoir été inévitables aux
Poëtes. Il feroit très à fouhaiter ( je l'a- (
vouë ) que ceux qui compofeut des Hymnes
, vouluffent , en les faifant , prendre
la peine de chanter ; principalement
lorfqu'ils travaillent dans le metre Alcaïque
, afin d'ajufter les céfures du tex
te avec celles du Chant : mais s'en prendre
aux Auteurs du Chant , ou à ceux
qui l'executent , de ce que dans la pratique
un mot fe trouvera quelquefois
( a )Mercure de Mars 1726 .
(b )Necrol. Antiff. Ms.inDibl. Cellert.
B
coupé ,
1758 MERCURE DE FRANCE.
ne ,
!
coupé , c'eſt comme fi en voyant un hom
me bien fait boiter ou marcher mal dans
un chemin inégal & raboteux , on s'en
prenoit à lui , & non pas au chemin . Il
ya auffi cette difference à remarquer
entre une Hymne & une Profe ou Sequence
, que dans cette derniere Piece ,
chaque Couplet , c'eft - à- dire , chaque
couple de Strophes doit avoir fon Chant
particulier au lieu que dans une Hymil
faut que le Chant de la premiere
Strophe ferve à toutes les autres , quel
que grand qu'en foit le nombre. Ce qui
fait que quelquefois la parole ne fe trou
ve pas bien exprimée mais c'eft un mal
auquel on ne peut remedier fans introduire
une grande nouveauté. Il en eft des
Hymnes comme d'une Chanfon profane
la nature de l'une & de l'autre eft de n'a-.
voir qu'un Chant pour toutes les Stro,
phes. Ainfi il peut y avoir des rencon
tres où les paroles ne feront pas fi bien
exprimées que dans d'autres. Il ne peut
y avoir de remede à cet inconvenient ,
qu'en faifant un Chant particulier à chaque
Strophe , comme on fait dans les
Choeurs de Mufique mais ce feroit une
chofe abfolument inoüie pour le Plein-
Chant , & qui auroit auffi fon défaut
parce qu'elle empêcheroit l'oreille d'ê
tre fufceptible d'une beauté qu'elle n'entendroit
.
AOUST. 1726. 1753
tendroit qu'une fois en paffant & fortle->
gerement dans chaque Strophe : au lieu
que dans la Mufique les repetitions fort
goûter l'harmonie dès la premiere exé--
cution d'une Piece . Mais fi les Hymness
& les Profes different dans ce que je
viens de dire , elles s'accordent auffi
en ce que dans les unes & dans les autres
la fin d'un Vers , quoique faifant
une cadence , ne doit pas pour cela former
un fens parfait. L'alliance du Chant
avec le texte eft pour toutes autres Pieces
du Chant d'Eglife , mais non pour
celle- là.
Au refte , Monfieur , je ne vous donne
point ce Plan d'un futur Recueil de
Chants d'Hymnes , comme devant être
d'abord dans la derniere perfection . L'ufage
& le temps pourront fervir beaucoup
à l'augmenter & à l'embellir. Le
Systême de Gui Aretin a bien été perfectionné
, même dans le dernier fiecle,
quoiqu'il y ait fept fiecles entiers qu'il
a été inventé , & je puis apporter pour
une des dernieres perfections qu'on y a
ajoûtées , celle de ne jamais changer de
Clef dans une même Piece de Chant , &
de fixer invariablement la ligne fur la
quelle doit être la Clef dans chacun des
modes : ce qui facilite & foulage beaucoup
l'attention des Chantres . Notre Re-
Bij cueil
1754 MERCURE DE FRANCE .
cueil d'Hymnes peut être perfectionné
de la même maniere par la fuite des tems ,
principalement pour ce qui eft du Chant
mais il eſt toujours vrai de dire qu'il faut
un commencement ; après quoi il fera facile
d'ajoûter , Facile eft inventis addere,
Il faut commencer , & ne pas s'étonner
des contradictions que tous les nouveaux
projets , quoique très- utiles , ne manquent
pas d'attirer lorfqu'il en faut venir
à la pratique . Gui Aretin , qui étoit
Maître de Chant dans le Monaltere de
Pompofe , proche Ravenne , n'en eut- il
pas à effuyer de la part de quelques - uns
de fes Confreres , Religieux de la même
Abbaye ? Ils firent tant par leur jaloufie
, qu'ils aigrirent l'efprit de fon Abbé
contre lui ; enforte que ce Maître
Chantre étoit prêt de tout abandonner
fi la divine Providence , qui conduit tout
à fes fins , ne l'avoit attiré à Rome , où
le Pape Jean XX , fut tellement charmé
du fecret qu'il avoit trouyé d'enfeigner
parfaitement le Chant en un an de tems ,
qu'il le prit auffi - tôt fous fa protection.
Dieu permit que l'envie, dont les Confreres
étoient rongez , fut pleinement confondue.
Le Pape fit par lui-même l'experience
des regles que Gui avoit imaginées
& s'amufant à parcourir le
nouvel Antiphonier , dont le texte étoit
furA
OUST 1726 . 1726. 1755
furchargé de plufieurs lignes & de Notes
figurées felon la nouvelle methode ,
il apprit en un moment de lui- même une
.Piece de Chant . Le détail de toutes les
contrarietez que Gui Aretin eut à eflùyer ,
eft marqué par lui-même dans la Lettre
qu'il en écrivit à Michel fon Collegue ,
contre lequel pareillement l'efprit d'envie
& de contradiction avoit excité les
autres Moines , le P. Mabillon ( a ) la
rapporte plus exactement que Baronius,
à l'an 1026. de fes Annales Benedictines.
Enfin , l'Abbé de Pompofe rendit
juſtice à fon Religieux : il lui fit excum
fe de tout ce qui s'étoit paflé ; & voyant
que le Pape , ou au moins Theodald
Evêque d'Arezzo , à qui Gui avoit dédié
une Apologie de la nouvelle Methode
, alloit avoir la gloire de faire employer
le fecret de la nouvelle invention
dans les Eglifes Seculieres ; il l'engagea
à ne pas priver les Monafteres de
l'honneur d'avoir commencé les prémiers
à le mettre en pratique.
Il eft fi veritable que les chofes fe perfectionnent
avec le tems , que ce que Gui
( a ) Veritatem fallacia , & caritatem conculeat
invidia ..... Inde eft quod me video
prolixis finibus exulatum , ac teipfum , ne vel
refpirare quidem poffis , invidorum laquis fuf-.
focatum Guido Aret. apud Eaton. & Mabil.
B iij
dit
71756 MERCURE DE FRANCE.
7
dit qu'il enfeignoit en un an, s'apprend à
prefent dans l'efpace de peu de mois , comme
l'experience le fait voir. Au refte , ce
Maître Muficien n'a jamais eu intention
de parler d'unChant qu'on appelle in directun
, tel qu'il eft parmi les nouveaux
ReligieuxMandians,fans élevation ni inflexion
de Voix : ce n'eft pas un Chant,;
mais une recitation . Ce prétendu Chant
eft justement le contradictoire , ou pour
mieux dire , le contraire du Chant Gré
gorien , qui exige de la modulation ,
c'est- à - dire , du changement dans le fon
de la Voix. Il ne faut ni fcience ni étu
de
pour celui-là : il abrege toute la peine
, toute la dépenfe , toute application ,
toute attention . Par fon moyen la befogne
eft plutôt faite , on eft plutôt quitte
d'un devoir d'obligation & je ne fçai fi
ce ne feroit point par ces raifons qu'il
commença à plaire à quelques mauvais
Copiftes , ou Directeurs de Chant dans
le dernier fiecle & vers la fin du précedent
, quelque inconnu qu'il fût dans les
Livres d'Eglife depuis S. Gregoire le
Grand . Mais il peut fe glorifier d'être
fouverainement méprifé dans l'ufage de .
Paris , & dans celui des autres celebres
Eglifes , où en reformant les Livres l'on
a pris la peine de remonter à la veritable
antiquité par la voye de l'examen &
de
AOUST. 1726 1757
"
de la difcuffion , fans cependant méprifer
ce qu'il peut y avoir de bon dans la
nouveauté .
>
... Je m'apperçois , Monfieur , que je retombe
infenfiblement , à mon ordinaire,
dans les louanges de l'Eglife de Paris ,
dont on veut que ce foit moi qui ai rapporté
quelques traits honorables dans
yotre Journal du mois de Fevrier dernier.
J'approuve de tout mon coeur ce
qui en a été dit dans celui du mois de
Septembre 1725. & je voudrois que
l'Auteur en eut encore dit davantage. On
ne fçauroit trop faire l'Eloge d'une Eglife
, à qui la defcription qu'en fit S. Fortunat
de Poitiers au VI. fiecle convient
encore à merveille de nos jours.
Non feulement on peut , mais je crois
qu'on doit la prendre pour modele en fait
de Chant Ecclefiaftique. Courons à elle,
comme autrefois les Habitans ( a ) de la
Paleſtine à Abela , où étoient les Sages
du Pays. Je le dis aprés Pierre de Blois,
qui vivoit il y a cinq cens cinquante ans.
Proverbium eft : ut qui interrogant inter
rogent in Abela. Qui interrogant , interrogent
Parifius , ubi difficilium quæftionum
nodi intricatiffimi refolvuntur. ( b )
Dans le Chant , comme dans tout le refte,
( a ) 2. Reg. 10.
( b ) Petr. Blef. Ep. 19.
B iiij
on
1758 MERCURE DE FRANCE.
›
on eft plus habile à Paris qu'ailleurs.
Souvenons-nous que de même que les
Poëfies nouvelles y ont fait difparoître
quantité de fades Poëfies , devieux
Livres gothiques , auffi les nouvelles
paroles ont infpiré un goût pour
le Chant infiniment meilleur que celui
des fiecles précedens . Pofons pour certain
, que fi les Hymnes de David ,
qui font nos Pfeaumes étoient mefurez
dans le Latin , comme ils le font
dans leur langue originale , on feroit bien
éloigné de les faire reciter recto vocis tono
: qu'au lieu de la fimplicité qui domine
encore dans le Plein- Chant , on leur
donneroit l'une des mefures ufitées dans
la Mufique ; mais que pour leur donner
un Chant qui n'ennuye point par fa
monotonie , & dont l'execution ne foit
pas trop difficile , c'eft le moins qu'il y
ait quelques inflexions de voix fur la fin
de chaque Verfet. A l'égard des Hymnes
Latines , on doit avoir toute la li
berté de leur donner les plus beaux
Chants , en fe renfermant dans des progrès
convenables à des voix mâles , fi
l'on a en vûë qu'elles foient débitées avec
les agrémens permis dans le Plein - Chant
figuré. C'est ce qui feroit obfervé dans
l'Hymnaire noté , s'il dépendoit un jour
de moi d'y donner de l'arrangement . Encore
1
AOUST. 1726 . 1759
core une fois , il y aura des contradictions
lorfqu'on voudra's'en fervir dans quelque
Eglife , parce qu'il y a encore fur la
terreun trop grand nombre de perfonnes
qui n'ont pas fuccé le bon goût avec le
lait , & qu'il y en naîtra d'autres femblables
après ceux qui font aujourd'hui.
Ce n'eft pas une merveille qu'il y ait
de temps en temps fur terre des hommes
, dont les organes ne font nullement
fufceptibles des beautez du Chant : C'est
un malheur , je l'avoue , qu'il en foit
du Chant Eccléfiaftique comme de pluheurs
autres Sciences. De quibus peritif
fine difputare fe credat qui nunquam diditit.
( a ) Mais ce feroit un miracle , fi
ees hommes pouvoient toujours être
regardez comme les Arbitres fouverains
dans cette matiere , plutôt que ceux qui
font , pour ainfi dire , nez dans le Chants
qui y ont été formez dès la plus tendre
jeuneffe , ou qui toute leur vie en ont.
fait une étude particuliere.
(a ) Facund.lib. 12.
By LE
)
1760 MERCURE DE FRANCE .
域
L
LE PRINTEMPS ,
IDILLE.
A Madame la Comteffe de
par Mademoifelle L'heritier.
E Printemps dans ces lieux fait briller mille
Aeurs ,
Tour renaît & tout rit dans ce charmant bocage
,
On y goûte le frais d'un agréable ombrage ,
Et les tendres Oifeaux , fe contant leurs lans
gueurs ,
Y charment par leur doux ramage :
Un verd brillant & vif embellit ces coteaux ,
Zephir agite l'air d'un foufle favorable ,
On voit couler de claires eaux "
Qui par un murmure agréable ,
Se mêlent aux concerts que forment les Oi
feaux.
Quoique dans ces beaux lieux tout femble fait
pour plaire ,
Un coeur qui connoît bien des malheureux hu-
Les
mains
岁
AOUST. 1726. 1761
Les gênes , les cruels Deſtins ,
Ne peut ici fe fatisfaire :
Ces aimables productions
Que la Nature & le Ciel favorifent ,
Infenfiblement le conduifent
A de triftes reflexions.
Ces arbres & ces fleurs , ces Oiseaux , ces eaux
pures ,
Dans une douce liberté ,
Goûtent tous les plaifirs de la tranquilité ,
Et n'ont point comme nous des Loix fieres &
dures ,
Qui viennent mettre obſtacle à leur felicité. N
Que votre fort eft doux auprés du nôtre ,
Vous , qui par le Printemps rendez ces lieux fi
'
beaux ,
Chênes , fleurs , Roffignols , ruiffeaux .
Notre deftin , helas ! bien different du vôtre ,
Nous livre chaque jour à des tourmens nous
vcaux.
Par une cruelle avanture ,
Nous fommes condamnez à fuir ce qui nous
plaît :
Aux penchans les plus doux qu'infpire la Nature
, B vj L'im-
}
1762 MERCURE DE FRANCE.
L'importune Raifon oppofe un fier arrêt.
C'eft en vain qu'en fecret notre coeur en murmure
,
L'Eſprit de la Raiſon , prend toujours l'interêt.
Armé d'une autorité feure ,
I fçait par des refforts puiffans ,
Sous fon pouvoir enchaîner tous les fens ,
La. Nature , par nous fi fouvent outragée ,
Par ces fieres rebellions,
Ne nous prefcrit plus rien , & pour être vengée
,
Nous abandonne aux noires paffions:
Le fervile interêt , l'implacable vengeance ,.
La jaloufie & la douleur ,
Sans ceffe nous rongentle.coeur ,
Et nous font reffentir leur barbare puiffance ,
Avec une aveuglé fureur ;
Les faifons les plus favorables ,
N'ont rien pour nous de parfaitement doux ;
Par nos deftins impitoyables ,
Nous fommes expofez fans ceffe à leur cour
roux ,
Et nous ne devons pas attendre ,
Que la Nature daigne en repouffer les coups ;
Elle
AOUST . 1726. 1763
%
Elle veut que l'efprit fçache feul ſe défendre :
Mais malgré les plus grands efforts ,
Il' eft fouvent prêt de ſe rendre ,
Ayant des ennemis fi cruels & fi forts .
Bois , honneur de ces lieux , vous n'êtes pas de
même ,
Vous ne craignez , ennemis , ni jaloux ;
La Nature vous fert avec un foin extrême ,
Et les faifons n'ont rien de fort rude pour
Vous :
Si l'hiver vous ravit votre aimable verdure ,
Quand nous fentons l'horreur de les glaçans
frimats 2.
Le Printemps , qui bien -tôt ranime la Nature
,
Vous rend mille nouveaux appas..
Vous , habitans ailez de ces fombres bocages ,.
De qui les tendres airs ont des tons fi charmails,
On ne sçauroit douter de vos heureux mo
mens ,
Quand on entend vos gracieux ramages
Rien ne trouble jamais votre tranquillité,
Que la peur de languir dans de durs efclavages
,
Par les piéges qu'on tend à votre liberté :
Oi1764
MERCURE DE FRANCE .
Oifeaux , nous ne ferions que foiblement à plaindre
,
Si nous n'avions , helas que de tels maux
craindre.
Vous , dont le cryſtal argenté
Rend nos bois plus charmans & rafraîchit nos
plaines ,
Brillantes eaux , claires fontaines ,
ر
Qui rendez de ces lieux le féjour enchanté
Vous ne connoiffez point les chagrins , ni les
gênes.
Quand l'aimable Printemps par fon charmant
retour ,
Fait aimer tout ce qui refpire ,
Qu'un amoureux Ruiffeau pour vos ondes for
pire ,
Il vous fuit & vous fait la Cour :
Sans craindre le pouvoir d'un tyrannique empire
,
Vous répondez à fon amour,
Suivant l'ardeur qui vous inſpire ;
Et ces charmans plaifirs font pour vous éternels
:
Comme les malheureux Mortels ,
Rien ne vous affervit aux loix des deſtinées ,
Qui fouvent au milieu des plus belles années
Vie
AOUST 1726. 1765
Viennent trancher le cours de leurs contentemens
:
Ah ! loin d'en reffentir les rigueurs obſtinées
Vous renaiſſez à tous momens .
Mais , que nous fert , helas ! qu'en voyant
lumiere ,
la
Nous ayons un deftin le plus doux , le plus
beau ?
Puifque par Phor reur du tombeau,
On voit en un inftant finir notre carriere .
Tant de flateurs projets , tant de vaſtes def
feins
Sont en moins d'un moment inutiles & vains.
La gloire , le bonheur , & les plaiſirs du monde ,
Paffent auffi rapidement ,
'
Qu'on voit couler votre belle onde ,
Dans ce lieu tranquile & charmant.
Printemps qui parez ces bocages ,
Par tant de brillantes images ,
Qui ne font qu'affliger notre coeur abatų ,
De mille defirs combatu ,
On doit toujours craindre vos charmest
Malgré les agrémens qu'offre votre faiſon ,
Vos dangereux attraits par leur flateur poifon ,
Tâchant à nous prêter des armes ,
Contre
1766 MERCURE DE FRANCE.
Contre les loix de la Raifon ,
L'expofent en fecret à cent rudes allarmes.
S
Vous qui brillez d'efprit , de grace & de fçavoir
,
Aimable & touchante Comteffe ,
Qui nous charmez en faifant voir,
Un coeur plein de délicateffe ,
Dont la Raifon eft la maîtreffe ,
Avec unfouverain pouvoir ,
Ne vous étonnez pas fi j'ofe fur ma Lyre ,
Me plaindre qu'elle exerce un trop fevere empire
,
C'eft pour rendre mes Vers d'un plus gracieux
fon :
Depuis long- temps je vois que c'eſt la mode,
De nommer fon pouvoir tyrannique , incom-
> mode ,
Dans Idille , Eglogue , ou Chanſon ,
Si contre elle ici je m'explique ,
C'est par licence poétique :
Mais quand j'en parlerai ſur un ton ferieux ,
Je dirai que fon
regne eft doux & glorieux.
Lors qu'à fes paffions un jeune coeur fe livres
De mille maux divers il fe trouve agité ,
C'eſt
AOUST. 1726. 1767
ノ
C'eft , malgré leurs conſeils , la Raiſon qu'il doie
fuivre ,
Pour fa propre félicité.
- Nos Lecteurs ont fi bien reçû l'Article
que nous avons donné l'année paffée,
au fujet des Enigmes expliquées par
les
Ecoliers du College de Louis le Grand ,
qu'il y
a lieu de croire que ce qui s'eft
pallé cette année , dans la même occafion
, leur fera plaifir. La maniere ingénieufe
dont les Ouvrages , pour exercer
Pefprit , font propofez , & la fagacité
avec laquelle les jeunes Etudians en pe
netrent le vrai fens , eft très- capable de
piquer la curiofité des gens de goût.
*******************
EXPLICATION des Enigmes , faite an
College de Louis le Grand.
Ldes
E 11. du mois paffé , l'Explication
des Enigmes fe fit à l'ordinaire au
College de Louis le Grand. L'Affemblée
étoit très- nombreuſe , & en même temps
très-choifie . Le Tableau de Rethorique
repréfentoit un S. Jean - Baptifte encore
enfant , qui careffe un agneau . C'eft
un excellent morceau de Peinture , qu'on
prétend être d'Annibal Carache. Le fils
de
1768 MERCURE DE FRANCE .
de M. le Comte d'Eftampes , l'expliqua
fur la Sympathie , & le fils de M. de
Moras , Maître des Requêtes , qui fe
vint joindre à lui , prit un mot qui convenoit
à fon âge & à fa taille , ce fut le
Bonbon. Le premier fe diftingua par une
maniere de dire , noble & gracieufes
le fecond plut par une élegante naïveté.
Après avoir dit chacun leur mot , & avant
que de commencer , ils firent ce petit
Dialogue qui fut applaudi.
Le mot qui vous tombe en partage ,
Eft des mieux fondez en raiſon;
L'on fçait affez combien votre âge ,
Sympathife avec le Bonbon .
Sur notre âge avec éloquence ,
Vous raifonnez en vrai Caton ;
Penfez-vous que la feule enfance
Aime & recherche le Bonbon?
La question eft déficate :
Tout coeur qui vole en Papillon
A l'attrait d'un bien qui le flatte ,
Et l'enfant qui court au Bonbon.
Tel
AOUST. 1726. 1769
Tel a de l'efprit comme un Ange ,
Et commence à fe faire un nom :
Mais il eft friand de loüange ,
C'eſt l'enfant qui courtau Bonbon.
M
Tel autre aime un plaifir frivole
Où le miel couvre le poiſon ;
L'on peut dire fans hyperbole ,
C'estl'enfant qui court au Bonbon , & or
Le premier Oedipe trouva dans l'ac
tion même du Tableau , les caufes ; la
force , les effets & les marques de la
fympathie. Le fecond fit fentir les rapports
de fon mot avec la couleur , l'attitude
, & la douceur de cet agneau caz
reffé par 5. Jean , .& finit par ce petit trait
naturel & badin .
Saint Jean s'étoit fait une Loi ,
De la plus auftere abſtinence :
Helas ! qu'entre un tel Saint & moi ,
Je reconnois de difference !
#2
Mangea t'il fon petit mouton ?
T Non
1770 MERCURE DE FRANCE.
Non , il l'aimoit plus que foi-même ;
Pour moi je mange le Bonbons
Et pourquoi ? parce que je l'aime.
Deux grands Maîtres ont tâché de don'
ner une idée de la Sympathie par deux
Pieces fort jolies & fort connues. Il falloit
une plume auffi délicate que celle
du P. de la Sante , Auteur de l'Enigme,
pour ofer toucher à une matiere déja G
finement maniée. Voici fa Piece que le
Lecteur pourra comparer avec les deux
autres imprimées dans un Recueil de
Poëfies.
L'on ne fe connoît pas foi-même;
L'ignorance nous fait la loi :
Helas ! fouvent on hait , on aime ,
Et l'on ne peut dire pourquoi.
M
D'où vient , dis . je un jour à Valere ,
Fuyez- vous quand Damis paroît ?
Qu'a t'il donc fait pour vous déplaire
Rien , dit- il , mais il me déplait.
Mais ce jeune homme eſt eſtimable i
Il est vrai ,je dois l'esti mer.
•
11
AOUST. 1771 17.26 .
Il eft doux ; foit , il eftaimable ;
Oui , mais je ne le puis aimer,
Cependant vous aimez fon frere ;
Je conviens d'un fi doux penchant ;
Sen mérite a le don de plaire s
Fut- il moindre , il eſt plus touchant,
Mon goût , dis je , n'eſt pas le vôtre ;
Eh bien , chacun afon attrait;
Mais pourquoi l'un plutôt que l'autre ?
Je n'enfai rien , mon coeur le fait.
Le petit nombre d'objets qu'offroit le
Tableau , donna occafion à l'Auteur de
parler du petit nombre de ceux que la
Sympathie & l'amitié unit d'une manie
re indiffoluble .
Pylade veut mourir pour faire vivre Oreste ,
L'un pour être victime , avec l'autre conteſte ;
Combien peu trouve- t'on d'amis fi genereux ?
La Fable à peine en compte deux,
1 Euriale perit ; Nifus inconfolable ,
Pour venger un ami trouve la mort aimable,
Le
1772 MERCURE DE FRANCE
Le trait eſt fingulier , autant qu'il eſt fameux ,
L'Hiftoire en fournit elle deux ?
Damon eft condamné : le fupplice s'apprête 3´
Pythias pour Damon , répond tête pour tête.
Sterile en bons amis , leur fiècle ne vit qu'eux,
Le nôtre en compteroit- il deux ?
Enfin les deux Oedipes ayant fait valoir
, l'un les bons effets de la Poudre
Sympatique & l'autre ceux du Sucre ,
finirent par ces vers.
Vous parlez fi bien pour votre âge ,
Que vous forcez le Spectateur ,
A dire que votre langage ,
De vos Bonbons a la douceur,
讚
C'est votre exemple qui m'inſpire ,
Un tel attrait eſt des plus doux;
1
* .... On ne peut manquer de bien dire , 1-0)
Quand on ſympathiſe avec vous,
Vos aimables badineries ,
Valent de folides raifons v
Les
AOUST. 1726. 1773
Les Confifeurs , les Sucreries ,
Vous doivent tribut de Bonbons,
J'afpire à d'autres avantages ,
Sans contredit plus attrayans :
Meffieurs , l'honneur de vos fuffrages
Eft un Bonbon des plus frians .
Le Tableau de Seconde étoit une fiction
ingenieufe. Il réprefentoit la Verité dévoilée
par le Temps , foûtenue & prefentée
par Minerve. A fa vûe , l'Ignorance
eft terraffée , & l'Erreur prend la
fuite. Le Soleil répand fes rayons fur la
Verité naiffante. Il fut d'abord expliqué
fur la Critique. Comme cette Enigme
étoit toute latine , nous n'en marquerons
ici que les principales convenances qui
parurent heureufes , naturelles & délicatement
traitées. Minerve eft la Déeffe
des beaux Arts, la Critique fert beaucoup
à les perfectionner. C'est une Déeffe
guerriere , la Critique allume & entretient
les guerres Litteraires. Le Temps
aidé par Minerve , découvre la Verité ,
on eft redevable au Temps & à la Critique
des plus belles découvertes . Enfin
la Critique , de concert avec la Verité
fait réellement ce que Minerve paroiffoit
1774 MERCURE DE FRANCE
foit faire dans le Tableau , par le moyen
de la Verité. Elle met en fuite l'Erreur
& terralle l'Ignorance .
Le fils de M. Meliand , Maître dest
Requêtes , qui propofoit le Tableau ,
l'expliqua fur la Gazette . Ce qu'il avoit
à dire & la maniere dont il le dit , le
firent écouter avec attention & avec plaifir.
Comme le latin dominoit dans cette
Enigme, nous ferons obligez malgré nous
de n'en rapporter que deux ou trois morceaux
François. L'Oedipe plaça d'abord
la Gazette dans la Verité, que le Temps
dévoiloit ; mais il fit remarquer que cette
Déeffe dévoilée n'eft pas toujours le fyınbole
de la Gazette .
Eft- ce toûjours la Verité
Qu'il faut chercher dans la Gazette ?
On en trouve du moins l'enfeigne & l'étiquette
,
Qui peuvent tenir lieu de la réalité.
N'allons pas pour cela prétendre ,
Que l'Auteur fonge à nous furprendre
Par le charme trompeur de fa narration :
En cela chaque Nation ,
Fait ce qu'on voit dans les Ecoles ,
Où les divers partis , gens féconds en paroles.
Se
A O UST. 1726. 1775
Se Aattent tous de bonne foi ,
D'avoir la Verité pour foi.
Philofophe barbon , Philoſophe à la mode ,
Chacun l'ajuste à fa méthode ;
Et par un petit tour, plein de dexterité ,
L'a fait plier de fon côté.
Tel eft le fort de la Gazette.
Chaque pays , chaque Interprete.
Sans citer là - deſſus le Peuple Muſulmau ,
Un Gazettier , je crois , ne vouloit point en
France ,
Non-plus qu'au Bureau d'Amfterdam ,
Parler autrement qu'il ne penfe ;
Mais le fait le plus fimple , en changeant de
Pays ,
Change bien auffi de nature ,
Ce qu'à Londres on prend pour la Verité pure,
Ne paffe pas toûjours pour conſtant à Paris.
Minerve foûtient & produit la Verité
découverte par le Temps , c'eft elle auffi
qui après avoir inventé la Gazette , continuë
de produire & de rendre publiques
les nouvelles qui y font contenues .
Dans le Tableau , la Verité paroiffoit implorer
le fecours de Minerve ; la Gazette
a befoin du même fecours. Minerve
C uti
1776 MERCURE DE FRANCE ,
fournit , comme Déeffe de la Sageffe , les
Nouvelles politiques ; comme Déeffe des
Arts & des Sciences , les Nouvelles
Académiques ; & comme Déeffe guer
riere , les Nouvelles de la guerre. C'eft
en cette derniere qualité que la Gazette
lui a plus d'obligation .
Il faut fur tout à la Gazette
I
Des Guerres , des Combats, d'héroïques exploits,
elle que Mars fait fonner fa trom-
C'est pour
pette;
C'est pour Mars à fon tour qu'elle éleve la
voix.
Avecque nos Guerriers toûjours d'intelligence ,
Elle fçait leur payer le bien qu'elle en reçoit.
Epuifé de travaux , plus d'un brave lui doit ,
Souvent de les haups faits l'unique récompenſe.
Dans l'habillement fimple de la Verité,
'Oedipe trouva le ftile fimple & naturel
de la Gazette ; dans l'Ignorance terraffée
& l'Erreur mife en fuite , les faux
bruits que la Gazette diffipe & détruit ;
enfin aux rayons que le Soleil répandoit
fur la Verité , il reconnut les vertus naiffantes
de notre jeune Monarque , qui
font déja le fujet & l'ornement des Ga
zettes.
De
AOUST. 1726 1777
De cet Aftre naiffant , quel Eclat radieux?
Sur la Gazette un jour ne doit pas fe répandre
Dans la route qu'on lui voit prendre .
Pour élever fon Char à la cime des Cieux ;
Au premier pas de la carriere ,
Il la couvre déja d'une douce lumiere ,
Qui nous promet des jours ferains & gloricu .
Le Tableau de troifiéme réprefentoit
le fujet de la fixiéme Eglogue de Virgile.
On y voyoit Eglé , barbouillant Silene
de Mûres , un Satyre le lioit de fleurs
& un autre paroiffoit feulement rire du
tour que l'on jouoit au Vieillard . La
premiere explication fut fur la Comedie.
Nous ne ferons encore qu'indiquer les
principaux rapports , parce que l'Auteur
n'y mêle point deFrançois. Il trouva dans
Eglé , le caractere ; dans Silene , le fujet ,
& dans les Satyres , les Auteurs de la
Comedie. Plufieurs autres chofes qu'il
fit remarquer dans le Tableau , lui donnerent
occafion de parler de l'unité de
lieu , de temps & d'action , que les Poëtes
Comiques doivent garder , de la bienfeance
qu'ils doivent obferver , & des
écueils qu'ils ont à évit r . Tout répondoit
dans cette Enigme à la juftefle des
applications auffi beureufes que naturel-
LeSo
Cij Le A
1778 MERCURE DE FRANCE .
Le même Tableau fut expliqué par
M. de S. Fargeau , fils de M. Pelletier ,
des Forts , fur le Mafque , & par M. le
Comte de Saux , fils de M. le Comte de
Tavanes fur le Portrait. Quoique les
deux Oedipes parlaffent alternativement,
il paroît plus à propos , pour donner une
idée plus nette de la maniere dont les
deux mots furent ttaitez , de les prendre
ici féparément.
D'abord Æglé , en barboüillant Sile
ne , forme une espece de Mafque dont
fe fervent la plupart des Dames.
Le fard eft un mafque à la mode,
En effet rien n'eft fi commode ,
Pour reparer ce que les ans ,
Font toujours perdre d'agrémens.
☆Cemerveilleux ſecret répand fur la vieilleffa
Jufques aux fleurs de la jeuneffe;
Mais au temps des grandes chaleurs ,
Le mafque tombe , adieu les fleurs.
Il est bon de faire remarquer , que dans
la fuite des deux Pieces il s'agilloit autant
du Mafque & du Portrait pris moralement
, que de l'un & de l'autre pris phyfiquement.
Nous nous arrêterons moins
dans cet Extrait à ce qui regarde le Phyfque
qu'à ce qui regarde le Moral.
Le
A OUST. 1726. 1779
1
1
-1
*
Le dellein d'Æglé , qui étoit de tirer
de Silene quelques Chanfons , donneoccafion
de parler des differens deſſeins
de ceux qui le mafquent.
Près d'un riche Vieillard un jeune homme af
fidú ,
Par mille foins preffants & par mainte
reffe ,
S'efforce à lui prouver fon zele prétendu.
A voir comme en effet pour lui plaire il s'emprefe
,
Sans doute l'on croiroit que c'eſt pure tendreffe:
Par tous ces beaux dehors , ce mafque , ces
façous ,
Ne veut- il du Vieillard tirer que des Chan-
Cons?
Quelques autres Couplets dans le goût
de celui- ci finifloient par les deux derniers
Vers , comme par une espece de
refrein.
La modeſtie affectée d'Æglé , tandis
qu'elle barbouille Silene , reprefente l'affectation
de ceux qui fe déguifent fous le
mafque.
Aglé pour mieux jouer l'agréable Vieillard ,
Affece un air modefte , un timide regard ,
Elle conduit fi fagement l'Ouvrage ,
Cij qu'en
1780 MERCURE de france.
Qu'en colorant ce comique vifage ,
Son pinceau délicat femble n'y toucher pas.
Qui trompe habilement mefute tous fes pas ,
Ni trop lent ,
lent , ni trop vif , ni boüillant , ni trop
prude ,
* paroit fimple , doux , fans feinte & fans
étude .
On rifque à rafiner fur le mafque qu'on prend ,
Et pour être trop fin , il devient tranfparent.
Silene s'étoit fouvent mocqué des Satyres
, les Satyres ont eu enfin leur tour.
De même , ceux qui par le moyen du
mafque dupent les autres , fe trouvent
fouvent à la fin dupez eux -mêmes.
Ne nous y trompons pas : fous un mafque fous
yout ,
Tel croit ufer de ftratagême ,
Avec qui l'on en fait autant ,
Pour le duper auffi lui-même. '
C'eſt ainfi dans le train courant ,
Que chacun donne , chacun rend ,
Offre , civilité , compliment , ambraffade ,
On fçait fe compoſer fur un fimple bonjour :
On diroit qu'on s'accorde à jouer tour - à- tour
Une éternelle maſcarade.
Les:
AOUST. 1716. 1781
Les applications du Portrait au Tableau
fuivoient naturellement de celles du Mafque
ainfi il eft inutile de les rapporter
ici , nous nous bornerons à quelques Pieces
de Vers qui furent applaudies.
Ce n'eſt pas la beauté de l'objet qu'on imite ,
Qui d'un Portrait fait toujours le merites
L'objet le plus hideux , s'il eft bien imité,
Plaît malgré fa laideur & fa difformité.
L'efprit dans un Portrait cherche la reffemblance
:
Rien de cet agrément ne repare l'abſence .
Mais dès qu'on lui préſente un Portrait reffemblant
,
Fut-ce un Efope , un monftre , il eſt toujours
content,
La plus effrayante figure ,
N'a plus rien d'effrayant , dès qu'elle eſt en
peinture.
Il ne faut donc pas que le Portrait foit
flatté.
Quand je vois fous une Cuiraffe ,
Plus fiers que le Dieu de la Thrace ?
Peindre certains Heros , dont l'unique féjour
Eft Paris & la Cour.
Ou que le cafque en tête on peint une Ca
mille ,
C iiij Qui
1782 MERCURE DE FRANCE.
Qui ne connut jamais que Spadille & Ma
nille ;
Je croirois volontiers que le Peintre auroit
fait
Un mafque plutôt qu'un Portrait.
Cependant il eft de l'adreffe du Pein.
tre de fçavoir , fans flatter fon Portrait ,
déguifer ce qui pourroit le rendre dif
gracieux.
Appelle entreprenant le Portrait d'Antigone,
Pour cacher un défaut fenfible en fa perfonne ,
Le peignit de profil.
Le tourétoit ,fans doute, & flateur & fubtil,
Que de gens aujourd'hui ( car que
a feindre )
fert-il de
Auroient befoin qu'on dit à qui voudroit les
peindre ,
Peignez- les de profil.
Quelque habile que foit un Peintre ,
il eft des Heros dont le Portrait ne peut
jamais donner une idée jufte & complette.
Il eft certains Heros dont le plus vif pinceau
,
Ne peut qu'à peine ébaucher la Peinture .
Pour exprimer leurs traits dans un heureux Tableau
,
C
AOUST.
1726 . 1726. 1783
Il n'eft point de couleur , il n'eft point de main
füre ,
Rarement leur portrait eft peint d'après Nature.
Ces Vers animoient naturellement les
deux complimens que les deux Oedipes
fe firent l'un à l'autre . M. de S. Fargeau
commença , & dit à M. le Comte de
Saux .
:
Oui je ferois furpris que votre fentiment ,
Ici ne s'accordâtavec ce que je penfe ,
Vous avez vû, fans doute , affez fouvent ;
Des Portraits de Heros admirez dans la Frange ,
Des plus nobles emplois en tour temps rèvêtus
,
Dont un illuftre Fexe avecque les vertus ,
Vous a tranfmis & le fang & la gloire.
Vous avez pû d'ailleurs juger que leur memoire ,
Qui vit dans tous les coeurs ainfi
' Hiftoire ,
> que
dans
Fait connoître encor mieux tant de fameux
Guerriers ,
Que ne font leurs Portraits enrichis delau-
Jiers.
M. le Comte de Saux répondit ainfi :
•
Le tour et plein de politeffe :
Cv Pour
1784 MERCURE
DE FRANCE
Four répondre à ce compliment ,
Il me faudroit votre délicateſſe
Votre fel , votre enjouement.
Que ne puis-je emprunter du Dieu de l'Elo
quence ,
1)' aſſez vives couleurs , pour mettre en tout leur
jour ,
Ces fublimes vertus que par droit de naiffance
,
Vous ferez éclater vous- même à votre tour ;
Le zele pour l'Etat , l'équité , la droiture ,
Tant d'autres dont ici chacun dans ce moment ,,
Se rappelle en fecret quelque trait éclatant ,
Mille talens par la Nature ,
Accordez liberalèment ; "
Utiles pour le bien de plus d'une Province ,
Eftimez du Fublic , honorez par le Prince .
Si vous ne connoiffez un Pere dans ces traits ,
Nul autre que vous feul nes'y trompa jamais.
Toute l'Affemblée applaudit à la verité
de ces complimens , à la beauté de
l'Enigme , & à la bonne grace des deux.
jeunes Acteurs .
BOUA
OUST. 1726. 1785
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
BOUQUET
A MADAME *** A
En lui envoyant des Fleurs , du Caffe ;
& de l'Eau des Barbades.
Our vous faire un Bouquet au gré de mes
defirs™, podelits',
J'ai preflé les tendres Zephirs
D'engager la brillante Flore ,
A faire fur le champ éclore
Mille nouvelles Fleurs , Enfans de leurs fous
pirs.
De- là j'ai pallé chez Pomone
Pour y prendre ce fruit , qu'en des climers char
2: mans
2
Pour tous les lieux , pour tous les tems ,
Sa liberalité nous donne :
Enfuite au Patron des Beuveurs ,
Ja mandé
quelques
liqueurs ;
Four marier ces dons à ceux que l'Hippocrene
Voit naître fur fes facrezbords ,
J'ai re clamé le Dieu , qui de cette Fontaine
G -vji
1786 MERCURE DE FRANCE.
Difpenfe les plus deux tréfors :
Enfin , j'ai fait une priere
A l'aimable fils de Venus ,
Pour que mon Bouquet put vous plaire.
Il faut , m'a dit ce Dieu , qu'un coeur tendre &
fincere ,
Accompagne tous ces tributs ,
Les coeurs , comme tu fçais , font les dons de
Cithere ,
Le tien eft propre à cette affaire ,
Cache- le fous ces fleurs de crainte d'un refus.
Dieu charmant , d'où vient ce Myſtere !
Mon coeur jufqu'à prefent no s'eft que trop
caché :
Quoiqu'il fut tel qu'il devoit être.
J'ai toujours differé de le faire connoître ,
Vous me l'avez fouvent vous-même reproché.
Ah ! tu ne comprens pas ce que je te veux
dire ,
M'a répondu l'Amour , avec un fin fourire ,
Tu vas au même but par un prudent détour.
C'eſt le fort de ces fleurs nouvelles ,
De durer tout au plus un jour,
Et ton caur moins paffager qu'elles ,
Peut demain paroître à ſon tour.
Mais
AOU ST. 17 26. 1787
Mais s'il arrive alors , grand Dicu , qu'on le
refufe ,
De quoi fervira cette rufe ?
Je m'étonne peu de te voir ,
M'a dit le petit Dieu , faire cette demande ,
Mais fonge feulement à faire recevoir
Cette myfterieufe offrande :
Si Philis , comme tu le crains
S'avife de vouloir la rendre ,
Tu lui diras , pour t'en défendre ,
C'est l'ordre de l'Amour , & la Loi des Deftins
:
Dés qu'une fois un coeur a paffé dans vos
mains ,
On ne fçauroit plus le reprendre
D. S.
XXXXXXXXXXXXXXX
CONSECRATION de l'Eglife Pareif
fiale de S. Louis en Ifle.
L'olio e latile,
LA
A Confecration de l'Eglife de Saint
Louis en l'Ifle , s'eft faite , comme
on l'a déja dit dans le dernier Mercure ,
le Dimanche 14. Juillet 1726. avec une
grande
788 MERCURE DE FRANCE.
grande folemnité. Après que M. les
Curé & Marguilliers de cette Eglife eu
rent obtenu les permiffions neceffaires de
M. le Cardinal de Noailles , M. de Caulet
, Evêque & Prince de Grenoble , fur
prié de faire cette augufte Ceremonier ,
& il s'en acquitta avec tant de pieté &
de dignité , que tout le monde en fut
édifié. Ce Prélat eft petit-fils d'un Premier
Préfident du Parlement de Touloufe
, fils d'un Préfident à Mortier au
inême Parlement , dont la Charge eft actuellement
remplie par M. fon frere . If
eft Docteur de Sorbonne , Abbé de N. D.
de la Chartriffe , au Diocèfe de Châlonsfur
Marne. Il étoit ci-devant Aumônier
du Roi , & de la derniere Aſſemblée du
Clergé tenue en 1725. où il s'eft diftingué
par fon érudition , par fon habileté
dans les affaires , & par fon zele pour
PEglife:
Dès le Samedi 13. Jullet la Ceremonie
fur annoncée par le fon des clo
ches. L'Evêque de Grenoble fe rendit
vers le foir à l'Eglife , vifita les Réli
ques qui devoient être mifes fur le grand
Autel , les porta proceffionellement dans
une Chapelle préparée à cet effet dans
l'enfoncement d'une maifon voifine. Une
partie du Clergé & du Peuple , qui avoitaccom
AOUST. 1726. 1789
accompagné la Proceffion , y pafla la nuit
en prieres,
Dimanche 14.au matin , le même Prélat
fit la Confecration avec toutes les
Ceremonies marquées dans le Pontifical
, celebra la grande Meffe , officia le
refte du jour , à Vêpres , au Salut , &
à la Proceffion du S. Sacrement , qui
termina cette premiere journée. Le Sermon
fut prononcé avec beaucoup d'éloquence
par M. l'Abbé de la Paufe , Prés
dicateur ordinaire du Roi.
Chaque jour de l'Octave il y a eu Office
folemnel , grande Meffe , Vêpres ,
Sermon , Salut & Proceffion du S. Sa--
crement par differens Prélats.
"
Les Offices de l'Octave ont été cele-"
brez par Meffieurs les Treforier & Chanoines
de la Sainte Chapelle , Meffieurs
les Curez de S. Sulpice , de S. Nicolas
du Chardonnet , de S. Paul , de S. Jean
Evangelifte , du Cardinal le Moine ,.
des SS. Innocens & de S. Euftache , accompagnez
de leurs Clergez , & pareillement
par les RR . PP, Carmes de la
Place Maubert , les grands Auguffins ,
les Cordeliers du grand Convent ,
Jacobins de la rue S. Jacques , les Ca
pucins du Marais , qui y font tous venus
proceffionellement . Meffieurs les Curez
de Saint Sulpice & de Saint Paul,
les
no1799
MERCURE DE FRANCE .
1
nonobftant la fatigue de la Proceffion , yfi
rent l'Office , & prêcherent avec leur fa
cilité & leur éloquence ordinaire.
Le Dimanche 21. jour de l'Octave ,
Meffieurs du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
y vinrent celebrer la grande
Meffe , & l'après - diné M. l'Abbé de la
Croix , Docteur de Sorbonne , l'un d'iceux
,y prêcha avec applaudiffement.
Vers le foir M. le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , y vint faire le
Salut. L'arrivée de Son Em . fut annon
cée par le bruit de quantité de boëtes .
M. le Cardinal fut reçû à la porte de
l'Eglife par M. le Curé, accompagné du
Clergé revêtu de Chappes & rangé en
haye , par Meffieurs les Marguilliers en
Charge , & par plufieurs perfonnes de
qualité. M. le Curé de S. Louis eft M.
Luillier , Docteur , & à préfent Senieur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
qui eut l'honneur de recevoir Son Em
le 7. Septembre 1702. lorfqu'elle vint
mettre la premiere pierre de la Nef de
ce faint Edifice , & Meffieurs les Marguilliers
font M. le Préfident Lambert
Prevôt des Marchands , M. Mailler ,
Seigneur de Cerny , Auditeur des Comp
tes , M. Sablon , Procureur au Parle
ment , & M. Doucet , Architecte , qui
a fait la Coupolle de cetre Eglife.
Son
AOUST. 1726. 1791
C
Son Eminence fut complimentée par
M. le Curé , en ces termes :
MONSEIGNEUR ,
» C'eft un nouveau bienfait de Votre
Eminence pour notre Eglife , que
>> l'honneur qu'elle nous fait en ce jour.
» Vous y êtes autrefois venu , MONSER
DGNEUR , pofer le fondement , fur les
» quel l'Edifice s'eft élevé , & la Bene-
» diction que vous y donnâtes alors , a
» été une fource de biens pour cette Egli-
» fe , qui nous eft chere par plus d'un
-titre, étant dédiée au plus Saint de nos
» Rois , Patron de V. Em .
» Cette premiere Benediction excita le
» zele de nos Paroiffiens , à honorer le
» Seigneur de leur fubftance , pour me
» fervir des termes de l'Ecriture , & à
>> donner dequoi pouffer l'entreprife juf-
» qu'à y mettre la derniere main .
1
» Elle a attiré les liberalitez de Louis
» le Grand , qui ont été fuivies de celle
» de notre jeune Monarque , qui ſe fait
» un devoir d'imiter la pieté & les au
» tres vertus de fon augufte Bifayeul .
» Que ne devons- nous pas efferer de
» cette nouvelle Benediction que vous y
» allez donner pour terminer la fainte
ceremonie de fa confecration , qui
» vient
1791 MERCURE DE FRANCE.
1
» vient d'être faite de l'autorité de V.Em.
» Elle remplira , fans doute , notre
Peuple d'un zele encore plus épuré ,
» pour le confacrer lui-même comme un
» Temple vivant & fpirituel , & y offrir
des Victimes faintes & agreables
"par N. S. J. C.
» Elle leurapprendra , que cette grande
joye qu'ils font éclater , ne confifte pas
feulement en ce qu'ils ont une Eglife
d'une élegante ftructure , mais en ce
» qu'ils y ont de plus grands moyens
» de falut , & qu'ils y recevront des gra
» ces plus abondantes .
» Elle les convaincra de l'obligation
» où ils font , de n'y venir qu'avec un
» coeur pur, & des mains pures : de n'y
faire entrer rien de fouillé , rien d'oppofé
à la fainteté du lieu , rien d'indi-
» gne de la Majefté du Dieu qui y eft
» adoré.
>> C'est ce qu'ils feront , MONSEIGNEUR ,
s'ils jettent les yeux fur ces exemples
» de pieté & de recueillement que don-
» ne V. E. quand elle fe préfente devant
» Dieu dans fon faint Temple , fur cet
efprit de foi dont elle eft penetrée ,
» quand elle offre le Sacrifice de tous les
jours. Quelles leçons n'apprendront-
» ils pas de ce faint ufage , des biens que
la Providence vous a mis entre les mains;
&
AOUST. 1926. 1793
·
·
» & que vous répandez avec profufion
» pour tant de bonnes oeuvres ? foit pour
» fecourir tant de perfonnes & de famil-
>> les tombées dans l'indigence , foit pour)
» foutenir tant de Maifons de faintes
>> Vierges & Epoufes de J. C. & d'autres
>> établiffemens
qui périroient fans votre
charité ?
"
>> Quel ainour n'auront- ils pas pour la
» beauté de la Maifon de Dieu , & pour
" procurer à cette Eglife les ornemens
qui y manquent, s'ils font attention à la
>> magnificence
, avec laquelle vous avez
» fait décorer deux Autels de cette Eglife.
" principale à laquelle vous préfidez , dédiez
l'un à la Mere de Dieu , l'autre au
faint Martyr Apôtre de la France , de
» premierde vos Prédeceffeurs
, qui nous
" a engendrez à J. C. S'ils font , dis - je,
>> attention à cette grandeur d'ame , qui
» vous porte à prendre fur vous feul le
» foin , & toute la dépenfe neceffaire de
>> reparer
les ruines de ce Temple au-
» gufte , venerable par tant de titres , mais
>>furtout par la pieté & la dignité de ce
» floriffant Clergé , de cet illuftre Cha-
>> pitre , qui feul dans toute l'Eglifesy
» chante les louanges de Dieu avec tant
» de majesté auffi - bien la nuit que le jour?
» Vous vous réfervez , MONSEIGNEUR
,
tout ce fardeau , mais vous en aurez
ffi
1794 MERCURE DE FRANCE.
"
» auffi feul la loüange devant les hommes
& le merite devant Dieu .
"
» Puiffe le Ciel , MONSEIGNEUR , don-
» ner un heureux fuccès à tous les falu-
» taires & pacifiques deffeins de V. Em .
» Puiffe le Dieu de la Paix & le Pere
» des Lumieres > remplir toujours de
» plus en plus V. Em. de cet efprit de
fageffe , d'intelligence , & de confeil ,
» qu'il répand fur les Pontifes qui font
» felon fon coeur. Puiffiez-vous , MON-
» SEIGNEUR , être encore pendant une
longue fuite d'années l'amour & les
» délices de votre Troupeau , & témoi
du refpect , de la veneration , & de la
reconnoiffance du Clergé & du Peuple
» de cette Paroiffe pour V. Em.
Après ce Difcours , M. l'Archevêque
fe revêtit de fes habits pontificaux , fit le
falut du S. Sacrement qu'il porta en Proceffion
, & toute la Céremonie fut terminée
par le Te Deum , chanté en Mufique
, de la compofition de M. Laferriere
, Maître des Enfans de Choeur de
cette Eglife , & par la Benediction du
S. Sacrement donnée par S. Em .
: Le Lecteur fera peut - être bien aife de
voir ici un précis de l'Hiftoire de cette
Eglife.
La
AOUST. 1726. 1795-
"
La Paroiffe S. Louis en l'Ifle n'eft pas
d'un ancien établiffement à Paris. Le
terrein comprenoit autrefois deux petites .
Iles , l'une appellée l'Ifle N. D. & l'autre
l'ile aux Vaches , & appartenoit en
toute proprieté au Chapitre de N. D..
Louis XIII. de glorieufe memoire , prit
le deflein en 1614. d'y faire faire des bâtimens
& des ponts pour la joindre au
refte de la Ville , & S. M. acheta le fond
du terrein de Meffieurs de N. D. Le
Canal qui couloit entre les deux Ifles fut
comblé. On y bâtit d'abord une petite
Chapelle , qui fut érigée en Paroiffe le
14. Juillet 1623. par M. de Gondy ,
premier Archevêque de Paris , qui avoit
été facré le 19. Fevrier précedent , &
qui y nomma pour premier Curé M.
Louis Guyart , Chanoine de l'Eglife de
Paris , lequel la refigna enfuite à fon reveu
M. Pierre de Graves , Docteur de
la Maifon & Societé de Sorbonne , auffi
Chanoine de N. D. & celui - ci la réfigna
en 1662. à M. Bernard Cros , qui étant
décedé le 6. Avril 1693 , M. de Har❤
lay Archevêque de Paris , la confera à
M. Jacques Luillier , Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne , actuel→
lement Curé.
>
Comme la premiere Eglife fe trouvoit
trop petite , peu commode & d'une may
vaife
1796 MERCURE DE FRANCE .
waife ftructure , on prit la deffein , vers
l'an 1660. d'en conftruire une nouvelle,
& les fondemens de cette nouvelle Eglife
étoient déja au rez - de- chauffée en
1664. M. Jean - Baptifte Lambert , déce- '
dé en 1645. le 22. Decembre avoit legué
la fomme de 30000. livres pour ce
fujet. M. de Perefixe , Archevêque de
Paris , mit la premiere pierre de l'Edifice
au nom du Roi le 1. Octobre de
l'année 1664. le Choeur fe trouvant fait,
la nouvelle Eglife fut benîte par M. de
Harlay le 20. Août 1679. & le même
jour le grand Autel fut confacré par
M. de Guemadeu , Evêque de S. Malo.
L'ancienne Eglife fut ainfi unie avec le
Choeur nouvellement conftruit , ce qui
faifoit une grande difformité , & d'ailleurs
cette ancienne Eglife menaçoit ruine
; & il s'en est même détaché une par
tie , dont une pet fonne de qualité ( M. le
Marquis de Verderonne ) fut accablé le
2. Fevrier 1701. Un fi trifte accident fit
prendre le deffein de bâtir la Nef , dont
M. le Cardinal de Noailles mit la premiere
pierre le 7. Septembre 1702 .
Toute la Nef a été achevée l'an 1723.
excepté la Coupolle qui a été faite dans
ces deux dernieres années , & dont M.
Bertin , Maître des Requêtes , a mis la
premiere Pierre. Ainfi toute l'Eglife ' fe,
trouAOUST
1726. 1797
trouvant achevée tant par les bienfaits
de Louis XIV. & de Louis XV.
que par les liberalitez des Paroiffiens
on en a fait la confecration le 14 Juillet
dernier , de la maniere qui vient d'ê
tre rapporté , & ce qui eft très - remarquable
, le même jour que cent trois ans
auparavant elle fut érigée en Paroiffe.
François le Veau , celebre Architecte
de fon temps , à donné le deffein de cette
Eglife , qui a été continuée par Gabriel
le Duc , & la Coupolle a été conftruite
par Jacques Doucet , Architecte , à pre-
Tent Marguillier.
MataTATEM
A M. LE CHEVALIER DE **
Implacable
EPITR E.
Mplacable ennemi du vice ,
Toi qu'il ne fit jamais broncher !
Et qu'on a toujours vû marcher ,
Dans le fentier de la juſtice ;.
Non , ce ne font point les honneurs ,
Ni tous ces trefors qu'on renomme
Qui font ici -bas le grand homme ,
Cher M *** ce font les moeurs,
Ale
$798 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre a vû la Victoire ,
Toujours enchaînée à fon Char:
Cent fois au comble de la gloire ,
Elle fceut élever Cefar.
Bitez ces Heros fanguinaires ,
Au Tribunal de la Raiſon ,
Ce font des hommes ordinaires
Près de Socrate & de Caton.
Qu'on trouve un mortel équitable ,
Simple , modefte , officieux ,
Qui fçache respecter les Dieux ,
Et qui foit ami veritable :
Qui n'écoute que fon devoir ,
Et contre un injufte pouvoir;
De la caufe de l'innocence ;
Embraffe toujours la défenfe.
Qu'on le trouve , & c'eſt mon Heros.
Qu'à l'envi des voix mercenaires ,
Chantent ces Mortels temeraires ,
Uniques auteurs de nos maux ;
Qu'une vaine & fervile plume ,
Faflc un Coloffe d'un fètu :
Quant
AOUST. 1726. 1799
Quant à moi , mon encens ne fume pas
Que fur l'Autel de la Vertu.
Mais cet homme que je demande ,
Cette vertu de bon aloi ,
Qui feule a droit à notre offrande ,
Qui peut mieux me l'offrir
que
toi ?
Ces moeurs pures du premier âge ,
Qui rendoient dignes nos Ayeux ;
De converfer avec les Dieux ,
Ces moeurs ont fait ton appanage .
O ! combien ce's heureux momens
Sont chers à mon efprit docile ,
Où dans un commerce facile ,
Je découvre tes fentimens !
Un effain de projets bizares ;
Des humains troublent le repos.
Les uns s'expofant ſur les flors,
S'en vont chez des Peuples barbares ,
Chercher en vain un fort heureux ,
Que ces Peuples beaucoup plus fages ,
Ignorant nos jaloufes plages ,
Trouvent fans fortir de chez eux.
D D'a
1800 MERCURE DE FRANCE.
D'autres prodigues, d'une vie ,
Qui toujours est trop tôt ravic
Ne refpirent que les combats
Où du plus tragique trépas ,
Leur audace eft bien- tôt fuivie.
Celui- ci s'intrigue à la Cour , Ah )
Flatte les Grands , fait ſa cabale ,
Dans une faveur inégale
Superbe & rampant tour à tour.
D'une vertu qui l'importune vanvitoɔ ĐƠ
Il brife le joug dans fon coeur
Trahit fes droits , & fans pudeur ,
Court l'immoler à la fortune.
20 51.02
Ainfi , M *** , ici -bas ,
52 2009 , moobb L
Chaque Mørtel a fa chimere.
Mais pour moi , mon unique
affaire
,
Le but où tendent
tous mes pas
Eft d'aller au- devant du fage ,
L'écouter , & de fes difcours ,
:I
Tirer l'infaillible fecours ,
MAD
曾"
Qui m'offrantun port dans l'orage ,
Sauve ma raison de nauffrage.
PUS
AOUST . 1726. 1801
Parmi tant d'exemples pervers ,
Heureux le Mortel en ce monde
Qui peut de ces écueils divers ,
Garantir la Nef vagabonde !
Et qui fur des bords enchantez ,
1
De Circé bravant l'artifice ,
Voit comme Uliffe à ſes côtez ,
Une Divinité propices:
Eh ! que ne dois-je pas enfin
M *** > au Cielqui m'affifte ?
D'avoir aux volontez d'Arifte ,i
Voulu foumettre mon deftin.
Un respect tendre & plein d'eftime ,
Me livre à fonjoug legitime.
Dans l'hommage que je lui rends ,
Je ne brûle qu'un pur encens.
Car fi le zele qui m'enflâme ,
Eclate à fes yeux chaque jour ,
Ceft que pour lui faire ma Cour ,
Ami , je n'ai point dans fon ame
Ni de vertus à fupoſer ,
Ni de vice à canoniſer.
D' ij Ainfi
1802 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , malgré l'Eſprit inique ,
Qui regne en ce fiecle tortu ,
C
J'ai ce bonheur , peut-être unique ,
De n'obéir qu'à la vertu.
Par M. Tannevot.
kakakakakak
LETTRE à Meffieurs les Auteurs du
Mercure de France fur la Tragédie
de Rhadamifte.
V
ร
Ous voulez bien , Meffieurs , que
je vous faffe part d'une Differtation
critique que j'ai faite fur la Tragédie de
Rhadamifte & Zenobie , que les Comediens
François viennent de reprendre.
J'avois lû cette Piece avec beaucoup d'at
tention , fans en être touché auffi vivement,
que j'avois efperé de l'être , fur la
grande réputation qu'elle avoit faite à
fon Auteur dans fa naiflance. Comme
je n'en avois vû aucune repreſentation ,
je m'imaginois que la maniere dont elle
avoit été jouée , n'avoit pas peu contribué
à en relever les beautez.Mais.comme
ce n'étoit- là qu'une fimple préſomption
, je ne manquai pas de l'aller voir
seprésenter à la premiere reprife qu'on
tu
A OUST. 1726. 180
en fit. Je n'y fus gueres plus émû que je
l'avois été à la lecture ; je fufpendis encore
mon jugement ; j'imputai mon peu de
fenfibilité à la froideur des nouveaux Acteurs
de l'un & de l'autre fexe , qui pour
leur début choififfoient le Rôle de Rhadamifte
, ou celui de Zenobie , comme
les plus capables de les faire briller. Enfin
, ces deux Rôles principaux viennent
d'être jouez par un Acteur & une
Actrice generalement eftimez , c'eſt- àdire
, par le fieur du Frefne , & par la
Dil Duclos ; ce premier ne nous laiffe
point regretter le fieur Baubourg , & la
derniere ajoué d'original le Rôle qu'elle
vient de reprendre ; j'ai crû ne pouvoir
trouver une occafion plus favorable pour
fixer mes irréfolutions. Le croiriez-vous ,
Meffieurs ? quoique la Piece ait été reprefentée
avec toute la force que je pou
vois efperer , le preftige de l'art n'a que
médiocrement operé fur moi. J'ai fenti
de nouvelles beautez ; mais il s'en faut
bien qu'elles m'ayent affecté comme
d'autres Pieces de M. de Crebillon , telles
que fon Electre & fon Pyrrhus ; j'ai
interrogé ma raiſon fur l'indifference de
mon coeur , elle m'a répondu que je devois
la laiffer à la porte , quand je fuis
entré à la Comédie , & que mon coeur
ne s'en feroit que mieux trouvé. Peu
D iij
1
Las
1804 MERCURE DE FRANCE .
fatisfait de cette réponſe , je lui ai reproché
qu'elle empoifonnoit tous mes
plaifirs ; mais elle à toujours perfiſté à
exercer fur moi cette tyrannie dont je
ne puis m'exempter , quelque effort que
je faffe. Je l'ai d'autant mieux fenție ,
que dans le temps que je m'ennuyois aux
endroits de la Piece qu'on croit les plus
pathétiques , je voyois des Spectateurs
qui goûtoient un plaifir que je leur enviois
, mon goût commença à me devenir
fufpect , j'en étois fenfiblement affligé
, & je n'en fus confolé que par une
lecture que je fis par hazard d'un Mer
cure de M. du Frefni , fait en 17 11. Ce
fut là que j'appris , que je n'étois feul
pas
de mon fentiment , que l'Auteur même
de la Tragédie en queſtion , en avoit promis
& commencé une Critique , où il
ne le ménageoit pas ; & que n'ayant pû
l'achever pour le temps qu'elle devoit
être inferée dans le Mercure , c'eſt - àdire
, pour le mois de Mars , il avoit
confenti qu'on y mit les plus vives Critiques
qu'on pourroit envoyer contre fa
Piece. On n'abufa point de la liberté qu'il
la foit de ne le point épargner. Un Anonyme
envoya au fieur du ini quelques
Réflexions , qui , quoique très - fenfees ,
ne traitoient pas la matiere à fond ; il
eroit à fouhaiter , dit alors l'Auteur de ce
1
MerAOUST.
1726. 1805
.
Mercure , en parlant de celui des Ré
flexions , qu'il eut voulu faire une Cri
tique à fond de la Fable , de la conftitution
& de la conduite de cette Tragédie.
Il nous en viendra peut- être quelqu'une.
Ce font ces dernieres paroles , Meffieurs
, qui m'ont déterminé à tenter cette
entrepriſe fi long-temps differée , je
vais effayer de la remplir au gré du Pu
blic . 216
2
Differtation critique fur la Tragédie de
Rhadamifte & Zenobie .
L Argument.
Pharafmane , Roi d'lberie , Prince ambitieux
, conçut le deffein de s'empater
de l'une & l'autre Arménie , qui étoient
fous la puillance de Mythridate , for
frere. Pour mieux couvrir fon injufte
projet , il envoya fon fils Rhadamifte dès
fa premiere jeuneffe , pour être élevé
dans la Cour de Mithridate , en Prince
qui devoit un jour époufer Zenobie ,
préfomptive héritiere de ces deux Royaumes.
Rhadamifte & Zenobie , élevez dans
cette vûe , commence rent , par un amour
réciproque , l'union que l'Hymen devoit
achever. Tout le préparoit pour ce noud
folemnel. Pharafmane devint jaloux de
D iiij
la
1806 MERCURE DE FRANCE.
la nouvelle puiffance de fon fils , il en
gagea dans fes interêts Tyridate , Roi des
Parthes , qui , foit par amour , foit par
ambition , difputoit à Rhadamifte la main
de Zenobie & le Sceptre d'Armenie .
Mithridate irrité de l'injufte guerre que
fon frere lui déclaroit , pour fe venger du
pere fur le fils , rompit fes premiers engagemens
, & promit Zenobie à Tyridate.
Rhadamifte ne laiffa pas cette of
fenfe impunie. Il ravagea toute l'Armenie
, en dépouilla Mithridate , & força
Pollion de le livrer entre fes mains. Zenobie
tremblante pour les jours de fon
pere , demanda fa vie à fon Amant , &
lui promit de l'époufer , pourvû qu'il
ne trempât point fes mains dans un fang
fi précieux. Rhadamifte lui promit tout,
pour ne lui rien tenir ; foit qu'il eût déja
immolé Mithridate à fes reffentimens,
foit qu'il ne lui donnât la mort qu'après
avoir juré à fa fille de le fauver , ce qui
feroit encore plus noir. Les Armeniens
inftruits du meurtre de leur Souverain ,
prirent les armes pour s'opposer à un Hymen
fi odieux ; Rhadamifte affiegé dans
le Temple même , prit Zenobie entre
fes bras , & fe fit jour à travers tout
un Peuple ; mais fe voyant pourſuivi
´d'une maniere à ne pouvoir conferver
fa proye , il prit le barbare parti de lui
percer
AOUST . 1726. 1834
percer le coeur , plutôt que de la laiffer
au pouvoir d'un Rival heureux. Après
ce coup horrible , il traîna Zenobie mourante
dans l'Araxe. Cette infortunée
Epoufe fut retirée des flots par des mains
fecourables ; elle cacha fon fort à ceux
qui venoient de la fauver ; & craignant
que Tyridate ne voulut l'époufer , malgré
les noeuds qui venoient de l'unir pour
jamais à Rhadamifte , elle erra pendant
dix ans de Province en Province fous
le nom d'Ifmenie. Pour Rhadamifte furieux
, défefperé , déchiré de remords ,
il ne chercha qu'à mourir . Il ſe jetta au
milieu des Soldats que fon propre pere
excitoit contre lui , & y auroit peri , s'il
n'eut été fecouru par des Romains
qui l'arracherent à la fureur de l'ambitieux
Pharafmane. Arfame , fecond fils
de ce pere dénaturé , lui demeura fidele
, quoiqu'il le regardât comme parricide.
Il fervit fi bien fes projets ambitieux
, qu'il fit trembler toute la Medie
, où il porta la guerre par les ordres
de Pharaſmane. Zenobie qui avoit choifi
ce Royaume pour fon dernier afile
fe trouva du nombre des Prifonniers qui
lui furent préſentez , il en devint éperdument
amoureux ; mais le devoir étant
encore plus fort en lui que l'amour ,
me la cacha point aux yeux de fon pere
D v
if
qui
1808 MERCURE DE FRANCE.
qui devint fon Rival du premier mo
ment qu'il la vit. C'est ici que l'action
theatrale commence .
ACTE I.
Zenobie , fous le nom d'Ifmenie , fe
plaint à Phenice la Confidente , de la
perfecution de Pharafmane , qui la veut
époufer malgré elle . Phenice lui parle
en faveur de Pharafmane , & lui confeille
de ne pas refufer un Sceptre que
l'amour lui préfente . Zenobie lui dit
qu'elle n'eft pas en état de l'accepter , &
lui apprend fon fort, tel que je viens de
le raconter dans l'Argument . Cette expofition
, ou plutôt cette demie expo
fition m'a paru fi chargée , que l'effort
qu'il en coûtoit à ma memoire pour la
retenir , m'a empêché d'en fentir toutes
les beautez . Je ne doute point qu'on ne
pût la réduire à la moitié des Vers , fi
l'on en retranchoit tout ce qu'il y a de
fuperflu ; mais quand même tout en feroit
neceffaire , jufqu'aux moindres circonftances
, je ne fçaurois m'accommoder
de cette complication de faits , qui
ne me laiffent pas refpirer. A combien
plus forte raifon me deviennent -ils infupportables
, quand ils choquent la
vraisemblance. En effet , quelle fin fe
proAOUST.
1726. 1809
*
propoſe Pharafmane , le plus artifi
cieux de tous les hommes quand il
envoye, fon fils à la Cour de Mithrida
te , & qu'il l'y fait élever dans la vûë
de lui fucceder en époufant fa fille ? Si
cet Hymen lui doit ravir une Couronne
qu'il devore des yeux , pourquoi le propofe-
t'il mais comment prétend-il fe
la conferver ? eft - ce en la faifant paffer
fur la tête d'un Concurrent plus redoutable
pour lui que fon fils ? il fe lie avec
Tyridate ; eft-il vraisemblable que ce
Roi des Parthes fe fie à lui , & peut- il
s'imaginer qu'un pere déthrônera fon propre
fils , pour couronner un Etranger.
Je paffe à Mithridate la vengeance qu'il
prend du pere fur le fils , quoique ce dernier
fut innocent ; ce n'eft pas la premie
re fois que les enfans ont porté la peine
du crime de leurs peres ; mais toute la
fuite de cette Hiftoire me paroît fi fa
buleufe que je ne puis concevoir que
l'on falle un plan de Tragedie fur le fond
d'un Roman qui paffe toute croyance
en effet , l'Oorondate & le Coriolan de
la Calprenede n'ont rien fait de fi merveilleux
que ce que M. de Crebillon
fait faire à Ton Rhadamifte , quand il emporte
Zenobie entre fes bras à la vue de
tout un Peuple armé. Je tire le rideau
fur le refte : Zenobie facrifiée à fa jacolmar
Dovjou louq
*
1810 MERCURE DE FRANCE .
loufie , toute fidelle qu'il la croit , me frappe
d'une julte horreur ; j'ai trouvé bien
des gens fe réetier contre cette maxime
de Phinée dans l'Opera de Perfée:
J'aime mieux voir un monftre affreux
Devorer l'ingrate Andromede ,
Que la voir dans les bras de mon Rival heu
reux.
L'épithète d'ingrate adoucit cette refolution
d'un Amant défefperé ; mais Zenobie
n'aime point Tyridate , ou plutôt
elle aime Rhadamifte , & le lui proteſte
dans le temps même qu'il lui plonge un
poignard dans le fein . Quel genre de tragique
qui fubftitue l'horreur à la terreur
? que peut - il produire que l'indignation
? revenons au Roman.
Une Princeffe frappée par un furieux,
traînée toute fanglante dans un fleuve ,
fauvée par un fecours que les Dieux lui
envoyent à point nommé , méconnuë par
ceux qui la fauvent, & par tous ceux qui
la voyent pendant dix ans , foit dans fes
propres Etats , foit dans des Etats voifins
des fiens , tout cela n'eft pas impoffible,
mais en est-il plus vraiſemblable ? & n'y,
entre-t'il pas un genre de merveilleux ;
plus propre à un conte de Fée qu'à une
Tragedie on me répondra que l'Au
teur ne doit répondre que de ce qui fe.
paffe fous les yeux des Spectateurs ; j'a
AOUST. 1726. 1811
voue que le défaut de vraisemblance eft
plus fenfible dans l'action que dans la
narration ; mais pas fi faci- pour n'être
lement apperçu , il ne laiffe pas d'être i
& quand même il feroit fondé fur l'Hiftoire
, c'eft à un Auteur dramatique à
la rectifier , & à préferer le vrai femblable
au vrai mais ce n'eft pas feulement
dans la prothafe que l'Auteur de
de Rhadamifte & Zenobie bleffe la vraifemblance
, comme j'efpere le faire voir
dans la fuite de cet examen .
Dans la feconde Scene , Arfame vient
fe préfenter à Zenobie , qu'il ne connoît
encore que pour Ifmenie . Quoique cette
Princelle nous ait appris qu'elle aime
ce Prince , par l'aveu qu'elle en a
fait à Phenice dans la Scene précedente,
-elle laiffe ignorer à Arfame les progrès
fon amour a fait fur fon coeur.
que
Dans la troifiéme Scene , 1 harafmane
trouvant auprès de Zenobie qu'il aime
un fils dont il fçait qu'elle eft aimée , &
qu'il foupçonne d'avoir fçû fe faire aimer
lui-même , lui fait un crime d'un
retour , dont il ne l'a pas même averti ,
· bien loin d'avoir attendu les ordres. Arfame
lui répond , que puifqu'il a quitté
l'Armée , il doit croire qu'il n'a plus
d'ennemis à combattre , & que tout eft
rangé fous fon obéiffance . Cette réponſe
·
ne
1812 MERCURE DE FRANCE.
ne fatisfait pas Pharafmane , il ordonne à
Arfame de retourner dès le même jour à
Colchos , qu'il n'a pas dû abandonner ,
d'étouffer fon amour pour une Princeffe
qu'il deftine à fon lit , & de fe retirer,
Zenobie refufe hautement l'honneur
que Pharafmane prétend lui faire en l'époufant.
Voici fur quoi elle acheve de
fonder fes refus :
D'ailleurs , que fçavez - vous , Seigneur , fil'hymenée
N'auroit point à quelqu'autre uni ma deſtinée ?
Sçavez -vous file fang à qui je dois le jour ,
Me permet d'écouter vos voeux & votre amour.
Pharafmane , qui croit qu'il n'y a point
de fang dans l'Univers auquel le fien ne
puiffe s'allier, impute les refus de Zenobie
à l'amour qu'elle a pour Arfame, & la me
nace de la mort de ce Prince , fielle
perfifte
dans fon deffein.
Cette derniere menace, jointe à la jufté
haine que Zenobie a déja conçuë , lui
fait commettre la premiere & la feule
injuftice dont on puiffe l'accufer dans tout
le cours de la Piece ; elle veut fe venger
de Pharafmane ; rien n'eft plus jufte;
mais elle veut s'en venger par la main de
fon propre fils rien n'eft plus injuſte.
Pharafinane n'eft que trop digne de perir
par
AOUST. 1726.
1813%
par un parricide , mais Arfame eft trop
vertueux pour en commettre , & ce n'eſt
pas fon Amante qui doit l'y exciter ; il
eft vrai qu'elle ne confomme pas l'injuftice
; elle finit cette derniere Scene
du premier Acte par un ordre qu'elle
donne à Phenice d'aller trouver. Arfa
me de fa part , & de le prier d'intereffer
en fa faveur l'Ambaffadeur des Romains
qui doit arriver le même jour . Voilà le
parti le plus jufte qu'elle avoit à pren
dre , & je n'aurois voulu pas
teur lui eut fait dire encore :
t
que
l'Au-
Pour l'intereft d'un Sceptre ébranle fon devoir
,
Pour l'attendrir enfin , peins - lui mon deſef
poir ;
Puifque l'Amour a fait les malheurs de ma
vie ;
Quel autre que l'Amour peut venger Zenobie
ACTE II. ~ . ~
Rhadamifte & Hieron commencent ce
fecond Acte ; ce dernier eft un Seigneur
Armenien député vers Pharafinane , pour
lui faire entendre , au nom de toute l'Armenie
, qu'on ne veut point le recon
noître pour Roi , & qu'on lui préfere
fon fils . Comme on croyoit Rhadamiſte
mort,
1814 MERCURE DE FRANCE .
mort , cette préference regardoit Arfame;
mais Hieron eft obligé de changer
d'objet , dès qu'il reconnoît fon premier
Roi en la perfonne de Rhadamifte . Le
portrait que ce dernier fait de lui même,
ne nous promet que des actions d'un
frenetique M. de Crebillon ne lui a
point fait démentir le caractere qu'il luí
a donné , fondé fur ce précepte d'Horace.
Qualis ab incepto procefferit & fibi conftet .
Je voudrois bien qu'Horace eut ajouté,
Sed bene procedat.
,
En effet , que peut - on attendre d'un
homme qui ne fçait ce qu'il veut ? plus
fon caractere fera foutenu , plus il nous
indignera contre lui . Quelque foit Rhadamiſte
, il faut bien qu'il fe foit déguifé
aux yeux des Romains & furtout à
ceux de Corbulon , pour fe faire nommer
Ambaffadeur auprès de Pharafmane.
L'Auteur tâche de juftifier le choix de
Neron & du Senat , par la peinture qu'il
fait de ces Maîtres du monde : Voici
comme il fait parler Rhadamifte .
Rome de tous fes droits m'a fait dépofitaire,
Sûre pour rétablir fon pouvoir & le mien ,
Contre un Roi qu'elle craint , que je n'oublie
sai rien.
Rome
A OUST. 1726. 1815
Rome veut éviter une guerre douteuſe ,
Pour elle contre lui plus d'une fois honteuse ,
Conferver l'Armenie , ou par des foins jaloux
En faire un vrai flambeau de difcorde entre
nous.
Par un don de Cefar , je fuis Roi d'Armenie ;
Parce qu'il croit par moi détruire l'Iberie ,
Les fureurs de mon pere ont affez éclaté ,
Pour que Rome entre nous ne craigne aucun
Traité .
Tels font les hauts projets dont fa grandeur fa
pique ,
Des Romains fi vantez telle eft la politique ;
C'est ainsi qu'en perdant le pere par le fils ,
Rome devient fatale à tous ſes ennemis, & c.
Par ce portrait de Rome , l'Auteur a
fagement prévenu toutes les Critiques,
qu'on pouvoit lui faire ; je trouve cependant
une espece de contradiction entre
ces deux projets des Romains : qui
font de conferver l'Armenie , & d'en
faire Rhadamifte Roi ; mais l'Auteur y
peut répondre en difant que Rhadamif
te ne regnera que fous Rome , que
d'ailleurs il détruira l'Ibérie , donc les
Romains redoutent des efforts trop longtemps
éprouvez.
&
Voi1816
MERCURE DE FRANCE.
}
Voici une objection à laquelle M
de Crebillon ne répondra pas fi facilement
, c'eft l'impoffibilité morale qu'il
yyaa,, que Rhadamifte ne foit pas reconnu
de fon pere : il l'a bien fentie lui- même,
& il y eft allé au- devant avec beaucoup
d'efprit , par ces trois Vers :
Le Roi ne m'a point vû dès ma plus tendre en
fance ,
Et la Nature en lui ne parle point affez‚¹
"
Pour détruire des traits dés long- temps effacez.
I
Je vois bien que par le premier de ces
trois Vers , l'Auteur veut nous faire fuppofer
que Pharafmane n'a point vû Rhadamiſte
depuis qu'il l'a envoyé pour la
premiere fois en Armenie ; je me prête
à fon hypotefe ; mais Rhadamifte n'ayant
rien à craindre de ce côté- là , étoit - il
bien en feureté de tous les autres , & devoit-
il préfumer qu'il ne trouveroit dans
I'Iberie que des gens qui ne l'auroient
point vu dans un âge plus avancé ? fa valeur
l'avoit affez fait connoître , pour lui
faire craindre d'autres yeux que ceux de
fon pere ; l'Auteur lui fait dire qu'Hie
ron même ne l'auroit pas reconnu malgré
fon amitié , s'il ne s'étoit nommé à
Iui l'Auteur a fes raifons pour parler
ainfi , mais je n'en crois que ce que
j'en
AOUST. 1726 . 1817
j'en dois croire. Paffons à la feconde
Scene .
La beauté de cette Scene m'a d'abord
faifi à tel point , que je n'ai pas exami
né fi elle étoit bien placée : ce que Rhadamifte
& Pharafmane fe difent de part
& d'autre , m'a paru digne du grand
Corneille ; mais dès que mon plaifir a
été interrompu par Hieron , j'ai été de
fi mauvaiſe humeur contre cet Ambaffadeur
d'Armenie , que je l'ai trouvé de
trop. En effet , a- t-on jamais donné audience
à deux Amballadeurs à la fois . II
eft vrai que Rhadamifte & Hieron font
chargez des mêmes Inftructions & des
mêmes ordres ; Rhadamifte dit à Phazafmane
:
Rome ne prétend pas vous ceder l'Armenie ;
Je vous declare donc que Cefar ne veut pas
Que vers l'Arax enfin vous adreffiez vos pas.
Hieron lui parle à peu près fur le
même ton ; voici comme il s'explique :
Quand même les Romains attentifs à nos
Loix ,
S'en remettroient à nous fur le choix de nos
Rois ,
Seigneur , n'eſperez pas au gré de votre envie ,
Faire en votre faveur expliquer l'Armenie.
Voilà
1818 MERCURE DE FRANCE.
Voilà deux Ambaffadeurs parfaite
ment unis , ils ont intereft de parler.
enfemble pour s'appuyer l'un l'autre :
mais Pharafmane doit - il leur donner la
même audience ? eft- il de fa politique
de ne les pas entendre féparément .
Cette Scene finit par un emportement
de la part de Rhadamifte , qui juſtifie
parfaitement ce qu'il vient de dire dans
la précedente.
Rome ofe confier fes droits à ma vengeance ,
Et ſous un nom facré m'envoyer en ces lieux
Moins comme Ambaffadeur , que comme un fu
rieux.
C'est dans un accès de fa frenefie ordinaire
, qu'il rompt en vifiere à Pharaſmane
par ce Vers outrageant :
Ah ! doit- on heriter de ceux qu'on affaffſine ?
Pharafmane eft fi outré de cette infulte
qu'il veut le faire arrêter fur le
champ , & ce n'eft que fur les remontrances
d'Hieron qu'il refpecte Rome
dans un Miniftre infolent, & qu'il fe
contente de lui ordonner de partir fur
le champ , par ces deux Vers :
Retournez dès ce jour apprendre à Corbulon ,
Comme on reçoit ici les ordres de Neron .
Rha
AOUST. 1726. 1819
Rhadamiste pourroit dire ici , comme
Sofie dans Amphitrion :
Ah !jufte Ciel ! j'ai fait une belle Ambaffade.
Mais il a le front de s'applaudir de fon
étourderie , comme d'un trait de prudence
, & de dire à Hieron qui lui reproche
fon
emportement .
Far un pareil éclat j'en impofe aux Romains.
Cet Acte finit par un projet digne
d'une tête auffi cenfée que celle de Rhadamifte.
Le voici :
Pour remplir les projets que Rome me confie ,
Il ne me refte plus qu'à troubler l'Iberia.
Eh ! comment le pourra - t- il dans le
cours d'un feul jour qui lui refte ? il
veut armer contre Pharafmane tous fes
Sujets & fon fils même. Il dit , en parlant
de ce dernier , qu'il a un feur moyen
pour furprendre fa fidelité; c'eft apparemment
en lui affurant la Couronne d'Armenie
de la part des Romains , fe réſervant
celle d'Iberie pour lui- même. Comme
ce beau projet n'aura aucune fuite ,
je ne m'y arrêterai pas plus long. temps,
pour paffer au troifiéme Acte , qui a fait
le fuccès de la Piece.
ACTE
4820 MERCURE DE FRANCE:
ACTE III.
Rhadamifte , par un court Monolo
gue , apprend aux Spectateurs qu'Arfame
lui veut parler en fecret ; il fe doute
que fon frere le connoît , lui qui n'a
pas craint d'être reconnu par fon pere.)
11 fe trompe pourtant , Arfame ne veut
que le prier d'accorder la protection à
Zenobie , & de l'enlever au cruel Phas
rafmane. Rhadamifte n'oublie rien pour
furprendre la foi , comme il s'en eft flat-'
té à la fin de l'Acte précedent ; mais ce
Prince lui fait voir tant de fidelité , qu'il
l'oblige à dire dans un Monologue qui
fait la troifiéme Scene de cet Acte.
Dieux , de tant de vertus n'ornez- vous donc mon
frere ,
Que pour me rendre feul trop ſemblable à mon
pere?
· La quatriéme Scene qui eft entre Rha
damifte & Hieron n'eft que pour faire
nombre , ainfi je n'en dirai rien , pour
paffer plutôt à celle qui a fait tant de
bruit. Elle eft entre Rhadamifte & Zenobie
. Les Spectateurs qui attendoient
cette premiere entrevûë avec impatience
, fe font déja dit par avance , ce que
ce Prince & cette Princeffe doivent fe
dire
A OUST. 1726. 1821
dire dans une rencontre qui tient du
merveilleux ; & la feule force de la fituation
peut entraîner tous les fuffrages
indépendemment de l'art que l'Auteur
s'eft attaché à mettre dans le Dialogue .
A peine Rhadamifte a- t- il entendu ce
fon de voix qui lui a été fi cher , qu'il
jette les yeux fur l'infortunée qui im- '
plore fon fecours ; la certitude où il
croit être de fa mort , l'empêché quel
que temps de croire ce qu'il voit ; le
trouble dont il eft agité , oblige fa malheureufe
Epoufe à le regarder avec plus
d'attention ; ils achevent enfin de fe reconnoître
, mais avec des fentimens bien
differens d'un côté c'eſt l'amour feul
qui agit ; de l'autre , c'eſt le feul devoir
qui regne ; Rhadamifte demande grace
en Amant , Zenobie pardonne én Epou
fe , & s'attire encore plus d'admiration ,
qu'il n'excite de pitié. Ce premier coup
de furpriſe m'a frappé comme les autres ;
mais il s'en faut bien qu'il m'ait fait le
même plaifir , malgré toute la fenfibilité
que j'ai pour tout ce qui s'appelle reconnoiffance
. Je me fuis demandé la raifon
de ma tiédeur ; peut - être m'eſt- elle
fr particuliere , qu'aucun autre ne s'y re
connoîtra , mais j'ai crû devoir en rendre
compte. La voici ;
! : Quoiqu'il y ait des reconnoiffances de
plufieurs
1822 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs efpeces , il n'y en a qu'une
qui puiffe pleineinent me fatisfaite
c'eft celle qui rend heureux les Acteurs
pour qui je m'intereffe , & qui rend malheureux
ceux contre lefquels mon coeur
eft prévenu. Je me fuis intereffé pour
Zenobie , par rapport à fa vertu & à fes
malheurs ; Rhadamifte m'a prévenu contre
lui , par le portrait affreux qu'il a
pris foin de me faire de lui-même ; je
voi que Rhadamifte , en recouvrant Zenobie
, obtient un bonheur qu'il ne merite
pas , tandis que Zenobie , digne d'être
heureuſe , va devenir la victime de
fon de voir , comme elle l'a déja été de
fon barbare Epoux . N'en eft- ce pas affez
pour troubler tout le plaifir dont j'ai
fenti la premiere impreffion , fans refle→
chir ?
Quoiqu'il en foit , je dois paffer condamnation
; & puifque je me trouve prefque
feul de mon fentiment , il n'en faut
pas davantage pour me perfuader que je
fuis dans l'erreur . Finiffons ce troifiéme
Acte. Rhadamifte répare les crimes paffez
, par le repentir le plus vif , & Zenobie
, malgré tout l'amour qu'elle a
pour Arfame , lui promet de le fuivre
par tout. Rhadamifte finit cette belle Scene
par ces beaux Vers.
Dieux !
n
2 ..
AOUST . 1823
1726. 1726 .
Dieux ! qui me la rendez , pour combler mes
fouhaits ,
Daignez me faire un cocur digne de vos bienfaits
.
ACTE IV.
Voici l'Acte qui me paroît le plus défectueux
de la Piece , malgré toutes les
beautez de fentimens que l'Auteur a pris
foin d'y répandre , c'eft ici que le triom-,
phe de la vertu de Zenobie eft le plus
marqué ; elle vient attendre fon Epoux,
comme ils en font convenus .? pour fe
fauver avec lui à la faveur de la nuit ; 'elle
ordonne à Phenice de la laiffer , & fait
un Monologue , par lequel elle me confirme
dans la crainte que j'ai euë de la
voir plus malheureufe qu'elle ne l'a jamais
été. Voici comment elle s'exprime.
Où vais - je ? & quel eft mon espoir ?
Imprudente , où m'entraîne un aveugle devoir?
Je devance la nuit ; pour qui pour un par
-jure ,
Qu'a profcrit dans mon coeur la voix de la Nature
?
Ai- je donc oublié que fa barbare main ,
Fit tomber tous les miens fous un fer affaffin,
E Ces
1824 MERCURE DE FRANCE :
Ges fix Vers feroient plus que fuffifans
pour juftifier mes dégoûts fur la Scene
de reconnoiffance ; mais puifque j'ai déja
abjuré mon erreur , n'y revenons pas , &
livrons -nous tout entier à la juſte ádmiration
que me cauſe ce retour de vertu
que Zenobie fait paroître dans ces deux
Vers , en parlant de R hadamiſte :
Tout barbare qu'il eft , c'eſt un prefent des
Dieux ,
Qu'il ne m'eft pas permis de trouver odieux.
Il s'en faut bien que la Scene 'fuivante
fait auffi belle que ce Monologue , la vertu
de Zenobie s'y foutient toujours , mais
Arfame y dément un peu la fienne . Zenobie
, qui craint que le jaloux Rhadamifte
ne la trouve avec un frere , dont
il a déja pris quelque ombrage , le prie.
de fuir : elle lui dit qu'il a un Rival des
plus redoutables , & que , n'en eut- ilpoint
d'autre que fon pere , c'en eft toujours
affez pour l'obliger à la laiffer ;
Arfame , quoiqu'il penſe vrai , n'a point
raifon de foupçonner l'Ambaffadeur Romain
d'être ce Rival , qu'on lui peint fi
terrible , c'eft lui - même qui parle.
Un infidele Ami , trahiroit- il ma flamme ?
1
On pourroit dire , pour juftifier l'Auteur
, que par ce Vers Arfame entend .
feu-
咦
AOUST. 1726.4 1825
feulement que l'Ambaffadeur Romain lui
manque de parole ; mais les Vers fuivans
ne laiſſent aucun doute fur le fens
qu'on doit donner au premier. C'eft toujours
Arfame qui parle :
Dieux quel trouble s'élève en mon coeur allarmé
!
Quoi toujours des Rivaux , & n'être point
aimé !
Ifmenie lui apprend qu'elle eft mariée
à l'Ambaffadeur Romain ; c'eft à cet aveu
qu'Arfame acheve de démentir fa premiere
vertu ; on en peut juger par ce
Vers:
Ah ! dans mon défeſpoir , fut- ce Cefar lui -mê
me.....
Arfame , le vertueux Arfame , peutil
s'emporter jufqu'à ce point , que de
menacer les jours de l'Epoux d'une Princeffe
, à qui il a avoué dès le premier
Acte qu'il n'eft pas en droit de fe plaindre
, puifqu'on ne lui a rien promis
peut-il croire que Zenobie vienne feule
ment de lui donner fa foi ? je voi bien
que l'Auteur ne lui a donné cet emportement
fi oppofé à fon caractere , que
pour obliger Ifmenie à lui déclarer que
ce Rival eft Rhadamifte , & que les jours
de fon frere lui doivent être facrez ; mais
E ij n'y
1826 MERCURE DE FRANCE.
n'y avoit- il point d'autre chemin que
celui là pour arriver à la fin que M. de
Crebillon s'étoit propofée ? & les reflources
d'un Auteur fi fecond font- elles fi
bornées ? Il est temps de venir à la Scene
la plus défectueufe de la Piece , quoiqu'elle
ferve à mettre la vertu de Zenobie
dans tout fon jour. Rhadamifte arrive
pour partir avec fon Epoufe d'un lieu
trop dangereux pour l'un & pour l'autre.
A peine apperçoit- il fon frere , qu'il
fe livre à fes jaloux tranfports , & com ,,
mence à les faire connoître par ces mots :
Que vois-je ? quoi ? mon frere ....
En vain Zenoble lui dit qu'elle eſt
prête à le fuivre. Il ne lui répond que
par cet à parte,
Ah ! la perfide !
Il dit à fon frere qu'il le croyoit parti
pour la Colchide , mais qu'il voit bien
que quand on eft auprès de ce qu'on
aime :
On s'oublie aifément dans des momens fidoux.
Arfame furpris d'un difcours fi peu
attendu , fe plaint de fa dureté , & lui
fait connoître qu'il eft inftruit de fon
fort. Rhadamifte faifit ce prétexte pour
faire éclater fa jaloufie ; il reproche à
Zenobie
7
A O UST. 1726. 1827
Zenobie fon indifcretion , il rend affez
de juftice à Arfame , pour le croire incapable
d'abufer d'un fecret fi important
; mais il fait entendre à Zenobie
qu'elle n'a pû le reveler à Arfame , fans
avoir avec ce Prince les liaifons les plus
étroites. Voici fes propres termes :
Qui peut à mon fecret devenir infidelle ,
Ne peut , quoiqu'il en foit , n'être point crimi
nelle.
N'eft- ce pas prefque lui dire :
Je conçois vos bontez par cette confidence.
>
Un foupçon fi injurieux & fi injufte,
pouffe enfin à bout la patience de Zenobie
:pour l'en punir , il lui déclare qu'elle
a veritablement aimé Arfame , mais que
ce Prince n'en auroit jamais rien fçû ,
fans le dernier cutrage qu'il vient de lui
faire après cet aveu que fon jufte ref
fentiment lui arrache , elle défend à Arfame
de la voir jamais , & dit à Rhadamifte.
Four toi , dès que la nuit pourra me le permettre
,
Dans tes mains en ces lieux , je viendrai me
remettre ;-
Je connois la fureur de res foupçons jaloux ;
Mais j'ai trop de vertu pour craindre mon
Epoux.
E iij Rha
1828 MERCURE DE FRANCE ..
(
Rhadamifte , accoûtumé à paffer du
crime au repentir , fuit Zenobie , pour
expier à fes genoux l'outrage qu'il vient
de lui faire. Arfame eft arrêté par l'ordre
de Pharafmane. Je ne dirai qu'un
mot du dernier Acte .
ACTE V.
›
Pharafiane apprenant d'Hydafpe qu'il
a fait de vains efforts pour ébranler la
fidelité d'Hieron fe détermine à tirer
raifon les armes à la main , du refus
des Armeniens . Il jure la perte d'Arlame
, qu'il a mandé pour tirer de lui un
aveu de fa trahifon prétendue. Arfame
fe juftifie autant qu'il lui eft poffible ;
Mitrane vient avertir Pharafmane que
1'Ambaffadeur Romain enleve Zenobie.
Pharafmane ordonne qu'on falle courir
toute fa Garde aprés le Raviffeur ; il fort
pour le punir de fa propre main ; Arfame
tâche de l'arrêter ; il lui dit que,
l'Ambafadeur Romain eft l'Epoux de
cette même Ifmenie qu'il enleve , mais
il n'ofe lui apprendre qu'il va tremper
fa main dans le fang de fon propre fils,
ce qui me paroît inexcufable ; l'Auteur
l'a bien fenti lui - même , quand il a fait
dire à Arfame , après que Pharafmane eſt
forti furieux .
Mais
AOUST. 1726.
1829
Mais je devois parler. Le nom de fils peutêtre
....
Il n'acheve pas , & M. de Crebillon ,
pour fe juftifier , lui met ces trois autres
Vers dans la bouche :
Hélas ! que m'eut fervi de le faire connoître ?-
Loin que ce nom fi doux- eut fléchi le cruel ,
Il n'eut fait que le rendre encor plus criminel .
Quoi de plus frivole dans un danger
fi preffant ? Pharafmane tue Rhadamiſte
de fa propre main ; ce Prince vient expirer
fur le Theatre ; il fait des reproches
à fon pere qui indignent les Spectateurs
contre lui , tout mourant qu'il eft . En
effet , dans quel temps les lui fait- il ? au
moment qu'il témoigne le plus vif regret
, & qu'il fent ce qu'il n'a jamais
fenti il fe plaint à fon fils mourant de
lui avoir caché fon fort : voici la réponfe
qu'il s'attire pour prix de fon repentir.
C'eft Rhadamifte qui parle , au fujet
du fang que ce malheureux pere fe
plaint d'avoir répandu , faute de le cons
;
noître.
La foif que votre coeur avoit de le répandre ,
N'a-t'elle pas fuffi , Seigneur , pour vous l'ap
prendre?
E iiij Je
1830 MERCURE DE FRANCE.
Je vous l'ai vu pourſuivre avec tant de cour
roux ,
Que j'ai cru qu'en effet j'étois connu de vous.
Je ne fçais lequel eft plus barbare , du
parricide, ou de ce reproche. Voilà , Meffieurs
, ce que j'ai remarqué dans la Tragédie
de Rhadamifte , peut- être ai - je un
peu trop appuyé fur les défauts ; mais le
fuccès étonnant qu'elle a eu, prouve affez
que les beautez en font encore plus grandes
. J'ai l'honneur d'être avec une par
faite confideration , votre , & c.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
LETTRE écrite de Nimes aux Auteurs
I
રે
du Mercure , le 28. Juillet 1726 .
Le Pere de Ponci , Jefuite .
par
"L s'eft gliffé , Meffieurs , une équivoque
dans le Recueil des Jeux Floraux
de cette année 1726. fur laquelle il eſt
propos de détromper le Public. On
m'a fait honneur d'un Ouvrage qui n'eft
à moi en façon quelconque je ne fuis
point Auteur du Poëme de Porcie , & je
n'y ai aucune part , je ferois bien fâché
de me parer des lauriers qu'un autre a
moiffonnez. Je n'avoue dans tout ce Recueil
que trois Pieces , que perfonne apparaA
OUST. 1726. 1838
parament ne me difputeras ce font le
Poëme du Sacrificateur victime , qui a
remporté le prix du Poëme.
Un autre Poëme , intitulé la Mort de
Saül.
Et une Ode qui a concouru , intitulée
le Solitaire à Arifte.
Je vous fupplie , Meffieurs , de vouloir
bien inferer cette Lettre dans votre
Journal ; l'Auteur de Porcie a droit de fe
plaindre, & je fuis bien aife de l'affurer
publiquement , que je ne veux point attenter
fur fa gloire , & lui dérober les
honneurs que merite fa Piece.
Je fuis , &c.
L'Ode dont il eft parlé dans cette Lettre
, intitulée le Solitaire , a été em
ployée dans le Mercure du mois dernier.
Voici la Piece qui a remporté le
prix du Poëme.
Ë ▼ LE
1832 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXX XX
LE SACRIFICATEUR
Victime .
POEME.
Qui a remporté cette année 1726. le Prixe
deftiné à cette forte d'Ouvrages , par
le jugement de l'Académie des Jeux
Floraux de Touloufe.
L'Auteur eft le P. Poncy , Jefuite , de
la Province de Lyon.
Le Sujet eft tiré de l'Hiftoire
Ecclefiaftique .
E chanteun Sacrifice , ou par un double cri-
JE
me
い
Un Prêtre du Soleil fut Miniftre & Victime ;
Précipita fes fils dans la nuit du tombeau ,
Erde les jours lui- même éteignit le flambeau.
Sacrifice à la fois funefte & falutaire ,
Heureux pour les enfans , funefte pour le pere.
Ce pere infortuné , par un trifte revers ,
Ouvre à fon fils les Cieux , & defcend aux en◄
fers.
Quel
A OUST. 1726. 1835
Quel ſpectacle ! quel bruit ! à mes yeux fe prélente
,
D'un Sacrifice affreux la Pompe menaçante ;
Que d'horribles tourmens dans ce Temple éta
Tez !
Que d'illuftres Chrétiens par le fer immolez !
Du Temple du Soleil Miniftre inexorable ,
Hermofiris leur fait une guerre implacable ;
Et leur fang, par fa main offert aux immortels ,
Souvent au lieu d'encens fume fur leurs Autels
;
Quels font ces trois Chrétiens qu'à fes pieds on
ameine ,
Il va les immoler à fa rage inhumaine ;
Le premier eft courbé fous le fardeau des am ,
Les deux autres à peine ont vû feize Printemps ;
Le poignard à la main Hermofiris s'avance ,
Tout refpire dans lui , la haine & la vengeance.
Nemefe , c'est le nom du genereux Vieillard ,
Fait de fon corps tremblant aux Chrétiens um
rempart...
Aux coups d'Hermofiris il préfente fa tête :
Prêtre aveugle , dit-il , que vas tu faire , ar
rête s
Apprens un grandfecret ; ces deux jeunes Chré▾
tiens,
E vj Ne
1834 MERCURE DE FRANCE .
Ne fout pas mes enfans , cruel , ce font les
tiens.
Je ne demande point d'égards pour ma vieillelle
,
Mais grace pour ton fang , grace pour leur
jeuneffe ;
Au tuite des faux Dieux j'ofai les arracher ,
En vain depuis feize ans tu les as fait chercher
,
Nous braverions encor ta pourfaite ennemie
La Mer nous a trahis , & livre à ta furie ,
Deux Chrétiens dans tes fils , deux fils dans ces
enfans ,
Qui vouloient loin de toi fuivre mes pas errans
;
A des fignes certains tu peux les reconnoître ,
Leur mere infortunée en mourant les vit naître
;
Lis ..... apprens par ces mots que fa_main a
tracez ;
Qu'entens- je ? il eft trop vrai ; perfide , c'eft
affez ,
S'écrie Hermofiris ; la mort la plus cruelle ,
Sera le prix des foins que je garde à ton zelé.
Qu'as-tu fait de mes fils i tes confeils impofteurs
,
Ont feduit leur efprit , ont corrompu leurs coeurs
Eugene,
AOUST. 1726 .
1855
Eugene , Poncien , quel farouche filer ce ,
Entre un perfide & moi la Nature balance ;
-Vous me rendez mes fils , impitoyables Dieux ;
Mais dans quels fentimens dans quel temps
dans quel's lieux ;
Ils brulent de mourir pour une erreur impie ,
Où me les rendez- vous ? au fein de l'Arme
nie :
Dans ces mêmes climats , où Diocletien,
M'ordonne d'immoler fans égard tout Chrétien.
Quel temps choififfez -vous ? helas ! c'eft le jour
même ,
Qu'atteftant aux Autels votre grandeur fuprême,
J'ai juré que mon bras .... quand je vous l'ai
promis ,
Croyois -je alors jurer le trépas de mes fils.
O vous chers criminels , que j'aime & que
jabhorre ,
Loin de vous menacer , c'eſt moi qui vous implore
;
Faites für votre coeur un genereux effort ;
Voulez-vous me forcer à vous donner la mort ?
Voyez à quels malheurs votre crime m'expoſe ;
Un devoir rigoureux à ma pitié s'oppofe ;
Si je ne punis pas , j'irrite l'Empereur ,
Et
•
1836 MERCURE DE FRANCE
Et fi je vous punis , j'en mourrai de douleur ;
Alors pour 1.s feduire il met tout en uſage ,
Du trépas de Nemefe il leur offre l'image ,
Tous fes traits effacez , & les membres fanglans,
Les glaives , les buchers , les feux étincelans .
Eugene & Foncien , pleins d'une fainte envie ,
Demandent à le fuivre , & qu'on tranche leur
vie :
Mon pere , difent- ils , embraffans fes genoux ,
Pour la premiere fois fouffrez un nom fi doux ;
Adorez notre Dieu : c'eſt votre unique Maître ,
Juge terrible un jour vous le verrez paroître ,
Porté fur un nuage , au milieu des éclairs ,
Vous verrez à ſes pieds cet immenfe Univers ;
Les Rois n'auront alors , ni rang , ni diadême ,
Vos Céfars trembleront , vous tremblerez vousmême
,
Rien ne vous fauvera de cès feux éternels ,
Allumez pour punir les crimes des mortels ;
Qui pourroit contre lui prendre votre défenſe ?
Qui l'oferoit le Dieu qu'en ce Temple on en.
cenfe ?
Ah ! ce même Soleil dont l'éclat vous féduit ;
Pour lors fera couvert d'une éternelle nuit
Que
AOUST. 1726. 1837
Que fur vos interefts deux fils vous attendrif
fent.
Détrompez - vous , Seigneur ; que nos pleurs vous
fléchiffent :
Dieu même agit en nous voyez - en les effets
:
N'adorez plus des Dieux qui ne furent jamais ;
Le nôtre nous infpire un fi ferme courage ,,
Qu'il nous met au- deffus des foibleffes de l'âge,
Il n'appartient qu'à lui de rendre vos enfans ,
De la Nature même aujourd'hui triomphans ;
Du Soleil , à ces mots , la brillante ftatuë ,
›
Par les mains des Martyrs eft foudain abbatuë
;
Le pere furieux trois fois leve le bras ,
Et trois fois il fufpend l'arreft de leur trépas ,
Mais de fes Dieux enfia il veut venger l'injure
,
Un faux zele en fon coeur étouffe la Nature;
Il immole fes fils , & plonge dans fon flanc ,
Son funefte poignard tout fumant de leur fang.
On frémit, on s'écrie , on accourt , on s'em
preſſe ;
Sufpendez vos regrets , dit-il , & qu'on me
laifle ,
J'ai dû , Prêtre des Dieux , punir leurs ennemis ,
Et
1838 MERCURE DE FRANCE .
Et pere infortuné fuivre au tombeau mes fils ,
Il expire , tout fuit , l'éclair brille , & la foudre
Avec un bruit affreux , réduit le Temple en
poudre.
Romani eft agere grandia , Chriftiani fortia .
pati. Tertulien.
L'explication des trois Enigmes du
dernier mois de Juillet
L'Autre jour je trouvai Guillot ,
Se tourmentant outre meſure
Sur les Enigmes du Mercure ,
Dont il prétend n'avoir jamais manqué le mot ;
J'ay , dit -il , tout d'abord , deviné la premiere j
C'est le Laurier , l'autre , les dents ,
Mais par ma foi pour la derniere ,
Je n'y comprens rien , je me rends .
En vain voudrois- je donc m'y creufer la cer
velle ,
Répondis-je d'un air malin
Car après vous , Guillot , il faut tirer l'Echelle,
Ah ! le voilà , dit- il , oüi , cher ami , c'eſt elle ,
Yous en êtes l'heureux devin.
PREAOUST.
1726. 1839,
PREMIERE ENIG ME.
S Ans accufer une loi trop fevere , S'Ans
Avant de m'enfanter , ma mere ,
Souffre plus d'une incifion,
Pour moi chez les Humains , nulle compaffion :
Seroit-ce pour punir le mal que je lui caufe ?
Ce feroit une étrange chofé.
* Jugez de mon cruel deſtin ;
On me perfécute fans fin s
L'un me bat , l'autre me tourmente
On m'enleve , on m'èxpoſe en vente ;
J'erre de Ville en Ville , & jamais de repos ;
Mais je me plains ici du moindre de mes maux.
A ma deſtruction tous les mortels confpirent ;
A l'envi l'un de l'autre , à ma perte ils afpirent.
On me réduit en poudre . A quoi fuis - je expoſé ?
Mais , prodige étonnant ! quoi ! métamorphofé ,
Jeunes , vieux , grands , petits , le Sceptre , la
houlette ,
Tous m'aiment à l'inſtant ! on me prife ; on
m'achette !
Helas
1840 MERCURE DE FRANCE.
Helas ! qui le croiroit ? C'eſt cet excès d'amour
,
Qui me fait périr chaque jour.
De mes perfécuteurs devenu la pâture ,
On me voit changer de nature.
De mon bizare fort admire le pouvoir,
Lecteur , regarde moi, j'ay des yeux fans te
voir.
DEUXIEME ENIGME.
A
U moment que je viens au monde ,
Ma mere me dévouë à la virginité ,
Et je pafle mes jours dans la ftérilité ,
Tandis que ma foeur eft féconde .
En rampant je m'éleve en cent mille façons ,
Et quoique je ne fois que de baffe naiffance ,
Avec les plus grandes maifons ,
Je fais une étroite alliance .
Lorfque je m'y peux attacher ,
C'est toujours pour toute ma vie ;
Par tant de chaînes je m'y lie ,
Qu'on ne sçauroit m'en arracher.
Je fuis agréable à la vûë ;
C'est par cet endroit que je plaîs.
Je
AOUST. 1726. 1841
Je puis encor faire goûter le frais ,
Selon le fens que je fuis étenduë .
Mes cheveux feroient toûjours verts ,
Si j'étois infenfible aux rigueurs des hyvers.
Cette faifon pour moi cruelle ,
Me les fait tomber tous ; mais malgré ces rea
vers ,
Je ne paroîs jamais fi belle ,
Que dans le temps que je les pérds.
TROISIE' ME ENIG ME.
Quoique pleine de Vers , jen'en ſuis point
>
J'ai des pieds , ou grands ou petits ;
On a beaucoup de peine à fçavoir qui je fuis,
Car je marche toûjours maſquée.
Mille gens chaque jour , fort inutilement ,
Veulent me reconnoître , & fe trompent fouvent.
De tout l'embarras que je cauſe ,
Veut -on apprendre la raiſon ;
Je porte toujours même nom ,
Et je ne fuis jamais la même chofe.
NOU-
1.
1842 MERCURE DE FRANCE .
*******************
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
LOGES Hiftoriques des Saints , avec
les Myfteres de Notre Seigneur &
de la Sainte Vierge. A Paris , ruë faint
Jacques , chez L. Guerin, 1726. 4. vol,
in I 2.
CLISE ,
TRADITION Ou HISTOIRE DE L'Efur
le Sacrement de Mariage , tirée
des monumens les plus autentiques
de chaque fiecle , tant de l'Orient que
de l'Occident. A Paris , rue faintJacques
, chez Jean Mariette , 1725 , 3. vol.
in 4.
REPONSE aux Obfervations fur la
Chronologie de M. Newton , avec une
Lettre de M... au fujet de cette Réponfe.
A Paris , Quay de Conti , chez Piffit ,
1726. broch. in 8.de 29. pages.
EXPLICATION LITTERALE , Hiſtorique
& Dogmatique des Prieres & des
Céremonies de la Meffe , fuivant les anciens
Auteurs & les monumens de tou
tes les Eglifes du Monde Chrétien . Par
Le
AOUST. 1726.
1726. 1843
le R. P. le Brun , Prêtre de l'Oratoire ,
1726. 4. vol. in 8. A Paris , ruë faint
Jacques , chez la veuve de Laune.
TRAITE DE LA CONSTRUCTION &
des principaux ufages des Inftrumens de
Mathématique , avec les Figures néceffaires
pour l'intelligence de ce Traité
dédié au Roy. Troifiéme Edition , revûë ,
corrigée & augmentée par le fieur N.
Bion , Ingénieur du Roy pour les inftru-.
mens de Mathématique, Quay de l'Horloge
du Palais , où l'on trouve tous ces
Inftrumens dans leur perfection. A Paris,
an Palais , chez M. Brunet , & ruëfaint
Jacques , chez Ganeau , Robustel &
Ofmont, 1745. in 4º,
LES SERMONS de feu le Réverend Pere
Terraflon , Prêtre de l'Oratoire , pour
le Carême . A Paris , rue S. Jacques
chez F. Babuti , 1726. 4. vol . in 12 .
APOLOGIE du caractere des Anglois &
des François , ou Obfervations fur le
Livre intitulé , Lettre fur les Anglois &
Les François , & fur les Voyages , avec la
deffenfe de la fixiéine Satyre de Def
preaux , & la juftification du bel efprit
François. A Paris , rue S. Jacques , chez
Briaffon , 1726. in 12. de 213. pages .
DIS1844
MERCURE DE FRANCE
1
DISCOURS pour l'ouverture de l'Ecole
de Chirurgie , avec une Theſe paraphrafee
fur les Hernies ou Defcentes.Par
M. Reneaume , Docteur- Régent de la Fa-'
culté de Médecine de Paris , & de l'Académie
Royale des Sciences. A Paris ,
chez la veuve Coutelier , Quay des Auguftins
, 1716. in 12. de 217. pages ,
fans la Thefe latine qui en contient 34 .
REFLEXIONS fur l'ufage de l'opium,
les Calmans & les Narcotiques. A Paris ,
ruë faint Jacques , chez G. Cavelier ,
1726. in 12. de 374. pages.
REFLEXIONS
fur les Mémoires de Trévoux , du
mois de Juillet 1726 .
Article du Cardinal d'Amboife.
1
A Vie du Cardinal d'Amboiſe
Lqu'on donna au Public il y a environ
fix mois , en a été fi bien reçûë ,
que , quoique jufqu'à preſent elle n'ait
point été affichée , il s'en eft débité une
Edition in 12. & une Edition in 4°.
L'Auteur de cette Vie eft M. l'Abbé
le Gendre , Abbé de Claire-Fontaine
Sous-Chantre & Chanoine de l'Eglife
de Paris , connu il y a long-temps pour
être
AOUST. 1726. 1845
n
être ami particulier des RR. PP . Jefuites.
Si par cette confidération , le Journalifte
de Trévoux eût loué l'Ouvrage &
l'Auteur , plus même qu'il n'auroit fallu,
on n'en eût point été furpris ; mais que
ce Journaliſte en ait ufé tout autrement ,
c'est ce qu'on ne comprend pas , à moins
que de fuppofer ou qu'il n'a pû fe difpenter
de critiquer l'Ouvrage , ou que
l'Auteur n'eft rien moins qu'ami des
RR. Peres Jefuites.
M. le Gendre les eſtime , il les honore
& il les aime , parce qu'ils les connoît
pour gens de mérite , pour gens de bien ,
pour gens inviolablement attachez à la
faine doctrine , qui ont toûjours rendu
depuis leur établiffement , & qui continuent
de rendre les fervices les plus importans
à la Religion & au Public .
M. le Gendre tient à honneur & fe
fait un plaifir d'être en liaiſon étroite
avec les plus diftinguez de ces Peres ;
ces Peres , de leur côté , répondent volontiers
à fes fentimens .
Ce qui eft échapé au Journaliſte de
Trévoux , ne pouvant donc venir d'averfion
ni de reffentiment ; reſte à examiner
fi l'Ouvrage étoit de nature à ne
lui pouvoir pardonner,
A tort le Journaliſte lui reproche, page
J213.
1846 MERCURE DE FRANCE .
1213. du Journal , de ne rien dire de nonveau
: qu'on compare l'Ouvrage on à celui
de Des Montagnes ou à celui de Baudier
, qui font les feuls qui ont écrit la
Vie du Cardinal d'Amboiſe , on verra
que M. le Gendre rapporte grand nombre
de faits & de particularitez qui ne
fe trouvent point dans ces deux chétives
Brochures.
·
Il a recueilli éxactement ce qu'il y a
de plus remarquable , non feulement
dans nos Hiftoriens , ce qui fe réduit à
peu de chofe , mais principalement dans
les Hiftoriens étrangers. Du tout il en a
fait un corps d'Hiftoire , où il détaille
les actions de fon Héros , fur la vie duquel
il n'avoit encore rien paru ; je ne
dis pas de bien écrit , mais mêine qui fuſt
fupportable pourroit - on raifonnablement
exiger de lui rien de plus.
D'ailleurs quand il n'y auroit rien de
nouveau dans l'Ouvrage de M. le Gendre
, cet Ouvrage en feroit - il moins eftimable
? Le Public a- t-il fait un crime
à M. Fléchier & M. Marfolier , qui à
pêu de temps près l'un de l'autre , ort
écrit la Vie du Cardinal Ximenes , de
n'avoir rien dit de particulier.
On affure que le Journaliſte qui a fait
l'Extrait du d'Amboife , médite depuis
quinze ou vingt ans de faire une nouvelle
A OUST. 1726. 1847
velle Vie du Cardinal de Richelieu , s'il
lui arrive d'enfanter apr s un fi long
terme , ce fera peut - être d'une fouri : en
tout cas , s'il ne travaille d'imagination
y a t- il lieu de préfumer qu'il puiffe dire
rien de neuf?
>
A tort reproche- t- il , ( a ) à M. le
Gendre , d'exercer par tout une critique
qui fait connoître qu'il craint plus qu'on
ini reproche d'être flateur , que de paroître
moins fincere. M. le Gendre , graces à
Dieu , n'eſt point de ces fâcheux qui trouvent
à redire à tout. Il reprefente dans
fes Hiftoires , les hommes tels qu'il les
connoît , & laiffe au Lecteur à les louer
ou à les blâmer . Pourquoi donc lui imputer
d'être Critique ? Si le faifeur d'Extraits
prenoit plus garde à ce qu'il dit , il
verroit qu'il eft contre la juſtice & contre
l'honnêteté de donner des noms odieux
à gens qui ne les méritent point.
Il reproche , ( b ) à M. le Gendre ,
de n'avoir pas marqué les époques & les
dates de chacun des évenemens. M. le
Gendre n'y a jamais manqué, tant que les
Hiftoriens du temps ont eû foin de marquer
ces dates ; & s'il ne l'a pas fait , c'eſt
qu'il ne les y a pas trouvées. Ecrivant
avec réflexion , il n'auroit garde de hazarder
ce qu'il ne pourroit pû garantir.
( a ) Ibid. ( b) Ibid.
F ce
1848 MERCURE DE FRANCE.
Il pourroit dire pour fa deffenfe que ,
ce n'eft pas des Annales , mais une Hiftoire
qu'il écrit ; mais il eft fi jaloux de
la réputation où il eft , d'être éxact à citer
& dates & garands , qu'il eft bien aife
de faire voir que le reproche qu'on lui .
fait ,n'a point d'autre fondement que le peu
d'attention du faifeur d'Extraits . Qu'on
ouvre le Livre & on verra ce qui en eft.
Dire , comme fait le Journaliſte , ( a )
que les Réflexions de M. le Gendre font
trop hardies , c'est une injure. De fages
Politiques , qui malgré leurs occupations
ont lû le d'Amboife d'un bout à l'autre ,
en ont parlé bien autrement.
/
En effet ces Reflexions font mefurées
& le fel attique dont elles font affaifonnées
, n'a d'âcreté que ce qu'il en faut
pour piquer agréablement .
Que veut dire le Journaliſte , ajoûtant
que ces Réflexions font trop inftructives .
Peuvent elles l'être trop?
Il s'emporte contre M. le Gendre
( b ) fur ce que M. le Gendre dit
que le Cardinal d'Amboife , quelque
guerre qu'il ait foûtenue , ne rétablie
rien de ce qu'il avoit êté des anciens im
pôts. Fait incroiable , s'écrie- t - on , fait
unique depuis la Monarchie , fait impoffible.
Si M. le Gendre , ajoûte -t- on , avois
( a ) Ibid. ( b ) p . 1218. & 1219.
confulté
AOUST. 1726. 1849
confulté les Registres de la Chambre des
Comptes , il n'auroit pas donné cet éloge à
fon Cardinal.
M. le Gendre n'a donné cet éloge à
fon Cardinal , qu'après les Hiftoriens du
temps. Qu'on life (a )Jean de Saint- Geldis,
qu'on life ( b ) Seiffel , & c . ces Hiftoriens
vont jufques à dire , que quelques guerres
qu'il aitfaires ou foutenues , il a chacune
année diminué continuellement les
Tailles & les Aydes. Seiffel après avoir
fait un affez long dénombrement des
guerres qu'eût Louis XII . jufques & y
compris la feconde Conquête de Genes ,
non pourtant , dit- il , ( c) pour toutes ces
guerres & dépenses , il n'a jamais rien
mis fur le Peuple , mais a toujours diminué
, comme dit eft.
D'ailleurs eft- il impoffible que fans
rien rétablir des anciennes impofitions ,
le Cardinal d'Amboife ait foutenu de
grandes guerres ; fi la vivacité du faifeur
d'Extraits lui permettoit d'aller moins
vîre, il eût vû dans le Livre VI.quelles furent
les reffources de ce Premier Miniftre.
Je ne fçai par quel motif le Journaliſte ,
(d) lui en veut. C'eft pitié , comme il mal-
( a ) P. 122. in 40. chez Pacard , à Paris ,
1622. ( b ) P. 66. chez le même , 1617.
( c) Ibid. p. 135. (d) p. 68. & ſuiv. de l'in 12 .
2. vol.
Fij traite
1850 MERCURE DE FRANCE.
traite ce grand Homme. Je n'en citerai
ici que quelques endroits .
Il lui reproche , ( a ) de ne s'être jamais
oublié en fervant fon Maître ; & qu'ayant
eû beaucoup de zele pour le fervice de
Louis XII. il en avoit encore plus pourfa
propre élevation.
il l'accufe , ( b ) d'avoir facrifié jufqu'à
fon propre honneur à la fortune de fes
proches , ( c ) gens fans mérite , & qui
n'étoient pas dignes des emplois qu'il leur
procuroit.
Il dit , ( d ) que l'ambition de ce Cardinal
le rendit plufieurs fois le jouet de toute
l'Europe.
Le Journaliſte lui en veut fi fort , que
quoique la verité l'eût obligé d'avouer ,
(e ) que les belles qualitez de d'Amboife .
étoient beaucoup plus grandes que celles des
autres ; lui - même le contredifant , die
dans un autre endroit , (f) qu'on ne conviendra
pas que d'Amboife ait égalé ou
furpaffé les Cardinaux Miniftres , à qui
M. le Gendre le compare.
Le Journaliſte ne craint- il point qu'en
faifant ainfi le procès au Cardinal d'Amboiſe
, il ne révolte les gens de bien , &
que lui faifant auffi le fien , ils ne le trai-
(a) p. 1220. (b ) p. 1224. 1225.1231 . ( c ) Seiffel,
Auteur contemporain , en parle bien autrement,
P. 154. (d) P. 1246. ( e) 1247, ( f) 1260.
tent
AO UST. 1726. 1851
tent de témeraires on épargne à ce faifeur
d'Extraits d'autres épithetes plus expreffives
que fans doute il mériteroit , pour
avoir infulté crûment un Cardinal Premier
Miniftre, dont la memoire eft en benediction
, & qu'on a honoré avant & après fa
mort du titre glorieux de Pere du Peuple.
Il manque bien des chofes à ce Journaliſte
pour juger fainement des Livres ,
il paroît n'en faire l'Extrait que de mémoire,
& fur ce qui lui en demeure, en ne
les lifant qu'en courant. Cette précipitation
lui a fait faire de lourdes fautes
dans fon Extrait . Si on ne les releve pas
toutes ici dans la crainte d'être trop long,
on ne sçauroit fe difpenfer d'en remarquer
du moins quelques - unes , afin de lui faire
fouvenir de prendre garde à ce qu'il dit .
11 dit , ( a ) que la Dame de Beaujeu ,
fille de Louis XI. fut Régente du Royau
me pendant la minorité de Charles VIII .
S'il avoit confulté la Vie de d'Amboife ,
il y auroit appris qu'à la mort de Louis
XI. Charles VIII . n'étoit point mineur ;;
qu'à caufe de cela il fut dit aux Etats de
Tours , qu'il n'y auroit point de Regent ,
que le Royaume feroit gouverné par un
Confeil , & que la Dame de Beaujeu
auroit foin de l'éducation de fon frere le
jeune Monarque .
( 4 ) Page 12144-
Fiij
En
1852 MERCURE DE FRANCE
Én parlant de la Victoire de Saint - Au
bin , que remporta en Bretagne Louis de
la Tremouille , le Journaliſte ( a ) par
avance lui donne le titre de fameux.
La Tremoüille ne l'étoit point encore
puifque c'étoit fon coup d'effai , & qu'il
n'avoit alors que vingt-cinq ans.
Voici quelque chofe de plus , qui fait voir
le peu d'attention du faiſeur d'Extraits.
Deux Cordeliers , dit- il , ( b ) obtinrent
enfin la liberté de d'Ambroife . Sur
ces entrefaites François II. Duc de Bretagne
mourut & ne laiffa que deux filles ,
dont Anne , qui étoit l'aînée , fut fiancée.
Le Journaliſte ignore qu'elle fut mariée
par Procureur , à Maximilien , fils de
l'Empereur Frederic III. & par les intri
gues de d'Amboife , épousa peu de temps
après Charles VIII. Alors on rappella
d'Anboife , & la fin de fonéxil fut la
récompenfe de cet important fervice : depuis
fon retour à la Cour il engagea le
Roy à faire revenir le Duc d'Orleans.
Pour que ce narré fuft veritable , il
faudroit fuppofer , 1 ° . que d'Amboife
fortit de prifon dans le temps que mourut
François II . Duc de Bretagne. 2 ° . Qu'au
fortir de prifon d'Amboife fut exilé ,
c'est - à-dire , envoyé dans fon Diocèle .
3. Que ce fut pendant fon éxil que
( a ) P. 1215. ( 6 ) Ibid., ;
d'AmAOUST.
1726. 185
d'Amboife négocia le mariage de Charles
VIII. avec l'héritiere de Bretagne .
4° . Que ce n'eft qu'après ce mariage
que d'Amboiſe revint à la Cour,& qu'il
Y fit rappeller Louis Duc d'Orleans .
Toutes abfurditez dans lefquelles le
Journaliſte ne feroit point tombé , fi en
faifant l'Extrait , il avoit eû le d'Amboife
devant les yeux , car il y auroit yû .
1 ° . Que François II . Duc de Bretagne
mourut au mois de Septenib.e 1488 .
2 ° . Que d'Amboife fortit de prifon en
Février 1489. 3 ° . Qu'il revint à la Cour
en 1490. 4° . Que c'eſt avant le mariage
de Charles VIII. avec la Ducheffe de
Bretagne , qui fe fit en Décembre 1491 .
que le Duc d'Orleans fut rappellé auprès
du Roy. C'eſt ainfi que par trop
de précipitation
on tombe , faute de reflechir ,
dans les erreurs les plus groffieres .
C'eft par précipitation , que parlant
( a ) de la diffolution du mariage de Louis
XII. avec Jeanne fille de Louis XI . le
Journaliste dit , ( b ) que d'Amboife obtint
fans peine cette grace du Pontif
Alexandre VIII. Par deux fois en parlant
du Pape , il dit Pontif & non Pontife
, c'eft ainfi que parle le Peuple.
el Autre chofe bien plus importante eft
de dire que la diffolution d'un mariage
( 4 ) P. 1219. ( b ) Ibid. & 1231.
F iiij eft
1854 MERCURE DE FRANCE .
eft une grace. Si le Pape eft le maître
d'accorder cette grace , Clement VII . eut
grand tort de l'avoir refufée à Henry
VIII . Roy d'Angleterre. Cette diffolution
eft d'une juftice la plus étroite &
non une affaire de grace , autrement on
pourroit douter de la légitimité des enfans
qui naîtroient d'un mariage ſubſéquent.
Un Theologien , un Canonifte
peut -il s'expliquer en ces termes ?
C'eſt par précipitation qu'après la déroute
des Genois , qui dans une fortie perdirent
jufques à dix mille hommes , le
Journaliste dit que leur Doge , appellé de
Nove, n'eut plus d'autre reffource que de demandergrace.
au Vainqueur. Si pour faire
l'Extrait, le Journaliſte eût lû l'Ouvrage,
il y auroit trouvé que le Doge après la déroute,
s'enfuit dès la nuit fuivante, & que
ce ne fut qu'après fa fuite que les Genois
abandonnez demanderent à parlementer.
Une autre bévûë du Journaliste , eft
de fe plaindre , ( a ) que M. le Gendre
en parlant des Exploits du Cardinal
Ximenez ne lui a point attribué la
Conquête du Royaume de la Ville de
Grenade. Eh ! comment M.le Gendre, qui
prend garde à ce qu'il dit , la lui auroitil
attribuée ? puifque c'eft Ferdinand &
Ifabelle , Rois Catholiques , qui avoient
( a ) Page 1253 .
fait
AOUST . 1726 .
1855
fait cette Conquête en 1492. long- temps
avant que le Cardinal fuft à la tête des
affaires.
Arrêtons ,& par confideration pour l'habit
, épargnons celui qui le porte. Si nous
avons été contraints de relever quelquesunes
de les fautes , ce n'eft que pour lai
apprendre à ne plus , de gayeté de coeur,
par une espece de guet- à- pens , piller fi
mal à propos les amis de fa Compagnie.
M. le Gendre n'eft point fenfible aux
louanges forcées que lui donne le Journalifte.
Le fort d'un Ouvrage dépendant
du goût du Public , M. le Gendre attendu
avec refpect que le Public s'expliquât
fur la nouvelle Vie du Cardinal
d'Amboife . Le Public l'a fait favorablement
par le débit heureux de deux édi
tions en fix mois. On en prépare une
troifiéme , fi elle fe vend auffi promtement
, M. le Gendre fera plus que content
d'une approbation fi autentique .
Il fouhaite auJournaliſte un pareil fuccès
pour la nouvelle Vie du Cardinal de
Richelieu , que ce Journaliſte médite depuis
quinze ou vingt ans. Si après autres
vingt années , il enfante enfin cette Viequi
eft demeurée jufqu'à prefent dans
les efpaces imaginaires , ce fera pour elle
un grand bonheur , fi fans être affichée ,
'il s'en débite en un an deux ou trois éditions
complettes.
Fy Quel
1856 MERCURE DE FRANCE .
Quelque chofe de meilleur à fouhaiter
au Journaliſte , c'eft d'être plus circonfpect
à faire fes Extraits , pour ne point
s'attirer de réponſes defagréables de la
part des Auteurs , & une févere réprimande
de la part de fes Superieurs . A
Paris ce 31. Juillet 1726.
AVANT - PROPOS
Du Difcours en forme de Dialogue , pro-.
noncé à l'Académie de Peinture , par
M. Coypel , Premier Peintre de Monfeigneur
le Duc d'Orleans , le Samedy
6. de Juillet.
MESSIEURS,
Avant que d'avoir l'honneur de vous
lire ce Dialogue , je crois devoir vous
en donner une legere idée , & ne pouvoir
vous déclarer trop tôt que ce n'eft
point l'envie de donner des préceptes fur
la Peinture , qui m'a porté à l'écrire. Eh
de quel front un jeune homme oferoitil
les étaler devant une auffi refpectable
Affemblée ? devant fes Maîtres , enfin ?
car je me ferai toûjours honneur de vous
reconnoître pour tels ; & le feul defir de
trouver l'occafion de le dire publiquement
AOUST. 1726. 1857
ment , auroit fuffi pour m'engager à écrire
l'Ouvrage que je vais avoir l'honneur
de vous communiquer ; mais voici la
raiſon qui m'y a abfolument déterminé.
Monfeigneur le Duc d'Orleans m'ayant
ordonné de l'entretenir quelquefois fur
la connoiffance de la Peinture , j'ai crû
ne pouvoir trop prendre de foins pour
mettre en ordre les reflexions que j'ay
faites fur cette matiere. Il m'a paru que
je devois commencer par lui démontrer
que la Peinture n'ayant pour objet que,
la parfaite imitation de la Nature , tout
homme de bon fens & d'efprit , fans avoir
étudié les myſteres de cet Art , eft à portée
de fentir les grandes beautez d'un
Tableau , & de faire fouvent d'excellentes
critiques. J'ay donné à cet Ouvrage
la forme de Dialogue , efperant par ce
moyen y jetter plus de vivacité .
Je mets un veritable connoiffeur en
converfation avec un homme d'efprit qui
n'ayant jamais eû de principes fur la Peinture
, n'afe s'en rapporter à fes yeux ,
ou pour dire plus , n'ofe céder au plaifir
qu'il reffent en voyant des Tableaux
dans la crainte de n'être pas fatisfait felon
les regles.
Voilà en general mon plan . Malgré
les foins que j'ay pris pour le remplir ,
je croirois mal fervir le grand Prince
F vj pour
1858 MERCURE DE FRANCE
pour lequel j'ay travaillé , fi j'ofois lui
prefenter cet Ouvrage fans en avoir fait
part à cette illuftre Compagnie . Il y va
même de votre interêt , Meffieurs , à me
prêter vos lumieres dans une fi belle
Occafion . Que pouvez vous fouhaiter
de mieux , que de voir ceux à qui vous
cherchez à plaire , chercher à leur tour
à approfondir les beautez des Ouvrages
que vous leur prefentez ?
Mais quand même un fi puiffant motif
ne vous engageroit pas à m'honorer
de vos avis , les bontez que vous avez
toûjours eûes pour moy , me feroient eſperer
que vous voudriez bien ne me les
pas refufer. Depuis le malheur que j'ay
eû de perdre dans un pere tendre , un
maître éclairé ( car , Meffieurs , je crois
pouvoir & même devoir en parler ainfi
après les marques de diftinction qu'il
avoit reçûs de vous ) depuis, dis- je , cette
terrible perte,combien ay-je trouvé de fecours
parmi vous ! avec quelle generofiré
m'avez vous permis de vous confulter : Je
ne puis encore reconnoître de fi grandes
bontez qu'en les publiant. C'eft à vous ,
Meffieurs , en les continuant , à achever
de m'en rendre digne , en achevant de
m'éclairer.
A la fin de la Lecture , M. de Boullongne
, Premier Peintre du Roy & Directeur
A O UST. 1726. 1859
teur de l'Académie , fit compliment à M.
Coypel fur fon Difcours , en lui diſant
qu'il joignoit à la Peinture l'Eloquence
& les belles Lettres ; qualitez qui le rendoient
recommandable & le diftinguoient
dans fon Art.
Nouveau Tableau de Sainte Geneviève.
Meffieurs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers du Corps
de Ville de Paris , voulant laiffer un
Monument éternel de leur reconnoiffance
envers ſainte Geneviève , Patrone de
cette Ville , pour la protection qu'elle
lui accorde continuellement , & fpecia--
lement pour celle de l'année paffée par
la confervation des biens de la terre
ont fait placer pour ce fujet dans l'Eglife
confacrée à cette Sainte , un grand.
Tableau peint par M. de Troy le fils ,
Peintre du Roy & Profeffeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture..
Tous les préparatifs étant faits dans
l'Eglife de fainte Geneviève , qui fe trouva
richement ornée , le mécredy 17.
Juillet à 7. heures du foir la folemnité.
fut annoncée par le fon des cloches . La
Châffe de fainte Geneviève fut alors découverte
par devant & entourée du luminaire
ufité en pareilles occafions .. Le
leng
1860 MERCURE DE FRANCE.
lendemain vers les 9. heures du matin
arriverent à fainte Genevieve Meffieurs
le Prévôt des Marchands , les Echevins ,
le Procureur du Roy , les Confeillers
de Ville , & c. Ils étoient fuivis de la
Compagnie de leurs Gardes , & ils furent
reçûs à la porte de l'Eglife par
douze Chanoines Réguliers , ayant à leur
tête le Prieur , qui complimenta M. le
Prévôt des Marchands. Auffi -tôt que
Meffieurs de Ville furent introduits dans
la Nef, le Tableau qui étoit déja placé ,
mais qui étoit refté voilé , fut découvert ; -
cette Compagnie l'offrit à la Sainte Pro
tectrice de Paris au nom de toute la
Ville . Une grande Meffe fut enfuite
célebrée en prefence du Corps de Ville
; les Porteurs de la Châffe y affifterent
auffi , & la céremonie fut terminée
par un Te Deum folemnellement
chanté & afin que les Pauvres mêmes
de la Paroiffe de S. Etienne du Mont ,
dépendante de l'Abbaye de fainte Geneviève
, priffent plus de part à la joye
publique , Meffieurs de Ville leur avoient
donné genereufement dès la veille la fomme
de cinq cens livres.
Sujet & Allégories du Tableau.
La Ville de Paris fe joint à la France.
•
pour
AOUST. 1726 1868
"
pour prier fainte Geneviève de lui accorder
fon interceffion , pour faire ceffer
les pluies continuelles qui fembloient
vouloir defoler ce grand Royaume. Lav
Ville de Paris eft reprefentée par M. de
Châteauneuf, les quatre Echevins , les
trois Officiers & le Colonel de cette
Ville qui fe joignent à la France . Elle
= paroît fous la figure d'une grande fem-
'me majestueuſe , vétuë d'un Manteau
Royal femé de Fleurs de Lys fans nom- ·
bre , doublé d'hermine , avec la Couronne
de France fur la tête. Elle eft à
genoux fur un Globe où font les trois
Fleurs de Lys réprefentant les Armes
de nos Rois , & au deffus ce mot ( LA
FRANCE ) pour marquer la topographie
de cet Etat. La Sainte eft en haut fur
un nuage , joignant fes mains vers le
Ciel . Elle a dépofé fon cierge , qui
eft fon attribut , entre les mains d'un
Ange tutelaire de la France , qui joint
fes prieres à celles de ce Royaume Un
peu au- deffous eft reprefenté le Verfeau
fous la figure d'une femme , couverte
d'une draperie fombre
> comme étant
toûjours enveloppée de la pluie. Elle a
entre fes mains fon Urne toûjours pleine
d'eau & toûjours prête à verfer ; cependant
elle regarde en haut comme
attendant fes ordres de Dieu. Un
و
Ange
1882 MERCURE DE FRANCE.
Ange envoyé du Ciel , lui redreffe
cette Urne , & par ce moyen l'empêche
de répandre. Un autre Ange audeflus
fouffle & diffipe les nuages contraires
, ce qui fait paroître l'Arc - en-
Ciel , qui eft ordinairement le préſage
du beau temps . Les autres Figures qui
font en bas ne font que pour la compofition
du Tableau , n'ayant qu'un rapport
épifodique au fujet .
Quant à la Scene du Tableau , il faut
fuppofer que le Corps de Ville fort de
fon Hôtel pour aller au-devant de la
France.
La délicateffe de l'Auteur de ce grand
Ouvrage nous engage à faire remarquer
que les Têtes des principaux perfonnages
ont été peintes à part , fur des toiles
particulieres , par M. de Troy fon
pere , ancien Directeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , dont
les grands talens font generalement connus
.
Au bas de ce Tableau , qui eft de 18 .
pieds de haut , fur 12. de large , on a
mis dans un cartouche l'Infcription fuivante
en lettres d'or fur un fond d'azur.
A la gloire de Dieu Tout- Puiffant , ce
Tableau a été offert au nom de la Fille
de Paris , pour laiſſer à la Pofterité un
J
m0-
AOUST . 1726. 1863
Monument de fa reconnoiffance envers
·Dieu , qui , flechi par les prieres de
Sainte Genevieve , dont la Chaffe a été
portée en Proceffion le 6. Juillet 1725.
a confervé les biens de la terre , malgré
Les pluyes continuelles qui menaçoient le
Royaume d'une extrême difette. L'an de
J. C. 1725. & le 10. du Regne de Louis
XV. de la Prévôté de Meffire Pierre- Antoine
de Caftagneres , Chevalier Marquis
de Châteauneuf & de Marolles , Confeiller
d'Etat ; de l'Echevinage d'Etienne-
Laurent, Ecuyer , Confeiller du Roy &
de la Ville, Matthieu Goudin , Ecuyer
Confeiller du Roy , Notaire au Châtelet ;
Jean Hebert , Ecuyer , Confeiller du Roy ,
Quartinier. Jean - François Bouquet ;
Ecuyer. Etant Antoine Moriau , Ecuyer ,
Procureur & Avocat du Roy & de la
Ville , Jean - Baptifte - Julien Tailbout ,
Ecuyer , Greffier en Chef, Jacques Boucot
, Ecuyer , Confeiller du Roy , Receveur.
Ce Tableau a été placé à l'endroit où
étoit l'Epitaphe du fameux Deſcartes ,
que l'on a enlevée pour être placée au
pillier qui eft vis- à - vis .
M. de Troy de fils eft auffi l'Auteur
d'un très- grand Tableau de 15. pieds de
large fur 1o. de hauteur , qui a été polé
le
1864 MERCURE DE FRANCE .
le 1o . de ce mois dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville. Il reprefente le
Corps de Ville , faifant compliment au
Roi & à la Reine fur leur Mariage . Le
Roi & la Reine font fur leur Trône
couronnez par l'Hymen & l'Amour .
Le Duc de Bourbon eft à la droite du
Trône , &c. Cette grande Compofition
fait beaucoup d'honneur à fon Auteur.
Le fieur de Baillieul , Géographe & In
génieur , demeurant à Paris , rue S. Severin
, au Soleil d'or , donne avis qu'il
a gravé à vûë d'Oiseau , & mis au jour
la fameufe Machine de Marly , qui éleve
l'eau de la Seine à 535. pieds de
haut ,'en fix grandes feuilles , avec une
defcription des Rouës , Balanciers , Puifards
, Réſervoirs , Château , Pavillons
& Jardins de Marly , & de la maison de
Madame de Cavois à Lucienne , l'Acqueduc
de ce Village , & autres maiſons
fituées fur la côte. Cette Eftampe eft
l'unique qui a été gravée exactement , les
deffeins ayant été faits fur les lieux avec
un très - grandfoin , par M. Lievin Cruyl ,
Prêtre , natif de Gand. Cette Eftampe fe
vend 6. livres chez l'Auteur.
Nous parlerons dans peu d'une autre
Eftampe de trés- grande confequence
qu'on grave actuellement d'après un
t
Tableau
J
AOUST 1726. 1865
Tableau de M. de Troy le fils , dont on
vient de parler , reprefentant la Peſte de
Marſeille. C'eft une Compofition d'autant
plus belle , qu'elle excite toute la
terreur que le fujet demande.
Le fieur Mouret , Muficien de la
Chambre du Roi , fi connu par les differens
Ouvrages que le Public a goûté ,
vient de lui donner encore le Recueil des
divertiffemens du nouveau Theatre Italien
, gravé très- correctement , avec toutes
les Simphonies , Accompagnemens ,
Airs des Ballets , pour les Violons , la
Flute , la Mufette , & autres Inftrumens,
Airs Italiens , Airs à boire & ferieux ,
avec tous les Vaudevilles & Couplets
nouveaux , qui font à la fuite de tous ces
Divertiffemens . Cet Ouvrage eft en trois
Volumes in 4. chaque Volume fe vend
12. livres en blanc , & 13.1 . 10. f. relié
proprement,on vendra feparément , fi l'on
veut , les Simphonies. Le même Auteur
a donné auſſi depuis peu , un Livre de
Sonnates , pour deux Flutes traverfieres.
On trouve tous ces Ouvrages chez l'Auteur,
Place du Palais Royal, près le Caffé
de la Regence , ou chez le fieur Boivin ,
à la Regle d'or , ruë S. Honoré , & à la
Porte de la Comédie Italienne .
On
7
1866 MERCURE DE FRANCE.
On a éprouvé depuis peu àBerne de notiveaux
Canons inventez & perfectionnez
par M. Warttemberger , Colonel d'Artillerie
, & dont chaque piece tire treize
coups dans l'efpace d'une minute. On
en fit l'experience le 13. de ce mois . La
Garniſon de Berne , aprés avoir été exercée
par fes Officiers , reprefenta un
Combat , dans lequel deux de ces pieces
de canon furent fervies & tirerent avec
tant de fuccés , que l'on eut dit qu'il y
avoit une nombreuſe Artillerie , le feu
du canon allant plus vite que celui de
la Moufqueterie .
On écrit de Londres , que la Lionne
qui eft dans la Tour , & qui fit trois
petits , il y a environ 18. mois , eft fur
le point d'en faire d'autres.
Ĉes Lettres ajoûtent , que les Proprietaires
des Habitations de l'Ile des Barbades
& de la Carokne , ont pris la refolution
d'y planter des arbres de Café
& des arbriffeaux de Thé. Les premieres
cultures qu'ils en ont faites leur font
efperer que l'execution de ce projet fera
très-profitable à l'Angleterre.
Le Roi d'Espagne vient d'établir à
Madrid un nouveau College pour inf
truire dans toutes les Sciences de jeunes
Gen-
U
AOUST. 1726. 1867
Gentilshommes , tant Efpagnols qu'Etrangers.
S. M. en a donné la direction.
aux Jefuites , parce que ce nouveau College
fera de la dépendance du College
Imperial , & elle a affigné pour cette
fondation , les 4. deniers pour livre de
Tabac , diftrait de la Ferme generale , &
qui avoient été accordez pendant un tems
l'Hôpital Royal , pour les dépenfes extraordinaires
des nouveaux Bâtimens
qu'on y a conftruits. Outre ce revenu
annuel que la Chambre de Caftille eft
tenue de payer à perpetuité , elle a ordre
de fournir d'avance au P. Recteur
ioo. mille ducats , pour acheter une
Place & bâtir ce nouveau College .
>
On écrit de Barcelone que cinq jeunes
Garcons , allant fe promener fur la
fin du mois dernier à l'Hermitage de
Saint Bertrand à une demie - lieuë
de la Ville , & ayant mangé inconfiderément
d'un fruit rouge d'une plante ,
qui eft affez commune , au pied de la
Montagne du Moulin , ils avoient reffenti
dans l'inflant des douleurs très - vives
& une grande alteration ; que quaitre
d'entr'eux , qui étoient allez auffitôt
boire à la Fontaine de S. Bertrand,
étoient reftez fans connoiffance
des convulfions affreufes & extraordinai1868
MERCURE DE FRANCE
nairement enflez , qu'on les avoit porte
à la Ville , où ils étoient morts le len
demain , fans que les remedes qu'on leur !
fit prendre leur euffent donné aucun foulagement
, & que le cinquième qui n'avoit
pas bû , ayant eu des accidens moins
violens , avoit reſiſté à la force du venin
. Les Medecins de Barcelone font occupez
à faire des experiences , pour connoître
quelles font les qualitez venimeufes
de cette Plante , qu'on croit être
une espece de Strofavium .
On apprend de Florence , que le 18 .
du mois dernier les Académiciens de la
Crufca , s'étant aflemblez extraordinairement,
reçûrent pour un de leurs Membres
, le Prince Antoine de Parme , oncle
de la Reine d'Espagne.
Le fieur de Beauchefne , Medecin du Duc de
Richelieu , donne avis au Public qu'il a un Remede
Topique, qui appaife entierement les douleurs
de la goutte la plus maligne en deux heures
de temps quand elle eft nouvelle , & dans
quelques heures de plus quand elle eft ancienne.
Il ne prétend pas ôter la caufe du mal , mais
il affure qu'il donne la liberté d'agir en affer
miffant la partie malade , & qu'on peut fe fervir
de ce Topique pendant fix mois fans en être
incommodé. Il affure auffi que ce Remede guerit
en moins de deux jours la Sciatique & le
Rhumatiſme , & les autres douleurs de nerfs ,
enforte
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1013
791
A OUST . 1726. 1869
>
orte que , felon les differens temperamens
fera environ deux ans fans reffentir aune
douleur , au bout duquel tems , fi on y
: - bligé , on appliquera de nouveau ce Reme-
C'elt une liqueur qu'il vend fix livres la boue
, & le double quand on doit la tranſpor
rfur mer. Ce Remede fe débite chez le fieur
Budard , Maître à danſer , rue des Boucheries ,
artier S. Honoré.
Chaubert , l'un des Libraires du Joural
des Sçavans , avertit le Public , qu'il
emeure préfentement à l'entrée du
Quay des Auguftins , du côté du Pont
. Michel . On trouvera chez lui , à l'orinaire
,tous les Livres periodiques & les
Nouveautez Litteraires .
Médailles du Roi & de la Reine , frappées
pour le premier jour de l'an 17 26 .
Les deux Médailles qu'on donne ici
gravées en Taille- douce , ont toutes deux
d'un côté le Portrait du Roi avec la Légende
ordinaire ; & fur le Revers , celui
de la Reine avec cette Legende Ma-"
ria Regis Stanifl . Fil. Fr. & Nav. Regina.
V. Sept. M. DCC. XXV.
La Reine eft reprefentée dans la petite
Médaille en habit de Cour ; & dans la
grande , le Bufte de cette Princeſſe eſt
dans le goût des Médailles antiques ,
avec
1870 MERCURE DE FRANCE.
avec un petit mêlange de la Coëffure,
moderne dans les ornemens de tête. L'E
poque du 5. Septembre 1725. a rapport
au Mariage de Leurs Majeftez.
- M. du Vivier , qui excelle dans fon
Art , a gravé les poinçons & les coins
de ces deux Médailles , lefquelles ont
été fort goûtées , tant pour l'Ouvrage que
pour la reffemblance des têtes.
******И⭑MMMMM¥¥¥¥¥
SPECTACLES .
E 1. de ce mois , les Comediens Fran-
Leois
dans leur Affemblée , une Piece en Vers
libres avec un Prologue , de la compofition
du Chevalier Pelegrin , intitulée
Le Paftor Fido , Paftorale , Heroï - Tra
gique , en trois Actes .
Depuis la Sylvie de Mairet , on n'a
gueres vû de Paftorale fur notre Scene.
Sorel dit dans fa Bibliotheque Françoiſe
, que , la Sylvie de Mairet , Tragi-
Comedie-Paftorale , fut une des premieres
Pieces qui mirent le Theatre en reputation
. On apprend cependant dans la
Préface de cette Piece , imprimée à Paris
en 1628. que c'étoit le premier
fruit de la jeuneffe de cet Auteur .
Les
AOUST. 1726. 1871 .
Les deux Paftorales d'Endimion &
d'Amarante , de Gombaud , parurent vers
ce temps - là.
de
Les Bergeries , Paftorale de Racan ,
près de 3000. Vers , parut à peu près vers
le même temps .
La Paftorale d'Amarillis de Rotrou
fit grand bruit vers l'an 1650. On la joïà
plus de 30 ans après , fous le titre de la
Celimene .
•
En 1668. la Paftorale de Delie , qu'on
trouve dans les Oeuvres de Champmêlay.
Nous avons de Quinault , les Amours
de Lyfis & d'Hefperie , Paftorale allego,
rique.
Il parut en 1695. une Paftorale d'A
marillis , du fieur Pafferat , & une autre
du fieur Guerin en 1699. fous le titre
de Mirtil & Melicerte.
Le 10. Août les Comediens Italiens
donnerent la premiere reprefentation
d'une Piece nouvelle , Françoife , en
trois Actes , précedée d'un Prologue , ornée
de Divertiffemens , de Chants & de
Danfes , qui a pour titre Les Comediens
Efclaves. L'abondance des matieres nous
empêche de donner l'Extrait de cette Picce
qui a un très- grand fuccès . On en
G parlera
1872 MERCURE DE FRANCE.
parlera plus au long dans le prochain
Mercure .
Les mêmes Comédiens reprefenterent
le 25. du mois dernier , l'Amour Précepteur
, Comédie nouvelle , en Profe ,
que le Public a vûe avec beaucoup de
plaifir . En voici un Extrait ,
;
ACTEURS.
Alberty , Gentilhomme Venitien Le
Sieur Mario.
>
Lelio , Amant de Flaminia , & fils d'Alberty
, le Sieur Lelio , fils.
Sylvia , fille d'Alberty , La De Sylvia.
Henriette , Pupille d'Alberty , la plle
Thomaffin.
Spinette , Domestique d'Alberty ,la Dile
Lalande.
Arlequin , Domestique d'Alberty , le
Sieur Thomaffin.
Flaminia , Amante de Lelio , la Dlle Riccoboni.
Trivelin , Valet de Flaminia , le Sieur
Dominique.
Horace , oncle de Flaminia , le Sieur P4-
quety.
La Scene eft à Venife .
> ACTE
AOUST. 1726.
1873
ACTE I.
Alberty veut marier fon fils Lelio avec
une fille d'environ onze ans, que fon pere,
en mourant , a laiffée fous fa tutelle avec
cent mille écus de bien . Alberty trouve ce
parti trop avantageux pour le laiffer échaper
; mais par malheur fon fils ne fçau-
Toit fe réfoudre à l'accepter. II eft devenu
amoureux de Flaminia , pendant
quelques années qu'il a paffées à Bou- ,
logne pour y faire fes études. Il déclare
à fon pere qu'il ne fera jamais qu'à Fiaminia.
Alberty, à qui la dot de cent
mille écus tient fort au coeur , fait valoir
en vain l'autorité de pere. Lelio
perfifte toujours dans fa réfolution , ce
qui oblige Alberty de prendre le parti de
faire obferver toutes fes démarches .
Comme fon fils eft encore jeune , il croit.
ne pouvoir mieux faire que de lui donher
un Précepteur , jufqu'au tems du mariage
qu'il a arrêté dans fa tête . Sa jeune
pupille ne le fouhaite pas moins que
lui , & s'en explique même à fon prétendu
, avec une vivacité convenable à fon
âge. Au premier bruit de ce mariage, Flaminia
eft partie de Boulogne avec fon Valet
Trivelin. Elle vient loger vis - à- vis
la maison d'Alberty , ce qui occafionne
Gij
un
1874 MERCURE DE FRANCE .
un changement de Théatre dans le même
Acte. Elle s'informe de tout ce qui
fe paffe chez Alberty ; & ayant appris
qu'il cherche un Précepteur pour fon
fils , elle forme la réfolution de s'introduire
chez fon Amant , fous une fi galante
metamorphofe : voilà ce qui fait la
matiere du premier Acte ; nous n'entrons
pas dans le détail de quelques Scenes
purement accefloires , & qui nous paroiffent
inutiles pour l'intelligence , quoiqu'elles
foient d'ailleurs très - amufantes,
& très- propres au Jeu Italien .
A CTE I I.
Après une premiere Scene , dans laquelle
Sylvia donne des leçons à Henriette
pour le faire aimer de Lelio , Flaminia
paroît dans le fond de la Place avec
Trivelin; elle eft traveftie en Docteur ;
& voyant Alberty à portée de l'entendre
, elle fait une Scene très - vive avec
fon Valet transformé comme elle en Doc .
teur , mais d'une claffe inferieure . La Scene
roule fur les grands Hommes de l'antiquité
, dont Flaminia rabaiffe les vertus,
par les défauts qui ont diminué leur gloire.
Voici par où finit cette Scene qui a
fait beaucoup de plaiſir ;
FlaAOUST.
1726. 1875
Flaminia fous le nom de Frederico..
Enfin , tous ces Heros fi vantez dans l'Hif
toire ,
Avec trop d'injuſtice ont acquis de la gloire ;
Des défauts éclatans les rendent odieux ;
Jamais un faux brillant n'ébloiiira mes yeux.
Ils ont facrifié tous les jours de leur vie
A la noire fureur , l'ambition , l'enve
Plus grand qu'eux mille fois , pur dans mes
actions ,
Je fçais morigener , dompter mes paffions.
Trivelin.
Oui vous êtes vraiment plus fage qu'on ne
penfe ,
La moderation , & furtout le filence ,
Eft la grande vertu qu'en vous on voit briller !
Vous avez le talent de ne gueres parler ...
Mortbleu tous vos difcours ne font que me
confondre ;
On n'a pas feulement le tems de vous répondre.
Alberty qui n'a pas perdu un mot de
ce docte babil , croit ne pouvoir rien fai
re de mieux , que de donner le faux Doc-
Giij teur
1876 MERCURE DE FRANCE.
teur pour Précepteur à fon fils. Flaminia
, fous le nom de Frederico , accepte la
propofition qu'il lui en fait ; mais Lelio
fe revolte au feul nom de Précepteur. Il
ceffe bien- tôt d'être rebelle aux ordres
de fon pere , il reconnoît fa chere Fla
ninia dans ce Précepteur , dont le feul
nom lui faifoit horreur . Cette reconnoiffance
n'éclate point aux yeux d'Alberty
, qui attribue à l'autorité de pere ce
qui n'eft qu'un effet de ce même amour
qu'il voudroit éteindre dans le coeur de
fon fils. Il rentre chez lui après avoir
ordonné au Diſciple d'avoir une entiere
déference aux préceptes du nouveau Docteur
. Henriette recommande au faux
Frederico de difpofer le coeur de fon Eleve
à bien aimer celle qui doit être fon
Epoufe . Frederico ne manque pas de lui
faire cette leçon d'une maniere équivo
que , & qui n'a que Flaminia pour objet.
Sylvia n'a pas plutôt vû le beau Précepteur
, qu'elle en devient amoureuſe ,
ee qui prépare de très jolis incidens
pour le dernier Acte .
·
ACTE III.
Sylvia paroît dans une agitation dont
elle eft allarmée ; elle ne peut bannir
de fa memoire la charmante idée de l'aimable
AOUST. 1726. 1877
mable Précepteur qu'elle vient de voir.
Le foin de fa gloire la détermine à prier
fon pere de le renvoyer. Lelio , à qui elle
en parle , en eft très- allarmé , il la
prie très - férieufement de lui laifler fon
cher Frederico. Alberty vient , & les
fait fortir tous deux pour parler fecretement
à Frederico . Cette précaution irrite
la curiofité de Sylvia , & la fait réfoudre
à fe cacher pour entendre cette
converfation , où elle doit avoir plus de
part qu'elle ne penfe ; en effet , Alberty
charmé d'avoir dans fa maifon un tréfor
auffi précieux que ce nouveau Précepteur
lui propofe , pour le fixer chez
lui , de vouloir bien devenir fon gendre,
en époufant Sylvia . Frederico lui répond
d'une maniere équivoque , qu'il fera
trop heureux de pouvoir entrer dans fa
famille . Sylvia n'a pas plutôt entendu
cette réponſe , qu'elle fort de l'endroit
où elle étoit cachée , pour affurer fon
pere qu'elle n'aura jamais d'autre volon
té que la fienne.
Le dénouement de cette Piece a paru
un peu embrouillé au Public. Le voici.
Trivelin arrive travefti en Spadaffin ;
il eft chargé d'une Lettre qui s'adrefle
au Seigneur Alberty , & qui le fomme
de fe trouver en certain lieu & à certaine
heure , l'épée à la main , avec un
G iiij in1878
MERCURE DE FRANCE.
connu , qui fe dit mortellement offenfé:
Frederico qui a concerté ce nouvel incident
avec Trivelin , lui donne un foufflet
, & le charge de dire à celui qui l'envoye,
qu'il aura affaire à lui, & qu'il eft
prêt à prendre la place du Seigneur Alberty,
qui n'eft pas homme d'épée. Comme
les Spectateurs n'avoient pas été inftruits
`de ce défi , & qu'ils ignoroient quel en
pouvoit être le motif , ils ne s'y font pas
prêtez : Autre incident. Horace , oncle de
Flaminia , ayant appris la diſparition de ſa
niéce , eft parti de Boulogne pour Venife
; il a reconnu Trivelin , malgré fon
traveftiflement en Spadaffin . Inftruit de
tout ce qui fe paffe au fujet de Flaminia,
il en veut demander raifon à Alberty ; de
forte que le faux Frederico eft bien furpris
de fe trouver , l'épée à la main , avec
fon oncle. Sylvia eft bien plus étonnée,
de voir que Frederico & Flaminia ne
font qu'une même perfonne . Alberty confent
à donner cette derniere à fon fils.
La Comedie finit par une fête de Gondoliers.
On a dit dans le dernier Mercure , que
cette Piece étoit de M. G .... c'eft la
derniere dont il a fait prefent aux Comediens
Italiens , comme il a déjà fait
de plufieurs autres qui ont été joüées fur
le même Theatre . La Comedie d'Arlequin
AOUST. 1726. 1879
quin Platon , qui a été jouée avec fuccès
, eft de ce nombre. L'Auteur a retouché
à cette Piece derniere , en la mettant
toute en François , & on doit la reprefenter
l'hyver prochain.
L'OPERA Comique du Sieur Francif
que donna le 29. du mois dernier , la
premiere reprefentation d'une Piece en
trois Actes , intitulée Les Pelerins de
la Mecque , dont voici l'Extrait.
ACTE I.
Le Theatre reprefente la Ville du
Caire , Arlequin ouvre la Scene , en
peftant contre l'Amour , qui réduit fon
Maître , le Prince Ali , frere du Roide
Balfora , à courir les champs depuis deux
années , comme un Avanturier ; & ce
qui lui tient le plus au coeur , c'eſt de
voir fon Maître fans argent . Dans le
temps qu'il maudit fa condition , il
paroît
un Calender , ou Derviche , qui
lui demande la charité . Sur l'aveu qu'Arlequin
lui fait de fa mifere , il lui propofe
de fe faire Calender , en lui vantant
les agrémens de cette condition . Arlequin
accepte la propofition , & prend
que le Calender portoit dans
fon havre-fac à un Peintre François ,
nommé
un habit
G v
1880 MERCURE DE FRANCE.
1
1
nommé Vertigo , qui s'eft arrêté au Car
re en voyageant ; & qui , charmé de la
vie des Calenders , veut l'embraffer.
Le Calender dit à Arlequin que ce
Peintre François eft un homme agréable
, mais qu'il a une maladie étrange :
qu'ayant époufe autrefois une femme qui
le faifoit enrager , il en étoit devenu fou
de chagrin : Qu'à la verité la raiſon lui
étoit revenue , mais non pas fi bien qu'il
n'eût encore quelque reffentiment de fa
folie. Qu'il lui prenoit tout - à - coup des
vapeurs noires qui le rendoient furieux ,
lorfqu'on prononçoit devant lui les mots
de Noce , de Mariage , ou de marier ;
mais qu'heureuſement on diffipoit ces
vapeurs , en lui parlant de peinture.
Dans le temps qu'ils s'entretiennent
tous deux de Vertigo , ce Peintre paffe
par hazard . Le Calender l'appelle. Ar
lequin entre en converfation avec lui.
Ils parlent de Peinture ; Vertigo s'échauffe
, fe vante , & donne plufieurs
fois occafion à Arlequin de prononcer
les termes de Nôce & de Marier. Notre
Peintre fe met en fureur. Le Calender:
& Arlequin l'appaifent ; ce qui rend la
Scene très- comique. Après la Scene du
Peintre , Arlequin reçoit du Calender
toutes les inftructions neceffaires , pour
remplir les devoirs de fon état. Il lui
reA
O UST. 1726. 1881
recommande de fe rendre fur le foir au
Caravanférail , où il loge avec d'autres
Calenders dont il eft le Chef, & où fe
retirent les Pelerins & Pelerines de la
Mecque qui paffent par le Caire.
Enfuite paroît le Prince Ali , qui ,
reconnoiffant Arlequin , lui demande
pourquoi il s'eft déguifé de la forte . Arlequin
lui répond , que c'eft pour le pré.
ferver de la faim , & il l'exhorte à fuivre
fon, exemple , Pendant ce temps - là
le Calender , qui eft natif de Balfora , reconnoît
le Prince Ali , & lui demande
avec étonnement pourquoi il le voit réduit
à mener une vie errante . Le Prin
ce ne lui répond que par des foupirs ;
& Arlequin prenant brufquement la parole
, dit au Calender : Je vais vous le
dire, moi. C'est aux Ecuyers des Chevaliers
Errans à faire ces fortes de Récits .
Alors il lui apprend , qu'Ali ayant
été obligé de fe retirer avec précipitation
de Balfora , pour fe dérober à la fureur
de fon Frere , qui venoit de monter
fur le Thrône , s'étoit réfugié à la
Cour de Perfe : Qu'il y étoit devenu
Amoureux de la Princeffe Rézia , fille
unique du Sophi : Qu'il avoit trouvé
moyen de lui parler , & de s'en faire aimer
; mais que , dans le fort de leur paffion
, le Grand Mogol étoit venu en per-
1. G vj fonne
1882 MERCURE DE FRANCE.
fonne demander la Princeffe en mariage" :
Que le Sophi l'avoit accordée ce qui
avoit fi fort chagriné Rézia , qu'elle en
étoit morte fubitement : Que le Prince
Ali avoit été fi touché de la perte de fa
Maîtreffe , qu'il s'étoit fur le champ éloigné
de la Cour de Perfe ; & que depuis
ce temps - là il ne vouloit recevoir
aucune confolation .
Le Calender fort ; & il entre une
femme qui aborde le Prince Ali , pour
lui donner avis que la Favorite du Sultan
d'Egypte eft devenue amoureufe de
lui , en le voyant paroître aux environs
du Sérail : Qu'elle a fait loüer , pour le
voir fecretement , une maifon magnifique
, ( qu'elle lui montre du doigt ) où
il y a toutes fortes de provifions , & un
grand nombre d'Efclaves pour le fervir.
Arlequin charmé de cette bonne fortune
, preffe fon Maître d'en profiter s
& comme Ali , toujours occupé du fou
venir de Rézia , rejette l'offre qu'on lui
ait , Arlequin le charge fur fes épaules ,
& l'emporte dans la maiſon . Auffi- tôt
le Theatre change , & repréfente un riche
Appartement, où l'on voit plufieurs Eclaves
de l'un & l'autre fexe ' , qui celebrent
par leurs chants & par leurs danfes
l'arrivée du Prince.
ACTE
AOUST. 1726. 1883
ACTE II.
Le Theatre repréfente le même Appartement.
Arlequin importune tant fon
Maître , qu'il le difpofe à voir la Favorite.
Il vient une Dame , qui fait à Ali
toutes les avances d'une femme prévenuë
pour lui . Il répond froidement à fa tendrefle.
La Dame paroît piquée de fon air
indifferent ; mais c'eft en vain qu'elle lui
en fait des reproches , & Arlequin de
fon côté a beau exciter fon Maître à fe
montrer plus vif. Ali apprend à la Dame
, le plus poliment qu'il lui eft poffible
, qu'il ne fçauroit l'aimer ; parce
que le fouvenir d'une perfonne qu'il a
perdue l'occupe fans celle. Alors la Dame
, changeant tout- à - coup de langage ,
fe met à rire , au grand étonnement du
Prince & d'Arlequin , à qui elle apprend
qu'elle n'eft qu'une des Suivantes de la
Favorite , & chante le Rondeau fuivant,
fur l'Air : Qu'une Grifette a de charmans
appas !
A ma Maîtreffe
J'avois promis , Seigneur,
D'ufer d'adreffe ,
Pour fonder votre coeur ;
Mais
1834 MERCURE DE FRANCE.
!
Mais fi mes yeux n'ont pû vaincre votre dou
leur ,
Le Dieu de la tendreſſe
Referve cet honneur.
A ma Maîtreffe.
Elle fe retire , en difant au Prince que
la Favorite va paroître.
Arlequin fe réjouit de ce que cette fille
n'eft qu'une Efclave de la Dame , &
repréfente à fon Maître , que leur fituз-
tion exige qu'il réponde aux bontez de
la Favorite. Il chante ce Couplet , fur
L'air : Quand le peril eft agréable.
Quoi qu'infenfible à ſon mérite ,
Feignez d'adorer fes appas ;
Et trop fincere n'allez pas
Renverfer la marmite.
Il paroît une autre Dame , qui agace
le Prince fi vivement , qu'il en eft troublé.
On croit qu'il va fe rendre aux appas
de celle- ci ; mais , comme on le
preffe de fe déclarer , il chante ce Courplet
, fur l'air : Je ne veux point troubler
votre ignorance.
Quand ma douleur à votre bonté cede ,
Et que pour vous fe declare mon coeur;
De
AOUST. 1726. 1885
De Rézia l'image qui m'obfede ,
Vient triompher de ma naiffante ardeur.
La Dame , au lieu de s'offenfer de cet
aveu , fe met à rire comme la premiere
fois , & chante ce Couplet , fur l'air :
Qu'un Mari foit pulmonique.
J'ai perdu mon étallage :
Vous avez à mes yeux fait
outrage ,
Mais ce qui me confolera ,
Tiralire lira lironfa fa fa ,
Tiralire lira lironfa.
J'aurai pour vengereffe
La Sultane ma Maîtreffe ,
Qui vaut bien votre Rézia ,
Tiralire lira lironfa fa fa ,
Tiralire lira lironfa.
Nouveau fujet détonnement pour le
Prince & pour Arlequin. Cette Suivante
fort , en difant à Ali que fa Maîtreffe
va paroître , qu'il n'a qu'à fe bien tenir.
Après qu'elle eft fortie , Arlequin
recommence à haranguer fon Maître ,
pour qu'il devienne fenfible à l'amour de
la Favorite ; mais comme il apperçoit
la troisiéme Dame qui s'approche , il eft
faifi
1836 MERCURE DE FRANCE.
faifi d'épouvante , & s'enfuit . C'eft Rézia
qui s'avance.
La Princeffe de Perfe & le Prince Ali
font une Scene très - touchante , où Rézia
lui rend compte de l'artifice dont elle
s'eft fervie , pour faire croire la mort à
la Cour de Perfe , de la douleur qu'elle
eut d'apprendre qu'il étoit déja loin
d'Ormus , lorfqu'elle voulut le faire
avertir de fon ftratagême ; & enfin , après
quelles avantures elle eft tombée au pouvoir
du Sultan d'Egypte. Ils prennent
enfuite la refolution de fe fauver la nuit
prochaine , en profitant de l'abfence du
Sultan qui eft à la Chaffe pour huit jours.
Cette Scene eft fuivie d'une fête que Rézia
a fait préparer pour fon Amant . Ce
Divertiffement eft interrompu par l'arrivée
d'une Suivante , qui vient annoncer
le retour imprévû du Sultan. Elle dit
que ce Monarque , à fon retour , n'ayant
pas trouvé Rézia dans fon appartement,
l'a fait chercher par tout le Sérail , &
qu'enfin un Efclave épouvanté lui a tout
découvert . Dans l'embarras où cette nouvelle
jette le Prince & la Princeffe , Ar
lequin leur propofe d'aller chercher un
azile dans le Caravanférail des Calen
ders , où ils pafferont pour des Pelering
de la Mecque L'expédient eft approuvé,
& Arlequin les conduit tous au Caravanférail.
ACTE
AOUST. 1726. 1887
ACTE III.
Le Théatre reprefente une Salle de
Carayanférail. Une Suivante de Rézia ,
habillée en Pellerine , commence l'Acte .
Elle paroît fort contente d'être dans le
Caravanférail , qu'elle croit une retraite
fort affurée contre les recherches du Sultan.
Arlequin furvient. Il s'eft habillé
en Pellerine , pour aller impunément
faire un tour dans la Ville , & pouvoir
entendre ce qu'on y dit de la fuite de
Rézia .
La Suivante & lui ont une converfa
tion galante. Elle lui propofe d'être fon
conducteur dans le voyage qu'ils doivent
faire à la Mecque ; Arlequin accepte la
propofition .
Ils font interrompus par le Prince ,
la Princeſſe & le Calender. Arlequin
fort pour aller en Ville. Ali témoigne
quelque inquiétude au Calender , qui le
raffure. Rézia fait prefent à fon Hôte
d'un gros brillant, & lui fait de grandes
promeffes. Le Calender les renvoye en
leur vantant fon integrité. Il refte ſeul
un moment. Après quoi Arlequin revient
fort trifte. Il apprend au Calender
que toute la Ville eft en rumeur , & que
le Sultan a promis dix mille fequins d'or
1888 MERCURE DE FRANCE.
à celui ou celle qui lui découvrira le
lieu où s'eft retiré la Favorite Le Calender
, après l'avoir écouté avec attention
, le quitte fous prétexte d'aller faire
préparer à dîner.
Arlequin fe félicite d'avoir choisi un
fi bon azile. Un nouveau Calender arrive.
Il prend Arlequin pour une veritable
Pelerine, & veut lui en conter . Fen
dant qu'Arlequin
s'en divertit , les Efclaves
de Rézia accourent, en pouffant de
grands cris , aufquels le Prince & la
Princeffe viennent avec précipitation
pour en demander la cauſe. On leur apprend
que des Gardes du Sultan ont invefti
le Caravanférail
. Ils fe défolent tous,
& un moment après on vient annoncer
l'arrivée du Sultan .
Ce Monarque irrité entre , & veut
dans fa fureur maffacrer les deux Amans;
mais une réflexion l'arrête . Il ne veut
pas , dit -il , fouiller fa main du fang de
deux fcelerats . En même temps il ordonne
qu'on les mene au fupplice. Le Frince
& la Princeffe bravent fa colere . Les
Suivantes de Rézia & Arlequin fondent
en larmes , & nomment le Prince de Balfora
& la Princeffe de Perfè , en déplorant
leur malheur. Le Sultan retenu par
les noms qu'il vient d'entendre
s'éclarcir de la verité, Arlequin lui dit
veut
que
AOUST. 1726 1889
que le Calender , qui eft de Balfora , con÷
noft le Prince Ali. Le Sultan interroge
le Calender , qui lui dit que rien n'eſt
plus veritable . Alors les deux Amans
craignant que le Sultan ne renvoye la
Princeffe de Perfe au Sophi fon pere , &
ne livre le Prince de Balfora au Roy
fon frere , dépouillent leur fierté & le
profternent aux pieds du Monarque , non
pour lui demander la vie , mais pour le
prier de ne pas tirer d'eux une fi cruelle
vengeance. Rézia lui dit , fur l'air , le
beau Berger Tircis.
Rezia.
Ordonnez qu'au trépas ,
L'un & l'autre on nous mene.
Ali.
Nous vous demandons , helas !
Cette faveur inhumaine !
Rézia .
Seigneur que votre haîne
Ne nous fepare pas !
Le Sultan fe laiffe infenfiblement attendrir
; & après quelques explications
leur fait grace. Il'leur offre un azile dans
fes Etats .
Comme le Sultan a promis dix mille
Se1890
MERCURE DE FRANCE.
Sequins d'or à celui qui lui apprendroit
où s'étoit retirée fa Favorite , il dit qu'il
va s'acquitter de fa promeffe : Qu'on
délivre , dit- il , cette fomme à ce Calender,
pour m'avoir donné des nouvelles de Rézia
, & qu'enfuite on l'empale , pour avoir
trahi le frere de fon Roy. Arlequin &
tous les Efclaves applaudiffent au châtiment
du traître. Le Galender ſe jette
aux genoux d'Ali , pour le prier d'interceder
pour luis ce que ce Prince fait ,
mais inutilement. Le Calender s'adreffe
à Rézia & lui dit , fur l'air : Quand on
a prononcé ce malheureux oui .
Le Calender.
Ma Princeffe ! foyez de grace , ma patrone.
Rézia au Sultan.
Seigneur , il fe repent. ,
Le Sultan.
Hé bien , je lui pardonne.
Puifqu'un remordfuffit pour appaifer les Dieux?
Un Sultan auroit tort d'en exiger plus qu'eux.
Arlequin s'approche du Sultan , le
regarde fous le nez , & lui porte la main
fous le menton. Un Garde , choqué de
ce manque de refpect , vient le tirer rudement
par l'épaule. Arlequin lui dit en
déclamant :
DonAO
UST. 1726. 1891
Arlequin.
Donne- moi le loifir de le confiderer.
Le Garde.
*
Et quel est ton deffein ? Que veux- tu ?
Arlequin .
L'admirer,
Le Sultan fe retire , & Rézia dit aux
perfonnes de fa fuite , fur l'air : Quand
Le péril eft agreable .
A la Mecque en pellerinage ,
Allons dès ce jour , mes enfans ,
Du Prophete des Mufulmans ,
Reconnoître l'ouvrage.
- Les Pellerins & Pellerines de la fuite
de Rézia paroiffent , & une Suivante
adreffant la parole aux Pellerines , leur
dit , fur l'air ; Amis , ne parlons plus de
guerre.
Allons , fillettes mes Compagnes ,
Raffemblez -vous !
A traverfer bien des Campagnes ,
Préparons-nous,
* Vers & Traies tirez de la Tragédie de
Pyrrhus.
Prenons
1892 MERCURE DE FRANCE.
Prenons chacune en ce voyage ,
Un Pellerin ,
Qui nous amuſe & nous foulage ,
Dans le chemin.
11 fe fait une Danfe de Pellerins , entremêlée
de chants , & la Piece finit par
un Vaudeville , qui roule fur les avantures
des Pellerinages .
Cette Piece a paru de bonne main , auffi
eft-elle fort fuivie & fort applaudie.
TRAGEDIE DES JESUITES.
On fçait que dans beaucoup de Colleges
on exerce la jeuneffe de temps.
à autres par la réprefentation de quelque
Tragédie , de Drames comiques &
qu'on y danfe fouvent des Balets. Les
Jefuites du College de Louis le Grand ,
n'y manquent pas tous les ans. Ils fe
donnent beaucoup de foins pour procurer
ce divertiffement à leurs jeunes Eleves
& au Public , qui y prend toûjours
part. Divertiffement qui eft très - utile
aux Ecoliers pour les former à la Chaire
& au Barreau , & à leur faire prendre
des manieres aifées & fibres pour pouvoir
parler en public avec grace.
La Tragédie que ces Peres ont fait réprefenter
cette année , le mardy 6. de ce
mois ,
AOUST. 1726. 1893
mois , pour la diftribution des Prix , fon
dez par le Roy , avoit pour titre , Lucius
Junius -Brutus , Premier Conful des Romains.
Sujet.
Lucius-Junius- Brutus avoit engagé les
Romains à chaffer du Thrône Tarquin
le Superbe , dont la tirannie étoit devenue
infupportable , & dont le fils avoit
deshonoré Lucrece. Le Roy éxilé envoya
fes Ambaſſadeurs à Rome , fous prétexte
de redemander fes biens ; mais en effet
pour tramer quelque confpiration en fa
faveur , ce qu'ils firent. Tibere & Titus ,
tous deux fils de Brutus , entrerent dans
les interêts des Tarquins ; mais la conjuration
fut découverte , & le Confult
condamna fes deux fils à mort. Brutus
avoit alors pour Collegue dans le Confulat
Publius Valere , ainſi que le rapporte
Tite- Live dans le fecond livre de fon
Hiftoire.
La Scene eft dans le Palais de Brutus .
Cette Tragédie eft une des plus belles
du P. Porée. C'eft le plus bel éloge qu'on
en puiffe faire après cela , il feroit inutile
d'ajoûter qu'on admira dans cette Piece
la nobleffe du ftile , l'élevation des
fentimens , la beauté des caracteres , la
conduite de l'intrigue , enfin la vertu
Ro1894
MERCURE DE FRANCE.
Romaine dans tout fon jour. Nous n'en
donnerons ici qu'une idée generale ; &
pour le faire d'une maniere digne de
Ï'Auteur , nous nous fervirons de fes
propres termes : voicy comme il s'explique
dans un Prologue François , qui
fut dit avant la Piece .
Nous allons reproduire un Héros fur la Scene ,
Qui voulant affurer la liberté Romaine ,
Après avoir chaffé de ſuperbes tyrans ,
Au bien de la Patrie , immòle fes enfans.
Pere autant malheureux que Juge inexorable ,
Il diffimule envain la douleur qui l'accable ;
Plus il montre au dehors de fierté , de rigueur ,
Plus il fent de combats s'élever dans fon coeur.
Quand il veut condamner & perdre ce qu'il
aime ,
Tout fon fang fe révolte , il s'accufe lui-même,
Tantôt il veut frapper , tantôt il ne veut pas.
Un bras pare les coups que porte l'autre bras.
Il fçait qu'il eft Conful , mais il fent qu'il eft
pere ,
L'un & l'autre a fes droits , il veut les fatisfaire
;
L'amour de la Patrie eft toûjours le plus fort ;
Mais l'amour paternel fait un puiflant effort.
Enfin
AOUST. 1726. 1895
Enfin celui-cy cede à la vertu rigide ,
D'un pere malgré lui cruel & parricide , &c.
Ceux qui fouhaiteront avoir un Extrait
plus détaillé de la Piece , peuvent
confulter le Placard qui fait le précis ,
non-feulement de chaque Acte , mais
encore de chaque Scene.
Le P. Porée joignit à cette Tragédie
un Ballet dont voici le titre . L'Homme
inftruit par le Spectacle , ou le Theatre.
changé en Ecole de vertu. Le Lecteur
nous fçaura gré , fans doute , de l'Extrait
que nous en allons faire.
Deffein & divifion du Ballet.
On ne prétend pas dans ce Ballet ;
juftifier le Théatre des reproches qu'on
lui a faits , & qu'il n'a que trop fouvent
méritez , on veut feulement faire voir
que fans détruire les Spectacles , on peut
les changer en inftructions auffi utiles
qu'agréables. Pour executer ce deffein
on a embraffé les quatre genres de Spectacles
qui regnent fur la Scene , & " qui
femblent compofer le Théatre ; fçavoir ,
La Tragédie , la Comedie , le Ballet &
l'Opera.
Un Prologue qui fut déclamé par le
Prince de Lowefiftein , développe encore
mieux le deffein.
H L'i
1896 MERCURE DE FRANCE.
Prologue .
L'ignorance eft notre appanage ,
Elle précede la raiſon ;
Elle la fuit , & dans tout âge
Nous avons befoin de leçon.
Mais fi nous voulons nous inftruire ,
Les leçons ne nous manquent pas ;
Nous en avons pour nous conduire ,
En tout temps , dans tous les états.
Le Théatre , ce champ ſtérile ,
Semé de dangers & d'ennuis ,
Peut même devenir fertile ,
Et des fleurs il naîtra des fruits.
En voyant une trifte Scene ,
Qui nous force à verfer des pleurs ;
Pour le crime on prend de la haine ,
On s'attendrit fur les malheurs.
Sur nos deffauts , la Comedie
Aime à répandre le mépris ;
Et mieux que la Philofophic ,
Corrige l'homme par les ris.
L'Opera,
AOUST. 1726. 1897
L'Opera , par les airs fublimes
Peut nous exciter à fan tour ;
Mais il doit chanter les maximes
De la vertu , non de l'amous.
La Danfe même a fon langage ,
Elle inftruit par les mouvemens ;
Et femble nous offrir l'image
Du coeur & de fes fentimens.
Toutes ces leçons afforties ,
Vont entrer dans un feul deſſein
Dont les differentes parties ,
leur fin. Auront l'homme inſtruit pour
Notre Théatre eft une Ecole
Pour le Spectateur curieux ;
Et nous y formons fans parole ,
L'efprit & le coeur par les yeux.
OUVERTURE.
Des hommes de differens âges & de
differentes conditions , paroiffent fatiguez
des inftructions férieufes que leur don
nent des Philofophes . Ils demandent à
Jupiter du délaffement. Ce Dieu leur en-
Hij
voye
1898 MERCURE DE FRANCE . 3
voye la Tragédie , la Comédie , le Gés
nie de la Danfe , & le Génie de la Mufique
, pour inftruire les hommes en les
divertillant .
PREMIERE PARTIE .
La Tragedie.
La Tragedie , telle qu'on l'a reçûë
des Grecs , ne connoît que deux paffions ,
la terreur & la pitié. Son but eft d'infpirer
à l'homme de l'horreur pour le
crime , & de la compaffion pour les malheureux
. Le Festin d'Atrée & de Thyef
te , les Tranfports d'Orefte agité par les
Furies , la Defcente d'Hercule aux Enfers
, pour en retirer l'Ombre d'Alcefte ,
les Combats d'Etheocle & de Polynice ,
font les fujets des quatre Entrées de
cette premiere Partie , & fourniffent un
Spectacle auffi varié que brillant.
SECONDE PARTIE.
La Comédie.
La Comédie inftruit l'homme en lui
faifant voir le ridicule attaché à plufieurs
défauts qui fe rencontrent dans la vie
civile. Dans les differentes Entrées on
voit paroître differentes perfonnes , qui
donnant dans le ridicule , font en bute
aux
AOUST. 1726. 1899
*
aux traits de la Com die , des Petits-
Maîtres , des Joueurs , &c.
6
TROISIEME PARTIE,
Le Ballet.
Le Ballet qui eft une peinture mou
vante , peut inftruire l'homme en reprefentant
les divers caracteres des vertus
& des vices , ou en imitant les actions
loüables & dignes d'imitation . Dans la
premiere Entrée de cette Partie , Terpficore
forme de jeunes gens à la Danfe
& leur apprend à compofer leurs mouyemens
& leurs démarches ; dans la feconde
, les Lacédémoniens voulant infpirer
à leurs enfans de l'horreur pour
l'intempérance , font danſer devant eux
des Efclaves pris de vin. Dans la troi-
Géme , de jeunes Theffaliens s'éxercent
au métier de la Guerre , en danſant la
Pyrrhique . Enfin dans la quatrième , un
Seigneur de Village préfide à une danfe
champêtre où les Payfans font une eſpece
d'exercice avec les inftrumens de
Î'Agriculture.115
QUATRIEME PARTIE.
L'Opera.
L'Opera, qui eft une Poëfie - Chantante,
peut confacrer fes chants à la vertu , &
Hiij cele
1900 MERCURE DE FRANCE:
fans
celebrer les Exploits
es Héros ,
juftifier leurs foiblefles. Alors il devien
dra inftructif & ne fera plus regardé comme
un Ouvrage dangereux & propre à
féduire le coeur par les maximes d'un
amour profane. Dans cette partie , Apollon
fait le choix des Dieux qui viennent
pour être admis dans l'Opera ; il exclud
tous ceux dont le caractere peut avoir
quelque chofe d'indécent ou de burlefque.
Les Habitans de l'Ile de Cithere
viennent lui demander place pour la
Déelle qu'on révere en leur Pays ; mais
il les refufe , & ne veut point d'une Divinité
qui profane fes Vers & fes Chants.
Le Génie de la France , qui paroît accompagné
de la Renommée , finit cette
quatrième Partie ; il vient prefenter
aux François le Portrait de leur Roy
& les invite par une efpece de Cantate
, à lui rendre hommage par leurs
Concerts. On fera peut- être bien- aiſe de
voir les Vers qui furent chantez en cet
endroit . Les voici.
Le Génie de la France.
De votre Roy , Peuples , voici Fimage.
Contemplez cet air de grandeur ;
Cette douce fierté peinte fur fon vifage ,
Ces traits , ces nobles traits vous dévoilent
fon coeur.
Par
AOUST. 1726. 1901
Par vos Concerts venez lui rendre hommage ;
Celebrez dans vos Jeux,
Un Roy , que la ſageſſe
Guide dès fa jeuneſſe .
Celebrez dans vos Jeux ,
Un Roy qui veut vous rendre heureux.
Choeur.
Celebrons , &c.
Il fçait que fon peuple l'aime.
Pour lui donner à fon tour
Des preuves de fon amour
Il le gouverne lui - même .
Choeur.
Celebrons , &c.
Loin de lui , la folle yvreffe ,
Qui fait aux Rois tout vouloirs
Pour ufer de fon pouvoir ,
Il confulte fa tendreffe .
Choeur.
Celebrons , &c.
A fes Sujets il partage
Son coeur , fon temps & fes foins ;
Hiiij
At1902
MERCURE DE FRANCE.
Attentif à leurs befoins ,
Il les fent , il les foulage.
Choeur.
Celebrons , &c.
Sur fon Bifayeul Augufte ,
Louis prétend fe regler.
Ah ! puiffe-t'il égaler ,
Un Roy fi grand & fi juſte.
Choeur..
Celebrons , & c.
De fon fang la France efpere
Voir bien - tôt fortir des Rois ;
Peuples foumis à fes Loix ,
Il est déja votre pere.
Choeur.
Celebrons , & c.
aJ
Mais qu'entens-je ? & quel bruit vient troubler
cette fête ?
Ciel fur qui lances - tu tes coups ?
Appaife ton courroux ,
Epargne une fi chere tête.
Choeur.
AOUST.
1903 1726.
Choeur.
Ciel exauce nos voeux ;
Le repos de la France & de l'Europe entiere ,
Dépend d'une tête fi chere.
Ciel exauce nos voeux.
Vive , vive ce Roy qui veut nous rendre heureux.
Le Génie de la France...
Peuples , raffurez-vous , banniffez les allarmes ,
Vos voeux font exaucez ;
Vous avez tremblé , c'eft affez.
Le Ciel vous épargne les larmes.
Il avoit fes deffeins . En tremblant pour Lois ,
Vous avez mieux fenti fon prix.
L'objet pour qui l'on craint , n'en a que plus
de charmes.
Cheur.
Le Ciel exauce nos voeux ,
I Pouflons des cris d'allegreffe .
Chantons & redifons fans ceffe ,
Vive , vive ce Roi qui veut nous rendre heur
reux.
L'execution de ce Ballet fut auffi heureufe
que l'invention en étoit ingénieufe ,
H v &
1904 MERCURE DE FRANCE .
& fit beaucoup d'honneur à Meffieurs
Laval & Malterre l'aîné , qui s'étoient
chargez de la compofition des Danſes.
XXXXXXX XXXXXX XX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE
N apprend de Conftantinople , que le Major
General Romanfoff, Envoyé Extraordinaire
de la Czarine , avoit eu le 24. du mois de
May dernier fon Audience de congé du Grand
Vifir , que le lendemain ce Miniftre s'étoit embarqué
pour Trébifonde , d'où il a dû fe rendre
par terre dans la Province de Schirvan , où il
fera joint par les Commiflaires que le Grand-
Seigneur a nommez pour regler avec lui les li
mites des Provinces conquifes dans la Perfe , par
les Troupes du feu Czar , & par celles de Sa
Heureffe.
On apprend auff , qu'au commencement du
mois de Juin , l'Armée du Grand - Seigneur
avoit pris la Ville de Cafbin , Place importante
, fituée fur les confins du Chilan , entre Tauris
& Ifpahan , & que cette Armée qui eft de
70. mille hommes , marchoit vers cette derniere
Ville pour en faire le fiege. On affure que
le neveu du Prince Thamas , fils du Roi de Perfe
dethrôné , qui , après avoir été conduit pri
fonnier à Conftantinople par les Turcs l'année
derniere , & avoir embraflé la Religion Mahometane
, avoit été renvoyé en perfe , avec le
titre de Pacha à deux queues , a beaucoup contribué
AOUST. 1726. 1995
tribué à la prife de l'importante, Ville de Cal-
.bin.
On a appris d'Alger , qu'il y étoit revenu
trois Corfaires avec cinq prifes Hollandoifes ,
que le Conful de la Nation Françoife avoit fait
relâcher quatre Juifs qui étoient fur ces prifes ,
& que l'on vouloit faire Efclaves , quoiqu'ils
fuffent munis de Pafleports de France , que dans
le dernier Divan le Dey avoit fait un détail des
pertes que la Regence avoit fouffertes , depuis que
I'Efcadre Hollandoife étoit dans le Détroit de
Gibraltar , ou dans la Mediterranée ; qu'il pa
roiffoit par ce détail , que les Vaiffeaux , les deux
Chevaux blancs , commandez par Muftapha
Rais , de 44. canons chacun , avoient été coulez
à fond par le Vice-Amiral de Sommerfdick;
que le Soleil d'or , de so. pieces de canon , avoit
été forcé de le brifer contre la pointe de Tanger
; que la Prife Hambourgeoife , de 14. canoas
, commandée par Ali , avoit été coulée à
fond vers la côté de Tetuan ; qu'une autre barque
de ro. canons & de trois pierriers , avoit
été obligée d'échouer près de Ceuta , que l'Ami -
ral d'Alger , de 18. canons , commandé par
Beckier - Rais , avoit été fi maltraité par le
Vaiffeau de guerre Hollandois du Capitaine
l'Auge , que pour le fauver , aprés avoir perdu
fes mâts , il avoit été obligé de fe fervir de ra
mes , ce qui avoit fait mourir de fatigue une
partie de l'Equipage , & qu'il étoit entré dans
le Port d'Alger hors d'état de fervir ; que le
Lion blanc , commandé par Soliman Raïs , avoit
eu un même fort; Que le Capitaine Gizzan ,
fameux Corfaire , qui commandoit la Refe , de
5o. canons , avoit été tué dans un combat , avec
près de la moitié de fon Equipage ; que ce Vaiffeau
, qui eft préfentement commandé par un
Renegat Ecoffois , étoit actucilement gardé à
H vj Vue
1906 MERCURE DE FRANCE.
vûë dans un Golfe , par un Vaiffeau de guerre
Hollandois , que vrai femblablement il y feroit
pris .
On mande d'Alexandrie , que la pefte y étoit
confiderablement diminuée , mais que les grandes
chaleurs du mois de Juin y avoient fait naître
d'autres Maladies Epidémiques , qui faifoient
mourir beaucoup plus de monde.
RussiE.
TRADUCTION de la Lettre du Roy de la Grane
de Bretagne à la Czarine.
GEORGE , par la grace de Dieu , Roy de la
Grande Bretagne , à la tres - Haute , tres- Puiffante
& tres- illuftre Princeffe , notre tres - chere
foeur , la Grande Dame Catherine Czarienne &
Grande Ducheffe de toute la grande , petite &
blanche Ruffie, feule Monarque de Mofcovit, & c
Salut . Bonheur & Profperité.
TRES- HAUTE , tres Puiffante & tres- Illuftre
Princeffe ,
Comme votre Majeftê ne pourra das diſconvenirque
les grands préparatifs de guerre qu'el
le fait en temps de paix tant par mer que par
terre , ne nous donnent que de grands &justes
fujets d'ombrage , auſſi - bien qu'à nos lliez
dans ces quartiers vous ne ferez pas ſurpriſe
de ce que nous avons envoyé une forte Efcadre
de nos Vaiffeaux de guerre dans la Mer Baltique
, fous le commandement de notre Amiral
le Chevalier Charles Vvager , pour obvier aux
dangers qui pourroient naître d'un armement
f extraordinaire .
Votre Majesté fçait fort bien combien nous
avons fouhaité de conferver non seulement la
tranquillisé
AOUST. 1726. 1907
tranquillitépublique dans l'Europe , mais auffi
de vivre dans uneparfaite & bonne intelligence,
& de cimenter uneferme & durable amitié
entre notre Couronne Royale de la grande Bretagne
celle de Ruffie.
Nous n'avons pas manqué de donner dans
toutes les occafions des marques convaincantes
de ces intentions pacifiques & amiables ,
V.M. doi fort bien fe fouvenir d'une inftance
évidente de cela, lorfque nous déclarâmes d'être
prets & difpofez d'entrer conjointement avec
notre bon frere le Roy de France , en alliance
avec feue S. M. votre Seigneur & Epoux, à des
termes des conditions qui pourroient s'accorder
avec la paix du Nord, & qui fuffent compatibles
reciproquement avec les interets , la dignité
& l'honneur des Parties contractantes.
Nous ne doutions pas que de telle forte une
fincere réconciliation entre nous & feu votre
Epoux ne pourro t être ajustée , & une entiere
amitié & bonne harmonie établie entre nos Do
maines & Peuples , pour leur bien & pour leur
avantages mutuels , & que de même la Paix &
la tranquillité du Nord feroit affermie fur de
folides durables fondemens.
3 Pour parvenir à ces grandes & bonnes fins
conformement aux intentions de fiue S. M.
defquelles le Ministre de S. M. Tres- Chrétienne
avoit fait des rapports ſouvent rêïterez ; onfit , de concert avec la Cour de France , le Plan
d'un Traité qui fut envoyé à feuë S.M. pourſon
approbation confentement final ; mais la
perfection de ce bon & fouhaitable ouvrage fur
prévenu par la mort soudaine & inopinée de
feuë S. M.
Cependant comme nous gardions toujours les
mêmes bonnes intentions pour conferver la paix
du Nord , & pour renouveller notre ancienne
amitié
·
1908 MERCURE DE FRANCE.
3
amitié avec la Couronne de Ruffie , nous fimes
d'abord après l'avenement de V. M. au Trône ,
déclarer conjointement avec S. M.T.C que nous
étions difpofez à conclure & finir le Traitéfuf
mentionné , ne doutant en aucune façon que
V.M. n'acceptat volontiers une propofition fi
manifeftement avantageufe à fes Domaines &
Sujets , qui tendoit tant à la confervation
de la Paix publique ; mais il faut que nous
avoüions d'avoir été rouchez fenfiblement de
voir nos attentes nullement accomplies , par la
maniere dont on répondit aux offres obligeantes
& amiables qu'on fit de notre part , puifqu'après
un long & vain délay, nous trouvámes
que les Miniftres de V. M. infiftoient fur des
changemens dans le Traité projettésqui ne coneernoit
pas les interêts de l'Empire de Ruffie, &
qui n'étoient pas feulement contraires aux engagemens
folemnels aufquels Nous & S.M.I.C.
nous fommes obligez envers d'autres Puiffances,
mais qui auroient enveloppé toutes les Couronnes
du Nord dans de nouveaux troubles &
confufions.
Nous ne pouvons non plus cacher à V. M. la
furprife extrême où nous fommes , de ce que pendant
que nous continuons les négociations amiables,
& que nous n'avons donné la moindre provocation
de notre part , nous avons été informez
qu'on prenoit des mesures à votre Cour en faveur
du Prétendant à notre Couronne , & qu'on
donnoit de grands encouragemens à fes adherans.
Aprèsce que nous venons de reprefenter, V.M.
ne fera pas furprise , que Nous , étant obligez
indifpenfablement à pourvoir à la fureté de nos
domaines , de fatisfaire à nos engagemens avec
nos Alliez & de maintenir la tranquillits publique
dans le Nord , qui , à ce qu'il femble, :fs
fortement
A O UST. 1726. 1909 .
fortement menacée par les préparatifs que V.M.
vient defaire ; ayons cru neceffaire d'envoyer
une forte flote de nos Vaiffeaux de guerre dans
la Mer Baltique, & que nous avons donné ordre
à notre Amiral qui la commande, de tâcher
de prévenirde nouveaux troubles dans cesQuartiers
, en empêchant la Flote de V. M. de fortir
en cas que vous perfiftiez dans votre réſolution
de la mettre en mer , pour executer les deffeins
que vous pourriez avoir en vûë.
Mais comme nous fommes fermement intentionnez
de vivre en paix en amitié avec V.
M. nous fouhaitons de tout notre coeur que V.M.
refléchiffant férieuſement fur le véritable interêt
de fon peuple , lui veuille permettre dejouir
des benedictions de cette paix qu'il a achetée
au prix de tant de Sang & de Tréfors , fous lá
conduite de feue S. M. & que plutôt que d'entrer
dans des mesures, qui inévitablement plongeroient
la Ruffie dans une guerre , & tout le
Nord dans une confufion , V. M. veuille donner
des preuves convaincantes à fon peuple & à
tout le monde de fon inclination pour la paix
& de fa bonne difpofition à vivre en repos avec
fes voisins.
·
Sur cela , Tres - Haute , Tres Puiffante &
Tres- Illuftre Princeffe, Donné à notre Cour, dans
notre Palais Royal de S. James , le 11 Avril
1726. dans la douzième année de notre Regne .
Votre affectionné , GEORGE , Rex.
RE'PONSE de la Czarine , à la Lettre du Roy
de la grande Bretagne.
J
Nous avons bien reçu la Lettre amiable &
fraternelle de Votre Majesté Royale , du 11 d'auril
, par laquelle il lui plait de nous déclarer
que les préparatifs de guerre que nous avons
t
faiis
T
.
1910
MERCURE
DE FRANCE
.
faits , avoient engagé V. M. R. à envoyer une
puiffante Flote dans la Mer Baltique, afin d'obvier
à toutes les entrepriſes que nous pourrions
faire pour troubler la tranquillité du Nord :
& qu'à cet effet V. M. R. avoit ordonné à fon.
Amiral Wager d'empêcher notre Flote d' entrer
en mer.
Nous ne défavoüerons pas que nous avons
été bien furprise de ne recevoir votre Lettre
qu'au même inftant que votre Flote parut fur
nos côtes , & après qu'elle avoit jetté l'ancre
devant Revel , puifqu'il auroit été plus confor
me à l'ufage établi parmi les Souverains , plus
conciliable avec l'amitié qui a fubfiftéfi longtemps
os entre nos Royaumes & la Couronne de la
Grande Bretagne , fi V. M. R. avoit trouvé bon
de s'expliquer avec nous fur l'ombrage que
lui pouvoit donner notre armement , & dattendre
là-deffus notre réponse avant que de paffer
à un pas fi offençant .
V. M. R. auroit pu enfuite auffi , fans faire
tant d'éclat & de dépense , être affurée de nous,
- que nous cherchons auſſi peu à troubler le repos
du Nord , que nous apportons tous nos foins &
toutes nos attentions à ne pas feulement affermir
pour le prefent , mais auffi pour l'avenir .
cette tranquillité du Nord , qui nous intereffe
plus que V. M. R. & à éloigner tout ce qui
pourroit donner occafion à l'alterer.
Et comme V. M. R. eft pleinement informée
de ce qui a été traité dans les négociations qu'il
eut entre S. M. Imperiale , notre Seigneur&
Epoux,de glorieuse mémoire , enfuite entre nousmemes
entre S. M. le Roy de France ; elle ne
peut qu'être perfuadée de cette notre fincere
intention ; & nous remettons à votre propreju .
gement , comment nous & tout le monde avec
nous doit envisager cette démarche toute extraordinaire
AOUST. 1726. 1911
*
2
13
traordinaire de V. M. R. fi on en peut préfumer
autre chofe , finon qu'elle a formé contre
nous des deffeins fort préjudiciables , & que
par conféquent elle incline de fon côté à donner
occafion à de nouveaux troubles dans le Nord ,
enprenant , au défaut d'autre fujet legitime ,
ledit armement pour pretexte, quoiqu'il n'y buse
aucunement . L'apprehenfion où nous sommes
à cet égard , paroît d'autant mieux fondée, que
V& M.R. nous charge encore dans la Lettre de
chofes dont nous aurions lieu de nous plaindre
avec beaucoup de juftice.
•
Il eft inutile d'alleguer icy l'amitié fincere
que S. M. Imperiale , notre Seigneur & Epoux ,
de glorieufe memoire , vous a porté; & toute la
terre fçait combien cette amitié vous a été utile
avantageuse. V. M. R. n'ignore pas non plùs.
de quelle maniere alle en a agi en échange avec
mondit Seigneur & Epoux; & que par une gran
deur d'ame , S. M. Imperiale a mieux aimé diffimulerfur
tout cela , que d'entreprendre la
moindre chofe qui auroit pû donner atteinte à
Pamitié conftante qui a toujours fubfifté entre
la Ruffie & la Grande Bretagne .
Sadite Majefté Imperiale n'auroit jamais ph
donner des preuves plus convaincantes de fes
intentionsfinceres à conferver cette bonne amitié
, qu'en acceptant genereufement
les bons
offices , offerts par S. M. le Roi de France , pour
le rétablissement d'une parfaite intelligence
avec V.M. R. & en fe declarant refoluë & difpofée
à vouloir non feulement ensevelir dans un
oubli éternel toutes les injures reçûës de V. M.
quoique fans les avoir meritées,mais auffi d'entrerà
des conditions raisonnables avec elle
avec la Couronne de France , dans un engage
ment plus étroit dans une alliance deffenfive.
Les conditions proposées par fadite Majefté
Imperiale ,
1912 MERCURE DE FRANCE.
Imperiale , à la requifition du Roy de France,
m'ont pasfeulement été trouvées juftes dès le
commencement; mais S. M. T. . a fait efperer
plus d'une fois , que tout ainfi que ces conditions
pourroient fort bien être conciliées avec
les engagemens pris avec la France, avec V.M.
d'autres Puiffances , elles pourroient de même,
à l'égard de cette alliance, étre ajustées &
regléesfelon l'équité de lajustice , pour l'affermiffement
entier de la tranquillité du Nord's &
par confequent ce ne font pas des conditions
nouvelles , mais les mêmes que V. M. R. fait
tant éclater prefentement ; & puifque dans la
derniere réponse qui nous a été communiquée du
côté de la France , V. M. déclare elle-même la
chofe équitablezil eft bien fenfible ,que ce nonobstant
V. M. ne rejette pas feulement tous les
moyens amiables équitables pour l'ajuster ,
mais qu'elle veuille nous obliger à accepter
des conditions directement opposées à notre interêt,
& , quiplus eft, à notre honneur &reputation
, & même à la justice . Nous ne pouvons
croire par ces circonstances , que les Miniftres
de V M. ayent eu une intention férieuſe de conclure
cette alliance ; mais que l'envoy de l'EScadre
des Vaiffeaux de guerre, accompagnée des
ordres qui ne peuvent que faire entrevoir une
interruption d'amitié & la naiffance de nouveaux
troubles dans le Nord , n'eft qu'une fuite
de l'animofité que quelques - uns de vos Miniftres
ont temoignée par tout &
publiquement
contre nous pendant tant d'années. La chofe
paroît évidemment par le fait que V. M alle-
-gue, nous met encore à charge au fujet du
Prétendant. Vos Miniftres ont fort bien compris
que toutes les raisons par eux alleguées , qui ,,
Jans cela , ne regardent pas proprement les interêts
de la grande Bretagne , mais qui font
plusôt
AOUST. 1726. 1913
plutôt entierement oppofées aux Traitez folemnels
qui fubfiftent entre la Grande-Bretagne &
d'autres Puiſſances , ne font point admifibles ,
qu'elles nefont pasfuffifantes à juftifier auprès
des perfonnes defintereffées leurs violentes
entreprises ; & comme ils ne peuvent trouver
d'autre raifon , il faut que cette accufation
frivole& furannée vienne au jour , & que fur
le même pied que du passé , elle ferve de pretexte
principal pour toutes les demarchesfi pen
amiables faites contre nous.
Quoique la nullité de cette accufation ait
efté prouvée tant de fois, & que le temps auffibien
que l'experience , falle voir que ces prétendus
engagemens n'ont exifté en aucun endroit
que dans l'imagination des Miniftres de
V. M. R. & que lafacilité que nous avons apportée
de notre côté aux dernieres negociations.
ne doivent pas moins convaincre V.M.R.de leur
malice & faufferé, que les difpofitions que nous
avons temoignées à accorder lagarantie qu'elle
nous a demandée ; nous voulons cependant bien
encore, pardeffus tout, affurer V.M. R. que nous
lui portons trop d'amitié pour vouloir caufer à
V.M. & à la na ion Britannique aucune inquietude
par des engagemens que nous pour
rions prendre avec le Prétendant. Au reste , il
depend bien du bon plaifir de V. M. de donner
àfon Amiral les ordres qu'elle trouve à pr posi
mais V.M. R. conviendra auffi avec nous, que
votre deffenfe ne nous empêcheroit pas de faire
fortir notre Flote , fi nous le trouvions à proposi
& qu'en qualité de Souveraine & d'Imperatrice
, qui ne depend que de Dieu feul , nous pretendions
auffi peu de recevoir des Loix de perfonne
, que de nous oublier au point d'en vou
loir donner aux autres . Nous fommes fans cela
toute prête & difpofée à entretenir avec V. M.
ર
R.
+
1914 MERCURE DE FRANCE .
R. une bonne harmonie , & nous n'entrepren
drons rien qui puiffe interrompre l'amitié fi
bien établie entre les deux Royaumes depuis
tant d'années . Et comme de notre côté nous declarons
franchement que cette amitié ne peut
être que fort utile à Nous , à nos Royaumes &
à nos Sujets,nous efperons auffi que vous avoйerez
que jusqu'à present elle n'a pas efté moins
avantageuse pour V. M. pour vos Royaumes &
pour vos Sujets qu'à l'avenir elle ne pour
roit pas être infructueuse. Enfin , il est bien af-
Juré que S. M. I. de glorieufe memoire , après
avoir esté abandonnée par tous fes Alliez , a en
des peines do des frais incroyables à se procurer
à foy-même & à fes Royaumes la paix tant
defirée : Nous apportons auffi tous nos foins à
en maintenir lajouiffance à nos Royaumes & à
nos Sujets.
2
Nous fommes même perfuadée de ne pouvoir
mieux réüffir dans ces vûës falutaires , qu'en
nous tenant toujours , à l'exemple de notre Sei
gneur & Epoux.de glorieufe memoire, dans une
posture à pouvoir en tout temps fecourir , en
cas de befoin , nos Alliez ,fatisfaire aux engagemens
pris avec eux , proteger nos fideles Sujets
contre toute infulte , & nous opposer à ceux
qui voudront ôter à Nous & à eux ce trefor de
la paix.
C'eft auffi dans cette vûë , & point dans
d'autres deffeins , que nous avons fait les armemens
qui ont donné tant d'ombrage à V.M.R.
quoique fans aucun fujet & fondement. Nous
Jouhaitons que le Tout- Puiffant vous donne une
parfaire fanté un regne toujours heureux.
A S. Petersbourg , le 1s de Juin 1726. & en la
feconde année de notre Regne. De V. M. R.la
tres - affectionnée foeur CATHERINE.
Et plus bas COMTE GOLOFF KIN.
Le
AOUST. 1726. 1915
Le 3 Juillet , on publia à Petersbourg la Déclaration
fuivante . Elle a été envoyée à tous
les Miniftres des Cours Etrangeres , pour la
rendre publique .
ATHERINE , par la grace de Dieu
Imperatrice & Souveraine de toute la Ruffie
, &c. Sçavoir ; Faifons par les Prefentes à
tous & à chacun à qui il appartient , que le
Roy de la Grande Bretagne ayant envoyé dans
la Mer Baltique une forte Efcadre , qui ajetté
l'ancre àpeu de distance de no re Port de Revel
Nous nepouvons envisager cette conduite offenfive,
à laquelle nous n'avons neanmoins donné
aucune occafion à S.M. Britannique, que comme
l'avant- coureur de quelques hoftilitez contre
nous , & par confequent du trouble du
"repos public dans le Nord ; & d'autant que les
Marchands de la grande Bretagne , qui nego
cient dans nos Etats , auroient lieu de craindre
qu'une telle conduite de S. M. Britannique contre
nous , fi elle étoit fuivie de quelque Acte
réel d'hoftilité , pourroit expofer leurs Perfon-
2nes , leurs Vaiffeaux & leurs Effets dans notre
Empire à de grands dangers, & caufer leur ruine
totale ; cependant nous voulons bien leur declarer
que , quoique S. M. Britannique agiffefi
offenfivement contre nous , pour exciter de nouveaux
troubles dans le Nord, Nous sommes au
contraire fincerement refolus d'entretenir foignenfement
la bonne amitié & correspondance
qu'il y a eu depuis tant d'années entre les Empires
de Ruffie & de la Grande Bretagne , au
grand avantage des deux Nations ; & d'accorder,
aux Marchands de la Grande Bretagne ,
qui négocient dans nos Etats , non seulement la
iberté du commerce , fans aucun préjudice ,
trouble
1916 MERCURE DE FRANCE..
trouble ou empêchement , mais auſſi de les faire
jouir de toutes les faveurs capables de l'augs
menter. Et afin de faire voir à toute la terre ,
particulierement à la glorieuse nation Britannique
, la fincerité de nos intentions touchant
la confervation inviolable de la bonne har
monie établie fi avantageusement depuis tant
d'années entre les deux Empires , Nous avons
jugé à propos de declarer publiquement notre
intention à cet égard, & d'aſſurer par les Prefentes,
tous les Marchands & Negocians de la
Nation Britannique en general , & chacun en
particulier, que quand même S.M.Britannique
ou l'Efcadre qu'elle a envoyé dans la Mer Baltique
, entreprendroit quelque hoftilité contre
nous , lesdits Marchands & Negocians n'en rècevront
neanmoins aucun prejudice ni dommage
de notre part , foit en leurs perſonnes , biens ,
ou effets , non plus qu'en leurs Vaiffeaux arrivant
ou partant ; en telle forte qu'ils pourront
à l'avenir , comme à prefent , continuer librement
leur commerce navigation , felon leur
bon plaifir, & à leur plus grand avantage, fans
aucune crainte ni foupçon , ainfi que toutes les
autres Nations avec lesquelles nous vivons en
bonne amitié: & de plus, nous leur accorderons
en toute occafion notre gracieuſe protection , en
cas qu'ils ne s'en rendent pas indignes par une
conduite fufpecte. En foy de quoi nous avons
figné cettefavorable Declaration de notre propre
main , & l'avons fait publier en la maniere
accoutumée, afin qu'un chacun en foit informe,
Denné à S. Petersbourg, le 2 Juillet 1726.
CATHERINE,
4
Lo
AOUST. 1726. 1917
Le Camp formé en Livonie eft à prefent de
44000. hommes , tant Infanterie que Cavalerie,
y compris le Corps de Troupes que le Duc
de Meckelbourg y a envoyé , & le bruit court
qu'il y doit encore arriver dix à douze mille
hommes de differens endroits.
Un Courier arrivé à Petersbourg de Derbent,
a apporté la nouvelle que les Turcs avoient
commencé le Siege d'Ifpahan , & que le Prince
Aldigenie Schamchal , le plus puiffant des
Rebelles de Perfe , & le plus confiderable des
Montagnes , où le feu Czar avoit envoyé des
Colonies Mofcovites , s'étoit foumis le r. du
mois de Juin dernier à la Czarine , avec les
Troupes & fes principaux Officiers ; & qu'il
avoit été conduit quelques jours après au Fort
de Sainte Croix , par ordre des Majors Generaux
Kroporon & Scheremetoff, qui commandent
les Troupes de Sa Majesté Czarienne , dans
ce Pays- là.
O
POLOGNE.
N mande de Warfovie , que les Etats du
Duché de Curlande , aſſemblez à Mittau ,
pour proceder à l'élection d'un Succeffeur préfomptif
, avoient propofé trois Sujets , fçavoir ,
le Duc d'Holſtein , le Prince Menzikoff , & le
Comte Maurice de Saxe , fils naturel du Roi de
Pologne , & que ce dernier avoit été élû unanimement
Succeffeur à ce Duché après la mort
du Duc Ferdinand. On mande auſſi que le Comte
de Saxe , qui a été invité à cet engagement
par la Nobleffe de Curlande avoit fondé à
Warfovie les Miniftres de Ruffie pour décou
vrir leurs diſpoſitions à cet égard , & qu'il n'a
agi
1918 MERCURE DE FRANCE.
agi qu'après avoir eu des efperances favora
bles .
Depuis l'élection , le Prince Menzikoff s'eft
rendu de Riga à Mittau avec le Prince Dolhoruki
, & on affure qu'ils veulent obliger les
Etats de Curlande à faire une nouvelle convo
cation pour proceder à une autre élection . On
affure qu'une des circonftances des engagemens
du Comte de Saxe , eft qu'il époufera la Du- .!
cheffe Douairiere de Curlande , niece du feu
Czar.
On a appris depuis que le 13. du mois dernier
, le Prince Menzikoff partit de Mittau pour
retourner à Riga , après avoir déclaré au Maître
d'Hôtel du Pays , que la Czarine ne pouvant
approuver , ni l'élection du Comte Maurice
de Saxe , ni fon Mariage avec la Ducheffe
Douairiere de Curlande , on devoit proceder à
une autre élection.
Voici la Copie de la Lettre du Grand Chancelier
de la Couronne de Pologne , au Comte
Maurice de Saxe , dattée de Babile le 17. Juillet
, en réponse à la Lettre de ce Comte , par
laquelle il alleguoit pour fa juftification , qu'ayant
trouvé les Etats du Duché de Curlande , déjà convoquez
pour proceder à l'élection d'un Succeffeur
au Duc Frederic , & que fes Competiteurs
avoient déja fait beaucoup de brigues , cela l'avoit
déterminé à fe mettre auffi fur les rangs ,
dans l'efperance que fi le choix tomboit en fa
faveur , fa perfonne feroit plus agréable au Roi
& à la République , & cauferoit moins d'ombrage
qu'aucun autre,
» C'eft tout le Senat , préfent auprès du Roi
& le Miniftere d'Etat du Royaume & de Lithuanie
, qui avons fupplié S. M. fuivant la
foi jurée, de faire expedier un Refcript pour
» défendre des Congrès projettez , à deffein
d'entrer
A OUST. 1726. 1919
33
d'entrer en matiere de la fucceffion éventuelle
en Curlande , & pour annuller tous les attentats
, par les raifons exprimées dans le même
Refcript. On avoit repréfenté de plus d'autres
raifons au Roi , pendant que V. Exc. étoit encore
à Warfovie , qui avoient porté S. M. à
vous défendre de penfer à la Curlande , comme
V. Exc, l'avoue elle-même.
>
» Mais les chofes étant venues au point où
V. Exc. dit qu'elles font , & la Réaffumption
de la Diete étant déja déterminée , faus m'étendre
davantage fur cette matiere , je la re-
» mets à la décifion des Etats aſſemblez ne
pouvant cependant pas me difpenfer de protefter
, par l'obligation de ma Charge , contre
une entreprife fi contraire à la volonté de S.
M. & à fes droits , comme auffi à ceux de la
République
L'Abbé Miaskofski eft arrivé à Warfovic de
Rome , & a remis au Prince Royal & Electoral de
Saxe , de la part du Pape , le chapeau & l'épée
benits par S. S. S.
Les nouvelles de la Mer Baltique du 29. Juillet
portent que les Flotes Angloife & Danoife font
toujours à l'ancre devant l'Ifle de Nargin , où
les Barques Mofcovites continuent de porter
tous les rafraîchiffemens dont la Flote a be-
Loin.
On écrit de Drefde que les Regimens d'Infanterie
de l'Electorat de Saxe , alloient être
augmentez de vingt -quatre hommes par compagnie
, & ceux de Cavalerie de douze.
les
On mande en dernier lieu de Mittau que
Etats de ce Duché qui avoient promis au Prince
Menzikoff de proceder à une nouvelle Election ,
avoient changé de fentiment qu'ils étoient dans
la réfolution de faire valoir de tout leur pouvoir
celle du Comte de Saxe , & qu'ils prenoient
I des
1920 MERCURE DE FRANCE .
des mesures pour s'opposer à l'entrée d'un Corps
de Troupes que la Czarine menace d'envoyer
dans ce Duché fous les ordres du General
Bohn.
On mande de Stockolm que le Senat avoit
fait promettre cent Rifdales de récompenfe à celui
qui découvriroit l'auteur d'un Ecrit qui a été
publié fecretement , pour prouver qu'il eſt de
Pinterêt du Royaume d'aflurer dans la prochaine
affemblée des Etats , la fucceffion de la Cou- .
ronne au Duc d'Holftein.
C
On a reçû avis de Francfort que le Roy de
Pologne avoit été élu pour jouir du temporel
de l'Evêché de Naumbourg , que les Electeurs
de Saxe , fes Prédece fleurs,poffedoient autrefois;
que les Députez de la Ville & du Diſtricht avoient
fait publier à haute voix qu'après la mort de S.M.
les fujets ne devroient plus d'obéiſſance qu'au
Chapitre qui conferve le fpirituel de cet Evêché ,
& que dans les prieres publiques on ne feroit
mention que du Roy de Pologne , Electeur de
Saxe , comme Seigneur du Pais , & enfuite da
Chapitre , comme Evêque , fans nommer dorénavant
le Prince Electoral de Saxe , la Princeſſe
fon Epoufe , ni aucun Prince de cette Maiſon .
LE
ITALIE.
E Pape ayant déclaré depuis peu que les
Evêques qui viendroient dorénavant à fon
Audiance , feroient admis à lui baifer la main
comme les Cardinaux , on affure que le facré
College doit faire des reprefentations à S. S. à
ce fujet
On apprend de Venife que le General Comte
de Bonneval , y eft arrivé d'Allemagne , pour
voir ce qu'il y a de curieux en cette Ville ; mais
le bruit court qu'il paffera inceffamment en Efpagne.
En
AOUST. 1726. 1921
En execution des nouveaux ordres du Pape
on a arrêté à Rome quatorze particuliers de cette
Ville , qui s'étoient interrelfez aux jeux de Gênes
, & l'on a publié que les Juges prononceroient
dorénavant peine des Galeres pour onze
ans , contre ceux qui diftribueroient les billets de
ces fortes de Lotteries ; & de fept ans , contre
ceux qui les acheteroient.
On mande de Florence , que vers le milieu du
mois dernier il y eut une violente tempête dans
le Parmefan & dans le Crémonois ; la grêle fut
fi groffe & le vent fi furieux , qu'il y eut plufieurs
arbres déracinez , plufieurs maiſons abbatues
& huit perfonnes écrafées fous les ruines .
Le 17 du mois dernier , on publia & afficha
à Rome le Decret du Pape , qui fupprime toutes
les furvivances accordées à divers particuliers ,
depuis le Pontificat de Benoît XIII , tant pour les
Charges Civiles , que Militaires ; mais on ne
touche point aux Dignitez Ecclefiaftiques.
ESPAGNE.
E 21 du mois dernier, vers le foir , le Roy & la
LRR
eine allerent en grande cérémonie a l'Eglife
de Notre - Dame d' Arocha, pour rendre graces
à Dieu de l'heureux accouchement de la Reine . Ils
étoient précédez dans la marche de deux détachemens
des Gardes Efpagnoles & Walonnes
des Gardes du Corps & de la Compagnie des Hallebardiers
. Le Carroffe de L. M. étoit fuivi de
celui du Prince des Afturies , de ceux des Infants
& de l'Infante aînée , de ceux des Chefs ces
Maifons Royales , des Officiers de la Couronne &
des Dames de la Cour, Tous les Gardes à pie &
à cheval éroient habillez de neuf , ainfi que la
livrée des Ecuries du Roy & de la Reine. Les
Tues qui conduifent du Palais à cette Eglife ,
I ij
étoient
1922 MERCURE DE FRANCE.
étoient ornées des plus riches tapifferies ; & au
retour de L. M. toute la place du Palais fut illuminée
de flambeaux de cire blanche. Vers les
neuf heures du foir on tira dans cette Place un
magnifique Feu d'artifice . Le lendemain au foir
il y eut dans toutes les rues de Madrid des Feux
& des illuminations, ainfi que le jour fuivant.
Les Négocians de Madrid ont fait avec les
Miniftres du Roy un Traité , par lequel ils s'engagent
de fournir à S. M.cent mille piftoles , à
fix pour cent d'interêt par an ; ils en doivent fournir
les trois cinquièmes en argent comptant, &
les deux autres en Lettres de change payables à
Vienne .
Le Duc de Riperda a plus de liberté qu'il n'avoit
au Château de Ségovie ; on affure même
que le Roy a ordonné qu'on lui payât cent piſtoles
par mois , à compte de la penfion que S. M.
lui a accordée. Le bruit court cependant à Madrid
, que ce Duc fera transferé dans peu au Châ
teau de Pampelune;parce qu'on croit que celui de
Ségovie fera occupé par le Comte de Koniglegg,
Ambaffadeur de l'Empereur , pendant le féjour
de la Cour à S. Ildefonſe.
Les Fermiers des revenus du Roy ont eu ordre
de payer 25000 piftoles au Prince Emanuel de
Portugal , & quatre mille au Prince de Naſſau
Siégen , qui eft à Madrid depuis fix ou fept mois.
On apprend de Lisbonne que le Tribunal du
faint Office de Coimbre , celebra le 30 Juin dernier
un Auto-da-Fé , dans lequel il y eut quatre-
vingt - quinze perfonnes condamnées à diffe
rentes pnes,
Le 23 du mois dernier , après midi , L. M. C.
s'étant rendues aux Balcons du Palais , avec le
Prince des Afturies , les Infants & l'Infante , on
dans la Place la courfe de Taureaux commença
qui avoit été ordonnée à l'occaſion de l'heureux.
accouchement
AOUST. 1726. 1923
accouchement de la Reine . Les quatres Cavaliers
Taureadores entrerent par les portes des
quatre coins de la Place , précédez de leurs
Ecuyers & de leurs livrées , & accompagnez des
Seigneurs qu'ils avoient choifi pour Parrains . Ils
y combattirent avec beaucoup d'adreffe , & la fête
fe paffa fans aucun accident confiderable .
Ces quatre combattans furent Dom Jean Alvarez
de Soto- Mayor de Lucena , qui avoit le
Duc de Medina - Celi pour Parrain : Dom Bernard
de la Canal, de Pinto , ayant le Duc d'Offone
pour Parrain : Dom Jean - Pierre de Zafra, de
Grenade , dont le Parrain étoit le Comte de Bénalcazar
, fils aîné du Duc de Béjar ; & Dom
François Cantalejos , qui avoit pour Parrain le
Duc de Seffa, Dom Pierre de Zafra, & Dom François
Cantalejos qui fe font diflinguez par leur
adreffe , ont été nommez Ecuyers de S. M.
Le 24, au matin , L. M. accompagnées du
Prince des Afturies & des Infants , partirent de
Madrid pour l'Efcurial ; & comme c'étoit pour
la premiere fois que l'Infante Marie . Therefe en
troit dans ce Monaftere Royal , toute l'Eglife fut.
illuminée. Cette jeune Princeffe fut reçûë à l'en
trée du Portique par le Prince des Afturies , & elle
fut portée dans le Choeur , où le Te Deum fut
chanté avec les ceremonies accoutumées.
Le Roy a fait un fecond emprunt de cent
mille piftoles , dont 60000 en lettres de change
font deſtinées pour la Cour de Vienne ; & cette
fomme jointe à celle de 40000 piftoles , qu'on
envoyail y a quelque temps à la même Cour, fait
cent mille piftoles qu'on a données à compte des
fubfides promis .
I iij Grande
1924 MERCURE DE FRANCE.
Lion
GRANDE BRETAGNE .
Es Commiffaires établis pour la conftruction
du nouveau Pone fur la Tamife , ayant
fatisfait & dédommagé les proprietaires des Bacs
entre Putney & Fulham, ont donné les directions
neceffaires pour travailler inceffamment à ce
Pont , dont les arches feront de pierre de taille .
Le droit de paffage , ainfi qu'il a été fixé par le
Parlement , fera à peu près le même qu'on paye
en paffant la riviere dans le Bac ; fçavoir , deux
chelins pour un Carrofle à fix Chevaux & au
deffus ; un chelin & fix fols pour un caroffe à
quatre Chevaux , & un chelin pour un caroffe au
deffous de quatre, Deux fols pour chaque Cheval,
Mulet ou Afne, chargé ou non chargé ; un fol les
Dimanches pour chaque paffant , & un demi fol
pour les jours ouvrables . Cette recette fervira à
payer les interêts à rembourfer avec le temps
les fommes qu'on a été obligé d'emprunter pour
la conftruction de ce Pont . Les Evêques de Londres
qui ont à Fulham un Palais Epifcopal , feront
pour toujours exempts , auffi - bien que leurs
domestiques , de payer les droits de paffage.
Le 26 du mois dernier, le Roy donna au Prince
Frederic , fils ainé du Prince de Galles , les titres
de Baron , Vicomte , Comte , Marquis & Duc du
Royaume de la Grande Bretagne , fous les noms
de Baron de Snaudon , dans le Comté de Carnarvan
; de Vicomte de Lancefton , dans le Comté
de Cornwal ; de Comte d'Eltham , dans le
Comté de Kent ; de Marquis de l'Ifle de Wight
& de Duc d'Edimbourg , qui eft un titre nouveau.
S. M. donna le même jour au Prince Guillaume
, frere puifné de ce Prince , les titres de Baron
de l'Ifle d'Alderney, de Vicomte de Trematon
dans le Comté de Cornwal ; de Comte de
Kinnington i.I
AOUST . 1726. 1925
Kinnington dans le Comté de Surrey ; de Marquis
de Berkhamstead , dans celui d'Hertford , &
de Duc de Cumberland.
L'Efcadre destinée pour la Méditerranée , qui
eft partie de Portſmouth , fous les ordres du
Vice-Amiral Jennings , le 30 Juillet au matin
avec un vent favorable , n'eft compofée que de
neuf Vaiffeaux de guerre , deux Galiotes à bombes
, deux Brigantins & un Bâtiment de tranf .
port. Les dix autres Vaiffeaux qu'on croyoit être
de cette Efcadre , étoient encore aux Dunes le
8 de ce mois. On croit que trois de ces Navires
doivent aller fur les côtes d'Irlande , trois fur
celles d'Ecofle, & que les quatre autres croiſeront
dans la Manche...
On écrit de Londres que le Dimanche 30 Juillet
au matin , & le lendemain après midi , l'Ambaffadeur
de Maroc affifta aut Service divin dans
l'Eglife de S. Paul .
On mande de Dublin que le Capitaine Moyfe
Newland , convaincu d'avoir enrôlé du monde
au fervice d'un Prince étranger , avoit été exécuté
le 10 du mois dernier , dans la place de faint
Etienne , où il avoit été pendu & écartelé , & fes
entrailles brûlées , mais que fes quartiers avoient
été remis à fes parens pour les enterrer. Il avoit
déja fait embarquer 200 hommes , & en avoit
100 autres tout prêts le foir qu'il fut pris .
La pêche de la Baleine , que les Vaiffeaux
de la Compagnie de la Mer du Sud ont faite cette
année dans le Groenland , n'a pas été heureuſe ;
les dix-huit Bâtimens qui en font revenus , n'ont
pris que huit Baleines : on n'a pas encore reçû de
nouvelles des fix autres .
Les nouvelles Manufactures qu'on a établies
en Irlande , commencent à produire un revenu
confiderable au pais . Il arriva le 2 de ce mois à
Londres un Vaiffeau de Dublin qui déchargea à
I iiij
la
1926 MERCURE DE FRANCE.
la Douane 192030 verges , mefure d'environ 38
pouces , de ces toiles tres bien travaillées & bien
blanchies , ce qui fait efperer que dans quelques
années on ne fera plus obligé d'en tirer d'Hollande
& d'Allemagne.
On mande de Londres qu'un foldat de la gar
nifon de Portſmouth, ayant été fuftigé deux fois ,
pour avoir parlé infolemment à un de fes Officiers
, s'eft coupé une main avec une hache , afin
de fe rendre incapable de fervir davantage.
·
Ces Lettres ajoutent qu'un homme âgé de cent
cinq ans a épousé une femme de quarante ans.
On mande aufli que M. Pauton , Gentil hom
me de la Princeffe de Galles , qui fut volé le 12
du mois dernier , venant de Marybone , par un
homme qui lui prit pour environ mille livres
fterlin de billets de banque & autres , les a tous
recouvré d'une maniere finguliere. Il reçut une
Lettre par laquelle on lui marquoit précisément
Pendroit où ils étoient dans un certain champ, &
qu'il n'avoit qu'à les y envoyer chercher , &
faire laiffer dans le même endroit les cinquante
Livres sterling qu'il avoit promis pour récompeufe
à ceux qui pourroient lui donner des nouvelles
de ce vol ; ce qui a été exécuté fort exa-
Єtement.
On ne peut rien défirer fur l'abondance & la
bonté des grains de cette année ; les Laboureurs
les plus âgez n'ont jamais vu ni entendu parler
d'une pareille recolte , qu'on a commencée près
d'un mois plutôt que les années précédentes ; le
boiffeau de froment pefe dix à douze livres de
plus que l'année derniere .
Le 8 de ce mois on prit à Burfleot fur la Tamife
, un Poiffon affez rare , nommé Epée ou Efpadon
, dont le corps avoit cinq pieds de long , &
l'épée ou corne , trois. On eut beaucoup de peine
à s'en rendre maître, & quoi qu'on lui eut tiré un
coup
1
AOUST. 1726. 1927
coup de fufil dans l'oeil ,il penfa renverser un des
Bateaux qui le pourſuivoit.
PAYS-BAS.
N apprend d'Oftende que le Vaiffeau de la
Compagnie des Indes ,
fur
Vaiffead it de
Bengale, y étoit arrivé le 18 du mois dernier ,
quoi les actions monterent à 28 pour cent de
profit ; mais on a appris depuis qu'au commencement
de ce mois les actions de cette Compagnie
étoient baillées de dix à douze pour cent,le bruit
s'étant répandu avec quelque fondement , que les
Provinces - Unies étoient difpofées à accéder au
Traité d'Hanover, & qu'elles prenoient des mefures
pour faire fupprimer l'octroy Imperial de
cette Compagnie.
Le 9 de ce mois le Marquis de Fénelon Ambaf
fadeur de France à la Haye , M. Finch , envoyé
Extraordinaire de la Grande Bretagne & M. de
Meynershagen, Envoyé Extraordinaire de Pruffe,
fe rendirent vers le midi à la Chambre de Tréves
, où ils furent en conférence avec les Députez
de l'Aflemblée des Etats Generaux , & or lit
& figna l'Acte d'Acceffion de L. H. P. au Traité
d'Hanover.
MORTS ,
LA
MARIAGES
des païs étrangers.
E Duc Maximilien Guillaume de Brunswich-
Hanover , Colonel d'un Regiment de Cuiraffiers
, au fervice de l'Empereur , frere du Roy
d'Angleterre & de l'Evêque d'Ofnabruc , mourut
fubitement à Vienne , le 27 du mois dernier
dans la 66 année de fon âge.
Iv Le
1918 MERCURE DE FRANCE :
Le Prince Conftantin Uladiflas Sobieski mou
rut à Zolckico le 28 du mois dernier dans la 47
année de fon âge, c'étoit le troifiéme fils de Jean
Sobieski, Roy de Pologne, mort le 17 Juin 1696 .
après 22 ans de Regne , & de Marie - Cafimire-
Loüife de la Grange d'Arquien , morte à Blois te
30 Janvier 1716. Ce Prince n'avoit pas encore
pris d'alliance.
Le Comte Guillaume de Cadogan , General
de l'Infanterie Angloife dans le Sud du Royaume
d'Angleterre , Maitre de la Garde- robe du Roy ,
Colonel du premier Regiment des Gardes à pied,
Gouverneur de l'Ifle de Wight, Chevalier de l'Ordre
du Chardon d'Ecoffe , & membre du Conſeil
Privé du Roy , mourut à Londres le 28 Juillet ,
vers les cinq heures du foir , dans fa maiſon où il
s'étoit fait porter de Kenfington deux heures auparavant.
Il ne laifle que deux filles , Mylady
Sara, qui eft mariée au Due de Richmond, & Mylady
-Marguerite , qui n'a pas encore pris d'alliance.
Dom Carmen Caraccioli , Prince de Santo-
Bueno , autrefois Ambaffadeur d'Espagne auprès
de la République de Venife , & enfuite Viceroy
du Perou , mourut à Madrid le 26 Juillet , âgé de 55. ans.
Le 16 du mois de Juin dernier , le Marquis de
Caylus , Chevalier de la Toifon d'or, Lieutenant
General des armées de S. M. C. & Viceroy du
Royaume de Galice , époufa à Madrid Mademoiſelle
de Vilafie , de la maifon d'Albuquerque,
FRANCE
J
AOUST. 1726 1929
XXX:XXXXXXXXXXXX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L. Agrande diverfité qui fe trouvoit dans les
differentes Congregations des Auguftins
Dechauffez , a engagé notre Saint Pere la Pape
Benoît XIII. d'y mettre par tout l'uniformis
té ,fouhaitée par le plus grand nombre . Sur
quoi S. S. a donné un Bref en datte du 22.
Janvier 1726. fur lequel il a plû au Roy
d'accorder des Lettres d'attache le 8. Juillet
dernier , lefquelles avec le Bref du Pape , ont
été enregistrées au Parlement le 27. du mê
me mois , & en confequence , les PP . Auguftins
Dechauffez du Convent Royal de la
Place des Victoires de Paris , commencerent
de chanter le Plein- chant dès le même jour
27. Juillet , ils ne portent plus de barbe , &
fe fervent d'un Capuchon rond , conformement
au Bref du Pape.
M. le Blanc reçut le Viatique le deux de
ce mois au matin. Vers les deux heures de
Faprès midi , M. Marechal lui fit une operation,
depuis le Cartillage Syphoïde , qu'on
appelle Brichet , jufqu'à un pouce près du
nombril , & il perçà un abfcès , d'où il fortit
deux grandes palettes de pus. Le 5. les Chirurgiens
ne trouvant pas la fuppuration
affez abondante , firent une nouvelle incifion
pour agrandir la playe , & il fortit plus
d'une palette de pus , mais d'une meilleure.
qua1920
MERCURE DE FRANCE
43
qualité que le premier . La fievre ceffa abfolu
ment dès ce jour-là, le malade dormit , fes
forces commencerent à revenir. Il s'ett toû- ,
jours porté depuis de mieux en mieux , &
on efpere que fa guerifon eft très- prochai
ne. Le Roy , qui s'intereffe beaucoup au retatabliffement
de fa fanté , lui a fait deffendre
de s'appliquer à aucune affaire juſqu'à ce
qu'il foit en état de travailler.
On mande de la Beauce & de Picardie
que la récolte du Froment y eft très - abondante
, & qu'une gerbe de cette année rend
quatre fois plus que l'année paffée .
Le dix de ce mois , on a fupprimé tous les
Jeux de Roulette qui étoient établis en divers
quartiers de cette Ville , & l'on croit que ,
quantité de joueurs de profeffion , que ce jeu
a donné lieu de connoître , feront éloignez de
Paris .
Le Mardi 2. de ce mois, le Courrier de Lyon
à Paris & fon Poftillon , furent égorgez &
volez fur la Montagne de Tarare. Quatre
Cavaliers, foit difant Marchands de cheveux,
qu'on a fuivis à la pifte jufqu'à Gien , y ont
été arrêtez , foupçonnez d'être les auteurs de
ce meurtre.
Le Roy a donné au Marquis de Houdetot ,
Brigadier des Armées de S. M. Lieutenant
General au Gouvernement de l'Ile de France ,
le Regiment d'Artois , vacant par la mort du
Comte d'Houdetot fon frere.
S. M. a donné une penfion de 50000. liv.
à la Comteffe de Toulouze .
Le 15. jour de l'Affomption , il n'y eut
point de Concert fpirituel , quoiqu'il eût été
annoncé. La Reine s'étant trouvée plus mal
сс
A O UST. 1726. 1931
ce jour là , le fieur Philidor jugea à propos
de ne point donner de Concert , pour ne point
interrompre les voeux & les prieres que tout
Paris faifoit pour le retour de la fanté de
S. M. ainfi le Concert ne fera donné que le
8. de Septembre , jour de la Nativité de la
Vierge.
4
On fit le 28. du mois dernier , dans l'Abbaye
de S. Victor , une Proceffion folemnelle
du S. Sacrement , pour reparer la profanation
de l'Hoftie confacrée , qu'une femme infenfée
avoit mife dans fon Livre de prieres , après
l'avoir reçûë à la Communion.
Le Roy a nommé Intendant de la Generalité
de Tours , M. de Pomereu , Maître des
Requêtes , Intendant de la Generalité d'Alençon
, qui eft remplacé dans cette Intendance
par M. Lallemant de Levignan , Maître
des Requêtes.
On continue avec toute la diligence poffible,
la conftruction d'un nouveau Marché, dont
nous avons déja parlé , dans le Preau de la
Foire S. Germain , fur le même terrain où
l'on reprefentoit dans diverfes Loges , des
Spectacles comiques & populaires . L'Infcription
fuivante vient d'étre pofée fur l'une des
Portes de ce Marché , du côté où l'on entre
dans le Preau par le bas de la ruë de Tournon
.
Quam bene Mercurius merces nunc vendit
apimas !
Momus ubi fatuos vendidit ante fales.
Le 16. de ce mois , les Prevôt des Marchands
& Echevins , s'affemblerent à l'Hôtel
1932 MERCURE DE FRANCE
tel de Ville , à la maniere ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins. M.Hubert
, Premier Echevin fortant , qui a rempli
avec beaucoup d'applaudiffement les fonctions
de fa Charge , fit un Difcours fort concis
& fort goûté. Le 18. le Corps de Ville , le
Duc de Gêvre , Gouverneur de Paris , à la
tête , eut Audiance du Roy à Verſailles , avec
les ceremonies accoûtumées , étant prefenté
par le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat,
& conduit par le Marquis de Brezé, Grand
Maître des Ceremonies , en furvivance du
Marquis de Dreux fon pere , & par M. Def
granges , Maître des Ceremonies . Meffieurs
Sauvage , Quartinier , & Bolduc , de l'Academie
Royale des Sciences , & Apotiquaire
du Roy , nouveaux Echevins , prêterent entre
les mains de S. M. le ferment de fidelité ,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture ;
le Scrutin fut prefenté par M. Chauvelin ,
Avocat du Roy au Châtelet de Paris , qui
prononça un très beau Difcours.
Le 19. les Deputez des Etats de Languedoc
, eurent Audiance du Roy , conduits en
la maniere accoûtumée , par le Marquis de
Brezé , Grand - Maître des Ceremonies , &
par M.Defgranges , Maître des Ceremonies. Ils
furent prefentez à S. M. par le Duc du Maine,
Gouverneur de la Province , & par le Comte
de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit compofée de l'Evêque d'Alais ,
pour le Clergé ; du Comte de Chambonas ,
pour la Nobleffe ; de Meffieurs de la Deveze
& Sanche , pour le Tiers- Etat , & de M. Favier
, Syndic de la Province.
Le Roy alla le même jour fe promener
fur le Canal , où S. M. vit un grand Cigne
arti
AOUST. 1726. 1933
artificiel , que deux hommes enfermez dans
des Peaux & cachez fous les aîles , font nâger
avec une vîteffe incroyable. La Machine
a parû très - ingenieufement inventée & le
Roy en a été fort content .
RELATION de la reception faite à
Madame la Ducheffe du Maine , Lorfqu'elle
paffa à Dieppe , allant à la
Ville d'Eu .
On Alteffe Sereniſſime devant arriver à
SDieppe le 4. Août , fur les cinq heures
après midy , accompagnée de Mademoiſelle
du Maine , de M. le Comte d'Eu , de Madame
la Ducheffe d'Etrées , de Madame la Marquife
de Chambonas , de M. le Marquis de S. Clair ,
& de M. le Marquis d'Ancezune , foixante:
des premiers Bourgeois de la Ville , commandez
par M. de Belval , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis & Major de la Place ,
tous vêtus de rouge , ayant à leurs chapeauxdes
cocardes de rubans de la Livrée de S. A.S.
tous très - bien montez , & leurs Chevaux bien
harnachez , furent au- devant de cette Princeffe
& l'attendirent en bataille , l'épée haute,
au haut du Village de S. Aubin , à deux lieuës
de Dieppe. Dès qu'elle fut devant cette Troupe
, elle fit arrêter fon Carroffe & M. de Belval
, après l'avoir faluée , fut à elle , & lui fit
un compliment , tant pour lui que pour toute
la Troupe , auquel elle répo i fort obligeament
; enfuite il pria S. A. S. de vouloir
bien lui faire la grace de nommer une fille ,
dont Madame de Belval étoit accouchée depuis
quelques jours , ce que cette Princeffe
voulut bien accepter , & le lendemain elle
tint cet enfant & la nomma Loüife- Benedicte,
qui
1934 MERCURE DE FRANCE.
qui eft le nom de S. A. S. Le compliment fini
& la demande accordée , Madame la Ducheffe
du Maine fe remit en marche pour Dieppe ,
efcortée par les foixante Bourgeois dont on
vient de parler ; -M. de Belval à leur tête
Occupant la portiere droite du Carroffe , conduifit
S. A S. jufqu'au pied du Château . Elle
trouva , tant fur fon chemin , qu'aux Portes
& au- dedans de la Ville , toute là Bourgeoifie
de Dieppe fous les armes , tambour battant ,
Enfeignes déployées , prefentant les armes .
Hors la Porte de la Ville , la Princeffe trouva
le Marquis de Manneville , Chevalier del'Ordre
Militaire de S. Louis , Gouverneur
de Dieppe , qui , à la tête des Maire & Echevins
, lui prefenta les Clefs de la Ville , S. A. S.
monta enfuite au Château , à la Porte duquel
M. de la Boiffiere , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , & Lieutenant de Roy de
la Place , lui prefenta les Clefs : dès qu'elle
y fut arrivée on fit une falve de toute
P'Artillerie de la Place , enfuite elle fut complimentée
par tous les Corps & tous les Ordres
Religieux de la Ville : en attendant le
fouper qui fut fervi magnifiquement ( ainfi
qu'elle a toûjours été traitée par M. le Marquis
de Manneville , pendant tout le temps
qu'elle a été à Dieppe , ) l'on fit tirer plufieurs
Bombes qui crevoient en l'air , comme
on l'avoit projetté. Le lendemain , on fic
venir plufieurs Marchands Yvoiriers , & la
matinée fe Ta à faire des emplettes . Dès
que S. A. S. eut dîné , elle alla voir lancer
un Vaiffeau à la Mer , étant efcorteé de la
Troupe , qui , la veille avoir été au - devant
d'elle , & qui pour lors éroit à pied , le
fufil fur l'épaule ; elle revint enfuite avec la
mène eſcorte fur le chemin couvert di
,
J
Château
AOUST. 1726. 1935
Château , d'où elle vit un Combat Naval
entre deux Navires , qui avoient été préparez
pour cela , & qui firent un fort grand feu
de Canon & de Moufqueterie ; le combat
fini les deux Navires pafferent devant le Château
, & le faluerent de toute leur Artillerie , à
quoi le Château répondit de toute la fienne.
L'on fervit enfuite le foupé , après lequel
on tira un Feu d'Artifice fur le bord de la
Mer. Le lendemain , cette Princeffe partit de
Dieppe à midy , efcortée par la Troupe des
foixante Cavaliers , commandez par M. de
Belval , qui la conduifit jufqu'au haut de
Criel, à cinq lieues de Dieppe , cu après avoir
pris congé de S. A. S. qui le remercia &
toute fa Troupe , avec autant de bonté que
de politeffe , il la remit à la Nobleffe du Comté
d'Eu , qui étoit venue au- devant de cette
Princeffe.
Lors de fon départ de Dieppe , elle fit prefent
à Madame la Marquife de Manneville .
d'une Tabatiere de prix , & pendant fon féjour
en cette Ville , M. & Madame de Manneville
, M. de la Boiffiere , & M. & Madame
de Belval , eurent l'honneur de manger avec
S. A. S.
Comme cette Princeffe doit en revenant de
la Ville d'Eu , repaffer par Dieppe , on donnera
le détail de ce qui fe fera paffé à ſon
retour .
Mort de la Ducheffe d'Orleans.
Ugufte - Marie Jeanne de Bade Baden ,
>
·
de ce mois, à fix heures trois quarts du matin ,
âgée
1936 MERCURE DE FRANCE.
âgée de 21. ans 8. mois & 28. jours extrê
mement regrettée du Roi , de la Reine , de.
toute la Cour , de tous ceux qui avoient l'honneur
de l'approcher ou de la connoître , & du
Peuple , qui a donné des marques très -fenfibles
de fa douleur , pendant fa maladie & à
fa mort. C'étoit une Princeffe auffi refpectable
qu'aimable par les fentimens de fon efprit
& de fon coeur.
Elle étoit fille de Loüis - Guillaume Mar
grave de Bade- Baden, mort le 4. Janvier 1707.
& de Françoife - Sibile - Augufte de Saxe - Lavembourg.
Elle avoit été inariée au Duc d'Or
leans le 13. Juillet 1724. On peut dire que
jamais union ne fut plus parfaite , & que jamais
Epoufe n'a été fi fenfiblement regrettée.
De ce Mariage , cette Princeffe laiffe le
Duc de Chartres , né à Verfailles le 12. May
1725. & la Princeffe dont elle eft accouchée le
s. de ce mois .
L'illuftre Princeffe , que tout le monde pleu-,
re , s'étant trouvée incommodée à Verſailles
& ayant eu le 3. Aouft une fievre aſſez violente
, elle en partit le lendemain au matin en
Caroffe , & arriva au Palais Royal fort fatiquée
& fort incommodée. Elle fut faignée
deux fois dans le même jour , & le 5. elle accoucha
d'une Princeffe vers les onze heures
du matin . La fievre , qui continua avec des
redoublemens , étant accompagnée d'autres
accidens , & les remedes qu'on lui ordonna
ne lui ayant procuré aucun foulagement , elle
fe trouva très mal le 7. & reçut les Sacremens
fur les onze heures du matin , avec les
fentimens de pieté & de Religion que tout le
monde lui connoiffoit. Le Curé de S. Euftache
porta le Viatique en grande Ceremonie
au
AOUST. 1726. 1937
au Palais Royal Le Comte de Touloufe , le
Chevalier d'Orleans , tous les Officiers de la
Maison de S. A. R. Madame la Ducheffe d'Orleans
, ceux de la Maifon du Duc & de la Duchefle
d'Orleans , & toute la livrée du Palais
Royal accompagnerent lè S. Sacrement . Ce
pieux & édifiant Cortege fut fuivi d'un peuple
fi prodigieux , que les Appartemens , l'Efcalier
, les deux Cours , & la Place du Palais
Royal ne pouvoient le contenir .
Quoiqu'il y eut quelque apparence de
mieux vers le foir , on fut cependant obligé
de faire divers remedes à la Princeffe , & de
la faigner dans la nuit, mais elle mourut le lendemain
8. Août , comme on vient de le dire ,
après avoir reçû l'Extrême- Onction une heure
auparavant , qui lui fut adminiftrée par
M. Pin , Vicaire de S. Euftache , fou Confeffeur.
On la laiffa voir au Public le refte de
la journée , dans fon Appartement , à vifage
decouvert , affife fur fon lit , coëffée , & habillée
feulement d'un manteau de lit de damas
blanc.
Le 9. le Corps fut ouvert , embaumé , &
mis dans un Cercueil de plomb , lequel fut expofé
le même jour dans la Chapelle atte
nant l'ancienne Gallerie : des Prêtres de Saint
Euftache & des Religieux Feuillans dirent
des Meffes tous les jours fuivans , depuis s .
heures du matin jufqu'à midi , & veillerent
toujours auprès du Corps au nombre de douze.
Le Cercueil étoit enfermé dans un coffre
de bois de chêne , où étoit attachée une lame
de cuivre , fur laquelle étoit gravée une
Infcription contenant le nom de la Princeffe ,
fon âge & fa mort. Le dehors étoit garni de
velours noir & de moire d'argent .
Les Entrailles de la Princeffe , mifes dansdu
1938. MERCURE DE FRANCE .
du plomb , & enfermées auffi dans un coffre
également garni comme le Cercueil , furent
portées le 1o. à neuf heures du foir , dans le
premier Caroffe de la Princeffe , accompagné
d'un Aumônier & d'un Gentilhomme , à la
Paroiffe de S. Eustache , & furent reçues par
le Curé à la tête de fon Clergé. On en fit
l'inhumation le même foir avec les Ceremonies
ordinaires , Quatre Pages à cheval , &
douze Valets de pied , éclairoient ce Convoi s
il n'y avoit point de deüil .
Le 11. le Roi & toute la Cour prirent le
deüil pour cette Princeffe.
Le 12. Son Corps fut expofé dans le grand
Appartement du Palais Royal , au milieu de
la piece , qui eft attenant la Salle des Gardes
, fous un dais de velours noir , avec des
feftons de moire d'argent , terminé par une
Couronne , & foutenu par 4. Colonnes couvertes
alternativement de velours & de moire.
Le Cercueil étoit élevé fur trois eftrades de
8. pouces de haut chacune , & couvert d'un
poële herminé , avec 4. Armoiries aux 4. fa
ces , & une Couronne de relief fur le Cercueil
, auprès de laquelle on voyoit une boëte
de vermeil- doré qui enfermoit le Coeur
de la Ducheffe d'Orleans . 70. Chandeliers
d'argent avec des Cierges allumez , étoient
placez fur ces trois marches , chargez d'armes.
Le Benitier avec le Goupillon étoit placé
fur un fiege fur la derniere marche , du
côté de la porte , & aux deux coins de l'eftrade
, de ce même côté , deux Heraults , en
habits de Ceremonie , avec leur Chaperon en
forme , & leurs Caducées à la main , étoient
affis fur des Tabourets , & relevez de deux
heures en deux heures par le Roi d'Armes.
Toute cette Salle étoit entierement tenduë
de
AOUST.
1726. 1939°
་
&
de drap noir , le plancher & le plafond , avec
deux lez de velours chargez d'Armoiries , &*
de douze grandes Armoiries entre les deux
lez. Deux Autels , vis- à- vis l'un de l'autre ,
étoient dreffez aux côtez du Mauſolée
éclairez chacun par 8. Chandeliers garnis de
Cierges armorież. Il y en avoit 6, für la Credence.
Le refte du Luminaire confiftoir en 8,'
torcheres , fur lefquelles il y avoit autant de
girandoles garnies de bougies , 3. Luftres
à douze bobeches.
Toute la façade du Palais Royal , de
cent aunes de longueur , étoit tendue de
noir jufqu'aux combles . Sur toute cette
longneur regnoient deux lez de velours , garnis
de perites Armoiries à une certaine diftance.
L'efpace entre ces deux lez étoit occupé
par 18. grandes Armes fur la même li-
& le milieu , à l'aplomb de la principale
porte , étoit decoré d'un double Ecuffon
hiftorié des Armes du Duc & de la Ducheffe
d'Orleans , bien plus grand que les autres.
,
La premiere Cour étoit tenduë à 8. lez par
trois côtez , & la façade du fond à dix lez
jufqu'aux combles , avec deux lez de velours
garnis de petites Armoiries , & dix grandes
Armes entre les lez , au milieu defquelles ,
directement au- deffus de l'Arcade , on voyoit
une grande Armoirie avec fuppots , & c.
'La feconde Cour étoit tendue à 8. lez
par
trois côtez , La façade du Palais l'étoit depuis
le rez-de- chauffée jufqu'aux combles ,&
decorée de deux lez de velours , chargez
d'Armes , & 16.grandes Armes entre les deux
lez.
Le grand Escalier étoit entierement tendu
& éclairé d'un grand nombre de bougies.
L'Ap
1940 MERCURE DE FRANCE :
L'Appartement , qu'on appelloit du deuil ,
confiitant en une Chambre & une Antichambre
, étoit à la droite du palier de cet Eſcalier,
& entierement tendu où les Princes , les
Princeffes , les Ambaffadeurs , & c . fe repofoient
, & où l'on venoit les chercher pour la
Ceremonie de l'Eau-benite. Ces deux Pieces
étoient éclairées par un très - grand nombre de
bougies dans des Luftres , des Girandoles ,
des Bras & des Plaques.
De cet Appartement on venoit par le mê
me palier dans la Salle des Gardes , dont la
porte étoit ornée , outre la tenture , de deux
lez de velours garnis d'Armes , avec trois
grandes Armes dans le milieu .
Cette Salle , éclairée par trois grands Luftres
, étoit entierement tendue , & decorée
dans tout le pourtour d'un lez de velours ,
garni par intervales de grandes Armes.
On entroit par cette Salle dans la Chambre
du dépôt , ou du Maufolée , dont on a déja
parlé. Deux lez de velours , garnis d'Armes
moyennes , avec cinq grandes Armes , en decoroient
la porte,
On fortoit de la Chambre du dépôt par la
Gallerie des Homines illuftres , qui étoit entierement
tendue dans toute fa longueur , &
ornée des deux côtez d'un lez de velours ,
garni d'Armes , avec 13 grandes Armes par
intervale . Elle étoit éclairée par 4. grands
Luftres & par dix torcheres , portant des Girandoles
, avec grand nombre de bougies.
L'Efcalier de fortie , pour le peuple , qui
donne dans le Jardin du Palais Royal , étoit
auffi entierement tendu & éclairé par quantité
de bougies dans des Plaques .
Le Corps de la Ducheffe d'Orleans fut gardé
AOUST . 1726. 1941
dé le matin , depuis dix heures juſqu'à midi ,
& depuis quatre heures jufqu'à fept de l'après-
midi. Cette Ceremonie dura cinq jours.
Neuf Dames par jour étoient invitées ; fçavoir
, trois pour le matin , trois , depuis quatre
heures jufqu'à cinq & demie , & trois depuis
5 heures & demie jufqu'à fept . Les Dames
invitées étoient placées à la droite du
Corps ; vis- à- vis , de l'autre côté , étoit la
Marquife de Pons , Dame d'Honneur de l'illuftre
défunte , & les Marquifes de Bourdeilles
& de Caftelane , Dames attachées à la
Princeffe : à côté & derriere ces deux Dames,
étoient fur des Banquettes , la premiere Femme
de Chambre de la Duchefle d'Orleans , &
fix autres Femmes de Chambre. Toutes les
Dames étoient en mantes traînantes .
›
A la droite du Corps étoit l'Archevêque de
Rouen, & enfuite quatre Aumôniers du même
côté. Derriere les Dames invitées étoient 8 .
Valets de Chambre en manteaux , fur des Banquettes.
Six Prêtres de S. Euftache, & fix Reli
gieux Feuillans à droite & à gauche du Maufolée
affis fur des formes ; pfalmodiant ,
on les relevoit , & ils ne quittoient point le
Corps. Deux Huiffiers en manteau , gardoient
les portes de cette Salle , & annonçoient les
perfonnes de confideration qui venoient pour
jetter de l'Eau - benite. La Marquife de Pons &
les deux autres Dames , dont on a parlé , alloient
recevoir dans la Salle des Gardes , les
Princes , Princeffes , Ambaffädeurs & Cours
Souveraines.
Le Chevalier de Conflans , Premier Gentilhomme
de la Chambre , & le Marquis de
Clermont Galerande , Chevalier des Ordres
du Roi , Premier Ecuyer du Duc d'Orleans ,
en longs manteaux , faifoient les honneurs.
Ils
1642 MERCURE DE FRANCE.
Ils étoient accompagnez des Chevaliers de
Clermont-Galerande , Chevalier de Caftellane-
Defparon , Comte de Montbrun , Chevaliet
de Bethune , Marquis de Valfemé , ………..
du Guefclin , & de Lachau - Montauban , Gentilshomines
de la Chambre ; de douze autres
Gentilshommes , des Maîtres d'Hôtel , & c,
tous en longs manteaux .
Dames qui ont gardé le Corps.
Les Marquifes d'Etampes , de Goebriant ,
de la Motte - Houdancour , de Conflans , de
Jonzac , de Creüilly , de Braffac , de Montbrun
, d'Arpajon , de S. Pierre , de Chatillon ,
de Quaylus , de Creffi , de Lambert , de Luf
bourg , de Crevecoeur , de Sainte- Maure , de
Cayeux , Dudicour , de Bethune , de Saillant,
de Grace , de Donche , de S. Germain , de
Biffi , de Paulmi , de Tournemine , de la Fare
, de Genetine , de Clermont , d'Armentiere
, de Montboiffier , de Chimene , de la Vieuville
, de Charoft.
Les Comteffes de Pont , de Tavanes , de
Nancé , de Grancé , de Morville , de Tonerre
, Madame de la Rochepot & Madame le
Peletier des Forts.
Le Lundi 12. de ce mois , le Curé de Saint
Euftache , precedé de tout fon Clergé , fut
jetter de l'Eau benite , & dire un De profundis.
Le 13. les Religieux de l'Abbaye Royale de
S. Germain des Prez.
Les Carmes de la Place Maubert
Les Grands Auguftins .
La Communauté des Prêtres de l'Oratoire
de la rue S. Honoré. Le Pere de la Tour,
General de la Congregation , à la tête.
Les
AOUST . 1726 .
1943
Les Capucins de la rue S. Honoré.
Les Minimes de la Place Royale.
Les Jacobins de la rue S. Honoré.
Les Jacobins de la rue S. Jacques .
Les Auguftins Déchauffez de la Place des
Victoires.
Les Religieux de S. Martin des Champs.
Les Carmes Billettes.
Les Cordeliers.
Le Grand - Confeil , M. de Vertamont , Premier
Prefident , le Procureur General , l'Avocat
General , & le Doyen des Confeillers .
L'Univerfité , le Recteur à la tête.
Le 14. Mademoiſelle de Clermont , Princeffe
du Sang nommée
pour jetter de l'Eaubenite
, accompagnée
de la Comteffe
d'Egmont
& de la Marquife
de Rupelmonde
, Dames
du Palais
de la Reine
, & de la Marquife
de Riberac
, fa Dame
d'Honneur
, arriva
au Palais
Royal
dans le Caroffe
de S. M.
avec un Détachement
de Gardes
du Corps
ayant
l'épée
haute , & un Detachement
des
Cent-Suiffes, avec leurs hallebardes
,qui précedoient
le Caroffe
. Cette Princeffe
fut reçûë à
la defcente
du Caroffe
par les Princeffes
de
Beaujolois
& de Chartres
, Soeurs
du Duc
d'Orleans
, accompagnées
du Chevalier
d'Orleans
, Grand - Prieur
de France
, des Dames
de
la Ducheffe
d'Orleans
, & des principaux
Officiers
de laMaifon
duDuc d'Orleans
, & c. Mademoiſelle
de Clermont
fut conduite
dans la
Salle du deuil, precedée
du Marquis
de Brezé
, Grand
- Maître
des Ceremonies
, en furvivance
du Marquis
de Dreux
, fon pere , & de
M. Defgranges
, Maître
des Ceremonies
, d'où
elle alla à la Chambre
de parade , precedée
des deux Herauts
d'Armes
; & après les faluts
accoûtumez
, cette Princeffe
fe plaça fur
K นก
1944 MERCURE DE FRANCE .
•
un Prie- Dieu qui lui avoit été preparé. Les
Prieres ordinaires ayant été chantées , l'Abbé
de S. Aulaire , Aumônier de la Reine , reçut
le Goupillon de la main d'un des Herauts ,
& le prefenta à Mademoiſelle de Clermont ,
qui s'étant approchée du Cercueil ; & ayant
fait le falut ordinaire , jetta de l'Eau benite
de la part de la Reine, fur le Corps de la Ducheffe
d'Orleans ; & après l'Oraifon elle fut
reconduite jufqu'à fon Caroffe , avec les mêmes
Ceremonies , & cette Princefle reçût les
mêmes honneurs qu'on auroit rendus à la
Reine.
Le même jour Mademoiſelle de Beaujolois
& Mademoiſelle de Chartres , vinrent auſſi jetter
de l'Eau -benite , accompagnées de la Marquife
de Conflans & de M. le Grand- Prieur.*
Mademoiſelle de Clermont; vint en fon nom ,
accompagnée de la Marquife de Riberac , fa
Dame d'Honneur.
Mademoiſelle de Charolois .
Le Prince de Conti.
Mademoiſelle de la Roche- fur- Yon.
Le Comte de Toulouſe.
La Comteffe de Toulouſe.
Le Clergé , fçavoir , les Archevêques de
Bordeaux, de Cambray , de Sens ; lés Evêques
de S. Flour , de Soiffons , d'Auxerre , de Blois,
de Sarlat , d'Evreux , d'Ufez , de Troyes , de
Saintes , d'Alais , de Valence, de Leytoure , de
Laon , anciens Evêques de Viviers & de Condom
; les Abbez de Maugiron & de Valeras ,
Agens du Clergé.
Le 15. le Comte de Charolois.
Le Comte de Clermont.
Les Recollets.
Le Chapitre de S. Honoré,
LesJacobins du Fauxbourg S. Germain.
Le
AOUST.
1726. 1945
*
Le Chapitre de S. Thomas du Louvre,
Le 16. Le Nonce du Pape.
L'Ambaffadeur du Roi de Sardaigne.
L'Ambaffadeur de Venife.
L'Ambaffadeur de Malte.
Le Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris avec le Chapitre de Notre-Dame."
Le Parlement , par Députation.
La Chambre des Comptes.
La Cour des Aides.
La Cour des Monnoyes.
Le Corps de Ville,
Les Treforiers de France .
Les Religieux Picpus.
Les Minimes de Chaillot.
Les Peres de la Mercy.
Les Feuillans , ruë S. Honoré.
Les Peres de Nazareth .
Le tranfport du Corps de la Ducheffe d'Orleans
, du Palais Royal au Val de Grace , fe
fit le foir du Vendredi 16. Août , par la ruë
S. Honoré , la rue du Roule , la rue de la
Monnoye , le Pont- Neuf , la ruë Daufine , la
rue de la Comedie Françoiſe , la rue des Foffez
de M. le Prince , la rue Hyacinthe , & la
rue du Fauxbourg S. Jacques , par laquelle
on arriva au Monaftere Royal du Val de Grace
, dont la Cour étoit entierement tenduë de
noir à fix lez : la Porte de l'Eglife l'étoit à
dix lez avec deux lez de velours , garnis d'Armoiries
& neuf grandes Armoiries entre les
deux lez de velours . Les quatre Balcons du
Dôme étoient auffi tendus du haut en bas avec
une grande Armoirie fur chaque tenture. Les
-appuis de ces Balcons étoient profilez de bou-
* On rend aux Ambaffadeurs le même honneur
qu'aux Princes & aux Cardinaux.
K ij gies
1946 MERCURE DE FRANCE
gies , ainfi que la grille du devant du Choeur.
Tout le Parterre du Dôme étoit paré de drap
noir , ainfi que le Sanctuaire , avec des carreaux
& des fieges de même.
Le même jour , le Clergé de S. Euftache ,
au nombre de 200. Prêtres , portant chacun
un Cierge , arriva au Palais Royal à 8. heures
& demie du foir. Il accompagna, en chantant
le Libera , le Corps de la Princefle , qui
fut defcendu par les Officiers de fa Chambres
, & pofé fur. le Char , dans lequel il fut
transporté. Ce Char couvert d'un grand
Poële de velours herminé , avec une grande
Croix de moire d'argent , accompagnée de
grandes Armoiries brodées , & attelé de
huit Chevaux caparaffonnez de velours &
moire d'argent , avec des Armoiries brodées
deffus , avoit douze pieds de haut fur 18.
de longueur. Le Convoi prêt à partir, le Clergé
s'en retourna à S. Euftache.
A neufheures préciſes , la marche du Convoi
commença en cet ordre : les Brigades du
-Guet marchoient à la tête.
Deux Suiffes.
Cent Pauvres en habit & Capuçon de drap
gris de fix aulnes , portant chacun un flambeau
de cire blanche.
La Livrée de la Maiſon d'Orleans , portant
des flambeaux.
Huit Garçons de la Bouche , avec des flambeaux.
Dix-huit Officiers de la Bouche en longs
manteaux & crêpes pendants , montez fur des
Chevaux caparaçonnez , leurs Valets marchoient
à côté avec des flambeaux.
Le Caroffe des Femmes de Chambre , drapé
& Chevaux caparaçonnez.
Le Caroffe des Gentilshommes de Mademoiſelle
A O UST. 1726. 1947
moiſelle de Beaujolois , drapé , idem.
Le Caroffe pour le Chevalier de Clermont
Galerande , le Chevalier de Caftelane , les
Marquis du Guefclin & de la Chaumontauban
, tous quatre Gentilshommes de la Chambre
du Duc d'Orleans , deftinez à porter les
coins du Poële , drapé , idem .
Le Caroffe pour le Marquis de Bracq , fai-'
fant les fonctions de Chevalier d'Honneur ( le
Marquis deClermont ) qui donna la main à Mademoiselle
de Beaujolois , drapé , idem.
Un Caroffe du Corps de la Ducheffe d'Or.
leans , occupé par l'Archevêque de Rouen ,
faifant les fonctions de premier Aumônier , &
portant le coeur de la Princeffe dans une boëte
de vermeil doré. Il étoit accompagné du
Curé de S. Euftache du Confefleur de la
Ducheffe d'Orleans, & d'un de fes Aumôniers ,
drapé , idem.
,
Le Caroffe du Corps , dans lequel étoit Mademoiſelle
de Beaujolois , qui menoit le deuil ,
accompagnée de la Princeffe de Pont , de la
Marquise de Pons , Dame d'Honneur de la Ducheffe
d'Orleans , de la Marquife de Conflans.
Ces deux derniers Caroffes étoient attelez cha- *
cun de huit Chevaux caparaçonnez en moire
d'argent. Des gens de livrée marchoient aux
côtez avec des Rambeaux .
Douze Pages à cheval avec des flambeaux ,
le Gouverneur & l'Aumônier à leur tête .
Les quatre Herauts d'Armes avec leurs Cottes
& Caducées , à cheval , précedez du Roi
d'Armes.
Le Char entouré de feize Suiffes , portant
leurs hallebardes la pointe en bas , & des flambeaux
, & 38. Valets de pied , portant des
flambeaux.
Deux Ecuyers à Cheval.
Kiij Quatre
1948 MERCURE DE FRANCE .
Quatre Aumôniers fur des Chevaux capa
raçonnez , en furplis & bonnet quarré ,portant
les cordons du Poële.
Les Ecuyers de la Ducheffe d'Orleans , à
droit & à gauche du Char fur des Chevaux
caparaçonnez.
Quatre Pages avec des flambeaux , auffi fur
des Chevaux caparaçonnez.
Dix Valets de pied avec des flambeaux.
Le Caroffe de Mademoiſelle de Beaujolois.
Les Caroffes du Premier Aumônier , du
Premier Gentilhomme de la Chambre , du Premier
Ecuyer , & c.
Les Prêtres de l'Oratoire de la rue S. Honoré
, le Clergé de la Paroiffe de S. Jacques
du Haut- Pas , & le Seminaire de S. Magloire
vinrent jetter de l'Eau - benite fur le Corp sde
la Princeffe , lors du paffage du Convoi qui
fe fit avec beaucoup d'ordre & de pompe.
En arrivant à l'Abbaye Royale du Val de
Grace , à onze heures , un nombreux Clergé
reçût le Corps à la porte de l'Eglife . Il fut
tranfporté fous le Dôme , les quatre Gentilshommes
ci - devant nommez , portant les coins
du Poële , & pofé fous un magnifique Catafalque
, aux coins duquel étoient 4 Pieds- d'eftaux
, portant des Vafes & grandes Girandoles
garnies de bougies , & 60. Chandeliers fur
les degrez qui formoient une eftrade avec
des Cierges armoriez ; le Coeur porté par
l'Archevêque de Rouen, & la Couronne portée
par le Marquis de Bracq , furent pofez fur
le Poële. Il y avoit fur le Maître- Autel 33 .
Cierges armoriez .
Le Corps fut prefenté par Mademoiſelle de
Beaujolois , & l'Archevêque de Rouen prononça
un fort beau Difcours , auquel Madame
l'Abbeffe du Val de Grace répondit avec
beauA
OUST . 1726 , 1949
coup de dignité. Elle étoit venue le recevoir
à la tête de fa Communauté. Enfuite les Vêpres
des Morts furent chantées , après quoi
le Corps & le Coeur furent portez dans
le Caveau de la Chapelle de la Reine Anne
d'Autriche , par les Officiers de la Chambre
de la Ducheffe d'Orleans , pendant que
les Religieufes chantoient le Benedictus.
LE
E Roy continuant à fe bien porter , le
Te Deum ordonné S. M.
par
rendre
pour
à Dieu de folemnelles actions de graces du
rétabliffement de fa fanté , fut chanté le 4. de
ce mois , dans l'Eglife Métropolitaine de Paris
, avec les ceremonies ordinaires . Le Clergé
, le Parlement , la Chambre des Comptes ,
la Cour des Aydes , & le Corps de Ville qui
y avoient été invitez de la part du Roy,y affifterent
en la maniere accoûtumée , ainfi que le
Garde des Sceaux , accompagné de plufieurs
Confeillers d'Etat & Maîtres des Requêtes . Le
Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris
officia Pontificalement , & le Te Deum fut
chanté au bruit du canon de la Ville.
COPIE de la Letre du Roy au Cardinal
de Noailles .
MON
COUSIN,
* Je viens de recevoir de nouvelles marques
de la Protection de Dieu , dans la maladie
dont il a permis que je fufle attaqué ; mon
premier foin eft de l'en remercier , & de lui
demander en même - temps par les Prieres de
tous mes Sujets , les fecours qui me font neceffaires
pour employer les jours qu'il ma con
fervez à fa gloire à leur felicité ; c'est
dans
1950 MERCURE DE FRANCE.
>
dans ces fentimens que je vous fais cette Lettre
, pour vous dire que mon intention eft que
vous faffiez chanter le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine de ma bonne Ville de Paris
le jour que le Grand Maître ou le Maître des
Ceremonies vous dira de ma part. Sur ce je
prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin , enfa
fainte digne garde. Ecrit à Versailles le
premier Août 1726 Signé , LOUIS , Et plus
bas , PHELY PEAUX.
Le foir il y eut des feux , des illuminations
& beaucoup d'autres marques de réjouiffances
dans toutes les ruës .
Le lendemain , le Corps de Ville fit chanter
un Te Deum dans l'Eglife de S. Jean en
Greve. Il y eut un feu le foir devant la principale
Porte de l'Hôtel de Ville , dont la
façade étoit illuminée en flambeaux de cire
blanche , & quantité de pieces de vin cou
lerent pour le peuple , qui fit éclatter fa joye
par des acclamations réiterées .
Le To le Roy alla , pour la premiere fois ,
entendre la Meffe , dans la Chapelle du Château
de Verſailles , & le Te Deum fut chanté
par la Mufique , pour le rétabliffement de la
fanté de S. M.
Cette fanté fi précieufe à la France & à
toute l'Europe , eft à prefent dans le meilleur
état qu'on puiffe defirer. Le Roy n'a point
chaffé le Cerf depuis fa maladie , S. M. n'a
été que deux fois à la chaffe du Chevreuif
& du Dain , dans les Forêts de Marly & de
S. Germain ; Elle a été tirer dans le petit
Parc de Verfailles , & en trois fois le Roy
a tué 280. pieces de Gibier.
Le Roy à été voir la Reine deux foix par
jour pendant la maladie de cette Princeffe .
La Reine a été fort affidue dans la Chambre
A OUST. 1726. 195t
bre du Roy pendant la maladie de S. M. Elle
a marqué fon empreffement & fa tendreffe
par des foins & une attention continuelle.
Le 6. Août ,les Religieux de l'AbbayeRoyale
de S. Germain des Prez, chanterent folemnellement
un Te Deum , qui fut fuivi d'un Salut , en'
actions de graces de l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy. Le foir il y eut un grand
feu & des illuminations , tant dans la cour
du Palais Abbatial , que dans celle des Religieux.
On tira auffi quantité de boëtes & de
Coulevrines , placées dans le grand Jardin de
l'Abbaye. Tous les Habitans des Maifons du
diftric allumerent auffi des feux & firent des
illuminations.
Au commencement de ce mois , plufieurs
détachemens des Dames de la Halle allerent
complimenter le Roy fur le rétabliffement de
fa fanté S. M. les reçut avec bonté, & ordonna
qu'elles fuffent bien régalées.
Maladie de la Reine.
La Reine ayant eû pendant plufieurs jours
des maux de tête , accompagnez de quelques
mouvemens de fievre , fe trouva beaucoup
incommodée le 3. de ce mois . La fievre fe
déclara avec une extreme violence , & le mal
de tête étant confidérablement augmenté ,
S. M. paffa la nuit dans un grand accablement.
Le 4. la fievre qui avoit paru diminuée ,ayant
augmenté l'après midi , la Reine fut faignée
du pied vers les quatre heures . Le redoublement
de la fievre qui commença fur le minuit
, & l'accablement qui continuoit , déterminerent
à une feconde faignée du pied, qui
fut faite le s . à huit heures du matin ; mais
ces deux faignées n'ayant point empêché un
nouveau
1
1952 MERCURE DE FRANCE.
nouveau redoublement , ni diminué les accidens
qui accompagnoient la fievre , S. M.
fut faignée du pied pour la troifiéme fois , le
même jour à minuit.
La Reine paffa le refte de la nuit plus tranquillement
, & le lendemain on profita de la
diminution de la fievre pour purger S. M.
La Médecine qu'on donna à la Reine & le
Quinquina qu'on lui a fit prendre depuis ,
produifirent beaucoup d'effet . S. M. fe trouva
très- foulagée le 7. & le 8. la fievre , le
mal de tête & les accidens furent très diminuez
, enforte qu'on crut la Reine hors de
danger ; mais l'efperance d'une guériſon auffi
prompte qu'on le defiroit , diminua lorfqu'on
s'apperçut le foir d'un redoublement de fievre
affez violent.
La fievre ayant continué & les redoublemens
étant toûjours très- fréquens , la Reine
qui s'étoit déja conf: ffee , & dont la folide pieté
éclate dans toutes fes ations , fouhaita de
conmunier. Le 13. à fix heures du foir , S. M.
reçut le Viatique , par les mains de l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier ,
avec des fentimens de Religion & de réfignation
qui édifierent & toucherent tout le mon
de. Le Roy , accompagné des Princes & Prin
ceffes , de fes Grands & principaux Officiers
& des perfonnes les plus confiderables de la
Cour , s'étant rendu à la Chapelle du Château
de Verfailles, S. M. fuivit le S. Sacrement chez
la Reine & le reconduifit à la Chapelle.
Le Kermel-Mineral , qu'on appelle commu
nément , la Poudre des Chartreux , qu'on donna
à la Reine le foir du même jour , ayant
produit beaucoup d'effet , S. M. fe trouva foulagée
, Elle paffa la nuit affez tranquillement
ainsi que le lendemain. Cependant la nuit du
14.
A OUST . 1726. 1953
14. au 15. la Reine eut un redoublement , ce
qui détermina à lui faire reprendre le Quinquina
pour faire ceffer la fievre. En effet elle
diminua confiderablement le 16. & le 17. &
le 18. S. M. refta fans fievre & s'eft depuis
toûjours portée de mieux en mieux.
Le Mardy 13 Août , en execution d'un
Arrêt du Parlement du même jour , on découvrit
la Châffe de fainte Genevieve , & on.
commença les Prieres publiques des Quarante
heures , pour le rétabliffement de la fanté de la
Reine , ordonnées par un Mandement du Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris.
Depuis le 18. les inquietudes qu'on a euës
au fujet de la maladie de S. M. font finies ,
- puifqu'elle fe rétablit tous les jours.
2
Le 22. l'ancien Evêque de Fréjus lui annonça
la mort de la Ducheffe d'Orleans , qu'on
avoit eû foin de lui cacher , & dont la Reine
fut extremement touchée.
Le même jour on chanta à la Paroiffe de
Verſailles un Te Deum , en action de graces
pour la convalefcence de S M. Le S. Sacrement
étoit expofé & l'Eglife parée comme
aux plus grandes folemnitez. Le Te Deum de
la compofition de M. Bernier , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roy , à prefent de
Quartier , fut executé par les Muficiens de
S. M. Le foir , le Bailly , le Procureur du Roy,
les Marguilliers & les notables Bourgeois de
Verfailles , allumerent un bucher au milieu
de la Place Dauphine , il y eut des illumi-
- nations aux fenêtres & d'autres marques de
- réjouiffance. La Fête fut terminée par un
grand repas que les Marguilliers donnerent
à tous les Muficiens.
1
1954 MERCURE DE FRANCE.
CORRESPONDANCE GENERALE.
LA
AVIS AU PUBLIC.
A Compagnie de la Correfpondance generale
ayant été follicitée de prêter fon miniftere
pour la vente ou acquifition de Terres, Maiſons,
Rentes , Charges & autres immeubles , elle croit
devoir avertir les particuliers qui voudront s'a
drefler à elle pour de pareilles ventes ou acquifitions,
qu'ileft neceflaire qu'ils envoyent auBureau
general deCorrelpondance des détails circonftan.
ciez des chofes qu'ils auront à vendre ou à acheter
; & les prix qu'ils voudront en avoir ou donner,
avec lademeure des vendeurs ou acquereurs,
ou des perfonnes chargées pour eux ; & au moyen
des correfpondances que ledit Bureau General
entretient , la Compagnie pourra leur procurer
des Vendeurs ou Acheteurs.
Ladite Compagnie s'eft auffi chargée , à la follicitation
de quelques Regimens , de faire les
differentes Commitions de leurs Corps , & pour
lefquels ils étoient obligez d'avoir continuellement
un Officier refident à Paris , elle continuera
de s'en charger à l'avenir pour les Regimens
qui s'adrefferont à elle .
Un grand nombre de Banquiers , Marchands,
Negocians , & autres perfonnes qui font de
grandes affaires , ayant propofé à ladite Compagie
de fe charger de faire leurs Commiſſions en
fait de Lettres de Change , Billets , & autresEffers
purs & fimples , en prenant par ladite Compagnie
la remife feulement qu'ils ont accoûtuméde
payer à leurs Commiffionnaires ou Correfpondans
, au lieu de quatre deniers pour livre de taxations
qui lui font attribuez , ladite Compagnie
AOUST . 1726. 1955
$
fe
a bien voulu , pour faciliter les Commiffions du
Public , acquiefcer à cette propofition , & en
confequence elle fe chargera de faire faire ces
fortes de Commiffions au même droit de remit
que celui qui fe paye aux Marchands , Banquiers
ou Commiffionnaires , qui font des affaires
de pareille nature , fans cependant qu'elle fe
charge d'acceptation de Lettres de change tirées
par aucuns defdits Banquiers & Negocians ,
attendu que celles qu'elle acquitte, nepeuvent être
tirées par lefdits Negocians qui s'adreilent à elle,
qu'après la rentrée de leurs fonds à la Caiffe de
la Compagnie , & qu'elles font toujours acquittées
au moment de leur préſentation.
L'établiffement de cette Correfpondance generale
n'étant qu'un Bureau de Commiffions ,
& un Dépôt public , & la Compagnie étant affujettie
par fon établiffement de donner avis aux
particuliers de la rentrée de leurs fonds à la
Caille dans les trois jours immediatement après
la recette , il n'y peut arriver d'inconveniens ,
ni être fait aucune faifie conformément à l'Arrêt.
Les Lettres de Change , Billets , ou Mandemens
tirez par les particuliers fur la Caiſſe de ladite
Correfpondance , ne feront jamais proteſtez
lorfque leurs fonds y feront rentrez , ce qui arrive
fouvent à l'égard des perfonnes qui font
les Commiffions , lefquels venant à mourir dans
l'intervalle , que leurs Correfpondans , ou les
particuliers qui les occupent , tirent des Lettres
de Change que l'on eft obligé de faire proteſter
& renvoyer pour en avoir le remboursement
qui ne fe fait d'ordinaire que long- temps après
la levée des fcellez & les fucceffions arrangées :
au lieu que ces fortes d'inconveniens , ni aucun
de ceux qui pourroient donner lieu au retard des
payemens des Lettres & Bilets ne feront jamais
connus dans ladite Correfpondance, quand même
>
il
1996 MERCURE DE FRANCE.
arriveroit que quelques- uns de ceux qui en coinpofent
la Compagnie viendroient à déceder, parce
qu'il fera remplacé fur le champ , & que la
Caffe de ladite Compagnie , ou pour mieux dire
, le dépôt du Public fera toujours exempt des
fcellez & des autres formalitez dont les Commiffionnaires
particuliers ne peuvent fe garentir.
La fufcription des Lettres qui font adreffées
à ladite Compagnie , porte à M. Bréhamel &
Compagnie de la Correspondance generale , ruë
neuve S. Euftache , à Paris .
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
dout, & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ,le 3. Septembre 1726 .
HARDION.
TABLE .
leces fugitives , Deffein d'un Recueil
Pled'Hymnes nouvelles avec lesplus beaux
chants ; & c.
Le Printems, Idille , de Mlle l'Héritier ,
1729
1760
Explication des Enigmes , faite au College des
Jefuites ,
Bouquet en Vers ,
1767
1785
Confecration de la nouvelle Eglife de Saint
Louis , 1787
Epitre
4
Epitre en Vers ,
1957
1797
Lettre & Differtation fur la Tragedie de
Rhadamifte , 1802
1830
Lettre & Poëme qui a remporté le Prix des
Jeux Floraux ,
Explication des Enigmes du mois paffé , 1838
Nouvelles Enigmes ,
Nouvelles Litteraires ,
1839
1841
1856
Reflexions fur les Memoires de Trevoux, 1844
Difcours fur la Peinture ,
Nouveau Tableau de Sainte Geneviève , &c.
1859
Nouvelle Eftampe de la Machine de Marly,
1864
Médailles gravées en Taille-douce, du Roy &
de la Reine ,
Spectacles , Paftorale nouvelle ,
1869
1870
L'Amour Précepteur , Comedie nouvelle , Ex-
1872
trait ;
Les Pellerins de la Mecque , Opera Comique ,
idem ,
Tragedie réprefentée aux Jeſuites & Ballet ,
&c.
1879
1892
1904
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie ,
Pologne , & c.
Lettre du Roy d'Angleterre à la Czarine, 1906
Réponse de la Czarine ,
Déclaration de la Czarine ,
1909
1915
Morts & Mariages des Pays Etrangers , 1927
Journal de Paris , &c.. 1929
Reception faite à Dieppe à la Ducheffe du
Maine , 1933
+ Mort de la Ducheffe d'Orleans , 1935
Rétabliſſement de la ſanté du Roi, 1945
Maladie de la Reine , 1951
Faute
1958
Faute à corriger dans le Mercure de
PA
May 1726.
Age 907. ligne antepenultiéme , de parler
enfin le langage des Dieux , lifez , de parler
enfin plutôt le langage des hommes , que
celui des Dieux.
Fautes à corriger dans le 2. vol. de Juin.
Age 1472 ligne 11. entre , lifez contre.
P.1474. 1. 3. de donatione , lifez, donatione.
P. 1474 1.4. concilium , lifez Confuetudo.
Faute à corriger dans le Mercure de
Juillet 1725 .
PA
Age 1570 1. 25. car il n'y en a point , ajoûtez
de fi parfaite qui ne puiffe l'être davantage
.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1730. lign. 1. veulent , 1. veuillent.
1794.
P. 1749. ligne 3. Thomafo , lifez Thomafi .
P. 1761.1 . 14. auprès , lifez , au prix . P. 1767.
1. 11. les , lifez , ces. P. 1785. l . 18. j'afu mandé
, l. j'ai demandé . P. 1. 14 & témoin ,
lifex , & être rémoin . P. 1798. 1. 17 qu'on les
trouve , & c. ce Vers appartient à la ftrophe
fuivante, P. 1847. ligne derniere , pû , ôtez ce
mot. P. 188. ligne 21. reçûs , lifez reçûës.
P. 1867. ligne 24. Moulin , lifez , Moufin.
La Médaille du Roy & de la Reine,à lapag.1869
MER CURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
SEPTEMBRE . 1726 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
I GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roya
AVIS.
La
ADRESSE generale pour toutes
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
forterfur l'heure à la Poste , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquere.
Le prix eft de 30 fo's.
1959
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT
SEPTEMBRE.
XXXXXX)
1726.
鮮茶茶器
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SA UL.
Poëme tiré de l'Ecriture Sainte.
Mages du Trés- Haut , Monarques
2de la terre , J
Adorez en tremblant le Maître du
Tonnerre..
Que la mort de Saül apprenne à tous les Rois ,
Que jamais l'on n'enfraint impunément fesloix,
A ij
1960 MERCURE DE FRANCE .
> O vous Manes facrez d'un illuftre Pro.
phete , *
›
Qui jadis à Saül prédîtes fa défaite ;
Sortez , pour m'infpirer , de la nuit du tombeau
,
De fes derniers malheurs traçez -moi le tableau ,
De Saul pour Agag la coupable indulgence ,
Sur la trifte Nobé fa cruelle vengeance ,
Sa haine pour David , & fes tranſports jaloux ,
Du Très haut , dès long- temps , irritoient le
courroux .
Il éclate , & Saül rejetté de fa face ,
Voit bien-tôt les effets accomplir la menace:
Envain fur les Autels , il fait fumer l'encens ,
Les victimes , les voeux , les pleurs font impuiffans.
Dieu s'obſtine à garder un fevere filence ;
Jufqu'au Camp des Hebreux le Philiſtin s'avance
i
Et Saul craignant moins le trépas que les fers ,
Veut au défaut du Ciel confulter les Enfers.
Au milieu des rochers une caverne affreuſe ,
Cache au flambeau du jour fa voute tenebreuſe ;
Le Prince déguifé , fuivi de deux Soldats ,
Vers cet Antre infernal porte auffi tôt les pas.
* Samuel.
Une
+ SEPTEMBRE . 1726. 1901
Une femme d'Endor , par lui- même profcrite ,
Fameufe Enchantereffe , en ce fejour habite :
O vous ! lui dit Saul , dont l'Enfer fuit les
loix ,
Vous , dont la mort entend la redoutable voix ;
Ordonnez , pour calmer la douleur qui me
prefle ,> :
Qu'à l'inftant Samuel à mes regards paroiffe.
L'affreufe Pythoniffe à cet ordre frémit ,
Et bien- tôt de fes cris l'Antre au loin retentit
D'une crainte inconnue elle ſe ſent troublée ;
Les regards égarez , la tête échevelée ,
Elle trace un long cercle , & par fes noirs efforts
,
Arrache Samuel à l'Empire des Morts ;
Au milieu des horreurs d'un lugubre filence ,
L'ombre paroît quel trouble excite fa préfence
:
Sail tombe à ſes pieds , faifi d'un faint reſpect ,
La Pythoniffe tremble à fon augufte afpect .
Tel que l'Aftre du jour commençant la carriere,
Son front eft couronné d'une vive lumiere ,
De fes yeux enflammez les foudroyans éclairs ,
Epouvantent Saul & troublent les Enfers.
Le Prophetefului lance un regard finiftre ,
A iij Et
1962 MERCURE DE FRANCE:
Et des ordres du Ciel Interprete & Miniftre ,
D'une voix redoutable il prononce ces mots ,
Ces mots , qu'avec horreur repetent les échos,
Pourquoi me confulter par d'infames organes ,
Roi malheureux , frémis , ne trouble plus mes
Manes ;
Je ne puis rien pour toi ; l'Eternel t'a jugé ,
Ton Empire finit , & David eft vengé.
Il regne , tu peris : à cet arreſt funeſte ,
De fes forces Saul rappelle envain le reſte ;
Sous les pas chancelan's la terre tremble & fuit ;
Samuel fe replonge en l'éternelle nuit.
Le Prince confterné rougit de ſa foibleſſe ,
Tel qu'un homme qui fort d'une profonde yvreffe.
Saul confus fe leve , & für de fon deftin ,
Il retourne en fon Camp , où l'altier Philiftin ,
Déja femoit l'horreur , prémice du carnage :
Je fens à cet objet renaître mon courage :
Non , jamais , dit Saül , mon coeur defe fperé ,
Du fang des Philiftins ne fut plus alteré ;
Vendons leur cherement ma vie & leur victoire,
Et periffons en Roi dans les bras de la gloire.
A ces mots , d'un combat pour les jours trop
fatal
,
II
SEPTEMBRE . 1726. 1963
allar-
II hâte en foupirant l'effroyable fignal .
On court , on eft aux mains ; fes troupes
mées ,
Par l'exemple du Chef foudain font ranimées
Le fang coule à longs flots , l'illuftre Jonathas ,
De fon malheureux pere accompagne les pas.
Intrépides Heros , dont la valeur guerriere ,
Aux Philiftins vainqueurs fait mordre la pouffiere
;
Le fort change bien - tôt ; fevere en fes arrêts ,
L'Eternel interrompt ces rapides fuccès ,
Et du Camp des Hebreux la victoire inconf
tante ,
Du fang des Philiſtins encore degoutante
Revole dans leur Camp , plus prompte que l'éclair
;
Qui du Nord au Midi , brille , part , & fend
l'air;
D'Ifraël éperdu, les Troupes fugitives ,
Ou tombent fous le glaive , ou demeurent captives
;
Saül voit à fes pieds expirer les enfans ;
Superbes ennemis , vous êtes triomphans ,
Dit- il , & de mes jours la courfe eft accomplie.
Dieu cruel , tu le veux , ta vengeance eft remplie
,
A iiij Du
1964 MERCURE DE FRANCE.
Du faîte des honneurs tu m'as précipité ,
Devois- tu me tirer de mon obſcurité ?
L'infortuné Saül dans un rang moins fublime , 1
Eut vêcu plus tranquille , & feroit mort fans
crime ;
Alors il veut plonger fon épée dans ſon ſein ,
1
Mais la force lui manque & trahit ſon deffein
:
Abner , dit - il , Abner , dans ce malheur extrême
,
Approche , ofe fervir ton Roi contre lui - même.
Ce n'est plus que fur toi que Sail peut compter ;
Seigneur , je ferai plus , je vais vous imiter ,
Répond Abner , je meurs ; il fe frappe , il expire
;
Saül le voit tomber , & de rage il foupire ,
Il fe perce , il s'épuiſe , il fait de vains efforts ,
Et fans pouvoir mourir il fouffre mille morts ;
Il nage dans fon fang , la fureur qui l'agite,
Ranime fes efprits , les foutient , les irrite ;
Et pour fon châtiment Dieu prolonge fes jours ;
Saul d'un Etranger implore le fecours .
Un Soldat d'Amalec l'aborde , l'enviſage :
Frappez , lui dit Saul , fatisfaites ma rage ,
:
Sauvez-moi par pitié du joug des Philifties ;
L'E
4
SEPTEMBRE.
1726. 1965
L'Etranger obéit , & tranche fes deftins ,
Ravit fon Diadême ; & fier de fa conquête ,
De Saul à David il apporte la tête.
Le P. de Poncy , Jeſuite.
>
の
MEMOIRE HISTORIQUE fur la
Vie de Frederic Guib Docteur en
Medecine , donné par Jean - Fréderic
Guib ,fon petit-fils , Docteur ès Droits .
I
Left temps que je m'acquitte des engagemens
que j'ai pris avec le Public ;
je déclarai , il y a quelques années , que
je travaillois à faire un Abregé de la
Vie de Fréderic Guib , mon grand- pere,
je m'acquitte aujourd'hui de ma promeffe
; mais je dirai par avance , que mon
but n'a jamais été de faire un éloge dans
les formes cela ne conviendroit point
tout- à-fait à un petit - fils . D'ailleurs
Les Eloges font devenus fort dégoutans
prefque dans tous les Pays du monde
foit parce qu'on en fait trop , foit parce
qu'on les remplit d'un galimatias" byperbolique
& infipide , éternellement monté
fur cinq ou fix lieux communs , comme
l'a remarqué le fçavant M. Ancillon
dans fes Memoires concernant les
A v Vies
1966 MERCURE DE FRANCE.
Vies & les Ouvrages de plufieurs Moder
nes , &c.
Je rapporterai donc les faits le plus
fuccinctement qu'il me fera poffible , confiderant
toujours que je fais un Abregé,
& non pas une Hiftoire entiere , laiffant
aux Bayles futurs le foin de donner à ce
Sçavant les louanges qui lui font dûes.
Le nom de famille de Fréderic Guib.
étoit Gib , ou Gibbs , en Latin Gibbefius.
Mais pour s'accommoder à la prononciation
Françoife , il y ajoûta dans la fuite
une lettre , & prit celui de Guib , en
Latin Guiboens. Je ne fçaurois cependant
difconvenir , que depuis même qu'il euc
pris ce nom , il ne s'eft pas difpenſé de
fe fervir quelquefois de fon ancien nom
dans la fignature des lettres qu'il écrivoit
à fes amis , & furtout aux Etrangers
. C'eſt ainfi , par exemple , qu'il en
a ufé dans un Livre qu'il publia à Orange
en 1679. fous le titre de Sereniffi
mus Princeps Auraicus , five Declamationes
Poëtica , &c. Car dans l'Epitre
Dédicatoire , qui eft adreffée au même
Zuylichem , dont on parlera dans la fuite
, il s'eft nommé Gibbefium ; mais à la
fixiéme page de ce Livre , il a mis
Guiboeus , parce qu'il s'adreſſoit à Meſfieurs
du Parlement d'Orange.
Il nâquit à Dumferlin , dans le Com-
τέ
SEPTEMBRE. 1726. 1967,
té de Fife en Ecoffe , d'un perè qui s'appelloit
Bernard Gib , ou Gibbs , & qui
étoit Avocat au Parlement d'Edimbourg .
Etant encore fort jeune , il perdit fon
pere , & fa mere Marguerite Varemande.
Il étudia en Rhetorique , & en Philofophie
fous George Wemius . Après
s'être fait recevoir Maître ès Arts en
l'Univerfité de S. André , il voyagea en
Angleterre ; mais les divifions entre ce
Royaume & l'Ecoffe , s'étant augmentées
, il abandonna fa Patrie , & voyagea
comme un autre Uliffe dans plufieurs
Pays . Il croyoit que les voyages étoient
d'une grande utilité , lorfqu'on voyageoit
avec connoiffance : Qui fapienter
peregrinatur , difoit-il , plus proficit in
via , quam in patria. Auffi avoit - il ac
coûtumé dans les voyages de vifiter les
Sçavans , de voir les chofes remarquables
, de s'informer des moeurs & des
coûtumes de chaque Nation de même
que des fingularitez des Pays par où il
paffoit ; bien éloigné en cela de la penfée
du fameux Daillé , qui tenoit fi peu
pour l'utilité des voyages , qu'il regretta
toute fa vie les deux années qu'il employa
à voyager , comme on le lit dans
le Dictionnaire de Bayle.
›
Les regles que je me fuis prefcrites
ne me permettent pas d'examiner cette
A vj peníée
1968 MERCURE DE FRANCE:
penfée de M. Daillé ; peut être qu'en citant
du Grec & du Latin , je pourrois en
faire voir le foible : mais ce feroit une
érudition mal placée , & à contre- tems.
D'ailleurs , c'eft fouvent une temerité de
critiquer trop legerement les fentimens
des grands Hommes. Je fais ici la fonction
d'Hiftorien , & non pas celle de Critique
, ainfi je reviens à mon fujet.
-
Fréderic Guib étant donc forti de fa
Patrie , vint à Paris , de là il paffa dans
les Pays - Bas , & dans les Provinces-
Unies , enfuite en Allemagne ; & étant
arrivé à Venile , il paffa en Grece ; delà
il alla à Conftantinople , après quoi
il parcourut la Natolie ; & ayant paffé en
Candie , il s'en alla en Syrie , d'où il paffa
en Egypte & revenant en Italie , il
s'arrêta quelque temps à Rome , où il
vit encore le celebre Athanafe Kirker ,
qu'il avoit auparavant connu à Paris . Il
s'arrêta auffi quelque temps à Padouë ,
&. étudia en Medecine. Il vit le tomy
beau du fameux Petrarque , qui eft dans
un Bourg éloigné de dix lieues de cette
Ville. Enfin , ayant quitté Padouë , il
vint à Andufe dans le Languedoc , où il
enfe gna les Humanitez pendant quelques
années. Sa réputation , ( je me fers
ici des termes de M. Antoine Flavard
Bouvier ) lui attira un grand nombre d' Ecoliers
SEPTEMBRE 1726. 1969
•
coliers des premieres Maifons de la Province.
Il y époufa une fille d'une beauté
extraordinaire & qui avoit beaucoup
de vertu & de fageffe. Elle s'appelloit
Debora Teiffier , & étoit parente de M.
Teiffier , qui s'eft acquis tant de gloire
par les additions aux Eloges de M. de
Thou . Ayant eu le malheur d'être attaquée
de la pefte dans le temps que cette
cruelle maladie ravageoit la Ville d'Andufe
, elle mourut malgré l'attention que
fon mari eut à la fervir jufques au der
nier moment de fa vie. Il n'en eut point
d'enfans.
La mort de fon Epouſe , la trifte fituation
de cette Ville , que la pefte ravageoit
toûjours , & l'emploi de Profeffeur - en
Eloquence , que
, que les Directeurs du College
de Nîmes lui firent offrir , le déterminerent
à y aller fes talens & fa
capacité contribuerent extrêmement à faire
fleurir le College de Nîmes , & on
remarquoit , que le grand concours d'Ecoliers
ne fe trouvoit plus à Andufe comme
autrefois pendant qu'il y féjournoit ,
mais qu'ils accouroient de toutes parts au
College de Nîmes.
En l'année 1651. Frederic Guib fut aggregé
dans la Faculté de Medecine de
Valence en Dauphiné. Le 18. du mois
d'Août de la même année , il fe mariapour
1976 MERCURE DE FRANCE .
pour la feconde fois dans la Ville de Nîines.
Il eut plufieurs enfans de ce fecond
mariage ; entr'autres Henri , dont
on voit l'abregé de la Vie dans le Mercure
de France , au mois de Novembre
1722. En l'année 1654. il fit l'Oraifon
funcbre du celebre Claude Guiraud : cette
Piece a eu le fort des Pieces volantes
& fugitives , qui deviennent ordinairement
rares après un certain nombre
d'années car aujourd'hui on auroit affez
de peine à la trouver .
Les Directeurs du College de la Ville
d'Orange , ayant refolu au commence.
ment de l'année 1665. de mettre tout en
ufage pour le difpofer à venir dans leur
Ville , pour remplir la Charge de Prin
cipal , où la Chaire de Profeffeur en Eloquence
, dans l'efperance que La reputation
y attireroit quantité d'Ecoliers Etran
gers , qui feroient fleurir leur Académie
en toutes fortes de Sciences , ce qui
apporteroit de grands profits à cette Ville
; ils lui firent écrire à Nimes fur ce
fujet , car il y faifoit encore fon féjour
avec fa famille. Il hefita quelque temps
avant que de fe déterminer là deffus . II
regardoit d'un côté , que le fort de ceux
qui enfeignoient les Sciences étoit dans
ce temps-là une trifte condition , qui les
expofoit à bien des inconveniens , & d'un
autre
SEPTEMBRE. 1926, 1977
autre côté , il avoit envie de revoir le
lieu de fa naiffance . Il y a affez d'apparence
qu'il auroit executé ce projet , & qu'il
feroit parti pour l'Ecoffe , fi fes amis ne
l'euffent déterminé à changer de fentiment
, & à accepter les offres qu'on lui
faifoit; de forte que le fixième du mois
de Fevrier de la même année 1665. il
fut pourvû de cet Emploi...
Environ deux mois après , l'illuftre Zuylichem
, Député du Prince d'Orange ,
étant arrivé en cette Ville , il crut ne
pouvoir rien faire qui fut plus agréable
à ce grand Homme , qui aimoit paffionnément
la Poëfie , que de lui témoigner
par un Poëme la joye qu'il reffentoit de
fon arrivée . Ce fut à la tête des Profeffeurs
& des Regens de l'Académie qu'il
prononça ce Poëme , qui fut reçû d'une
maniere fort gracieufe par cet illuſtre
Sçavant . Il a été inferé dans la Relation
de ce qui s'eft paffe au rétablissement d'Orange,
par Jacques Pineton de Chambrun .
Le 23 d'Avril de la même année
1665 il prêta ferment de fidelité
au Prince d'Orange , entre les mains
de M. de Zuylichem . Quelques jours
après phil fit une Leçon publique , en
préfence d'une nombreufe Affemblée fur
la premiere Ode de Pindare , qui fut , fuivant
la remarque du Sieur de Chambrun ,
comine
1972 MERCURE DE FRANCE.
comme fon Oraifon inaugurale en ia
Charge de Principal du College . M. de
Zuylichem qui y affifta , la trouva d'un
très -bon goût , & par là il ſe confirma
dans la bonne opinion qu'il avoit déja
conçue de lui . M. de Chambrun a également
inferé cette Piece , qui eft docte
& fçavante, dans le Livre que l'on vient
de citer , page ro3 . & fuiv.
M. Maurice Le- Leu de Wilhem , digne
neveu de M. Zuylichem , ayant fouhaitté
de le faire recevoir Docteur ès
Droits dans l'Univerfité d'Orange , ceux
qui étoient pour lors du Corps de certe
Univerfité , mirent en déliberation le
4.
Mai de la même année , s'il configneroit
la fomme d'argent accoûtumée , que
les Docteurs Etrangers , ou ceux qui ne
font pas fils de Docteur , donnent ordinairement
pour le faire recevoir. Il fut
déliberé qu'il ne configneroit aucuns deniers
en prenant le Bonnet de Docteur ,
à la confideration de M. Zuylichem ,fon
oncle , fans confequence. Le 25. du même
mois de Mai , il reçût ce Grade avec
un applaudiffement univerfel. Fréderic
Guib, furtout, fut charmé de la profonde
connoiffance du Droit Civil & du Droit
Cononique qu'il fit paroître en cette occafion
, de l'ordre & de la netteté avec
Laquelle il expliqua les matieres les plus
diffSEPTEMBRE.
1726. 1973
difficiles de l'un & de l'autre Droit. H
rendit publique la joye qu'il en reffentoit
par des Vers qu'il adreffa à M. de Wilhem
, & qui furent imprimez à Orange
la même année .
Ces fortes d'occupations ne l'empê
choient point de donner fes foins & fon
attention à l'exercice de fon Emploi , &
il le fit avec tant de fuccès , que dès le
mois d'Août de la même année 1669.
on reconnut un changement confiderable
dans le College. A prefent , diſent
les Regiftres du Bureau du College , que
le College commence à être meilleur qu'il
n'a été depuis quelques années , pour achever
de rendre l'Académie parfaite , il eft
neceffaire d'avoir un Imprimeur. On choifit
pour cela Edouard Raban .
Čet heureux changement étoit un effet
du don particulier que Fr. Guib avoit
pour enfeigner les Sciences. Il examinoit
foigneufement le genie de ceux qui
étudioient , afin de connoître par là dans
quelle fcience ils pourroient faire plus
de progrès. Il s'informoit auffi à quel
genre de vie ils fe deftinoient , & tâchoit
de découvrir s'ils s'y deftinoient d'euxmêmes
, ou par les follicitations de leurs
parens. Il fe regloit enfuite là - deſſus ;
& lorfqu'il s'appercevoit qu'il y avoit
des perfonnes qui avoient quelque penchant
1
1974 MERCURE DE FRANCE .
chant à embraffer un certain genre de
vie qui ne convenoit , ni à leur naiffance
, ni à leur genie , ni à leur fortune ,
il leur difoit peu à peu les raifons pour
lefquelles il lui fembloit que ce parti ne
leur convenoit pas. Mais ce qui faifoit
voir la beauté , & la fécondité de fon
genie , c'eft les differentes methodes dont
il fe fervoit pour enfeigner les Langues
& les Sciences . Il avoit une methode
particuliere pour ceux qui avoient def
fein d'embraller l'Etat Ecclefiaftique , &
fe conduifoit en cela affez differemment ,
fuivant qu'il reconnoiffoit leur genie.
Il fe fervoit d'une methode un peu
differente à l'égard de ceux qui fe deftinoient
à la Robe , qui étoit fort oppo
fée à celle dont il fe fervoit pour ceux
qui fe deftinoient à l'épée. Sa maniere
d'enfeigner à l'égard de ceux qui fe deftinoient
au commerce, étoit differente de
celle dont il ufoit avec ceux qui devoient
vivre de leur revenu. Il leur enfeignoit
aux uns & aux autres la maniere d'étudier
, & leur faifoit connoître les Auteurs
qui avoient le mieux écrit dans
chaque Science. Il est vrai qu'il difoit,
qu'il ne falloit point faire de Recueil ,
& il n'approuvoit pas ceux qui faifoient
ces fortes de Collections , parce qu'il
croyoit , que bien loin d'être un aide &
un
"SEPTEMBRE. 1726. 1975
un fecours , c'eft plutôt un obftacle qui
- empêche qu'on ne faffe tous les progrès
que l'on feroit fans cela.
•
Il prenoit un foin particulier de cultiver
la memoire de ceux qui étoient
fous la conduite , en leur faifant apprendre
par coeur les plus beaux endroits des
Orateurs , des Poëtes Grecs , Latins ,
& c. fuivant le genre d'étude auquel ils
fe deftinoient. Il n'oublioit rien leur
pour
former le jugement , & pour ce fujet il.
·les invitoit à parler , à dire leur avis ,
ou fur les matieres qu'ils avoient ap
prifes , ou fur leurs lectures , ou fur
les chofes qui fe préfentoient fortuitement
& par
W
hazard.
Enfin la grande vûe étoit toujours de
concourir de tout fon pouvoir à faire que
chacun excellât dans le genre d'étude &
de profeffion qu'il avoit deffein de fuivre,
& il s'efforçoit de les y animer par un
motif de gloire & d'honneur .
Telle étoit la conduite qu'il avoit obfervée
à Andufe & à Nîmes à l'égard
de fes Penfionnaires , ou de ceux qui
étoient fous fa direction , & telle fut encore
la maniere dont il fe conduifit dans
la Ville d'Orange , & qui fut fi fort approuvée
, qu'il avoit ordinairement dans
fa maiſon 35.
40. Ecoliers Penfionnaires
, tant des Provinces du voisinage ,
à
que
1976 MERCURE DE FRANCE.
que des Provinces plus éloignées , on
des Pays étrangers . It a publié quelques
Ouvrages , outre ceux dont on a fait mention
, Somnium feu iter ad Parnaffun , en
deux parties , imprimé à Orange en
1666. une Rhetorique extrêmement
eftimée , un Abregé de cette Rhetori
que , & c.
En 1667. il fe maria pour la troifiéme
fois . Sur la fin de 1677. il prononça l'Epitalame
de Guillaume de Naffau , Prince
d'Orange, depuis Roi d'Angleterre, qui ſe
trouve à la page 42. des Declamationes
Poëtice que l'on a cité ci - deffus.
Quoique l'on fçache affez , que ce n'eſt
pas le grand nombre d'Ouvrages qui
donnent l'immortalité , & qu'on n'ignore
pas que l'on peut acquerir cette glorieufe
prérogative par un feul Livre ,
pourvû qu'il foit excellent ; cependant ,
fi quelqu'un étoit furpris que le Sçavant
dont je parle , qui avoit de fi valtes
connoiffances , ait publié un fi petit
nombre d'Ouvrages , on lui répondroit ,
ce qu'il difoit lui-même quelquefois ,
qu'il en agiffoit de cette maniere par trois
raifons. La premiere , que fa confcience
& fon honneur demandoient qu'il donnât
tous les loins pour s'acquitter dignement
de fes emplois. La feconde , qu'on
avoit quantité de bons Livres fur toutes
fortes
SEPTEMBRE. 1726. 1977
fortes de Sciences , & qu'ainfi on ne
pouvoit prefque faire autre chofe que
redire ce que d'autres avoient déja dit.
La troifiéme , que la plume lui tomboit
des mains , lorſqu'il faifoit reflexion aux
querelles des gens de Lettres , & aux
injures groffieres qu'ils fe difent quelquefois
les uns aux autres . Il a pris quelquefois
le nom de Philalethe , car c'eft
lui qui eft l'Auteur des Vers qui parurent
fous ce nom - là en 1670. & qui
commencent
ainfi :
Cace ferox , rabido qui flammas evomis ore,
Quas Phlegetontheis Cerberus , &c."
François Graverol , celebre Avocat de
Ela Ville de Nîmes , ayant donné au Public
l'explication d'une Infcription antique
, fous le titre de Miles Miffitius ,
Guib publia bien- tôt après une Harangue
à la louange du Pourceau , & la lui
dédia. En voici le titre , In alimentum
Militis Miffuii D. Francifci Graveroli,
egregii Caufidici in Curia Præfidiali Nemanfenfi
, Frederici Guiboei Porcus . On
lit ces deux Vers à la fin de cette Harangue
.
Si fapit hic porcus falfo , Graverole ,' palato
Salfus te falfojudice , porcus erit,
J'ofa
1978 MERCURE DE FRANCE.
J'ofe ajoûter que cette Piece, dans fon
genre , n'eft pas moins finguliere , que
la plupart de celles qui ont été inferées
dans les Differtat. Ludicr. de l'Edition de
1644. Il s'eft defigné par la premiere
lettre de fon nom de Baptême , & par
la premiere lettre de fon nom de famille
, dans des Vers qui font à la tête
d'un Poëme de M. de Thou , de l'Edition
de Daniel Elzevir 1678. Il y a des
Notes Latines fur ce Poëme dans la même
Edition , qui ont été faites , à ce que
porte le titre , par Melancton. C'eſt un
faux nom , fous lequel le même Chambrun
, dont on a fait mention , s'eſt déguifé
car Melancton font deux mots
Grecs , qui en François fignifient terre
noire , ce qui revient fort bien à Chambrun.
Le 30. Mars de l'année 1680. il fut
reçû Docteur en Medecine dans l'Univerfité
d'Orange. Il a eu de grands talens
pour les Belles - Lettres , & il s'eft
extrêmement diftingué dans la Philofophie.
J'en dirois davantage , fi je ne
craignois de m'écarter de mon fujet.
La Comette qui parut au mois de Decembre
de la même année r68 o. lui donna
occafion de dire ce qu'il penfoit de
ces Phenomenes . » Les Comettes , difoit-
il , font des corps lumineux , que 23
» l'on
SEPTEMBRE. 1726. 1979
29
» l'on voit paroître dans le Ciel , ſous
differentes grandeurs après un certain
» nombre d'années. Lorfqu'elles paroif-
* fent , ajoûtoit- il , elles ne préfagent
» aucun malheur , car leur apparition eſt
» auffi naturelle que le lever & le cou-
» cher du Soleil & de la Lune , l'appa-
» rition ou la difparition de certaines
» Etoiles , ou que les Eclipfes du Soleil
» & de la Lune. Ce font chofes pure-
> ment naturelles , & qui devant arri-
» ver de toute neceffité , ne peuvent par
confequent préfager , ni pefte , ni guer-
» re , ni famine , ni la mort des Rois &
» des Grands . Ainfi , continuoit- il , fi on
eft quelquefois plus de temps , & quel
» quefois moins à voir des Comettes , c'eft
parce que ces corps ayant leur cours reglé
dans l'efpace immenfe du Ciel , ref
» tent ce temps- là à parcourir le che-
» min qui leur a été affigné par l'Auteur
» de la Nature , avant que de pouvoir fe
» montrer de nouveau à nos yeux .
13
C
Il difoit auffi que les vers étoient l'origine
& la fource de la plus grande partie
des maladies qui affligent les hom
mes , & que c'étoit à quoi la plupart
des Medecins ne faifoient pas affez d'attention.
Pour prouver fon fentiment , il
alleguoit plufieurs raifons , que je rapporterois
, fi je ne craignois d'ennuyer
le
1980 MERCURE DE FRANCE.
les Lecteurs ; mais afin de mieux confirmer
fa penfée , il fe fervoit d'un microf
cope , avec lequel il faifoit appercevoir
des vers fur les alimens deftinez à la
nourriture de l'homme , & qui font imperceptibles
à la vûë. Il n'étoit point
partifan de la faignée ; car , excepté dans
le cas de la pleurefie , de la fquinancie ,
de la fluxion de poitrine , &c. il difot
qu'il ne faut faigner qu'à la derniere extrêmité.
Il appelloit le fang le tréfor de
la vie. Il n'y a rien qui demande plus de
connoiffance , que d'ordonner une ou
plufieurs faignées bien- à - propos , à cauſe
des inconveniens qui en peuvent naître.
En effet , on ne fçauroit croire que
la Nature , qui eft fi admirable dans toutes
fes productions , fouffre qu'il y ait
plus de fang dans le corps humain , que
les veines n'en peuvent contenir ; & au
cas que cela pût arriver , il eft facile d'y
remedier en faifant diette , ou en prenant
quelques purgatifs . Il alleguoit làdeffus
l'exemple du celebre Gaffendi
qui mourut pour avoir été trop faigné .
Il defapprouvoit extrêmement les faignées
periodiques , & les faignées de précaution
, comme on parle communément,
& il les regardoit comme un abus d'une
pernicieufe confequence , & qui étoient
d'autant plus dangereufes , qu'elles avoient
été
SEPTEMBRE. 1726. 1981
été mifes en ufage fous le fpecieux prétexte
de conferver la fanté. Il recommandoit
de bien mâcher les alimens avant
que de les avaler , & citoit à ce fujet un
Proverbe Arabe , dont le fens eft que celui
qui bait fa vie , ne mâche pas avec
Join.
à
Je pafferois de beaucoup les bornes
d'un abregé , fi je m'arrêtois davantage
rapporter ce qu'il penfoit fur quelques
autres matieres. C'eft ce qui m'engage
à retrancher une infinité de choſes,
qui , quoique curieufes & confiderables
, feroient cependant fuperfluës , &
ne ferviroient qu'à donner lieu à la Critique
d'un certain genre de Sçavans .
Qu'on ne m'impute donc rien à cet
égard , fi , en voulant éviter un défaut , je
fuis tombé dans un autre .
Après avoir eu la fatisfaction de voir
fes enfans bien placez , ſon fils aîné marié
, le fecondant dans les fonctions de
fon emploi de Profeffeur en Eloquence ,
& fon cadet honoré du Grade de Docteur
en Medecine, il mourut à Orange le 27.
du mois de Mars de l'année 1681. avec de
grands fentimens de pieté. Il avoit été
affez long- temps malade d'une ftrangurie,
ou perte d'urine , qui à la fin lui caufa
la mort. Il conferva pourtant jufqu'à fon
dernier foupir toute la force de fon ef-
B
prity
1982 MERCURE DE FRANCE :
1
prit. Il étoit également bon Poete , bon
Orateur , & bon Crit que. Son excellente
memoire , & fon application continuelle
à l'étude , lui avoient fait acque
rir la connoiflance de la plus grande partie
des Sciences à un haut degré de perfection
.
Il poffedoit parfaitement bien l'Hiftoire
ancienne & moderne , les Antiquitez
Grecques & Romaines , la Mythologie
, la Geographie , les Mathematiques
, la Medecine & la Philofophie .
Il fçavoit plufieurs Langues , l'Italien
Efpagnol , le Latin , le Grec , l'Hebreu ,
le Caldéen, le Syriaque & l'Arabe. Il lifoit
ordinairement la Bible en Hebreu,
Ses moeurs étoient pures , fon ambition
bornée ; car , quoique de divers endroits
on lui eut offert des poftes avantageux ,
il ne les voulut jamais accepter , & préfera
toujours celui d'Orange à tout autre.
Il étoit fort charitable. Sa converfation
étoit agréable & inftructive , vive & animée
par les bons mots , par les penfées ingenieufes
des Poëtes , & par les fingularitez
qu'il avoit vûës dans les voyages ,
qu'il avoit le fecret de placer à propos.
Un grand nombre de perfonnes d'une
finguliere diftinction , foit par leurs emplois
, foit par leur profonde érudition ,
J'ont honoré de leur amitié. Tels furent
Milord
SEPTEMBRE. 1726. 1983
Milord Hyde , Comte de Clarendon ,
Chancelier d'Angleterre , Maurice Leleu
de Wilhem , Samuel Sorbiere , David
Derodon , & c.
On ne sçauroit fans injuftice , en finif
fant ce Memoire , paffer fous filence une
chofe, qui fait un grand honneur à Fréderic
Guib. C'eft qu'il n'y a peut- être point
eu de Profeffeur qui ait formé autant
d'habiles gens que lui ; pour qu'on puiffe
juger , fi ce qu'on avance eft veritable
je ne ferai que nommer ici quelques - unes
de ces perfonnes. Paul Peliffon , N. Lombard
, Medecin très - diftingué , Antoine
Teiffier , Jacques du Rondel , &c. Il feroit
aife d'en ajoûter plufieurs autres
que leur vertu & leurs grandes quali
tez font fi fort eftimer dans le monde ;
mais comme ils vivent encore , je craindrois
de choquer leur modeftie , fi en les
nommant ici , je leur marquois publiquement
l'estime & la confideration finguliere
que j'ai pour eux.
Bij BOUTS
1984 MERCURE DE FRANCE .
akakakakakakakakakakakakakak
BOUTS-RIMEZ propofez dans le Meroure
de Juin , Vol. 2. & remplis fur
la refolution prife par le Roi de gouver
ner l'Etat par lui-même.
Ecucillez , Laboureurs , les fruits de votre
bêche RE ;
De nos prez , chers troupeaux , broutez le doux
émail :
Portez tranquillement , Prélats , votre Camail:
Peuples , de l'ennemi ne craignez plus la meche,
De nos pertes, Louis va réparer la breche
Au pauvre ainfi qu'au riche il ouv se fon portail
Il fuit les faux attraits que l'on cherche auSerrail;
Et fes délaffemens font la chaffe & la pêcher
Le coeur de ce grand Roi nous fert de réconfort:
Pour nous régir lui -même il fait un doux ef- fort;
L'abondance bien- tôt regnera fous le chaume.
Prince , jettez les yeuxfur mon obfcur manoir i,
De vos riches tréfors laiffez couler le
Les Aydes groffiront du jus de l'
baume
entannoir.
LET
SEPTEMBRE. 1726. 1985
******************
LETTRE de M. Desforges - Maillard ,
écrite du Croific en Bretagne , le 20..
Juillet 1726. aux Auteurs du Mercure
de France , au fujet d'une Critiqué
de la fixième Satire de M. Defpreaux,
dont Meffieurs les Journalistes des Sçavans
ont donné un Extrait dans le Jour
nal du mois de Mars dernier.
MESSIEURS ,
İl parut dans le Journal des Sçavans
du mois de Mars dernier , un Extrait de
quelques Lettres d'un Anonime fur
les François ; la fixième , difent Meffieurs
les Journaliſtes , eſt une Critique
de toute la Satire de M. Defpreaux fur
la Ville de Paris ; on y fuit le Poëte pas
à pas , & on ne lui paſſe rien qu'on ne
L'épluche. Vous me fites l'honneur d'inferer
dans le premier Volume de votre
Mercure de Decembre 1724. page 25 29 .
une Lettre dans laquelle je prenois la défenfe
du beau Poëme de la Ligue contre
un Anonyme ? Toujours prêt à prendre
le parti de mes Maîtres , je voudrois
fous vos aufpices , reparoître aujourd'hui
B iij
fur
1986 MERCURE DE FRANCE .
fur l'arene pour venger l'affront qu'on
fait à la memoire de l'illuftre M. Def
preaux. Je crois que fi ce redoutable Satirique
vivoit encore , le Critique fe
donneroit bien de garde de faire ainſi le
méchant mal- à - propos ; mais je vois qu'il
entend le Proverbe Italien , morta la bef
tia , morto il veneno , & qu'il veut , à
quelque prix que ce foit , s'acquerir le
nom illuftre de vengeur des Cotins & des
Pelletiers .
Comme l'original de la Critique n'eſt
point encore venu jufqu'à moi , j'espere
que Meffieurs les Journalistes des Sçavans
voudront bien me pardonner , fi
j'ai travaillé fuivant leur Extrait , dont
je prendrai la liberté de citer les termes.
Ils ne paroiffent point eux-mêmes convenir
de l'équité du Cenfeur . Voici ce
qu'ils en difent dans l'Extrait de la cinquième
Lettre. De Scarron il paffe à Rabelais
dont il parle , comme il convient ,
puis à Defpreaux , à qui il donne des
qualifications & des caracteres qui ne con•
viennent pas.
L'Auteur de la Critique ne fçauroit
auffi s'offenfer qu'on prenne fur fes Ouvrages
les mêmes droits qu'il s'ofe attri
buer fur ceux d'un des plus fameux Poëtes
que la France ait jamais eu , c'est peutêtre
même trop peu dire , que la France
feuSEPTEMBRE.
1726. 1987
feulement. Voici de quelle maniere cette
Critique commence.
Qui frappe l'air , bon Dieu ! de ces lugubres
cris ,
Eft- ce donc pour veiller qu'on fe couche à Pa
ris .
Voilà , dit le Critique , de grandes exclamations
, elles ne conviennent peut-être
pas à un début qui a bonne grace d'être
fimple , mais elles conviennent à la Satire
& au fujet quele Poëte s'eft propofe . C'estlà
, pour commencer , une plaifante maniere
de critiquer. Comment s'y prendroit-
il autrement pour louer car c'eſt
tout comme s'il difoit , voilà un début
fort bien penfe , on n'en fçauroit trouver
un qui convienne mieux au corps du
Poëme. Ainfi pour les deux Vers je me
range du parti du Critique .
Et quel fâcheux Démon pendant les nuits entieres
,
Raffemble ici les Chats de toutes les gouticres,
Ce n'eft pas , dit- il , à cette chute que
le Lecteur s'attend , & c. Je répons qu'il
a crû voir une chute où il n'y en a pas
l'ombre. Le Lecteur , pour bien prendre
le fens de cette Satire , doit fe reprefenter
Defpreaux qui s'eft à peine mis au lit ,
B iiij qu'ć1988
MERCURE DE FRANCE.
qu'éveillé au bruit affreux d'une troupe
de Chats , il faute en place , il fe promene
dans fa chambre , il fe remet au
lit , il fait tout ce qu'il peut pour fe
procurer
le fommeil , leurs miaulemens redoublez
& continuels l'en empêchent :
car , comme le font très -bien entendre
les deux Vers ci- deffus rapportez
, ces
Chats ne font pas feulement au nombre
d'une demie douzaine , mais il femble
que tous ceux de la Ville fe foient exprès
ameutez pour le faire enrager. Enfin
défefperé , réduit à paffer la nuit ſans
fermer l'oeil , il s'impatiente
, fa verve
s'échauffe , les Chats , pour l'ennui qu'ils
lui caufent actuellement
, font les premiers
fur qui fa bile s'empreffe de fe
répandre enfuite fon humeur melancolique
s'augmentant
de plus en plus ,
toutes les incommoditez de Paris viennent
en foule faifir fon idée , & ces materiaux
s'arrangeant , pour ainfi dise
d'eux- mêmes , il s'en forme infenfiblement
une Satire entiere.
J'ai beau fauter du lit , plein de trouble & d'effroi,
Je penfe qu'avec eux tout l'enfer eft chez moi ;
L'un miaule en grondant , comme un Tigre en
furie ,
L'autre roule ſa voix comme un enfant qui crie,
Ces
SEPTEMBRE 1726. 1989
Ces Chats, ditle Critique, reffemblent aux
Chatsde tous Payssc'eft ce que leur defcription
nous apprend, du refte ces derniers Vers
font bons , & peignent bien la chofe. Le
lambeau de Critique prétendue ne doit
encore , ce me femble , paffer que pour
un Eloge. Car dès qu'il convient , & que
les Vers font bons , & qu'ils peignent
bien la chofe : ajoûtez à cela , qu'ils font
placez dans leur lieu naturel , ce qu'il
ne fçauroit contefter , puifqu'ils font une
fuite de ce qui les précede : je crois qu'au
furplus il n'y a rien à defirer. Mais le
Critique , qui s'eft apparemment imagi- t
né
que l'art des defcriptions ne doit travailler
que fur l'Hipogriphe , ou le Cheval
aîlé de Roger , les combats de Marfile
& de Bradamante , l'Hidre de Lerne
, les Harpies , la Chimere , & pareils
autres fujets extraordinaires , trouve à
dire que cette Defcription ne fert qu'à nous
apprendre que ces Chats reffemblent aux
Chats de tous pays.
Or ne s'enfuivroit-il pas de fon raifonnement
, que les defcriptions d'un.
Papillon , d'un Roffignol , du Printemps,
& c. devroient être abfolument exclues
de la Poëfie , parce qu'ailleurs qu'à Paris
les Papillons font bigarez , les Roffignels
chantent la même note , le Printemps
a de la verdure , &c ? Il n'y aper-
B v fonne
1990 MERCURE DE FRANCE.
fonne qui ne découuvre le ridicule que
renferme une pareille propofition . Cela
faute aux yeux. Je penfe qu'il n'y a point
de chofe au monde dont il ne foit arrivé
à quelqu'un jufqu'ici d'avoir fait la defcription
par confequent , fi l'on s'en
rapportoit au Critique , il ne nous reſte-
* roit plus rien à décrire ; ne fçait-il pas
que ce n'eft point le fonds d'une defcription
qu'on examine , pourvû que les couleurs
en foient rares & brillantes , afforties
avec choix & délicateffe ? les grappes
de raifin que peignit autrefois Zeuxis
, ne lui firent - elles pas autant d'honneur,
qu'un Tableau où il eut repréſenté
la révolte des Geants ; & le Pinceau de
Titien ne s'eft -il pas plus diftingué par
fes Chevres , que d'autres en travaillant
fur les plus beaux morceaux de l'Hiſtoire
Romaine. Permettez - moi , Meffieurs,
d'étendre un peu ma Lettre en cet endroit
,, pour développer aux yeux du Cenfeur
l'idée qu'avoit M. Defpreaux en
compofant le commencement de certe Satire.
L'Auteur fe plaint du malheur qu'il
a d'être mal logé , & comme il paroît
que le Critique n'a pas lû le Commentaire
de M. Broffette , ce qui me furprend,
je vais rapporter
fa Note fur le 15. Vers
de la Satire en queftion . Quand l'Auteur
compofa cette Satire, il étoit logé chez
fon
SEPTEMBRE. 1726. 1991
Jon frere Jerome Boileau , fa Chambre
étoit au- deffus du Grenier , dans une efpece
de guérite, au cinquième étage ; &
quand il en fortit , on donna fa Chambre.
à notre Auteur , cette Chambre étoit pratiquée
à côté du Grenier, au quatrième étage
, & M. Defpreaux s'applaudiffant de
fon logement nouveau , difoit plaifamment,
jefuis defcendu au Grenier. Le Critique
a-t-il pû penfer que M. Defpreaux n'ait
pas fçu qu'il y eut des Chats autre part
qu'à Paris ? Non , fans doute . Mais du
moins devoit -il juger , que s'il avoit demeuré
dans quelqu'autre Ville du Royaume
moins peuplée , il eut été moins incommodé
du bruit de ces animaux , parce
que les logemens y étant moins rares &
moins chers , il n'eût point été obligé de
coucher dans le voifinage du Grenier.
C'eſt de cette cherté qu'il ſe plaint dans
le 116. Vers de la même Satire qu'il a
imité de Juvenal , ce n'eſt qu'à prix d'argent
qu'on dort en cette Ville , magnis opibus
dormitur in urbe.
Ce n'eft pas tout encor, les Souris & les Rats ,
Semblent pour m'éveiller d'accord avec les
Chats.
Ces deux Vers font fuffifamment juftiez
par les raifons ci-devant alleguées .
Quant à ce qu'il objecte , que tout cela
B vj tient
1992 MERCURE
DE FRANCE:
tient plus du Comique que du Satirique ,
&fur ce qu'il prétend ailleurs que la Satire
n'a d'autre but que la cenfure des vices
, des paffions déreglées , des fotifes, des
impertinences des hommes. Il répond 1 ° .
que le genie de la Satire eft au fond le
même que le genie de la Comédie , &
que toute la différence qu'il y a entre elles
, c'eft que la Satire n'eft autre choſe
qu'une fuite de Réflexions naïves &
liées avec art , où l'on voit au naturel le
détail des divers ridicules ; au lieu que
la Comédie nous les rend fenfibles , en
les mettant fous nos yeux par le moyen
des Acteurs , avec toutes les circonftances
que permet la liberté du Theatre , &
en les exagerant un peu , afin que les
Spectateurs les moins clairvoyans s'y
puiffent reconnoître. Comedia multùm
profuit civitati , cum caveret unufquifque
culpam ne fpectaculo cateris effet & do
meftico probro.Donat.lib. 1. de Comoedia.
La Comédie a de plus quelques ornemens
dont on a jugé à propos de la parer , &
ces ornemens font devenus des regles effentielles
, telles que les unitez , le noeud
& le dénouement. Au furplus la Satire
a le même ftile que la Comédie dans les
endroits où les matieres ont du rapport .
2. La Satire ayant pour objet principal
la cenfure des vices , elle peut encore attaquer
SEPTEMBRE. 1726. 1993
taquer , chemin faifant , tout ce qui s'offre
de louche ou de defagréable ; en un
mot , tout ce qui peut émouvoir l'humeur
chagrine . C'eft le fentiment de
Regnier, qui étoit , ce femble , aflez fin
Connoiffeur en ce genre.
Ainfi que la Satire eft comme une prairie ,
Qui n'eft belle finon en ſa bizarerie.
Regn. Sat. I.
on
3. M. Defpreaux n'employe ces def.
criptions que pour varier ou lier fes Satires
, les moeurs en font toujours la baze
, comme on le voit dans celle - ci ,
il attaque les embarras de Paris , qui
pour la plupart ne font caufez que par
le luxe , où il s'emporte contre les defordres
affreux qui s'y commettent , qui
ne font produits que par la licence & le
libertinage ; s'il falloit , comme paroît
l'infinuer le Critique , qu'une morale
nuë regnât dans une Satire , depuis le
commencement juſqu'à la fin
pourroit pas foutenir la lecture.
, on n'en
Plus importans pour moi pendant la nuit obfcure
,
Que jamais en plein jour , ne fut l'Abbé de
Pure .
Ces petits traits à quoi l'on ne s'attend
pas,
1994 MERCURE DE FRANCE.
pas , pourfuit le Critique , donnent plutôt
P'idée d'un Satirique qui heurte & qui fe
rue, que d'un Satirique qui fe jouë. M.Def
preaux faifit en cet endroit l'occafion de
fe venger d'un homme , dont le babil ,
auffi -bien que les Ouvrages , l'ont fouvent
ennuyé mais il le fait adroitement
, & à propos . Que veut dire le
Critique avec fon Satirique qui fe ruë ?
L'Auteur décrie- t- il ici la conduite , la
réputation de cet Abbé ? point du tout.
Il n'en veut qu'à fa demangeaifon de
parler & d'écrire ; & l'Auteur n'a point
d'autre but , que de l'engager , ou de le
forcer même à fe corriger. Il voudroit
rendre , s'il le pouvoit , par les Satires ,
les uns meilleurs Ecrivains , & les autres
plus vertueux.
Tout confpire à la fois à troubler mon repos ,
Et je me plains ici du moindre de mes maux;
C'est à dire , continue le Critique , que
nous allons entendre des chofes plus terribles
, c. Ce qui est un furcroît de chagrin
pour le Poëte , c'eft qu'à peine le
jour naiffant a impofé filence aux citoyens
des Greniers & des Goutieres que le ramage
des Coqs , & le grand bruit de
l'enclume d'un Serrurier voifin , plus infupportable
encore que celui des Chats,
l'empêchent de goûter les charmes du
fomSEPTEMBRE
. 1726. 1726. 1998
fommeil , dans ce temps où il eft le plus
agréable. D'ailleurs , n'a- t- il pas toujours
été permis à un Poëte fatirique de parler
d'une maniere outrée , de tout ce qui
s'affecte actuellement , de déclamer contre
tout ce qui peut le choquer , contre
la Nature même ; & quand Momus reprend
celle- ci , d'avoir placé les cornes
des boeufs au- deffus de leurs yeux , au
lieu de les avoir mifes au - deffous , afin,'
dit-il , que la vûë dirigeant l'ufage de
ces armes , ils puffent s'en fervir à propos
, & ne porter point de coups à faux ;
ce
n'eſt pas cette libre mercuriale de
Momus à la Nature , qu'on blâme ; mais
on le défapprouve , en ce qu'il prend
occafion delà d'infulter directement
Jupiter , avec les railleries les plus
trageantes. Enfin , nous nous repréfentons
toujours un Poëte fatirique comme
un peu Milantrope , & c'eft furtout fa
Milantropie & fon efprit cauftique qui
nous divertiffent.
,
Car à peine les Coqs commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frapé le voifinage ,
Qu'un affreux Serrurier, laborieux Vulcain ,
Qu'éveillera bien -tôt l'ardente foif du gain ,
Avec un fer maudit qu'à grand bruit il apprête ,
De cent coups de marteaux me va fendre la tête.
Sur1996
MERCURE DE FRANCE.
Surtout les cris aigus qu'il appelle ramage
, fe font plus entendre à la Campa.
gne qu'à la Ville. Le Critique avoue donc
que quoique les Cogs fe faffent moins
entendre à la Ville qu'à la Campagne ,
ils s'y font neanmoins entendre . Or il
fe pouvoit qu'il y eut auffi plus grand
nombre de Coqs autour de la maiſon de
l'Auteur , que dans les autres quartiers
de la Ville. Au refte , un Poëte ne regarde
pas à trois ou quatre Coqs de plus
ou de moins . M. Regnard , dans fonexcellente
Comédie du Joueur , dont la
Scene eft à Paris dans un Hôtel garni ,
n'a pas fait difficulté d'y laiffer chanter
les Coys. C'eſt Hector , Valet de Valequi
commence ainfi la Piece.
Il eft parbleu grand jour , déja de leur ramage ,
Les Coqs ont éveillé tout notre voisinage.
Le Critique voudra bien qu'on lui dife
, que la voix des Cogs , quoique aigue
, peut bien obtenir le nom de ramage;
le Ramage eft un terme generique,
qui fignifie le langage des Oifeaux ; donc
Fon peut dire le ramage des Coqs , de
*
* M. de la Mote , Fable III . Liv . I. appelle un
Oifelier un Marchand de Ramages; parmi
lefquels il fe trouve non feulement des Roffignols
& des Serins , mais auffi nombre de Perroquets,
même
SEPTEMBRE. 126. 1997
même que le ramage des Roffignols ,
quoiqu'il femble que les Roffignols ayent
appris la Mufique , au lieu que les autres
ont une voix rauque & difcordante.
Quant aux Vers qui fuivent , ils ont
toute la beauté de la defcription.
J'entens déja par tout les Charettes courir ,
Les Maçons travailler , les Boutiques s'ouvrir.
Comme le Critique reproche à ces
Vers les mêmes défauts que ci- devant ,
je le renvoye auffi aux raifons ci - devant
alleguées , au fujet des Deſcriptions ,
& c.
Tandis que dans les airs mille Cloches émûës,
D'un funebre Concert , font retentir les nuës ,
Et fe mêlent au bruit de la grêle & des vents ,
Pour honorer les morts font mourir les vivans.
C'eſt encore la même réponse que ci-
'deffus , Horace , dans l'Art poëtique,
Verf. 240. & feq. défend ainfi Deſpreaux,
Ex noto fitum carmen fequar , ut fibi quivis
Speret idem fudet multùm , fruftràque laboret
Aufus idem ; tantùm feries juncturaque poſ-
Jeta
Tantum de medio fumptis accedit honoris.
Qu'il
1998 MERCURE DE FRANCE .
Qu'il faut d'efprit pour atteindre ,
com ne Defpreaux , au faîte de la perfection
, quelques differens fujets qu'on
traite !
Encore je benirois la Bonté fouveraine ,
Si le Ciel à ces maux avoit borné ma peine. –
que pas
La B néfouveraine & le Ciel , font ici
précisément la même chife ; ainfi l'un eft
de trop , ou plutôt ils font de trop tous
deux. Voilà le feul endroit où le Criti
n'a tout-à- fait tort , en ce qu'il
dit que Le Ciel eft de trop. Cependant ce
n'eft qu'une bagatelle , & Horace , dans
fon Art poëtique , ne veut pas qu'on y
regarde de fi près , dans un Poëme où il y
a d'ailleurs tant de beautez .
i
Verùm ubi plura nitent in carmine non ego
paucis
Offendar maculis quas aut incuria fudit ,
Aut humana parùm cavit natura.
A l'égard de ce que le Critique ajoûte,
que le fujet eft trop petit pour y mêler
la Bonté fouveraine ; je répons que les
grands accidens qui arrivent fi fréquem
ment à Paris , font des fujets affez confiderables
pour implorer l'affiftance du
Ciel , & ces façons de parler s'appliquent
fans fcrupule , à des chofes de bien moindre
confequence.
Mais
SEPTEMBRE. 1726. 1999
39
1
Mais fi feul en mon lit , je pefte avec raiſon ,
C'est encor vingt fois pis , en quittant la maifon.
Ces deux Vers font très -peu de chofe ;
le premier furtout ne dit rien , & les expreffions
n'en valent pas mieux que lefens;
Pefter eft un mot qui n'eft rien moins que
noble , avec raison eft plus mauvais encore.
Il me femble 1 ° . que le premier
Vers exprime ce qu'il doit exprimer . 2 .
pefter , qui n'auroit pas bonne grace dans
une Ode , n'eft pas defagréable dans
une Satire. 3 °. Ĉe n'eft pas quelque
chofe de furprenant que l'impatience
d'un homme , qui ayant autant de beſoin
que d'envie de prendre du repos , n'a
pû clore les yeux pendant un inftant ,
à caufe du carillon continuel qui l'en a
empêché.
En quelque endroit que j'aille il faut fendre la
preffe
D'un peuple d'importuns qui fourmille fans
ceffe.
Que fignifie peuple d'importuns ? peuple
dit tout. Importun fe dit plutôt d'une
perfonne à une autre , ou du moins il ne
défigne que ceux qui ont tort , en incommodant
quelqu'un. Il faut n'avoir nul goût
pour les Vers , pour ne point fentir la
beauté
2000 MERCURE DE FRANCE .
beauté de ceux - ci ; il faut n'avoir jamais
lû les principes de la Rhetorique , pour
ne fçavoir point que peuple eft ici une
finecdoche , figure qui prend le tout pour
la partie , & la partie pour le tout . D'importuns
ajoûté à peuple a beaucoup d'énergie
; il défigne ce peuple qui vous
pouffe , vous heurte & vous empêche d'avancer.
Que ce peuple ait tort , ou non,
ce n'eft pas à quoi l'homme importuné
fait attention . D'ailleurs , je renvoye le
Critique au Dictionnaire de Furetiere ,
qui définit importun , qui eft incommode,
qui eft à charge , qui apporte quelque
ennui , quelque facherie ; le bruit eft importun
aux malades ; des cris importuns ;
une foule importune. Or qu'est- ce que
c'eft qu'une foule importune ? finon "un
peuple d'importuns .
Quifourmille fans ceffe . Fourmille mar
que la multitude , & fans ceffe , que cet
embarras eft fans fin , & que c'eft ainfi
à toutes les heures du jour. Je doute
qu'on trouve une expreffion qui exprime
mieux que fourmille le flux & le reflux
du peuple dans les rues de Paris.
Voilà mes fentimens , Meffieurs , fur
ce lambeau de Critique de la Satire fixiéme
de M. Defpreaux . Il ne m'a pas
été poffible d'être plus fuccinct . Il y a
même d'autres endroits que j'aurois pû
relever,
SEPTEMBRE. 1726. 2001
relever , & d'autres qui meritoient une
difcuffion plus étendue ; mais la crainte
de devenir trop long , m'a obligé à me
reflerrer. Ce que je puis ajoûter , c'eſt
que fi les Vers étoient réduits au point
que fouhaite le Critique , la Poëfie ainfi
dépouillée , deviendroit dure , fterile &
fans grace.
› Cette Lettre devoit , ce femble être
adreffée à Meffieurs les Journaliſtes des
Sçavans , dautant qu'elle eft une réponſe:
prefque litterale à la Critique dont ils
Jont donné l'Extrait. Mais comme c'eſt à
vous , Meffieurs , que j'ai pris la liberté
de m'adreffer jufqu'à ce jour, pour les petits
Ouvrages que j'ai eu la confiance de
lâcher au Public , je n'ai pas crû que
pour une fois je duffe avoir recours à
d'autres qu'à vous .
J'ai l'honneur d'être , & c .
******
A une Dame très - Spirituelle, pour le jour
de fa Fête.
MADRIGAL.
DEs farantes neuf Soeurs , aimable Favorite
,
Iris , que n'ai- je le merite ,
De
2002 MERCURE DE FRANCE.
De pouvoir celebrer votre nom dignement ?
Chacun fait effort , en rimant ,
Chanfons , Odes , Sonnets , & Poëmes d'élite ,
De vanter vos appas & votre eſprit char
mant.
Le Parnaffe pour vous maint Ouvrier excite ;
Pour moi qui fuis borné , ce Madrigal m'ac、
quitte ,
C'eſt toute ma Minerve , & tout mon compli
ment,
De Mautour.
aaaaaaaaaaaaaaaaaa
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Amadan
le 30. Aouft 1725. par un Religieux
Carme Déchauffé , qui étoit dans
Ispaham pendant le Siege de cette der
niere Ville.
L у a environ 17. ans que Mir-Veis,
Icy ( a ) ht
Chef d'une Tribu d'Awegans a fit
révolter le Candahar. La Cour de Perfe
tenta par la voye des Armes , de faire
rentrer cette Province fous l'obéïflance,
(a ) Peuples habituez dans les Royaumes de
Candahar & de Herat , les Turcs prononcent
Ewgans.
mais
SEPTEMBRE. 1726. 2003
mais les Miniftres divertiffant les fonds
deſtinez au payement des Troupes , les
efforts devinrent inutiles , & Mir- Veis
fe maintint dans l'indépendance jufques
à fa mort. Mir - Mahinoud , fon fils
lui fucceda . Ce dernier fit pendant plufieurs
années des courfes continuelles dans
la Province de Kirman qu'il faccagea ;
& ayant enfin ramaffé trente mille Cavaliers
ou environ , & un nombre confiderable
de Chameaux & d'Elephans ,
il fe rendit maître au commencement de
1722. de la Capitale de cette Province,
& de- là , ce fuccès élevant fes efperances
, il marcha droit à Ifpaham . L'lhtimadoulet
, ou premier Miniftre , fortit
contre lui , à la tête de foixante mille
hommes ; mais les Perfans , amollis par
le luxe , & peu faits à la difcipline militaire
, furent battus par les Rebelles ,
qui , quelques jours après , entrerent fans
réfiftance dans Julfa , l'un des Fauxbourgs
de cette Capitale.
La facilité qu'ils trouverent à s'emparer
de ce lieu confiderable par la richeffe
de fes habitans , fait préfumer que
le Roi de Perfe le leur avoit abandonné
dans l'efperance que chargez du pillage
qu'ils y feroient , ils borneroient là leurs
courſes , & qu'ils fe retireroient vers le
Candahar ; mais Mahmoud fit bien - tôt
con2004
MERCURE DE FRANCE:
connoître qu'il avoit formé de plus vaf
tes projets , car le même jour 17. Mars
1722. qu'il entra dans le Faubourg , il
commença le Siege de la Ville.
Quoique les Armeniens , habitans de
Julfa , n'euffent fait aucune refiftance ,
& même qu'ennuyez de la domination
des Perfans , ils euffent , pour ainfi dire
, été au- devant du Vainqueur , ils ne
furent pas long- temps à s'appercevoir
qu'on les traitoit en vaincus. Les Awegans
craignant de retarder leur marche
n'avoient apparemment point emmené
de femines , Mahmoud y fuppléa. Il fit
prendre neuf des principaux Habitans ,
qu'il obligea par des menaces , & même
par de mauvais traitemens , à indiquer
les maifons où il y avoit de jeunes filles
; & les meres de celles que l'on enlevoit
, indiquant par défefpoir celles qui
étoient échappées à la recherche , en
deux jours tout ce qui s'en trouva audeffus
de l'âge de neuf ans fut amené
devant le Vainqueur . De ce nombre il
en choifit foixante qu'il diftribua à ſes
principaux Officiers.
Ayant ainsi pourvû à ce befoin , il
fongea à tirer des avantages plus folides
de fa conquête . Dans cette vue , il
força les neuf Armeniens de s'obliger
par écrit à lui payer la fomme de foixante
SEPTEMBRE 1726. 2009
xante-dix ( a ) mille Tomans , & non
content de cela , il contraignit , fous peine
de la vie , les Habitans de lui apporter
tout ce qu'ils avoient d'or , d'argent &
de pierreries ; après quoi, mettant Julfa
au pillage , le Soldat s'empara de ce qui
lui plut du refte.
Cependant ceux des Habitans qui pou
woient furprendre la vigilance des Gardes
& les Peuples de la Campagne , le
jettoient en foule dans la Capitale. Cette
citconftance fit bien-tôt rencherir les vi.
vres , & cette Ville , qui quelques mois
auparavant fembloit n'avoir rien à craindre
, fe trouvant alors fans Magafins ,
l'on reffentit bien- tôt toutes les horreurs
d'une famine generale .
Dans le nombre de feize cent mille
ames , que l'on comptoit alors renfermé
dans les murs , il fe trouvoit plus
d'hommes en état de porter les armes
qu'il n'en falloit pour accabler un tel ennemi
; mais le Gouverneur , d'intelligence
avec Mahmoud , les tenant ren
fermez dans fes remparts , s'oppofoit à tout
ce qu'ils auroient pû entreprendre. En
Perfe ancun Prince du Sang Royal re
(a ) Un Toman vaut vingt Piaſtres , ainfi la
taxe fut de quatre millions deux cent mille liv.
de notre monnoye.
C fort
2006 MERCURE DE FRANCE.
?
fort du Haram ( a ) qu'après la mort dư
Roi ; alors l'un d'eux eft élû , & les autres
rentrent de nouveau dans cette efpece
de prifon : cet ufags eft une des
loix de l'Etat ; mais les circonftances préfentes
demandant des remedes extraordinaires
, l'on fit fortir trois Princes du
Serrail : les deux qui paroiffoient avoir
le plus d'efprit , y furent de nouveau
renfermez & le troifiéme , nommé
Thamas , d'un génie doux & facile , fut
de nuit , fous bonne eſcorte , conduit
hors de la Ville , de crainte que la Maifon
Royale ne séteignit dans un jour. Le
Roi fongea même alors à prendre le même
parti dans ce deffein : ayant plus de
confiance en des Etrangers qu'en fes propres
Sujets , il ordonna aux Européens
de fe tenir prêts à l'accompagner , mais
ayant depuis changé de projet , il ne fongea
plus qu'à rebuter l'ennemi par une
longue réfiſtance.
Pour cet effet il fit monnoyer tout ce
qui fe trouva d'or & d'argent dans fes
tréfors , & cette reffource étant épuisée ,
il emprunta fur fes pierreries des fommes
confiderables des Anglois & des Hol
landois ; enfin , au commencement du
( a ) Interieur du Serrail , ou Palais. Les Eunuques
noirs ont feuls l'entrée de ce lieu , qui eſt
celui où l'on tient les femmes,
moi
SEPTEMBRE
. 1726. 2007
mois d'Août l'argent & les vivres achevant
de manquer , une partie des Affiegez
paffa dans le Camp ennemi. Ce fut
dans ce temps que ce qui reftoit dans Ipaham
, fe vit réduit à la mifere la plus
laff reufe. Les rues étoient pleines de cadavres
, que perfonne n'avoit la force
d'enterrer. Quelque horreur que
la Religion
infpire aux Perfans pour les animaux
qu'ils croyent immondes , tout ce
qui s'en êtoit trouvé étoit confommé,
non contens même de manger les cadavres
des morts , l'on égorgeoit les vivans
pour cet horrible ufage. Les Arméniens
, excepté ceux qui , contre les
défenſes de Mahmoud , avoient porté des
rafraîchiffemens dans la Place , étoient
reçûs dans Julfa , mais ceux des Perfans,
que le défefpoir forçoit de fe rendre au
Vainqueur , y trouvoient une mort cer
taine . Enfin , ne reftant prefque plus perfonne
pour défendre les murailles , l'on
entra en negociation , & le Roi étant forti
d'Ifpaham avec le refte de fa Cour , alla
dans un jardin où étoit le quartier de
Mahmoud , & remit ainfi à ce Rebelle fa
Perfonne , la Ville & l'Empire.
Le même jour les Awegans s'empa
rerent de la Ville , où Mahmoud fit fon
Entrée. Le malheureux Vhah Uffe n
ayant augmenté par la préfence la p. m-
C ij pe
2008 MERCURE DE FRANCE.
pe de ce fpectacle , fut enfuite confiné
par fon ordre dans un des Appartemens
du Palais de fes Ancêtres.
La prife d'Ifpaham fit diminuer la difette
, mais elle ne la fit point ceffer entierement
. Quelque peu de vivres qu'il
fallut alors à cette Ville dépeuplée de
prefque tous les Habitans , le Plat -pays
ayant refufé de reconnoître la nouvelle
domination , prefque perfonne n'y oſoit
rien apporter , & l'on y manquoit encore
d'une partie du neceffaire. Mahmoud
s'en vengea , il envoya des Corps de
Troupes qui maffacrerent tous les Habitans
des Bourgs & des Villages dont
ils purent s'emparer. Ifpaham ne fut gueres
traité avec plus de douceur ; on ime
pofa un tribut qui emporta la plus grande
partie de ce qui reftoit à fes Peuples.
Mahmoud avoit encore près de lui les
neuf Arméniens dont on a parlé. Il tua
les trois plus confiderables d'entre eux ,
& obligea les autres , par cet exemple ,
& par les tortures à lui remettre le
refte de leurs Effets & de leurs marchandifes
, & de plus à lui faire une nouvelle
obligation de cinquante mille Tomans ,
après quoi il les renvoya. Les Indiens ,
les Juifs , les Européens même furent
taxez à leur tours enfin , les boutiques
& les maifons abandonnées par la mort
>
он
SEPTEMBRE. 1726. 2009
ou par la défertion des Proprietaires furent
mifes au pillage. i
ces
Mahmoud fongea enfuite à affurer
fa victoire par les nouvelles conquêtes
. Un Corps de fix mille hommes
marcha par fon ordre vers Cafbin ,
Troupes y entrerent fans réfiftance ; mais
les Habitans les ayant attaquez dans
les murs même , ils en taillerent en pieces
la plus grande partie.
Mahmoud irrité , ou peut -être étonné
de cette action , immola à fon reffentiment
, ou à fa feureté, prefque tout ce
qui reftoit de Perfans dans Ifpaham , après
quoi il envoya prendre , pour répeuplet
la Ville , un Peuple des environs d'Amadan
, nommé Derghezin , & de la mê
me Religion que les Awegans. Ceux
de ces Derghezins qui entrerent dans
fes Troupes , lui ont depuis rendu de
bons fervices . Il vint auffi fur les ordres
quelques Familles du Candahar.
悬
Quelque temps après, fes Troupes affiegerent
la Ville de Chiras , qui après
une réfiftance de fept mois, fut prife &
faccagée. Les Miffionnaires qui s'y trou
verent furent pillez & emprifonnez.
Mahmoud marcha en perfonne cette
même année contre Vhah Thamas . La
plupart des Officiers de l'Armée de ce
jeune Prince , s'étant laiffé corrompre
C iij par
2010 MERCURE DE FRANCE .
a
par des promefles , ou par des préfens
Mahmoud le défit & le mit en fuite. Ce
Vainqueur prit alors un Bourg , nommé
Gulpeikan , dont les Habitans furent parfez
au fil de l'épée , & il fe rendit maître
enfuite de Caſcana , Ville éloignée
de trois journées feulement d'Ifpaham.
A la fin de la même année il s'empara
encore de quelques Bourgs , & mit le
fiege devant une Ville , que l'on appelle
communément Koghilou , mais il y perdit
une partie de fon Armée & de fes Chameaux
, tant par la réfiftance des Affiegez
, que par le manque de vivres ,
& la mauvaife qualité de l'air. Du cô
té de Chiras , il pénetra jufques au fameux
Port de Bender- Abaffi , ayant pris
la Ville , fituée à moitié - chemin de cet
te Place à Ifpaham , fans pouvoir toute
fois fe rendre maître de fa Forterelle.
Enfin , au mois de Janvier de cette
année , étant allé pour foumettre Yefd
Ville peu éloignée de la Capitale , il
perdit un nombre confiderable de fes
Troupes , & ne pût en forcer le Châ
teau. Ce dernier échec le fit entrer en
fureur , il fit mourir tous les Princes du
Sang , au nombre , à ce que l'on dit ,
de foixante-dix . L'Auteur de cette Lettre
affure que ce Chef avoit un come
merce familier avec Satan , & qu'après
cette.
SEPTEMBRE. 1726. 2ött
cette derniere action de cruauté , il tom
ba dans une fi terrible manie , qu'il dé
voroit fa propre chair . Ce fut alors qu'Ef
chref, coufin germain de Mahmoud , fut
tiré des prifons , où ce Prince l'avoit fait
renfermer depuis qu'il avoit pris le com
1 mandement. Après quelques legers obf
tacles Efchref monta fur le Trône , ayant
fait avant cela étrangler Mahmoud , aveu
gler fon fils , & maflacrer le reste des
Seigneurs de la Cour de Perfe , entre lef
quels fe trouva l'ihtimadoulet , ou premier
Miniftre , que Mahmoud s'étoit
contenté de faire garder chez lui . "
L'Auteur de cette Lettre ajoûte en
core , que Mahmoud , preflé de remords
pendant le cours de fa maladie ,
avoit rendu une partie de ce qu'il avoit
enlevé aux Hollandois , aux Indiens &
& aux Arméniens , en les priant de lui
laiffer le refte i quoiqu'il en foit , la joye
1. de ces Négocians fut courte , car il remarque
qu'Efchref , parvenu à la Souveraineté
, les obligea à lui remettre ce
que les fcrupules de Mahmoud leur avoit
fait reftituer.
Voilà à peu près , Monfieur , ce que
dit notre Religieux . J'ai corrigé quel-
= ques endroits de fa Lentre furdes Memoi
ères plus certains que les fiens , & l'orthographe
des noms propres fur la pro-
Ciiij nons
2012 MERCURE DE FRANCE.
nonciation d'une perfonne du pays dont il
eft question. Ceci doit donc paffer pour
une Relation exacte , en y joignant toutefois
les obfervations fuivantes.
1 °. L'Armée de Mahmoud , que l'Aureur
fait monter à trente mille Cavaliers ,
n'étoit pas de vingt mille hommes. A l'égard
des Elephans , il n'y en avoit qu'un
feul que l'on menoit en parade.
2º. Julfa ne fut point abandonnée an
pillage, & la taxe entiere que Mahmoud
lui impofa , ne fut que, des 70000. Tomans
dont il eft parlé. A l'égard des bijoux
, ils furent pris en déduction , & l'obligation
de 50000. Tomans ne fut éxigée
que pour parfaire la fomme.
3° . Le nombre des gens qui fe trouvoient
dans Ifpaham pendant le Siege eft exageri,
l'on s'approchera du vrai en en rabattant
la moitié.
Enfin Lerghezin n'eft pas le nom d'un
Peuple, mais d'une Ville du Gouvernement
d'Amadan. Ce ne fut pas contre Vhah
Thamas , mais contre Firidoun Kan fon
General que Mahmoud eut affaire. A l'é
gard du prétendu commerce du Chef Avvegam
avec le Diable, l'on en parla effectivement
à Ifpaham, mais cefut entre les gens
de la lie du peuple.
L. C. D. C.
LE
SEPTEMBRE. 1726. 2013
LE CARNAVAL.
CAN TАТЕ .
Cette Piece n'a point encore eté mife
en Muſique.
D'où naît cette bruſque allegreſſe ?
Quelle fureur agite l'Univers ?
Tout s'émeut , tout fe trouble : une bruyante
yvreffe ,
De cris tumultueux fait retentir les airs.
Sur nos bords de la Grece antique ,
Voyons-nous renaître les jeux ?
Le Corybante furieux ,
Vient-il d'un culte fantaſtique ,
Etonner ces paifibles lieux ?
>
Mais quels brillans objets foudain percent la
nuë?
Pere des plaifirs , je te vois.
Quels attraits font les tiens ! déja mon ame émtë,
Se livre aux douceurs de res loix.
* Le Carnaval.
C V En
2014 MERCURE DE FRANCE.
En ce jour heureux ,
Exauce nos voeux,
Ta prefence entraîne ,
Tous les cours féduits ;
L'enfant de Silêne ,
Sous tes pieds enchaîne ,
Les fombres ennuis.
En ce jour heureux ,
Exauce nos voeux.
Le Thyrfe arme mon bras , le Pampre ceint
ma tête ;
De tes plus vifs tranſports je me fens agité ;
Qu'à jamais , & Bacchus ..... Ciel ! queke
voix m'arrête ,
Et diffipe l'erreur dont je fuis enchanté ?
Par vous , Iris , d'une coupable yvreffe ,
Le tendre amour rompt le charme odieux .
Je vous connois au beau feu qui me preffe ;
Un feul regard , qu'anime la tendreſſe ,
Calme mon coeur & deflille mes yeux.
Belle
SEPTEMBRE. 1726. 2015
Belle Iris, ménagez ma honte ;
D'un pouvoir inconnn. .... mais quelle eſt mon
erreur?
Les Dieux de Naxé & d'Amathonte ,
Ne peuvent- ils regner enfemble fur un coeur ?
Vous qu'Amour tient en tutelle ,
Vous dont le fils de Sémele ,
A captivé les defirs ,
Cultivez un arc utile ,
23
J'enfeigne un moyen facile ,
D'éternifer les plaifirs.
L'Amant veut- il qu'on le venge
Des mépris d'un oeil vainqueur ?
Le Nectar de la vendange ,
Affoupit- il le Buveur ?
Par un agréable échange ,
Qu'ils affurent leur bonheur,
·Par le Chevalier de Clairac.
Cvj RE
02 16 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUE de M. de Mantour fur
un paßage d'Horace.
Ans la huitiéme Ode du troifiéme
Divre , adreffée à Mecenas , Horace
l'invite à une fête particuliere , &
jui dit-
Sume , Maecenas , cyathos amici
Sofpitis centum & vigiles lucernas
Profer in lucem .
> Jean Bond dans fes Notes fur ces
derniers mots , que d'autres Commentateurs
ont faivi , les explique ainfi .
Producito vigiles, id eft, accenfas lucernas
In lucem , id eft , totam noctem compotemur.
Je doute qu'Horace en cet endroit
ait entendu parler de la nuit fealement ,
lorfqu'on la paffoit à boire , & à fe réjouir
à la façon des Grecs , ce qui s'appelloit
pergracari , puifque ce Poëte dit
ailleurs , Ode 3. L. z. que l'on employoit
les jours deftinez pour les fêtes
, & les réjouiflances aux jeux & aux
banquets.
S:#
SEPTEMBRE . 1726. 2017
Seu te in remoto gramine per dies
Feftos reclinatum bearis
Interiore nota falerno
Ainfi par ces mots , Vigiles lucernas
profer in lucem, on a dû croire qu'Horace
aura voulu parler du jour & non
de la nuit feulement , fi l'on fait attention
à la coûtume des Romains , qui dans
Ies fêtes publiques & particulieres ornoient
en plein jour les portes & les fenêtres
de leurs maifons , de guirlandes ,
de fleurs , de couronnes , de branches de
laurier , & de lampes allumées , telles
peu près que font nos lampions. C'eft
ce qui fe voit dans les Poëtes , & furtout
dans Perfe , Satyre 5 .
Unitaque feneftrá
Difpofita pinguem nebulam vomuere lucerne,
Et dans Juvenal , Satyre 12 .
Cuneta nitent , longos erexit janua ramos ,
Et matutinis aperatur fefta lucernis .
En effet , dans les jours où les Mariages
fe celebroient , Apulée , Liv, 4
remarque que la maifon des Epoux , Drnée
de branches de laurier , & illumi
née par des torches & des lampes allumées
, retentilloit de chants nuptiaux.
Donus
2018 MERCURE DE FRANCE.
2 Domus tota lauris obfita , talis lucida
ftrepebat hymenaum . Mais en obfervant
l'Epitethe matutinis , dans Juvenal , on
fera perfuadé que c'étoit dès la pointe
du , jour , & pendant le jour même ,
que l'on allumoit ces lampes deftinées
pour les fêtes , comme fi on eut voulu
les rendre plus brillantes par une double
lumiere , quafi clara luci opus eßt
alla luce. C'eft ce qui eft confirmé par
Tertullien dans fon Apologetique. Cur
die lato non laureis poftes adumbramus ?
non lucernis diem infringimus ? On doit
donc dans ce même fens , expliquer ain
le paffage d'Horace . Profer in lucem ', id
eft , emitte per diem lucernas accenfas ,
& iis liceat ornare januam & feneftras .
Autre Remarque fur un Paffage
de Martial.
Dans la 47. Epigramme du 10. Liv.
fur la felicité de la vie. Mattial dit à
Julius Martialis fon ami,
Vitam que faciunt beatiorem , & c. Non
ingratus ager , focus perennis ; lis nutquam
, doc.
Comment doit -on entendre ces deux
mots , focus perennis ? Ceux qui ont traduit
cette Poëfie en Vers François ou en
Profe , expliquent ces deux mots, litte
ralement
SEPTEMBRE. 1726. 2015
ralement par avoir un bon feu en tout
temps , un feu qui ne s'éteint jainaist
Mais Martial qui étoit né en Eſpagne ?
& établi à Rome , dont le climat eft du
moins auffi chaud que celui du lieu de
fa naillance , qui étoit Bilbilis , aujour
d'hui Bubiera en Arragon , pou voit- il
compter au rang des chofes qui font le
bonheur de la vie , la neceffité ou là commodité
, d'avoir toujours un bon feu dans
Rome & en tout temps ? D'autres ont
crû que focus perennis par metonymie
vouloit dire une cuifine bien fondée .
Mais à confiderer le ftile & l'efprit dans
lequel cette Epigramme eft écrite , Mar
tial qui recommandoit , & qui eftimoit
la frugalité , par ce Vers fuivant , Con
victus facilis , fine arte menfa , comptoit
il la bonne chere , & une bonne cuifine ,
pour un des objets de la grande felicité
de la vie ? je croirois plutôt que Martial
a voulu par focus perennis entendre
toute autre chofe. Il blâmoit fans doute
l'inconftance de certaines gens qui changent
d'emploi ou de féjour , ce qui marque
en eux une legereté d'efprit , qui
ne les rend ni plus habile ni plus heureux
fuivant la penfée d'Horace :
Calum non animum mutant qui trans mare
currunt.
Martial
Too MERCURE DE FRANCE
Martial trouvoit donc , que pour fe
rendre heureux il falloit fçavoir fe
choifir un établillement fixe & une demeure
permanente. Ce qu'il a fignifié
par focus perennis , en prenant par une
efpece de fynecdoche la partie pour le
rout & le foyer pour une maifon , ou
une habitation.
Pour juftifier fon opinion' , c'eft que
lui-même l'avoit mife en pratique , puifqu'il
avoit demeuré trente- cinq ans de
fuite dans Rome , fous les regnes de huit
Empereurs depuis Galba jufqu'à Trajan .
Ge fut au commencement du regne de ce
dernier Empereur , & pour quelque fujet
de mécontentement qu'il eut de lui ,
qu'il reprit le chemin de l'Espagne , où
il mourut cinq ou fix ans après fon retour.
On pourroit oppofer à l'explication de
M. de Mautour , ces deux Vers de la r
Elegie de Tibulle , dont Martial paroît
avoir voulu imiter le ſecond.
Me mea paupertas vita traducat inerti ,
Dum meus affiduo luceat ignefocus.
管理
EOUTSSEPTEMBRE
. 1726. 2011
XX:XXXXXXXXXXXXX
JE
BOUTS - RIMËZ.
E deviendrai ho yau , ferpe , panier ou bêche ,
Le cuivre & le Leton pafferont pour émail
Une coëffe pour juppe , un chapeau pour camail,
Et tous les Canoniers ne voudront plus de méchés
On verra Vaugirard emporté par la
se
breche ,
L'Eglife de Paris fans Tours & fans Portail ,
Le Turc abandonner fa pipe & fon Serrail
Pour prendre dans les airs le plaifir de la pêcher
Un Yvrogne quitter le vin , fon
Un joueur irrité , fans caver au plus
reconfort
forts
Et l'hyver nous fournir du bled mur
Un Ufurier donner fon or , & fon
Un Charlatan brûler à plaifir tout fon
Lorfque je cefferai de boire à l'
, & du
chaume
,
manoir,
baume ,
Entonnoir.
RE1022
MERCURE DE FRANCE.
*******************
L
REMARQUE fur la Terre de
"Chateau- Chinon .
E Subdelegué de Château - Chinon
a envoyé de fort mauvais Memoires
aux Libraires qui ont compofé le
nouveau Dictionnaire univerfel de la
France .
La Terre de Château- Chinon n'a jamais
été du Domaine , ayant toujours appartenu
à des Seigneurs particuliers .
Dès l'année 1200. elle a été dans la
Maifon de Mello , par le Mariage d'Eloïfe
, fille unique de Hugues , Seigneur
de Lorme & de Château - Chinon , & elle
eft reftée jufqu'en 1315. qu'elle a paflé
à Raoult de Brienne , Comte d'Eu , Connêtable
de France , par fon Mariage avec
Jeanne de Mello.
y
Ce Comte d'Eu ayant été executé à
mort pour forfaiture , & le Roi ayant
confifqué fes biens , Château - Chinon
fut donné au Duc de Bourbon , comme
n'étant pas de fon Domaine , en échange
de Creil , Nemours , & autres Terres ,
par Lettres Patentes du 14. Novembre
1394. enregistrées à la Chambre des
Comptes & au Parlement. Par cet échange
SEPTEMBRE 1726 2027
ge le Roi donne encore le droit de nom
mer à toutes les Charges qui lui appar
partenoient , droit d'affranchir tous les
Vallaux de cette Terre qui font de con
dition fervile , ne fe refervant feule
ment que le reffort , & Sa Majefté s'engage
encore d'indemnifer le Duc de Bourbon
du procés qu'il avoit pour cette Terre
avec Guy de la Trimouille , Cham
bellan du Roi, qui prétendoit qu'elle lui
devoit revenir.
掣En 1395. ce procès fut terminé par
une tranfaction faite entre le Duc de
Bourbon & Guy de la Trimoüille ,
moyennant 49. mille livres que le Duc
s'oblige de payer , & que le Roi
paya à
fon acte , & cette tranfaction à été enregiftrée
à la Chambre des Comptes.
De la Maifon de Bourbon cette Terre
eft paffée dans la Maifon d'Autriche ,
& y eft reftée jufqu'en 1515. qu'elle a
paffé par le Traité de Madrid en la Maifon
de Longueville , par l'échange que
l'Archiducheffe , veuve du Duc de Savoye
, en a fait contre d'autres Terres de
la Franche- Comté .
En 1565. Eleonor d'Orleans de Longueville
, l'a apportée à Louis de Bourbon
I. Prince de Condé , fon Ma-
, par
riage , pour fon partage des fucceffions de
pere & de mere ; & enfin Marie de Bourbon
2014 MERCURE DE FRANCE.
bon , petite fille de Louis de Bourbon,
l'a fait paller en la Maifon de Savoye-
Carignan , par fon Mariage en 1624
avec Thomas de Savoye , Prince de Carignan
, dans la Maifon de laquelle elle
eft reftée jufqu'en 1719. au mois de Janvier,
que M. de Carignan l'a venduë à
M. de Mafcrany, ainfi rien de plus ab furde
, que ce qui eft mis dans ce Dictionnaire
, & jamais il n'y eut de Terre qui
fut moins du Domaine que celle -la , laquelle
dans aucun temps , n'a pû être du
Domaine , le Roi , par fes Lettres Patentes
, ayant toujours reconnu qu'elle
n'en a jamais fait partie .
A M. Boyer de Bandol , Prefident
Mortier au Parlement de Provence ,
fur la naiffance de fon fils.
EPITR E.
Ue ne puis je , Bandol , aux bords de l'Hy
pocrêne ,
Répondre au zele qui m'entraîne ,
Par des expreffions dignés de mes transports ?
On verroit à la fois , le Pin , l'Orme & le
Chêne ,
Prêt
SEPTEMBRE. 1726 2025
Prêter l'oreille à mes accords.
Mais , quoi ! dans le projetque mon zele m'inf
pire ,
Ferai -je réfonnerma Lyre ?
Mêlerai- je mes fleurs à l'éclat de tes lys ?
Oui , je vais l'entreprendre , on peut tout ce
qu'on ofe ;
Et de quelque fuccès que mes Vers ſoient fuivis
,
Je veux au moins de quelque rofe ,
Orner le berceau de ton fils,
Le Sage dit que la richeffe ,
Les biens , les honneurs , la nobleffe ,
S'acquierent par notre art , viennent de nos
Ayeux ;
Qu'une prudente Epoufe, à la tienne femblable,
Eft un riche prefent des Cieux :
J'ajoûte que d'Enfans une troupe agreable
ર
Eft un des plus beaux dons que nous faffent les
Dieux.
Tes voeux en demandoient , rends graces à l'Hy
menée ,
Parmi tes jours heureux , compte cette journée.
Sage Miniftre de Themis ,
L'Hymen acomblé ton envie ,
Bando
1026 MERCURE DE FRANCE :
Bandol , de Dieu te donne un fils ,
Qui fera deformais la douceur de ta vie.
Il vient de commencer fon cours:
Autour de fon berceau folâtrent les Amours .
Cet air doux & charmant , qu'on ne peut mécon
noître ,
Grand coeur , fageffe , integrité,
Ce foin de rendre heureux qui merite del'être ,
La grandeur jointe à la bonté ,
Et tant d'autres talens qu'en toil'on voie paroître
,
Dans ton fils quelque jour on les verra renaître :
Notre ame fe reffent de ceux dont nous fortons.
L'Aigle n'engendre point la Colombe timide.
Un bon champ nous produit de fertiles moif
fons.
Les Heros ont des fils que la victoire guide.
Mais , Bandol , quels que foient les dons
Qu'a ton fils aujourd'hui prodigue la Nature ,
Pour le rendre parfait, tu lui dois tes leçons :
Prend foin de fa gloire future ,
Elle rejaillira fur toi .
Qu'il marche fur fes pas ; la route féra fare ,
Pour
SEPTEMBRE. 1726 2027
Pour ferv ir dignement ſa Patrie & ſon Roi.
C'est ainsi qu'au lever de la brillante A ore ,
L'on forme un doux eſpoir de la beauté du
jour ,
Que n'attendons - nous pas encore
De ces charmes qu'en lui déja l'on voit éclore .
Qui font de ſes Parens les plaifirs & l'amour ?
Puifle- t'il un jour fur tes traces ,
Suivre de l'équité les chemins peu battus ,
Poffeder de fa mere , & l'efprit & les graces ,
Et de l'un & de l'autre heriter les vertus !
Croiffez , aimable enfant , & bien-tôt avec
l'âge,
Faites croître votre vertu :
De ces grands Magiftrats dont vous étes iſſu
La gloire fut toujours le plus noble partage .
C'est à vous d'heriter d'un bien fi précieux.
Mais pour être fûr de nous plaire ,
Ne reſſemblez qu'à votre pere ,
Il réunit en lui l'éclat de vos Aycux.
NOU
2018 MERCURE DE FRANCE:
jkjkjkjkjkjk: Jik jik siksikaktJA
NOUVEAU TELESCOPE.
D
Ans le Mercure du mois d'Avril ,
dans le premier volume du mois
de Juin dernier , nous avons parlé d'un
nouveau Teleſcope par reflexion , conftruit
à Londres fur les principes du fameux
Chevalier Newton , dont l'effet
eft admirable , & furpaffe tout ce qu'on
a vû jufqu'ici en fait de Lunettes. Nous
fommes aujourd'hui en état d'en parler
plus fçavamment , & d'inftruire le Fublic
fur ce fujet , qui doit affurément
l'intereffer.
M. Hubert , François , Officier de la
Maifon de Madame la Princeffe de Galles
, qui demeure ordinairement à Londres
, a apporté à Paris depuis peu plufieurs
de ces Teleſcopes , beaucoup plus
parfaits que celui dont nous avons déja
parlé , quoique faits fur le même modele
, & par le même Ouvrier. Le Duc de
Bourbon , le Cardinal de Rohan , & quel
ques autres Seigneurs , capables de connoître
l'utilité d'un tel inftrument , en
ont voulu avoir , & en ont payé 25.
Louis. C'eſt à peu près le prix qu'on les
vend à Londres, où ilsvalent 25. guinées.
Les
SEPTEMBRE . 1726. 2029
Les curieux trouveront la defcription
& la figure de cette Lunette dans le
Traité d'Optique fur les Reflexions , Refractions
, Inflexions & les couleurs de
la lumiere , du Chevalier Newton , imprimé
à Paris , chez Montalan , deuxiéme
Edition , vol . in 4. traduit de l'Anglois
par M.Cofte. Il y a plus de 40. ans
que M. Newton publia cette découverte.
Les Teleſcopes par reflexion , dont il
eft ici queftion , font faits à Londres par
-le fieur Edouard Eſcarlett , Officier de
S. A. R. le Prince de Galles . Cet inftrument
confifte dans un miroir cpaque &
concave, d'environ quatre pouces de diametre,
& épais d'environ un pouce. Il eft
compofé de differens métaux ; fa couleur
eft un peu plus foncée que celle du
plomb , & il eft aflez ductile pour pren
dre un beau poli . Sa concavité répond
à une Sphere de 8. pieds de diametre's
& en pofant une regle fur la furface concave
, le centre paroît avoir une ligne
& demie de profondeur .
-Au dos de ce miroir , qui eft attaché
d'une maniere folide , par le moyen de
= trois écroues , eft adapté un manche ,
pour pouvoir le prendre fans toucher au
poliment. Il eft placé au bout d'un tube,
où tuyau octogone extrêmement noir,
qui a le même diametre que le mie
D roir,
2030 MERCURE DE FRANCE .
roir , & long d'environ 32. pouces . Pour
le placer & le déplacer , on leve , par
le moyen d'une charniere , trois pans de
l'octogone du deflus du tube.
A la diftance d'environ un pouce &
demi de ce miroir , eft placé un cercle
opaque , ou diaphone , qui cache environ
trois quarts de pouce du pourtour
du mitoir , pour renfermer les rayons,
& arrêter une partie vague de la lumie-
Je qui troubleroit la vifion.
A une autre diftance d'environ 22.
pouces du miroir concave , eft placé un
autre petit miroir plan , auffi de métal ,
dont la circonference eft elliptique ou
ovale. Ce petit miroir eft à égales diftances
des côtez du tube , & eft oblique
de 45. degrez à l'axe de la Lunette. Il
eft foutenu en cet état par le moyen d'une
efpece de manche coudé , de cuivre ou
de fer. Vis-à- vis ce petit miroir , fur
le côté du tube qui le regarde , il y a
un petit trou rond , fait dans une plaque
de plomb ou de cuivre. Cette plaque
couvre & touche un verre oculaire
, plan convexe ; le foyer commun de
ce verre , & du grand miroir de métal ,
eft un point fitué entre ce verre oculaire
& le petit miroir de métal .
La Lunette ainfi conftruite , eft telle
que les rayons de lumiere qui viennent
de
SEPTEMBRE. 1726. 2031
de l'objet que l'on obferve , après s'être
réflechis fur le grand miroir , & de paralleles
qu'ils étoient avant cette réflexion
, devenus convergents , ou s'approchant
, puis refléchis une feconde fois fur
le petit miroir , fe couppent au foyer ; &
enfuite ces rayons devenant devergents
ou s'éloignans , paffent au travers du
verre plan convexe , fortent de la Lunette
par le petit trou dont on a parlé ,
& entrent dans l'oeil placé à ce trou .
Il eft à remarquer que les objets ob
fervez avec cette Lunette font vûs ren
verfez ; mais pour les voir dans l'état
naturel , on ſubſtitue à la place du verre
oculaire plan convexe , une petite Lunette
compofée de trois verres. Il y a
trois de ces petites Lunettes de rechange
, & chiffrées , qui groffiffent de plus
en plus les objets que l'on obferve .
L'effet de cette Lunette eft tel , que
l'on peut lire à la diſtance de 700. pieds
& même plus , une écriture, ordinaire .
Toute cette machine eft montée fur une
table à trois pieds , à un des côtez de
laquelle il y a un tiroir qui fert à enfermer
les verres objectifs , & c.
Pour diriger cette Lunette , on fe fert
d'une Lunette ordinaire à deux verres,
placée ſur la face fupérieure du tube ,
Dij lequel
2032 MERCURE DE FRANCE
lequel a deux mouvemens , un vertical ,
& l'autre horizontal , qui s'executent par
des cordons de foye , répondant à deux
rouleaux , par le moyen defquels l'Obfervateur
dirige l'inftrument avec une
très-grande facilité .
***:***** X* XXX :XXX
J
Image de la vie fans ambition,
SONNET.
E borne mes defirs à mon champ , à la bêche;
De mes prez verdoyans je préfere l'
émail;
A la pompe, aux honneurs, attachez au Camail ;
Ceux dont brille la Cour , paffent comme flamêthe
Dans l'efpoir du renom qu'un brave aille à la
bréche;
Qu'inferit pompeufement , le Noble ait fon
portail,
Je m'én ris ; plus content que le Turc au
Je cultive mes fleurs , je m'amufe à la
Serrail,
pêche,
Les richeffes en vain fe nomment réconfort :
Cent
SEPTEMBRE. 1726. 2033
Fort.
Cent fois plus affuré qu'un riche dans un
Sans craindre d'ennemis,j'habite fous le Chaume.
Mais uu fidele ami vient- il en mon manoir.
Flattez d'un Bourguignon plus divin que le
Baume >
Pour boire à plus longs traits nous prenons I'
Antonnoir.
Ant. Tolele.
*******************
LETTRE écrite de Champagne le 18.
Aoust 1726.
J
> "' Ai eu la curiofité Meffieurs , de
faire acheter tous les mois vos Mercures
, depuis que vous avez commencé
de les donner au Public. J'ai été agréablement
dédommagé de cette legere dépenfe
, par la fatisfaction que j'ai euë
d'y voir de très -bonnes Pieces , tant en
Profes qu'en Vers & des Differtations
auffi fpirituelles que curieufes.
Il eft certain que quantité de Sçavans
y ont fait paroître leur efprit & leur érudition
; & il n'y a prefque point de matiere
qui n'y ait été traitée fenfément.
Cependant, s'il fe trouve quelque vuí-
D iij de
2034 MERCURE DE FRANCE:
A
de dans le Mercure du mois de Septembre
prochain , je vous prie de vouloir
bien y inſerer une réflexion que j'ai faite
, & que je n'ai point encore trouvée
dans tout ce qui a paru : ma curiofité
feroit fatisfaite , fi quelques Phyficiens
, Medecins , Chirurgiens ou autres
Sçavans , vouloient bien dire leur fentiment
fur ce que j'ai l'honneur de leur
propofer. Ils fatisferoient plufieurs per
fonnes qui ont eu le malheur de perdre
comme moi , un bras, ou une jambe :
Voici le fait .
A l'âge de quatorze mois , je tombai
dans une paralyfie qui rendit tous mes
membres perclus , à l'exception du brasgauche
qui donnoit quelques fignes de
vie ; mes pere & mere , très - affligez
d'un accident auffi trifte qu'inopiné , &
dans un âge fi tendre , confulterent les
plus habiles gens fur le parti qu'ils
avoient à prendre . Les confeils qui parurent
les plus falutaires , furent de me
faire aller aux Eaux d'Aix , où effectivement
je recouvrai la fanté du bras &
d'une jambe mais quelque chofe qu'on
ait pu faire , la jambe droite a refté paralytique
, fans aucun mouvement ni
fonction , parce que les nerfs & les muf
cles étoient entierement relâchez ; de
façon
SEPTEMBRE. 1726. 2035
façon que je n'ai jamais pû m'aider de
cette jambe , & pour marcher il a fallu
que je me fois fervi de bequilles.
Me trouvant dans une Ville de Flandres
, dù il y avoit un habile Chirurgien
major , je me fis couper la jambe ,
de laquelle je fouffrois les deux tiers
de l'année , non feulement parce que je
ne pouvois m'en aider , mais encore par
des abfcès confiderables , qui s'y formoient
vers la fin d'Août , & qui ne ſe
deffechoient qu'à la fin de May ; l'operation
fut auffi heureufe que je pouvois
le fouhaiter , ayant affaire à un trés-habile
homme, aux foins duquel je répondis
de mon côté , par une grande
exactitude à obferver le regime qu'il
m'avoit preferit ; de forte qu'au bout
de fix femaines , je fus parfaitement
gueri ; & depuis dix-fept ans j'ufe
d'une jambe de bois affez commodement.
Voici le point de ma curiofité.
Les douleurs que j'ai fouffertes depuis
l'amputation jufques à l'entiere guerifon,
m'ont paru être au pied que je n'avois
plus , plutôt qu'à la playe du moignon où
étoit réellement le mal ; ce que j'avance
n'eft point l'effet de l'imagination ,
mais une verité que je ne puis bien définir
lorfque les douleurs me preffoient
D iiij avec
2036 MERCURE DE FRANCE.
avec trop de violence , je gratois le drap
de mon lit , dans l'endroit où ma jambe
auroit dù être , fi elle n'eut point été coupée.
Cette action ne laiffoit pas de m'apporter
quelque allégement , & fans le
fecours de cette imaginative , lès exceffives
douleurs que je fouffrois m'auroient
faît arracher vingt fois l'appareil .
Si la fuite ne m'avoit confirmé dans
cette idée , j'aurois crû que le mal que
j'endurois l'auroit caufé mais actuellement
que je ne fouffre plus , & que je
me porte parfaitement bien , lorfque je
paffe la main fous le moignon , & que
je frotte legerement , cela fait le même
effet que
li je me chatouillois la plante
du pied , qui eft cependant coupé , chofe
par conféquent impoffible. Il en eft
de même lorfque je touche les endroits
où font les nerfs , les arteres & les mufcles
, qui étoient inferez aux doigts du
pieds c'est comme fi je les touchois réellement.
Enfin , je fens , ou je crois fentir
la même circulation dans cette jambe
, quoique coupée , comme dans l'autre
qui eft très- faine .
Je prie les Sçavans de vouloir bien
faire part de ce qu'ils penfent fur ce fujet
, fuppofant que ce foit une imagination
, elle est donc generale ; car j'ai
parlé à plufieurs de mes Confreres , par
l'uni
SEPTEMBRE. 1726.2037
l'uniformité de malheur , qui m'ont affu
ré fentir comme moi ce qui n'existe plus,
je veux dire leur bras , ou jambe coupés
.
Si je ne m'explique point affez clairement
, ou qu'il y ait quelque queftion à
me faire
pour mettre mieux la chofe en
évidence , je me ferai un vrai plaifir de
répondre , & de m'en expliquer le moins
mal qu'il me fera poffible. Il eft inutile
que je donne , ni mon nom , ni mon addreffe
; mais je fuis certain que bien des
gens me reconnoîtront fur les incidens
que je viens de vous rapporter. Je fuis ,
Meffieurs , & c .
L'Auteur du Mercure , à qui on a fait
l'amputation de la cuiffe , après avoir eu
la jambe emportée par un boulet de ca- -
non à Malplaquet , éprouve fouvent de
très- cruelles douleurs au pied , à la jambe
& au genouil qu'il n'a point. La perfonne
qui écrit cette Lettre , auroit dû
dire à quel âge il fut mené aux Eaux
d'Aix , & combien de temps après on lui
coupa la jambe , & c .
D V BOUTS2038
MERCURE DE FRANCE.
BOUTS-RIMEZpropofés à remplir dans
le Mercure du mois de Juillet 1726.
Out s'occupe ici-bas ; l'un feme , l'autre
bêche.
Tout
L'un polit le diamant , l'autre fouffle l' émail.
L'un ,, pour chanter au Choeur , endoffe le
Camail ;
L'autre pour le combat prépare poudre & méche,
La truelle à la main l'un repare une bréchs.
Celui- ci fait un pont , l'autre éleve un Portail.
Des plus rares beautez l'un remplit un
Serrail.
L'un n'aime que la Chaffe & l'autre que la Pêche.
Mais moi de qui Bacchus fait tout le réconfort ;
Exempt des noirs foucis qu'excite un coffre fort.
Il n'eft jour en buvant qu'à table je ne chomme.
C'est là mon feul plaifir dans mon pauvre
manoir ,
Baume
Pour boire de ce Dieu le falutaire
Le tonneau me tient lieu de verre & d'Antonnoir.
EXSEPTEMBRE.
1726. 2039
&
EXPLICATION d'une Table d'Arithmetique
nouvellement inventée."
E fieur de Lépine , connu depuis
Llong- temps par les divers Tableaus
changeans qu'il a conftruits , & qu'on a
vûs avec plaifir , donne aujourd'hui une
machine de fon invention, extrêmement
curieuſe , & fort utile pour faire toutes
les operations d'Arithmetique.
Cette machine confifte en une planche
de cuivre , plus large que haute , fur laquelle
on a mis plufieurs rangs de rouës
paralleles. Le nombre de ces rouës eft
dix , exprimant depuis les deniers , jufques
aux dix millions de livres : les
rangs fuperieurs de ces roues fervent
aux additions & aux multiplications , qui
font des additions répetées , & les rangs
inferieurs fervent aux fouftractions &
aux divifions , qui font des fouftractions
répetées.
Toutes les roues qui expriment depuis
les unitez jufques aux dix millions,
font divifées fur leur circonference , en
dix parties , fur lefquelles on a gravé les
dix caracteres 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.
o. Celle qui exprime les deniers , eft
D vj , divifée
2040 MERCURE DE FRANCE.
divifée en douze parties , & celle qui
exprime les fols , eft divifée en vingt
parties fur chacune de ces parties ;
il y a un petit trou , dans lequel on
peut introduire l'extrémité d'un petit
crochet ou marteau , & par ce moyen
faire faire une révolution entiere à chacune
de ces roues . On peut faire une
partie de cette révolution fi grande & fi
petite que l'on veut , foit correfpondante
à un même nombre de parties , gravées
fur une circonference fixe & concentrique
à chaque rouë .
C'eſt par le moyen de ce feul mouvement
que l'on peut faire toutes les operations
d'Arithmetique : car i l'on veur,
par exemple , écrire le chiffre 7. en mettant
le petit marteau à la place convenable
, & faifant faire à la rouë la révolution
fufdite , le chiffre 7. fe préfente dans ,
une petite cafe , placée au deffus de
chaque rouë ; fi à ce nombre on veut
ajoûter un autre nombre 8. en plaçant de
nouveau le marteau au trou convenable,
& faifant auffi faire à la roue la révolution
indiquée par le nombre 8. alors non
feulement le nombre 5- fe préfentera
dans la petite cafe dont on vient de
parler ; mais le nombre 40. fe préfentera
de lui même à la cafe correfpondante
à la roue, qui exprime les dixaines , pas
11
SEPTEMBRE. 1726. 2641
rapport à celle fur laquelle on operoit .
Il en eft de même de toutes les autres
roues & c'eft par la maniere dont les
roues influent les unes fur les autres ,
que confifte la principale , curiofité de
l'invention du fieur de Lépine .
Ceux qui voudront avoir une connoiffance
plus parfaite de, cette machine ,
peuvent s'adreffer à l'Auteur , rue des
Quatre- Vents , au Jeu de Paume d'Orleans
, Faubourg S. Germain.
XXXX*
RONDEAU de M *** à M
fur fon Voyage, &c.
EN cheminant & par monts & par vaux ,
Ramentevois tous nos Etats de Seaux ;
*
Banquets gaillards Chalumeaux & Mufettes
,
Propos gentils , agréables fornettes ,
Et les Brebits de nos rians Côteaux.
Tous ces penfers me caufoient mille maux ;
Mais regrettois plus que tous mes Troupeaux ,
Vos dits joyeux , vos douces Chanfonnettes ,
En cheminant.
En vain je vois , magnifiques Châteaux ,
Suis invitée à fomptueux Cadeaux ,
Entens
1
2042 MERCURE DE FRANCE .
Entens joiier & Clairons & Trompettes ,
N'ai de fouci que d'aller où vous étes ,
Et regagner promptement nos Hameaux ,
En cheminant.
禁茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bor
deaux le 4. Septembre.
Fête celebrée dans l'Académie Royale de
cette Ville. Séance publique de
cette Académie , &c.
Ous avons celebré dans notre Aca-
Ndémie , le 25. du mois paflé , la
Fête du Roi. Après une Meffe folémnellement
chantée en Mufique , le R. P.
Thomas , Jefuite , pranonça avec applaudiffement
le Panegyrique de S. Louis.
On tint enfuite une Séance publique de
l'Académie , qui fut ouverte par M. de
Montefquiou , lequel récita un Eloge
funebre de M. le Duc de la Force , notre
Protecteur. Il déclara enfuite vain.
queur de nos Jeux Litteraires , le R. P.
Lozeran de Fech , Profeffeur de Mathematiques
à Perpignan . Son Ouvrage eft
fur la caufe du tonnerre & des éclairs.
Enfuite M. l'Abbé Bellet , Chanoine de
Saint
SEPTEMBRE. 1726. 2043
Saint Blaife de Foix , lut une Differtation
fur l'origine des Bains & fur leurs
ufages . Il la prit bien avant dans l'antiquité
, & nous promena chez les Egyptiens
, Pheniciens , Chaldéens , Grecs &
Romains , d'où il paffa aux Orientaux
modernes , & enfin aux Européens. Le
Docteur Grégoire parla après lui d'une
pierre formée fous la langue d'un homme
, & à cette occafion , de la formation
de toutes les pierres dans le corps
animal . M. de Montefquiou , Préfident ,
refuma le Difcours de ces Meffieurs avec
beaucoup de grace , & des penfées toujours
vives & naturelles. A la fin de la
Séance , le prix adjugé au R. P. Lozeran
, lui fut délivré. C'eft une Médaille
d'or de 5. à 600. livres.
M. Sully , Horlogeur de M. le Duc
d'Orleans , nous a fait voir une Pendule
, par le moyen
de laquelle il prétend
qu'on fçaura l'heure qu'il eft fur la
mer à tous les Méridiens , malgré même
la tempête , moyen par lequel il croit "
qu'on parviendra à fçavoir les longitutudes.
Cet Horlogeur va quelquefois
d'ici jufqu'à la Tour de Cordouan , pour
voir fi la mer caufera des variations à
fa pendule , laquelle n'en a prefque pas,
dit - il , dans une Berline , qui cahote
pendant deux ou trois heures . L'Académie
2044 MERCURE DE FRANCE.
mie a nommé des Commiffaires pour
examiner la chofe , & pour être les témoins
oculaires des épreuves qui doivent
être faites .
Nous avons vû ici le nouveau Dictionnaire
de la France , & nous avons reconnu
, que cet Ouvrage n'eft pas plus
exact que le nouveau Voyage de la France
, à l'égard de Bordeaux & autres lieux
de la Guyenne. Il y a en effet beaucoup
de négligence dans ce Livre , peu d'ordre
, & on n'y trouve prefque rien de
nouveau , pas même les latitudes , les
diftances , les productions & les denrées
de chaque Province , &c. Ces trois gros
Volumes font d'ailleurs mal imprimez ,
& fur du mauvais papier.
Le Bled , la Vigne- vierge , & l'Enigme
, font les vrais mots des trois
Enigmes du mois dernier.
PRESEPTEMBRE
. 1726. 2045
D
PREMIERE ENIGME.
Ans les vaftes climats où j'ai mon or
gine ,
Chacun eftime mon pouvoir ,
Parmi les plaifirs je domine ,
Et tout le monde aime à me voir.
M
Je n'avois point ailleurs d'entrée ,
Là fe bornoit tout mon renom ;
Ou fi j'étois connu dans quelque autre contrée
,
Je ne l'étois que par mon nom.
Mais depuis que par tout fur la Terre & f
l'Onde ,
J'ai des guides intelligens
On me connoît de l'un à l'autre bout du monde
,
Parmi tous les honnêtes gens.
Je fuis, fans me vanter, de bonne compagnie,
Je
2046 MERCURE DE FRANCE
Je fers à la Societé ,.
Et quand la belle humeur enfemble être bannic
,
Je lui rends fa vivacité.
Mais , helas admirez , malgré ma renommée
,
L'étrange malheur qui me fuit ,
J'ai beau faire du bien , ma vertu n'eſt aimée
,
Qu'à mesure qu'on me détruit.
Il faut pour obéir à mon fort me réfoudre ,
Pendant que je fuis encor frais ,
D'être brifé de coups , privé , réduit en posdre
,
Sans autre forme de procès .
DEUXIE ME ENIG ME.
JAAdis fort inconnue . à prefent en uſage ,
Je fers au fol , je fers au ſage :
Je fais le mal , je fais le bien.
Le divorce eft de moi ,fans moi point de lien,
A mon Maître défunt je redonne la vie.
Je
SEPTEMBRE. 1726. 2047
Je fais battre le monde , & le réconcilie.
Par le fer on me tranche ; & je donne des fers .
Prefque fans m'émouvoir je parcours l'Univers.
On me trouve à la fois & pefante & legere :
Mais il faut me couper , je ne vaux rien entiere.
Je ne vois rien , je fais tout voir :
Mais blanche que je fuis , je ne puis rien fans
noir.
TROISIEME ENIG ME.
On voit deux Soeurs toujours enſemble ,
Qui fervent en même maiſon ;
Elles n'ont rien qui fe reffemble ,
Si ce n'eft la taille & le nom.
Quoiqu'également
neceſſaires ,
L'une eft toujours fans ſe mouvoir ,
Et l'autre n'a pas peu d'affaires ,
Depuis le matin juſqu'au foir.
Elle eft fort fujette au caprice ,
Souvent elle fait des jaloux,
· Et
2048 MERCURE DE FRANCE .
Et ne fend prefque point juftice ,
Si ce n'eft à force de coups.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
R
EMONTRANCES à M. l'Evêque d'Auxerre
, au fujet de fes Ordonnances
& Inftruction Paftorale , portant condamnation
de plufieurs Propofitions , extraites
des Cahiers , dictez au College
d'Auxerre , par le Pere le Moyne , de la
Compagnie de Jefus. A Paris , chez Pier
re Simon ruë de la Harpe. 1726.
in 4.
›
où
HISTOIRE SECRETTE DE NERON , OÙ
le Feftin de Trimalcion , traduit de Pe
trone , avec le Latin à côté & des Notes
hiftoriques , Par M. Lavaur, A Paris
, rue S. Jacques & Galande , chez
Ganeau & Quillau fils. 1626. in 12.
de 520. pages.
DISSERTATION fur le Pape Libere ,
dans laquelle on fait voir qu'il n'eſt jamais
tombé. A Paris , chez Lamefle ,
BroSEPTEMBRE.
1726. 2049
"
Brochure in 12. de 21. pages fans l'Avertiffement.
LES ARTIFICES DES HERETIQUES ,
autre Brochure , chez le même.
INSTRUCTIONS fur les Obfervances
regulieres , & fur les Voeux folemnels
&c. dédiées à Madame d'Orleans , Ab- T
beffe de Chelles. A Paris , chez Delefpine,
2. vol. in 12.
DISSERTATION fur la cataracte des
Yeux , en réponſe d'un Ecrit académique
de M. Morand le fils , Démonftrateur
des Operations de Chirurgie . A
Paris , rue de la Harpe , au Saint- Efprit,
chez d'Houry , 1726.
>
Ce petit Traité prouve l'exiftence des
Cataractes membraneufes & leur operation
, qui depuis 20. années a été difputé
par plufieurs Sçavans , & principalement
par M. Heifter , Profeffeur
d'Helmftadt , contre M. de Woolhoufe.
Les citations fçavantes , & les experiences
verifiées qu'on trouvera dans cette
petite Brochure , joint à l'aveu que M.
Heifter vient de faire dans la feconde
Edition de fon Cours de Chirurgie Allemande
in 4. convaincront les Sçavans
de la jufte diftinction de ces Maladies ,
con2050
MERCURE DE FRANCE.
confondues depuis fi long-temps , foit par
l'ignorance ou le défaut d'experience des
Oculiftes , & les jeunes Etudians en Medecine
& en Chirurgie trouveront dans
cette courte Differtation dequoi les fatisfaire
, foit dans la Theorie , foit dane
la Pratique.
›
LES PELERINS DE LA MECQUE , Pieee
en trois Actes , par Meffieurs le S ...
& d'Or... repréfentée par l'Opera Comique
du fieur Francifque , à la Foire
Saintt Laurent , 1726. Le prix eft
de 20. fols. A Paris , Quay des Auguf.
tins , chezF. Flahaut , in 12. de 120.
pages.
M. Danchet , de l'Académie Françoi
fe , Cenfeur de cette Piece , dit dans
fon Approbation , qu'elle a plû au Public
dans les repréfentations , & qu'il
croit qu'elle ne lui fera pas moins de
plaifir par l'impreffion . Nous en avons
donné un Extrait dans le dernier Mercure.
ou LE MINISTERE EVANGELIQUE
Réflexions fur l'Eloquence de la Chaire,
& la parole de Dieu , annoncée avec l'autorité
de la Miffion , ou Rhetorique facrée
, pour conduire les Orhteurs Chrétiens
au fublime degré de la perfection .
NouSEPTEMBRE.
1726. 2051
Nouvelle Edition augmentée d'une feconde
partie. A Paris , rue S. André des
Arcs , chez André Knapen , 1726. in 12.
de 4 12. pages.
LA TRIPLE EXPOSITION fur les SS.
Evangiles de N. S. Jefus- Chrift , par
une Analyfe qui fait voir l'ordre & la
liaifon du Texte de l'Evangelifte ; par
une Paraphrafe , dans laquei on tâche
d'expofer le fens de l'Ecrivain facré d'une
maniere courte & nette ; par un Commentaire
, où on apporte les differentes
leçons des Notes litterales , & les fens
qui paroiffent les plus conformes au Texte.
On y trouve de plus des Obſervations
dogmatiques , pieuſes , morales &
afcetiques , auffi- bien que differentes Pratiques
Chrétiennes , qui font répanduës .
dans tout le Commentaire , & qui d'ailleurs
fe trouvent réunies à la fin de chaque
Chapitre , par un Corollaire ou fentiment
de pieté. Ouvrage très - utile , non
feulement aux Prédicateurs ' , pour euxmêmes
, & pour procurer le falut des
autres ; mais encore à tout le monde de
quelque état qu'il foit , pour entretenir
la vie de l'efprit & du coeur. Ouvrage
pofthume, en Latin, in folio , dans un ou
deux Volumes. Par le R. P. Bernardin
de Picquigny, de l'Ordre des FF. Mineurs
Ca2032
MERCURE DE FRANCE.
Capucins , ancien Profeffeur en Théolo
gie , & Définiteur de la Province de Pa
ris. A Paris , chez Le Mercier ruë
S. Jacques. Le prix du Livre eft de 14.
livres en blanc , & de16. livres relié.
DEDICACE CRÍTIQUE DES DEDICACES ,
où entr'autres fecrets merveilleux on découvre
quelle fera la fituation des affaires
dans mille ans d'ici , traduite fur la
feptiéme Edition de l'Anglois du fameux
M. Swift , par ... Anglois , Brochure
in 12. de 7 o . pages ; imprimée à
Rouen , & fe vend à Paris , chez Guill.
Cavelier , au Palais , & N. Piflot , Quay
de Conti .
M. Swift , Miniftre Anglican , eft confideré
par tous les beaux Efprits d'Angleterre
, comme un Auteur original ,
qui allié parfaitement l'Utile avec l'Agréable.
Il a écrit une petite Piece pour
railler la Nobleffe Angloife fur fa nonchalance
; & pour l'exciter à l'étude des
Arts & des Sciences . Cette Piece écrite
, à ce qu'on aflure , avec une rapidité
prodigieufe , a été cependant fi bien
reçûë en Angleterre , qu'on y en a fait
en fort peu de temps fept Editions.
Un Gentilhomme Anglois , qui eft à
Paris , a traduit cette Piece en François ,
& l'a intitulée DEDICACE CRITIQUE
DES
SEPTEMBRE. 1726. 2053
>
DES DEDICACES & c. M. Swifte n'a'
pas voulu attaquer la Nobleffe directement
: il prétend d'abord railler les
beaux Elprits pauvres , qu'il fuppofe
dédier leurs Ouvrages aux riches ,"
purement pour les flatter , & pour tirer
d'eux quelque gratification qu'il prétend
établir pour l'unique but des Dedicaces
.
Il adreffe fa Dédicace à un Seigneur luppofé
qu'il louë d'abord pour l'ancienneNobleffe
de fa Maifon , & fe mocque de ceux
qui s'en vantent, ou s'en eftiment dayantage.
Il le loue principalement pour fes
richeffes , dans lesquelles il fait confifter
la Nobleffe & le bel Efprit ; & après
avoir exalté là- deffus le bel efprit de
fon Protecteur il le loue fort de ce
qu'il ne fe fert pas de fon éloquence ,
& prend de là occafion d'invectiver
contre le babil , & il prefcrit pour cela
plufieurs remedes affez plaifans.
›
Il prend occafion, en paffant , d'ordonner
aux Libraires de Londres , d'ériger
, du gain qu'ils feront de fes Oeuvres
, deux Statues ( l'une à Londres &
l'autre à Oxford ) au Prince qui regnera
en Angleterre dans mille ans d'ici.
H prédit que ce Prince fera Empereur
de toute l'Europe ; & fous prétexte de
E faire
2054 MERCURE DE FRANCE .
faire le Panegyrique de cet Empereur ,
il flatte le Prince regnant.
ARCAGAMBIS , Tragédie en un Acte,
repréfentée pour la premiere fois fur le
Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , par
les Comédiens Italiens ordinaires du Roi,
le 10. Août 1726 , Par Meffieurs * * *
Auteurs des Comédiens Efclaves . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Piffot ,
in 12. de 47. pages, n
LES FORTIFICATION's du General
Cohorne , avec figures , nouvelle Edition.
A la Haye , in 8
ESSAT DE RHETORIQUE dans la Traduction
de quatre Harangues de Tite-
Live , avec des Notes , par M. de Croufas
, Profeffeur de Mathematiques & de
Philofophie dans l'Univerfité de Groningue.
A Groningue , chez Jacques
Sipkes , 1725. in 12. de 176. pages.
On propofe à Londres par foufcription
le veritable Etat de la France , par
le Comte de Boulainvilliers , avec une
Defcription du Gouvernement ancien de
ce Royaume , en 2. vol. in folio,
Од
SEPTEMBRE. 1726. 2055
.
رما
On mande de la Haye , qu'on y a imprimé
chez Rogiffart un gros in octavo ,
lous ce titre Les quinze joyes du Mariage
: Le Blafón des fauffes Amours ,
le Triomphe des Mufes contre Amour. On
connoît ces titres par divers anciens Livres
François.
On mande auffi d'Hollande , que M.
Abraham Gronovius , fils & petit- fils
de deux Sçavans du premier ordre , du
même nom , va donner l'Elien Peri Poikiles
Hiftorias , avec des Notes . Cette
Edition fera in 4. On ajoûte que l'Hiftaire
des Animaux fuivra de près .
CALENDRIER A ROUES FERPETUEL
plus exact que tous ceux qui ont paru
jufqu'à prefent , dédié à M. de Nefmond
, Archevêque de Touloufe , par
Le Pere Emanuel de Viviers , Capucin .
On trouvera les Lunaifons aux places
anciennes , qui s'en étoient éloignées de
plufieurs jours , pour n'avoir pas fuivi le
projet que Gregoire XIII . en avoit fait
dans la réformation du Calendrier : de là
vient que les Tables Pafchales ne font
pas éxactes. On ne celebre point la Pâque
quelquefois en fon temps., on peut
le verifier par ce Calendrier. L'Epacte
de cette année 1726. retarde les renou-
E ij veaux
2056 MERCURE DE FRANCE.
veaux de la Lune de deux jours ; il nous
donne l'Eclipfe de Septembre le 27 , tandis
qu'elle arrivera le 25. Le Soleil fera
éclipfé un peu plus de la moitié ; fon commencement
fera vû à Toulouſe à quatre
heures 54. minutes du foir , fon milieu
à cinq heures 45. minutes , fa fin à fix
heures 37. minutes ; la durée de l'Eclipfe
fera d'une heure 43. minutes , la fin
ne fera point vue , le Soleil fe couchera
à cinq heures 59. minutes. Cette
Eclipfe fera totale dans la nouvelle France
; entre midi & une heure il y aura
une nuit de cinq minutes. On trouvera
auffi le Recueil des Memoires curieux
de cet Auteur concernant l'Aſtronomie
& l'Optique , la defcription d'une
Machine propre à tirer toute forte de
Plans , très-utile pout les Ingénieurs ,
Peintres , Graveurs , & c. Découvertes
fingulieres faites fur le Vinaigre par le
fecours d'un nouveau Microſcope . Le
prix du Calendrier , monté proprement fur
du carton, eft de 20. fols , & en feuille 8.
le Recueil relié fe vend 20. fols & broché
10, A Touloufe , chez L. Bacur ,
Marchand de Tailles- douces , ruë S. Rome,
1726.
Le 17. d'Août le R. P. Porée , Jefuite
, Profeffeur de Rhetorique au College
SEPTEMBRE . 1726. 2057
.
ge de Louis le Grand , fit reciter en public
par fes Ecoliers , fix Poëmes Latins
qu'ils ont compofez . Les fujets de ces
Poemes font pris de fix Tragédies Grecques
; de l'Ajax , de l'Oedipe , de l'Antigone
, & de l'Electre de Sophocle ; des
Troyennes & de l'Iphigenie en Aulide
d'Euripide. Plufieurs habiles Connoiffeurs
qui les entendirent , loüerent fort
la methode du celebre Profeffeur , & le.
foin qu'il prend de former fes Ecoliers
fur les modeles anciens , & de les conduire
par la feule route qui mene au
beau , au fublime , au parfait. Ces habiles
Connoiffeurs remarquerent avec un
grand plaifir , que chaque Poëme repréfentoit
fidelement l'oeconomie de la Tragédie
dont il étoit tiré , les fituations intereffantes
, & les fentimens les plus vifs
de ces Ouvrages admirables. On y dif
tinguoit les caracteres differens de Sophocle
& d'Euripide , les fentimens nobles
& élevez que Sophocle donne à
fes Heros & à fes Heroïnes , cette majefté
, cette fublimité de ftile , qui répond
fi jufte à la grandeur des objets
qu'il fait toujours voir • parce qu'ils
ont eté veritablement grands. Dans les
Troyennes & dans l'Iphigenie on voyoit
ce pathetique d'Euripide , cet art infaillible
qu'il poffedoit d'émouvoir les
E iij coeurs
2058 MERCURE DE FRANCE.
coeurs par des peintures naturelles , mais
animées de tous les mouvemens du coeur
de fes perfonnages. On remarqua enco--
re , que Seneque a traité deux de ces
fujets , Oedipe & les Troyennes , mais
le Pere Porée & le Tragique Latin ne
fe font point rencontrez . Seneque a voulu
donner à Sophocle & à Euripide , un
certain efprit qu'ils avoient évité : le
Pere Porée a eu grand foin que fes Ecoliers
n'euffent pas plus d'efprit que Sophocle
& Euripide.
Le jeu des jeunes Poëtes plut infiniment
; il étoit toujours naturel , toujours
approprié au fujets ce n'étoient point
des Déclamateurs qui crient fans fe faire
entendre , & qui s'échauffent fans
échauffer l'Auditeur. C'étoient des Acteurs
transformez dans ce qu'ils repréfentoient
, ils faifoient fentir toutes les beautez
de leurs Poëmes , parce qu'ils les
fentoient toutes .
Le 22. du mois dernier , M. de Mirabeau
, qui a donné une Traduction de
la Jerufalem délivrée du Talle , fut élû
à l'Académie Françoife , pour remplir
la place vacante par la mort du Duc de
la Force .
Le 25. cette Académie folemnifa la
Fête
SEPTEMBRE . 1726. 2059
Fête de S. Louis dans la Chapelle da
Louvre. Pendant la Meffe , qui fut ce +
lebrée par l'Evêque de Soiffons , l'un
des Quarante de l'Académie , on chantà
un Motet , dont les paroles étoient tirées
du Pfeaume 118. Beati immacula+
ti in via , & commençoient au Verfer,
Principes, perfecuti funt me gratis , &
mifes en Mufique par M. Dornelɔ, Or,
ganifte de Sainte Geneviève , depuis
peu Maître de Mufique de cette il-
Tuftre Compagnie à la place de feu
M. du Bouller. Les applaudiffemens que
reçûrent la compofition & l'execution
furent d'autant plus glorieux pour l'Au
teur , qu'ils étoient donnez par une Aft
femblée , dont le goût délicat eſt unie
verfellement reconnu. Les Motets que
le Maître a fait executer en differentes
occafions , tant à la Chapelle du Roi
qu'à Paris , & les Trios de Simphonies
qu'il a donnez au Public , ont tou
jours eu beaucoup de fuccès.
M. l'Abbé Guichon , qui prononça
le Panegyrique du Saint Roi , en préfence
de Meffieurs de l'Académie Françoife
, adreffa la parole fur la fin de fon
Difcours , à cet illuftre Corps , & lui
fit ce Compliment.
Ici , Meffieurs une jufte défiance
m'infpire une refpectueufe timidité. Pour
E iiij rem2060
MERCURE DE FRANCE .
remplir vos defirs , je voudrois avoir toute
la force , toute la majefté de l'Eloquence
Chrétienne. Et quand pourroient
être prodiguées avec plus de juftice toutes
les richeffes du Difcours , que pour
illuftrer un hommage tant de fois rendu
par les plus celebres talens à la memoire
d'un Saint fi cher à la France , & fi fécond
en vertus ? vous feuls feriez dignes
de louer un fi grand Roi , parce que vous
feuls fçavez louer dignement les Rois.
C'eft de votre fein que fortent ces illuftres
perfonnages qui forment leur jeuneffe
; c'eft par vos lumieres qu'ils fe
conduifent pendant leur vie , & après
leur mort ils vivent dans le fouvenir des
mortels , par les magnifiques productions
de votre efprit , qui vous font vivre vousmêmes
dans l'admiration de tous les fiecles.
Augufte Sanctuaire de l'Eloquence
c'eſt à vous que nous devons la vivacité
de nos penfées , la nobleffe de nos expreffions
, la pureté d'une Langue , qui
par les beautez que vous lui donnez ,
meriteroit d'être la Langue de tous les
peuples .
Comment une Science timide pourroit-
elle atteindre à ce haut point d'éru
dition , que merite une fi noble Compagnie
, compofée de ce qu'il y a de grand
dans
SEPTEMBRE. 1726. 2061
dans l'Eglife & dans l'Etat , dans la Magiftrature
& dans la Guerre ? Je me raffure
: Parmi de rares genies on trouve
plus qu'ailleurs des oreilles indulgentes ;
& comme la fincerité de votre vertu répond
à la fuperiorité de votre fçavoir
jofe me promettre de vous édifier , fi
= vous invoquez avec moi celui qui eſt le
Roi des Rois & la lumiere des Sçavans
fervons-nous de l'entremife de Marie.
Ave.
les
Grand Saint , vous fûtes autrefois le
e bonheur de ce Royaume , foyez.en au
jourd'hui l'Ange tutelaire : faites que
= mifericordes du Seigneur fi fecondes en
vous , fe perpetuent dans vos defcendans ,
& que celui qui fuccede à votre Couronne
, fuccede auffi à vos vertus : Etſemini
ejus,
&
· Ce font les douces efperances que nous
en avons conçues ; elles ne feront pas
trompées ; le Ciel a comblé nos voeux
il a furpallé notre attente.
>
Heureufe France , vous voyez renaître
Louis dans l'heritier de fon nom
deja la Nature prodigue en la faveur fes
rélors les plus facrez ; déja dans la faifon
des premieres fleurs , il porte les
- fruits les plus meurs des plus nobles ver-
Aus .
Que's affurez préfages de l'heureux
E v 2.4€
2062 MERCURE DE FRANCE.
avenir qu'il nous prépare ! Edifiante pieté
dans la Maifon de Dieu , bonté de naturel
, nobleffe de fentimens , tendrelle
pour fon peuple , compaffion envers les
malheureux , douceur raviflante , fageffe
prématurée , difcretion merveilleufe ,
prudence confommée ; c'eft ce qui caracteriſe
le Heros & le Chrétien , c'eft
ce que nous admirons déja dans notre augufte
Morque.
Peuple fortuné , concevez par avancé
le bonheur que le Très- haut vous de
tine , ce Soleil fi doux dans fon Aurore ,
nous annonce les jours les plus tran
quilles. Les plus fages confeils affermiffent
fon Trône. Il a pris en main les
rênes de fon Etat pour travailler au bonheur
de fes Sujets . Puiffions - nous voit
en lui le Salomon de fon fiecle .
2 Croiffez à jamais , digne rejetton' de
LOUIS . Que le Seigneur beniffe une alliance
que toutes les vertus cimentent ,
& qui par une préference finguliere femble
être plutôt l'Ouvrage du Ciel que de
la Terre.
Et vous , Meffieurs , juftes Difpenfa
teurs de la gloire humaine , qui voyez
croître en lui.tant de merite , préparez
dès ce jour vos éloges , puifqu'il vous
prépare la plus riche matiere ; propofez→
le à l'Univers comme un fujet d'admitation,
SEPTEMBRE . 1726. 2063
tion , pendant que je propofe aux Chré
tiens S. Louis comme un objet d'imita
tion , & que je les invite à fe former
fur lui , s'ils veulent regner avec lui
dans l'Eternité .
Le même jour les Académies Royales
des Belles - Lettres & des Sciences , ce
lebrerent auffi la Fête de S. Louis , dans
Eglife des Prêtres de l'Oratoire. Un
fort beau Motet , pris du Pfeaume Lau-i
date pueri Dominum , de la compofition
du fieur du Bouffet , le fils , Maître de
Mufique de ces deux Académies , fut
chante pendant la Meffe & fort applau
di . L'Eloge de Saint Louis fut prononcé
fort éloquemment par le Pere Toulouſe ,
Jacobin de Beziers .
U
Le Vendredi 23. Août M. de Maifons
, Prefident à Mortier , prit féance
à l'Académie Royale des Sciences , en
qualité d'Honoraire : place à laquelle il
avoit été élu le Mercredi 21. & qui
étoit vacante par la mort de M. le Duc de
la Force. "
f
Le Samedy 31. du même mois , M.
d'Argenfon , Confeiller d'Etat , & Chancelier
du Duc d'Orleans , qui avoit été
élû à une ſemblable place le 23. prit
E vj auff
1
2064 MERCURE DE FRANCE.
auffi féance. Cette derniere Place étoit
vacante, par la démiffion du Pere Sebaftien
Truchet >
Place Maubert .
Religieux Carme de la
On mande de Rome , que le Marquis
de Palonbara y a fait depuis peu l'épreuve
d'un fufil de chaffe , dont on prétend
qu'il veut faire prefent à la Reine
d'Espagne , lequel tire trente coups de
fuite , fans qu'on foit obligé de le recharger.
L'Académie des Sciences & des Arts,
établie à Peterſbourg , tint le 12. du
mois dernier l'Affemblée publique or
donnée par les Statuts . La Czarine , fa
Protectrice , accompagnée du Duc & de
la Ducheffe d'Holftein , des principaux
du Clergé , des Miniftres de Ruffie &
de ceux des Princes Etrangers , l'ho
nora de fa préfence . Il y eut un fi grand
con cours de gens de tous états , que la
Salle ne pouvoit les contenir. Après que
S. M. Cz. s'y fut placée fur un Trône
ma gnifique , M. Bayer , l'un des Profeffeurs
, la harangua en Allemand , avec
un applaudiffement general. M. Herman , |
auffi Profefleur , fit enfuite un Difcours
Latin fort éloquent fur la Geometrie ,
& il propofa un Problême de Dioptrique
SEPTEMBRE. 1726. 2065
que pour la perfection des Telefcopes
fuivant les principes de Defcartes , & pour
fçavoir s'il y auroit lieu d'efperer d'en
conftruire un , par le moyen duquel on
put découvrir les êtres qui font dans la
Lune. Ce Profeffeur infinua que cela fe
pouvoit & M. Goldbach , Confeiller
de Cour , qui fit une élegante réponſe
à ce difcours , témoigna qu'il étoit dans
le même fentiment . La Séance finit par
un éloge des grandes actions du feu Czar,
après quoi la Czarine affura l'Académie
de fa haute protection , & tous les Profeffeurs
furent admis à lui baifer la
main.
Extrait d'une Lettre écrite de Touloufe
le 26. Juillet 1726.
Nous avons ici un jeune Gentilhomme
du Gevaudan , nommé du Roc , âgé de
quinze ans , qui montre un génie fingu
lier pour les Mathématiques. Il ne fçavoit
que la feptiéme Propofition d'Euclide
, lorfqu'à l'occafion d'une fauffeté qui
lui fut dite , fçavoir , que le Cercle ne
pouvoit être divifé en trois parties égales,
il le partagea fur le champ par le triangle
équilateral , autour duquel fon genie
lui fit trouver le moyen de circonferire
un Cercle..
Je
2056 MERCURE DE FRANCE.
Je lui reprefentai , que la difficulté
confiftoit à divifer un arc de cercle ; auffitôt
il
partagea le quart de cercle en trois
parties , par le moyen de deux triangles
équilateraux
infcrits.
Je lui ajoûtay, qu'il s'agilfoit d'un arc de
cercle moindre que le quart & de l'angle
aigu ; il eut bien tôt divifé l'angle de
45. degrez , & quelques autres en trois
parties .
Ces fuccès l'ont encouragé à fe jetter
tout-à - fait dans la Géometrie ; il y fait
des progrès qui ont étonné tous ceux qui
ont affifté aux exercices qu'il a faits en
public.
Je vous prie par le zele que vous avez
pour les Sciences , & en particulier pour
les Mathématiques , de vous intereffer
pour faire trouver à ce jeune homme ,
dans l'eftime du Public , un nouveau
motif de cultiver une fi belle fcience',
pour laquelle il paroît avoir un fi beau
naturel.
Extrait de la Réponse.
L'état de la queftion de la trifection
de l'angle , eft de divifer en trois parties
égales tout angle aigu . Ainfi vo: re jeune
Archimede n'a pas été plus loin que les
Geometres qui ont vêcu depuis l'ancien ,
mais
SEPTEMBRE. 1726. 2067
mais en ce point il peut fe flatter d'avoir
été pour l'execution auffi loin qu'eux.
Cet Eloge doit lui fuffire , & l'encoura
ger à des progrès tels que fes premiers
effais les font efperer .
Extrait d'une Lettre écrite de Londres ,
par
M. R. A. P. C. à Paris. :
Je laiffe maintenant les Sciences pour
vous parler du Pays & des plaifirs du
Pays. Londres eft une grande Ville audeffus
peut-être de Paris , pour l'étenduë
& pour la bonne entente . Les rues y font
vaftes & peu embarrallées , par la comnrodité
des chemins pour les gens à pied .
Tout y repréfente un aife & une abondance
que nous ne connoiffons en France
que chez nos grands Seigneurs . Les
maifons n'y font point magnifiques audehors
, c'est- à dire , que nos Hôtels va
lent mieux que ceux de Londres ; mais
il regne plus de fymetrie ici dans les
maifons des particuliers , & on les croiroit
toutes baties pour un même Maitre.
Les Spectacles font auffi fréquentez ,
& j'ofe dire mieux entendus qu'en Fran
ce; la difpofition du Theatre en eft meilleure
& les Acteurs approchent autant
que les nôtres du naturel. Cepen-t
dant
2068 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le Comique je regrette toujours
Moliere. L'Opera eft d'une manierę
à n'avoir rien de commun avec
celui de France. Autant qu'on fait de dépenfe
à Paris pour les Scenes , pour les
Danfes , & c. autant en fait-on ici pour la
feule Mufique. Ceux qui font paffionnez
pour le goût Italien , que j'eftime
le bon goût , peuvent affurer , que s'il
y a une felicité dans le monde , c'eft celle
d'entendre un Opera à Londres . L'Orkeftre
eft compofée des plus grands Maîtres
d'Italie , & les voix , comme les
Cuzzoni , Zevezino , la Fauftına , font
des voix d'Anges. En un mot , l'Opera
de Londres eft un des plus beaux Concerts
qu'on puiffe entendre. Je ne puis
le mieux comparer qu'à une fort longue
Cantate , où alternativement la Symphonie
& le Recitatif fe fuivent : rien n'efb
plus varié
A l'égard des Promenades , elles ne
font pas fi frequentées , elles ne font pas
même auffi belles qu'à Paris. En revanche
la Campagne y eft bien belle : auffr
eft-ce le féjour des gens riches pendant
fix mois de l'année . C'eſt- là qu'on trouve
les magnifiques maifons & les beaux
jardins. On ne connoît pas tant ici la fo
cieté & le plaifir de la converfation qu'en
France , auffi on n'en a pas autant de
befoin ,
SEPTEMBRE . 1726. 2069
befoin , car on n'y parle pas tant : &
S. Evremont avoit raifon de dire qu'il
ne trouvoit rien de plus aimable qu'un
Anglois qui parle , & qu'un François
qui penfe.
La Nation fe pique de beaucoup de
difcretion & d'une politeffe , qui fans
beaucoup de complimens fait trouver de
l'agrément là où nousnous incommodons.
L'air libre dont on vit , & avec lequel
on parle , ne permet pas que l'on fe gêne
le moins du monde ; de forte que
l'on eft délivré par ce moyen des fâcheux
& des importuns . On a tort d'accufer
les Anglois de haïr toutes les Nations :
on parle fans doute de la plus vile populace
, qui en France même où les Etrangers
font adorez , ne laiffe pas de les
haïr. Ce que nous appellons honnêtes
gens , reçoivent ici parfaitement bien
leur monde ; & je ne fçaurois décider
qui eft le plus affable du Gentilhomme
Anglois , ou du Gentilhomme François
, & c.
On écrit de Londres , que M. Henri
de Saumarez , Gentilhomme de l'Ifle de
Guernezey , fur la Côte de Normandie
, vient d'achever une Machine des
plus curieufes , & des plus utiles pour
mefurer exactement le chemin que fait
ex
1070 MERCURE DE FRANCE .
en mer un Navire ; elle eſt préferable
à la ligne de minute , & à toute autre
invention , dont on s'eft fervi jufqu'à
preſent pour cet effet dans la Navigation
.
Le corps de cette Machine , qu'on
jette hors de bord , & qui eft trainé par
une corde à la poupe du Navire , eft
en forme de la lettre Y. On peut le faire
d'étain ou de fer , fuivant la profon
deur du lieu où l'on veut s'en fervir.
A chaque bout des lignes qui forment
l'angle , ou au haut de la lettre Y , il
a deux palettes femblables à peu près
à la figure de la ligne de Minute Angloife
, l'une defquelles fe baiffe à proportion
que l'autre fe leve , la palette
baiffée , ou defcendante , rencontrant la
refiftance de l'eau à proportion du mouvement
du Vaiffeau , donne par ce moyen
un mouvement circulaire fous l'eau à la
Machine , lequel eft plus ou moins fort',
à proporcion que le Navire fait chemin,
& cela fans lui caufer aucun empêche
ment pour avancer.
Ce mouvement eft communiqué à une
forte d'Horloge , ou de Cadran fixé dans
quelque , endroit convenable du Navire ,
par le moyen d'une corde de longueur
proportionnée , qui eft attachée à la queuë
de l'Y , & portée au Cadran. Le mouvement
SEPTEMBRE. 1726. 207 %
vement étant de même maniere communiqué
à une fonnettè placée dans le Cádran
, elle fonne ou frappe éxactement
les pas Géometriques , milles , ou lieuës
que le Navire à faits ou courus ; & détermine
ainfi très- facilement combien le
Navire eft allé au gré du vent ou de la
marée comme auffi la force des marées ;
& des courans avec une telle exactitude
que cela ne peut manquer d'être d'une
très- grande utilité en arpentant les plages
dangereufes , comme font les Cafquetz,
la Rade d'Ardelni , & autres.
Ceux qui feront curieux d'être plus
implement inftruits fur cette Machine ,
n'ont qu'à lire l'ample projet que l'Aueur
en a donné dans le 33. vol . des
Tranfactions Philofophiques de la focieté
Royale de Londres , mois de Novembre
& de Décembre 1725. on y trouvera ,
Curtout , qu'en corrigeant les erreurs de
a Navigation , cette Machine peut procurer
le moyen de fauver , non- feulement
es biens des Négocians , mais encore la
vie de beaucoup de perfonnes .
Nous nous expoferions à bien des reproches
de la part des amateurs des beaux
Arts , fi nous ne difions rien de la magniique
Toilette de la Reine , en argent doé
, que M. Germain , Orfevre ordinaire
2072 MERCURE DE FRANCE .
naire du Roy , a faite depuis peu , & que
les Curieux ont été voir avec beaucoup .
d'empreffement & de fatisfaction aux
Galleries du Louvre. On peut dire que
l'invention , le goût & la délicateffe du
travail , furpaffent la richeffe de la matiere
. ,
Ce précieux Ouvrage confifte en 51 .
pieces , dont la principale eft un Miroir
de 36. pouces de haut fur 29. de large ,
d'une forme très - élegante , & couronné
des Armes du Roy & de la Reine , avec
4. petits enfans qui répandent des fleurs.
le long de la Corniche ; les côtez font
chargez d'ornemens de bon goût & variez
, & le bas eft occupé par un bas- re
lief, où l'on voit Venus à fa Toilette ,
fervie par les Graces , entourée de feftons
de fleurs , &c. Comme ce Mirois
doit être vû de tous les côtez , le derriere
eft auffi riche & auffi plein d'ou
vrage que le devant.
Deux Jattes dans l'une une Eguiere
à pans , couverte d'une Coquille , & ¡
dans l'autre un Pot à l'eau. Les Jattes
font pareilles , faites en Nacelles , dont
la Poupe & la Proüe font ornées d'enfans
qui lient un Dauphin avec des fel
tons ,lefquels regnent le long des bords
de la Jatte. Le corps de l'Eguiere , d'un
forme finguliere , eft armé d'une espece
de
SEPTEMBR E. 1726. 2073
de Cuiraffe , au milieu de laquelle The.
tis fur les eaux paroît en bas - relief , accompagnée
de Tritons , de Nayades
de divers animaux & autres ornemens
aquatiques . Du deffous de l'armure , s'éleve
dans chaque Pan un Rofeau qui
fait un effet fort agréable. Le Pot à l'eau
eft d'une très -belle forme , avec les atmés
du Roy & de la Reine , en bas-,
relief , &c.
Dans la crainte d'être trop longs , nous
nous arrêterons moins fur les autres articles
nous pafferons , quoiqu'à regret ,
fur des pieces très- ingenieufement décorées
, qui mériteroient d'être décrites.
Deux carrez de Toilette , de mêmes
dimenfions , avec des ornemens très convenables
.
Un Coffre à Bijoux & une Pelotte
de même grandeur. Sur le devant du
Coffre eft un bas - relief, dans lequel on.
voit des Tritons & des Nereides apporter
à Neptune toutes les richeffes de la
- Mer.
Deux Gantieres , efpeces de Corbeilles
prefque ovales , ornées de bas - relief ,
fervant à prefenter les Gants à la Reine.
Une grande Soucoupe , fur laquelle
on prefente les differens Atours .
Deux Ferrieres ou Flacons à mettre
es Eaux de fenteur.
Une
2074 MERCURE DE FRANCE.
Une Soucoupe ovale & deux Gobelets
couverts .
Une Nef , forme de Navire , à mettre
les racines pour les dents , terminé par
une Couronne fermée.
Un Vale pour la Pâte d'Amande.
Une Soucoupe & une Taffe couverte.
Deux Boëtes à Poudre .
Deux Boctes à Mouches , fur lefquelles
on voit des Moucherons voltiger.
Deux Plombs.
Deux Bougeoirs.
Un Soleil & fa Mouchette. On appelle
Soleil , une espece de Porte- Mouchette
antique , en ufage dans la Maifon
du Roy .
Un Campanille , ou Clochette d'un
fon fingulier.
Quatre Flambeaux en forme de Lyte
triangulaire.
Douze grands Flambeauxy dont le
corps eft formé par trois Cariatides.
Deux Broffes à Peignes.
Une Vergette.
Un Couteau pour ôter la Poudre ,
dont la lame eft d'or , & le manche eft
enrichi de Diamans & d'Emaux.
Le 2. Aouft , M. Germain livra cette
Toilette à la Reine , en prefence du Roy .
Leurs Majeftez en parurent très fatiffaites.
Le Duc d'Antin , Sur Intendant
des
SEPTEMBRE. 1726. 2075
-
des Bâtimens , toûjours attentif à favorifer
les Arts , fit remarquer le génie &
le mérite de l'Auteur , dans fes compofitions
, dans le choix de fes allegories
& de fes ornemens , dans la pofition ,
la correction & l'expreffion de fes Figures
, & en general , le goût & la beauté
de tout l'Ouvrage.
Le Sieur Antonio , Muficien Italien.
fi connu à Paris par ffoonn ttaalleenntt- pour la
compofition & pour le Violon , vient de
faire paroître fix Sonnates gravées à Violon
feul , pour preflentir le goût du Public.
I continue de travailler dans ce
genre , & fe prépare à donner dans peu
de grands Concerts de Symphonie . On
efpere que les Amateurs de Mufique Italienne
auront lieu d'être fatisfaits de
l'Ouvrage que nous annonçons , où la
fcience & la délicateffe font employées
avec beaucoup d'art. La fuite répondra
fans doute à ce commencement.
L'Archi- Confrairie Royale des Chevaliers
Voyageurs & Palmiers du S. Sepulchre
de Jerufalem , érigée par S.Louis
en 1254. & fondée par Louis Hutin X,
du nom Roy de France , en 1336. l'Eglife
des Cordeliers du Grand Convent de
Paris , folemnifa la Fête de S. Louis , le
Dimanche
1
2076 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche 1. de mois. La grande Meſſe
fut chantée folemnellement & le Panégyrique
du Saint fut prononcé par un
Keligieux du même Convent. Après la
Proceffion , le Te Deum & l'Exaudiat
furent chantez dans la Chapelle de l'Archi-
Confrairie. On donna enfuite la Benediction
du S. Sacrement , pour rendre
grace à Dieu du rétabliffement de la fanté
du Roy & de la Reine.
Le foir , les Confreres allumerent des
feux devant leurs Portes ; mais le fieur
Nicolas Dauphin , fils , Marchand Epicier
, rue de la Comedie Françoiſe , l'un
d'entr'eux , fe diftingua particulierement
par un feu d'artifice qu'il avoit ingenieufement
conpofé , enfuite d'un feu de joye
avec des illuminations aux fenêtres , &
ces infcriptions. Illorum incolumitas Galliam
fortunat. Galli felices Regina tuta.
Entre ces deux Infcriptions & dans le
jufte milieu étoit une Lanterne tournante
des plus fingulieres , ornée de figures fort
bien difpofées , formant enfemble des
Danfes dans des attitudes convenables &
tout- à-fait réjouiffantes.
On nous demande fouvent de divers
endroits du Royaume , des nouvelles de
l'Edition de plufieurs Ouvrages , qui doivent
s'imprimer à Paris , & qui ont été.
proSEPTEMBRE.
1726. `2077 ,
**
propofez par la voye des foufcriptions :
nous fatisferons en cela les perfonnes intereffées
, autant que la chofe dépendra
de nous , & quand nous pourrons avoir
là- deffus de juftes éclairciffemens . 11
nous paroît qu'on s'ennuye fort, fur tout,
de ne point voir paroître , après une fi
longue attente , le fecond Tome de la
Grammaire Hébraïque & Chaldaïque
du R. P. Dom Pierre Guarin . Nous
pouvons affurer le Public que l'impreffion
de ce fecond Tome eft bien avancée
& que file Libraire qui l'a entreprife ,
l'avoit commencée dans le temps qu'il
l'avoit promis à l'Auteur , & ne l'avoit
pas fi fouvent interrompue , iky a plus de
quatre ans que cette impreffion feroit
achevée ; puifque l'Ouvrage étoit entierement
fini avant que l'on commençât
de l'imprimer.
ERECTION d'une Académie de
Belles- Lettres à Marseille.
L
E Roy ayant accordé des Lettres Patentes
pour l'établiffement d'une
Académie de Belles- Lettres à Marfeille,
& l'Académie Françoife ayant adop
té cette nouvelle Compagnie , le Jeudy
19. de ce mois , il y eut une Aflemblée
publique très- nombreuſe de l'Académie
elliaboM Fran F
2078 MERCURE DE FRANCE.
Françoife , expreffément convoquée ¿
dans laquelle M. de Chalamont de la
Vifclede , Secretaire perpetuel de la nouvelle
Académie , accompagné de M"
de Gerein , Lieutenant General de
l'Amirauté à Marſeille , & Taxil , Députez
de la même Académie , parla au
nom de fes Confreres , & prononça un
Difcours très- éloquent , auquel M. de
Fontenelle , Directeur de l'Académie
Françoife , répondit avec cette éloquence
fine & legere qui lui eft particuliere.
Après quoi M. de Chalamont de la Vifclede
, lût une Epitre en Vers libres , &
une Fable de la compofition de M. Taxil,
fur le fujet de l'Affemblée. M. l'Abbé
d'Olivet lut enfuite l'Eloge Hiftorique
de M. de Balzac , & M. de la Motte termina
la féance par un Eglogue qu'il ré
cita. Les 3. Députez eurent part à la diftribution
des Jettons.
L'occupation de la nouvelle Académie
compofée de 20. perfonnes , fera l'Hiftoire,
l'Eloquence & la Poëfie. M. le Maréchal
de Villars , Gouverneur de Pro
vence , qui a favorifé cet établiffement de
tout fon crédit , en eft le Protecteur ; &
pour animer l'ardeur des Orateurs &
des Poëtes , & fignaler fon amour pout
les Lettres , il a fondé un Prix de la valeur
de 300. livres , qui confifte en une
Médaille
SEPTEMBRE. 1726. 2079
Médaille d'or. Ce Prix fera délivré le
premier de Janvier de chaque année ;
une année aux Ouvrages de Vers , & la
fuivante aux Ouvrages de Profe alternativement
. Le Prix pour le premier
Janvier 1727. fera adjugé à un Poëme
de cent Vers au plus , & de 80. au
moins ,tous grands Vers ou Alexandrins,
ou à une Ode de 12. Strophes au plus ,
fur tel fujet qu'on voudra choifir , bien
entendu que les bienfeances foient gar
dées .
On pourra adreffer les Paquets affran
chis à M. de Chalamont de la Vifclede ,
Secretaire perpetuel de l'Académie , ruë
de l'Evêché , à Marſeille. Les Paquets
qui ne feront point affranchis ne feront
point retirez du Bureau de la Pofte. Si
on s'adreffe à un Habitant de Marfeille ,
de Secretaire donnera un Récepiflé de
l'Ouvrage qu'il recevra à celui qui le
lui remettra ; & fi on envoye l'Ouvrage
à droiture au Secretaire il enverra le
Récépiffé à l'adreffe qu'on lui marquera,
pourvû que cette adrelle ne falle pas
connoître l'Auteur , qu'on veut abfolu
ment ignorer. On mettra , comme à l'ordinaire
, une Sentence au bas: de l'Ou
vrage.
Attendu le peu de temps qui refte juf
qu'à la fin de l'année , on avertit qu'on
Fij ne
2080 MERCURE DE FRANCE.
ne recevra les Ouvrages qui doivent en
trer en concours, que jufqu'au 10. Décem
bre prochain inclufivement. Les Paquets
qui arriveront après , ne feront pas ou
verts.
CHANSON.
PEtits Qifeaux , eft- ce le jour
Qui vous éveille en ce Boccage ?
Il n'en fçauroit percer l'ombrage
Ce ne peut être
que
l'Amour.
Pour moy, jamais il ne m'éveille ;
Mais ne vous en étonnez pas ;
C'eſt que ce Dicu cruel , helas !
Né permet pas que je ſommeille .
AUTRE CHANSON
Sur le rétabliffement de la fanté du Roy.
C Hantez , petits Oifeaux
Et faites en tous lieux retentir les Echos ,;
De mille Concerts d'allegreffe :
Un Roy dont le péril caufoit votre trifeffe ,
Jouit
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
AUTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBRE. 1726. 2681
Jouit d'une heureuſe ſanté ,
Que pour notre felicité ,
Le Ciel fera durer fans ceffe.
L'Affichard.
**X*YYYNN N NNNNNN
LE
SPECTACLES.
E 7.de cemois , les Comédiens François
donnerent la premiere reprefen
tation du Paftor Fido , Paftorale héroïque
précedée d'un Prologue . Cette Piece eft
de M. le Chevalier Pellegrin , Auteur de
Polydore, de la mort d'Uliffe, & de The
lemaques les deux premieres Tragedies
ont eu beaucoup de fuccès fur le Théa
tre François , & la troifiéme n'en a pas
moins eû fur celui de l'Académie Roya
le de Mufique. Le Paftor - Fido lui fait
beaucoup d'honneur , par la maniere dont
on le trouve écrit , par les traits qui y
font répandus & par l'interêt qui y
regne il eft précedé d'un Prologue qui
annonce la Paftorale, & qui prépare les
Spectateurs à n'être point furpris de
n'y pas trouver tout ce qui eft dans le
Guarini.
,
Fiij Acteurs
2082 MERCURE DE FRANCE.
Alteurs du Prologue.
Venus ,
Melpomene ,
Thalie ,
· La Dille d'Angeville.
La De Duclos.
· La Dame Deshayes.
Momus. Le fieur de la Thorilliere, le Pere.
La Scene eft dans les Champs Elisées ,
près Paris.
> Dans la premiere Scene Venus fe
plaint dans un Monologue , que l'Empire
de fon fils eft négligé , à cauſe de
l'inconftance fi naturelle aux François.
Momus qui furvient , augmente l'in
quiétude de Venus , par le Portrait qu'il
fait de l'humeur volage des Habitans de
la Seine.
¿ Dans la troifiéme Scene ,Venus prieThalie
de s'interefler pour la gloire & pour
celle de fon Fils . Thalie lui répond , que,
puifque c'eft à elle à corriger les moeurs ,
elle va lâcher contre les inconftans une
Piece de caractere , qui rangera tous les
coeurs à leur devoir. Au feul nom de
Piece de Caractere , Momus annonce à
Venus que perfonne n'y viendra. Tha•
lie convient que ces fortes d'Ouvrages
ne font plus en crédit , & que les Fran
çois lui préferent fa faur Melpomene.
Dans
SEPTEMBRE 1726. 208
Dans la fuivante , Melpomene paroît
au fond du Théatre , rêvant , geſticulant,
& déclamant quelques Vers du Paf
tor Fido . Venus lui demande quel eft
ce Myrtil qu'elle vient de nommer
dans fes Vers ; Melpomene lui répond
C'eſt un Berger fidelle
Qui pour l'objet de fon amour ,
Eft prêt à renoncer au jour.
D'une infidelité cruelle ,
En vain de fon Amant il foupçonne le coeur ;
3
Il n'en montre pas moins d'ardeur ,
A fe facrifier pour elle . :
Venus frappée d'une fidelité fi extraor
dipaire , s'écrie :
O Prodige ô Conftance ! ô Foy ! ZDA
O Spectacle digne de moy !
Aux Amans d'aujourd'hui qu'il ferve de modeleà
Melpomene dit à Venus qu'elle vatout
préparer pour répondre à fes defirs ; Venus
fe retire pour aller raffembler fes
Graces , & promet à Melpomene d'amener
à fa Piece tout ce qui lui refte de
fidelles fujets.
Thalie demande à Melpomene , dans
la cinquiéme Scene , quelle forte de
Piece elle va donner. Melpomene lui
Fiiij ré2084
MERCURE DE FRANCE
répond que c'est une Paftorale ; & fur
les confeils que fa four lui donne de ne
pas s'embarquer dans ce genre d'écrire
qui ne lui convient pas , Melpomene
lui dit :
Le genre n'y fait rien , pourvû que l'on infpire:
Et la terreur & la pitié.
Thalie la preffe de lui dire quel eft
le fujet de cette Paftorale : le Paftor Fido,
répond Melpomene ; Thalie n'eft plus fi
fachée , parce qu'elle croit avoir autant
de part dans la copie , qu'elle en a eû
dans l'Original. Elle témoigne la joye
par ces Vers :
Je refpire.
Le Chien caché , Lupin , Corifque , le Satyre
Voilà mon lot.
Momus .
Moy, pour ma part,
Je retiens le Colin Maillard,
Melpomene.
Vous n'aurez rien , ni l'un ni l'autre.
Thalie & Momus , également irritez ,
reprochent à Melpomene la témerité
qu'elle a de retrancher d'un Ouvrage .
les divers incidens qui contribuent à l'em.
bellir.
SEPTEMBRE . 1726. 2085.
bellir. Voici ce que répond Melpomene,
en parlant de l'Auteur Italien.
Je conferve le fond , c'est l'honorer affez .
Pour tous ces incidens du reffort de Thalie ,
Et qui chez moi font déplacez ,
Je les
renvoye
à l'Italie.
L'altercation continuant entre Melpos
mene , Thalie & Momus ..
On vante de part & d'autre les Auteurs
qui ont excellé dans la Tragedie ,
dans la Comédie & dans la Farce , ce
qui fait trois portraits : les voicy.
Mes yeux ,
rapide ,
Melpomene .
dans la carriere , ont vu , d'un pas
Des Grecs même , des Grecs , les François
triomphants :
France tu m'as rendu dans deux de tes enfans,
Mon Sophocle & mon Curipide.
Thalie.
Doucement, s'il vous plaît , ne portez pas fi
haut
La gloire de Corneilfe & celle de Racine ,
Moliere les fürpaffe , ou du moins il les vaut
Jamais la Scene Grecque & la Scene Latine ", ›
N'ont rien vû de fi- grand que lui :
Fy Je
2086 MERCURE DE FRANCE.
Je l'emportai fur vous , tant qu'il fut mon ap
pui :
Tantôt Plaute , tantôt Terence ,
Toujours Moliere , cependant ,
Quel homme ! avoüez que la France
En perdit trois en le perdant.
Momus.
Pour moi , fous mes Lauriers je garde un frong
modefte .
Si je daignois vous imiter ,
J'aurois de grands noms à citer ,
Qui vous donneroient votre refte :
Mais Momus vous fait grace, & veut bien par
pitié ,
Vous laiffer , de fa gloire ignorer la moitié.
Ces trois mots vous doivent fuffire :
Rien ne marche chez vous que méthodiquement
;
Vous donnez tout à l'Art , moi , je fuis fenle
ment ,
44
Ce que la Náture m'infpires
Et pourvû que je falle rire ,
Il ne m'importe pas comment.
La hauteur avec laquelle Melpomene
parle à Thalie & à Momus , les oblige
SEPTEMBRE. 1716. 1087
à la quitter. Ce brufque départ lui faifant
craindre quelque entreprise de leur
part contre fa nouvelle Paftorale , il la
met fous la protection de fes plus zelez
partifans.
Ce Prologue n'a paru rire qu'à l'efprit,
peut être auffi n'a- t - il été fait que pour
cela , & pour mettre au fait de la Paftorale
dont nous allons donner un Extrait.
ACTEURS.
Montan , Grand- Prêtre de Diane. Le
Sieur Baron .
Tytire , pere d'Amaryllis . Le Sieur Fon
tenay .
Myrtil , Amant d'Amaryllis. Le Sieur
du Frefne.
Amaryllis , fille de Tytire. La Dik le
Couvreur.
Ergate , Amoureux de Corifque. Le
Sieur le Grand, le fils.
Corifque , Amoureufe de Myrtil . La
Dlle de Seine.
Philemon , crû pere de Myrtil Le Sieur
du Breuil.
Suite de Montan & d'Amaryllis.
Peuples Arcadiens.
La Scene eft dans la Forêt d'Erimanthe.
Fvj Sujer
2088 MERCURE DE FRANCE
Sujet de la Paftorale.
L'Auteur François a confervé le fond
de l'Italien , comme Melpomene le dit
dans le Prologue. Ils arrivent tous deux
à la même fin , par des moyens prefque
femblables. Voici de quoi il s'agit dans
T'Original & dans la Copie.
སྲ་
Diane irritée d'une infidelité d'amour,
faite au Grand Prêtre de fon Temple ,
exerce une cruelle vengeance contre les
Peuples Arcadiens , chez qui ce crime
s'eft commis ; elle leur annonce que fa
colere ne fera appaifée que par l'hymen
d'un Berger fidelle , forti du fang des
Dieux , avec une Nymphe , qui , de fon
côté , reconnoîtra des Dieux pour Ayeux :
il n'y a dans toute l'Arcadie que deux
Fanilles , dont les enfans puiffent remplir
l'Oracle ; deforte que le falut de
Î'Arcadie eft dans les perfonnes de Sylvio
, fils de Montan , & d'Amaryllis , fille
de Titire. Montan eft iffu du fang d'Alcide
, & Titire du fang de Pan . Montan
eft Grand- Prêtre de Diane. Le premier
trait de cette Déeffe offenfée , femble
être tombé fur lui ; une inondation
terrible lui a ravi fon premier fils , &
celui qui lui reste a un coeur fi impenetrable
aux traits de l'Amour , qu'on
ne
SEPTEMBRE . 1726. ofg
ne comprend pas qu'il puiffe jamais verifier
l'Oracle. Il n'aime que les Forêts s
& celle qui lui eft deftinée a une gran
de paffion dans le coeur pour un Berger
qu'elle a vû dans l'Elide , & qui eft venu
la chercher, par ordre d'Apollon même,
dans l'Arcadie , où ce Dieu aflure qu'il
doit guérir d'une langueur mortelle dans
laquelle l'excès de fon amour pour Ama
rillis l'a fait tomber. Ce Berger s'appelle
Myrtil , il eft crû fils de Philemon . Une
Rivale d'Amarillis tend un piege à cette
Nymphe, fille de Titire , qui a déjà été
fiancée à Sylvio , fils de Montan. On la
trouve dans un autre avec Myrtil , fans
qu'il y ait aucun crime de part ni d'autre..
Cependant comme les apparences font
contre eux , & que
la loy condamne tous:
les infidelles à la mort , Amaryllis eft.
conduite en victime au Temple de Diane,
pour y être facrifiée. Suivant la même
loi , un Amant peut la fauver , en s'offrant
à étre immolé pour elle. Myrtil
F'aime trop pour la laiffer périr ; il de
mande la mort à Montan , qui ne peut
la lui refufer. Dans le temps que le
Grand- Prêtre de Diane va répandre le
fang de Myrtil , Philemon arrive d'Elide .
A l'afpect d'un fi cruellacrifice , il veut
arracher fon fils de l'Autel ; Montan le
menace de la colere de Diane , & d'une
mort
1090 MERCURE DE FRANCE.
mort infaillible , s'il ofe porter la main
fur la victime . La Peripetie fe fait hiftoriquement,
Philemon , à qui Guarini donne
le nom de Carin , apprend à Montan que
ce Berger qu'il va facrifier , eſt ſous la
protection des Dieux , qui l'ont déjà ſauvé
des flots . Il rappelle au Grand- Prêtre
l'inondation affreufe du Fleuve Ladon
; il lui dit que ce fut fur les bords
de ce Fleuve qu'il trouva un enfant qui
a toûjours paffé pour fon fils , & à qui un
Myrthe , qui lui fervoit d'afile , donna le
nom de Myrtyl. Ces premieres circonftances
commencent à porter l'effroi dans
le coeur de Montan . L'orage , le temps ,
les lieux , tout s'accorde , tout convient
au fils que l'inondation lui a autrefois
ravis mais il ne peut plus douter de fon
malheur , quand Philemon, ou Carin , lui
apprend qu'Apollon lui ordonna d'éloigner
Myrtil de fon païs natal , parce
qu'il étoit menacé de mourir de la main
de fon propre pere. Ce cruel parricide
femble indifpenfable ; mais un grand Prophete,
appellé Tyrene , vient annoncer à
Montan que ce Myrtil qu'il va immoler
eft ce Berger fidelle , forti du fang des
Dieux, qui doit fauver l'Arcadie én époufant
Amaryllis . Le dénouement ne fe fait
pas de même dans le nouveau Paftor-
Fido on le verra par cet Extrait .
ACTE
E
SEPTEMBRE . 1726. 2097
B
ACTE I.
Le Theatre reprefente la Forêt d'Erimanthe.
Myrtyl feul ouvre la Scene , & fait
connoître aux Spectateurs qu'il eft venu
de l'Elide en Arcadie , où Apollon lui a
promis du fecours ; & qué cependant il y
trouve de nouveaux malheurs , par l'hymen
d'Amaryllis avec Sylvio , qui doir
bientôt être celebré.
Ergafte , ami de Myrtil , le preffe dans
la feconde Scene , de lui découvrir le fu
jet de la langueur mortelle dans laquelle
il fe plonge tous les jours de plus en
plus. Myrtil lui déclare fon amour pour
Amaryllis , qu'il a vue en Elide. Voici
comment il s'explique :
Dieux cruels ! quel deſtin l'amena dans l'Elide
D'une profonde paix j'y goûtois les appas ;
Mais l'Aftre injurieux , qui für mes jours préfide
,
Sans doute pour ma perte y conduifit fes pas.
A peine je la vis : que d'attraits ! que de charmes
!
Je fentis un trouble ſecret ,
f
Qui m'annonça le premier trait
Du Dieu dont jufqu'alors j'avois brayé les
armes.
Vai2092
MERCURE DE FRANCE.
Vainement à ce trait vainqueur
J'oppofai mon indifference ;
Des beaux yeux de la Nymphe , un regard en
chanteur ,
Forçant toute ma réfiſtance ,
Me perça juſqu'au fond du coeur.
Ergafte déplore le fort de fon ami , d
qui les Oracles des Dieux ôtent toute
efperance : ce qui donne lieu au récit de
L'origine des malheurs de l'Arcadie . Comme
ce morceau a été fort applaudi , nous
croyons qu'on le verra ici avec plaifir.
Ergafte.
Tu connois le nom de Lucrine ?
Myrtil.
On m'a de fon deftin parlé confufément.
Ergafter
De nos maux & des tiens apprens done l'ori
gine.
Cette Nymphe eut jadis Amynthas pour Amant,
11- étoit Prêtre de Diane ,
Des feux dont il brûloit , il ne pût l'enflammers
Mais elle feignit de l'aimer ,
Et c'est ce que le Ciel condamne.
Par l'attrait d'ua efpois flateur ,
De
SEPTEMBRE. 1726. 109 É
De ce crédule Amant elle entretint la flamme ,
Tandis qu'un plus heureux Vainqueur
Etoit le maître de fon ame.
7
Que devint Amynthas ? II fçût la trahiſon :
Diane , dit - il , d'une Miniftre fidelle ,
Si ton Temple jamais vit éclater le zele :
On m'outrage , fais- moi raiſon.
La Décffe auffi - tôt exauce fa priere ,
Et, verfant dans les airs le plus mortel poifon
Fait périr l'Arcadie entiere.
Aux Oracles des Dieux nos Peuples ont recours
Lucrine eft condamnée , il faut , de fa main
même ,
Qu'Amynthas , de l'objet qu'il aime ,
Sur un Autel tranche les jours.
Contre un Oracle fi funefte ,
A la Nymphe parjure une efperance refte
Un Amant , au lieu d'elle , à l'autèl peut s'offrir ;
Mais l'ingrat que fon coeur à tout autre préfere ,
Loin d'ofer fecourir une tête fi chere ,
La fuit jufqu'à l'Autel , & la laiffe mourir,
Les cheveux hériffez , l'air fombre , l'oeil fa
Jouche ,
Amynthias prend le fer vengeur ;
>
Mais
2094 MERCURE DE FRANCE,
Mais cependant ces mots , qui fortent de fa
bouche ,
Expriment malgré fa fureur
L'attendriffement de fon coeur.
Ouvre les yeux , Lucrine , & voi comme l'on
aime,
A peine mon Rival t'accorde quelques pleurs ;
» Je te donné mon fang, il te plaint, &je meurs.
n
Il dit , & s'immole lui- même.
Lacrine , en ce fatal moment ,
Doute encor fi le fer , ou la dou'eur la frappe :
Mais dérrompée enfin : Attends - moy , cher
"
Amant ,
»
Dit- elle au coup mortel , ne croi pas que j'échappe
;
Je vais m'unir à toi , du moins par mon trépas .
A ces mots, d'un feul coup tranchant la deſtinée,
Elle tombe. On diroit qu'elle cherche Amynthas ;.
Mourant , il la reçoit mourante dans fes bras ,
Et leurs derniers foupirs confomment l'hymenée.
Dans la troifiéme Scene , Montan annonce
à Myrtil que Philemon , fon pere,
doit arriver d'Elide avant la fin du jour ,
& que fans doute il vient pour affifter
à l'hymen d'Amaryllis & de Sylvio , qui
doit
SEPTEMBRE. 1726: 2005
doit les rendre tous heureux . A ces der
nieres paroles Myrtil pâlit , & prie Ergafte
de foutenir fes foibles pas. Montan
ordonne à Ergafte de ne point quitter fon
ami .
La pâleur mortelle qui a paru fur le
vifage de Myrtil , quand Montan lui a
annoncé l'Hymen prochain d'Amaryllis ,
le fait foupçonner d'aimer cette Nymphe
; il craint même qu'il n'en foit aimé .
Mais il eft raffuré par l'Oracle de Diane ,
conçû en ces termes :
L'efpoir doit renaître en ces lieux.
L'Hymen de deux Amans fortis du fang des
Dieux ,
Peut fatisfaire une Immortelle :
Diane à ce feul prix ceffe de ſe venger :
L'amour d'un fidelle Berger ,
Expiera le forfait d'une Nymphe infidelle.
Tytire a beau lui repréfenter que le
vrai fens d'un Oracle eft toujours obfcur,
& qu'il n'eft pas vraisemblable que l'infenfible
Sylvio foit ce Berger . fidele forti
du fang des Dieux , qui doit fauver l'Arcadie
; Montan , dont la foi eft inébranlable
, lui répond en colere :
Ah ! craignez que les Dieux offenſez de vos
doutes ,
Me
1096 MERCURE DE FRANCE .
Ne raffemblent fur vous leurs plus tertibles traits
Ils fçavent applanir les routes
Qui conduiſent au but marqué par leurs decrets
SCENE IV.
Montan , Tytire , Amaryllis , Corifque.
Montan félicite Amaryllis du choix
que Diane a fait d'elle & de fon fils pour
fauver l'Arcadie ; Amaryllis lui répond
qu'elle eft prête à fe facrifier pour le
le Peuple , qu'il n'a qu'à faire dreffer
l'Autel ; & que, dût-elle tomber fous le
couteau mortel , elle lui répond de la
victime ; elle fe retire , Montan empêche
Corifque de la fuivre .
Les dernieres paroles d'Amaryllis aug
mentent les foupçons de Montan ; il en
veut parler à Tytire ; mais ce tendre
Pere fuit Amaryllis qu'il croit avoir be
foin de fon fecours dans le trifte état où
il vient de la voir.
SCENE VI.
Montan, Corifque .
Dans la fixiéme Scene , Montan menace
Corifque d'un prompt fupplice ,
qui pourra même tomber fur Amaryl-
Tis , qu'il la foupçonne d'avoir feduite.
Corifque ne peut fouffrir qu'impatiem
SEPTEMBRE. 1726. 2097
atiemment la menace que Montan vient
e lui faire & le foupçon qu'il a
onçû contre elle. L'amour qu'elle a
our Myrtil , dont une Rivale poflede le
ceur , la détermine à la vengeance. Elle
e veut pourtant employer la violence
qu'au défaut de la rufe. Voici par quels
Vers elle finit ce premier A&t :
Pour appaifer les cris du remors qui m'açcufe
,
Je veux bien , s'il fe peut , n'employer que la
rufe :
Mais s'il me faut enfin ſuivre la dure loi
Que la neceffité m'impoſe ,
Vainement la raiſon cherche à regner fur moi ,
De tous mes mouvemens c'est l'Amour qui dif
pofe
e te perds , cher Myrtil , c'eft tout ce que ja
voi
ACTE II.
Le Theatre reprefente le Temple
ou l'Antre d'Ericine,
Dans la premiere Scene , Corifque
follicitée par Ergafte , de ménager une
entrevûe entre Myrtil & Amaryllis , lui
fait valoir le fervice qu'elle rend à ces
alheureux Amans , malgré le danger
où elle s'expofe ; Ergafte lui répond ,
que
2098 po
que
MERCURE DEFRANCE.
fi elle l'aimoit bien , comme elle veut
le lui perfuader , elle ne balanceroit pas
à lui donner la foi dans le Temple d'Ericine
, malgré la défenſe de fon Pere.
Corifque fe fait long - temps prefſer ,
mais elle feint enfin de fe rendre ; elle
dit à Ergafte de l'aller attendre dans le
Temple d'Ericine ; elle lui ordonne de
s'y tenir caché pour l'interêt de fa gloi⚫
re , & de ne fe montrer qu'à elle. Ce
qui l'empêche, dit - elle , d'y entrer fur le
champ avec lui , c'eft qu'elle attend :Myrtil
& Amaryllis , qui doivent fe rendre
dans cet endroit de la forêt où elle eft
préfentement.Ergafte entre dans le Temple
d'Ericine.
La propofition qu'Ergafte vient de
faire à Corifque , a donné lieu à la rufe,
dont elle veut fe fervir. pour broüiller
Myrtil avec Amarillis ; elle le fait con
noître par cette apoftrophe à l'Amour.
Amour , daigne m'être propice ,
C'est toi que je dois implorer ;
Favorife mon artifice ,
Toi qui viens de me l'inſpirer.
Mais je voi Myrtil qui s'avance ,
Continuons de feindre .
Corifque dit à Mytil qu'Amaryllis
viendra bien - tôt , mais que cette Nymphe
SEPTEMBRE. 1726. 2099
phe ignore qu'il doit fe trouver en ces
lieux. Myrtil lui demande qui peut l'at
tirer dans cette folitude ; il craint que ce
ne foit quelque heureux Rival. Corif
que feint d'être frappée du foupçon de
Myrtil ; elle lui dit qu'il eft vrai qu'Amaryllis
vient fouvent rêver en ces
lieux , mais que peut- être eft il lui - même
l'objet de fa rêverie. Myrtil lui répond,
que fans doute c'eft à quelqu'autre
qu'elle vient rêver. Cette converſation
eft interrompue par l'arrivée d'Amaryl,
lis .
A la vûë de Myrtil elle veut fe retiter
; Myrtil fe jette à fes pieds , & lui
demande pour toute grace un moment
d'entretien avant que de mourir. Amaryllis
y confent avec beaucoup de peine;
elle prie Corifque d'obferver par tout , de
peur qu'on ne la furrprenne avec Myrtil
, de ne pas s'éloigner , & de révenir
bien-tôt fur fes pas.
Lés ordres qu'Amaryllis vient de
donner à Corifque , cenfirment Myrtil
dans la penſée qu'ila , que non feulement
Amaryllis ne l'aime pas , mais qu'elle
étoit venue en ces lieux pour quelque
heureux Rival ; il en fait de tendres reproches
à Amaryllis qui s'en offenfe , &
qui lui défend de la voir jamais , puifqu'il
a pû la croire capable de trahir
fon
2100 MERCURE DE FRANCE.
fon devoir. Myrtil l'appaife par fon repentir
elle lui pardonne , à condition
qu'il condamnera fon amour à un filence
, & même à un oubli éternel . Myrtil
la veut quitter , en lui difant qu'il va
mourir , puifque ce n'eft qu'en mourant
qu'il peut executer fes ordres cruels :
elle lui ordonne de vivre . Comme cette
Scene qu'on a trouvée trés- tendre , ſeroit
trop longue pour entrer toute ´entiere
dans un Extrait , nous n'en met
trons ici que la derniere partie.
Amaryllis.
Eh ! croyez- vous,Myrtil, être le feul à plaindre ?
Non ; vous n'épuiſez pas vous feul tous les malheurs
Combien d'autres que vous , prêts à verfer des
pleurs ,
Sont condamnez à les contraindre
Myrtil.
Qu'entens - je ? quel espoir ....
Amaryllis.
Qu'olez-vous préfumer ?
Où s'égarent vos voeux vous parlez d'efpe
rance !
Mais il faut achever de rompre le filence ,
De mes malheurs fecrets il faut vous informer..
Ar.
I A
SEPTEMBRE
. 1726. 2:01
Je n'ai pour Sylvie que de l'indifference ,
Et mon triſte devoir m'ordonne de l'aimer ,
On m'en fait une loi fuprême.
Vous êtes trop heureux.
Myrtil.
Moi, trop heureux ! helas ; »
Je ne puis être à ce que j'aime.
Amaryllis.
Ah ! le comble du malheur même ,
C'est d'être à ce qu'on n'aime pas.
Vous êtes libre , au moins , & moi , trifte captive
,
De mes gemiffemens il faut que je me prive ;
Mon coeur même , mon coeur eſt un bien que je
doit
Et , fans me confulter , on veut que je le donne.
Myrtil.
Et pourquoi le donner ?
Amaryllis
Mon devoir me l'ordonne ;
C'eſt un bien qui n'eſt plus à moi .
Myrtil.
Devoir trop rigoureux !
G Ama2102
MERCURE DE FRANCE .
Amaryllis.
C'est lui que j'en dois croire,
Myrtil , pour une Nymphe attentive à fa gloire ,
C'eſt n'avoir plus fon coeur qu'avoir donné fa
foi.
Myrtil.
Overtu qui vous rend encor plus adorable !
Mais qui me rend plus miſerable !
Ah ! faut- il que le Ciel de mon bonheur
loux
Ne nous ait pas faits l'un pour l'autre ?
Amaryllis.
Pourquoi faut- il que mon Epoux
N'ait pas un coeur comme le vôtre ?
De grace , finiffons un fi trifte entretien .
Myrtil.
Adieu, je vais mourir.
Amaryllis.
Non , Myrtil, fongez bien
Que je viens de vous le défendre.
L'air que vous refpirez deformais eft un bien ,
Dont vous avez compte à me rendre .
Myrtil , en s'en allant.
Infortuné Myrtil , helas ! quel eft son fort
On
-SEPTEMBRE . 2003 1726. 210
On t'ordonne de vivre en të donnant la mort.
Amaryllis feule , fe plaint dans la fixiéme
Scene , de l'injuftice de Myrtil ,
qui l'accufe de cruauté , lorfqu'elle a befoin
elle- même de cette pitié qu'il lui
demande. Ce Monologue a été fort applaudi.
En voici les traits les plus marquez
.
Hôtes de ces forêts , que vous êtes heureux !
La Nature eft pour vous une Arbitre fuprême :
Vous n'avez , pour former les plus aimables
noeuds ,
Point d'autre loi que l'Amour même,
Et vous êtes contens , auffi- tôt qu'amoureux.
Mais que dis -je ? cette Nature ,
Qu'on me force à trahir , fans me dire pourquoi
,
Cet amour qui me plaît , m'enchante malgré
moi ;
Au moment qu'on m'en fait la plus noire peinture
,
Tout revolte mon coeur contre une loi trop
dure :
Dieux , changez la Nature , ou revoquez la
loi .
Pour ce que nous défend un ordre legitime
Gij
Fal2104
MERCURE DE FRANCE.
Falloit-il dans nos coeurs mettre un panchant
fecret ,
Et prêter à l'Amour un fi puiffant attrait ,
Si vous vouliez en faire un crime ?
Revenons à Corifque ; elle vient
continuer l'artifice que l'amour lui a infpiré.
Elle a déja fait entrer Ergafte dans
le Temple d'Ericine ,elle a befoin d'y faire
entrer Amaryllis : voici comment elle
s'y prend dans la feptiéme Scene . Elle
lui dit qu'on vient de lui apprendre
un fecret , qui peut la difpenfer de garder
à Sylvio la foi qu'elle lui a promife
malgré elle ; elle lui fait entendre , que
ce même Sylvio , qu'elle croit fi indiffe
rent , aime la Bergere Æglé , & qu'il va
l'époufer fecretement dans le Temple
d'Ericine. Elle convie Amaryllis à s'y
aller cacher ; Amaryllis y court avec
d'autant plus de plaifir , que la Loi la
difpenfe d'époufer Sylvio, fi elle peut le
convaincre d'avoir donné la foi à une autre
.
A peine Amaryllis eft- elle entrée dans
le Temple, que Myrtil arrive. Corifque
feint de déplorer fon fort. On nous trahit
tous deux , lui dit- elle , & ce n'étoit
pas fans raifon que vous foupçonniez
Amaryllis d'une amour fecrette ; elle aime
Ergate , qui me trahit pour elle.
Myre
SEPTEMBRE. 1726. 2105
Myrtil ne peut croire qu'un ami fi fidele
leur falle une trahifon fi noire ; mais Corifque
lui dit qu'il eft actuellement dans
le Temple , où il jure un amour éternel
à Amaryllis . Myrtil , à ces mots , ne
peut plus fe contenir , it court au Temple,
pour accabler Amaryllis de reproches
, & pour fe venger d'Ergafte. A
peine eft -il entré que Montan arrive.
Diane s'eft apparuë à lui , & lui a revelé
qu'on commet un grand crime dans
le Temple d'Ericine ; il trouve Corifque
tremblante , il voit fortir Amaryllis
& Myrtil du Temple facré. Cette
Nymphe veut envain fe juftifier ; il ne
daigne pas l'écouter , & lui dit en fe retirant
:
Voudrois - tu démentir les avis de Diane ?
Il fuffit qu'elle te condamne ,
Je cours ordonner ton trépas.
Myrtil , à cet arrêt terrible , tremble
pour Amaryllis , toute infidelle qu'il la
croit. Cette Nymphe ne veut pas le tirer
d'erreur , pour des raifons qu'on apprend
dans la Scene fuivante. Elle défend
à Myrtil de la voir jamais. Myrtil
fe retire ; & c'eft après qu'il eft forti
qu'Amaryllis apprend à Corifque la raifon
de ce qu'elle vient de faire. Voici
G iij com2106
MERCURE DE FRANCE.
comment elle juftifie fon menfonge.
Montan m'a prononcé ma fentence mortelle ;
Et tu fçais qu'une criminelle
Echappe aux rigueurs de la Loi ,
Si quelqu'un veut mourir pour elle ;
Si Myrtil me croyoit fidelle ,
Il voudroit s'immoler pour moi.
Eile charge Corifque d'apprendre un
jour à Myrtil qu'elle n'a jamais brûlé
que pour lui , & va préfenter fa tête au
coup mortel. Ergafte qui ignore tout ce
s'eft paffé , parce que Corifque lui a ordonné
de fe cacher dans le Temple , vient
preffer Corifque d'y entrer pour rece
voir fes facrez fermens ; Corifque lui
apprend le malheur d'Amaryllis , & lui
ordonne de la laiffer. Ergafte lui obéït;
mais il lui protefte , que pour peu que
fes jours foient en danger , il reviendra la
défendre , ou perir avec elle. Ces dernieres
paroles font naître des remords
dans le coeur de Corifque ; elle fe regarde
avec horreur , noircie de trahifon
envers fon Amie & fon Amant. Le tonnerre
gronde , & lui jette l'effroi dans
le coeur ; elle finit ce fecond Acte par
ces Vers :
Quel bruit de toutes parts j'entens gronder la
foudre ;
Elle
SEPTEMBRE 1726. 2107
Elle va me reduire en poudre.
O Diane eft-ce toi qui tient ce trait vengeur ,
Prêt à trancher mes jours coupable s ?
Arrête. Laiffe agir mes remords implacables ;
Ils fçauront mieux que toi me déchirer le coeur,
Evitons , s'il fe peut , fes terribles menaces ;
Sauyons -nous ; mais où me cacher
Envain à mon deftin je prétens m'arracher
Je rraîne la mort fur mes traces.
ACTE III.
Le Theatre reprefente la partie exterieure
du Temple de Diane's on y voit
un Autel dreffe.
Comme notre Extrait eft déja affez
long , nous pafferons plus legerement
fur ce dernier Acte que fur les précedens.
Tout étant prêt pour facrifier Amaryllis
, & Montan ayant déja le bras levé
pour lui percer le coeur , Myrtil furvient
& fufpend le coup mortel ; il demande
à mourir pour elle conformément
à la Loi ; Amaryllis prie Montan de
la laiffer un moment avec lui , & lui
dit que peut- être obtiendra-t- elle qu'il
vive. Montan y confent. Cette Scene entre
Myrtil & Amaryllis a paru la plus
Giiij belle
2108 MERCURE DE FRANCE.
belle de la Piece . Nous n'en mettrons
ici que laderniere partie , pour en donner
une idée .
Myrtil
Je ne reçois point vos adieux »
Et quoiqu'Etranger en ces lieux ,
C'est à moi d'y mourir ; il y va de ma gloire.
Que dis-je ? de magloire ! ah ! fous un fer ven.
geur ,
Quandje vous vois tomber vous-même ,
Il y va de tout mon bonheur ,
De m'immoler pour ce que j'aime.
Eh ! puis-je mourir plus he reux
J'apprens qu' Amaryllis eft fenfible à mes feux.
Je goûte un fort digne d'envie ,
Que les Dieux tôt ou tard pourroient me de
nier :
Au comble du bonheur il faut quitter la vie,
Et le plus doux moment doit être le dernier.
Amaryllis.
Ainfi , quelque fois que je prenne ,
Soit pour vous prouver mon amour ,
Soit pour m'attirer votre haine ,
Je vous vois toujours prêt à renoncer au jour !
Ab ! de
grace ; cedez à ma jufte priere ;
C'est
SEPTEMBRE . 1726. 2109
C'eft trop loin de mon fort étendre la rigueur ,
Que de me condamner à mourir toute entiere ,
Quand je puis vivre encor au fond de votre
coeur.
Myrtil.
Laiffez-moi vivre dans le vôtre,
Amaryllis .
On viendroit m'arracher ce coeur avec ma foi ;
Il faudroit vivre pour un autre ,
Et vous pouvez , Myrtil , ne vivre que pour
moi.
Quitte donc , cher Myrtil , un deffein trop funefte
;
Par tous les Dieux que j'en attefte ,
Et , pour dire encore plus , au nom de notre
amour ,
Songe , lorfque je perds la lumiere du jour , ..
Que ton coeur , de mes biens , eft le feul qui me
refte.
Oui ; tous mes voeux feroient remplis ,
Et ce feroit pour moi le fort d'une immortelle
,
Que vivre après ma mort dans un coeur
dele ;
Voilà le feul tombeau digne d'Amarillis.
fi fi-
Le Grand Prêtre revient , & Myrtil ,
G v
per2110
MERCURE DE FRANCE .
perfiftant dans le deffein de mourir pour
ce qu'il aime , eft prêt à recevoir le coup
mortel , quand Philemon fon pere , que
l'Auteur a pris foin d'annoncer dans les
trois Actes , arrive. La reconnoiffance
fe fait , comme nous l'avons dit dans l'Argument
: en voici quelques Vers , par
lefquels nous finirons cet Extrait.
Philemon.
Rappellez cet affreux orage ,
Qui de tant de débris inonda ce rivage.
Myrtil , fur les bords du Ladon ,
Repofoit d'un fommeil tranquille :
Un Myrthe lui fervoit d'afile ;
Ce Myrche lui donna ſon nom.
Montan à part.
Qu'entens. je ? tout mon fang fe glace dans mes
veines.
Grands Dieux ! rendez mes craintes vai
nes.
Tout s'accorde , & l'orage , & lete mps , & les
lieux,
à Philemon.
Mais , des Auteurs de fa naiffance ,
N'eus-tu jamais de conoiffance 2
PhiSEPTEMBRE.
1926. 2111
Philemon.
Sur fonfort je fermai les yeux ;
Trop de clarté pourroit lui nuire.
Montan.
Et pourquoi de fon fort refufer de t'inſtruire à
Philemon.
J'en fus détourné par les Dieux.
Je cherchai pour Myrtil une terre étrangere :
Apollon confulté daigna me découvrir ,
Qu'il couroit rifque de mourir ,
De la main de fon propre pere.
Montan.
N'en dis pas davantage. Ah ! Deftins ennemis !
Du plus noir des forfaits êtes- vous les complices
?
Dieux à de plus affreux indices ,
Puis-je reconnoître mon fils ?
Malgré cette reconnoiſſance , Montan
fe croit dans la cruelle neceffité de facri
fier fon propre fils , fonde fur un dernier
, Oracle de Diane , conçû en ces termes
:
d'un
Ton peuple va jouir un éternel repos ,
Ce jour a vû fon dernier crime ;
G vj
Ce
2112 MERCURE DE FRANCE.
Ce même jour verra la derniere victime ,
Qui doit s'offrir à mon Autel.
La verification de cet Oracle fait le dé
nouement de la Paftorale : la trahison de
Corifque eft le crime dont Diane entend
parler ; cette Déeffe a commencé à prendre
fa victime. On a annoncé dans une
des dernieres Scenes , qu'elle a été frappée
d'un trait invifible , que Montan a
attribué à Diane même, Elle vient mourit
fur l'Autel deſtiné à Amaryllis & à
Myrtil; ces deux Amans fe marient , &
par là ils rempliffent l'Oracle fondamental
de l'action théatrale.
LES COMEDIENS ESCLAVES.
Et
EXTRAIT.
Ct Ouvrage a fait beaucoup d'honneur
à fes Auteurs , qui font les
Sieurs Dominique , Riccoboni , le fils ,
& Romagne . Le fuccès de cette Comedie
ne s'eft point démenti ; nous avons
crû que le Public en verroit avec plaisir
l'Extrait que nous lui avons promis.
Prologue.
La Troupe des Comediehs Italiens ,
ayant
I
SEPTEMBRE. 1726. 2-113
A
ayant été pouffée par unorage fur les
côtes des Royaumes de Fez & de Maroc
, & ayant eu le malheur de tomber
dans l'esclavage , ouvre la Scene. On
ne voit d'abord qu'une partie des Ac-.
teurs , qui font Arlequin , le Docteur ,
Pantalon & Scaramouche , les autres , &
furtout les femmes ne paroiffent point
dans le Prologue . Un Turc , à la garde,
duquel ces quatre Comediens ont été
commis , voyant qu'ils déplorent leur
malheur , l'augmente encore par le Portrait
qu'il leur fait du Roi de Maroc. ,
Il leur dit que fon plus grand plaifir eft
decouper des têtes ; mais il les confo-
`le un peu , en leur difant , que s'ils peuvent
trouver le fecret de le divertir , ils
defarmeront fa ferocité. Le Roi de Ma-
Loc arrive au bruit des Trompettes . Le
Turc, qui vient d'effrayer & de confoler
les Comediens Efclaves , les épouvante
plus que jamais , en leur faifant
entendre , que ce bruit de Trompettes
annonce que le Roi eft en colere. Ils fe
jettent à fes pieds , parlant tous à la fois ;
leurs cris l'importunent ; il demande le
fabre à trancher la tête aux Etrangers .
Le Turc confolateur leur dit , que cette
demande eft de bon augure pour eux ;
fon Maître & le leur n'eft
fa fureur ordinaire : & que lorsqu'il eft .
que pas
dans
veti2114
MERCURE DE FRANCE.
veritablement irrité , il ne lui importe
pas avec quel fabre il fera fauter des
têtes. Les pauvres Efclaves n'oublient
rien pour tâcher de divertir leur nouveau
Maître ; ils chantent tous à la fois,
ils geſticulent , ils rient , ils gambadent :
mais tout cela ne divertit point le Roi ; il
leur demande qui ils font ils lui répondent
qu'ils font Comediens ; & comme
il ignore ce que c'eft que la Comedie
, ils lui en donnent une idée telle
qu'elle eft reprefentée à Paris. Ils la divifent
en trois genres ; fçavoir , la Comedie
Italienne , la Tragedie , & l'Opera
Comique. Le Roi de Maroc leur ordonne
de lui donner fur le champ ces
trois Spectacles , & leur promet ,
feulement la vie , mais encore la liberté,
s'ils peuvent parvenir à l'amufer agréa
blement.
La Comedie Italienne.
Le fujet de cette Piece a été très - fouvent
mis au Theatre , fous le nom de
l'avanture du Duc de Bourgogne . Le R.
Pere du Cerceau en donna une excellente
Comedie au College de Louis le Grand,
qui fut enfuite reprefentée devant le
Roi , il y a quelques années. Celle des
Comediens Italiens , dont il eft ici quel
tion,
SEPTEMBRE. 1726. 2185
, tion a paru la plus foible des trois
mais elle n'a pas laiffé de faire beaucoup
de plaifir , par le jeu du fieur Thomaifin
qui s'y eft furpallé.
Arlequin , amoureux de Colette , &
prêt à l'époufer , préferablement à fon
Rival , fe trouve pour fon malheur fous
la main de ceux que le Roi de Naples
a chargé d'enyvrer un Payfan , pour
fervir de divertiffement qu'il deftine à
fon fils , accablé d'une langueur mortelle.
Ils ont des bouteilles de vin & des
verres ; une de ces bouteilles eft rem-.
plie d'un vin préparé. Ils convient Arlequin
à boire ; il ne demande pas mieux .
Le vin affoupiffant ne tarde pas d'avoir
fon effet ; on le quitte , il s'endort :
on revient fur le champ , & on l'emporte
dans fa lethargie au Palais du Roi
de Naples. Le Theatre change , & reprefente
un riche appartement , au fond
duquel il y a un Trône. On voit Arlequin
dormant dans un fauteüil . Pendant
fon fommeil il rêve à fa chere Colette
à qui il croit parler. Il s'éveille.
enfin & croit rêver encore , à la vûë des
habits de noces dont Colette lui a fait préfent.
Mais fa furprife eft bien plus grande
, quand il jette les yeux fur le fuperbe
ameublement de fa chambre , fur
le Trône qu'on y a élevé , & fur les
,
Cour2116
MERCURE DE FRANCE.
Courtisans qui l'environnent. On le
fait monter au Trône malgré lui , après
lui avoir fait entendre qu'il eft Alphonfe
Roi de Naples , marié à Rofalde. II
a beau leur protefter qu'il eft Arlequin ,
& qu'il ne veut point d'autre femme que
fa chere Colette qu'il va époufer ; on le
traîne jufqu'au Trône , où il doit donner
audience aux Ambaffadeurs. Au bruit des
Trompettes il dégringole du Trône , &
fait divers lazzis. Enfin il donne audience
à l'Ambaffadeur du Roi de Garbe ;
cet Ambaffadeur donne lieu à beaucoup
de plaifanteries par un bégayement , qui
lui fait repeter dix ou douze fois certai
nes fyllabes , comme pa , pa , ma , ma ,
ca , ca , &c. Un de fes Camarades vient
le feliciter fur la nouvelle fortune ; il
Iui parle d'un bon vin dont il va boire
à fa fanté avec les anciens amis ; Arlequin
ne peut tenir furtout contre l'appas
d'un plat de maccarons qu'on va manger
fans lui ; il fe dépouille de fes habits
royaux pour fuivre fon cher Camarade
aux maccarons , mais on l'en empêche .
A ce Camarade fuccede fa chere Colette,
qui lui reproche fon infidelité , & qui
lui dit en colere qu'elle va s'en venger
en époufant fon Rival , comme il a époufé
Rofalde. Il a beau lui jurer qu'il n'en
¸eſt rien , il ne la perfuade pas ; elle fe
retire
SEPTEMBRE
> . 1726. 2117.
retire , & l'on ne veut pas lui permettre
de la fuivre . Pour comble de malheur
on vient lui annoncer que les Ennemis
font aux portes de la Ville, & que fes
Sujets allarmez ont befoin de fa prefence
. Il répond qu'il ne veut pas fe faire
tuer pour eux. Au bruit des Trompettes
& de quelques coups de fufil , la peur
lui prêtant des afles , il fe fauve malgré
les efforts de ceux qui veulent le retenir.
Il va chercher fon aimable Colette .
Le Théatre change encore pendant fa
fuite , & réprefente le hameau où on l'a
pris. Son Rival preffe Colette de lui
donner la main pour fe venger d'un infidelle
. Colette lui répond , qu'elle fe
donne à lui par dépit , & qu'elle lui gardera
fa foi , tant qu'elle ne reverra pas
Arlequin. A peine a - t- elle fait cette réponſe
au nouvel Amant qui la preffe de
fe donner à lui , qu'Arlequin revient. Il
fe juftifie , & l'arrivée d'un Courtisan
qui vient lui donner mille écus de la
part du Roy , pour le confoler du tour
qu'on lui a joué , acheve de lui rendre
toute fon innocence auprès de Colette.
La Piece finit par leur Nôce , celebrée
avec des danfes & des chants .
La Tragedie.
Comme les noms feuls des Acteurs de
cette
4118 MERCURE DE FRANCE.
cette Piece portent un caractere de Pa
rodie , nous les mettrons ici .
Arcagambis , Roy. Le Sieur Dominique.
Thamire , Princefle deftinée à Arca-
La De Flaminia.
gainbis .
Thetonice , Nourrice de Thamire . La
Dlle la Lande.
Gargame , Prince Etranger , reconnu fils
- du Roy. Le Sieur Romagnefi.
Hierbas , Confident de Gargamę . Le
Sieur Riccoboni , fils .
Nabotas , Capitaine des Gardes d'Arca-
Le Sicur Pag uctio gambis.
Gardes.
*
La Scene eft dans le Palais du Roy .
Cette Tragedie a plû infiniment par
fa fingularité ; il paroît que les Auteurs
ont voulu faire rire aux dépens des Sophocles
& des Euripides modernes . L'accueil
favorable que le Public a fait à
leur Ouvrage , leur eft un feur garand
du fuccès qu'ils attendoient de ce nouveau
genre de Critique , ou un terme bas
coufu à la fin d'un Vers majeftueux , attire
un applaudiffement. Paffons à l'action
Théatrale & parcourons - la Scene
par Scene.
SCENE
SEPTEMBRE. 1726. 2119
SCENE I.
*
Gargame , Hierbas
Hierbas reprefente à Gargame à quoi
l'expofe le deffein qu'il a formé d'enlever
au Roy Arcagambis une Princeffe
deftinée à fon lit ; il lui reproche fon
ingratitude envers un Prince qui le comble
tous les jours d'honneurs & de bienfaits.
Gargame trouve fon excufe dans
l'ardeur mutuelle qui s'eft allumée dans
le coeur de Thamire & dans le fien dès
la premiere vûë ; il juſtifie l'audace de
fes voeux , par l'éclat de fa naiffance ,
dont il eft feur , du moins du côté de
fa mere. Quelques Vers de cette premiere
Scene fuffiront pour faire voir ce
qui peut réfulter de picquant , dans un
affemblage d'expreffions qui ne femblent
pas faites les unes pour les autres , nous
foulignerons les termes qui ont fait rire .
Hierbas.
s ;
Au milieu de fa Cour , le grand Arcagambis ,
Vous reçoit , vous chérit comme fon propre fils
A vous combler d'honneurs , chaque jour il s'empreſſe
,
Et vous voulez , Seigneur , lui ravir la Princeffe
!
Elle
2120 MERCURE DE FRANC
Elle qu'un noud facré doit unir à fon fort :
Daignez confiderer . ..
Gargame.
Jefais bien que j'ai tort , &c.
Hierbas.
Le coeur de la Princeſſe au vôtre eft-il foumis ?
En êtes-vous aimé ?
Gargamé.
N'en doute point,
· Hierbas.
Gargame
Tant pis , &c.
Quoi done ? Ne fçais - tu pas qu'une Reine c
ina mere ?
Hierbas.
Oi : mais vous ignorez quel étoit votre pere.
SCENE 1 I.
Aroagambis, Gargame, Nabotas, Hierbas.
Arcagambis fait arrêter Gargame , quí ,
étonné d'un ordre fi peu prévû , lui en
demande la raifon ; à quoi Arcagambis
fe contente de répondre :
Gardes , obéiflez. Je n'ai rien à lui dire .
GarSEPTEMBRE.
, 1726. 21 21
Gargame en s'en allant.
Le Roi , cher ,Hierbas , a fçû ma trahison.
Hierbas.
Et moi , qui n'en fuit point , on me mene en
prifon.
Nabotas demande au Roi le fujet de
l'emprisonnement de Gargame ; Voici la
demande & la réponſe .
Nabotas .
Pourquoi , fans l'écouter , l'avez - vous condamné
?
Ciel dans quelle frayeur votre courroux me
plonge !
Quelle en eft la raiſon ? qui vous y porte ?
Arcagambis.
Un Songe.
Ecoute , Nabotas , les ombres de la nuit ,
M'invitoient à goûter le repos qui la fuit ,
Lorfqu'au fonds de mon coeur une voix effrayante
,
A répandu foudain le trouble & l'épouvante.
J'ai crû voir un Guerrier , menaçant , furieux ,
Le glaive dans la main , le courroux dans les
yeux ,
Contre moi conduifant une nombreuſe Armée
,
Infpirer
122 MERCURE DE FRANCE
Inſpirer la terreur à ma Garde allarmée .
C'étoit Gargame : ô Dieux ! j'en tremble encef
d'effroi :
Sur mon Trône l'ingrat s'eft affis malgré moi ,
Et cedant aux tranſports d'une aveugle crondreffe
,
ILui-même a préfenté le Sceptre à la Princeffe.
Thamire l'a reçû , mais par un coup du fort,
En recevant le Sceptre , elle a reçû la mort ;
Et dans le même inſtant l'Ufurpateur perfide ,
A plongé dans mon fein un acier homicide ,
J'ai paffé le Cocythe , & le noir Acheron ,
Et le Songe a fini par un coup de canon.
SCENE III.
Arcagambis , Nabotas , Thamire ,
la Thetonice.
Thamire vient fe plaindre à Arcagambis
de l'emprisonnement de Gargame.
Arcagambis étonné de l'interêt que cette
Princeffe prend dans le fort de ce Prifonnier
, lui dit :
Arcagambis.
Quel fecret interêt vous force , ...
Thamire.
SEPTEMBRE. 1726. 2123
Thamire.
Je l'adore.
Arcagambis.
Wous l'adorez ! & moi ?
Thamire.
¡Je ne vous aime paths.
Arcagambis irrité , jure la mort
Gargame & fe retire.
SCENE IV.
Thamire , Thetonice.
Thetonice furpriſe de l'aveu que
d
C
Thamire
vient de faire à Arcagambis de fon
amour pour Gargame , lui dit :
Mais deviez-vous , Madame ,
Faire de cet amour l'aveu trop indifcret ?
- Thamire lui répond naturellement :
Je fuis femme , & tu veux que je garde un
fecret !
Il n'y a rien de trop remarquable dans
les trois Scenes fuivantes. Dans la premiere
, Arcagambis entraîné par fon
amour revient auprès de Thamire , qui
le fuit. Dans la feconde , il perfifte dans
le deffein qu'il a de fe venger d'elle par
la
2124 MERCURE DE FRANCE .
la mort de fon Rival . Et dans la troifiéme
, Nabotas vient lui dire que Gargame
lui demande un moment d'audience. Arcagambis
ordonne qu'on le faffe entrer .
SCENE VIII.
Arcagambis , Gargame.
Gargame apprend à Arcagambis qu'il
eft né d'une Reine : Voici comment cette
Scene de reconnoiffance eft traitée.
Gargame.
Tous ceux qu'à des hauts faits le Ciel a deſti
nez ,
N'apprennent que bien tard de quel pere ils
font nez
Mais je connois ma mere , & je fçais qu'elle est
Reine ;
Et du moins d'un côté ma naiſſance eft cer
taine !
Pour l'autre > c'eſt à vous de m'en rendre
éclairci ,
Et ce feul interêt me conduifoit ici.
Si tu veuxde ton fort penetrer le mystere ,
Au grand Arcagambis va demander tonpere ,
Me dit Panthefilée ....
ArcaSEPTEMBRE.
1726. 2125
Arcagambis.
Holas ! qu'ai- je entendu ?
Quel trouble dans mes fens ce nom a répandu?
Panthefilée : & Ciel !
Gargame.
D'où vient cette furprife ?
Ame dire fon fils , Seigneur , tout m'autorife .
Arcagambis.
Quel figne peut ici prouver ce que tu dis ?
Gargame
L'oreille d'un Sanglier que je porte.
Arcagambis.
Moi , votre fils ! &c.
Gargame
Ah ! mon fils !
Arcagambis fait en peu de mots l'Hif
toire de fon amour , & de fon Mariage
clandeftin avec Panthefilée. Il raconte ,
comme l'ayant trouvée dans une Forêt ,
uyant un Sanglier furieux , il l'avoit garantie
de la mort : voici comment il s'exprime.
Je vole à fon fecours , & d'une main hardie ,
Je triomphe du monſtre , & le laiffe fans vie.
H Sans
2116 MERCURE DE FRANCE .
Sans perdre un feul inftant , refpectueux Vainqueur
,
J'apporte à fes genoux & fa hure , & mon
coeur.
Ce fecours fut fuivi de l'Amour & de
1Hymen. La Forêt fervit de Temple , &
le gazon de lit nuptials on doit le préfumer
par ces Vers :
Ofouvenir charmant du prix de mes travaux !
L'Hymen n'eft pas toujours entouré de flambeaux.
Le Temple étoit trop loin & fans ceremonie ,
Cette Reine avec moi confentit d'être unie.
: Arcagambis déclare , & fait reconnoître
Gargame pour heritier préfomptif de
fa Couronne ; mais il n'eft pas long- temps
à s'en repentin Gargame ne veut pas lui
ceder Thamire. Ils s'emportent tous deux
en ces termes :
Arcagambis.
Dieux ! je n'ai plus de fils .
Gargame.
Dieux !je n'ai plus de pere.
Gargame fort tout tranfporté , en difant
à Arcagambis :
Adieu
SEPTEMBRE. 1726. 2127
Ad'eu…… je vais , Seigneur ... dans ce peril
extrême ....
Que vais je faire , hela's ! je l'ignore moimême.
Arcagambis ordonne à Nabotas d'aller
s'oppofer aux deffeins de Gargame.
C
SCENE IX.
Arcagambis feul fait ici un Monologue
, dans lequel l'Amour & la Nature
combattent , fans qu'aucundes deux l'èinporte
fur l'autre.
La dixième Scene avec Arcagambis ,
Hierbas & Thetonice , commencé plaifamment.
En voici les quatre premiers
Vers :
Thetonice.
Ah ! Seigneur , écoutez 1970
Canon
Hierbas.
ef
4.0
si cnbsI
Seigneur , daignez m'entendre.
anggol modo. Il Thetonice
Je viens vous informer ....
Hierbas.
Je viens
Jeriviens pour vous apprendre .. >
or 10201Thetanice
Thamire au défeſpoir ...
cup savor
93.4
Hij Hie: bas.
1
2128 MERCURE DE FRANCE:
1
Hierbas.
Le Prince malheureux ...
Arcagambis.
Parlez l'un après l'autre , ou taifez- vous tous
deux,
La fuite de çe Dialogue n'eft pas moins
plaifante en voici quelques Vers. ,
Hierbas.
Animé des tranfports qu'un tendre amour inf
pire ,
Le Prince en vous quittant a couru chez Thamire
:
Nabotas , de la porte ayant fçû s'emparer ,
Lui dit , on n'entre pas ¡ & moi je voux en³
trer
Répond en l'attaquantvotre fils en furie ,
Et dans le même inftant le prive de la vie.
Thetonice & Hierbas lui racontent
enfuite ce qui s'eft paffé chez la Prin
ceffe.
Thetanice,
Au bruit qu'on avoit fait , la Princeffe éton-
...née , 2057 2057
Croyant que vous venicz prefer votre Hymenée
?
renSEPTEMBRE.
1726. 2129
Rencontre par malheur un poignard fous fa
main,
Et malgré les efforts leplonge dans fon ſein.
Dieux !
Arcagambis.
Hierbas .
Gargame en arrivant , la voit pâle & fanglante ;
Dans quel funefte état trouvai-je mon Amante
Lui dit- il.
Thetonice.
Ah !j'ai cru voir arriver le Roi ;
Lui dit- elle.
Hierbas.
Il falloit croire que c'étoit moi
Lui dit-il , je vous perds , adorable Thamire ;
Elle veut lui répondre , & foudain elle expire.
Il eft temps de finir ce qui concerne
cette Tragédie Comique. Arcagambis fe
tue. Gargame , après avoir fait une Scene
dans le goût de la derniere d'Andro
maque , veut fe tuer ; on l'en empêche ,
en lui remontrant qu'il doit fe conferver
pour les fujets ; il finit la piece par
ce Vers :
Hiij 11
2130 MERCURE DE FRANCE.
faut done m'immoler en ne më tuant pas.
L'OPERA COMIQUE.
Cette troifiéme Piece n'a pas été im-.
primée , comme la Tragédie dont on
vient de parler ; nous n'en donnerons
pas un grand détail , cet Extrait étant
déja trop long. On en a trouvé l'idée
très-fine. L'occafion perfonifice , ouvre
1. Scene. Elle eft pour fuivie d'une trou
pe de gens qui ont befoin de fon ſecours
; ce commencement de Scene eft
dans le goût de celle de Prothée dans
Phaeton. Ceux qui pourfuivent cette
Déeffe fugitive chantent :
Non , non , n'efperez pas nous tromper ;
Ne croyez pas nous échapper.
Un des poursuivans la faifit par un
toupet de cheveux . Elle protefte qu'elle
ne rendra fervice à aucun d'eux , fi on
ne la laiffe en liberté ; elle confent pour
tant qu'on la garde à vûë. Après avoir
obtenu ce qu'elle demande , elle donne
audience à tout le monde , ce qui donne
lieu à plufieurs Scenes très jolies . Celle
de Nigaudin a parû la plus divertiffante
.
Après cette derniere Picce ; fuivie
d'un
SEPTEMBRE. 1726. 2131
d'un divertiffement , on pafle à l'Epilogue.
Le Roi de Maroc , en prefence duquel
ces trois Pieces ont été repreſentées
par les Comediens Efclaves , leur
témoigne qu'elles lui ont fait plaifir , &
en reconnoiffance il leur rend leur liberté
, comme il l'avoit promis dans le
Prologue. Les Airs & les Symphonies
= font du fieur Mouret.
Vaudeville.
L'Autre Autre jour dans un Boccage ,
J'entrai feule avec Colin ;
Il me tint un doux langage
Me baifa cent fois la main,
Vous aimez le badinage ;
Sortons , lui dis - je , mon Mignon :
Et non , non , nɔn
Je n'en veux pas davantage.
J'eftime peu l'avantage ,
Et l'éclat de la grandeur ;
Elle n'a rien qui m'engage ,
Et ne feduit point mon coeur.
Hij Du
2132 MERCURE DE FRANCE .
Du Parterre le fuffrage ,
Fait toute mon ambition.
Et non , non , non,
Je n'en veux pas davantage.
Autres Couplets fur l'Occafion.
Ma mere avec rigueur m'ordonne ,
Quand elle me fermone ,
De ne point voir mon jeune Amant ;
Pour moi c'eſt un fâcheux moment ,
Mais on l'attrapera ,
Et pendant qu'elle dormira ,
Mon Amant veillera ,
Et dans ce moment là
L'occafion eft bonne.
Quoi qu'avec art Manon fredonne ,
Jufqu'à prefent perfonne ,
Ne s'eft declaré fon Amant ,
Pour meubler fon Appartement.
Son malheur ceffera ;
Son merite la produira ';
Elle eft à l'Opera ,
Et
SEPTEMBRE . 1726. 2133
Et dans ce Pays-là ,
L'occafion eft bonne.
21€
A chaque Piece qu'on nous donne ,
Notre Troupe friffonne.
Nous craignons votre jugement.
Pour nous c'eſt un fâcheux moment ;
Mais quand le Spectateur ,
Judicieux connoiſſeur ,
Aplaudit à l'Acteur ,
Quel plaifir pour l'Auteur !
L'occafion eft bonne.
Le 7. de ce mois , l'Opera Comique
de la Foire S. Laurent , donna la premiere
répreſentation d'une Piece nouvelle
en deux . Actes , ornée de divertif
femens , de Chants & de Danfes en Vaudevilles
, intitulée La Robbe de Diffention
& d'un troifiéme Acte qui a pour
titre , Olivette , Juge des Enfers.
Le 20. on donna fur le même Théatre,
la premiere repreſentation d'une Piece
nouvelle , en trois Actes , en Vaudeville,
avec les divertiffemens , intitulée , les
Comediens Corfaires . Comme elle a été
reçûë favorablement du Public , on en
""
Hv parlera
2134 MERCURE DE FRANCE.
parlera plus au long dans le prochain
Journal.
Les Comédiens François , réprefenterent
le 5. de ce mois , dans l'apparte
ment de la Reine , à Verfailles , en prefence
de S. M. la Comédie de l'Etourdi.
Le 10. l'Important & le Grondeur.
Le 12. l'Homme à bonne fortune , &
les Vandanges de Surefne.
Le 17. le Légataire & le Concert ridicule.
Le 19. Albikrac , & le Sicilien.
La Tragedie nouvelle de Tibere , que
nous avons annoncée , & que les Comédiens,
François prépatoient , ne fera point
joüée fi tôt.
Les mêmes Comédiens lûrent dans leur
Aflemblée & reçûrent fur la fin du mois
dernier , une Tragedie nouvelle de M.
de la Grange , fous le titre d'Orphée &
Euridice. On dit beaucoup de bien de ce
Poëme , dont on affure que la réprefentation
fera ornée de Machines & d'un
grand Spectacle.
Le 12. l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre le Ballet des Amours
déguifez , qu'on avoit joué dans fa nouveauté
en 1713. Les paroles font de M.
Fufellier & la Mufique de M. Bourgeois.
On
SEPTEMBRE. 1726. 2135...
' On repete un Opera nouveau , dont
les paroles font de M. de la Serre , &
la Mufique de Mrs Rébel le fils ,
& Francoeur. C'eft une Tragédie fous le
titre de Pirame & Tifbé.
Le-20 . on ceffa les réprefentations du
Ballet des Amours Déguifez , & le 22. on
donna Atys , dont le principal Rôle eſt
chanté par le fieur Muraire , & celui de
Sangaride , par la Damoiſelle Peliffier.
On a appris de Vienne que le 28. du
Mois dernier , on y réprefenta dans les
Jardins du Palais de l'Empereur , un
nouvel Opera Italien , intitulé la Conronne
d'Ariane , de la compofition - de
1'Abbé Pariati.
XXXXXXXXXXXX**X *
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
La fait de de
A contagion fait de grands ravages a
Juillet il ne mouroit que 200. perfonnes par
jour , fans compter les enfans & les Efclaves
, mais depuis il eft mort jufqu'à 4 ou
500. perfonnes chaque jour. Le mal s'eft communiqué
chez l'Intendant du Grand - Vifir &
dans les maifons de quelques uns des principaux
du Diyan Le mauvais ordre pour faire
H vj erterror
2136 MERCURE DE FRANCE .
enterrer les morts , a été caufe que tous les
quartiers de la Ville ont été infectez , même
ceux des Janiffaires , où la garde étoit plus
exacte. La même maladie fait périr beaucoup
de monde à Andrinople , où le Grand Seigneur
a coûtume de fe retirer avec ſes femmes
& fa Cour , lorfqu'on craint que le mal
ne pénetre dans l'interieur du Sérail. Les Miniftres
Etrangers fe font retirez dans des Maifons
de Campagne à une lieuë de la Ville ,
fur les bords de la Mer Noire.
Les Lettres de cette Capitale , portent , que
le Pacha de Babilone y avoit envoyé un
Exprès pour donner avis que le Prince Thamas
, fils du Roy de Perfe détrôné , avoit enfin
confenti de ratifier les traitez de partage
conclus entre le feu Czar & le Grand Seigneur;
que l'armée de Sa Hauteffe n'avoit
pas encore pû commencer le Siege d'Ifpaham ,
parce qu'elle avoit été obligée de s'arrêter
depuis la prife de Cabin , pour réduire à leur
devoir quelques Princes Tartares qui faifoient
des courfes dans les Provinces nouvellement
conquifes ; qu'on efperoit cependant
qu'elle feroit en état de former ce Siege &
de fe rendre maître de cette Capitale avant
la fin de la Campagne , malgré les fecours
que le fucceffeur de Miry- Mamouth y a fait
entrer.
On mande de Perfe que l'Armée du Gr. S.
s'étoit mife en marche pour aller former le
Siege d'Ifpaham ; mais qu'elle s'étoit détournée
confidérablement , faute de trouver dequoi
fubfifter, parce que le Chef des Rebelles ,
n'efperant pas de pouvoir deffendre cette
Place , avoit ravagé tout le pays qui eſt entre
le Cabin & cette Capitale.
Le bruit s'eft répandu depuis peu que les
HaSEPTEMBRE
. 1726. 2117
f
Habitans de Cafbin , excitez par les Emiffaires
de Sultan Efchreff , s'étoient foulevez contre
la Garnifon Turque , qu'ils l'avoient obligée
de fortir , & qu'ils avoient reçû les Rebelles
.
On a tenu à Conftantinople un Divan general
, dans lequel il a été réfolu de rétablir
le Prince Thamas , fils du Roy de Perfe , fur
le Trône de fon pere.
On a reçû avis d'Alexandrie & des autres.
Echelles du Levant , que les Confuls des
Nations étrangeres avoient été obligez de
faire baricader les avenues de leurs maifons,
à caufe de la contagion , qui continuoit de
faire de grands ravages dans toutes ces Villes,
& principalement au Grand Caire.
Selon les Lettres de Warfovie , le Roy de
Pologne , à l'exemple des autres Princes Chrétiens
, dont les Etats font voifins de ceux du
Grand Seigneur , fait faire des lignes le long
des Frontieres de la Turquie, & les Troupes
qui les gardent ont ordre de ne laiffer paffer
aucunes perfonnes fans avoir des certificats
de fanté.
RussiE.
E Prince Menzikoff , arrivé le 3. Août
de Rével à Pétersbourg , rendit compte à
la Czarine de l'état des Fortifications des.
Places de Livonie , & des ordres qu'il a don
nez pour faire marcher vers la Curlande un
Corps de Troupes qu'il a détachez du Camp
de Riga.
Le 1o. on dépêcha de Pétersbourg un Courier
à Croonftat , avec ordre au Gouverneur
de faire fortir toutes les Galeres qui étoient
encore dans ce Port,& de les envoyer à Rével
joindre
24238 MERCURE DE FRANCE
P'Efcadre de la Czarine. On a appris de cette
derniere Place que l'Amiral Kruits avoit reçû
des inftructions cachetées , qu'il ne devoit
ouvrir que dans un certain temps : que deux
Régimens Mofcovites s'étoient embarquez fur
deux Vaiffeaux qu'il commande ; & que le
Vice -Amiral Wager , Commandant de l'Efcadre
Angloife , avoit détaché deux Vaiffeaux
de charge , pour aller chercher des provi
fions à Dantzick , parce que les Habitans de
Rével ne pouvoient pas lui en fournir une
quantité fuffifante.
On attend de Pétersbourg le jeune Prince
Charles- Augufte de Holftein , fils & Coadju
teur du dernier Evéque de Lubeck , qui a
voyagé depuis un an dans diverfes Cours d'Italie
, & le bruit court qu'il époufera la feconde
Princeffe Czarienne.
POLOGNE.
LETTRE du Prince Maurice de Saxe , au'
Baron d'Ofterman , écrite de Mittau
le 15. Juillet.
MONSIEUR,
Le Public parle fi avantageufement de Votre
Excellence , & je fuis fi perfuadé qu'il
fe trompe rarement , que je m'addreffe avec
confiance à un Miniftre dont la prudence égale
la capacité. Je fupplie V. Exc. de croire que
ceci n'eft point un compliment , la franchiſe
avec laquelle je vais me livrer à elle , doit
l'en convaincre.
Les Curlandois , menacez de perdre leurs
Privileges , ne s'attendoient pas que dans les
mefures qu'ils prenoient pour les conferver ,
les
SEPTEMBRE. 1726. 2129
les ambarras leur vinffent du côté de la Ruffie.
Le principe fur lequel ils ont fondé leurs
efperances , c'eft que l'intention du feu Empereur
& celle de l'Imperatrice Regnante a
été & doit être encore , de maintenir le Gouvernement
de la Curlande fur le pied où il eft
actuellement , les affurances frequentes que
L. M. Imp. leur ont donné à ce fujet , ne leur
laiffoit pas lieu d'en douter.
J'ai agi en confequence , mes démarches
n'ont point été cachées , la Cour de Ruffie
ne les a point ignorées , & ne m'a témoigné
en rien qu'elles lui fuffent defagreables
Les Curlandois ne pouvoient plus differer.
Il étoit queſtion de prévenir les réfolutions que
Fon devoit prendre à Grodno , pour partager
leur Pays en Palatinats ; c'eft ce qui a obligé
leur Régence à convoquer fi promptement une
Diete , où l'on pût convenir de ce qui feroit
le plus efficace pour la confervation de la
liberté.
On n'a point trouvé d'expedient plus fur
que d'élire un fucceffeur au Duc Ferdinand : il
falloit que ce fut un fujet agréable au Roy
de Pologne , & qui ne put donner de jaloufie
aux voifins : on a crû le rencontrer en
moi. On m'a élû : l'élection a été unanime ,
& la Diete confommée par un traité entre
la Nobleffe & moi , qui nous lie de façon
que nous ne pouvons nous féparer fans renoncer
au point d'honneur.
Les chofes en étoient là quand on a publié
que le Prince de Menzikoff venoit en
Livonie , peu fatisfait de ce qui avoit été
reglé à Mittau .
Sur le bruit qui s'étoit répandu que V. Exc.
devoit l'accompagner , j'avois ehvoyé une
perfonne
2140 MERCURE DE FRANCE.
perfonne de confiance à Riga , pour la faluer
de ma part , l'informer de tout ce qui s'étoit
paffé ici , & la conjurer de s'intereffer
pour la juftice de la caufe des Curlandois .
Ayant appris que V. Exc. étoit demeurée à
S. Petersbourg , j'ay écrit au Prince de Menzikoff
dans les termes que j'ay crû les plus
convenables pour l'adoucir . La Ducheffe de
Curlande , de fon côté , l'a fortement follicité
en faveur du Pays , mais rien n'a pu
le flechir. A fon arrivée à Mittau , il a affemblé
la Régence , & veut la forcer à convoquer
une feconde Diette , qui caffe l'Election
& l'inftalle à ma place. On menace
les Chefs de la Régence de les envoyer en Siberie
, & le Pays , de le mettre à la difcretion
de 20000. hommes , fi la Diette n'eft
pas affemblée dans dix jours.
Je ne difcuterai point fi les menaces font
de droit , j'en laiffe juger V. E. mais je dis que
les Curlandois ne peuvent déferer aux volontez
de S. M. I. quelques difpofitions qu'ils
euffent à le faire. Relevant de la Pologne ,
oferoient- ils reconnoître d'autre protection .
fans s'expofer a être juridiquement dépouillez
de leurs Privileges Cependant , s'ils réfiftent
aux ordres que l'on vient de leur donner , ils
s'expofent à une ruine entiere ; s'ils y obéif
fent , ils renoncent à leur Traité , à leurs
fermens, & encourent la jufte indignation de
la Pologne .
Voilà , Monfieur , où en font réduits les
Curlandois , & c'eft fur une Lettre de Créance
de S. M. I. dont le Prince Dolhorucki eſt porteur
, que l'on en agit ainfi avec eux. Que
diroit l'Empire de Ruffie , fi l'on traitoit de
même les Peuples qui font fous fa protec-
Je
tion ?
SEPTEMBRE. 1726. 2141
Je ne vous écris point , Monfieur , comme &
un Miniftre , mais comme à un homme dont
J'aurois fort à coeur de gagner l'eftime & l'amitié.
Je me flatte que celle qui eft entre vous
& le Pr. de Menzikoff ne vous empêchera pas
de réfléchir fur le fort que l'on deftine aux
Curlandois qu'ils n'ont mérité par aucune
démarche. Que V. Exc. enviſage auffi les fuites
qui en peuvent refulter. S'il n'y avoit que
moi d'intereffé à leur confervation , on..
pourroit les détruire fans faire attention aux
conféquences? Mais ils ont une Protection plus.
puiffante , & la fituation préfente de l'Europe.
eft telle , que la moindre étincelle y peut cau
fer un embrafement general. J'ai l'honneur ,
d'être avec toute la confideration -poſſible, &c, ›
On mande de Warfovie , qu'il a été réfolu
dans une Conference tenue à Lowitz le 17
Juillet, de citer la Regence, & le Maréchal du
Duché de Curlande, à comparoître dans fix femaines
à Grodno , pour y rendre compte des
raifons qu'ils ont eues de s'affembler pour l'E-,
lection d'un Duc, malgré le Decret du 8 Juin,
qui leur en faifoit une expreffe deffenfe.
On écrit de Mittau que le Duc de Curlande
y eft revenu de Dantzic pour reprendre le ,
Gouvernement de fes Etats ; que la Ducheffe
douairiere de: Curlande devoit aller à Peterfbourg
trouver la Czarine.
On mande de Warfovie que le r du mois
dernier , le Roy de Pologne , accompagné du.
Prince Electoral de Saxe , & d'un grand nombre
de Seigneurs , alla à pied faire fes Stations
dans les Eglifes indiquées par l'Archevêque
Primat , pour gagner les Indulgences
du Jubilé univerfel de l'année fainte.
Le
2142 MERCURE DE FRANCE.
L: 14.M, de Beſtuchef , Envoyé de la Czarine
, eut une audience particuliere du Roy , au
fujet de l'Election du Comte Maurice de Saxe,
que S. M. Cz. prétend faire déclarer nulle , par
les Etats de Curlande qui l'ont faite.Ce Miniſtre
fit part à S. M. des ordres que cette Princeffe
a donné pour faire entrer un corps de
troupes de 18 à 20000 homines dans ce Duché. ,
On a appris depuis que le Roy a blâmé publiquement
la conduite des Etats de Curlande,
& qu'il a caffé & annullé l'Election qu'ils ont
faite du Comte Maurice , pour fucceder à leur
Duc , qui a fait une proteftation folemnelle
contre l'Election de fon fucceffeur , déclarant
que cette Election eft contraire aux Traitez
de ce Duché avec la République , au ferment
des Etats , & au droit de la Couronne & de la
République de Pologne.
Le Comte Offolinski a eu ordre en mêmetemps
de déclarer à M. Beftuchef, Miniftre de
la Czarine , que le Roi ayant été informé des
propofitions qui ont été faites aux Etats de
Curlande , fous le nom de S. M. Cz. pour les .
engager à proceder à une nouvelle Election en
faveur du Pr. Menzikoff; & confiderant que
les mêmes Etats , comme Vaſſaux de la Cou
ronne de Pologne , ne peuvent légitimement
écouter les propofitions d'aucune Puiffance
Etrangere. S. M. fe croit obligée de caffer &
annuller d'avance tout ce que les Etats de ce
Duché pourroient faire pour proceder à une
nouvelle Election pendant la vie du Duc Ferdinand
; qu'elle étoit perfuadée cependant que
S. M. Cz. défapprouveroit la conduite du Pr.
Menzikoff & de Pr. Dolhorucki : pendant leur
féjour à Mittau , & qu'elle leur défendroit de
prendre aucune part en des affaires qui étant
uniquement du reffort de la Couronne de Pologne
1
1
SEPTEMBR
E. 1726. 2143 logne , ne doivent regarder ni cette Princeffe
ni ces deux Seigneurs.
•
Le 25 du mois dernier, le Roi donna à War- fovie un repas magnifique
, à l'occaſion
de la fête de S. Louis , dont le Roi de France porte lé nom. L'Abbé de Livry , Ambaffadeur
de S. M. T. C. y fut invité , ainfi que plufieurs Miniftres
Etrangers
& les principaux
Séna- teurs. Le for on fervit une grande collation après laquelle il y eut un Bal qui dura toute la
nuit.
On mande de Curlande que les Troupes
Mofcovites qui font entrées dans ce Duché , par ordre de la Czarine , n'y avoient encore
commis aucun acte d'hoſtilité. La Ducheffe doüairiere
de Curlande à écrit
à la Czarine , pour l'engager à approuver
l'E . lection que les Etats de Curlande ont faite du
Comte Maurice de Saxe .
SUEDE.
N écrir de Stockholm
que le Comte de Hom , qui a afilé à presque toutes les
Conférences
des Commiffaires
du Roy , avec les Miniftres des Puiffances intereffées
au Traité
d'Hanover
, leur a remis le projet d'Acte
d'acceffion
de cette Couronne à ce Traité , &
il a déclaré par ordre du Roy aux autres Miniftres
Etrangers qui réfident icy ; que S. M. & le Sénat ayant déliberé fur les propofitions
qui leur avoient été faites de la part des Rois
de France , d'Angleterre
& de Pruffe; & ayant reconnu que le but des alliances , formées par
L. M. étoit de maintenir la paix & la tranquil- lité dans toute l'Europe, la Couronne
de Sue- de ne pouvoit fe difpenfer d'entrer dans leurs
vûës. Les Miniftres Etrangers
furent priez de
faire
2144 MERCURE DE FRANCE.
faire part de cette déclaration à leurs Souverains,
afin de les engager à chercher les moïens
de terminer les differens qui pourroient occafionner
une rupture , le Roy de Suéde promet
tant d'envoyer à fes Miniftres , dans les Cours
Etrangeres , les inftructions neceffaires à ce
fujet , avec ordre d'y offrir fa médiation.j
ALLEMAGNE.
E 6 Aouft , les Miniftres de l'Empereur &
M. Lanczinski , Miniftre Plenipotentiaire
de la Czarine à Vienne , s'étant rendus chez le
Prince Eugene , l'acte d'acceffion de S. M.Cz.
au Traité conclu entre l'Empereur & le Roy ,
d'Efpagne , fut figné par le Miniftre Ruffien ,
après que les Miniftres de S. M. Imp. l'eurent
figné.
S. M. Imp. doit nommer inceffamment des
Commiffaires pour affifter en fon nom à la prochaine
affemblée des Erats d'Hongrie , dans la
quelle on doit déclarer l'aînée des Archidu
cheffes , fille de l'Empereurs heritiere de ce
Royaume, en cas de décès de S. M. Imp. fans
enfans mâles.
On a fait par ordre de S.M Imp . un dénombrement
de tous les habitans du Duché de
Milan , depuis l'âge de 7 ans jufqu'à 70. Celui
de la Ville capitale de ce Duché , monte à cent
trois mille perfonnes , y compris les Ecclefiaftiques.
Le bruit court que les Miniftres des Electeurs
de Trèves , de Cologne & de Baviere , ont fi
gné depuis peu un acte d'acceffion au Traité
de Vienne.
'Italie
SEPTEMBRE. 1726. 2145
ITALIE.
臂
31 Ans le Confiftoire que le Pape tint le
Djuillet au Quirinal, S. S. propofa le titre
Epifcopal d'Halicarnaffe,pour l'Abbé Eleazar-
François des Achars de la Baume , Prêtre du
Diocèle d'Avignon lequel fut facré par le
Pape, dans la Chapelle Pauline , le 11 du mois
dernier .
2
>
II
On écrit de Florence qu'on y a publié une
déclaration du Grand Duc , portant fuppreffion
des Tailles jufqu'au mois de Janvierprochain.
Ce Prince en a rendu une autre pour
diminuer les droits d'entrée fur les beftiaux du
pays.
Le Pape a approuvé le projet qui lui a été
prefenté par M. Collicola , Treforier de la
Chambre Apoftolique , de faire un Port franc
de Civita-Vecchia afin d'y attirer le commerce
étranger. S. S. en a accordé le Decret fur
la fin du mois dernier ; & le bruit court que le
Port d'Ancone fera auffi déclaré Port franc.
>
Les Lettres de Milan , du commencement
de ce mois , portent que le bruit fe répandoit
que l'Empereur avoit pris la réfolution de
faire incognito un voyage à Notre-Dame de
Lorette.
ESPAGNE .
N travaille toujours aux fortifications de
Pampelune de de 5. Sébastien. On afait
marcher vers ces deux places fix Regimens
d'Infanterie & un Regiment de Dragons. On
garnit tous les Magazins , tant de Barcelone
que des autres places de la Catalogne. Le
Camp de la Plaine de Wieq eft de 25000 hommes.
2146 MERCURE DE FRANCE
44
:
T
I
I'
mes. Le Marquis de Rifchbourg qui commande
en chef dans la Province , a deffendu , ſous
peine de la vie , de faire aucune courfe du
côté de la frontiere de France. Il a fait pendre
quelques Maraudeurs qui s'étoient écartez de
ce côté -là.
Le Colonel Stanhope , Ambaffadeur du Roy
d'Angleterre , a eu une audience particuliere
du Roy , dans laquelle il lui a déclaré de la
part de S.M. Brit . que l'Efcadre Angloife , qui
eft arrivée dans la Méditerranée , n'y a été envoyée
que pour porter des provifions & des
munitions de guerre aux Garnifons de Gi--
braltar & de Port- Mahon, & que le Vice- Amiral
Jennings qui la commande , avoit ordre
de ne rien faire qui put donner le moindre ombrage
aux Gouverneurs des Places Maritimes
d'Efpagne. Cependant le Roy a donné ordre ,
malgré ces affurances , aux Gouverneurs de
Malaga , d'Almeria , de Carthagene , d'Alicante
, de Valence & d'autres Ports, de mettre
en mer quelques Frégates légères , pour obferver
les mouvemens de cette Efcadre.
Le Roy a nommé le Duc de Bournonville .
Chevalier de la Taifon d'or , Gentilhomme- de
la Chambre de S. M. avec exercice , & Capitaine
de la Compagnie Flamande des Gardes
du Corps,fon Ambaffadeur & Plenipotentiaire
à la Cour de Vienne.
L'Efcadre Angloife qui parut le 14 d'Aout
à la vue de faint Andero, mouilla dans la Baye
de S. Antoine , pour y attendre le retour d'un
Courier que le Commandant envoya à Madrid
au Colonel Stanhope , Ambaffadeur d'Angleterre
en cette Cour. Plufieurs Officiers Elpagrols
ont rendu vifite au Vice- Amiral Anglois
, qui les a magnifiquement régalez , &
on lui a envoyé diverfes fortes de rafraîchif
femens. Le
1
SEPTEMBRE. 1726. 2147
Le Roy a fait équipper à Saint Andero cinq
nouveaux Vaiffeaux de guerre qui font en état
de mettre à la voile ; on en conftruit deux autres
à la Corogne, & on travaille à réparer les
-fortifications de cette Place. Le Marquis de
Mari a acheté à Gênes , pour le compte de
S. M. deux autres Vaiffeaux ; l'un de 80. &
l'autre de 70 pieces de canon.
-
Le 31 du mois dernier on celebra dans la
Chapelle Royale du Palais de Madrid, un Service
folemnel pour le repos de l'ame du Roy
Dom Louis I. Les Grands du Royaume y affifterent.
L'Eloge funebre de ce Prince fut prononcé
par le P. Anfelme de Léra , Benedictin,
Prédicateur de S. M. Cath .
On a fait marcher un Regiment d'Infanterie
de S. Sebaftien à S. Andero , & l'on a garni
toute la côte de Biſcaye de divers détachemens
de Cavalerie , pour raffurer les Peuples que la
vûë de l'Eſcadre Angloife avait effrayez , &
pour les empêcher de quitter leurs Villages.
Le Roy ayant fait un Traité avec le fieur Rubini
pour les remiſes d'argent que S. M. C.doit
faire tenir à Vienne , à un prix fort modique ,
moyennant qu'on lui rembourfat les huit cens
mille écus qu'il a avancé depuis le mois de
May dernier , pour le payement des Troupes.
On lui a fait expedier une Ordonnance de
cette fomme , laquelle ayant été prefentée ,
M. Ariazza , Tréforier general des Revenus
Royaux , il a déclaré qu'il n'avoit point d'argent
en Caiffe , & qu'il n'étoit rien entré dans
la Tréforerie depuis près de quatre mois ; de
forte qu'on ne croit pas que la Cour puiffe rien
fournir des fubfides promis à l'Empereur avant
le retour des Gallions.
Pologne
2148 MERCURE DE FRANCE.
"
.
LE
PORTUGAL.
FRoy a envoyé une Lettre circulaire à tous
les Superieurs des Convents de fon Royaume
,pour défendre aux Moines , fous des peines
tres-feveres , d'entrer dans les Monafteres
des Religieufes , fous quelque prétexte que ce .
foit.
- Le 30 Juillet , le feu prit dans une Forêt de
`Pins , fituée à une demi lieuë de Coimbre. Ily
dura cinq jours,& caufa un grand dommage
aux Religieux de fainte Croix , qui foat proprietaires
de cette Forêt.
GRANDE- BRETAGNE.
Qchaper prifons de l'Inquifition de
Uinze Juifs ayant trouvé moyen de s'é-
Portugal , arriverent icy vers le 20 du mois
dernier , avec leurs familles. Ils ont apporté
-avec eux fix cens mille livres sterling en lin-
-gots , moydores & autres efpeces , qu'ils doiyent
mettre dans les fonds publics.
On a érigé depuis peu à Londres , dans le
quarré de Grofvenor , près du Fort de Cromwell
, une Statue Equeftre du Roy , en bronze
doré.
Lei de ce mois, le Comte de Broglio , Ambaffadeur
de France à Londres , fit chanter un
Te Deum folemnel , en action de graces du
* rétabliffement de la fanté de la Reine de Fran-
: ce , & enfuite il donna un repas magnifique
I aux Miniftres Etrangers & à plufieurs Scigneurs
& Dames de la Cour,
LeComte de Burlington qui partit de Londres
pour Paris le 2 de ce mois,a emmené neuf
beaux Chevaux de chaffe qu'il doit prefenter
SEPTEMBRE. 1726. 2149
& S. M. T. C. Il y en a un dans ce nombre qui
a couté 140 Guinées , & qu'on eftime le plus
beau Cheval de toute l'Angleterre.
Les Commiffaires établis pour faire bâtir
un Pont fur la Tamife , entre Fulham & Putney
, font convenus de payer 690 livres fterling
aux nommez Méard & Philips , fameux
Architectes , qui en ont fait l'entrepriſe . Ce
Pont fera de dix neuf arches , dont celle du
milieu aura trente -fept pieds de largeur, pour
le paffage des plus groffes Barques qui viennent
de l'Ouest , & la largeur du Pont entre
les deux Banquettes , deftinées pour les gens
de pied , fera de vingt- trois pieds.
Le Roy a accordé une nouvelle Charte à
la Compagnie des Indes Orientales , pour incorporer
trois de fes établiffemens aux Indes:
fçavoir , Madraff- Padnam , Bombay & le Fort
Guillaume.
On a porté à Kenfington , au commencement
de ce mois , quatre petits Lions , que la
Lionne qui eft à la tour a fait depuis peu ..
On équipe à Londres le Winchefter , l'H
rondelle & Espion , Vaiffeaux de Guerre qui
doivent aller joindre l'Efcadre , commandée
par le Vice -Amiral Jennings.
On a appris que cette Efcadre , qui eft prefentement
compofée de dix- fept voiles , étoit
allée de la Baye de S. Antoine en Bifcaye , à la
Rade de S. Vincent , Port de la Principauté des
Afturies ; & que la Cavalerie Efpagnole , qui
garde les Côtes , avoit fuivi fes mouvemens
& s'étoit poftée aux environs de cette Place.
1
Le 16 de ce mois , on apprit à Londres par
les Lettres de Lisbonne , du 31 Aouft , que ce
Vice Amiral étoit entré dans le Tage le 14 du
même mois , avec cinq Vaiffeaux de g ierre ,
deux Galiottes à bombes , un Brigantin , &
trois
2150 MERCURE DE FRANCE .
trois autres Navires ; que le 16 il avoit eu une
audience particuliere du Roi de Portugal , qui
l'avoit reçu tres - favorablement ; que S. M. P.
avoit donné ordre qu'on lui fournit les rafraî
chiffemens dont il avoit befoin ; que l'autre
partie de l'Efcadre faifoit voile vers Gibral
tar, fous les ordres du Comte Amiral Hoptfon;
& qu'on croyoit que le Vice- Amiral
Jennings reviendroit inceffamment dans les
Ports d'Angleterre.
HOLLAND.E..
Na appris que le Landgrave de Heffe-
Caffell avoit fait avec les Etats Generaux
un Traité par lequel il s'eft engagé de
leur fournir huit mille hommes , en cas que
la fituation des affaires de l'Europe les oblige
à augmenter leurs troupes.
MARIAGES , BAPTE MES
Morts des païs étrangers .
O.Na
Na figné à Bruxelles le Contrat de mariage
du Prince Alexandre de la Tour ,
avec une Princeffe de Heffe , Darmstadt , fille
du Prince de Heffe , Gouverneur de Mantoue,
cadet de la maifon de Heffe Darmstadt, & nig
ce du Duc de Croy- Havré.
Ley de ce mois le Roi & la Reine de Sardaigne
, firent l'honneur au Comte de Cambis
, Maréchal des Camps & Armées du Roi
T. C. Lieutenant de fes Gardes du Corps , &
fon Ambaffadeur à Turin , de tenir fur les
fonts de baptême la fille dont la Comteffe de
Cambis, fon époufe, y accoucha le zɔ du mois
de
SEPTEMBRE. 1726. 211
de May dernier. L. M. la nommerent Anne-
Victoire. Le Roy & la Reine ont fait prefent à
cette Comteffe d'une magnifique Croix & d'un
tres -beau Bouquet de Diamans.
Le Comte Charles de Launoy , chef de la
maiſon de ce nom , mourut le 31 du mois dernier
à fa terre de Vafne en Flandre , âgé de 83 .
ans. Il laiffe quatre fils , dont l'aîné eft Brigadier
des Armées du Roy d'Efpagne & Major
du Regiment des Gardes Walonnes..
渗渗洗汽溶洗洗洗洗洗洗洗法:洗洗洗洗洗
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E 23. du mois dernier , M. Paris du Ver-
Lay fut arrêté dans la maiſon qu'il avoit
louée à quelques lieues de Langres , en vertu
d'une Lettre de cachet. Il a été conduit à la
Baftille avec fon Secretaire. Τ
Le 2 de ce mois le Service folemnel qui fe
fait tous les ans dans l'Abbaye Royale de
S. Denis , pour le repos de l'Ame du feu Roi
-Louis XIV. fe fit avec les ceremonies ⚫aocoûtumées.
L'Evêque de Valence y officia.
Le Duc du Maine , le Comte de Toulouse ,
plufieurs Seigneurs & Dames de la Cour y
affifterent , ainfi qu'un grand nombre de Pre-
Lats. Pendant la Meffe , qui fut chantée par
la Mufique du Roi , les Religieux de la Maifon
communierent fous les deux efpeces.
V
La Vendange eft fi avancée cette année ,
que le 4 de ce mois il entra à Paris trois
muids de vin nouveau de la Paroiffe de Vaugirard,
C
.
2152 MERCURE DE FRANCE:
girard , ce qu'on regarde comme une chofe
fort extraordinaire.
L'aliénation de la Ferme du Tabac , en faveur
de la Compagnie des Indes , a été enregiftrée
à la Cour des Aydes au commencement
de ce mois ; ce qui a fait monter les actions
jufqu'à 1000 liv.
Le 27. du mois dernier , le Roi partit de
Verfailles à quatre heures du matin , accompagné
des Troupes de fa Maifon , qui ont accoutumé
de le fuivre dans fes voyages. S. M.
arriva en fix heures au Château de Fontainebleau
.
Les quatre perfonnes arrêtées à Gien ,
foupçonnées d'avoir volé & tué le Courier de
Lyon & fon Poftillon , ne font point coupables
, & ont été mifes en liberté. On affure
qu'il eft défendu aux Couriers de fe charger
d'argent fous peine des Galeres.:
Lorfqu'on porta le Viatique à la Reine ,
le Roi fe rendit à la Chapelle du Château de
Verſailles , accompagné du Comte de Clermont
, du Prince de Conty , des Princeffes
du Sang, & des Ambaffadeurs qui fe trouverent
à la Cour. Un Détachement des Cent-
Suifles commença la marche ; l'ancien Evêque
de Frejus portoit le S. Sacrement , accompagné
du Curé de Verfailles , du Clergé de la
Chapelle , & des Aumôniers de la Reine , en
manteau & en rochet , portant chacun un
cierge à la main ; les Pages & les Valets de
pied de 6. M. portoient des flambeaux. Le
Dais étoit porté par les Ducs de Noailles , de
Villeroi , de Mortemart & de Gefyres . Le
Roi étoit fuivi des Gardes du Corps , lears Of
ficiers à la tête , qui fermoient la marche..
Dans le Mandement que le Cardinal de
Noailles donna le 15. du mois dernier , pour
deSEPTEMBRE.
1726. 2153
demander à Dieu par des Prieres publiques
la fanté de la Reine , on y lifoit entr'autres
chofes : La malade dont la Reine eft attaquée
, pouvant devenir dangereuse , la pieté
du Roi l'a fait recourir aux Prieres de l'E--
glife , pour demander à Dieu la confervation
d'une Princeffe qui lui eft fi chere , & que fes
grandes vertus rendent précieuse à l'Eglife &
à l'Etat. S. M. nous ayant fait fçavoir fur
celafes intentions , nous avons commencé par
notre Eglife Metropolitaine des Prieres publiques
de 40. heures avec expofition du Très - Saint Sa-'
crement , pour être faites enfuite dans les autres
Eglifes de cette Ville & Fauxbourgs.
24.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans dans
le jardin du Palais des Tuileries , à l'honneur
de la Fête du Roi , fut executé le du
mois derniér , veille de la Fête de S. Louis ,
par un très- grand nombre d'excellens Symphonistes
qui jouerent plufieurs beaux morceaux
de Mufique de M. de Lully , & quelques-
uns d'autres Maîtres modernes ; il y eut
un très-grand concours de peuple , & gens
de
confideration que ce Concert ne manque
jamais d'attirer.
Le jour de la Fête , les Tambours des Gardes
Françoifes & Suiffes donnerent des Aubades
au Roi , & les 24, Violons de la Chambre
, joüerent pendant le dîner de Sa Majeſté.
A l'occafion de la Fête de S. Louis , le fieur
Oudri , Peintre de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , qui a fon Attelier dans
le Château même des Tuileries , expofa une
quarantaine deTableauxde fa compofition, dans
une des Galeries baffes , qui y refterent huit
I iij jours,
2134 MERCURE DE FRANCE.
jours , & qu'un fort grand concours de Spectateurs
vit avec plaifir.
Le 2. de ce mois , M. Portail de Vaudreuil,
fils de M. le Premier Prefident , fut reçû Prefi-.
dent à Mortier. Le 30. l'Abbé Magerville &
& M. Faydeau furent reçûs Confeillers au
Parlement.
Le Roi a accordé à M. de Pontcarré , Premier
Prefident du Parlement de Normandie ,
la furvivance de cette Charge pour M. de
Pontcaré , fon fils aîné , Maitre des Requê
tes.
Le 13. du mois dernier , M. le Lieutenant
General de Police fe tranfporta chez le fieur
Bouret, ci- devant Regiffeur des Droits du Roi,
& chez le fieur Barefine , ci- devant Directeur
de la Compagnie des Indes ; & après avoir
fait appofer le fcellé fur leurs papiers & effets
,illes fit conduire à la Baftille .
Le Bourg de S. Chafry en Dauphiné , près
de Briançon , a été entierement reduit en cendres
en moins de trois heures , par le feu qui
s'étoit communiqué du Four banal aux maifons
volfines avec une rapidité que rien n'a
pû arrêter.
Le Courier de Lyon à Dijon fut affaffiné
dans la Bourgogne , le 27. du mois dernier.
Le 8. de ce mois , Fête de la Nativité de
la Vierge , le Roi fit rendre les Pains - Benits
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau , où
ils furent prefentez , avec les ceremonies accoûtumées
, par l'Abbé de Sefimaiſons , Aumônier
du Roi en quartier , accompagné d'un
Maître d'Hôtel , d'un Contrôleur , & du Treforier
General des Offrandes & Aumônes du
Roi.
L'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel , & de Saint
Lazare
SEPTEMBRE. 1726. 2155
Lazare de Jerufalem , donna des marques de
fon zele , & fit celebrer le 6. de ce mois en
fon Eglife de S. Jacques de l'Hôpital , avec
beaucoup de magnificence , un Service for
lemnel pour le repos de l'ame de la Ducheffe
d'Orleans . Les portes de la ruë & de
l'Eglife étoient tendues à neuf lez ; toute
l'Eglife étoit tendue de drap avec deux lez
de velours tout autour , chargez d'Armoiries ,
& entre les deux lez des grandes Armes de
diſtance en diftance. On voyoit une grande
quantité de cierges armoiriez , tant fur
l'Autel que fur les tablettes & autour de la
repréſentation , avec des Luftres garnis de
bougies. L'Autel étoit entierement tendu &
orné d'Armes extraordinaires . La reprefentation
couverte d'un grand Poële de velours ,
herminé & armoirié, & fur laquelle étoit
une Couronne dreffée fur une eftrade à trois
degrez , fous un Dais de velours enrichi de
crépines d'argent & armoirie.
Devant la reprefentation étoit le fauteuil
du Duc d'Orleans , Grand- Maître de l'Ordre
, avec fon tapis & le Prie- Dieu , le tout de
velours vert , garni de galons & de broderie
d'or. Le fieur Pezé , Herault de l'Ordre , étoit
debout derriere ce fauteuil , avec fa Cotted'Armes
, & aux côtez les deux Huiffiers de
l'Ordre avec leurs Males. Sur deux lignes
étoient les Chevaliers de l'Ordre en habit de
ceremonie ; M. Bofc , Procureur General de
la Cour des Aydes , Chancelier de cet Ordre,
à la tête. M. le Grand- Prieur , & quelques
Prélats furent invitez à cette Ceremonie , ainfi
que la Marquife de Pons , Dame d'Honneur
de feue la Ducheffe d'Orleans , & autres Dames
, & tous les Officiers du Duc d'Orleans
& de la Princeffe. M Burgevin , Docteur
I iiij
de
2156 MERCURE DE FRANCE.
de Sorbonne , Treforier de S. Jacques de
P'Hôpital , Prieur de la Chapelle de l'Ordre ,
& Aumônier de l'Ordre de S. Louis , celebra
la Meffe qui fut chantée par la Mufique.
Au commencement de ce mois il y a eu un
incendie dans les bruyeres de la Forêt de Fontainebleau
, qui a donné une allarme d'autant
mieux fondée , que cela eft arrivé dans le
temps des plus grandes chaleurs . Les Regimens
des Gardes Françoifes & Suiffes furent
commandez avec quantité de Payfans des environs
. On fit des tranchées de la largeur de
35. pieds , pour empêcher la communication
du feu , & les ordres furent donnez fi à pro.
qu'il n'y a eu que quelques arpens de
,
bois endommagez.
Le 17. de ce mois,à huit heures du matin ,
le Roi alla voir le Camp formé dans la Plaine
de Chailli par les Regimens des Gardes Françoifes
& Suiffes, qu'on avoit fait venir de leurs
quartiers le 13. pour travailler à empêcher le
progrès du feu de la Forêt de Fontainebleau ,
qui a duré quelques jours. Le Roi paffa à
la tête du Camp , & S. M. s'étant arrêtée à la
droite , elle vit décamper ces Troupes , qui
après avoir défilé devant le Roi , prirent le
chemin de Paris , & arriverent le lendemain à
leurs quartiers.
Le 19. de ce mois au matin , on reçût avis
à Fontainebleau , par un Courier dépêché de
Rome par le Cardinal de Polignac , que le Pape
avoit tenu le 11 Septembre un Confiftoire,
dans lequel S. S. avoit nommé Cardinal l'ancien
Evéque de Fréjus , Miniftre d'Etat , cidevant
Précepteur du Roi, auquel S. M. avoit
accordé fa nomination au Cardinalat.
La Reine d'Efpagne ayant refolu de voir
la Reine , pour lui faire compliment for le
réSEPTEMBRE
. 1726. 2157
>
rétabliffement de fa fanté , partit de Vincennes
le 23. Septembre pour aller coucher à
S.Cloud. Le lendemain 24 fur les quatre heures
après midi S. M. fe mit en marche
dans l'ordre fuivant. Le Caroffe de la Reine
attelé de. 8. beaux Chevaux noirs , dans lequel
elle étoit , & la Ducheffe de Sforce , fa
Camarera Major , fur le devant. Enfuite le
Caroffe du Grand Ecuyer , à fix Chevaux , où
étoit le Duc de Nevers , le Chevalier du
Bourg, Maître de la Garderobe,M. de Crecy ,
Premier Ecuyer , & M, Mafparo , Majordome
de femaine. Venoit après le troifiéme Caroffe
où étoient les Dames du Palais , à fix Che
vaux ; fçavoir , la Ducheffe de Nevers , la
Marquife d'Arpajou , la Marquife de Mailly,
la Marquife de Paulmy ; dans le qua
triéme Caroffe étoient les Camariftes de la
Reine. La Compagnie des Gardes du Corps
marchoit derriere le Caroffe de la Reine. On
avoit envoyé le matin un Détachement des
Gardes pour prendre les poftes & la droite
fur ceux de la Reine , felon l'ufage .
La Reine d'Efpagne arrivant à Verfailles , les
Compagnies des Regimens des Gardes Françoifes
& Suiffes ,battirent aux Champs, S. M.
fut reçue au bas de l'efcalier par le Marquis de
Nangis,Chevalier d'Honneur , & le Comte de
Telle , Premier Ecuyer de la Reine, par le Marquis
de Villacerf , fon Premier Maître d'Hôtel,
& les principaux Officiers de la Maifon.En entrant
dans la Salle des Gardes , la Reine d'Efpagne
fut reçûë par le Marquis de Baliviere
, Lieutenant des Gardes du Corps du Roi en
quartier auprès de la Reine. Après que Leurs
Majeftez eurent été affifes pendant une demie
heure que cette vifite dura , la Reine
d'Efpagne fut reconduite avec les mêmes ce- .
remo2158
MERCURE DE FRANCE.
remonies , & fut voir S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans , qui l'attendoit dans fon
Appartement. Après quoiS.M.C.retourna coucher
à S.Cloud : Le 25. elle revint à Verſailles,
dans lemême ordre de marches,pour voir jouer
les eaux , & puis retourna à S Cloud , d'où
elle fe rendit le 27. à Vincennes.
Le 20 de ce mois , la Reine alla de Vetfailles
au Village de Nanterre , S. M. y fir
fes dévotions dans l'Eglife de Sainte Genevieve
, pour rendre graces à Dieu du rétablifement
de fa fanté.
La Reine , dont la fanté fe fortifie de jour
en jour , partit de Verſailles le 25. de ce mois
vers les onze heures du matin , accompagnée
des Dames de fa Cour & des Officiers de fa
Maifon , & alla dîner à Choifi chez la Princeffe
de Conti , premiere Douairiere , & concher
à Petit - Bourg , chez le Duc d'Antin.
S. M. y dîna le 26. & arriva le foir à Fontainebleau
en parfaite ſanté.
Le Maréchal Duc de Tallard , & le Maréchal
d'Uxelles , que le Roi a nommez pour
être de fes Confeils , entrerent le 25. au Confeil
d'Etat.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Sainte Menehoult.
Le 9. du mois dernier , vers les trois heures
après midi , on jetta les fondemens de la nouvelle
Ville de Sainte Menehoult , dans la haute
Champagne , l'ancienne ayant été entierement
ruinée par le feu le 7 Août 1719. Cete
te Ceremonie fut faite au bruit des Trompettes
& des Tambours , & au fon de plufieurs
Inftrumens , par M. Lefcalopier , Intendant
de la Province , & Frontiere de Champagne ,
qui
SEPTEMBRE. 1726. 2159
qui pofa la premiere pierre , & par M. Mathieu
, Confeiller du Roi , Lieutenant Particuiler
du Bailliage , & Subdélegué de M. l'Intendant.
On a mis dans la premiere pierre une
-Medaille du Roi en argent , fur laquelle eft
marqué cet évenement . Tout cela s'eft fait en
conféquence d'un Arreft du Confeil , rendu le
20 Septembre 1720.
Les Marchandifes apportées par les Vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , le Duc de
Chartres , le Neptune , & l'Apollon , dont on a
annoncé l'arrivée , fe vendront à Nantes , le
12 Novembre prochain & jours fuivans , au
plus offrant & dernier encheriffeur.
Le 20 de ce mois , il arriva à l'Orient un aùtre
Vaiffeau de la même Compagnie , appellé
la Sirene , venant de Pondicheri & Bengale.
Les Marchandiſes apportées par ce Vaiffeau ,
feront vendues conjointement & dans le même
temps que celles dont on vient de parler.
On a eu avis depuis peu que le s. Pierre ,
autre Vaiffeau de la Compagnie des Indes, ve-
- nant de la Chine , eft arrivé à S. Malo , richement
chargé. On attend encore dans les premiers
jours d'Octobre , l'Hercule . Vaiffeau de
la même Compagnie , venant de la Chine.:
REJOUISSANCES faites dans la Marine
pour l'heureux rétabliffement de la fanté du
F Roi. Extrait de diverſes Lettres.
A
De Breft , le 18 Aoust 1726.
Peine le Comte de Hautefort , Lieutenant
dant la Marine 5 eur les premieres nouvelles
du retour de la fanté du Roi , qu'il en fit
part à toute la Ville , qui les reçut avec un
zele tres - ardent ; & on fe prépara deflors, à
I vj une
2160 MERCURE DE FRANCE.
une fête generale , laquelle avec un air mili
taire & marin , a encore eu quelque chofe de
galant & de poli.
Elle fut fixée au rs d'Aouft. Dès le point du
jour tout fe mit en mouvement ; chacun fe
prépara par des induftries particulieres & par
des caprices ingenieux , à rendre la fête plus
univerfelle , plus éclatante & plus variée .
Le Comte de Hautefort préfidoi : à tous.
Sa maifon fut remplie de tout ce qu'il y a de
plus diftingué dans le Port. On fervit plufieurs
tables , où la propreté, le bon goût & la magnificence
fe faifoient également remarquer.
M. de Nogent raffembla chez lui tous les
Officiers de la Compagnie des Gardes du Pavilion
Amiral , & des Gardes de la Marine.
M. de Gouyon , Commiffaire General d'Artillerie
, raffembla de la même maniere tous
les Officiers du corps qu'il commande ; on
but par tout , & à plufieurs repriſes , la fanté
du Roi. Les vins les plus rares & les plus exquis
couloient en abondance.
Sur les cinq heures du foir toutes les troupes
de la Marine défilerent. Elles prirent leurs
poftes dans le Parc , le long du Magazin general
. Le Comte de Hautefort fe rendit enfuite
dans la Chapelle du Roi , avec tous les Officiers
du département.On y chanta le Te Deum
de la maniere la plus folemnelle ; & pendant
que l'air retentiffoit de cris redoublez de Vivi
LE ROY , on fit trois décharges de Moufqueterie.
On tira enfuite 150 Boëtes , & 200 coups
de Canon , en obfervant une forte de juftelle
& de modulation dans le bruit & l'ordre des
coups . On commença par les Canons de 6. de
12 & de 18 livres de balle , qui étoient rangez
le long des Magazins des vivres.. On tira en
fuite
SEPTEMBR E. 1726. 2161
fuite ceux du Fer à Cheval & de la Batterie
Royale , qui font de 36 & de 48 ; ce qui fat
fuivi de tous les Canons qui fe trouverent en
état dans les diverſes batteries , dont la Rade
de Breſt eft environnée.
La nuit arrivant infenfiblement , toute la
Ville fut éclairée avec beaucoup d'art & prefqu'en
même temps. Il n'y avoit gueres de
maifon où l'on ne remarquat quelque chofe
de fingulier. Celle de M. le Comte de Hautefort
mériteroit feule une longue defcription .
On voyoit fur la principale porte trois
grands tableaux , ornez de feuillages . Sur cefui
du milieu étoit peint un grand Mats de Navire
, élevé fur un débris de canons , d'affuts ,
d'ancres , de pouppes , de cordages rouez , de
proües , &c. le tout lié enſemble par des Feftons
de Laurier. Du milieu de ce Mats fortoient
quatre Monftres Marins , foûtenant
d'une main les armes du Roy , & de l'autre ,
une espece de Pavois , bordé de rouge , avec
cette Infcription : REGI IN PRISTINAM SANTTATEM
RESTITUTO NEPTUNUS GRATULATUR.
Le Tableau de la droite offroit des Néréides ,
fe joüant fur les Eaux , tenant d'une main des
Bouquets de corail , & de l'autre un grand
voile , que de petits amours fembloient faire
voltiger , avec ces mots : NEC Desunt Nau-
TIS SUA GAUDIA.
Celui de la gauche reprefentoit des Tri
rons avec des airs de tête , d'une grande beauté
; ils portoient en main la Conque qui leur
fert de trompette . On lifoit à l'entour : Er
BELLUM IN PACE MEDITANTUR. Le refte de la
m: ifon étoit éclairé avec beaucoup de goût, de
foin & d'induftrie ; c'étoient des morceaux
d'architecture ajoûtez l'un à l'autre , avec un
art merveilleux.
Les
1162 MERCURE DE FRANCE.
Les autres maifons de la Ville qu'on avoit
pris ſoin de décorer & d'embellir avec diftinction
, étoient celle de M. l'Intendant , celle de
M. du Guay Troüin , celle de M. de la Motte.
l'Hôpital de la Marine , le Jardin des Capucins
& le Clocher des Jefuites. L'oeil ne fçavoit
auquel de ces Edifices lumineux donner la
préference.
On tira pendant toute la nuit des Boëtes &
des Fufées , avec toute la précaution que demande
un Arcenal de Marine , & cette précaution
mérite fans doute d'être remarquée ,
car tout ſe paffa fans le moindre accident .
M. de la Motte , Commiffaire General de la
Marine , donna un grand fouper, où tout étoit
délicat & exquis. On avoit diftribué par fes
ordres , du vin aux troupes de la Marine &
à tous les Ouvriers du Port qui firent éclater
leur joye à leur maniere, Ce morceau de la
fête ne fut pas le moins applaudi.
Pour ne manquer à rien , le Comte de Haurefort
fit orner de Pavois , de Pavillons &
de Flammes la Flute du Roi la Baleine , qui
étoit entrée dans le Port peu de jours auparavant.
C'étoit une décoration de Marine qui
fit plaifir à tout le monde. La nuit on l'orna
de plus de 400 Fanaux , qui marquoient dans
l'obfcurité de la nuit , les Mats , les Vergues
& les autres manoeuvres du Vaiffeau qu'on
auroit crû tout prêt à mettre à la voile.
- De fon côté , M. de la Reinterie raffembla
le même jour tous les Officiers de la garnifon,
& fit chanter le Te Deum dans la grande Eglife.
On tira enfuite tous les Canons du Châ
teau , dout les remparts furent éclairez pendant
la nuit. Les troupes qui y font en garnifon
& la Milice bourgeoife , chaque Corps
dans fon pofte & commandé par fes Officiers,
firent
SEPTEMBRE. 1726. 216
firent trois décharges de moufqueterie. Ainf
la joye fut complete & univerfelle , & tout ce
qui pouvoit l'augmenter & l'affortir, fe trouva
réuni enfemble.
DE ROCHE FORT.
Mocneral
R. le Marquis de Sainte-Maure, Lieutenant
General des Armées Navales du Roi, commandant
la Marine à Rochefort, ayant reçû les
Ordres de Sa Majefté , par M. le Comte de
Maurepas , de faire chanter le Te Deum , il fe
rendit à bord du Vaiffeau , portant Pavillon
Amiral , avec M. de Beauharnois , Intendant
de la Marine , Mrs le Comte de Bethune & de
Villeluifam , Chefs d'Efcadre , & les autres
Officiers de Marine. Mrs de la Congregation
de S. Lazare , Superieurs du Seminaire des Aumôniers
, fuivis des P. Capucins , chanterent
folemnellement le Te Deum ; à la fin duquel
après trois cris réiterez de Vive le Roy , toutes
les Troupes de la Marine & celles du Regi
ment Suiffe de Karrer , rangées en bataille de
vant l'Amiral firent trois décharges de
Moufqueterie : à la fin de la derniere on commença
à tirer des Boëtes , qui furent fuivies
du bruit des Canons de la Batterie Royale &
des autres Batteries du Port. Mr de Beauhar
nois donna enfuite un magnifique repas aux
principaux Officiers de la Marine , ou les
Dames furent invitées . Ce repas auroit été
fuivi d'un Bal , fans la trifte nouvelle de la
mort de Madame la Duchefle d' Orleans .
DU HAVRE .
Er d'Aouft , M. de Benneville , Capitai
Life de Vaiffeau , Commandant de la Marine
au
2164 MERCURE DE FRANCE .
1
au Havre, reçut les ordres de la Cour de faire
chanter le Te Deum , en action de graces .
pour le rétabliffement de la fanté du Roi , &
ay joindre les réjoüiffances aceoûtumées . H
fixa le jour au 18. Ce jour - là , le plus beau
que l'on pouvoit fouhaiter , il fe rendit à fix
heures du foir avec Mrs les Officiers du Corps
a la Chapelle du Roi , dans l'Arfenal ; les
Troupes de la Marine y étoient fous les Armes
, leurs Officiers à la tête. Le Te Deum fur
chanté par les Peres Capucins , Aumôniers
ordinaires de la Marine , au bruit de trois décharges
de Boëtes , qui bordoient le baffin ,
d'autant de la Moufqueterie de l'Infanterie ,
& de trois Salves d'une batterie de 21 Canons
, dreffée exprès à la porte du Parc ,
joignant la Jettée du Nord - Oüeft . Tous ces
Mrs allerent enfuite au lieu appellé Beaure
gard ; c'eft une petite allée, compofée de deux
rangs d'arbres , dans l'Arfenal , entre la Ceinture
& le Baffin, qui fert de promenade & d'affemblée
, longue d'environ 15 toifes, & large
de 4 , depuis la grille du quartier S. François ,
jufqu'à une maifon qui la borne , contre la
quelle il y aune foge , avec des bancs autour
én dedans , dont la couverture fait un amphithéatre
, & qui a la mème étendue que la largeur
de l'allée , & 8 à 9 pieds de profondeur.
On avoit élevé fur la longueur de l'allée , le
plus haut que l'on avoit pû , une toille de
voile , en forme de Tente , parée en de lans de
Pavillons de differens Vaiffeaux ; & dans tout
le pourtour de cette Galerie ,tapilée de Pavois
fleurdelifez , regnoit un cordon de Fanaux
ou Lanternes qui pendient des branches
des arbres. A fon entrée , fur le Fronton,
étoit un Portrait du Roy , entouré & couron
né de Laurier, A l'autre bout , far le bord de
l'Amphi
SEPTEMBRE. 1726. 2165
-
Amphitheatre , étoit un autre portrait pareil,
avec même ornement , tous deux tres bien
éclairez. C'est là qu'on avoit dreffé deux tables
pour le fouper, une de 40 couverts & une
de 20 , pour éo Dames invitées , femmes ou
filles d'Officier de Mer & de Terre , celles des
principaux Magiftrats, les Dames les plus apparentes
de la Ville , & plufieurs Dames de
condition de la campagne.
On'avoit pratiqué une troifiéme table dans
toute l'étendue de la Loge , où Mrs les Offi
ciers qui aidoient à faire fervir les Damés , 82
Tous les hommes connus , qu'on avoit laiffé
entrer , alloient manger.
Les Tables furent toutes couvertes à fept
heures & demie , tres - proprement & abon
damment. M. de Beauvoir , Lieutenant de Rof
au Gouvernement , le Gouverneur de la Tour ,
les Chefs du Genie & de l'Artillerie qui étoient
priez , furent mis à la grande Table . Avant
que de commencer le repas , tout le monde
étant debout , on prit la liberté de faluer la
fanté du Roi que M. de Benneville porta , &
chacun à fon imitation caffa fon verre après
avoir bû . Cette fanté fut celebrée dans le même
moment par une décharge des Boëtes du
Baffin , & une autre de la Batterie de la Jettée.
Les vins de Bourgogne & de Champagne ne
furent point épargnez. Une Simphonie placée
fur l'Amphiteatre ne ceffa point pendant tout
le foupé , ainfi qu'une Fontaine de vin pour
le peuple , placée à une grille de l'Arfenal.
Un grand Vaiffeau, placé au milieu du Baffin
, chargé de plus de 300 Fanaux , & rangez
avec art , depuis la tête des Mats jufques à
l'eau , où les lumieres fe repetoient , faifoit un
point de vûë admirable.
A dix heures on fe leva de table , à caufe
de
1166 MERCURE DE FRANCE.
de la Marée ; toute la Compagnie fe rendit à fa
Maifon de Ville , pour voir un feu d'Artifice,
préparé fur la Jettée du Sud- Eft , le Port entre
deux. Le Dragon qui y devoit porter le feu
étoit à une des fenêtres de la maiſon. Made
moiſelle de Rancé , fille de M. de Rancé , Capitaine
de Vaiffeau.qui s'étoit bien voulu char
ger de faire les honneurs du refte de la journée
, reçut de la main de M. de Benneville , la
mêche avec laquelle elle l'alluma , & il alla
rencontrer l'Artifice avec jufteffe , quoique la
communication fut plus de 200 toiſes. Le feu
allumé , on y lifoit aifement des Vives le Roy
& le nom de Sa Majesté. Il fut tres -bien exe
cuté. Les Fufees , les Pots -à - feu qui brûloient
dans l'eau , firent durer ce plaifir près d'une
heure & demie , après quoi on fe rendit à l'Intendance
où l'on avoit meublé proprement &
bien éclairé de Bougies une grande Salle pour
le Bal ; les Dames n'y manquerent point de
liqueurs rafraîchiffantes, ni les hommes de via
& de viandes froides ; & on dança jufqu'à cinq
ou fix heures du matin, Ainfi finit cette grande
fête , à la fatisfaction de tout le monde.
MR
DU PORT LOUIS.
De Calais , c.
R le Comte de Maurepas , ayant adreffe
à M. du Parc , Capitaine de Vaiffeau ,
Commandant la Marine au Port Louis , les
ordres de faire chanter le Te Deum, pour rendre
graces à Dieu du rétabliffement de la fanté
du Roi , ce qu'on executa le 14 de ce mois.
La grande Eglife de ce Port fut remplie des
Officiers de terre , de mer & des habitans. La
même ceremonie fut faite au Port de l'Orient ,
par les Officiers de la Compagnie des Indes ,
au
SEPTEMBRE. 1726. 2167
u bruit du Canon des Vaiffeaux & du Port.
M. de Norey , Capitaine de Vaifleau , qui
commande la Marine à Calais , a fait auffi chanter
le Te Deum le 15. dans la Paroiffe de cette
Ville. On fit décharges de Moufqueterie , &
autant des Canons de la Batterie du Cap Gris ,
qui eft de 21 pieces , & 3 du Fort - Rouge , qui
eft de 15 Canons
3
M. de Moiffet , Capitaine de Vaiffeau , commandant
la Marine à Bayonne , a auffi fait
chanter le Te Deum ; & tout le Corps de la
Marine de ce Port a donné des marques de la
joye que doit caufer le retour d'une fanté aufff
prétieufe .
Réjouiffances faites au Pug.
M. l'Evêque du Puy fit publier un Mandement
le 22. du mois d'Août dernier dans
fon Diocèfe , pour y faire chanter le Te Deum
en action de graces du rétabliffement de la
fanté du Roi, Ce Prélat en fit la ceremonie
le 25. du même mois , Fête de S. Louis , dans
la Cathedrale , où il officia pontificalement,
Les Magiftrats & le Corps de Ville y affifterent
en Robbe rouge , fuivant l'ufage.
M. l'Evêque donna enfuite une Fête à la
principale Nobleffe du Pais , qu'il avoit fait
inviter. Elle fe rendit au Palais Epifcopal
pour l'accompagner à l'Hôtel de Ville il
avoit en y allant le Juge Mage à fa droite
& le premier Conful à fa gauche. Une nom
breufe Compagnie de Bourgeois fous les arle
précedoit au bruit des Tambours , des
Trompettes & des Hauts- Bois. Il fut com .
plimenté en arrivant à l'Hôtel de Ville , d'où
il fortit peu de temps après pour allumer le
feu que l'on avoit élevé dans la Place. On
mes ,
en1158
MERCURE DE FRANCE .
entendit alors une falve des canons de la Ville.
Ce Prélat remonta enfuite dans la grand Salle
de la Maifon de Ville , d'où il alluma le Feu
d'artifice , par le moyen d'une lonque fufée,
dont l'extremité reprefentoit une Colombe
éployée.
Après cette ceremonie , M. l'Evêque revint
à fon Palais , accompagné de la même Nobleffe
, & precedé de deux Gompagnies de
Dragons du Regiment de Languedoc, les Capitaines
à la tête . Toute la façade de l'Evêché
étoit illuminée d'un grand nombre de
Lampions , dont une partie reprefentoit fur le
grand Portail , les Armes de Sa Majeſté , fur
montées d'un Soleil d'or , avec cette Infcription
: A Deo datus , à Deo redditus. La Place
nommée le Fort , qui répond à la façade
du Palais , étoit pareillement éclairée de toutes
parts. On y avoit preparé un Feu d'artifice
d'une ftructure toute nouvelle , qui fut
tiré au fon des Hauts- Bois & de routes fortes
d'Inftrumens de Mufique.
On fit couler enfuite deux Fontaines da
vin , placées fur les deux angles de la corniche
du Bâtiment. Après ces témoignages de
joye publique , on fervit magnifiquement , fur
les dix heures du foir , quatre Tables de
vingt couverts chacune , dans la grande Salle
de l'Evêché .
On écrit de Lunel , Ville du Languedoc ,
Diocèle de Montpellier , que le 8. Šeptembre
les Habitans s'y font fort diftinguez par
des réjoui fances fur le retour de la fanté du
Roi & de la Reine ; ils firent , entre autres.
chofes , des Joutes dans le Baffin de leur Canal
éxercice qu'on n'avoit pas fait depuis
plus de so. ans .
Seize hommes mariez & feize jeunes hom
mes
SEPTEMBRE . 1726. 2169
mes combattirent les uns contre les autres ,
dans deux Bateaux , conduits par fix Rameurs
chacun , à l'extremité defquels il y avoit une
élevation de dix pieds de hauteur de l'eau , fur
laquelle fe tenoit debout le Combattant, armé
d'une lance & d'un Bouclier.
Tous les Combattans étoient armez & habillez
d'une maniere uniforme , à la réferve
que les hommes mariez portoient des noeuds
de Rubans , fontanges & bonnets rouges, &
que la jeuneffe en portoit de couleur bleue.
Les deux partis étoient armez de Lances de
leur couleur & de pavois ou Ecus décorez des
armes du Roy & de la Ville, avec des Devifes.
Les deux Troupes marcherent en très - bon
ordre par la Ville , accompagnées de Hauts-
Bois,Violons & Trompettes , & pendant la nuit
éclairées d'une grande quantité de flambeaux .
La Fanfare qui les accompagnoit au combat
ne ceffa point pendant les quatre heures qu'il
dura; le fpectacle en étoit des plus magnifiques
, tant par le grand nombre d'Etrangers
qui s'y étoient rendus que par la maniere
dont chacun étoit placé à l'entour de ce Baffin
, dont les bords s'élevent en amphitéatre ,
& qui eft le plus bel endroit du Royaume
pour cette efpece d'exercice. Les Spectateurs
furent forr contens de l'air affuré & de l'adreffe
des Combattans , qui firent infiniment
mieux qu'on n'avoit ofé l'efperer. Les Joûtes
furent terminées par des acclamations & des
cris de joye , & la victoire fut accordée à la
jeuneffe , qui s'eft eftimée beaucoup plus heureufe
d'avoir témoigné dans ce jour fon zele
pour L.M. que d'avoir remporté le prix , comme
elle a fait dans un combat , que pas un
d'eux n'avoit encore tenté.
BES
2170 MERCURE DE FRANCE.
************* **
BENEFICES.
Abbaye Commandataire de Larivour ,
Lordre de Citeaux , Diocèle de Troyes ,
vacante par le décès de M. l'Abbé de Vienne.
a été donnée à M. Paulin Palamede de Thelesfort
de Forbin Dopede , Prêtre & Aumônier
de Sa Majeſté.
L'Abbaye Commandataire de Valbenoîte ,
Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Lyon , vacante
par le décès de M. de Rochetaille , dernier Titulaire
, en faveur de l'Abbé de Gery de Saint-
Cyr, Prêtre , Grand-Vicaire de l'Archevêche
de Tours.
L'Abbaye Commandataire du Lieu- Dieu ,
Ordre de Câteaux , Diocfe d'Amiens , vacante
par le décès de M. du Caltelet , en faveur
de M. Pierre-Jean- Baptifte Duran de
Miffy, Prêtre du Diocèfe de Rouen , Grand-
Vicaire du Diocèfe de Meaux .
L'Abbaye Reguliere de Prieres , Ordre de
Citeaux , Diocèle de Vannes , vacante par la
démifion de Dom Melchior de Serent , en
faveur de Dom Jacques Noüel , Abbé de la
Charmoye , du même Ordre.
L'Abbaye de S. Saens , Ordre de Citeaux ,
Diocèfe de Rouen , vacante par la démiffion
de la Dame du Bouzet de Roquepine , en
faveur de Madame Anne Loüife Radegonde
de Loraine d'Elbeuf , Religieufe du même
Ordre.
Le Prieuré perpetuel de Moutons , au Diocèfe
d'Avranches , Ordre de S. Benoît , vacant
par la démiffion de la Dame de Servon
།
des
SEPTEMBRE. 1726. 2·171
des Arfis , derniere titulaire , en faveur de
Dame Marie de Vafly , Religieufe de cette
Maiſon.
L'Abbaye Commandataire de Fontguillem ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe de Bazas , vacante
par le décès de M. de Montesquieu , a été
donnée à M. Henry de Campet de Saujon ,
Clerc tonfuré du Diocèfe de Bourdeaux .
L'Abbaye Reguliere de la Charmoye , Ordre
de Cîteaux , Diocèfe de Châlons fur Marne
, vacante par la démiffion de Dom Jacques
Noüel , en faveur de Dom Simeon Hainault ,
Prieur & Religieux Profès de la même Ab
baye.
*******************
MORTS , NAISSANCES ,
LE
Mariages,
E 17. Juillet 1726. Claude Adrien de la
Fond , cy-devant Maître des Requêtes ,
mourut d'hydropifie à fon Château de la Fertéla-
Fond en Berry , âgé d'environ 46. ans. Il
étoit fils de Claude de la Fond , Seigneur de la
Beuvriere , S. Georges , Lazenay , Diou , Paudy
, la Ferté-la- Fond & autres Terres en Berry
Limafy- Brunvile en Normandie , & des
Laiffes près la Rochelle , ancien Maître des
Requêtes Honoraire , mort en 1719. Il avoit
été pendant 25, ans Intendant des Provinces
de Franche- Comté, & d'Alface , & de l'Armée
d'Allemagne : Il avoit une foeur qui fut
mariée au Marquis de la Trouffe , Lieutenant
General des Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit , Capitaine des
Gendarmes Dauphins , & Gouverneur d'Ypres,
dont eft forti une fille unique, mariée au
Y
Prince
2172 MERCURE DE FRANCE .
prince d'Acifterne , Seigneur Piemontois . Ce
Claude de la Fond avoit époufé Dame Philipette
Janne Bence , Baronne d'Oulm en
Poitou , Dame de Criqueville & du Breuil
en Normandie , dont il eut quatre fils , fça.
voir l'aîné, Claude - Adrien de la Fond, Maitre
des Requêtes , dernier mort , le fecond , Colonel
& Brigadier d'Infanterie , tué au Siege
de Lille en 1708. Le troifiéme , Capitaine de
Cavalerie , tué à Mantouë; & le quatrième,
Colonel d'infanterie , mort de la petite verole
à Paris , en 1717. Leur grand- pere étoit Jacques
de la Fond , qui avoit été hɔnoré d'un
Brevet de Confeiller d'Etat. Claude de la
Fond , qui vient de mourir , ne laiffe qu'un
fils unique , âgé d'environ fix ans , de fon
mariage avec Dame Marie- Anne - Loüife- Celefte
de la Riviere de Mur , l'une des filles
de M. Charles - Yves Jacques Comte de la
Riviere de Mur & de Ploëve , Gouverneur de
S. Brieu & de la Tour de Ceffon en Breta
gne , & de Dame Marie Françoife - Celette de
Voyer , Marquife de Paulmy , Vicomtelſe de
la Roche de Gennes, Baronne de Boifé. Mad.de
la Fond eft foeur de M. Charles - Yves Thibault
de la Riviere , Marquis de Paulmy, Meftre
de Camp de Cavalerie , & Enfeigne des
Moufquetaires du Roy. Dame Julie de Barberin
de Reignac fa femme , ett une des Dames
du Palais de la Reine Doüairiere d'Efpagne.
·
Le 26. Juillet , l'Abbé Boin , mourut à Paris
, âgé de 78. ans.
Philibert-Charles de Pas - de - Feuquieres .
Evêque d'Agde , Abbé de Cormeilles , eft
mort dans fon Diocèfe..
Charles-François Frederic de Monmorency-
Luxembourg, Duc de Luxembourg , de Montmorency
1
SEPTEMBRE. 1726. 2173
morency & de Pinay , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur &
Lieutenant General pour S. M. en la Province
de Normandie , mourut à Paris le 4. Août
âgé de 64. ans : fon corps fut tranfporté le
7. dans l'Eglife des Religieufes Capucines
où eft le tombeau de fes ancêtres. Le Duc
de Montmorency, fon fils aîné , lui fuccede
dans fes Titres , dans fes biens & dans le
Gouvernement de Normandie dont il avoit
la furvivance.
Louis - Pierre , Comte de Houdetot , Colónel
du Regiment d'Artois , Lieutenant pour
le Roi au Gouvernement de Picardie , mourut
le 10. Août , âgé d'environ 42. ans .
Jacques de Fortia , Chevalier , Seigneur du
Pleflis Clereau , Baron de Noüans , la Bouffaye
, Naitz , &c. Confeiller du Roy en tous,
fes Confeils , Prefident Honoraire en fon
Grand- Confeil , mourut le 12. Août en fon
Château du Pleffis , âgé de 70. ans.
*
le 22. Michel Morus, Prêtre , ancien Recteur
de l'Univerfité de Paris, ancien Principal des
Artiens du College Royal de Navarre , ancien
Profeffeur Royal , Emerite , & Doyen de la
Nation d'Allemagne , & ancien Grand- Prevôt
de l'Univerfité de Dublin , mourut à Pa
ris , âgé d'environ 86. ans.
Louis - Charles Gilbert , Chevalier , Con-,
feiller du Roi en tous fes Confeils , Prefident
en la Chambre des Comptes , Seigneur des
Breviaires , du Mas , Hollande , & c. mourut
le Août ,
23 . âgé de 72. ans.
*
(
Yves-Marie de la Bourdonnoye , Confeiller
d'Etat Ordinaire , mourut le 28. du mois dernier
, âgé d'environ 73. ans . S
Le 3. Septembre Damoifelle Françoile- Gabrielle
Bellide de Goefbriand , fille majeure ,
K feeur
2174 MERCURE DE FRANCE.
foeur du Marquis de Goefbriand , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General des
Armées de S. M. Grand-Baillif & Gouverneur
des Ville & Citadelle de Verdun , mourut
à Paris , âgée de so. ans.
Le 9. M. Guillaume Perrault , Secretaire
des Commandemens du Grand Prince de
Condé , ancien Grand-Maître & General Reformateur
des Eaux & Forefts des Duchez
de Bourgogne , Breffe , haute & baffe Alface ,
mourut âgé 89. ans.
Le 14. de ce mois , mourut à Paris , âgée
de 79. ans , Dame Marie Duraynier de Droué,
veuve de Charles , Marquis d'Etampes , Chevalier
des Ordres du Roi , Capitaine des Gardes
du Corps de feu Monfieur le Duc d'Or-
Ieans .
Le 16. âgée d'environ 78.,ans , Dame Marie
Françoile de Pompadour , époufe de François-
Marie, Marquis de Hautefort , Lieutenant
General des Armées du Roi , Chevalier des
Ordres de S. M. & Gouverneur de la Ville
& Château de Guife.
Le 23. Louis -Henry Redein de Biberé , Marechal
des Camps & Armées du Roy , Lieutenant
Colonel du Regiment des Gardes Suif
fes , mourut à Fontainebleau , âgé d'environ
64. ans.
Le 27. Juillet , une fille Juive , qui a embraffé
le Chriftianifme , fut baptifée par le
Cardinal de Noailles , dans l'Eglife des Nouvelles
Catholiques.
Le . de ce mois , une Princeffe , fille de
Louis d'Orleans , Premier Prince du Sang .
Duc d'Orleans , de Valois , de Chartres , de
Nemours , de Montpenfier , & c. & de Madame
Augufte Marie Jeanne , Margrave de Bade
Baden , fut ondoyée au Palais Royal , où elle
soit née le même jour. Dame
SEPTEMBRE. 1726. 2175
Dame Thecle - Felicité Bidal d'Als fed, Epoufe
de M. Jean le Nain , Chevalier , Baron
d'Alsfed , Confeiller du Roi en fes Confeils
Maître des Requêtes ordinaire de ſon Hôtel ,
accoucha le 31. Août d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Renée- Felicité
par M. Claude le Nain , Chevalier , Confeiller
du Roi , Correcteur en fa Chambre des
Comptes , & par Dame Renée - Elifabeth Pucelle
, Epoufe de Nicolas de Fremont , Chevalier
, Seigneur d'Auneüil , Marquis de Rofé
, Confeiller du Roi en fes Confeils , Maftre
des Requêtes , & c. fes Parrain & Marraine.
Dame Marie Voifin , Epoufe de M. Thomas
Dubois de Fienne , Marquis de Leuville,
Marêchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand- Bailly de Touraine , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , accoucha le 4.
de Septembre d'une fille , qui fut tenue far
les Fonts , & nommée Charlotte - Loüife
par M. Pierre- François Dubois de Fienne ,
Marquis de Givry , & par Dame Magdelai
ne Charlotte Voifin , Epoufe de Louis le Goux
de la Berchere , de la Rochepot , Chevalier ,
Seigneur de Chantenay , fes Parrain & Marraine.
Le Marquis de Mancini , frere du Duc de
Nevers , & la Marquife de Louvois , foeur du
Duc de Noailles , ont declaré leur Mariage,
& en ont reçu les complimens.
M. Guillaume de la Moignon de Montrevault
, Chevalier , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de
fon Hotel , fils de Guillaume- Urbain de la
Moignon , Chevalier , Seigneur , Comte de
Launay Courfon , &c. Confeiller d'Etat ordinaire
, & de Dame Marie- Françoife Melian
Kij époufa
2176 MERCURE DE FRANCE.
époufa le 29.Août Dame Marie-Renée de Catinat
, veuve de Jacques-Antoine de S. Simon,
Chevalier, Seigneur,Marquis de Courtaumer ,
Comte de Montreuil , &c. Colonel du Regiment
de Soiffons.
"
Le même jour , M. Nicolas Chaugy , Baron
de Rouffillon , Marquis d'Aigrevaut ,
Comte de Mufigny , Soulange & Longecour,
Seigneur de Cuffy , Hanneau , & c. Mettre de
Camp de Cavalerie , fils de Nicolas de Chaugy,
Baron de Rouffillon . & c. & de Dame Marie
des Champs de Maffilli , époufa Mademoiſelle
Louife - Charlotte de Bourbon , fille naturelle
de feu Monfeigneur Loüis , Duc de Bourbon,
Prince de Condé , Prince du Sang , & c. La
Nôce fe fit à l'Ile-Adam chez le Prince de
Conti.
EDITS , ARRESTS ,
SENTENCES DE POLICE , &c.
ARREST du 7. May; & LettresPatentes
fur icelui du même jour , regiftrées en la
Cour des Aydes le 13. Août 1726. Qui ordonnent
que le Fermier de la Marque d'Or & d'Argent
aura des Filieres propres à tirer & dégroffir
les Lingots qui feront portez au Bureau
de Argue , par les Maîtres Tireurs d'Or qui
n'auront point de Filieres à eux appartenantes,
& payeront Trente fols par Lingot du poids
de 5 à 45 Marcs , non compris les Vingt fols
pas Lingo: qui fe payent par tous les Tireuts
SEPTEMBRE. 1726. 2177
reurs d'Or ,pour la façon des Lingots qui paffent
audit Argue.
3
ARREST dus Juin , portant Reglement
pour la teinture des Draps , Serges & autres Etoffes
de Laine , dans toute l'étendue du Royaume.
EDIT du Roi , portant fuppreffion de l'Office
de Garde du Trefor Royal Triennal . Donné
à Versailles au mois de Juin 1726. Registré en
Parlement le 3. Juillet 1726
AUTRE , portant fuppreffion de la Charge
de Secretaire des Commandemens de la Reine ,
dont étoit pourvû le fieur Paris du Vernay. Et
création en titre de deux de la même Charge.
Donné à Versailles au mois de Juillet 1726, "
Registré à la Cour des Aydes le 29. Août.
AUTRE , portant fuppreffion de l'Office de
Greffier Confervateur Triennal des faifies & oppofitions
du Trefor Royal. Donné à Versailles
au mois de Juillet 1726. Regiftré en Parlement
le 3. Août.
LETTRES PATENTES, concernant la Forêt
de Compiegne. Données à Verfailles le 6.-
Juillet 1726. Par lefquelles le Roi ordonne
que les routes de la Forêt de Cuife , dite de
Compiegne , taut grandes que petites , mêmeles
chemins , feront inceffamment défrichées &
élaguées à pied droit dans toute leur largeur &
longueur , & que pour la facilité de la Chaffe
il fera percé treize nouvelles routes aux endroits
de ladite Forêt , & c.
ARREST de la Cour de Parlement du même
jour. Portant enregistrement des Lettres
Kiij Pilo
2178 MERCURE DE FRANCÈ.
Patentes accordées par le Roi au Chapitre Royal
de S. Marcel , pour la liquidation des droits de
lods & ventes & indemnitez dus par Sa Majefté
au Chapitre de S. Marcel , à caufe de la
Maifon de la Salpetriere , & de l'Hôtel des Gobelins
; & pour la nouvelle conceffion & rétabliffement
en faveur dudit Chapitre , de la haute
, moyenne & baffe Juftice dans l'étenduë du
Cloître de l'Eglife de S. Marcel , & la Juftice
baffe & fonciere dans l'étendue de fa directe.
LETTRES PATENTES , qui ordonnent und
vente pour l'Ordinaire 1727. de deux cent
quarante quatre arpens cinquante perches de
Bois , fcis dans le Parc de Verfailles , & Forêt de
Marly. Données à Verſailles le 8. Juillet 1726 .
ARREST du 7. Juillet , qui ordonne que
dans quinzaine du jour de la publication du prefent
Arreft , tous les Farticuliers qui jouent
de Privileges , Dons, Conceffions , Exemptions
& Immunitez , Droits de Peages , Bacs , Paſſages,
Pontonnages , Moulins , Foires & Marchez
, & autres , feront tenus de reprefenter les
Titres en vertu defquels ils jouillent deſdits Privileges
, faute de quoi & ledit temps paflé ik
feront nuls.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Huilles & Savons venans des Pays Etrangers
& des Fabrications du Royaume , ne feront
fujets à l'entrée dans le Royaume , qu'au feul
Droit porté par le Tarif du 18. Septembre 1664.
& en confequence dépofez dans des Magafins
convenus & choifis à cet effet , & qui feront
fermez à deux Serrures , de l'une defquelles les
Commis prépo ez à la pêrception defdits Droits,
feront Dépositaires.
ARREST
SEPTEMBRE . 1726. 2179
ARREST du même jour , qui permet aux
Communautez d'Arts & Métiers de lon Royaume
, d'acquerir les Maîtrifes qui restent à vendre
dans leurs Corps , foit pour les réunir ou
pour les vendre .
ARREST du 16. Juillet , qui proroge pendant
un an,à compter du premier Octobre prochain
la moderation des D.oits fur les Beures & Fromages
venans de l'Etranger , & fur ceux da
crû du Royaume .
ARREST du même jour , qui proroge pendant
un an , à compter du 23. Octobre prochain
la permiffion ci- devant accordée aux Negocians
François qui font le Commerce des Ifles
& Colonies Françoifes de l'Amerique , de faire
venir des Pays Etrangers des Lards , Beurres ,
Suifs , Chandelles & Saumons falez , fans payer
aucuns Droits.
DECLARATION du Roi , qui proroge jufqu'au
premier Septembre 1727. l'attribution
donnée aux Jurifdictions Confulaires , pour
connoître de toutes les faillites & Banqueroutes.
Donnée à Versailles le 21. Juillet 1726.
Regiſtrée en Parlement le 31. du même mois.
ORDONNANCE DE POLICE du 27. Juil
let , qui fait défenfes à toutes perfonnes de faire
leurs ordures , & d'apporter aucunes immondices
le long des murs des rues Clopin , du Petit
Champ , & autres adjacentes , Fauxbourg
S. Marceau , à peine de Vingt livres d'amende
& de punition exemplaire.
SENTENCE DE POLICE du 2. Août , qui
défend aux Revendeufes de s'attrouper dans la
ruë
2180 MERCURE DE FRANCE.
•
rue S. Honoré & autres l'eux circonvoifins , &
en condamne neuf en Quatre livres d'amende
chacune.
AUTRE dudit jour , qui déclare confifquées
deux cens cinq bottes de Foin de moindre poids
que celui preferit par les Ordonnances ; & condamne
le Proprietaire en Dix livres d'amende.
AUTRE du même jour . qui condamne les
nommez Marie Girard , veuve Girard & foa
fils , en vingt livres d'amende chacun , pour
s'être immifcez dans la Vente & Courtage de
la Marchandiſe de Foin , & leur défend de récidiver
, fous peine de prifon .
ARREST du Confeil d'Etat Privé du Roy ,
du s. Août , Portant Reglement en faveur de
la grande Chancellerie du Confeil , & de celle
du Parlement de Bourdeaux , qui déclare nulles
les Affignations données au Grand- Confeil fans
Lettres du grand Sceau ; & condamne les Contrevenans
en l'amende au profit des Secretaires
de Sa Majesté.
ARREST du 6. Août , qui modere les Droits
d'Entrée fur le Thé , à dix fous la livre pefant
poids de Marc.
SENTENCE de Police du 9. Août , qui fait
deffenfes aux Chartiers & Voituriers d'embarraffer
la Chauffée de la Porte S. Denys , & Rues
adjacentes ; & leur enjoint de fe retirer dans la
Rue d'Orleans le long du Parapet.
AUTRE du même jour , qui condamne les
nommées Foubert , Bouchard , Laurent & Mauger,
en vingt livres d'amende chacune , pour
coatre
SEPTEMBRE. 1726. 2181
contre les deffenfes , avoir vendu des Reſtes de
Viandes cuites en Regrat .
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Simon , Aubergifte , en quarante livres
d'amende , pour avoir retiré chez lui plufieurs
Particuliers fans en avoir fait la déclaration.
ORDONNANCE de Police du même jour ,
concernant la Vente des Foins , & qui en fixe
le prix depuis dix - fept livres juſqu'à vingt- deux
livres le Cent.
ARREST du 13. Août , qui proroge pendant
le Bail de Pierre Carlier , qui commencera au
premier Octobre 1726. la moderation du prix
du Sel à quinze livres le Minot dans les Ĝreniers
du Briançonnois.
SENTENCE de Police du 23. Août , qui déclare
faifies au profit du Roy , plufieurs Bottes
de Foin nouveau , de poids plus leger que celui
preferit par les Ordonnances ; & qui condamne
à l'amende ceux fur qui elles ont été confifquées.
AUTRE du même jour , qui condamne la
nommée Poiry , Boulangere , en trois mille liv.
d'amende , pour avoir manqué à garnir de Pain
la Place qu'elle occupoit dans le Marché du
Cimetiere Saint Jean ; & la déclare déchûë pour
toujours de ladite Place.
AUTRE du même jour , qui condamne la
nommée Lemaire en quinze livres d'amende .
pour avoir troublé l'un des Jurez Controlleurs
de Foin en l'exercice de fes fonctions.
AUTRE du même jour , qui enjoint à tous
Ips
2182 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de la Ville & Fauxbourgs de París ,
d'avertir inceffamment les Commiffaires , des
Bleffez qu'ils auront panfez ; & qui condamne
le fieur des Effarts , Chirurgien , en cinquante
livres d'amende , pour y avoir contrevenu.
EDIT du Roy , portant fuppreffion de Iz
Charge de Sur- Intendant des Bâtimens , Arts &
Manufactures de France. Donné à Versailles au
mois d'Août 1726. Regiftré en Parlement le
30. du même mois .
EDIT du Roy , portant fuppreffion de la
Charge de Grand- Maître & Surintendant general
des Poftes & Relais de France, Donné à
Verſailles au mois d'Août 1726. Registré en
Parlement le 30. du même mois .
APPROBATION.
I'des Sceaux le Mercure de France du mois
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
de Septembre, & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ,le 4. Octobre 1726.
HARDION.
TABLE
Pleces fugitives. Saül , Poëme .
慈
195
Memoire hiftorique fur la Vie de Frederic
Guib.
Bouts - Rimez.
1965
1984
Lettre
Lettre au fujet d'une Critique de la fixiéme Sax
tyre de Boileau ,
Madrigal
1980
2005
Lettre écrite d'Amadan en Perfe fur le Siege
d'Ifpaham ,
Le Carnaval , Cantate ,
Remarque fur un paffage d'Horace ,
Bouts -Rimez ,
2002
2013
2016
2021
2022
Remarque fur la Terre de Château - Chinon ,
Epitre en Vers fur la naiffance du fils de M.
& c .
Nouveau Teleſcope ,
2024
2028
Sonnet , 2032
Lettre écrite fur une jambe de bois , &c . 2033
Bours Rimez propofez , 2038
Explication d'une Table d'Arithmetique , & c.
Rondeau fur le voyage de Madame ***
Lettre , &c..
Article des Enigmes ,
2039
2041
2042
2048
Séance publique de l'Académie de Bordeaux ,
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , &c. 2048
Diflertation fur la Cataracte › 2049
La triple expofition fur les SS. Evangiles , 2051
Dédicace critique des Dédicaces ,
Calendrier à roue perpetuel ,
2052
2055
Poëmes du Pere Porée , recitez aux Jefuites , &c.
Panegyrique de S. Louis , &c.
2056
2059
Académie de Petersbourg , Affemblée publi
que ,
Extrait de Lettre fur les Mathematiques ,
Lettre de Londres fur les moeurs , les Spectacles ,
2064
2065
& c.
2067
Machine mefurer le chemin.
pour que
fait un
Navire , 2069
Toilette de la Reine en argent doré , 2071
Era
Erectiond'une Académie à Marfeille ,
Chanfons notées , & c.
2077
2080
Spectacles , Extrait du Pastor Fido ,
Les Comediens Efclaves , Extrait ,
Nouvelles du Temps , de Turquie, &c.
2081
2112
2135
Mariages , Baptêmes & Morrs des Pays Etran.
gers , 215a
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2151
Service pour la Ducheſſe d'Orleans ,
Incendie à la Forêt de Fontainebleau ,
2154
2156
L'ancien Evêque de Frejus nommé Cardinal ,
ibid.
Vifite de la Reine d'Eſpagne à la Reine , ibid.
Réjouiffances faites pour le rétabliſſement de la
fanté du Roi , & c.
Benefices donnez ',
Naiffances , Morts & Mariages ,
2159
2170
2191
Edits , Arrefts , Sentences de Police , &c. 2176
Errata d'Aouft.
Page 1918. ligne 27. Frederic , lifez Ferdinand.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1960. ligne 13. les , lifez des.
1964. 1. 6. dans , lifez en.
Page 1992. 1. 5. Il repond , lifez je répons
Page 2026.1 derniere , fes , lifez tes .
Page 2030. 1.7 , diaphone , lifez diaphragme.
Fage 2050. 1. 2. du bas , Otheurs , 1. Orateurs.
Page 2071.1. 3. du bas , l'Eglife , 1. dans l'Eglife.
Page 2076.1. de mois , lifez de ce mois.
Page 2089. 1. 15. autre , lifez antre.
Page 2093.1. 5. d'une , lifez d'un.
Page 2121. 1.3 . pourroit , lifez pouvoit,
Page 2115.1. 10. de , lifez au
Les Chanfons notées regardent lapage
2080
Qualité de la reconnaissance optique de caractères